À propos de la publication
Au XXe siècle, dans ce sous-continent, Sayyid Abul A‘la Maududi (r.) fut un éminent penseur et philosophe islamique. Sa littérature fondée sur la philosophie islamique ainsi que son exégèse coranique ont été traduites dans diverses langues à travers le monde et n’ont cessé d’être largement louées et appréciées. L’intérêt pour sa vie personnelle et sa vie consacrée à l’action n’a cessé de croître considérablement. La cinquième édition de la biographie de Maulana Maududi est déjà épuisée. Alors que la sixième édition est sur le point d’être publiée, nous adressons nos innombrables remerciements au Très-Grand Seigneur des mondes et, en même temps, nous prions pour le pardon de l’âme de l’honorable auteur de cet ouvrage, l’estimé Abbas Al Khan, qui n’est désormais plus parmi nous.
En outre, le professeur Yusuf Ali, éditeur des éditions précédentes, a lui aussi quitté ce monde. Nous prions Allah d’accepter toutes ses bonnes œuvres et de lui accorder une demeure au Paradis.
Nous espérons que cette édition, comme les précédentes, sera appréciée des lecteurs. Que le Très-Grand Seigneur des mondes nous accorde la capacité de consentir tous les sacrifices nécessaires à la propagation de Sa religion. Amen.
| Dhaka 16 avril 2005 | Respectueusement, Md. Tasnim Alam |
Préface de la quatrième édition
La troisième édition de la biographie de Maulana Maududi (r.) s’est achevée il y a plus d’un an. Alors que la quatrième édition est sur le point d’être publiée, nous exprimons notre infinie gratitude à Allah Tout-Puissant. Il est naturel que certaines erreurs et imperfections soient demeurées dans la troisième édition en dépit des précautions prises. Nous espérons que les lecteurs bienveillants les considéreront avec indulgence. Nous sommes également reconnaissants à la section centrale des publications de la Jamaat-e-Islami Bangladesh, qui a assumé la responsabilité de publier cet ouvrage.
J’espère que cet ouvrage sera accueilli par les lecteurs avec la même estime qu’auparavant. Qu’Allah le Très-Haut accepte ce modeste service de ma part. Amîn.
L’auteur, humblement
Juillet 1996
Préface de la deuxième édition
Il y a environ quinze ans, la première édition de cet ouvrage fut publiée, avec un bref aperçu de la vie et de l’œuvre du Maulana Sayyid Abul A‘la Maududi (qu’Allah lui fasse miséricorde). C’était le premier ouvrage de ce genre en langue bengalie. Comme le Maulana défunt était encore vivant lors de la publication de cet ouvrage, celui-ci ne pouvait être considéré comme sa biographie complète. Quoi qu’il en soit, il fut épuisé avant même la création du Bangladesh, et des demandes et des requêtes en vue de sa réédition commencèrent à parvenir de différents endroits. Puis, récemment, le Maulana quitta ce monde pour rejoindre la proximité de son propre Seigneur.
Cette fois encore, l’idée de reprendre la plume pour écrire sur la vie et l’œuvre du Maulana m’a maintes fois découragé en raison de mon incapacité et de mon incompétence. La place qu’occupe le Maulana parmi les élites intellectuelles du monde musulman est si élevée, et la contribution qu’il a laissée à la communauté musulmane et à ses générations futures est si immense et considérable, qu’en dresser le tableau complet dépasse mes capacités. Il n’a rien laissé en suspens de ce qu’il fallait faire ou dire pour la communauté musulmane et ses générations futures. Sa littérature et sa pensée, en particulier son exégèse révolutionnaire, Tafhim al-Qur’an, ainsi que Sirat-e-Sarwar-e-Alam, continueront pendant plusieurs siècles à servir de guide à la communauté musulmane. Il a fourni une orientation complète pour les divers aspects et domaines de la vie et de la société. C’est pourquoi le monde islamique le considère et continuera de le considérer unanimement comme le dirigeant du monde islamique, le réformateur du siècle et le créateur de l’histoire.
Puisque l’appel, le message et l’idéal du Maulana Sayyid Abul A‘la Maududi (qu’Allah lui fasse miséricorde) étaient internationaux, universels et destinés au bien de l’humanité tout entière, sa personnalité n’était pas limitée à un pays ou à une région géographique ; elle était au contraire internationale. C’est pourquoi il s’élevait largement au-dessus de tout régionalisme, favoritisme familial et esprit étriqué. Ainsi, pour les musulmans du monde entier, Sayyid Maududi est un nom extrêmement cher, objet de l’attachement et du respect de tous. Cet ouvrage n’est pas seulement la biographie d’un homme ; il est aussi une vie, une histoire et un mouvement islamique intégral.
La terre ancestrale du Maulana était Delhi. Il naquit et fut élevé à Hyderabad, dans le Deccan. Dans le but de concrétiser le grand idéal de l’islam, il abandonna définitivement sa terre natale et choisit Pathankot, au Pendjab oriental, comme lieu d’action. Après la partition de l’Inde, il émigra vers Lahore. L’attachement à aucun territoire régional ne put le détourner de la voie de l’idéal. Après avoir passé les trente-trois dernières années de sa vie à Lahore, il ne devint ni Lahori ni Pendjabi. Il appartenait au monde entier. Il appartenait à l’humanité tout entière.
Il a constamment prêché la vérité. Il a élevé la voix contre le mensonge, l’injustice, la corruption et l’oppression. Sa parole véridique a parfois déplu à ses proches, à ses amis et compagnons, ainsi qu’à nombre de dignitaires de la communauté.
Sa langue maternelle était l’ourdou, auquel il a consacré toute sa vie. Il a donné à cette langue une forme nouvelle et l’a parée d’ornements nouveaux. Mais il respectait toutes les langues et accordait une importance particulière à la langue maternelle. Bien que l’ourdou fût sa langue maternelle, il s’est clairement prononcé en faveur de l’adoption du bengali comme langue officielle du Pakistan.
À l’époque du Pakistan unifié, il a vivement critiqué l’injustice et l’attitude partiale des dirigeants du Pakistan occidental envers le Pakistan oriental, et il a proposé des solutions.
Il a formulé des remarques claires, fondées sur les principes de justice, au sujet du comportement des musulmans venus de l’extérieur au Pakistan oriental, ainsi que des problèmes linguistique, de l’emploi et de la défense nationale. Il a comparé le Pakistan oriental à une partie de son propre corps. Il a dit : « Le Pakistan est pour moi comparable à mon corps et à ma vie. De même que je ne peux faire de différence entre mes deux mains, je ne peux faire de différence entre les deux parties du Pakistan. Si l’une de mes deux mains est malade, c’est une maladie de tout le corps. Il est de mon devoir d’en rechercher la cause et de prendre les mesures nécessaires pour la soigner correctement. Ne pas le faire reviendrait à se faire soi-même la guerre. »
Lors de ses voyages au Moyen-Orient, il a courageusement critiqué le nationalisme arabe devant la population et les intellectuels de la région. D’autre part, il a également critiqué l’activité des employés des ambassades pakistanaises en poste à l’étranger.
Un autre trait attachant de son caractère était qu’il ne se croyait jamais à l’abri de l’erreur. C’est pourquoi, lors des conférences des militants de la Jamaat et des sessions du conseil (Majlis-e Shura), il se présentait toujours pour être soumis à la critique. Il accordait pleine liberté à ceux qui étaient constamment prêts à donner leur vie pour lui, afin que, s’ils avaient relevé chez lui quelque erreur ou défaut, ils puissent le dire sans la moindre hésitation. Il a ainsi réduit en pièces une superstition profondément enracinée depuis longtemps : « Khata-e buzurgan gereftan khatast » — relever les erreurs des anciens est également une erreur.
Il était si absorbé jour et nuit par le service de la religion qu’il ne trouvait même pas le temps de s’occuper de son foyer, de ses enfants et de sa propre santé. Il s’était entièrement consacré au service de la communauté et de l’humanité tout entière.
On peut donc affirmer sans la moindre hésitation que la personnalité de Sayyid et Murshid Maududi ne se limitait pas à un seul pays. Il n’était ni hindoustani ni pakistanais, ni arabe ni ajami. Il appartenait plutôt au monde musulman et à l’humanité tout entière.
Comme je le disais, lorsqu’il m’est arrivé de prendre la plume pour évoquer la personnalité de l’éminent penseur Sayyid Maududi, vénéré par la communauté musulmane, j’ai chaque fois ressenti ma propre insuffisance. Néanmoins, sous la pression des demandes et des sollicitations croissantes de toutes parts, je m’efforce d’en publier une édition augmentée. Toutefois, faute du temps et de l’environnement paisible nécessaires à cette tâche, je peux dire sans hésitation que je n’ai pas pu m’acquitter pleinement du devoir qui m’incombait en écrivant sur ce sujet. De vastes ouvrages pourraient être consacrés aux différents aspects de la pensée du Maulana, et ils sont assurément nécessaires. Je crois que, répondant aux exigences de notre époque, les milieux savants s’attelleront certainement à cette tâche — et beaucoup l’ont déjà fait.
Je demande aux lecteurs bengalophones de chercher à connaître véritablement le Maulana, avec un regard impartial et lucide. Je suis fermement convaincu que ses écrits sont si vigoureux, fluides et touchants qu’ils ne peuvent manquer de bouleverser le cœur et l’esprit du lecteur attentif. Je demande également aux lecteurs de lire une fois, avec ouverture d’esprit, les autres ouvrages du Maulana. C’est par la lecture de ses écrits que son véritable portrait se dessinera clairement dans leur cœur et leur esprit.
Mon souhait le plus cher était de donner à ce livre, du point de vue de l’impression, la meilleure qualité possible. Mais, en raison de mes occupations professionnelles et de mes déplacements fréquents à Dacca et à l’étranger, il ne m’a pas été possible de me consacrer pleinement aux travaux d’impression. Il est donc naturel que des erreurs et des imperfections typographiques subsistent. J’espère que les lecteurs bienveillants les regarderont avec indulgence.
Je rends d’innombrables grâces à Allah le Très-Haut pour la publication de ce livre malgré les difficultés nombreuses et diverses.
En dernier lieu, si ce livre parvient à acquérir ne serait-ce qu’un peu de considération parmi les lecteurs, je considérerai que mes efforts ont porté leurs fruits. Quant à la véritable récompense de mon travail, je l’espère certes dans l’au-delà. Ce livre paraît à l’aube du quinzième siècle de l’Hégire. Je prie donc le Créateur de l’univers afin que ce modeste ouvrage puisse apporter une contribution, si petite soit-elle, aux flots du renouveau islamique à travers le monde. Amen.
L’auteur humble
Dacca
Mouharram — 1400 de l’Hégire
Décembre 1979
Dédicace
Ce livre est dédié à celui dont il retrace la vie, ainsi qu’à ma défunte mère, à mon père et à mon oncle. Il est en outre dédié à ceux qui, sur le chemin d’Allah, ont rougi de leur sang cette terre d’Allah.
L’auteur
Le chant de victoire de la vie dans la cellule des condamnés à mort
Le 8 mai 1953, le tribunal militaire du Pakistan condamna le Maulana Maududi à mort. Après avoir entendu ce verdict, cet homme-mujahid intrépide et serein prononça cette déclaration historique :
« Souvenez-vous que je n’ai commis aucun crime. Je ne demanderai en aucun cas leur clémence. Je ne veux même pas que quelqu’un demande grâce pour ma vie en mon nom — ni ma mère, ni mon frère, ni ma femme, mes enfants ou mes proches. J’adresse également cette requête aux membres de la Jamaat. Car la décision concernant la vie et la mort se prend au ciel, et non sur terre. »
Les proches, amis et sympathisants de ce voyageur révolutionnaire, dont la montée sur l’échafaud était certaine, lui adressèrent cette demande : « La décision de ne pas demander grâce pour votre vie vous appartient. Cela ne signifie nullement que la Jamaat doive l’accepter. Vous devrez nécessairement vous conformer à la décision que la Jamaat prendra, au vu de la situation extérieure et dans l’intérêt supérieur. »
« Je considère également ma décision comme juste du point de vue de la Jamaat. Il est de votre devoir d’informer aussi les dirigeants de la Jamaat de cette décision claire et ferme. »
« Si je m’assieds,
qui restera debout ? »
En octobre 1963, une conférence de la Jamaat-e-Islami de tout le Pakistan se tint à Lahore. Afin d’empêcher la tenue de cette conférence, le gouvernement refusa d’en donner l’autorisation. Il proclama ensuite l’interdiction de l’utilisation des haut-parleurs dans tout le Pakistan. Malgré cela, la conférence commença sans microphones, devant dix à douze mille personnes. Tous les quinze ou vingt coudées, un homme, debout sur une table, lisait à haute voix le discours imprimé en même temps que l’orateur le prononçait depuis la tribune.
Une dizaine de minutes après le début de la réunion, quelques voyous s’introduisirent soudain dans le pavillon. Presque fous, ils étaient pris par l’ivresse de l’alcool. Ils commencèrent à troubler l’ordre de la réunion. Soudain, le chapiteau prit feu ; à l’extérieur, on entendit des clameurs et des coups de pistolet. Plusieurs coups de feu furent également tirés en direction du Maulana. Mais aucun ne fit mouche. À ce moment-là, on entendit de toutes parts : « Asseyez-vous, Maulana, asseyez-vous ! » Le Maulana, qui prononçait son discours, répondit calmement, tout en restant debout : « Si je m’assieds, qui restera debout ? » … C’est ainsi qu’il acheva son discours inaugural.
Grâce à une patience et à une sagesse infinies, les membres de la Jamaat gardèrent entièrement la situation sous leur contrôle et maintinrent une discipline parfaite.
Pendant ce discours, le militant de la Jamaat Allah Bakhsh tomba en martyr sous les balles de voyous engagés à cet effet.
Généalogie de Maulana Maududi (r)
Maulana Sayyid Abul A‘la Maududi est né dans une famille très noble qui, depuis treize ou quatorze siècles, perpétue la prédication islamique dans le monde, l’enseignement et la formation religieuse ainsi que la guidance spirituelle. Au troisième siècle de l’Hégire, une branche de la lignée d’Hazrat Ali et de Fatima s’installa dans un lieu situé près de la ville de Hérat, en Afghanistan. Ce lieu devint par la suite célèbre dans le monde sous le nom de « Chisht ». Hazrat Shah Soufi Abdal Chishti (r), éminent saint de cette lignée, était un descendant de l’Imam Hassan (r.a.). C’est à partir d’Hazrat Abdan Chishti que fut établie la célèbre tariqa Chishtiyya. Il mourut en 355 de l’Hégire. Son petit-fils et successeur (gaddinashin), Hazrat Nasiruddin Abu Yusuf Chishti (r), appartenait à la deuxième branche de la lignée d’Ali et de Fatima. Sa généalogie ascendante (nasabnama), passant par Hazrat Imam Ali Naqi (r), remontait à Hazrat Khwaja Qutbuddin Maudud Chishti (r), fils aîné de Hazrat Imam Husain Shahid (r.a.), qui fut le maître spirituel originel des maîtres de la tariqa Chishtiyya en Inde. La famille Maududi tire son origine de son nom. Khwaja Qutbuddin mourut en 572 de l’Hégire.
La relation entre la famille Maududi et le célèbre soufi et derviche du sous-continent indo-pakistanais, Hazrat Khwaja Muinuddin Chishti (r), se présente comme suit :
Lignée descendante des maîtres spirituels
1) Hazrat Qutbuddin Chishti (r)
2) Hazrat Jami Sharif Zindani (r)
3) Hazrat Usman Haruni (r)
4) Hazrat Khwaja Muinuddin Chishti Sinjari (r)
Autrement dit, Hazrat Qutbuddin Maudud Chishti (r) était le maître spirituel de l’arrière-grand-père de Khwaja Muinuddin Chishti (r).
Le premier ancêtre de la famille Maududi à poser le pied en Inde fut Hazrat Abul Ala Chishti (que Dieu lui fasse miséricorde). Il arriva en Inde vers la fin du neuvième siècle de l’Hégire, sous le règne du sultan de Delhi Sikandar Lodi, et s’installa dans une petite ville appelée Baras, aux environs du Karnataka. C’était un éminent saint. Il mourut en 935 de l’Hégire.
Sous le règne de l’empereur Shah Alam, cette famille vint s’installer définitivement à Delhi. À partir de cette époque, les membres de cette lignée, jusqu’à la cinquième génération, vécurent tous à Delhi. Le Maulana Sayyid Abul Ala Maududi (que Dieu lui fasse miséricorde), de l’époque contemporaine, est issu de la sixième génération de cette lignée.
Par sa lignée maternelle, le Maulana Maududi (que Dieu lui fasse miséricorde) porte dans ses veines le sang de valeureux Turcs. Son arrière-grand-père maternel, Mirza Qurban Ali Beg Khan Salek, était un poète et écrivain turc. Cependant, la carrière militaire était la profession de ses ancêtres. L’un de leurs ancêtres, nommé Mirza Tolak Beg, arriva en Inde sous le règne de l’empereur Aurangzeb Alamgir et entra dans l’armée. Jusqu’au règne de l’empereur Shah Alam, les membres de cette famille occupèrent tous, à un titre ou à un autre, des fonctions à la cour royale. Après la dislocation de l’Empire moghol, ils se dispersèrent eux aussi dans différentes directions. Le défunt Nawab Alam Beg Khan, père du défunt Qurban Ali Beg Khan Salek, et son oncle, le défunt Nawab Niyaz Bahadur Khan, arrivèrent à Hyderabad vers la fin du règne du nizam de l’époque, le nawab Mir Nizam Ali Khan. Le nawab Niyaz Bahadur épousa la fille du nawab Mustaqil Jang Izzat-ud-Daulah Ashur Beg Khan. Ashur Beg Khan était l’oncle de Niyaz Bahadur Khan. Les nizams d’Hyderabad leur conférèrent les mêmes titres que ceux dont les empereurs moghols les avaient honorés. Après Mustaqil Jang, le nawab Niyaz Bahadur Khan lui succéda en qualité de jamadar et de jagirdar.
Le nawab Alam Beg Khan épousa une femme issue de la famille d’Abdur Rahim Khan, commandant de la forteresse de Golconde. C’est de cette union que naquit Qurban Ali Beg Khan Salek. En 1822, le nawab Niyaz Bahadur Khan tomba en martyr lors des troubles de Chanchal Garh, dans le Deccan. Après cet événement, le nawab Alam Beg se rendit à Delhi avec son jeune fils. Environ quarante ans plus tard, Mirza Qurban Ali Beg se rendit à Hyderabad, où Salar Jang Azam le nomma principal conseiller pédagogique. Il y rédigea, avec l’aide du nawab Imad-ul-Mulk Bilgrami, un ouvrage précieux intitulé « Makhzan-ul-Fawa’id ». Cet ouvrage est sans aucun doute l’un des plus célèbres livres anciens d’Hyderabad, sinon le tout premier. Mirza Qurban Ali Beg Khan Salek mourut en 1855.
La généalogie du Maulana Maududi (que Dieu lui fasse miséricorde)
Descendance
L’Imam des pieux, notre maître Sayyiduna Hazrat Ali ibn Abi Talib (que Dieu l’agrée)
Hazrat Imam Husayn le Martyr (que Dieu l’agrée)
Hazrat Imam Zayn al-Abidin (que Dieu l’agrée)
Hazrat Imam Muhammad al-Baqir (que Dieu l’agrée)
Hazrat Imam Muhammad Ja‘far al-Sadiq (que Dieu l’agrée)
Hazrat Imam Musa al-Kazim (que Dieu l’agrée)
Hazrat Imam Muhammad al-Taqi (que Dieu l’agrée)
Hazrat Imam Muhammad al-Naqi (que Dieu l’agrée)
Sayyid al-Sa‘adat Abdullah-Ali-Akbar (que Dieu l’agrée)
Sayyid al-Sa‘adat Husayn (que Dieu l’agrée)
Sayyidus-Sa‘dât Muhammad (r)
Muhammad Sham‘ân Chishtî (r)
Khwaja Nâsiruddîn Qutbuddîn Yûsuf Chishtî (r)
Khwaja-ye Khwâjagân Qutbuddîn Maudûd Chishtî (r)
Khwaja Abû Ahmad Maudûdî Chishtî (r)
Khwaja Ruknuddîn Maudûdî Chishtî (r)
Khwaja Nizâmuddîn Maudûdî Chishtî (r)
Khwaja Qutbuddîn Muhammad Maudûdî Chishtî (r)
Khwaja Ali Abou Ahmad Sani Mawdudi Chishti (que Dieu lui fasse miséricorde)
Khwaja Ahmad Abou Youssouf Sani Mawdudi Chishti (que Dieu lui fasse miséricorde)
Khwaja Muhammad Zahid Mawdudi Chishti (que Dieu lui fasse miséricorde)
Khwaja Qutbuddin Mawdud Sani Chishti (que Dieu lui fasse miséricorde)
Khwaja Nizamuddin Ali Mawdudi Chishti (que Dieu lui fasse miséricorde)
Khwaja Muhammad Muhyiddin Shah Khazgi Mawdudi Chishti (que Dieu lui fasse miséricorde)
Shah Aboul Ala Mawdudi Chishti (que Dieu lui fasse miséricorde)
Shah Abdul Ali Mawdudi (que Dieu lui fasse miséricorde)
Shah Abd al-Ghani Maududi (que Dieu lui fasse miséricorde)
Khwaja Abd al-Samad Maududi (que Dieu lui fasse miséricorde)
Khwaja Abd al-Shakur (alias Khoshal Muhammad) Maududi (que Dieu lui fasse miséricorde)
Khwaja Abdullah (alias Gul Muhammad) Maududi (que Dieu lui fasse miséricorde)
Khwaja Abd al-Bari (alias Mir Bhikhari) Maududi (que Dieu lui fasse miséricorde)
Khwaja Abd al-Wali (alias Mir Fazl Ilahi) Maududi (que Dieu lui fasse miséricorde)
Shah Abd al-Aziz (alias Mir Karam Ila) Maududi (que Dieu lui fasse miséricorde)
Shah Waris Ali Maududi (que Dieu lui fasse miséricorde)
Sayyid Hasan Maududi (r)
Sayyid Ahmad Hasan Maududi (r)
Sayyid Abul A’la Maududi (r)
Sayyid Ahmad Hasan Maududi
Le père de Maulana Maududi (r), Sayyid Ahmad Hasan Maududi (r), naquit en 1855 dans la ville de Delhi, deux ans avant la révolte des cipayes de 1857. Il fut l’un des élèves des premières années de l’établissement d’enseignement d’Aligarh. Tout le monde sait que la fondation de l’établissement d’enseignement d’Aligarh ne put obtenir le soutien et la sympathie des musulmans pieux de l’époque. En effet, ceux-ci éprouvaient un profond mépris et une vive aversion pour l’enseignement anglais, c’est-à-dire pour la tahdhîb et la civilisation occidentales. En revanche, le fondateur de l’université d’Aligarh, Sir Sayyid Ahmad, y portait un très vif intérêt. Il se mit à recruter parmi ses parents des garçons doués d’intelligence et de talent, puis à les inscrire à Aligarh. Il fit inscrire Sayyid Ahmad Hasan Maududi à Aligarh, pour ainsi dire de force.
On peut aisément deviner à quel point la famille Maududi était hostile et profondément réfractaire à l’enseignement anglais et occidental. Car ses membres n’occupaient pas seulement une position éminente dans le domaine de l’instruction et de l’éducation islamiques ; ils détenaient également le rang suprême parmi les pîr de la tarîqa, c’est-à-dire les maîtres de l’initiation spirituelle. Mais, comme Sayyid Ahmad avait emmené à Aligarh le pîrzâda Ahmad Hasan en invoquant les liens de parenté, le pîr Sayyid Hasan Maududi (r), profondément attristé, resta silencieux.
Un jour, un ami du pîr Sayyid Hasan Maududi (r) se rendit à Aligarh pour une affaire quelconque. Il y vit le jeune Ahmad Hasan jouer au cricket avec les autres élèves, vêtu à l’anglaise. Attristé par le comportement du fils d’un éminent pîr parmi les pîr de la tarîqa, il retourna à Delhi et dit : « Ramenez immédiatement Ahmad Hasan d’Aligarh à la maison, sinon rompez avec lui. Il est perdu. »
La vie étudiante d’Ahmad Hasan à Aligarh prit fin. En effet, son père, Sayyid Hasan, le ramena immédiatement à la maison depuis l’Aligarh College, muni d’un certificat de transfert. Le principal de l’époque lui remit l’attestation suivante :
Il est certifié par la présente qu’Ahmad Hasan était élève en troisième classe de cette école durant une partie de l’année dernière et qu’il bénéficiait alors d’une bourse de 5 roupies par mois.
Sa conduite était satisfaisante et le maulvi auprès duquel il étudiait sa deuxième langue atteste qu’il possédait une connaissance assez approfondie de l’arabe et du persan.
Signé : S. D. T. Siddons
Date : 17 février 1877
Directeur
Collège anglo-oriental mahométan d’Aligarh
Plus tard, Ahmad Hasan Maududi passa cependant son examen de droit à Allahabad. Après avoir obtenu son diplôme de droit, il fut invité à travailler comme précepteur auprès de la famille royale de l’État princier de Deogarh. À son arrivée à Deogarh, il apprit que l’un de ses propres professeurs avait également été invité pour ce même poste. Il informa humblement le Raja Sahib qu’il ne souhaitait pas rivaliser avec son propre maître pour un emploi. Il serait donc heureux que son professeur soit nommé à sa place. Entre-temps, le Raja Sahib interrogea le professeur d’Ahmad Hasan Maududi, l’autre candidat, au sujet de son rival. Celui-ci répondit : « Ce n’est autre que mon élève et, à mes yeux, il n’est encore qu’un enfant. Quelle compétence peut-il bien avoir pour enseigner ? »
Remarquant cette opposition entre les traits de caractère des deux candidats, le Raja Sahib déclara : « Je vois davantage de compétences chez l’élève que chez le professeur. » Finalement, c’est Ahmad Hasan Maududi qui fut nommé précepteur.
L’avocat Ahmad Hasan Maududi
Après avoir exercé quelque temps comme précepteur à Deoghar, Sayyid Ahmad Hasan Maududi pratiqua le droit à Meerut, Ghaziabad, Bulandshahr et dans d’autres endroits. En 1896, il se rendit dans la ville d’Aurangabad, à Hyderabad, pour plaider dans une affaire. Monsieur Mahiyuddin Khan en était le mir, c’est-à-dire le juge en chef. Il était un parent éloigné d’Ahmad Hasan Maududi, qui était son neveu. Ahmad Hasan fit preuve d’une grande érudition dans la conduite de l’affaire. Sur le conseil du mir provincial, il s’établit définitivement comme avocat à Aurangabad, et sa réputation de juriste se répandit en peu de temps.
Jusqu’alors, les idées et les habitudes occidentales exerçaient une influence particulière sur l’avocat Maududi. L’étincelle religieuse héréditaire qui existait dans son cœur était plongée dans les ténèbres. Mais grâce à la compagnie et au contact de Mahiyuddin Khan Sahib, ses conceptions occidentales commencèrent progressivement à se transformer en une conception pleinement islamique. Mahiyuddin Khan n’était pas seulement un juge en chef, mais aussi un grand saint vénéré. En 1900, Ahmad Hasan prêta allégeance spirituelle entre ses mains et se consacra au dhikr et aux invocations, à la muraqaba et à la mushahada, ainsi qu’à l’adoration et à la dévotion. Quatre années entières s’écoulèrent ainsi.
En 1904, alors que Sayyid Abul Ala Maududi (r) n’était encore qu’un enfant d’un an, l’avocat Maududi estima que l’exercice du droit était devenu un obstacle majeur à sa quête de connaissance spirituelle. Il renonça donc à sa profession et saisit l’occasion de se consacrer, détaché du monde, à la méditation dans l’amour de Dieu. Après avoir généreusement distribué tout l’argent gagné par son activité juridique, ses vêtements, le mobilier et les équipements de sa maison, il partit pour Delhi avec sa famille, sans ressources, et trouva refuge dans un très ancien quartier pauvre appelé « Arab Sarai », près du mausolée béni de Hazrat Khwaja Nizamuddin Awliya Mahbub-e Ilahi (r). Renonçant en quelque sorte à la fréquentation de sa femme, de ses enfants et de ses proches, il se consacra jour et nuit à la méditation d’Allah, retiré dans sa cellule. Ainsi s’écoulèrent trois années entières.
Entre-temps, le juge en chef d’Aurangabad, monsieur Mahiyuddin Khan, ayant appris la situation difficile de l’avocat Maududi, le fit venir auprès de lui à Aurangabad. Ahmad Hasan Maududi revint à Aurangabad à l’appel de son oncle paternel et maître spirituel. Mahiyuddin Khan lui conseilla en ces termes : il n’est pas indispensable, pour parvenir à Dieu, de renoncer aux relations avec le monde. Au contraire, l’ascétisme est réprouvé par l’islam. Il est absolument nécessaire de gagner de l’argent pour vivre et subvenir aux besoins de sa famille. Il faut toutefois veiller à ce que chaque sou soit acquis par des moyens licites. Sur les instructions de son maître spirituel, Sayyid Ahmad Hasan Maududi retourna à Aurangabad avec toute sa famille et reprit la pratique du droit. Mais une nouvelle étape de sa carrière d’avocat allait désormais commencer.
Désormais, avant d’accepter une affaire, il devait procéder à de nombreuses vérifications afin d’en établir la véracité. Il lui fallut ainsi accepter la pauvreté. Mais tandis que sa conception islamique et son amour profond de Dieu ne cessaient de croître, son aversion et son dégoût pour les plaisirs et les convoitises terrestres grandissaient également. Sa pensée, son mode de vie et chacune de ses activités subirent une telle transformation qu’il était presque impossible de croire qu’un jour le flot exaltant des idées occidentales avait traversé son cœur.
Quoi qu’il en soit, il exerça le droit à Aurangabad jusqu’en 1915. Il se rendit ensuite à Hyderabad. Mais, sa santé s’étant détériorée, il dut aller à Bhopal. Malheureusement, il y fut frappé de paralysie et, quatre ans plus tard, en 1920, il rejoignit le Paradis.
Il convient de préciser qu’Ahmad Hasan Maududi reçut l’enseignement complet de Sahih Muslim Kamil et de Nasai Kamil auprès du muhaddith Maulana Habibur Rahman Sahib, enseignant à la madrasa Islamia d’Aurangabad, obtint les certificats correspondants et reçut l’autorisation d’enseigner le hadith.
Naissance et éducation de Maulana Maududi
Le 3 Rajab de l’an 1321 de l’Hégire (en 1903 de l’ère chrétienne), un enfant exceptionnel naquit dans la demeure de Sayyid Ahmad Hasan Maududi, célèbre avocat de la ville d’Aurangabad. Le père, comblé de joie, donna à son fils le nom de Sayyid Abul A‘la Maududi et rendit d’infinies actions de grâce à Allah le Très-Haut. Trois ans avant la naissance de l’enfant, un wali pieux avait dit à son père : « Écoute, par la grâce d’Allah, tu auras un fils. Tu lui donneras le nom d’Abul A‘la Maududi, car un célèbre pir accompli portant ce nom fut le premier de vos ancêtres à venir en Inde. »
Ces paroles prophétiques étaient restées présentes dans le cœur du père. Et, en vérité, par la grandeur de Dieu, trois ans plus tard, il eut un fils ; son cœur et son esprit fondirent de bonheur et de gratitude envers Dieu.
Il a déjà été dit qu’un changement révolutionnaire s’était produit chez le père avant même la naissance de Sayyid Abul A”la Maududi et que, seulement un an après la naissance de son fils, devenu fou d’amour pour Dieu, il avait renoncé au monde. Bien qu’il eût ensuite repris l’apparence d’un homme de famille, il ne retourna pas à son ancien foyer abandonné ; il en fonda un nouveau, imprégné d’une atmosphère pleinement islamique et morale. Il en résulta que, lorsque les yeux de l’intelligence du jeune Maududi s’ouvrirent — lorsqu’il apprit à jouir de la lumière et de l’air du monde —, il n’entendit autour de lui que le doux murmure d’une atmosphère céleste, douce, islamique et morale. Le mode de vie du père comme celui de la mère était entièrement empreint de l’esprit islamique. Ainsi, dès son enfance, l’image complète de la pensée islamique se grava dans le cœur encore tendre de Maududi.
L’éducation de Maududi durant son enfance
Le père désirait ardemment faire de son fils un alim de la religion. C’est dans cet esprit que son éducation fut organisée. Parallèlement à l’instruction élémentaire, on lui enseigna, en arabe, en persan et en ourdou, le Coran, les hadiths, le fiqh et diverses autres matières. On le tint soigneusement à l’écart de l’enseignement anglais et du contact avec la pensée occidentale. Durant son enfance, il ne fut inscrit dans aucune école. Son éducation se poursuivit sous la direction de précepteurs compétents et de bonne moralité. Pendant ses moments de loisir, son père l’emmenait avec lui dans des cercles de gens cultivés. Les discussions philosophiques profondes ne pénétraient pas le moins du monde l’esprit du jeune Maududi ; elles laissaient pourtant une empreinte morale sur son cœur. Le soir, son père lui racontait, sous forme d’histoires, la vie des prophètes — que la paix soit sur eux —, des Compagnons — qu’Allah les agrée —, des pieux anciens de la religion, ainsi que l’histoire islamique. Par une langue expressive, attrayante et facile à comprendre, il gravait dans le cœur de son jeune fils les croyances, les doctrines et la pensée islamiques.
Le père veillait attentivement à ce que, dans ses relations ordinaires et ses conversations avec les autres, son fils respecte la moralité et la bienséance. Il accordait également une attention particulière à sa langue maternelle, l’ourdou. Même après avoir passé vingt longues années dans le Deccan, il en avait préservé la correction et l’élégance. Jamais un autre synonyme ni aucune autre tournure ne s’étaient introduits dans sa manière de parler. Il parlait toujours un ourdou pur, clair et limpide. Afin de préserver également la pureté de la langue de son fils, il ne le laissait jamais entrer en contact avec le monde extérieur. S’il lui arrivait d’entendre dans les paroles de son fils un synonyme emprunté à une autre langue, il le corrigeait immédiatement.
Dès son enfance, son père s’efforça tout particulièrement de former son caractère élevé. Il le surveillait attentivement afin que son caractère ne fût pas souillé par la fréquentation de personnes mauvaises et malhonnêtes.
Un jour, le jeune Maududi avait frappé le petit fils de la servante de la maison. Dès que son père l’apprit, il fit appeler le fils de la servante et lui ordonna de frapper son propre fils Maududi exactement de la même manière. Cette leçon resta si profondément gravée dans le jeune cœur de Maududi que, dans sa vie ultérieure, même lorsqu’une personne placée sous son autorité commettait une faute, il ne leva jamais la main sur elle et ne lui adressa jamais de paroles blessantes.
Jusqu’à l’âge de neuf ans, le jeune Maududi poursuivit ses études à la maison. Durant cette période, il acheva plusieurs ouvrages élémentaires de grammaire arabe, de littérature et de fiqh. Puis, sur le conseil de son maître, feu Mawlavi Nadimullah Husaini, il fut inscrit à la dernière année du niveau Rushdiyya (classe de huitième) de la madrasa Fawqaniyya (supérieure) d’Aurangabad. Six mois seulement après son admission, il passa l’examen de Rushdiyya, mais échoua. Il réussit toutefois convenablement dans toutes les matières, à l’exception des mathématiques. S’il n’y réussit pas, c’est parce qu’il n’avait commencé à les apprendre que six mois auparavant. Le directeur de la madrasa, Mulla Dawud Sahib, l’inscrivit alors dans la classe supérieure de Mawlavi.
Il eut alors l’occasion d’acquérir de nouvelles connaissances dans diverses disciplines. Bien que l’enseignement fût dispensé en ourdou, il se prit d’un vif intérêt pour la chimie, l’hygiène, les mathématiques, l’histoire, la géographie et d’autres matières. En outre, le contact et la fréquentation de différents enseignants élargirent son horizon et sa pensée. Jusqu’alors isolé du monde extérieur et de la société, il avait développé une certaine sécheresse et une indifférence que la compagnie de ses camarades d’études fit disparaître.
Il convient de préciser qu’à cette époque, un nouveau système éducatif fut établi à Hyderabad et à Aurangabad selon les plans d’Allama Shibli Nu’mani, du nawab Nizam-ul-Mulk Bilgrami et de Mawlana Hamiduddin Farahi. La langue d’enseignement était l’ourdou. On y enseignait l’histoire, le Coran et les hadiths, le fiqh, le mantiq (la logique), entre autres matières. Dans ce système, le niveau de matriculation était appelé Mawlavi, le niveau intermédiaire Mawlavi Alim, et le collège universitaire Darul Ulum.
En 1914, le jeune Maududi passa l’examen de Mawlavi et, en raison de sa faiblesse en mathématiques, se classa sixième parmi les élèves reçus. À cette époque, la santé de son père se détériora complètement. En 1916, celui-ci se rendit d’Aurangabad à Hyderabad et y inscrivit son fils Maududi au Darul Ulum pour y poursuivre des études supérieures. Le directeur du Darul Ulum était alors feu Mawlana Hamiduddin. Laissant son fils à Hyderabad, il se rendit à Bhopal pour se faire soigner et améliorer son état de santé.
Le jeune Maududi poursuivit ses études au Darul Ulum d’Hyderabad. Mais six mois ne s’étaient pas encore écoulés qu’une mauvaise nouvelle arriva de Bhopal : son père était sur son lit de mort. Dès qu’il reçut la nouvelle, le jeune Maududi partit pour Bhopal avec sa mère et se consacra aux soins de son père mourant. C’est à partir de cette époque qu’il dut chercher les moyens de gagner sa vie. Car, malgré son jeune âge, il avait déjà acquis assez de compréhension pour savoir que, afin de vivre dans le monde avec dignité, il fallait être autonome et lutter pour gagner honnêtement sa subsistance. Pendant ce temps, après avoir lutté plusieurs années contre la pauvreté et la maladie, son père quitta définitivement la scène de ce monde en 1920.
Un caractère moral très ferme et une volonté inébranlable
Grâce à la proximité de son père et à l’éducation qu’il reçut de lui, le jeune Maududi avait appris à discerner le bien du mal. Son instruction initiale et sa tarbiyya avaient établi en lui les fondements d’un caractère moral si solide qu’aucun environnement différent ne put l’influencer de quelque manière que ce soit. Il en résulta que, dès l’âge de quinze ans, il fut capable de se tenir entièrement sur ses propres jambes, en toute indépendance. Ce furent alors les qualités de son caractère moral ferme qui le maintinrent inébranlable sur le droit chemin. Alors même que l’élan et l’exubérance de la jeunesse naissante égarent habituellement l’être humain, les vagues et les flots de la marée juvénile de la vie vinrent se briser aux pieds de Maududi, se fendre et voler en éclats. Mais ils ne purent le troubler ni l’emporter à la dérive au milieu de la mer.
Le début de la vie active de Maududi
Le Dieu Miséricordieux avait accordé au jeune Maududi un talent exceptionnel. C’est pourquoi, dès son jeune âge, il était déjà passé maître dans l’art littéraire. À seulement dix-sept ans, au cours d’une période de grave crise, il dut choisir l’ardue voie qui consiste à gagner sa vie. Faire le travail de commis dans un bureau ou servir sous les ordres de quelqu’un était contraire à sa nature. Il considéra donc sa seule aptitude à écrire comme son unique moyen de subsistance.
En 1918, le frère aîné de Maududi, Sayyid Abul Khayr Maududi, entra dans le domaine du journalisme. Il prit lui-même en charge la rédaction du journal « Madina », publié à Bijnor. Sayyid Abul A‘la Maududi se mit également à diriger « Madina » aux côtés de son frère aîné. Mais, deux mois plus tard, le jeune Maududi partit de là pour Delhi. À cette époque, une puissante tempête agitait le mouvement pour l’indépendance en Inde. La liberté d’esprit et de pensée, la tradition familiale et l’influence de son environnement durant son enfance conduisaient naturellement Abul A‘la Maududi à éprouver de l’aversion pour la domination et la civilisation britanniques. Il soutenait donc tout mouvement en faveur de l’indépendance. En outre, il était animé par un puissant esprit combatif de l’islam. Pour ces raisons, il se mit à travailler comme membre de l’« Anjuman-e E‘anat-e Nazarbandan-e Islam » de l’époque. Lorsque les mouvements du Khilafat et du satyagraha commencèrent en 1919, il y participa également.
Le mouvement du Khilafat et Maulana Maududi
Le mouvement du Khilafat ne constitue pas seulement un chapitre important de la vie de Maulana Maududi ; il est également un repère dans l’histoire nationale des musulmans. Même brièvement, il est nécessaire d’en parler afin de pouvoir comprendre pleinement la vie du Maulana dans ce contexte.
Lors de la Première Guerre mondiale, la Turquie, l’« homme malade de l’Europe » (The sick man of Europe), combattit aux côtés de l’Allemagne contre les Anglais. Jusqu’alors, l’Empire ottoman en Turquie était considéré comme le gardien du califat. Afin de porter un coup décisif à l’adversaire anglais et de briser l’unité musulmane, les Anglais envoyèrent Lawrence d’Arabie dans les pays arabes comme propagateur du nationalisme arabe. Le Sharif Hussein Hashmi, alors gouverneur de La Mecque, fut si fortement influencé par cette propagande qu’en 1915, au beau milieu de la guerre, il prit les armes contre les musulmans au nom de l’indépendance nationale des Arabes et poignarda la Turquie dans le dos. Lors de la Première Guerre mondiale, les Anglais et les forces alliées (Allied Forces) remportèrent la victoire. Dès le début de la guerre, ils avaient réparti entre eux l’Empire ottoman au moyen d’un accord secret. À la fin de la guerre, en 1919, l’Empire turc fut démembré. Sa partie européenne lui échappa. Sous l’effet du poison du nationalisme arabe, les pays arabes se séparèrent certes de l’Empire turc, mais ils furent répartis entre l’Angleterre, la France et la Grèce. L’Empire ottoman se retrouva limité à l’ancienne Anatolie (Istanbul). En mai 1919, dans la capitale ottomane, il ne subsistait plus que l’existence nominale du sultan. Même là, son indépendance était menacée. Les dirigeants musulmans de l’Inde britannique avaient convaincu les musulmans que le Khalifat al-Muslimin et le système du califat faisaient partie intégrante de leur foi véritable. Dès lors, à la vue de la chute et du démembrement de l’Empire ottoman, les musulmans indiens commencèrent à craindre que les Anglais ne détruisent le centre même du califat, que les musulmans considéraient comme leur centre religieux et spirituel.
Les dirigeants musulmans rencontrèrent ensuite le vice-roi en Inde même et lui exposèrent leur point de vue. Une délégation dirigée notamment par Maulana Muhammad Ali Jauhar et Maulana Sayyid Sulayman Nadwi rencontra les autorités britanniques à Londres et leur présenta ses doléances. En réponse, on leur déclara qu’aucun territoire autre que le territoire proprement turc ne pourrait leur être laissé.
Le comportement des Britanniques provoqua une profonde indignation chez les musulmans de l’Inde, et un puissant mouvement du Khilafat commença en Inde pour préserver l’existence du califat. Le Comité du Khilafat fut créé, et le Congrès indien, la Jamiat Ulema-e-Hind et le Comité du Khilafat dirigèrent conjointement ce mouvement. Le 10 août, la Journée du Khilafat fut observée dans tout le pays, et des hartals commencèrent également à être organisés en divers endroits à partir de cette période. En bref, une formidable explosion se produisit dans toute l’Inde contre les Anglais. En l’espace d’un mois, près de trente mille musulmans se présentèrent volontairement pour être emprisonnés. Dans les villes et les ports, les marchés et les bazars, les villages et les campagnes, le mouvement du Khilafat prit une ampleur considérable. Mais ce vaste mouvement et toutes ces protestations et explosions d’hostilité envers les Britanniques aboutirent finalement à l’échec.
La raison en est que Kemal Atatürk, tirant parti de l’élan djihadiste des musulmans de Turquie, dirigea la guerre avec un courage et une perspicacité extraordinaires et reprit aux Anglais de nombreux territoires. Il unifia les Turcs et parvint à restaurer leur dignité et leur gloire perdues. Après s’être emparé du pouvoir, Kemal Atatürk destitua, en novembre 1922, le sultan Muhammad Hashim du califat ottoman et, en mars 1924, exila du pays le dernier sultan, Abdul Majid, et abolit le califat.
Le Dr Moinuddin commente dans son ouvrage History and Freedom Movement, partie VIII, tome 1 :
Cette mesure de Kemal Atatürk porta un coup très rude aux musulmans indiens associés au mouvement du califat. Maulana Muhammad Ali fut le plus durement touché, lui qui en était l’âme. Sharif Hussein, qui avait servi de marionnette aux Anglais et dont la trahison avait mis l’Empire ottoman en pièces, se proclama prétendant au califat. Mais, d’une part, il était devenu un objet de haine pour le monde musulman et le gouvernement anglais rejeta également sa prétention. D’autre part, il échoua à repousser l’attaque du chef wahhabite révolutionnaire Ibn Saoud. Vers la fin de l’année, Ibn Saoud s’empara de La Mecque et de Taëf, et la plus grande partie du Hedjaz passa sous son contrôle.
Ceux qui étaient liés au mouvement du califat éprouvaient de la sympathie pour Ibn Saoud. Mais lorsque, pour extirper le culte des tombes, il détruisit complètement toutes sortes de monuments érigés sur les tombes, les partisans de Badauni, de Barelvi et d’autres courants quittèrent le Comité du califat. Malgré cela, le 4 janvier, le Comité indien du califat envoya un télégramme de félicitations à Ibn Saoud en le saluant comme le calife des musulmans. Mais quatre jours seulement plus tard, il répondit qu’il était le roi du Hedjaz, et non le calife.
— (History of Freedom Movement — Dr Moinuddin)
Pendant ce temps, Kemal Atatürk construisit, sur les ruines du califat ottoman, le palais d’une nouvelle religion d’État.
Le père de l’ourdou, le maulvi Abdul Haq, dit :
Kemal Pacha alla si loin qu’il déclara symboles nationaux de la Turquie, par imitation de l’Occident, l’alimentation et la boisson, les vêtements et la tenue, les manières de se comporter, la danse et le chant, la consommation d’alcool ainsi que de nombreuses autres pratiques culturelles contraires à l’islam. Il supprima même l’enseignement religieux des établissements d’enseignement islamique. Il remplaça l’ancien alphabet de la langue propre à la Turquie par l’alphabet romain. Une délégation turque arriva à Delhi. Ses membres se montraient fiers de se présenter à maintes reprises comme une nation européenne. Les musulmans de Delhi les invitèrent à accomplir la prière du vendredi à la grande mosquée de Delhi. Mais ils refusèrent cette invitation. L’invitation de l’Université musulmane d’Aligarh fut également rejetée. En revanche, bien qu’aucun programme n’eût été prévu à l’avance, ils visitèrent avec plaisir l’Université hindoue de Bénarès.
Sir-Sayyid Ahmad – Maulvi Abdul Haq (p. 34)
Bien que le mouvement du Khilafat ait abouti à l’échec, il laissa une profonde empreinte dans l’histoire de l’Inde et suscita une inspiration indomptable pour le mouvement d’indépendance de l’Inde. Son influence sur Maulana Maududi fut que ce mouvement lui donna l’inspiration, le courage et la force de prendre la parole lors des réunions publiques, et lui offrit également l’occasion d’exprimer, par l’écriture, les espoirs et les aspirations de la communauté musulmane ainsi que la voie à suivre pour son action future. À l’époque du mouvement du Khilafat, Maulana travaillait depuis Jabalpur à la rédaction du journal « Taj ». Il n’avait alors que dix-sept ans. Dans son autobiographie, il dit :
« À cette époque, il n’y avait ici personne pour prendre la parole lors des réunions publiques au nom des musulmans. Je fus donc contraint de m’en charger moi-même. Cela m’apporta deux grands bénéfices. Le premier fut qu’une immense confiance en moi naquit en moi, alors que je n’en avais pas auparavant. Auparavant, je n’osais assumer aucune tâche importante. Mais lorsque, à Jabalpur, je commençai, sans l’aide de personne, entièrement seul et sous ma propre responsabilité, à travailler dans le journalisme et au service du public, je compris que certaines forces étaient cachées en moi et qu’elles se manifestaient spontanément lorsque les circonstances l’exigeaient. Depuis lors, je n’ai plus jamais hésité à accepter une responsabilité. »
« Le deuxième bénéfice fut que je devins totalement autonome dans ma vie. Auparavant, je vivais toujours avec un parent ou un ami, et la faiblesse de dépendre d’autrui existait, dans une certaine mesure, en moi. Mais à Jabalpur, je pus travailler de manière autonome. »
À la lecture des articles éditoriaux de Maulana publiés à cette époque dans le journal « Taj » de Jabalpur, il faut reconnaître que, malgré son très jeune âge, il était déjà devenu si versé dans la connaissance doctrinale qu’il possédait également le talent nécessaire pour créer parmi le peuple enthousiasme et inspiration indomptable. Chacune de ses paroles était extrêmement logique, acceptable pour les milieux instruits et d’une grande clairvoyance. Ses propos successifs étaient empreints d’un équilibre et d’une harmonie parfaits. À cette époque, il rédigea un long article éditorial dans lequel il critiquait vivement les Britanniques pour l’extrême injustice qu’ils avaient infligée à la Turquie. En conséquence, la publication de « Taj » fut suspendue.
Le mouvement de l’Hijra et Maulana Maududi
Constatant l’attitude inflexible des Britanniques, les ulémas de l’Inde déclarèrent, dans le cadre du mouvement du Khilafat, que l’Inde était un « Dar al-Harb » et qu’il était du devoir religieux des musulmans d’émigrer à partir de ce pays. En 1920, après sa libération de la prison de Ranchi, Maulana Abul Kalam Azad lança le mouvement de l’Hijra.
À cette époque, le roi d’Afghanistan, l’émir Amanullah Khan, déclara lors d’une réunion publique que les musulmans indiens pouvaient émigrer en Afghanistan. Sur les paroles de Maulana Azad, les musulmans, comme aveuglés, se prirent d’une vive ardeur pour l’Hijra. Un comité de l’Hijra fut constitué et son bureau fut dûment établi à Delhi. Des milliers de familles musulmanes pieuses commencèrent à vendre leurs biens immobiliers et mobiliers à vil prix, puis à se rendre au bureau du comité de l’Hijra. Au seul mois d’août, dix-huit mille personnes émigrèrent et franchirent la frontière afghane. Près de cinq cent mille musulmans perdirent, au nom de l’Hijra, des biens d’une très grande valeur.
Les deux frères Maududi (Abou al-Ala Maududi et son frère aîné Aboul Khayr Maududi) se présentèrent au bureau du Comité de la Hijra de Delhi dans l’intention d’émigrer. Un ami connu du Maulana, M. Tojammel Hossain, en était le secrétaire. Le Maulana eut avec lui une longue discussion. Au cours de celle-ci, il apprit qu’il n’existait derrière la Hijra aucun plan ni projet mûrement réfléchi et correctement organisé. Des centaines de milliers de personnes partaient pour l’Afghanistan, alors qu’aucune discussion n’avait été engagée à ce sujet avec le gouvernement afghan. Les dirigeants de la Jamiat Ulama-e-Hind, notamment le mufti Kifayatullah et le Maulana Ahmad Saïd, étaient très favorables à la Hijra. Le Maulana Maududi (le jeune Maududi) les rencontra et leur déclara que, sans plan convenable, la Hijra serait irréaliste et nuisible. Ils reconnurent cette lacune et demandèrent au jeune Maududi de leur soumettre un plan à ce sujet.
Le Maulana Maududi proposa de commencer par s’entretenir avec le gouvernement afghan afin de savoir s’il était disposé à réinstaller les émigrants venus d’Inde et, dans l’affirmative, quelles en seraient les modalités et le programme. Après une rencontre avec l’ambassadeur afghan à Delhi, ils apprirent que les autorités se trouvaient déjà dans une situation embarrassante à ce sujet. Bien que le gouvernement hésitât à refouler ceux qui étaient partis d’Inde, il n’était plus en mesure d’assumer leurs dépenses. Le projet de Hijra mourut donc prématurément.
Sans aucun plan convenable, poussés uniquement par l’émotion religieuse, les oulémas de l’époque émirent une fatwa en faveur de la Hijra et réduisirent plusieurs centaines de milliers de musulmans à la pauvreté et à l’errance. Grâce à la clairvoyance du Maulana Maududi et à son intervention opportune, plusieurs centaines de milliers d’autres musulmans furent épargnés par le danger.
Le Maulana Muhammad Ali et les dirigeants de la Jamiat furent frappés et séduits par le talent exceptionnel, l’intelligence aiguë et la clairvoyance du jeune Maududi. C’est pourquoi ils le sollicitèrent à maintes reprises pour qu’il assume la direction éditoriale de leurs journaux respectifs.
Maududi dans le domaine du journalisme
Un homme éminent de la province centrale, nommé Tajuddin, était l’âme de l’Anjuman mentionnée plus haut. Il publiait depuis Jabalpur un hebdomadaire intitulé « Taj » et, sur son insistance particulière, les deux frères Maududi en assumèrent la rédaction. À cette époque, la publication d’un journal était extrêmement difficile. Aussi, après quelque temps, la publication du « Taj » cessa-t-elle. Les deux frères Maududi quittèrent alors Jabalpur pour Delhi. À cette époque, le Maulana Maududi s’était tellement pris d’intérêt pour le journalisme qu’il fut obligé d’apprendre l’anglais. Il commença ensuite à l’étudier auprès d’un certain Muhammad Fazel. Au lieu de lire les ouvrages élémentaires d’anglais, il commença directement par des livres de niveau matriculation de l’époque. Grâce à ses capacités intellectuelles exceptionnelles, il acquit en seulement six mois une connaissance suffisante de l’anglais pour comprendre dans l’ensemble le sens de n’importe quel journal ou livre anglais. Il étudia l’anglais pendant deux ans. Sans l’aide d’un professeur, il continua d’étudier divers ouvrages à l’aide du seul dictionnaire et d’accumuler de vastes connaissances.
Monsieur Tajuddin recommença à publier le « Taj » à Jabalpur et en confia la rédaction au Maulana. Grâce aux efforts de celui-ci, le « Taj » passa du statut d’hebdomadaire à celui d’un quotidien important. À partir de cette période, il s’engagea dans la politique. À l’époque, personne ne dirigeait les musulmans à Jabalpur. Le Maulana dut donc prendre la parole dans diverses assemblées publiques afin de raviver l’énergie et l’enthousiasme parmi les musulmans.
Durant son séjour à Jabalpur, le Maulana développa des qualités telles que l’autonomie, le sens du devoir et le sens des responsabilités. À cette époque, il était capable d’accomplir des tâches d’une grande importance en comptant entièrement sur lui-même. Cependant, il ne lui fut pas possible de rester longtemps à Jabalpur non plus. Un article éditorial du « Taj » attisa la colère du gouvernement impérial britannique. Le gouvernement engagea des poursuites contre le rédacteur en chef, l’imprimeur et l’éditeur du « Taj ». Toutefois, comme M. Tajuddin figurait lui-même dans la déclaration officielle comme rédacteur en chef, imprimeur et éditeur successif du journal, le Maulana fut dispensé de comparaître dans cette affaire. Sa conscience continua néanmoins à le tourmenter pour cette raison. Il jura que désormais il n’assumerait aucune fonction importante sous l’autorité d’autrui. Il prit la ferme résolution de travailler en portant lui-même toutes les lourdes responsabilités.
À la fin de l’année 1920, il se rendit à Delhi. Au début de 1921, il fit la connaissance de Mawlana Mufti Kifayatullah et de Mawlana Ahmad Saïd, président de la Jamiat Ulama-e-Hind. Au nom de la Jamiat, ils publièrent un journal intitulé « Muslim » et, impressionnés par le talent de Mawlana Maududi, le nommèrent rédacteur en chef. Le journal fonctionna remarquablement bien jusqu’en 1923, et Mawlana en assura la rédaction jusqu’à la fin.
De 1916 à 1921, pendant cinq ou six années, Mawlana dut traverser une terrible épreuve. En raison de la maladie incurable de son père, de la nécessité impérieuse de gagner sa vie et de l’absence de soutien, entre autres difficultés, il ne put acquérir les connaissances qu’il aurait souhaitées. À partir de 1921, installé à Delhi, il se consacra avec assurance à la direction d’un journal et, durant ses heures libres, à l’acquisition du savoir. Il étudia auprès d’oulémas éminents et compétents dans divers domaines la littérature arabe, le hadith, le tafsir, le fiqh, le mantiq (la logique), la philosophie et d’autres disciplines, acquérant ainsi une profonde érudition.
Mawlana Abdus Sattar Niazi était l’un des plus éminents savants religieux de l’Inde de son époque. Sa profonde connaissance et sa grande maîtrise du Coran, du hadith et de la langue arabe étaient reconnues partout, et sa pratique comme son caractère étaient ceux d’un véritable derviche. Chaque jour, une heure avant la prière du fajr, Sayyid Maududi étudiait auprès de lui la grammaire arabe (nahw et sarf), les sciences rationnelles, les ma‘ani et la balagha.
Puis, le 12 janvier 1926, à l’âge de vingt-deux ans, Sayyid Maududi obtint auprès de Mawlana Muhammad Sharifullah Khan, enseignant au Darul Ulum Fatehpuri de Delhi, les certificats d’études en « ulum-e aqliya, adabiya wa balaghat » et en « ulum-e asaliya wa faruiya ».
L’année suivante (1927), Sayyid Abul A‘la obtint auprès de Mawlana Ashfaqur Rahman Kandhalwi, enseignant dans le même Darul Ulum, les certificats d’études en hadith, en fiqh et en littérature arabe.
En outre, en 1928, Sayyid Abul A‘la Maududi obtint auprès de Mawlana Ashfaqur Rahman Kandhalwi les certificats attestant l’achèvement de l’étude du Jami‘ at-Tirmidhi et du Muwatta de l’imam Malik.
Il convient de préciser que Mawlana Maududi étudia également auprès de Mawlana Sharifullah Khan le Tafsir al-Baydawi, l’Hidaya, la science des ma‘ani et la balagha.
Ainsi, durant les sept ou huit années qu’il passa à Delhi, tout en exerçant le journalisme, Mawlana Maududi acheva, grâce à son intelligence exceptionnelle et à sa sagacité, les études inachevées de sa formation, et acquit une profonde érudition en langue arabe, en hadith, en tafsir, en fiqh et dans d’autres disciplines.
Après la fermeture de « Muslim » en 1923, Maulana Maududi partit pour Hyderabad. Mais, en chemin, il interrompit son voyage à Bhopal et s’y consacra avec assiduité à ses études pendant un an et demi. En 1924, il se rendit de nouveau à Delhi. C’est à cette époque qu’il fit la connaissance de feu Maulana Muhammad Ali Jauhar, l’une des grandes figures du sous-continent indo-pakistanais. Maulana Muhammad Ali dirigeait alors le journal « Hamdard ». Il invita le jeune journaliste prometteur, Maulana Maududi, à prendre en charge ce journal. C’est précisément à ce moment-là que Maulana Ahmad Saïd invita Maulana Maududi, au nom de la Jamiat Ulama-e-Hind, à publier le journal « Al-Jamiat ». Malgré le profond respect qu’il portait à Maulana Muhammad Ali, l’esprit indépendant de Maududi l’empêchait d’accepter la dépendance à l’égard d’autrui. Il jugea donc préférable d’assumer en toute indépendance la direction du journal « Al-Jamiat ». De 1924 à 1928, il dirigea avec une grande compétence « Al-Jamiat », un journal paraissant deux fois par semaine. Durant cette période, il rédigea également des ouvrages précieux sur divers sujets. Ses premières publications, « Al-Jihad fi al-Islam » et « Dawlat-e Asfiya wa Hukumat-e Baritaniya », sont particulièrement remarquables.
« Al-Jihad fi al-Islam »
La rédaction par Maulana Maududi de son ouvrage « Ar-Jihad fi al-Islam » possède un certain arrière-plan historique.
À la fin de l’année 1926, Swami Shraddhanand, initiateur et dirigeant du mouvement Shuddhi, fut tué par un agresseur musulman. L’Inde hindoue entra alors dans une agitation extrême. Une vaste campagne contre les musulmans et l’islam fut lancée par les hindous. Ils propagèrent l’idée que l’islam incitait ses adeptes au meurtre. Même M. Gandhi déclara, dans un communiqué, que l’islam avait été propagé autrefois par l’épée et qu’il en était encore ainsi à l’époque actuelle. Leur propagande contre l’islam emplit l’atmosphère de l’Inde, et des émeutes et affrontements entre hindous et musulmans commencèrent en divers endroits à l’étranger. En s’efforçant de mettre fin à toutes ces propagandes infondées et provocatrices, Maulana Muhammad Ali Jauhar exprima sa profonde tristesse en disant : « Ah ! Si seulement il y avait aujourd’hui en Inde quelque serviteur d’Allah, un moudjahid véritable, capable de leur donner une réponse écrasante à toutes ces viles propagandes, comme ce serait merveilleux ! »
Le jeune moudjahid Maulana Maududi était présent à ladite réunion de la mosquée Jama Masjid. Comme cela a déjà été indiqué, il était à cette époque le rédacteur en chef du journal « Al-Jamiat ». L’inspiration du djihad se mit à couler dans son esprit, son cœur et chacune de ses veines. Il résolut fermement de répondre à l’Inde hindoue et aux autres ennemis de l’islam. Dès le début de 1927, il commença donc à publier régulièrement dans son journal des articles intitulés « Al-Jihad fi al-Islam ». Par la suite, ceux-ci furent publiés sous la forme d’un ouvrage volumineux.
Le Dr Iqbal formula le commentaire suivant au sujet de cet ouvrage :
« Cet ouvrage, qui expose les règles de la loi islamique relatives au djihad, à la guerre et à la paix, est original et remarquable. J’invite toute personne instruite et cultivée à le lire. »
L’ouvrage écrit de la propre main de Maulana n’eut pas non plus une faible influence sur son propre caractère. Il fit à ce sujet le commentaire suivant :
« C’est moi qui ai le plus profité de cet ouvrage. Lorsque je le rédigeais, l’attachement et l’enthousiasme suscités en moi par la dignité nationale étaient plus forts que ceux suscités par la dignité religieuse. Mais, au cours de la rédaction de l’ouvrage et des recherches documentaires qui s’y rapportaient, j’eus l’occasion d’étudier avec attention et dans le moindre détail les principes fondamentaux de l’islam, ainsi que ses commandements et ses interdits. Il en résulta que, non seulement j’acquis une connaissance complète des prescriptions de la charia et une conviction entière de leur véracité, mais qu’une motivation irrésistible naquit également en moi pour rétablir le système de gouvernement d’Allah. En outre, j’appris aussi la méthode d’action à suivre pour lutter dans ce domaine. Je décidai alors d’abandonner les méthodes alors en usage dans le journalisme. C’est pourquoi je rompis mes liens avec le journal Al Jamiat. Je pris alors la résolution que, si jamais j’entrais à l’avenir dans le monde du journalisme, je ne le ferais qu’à la condition de l’utiliser exclusivement comme une arme pour propager le dîn al-haqq. Après cela, je consacrai cinq longues années uniquement à l’étude et à l’acquisition du savoir. »
Avant 1928, Maulana Maududi avait commencé à apprendre l’allemand. Mais, après quelques mois d’étude, son professeur quitta Delhi pour une autre destination, et son espoir resta inassouvi.
À cette époque, un désaccord fondamental commença à opposer Maulana aux dirigeants du journal Al Jamiat et à la Jamiat Ulama-e-Hind. La Jamiat Ulama était devenue un soutien aveugle du Congrès national indien. Alors que des dirigeants éminents du pays, tels que Maulana Muhammad Ali, avaient abandonné le Congrès en raison de son obstination, de sa politique à double visage et de son attitude hostile à l’islam, il était extrêmement indigne de la Jamiat Ulama de rester le porte-parole servile de ce même Congrès. C’est pourquoi, en 1928, il renonça pour toujours à la direction de ce journal.
La vie indépendante de Maulana
Après avoir abandonné le journalisme, Maulana Sayyid Abul Ala Maududi décida de se consacrer à la compilation et à la rédaction d’ouvrages. Mais, comme les ouvrages précieux nécessaires pour recueillir les informations relatives aux sujets sur lesquels il souhaitait écrire étaient difficiles à trouver à Delhi, il dut retourner à Hyderabad. Il y resta jusqu’en août 1928. Durant cette période, il rédigea Tarikh-e as-Saljuk (l’histoire des Seldjoukides), traduisit la partie intitulée « Les califes fatimides en Égypte » de l’Histoire d’Ibn Khaldun, puis, au mois d’août, tomba malade et se rendit à Delhi.
Il lui fallut plusieurs mois pour recouvrer complètement la santé. Il séjourna ensuite plusieurs mois à Bhopal, où il rassembla les informations nécessaires à la rédaction de son ouvrage tant désiré, L’histoire du Deccan. En juillet 1931, il retourna à Hyderabad et se consacra à la rédaction de l’ouvrage susmentionné.
Il convient de mentionner à ce propos que son frère aîné, Sayyid Abul Khair Maududi, se trouvait déjà à Hyderabad. Il était membre du Daruttarjama d’Osmania. Maulana Maududi vécut plusieurs années à Hyderabad auprès de son frère.
En 1932, Maulana Maududi traduisit, pour le compte du Daruttarjama de l’Université d’Osmania (Department of Translation), l’ouvrage arabe intitulé Al-Asfar al-Arba’a, de l’Allama Sadruddin Shirazi. Ce livre est un ouvrage de philosophie extrêmement complexe, rédigé en arabe.
Le titre complet de cet ouvrage arabe était « Al-Hikmatul Mutaâliya fi Asfâr il-Aqliya ». Cependant, les spécialistes de la langue arabe le connaissaient seulement sous le nom d’« Asfârul Aribaya ». Les grands érudits de la langue arabe ont fait remarquer que l’ouvrage était si complexe et si difficile qu’à cette époque, dans toute l’Inde, il n’y avait pas plus de cinq ou dix personnes capables de le lire correctement, sans même parler de le traduire.
Quoi qu’il en soit, pour cette traduction réussie et satisfaisante de l’ouvrage, le service de traduction versa au Maulana une rémunération considérable.
Cette somme considérable obtenue grâce à la traduction contribua à l’épanouissement du talent du Maulana. Dès qu’il reçut l’argent, le Maulana acheta avec celui-ci tous les volumes de l’« ENCYCLOPAEDIA BRITANNICA ». Bien plus, il en réserva une part importante à son futur « Tarjumanul Quran » et utilisa le reste pour acheter des ouvrages précieux de hadith, de tafsir, de fiqh et d’autres disciplines.
La vie militante du Maulana
Une nouvelle période de la vie du Maulana Maududi commença en 1932. Aucun homme instruit et doué d’une conscience saine ne peut nier que le Maulana a consacré toute sa vie à montrer à l’humanité égarée et désorientée du monde moderne voué à la destruction une voie simple, saine et fondée sur la science. À vrai dire, son œuvre de toute une vie a marqué, au sein d’un monde accablé par le péché et la souffrance, le début prometteur d’un puissant mouvement islamique ainsi que d’une révolution morale et spirituelle de la société humaine.
En 1932, le Maulana lança depuis Hyderabad, au Deccan, une revue mensuelle intitulée « Tarjumanul Quran ». C’est à partir de cette époque qu’il commença à vivre séparément. Il publia cette revue depuis une maison à deux étages située près du marché de Muazzam Shahi, avec l’aide d’un seul employé. Il était encore célibataire à cette époque.
Publier une revue n’était pas une mince affaire. Cela nécessitait une stabilité financière. Or, à vrai dire, il ne disposait d’aucune ressource financière. Il n’avait ni biens ni moyens, ni maison familiale, ni revenu mensuel régulier. Il en discuta longuement avec son frère aîné. Celui-ci fut bouleversé en apprenant sa résolution de publier une revue mensuelle dans une telle indigence financière. Il finit par obtenir pour le Maulana un poste de professeur de haut grade à l’université d’Osmania et lui demanda de renoncer à l’audace et aux risques liés à la publication de la revue. Pendant six heures, le frère aîné tenta de convaincre son cadet à ce sujet. Malgré cela, le Maulana lui adressa d’une voix calme et grave cette requête :
« Nous ne pouvons plus perdre de temps. J’ai la ferme conviction que, si mes paroles sont sincères, mon inspiration ne restera pas vaine. »
Il ajoute : « La situation est devenue extrêmement grave. Je vois que le déluge n’est plus très éloigné. Ce déluge sera plus terrible et plus destructeur que celui de la domination anglaise de 1857. Je considère qu’il est de mon devoir de mettre les musulmans en garde contre ce danger. Je m’efforcerai de les servir d’une manière ou d’une autre, dans la mesure de mes capacités. »
Voyant les arguments irréfutables et la détermination inébranlable de son jeune frère, l’aîné renonça à son opposition. Résistant à l’attrait d’un emploi bien rémunéré à l’université d’Osmania, Maulana Maududi se consacra au service de la nation par l’intermédiaire de la presse. Il lança, par ses écrits, un mouvement révolutionnaire.
