Introduction

Ilâh, Rabb, dîn et ‘ibâda : ces quatre termes revêtent une importance fondamentale dans la terminologie coranique. L’appel général du Coran est le suivant : seul Allah, exalté soit-Il, est l’unique Rabb et Ilâh ; il n’existe aucune autre divinité ni aucun autre Seigneur en dehors de Lui. Nul ne Lui est associé dans l’ulûhiyya et la rubûbiyya. Reconnaissez-Le donc comme votre seul Ilâh et Rabb ; rejetez l’ulûhiyya et la rubûbiyya de tous les autres en dehors de Lui. Adorez-Le et n’adorez personne d’autre que Lui. Consacrez exclusivement le dîn à Lui et rejetez toutes les autres religions.

——————-Sourate an-Nisâ’ : 25——————– Nous n’avons envoyé avant toi aucun messager sans lui révéler : « Il n’y a de divinité que Moi. Adorez-Moi donc. » — an-Nisâ’ : 25

———————Sourate at-Tawba : 31——————— Il ne leur a été ordonné que d’adorer cette divinité ; il n’y a de divinité que Lui. Il est exempt de ce qu’ils Lui ont associé. — at-Tawba : 31

——————–Sourate al-Anbiyâ’ : 92—————– Certes, cette communauté qui est la vôtre — c’est-à-dire celle de tous les prophètes — est une seule communauté, et Je suis votre Rabb. Adorez-Moi donc. — al-Anbiyâ’ : 92

———————Sourate al-An‘âm : 164 ————– Dis : « Chercherais-je un autre Rabb qu’Allah, alors qu’Il est le Rabb de toute chose ? » — al-An‘âm : 164

——————–Sourate al-Kahf : 110 —————- Que celui qui espère rencontrer son Rabb accomplisse donc de bonnes œuvres et n’associe personne à l’adoration de son Rabb. — al-Kahf : 110

——————-Sourate an-Nahl : 36 ——————- Nous avons envoyé dans chaque communauté un messager, avec pour mission : « Adorez Allah et éloignez-vous du tâghût. » — an-Nahl : 36

——————Sourate Âl ‘Imrân : 83 —————— Cherchent-ils donc une religion autre que la religion d’Allah ? Pourtant, tout ce qui est dans les cieux et sur la terre Lui est soumis, de gré ou de force. Et c’est vers Lui qu’ils seront ramenés. – Âl ‘Imrân : 83

———————-Sourate Az-Zumar : 11 ————— Dis : « Il m’a été ordonné d’adorer Allah et de Lui consacrer exclusivement mon dîn. » – Az-Zumar : 11

——————–Sourate Âl ‘Imrân : 51 —————– Certes, Allah est mon Rabb et votre Rabb. Adorez-Le donc. Voilà le droit chemin. – Âl ‘Imrân : 51

Quelques-uns de ces versets ont été présentés à titre d’exemple. Toute personne qui étudie le Coran ressentira, dès la première lecture, que l’ensemble de son exposé s’articule autour de ces quatre termes. L’idée centrale (Central idea) du Noble Coran est la suivante :

Allah est le Rabb et l’Ilâh.

Nul autre qu’Allah ne possède le droit à la rubûbiyyah et à l’ulûhiyyah.

Il faut donc n’adorer que Lui.

Le dîn doit Lui être voué avec exclusivité.

L’importance des quatre termes fondamentaux

Il est clair que, pour comprendre l’enseignement du Coran, il est absolument indispensable de saisir correctement et pleinement la signification des quatre termes fondamentaux. Si une personne ignore le sens du mot ilah, la définition de l’ibadat et ce que signifie le din, le Coran tout entier devient pour elle dépourvu de sens. Elle ne pourra connaître le tawhid, comprendre le shirk, consacrer exclusivement son ibadat à Allah ni réserver le din à Allah. De même, si la signification de ces termes demeure vague et incomplète dans l’esprit de quelqu’un, l’ensemble de l’enseignement coranique restera obscur pour lui. Malgré sa foi dans le Coran, sa croyance comme ses pratiques, ses convictions comme ses actes, resteront incomplets. De sa bouche, il dira : « La ilaha illallah », c’est-à-dire : « Il n’y a aucune ilah en dehors d’Allah », tout en faisant de nombreuses personnes des ilah. Même s’il proclame de sa bouche : « Il n’y a aucun autre rabb qu’Allah », beaucoup se comporteront en fait comme ses rabb. Avec les meilleures intentions, il dira : « Je n’adore personne d’autre qu’Allah », mais il restera néanmoins occupé à adorer de nombreux autres ma‘bud. Il affirmera avec force : « Je suis dans le din d’Allah » ; si on lui dit qu’il est dans un autre din, il sera prêt à combattre, alors que les chaînes de nombreux dins pendront malgré tout à son cou. Jamais les mots « ilah » ou « rabb » ne sortiront de sa bouche pour désigner autre qu’Allah ; pourtant, selon le sens pour lequel ces mots ont été formés, il aura de nombreux ilah et rabb. Et le malheureux ne saura même pas qu’en pratique, il s’est donné de nombreux rabb et ilah en dehors d’Allah. Si on lui dit : « Tu adores autre qu’Allah, tu commets du shirk dans le din », il accourra pour lapider celui qui le lui dit ; pourtant, au regard de la signification de l’ibadat et du din, il adorera effectivement autre qu’Allah et pratiquera un autre din. Il ne saura même pas que ce qu’il fait n’est en réalité rien d’autre que l’adoration d’un autre. On ne peut qualifier une personne tombée dans cet état autrement que de personne attachée au din de quelqu’un d’autre qu’Allah.

La cause fondamentale des conceptions erronées

Lorsque le Coran fut présenté en Arabie, chacun savait ce que signifiait ilah et qui était appelé rabb, car ces deux mots étaient depuis longtemps employés dans leur langage courant. Ils en connaissaient le sens et la portée. Ainsi, lorsqu’il leur fut dit qu’Allah seul est le Rabb et l’Ilah, et que nul n’a la moindre part dans l’uluhiyya et la rububiyya, ils le comprirent parfaitement. Ils comprirent clairement ce qui était interdit pour les autres et ce qui était réservé à Allah. Ceux qui s’opposaient savaient précisément où portait le coup du rejet de l’uluhiyya et de la rububiyya de tout autre qu’Allah ; c’est en connaissance de cause qu’ils s’y opposèrent. Ils embrassèrent la foi en sachant ce qu’ils devraient abandonner et ce qu’ils devraient adopter en acceptant cette doctrine. De même, les mots ibadat et din étaient depuis longtemps employés dans leur langue. Ils savaient ce qu’était un ‘abd et à quel état correspondait l‘ubudiyya. Ils savaient quel type de comportement constituait l’ibadat et quelle était la signification du din. Ainsi, lorsqu’il leur fut dit : « Abandonnez l’adoration de tous et adorez Allah ; détachez-vous de tous les dins et entrez dans le din d’Allah », ils ne se méprirent pas sur l’appel du Coran. Dès qu’ils l’entendirent, ils comprirent quel changement cet enseignement exigeait dans leur système de vie.

Mais au cours des siècles qui suivirent la révélation du Coran, le sens fondamental que ces mots avaient alors progressivement changé. Finalement, chaque mot perdit toute l’étendue de sa portée et se trouva limité à un sens très restreint, voire imprécis. L’une des raisons en fut l’absence d’un intérêt véritable pour la langue arabe ; la deuxième fut que les personnes apparues dans la société islamique ne conservaient plus, pour ilah, rabb, din et ibadat, le sens qui avait cours dans la société non musulmane au moment de la révélation du Coran. C’est pourquoi, dans les dictionnaires et les ouvrages d’exégèse des époques ultérieures, la plupart des termes coraniques furent expliqués non selon leur sens lexical, mais selon des significations comprises par les musulmans des périodes suivantes. Par exemple :

Le mot ilah a été rendu presque synonyme d’idole et de divinité. Rabb a été rendu par le terme désignant celui qui nourrit et prend soin, ou par Parvardigar ; l’ibadat a été comprise comme le culte et la vénération ; et din a été rendu synonyme de religion, de madhhab et de « religion » (Religion). Taghut a été traduit par idole ou par Satan.

Il en résulta qu’il devint difficile pour les gens de comprendre l’objectif fondamental du Coran. Le Coran dit : « Ne prenez personne pour ilah en dehors d’Allah. » Les gens pensent : « Nous avons abandonné les idoles et les divinités ; nous avons donc accompli l’objectif du Coran. » Pourtant, ils restent attachés à tout ce à quoi s’applique également le sens du mot ilah, sans même se rendre compte qu’ils font d’autres qu’Allah des ilah. Le Coran dit : « Ne reconnaissez aucun autre rabb qu’Allah. » Les gens répondent : « Nous ne reconnaissons personne d’autre qu’Allah comme Parvardigar ; notre tawhid est donc parfait. » Pourtant, au regard des autres sens du mot rabb, la plupart des gens ont en réalité reconnu la rububiyya d’autres qu’Allah. Le Coran dit : « Abandonnez l’ibadat du taghut et adorez uniquement Allah. » Les gens répondent : « Nous n’adorons pas les idoles, nous maudissons Satan et nous ne nous prosternons que devant Allah ; nous avons donc également satisfait à cette exigence du Coran. » Pourtant, à l’exception des idoles de pierre, ils restent attachés aux autres taghut et consacrent à d’autres qu’Allah toutes sortes d’ibadat autres que le culte. Il en va de même pour le din. On considère que purifier le din pour Allah signifie simplement qu’une personne adopte la « religion islamique » et ne demeure ni hindoue ni juive ni chrétienne. Sur cette base, tous ceux qui se réclament de la « religion islamique » pensent : « J’ai purifié mon din pour Allah. » Pourtant, au regard du sens plus large du din, ils sont plus nombreux ceux dont le din n’est pas exclusivement consacré à Allah.

Les conséquences des conceptions erronées

Il est vrai que, du seul fait que la signification de ces quatre termes fondamentaux est devenue voilée, plus des trois quarts des enseignements du Coran — et même son véritable esprit — sont devenus cachés à la vue. C’est l’une des principales causes des erreurs que l’on constate, malgré l’adhésion à l’islam, dans la croyance, la pratique, les convictions et les actes des gens. Il est donc absolument nécessaire d’exposer les enseignements fondamentaux du Noble Coran ainsi que leur explication détaillée.

J’ai déjà tenté, dans de nombreux articles, d’exposer la signification de ces mots. Toutefois, ce que j’ai expliqué jusqu’à présent n’est suffisant ni pour réfuter toutes les conceptions erronées, ni pour apporter aux gens une pleine satisfaction. En effet, sans citer les dictionnaires et les versets du Coran, les gens considèrent toutes mes explications comme de simples opinions personnelles. Quant à ceux qui ne sont pas d’accord avec moi, mes propos ne peuvent, du moins pour eux, constituer une raison de satisfaction. Dans le présent ouvrage, je tenterai d’exposer très clairement le sens complet de ces quatre termes. Je n’y avancerai aucune affirmation qui ne soit attestée par les dictionnaires et le Coran.

Ilâh

 

Étymologie

Les lettres radicales de ce mot sont alif-lam-ha. Voici le détail des mots que l’on trouve dans les dictionnaires à partir de cette racine :

Il est devenu épuisé et exténué.

En recherchant refuge auprès de lui ou en établissant une relation avec lui, j’ai trouvé la paix et la satisfaction.

Ayant été confronté à une peine ou à une difficulté, l’homme a été saisi de peur et d’effroi, puis une autre personne lui a accordé refuge.

—————————— Sous l’effet d’un vif intérêt, l’homme s’est tourné vers l’autre personne.

———————– Le petit du chamelleau orphelin de mère s’est réfugié dans le giron de sa mère dès qu’il l’a retrouvée.

—————————– Il a été couvert ou dissimulé, il s’est élevé, il est monté.

————- Il a pratiqué l’adoration.

————– On peut le savoir en examinant les significations radicales qui expliquent pourquoi et dans quel rapport les termes « adoration » (culte) et « ilah », au sens de divinité adorée, ont été employés.

Un : C’est sous l’effet de la nécessité que naît dans le cœur de l’être humain la motivation première à adorer. Avant qu’apparaisse dans son esprit l’idée qu’un être peut satisfaire ses besoins et lui offrir refuge dans les épreuves, il ne peut même pas imaginer adorer qui que ce soit.

Deux : L’être humain ne peut même pas considérer quelqu’un comme capable de satisfaire ses besoins s’il ne le tient pas pour supérieur à lui-même. Il ne suffit pas de reconnaître sa supériorité sous le rapport du rang et du statut ; il faut également reconnaître sa supériorité sous le rapport de la force et des capacités.

Trois : Il est également vrai que l’être humain ne ressent aucune inclination à vénérer les choses qui, conformément à l’enchaînement des causes et des effets, satisfont généralement ses besoins, lorsque toutes les actions par lesquelles ses besoins sont comblés se déroulent sous ses yeux ou dans les limites de ses connaissances. Par exemple, j’ai besoin d’argent pour subvenir à mes dépenses ; je vais donc demander à une personne un emploi ou un travail rémunéré. Cette personne accepte ma demande, me confie un travail et m’en donne la rémunération correspondante. Puisque toutes ces actions se sont déroulées dans le champ de mes cinq sens et dans les limites de mes connaissances, je sais comment elle a satisfait mon besoin. L’idée qu’elle mérite d’être adorée ne surgit donc pas dans mon cœur. Ce n’est que lorsque la personnalité de quelqu’un, ses forces et ses capacités, ou le processus par lequel il satisfait les besoins et exerce son influence, sont enveloppés de mystère, que l’idée d’adorer cette personne peut surgir dans mon cœur. C’est pourquoi, pour désigner l’être adoré, on a choisi un terme qui comprend, outre la notion de prééminence, celles de dissimulation et d’instabilité ou d’agitation.

Quatrièmement : à l’égard de quiconque l’être humain pense qu’il peut dissiper sa détresse dans les moments de besoin, lui offrir refuge dans les situations de danger et lui apporter la paix dans les moments d’agitation, il lui est indispensable de lui accorder une attention pleine d’intérêt.

Il ressort de l’exposé précédent que les idées sur la base desquelles le mot ilah a été employé pour désigner la divinité adorée sont les suivantes : satisfaire les besoins, offrir refuge, apporter paix et réconfort, posséder un pouvoir supérieur, détenir influence et autorité, posséder tous les droits et pouvoirs permettant d’espérer que la divinité adorée puisse combler les besoins et offrir refuge, être entourée de mystère ou ne pas être présente dans le champ de vision ordinaire, et susciter l’intérêt des êtres humains.

La conception de l’ilah à l’époque de l’ignorance

Après avoir examiné cette analyse lexicale, nous verrons quelles conceptions de l’ulûhiyyah les Arabes et les peuples anciens entretenaient, conceptions que le Coran veut réfuter.

—————————– Ils se sont donné d’autres divinités en dehors d’Allah, afin qu’elles puissent être pour eux une source de force (ou afin qu’en se plaçant sous leur protection, ils puissent être en sécurité). Sourate Maryam : 81

Premièrement : ———————————— Ils se sont donné d’autres divinités en dehors d’Allah, dans l’espoir d’être secourus (c’est-à-dire que ces divinités les secourraient). Sourate Yâ-Sîn : 84

Ces deux versets montrent que les gens de l’époque de l’ignorance concevaient celui qu’ils appelaient ilah comme leur chef et leur guide, celui qui les protégeait dans les épreuves et les dangers, et dont l’aide les mettait à l’abri de la peur et du mal.

Deuxièmement : —————————– Lorsque le décret de ton Seigneur arriva, la divinité qu’ils invoquaient en dehors d’Allah ne put rien ajouter d’autre que leur destruction. — Sourate Hûd : 101

——————————————– Celui qu’ils invoquent en dehors d’Allah n’est le créateur d’aucune chose ; bien plus, il est lui-même une créature. Il n’est pas vivant, mais mort. Il ne sait pas quand ils seront ressuscités avec une vie nouvelle. Votre ilah est un ilah unique. _ An-Nahl : 20-22

———————— Et n’invoquez aucune autre divinité avec Allah. Il n’y a de divinité que Lui.¹ — Sourate Al-Qasas : 88

(1) (Il convient de rappeler ici que, dans le Coran, le terme ilah est employé dans deux sens. Premièrement : une divinité (objet d’adoration) que l’on adore effectivement, qu’elle soit véritable ou fausse. Deuxièmement : la divinité qui, en réalité, mérite d’être adorée. Dans ce verset, le terme ilah est employé dans ces deux sens distincts, en deux endroits.)

———————— Ceux qui invoquent d’autres associés au lieu d’Allah ne suivent rien d’autre qu’une pure imagination. Ils ne font que suivre des suppositions et courir derrière leurs illusions. — Yunus : 66

Ces versets mettent en lumière plusieurs points. Premièrement : ceux que les gens de l’époque de l’Ignorance appelaient ilah, ils les invoquaient afin d’écarter les difficultés et de combler leurs besoins. En d’autres termes, ils leur adressaient des invocations.

Deuxièmement : leurs ilahs n’étaient pas seulement des djinns, des anges ou des idoles ; il s’agissait aussi de personnes mortes. Ce verset du Coran montre clairement que—

——————- Ils sont morts, non vivants. Ils ne savent pas non plus quand ils seront ressuscités.

Troisièmement : ils croyaient que les ilahs qu’ils invoquaient entendaient leurs invocations et étaient capables de venir à leur aide.

Il faut également garder à l’esprit la signification de l’invocation et la nature de l’aide que l’on espère obtenir de ceux que l’on invoque. Si j’ai soif et que j’appelle le serviteur pour qu’il apporte de l’eau, ou si, étant malade, j’appelle un médecin pour me soigner, cela ne peut pas être appelé une invocation. Cela ne signifie pas non plus faire du serviteur ou du médecin une divinité. En effet, toutes ces choses sont soumises à l’ordre des causes et des effets et ne le dépassent pas. Mais si, alors que j’ai soif ou que je suis malade, au lieu d’appeler le serviteur ou le médecin, j’appelle un wali, un homme pieux, ou une divinité, alors cela revient à en faire une divinité et à lui adresser une invocation. Car appeler ce wali ou cet homme pieux, qui repose dans une tombe à des milliers de kilomètres de moi, signifie que je le considère comme entendant et voyant. Je crois à son sujet qu’il exerce une autorité sur le monde des causes et des effets, de sorte qu’il peut me faire parvenir de l’eau et prendre des dispositions pour guérir ma maladie. De même, appeler une divinité dans une telle situation signifie qu’elle exerce une autorité sur l’eau ainsi que sur la santé et la maladie. Elle peut activer surnaturellement les causes afin de pourvoir à mes besoins. Ainsi, la conception sur laquelle repose l’invocation adressée à une divinité est nécessairement celle d’une autorité surnaturelle (Supernatural Authority), accompagnée de la croyance qu’elle possède une puissance surnaturelle.

Trois : —————————————————- Nous avons détruit les habitants des cités dont vous voyez les vestiges autour de vous. Nous leur avons montré à maintes reprises, successivement, Nos signes, afin qu’ils puissent revenir. Pourquoi ceux qu’ils avaient pris pour des divinités, en cherchant à se rapprocher d’eux au lieu d’Allah, ne les ont-ils pas aidés ? Loin de les aider, ils les ont abandonnés et ont disparu. Telle était la réalité de leur conduite mensongère et inventée de toutes pièces. — Sourate al-Ahqaf, 27-28

———————————————— Pourquoi n’adorerais-je pas Celui qui m’a créé et vers qui vous devrez tous retourner ? Prendrais-je, en dehors de Lui, des divinités dont la situation est telle que, si le Tout Miséricordieux veut me causer un mal, leur intercession ne me sera d’aucune utilité et elles ne pourront pas me délivrer ? — Sourate Ya-Sin, 22-23

———————————————– Ceux qui, en dehors d’Allah, ont pris d’autres êtres comme associés et serviteurs actifs disent : « Nous ne les adorons que pour qu’ils nous rapprochent d’Allah. » Allah tranchera entre eux, le Jour de la Résurrection, au sujet de ce sur quoi ils divergeaient. — Sourate az-Zumar, 3

——————————————- Ils adorent, en dehors d’Allah, des puissances qui ne peuvent ni leur être utiles ni leur nuire. Ils disent : « Ceux-ci intercéderont pour nous auprès d’Allah. » — Sourate Yunus, 18

Ces versets mettent également en lumière plusieurs autres points. Ils nous apprennent que les gens de l’époque de l’ignorance ne pensaient pas que toute la divinité avait été répartie entre leurs divinités et qu’il n’existait aucune autorité supérieure au-dessus d’elles. Ils croyaient clairement en une autorité supérieure. C’est pourquoi le mot Allah existait dans leur langue. Leur croyance fondamentale au sujet des autres divinités était que celles-ci détenaient une part de pouvoir et d’influence dans la divinité de l’autorité supérieure. On se soumettait à leur parole ; par leur intermédiaire, nos affaires pouvaient aboutir ; grâce à leur intercession, nous pouvions obtenir un avantage et être préservés du mal. C’est sur la base de ces conceptions qu’ils considéraient également ces êtres comme des divinités aux côtés d’Allah. Ainsi, selon leur terminologie, considérer quelqu’un comme un intercesseur auprès d’Allah, lui demander de l’aide, lui témoigner honneur et révérence et lui présenter des offrandes et des dons votifs, revient à en faire une divinité.¹

Note : (1) (Il faut savoir ici qu’il existe deux sortes d’intercession. Premièrement : une intercession fondée sur une forme quelconque de pouvoir ou d’influence. Quelle que soit la manière dont elle s’exerce, elle finit par imposer son acceptation avant de laisser partir celui qui la sollicite. Deuxièmement : une intercession qui n’est qu’une demande et une supplication, sans qu’aucun pouvoir permettant de l’imposer de force n’agisse derrière elle. Selon le premier sens, considérer quelqu’un comme un intercesseur, en faire une divinité et l’associer à la divinité de Dieu, c’est une seule et même chose. Le Coran nie cette forme d’intercession. Selon le deuxième sens, les prophètes et les messagers, les anges, les pieux et les vertueux, les croyants et tous les serviteurs peuvent intercéder en faveur d’autres serviteurs. Allah détient le plein pouvoir d’accepter ou de ne pas accepter l’intercession de quiconque. Le Coran reconnaît cette forme d’intercession.)

———————————————————————————- Et Allah dit : « Ne prenez pas deux divinités. Il n’y a qu’une seule divinité. Craignez donc uniquement Moi. » — Sourate an-Nahl, 51

——————————————————————————— (Abraham dit 🙂 Je ne crains nullement ceux que vous associez à Allah. Toutefois, si mon Seigneur veut quelque chose, cela arrivera certainement. — Al-Anʿâm, 80

———————————————————————- (Les gens du peuple de Hûd lui dirent 🙂 Nous dirons : « L’une de nos divinités t’a frappé de malédiction. » — Sourate Hûd, 54

Ces versets montrent que les gens de l’époque de l’ignorance craignaient, au sujet de leurs divinités, que s’ils les mécontentaient de quelque manière ou s’ils étaient privés de leur bienveillance, des maladies et des afflictions, la pauvreté et la pénurie, des pertes en vies humaines et en biens, ainsi que toutes sortes d’autres malheurs, ne s’abattent sur eux.

