Introduction

Lorsque l’on examine l’histoire, il devient aussi clair que le jour qu’à toutes les époques, les nobles prophètes ont réorganisé la société humaine. Ils ont appelé l’humanité à un idéal fondamental et ont rassemblé, dans un nouveau lien d’unité, ceux qui ont répondu à cet appel. Le groupe humain qui était divisé en différents partis, tribus et familles, qui se désiraient mutuellement le sang et étaient ennemis de l’honneur les uns des autres, devint, grâce à cet appel, composé de frères les uns pour les autres et de protecteurs de l’honneur de chacun. Cette unité fit naître une force nouvelle, et cet appel créa l’histoire la plus importante du monde et devint le facteur déterminant de l’édification de la plus grande des civilisations. C’est vers cette vérité profonde que le Coran a fait signe dans son style incomparable :

واذكروا نعمة الله عليكم اذ كنتم اعداء فالَّف بيت قلوبكم فاصبحتم بنعمته اخوانا وَّ كنتم على شفاء حفرة من النار فانقذكم منها –

« Souvenez-vous de la grâce d’Allah lorsque vous étiez les ennemis les plus acharnés les uns des autres. C’est alors Lui qui a uni vos cœurs, si bien que, par Sa faveur et Sa miséricorde, vous êtes devenus frères les uns des autres. (En vérité,) vous vous teniez au bord d’une fosse de feu. Puis Il vous en a sauvés (et vous a préservés de la destruction). » Al-Imran : 103

Les nobles prophètes ont appelé l’humanité en disant :

واعتصموا بحبل الله جميعا ولا تفرقوا –

« Attachez-vous fermement au câble d’Allah (unissez-vous) et ne vous divisez pas. »

L’unité de l’islam n’est pas seulement une unité extérieure et juridique ; elle est aussi l’unité des cœurs. L’islam ne considère pas la seule unité juridique comme une véritable unité ; il veut plutôt en établir le fondement dans le cœur des hommes. Sa véritable source est l’unité de la foi et de la doctrine, l’unité des espoirs et des aspirations, l’unité des résolutions et des élans du cœur. De même qu’il rassemble extérieurement tous les hommes dans un seul lien d’unité, il les unit également intérieurement par un lien d’« ukhuwat », c’est-à-dire de fraternité. Et il est vrai que l’unité véritable ne se forme que lorsque ces deux aspects se manifestent pleinement. Car l’unité artificielle ne dure jamais ; des cœurs remplis de haine et d’animosité ne peuvent jamais s’unir. Le mensonge ne peut jamais édifier une quelconque unité. L’unité fondée sur l’égoïsme ne fait que devenir une source de division et de désunion. De même, les seuls liens juridiques ne peuvent établir le fondement d’une véritable communion ou amitié. C’est pourquoi l’islam a fondé l’unité sur la foi, l’amour et le sacrifice de soi. Les relations édifiées sur cette base se transforment en une muraille si solide que, même lorsqu’ils viennent s’y fracasser, les plus grandes tempêtes ne peuvent que se briser la tête contre elle, sans pouvoir lui causer le moindre dommage.

En outre, dans la société constituée sur ce fondement, un esprit de coopération et de soutien se développe au lieu de l’opposition et des conflits. Chacun y devient l’auxiliaire, le protecteur et le soutien de l’autre. On n’y laisse pas tomber celui qui est sur le point de chuter ; au contraire, d’innombrables mains se tendent pour lui venir en aide. On n’y abandonne pas non plus celui qui est resté en arrière ; on l’aide de toutes les manières et on le fait progresser. Cette société rend l’individu capable d’affronter ses problèmes et s’emploie à retenir celui qui est en train de chuter.

Il est du devoir impératif des membres du mouvement islamique de comprendre parfaitement les fondements sur lesquels l’islam édifie ses relations sociales et de consacrer leurs forces et leurs capacités à la réalisation de cet objectif.

Notre ami respecté et cher frère, Khurram Jah Murad, a rédigé ce livre afin de répondre à ce besoin fondamental des membres du mouvement islamique. Parmi les quelques rares jeunes de ce pays qui, malgré une éducation occidentale, ont fourni des efforts particuliers pour acquérir des connaissances religieuses et ont obtenu dans ce domaine des résultats remarquables, M. Khurram est l’un des meilleurs. En vérité, si le parfum permet de reconnaître la fleur, cette œuvre nous aidera elle aussi à comprendre sa pensée et sa vision. En réalité, le sujet traité comporte trois aspects :

Premièrement : quelles qualités fondamentales l’islam veut voir se manifester dans le caractère individuel afin d’édifier et de maintenir stable un mode de vie social et global.

Deuxièmement : quelles sont les choses qui détruisent et affaiblissent ces fondements, afin que l’on puisse s’en préserver.

Troisièmement : quelles sont les qualités qui renforcent et élèvent ces fondements, afin que l’on puisse les adopter.

L’auteur respecté a répondu de manière très détaillée à ces trois questions. Je crois que si les membres du mouvement islamique lisent attentivement ces réponses et s’efforcent de les mettre en pratique, ils pourront faire fleurir l’ensemble de leur vie avec les fleurs de la foi, de l’amour et du sacrifice de soi — qui font s’épanouir le jardin de la vie.

Pour tirer profit de ce livret, les membres doivent également garder à l’esprit un autre point. L’être humain ne peut pas tout acquérir du jour au lendemain. Notre devoir est donc de comprendre l’ensemble du programme de formation du caractère, d’enraciner profondément chaque élément dans notre esprit, puis de nous efforcer de l’adopter et de le suivre, en accueillant ainsi le premier, puis le deuxième, puis le troisième.

Il est rapporté au sujet de Hazrat Abdullah ibn Umar (qu’Allah l’agrée) qu’il lui fallut sept ou huit ans pour lire la sourate Al-Baqara. Lorsqu’on lui demanda de s’en expliquer, il répondit : « Je lis une chose, je l’accepte, puis j’avance. » En vérité, la formation du caractère exige précisément un effort progressif, continu et inlassable. La simple étude ne suffit pas à cet effet. Cet objectif ne peut être atteint que par des efforts et des tentatives incessants. Il faut également bien garder à l’esprit que c’est une voie montante et descendante, semée de difficultés. La réussite sur cette voie réside dans un effort incessant, mené avec courage et confiance. L’échec surviendra en chemin, mais il faudra l’affronter avec fermeté. Les problèmes lanceront un appel au combat, mais il faudra les vaincre. Les crises feront obstacle, mais il faudra les surmonter. Ce sont là les étapes inévitables de cette voie. À la vue de tout cela, allons-nous donc prendre peur ou nous détourner du chemin qui mène à notre objectif ?

— Professeur Khurshid Ahmad.

Premièrement : le fondement des relations mutuelles : leur importance et leur nécessité

1. Le fondement et le statut des relations

Le mouvement islamique est un appel à une révolution globale et totale. C’est pourquoi établir les membres de ce mouvement révolutionnaire dans des relations fondées correctement, d’une manière générale avec l’ensemble des êtres humains et, en particulier, les uns avec les autres, fait partie de ses devoirs fondamentaux les plus importants. Pour accomplir ce devoir, l’islam a mis en lumière chaque aspect de ces relations et a déterminé chaque élément, depuis leurs fondements jusqu’aux moindres détails.

Pour décrire les relations mutuelles, le Coran a employé une formulation extrêmement concise, mais pleine de charme ; il y est dit :

انما المؤمنون اخواة –

« Les croyants ne sont que frères les uns des autres » — Al-Hujurat : 10

En apparence, ce n’est qu’une courte expression composée de trois mots. Mais en réalité, cette expression suffit à exprimer le fondement des relations réciproques, leur statut idéologique, ainsi que leur importance et leur profondeur pour le mouvement islamique. À cet égard, on pourrait lui accorder le statut de charte du mouvement islamique.

Il en ressort que les relations entre les membres du mouvement islamique sont des relations idéologiques. L’unité des buts et des objectifs en constitue le fondement, tandis que l’unité de la foi en un même idéal lui donne ses nuances. Deuxièmement, parce qu’il s’agit d’une relation idéologique, ce n’est nullement une relation terne ou fragile. Au contraire, la stabilité, la profondeur et l’amour intense qui s’y trouvent réunis ne peuvent être exprimés que par l’exemple des relations réciproques entre deux frères. C’est une telle relation que l’on appelle ukhūwwat, ou fraternité. En vérité, quel terme pourrait mieux que la fraternité (ukhūwwat) faire écho à la stabilité, à l’ampleur et à l’émotion que l’islam insuffle au sein d’une relation idéologique ?

2. La fraternité, exigence inéluctable de la foi

Dans la civilisation islamique, la notion de foi ne se réduit pas au simple fait de reconnaître quelques vérités surnaturelles. Il s’agit au contraire d’une conviction fondée sur une conception plus vaste, qui enveloppe le cœur et l’esprit de l’être humain et circule dans ses veines et ses capillaires comme le sang. C’est un sentiment qui fait bouillonner sa poitrine et la maintient en perpétuelle agitation. C’est une force de pensée qui transforme la structure de son esprit, de son intelligence et de son cœur. Plus encore, c’est la force exécutive d’une organisation réaliste qui prend tous ses membres sous son contrôle et déclenche une révolution dans l’ensemble de sa vie individuelle et collective. Comment les relations réciproques entre les êtres humains pourraient-elles échapper à l’emprise de cette foi si profondément influente ? D’autant plus qu’il est indéniable que toute la vie de l’être humain — à l’exception d’une partie insignifiante — est intimement liée à ses relations avec autrui. C’est précisément pour cette raison que la foi ordonne à ses adeptes d’établir des relations avec tous les êtres humains en général et entre eux en particulier. En outre, elle façonne un système de vie et une civilisation complets afin de fonder ces relations sur la justice (ʿadl) et la bienfaisance (iḥsān). D’autre part, elle transforme les principes des droits et de la dignité en un système juridique complet, afin que chacun puisse l’observer à sa place. Ainsi, de même que les doigts d’une main s’unissent à ceux de l’autre, ou qu’un frère est uni à un autre frère, les personnes liées par la foi peuvent elles aussi être unies les unes aux autres. Et telle est l’exigence inéluctable du statut idéologique de la foi. C’est une telle foi que réclame la nature humaine, et c’est à son sujet que la conscience témoigne. Ceux qui renoncent à toutes les couleurs pour ne se teindre que de la couleur d’Allah, qui abandonnent toute obéissance pour n’accepter que l’obéissance à Allah, qui se détachent de toute fausseté pour ne s’attacher qu’à la vérité et qui se consacrent exclusivement et entièrement à Allah, s’ils ne sont pas eux aussi liés les uns aux autres et n’établissent pas entre eux des relations d’amour, qui donc le fera ? Quelle force pourrait davantage unir les êtres humains entre eux que l’unité de leur objectif ? Chacune des étapes de cette orientation unique et du droit chemin continue de transformer cette relation en une réalité vivante. Celui qui se consacre pour la vérité devient naturellement dépendant de l’amour, de la compassion, du réconfort et du soutien de chacun des voyageurs de cette voie, et il en a besoin. Par conséquent, s’il ne reçoit même pas cette grâce en s’engageant sur cette voie, aucun moyen ne permettra de combler une si grande privation.

3. La fraternité, indispensable à la révolution islamique mondiale

L’objectif fondamental de la foi en ce monde — c’est-à-dire instaurer une révolution islamique mondiale et établir la civilisation islamique — exige naturellement une relation très solide, stable et fraternelle. Atteindre cet objectif n’est pas une tâche facile. Cela équivaut à « s’approcher de l’amour ». À chaque pas, des tempêtes de dangers se lèvent et des flots d’épreuves surviennent. De toute évidence, pour accomplir une responsabilité aussi lourde, l’amitié de chaque individu est d’une valeur inestimable. Son absence ne peut être compensée par aucun autre moyen. D’autant plus que la pénurie de soutiens et d’auxiliaires sur cette voie est une réalité naturelle : un tel vide ne peut être toléré, ne serait-ce qu’un instant.

En outre, aucune révolution globale ne peut être menée à bien sans une Jama’at organisée et puissante. Or une Jama’at unie et forte ne voit précisément le jour que lorsque les personnes qui la composent deviennent étroitement liées les unes aux autres. À cette fin, il faut travailler de manière si organisée qu’elle se transforme naturellement en un « mur de plomb » (بنيان مرصوص); aucune division ni aucune dissension ne pourra y trouver le moindre passage. En vérité, seul un effort aussi solidement unifié peut garantir le succès.

Allah Tout-Puissant a ordonné aux dirigeants d’un État islamique nouvellement constitué d’établir précisément une telle relation dans la sourate Āl ʿImrān :

يايها الذين امنوا اصبروا وصابروا ورابطوا واتقوا الله لعلكم تفلحون –

« Ô vous qui croyez ! Soyez patients et faites preuve de fermeté dans l’affrontement. Craignez Allah constamment, afin que vous puissiez atteindre votre objectif. » (Âl ʿImrân : 200)

Vers la fin de la sourate Al-Anfâl, les relations mutuelles entre les musulmans sont présentées comme une condition indispensable à l’accomplissement de la révolution islamique. Il y est dit que ceux qui croiront en cette religion, renonceront à tout pour elle et consacreront leurs biens et leur vie à ce mouvement entretiendront certainement entre eux des relations d’amitié et d’affection. C’est pour désigner cette relation que le mot « amitié » est employé ici.

ان الذين امنوا وهاجروا وجاهدوا باموالهم وانفسهم فى سبيل الله والذين اواو ونصروا اولـــئك بعضهم اولــياء بعضٍ –

« Ceux qui ont cru, émigré et combattu dans le chemin d’Allah avec leurs biens et leur vie, ainsi que ceux qui leur ont accordé refuge, aide et soutien, sont amis les uns des autres. » (Al-Anfâl : 72)

Poursuivant quelque peu son propos, le texte fait allusion à l’unité organisationnelle des mécréants et à la force de leur parti, puis affirme que, si les musulmans n’établissent pas de telles relations d’amitié, l’aspiration à une révolution islamique mondiale fondée sur la justice, la bienfaisance et la piété ne pourra jamais prendre solidement racine dans le monde réel. Celui-ci se remplira alors de troubles et de corruption, car sans ces relations amicales, il est impossible aux musulmans de faire face aux forces opposées à la révolution.

والذين كفروا بعضهم اولـــياء بعضٍ – الا تفعلوه تكن فتنة فى الارض وفساد كبير –

« Quant à ceux qui sont mécréants, ils sont amis et alliés les uns des autres. Si vous, croyants, ne vous portez pas mutuellement assistance, de grands troubles et une grave corruption se répandront sur la terre. » (Al-Anfâl : 73)

Et il est évident que c’est précisément un tel effort pour établir la civilisation islamique et susciter la révolution islamique qui constitue le véritable critère permettant de déterminer l’authenticité de la foi.

والذين امنوا وهاجروا وجاهدوا فى سبيل الله والذين اَوَاوْ ونصروا اولـــئك هم المؤمنون حقاً –

« Ceux qui ont cru, ont quitté leurs demeures et ont combattu dans le chemin d’Allah, ainsi que ceux qui leur ont accordé asile et assistance, ceux-là sont les véritables croyants. » (Al-Anfâl : 74)

Un peu auparavant, Allah Très-Haut avait annoncé au noble Prophète (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui), au sujet de la communauté des croyants, qu’Il avait intimement uni leurs cœurs et qu’ils étaient la clé du succès de la révolution islamique, tout en lui promettant Son aide contre les adversaires.

هو الذى ايدك بنصره وبالمؤمنين – والّف بين قلوبهم-

« C’est Lui qui t’a soutenu par Son aide et par celle des croyants, et qui a uni les cœurs des croyants les uns aux autres. » (Al-Anfâl : 62-63)

4. Les exigences de la fraternité : son importance et ses conséquences

En vérité, les relations mutuelles entre les propagateurs de la révolution islamique sont des relations de fraternité (ukhuwwat), d’amitié, de miséricorde et d’amour. Toutefois, le terme « fraternité » est si vaste et si riche de sens qu’il intègre en lui-même toutes les autres qualités. Autrement dit, de même que deux frères de sang sont unis et qu’aucune divergence d’opinion, aucune querelle, aucun conflit ni aucune discorde ne sont tolérés entre eux, les membres du mouvement islamique devraient être liés les uns aux autres de la même manière. De même que deux frères sont prêts à tout sacrifier l’un pour l’autre, se veulent mutuellement du bien, s’emploient à s’entraider et à se soutenir, et deviennent le soutien et le protecteur l’un de l’autre, de même une relation animée par l’ardeur d’un amour intense et par une profonde vitalité se forme entre les voyageurs de la voie de la vérité, ceux qui consacrent toute leur vie à la cause de la religion islamique. En somme, plus une personne sera profondément attachée à la révolution islamique, plus elle nouera une relation profonde avec son frère et compagnon. De même, plus cet objectif lui sera cher, plus cette relation lui sera chère. Car cette relation est celle de ceux qui œuvrent uniquement pour Allah et combattent dans Son chemin. Par conséquent, si celui qui est un militant et un propagateur de la révolution islamique entretient avec son frère compagnon une relation semblable à celle d’inconnus qui se croisent en chemin, il devrait s’interroger sur lui-même et se demander sur quelle voie il avance. De même, si sa relation avec ses compagnons et ses collaborateurs est aussi éphémère que de la poussière que l’on chasse de son vêtement, il doit réfléchir à la valeur réelle que possède dans son cœur l’objectif auquel il prétend être attaché.

C’est précisément pour cette relation de fraternité que le noble Prophète (S) حب الله (l’amour pour Allah), a employé une expression aussi pure, vaste et agréable. L’« amour » est en lui-même une expression profondément séduisante et mélodieuse. Les deux précisions « dans la voie d’Allah » et « pour Allah » l’ont ainsi élevée de toute grossièreté et impureté jusqu’au degré le plus élevé de noblesse. De même, cette expression fournit simultanément au cœur et à la raison un critère infaillible grâce auquel tout croyant peut examiner sa relation.

Il existe une relation indissociable entre la foi en Allah et l’amour dans Sa voie. Là où l’une de ces deux choses est présente, l’autre se manifestera également. Si l’une d’elles fait défaut, l’autre devient douteuse. C’est pourquoi le noble Prophète (S) a dit : لا تؤمنوا حتى تحابوا

« Vous ne serez pas croyants tant que vous ne vous aimerez pas les uns les autres. » (Muslim : Abû Hurayra)

Il a ensuite été affirmé qu’établir toute la relation sur cette base et réserver exclusivement à Allah l’amour et l’hostilité constituent des conditions indispensables à la perfection de la foi :

من احب لله وابغض لله واعطى لله ومنع لله فقد استكمل الايمان –

« Celui qui n’a aimé que pour Allah, s’est montré hostile pour Allah, a donné quelque chose à quelqu’un pour Allah et s’est abstenu de donner à quelqu’un pour Allah, celui-là a parachevé sa foi. »

Dans la vie humaine, l’amitié et l’hostilité exercent effectivement une influence considérable. Il est donc tout à fait naturel et logique que réserver exclusivement ces deux choses à Allah soit une condition indispensable à la perfection de la foi. La foi possède de nombreuses branches et ramifications. Chacune d’elles est importante à sa propre place. Dans la mesure où l’amour d’Allah est indispensable pour faire accéder au pouvoir une force solidement organisée, le noble Prophète (S) l’a qualifié de meilleure des œuvres. Hazrat Abû Dharr (r.a.) rapporte :

خرج علينا رسول الله صلى الله عليه وسلم فقال أتد رون اىُّ الاعمال احب الى الله تعالى قال قائـــل الصلوة والزكوة وقال قائـــل الجهاد قال النبى صلى الله عليه وسلم ان احب الاعمال الى الله تعالى الحب لله والبغض لله –

« Un jour, le Messager d’Allah (saws) vint nous voir. Il demanda : “Savez-vous quelle œuvre est la plus aimée d’Allah Très-Haut ?” Quelqu’un répondit : “La prière et la zakat.” Un autre répondit : “Le jihad.” Le Prophète (saws) dit : “Ce qui est le plus aimé d’Allah parmi toutes les œuvres, c’est d’aimer uniquement pour Allah et d’être hostile uniquement pour Allah.” » (Ahmad, Abou Dawoud, Abou Dharr)

Une autre fois, Muhammad (saws) posa la question suivante à Abou Dharr (ra) :

يا اباذرٍّ اىُّ عرى الايمان اوثق قال الله ورسوله اعلم قال

الموالاة فى الله والحب لله وابغض لله« Ô Abou Dharr ! Quelle œuvre de la foi est la plus solide ? » Il répondit : « Allah et Son Messager savent mieux. » Le Prophète (saws) dit : « C’est l’amitié dans la voie d’Allah, ainsi que l’amour et l’hostilité pour Lui. » (Al-Bayhaqi, Ibn Abbas)

Le terme mentionné dans le hadith عرىdésigne également une corde ainsi que l’anneau ou la poignée des récipients. Il désigne aussi l’arbre dont les feuilles ne tombent pas même en hiver. On appelle également عرىcet arbre. Autrement dit, aimer dans la voie d’Allah constitue une base si solide que l’homme peut, en s’y appuyant, accomplir sereinement les exigences de la foi. Une telle base ne se fissure jamais et ne s’effondre pas.