Il est certes indéniable que, pour conduire scientifiquement un mouvement fondé sur un idéal, trois éléments sont principalement indispensables.
Premièrement, il faut posséder une connaissance complète et une conviction ferme concernant le domaine dans lequel le mouvement doit être mené, ainsi que maîtriser une méthode d’action scientifique pour le diriger.
Deuxièmement, il faut, d’une part, former son propre caractère sur la base de l’idéal qui sera propagé et, d’autre part, le diffuser au sein de la société humaine.
Troisièmement, il faut constituer une jamaat ou un groupe composé de quelques personnes au caractère pleinement conforme à cet idéal, puis s’engager dans une lutte à la vie à la mort pour le mettre en œuvre.
Telle est la seule méthode scientifique et appropriée pour faire réussir un mouvement, quel qu’il soit. Nous constatons également que la vie de Maulana Maududi se divise en ces trois étapes.
Premièrement, de son enfance jusqu’à avant 1932, cette longue période de sa vie s’écoula dans l’acquisition de connaissances sur l’islam, le mouvement islamique, le Coran et les hadiths, le fiqh, le jihad, la guerre et la trêve, ainsi que sur les politiques intérieure, étrangère et internationale de l’État islamique, entre autres sujets. En outre, il se familiarisa également avec les connaissances et les sciences du monde moderne.
Ensuite, en 1932, commença la deuxième étape de sa vie. À cette époque, il exposa l’idéal islamique à la société humaine par l’intermédiaire de la revue mensuelle intitulée « Tarjuman-ul-Qur’an ».
Au troisième stade, c’est-à-dire en 1941, une Jamaat ou un parti islamique fut constitué par un groupe d’hommes attachés à des idéaux et dotés d’un caractère moral. Jusqu’en 1971, ce groupe a mené sans interruption un mouvement islamique selon une ligne d’action spécifique dans l’ensemble de l’Inde et du Pakistan ; depuis 1971, il le poursuit au Pakistan restant et au Bangladesh. C’est ce groupe qui est appelé la « Jamaat-e-Islami ». Après l’instauration de la loi martiale au Pakistan, le 7 octobre 1958, il fut interdit comme les autres partis. La Jamaat reprit ses activités à partir de 1962.
Quoi qu’il en soit, la revue mensuelle « Tarjuman-ul-Qur’an », fondée et publiée en 1932, paraît depuis lors régulièrement et avec soin. Nul n’ignore l’appel vibrant qu’il a adressé au pays et à la nation par l’intermédiaire de cette revue, ni le fait qu’à travers la Jamaat-e-Islami fondée en 1941, il a formé de véritables soldats de l’islam, inébranlables et immuables comme des montagnes.
La quête de la vérité du Maulana et sa pensée révolutionnaire annonçaient une véritable révolution, et cette révolution était pleinement islamique, sociale, économique, politique, mentale et spirituelle. Il avait parfaitement compris que la voie qu’il avait choisie était semée d’épines, pleine de dangers et solitaire. Pourtant, l’appel de la vérité l’avait rendu fou. D’un côté, la civilisation capitaliste et athée de l’Occident opprimait la société humaine ; en réaction, de l’autre côté, le mirage du communisme ou de l’égalitarisme privait l’être humain de ses droits fondamentaux et l’enfermait dans un enclos à bestiaux. La nation musulmane, privée des enseignements de l’islam, dérivait au gré du flot de la confusion mentale. C’est précisément à cette heure critique que le Maulana Maududi, brandissant le flambeau du Noble Coran et de la Sunna du Messager, appela les hommes vers le droit chemin. Il savait parfaitement que cette voie n’était pas jonchée de fleurs, mais qu’elle était au contraire extrêmement ardue et pleine de périls. Pourtant, c’est sur cette voie qu’il s’élança d’un cœur intrépide. Tout d’abord, ses amis se moquèrent de lui, le traitant de fou. Ses proches s’éloignèrent en poussant de longs soupirs de désespoir. Ses compagnons de route s’arrêtèrent en chemin. Mais son voyage ne s’arrêta pas. Son élan ne faiblit pas et son cœur ni son esprit ne se découragèrent.
Le djihad dans la voie d’Allah
Le Maulana commença le djihad dans la voie d’Allah précisément par son premier ouvrage, « Al-Jihad fi al-Islam ». Il s’agit d’un djihad commencé par l’écriture. C’est le djihad par l’écriture.
Il n’est pas possible d’examiner ici le contenu de cet ouvrage. Bien qu’il ait été rédigé au début de sa vie, la profonde érudition dont il fait preuve concernant son important contenu se perçoit clairement dès la préface. Chaque page de cet ouvrage révèle sa crainte révérencielle de Dieu, son amour de Dieu ainsi que son inspiration inlassable en faveur de la victoire, de la gloire et de l’expansion de la prééminence de l’islam. Pour l’information des lecteurs, nous citons ci-dessous la préface qu’il rédigea pour la première édition de l’ouvrage :
« À l’époque moderne, parmi les accusations mensongères et infondées que l’Europe a portées contre l’islam pour des raisons d’intérêts politiques, la plus grave est celle selon laquelle l’islam serait une religion sanguinaire et initierait ses adeptes au culte du sang. Si une part de vérité avait été à l’origine de ces accusations, elles auraient tout naturellement été formulées précisément à l’époque où le monde tremblait devant les conquêtes des musulmans. C’est effectivement à ce moment-là qu’aurait pu naître le soupçon que ces campagnes victorieuses fussent le résultat d’un enseignement religieux sanguinaire. Mais, chose étonnante, ces accusations ne furent lancées que longtemps après le coucher du soleil de la gloire de l’islam. L’âme fut insufflée à cette effigie forgée par l’imagination des accusateurs à une époque où l’épée de l’islam s’était émoussée. À l’inverse, c’est précisément à cette époque que l’épée nue de l’Europe se teignait du sang frais d’innocents enfants humains. De même qu’un gigantesque python mord et avale de petites créatures, l’Europe, à cette époque, engloutissait à la chaîne les nations faibles. Si, en ce temps-là, la moindre parcelle de bon sens était apparue chez quelqu’un dans le monde, on aurait certainement demandé si ceux qui faisaient couler des fleuves de sang sur la terre avec le sang frais des faibles et se livraient au brigandage contre les autres nations avaient le moindre droit d’accuser l’islam. Bien au contraire, ils étaient eux-mêmes coupables de ce crime. Derrière toute leur dissection de l’histoire et leurs débats érudits ne se cachait-il pas le dessein malveillant de détourner vers l’islam le flot impétueux de haine et de colère du monde qui menaçait de se déverser sur eux ? Mais c’est une faiblesse naturelle de l’être humain que, lorsqu’il est vaincu sur le champ de bataille, il soit également vaincu dans le domaine de l’enseignement. Celui qui est terrassé par le coup de son épée ne peut pas davantage supporter le coup de sa plume. C’est pourquoi, à chaque époque, les pensées et les doctrines qui se manifestent sous la protection de l’épée exercent leur influence dans le monde. En vérité, l’Europe réussit à jeter de la poussière aux yeux du monde à ce sujet. Ainsi, les nations à l’esprit servile acceptèrent sans examen ni réflexion approfondie les conceptions erronées formulées au sujet du djihad islamique, les tenant pour des vérités absolues, à l’égal de la « révélation » céleste. »
Au cours du siècle dernier comme à l’époque actuelle, les musulmans ont répondu à maintes reprises aux accusations susmentionnées. On a tant discuté de cette question qu’elle est désormais considérée comme une sorte de sujet superflu et abandonné. Cependant, le défaut que j’ai relevé dans ces réponses est le suivant : les défenseurs de l’islam semblent, accablés par leurs adversaires, se tenir dans le box des accusés et se préparer à présenter leur défense comme des coupables. Certains grands personnages sont même allés jusqu’à remanier et à corriger l’enseignement et la politique islamiques afin de renforcer leur cause. En outre, terrorisés par la crainte de leurs adversaires, ils ont tenté de supprimer de l’histoire de l’islam les faits qu’ils jugeaient personnellement compromettants, afin qu’ils échappent au regard des opposants. Ceux chez qui ces défauts ne se retrouvent pas non plus donnent des réponses qui restent incomplètes, parce qu’ils n’exposent pas pleinement l’enseignement islamique sur le jihad et la guerre en islam. Ils semblent s’efforcer de dissimuler ces questions, laissant ainsi place au doute à leur sujet.
Pour dissiper la confusion, il est nécessaire d’analyser, à la lumière du Coran, de la Sunna et de la science du fiqh, l’enseignement et les lois islamiques relatifs au jihad et à la guerre menés dans la voie d’Allah afin d’exalter la religion et la parole d’Allah. Il n’est permis de modifier ou d’accroître, ne serait-ce que d’un iota, aucune de ces lois. Il ne faut tenter en aucune manière de modifier les buts fondamentaux et l’enseignement de l’islam. Je suis en profond désaccord avec l’idée qu’il faudrait reformuler et présenter ses convictions selon le point de vue d’autrui. Il n’existe dans le monde aucun problème sur lequel tous s’accorderaient en adoptant un même point de vue. Chaque groupe possède une vision qui lui est propre et la considère comme infaillible. Aussi flatteur que soit le tableau que nous puissions donner de nos convictions fondamentales pour complaire au point de vue d’autrui, il est impossible que les adeptes de doctrines différentes soient pour autant d’accord avec nous. La meilleure méthode consiste donc à exposer clairement la véritable image de nos croyances et de notre doctrine, de nos problèmes, de notre enseignement et de notre politique, puis à faire connaître au monde notre point de vue de la meilleure manière possible. Ensuite, laissons cela à leur intelligence et à leur conscience. S’ils l’acceptent, tant mieux. S’ils ne l’acceptent pas, cela ne nous importe pas davantage. C’est la seule méthode saine pour appeler à la vérité et la propager. Les nobles prophètes (paix sur eux) et les grands hommes fermement attachés à la vérité ont suivi cette voie.
Je ressentais depuis longtemps la nécessité de cette entreprise. Mais, malgré cette conviction, je n’avais pu prendre aucune mesure à ce sujet. La seule raison en était le manque de temps. Car chacun sait que, dans la vie d’un journaliste, le temps et les loisirs sont choses rares. Toutefois, vers la fin du mois de décembre 1926, un événement survint qui m’obligea, malgré de nombreuses difficultés, à prendre des mesures concrètes. Voici ce qui se passa : Swami Shraddhanand, le dirigeant du mouvement Shuddhi, fut assassiné. Profitant de cette occasion, des gens ignorants et étroits d’esprit commencèrent à semer la confusion au sujet du jihad islamique. Car, malheureusement, un musulman fut accusé de ce meurtre, et la presse lança une campagne affirmant que cet homme avait tué Swami Shraddhanand parce qu’il le considérait comme son ennemi religieux. On propagea en outre qu’il croyait gagner le paradis pour cet acte. Seul Celui qui connaît les secrets des cœurs connaît le véritable mystère. Mais c’est une telle version de l’événement qui fut présentée au public. C’est pourquoi cette affaire provoqua généralement une vive agitation parmi les adversaires de l’islam. Ensuite, malgré les déclarations des oulémas, la publication de brochures de propagande islamique et l’analyse de la déclaration unanime des personnalités éminentes de la société, ils ne se contentèrent pas de considérer l’événement comme un fait isolé : ils rendirent la nation musulmane tout entière et l’enseignement islamique responsables de cet assassinat. Ils lancèrent également contre le saint Coran cette calomnie : il rendrait les musulmans si fanatiques qu’ils considéreraient comme un devoir absolu de tuer tout incroyant et espéreraient ainsi entrer au paradis. Certains individus téméraires allèrent jusqu’à déclarer que, tant que l’enseignement du Coran resterait en vigueur, la paix ne pourrait pas être instaurée. L’humanité devait donc s’employer à l’abolir. Ces opinions erronées furent propagées à un tel point que même les personnes saines d’esprit en furent déconcertées. Gandhi lui-même, le plus éminent et le plus avisé des membres de la communauté hindoue, influencé par cette propagande, alla jusqu’à déclarer :
« L’islam est né dans un environnement où toutes les décisions étaient prises par l’épée, et où elles le sont encore aujourd’hui. »
Bien que ces propagandes ne fussent fondées ni sur une recherche de la vérité ni sur une discussion philosophique, mais que leurs promoteurs ne fissent que répéter, tels des perroquets, exactement ce que leurs maîtres leur avaient enseigné depuis des temps immémoriaux, un événement extraordinaire donna néanmoins à ces superstitions une apparence telle que les ignorants pouvaient facilement être trompés. En vérité, de telles conceptions erronées ont toujours fait obstacle à la propagation de l’islam. C’est précisément dans de telles circonstances qu’il devient nécessaire de mettre davantage en lumière les véritables enseignements de l’islam, afin qu’après la dissipation des nuages le soleil puisse se lever en répandant ses rayons éclatants. C’est pourquoi je consacrai à la rédaction d’articles sur ce sujet le peu de temps libre dont je disposais après avoir dirigé le journal. Ces articles commencèrent également à être publiés dans le journal « Al-Jamiyyat ».
Dans un premier temps, j’avais décidé de rédiger sur ce sujet un article succinct. Mais, après le début de la discussion, il devint nécessaire, au fil du propos, d’éclairer les différents aspects du sujet, si bien que les colonnes du journal se révélèrent tout à fait insuffisantes. Je fus donc contraint d’en interrompre la publication dans le journal après la parution de vingt-trois ou vingt-quatre numéros. Je publie maintenant l’ensemble du sujet sous la forme de cet ouvrage. Bien que différents aspects de diverses questions y soient examinés, le manque de temps m’a obligé à laisser plusieurs sujets inachevés. Les questions qui auraient dû faire chacune l’objet d’un chapitre ont été traitées en quelques lignes seulement. Lors de la rédaction de cet ouvrage, j’ai veillé tout particulièrement à n’y insérer nulle part ni opinion personnelle ni commentaire de qui que ce soit. Au contraire, j’ai consigné toutes les questions fondamentales et jusque dans leurs moindres détails à la lumière du Saint Coran. Lorsque j’ai jugé nécessaire d’en donner une explication détaillée, j’ai eu recours aux recueils de hadiths, aux ouvrages fiables de fiqh et aux exégèses authentiques et dignes de confiance. En lisant cela, chaque lecteur pourra comprendre qu’aucun élément nouveau n’a été inventé dans cet ouvrage pour l’adapter au monde actuel. Tout ce qui y est dit repose entièrement sur les paroles d’Allah, de Son bien-aimé Messager (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui) et des nobles prophètes (que la paix soit sur eux).
À tous les non-musulmans qui, sans être animés d’une simple hostilité, ne nourrissent pas une inimitié aveugle envers l’islam, j’adresse cette demande : qu’ils essaient, à travers cet ouvrage, de connaître le véritable enseignement islamique concernant la guerre. Ensuite, s’ils ont quelque objection à formuler contre celui-ci, qu’ils la formulent. Si, malgré cela, un doute subsiste dans l’esprit de quelqu’un, je m’efforcerai de le dissiper.
Delhi
15 juin 1972. Aboul A‘la.
Objet de cet ouvrage
Les cinq premiers chapitres de cet ouvrage considérable exposent en détail la dignité du jihād islamique, la guerre défensive, la propagation de l’islam et l’épée, ainsi que les lois islamiques relatives à la guerre et à la trêve. Le sixième chapitre traite des doctrines de la guerre dans les religions hindoue, bouddhiste, juive et chrétienne. Le septième chapitre est consacré à la guerre et à la trêve telles qu’elles sont conduites sous la civilisation actuelle.
On peut affirmer sans la moindre hésitation qu’aucun auteur, dans aucune langue du monde, n’a écrit sur ce sujet un ouvrage aussi riche en informations, aussi raisonné et aussi documenté. C’est Allah le Très-Haut qui a accordé cet honneur et cette renommée au mawlānā Sayyid Aboul A‘la Maududi.
Tarjuman-ul-Qur’an
Il a été dit plus haut que le mawlānā Maududi lui-même a tiré le plus grand profit de l’ouvrage « Al-Jihad fi al-Islam ». Inspiré par celui-ci, après cinq ou six années d’étude approfondie et d’acquisition du savoir, il commença en 1932, depuis Hyderabad du Deccan, à publier la revue mensuelle « Tarjuman-ul-Qur’an » et entama une lutte ininterrompue. Les pages de Tarjuman-ul-Qur’an portent la marque de l’appel révolutionnaire qu’il lança, seul et dans la pauvreté matérielle, pour éveiller une nation assoupie et la guider sur le chemin de la vérité.
La publication de Tarjuman-ul-Qur’an
Le 31 juillet 1931, le mawlānā Maududi revint de Delhi à Hyderabad. Dans la ville d’Hyderabad, un musulman au cœur pieux, M. Abu Muhammad Musleh, publiait depuis quelque temps une revue mensuelle intitulée « Tarjuman-ul-Qur’an ». Son objectif était de faire parvenir le saint message du Qur’an dans chaque foyer. Impressionné par la sagesse du mawlānā Maududi, son talent, sa compétence remarquable dans le domaine du journalisme et, plus encore, par son extraordinaire connaissance de l’islam, il lui confia la rédaction de Tarjuman-ul-Qur’an. Pensant pouvoir utiliser pleinement la revue au service de l’appel et du mouvement islamiques, le mawlānā accepta cette responsabilité. À partir de cette date, les mots suivants commencèrent à être imprimés chaque mois sur la quatrième de couverture de la revue (dernière page) :
« Dans toute l’Inde, il n’existe qu’une seule revue de ce genre. Son unique objectif est de faire triompher la Parole d’Allah et de lancer l’appel au jihād fī sabīl Allāh. Examiner et critiquer, du point de vue du Coran, les courants de pensée, les doctrines et les principes fondamentaux des civilisations et des cultures que l’on répand dans le monde ; expliquer et analyser la philosophie, la science, la politique, l’économie, la culture et la vie sociale — bref, chaque domaine — à la lumière des principes fondamentaux exposés par le Coran et la Sunna : tels sont l’objectif essentiel et le sujet de cette revue. Cette revue invite la communauté musulmane à une vie nouvelle. L’essentiel de son appel est le suivant : “Rendez votre esprit et votre cœur musulmans. Abandonnez les usages et les méthodes de la jāhiliyya et suivez la voie droite de l’islam. Sortez, le Coran à la main, et demeurez sur terre en vainqueurs.” »
Il convient de préciser que, dès le début de 1932, le Maulana acheta la propriété de Tarjumān al-Qurʾān, dont il assurait la rédaction et qui appartenait à Abu Muhammad Musleh Sahib, puis se consacra librement au service de la religion et de la communauté.
Dans le troisième numéro de Tarjumān al-Qurʾān, en 1932, il déclara à la troisième page : « Il faut présenter l’islam dans sa véritable lumière, celle dans laquelle le Coran Majīd l’a présenté. »
À la cinquième page, il déclara : « Il faut aider chacun, musulman ou non-musulman, à comprendre le Coran — et dissiper les doutes et les incertitudes qui naissent dans l’esprit de ceux qui l’étudient. »
À la page 150 de la revue, il fut probablement le premier à présenter ainsi la conception islamique de la vie :
« Du point de vue de l’islam, le monde n’est ni une chose méprisable et répugnante qu’il faudrait abandonner, ni une chose dont l’être humain devrait devenir éperdument épris et dans les plaisirs de laquelle il devrait se dissoudre. Il n’est ni entièrement paix et sérénité, ni entièrement malheur et trouble. Il n’est juste ni de s’en tenir éloigné ni de s’y immerger totalement. Il n’est ni entièrement impur et souillé, ni entièrement pur et immaculé. En outre, la relation de l’être humain avec ce monde ne doit pas être celle d’un roi avec son royaume. Elle ne doit pas non plus être celle d’un prisonnier qui baisse la tête devant sa prison. L’être humain n’est pas à ce point victorieux et puissant que toute chose s’incline devant lui. Il n’est pas non plus si impuissant que sa volonté ne compte en rien, ni si puissant que sa volonté et son désir soient tout. Il n’est ni le souverain absolu de la création, ni l’esclave impuissant d’une multitude innombrable de maîtres. La vérité se trouve dans une position intermédiaire entre ces deux extrêmes. »
Lorsque sa revue entra dans sa deuxième année, il déclara dans un article éditorial :
« Tarjumān al-Qurʾān, sous ma direction, achève sa première année et entre dans sa deuxième. Je considère qu’il est de mon devoir le plus impérieux d’exprimer ma gratitude à Allah pour la force qu’Il m’a accordée, au cours de cette année, de servir Sa religion et Son précieux Livre, le Noble Coran, et pour m’avoir maintenu ferme et inébranlable dans cette œuvre, malgré les circonstances profondément désespérantes que j’ai traversées. Certes, comparée à Ses faveurs et à Ses dons, ma gratitude est bien insignifiante. Si, dans les circonstances où j’ai pris en charge la rédaction de cette revue, ainsi que face aux épreuves que j’ai dû affronter par la suite, je m’étais appuyé non pas uniquement sur Dieu, mais sur les moyens et les ressources de ce monde ainsi que sur mes propres forces et capacités, j’aurais certainement été plongé dans le désespoir. Mais, grâce à Dieu, je n’avais pas la moindre confiance en quoi que ce soit de ce monde et je ne comptais que sur la grâce d’Allah. La promesse de Dieu est littéralement vraie : quiconque s’efforce avec patience et sincérité dans Sa voie verra assurément le succès, et ni les peines ni les difficultés ne pourront l’atteindre. » (Tarjumān al-Qurʾān, Muharram 1353 H.)
Bien qu’ayant été confronté à d’immenses épreuves et à la misère financière, le maulana Maududi ne demanda l’aide de personne et ne se soumit à personne. Cela témoignait de la profondeur de sa relation avec le Seigneur. Le département religieux de l’État du Nizam d’Hyderabad achetait chaque année plusieurs centaines d’exemplaires du Tarjumān al-Qur’ān. Un jour, ces achats furent interrompus. Le nawab Zul Qadar Jang Bahadur était le responsable de ce département. Il exprima le souhait que, si le maulana venait lui-même le voir pour le solliciter et le flatter, il ferait en sorte que sa revue soit de nouveau achetée en plus grand nombre. Ayant appris cette nouvelle, le maulana déclara : « Même si je devais rester en vie jusqu’au Jour de la Résurrection, je n’irai pas le voir. Car il ne s’agit pas de mon travail personnel, mais de l’œuvre de la religion. »
En conséquence, le maulana dut naturellement subir une énorme perte financière.
Lorsque la revue entra dans sa troisième année, le maulana rédigea l’éditorial suivant :
« Ce mois-ci commence la troisième année du Tarjumān al-Qur’ān. La première année s’est écoulée dans la misère. Au cours de la deuxième année, une certaine aisance apparut grâce à la faveur de Dieu. Mais la troisième année laisse de nouveau entrevoir l’épreuve et la pauvreté. Quoi qu’il en soit, dans la joie comme dans l’affliction, nous devons nous en remettre exclusivement à Allah. Car Lui seul est digne de confiance et constitue le seul appui véritable. Il a affirmé avec fermeté qu’après la difficulté viendra certes l’aisance, et que cela est inévitable. Nous avons donc la ferme conviction que, si nous restons fermes dans le service de la religion même dans l’épreuve, et si nous nous en remettons à Lui en considérant Allah comme notre seul Secours et Celui qui exauce nos souhaits, alors les effluves de Sa grâce se présenteront à nous sous la forme du bonheur. Nous savons que toutes les épreuves, les humiliations, les souffrances et la pauvreté ne surviennent que pour nous mettre à l’épreuve. »
Dans cet éditorial, il dit également :
« La situation actuelle de la nation musulmane ressemble à celle d’une terre stérile où poussent en abondance des plantes de piètre qualité, tandis que les arbres d’une bonne espèce ne peuvent y pousser. Sous nos yeux, de nombreuses semences de bien et de prospérité ont disparu sous la terre. Ailleurs, bien que les graines aient germé, elles ont fini par dépérir sans parvenir à étendre leurs racines. […] Mais, à mon avis, un homme musulman ne peut avoir pour conduite de rester assis, découragé, en voyant la stérilité du sol, les conditions climatiques défavorables de la saison et le manque d’eau. Depuis les temps anciens, telle est la loi de la nature : il faut labourer la terre stérile et lutter contre sa dureté. Il faut l’humecter de sa propre sueur, voire, si nécessaire, de gouttes de son sang, et y semer les graines sans se soucier du résultat. Si, grâce à ses efforts, la terre stérile devient verdoyante et fertile, il va sans dire que tout est bien. Mais même s’il passe toute sa vie à travailler en vain sur cette terre improductive et finit un jour par y mourir, ce n’est pourtant pas, en réalité, une défaite pour lui. N’est-ce pas déjà une réussite considérable que, jusqu’au dernier instant de sa vie, il soit resté fermement attaché à l’œuvre qu’il considérait comme obligatoire (fard) et qu’aucun échec n’ait pu le détourner de son devoir ? (Tarjumān al-Qur’ān, Muharram 1354 de l’hégire). »
L’amour et l’affection pour Dieu, la relation profonde et intime avec Lui, la dépendance à Son égard et l’anéantissement de soi en Lui : tout cela constitue la provision de route de ceux qui souhaitent cheminer sur la voie d’Allah. Nous retrouvons également tous ces traits dans le caractère du maulana Maududi. L’éditorial cité plus haut et ses actes concrets le prouvent donc sans aucun doute.
Lorsque le Tarjumān al-Qur’ān entra dans sa quatrième année, il fit le commentaire suivant dans sa rubrique éditoriale :
« Est-ce une petite faveur de Dieu qu’Il ait employé une personne insignifiante comme moi au service éminent de la religion ? Si l’on avait choisi pour cette tâche quelqu’un sur la base du savoir, de la crainte de Dieu, de la sincérité et d’une connaissance complète de l’apparent et du caché, jamais, en aucun temps, je n’aurais été jugé digne de l’accomplir. Sa faveur plus grande encore est que toutes mes erreurs et mes égarements ont été négligés. J’étais ignorant : Il m’a accordé le savoir. J’étais égaré : Il m’a montré le droit chemin. J’étais démuni et découragé. Il m’a accordé la patience, le courage et la fermeté dans ma résolution. J’étais privé de tout soutien et de tout moyen : Il m’a secouru à chaque pas depuis des trésors invisibles et a rendu chaque épreuve si facile qu’elle dépassait mon imagination. Je suis assoiffé de savoir : en dehors de Lui, personne ne peut apaiser cette soif. Mon savoir et mon intelligence comportent d’innombrables lacunes et erreurs. S’il existe quelqu’un pour les corriger, c’est Lui seul. Mon cœur est inquiet, mon âme impatiente et agitée, mon esprit troublé. Lui seul peut guérir cette maladie. Je suis plongé dans un océan de péchés. Mes actes comportent d’innombrables défauts et manquements. Ma faiblesse naturelle me détourne à chaque instant de la voie qui mène à la satisfaction de Dieu. En dehors de Dieu, nul ne peut supprimer ces défauts qui sont les miens. Je Lui demande une pensée saine et une vision claire. Je Lui demande la force de n’aimer et de ne haïr que pour Allah. »
(Tarjumân-ul-Qur’an, Muharram 1355 H.)
Dans les paroles ci-dessus s’est pleinement exprimée l’intériorité d’un amoureux de Dieu et d’un ascète sincère. Il incline la tête en méditant sur ses propres péchés. Honteux et humilié par son indignité, il s’abaisse. Son ardent désir de marcher sur le Sirât al-Mustaqîm, sa soif de savoir, son empressement à se tenir humblement devant le Seigneur, à se rouler dans la poussière, et son désir éperdu d’obtenir l’amour du Seigneur : tout cela caractérise le mard-e mu’min, le croyant épris jusqu’à la folie.
La description qui précède permet de comprendre clairement dans quelles circonstances adverses il appelait, avec un esprit calme et résolu, la nation musulmane à la vérité. Pendant six ou sept années consécutives, il s’efforça ainsi d’éveiller une conscience parmi les musulmans de l’Inde et du Pakistan. Il poursuivait seul et sans relâche son combat sur un chemin difficile. Dans sa poitrine : un courage infini ; dans sa main : une plume irrésistible ; et une confiance absolue en Dieu. Pourtant, en raison de la faiblesse naturelle propre à l’être humain, une profonde tristesse et une grande douleur affleuraient parfois. Il écrivit dans sa revue :
—« Le progrès maximal de cette revue est le désir le plus ardent de mon cœur. Cependant, je ne suis pas satisfait de la manière dont elle paraît actuellement. Je veux qu’elle devienne une force révolutionnaire. Qu’elle fasse sortir la pensée humaine des ténèbres de l’ignorance pour la faire resplendir de la lumière de l’islam, et qu’elle purifie, illumine et développe cette pensée sur le fondement même des principes islamiques authentiques. L’islam, que l’on a réduit à une matière inerte, improductive et simplement commémorative du passé, que cette revue puisse le présenter à la société comme une force dynamique, comme un mouvement actif et un créateur de révolution au service d’un mode de vie. J’espère qu’au moyen d’une critique élevée et de la contestation, elle extirpera une à une du monde les racines de l’opposition à l’islam et que, par une recherche approfondie des faits, elle résoudra chaque problème de la vie sur la base des principes fondamentaux de l’islam. Depuis six ans, je nourris cet espoir dans mon cœur et je m’efforce de toutes mes forces d’atteindre cet objectif. Mais, malheureusement, sur cette voie je suis entièrement seul, dépourvu de moyens, de ressources et de soutien. Mes forces et mes capacités sont limitées. Ainsi, je ne parviens pas à accomplir ce que je désire faire. Je cherche de tous côtés des collaborateurs et des compagnons de travail. Je n’en trouve nulle part. Dans cette ville populeuse, je me sens solitaire, inconnu et étranger. Celle dont l’amour m’a rendu fou, cette bien-aimée est introuvable. Depuis des années, j’expose mes sentiments à certaines personnes ; pourtant, lorsque je m’approche d’elles, il me semble qu’elles sont très éloignées de moi. Leurs aspirations diffèrent des miennes. Le but de leur vie est distinct du mien. Mon cœur leur est étranger. C’est pourquoi mon appel désespéré ne parvient pas à leurs oreilles. C’est comme si je vivais dans un monde entièrement différent. »
Quoi qu’il en soit, à travers les espoirs, les déceptions, les coups et les contre-coups, le « Tarjumân-ul-Qur’an » continua d’avancer, nettoyant de son épée à double tranchant les amas de débris et de désespoir accumulés dans le domaine de la pensée musulmane, et illuminant tous les horizons de la torche de sa guidance.
Maulana Maududi à Dar-ul-Islam
À la mi-avril 1938, Maulana Sayyid Abul Ala Maududi émigra de Hyderabad, dans le Deccan, vers un lieu nommé Pathankot, dans le district de Gurdaspur, au Pendjab oriental. Sur le conseil du défunt Allama Iqbal, un institut de recherche islamique appelé « Dar-ul-Islam » fut établi à environ quatre miles de la ville de Pathankot. De 1938 jusqu’à la partition de l’Inde, Dar-ul-Islam ne fut pas seulement un centre de recherche islamique ; il forma également un certain nombre de véritables soldats de l’islam et de mard-e mujahid, des hommes engagés dans le jihâd.
Il convient de signaler que le philosophe Iqbal, visionnaire du Pakistan, lisait régulièrement le Tarjuman al-Qur’an publié par le Maulana Maududi. Il avait été si profondément influencé par les idées révolutionnaires et les écrits du Maulana qu’on l’entendait parfois faire cette remarque : « Seul ce Maududi peut montrer aux musulmans indiens égarés la voie juste. » En effet, le philosophe Iqbal avait discerné chez le Maulana les signes manifestes d’un grand homme à venir. Après avoir découvert ses talents multiples, son efficacité dans l’action, ses hautes aspirations et la pureté de son caractère, le poète Iqbal l’invita à venir à Lahore. Ce fut la première rencontre entre le poète Iqbal et le Maulana. L’essentiel de leur entretien fut que le poète clairvoyant lui demanda de faire du Pendjab son champ d’action. Après cette rencontre, le Maulana retourna à Hyderabad.
Parmi ceux qui réfléchissaient et élaboraient des projets pour définir une juste ligne d’action future pour la communauté islamique figurait également Chaudhry Niaz Ali Khan. Il exposa son projet et son programme d’action au poète Iqbal. Mais, invoquant son état de santé, le poète déclara qu’il était incapable d’entreprendre quoi que ce soit à ce sujet et dit : « Quoi qu’il en coûte, faites venir le Maulana Maududi à Dar al-Islam. »
Il convient de mentionner ici un épisode amusant. Un jour, j’eus l’occasion de visiter la ville de Pattoki, au Pendjab. J’y fus l’hôte d’un vénérable Hakim Nemat Ali. Voici l’histoire qu’il me raconta :
Un certain Chaudhry Niaz Ali Khan, qui aimait Dieu, demanda conseil à ses amis afin de consacrer son immense fortune à une œuvre bénéfique pour la religion. L’un de ses amis lui conseilla d’aller voir Allama Iqbal pour en discuter. Chaudhry Niaz Ali Khan rencontra donc Allama Iqbal et lui exposa son aspiration. Après l’avoir écouté attentivement, Allama Iqbal se leva et entra dans la maison. Après être resté assis longtemps à attendre le retour d’Allama, Chaudhry Sahib repartit, désespéré. Allama ne lui ayant pas adressé la moindre parole, il en fut profondément attristé.
Après avoir entendu cela, son ami lui dit : « Retournez voir Allama. C’est un homme très philosophe et réfléchi. Peut-être s’est-il plongé dans quelque océan de pensées et a-t-il oublié votre demande. Cette fois, il vous donnera peut-être le conseil approprié. » Chaudhry Niaz Ali retourna donc auprès d’Allama Iqbal, lui exposa de nouveau son aspiration et lui dit d’une voix humble :
« Maître, ce jour-là, vous êtes entré sans me dire un mot. J’en ai conclu que mon projet ne vous plaisait pas. »
Allama répondit : « Comment donc ? Je n’ai rien dit ? Mais si, absolument ! Seulement, vous n’avez pas compris. »
Puis il lui montra le Tarjuman al-Qur’an édité par le Maulana Maududi et lui dit :
« Ce jour-là, n’as-tu pas remarqué que je suis entré à l’intérieur en te montrant ostensiblement cette revue ? Cela signifie que, pour mettre ton projet à exécution, tu as besoin de l’éditeur de cette revue, Abou-l-Ala Maudoudi. Si tu parviens à le faire venir, tout ton travail sera accompli. »
Choudhary Niaz dit : « Huzur, je ne le connais même pas. »
L’Allama dit : « Très bien, soit. Il viendra à Delhi tel jour. Va le rencontrer avec une lettre. »
Au moment convenu, Choudhary Niaz Ali Khan se rendit à Delhi et remit à Maulana Maudoudi la lettre de l’Allama.
À la lecture de la lettre de l’Allama Iqbal, Maulana Maudoudi fut stupéfait. L’Allama l’invitait à quitter Hyderabad et à venir s’installer au Pendjab. Quelque temps plus tard, Maulana Maudoudi rencontra l’Allama et s’entretint longuement avec lui à ce sujet.
Par la suite, Maulana Maudoudi quitta Hyderabad et arriva à Darul Islam. Mais qui aurait su que celui à l’appel et à la demande duquel le Maulana avait abandonné sa terre natale, ses proches et ses amis pour choisir sa résidence dans un village rural d’un pays étranger, partirait pour l’au-delà dès qu’il l’aurait appelé ? À peine arrivé à Darul Islam, le Maulana était occupé à déballer et à arranger ses bagages et ses effets personnels lorsqu’une lettre de Sayyid Nazir Niazi Sahib, envoyée de Lahore, lui parvint. En voici le résumé :
« L’état du Docteur Sahib est très critique. Il est très impatient de vous voir une fois. Si possible, venez rapidement. »
Maulana Maudoudi raconte lui-même à ce sujet : « En recevant la lettre, je fus stupéfait. Je venais à peine d’arriver dans ce nouvel endroit. Mes affaires gisaient encore empilées. Je me suis dit que j’irais dans deux ou quatre jours, après les avoir un peu arrangées et rangées. Mais qui aurait su que l’ange de la mort était tapi tout près, à l’affût ? Alors que je me préparais à partir pour Lahore, la nouvelle du décès de l’Allama arriva soudainement. »
À peine eut-il mis le pied sur cette terre étrangère, inconnue, que la disparition de son bienfaiteur et protecteur fit peut-être subir au navire de la vie du Maulana un choc immense et lui fit faire un instant une embardée ; mais l’habile timonier resta silencieusement inébranlable et continua de tenir fermement la barre.
L’œuvre accomplie à Dar-ul-Islam
L’environnement paisible et isolé de Dar-ul-Islam, exempt de toute agitation, favorisa l’éclosion et le plein épanouissement de la réflexion et de la recherche islamiques. Au terme de dix longues années de travail d’écriture ininterrompu, un vaste trésor de littérature islamique issue de la recherche sur le Coran et les hadiths s’était constitué d’une part, et les esprits, les comportements et les actions de certains serviteurs d’Allah s’étaient imprégnés de la couleur divine ; d’autre part, c’est précisément dans le centre de recherche de Dar-ul-Islam que prit forme l’élément fondamental de la création du Pakistan : la doctrine des deux nations. Parmi les ouvrages du Maulana publiés à partir d’ici figurent notamment Khutbat (l’essence de la foi, de l’islam, de la prière, du jeûne, du hajj, de la zakat, etc.), La conception politique de l’islam, Le Coran selon quatre notions fondamentales, Tajdid wa Ihya-e Din, La voie de la révolution islamique, et bien d’autres. C’est également ici que débuta le commentaire coranique poignant et révolutionnaire du Maulana, Tafhim al-Qur’an. En outre, l’ouvrage remarquable de réflexion islamique et de sentiment national, Muslim Aur Maujooda Siyasi Kashmakash, tome 3, fut achevé durant un mois béni de Ramadan à Dar-ul-Islam. En somme, alors que la nation musulmane, égarée dans les ténèbres d’une nuit obscure, avait perdu son chemin, la torche ardente de Dar-ul-Islam illumina sa route.
Il ne serait pas exagéré de dire que Dar-ul-Islam était une « usine d’armement », d’où sortirent deux armes de guerre solides et puissantes, grâce auxquelles les cent millions de musulmans du sous-continent indo-pakistanais mirent en pièces le Congrès ainsi que tout le réseau de ses conspirations politiques et culturelles. Ces deux armes étaient « Mas’ala-e Qawmiyyat » et « Muslim Aur Maujooda Siyasi Kashmakash ».
L’hégire du Maulana
Le mot hégire signifie, dans l’intérêt de l’islam et afin d’obtenir l’agrément d’Allah, abandonner sa patrie, ses proches, ses amis, ses champs et ses activités commerciales, puis choisir ailleurs, sur la terre d’Allah, un lieu où résider, où il soit possible de pratiquer pleinement l’islam ou d’avoir de meilleures possibilités de servir la religion. Nul ne peut nier qu’une telle entreprise soit extrêmement difficile et douloureuse. Quitter le lieu où l’on est né, où l’on a grandi et été élevé dans son climat et sa lumière, où les arbres, les rivières, les paysages naturels, les proches, les amis, ainsi que les diverses richesses et les objets usuels ont tissé autour de soi un réseau d’attachement, pour aller s’installer ailleurs, n’est pas une chose insignifiante. Même le Saint Prophète (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui) éprouva de la peine à rompre de tels liens. Mais il dut le faire pour Allah.
Maulana Maududi naquit à Aurangabad, une ville moderne de Hyderabad. Par la suite, il choisit la ville de Hyderabad comme champ d’action. Mais, répondant à l’appel d’Allama Iqbal pour un grand dessein, il émigra vers le hameau isolé de Jamalpur, relevant du poste de Pathankot, dans la province du Pendjab. Il n’y avait même pas d’électricité en ce lieu. La gare la plus proche, Sarnau, se trouvait à plusieurs kilomètres. La nuit, il fallait travailler à la lumière d’une lampe à pétrole. Il n’y avait ni maisons modernes ni installations modernes de salles de bains et de latrines. Il fallait puiser l’eau d’un puits pour se laver et préparer les repas. Il fallait fendre du bois et, suffoquant dans des nuages de fumée, cuisiner au prix de grandes difficultés.
Le Maulana épousa une femme issue d’une famille très distinguée de la ville de Delhi. On peut aisément imaginer combien il devait être difficile pour son épouse de vivre dans un hameau aussi isolé. Bien que la vie dans un tel endroit fût inadaptée à leurs goûts et à leur santé, ils durent l’accepter, le cœur lourd. Était-ce là un sacrifice et un renoncement insignifiants ? Pourtant, il l’accomplit uniquement pour servir la religion et obtenir l’agrément d’Allah. Il n’hésita à consentir aucun sacrifice ni aucun renoncement sur cette voie. Aujourd’hui, d’innombrables personnes à travers le monde bénéficient des fruits dorés de ce sacrifice et passent du chemin erroné de la vie au droit chemin.
Le mariage de Mawlana Maududi
Un an avant son émigration vers « Dar-ul-Islam », le 5 mars 1937, selon le calendrier grégorien, Mawlana Maududi épousa une femme issue d’une illustre famille sayyide.
L’empereur moghol Shah Jahan aimait accomplir la prière derrière un imam issu d’une famille sayyide. C’est pourquoi il nomma comme imam de la grande mosquée de Delhi un érudit hautement instruit, issu d’une famille sayyide, venu de Boukhara. Un érudit appartenant à une branche de cette même famille occupe encore la fonction d’imam de la grande mosquée de Delhi. C’est dans cette famille que Mawlana Sayyid Abul Ala Maududi se maria.
La contribution immortelle de Mawlana au mouvement pour le Pakistan
Lorsque la nation musulmane, dans le mouvement nationaliste panindien du Congrès hindou — autrement dit, dans le mouvement visant à instaurer le Ram Rajya dans une Inde indivise — était plongée dans la confusion et avait perdu sa voie, Mawlana Maududi alluma devant elle le flambeau de la vérité, lui indiqua le chemin et lança un appel retentissant à s’unir dans les liens de la fraternité islamique. Comme il a déjà été dit, dans son ouvrage « Al-Jihad fi al-Islam », il présenta l’islam comme un véritable mouvement révolutionnaire fondé sur un idéal, et exposa les devoirs, les objectifs et les buts de la nation musulmane. En raison de l’aveugle sympathie du Jamiat Ulema-e-Hind pour le Congrès, il cessa toute collaboration avec le journal « Al-Jamiat ». Par la suite, après l’adoption des historiques Quatorze Points de M. Muhammad Ali Jinnah — qui n’était pas encore alors le Quaid-e-Azam — lors de la conférence de la Table ronde en Angleterre, la Ligue musulmane lança un mouvement d’autodéfense contre le Congrès nationaliste hindou. En réalité, ce mouvement n’était pas non plus un mouvement solidement fondé sur un idéal.
Il va sans dire que le Congrès s’était appliqué pendant de longues années à former, par la fusion de toutes les communautés, une nation géographique et régionale. Conscients du caractère terrifiant de ce projet, les musulmans adoptaient, pour s’en préserver, une autre voie erronée : le nationalisme musulman, en remplacement d’un nationalisme unitaire influencé par la civilisation et la culture hindoues. En réalité, ces deux formes de nationalisme sont également dangereuses. C’est pourquoi, dans le premier tome de son ouvrage « Siyasi Kashmakash », Mawlana Maududi procéda d’abord à une analyse scientifique de l’objectif fondamental, de l’idéal et du rôle politique de l’islam. Puis, dans le deuxième tome du même ouvrage, il analysa les défauts et les conséquences terrifiantes du nationalisme recherché par le Congrès. Il analysa ensuite les conséquences tout aussi terrifiantes du nationalisme musulman vers lequel les musulmans indiens penchaient sous la direction de la Ligue musulmane. En vérité, l’islam n’est pas venu créer un nationalisme quelconque ni établir un quelconque État national (National State). Il veut plutôt présenter au monde un idéal cohérent, une philosophie de la vie et une philosophie sociale, afin de construire un État idéologique (Ideological State), c’est-à-dire un État fondé sur un idéal. Dans cet ouvrage (le deuxième tome de « Siyasi Kashmakash »), il est question de construire un État islamique plutôt qu’un État musulman.
Dans les ouvrages qu’il rédigea — « Tanqihat », « Siyasi Kashmakash », « Pardah », « Tajdid wa Ihya-e Din », entre autres — Mawlana formula des avertissements et proposa des solutions au sujet du tourbillon politique dans lequel les musulmans indiens, après 1935, s’étaient trouvés pris et avaient perdu leur orientation.
Mawlana ne put jamais soutenir le mouvement désastreux du Congrès. Au contraire, son point de vue était que les musulmans devaient rompre tout lien avec le Congrès et vivre en tant que parti ou nation distincte, fondée sur un idéal. Ayant oublié les véritables enseignements de l’islam, son idéal et sa moralité, les musulmans se tournaient vers la civilisation et la culture européennes. Il les en avertit sévèrement et, par son ouvrage « Tanqihat », leur montra du doigt les conséquences empoisonnées du fruit de l’arbre vénéneux de la civilisation européenne. L’objectif fondamental de tous ses écrits, de tous ses efforts et de toute son action était que les musulmans se dressent dans le monde en tant que nation exemplaire et que, dans l’ensemble de la vie humaine, les commandements d’Allah Tout-Puissant soient pleinement établis. En réalité, c’est ainsi que le mouvement pour le Pakistan allait prendre forme par la suite.
Le nationalisme de Maulana Madani
Le Congrès, cependant, demeurait toujours fermement attaché à son objectif propre : créer une nation unique dans toute l’Inde et obtenir, sur cette base, l’indépendance du pays. Afin d’égarer et de tromper les musulmans indiens en démontrant l’existence d’un nationalisme géographique et régional, le Congrès hindou mit à contribution un éminent savant religieux. Le défunt Hazrat Maulana Husain Ahmad Madani, titulaire de la chaire des hadiths au sein de Deoband, le plus prestigieux centre d’enseignement islamique de l’Inde, tenta un jour, à la mosquée Jama de Lahore, en citant le Coran et les hadiths, de démontrer que les hindous, les musulmans, les bouddhistes, les chrétiens et les jaïns de l’Inde formaient ensemble une nation géographique. Son discours fut également publié sous forme de brochure. À cette époque, le mouvement de la Ligue musulmane prenait de l’ampleur et avait progressé jusque-là en présentant les musulmans comme une nation distincte. Mais, après avoir entendu de la bouche du titulaire de la chaire des hadiths de ce célèbre centre d’enseignement les arguments et les preuves en faveur d’une nation unique réunissant musulmans et non-musulmans, les milieux de la Ligue musulmane et, plus généralement, l’Inde musulmane furent frappés de stupeur, profondément étonnés et bouleversés par le désespoir. À cette époque, le philosophe-poète Iqbal, visionnaire du Pakistan, était alité, malade. Ayant appris depuis son lit de douleur les propos de Madani Sahib, il en fut profondément attristé et troublé. Lentement, le corps tremblant, il se redressa sur sa couche et, poète par nature, critiqua avec une grande virulence, sur le ton de la poésie et malgré les souffrances de la maladie, les propos de Maulana Madani Sahib :
L’Ajami n’a pas encore compris le secret de la religion,
De Deoband, Husain Ahmad : quelle étrange merveille que celle-ci !
Il proclame du haut de la chaire que la nation procède de la patrie.
Comme il ignore le rang de Muhammad l’Arabe !
Rattache-toi à Mustafa, car toute la religion est en lui ;
si tu ne parviens pas jusqu’à lui, tout n’est que Abou Lahab.
C’est-à-dire—
Ces gens d’ʿAjam ne l’ont pas compris
Égarés quant à l’essence de la religion,
À Deoband, Husain
Ahmad dit donc quelle étrange parole.
« La millat naît de la patrie »
C’est ce qu’il chante encore,
Hélas, il n’a pas compris le rang du Prophète
Il est l’honneur de l’arabe.
Fais-le parvenir au Prophète
Toi-même — telle est l’exigence de cette religion.
Si tu ne peux parvenir
Tout deviendra alors « bou-lahabien ».
Il va sans dire que, bien que quelques vers du docteur Iqbal aient fustigé la position de feu M. Madani, ils ne suffisaient pas à démontrer la fausseté de la théorie de l’unité nationale. Les musulmans indiens et la Ligue musulmane, voyant leur mouvement enveloppé de brouillard, se retrouvèrent donc désorientés. C’est précisément à ce moment critique que le mawlana Maududi se mit à manier sa plume vigoureuse et rédigea un précieux ouvrage révolutionnaire intitulé « Mas’ala-ye qawmiyyat ».
Il me paraît nécessaire de mentionner ici brièvement les propos de feu le mawlana Madani. Dans son discours, il s’efforça de démontrer que, de nos jours, une nation se constitue précisément sur la base d’une appartenance géographique et régionale. Pour prouver son affirmation, il déclara tout d’abord :
« Je considère maintenant comme urgent de relever les erreurs et les défauts de tout ce qui a été et est publié au sujet de l’opposition à la théorie de l’unité nationale et de la démonstration de sa contrariété aux principes de justice. Depuis 1885, le Congrès déploie auprès des habitants de l’Inde des efforts et une activité considérables pour réclamer l’unité nationale sur la base du patriotisme. Les forces qui s’y opposent s’efforcent de toutes leurs forces de prouver que le fait de la nier est non seulement inadmissible, mais encore illicite et haram. En réalité, rien n’est plus dangereux que cela pour l’impérialisme britannique. Ces propos n’ont pas été publiés seulement aujourd’hui : ils l’ont été en 1886, voire avant cette date. »
Il dit également :
« Même si l’unité nationale était une chose aussi maudite et vile, puisque les Européens ont déraciné la monarchie islamique et le califat ottoman précisément en employant cette arme, il est aujourd’hui du devoir des musulmans d’utiliser cette même arme afin d’extirper les Britanniques. » (L’islam et le nationalisme, p. 43).
Au début de l’ouvrage révolutionnaire qu’il rédigea en réponse aux propos de feu Mawlana Sayyid Abul A‘la Maududi (« L’islam et le nationalisme » est la traduction bengalie de l’ouvrage urdu de Mawlana Maududi intitulé « La question du nationalisme »), il dit :
« Monsieur Mawlana Husain Ahmad Madani, directeur du Darul Ulum de Deoband, a écrit un opuscule intitulé « La théorie d’une seule nation et l’islam ». Il était naturellement permis d’espérer que cet opuscule, écrit par un érudit de grand renom et par le directeur du plus prestigieux établissement d’enseignement religieux de l’Inde britannique, offrirait une analyse simple de la « complexe théorie de la nation » ainsi qu’une expression complète de la véritable perspective islamique. Mais sa lecture nous a cruellement déçus, et nous avons estimé que ce livre portait atteinte au rang de son auteur. À l’époque actuelle, d’innombrables doctrines hostiles à l’islam s’apprêtent à lancer de violentes attaques contre les fondements de l’islam ; aujourd’hui, l’islam est sans défense jusque dans sa propre demeure. Les musulmans eux-mêmes n’examinent pas les événements et les problèmes du monde à la lumière de l’islam pur. Il va sans dire que c’est uniquement par ignorance qu’ils en sont incapables. De plus, la question de la « nationalité » est si complexe que la vie ou la mort de chaque nation dépend de sa compréhension claire. Si une nation mêle aux fondements de sa nationalité des principes totalement différents, elle ne peut survivre dans le monde en tant que « nation ». En prenant la plume sur cette question complexe, il convenait qu’une personne comme Mawlana Husain Ahmad fût pleinement consciente de sa propre responsabilité. Car le dépôt du Prophète lui est confié. Si jamais des débris et des impuretés s’accumulent sur les véritables enseignements et les fondements essentiels de l’islam, il incombe précisément à des hommes comme eux de les éliminer. »
À l’époque obscure que nous traversons, ils auraient dû comprendre pleinement que leur responsabilité est bien plus grande et plus exigeante que celle des musulmans ordinaires. Si les musulmans ordinaires sont plongés dans l’égarement, c’est d’abord cette catégorie de personnes qui en sera tenue responsable. C’est pourquoi je dois répéter que l’opuscule de Mawlana Madani ne fournit aucune preuve de son sens ni de son sentiment de la responsabilité. » (L’islam et le nationalisme, p. 41).
Afin de démontrer que la « théorie d’une seule nation » pour l’ensemble des habitants de l’Inde est justifiée, Mawlana Madani a avancé un autre argument :
« Chaque jour, nous constituons des organisations ou des associations pour servir des intérêts communs, et nous ne nous contentons pas d’y participer : nous nous efforçons même de toutes nos forces d’en devenir membres. Il existe des centaines d’associations de ce type — autorités urbaines, zones notifiées, conseils municipaux, conseils de district, conseils législatifs, associations éducatives — qui ont été constituées selon des règles précises pour des objectifs particuliers. Personne ne déclare interdits la participation à ces associations ni les efforts déployés à cette fin, que ce soit entièrement ou partiellement. Mais il est étonnant que, si une association de ce type est créée pour œuvrer à l’indépendance du pays et contre la domination britannique, y participer devienne haram, contraire à la justice, opposé aux enseignements de l’islam et contraire à la raison et à l’intelligence, etc. » (L’islam et le nationalisme, p. 52).
En réponse, Mawlana Maududi dit :
« En vérité, voilà ce qu’on appelle tirer une conclusion erronée d’une prémisse erronée. Maulana Madani considère une action pécheresse comme obligatoire et, épris aveuglément de celle-ci, tente de justifier un autre péché du même genre. Pourtant, dans les deux cas, la même raison fondamentale rend ces actes illicites. Je veux déclarer clairement que, pour les oulémas de l’Inde, proclamer un jour illicite et le lendemain licite l’adhésion aux conseils et aux assemblées est devenu tout à fait semblable à un jeu de poupées. Car ils ne suivent pas le principe qui consiste à déclarer une chose illicite après avoir examiné la réalité des faits. Un seul mot de Gandhi suffit à mettre en action leur pouvoir d’émettre des fatwas. Mais moi, je parle au nom de l’islam, fondé sur des principes et des idéaux éternels et immuables : soutenir, du côté des musulmans, ces institutions collectives qui accordent aux hommes le droit absolu de rendre de nouvelles décisions sur les questions à propos desquelles Allah et Son Messager (paix et bénédictions sur lui) ont rendu des décisions claires constitue, sans aucun doute, un crime éternel. Mais lorsque, dans de telles institutions collectives dotées d’un droit et d’une autorité absolus, les non-musulmans deviennent majoritaires et que toutes les décisions y sont prises sur la base de cette majorité, cela est considéré comme un double crime. Par conséquent, le premier devoir des musulmans consiste à séparer le domaine d’action de ces institutions collectives des limites déterminées par la loi d’Allah ; c’est là, pour eux, la véritable lutte pour la liberté. Si les limites susmentionnées de l’exercice de l’autorité des deux communautés sont distinctes, il sera permis aux musulmans de coopérer avec des groupes constitués pour servir un intérêt commun aux deux nations, musulmane et non musulmane. Qu’il s’agisse de repousser l’attaque d’un ennemi ou d’accomplir des activités économiques ou industrielles, cela ne fait aucune différence. Mais tant que les limites des activités et des pouvoirs des deux nations resteront liées l’une à l’autre, il sera totalement incongru pour les musulmans, loin de parler d’union et de coopération, de vivre même sous un tel système de gouvernement intégré. Dans cette affaire, tous les musulmans sans exception seront considérés comme coupables jusqu’à ce qu’ils anéantissent collectivement, avec l’aide de leur force unie, ledit système de gouvernement. Quant à ceux qui accepteront avec empressement ce système de gouvernement et s’efforceront de le mettre en œuvre, ils seront encore plus coupables. Mais celui qui, quel qu’il soit, produira des arguments tirés du Coran et des hadiths en faveur de la mise en œuvre de ce système de gouvernement sera le plus coupable de tous. »
(Islam et nationalisme, p. 53)
Observant les effets pernicieux du nationalisme unitaire du Congrès, Maulana Maududi déclare :
« C’est dans ce but qu’a été élaboré le plan de Wardha. Le plan Vidya Mandir avait également ce même objectif. Cet objectif était exposé en termes explicites dans chacun de ces deux plans. Mais Maulana Madani n’a absolument pas examiné ces plans ni leurs programmes d’études. Pendant plusieurs années, Pandit Nehru n’a cessé d’inculquer précisément cet enseignement du nationalisme. Pourtant, aucun de ses discours ni de ses écrits n’est parvenu à la connaissance de Maulana Madani. Chaque responsable du Congrès déclarait et écrivait la même chose, et la diffusait avec force à l’aide du pouvoir d’État obtenu grâce au nouveau système constitutionnel. Mais Maulana Madani ne pouvait rien en entendre, rien en voir ni rien en ressentir. Or chacun des organismes collectifs qu’il a mentionnés accomplissait précisément ces actions. » (Islam et nationalisme, p. 59-60).
Maulana Maududi ajoute :
« Ainsi, si Maulana Madani avait employé des termes tels que “amitié mutuelle” pour exprimer son point de vue, et s’il avait présenté cela non pas comme la politique et l’action du Congrès, mais comme une proposition et une recommandation personnelles, cela aurait été préférable. Du moins, s’il accordait encore à cette nation une si petite faveur, ce serait une grande bonté de sa part. Autrement, ses écrits risquent fort de provoquer une immense catastrophe. Les rois et souverains tyranniques ainsi que les dirigeants d’État dépravés ont commis toutes sortes d’exactions ; les oulémas les ont ensuite établies comme légitimes en les justifiant par des arguments tirés du Coran et des hadiths, utilisant ainsi la religion comme un instrument d’oppression et d’exploitation. »
Après la publication de la brochure susmentionnée de Maulana Madani, il est devenu extrêmement urgent d’analyser la “nationalité” d’un point de vue strictement scientifique et de mettre clairement en évidence, à cet égard, les différences fondamentales entre les doctrines islamique et non islamique. Si cela était fait, toutes les conceptions erronées relatives à cette question disparaîtraient de l’esprit des gens, et ils pourraient choisir en connaissance de cause l’une des deux voies. C’était le devoir des oulémas ; mais lorsque le principal représentant de la communauté des oulémas a levé l’étendard du nationalisme unitaire et qu’aucun ouléma ne se prépare à accomplir son véritable devoir, les gens ordinaires comme nous devons nous-mêmes nous en charger. » (Islam et nationalisme, p. 61).
Dans cet ouvrage, en exposant les fondements du nationalisme islamique, il dit :
« Allah et Son Messager (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui) ont réduit en poussière les fondements étroits, matériels, sensoriels et superstitieux sur lesquels se sont édifiés les palais des diverses nationalités du monde. Sur la base de différences et d’antagonismes irrationnels liés à la race, à la tribu, à la patrie, à l’économie et à la politique, les hommes, par leur propre sottise et leur ignorance extrême, ont écrasé l’humanité ; tandis que, du point de vue de l’humanité, [l’islam] a accordé à tous les hommes une égale valeur, une égale dignité et des droits égaux. »
« Dans le nationalisme islamique, on établit certes une distinction entre les hommes, mais elle ne repose sur aucune cause matérielle, mondaine ou extérieure. Elle repose sur des considérations spirituelles, morales et humaines. Une loi naturelle et vraie est présentée aux hommes : elle s’appelle l’islam. Toute l’humanité est invitée à la servitude et à l’obéissance envers Allah, à la pureté et à la probité du cœur et de l’esprit, à la sincérité des actes, à l’honnêteté et au respect de la religion. Il est ensuite dit que ceux qui acceptent cette invitation seront considérés comme formant une seule nation. Quant à ceux qui la rejettent, ils feront partie d’une nation entièrement différente. En d’autres termes, l’une est la nation de la foi et de l’islam, dont l’ensemble des membres constitue une ummah. L’autre est la nation de la mécréance et de l’égarement. Ses adeptes sont considérés comme appartenant au même groupe et à la même communauté, malgré leurs divergences et leurs discriminations réciproques. »
« Entre ces deux nations, il n’existe aucune différence du point de vue de la descendance ou de la tribu. La différence réside dans la croyance et les actes. Ainsi, deux enfants issus des mêmes parents peuvent, en raison de la séparation susmentionnée entre l’islam et la mécréance, être considérés comme appartenant à deux nations distinctes ; et deux personnes sans lien de parenté et inconnues l’une de l’autre peuvent, parce qu’elles ont embrassé l’islam, appartenir à une seule nation. »
« La différence de patrie ne peut pas non plus être une cause de séparation entre ces deux nations. Ici, la distinction repose sur le vrai et le faux. Or le vrai et le faux n’ont ni “patrie” ni “pays natal”. Deux personnes vivant dans la même ville, le même quartier et la même maison peuvent avoir des nationalités différentes en raison de la différence entre l’islam et la mécréance. Un Noir peut, par le lien de l’islam, être le frère d’un Marocain. »
« La différence de race n’est pas non plus, ici, la cause d’une différence nationale. En islam, la couleur de l’apparence extérieure est insignifiante. Ici, seule compte la couleur d’Allah. C’est elle qui est la meilleure des couleurs. »
« La diversité des langues n’est pas non plus une cause de différence entre l’islam et la mécréance. En islam, la langue parlée n’a aucune valeur. Ce qui a de la valeur, c’est le langage de l’esprit et du cœur, la parole sans langue. »
Le centre de ce cercle du nationalisme islamique est la formule : « Il n’y a de divinité qu’Allah, et Muhammad est le Messager d’Allah. » L’amitié et l’inimitié reposent précisément sur cette formule. Son affirmation unifie les hommes, tandis que son rejet provoque entre eux une séparation définitive. Celui que cette formule sépare, aucun lien — ni le sang, ni la terre, ni la langue, ni la race, ni la nourriture, ni le système de gouvernement, ni aucune autre parenté — ne peut l’unir. De même, rien ne peut séparer ceux que cette formule unit.
Le Maulana dit également :
« Il convient de préciser que les relations entre la nation musulmane et les nations non musulmanes comportent deux aspects. Le premier est que, en tant qu’êtres humains, musulmans et non-musulmans sont tous égaux. Le second est que la différence entre l’islam et le kufr nous a rendus totalement distincts d’eux. Du point de vue du premier aspect, les musulmans les traiteront avec compassion, bonté, générosité et courtoisie. Car, du point de vue de l’humanité, c’est le traitement qu’ils peuvent légitimement recevoir. Même s’ils ne sont pas ennemis de l’islam, il est possible d’entretenir avec eux des liens d’amitié, de conclure des accords de paix et de coopérer à des objectifs communs. Mais aucune relation matérielle ou mondaine ne peut nous unir à eux au point de faire de nous “une seule nation”. »
Quoi qu’il en soit, l’ouvrage susmentionné de Maulana Maududi provoqua une agitation dans la société de l’époque et dissipa complètement la confusion créée par les discours et la brochure de Maulana Madani. Les dirigeants et les militants du mouvement pour le Pakistan l’utilisèrent comme une arme aiguisée. En réalité, cet ouvrage établit les fondements scientifiques de la théorie des deux nations, et devint ainsi la cause principale de la création du Pakistan. Il réfuta les arguments du projet dangereux du Congrès visant à instaurer le Ram Rajya, ainsi que ceux du nationalisme régional soutenu par Maulana Husain Ahmad Madani, et démontra que celui-ci était antiscientifique, illogique, non islamique et dépourvu de substance. Plus encore, par cet ouvrage, Maulana Maududi mit en lumière et établit clairement la légitimité de la revendication des musulmans à une nationalité distincte et à la création d’un État distinct.
Telle est la raison fondamentale de l’hostilité aveugle de Maulana Madani envers Maulana Maududi. C’est sur la base de cette hostilité que, par la suite, Maulana Madani fit pleuvoir sur Maulana Maududi, depuis la mitrailleuse de ses fatwas qu’il tira jusqu’à la fin de sa vie, des accusations infondées, sans fondement et haineuses, sous forme de fatwas incendiaires. Plus regrettable encore, nombre de disciples et d’émules du défunt Maulana Madani, connus comme des ‘ulémas de la religion’, se livrèrent eux aussi, à l’imitation de leur maître, à une opposition aveugle à Maulana Maududi. Il est incontestable que Maulana Madani et ses disciples et émules constituèrent un obstacle majeur à la création du Pakistan. Même après la proclamation du Pakistan, lors du « référendum de Sylhet », ces éminents ‘ulémas allèrent de porte en porte chez les musulmans de Sylhet pour recueillir des voix contre le Pakistan. Après la création du Pakistan, ces mêmes éminents ‘ulémas se firent soudain passer pour ses plus ardents bienfaiteurs et accusèrent Maulana Maududi d’être opposé au mouvement pour le Pakistan. Dans l’histoire de l’« islam » et des « ‘ulémas de la religion », peut-il y avoir une tache plus honteuse, un déni de la vérité plus grand ?
Aucune personne douée de conscience, de savoir, de justice et de saine raison ne peut nier l’immense contribution de Maulana Sayyid Abul A‘la Maududi à la création du Pakistan. Ce fait sera inscrit en lettres d’or dans les pages de l’histoire pour les générations futures.
Certains partis politiques de notre pays, aveuglés par leurs intérêts et opportunistes, ainsi que certains de leurs partisans aveugles, et même un certain nombre d’oulémas, accusent Maulana Maududi d’avoir été autrefois, en tant que partisan du Congrès et de la Jamiat Ulama-e-Hind, un adversaire acharné du Pakistan. Il ne devrait être nullement difficile aux gens instruits de comprendre que leur propagande est née de leur hostilité à l’islam et constitue une sinistre conspiration visant à empêcher la renaissance complète de l’islam. Nous demandons aux lecteurs et lectrices impartiaux ainsi qu’aux notables du pays de s’efforcer de connaître et de comprendre l’ensemble des activités passées de Maulana Maududi. Maulana Maududi n’est rien d’autre qu’un être humain. Il est naturel qu’il ait des défauts et des faiblesses humaines. Mais cela ne justifie pas d’accuser faussement et par haine un homme qui a consacré tout son temps, ses biens et ses efforts à la cause d’Allah et qui poursuit inlassablement ses efforts pour rétablir la religion de l’islam. Quelle plus grande oppression et quelle plus grande injustice pourrait-on lui infliger ? Ces gens doivent toutefois se rappeler qu’un jour la vérité resplendira nécessairement de sa lumière céleste, et qu’alors tous les ballons de mensonge se dissiperont dans le néant.
Maulana Maududi et la Ligue musulmane
Bien que le mouvement pour le Pakistan fût dirigé sous la conduite de la Ligue musulmane de toute l’Inde, Maulana Maududi n’adhéra pas à la Ligue musulmane. La discussion qui suit expliquera pourquoi il ne le fit pas. Il est néanmoins incontestable que Maulana Maududi fut l’un des penseurs dont les idées furent à l’origine du mouvement pour le Pakistan. Plus encore, il y apporta une coopération active. Ce n’est pas seulement notre opinion : cette contribution a également été reconnue par d’autres milieux, et en particulier par ceux de la Ligue musulmane. À titre de preuve, voici quelques citations :
Maulana Zafar Ahmad Ansari, M.A., LL.B., fut, avant la Partition, le bras droit du défunt Quaid-e-Azam et du défunt Liaquat Ali Khan. Il fut secrétaire adjoint de la Ligue musulmane de toute l’Inde, ainsi que secrétaire de son Comité d’action et de son Conseil parlementaire central. Il dit :
« Sur ce sujet, Mawlana Abul A‘la Maududi écrivit une série d’articles intitulée “Le problème de la nationalité” (Mas’ala-ye Qawmiyyat). Grâce à la force de ses arguments et de ses preuves, ainsi qu’à la puissance de son style, cette série d’articles fut extrêmement appréciée des musulmans. En peu de temps, elle devint rapidement un sujet de discussion parmi eux. Cette importante discussion réduisit en miettes la croyance en l’unité nationale et fit se répandre chez les musulmans, comme l’éclair, le sentiment de constituer une nation distincte. Ce n’était pas une simple discussion idéologique sur le nationalisme ; elle avait plutôt fait s’effondrer le palais de rêves du Congrès et de la Jamiat des oulémas de l’Inde. La stratégie la plus dangereuse des hindous consistait à extirper de quelque manière que ce soit du cœur des musulmans le sentiment de constituer une nation distincte, afin de vider de toute substance les fondements mêmes de leur existence nationale. La Ligue musulmane elle-même s’efforçait de mettre davantage en lumière l’aspect religieux de cette controverse, afin que les masses puissent comprendre le jeu du Congrès et être incitées à faire valoir leurs revendications concernant leur religion et leur foi. »
(« Le mouvement pour le Pakistan et les oulémas », mensuel Chiragh-e Rah, numéro spécial consacré à l’idéologie du Pakistan, p. 232).