Cinq : ——————————————————————————– Ils ont pris leurs savants et leurs moines pour seigneurs, au lieu d’Allah. Ils ont également pris le Messie, fils de Marie, pour seigneur. Pourtant, il ne leur avait été ordonné que d’adorer une seule divinité : il n’y a de divinité que Lui. — Sourate At-Tawbah, 31

———————————————————————————- Que penses-tu de celui qui a pris sa passion pour divinité ? Peux-tu te porter garant de lui ? — Al-Furqân, 43

——————————————————————————– Ainsi, pour beaucoup de polythéistes, leurs associés forgés de toutes pièces — c’est-à-dire ceux qui partagent la divinité — ont rendu séduisant le meurtre de leurs propres enfants. — Al-Anʿâm, 137

—————————————————————————- Ont-ils des associés — c’est-à-dire des partenaires dans la divinité — qui leur auraient prescrit une loi religieuse qu’Allah n’a pas autorisée ? — Ach-Chûrâ, 21

Ces versets révèlent une autre signification du terme ilah. Cette signification est totalement différente des précédentes. Ici, il n’est nullement question d’un être surnaturel. Celui qui a été pris pour ilah était soit une personne, soit la passion d’une personne. On lui adressait des invocations, on le considérait comme maître du bien et du mal et l’on priait dans l’espoir qu’il exauce ; mais ce n’est pas dans ces sens qu’il a été pris pour ilah ici. Il l’a plutôt été en ce sens que ses directives ont été reconnues comme des lois, que ses commandements et ses interdits ont été suivis, et que ce qu’il déclarait licite a été reconnu comme licite, tandis que ce qu’il déclarait illicite a été reconnu comme illicite. On a supposé qu’il avait le pouvoir de prescrire et d’interdire, et qu’il n’existait aucune autorité supérieure à lui dont il faudrait obtenir l’approbation ou vers laquelle il serait nécessaire de se tourner.

Le premier verset mentionne le fait de faire des oulémas et des prêtres — appelés ahbâr et ruhbân dans le langage coranique — des ilahs. Nous en trouvons l’explication claire dans un hadith. Lorsque Hadrat Adî ibn Hâtim (que Dieu l’agrée) interrogea le Messager de Dieu (que Dieu le bénisse et le préserve) au sujet de ce verset, celui-ci répondit : « Vous teniez pour licite ce que vos oulémas et vos prêtres déclaraient licite, et vous reconnaissiez comme illicite ce qu’ils déclaraient illicite. Vous ne vous préoccupiez nullement de ce qu’était, à ce sujet, le commandement de Dieu. »

Le sens du deuxième verset est parfaitement clair. Celui qui suit ses passions et accorde la plus haute importance à leurs injonctions a, en réalité, fait de ses passions son ilah. C’est ce que l’on comprend aisément de ce verset.

Cependant, dans les deux versets suivants, le terme « sharîk » est employé à la place de celui d’ilah. Dans la traduction des versets, nous avons clairement expliqué que sharîk signifie faire de quelqu’un un associé dans l’ulûhiyya. Ces deux versets établissent clairement que ceux qui considèrent comme une loi légitime une coutume ou une règle quelconque sans preuve tirée du commandement de Dieu font de son législateur un associé de Dieu dans l’ulûhiyya.

L’ilah face au pouvoir

Tous les sens de l’ilah examinés plus haut entretiennent entre eux un lien logique. Celui qui considère quelqu’un, au sens surnaturel, comme un auxiliaire, un soutien, celui qui dissipe les difficultés, satisfait les besoins, entend les invocations ou procure le bien et le mal, le fait parce qu’il pense que cette personne possède, d’une manière ou d’une autre, un pouvoir sur la gestion de l’univers. De même, si quelqu’un craint une personne et pense que son mécontentement lui causera du tort tandis que sa satisfaction lui sera bénéfique, la cause de cette croyance et de ce comportement n’est rien d’autre que l’idée qu’il se fait d’une certaine puissance détenue par cette personne. À l’inverse, lorsqu’une personne, tout en reconnaissant le Très-Haut Allah, le Seigneur des mondes, se tourne vers autrui dans la détresse, la cause de ce comportement est uniquement qu’elle considère cet autre comme possédant, d’une manière ou d’une autre, une part de la divinité de Dieu. De même, celui qui considère les directives de quelqu’un comme une loi et ses ordres et interdictions comme obligatoires, reconnaît également cette personne comme détentrice du pouvoir suprême. Ainsi, l’essence véritable de l’ulûhiyya est le pouvoir. Que son autorité dans la gestion de l’univers soit de nature surnaturelle ou que, dans la vie matérielle, les hommes soient soumis à ses directives et que celles-ci soient obligatoires en leur lieu, reconnaître ce pouvoir revient, dans tous les cas, à reconnaître l’ulûhiyya.

L’argumentation du Coran

C’est sur la base de cette conception du pouvoir que le Coran déploie tous ses efforts pour nier tout autre que Dieu et établir l’ulûhiyya exclusive d’Allah. L’argument du Coran est le suivant : dans les cieux et sur la terre, un Être unique détient tout pouvoir et toute autorité. Créer, accorder les bienfaits, donner les commandements, conférer la force et les capacités : tout cela est entre Ses mains. Toutes choses Lui obéissent, volontairement ou non. Nul ne possède de pouvoir en dehors de Lui ; nul n’a le droit de donner des ordres ; personne ne connaît les secrets de la création, de la gestion et de la direction de l’univers, et nul ne partage, fût-ce dans la moindre mesure, Son pouvoir de gouvernement. En vérité, il n’existe donc aucun autre ilah en dehors de Lui. Puisqu’il n’existe en réalité aucun autre ilah, les actes que vous accomplissez en considérant d’autres êtres comme des ilahs sont fondamentalement faux et injustes. Qu’il s’agisse de leur adresser des invocations, d’en faire des intercesseurs, ou de leur obéir et de les suivre, toutes les relations que vous entretenez avec autrui doivent être exclusivement consacrées à Allah. Car Lui seul détient le pouvoir.

Écoutez, dans les propres termes du Coran, comment celui-ci présente son argumentation à ce sujet :

————————————————————————————- Il est Celui qui est une divinité dans le ciel et une divinité sur la terre, et Il est le Sage et l’Omniscient, d’une sagesse parfaite et d’un savoir immense (c’est-à-dire qu’Il possède toute la connaissance et toute la sagesse nécessaires pour régner sur les cieux et la terre). — Sourate Az-Zukhruf : 84

—————————————————————————— Celui qui crée et celui qui ne crée pas peuvent-ils être égaux ? —— Cette vérité si simple ne vous vient-elle donc pas à l’esprit ? —– Ceux qu’ils invoquent en dehors d’Allah ne peuvent rien créer ; bien au contraire, ce sont eux-mêmes des créatures. —– Votre divinité est une divinité unique. — An-Nahl : 17-22

—————————————————————— Ô humanité, souvenez-vous de la faveur qu’Allah vous a accordée. Existe-t-il, en dehors d’Allah, un autre Créateur qui vous attribue votre subsistance depuis les cieux et la terre ? Il n’y a pas de divinité en dehors de Lui. Alors, vers où vous détournez-vous ? — Sourate Fatir : 3

———————————————————— Dis : Que pensez-vous donc ? Si Allah vous ôtait l’ouïe et la vue, et scellait vos cœurs (c’est-à-dire vous privait de votre raison et de votre intelligence), quelle divinité, en dehors d’Allah, pourrait vous les rendre ? Al-An‘am : 46

—————————————————————– Il est Allah ; il n’y a pas de divinité en dehors de Lui. À Lui seul revient la louange ici-bas et dans l’au-delà. Il commande seul et détient le pouvoir suprême. C’est vers Lui que vous serez ramenés. Dis : Que pensez-vous ? Si Allah faisait durer pour vous la nuit jusqu’au Jour de la Résurrection, quelle divinité, autre qu’Allah, pourrait vous apporter une lumière ? N’entendez-vous donc pas ? Dis : Que pensez-vous ? Si Allah faisait durer sur vous le jour sans interruption, quelle divinité, autre qu’Allah, pourrait vous apporter une nuit où vous pourriez trouver le repos ? Ne voyez-vous donc pas ? — Al-Qasas : 70-72

———————————————————————— Dis : Invoquez donc ceux que vous prenez pour des divinités en dehors d’Allah. Ils ne possèdent même pas le poids d’un atome dans les cieux ni sur la terre ; ils n’ont aucune part dans leur administration, et Allah n’a parmi eux aucun soutien. L’intercession de personne ne sera utile auprès d’Allah, sauf de celui en faveur duquel Il aura Lui-même accordé la permission d’intercéder. (Sourate Saba : 22-23)

———————————– Il a créé les cieux et la terre en toute vérité. C’est Lui qui fait alterner la nuit et le jour, et le jour et la nuit. Il a soumis la lune et le soleil ; chacun poursuit son cours jusqu’à un terme fixé. …. Il a commencé votre création à partir d’un seul être (c’est-à-dire qu’Il a commencé la vie humaine à partir d’un seul être). Puis, de cet être, Il a créé son épouse. Et pour vous, Il a créé huit couples de bestiaux. Il vous crée dans le ventre de vos mères, création après création, dans les ténèbres de trois voiles (les trois voiles sont l’abdomen, la matrice et l’utérus). Tel est Allah, votre Seigneur. À Lui appartient le pouvoir de gouverner. Il n’y a pas de divinité en dehors de Lui. Alors, vers quoi vous détournez-vous ? (Sourate Az-Zumar : 5-6)

————————————– Qui a créé pour vous les cieux et la terre, puis fait descendre pour vous du ciel une eau grâce à laquelle Il a fait pousser de magnifiques jardins dont vous n’auriez pu faire croître les arbres et les plantes ? Existe-t-il donc un associé à Allah dans ces œuvres ? Mais ils se détournent de la vérité. Qui a établi cette terre comme un lieu de séjour, y a placé des montagnes comme des ancrages et établi une barrière entre les deux mers ? Existe-t-il donc, dans ces œuvres, une autre divinité associée à Allah ? Mais la plupart des polythéistes sont dépourvus de savoir et de raison. Qui répond à l’appel de l’homme en détresse lorsqu’il L’invoque et qui dissipe le mal ? Qui fait de vous des successeurs sur la terre (c’est-à-dire qui vous en accorde le droit d’en jouir et de l’utiliser) ? Y a-t-il, dans ces œuvres également, une autre divinité associée à Allah ? Vous ne réfléchissez que très peu. Qui vous guide dans les ténèbres de la terre et de la mer, puis envoie les vents annonciateurs avant Sa miséricorde (c’est-à-dire avant la pluie) ? Existe-t-il donc, dans ces œuvres également, une autre divinité associée à Allah ? Allah est bien au-dessus de ce qu’ils Lui associent. Qui commence la création, puis la renouvelle ? Qui vous attribue votre subsistance depuis les cieux et la terre ? Y a-t-il une autre divinité associée à Allah dans ces œuvres ? Dis : Si vous êtes véridiques au sujet de l’associationnisme, apportez donc votre preuve.¹ Sourate An-Naml : 60-64

(1) (C’est-à-dire : si tu reconnais que toutes ces œuvres appartiennent à Allah et qu’Il n’a aucun associé en cela, alors dans quelle divinité Lui associes-tu d’autres ? Ceux qui n’ont aucun pouvoir et qui n’exercent de leur propre initiative aucune action dans les cieux et sur la terre, comment peuvent-ils s’ériger en divinités ?) ——————————— Celui qui détient la royauté des cieux et de la terre. Il ne S’est donné aucun enfant et n’a aucun associé dans l’exercice de l’autorité. Il a créé toute chose et lui en a fixé la juste mesure. Les hommes, délaissant Allah, se sont donné pour divinités des êtres qui ne peuvent rien créer, qui sont eux-mêmes créés, qui ne détiennent pour eux-mêmes ni profit ni dommage et qui n’ont aucun pouvoir sur la vie, la mort et la résurrection. — Al-Furqân, 23

——————————— C’est Lui qui a fait passer les cieux et la terre du néant à l’existence. Comment pourrait-Il avoir un fils alors qu’Il n’a pas d’épouse ? C’est Lui qui a créé toute chose, et Il connaît toute chose. C’est Lui, Allah, votre Seigneur. Il n’y a de divinité que Lui. Il est le Créateur de toute chose. Adorez-Le donc uniquement. Il suffit de Lui pour assurer la sauvegarde et la garde de toute chose. — Sourate Al-An‘âm, 101-102

—————————————— Il y a des gens qui établissent, en dehors d’Allah, d’autres associés et auxiliaires dans la divinité, et qui les aiment comme ils aiment Allah. Mais les croyants aiment Allah plus ardemment. Si seulement ces injustes comprenaient dès aujourd’hui la vérité qu’ils comprendront au moment où le châtiment s’abattra : que la toute-puissance, toute force, réside entre les mains d’Allah ! — Sourate Al-Baqara, 165

——————————— Dis : « Avez-vous jamais réfléchi à la condition de ces divinités que vous invoquez, en dehors d’Allah, pour répondre à vos besoins ? Montrez-moi donc quelle part de la terre elles ont créée, ou quelle participation elles ont eue à la création des cieux ! » … Qui est plus égaré que celui qui invoque, en dehors d’Allah, des êtres incapables de répondre à son appel jusqu’au Jour de la Résurrection ?¹ (1) Note : c’est-à-dire qu’ils ne peuvent prendre aucune mesure en réponse à leurs requêtes. ————————————- S’il y avait dans les cieux et sur la terre d’autres divinités qu’Allah, l’ordre du monde serait bouleversé. Gloire et pureté donc à Allah, le Maître du Trône — c’est-à-dire de l’autorité souveraine sur l’univers —, bien au-dessus de ce qu’ils prétendent à Son sujet. Il n’est pas tenu de rendre compte de Ses actes, tandis que tous les autres devront Lui rendre compte.

——————————— Allah ne S’est pas donné de fils et il n’y a aucune autre divinité avec Lui. S’il en était ainsi, chaque divinité se serait séparée avec ce qu’elle aurait créé et certaines auraient cherché à dominer les autres. (Sourate Al-Mu’minûn, 91)

——————————— Dis : « S’il y avait d’autres divinités avec Allah, comme ils le prétendent, elles chercheraient certainement à s’emparer de la royauté du Maître du Trône. » Gloire à Lui ! Il est très au-dessus de ce qu’ils disent. — Banî Isrâ’îl, 42-43

Dans tous ces versets, on retrouve la même idée centrale d’un bout à l’autre. La voici : la divinité et le pouvoir sont inséparablement et étroitement liés. Dans leur essence et leur signification, ils ne forment qu’une seule réalité. Celui qui n’a aucun pouvoir ne peut être une divinité et ne devrait pas l’être. Seul celui qui possède le pouvoir peut être une divinité ; c’est à lui seul que revient la divinité. En effet, tous les besoins que nous adressons à la divinité — autrement dit, tous les besoins pour lesquels nous sommes conduits à reconnaître quelqu’un comme divinité — ne peuvent être satisfaits sans pouvoir. Faire d’un être dépourvu de pouvoir une divinité est donc dépourvu de sens et absurde. Se tourner vers lui est vain.

La manière dont le Coran présente cette idée centrale permet de mieux en comprendre le rôle et les conséquences dans le développement qui suit.

Premièrement : combler les besoins, dissiper les difficultés, accorder refuge, apporter aide et assistance, assurer la surveillance et la protection, et répondre aux appels : vous considérez toutes ces choses comme des actes ordinaires, alors qu’en réalité elles ne le sont nullement. Elles sont plutôt liées à l’acte créateur et à la puissance de gestion de l’univers entier. Si vous réfléchissez à la manière dont votre besoin le plus insignifiant est satisfait, vous comprendrez qu’il serait impossible qu’il le soit sans l’action globale d’une multitude innombrable de causes et d’effets dans l’immense atelier des cieux et de la terre. Pensez seulement à un verre d’eau que vous buvez ou à une parcelle de nourriture ; Allah seul sait combien d’actions le soleil, la terre, l’air et la mer doivent accomplir pour vous fournir ces choses si simples. C’est alors seulement qu’elles vous parviennent. Ainsi, pour entendre vos invocations et dissiper vos besoins et vos plaintes, il ne faut pas une puissance ordinaire, mais une puissance nécessaire à la création des cieux et de la terre, à la révolution des astres, à la circulation des vents et aux précipitations — en un mot, à la conduite et à l’organisation de l’univers tout entier.

Deuxièmement : cette puissance est indivisible. Il est impossible que le pouvoir de créer soit entre les mains de l’un, celui de fournir la subsistance entre les mains d’un autre, que le soleil appartienne à l’un et la terre à un autre, que la création soit au pouvoir de quelqu’un, la santé et la maladie au pouvoir d’un autre, et la vie et la mort au pouvoir d’un troisième. Si tel était le cas, la gestion de l’univers ne pourrait absolument pas fonctionner. Il est donc indispensable que toute puissance et tout pouvoir soient entre les mains d’un seul souverain central. L’organisation de l’univers exige elle aussi qu’il en soit ainsi. En réalité, c’est bien ce qui s’est produit.

Troisièmement : puisque toute puissance est détenue par un seul souverain et que personne n’en possède la moindre part, l’uluhiyya est donc entièrement réservée à ce souverain, sans aucun associé. Personne ne possède le pouvoir de répondre à vos appels ni d’exaucer vos invocations. Ainsi, quel que soit le sens que vous attribuez à ilah dans votre esprit, il n’existe aucun autre ilah. Il n’existe pas non plus d’ilah au sens où quelqu’un disposerait d’une part de pouvoir en raison de sa proximité avec le Maître et Administrateur de l’univers, ou où son intercession serait acceptée. Personne n’a le droit d’intervenir, ne serait-ce qu’un instant, dans l’administration de Son royaume. Personne ne peut s’immiscer dans Ses actes. Accepter ou refuser une intercession relève entièrement de Son pouvoir. Nul ne possède une puissance grâce à laquelle il pourrait Lui faire accepter son intercession.

Quatrièmement : l’exigence de la puissance suprême et unique est que toutes les catégories de souveraineté, de direction et d’autorité soient concentrées dans l’existence de Celui qui possède la puissance universelle et unique. Aucune part de la souveraineté ne sera transférée à quiconque. Puisqu’Il est le Créateur, nul ne Lui est associé dans la création ; c’est Lui qui pourvoit à la subsistance, et nul ne partage avec Lui ce pouvoir ; Il est l’unique conducteur et administrateur de l’univers, et nul ne Lui est associé dans sa gestion. Il est donc également Celui qui ordonne, légifère et établit les lois. À ce degré de pouvoir non plus, il n’existe aucune raison qu’un quelconque associé y ait une part. De même qu’il est faux qu’un autre que Lui puisse, dans les limites de Son royaume, répondre aux appels, combler les besoins ou accorder refuge, il est également faux et erroné de croire à l’existence d’un ordonnateur indépendant, d’un souverain libre et despotique, ou d’un législateur indépendant. La création et l’octroi de la subsistance, le don de la vie et de la mort, la soumission du soleil et de la lune, l’alternance du jour et de la nuit, la détermination des mesures, l’ordonnance, la royauté et l’autorité uniques, ainsi que l’établissement des lois, sont autant d’aspects d’une puissance et d’une souveraineté uniques. Cette puissance et cette souveraineté sont indivisibles. Si quelqu’un considère une personne comme digne d’obéissance sans l’autorisation de l’ordre d’Allah, il commet un shirk semblable à celui de la personne qui invoque autre qu’Allah. Si quelqu’un affirme, au sens politique, être le roi des rois (——), le détenteur de la puissance suprême et le souverain absolu (—), son affirmation est directement semblable à la prétention d’Allah ; de même que celui qui prétend, au sens surnaturel : « Je suis ton protecteur, celui qui accomplit tes affaires, ton aide et ton gardien. » C’est pourquoi, partout où Allah est mentionné comme étant sans associé dans la détermination des créatures et la gestion de l’univers, il est également dit que le droit de donner des ordres Lui appartient exclusivement (–) ; que le droit légitime n’appartient qu’à Lui ; et que personne ne partage avec Lui l’autorité et la souveraineté (–) . Il est ainsi clairement démontré que le sens de la royauté et de l’autorité fait également partie de la signification de l’uluhiyya (–) . De ce point de vue aussi, il est indispensable, pour l’unicité de l’ilah, de ne reconnaître à personne une part avec Allah. Le verset suivant exprime cette idée avec encore plus de clarté :

Dis : Ô Allah, Maître de la royauté ! Tu donnes le royaume à qui Tu veux et Tu l’ôtes à qui Tu veux ; Tu honores qui Tu veux et Tu humilies qui Tu veux. — Al ‘Imran, 26

Ainsi, Allah est le véritable Roi, le Très-Haut. Il n’y a pas d’ilah en dehors de Lui, le Seigneur du Trône sublime. — Al-Mu’minun, 116

Dis : Je cherche refuge auprès du Seigneur des hommes, du Roi des hommes, de l’ilah des hommes. — An-Nas, 1-3

Dans la sourate Al-Mu’min, au verset 16, cela est exprimé de manière encore plus claire :

Le jour où tous les êtres humains seront dépouillés de leurs voiles, aucun de leurs secrets ne restera caché à Allah. À qui appartient aujourd’hui la royauté ? À Allah, l’Unique, le Tout-Puissant.

C’est-à-dire que, le jour où les voiles de tous les êtres humains seront ôtés et où aucun secret de personne ne restera caché à Allah, un appel sera lancé : « À qui appartient aujourd’hui la royauté ? » Il n’y aura alors d’autre réponse que : « À Allah, l’Unique, dont la puissance est supérieure à celle de tous. » L’imam Ahmad a rapporté d’après ʿAbdullah ibn ʿUmar qu’à propos d’un sermon, le Messager d’Allah a dit : « Allah saisira les cieux et la terre dans Sa main et proclamera : “Je suis le Roi, Je suis le Tout-Puissant, Je suis le Maître de la puissance et de la gloire. Où sont ceux qui se faisaient passer pour des rois sur la terre ? Où sont les tyrans arrogants, détenteurs d’influence et de pouvoir ?” »

Ce hadith est la meilleure explication du verset en question. ʿAbdullah ibn ʿUmar raconte : « Lorsque le Prophète prononçait ces paroles dans son sermon, son corps tremblait si fortement que nous craignions qu’il ne tombe de la chaire ! »

Rabb

Étymologie

Le mot est dérivé de la racine ——. Son sens premier et fondamental est : élever et prendre soin. De là sont issus les sens de jouissance et d’usage, de surveillance, de changement d’état, d’achèvement et de perfectionnement. C’est sur cette base que se sont développés les sens de prééminence, de direction et d’autorité, de domination et de seigneurie. En voici quelques exemples de son emploi dans les dictionnaires :

1. Élever et prendre soin, assurer le développement progressif, faire progresser et accroître. Ainsi, le fils adoptif est appelé rabîb (–) et la fille adoptive rabîba (–). L’enfant élevé dans la maison de sa belle-mère est également appelé rabîbî (–). La nourrice qui prend soin de l’enfant est aussi appelée rabîba (–). La belle-mère est appelée râbba (–), car, bien qu’elle ne soit pas la mère, elle élève l’enfant. C’est pour cette raison que le beau-père est appelé — (rabbunâ). Le médicament conservé et protégé est appelé murabbab ou murabbâ (—). ———- signifie ajouter, accroître et mener à son terme. Ainsi, — signifie : « Il a ajouté à la faveur » ou « Il a porté la faveur à sa limite ultime. »

2. Resser­rer, rassembler et réunir. On dit par exemple : —-, c’est-à-dire qu’une telle personne rassemble les gens ou que tous les gens se réunissent auprès d’elle. Le lieu où l’on se réunit est appelé (–) marabb ; le fait de se resserrer et d’être rassemblé est appelé tarabbub (–).