En somme, la foi exige de l’homme toute sa vie. Autrement dit, chaque instant de sa vie — aussi longtemps que sa respiration se poursuit — devrait être vécu conformément aux exigences de la foi. Mais tant que l’ensemble des relations du croyant ne se transformera pas en relations fondées sur l’amour pour Allah, une œuvre pieuse d’une telle ampleur ne pourra pas prendre naissance dans sa vie. En effet, les relations constituent une part considérable de la vie humaine. Elles influencent inévitablement sa vie et deviennent, d’une certaine manière, la mesure de ses amitiés et de sa religion. C’est pourquoi Allah Très-Haut a ordonné aux musulmans de s’attacher à ceux dont la vie est fermement enracinée dans le rappel de Dieu. Et afin qu’ils suivent le droit chemin et ne s’égarent pas complètement dans le labyrinthe des splendeurs et des parures de la vie mondaine, Il a employé le mot « sabr » :

واصبر نفسك مع الذين يدعون ربهم بالغدوت والعشى يريدون وجهه ولا تعد عيناك عنهم تريد زينة الحيوة الدنيا –

« Retiens-toi auprès de ceux qui invoquent leur Seigneur matin et soir, recherchant Sa satisfaction, et que tes yeux ne se détournent pas d’eux pour se porter ailleurs, dans le désir de l’éclat de la vie mondaine. » — (sourate Al-Kahf)

D’autre part, le Noble Prophète (s.a.s.) a averti les gens de réfléchir très soigneusement avant de se lier d’amitié. En effet :

المرء على دين خليله فلينظر احدكم من يخالل – (احمد- ترمذى – ابو داود –بيهقى- ابو هريرة)

« L’homme demeure fidèle à la religion de son ami (khalîl). Que chacun de vous réfléchisse donc soigneusement à la personne qu’il choisit pour ami. » (D’après Abû Hurayra, qu’Allah l’agrée)

Le terme mentionné dans le hadith خليل est dérivé du terme خلت. Il signifie un amour et une sincérité qui s’enracinent profondément dans le cœur. Le hadith donne un exemple remarquable de l’amour et de la fréquentation des bonnes et des mauvaises personnes. Il est dit ceci : fréquenter une bonne personne, c’est comme s’asseoir auprès d’un vendeur de parfum ; même si l’on n’obtient pas de parfum, son odeur rafraîchira néanmoins le cœur et l’esprit. De même, si l’on n’en trouve pas, son parfum rafraîchira néanmoins le cœur et l’esprit. Quant au contact d’une mauvaise personne, il est comparable à celui d’une forge ; même si ses vêtements ne brûlent pas, sa suie et sa fumée finiront certainement par assombrir son humeur.

Parvenu à un certain degré de la foi, l’homme ressent en lui-même un plaisir et une douceur particuliers dans la foi et dans l’accomplissement de ses exigences concrètes. C’est précisément en raison de ce plaisir que l’homme est poussé à accomplir de bonnes œuvres. Le Noble Messager (s.a.s.) a appelé cette réalité حلاوت الايمان . Il en a mentionné trois conditions. L’une d’elles est la suivante :

ان يحب المرء لا يحبه الا لله –

« Il aimera autrui, et cet amour ne sera destiné à personne d’autre qu’à Allah. » (Al-Bukhârî, Muslim)

Si l’esclave et le serviteur parviennent à obtenir l’amour de leur propriétaire et de leur maître, que pourraient-ils recevoir en échange de cet immense trésor ? En réalité, cet amour est pour le croyant comparable au Mi‘râj. Le Noble Prophète (s.a.s.) a dit : « Ceux qui nouent entre eux des liens d’amitié pour Allah sont dignes de cette immense grâce. » C’est pourquoi Mu‘âdh ibn Jabal (qu’Allah l’agrée) dit :

سمعت رسول الله صلى الله عليه وسلم يقول قال الله تعالى وجبت محبتى للمتحابين فى المسجالسين فى المتزاورين فى والمتباذلين فى-

« J’ai entendu le Messager d’Allah (paix et bénédictions d’Allah sur lui) dire qu’Allah Très-Haut a dit : “Mon amour est acquis de manière impérative à ceux qui s’aiment les uns les autres pour Moi, s’assoient ensemble pour Moi, se rendent visite les uns aux autres pour Moi et dépensent leurs biens les uns pour les autres pour Moi.” » — (Malik)

5. Les bienfaits de la fraternité dans l’au-delà

Les effets de l’amour pour Allah dans la vie d’ici-bas existent certes déjà ; mais dans l’au-delà, lorsque chaque bonne action de l’être humain sera considérée comme précieuse, et que même l’aumône d’une seule datte ainsi qu’une bonne parole seront jugées comme un gain pour lui, cette relation élèvera le croyant à un rang extrêmement élevé. En vérité, au regard de tout ce que nous savons de l’importance de cette relation dans la révolution islamique, c’est là une chose tout à fait naturelle et évidente.

Ce jour-là, nul ne se souciera de personne d’autre. L’être humain s’enfuira loin de tout, abandonnant ses parents, ses frères et sœurs, son épouse, ses fils et ses filles. Il sera même prêt à les offrir en rançon pour se sauver de l’Enfer. Ce jour-là, tout le mystère de l’amitié sera dévoilé, et l’ami que l’on avait aimé et profondément enraciné dans son cœur et son esprit durant la vie d’ici-bas se transformera là-bas en ennemi. Mais l’amitié des véritables gens craignant Allah subsistera là-bas. Car, en ce jour, on saura avec exactitude, dans ce moment de crise, ce que ces amis se sont donné les uns aux autres dans la vie d’ici-bas et qui pourra leur être utile, et l’on en ressentira pleinement l’importance :

الا خلاء يومئذ بعضهم لبعض عدو الا المتقين ياعباد لا خوف عليكم اليوم ولا انتم تحزنون –

« Ce jour-là, les amis les uns des autres deviendront ennemis, à l’exception des gens pieux. Ô Mes serviteurs ! Aujourd’hui, vous n’avez rien à craindre et vous ne serez pas non plus affligés. » — (sourate Az-Zukhruf)

Ainsi, le destin de l’homme sera lié à celui de ceux avec lesquels il aura établi une relation d’amour. Même si ceux qui s’aiment pour Allah sont l’un en Orient et l’autre en Occident, le Seigneur des mondes, Allah Très-Haut, les réunira le Jour de la Résurrection et dira : “Celui pour lequel tu éprouvais de l’amour pour Moi, c’est précisément cet homme.” Le hadith est rapporté ainsi :

১) المرء مع من احبَّ

২) لو ان عبد ين تحابَّا فى الله عزَّ وجلَّ واحد فى المشرق واخر ى المغرب لجمع الله بينهما يوم القيامة يقول هذا الذى كنت تحبه فىَّ

১. « L’homme connaîtra le même destin que celui qu’il aime. » (Al-Bukhari, Muslim ; Ibn Mas‘ud, qu’Allah l’agrée.)

২. « Même si deux personnes qui s’aiment pour Allah se trouvent, l’une en Orient et l’autre en Occident, Allah, Seigneur des mondes, les réunira toutes deux le Jour de la Résurrection et leur dira : “Voici celui que tu aimais pour Moi.” » (Al-Bayhaqi ; Abu Hurayra, qu’Allah l’agrée.)

Ce jour-là, du feu jaillira sous les pieds des hommes ; au-dessus de leurs têtes se trouvera un nuage de feu, d’où tomberont des étincelles. À droite, à gauche, devant et derrière lui, seul le feu l’enveloppera, et il n’y aura qu’une seule ombre susceptible de lui offrir un refuge. Ce sera l’ombre du Trône divin. Ce jour-là, sept catégories de personnes trouveront place sous cette ombre. À leur sujet, le Messager d’Allah (ﷺ) a dit :

رجلان تحابَّا فى الله اجتمعا عليه وتفرق عليه –

« Parmi eux, il y aura deux hommes qui se sont aimés l’un l’autre pour Allah, se sont réunis pour Lui et se sont séparés pour Lui. »

Que la miséricorde d’Allah soit sur celui qui nous a transmis ce commandement de Sa part :

ان الله تعالى يقول يوم القيامة اين المتحابون فىَّ بجلا لى اليوم اظلهم فى ظلى يوم لا ظلَّ الا ظلِّى –

« Allah le Très-Haut dira le Jour de la Résurrection : “Où sont ceux qui s’aimaient les uns les autres pour Ma grandeur ? Aujourd’hui, Je leur accorderai refuge sous Mon ombre. Aujourd’hui, il n’y a d’ombre que la Mienne.” — (Muslim — Abû Hurayra, qu’Allah l’agrée)

Et pour ceux au sujet desquels Allah le Très-Haut a donné l’annonce suivante, quel immense honneur ce sera :

المتحابون بجلالى لهم منابر من نور يغيطهم النبيون والشهداء –

« Des chaires de lumière seront préparées dans l’au-delà pour ceux qui s’aiment les uns les autres pour Ma grandeur, et les prophètes et les martyrs les envieront. » — (At-Tirmidhî — Mu‘âdh ibn Jabal)

6. L’importance des relations mutuelles

Cette relation profonde, stable et empreinte d’affection, fondée sur une même foi en Allah, est si importante pour le mouvement islamique que toute altération de celle-ci a été considérée avec une très grande inquiétude. Les sévères avertissements concernant la rupture des relations mutuelles, la promesse faite au sujet de la réconciliation entre les uns et les autres et de la réconciliation entre eux, ainsi que tout ce qui a été dit au sujet de ceux qui corrompent ces relations, feront l’objet d’un exposé détaillé plus loin. Mais il faut retenir ici que le Prophète, que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui, a comparé l’altération des relations et le fait de nourrir de l’hostilité à une arme qui anéantit entièrement le dîn :

هى الحالقة لا اقول تحلق الشعر ولكن تحلق الدين – (احمد وترمذى- زبير)

On comprend ainsi combien l’influence de cette relation est vaste et profonde. Ceux qui s’attacheront à cette religion avec dévouement et sincérité verront jaillir continuellement de leur cœur des flots d’amour pour leurs compagnons. Cette relation leur sera si chère et prendra une telle valeur dans leur cœur qu’ils seront prêts à accepter tout autre sacrifice ; mais ils ne toléreront aucun tort qui lui serait porté.

Allah a compté cette relation d’amour réciproque et d’affection entre les membres de l’Islam parmi Ses plus grands bienfaits. Quant à la communauté islamique qui acquerra ce trésor inestimable, elle bénéficiera de Sa grâce et de Ses bénédictions particulières. Car cette relation est l’âme de la communauté islamique et le signe de sa vitalité. Elle crée pour ses membres un environnement dans lequel, en se soutenant mutuellement, ils continuent à déterminer l’itinéraire vers le droit chemin et s’efforcent constamment de se guider les uns les autres sur la voie du bien. Le très grand trésor d’unité, d’amour et de fraternité réciproques qu’Allah accorda à la première communauté islamique est mentionné dans la sourate Al-‘Imrân et qualifié de bienfait particulier de Sa part :

واذكروا نعمة الله عليكم اذ كنتم اعداء فالف بين قلوبكم فاصبحتم بنعمته اخوانًا –

« Et rappelez-vous le bienfait d’Allah lorsque vous étiez ennemis les uns des autres ; Il a alors uni vos cœurs, et par Sa grâce vous êtes devenus frères. » — (Al-‘Imrân, 103)

Puis, dans la sourate Al-Anfâl, il est dit en s’adressant au Noble Prophète ﷺ que, même en dépensant toutes les richesses de ce monde, il ne vous aurait pas été possible d’unir les cœurs des musulmans dans une relation d’amour, d’affection et de fraternité. Cela n’a été possible que par la puissance d’Allah ; Lui seul en était capable. Il a donné aux hommes une religion et leur a accordé la capacité de nourrir envers Lui foi et amour. Cette affection et cet amour en sont le résultat inévitable.

Deux : La nécessité du caractère moral et ses caractéristiques fondamentales

Pour établir et préserver le niveau qu’Islam a fixé dans les relations réciproques, Allah et Son Messager ﷺ ont également établi un ensemble de règles fondées sur les droits et la dignité réciproques. En suivant ces règles, il est aisément possible d’élever cette relation au niveau recherché par la religion islamique. Ces règles reposent sur quelques principes fondamentaux. Si l’homme les adopte et les suit dans sa vie morale, tout ce qui concerne ces droits et cette dignité continuera de se manifester comme la conséquence naturelle de ces qualités fondamentales. En d’autres termes, ces qualités ne cesseront d’inciter et d’exiger intérieurement de l’homme l’accomplissement de chaque devoir et l’acquisition de chaque dignité. Ainsi, il ne sera pas nécessaire, à chaque étape, de prodiguer des conseils ou des avertissements. Parmi ces qualités, la première et la plus importante est le souci du bien d’autrui.

1. Le souci du bien d’autrui

Dans le noble hadith, le terme « nasîha » (نصخت) a été employé pour exprimer le souhait du bien. Ce terme possède une signification extrêmement large. C’est pourquoi le Noble Prophète (sur lui la paix) a dit : الدين النصيحة (ثلاثا) « La religion consiste à souhaiter sincèrement le bien. » (Il a prononcé cette phrase trois fois de suite) — Muslim.

Ensuite, à titre d’explication plus détaillée, il est question de ceux envers lesquels il convient de souhaiter le bien. Les musulmans en général sont également mentionnés parmi eux. Ainsi, le Noble Prophète (sur lui la paix) reçut un jour de certains de ses Compagnons le serment de souhaiter le bien aux musulmans en général — la nasîha. Selon le sens lexical du terme, cela signifie qu’aucune altération ni aucun défaut ne doit subsister dans la relation. Autrement dit, nous pouvons définir cette qualité ainsi : l’homme doit être constamment animé par le souci du bien et du bonheur de son frère ; il doit être à chaque instant désireux de contribuer à son bien, s’efforcer de toutes ses forces de lui être utile et ne rien accepter qui puisse lui causer préjudice ou peine. Au contraire, il doit s’efforcer de l’aider de toutes les manières possibles, tant dans sa religion que dans les affaires de ce monde. Le véritable critère de ce souhait du bien est que l’homme aime pour son frère exactement ce qu’il aime pour lui-même. Car nul ne peut souhaiter son propre malheur. Au contraire, chacun s’efforce d’obtenir pour lui-même autant que possible profit, bien et prospérité. Lorsqu’il s’agit de ses propres droits, il ne peut accepter la moindre perte ; il ne se montre pas avare de son temps ni de son argent lorsqu’il s’agit de son intérêt ; il ne peut entendre parler de ce qui lui nuit et ne peut jamais tolérer sa propre humiliation ; au contraire, il désire bénéficier pour lui-même du plus grand nombre possible d’avantages et de facilités. Ainsi, souhaiter le bien signifie que ces qualités doivent être cultivées dans le caractère humain et que chacun doit aimer pour son frère exactement ce qu’il aime pour lui-même. C’est dans cette voie que sa conduite et son comportement continueront à se développer.

C’est précisément cette qualité morale du croyant que le Noble Messager (sur lui la paix) a présentée comme une condition indispensable de la foi :

والذى نفسى بيده لا يؤمن عبد حتى يحب لاخيه ما يحب لنفسه –

« Je le jure par Celui entre les mains duquel se trouve ma vie ! Aucun serviteur ne peut devenir croyant tant qu’il n’aime pas pour son frère ce qu’il aime pour lui-même. » (Bukhari et Muslim — Anas)

Il est ainsi question de six droits importants du musulman envers un autre musulman ; parmi eux, le souhait du bien est formulé de la manière suivante dans un hadith :

وينصح له اذا غاب او شهد –

C’est-à-dire : « Il souhaite le bien de son frère, que celui-ci soit présent ou absent. » (Siyâghî — Bukhari — Abû Hurayra, qu’Allah l’agrée.)

Il est dit dans un autre hadith que le musulman a six droits sur le musulman, dont l’un est le suivant :

ويحب له ما يخب لنفسه –

« Il aime pour lui-même ce qu’il aime pour son frère. » (Tirmidhi, Fabisî-‘Alî, qu’Allah l’agrée.)

En poursuivant notre lecture, nous verrons combien de droits et de dignité sont contenus dans cette qualité de bienveillance, qui s’imposent directement comme ses exigences inévitables.

2. Le sacrifice de soi (ايثار)

Lorsqu’un musulman ne se contente pas de souhaiter pour son frère ce qu’il souhaite pour lui-même, mais le préfère à lui-même, cette qualité est appelée ايثر ou sacrifice de soi. C’est la deuxième qualité fondamentale. ايثارLe mot اثر est dérivé de . Il signifie avancer ou donner la priorité. Autrement dit, le musulman donnera priorité au bien-être et au bonheur de son frère sur son propre bien-être et son propre bonheur. Il satisfera les besoins d’autrui en laissant ses propres besoins de côté. Il supportera lui-même la souffrance pour procurer du confort à autrui. Restant lui-même affamé, il rassasiera autrui. S’il doit le faire pour lui-même, il acceptera des choses contraires à sa nature et à son tempérament, mais il préservera autant que possible le cœur de son frère de toute situation désagréable.

Il s’agit en réalité d’une qualité morale élevée, que l’on ne peut attendre de tout le monde. Car aucun droit ni devoir n’a été établi sur cette base. Toutefois, elle exprime une grandeur morale infinie.

Ce sacrifice de soi devrait d’abord s’exercer dans le domaine des besoins essentiels, puis dans celui du confort et des agréments, et enfin dans celui de la nature et du tempérament. Ce dernier aspect est particulièrement important. Les êtres humains ont naturellement des tempéraments différents ; leurs aspirations et leurs besoins prennent donc des formes diverses. Dans ces conditions, si chacun reste inflexible face aux exigences de sa propre nature, la société humaine est vouée à se disloquer complètement. En revanche, s’il apprend à donner priorité aux goûts, aux préférences et aux inclinations d’autrui, des relations remarquablement harmonieuses et chaleureuses peuvent se développer.

Le degré supérieur de ce sacrifice de soi consiste à donner la priorité aux besoins de son frère sur ses propres besoins, tout en se trouvant soi-même dans la pauvreté, la gêne et la détresse. La vie des Compagnons du Messager d’Allah (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui) est remplie de récits de ce genre. Le Noble Coran a également loué cette qualité chez eux :

ويوثرون على انفسهم ولو كان بهم خصاصة –

« Ils donnent la priorité aux autres sur eux-mêmes, même s’ils sont eux-mêmes dans le besoin. » — (sourate al-Hachr, 9)

En vérité, la manière dont les Ansar ont accueilli leurs frères muhajirûn et leur ont fait une place parmi eux, malgré leur propre pauvreté et leur dénuement, constitue sans aucun doute un exemple idéal de sacrifice de soi. À propos de la circonstance de la révélation du verset précité, on rapporte un récit concernant le vénérable Abou Bakr Talha al-Ansari. Cet événement en fournit un exemple remarquable :

« Un jour, un homme affamé vint trouver le Noble Messager (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui). Il n’y avait alors aucune nourriture dans sa demeure. Il dit : “Qui accueillera cet homme comme hôte cette nuit ? Allah lui fera miséricorde.” Le vénérable Abou Talha emmena l’homme chez lui. Mais, une fois arrivé, il apprit de son épouse qu’il n’y avait dans la maison que de quoi rassasier l’hôte. Il dit : “Fais manger les enfants, puis éteins la lampe. Nous resterons tous deux sans manger toute la nuit. Toutefois, l’hôte pensera que nous mangeons également.” C’est ainsi qu’ils agirent. Le matin, lorsqu’il se présenta auprès du Messager d’Allah (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui), celui-ci lui dit : “Allah s’est grandement réjoui de ta bonne conduite”, puis il lui récita ce verset. » (Al-Boukhari et Mouslim)

Voilà un exemple de sacrifice de soi dans la pauvreté matérielle. Mais un événement encore plus remarquable eut lieu lors d’un jihâd ; on peut le considérer comme le sommet du sacrifice de soi. Voici ce qui s’est passé :

« Sur le champ de bataille, on apporta de l’eau à un homme blessé. À cet instant précis, on entendit tout près les plaintes d’un autre homme. Le premier dit : “Apporte-la d’abord à cet homme.” Lorsqu’on arriva auprès du deuxième homme, la même chose se reproduisit, et lui aussi, alors qu’il était à l’agonie, donna la priorité aux besoins de son compagnon. La même scène se répéta ainsi jusqu’au sixième homme, et chacun continua à donner la priorité aux besoins de l’autre plutôt qu’aux siens. Mais, lorsqu’on atteignit le sixième homme, on constata que la lampe de sa vie s’était déjà éteinte. Ainsi, en revenant vers le premier homme, on découvrit que tous avaient successivement rendu leur dernier souffle. »

Une autre signification du sacrifice de soi consiste à se contenter soi-même d’un objet de qualité relativement inférieure et à offrir à son compagnon l’objet de meilleure qualité. Un jour, le Messager d’Allah (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui) traversait une forêt. Il tailla deux bâtons de siwāk : l’un était droit et l’autre recourbé. Un Compagnon se trouvait avec lui. Il lui donna le bâton droit et garda le bâton recourbé pour lui-même. Le Compagnon dit : “Ô Messager d’Allah, celui-ci est meilleur et vous convient davantage.” Il répondit : “Si quelqu’un reste en compagnie d’une personne, ne serait-ce que pendant une heure, il lui sera demandé, le Jour de la Résurrection, s’il a veillé à respecter le droit de cette personne durant cette compagnie ou s’il l’a négligé.” (Kimiya-ye Sa‘adat) En vérité, cela indique que le sacrifice de soi fait également partie des droits de la compagnie.