Mawlana Ansari Sahib poursuit :
« En réalité, avant même l’adoption de la résolution du Pakistan, diverses factions réclamaient déjà le “Gouvernement divin”, “l’Inde musulmane”, le “Khilafat-e Rabbani”, etc. Allama Iqbal avait proposé l’idée d’une Inde musulmane. Les écrits de Mawlana Maududi avaient fait entendre l’appel au “Gouvernement divin”. Mawlana Azad Sobhanî avait proposé l’idée du “Khilafat-e Rabbani”. Le fait que de telles revendications aient été formulées en différents endroits prouvait que les musulmans ressentaient profondément la nécessité d’établir un État fondé sur leur propre conception et que, dans le contexte de la situation, leur résolution latente se réveillait pleinement. »
(« Le mouvement pour le Pakistan et les oulémas », mensuel Chiragh-e Rah, numéro spécial consacré à l’idéologie du Pakistan, p. 233).
Allama Iqbal avait été profondément influencé par les articles et autres écrits de Mawlana Maududi. M. Muhammad Shafi Sahib, rédacteur de l’hebdomadaire Iqdam publié à Lahore, rapporte qu’Allama Iqbal se faisait lire, avec l’aide d’autrui, ces articles de Tarjuman al-Qur’an. Il en avait été si enthousiasmé et si influencé qu’il demanda à Mawlana de quitter Hyderabad, dans le Deccan, pour venir au Pendjab. C’est à la suite de cet appel que Mawlana Maududi se rendit au Pendjab en 1938.
M. Muhammad Shafi Sahib écrit, dans un article intitulé “Le journal de Lahore”, publié dans l’hebdomadaire Iqdam du 9 juin 1963 :
« Mawlana Sayyid Abul A‘la Maududi était en réalité l’ennemi des musulmans nationalistes. Je l’affirme en assumant pleinement la responsabilité de mes paroles : j’ai entendu Allama Iqbal dire : “Maududi donnera une leçon à ces musulmans congressistes.” Allama Iqbal critiquait ouvertement Azad (Mawlana Abul Kalam Azad) et Madani (Mawlana Husain Ahmad Madani). Mais il avait l’habitude de se faire lire par quelqu’un d’autre certains passages de Tarjuman al-Qur’an de Mawlana Maududi. En outre, sur ce point, je l’affirme avec une entière responsabilité : Allama Iqbal demanda, par une lettre, à Mawlana Maududi de faire du Pendjab, plutôt que Hyderabad dans le Deccan, son lieu d’activité, et c’est moi-même qui lui fis rédiger cette lettre. »
Sayyid Sharifuddin Pirzada, conseiller de la Commission constitutionnelle formée sous le régime militaire du Pakistan et président de la Commission du droit des sociétés, écrit dans son ouvrage Evolution of Pakistan :
« Par une série d’articles publiée en 1938-1939 dans Tarjuman al-Qur’an, Maulana Maududi dévoila les dessous du Congrès et mit les musulmans en garde. En outre, il examina l’histoire des musulmans de ce sous-continent. Il démasqua la prétendue laïcité du Congrès et démontra que, compte tenu de la situation particulière de l’Inde, la démocratie y était inadaptée. En effet, ici, les musulmans disposent d’une voix, contre quatre pour les hindous. Il condamna l’impérialisme nationaliste des hindous et exprima l’opinion selon laquelle ni les élections séparées, ni l’obtention d’un nombre légèrement supérieur de sièges dans les assemblées, ni la fixation d’un quota dans les emplois ne constituaient une solution au problème politique de la nation musulmane. Il présenta également trois propositions alternatives à cet égard. » (Evolultion of Pakistan, page 191)
Parmi ces trois propositions, la troisième était celle de la partition de l’Inde. M. Pirzada conclut son ouvrage par la remarque suivante :
« Toutes les propositions et recommandations présentées par Sir Abdullah Haroon, le Dr Latif, Sir Sikandar Hayat Khan, un certain Punjabi, le Dr Qadri, Maulana Maududi, Chaudhry Khaliquzzaman et d’autres personnalités indiquaient, en un sens, la voie vers la création du Pakistan. » Ouvrage cité.
Nous n’avions pas besoin des citations ci-dessus pour prouver ce que nous avançons. Mais nous les jugeons nécessaires uniquement pour ceux qui n’étaient pas au fait de la situation de l’époque. Il ressort de tout cela que, dans le mouvement d’indépendance de l’Inde et du Pakistan, et plus particulièrement sur la voie de l’obtention du Pakistan, les deux ouvrages de Maulana Maududi, « Musliman aur Maujooda Siyasi Kashmakash » et « Mas’ala-e-Qaumiyat », ont rendu un service national considérable.
Les trois propositions de Maulana que Sharifuddin Pirzada mentionne dans son ouvrage sont trois projets de constitution alternatifs, publiés dans les numéros d’octobre, de novembre et de décembre 1938 de Tarjuman al-Qur’an.
Elles sont présentées ci-dessous en résumé :
Première proposition
(a) Le système étatique sera fondé sur les principes de la Fédération internationale (International Federation). Autrement dit, ce ne sera pas l’État d’une seule nation, mais un État de nations fédérées (A state of federated nations).
(b) Chaque nation participant à cette fédération jouira du droit à l’autonomie culturelle (Cultural autonomy).
(c) Dans les affaires communes, nationales et intérieures, les modalités de fonctionnement seront élaborées sur la base d’un partenariat égalitaire (Equal partnership).
Ensuite, le Maulana analyse également les principes fondamentaux de l’autonomie culturelle.
Deuxième proposition
Si la proposition d’une fédération internationale n’est pas acceptée, la deuxième proposition alternative consiste à délimiter des territoires distincts pour les différentes nations, où elles pourront établir leurs États démocratiques. Une période de vingt-cinq ans, ou plus ou moins dix ans, sera fixée pour l’échange des habitants. Chaque État jouira d’un degré élevé d’autonomie, tandis que la fédération centrale ne disposera que de pouvoirs très limités.
Troisième proposition
Si la proposition susmentionnée n’est pas non plus acceptée, la troisième proposition alternative consiste à établir séparément nos États nationaux et à ce qu’ils forment chacun leur propre fédération.
La troisième et dernière proposition était, en substance, celle de la partition de l’Inde avancée par le Maulana, que la Ligue musulmane adopta quinze mois plus tard, le 23 mars 1940, et qui fut appelée la résolution historique de Lahore, ou résolution du Pakistan.
La question qui se pose maintenant est la suivante : pourquoi, malgré tout cela, le Maulana Maududi n’a-t-il pas participé au mouvement aux côtés de la Ligue musulmane ? La seule raison en était la ligne d’action de la Ligue musulmane. En l’analysant à plusieurs reprises, le Maulana déclara :
— Si notre objectif est de fonder un État islamique, nous devons également préparer moralement notre nation pour atteindre cet objectif. Pour cela, nous devons œuvrer dans tous les domaines : l’éducation et la formation, la pensée, la moralité, la civilisation et la culture, la politique, etc. Sinon, il sera extrêmement difficile de réaliser cet objectif.
— Dans ce mouvement, il faudra agir avec la plus grande prudence dans le choix des dirigeants, à tous les niveaux et dans tous les secteurs. Si l’on rassemble en un même lieu les socialistes, les athées, les irréligieux, les détenteurs de jagirs, les zamindars et tous les autres, la foule ainsi réunie ne pourra jamais conduire la nation dans la bonne direction. Tous chercheront à utiliser la nation pour se détruire mutuellement et satisfaire leurs propres intérêts. Le but final sera donc perdu de vue. (Il va sans dire que les craintes exprimées alors par le Maulana se sont vérifiées. Les trois décennies passées de l’histoire du Pakistan l’ont maintes fois démontré — l’auteur.)
— La caractéristique fondamentale des musulmans est qu’ils constituent un groupe attaché à un idéal et appelant à la vérité. Cette caractéristique ne doit en aucun cas être compromise.
Il est regrettable que les responsables de la Ligue musulmane n’aient pas jugé nécessaire d’accorder la moindre importance à ces propos.
En réponse à une lettre écrite au nom du comité exécutif de la Ligue musulmane de toute l’Inde (Comité d’action), le Maulana déclara :
« Ne pensez jamais que je ne participe pas à cette entreprise en raison d’une quelconque divergence d’opinion. En réalité, mon incapacité tient à ce que je ne comprends pas comment je pourrais y participer. Les moyens et méthodes partiels ou incomplets ne me conviennent pas. Je considère qu’il est plus juste pour moi, plutôt que de participer activement à cette affaire, de l’observer comme un étudiant, afin de voir quels moyens les planificateurs détermineront pour cette œuvre de réforme partielle et de construction, et quels bénéfices ceux qui l’exécuteront en tireront en la mettant en pratique. » (Tarjumān al-Qurʾān, juillet-octobre 1944)
Tel était le désaccord du Maulana concernant la méthode d’action de la Ligue musulmane. On peut certes être en désaccord avec son opinion à ce sujet. Mais les futurs historiens ne pourront probablement pas ignorer ce fait : les obstacles qui sont apparus et continuent d’apparaître sur la voie de l’instauration d’un système social islamique au Pakistan après la partition de l’Inde, le fait que, même trente-sept ans après l’indépendance, le Pakistan ne soit pas devenu dans la réalité un État islamique et ne le soit resté que sur le papier, ainsi que la manière dont ceux qui s’efforcent de le transformer véritablement en État islamique sont accablés par l’emprisonnement, la peine capitale et toutes sortes de persécutions et de sévices : tout cela avait été clairement annoncé dans les articles du Maulana dès avant la partition.
Il ne faut toutefois pas oublier que, même si le Maulana n’a pas participé directement au mouvement pour le Pakistan, il n’a cessé de soutenir ce mouvement en exposant clairement, par ses écrits, les principes du mode de vie islamique. Pendant le mouvement pour le Pakistan, certains musulmans commencèrent à se demander s’il était acceptable de morceler l’Inde. Le Maulana leur répondit :
« En tant que musulman, la question de savoir si l’Inde restera indivise ou sera divisée en dix parties n’a pour moi aucune importance. La terre entière ne forme qu’un seul pays. Les hommes l’ont divisée en milliers de parties. Si les divisions territoriales qui ont eu lieu jusqu’à présent étaient justes, quel mal y aurait-il à ce qu’elle soit encore divisée en quelques parties ? La destruction de cette idole ne cause de peine qu’à ceux qui la considèrent comme une divinité. Si je trouvais ici ne serait-ce qu’un mile carré de terre où nul autre que Dieu n’exercerait domination et autorité sur les hommes, je considérerais ce petit morceau de terre comme plus précieux que l’Inde entière. »
(Siyâsî Kashmakâsh, tome III, p. 76-77).
Lorsque la revendication du Pakistan fut comparée à celle des Israéliens, le Maulana protesta vivement et déclara :
« À mon avis, la revendication du Pakistan ne peut en aucune façon être comparée à celle des Juifs en faveur d’un foyer national. La Palestine n’est pas, en réalité, le foyer national des Juifs. Les Juifs ne se trouvaient pas dans la situation où ils auraient eu un pays constituant leur foyer national et dont ils auraient cherché à préserver la culture. Leur position véritable était plutôt la suivante : un pays n’était nullement leur foyer national, mais ils revendiquaient le droit d’y être rassemblés depuis différentes régions du monde afin d’y vivre, et que ce pays soit transformé de force en leur foyer national. À l’inverse, le fondement de la revendication du Pakistan est que les régions où les musulmans sont majoritaires constituent déjà leur foyer national. Les musulmans soutiennent que, du fait qu’ils vivent unis aux autres régions de l’Inde dans le système démocratique actuel, la personnalité politique de leur foyer national est lésée ; il faut donc les en préserver et faire exister, dans une Inde indivise, deux États indépendants, appelés “Inde hindoue” et “Inde musulmane”, au lieu d’un seul État indépendant. En d’autres termes, les musulmans ne demandent pas qu’un foyer national soit créé pour eux. Ils demandent plutôt que leur soit accordé le droit d’établir un État indépendant dans le foyer national qui existe déjà pour eux, en tant qu’entité distincte. »
(Tarjumân al-Qur’ân, juillet-octobre 1944).
La Ligue musulmane proclamait à grand renfort de discours que le Pakistan serait un État pleinement islamique. Certains responsables de la Ligue estimaient qu’il était nécessaire de préparer, pour le mouvement qui s’était formé en faveur d’un système social islamique, un projet énonçant ses principes fondamentaux. À cette fin, un comité d’oulémas fut constitué par la Ligue musulmane provinciale des Provinces-Unies. Parmi ses membres, il convient de mentionner tout particulièrement le Maulana Sayyid Sulaymân Nadwî, le Maulana Sayyid Abû al-A‘lâ Mawdûdî, le Maulana ‘Abd al-Majîd Daryâbâdî, le Maulana Âzâd Subhânî, le nawab Muhammad Ismâ‘îl (le nawab de Chhatari), le nawab Shamsul Hasan et Chaudhry Khaliquzzaman.
Le président dudit comité était le nawab de Chhatari, Muhammad Ismaïl Khan. Au cours de la première semaine de janvier 1941, le nawab de Chhatari écrivit au Maulana pour l’inviter à participer à la réunion du comité de la Nadwatul Ulama, à Lucknow. La lettre que le Maulana adressa à Sayyid Abul Hasan Ali Nadwi de la Nadwa avant de participer à la réunion a été insérée à la fin de l’ouvrage intitulé « Mon livre préféré ».
Monsieur Kamruddin Khan, lecteur au Central Institute of Islamic Research, raconte qu’il rencontra un jour le Quaid-e-Azam en 1941, sur les recommandations du Maulana Maududi. Il en donne le récit suivant :
« Par l’intermédiaire du raja de Mahmoudabad, notre rencontre fut organisée à la Gulrana House, à Delhi. Le Quaid-e-Azam m’écouta avec une très grande patience pendant quarante-cinq minutes. Il déclara ensuite qu’il appréciait grandement le service accompli par le Maulana Maududi. Mais, pour les musulmans du sous-continent, l’obtention d’un État indépendant était plus urgente que sa vie sainte et son œuvre. La Jamaat œuvrait en faveur d’un grand objectif, tandis que la Ligue s’employait à résoudre immédiatement ce problème. Car si ce problème n’était pas résolu, l’œuvre de la Jamaat ne pourrait être menée à son terme. »
— Hebdomadaire Thinker (un article du 27 décembre 1963).
La discussion qui précède démontre clairement que le Maulana Maududi ne fut pas seulement un partisan du mouvement pour le Pakistan : il lui apporta également une aide globale, en accéléra l’élan et répondit par des arguments irréfutables et rationnels aux déclarations et aux critiques hostiles au mouvement. Toutefois, il n’adhéra pas à la Ligue musulmane — et ne le pouvait pas. Un parti constitué en rassemblant des personnes aux caractères et aux idéologies diverses, voire des personnes ayant des idéologies opposées à l’islam, ne peut jamais progresser vers un idéal noble. Le Maulana possédait cette compréhension profonde. La meilleure preuve en est que les prédictions qu’il avait formulées à ce sujet bien avant la partition de l’Inde se sont reflétées, après la création du Pakistan, dans les moindres détails, et continuent de le faire aujourd’hui. J’espère que cela dissipera l’erreur de ceux qui entretiennent une opinion défavorable à l’égard du Maulana.
Le Maulana Maududi après l’historique résolution de Lahore
Sous la direction de la Ligue musulmane, les musulmans de l’Inde adoptèrent finalement la résolution du Pakistan lors d’une session historique de la Ligue tenue à Lahore le 23 mars 1940. Il s’agissait de reconnaître les musulmans comme une nation distincte et de leur accorder, dans le sous-continent indien même, une patrie séparée où ils pourraient établir un État pleinement constitué conformément à leur religion, à leur culture-civilisation et à leurs traditions. Telle était l’idée fondamentale du mouvement pour le Pakistan. Bien que ce mouvement se poursuivît au nom de l’islam, le Maulana Maududi avait clairement compris qu’il n’était nullement favorable ni propice à l’établissement de l’islam. En effet, au lieu de se diriger vers la destination qu’elle avait proclamée, la Ligue musulmane s’était mise à avancer dans une autre direction, par une autre voie. Deux raisons peuvent l’expliquer. Premièrement, il se peut qu’elle manquât de sincérité complète dans ses intentions ; ou deuxièmement, elle ne connaissait peut-être pas la méthode correcte et scientifique permettant d’atteindre son objectif.
Six mois après l’adoption de la résolution du Pakistan, le 11 septembre, le Maulana Maududi prononça un long discours lors d’une réunion organisée à l’initiative de l’Anjuman-e Islami Tarikh-o-Tamaddun dans le Strachey Hall de l’université d’Aligarh. Le sujet de son discours était : « Comment l’État islamique est-il établi ? » (Islami Hukumat Kis Tarah Qaim Hoti Hai ?). Ce discours fut publié sous forme de brochure en ourdou, en anglais, en bengali et dans d’autres langues. L’ouvrage intitulé « La voie de la révolution islamique » en est la traduction bengalie.
Dans son discours, le Maulana dit :
« L’État islamique est purement un État fondé sur un idéal. Il est totalement affranchi du nationalisme étroit et de toute influence directe ou indirecte de celui-ci. En vérité, c’est précisément cette première caractéristique du gouvernement islamique qui lui confère une totale particularité par rapport aux autres États du monde. En anglais, ce type d’État est appelé IDEOLOGICAL STATE. Le monde n’a pas pu faire connaissance plus d’une fois avec un tel État fondé sur un idéal. Ceux qui, bien qu’étant nés dans une société musulmane, ont tiré leurs conceptions et leurs doctrines sociales de l’histoire, de la politique et des sciences sociales européennes ne peuvent faire place à cet idéalisme dans leur esprit et leur intellect. » (La voie de la révolution islamique, p. 48).
Le Maulana ajoute :
« Toute la structure de l’État islamique repose sur le fondement de la souveraineté d’Allah le Très-Haut. En vérité, c’est là la deuxième caractéristique du gouvernement islamique. L’ensemble de l’univers est le royaume d’Allah le Très-Haut ; Lui seul en est le Seigneur, le souverain et le législateur. Telle est la conception fondamentale de la politique de l’État islamique. Aucun individu, aucune famille, aucune classe ni aucune nation, pas même l’ensemble de l’humanité, ne possède le moindre droit de souveraineté. Le droit d’élaborer les lois de l’État et de donner des ordres et des directives appartient exclusivement à Allah le Très-Haut, et à nul autre. L’être humain agira en ce monde en tant que calife ou représentant d’Allah le Très-Haut. C’est la seule manière correcte et saine de gouverner un État sur terre. » (La voie de la révolution islamique).
Au sujet des qualités particulières requises pour gouverner un État islamique, le Maulana dit :
« Pour gouverner un État islamique, il est indispensable de définir une disposition d’esprit particulière, une nature particulière et un type d’activités particulier. Il ne peut en aucune façon être comparé à un autre système étatique. Son armée, sa police, ses tribunaux, son économie, ses lois et sa politique, sa politique de paix et de guerre, ainsi que toutes les activités qui s’y rapportent, sont entièrement différents de ceux d’un État laïque. Le juge et le président de la cour suprême des tribunaux d’un État laïque et matérialiste ne sont même pas dignes de devenir greffiers ou garçons de bureau dans un gouvernement islamique. L’inspecteur général de la police de cet État ne pourrait même pas être nommé au poste de simple constable dans un gouvernement islamique. Son maréchal ne pourrait même pas entrer ici dans l’armée ordinaire. Quant à son secrétaire aux Affaires étrangères, loin de pouvoir obtenir un quelconque poste dans un État islamique, il mériterait, pour ses crimes de propagande mensongère, de tromperie et de trahison, d’être condamné à l’exil. » (La voie de la révolution islamique, p. 11).
Dans son discours, le Maulana dit clairement que, puisque l’État islamique est un État fondé sur un idéal, pour le créer et le gouverner, il faut d’abord former un certain nombre de personnes au caractère pleinement conforme à l’idéal islamique et dotées de qualités islamiques, ainsi qu’un environnement correspondant. Sinon, un tel État fondé sur un idéal est impossible. Il donne l’exemple suivant :
« La révolution française n’a pu être créée conformément aux objectifs de ses dirigeants que parce que Rousseau, Voltaire, Montesquieu et d’autres avaient préparé en France, durant une longue période, un environnement moral et mental propre à cet idéal. La révolution russe n’a pu être créée que par la pensée de Marx, la direction de Lénine et de Trotski, ainsi que par l’action révolutionnaire de milliers de militants communistes profondément instruits de l’idéologie du communisme, et par aucun autre moyen. Le national-socialisme allemand n’a pu prendre racine et s’établir que dans un environnement moral, psychologique et culturel particulier, créé par les recherches, les pensées et les doctrines de Hegel, Fichte, Goethe, Nietzsche et d’innombrables autres penseurs semblables, ainsi que par la direction audacieuse de Hitler. De même, la révolution islamique ne pourra naître et l’État islamique ne pourra être établi que lorsqu’un mouvement populaire surgira sur le fondement de l’idéal et de la doctrine du Coran, ainsi que du caractère et des actes du Prophète Mustafa (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui). Il sera alors possible de transformer radicalement, au moyen d’une lutte vigoureuse, l’ensemble des fondements mentaux, moraux, psychologiques et culturels de la vie sociale. Aucune révolution islamique ne peut être créée par le mouvement nationaliste. Car derrière celui-ci se trouvent une méthode d’éducation erronée, et ses fondements reposent sur une disposition d’esprit opportuniste ainsi que sur la tendance indisciplinée à se laisser emporter sans direction par le courant grégaire de l’époque. En vérité, dans le domaine de la philosophie de l’État et de la société, je ne crois nullement, à l’instar de l’ancien ministre français Monsieur Reynaud, à un événement aussi anormal. Telle est ma conviction sincère. Le résultat sera nécessairement conforme à la nature de l’action ; aucune exception à cela n’est possible. » (La voie de la révolution islamique, p. 18-19.)
Critiquant sévèrement le type de mouvement et de méthode d’action qui était mis en œuvre pour le Pakistan et, plus largement, pour un gouvernement islamique, le Maulana déclara :
« Certains musulmans pensent que tous les malheurs prendront fin dès lors qu’il sera possible d’organiser d’une manière ou d’une autre la nation musulmane. Il suffirait de rassembler une nation portant le nom de musulmane sur une plateforme déterminée, puis de l’organiser et de la diriger sous une direction centrale, pour que l’État islamique s’établisse de lui-même. Mais en réalité, ce n’est rien d’autre qu’une rêverie irréaliste. En outre, il ne fait aucun doute qu’il ne s’agit là que d’une vision aveuglément nationaliste et d’une méthode d’action nationaliste. Toute nation qui voudra établir sa domination dans le monde devra adopter cette méthode, quelle que soit sa religion ou le pays auquel elle appartienne. Le trait le plus caractéristique d’un dirigeant éperdument amoureux de sa nation est qu’il sait parler en fonction du moment et des circonstances, jouer toutes sortes de coups, et qu’il possède au plus haut degré l’aptitude à donner des directives et à conduire un groupe. Il est indéniable qu’une nation peut connaître un progrès considérable sous la direction d’un tel chef. Il en irait de même des musulmans s’ils n’étaient que le nom donné à un ensemble de personnes formant une nation dotée d’un héritage exclusivement héréditaire ou historique. Mais il n’est nul besoin de répéter qu’une révolution islamique ne peut absolument pas être engendrée par une telle direction et une telle méthode d’action, et qu’un État islamique ne peut pas davantage être établi par leur moyen. » (La voie de la révolution islamique, p. 20-21.)
Certes, le mouvement pour le Pakistan battait son plein dans l’Inde indivise, mais aucune tentative n’était faite pour réformer une société égarée et dépourvue de moralité, et aucun programme n’avait été adopté à cet égard. Au sein de la société, la conscience islamique et la situation morale étaient extrêmement anarchiques. On s’efforçait d’établir un État islamique tout en conservant les débris et les défauts de caractère de l’époque de l’ignorance. Le Maulana protesta vivement contre tout cela et déclara :
« Si l’état moral d’une nation est aussi vil et dépravé, il peut peut-être être facile, en rassemblant cette foule de gens aux opinions et aux natures diverses pour en former une armée, ou en les rendant rusés comme des renards grâce à une formation et une éducation politiques, ou encore en développant en eux la férocité du tigre en les perfectionnant dans l’art de la guerre, de conquérir la domination du monde des forêts ; mais il est absolument impossible, par leur intermédiaire, de faire connaître la religion de l’islam du Très-Haut Allah ou d’établir un gouvernement islamique. Car, dans de telles circonstances, personne au monde ne reconnaîtra leur supériorité morale, personne ne verra s’éveiller en lui le courant affectif et l’inspiration de l’islam et, pour toutes ces raisons, nous n’aurons jamais la chance d’assister au spectacle enchanteur de foules d’hommes du monde entrant successivement dans les limites de l’islam. » (La voie de la révolution islamique, p. 22.)
Après avoir, par une analyse scientifique, mis en évidence l’erreur de la voie sur laquelle la Ligue musulmane conduisait son mouvement, le Maulana Maududi déclara :
« Je ne comprends pas comment, une fois établi un État national sans religion, il pourrait être possible, dans un avenir indéterminé, de le transformer et de le refaçonner selon l’idéal islamique. Si, conformément aux règles démocratiques, la doctrine islamique, le caractère et la manière de voir islamiques ainsi que les valeurs islamiques ne sont pas éveillés chez les électeurs du pays, s’ils ne sont pas préalablement habitués à vivre une vie islamique, alors jamais un homme véritablement musulman ne pourra être élu par leurs votes au Parlement ou devenir membre d’une assemblée législative. Le pouvoir de l’État tombera donc entre les mains de gens qui, bien que comptés comme “musulmans” dans les registres du recensement, ne portent en eux, du point de vue de la doctrine et de la pensée, de l’idéal et de la méthode d’action, pas même la moindre trace de l’islam. Du fait que le pouvoir de l’État sera confié à de telles personnes, même après avoir obtenu la pleine liberté et un État indépendant, nous serons contraints de vivre exactement dans la situation où nous nous trouvions avant l’indépendance, sous l’autorité d’un État non musulman. Une situation pire et plus dangereuse encore pourrait même apparaître. Car l’État national sur lequel sera apposée l’étiquette de “gouvernement islamique” sera, pour barrer la voie à la révolution islamique, plus audacieux et plus intrépide qu’un État non musulman. Ainsi, pour les mêmes infractions qu’un État non musulman punirait d’emprisonnement, l’“État national musulman” infligera la peine de mort et l’exil. Et malgré cela, les dirigeants de l’État national musulman seront qualifiés, de leur vivant, de “ghazi” et de “vaillants moudjahidines”, puis, après leur mort, de “glorieux”. Il est donc totalement erroné de penser que l’État national musulman puisse contribuer à l’établissement d’un État islamique. » (La voie de la révolution islamique, p. 28.)
Il va sans dire que les propos précités du Maulana, homme perspicace et clairvoyant, se sont reflétés à la lettre dans les quelques années qui ont suivi la naissance de l’État du Pakistan, et qu’ils se reflètent encore aujourd’hui.
Le Maulana ajoute encore dans l’ouvrage précité :
« Mais la question qui se pose maintenant est la suivante : si nous voulons véritablement établir un État islamique, quelle voie devons-nous alors adopter ? Beaucoup de gens dans notre société ont, une fois encore, tout fait dépendre de leurs dirigeants et restent assis les bras croisés. Ils comptent sur le fait que ce sont les dirigeants eux-mêmes qui établiront le gouvernement islamique. Ils n’auraient donc rien à faire. Mais cette conception est tout aussi erronée que l’était la méthode adoptée au début du mouvement des musulmans en faveur de leur organisation nationale et de l’établissement d’un État. » (La voie de la révolution islamique, p. 28-29)
Il est profondément regrettable qu’après avoir analysé, dans sa conférence au Strachey Hall de l’Université musulmane d’Aligarh, le tableau complet de l’État islamique, la méthode scientifique permettant de l’établir, ses étapes et ses caractéristiques, ainsi que les conséquences désastreuses d’une mauvaise démarche, la Ligue musulmane ait continué à agir inconsidérément selon ses méthodes habituelles. Grâce à sa clairvoyance, le Mawlana avait clairement compris qu’un nouvel État naîtrait peut-être, voire certainement, de ce mouvement populaire. Mais, au lieu de devenir un État islamique, il serait dirigé sur une voie si erronée qu’il faudrait prendre des mesures préalables pour le préserver de ses conséquences désastreuses. Car l’image de l’avenir s’était déjà dessinée avec netteté dans l’esprit du Mawlana. Il n’était certes pas prophète. Mais il avait pu le comprendre grâce aux connaissances tirées de l’expérience passée de l’histoire et aux relations scientifiques de cause à effet. Dans la conférence susmentionnée, il avait déclaré :
« Si, depuis le moment où un arbre perce le sein de la terre jusqu’à ce qu’il devienne un arbre pleinement développé, il est un oranger, il ne peut pas soudainement produire des mangues au moment de porter ses fruits. »
C’est pourquoi il pouvait également formuler une déclaration claire au sujet de l’avenir du mouvement pour le Pakistan.
Créer les conditions propices au mouvement islamique
Pour donner une forme concrète au tableau qu’il avait conçu dans son esprit de l’établissement d’un système de vie islamique, le Mawlana Sayyid Abul Ala Maududi dut, durant des années, déployer inlassablement un réseau de réflexion et d’inspiration afin de créer l’environnement et le contexte nécessaires. Afin de permettre aux lecteurs de comprendre correctement les efforts et l’ascèse considérables qu’il lui avait fallu fournir, avec une patience infinie, pour percer les ténèbres du désespoir, je leur présente le thème central des discussions suivies de Tarjumān al-Qur’ān. Ils pourront ainsi comprendre cette vérité : commencer un véritable mouvement islamique au sein d’une nation musulmane déformée et décadente dans sa croyance, sa pensée et son action était une tâche extrêmement ardue, tâche que le Mawlana Maududi avait accomplie. N’importe qui ne peut pas, simplement parce qu’il le souhaite, édifier un mouvement islamique à n’importe quel moment. Cela exige une connaissance et une érudition profondes de l’islam, c’est-à-dire du Coran et de la Sunna, une capacité d’écriture incomparable permettant de les exprimer dans une langue simple, claire et touchant le cœur, ainsi que la sagesse et l’habileté nécessaires pour conduire la société humaine égarée vers le chemin de la vérité et de la lumière. Il faut en outre une sensibilité d’esprit et de cœur, une patience et une endurance infinies, l’aptitude à produire des écrits impérissables et un talent organisationnel inégalé. Allah Ta‘ālā lui avait accordé toutes ces qualités dans leur plénitude.
La fondation de la Jamāʿat-e Islami
Pour établir le « Dīn al-Haqq », le Mawlana Abul Ala Maududi lança un mouvement par l’intermédiaire de sa revue mensuelle Tarjumān al-Qur’ān. Pour diriger correctement tout mouvement et lui donner une forme concrète, il faut une jamāʿat ou un parti. Il est absolument impossible de mener un mouvement sans un effort et une lutte unis et totaux. C’est à cette fin que le Mawlana fonda en 1941 un parti appelé « Jamāʿat-e Islami ». Il est nécessaire d’examiner en détail pourquoi il fallait fonder, pendant le mouvement pour le Pakistan, un autre parti appelé « Jamāʿat-e Islami », et à quelle situation les musulmans de l’Inde de l’époque étaient confrontés sur les plans politique, religieux, moral et culturel. Nous devons également savoir clairement si la Ligue musulmane pouvait répondre à tous les besoins des musulmans et, dans le cas contraire, quelle solution alternative aurait pu être adoptée.
Depuis la fin du XIXe siècle, le gouvernement britannique avait compris qu’il fallait accorder aux habitants de l’Inde le droit de participer à la gouvernance du pays, et que cela devait se faire par l’intermédiaire d’institutions démocratiques. Cette démocratie devait à son tour être semblable à celle qui existait en Angleterre. Le gouvernement britannique estimait que, tout comme les Anglais, les habitants de l’Inde formaient une seule nation, sans distinction de race ou de religion. Le parti majoritaire parmi eux dirigerait les affaires de l’État, tandis que le parti minoritaire, demeurant dans l’opposition, s’efforcerait d’obtenir la majorité. Tout cela reposait également sur leur philosophie civilisationnelle et politique. Celle-ci consistait à limiter la religion à la vie privée de l’être humain et à faire de l’État un État laïque. Les changements constitutionnels qui seraient introduits sur la base de cette conception et de cette philosophie politique ne pouvaient profiter qu’à ceux qui étaient majoritaires en Inde. C’est pourquoi le gouvernement britannique ne se contenta pas d’accepter ce système : il se mit même à le défendre avec vigueur. De son côté, tout le mouvement du Congrès indien s’employait depuis le début à essayer de former, conformément à cette conception, un gouvernement responsable. Mais, pour les musulmans, la conception d’un tel État national, démocratique et laïque était aussi toxique que le poison ; ils se trouvèrent ainsi confrontés à un problème immense.
Au début, ils pensèrent qu’il valait mieux que le droit à l’autodétermination ne soit pas remis entre les mains des habitants du pays. Qu’il demeure plutôt entre les mains des dirigeants britanniques. Mais par la suite, ils acceptèrent le principe fondamental de l’établissement d’un État démocratique fondé sur l’unité nationale. Parallèlement, ils s’efforçaient toutefois d’obtenir des garanties légales pour eux-mêmes, afin de pouvoir préserver leur propre identité. Puis, soudain, au moment du mouvement du Califat, ils commencèrent à lancer des slogans en faveur de l’unité hindoue-musulmane et acceptèrent de se soumettre en plaçant leur confiance dans la communauté majoritaire. Ensuite, ils soulevèrent de nouveau la demande de garanties légales. Mais, sur cette question, des divergences apparurent progressivement parmi eux. Un premier groupe estimait qu’il fallait d’abord s’unir à la majorité pour obtenir l’indépendance, puis présenter la demande de garanties. Le second groupe disait qu’il fallait d’abord prévoir des garanties pour eux en tant que minorité ; le mouvement commun pour l’indépendance pourrait ensuite être mené. Mais aucun des deux groupes ne comprit que, dans un système démocratique établi sur le principe de l’unité nationale, aucune identité nationale distincte ne pouvait rester intacte, et que le développement d’une civilisation et d’une culture religieuses ne pouvait être possible dans un État sans religion.
Dans ces circonstances, la loi sur le gouvernement de l’Inde fut adoptée en 1935, et de nouveaux gouvernements furent établis dans les provinces de l’Inde sur la base d’une pleine autonomie provinciale. L’expérience permit de comprendre que, sous le régime de la démocratie fondée sur l’unité nationale et sur les principes de la laïcité, c’est-à-dire de l’absence de religion, la communauté majoritaire de ce pays continuerait à diriger les affaires de l’État.
Le clairvoyant Maulana Maududi réfléchit à la nécessité d’exposer clairement aux musulmans la situation effroyable à laquelle ils seraient confrontés à l’avenir du fait d’un tel système. Car il était pour lui aussi évident que la lumière du jour qu’aucune garantie légale, sous un tel régime, ne pourrait empêcher les musulmans et leur civilisation de se dissoudre dans la civilisation et la culture de la majorité. Constatant ce danger, Maulana Maududi écrivit, pendant trois années consécutives, de 1937 à 1939, dans Tarjuman al-Qur’an, des articles intitulés « Les musulmans et la crise politique actuelle » et « La question du nationalisme », qui furent ensuite publiés sous forme de livre. Par ces articles, il s’efforça de faire comprendre aux musulmans que s’ils acceptaient la création d’un État démocratique sans religion, fondé sur le principe de l’unité nationale, cela reviendrait pour eux à se suicider.
Ensuite, un certain éveil du bon sens se produisit parmi les musulmans. Ils comprirent alors clairement que, sous le régime démocratique qui serait établi sur la base de l’unité nationale, aucune garantie légale ne leur serait d’aucune utilité. Mais quelle solution leur restait-il alors ? Un groupe proposa de réclamer la partition de l’Inde et de séparer de l’Inde les régions à majorité musulmane. Beaucoup refusèrent d’abord d’accepter cette proposition. M. Muhammad Ali Jinnah lui-même n’y était pas favorable au début. Ils estimaient en effet qu’elle ne résoudrait que le problème d’une partie d’une nation. En revanche, la partie la plus importante, dispersée dans diverses régions de l’Inde en tant que faible minorité, serait laissée à la merci de l’Inde hindoue.
C’est précisément à cette époque que Maulana Maududi publia le troisième volume de « Siyasi Kashmakash ». Dans cet ouvrage, Maulana Maududi affirme que l’unique cause du problème auquel les musulmans indiens sont confrontés est qu’en se considérant comme une nation, ils pensent que leur force en démocratie dépend du nombre. C’est pourquoi ils se sont trouvés confrontés à un double problème. Si l’Inde reste indivise, ils seront anéantis. Et si elle est divisée, la moitié de la nation devra être abandonnée à la merci des hindous indiens. Mais le Maulana explique que les musulmans indiens ne constituent pas en réalité une simple nation, mais plutôt un groupe idéologique, ou une millat. Ils ne sont pas une nation héréditaire comme les Allemands, les Français ou les Anglais. Ils possèdent une philosophie de vie distincte, un idéal et un grand objectif dans la vie. C’est grâce à cet idéal qu’ils ont conquis autrefois pays après pays. Les dizaines de millions de musulmans actuels de l’Inde ont eux aussi été gagnés par cet idéal. Ainsi, si les musulmans luttent pour leur propre idéal et leur philosophie de vie au lieu de lutter pour des droits et des intérêts nationaux, il en résultera que personne ne pourra les anéantir en Inde ; bien plus, on pourra espérer qu’un jour le drapeau islamique flottera sur l’ensemble de l’Inde. Car aucune nation ni aucun groupe en Inde ne possède un idéal vivant comparable à celui que l’islam a donné aux musulmans.
Le Maulana exposa la doctrine susmentionnée aux musulmans indiens. Mais la plupart des gens n’y prêtèrent aucune attention. En 1940, la résolution sur le Pakistan fut adoptée lors de la session de Lahore de la Ligue musulmane, et un mouvement vigoureux se poursuivit en sa faveur en tant qu’objectif national.
Deux questions vinrent alors naturellement préoccuper les esprits réfléchis. La première était la suivante : si, après le mouvement pour le Pakistan — à Dieu ne plaise — les musulmans devaient être déçus, comment l’islam, la civilisation islamique et la spécificité des musulmans pourraient-ils être préservés des conséquences de cette défaite nationale ? Deuxièmement, une fois le Pakistan créé, comment maintenir allumée la lumière de l’islam parmi les dizaines de millions de musulmans de l’Inde ? Et, compte tenu des personnes qui dirigeaient le mouvement pour le Pakistan, comment empêcher le Pakistan de devenir une seconde Turquie ?
Ces deux questions avaient préoccupé le Maulana. Après de longues réflexions et recherches, il fonda en 1941 un parti appelé « Jamaat-e-Islami ». Son objectif était que ce parti forme, dans le sous-continent indo-pakistanais, de véritables soldats de l’islam, qui poursuivraient le combat pour maintenir élevé le message de l’islam dans ce pays. Si le mouvement pour le Pakistan échouait, ils protégeraient les musulmans des terribles conséquences de la défaite nationale ; et, une fois le Pakistan créé, ils aideraient à le diriger sur la bonne voie.
L’organisation de la Jamaat-e-Islami
« Désormais, l’avenir de l’humanité dépend de l’islam. Toutes les doctrines élaborées par les hommes ont échoué. Il n’existe plus aucune possibilité que l’une d’entre elles connaisse le succès. Les hommes n’ont même plus suffisamment de courage pour élaborer une nouvelle doctrine et risquer leur vie afin de la mettre à l’épreuve. Dans ces circonstances, l’islam est la seule doctrine et la seule voie dont l’humanité puisse espérer le bien et le progrès ; il sera le système de vie complet de l’humanité, et c’est en le suivant que l’homme pourra être sauvé de la destruction. »
Dans le numéro d’avril 1941 de Tarjuman-ul-Quran, le Maulana Maududi écrivit un article intitulé « La nécessité d’une Jamaat vertueuse ». Il y exposait en détail l’échec du polythéisme, de l’ascétisme et du système de vie matérialiste moderne de l’Occident, formulait le commentaire ci-dessus et déclarait que, désormais, le salut de l’humanité résidait exclusivement dans l’islam. Cela ne signifie évidemment pas qu’il suffirait de poursuivre la prédication de l’islam pour conquérir ainsi le monde entier. En réalité, le renversement de toute civilisation nécessite une force, un parti. De même, une nouvelle civilisation nécessite une nouvelle pensée et un nouveau parti. Par conséquent, pour libérer le monde du danger d’un nouvel âge obscur et lui permettre de tirer profit de la contribution de l’islam, il ne suffit pas qu’une doctrine correcte existe déjà. Il faut également, à côté de cette doctrine correcte, une Jamaat ou un parti vertueux.
Après avoir déclaré que chaque membre de cette Jamaat ou de ce parti devait atteindre un très haut niveau du point de vue de la foi et des œuvres, il ajouta qu’il fallait rompre tout lien avec la civilisation et la culture actuelles ainsi qu’avec leurs adeptes. Il fallait renoncer à toutes les facilités, jouissances, espérances et aspirations au bien-être et au progrès liées à cette civilisation et à ce système social. Il fallait ensuite supporter toutes les pertes matérielles, les souffrances, les peines, les épreuves et les calamités inévitables pour déraciner un système social erroné et établir à sa place un système juste. Cette révolution exigeait des efforts totaux, ainsi que le sacrifice des biens, de la vie et d’un temps précieux. Il fallait accepter toutes les formes de labeur intellectuel et physique. Il fallait être prêt à subir l’emprisonnement, la pendaison, la persécution, les châtiments et autres épreuves. Les biens pouvaient être confisqués, et l’épouse, les enfants et la famille pouvaient être exposés à la ruine. Il fallait tout accepter avec le sourire. Si nécessaire, il fallait même sacrifier sa propre vie sur cette voie. Jamais, ni dans le passé ni aujourd’hui, aucune révolution n’a pu voir le jour dans le monde sans franchir une voie aussi ardue.
À propos d’hommes au caractère élevé, initiés à l’épreuve du feu, le Maulana dit :
« On nous dit : où trouver encore de telles personnes à notre époque ? De tels hommes avaient été formés à une époque sainte et glorieuse. Mais le Créateur aurait définitivement cessé de créer des hommes de cette nature. »
En réalité, c’est une idée fausse, une superstition. Cette superstition est née dans l’esprit de ceux-là mêmes qui sont tombés dans le désespoir. On trouve à toutes les époques, dans le monde, des personnes dotées de toutes sortes de capacités. Si les hommes peuvent accomplir tant de choses en ayant foi en Hitler, Marx et Gandhi, ne peut-on donc rien accomplir en ayant foi en Dieu ? Si l’attachement à la patrie peut être assez fort pour que l’homme lui sacrifie sa vie et ses biens, n’existe-t-il donc pas un attachement, si faible soit-il, à la satisfaction de Dieu et à Sa proximité ?
Dans l’article intitulé « L’organisation de la Jamaat-e-Islami », publié dans Tarjuman-ul-Quran, le Maulana expose les raisons de la création de la Jamaat et déclare :
« Depuis trois ans, plusieurs personnes partageant mes convictions et moi-même nous efforcions d’amener les grands partis musulmans actuels — ou au moins l’un d’entre eux — à introduire dans leur méthode d’organisation et leur programme certains changements susceptibles de répondre à ce besoin de l’islam et de rendre inutile la création d’un nouveau parti. Mais, malheureusement, nos efforts n’ont pas abouti. Dès lors, nous n’avons eu d’autre choix que de réunir ceux qui n’étaient pas satisfaits de l’action des partis actuels et qui souhaitaient œuvrer sur la base des véritables principes islamiques. C’est pourquoi une assemblée fut convoquée en août 1941 avec leur participation, et la Jamaat-e-Islami fut fondée après consultation mutuelle. »
La Jamaat-e-Islami
Je souhaite présenter aux lecteurs comment la Jamaat-e-Islami fut créée et dans quel contexte elle vit le jour.
Dans le troisième tome de son ouvrage « Les musulmans et la lutte politique actuelle », le Maulana Mawdudi explique le mouvement islamique, décrit la nécessité de créer un parti à cette fin et en propose également une esquisse de la structure organisationnelle. Par la suite, dans le numéro de Safar 1360 de Tarjuman-ul-Quran, le Maulana Mawdudi lança un appel à la population musulmane, invitant ceux qui adoptaient les idées et la vision susmentionnées et souhaitaient agir en conséquence à prendre contact avec le bureau de Tarjuman. Peu de temps après, des nouvelles commencèrent à parvenir selon lesquelles un assez grand nombre de personnes désiraient créer un parti islamique et œuvrer en son sein. Tous les intéressés furent donc invités à se réunir à Lahore le 1er Chaban 1360 de l’Hégire, correspondant au 25 août 1941.
Au total, 75 personnes venues de différentes régions du pays participèrent à l’assemblée. Le premier jour, diverses personnes posèrent au Maulana des questions sur différents sujets. Le Maulana leur apporta des réponses satisfaisantes.
Le deuxième jour, l’assemblée commença à huit heures du matin. En premier lieu, le Maulana exposa en détail, dans son discours, l’histoire du mouvement islamique de l’époque. Présentant le « dîn » comme un mouvement, il déclara : « Que la pratique de la religion dans notre vie ne demeure pas inactive et figée, réduite à une simple affaire personnelle. Au contraire, puissions-nous établir le dîn dans l’ensemble de notre vie et lutter pour extirper les forces réactionnaires. La fondation de Dar-ul-Islam en 1938 fut le premier pas dans cette direction. À cette époque, je n’avais que quatre compagnons de travail. Ce modeste commencement était extrêmement insignifiant. Pourtant, nous ne nous sommes pas découragés. Bien au contraire, grâce à la faveur de Dieu, le travail consistant à appeler au mouvement islamique et à former, pour ce mouvement, une vision ainsi que des esprits préparés s’est poursuivi. Par la grâce d’Allah, le nombre de nos compagnons augmenta peu à peu. De petites antennes de personnes semblables commencèrent à être établies dans diverses régions du pays. Parallèlement, la publication de la littérature islamique ainsi que le travail fondamental d’appel et de transmission se poursuivirent. Enfin, après avoir examiné et évalué les réactions au mouvement, il apparut que les conditions étaient désormais réunies pour créer la Jamaat-e-Islami et mener le mouvement islamique de manière organisée. C’est pourquoi cette assemblée a été convoquée. »
Après avoir analysé ce contexte, le Maulana déclara : « Il nous faut tout d’abord bien comprendre quelle est la différence fondamentale entre le mouvement islamique et tous les mouvements qui ont généralement existé ou qui existent actuellement parmi les musulmans. »
« Premièrement, certains de ces mouvements sont peut-être dirigés en prenant pour fondement une partie particulière de l’islam ou un objectif mondain quelconque. Mais notre mouvement, lui, reposera sur l’islam dans sa totalité. »
« Deuxièmement, leur organisation partisane a été conçue selon les méthodes des autres partis du monde. Mais nous adoptons précisément le système d’organisation qui existait à l’origine au sein du groupe établi par le Messager d’Allah (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui). »
« Troisièmement, lorsque quelqu’un est admis dans ces partis, il l’est sous l’emprise de l’idée que, puisqu’il est né au sein de la nation musulmane, il sera nécessairement un véritable musulman. Il en est résulté que, des membres et militants du parti jusqu’à ses dirigeants, nombre de personnes y ont infiltré les rangs alors qu’elles n’étaient nullement dignes de confiance par leur caractère ni capables d’assumer une grande responsabilité. Mais, dans notre parti, nous n’acceptons personne en partant de l’idée que “puisqu’il est musulman, il le sera forcément”. Nous ne l’acceptons que lorsqu’il comprend le sens, la portée et les exigences de la Kalima Tayyiba, et qu’il s’engage à y croire. Après son adhésion, la condition impérative pour rester membre du parti est qu’il satisfasse au minimum de ce que la foi exige de lui. Ainsi, si Allah le veut, seuls les hommes vertueux issus de la nation musulmane seront sélectionnés et rejoindront ce parti. »
Après avoir ainsi analysé les raisons de la formation d’un parti islamique, sa méthode d’organisation et ses différences comparatives avec les autres partis, Maulana Maududi lut le projet de constitution de la Jamaat-e-Islami. Une copie imprimée en avait toutefois été distribuée à tous la veille. Après une discussion approfondie, la constitution fut adoptée à l’unanimité, avec quelques modifications minimes.
Ensuite, Maulana Maududi se leva, récita la Kalima Shahada et déclara, en s’adressant à tous les participants réunis : « Soyez tous témoins que je renouvelle ma foi et que j’adhère à la Jamaat-e-Islami. »
Puis, l’un après l’autre, tous récitèrent la Kalima Shahada et annoncèrent leur adhésion à la Jamaat. Pendant la récitation de la Kalima, chacun pleurait à chaudes larmes. D’un côté, la crainte d’Allah et, de l’autre, l’émotion et le sentiment suscités par l’accomplissement d’une immense responsabilité faisaient trembler leur cœur.
Soixante-quinze personnes rejoignirent d’abord la Jamaat-e-Islami, et c’est avec elles que la Jamaat-e-Islami fut fondée. Maulana Maududi fut élu à l’unanimité amir de la Jamaat.
(a) Après l’élection de l’amir, Maulana Manzur Nomani leva les mains pour invoquer Allah. Monsieur Nomani pria ainsi : Ô Dieu ! Quelques-uns de Tes serviteurs insignifiants ont décidé de transmettre Ton message au monde entier. Ils souhaitent transformer la société et purifier l’islam de tout contact avec la fausseté. Nous sommes Tes serviteurs insignifiants, indignes et faibles. C’est dans l’espoir d’obtenir Ta satisfaction que nous nous sommes levés avec un objectif aussi noble et grandiose. Accorde-nous la capacité de faire de cet objectif et de ce but une partie inséparable de notre vie durant toute notre existence. Permets-nous de restaurer l’islam dans sa forme véritable.
La prière du Maulana No’mani, prononcée d’une voix étranglée par les larmes, fit jaillir un flot de larmes dans les yeux de tous. Elle insuffla dans les cœurs un nouvel élan, un nouvel enthousiasme et une résolution irrésistible de suivre la voie d’Allah.
Le Hakim Maulana Muhammad Abdallah, qui y avait participé, déclara : « Cette prière et l’émotion extraordinaire suscitée parmi ceux qui y participaient m’ont tellement impressionné qu’il m’est impossible de l’oublier ; jamais de toute ma vie je ne l’oublierai. Un événement encore plus saisissant, qui restera gravé à jamais dans mon cœur, fut le suivant : après le repas des invités, le Maulana Sayyid Abul A’la Maududi retira de ses propres mains les os, les restes et autres détritus éparpillés sur la nappe, puis nettoya l’endroit où l’on avait mangé. »
Voici le discours prononcé par le Maulana Maududi après son élection comme émir :
« Je ne suis ni le plus savant ni le plus pieux parmi vous. Sous aucun autre rapport non plus, je ne vous suis supérieur. Mais puisque, plaçant votre confiance en moi, vous m’avez confié la responsabilité de cette immense tâche, je prie Allah — et vous aussi, priez-Le — de m’accorder la force d’assumer cette responsabilité et de préserver la confiance que vous avez placée en moi. Je m’efforcerai de toutes mes forces d’accomplir cette tâche avec une crainte complète d’Allah et un profond sens des responsabilités. Je ne négligerai volontairement ma responsabilité en aucune manière. Selon le savoir et la connaissance dont je dispose, je ne manquerai pas de suivre le Livre d’Allah, la Sunna du Messager et les traces des califes bien guidés. Toutefois, si je commets une erreur ou une faute, et si certains d’entre vous ont le sentiment que je me suis écarté du droit chemin, qu’ils ne s’imaginent pas que cela a été fait intentionnellement. Au contraire, gardant de moi une bonne opinion, vous chercherez à me corriger. Tant que je resterai sur le droit chemin, vous me soutiendrez, vous suivrez mes directives, vous me donnerez de bons conseils, vous m’apporterez toute l’aide et tout le soutien possibles et vous vous tiendrez à l’écart de toute méthode d’action qui porte atteinte à la discipline de la Jamaat. Je suis pleinement conscient de la grandeur de ce mouvement ainsi que de mes propres erreurs et insuffisances. Je sais qu’il s’agit d’un mouvement dirigé par les grands prophètes et messagers d’Allah et que, depuis la fin de l’époque de la prophétie, il a été conduit par des hommes extraordinaires, qui étaient les meilleurs de la société humaine. Je n’ai pas, ne serait-ce qu’un instant, la fausse idée d’être digne de diriger ce grand mouvement. Je considère plutôt comme malheureux qu’à vos yeux personne de plus compétent que moi ne se soit présenté pour cette immense tâche. … Je ne permettrai jamais que ma personne devienne un obstacle sur la voie d’Allah. Je ne laisserai à personne l’occasion de dire qu’il faut faire venir quelqu’un d’incompétent. Le poste que vous m’avez confié restera alors toujours vacant pour lui. Cependant, je ne suis pas disposé à dire que, si personne d’autre ne s’avance pour poursuivre cette œuvre, je ne m’avancerai pas non plus. »
Ce mouvement est le but de ma vie. Je vis et je meurs pour lui. Que quelqu’un suive ou non cette voie, je dois absolument la suivre. Si personne ne marche avec moi sur cette voie, je marcherai seul. Si le monde entier s’unit pour s’y opposer, je devrai le combattre et je ne reculerai pas devant lui. »
Le Majlis-e Choura
Après la tenue de la conférence historique de fondation de la Jamaat-e Islami, l’émir de la Jamaat annonça les noms des membres de son Majlis-e Choura. Le lendemain, la réunion de la Choura eut lieu, et le Maulana Maududi, émir de la Jamaat, annonça le programme suivant :
Ceux qui ont rejoint cette Jamaat se purifieront eux-mêmes et conformeront leur mode de vie aux enseignements de l’islam. En revanche, à ceux qui se trouvent en dehors de cette Jamaat — qu’ils soient non musulmans ou musulmans éloignés de leurs devoirs et de leurs objectifs religieux — il faudra généralement adresser à tous l’appel à nier la souveraineté de tout autre qu’Allah et à reconnaître la souveraineté du Seigneur des mondes. Il faudra ensuite prendre les mesures appropriées selon les circonstances. Il faut toutefois garder à l’esprit qu’abolir un système social solidement établi sur l’obéissance à d’autres qu’Allah et instaurer un mode de vie fondé sur l’obéissance à Allah n’est en aucune façon une tâche facile. Cela entraînera inévitablement des pertes en vies humaines, en biens et en toute chose. C’est pourquoi seuls ceux qui sont prêts à renoncer avec le sourire à toutes sortes d’avantages, de plaisirs et de jouissances, et à accepter toutes sortes de pertes, s’avanceront dans cette œuvre.
Dans la déclaration de la Jamaat-e-Islami, il est proclamé ce qui suit :
« La Jamaat-e-Islami n’est pas l’un de ces groupes que l’on qualifie généralement, au sens étroit, de groupes politiques, religieux ou réformistes. En réalité, c’est un parti fondé sur un idéal. Il adhère à une conception de la vie vaste et universelle pour l’humanité. Il souhaite mettre effectivement cette conception en pratique dans la pensée et les croyances humaines, le caractère et le comportement, l’éducation et la formation, la littérature et les arts, la civilisation et la culture, la religion et la vie sociale, les domaines économique et politique, ainsi que dans la gouvernance de l’État. Selon cette Jamaat, lorsque l’être humain renonce à obéir à Dieu, oublie qu’il devra Lui rendre des comptes dans l’au-delà et refuse de suivre la voie indiquée par les nobles prophètes (paix sur eux), il devient alors l’unique cause de tous les troubles et de toutes les injustices sur terre. »
En résumé, la Jamaat-e-Islami appelle essentiellement l’ensemble de l’humanité à trois choses. Les voici :
L’appel de la Jamaat-e-Islami
À la société humaine en général, et aux musulmans en particulier —
— reconnaissez la servitude envers Dieu et l’obéissance aux prophètes dans tous les domaines de la vie.
— renoncez à toute attitude opportuniste et à l’hypocrisie, et n’associez personne à Dieu.
— écartez de la direction et de l’autorité les gens qui se détournent de Dieu, et confiez tout le pouvoir aux véritables croyants et aux gens vertueux et actifs dans les bonnes œuvres, afin que la vie soit conduite exactement selon la voie de Dieu.
Si vous croyez à la véracité de cet appel, rejoignez-nous. Vous en recevrez vous-même la récompense auprès de Dieu. Que celui qui fera obstacle à cette œuvre se prépare à rendre des comptes devant Dieu.
En somme, la Jamaat-e-Islami s’est engagée dans la même mission que celle pour laquelle les prophètes d’Allah sont venus en ce monde et qui a atteint son plein épanouissement avec le dernier Prophète, Hazrat Muhammad Mustafa (paix et bénédictions sur lui). Autrement dit, il faut obéir à Dieu seul dans tous les domaines de la vie humaine : l’éducation et la formation, les arts et les sciences, la civilisation et la culture, la vie sociale, économique et politique, la gestion de l’État et le champ de bataille, le commerce et les bureaux et tribunaux, ainsi que dans la conclusion de traités internationaux et l’établissement de relations internationales : tel est l’objectif de la Jamaat-e-Islami. C’est ce qu’on appelle l’« Iqamat-e-Din », c’est-à-dire l’établissement intégral de la religion de Dieu, l’islam.
En 1943, le siège central de la Jamaat-e-Islami fut transféré de Lahore à Darul-Islam, à Pathankot, dans le Pendjab oriental. En 1945, la première conférence de la Jamaat-e-Islami de l’Inde entière s’y tint.
Conférence de la Jamaat-e-Islami de l’Inde entière
En octobre 1942, le siège central de la Jamaat-e-Islami fut transféré de Lahore à Darul-Islam, à Pathankot, dans le Pendjab oriental. En 1945, la première conférence de la Jamaat-e-Islami de l’Inde entière s’y tint.
Nous reproduisons ici un bref extrait du discours que Maulana Maududi prononça devant les membres lors de cette conférence.
Il convient de préciser qu’après la formation de la Jamaat, certains marchands de religion défendant des intérêts établis (Vested interests) se mirent à critiquer ouvertement la Jamaat et le Maulana. Cela a une raison, et elle est tout à fait naturelle.
La Jamaat-e-Islami est un mouvement idéologique, et non une simple organisation de tabligh islamique. En réalité, il existe une grande différence entre le mouvement (tahrik) et le tabligh.
La tabligh consiste à faire entendre aux gens certaines bonnes paroles et à leur faire connaître certaines bonnes actions, à recommander les bonnes œuvres et à appeler, de manière générale, à s’abstenir des mauvaises actions. Lorsqu’on recommande à quelqu’un de faire le bien et qu’on l’exhorte à s’abstenir du mal, il ne devrait ni se mettre en colère ni se sentir mécontent. Bien au contraire, même lorsque les conseils de ceux qui prodiguent de telles exhortations ne sont pas suivis, on leur témoigne généralement du respect. Mais un mouvement consiste à extirper du sein de la société les mauvaises actions, les injustices, l’obscénité et autres maux, afin d’y établir le bien. Si, devant une assemblée de dix ou vingt mille personnes, on proclame d’une voix forte : « Faites le bien et abstenez-vous du mal », cela peut peut-être produire un certain succès. Mais aucune force réactionnaire ne se dressera. En revanche, si l’on dit : « Unissons-nous et établissons dans la société tout ce qui est bon, et extirpons tout ce qui est mauvais », alors cela s’appellera un mouvement, et l’on verra certainement une force réactionnaire se résoudre à s’opposer à ce mouvement. C’est précisément ce mouvement qui constituait l’œuvre des prophètes ; et le commandement qu’Allah Tout-Puissant a donné dans le Coran sacré concernant l’« amr bil-ma‘rûf wa nahy ‘an al-munkar » — ordonner le bien et interdire le mal — ne peut être pleinement réalisé que par l’intermédiaire d’un mouvement.
Puisque la Jamaat-e-Islami était un mouvement, les forces réactionnaires lui devinrent hostiles dès le début. Le discours que le Maulana prononça devant les membres lors de la première conférence de la Jamaat-e-Islami de toute l’Inde, à propos de l’opposition et des critiques des réactionnaires, revêt une importance capitale. D’une part, son discours expose clairement les objectifs et la finalité de la Jamaat et, d’autre part, en signalant les obstacles, les épreuves, les malheurs, les peines, les persécutions et les oppressions qui surviendraient naturellement sur la voie du mouvement, il rend les membres vigilants et prudents. D’un côté, il suscite chez eux une motivation indomptable pour ce grand mouvement et, de l’autre, il leur ordonne de faire preuve de tolérance envers les réactionnaires qui s’y opposent.
L’objectif de la Jamaat : établir le gouvernement divin et obtenir l’agrément d’Allah
Dans son discours, le Maulana déclara : « Nous ne pouvons rien dire quant à l’issue de ce mouvement visant à établir la religion. L’issue est entre les mains d’Allah. Si le résultat de nos efforts est que nous parvenions à instaurer une société vertueuse, ce sera un immense don d’Allah. Certains se moquent de nous en affirmant que tous nos efforts viseraient prétendument à obtenir le pouvoir et que l’obtention de l’agrément d’Allah Tout-Puissant ne serait pas notre objectif. Leur conception est totalement erronée. Tous nos efforts visent à établir la religion d’Allah, un système de vie vertueux et donné par Dieu ; s’efforcer d’établir la religion d’Allah ne comporte aucun mal. Et il n’y a là rien de honteux. Lorsque nous parlons du gouvernement divin, nous entendons par là un tel système. Je ne comprends pas ce qu’il y aurait à discuter si un tel système était l’objet de nos aspirations et de nos désirs. Est-ce donc différent de rechercher l’agrément de Dieu ? Qu’est-ce qui pourrait davantage satisfaire Dieu que de voir le royaume d’Allah régner sur la terre d’Allah ? Qui pourrait rechercher davantage l’agrément de Dieu que ceux qui, sans se soucier de rien, consacrent leur vie à faire en sorte que, sur la terre de Dieu, nul autre qu’Allah ne puisse exercer son autorité ? Si un tel effort relève des affaires mondaines, qu’est donc la piété ? Est-ce rester éveillé toute la nuit à réciter le dhikr « Allahou Allahou », puis s’efforcer durant la journée d’établir l’État de Satan sur la terre de Dieu ? Ceux qui tiennent de tels propos ont, dans leur esprit et leur cœur, une conception extrêmement vile de la religion. »
À un moment de son discours, le Maulana déclara :
« Vous savez qu’Allah Tout-Puissant ne nous demandera pas d’établir un État semblable à celui de Hadrat Abou Bakr et de Hadrat Omar. Personne n’en a la capacité, et Allah ne l’a pas ordonné. Ce qui nous est demandé, en revanche, c’est de déployer tous les efforts possibles pour établir la religion et de consacrer à cet effort toutes les ressources de notre vie, c’est-à-dire notre propre vie, nos biens et tout ce qui nous est cher. Par religion, nous n’entendons aucune de ses parties particulières, aussi importante soit-elle. Par religion, nous entendons la religion complète dans son ensemble. Ses principes et ses détails, ses croyances et ses pratiques : c’est tout cela que nous entendons par religion. Nous poursuivrons nos efforts pour la religion avec sincérité, enthousiasme et ardeur. Pour Dieu, c’est là l’unique critère permettant de distinguer la foi de l’hypocrisie. Le cœur où n’existe pas la motivation d’établir la religion ne contient aucune foi. Le cœur qui ne ressent pas d’amour et de sollicitude pour la religion ne pourra jamais être la demeure de Dieu. Aussi nombreuses que soient les récitations du tasbih, les wird et les adhkar, rien de cela ne peut égaler l’amour nécessaire à l’établissement de la religion. C’est là l’âme de toute piété, et c’est cela qu’Allah recherchera d’abord dans nos cœurs. Ensuite, cet effort pour établir la religion devra nécessairement être mené de manière organisée, et non individuellement. Nous devons chercher à allumer dans nos cœurs le feu de l’amour et de l’affection pour l’établissement de la religion. La question de savoir quelle sera l’issue est sans pertinence. Il se peut même que nous soyons sciés en deux. »
En commentant l’opposition au mouvement, le Maulana déclara :
« Cette voie exige que nous développions en nous la disposition à accueillir favorablement l’opposition. Que la voie soit celle de la vérité ou celle du mensonge, la règle d’Allah à cet égard est que quiconque choisit une voie devra y subir l’épreuve du feu. Or la caractéristique même de la voie de la vérité est d’être remplie d’épreuves ardentes du début jusqu’à la fin. De même qu’un élève brillant en mathématiques se réjouit de recevoir un problème difficile, car cela permettra de mettre son talent à l’épreuve, de même un croyant résolu se réjouit d’être confronté à des épreuves, car elles lui donnent l’occasion de prouver son obéissance. Une lampe vacillante s’éteint au moindre souffle d’air. Mais un foyer ardent devient encore plus ardent sous l’effet du vent. Cultivez en vous cette capacité : qu’un foyer ardent, au lieu de s’éteindre avec du combustible humide, en fasse son propre combustible ; de même, que vous ne soyez pas étouffés par l’opposition, mais que vous puissiez en tirer nourriture et force. Tant que cette capacité ne se sera pas développée en nous, il ne faudra pas espérer que nous puissions rendre un quelconque bon service à la religion de Dieu. »
Puis, à un moment de son discours, le Maulana exhorte les membres à étudier assidûment la littérature de la Jamaat, le Coran sacré et la Sîrat du Prophète, et leur recommande la purification de l’âme ainsi que la formation du caractère. Il leur conseille de se tenir à l’écart des activités futiles et vaines, des bahs-munâzara (assemblées de débats), et autres pratiques du même genre.
Puis il dit : « Si quelqu’un critique sévèrement mon caractère et ma conduite personnels, n’entreprenez pas de lui répondre. Car je ne le ferai pas moi-même. Ne gaspillez pas votre temps ni votre énergie à de telles choses. … Si, au cours d’un échange avec un adversaire, vous constatez de l’agitation chez celui-ci, mettez fin à la discussion. Car les discussions passionnées ont de nombreuses conséquences néfastes. »
Il dit également : « Le mouvement islamique possède une nature et une disposition qui lui sont propres. Il a une méthode d’action particulière, qui ne ressemble en rien à celle d’aucun autre mouvement. Ceux qui, jusqu’à présent, ont été associés à divers mouvements et se sont habitués à leurs méthodes devront modifier beaucoup de choses s’ils rejoignent cette Jamaat. Réunions et associations, banderoles, étendards et drapeaux, slogans, uniformes, manifestations, adoption de résolutions, discours débridés, écrits propres à susciter l’excitation et toutes les choses de ce genre sont l’âme de ces mouvements, mais constituent un poison mortel pour le mouvement de la Jamaat. Ici, il faut tirer la méthode d’action du Coran sacré, de la vie de Muhammad (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui) et de la vie des nobles Compagnons, puis s’y exercer. »
Enfin, le Maulana dit : « L’âme de ce mouvement réside en réalité dans une relation ferme avec Allah. Si votre relation avec Lui est faible, vous ne pourrez devenir capables d’établir le Hukûmat-e-Ilâhiyya ni de le diriger avec succès. C’est pourquoi vous devez vous exercer régulièrement aux actes de dévotion surérogatoires en plus des actes obligatoires. Les prières surérogatoires, les jeûnes surérogatoires, l’aumône et autres pratiques de ce genre font naître la sincérité chez l’être humain. Accomplissez-les autant que possible dans le secret, afin qu’il n’y ait pas de riya (ostentation). Priez en comprenant ce que vous récitez, et non comme si vous répétiez une chose apprise par cœur. Mais faites-le plutôt en présentant consciemment une requête au Seigneur dans Sa présence. …
…… Abstenez-vous de toutes les formes de dhikr et d’adhkâr, de riyâda (discipline spirituelle), de murâqaba-mushâhada, de tasbîh et de répétition de formules qui ne sont pas attestées par des hadiths authentiques. »
Un entretien
Voici ci-dessous la réponse donnée par le Maulana lorsqu’on l’interrogea, lors d’un entretien, sur la manière dont la Jamaat-e-Islami fut fondée et sur les circonstances dans lesquelles elle prit naissance. Les lecteurs éprouveront certainement du plaisir à entendre de la bouche même de l’artiste l’histoire des débuts de l’œuvre qu’il a créée.