Troisièmement : superviser, corriger et modifier une situation, veiller sur quelqu’un ou quelque chose et s’en porter garant. Ainsi, —- signifie qu’untel a veillé sur ses biens et les a supervisés. Safwân dit à Abû Sufyân :

Il m’est préférable qu’un homme de Quraych me prenne sous sa protection plutôt que d’être élevé par quelqu’un de Hawâzin.

Un poème d’Alqama ibn ʿUbayda :

————————– J’ai perdu celui qui était auparavant mon protecteur, et finalement la charge de mon éducation est arrivée entre tes mains.

Le poète Farazdaq dit :

————————– Dans ce poème, ———- signifie : une peau dont les poils n’ont pas été retirés, une peau qui n’a pas été nettoyée par le tannage. ———————- signifie qu’untel exerce son métier auprès d’un tel ou qu’il apprend auprès de lui un savoir-faire artisanal.

Quatrièmement : prééminence, autorité, chefferie, exercer le commandement, assujettir, comme dans : —————- ce qui signifie qu’untel a soumis son peuple à son obéissance. ——- J’ai exercé le commandement sur le peuple et me suis installé en maître. Labîd ibn Rabîʿa dit :

——————- Ici, —- signifie le chef de Kindah, celui dont l’autorité prévalait dans cette tribu. C’est dans ce sens que s’exprime le poème d’Al-Nâbigha al-Dhubyânî :

Cinq : être propriétaire. Ainsi, il est rapporté dans un hadith noble que le Prophète (s) demanda à un homme : ——- Es-tu propriétaire de moutons ou de chameaux ? Dans ce sens, le propriétaire d’une maison est appelé —- (Rabbud-dâr), le propriétaire d’une chamelle —- (Rabbunnâqah), et le propriétaire d’un bien ——– (Rabbuz-zay‘ah). Le mot Rabb est également employé au sens de maître, et comme le contraire de ‘abd (–) ou d’esclave. Par ignorance, on a restreint le mot Rabb au seul sens de Pourvoyeur et d’Éducateur. Il a été dit, en définissant la rubûbiyya : ————— cela ne signifie pas simplement amener une chose à la perfection par un développement progressif. En examinant toute l’étendue de ce terme, on constate qu’il exprime les sens suivants :

Un : le Nourricier, Celui qui fournit les biens nécessaires, qui assure l’éducation et le développement progressif.

Deux : le responsable, le surveillant, Celui qui assume la charge de veiller sur une situation, de la corriger et de la transformer.

Trois : Celui qui joue un rôle central, autour duquel différentes personnes se rassemblent.

Quatre : le dirigeant, le chef auquel on obéit, l’autorité puissante dont les ordres sont exécutés, dont l’autorité est reconnue et qui détient le droit d’intervenir et de recourir à la force.

Cinq : le propriétaire, le maître.

L’emploi du mot Rabb dans le Coran

Dans le Noble Coran, le mot Rabb est employé dans tous ces sens. Par endroits, un ou deux de ces sens sont visés ; ailleurs, davantage ; et ailleurs encore, les cinq sens sont indiqués simultanément. Nous clarifierons ce point à l’aide de différents exemples tirés des versets coraniques.

Dans le premier sens : il dit : « Qu’Allah me protège ! Celui qui m’a si bien pris en charge est bien mon Seigneur. » —1, Yûsuf-23

(1) Que nul ne s’imagine que le prophète Joseph (que la paix soit sur lui) ait appelé Aziz d’Égypte son Seigneur. Certains exégètes ont même nourri un tel soupçon. En réalité, le pronom « il » renvoie à Allah, dont il a cherché la protection. Il a dit : — Puisqu’Allah, auquel il est fait référence, est mentionné juste auparavant, pourquoi faudrait-il rechercher le « mushâr ilayhi » non mentionné ?

Dans le deuxième sens : il inclut également, dans une certaine mesure, la notion du premier sens :

— Le Seigneur des mondes, qui m’a créé, me guide, me nourrit et m’abreuve, et me guérit lorsque je suis malade. En dehors de Lui, vos prétendus seigneurs sont mes ennemis. — Ash-Shu‘arâ’, 77-80

Tout bienfait dont vous jouissez, vous le recevez d’Allah. Puis, lorsqu’un malheur vous atteint, vous revenez, désemparés, auprès de Lui. Mais lorsqu’Il vous délivre de votre malheur, certains d’entre vous se mettent à associer d’autres personnes à leur Seigneur pour les bienfaits accordés et la délivrance des épreuves. — An-Nahl-54

— Dis : « Chercherais-je un autre Seigneur qu’Allah, alors qu’Il est le Seigneur de toute chose ? » — Al-An‘âm-164

— Il est le Seigneur de l’Orient et de l’Occident. Il n’y a aucune divinité en dehors de Lui. Prends-Le donc comme ton wakîl (garant et responsable de toutes tes affaires). — Al-Muzzammil-9

— Il est certes votre Seigneur ; c’est vers Lui que, finalement, vous retournerez.

—————————————— Puis, c’est vers votre Rabb que sera votre retour. — Az-Zumar-7

————————- Dis : Il réunira nos deux groupes. — Saba-26

———————————– ———————- Il n’existe aucune créature qui se déplace sur la terre, ni aucun oiseau volant de ses deux ailes, qui ne forme une communauté comme vous. Nous n’avons rien omis dans Notre registre. Puis, ils seront tous conduits vers leur Rabb. — Al-An’am-38

———————————————– Dès qu’il sera soufflé dans la Trompe, ils sortiront de leurs demeures vers leur Rabb. — Ya-Sin-51

Troisième et quatrième sens :

————————- Ils ont pris, en dehors d’Allah, leurs derviches, leurs oulémas, leurs moines et leurs prêtres pour leurs Rabb. (At-Tawbah-31)

—————- Et que nul parmi nous ne prenne, en dehors d’Allah, quiconque pour son Rabb.

Dans ces deux versets, arbab (pluriel de Rabb) désigne les personnes, les peuples et les différents groupes d’un peuple que l’on reconnaissait généralement comme ses guides et ses dirigeants, et que l’on considérait véritablement comme détenant le droit de prescrire et d’interdire.

—————————————————- (Joseph dit 🙂 Certes, l’un de vous servira du vin à son seigneur. Celui des deux dont Joseph pensait qu’il serait libéré le fut. Joseph lui dit : « Parle de moi à ton seigneur. » Mais Satan lui fit oublier, si bien qu’il ne se souvint pas de mentionner Joseph auprès de son propre seigneur. (Joseph-41-42)

———————- Lorsque le messager se présenta auprès de Joseph, celui-ci lui dit : « Retourne auprès de ton seigneur et demande-lui quelle est la situation des femmes qui s’étaient elles-mêmes coupé les mains. Mon Seigneur connaît parfaitement leurs intrigues. »-Joseph-50

Dans ces versets, le prophète Joseph, lorsqu’il s’entretenait avec les Égyptiens, désignait à plusieurs reprises le pharaon, gouverneur de l’Égypte, comme leur seigneur. En effet, ils reconnaissaient alors son autorité centrale et sa souveraineté, et le considéraient comme le maître des ordres et des interdictions.

Cinquième sens : ——————————————————— Ils doivent donc adorer le Seigneur de cette Maison, qui a pourvu à leur subsistance et les a mis à l’abri de la peur. Quraysh-3-4

————– Ton Seigneur, le Maître de la puissance et de la gloire, est exempt et pur de tous les défauts qu’ils Lui attribuent.

————————- Allah, le Maître du Trône, est exempt et pur de tous les défauts qu’ils Lui attribuent. Al-Anbiyâ-22

———– Demande : « Qui est le Seigneur des sept cieux et du Trône immense ? »

——————— Il est le Maître des cieux et de la terre, ainsi que de tout ce qui s’y trouve. Il est également le Maître de tout ce sur quoi le soleil se lève.

———— Et c’est Lui qui est le possesseur et le Seigneur d’al-Shi‘rā (nom d’une étoile particulière).

Les conceptions erronées des peuples égarés au sujet de la seigneurie

Par ces témoignages et ces preuves, le sens du mot « Seigneur » a été établi de manière absolument incontestable. Nous devons maintenant examiner quelles conceptions erronées les peuples égarés avaient au sujet de la seigneurie, conceptions dont le Coran est venu démontrer la fausseté, et vers quoi il appelle. Il sera plus approprié, à cet égard, d’examiner séparément les peuples égarés mentionnés par le Coran, afin que la question apparaisse dans toute sa clarté.

Le peuple de Noé (paix sur lui)

Le premier peuple mentionné par le Coran est le peuple du prophète Noé (paix sur lui). Il ressort clairement du récit coranique qu’ils ne niaient pas l’existence d’Allah et ne la rejetaient pas. Le Coran lui-même rapporte leur réponse à l’appel du prophète Noé (paix sur lui) :

————————————————– Cet homme n’est rien d’autre qu’un être humain semblable à vous ; en réalité, il veut prendre le dessus sur vous. Sinon, si Allah avait voulu envoyer un messager, Il aurait envoyé des anges.

Ils ne niaient pas non plus qu’Allah soit le Créateur et qu’Il soit le Seigneur au premier et au deuxième sens du terme. Lorsque le prophète Noé (paix sur lui) leur dit :

——————————– C’est Lui votre Seigneur. C’est vers Lui que vous devrez retourner.

——————————————– Demandez pardon à votre Seigneur ; Il est certes le Grand Pardonneur.

———————————————————————————– Ne voyez-vous donc pas comment Allah a créé les sept cieux, étage par étage, et a fait de la lune une lumière et du soleil une lampe, et vous a créés de la terre ? —Noé, 15-16

À ce moment-là, aucun d’eux n’a dit : « Allah n’est pas notre Seigneur », ou bien : « Il n’a pas créé les cieux, la terre et nous-mêmes », ou encore : « Il ne dirige pas la gestion de toutes ces choses des cieux et de la terre. »

Ils ne niaient pas non plus qu’Allah fût leur divinité. C’est pourquoi Noé (paix sur lui) leur a présenté son appel en ces termes :

———— « Vous n’avez aucune autre divinité que Lui » ;

Sinon, s’ils n’avaient pas reconnu Allah comme leur divinité, l’appel aurait été formulé ainsi :

——————- « Reconnaissez Allah comme votre divinité. »

La question se pose maintenant : sur quoi portait donc le désaccord de Noé (paix sur lui) avec eux, et à propos de quoi ? En recherchant les versets du Coran, on découvre que le désaccord avait deux causes :

Un : l’enseignement de Hazrat Noé (sur lui la paix) était le suivant : Celui qui est le Rabb al-‘Âlamîn, que vous reconnaissez vous aussi comme le Créateur de vous-mêmes et de l’univers tout entier, que vous croyez être Celui qui pourvoit à tous vos besoins, Lui seul est votre divinité — nul autre. Il n’y a aucune divinité en dehors de Lui. Il n’existe aucun être capable de satisfaire vos besoins et vos plaintes, de dissiper vos crises et vos difficultés, d’entendre vos invocations et de venir à votre secours. Inclinez donc votre tête uniquement devant Lui et reconnaissez que Lui seul mérite votre obéissance :

————– Ô gens de mon peuple ! Adorez Allah ; vous n’avez aucune autre divinité en dehors de Lui. ……….. Mais je suis un Messager envoyé de la part du Rabb al-‘Âlamîn. Je vous transmets le message de votre Seigneur. — Al-A‘râf, 59-60

En revanche, ils s’obstinaient à croire que d’autres possédaient également, à des degrés divers, une part dans la gestion d’Allah. Ils estimaient que toutes sortes de besoins les liaient aussi à ces autres êtres. Nous reconnaîtrons donc d’autres divinités aux côtés d’Allah :

————————– Leurs chefs et leurs notables dirent : « Gens ! N’abandonnez en aucun cas vos divinités ; n’abandonnez ni Wadd, ni Suwâ‘, ni Yaghûth, ni Ya‘ûq, ni Nasr. » — Nûh, 23

Deux : ils reconnaissaient Allah comme Rabb uniquement en ce sens qu’Il était leur Créateur, le Maître des cieux et de la terre, ainsi que le principal gestionnaire, régulateur et administrateur de l’univers. Mais ils ne reconnaissaient pas que, dans les domaines du caractère moral, de la société, de la civilisation, de la politique et de tous les aspects de la vie, Lui seul avait le droit à la souveraineté et au pouvoir suprême ; que Lui seul était le guide, le législateur, le détenteur du droit d’ordonner et d’interdire ; que Lui seul était le guide, le législateur, le détenteur du droit d’ordonner et d’interdire ; et que l’obéissance devait être vouée à Lui seul. Dans ces domaines, ils avaient fait de leurs chefs et de leurs guides religieux des rabb. En revanche, la revendication de Hazrat Noé (sur lui la paix) était la suivante : la rubûbiyya est indivisible ; ne la divisez ni ne la morcellez pas. Reconnaissez Allah seul comme Rabb en tous les sens du terme. Suivez les lois et les prescriptions que je vous transmets en tant que Son représentant :

————————————————- Je suis pour vous le Messager digne de confiance d’Allah. Craignez donc Allah et obéissez-moi. — Ach-Chu‘arâ’, 107-108

Le peuple de ‘Âd

Après le peuple de Noé (sur lui la paix), le Coran aborde le peuple de ‘Âd. Ce peuple ne niait pas non plus l’existence d’Allah. De la même manière que le peuple de Hazrat Noé (sur lui la paix) reconnaissait Allah comme Rabb, celui-ci croyait également en Allah dans ce même sens. Toutefois, deux points constituaient la base de leur opposition ; ils ont été mentionnés plus haut à propos du peuple de Noé (sur lui la paix), et la déclaration explicite suivante du Coran en fournit une preuve parfaitement claire :

—————————————– Et Nous avons envoyé auprès d’eux leur frère Hûd. Il dit : « Ô mon peuple ! Adorez Allah. Vous n’avez aucune divinité en dehors de Lui. »……….. Ils dirent : « Est-ce pour que nous adorions uniquement Allah et abandonnions les divinités que nos pères et nos ancêtres adoraient depuis des générations que tu es venu ? » — Al-A‘râf, 65-70

—————————– Ils dirent : « Si notre Seigneur l’avait voulu, Il aurait envoyé des anges. »

———————————- Voilà bien les ‘Âd : ils refusèrent de se soumettre aux prescriptions de leur Seigneur, n’acceptèrent pas d’obéir à Son Messager et suivirent les arrogants, ennemis de la vérité. — Hûd, 59

Le peuple de Thamûd

Écoutons maintenant ce qu’il en fut du peuple de Thamûd. Après les ‘Âd, ce fut le peuple le plus arrogant. Nous avons évoqué l’égarement de Noé et du peuple des ‘Âd. En réalité, leur égarement était du même ordre. Ils ne reconnaissaient pas que seul Allah est la divinité, que Lui seul a droit à l’adoration et que la Seigneurie, dans tous ses sens, appartient exclusivement à Allah. Ils s’obstinaient à reconnaître à d’autres qu’Allah le pouvoir d’exaucer les appels, de délivrer des difficultés et de satisfaire les besoins. Dans leur vie morale et civilisationnelle, ils étaient résolus à obéir, en dehors d’Allah, aux chefs, aux notables et aux dirigeants, et à recevoir d’eux les règles régissant leur existence. C’est finalement cela qui fut la cause de leur corruption, de leur devenir un peuple semeur de troubles et de leur châtiment final. Les versets suivants en apportent une preuve claire :

————- (Ô Muhammad !) S’ils se détournent de ton obéissance, dis-leur : « Je vous avertis d’un châtiment terrifiant, semblable à celui qu’ont subi les ‘Âd et les Thamûd. » Lorsque des messagers leur vinrent de devant eux et de derrière eux, leur disant : « N’adorez nul autre qu’Allah », ils répondirent : « Si notre Seigneur l’avait voulu, Il aurait envoyé des anges. Nous ne croyons donc pas à ce avec quoi vous êtes venus et nous ne l’acceptons pas. »

————————————- Et Nous envoyâmes aux Thamûd leur frère Sâlih. Il dit : « Ô mes frères de peuple ! Adorez Allah ; vous n’avez aucune divinité en dehors de Lui. » Ils dirent : « Sâlih ! Auparavant, nous fondions de grands espoirs sur toi. Nous interdis-tu d’adorer ceux que nos pères et nos ancêtres adoraient depuis des générations ? » — (Sourate Hûd, 61-62)

———————————————- Lorsque leur frère Sâlih leur disait : « Ne pensez-vous donc pas à vous préserver ? Voyez : je suis pour vous un Messager digne de confiance envoyé par Allah. Gardez-vous donc de susciter le mécontentement d’Allah et obéissez-moi. » ……. « N’obéissez pas aux transgresseurs qui sèment la corruption sur terre et n’accomplissent aucun bien. »

Le peuple d’Ibrâhîm (paix sur lui) et Nimrod

Vient ensuite le récit du peuple de Hadrat Ibrâhîm (paix sur lui). La question concernant ce peuple est particulièrement importante. Car une idée erronée est couramment répandue : leur roi, Nimrod, aurait nié Allah et se serait prétendu dieu. Or, il reconnaissait l’existence d’Allah, croyait qu’Il était le Khâliq-Créateur et le Maître de l’univers. Il ne se proclamait Rabb que dans les troisième, quatrième et cinquième sens. Une autre idée fausse est également très répandue : ce peuple aurait été totalement ignorant d’Allah et ne L’aurait nullement reconnu comme Rabb et Ilâh. Pourtant, son cas ne différait aucunement de celui de Nûh, de ‘Âd et de Thamûd. Ils reconnaissaient l’existence d’Allah. Ils savaient qu’Il était le Rabb, le Créateur des cieux et de la terre et le Maître de l’univers, et ils ne niaient pas non plus Son adoration. Leur égarement consistait toutefois en ceci : dans les premier et deuxième sens de la Rubûbiyyah, ils considéraient aussi les astres comme des associés ; sur cette base, ils les prenaient également pour des divinités aux côtés d’Allah. Dans les troisième, quatrième et cinquième sens de la Rubûbiyyah, ils avaient fait de leurs rois des Rabb. Malgré les paroles claires et sans équivoque du Coran à ce sujet, il est étonnant de voir comment les gens n’ont pas pu comprendre la réalité de cette affaire. Considérez tout d’abord l’épisode de la prise de conscience de Hadrat Ibrâhîm (paix sur lui). Il dépeint sa quête de la vérité au cours de sa vie antérieure à la prophétie :

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Lorsque la nuit l’enveloppa de ses ténèbres, il aperçut un astre et s’exclama : « Voici mon Rabb ! » Mais lorsqu’il disparut, il dit : « Je n’aime pas ce qui disparaît. » Puis, lorsqu’il vit la lune resplendir, il dit : « Voici mon Rabb ! » Mais lorsqu’elle disparut à son tour, il dit : « Si mon Rabb ne me guide pas, je crains de devenir moi aussi l’un de ces gens égarés. » Ensuite, lorsqu’il vit le soleil briller, il dit : « Voici mon Rabb ! Celui-ci est assurément le plus grand ! » Mais lorsqu’il disparut lui aussi, il s’écria : « Ô mon peuple ! Je suis totalement étranger à ce que vous associez à Allah. Je tourne mon visage, avec une entière dévotion, vers Celui qui a créé les cieux et la terre, et je ne suis pas du nombre des associateurs. » — Al-An‘âm, 77-80

Les passages marqués montrent clairement que, dans la société où Hadrat Ibrâhîm (paix sur lui) ouvrit les yeux, la conception selon laquelle le Créateur des cieux et de la terre était le Rabb, et la conception de la Rubûbiyyah de ces astres, n’étaient pas identiques. Comment en aurait-il été autrement ? Les musulmans qui avaient cru en Hadrat Nûh (paix sur lui) appartenaient à cette même lignée. Parmi les peuples qui leur étaient apparentés et voisins — ‘Âd et Thamûd — l’œuvre de renouvellement du Dîn de l’Islam se poursuivait également par l’intermédiaire de prophètes successifs, qu’Allah les bénisse.

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Ainsi, Hadrat Ibrâhîm (paix sur lui) avait acquis de sa propre société la conception d’Allah comme Créateur des cieux et de la terre et comme Rabb. Les questions qui surgirent toutefois dans son esprit étaient les suivantes : dans quelle mesure était réaliste la conception, présente parmi son peuple, selon laquelle la lune, le soleil et les astres partageaient avec Allah la gestion de la création, conception sur la base de laquelle ils Lui associaient également ces astres dans l’adoration ?¹ Avant sa prophétie, il parcourut le chemin à la recherche de cette vérité même ; l’observation du lever et du coucher des astres l’aida à parvenir à cette vérité concrète : il n’existe aucun Rabb en dehors du Créateur des cieux et de la terre. C’est pourquoi, en voyant la lune disparaître, il dit : « Si mon Rabb, c’est-à-dire Allah, ne me guide pas, je crains de ne pas parvenir moi non plus à la vérité réelle. Je serais trompé, moi aussi, par les apparences qui trompent les millions de gens autour de moi. »

Par la suite, Hadrat Ibrâhîm (paix sur lui) fut investi de la mission prophétique et commença à appeler les gens vers la voie d’Allah. Si nous réfléchissons au langage dans lequel il présenta alors son appel, notre affirmation précédente devient encore plus claire. Il dit :

1. Il ne serait pas hors de propos de mentionner ici un point. Les informations mises au jour par les fouilles archéologiques au sujet du pays de Ḥazrat Ibrāhīm (A.S.), ‘Ur’, révèlent qu’on y adorait le dieu de la Lune. Dans leur langue, il était appelé Nannar (—), tandis que dans les régions environnantes, dont le centre était Larsa (—), on adorait le dieu du Soleil. Dans leur langue, celui-ci était appelé Shamash (—-). Le fondateur de la dynastie régnante de ce pays était Arnamu (—). En Arabie, son nom devint Nimrod. D’après son nom, le titre des dirigeants de cette région devint Nimrod, de même que le successeur de Nizam al-Mulk était appelé Nizam.