3. Al-‘Adl (justice équitable)

Deux qualités fondamentales importantes du caractère sont l’‘Adl et l’Ihsan. Si le croyant suit ces deux qualités, non seulement aucune cause de rupture des relations ne pourra se dresser, mais les relations deviendront également extrêmement harmonieuses. C’est pourquoi Allah le Très-Haut a donné cet ordre au sujet de ces deux qualités :

ان الله يأمر بالعدل والاحسان –

« Allah le Très-Haut ordonne de rester fermement attaché à l’‘Adl et à l’Ihsan. » — (sourate An-Nahl, 9)

Il convient ici de prêter une attention particulière à cette formulation : « Allah ordonne ». La notion d’‘Adl renferme deux vérités fondamentales. Premièrement, il faut maintenir l’égalité et l’équilibre concernant les droits des gens. Deuxièmement, chacun a le droit d’exiger que les droits moraux, sociaux, culturels, politiques, économiques et relatifs à l’entraide de toute personne lui soient pleinement accordés avec une foi entière. Autrement dit, un musulman doit s’acquitter de tous les droits légitimes de son frère, agir conformément à la volonté de la Charia et se comporter selon ses prescriptions. En effet, toutes les règles et dispositions de l’‘Adl sont parfaitement et harmonieusement intégrées dans la Charia :

وانزلنا معهم الكتاب والميزان ليقوم الناس بالقسط –

« Et Nous avons envoyé avec eux les Écritures et la balance, afin que les gens établissent la justice. » — (Al-Hadîd, 25)

De même, la Charia exige que, lorsqu’on se venge d’un tort causé par quelqu’un, on ne lui inflige qu’un tort équivalent à celui qu’il a causé. Celui qui va au-delà de cette limite s’est opposé à l’‘Adl. Une explication détaillée et une compréhension complète de l’‘Adl sont exposées dans un hadith du noble Prophète (paix et bénédictions sur lui). Ce hadith mentionne neuf choses prescrites par Allah. L’une d’elles est la suivante :

كلمة العدل فى الغضب والرضاء –

« Que tu sois en état de colère ou de satisfaction, demeure attaché au principe de la justice en toute circonstance. »

En réalité, le signe fondamental d’un caractère accompli est que, quelle que soit la disposition intérieure de l’être humain, il ne s’écarte pas de la voie de la justice. Il doit posséder une telle force de caractère que, quelles que soient les mésententes ou les brouilles qui l’opposent à son frère, il ne permette pas à ses affaires, à sa conduite et à son comportement de s’écarter des normes de la Loi islamique. La chose qui vient après cette justice est l’ihsân. C’est un degré supplémentaire par rapport à la justice.

4. L’ihsân (la bonne conduite)

Dans les relations mutuelles, l’importance de l’ihsân est encore plus grande que celle de la justice. Si l’on peut appeler la justice le fondement des relations, l’ihsân en constitue la beauté et la perfection. Si la justice préserve les relations de l’aversion et de l’amertume, l’ihsân y fait naître la douceur et l’harmonie. En réalité, si chaque partie se contente de mesurer uniquement le niveau minimal de la relation, elle ne peut longtemps supporter de recevoir un peu moins que ce qui lui est dû et de donner un peu plus que ce qu’elle doit à l’autre. Une relation aussi simple n’entraînera peut-être pas de conflit ; mais elle sera privée des bienfaits de l’amour, du sacrifice de soi, de la moralité et de la bienveillance, qui apportent joie et douceur à la vie. Car ces bienfaits s’acquièrent par l’ihsân, c’est-à-dire la bonne conduite, la générosité dans les rapports, la compassion, la bienveillance, la bonne humeur, la tolérance, la courtoisie mutuelle, le sens de la politesse, le fait de donner à autrui plus que son dû et de se satisfaire soi-même de recevoir moins que son dû, ainsi que par toutes les qualités de cette nature.

La conception de l’ihsân rend également trois éléments complets et parfaitement clairs dans le hadith qui en réunit neuf :

ان اصل من قطعنى واعطى من حرمنى واعفو عمَّن ظلمنى –

« Celui qui rompra avec moi, je renouerai avec lui ; celui qui me privera de mon droit, je lui accorderai son droit, et celui qui me fera subir une injustice, je lui pardonnerai. » (sourate ar-Ra‘d, 22)

Autrement dit, cette qualité du caractère exige que l’homme ne rende pas seulement à son frère sa justice et sa vertu par une justice et une vertu plus grandes ; même lorsque celui-ci commet une injustice, il doit lui répondre par la justice.

ويدرون بالحسنة السيّئة –

« Ils repoussent l’injustice et le péché par la justice et la vertu. » (Sourate Al-Qasas, 54)

5. La rahma

Après ces quatre qualités, j’emploierai le mot « rahma » pour désigner la cinquième. Bien d’autres termes ont certes été employés à cet effet.

J’emploie le mot rahma parce qu’Allah Lui-même a choisi ce terme pour décrire les relations réciproques entre les musulmans. Cela indique précisément l’ampleur de sa signification :

محمد الرسول الله والذين معه أشداء على الكفار رحماء بينهم –

« Muhammad, le Messager d’Allah, et ses compagnons sont durs envers les mécréants et miséricordieux entre eux. » (Sourate Al-Fath, 29)

Pour comprendre simplement cette qualité, nous pouvons la désigner comme l’humilité et la douceur du cœur. Elle se manifeste dans le comportement de la personne par un amour profond, une affection sincère, de la compassion et une vive sollicitude envers son frère. Le simple fait d’imaginer lui causer la moindre peine ou la moindre blessure lui est douloureux. Cette qualité de miséricorde rend la personne aimée et attire vers elle les gens ordinaires. Le Coran l’a mentionnée comme l’une des qualités éminentes du Messager (s) et en a présenté plusieurs exemples dans le domaine de la da‘wa et de l’organisation.

لقد جاءكم رسول من انفسكم عزيز عليكم ما عنتُّم حريص عليكم بالمؤمنين رؤف رَّحيم –

« Certes, un Prophète issu de vous-mêmes est venu à vous. Ce que vous subissez lui pèse lourdement. Il est constamment soucieux de votre bien et, envers les croyants, il est très compatissant et miséricordieux. » (Sourate At-Tawba, 128)

Il est dit dans la sourate Âl ‘Imrân que, si votre cœur n’avait pas été doux, les gens ne se seraient jamais approchés de vous. Et cette douceur du cœur est une miséricorde d’Allah, exalté soit-Il.

فبما رحمة من الله لنت لهم ولو كنت فظا غليظ القلب لا نفضُّيوا حولك –

« C’est par la miséricorde d’Allah que vous avez été doux et bienveillant envers eux. Si vous aviez été de mauvaise humeur et au cœur dur, ils se seraient éloignés de vous. » (Âl ‘Imrân, 159)

L’amour et l’affection sont l’aboutissement spontané de la foi. Or l’amour et l’affection ne peuvent jamais coexister avec la dureté du cœur. Ainsi, lorsqu’un croyant devient aimant, il est naturellement doux de caractère. Sinon, il n’y a aucun bien dans sa foi. C’est à cette vérité que le noble Messager (s) a fait la lumière de la manière suivante :

المؤمن مالف ولا خير فيمن لا يألف ولا يولف – (احمد وبيهقى – ابو هريرة)

« Le mu’min est le symbole éclatant de l’amour et de l’affection. Celui qui n’aime personne et que personne n’aime ne possède aucun bien. » (Ahmad, Bayhaqi — d’après Abou Hourayra, qu’Allah l’agrée)

C’est pourquoi il a été dit :

من يحرم الرفق يحرم الخير –

« Celui qui est privé de douceur est également privé de tout bien. » (Mouslim)

Voici l’explication détaillée de cette parole :

من اعطى حظه من الرفق اعطى حظه من خير الدنيا والاخرة –

« Celui à qui a été accordée une part de douceur reçoit également sa part des bienfaits de ce monde et de l’au-delà. » (Sharh as-Sunna — d’après Aïcha, qu’Allah l’agrée)

Un jour, le Noble Prophète (paix et bénédictions d’Allah sur lui) mentionna l’un des trois hommes destinés au Paradis. Cet homme était extrêmement compatissant et plein de sympathie envers ses proches ainsi qu’envers les musulmans ordinaires.

رحيم رفيق القلب لكل ذى قرب وَّ مسلم – (مسلم )

En vérité, nul n’est plus malheureux que celui qui ne fait pas miséricorde aux habitants de ce monde. Car, dans l’au-delà, il sera privé de la miséricorde de Dieu. En revanche, pour celui qui fait miséricorde aux serviteurs d’Allah, la miséricorde d’Allah devient inévitable. C’est pourquoi Muhammad (S) a dit :

لا تنزع الرحمة الا من شقىٍّ –

« La miséricorde n’est retirée à personne, si ce n’est au malheureux. »

Il a également dit :

الرحيمون يرحمهم الرحمن – ارحم من فى الارض يرحمكم من فى السماء –

« Ceux qui font miséricorde, le Tout Miséricordieux leur fait miséricorde. Faites miséricorde aux habitants de la terre, afin que les habitants du ciel vous fassent miséricorde. » – (Abou Dâwoud, At-Tirmidhi – Ibn Omar (RA))

Cette miséricorde et cette douceur se manifestent sous deux aspects distincts : l’affection envers les plus jeunes et le respect envers les plus âgés. Ces deux choses sont mentionnées dans les termes suivants :

ليس منا من لم يرحم صغيرنا ولم يوقر كبيرنا –

« Celui qui ne fait pas preuve de compassion (affection) envers nos jeunes et ne témoigne pas de respect à nos aînés ne fait pas partie des nôtres. » (At-Tirmidhi – Ibn Abbâs, qu’Allah l’agrée)

Dans ses relations avec son frère, le musulman se montre doux de nature et s’efforce de toutes ses forces, par tous les moyens possibles, de réjouir son cœur, de ne pas lui causer de peine et de satisfaire chacune de ses demandes légitimes. Le Messager éminent (paix et bénédictions d’Allah sur lui) a expliqué cette question par l’exemple suivant :

المؤمنون هينون لينون كلجمل ان قيد انقاد وان أنيخ على صخرة استنا خ –

« Le croyant est patient et bienveillant comme ce chameau dont le nez est muni d’un anneau : lorsqu’on le tire, il se laisse tirer, et lorsqu’on le fait s’asseoir sur une pierre, il s’assied. » (At-Tirmidhi)

Le Noble Coran a décrit toute cette question de manière extrêmement concise :

اذلة على المؤمنين –

« Ils seront humbles et doux envers les croyants. » (Sourate Al-Mâ’idah, 5:54)

En réalité, c’est précisément la qualité de miséricorde qui insuffle une vie et une conscience nouvelles aux relations humaines, et qui en parachève la beauté et la perfection. Si une personne parvient une fois à comprendre la grandeur de cette miséricorde, il devient très difficile de convaincre son cœur de rompre la relation par laquelle elle a reçu ce bienfait.

6. Le pardon (عفوٌّ)

Le pardon signifie accorder son pardon. Toutefois, plusieurs notions distinctes sont incluses dans cette signification, telles que la maîtrise de la colère, la patience, la constance, la tolérance, etc. Mais comme ces qualités entretiennent avec elle un lien étroit, nous les incluons également dans cette notion. Lorsque deux personnes nouent une relation, il arrive naturellement que chacune fasse certaines choses désagréables, amères, pénibles et attristantes pour l’autre. Certaines suscitent la colère dans son cœur, tandis que d’autres lui donnent même le droit d’exercer des représailles légitimes. Mais dans de telles circonstances, une relation fondée sur l’amour exige que l’amour l’emporte, qu’elles s’abstiennent de représailles malgré leur capacité à se venger, et qu’elles suivent les principes du pardon et de la clémence. C’était un trait de caractère particulier du Messager vénéré. C’est pourquoi Allah Très-Haut l’a exhorté en de nombreux endroits :خذ العفو –

« Adopte le principe de la douceur et de la tolérance. » — (sourate Al-A‘râf, 199)

فاعف عنهم واستغفرلهم –

« Pardonne-leur et demande le pardon en leur faveur. » — (Al ‘Imrân, 159)

En enseignant aux musulmans les qualités de la piété, il a également été dit :

والكاظمين الغيظ والعافين عن الناس –

« Ceux qui maîtrisent leur colère et pardonnent aux gens. » — (Âl ‘Imrân, 134)

Lorsqu’une personne subit une souffrance ou qu’un préjudice lui est causé, c’est d’abord la colère qui cherche à envahir son esprit et son cœur. Et si la colère parvient à s’emparer de son cœur et de son intelligence, il ne peut plus être question de pardon : elle commet alors des actes si anormaux que tout espoir d’une relation saine et normale à l’avenir disparaît. C’est pourquoi chacun devrait avant tout réfléchir à la manière de contenir sa propre colère. Si une personne a la possibilité de réfléchir à cette relation avec sang-froid, même si elle ne suit pas ensuite le principe du pardon, elle ne dépassera au moins pas les limites de l’équité. Le Messager bien-aimé d’Allah (paix et bénédictions sur lui) a, à diverses reprises, mis en garde contre les méfaits de la colère et recommandé de la maîtriser. Il a dit :

ان الغضب ليقسد الايمان كما يفسد الصبر العسل –

« Certes, la colère détruit la foi de la même manière qu’un médicament toxique détruit le miel. » — (Bayhaqî — Ibn ‘Umar, qu’Allah l’agrée)

ما تجرع عبد افضل عند الله عز وجل من جرعة غيظ يكظمها ابتغاء وجه الله تعالى –

« Aux yeux d’Allah, aucun serviteur n’avale une gorgée meilleure que celle de colère qu’il ravale pour obtenir la satisfaction d’Allah. » — (Ahmad — Ibn ‘Umar, qu’Allah l’agrée)

De même, le Messager bien-aimé d’Allah (paix et bénédictions sur lui) a enseigné la patience et a dit que, plutôt que de rompre les relations, faire preuve de patience dans la souffrance et les difficultés et continuer à vivre en bonne entente constitue le meilleur comportement humain. Il a dit :

المسلم خالط الناس ويصبر على اذاهم افضل من الذى لا يخالطهم ولا يصبر على اذاهم –

« Le musulman qui vit en bonne entente avec les gens et endure patiemment les peines et les souffrances qu’ils lui infligent est meilleur que celui qui se tient à l’écart des relations avec eux et n’endure pas les peines et les souffrances. » (At-Tirmidhi, Ibn Majah — Ibn Omar, qu’Allah l’agrée)

Un jour, alors qu’il exhortait Abou Bakr Siddiq, qu’Allah l’agrée, il lui dit notamment :

عبدا ظلم بظلمة فيغضى عنها لله عز وجل الا امر الله بنصره –

« Si un serviteur est victime d’une injustice et garde le silence uniquement pour rechercher l’agrément d’Allah, Allah lui accorde un immense soutien. » (Al-Bayhaqi — Abou Hourayra, qu’Allah l’agrée)

Après la patience vient le fait de pardonner de bon cœur à son propre frère, bien que l’on ait la capacité de lui rendre la pareille et de se venger. Le Prophète, qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix, a dit : Le prophète Moïse, qu’Allah lui accorde la paix, demanda à Allah : « Lequel de Tes serviteurs T’est le plus cher ? » Allah Tout-Puissant répondit :

من اذا قدر عذر –

« Celui qui pardonne alors qu’il a le pouvoir de se venger. » (Al-Bayhaqi — Abou Hourayra, qu’Allah l’agrée)

De même, le Prophète, qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix, a adressé une grave mise en garde à celui qui n’accepte pas le pardon de son frère :

من اعتذر الى اخيه فلم يعتذره او لم يقبل عذره كان عليه مثل خطيئة صاحب مكسٍ –

« Celui qui demande pardon à son frère pour le tort qu’il lui a causé, mais que celui-ci ne le considère pas comme pardonné ou n’accepte pas ses excuses, porte un péché aussi grand que celui d’un percepteur de taxes illégal. » (Tirmidhi — Sahl ibn Mu‘adh)

Et celui qui pardonne à son frère malgré sa colère recevra la meilleure des récompenses dans l’au-delà. C’est pourquoi le noble Prophète (paix et bénédictions sur lui) a dit :

من كظم غليظا وهو يقدر على ان ينقذه دعاه الله على رئوس الخلائق يوم القيامة حتى يخيره فى اى الحور شاء –

« Celui qui, bien qu’ayant le pouvoir de satisfaire sa colère, la réprime, Allah l’appellera le Jour de la Résurrection devant toutes les créatures et lui donnera le choix de prendre la houri qu’il voudra. » (Tirmidhi — Sahl ibn Mu‘adh)

Ceux qui pardonneront dans la vie d’ici-bas, Allah le Très-Haut leur pardonnera leurs fautes et leurs manquements.

وليعفوا وليصفحوا الا تحبون ان يغفرالله لكم والله غفور رَّحيم –

« Ils devraient adopter une attitude de pardon et de clémence. N’aimez-vous pas qu’Allah vous pardonne ? En vérité, Allah est Celui qui pardonne et qui fait miséricorde. » (sourate An-Nur, 22)

Certes, il est permis de répondre à une injustice par une injustice équivalente, mais la récompense de celui qui pardonne est auprès d’Allah.وجزاؤ اسيّئة سيّئة مّثلها – فمن عفا واصلح فاجره على الله انه لا يحب الظالمين –

« La rétribution d’une injustice est une injustice équivalente. Mais celui qui pardonne et se réconcilie, sa récompense incombe à Allah ; certes, Il n’aime pas les injustes. » (Sourate Ach-Chourâ, 40)

Acquérir cette qualité qu’est le pardon n’est pas une chose facile. C’est un acte d’un grand courage.

ولمن صبر وغفر ان ذالك من عزم الامور-

« Celui qui fait preuve de patience et pardonne accomplit certes un acte d’un immense courage. » (Sourate Ach-Chourâ, 43)

Mais c’est précisément cette qualité qui confère aux relations une grande noblesse et une grande pureté. C’est pourquoi elle constitue une qualité extrêmement importante.

Je considère qu’il est nécessaire de mentionner encore deux qualités à ce propos. La première est la confiance ou la fiabilité réciproque, et la seconde est la conscience de la valeur.

7. La confiance

Dans la notion globale de confiance se trouve également le mot « amitié », que le Coran a employé pour définir les relations réciproques entre les musulmans. En réalité, est appelé ami celui qui est entièrement digne de confiance et auprès de qui l’on peut révéler tous ses secrets en toute tranquillité. Or, la fraternité exige précisément que l’on s’en remette à son compagnon et qu’on l’associe constamment à toutes les affaires de la vie.

8. Prise de conscience de la valeur

Le but de ce dernier élément est que l’homme soit suffisamment conscient de l’importance et de la dignité de cette relation pour pouvoir en apprécier la véritable valeur. Cela ne sera possible que lorsqu’il n’acceptera en aucune manière de rompre cette relation.

Troisièmement : les moyens de préserver la relation de toute dénaturation

À la lumière de ces principes fondamentaux et de ces qualités, Allah et Son Messager (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui) nous ont accordé de vastes orientations afin d’élever la relation au degré souhaité. Certaines de ces orientations sont négatives : elles protègent la relation contre les dommages. D’autres sont positives : elles lui procurent davantage de stabilité et d’affection.

La toute première et principale chose interdite est l’ingérence dans les droits d’autrui.

1. L’ingérence dans les droits d’autrui

Dans ce monde, chaque être humain possède certains droits. Ces droits concernent aussi bien les biens qu’il utilise que les personnes qui lui sont liées. Il incombe au musulman de veiller scrupuleusement à ne pas se rendre coupable de la violation d’un seul des deux types de droits de son frère. De même qu’il ne lui ravira pas les droits de son frère concernant ses biens, sa fortune ou ses intérêts matériels, il ne s’abstiendra pas davantage de s’acquitter envers lui des devoirs qui lui incombent à l’égard de sa vie, de ses biens, de son honneur et de sa dignité, ainsi que de sa religion. Le Coran a exposé en détail l’ensemble de ces droits. En matière d’héritage, de mariage, de divorce et dans chacune des autres questions, Allah a fixé Ses limites et fermé la voie à toute ingérence dans celles-ci. Les détails relatifs à ces questions sont mentionnés très clairement dans les hadiths. En outre, dans tous les passages où les règles qui s’y rapportent sont exposées, des exhortations extrêmement fermes sont adressées au sujet des droits et de la crainte révérencielle d’Allah, et l’on y met en garde contre les funestes conséquences du dépassement des limites établies.

تلك حدود الله فلا تعتدوها ومن يعتدَّ حدود الله فاولـــئك هم الظالمون –

« Telles sont les limites fixées par Allah ; ne les transgressez donc pas. Celui qui transgresse les limites d’Allah, voilà les injustes. » (Sourate Al-Baqara, 229)

تلك حدود الله ومن يطع الله ورسوله يدخله جنات تجرى من تحتها الانهار خالدين فيها وذالك الفوز العظيم- ومن يعص الله ورسوله ويعتدَّ حدوده يدخله نارا خالدا فيها وله عذاب مُّهين –

« Telles sont les limites fixées par Allah. Celui qui obéit à Allah et à Son Messager, Il le fera entrer dans des jardins sous lesquels coulent des ruisseaux, où il demeurera éternellement. Voilà le plus grand succès. Et celui qui désobéit à Allah et à Son Messager et transgresse les limites fixées par Allah, Il le fera entrer dans le feu de l’Enfer, où il demeurera éternellement, et il aura un châtiment avilissant. » (Sourate An-Nisâ’, 13-14)

Le Noble Prophète (paix et salut sur lui) a exposé cette parole aux musulmans en ces termes :

من اقتع حق امرء مسلم بيمينه فقد اوجب الله له النار وحرَّم عليه الجنة –

« Celui qui, en prêtant serment, porte atteinte au droit d’un musulman, Allah lui a assurément rendu obligatoire l’Enfer et lui a interdit le Paradis.