Écoutons de sa propre bouche quand lui vint l’idée de consacrer tous ses efforts au mouvement islamique, avant l’organisation de la Jamaat-e-Islami :
« J’avais réfléchi à sa forme exacte en 1938 ou 1939. Auparavant, j’avais certes le désir de créer une académie de recherche et un centre de formation (tarbiyatgah), afin de pouvoir former quelques personnes. Car c’est un travail tel qu’il est impossible de le mener à bien sans former soi-même des personnes. Ce n’est qu’après quelque temps que l’idée de rassembler quelques personnes au sein d’un mouvement et de déployer un effort collectif de manière organisée a germé dans mon esprit. »
Mais pourquoi cette idée a-t-elle donc germé dans mon esprit, et quelles circonstances étaient apparues alors pour faire naître en moi ce sentiment ?
De 1924 environ à 1937, la situation était extrêmement désespérante. Les musulmans s’étaient retrouvés confrontés à une crise majeure. D’une part, le mouvement pour le Califat avait échoué, puis les émeutes communautaires entre hindous et musulmans avaient commencé. Les musulmans, divisés en deux camps, s’étaient tellement dispersés qu’ils n’avaient absolument plus aucun dirigeant ou guide digne de confiance. Aucun objectif de vie ne se présentait à eux et ils étaient en conflit les uns avec les autres. D’autre part, cette situation avait permis de discerner clairement les résolutions et les objectifs des hindous. Leurs intérêts étaient représentés par Gandhi lui-même. Les musulmans lui faisaient confiance. Pourtant, il ne leur était d’aucune utilité. Au lieu de leur être bénéfique, il leur avait nui. En observant son attitude, on avait l’impression que son apparence extérieure était une chose et son for intérieur une autre. En effet, lors des émeutes entre hindous et musulmans, il faisait porter toute la responsabilité aux musulmans et soutenait les hindous même lorsque ceux-ci commettaient des excès. Les musulmans commencèrent donc à perdre le peu de confiance qu’ils avaient en lui. C’est à cette époque que le maulana Muhammad Ali Jauhar fut gagné par le désespoir. Hakim Ajmal Khan le fut également.
Une ou deux années s’écoulèrent alors d’une manière qui fut extrêmement pénible pour moi. J’étais à cette époque tout jeune. Je ne pouvais même pas imaginer que je serais capable de diriger un mouvement. Car la situation était claire. Tous les dirigeants en lesquels nous avions confiance avaient échoué. Ils n’avaient aucun message grâce auquel ils auraient pu apaiser la nation. Je n’arrivais pas non plus à déterminer ce qu’il fallait faire.
À cette époque, la diffusion de nombreuses civilisations et de nouvelles façons de penser avait commencé. Après l’échec du mouvement pour le Califat, les émeutes entre hindous et musulmans se poursuivirent pendant quatre ou cinq ans. Ensuite, l’athéisme et la dépravation commencèrent à prendre racine parmi les musulmans. On commença à déformer l’islam. Peu à peu, cela prit l’ampleur d’une tempête. (Un périodique édité par Fateh Niazpuri, par l’intermédiaire duquel fut lancé un mouvement visant à faire considérer la science du hadith comme peu fiable.) « Nigar » vit le jour à cette époque. Même de nos madrasas religieuses sortaient de nombreuses personnes qui, ayant perdu espoir en l’islam, s’en éloignaient. Finalement, la situation devint telle que les gens avaient honte de prier. En particulier, lorsqu’une personne priait dans un train ou dans un parc ou un jardin, elle avait l’impression de se rendre elle-même ridicule aux yeux des autres.
À force de réfléchir à cette époque, j’arrivai à la conclusion qu’il fallait faire quelque chose pour faire face à cette situation. C’était une situation telle que, en l’observant, je ressentis directement qu’il était impossible de préserver et d’élever l’islam sans un effort organisé. »
Question — Vous avez donc commencé par planifier la purification de la pensée ?
Réponse — Oui, à cette époque, je pensais qu’il fallait d’abord entreprendre un certain travail dans le domaine de la pensée et former ainsi quelques personnes pour cette tâche. On pourrait ensuite déployer un effort collectif.
Après avoir mené le combat sur le plan de la pensée, je compris qu’il ne me restait désormais d’autre choix que d’aller de l’avant et d’agir. J’avais toutefois une certaine appréhension : qui sait si personne ne répondrait à mon appel et si je serais capable de poursuivre ce mouvement ? Malgré cela, après mûre réflexion, je parvins à la conclusion que tout serait vérifié par l’expérience directe. S’il ne se trouvait personne d’autre pour aller de l’avant et agir, il me faudrait le faire moi-même.
Question — Comment avez-vous sollicité l’aide d’autrui pour cette œuvre et comment les avez-vous motivés ?
Réponse — Tout, dans ce domaine, dépendait des articles et des appels à la da‘wa publiés dans Tarjuman-ul-Qur’an. Avec tous ceux que j’ai rencontrés, j’ai discuté et échangé. J’ai écrit très peu de lettres. J’ai accompli l’essentiel de mon travail par les articles publiés dans Tarjuman et par les rencontres et les échanges directs. Je ne me suis pas précipité pour cette œuvre. Je n’ai notamment pas suivi la voie consistant à organiser de grandes réunions et conférences pour y rassembler quelques personnes. Je suis favorable aux petits commencements. J’ai toujours cherché à commencer le travail avec le nombre, si réduit soit-il, de personnes qualifiées et dignes de confiance que je pouvais trouver.
Question — Combien de personnes aviez-vous trouvées lors de la formation de la Jamaat ?
Réponse — Lors de la première formation de la Jamaat, environ 150 personnes ont répondu à mon appel, et 75 ont effectivement rejoint la Jamaat. Tel était le nombre initial. [En réalité, en réponse à l’appel à former la Jamaat publié dans Tarjuman-ul-Qur’an, 150 personnes envoyèrent leurs noms et adresses au bureau de Tarjuman, et une lettre fut envoyée à chacune d’elles pour leur demander de se présenter le 25 août 1941 au bureau de Tarjuman-ul-Qur’an, à Lahore. À la suite de cet appel, 75 personnes se présentèrent, et la Jamaat fut formée avec elles — l’auteur.]
Question — Quelle réaction avez-vous ressentie en vous-même lors de ce début de la Jamaat ?
Réponse — Je comprenais clairement qu’il était impossible d’espérer un meilleur début. Je n’ai jamais pensé qu’il me suffirait de lancer un appel pour que des milliers de personnes y répondent et se présentent.
Le Maulana lors de l’historique 14 août
Le quatorze août 1947 fut un jour mémorable pour les musulmans de l’Inde et du Pakistan. Ce jour-là, le rayon de soleil de la liberté des musulmans se leva, les libérant des chaînes de l’impérialisme britannique et hindou. Le district de Gurdaspur, au Pendjab, était entièrement à majorité musulmane. Selon le principe fondamental unanimement admis de la partition de l’Inde, le district de Gurdaspur revenait de plein droit au Pakistan. C’était donc, pour les musulmans de ce district, un jour de fête. Mais, par la cruelle ironie du destin, leur joie se transforma en tristesse. La sentence de Radcliffe arracha de l’Inde orientale et occidentale plusieurs districts à majorité musulmane, comme Gurdaspur, pour les rattacher à l’Inde, donnant ainsi un exemple flagrant de partialité, d’injustice et d’impudente faveur envers les hindous.
Ce jour-là, Maulana Maududi se trouvait à Darul Islam, près de Pathankot, dans le district de Gurdaspur. La ville de Pathankot était habitée presque exclusivement par des sikhs et des hindous. Le quartier de Darul Islam était lui aussi entouré de sikhs et d’hindous. Dès qu’il apprit par la radio que Gurdaspur avait été entièrement rattaché à l’Inde, le Maulana déclara avec une profonde tristesse que le Cachemire avait échappé aux musulmans. Il ajouta que, s’il avait eu avec lui cent soldats armés, il serait allé au Cachemire au lieu de se rendre au Pakistan pour s’engager dans la lutte visant à le libérer.
Après la partition de l’Inde, le feu des émeutes communautaires s’embrasa dans tout le Pendjab. La question de la sécurité de Darul Islam, entouré d’hindous et de sikhs, devint alors une préoccupation majeure pour les habitants de cette petite localité. À cette époque, Maulana Maududi agit comme un chef militaire extrêmement avisé. Sur ses instructions, plusieurs tranchées furent creusées à Darul Islam et tous se tinrent prêts avec seulement deux fusils et des bâtons, afin de pouvoir se défendre en cas d’attaque des hindous et des sikhs. D’autre part, les responsables de la Jamaat commencèrent à appeler les dirigeants sikhs à s’abstenir de toute émeute.
Un jour, la rumeur courut que plusieurs centaines de sikhs et d’hindous se préparaient à attaquer Darul Islam avec des armes. S’en remettant à Allah, le Maulana envoya le secrétaire de la Jamaat, Mian Tofail Muhammad, accompagné de deux compagnons, auprès des dirigeants sikhs Jagir Singh et Chuni Lal Singh. Les trois musulmans désarmés parvinrent à la demeure des dirigeants sikhs en traversant une localité sikhe remplie d’hommes armés. Ceux-ci furent extrêmement surpris de les voir. Les dirigeants de la Jamaat déclarèrent sans la moindre crainte : « Nous avons appris que vous vouliez attaquer Darul Islam. Si cela est vrai, quelle en est la raison ? » Le caractère irréprochable du Maulana et des habitants de Darul Islam avait déjà exercé une influence sur leur esprit. Ils furent alors impressionnés par leur courage et, après les avoir rassurés, les raccompagnèrent jusqu’à un lieu sûr.
Sur les instructions du Maulana, les musulmans en détresse venus de régions éloignées furent accueillis à Darul Islam. Par la suite, ils furent transférés au Pakistan avec l’aide de convois venus du Pakistan. Après avoir envoyé tous les habitants en sécurité au Pakistan, le Maulana quitta Darul Islam en dernier et se rendit à Lahore.
Après leur transfert à Lahore, la question du logement du Maulana et de ses compagnons devint un problème majeur. Après que le gouvernement leur eut attribué une maison, celle-ci leur fut de nouveau retirée dans les vingt-quatre heures. Le Maulana interdit à ses hommes d’accepter une maison par voie d’attribution officielle. Ils dressèrent alors des tentes à Islam Park pour y vivre. Plus tard, ils s’installèrent dans des maisons louées à Ichhra.
Avec ces responsables de la Jamaat déracinés, le Maulana lança deux campagnes : l’assainissement de la ville et le service des muhajiroun. À cette époque, les tas d’ordures malodorantes qui s’étaient accumulés en de nombreux endroits de la ville annonçaient des maladies épidémiques. Les membres de la Jamaat se mirent à enlever les ordures de Muchi Darwaza et de Bhati Darwaza.
Pour servir les muhajiroun, une équipe fut affectée à la frontière, tandis que deux autres équipes se consacrèrent à satisfaire les besoins des muhajiroun installés dans les camps de Walton et de Bawli.
En somme, Maulana Maududi, accompagné de nombreux compagnons, émigra à Lahore et, plutôt que de devenir un réfugié à la charge du gouvernement ou de la population, commença son œuvre au Pakistan en servant les autres muhajir arrivés dans le pays.
Après la partition de l’Inde
Après la partition de l’Inde, le siège central de la Jamaat-e-Islami fut transféré à Lahore. La Jamaat-e-Islami se divisa en deux organisations distinctes, sous les noms de « Jamaat-e-Islami du Pakistan » et de « Jamaat-e-Islami de l’Inde ». Maulana Maududi fut alors élu amir de la Jamaat-e-Islami du Pakistan.
D’octobre 1947 à janvier de l’année suivante, la Jamaat-e-Islami du Pakistan se consacra aux œuvres de secours dans le camp de muhajir de Lahore.
Il convient de souligner tout particulièrement que les prédictions faites par Maulana Maududi, six ans auparavant, dans le Strachey Hall d’Aligarh, au sujet de la forme future de l’État pakistanais, commencèrent à se réaliser, jusque dans les moindres détails, dès la naissance de cet État. Ceux qui assumèrent la responsabilité d’élever et de prendre soin de ce jeune État n’avaient ni la formation, ni la vision morale, ni la doctrine et les croyances favorables à la construction d’un État islamique. Après la création du Pakistan, ceux qui prirent la place des maîtres blancs britanniques se firent également les maîtres noirs des habitants du Pakistan et devinrent un immense obstacle à la réalisation du grand dessein qui avait présidé à la création du Pakistan, dessein pour lequel des millions d’hommes et de femmes musulmans avaient sacrifié leurs biens, leur vie et leur honneur. Oubliant le grand sacrifice de ces millions de vies qui, animées par l’inspiration du jihad, avaient bu la coupe entière du martyre afin d’établir exclusivement la religion d’Allah, les dirigeants du nouvel État continuèrent à suivre les traces de leurs maîtres britanniques. De plus, il ne fut même pas possible de discerner, dans leurs paroles ou leurs gestes, le moindre désir de modeler ce jeune État selon le moule islamique. C’est pourquoi, cinq mois après la création du Pakistan, en janvier 1948, Maulana Maududi déclara dans son premier discours au Lahore Law College que le système de gouvernement du Pakistan devait être islamique. Puis, en février, à l’occasion d’un discours sur le « droit islamique » prononcé dans le même établissement, le Maulana présenta quatre revendications. En mars, lors du rassemblement historique du parc Jahangir, à Karachi, il prononça un discours dans lequel il analysa ses quatre revendications. Les voici :
(1) Le seul souverain véritable de l’État pakistanais est Allah le Très-Haut, et dans cet État seule Sa volonté sera accomplie.
(2) Toutes les lois contraires à l’islam qui sont actuellement en vigueur doivent être abrogées.
(3) La seule charia islamique sera la source de toutes les lois et de toutes les dispositions juridiques du Pakistan.
(৪) Dans les limites fixées par la charia, le Pakistan peut agir selon sa volonté.
C’est la Jamaat-e-Islami qui, la première, lança un mouvement populaire pour que ces quatre revendications soient acceptées par l’État pakistanais et l’Assemblée constituante. En l’espace de trois mois, ce mouvement prit une ampleur et une intensité telles que les gouvernants furent désemparés. Même s’ils ne se résignaient pas à accepter ces quatre revendications du peuple islamique, ils n’avaient pas non plus le courage de les rejeter. La raison en était que—
— c’étaient des revendications entièrement conformes à l’islam, et depuis dix ans, ils s’étaient hissés sur les épaules du peuple au nom même de cet islam. Ils n’osaient donc pas maintenant rejeter des revendications islamiques.
— ces revendications étaient, à tous égards, justes et raisonnables.
— ces revendications s’appuyaient sur un mouvement bien organisé et solidement établi.
— le peuple s’était engagé dans ce mouvement avec une telle rapidité que s’y opposer aurait équivalu à s’opposer au peuple lui-même. Malgré cela, les gouvernants hostiles à l’islam finirent par battre en retraite. Pour faire échouer le mouvement islamique, ils recoururent aux stratagèmes suivants. Ils lancèrent une campagne de désinformation selon laquelle—
(১) Maulana Maududi n’est pas disposé à reconnaître la guerre du Cachemire comme un jihad.
(২) La Jamaat-e-Islami a affaibli le dispositif de sécurité de l’État en déconseillant de s’enrôler dans l’armée.
(3) La Jamaat-e-Islami ne veut pas reconnaître l’allégeance à l’État.
Comme tous les moyens d’information du pays sont sous le contrôle de l’État, le gouvernement peut présenter largement le vrai comme faux et le faux comme vrai, et faire cesser toute critique ou protestation à ce sujet. Il en fut de même dans cette affaire. En réalité, le secrétaire aux Affaires étrangères du Pakistan de l’époque, Sir Zafrullah Khan, déclara lors de la réunion des Nations unies, le 3 février 1948, que son gouvernement avait interdit de considérer la guerre du Cachemire comme un jihad. Lorsque l’on demanda à Maulana Maududi de déclarer que la guerre du Cachemire était un jihad, il répondit : « La responsabilité de déclarer le jihad contre un pays incombe à un État ; ce n’est pas la tâche d’un individu.
Alors que l’État lui-même s’emploie à empêcher que la guerre du Cachemire soit déclarée jihad, comment un individu ou un groupe relevant de cet État pourrait-il la déclarer jihad ? Pourtant, à titre personnel, Maulana Maududi et, en tant que parti, la Jamaat-e-Islami apportèrent toute leur coopération active à la guerre du Cachemire.
Les autres accusations portées contre le Maulana et la Jamaat étaient tout aussi infondées et malveillantes. Jusqu’à ce jour, personne n’a pu en fournir la moindre preuve. Voilà ce qu’on appelle le « vol d’un étang » par les moyens d’information officiels.
Le premier emprisonnement de Maulana Maududi
Au lieu de rejeter directement les revendications islamiques, les dirigeants eurent recours au mensonge et s’employèrent à les faire échouer. À l’aide des moyens d’information officiels, ils se mirent à diffuser largement ces récits infondés et, sous de faux prétextes malveillants, arrêtèrent Maulana Maududi, avec plusieurs éminents dirigeants de la Jamaat, dont Mian Tofaïl Muhammad et Maulana Amin Ahsan Islahi, le 4 octobre 1948 après le maghrib, en vertu de la tristement célèbre loi impérialiste sur la sécurité, puis le détenèrent dans la prison de Multan. Un mois plus tard, la durée de sa détention fut prolongée de six mois supplémentaires.
Le 11 octobre, Maulana Abdul Jabbar Ghazi fut élu amir de la Jamaat et poursuivit pleinement le mouvement. Toutes les formes de propagande malveillante du gouvernement commencèrent progressivement à être démasquées aux yeux du peuple, tandis que le mouvement islamique se renforçait. Le peuple rejoignit également le mouvement avec une sympathie et une coopération croissantes. Avec le soutien de la population, les membres de la Jamaat menèrent ce mouvement avec une telle vigueur que, le 12 mars 1949, l’Assemblée constituante du Pakistan adopta l’historique « Résolution des objectifs ».
Après l’adoption de la « Résolution des objectifs », on avait supposé que la cause du désaccord entre la Jamaat-e-Islami et le gouvernement disparaîtrait avec l’adoption de cette résolution. De fait, lors d’une réunion tenue le 13 mars, le majlis-e-shura de la Jamaat félicita le gouvernement pour la Résolution des objectifs. Beaucoup nourrissaient aussi cet espoir. Chose étonnante, le 4 avril 1949, la durée de son emprisonnement fut de nouveau prolongée de six mois. Malgré cela, le majlis-e-shura central de la Jamaat, lors de ses réunions des 6, 7 et 8 avril, exprima sa volonté de coopérer pleinement avec le gouvernement afin que la rédaction de la Constitution puisse progresser sur la base de la Résolution des objectifs. Mais le feu de la colère du gouvernement ne s’était toujours pas éteint. Ils résolurent de prendre leur entière revanche sur Maulana Maududi, sous prétexte qu’ils avaient dû accepter à contrecœur la « Résolution des objectifs » sous la pression du peuple. Le 4 octobre 1949, le gouvernement prolongea pour la troisième fois de six mois la détention du Maulana. La raison pour laquelle le Maulana fut maintenu si longtemps derrière le rideau de fer, sans procès et sans motif, était précisément qu’il fallait ainsi museler le dirigeant du mouvement islamique et anéantir son parti et la Jamaat.
Le rôle des dirigeants hostiles à l’islam après l’adoption de la Résolution des objectifs
D’octobre 1949 à mai 1950, ces huit mois furent une période de grande épreuve pour les militants de la Jamaat-e-Islami. Conformément à la « Résolution des objectifs », ils avaient exigé l’élaboration d’une constitution islamique dans tout le Pakistan, espérant peut-être que le gouvernement allait maintenant libérer Maulana Maududi. Mais ils lancèrent le mouvement. Deux ouvrages de Maulana Maududi datant de cette époque, à savoir « Élaboration de la constitution islamique » et « Principes fondamentaux de la constitution islamique », méritent une mention particulière. Cependant, les dirigeants se mirent à chercher des prétextes pour empêcher l’instauration d’une constitution islamique. Ils commencèrent à déclarer de diverses manières que :
— Le Cachemire est en danger ; il est donc impossible d’élaborer une constitution.
— Le Pakistan est actuellement en danger ; c’est donc le moment du djihad, et non celui d’élaborer une constitution.
— Le simple fait que le pouvoir soit exercé par des « mollahs » n’en fait pas un gouvernement islamique. Au contraire, tout gouvernement de musulmans est qualifié de gouvernement islamique.
— La « Résolution des objectifs » n’a pas été élaborée selon les principes de l’islam ancien et décadent ; elle l’a été selon l’islam moderne de l’Occident.
— Il n’est pas raisonnable d’élaborer, selon l’idéal islamique, une constitution pour un quelconque État progressiste de l’époque moderne.
— Si un État était fondé au nom du fanatisme religieux, le monde moderne s’en moquerait.
Les membres de la Jamaat-e-Islami, de manière organisée et méthodique, continuèrent à donner, au moyen d’arguments et de preuves irréfutables, une réponse cinglante à la propagande mensongère susmentionnée des forces hostiles à l’islam, et une forte opinion publique en faveur de la constitution islamique commença à se former dans tout le Pakistan.
La libération du Maulana
Il ne fut plus possible aux dirigeants de maintenir sans motif le précurseur du mouvement islamique et le dirigeant islamique révolutionnaire de l’époque derrière les murs d’une prison. Le 28 mai 1950, le gouvernement libéra le Maulana en raison d’une obligation légale. Après dix-neuf mois et vingt-cinq jours, le Maulana Sayyid Abul A‘la Mawdudi sortit de derrière le rideau de fer et retrouva l’atmosphère libre du monde. Après sa libération, la Jamaat-e-Islami le réinvestit dans ses fonctions d’émir.
Après la libération du Maulana, de juin à septembre, pendant quatre mois, le gouvernement tenta de bloquer la voie de la constitution islamique en donnant de diverses manières des interprétations trompeuses de la « Résolution de principe ». Mais, sous la direction du Maulana, les membres de la Jamaat firent échouer toutes ces tentatives au moyen de leurs arguments et preuves irréfutables, et exposèrent au peuple l’objectif fondamental de la « Résolution de principe ». Le gouvernement fut contraint de présenter en septembre à l’Assemblée constituante le rapport du Comité des principes constitutionnels. Ce rapport révéla clairement l’état d’esprit de la classe dirigeante tournée vers l’Occident. En effet, tout ce qui était contraire à l’islam y avait été incorporé, et il n’y avait aucune concordance entre ce rapport et la Résolution de principe. C’est pourquoi, lors d’une immense assemblée publique tenue le 14 octobre à Mochi Darwaza, à Lahore, le Maulana Mawdudi condamna vivement ledit rapport et protesta contre lui ; le gouvernement fut contraint de retirer le rapport et les recommandations du Comité des principes constitutionnels. Après cela, le gouvernement resta tranquillement les bras croisés. Cependant, certains oulémas serviles et pro-occidentaux du gouvernement lancèrent, par leurs sarcasmes à l’égard des oulémas, le défi de présenter un projet de constitution islamique.
La revendication unifiée des oulémas
Ainsi, vingt et un oulémas réputés venus de diverses régions du Pakistan relevèrent ledit défi et se réunirent dans la métropole de Karachi le 21 janvier 1951. Lors de leur conférence, ils élaborèrent à l’unanimité vingt-deux principes fondamentaux et les présentèrent au gouvernement. Ils les diffusèrent également auprès du grand public. Cela fut en réalité considéré comme un puissant moyen de faire connaître la constitution islamique au Pakistan. La Jamaat-e-Islami publia en grand nombre ces vingt-deux principes fondamentaux présentés par les oulémas et les diffusa dans tout le pays. Les efforts ant islamiques du gouvernement échouèrent ainsi.
À partir de là, le mouvement en faveur de la constitution islamique commença avec un plein dynamisme. Mais lorsque, malgré cela, l’élaboration de la constitution continua d’être retardée, la Jamaat-e-Islami lança une campagne de signatures du peuple sur des feuilles imprimées comportant neuf revendications. Ces neuf revendications étaient les suivantes :
— La charia islamique sera la véritable source de la constitution du pays.
Aucune loi contraire à la charia ne pourra être promulguée.
Toutes les lois et dispositions contraires à la charia devront être abrogées.
Le devoir du gouvernement sera d’ordonner le bien et d’interdire le mal.
Les droits civiques ne pourront être privés sans jugement devant un tribunal.
Chaque citoyen aura le droit de demander justice devant les tribunaux du pays contre le pouvoir exécutif et les autorités gouvernementales.
Le pouvoir exécutif ne pourra pas intervenir dans le pouvoir judiciaire.
Le gouvernement devra assumer l’entière responsabilité des cinq besoins fondamentaux de l’être humain, à savoir la nourriture, l’habillement, le logement, l’éducation et les soins médicaux.
La communauté qadianie devra être déclarée minorité non musulmane.
— La communauté qadianie doit être déclarée minorité non musulmane.
Outre la campagne de signatures en faveur des neuf revendications susmentionnées, une campagne fut menée dans tout le pays, individuellement et au nom des associations et des réunions publiques, par l’envoi de lettres et de télégrammes demandant également l’élaboration rapide d’une constitution islamique. Cette campagne se poursuivit jusqu’à la fin de 1952.
Cette année-là, un événement particulièrement tragique se produisit au Pakistan. Le Premier ministre du Pakistan, M. Liaquat Ali Khan, fut tué par les balles d’un assassin à Rawalpindi, le 16 octobre 1951. Cet assassinat brutal, conséquence de l’apparition d’un astre maléfique dans le ciel de la politique pakistanaise, souilla d’encre l’histoire du Pakistan. Quoi qu’il en soit, après le défunt Liaquat Ali Khan, Khawaja Nazimuddin devint Premier ministre du Pakistan.
La même année, le 21 novembre, un rassemblement public historique fut organisé à Karachi à l’initiative de la Jamaat-e-Islami, autour des neuf revendications susmentionnées. Lors de cette réunion, l’émir de la Jamaat-e-Islami, le maulana Sayyid Abul Ala Maududi, déclara d’une voix ferme que, si le projet de constitution de cette fois-ci était, comme auparavant, non islamique, le peuple musulman le jetterait au visage même de ses auteurs. Ensuite, à la vue du long cortège qui sortit ce jour-là, avec diverses pancartes, pour réclamer l’élaboration d’une constitution islamique, les dirigeants furent stupéfaits. Il en résulta à Karachi une telle réaction que le gouvernement fut contraint de céder et présenta, à la fin de l’année, au mois de décembre, un deuxième projet de constitution.
Cette fois, une conférence réunissant trente et un éminents oulémas se tint à Karachi en janvier 1953 afin d’examiner les recommandations constitutionnelles. Le 18 janvier, les oulémas présentèrent leurs propositions extrêmement judicieuses concernant ledit projet de constitution.
Ce même mois, une convention multipartite fut convoquée à Karachi afin de déclarer les qadianis minorité. Le maulana Maududi participa également à cette convention. Il y insista pour que la question qadianie, au lieu d’être examinée séparément, soit intégrée au mouvement constitutionnel.
L’Action directe décidée par la convention multipartite
Le 27 février 1953, une séance du comité exécutif de la convention multipartite se tint à Karachi. Il y fut décidé d’entreprendre une « action directe » ou une lutte directe afin de contraindre le gouvernement au sujet de la question qadianie. Lors de cette séance, le représentant de la Jamaat-e-Islami s’opposa vivement à l’Action directe et annonça la rupture des relations de la Jamaat-e-Islami avec la convention. Dès le lendemain, les dirigeants de l’« Action directe » furent arrêtés, et l’action directe échoua dans la ville de Karachi. Au Pendjab, toutefois, elle prit une ampleur terrifiante.
Les troubles qui avaient éclaté au Pendjab, désignés dans le langage officiel sous le nom de « Punjab Disturbances », étaient, pense-t-on, encouragés par le gouvernement du Pendjab occidental. La cause principale des troubles était que certaines revendications légitimes de la population avaient été rejetées. Toutes les organisations politiques et religieuses du Pakistan participaient à la convention réunissant tous les partis, notamment la Ligue musulmane, la Jamaat-e-Islami, le Majlis-e-Ahrar, la Jamiat Ulema-e-Pakistan, la Jamiat Ahle Hadith, l’Anjuman Tahaffuz-e-Huqooq-e-Shia, entre autres. La revendication commune de ces organisations était que les qadianis soient déclarés communauté minoritaire. Quelques autres revendications de moindre importance figuraient également parmi celles du peuple pakistanais, car les organisations précitées représentaient les musulmans de toutes les catégories du Pakistan. Le gouvernement ayant refusé d’accepter ces revendications, il fut décidé de mener une « Direct action », c’est-à-dire une lutte directe.
Il a été dit plus haut que cette lutte directe ne fut mise en œuvre nulle part ailleurs qu’au Pendjab. Elle n’aurait probablement pas été mise en œuvre même au Pendjab. Mais on estime que le gouvernement du Pendjab commit alors une grave erreur. Un cabinet Daulatana était en place au Pendjab. La lutte directe menée par l’organisation de la Ligue musulmane contre le cabinet de la Ligue musulmane semble avoir fait perdre son équilibre mental au cabinet Daulatana. Ainsi, à la seule vue d’une ombre noire, il commença à trembler de peur comme devant un fantôme. Les troubles se poursuivirent du 4 au 6 mars. Dès le premier jour, la police commença à charger brutalement la population à coups de bâton et à tirer sur elle. Dans l’après-midi du 4 mars, un policier déguisé se rendit à un rassemblement populaire et annonça que la police avait frappé la foule à coups de bâton en un certain endroit, puis avait piétiné et déchiré le Noble Coran attaché au cou d’un homme, en dispersant ses morceaux. Il montra ensuite à la foule quelques pages déchirées du Coran. La foule entra alors dans une vive colère. Les gens ordinaires, les ouvriers, les étudiants, les enseignants et même les employés des administrations publiques exprimèrent de vigoureuses protestations contre le gouvernement. De cette manière, la population était fortement excitée contre le gouvernement.
Un autre incident ajouta du combustible à ce feu qui brûlait déjà. Le même jour, des tirs incessants étaient dirigés contre la population depuis une jeep. L’enquête révéla que plusieurs qadianis avaient pris place dans la jeep.
Ainsi, un immense incendie de colère s’embrasa contre le gouvernement. Mais ces troubles ne purent se prolonger longtemps. Le 6 mars, la loi martiale fut proclamée à Lahore et, en quelques heures, les troubles cessèrent complètement.
Les 4 et 5 mars, lors de la session du Majlis-e-Shura central de la Jamaat-e-Islami, présidée par Maulana Maududi, la « lutte directe » fut vivement condamnée. Après en avoir analysé les conséquences désastreuses, on appela la population à s’en tenir éloignée. À cette époque, une brochure de Maulana Maududi intitulée « Le problème qadiani » fut publiée. Dans cet ouvrage, il analysait les différences fondamentales entre les musulmans et les qadianis, et proposait une solution pacifique et appropriée au problème.
La condamnation à mort de Maulana Maududi
Le 28 mars, les autorités de la loi martiale arrêtèrent soudainement Maulana Maududi ainsi que les autres dirigeants de la Jamaat. Aucune raison ne fut donnée pour ces arrestations.
Maulana Maududi, ainsi que ses collaborateurs Malik Nasrullah Khan Aziz et M. Naqi Ali, furent inculpés devant un tribunal militaire pour avoir propagé la haine parmi la population au moyen de la brochure « Le problème qadiani » et pour s’être rebellés contre le gouvernement. C’est sur la base de ces accusations que le tribunal militaire condamna Maulana Maududi à la pendaison le 8 mai.
Il convient de relever ici un point important : les autorités n’eurent pas le courage de confisquer l’ouvrage pour la rédaction duquel la peine de mort fut prononcée contre l’auteur. Pendant le procès devant le tribunal militaire, cette brochure était vendue par centaines dans la ville de Lahore même. Elle ne contenait nulle part quoi que ce soit qui pût être répréhensible aux yeux de la loi. Au contraire, l’ouvrage « Le problème qadien » condamnait l’action directe. Mais les esclaves de la civilisation occidentale et les ennemis de l’islam et de la loi islamique se livrèrent, par la ruse, la force et toutes sortes de manœuvres, à la conspiration visant à faire disparaître de la surface de la terre le vaillant combattant invincible du mouvement islamique. Après la publication de la sentence de mort, des protestations vigoureuses contre l’obstination et l’imprévoyance du gouvernement s’élevèrent du Pakistan et du monde extérieur, exigeant le retrait de la sentence. Une telle vague d’indignation se souleva dans tous les pays musulmans du monde que le responsable suprême de la loi martiale annula la peine de mort et condamna le Maulana à quatorze ans d’emprisonnement avec travaux forcés.
La sentence de mort restera, dans l’histoire de l’islam, un monument impérissable : elle révéla la personnalité exceptionnelle du Maulana Maududi, sa popularité dans l’ensemble du monde musulman et le magnifique exemple de sacrifice du savoir pour Allah seul. La sentence de mort prononcée contre lui, puis sa condamnation à la prison à perpétuité, loin de décourager la Jamaat-e-Islami, ont au contraire insufflé à ses membres une inspiration djihadiste décuplée. Elles ont considérablement accéléré les progrès de l’organisation. L’enseignement de l’histoire est que, depuis des temps immémoriaux, à toutes les époques et en tous les temps, le mouvement islamique a progressé en affrontant les coups des forces qui lui étaient opposées. Tous ceux qui ont tenté d’ériger une résistance face à sa puissance irrésistible et inflexible ont été emportés par son torrent impétueux ; leurs noms et leurs traces ont disparu de la surface de la terre.
À ce propos, il est impossible de ne pas mentionner qu’une certaine catégorie de personnes opposées à l’islam et au système de gouvernement islamique portent contre le Maulana Maududi cette fausse accusation : il serait principalement responsable des émeutes qadiennes du Pendjab et des milliers de personnes y auraient été tuées à son instigation. Nous pouvons le dire fièrement : le récit chronologique des activités du mouvement constitutionnel exposé plus haut ne contient pas la moindre once de mensonge ni la moindre exagération. Il ne ressort nullement de cet exposé que le Maulana Maududi ait été responsable des émeutes du Pendjab. Des gens intéressés les ont qualifiées d’« émeutes qadiennes » ; or, premièrement, il ne s’agissait absolument pas d’« émeutes qadiennes », et des milliers de personnes n’y ont pas non plus été tuées. La convention multipartite demanda au gouvernement de déclarer les Qadiens minorité non musulmane. Lorsque le gouvernement refusa d’accepter cette demande, ladite convention adopta l’action directe (Direct Action) contre lui. Il s’agissait en réalité d’un affrontement entre le gouvernement et la population. La loi martiale fut proclamée pour le réprimer, et les tirs des forces armées firent 11 morts et 49 blessés. (Voir le rapport Munir, p. 1.)
Loin de participer à cette lutte, le Maulana Maududi et la Jamaat-e-Islami s’opposèrent au contraire à l’« action directe » de la convention multipartite et appelèrent également la population à s’en abstenir. Toute personne impartiale et douée de conscience reconnaîtra ouvertement que cette accusation portée contre lui est entièrement inspirée par la haine, infondée et dépourvue de tout fondement.
Nulle part dans le rapport Munir le Maulana n’est rendu responsable de ces troubles. La responsabilité principale en est attribuée aux dirigeants du mouvement Ahrar, aujourd’hui disparu, ainsi que, directement ou indirectement, à d’autres partis. Ce qui est amusant, c’est qu’une certaine catégorie de partis politiques opportunistes et dépourvus d’idéaux du pays, ayant constitué leurs propres partis autour des dirigeants du mouvement Ahrar, accusent le Maulana Maududi d’être responsable des troubles du Pendjab afin de dissimuler leurs propres méfaits.
Plus amusant encore : dans le langage officiel, les troubles du Pendjab (Punjab Disturbance) eurent lieu en 1953. Il s’agissait d’un affrontement entre le gouvernement et la population. La Jamaat-e-Islami, et donc le Maulana Maududi, n’avaient absolument aucun lien, même le plus lointain, avec ces troubles.
D’autre part, le livre « Le problème qadien », pour avoir écrit lequel le Maulana fut condamné à mort, n’avait lui non plus aucun rapport avec les troubles du Pendjab. C’est ainsi que les ennemis irréfléchis et aveugles de l’islam ont commis une grave erreur. Le livre pour lequel la peine capitale fut prononcée ne fut pas confisqué ; il ne l’a jamais été et se trouve encore aujourd’hui dans le commerce. Il ne contient pas une seule ligne qui puisse justifier la moindre peine contre son auteur. Mais il fallait éliminer du jour au lendemain, même sans aucune faute de sa part, l’un des plus éminents défenseurs de l’islam. Il fallait donc bien invoquer une raison. Le seul titre « Le problème qadien » avait amené les ennemis de l’islam à penser qu’il s’agissait d’un ouvrage dangereux. Sans doute avaient-ils imaginé, sans même lire le livre, qu’il appelait à l’extermination des Qadiens. Ils n’avaient pas non plus le temps de le lire. Ils ne songèrent même pas à confisquer le livre pour lequel la peine de mort était prononcée.
Quelques personnes qui occupaient alors les plus hauts postes de pouvoir au sein du gouvernement pakistanais voulurent, en dissimulant leur maladie intérieure, extirper le mouvement islamique. Elles n’y parvinrent pas, et leur mentalité secrète fut dévoilée. Le mouvement islamique n’est pas mort, pas plus que le Maulana Maududi. En revanche, leurs adversaires ont connu une mort honteuse. Cette mort honteuse ne nous réjouit pas. Mais tel est le jugement impitoyable de l’histoire.
Il est extrêmement regrettable que, vingt-cinq ans après les émeutes du Pendjab, certaines personnes continuent d’insulter le Maulana en le traitant de meurtrier de centaines de qadიანis. Il ne fait aucun doute qu’elles souffrent d’une maladie mentale encore plus grave que les dirigeants pakistanais de l’époque. Elles inspirent la compassion. C’est pourquoi je prie pour la guérison de cette maladie mentale qui les afflige.
C’est une cruelle parodie de la justice et de l’équité que la peine de mort n’ait été prononcée contre aucun de ceux qui étaient directement responsables des troubles du Pendjab. Le seul tort du Maulana Maududi était d’avoir revendiqué l’instauration d’un régime islamique au Pakistan. Il va sans dire que le souhait le plus cher des intéressés était de l’éliminer du jour au lendemain afin de faire échouer le mouvement islamique. Mais les adversaires de l’islam ne savaient probablement pas que, de cette manière même, Allah Tout-Puissant accorde la victoire à Ses bien-aimés et à leur groupe.
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« Allah est satisfait d’eux, et eux sont satisfaits d’Allah malgré les épreuves, les calamités, la persécution et l’oppression. Ce sont eux qui appartiennent au parti d’Allah. Prenez donc garde et souvenez-vous-en : assurément, le parti d’Allah triomphera. » Al-Mujadila (22)
Le Maulana Maududi dans la chambre des condamnés à mort
Alors que cet homme croyant, la tête inclinée devant Allah, le Roi de la religion et de ce monde, était absorbé dans l’adoration, on lui annonça son arrêt de mort. Face à la condamnation à mort, aucune trace de peur ni d’inquiétude n’apparaissait sur le visage du bien-aimé serviteur d’Allah. Le visage serein et souriant, il accepta l’ordre d’exécution avec gratitude.
Je voudrais présenter aux lecteurs le récit d’un témoin direct. Monsieur Sayyid Naqi Ali, éditeur et imprimeur de la brochure « Le problème qadיאni », raconte :
« Le 8 mai, nous accomplissions la prière du maghrib sur l’ancien court de tennis de la maison civile. Le Maulana était l’imam. Parmi les fidèles, nous étions cinq, sans compter le surveillant et le cuisinier de la prison : Mian Tofail Muhammad, le Maulana Amin Ahsan Islahi, Malik Nasrullah Khan Aziz, Chaudhary Muhammad Akbar et moi-même. Alors que nous étions à la deuxième rak‘a, la porte s’ouvrit soudain, puis nous entendîmes les pas de plusieurs personnes. Il y eut quelques chuchotements et des bruits de va-et-vient. »
À peine eut-il achevé le salâm de la sunna qu’on entendit de nouveau des coups frappés à la porte. On vit entrer plusieurs soldats et employés de la prison. L’un d’eux demanda : « Qui est le maulana Sayyid Abul A‘la Mawdudi ? »
Le maulana répondit d’une voix calme : « C’est moi, dites-moi. »
L’employé de l’État déclara : « Pour avoir publié deux déclarations dans le journal Tasnim, vous êtes condamné à sept ans d’emprisonnement avec travaux forcés, et Malik Nasrullah Khan Aziz à trois ans. » Tous deux répondirent : « Très bien, d’accord », puis gardèrent le silence.
L’employé reprit : « Pour avoir rédigé l’ouvrage Le problème qadiani, le maulana Sayyid Abul A‘la Mawdudi est condamné à la peine de mort, et son imprimeur, Sayyid Naqi Ali, à neuf ans d’emprisonnement avec travaux forcés. »
Nous répondîmes tous deux : « Très bien, merci », puis nous restâmes silencieux.
La condamnation à mort du maulana était totalement inattendue. Pourtant, aucune inquiétude ne se lisait sur le visage de qui que ce soit. Cependant, nos esprits se remplirent de réflexions. Nous regardâmes tous vers le maulana. Nous vîmes sa figure calme et sereine. Son regard avait une immense profondeur, telle l’insondable profondeur de la mer.
L’employé remit un morceau de papier au maulana et lui dit :
« Maulana, si vous le souhaitez, vous pouvez demander la grâce dans un délai d’une semaine. »
Maulana prit silencieusement le papier, avec un léger sourire. Au moment de partir, l’employé dit :
— Maulana, préparez-vous ; vous devrez partir dans un instant.
— Où cela ?
— Dans la cellule des condamnés à mort.
— Je suis prêt.
Ensuite, nous nous dirigeâmes en silence vers la pièce de la salle civile. Chemin faisant, nous entendîmes l’employé dire :
Malik Nasrullah Khan Aziz et Sayyid Naqi Ali, vous devrez aussi partir. Mais… ah, d’accord. Je vous emmènerai demain matin.
Moi et Malik Sahib fîmes comme si nous n’avions pas entendu. En effet, la nouvelle de la condamnation à mort de Maulana nous avait accablés d’une telle douleur que notre attention ne se portait plus sur rien d’autre.
Que d’humiliations, que de persécutions et de sévices les voyageurs de la voie de la vérité n’ont-ils pas subis sur la scène du monde ! Nous avions tous eu la grâce d’être les humbles serviteurs de la religion de la vérité et de nous trouver au même rang que les hommes qui luttent sur le chemin de la vérité. Notre crime ? Le crime d’avoir publié le livre sur le problème qadiani ? Voilà ce qu’on avance seulement pour tromper le monde. Mais, en réalité, notre crime est que nous voulons mettre au service de l’islam la force conjuguée de la nation et du gouvernement au Pakistan. Nous avons fait de l’établissement de la religion d’Allah le but de notre vie. Tel était notre seul crime.
Oui, j’en étais là. On emmenait réellement le Maulana vers la chambre d’exécution. Un tel érudit, objet d’un immense respect non seulement dans le Pakistan et l’Inde, mais dans tout le monde arabe, allait-il aujourd’hui être conduit à la chambre d’exécution ? Je me demandais : était-ce vraiment possible ?
Allait-on aujourd’hui pendre à la potence le vaillant mujâhid du mouvement islamique ? Les dirigeants obtus de la nation, qui, par leur sottise, ne veulent pas voir triompher l’islam au Pakistan, allaient-ils aujourd’hui prendre une telle mesure ?
Le mouvement islamique allait-il donc réellement être privé de cette grande personnalité dès son enfance ?
Les paroles lentes, graves et claires du Maulana se mirent à résonner dans mes oreilles : « Souvenez-vous que je n’ai commis aucun crime. Je ne leur demanderai en aucune manière de m’épargner. Que personne non plus ne demande grâce pour moi — ni ma mère, ni mon frère, ni ma femme, mes fils ou mes proches. C’est également ma requête aux membres de la Jamaat. »
Mian Tofaïl Muhammad Sahib ouvrit le hold-all du Maulana et l’étendit. Nous nous mîmes tous à y ranger ses affaires. Le Maulana et moi préparâmes la valise en cuir, car toutes ces affaires devaient être renvoyées chez lui.
Entre-temps, on prépara un petit lit à envoyer avec le Maulana dans la chambre d’exécution. On y joignit un repas enveloppé dans un tissu, le Noble Coran ainsi qu’un lota et un verre.
Je n’arrivais pas à parler. Mon cœur tremblait. Mes bras et mes jambes devenaient raides. La pensée de la condamnation à mort du Maulana se répandait dans chaque atome de mon corps comme de l’électricité. La situation de Tofaïl Sahib était exactement la même. Malik Nasrullah Khan Aziz faisait les cent pas, le visage grave et méditatif, tandis qu’une prière indistincte sortait de ses lèvres. L’état de notre aîné à tous, Chaudhry Muhammad Akbar Sahib, était extraordinaire. Il se tenait simplement debout, muet et immobile. Islami Sahib faisait tantôt les cent pas, tantôt s’arrêtait brusquement. Son émotion et son exaltation réprimées se manifestaient sur son visage, qui prenait une teinte rouge sang.
Tout en attachant la literie, je me suis fortifié le cœur et ai dit une fois pour toutes—
—Maulana, la décision de ne pas demander votre grâce est la vôtre. Cela ne signifie nullement que la Jamaat doive accepter cette décision. Vous devrez vous conformer à la décision que prendront les membres de la Jamaat après avoir examiné la situation extérieure.
Maulana dit de sa voix habituelle—
Même du point de vue de la Jamaat, je considère cette décision comme juste. Il est de votre devoir d’informer les dirigeants de la Jamaat de ma décision.
Sur ces entrefaites, un employé de la prison arriva. Nous étions parfaitement calmes, comme la mer avant la tempête, calme et sereine.
Mais Maulana ? Ce vaillant combattant du mouvement islamique et de la voie de la vérité, dont on avait annoncé qu’il accéderait à l’honneur du martyre, était absolument calme, posé et inébranlable.
Maulana nous étreignit tous chaleureusement. Ce fut une étreinte si sincère qu’elle restera gravée dans nos mémoires pour toujours.
Nous prîmes une partie des affaires, et le gardien de la prison en prit une autre. Nous accompagnâmes Maulana jusqu’à la porte de la salle administrative pour lui faire nos adieux. Alors la tempête qui s’était amassée dans nos cœurs se manifesta. Mian Tofail Sahib et moi nous mîmes à sangloter, puis, de retour, je tombai prosterné sur le tapis de prière.
Islahi Sahib, Malik Sahib et Chaudhuri Sahib étaient déjà prosternés.
Nous nous mîmes tous à prier Dieu en pleurant. L’élan de nos sanglots était irrépressible, et le flot de nos larmes, impétueux et inépuisable.
Je ne sais combien de temps nous restâmes ainsi. Soudain, le bruit des pas sévères du gardien-chef attira notre attention de ce côté. Nous vîmes qu’il avait rapporté les vêtements, la nourriture, les ustensiles, les chaussures et autres effets du Maulana. Il avait également rapporté le Saint Coran, car il n’y avait pas de place pour le garder dans la cellule des condamnés à la pendaison.
Le Maulana Islahi Sahib prit les vêtements du Maulana de mes mains et se mit à les embrasser à maintes reprises, savourant leur doux contact sur ses yeux et sa poitrine. Car ces vêtements avaient appartenu à un moudjahid sur le chemin de Dieu, qui était enfermé dans la cellule des condamnés à la pendaison et attendait de boire le nectar du martyre.
Mia Tofaïl Sahib prit ces vêtements des mains du Maulana Islahi et continua de les appliquer sur son visage, ses yeux et sa poitrine. Les vêtements finirent par être imprégnés des larmes de nous tous.
Pourquoi l’aimions-nous donc avec un tel amour, de toute notre âme ?
— Était-il l’un de nos parents ?
— Avions-nous avec lui quelque lien de parenté ?
– Cet amour était-il dû au fait que nous appartenions à la même caste et au même clan ?
– Était-ce parce que nous étions habitants du même pays ?
– Non, non, c’était uniquement parce qu’il allait donner sa vie dans la voie d’Allah. Seul le lien de l’islam avait rendu notre amour si historique et désintéressé.
L’amour illimité du Maulana pour Allah et son désir ardent de sacrifier sa vie dans la voie d’Allah stupéfièrent le monde. Ils frappèrent également d’émerveillement les employés de la prison et laissèrent dans l’histoire de l’islam un exemple d’une éclatante grandeur.
Dans la cellule d’exécution, on fit revêtir au Maulana un pantalon de pyjama sans cordon de serrage à la taille. Le Maulana demanda au gardien :
« Frère, tu as oublié de donner le cordon de serrage. »
Le gardien répondit :
« Maulana, on ne donne pas de cordon de serrage à un condamné à la pendaison. Et s’il s’en servait pour se suicider ? »
Le Maulana dit avec un doux sourire :
« Celui qui s’apprête à boire à pleines gorgées la coupe du martyre serait-il assez insensé pour se suicider et aller en Enfer ? »
Dans la chambre des condamnés à mort, le Maulana ne manifeste aucune inquiétude. Il ne se fait aucun souci pour sa vie. On ne voit sur son visage ni dans ses yeux la moindre trace d’angoisse. Au lieu de lire le Noble Coran, il s’endormit dans une paix et un bonheur parfaitement naturels, en lisant la biographie de Sayyid Ahmad Shahid (que Dieu lui fasse miséricorde). En temps normal, aucune différence ne se manifesta entre le sommeil dans sa propre maison et celui dans la chambre des condamnés à mort.
Une autre parole inestimable du Maulana à cette époque fut celle-ci : lorsque ses proches, ses amis et ses innombrables admirateurs, bouleversés par l’ordre d’exécution, se mirent à perdre courage, il les réconforta en leur disant :
« La décision de la vie et de la mort se prend au ciel, et non sur la terre. »
Quelle ferme conviction ! Quelle force morale inébranlable !
Écoutons de la bouche même du Maulana quel était son état dans la chambre des condamnés à mort. Interrogé à ce sujet, le Maulana dit :
Lorsque, dans l’enceinte du tribunal civil, on m’annonça la sentence de mort et que, dans le même temps, on m’accorda le droit de demander ma grâce dans un délai d’une semaine, trois sortes de pensées surgirent dans mon esprit.
La première raison est que solliciter la pitié de l’oppresseur est contraire à ma dignité.
La deuxième est la suivante : pourquoi demanderais-je pardon ? Pour quelle raison ? Parce que je serais envoyé au Paradis ? Il est vrai qu’en servant le dîn toute sa vie, on n’a pas autant de certitude d’atteindre le Paradis en mourant d’une autre manière qu’en obtenant le martyre. Devrais-je donc dire : « Libère-moi du Paradis » ?
La troisième raison est que si un homme tel que moi implorait aujourd’hui la vie sauve, le sens de la dignité disparaîtrait du cœur des gens ordinaires de ce pays.
C’est pourquoi j’ai ordonné avec la plus grande fermeté à mes amis et à mes proches que nul membre de ma famille ni de la Jamāʿat ne demande pardon en mon nom. Sinon, je ne leur pardonnerai jamais.
Lorsque l’on me conduisit dans la cellule des condamnés à mort, on me priva de toutes les choses nécessaires. On m’enleva tout. Même mes vêtements furent confisqués et remplacés par ceux de la prison. On me donna un pantalon sans cordon. En le voyant, je pensai d’abord qu’on avait peut-être oublié de me donner le cordon. Mais, après m’être renseigné, j’appris qu’on n’en donnait jamais, car le détenu pourrait, dans son désespoir, s’en servir pour se suicider. Je fus donc contraint de rapprocher les deux extrémités avant du pantalon pour le porter. Mais il ne permettait pas de couvrir correctement le ʿawra, et il devint très difficile de prier. Je voulus d’abord garder le Coran शरीফ avec moi, mais lorsque je constatai qu’il n’y avait aucun endroit où le déposer, hormis le sol sur lequel je dormais, je le rendis. Seul ce qui était gravé dans mon cœur resta avec moi.
Quoi qu’il en soit, après le départ de tout le monde, un premier gardien (Warder) arriva et se mit à accabler d’injures le gouvernement et les ministres. Puis vinrent les deuxième, troisième et quatrième. Chacun repartit après avoir maudit le gouvernement.
Dans la cellule des condamnés à mort, les cris et les lamentations commencèrent avec une telle intensité pendant la nuit que je ne parvins pas à m’endormir avant deux heures du matin. L’un invoquait le nom de quelque pīr ou saint homme. Un autre récitait des poèmes, tandis qu’un troisième continuait à marmonner : « Maître, sauve-nous ! Maître, sauve-nous ! »
Lorsqu’on lui demanda ce qu’il pensait de l’exécution de la peine de mort, le Maulana répondit :
Je pensais que, si le peuple ne manifestait pas massivement, le gouvernement, vu son attitude, finirait bel et bien par me faire pendre. S’il avait l’occasion de prendre cette mesure, les conséquences en seraient extrêmement graves. Par la suite, l’œuvre de la religion dans ce pays serait interrompue pour longtemps. Mais si le peuple agissait en connaissance de cause et si le gouvernement était contraint de reculer ne serait-ce qu’une fois, alors, incha Allah, il devrait nécessairement continuer à reculer et il ne serait pas possible de barrer la route au mouvement islamique. Cette période est, pour tout le pays, un moment de très grande épreuve du feu.
Le deuxième jour, Cheikh Sultan Ahmad et Safdar Sahib vinrent me rendre visite, accompagnés de leurs fils. Ils me demandèrent de nouveau de solliciter la grâce. Je les réprimandai et leur ordonnai de ne demander en aucun cas la grâce.
Ensuite, Mian Mahmud Ali Kasuri vint. Lui aussi voulut offrir ses propres services afin d’obtenir ma grâce. Je lui dis que je ne parvenais absolument pas à comprendre une telle chose.
On demanda au Maulana si la cellule des condamnés à mort ne comportait pas de souffrances particulières. Le Maulana répondit :
D’une part, les vêtements qu’on nous faisait porter étaient inadaptés et insuffisants, sans compter les cris et le vacarme. Deuxièmement, la structure même de la cellule des condamnés à mort était pénible pour les détenus en toute saison. C’était une cellule étroite, sans lumière ni aération. Il n’y avait aucun moyen de se protéger du soleil, de la pluie, du froid ou de la chaleur. De plus, dans la cellule des condamnés à mort, on servait une nourriture de catégorie C, totalement immangeable.
Le troisième jour, vers deux heures de l’après-midi, un homme arriva en courant et dit : « Maulana, je vous félicite, votre condamnation à mort a été commuée. » Puis les gens commencèrent à venir en groupes pour annoncer cette nouvelle. Peu après, le Maulana Niazi et moi-même fûmes sortis de cet endroit et conduits à l’hôpital.
Réactions dans le pays et à l’étranger au verdict de condamnation à mort
Il a été dit plus haut que le tribunal militaire de Lahore condamna d’abord le Maulana Sayyid Abul Ala Maududi à mort, puis retira cette sentence et le condamna à quatorze ans d’emprisonnement avec travaux forcés. La formidable agitation qui s’éleva contre cette condamnation, non seulement au Pakistan mais dans l’ensemble du monde musulman, ne trouve aucun précédent dans les pages de l’histoire passée. Les grèves, cortèges, réunions et assemblées organisés pour protester contre ce traitement qui lui était infligé ne se limitèrent pas aux grandes villes et aux capitales ; jusque dans les petites villes et les régions rurales de l’intérieur du pays, la flamme de la protestation s’embrasa avec force. De toutes parts, des villages isolés jusqu’aux grandes villes, d’innombrables télégrammes, lettres et résolutions firent retentir de vives protestations et des cris de condamnation. Cette agitation mondiale n’était pas une manifestation provoquée par une excitation passagère ou par l’émotion. Elle était en réalité l’expression spontanée du respect durable du monde musulman envers le Maulana. Elle ne s’éleva pas comme une bulle d’eau pour disparaître soudainement. Ces protestations et cette agitation se poursuivirent sans interruption pendant cinq mois. Ceux qui avaient été témoins, à l’époque des mouvements du Khilafat et du Congrès, de diverses formes d’agitation et de protestation ont eux aussi reconnu ouvertement qu’on n’avait jamais vu auparavant une agitation de cette nature, une compassion sincère, un deuil et des supplications aussi poignantes.
Il convient de noter que cette protestation n’a pas été faite par simple convenance mondaine ni pour donner le change. Chaque instant des nuits silencieuses et des journées affairées témoignait que non seulement les hommes, mais aussi les femmes voilées, étaient profondément affligées, endeuillées et bouleversées. Au milieu de la nuit, leurs tapis de prière pour le tahajjud étaient trempés de larmes. Le monde musulman considérait la condamnation à mort, puis la condamnation à la prison à vie, de ce vaillant combattant invincible du mouvement islamique comme une immense tragédie. C’est pourquoi les dirigeants des pays arabes, de l’Égypte, de l’Irak, de la Syrie, du Maroc, de l’Algérie, de l’Indonésie et d’autres pays musulmans exprimèrent leur vive protestation. Dans ces pays, les éditoriaux des journaux condamnaient l’attitude du gouvernement pakistanais et exigeaient la libération immédiate du Maulana.
Au Pakistan, les rédacteurs en chef des journaux suivants exprimèrent également leur protestation par voie de mémorandum :
Karachi : les quotidiens Jang, Anjam, Millat, Times of Karachi, Imroz, Al Muntazer, Iqbal, Asr-e Jadid, Muslim, Naya Roshni, Shabnam, Watan, Nayi Sindh, Al Waheed et Maqasid ; les hebdomadaires Jahan-e Nau et Students Voice ; le bimensuel Nimkadan ; les mensuels Faran, Riaz, Mushir et Chiragh-e Rah ; et autres.
Dacca : les quotidiens Pasban, Azad, Angara, Sitara, Morning News, Al Qaedah (en anglais), The Mail, ainsi que les publications hebdomadaires Dainik et Nizam-e Islam.
Lahore : les quotidiens Pakistan Times, Imroz, Afaq, Nawa-e Waqt, Ihsan, Helal-e Pakistan, Safina et Civil and Military Gazette ; les hebdomadaires Kendil, Iqdam et Karwan ; les mensuels Khadim-ul-Haramain, Arif, Al Jamiya, Islamic Life, Muslim et Adabi Dunya,
Bahawalpur : Insaf, Kainat, Ilham, Al-Imam, Azam, Rahbar, Parwaz, Difa, Rafiq, Naya Daur, Karwan, Tabligh et Nawa-e Bahawalpur.
Quetta : Mizan, Pasban, Nara-e Haq, Maqasid, Hilal, Khurshid, Tarjuman Rahbar-e Niswan, Bachchuka Shaheen, Times, Muallim, Dushman, Pukar, Nawa-e Baloutchistan, Niswan-e Dunya, Nawa-e Watan, Paigham-e Jadid, Sadaqat et Karwan Tamir-e Baloutchistan.
En outre, les journaux étrangers exprimèrent également leur vive protestation—
Assijil-Bagdad, Ikhwat-e Islamiya-Bagdad, Ad-Da’wa-Le Caire, Membrech Charq-Le Caire.
Les étudiants des pays musulmans qui faisaient leurs études en Angleterre ainsi que les musulmans résidant en Angleterre adressèrent une protestation à M. Muhammad Ali de Bogra, Premier ministre du Pakistan, avertissant le gouvernement pakistanais des conséquences de la condamnation à mort prononcée contre le Maulana et exigeant sa libération immédiate.
Le grand mufti de Palestine, al-Hajj Muhammad Amin al-Husseini, le guide des Frères musulmans, Cheikh Hasan al-Hazemi, l’avocat de l’université al-Azhar, Muhammad Abd al-Latif Daraz, et le président de l’Association de la jeunesse musulmane, Muhammad Saleh Hereb, déclarèrent dans un télégramme commun adressé au gouverneur général et au Premier ministre du Pakistan :
« Tous les musulmans qui éprouvent amour et bienveillance envers le Pakistan ont été profondément attristés par l’ordre d’exécution du Maulana Sayyid Abul Ala Maududi. Nous espérons que le gouvernement pakistanais agira avec sagesse et annulera la condamnation à mort prononcée contre notre éminent Maududi Sahib. »
Le grand mujtahid de la communauté chiite d’Iran, Son Éminence l’imam Muhammad al-Khalisi, et le plus éminent dirigeant des ahl al-sunna wa-l-jama’a en Irak, l’érudit Amjad al-Dhahabi, envoyèrent un télégramme commun aux dirigeants suivants, les priant de faire pression sur le gouvernement pakistanais pour obtenir la libération du Maulana Maududi :
Le deuxième émir Fayçal — Bagdad ; le sultan Ibn Saoud — Arabie saoudite ; l’érudit ayatollah Kashani — Iran ; le Dr Mossadegh, ancien Premier ministre — Iran ; le Premier ministre d’Irak ; le Premier ministre d’Égypte, le général Naguib ; le cheikh d’al-Azhar, Hasan al-Hazemi ; et le grand mufti de Palestine. Ils adressèrent également un télégramme similaire au gouverneur général et au Premier ministre du Pakistan.
Le grand combattant de l’Indonésie, l’érudit Isa Ansari, déclara au nom des soixante partis islamiques d’Indonésie :
« Le Maulana Maududi est un dépôt confié au monde. Si le Pakistan n’a pas besoin de lui, le monde islamique, lui, en a besoin. Nous, musulmans d’Indonésie, lui apportons notre plein soutien et estimons qu’aujourd’hui le monde musulman a besoin de sa pensée. »
Parmi les dirigeants pakistanais qui protestèrent et réclamèrent la libération du Maulana, il convient de citer tout particulièrement l’ancien Premier ministre du Pakistan, Khawaja Nazimuddin, M. M. Ghazdar, M. Hussain Imam, le Maulana Jafar Ahmad Usmani, le Pir Ghulam Muhaddid Sirhindi, le Maulana Akram Khan, le Maulana Din Muhammad Khan, le Maulana Abdul Hamid Khan Bhashani et le Maulana Ragib Ahsan.
En somme, la force hostile à l’islam qui avait voulu éliminer le Maulana du jour au lendemain et saboter le mouvement islamique fut certes contrainte de s’incliner devant le regard courroucé du monde musulman insurgé, mais, incapable de réprimer l’hostilité accumulée depuis longtemps contre le Maulana, elle tenta de se consoler en le condamnant à quatorze ans de travaux forcés.
La libération du Maulana
Des revendications énergiques en faveur de la libération inconditionnelle du Maulana s’élevèrent non seulement du Pakistan, mais du monde musulman tout entier, comme cela a été exposé précédemment. Le gouvernement finit par réduire la peine de quatorze ans à trois ans et demi. Ensuite, à la suite d’un imbroglio juridique au Pakistan, le Maulana fut libéré après deux ans et neuf mois. Cet imbroglio juridique résultait du fait que, vers la fin de 1958, le Premier ministre pakistanais de l’époque, Muhammad Ali de Bogra, aujourd’hui décédé, avait annoncé qu’il offrirait cette même année à la nation une Constitution islamique, le 25 décembre, jour anniversaire de la naissance du Quaid-e-Azam.
Le gouverneur général Ghulam Muhammad souffrait profondément de ne pas voir le Maulana Mawduudi pendu au gibet. Entre-temps, l’annonce par le Premier ministre d’une Constitution islamique ajouta du sel sur une plaie à vif. Il entra donc dans une colère furieuse et dissolut l’Assemblée constituante du Pakistan.
Il en résulta une paralysie constitutionnelle dans le pays. La dissolution de l’Assemblée constituante entraîna l’annulation de toutes les lois et réglementations.
Entre-temps, une requête en habeas corpus fut déposée auprès de la Haute Cour afin d’exiger la justification de la détention du Maulana. Mais avant même le début de l’audience, le gouvernement annonça sa libération inconditionnelle.
La visite du Maulana au Pakistan oriental
Après la libération de Mawlana Maududi de la potence et de la condamnation à la réclusion à perpétuité, le monde musulman rendit grâce à Dieu. Comme les habitants du Pakistan oriental n’avaient jamais vu le Mawlana, ils commencèrent à souhaiter le rencontrer. En outre, une visite de Mawlana Maududi au Pakistan oriental devint urgente.
À cette époque, une nouvelle crise constitutionnelle éclata de nouveau au Pakistan oriental. Après la dissolution de l’Assemblée constituante par le gouverneur général, un cabinet « talentueux » (composé de personnes douées), réunissant des militaires et des civils, fut formé. Le défunt martyr Suhrawardy fut nommé ministre de la Justice. Ensuite, on complota, au moyen d’une convention et d’ordonnances, pour imposer au peuple une constitution contraire à l’islam et antidémocratique. Mais, après que la Cour fédérale eut déclaré, dans son arrêt, que la formation de la convention était contraire à la Constitution, le gouverneur général et le cabinet talentueux furent contraints d’organiser, en mai 1955, des élections à l’Assemblée constituante. À l’issue de ces élections, Chaudhry Muhammad Ali fut élu Premier ministre. Il tenait particulièrement à l’élaboration d’une constitution islamique pour le pays. Cependant, au sein de l’Assemblée constituante, le défunt martyr Suhrawardy, chef de la Ligue Awami, ainsi que les dirigeants du Congrès, devinrent un obstacle majeur à l’élaboration d’une constitution islamique. C’est grâce à l’ardente plaidoirie de M. Suhrawardy que Khawaja Nazimuddin fut écarté et que l’Assemblée constituante fut finalement dissoute, afin de barrer la voie à une constitution islamique dans ce pays. Par la suite, alors qu’il était ministre de la Justice dans le cabinet talentueux, l’espoir de M. Suhrawardy d’imposer à la nation, par l’intermédiaire d’une convention, une constitution antidémocratique et irréligieuse fut anéanti. Il forma donc un front islamophobe puissant avec les membres du Congrès hindou, afin d’empêcher l’Assemblée constituante réélue d’élaborer une constitution islamique. Il devint dès lors nécessaire d’intensifier le mouvement populaire pour déjouer leur manœuvre et créer un environnement favorable à une constitution islamique.
Après sa libération de prison, Mawlana Maududi se rendit pour la première fois au Pakistan oriental le 24 janvier 1956. Il y séjourna pendant un mois et demi et se rendit dans presque chaque chef-lieu de district ainsi que dans les principales villes de subdivision. À cette occasion, il prononça des discours devant plusieurs centaines de milliers de personnes, présenta l’appel de l’islam, expliqua la nécessité d’une constitution islamique, répondit à des centaines de questions et accorda des audiences privées à des centaines de personnes. Il renforça ainsi la revendication d’une constitution islamique également dans la partie orientale du Pakistan. De plus, il acquit une expérience directe de tous les problèmes intérieurs de cette province ainsi que de ses privations et de ses griefs.
Vers la fin de sa tournée, le 4 mars, à l’occasion d’une conférence de militants de la Jamaat-e-Islami, tenue dans la salle du conseil de district de Dacca, Mawlana Maududi consacra principalement un long exposé à l’ensemble des problèmes et des griefs du Pakistan oriental, ainsi qu’à la voie adéquate pour les résoudre. La traduction bengalie de ce discours fut publiée sous forme de brochure sous le titre « Les problèmes du Pakistan oriental et leur solution ».
Mawlana Maududi examina en détail plusieurs problèmes complexes des habitants du Pakistan oriental et en proposa également les solutions. Il détermina les véritables causes de leurs griefs les plus graves et les mit en lumière.
Au sujet de la mauvaise voie dans laquelle les muhajirûn du Pakistan oriental s’étaient engagés, il fit le commentaire suivant—
« Une grande partie de ceux qui sont venus ici en tant que fonctionnaires n’ont joué aucun rôle particulièrement digne d’éloges. Assis dans les fauteuils des Anglais, ils se sont pris pour des Anglais. Ils ont adopté la politique que les Anglais suivaient pour gouverner une autre nation. Ils n’ont pas réfléchi au fait qu’ils avaient accepté la responsabilité de gouverner et, plus encore, de servir leur propre pays et leur propre peuple. Si leur objectif était d’imiter les Anglais, leur devoir était alors de suivre la politique en vigueur en Angleterre. En réalité, c’est là la principale raison pour laquelle la population du Pakistan oriental a commencé à penser qu’on l’avait transformée en colonie. »
(Les problèmes du Pakistan oriental et leur solution, p. 5)
Mise en garde du Maulana contre les étrangers
À propos des commerçants venus d’ailleurs, il fit le commentaire suivant :
« Nous sommes reconnaissants aux commerçants et aux propriétaires d’usines venus d’ailleurs d’avoir pris en main l’industrie et le commerce d’ici. Mais ils auraient dû considérer ce pays comme le leur et cette nation comme la leur, s’efforcer d’aider leurs frères défavorisés à progresser, les aider à avancer dans le domaine de l’industrie et du commerce, dépenser ici même les revenus réalisés ici afin de mettre fin à leur misère, créer des institutions appropriées pour leur bien-être et leur développement, et leur apporter une aide adéquate dans les moments de danger et d’épreuve. Il est particulièrement regrettable que nombre d’entre eux n’aient pas été conscients de ce devoir. » (Voir le livret cité, p. 7-8.)