Comment pourrais-je donc craindre ceux que vous associez à Allah ? Pourtant, vous ne craignez pas de leur donner comme associés à Allah, alors qu’Allah ne vous a révélé aucune preuve concernant leur participation à la divinité et à la seigneurie.

Je me désolidarise de ceux que vous invoquez en dehors d’Allah. — Maryam, 48

Il dit : « Votre Seigneur est uniquement le Seigneur des cieux et de la terre, Celui qui a créé tout cela… » Il dit : « Adorez-vous donc, en dehors d’Allah, ces seigneurs qui ne détiennent aucun pouvoir sur votre bien ni sur votre mal ? » — Al-Anbiyā’, 56-66

Lorsque Ibrāhīm dit à son père et à son peuple : « Qu’adorez-vous donc ? Voulez-vous servir, en dehors d’Allah, des divinités que vous avez vous-mêmes fabriquées ? Quelle est donc votre opinion au sujet du Seigneur des mondes ? » — Aṣ-Ṣāffāt, 85-87

Ibrāhīm et ses compagnons musulmans déclarèrent clairement aux gens de son peuple : « Je n’ai aucun lien avec vous ni avec ceux que vous adorez en dehors d’Allah. Je refuse de suivre vos règles et vos usages. Jusqu’à ce que vous croyiez en l’Unique Allah, une base d’inimitié et de haine perpétuelles est désormais établie entre vous et nous. » — Al-Mumtaḥana, 4

Les propos de Ḥazrat Ibrāhīm montrent clairement qu’il ne s’adressait pas à des gens qui ignoraient totalement Allah, qui ne Le reconnaissaient pas comme le Seigneur des mondes et le Maître digne d’adoration, ou qui n’avaient aucune conception établie à Son sujet. Il s’adressait plutôt à des gens qui associaient à Allah d’autres dans la seigneurie — au premier et au deuxième sens — ainsi que dans la divinité. C’est pourquoi, nulle part dans tout le Coran, on ne trouve une parole de Ḥazrat Ibrāhīm où il aurait tenté de convaincre son peuple de l’existence d’Allah ou de Le reconnaître comme divinité et Seigneur. Partout, au contraire, il a appelé à croire qu’Allah seul est le Seigneur et la divinité.

Examinons maintenant le cas de Nimrod. Le Coran rapporte ainsi la conversation qu’il eut avec Ḥazrat Ibrāhīm :

————————————— As-tu vu celui qui a discuté avec Abraham au sujet de son Rabb ? Il le fit parce qu’Allah lui avait accordé le pouvoir de gouverner. Lorsque Abraham lui dit : « Celui entre les mains de qui sont la vie et la mort est mon Maître », Abraham ajouta : « En vérité, Allah fait lever le soleil à l’est ; eh bien, fais-le donc lever à l’ouest ! » En entendant cela, le mécréant resta stupéfait. — Al-Baqara, 258

Cette conversation montre clairement qu’il n’y avait pas de désaccord sur l’existence ou la non-existence d’Allah ; le désaccord portait plutôt sur celui qu’Abraham reconnaissait comme Rabb. Tout d’abord, Nimrod était lié à un peuple qui reconnaissait l’existence d’Allah. Ensuite, à moins d’être complètement fou, il ne pouvait pas tenir une affirmation aussi manifestement stupide que celle selon laquelle il serait lui-même le créateur des cieux et de la terre et celui qui fait évoluer la lune et le soleil. « Je suis Allah, le Rabb des cieux et de la terre » : telle n’était pas essentiellement sa prétention. Sa prétention était plutôt : « Je suis le Rabb du royaume dont Abraham est un membre. » Il ne prétendait pas non plus être son propre Rabb dans les premier et deuxième sens de la Rububiyyat, car, dans ces sens, il reconnaissait lui-même Allah comme le Rabb de la lune, du soleil, des planètes et des étoiles. En revanche, dans les troisième, quatrième et cinquième sens, il se prétendait le Rabb de son propre royaume ; autrement dit, il affirmait : « Je suis le propriétaire de ce royaume, et tous ses habitants sont mes serviteurs, mes esclaves et les esclaves de mes esclaves. Mon pouvoir central est le fondement de leur rassemblement. Et mes ordres et mes décrets sont pour eux la loi et la règle. » Sa prétention à la Rububiyyat reposait sur l’arrogance de la royauté ; la phrase « parce qu’Allah lui avait accordé le pouvoir du royaume » l’indique clairement. Lorsqu’il apprit qu’un jeune homme nommé Abraham était apparu dans son royaume, qu’il ne reconnaissait pas la Rububiyyat surnaturelle de la lune, du soleil, des planètes et des étoiles, et qu’il ne reconnaissait pas non plus la Rububiyyat politique et culturelle de l’empereur de l’époque, il fut stupéfait. Il convoqua donc Hadrat Abraham et lui demanda : « Alors, qui reconnais-tu comme Rabb ? » Hadrat Abraham répondit d’abord : « Mon Rabb est Celui entre les mains de qui se trouve le pouvoir sur la vie et la mort. » Mais, en entendant cette réponse, il ne pénétra pas profondément dans la question. Il tenta alors d’établir sa propre Rububiyyat en disant : « Le pouvoir sur la vie et la mort ne m’appartient-il pas aussi ? Je peux tuer qui je veux et donner la vie à qui je veux. » Abraham lui dit alors : « Je ne reconnais qu’Allah comme Rabb ; quel que soit le sens de la Rububiyyat, Allah seul est mon Rabb. Quelle place pourrait donc avoir la Rububiyyat de quelqu’un d’autre dans l’administration de l’univers ? Ils n’ont pas la moindre influence ni le moindre pouvoir sur le lever et le coucher du soleil. » Nimrod était rusé. En entendant cet argument, la vérité lui apparut clairement : en réalité, dans le royaume d’Allah, sa prétention à la Rububiyyat n’était rien d’autre qu’une absurdité ! Il resta donc stupéfait et désemparé. Cependant, l’orgueil et l’attachement à ses intérêts personnels et dynastiques ne l’incitèrent pas à abandonner le siège du pouvoir royal arbitraire pour se soumettre à Allah et obéir à Son Messager. C’est pourquoi, après avoir rapporté cette conversation, Allah, exalté soit-Il, dit :

————- Mais Allah ne guide pas le peuple injuste. Autrement dit, après que la vérité lui fut apparue, il ne se prépara pas à suivre la voie qu’il aurait dû emprunter ; au contraire, par un pouvoir arrogant et tyrannique, il jugea préférable de commettre l’injustice envers le monde et envers sa propre âme. Alors Allah ne lui accorda pas non plus la lumière de la guidance. Car la manière d’agir d’Allah n’est pas d’imposer de force la guidance à celui qui ne désire pas être guidé.

Le peuple de Lot

Après le peuple de Hadrat Abraham, nous trouvons devant nous un peuple pour la réforme et la correction duquel Hadrat Lot, le neveu de Hadrat Abraham, avait été chargé d’une mission. Nous apprenons également du Coran que ce peuple ne niait pas l’existence d’Allah. Il ne niait pas non plus qu’Allah fût le Créateur et le Rabb dans les premier et deuxième sens. Cependant, il refusait de Le reconnaître comme Rabb dans les troisième, quatrième et cinquième sens et d’accepter la direction du Messager en tant que Son représentant fidèle. Leur faute fondamentale était qu’ils voulaient agir comme bon leur semblait, conformément aux désirs de leur âme. C’est pour cette raison qu’ils furent frappés par le châtiment. La déclaration claire suivante du Coran en est la preuve :

———————————– Lorsque leur frère Lot leur dit : « N’adopterez-vous donc pas la taqwa ? Voyez, je suis pour vous un Messager digne de confiance. Abstenez-vous donc de la colère d’Allah et obéissez-moi. Je ne vous demande aucune rétribution pour cela. Ma rétribution n’incombe qu’à Allah, le Rabb des mondes. Parmi les hommes de ce monde, vous tournez-vous uniquement vers les hommes ? Et délaissez-vous les femmes qu’Allah, votre Rabb, a créées pour vous ? Je vois que vous êtes vraiment un peuple qui transgresse toutes les limites ! » — Ash-Shu‘ara, 161-166

Il est évident que cette adresse ne pouvait être destinée qu’à un peuple qui ne niait ni l’existence d’Allah, ni le fait qu’Il soit le Créateur et le Nourricier. Nous constatons donc qu’en réponse ils ne dirent pas non plus : « Qu’est donc Allah ? » ou : « Qui est ce Créateur ? » ou encore : « D’où vient-Il pour se proclamer notre Rabb ? » Au contraire, ils dirent :

————————- « Lot ! Si tu ne cesses pas de tenir de tels propos, tu seras certainement expulsé du pays. » — Ash-Shu‘ara, 167

Ailleurs, cet événement est relaté ainsi :

——————————————— « Et Nous avons envoyé Lot ! Lorsqu’il dit à son peuple : “Vous commettez une turpitude que nul, avant vous, n’avait commise dans le monde. Avez-vous des rapports sexuels avec des hommes ? Vous pratiquez le brigandage sur les routes et commettez le mal ouvertement dans vos assemblées, les uns devant les autres ?” La réponse de son peuple ne fut rien d’autre que : “Si tu es véridique, fais donc venir sur nous le châtiment d’Allah.” — Al-ʿAnkabût, 28-29. Une nation opposée à Allah pourrait-elle répondre ainsi ? Il est donc évident que le déni de l’ulūhiyya et de la rubūbiyya n’était pas leur véritable position. Leur faute fondamentale était plutôt la suivante : bien qu’ils reconnussent Allah comme Ilāh et Rabb au sens métaphysique, ils n’étaient pas disposés à Lui obéir, conformément à la guidance du Messager, dans la morale, la civilisation et la vie sociale. »

Le peuple de Shuʿayb

Considérons maintenant le cas des habitants de Madyan et d’al-Aykah. Le prophète Shuʿayb (paix sur lui) leur avait été envoyé. Nous savons à leur sujet qu’ils étaient les descendants du prophète Ibrāhīm (paix sur lui). La question de savoir s’ils croyaient à l’existence d’Allah et Le reconnaissaient comme Ilāh et Rabb ne se posait donc même pas. En réalité, ils appartenaient à un peuple dont les origines étaient islamiques, mais qui s’était ensuite transformé en raison de la corruption de ses croyances et de ses actes ; le Coran laisse même fortement entendre qu’ils se prétendaient croyants. C’est pourquoi nous voyons le prophète Shuʿayb (paix sur lui) leur répéter : “Si vous êtes croyants, vous devez agir ainsi.” Tous les discours du prophète Shuʿayb (paix sur lui) et leurs réponses montrent clairement qu’ils formaient un peuple qui croyait en Allah et Le reconnaissait comme Maʿbūd et Pourvoyeur. Cependant, ils s’étaient plongés dans deux formes d’égarement. Premièrement : au sens métaphysique, ils avaient également pris d’autres êtres qu’Allah pour des Ilāh et des Rabb ; leur adoration n’était donc pas exclusivement consacrée à Allah. Deuxièmement : selon eux, la rubūbiyya d’Allah n’avait aucun rapport avec le caractère moral de l’être humain, l’organisation sociale, l’économie, la politique et la culture. C’est pourquoi ils disaient que, dans la vie civilisée, nous sommes libres : nous accomplirons nos affaires comme bon nous semble.

Les versets suivants du Coran établissent la justesse de cette affirmation :

——————– Et aux habitants de Madyan, Nous avons envoyé leur frère Shuʿayb. Il dit : “Ô mon peuple ! Adorez Allah ; vous n’avez aucun autre Ilāh que Lui. Une guidance évidente vous est venue de la part de votre Rabb. Donnez donc le poids et la mesure avec exactitude. Ne diminuez pas aux gens leurs biens. Ne semez pas la corruption sur la terre après que l’ordre et la paix y ont été établis. Cela est meilleur pour vous, si vous êtes croyants… Attendez donc que je rende un jugement entre vous et moi, si un groupe d’entre vous croit à la guidance avec laquelle j’ai été envoyé tandis que les autres n’y croient pas. C’est Lui qui est le meilleur des juges.” — Al-Aʿrāf, 85-87 ——————————————————-

Ô mon peuple ! Respectez l’équité dans les mesures et les poids ; mesurez et pesez avec exactitude, et ne donnez pas aux gens moins que ce qui leur revient. Ne répandez pas la corruption sur la terre. Ce qu’Allah vous laisse comme gain dans vos affaires est meilleur pour vous, si vous êtes croyants. Je ne suis pas chargé de vous surveiller ni de vous protéger. Ils répondirent : “Ô Shuʿayb ! Est-ce ta prière qui t’ordonne que nous abandonnions les divinités que nos pères et nos ancêtres adoraient, ou que nous cessions de disposer de nos biens comme nous le voulons ? Tu es vraiment le seul homme patient et droit qui soit resté !” — Sūrat Hūd, 85-86

Les dernières lignes signalées exposent clairement quel était leur véritable égarement concernant la rubūbiyya et l’ulūhiyya.

Pharaon et son peuple

Nous allons maintenant examiner le cas de Pharaon et de son peuple. À ce sujet, les conceptions erronées sont encore plus répandues que celles concernant Nimrod et son peuple. L’opinion courante veut que Pharaon non seulement ne crût pas à l’existence d’Allah, mais qu’il eût également revendiqué pour lui-même le statut de dieu. Autrement dit, son esprit était devenu si perverti qu’il avait proclamé ouvertement devant le monde : « Je suis le créateur des cieux et de la terre. » Et son peuple était devenu si insensé qu’il avait cru à cette prétention. Pourtant, le témoignage du Coran et de l’histoire permet de connaître la vérité. La réalité est que, dans la question de l’uluhiyya et de la rububiyya, son égarement ne différait pas de celui de Nimrod, pas plus que l’égarement de son peuple ne différait de celui du peuple de Nimrod. La seule différence était que, pour des raisons politiques, une obstination idolâtre et un entêtement partial s’étaient développés à l’égard des Enfants d’Israël. C’est pourquoi, par pure hostilité, ils refusèrent d’accepter Allah comme leur Seigneur et leur Dieu. Toutefois, ils dissimulaient au fond d’eux-mêmes la reconnaissance de cette vérité, comme le font aujourd’hui la plupart des matérialistes.

La réalité est que le prophète Joseph, après avoir accédé au pouvoir en Égypte, consacra toutes ses forces à la diffusion de l’enseignement islamique. Il imprima sur le pays d’Égypte une marque si profonde qu’il est impossible de l’exprimer pleinement. À cette époque, tous les habitants de l’Égypte n’avaient peut-être pas accepté la vraie religion ; mais il est impossible qu’un Égyptien ne connût pas Allah ou ne reconnût pas qu’Il est le Créateur des cieux et de la terre. Bien plus, son enseignement devait exercer sur chaque Égyptien une influence au moins suffisante pour qu’il reconnût Allah, au sens supranaturel, comme « le Dieu des dieux » et « le Seigneur des seigneurs ». Aucun Égyptien ne s’opposait à l’uluhiyya d’Allah. Cependant, ceux qui persistaient dans la mécréance associaient à Allah d’autres divinités dans l’uluhiyya et la rububiyya. Cette influence subsista jusqu’à l’apparition du prophète Moïse.¹ On en trouve une preuve claire dans le discours prononcé par un notable copte à la cour de Pharaon. Lorsque Pharaon manifesta son intention de tuer le prophète Moïse, cet émir de sa cour — qui avait secrètement embrassé l’islam — s’écria avec agitation :

—————————————-

¹ Si l’on se fonde sur le récit historique de la Torah, on peut supposer qu’environ un cinquième de la population totale de l’Égypte avait embrassé l’islam. À la lumière du recensement des Enfants d’Israël rapporté dans la Torah, on peut dire que ceux qui quittèrent l’Égypte avec le prophète Moïse étaient au nombre d’environ deux millions. La population de l’Égypte ne dépassait alors pas dix millions. La Torah les désigne tous comme des Enfants d’Israël. Mais il ne semble possible, selon aucun calcul, que les descendants des douze fils du prophète Jacob aient atteint deux millions en vingt-cinq ans. On peut donc supposer qu’une grande partie de la population égyptienne avait embrassé l’islam et s’était jointe aux Enfants d’Israël. Au moment de quitter le pays, ces musulmans égyptiens se joignirent eux aussi aux Israélites. C’est ce que permet de déduire l’œuvre de prédication accomplie en Égypte par le prophète Joseph et ses représentants.

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« Tuez-vous donc un homme parce qu’il dit : “Allah est mon Seigneur”, alors qu’il vous a apporté des preuves évidentes ? S’il est menteur, une partie au moins des conséquences dont il vous menace vous atteindra certainement. Sachez avec certitude qu’Allah ne guide pas dans la voie du bien celui qui est un menteur outrancier. Ô mon peuple ! Aujourd’hui, le pouvoir de l’État est entre vos mains et vous êtes puissants et victorieux sur la terre. Mais qui nous protégera demain lorsque le châtiment d’Allah s’abattra sur nous ? Ô mon peuple ! Je crains que vous ne subissiez un sort semblable à celui des peuples éminents lorsque le courroux s’abattit sur eux. Avant cela, lorsque Joseph vint à vous avec des preuves évidentes, vous êtes restés dans le doute au sujet de ce qu’il vous présentait. Puis, après sa disparition, vous avez dit : “Allah n’enverra plus aucun messager après lui.” … Ô mon peuple ! Je vous appelle au salut — quelle étrange chose ! Vous m’appelez à mécroire en Allah et à Lui associer des divinités dont je ne possède aucune preuve fondée sur la science qu’elles puissent Lui être associées. Quant à moi, je vous appelle vers Celui qui est Tout-Puissant et très Pardonneur. » — Al-Mu’min, 28-42

Même après plusieurs siècles, l’influence de la noble personnalité du prophète Joseph (paix sur lui) était encore présente — ce long discours en apporte la preuve. Sous l’influence de l’enseignement de ce grand prophète, ce peuple n’était pas plongé dans une ignorance telle qu’il ignorât jusqu’à l’existence d’Allah, ou qu’il ne sût pas qu’Allah est l’Ilah et le Seigneur, dont l’influence et le pouvoir s’exercent sur les forces de la nature. Il ne lui était pas non plus inconnu que Son châtiment était une chose à redouter. La dernière partie du discours montre également clairement que ce peuple ne niait nullement la divinité et la seigneurie d’Allah. La cause de son égarement était plutôt celle qui a été mentionnée à propos de l’égarement d’autres peuples : associer à Allah d’autres divinités dans Sa divinité et Sa seigneurie. Ce qui peut susciter le doute, c’est que, lorsque Moïse (paix sur lui) déclara : ————————– « Je suis certainement le messager du Seigneur des mondes », Pharaon demanda : ——– « Et qu’est-ce donc que le Seigneur des mondes ? » Il dit à son ministre Hâmân : « Construis-moi un palais élevé afin que je puisse voir le dieu de Moïse. » Il menaça Moïse (paix sur lui) en disant : « Si tu prends une autre divinité en dehors de moi, je te mettrai en prison. » Il fit proclamer dans tout le pays : « Je suis votre seigneur suprême. » Il dit à ses courtisans : « Je ne connais pour vous aucune divinité autre que moi. » À la vue de telles paroles, certains en sont venus à penser que Pharaon niait peut-être l’existence même d’Allah, qu’il n’avait aucune notion du Seigneur des mondes et qu’il se considérait lui-même comme le seul objet d’adoration. Mais la réalité est que toutes ces déclarations étaient dues à son entêtement nationaliste. À l’époque de Joseph (paix sur lui), l’enseignement de l’islam s’était répandu en Égypte sous l’influence de sa forte personnalité. De plus, l’autorité qu’il avait établie sur le pouvoir politique avait rendu les Enfants d’Israël très influents en Égypte. Cette influence des Enfants d’Israël s’y maintint pendant trois ou quatre siècles. Puis un sentiment nationaliste commença à se développer contre eux. Finalement, leur pouvoir fut renversé. Une dynastie nationaliste égyptienne s’installa sur le trône. Le nouveau groupe dirigeant ne se contenta pas de réprimer et d’exterminer les Enfants d’Israël ; il s’efforça également d’effacer une à une les traces du règne de Joseph (paix sur lui) et de rétablir les traditions de leur ancienne religion ignorante. Dans ces circonstances, lorsque Moïse (paix sur lui) apparut, ils craignirent de perdre de nouveau le pouvoir : « Pourvu que le pouvoir politique ne nous échappe pas encore ! » C’est en raison de cette hostilité et de cet entêtement que Pharaon interrogea minutieusement Moïse (paix sur lui) : « Qui est donc le Seigneur des mondes ? Qui peut être une divinité en dehors de moi ? » En réalité, il n’ignorait pas le Seigneur des mondes. Les conversations entre lui et ses courtisans, ainsi que les discours et déclarations de Moïse (paix sur lui) rapportés dans le Coran, prouvent cette vérité avec une parfaite clarté. Un jour, afin de donner aux gens de la cour l’impression que Moïse (paix sur lui) n’était pas le prophète d’Allah, il déclara :

————————————————————- Alors, pourquoi ne lui a-t-on pas fait descendre des bracelets d’or, ou pourquoi des anges ne sont-ils pas venus avec lui en groupe ? — Az-Zukhruf, 53

Une personne qui n’a aucune notion d’Allah ni des anges pourrait-elle tenir de tels propos ? À une autre occasion, le dialogue suivant eut lieu entre Pharaon et Moïse (paix sur lui) :

——————————————————————– Pharaon lui dit alors : « Ô Moïse ! Je pense que tu es ensorcelé et que tu as perdu la raison ! » Moïse répondit : « Tu sais parfaitement que nul autre que le Seigneur des cieux et de la terre n’a fait descendre ces signes destinés à instruire. Je pense, ô Pharaon, que tu es voué à la perdition. » — Les Enfants d’Israël, 101-102

Ailleurs, Allah le Très-Haut décrit ainsi l’état d’esprit des gens du parti de Pharaon :

——————————————————– Puis, lorsque Nos signes devinrent manifestement clairs à leurs yeux, ils dirent : « Ce n’est là qu’une magie évidente ! » Leurs cœurs en reconnaissaient pourtant intérieurement la vérité, mais ils refusèrent de l’admettre par pure perversité, orgueil et désobéissance. — An-Naml, 13-14

Le Coran dépeint ainsi une autre assemblée : —————————————————- Moïse leur dit : « Malheur à vous ! N’attribuez pas de mensonge à Allah, sinon Il vous anéantira par un châtiment terrible. Celui qui forge un mensonge contre Allah est assurément voué à l’échec. » En entendant cela, ils se mirent à se quereller et à se contredire entre eux ! Ils tinrent conseil en secret. Certains dirent alors : « Ces deux hommes, Moïse et Aaron, ne sont que des magiciens. Ils veulent vous chasser de votre pays par leur magie et anéantir votre modèle de vie idéal. » — Tâ-Hâ, 61-63

Il est clair qu’après que Moïse les eut effrayés en leur rappelant le châtiment d’Allah le Très-Haut et les eut avertis des conséquences de l’invention de mensonges contre Lui, une discussion éclata parmi eux, parce que leurs cœurs conservaient encore, dans une certaine mesure, la crainte d’Allah et l’impression de Sa majesté. Mais lorsque leur classe dirigeante nationaliste les menaça d’une révolution politique en déclarant que reconnaître le message de Moïse et d’Aaron (paix sur eux) aurait pour conséquence que l’Égypte retomberait entre les mains d’Israël, leurs cœurs se durcirent de nouveau. Tous résolurent de s’opposer au Messager.