Quelqu’un parmi les Compagnons demanda :

وان كان شيئا يسيرا يا رسول الله ! فقال ان كان قضيبا من اراك –

« Et si c’était une chose insignifiante ? Le Prophète (sallallahu alayhi wa sallam) répondit : Oui, même s’il s’agissait d’une branche inutile et ordinaire d’un arbre de pilou. »

Un jour, en expliquant cette parole d’une manière particulièrement agréable, le Messager (sallallahu alayhi wa sallam) demanda aux Compagnons :

أتدرون المفلس؟ قالوا المفلس فينا من لا درهم له ولا متاع فقال ان المفلس فى امتى من يأتى يوم القيامة بصلوة وصيام وزكوة وياتى قد شتم هذا وقذف هذا واكل مال هذا وسفك دم هذا وضرب هذا فيعطى هذا من حسناته وهذا من حسناته فان فنيت حسناته قبل ان يقضى ما عليه اخذ من خطاياهم فطرحت عليه ثم طرح فى النار –

« Savez-vous qui est le pauvre ? Les Compagnons répondirent, au sens commun du terme : Le pauvre est celui qui ne possède ni biens ni richesses. Le Messager (sallallahu alayhi wa sallam) dit : Le véritable pauvre de ma communauté est celui qui, le Jour de la Résurrection, viendra avec des œuvres telles que la prière, le jeûne et la zakat, mais qui apportera également les œuvres consistant à insulter, calomnier quelqu’un, s’approprier les biens d’autrui, verser le sang de quelqu’un et frapper quelqu’un. Alors, une partie de ses bonnes actions sera donnée à une première victime d’injustice. Puis ses bonnes actions seront données à une deuxième victime d’injustice. Ainsi, si ses bonnes actions s’épuisent avant le jugement final, les péchés des ayants droit seront pris et mis à sa charge, puis il sera jeté en Enfer. » (Muslim — Abû Hurayra, qu’Allah l’agrée)

Dans la vie terrestre, la protection complète des droits est nécessaire pour préserver les relations de toute corruption et échapper au châtiment de l’au-delà. C’est pourquoi le noble Messager (sallallahu alayhi wa sallam) a particulièrement recommandé, avant sa mort, de demander à ses frères musulmans de lui pardonner ses fautes.

Le fondement principal de la protection des droits est que la vie, les biens et l’honneur des musulmans soient à l’abri de la main et de la langue de leur frère. Le noble Messager (sallallahu alayhi wa sallam) a même inclus cette qualité parmi les qualités indispensables. Il a dit :

المسلم من سلم المسلمون من لسانه ويده –

« Le musulman est celui dont la langue et la main ne portent atteinte à aucun musulman. » (Al-Bukhari et Muslim — Abdallah ibn Umar, qu’Allah l’agrée)

2. La sécurité du corps et de la vie

Pour chaque musulman, ce qu’il a de plus cher et de plus précieux, ce sont son corps et sa vie. Celui qui se comporterait injustement à cet égard ne pourrait jamais le considérer comme son frère. C’est pourquoi il a été strictement interdit aux musulmans de verser injustement le sang :

ومن يقتل مؤمنا متعمدا فجزائه جهنم خالدا فيها وغضب الله عليه ولعنه واعدله عذابا عظيما –

« Quiconque tue intentionnellement un croyant aura pour rétribution l’Enfer, où il demeurera éternellement. Allah a déchaîné Sa colère contre lui, l’a maudit et lui a préparé le plus terrible des châtiments. » (Sourate An-Nisâ’, 93)

Lors du pèlerinage d’Adieu, le Messager d’Allah (paix et bénédiction sur lui) déclara, dans un langage des plus éloquents, que la vie, les biens et l’honneur des musulmans les uns à l’égard des autres étaient inviolables, puis il dit : « Prenez garde : après moi, ne redevenez pas mécréants et ne commencez pas à vous trancher la gorge les uns aux autres. »

Ainsi, il dit un jour :

سباب المسلم فسوق وقتاله كفرً-

« Insulter un musulman est une perversité, et le combattre relève de la mécréance. » (Boukhari et Mouslim)

L’usage abusif de la bouche, plus encore que celui de la main, rend les relations mutuelles extrêmement fragiles. Il ne cesse de provoquer des troubles de multiples façons. Or chacun de ces troubles est si complexe qu’il est extrêmement difficile de les dissiper. C’est pourquoi il est d’autant plus nécessaire de faire obstacle à cette catégorie de troubles. Ainsi, Allah et Son Messager (s.a.s.) ont non seulement formulé de très nombreuses mises en garde concernant l’usage de la parole dans les relations, mais ont également identifié chacune des causes de déformation et de détérioration au sein des relations et indiqué les moyens de les prévenir.

Le Coran dit aux musulmans :

ما يلفظ من قول الا لديه رقيب عتيد –

« Il ne prononce aucune parole sans qu’auprès de lui se trouve un observateur. » (Sourate Qaf, 18)

Un jour, après avoir adressé plusieurs conseils au noble Messager, le Prophète (s.a.s.) saisit sa propre langue et dit :كف عليك هذا Votre devoir est de la retenir. Il demanda : Ô Messager d’Allah (s.a.s.) ! Serons-nous également interrogés au sujet de tout ce que nous disons ? Il répondit :

هل يكبَّ الناس على وجوههم الا حصائد ألسنتهم –

« Qu’est-ce qui précipitera les gens dans le feu de l’Enfer, si ce n’est le produit de leur langue (c’est-à-dire la parole) ? » (Tirmidhi — Mu‘adh ibn Jabal)

Sufyan ibn Abdallah demanda : « De quoi dois-je avoir le plus peur en ce qui me concerne ? » Le Messager (S.) saisit sa propre langue et dit : « De celle-ci. »

3. Paroles blessantes et insultes

Insulter un frère en sa présence, lui parler durement et se moquer de lui sont totalement illicites. L’appeler de la même manière par des noms déformants relève également de cette interdiction. À ce sujet, le Coran dit :

ولا تنابزوا بالالقاب بئس الاسم الفسوق بعد الايمان –

« Ne vous diffamez pas les uns les autres par des sobriquets déformants ; après la foi, donner des noms déformants est une perversité. » (sourate al-Hujurât, 11)

De même, le Messager (S.) a dit :

لا يدخل الجنة الجواط الجعظرى –

« Aucun homme grossier et de mauvaise nature n’entrera au Paradis. » (Abû Dâwûd, al-Bayhaqî — Hârith ibn Wahb)

ان ابغضكم الى وابغضكم منى عبسا يوم القيامة الثارثرون المتشدقون المتفيهقون –

« Le Jour de la Résurrection, ceux qui seront à mes yeux les plus maudits et les plus éloignés de moi seront les bavards, les grossiers, ceux qui prétendent faussement détenir le savoir et les arrogants. » (At-Tirmidhi – Jâbir, qu’Allah l’agrée)

ليس المؤمن بالطّعّان ولا بالَّعان ولا الفاحش ولا البذى –

« Le croyant n’est ni moqueur, ni celui qui maudit, ni grossier, ni bavard. » (At-Tirmidhi – Ibn Mas‘ûd, qu’Allah l’agrée)

En bref, le croyant ne portera en aucune manière atteinte à l’honneur et à la dignité de son frère en sa présence.

4. La médisance

Une autre fitna est la médisance. Elle est encore plus grave que la précédente, car dans ce cas, au lieu de critiquer son frère devant lui, on le fait derrière son dos. C’est pourquoi le Coran a comparé la médisance au fait de manger la chair de son frère mort :

لا يغتب بعضكم بعضا – أيحب أحدكم أن يأكل لحم اخيه ميتا فكرهتموه –

« Ne médisez pas les uns des autres. L’un de vous aimerait-il manger la chair de son frère mort ? Vous éprouveriez certainement de l’aversion pour cela. » (Sourate Al-Hujurât, 12)

Un jour, alors qu’il définissait la médisance, le Noble Messager d’Allah (paix et salut sur lui) demanda aux Compagnons : « Savez-vous ce qu’est la médisance ? »

Les Compagnons répondirent : « Allah et Son Messager savent mieux. » Il dit :

ذكرك اخاك بما يكره فقيل ارايت ان كان فى اخى ما اقول قال ان كان فيه ما تقول فقد اغتبته وان لم يكن فيه ما تقول فقد بهته –

« La médisance consiste à parler de ton frère d’une manière qu’il n’apprécierait pas. On demanda : “Et si le défaut mentionné existe réellement chez mon frère ?” Le Messager (paix et salut sur lui) répondit : “Si vous mentionnez un défaut qui existe effectivement chez lui, vous avez alors médit de lui. Et s’il n’existe pas chez lui, vous avez porté contre lui une calomnie.” » (Muslim — Abû Hurayra, qu’Allah l’agrée)

En vérité, le respect et l’honneur dus à un frère musulman exigent que son frère ne le calomnie pas en son absence.

5. Le colportage de médisances

Une forme de médisance est le colportage de médisances. En le condamnant, le Coran dit :

همَّازٍ مَّشّاء بنميم –

« Ceux qui se moquent des gens et colportent des propos. » (sourate Al-Qalam, 11)

Hazrat Houdhayfa (qu’Allah l’agrée) dit :

« J’ai entendu le Messager d’Allah (paix et bénédictions d’Allah sur lui) dire : le colporteur de propos n’entrera pas au Paradis. »

Le Noble Messager (paix et bénédictions d’Allah sur lui) adressa particulièrement cette exhortation à ses compagnons :

لا يبلغنى احد من اصابى شيئا فانى احبَّ ان اخرج اليكم وانا سليم الصدر –

« Qu’aucune personne ne me rapporte de mauvaises paroles au sujet d’une autre, car lorsque je viens auprès de vous, j’aime avoir le cœur pur envers chacun d’entre vous. » (Abû Dâwûd — Ibn Mas‘ûd, qu’Allah l’agrée)

La médisance et la colportage de propos incluent, outre la langue, les méfaits commis au moyen des mains, des pieds et des yeux.

6. Humilier

L’une des formes les plus graves de cette mauvaise conduite, qui engendre dans l’esprit humain haine et inimitié, consiste à faire honte à son propre frère, en sa présence ou devant d’autres personnes, pour ses défauts et ses fautes, et à l’humilier ainsi. Un tel comportement lui brise le cœur, car aucun être humain ne peut supporter une telle humiliation.

Il est dit dans le Coran :

ولا تلمزوا انفسكم –

« Ne faites pas de reproches à votre propre frère. » (sourate Al-Hujurât, 11)

Dans un hadith, le noble Messager (s.a.s.) a dit : Celui qui fait honte à son frère pour un péché ne mourra pas avant d’avoir lui-même commis ce péché.

من غيَّر اخاه بذنب لم يمت حتى يعمله –

Dans un hadith rapporté par Hadrat Ibn Omar (r.a.), Hadrat (s.a.s.) a mentionné certains devoirs des musulmans. Il y a dit : « Ne faites pas d’eux la cible d’un défaut ou d’un péché, et ne les humiliez ni ne les déshonorez pas. » (Tirmidhi)

7. La recherche des défauts

Avant d’humilier quelqu’un en lui reprochant ses fautes, il existe encore une autre mauvaise action : rechercher et traquer les défauts de son frère. En effet, celui dont on scrute les défauts se sent décontenancé, et celui dont les fautes et les manquements sont révélés finit lui aussi par nourrir une mauvaise opinion. Puisque la recherche des défauts ne s’appuie sur aucune méthode d’investigation fiable, elle conduit généralement à dépendre de méthodes douteuses et augmente fortement le risque de commettre le grave péché consistant à avoir une mauvaise opinion de son frère, c’est-à-dire à nourrir des soupçons à son égard. C’est pourquoi, après avoir interdit les mauvaises opinions, le Coran dit aux musulmans :

ولا تجسَّسوا

« Et ne recherchez pas les défauts. » (Sourate al-Hujurât, 12)

Le Noble Prophète (paix et salut sur lui) a également dit à ce sujet :

ولا تتَّبعوا عوراتهم فانه من يتَّبع عورة اخيه المسلم يتَّبع الله عورته ومن يتَّبع الله عورته يفضحه ولو فى جوف رحله –

« Ne recherchez pas les défauts des musulmans. Car celui qui s’emploie à rechercher les défauts cachés et les péchés de son frère musulman, Allah s’emploie à dévoiler ses défauts cachés. Et celui dont Allah entreprend de révéler les défauts, Il l’humilie inévitablement, même s’il se cache au sein de sa propre maison. » (Tirmidhî — ‘Abdullah ibn ‘Umar, qu’Allah l’agrée)

8. La moquerie

Parmi les méfaits de la langue, il en est un autre, très grave — qui sépare un frère d’un autre frère — : c’est la moquerie ou la raillerie. Il s’agit de se moquer de son propre frère d’une manière qui comporte une intention de l’humilier ; en réalité, dans la plupart des cas, la moquerie est le résultat du désir d’humilier autrui et de se considérer comme supérieur. C’est pourquoi le Coran a lancé à ce sujet l’avertissement suivant :

يايُّها الذين امنوا لا يسخر قوم من قوم عسى ان يَّكونوا خيرًا منهم ولا نساء من نساءٍ عسى ان يّكنًّ خيرًا منهنَّ-

« Ô vous qui croyez ! Qu’un peuple ne se moque pas d’un autre peuple : celui-ci pourrait être meilleur que lui. Et que des femmes ne se moquent pas d’autres femmes : celles-ci pourraient être meilleures qu’elles. » (Sourate Al-Hujurât, 11)

Le Messager bien-aimé d’Allah (paix sur lui) a décrit comme suit les conséquences terribles, dans l’au-delà, pour celui qui se moque de l’un de ses frères musulmans :

انَّ المستهزئين بالناس يفتح لاحدهم فى الاخرة باب من الجنة فيقال له هلمَّ فيجئُّ بكربه وغمِّه فاذا جاءه اغلق دونه ثم يفتح له باب اخر فيقال له هلمَّ فيجئُّ بكربه وغمِّه فاذا جاءه اغلق دونه فما يزال كذالك حتى انَّ احدهم ليفتح له الباب من ابواب الجنة فيقال له هلمَّ فما يأتيه من الياس-

« Le Jour de la Résurrection, une porte du Paradis sera ouverte pour celui qui se moquait des gens. On lui dira : “Entrez.” Il s’en approchera péniblement, mais dès qu’il atteindra la porte, celle-ci sera fermée devant lui. Puis une deuxième porte sera ouverte et on lui dira : “Venez, entrez.” Il s’en approchera de nouveau péniblement ; dès qu’il sera tout près, la porte sera aussitôt fermée. Cet événement se poursuivra ainsi, encore et encore. Finalement, une porte du Paradis sera ouverte pour lui et on lui dira : “Venez.” Mais alors, par désespoir, il n’osera ni s’en approcher ni entrer au Paradis. » (Al-Bayhaqî)

Une forme de moquerie consiste à railler les défauts d’autrui. Un jour, lorsque Aïcha (qu’Allah l’agrée) se moqua de quelqu’un, le Messager (paix sur lui) manifesta une vive désapprobation et dit :

ما احب انى حكيت احدا وانَّ لى كذا وكذا –

« Je n’aime pas que l’on se moque de quelqu’un, même si l’on devait me donner en échange telle et telle chose (c’est-à-dire n’importe quel bienfait mondain). (Tirmidhi — Aïcha, qu’Allah l’agrée)

9. Mépriser

La chose qui reste enfouie dans le cœur et qui se manifeste extérieurement par les insultes, l’humiliation, la médisance, la délation et la moquerie, c’est le fait de considérer son propre frère comme inférieur à soi-même. En vérité, ce n’est qu’après avoir développé un tel sentiment de supériorité que l’être humain ose adopter ce genre de comportement envers son frère. Sinon, celui qui considère son propre frère comme meilleur que lui ne pourrait jamais agir de la sorte. C’est pourquoi, lorsqu’Allah le Très-Haut a interdit la moquerie, le Coran a indiqué que si l’homme réfléchissait et se disait que son frère pouvait être meilleur que lui, il ne se moquerait jamais de lui.

عسى ان يَّكونوا خيرًا مِّنهم –

« Il se peut qu’il soit meilleur que celui qui se moque. » (Sourate Al-Hujurat — 11)

Quelqu’un parmi les Compagnons demanda si l’on pouvait jamais, avec l’iman et la taqwa, mépriser un frère croyant et musulman ou avoir de lui une opinion vile et méprisable. En effet, le critère de la dignité et de l’honneur de chaque personne est la taqwa, et son véritable jugement aura lieu dans l’au-delà, auprès d’Allah. Ainsi, mépriser dans ce monde son propre frère musulman signifie que cette personne n’a pas encore compris la véritable valeur de l’iman. Un jour, dans un hadith d’une grande portée, le Noble Messager (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui) qualifia la taqwa de chose du cœur et dit :

يحسب امرء مِّن الَِّشرِّ ان يُّحقر اخاه المسلم –

« Il suffit à une personne, pour être pécheresse, de considérer son frère musulman comme vil. » (Muslim — Abu Hurayra, qu’Allah l’agrée)

Dans une autre narration, le Messager (s) dit ainsi :

ولا يخذ له ولا يحقره –

« Qu’aucun musulman n’humilie ni ne méprise un autre musulman. »

Un jour, le Messager (s) dit que celui qui aura dans son cœur ne serait-ce que le poids d’un atome d’orgueilتعدne pourra pas entrer au Paradis. Puis, en réponse à la question d’un homme, il expliqua l’orgueil en disant :

يطر الحقِّ وغمط النَّاس –

« L’orgueil consiste à rejeter la vérité et à considérer les gens comme inférieurs. » (Muslim — Ibn Mas‘ûd, qu’Allah l’agrée)

Dans un hadith, Abû Hurayra (qu’Allah l’agrée) mentionne trois causes de salut et trois causes de perdition, puis dit :

اعجاب المرء بنفسه وهى اشدُّ هُنَّ –

« Une chose destructrice consiste à se considérer soi-même comme vénérable et supérieur à tous ; c’est là la pire des habitudes. » (Al-Bayhaqi – Abu Hurayra, qu’Allah l’agrée)

Dans la société et l’environnement actuels, les membres du mouvement islamique devraient s’exercer à cet égard non seulement dans leurs relations avec leurs amis et collègues, mais aussi dans leur comportement envers les musulmans en général.

10. Les conjectures néfastes

La maladie des conjectures est une maladie grave. Elle ronge les relations réciproques et les vide de leur substance. Dans son sens courant, une conjecture désigne une idée qui ne repose sur aucune preuve claire ni connaissance directe. Et lorsque cette idée est de nature néfaste, on l’appelle alors suspicion. Si un musulman commence à suspecter son frère sans aucune connaissance directe à son sujet, l’amour et l’affection sont contraints de disparaître. C’est pourquoi le Coran dit à ce propos :

يايها الذين امنوا اجتـنبوا كثيرًا من الظَّنِّ انَّ بعض الظَّنِّ اثم –

« Ô vous qui croyez ! Évitez de nombreuses conjectures ; certaines conjectures sont assurément des péchés. » (Sourate Al-Hujurat, 12)

Le Messager (paix et bénédictions de Dieu sur lui) dit à ses compagnons dans les termes suivants :

ايّاكم والظّنِّ فانَّ الظَّنَّ اكذب الحديث –

« Évitez les conjectures, car la conjecture est la pire des paroles mensongères. » (Al-Boukhari et Muslim — Abou Hourayra, qu’Allah l’agrée.)

Le meilleur moyen de se préserver des conjectures et des soupçons consiste à ne nourrir aucune mauvaise opinion à l’égard de l’intention de son frère et à ne faire aucun commentaire malveillant à son sujet. En effet, l’intention est une chose dont il est impossible d’acquérir une connaissance claire ou directe. À son propos, il faut toujours se fier aux conjectures. Si l’on garde à l’esprit quelques autres considérations à ce sujet, il sera facile de remédier à cette maladie.

Premièrement, tout musulman a le devoir de ne nourrir ni conjecture ni soupçon à l’égard de son propre frère ; de même, il lui incombe de ne pas donner aux autres l’occasion de nourrir des soupçons à son propre égard. Il faut donc éviter autant que possible toute chose susceptible de faire naître des soupçons. Il ne faut en aucune circonstance exposer autrui à la fitna ; le Noble Prophète lui-même en a donné l’exemple. Un jour, il était en retraite spirituelle (i‘tikâf). La nuit, l’une de ses épouses vint lui rendre visite. Sur le chemin du retour, il l’accompagna. Par hasard, il rencontra deux Ansar. En le voyant avec une femme, ils estimèrent que leur présence était inopportune et se mirent à repartir. Aussitôt, il les appela et leur dit : « Écoutez, voici telle de mes épouses. » Les deux Ansar dirent : « Ô Messager d’Allah ! Si nous devions nourrir des soupçons envers quelqu’un, les nourririons-nous envers vous ? » Il dit : « Satan circule dans l’être humain comme le sang. »

Deuxièmement, si, malgré les efforts déployés pour l’éviter, un soupçon venait à naître, il ne faut pas le garder enfoui dans son esprit. Car dissimuler un soupçon en soi s’apparente à une trahison. Il faut plutôt aller immédiatement en parler à son frère, afin qu’il puisse le dissiper. En revanche, celui à l’égard duquel un soupçon a été exprimé ne doit pas rester silencieux ; il doit aussitôt le réfuter. Sinon, une grande part de ce péché pourrait également retomber sur lui.