Le problème linguistique
Voici l’opinion claire exprimée par le Maulana au sujet du mouvement en faveur de la langue bengalie au Pakistan oriental et du problème linguistique :
« Le problème linguistique est la toute première question importante. En réalité, il n’y avait jamais eu au Pakistan oriental de sentiment d’hostilité envers la langue ourdoue. Au contraire, on observait parmi les gens instruits d’ici un intérêt particulier pour sa nécessité. Les gens ordinaires d’ici accordaient un très grand respect aux personnes parlant ourdou. Jusqu’à présent, après l’arabe, la langue ourdoue jouit également d’une certaine considération religieuse. Mais si on l’avait adoptée comme l’unique langue nationale et officielle, cela aurait causé de grandes difficultés aux habitants d’ici. En effet, même les personnes instruites d’ici ne connaissent pas l’ourdou. Elles craignaient donc de rester, dans tous les domaines, en retard sur les personnes instruites parlant ourdou. C’est dans ce contexte que les Bengalis avaient exigé que le bengali soit également reconnu comme langue officielle aux côtés de l’ourdou. Si l’on avait accepté cette revendication dès le premier jour, après avoir pleinement compris la gravité de la situation, on aurait fait preuve de discernement. Mais, dans la pratique, on a fait exactement le contraire. D’une part, on a tenté de l’étouffer par une politique de répression et, d’autre part, des voix se sont élevées à plusieurs reprises contre elle depuis le Pakistan occidental. C’est pourquoi la revendication du bengali, au lieu de rester un problème susceptible d’être résolu, a pris la forme d’une idéologie et d’un mouvement passionnel ; telle en est la conséquence naturelle. En effet, si, en réponse à une revendication, on dit : “Elle ne sera pas accordée”, alors, en réplique, le cri : “Nous l’obtiendrons coûte que coûte” ne manquera pas de s’élever. C’est exactement ce qui s’est produit dans cette affaire. »
Le problème des emplois publics
Dans le discours qu’il prononça au Dhaka DB Hall, le Maulana Maududi exprima également, au sujet des emplois publics, ce que ressentait au fond le Pakistan oriental.
Il dit :
« Le deuxième problème est celui des emplois dans la fonction publique. Il ne fait aucun doute que, sous le régime britannique, les musulmans étaient extrêmement en retard dans le domaine de l’emploi. Leur représentation dans les postes supérieurs était pratiquement nulle. Certes, il n’était pas facile de corriger soudainement l’injustice commise pendant deux cents ans par les Britanniques et les hindous. Mais après la création du Pakistan, les musulmans de la région orientale espéraient à juste titre qu’on leur donnerait la possibilité de progresser. Malheureusement, cet espoir n’a pas été satisfait. L’amertume qui s’est développée à ce sujet parmi les jeunes du Pakistan oriental est pleinement justifiée. Il est extrêmement regrettable que les fonctionnaires s’efforcent, partout où ils exercent leur influence, de faire embaucher leurs propres parents et proches. À tout le moins, les personnes haut placées et influentes auraient dû s’abstenir de cette injustice. Leur devoir était de s’efforcer d’élever leurs frères musulmans du Bangladesh, négligés et sous-développés, afin qu’ils puissent eux aussi avoir la possibilité de participer à parts égales au service du pays. Mais, malheureusement, une grave négligence a été manifestée à cet égard. Cette négligence a même suscité une plainte générale au Pakistan oriental. » (Voir la brochure citée, p. 14-15.)
Le problème de la défense du pays
Le problème le plus douloureux du Pakistan oriental est celui de la sécurité. À ce sujet, le Maulana dit :
« Plus importante encore est la question des emplois dans l’armée. À cet égard, la politique du gouvernement central est réellement contestable. Jusqu’à présent, l’idée héritée de l’époque britannique selon laquelle seuls les membres des “races militaires” conviennent au service militaire reste ici en vigueur. Il en est résulté que la carrière militaire est devenue le monopole des habitants d’une région particulière. Il ne s’agit pas seulement de l’aide financière prévue au budget militaire : même dans les autres domaines indispensables de la formation militaire, aucune part notable n’est accordée aux habitants du Pakistan oriental.
Je ne sais pas si, aux yeux de nos dirigeants, les habitants de Ceylan, de Birmanie, de Syrie, d’Indonésie et des Philippines, entre autres, sont considérés comme appartenant à une race militaire. Si ce n’est pas le cas, il faudrait soit les priver de la capacité de défendre leur pays, soit faire venir des militaires d’ailleurs pour constituer leurs armées. Et si les habitants de ces pays sont capables de défendre eux-mêmes leur propre pays, en quoi les habitants du Pakistan oriental leur sont-ils inférieurs pour qu’on les juge inaptes à servir dans l’armée ? L’importance de cette question ne s’arrête pas là. C’est plutôt une question de vie ou de mort pour le Pakistan. Plus de la moitié de la population de ce pays vit dans un territoire si exigu que ses trois côtés se trouvent dans la sphère d’influence de l’Hindoustan. Il faut en défendre une frontière d’environ mille quatre cents miles. En temps de guerre, il ne semble pas possible de lui apporter une aide depuis le Pakistan occidental. Si les habitants d’ici ne sont pas capables de défendre eux-mêmes leur pays et ne sont pas formés pour être aptes en tous domaines à cette fin, ils n’auront jamais le sentiment d’être en sécurité. Vous ne pourrez jamais les rassurer en leur faisant croire qu’en temps de guerre la région occidentale défendra la région orientale. Car cela signifie qu’abord la région orientale sera attaquée par l’ennemi, puis que vous demanderez à la région occidentale de repousser l’ennemi. Ce n’est rien d’autre qu’une conception erronée. Et c’est là la principale cause du ressentiment des habitants du Pakistan oriental. »
(Voir la brochure citée, p. 15-16.)
Après la fin du régime militaire, lorsque les partis politiques eurent commencé à fonctionner légalement, une conférence de trois jours de la Jamaat-e-Islami se tint dans la ville de Rangpur. Lors du meeting public organisé à cette occasion, le 18 novembre 1962, le Maulana dit :
« J’ai dit à maintes reprises avant l’instauration de la loi martiale, et je le répète aujourd’hui, qu’il faut préparer pleinement le Pakistan oriental à la défense du pays. »
Le discours susmentionné du Maulana prouve clairement qu’il considérait chaque pouce du territoire pakistanais et chacun de ses habitants comme les siens. Le régionalisme ou l’étroitesse d’esprit fondée sur la langue n’a jamais pu toucher son cœur. Outre un profond sentiment de fraternité islamique, un humanisme généreux constituait un trait caractéristique du Maulana. Il éprouvait la même sollicitude pour les divers problèmes régionaux du Pakistan. C’est pourquoi il n’a jamais pu négliger aucun d’entre eux.
Le Maulana en a donné une belle expression dans son discours prononcé ce jour-là au Dhaka DB Hall. Il dit :
« Le Pakistan est pour moi comme mon corps et mon âme. De même que je ne peux faire de distinction entre mes deux mains, je ne peux faire aucune distinction entre les deux parties du Pakistan. Quelle que soit la main qui tombe malade, c’est une maladie de tout mon corps. Il est de mon devoir d’en rechercher la cause et de mettre en place le traitement approprié. Ne pas le faire revient à se montrer hostile envers soi-même. »
Après l’adoption de la constitution islamique
Grâce aux efforts sincères et au travail inlassable du Premier ministre pakistanais Chaudhry Muhammad Ali, une constitution islamique fut élaborée et adoptée au Pakistan. Le 29 février 1956, l’Assemblée constituante adopta la constitution islamique. Le gouverneur général la signa le 2 mars, et elle entra en vigueur le 23 mars. Il va sans dire qu’au moment de l’adoption de cette constitution, feu M. Suhrawardy boycotta l’Assemblée constituante avec les membres de son parti, la Ligue Awami, ainsi que les membres du Congrès. Bien que la constitution islamique eût été adoptée, un mouvement réactionnaire s’éleva dans les milieux hostiles à l’islam du pays contre plusieurs des points suivants.
(1) La dénomination de l’État en tant que République islamique,
(2) Le fait que le chef de l’État soit musulman
(3) Ne pas promulguer de lois contraires au Coran et à la Sunna,
(4) Mettre fin à la consommation d’alcool, aux jeux de hasard, à l’adultère, etc.
Lorsque la Constitution islamique du Pakistan fut adoptée — bien qu’elle ne fût pas absolument irréprochable du point de vue de l’islam et de la démocratie — toute la colère de certains se déversa sur le Maulana Maududi. Les accusations et les critiques contre le Maulana commencèrent alors. L’accusation la plus infondée et la plus regrettable portée contre lui était qu’il occupait depuis le début, sans avoir été élu, la fonction d’amir de la Jamaat-e-Islami.
Pour prouver qu’il n’avait jamais aspiré à la direction, le Maulana démissionna volontiers de sa fonction d’amir. En outre, il déclara qu’en raison de son long emprisonnement, après sa démission, M. Chaudhry Ghulam Muhammad serait élu amir à titre provisoire et que les préparatifs de l’élection de l’amir se poursuivraient conformément aux statuts.
À cette fin, en février 1957, une conférence des membres de la Jamaat-e-Islami se tint pendant une semaine à Machhigot, localité située dans l’État princier de Bahawalpur. L’humble auteur de cet ouvrage eut lui aussi la chance d’y participer. Plus de huit cents membres de la Jamaat, venus de différentes régions du Pakistan, prirent part à cette conférence. Les travaux de la conférence s’achevèrent dans une atmosphère pleinement paisible et disciplinée, d’une pureté incomparable. C’est au cours de cette conférence que fut organisée une nouvelle élection de l’amir de la Jamaat-e-Islami. Il apparut que, sur les plus de huit cents électeurs, tous, à l’exception de quatre, avaient voté au scrutin secret pour le Maulana Maududi au poste d’amir. Le Maulana ne put donc se soustraire à la responsabilité que tous lui avaient spontanément confiée. Il reprit la charge d’amir.
Lors de cette conférence, le Maulana prononça, au sujet du futur programme d’action de la Jamaat-e-Islami, un discours extrêmement argumenté et savant, qui dura six heures. Ce discours demeure un trésor inestimable de la Jamaat-e-Islami. Il a été publié sous forme de livre sous le titre « Le futur programme du mouvement islamique ».
Entre-temps, le ciel politique du Pakistan s’assombrit considérablement. Iskander Mirza remplaça Ghulam Muhammad au poste de gouverneur général, puis devint président du Pakistan. La Constitution insistait sur l’accélération des élections générales dans tout le Pakistan, mais le mode de scrutin n’avait pas été fixé. Face à l’opposition acharnée de l’Awami League et du Congrès, il était déjà très difficile de faire adopter une quelconque Constitution islamique. Il n’y avait donc aucune possibilité de discuter de la question de savoir si le scrutin serait commun ou séparé. Les milieux hostiles à l’islam trouvèrent alors une occasion en or de faire échouer la Constitution islamique. Ils étaient convaincus que, si l’on instaurait un scrutin commun entre musulmans et non-musulmans, les candidats favorables à l’islam n’auraient que très peu de chances de remporter les élections. Il serait alors facile de modifier la Constitution islamique, ou les dispositions islamiques de la Constitution.
Il avait seulement été décidé, au sujet du mode de scrutin, que l’Assemblée nationale trancherait définitivement la question sur la recommandation des deux assemblées provinciales. L’Assemblée du Pakistan occidental recommanda le scrutin séparé. La réunion de l’Assemblée nationale fut annoncée à Dacca pour février 1958. Il fut également annoncé que la décision définitive concernant le mode de scrutin serait prise lors de cette réunion.
Le Maulana au Pakistan oriental pour la deuxième fois
Il est indéniable que, dans un pays où musulmans et non-musulmans vivent ensemble, le système social islamique et les valeurs islamiques de ce pays reposent sur des élections séparées. Les musulmans éliront séparément leur dirigeant national, et de même les non-musulmans éliront leur dirigeant national. Puisque les musulmans, à eux seuls, constituent une nation distincte, c’est cette théorie nationale qui a donné naissance au Pakistan. De même que des élections communes réunissant toutes les communautés, sans distinction entre musulmans et non-musulmans, sapent l’idéal du Pakistan, elles anéantissent également les espoirs et les aspirations nationales des musulmans.
Au Pakistan oriental, un gouvernement composé de ministres du parti de l’Awami League était en place. L’attitude de l’Awami League à l’égard de l’islam n’était ignorée de personne. C’est pourquoi la Jamaat-e-Islami, le Nizam-e-Islam Party et la Muslim League entreprirent une action commune afin de former l’opinion publique en faveur des élections séparées au Pakistan oriental. À cette fin, un rassemblement public fut organisé au terrain de Paltan, à Dacca. Mais une bande de voyous armés, mobilisée par le gouvernement, attaqua le lieu de la réunion et mit à terre, sous des coups d’une brutalité impitoyable, nombre de personnalités dirigeantes. Le gouvernement provincial, qui se proclamait le porte-drapeau de la démocratie, se réjouit avec orgueil de sa victoire pour un tel méfait contre la démocratie et l’humanité.
À cette époque, en 1958, le Maulana Maududi se rendit pour la deuxième fois au Pakistan oriental. Un programme de visites du Maulana fut établi pour chaque chef-lieu de district et pour les principales villes de subdivision. Le 21 février, des milliers de personnes, impatientes d’accueillir chaleureusement le Maulana à la gare de Rangpur, attendaient son arrivée avec ferveur. Mais un événement d’une extrême et extraordinaire stupeur survint dans l’histoire de la démocratie. Alors que le train du Maulana se dirigeait vers Rangpur, les autorités provinciales lui remirent une directive. Il y était annoncé que, par crainte d’un trouble à l’ordre public, le Maulana ne pourrait pas descendre du train dans la ville de Rangpur. Le rassemblement public avait également été interdit. Le gouvernement de l’Awami League du Pakistan oriental inscrivit ainsi un nouveau record dans l’histoire de la démocratie.
La foule de la gare de Rangpur était sur le point d’exploser de colère. On aurait dit qu’un cataclysme allait se produire. Lorsque le train s’arrêta à la gare, le Maulana se tint à la porte du wagon, reçut l’accueil respectueux de la population et dit d’une voix extrêmement calme et douce : « J’ai toujours été partisan du respect de la loi. Je vous demande de préserver l’ordre et la discipline du pays. Si Allah le veut, je viendrai un jour prochain dans votre ville pour vous servir. » [Le 18 novembre 1962, le Maulana Maududi prononça un discours précieux devant une foule immense dans la ville de Rangpur, réalisant ainsi le souhait longtemps nourri par les habitants de Rangpur.]
La scène qui se déroula ce jour-là sur le quai de la gare de Rangpur flotte encore devant les yeux de l’auteur. Après ce discours très bref du Maulana, toute la colère et toute l’excitation de la foule irritée contre le gouvernement semblèrent se dissiper comme des bulles. Une violente poussée de larmes monta à la gorge, emplit les deux yeux de larmes, puis s’évanouit sous la forme d’un léger sourire sec. On aurait dit qu’un plan de massacre avait été tracé quelque part. Et, parce qu’il avait été déjoué, un poignard fut planté dans le cœur de Satan dans le monde invisible. Le train emportant le Maulana s’ébranla vers l’avant. La foule regagna la ville, le cœur brisé.
Par la suite, le Maulana prit la parole lors de rassemblements publics dans les villes de Saidpur, Thakurgaon, Dinajpur, Bogra, Rajshahi et Pabna.
Après avoir ainsi pris la parole lors de rassemblements publics dans chaque chef-lieu de district et dans de nombreuses villes de subdivision du pays, le Maulana retourna à Dacca. Mais, ignorant la revendication unanime du peuple en faveur du système des élections séparées, l’Assemblée nationale imposa à la nation, dans l’atmosphère assoupie des dernières heures de la nuit, le système des élections communes.
À la fin du mois de mars, une conférence de trois jours de la Jamaat-e-Islami se tint à Dacca. Maulana Maududi y participa. Le dernier jour de la conférence, un cortège mixte, long d’un mile, composé de militants de la Jamaat-e-Islami et du peuple, traversa les principales artères de la ville avant de se rassembler au terrain de Paltan. Une manifestation fut organisée contre les gouvernements provincial et central, en protestation contre leurs mesures antidémocratiques, contraires aux espoirs et aux aspirations de la population musulmane. Ensuite, Maulana prononça un discours lors du rassemblement public de Paltan. Heureusement, les malfaiteurs n’osèrent pas troubler l’ordre de la réunion.
Le voyage de Maulana à l’étranger
Pour participer à la deuxième session du Congrès du monde islamique, tenue à Damas, Maulana Sayyid Abul Ala Maududi partit pour le Moyen-Orient en juin 1956. Il n’avait pas pu participer à la première session, car il purgeait alors une peine d’emprisonnement à perpétuité. Lors de cette session du Congrès, les représentants venus du monde musulman louèrent unanimement les services rendus à l’islam par Maulana. Maulana présida l’une des sessions du Congrès. Il fut élu à l’unanimité président du comité de la « Tabligh et de la Da‘wa islamiques » de cette institution.
Après la clôture de la session du Congrès du monde islamique, Maulana visita plusieurs pays du Moyen-Orient. Il accomplit cette fois le pèlerinage du Hajj et fit directement la connaissance de nombreuses personnalités savantes et penseuses du monde musulman.
Lorsque Maulana arriva à Beyrouth, en route vers Damas, les militants et les dirigeants d’« Ibadur Rahman », l’organisation du mouvement islamique au Liban, ainsi que les notables de la ville, lui réservèrent un accueil enthousiaste à l’aéroport. Les scouts d’Ibadur Rahman lui rendirent les honneurs. On apprit par eux que les écrits de Maulana étaient largement diffusés parmi eux et que chacun connaissait bien Maulana Maududi et la Jamaat-e-Islami.
Lorsqu’ils franchirent la frontière syrienne, les bagages de Maulana et de ses compagnons furent laissés passer sans inspection. Un employé du poste de contrôle déclara que le gouvernement syrien leur avait ordonné d’accueillir chaleureusement Maulana au nom du gouvernement et du peuple syriens. À une dizaine ou une douzaine de miles de Damas, les notables de la ville attendaient depuis longtemps l’arrivée de Maulana, accompagnés d’un immense cortège automobile destiné à l’accueillir. Maulana entra dans la ville de Damas au milieu d’un immense cortège, au terme d’une réception royale. Plus tard, à la réception civique de l’après-midi, participèrent, outre les notables de la ville, le secrétaire à la Justice du gouvernement syrien, le président du Parlement et le secrétaire à l’Intérieur.
À cette occasion, on apprit que les écrits de Maulana étaient largement parvenus au Soudan et qu’ils atteignaient également d’autres régions du monde arabe. M. Makkioun Naseri, dirigeant du parti islamique du Maroc, obtint à Tanger l’autorisation de publier les écrits de Maulana, y compris en dehors de Damas. Il déclara avoir prévu de publier ces écrits en arabe et de les diffuser largement au Maroc, en Tunisie et en Algérie.
Dissiper les conceptions erronées au sujet du Pakistan
Au cours de ce voyage, Maulana Maududi eut l’occasion de rendre un immense service à son pays. Jusqu’alors, les pays arabes avaient une opinion défavorable du Pakistan. Ils avaient été induits en erreur par la propagande indienne. Par son voyage, Maulana dissipa cette conception erronée. Il critiqua également le nationalisme arabe et en démontra les erreurs. Il leur dit que le seul fondement des relations entre le Pakistan et les pays arabes était l’islam. Il ajouta que, si Israël était l’ennemi des Arabes, l’Inde était un ennemi encore plus redoutable du Pakistan, car elle occupait injustement une grande partie du Cachemire. Maulana déclara que l’Inde avait reconnu l’État d’Israël, tandis que le Pakistan ne l’avait pas reconnu. Il demanda alors ce que les pays arabes pouvaient attendre du Pakistan si, au lieu de se lier d’amitié avec lui, ils se liaient d’amitié avec l’Inde. Durant son voyage au Moyen-Orient, Maulana mena partout, dans ses discussions avec les Arabes, une campagne de sensibilisation au sujet du Pakistan. Les Arabes déclarèrent avec regret que le Pakistan n’avait pas été véritablement représenté dans les pays arabes.
Même lors du départ de Maulana de Damas, le gouvernement syrien lui fit ses adieux avec le plus grand respect. Le secrétaire aux Transports l’accompagna jusqu’à la gare et lui adressa un dernier salut d’adieu. Des véhicules officiels furent mis à la disposition de Maulana jusqu’à la frontière syrienne.
Le roi Hussein de Jordanie invita Maulana, qui dut y prononcer un discours lors d’une assemblée publique. Au cours de cette réunion, Maulana dut répondre à diverses questions concernant le système de vie islamique, la Jamaat-e-Islami, ses écrits, leur traduction en arabe, et d’autres sujets. Maulana exposa la politique étrangère du Pakistan, et l’auditoire exprima sa satisfaction devant ses réponses. Maulana déclara que, bien que les pays arabes fussent vingt fois plus grands qu’Israël, ils ne considéraient pas comme blâmable de demander l’aide de la Russie pour se protéger de ses attaques. Si le Pakistan demandait l’aide de l’Amérique pour se protéger des attaques de l’Inde, quatre fois plus puissante que lui, pourquoi cela serait-il blâmable ? Pourtant, le Pakistan avait toujours soutenu les Arabes.
Une délégation spéciale vint d’Alep chercher Maulana. Il se rendit ensuite à Alep en compagnie du dirigeant marocain Makkîoun Nasserî et du dirigeant algérien Muhammad al-Ghaybî. Tout au long du trajet, Maulana fut partout accueilli avec une grande cordialité. Avant son arrivée dans chaque ville ou chaque port, les habitants venaient l’accueillir, en cortège d’automobiles, à une dizaine ou une douzaine de miles de la ville.
À Homs et à Hama, les jeunes de l’Ikhwan accueillirent Maulana en récitant des poèmes et en applaudissant, conformément à l’ancienne tradition arabe. Maulana fut profondément réjoui et émerveillé par leur joie spontanée et leur sincérité.
De nombreux jeunes des forces armées syriennes vinrent rencontrer Maulana. Ils déclarèrent avoir lu beaucoup de ses livres et affirmèrent que le gouvernement ne leur imposait aucune restriction pour les lire. En l’apprenant, Maulana fut intérieurement très attristé de constater que, dans son propre pays, ses écrits étaient interdits aux membres des forces armées. Posséder l’un de ses livres y était considéré comme un crime extrêmement grave.
En Arabie saoudite, tous ceux qui avaient lu les livres de Maulana vinrent le rencontrer, et des échanges de vues eurent lieu entre eux sur diverses questions.
Les émigrés du Turkestan russe rencontrèrent Maulana et lui racontèrent les persécutions cruelles que le gouvernement russe leur faisait subir. L’un des savants parmi eux traduisit plusieurs ouvrages de Maulana en turc.
De nombreux musulmans du Cachemire occupé exposaient leurs souffrances et leurs malheurs au Maulana, puis, en pleurant dans le Haram Sharif, continuaient à invoquer Allah.
Après de nombreuses recherches, de nombreux musulmans de Turquie réussirent à rencontrer le Maulana. Ils avaient appris que Maulana Maududi viendrait cette année accomplir le pèlerinage. Après l’avoir recherché à La Mecque sans parvenir à le trouver, ils finirent par le rencontrer à Médine. Lorsqu’ils exprimèrent le souhait de traduire ses écrits en turc, le Maulana leur en accorda l’autorisation avec satisfaction.
Le régime militaire au Pakistan
Au Pakistan, une constitution islamique avait été adoptée et mise en application, et, conformément à la nouvelle Constitution, des élections générales pour les assemblées nationale et provinciales devaient se tenir dans tout le pays en février 1959. Mais, du chef de l’État jusqu’aux échelons provinciaux, les milieux hostiles à l’islam ne trouvaient aucun repos à cause de la Constitution islamique. Afin de faire échouer celle-ci, le chef de l’État, Iskander Mirza, commença au centre à jouer au jeu des remaniements incessants du cabinet. Le parti privé de pouvoir se mit à recourir à toutes sortes de manœuvres pour remporter les prochaines élections. Sous prétexte d’empêcher les troubles pendant le scrutin, le parti au pouvoir entreprit de recruter des milliers de policiers spéciaux parmi ses propres militants. Comme par le passé, le gouvernement commença à planifier l’utilisation des fonctionnaires pour franchir une fois encore l’obstacle électoral. Sous le couvert des prochaines élections, un règne de terreur s’installa dans tout le pays.
Maulana Maududi mesurait profondément cette situation. Afin d’exprimer son attitude à ce sujet, un meeting public fut organisé le 6 octobre à Muchidarwaza, à Lahore. Dans son discours, après avoir analysé la situation du pays, le Maulana avertit la nation en déclarant que, du fait de la soif de pouvoir et de l’imprévoyance de la classe dirigeante pakistanaise, la bureaucratie locale avait considérablement relevé la tête. Si le parti au pouvoir et le peuple ne corrigeaient pas encore leurs erreurs, la tombe de la démocratie serait creusée dans ce pays, et sur celle-ci s’élèverait le palais de la bureaucratie.
Il va sans dire que les propos du Maulana étaient absolument véridiques. La bureaucratie pakistanaise attendait une occasion. Les cabinets du centre et des provinces semblaient être devenus les marionnettes dansantes du chef de l’État. Les violences de l’Est-Pakistan atteignirent la salle de l’assemblée. C’était pour la bureaucratie avide de pouvoir l’occasion rêvée.
La nuit où Maulana Maududi lançait, lors du meeting public de Muchidarwaza, son avertissement à la nation, le régime militaire fut instauré dans le pays aux dernières heures de cette même nuit. Iskander Mirza remporta, dans l’obscurité de cette nuit, la partie qu’il jouait depuis si longtemps. Il brisa et mit en pièces la Constitution tant désirée et si difficilement élaborée, puis imposa au pays le régime militaire, c’est-à-dire le lourd rocher de la bureaucratie. Tous les partis politiques du pays et leurs activités furent interdits.
Le Maulana au Moyen-Orient pour la deuxième fois
Plusieurs années se sont écoulées depuis le voyage de Mawlana en Arabie saoudite et au Moyen-Orient. À la suite de ce voyage, ses relations avec les populations et les dirigeants islamiques de ces pays se sont approfondies. Ils souhaitent pouvoir voir Mawlana parmi eux chaque année.
La loi martiale est en vigueur au Pakistan. Toute activité politique a cessé. La Jamaat-e-Islami n’a elle non plus aucune activité. C’était donc le moment le plus propice pour le voyage de Mawlana à l’étranger.
En octobre 1959, Mawlana entreprit pour la deuxième fois un voyage au Moyen-Orient. Ce voyage avait pour seul objectif d’acquérir des connaissances, de visiter des sites historiques et, en particulier, d’acquérir une expérience concrète des lieux mentionnés dans le Coran, c’est-à-dire de l’« Ard al-Qur’an ». Pour son célèbre tafsir, Tafhim al-Qur’an, Mawlana estimait nécessaire de voir de ses propres yeux l’« Ard al-Qur’an ».
Au cours de ce voyage également, Mawlana fut partout accueilli avec une fraternité particulière. Les gouvernements arabes prirent avec empressement des dispositions spéciales pour faciliter son voyage. L’hospitalité sincère que l’Arabie saoudite et la Jordanie témoignèrent à Mawlana est inoubliable. Pendant son voyage, Mawlana saisissait les occasions qui se présentaient pour condamner sévèrement le nationalisme arabe et tenter de corriger cette idéologie erronée. Dans ses discussions, il exposait aux Arabes la véritable position du Pakistan et sa réalité concrète. Il leur disait sans ambiguïté :
« Nos relations ne reposent que sur l’islam. Si vous vous levez pour défendre l’islam, des centaines de millions de musulmans du monde entier se tiendront derrière vous. Mais si, au lieu de l’islam, vous adoptez le kufr et la jahiliya, alors non seulement les autres musulmans du monde, mais même les musulmans arabes vous abandonneront. »
Mawlana ajouta :
« Je pense que le nationalisme, l’athéisme et la dépravation qui se répandent dans les pays arabes ont une seule et même source. Ces trois phénomènes sont intimement liés les uns aux autres. Ceux qui portent l’étendard du nationalisme arabe sont les mêmes qui portent celui de l’athéisme et de la rébellion contre Dieu. »
Le deuxième voyage de Mawlana au Moyen-Orient s’est révélé assez prometteur. Par rapport à son premier voyage, ses livres et ses écrits sont devenus davantage connus et appréciés dans les pays arabes. Les gouvernements de ces pays lui ont également témoigné, plus qu’auparavant, une sincérité, une hospitalité et une fraternité accrues. En différents lieux, lors de rassemblements populaires, dans des collèges et devant des assemblées de notables, Mawlana a exposé clairement son message et sa mission dans ses discours, et a fourni des réponses satisfaisantes aux diverses questions. Cela a permis à Mawlana de se faire connaître de près dans les milieux cultivés. Il apparut que les écrits vigoureux de Mawlana influençaient certains esprits et certaines mentalités contre le nationalisme arabe. En somme, le deuxième voyage de Mawlana au Moyen-Orient fut pleinement couronné de succès.
Afin de rendre le Tafsir révolutionnaire du Coran, Tafhim al-Qur’an, écrit pour les générations futures, faisant autorité, fiable et attrayant, le Maulana consacra plus de trois mois à ce voyage. Parmi les sites historiques qu’il visita, les suivants sont particulièrement remarquables.
Diriyah — qui fut le centre du mouvement de Muhammad ibn Abd al-Wahhab al-Najdi. Aqrabah — où le faux prétendant à la prophétie, Musaylimah, fut vaincu par Khalid ibn al-Walid. La demeure de Hazrat Ayyub al-Ansari, la Saqifah de Banu Sa’idah, Mu’tah, Yarmouk, Shumaisi, lieu du traité de Hudaybiyyah, le lieu de naissance du Noble Prophète (paix et bénédictions sur lui), Dar al-Arqam, la vallée d’Abou Talib, Jabal al-Nour, la grotte, Kuh-e Sattar, les ruines de Taëf, la mosquée al-Khayf, Jabal al-Rahmah d’Uhud, où le Noble Prophète (paix et bénédictions sur lui) posta cinquante archers pour monter la garde, Khaybar, les vestiges de Mada’in Salih, Tabuk, Aqabah — où les Compagnons du Sabbat pêchaient —, la vallée de Moïse, le mont de Moïse et le lieu de travail de Hazrat Haroun, entre autres. Le résultat de ce voyage d’étude et de recherche du Maulana fut que des photographies remarquables de ces lieux et de ces ruines furent insérées dans Tafhim al-Qur’an. En outre, les informations les plus récentes concernant les sujets mentionnés dans le texte original du Noble Coran furent recueillies.
La contribution du Maulana à l’Université islamique de Médine
Peu après avoir achevé son deuxième voyage au Moyen-Orient, le Maulana dut de nouveau se rendre en Arabie saoudite, en décembre 1960. Cette fois, il s’y rendit à l’invitation du Shah Saoud. Depuis longtemps, le Shah Saoud nourrissait le désir d’établir une université islamique à Médine la Noble. Pour élaborer l’avant-projet de cette université, il convoqua une réunion de plusieurs experts. Le Maulana Maududi y participa en qualité d’« invité royal ».
Le Maulana Maududi avait préparé à l’avance le projet de l’université islamique. Il en remit une copie à chacun des membres participant à la réunion. Après une discussion détaillée et quelques modifications mineures, le projet du Maulana fut adopté à l’unanimité, et l’Université islamique de Médine fut fondée sur cette base. Le Shah Saoud demanda au Maulana de se rendre à Médine afin d’examiner le site et les bâtiments de l’université et de donner les conseils nécessaires. Le Maulana se rendit alors à Médine la Noble.
En signe de reconnaissance, le Shah Saoud nomma le Maulana membre permanent du conseil d’administration de l’Université islamique de Médine. Le Shah Saoud avait également promis diverses facilités et possibilités aux étudiants pakistanais. Entre-temps, un nombre assez important d’étudiants pakistanais étudient dans cette université.
Au cours de ce voyage, le Maulana fit la connaissance de nombreuses personnes. Les professeurs et les étudiants de l’Université de Riyad s’entretinrent avec le Maulana sur diverses questions. Le Maulana prononça des discours à différentes occasions.
Cette fois, le programme de la prédication islamique en Afrique fut élaboré ici. À la suite de l’invitation adressée au Maulana par l’Anjuman Himayat-e-Islam de Nairobi, un vaste programme fut établi. Les musulmans du Kenya attendaient eux aussi avec le plus vif intérêt l’arrivée du Maulana. Mais, malheureusement, le voyage du Maulana en Afrique ne put avoir lieu pour diverses raisons.
Après le régime militaire
Il a été mentionné précédemment que la loi martiale fut instaurée au Pakistan le 8 octobre 1958. À cette époque, tous les partis politiques du Pakistan furent déclarés illégaux. Toute activité politique dans le pays cessa donc. Il va sans dire qu’à l’instar des autres partis, les activités de la Jamaat-e-Islami furent également suspendues durant cette période. Ainsi, Maulana Maududi put tirer pleinement parti du congé inattendu dont il bénéficia. Son voyage de plusieurs mois au Moyen-Orient revêtit une importance particulière. Depuis longtemps, il nourrissait le désir de visiter les lieux historiques importants mentionnés dans le Coran. Son aspiration de longue date fut cette fois satisfaite. En outre, à la demande du roi Saoud, il eut également le temps d’élaborer un vaste projet préliminaire pour l’Université islamique de Médine. En visitant de ses propres yeux l’« Ard al-Qur’an » et en consignant ses expériences concrètes à ce sujet, il a comblé une immense lacune dans la littérature exégétique, et il ne fait aucun doute que l’Université islamique de Médine, fondée sur la base de son projet, restera un monument du monde islamique.
Quoi qu’il en soit, le régime militaire prit fin en 1962 et, en juillet de la même année, la loi sur les partis politiques fut adoptée par l’Assemblée nationale du Pakistan. En vertu de cette loi, les activités des partis politiques reprirent. Les anciens partis politiques commencèrent à renaître. L’organisation et les activités de la Jamaat-e-Islami reprirent avant toutes les autres, avec le même élan qu’auparavant.
Conférence de la Jamaat-e-Islami de tout le Pakistan
Le Majlis-e-Choura (Conseil central) de la Jamaat-e-Islami annonça qu’une conférence de la Jamaat-e-Islami de tout le Pakistan se tiendrait à Lahore en octobre 1963. Constatant l’organisation solide de la Jamaat-e-Islami et sa popularité croissante sous la direction énergique de Maulana Maududi, le parti au pouvoir se trouva embarrassé. Afin d’empêcher la tenue de cette conférence, le gouvernement du Pakistan occidental refusa d’abord d’autoriser tout lieu. Par la suite, il finit par autoriser un endroit déplorable, mais refusa l’autorisation d’utiliser des haut-parleurs. En réaction, l’usage des haut-parleurs fut interdit dans tout le Pakistan occidental. Malgré cela, lorsque la conférence de dix à douze mille personnes commença sans haut-parleurs, un groupe de voyous à gages provoqua des troubles et un militant innocent de la Jamaat fut abattu en plein jour sous les yeux de la police. Pourtant, malgré tous ces événements, les travaux de la conférence s’achevèrent avec une patience et une endurance remarquables.
Je souhaite porter à la connaissance des lecteurs un bref récit de cette conférence, afin qu’ils puissent comprendre pleinement ce qui s’est réellement passé. Le gouvernement n’épargna aucune manœuvre pour saboter cette conférence. Comme cette conférence à l’échelle de tout le Pakistan devait se tenir pour la première fois depuis près de dix ans, on espérait la participation de dix à douze mille militants. Au lieu d’accorder le vaste terrain nécessaire, le gouvernement autorisa un emplacement étroit situé entre Bhati Gate et Taksali Gate. Les wagons de chemin de fer réservés par les militants désireux de venir de régions éloignées furent annulés peu avant leur départ. Ensuite, l’autorisation d’utiliser des haut-parleurs fut refusée. Assurer sans haut-parleurs la discipline d’une conférence réunissant des milliers de personnes était une tâche impossible. On ne pouvait pas non plus renoncer au droit démocratique d’utiliser des haut-parleurs. Une requête fut donc déposée à ce sujet auprès de la Haute Cour. Pensant que la décision de la Haute Cour serait favorable à la Jamaat, les autorités déclarèrent illégal, par une ordonnance adoptée avant même la publication de cette décision, l’usage des haut-parleurs dans tout le Pakistan occidental. Toutefois, dans des circonstances particulières, les autorités du district pouvaient, si elles le souhaitaient, en autoriser l’usage. La permission d’utiliser des haut-parleurs fut donc demandée aux autorités du district de Lahore. Celles-ci refusèrent en déclarant que les habitants du quartier de la ville où se tenait la conférence de la Jamaat n’appréciaient pas ce genre de rassemblement. Ils auraient demandé que l’usage des haut-parleurs ne soit pas autorisé, faute de quoi la paix risquait d’être troublée.
Lorsque la Jamaat informa les habitants du quartier de cette affirmation, ils furent stupéfaits et déclarèrent qu’il s’agissait d’une accusation irréaliste. En outre, les habitants protestèrent vigoureusement, affirmant qu’ils n’avaient soulevé aucune objection à l’usage des haut-parleurs. Parmi les habitants ayant signé cette déclaration de protestation figuraient dix avocats et un professeur.
Malgré tout cela, l’autorisation d’utiliser des haut-parleurs ne fut pas accordée. La conférence devait commencer le 25 octobre. Six cents chapiteaux abritant divers pavillons, cent salles de bains, trois cents latrines, des téléphones, l’éclairage électrique et tout le reste avaient été installés. Les gens avaient commencé à arriver deux jours auparavant. Lors d’une réunion urgente du Majlis-e-Choura central (Conseil central), le 25 octobre, il fut décidé que la conférence se poursuivrait sans haut-parleurs.
Nous sommes allés au camp dans la soirée. Nous avons constaté que l’endroit autrefois rempli d’ordures nauséabondes brillait maintenant d’une beauté céleste incomparable. Les retrouvailles, les embrassades, les conversations et les présentations entre amis blessés venus de régions lointaines se prolongèrent jusque tard dans la nuit.
Le lendemain, à 9 heures, le Maulana Maududi devait prononcer le discours d’ouverture de la conférence. Quinze à vingt mille personnes étaient rassemblées. Le Maulana avait fait imprimer son discours. Il avait donné pour instruction qu’au moment précis où il commencerait son discours d’ouverture depuis la tribune, certains militants, debout sur des tables placées parmi les auditeurs à quinze ou vingt coudées d’intervalle, se mettent à lire à haute voix le discours imprimé. Ainsi, il serait possible de le faire entendre simultanément à tous sans microphone. Le travail commença exactement comme prévu, avec la précision d’une horloge.
Une dizaine de minutes après le début de la séance, on vit soudain quelques voyous pénétrer dans l’enceinte. Ivres, ils étaient presque hors d’eux-mêmes. Ils commencèrent à troubler l’ordre de la réunion ; soudain, la tente prit feu, et l’on entendit à l’extérieur des cris et des coups de pistolet. Plusieurs coups de feu furent également tirés en direction du Maulana. Mais aucun ne l’atteignit. À ce moment-là, on entendit de tous côtés : « Maulana, asseyez-vous ! Maulana, asseyez-vous ! »
Mais le Maulana, demeurant debout comme auparavant, dit d’une voix calme : « Si je m’assieds, qui restera debout ? »
C’était assurément la réponse digne du dirigeant du mouvement islamique. Si, au moment le plus critique du danger, le dirigeant s’asseyait, tournait le dos, perdait courage, comment douter que ce mouvement connaîtrait une mort prématurée ? En cette heure de danger, il joua donc pleinement son rôle de dirigeant éminent du mouvement islamique : il resta debout, intrépide, ferme et inébranlable. Quelle fidélité aux idéaux ! Quelle sublime disposition à sacrifier sa vie pour obtenir l’agrément de Dieu ! Quelle soumission à la volonté d’Allah !
Avec une patience et une sagesse infinies, les militants de la Jamaat réussirent à maîtriser complètement la situation et à rétablir pleinement l’ordre en dix ou quinze minutes. La police, quant à elle, restait là à regarder le spectacle. Quoi qu’il en soit, le Maulana reprit son discours d’ouverture et le termina. Aucun autre désordre ne se produisit.
Mais nous ne savions pas qu’en quinze ou vingt minutes, une véritable catastrophe avait tout saccagé à l’extérieur de l’enceinte. Les militants de la Jamaat, bien formés, compétents et patients, qui étaient chargés de maintenir l’ordre, ne nous laissèrent rien savoir.
Après le discours d’ouverture, nous sortîmes de l’enceinte et du camp. On aurait dit qu’une tempête avait balayé une distance de cent à cent cinquante miles. Les nombreuses boutiques, les stands de nourriture et de thé installés pour la conférence, ainsi que le camp des militants de la Jamaat de Lahore chargés de la garde, étaient entièrement saccagés, déchirés et éparpillés dans la poussière. Une heure plus tard, nous apprîmes que le militant de la Jamaat, Allah Bakhsh, avait été tué en martyr par une balle de pistolet tirée par un voyou. L’épouse et les filles du martyr se trouvaient dans le camp des femmes. Celui-ci avait lui aussi été attaqué par les voyous. Mais nous fûmes stupéfaits de constater qu’après tout ce qui s’était passé, il n’y avait ni tumulte, ni courses affolées, ni lamentations, ni inquiétude ou agitation. Jamais nous n’aurions imaginé un environnement aussi incomparable, baigné de patience. Là où il y avait eu un meurtre, il n’y avait pas de cris ; là où il y avait eu un incendie, il n’y avait pas de lamentations.
Je juge nécessaire de la présenter, pour l’information des lecteurs, dans le discours inaugural du Maulana.
Discours inaugural du Maulana Maududi lors de la conférence de la Jamaat-e-Islami à Lahore
(Au cours même de ce discours, Allah Bakhsh, militant de la Jamaat, fut martyrisé par les tirs de voyous à gages.)
Mes amis !
C’est aujourd’hui la première fois depuis 1957 que nous avons l’occasion de nous réunir lors d’une conférence de tout le Pakistan. Il y a vingt-deux ans, la Jamaat-e-Islami avait été fondée dans cette ville avec seulement 75 membres. Aujourd’hui, nous nous réunissons à nouveau dans cette même ville. C’est par l’infinie bienveillance d’Allah le Très-Haut que, malgré toutes nos erreurs et nos insuffisances, Il a accepté la sincérité avec laquelle nous avions entrepris ce modeste service du dîn. Il a accordé à cette œuvre une telle bénédiction qu’aujourd’hui, dans toutes les régions du Pakistan, on constate l’existence de milliers de membres et de sympathisants de la Jamaat, ainsi que de personnes qui lui sont favorables ou qui ont été influencées par elle ; son influence s’est également étendue à différentes parties du monde au-delà de nos frontières. Nous n’avions pas la capacité d’obtenir un tel résultat par nos seuls efforts. Tout cela est un don de Dieu et le fruit merveilleux de l’aide et du soutien provenant de Sa sainte Essence. C’est pourquoi nous Lui exprimons notre gratitude avec une entière sincérité.
Mes amis !
Dans l’histoire de la Jamaat-e-Islami du Pakistan, on ne trouvera pas un seul jour qui n’ait été frappé par la colère des dirigeants de ce pays et qui ne leur ait été une épine dans l’œil. Au cours des seize dernières années, tous ceux qui ont été au pouvoir ici ont considéré l’existence de cette Jamaat comme gênante et intolérable. Ils ont mené contre nous, directement ou indirectement, de fausses campagnes de propagande. De nouvelles calomnies ont constamment été répandues contre nous. Nos journaux et périodiques ont été interdits. Nos biens et nos ressources ont été confisqués. Divers obstacles ont été dressés sur notre chemin. Nous avons dû subir des peines d’emprisonnement. Puis, sous le régime militaire, notre organisation a été supprimée et les travaux constructifs que nous avions édifiés au fil des années grâce à l’argent gagné par les efforts inlassables de nos militants et de nos sympathisants ont été anéantis. Pourtant, nous n’avons jamais été des rivaux dans la course au pouvoir. Nous n’avons jamais souhaité prendre le pouvoir entre nos propres mains à la place d’autrui. Notre revendication a toujours été, et demeure aujourd’hui, que puisque ce pays a été acquis au nom de l’islam, c’est donc un système de vie entièrement islamique qui devrait y être instauré. Nous avons déclaré à maintes reprises, en toute sincérité, que nous soutiendrions de tout cœur quiconque accomplirait cette tâche avec honnêteté et que, loin de vouloir partager le pouvoir avec lui, nous ne lui demanderions aucune contrepartie, quelle qu’elle soit. Mais tous ceux qui ont été au pouvoir ici ont, d’une part, tenté, en invoquant les slogans de l’islam, d’éloigner encore davantage ce pays de l’islam et, d’autre part, nous considérant comme un obstacle à leur autorité, ont employé les armes les plus viles pour nous réprimer et nous anéantir.
Je ne rappelle pas cette histoire pour formuler un quelconque reproche. La faveur dont nous ont gratifiés les détenteurs du pouvoir n’est pas une bienveillance nouvelle. Mon seul objectif est d’éveiller en nous ce sentiment. Depuis seize ans, nous avons subi des faveurs semblables, et même plus sévères, et, malgré le fait d’avoir poursuivi notre travail face à toutes ces épreuves, notre mouvement a progressé à ce point par la grâce de Dieu. Aussi, ne vous laissez pas abattre par le simple fait qu’une tentative a été faite pour saboter notre conférence en nous privant de microphone. Aucune mesure antérieure, même plus dure, n’a pu nous nuire ; elle s’est au contraire révélée avantageuse pour nous. Que peut donc nous faire cette mesquine et dérisoire tentative ? Si un dommage devait en résulter, ce serait en raison de notre ignorance, et non d’une attaque d’autrui. Bien entendu, si Allah le veut, c’est une autre question.
Mes amis !
Celui qui doit œuvrer pour la religion de Dieu doit impérativement posséder deux qualités. La première est le sabr, et la seconde la hikma, c’est-à-dire un jugement et une raison sains. L’exigence du sabr est que, si un obstacle est dressé sur votre chemin, vous ne vous laissiez pas emporter par l’excitation au point de perdre votre équilibre. Au contraire, face à chaque obstacle, vous devez maintenir votre résolution intacte et, en protégeant votre esprit et votre intelligence de la chaleur de l’emportement, adopter une voie fondée sur un jugement sain et raisonnable.
Avoir un jugement sain signifie ne pas s’habituer à avancer les yeux fermés sur une seule voie déterminée. Vous devez plutôt être capables de trouver dix autres voies dès qu’une voie se ferme. Celui qui ne possède pas cette hikma s’assied dès qu’il voit une voie barrée. Et s’il est en outre dépourvu de sabr, il se fracasse la tête en se heurtant à cet obstacle, ou bien il abandonne cette voie. Mais celui à qui Dieu a accordé à la fois la hikma et le sabr devient semblable à un courant d’eau en mouvement. Rien ne peut nuire à sa destination. D’immenses blocs de pierre restent stupéfaits, tandis que le fleuve se dirige dans une autre direction, poursuivant son cours.
Prononcer des discours dans les assemblées et les conférences pour faire entendre notre message à des milliers de personnes n’est pas l’unique moyen de transmettre notre message et d’étendre la da‘wa. C’est sans aucun doute également une méthode pour accomplir cette tâche. Mais si elle nous est interdite, peu importe. Formez des groupes de trois ou quatre personnes et dispersez-vous dans toute la ville de Lahore. Allez de maison en maison, de boutique en boutique, de mosquée en mosquée. Rencontrez séparément chaque personne. Faites savoir à chacun ce qu’est la Jamaat-e-Islami, quels sont son système et son organisation, quel est son objectif, quelle est sa méthode d’action, quelles choses elle veut réformer et quelles bonnes œuvres elle veut établir. Présentez la littérature de la Jamaat à ceux qui souhaitent en comprendre davantage. Ils pourront l’étudier, puis se forger leur propre opinion. Ne perdez pas votre temps avec ceux qui ne sont pas intéressés. Consacrez-le plutôt aux personnes intéressées. Et avec ceux qui veulent engager la polémique, avancez sans entrer en conflit. Votre méthode—
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Appelez au chemin de votre Seigneur avec sagesse et une excellente exhortation. (Sourate An-Nahl, verset 125)
Votre da‘wa doit donc se conformer à cette directive divine. Votre langage sera doux. Votre caractère sera irréprochable. Votre comportement sera courtois. Répondez au mal par le bien. Vous devez prouver, non seulement par vos paroles, mais aussi par vos actes et votre manière de vous exprimer, que vous voulez véritablement établir le bien à la place du mal. Ensuite, soyez certains que la miséricorde de Dieu vous accompagnera et que les anges de Dieu, en vous prêtant leur concours, accompliront bien plus que tout ce que vous pourrez accomplir vous-mêmes.
Durant ces jours de conférence, de nombreux regards vous observeront sous différents angles. Vous avez apporté ici l’essence de votre Jamaat : pourquoi l’avez-vous déposée en exposition ? Vous serez éprouvés sur d’innombrables pierres de touche. Désormais, si vous voulez vous révéler purs ou falsifiés, cela dépendra de vos actes. L’époque est un examinateur très impitoyable. Vous ne pourrez pas être reconnus comme authentiques sur sa pierre de touche par quelque artifice ni par aucune apparence extérieure. En réalité, même si vous êtes authentiques, elle ne vous reconnaîtra comme tels qu’après mûre réflexion et bien des hésitations. Mais croyez-moi, si vous êtes reconnus authentiques par vos actes, alors, quelle que soit l’ampleur des efforts des forces adverses pour vous prouver falsifiés, elles ne feront que se nuire à elles-mêmes au lieu de vous nuire. En voyant les attaques mensongères, ne vous alarmez pas le moins du monde. Leur arrivée est semblable à celle d’une tempête, mais elles disparaissent en un instant comme des bulles. Et une fois anéanties, les immondices cachées qu’elles renferment remontent aux yeux des hommes d’une telle manière que le monde entier les couvre de honte et de mépris. Vous ne devez donc pas vous préoccuper de combattre le mensonge. Vous devez vous préoccuper de votre propre véracité. Si vous êtes dans le vrai, vous n’aurez pas à combattre le mensonge. Dieu le combattra et fera du mensonge d’aujourd’hui une leçon, exactement comme Il a fait du mensonge de chaque époque précédente une leçon.
En conclusion, je veux dire ceci : tout individu qui considère cette Jamaat et ce mouvement comme un danger terrible pour lui-même mobilise toutes ses forces contre moi. Cela est naturellement pénible à ceux qui m’aiment. Vous serez souvent confrontés à cette situation. Je crains que, au lieu d’étendre votre da‘wa, vous ne dépensiez votre temps et vos forces à me défendre. Je demande à tous mes frères intimes d’être rassurés : par la grâce d’Allah, je n’ai besoin d’aucune défense. Je ne suis pas apparu ici soudainement, venu de quelque espace intersidéral. Je travaille sur le sol de ce pays depuis de longues années. Des millions de personnes connaissent directement mon œuvre. Mes écrits se sont répandus non seulement dans ce pays, mais aussi dans une vaste partie du monde, et la faveur de mon Seigneur à mon égard est qu’Il m’a préservé de toute souillure. Il n’est pas facile de noircir mon visage. Il n’est pas si facile que n’importe qui se lève, lance dix ou vingt accusations mensongères et me barbouille le visage d’une couche d’encre. Surtout lorsqu’il s’agit de gens qui n’ont ni passé ni avenir, et que le cours des événements n’a placés au sommet que pour quelques jours. En jouant à ce jeu, incha’Allah, ils ne pourront me nuire en rien. Je suis donc moi-même serein, et restez vous aussi rassurés. Au lieu de vous occuper de ma défense, continuez à appeler les serviteurs d’Allah vers le chemin d’Allah. Je place ma confiance en mon Seigneur. Si je L’ai servi avec une intention sincère, Il me défendra Lui-même.
C’est par l’infinie miséricorde et la grandeur sans limites d’Allah que, malgré toutes les manœuvres déloyales employées, la conférence ne put être sabotée et qu’il fut impossible de nuire au Maulana ou à la Jamaat. De plus, la Jamaat-e-Islami attira les regards bienveillants de la population de tout le pays. Lorsque, sur les instructions du Maulana, de petits groupes de trois ou quatre personnes se dispersèrent dans la ville, ils ne recueillirent pas seulement la générosité du peuple : près de dix mille personnes signèrent la déclaration de soutien à la Jamaat et y adhérèrent.
Après le grand tumulte du premier jour, les deux jours restants se déroulèrent sans encombre. Nous abandonnâmes tous le pavillon de la conférence. Ensuite, nous, membres du Conseil central de la shura, nous réunîmes dans la résidence du Maulana, située au 5-A Jaildar Park, et commençâmes à examiner et à évaluer les différents aspects de la conférence. Au cours de la discussion, nous proposâmes tous que, puisque le gouvernement d’Ayub était déterminé à attenter à la vie du Maulana et à déraciner la Jamaat, deux gardes armés soient affectés à la résidence du Maulana pour sa sécurité.
Le Maulana rejeta la proposition avec un léger sourire et dit : « Voyez-vous, je dirige un mouvement islamique, dans lequel le risque pour la vie est inévitable à chaque instant. D’un côté, je vous conseillerais de risquer votre vie et, de l’autre, je ferais poster des gardes pour ma propre sécurité : quoi de plus ridicule ? Cela serait également contraire à ma dignité. »
Après un bref silence, il ajouta : « Si la mort de quelqu’un ne plaît pas à Allah, le monde entier aurait beau essayer, il ne pourrait pas le tuer. Et s’Il le veut, un père peut même perdre la vie sous les balles de son fils. »
Le Maulana laissa échapper quelques paroles comme à lui-même. Lorsque, pendant les tirs lors de la conférence, on lui demanda de s’asseoir, il avait répondu : « Si je m’assieds en voyant le danger, qui restera debout ? » Cette déclaration intrépide du Maulana avait centuplé l’enthousiasme et la motivation des militants. C’était bien là une parole de dirigeant exemplaire. La présente déclaration était encore plus importante. Mais ses paroles n’étaient pas une prophétie, car l’être humain n’a ni le pouvoir ni le droit de prophétiser. Elles concernaient la conséquence probable de l’analyse de la tendance et de l’évolution du système social contemporain. Mais, chose étonnante, ses paroles se réalisèrent en l’espace de trois ou quatre mois. Sur l’ordre d’Ayub Khan, le gouverneur du Pakistan occidental de l’époque avait fait venir des voyous à gages de Kalabagh et voulu transformer la conférence de la Jamaat en une scène sanglante. Trois ou quatre mois plus tard, il perdit la vie dans sa propre demeure, sous les balles du pistolet de son propre fils.
La Jamaat-e-Islami déclarée illégale
Il a été dit précédemment que, dès avant la conférence, les ministres du gouvernement central et des gouvernements provinciaux échauffaient l’atmosphère par des déclarations successives et provocatrices contre la Jamaat-e-Islami et le Maulana Maududi. Puis, voyant le succès triomphal de la conférence, ils devinrent déterminés à en finir avec cette Jamaat, coûte que coûte. En conséquence, le 6 janvier 1964, l’organisation Jamaat-e-Islami fut déclarée illégale dans tout le pays, et soixante dirigeants de la Jamaat, dont le Maulana Maududi, furent arrêtés et envoyés en prison.
Le parti le plus solidement organisé et pacifique du Pakistan fut chassé de l’arène politique, et ses dirigeants furent exilés dans les cellules obscures des prisons. Les dirigeants de tous les partis politiques du pays, à l’exception du parti gouvernemental, exprimèrent de vives protestations. Des protestations et des cris de condamnation s’élevèrent de presque tous les pays musulmans. Mais le gouvernement, après avoir anéanti la Jamaat-e-Islami, resta silencieux en poussant un soupir de soulagement.
Il convient de souligner tout particulièrement que le mensuel révolutionnaire Tardjumân-ul-Qur’ân, publié par le Maulana Maududi en 1932, paraissait régulièrement depuis lors. Au cours des trente et une années écoulées, ni le gouvernement de l’Inde avant la partition ni le gouvernement du Pakistan après la partition n’avaient osé faire fermer cette revue. Pourtant, le prétendu gouvernement populaire et démocratique du Pakistan qui succéda au régime militaire interdit sa publication pour six mois à compter de janvier 1964, sous un prétexte futile.
Il est universellement reconnu que le tafsir du Coran rédigé par le Maulana, intitulé Tafhîm-ul-Qur’ân, constitue une contribution inestimable à la littérature exégétique. Le Tafhîm-ul-Qur’ân est l’œuvre à laquelle le Maulana a consacré toute sa vie. Mais après que la Jamaat-e-Islami eut été déclarée illégale et qu’il eut été envoyé en prison, on ne lui permit même pas d’y rédiger le tafsir du Saint Coran. Toutefois, après les vives protestations de la population attachée à l’islam, le gouvernement finit par lui en accorder l’autorisation.
L’affaire de la Jamaat
Quelque temps plus tard, des requêtes en habeas corpus furent déposées devant les Hautes Cours du Pakistan occidental et du Pakistan oriental contre la décision gouvernementale déclarant la Jamaat-e-Islami illégale. La Haute Cour du Pakistan occidental rendit un jugement favorable au gouvernement, tandis que celle du Pakistan oriental trancha en faveur de la Jamaat. De nouveau, au nom du Maulana Maududi, un appel fut interjeté devant la Cour suprême contre le jugement de la Haute Cour du Pakistan occidental. La victoire de la vérité étant certaine et inéluctable, l’honorable Cour suprême rendit, le vingt-cinq septembre, un jugement clair en faveur de la Jamaat-e-Islami, établissant ainsi un précédent historique de justice équitable.
Les réponses claires et courageuses que le Maulana Maududi apporta devant le Tribunal et la Haute Cour du Pakistan occidental aux accusations sur la base desquelles le gouvernement déclara la Jamaat-e-Islami illégale et incarcéra ses dirigeants sont reproduites ci-dessous pour être portées à la connaissance de tous.
L’une des accusations particulières portées contre lui était que le Maulana Maududi avait émis une fatwa déclarant le djihad du Cachemire haram. Cette accusation fut propagée à maintes reprises. La question du Cachemire constitue pour le Pakistan une question de vie ou de mort. L’intention des accusateurs était d’exciter la population contre lui en faisant croire que le Maulana Maududi s’opposait au règlement de la question du Cachemire. Les commentaires des dirigeants populaires du Cachemire à ce sujet sont également reproduits à la fin, afin que la maladie mentale des accusateurs apparaisse clairement aux lecteurs et au grand public.
La réponse du Maulana Maududi
À l’attention du secrétaire à l’Intérieur du gouvernement du Pakistan occidental —
Monsieur,
Je commencerai par exposer brièvement mes objections légales aux différents motifs de mon arrestation et de ma détention que vous avez énoncés dans votre lettre datée du 13-1-1964. Ensuite, je formulerai à leur sujet quelques remarques générales et, enfin, j’examinerai séparément chacun de ces motifs.
Objections légales concernant la détention
Mes objections légales concernant les motifs de mon arrestation et de ma détention sont les suivantes :
1. J’ai été arrêté le 6 janvier 1964, et les motifs de mon arrestation et de ma détention m’ont été communiqués dans la soirée du 13 janvier. Or, aucun de ces motifs ne diffère de ceux qui figuraient déjà dans le communiqué de presse. Ce communiqué a été publié par le gouvernement le 6 janvier et paru dans tous les journaux du pays le 7 janvier. Il s’ensuit que les motifs de ma détention avaient été établis le 6 janvier. Pourtant, ils ne m’ont été envoyés qu’après un délai de huit jours. Cela est manifestement contraire à la loi en vertu de laquelle j’ai été arrêté, dont l’article 3, paragraphe (6), dispose que la personne détenue doit être informée des motifs de son arrestation et de sa détention dans les meilleurs délais. Peut-on raisonnablement prétendre qu’il était impossible de préparer en moins de huit jours le résumé du communiqué de presse publié le 6 janvier ?
2. Le deuxième jour après avoir reçu votre lettre, je vous ai demandé l’autorisation de faire venir de l’extérieur les livres et documents nécessaires afin de répondre aux motifs de ma détention. Mais vous avez encore tardé à accorder cette autorisation, et je n’ai pu obtenir les livres et documents nécessaires avant le 4 février. Ainsi, vous avez laissé s’écouler un mois entier de telle sorte que je n’ai même pas pu bénéficier de la possibilité, accordée à tout détenu par l’Ordonnance sur la sécurité publique, de présenter, ne serait-ce que nominalement, sa défense. Il n’existe aucune raison raisonnable justifiant la lenteur des procédures de votre administration. Pourquoi la personne dont vous avez privé de liberté devrait-elle subir le châtiment de cette lenteur ?
3. Dans ma demande du 14 janvier, je vous avais également prié de m’autoriser à consulter mes avocats afin de répondre aux motifs de ma détention. Le 1er février, j’ai renouvelé cette demande. Plusieurs jours plus tard, j’ai reçu de votre part, par l’intermédiaire du surintendant de district, la réponse selon laquelle je pouvais consulter mes avocats. Toutefois, un agent du C.I.D. serait présent pendant cet entretien. C’était sans aucun doute une condition injuste. Dans ces conditions, il m’était totalement inutile de recevoir des conseils juridiques. Il est absolument incompatible avec le simple bon sens et la raison qu’au moment où une personne consulte son propre avocat au sujet d’une accusation portée contre elle et de la manière de la réfuter, l’agent de l’autre partie — celle contre laquelle l’accusation est dirigée — soit présent entre elle et son avocat. Il est absolument incompatible avec le simple bon sens et la raison qu’au moment où une personne souhaite consulter ses propres avocats au sujet d’une accusation portée contre elle et de la manière de la réfuter, l’agent de l’autre partie — celle contre laquelle l’accusation est dirigée — soit présent au milieu de leur entretien.
Supposons que la personne détenue et son avocat décident qu’il est possible de demander, contre cette détention, la justification des motifs de l’emprisonnement (Habeas Corpus). Dans ces circonstances, la présence d’agents de la C.I.D. signifie en pratique qu’avant même que la requête en habeas corpus ne parvienne au tribunal, vous en connaîtrez le contenu et prendrez les mesures nécessaires pour la faire échouer. N’est-ce pas là une flagrante violation de la justice ? [Je leur suis reconnaissant d’avoir supprimé cette accusation le 26 février.]
4. Parmi tous les motifs d’arrestation et de détention que vous avez exposés dans cette lettre, tous, à l’exception du septième, sont vagues, obscurs et ne constituent que de simples accusations. On ne peut rien savoir, à partir de cela, du fondement de ces accusations. Exposer ainsi les motifs de la détention ou ne pas les exposer revient au même.
5. Parmi les motifs de détention que vous avez énoncés, le cinquième indique que, avant que la Jamaat-e-Islami ne soit déclarée illégale en vertu de la loi pénale amendée de 1908, elle se livrait à telles ou telles activités, et que, en tant qu’émir de cette organisation, vous y aviez pris part. C’est pour cette raison que vous avez été détenu.
Cette détention a été effectuée exactement le jour et à l’heure où la Jamaat-e-Islami a été déclarée illégale en vertu de la loi pénale amendée de 1908. Cela signifie clairement que cette détention constitue la sanction de mes activités passées (même si, pour les besoins de la discussion, on les admettait un instant). Or la loi en vertu de laquelle j’ai été arrêté et détenu vous confère le pouvoir de procéder à une détention préventive, et non à une détention punitive. Vous avez donc, en réalité, outrepassé les limites de la loi. Si le gouvernement craignait qu’après la déclaration d’illégalité de la Jamaat-e-Islami je continue à accomplir les actes pour lesquels elle avait été déclarée illégale, les paragraphes 1, 2 et 3 de l’article 17 de la loi pénale amendée de 1908 étaient prévus à cet effet. Était-il nécessaire d’utiliser alors l’ordonnance sur la sécurité publique ? Cela ne prouve-t-il pas que le gouvernement était extrêmement impatient de m’arrêter ? Il n’a même pas pu attendre quelque peu pour voir si, après l’interdiction de la Jamaat, j’accomplirais ou non ces actes ; au contraire, par le moyen de l’ordonnance sur la sécurité publique, il m’a infligé la sanction de mes actes passés.
6. L’ordonnance en vertu de laquelle vous m’avez arrêté et détenu pour les cinquième et septième motifs de détention excède son champ d’application. Même en admettant, pour les besoins de la discussion, que j’aie accompli les actes que vous m’accusez d’avoir commis, vous n’avez pas le droit de prendre des mesures contre moi en vertu de l’ordonnance sur la sécurité publique.
7. Le septième motif relève de l’ordonnance sur la presse et les publications. En vertu de celle-ci, vous avez déjà suspendu mon journal Tarjuman-ul-Quran pour une durée de six mois. À présent, de manière totalement injuste et en outrepassant les limites de la loi, vous m’avez également infligé, par le moyen de l’ordonnance sur la sécurité publique, la sanction d’avoir publié cet article.
Quelques considérations générales sur les motifs de la détention
Après avoir formulé ces objections juridiques, je souhaite examiner les motifs en question. Mais avant de les examiner un à un, je veux déclarer clairement et fermement, en pleine conscience de mes responsabilités, que les motifs d’arrestation et de détention exposés dans votre lettre ne sont pas les véritables motifs. Les véritables raisons sont tout autres, et ce sont des raisons dont le gouvernement lui-même éprouve de l’embarras à révéler la nature.
La première raison est la suivante : lors d’un discours prononcé à un rassemblement public à Rawalpindi en 1963, j’avais demandé que les importants États de Swat, de Dir, etc., soient intégrés au Pakistan occidental exactement de la même manière que Kalat, Kharan, Makran, Bahawalpur et les autres États frontaliers l’avaient été. J’avais également demandé que les habitants de ces régions bénéficient des mêmes avantages et des mêmes droits que les autres citoyens du Pakistan. Notre revendication reposait sur une base pleinement légale : puisque tous les États importants de l’ancienne Inde britannique avaient été rattachés au Pakistan et à l’Inde, pourquoi ne pas supprimer également ce dernier vestige de l’époque de la servitude ? Le fait d’avoir exprimé aussi clairement une raison parfaitement fondée mit mal à l’aise certains hauts responsables du gouvernement et les fit éclater de colère.
Deuxièmement, grâce aux efforts de la Jamaat-e-Islami, le parti au pouvoir essuya une défaite lors de deux élections partielles, à Rawalpindi et à Hyderabad. Cela attisa la colère des personnes au pouvoir. Ces deux élections eurent lieu respectivement en septembre et en octobre 1963.
Troisièmement, les personnes au pouvoir considéraient le mouvement bien organisé de la Jamaat-e-Islami comme un obstacle majeur à la progression de leur propre Ligue musulmane de la Convention, et estimaient nécessaire, avant les prochaines élections, d’anéantir le parti d’opposition le mieux organisé et d’en écarter les dirigeants de la scène politique. En effet, après avoir constaté les résultats des élections partielles, elles avaient compris qu’aux prochaines élections la Jamaat-e-Islami se révélerait être le principal adversaire du parti gouvernemental.
Pour ces raisons, je vais exposer chronologiquement, par date, les mesures successives prises contre moi et contre la Jamaat-e-Islami.
Le 21 septembre 1963, un responsable du ministère fédéral de l’Intérieur me menaça par téléphone en ces termes : « Reconnaissez dans la presse l’erreur que vous avez commise dans la déclaration publiée contre la Ligue de la Convention, sinon le gouvernement prendra des mesures sévères contre vous » (voir Nawa-i-Waqt, 22 septembre 1963). J’envoyai immédiatement le compte rendu de cette menace aux différents journaux du pays afin qu’ils le publient, et il fut effectivement publié. On pouvait en effet en déduire que des mesures sévères allaient être prises contre moi et contre la Jamaat-e-Islami.
Le 16 octobre, l’autorisation d’utiliser des haut-parleurs lors de la conférence nationale de la Jamaat-e-Islami fut refusée. Pourtant, du 14 septembre au 13 octobre, sept ou huit réunions publiques de ce genre s’étaient tenues successivement à Lahore, et l’utilisation de haut-parleurs y avait été autorisée à chaque fois, malgré le maintien en vigueur de l’article 144. Dans ces circonstances, le refus d’autoriser les haut-parleurs pour une conférence à laquelle près de sept mille délégués venaient de toutes les régions du Pakistan et à laquelle des milliers de personnes de Lahore allaient participer constituait la preuve manifeste qu’une volonté particulière d’entraver la Jamaat-e-Islami était active dans l’esprit des personnes au pouvoir.