Une fois cette vérité établie, nous pouvons aisément affirmer avec certitude quel était le véritable sujet du différend entre Moïse (sur lui la paix) et Pharaon, et quelle était la nature de l’égarement véritable de Pharaon et de son peuple. En quel sens Pharaon se prétendait-il détenteur de l’ulûhiyya et de la rubûbiyya ? À cette fin, examinez attentivement, l’un après l’autre, les versets coraniques suivants :

Premièrement : parmi les dignitaires de Pharaon, ceux qui insistaient pour extirper la prédication de Moïse (sur lui la paix) s’adressèrent à Pharaon en ces termes :

———————————- Laisseras-tu donc Moïse et son peuple se répandre dans le pays en y semant le désordre, après t’avoir abandonné, toi et tes divinités ? — Al-A‘râf, 127

En revanche, l’un des dignitaires qui avait cru en Moïse (sur lui la paix) leur dit :

———————————————– M’appelez-vous donc à mécroire en Allah et à Lui associer quelqu’un dont je ne possède aucune preuve scientifique justifiant qu’il puisse Lui être associé ? — Al-Mu’min, 42

Si nous confrontons ces deux versets aux connaissances que nous avons acquises sur les Égyptiens de cette époque grâce à l’histoire et aux vestiges archéologiques, nous comprenons clairement que Pharaon lui-même et les gens de son peuple associaient à la divinité certains dieux, selon les premier et deuxième sens de la rubûbiyya, et les adoraient. Il est évident que, si Pharaon s’était prétendu divin au sens surnaturel, c’est-à-dire s’il avait affirmé exercer son autorité jusque sur la chaîne des causes et des effets, et qu’il n’existait, en dehors de lui, aucun autre Seigneur-Ilah des cieux et de la terre, il n’aurait pas lui-même adoré d’autres divinités.¹

Deuxièmement : le Coran rapporte les paroles suivantes de Pharaon :

———————————————– 1. Pharaon prétendait lui-même être l’« Ilah al-‘Alamîn » (le Dieu des mondes) ; sous l’empire de cette seule idée, certains commentateurs ont adopté, dans le verset susmentionné de la sourate al-A‘râf, une lecture (qirâ’a) de ——— à la place de —————-. Et ils ont pris —- au sens de « culte ». Selon cette lecture, la traduction du verset serait : « vous abandonner, vous et votre culte ». Mais, premièrement, cette lecture est rare et contraire à la lecture célèbre et bien connue. Deuxièmement, l’idée sur laquelle repose cette lecture est totalement infondée et dépourvue de valeur. Troisièmement, le sens de – peut être, outre celui de « culte », celui d’objet d’adoration ou même de déesse. À l’époque de la Jâhiliyya, ce mot était employé en Arabie pour désigner le soleil. On sait que, de manière générale, le principal idole des Égyptiens était le soleil. En langue égyptienne, le soleil était appelé Râ ( – ). Or le sens de Pharaon était : le descendant féminin de Râ, l’incarnation de Râ — autrement dit, l’incarnation du soleil. Ainsi, ce que Pharaon prétendait, c’était simplement être la manifestation corporelle du dieu solaire.

Ô dignitaires ! Je ne connais pour vous aucune autre divinité que moi-même. —Al-Qasas-38

Moïse ! Si tu prends quelqu’un d’autre que moi pour divinité, je te compterai parmi les prisonniers. —Ach-Chu‘arâ’-29

Le sens de ces paroles n’est pas que Pharaon niait toutes les divinités autres que lui-même ; son véritable objectif était plutôt de rejeter la mission de Moïse (paix sur lui). En effet, Moïse (paix sur lui) appelait à croire en une divinité qui n’était pas seulement le Maître adoré au sens surnaturel, mais qui était aussi, au sens politique et civilisateur, le détenteur des commandements et des interdits ainsi que le détenteur de l’autorité suprême. C’est pourquoi il dit à son peuple : « Vous n’avez aucune divinité autre que moi. » Et, menaçant Moïse (paix sur lui), il lui dit que s’il prenait quelqu’un d’autre que lui pour divinité en ce sens, il serait jeté en prison.

On apprend également des versets du Coran, et l’histoire ainsi que les vestiges archéologiques le confirment, que la dynastie des Pharaons d’Égypte ne se contentait pas de revendiquer une souveraineté absolue ; elle revendiquait aussi une certaine sacralité en établissant un lien avec la divinité, afin de s’ancrer fermement dans les esprits et les cœurs de ses sujets. La dynastie pharaonique d’Égypte n’est toutefois pas un cas exceptionnel à cet égard : dans la plupart des pays du monde, les familles royales ont, en plus de la souveraineté politique, tenté dans une certaine mesure de s’arroger une part de la divinité et de la seigneurie au sens surnaturel. Elles ont également rendu obligatoire pour leurs sujets la pratique, devant elles, de diverses formes de servitude. Mais, en réalité, tout cela n’est qu’une question secondaire. L’objectif véritable est de consolider la souveraineté politique. La revendication d’une divinité surnaturelle est utilisée comme l’un des moyens d’y parvenir. C’est pourquoi, en Égypte comme dans les autres pays adorateurs des conceptions de l’ignorance, la divinité de la famille royale a toujours disparu en même temps que son déclin politique. La divinité s’est déplacée vers ceux entre les mains desquels passait le trône du pouvoir.

Troisièmement : la prétention de Pharaon à une seigneurie surnaturelle n’était pas sa revendication véritable ; sa revendication principale était une seigneurie politique. Dans les troisième, quatrième et cinquième sens de la seigneurie, il disait : « Je suis le plus grand Seigneur de la terre d’Égypte et de ses habitants ; je suis le propriétaire de ce pays et de toutes ses composantes et ressources. Le droit à la souveraineté absolue sur ce pays m’appartient à moi seul ; ma personne tout entière constitue le fondement de son organisation sociale ainsi que de sa civilisation et de sa culture. Ici, aucune loi ni aucun règlement ne s’appliquera en dehors des miens. »

Selon les termes du Coran, le fondement de sa revendication était le suivant :

Et Pharaon proclama parmi son peuple : « Ô mon peuple ! Ne suis-je pas le maître du pays d’Égypte ? Le royaume d’Égypte ne m’appartient-il pas ? Ne voyez-vous pas que ces fleuves et ces canaux coulent selon mes ordres ? » —Az-Zukhruf-51

La prétention de Nimrod à la seigneurie reposait également sur ce fondement.

(———————) C’est sur cette base également que le souverain contemporain du prophète Joseph s’était fait passer pour le Seigneur de son peuple.

Quatrièmement : le message de Moïse (paix sur lui), qui fut la cause de son conflit avec Pharaon et la dynastie pharaonique, consistait essentiellement à affirmer que nul autre qu’Allah, le Seigneur des mondes, n’est une divinité, sous quelque rapport que ce soit. Il est l’unique divinité même au sens surnaturel, et plus encore au sens social et politique. C’est à Lui seul que doivent être voués le culte, la servitude et l’obéissance ; c’est uniquement à Sa loi et à Ses prescriptions qu’il faut se conformer. C’est Lui qui m’a établi comme Son représentant, en me donnant des signes évidents ; c’est par mon intermédiaire qu’Il fera connaître les règles des commandements et des interdits. Ainsi, les rênes du pouvoir sur Ses serviteurs ne doivent pas être entre tes mains, mais entre les miennes. C’est pourquoi Pharaon et ses alliés politiques répétaient sans cesse que ces deux frères voulaient nous chasser du pays et s’installer eux-mêmes au pouvoir. Ils s’acharnent à anéantir la religion et le système culturel de notre pays, afin d’y établir leur propre religion et leur propre système culturel.

———————– Et Nous envoyâmes Moïse, muni de Nos signes et de preuves évidentes de la révélation, aux chefs de Pharaon et de son peuple. Mais ils suivirent l’ordre de Pharaon, alors que l’ordre de Pharaon n’était pas juste. — Hûd, 96-97

——————– Et avant eux, Nous avions mis à l’épreuve le peuple de Pharaon. Un noble Messager était venu à eux. Il leur dit : « Livrez-moi les serviteurs d’Allah. Je suis pour vous un Messager digne de confiance. Ne vous élevez pas avec arrogance contre Allah. Je vous présente une preuve évidente de la révélation. » — Ad-Dukhân, 17-19

——- (Ô habitants de La Mecque,) Nous avons envoyé vers vous un Messager, témoin contre vous, tout comme Nous avions envoyé un Messager à Pharaon. Puis, lorsque Pharaon désobéit au Messager, Nous le saisîmes d’une saisie sévère. — Al-Muzzammil, 15-16

———————- Pharaon dit : « Moïse ! (Si tu ne reconnais ni les divinités ni la famille royale,) qui donc est ton Seigneur ? » Moïse répond : « Notre Seigneur est Celui qui a donné à chaque chose sa forme particulière, puis lui a indiqué la manière d’accomplir sa fonction. » — Tâ-Hâ, 49-50

————————— Pharaon dit : « Et qu’est-ce donc que le Seigneur des mondes ? » Moïse répond : « Le Seigneur des cieux, de la terre et de tout ce qui se trouve entre eux, si vous en êtes convaincus. » Pharaon dit à ceux qui l’entouraient : « Avez-vous entendu ? » Moïse dit : « Votre Seigneur et le Seigneur de vos premiers ancêtres. » Pharaon dit : « Votre prétendu Messager, qui vous a été envoyé, est assurément fou. » Moïse dit : « Il est le Seigneur de l’Orient et de l’Occident, de tout ce qui est à l’est et à l’ouest, et de tout ce qui se trouve entre eux, si seulement vous aviez quelque intelligence. » Alors Pharaon s’écria : « Si tu prends pour divinité quelqu’un d’autre que moi, je te compterai parmi les prisonniers. » — Ash-Shu‘arâ’, 23-29

— Pharaon dit : « Moïse ! Es-tu venu pour nous chasser de notre territoire par ta magie ? » — Tâ-Hâ, 57

]——————— Pharaon dit : « Laissez-moi tuer Moïse, et qu’il invoque son Seigneur pour lui demander secours. Je crains qu’il ne change votre religion (mode de vie) ou qu’il ne sème la corruption dans le pays. » — Al-Mu’min, 26

—————————— Ils dirent : « Ces deux hommes ne sont que des magiciens. Par leur pouvoir, ils veulent vous expulser de votre pays et faire disparaître votre modèle de vie idéal. » — Tâ-Hâ, 63

L’examen successif de ces versets montre clairement que l’égarement concernant la seigneurie divine, qui sévissait depuis les temps anciens parmi diverses nations du monde, avait également envahi le pays du Nil. Moïse et Aaron (paix sur eux) appelaient eux aussi à ce même message auquel tous les prophètes et messagers avaient appelé depuis les temps anciens.

Les juifs et les chrétiens

Après le peuple de Pharaon, nous trouvons devant nous les enfants d’Israël ainsi que toutes les autres nations qui avaient adopté le judaïsme et le christianisme. Il est impossible de penser qu’ils ne reconnaissaient pas l’existence d’Allah ou qu’ils ne Le considéraient pas comme le Seigneur et la Divinité. En effet, le Coran lui-même a attesté qu’ils étaient des gens du Livre. La question se pose donc : quelle incohérence, quelle erreur ou quelle déviation y avait-il dans leurs croyances, leur conception de la seigneurie divine et leur conduite, pour que le Coran les qualifie d’égarés ? Nous en trouvons la réponse concise directement dans le Coran :

Dis : « Ô gens du Livre ! Ne commettez pas d’excès injustes dans votre religion. Ne suivez pas les conceptions fausses des nations qui se sont égarées avant vous. Elles ont égaré beaucoup de gens et se sont elles-mêmes détournées du droit chemin. » — Al-Mâ’idah, 77

Il ressort de cela que l’égarement des nations juives et chrétiennes était essentiellement du même type que celui dans lequel leurs nations antérieures s’étaient plongées depuis les temps anciens. Il ressort également que cet égarement s’était introduit parmi elles en empruntant la voie du « ghulû fî d-dîn », c’est-à-dire des excès injustes et déraisonnables en matière de religion. Voyez maintenant comment le Coran présente l’explication de cette description concise :

Les juifs disent : « ‘Uzayr est le fils d’Allah », et les chrétiens disent : « Le Messie est le fils d’Allah. » — At-Tawbah, 30

———————————— Ceux qui disent que le Messie, fils de Marie, est Allah ont certes mécru. Pourtant, le Messie a dit : « Ô enfants d’Israël ! Adorez Allah, qui est mon Seigneur et votre Seigneur. » — Al-Mâ’ida, 72

——————————- Ceux qui disent qu’Allah est le troisième de trois ont certes mécru. Pourtant, il n’y a de divinité que l’Unique Divinité. — Al-Mâ’ida, 73

————————————————– Et lorsqu’Allah dira : « Ô Jésus, fils de Marie ! Est-ce toi qui as dit aux gens : “Prenez-moi et ma mère pour divinités en dehors d’Allah” ? » Il répondra : « Gloire à Toi ! Il ne m’appartenait pas de dire ce à quoi je n’avais aucun droit. Comment aurais-je pu dire une telle chose ? » — Al-Mâ’ida, 116

——————————————————- Il ne convient à aucun être humain qu’Allah lui donne le Livre, le jugement et la prophétie, puis qu’il dise aux gens : « Devenez mes serviteurs au lieu d’Allah. » Il dira plutôt : « Devenez des rabbânî, attachés à Dieu, puisque vous enseignez et étudiez le Livre. » Il ne convient pas à un prophète de vous dire : « Prenez les anges et les prophètes pour seigneurs. » Vous ordonnerait-il de mécroire après que vous êtes devenus musulmans ? — Âl ‘Imrân, 79-80

À la lumière de ces versets, la première déviation des gens du Livre consistait à élever au rang de divinité, au-delà de leur véritable statut, les grandes personnalités que la religion reconnaissait comme prophètes, messagers, hommes pieux et anges, entre autres. Ils en firent des associés et des partenaires dans l’action d’Allah. Ils les adorèrent, leur attribuèrent une part de la connaissance et en vinrent à croire qu’ils possédaient également le pouvoir de pardonner, d’aider, de soutenir et de protéger. Leur seconde déviation fut la suivante :

———————————————- Ils avaient pris leurs savants et leurs cheikhs, leurs prêtres et leurs religieux, pour seigneurs en dehors d’Allah. — Sourate At-Tawba, 31

Autrement dit, ceux dont la position, dans le commerce religieux, consistait seulement à exposer les prescriptions de la loi d’Allah et à former les caractères conformément à Sa volonté reçurent progressivement un tel statut qu’ils se mirent, selon leur propre pouvoir discrétionnaire, à déclarer licite ou illicite ce qui leur plaisait, à ordonner ce qui leur plaisait et à interdire ce qui leur plaisait, sans l’autorisation de la religion ni du Livre, et à imposer toute méthode qui leur convenait. Ainsi, ils sombrèrent dans deux graves déviations fondamentales. Comme les peuples de Noé, d’Abraham, de ‘Âd, de Thamûd, des gens de Madyan et les autres communautés qui avaient sombré dans cette déviation, ils associèrent à Allah, dans la rubûbiyya, les anges et les grandes personnalités au sens surnaturel. Comme ces peuples, ils continuèrent également à adopter auprès des hommes les règles de leur civilisation, de leur culture, de leurs usages, de leur conduite morale et de leur politique, sans se soucier de l’approbation d’Allah. La situation finit même par devenir la suivante :

—————————————————————- As-tu vu ceux qui avaient reçu une partie du Livre ? Voici quelle était leur situation : ils reconnaissaient le jibt et le tâghût. — An-Nisâ’, 51

—————————– Dis : « Voulez-vous que je vous indique ceux dont le sort est pire encore que celui des pervers auprès d’Allah ? Ce sont ceux qu’Allah a maudits, sur lesquels Sa colère est tombée, dont beaucoup ont été transformés, par Son ordre, en singes et en porcs, et qui ont adoré et servi le tâghût. Ceux-là sont au degré le plus vil. Et ils se sont certainement beaucoup égarés loin du droit chemin. » — Al-Mâ’idah, 60

Le terme « jibt » est extrêmement vaste et englobe toutes sortes de pensées et de conceptions imaginaires. La magie, les sortilèges, les porte-bonheur, la divination, les croyances et les imaginations relatives au bonheur et au malheur, les phénomènes surnaturels — en un mot, toutes les conceptions et imaginations forgées de toutes pièces — relèvent de cette catégorie. Quant au « tâghût », il désigne toute personne, tout groupe ou toute organisation-institution qui a adopté l’arrogance et la désobéissance face à Allah, a transgressé les limites de la servitude et s’est arrogé l’emblème de la divinité. Les Juifs et les chrétiens s’étaient plongés dans ces deux égarements mentionnés précédemment. Le premier type d’égarement avait abouti à ce que toutes sortes de conceptions et d’imaginations s’installent dans leurs esprits. Le second les avait conduits, au-delà de la servitude envers leurs oulémas-mashayikh, leurs savants-soufis, leurs prêtres et religieux, leurs maîtres religieux soufis et ascètes, jusqu’à la servitude et à l’obéissance envers des oppresseurs et des transgresseurs qui étaient ouvertement rebelles à Dieu.

La société polythéiste de l’Arabie

Nous allons maintenant examiner la nature de l’égarement des polythéistes arabes à cet égard. C’est à eux que le Messager (ﷺ) fut envoyé, et ce sont eux qui furent les premiers interpellés dans le Coran. Étaient-ils ignorants au sujet d’Allah et incrédules quant à Son existence ? Le Messager leur avait-il été envoyé précisément pour leur faire reconnaître l’existence d’Allah ? Ne reconnaissaient-ils pas Allah comme Rabb et Ilâh ? Le Coran avait-il été révélé précisément pour leur faire reconnaître l’ulûhiyyah et la rubûbiyyah du Très-Haut Allah ? Niaient-ils pas l’adoration et le service d’Allah ? Ou bien pensaient-ils que ce sont en réalité Lât, Manât, Hubal, ‘Uzzâ et les autres divinités qui sont les créateurs, les maîtres, les dispensateurs de subsistance et les administrateurs-dirigeants de l’univers ? Ou encore reconnaissaient-ils ces divinités comme la source de la législation et la source de la guidance dans les problèmes moraux et civilisationnels ?

Nous trouvons dans le Coran une réponse négative à chacune de ces questions. Le Coran nous dit que les polythéistes arabes ne croyaient pas seulement en l’existence d’Allah, mais qu’ils Le reconnaissaient aussi comme le Créateur, le Maître et le Grand Seigneur de l’univers tout entier ainsi que de leurs propres divinités ; ils Le reconnaissaient comme leur Rabb et leur Ilâh. En temps de crise, de difficulté, de calamité et d’épreuve, c’était auprès de Lui qu’ils lançaient leur dernier appel. Ils ne niaient pas non plus l’adoration et le service d’Allah. Ils ne croyaient pas, au sujet de leurs propres divinités, qu’elles étaient les créatrices et dispensatrices de subsistance pour eux-mêmes et pour l’univers, ni qu’elles leur indiquaient la voie dans les problèmes moraux et civilisationnels de la vie. Les versets suivants en sont ————————————– Ô Prophète ! Demande-leur : « À qui appartiennent la terre et tout ce qu’elle contient ? Répondez, si vous savez. » Ils diront : « À Allah. » Dis : « Ne vous laisserez-vous donc pas rappeler à l’ordre ? » Demande : « Qui est le Seigneur des sept cieux et du Trône sublime ? » Ils diront : « Allah. » Dis : « Ne Le craindrez-vous donc pas ? » Dis : « En la main de Qui se trouve la royauté de toute chose ? Qui protège, alors que personne ne peut protéger contre Lui ? Répondez, si vous savez. » Ils diront : « Ces attributs n’appartiennent qu’à Allah. » Dis : « D’où vient donc que vous soyez trompés ? » En vérité, Nous leur avons exposé la vérité, mais ils sont certainement des menteurs. Al-Mu’minûn, 84-90

C’est Lui — Allah — qui vous fait voyager sur mer et sur terre. Lorsque vous êtes à bord d’un navire et que vous naviguez joyeusement grâce à un vent favorable, puis qu’un vent contraire se met soudain à souffler violemment et que les vagues commencent à les assaillir de toutes parts, au point qu’ils pensent que la tempête les a encerclés, alors tous invoquent Allah seul. Lui consacrant leur religion, ils Le prient ainsi : « Si Tu nous sauves de ce péril, nous serons certes parmi Tes serviteurs reconnaissants. » Mais lorsqu’Il les délivre du péril, les voilà qui, injustement, se rebellent sur la terre en s’écartant de la vérité. — Yûnus, 22-23

————————————— Lorsque vous êtes touchés par un malheur en mer, ceux que vous invoquiez en dehors d’Allah seul disparaissent tous. Mais lorsqu’Il vous sauve et vous fait parvenir sur la terre ferme, vous vous détournez de Lui. En vérité, l’être humain est extrêmement ingrat, profondément dépourvu de reconnaissance. Les Enfants d’Israël, 67

Voici comment le Coran rapporte, de leur propre bouche, la conception qu’ils avaient de leurs divinités :

————————————————————— Quant à ceux qui prennent, en dehors de Lui, d’autres protecteurs et intermédiaires, ils disent : « Nous ne les adorons que pour qu’ils nous rapprochent d’Allah. » — Az-Zumar-3

———————- Et ils disent : « Ce sont nos intercesseurs auprès d’Allah. »

Ils ne concevaient même pas leurs divinités comme des guides pour les problèmes de la vie. Dans le verset 35 de la sourate Yûnus, Allah donne à Son Prophète l’instruction suivante :

——————————– Demande-leur : « Parmi ces associés que vous avez inventés, y en a-t-il un qui guide vers la vérité ? »

Mais, en entendant cette question, le silence s’abat sur eux. Aucun d’eux ne répond que Lât, Manât, Al-‘Uzzâ ou quelque autre divinité les guide vers la voie juste dans la pensée et l’action, leur enseigne dans la vie terrestre la paix, la sérénité et les principes de la justice, et leur permet, grâce à son enseignement, de connaître les vérités fondamentales de l’univers. Voyant leur silence, Allah finit par dire à Son Prophète :

————————————— Dis : « Allah, Lui, guide vers la vérité. Qui est donc le plus digne d’être suivi : Celui qui guide vers la vérité, ou celui qui ne peut trouver aucune direction par lui-même, à moins d’être guidé ? Qu’avez-vous donc ? Comment jugez-vous ? » — Yûnus-35

Après ces déclarations explicites, une seule question demeure encore sans réponse. La voici : quelle était donc leur véritable égarement au sujet de la rubûbiyya, pour la correction duquel Allah avait envoyé Ses prophètes et révélé des Livres ? En examinant le Coran pour résoudre cette question, nous découvrons dans leur croyance comme dans leurs actes deux égarements fondamentaux, que l’on retrouvait également, depuis les temps anciens, chez toutes les nations égarées. D’une part, au sens surnaturel, ils associaient à Allah d’autres rabb et divinités ; ils pensaient que, dans la chaîne des causes et des effets, certains pouvoirs relevant de l’autorité de Celui qui exerce la souveraineté avaient été conférés aux anges, aux hommes pieux, ainsi qu’aux astres et aux planètes. C’est pourquoi, dans les formes et les pratiques de l’invocation, de la demande d’aide et de l’adoration, ils ne se tournaient pas uniquement vers Allah, mais aussi vers ces fausses divinités.