11. La calomnie

Le fait de considérer sciemment son propre frère comme coupable ou de lui attribuer un péché qu’il n’a pas commis est appelé calomnie. C’est manifestement une forme de mensonge et de trahison. Une forme encore plus vile de cette calomnie consiste à faire porter à autrui le poids de son propre péché. À ce sujet, le Coran dit :

ومن يكسب خطيئة او اثما ثمَّ يرم به بريئًا فقد احتمل بهتانا وَّاثمًا مُّبينا –

« Celui qui commet un péché ou une désobéissance, puis en accuse un innocent, se charge lui-même d’une immense perte et d’un péché manifeste. » (Sourate An-Nisâ’, 112)

C’est ainsi qu’il est dit au sujet de calomnier faussement les musulmans :

والذين يؤذون المؤمنين والمؤمنات بغير ما اكتسبوا فقد احتملوا بهتانا وَّاثما مُّبينا –

« Ceux qui offensent les hommes musulmans et les femmes musulmanes en leur imputant de fausses accusations se chargent sur leur propre tête d’un buhtân et d’un péché manifeste. » (Sourate Al-Ahzâb, 58)

En vérité, quelle place un tel comportement peut-il avoir dans une relation fondée sur l’amour ?

12. Causer du tort

Ce terme aussi a une portée très large. Toutefois, il signifie ici que tout musulman doit veiller à ne causer aucun tort à son frère. Ce tort peut être physique comme psychologique. À ce sujet, le Messager d’Allah (ﷺ) a déclaré en des termes très sévères :

ملعون من ضارُّمؤمنا او مكربه-

« Celui qui cause du tort à un croyant ou trompe quelqu’un est maudit. » (At-Tirmidhî, Abû Bakr as-Siddîq, qu’Allah l’agrée)

« Celui qui nuira à un musulman, Allah lui nuira. Et celui qui fera souffrir un musulman, Allah le fera souffrir. (Ibn Mâjah, Tirmidhî)

13. Peiner autrui

Pour un musulman, causer de la peine au cœur de son frère est assurément une chose indésirable. Il ne faut absolument pas tolérer un tel acte. Le cœur d’un frère peut être peiné par un autre frère pour plusieurs raisons. Outre les grandes causes liées à ce sujet, l’humeur et la manière de s’exprimer dans les détails de la vie peuvent également être une cause de peine. Le principe à retenir à cet égard est que tout musulman doit s’efforcer de ne pas peiner le cœur de son frère ni blesser ses sentiments.

C’est également le fondement d’un péché aussi grave que la médisance. La définition de la médisance est donc de parler de quelqu’un d’une manière qui ne lui plairait pas ou qui pourrait lui causer de la peine.

Le noble Messager (sur lui la paix) a dit : « Lorsque trois personnes sont réunies, que deux d’entre elles ne se parlent pas à voix basse. Toutefois, si un grand nombre de personnes sont réunies, cela est permis. » La raison donnée à cette règle est la suivante :

من اجل ان يَّحزنه –

« De peur qu’il ne tombe dans l’inquiétude. » (Muslim — Abû Abdallah Ibn Mas‘ûd)

En examinant ces règles et prescriptions établies par l’islam, on comprend que le principe fondamental qui les sous-tend est de ne pas peiner le cœur d’un frère musulman. Causer de la peine à un musulman est également une grave injustice du point de vue religieux. C’est pourquoi le noble Messager (sur lui la paix) a dit :

من اذى مسلما فقد اذى الله –

« Celui qui a fait du tort à un musulman a fait du tort à Allah Lui-même. » (Tirmidhi — Anas, qu’Allah l’agrée)

En revanche, lorsqu’un acte est accompli dans le but de réjouir quelqu’un, une bonne nouvelle est annoncée à ce sujet :

من قضى لاحد من امَّتى حاجَّة يُّريد ان يُّسرَّه بها فقد سرَّنى ومن سرَّنى فقد سرَّالله ومن سرّالله ادخله الله الجنة –

« Celui qui, afin de réjouir l’un des membres de ma communauté, satisfait son besoin, m’a réjoui. Celui qui m’a réjoui a réjoui Allah Lui-même. Et celui qui a réjoui Allah, Allah le fera entrer au Paradis. » (Bayhaqi — Anas, qu’Allah l’agrée)

Il convient également de se rappeler cette parole du noble Messager d’Allah (paix et bénédictions sur lui) : « Le croyant est le symbole éclatant de l’amour et de l’affection. Celui qui n’éprouve d’amour pour personne et envers qui personne ne ressent d’amour ne possède aucun bien en lui. »

La peine causée au cœur résulte généralement du fait de taquiner quelqu’un par des plaisanteries. C’est-à-dire plaisanter d’une manière qui met l’autre personne mal à l’aise et lui cause de la peine.

Un jour, les Compagnons voyageaient avec le Messager d’Allah (paix et bénédictions sur lui). Alors que la caravane passait la nuit en un endroit sur le chemin, un homme prit la corde de l’un de ses compagnons qui dormait et le mit ainsi dans l’embarras. Lorsqu’il l’apprit, le noble Messager d’Allah dit :

لا يحلُّ للمسلم ان يَّروع مسلماً –

« Il n’est pas permis à un musulman de tourmenter un autre musulman en plaisantant ou en se moquant. » (Ahmad, Abû Dâwûd, Tirmidhî — Abd al-Rahman, qu’Allah l’agrée)

De même, lorsqu’un jour un incident survint au cours duquel une arme fut dissimulée, le Messager (ﷺ) l’interdit en disant :

ان يَّروع المؤمن او ان يُّؤخذ متاعه لا لعبا وَّلا جدَّا –

« Il n’est pas permis d’effrayer un croyant, ni de prendre, en plaisantant ou réellement, quoi que ce soit appartenant à quelqu’un. »

14. La tromperie

Il a été interdit aux musulmans de tromper leur frère ou de lui mentir dans leurs conversations ou leurs transactions. En effet, là où une partie peut agir ainsi envers l’autre, l’une ne peut pas compter sur l’autre. Et là où la parole d’une personne ne peut être digne de confiance pour une autre, l’amitié, l’affection et la confiance mutuelle ne peuvent en aucun cas subsister. Dans le noble hadith, cette attitude a été qualifiée de « pire des trahisons ». Le Messager (ﷺ) a dit :

قال كبرت خيانة ان تحدث اخاك حديثا هولك مصدق وانت به كاذبٌ –

« La plus grande trahison consiste à dire quelque chose à ton frère, de sorte qu’il te croit sincère, alors que tu lui mens. » (At-Tirmidhi – Soufyan ibn Asad)

15. L’envie

L’envie, ou la jalousie à l’égard des biens d’autrui, est une maladie odieuse. Si cette maladie prend une fois place dans le cœur d’une personne, non seulement les relations sincères sont rompues, mais la foi des gens se trouve également mise en péril. L’envie consiste à ne pas apprécier un bienfait qu’Allah le Très-Haut a accordé à une personne — comme la richesse, le savoir, l’intelligence ou la beauté — et à souhaiter de tout son cœur que ces bienfaits lui soient retirés. Dans l’envie, le désir de priver l’autre de ses bienfaits est plus fort que le désir d’en obtenir pour soi-même.

L’envie trouve parfois son origine dans la rancœur et l’hostilité, parfois dans l’orgueil personnel et le sentiment d’infériorité à l’égard d’autrui, parfois dans le désir de rendre les autres soumis, parfois dans son propre échec et la réussite d’autrui dans une œuvre collective, et parfois encore dans le seul désir d’obtenir honneur et considération. Au sujet de l’envie, le Prophète bien-aimé ﷺ a lancé cette mise en garde :

ايَّاكم والحسد فانَّ الحسد يأكل الحسنات كما تأكل النّار الحطب –

« Gardez-vous de l’envie. Car, de même que le feu dévore le bois, l’envie dévore les bonnes actions et les œuvres pieuses. » (Abou Dawoud – Abou Hourayra رضي الله عنه)

Et c’est précisément contre cette chose que le Coran a ordonné à chaque musulman de chercher refuge :

من شرِّ حاسدٍ اذا حسد –

« Et (je cherche refuge) contre le mal de l’envieux lorsqu’il envie. » (sourate Al-Falaq, 5)

Dans un hadith important, le noble Prophète (paix et bénédiction d’Allah sur lui) a indiqué plusieurs éléments indispensables aux relations fraternelles. Une partie de ce hadith traite des mauvaises suppositions. Dans la suite, le Messager (paix et bénédiction d’Allah sur lui) dit :

ولا تجسَّسوا ولا تناجشوا ولا تحاسدوا ولا تباغضوا ولا تدابروا ولا تنافسوا وكونوا عباد الله اخوانا –

« Ne cherchez pas les défauts des autres, ne nuisez pas aux affaires et au commerce des uns et des autres, ne nourrissez pas d’envie ni de rancune les uns envers les autres, ne vous entretenez pas d’hostilité, ne rompez pas vos relations, ne vous convoitez pas les uns les autres ; soyez plutôt des serviteurs d’Allah et des frères les uns pour les autres. » (Al-Bukhari et Muslim — Abu Hurayra, qu’Allah l’agrée)

Le célèbre commentateur du hadith, Hafiz Ibn Hajar al-Asqalani, explique à ce sujet : « Cela signifie que lorsque vous abandonnerez ces actes interdits, vous deviendrez naturellement des frères les uns pour les autres. » En outre, au sujet de cette envie et de cette hostilité, le Messager (paix et bénédiction d’Allah sur lui) a également dit :

دبَّ اليكم داء الامم قيلكم الحسد والبغضاء هى الحالقة لا اقول تحلق الشَّعر ولكن تحلق الدين-

« La maladie des communautés qui vous ont précédés s’est introduite parmi vous. Cette maladie est l’envie et l’hostilité, qui rasent. Je ne veux pas dire qu’elles rasent les cheveux, mais qu’elles rasent la religion. » (Ahmad, At-Tirmidhi)

Quatrièmement : les moyens de renforcer les relations

En plus de nous interdire ces choses qui corrompent les relations et causent du tort, Allah et le Messager (sallallahu alayhi wa sallam) nous ont également indiqué clairement celles dont l’adoption et la mise en pratique renforcent et stabilisent les relations, accroissent l’amitié et l’affection, et créent entre deux cœurs une proximité semblable à celle des deux doigts d’une même main. Certaines d’entre elles ont été déclarées indispensables ; autrement dit, elles ont été présentées comme des droits (haqq). Pour d’autres, des recommandations ont été formulées. Celles-ci relèvent de l’excellence et de la noblesse. Les qualités fondamentales du caractère exposées précédemment constituent en réalité la substance même des droits et de la noblesse ; cependant, il est nécessaire de considérer chacune d’elles séparément. En effet, chacune est extrêmement importante pour développer la relation d’amitié et d’affection, et la parer de fleurs et de fruits.

1. La protection de l’honneur et de la dignité

La chose la plus précieuse pour une personne est son honneur et sa dignité. Elle n’accepte en aucune manière de voir son honneur et sa dignité ruinés. C’est pourquoi, d’une part, il a été interdit au musulman de porter atteinte à l’honneur de son frère et, d’autre part, il lui a été tout particulièrement enjoint d’assurer la protection de l’honneur de son frère, cette protection ayant été qualifiée de devoir suprême. Si quelque part un frère est insulté ou fait l’objet d’une fausse accusation, il est du devoir de tout musulman de considérer cela comme une attaque contre son propre honneur et de s’y opposer. La peine qu’il éprouverait si son propre honneur était ruiné devrait être la même dans ce cas. Si un musulman croit avec certitude que son honneur et sa dignité sont en sécurité entre les mains de son frère musulman, une relation sincère se développera nécessairement entre eux. Mais s’il croit également avec certitude que celui-ci protège son honneur, en sa présence comme en son absence, tout comme il protégerait le sien, il est aisé d’imaginer quelle affection profonde peut alors naître dans son cœur. C’est pourquoi le Noble Prophète (sallallahu alayhi wa sallam) a donné de nombreuses indications à ce sujet dans les hadiths. Il a dit :

ما من امرء مُّسلم يخذل امرأ مسلما فى موضع ينتهك فيه حرمته وينتقص فيه من عرضه الا خذله الله فى موطن يحب فيه نصرته وما من امرى ينصر مسلما فى موضع ينتقص فيه من عرضه وينتهك فيه من حرمته الا نصره الله فى موطن يحب نصرته –

« Si, quelque part, un musulman est déshonoré ou que son honneur est bafoué, et qu’aucun musulman ne lui vient en aide ni ne le soutient, alors, dans une situation aussi délicate, Allah restreint également Son aide à son égard, alors qu’Il souhaite que quelqu’un s’avance pour lui apporter aide et soutien. En revanche, si quelque part un musulman est insulté et que sa dignité est bafouée, et qu’un musulman se tient debout pour lui venir en aide, Allah lui accorde également Son aide et Son soutien dans une telle situation, car Il souhaite que quelqu’un lui porte secours. » (Abou Dawoud — Jabir, qu’Allah l’agrée)

La plus grande aide d’Allah consiste en ce qu’Il préservera du feu de l’Enfer. C’est pourquoi le Messager (sallallahu alayhi wa sallam) a dit :

ما من مسلم يردُّ عن عرض اخيه الا كان حقا على الله ان يَّردُّ عنه نار جهنَّم ثمَّ تلا هذه الاية وكان حقا علينا نصر المؤمنين –

« Si un musulman empêche quelqu’un de porter atteinte à l’honneur de son frère musulman, Allah lui doit de le préserver du feu de l’Enfer. Puis le Messager (sallallahu alayhi wa sallam) récita ce verset : “Aider les musulmans est pour Nous un devoir particulier.” » (Sharh as-Sunnah — Abou Darda)

Une forme courante d’atteinte à la dignité est la médisance. Sa définition a déjà été exposée précédemment.

À ce sujet, le Prophète (paix et bénédictions sur lui) a dit :

من اغضب عنده اخوه المسلم وهو يقدر على نصره فنصره نصر الله فى الدنيا والاخرة فان لم ينصره وهو يقدر على نصره اخذه الله به فى الدنيا والاخرة –

« Si la médisance du frère musulman d’un homme est proférée en sa présence, et que celui-ci est capable de le défendre et le défend, Allah le secourra ici-bas et dans l’au-delà. Mais s’il est capable de le défendre et ne le défend pas, Allah le saisira ici-bas et dans l’au-delà. » (Sharh as-Sunna — Anas, qu’Allah l’agrée)

À propos de protéger son frère contre le mal d’autrui, le Prophète (paix et bénédictions sur lui) a dit :

من حمى مؤمنا من منافقٍ ازاه قال بعث الله ملكا يحمى لحمه يوم القيامة من نَّار جهنَّم –

« Celui qui protégera un croyant contre le mal d’un hypocrite, Allah Très-Haut chargera un ange de préserver sa chair du feu de l’Enfer au Jour de la Résurrection. » (Abou Dawoud)

De nombreuses obligations incombent au musulman concernant l’aide qu’il doit apporter à son frère : aide financière, résolution de ses difficultés, efforts pour résoudre ses problèmes, ainsi que la satisfaction de ses innombrables besoins religieux et mondains. Ces actes relèvent de l’ihsân et se situent au-delà du domaine de la loi. Ils n’en demeurent pas moins nécessaires, et il faudra en rendre compte dans l’au-delà, même s’il n’est pas possible d’établir une législation à leur sujet. Si un musulman peut rassasier un autre musulman, couvrir son corps dénudé, l’aider à éloigner ses dangers et ses épreuves, satisfaire ses besoins et mettre fin à ses difficultés financières, alors accomplir ces actes constitue le droit de son frère sur lui. Sinon, au Jour de la Résurrection, Allah Très-Haut mentionnera chacune de ces choses comme relevant de Ses propres droits et demandera : pourquoi n’as-tu pas acquitté ce droit ? Le Noble Prophète (paix et bénédictions sur lui) l’a exprimé en des termes particulièrement saisissants : « Allah dira : Ô Mon serviteur, J’avais faim ; pourquoi ne M’as-tu pas nourri ? J’étais nu ; pourquoi ne M’as-tu pas donné de vêtement ? J’étais malade ; pourquoi ne M’as-tu pas soigné ? » Mais le serviteur n’aura aucune réponse à donner. (Muslim — Abou Hourayra, qu’Allah l’agrée)

En vérité, aider un serviteur d’Allah ou subvenir aux besoins d’un frère musulman est une œuvre si méritoire qu’aucune autre bonne action ne saurait lui être égale. L’esprit véritable de cette œuvre est le suivant : dès qu’une occasion se présente de procurer du réconfort à un frère musulman ou de réjouir son cœur, il ne faut absolument pas tarder à la saisir.

Tant qu’une personne s’emploie à aider son frère, elle demeure digne de l’aide d’Allah. Le Noble Messager (paix et bénédictions d’Allah sur lui) a dit :

والله فى عون عبده ما كان العبد فى عون اَخِيْهِ –

« Allah continue d’aider Son serviteur tant que celui-ci s’emploie à aider son frère. » (Muslim, Tirmidhi — Abû Hurayra, qu’Allah l’agrée)

Dans ce hadith, le Noble Prophète (paix et bénédictions d’Allah sur lui), après avoir exposé les différents aspects de l’aide, explique la récompense attachée à chacun d’eux :

من نفس عن مؤمن كربة من من كرب الدنيا نفس الله عنه كربة من كرب يوم القيامة من يَّسَّر على معسر يسَّر الله عليه فى الدنيا والاخرة ومن يستر مسلما ستره الله فى الدنيا والاخرة –

« Celui qui soulage un croyant d’une difficulté de ce monde, Allah le soulagera d’une difficulté au Jour de la Résurrection. Celui qui accorde une facilité à une personne dans le besoin, Allah lui accordera la facilité ici-bas et dans l’au-delà. Et celui qui dissimule le défaut d’un musulman, Allah dissimulera son défaut ici-bas et dans l’au-delà. » (Muslim — Abû Hurayra)

C’est également à ce propos qu’il dit dans un autre hadith :

المسلم اخو المسلم لا يظلمه ولا يسلمه ومن كان فى حاجة اخيه كان الله فى حاجته ومن فرج عن مسلم كربة فرج الله عنه كربة من كربات يوم القيامة –

« Le musulman est le frère du musulman. Il ne lui fera pas de tort et ne le poussera pas à la ruine en se dérobant à lui apporter son aide. Celui qui satisfait le besoin de son frère, Allah satisfera son besoin. Et celui qui soulagera la détresse et l’affliction d’un musulman, Allah soulagera ses difficultés au Jour de la Résurrection. » (Al-Boukhari et Mouslim — Ibn Omar, qu’Allah l’agrée)

Une grande part de l’aide et de la bienfaisance incombe aux biens matériels. Toute personne démunie a le droit de recevoir l’aide de celui à qui Allah a accordé cette faveur :

وفى اموالهم حق للسَّائل والمحروم –

Le Messager (sur lui la paix et les bénédictions) a présenté cette notion dans un style d’une très grande éloquence :

الخلق عيال الله فاحبُّ الخلق الى الله من احسن الى عياله –

« Les créatures sont comme la famille particulière d’Allah ; ainsi, celui qui se comporte bien envers cette famille est, auprès d’Allah, le plus aimé de Ses créatures. » (Al-Bayhaqi)

Le Coran a fortement insisté sur le fait de nourrir les affamés. Les premières sourates mecquoises en offrent de nombreux exemples. Lorsque le noble Messager (sur lui la paix et les bénédictions) arriva à Médine, il ordonna aux musulmans, dans son premier sermon, quatre choses et leur dit qu’ils pourraient ensuite entrer au Paradis. L’un de ces commandements était le suivant :واطعموا الطعام« Et nourrissez les autres »

Il dit également :

ليس المؤمن بالذى يشبع وجاره جائع الى جنيه –

« Celui qui mange à sa faim tandis que son voisin immédiat reste affamé n’est pas un croyant. » (Bayhaqî – Ibn Abbâs, qu’Allah l’agrée)

Un homme se plaignit auprès du Messager (s.a.s.) de sa propre dureté de cœur. Le Messager (s.a.s.) lui dit :

قال امسح رأس اليتيم واطعم المسكين –

« Caresse la tête de l’orphelin et nourris le pauvre. » (Ahmad – Abû Hurayra, qu’Allah l’agrée)

Rendre justice à celui qui sollicite de l’aide est également une branche particulière de cette aide. C’est pourquoi le Messager (s.a.s.) a dit :

من اغاث ملهو فا كتب الله ثلاثا وثبعين مغفرة وَّاحدة فيها صلاح امره كله واثنتان وسبعون له درجات يوم القيامة –

« Celui qui rend justice à un plaignant, Allah lui inscrit 73 récompenses. L’une d’elles consiste à garantir le bien de toutes ses œuvres. Les 72 autres élèveront son rang le Jour de la Résurrection. » (Al-Bayhaqî)

Intercéder en faveur d’une personne dans le besoin est également l’un des principaux moyens de l’aider. Le Coran loue l’intercession juste et bénéfique en disant :

من يشفع شفاعة حسنة يكن لَّه نصيب منها –

« Celui qui intercède en faveur d’une bonne œuvre aura une part de sa récompense. » (sourate An-Nisâ’, 85)

Lorsqu’une personne venait auprès du Messager d’Allah (s.a.s.) pour lui exposer un besoin, il disait à ses Compagnons :

قال اشفعوا فلتؤ جروا –

« Intercédez en sa faveur et prenez part à la récompense. »

Un jour, au cours d’un entretien avec Abû Dharr Al-Ghifârî (r.a.), le Noble Prophète exposa très clairement les différents degrés et moyens de l’aide. Celui-ci (Al-Ghifârî) demanda : « Parlez-moi des œuvres liées à la foi. » Le Messager (s.a.s.) répondit : « Tu donneras à autrui une part de la subsistance qu’Allah t’a accordée. » Il demanda : « Ô Messager d’Allah ! Et si cette personne est elle-même pauvre ? » Il répondit : « Elle accomplira une bonne action par sa langue. » Il demanda de nouveau : « Et si sa langue en est incapable ? » Il répondit : « Elle aidera le faible. » Il demanda : « Et si elle est elle-même faible et n’a pas la force d’aider ? » Il répondit : « Elle accomplira le travail de celui qui ne peut pas le faire lui-même. » Il demanda de nouveau : « Et si elle est elle-même totalement incapable d’agir ? » Il répondit : « Elle s’abstiendra de causer du tort aux gens. »

Il est ici nécessaire de rappeler également ce hadith :

« Celui qui, dans le but de réjouir l’un des membres de ma communauté, satisfait l’un de ses besoins religieux et mondains, m’a réjoui moi-même ; celui qui me réjouit réjouit Allah, et celui qui réjouit Allah, Allah le fera entrer au Paradis. »

À ce propos, un récit remarquable rapporté d’après ʿAbdullah ibn ʿUmar (qu’Allah l’agrée) est mentionné. Voici ce récit : un jour, un homme vint trouver le Messager (paix et bénédiction de Dieu sur lui) et lui demanda : « Parmi les hommes, qui est le plus aimé d’Allah ? » Le Messager (paix et bénédiction de Dieu sur lui) répondit :

احبَّ الناس الى الله انفعهم للنَّاس- احبَّ الاعمال الى الله عزَّ وجلَّ سرور تدخله تكشف عنه كربة او تقضى عنه دينا او تطرد عنه جوعا وان تمشى مع اخ فى حاجة احبَّ الىَّ من ان اعتكف فى هذا المسجد شهرًا ومن كظم غيظه ولو شاء ان يمضيه امضاه ملائه الله قلبه يوم القيامة رضاه ومن مَّشى مع اخيه فى حاجة حتى يقضيهاله ثبَّت الله قدميه يوم تزول الاقدام –

« Parmi les hommes, le plus aimé d’Allah est celui qui est le plus utile aux gens ; et, parmi les œuvres, l’acte le plus apprécié d’Allah est que tu dissipes la détresse et le malheur d’un musulman, que tu acquittes sa dette ou que tu le réjouisses en soulageant sa faim. Sache qu’il m’est plus cher d’accompagner un frère pour satisfaire son besoin que de faire une retraite spirituelle pendant un mois dans cette mosquée. Celui qui maîtrise sa colère — alors qu’il aurait certes pu la laisser éclater s’il l’avait voulu — Allah remplira son cœur de Sa satisfaction au Jour de la Résurrection. Et celui qui accompagne son frère pour satisfaire son besoin et le satisfait effectivement, Allah affermira ses deux pieds ce jour-là, lorsqu’ils trembleront violemment (c’est-à-dire au Jour de la Résurrection). »

2. Partager les peines et les souffrances

Le fondement de l’aide apportée à son frère, de la satisfaction de ses besoins et de la bonne conduite envers lui est que la peine et la douleur de l’un deviennent celles de l’autre. Si l’un éprouve une souffrance, l’autre doit l’éprouver avec la même intensité. De même qu’un membre du corps partage la souffrance de tous les autres membres et organes, un musulman doit partager les peines et les souffrances d’un autre musulman.