Le 17 octobre, une requête fut déposée auprès de la Haute Cour du Pakistan occidental afin qu’elle prenne des mesures contre l’injustice susmentionnée du magistrat de district de Lahore. La décision devait être rendue le 22 octobre. Mais avant que la Haute Cour ne rende son arrêt, le gouverneur du Pakistan occidental promulgua, par une ordonnance spéciale, une interdiction de l’utilisation des haut-parleurs dans toute la province. Il fut ainsi clairement démontré que le pouvoir du gouverneur de légiférer par ordonnance avait été utilisé spécialement pour faire échouer la conférence de la Jamaat-e-Islami.
La conférence de la Jamaat-e-Islami devait commencer le 25 octobre. La veille même, le ministre fédéral de l’Intérieur publia une déclaration extrêmement sévère et incendiaire contre moi et contre la Jamaat-e-Islami, et, le jour de la conférence, les journaux du matin publièrent également les déclarations de plusieurs ministres du gouvernement provincial. Quelle était donc la raison de cette soudaine tempête de colère à ce moment précis ? Y avait-il une autre raison que le fait que le gouvernement ne pouvait tolérer la manifestation de la force et de l’organisation de la Jamaat-e-Islami dans un centre aussi important que Lahore ?
Le matin du 25 octobre, des voyous furent amenés pour semer le trouble lors d’une réunion de la Jamaat-e-Islami. Près de trente à quarante mille habitants de Lahore furent témoins de leurs propres yeux de l’attitude adoptée par la police. Le pays tout entier en fut informé par les journaux. Le récit de cet événement honteux parvint également dans divers pays étrangers. En plein jour, sous les yeux de la population, on fit venir des voyous. Ils incendièrent le camp, coupèrent les cordes des chapiteaux et pillèrent les stands de livres. Ils lancèrent également des briques et des bouteilles de soda dans le camp des femmes. Ils prirent les exemplaires du Saint Coran dans un stand de livres et les jetèrent sur l’assemblée comme des briques et des pierres. Finalement, ils tuèrent même un innocent d’une balle de pistolet.
Tout cela se déroulait en présence de la police, qui restait là à rire. Chacun de ces actes aurait dû susciter l’intervention de la police. Pourtant, pas un seul voyou ne fut arrêté. La police n’arrêta pas non plus elle-même le meurtrier. Ce furent au contraire des militants de la Jamaat qui le saisirent et le livrèrent de force à la police ; ce n’est qu’après leurs pressions répétées que la police l’arrêta. Que les autorités reconnaissent ou non les faits, leur conscience sait parfaitement qui les a fait commettre et dans quel but. En outre, aucun des dirigeants chargés de maintenir l’ordre public à Lahore n’ignore ce secret : qui a déshonoré la loi par l’intermédiaire de ceux qui étaient chargés de la faire respecter ?
Le but de cette odieuse conspiration était en réalité de pousser, d’une manière ou d’une autre, les militants de la Jamaat-e-Islami à entrer en conflit avec les voyous, puis de leur tirer dessus afin de pouvoir déclarer l’ensemble de la Jamaat responsable d’émeutes et la rendre illégale. Mais la patience et la retenue des militants de la Jamaat firent échouer cette conspiration.
Une seule semaine s’était ensuite écoulée. Une nouvelle conspiration fut encore montée contre la Jamaat afin de la compromettre à tout prix. L’élection de l’Union de l’Université du Pendjab devait se tenir le 6 novembre 1963. Deux jours seulement auparavant, Barakallah Khan, candidat à la présidence de l’Union, fut expulsé de l’université. La conséquence inévitable de cette mesure — et ce qui se produisit effectivement — fut qu’un profond mécontentement se répandit parmi les étudiants. C’est pourquoi tous les candidats à l’ensemble des postes de l’Union, au nombre d’environ soixante-cinq, retirèrent simultanément leur candidature. Ils constituèrent aussitôt un comité d’action. Le 4 novembre, les étudiants organisèrent une marche depuis l’université. Ils étaient accompagnés de haut-parleurs. (Si cette marche et l’utilisation de haut-parleurs avaient été illégales, pourquoi ceux qui étaient chargés de maintenir la paix et l’ordre ne les en empêchèrent-ils pas dans l’enceinte même de l’université ? Au contraire, ils laissèrent la marche avancer à tel point que la foule devint extrêmement nombreuse et que d’autres individus mal intentionnés purent s’y mêler.) Puis, près de Charing Cross, ils les dispersèrent soudainement à coups de matraque et arrêtèrent plusieurs de leurs dirigeants. Le but évident de ces actions était de les exciter davantage, de provoquer un affrontement avec les forces chargées de l’ordre public, puis de faire porter toute la responsabilité de l’affaire à la Jamaat-e-Islami. La manière dont une enquête fut menée sur ces événements dès le premier jour et poursuivie jusqu’à la fin montre clairement que le véritable objectif était de compromettre la Jamaat-e-Islami. Les déclarations publiées à cette époque dans les journaux et diffusées à la radio, depuis celles du président du pays jusqu’à celles des ministres, reflétaient également ce même objectif. Elles démontraient ouvertement à quel point les autorités étaient impatientes d’impliquer la Jamaat-e-Islami dans ces troubles étudiants. Malgré tous leurs efforts, cette conspiration échoua et aucune preuve ne fut trouvée permettant de rendre la Jamaat responsable de ces troubles.
Combien de temps encore le gouvernement pouvait-il attendre que la Jamaat-e-Islami commette un crime pour pouvoir ensuite l’arrêter ? Et comment pouvait-il se faire que la Jamaat, devenue un obstacle à l’essor de la Convention Muslim League, ne puisse pas être arrêtée même si elle ne commettait aucun crime ?
La loi pénale amendée et le Petition of Public Order ont précisément été conservés dans l’arsenal de la loi afin de pouvoir servir lorsqu’il deviendrait nécessaire d’arrêter ceux qui n’avaient commis aucun crime. C’est pourquoi, le 6 janvier, ces deux armes furent utilisées pour s’en prendre à moi et à ma Jamaat, et les accusations portées contre moi furent celles qui figuraient dans le communiqué officiel du gouvernement du 6 janvier ainsi que dans les motifs d’arrestation et de détention que vous m’aviez transmis.
La raison pour laquelle j’affirme que ces accusations ne constituent pas la véritable cause de cette mesure gouvernementale est la suivante : le gouvernement a commencé sa campagne contre moi et la Jamaat-e-Islami dès la troisième semaine de 1963, alors que, parmi les accusations formulées à cette occasion, deux — à savoir les troubles étudiants de Lahore et l’article de Tarjuman al-Qur’an — concernent des événements postérieurs au début de cette campagne. Quant aux autres accusations, elles se rapportent à des faits et événements vieux de plusieurs années.
Je vais maintenant examiner séparément, l’un après l’autre, les motifs que vous avez invoqués pour mon arrestation et ma détention, afin d’en révéler la véritable nature.
La prise du pouvoir par la force
Votre première accusation est que l’objectif de la Jamaat-e-Islami était de s’emparer, par la force, de l’autorité et du pouvoir politiques ; mais vous n’avez pas dit par quel moyen vous avez découvert cet objectif de la Jamaat. Il ne peut y avoir que deux moyens de connaître les objectifs de la Jamaat : premièrement, ses actions ; deuxièmement, sa constitution, ses décisions et les déclarations de ses responsables. En ce qui concerne les actions de la Jamaat, on peut dire que M. Habibullah Khan, ministre de l’Intérieur du gouvernement du Pakistan, a reconnu devant le monde entier, lors de sa conférence de presse du 23 octobre 1963, que « la Jamaat n’avait même pas enfreint la loi dans ses actes ». Consultez le compte rendu de cette conférence de presse dans les numéros du 24 octobre 1963 du Pakistan Times et de Dawn. La description détaillée du second moyen est maintenant présentée ci-dessous :
1. En septembre 1948, le Majlis-e-Shura de la Jamaat-e-Islami avait annoncé, par une résolution, les principes suivants :
« Son objectif (c’est-à-dire celui de la Jamaat-e-Islami) est de façonner entièrement le système de vie du pays (c’est-à-dire du Pakistan) selon le modèle de l’islam. Pour atteindre cet objectif, cette Jamaat ne considère pas comme licites les méthodes et moyens qui sont contraires à la vérité et à l’honnêteté, ou qui engendrent le désordre et les troubles. Elle croit aux méthodes démocratiques pour la réforme et la révolution, c’est-à-dire la réforme des esprits, des mentalités et des caractères par la prédication et la propagande, ainsi que la formation de l’opinion publique en vue des changements que nous souhaitons accomplir. Aucune action de la Jamaat n’est menée en secret ; au contraire, tout se fait ouvertement. Elle ne veut pas enfreindre les lois sur lesquelles repose le système actuel de gouvernement du pays ; elle veut plutôt les modifier conformément aux principes islamiques. Son objectif n’est pas d’écarter les personnes qui dirigent le gouvernement du pays ni de prendre leur place elle-même. Elle veut plutôt les réformer et, s’ils n’acceptent pas la réforme, les remplacer par des moyens démocratiques et installer à leur place des personnes qui, selon l’opinion publique réformée, seront considérées comme honnêtes. » (Tarjuman-ul-Qur’an, septembre 1948, p. 329-330)
2. Dans l’article 10 de la constitution publiée par la Jamaat en 1953, puis dans l’article 5 de la constitution amendée qu’elle publia également en 1953, il est clairement stipulé que :
« Pour atteindre ses objectifs et réaliser son but, la Jamaat n’emploiera jamais de moyens ni de méthodes contraires à la vérité et à l’honnêteté, ou susceptibles de provoquer le chaos dans le monde. La Jamaat œuvrera par des moyens démocratiques et légaux à la réforme et à la révolution énoncées dans ses objectifs. Cela signifie qu’il faut réformer les esprits, les mentalités et les caractères par la prédication, la propagande et la diffusion des idées, et former l’opinion publique en faveur des changements que la Jamaat a pour objectif de réaliser. Pour atteindre son but, la Jamaat ne cherchera pas à recourir à des méthodes secrètes ; elle s’efforcera plutôt d’agir ouvertement, au vu et au su du public. (On peut mentionner ici que chaque membre de la Jamaat-e-Islami prête dûment serment, au moment de son adhésion à la Jamaat, de respecter cette constitution.)
3. Le 10 novembre 1951, lors de l’allocution présidentielle prononcée à la conférence panpakistanaise de la Jamaat-e-Islami, en commentant l’assassinat de feu M. Liaquat Ali Khan, j’ai déclaré :
« Dans un pays, quel malheur pourrait être plus grand que d’arracher au peuple le pouvoir ultime de trancher les questions, pouvoir fondé sur l’intelligence, la conscience et la raison, pour le remettre entre les mains de l’épée du juge ? Une nation qui n’est pas elle-même son propre ennemie et dont la conscience ne s’est pas complètement ruinée ne peut être assez insensée pour confier le règlement de ses diverses affaires, au lieu de la conscience et de la raison, à un juge aveugle et corrompu de l’épée. Si nous ne voulons pas déclarer notre avenir sombre, nous devons, de toutes nos forces, empêcher que la situation de notre pays n’évolue dans une direction aussi terrifiante. Nous devons, et en particulier nos responsables doivent, déployer tous leurs efforts pour créer et maintenir ici une situation permettant d’accomplir pacifiquement toutes sortes de changements politiques soutenus par l’opinion publique. » (Nos problèmes intérieurs et extérieurs, p. 14, éditeur : Maktaba Jamaat-e-Islami)
4. En février 1957, une résolution fut adoptée lors de la conférence panpakistanaise de la Jamaat-e-Islami. Elle y déclarait clairement :
« Puisque la Jamaat-e-Islami est tenue, conformément à sa constitution, d’œuvrer par des moyens légaux à la réalisation de son programme de réforme et de révolution, et puisqu’au Pakistan il n’existe en pratique qu’une seule voie pour susciter cette réforme et cette révolution, à savoir la voie électorale, la Jamaat-e-Islami ne peut évidemment pas rester étrangère aux élections du pays. Elle peut y participer directement ou indirectement, ou, si nécessaire, par les deux moyens. » (Le programme d’action futur du mouvement islamique, p. 14)
5. En 1958, la Jamaat-e-Islami publia son manifeste électoral. Il y exposait ainsi son objectif :
« Établir une véritable démocratie, dans laquelle ils puissent porter au pouvoir les personnes de leur choix et écarter des sièges d’autorité celles qu’ils n’apprécient pas. » (Manifeste électoral, p. 14)
6. L’année dernière, à l’occasion du pèlerinage, j’ai eu la possibilité de m’adresser à des jeunes venus des pays arabes, à La Mecque. Dans ce discours, je leur ai conseillé de renoncer à tenter de réaliser une révolution armée dans leurs propres pays et d’envisager plutôt des réformes par des moyens pacifiques, légaux et démocratiques. Ce discours a été publié dans tous les pays arabes. Sa traduction en ourdou a également été publiée dans la revue Tarjuman-ul-Quran. En voici la conclusion :
« Mon dernier conseil est qu’ils ne doivent pas mener de mouvement clandestin ni chercher à réaliser la révolution par les armes. ….. Une révolution juste et véritable s’accomplit toujours par l’intermédiaire d’un mouvement populaire. Œuvrez ouvertement et largement à la prédication ; consacrez-vous à grande échelle à purifier les cœurs, les esprits et la pensée. Changez la manière de penser des gens. Conquérez les cœurs par l’arme de la moralité. Affrontez avec courage les dangers et les obstacles qui surgiront au cours d’un tel effort. La révolution qui s’accomplira progressivement de cette manière sera si durable et si puissante que les tempêtes imaginaires des forces opposées ne pourront pas l’anéantir. Même si une révolution était réalisée rapidement par des moyens artificiels, elle pourrait être anéantie par la voie même par laquelle elle serait arrivée. » (Tarjuman-ul-Quran, juin 1963)
7. Le 10 novembre 1963, dans une déclaration remise à la presse au Pakistan, j’ai également réaffirmé cette même pensée. Cette déclaration a été publiée dans Nawa-i-Waqt, Mashriq et d’autres journaux. En voici les termes exacts :
« Je suis fondamentalement un adversaire résolu de la violation de la loi, des méthodes illégales et de l’action clandestine. Je considère que le respect de la loi est indispensable non par crainte de qui que ce soit ou pour quelque nécessité temporaire, mais à l’existence même d’une société civilisée. Si un mouvement détruit une fois ce respect, il devient ensuite très difficile, voire impossible, de rendre les gens de nouveau obéissants à la loi. De même, les organisations clandestines comportent des défauts tels que les personnes qui agissent selon cette méthode finissent elles-mêmes par devenir pour la société un fléau plus grand encore que ceux qu’elles ont adopté cette méthode pour écarter. Pour ces raisons, ma conviction est que la loi et les organisations clandestines sont extrêmement défectueuses. Tout ce que j’ai fait, je l’ai toujours fait ouvertement et dans les limites de la loi. Même les lois auxquelles je m’opposais vivement, j’ai tenté de les modifier par des moyens démocratiques et légaux, mais je ne les ai jamais violées. »
Ce sont les déclarations officielles de ma part et de la Jamaat-e-Islami depuis 1948 jusqu’à aujourd’hui. Il convient maintenant de demander quelles preuves le gouvernement possède pour avoir formulé contre moi et contre la Jamaat-e-Islami l’accusation selon laquelle nous sommes favorables à la prise du pouvoir par la force. Possède-t-il un écrit ou un discours de ma part ou de la part d’un responsable de la Jamaat-e-Islami dont se dégagerait un tel sens ? Ou peut-il citer un seul exemple montrant qu’au cours des dix-sept dernières années la Jamaat-e-Islami ait pris une mesure contraire à la loi ? S’il détient de telles preuves, pourquoi ne les présente-t-il pas publiquement ?
Dans son communiqué de presse du 6 janvier, le gouvernement a fondé toute cette accusation uniquement sur une citation du rapport Munir. Cette citation contient une accusation contre la Jamaat-e-Islami. Mais il convient de se rappeler que le rapport Munir n’est pas une décision de justice. Ce n’est qu’un rapport d’une commission d’enquête. Ce rapport contient, en violation des Terms of Reference, une discussion désordonnée de questions sans rapport avec le sujet. Des attaques parfaitement gratuites ont été lancées contre diverses personnes et divers partis, dans un langage si étrangement sarcastique qu’il ne saurait jamais convenir à un tribunal d’enquête impartial. Jamais, devant ce tribunal — ou cette commission d’enquête — la question de savoir quels sont l’idéologie, les buts et les objectifs de la Jamaat-e-Islami, ni les moyens qu’elle entend employer pour les atteindre, n’a été soumise à un examen approfondi. Aucune question ne m’a été posée à ce sujet, ni à aucun représentant de la Jamaat-e-Islami. On ne nous a pas non plus exposé cette accusation en nous demandant de la réfuter. Et même dans le passage du rapport où cette accusation est formulée, aucune preuve n’est fournie qui permette de savoir sur quelle base la commission l’a portée contre nous.
La question est de savoir si le fait qu’un rapport, même s’il s’agit d’un rapport d’enquête judiciaire, rende ainsi contre une Jamaat un jugement de cette nature, sans témoignage ni preuve, peut suffire à lui retirer son droit à l’existence ainsi que le droit à la liberté de ses dirigeants. Et, dix ans plus tard, où est donc la légitimité de tirer ainsi parti de cette phrase du rapport Munir ? Le rapport Munir a été publié en 1954, tandis que c’est en 1964 que nous sommes privés de notre liberté et du droit de la Jamaat à l’existence sur la base de cette remarque. Y a-t-il là la moindre apparence de logique ?
L’opposition à la création du Pakistan
À propos des motifs de l’arrestation et de la détention, une deuxième accusation a été formulée : « La Jamaat-e-Islami était opposée à la création du Pakistan et, après la création du Pakistan, elle a constamment manifesté publiquement une attitude hostile envers le Pakistan et son gouvernement. »
Cette accusation comporte deux volets. Le premier est que la Jamaat était opposée à la création du Pakistan, et le second qu’après la création du Pakistan elle a constamment manifesté une attitude hostile envers le Pakistan et son gouvernement. Le second volet a probablement été ajouté parce que le premier a paru si manifestement absurde aux accusateurs eux-mêmes qu’ils ont estimé qu’il serait extrêmement difficile de prendre une mesure sur cette seule base. Il semblerait à première vue ridicule à toute personne de déclarer illégale et d’arrêter les dirigeants d’une Jamaat qui, pendant les seize années entières suivant la création du Pakistan — à l’exception de la période de régime militaire — y a exercé son activité, en l’accusant d’avoir été opposée à la création du Pakistan. Pour rendre cette accusation plausible, on a donc ajouté qu’après la création du Pakistan, cette Jamaat avait, pendant seize ans, manifesté publiquement son hostilité non seulement envers le gouvernement, mais aussi envers le Pakistan. Mais même après cet ajout, l’affirmation demeure exactement aussi ridicule qu’elle l’était au départ.
La question est la suivante : si, depuis le moment où la Jamaat-e-Islami a commencé à agir au Pakistan en 1947 jusqu’au 5 janvier 1962, une hostilité constante s’est poursuivie — non pas secrètement, mais ouvertement — comment cette hostilité est-elle soudain devenue visible le 6 janvier 1964 ? Pourquoi cette hostilité publique a-t-elle été ignorée pendant si longtemps ? Quelle raison particulière est donc apparue maintenant pour que l’on ressente soudain la nécessité de prendre contre elle des mesures, et des mesures si sévères ? Pourquoi n’a-t-on pas dit clairement qu’il était devenu nécessaire d’écarter du terrain un parti bien organisé du groupe d’opposition afin d’étendre la Convention League ? À l’approche des élections, cette nécessité était évidemment devenue bien plus pressante.
Je vais maintenant examiner séparément chacun des volets de cette accusation. Voici ma réponse concernant le premier volet de l’accusation :
1. Même si, pour un instant, l’on admettait que la Jamaat-e-Islami s’était opposée à la création du Pakistan, je demande : s’y était-elle opposée davantage que le Congrès ? Tout le monde sait que, jusqu’au 15 août 1947, la véritable lutte pour le Pakistan se livrait précisément contre le Congrès. Pourtant, immédiatement après la création du Pakistan, la branche du Congrès qui se trouvait dans ce pays fonda aussitôt le Congrès du Pakistan. Ses représentants siégeaient dans nos première et deuxième assemblées législatives. Jusqu’en octobre 1958, il était établi comme un parti opposé aux musulmans. Et jamais on ne souleva la question suivante : puisque vous vous étiez opposés à la création du Pakistan, vous ne pouvez désormais pas agir au Pakistan comme parti politique. Après le retrait de la loi martiale, rien ne s’oppose légalement à la renaissance du Congrès du Pakistan ; c’est simplement une situation comparable à celle de l’Awami League, du Parti national awami et des autres partis qui ne se sont pas eux-mêmes reconstitués. Si le Congrès du Pakistan souhaite aujourd’hui se reconstituer, aucun obstacle juridique ne se trouve sur son chemin.
2. Mais il est totalement contraire à la vérité d’affirmer que la Jamaat-e-Islami s’opposait à la création du Pakistan. La Jamaat-e-Islami fut fondée en août 1941. Durant les six années entières qui s’écoulèrent de cette date à août 1947, quelqu’un peut-il montrer qu’elle ait tenu une réunion pour s’opposer à la création du Pakistan ? Qu’elle ait adopté une résolution ? Organisé une procession ? Présenté, lors des élections, un candidat contre la Ligue musulmane ? Ou soutenu un candidat opposé à la Ligue musulmane ? Ou appelé la population à ne pas voter pour les candidats de la Ligue musulmane ? Ou accompli quelque action ou entrepris quelque effort que ce soit pour empêcher d’une autre manière la création du Pakistan ? Si quelqu’un possède une telle preuve, il devrait naturellement la produire. Mais si rien de tel ne figure dans les archives de la Jamaat-e-Islami, que l’on veuille bien nous dire en quoi, quand et comment la Jamaat-e-Islami s’est opposée à la création du Pakistan. Tout au plus peut-on dire que la Jamaat n’a pas participé conjointement avec la Ligue musulmane à la lutte pour la création du Pakistan. Le simple fait de ne pas participer peut-il être qualifié d’opposition ?
3. Si la Jamaat-e-Islami n’a pas participé aux efforts visant à créer le Pakistan, ce n’était pas parce qu’elle ne souhaitait pas établir un État indépendant pour les musulmans. C’était au contraire pour trois raisons. Ces trois raisons ont été exposées clairement à plusieurs reprises dans les ouvrages de la Jamaat-e-Islami. La première était qu’il était nécessaire qu’il existe parmi les musulmans une Jamaat capable d’aider la nation au cas où, à Dieu ne plaise, la Ligue musulmane échouerait dans la lutte pour la création du Pakistan ; il fallait donc maintenir cette force de réserve (Reserve Force) à l’écart de la lutte. La deuxième était qu’après la création du Pakistan, plusieurs dizaines de millions de musulmans devraient rester dans la partie de l’Inde britannique qui, conformément au projet du Pakistan, allait passer sous domination hindoue. Après la partition du pays, la Ligue musulmane ne pourrait naturellement rien faire pour aider ces musulmans. Il fallait donc préparer dès le début un autre parti bien organisé et le maintenir à l’écart de la lutte pour le Pakistan, afin qu’il puisse accomplir cette tâche en Inde hindoue. La troisième raison était que le parti qui œuvrait pour le Pakistan — la Ligue musulmane — concentrait toute son attention exclusivement sur l’organisation et la lutte politiques. Il ne déployait aucun effort pour renforcer et affermir le parti et ses cadres sur les plans moral et religieux. Dans ces circonstances, il apparaissait clairement que si un parti obtenait le pays par une telle lutte, il serait incapable, non seulement de le transformer en État islamique, mais même de l’établir sur des bases solides en tant qu’État national. Un terrible désordre moral et idéologique s’y produirait. Dans cette situation, il était nécessaire de constituer parmi les musulmans un parti bien organisé, capable, après la création du Pakistan, d’œuvrer à préserver cet État de la destruction morale et à le diriger selon la voie de l’islam. La question est la suivante : était-ce un péché de mettre en œuvre ce plan prévoyant ? Aujourd’hui, ceux-là mêmes qui n’ont pris aucune part notable aux efforts pour créer le Pakistan veulent en faire payer le prix à la Jamaat-e-Islami. Le regretté Quaid-e-Azam ne le lui fit pas payer, pas plus que le regretté Liaquat Ali Khan ni Khawaja Nazimuddin. Sous le gouvernement de chacun d’eux, la Jamaat-e-Islami a continué à agir normalement.
4. Les écrits que l’on présente aujourd’hui comme la preuve de mon opposition à la création du Pakistan furent rédigés en 1939 et 1940. Premièrement, il est erroné de les mettre sur le compte de la Jamaat-e-Islami, puisque celle-ci ne fut fondée qu’en août 1941. Deuxièmement, ils furent écrits à une époque où les musulmans commençaient tout juste à débattre de la manière de résoudre leurs problèmes complexes dans l’Inde britannique. Troisièmement, le véritable objectif de ces écrits apparaît dans les citations produites par ceux qui les ont extraites de l’ensemble des ouvrages et leur ont fait dire le sens opposé, notamment au sujet des qadianis et des négateurs des hadiths (Munkirîn-e-Hadîth). Leur véritable sens ne peut au contraire être compris qu’après avoir lu intégralement tous les articles concernés. J’avais écrit ces articles pour expliquer aux musulmans qu’une organisation partisane dépourvue de substance morale et religieuse ne pouvait convenir non pas à l’établissement d’un État national, mais à celui d’un État islamique. Les milliers de personnes instruites de ce pays ont lu les développements que j’ai consacrés à clarifier cet objectif dans mes articles. Elles n’en ont pas tiré le sens que l’on cherche à extraire de quelques phrases de mes écrits en les isolant de leur contexte.
5. Tirer de l’œuvre d’un auteur un sens contraire à ce qu’il a lui-même déclaré clairement constitue en réalité une flagrante trahison. Comment quelqu’un peut-il dire à mon sujet que je m’opposais à la partition du pays et à la création du Pakistan, alors que j’ai moi-même écrit trois livres en faveur de la théorie des deux nations (voir mes livres Muslimân aur Maujûdah Siyâsî Kashmakash, tomes I et III, et Mas’alâ-ye Qaumiyyat), alors que j’ai moi-même présenté en 1938 un projet de partition du pays (voir mon livre Muslimân aur Maujûdah Siyâsî Kashmakash, tome II, p. 208-214), alors qu’en 1944 j’ai publiquement déclaré que la revendication du Pakistan était une revendication légitime (voir mon livre Rasâ’il-o-Masâ’il, tome I, deuxième édition, p. 359-362), et alors que j’ai soutenu le vote en faveur du Pakistan lors du référendum de la Province de la Frontière (voir mon livre Rasâ’il-o-Masâ’il, tome I, p. 362-363) ?
Venons-en maintenant à la deuxième partie de l’accusation, à savoir : « Depuis la création du Pakistan, la Jamaat-e-Islami n’a cessé de manifester ouvertement son hostilité au Pakistan et à son gouvernement. » La personne qui a formulé cette partie de l’accusation a l’esprit si confus qu’elle n’a pas su faire la différence entre le Pakistan et son gouvernement ; elle ignore également que, depuis la création du Pakistan jusqu’à aujourd’hui, ce pays n’a pas eu un seul gouvernement, mais plusieurs gouvernements successifs.
En ce qui concerne les gouvernements du Pakistan, on peut seulement dire que la Jamaat-e-Islami a certes toujours exprimé ses désaccords avec eux, ce qui constitue son droit légal en tant que parti d’opposition. La Jamaat-e-Islami était fermement attachée au principe selon lequel, tant que nous n’aurions pas obtenu la majorité aux élections et acquis nous-mêmes la capacité de former un gouvernement et de le diriger conformément à nos propres principes, nous ne devrions pas participer à l’appareil gouvernemental. Sur la base de ce principe, la Jamaat-e-Islami a agi pendant les seize dernières années et demie comme un parti d’opposition. La question est la suivante : si, en vertu d’un principe démocratique raisonnable et universellement reconnu, un parti demeure dans l’opposition et continue d’exprimer ses désaccords avec les différents gouvernements du pays, quand et comment cela est-il devenu un crime justifiant légalement son interdiction et l’arrestation de ses dirigeants ?
Quant à l’accusation d’opposition au Pakistan, c’est une accusation si ignoble et odieuse qu’aucun gouvernement ne devrait l’imputer à ses propres concitoyens tant qu’il ne dispose pas de preuves solides et claires à son appui. Que l’on me fasse savoir de quelles preuves le gouvernement dispose à l’appui de cette accusation si grave. Sur quels témoignages et quelles preuves a-t-il formulé cette accusation ? Et s’il possède des preuves à l’appui de cette accusation extrêmement grave, pourquoi a-t-il eu recours, au lieu d’engager publiquement des poursuites contre la Jamaat devant un tribunal, à des lois permettant d’accuser à volonté n’importe qui et de le punir à volonté, sans aucune preuve ni témoignage ?
Bien qu’il incombe à l’accusateur de produire les preuves permettant de déclarer coupable une personne ou un parti, et que la responsabilité de prouver son innocence ne puisse être imposée à la personne ou au parti accusé, je veux néanmoins démontrer que le gouvernement cherche à nous anéantir en formulant des accusations totalement infondées. À cette fin, je vais exposer, à la lumière des propres décisions de la Jamaat-e-Islami, quelle était son attitude à l’égard du Pakistan. Dans la résolution adoptée par la Majlis-e-Choura de la Jamaat-e-Islami en septembre 1948 au sujet de sa politique, il était dit :
« Puisque la mort du Qaïd-e-Azam a porté un coup immense aux forces intérieures du pays et que des dangers ont également commencé à se manifester de l’extérieur, la Majlis-e-Choura tient à déclarer clairement que la Jamaat-e-Islami, tout en restant fondée sur des objectifs et une vision réformateurs, déploiera tous ses efforts pour préserver l’unité et l’indépendance du Pakistan et coopérera à cette fin, par tous les moyens possibles, avec les autres partis et le gouvernement du pays. »
« Selon la Jamaat-e-Islami, pour le bien, le progrès et la stabilité du Pakistan, il était nécessaire d’annoncer au plus tôt, par une procédure légale, sa transformation en État islamique. Maintenant que le soutien de la personnalité du Qaïd-e-Azam n’est plus disponible, cette nécessité s’est encore davantage imposée. Une fois cette annonce faite, les changements constitutionnels et juridiques s’effectueront progressivement, en temps voulu. Mais, dès cette annonce, notre système étatique sera, dans son principe, transformé en un système islamique. La véritable force du pays — le cœur et la conscience de la population musulmane — en éprouvera alors de la quiétude. Les objectifs de l’État et la voie de son progrès seront définis. Les lois indispensables à la stabilité morale du Pakistan, à l’unité de ses composantes orientées vers le désordre, à la résolution de ses importants problèmes civilisationnels et économiques et au renforcement de sa défense nationale pourront alors être réunies pour agir dans cette direction. En outre, cette mesure mettra fin à l’opposition idéologique qui est en train de naître au sujet du futur système du pays et qui crée une confusion mentale. »
Lors de cette session, le message suivant fut envoyé, au nom de la Majlis-e-Choura, à M. Khawaja Nazimuddin, alors gouverneur général : « En vous faisant succéder au Qaïd-e-Azam après sa mort, Allah Tout-Puissant vous a imposé le poids d’une immense responsabilité. Nous prions Celui qui vous a chargé de ce fardeau de vous accorder la force de le porter et de vous acquitter de ce devoir. Dans le discours que vous avez prononcé après être devenu gouverneur général, on perçoit une substance spirituelle et les signes d’une bonne intention. Nous lui rendons hommage du fond du cœur. Nous espérons que vous vous efforcerez de transformer le Pakistan en un véritable État islamique, tant dans son esprit que dans sa réalité. Soyez assuré que, dans tout effort juste que vous entreprendrez à cette fin, la Jamaat-e-Islami vous apportera son entière coopération. »
(Tarjuman-ul-Qur’an, septembre 1948, p. 326 et 327).
Lors de la même session, la première des directives élaborées à l’intention des membres actifs de la Jamaat-e-Islami était la suivante :
« Préparez-vous pleinement à défendre le pays et faites comprendre aux autres musulmans la nécessité de s’y préparer également. Nous voulons préserver ce pays pour l’islam. C’est pourquoi, animés par cette inspiration, accorder la plus grande attention à cette tâche parmi toutes nos activités est un devoir religieux. » (Tarjuman al-Qur’an, septembre 1948, p. 336)
Le 12 mars 1949, l’Assemblée législative du Pakistan adopta la Résolution des objectifs et, dès le lendemain, le Conseil de la Choura de la Jamaat-e-Islami publia la déclaration suivante :
« Selon le Conseil de la Choura, en adoptant cette résolution, l’Assemblée législative a rempli les conditions juridiques minimales nécessaires pour transformer un pays en État islamique. »
Puis, le 18 avril 1949, à l’occasion de l’examen de la portée et des conséquences de la Résolution des objectifs, le Conseil de la Choura exposa ainsi sa position à l’égard du Pakistan :
« Il est désormais devenu obligatoire pour tout croyant de consacrer toutes les capacités de son esprit et de son intelligence, ainsi que tous les moyens et ressources disponibles, à la défense et au renforcement de cet État, à son progrès et à sa transformation, dans son corps et dans son esprit, en un État islamique. Il faut, de tout cœur et de toute âme, lui rendre tout service qui puisse lui être rendu, de quelque manière et sous quelque forme que ce soit. Désormais, notre relation avec l’État est une loyauté positive (Positive). L’esprit de non-coopération a pris fin. Désormais, nous ne déploierons pas seulement nos efforts complets de réforme et de progrès de l’extérieur, mais nous entrerons aussi de l’intérieur — c’est-à-dire au Parlement et dans l’appareil gouvernemental — afin de les mener à bien. »
(La position de la Jamaat-e-Islami à la lumière de ses propres décisions, p. 6-7)
Lors du récent congrès panpakistanais de la Jamaat-e-Islami tenu à Lahore, une résolution fut adoptée le 26 octobre 1964. En voici le texte :
« En cette heure de crise, la Jamaat-e-Islami avertit l’Inde et les autres puissances concernées qui se font une idée erronée du Pakistan que, quelles que soient nos divergences dans les affaires intérieures, les cent millions de Pakistanais se tiendront unis, en toute circonstance, pour défendre la sécurité et l’indépendance de leur patrie ; et si une telle situation venait à se présenter, incha’Allah, pas un seul Pakistanais ne restera en arrière. »
« Ce n’est pas seulement parce que nous aimons notre pays, mais aussi au regard de nos convictions et de nos exigences religieuses, que la Jamaat accorde la plus haute importance à la question de la défense du Pakistan. Ce pays ayant été acquis au nom de l’islam, tout le Pakistan nous apparaît comme l’équivalent d’une mosquée, et chaque pouce de son territoire représente pour nous un dépôt sacré. Malgré toutes les divergences d’opinion, nous donnons au gouvernement l’assurance entière que, quelles que soient les mesures qu’il adoptera pour la défense de notre pays, nous les soutiendrons de tout cœur. Le patriotisme n’est le monopole d’aucun individu ni d’aucun groupe particulier. Chaque Pakistanais est également concerné par la sécurité de son pays, car sa vie, ses biens, son honneur et toutes les valeurs qui lui sont chères dépendent entièrement de la sécurité et de la stabilité de ce pays. Nous sommes donc fermement convaincus que tout Pakistanais, à moins d’avoir l’esprit dévoyé ou d’être lui-même son propre ennemi, s’avancera pour défendre sa patrie. » (Rapport de l’Ijtema panpakistanais de la Jamaat-e-Islami, p. 56)
Il s’agit de résolutions dûment adoptées et publiées par la Jamaat-e-Islami. Le gouvernement ne peut pas prétendre qu’il n’en avait pas connaissance. Malgré cela, on l’a accusée, les yeux fermés, d’avoir constamment manifesté une attitude hostile envers le Pakistan. Cette accusation s’est fondée sur une brochure intitulée « Mazi Qarib Ka Jaiza », mentionnée dans la note de presse du gouvernement du 6 janvier. Voici ce qu’il en est de cette brochure : après la création du Pakistan, lorsque j’ai recommencé à publier à Lahore la revue Tarjuman-ul-Quran, j’ai écrit, dans ses trois premiers numéros, trois éditoriaux successifs en juin, juillet et août 1948. J’y commentais en détail la situation apparue dans le pays au moment de la partition. Portant, à la manière d’un historien, un jugement impartial sur les points de vue et les actions des trois parties — le gouvernement britannique, le Congrès national indien et la Ligue musulmane —, j’y expliquais quelles erreurs chacune d’elles avait commises dans le règlement de la partition et dans sa mise en œuvre, ainsi que la manière dont leurs conséquences s’étaient manifestées. Puis, dans le troisième article, j’exposais les problèmes importants auxquels la nation musulmane se trouvait confrontée après la partition et je me demandais si la Ligue musulmane pourrait réussir à les résoudre. Il semble qu’en 1949, à mon insu, des membres de la Jamaat-e-Islami de Karachi aient publié à Karachi les deux premiers articles sous forme de brochure, intitulée « Mazi Qarib Ka Jaiza ». Quoi qu’il en soit, ces articles furent publiés du vivant du défunt Quaid-e-Azam, alors qu’il était gouverneur général. Le défunt Liaquat Ali Khan était alors Premier ministre du Pakistan. À cette époque, personne ne les considérait comme des écrits dirigés contre le Pakistan. Au contraire, la critique qui y était formulée à l’égard de l’action de la Ligue musulmane était considérée comme le droit légitime du dirigeant d’un parti d’opposition. C’est pourquoi aucune mesure comparable à celle prise par le gouvernement actuel seize ans plus tard ne fut adoptée contre elle. Je dis qu’aujourd’hui, si un juge impartial lisait ces articles — et non pas seulement une ou deux phrases sorties de leur contexte —, il ne pourrait jamais parvenir à la conclusion qu’ils ont été écrits par un homme qui ne souhaitait pas la création du Pakistan et qui, une fois le Pakistan créé, aurait voulu le faire disparaître. Une telle interprétation de ces articles ne peut être faite que par quelqu’un qui s’est juré d’enfermer coûte que coûte Maududi et sa Jamaat dans ses filets et qui s’est résolument employé à inventer toutes sortes de stratagèmes à cette fin.
Provoquer des troubles parmi les fonctionnaires
Le troisième chef d’accusation formulé parmi les raisons de l’arrestation et de la détention que vous avez transmises est le suivant : « La Jamaat-e-Islami s’était infiltrée dans les services gouvernementaux et les organisations ouvrières dans l’intention de s’emparer du pouvoir en ébranlant les fondements de la loyauté des fonctionnaires et en provoquant des troubles. »
Cette accusation comporte elle aussi deux volets. L’un concerne les fonctionnaires et l’autre les organisations ouvrières. Je répondrai séparément à ces deux accusations.
Dans tout ce qui a été dit au sujet des fonctionnaires, on a délibérément tenté de donner une apparence effrayante à une chose toute simple. La réalité est que la Jamaat-e-Islami menait depuis des années une activité d’envergure dans ce pays. Ses livres étaient imprimés par milliers et par centaines de milliers. Ils étaient vendus ouvertement en divers endroits. Des bibliothèques avaient été établies dans des centaines de lieux. Chacun était libre de s’y rendre pour lire les livres et les emprunter pendant une durée déterminée. Ses réunions se tenaient dans toutes les régions du pays. Des gens de toutes sortes y venaient écouter les discours. Dans des centaines d’endroits, des cours de Coran et de hadith étaient dispensés. Là encore, des personnes de toutes sortes y participaient. C’est ainsi que ce mouvement se poursuivait ouvertement dans tout le pays. Dans ces conditions, comment les fonctionnaires, qui sont eux-mêmes des habitants de ce pays et vivent au milieu de la population dans ces localités, auraient-ils pu l’ignorer et s’en tenir éloignés ? La Jamaat-e-Islami ne s’est pas infiltrée parmi les fonctionnaires en élaborant un plan ou en déployant des efforts particuliers. Les fonctionnaires ont eux-mêmes lu ses livres, sont eux-mêmes venus à ses réunions et ont participé aux cours. Ceux parmi eux dans l’esprit desquels l’appel de la prédication de la Jamaat a trouvé un écho ont eux-mêmes subi son influence. Nous ne pouvions pas empêcher ses livres de parvenir jusqu’à eux. Nous n’avions aucun moyen de leur bander les yeux pour les empêcher de lire ces livres. Nous ne pouvions pas leur interdire de participer à nos réunions ni aux assemblées de cours de Coran et de hadith. Si le gouvernement veut maintenant accomplir cette tâche, qu’il le fasse. Mieux encore, s’il le peut, il peut faire sortir les fonctionnaires de ces villes et localités et les enfermer dans quelque forteresse isolée, afin qu’ils ne soient touchés par aucun souffle des mouvements qui se poursuivent dans ce pays.
Tout ce que j’ai dit plus haut montre clairement que la Jamaat-e-Islami ne s’est pas infiltrée dans les services et parmi les fonctionnaires de l’État. Bien au contraire, ses idées ont pénétré spontanément et naturellement parmi les fonctionnaires, et le gouvernement lui-même a attiré ses employés vers elle en diffusant à plusieurs reprises des circulaires dans les services publics et en faisant signer à chaque fonctionnaire une déclaration sous serment. Puisque l’on affirme que cette pénétration a ébranlé les fondements de la loyauté de ces employés, le gouvernement devrait expliquer ce que contiennent les livres de la Jamaat-e-Islami et sa prédication qui puisse déplacer la loyauté des fonctionnaires. À vrai dire, que l’on veuille ou non le reconnaître, partout où l’influence de la prédication de la Jamaat-e-Islami a atteint les fonctionnaires, ceux-ci sont devenus plus responsables, plus consciencieux, plus craignant Dieu et plus loyaux. S’il existe une catégorie de fonctionnaires qui se soit le plus préservée de la corruption, de l’acceptation de pots-de-vin et de la négligence dans l’accomplissement de ses devoirs, c’est bien celle qui a adopté les livres et l’influence de la Jamaat-e-Islami. Mais le gouvernement n’accorde aucune importance à cette question. Sa seule préoccupation est que les employés et les officiers travaillent nécessairement comme des volontaires pour la Convention League, mais qu’ils n’aient le moindre contact avec aucun autre parti d’opposition, et surtout pas avec la Jamaat-e-Islami. J’ai exposé clairement ma position concernant les fonctionnaires dans les pages 366-368 du Tarjuman-ul-Qur’an d’août 1955, ainsi que dans les pages 420-422 du numéro de février 1956. Je présente ces deux revues devant le tribunal.
Concernant la seconde partie de l’accusation, qui porte sur l’organisation des ouvriers, je demande au gouvernement de produire un exemple prouvant que la Jamaat-e-Islami a, à un quelconque moment, provoqué des troubles avec l’aide des ouvriers, déclenché une grève ou créé quelque différend que ce soit dans une usine. Je ne demande pas plusieurs exemples, mais un seul. Qu’il veuille bien en citer la source. La réalité est que, après la création du Pakistan, lorsque la Jamaat-e-Islami vit que des militants communistes et leurs « compagnons de route », les messieurs rouges, s’infiltraient parmi les ouvriers et avaient commencé une lutte des classes entre propriétaires et travailleurs afin de préparer le terrain à la révolution communiste, elle définit d’abord une politique à l’égard des travailleurs, puis se mit à agir conformément à cette politique.
La politique définie à cet égard était la suivante :
1. Il faut abolir l’idée selon laquelle les ouvriers et les propriétaires d’usines — autrement dit, ceux qui fournissent le travail et ceux qui en tirent profit — constituent deux classes distinctes, antagonistes et en conflit. Il faut renforcer l’idée que ces deux classes font partie d’une même société et qu’au lieu d’un conflit entre elles, une coopération fondée sur les principes islamiques de justice devrait être instaurée, afin qu’en tant que composantes de cette société, elles puissent contribuer à son progrès.
2. Il ne faut pas laisser les différends qui surgiront entre ouvriers et propriétaires évoluer vers des grèves, des lock-out et des émeutes ou troubles ; pour régler ces différends, il faut les faire trancher par les tribunaux, conformément aux lois en vigueur dans le pays pour résoudre ce type de conflits.
3. Les amendements supplémentaires nécessaires à la loi pour instaurer la justice dans le domaine industriel doivent être adoptés par l’intermédiaire de l’assemblée législative du pays.
Cette politique est exposée en détail aux pages 425-426 de la deuxième édition du premier volume de mon livre Rasa’il-o-Masa’il, ainsi qu’aux pages 37-38 de « Qu’est-ce que le Manifeste de la Jamaat-e-Islami ? ». Conformément à cette politique, le Comité de protection sociale des travailleurs constitué par la Jamaat-e-Islami fit régler par les tribunaux, jusqu’en 1958, d’innombrables différends industriels et, en faisant retirer des grèves et des lock-out en de nombreux endroits, orienta ces conflits industriels vers la voie légale. Grâce à ces efforts, des affaires portant sur 9 millions de roupies furent réglées par les tribunaux et, après l’instauration de la loi martiale, lorsque la Jamaat dut interrompre ses propres activités, des procès portant sur 70 millions de roupies étaient encore en cours. J’ai déjà dit que, durant toute cette période, il ne s’est produit aucun événement qui aurait conduit la Jamaat-e-Islami à provoquer quelque part une grève, un conflit ou une émeute. Si le gouvernement peut produire un tel événement, il doit naturellement le faire. Mais s’il ne le peut pas, je lui demande de s’abstenir, pour servir ses intérêts politiques, de tendre des pièges aux citoyens pacifiques et respectueux des lois de ce pays et de porter contre eux de fausses accusations.
Jamiat-e-Talaba islamique
La quatrième accusation de votre déclaration est la suivante : « L’émir de la Jamaat-e-Islami, avec un soutien et une coopération actifs, cherchait, avec l’aide de la Jamiat-e-Talaba, à organiser des grèves illégales dans les établissements d’enseignement et à provoquer des troubles et des émeutes dans les lieux publics. » Dans cette accusation, la Jamiat-e-Talaba est également présentée comme le pendant (Counter Part) de la Jamaat-e-Islami parmi les étudiants.
Cette accusation ne pourra être portée contre moi et contre la Jamaat-e-Islami que lorsque deux faits auront été établis. Premièrement, que la Jamiat-e-Talaba ait jamais organisé une grève illégale dans un établissement quelconque ou provoqué des troubles ou des émeutes dans un établissement d’enseignement. Deuxièmement, que moi-même ou la Jamaat-e-Islami ayons donné quelque indication en ce sens. Je demande avec insistance au gouvernement de prouver qu’il ne pourra établir aucun de ces deux faits. C’est pourquoi il a eu recours à l’Ordonnance sur la sécurité publique et au Code pénal amendé de 1908, afin de ne pas avoir à se donner la peine de produire des témoins et des preuves devant un tribunal et d’éviter que la vérité ne soit mise au jour par une enquête judiciaire impartiale.
Bien que la réponse que j’ai exposée plus haut suffise à elle seule à cette accusation, j’ai sous les yeux le communiqué officiel publié le 6 janvier dernier, qui déclarait la Jamaat illégale et faisait arrêter ses dirigeants. Ce communiqué brosse un tableau particulièrement effrayant de la Jamiat-e-Talaba et s’efforce laborieusement de prouver qu’en réalité la Jamaat-e-Islami provoque des troubles parmi les étudiants par l’intermédiaire de la Jamiat-e-Talaba. Je ne peux donc me contenter d’une réponse succincte à l’accusation susmentionnée. Je veux au contraire clarifier la réalité des faits en répondant en détail aux accusations formulées dans le communiqué.
La Jamiat-e-Talaba a été fondée vers la fin de 1947. Il s’agit, dans les collèges et les universités, d’un groupe d’étudiants qui, tout en étudiant les sciences, la philosophie, l’économie, le droit, l’ingénierie, la médecine et les autres disciplines modernes dans les établissements d’enseignement de notre pays, possèdent une mentalité et une vision islamiques, adhèrent à des valeurs morales et s’efforcent également, dans leurs établissements respectifs, de résister à l’athéisme, à l’irréligion et à l’anarchie morale, ainsi que d’éveiller un esprit islamique parmi les étudiants. Parmi ces jeunes, vous trouverez d’innombrables étudiants qui, tout en recevant une instruction moderne occidentale de haut niveau, pratiquent également le tahajjud. Depuis seize ans, ils ont accompli un travail considérable pour résister à la dégradation de la foi et de la moralité de la jeunesse et la protéger du flot des idées athées et des comportements dépravés. Je l’affirme avec une pleine conviction, autant que je sache : jusqu’à présent, ils n’ont commis aucun acte contraire à la loi. Au contraire, ils ont rigoureusement observé le principe de limiter leurs activités au cadre des lois et des règlements. C’est en raison de ces qualités de ces étudiants que je m’intéresse à eux. Je souhaite en effet voir dans ce pays des jeunes qui, tout en recevant une instruction toujours plus élevée, restent aussi de véritables musulmans. Quant à ces étudiants, s’ils s’intéressent à moi, c’est parce qu’ils espèrent que je pourrai leur apporter, à la lumière de l’islam, des solutions aux problèmes de la vie moderne. La relation qui existe entre eux et moi n’est cachée à personne, et il n’y a aucune raison de la dissimuler.
Bien que le rapprochement établi dans le communiqué officiel pour présenter la relation entre la Jamaat-e-Islami et la Jamiat-e-Talaba comme plus profonde et plus étroite soit une exagération extrême, et que sa plus grande partie soit contraire à la vérité, je demande néanmoins : même si tout cela était vrai, en quoi cela constituerait-il un crime ? Les jeunes qui étudient dans nos collèges et nos universités ne sont pas mineurs. Ils ne vivent pas dans quelque forêt éloignée des villes et des lieux habités. Ils lisent toutes sortes de livres, lisent les journaux, assistent aux réunions et aux conférences, et écoutent des discours. Ce sont des jeunes instruits, éduqués et majeurs. Comment une personne raisonnable pourrait-elle donc espérer que ces jeunes restent totalement étrangers aux mouvements menés dans le pays et aux idées et idéologies qui s’y répandent, sans en subir la moindre influence ? En réalité, parmi les étudiants, il existe autant de groupes adhérant à des opinions et à des voies différentes qu’il y a, à l’extérieur des établissements d’enseignement, de personnes défendant des opinions et des voies diverses. Parmi les étudiants, il n’y a pas seulement un pendant de la Jamaat-e-Islami ; on y trouve également les pendants de l’Awami League, du Parti national Awami, de la Ligue musulmane, du Parti Nizam-e-Islam et du Parti communiste opérant clandestinement (underground). Et maintenant, le pendant de la Convention League est lui aussi en train de naître — ou plutôt il est déjà né. Si ces pendants sont légitimes, comment l’existence du pendant de la Jamaat-e-Islami pourrait-elle être considérée comme un péché ?
Quelle que soit la nature de la relation entre la Jamaat-e-Islami et la Jamiat-e-Talaba, elle ne peut être considérée comme illicite ni servir de fondement à quelque mesure légale que ce soit tant que les deux faits mentionnés plus haut n’ont pas été prouvés : premièrement, que la Jamiat-e-Talaba a commis un acte constituant un délit au regard de la loi ; deuxièmement, que cet acte a été accompli sur instruction de la Jamaat-e-Islami.
Dans le communiqué officiel, on s’est donné beaucoup de mal pour en fournir deux exemples. Premièrement, en février 1962, au moment du discours de M. Zulfikar Ali Bhutto, la Jamiat-e-Talaba aurait provoqué des troubles à l’Université du Pendjab et la Jamaat-e-Islami aurait donné l’ordre de les provoquer. Mais les rédacteurs et les diffuseurs de ce communiqué ne se souviennent-ils pas qu’en février 1962 la loi martiale était en vigueur dans le pays ? La Jamiat-e-Talaba et la Jamaat-e-Islami étaient toutes deux illégales. Il ne pouvait donc être question qu’un parti provoque des troubles et qu’un autre lui en donne l’ordre. Même en supposant que ce fût vrai, comment expliquer que des mesures n’aient pas été prises contre eux en vertu de la loi martiale ? Deux organisations interdites agissent ouvertement. L’une d’elles provoque des troubles et l’autre lui en donne l’ordre. Malgré cela, la loi martiale est restée silencieuse ? Le gouvernement veut-il ainsi démontrer l’incompétence des autorités de la loi martiale ? À vrai dire, le fait que, deux ans plus tard, on cherche aujourd’hui à prendre cet événement comme fondement de mesures contre moi et contre la Jamaat-e-Islami prouve clairement que le gouvernement a cherché et trouvé tous les prétextes possibles pour s’en prendre à nous. Toutefois, si le gouvernement prétend qu’il ne s’agit pas d’un prétexte fabriqué, mais de la vérité absolue, il devrait produire des témoignages devant un tribunal public et établir que, lors de la réunion de M. Bhutto, les troubles ont, premièrement, été provoqués par la Jamiat-e-Talaba et que, deuxièmement, la Jamaat-e-Islami en a donné l’ordre. Un rapport douteux et incomplet des services de renseignement — souvent élaboré délibérément pour prendre quelqu’un au piège — ne peut jamais être accepté comme témoignage ou comme preuve.
Le deuxième exemple avancé par le gouvernement est le suivant : les troubles récemment provoqués par les étudiants à Lahore et en d’autres lieux seraient directement le résultat de l’incitation des partisans de la Jamaat-e-Islami. Le gouvernement affirme disposer de preuves solides à ce sujet. Je demande : si le gouvernement possède réellement de telles preuves, pourquoi les dissimule-t-il ? Pourquoi ne les présente-t-il pas devant un tribunal afin de prouver notre culpabilité ? En réalité, le gouvernement est entièrement responsable de ces événements. C’est lui qui, en connaissance de cause, a créé la tension et incité les étudiants. C’est lui encore qui, en exerçant une oppression et des persécutions extraordinaires, a donné à l’affaire un caractère terrifiant. Puis le gouvernement a lui-même tenté de faire porter de force toutes ces fautes à la Jamaat-e-Islami. Pourtant, je l’ai dit dès le début, la Jamaat n’avait pas le moindre rapport, même lointain, avec ces troubles. L’affaire a commencé de la manière suivante : deux jours seulement avant les élections universitaires, Barakallah Khan, candidat au poste de président de l’Union universitaire, dont les documents de candidature avaient été dûment acceptés, fut soudainement expulsé de l’université, afin qu’il soit automatiquement écarté de la compétition électorale. (Il faut savoir ici que Barakallah Khan n’avait aucun lien avec la Jamaat-e-Islami ni avec la Jamiat-e-Tulaba. Il avait certes été membre de la Jamiat à une époque, mais celle-ci l’avait exclu de ses rangs.) Cette mesure constituait une persécution si injuste qu’elle suscita naturellement le mécontentement des étudiants, et tous les candidats aux différents postes — ils étaient près de soixante-cinq, parmi lesquels se trouvait également le concurrent opposé à Barakallah Khan — boycottèrent les élections. Ces candidats formèrent ensuite eux-mêmes un comité d’action. Pas une seule personne de ce comité n’avait le moindre lien, même lointain, avec la Jamiat-e-Tulaba ou la Jamaat-e-Islami. C’est ce comité d’action qui décida de protester contre l’expulsion de Barakallah Khan. C’est également lui qui élabora le programme concret de la protestation, et c’est sur sa décision que la procession quitta l’université le 4 novembre 1963. La police permit elle-même à cette procession de se rendre jusqu’à Charing Cross, avec ses haut-parleurs. Puis, soudainement, sans aucun avertissement ni préavis, elle chargea les manifestants à coups de bâton et lança des gaz lacrymogènes contre eux. Les étudiants furent ainsi encore davantage excités. Ils revinrent et adressèrent au vice-chancelier une demande afin qu’il prenne des mesures contre ces persécutions. Mais le vice-chancelier semblait probablement se considérer comme impuissant. Aussi, loin de sortir pour les apaiser, il refusa même de sortir à leur rencontre. Cela constitua naturellement pour les étudiants une cause d’exaspération supplémentaire, et un groupe d’entre eux entra dans le bureau du vice-chancelier et y commença des troubles. Le groupe d’étudiants qui commença les troubles sur place était composé principalement d’étudiants ordinaires. Le gouvernement ne dispose certainement d’aucune preuve établissant la présence parmi eux d’un étudiant lié à la Jamiat-e-Tulaba. Le 5 novembre, conformément au programme du comité d’action, les étudiants décidèrent de s’asseoir en sit-in sur le trottoir extérieur de l’université. On ne leur accorda que deux minutes pour se disperser. Or aucune personne raisonnable ne peut imaginer comment cette foule considérable d’étudiants aurait pu se disperser en deux minutes. Dès l’expiration de ces deux minutes, les étudiants furent violemment chargés à coups de bâton, et la police pénétra dans l’enceinte de l’université pour y commencer de sévères persécutions.
Monsieur le Président ! Voilà les faits réels, qui montrent que ce sont les autorités dirigeantes qui ont d’abord créé la tension et qui sont ensuite responsables de l’avoir encore aggravée. Loin de pouvoir impliquer la Jamaat-e-Islami dans toute cette affaire, on ne pourra même pas prouver que la Jamiat-e-Tulaba y ait été en quoi que ce soit responsable. Si le gouvernement croit à la véracité de ses accusations et possède des preuves solides de l’incitation publique par les partisans de la Jamaat-e-Islami, qu’il ait le courage de se présenter et de les produire. Il devrait indiquer quels membres de la Jamaat ont créé la tension, ainsi que la nature et l’ampleur de leur rôle, en paroles et en actes, dans ces troubles.
Créer du mécontentement au sein des forces armées
Votre cinquième accusation est que « la Jamaat tente, par les discours répréhensibles de ses dirigeants, de créer du mécontentement au sein des forces armées. (Il convient de souligner tout particulièrement que l’expression The Jamaat Attemption figure parmi les motifs d’arrestation et de détention.) » Il s’agit d’une accusation totalement vague. On ne sait ni qui aurait prononcé ce discours répréhensible, ni ce qu’il aurait dit. Pourtant, même si, pour les besoins du débat, l’on admettait que certains dirigeants avaient prononcé de tels discours, pourquoi n’ont-ils pas été poursuivis ? En vertu de quoi est-il légal de tenir toute la Jamaat responsable de leurs discours ? La Jamaat n’a jamais décidé qu’il fallait créer du mécontentement au sein des forces armées. En tant qu’émir de la Jamaat, je n’ai moi-même donné aucune instruction de ce genre. Si certains dirigeants ont dit quelque chose dans un discours, ils en étaient eux-mêmes responsables.
Mais ce qui est étonnant, c’est que, dans le communiqué de presse du gouvernement du 6 janvier, cette accusation n’a été portée que contre Mian Tofail Muhammad Sahib : il aurait prononcé un discours de ce genre à Mianwali le 7 septembre, tandis que, dans les motifs de votre décision d’arrêter et de détenir, vous avez accusé les dirigeants de la Jamaat d’avoir prononcé de tels discours. Comment expliquerez-vous cette contradiction manifeste entre les deux déclarations officielles ? N’est-il pas évident qu’il s’agit d’accusations formulées sans enquête ? Et, au moment de porter une accusation, ne vous souveniez-vous pas que quelques jours auparavant, Sa Majesté le Gouvernement lui-même avait déclaré le contraire de sa propre bouche auguste ?
Une direction non islamique
Les accusations précédentes étaient celles que vous aviez formulées contre la Jamaat-e-Islami et, par son intermédiaire, contre moi. Dans cette sixième accusation, vous m’avez directement reproché d’avoir déclaré, dans les discours prononcés lors de divers meetings publics, que la direction de la nation était non islamique et satanique. En réponse, au sujet du mot « satanique », je tiens à dire que je n’ai jamais employé ce terme et que je n’ai pas l’habitude d’utiliser ce genre de mots pour exprimer mon opposition à qui que ce soit. En revanche, au sujet de ceux qui détiennent l’autorité au Pakistan, j’ai déclaré publiquement et je continue de déclarer qu’ils n’agissent pas conformément à l’islam ; leur direction est donc non islamique. En tant que dirigeant d’un parti d’opposition, critiquer les dirigeants au pouvoir ainsi que leurs actes constitue mon droit légal et démocratique. Je ne suis nullement disposé à renoncer à ce droit. Qu’on me dise par quelle loi l’expression de cette opinion pourrait être considérée comme un crime !
L’article de Tarjuman-ul-Qur’an
Votre dernière accusation est que, dans le numéro du 1er octobre 1963 de mon mensuel Tarjuman-ul-Qur’an, j’ai publié un article contre l’Iran et sa famille royale. Vous avez également prétendu que mon intention, en publiant cet article, était de saper à la base les relations amicales entre le Pakistan et l’Iran, son allié traditionnel. À cet égard, ma réponse est la suivante :
1. L’article auquel vous avez fait référence est un résumé de plusieurs articles publiés par des oulémas éminents d’Irak et d’Iran. L’un d’eux est une lettre exposant en détail la situation des oulémas iraniens contemporains. Cette lettre a été rédigée au nom d’un éminent érudit chiite, as-Sayyid Abou’l-Qasim al-Khoï. Elle a été imprimée aux presses an-Nou’man de Nadjaf-e-Achraf. Son titre était : « Risalatum-min Ulamâ-e-Iran ».
L’auteur de la deuxième brochure est as-Sayyid al-Khoï lui-même. Il y traite de l’influence croissante des Juifs en Iran et met en garde le gouvernement iranien, l’exhortant à prendre des précautions à cet égard. Cette brochure s’intitulait : « Tasrihatun Naziratul lil-Oummil Khoï ».
La troisième brochure constitue une autre source de l’article mentionné. Elle s’intitulait : « Kifahul Ulama-il-A’lam ». Elle a été publiée par la Saqafat-e-Islamia de Karbala. Cette brochure fournissait, avec des dates authentifiées, un compte rendu détaillé des événements qui s’étaient produits en Iran.
2. Après la publication de l’article mentionné, j’ai reçu de l’ambassade d’Iran une réponse à celui-ci et je l’ai également publiée dans le numéro de décembre 1963 de mon journal. (Un exemplaire de ce numéro a été soumis à l’examen du conseil, et j’attire particulièrement votre attention sur les commentaires éditoriaux relatifs à cet article.) Lorsqu’un périodique ou un journal publie les déclarations des deux parties, quelle accusation peut-on porter contre les principes universellement reconnus du journalisme ?
3. Je peux citer au moins cinquante articles publiés par différents organes de presse pakistanais contre la Turquie, l’Égypte, la Jordanie, l’Arabie saoudite, l’Irak, le Koweït et d’autres pays, articles qui étaient du même genre ou beaucoup plus critiques encore. Ces articles contenaient même des commentaires sur la vie personnelle des dirigeants des pays mentionnés. En prison, je suis incapable de rassembler les anciennes collections de ces périodiques et journaux. Mais si l’on m’en donnait la possibilité, je pourrais les réunir et les soumettre à votre examen. La question est maintenant la suivante : l’Iran est-il le seul ami du Pakistan ? Ou bien les pays susmentionnés ont-ils eux aussi été reconnus comme nos amis ? Et s’ils étaient considérés comme des amis du Pakistan, pourquoi aucune mesure n’a-t-elle été prise contre les périodiques et les journaux qui les avaient critiqués ? Et quelle est la justification des mesures prises contre Tarjuman-ul-Qur’an ?
J’ai appris qu’après l’interdiction de la publication de Tarjuman-ul-Qur’an, l’hebdomadaire d’Alepour, Al-Mimbar, a lui aussi été interdit. Ce journal avait écrit contre les États arabes unis. Cette mesure a été prise pour montrer qu’aucune mesure purement discriminatoire n’avait été adoptée auparavant. Mais Al-Mimbar n’est pas le seul à avoir publié ce genre d’écrits. Je l’ai déjà dit : je suis prêt à présenter au moins cinquante exemples de ce type. Dès lors, le simple fait de prendre des mesures contre un autre journal suffit-il à rétablir l’équilibre ?
4. La publication de Tarjuman-ul-Quran avait déjà été suspendue pour avoir publié l’article en question. Maintenant, mon arrestation et ma détention pour ce même prétendu délit visent-elles à rendre justice ou à exercer des représailles ?
5. Je suis le seul responsable de la publication de l’article en question dans Tarjuman-ul-Quran. Je suis le propriétaire de ce journal et j’en suis également le rédacteur en chef. Je le publie depuis 1932, soit neuf ans avant la création de la Jamaat-e-Islami. La Jamaat n’a aucun rapport, sous quelque forme que ce soit, avec sa propriété, sa rédaction, sa gestion, ses bénéfices ou ses pertes. Je l’ai dirigé selon ma situation personnelle et mes compétences. Or, pour la publication d’un article dans un tel journal, le gouvernement a tenu la Jamaat-e-Islami pour responsable, l’a déclarée illégale et a emprisonné plus d’une centaine de ses dirigeants. Cela ne prouve-t-il pas que le gouvernement a rejeté toutes les valeurs de la justice et de la décence ? Et qu’il s’est employé à faire porter de force aux dirigeants de la Jamaat des fautes qu’ils n’avaient pas commises ?
6. Comment avez-vous su que mon intention, en publiant l’article en question, était de porter un coup fatal aux fondements de l’amitié pakistano-iranienne ? Il est universellement admis dans le monde entier que, lorsqu’un gouvernement adopte une politique d’oppression à l’égard de sa population et que celle-ci se trouve dans une situation d’impuissance, la pression de l’opinion publique internationale peut amener ce gouvernement à ressentir la nécessité de modifier sa politique et d’instaurer la justice. Les habitants de l’Iran sont nos frères musulmans et, naturellement, nous leur portons une profonde affection et une grande sympathie. Lorsque j’ai appris, par les écrits des éminents oulémas d’Iran et d’Irak, que des injustices étaient commises envers la population, j’ai publié des résumés de ces écrits dans le but d’exercer notre influence morale sur le gouvernement iranien afin qu’il établisse la justice. J’ai déjà mentionné que, dans ce même but, les dirigeants influents de l’Irak, l’État voisin de l’Iran, avaient publié ces brochures. En réalité, le dessein qui m’a été imputé n’a jamais occupé dans mon esprit la moindre place. Jamais même l’ombre de l’idée de « porter un coup fatal aux fondements des relations pakistano-iraniennes » n’a pénétré dans mon univers de pensée. Mais, pour me sacrifier sur le billot, le gouvernement a d’abord donné une interprétation totalement pervertie d’un principe international universellement reconnu, puis il a formulé une accusation honteuse contre toute la Jamaat — ce qui est devenu parfaitement clair dans le communiqué de presse du 6 janvier 1964. Avant de pendre la Jamaat, on l’a ainsi couverte d’opprobre. Mais ce comportement étrange du gouvernement, qui consiste à vouloir nous faire porter n’importe quelle conspiration et à nous faire arborer n’importe quel chapeau, ne suffit-il pas à lui seul ?
J’ai démontré que les sept accusations que vous avez portées contre moi dans la discussion précédente étaient toutes mensongères. Je regrette d’avoir dû prononcer, au cours de cette discussion, tant de paroles amères qui déplaisent au gouvernement. Mais j’y ai été contraint. Comment pourrais-je en effet reconnaître des accusations mensongères et fabriquées de toutes pièces ? C’est pourquoi j’ai déclaré clairement que les raisons invoquées pour justifier mon arrestation et ma détention n’étaient pas les véritables raisons. D’autres motifs se cachent derrière les mesures prises par le gouvernement. Le gouvernement a honte de les révéler. C’est pour dissimuler les véritables raisons qu’il a formulé des accusations fabriquées de toutes pièces.
| Prison du district, Lahore 24 février 1964. | Votre fidèle serviteur, Aboul A‘la Maudoudi 7-3-64 Signé : G. A. Ali, Surintendant, Prison du district, Lahore. |
Réponse supplémentaire à la troisième accusation
Monsieur le juge S. A. Mahmoud,
Président, Commission de réexamen des détenus politiques, Lahore
Monsieur,
Je souhaite joindre les réponses suivantes à celle que j’avais précédemment donnée, le 24 février 1964, en réponse à l’accusation n° 3 du gouvernement.
Étant détenu et mon bureau privé ayant été fermé à clé, je n’ai pas pu obtenir une partie importante des éléments nécessaires pour réfuter les accusations portées contre moi. Néanmoins, j’ai réussi, non sans grandes difficultés, à me procurer une brochure. Elle s’intitule « Procès-verbal de la Majlis-e-Shura de la Jamaat-e-Islami du Pakistan ». Cette shura s’est tenue du 15 au 19 avril 1951. La brochure a été publiée en avril 1951 par le département de l’organisation de la Jamaat-e-Islami. Elle expose la méthode d’action de la Jamaat-e-Islami parmi les ouvriers (voir pages 53 à 60). Cet exposé de la politique de la Jamaat-e-Islami réfute entièrement l’accusation portée contre elle, selon laquelle elle s’infiltrerait dans les organisations ouvrières et les « encouragerait à provoquer des troubles ».