D’autre part, concernant la rubûbiyya civilisationnelle et politique, ils étaient totalement dépourvus de toute conception. L’idée même d’un rabb en ce sens n’avait pas la moindre place dans leur esprit. Ils avaient donc fait de leurs chefs et autorités religieuses, de leurs notables et dirigeants, ainsi que des anciens et grands personnages de leurs familles, des rabb ; c’est auprès d’eux qu’ils adoptaient les règles régissant leur vie. Le Coran témoigne de leur premier égarement en ces termes :

————————– Parmi les hommes, il en est qui adorent Dieu en se tenant sur la limite extrême de la dévotion. Si le bien leur échoit, ils en sont satisfaits et apaisés. Mais lorsqu’une difficulté les atteint, ils se détournent. Une telle personne a ruiné à la fois ce monde et l’au-delà. Voilà la perte évidente. Elle invoque, en dehors d’Allah, celui qui n’a le pouvoir de lui causer aucun mal, pas plus qu’il n’a le pouvoir de lui procurer aucun bien. Voilà l’égarement profond, l’immense déviation. Elle invoque à l’aide celui dont l’invocation apporte un mal bien plus proche que le bien espéré. Quel mauvais protecteur et quel mauvais compagnon ! — Al-Hajj, 11-13

———————– Ils adorent, en dehors d’Allah, ceux qui ne peuvent leur causer aucun mal et ne peuvent leur procurer aucun bien. Et ils disent : « Ce sont nos intercesseurs auprès d’Allah. » Dis : « Informez-vous donc Allah de ce qu’Il ne connaît pas dans les cieux et sur la terre¹ ? » Gloire et pureté à Lui ! Il est exempt de ce qu’ils Lui associent. — Yûnus, 18

——————————— Ô Prophète ! Dis-leur : « Celui qui a créé la terre en deux jours, est-ce vraiment Lui que vous reniez ? Et Lui donnez-vous des égaux et des rivaux ? » — Hâ-Mîm as-Sajda, 9

———————————

¹. Cela signifie que vous êtes tombés dans la croyance erronée selon laquelle ces divinités disposent auprès de Moi d’un tel pouvoir que toute intercession qu’elles présenteront en Ma faveur sera nécessairement acceptée. C’est pourquoi vous vous prosternez devant leurs sanctuaires et leur offrez des présents. Existe-t-il dans les cieux et sur la terre un être qui soit si puissant auprès de Moi, ou si aimé de Moi, que Je serais contraint d’accepter son intercession ? Je n’en connais aucun. Quoi donc ! Est-ce que Je ne sais pas, et est-ce vous qui M’informez de l’existence de tels intercesseurs ? Il est évident que si une chose n’existe pas dans la connaissance d’Allah, cela signifie en réalité qu’elle n’existe pas du tout.

Dis : « Adorez-vous donc, en dehors d’Allah, ceux qui ne détiennent aucun pouvoir de vous procurer un bien et qui n’ont aucun pouvoir de vous causer un mal, alors qu’Allah seul est Celui qui entend et qui sait ? » — Al-Mâ’ida, 76

—————————- Lorsque l’homme est touché par une épreuve, il invoque son Seigneur avec un cœur entièrement tourné vers Lui. Mais lorsqu’Il le comble d’un bienfait, il oublie l’épreuve qui l’avait auparavant conduit à L’invoquer et se met à attribuer des égaux à Allah¹, afin d’égarer les gens de Son chemin. — Az-Zumar, 8

—————————– Tout bienfait dont vous jouissez vous vient de la grâce et de la générosité d’Allah. Puis, lorsqu’une épreuve vous atteint, c’est auprès d’Allah seul que vous présentez votre plainte. Mais lorsqu’Il vous délivre de cette épreuve, certains d’entre vous commencent à associer d’autres que Lui à cette délivrance, afin de répondre au bienfait par l’oubli et l’ingratitude. Eh bien, jouissez donc ! Vous saurez bientôt quelle en sera la conséquence. Vous attribuez une part de la subsistance que Nous vous avons accordée à ceux dont vous n’avez aucune connaissance². Allah

1. Faire des égaux à Allah signifie dire : « Cette épreuve a été dissipée grâce à la bénédiction de tel saint, et cette faveur nous a été accordée par la grâce de tel vénérable. »

2. C’est-à-dire qu’ils font, en signe de gratitude, des offrandes votives et des sacrifices pour ceux dont il n’a été établi, par aucune connaissance ni aucune information, qu’ils délivraient des épreuves et dénouaient les crises. Le plus étonnant est qu’ils font tout cela avec la subsistance que Nous leur avons accordée.

Par serment, vous serez certainement interrogés en détail au sujet des conceptions extravagantes et absurdes que vous forgez. — An-Nahl, 55-56

Il reste leur seconde forme d’égarement. Voici à ce sujet le témoignage du Coran : ——————- Ainsi, leurs associés qu’ils ont inventés ont fait paraître agréable à nombre de polythéistes le meurtre de leurs propres enfants, afin de les précipiter dans la perdition et de rendre leur religion confuse à leurs yeux.

Il est clair qu’ici, les shurakâ’ (associés) ne désignent pas les idoles et les divinités, mais les chefs et les autorités qui avaient présenté le meurtre des enfants comme une œuvre de bien, de beauté et d’honneur aux yeux des Arabes ; c’est cela que désigne ici le terme shurakâ’. Ce sont eux qui avaient introduit une pratique aussi monstrueuse dans la religion de Hadrat Ibrahim et de Hadrat Ismaïl (que la paix soit sur eux). Il est également clair que les Arabes les considéraient comme détenant une autorité dans l’enchaînement des causes et des effets, ou les adoraient, ou encore leur adressaient des prières. Ce n’est pas en ces sens qu’ils furent considérés comme les associés d’Allah. Ils furent considérés comme associés dans la rubûbiyyah et l’ulûhiyyah, parce que les Arabes avaient reconnu à ces personnes le droit de légiférer à leur guise sur les questions sociales et civilisationnelles, ainsi que sur les sujets moraux et religieux.

—————————— Ont-ils donc pris des associés qui ont établi pour eux, en matière de religion, des lois et des prescriptions qu’Allah n’a pas autorisées, auxquelles Il n’a accordé aucun pouvoir ? — Ash-Shûrâ, 21

L’explication du terme dîn sera donnée plus loin. La portée complète de ce verset y apparaîtra également dans toute sa clarté. Mais on peut d’ores et déjà comprendre au moins ceci clairement : le fait que leurs chefs et leurs autorités établissent, sans l’autorisation d’Allah, des coutumes dont la nature et la forme sont semblables à celles du dîn, et que les Arabes reconnaissent comme obligatoire de les suivre exclusivement, constituait leur association à Allah dans la rubûbiyyah divine ; c’était là la reconnaissance, par les Arabes, de leur qualité d’associés.

L’appel du Coran

L’analyse des conceptions et des imaginations des peuples égarés, mentionnée précédemment, fait apparaître avec une totale clarté cette vérité : parmi tous les peuples que le Coran, depuis les temps anciens jusqu’à l’époque de sa révélation, a qualifiés de tyranniques, d’adeptes d’une pensée erronée et d’égarés, aucun ne niait l’existence d’Allah. Leur égarement fondamental et commun consistait plutôt à diviser en deux catégories les cinq significations de la rubûbiyya — que nous avons établies dès le début à l’aide du dictionnaire et des preuves coraniques.

Cette signification de Rabb — Celui qui suffit entièrement pour entretenir, préserver, pourvoir aux besoins et prendre soin des créatures — leur était naturellement étrangère. Selon cette conception, bien qu’ils reconnussent Allah comme le plus grand des Rabb, ils Lui associaient aussi, dans la rubûbiyya, les anges, les divinités, les djinns, les forces invisibles, les astres, ainsi que les prophètes, les saints, les pîrs et les prêtres.

Leur conception de Rabb comme Celui qui détient le pouvoir d’ordonner et d’interdire, qui possède l’autorité suprême, qui est la source de la guidance et de l’orientation, le fondement de la législation, le dirigeant de l’État et le centre de l’organisation sociale, était entièrement différente. Sous cet aspect, soit ils considéraient l’être humain comme Rabb à la place d’Allah, soit, tout en reconnaissant Allah comme Rabb en théorie, ils inclinaient en pratique la tête dans l’obéissance devant la rubûbiyya morale, culturelle et politique de l’homme.

C’est précisément pour dissiper cet égarement que les prophètes et les messagers sont apparus dès l’origine. C’est pour cette même raison que le prophète Muhammad (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui) est finalement venu. Leur message à tous était le suivant : dans toutes ces significations, il n’y a qu’un seul Rabb, et c’est le Très-Grand Allah, Rabb al-‘Âlamîn. La rubûbiyya est indivisible. Nul ne peut en posséder la moindre part, sous quelque rapport que ce soit. L’univers est administré selon un ordre central régi par un système parfait. Un Allah unique en est le Créateur. C’est ce même Allah qui exerce Son autorité sur lui. Allah seul possède tout pouvoir et toute maîtrise sur l’univers. Nul n’a de part dans la création de l’univers, pas plus qu’il n’a d’associé dans sa direction et son administration. Nul ne partage avec Lui le gouvernement. En tant que détenteur de l’autorité centrale, Lui seul est votre Rabb surnaturel. Lui seul est aussi votre Rabb moral, culturel et politique. Il est votre Ma‘bûd, le Seul digne de recevoir vos inclinations et vos prosternations. Il est le point ultime vers lequel s’adressent vos invocations et vos prières. Il est votre soutien dans vos espoirs et votre confiance. Il est Celui qui satisfait vos besoins et répond à vos plaintes. De même, Il est le Roi, le Maître de la royauté, le Souverain suprême. Il est le Législateur, Celui qui détient le pouvoir d’ordonner et d’interdire. Ces deux aspects de la rubûbiyya — que vous aviez séparés sous l’effet de la jâhiliyya — constituent en réalité des éléments indispensables d’Allah et des attributs qui Lui sont propres. Aucun des deux ne peut être séparé de l’autre, et il n’est permis d’associer aucune créature à Allah dans l’un ou l’autre de ces aspects.

Écoutons, dans les propres termes du Coran, la manière dont celui-ci a présenté ce message :

En vérité, votre Rabb est Allah, le Très-Haut, Celui qui a créé les cieux et la terre en six jours, puis S’est établi sur le Trône. Il enveloppe le jour de la nuit, tandis que la nuit poursuit rapidement le jour. Le soleil, la lune et les étoiles sont tous soumis à Son ordre. Écoutez : la création Lui appartient, et l’autorité aussi Lui appartient exclusivement. Allah est le Rabb de tous les mondes, le Détenteur de grandes bénédictions. — Al-A‘râf, 54

Demande-leur : « Qui vous accorde votre subsistance depuis les cieux et la terre ? À qui appartiennent le pouvoir de l’ouïe de l’oreille et celui de la vue de l’œil ? Qui fait sortir le vivant du mort et le mort du vivant ? Qui administre cet immense univers ? » Ils répondront certainement : « Allah. » Dis : « Ne Le craignez-vous donc pas malgré cela ? » Puisque tout cela Lui appartient, Il est donc votre véritable Rabb. Après que la vérité est apparue, que peut-il rester sinon l’égarement ? Mais d’où venez-vous, après avoir trébuché, pour vous détourner ainsi de la vérité ?

Il a créé les cieux et la terre selon la vérité. C’est Lui qui enroule la nuit autour du jour et le jour autour de la nuit. Il a soumis le soleil et la lune à un ordre et à une règle tels que chacun poursuit sans interruption sa course jusqu’au terme fixé. … Cet Allah est votre Rabb. La royauté Lui appartient. Il n’y a aucune autre divinité pour vous en dehors de Lui. Alors, d’où venez-vous, après avoir trébuché, pour vous détourner ? — Az-Zumar, 5-6

——————————————— C’est Lui, Allah, qui a fait pour vous la nuit afin que vous y trouviez le repos. Et Il a fait du jour une clarté. ….. C’est Allah qui est votre Seigneur, le Créateur de toute chose. Il n’y a de divinité que Lui. Comment donc vous laissez-vous tromper et détourner ? ….. Allah est Celui qui a fait pour vous de la terre une demeure, qui a couvert le ciel au-dessus de vous comme un toit et qui vous a fourni, pour votre subsistance, des choses pures et bonnes. Tel est Allah, votre Seigneur. Il est le Seigneur des mondes, infiniment béni. Il est le Vivant. Il n’y a de divinité que Lui. Adorez-Le donc, en Lui consacrant exclusivement la religion, et invoquez-Le, Lui seul. – Al-Mu’min-61-65

——————————————- Allah vous a créés de terre. …. Il fait pénétrer la nuit dans le jour et le jour dans la nuit. Il a soumis le soleil et la lune à un ordre établi, chacun poursuivant sa course jusqu’au terme qui lui est fixé. Tel est Allah, votre Seigneur. La royauté Lui appartient. Ceux que vous invoquez en dehors de Lui ne possèdent même pas le pouvoir sur la moindre parcelle. Vous les invoquez, mais ils n’entendent pas votre appel ; et même s’ils l’entendaient, ils ne seraient pas capables de répondre à votre requête. Quant au fait que vous leur attribuez des associés à Allah, ils le désavoueront eux-mêmes le Jour de la Résurrection. – Fâtir-11-14

————————————- Qu’ils soient habitants des cieux ou de la terre, tous sont Ses serviteurs et tous obéissent à Son ordre. …. Allah vous propose une parabole tirée de vous-mêmes. Parmi les biens que Nous vous avons accordés, l’un de vos serviteurs peut-il être votre associé dans leur possession ? Êtes-vous égaux, vous et vos serviteurs, dans leur usage et leur jouissance ? Les craignez-vous comme vous craignez vos semblables ? Ceux qui suivent leurs conjectures infondées sans connaissance ni raison. … Consacre-toi donc avec une attention exclusive à la véritable religion et établis-toi fermement dans sa voie. Attache-toi à la nature selon laquelle Allah a créé tous les êtres humains. Il n’y a aucun changement dans la création d’Allah. Telle est la voie droite, mais la plupart des gens ne savent pas. – Ar-Rûm-26-30

—————————————— Ils n’ont pas estimé Allah à Sa juste mesure de grandeur et de majesté. Le Jour de la Résurrection, ils verront toute la terre dans Sa poigne et les cieux pliés dans Sa main. Gloire à Lui ! Il est bien au-dessus de ce qu’ils Lui associent. – Az-Zumar-67

————————————- Louange donc à Allah, le Seigneur des cieux, de la terre et de tous les mondes. La grandeur et la majesté dans les cieux et sur la terre n’appartiennent qu’à Lui. Il est Tout-Puissant sur toute chose, infiniment sage et parfaitement savant. – Al-Jâthiya-36-37

——————————————- Il est le Maître (Seigneur) des cieux et de la terre, et le Maître de tout ce qui s’y trouve. Adore-Le donc, Lui seul, et demeure ferme dans cette adoration. Connais-tu quelqu’un qui Lui soit comparable ? Sourate Maryam-65

————————————— Les réalités cachées des cieux et de la terre sont connues d’Allah. Toute affaire est présentée devant Lui. Adore-Le donc, Lui seul, et place ta confiance en Lui. – Sourate Hûd-123

———————————————– Il est le Seigneur de l’Orient et de l’Occident. Il n’y a de divinité que Lui. Prends-Le donc comme Celui qui dirige tes affaires. – Al-Muzzammil-9

————————————— En vérité, votre communauté est une seule communauté, et Je suis votre Seigneur. Adorez-Moi donc. Les gens se sont réparti entre eux la fonction de la Seigneurie et les affaires de la vie. Quoi qu’il en soit, ils devront tous revenir auprès de Moi. —Sourate An-Nisâ’, 93-96

—————————————- Suivez ce qui vous a été révélé de la part de votre Seigneur, et ne suivez aucun autre protecteur en dehors de Lui, en l’abandonnant. —Al-A‘râf, 3

———————————- Dis : « Ô gens du Livre ! Venez à une parole commune entre nous et vous : nous n’adorerons qu’Allah, nous ne Lui associerons rien et nul d’entre nous ne prendra pour seigneur quelqu’un d’autre qu’Allah. » —Al-Iman, 64

————————— Dis : « Je cherche refuge auprès du Seigneur des hommes, du Roi des hommes et du Dieu des hommes. » —An-Nâs, 1-3

——————————- Ainsi, quiconque espère rencontrer son Seigneur doit accomplir de bonnes œuvres et n’associer personne à l’adoration de son Seigneur. —Al-Kahf, 110

L’étude successive de ces versets montre clairement que le Coran présente la Seigneurie comme un parfait synonyme de la souveraineté. Cette conception du Seigneur nous Le présente comme le Souverain absolu de l’univers, le gouvernant suprême, le Propriétaire et le Juge sans associé.

À ce titre, Il est notre Nourricier, notre Éducateur et Celui qui pourvoit à nos besoins et répond à nos plaintes, ainsi qu’à ceux de l’univers entier.

À ce titre, Il est notre surveillant, notre protecteur, Celui qui prend en charge nos affaires et notre soutien.

Ainsi, sa fidélité constitue un fondement naturel sur lequel l’édifice de notre vie sociale peut être établi de manière harmonieuse et belle. L’attachement à sa personnalité centrale peut établir, entre tous les individus et groupes dispersés, le lien d’une seule communauté.

Ainsi, il est digne de recevoir notre servitude, notre obéissance et notre adoration, ainsi que celles de toute la création.

Ainsi, il est le Propriétaire, le Maître et le Souverain absolu de toute chose.

Les Arabes et tous les ignorants et insensés du monde se sont, à toutes les époques, plongés dans cette erreur et y demeurent aujourd’hui encore : ils divisent la conception globale de la Rubûbiyya en cinq types distincts de Rubûbiyya. S’appuyant sur leurs propres conceptions et imaginations, ils ont conclu que les différents types de Rubûbiyya pouvaient, et même devaient, être liés à différentes personnes. Mais le Coran a démontré par ses preuves et ses arguments puissants qu’aucune fonction de la Rubûbiyya, à quelque niveau que ce soit, ne peut être confiée à une autre entité qu’à Celui entre les mains de qui est déposé le pouvoir souverain : dans l’organisation parfaitement centralisée de l’univers, il n’existe pas la moindre place pour cela. La centralité de cet ordre témoigne d’elle-même que toutes les formes de Rubûbiyya sont exclusivement réservées à Allah, qui a donné l’existence à cet ordre. Ainsi, quiconque, tout en vivant sous cet ordre, considère qu’une partie quelconque de la Rubûbiyya est, en quelque sens que ce soit, liée à quelqu’un d’autre qu’Allah, ou l’y rattache effectivement, entre en conflit avec la réalité, se détourne de la vérité, se rebelle contre elle et, en agissant contre la réalité, se plonge lui-même dans la perdition.

Adoration

Analyse lexicale

En arabe, ——————— signifie à l’origine ——– et ——, c’est-à-dire être contraint, être soumis, se soumettre à quelqu’un de telle manière qu’il n’y ait face à lui ni résistance, ni désobéissance, ni ingratitude. Celui-ci peut recevoir ses services et l’employer comme bon lui semble, selon sa volonté. C’est pourquoi les Arabes appellent le chameau totalement soumis à son cavalier —– ; quant au chemin aplani par le passage d’un grand nombre de personnes, ils l’appellent ——–. Puis, à partir de cette racine, se sont développées les significations d’esclavage, d’obéissance, d’adoration, de service, de captivité ou d’obstacle. Voici, en résumé, l’explication de ce mot donnée par le plus grand dictionnaire de la langue arabe, Lisân al-‘Arab :

Premièrement : ———————- celui qui appartient à quelqu’un et n’est pas libre est appelé un ‘abd. C’est le contraire de « ḥurr » ou homme libre. ——— a réduit l’homme en esclavage et l’a traité comme un esclave. ——— et ——— sont employés dans ce même sens dans un hadith :

——————————————– Au Jour de la Résurrection, Je porterai plainte contre trois personnes et me constituerai partie plaignante. L’une d’entre elles est celui qui réduit en esclavage une personne libre et indépendante, ou qui, après avoir affranchi un esclave, le traite comme tel.

Moïse (sur lui la paix) dit à Pharaon : —————————————————- « Le sens du bienfait dont tu me fais le reproche est que tu avais réduit les Enfants d’Israël en esclavage. »

Deux : ———— On appelle adoration une obéissance accomplie avec une pleine humilité. ————- « Il a adoré le ṭāghūt » signifie qu’il lui est devenu soumis et obéissant.

————– « C’est Toi seul que nous adorons », c’est-à-dire que nous T’obéissons en nous conformant pleinement à Tes commandements.

———————— « Adorez votre Seigneur », c’est-à-dire obéissez-Lui.

———————————- Cela signifie que, lorsque Pharaon disait : « Le peuple de Moïse et d’Aaron est composé de nos adorateurs et de nos esclaves », il voulait dire : « Ils obéissent à mes ordres. » Ibn al-Anbārī dit : —————- Cela signifie qu’il est obéissant à son maître et qu’il suit ses ordres.

Trois : ————————- « Il l’a adoré », c’est-à-dire qu’il l’a pris pour objet d’adoration. ——– Taʿarrud — signifie devenir l’adorateur de quelqu’un. Le poète dit :

————————— Je vois que l’argent de l’avare lui reste.———————

Quatre : dire « … » et « … » signifie qu’il s’y est attaché sans s’en séparer ; qu’il l’a suivi et ne l’a plus abandonné.