Le noble Messager (paix et bénédiction de Dieu sur lui) a clarifié cette question à l’aide de plusieurs exemples. Il a dit :

ترى المؤمنين فى تراحمهم وتوادَّهم وتعاطفهم كمثل الجسد اذا اشتكى عضوا تداعى له سائر الجسد بالسهر والحمَّى –

« Vous verrez les croyants, dans leur compassion mutuelle, leur amitié, leur amour et leur partage réciproque des peines et des souffrances, comme un seul corps. Lorsqu’un de ses membres est atteint d’une maladie, tout le corps y prend part avec lui, par la fièvre et l’insomnie. » (Al-Bukhari et Muslim — An-Nu‘man ibn Bashir, qu’Allah l’agrée.)

De même, dans une autre narration, il a expliqué ce propos en disant que, dans la société, la position du croyant est comparable à celle de la tête dans l’ensemble du corps. De même que tout le corps ressent de la douleur lorsque la tête souffre, tous les croyants ressentent la souffrance d’un croyant. Le Messager d’Allah ﷺ en donna directement l’exemple en disant :

المؤمن للمؤمن كالبنيان يشدُّ بعضه بعضا ثم شبك بين اصابعه –

« Un musulman doit être pour un autre musulman comme un édifice, et ils doivent être l’un pour l’autre une source de fermeté et de force, comme le sont les briques d’un édifice les unes pour les autres. » Puis le Messager d’Allah ﷺ entrelaça les doigts d’une main avec ceux de l’autre. (Al-Bukhari et Muslim — Abou Moussa, qu’Allah l’agrée.)

3. La critique et le conseil

Le devoir d’un musulman est de veiller aux actes et aux comportements de son frère et, s’il le voit s’écarter du droit chemin, de tenter de le corriger en lui donnant conseil. Tel est le devoir particulier de tout musulman envers un autre musulman. Il est vrai que l’accomplissement de ce devoir devient souvent une chose désagréable. Malgré cela, il est indéniable que si une personne demeure pleinement consciente de la véritable réussite dans l’au-delà et de l’entraide nécessaire pour l’atteindre, et si elle reste consciente que la critique dans ce monde vaut mieux que d’être interrogée dans l’au-delà, elle sera certainement reconnaissante envers son frère de lui avoir offert, dans la vie d’ici-bas, l’occasion de se corriger. De plus, si celui qui critique et questionne tient compte des conditions nécessaires à cet égard et accomplit cette tâche avec amour, sincérité et dévouement, cette reconnaissance ira plus loin encore et enrichira et renforcera davantage l’amour mutuel, l’amitié et l’affection fraternelle. En effet, le critique apparaîtra alors comme une personne bienveillante. Dans le hadith où le Noble Prophète ﷺ a recommandé la critique sous forme de conseil, il a également clarifié toute la question au moyen d’un exemple. Il a dit :

انَّ احدكم مراة اخيه فان راى به اذًى فليمت عنه –

« Vous êtes chacun le miroir de votre frère. Si l’un de vous voit quelque chose de mauvais chez son frère, qu’il le fasse disparaître. » (At-Tirmidhi — Abou Hourayra, qu’Allah l’agrée)

À ce sujet, le récit rapporté par Abou Dawoud est le suivant :

المؤمن مرأة المؤمن والمؤمن اخوُّ المؤمن يكفُّ ضيعته او يحوطه من وَّرائه –

« Le croyant est le miroir du croyant, et le croyant est le frère du croyant : il préserve ses droits, même en son absence. »

À la lumière de cet exemple, les principes suivants peuvent être établis concernant la critique et le conseil :

1. Il ne faut pas chercher les défauts ni s’adonner à la chasse aux failles. En effet, le miroir ne cherche jamais les défauts. Ce n’est que lorsque l’homme se tient devant lui qu’il reflète son visage.

2. Il ne faut pas critiquer quelqu’un dans son dos. Car un miroir qui ne se trouve pas face à face ne révèle la silhouette de personne.

3. Il ne faut commettre aucun excès dans la critique. En effet, le miroir fait apparaître le visage véritable sans rien y ajouter ni rien en retrancher.

4. Dans le domaine de la critique, il faut être impartial et totalement exempt de tout intérêt personnel et de toute arrière-pensée, car le miroir n’éprouve aucune hostilité envers celui dont il reflète le visage.

5. Après avoir formulé cette remarque, il ne faut plus la conserver dans son cœur, car une fois qu’une personne s’est éloignée du miroir, celui-ci ne garde pas son image. En d’autres termes, il ne faut pas colporter les défauts d’autrui.

6. Le point le plus important est que la plus profonde sincérité, l’authenticité, la compassion et l’amour doivent y être à l’œuvre, de sorte que le mécontentement qui s’élève naturellement dans le cœur de chacun lorsqu’il entend sa propre critique disparaisse dès qu’il perçoit l’attitude du critique. C’est pourquoi, dans le hadith,مرأة المسلمest associé àاخوُّ المسلمaussi été mentionné. En réalité, une telle compassion et une telle bienveillance ne peuvent naître que lorsqu’une personne parvient à ressentir les défauts de son frère comme destructeurs pour celui-ci et qu’au lieu de se considérer comme supérieure à lui, elle se juge plutôt plus pécheresse et plus coupable que lui.

4. Les rencontres

L’une des principales exigences fondamentales de l’amour est que celui qui aime une personne lui rende fréquemment visite ou la rencontre, recherche sa compagnie et s’assoie auprès d’elle pour converser. Même un étudiant débutant en psychologie humaine sait que ces choses ne sont pas seulement des exigences fondamentales de l’amour, mais aussi l’un des moyens les plus efficaces de le développer, de l’accroître et de renforcer les liens sincères entre les uns et les autres. L’amour exige que, chaque fois qu’il en a l’occasion, l’homme rencontre son frère. De telles rencontres accroissent naturellement l’amour réciproque et font ainsi commencer un cycle ininterrompu. Lors de ces rencontres, si l’on garde à l’esprit les principes de la charia mentionnés précédemment et que l’on prête également attention aux points qui suivent, il est absolument impossible que la rencontre de deux musulmans ne contribue pas à améliorer leurs relations réciproques et ne rapproche pas davantage les deux frères. C’est pourquoi nous constatons que le noble Prophète (s.a.s.) a accordé une importance particulière à cette pratique dans le domaine de l’amour réciproque, qu’il l’a recommandée et qu’il en a exposé les innombrables mérites. Dans un hadith, il dit : « Une bonne compagnie est préférable à la solitude. » (Al-Bayhaqi, rapporté par Abou Dharr (r.a.))

Une fois, il s’adressa à Hadrat Abou Zarayn et lui dit :

هل شعرت انَّ الرجل اذا خرج من بيته زئرًا اخيه شيَّعه سبعون الف ملك كلُّهم يصلُّون عليه ويقلون ربَّنا انَّه وصل فيك فصيله فان استطعت ان تعمل جسدك فى ذالك فافعل –

« Sais-tu que lorsqu’un musulman sort de chez lui pour aller rendre visite à son frère, soixante-dix mille anges le suivent ! Ils prient pour lui et disent : “Ô Seigneur, cet homme va à la rencontre de son frère uniquement pour Toi ; fais donc qu’il soit accueilli.” Si tu peux accomplir cette rencontre par ta propre personne, fais-le absolument. » (Al-Bayhaqi, rapporté par Abou Zarayn (r.a.))

Dans un hadith, le Messager d’Allah (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui) a exposé de manière remarquable l’importance de cette visite :

قال انَّ رجلا زار اخالَّه فى قرية اخرى فارصد الله له على مدرجته ملكا فلما اتى عليه قال: اين تريد ؟ قال اريد اخالّى فى هذه القرية – قال هل لَّك عليه من نعمة تربُّها قال لا غير انِّى احببته فى الله قال فانِّى رسول الله اليك بانَّ الله قد احبَّك كما احببته فيه –

« Un homme partit rendre visite à un frère qui habitait dans un autre village. Allah Très-Haut plaça un ange sur son chemin. L’ange lui demanda : “Où allez-vous ?” Il répondit : “Je vais rendre visite à mon frère dans tel village.” L’ange lui demanda de nouveau : “Avez-vous quelque chose à réclamer de lui et que vous allez récupérer ?” Il répondit : “Non, je l’aime uniquement pour Allah ; je n’ai aucune autre raison.” L’ange dit : “Allah m’a envoyé vers vous et vous annonce cette bonne nouvelle : de même que vous aimez votre ami pour Lui, Lui aussi vous aime.” » (Muslim — Abû Hurayra, qu’Allah l’agrée)

Un homme exprima son amour pour le vénérable Mu‘âdh ibn Jabal (qu’Allah l’agrée) et lui dit : « Je vous aime pour Allah. » Celui-ci lui rapporta cette bonne nouvelle du Messager d’Allah (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui) : « Allah Très-Haut dit : “Mon amour est garanti à ceux qui s’assoient ensemble pour Moi, se rendent visite les uns aux autres pour Moi et dépensent leurs biens les uns pour les autres pour Moi.” »

Le Prophète vénéré (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui) a également annoncé comme suit la récompense réservée dans l’au-delà à l’amour réciproque et aux visites faites pour Allah :

انَّ فى الجنة لعمدا مِّن ياقوت عليها غرف مِّن زبرجدٍ لَّها ابواب مُّفتَّحة منه تضئ كما يضئ الكوكب الدَّرِّىُّ فقالوا يا رسول الله من يَّسكنها قال المتحابُّون فى الله والمتجالسون فى الله والمتلاقون فى الله –

« Au Paradis se trouvent des colonnes de rubis et, au-dessus d’elles, des pavillons de jabarjad (une sorte de pierre précieuse verte). Leurs portes sont si éclatantes qu’elles semblent scintiller comme les étoiles. Les Compagnons demandèrent : “Ô Messager d’Allah, qui y résidera ?” Il répondit : “Ceux qui s’aiment les uns les autres pour Allah, s’assoient ensemble et se rendent visite les uns aux autres.” » (Al-Bayhaqî — Abû Hurayra, qu’Allah l’agrée)

L’insistance mise sur l’amour réciproque et les visites, ainsi que l’annonce d’une si grande récompense à ce titre, ne s’explique pas seulement par le fait que ces visites constituent une exigence inévitable de l’amour ou qu’elles permettent à celui-ci de se développer et de s’accroître. Elle s’explique aussi par le fait que l’être humain a besoin de la compagnie de ses amis proches pour rester fermement sur la voie droite. Cette compagnie n’est possible que par les visites et les conversations. Une autre raison est que, de manière générale, les gens se rendent déjà visite ; mais si une personne rend visite à son frère en recherchant pleinement la récompense et le mérite spirituel, et qu’elle se souvient d’Allah au cours de cette visite, celle-ci peut jouer un rôle majeur dans la formation et l’épanouissement de sa vie et de son caractère.

À la lumière des hadiths et des preuves mentionnés, nous pouvons dire qu’un croyant devrait s’efforcer de rendre visite et de rencontrer un autre croyant aussi souvent que possible. Cela ne fera pas seulement progresser leurs relations mutuelles, mais lui vaudra également les prières de pardon de soixante-dix mille anges ainsi que l’amour d’Allah. En outre, si l’on garde à l’esprit les hadiths et les enseignements mentionnés lors de ces visites, le sentiment de rendre visite pour Allah ne disparaîtra jamais de son cœur.

5. Rendre visite à son frère malade (عيادت )

Une forme particulière de ces visites consiste à aller prendre soin de son frère malade. Cela a été qualifié de devoir particulier d’un musulman envers un autre frère musulman. Un malade devient, en raison de ses besoins physiques et psychologiques, dépendant des soins, de l’assistance et de la compassion d’autrui. Si, à ce moment, l’un de ses frères parvient à répondre à ces deux besoins, cela exercera sur son cœur et son esprit une influence si profonde que cela pourra grandement contribuer à consolider et à développer leurs relations mutuelles.

En général, prendre soin d’un malade signifie s’enquérir de son état. Mais en réalité, s’enquérir de son état n’en constitue que la conception minimale. Sinon, manifester de la compassion, réconforter, prodiguer des soins, organiser les médicaments et la nourriture appropriée, entre autres, entrent également dans cette notion. Même si l’on admettait que prendre soin d’un malade signifie seulement s’enquérir de son état, si une telle insistance et une si grande récompense sont attachées à cette démarche, nous devrions certainement réfléchir à la valeur que peuvent avoir l’expression de la compassion, le réconfort, les vœux de guérison et les soins.

Dans chacun des hadiths célèbres concernant les devoirs d’un musulman envers un autre musulman, où cinq, six ou sept points sont énumérés, il est instamment recommandé de rendre visite au malade comme un devoir particulier.

واذا مرض فعده –

« Lorsqu’il tombe malade, rends-lui visite. » (Muslim — d’après Abû Hurayra)

Le Messager d’Allah (paix et bénédictions d’Allah sur lui) a décrit de manière remarquable les devoirs et les droits du serviteur. Un jour, en les expliquant, il dit que ces devoirs et ces droits ont en réalité été prescrits par Allah. Au Jour de la Résurrection, Allah Lui-même se constituera partie plaignante et interrogera à leur sujet. Ainsi, concernant la visite aux malades, le Noble Prophète (paix et bénédictions d’Allah sur lui) dit qu’Allah demandera : « Ô fils d’Adam, Je suis tombé malade et tu ne M’as pas rendu visite. » Il répondra : « Ô mon Seigneur, Vous êtes le Seigneur de tous les mondes ; comment aurais-je pu Vous rendre visite ? » Allah dira : « Ne savais-tu pas que Mon serviteur était tombé malade ? Pourtant, tu ne lui as pas rendu visite. Si tu lui avais rendu visite, tu M’aurais trouvé auprès de lui. » Quel meilleur enseignement pourrait-il y avoir que celui-ci : en prenant soin d’un malade, le serviteur se rapproche également de son Seigneur !

Au sujet de la récompense réservée à celui qui soigne un malade, le Noble Prophète (paix et bénédictions sur lui) a dit :

ان المسلم اذا عاد اخاه المسلم لم يزل فى حرفة الجنة حتى يرجع –

« Lorsqu’un musulman rend visite à son frère musulman malade pour le soigner, il ne cesse de cueillir les fruits du Paradis jusqu’à son retour. » (Muslim — Thawban, qu’Allah l’agrée)

ما من مسلم يعود مسلما غد وة الا صلىَّ عليه سبعون الف ملك حتى يمسى وان عاده عشيَّة الا صلىَّ عليه سبعون الف ملك حتى يصبح وكان له حريف فى الجنة –

« Lorsqu’un musulman soigne un autre musulman malade au matin, soixante-dix mille anges prient pour lui jusqu’au soir. Et s’il le soigne le soir, soixante-dix mille anges prient pour lui jusqu’au matin. Et un verger de fruits lui est réservé au Paradis. » (Tirmidhi, Abou Dawoud — Ali, qu’Allah l’agrée)

من عاد مريضا لَّم بزل يخوض الرحمة حتى يجلس واذا جلس اغتمس فيها –

« Celui qui rend visite à un malade entre dans l’océan de la miséricorde. Et lorsqu’il s’assied auprès du malade, il s’y plonge. »

Le Messager (paix et bénédictions sur lui) a également dit :

اتمام عيادت المريض انَّ يضع احدكم يده على جبهته او على يده فيساله كيف هو –

« La perfection des soins au malade consiste pour celui qui le soigne à poser sa main sur sa main ou sur son front et à lui demander comment il va. » (Ahmad, Tirmidhî – Abû ‘Uthmân, qu’Allah l’agrée)

Les soins comportent également certaines règles. La plus importante consiste à réconforter le malade, à souhaiter sa guérison et à lui prodiguer des soins. Le noble Messager (paix et bénédiction de Dieu sur lui) l’a prescrit en ces termes :

اذا دخلتم على مريض فنفسوا له فى اجله فانَّ ذالك لا يردَّ شيئا ويطيب بنفسه –

« Lorsque vous rendez visite à un malade, réconfortez-le. Cela ne peut certes pas repousser le décret divin, mais cela réjouit le cœur du malade. » (Tirmidhî, Ibn Mâjah – Abû Sa‘îd al-Khudrî, qu’Allah l’agrée)

Lorsque le Messager lui-même (paix et bénédiction de Dieu sur lui) se rendait auprès d’un malade pour lui rendre visite, il posait la main sur son front pour le réconforter et disait :لا بأس طهور انشاء الله Puis il lui demandait quelle chose particulière il désirait. Il disait également aux Compagnons : lorsque vous vous rendez auprès d’un malade pour lui rendre visite, posez votre main sur sa main ou sur son front, réconfortez-le et priez pour sa guérison. (Abû Dâwûd – Sîrat al-Nabî, paix et bénédiction de Dieu sur lui)

Mais il leur a interdit de rester trop longtemps auprès du malade ou de faire du bruit.

6. L’expression des émotions

Lorsque l’émotion de l’amour habite le cœur de l’homme, elle cherche naturellement un moyen de s’exprimer. L’expression des sentiments procure généralement deux avantages. Premièrement, celui qui permet à ses sentiments de s’exprimer les conserve toujours frais et ardents, et ils continuent progressivement à se développer. Si les sentiments sont refoulés dans le cœur, l’ombre de la mort descend peu à peu sur eux, et leur développement cesse de croître. Ils sont privés de vitalité et d’énergie, et descendent ainsi lentement vers la déchéance. Le deuxième avantage des sentiments est qu’ils rendent les relations réciproques plus solides et plus stables. Lorsqu’un homme est informé des sentiments que son frère éprouve pour lui et découvre à quel point le cœur de celui-ci nourrit à son égard amour, affection, fraternité et amitié, cela exerce naturellement sur son cœur une influence profonde et durable. Il éprouve alors du respect pour la valeur de l’amitié et de l’amour de son frère. En vérité, si les sentiments du cœur ne sont pas exprimés, une relation solide et stable d’amitié et d’amour ne peut jamais se maintenir entre deux frères, même s’ils nourrissent de bonnes dispositions l’un envers l’autre.

Lorsqu’un musulman éprouve de l’amour pour un autre frère musulman, celui-ci a pleinement le droit d’être informé de cette disposition et de cette inclination à son égard. C’est afin qu’il puisse, en réponse à ce sentiment, développer dans son propre cœur un sentiment de même nature et qu’il n’adopte pas, par ignorance, une conduite contraire ou nuisible à l’amour que son frère lui porte.