En avril 1951, la Majlis-e-Shura décida pour la première fois que la Jamaat devait s’intéresser aux problèmes des ouvriers et, afin de définir une méthode d’action à cet égard, elle me délégua ses pouvoirs en ma qualité d’émir de la Jamaat. En vertu des pouvoirs qui m’avaient été conférés, je donnai les directives suivantes :
« Si un groupe d’ouvriers manifeste le désir que nous organisions les travailleurs et les dirigions, il faut lui faire savoir clairement dès le départ que nous ne pouvons les organiser et diriger leur mouvement pour faire aboutir leurs revendications qu’à la condition que—
(a) leurs revendications soient légales et raisonnables, et que leurs griefs soient fondés sur la vérité et la justice. Nous ne pouvons en aucun cas soutenir leurs revendications injustes et illégales ni leurs griefs illégitimes.
(b) ils soient prêts à maintenir leur mouvement destiné à faire aboutir leurs revendications dans le cadre d’une méthode d’action pacifique, juste et digne. Nous n’approuvons aucune forme de manifestation, de troubles ou de banditisme. »
(c) Ils ne pourront pas limiter leurs activités à la satisfaction de leurs propres intérêts ; ils devront au contraire être prêts, en même temps, à améliorer leur propre état moral et religieux. »
Dans cette même directive, à propos de la méthode de travail et du mode d’organisation de telles unités de travailleurs, j’écrivais : Il faut tout d’abord éveiller chez les travailleurs une conscience morale et religieuse. Ensuite, les idées suivantes doivent être progressivement ancrées dans leur esprit :
1. Tous les moyens, ressources et richesses de ce pays, quelle qu’en soit la forme (terres, industries, biens, etc.) et quelle que soit l’autorité qui les contrôle, constituent en réalité un patrimoine national et un dépôt confié à la nation ; la préservation, la prospérité et le développement de ce patrimoine national sont le devoir moral et national de chaque citoyen du pays.
2. Sont des ennemis — non seulement leurs propres ennemis, mais aussi ceux du pays et de la nation — tous ceux qui se tiennent prêts, directement ou indirectement, à emprunter la voie de la destruction et de l’anarchie pour porter atteinte au patrimoine national et le détruire.
3. En tant que musulmans, nous sommes les serviteurs de Dieu, les disciples du vénérable Muhammad (que la paix et les bénédictions de Dieu soient sur lui) et les soumis à la loi du Coran. Aussi urgents que soient nos besoins et aussi justes que soient nos revendications, il ne nous est pas permis, en tant que musulmans, de transgresser en aucune circonstance les limites fixées par Dieu et Son Messager (que la paix et les bénédictions de Dieu soient sur lui). Tant que nous sommes musulmans, nous ne pouvons pas courir comme un cheval débridé.
4. En tant que musulmans, nous ne pouvons adopter, pour résoudre nos problèmes, aucune philosophie ni aucune idéologie autre que l’islam. Nous n’en avons d’ailleurs nul besoin, car l’islam possède l’aptitude et la capacité de résoudre tous nos problèmes de la meilleure manière possible. (À cet égard, les employés et les travailleurs devraient acquérir une connaissance générale des enseignements fondamentaux de l’islam ainsi qu’une connaissance détaillée de la manière de résoudre les problèmes des travailleurs. Ils pourraient ainsi être conscients de leurs droits et de leurs devoirs et se faire une idée exacte des avantages que l’islam leur accorde avant même qu’ils ne les demandent.)
5. Les différentes composantes et formations de la société sont comparables aux différents organes du corps humain. De même que chaque organe du corps humain coopère avec les autres et que, s’ils entraient en conflit et en guerre les uns contre les autres, aucun être humain ne pourrait survivre, de même une société dans laquelle la haine, l’hostilité, l’inimitié, la rivalité, la lutte des classes, les conflits entre groupes et l’esprit d’opposition prennent le dessus entre ses différentes composantes ne peut subsister. Une société saine ne peut être établie que sur les fondements de l’amour, de l’entraide, de la coopération et de la justice.
6. La mentalité qui consiste, pour une personne, à mettre uniquement en avant son propre droit et le devoir d’autrui, tout en ignorant complètement son propre devoir et le droit d’autrui, est totalement erronée, inhumaine, issue de la cruauté et injuste. En réalité, chacun devra rendre compte devant Dieu de son devoir et des droits d’autrui.
Il y a treize ans, lorsque la Jamaat a commencé à travailler parmi les ouvriers, les citations ci-dessus concernant ses activités parmi eux ont été extraites d’une brochure publiée à cette époque. Dès le départ, nous avions adopté une méthode d’action claire. Le gouvernement ne peut pas prétendre qu’il ignorait ce rapport et la politique de la Jamaat à l’égard des travailleurs. N’est-il pas regrettable que, malgré cette déclaration claire de la Jamaat, le gouvernement ait aveuglément donné libre cours à l’opposition politique et à la violence du parti au pouvoir, et qu’il nous ait imputé une série d’accusations fausses, déraisonnables, sans fondement et autres, prétendant que nous voulions prendre le pouvoir en suscitant le mécontentement parmi les ouvriers !
| Prison du district, Lahore 3 mars 1964 | Votre dévoué Abul A‘la Maududi Signature : G. A. Marée, 7-3-1964 Surintendant Prison du district, Lahore. |
La réponse donnée par Maulana Maududi au secrétaire aux Affaires étrangères du gouvernement du Pakistan occidental et au président de la Commission de réexamen des prisonniers politiques, le juge S. A. Mahmoud, était si rationnelle, conforme à la loi et érudite que les accusations des plaignants se sont révélées non seulement infondées et malveillantes, mais qu’elle a également mis en lumière la véritable pathologie de l’esprit empreint de haine de leurs adversaires. Des milieux intéressés, à savoir la Convention League au pouvoir, ont formulé de la part du gouvernement pakistanais de telles accusations ridicules qu’ils ont rendu un gouvernement établi ridicule aux yeux du peuple, de la société éclairée, des juristes et du monde extérieur.
Les dirigeants cachemiris répondent aux accusations
L’ancien président de l’Azad Jammu-et-Cachemire, M. Sardar Muhammad Ibrahim Khan, a déclaré dans un communiqué :
« Toutes les accusations portées contre Maulana Maududi au sujet du djihad au Cachemire sont totalement infondées. En 1994, lorsque Maulana Maududi fut envoyé en prison sur la base de ces accusations, j’étais le président de cet État. Après avoir enquêté sur ces accusations, j’ai découvert qu’elles ne comportaient pas la moindre parcelle de vérité. Il ne peut exister le moindre doute quant au patriotisme de Maulana Maududi, à sa loyauté envers l’État et à son soutien total au mouvement pour l’indépendance du Cachemire. » (APP — quotidien Kohistan, Rawalpindi, 8 novembre 1963). L’ancien président de l’Azad Jammu-et-Cachemire, M. Sayyid Ali Ahmad Shah, a déclaré :
« Il n’est pas juste de faire du djihad au Cachemire un sujet de controverse, ni de déclarer sans cesse que Maulana Maududi est opposé au djihad au Cachemire. Cela porte préjudice à la cause du Cachemire. Jusqu’à présent, tous les partis du pays sont unanimes au sujet du Cachemire. Maulana Maududi a toujours soutenu le droit à l’autodétermination et le plébiscite pour la population de l’État de Jammu-et-Cachemire et, si Dieu le veut, il continuera à les soutenir à l’avenir. Je sais également avec certitude que Maulana Maududi est un opposant acharné à la partition du Cachemire. Tous les États musulmans du monde partagent cette opinion au sujet de la question du Cachemire. En 1948, alors que le djihad se poursuivait au Cachemire, Maulana Maududi et la Jamaat ont distribué, avec mon autorisation, de l’argent liquide et des provisions au sein de l’armée de l’Azad Cachemire. Maulana Maududi n’a jamais été, et n’est toujours pas, opposé au droit à l’autodétermination et au plébiscite des Cachemiriens. Je suis fermement convaincu que, si maintenant ou à l’avenir les Nations unies ou l’Inde violent ou annulent les résolutions du Conseil de sécurité, Maulana Maududi conseillera très certainement au Pakistan et aux autres États musulmans de proclamer le djihad et émettra une fatwa en ce sens. » (Anjam, Peshawar, 1er décembre 1963)
Déclaration du dirigeant cachemiri Chaudhry Ghulam Abbas :
« Rawalpindi, le 2 février 1964. Aujourd’hui s’est tenue ici, dans la salle de la bibliothèque publique, une session présidée par M. Raja Muhammad Haidar Khan, président de la Conférence musulmane de l’ensemble du Jammu-et-Cachemire. Deux cents conseillers venus de l’Azad Cachemire ont participé à cette session. Le Qaïd-e-Millat Chaudhry Ghulam Abbas a déclaré dans son discours : “Nous avons reçu, de la part des conseillers de la Conférence musulmane, une notification demandant qu’une résolution condamnant les restrictions imposées à la Jamaat-e-Islami et l’arrestation de ses dirigeants soit adoptée lors de la session des conseillers. Je considère nécessaire de préciser clairement devant tous les membres du Conseil général que nous n’avons aucun lien avec la politique intérieure du Pakistan. Toutefois, nous devons exprimer notre opinion sur les questions liées au problème du Cachemire.” »
« C’est une vérité universellement reconnue que toutes les personnes liées à la Jamaat-e-Islami sont patriotes, et même les plus patriotes. En réalité, il n’y avait dans le pays qu’un seul parti qui s’efforçait méthodiquement d’instaurer une démocratie islamique par des moyens légaux. En ce qui concerne le problème du Cachemire et l’obtention du droit à l’autodétermination des Cachemiris, nous tous réunis — même avec tous les efforts de notre gouvernement — n’avons pas pu accomplir ce que Mawlana Maududi a accompli à lui seul. Par l’intermédiaire de la Rabita al-Alam al-Islami, constituée d’États islamiques, Mawlana Maududi a porté le problème du Cachemire devant le concert des nations et obtenu un soutien à notre droit à l’autodétermination, ce que le Pakistan souhaite. De plus, Mawlana Maududi était membre du Comité du Cachemire. À cet égard également, il a fait à lui seul davantage que nous tous. Dans une déclaration, il avait assuré le soutien et l’appui de sa Jamaat et déclaré — cette déclaration fut publiée dans les journaux le 1er janvier 1964 : “Le gouvernement doit prendre une mesure concrète concernant le problème du Cachemire.” Mais le gouvernement pakistanais a, de manière inattendue, pris une mesure concrète consistant à arrêter Mawlana Maududi et les dirigeants de la Jamaat-e-Islami, faisant taire sa voix, ce qui a causé un préjudice irréparable aux Cachemiris. »
« En outre, nul n’ignore qu’au Cachemire occupé, la Jamaat-e-Islami est actuellement le seul parti solidement organisé parmi tous les partis politiques. Ses branches s’étendent de village en village. C’est pourquoi le fait d’imposer des restrictions à un parti pacifique et démocratique comme la Jamaat-e-Islami, dans un pays islamique et démocratique tel que le Pakistan, suscitera nécessairement dans le cœur du peuple cachemiri de la haine envers le Pakistan. »
« Actuellement, l’atmosphère paisible et sereine du Cachemire s’est transformée en une poudrière enflammée, et si le Pakistan veut réellement obtenir le Cachemire, il ne connaîtra jamais de moment plus favorable que celui-ci. À ce moment, il aurait fallu le soutien et la coopération sincères et unanimes de toute la nation pakistanaise. Le gouvernement pakistanais les avait d’ailleurs obtenus. Mais il est regrettable pour nous qu’au moment même où il le fallait, le gouvernement, en imposant des restrictions à Mawlana Maududi et à la Jamaat-e-Islami, se soit privé lui-même de cette aide et de cette coopération. Cela montre que le gouvernement ne veut prendre aucune mesure efficace à ce sujet. »
« Si le gouvernement pakistanais est sincèrement attaché à la question du Cachemire, alors nous exigeons que Mawlana Maududi et les dirigeants de la Jamaat-e-Islami soient libérés sans condition et que les restrictions imposées à la Jamaat-e-Islami soient levées. »
L’ensemble du Conseil approuva à l’unanimité le discours susmentionné du Qaïd-e-Millat et demanda au gouvernement pakistanais ainsi qu’au président, le maréchal Muhammad Ayub Khan, de libérer Mawlana Maududi et les dirigeants de la Jamaat et de lever les restrictions imposées à la Jamaat-e-Islami. (Hebdomadaire Pak-Cachemire, Rawalpindi, 6 février 1964.)
La libération de Mawlana et des dirigeants de la Jamaat
Il convient de signaler que, le 6 janvier 1964, dès que la Jamaat-e-Islami fut déclarée illégale, le Maulana Sayyid Abul A‘la Maududi (émir de la Jamaat-e-Islami du Pakistan) ainsi que treize dirigeants de la Jamaat du Pakistan occidental furent arrêtés. Les dirigeants du Pakistan oriental furent libérés au bout de six ou sept mois. Mais, malgré l’arrêt sans équivoque de la Cour suprême du 25 septembre 1964, le Maulana Maududi et les autres dirigeants du Pakistan occidental furent maintenus injustement et illégalement en prison. Un recours en habeas corpus fut toutefois déposé devant la Haute Cour du Pakistan occidental contre cet ordre de détention injuste.
Le 9 octobre 1964, la Haute Cour du Pakistan occidental déclara dans son arrêt que « la détention des dirigeants était totalement injuste et illégale ». L’honorable Haute Cour ordonna au gouvernement de libérer immédiatement les dirigeants.
Sur ordre de la Haute Cour, après avoir purgé plus de neuf mois d’emprisonnement sans avoir commis de faute, le Maulana Maududi et les autres dirigeants de la Jamaat-e-Islami eurent enfin la possibilité de retrouver l’air libre. Les habitants de Lahore attendirent à la porte de la prison pour accueillir chaleureusement le Maulana. Finalement, après trois heures du matin, la porte de la prison s’ouvrit ; le Maulana en sortit et une immense procession se forma pour l’accompagner. Le cri de victoire de la vérité retentit de nouveau, tandis que les baudruches du mensonge se dissipaient dans l’immensité du ciel.
Le rôle du Maulana Maududi et de la Jamaat-e-Islami lors de la dernière guerre indo-pakistanaise
Le 6 septembre 1965, l’Inde impérialiste attaqua le Pakistan par voie terrestre et aérienne, sans déclaration de guerre. Avec ses chars, ses véhicules blindés et ses armes lourdes, les troupes indiennes franchirent la frontière de Wagah, à l’est de Lahore, et avancèrent vers la ville. Depuis le milieu de la nuit, on entendait le grondement de tonnerre de l’artillerie et des tirs indiens. Pourtant, les habitants de Lahore ne connurent la véritable situation qu’avant neuf heures le lendemain matin.
Le 5 septembre, à Rawalpindi, plusieurs dirigeants, parmi lesquels le leader cachemiri Chaudhry Ghulam Abbas, le Maulana Maududi, Muhammad Ali, Nawabzada Nasrullah Khan et Sardar Shaukat Hayat Khan, se réunirent. Le lendemain matin, le 6 septembre, dès qu’ils apprirent la nouvelle de la guerre, le Maulana Maududi partit pour Lahore à huit heures.
Peu avant midi, M. Sayyid Munir Husain, secrétaire du département de l’Information du gouvernement du Pakistan occidental, téléphona au domicile du Maulana pour l’informer que le président du Pakistan avait invité les dirigeants des partis d’opposition à se réunir à sept heures du soir dans sa résidence de Rawalpindi. Le Maulana Maududi n’était pas encore arrivé à Lahore. Le secrétaire à l’Information demanda qu’on l’en informe dès l’arrivée du Maulana à Lahore ; il lui ferait alors parvenir un véhicule officiel pour se rendre à Pindi.
Quoi qu’il en soit, le Maulana rencontra le président et lui déclara que, dans cette heure de crise nationale extrême, lui-même et sa Jamaat étaient à chaque instant prêts à rendre tout service et à consentir tout sacrifice.
Il va sans dire que, lorsque les persécutions et l’oppression infligées aux musulmans cachemiris par l’Inde impérialiste atteignirent leur paroxysme, les masses musulmanes opprimées proclamèrent le djihad à la fin du mois d’août afin de se défendre. Maulana Maududi avait déjà lancé un vibrant appel au peuple pakistanais pour qu’il apporte toute forme d’aide aux moudjahidines cachemiris et avait ordonné à tous les membres de la Jamaat-e-Islami de s’engager dans cette entreprise. Par la suite, sous le nom de « Fonds du djihad du Cachemire », les membres de la Jamaat commencèrent à collecter des fonds au Pakistan oriental et occidental. Ils ne recueillirent pas seulement de l’argent liquide, mais aussi diverses fournitures nécessaires. Le peuple, lui aussi, se mit à donner à pleines mains, témoignant d’un sacrifice et d’un dévouement sans précédent.
Maulana Maududi ne s’en tint pas là. Il écrivit à près d’une centaine d’oulémas, de penseurs, de dirigeants et de rédacteurs de journaux de l’ensemble du monde musulman, sollicitant toute forme d’aide en faveur du djihad du Cachemire. Cet appel fut publié dans de nombreux journaux et périodiques du monde musulman. Il suscita partout une grande effervescence, et l’action commença rapidement conformément à l’appel du Maulana.
Lorsque, le 6 septembre 1965, l’Inde lança directement une attaque contre le territoire pakistanais, le Maulana adressa l’appel suivant au peuple pakistanais :
« Aujourd’hui, après l’audace dont les troupes indiennes ont fait preuve en franchissant la frontière de Wagah et en avançant vers Lahore, la guerre ne se limite plus au Jammu-et-Cachemire ; une véritable guerre a commencé entre les deux pays. Et c’est l’Inde qui l’a déclenchée, sans même la déclarer. Il incombe désormais à chaque citoyen pakistanais de se préparer à combattre et à mourir, le linceul sur la tête, et de défendre chaque pouce de cette terre sacrée au prix de sa vie et de ses biens. Il ne fait certes aucun doute que, par la grâce de Dieu, les hommes de notre armée sont extrêmement courageux et que nous avons pleine confiance en leur bravoure. Toutefois, lorsqu’une partie du pays est attaquée, il ne revient pas seulement à l’armée de la défendre ; conformément aux instructions d’Allah et de Son Messager (paix et bénédictions sur lui), cette obligation incombe à chaque musulman. J’appelle donc tous les musulmans du Pakistan à s’unir pleinement, à se dresser pour assurer la sécurité de ce pays et à se préparer à tous les sacrifices. Par la suite, Maulana Maududi prononça cinq discours sur Radio Pakistan afin d’insuffler à la nation l’inspiration du djihad. Le gouvernement pakistanais les imprima sous forme de brochures et les distribua au peuple et à l’armée. Il ne serait pas exagéré de dire que les discours du Maulana sur le djihad insufflèrent à l’armée, aux habitants des régions frontalières et, d’une manière générale, à toute la nation une force extraordinaire et irrésistible pour le djihad dans la voie d’Allah. Après le cessez-le-feu, au début du mois de décembre, nous allâmes visiter les fronts de guerre. Dans le secteur de Chawinda, front historique — que les experts étrangers ont appelé le « cimetière des chars indiens » (Graveyard of Indian Tanks) — nous trouvâmes encore, dans les casernes de nos frères soldats, les brochures contenant les discours du Maulana sur le djihad. »
La visite de Maulana Maududi au Cachemire libre
Depuis Muzaffarabad, Maulana Maududi prononça, par l’intermédiaire de Radio Cachemire libre, un discours fondé sur des arguments irréfutables et des faits précis au sujet de la question du Cachemire. Il visita ensuite plusieurs zones de combat du Cachemire libre, accompagné du secrétaire général de la Jamaat-e-Islami et de plusieurs responsables du bureau central de la Jamaat, et exhorta chacun à renforcer ses liens avec Dieu et à maintenir un moral ferme. La visite du Maulana au Cachemire libre insuffla un immense enthousiasme et un grand encouragement à la population, aux moudjahidines et au gouvernement du Cachemire libre.
Par la suite, à la demande du gouvernement du Cachemire libre, la Jamaat-e-Islami assuma l’entière responsabilité des soins et du traitement de milliers de réfugiés venus du Cachemire occupé et de l’Inde, ainsi que des soldats blessés au combat. À cette fin, elle établit huit centres médicaux dans les districts de Poonch et de Mirpur et en prit entièrement les dépenses à sa charge. La Jamaat se procura également les médecins et les autres employés nécessaires à cette œuvre. Ce service fonctionna sans interruption de novembre 1965 à juin 1966.
La copie de la lettre adressée par le gouvernement du Cachemire libre à Monsieur Sayyid Siddiqul Hassan Gilani, directeur du département des secours de la Jamaat, pour exprimer sa gratitude envers la Jamaat-e-Islami pour son œuvre de service, est reproduite ci-dessous :
Copie de la lettre
No. INF/519/66
RÉSIDENCE DU PRÉSIDENT
MUZAFFARABAD
DATÉ DU 5 avril, 1966
SAYED SIDDIQUL HASAN GILANI, ESQ
ORGANISATEUR, UNITÉS MÉDICALES.
JAMA’AT-I-ISLAMI PAKISTAN
ICHHRA, LAHORE
Veuillez vous référer à votre lettre n°… en date du 25.2.66, relative à la cessation des activités des unités médicales établies par la Jamaat-i-Islami au Cachemire libre en novembre dernier, en 1965.
M. le Président du gouvernement du Cachemire libre de l’État de Jammu-et-Cachemire m’a chargé de vous transmettre, en son nom, sa gratitude pour l’aide et la coopération inestimables apportées par la Jamaat-i-Islami dans tous les domaines, et particulièrement dans le domaine médical. Il ne fait aucun doute que le soutien de la Jamaat-i-Islami a grandement soulagé les victimes de la barbarie des forces indiennes et des Jan Sanghis de l’autre côté de la ligne de cessez-le-feu.
Je suis également chargé de vous prier de bien vouloir transmettre les remerciements aux médecins et aux autres membres des unités médicales qui ont travaillé au Cachemire libre dans des conditions extrêmement difficiles et ont servi les réfugiés au prix de sacrifices personnels considérables.
- M.., Hashmi
Secrétaire du gouvernement
Gouvernement du Cachemire libre de Jammu-et-Cachemire.
Je présente également aux lecteurs un bref compte rendu de cette œuvre de secours.
Au cours des huit derniers mois, un total de 202 836 personnes ont été soignées dans les huit unités médicales mentionnées ci-dessus. Il convient de préciser que la Jamaat-e-Islami a recueilli au total 295 168,68 roupies pour les opérations de secours. Sur cette somme, 125 000 roupies en espèces ont été remises au président de l’Azad Kashmir. Une somme de 75 511,00 roupies a été affectée aux unités médicales. 3 637,89 roupies ont été données aux étudiants, 2 100,00 roupies ont été fournies par Lahore pour les personnes touchées par la guerre et les réfugiés, 19 044,85 roupies constituaient la réserve déposée à la Habib Bank, 5 985,00 roupies ont été consacrées aux allocations du personnel, 28 551,23 roupies à l’achat des articles nécessaires, tels que couvertures, literie, ustensiles, etc., 8 734,26 roupies aux véhicules, déplacements, emballage, etc., 1 811,48 roupies aux allocations des volontaires, et 2 638,80 roupies au lavage des vêtements ainsi qu’à la réparation et à l’achat de chaussures. Après déduction de toutes les autres dépenses diverses, un solde de 1 188,44 roupies restait versé au fonds de secours de la Jamaat.
Outre les activités médicales, toutes sortes de produits de première nécessité, en quantité suffisante pour plus de cent mille réfugiés, furent collectés et envoyés en Azad Kashmir. Il n’y avait aucun article essentiel dont ils eussent besoin qui ne leur fût fourni. On distribua même plusieurs centaines de caisses en tôle galvanisée remplies de précieux cadeaux de mariage destinés aux futurs mariés réfugiés, afin qu’un sourire de joie puisse quelque peu illuminer les noces de ces personnes déracinées.
Après avoir répondu aux besoins de l’Azad Kashmir, seize camions chargés de marchandises furent renvoyés au bureau de la Jamaat à Rawalpindi, puis distribués aux personnes touchées par la guerre dans le secteur de Sialkot. À la suite de l’appel vibrant lancé par le Maulana Maududi à la population musulmane, la valeur des biens de secours collectés par les militants de la Jamaat ne fut pas inférieure à trois ou trois millions et demi de roupies.
En outre, les militants de la Jamaat recueillirent en espèces 558 645,38 roupies (cinq lakhs cinquante-huit mille six cent quarante-cinq roupies et trente-huit paisas) pour le « Fonds du djihad pour le Cachemire », le « Fonds de défense du Pakistan » et l’aide aux sans-abri. De nombreux militants de la Jamaat offrirent leurs services sur les champs de bataille. Sur certains fronts, ils assurèrent la nourriture et les boissons des soldats et montèrent la garde la nuit pour protéger les voies ferrées. Inspiré par le djihad, un amir de district de la Jamaat-e-Islami renouvela l’exemple de Siddiq Akbar (qu’Allah l’agrée), le premier calife de l’islam. Il fit généreusement don, pour le djihad, de tous les meubles de sa maison et jusqu’à son dernier sou. [Mais c’est une grande vérité que la société hostile à l’islam ne peut tolérer ceux qui considèrent Allah comme leur unique Seigneur et sacrifient leur vie et leurs biens dans Sa voie. Ici encore, l’histoire se répéta. Les autorités du district commencèrent à faire incarcérer ce vaillant moudjahid en l’impliquant successivement dans des affaires politiques. Il convient de préciser que, sous le gouvernement de Bhutto, il était un orateur éloquent de l’opposition. Il devint donc la victime des conspirations du gouvernement de Bhutto et trouva le martyre sous les balles d’un assassin. Il s’agissait du Dr Nazir Ahmad, élu député à l’Assemblée nationale en 1970.]
Appel à l’unité pendant la guerre
Le Maulana Maududi réunit tout d’abord les dirigeants de l’ensemble des partis d’opposition et forma un comité de guerre commun, dont toutes les activités étaient menées au bureau central de la Jamaat. Ce comité fit savoir au gouvernement qu’il lui apporterait une coopération totale et inconditionnelle dans tout ce qui concernait la guerre.
Les services rendus au Pakistan dans le monde extérieur
Après l’attaque directe du Pakistan par l’Inde, le Maulana Maududi envoya, pour publication dans les différents journaux des pays musulmans, une lettre ouverte adressée aux nations musulmanes du monde entier. Elle fut publiée en temps voulu dans presque tous les journaux. Voici une copie de cette lettre :
« L’Inde impérialiste a ôté le masque de sa prétendue pacificité et de sa neutralité, et a attaqué le Pakistan de toutes parts avec un grand nombre de soldats équipés d’armes modernes. Il n’y a pas d’autre raison à cette agression barbare que le fait que les musulmans opprimés du Cachemire avaient proclamé le jihād afin de se protéger de la tyrannie bestiale de l’Inde, tandis que le Pakistan n’avait aidé les Cachemiris qu’inspiré par le sentiment de fraternité islamique. En l’espace d’une semaine, les moudjahidines cachemiris et pakistanais s’emparèrent de nombreuses régions du Cachemire occupé. Face à cette situation, l’Inde, complètement désorientée, attaqua soudainement le Pakistan par voie terrestre, maritime et aérienne, tout en commençant à infliger d’indicibles sévices aux musulmans indiens et cachemiris. Notre armée dispose des armes de l’“īmān billāh” et du “tawakkul ‘alā Allāh”. C’est pourquoi, dans tous les affrontements qui ont eu lieu jusqu’à présent, les soldats pakistanais ont donné des exemples d’un héroïsme extraordinaire. Pour repousser l’agression indienne, j’en appelle aux cent millions de musulmans du Pakistan et aux États musulmans : qu’inspirés par le sentiment de fraternité islamique, ils se portent au secours de leurs frères pakistanais et cachemiris en leur apportant une aide financière et morale. »
Il va sans dire que l’écho extraordinaire suscité par cette affaire dans l’ensemble du monde musulman restera inscrit en lettres d’or dans l’histoire. La manière dont le Congrès musulman mondial de La Mecque, les Ikhwān al-Muslimūn, les pays musulmans du Moyen-Orient et d’Afrique ainsi que leurs diverses institutions ont réagi n’est inconnue de personne. En réponse, le célèbre chef religieux iranien, l’Allāma Muhammad al-Sādiq al-Rūhānī, informa Maulana Maududi que, du fait de l’attaque de l’Inde contre le Pakistan, les oulémas, les cheikhs et les musulmans ordinaires d’Iran étaient devenus fébriles et agités.
Il convient de relever ici que le passeport international de Maulana Maududi fut confisqué sans aucune explication, avant même que la Jamaat-e-Islami ne soit déclarée illégale par le gouvernement. Le siège central du Congrès musulman mondial de La Mecque (Rābita-ye Ālam-e Islāmī) y était établi. Maulana Maududi était membre de son comité exécutif central. Il était également membre à vie du conseil d’administration de l’Université islamique établie à Médine. Pendant le hajj, les deux institutions tenaient des réunions urgentes et importantes auxquelles participait également le roi Fayçal. Après la confiscation de son passeport par le gouvernement, le Maulana ne put se rendre à La Mecque pendant plusieurs années. Après la guerre indo-pakistanaise, son passeport lui fut rendu et il se rendit à La Mecque lors du hajj suivant. Il rédigea, en anglais et en arabe, une brochure riche en informations sur la question du Cachemire et en emporta près de cinquante mille exemplaires. Ceux-ci furent distribués parmi les pèlerins instruits venus de différents pays du monde. Ces brochures étaient si riches en informations importantes et en faits historiques qu’elles exposaient, dans une langue si précise et si poignante, les causes profondes de la question du Cachemire, son arrière-plan historique ainsi que l’histoire politique, économique, religieuse et culturelle des musulmans cachemiris, qu’aucun service officiel n’avait jusqu’alors été capable de présenter au public une brochure, une histoire ou une déclaration d’un tel niveau. Dans cette brochure, le Maulana démontra clairement une seule et même chose : la question du Cachemire ne concerne pas seulement le Pakistan, mais l’ensemble du monde musulman. Si, face à l’expansionnisme conquérant de l’Inde avide d’empire, le rempart de résistance du Pakistan venait à être brisé, sa marche se poursuivrait jusqu’à l’extrémité occidentale du monde musulman. De plus, les véritables relations de l’Inde avec le Pakistan deviendraient également claires aux yeux des musulmans du monde entier.
En outre, lors du hajj précédent, Maulana Maududi fit un éloge vibrant de la bravoure de l’armée pakistanaise pendant la guerre indo-pakistanaise, au cours d’une réunion organisée à l’initiative du Congrès musulman mondial et réunissant sept à huit cents personnalités dirigeantes choisies dans divers pays. Il prononça un long discours sur l’inébranlable moral de la population pakistanaise, son abnégation exceptionnelle, la conduite barbare et bestiale de l’armée indienne, les arrière-pensées de l’Inde et d’autres sujets similaires. Par des paroles claires et des arguments vigoureux, le Maulana fit comprendre à son auditoire que l’avidité de l’Inde pour les ressources pétrolières des pays musulmans était manifeste. C’est pour cette raison qu’elle veut instaurer l’impérialisme hindou indien sur les pays musulmans d’Afrique et d’Asie. Par la suite, une résolution demandant la libération de Cheikh Abdullah fut adoptée lors de la réunion du Congrès musulman mondial.
En somme, depuis le début de la guerre jusqu’à la période qui suivit le cessez-le-feu et l’accord de Tachkent, les services rendus par le Maulana au Pakistan furent incomparables. Mais, de même que la chauve-souris ne peut absolument pas supporter les rayons du soleil, force vivifiante du monde vivant, et passe toute la journée tête baissée à lui donner des coups de pied, une certaine catégorie de Pakistanais, animée d’une hostilité injustifiée envers le Maulana, s’employa à propager à son sujet des récits sans fondement dans le pays et à l’étranger. Même après la guerre, plusieurs milliers de tracts contenant des accusations infondées et des invectives contre le Maulana furent envoyés à La Mecque par un certain groupe. Toutefois, après avoir pris en considération l’atmosphère qui y régnait, on n’osa pas les distribuer.
Lorsque, sur un front de la guerre indo-pakistanaise, les troupes indiennes, après avoir subi une sévère défaite, commencèrent à battre en retraite, le Conseil de sécurité et les grandes puissances placées sous son autorité se mirent à faire pression sur le Pakistan pour qu’il accepte un cessez-le-feu. C’est alors que Maulana Maududi exprima clairement à ce sujet la position de la Jamaat-e-Islami, déclarant que, tant qu’un référendum au Cachemire n’aurait pas été garanti conformément à la résolution adoptée par le Conseil de sécurité, résolution que l’Inde avait elle-même acceptée, consentir à un cessez-le-feu équivaudrait pour le Pakistan à un suicide. Par la suite encore, le Maulana ne cessa de donner au gouvernement pakistanais ses conseils honnêtes, justes et rationnels. Mais tout cela se transforma en un cri dans le désert. L’accord de Tachkent réduisit tout à l’échec. Les espoirs et les aspirations nationales du Pakistan furent anéantis, et les musulmans cachemiris opprimés furent poussés devant des cannibales affamés et féroces.
De la guerre indo-pakistanaise jusqu’en 1970, avant le départ du Maulana à l’étranger pour se faire soigner
Pendant les cinq années qui suivirent la guerre indo-pakistanaise, Maulana Maududi joua un rôle de premier plan dans la lutte pour l’instauration de la démocratie au Pakistan. Le Maulana exprima l’opinion que la proclamation d’un cessez-le-feu sans conditions, suivie en janvier de l’accord de Tachkent, avait terni l’image du Pakistan. En protestation contre l’accord de Tachkent, une conférence nationale multipartite fut convoquée à Lahore le 13 février 1966. Maulana Maududi et les dirigeants des partis d’opposition y prononcèrent des discours critiquant sévèrement le gouvernement et l’accord de Tachkent. Mais le gouvernement interdit la publication des interventions et des résolutions de cette conférence. En réaction, un mouvement populaire national, appelé Pakistan Democratic Movement, commença à se développer dans tout le pays.
L’arrestation du Maulana
Puisque le Maulana Maududi était l’âme du mouvement démocratique, il était devenu une épine dans le pied des dirigeants. Le gouvernement cherchait divers prétextes pour l’arrêter et l’écarter indéfiniment du champ de la lutte ; il finit par en trouver un.
Après la soirée du 10 janvier 1967, le gouvernement annonça par la radio et la télévision, au nom du Comité officiel de la Ru’yat-e-Hilal, que le croissant de l’Aïd al-Fitr avait été aperçu et que l’Aïd al-Fitr serait célébré dans tout le pays le lendemain, 11 janvier. Pourtant, le croissant n’avait été aperçu ni à Pindi, ni à Lahore, ni à Karachi, ni à Delhi, ni nulle part au Pakistan oriental. Les ulémas s’opposèrent donc à la décision du Comité de la Ru’yat-e-Hilal. Ils décidèrent que l’Aïd serait célébré le 12 janvier plutôt que le 11, et cette décision fut annoncée dans tout le pays par voie de presse. La population musulmane n’était pas non plus disposée à célébrer l’Aïd le 11 janvier sans avoir aperçu le croissant, car aucune information faisant état de son apparition le soir du 10 janvier n’était parvenue de quelque endroit que ce soit. Ainsi, bien qu’un très petit nombre de personnes célébrassent l’Aïd le 11 janvier dans tout le pays, uniquement pour faire plaisir au gouvernement, la nation entière célébra le saint Aïd al-Fitr le vendredi 12 janvier.
Cela porta atteinte au prestige d’Ayub Khan. Par la suite, déclaration après déclaration de ministres et de courtisans, fulminant contre les ulémas, en particulier contre le Maulana Maududi, et soutenant la décision du gouvernement, furent publiées dans les journaux. Les intentions malveillantes du gouvernement ne laissèrent ainsi plus aucun doute. En conséquence, le 19 janvier, quatre éminents ulémas de Lahore, dont le Maulana Maududi, furent arrêtés et envoyés dans des prisons distinctes. Le Maulana Maududi fut transféré à la prison de Bannu, à plusieurs centaines de kilomètres de Lahore, et ses déplacements furent tenus totalement secrets pour la population pendant plusieurs jours.
Un mois après les arrestations, Ayub Khan déclara avec arrogance lors d’une conférence des gouverneurs que certains ulémas avaient été arrêtés parce qu’ils voulaient faire de la religion leur marionnette.
Mais la réalité était exactement l’inverse. Ayub Khan lui-même, au lieu de se soumettre à la religion, voulait soumettre la religion, c’est-à-dire l’islam, à son autorité. En revanche, le Maulana Maududi et les ulémas attachés à la vérité n’étaient absolument pas disposés à tolérer la moindre ingérence de qui que ce soit dans l’islam.
Lorsque Chaudhry Rahmat Ilahi, au nom de la Jamaat-e-Islami, porta devant la Haute Cour une affaire contre cette détention injuste, l’audience fut fixée au 13 mars. Au cours de l’audience, le gouvernement fut contraint de libérer le Maulana le 16 mars. Il fut ensuite escorté avec les honneurs de la prison de Bannu jusqu’à sa résidence de Lahore.
Voyage du Maulana à l’étranger pour se faire soigner
En raison de calculs dans la vessie, le Maulana souffrait depuis longtemps de cette maladie. C’est pourquoi, prématurément, sa santé s’était complètement détériorée. Pour l’œuvre du dîn, il avait rendu son corps et son esprit aussi durs que la pierre. Ainsi, même au milieu d’une grave maladie, il travaillait jour et nuit. Il n’exprimait jamais par ses paroles les souffrances et les douleurs de la maladie. Jamais non plus l’ombre de la douleur n’apparut sur son visage.
La première opération de la vessie eut lieu le 16 octobre 1946, alors qu’il résidait à Darul Islam, Pathankot. C’est en restant assis des heures durant, nuit et jour, renonçant au sommeil réparateur pour se consacrer à ses travaux d’étude et d’écriture, qu’il avait contracté cette maladie. La prise de médicaments yunani et allopathiques faisait sortir les calculs avec l’urine, mais ils réapparaissaient ensuite. Le Hakim Muhammad Sharif Amritsari continua à le soigner, mais la maladie ne fut pas guérie. Aussi, sur l’insistance de tous, le Maulana accepta de subir une opération.
Le Lahori Zafar Iqbal était l’ami du Maulana, et son frère, le Dr Riyaz Qadir, était un chirurgien réputé. Il fut décidé que le Dr Riyaz Qadir opérerait le Maulana en octobre, à l’hôpital d’Amritsar. En vue de préparer l’opération, il lui procura certains médicaments et lui conseilla un repos complet. Conformément à ce conseil, le Maulana se rendit à Shimla le 25 septembre et séjourna chez Soufi Abdour Rahim. Il arriva ensuite à Amritsar le 13 octobre et, le 16 octobre, le Dr Riyaz Qadir l’opéra. On trouva cinq calculs dans sa vessie. L’opération réussit et, le 13 novembre, le Maulana quitta l’hôpital et atteignit Darul Islam vers le soir. Six jours plus tard, le 19 novembre, le Maulana se rendit à Sialkot pour se reposer et retourna à Darul Islam à la fin du mois de décembre.
Vingt-deux ans plus tard, sur le conseil des médecins, il doit de nouveau se rendre à Londres pour subir une opération de la vessie. Tout naturellement, les innombrables admirateurs et fidèles du Maulana sont inquiets et accablés à la pensée de sa séparation. L’émotion débordante de leurs cœurs affligés par la séparation s’exprima par des paroles et des larmes au domicile du Maulana, au 5/A Jaildar Park, ainsi que lors des diverses cérémonies organisées à Lahore à l’occasion de son départ.
D’août à décembre 1968
L’après-midi du 22 août.
À l’aéroport de Lahore, l’émotion et l’effusion de milliers de personnes, le cœur accablé de douleur, sont agglutinées. Une discipline parfaite règne parmi la foule. Il n’y a ni tumulte ni vacarme. Seulement une ardente supplication silencieuse, baignée de larmes, pour lui faire ses adieux. Le flot de la foule vers l’aéroport ne cesse de couler. Cette assemblée s’est réunie pour apercevoir le Maulana avant son départ pour Londres.
Dans l’après-midi, le soleil darde ses rayons brûlants sur l’aéroport. La foule venue faire ses adieux au Maulana attend en rangs, dans une parfaite discipline. Elle tient diverses banderoles : « Le fondement du Pakistan, c’est l’islam ; ce qui fera subsister le Pakistan, c’est l’islam ; la source du Pakistan, c’est : il n’y a de divinité qu’Allah. »
L’homme profondément vénéré qui appelle à la vérité et à la beauté, et que cette foule immense est venue voir, est arrivé à l’aéroport. D’innombrables regards sont fixés sur lui, sans ciller. La foule qui l’attend grave dans son cœur chacune des paroles sorties de sa bouche, et elle transmettra ce précieux message d’adieu à des millions d’hommes et de femmes qui n’ont pas eu la chance de participer à cette cérémonie d’adieu. D’une voix étranglée par les larmes, le Maulana s’adresse à la foule : « Mon exhortation à vous tous est de continuer à œuvrer avec une sincérité et une fermeté totales à l’établissement de la religion d’Allah sur la terre du Pakistan. Je continuerai à prier pour vous, et vous aussi, continuez à prier pour moi, afin qu’Allah Tout-Puissant fasse de nous les véritables serviteurs de Sa religion. Puisse-t-Il nous accorder la capacité d’accomplir, avec davantage de compétence et de dévouement, tout ce que nous pouvons faire. »
D’une voix émue, la foule s’écria : « Amîn ! »
Le 25 août.
Aujourd’hui, l’aéroport de Karachi a pris l’aspect qu’avait celui de Lahore deux jours plus tôt. Le Maulana monte l’escalier de l’avion. Toute l’atmosphère de l’aéroport, enveloppée d’une ombre de tristesse, a pris un caractère paisible, solennel et sacré. Les prières de la foule venue lui faire ses adieux résonnent dans l’air et le ciel de l’aéroport. Debout au dernier palier de l’escalier, le Maulana lève la main vers la foule et lui dit : « Khoda Hafiz ».
L’avion Boeing de la PIA vole vers sa destination, porté par ses deux ailes dans le ciel bleu, franchissant tant de pays, tant de fleuves et de rivières, tant de mers. Parmi les passagers, les uns satisfont leur goût pour la boisson, d’autres conversent avec leur voisin de voyage, tandis que d’autres encore se plongent dans la lecture d’une œuvre littéraire pour se divertir. Mais le Maulana, lui, où trouverait-il le temps pour tout cela ? Il est absorbé par les corrections nécessaires à la traduction anglaise de ses écrits. De temps à autre, l’avion descend du ciel pour se poser sur la terre ferme, à Téhéran, à Beyrouth et à Istanbul. Dans chaque ville, les cris d’« Allahu Akbar » des personnes venues voir le Maulana déchirent le ciel et l’air des aéroports. Parmi elles se trouvent les notables de la ville, les oulémas respectés, les dirigeants de diverses institutions, des professeurs d’université et des étudiants. La personnalité du Maulana ne se limite pas à un seul pays ; elle est universelle. Il n’est pas seulement celui du Pakistan, mais celui du monde entier. Il est l’objet de la vénération du monde musulman, qui attend de lui une véritable orientation pour suivre la voie de l’islam.
Le Maulana est personnellement inconnu de la foule venue l’accueillir. Pourtant, l’hommage sincère qu’elle lui rend ainsi que l’élan spontané de son émotion témoignent éloquemment du fait qu’ils se connaissent mutuellement depuis longtemps, depuis des générations, depuis des siècles. Pourquoi le lien entre celui qui appelle à la vérité et ceux qui l’acceptent est-il si profond et si solide, et où trouver le temps — ou même la nécessité — de répondre à toutes les autres questions de ce genre ? La réponse est là, dans la scène touchante que contemplent les deux yeux et dans ce que ressent le cœur.
Le plus grand aéroport d’Europe résonne des voix qui proclament « Allahu Akbar ». À ces voix se mêlent celles qui proclament : « Pakistan Zindabad ! » et « Islami Nizam Zindabad ! » Il est cinq heures et demie de l’après-midi, selon l’heure normale britannique. Le Maulana est descendu de l’avion. Des foules venues spontanément le saluer arrivent de Newton, Birmingham, Manchester, Rochester, Bradford et de vingt ou vingt-deux autres villes. Parmi elles se trouvent des Arabes, des Turcs, ainsi que des gens d’Asie et d’Afrique. On compte également de nombreux Pakistanais et des néomusulmans venus de diverses régions d’Europe. Les différentes banderoles et pancartes rédigées en anglais, en arabe, en ourdou, en japonais, en malais et en turc attirent le regard des spectateurs. Depuis le troisième étage de l’aéroport de Londres et ses galeries, des milliers de spectateurs européens contemplent, les yeux grands ouverts, cette scène sans précédent. Ce qui avait été dit à Lahore, à Karachi et dans les différents aéroports situés sur le trajet est répété à l’aéroport de Londres. Cette réception extraordinaire et sans précédent n’est pas une manifestation de soutien à une personnalité, mais la reconnaissance d’un soutien total à une vision du monde et à un système de vie. Elle exprime également l’étreinte, au nom d’une millat et d’une nation, d’un homme qui a consacré toute sa vie à l’islam et qui a rendu un témoignage direct de la « Shahâdat al-Haqq ». C’est une déclaration énergique en faveur de l’acceptation de la vérité et du rejet du mensonge.
On peut rappeler que cet homme vénéré est celui-là même qui, il y a quarante-huit ans, à l’âge de dix-sept ans seulement, prit la plume. Le monde vit alors que le sujet de sa plume était l’islam et que toute sa réflexion, toute sa vie et tous ses efforts étaient consacrés à l’islam. Chaque jour et chaque nuit, chaque heure et chaque instant de son passé ont témoigné que l’œuvre à laquelle il avait consacré cette période était le dîn de la vérité, c’est-à-dire l’établissement de la religion de la vérité. Il fut même donné de le voir, à une époque, prêt à embrasser la mort pour ce dîn de la vérité. Des millions de personnes ont observé chaque instant de sa vie. Elles savent parfaitement qu’il a exposé à toute la nation cette vérité : l’unique objectif de la vie des musulmans est de faire triompher et de maintenir l’islam comme un système de vie complet. Par sa vie, il a démontré que, si l’on veut œuvrer pour l’islam, le caractère et le comportement doivent être ceux d’un véritable musulman. Si l’on appelle à l’islam, la crainte de Dieu doit demeurer dans le cœur à chaque instant. Si l’on invoque le Coran et la Sunna, tout l’enseignement et toute la formation doivent provenir du Coran et de la Sunna eux-mêmes. Si l’on veut élever l’étendard de la vérité, il faut le faire de telle manière que la vérité devienne une menace immense pour le mensonge.
Les jours à Londres
Le Maulana est venu à Londres pour se faire soigner — pour subir une opération de la vessie. D’un côté, tous les préparatifs nécessaires à cette opération sont en cours. De l’autre, les musulmans venus de diverses régions du monde et vivant en Angleterre, ainsi que leurs organisations, prennent conscience que le Maulana Sayyid Abul A’la Maududi est présent parmi eux. Des Européens venus de près ou de loin, ainsi que des Anglais nouvellement convertis à l’islam, rencontrent le Maulana et obtiennent des réponses satisfaisantes à leurs diverses questions. L’organisation internationale des étudiants musulmans, la FOSIS, organise un dîner en l’honneur du Maulana, offrant ainsi à de nombreuses personnes l’occasion de le rencontrer. Le Maulana répond aux diverses questions des visiteurs. La BBC et d’autres agences de presse l’interviewent également.
À la conférence de l’UK Islamic Mission
Une conférence internationale de trois jours de l’UK Islamic Mission a commencé à Londres le 31 août. Le Maulana a participé au deuxième jour de cette conférence. Des représentants de tous les pays du monde musulman y ont pris part. Dans son discours, le Maulana a déclaré :
« Vous êtes les ambassadeurs de l’islam dans ce pays. Que vous le vouliez ou non, les non-musulmans d’ici vous considèrent comme les représentants de l’islam. Il vous incombe donc naturellement, à vous ainsi qu’à tous les musulmans qui vivent ici, une immense responsabilité : tout ce que vous ferez ici et l’image que vous donnerez par votre conduite et votre comportement, ils l’attribueront entièrement à l’islam. Vous serez vous-mêmes responsables de l’opinion qu’ils se feront à partir de vos manières et de votre caractère. Réfléchissez-y attentivement : quelle immense responsabilité, pour laquelle nous devrons rendre des comptes au Jour du Jugement. »
Dans une atmosphère parfaitement vivante et silencieuse, chaque mot de ce discours frappe le plus profond du cœur des auditeurs. Chaque cœur ressent ce choc. Cet appel vibrant du Maulana s’adresse à chaque conscience. Et c’est là l’attrait fondamental de son appel islamique, qui a marqué toute sa vie. À propos de son discours prononcé le troisième jour de cette conférence, le Maulana a déclaré :
« Je suis pleinement convaincu que partout où vivent des êtres humains dans le monde, l’islam peut se propager. Si, par votre conduite, vous présentez la preuve de la véracité de l’islam, alors, incha Allah, l’islam se répandra également parmi les populations non musulmanes d’ici. À vrai dire, vous avez de la chance qu’Allah Tout-Puissant vous ait donné l’occasion de conquérir la nation anglaise. »
Le 6 septembre, le Maulana prononce le sermon du vendredi (khutba) au Centre culturel islamique. Le lendemain, le nombre de personnes souhaitant lui rendre visite à sa résidence augmente considérablement, car le 8 septembre, le Maulana doit se rendre à l’hôpital pour subir une opération. Parmi les visiteurs du 7 septembre figurent des étudiants soudanais, des personnalités nigérianes et des dignitaires d’autres pays. La veille de l’opération prévue le 9 septembre à la clinique de Londres, le Maulana se rend à la clinique dans la soirée. Le professeur Khurshid Ahmad et le fils du Maulana, le Dr Ahmad Farooq Maududi, l’accompagnent.
Le lendemain, c’est-à-dire le 9 septembre, l’opération commença à 14 h 20, heure normale britannique, et un calcul de 24 grammes fut retiré de la vessie. À 16 heures, le Maulana, encore inconscient, fut sorti du bloc opératoire. À 17 h 30, le Maulana reprit connaissance. La nuit se passa paisiblement. Le lendemain, à midi, il se redressa lentement sur son lit et répondit aux salutations de ceux qui étaient venus lui rendre visite.
Le 24 septembre, le Maulana quitta la clinique du Dr Alexander Bednuk et regagna sa résidence. À Londres, il était l’hôte de M. Rashid Ahmad Siddiqi. À cette époque, chez M. Siddiqi, des télégrammes, des appels téléphoniques et des lettres arrivaient sans cesse du monde entier pour s’enquérir de l’état du Maulana, au point de s’y entasser. En outre, des personnalités respectées de divers pays ne cessaient de lui rendre visite.
Le 21 octobre, le Maulana dut retourner à la clinique. Cette fois, il fallait lui retirer une vessie par voie chirurgicale. L’opération était assez dangereuse. Le lendemain, après deux heures d’intervention, la vessie devenue inopérante fut retirée. Le lendemain, le Maulana reprit connaissance.
Le Dr Bednuk et les autres médecins du conseil médical exprimèrent à la fois leur étonnement et leur satisfaction devant le rétablissement rapide du Maulana. Ils n’avaient jamais vu un patient de ce type retrouver son état normal en si peu de temps. Il faut dire qu’il s’agissait d’une grâce particulière d’Allah Tout-Puissant.
Après avoir complètement recouvré la santé, le 12 novembre, le Maulana quitta la clinique. Lorsqu’il exprima ensuite le désir de retourner rapidement au Pakistan, les médecins lui conseillèrent de séjourner quelque temps à Londres plutôt que de prendre immédiatement le risque d’un long voyage. Le 18 novembre, le Maulana écrivit à Hakim Nuruddin, de Sadeqabad (Pakistan), ce qui suit :
Par la grâce d’Allah, ma santé s’améliore maintenant progressivement. Pour la première fois en vingt-sept ans, je me réveille le matin en me sentant reposé. Pendant des années, mon état physique était tel qu’au réveil, le matin, j’avais l’impression que tout mon corps était rempli de fatigue. Le 15 décembre, une réception en l’honneur du Maulana fut organisée par les musulmans résidant en Angleterre à l’hôtel London Hilton, un hôtel londonien très élevé et magnifique. Les ambassadeurs des pays musulmans, des orientalistes renommés, des professeurs d’université, des spécialistes de divers domaines, d’autres personnalités éminentes ainsi que des dirigeants de différentes organisations participèrent à cette cérémonie.
Après la récitation du Saint Coran, le Dr Salah Shaheen, d’Égypte, lut un message de félicitations. Plus de deux douzaines de caméras de télévision et de cinéma se mirent en action. Toute la salle s’illumina sous les éclats répétés des flashes. Devant cette assemblée historique de personnalités éminentes, d’érudits, de savants, de spécialistes et de dirigeants politiques venus de différents pays, musulmans comme non-musulmans, le Maulana invita les Occidentaux à s’instruire au sujet de l’islam avec un esprit clair et désireux de vérité, libéré de toute hostilité et de tout préjugé. Il déclara : « La recherche de la vérité est une aspiration et un désir communs à tous les êtres humains, sans distinction. Rien ne peut vous empêcher de trouver dans l’islam une orientation pour votre société. Profitez pleinement des occasions qui se présentent à vous dans ce domaine ; si vous parvenez à comprendre la véracité de l’islam, c’est vous-mêmes qui en tirerez profit. »
S’adressant aux musulmans vivant dans différentes régions de l’Occident, le Maulana déclara :
« Acquérez une connaissance complète des sciences, du savoir et de la technologie occidentaux, et profitez pleinement de leurs avantages. Mais vivez conformément aux prescriptions de l’islam. Ce n’est qu’ainsi que vous pourrez présenter aux Occidentaux l’exemple d’une société équilibrée, humaine et juste. Gardez toujours à l’esprit que votre avenir dépend entièrement de l’islam. Seul le mode de vie islamique peut vous garantir de subsister dans ce monde. Sinon, une seule chose est certaine : dans quelques années, quelques nouveaux Anglais viendront s’ajouter à la société anglaise d’ici. Mais cela n’accroîtra ni votre honneur ni votre prestige, et ne laissera pas la moindre trace de votre attachement à l’islam. »
À présent, le Maulana doit rentrer au pays dans un jour ou deux.
Le 26 décembre 1968.
Aujourd’hui encore, une foule s’est rassemblée à l’aéroport de Londres pour faire ses adieux au Maulana. Des amis et proches du Maulana, des admirateurs et des fidèles venus de différentes villes, des militants du mouvement islamique, des personnalités distinguées et des notables du Moyen-Orient, enveloppés dans des vêtements chauds, se sont réunis à l’aéroport. D’une voix étouffée par les larmes, ils adressent au Maulana leurs salutations et leurs adieux. Le Boeing 708, emportant le Maulana, déploie ses deux ailes et disparaît dans le ciel enneigé, hors de leur vue. Au même instant tombe le rideau sur un chapitre brillant de l’histoire de l’Angleterre.
Le Boeing 708 qui transporte le Maulana décrit des cercles dans le ciel avant d’atterrir à l’aéroport d’Istanbul. Le rédacteur en chef du mensuel « Hilal », publié à Ankara, les deux rédacteurs en chef des quotidiens « Bogan » et « İttihad », ainsi que de nombreuses personnalités éminentes de Turquie, attendent avec une impatience fébrile pour accueillir le Maulana. Après l’atterrissage de l’avion, ceux qui souhaitent le rencontrer rejoignent le Maulana, faisant résonner l’aéroport de leurs « Allahu Akbar ».
Le petit-fils de celui qui fut le cheikh al-islam de Turquie sous le règne du sultan Abdul Hamid II est venu accueillir le Maulana. Même son âge très avancé ne l’a pas empêché de venir à l’aéroport. D’une voix pleine d’émotion, il dit au Maulana : « Maulana ! Si vous aviez été parmi nous, le mouvement islamique de ce pays aurait progressé de cinquante ans. Nous sommes privés de la direction d’une personnalité comme vous. Nous avons toutefois la chance de pouvoir découvrir votre pensée à travers votre œuvre littéraire. »
En route vers le Pakistan, de grandes foules de personnes désireuses de voir le Maulana se rassemblent également aux aéroports de Koweït et de Dhahran ! Elles aussi lui témoignent leur dévotion et leur respect les plus chaleureux. Le Maulana atterrit à l’aéroport de Karachi le 27 décembre, puis à celui de Lahore le 29 décembre. Des milliers de personnes se rassemblent dans les deux aéroports. De Lahore, le Maulana est conduit à sa résidence dans un cortège de voitures et de scooters.
Quelques mois plus tard, la résidence du Maulana, au 5/A Jaildar Park, retrouve son animation. Comme si, à l’arrivée du printemps nouveau, les boutons des fleurs du jardin étaient sortis de leur voile pour répandre leur parfum enivrant. Les assoiffés de savoir, venus du pays et de l’étranger, recommencent à s’y rassembler.
Voici l’historique parc 5/A Jailadar, Ichhra, Lahore, d’où les étincelles du mouvement islamique se sont propagées à travers le monde. [Pour en savoir plus sur les assemblées qui se tenaient chaque après-midi depuis 1967 au parc 5/A Jailadar autour de Maulana, où ses visiteurs venus de diverses régions du monde se réunissaient et obtenaient des réponses à leurs questions, lisez L’Assemblée de l’après-midi — l’auteur.]
La table ronde
Lorsque, sous l’effet du mouvement populaire contre le régime dictatorial d’Ayub Khan, la situation politique du pays prit une tournure terrifiante, Ayub Khan organisa, le 26 février 1969, une table ronde afin de discuter avec les dirigeants des partis d’opposition. Les chefs des principaux partis politiques, dont Maulana Maududi, s’y réunirent ; la deuxième réunion eut lieu le 10 mars. Mais, après de nombreuses discussions, Ayub Khan ayant manifesté son intransigeance, la table ronde se solda par un échec.
Le mouvement populaire prit ensuite une ampleur aiguë et la loi et l’ordre commencèrent à se détériorer gravement. Face au mouvement populaire et aux manifestations, Ayub Khan fut contraint de transférer le pouvoir. Le 23 mars, il remit le pouvoir au général Yahya Khan et se retira de la scène politique.
Yahya Khan proclama la loi martiale dans le pays. Sans interdire les partis politiques, il limita toutefois leurs activités. L’année suivante, c’est-à-dire en décembre 1970, les élections aux assemblées nationale et provinciales furent organisées. Il convient de signaler qu’en janvier de cette même année, Maulana se rendit pour la dernière fois à Dacca. Il sentit que l’unité et l’intégrité du Pakistan (solidarité et intégrité) étaient menacées.
À cette époque, le cours de la politique s’engagea dans une autre direction. En conséquence, deux partis, la Ligue Awami et le Parti du peuple pakistanais, concoururent aux élections sur une base régionale et en sortirent victorieux. Autrement dit, la Ligue Awami remporta une victoire écrasante au Pakistan oriental, tandis que le PPP obtint une large majorité des voix au Pakistan occidental.
Immédiatement après les élections, Maulana Maududi déclara que désormais aucune intervention miraculeuse ne pourrait maintenir le pays uni. En d’autres termes, il était inévitable que le Pakistan oriental et le Pakistan occidental se séparent l’un de l’autre. Sheikh Mujibur Rahman et son parti, la Ligue Awami, obtinrent la majorité à l’Assemblée nationale et, conformément à la procédure démocratique, c’était lui qui devait devenir Premier ministre du pays. Une session de l’Assemblée nationale fut convoquée à Dacca. Mais le dirigeant du PPP, Zulfikar Ali Bhutto, intimida les membres du Pakistan occidental afin de les empêcher de participer à la session de l’Assemblée. La méfiance, le mécontentement et la distance entre le Pakistan oriental et le Pakistan occidental s’accrurent à tel point qu’à la suite de nombreux massacres, le 16 décembre 1971, le Pakistan oriental accéda à l’existence en tant que Bangladesh indépendant.
Maulana Maududi souffrait déjà de maladie depuis longtemps ; après la séparation et l’indépendance du Pakistan oriental, il reçut un choc si violent au cœur que son corps et son esprit s’effondrèrent complètement.
D’un côté, c’est un sujet de grande joie et de bonheur que, en 1972, le Tafhim-ul-Qur’an, fruit du labeur et de la dévotion inlassables de toute la vie du Mawlana, fut achevé ; de l’autre, en raison de sa santé déclinante, il se retira de ses fonctions d’émir de la Jamaat-e-Islami. Mian Tofail Muhammad fut élu émir de la Jamaat-e-Islami du Pakistan.
En avril et en juillet 1978, je rencontrai deux fois le Mawlana. Je le vis alors dans un état tel qu’il était devenu très difficile de retenir mes larmes. J’eus l’impression qu’on l’avait attaché en paquet et déposé sur une chaise. Même dans cet état, il parlait avec les gens, poursuivait ses travaux d’étude et d’écriture, et donnait de précieux conseils sur diverses questions.
En réponse à une question, le Mawlana déclara :
« Je remercie Allah de ne pas m’avoir infligé une maladie qui m’empêcherait d’accomplir le travail de Sa religion. Ma maladie ne fait que faire souffrir ma personne, et je pense qu’elle entraînera le pardon de mes péchés. Par exemple, actuellement, je peux travailler assis, sans même avoir à me lever. Cela ne me cause ni douleur ni fatigue. Mais lorsque je me lève ou que je commence à marcher, je ressens progressivement la douleur. Je ne peux pas rester debout plus d’une minute et demie. »
Même dans cet état, Radio Pakistan enregistra en 1975 une interview du Mawlana qui dura plus de deux heures. Cette interview fut transcrite un an après sa mort et publiée dans Tarjuman-ul-Qur’an. Elle fut ensuite publiée sous forme de livre en bengali sous le titre « Une interview historique » ; l’auteur du présent ouvrage la traduisit en bengali.
Parmi les questions abordées dans cette interview figuraient le mouvement pour le Pakistan et son contexte historique, la situation religieuse et politique des musulmans dans le sous-continent indien avant la partition, l’instauration du régime parlementaire en Inde, le complot visant à fabriquer, à partir du rouleau compresseur d’une identité commune imposée indistinctement aux musulmans et aux non-musulmans, un étrange mélange fondé sur une unique nationalité géographique, puis à édifier sur cette base une structure de gouvernement démocratique moderne, les craintes concernant les conséquences politiques, économiques et culturelles pour les musulmans, puis l’inspiration en faveur d’une nationalité musulmane distincte et indépendante, leur revendication d’un territoire séparé, c’est-à-dire de la création du Pakistan, ainsi que leur revendication et sa justification d’établir un système social fondé sur leur propre conception de la vie et leurs convictions doctrinales, parmi bien d’autres sujets. Le Mawlana répondit aux diverses questions portant sur ces thèmes. Au vu des précieuses informations historiques qu’il fournit dans ses réponses, on peut affirmer sans la moindre hésitation que, si un historien impartial entreprenait d’écrire l’histoire exacte du mouvement pour le Pakistan et de son contexte, il lui serait absolument impossible de négliger la personnalité d’Allama Maududi et sa contribution inestimable.
En outre, dans cette interview, Allama Maududi a dit bien des choses et en a rappelé beaucoup d’autres qui seront d’une immense utilité à ceux qui œuvrent pour la cause de la religion. C’est pourquoi je considère qu’il est particulièrement nécessaire que les militants du mouvement islamique, et surtout notre jeunesse, lisent cette interview historique.
Le décès du Mawlana
En raison du dur labeur physique et intellectuel auquel le Maulana s’était consacré toute sa vie, sa santé s’était détériorée prématurément. Il souffrait depuis longtemps d’une affection de la vessie. De ce fait, les douleurs aux genoux et aux reins étaient pour ainsi dire devenues permanentes. En 1968, il subit une opération de la vessie à Londres. Mais il ne guérit pas de sa maladie. Ainsi, il dut souffrir toute sa vie de douleurs et de maladies. Malgré cela, il continua à accomplir toutes ses tâches. Jamais on ne vit sur le visage ni dans les yeux de ce serviteur bien-aimé d’Allah la moindre manifestation extérieure ou le moindre signe de ses souffrances.
En 1972, il acheva la rédaction de son exégèse révolutionnaire, le « Tafhîm al-Qur’an ». Bien des années auparavant, il disait déjà : « Ma vie touche à sa fin ; priez afin que je puisse achever le Tafhîm avant de partir. »
Même après l’achèvement du Tafhîm, Allah le maintint en vie. L’une des grandes aspirations de sa vie était de rédiger la biographie du Prophète universel. Il prit la plume. En sept ans, il acheva la rédaction de la vie mecquoise du Prophète. L’ouvrage fut publié en deux volumes. Il l’intitula « Sîrat-e Sarwar-e Âlam ». Il acheva également les notes nécessaires sur la période médinoise. Mais avant même de pouvoir commencer à écrire cette partie, le Maître de la religion et de ce monde l’appela auprès de Lui.
Le 22 septembre, dans un hôpital de la ville américaine de Buffalo, le plus éminent penseur du monde moderne, Sayyid Maududi, rendit son dernier souffle. Des prières funèbres furent célébrées pour lui à Buffalo, à Londres, à Karachi et à Lahore. Les penseurs du monde musulman, des millions de ses admirateurs, le peuple et la jeunesse y prirent part. Le récit de ses cérémonies funèbres est présenté ci-dessous.
À la lumière de l’expérience des funérailles du Maulana
Le Maulana Sayyid Abul A‘la Maududi rendit son dernier souffle le 22 septembre 1979 dans un hôpital de la ville américaine de Buffalo. Le 26 septembre, après la prière funèbre à Lahore, son inhumation fut achevée. J’eus la chance de participer à ses funérailles. Cher lecteur, je souhaite vous faire part de quelques éléments fondés sur mon expérience personnelle à ce sujet.
Le 23 septembre, à mon retour à Dacca dans l’après-midi après un séjour en province, j’appris la triste nouvelle : le Maulana Maududi était décédé. Spontanément, les mots « Inna lillahi… » sortirent de ma bouche. Mais j’eus l’impression que le ciel me tombait sur la tête. C’était à moi de me rendre aux funérailles, et le plus rapidement possible. Le lendemain, après avoir réglé les problèmes de visa, de réservation de siège d’avion et toutes les autres formalités, j’arrivai à Karachi le 25 septembre par un vol de la PIA. J’étais moi-même dans un état semblable. Ce jour-là même, à dix heures et demie, la dépouille du Maulana défunt arriva de Londres à Karachi et, après la prière funèbre, repartit pour Lahore.
Je passai la nuit chez un ami. À neuf heures et demie du soir, la télévision pakistanaise diffusa quelques émissions sur la vie du Maulana, ainsi que des images de sa prière funèbre. Le flot abondant de mes larmes m’empêchait de regarder la télévision. J’espérais vivement pouvoir contempler une dernière fois le Maulana. Mais ce souhait resta inexaucé. Il n’y avait plus de siège disponible le soir même sur le vol pour Lahore. Il en restait pour le lendemain matin. La prière funèbre devait avoir lieu à Lahore à dix heures et demie du matin. Si l’avion avait du retard, je n’aurais même pas la chance d’y assister. C’est avec cette inquiétude que je passai la nuit.
Le lendemain, à sept heures du matin, nous partîmes pour Lahore. Soudain, l’un de mes compagnons accourut de Dacca. Alors que j’allais monter dans l’avion à l’aéroport de Dacca, une voix épuisée s’éleva derrière moi : « Khan Sahib, grâce à Allah, j’ai finalement réussi à arriver. » Je me retournai et vis le Dr Azizul Haq Chowdhury. Son visage amaigri et son allure débraillée lui donnaient l’air d’un amant éperdu. Et c’en était bien un. Après être monté dans l’avion et m’être un peu reposé, il vint me voir et me dit qu’il n’avait pas eu la chance de voir le Maulana de son vivant. Il brûlait donc du désir d’avoir, après sa mort, une dernière fois le bonheur de le contempler.
Je lui dis : « Dites-le ; qu’Allah réalise notre espoir. »
Quelques amis nous rejoignirent également sur la route de Karachi à Lahore. Parmi eux se trouvait M. Ariful Haq, rédacteur en chef du journal « Impact », publié à Londres. Nous atterrîmes à neuf heures à l’aéroport de Lahore. J’y étais monté et descendu de nombreuses fois au cours de ma vie. Mais ce jour-là, je lui découvris un tout autre visage. L’endroit habituellement grouillant de monde était, pour ainsi dire, complètement désert. À l’extérieur de l’aéroport régnait une atmosphère de deuil : une expression visible d’une douleur de séparation poignante. J’étais certain que quelqu’un viendrait nous chercher à l’aéroport. Pourtant, je ne voyais personne nulle part. Peut-être les amis de Karachi, accablés par le chagrin, avaient-ils oublié de nous prévenir, ou bien une autre raison l’expliquait-elle.