Cinq : lorsqu’une personne s’abstient de venir auprès de quelqu’un, on dira : « Qu’est-ce qui t’a empêché de venir auprès de moi ? Qu’est-ce qui t’en a dissuadé ? »

Cette explication a clairement montré que le sens fondamental de la racine ʿabd consiste à reconnaître l’autorité et la prééminence de quelqu’un, à renoncer, face à lui, à sa liberté et à son arbitraire, à renoncer à l’arrogance et à la désobéissance, et à lui devenir soumis. C’est aussi l’essence de l’esclavage et de la servitude. Ainsi, la première idée qui vient à l’esprit d’un Arabe à partir de ce mot est celle de l’esclavage et de la servitude. Puisque la tâche essentielle de l’esclave est l’obéissance et la soumission aux ordres de son maître, il ne fait pas que se remettre lui-même à l’obéissance en pratique ; il reconnaît également sa fidélité, sa supériorité et son autorité, et va même jusqu’à exagérer dans l’honneur et la dignité qu’il lui accorde. Il exprime de diverses manières sa reconnaissance pour les bienfaits reçus, accomplissant ainsi les rites de la servitude. C’est cela qu’on appelle l’adoration. Cette conception entre dans le sens de l’ʿubūdiyya lorsque l’esclave ne se contente pas d’incliner la tête devant son maître, mais que son cœur et son esprit s’inclinent également. Il reste deux notions. En réalité, ces deux notions ne sont pas des notions fondamentales, mais des notions contextuelles liées à l’ʿubūdiyya ou à la servitude.

L’emploi du terme ʿibāda dans le Coran

Après cette analyse lexicographique, si nous revenons au Coran, nous constatons que, dans ce Livre sacré, ce terme est employé dans toute l’étendue de ses trois premiers sens. Tantôt les premier et deuxième sens sont visés simultanément, tantôt seulement le deuxième, tantôt le troisième, et tantôt les trois sens à la fois.

Au sens d’adoration, d’esclavage et d’obéissance

Voici un exemple des premier et deuxième sens :

——————– Ensuite, Nous envoyons Moïse et son frère Aaron à Pharaon et à ses notables, munis de Nos signes et de preuves manifestes. Mais ils s’enflent d’orgueil et sont des gens hautains. Ils disent : « Croirons-nous en deux hommes semblables à nous, alors que leur peuple est à notre service ? » — Al-Mu’minûn, 45-47

Pharaon disait à Moïse en lui reprochant : « Nous t’avons recueilli et élevé auprès de nous durant ton enfance. » Moïse lui répondit : « Est-ce là le bienfait dont tu me fais reproche : d’avoir fait des enfants d’Israël tes “ʿabd” ? » — Ash-Shuʿarāʾ, 22

Dans ces deux versets, l’adoration signifie la servitude, l’esclavage, l’obéissance et la soumission aux ordres. Pharaon dit : « Le peuple de Moïse et d’Aaron est à notre service », c’est-à-dire nos esclaves et ceux qui suivent nos commandements. Quant au noble Moïse, il dit : « Tu as fait des enfants d’Israël tes “ʿabd” », c’est-à-dire que tu les as réduits en esclavage et que tu leur fais accomplir des services selon ton bon vouloir.

Ô vous qui croyez ! Si c’est Moi seul que vous adorez, mangez donc des choses licites et bonnes que Je vous ai accordées, et rendez grâce à Allah. — Al-Baqara, 172

Avant l’islam, les Arabes, en suivant les prescriptions de leurs chefs religieux ainsi que les croyances et les conceptions de leurs ancêtres, observaient diverses interdictions concernant la nourriture et la boisson. Lorsqu’ils embrassèrent l’islam, Allah dit : « Si c’est Moi seul que vous adorez, alors, après avoir mis fin à ces interdictions et à ces contraintes, mangez sans réserve ce que J’ai déclaré licite, en le considérant comme tel. » Le sens clair et sans ambiguïté de cette parole est le suivant : ce ne sont pas vos savants et vos maîtres que vous devez suivre ; mais, si vous êtes les serviteurs d’Allah seul, si vous avez réellement abandonné leur obéissance et votre soumission à leurs ordres pour accepter d’obéir à Allah, alors, en matière de licite et d’illicite, de permis et d’interdit, vous devez suivre Sa loi au lieu des prescriptions forgées par eux. Ainsi, ici encore, le terme « adoration » est employé au sens de servitude et d’obéissance.

Dis : « Vous annoncerai-je quels sont ceux dont le sort sera pire encore auprès d’Allah ? Ceux qu’Allah a maudits, ceux qui ont encouru Sa colère, ceux dont Il a transformé beaucoup en singes et en porcs, et ceux qui ont adoré le Tāghūt. » — Al-Māʾida, 60

Nous avons envoyé un prophète à chaque peuple afin de lui enseigner : « Adorez Allah et abstenez-vous d’adorer le Tāghūt. » — An-Naḥl, 36

Bonne nouvelle à ceux qui abandonnent l’adoration du Tāghūt et reviennent à l’adoration d’Allah ! — Az-Zumar, 17

Dans ces trois versets, l’adoration du Tāghūt signifie la servitude et l’obéissance au Tāghūt, comme nous l’avons déjà indiqué. Tout pouvoir d’État qui, rebelle à Allah, impose son propre ordre sur la terre d’Allah et soumet les serviteurs d’Allah à ses directives par la force, par l’appât des convoitises ou par un enseignement trompeur est appelé Tāghūt dans la terminologie coranique. Se prosterner devant un tel pouvoir ou une telle direction, accepter sa servitude et se soumettre à ses ordres, c’est adorer le Tāghūt.

L’adoration au sens d’obéissance

Considérez maintenant les versets suivants. Dans ces versets, le terme « adoration » est employé uniquement dans son deuxième sens.

Ô fils d’Adam ! Ne vous ai-Je pas enjoint de ne pas adorer Satan ? Car il est assurément votre ennemi déclaré.

Il est évident que personne au monde ne voue un culte à Satan. Bien au contraire, il est de toutes parts maudit et accablé d’imprécations. Ainsi, le jour de la Résurrection, l’accusation portée par Allah contre les fils d’Adam sera qu’ils suivaient les paroles de Satan et obéissaient à ses lois. Ils se précipitaient sur les chemins qu’il leur indiquait.

——— (Lorsque la Résurrection aura lieu, Allah dira 🙂 « Rassemblez tous les injustes, leurs compagnons et les divinités qu’ils adoraient en dehors d’Allah, puis montrez-leur le chemin de l’Enfer. » … Ensuite, ils commenceront à s’accuser mutuellement. Ceux qui les adoraient diront : « C’est bien vous qui veniez à nous en prétendant nous conduire vers le bien ! » Leurs divinités répondront : « En réalité, vous-mêmes n’étiez pas disposés à croire. Nous n’exercions aucune contrainte sur vous ; vous étiez vous-mêmes des désobéissants. » (As-Saffat, 22-30)

Si l’on réfléchit attentivement à l’échange rapporté dans ce verset entre les adorateurs et les divinités adorées, on comprend clairement que le terme « divinités adorées » ne désigne pas ici les idoles et les statues auxquelles on vouait un culte. Il désigne plutôt les personnes qui, sous le couvert du bien, ont égaré et détourné les gens du droit chemin ; celles qui se présentaient sous l’apparence de la piété, trompaient les serviteurs d’Allah par leurs chapelets et leurs manteaux de derviches afin d’en faire leurs dévots et leurs disciples ; ou encore celles qui, se prétendant réformatrices et bienveillantes, répandaient la destruction, le mal et le désordre. Le fait de suivre aveuglément de telles personnes et d’obéir sans discussion à leurs directives est ici qualifié d’adoration envers elles.

Ils ont pris leurs savants et leurs cheikhs pour seigneurs à la place d’Allah, ainsi que le Messie, fils de Marie. Pourtant, il ne leur avait été ordonné d’adorer nul autre qu’un Dieu unique. (At-Tawba, 31)

Faire des savants et des cheikhs, des prêtres et des religieux des seigneurs et les adorer signifie ici considérer leurs directives comme suprêmes et s’y soumettre. Dans de nombreux récits authentiques, le Messager d’Allah ﷺ a lui-même expliqué clairement ce sens. On lui demanda : « Nous n’avons pourtant jamais adoré les savants, les cheikhs, les prêtres et les religieux. » Il répondit : « N’avez-vous pas rendu interdit ce qu’ils avaient déclaré interdit ? »

Dans le sens d’adoration

Considérons maintenant les versets où ce terme est employé dans son troisième sens. À ce propos, il faut se rappeler que, dans le Coran, l’adoration au sens de culte comprend deux éléments :

Premièrement : s’incliner et se prosterner devant quelqu’un, se tenir debout les mains jointes, accomplir des circumambulations, embrasser son seuil, faire des vœux et des offrandes, ainsi que les rites sacrificiels habituellement accomplis dans le but d’adorer ; peu importe que ces actes soient accomplis en considérant celui-ci comme une divinité indépendante (ma‘bûd).

Deuxièmement : considérer quelqu’un comme puissant dans le monde des causes et des effets, l’invoquer pour ses propres besoins, l’appeler à l’aide dans ses peines et ses difficultés, et chercher refuge auprès de lui pour être préservé des dommages, des pertes et des épreuves.

Selon le Coran, ces deux sortes d’actes relèvent pareillement du culte. À titre d’exemple :

Dis : il m’a été interdit d’adorer ceux que vous adorez en dehors d’Allah, après avoir reçu des instructions claires de la part de mon Seigneur. — Al-Mu’min, 66

— (Ibrahim dit 🙂 Je me sépare de vous et de ceux que vous invoquez en dehors d’Allah, et j’invoque mon Seigneur… Lorsqu’il se sépara d’eux et de ceux qu’ils adoraient en dehors d’Allah, Nous lui accordâmes un fils semblable à Ishaq. — Maryam, 48-49

— Qui est plus égaré que celui qui invoque, en dehors d’Allah, ceux qui ne peuvent répondre à son invocation jusqu’au Jour de la Résurrection et qui ne savent même pas qu’ils sont invoqués ? Le Jour du Rassemblement, ceux-ci seront eux-mêmes les ennemis de ceux qui les invoquaient. Ce jour-là, ils désavoueront leur adoration.¹ — Al-Ahqaf, 4-4

Dans trois versets, le Coran a lui-même clairement expliqué que le sens de l’adoration, ici, est de demander des prières et d’appeler à l’aide.

« Bien plutôt, ils adoraient les djinns, et la plupart d’entre eux croyaient en eux. » — Saba-41

Le verset 6 de la sourate Al-Jinn explique ici le sens de l’adoration des djinns et de la foi en eux :

« Certains hommes cherchaient refuge auprès de certains djinns. » — Al-Jinn-2

On comprend ainsi que l’adoration des djinns signifie chercher refuge auprès d’eux et leur demander protection contre les épreuves et les dommages ; et que croire en eux signifie croire qu’ils peuvent accorder refuge et assurer la sécurité.

« Le jour où Allah les rassemblera, ainsi que les divinités qu’ils adoraient en dehors d’Allah, Il leur demandera : “Est-ce vous qui avez égaré Mes serviteurs, ou bien ont-ils eux-mêmes perdu le droit chemin ?” Ils répondront : “Gloire à Toi ! Il ne nous convenait nullement de prendre quelqu’un d’autre que le Seigneur pour compagnon !” » — Al-Furqân-17-18

Il ressort clairement de la manière dont ce passage est formulé que les divinités désignent des compagnons, et que leur adoration consiste à les considérer comme élevés au-dessus des attributs de la servitude et parés des attributs de la divinité ; à leur attribuer l’aide invisible, la résolution des difficultés et le pouvoir de subvenir aux besoins, jusqu’à atteindre les limites du culte.

« Le jour où Allah les rassemblera tous, puis demandera aux anges : “Est-ce vous qu’ils adoraient ?” Ils répondront : “Gloire à Toi ! Quel rapport avons-nous avec eux ? Notre relation est avec Toi.” » — Saba-40-41

Ici, le terme « adoration » des anges¹ signifie leur culte. Ce culte était pratiqué en représentant leur demeure, leur apparence et des effigies imaginaires. Il avait pour but de les satisfaire afin d’attirer leur regard bienveillant sur leur situation et d’obtenir leur aide dans leurs affaires terrestres.

———— Et ils adorent, en dehors d’Allah, ce qui ne peut leur procurer ni bien ni mal. Et ils disent : « Ceux-ci sont nos intercesseurs auprès d’Allah. » — Yûnus, 18

—– Quant à ceux qui, en dehors d’Allah, ont pris d’autres êtres pour alliés, ils disent : « Nous ne les adorons que pour qu’ils nous rapprochent d’Allah. » — Az-Zumar, 3

Ici encore, le terme « adoration » signifie le culte. Le but pour lequel ce culte était pratiqué a également été expliqué.

Dans le sens de culte, de servitude-obéissance et d’adoration

Les exemples précédents ont clairement montré que le terme « adoration » est employé dans le Coran tantôt au sens de servitude-obéissance, tantôt au seul sens d’obéissance, et tantôt au seul sens de culte. Avant de donner un exemple où ce terme est employé simultanément dans ces trois sens, il convient de rappeler encore une remarque préliminaire.

Dans tous les exemples cités précédemment, il est question de l’adoration d’autres êtres qu’Allah. Lorsque l’adoration signifie la servitude-obéissance,

¹. D’autres peuples polythéistes ont fait de ces anges des divinités (dieux). Quant aux Arabes, ils les appelaient les filles d’Allah.

La divinité adorée peut être Satan ou ces individus rebelles qui, s’étant eux-mêmes faits des tâghût, ont amené les serviteurs d’Allah à leur vouer, à eux-mêmes, servitude et obéissance au lieu de les vouer à Allah ; ou encore ces dirigeants et autorités qui guidaient le peuple selon leurs opinions et leurs voies forgées de toutes pièces au lieu de suivre le Livre d’Allah. Et lorsque le sens de l’adoration est celui du culte, la divinité adorée est constituée des prophètes, des saints, des hommes pieux et des hommes vertueux : ils ont été transformés en divinités adorées contrairement à leur enseignement et à leur guidance ; ou bien les anges et les djinns, que l’on a considérés, sous l’effet de simples croyances erronées, comme associés à Allah dans une seigneurie surnaturelle ; ou encore les statues et les idoles de forces imaginaires, devenues, sous la seule impulsion satanique, le centre du culte. Là, la divinité adorée est constituée des prophètes, des saints, des hommes pieux et des hommes vertueux : ils ont été transformés en divinités adorées contrairement à leur enseignement et à leur guidance ; ou bien les anges et les djinns, que l’on a considérés, sous l’effet de simples croyances erronées, comme associés à Allah dans une seigneurie surnaturelle ; ou encore les statues et les idoles de forces imaginaires, devenues, sous la seule impulsion satanique, le centre du culte. Le Coran déclare toutes ces sortes de divinités adorées nulles et leur adoration erronée, qu’il s’agisse de leur servitude, de leur obéissance ou de leur culte, quelle qu’en soit la forme. Le Coran dit : « Ces divinités que vous adorez sont les serviteurs et les esclaves d’Allah. Elles n’ont aucun droit à recevoir votre adoration. En les adorant, vous ne récolterez rien d’autre que l’échec, l’humiliation et l’opprobre ; aucun bénéfice ne vous en reviendra. » En réalité, Allah est leur Maître ainsi que le Maître de tout l’univers. Tout pouvoir et toute autorité sont entre Ses mains. Par conséquent, nul autre qu’Allah ne mérite d’être adoré.

« Ceux que vous invoquez en dehors d’Allah ne sont que des serviteurs comme vous. Invoquez-les donc : s’il est vrai que votre conviction à leur sujet est fondée, qu’ils répondent à votre appel. »¹… « Ceux que vous invoquez en dehors d’Allah ne sont capables de vous apporter aucune aide. » — Al-A‘râf, 194-17

¹. Répondre ne signifie pas répondre par une parole, mais adopter les moyens appropriés pour y répondre. Nous y avons déjà fait allusion.

« Ils disent : “Le Tout Miséricordieux s’est donné un fils !” Gloire à Lui ! Il est bien au-dessus d’avoir un fils. Ceux qu’ils appellent Ses fils sont en réalité Ses serviteurs, auxquels Il a accordé un rang éminent. Ils ne peuvent même pas s’avancer pour Lui adresser une requête ; ils agissent au contraire uniquement selon Son ordre. Il sait ce qui leur est manifeste, et Il connaît également ce qui leur est caché et inconnu. Ils ne peuvent intercéder auprès d’Allah en faveur de personne, sauf pour celui dont Allah veut Lui-même accepter l’intercession. Et leur état est tel qu’ils sont eux-mêmes constamment saisis de crainte devant Allah. »¹ — Al-Anbiyâ’, 26-18

« Ils ont fait des anges — qui sont en réalité les serviteurs du Tout Miséricordieux — des divinités féminines. » — Az-Zukhruf, 19

« Ils ont imaginé une relation de parenté entre les djinns et Allah. Pourtant, les djinns savent eux-mêmes qu’un jour ils devront comparaître devant Allah pour rendre des comptes. » — As-Saffât, 158

« Le Messie n’a jamais considéré comme honteux d’être le serviteur d’Allah, pas plus que les anges les plus proches. Quant à quiconque éprouve de la honte à Le servir et à se soumettre à Lui, et s’enorgueillit, où fuira-t-il ? Allah les rassemblera tous devant Lui. »

« Le soleil et la lune suivent chacun leur course. Les étoiles et les arbres se prosternent avec soumission devant Allah. » — Ar-Rahmân, 5-6

———————————— Les sept cieux, la terre et tout ce qui s’y trouve glorifient Allah. Il n’existe aucune chose qui ne Le glorifie avec louange, mais vous ne comprenez pas leur glorification. — Les Enfants d’Israël-44

————————— Il n’est aucune créature qui ne soit tenue dans la poigne de la puissance d’Allah. — Hûd-56

——————————— Il n’est personne parmi les habitants des cieux et de la terre qui ne se présentera devant le Tout Miséricordieux en serviteur. Il les a tous recensés. Et, le Jour de la Résurrection, chacun d’eux se présentera devant Lui, un à un. — Marie-93-995

——————— Dis : « Ô Allah, Maître de la royauté ! Tu donnes la royauté à qui Tu veux et Tu l’ôtes à qui Tu veux. Tu honores qui Tu veux et Tu humilies qui Tu veux. Le bien est entre Tes mains. Certes, Tu es capable de toute chose. » — La Famille d’Imrân-26

Après avoir démontré que tous ceux qui ont été adorés sous quelque forme que ce soit sont les serviteurs d’Allah et qu’ils sont impuissants, le Coran adresse à tous les djinns et à tous les humains cette exigence : sous tous ses aspects, l’adoration ne doit être vouée qu’à Allah. La servitude, l’obéissance et le culte Lui seront exclusivement consacrés. Il ne doit subsister la moindre trace d’adoration, sous quelque forme que ce soit, envers quiconque autre qu’Allah.

————– Nous avons envoyé un messager à chaque communauté avec ce message : « Adorez Allah et éloignez-vous du taghout. » — Les Abeilles-36

———————————- À ceux qui se sont abstenus d’adorer le taghout et sont revenus vers Allah, annonce la bonne nouvelle. — Les Groupes-17

———————- Ô enfants d’Adam ! Ne vous ai-Je pas enjoint de ne pas adorer Satan ? Il est pour vous un ennemi déclaré. Et adorez-Moi donc. Voilà le droit chemin. — Yâ-Sîn-60-61

————————————– Ils avaient pris pour seigneurs, à la place d’Allah, les oulémas et les cheikhs, ainsi que les prêtres et les religieux. Pourtant, il leur avait été ordonné de n’adorer personne en dehors de la divinité. —At-Tawba-31

—————————————– Ô croyants ! Si vous êtes véritablement voués à Mon adoration, mangez sans hésitation les choses pures que Je vous ai accordées et rendez grâce à Allah. —Al-Baqara-172

L’adoration au sens de servitude-esclavage, d’obéissance et de soumission : ces versets prouvent qu’il est ordonné de la réserver à Allah.

——————————– Dis : « Il m’a été interdit d’adorer ceux que vous invoquez en dehors d’Allah. À ce sujet, des preuves claires m’ont également été apportées de la part de mon Seigneur. Et il m’a été ordonné de me soumettre devant le Seigneur des mondes. » —Al-Mu’min-66

———————————————— Votre Seigneur a dit : « Invoquez-Moi, Je répondrai à votre invocation. Ceux qui, par orgueil, refusent de M’adorer seront certainement jetés en Enfer. » —Al-Mu’min-60

——————————– C’est Lui, Allah, votre Seigneur ; à Lui appartient la royauté. Ceux que vous invoquez en dehors de Lui ne disposent même pas d’une chose infime, fût-elle du poids d’un atome. Si vous les invoquez, ils n’entendent pas votre appel ; même s’ils l’entendaient, ils ne pourraient pas vous répondre. Au Jour de la Résurrection, ils désavoueront votre associationnisme.

—————————- Dis : « Adorez-vous donc, en dehors d’Allah, ceux qui ne peuvent ni vous nuire ni vous être utiles ? » Lui seul entend tout et sait tout.

L’adoration au sens de culte : ces versets donnent la directive de la réserver exclusivement à Allah. Il existe également des indications claires montrant que le terme adoration a été employé comme synonyme de l’invocation. Dans les versets précédents et suivants, il est fait mention de ces divinités auxquelles ils associaient Allah dans une seigneurie surnaturelle.

Il n’est pas difficile pour une personne douée de clairvoyance de comprendre que, partout où le Coran mentionne l’adoration d’Allah, celle-ci doit être comprise dans ses différents sens ; même lorsqu’aucune preuve environnante ne l’indique, l’adoration signifie, dans de tels passages, les trois notions de servitude, d’obéissance et de culte. Observez, à titre d’exemple, les versets suivants.