C’est pourquoi, pour développer et accroître l’amour réciproque entre deux frères musulmans, il ne serait pas exagéré de dire qu’il est absolument nécessaire, dans la plupart des cas, de ne pas dissimuler ses sentiments et de leur permettre de s’exprimer ouvertement, afin de préserver cette relation du désastre. La cause fondamentale des désastres réside souvent dans le fait qu’un homme éprouve de l’amour pour son frère et exprime cet amour de diverses manières. Mais si son frère, tout en éprouvant de l’amour au fond de lui, garde le silence comme un spectateur muet, cette absence d’expression des sentiments amoureux fera certainement naître dans le cœur de l’autre le soupçon, la méfiance et l’éloignement.

Lorsque l’amour secret du cœur, l’amitié et le désir d’harmonie se manifestent extérieurement, ils peuvent prendre de nombreuses formes. Dans ce cas, chacun des actes et des gestes de l’homme exprime ses sentiments envers son frère. Cette expression se fait par les actes comme par la parole. En réalité, cette disposition s’exprime par la bonne conduite, la satisfaction des besoins, la critique sincère et les efforts de correction, l’invitation à partager un repas, un visage souriant, un sourire discret, l’accolade, le partage des peines et des difficultés, la confiance mutuelle dans les affaires personnelles, et ainsi de suite. Nous avons déjà évoqué certains de ces points ; les autres seront abordés par la suite.

À cet égard, la deuxième grande force agissante est la langue. De même qu’une parole blessante sortie de la bouche agit comme une flèche et qu’il devient difficile d’en effacer la trace, une parole douce exerce une influence si profonde qu’il est difficile à autrui d’en mesurer l’ampleur. C’est pourquoi nous avons vu que le Messager d’Allah a recommandé de faire preuve de la plus grande vigilance concernant la langue. Son mauvais usage peut conduire les relations réciproques au plus bas degré de ruine et de déformation, tandis que son bon usage peut les élever aux plus hauts degrés d’amour, d’affection et d’amitié. Très peu de gens en prennent conscience. En général, quelques paroles sorties de la bouche, qui révèlent à autrui l’amitié et les sentiments amoureux, peuvent procurer au cœur humain une immense satisfaction. Il arrive même qu’une grande marque de bienveillance ne puisse les égaler. Pourtant, nombreux sont ceux qui se montrent avares lorsqu’il s’agit de prononcer une bonne parole, une phrase encourageante ou un mot réjouissant. Ainsi, non seulement se privent-ils de la chance de procurer une joie infinie au cœur de leur frère bien-aimé — alors qu’il a été rapporté précédemment que celui qui réjouit le cœur d’un frère musulman réjouit le Messager d’Allah ; que celui qui réjouit le Messager d’Allah réjouit Allah Lui-même ; et que celui qui réjouit Allah, Allah le fera entrer au Paradis —, mais il leur arrive aussi de peiner le cœur de leur frère en s’abstenant de paroles agréables. Il leur arrive même parfois de ne pas hésiter à tenir des propos irréfléchis et irresponsables. Pourtant, il a été affirmé à ce sujet que « celui qui a peiné le cœur d’un musulman a peiné Allah Lui-même ».

Par l’expression des sentiments au moyen de la langue, on entend généralement l’expression de l’amour, les salutations, les invocations, les paroles douces et affectueuses, l’expression de la compassion, le fait de s’enquérir de la santé et des nouvelles d’autrui, et autres choses semblables. C’est en tenant compte de cette importance de la langue que le Noble Prophète (paix et bénédiction sur lui) a présenté aux Compagnons le tableau suivant du Jour de la Résurrection : ce jour-là, les hommes seront entourés soit par un feu ardent, soit par leurs œuvres et leurs bonnes actions, et Allah Très-Haut procédera Lui-même directement au jugement et au décompte. Il leur donna ensuite cette consigne : « Préservez-vous de ce feu terrible, ne serait-ce qu’avec un morceau de datte ; et si même cela vous est impossible, dites au moins une bonne parole. »

En considérant l’ensemble des preuves et après avoir examiné tous les aspects de la question, nous pouvons aisément comprendre ce que le Messager d’Allah (paix et bénédiction sur lui) a ordonné à ce sujet et pourquoi il l’a ordonné. Au sujet de l’expression de l’amour, il a dit :

اذا احبَّ الرَّجل اخاه فليخبره انه يحبه-

« Lorsqu’une personne éprouve de l’amour pour son frère, elle doit l’en informer et lui faire savoir qu’elle l’aime. » (At-Tirmidhi, Abou Dâwoud)

Un jour, un homme passa devant le Noble Prophète (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui). Alors, l’un de ceux qui se trouvaient auprès de lui s’exclama : « J’aime cet homme pour Allah. » Le Noble Prophète (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui) lui demanda :

أعلمته قال لا قال قم فاعلمه فقام اليه فاعلمه فقال احبَّك الذى احببتنى له –

« Lui as-tu fait savoir cela ? » Il répondit : « Non. » Il dit : « Va lui faire savoir que tu l’aimes pour Allah. » L’homme se leva, alla le trouver et le lui dit. L’homme répondit : « Puisse Celui pour la satisfaction duquel tu m’aimes t’aimer. » (Al-Bayhaqi, At-Tirmidhi — Anas ibn Mâlik, qu’Allah l’agrée)

Abou Hourayra (qu’Allah l’agrée) rapporta que le Noble Prophète (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui) embrassait Hassan ibn Ali (qu’Allah les agrée tous deux). Afra ibn Jâlis (qu’Allah l’agrée) était assis auprès de lui. En voyant le Noble Prophète (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui) l’embrasser, il dit : « J’ai dix fils, mais je n’en ai jamais embrassé aucun. » Le Noble Prophète (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui) le regarda et dit : « On ne fait pas miséricorde à celui qui est dépourvu de miséricorde. »

من لا يرحم لا يرحم –

Dans un autre hadith, cette parole est rapportée ainsi : « Que puis-je faire si Allah a privé ton cœur de miséricorde ? » (Al-Boukhari et Muslim.)

La meilleure occasion d’exprimer ses sentiments est la rencontre. L’importance et la nécessité des rencontres ont déjà été exposées. Voyons maintenant comment doit se dérouler une rencontre destinée à exprimer ses sentiments.

7. Rencontres avec affection et bonne humeur

Après la bonne conduite, les rencontres constituent le moyen le plus efficace d’améliorer les relations mutuelles. Toutefois, elles sont soumises à la condition suivante : lors d’une rencontre, il ne faut ni blesser le cœur de quiconque par des paroles désagréables, des plaisanteries, des railleries ou des moqueries, ni manquer de faire en sorte que l’affection se manifeste dans la manière même de se rencontrer. À ce sujet, nous trouvons de nombreux enseignements dans les nobles hadiths. L’un de ces enseignements est qu’au moment de la rencontre, au lieu de comportements pénibles et déchirants tels que la rudesse, la dureté, le mépris et l’indifférence, il faut faire preuve de douceur, de politesse, de courtoisie et de paroles aimables. Au sujet de l’homme doux, le Messager de Dieu (s.) a dit :

الا اخبركم بمن يحرم على النَّار وبمن تحرم النّار عليه على كلِّ هيِّن ليِّن قريب سهل –

« Je vais vous parler d’un homme auquel le feu de l’Enfer est interdit, et qui est lui-même préservé de l’Enfer. C’est un homme doux dans son humeur, dans sa nature et dans ses paroles. » (Ahmad, Tirmidhi — Ibn Mas‘ud (r.a.))

Une autre manière consiste à rencontrer les autres avec un visage souriant et à leur adresser un sourire dès que l’on se voit. Le noble Messager (s.) a recommandé ces deux choses. Il a dit un jour :

لا تحفرنَّ من المعروف شيئا ولو ان تلقى اخاك بوجه طليقٍ –

« Ne méprisez aucune bonne action, même si elle consiste à rencontrer votre frère avec un visage souriant. » (Muslim — Abû Dharr (r.a.))

Il est également dit que « sourire à son frère dès qu’on le voit est aussi une sadaqa ».

Il faut rencontrer autrui non avec mépris et indifférence, mais avec intérêt et attention, et lui manifester que cette rencontre est motivée par une joie sincère.

Les Compagnons disent que, lorsque le Noble Prophète (s.a.s.) accordait son attention à quelqu’un, il le faisait de tout son corps et de tout son cœur. Al-Bayhaqî a rapporté un récit de ce genre. Voici ce qui s’est passé : un jour, le Noble Prophète (s.a.s.) était assis dans une assemblée à la mosquée. À ce moment-là, un homme arriva ; le Noble Prophète (s.a.s.) se redressa. L’homme dit : « Ô Messager d’Allah, il y a suffisamment de place. » Il répondit :

انَّ للمسلم لحقاً اذا راه اخوه انْ يَّتزخزح له-

« Le droit du musulman est que, lorsque son frère le voit, il se lève pour lui. » (Al-Bayhaqî — Wâ’ila ibn al-Khattâb, qu’Allah l’agrée.)

‘Â’isha (qu’Allah l’agrée) rapporte que, lorsque Zayd ibn Hâritha (qu’Allah l’agrée) arriva à Médine et frappa à la porte de l’extérieur pour rencontrer le Messager d’Allah, celui-ci (s.a.s.) sortit sans même attacher son manteau, le tirant simplement derrière lui. Par Allah, je ne l’ai jamais vu ainsi, ni avant ni après cela. Sous l’effet de son affection, il passa ses bras autour du cou de Zayd et l’embrassa. De même, lorsque Ja‘far at-Tayyâr (qu’Allah l’agrée) revint d’Abyssinie, le Messager d’Allah (s.a.s.) passa ses bras autour de son cou et l’embrassa. Lorsque ‘Ikrima ibn Abû Jahl (qu’Allah l’agrée) se présenta auprès de lui, il lui dit : « Bienvenue au cavalier émigré. »

8. Le salâm

Le salâm a été désigné comme une manière précise d’exprimer l’affection, et il a également été établi comme faisant partie des devoirs et des droits d’un musulman envers un autre musulman. Il permet ainsi, d’une part, d’exprimer l’affection et, d’autre part, de manifester une prière et des vœux bienveillants pour son frère. Après son arrivée à Médine, le Noble Prophète (s.a.s.) prononça son premier sermon, dans lequel il recommanda quatre choses. L’une d’elles était la suivante :

وافشوا السَّلام بينكم –

« Répandez le salâm parmi vous. » L’importance de cette recommandation ressort encore davantage du hadith suivant :

لا تدخلون الجنَّة حتَّى تؤمنوا ولا تؤمنوا حتّى تحابُّوا الا ادلُّكم على شيئ اذا فعلتموه تحاببتم افشوا السلام بينكم –

« Vous n’entrerez jamais au Paradis tant que vous ne serez pas croyants. Et vous ne serez pas croyants tant que vous ne vous aimerez pas les uns les autres. Voulez-vous que je vous indique quelque chose qui, si vous l’adoptez, vous fera vous aimer les uns les autres ? C’est que vous répandiez le salâm parmi vous. » (Muslim — Abû Hurayra, qu’Allah l’agrée)

Une autre fois, après avoir énoncé les six devoirs et droits du musulman envers le musulman, il dit :

يسلِّم اذا لقيه –

« Chaque fois que tu le rencontreras, tu le salueras par le salâm. » (an-Nasâ’î — Abû Hurayra, qu’Allah l’agrée)

À ce propos, celui qui prend l’initiative du salâm et celui qui prend les devants ont été tout particulièrement encouragés. Le Noble Messager (saws) a dit :

« Celui qui prend l’initiative du salâm se préserve de l’orgueil. »

Il dit également :

انَّ اولى النّاس بالله من بدء السلام –

« Celui qui prend l’initiative du salâm est l’un de ceux qui sont le plus proches de la miséricorde d’Allah. » (Ahmad, Abû Dâwûd – Abû ‘Uthmân, qu’Allah l’agrée)

Il est évident que l’amour exige que l’on s’avance pour invoquer Allah en faveur de son frère et que l’on exprime ainsi les sentiments de son cœur. Lorsque le Messager d’Allah (ﷺ) marchait sur la route, il prenait toujours lui-même l’initiative du salâm. Toute personne qu’il rencontrait en chemin, homme, femme ou enfant, sans distinction, recevait son salâm. Bien plus, il était particulièrement prompt à saluer les enfants. Au sujet du salâm, il dit :

اذا لقى احدكم اخاه فليسلِّم عليه فان حالت بينهما شجَّرةٌ او جدارٌ او حجر ثمَّ لقييه فليسلِّم عليه –

« Lorsque l’un d’entre vous rencontre son frère, qu’il le salue. Puis, si un arbre, un mur, une pierre ou toute autre chose s’interpose entre eux deux, et qu’ils se rencontrent de nouveau, qu’il le salue encore. » (Abû Dâwûd – Abû Hurayra, qu’Allah l’agrée)

Il a particulièrement recommandé de saluer les membres de sa famille et a dit à Anas (qu’Allah l’agrée) :

يا بنىَّ اذا دخلت على اهلك فسلِّم يكون بركة عليك وعلى اهل بيتك –

« Ô mon fils ! Lorsque tu entres dans ta maison, salue tout le monde. Cela sera bénéfique pour toi et pour les membres de ta famille. » (At-Tirmidhi – Anas, qu’Allah l’agrée)

L’échange des salutations ne peut accroître l’amour que lorsqu’il est accompli avec le sentiment approprié, qu’un frère prie pour la paix de l’autre frère et qu’il exprime ainsi la profondeur de son amour et de sa bienveillance à son égard. Sinon, il ne fait aucun doute que le simple fait de laisser sortir de sa bouche deux ou trois mots par habitude, comme dans l’islam courant, ne peut accroître l’amour réciproque.

9. Muṣāfaḥa

Lors des rencontres, la deuxième chose que le noble Messager a prescrite, après le salâm, pour exprimer l’amour et l’émotion que l’on éprouve, est la muṣāfaḥa, c’est-à-dire la poignée de main. On demanda à Anas (qu’Allah l’agrée) si la poignée de main était pratiquée parmi les Compagnons du Messager d’Allah (paix et bénédictions d’Allah sur lui). Il répondit : « Oui. »

En réalité, la muṣāfaḥa est l’achèvement ou le complément du salâm. Autrement dit, elle permet à toute la conception du salâm d’atteindre sa plénitude. Le noble Messager l’a lui-même rapporté ainsi :

تمام تحيّاتكم بينكم المصافحة –

« C’est par la muṣāfaḥa que vos salutations réciproques atteignent leur plénitude. » (Ahmad, At-Tirmidhi – Abû Umâmah, qu’Allah l’agrée)

Le noble Prophète a également dit à propos de la muṣāfaḥa : « Serrez-vous continuellement la main, car cela élimine l’hostilité.

(تصافحوايذهب الغلَّ) En outre, le noble Messager (s.) a également annoncé la bonne nouvelle suivante au sujet de la récompense de la poignée de main :

ما من مسلمين يلتقيان فيصا فحان الاَّ غفرلهما قبل ان يَّتفرَّقا وفى رواية اخرى اذا التقى المسلمان فتصافحا وحمدا الله واستغفرا الله غفرلهما –

« Lorsque deux musulmans se rencontrent et se serrent la main, tous leurs péchés leur sont pardonnés avant qu’ils ne se séparent. Selon une autre narration, lorsque deux musulmans se serrent la main, louent Allah et Lui demandent pardon, ils sont pardonnés. » — (Ahmad, Tirmidhi, Ibn Majah — Bayā ibn Ghārib, qu’Allah l’agrée)

10. Appeler les autres par un nom élogieux

Toute personne qui connaît la nature humaine souhaite que l’on s’adresse à elle par un nom élogieux. C’est une aspiration naturelle de l’être humain. Plus on s’adresse à quelqu’un dans un langage affectueux et sur un ton empreint d’émotion, plus son cœur sera touché par la sincérité et l’amour de son interlocuteur. Il ne faut donc montrer aucune réserve à cet égard. Il faut plutôt s’efforcer d’appeler son frère avec des paroles et sur un ton qui expriment pleinement l’amour que l’on éprouve pour lui. Dans le mouvement de Sayyid Ahmad Shahid (qu’Allah lui fasse miséricorde), chacun s’adressait aux personnes de son rang et à ses aînés en ajoutant le mot « frère » à leur nom, tandis qu’il appelait les plus jeunes simplement par leur nom. En somme, il faut s’adresser à autrui de manière à exprimer pleinement son amour et à réjouir également son cœur. Dans une relation fondée sur l’affection et la sincérité, il n’y a absolument aucune place pour qu’une personne s’adresse à son frère dans un langage qu’il n’aime pas. À cet égard, tout le hadith relatif aux paroles bienveillantes s’applique. Lorsque l’on demanda au vénérable Umar (qu’Allah l’agrée) par quoi l’amitié se consolide, il donna une réponse des plus remarquables. Il dit : « Appelez votre ami par un nom élogieux. »

11. S’intéresser aux affaires personnelles

L’une des exigences essentielles de l’amour sincère est de s’intéresser aux affaires personnelles de son frère comme on s’intéresse aux siennes. Lorsque tu rencontreras ton frère, demande-lui comment il va et manifeste un intérêt véritable pour sa situation personnelle. Ainsi, la confiance en la sincérité et la bienveillance de l’un envers l’autre naîtra dans le cœur de chacun, et les sentiments de l’un seront révélés à l’autre. Ces éléments rendront donc leur relation plus stable. Le noble Prophète (s.) a également attiré l’attention sur ce point lorsqu’il a ordonné à ses compagnons d’apprendre personnellement à se connaître les uns les autres. Il a dit :

اذا اخى الرَّجلُ الرَّجلَ فليسأله عن اسمه واسم ابيه وممَّن هو فانَّه او صل للمودَّة –

« Lorsqu’une personne se lie d’amitié avec une autre, qu’elle lui demande son nom, le nom de son père et son appartenance tribale. Car cela renforce davantage les racines de l’affection mutuelle. » (Tirmidhi – Yazid ibn Nu‘ama, qu’Allah l’agrée)

Son propre nom et les autres éléments de ce genre font partie des affaires personnelles de chacun. Ainsi, le hadith en question indique précisément le principe que j’ai exposé. La parole « cela renforce les racines de l’affection » met également en lumière sa véritable portée.

12. Les présents

Offrir un présent pour exprimer son affection et sa sincérité envers son frère est extrêmement bénéfique à la stabilité des relations. En réalité, dire de bonnes paroles, appeler quelqu’un par un nom honorable, exprimer son affection, etc., sont des présents de la langue. Par ces moyens, un frère exprime à l’autre son affection et les sentiments de son cœur, et cherche à l’attirer à lui. De même que ces présents de la langue réjouissent les cœurs, établissent des liens entre eux et contribuent à ce qu’ils s’attirent mutuellement, les présents matériels rapprochent également le cœur de l’un de celui de l’autre, ce qui accroît ainsi l’affection réciproque. Le Noble Prophète a aussi indiqué, en recommandant d’offrir des présents, que ceux-ci permettent de laver et de purifier les souillures des cœurs. Il a dit :

تهادوا تحابُّوا وتذهب شحناؤكم – (او كما قال عليه السلام)

« Échangez des présents entre vous : cela augmentera l’affection mutuelle et fera disparaître l’éloignement des cœurs ainsi que l’hostilité. » (Muwatta de Malik, ‘Ata)

Le Noble Prophète lui-même offrait régulièrement des présents à ses compagnons, et ses Compagnons lui en envoyaient ainsi qu’ils s’en offraient les uns aux autres. À ce sujet, voici ce que nous devons retenir et l’enseignement que nous tirons de la vie du Prophète :

1. Il convient toujours d’offrir selon ses propres moyens, et il ne faut pas s’en abstenir sous prétexte de ne pouvoir donner quelque chose de précieux ou de remarquable ; en réalité, ce qui crée un lien entre les cœurs, ce n’est ni la valeur ni le prestige du présent, mais la sincérité et l’affection de celui qui l’offre.

2. Le cadeau, quel qu’il soit, doit toujours être accepté avec gratitude.

3. Il faut toujours essayer d’offrir un cadeau en retour d’un cadeau reçu. Il n’est nullement nécessaire que le cadeau soit de valeur équivalente ; chacun donnera plutôt selon ses propres moyens. Le Prophète (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui) avait pour principe de toujours essayer d’offrir un cadeau en retour. Un jour, lorsqu’un homme refusa d’accepter un cadeau en retour, il manifesta un vif mécontentement.

4. Parmi les cadeaux, la chose que le Messager d’Allah (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui) préférait le plus était le parfum. De nos jours, les livres peuvent également être considérés à ce titre.

13. La reconnaissance

La reconnaissance est une excellente manière d’exprimer ses sentiments affectueux et de montrer que l’on apprécie l’affection d’autrui. Lorsqu’une personne constate que son frère comprend pleinement l’importance et la valeur des actes accomplis sous l’impulsion de son affection et par amour pour elle, son amour sincère envers ce frère s’accroît. En revanche, si une personne aimante comprend que sa sincérité et son affection n’ont aucune valeur, ses sentiments s’éteindront naturellement peu à peu. C’est pourquoi, lorsqu’un musulman aide un autre frère musulman, se montre bienveillant envers lui, lui adresse une bonne parole ou lui offre un cadeau, il est du devoir de ce frère musulman de lui exprimer avec joie sa gratitude. Il lui fera ainsi savoir qu’il apprécie pleinement la valeur de sa sincérité et de son affection. Les Compagnons rapportent qu’au sujet du Prophète (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui), lorsqu’on lui présentait quelque chose, il l’acceptait avec reconnaissance, et lorsqu’une personne accomplissait pour lui un service, il lui en exprimait sa gratitude.

14. Manger ensemble

Partager les repas les uns avec les autres et inviter autrui à manger chez soi constituent également une excellente manière d’exprimer la sincérité et l’affection. Cela ne permet pas seulement d’avoir l’occasion d’échanger librement ; lorsqu’un musulman invite son frère à manger chez lui, l’invité ressent aussi que son frère éprouve pour lui une profonde affection. Et lorsque ce sentiment naît, les relations mutuelles deviennent assurément plus solides. Les Compagnons s’invitaient souvent les uns les autres ainsi que le Prophète (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui). Lorsque le Prophète lui-même avait quelque nourriture ou qu’il en recevait d’un endroit quelconque, il en faisait participer toute l’assemblée. Pour les invitations et les repas pris ensemble, il convient de tenir compte des éléments mentionnés précédemment à propos des cadeaux. En particulier, il ne faut éprouver aucune gêne à inviter ; chacun fera plutôt manger selon ses moyens, même s’il ne s’agit que du repas quotidien. Toutefois, si l’on peut prendre certaines dispositions à cet égard, cela produit assurément une impression favorable sur l’invité. Quoi qu’on lui présente, l’invité doit l’accepter avec satisfaction et gratitude. Enfin, comme pour les cadeaux, il faut essayer de rendre les invitations.

À ce propos, il faut également savoir qu’au début, les musulmans éprouvaient une certaine hésitation à manger chez leurs proches et leurs parents. À ce sujet, Allah le Très-Haut a levé cette hésitation en faisant révéler un verset dans la sourate An-Nûr du Coran.

15. La prière (du‘â)

La prière (du‘â) est une chose qui, d’un certain point de vue, assimile en elle-même nombre des devoirs et des droits que nous avons évoqués, et qui, d’un autre point de vue, accroît l’amitié et l’affection réciproques. Par la prière, un musulman implore auprès de son Seigneur la miséricorde et le pardon pour son frère, prie pour son bien et sa prospérité, et demande l’amélioration de sa situation. Seul le musulman est clairement convaincu que la véritable clé des causes et des effets se trouve entre les mains d’Allah. Dès lors, lorsqu’il voit son frère lever les mains devant son Seigneur pour prier en sa faveur, il en est profondément touché et impressionné.

La prière (du‘â) peut être faite en secret ou en présence de la personne, sous ces deux formes. L’une de ses formes est le salâm, par lequel, dans sa formule complète, le musulman implore pour son frère la paix, la miséricorde et la bénédiction. Un autre devoir d’un musulman envers un autre musulman est que, lorsque celui-ci éternue et dit « al-hamdulillâh », il prie pour que la miséricorde lui soit accordée. Accomplir la prière funéraire pour son frère musulman est également un devoir particulier, et c’est aussi une forme de prière. Les soins prodigués au frère malade — déjà évoqués — comportent eux aussi une prière.

Lorsque la prière (du‘â) est faite en présence de la personne concernée ou à sa connaissance, son premier bienfait est qu’elle l’amène à croire de tout son cœur à la sincérité de la bienveillance et de l’affection de son frère. Puisque leur objectif à tous deux est la miséricorde d’Allah, il voit que son frère ne se contente pas d’œuvrer concrètement à son bien, mais qu’il présente aussi ses espoirs et ses aspirations devant Allah, comme s’il s’agissait des siens propres. Même accablé par ses propres peines et ses difficultés, il tend les mains devant son Maître ; il implore le pardon, pour les fautes et le registre des péchés de son frère comme pour les siens, et espère pour lui, comme pour lui-même, l’agrément et la miséricorde de Dieu. Il voit également que son frère lui porte une telle attention que, lorsque, dans la solitude, seuls son frère et Allah sont présents, celui-ci se souvient encore de lui. Dans ces circonstances, l’amour pour le frère qui prie en sa faveur naît naturellement dans son cœur. Ainsi, tous les bienfaits de l’expression des sentiments du cœur peuvent être obtenus par la prière (du‘â).

Deuxièmement, lorsque celui qui prie s’efforce d’inclure l’autre dans sa propre prière, leur relation sincère se renforce davantage et la pureté s’y introduit également.

En outre, parallèlement aux prières demandant la miséricorde, le pardon, la satisfaction des besoins et la dissipation des difficultés, il est recommandé de prier pour que son frère demeure fermement sur le droit chemin et pour l’amitié réciproque.

اللّهمَّ الِّف بين قلوبنا واصلح ذات بيننا –

« Ô Allah ! Unis nos cœurs et éloigne nos rancœurs réciproques. »

C’est ainsi qu’il est également recommandé d’invoquer Dieu afin que la souillure, la rancœur et autres sentiments semblables soient extirpés du cœur. Car entretenir dans son cœur de l’amertume, de la mésentente ou du ressentiment envers autrui est une maladie extrêmement grave. Il convient donc d’invoquer humblement Dieu pour en obtenir la guérison.

ربَّنا اغفرلنا ولاخواننا الَّذ ين سبقونا بالايمان ولا تجعل فى قلوبنا غلاًّ لّلَّذين امنوا ربَّنا انَّك رؤف الرَّحيم –

« Seigneur ! Accorde-nous Ton pardon, ainsi qu’à nos frères qui ont cru avant nous, et ne mets dans nos cœurs aucune rancœur ni aucune hostilité envers les croyants. Seigneur ! Tu es certes plein de bonté et de miséricorde. » (Sourate Al-Hashr, 10)

Mentionner le nom de son frère ou se souvenir de lui dans ses invocations contribue à renforcer davantage les liens. Invoquer spontanément la miséricorde de Dieu pour son frère, demander à Allah de lui accorder Son amitié et Son amour, et Le prier de préserver leurs relations de toute déformation et de tout mal sont certes des devoirs de chaque musulman envers son frère musulman ; mais se demander mutuellement de prier pour soi et exprimer le désir de participer aux invocations de l’autre peuvent également contribuer à améliorer les relations réciproques. À titre d’exemple, le Noble Prophète (paix et bénédiction sur lui) a dit : « Lorsque tu vas rendre visite à ton frère malade, demande-lui aussi d’invoquer Dieu pour toi, car son invocation est davantage exaucée. »

Un jour, alors que le vénérable Omar (qu’Allah l’agrée) partait accomplir le pèlerinage, le Noble Prophète (paix et bénédiction sur lui) lui adressa quelques paroles. À propos de ces paroles, Omar (qu’Allah l’agrée) déclara lui-même : « C’est la chose la plus chère à mon cœur de toute ma vie. » Ces paroles étaient les suivantes : « Ô notre frère, souviens-toi de nous dans tes invocations. »

16. Répondre de belle manière

Chaque musulman devrait s’efforcer de répondre à la sincérité et à l’amour de son frère musulman par une sincérité et un amour encore plus grands. En effet, aucune relation ne peut se développer grâce à un amour à sens unique. De plus, cela rassure le cœur de l’autre frère, qui sait ainsi que son amour n’est ni gaspillé ni accueilli avec mépris. Répondre au salut par un salut, offrir un cadeau en retour d’un cadeau, répondre à une bonne parole par une bonne parole, et accomplir toutes ces choses de belle manière mettent en lumière le principe susmentionné. À ce propos, il convient également de garder à l’esprit la parole suivante du Noble Messager d’Allah (paix et bénédiction sur lui) :

« Le meilleur des deux amis est celui qui éprouve le plus d’amour pour son frère. »

S’il n’est pas possible de répondre à l’amour de son frère par une réponse meilleure, il convient au moins d’y répondre de manière équivalente ; et si, en même temps, on reconnaît sa propre incapacité, cela touchera certainement le cœur de l’autre.

17. Réconciliation et réfutation des griefs

Après avoir gardé à l’esprit les fondements de cette relation, diverses fautes et incapacités se manifestent naturellement lorsqu’il s’agit d’y faire naître les sentiments d’amitié et d’amour et d’adopter les moyens propres à la préserver de la déformation et du mal. Aucun être humain ne peut prétendre ne jamais commettre la moindre erreur dans aucune affaire. En particulier, puisque cette relation est établie en vue de la révolution islamique, Satan se montre également extrêmement actif dans ce domaine et cherche constamment la moindre faille pour déformer les relations réciproques et y créer des fissures. Si l’on garde correctement à l’esprit tout ce qui a été exposé précédemment au sujet des relations réciproques, si l’on suit les principes consistant à ne causer à son frère aucune souffrance physique ou morale par ses paroles et ses actes, à s’efforcer de toutes les manières possibles de lui apporter une aide religieuse et mondaine, à manifester pleinement sa sincérité et son amour, à exprimer, en reconnaissant la valeur de la sincérité et de l’amour de l’autre, une sincérité et un amour plus grands, ou au moins équivalents, et si l’on continue à évaluer sa propre conduite selon ces critères, il deviendra très difficile à Satan d’y pénétrer. Si, malgré cela, une déformation ou un mal apparaît dans la relation, chaque frère musulman doit absolument garder plusieurs choses présentes à l’esprit. En les gardant à l’esprit, il sera facile de remédier à la déformation, même lorsqu’elle se manifeste. Le fondement général de la déformation des relations est la naissance, dans le cœur d’un frère musulman, d’un grief contre un autre frère. Les causes de la naissance d’un grief peuvent être nombreuses. Toutefois, les points étudiés dans ce chapitre éliminent toutes ces causes. On observe une similitude dans tout grief : lorsqu’un musulman souffre intérieurement à cause d’une parole ou d’un acte de son frère, c’est de là que naît le grief. Si l’affaire est grave, ce grief suffit à lui seul à déformer la relation. Si elle est insignifiante, plusieurs faits semblables s’additionnent et font naître un sentiment intense. Il est nécessaire de présenter à tous les points exposés à ce sujet.

Premièrement, un musulman ne doit donner à aucun autre musulman le moindre motif de grief. Il doit toujours s’efforcer de ne rien faire qui puisse causer de la peine au cœur de son frère.

Deuxièmement, tout musulman doit se montrer généreux envers son frère. Il doit garder à l’esprit les nobles enseignements moraux du Messager vénéré (paix et bénédictions sur lui) et s’efforcer de toutes ses forces de ne laisser naître aucun grief contre qui que ce soit et, s’il en naît malgré tout, de l’ôter immédiatement de son cœur.

Troisièmement, si, malgré les efforts susmentionnés, un grief naît et qu’il n’est pas possible de l’oublier, il ne faut pas le nourrir dans son cœur. Que l’affaire soit petite ou grande, il faut immédiatement en parler à son frère. Garder dans son cœur de la suspicion et de la rancœur à l’égard de son frère, puis le rencontrer avec cette rancœur, est le signe du caractère le plus vil. Il faut donc, sans aucun retard à ce sujet, s’efforcer immédiatement de purifier son cœur de cette souillure.

Quatrièmement, celui contre qui un grief est formulé ne doit pas s’en offenser ni froncer le nez à cause de cela. Au contraire, il convient de témoigner de la reconnaissance à ce frère bienveillant qui, après avoir trahi la confiance en parlant dans son dos, est venu lui présenter directement son grief, qui, considérant la relation comme une chose extrêmement précieuse, a pris l’initiative de dissiper même un grief insignifiant et lui a donné l’occasion de se corriger.

Cinquièmement, dès qu’il apprend que son frère nourrit un grief contre lui, il doit s’efforcer de se corriger. En effet, plus le temps passe, plus la déformation s’enracine solidement. De plus, plus tôt on déracine la fitna, mieux cela vaut. S’il a réellement commis une faute, il doit la reconnaître ouvertement et exprimer ses regrets à ce sujet. S’il a une excuse pour cette faute, il doit également la présenter. S’il n’y a pas eu de faute, mais qu’un malentendu est né, ou s’il existe une excuse raisonnable, il doit s’efforcer de dissiper ce malentendu. À ce propos, la parole suivante de Jésus (paix sur lui), rapportée dans l’Évangile, met admirablement en lumière le devoir du musulman d’accomplir cela :

« Si tu vas présenter ton offrande votive à l’autel sacrificiel et qu’une fois sur place tu te souviens que ton frère a un grief contre toi, laisse ton offrande devant l’autel, retourne voir ton frère et réconcilie-toi avec lui ; ce n’est qu’ensuite que tu pourras présenter ton offrande. »

Voilà qui est dit de manière tout à fait remarquable. Si ton frère t’est hostile, il t’est difficile de devenir un homme de bien et d’établir ta relation avec lui sur l’harmonie. En réalité, le véritable objectif du culte ne sera pleinement atteint que lorsque nous aurons réussi à satisfaire Allah. C’est pourquoi il est recommandé, avant de présenter l’offrande, de dissiper le grief de son frère et de s’efforcer de se purifier intérieurement, sans aucun délai à cet égard.

Sixièmement, lorsqu’un frère musulman reconnaît sa faute, il est obligatoire de lui pardonner ; il ne faut faire preuve d’aucune mesquinerie à cet égard. S’il présente une excuse, il est également obligatoire de considérer son incapacité comme réelle et d’accepter son excuse. De plus, s’il fournit une explication dans le but de dissiper un malentendu, il est obligatoire de croire à la véracité de ses paroles. Il convient à ce propos de garder à l’esprit la parole suivante du noble Prophète :

« Celui qui présente à son frère musulman une excuse pour sa propre faute, mais qui ne le considère pas comme excusé et n’accepte pas son excuse, porte un péché aussi grand que celui d’un percepteur résultant de l’injustice liée à la perception illégale de taxes. »

Pour suivre correctement ces directives, il faut pleinement comprendre la valeur des relations entre les personnes, éprouver au fond de soi un profond respect pour le frère et pour l’élan d’amour fraternel, et comprendre également combien la détérioration de ces relations constitue un grave péché. Le premier point se comprend très bien à partir de la discussion du premier chapitre et de celle de la deuxième partie du présent chapitre. Concernant le second, il est rapporté que, pour expliquer la détérioration de ces relations, le noble Prophète a dit : « C’est un rasoir qui rase entièrement la religion de l’islam. » Ainsi, celui qui croit que la véritable réussite est celle de l’au-delà préservera certainement sa religion à tout prix ; et celui qui souhaite protéger sa religion ne laissera jamais, dans la mesure de ses possibilités, ces relations se détériorer. Les avertissements que le noble Prophète a prononcés au sujet du mécontentement mutuel et de la rupture des relations sont à la fois agréables et sévères. Il a dit :

لا يحلُّ للرَّجل ان يَّهجر اخاه فوق ثلاث ليالٍ يلتقيان فيعرض هذا ويعرض هذا وخيرهما الَّذى يبدأ بالسلام-

« Il n’est permis à aucun musulman de délaisser son frère plus de trois jours par ressentiment, ni, lorsqu’ils se rencontrent, de se détourner l’un de l’autre. Le meilleur des deux est celui qui prend l’initiative de saluer — c’est-à-dire celui qui, renonçant au ressentiment, prend l’initiative de la réconciliation. » (Al-Boukhari et Muslim, d’après Abou Ayyoub Al-Ansari)

Cela établit la supériorité de celui qui prend l’initiative de la réconciliation. Le noble Prophète a également dit comment Allah traite, en Sa présence, deux musulmans dans une telle situation :

تعرض اعمال النَّاس فى كلِّ جمعة مرَّتين يوم الاثنين ويوم الخميس فيغفر لكلِّ عبدٍ مُّؤمن الاَّ عبدأً بينه وبين اخيه شحناء فيقال اتركوا او اركوا هذين حتى يفيئا –

« Les actes des gens sont présentés (à la Cour d’Allah) deux jours par semaine, le lundi et le jeudi, et tout serviteur croyant est pardonné, à l’exception de celui qui nourrit de l’hostilité envers son frère musulman. Il est dit : “Laissez-les quelque temps, afin qu’ils puissent se réconcilier.” » (Muslim, Abû Hurayra, qu’Allah l’agrée.)

Au sujet de celui qui abandonne son frère pendant trois jours, le Messager (s.a.s.) a également dit :

لا يحلُّ لمسلم ان يَّهجر اخاه فوق ثلاث فمن هجر فوق ثلاث فمات دخل النَّار-

« Il n’est pas permis à un musulman d’abandonner son frère pendant plus de trois jours. Celui qui reste séparé de lui plus de trois jours et meurt durant cette période sera voué à l’Enfer. » (Ahmad, Abû Dâwûd — Abû Hurayra, qu’Allah l’agrée.)

Il a également dit :

فمن هجر اخاه سنة فهو كسفك دمه –

« Celui qui abandonne son frère musulman pendant une année est comme celui qui a versé son sang (c’est-à-dire qu’il a commis un péché d’une telle gravité). » (Abû Dâwûd — Abû Hurayra, qu’Allah l’agrée.)

Il peut toutefois arriver dans cette affaire qu’une des parties rompe ses relations après avoir tenté de parvenir à une réconciliation, ou qu’elle soit dans son droit lors du différend. Dans ce cas, selon la raison et la charia, elle ne commet aucun péché. Même dans une telle situation, on lui recommande néanmoins d’agir avec magnanimité, de pardonner à son frère et, tout en restant dans son droit, de mettre fin au différend. Dans un hadith, le noble Prophète (ﷺ), en conseillant de renoncer au différend, a dit :

من ترك المراء وهو على حقٍّ بنى له بيت فى وسط الجنة ومن حسن خلقه بنى له فى اعلاها-

« Celui qui renonce au différend, on lui construit une demeure au milieu du Paradis. Et celui qui améliore son caractère, on lui construit un palais dans les régions les plus élevées du Paradis. » (At-Tirmidhi — Anas (رضي الله عنه))

Il est évident que le plus haut degré du meilleur caractère est le pardon et la clémence. C’est en échange de cela que l’être humain devient digne d’occuper la place la plus élevée du Paradis.

Parallèlement à la réconciliation, il incombe aux autres frères musulmans et, de manière générale, à la société musulmane de veiller aux relations entre les deux frères et, dès qu’elle en constate un signe de dégradation, de les rétablir. Car la stabilité des relations réciproques dépend de cette réforme. Et ces relations sont précisément la vie et l’âme de la société. Le Coran a ordonné cette réforme dans les termes suivants :

انَّما المؤمنون اخوة فاصلحوا بين اخويكم –

« Les croyants ne sont que des frères. Réconciliez donc vos deux frères et apaisez leur différend. » (sourate Al-Hujurât, 10)

Il a même été ordonné de combattre celui qui transgresse à cet égard.

Le noble Messager d’Allah (s.a.w.) demanda un jour aux Compagnons : « Voulez-vous que je vous parle d’une œuvre dont la récompense, par sa valeur, est supérieure à celle de la prière, du jeûne et de l’aumône ? » Les Compagnons répondirent : « Oui, ô Messager d’Allah ! Dites-nous, certainement. » Il dit :

اصلاح ذات البين – وفساد ذات البين الحالقة –

« Réconcilier les gens entre eux et semer la discorde dans leurs relations, c’est raser la religion elle-même. » (Abû Dâwûd, at-Tirmidhî)

À ce sujet, il a également dit (bien que la position de l’islam à l’égard du mensonge soit extrêmement sévère) :

ليس الكذَّاب الَّذى يصلح بين النَّاس ويقول خيرًا فيمنى خيرًا او يقول خيرًا –

« Celui qui réconcilie les gens, dit de bonnes paroles et transmet de bonnes paroles n’est pas un menteur. » (Al-Bukhârî et Muslim — Umm Kulthûm)

En d’autres termes, il transmet d’une partie à l’autre une disposition sincère qui n’a pas été réellement exprimée. Toutefois, dans une telle médiation, lorsqu’elle est nécessaire à la réconciliation, il est permis de dire des paroles inexactes et il convient de parler de manière à ce que chaque partie puisse avoir confiance dans l’amour et la bienveillance de l’autre.

À la lumière de ces directives, si le musulman ne donne lui-même aucune occasion de se plaindre de lui, tout en poursuivant ses efforts de réconciliation et en demeurant attentif à la société, il devient très difficile pour Satan d’y mettre son nez.

18. Demander au Seigneur la grâce de réussir

Les relations d’amitié, de fraternité et d’amour constituent une condition fondamentale et une exigence inévitable. Plus son objectif lui sera cher, plus le lien de fraternité entre un frère et l’autre sera profond. Lorsque la peine et les difficultés de l’un deviennent celles de l’autre, que les soucis de l’un deviennent ceux de l’autre et que la joie de l’un devient celle de l’autre, la relation s’élève, sous un certain aspect, au niveau souhaité. Et lorsque, parallèlement, la miséricorde et la bienveillance s’y conjuguent, la relation atteint son degré le plus élevé à tous égards. En vérité, une telle relation peut insuffler, au sein d’une communauté et d’un mouvement, une vie et une conscience de l’action garantes du succès. Lorsque cette immense faveur est acquise en respectant toutes les conditions et les démarches prescrites par Allah et Son Messager (paix et bénédictions sur lui), la grâce d’Allah devient également nécessaire pour y parvenir. Car il s’agit là d’une faveur particulière d’Allah. Il convient donc d’implorer humblement le Seigneur des mondes afin qu’Il protège cette relation sacrée de toute déformation et de tout bouleversement, et qu’Il y accroisse toujours davantage l’amitié et l’amour.

ربَّنا اغفرلنا ولاخواننا الَّذ ين سبقون بالايمان ولاتجعل فى قلوبنا غلاًّ للَّذ ين امنوا ربَّنا انَّك رؤف الرَّحيم –

« Ô notre Seigneur ! Pardonne-nous ainsi qu’à nos frères qui ont cru avant nous, et ne mets dans nos cœurs aucune rancune ni hostilité envers les croyants. Ô notre Seigneur ! Tu es certes plein de grâce et miséricordieux. » (Sourate Al-Hashr, 10)

— Fin —