——————————- Je suis Allah. Il n’y a de divinité que Moi. Adore-moi donc exclusivement. — Taha-14

———————– C’est Lui, Allah, votre Seigneur ! Il n’y a de divinité que Lui. Il est le Créateur de toute chose. Adorez-Le donc exclusivement, et Il connaît parfaitement toute chose. — Al-An‘am-102

———————————————————— Dis : « Ô gens ! Si ma religion vous est encore inconnue, sachez donc que je n’adore pas ceux que vous adorez en dehors d’Allah ; j’adore plutôt Allah, Celui qui vous fait mourir. Il m’a été ordonné de compter parmi les croyants. » — Yunus-104

———————————— Ceux que vous adorez en dehors d’Allah ne sont rien d’autre que quelques noms que vous et vos ancêtres leur avez donnés ; ils n’ont aucune existence réelle. Allah n’a fait descendre aucune preuve établissant qu’ils sont des divinités. L’autorité n’appartient qu’à Allah. Il a ordonné de n’adorer nul autre que Lui. Telle est la voie droite. — Yusuf-40

———- Allah seul possède la connaissance de toutes les réalités des cieux et de la terre qui sont inconnues aux serviteurs. Toutes les affaires sont présentées devant Lui. Adore-Le donc exclusivement et place ta confiance en Lui. — Hud-123

——————————————————————————————– Tout ce qui est devant nous, tout ce qui nous est caché et secret, et tout ce qui se trouve entre les deux, Allah, ton Seigneur, en est le Maître. Ton Seigneur n’oublie rien. Il est le Maître des cieux et de la terre, ainsi que de tout ce qui se trouve entre les deux. Adore-Le donc et demeure ferme dans Son adoration. — Maryam-64-65

————————– Que celui qui espère rencontrer son Seigneur accomplisse donc de bonnes œuvres et n’associe personne à l’adoration de son Seigneur. — Al-Kahf-110

Dans ces versets et dans d’autres versets similaires, rien ne justifie de restreindre le terme « adoration » au seul culte, à la servitude ou à l’obéissance. Dans de tels versets, le Coran expose essentiellement un appel complet. L’appel explicite du Coran est le suivant : toute servitude, toute obéissance et tout culte doivent être voués à Allah. Par conséquent, limiter ici l’adoration à un seul sens revient en réalité à limiter l’appel du Coran. Il en résultera inévitablement que ceux qui auront foi en se faisant une conception limitée de l’appel du Coran n’en suivront que l’enseignement de manière inachevée et incomplète.

Dîn

Étymologie

Dans la langue arabe, le mot « dîn » est employé dans différents sens.

Premièrement : la force et le pouvoir, le gouvernement et l’autorité, contraindre autrui à obéir, exercer sur lui un pouvoir souverain, le réduire en esclave et le soumettre aux ordres. On dit par exemple :———— c’est-à-dire : il a contraint les gens à obéir——— c’est-à-dire : je les ai vaincus et ils se sont soumis.———- c’est-à-dire : j’ai soumis tel groupe et je l’ai réduit en esclavage. ——–tel homme a acquis le rang et le pouvoir,————– je l’ai contraint à accomplir une chose qu’il n’acceptait pas, ———– tel homme a été contraint par la force d’accomplir cette chose, ———– j’ai exercé mon autorité sur lui en lui imposant mes ordres ——j’ai confié à tel homme le gouvernement et l’autorité sur les gens. C’est dans ce sens qu’un poète s’adresse à sa mère en disant :

—————————– Tu avais été chargée de protéger et de prendre soin de tes enfants, jusqu’à ce que, finalement, tu les aies réduits en une poudre plus fine que la farine.

Il est dit dans un noble hadith :

———————— C’est-à-dire : est intelligent celui qui se maîtrise et accomplit ce qui est bénéfique pour son au-delà. Dans ce sens, on appelle Dayyân celui qui, après avoir vaincu un pays, une nation ou un groupe, exerce son autorité sur lui. Âshâ al-Harmazî s’adresse ainsi au Prophète (s.) : ———– (Ô chef des hommes, seigneur des Arabes). Dans ce sens, Madînun signifie esclave et Madînatun signifie servante ou esclave. Quant à —-, il signifie fille d’esclave. Le poète Akhtar dit : ————

Et le Coran dit :

——————- c’est-à-dire : si vous n’êtes soumis à l’autorité de personne, ni obéissants ni assujettis, pourquoi ne sauvez-vous pas de la mort celui qui est à l’agonie ?

Deuxièmement : la servitude et l’obéissance, le service, le fait de se soumettre à quelqu’un, d’être sous les ordres de quelqu’un, d’être écrasé par l’influence et la puissance de quelqu’un et de supporter l’humiliation face à lui. On dit ———- c’est-à-dire : je les ai vaincus et ils se sont soumis. ——- c’est-à-dire : j’ai servi telle personne. Il est rapporté dans un hadith que le Messager d’Allah ﷺ a dit :

——————- Je veux soumettre Quraych à une parole telle que, s’ils l’acceptent, toute l’Arabie s’inclinera devant eux. Dans ce sens, une nation obéissante est appelée —— (qawm dâ’inûn). C’est également dans ce sens que le mot dîn est employé dans le « hadith des kharijites » :1

1. Le sens de ce hadith n’est pas que les kharijites sortiraient du dîn, c’est-à-dire de la milla. En effet, lorsqu’on interrogea ‘Alî (qu’Allah l’agrée) à leur sujet : « Sont-ils mécréants ? », il répondit : ——– c’est-à-dire : c’est précisément de la mécréance qu’ils ont fui. On lui demanda encore : ——– « Sont-ils donc hypocrites ? » Il répondit : l’hypocrite se souvient peu d’Allah, tandis que leur état est tel qu’ils se souviennent d’Allah et L’évoquent nuit et jour. Il est donc établi que, dans ce hadith, le dîn signifie l’obéissance à l’imam. Ibn al-Athîr en a donné le sens dans son ouvrage intitulé « an-Nihâya » :

—————

Troisièmement : la loi et les règles de la sharî‘a, la voie et la manière, la religion, la milla, les rites et coutumes, les habitudes. Ainsi dit-on : ———- Cette voie et cette manière sont les miennes depuis toujours. ———- C’est-à-dire que, quelle que soit la voie bonne ou mauvaise que l’homme suive, dans les deux cas, la voie dont il est adepte sera appelée dîn. On trouve dans un hadith : ————- Quraych et ceux qui suivaient la voie de Quraych. On trouve également dans un hadith : ———- avant sa mission prophétique, le Prophète ﷺ suivait le dîn de son peuple ; autrement dit, en matière de mariage, de divorce, d’héritage et dans les autres domaines sociaux et civilisationnels, il observait les coutumes en vigueur parmi son peuple.

Quatrièmement : le résultat des actes, la compensation, la rétribution, l’indemnisation, le jugement, le compte et le calcul. Il existe en arabe un proverbe : ——— ce qui signifie : à chaque acte son résultat. Tu accompliras des actes, et tu en subiras les conséquences. Le Coran rapporte cette parole des mécréants : ———– « Après la mort, nous demandera-t-on des comptes ? Recevrons-nous une rétribution ? » On trouve dans le hadith d’Abdullah ibn ‘Umar :

——————– N’insultez pas les dirigeants. Si vous devez absolument dire quelque chose, dites plutôt : Ô Allah, traite-les comme ils nous traitent. C’est dans ce sens que le mot ——- (dayyân) est employé pour désigner un qadi, un juge ou un magistrat. Lorsqu’on demanda à un vénérable personnage ce qu’il pensait de Hazrat Ali (que Dieu l’agrée), il répondit : ——- Après le Prophète (paix et bénédictions sur lui), il fut le plus grand juge de la communauté.

L’emploi du mot dīn dans le Coran

Un : influence et autorité, domination — de la part d’un détenteur de pouvoir.

Deux : obéissance, adoration, servitude, soumission — de la part de celui qui incline la tête devant le détenteur du pouvoir.

Trois : règles et principes, voie et chemin que l’on suit.

Quatre : compte, jugement, rétribution et résultat.

Les Arabes employaient ce mot tantôt dans un sens, tantôt dans un autre, de diverses manières. Mais, comme leurs conceptions de ces quatre éléments n’étaient pas parfaitement claires ni très développées, l’emploi du mot demeurait imprécis. Il ne pouvait donc pas devenir un terme technique désignant une pensée systématisée. Le Coran a jugé ce mot approprié à son objectif et l’a employé dans un sens parfaitement clair et précis. Dans le langage coranique, le mot dīn représente un système complet de prescriptions. Ce système se compose de quatre éléments :

Un : la souveraineté, le pouvoir suprême et universel.

Deux : la soumission et l’obéissance face à la souveraineté.

Trois : les idées et la conduite formées sous l’influence de cette souveraineté.

Quatre : la récompense accordée par l’autorité suprême pour l’obéissance dans ce système, ou en punition de la rébellion et de l’opposition.

Le Coran emploie parfois le terme dans son premier sens, parfois dans son deuxième. Tantôt dans son troisième sens, tantôt dans son quatrième. Parfois, en disant « ad-Dîn », il désigne le système tout entier, avec ses quatre parties. Pour le comprendre clairement, observez les versets suivants du Coran :

Le Dîn dans ses premier et deuxième sens

————————- C’est Lui, Allah, qui a fait pour vous la terre comme demeure et le ciel comme toit, qui vous a donné votre forme et l’a rendue si belle ! Et qui vous a accordé votre subsistance provenant de bonnes choses. Tel est Allah, votre Seigneur, le Seigneur des mondes, détenteur d’une grande majesté et de la bénédiction. Il est le Vivant. Il n’y a de divinité que Lui. Invoquez-Le donc en Lui vouant exclusivement le Dîn. Louange à Allah, le Seigneur des mondes. — Al-Mu’min, 64-65

———————— Dis : « Il m’a été ordonné de n’adorer Allah qu’en Lui vouant exclusivement le Dîn. Il m’a été ordonné de me soumettre en premier lieu. » … Dis : « J’adorerai Allah en Lui vouant exclusivement mon Dîn. » Vous êtes libres de servir qui vous voulez en dehors de Lui. … Quant à ceux qui s’abstiennent de servir le Taghout et reviennent vers Allah, ils recevront une bonne annonce. — Az-Zumar, 11-17

————————- Nous t’avons révélé le Livre en toute vérité. Adore donc Allah en Lui vouant exclusivement le Dîn, et n’adore que Lui. Le Dîn est voué et consacré exclusivement à Allah. — Az-Zumar, 2-3

Tout ce qui est dans les cieux et sur la terre appartient à Allah. Le dîn Lui est exclusivement consacré. Craindrez-vous donc quelqu’un d’autre qu’Allah et observerez-vous la taqwâ envers lui ? (C’est-à-dire : existe-t-il, en dehors d’Allah, quelqu’un dont vous vous abstiendriez de désobéir aux commandements et dont vous redouteriez le mécontentement ? — An-Nahl, 52

—————– Cherchent-ils donc un dîn autre que celui d’Allah ? Alors que tous les êtres des cieux et de la terre Lui obéissent, de gré ou de force, et qu’ils devront tous retourner vers Lui. — Al-Imrân, 83

——————– Il ne leur a été ordonné que de vouer exclusivement le dîn à Allah. — Al-Bayyina, 5

——————- Dans ces versets, le mot dîn est employé au sens de l’autorité suprême et de l’acceptation de sa servitude et de son obéissance, après avoir reconnu cette autorité. Vouer exclusivement le dîn à Allah signifie que l’être humain ne reconnaîtra, en dehors d’Allah, aucune souveraineté, aucun pouvoir de gouverner ni aucune domination ; il consacrera sa servitude et son obéissance à Allah de telle manière qu’il n’associera absolument pas l’obéissance directe à quelqu’un d’autre à l’obéissance envers Allah. 1

Le dîn dans son troisième sens

————————— Dis : Ô gens ! Si vous avez quelque doute au sujet de mon dîn (c’est-à-dire si vous ne savez pas clairement ce qu’est mon dîn), écoutez donc : ceux dont vous adorez et auxquels vous obéissez en dehors d’Allah, moi, je… 1. C’est-à-dire : toute obéissance à quelqu’un d’autre qu’Allah doit être exercée sous l’obéissance à Allah et dans les limites qu’Il a fixées. L’obéissance du fils à son père, de l’épouse à son mari, de l’esclave ou du serviteur à son maître, ainsi que toutes les autres formes d’obéissance de ce genre, si elles reposent sur les commandements d’Allah et s’exercent à l’intérieur des limites qu’Il a fixées, seront exactement une obéissance à Allah Lui-même. Mais si elles sont affranchies des prescriptions, interdictions et limites d’Allah, autrement dit si elles constituent une obéissance indépendante, elles ne seront pas une obéissance : elles seront une rébellion ouverte contre le commandement d’Allah, une opposition directe à Son ordre. Si le système de gouvernement de l’État est établi sur le fondement de la loi d’Allah et fait appliquer Ses commandements, alors lui obéir est obligatoire. Mais s’il n’en est pas ainsi, lui obéir constitue une faute, une forme de péché.

Je ne les adore ni ne leur obéis ; au contraire, j’adore Allah, Celui qui vous fera mourir ! Il m’a été ordonné d’être du nombre de ceux qui croient en cet Allah. Il m’a été ordonné de demeurer fermement attaché exclusivement à ce dîn et de ne surtout pas être du nombre des associateurs.

L’autorité n’appartient à personne d’autre qu’à Allah. Son commandement est de n’adorer personne en dehors de Lui. Tel est le dîn véritable et droit.

———————- Tout ce qui se trouve dans les cieux et sur la terre Lui appartient. Tous sont soumis à Son ordre. ……….. Pour vous faire comprendre, Il vous propose Lui-même un exemple tiré de votre propre situation. Dis : parmi les esclaves qui sont sous votre autorité, y en a-t-il un qui soit votre associé dans les biens que Nous vous avons accordés ? Les rendez-vous associés à vous à parts égales dans la propriété de vos biens ? Les traitez-vous avec le même respect que vos semblables ? . En vérité, ces injustes ne font que suivre leurs propres désirs, sans connaissance ni raison. . Établis donc entièrement ton être sur cette religion, et attache-toi à la nature originelle selon laquelle Allah a créé les hommes. Qu’aucune modification ne soit apportée à la création d’Allah. 1 Telle est la religion vraie et juste. Mais la plupart des hommes demeurent dans l’ignorance.

1. Cela signifie que, dans la nature selon laquelle Allah a créé l’homme, nul autre que Lui n’a de part dans la création de l’homme, dans la subsistance qu’Il lui fournit et dans Sa seigneurie sur lui. Nul autre qu’Allah n’est le dieu de l’homme, ni le propriétaire et maître absolu digne de recevoir sa véritable obéissance. La loi de la nature veut donc que l’homme soit le serviteur d’Allah seul, et non celui de quelqu’un d’autre.

————- Frappez chacun des fornicateurs, homme et femme, de cent coups de fouet. Et, en matière de religion, que la compassion envers eux ne vous empêche pas d’appliquer la sentence. — An-Nûr, 2

————————— Depuis qu’Allah a créé les cieux et la terre, le nombre des mois fixé par Son décret est de douze. Parmi eux, quatre sont sacrés et dignes de respect. Telle est la religion vraie et juste. — At-Tawba, 36

———————- C’est ainsi que Nous avons ouvert une voie à Joseph. Selon la loi du roi, il ne lui était pas permis de retenir son frère. — Yûsuf, 76

————————————— C’est ainsi que les associés qu’ils ont inventés 1 ont rendu séduisant, pour beaucoup d’associateurs, le meurtre de leurs enfants, afin de les précipiter dans la perdition. Et ils ont fait de leur religion un objet de doute pour eux. 2 — Al-An‘âm, 137

———————————— Ont-ils pris des associés qui ont établi pour eux, en matière de religion, des lois qu’Allah n’a pas autorisées ? — Ach-Chûrâ, 21

1. Le terme « associé » désigne celui qui partage avec Allah la seigneurie, la domination et le pouvoir de légiférer.

2. Faire du dîn un objet de doute signifie que les faux législateurs de la charia présentent le péché de manière si séduisante que les Arabes en viennent à se demander si cet acte ne serait pas une partie du dîn qu’ils avaient à l’origine reçu d’Ibrâhîm et d’Israël (paix sur eux).

—————– À vous votre dîn, et à moi mon dîn. — Al-Kâfirûn, 6

Dans ces versets, dîn signifie loi et prescriptions, règles et normes, charia, voie et méthode, ainsi que l’ensemble des conceptions et de la conduite que l’homme suit pour vivre. Si l’autorité en vertu de laquelle un système de prescriptions est suivi vient d’Allah, alors l’homme est dans le dîn d’Allah ; si elle vient d’un roi ou d’un souverain, l’homme est dans le dîn du roi ou du souverain. Si elle vient de savants ou de prêtres, l’homme est dans leur dîn. Et si elle vient d’une famille, d’une tribu, de la société ou de la nation entière, l’homme est dans leur dîn. En bref, celui qui suit un système en considérant l’autorité de celui-ci comme l’autorité suprême et son jugement comme la décision finale est un adepte de son dîn.

Le dîn au quatrième sens

——– L’information dont vous êtes informés — c’est-à-dire la vie après la mort — est une vérité certaine, et le Jugement aura assurément lieu.

——————— As-tu vu celui qui nie le dîn ? C’est celui qui repousse l’orphelin et n’encourage pas à nourrir les nécessiteux. — Al-Mâ‘ûn, 1-3

—————————- Sais-tu ce qu’est le Jour du dîn ? Oui, sais-tu ce qu’est le Jour du dîn ? Le Jour du dîn est le jour où aucun être humain n’aura le pouvoir d’être utile à autrui. Ce jour-là, tout pouvoir sera entre les mains du Seigneur. — Al-Infitar, 17-19

Dans ces versets, le mot dîn est employé au sens de compte, de jugement et de rétribution des actes.

Le dîn, un terme d’une grande portée

Jusqu’à présent, le Coran a employé ce mot à peu près dans les sens où il était utilisé dans le langage courant des Arabes. Ensuite, nous avons vu que le Coran emploie ce mot comme un terme d’une grande portée. Le Coran lui donne le sens d’un système de vie dans lequel l’être humain reconnaît le pouvoir suprême de quelqu’un, accepte de lui obéir et de se soumettre à sa domination, et vit sous ses règles, ses prescriptions et ses lois. Il espère obtenir dignité, progrès et récompense en obéissant à ses ordres, et craint humiliation, abaissement et châtiment pour sa désobéissance et sa rébellion. Il n’existe probablement dans aucune langue du monde un mot d’une portée suffisante pour en exprimer tout le sens. Le mot moderne « État » s’en approche quelque peu. Cependant, il faudrait encore l’élargir considérablement pour exprimer tout le sens du mot « dîn ».

Dans les versets suivants, le terme « dîn » est employé dans son sens technique.

————————— Combattez, parmi les gens du Livre, ceux qui ne croient pas en Allah (1) (c’est-à-dire ceux qui ne reconnaissent pas qu’Il détient seul le pouvoir suprême), qui ne croient pas au Jour dernier (c’est-à-dire au jour du jugement et de la rétribution) (2), qui ne reconnaissent pas comme interdit ce qu’Allah et Son Messager ont interdit (3), et qui n’adoptent pas le dîn de vérité comme leur dîn (4), jusqu’à ce qu’ils versent eux-mêmes la jizya et vivent soumis. — At-Tawba, 29

Dans ce verset, « dîn de vérité » est un terme technique. Allah, Celui qui a établi ce terme, en a lui-même donné l’explication dans les trois premiers membres de phrase. Nous avons indiqué par des numéros que les quatre sens du mot dîn sont tous mentionnés dans ces membres de phrase. C’est leur ensemble qui est désigné par l’expression « dîn de vérité ».

——————————— Pharaon dit : « Laissez-moi, je vais tuer Moïse. Qu’il invoque donc son Seigneur ! Je crains qu’il ne change votre dîn et ne seme le désordre dans le pays. » — Al-Mu’min, 26

Après avoir pris en considération tous les détails du récit de Moïse et de Pharaon exposés dans le Coran, il ne subsiste aucun doute que le mot « dîn » n’est pas employé ici dans le simple sens de religion. Il est plutôt employé dans le sens de l’organisation de l’État et de la civilisation. Le propos de Pharaon était le suivant : si Moïse remportait la victoire dans sa mission, l’« État » changerait. Le système de vie fondé sur le gouvernement des pharaons de l’époque et sur les lois et coutumes en vigueur serait entièrement anéanti. À sa place, soit un autre système, fondé sur des bases totalement différentes, serait établi, soit aucun système ne serait établi et le désordre se répandrait dans tout le pays.

—————————— En vérité, l’Islam est le dîn auprès d’Allah. — Al ‘Imran, 19

—————————- Et quiconque recherchera une autre religion que l’islam, elle ne sera jamais acceptée de sa part. -Al-ʿImrân-85

——————————– C’est Lui, Allah, qui a envoyé Son Messager avec la bonne direction et la religion de vérité, afin de la faire prévaloir sur toutes les religions, quand bien même cela déplairait aux associateurs. -At-Tawbah-33

—————- Continue à les combattre jusqu’à ce que la fitna soit dissipée et que la religion soit entièrement vouée à Allah. -Al-Anfâl-39

————————————- Lorsque vient le secours d’Allah et la victoire, et que tu vois les gens entrer en foule dans la religion d’Allah, alors célèbre les louanges de ton Seigneur et implore Son pardon. Il est certes Grand Pardonneur. -An-Nasr

Dans ces versets, la religion désigne un système de vie complet. Tous les aspects de la pensée, de la croyance, des principes et des actes en relèvent.

Il est dit dans les deux premiers versets que, pour l’être humain, le seul système de vie juste auprès d’Allah est celui qui repose exclusivement sur l’obéissance et l’adoration d’Allah (l’islam). En dehors de celui-ci, aucun autre système de vie — fondé sur l’obéissance à une puissance imaginaire — ne peut en aucune façon être acceptable auprès du Maître de l’univers. Il ne peut naturellement pas en être autrement. En effet, l’être humain est la créature, le sujet et l’être entretenu par Celui dans le royaume duquel il vit comme un administré ; Celui-ci ne peut en aucune façon admettre que l’être humain ait le droit de vivre dans l’adoration et l’obéissance d’une autre puissance que Lui, ni de suivre les directives de quelqu’un d’autre.

Il est dit dans le troisième verset qu’Allah a envoyé Son Messager avec le système de vie vrai et juste, c’est-à-dire l’islam, et que l’objectif ultime de sa mission est de faire triompher ce système de vie sur tous les autres systèmes de vie.

Dans le quatrième verset, il est ordonné aux adeptes de la religion de l’islam : poursuivez la lutte dans le monde ; ne vous apaisez pas tant que la fitna, c’est-à-dire l’existence de lois rebelles à Dieu, n’aura pas été éradiquée et que tous les systèmes d’obéissance et d’adoration ne seront pas consacrés à Allah.

Dans le cinquième verset, le Messager d’Allah (paix et bénédiction d’Allah sur lui) est interpellé après l’achèvement de la révolution en Arabie, au terme de vingt-trois années d’efforts ininterrompus. L’islam, dans toute son ampleur et sa plénitude, s’était concrètement établi comme un système complet de pensée et de croyance, de principes, d’enseignement, de société, de civilisation, d’économie et de politique — une législation complète pour tous les domaines. Des gens, venus de toutes les contrées les plus reculées de l’Arabie, se réfugiaient en groupes sous l’ombre de cette législation. Ainsi, lorsque s’acheva la mission pour laquelle Muhammad (paix et bénédiction d’Allah sur lui) avait été mandaté, il lui fut dit de ne pas s’enorgueillir en considérant cette œuvre comme son propre accomplissement ; l’Être exempt de toute imperfection et parfait n’est que ton Seigneur, et nul autre. Exprime donc Sa louange et Sa glorification pour l’accomplissement de cette œuvre grandiose, et adresse-Lui cette supplication : « Seigneur, Pourvoyeur ! Pardonne-moi toutes les erreurs et les manquements que j’ai commis au cours de ces vingt-trois années de service ! »

Fin