Un ami de M. Faruqi était venu en voiture le chercher. Nous avions tous la même destination. Ils nous firent donc monter tous les deux dans leur voiture. Je dis : « Alors, allons directement à Ichhra, afin que nous puissions peut-être avoir une dernière fois le bonheur de le contempler. »
La nouvelle Fiat filait à toute allure, sifflant comme un jeune veau, la queue dressée vers le ciel, qui court à perdre haleine vers sa mère après avoir été laissé seul dans un champ. En un quart d’heure, nous avions traversé Mujang Chungi et rejoint la route de Firozpur. Un peu plus loin, il fallait tourner au sud à l’embranchement d’Ichhra, puis prendre à gauche la voie de Zaildar Park. Le 5/A, Zaildar Park, était la résidence du Maulana. Dès que notre voiture atteignit l’embranchement d’Ichhra, un passant accablé de chagrin nous indiqua : « Regardez là-bas, au sud : le cortège funèbre avance. »
Une mer humaine apparut devant nous. La vaste route de Firozpur grouillait de monde. Parmi la foule se trouvaient des voitures particulières, des autobus, des pick-up, des camions affrétés, des pousse-pousse motorisés, des scooters, des bicyclettes et un immense cortège en deuil. De toutes les bouches s’élevaient à haute voix la profession de foi et « Allahou Akbar ».
À environ un demi-mile devant nous, on distinguait, semblait-il, le mayyit. Comment une voiture aurait-elle pu avancer au milieu de cette foule ? De temps à autre, elle progressait lentement, à la vitesse d’une tortue. Nous avançâmes donc quelque peu, puis quittâmes la route de Firozpur par la gauche et, en empruntant un autre chemin, arrivâmes rapidement au stade Gaddafi. C’est ici qu’aurait lieu la prière funéraire du plus grand penseur islamique du XXe siècle, la sommité des oulémas de la religion, le chef de file du mouvement de renaissance islamique à travers le monde, l’Al-Ustadh et l’Al-Murshid al-‘Am mondialement reconnu, l’Allama Abul A‘la Maududi.
Le stade Gaddafi est le plus grand du Pakistan. Avant même l’arrivée du mayyit, la moitié de l’immense stade était déjà remplie. Par les huit portes du stade, un flot puissant de gens en pleurs se déversait à l’intérieur. Des milliers de jeunes hommes robustes, étudiants de collèges et d’universités venus de tout le pays et ayant consacré leur vie au mouvement islamique, étaient affectés au maintien de l’ordre. Il était impossible d’avancer vers l’avant en franchissant la stricte barrière formée par les agents de l’ordre. Je regardais autour de moi, désemparé. Mon mouchoir était complètement détrempé par mes larmes. Où mes compagnons avaient-ils bien pu disparaître ?
Un photographe d’un journal m’a photographié de loin. Il s’est écrié : « Venez, Maulana ! La première rangée est réservée aux hôtes étrangers comme vous. » J’ai alors franchi la stricte haie formée par les volontaires et pris place au premier rang. Le Dr Chowdhury arriva lui aussi. Peu après, le mayyit atteignit le terrain et fut déposé devant nous. Les fils du Maulana défunt étaient là, ainsi que Mia Tufail Muhammad, le professeur Khurshid, le Maulana Hamidi, Chowdhury Jilani et bien d’autres. En les prenant dans mes bras, je fondis en larmes. Malgré tous mes efforts, je ne parvenais pas à me maîtriser. J’avais l’impression que mon cœur avait été réduit en lambeaux.
Beaucoup d’autres commencèrent à rejoindre le premier rang, qui s’élargit des deux côtés. Il me fallut m’écarter quelque peu vers la droite à partir de ma place initiale.
Parmi les hôtes étrangers présents au premier rang figuraient notamment l’ambassadeur saoudien Riyad al-Khatib, l’ambassadeur de Jordanie, le représentant spécial de l’ayatollah Khomeini et le secrétaire à l’Intérieur du gouvernement iranien, le Dr Yusuf Abdullah al-Qaradawi, vice-chancelier de l’Université du Qatar, le Dr Muhammad Tutunji, secrétaire général adjoint de l’Assemblée mondiale de la jeunesse musulmane, les éminents savants et penseurs syriens Cheikh Saïd Hawa et Cheikh Adnan Saaduddin, Cheikh Abdullah al-Aqil, directeur du département des affaires islamiques du ministère des Awqaf du Koweït, Cheikh Mubarak al-Mukawa, célèbre juriste koweïtien et rédacteur en chef du très diffusé journal Al-Mujtama, Cheikh Abdullah Ali al-Ali al-Motawa, un ami éminent du Maulana défunt, le Dr Kamal, éminent dirigeant des Frères musulmans en Égypte, ainsi que l’avocat Cheikh Saiful Islam, fils du martyr Hasan al-Banna, et d’autres personnalités éminentes. Au premier rang se trouvaient également le Maulana Yusuf, émir de la Jamaat-e-Islami de l’Inde, le président du Pakistan, le général Zia-ul-Haq, le gouverneur du Pendjab, le lieutenant-général Sarwar Khan, le Pir Sahib de Deval Sharif, ainsi que plusieurs hauts responsables des forces armées.
À l’exception du PPP, les dirigeants de tous les partis politiques du Pakistan, de nombreux ulémas, des notables ainsi que des fonctionnaires et des employés du secteur privé participèrent spontanément à la prière funéraire. Parmi eux figuraient notamment Mufti Mahmud, Nawabzada Nasrullah Khan, l’ancien président de l’Azad Cachemire, Sardar Abdul Qayyum Khan, Sardar Shaukat Hayat Khan, Chaudhry Zahur Elahi, Khwaja Khairuddin et l’Allama Ihsan Ilahi Zaheer. Près de deux cents ulémas et militants du mouvement islamique venus d’Inde participèrent également à la prière funéraire.
Le « cercueil » de la prière funéraire était enveloppé du drapeau de la Jamaat-e-Islami, portant la Kalima Tayyiba, ainsi que du drapeau national pakistanais. Le président Zia-ul-Haq portait un brassard noir sur son uniforme militaire. Il ordonna que tout fonctionnaire qui le souhaitait puisse participer à la prière funéraire du Maulana. À l’instant qui précéda la prière, la scène dans le stade était déchirante, prête à exploser. Près d’un million de personnes se trouvaient à l’intérieur du stade, tandis que des milliers d’autres, incapables d’y entrer, se frappaient la poitrine et se lamentaient à l’extérieur. La Kalima de la Shahada résonnait dans des centaines de milliers de voix, avec les élégies funèbres : « Ya Sayyidi, Murshidi, Mawdudi-Mawdudi ! » Les clameurs et les élégies de ces centaines de milliers de voix résonnaient et se répercutaient tout autour du stade, fendaient les hauteurs du ciel et s’élançaient vers le Trône sacré. La foule tentait d’avancer comme des insensés pour voir le mayyit ne serait-ce qu’une fois, obtenir une dernière vision du jasad-e khaki du Maulana — son corps terrestre — et le toucher de la main. Les jeunes volontaires s’employaient de toutes leurs forces à maintenir l’ordre.
Il avait été annoncé que l’imam de la Kaaba, Cheikh Muhammad ibn Abdullah ibn Subayyil, dirigerait la prière funéraire. Mais, juste avant son départ de La Mecque la Noble, il dut retarder son voyage pour une raison incontournable. La responsabilité de diriger la prière fut alors confiée au Dr Yusuf Abdullah al-Qaradawi, vice-chancelier de l’Université du Qatar. Il avait obtenu un doctorat en études islamiques et en sciences religieuses à l’université al-Azhar du Caire. C’était un éminent savant religieux qui vouait au Maulana le plus profond respect. Avant de diriger la prière, il déclara à la foule : « Sayyid Mawdudi restera éternellement vivant grâce à son appel universel et à sa pensée. Il a laissé plus d’une centaine d’ouvrages inestimables, ainsi que des centaines de millions de descendants spirituels. Je ne suis pas venu de milliers de kilomètres pour vous adresser des paroles de consolation. Je suis plutôt venu vous dire que, attirés par sa pensée, des centaines de millions d’hommes à travers le monde se sont mis à l’œuvre. Nous avancerons d’un pas ferme avec le mouvement du Maulana. Pour le Pakistan, la seule voie bénéfique est qu’un véritable État islamique y soit établi. Vous qui éprouvez amour et respect pour le Maulana, poursuivez votre lutte pour cette cause. »
Après le discours du Dr Qaradawi, des centaines de milliers de voix firent retentir : « Sayyidi, Murshidi-Mawdudi-Mawdudi ! » Les milliers de voix qui attendaient à l’extérieur du stade firent également retentir : « Sayyidi, Murshidi-Mawdudi-Mawdudi ! » Cette clameur se répercuta dans le ciel et les airs, parmi les arbres alentour, sur les bâtiments et dans chaque recoin.
Après la prière funéraire, la digue de cette mer humaine céda. Tous n’avaient plus qu’un seul objectif : le mayyit. Il devint impossible de maintenir l’ordre. Avec beaucoup de difficulté, on parvint à faire sortir le mayyit du stade en le protégeant de la pression de la foule, puis on le plaça dans un camion. Sous l’incroyable pression des gens qui nous serraient de toutes parts, nous suffoquions. Le Dr Chowdhury et moi avancions vers l’extérieur en nous tenant fermement l’un l’autre. Le Dr Chowdhury était bâti comme un puissant lutteur. J’avais donc quelque espoir que nous réussirions à sortir sains et saufs. Une fois arrivés sur la route extérieure, deux ou trois jeunes gens s’effondrèrent soudain, évanouis, devant nous. Mon compagnon, pourtant si robuste, ne put plus se maîtriser et tomba. Je tombai moi aussi. Et je ne fis pas que tomber : une demi-douzaine de personnes se retrouva sur moi. Je ne sais pas comment j’ai survécu. Je récitais certainement la Kalima. Quelques instants plus tard, deux ou trois personnes me saisirent, me relevèrent et me firent sortir. Mon compagnon, lui, avait disparu ; je ne savais pas où il était passé. Mes vêtements étaient couverts de poussière. J’avais également été blessé en plusieurs endroits.
Ce n’est pas le seul cas de jeunes robustes qui se sont évanouis : ils sont nombreux. Et pourquoi n’en aurait-il pas été ainsi ? Après la publication dans les journaux de l’annonce de la prière funéraire du Mawlana, des gens sont accourus vers Lahore, comme des insensés, depuis les régions les plus éloignées et les zones les plus reculées du pays. Ils sont venus en train, en autobus, en avion, en scooter et à bicyclette — chacun comme il le pouvait. Certains ont parcouru quinze ou vingt miles à pied, bravant le chagrin, la faim, la soif, la fatigue et la chaleur accablante du soleil.
La raison principale est que les écrits du Mawlana, son appel islamique universel et sa stature internationale ont attiré à l’islam des millions de jeunes. Ils les ont tirés des ténèbres épaisses de la Jâhiliya vers la lumière éclatante du tawhid. Ils ont provoqué une immense révolution dans leur pensée, leurs conceptions et leur état d’esprit. C’est là l’unique cause de leur immense attirance pour le Mawlana, de leur respect et de leur amour profond pour lui. La mort du Mawlana les a rendus fous et désorientés. C’est la première fois de leur vie qu’ils subissent un deuil aussi immense et d’une telle nature. Ils sont tous les descendants spirituels du Mawlana. C’est pourquoi, sans distinction parmi les jeunes, beaucoup se sont effondrés sous le choc de ce deuil et ont perdu connaissance.
Quoi qu’il en soit, je finis par retrouver, non sans grande difficulté, la voiture de Hachem Farouqi, garée à un demi-mile de là. Il n’y avait personne dans la voiture. Mon corps tremblait. De mes deux yeux jaillissaient des torrents de larmes. Une dizaine de minutes plus tard, le Dr Chowdhury arriva et dit, les larmes aux yeux : « C’est une catastrophe. »
Je lui dis : « Mais vous êtes vivant. Alors, dites-moi, quelle est cette catastrophe ? »
Il répondit : « Si j’étais mort, je n’aurais pas eu de peine. Mais ma chère caméra a été brisée en mille morceaux. J’avais pris vingt ou vingt-deux clichés magnifiques. C’était tout ce sur quoi je comptais pour rentrer chez moi — et voilà que je l’ai perdu. » [Monsieur Azizul Haq Chowdhury est décédé le 7 avril 2003 à son domicile de Dacca.]
Peu après, Hachem Farouqi et son ami arrivèrent. Le camion transportant la dépouille mortelle était déjà parti. Toutefois, il avançait très lentement. Dans le camion se trouvaient les fils du Mawlana — Omar Farouq, Ahmad Farouq, Muhammad Farouq et Husain Farouq. S’y trouvaient également Mian Tufail Muhammad et le professeur Khurshid Ahmad. Parmi les étrangers, il y avait le Dr Qaradawi, le Dr Tutunji et le cheikh Mubarak al-Mukawa.
Le camion transportant la dépouille mortelle se dirigera, par l’étroite ruelle du parc Jaildar, vers la résidence du Mawlana, où l’inhumation sera achevée. Comment des millions de personnes pourraient-elles s’y rendre ? C’est pourquoi des dispositions ont été prises pour que seules les personnalités éminentes puissent entrer dans la ruelle. Les invités étrangers, les dirigeants de la Jamaat, ainsi que quatre ou cinq journalistes, dont M. Altaf Hasan Quraishi, ont reçu l’autorisation de se rendre jusqu’à la résidence du Mawlana.
La dépouille mortelle a été déposée sur une hauteur, devant la pièce privée du Mawlana. Depuis les balcons et les toits des maisons des deux côtés, des milliers d’hommes et de femmes en deuil fixaient sur elle leurs regards baignés de larmes. Il ne reste plus beaucoup de temps avant que la demeure éternelle du Mawlana ne soit prête. Bien que l’espace soit exigu, plusieurs milliers de personnes s’y pressent.
À ce moment-là, une scène extraordinaire mais déchirante apparut. Deux jeunes enfants sortirent de la maison et s’approchèrent de la dépouille mortelle. L’un disait à l’autre : « Ne va pas par là, grand-père dort. »
L’autre disait : « Pourquoi y a-t-il tant de monde ici ? Le sommeil de grand-père va être interrompu. Si tant de gens viennent ici tous les jours, comment grand-père pourra-t-il travailler ? »
Ceux qui entendirent les paroles douces et innocentes des enfants ne purent s’empêcher de pleurer. Comme ces petits enfants éprouvaient d’affection et de souci pour leur cher grand-père ! Mais leur grand-père les avait quittés, parti loin, très loin. Peu après, Sayyid et Murshid Maududi furent déposés dans leur couche éternelle. Le rideau tomba sur un chapitre lumineux de l’histoire de l’humanité. Peut-être résonna, à notre insu :
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« Ô âme apaisée ! Retourne vers ton Seigneur, satisfaite de ton sort et agréée auprès de ton Seigneur. Entre donc parmi Mes serviteurs pieux et entre dans Mon Paradis. » (Al-Fajr : 27-30)
Pourtant, le lendemain, j’entendis véritablement ces dernières paroles de mes propres oreilles. Vers neuf heures du matin, je partis de la maison d’hôtes pour le 5/A Jaildar Park. Je n’aurais jamais imaginé venir en ce lieu sans pouvoir voir le Maulana, mais seulement voir son lieu de repos éternel. Ma poitrine se serra d’une douleur inexprimable. Je vis vingt à vingt-cinq personnes autour de la tombe du Maulana. Parmi elles se trouvait le Pir Sahib de Deval Sharif. Tous avaient les mains levées pour la prière. Les premières paroles que j’entendis de la bouche du Pir Sahib furent :
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Ses mains étaient toujours levées pour la prière, et il poursuivait : « Sayyid Maududi a dit la vérité toute sa vie, a appelé les gens à la vérité et est resté fermement attaché à la vérité jusqu’à la fin. L’être humain est comme un magnétophone. Le magnétophone que vous voyez est fabriqué par l’être humain. L’être humain, lui, est un magnétophone fabriqué par Allah. Le magnétophone fabriqué par l’être humain rit, pleure, chante et parle. Mais Sayyid Maududi était un tel magnétophone créé par Allah : il a dit la vérité dans ce monde, il continue de la dire dans la tombe et la dira également dans l’au-delà. » —–
Le Pir Sahib continuait ainsi son récit, tandis que des larmes coulaient abondamment des yeux des auditeurs.
Dès que le Pir Sahib eut terminé sa prière et se tourna vers nous, je le saluai et lui serrai la main. Ses paroles m’avaient profondément touché. Elles exprimaient ses sentiments sincères.
Mes chers lecteurs et lectrices ! Pour le moment, revenons quelque peu en arrière. Je pense qu’il est nécessaire de connaître certains détails du voyage du Maulana à l’étranger, depuis Lahore, pour se faire soigner, ainsi que de son voyage de là-bas vers l’au-delà.
Le Maulana n’avait nullement envie de partir à l’étranger pour se faire soigner. Il avait peut-être clairement compris que le traitement ne servirait à rien, car son heure était venue. Mais un événement survint qui précipita son départ à l’étranger. Le roi Khalid d’Arabie saoudite envoya son médecin particulier, le Dr Maruf Dawalibi, pour examiner le Maulana. Celui-ci s’entretint avec le Maulana pendant près de deux heures. Au cours de la conversation, le Maulana ne laissa personne sentir que ses nerfs étaient déjà affaiblis. Mais dès que le Dr Dawalibi quitta la chambre du Maulana, celui-ci s’effondra, inconscient. Cet événement alarma et bouleversa tout le monde. Le Dr Ahmad Faruk devint très désireux d’emmener le Maulana en Amérique pour le faire soigner. Mais même Begum Maududi et toute la famille réunies ne parvinrent pas à convaincre le Maulana. Le Maulana avait caché son passeport. Tous furent extrêmement inquiets. Finalement, le comptable du Maulana, M. Bashir Ahmad Butt, usa d’un stratagème et réussit à obtenir le passeport auprès de lui. Puis, le 26 mai, le Maulana partit de Lahore pour Islamabad, et d’Islamabad pour l’Amérique, en direction de Londres. Jusqu’à Londres, il fut accompagné par le maréchal de l’air Asghar Khan. Begum Maududi voyagea avec le Maulana et resta à ses côtés jusqu’à la fin.
Dans la ville de Buffalo, à environ quatre cent cinquante miles de New York, le Maulana fut admis au Miller Fillmore Hospital pour y subir une opération.
Le deuxième fils du Maulana, Ahmad Faruk Maududi, est un médecin réputé, spécialiste du cerveau, et il réside lui aussi ici. Le Maulana fut opéré à l’hôpital le 4 septembre. L’opération fut nécessaire en raison d’une lésion à l’artère.
Les médecins disent que, dans un tel état, le patient ressent une douleur insupportable. Mais il n’en fut pas ainsi pour le Maulana. La veille, le Maulana n’avait pas pu parler. Après l’opération, son état était satisfaisant. Ce jour-là, à quatre heures de l’après-midi, l’un des amis du Maulana, le Dr Amirullah Husseini, vint lui rendre visite. Lorsqu’il lui demanda comment il se sentait, le Maulana répondit qu’il allait bien. Quand le docteur lui demanda de prier, le Maulana récita la prière coranique suivante :
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Fais-moi mourir en musulman et admets-moi parmi les vertueux. — Sourate Yûsuf (101)
Le lendemain, le 5 septembre, il fut victime d’une crise cardiaque. À partir du 7, son état de santé commença de nouveau à s’améliorer. Le 19, son état se dégrada soudainement et les douleurs au cœur s’intensifièrent considérablement. Dans la nuit du 21, Begum Maududi resta longtemps assise au chevet de son mari, récita notamment la sourate Yâsîn ainsi que des invocations, puis le confia à Allah le Très-Haut avant de partir.
Le lendemain, le Maulana passa la majeure partie du temps inconscient. Pourtant, pendant les heures de prière, alors même qu’il était inconscient, l’index de sa main droite montait et descendait — tous l’ont remarqué. Le 22 septembre 1979, à neuf heures moins le quart du matin, à l’âge de 76 ans, le Maulana rejoignit son véritable Maître — innâ lillâhi…
Selon la législation en vigueur aux États-Unis, il est impossible de retirer une dépouille mortelle de l’hôpital avant l’expiration d’un délai de 48 heures. Tout d’abord, le service de santé délivre le certificat de décès. Ensuite, le cercueil est fabriqué. Toutes les dispositions nécessaires à la conservation de la dépouille sont prises. Ce n’est qu’alors qu’elle peut être retirée. Cela demande au moins 48 heures. De plus, pour transporter une dépouille mortelle hors des États-Unis, l’autorisation du gouvernement est nécessaire. Mais il faut voir là une grâce particulière d’Allah le Très-Haut : toutes ces démarches furent achevées de manière étonnante en un temps extrêmement court.
À quatre heures de l’après-midi, la dépouille fut transférée de l’hôpital au domicile du Dr Farouk Maududi, situé sur Willing Road, dans la périphérie de la ville de Buffalo. Puis la foule des musulmans, des nouveaux musulmans et des personnes endeuillées, originaires de différents pays du monde et influencées par les écrits du Maulana, commença à affluer sur Willing Road depuis diverses régions du Canada et des États-Unis. Le 22 septembre, trois prières funéraires furent célébrées dans la ville de Buffalo. La première fut dirigée par le Maulana Sharif Bukhari, la deuxième par le qari sahib de Toronto (Canada), et la troisième par le khatib de la mosquée Jinnah de Lahore et président de l’Anjuman Khuddam-ul-Qur’an, le Dr Israr Ahmad. Ils étaient arrivés par avion depuis Chicago. Jusqu’au soir de ce jour-là, les gens continuèrent d’arriver sans interruption de Toronto, New York, Chicago, Detroit, du Michigan, de l’Indiana et d’autres villes. Dès qu’il en eut connaissance, le consul général d’Iran participa à cette première prière funéraire à Buffalo. Lorsque la dépouille fut amenée sur Willing Road, le Dr Ahmad Farouk, Begum Maududi, le gendre du Maulana, Sayyed Masoud, ainsi que le frère de Begum Maududi étaient présents. Dans son bref discours, le Dr Ahmad Farouk déclara : « Nous devons tous poursuivre le combat pour la mission à laquelle le défunt Maulana Maududi consacra toute sa vie. C’est un sujet de joie pour nous que le Maulana se soit présenté auprès d’Allah le Très-Haut, Celui qui lui accordait son véritable honneur. En suivant ses traces, nous porterons, si Allah le veut, l’appel de l’islam non seulement au Pakistan, mais dans le monde entier. »
Le Dr Ahmad dit au consul général d’Iran : « Le Maulana avait dit que, si sa santé le lui permettait, il ferait certainement étape en Iran. Le Maulana avait également dit : “La révolution islamique d’Iran est le battement de mon cœur.” »
Une rencontre mémorable à Buffalo
Le 22 juillet, le Maulana accorda une audience à une délégation de trente-cinq personnes venues de régions reculées d’Amérique du Nord. Cette rencontre eut lieu au domicile du Dr Ahmad Farouk. Le Maulana répondit à leurs diverses questions et proposa des solutions à de nombreux problèmes. À ce moment-là, son état physique semblait extérieurement bon. Il était également d’humeur très joyeuse. Au cours de la conversation, il plaisanta aussi comme à son habitude.
À ce moment-là, quelqu’un apporta de New York du paan pour le Maulana. La conversation porta ensuite sur le paan. Un certain Anwar Beg dit : « Maulana, il me semble qu’Allah Tout-Puissant a certainement dû laisser du paan au Paradis. »
Le Maulana répondit en plaisantant : « Mon frère, vous ne savez peut-être pas que le paan est en réalité une feuille du Paradis et qu’il en est descendu sur la terre. »
Comme je l’ai déjà dit, retirer un défunt d’un hôpital aux États-Unis puis le transporter dans un autre pays est une tâche extrêmement difficile. Les fidèles et les admirateurs du Maulana, venus de différentes villes d’Amérique du Nord, apportèrent une aide considérable pour mener à bien toutes ces démarches. De New York, les demandes de faire venir la dépouille pour la prière funéraire ne cessaient d’arriver par téléphone. Depuis divers endroits, on téléphonait également avec inquiétude pour s’enquérir de l’avancement des dispositions. Chez le docteur Ahmad, le téléphone ne cessait de sonner.
Entre-temps, dès qu’il apprit la mort du Maulana, l’ayatollah Ruhollah Khomeini déclara : « La communauté islamique a perdu un éminent savant et penseur islamique. » Puis il informa aussitôt Begum Maududi, à Buffalo, que l’avion iranien était prêt à avoir l’honneur de transporter la dépouille du Maulana. Profondément attristé par cette nouvelle, le roi Khaled déclara : « Le décès d’al-Ustadh Maulana Sayyid Abul A‘la Maududi est un événement déchirant pour le monde musulman. » Il fit également savoir qu’un avion de Saudi Airlines était prêt à avoir l’honneur de transporter la dépouille du Maulana. De même, le président du Pakistan, le général Zia-ul-Haq, accablé de chagrin à l’annonce de la mort du Maulana, proposa les services de la PIA pour transporter sa dépouille.
Begum Maududi exprima sa profonde gratitude envers ces gouvernements, et en particulier envers l’ayatollah Khomeini, le roi Khaled et le général Zia-ul-Haq, puis déclara : « Celui qui, de toute sa vie, n’a jamais tendu la main à personne, ne serait-ce qu’une seule fois et pour quoi que ce soit, subirait un manque de respect si, après sa mort, nous acceptions de tels services en son nom. Tout en exprimant ma gratitude à tous, je déclare que nous accomplirons cette tâche selon nos propres moyens. »
Toutes les dispositions furent prises pour que la dépouille parte de Buffalo pour New York le 23 septembre à quatre heures de l’après-midi à bord d’un avion affrété, puis soit envoyée de New York à Londres par le vol de nuit de Pan Am.
Dans une atmosphère de deuil, au milieu de larmes versées sans interruption, la dépouille de notre vénéré Murshid-e-Aam reçut un dernier adieu. Auparavant, à deux heures et demie de l’après-midi, la prière funéraire avait été accomplie pour la quatrième fois à Buffalo. Ensuite, l’avion affrété quitta Buffalo, noyée dans un océan de larmes, et prit son envol vers New York. Depuis New York, l’avion de Pan Am s’éleva avec la dépouille à bord, traversant l’obscurité de la nuit dans le ciel de l’océan Atlantique en direction de Londres.
À Londres et au Pakistan, tout le monde pensait qu’il ne fallait pas s’attendre à l’arrivée de la dépouille avant quarante-huit heures. Mais, contre toute attente, la nouvelle parvint à Londres après le départ de l’avion de New York.
Un certain Chaudhry Muhammad Yassine était un ami proche du Maulana et de sa famille. Il avait également participé à toutes les dispositions relatives aux soins du Maulana. Il faisait des affaires à Londres. Après avoir accompagné le Maulana aux États-Unis, il retourna à Londres et resta constamment en contact avec le Dr Ahmad Farouk. Il raconte : « Soudain, dans la nuit du 23, nous avons appris à Londres que la dépouille du Maulana était partie de New York. Il n’y avait alors pas le temps de publier la nouvelle dans un journal. L’information fut simplement transmise partout par téléphone. »
L’avion en provenance de New York atterrit le lendemain, c’est-à-dire le 24 septembre, à huit heures et demie du matin, à l’aéroport de Londres. Allahu Akbar ! Jamais auparavant un rassemblement d’une telle ampleur n’avait eu lieu dans l’histoire de l’aéroport de Londres. Avant même l’arrivée de l’avion, l’aéroport était noir de monde. Un flot continu de personnes, les yeux noyés de larmes, se dirigeait vers l’aéroport.
Begum Maududi, le Dr Ahmad Farouk et Sayyid Masoud descendirent de l’avion avec la dépouille. Les voix de milliers de personnes en larmes firent retentir la profession de foi et les clameurs d’Allahu Akbar dans l’aéroport. La dépouille fut retirée de l’avion et déposée dans le salon Shalimar de la PIA, tandis que la prière funéraire fut organisée au terminal n° 47. La première fois, Monsieur Khurram Jah Murad dirigea la prière funéraire, puis ce fut le professeur Khurshid Ahmad. Ensuite, plusieurs autobus remplis de personnes arrivèrent de Birmingham. Cette fois, la prière fut dirigée par le vice-président de la Mission islamique du Royaume-Uni. Malgré cela, les gens continuèrent d’affluer sans interruption. Le départ de l’avion de la PIA fut considérablement retardé. En conséquence, la prière funéraire fut encore accomplie à deux reprises. De nombreux journalistes venus du pays et de l’étranger étaient présents à l’aéroport. Ils déclarèrent n’avoir jamais vu ni même imaginé une telle mer humaine accablée de chagrin.
Pour rendre hommage à l’âme du Maulana, le conseiller spécial du président du Pakistan, Monsieur Muazzam Ali, le secrétaire général du Conseil islamique d’Europe, Monsieur Salim Azam, ainsi que des représentants diplomatiques de nombreux pays se rendirent à l’aéroport.
L’avion de la PIA partit tard dans la soirée avec la dépouille et, après avoir fait escale à Amsterdam, Damas et Dubaï, atterrit le lendemain, le (35/9/79), à dix heures du matin, à l’aéroport de Karachi.
Le vingt-cinq fut une journée mémorable dans l’histoire de Karachi.
Dès neuf heures du matin, les gens commencèrent à se rassembler à l’aéroport de Karachi. Ce jour-là avait lieu l’élection de la municipalité de Karachi. La plupart des véhicules étaient affectés aux opérations électorales. Malgré cela, les gens se dirigeaient vers l’aéroport au prix de grandes difficultés.
À neuf heures et demie, l’émir de la Jamaat-e-Islami du Pakistan, Mian Tufail Muhammad, entra dans le salon VIP avec les dirigeants de la Jamaat de Karachi, une dizaine de journalistes et des photographes. Les visages étaient abattus et endeuillés. Les volontaires de la PIA se tenaient en rang pour maintenir l’ordre. À l’extérieur, dans la véranda, quelques femmes en burqa pleuraient. Des milliers de personnes attendaient l’avion. Il fut annoncé que l’arrivée de l’avion subirait un léger retard : non pas à dix heures, mais à dix heures et demie. Une annonce faite par haut-parleur précisa que, quinze minutes après l’arrivée de l’avion, la prière funéraire aurait lieu dans le stade de l’aéroport, situé à un mile de là. Les gens se mirent à courir dans cette direction.
Mian Sahib est assis silencieusement parmi la foule endeuillée dans le salon VIP. Peu après, Sardar Sherbaz Mazari entre dans le salon et se joint à Mian Sahib, Jan Muhammad Abbasi et aux autres pour exprimer leur chagrin.
À ce moment-là, un haut fonctionnaire salue Mian Sahib et dit : « Je viens de Russie. Je m’y étais rendu pour participer à une conférence internationale. Dès que la nouvelle de la mort du Maulana est parvenue à la conférence, les gens ont spontanément levé les mains pour prier. »
Il ajoute : « La mort du Maulana n’est pas seulement une perte pour sa famille et la Jamaat-e-Islami ; c’est une perte irréparable pour l’ensemble du monde musulman. »
C’est d’une voix étranglée par l’émotion qu’il prononce ces paroles.
À dix heures précises, l’avion atterrit sur la piste et s’immobilise devant le salon VIP. Des centaines de personnes fondent en larmes. Plusieurs, accablées de chagrin, perdent connaissance.
Le docteur Ahmad Farooq descendit d’abord de l’avion. Puis vint Begum Maududi. Derrière elle descendirent le professeur Khurshid, Sayyed Masoud et Chowdhury Muhammad Yasin, de « Dawn Travels London ». Ces cinq personnes étaient arrivées avec la dépouille mortelle.
Ce n’est qu’au prix de grandes difficultés que la dépouille mortelle fut hissée dans un camion au milieu de la foule. À l’arrière du camion se tenaient Mian Sahib, le docteur Ahmad, le professeur Khurshid et d’autres dirigeants. Le camion se mit en route à travers cette marée humaine vers le stade de l’aéroport. À onze heures cinq, Mian Tufail Muhammad Sahib dirigea la prière funéraire.
Après la prière, la dépouille mortelle fut de nouveau hissée dans le camion. Parmi les personnes qui y prirent place cette fois se trouvait notamment le gouverneur général du Sind, Abbasi. Jusqu’alors, les gens s’étaient contenus avec une patience infinie. Mais cette fois, les digues de leur patience cédèrent. Une foule innombrable était venue de toute la ville à l’aéroport. Qui donc, au moment des adieux définitifs, ne voudrait pas voir une dernière fois le visage de son dirigeant bien-aimé ? Tous couraient comme des fous derrière le camion. Chacun désirait toucher une fois la dépouille mortelle et contempler encore, à cœur plein, ce visage lumineux. C’était l’instant des derniers adieux. Celui qui avait éveillé leurs âmes assoupies et lancé un appel vibrant à leur conscience était aujourd’hui lui-même silencieux et plongé dans le sommeil. Ayant accompli sa mission, il était allé rejoindre son Seigneur. Les clameurs « Allahu Akbar » retentirent à maintes reprises, accompagnées de : « Mon Sayyid, mon guide, adieu, adieu. »
La scène de l’embarquement de la dépouille mortelle dans l’avion est encore plus déchirante. Beaucoup se mettent à sangloter, enlacés les uns aux autres. Certains perdent connaissance. À une heure, après que la dépouille a été embarquée, les portes de l’avion sont fermées. À une heure et demie, l’avion déploie ses deux ailes et s’élève dans le ciel en direction de Lahore. Le vacarme de l’avion ne cesse de frapper le cœur de chacun des endeuillés. S’ils avaient eu, eux aussi, deux ailes, ils auraient volé avec l’avion comme une nuée d’oiseaux. Ainsi, avec le désespoir, les soupirs et les larmes, leurs lèvres étaient pleines de prières ardentes pour leur cher murshid.
La dépouille mortelle à Lahore
Aéroport de Lahore. Le soleil ardent d’Ashwin s’incline à l’horizon occidental. Qui aurait su que le mard-e-momin qui, le 26 mai dernier, avait quitté cet aéroport à destination de l’Amérique en disant « Khoda Hafiz » à la foule musulmane accablée de chagrin faisait là ses adieux définitifs ? Il ne put jamais revenir à Lahore. Allah Ta‘ala a-t-Il fait ses derniers adieux ? Il ne put jamais revenir à Lahore. Il est l’un de ceux à propos desquels Allah Ta‘ala a dit : « Radhiyallahu ‘anhum wa radhu ‘anh » ; il est parti, le cœur satisfait, rejoindre son Seigneur. Seul son corps terrestre inerte est aujourd’hui revenu à Lahore. Des flots de gens se dirigent vers l’aéroport de Lahore pour accueillir avec les honneurs sa dépouille mortelle. L’avion transportant la dépouille doit atterrir à trois heures.
Entre-temps, plus de cent mille personnes se sont rassemblées à l’aéroport. Ceux qui n’ont pas pu aller jusqu’à l’aéroport sont là pour rendre hommage à la dépouille du Maulana depuis les abords de l’aéroport.
Parmi ceux qui étaient venus à l’aéroport, outre les dirigeants de la Jamaat, figuraient notamment le juge Afzal Chima, président du Conseil de l’Idéal islamique, une délégation de plus d’une centaine de personnes conduite par le Maulana Yusuf, amir de la Jamaat-e-Islami Hind, une délégation venue de Jordanie sous la direction du Dr Latif, ainsi que les ambassadeurs des pays musulmans, des représentants du Jammu-et-Cachemire, des représentants de l’Islamic Students Movement of India et les dirigeants des moudjahidines afghans.
Parmi les dirigeants des partis politiques se trouvaient Chaudhry Zahur Elahi, Malik Qasim, Khwaja Khairuddin, Sahibzadi Mahmuda Begum, Sardar Shaukat Hayat et bien d’autres. Les femmes de la famille du Maulana arrivèrent également dans une voiture noire. Immobiles, telles des statues de pierre, elles étaient l’incarnation même du chagrin. Des larmes s’étaient figées aux coins de leurs yeux.
Lorsque, exactement à trois heures, l’avion tant attendu se mit à tourner dans le ciel au-dessus de l’aéroport, la foule impatiente fut submergée par une violente émotion de chagrin. Dans l’air résonnaient les voix entrecoupées de sanglots récitant la kalima de la profession de foi et proclamant le takbir.
À trois heures cinq, l’avion atterrit et s’immobilisa devant le salon VIP. Un camion de la PIA vint se placer près des fenêtres de l’avion. Hussein Faruq Maududi, Chaudhry Zahur Elahi, Qazi Hussein Ahmad et le mollah Rafiq Ahmad, membre de Piyasi, montèrent dans l’avion pour en descendre la dépouille.
Après que la dépouille eut été placée dans le camion, celui-ci se mit lentement et péniblement en route vers la résidence du Maulana. Des millions de personnes marchaient en procession aux côtés du camion. Des gens étaient venus de chaque ville et localité, de Khyber à Quetta et du Cachemire libre à Multan, jeunes et vieux sans distinction. Depuis les deux côtés de la route et depuis les toits des bâtiments, d’innombrables hommes et femmes, voyant ce cortège funèbre, versaient des larmes et rendaient hommage au défunt en faisant pleuvoir des fleurs sur lui. Une file de plusieurs kilomètres de voitures particulières, d’autobus spéciaux, de breaks, de scooters, de pousse-pousse motorisés, de bicyclettes et autres véhicules avançait aux côtés du camion, suivie par des millions de personnes endeuillées marchant à pied. Nulle part il n’y avait de désordre, ni cris, ni tumulte. La foule avançait en maintenant pleinement la discipline à laquelle elle avait été formée au fil des années. À l’arrière, depuis un véhicule, on récitait au haut-parleur la Kalima de la profession de foi et on lançait des takbîr. Le cortège avait quitté l’aéroport à trois heures et demie. Il passa par Shahrah-e Qaïd-e Âzam, Charing Cross, Shahrah-e Fatima Jinnah, Mujang Chungi, puis par Firozpur Road, et atteignit le carrefour d’Ichhra à six heures du soir. Ensuite, après de grandes difficultés, le camion transportant la dépouille arriva à la résidence du Maulana. L’appel à la prière du maghrib retentissait depuis les minbars des mosquées alentour. Dans aucune des mosquées voisines, il ne restait la moindre place pour se tenir debout. Entre-temps, beaucoup de personnes, jeunes et âgées sans distinction, perdirent connaissance sous l’effet de leur immense chagrin.
Après le maghrib, il fut annoncé que, jusqu’à neuf heures du soir, seules les femmes pourraient venir faire leurs derniers adieux au défunt. Ensuite, de dix heures du soir jusqu’à huit heures le lendemain matin, seuls les hommes pourraient le voir. La dépouille avait été déposée sur une estrade surélevée, devant la chambre privée du Maulana. Les gens entreraient par une porte, verraient le défunt un instant, puis sortiraient par une autre porte. À partir de six heures du soir, les femmes formèrent une file à l’intérieur de la porte de 5/A Zaildar Park, et ce flot se poursuivit sans interruption jusqu’à neuf heures.
Les étudiantes de l’université du Pendjab arrivèrent dans trois autobus bondés. Toutes avaient la voix brisée par les pleurs du deuil. On aurait dit que des lamentations retentissaient dans l’air et dans le ciel : les anges d’Allah pleuraient, et toute la création pleurait.
À sept heures et demie du soir, le président du Pakistan, le général Zia-ul-Haq, vint faire ses derniers adieux. On interrompit un moment le passage des femmes afin de lui permettre de voir le défunt. Mian Tufail Muhammad entra dans la résidence du Maulana avec le général Zia-ul-Haq. Le gouverneur du Pendjab, le général Sarwar Khan, le secrétaire en chef ainsi que d’autres responsables militaires et civils accompagnaient le président du Pakistan. Le dirigeant de la Jamaat-e-Islami, M. Liaqat Baloch, était également avec eux. Après avoir contemplé le Maulana, le général Zia-ul-Haq resta quelque temps debout en silence, tandis que d’abondantes larmes coulaient sur ses deux joues.
D’une voix étranglée par l’émotion, le général Zia-ul-Haq dit : « Quel visage véritablement lumineux ! » Puis, réconfortant les enfants du Maulana, il ajouta : « La disparition du Maulana est une perte irréparable. Cette perte n’est pas seulement celle de sa famille, ni celle du Pakistan, mais celle de l’ensemble du monde musulman. Le grand service qu’il a accompli guidera la nation musulmane pendant plusieurs siècles à venir. J’espère que ses enfants s’efforceront de préserver la lumière de la guidance que le Maulana a allumée. » Il repartit une dizaine de minutes plus tard.
De neuf heures et demie du soir jusqu’à neuf heures le lendemain matin, des milliers de personnes, rangées en file, vinrent, ne serait-ce qu’un instant, faire leurs derniers adieux au Maulana.
Peu avant neuf heures précises, l’accès fut fermé et la dépouille fut de nouveau placée dans un camion pour la prière funéraire. C’est à ce moment précis que j’atterris à l’aéroport de Lahore. J’ai déjà décrit les scènes douloureuses qui suivirent.
Le vingt-sept septembre, à l’initiative de l’Anjuman-e-Ittihad-e-Talaba de l’université du Pendjab, une réunion de deuil fut organisée dans l’auditorium Faisal du campus universitaire. Mian Tufail Muhammad la présida. De nombreux penseurs et érudits du pays et de l’étranger y prononcèrent des discours et rendirent un profond hommage au Maulana.
Le vice-chancelier de l’Université du Qatar a déclaré que la prière funéraire de Sayyid Maududi était un référendum populaire. Le peuple pakistanais avait ainsi fait connaître sa décision en faveur de l’islam.
Le secrétaire général adjoint de l’Assemblée mondiale de la jeunesse musulmane, le Dr Muhammad Ahmad Tutunji, a déclaré que la pensée du Maulana continuerait d’illuminer les cœurs et les esprits jusqu’au Jour de la Résurrection. Le cheikh Abdullah al-Aqeel, directeur du département des affaires islamiques du ministère des Awqaf du Koweït, a déclaré que le Maulana Maududi avait réduit à néant le complot visant à enfermer l’islam entre les quatre murs des mosquées et des madrasa. Le représentant officiel de l’Arabie saoudite, le Dr Taha Jaber, a déclaré que Sayyid Maududi avait fait revivre la religion d’Allah au cours du siècle présent. Un éminent penseur koweïtien, Abdul Aziz Ali al-Mutawa, a déclaré que Sayyid Maududi avait fondé une Jamaat active dans la lutte pour établir la suprématie de l’islam dans le monde entier. Le Maulana Yusuf, émir de la Jamaat-e-Islami de l’Inde, a déclaré : « Je prends Allah à témoin en disant que le Maulana Maududi a pleinement assumé sa responsabilité. » J’avais dit que la littérature et la pensée du Maulana avaient provoqué une révolution mentale chez des centaines de millions de personnes. Un éminent penseur syrien, le cheikh Saïd Hawwa, a déclaré que le Maulana Maududi avait diffusé le parfum du Pakistan dans le monde entier. Liaqat Baloch, président de la Jamiat-e-Islami, a déclaré que la littérature et la pensée du Maulana avaient fait de centaines de millions de jeunes de ce pays et du monde musulman des êtres entièrement dévoués à l’islam. Si, aujourd’hui, il avait été possible de rendre le Maulana à la vie au prix de la leur, des centaines de milliers de jeunes auraient été prêts à sacrifier leur vie pour cela.
Le cheikh Saïful Islam, avocat égyptien et fils du cheikh Hassan al-Banna, fondateur des Frères musulmans, a déclaré qu’après le martyre du cheikh Hassan al-Banna, les membres des Frères avaient pensé que personne ne pourrait les diriger. Mais peu de temps après, ils comprirent que l’Ustadh Sayyid Abul A‘la Maududi était désormais leur murshid-i-am, leur maître et leur guide.
Dans son discours présidentiel, Mian Sahib a déclaré : « Nous mobiliserons toutes nos forces pour étendre la suprématie de la pensée du Maulana. »
Par la suite, une assemblée de deuil s’est également tenue à l’Université du Pendjab, ainsi que plusieurs autres en divers endroits de Lahore à l’occasion de la mort du Maulana. Invité à presque toutes ces assemblées, j’y ai participé.
Pendant les vingt-deux dernières années, j’ai essayé de connaître le Maulana ; je l’ai connu et observé. Je me suis efforcé de le connaître et de l’observer de tout mon cœur. Aujourd’hui, je ressens clairement que, si je l’avais vu grand et noble de son vivant, la mort l’a rendu des centaines de milliers de fois plus imposant et plus grandiose. La place d’honneur et de respect qui lui était réservée dans le pays et à l’étranger, la mort l’a encore considérablement rehaussée.
Lors de ce voyage au Pakistan, je me suis rendu de Karachi à Lahore, de Lahore à Pindi, puis de Pindi à Peshawar. Partout, dans le ciel et l’air, dans les feuilles et le feuillage, dans le murmure des vagues des fleuves Indus, Ravi, Jhelum et Attock, dans les montagnes et les hauteurs, j’ai entendu l’élégie du deuil. Partout, j’ai vu l’image vivante de la tristesse. J’ai entendu les voix de millions d’hommes, de femmes, d’enfants et de vieillards répéter, comme dans les lamentations de Muharram : « Ô Sayyidi, ô Murshidi, ô Maududi, adieu, adieu ! » De Buffalo à New York et Londres, de Londres à Karachi, puis de Karachi à Lahore, son corps terrestre et inerte a voyagé au-dessus d’innombrables fleuves, mers, montagnes, vallées, plaines, villes, localités et déserts, faisant baigner le monde entier dans un océan de larmes, afin de reposer dans sa demeure éternelle. Voilà pourquoi, aujourd’hui, à sa mort, les musulmans du monde entier pleurent et chantent son élégie.
Aujourd’hui, j’ai compris, de toute mon âme, que la différence entre le Maududi vivant et le Maududi qui a quitté cette terre poussiéreuse est immense, comme celle entre le ciel et la terre. Maududi est aujourd’hui invincible face à la mort. Son appel islamique universel, son inestimable patrimoine littéraire et sa pensée limpide le garderont immortel à jamais. Ceux qui, de son vivant, le regardaient d’un œil méfiant sont aujourd’hui tout à la bouche pour le louer. Aujourd’hui, Altaf Gauhar, par l’intermédiaire de la BBC de l’époque d’Ayub, a mis en lumière divers aspects de la vie du Maulana et lui a rendu un hommage empreint d’un profond respect. Le mufti Mahmud, chef de la PNA, a déclaré que le Maulana Abul A‘la Maududi était une « preuve » du Coran et de la Sunna.
À la mort du Maulana, l’ensemble du monde musulman fut accablé de chagrin. De ville en ville et de mosquée en mosquée, des prières funéraires en l’absence du défunt et des réunions de condoléances furent organisées. Divers penseurs, érudits, personnalités respectées, enseignants et étudiants rendirent hommage au Maulana dans les journaux et les revues, exprimant les sentiments de leurs cœurs baignés de larmes et accablés de douleur. Parmi ceux qui exprimèrent ainsi leurs réactions, il convient notamment de citer le major (à la retraite) Mustafa Shaheen, le Dr Muhammad Qutb, le célèbre chirurgien Dr Ali Al-Hajj, de Khartoum, capitale du Soudan, l’ancien ministre de la Fondation islamique de Nairobi, Yusuf Hashem Al-Rifaï, le professeur Hamidullah, spécialiste de la langue française, Nazir Hasan, résident de Hong Kong, l’un des grands penseurs du monde arabe, le Dr Mustafa Al-Zarqa, le juge en chef des Émirats arabes unis, Cheikh Abdul Aziz Al-Moubarak, l’érudit ayatollah iranien Yahya Nouri, le Dr Ibrahim Agah, de Turquie, le Dr Ismaïl Raji Al-Faruqi, d’Amérique, le Maulana Abul Hasan Ali Nadwi, de l’Inde, Sayyid Masud Ali Rizvi, de Djeddah, Muhammad Amin, de Riyad, Husain Khan, du Japon, le Maulana Saïd Ahmad Akbarabadi, de l’Inde, Abdul Mujib, de Médine, le Maulana Sadruddin Rifaï Mujaddedi, l’avocat A. K. Brohi, le conseiller juridique Muzaffar Beg, ainsi que Sarwat Saulat, l’un des grands hommes du monde arabe. Le nombre de personnalités respectées accablées de chagrin qui exprimèrent ainsi leurs condoléances est si élevé qu’il faudrait rédiger un ouvrage à part pour les publier toutes.
[Deuxième partie]
L’inspiration qui éveilla chez le Maulana le talent d’écrire
Le monde littéraire sait que le Maulana était un essayiste, un écrivain et un penseur de très haut niveau. Il est également incontestable qu’il a donné à la langue ourdoue une forme nouvelle et une force vitale. Son style d’écriture, sa manière de construire ses phrases et son mode d’expression lui étaient entièrement propres. L’inspiration qui le poussait à écrire de manière exceptionnelle semblait innée chez lui, et cette inspiration se manifesta dès sa plus tendre enfance.
Voici, pour l’information des lecteurs, ce qu’il a lui-même déclaré à ce sujet :
« Lorsque j’avais neuf ans, une inspiration naturelle pour écrire des essais naquit en moi. À cette époque, un de mes amis, nommé Monsieur Ashfaq Ahmad Zahidi, vint à Aurangabad et séjourna quelque temps chez nous. Il avait un très grand penchant pour l’écriture d’essais et la lecture de livres. Il éveilla chez nous deux frères le goût d’écrire des essais et nous incita à lire, en dehors de nos manuels scolaires, des revues générales et des journaux. Un jour, pour mettre nos aptitudes à l’épreuve, il nous dit : “Imaginez que vous êtes tombés amoureux d’une jeune fille. Écrivez maintenant à cette amante imaginaire une lettre d’amour où se manifesteront l’émotion et l’exaltation de l’amour, ainsi que la douleur de la séparation.” »
En la matière, nous étions absolument inexpérimentés. Mon âge, en particulier, était tel qu’aucune idée de ce qu’étaient l’amour, l’amante, la séparation et autres choses semblables n’avait encore germé dans mon esprit. Mais à cette époque, j’avais lu le Gulistan et le Bustan. J’en avais retiré cette connaissance rudimentaire : “L’amour est une maladie particulière qui naît à la vue d’un beau et ravissant visage ; sous l’effet de cette maladie, un feu commence alors à brûler dans le cœur. Il ne s’éteint qu’en revoyant ce visage. Tant qu’on ne le voit pas, ce feu continue de brûler dans le cœur. Et cet état du cœur s’appelle la séparation.” Quoi qu’il en soit, nous mîmes cette connaissance à profit du mieux que nous pouvions et, dépeignant cet état, nous rédigeâmes de longues lettres. Aucun de nous trois — ni nous deux frères ni Ashfaq — ne se souvient de ce que nous avions alors écrit. Mais nous nous rappelons certainement qu’après avoir lu les deux lettres, Ashfaq en fut stupéfait et qu’il préféra particulièrement la mienne, bien que la lettre de mon frère aîné fût beaucoup plus longue.
Après avoir réussi l’examen de maulvi, pendant un moment de loisir et à la demande de mon frère aîné, je traduisis en ourdou un livre arabe de Qasim Amin Bey, intitulé « Al-Mir’at al-Jadid ». J’ignore où se trouvent aujourd’hui les manuscrits de cette traduction. Mais je me souviens très bien que mon père défunt fut extrêmement heureux de la fluidité de cette traduction, de la simplicité de sa langue et de la musicalité de la construction de ses phrases ; mon frère aîné la loua lui aussi abondamment.
C’était mon effort initial. Puis, après mon installation à Bhopal en 1917, mon penchant pour la rédaction d’articles, parallèlement à mes études générales, s’enracina tellement en moi que je crus qu’il ne s’achèverait pas avant ma mort. Les trois ou quatre premières années furent une période d’imitation. J’essayais d’imiter le style d’écriture de toute personne dont la manière me plaisait. Mais plus mes études progressaient, plus je compris que la beauté d’un article ne se développe pas en imitant la méthode d’autrui, mais qu’elle naît plutôt d’un style d’expression personnel. Depuis 1921, j’ai adopté une manière et une méthode personnelles et durables, dans lesquelles je ne suis personne.
Je suis d’avis qu’à chaque pensée et à chaque conception s’associe spontanément une certaine langue. Et la langue la plus juste et la plus appropriée pour exprimer chaque pensée et chaque conception est précisément celle qui en jaillit naturellement. Il faut donc seulement réfléchir à l’article. Quant à la langue, il n’est pas nécessaire de se tourmenter pour la choisir. Elle viendra d’elle-même avec l’article.
Voilà pourquoi, chaque fois que je dois écrire quelque chose, tous mes efforts sont consacrés uniquement à organiser mes idées et à rassembler les matériaux ainsi que les arguments et les preuves. Puis, une fois le contenu rassemblé dans mon esprit, je ne mets pas beaucoup de temps à le transposer sur le papier. Je suis tellement sûr de moi dans le choix des mots pour l’écriture qu’à l’exception des sujets particulièrement importants, je n’ai presque jamais besoin de relire une seconde fois ce que j’ai écrit.
La littérature révolutionnaire du Maulana
Depuis un demi-siècle, la littérature vigoureuse et révolutionnaire du Maulana Sayyid Abul A‘la Maududi a suscité une révolution dans l’esprit et la pensée de centaines de millions d’êtres humains. Elle a fait naître dans le cœur d’innombrables hommes et femmes un amour profond pour Dieu et Son Messager, transformant ainsi le cours de leur vie. Sa littérature et sa pensée ont sélectionné, parmi des dizaines de millions de personnes, un grand nombre d’individus et les ont engagés dans une lutte incessante contre le faux. La stagnation qui s’était accumulée pendant des siècles dans l’univers intellectuel des musulmans, la littérature du Maulana l’a dissipée et a insufflé une pensée vaste, profonde, limpide et pure. On ne saurait mesurer combien de personnes l’influence de sa littérature a libérées des convoitises matérielles, de l’avidité, de la peur et de l’effroi, pour en faire des êtres dotés d’un caractère solide et exempt de toute souillure.
Les caractéristiques de sa littérature
La première caractéristique de la littérature du Maulana Maududi est qu’il présente l’islam non comme une religion immobile, ancienne, traditionnelle ou héréditaire, mais comme une philosophie de vie et un mouvement révolutionnaires. Il en a exposé les arguments les plus puissants à partir de l’intérieur de la pensée islamique, sous forme de preuves internes. Les versets stimulants et exaltants du Noble Coran, les vingt-trois années de lutte du Noble Prophète, les efforts perpétuels des nobles Compagnons et l’époque glorieuse du Califat bien guidé témoignent de cette conception révolutionnaire de la religion. Le Maulana n’a pas tenté de prouver quoi que ce soit en tissant un réseau de paroles grâce à la force de son style ; il a plutôt dépoussiéré, nettoyé et rendu éclatantes les vérités et les informations que des siècles de pensée stagnante, privée de mise en pratique, avaient cachées aux regards, puis les a présentées à la communauté islamique.
La deuxième caractéristique de sa littérature et de sa pensée est qu’il a mis en lumière chaque aspect et chaque domaine de l’islam, en les décrivant de manière adaptée à l’époque contemporaine. Il a réfuté par des arguments et des preuves toutes les accusations formulées contre la religion par l’ère scientifique moderne. Il a esquissé une représentation de l’édifice complet du système social islamique. Dans tous les aspects et domaines de la vie — social, politique, économique, culturel, juridique et éducatif, agricole et industriel, moral et spirituel — bref, dans chaque domaine de l’existence, il a exposé avec minutie les principes de l’islam au moyen d’arguments et de preuves. Il a expliqué quelles sont les exigences modernes de l’islam et ce que le monde moderne attend de l’islam. Il a démontré que le communisme était une erreur. Il a également démontré que le capitalisme était une doctrine destructrice. Il considère le fascisme, le socialisme, le libéralisme et tous les autres « ismes » comme des doctrines dangereuses pour l’humanité.
Il ne les considère pas comme « pas mauvais », à la manière d’un mollah borné. Au contraire, il en a analysé les défauts et les erreurs, et les a montrés du doigt avec évidence.
La troisième caractéristique est que Maulana Maududi a démontré que l’islam n’est pas simplement une religion de rites et de cérémonies qui « n’a aucun rapport » avec la politique ; au contraire, il n’existe aucun domaine de la vie qui puisse rester indépendant de l’islam. L’islam est un système de vie complet, et la politique en constitue un domaine. Tant que ce domaine politique de la vie n’est pas soumis à l’islam, ses exigences ne sont pas satisfaites.
Brève présentation de quelques ouvrages de Maulana
Tafhîm al-Qur’an
« Dans notre langue, tant d’ouvrages ont déjà été consacrés à la traduction et à l’exégèse du Noble Coran qu’il ne semble pas que publier une traduction ou une exégèse supplémentaire, simplement pour obtenir la bénédiction et la faveur de quelqu’un, constituerait un bon usage du temps et des efforts. … Depuis longtemps, je ressentais que, malgré les efforts louables des traducteurs et des exégètes, la soif croissante que l’on observait parmi nos gens instruits de comprendre la signification intérieure du Coran et sa véritable finalité n’avait nullement été étanchée. Je me suis dit : pourquoi ne tenterais-je pas, moi aussi, quelque effort pour apaiser cette soif ? »
C’est dans la préface de son Tafhîm al-Qur’an que Maulana a exprimé les propos ci-dessus. En traduisant le Coran, il a donc renoncé à la pratique traditionnelle de la traduction littérale et a rendu les termes arabes dans une langue ourdoue simple, fluide et claire. C’est là un art de la composition exceptionnel et d’une grande précision. Il dit :
La première chose à remarquer est qu’en lisant une traduction littérale, on ne ressent nullement la continuité du texte original, la douceur de la langue ni l’effet du discours. Ligne après ligne, la traduction du Coran présente une énonciation sans vie qui, après sa lecture, n’éveille aucune inspiration dans l’esprit du lecteur ; son corps n’en est pas parcouru de frissons, ses yeux ne versent pas de larmes et aucune pensée révolutionnaire ne naît dans son cœur. Il ne peut même pas sentir que quelque chose, influençant ses connaissances, sa raison et sa conscience, pénètre au plus profond de son esprit. Pourtant, si grande que soit l’influence de l’enseignement sacré du Coran et de son contenu sublime, l’influence de sa littérature n’est pas moindre. C’est pourquoi, après avoir entendu la récitation sacrée du Coran, même des cœurs durs comme la pierre se sont attendris, et toute l’Arabie a tremblé au tonnerre de sa parole. Ses adversaires eux-mêmes reconnaissaient sa puissance d’influence et craignaient que cette parole ne renfermât un pouvoir magique tel qu’il suffirait de l’entendre pour que l’homme se soumette entièrement à son emprise. Si la langue du Coran n’avait pas possédé une telle force et si le Coran était descendu dans le même genre de langue que celle que nous voyons dans sa traduction, il n’aurait absolument pas pu susciter une vitalité impétueuse dans l’ensemble du peuple arabe ni conquérir ses cœurs et ses esprits. (Tafhîm al-Qur’an, préface).
Ensuite, en lisant le Coran, le lecteur se demande à maintes reprises, avec perplexité, pourquoi le Coran est si différent de nos ouvrages ordinaires, quel est exactement le sujet qu’il traite, pourquoi il ne présente ni ordre ni continuité, et comment il a été rassemblé et conservé après sa révélation. Dans la préface du Tafhîm al-Qur’an, Maulana a réfuté tous ces doutes et toutes ces interrogations. Dès le début, il a présenté des réponses satisfaisantes à toutes ces questions. Sa préface peut, à vrai dire, être considérée comme le principe fondamental permettant de comprendre le Saint Coran ; elle a également été publiée séparément sous forme de brochure.
Le Maulana entreprit en 1943, par l’intermédiaire de son magazine mensuel Tarjuman ul-Qur’an, de rédiger progressivement Tafhim al-Qur’an, et acheva l’ouvrage en trente ans. On peut dire qu’il consacra la majeure partie de sa vie à la rédaction de ce livre inestimable. Pour les générations futures, il s’agit de sa plus grande contribution.
Un jour, lors de sa séance de l’après-midi (une réunion qui se tenait de la prière d’al-‘Asr à celle d’al-Maghrib), il fit la remarque suivante :
« J’ai réparti le temps de mes jours et de mes nuits en trois parts. Une part est consacrée aux activités quotidiennes du pays et de l’organisation, une part aux générations actuelles et une part aux générations futures. Je considère que la rédaction de Tafhim al-Qur’an est un droit des générations futures sur moi. Je ne peux pas sacrifier ce droit pour les générations actuelles. »
Afin de rendre cet ouvrage plus utile, plus fiable et plus riche en informations pour les générations futures, il y consacra toutes ses forces. Il parcourut de ses propres yeux le Moyen-Orient, l’« Ard al-Qur’an » (les lieux historiques mentionnés dans le Coran), et inséra dans son ouvrage des photographies de ces différents sites historiques.
Dans son interprétation de la Parole divine dans Tafhim al-Qur’an, le Maulana n’a introduit aucune idée de son propre cru. Il a suivi les avis des éminents penseurs musulmans du passé, ou salaf salihîn, ainsi que les hadiths authentiques et la Sîra sacrée. Parmi les tafsirs auxquels il eut particulièrement recours pour rédiger son commentaire figurent notamment le Kashshaf ‘an haqa’iq at-tanzil d’Allama Jarullah Zamakhshari, le Tafsir al-Qur’an al-‘Azim d’Allama Ibn Kathir, l’Ahkam al-Qur’an d’Abu Bakr Jassas et l’Ahkam al-Qur’an d’Ibn al-‘Arabi al-Maliki.
Lorsqu’il rencontrait, en interprétant le Coran, une question relative au fiqh, le Maulana consultait les ouvrages fondamentaux des imams de la jurisprudence : hanafite, malikite, shafi‘ite, shafi‘ite et hanbalite. En effet, l’habitude constante du Maulana était d’étudier toujours les sources originales afin de déterminer la vérité sur une question. Sur sa table étaient dispersés divers tafsirs, hadiths, ouvrages fondamentaux de fiqh, livres de Sîra, d’histoire de l’islam et autres ouvrages. Avant de consigner quoi que ce soit dans Tafhim al-Qur’an, il notait sur des feuilles séparées les informations dont il avait besoin, tirées de ces ouvrages. L’examen minutieux et les recherches sur un sujet particulier lui prenaient parfois des jours et des jours, des semaines et des semaines.
L’une des particularités de Tafhim al-Qur’an est que le Maulana y a expliqué divers sujets dans ses notes en tenant compte de la mentalité moderne. Sans introduire de théories complexes relevant des dictionnaires arabes, de la grammaire ou de la logique, il a proposé, dans une langue simple et claire, des solutions aux problèmes de l’époque moderne. Il a apporté un éclairage captivant sur les doutes, incertitudes et questions susceptibles de surgir dans l’esprit du lecteur lors de la lecture du Coran.
Une autre particularité remarquable de Tafhim al-Qur’an est qu’au début de chaque sourate sont insérés une présentation, une introduction ou un préambule. Le thème central de la sourate, son contexte, les circonstances de sa révélation, ainsi que le contexte et les conditions sociales, politiques et culturelles dans lesquels elle fut révélée, y sont exposés en détail dès le début. Ainsi, le sujet traité par la sourate et son sens profond apparaissent d’emblée clairement dans l’esprit du lecteur. Le Maulana a présenté au lecteur cette méthode originale de compréhension du Coran.
Un autre aspect remarquable du Tafhîm al-Qur’ân est que, par son intermédiaire, le Maulana a accompli un travail louable sur la Sîra bénie du Prophète Mustafa (paix et bénédictions sur lui). En donnant une présentation véritable du Prophète Mustafa (paix et bénédictions sur lui), dépositaire et transmetteur du noble Coran, il a fait naître chez le lecteur un amour et une affection profonds pour lui. En divisant la vie mecquoise et médinoise du Noble Prophète en étapes distinctes, il a clarifié les différents aspects de la Sîrat al-Nabî. À chaque étape, en présentant des preuves irréfutables de la prophétie, il a ancré chez le lecteur une conviction ferme à l’égard de la mission prophétique. Le lecteur peut ensuite ressentir clairement que la révélation, les prophètes et messagers, le Livre et la Sunna sont intimement liés les uns aux autres. Bien qu’une étude complète de la Sîra figure dans les notes du Tafhîm al-Qur’ân, le Maulana souhaitait rédiger un ouvrage distinct à ce sujet. Par l’infinie grâce d’Allah, il a également achevé cette œuvre considérable. Cet ouvrage (Sîrat Sarwar-e Alam) a été publié en plusieurs volumes.
Parmi les œuvres littéraires révolutionnaires du Maulana, le Tafhîm al-Qur’ân occupe la première place, de même que son ouvrage fondateur de son activité littéraire, Al-Jihad fi al-Islam. Pour l’humanité future, on peut affirmer sans la moindre hésitation qu’il constitue sa plus grande contribution, le fondement de son activité littéraire, Al-Jihad fi al-Islam. Pour l’humanité future, on peut affirmer sans la moindre hésitation qu’il constitue sa plus grande contribution.
Des travaux de recherche sur le Tafhîm al-Qur’ân et les ouvrages du Maulana ont commencé, de manière dispersée, dans le pays et à l’étranger. Toutefois, pour tirer durablement profit du Tafhîm au bénéfice des générations futures, il est nécessaire de créer, au niveau de l’État, une académie de recherche ou un centre de recherche de haut niveau. J’espère qu’Allah facilitera également la voie de cette entreprise.
Les quatre termes fondamentaux du Coran
Cet ouvrage ouvre les portes de l’esprit du lecteur afin de lui permettre de comprendre correctement le Coran. C’est pourquoi son importance est inestimable. Dans cet ouvrage, les quatre termes auxquels le Maulana a consacré une étude approfondie sont : ilah, rabb, ibada et dîn. Si la conception du lecteur concernant ces quatre notions n’est pas claire, il lui sera absolument impossible de comprendre le Coran. Si le lecteur pense qu’ilah signifie une divinité adorée, que dîn signifie une religion, que rabb signifie celui qui nourrit et entretient, et qu’ibada désigne les louanges, les hommages et les rites d’adoration, il lui sera totalement impossible de saisir le sens profond du Coran. C’est pour cette raison que le Maulana a jugé indispensable de rédiger cet ouvrage afin de donner une explication correcte de ces quatre termes.
Certes, cela ne signifie pas que le Tafhîm al-Qur’ân ne fournisse pas, au fil des sujets, une explication de ces quatre termes. Toutefois, prenant conscience de leur importance, on a ressenti la nécessité de rédiger à leur sujet un ouvrage distinct.
L’essence de la culture islamique
Une confusion mentale et une véritable anarchie règnent actuellement parmi les musulmans au sujet de la culture islamique. Tout ce que les musulmans font, ou ont coutume de faire par tradition familiale, est qualifié de culture islamique ou musulmane. Tout ce que fait un musulman serait islamique et devrait bénéficier du soutien de l’islam. La tentative d’inclure les beaux-arts et les concerts dans la culture islamique au nom du divertissement est le résultat même de l’influence de la civilisation occidentale. La question est maintenant de savoir si l’islam présente au monde des valeurs culturelles, s’il possède des principes fondamentaux dans le domaine de la culture, ce que signifie la culture, sur quelles bases la civilisation et la culture islamiques sont établies, et si la foi dans le tawhîd, la mission prophétique et l’au-delà admet certaines conceptions culturelles, entre autres questions. Toutes ces questions font l’objet, dans l’ouvrage précité, d’une étude détaillée, avec leurs solutions correctes et l’exposé des principes correspondants. Il ne fait aucun doute que cet ouvrage servira de guide aux personnes cultivées qui s’intéressent à la culture.
Al-Jihâd fî l’Islâm
Cette question est examinée dès le début de l’ouvrage.
Le mouvement de la renaissance islamique
L’islam est une conception de la vie dynamique, que le Créateur de l’univers a envoyée à l’humanité afin que l’homme conduise toute sa vie conformément à cette conception. La réalisation parfaite de cette conception de la vie s’est accomplie durant l’existence du dernier Prophète, Muhammad Mustafa — que la paix et les bénédictions de Dieu soient sur lui. Elle demeura également intacte, pure et sans mélange à l’époque du Califat bien guidé. Mais, par la suite, lorsque le califat se transforma en monarchie, la Jâhiliyyah commença progressivement à s’infiltrer dans l’islam. Dès lors, une difficulté majeure se posa aux gens ordinaires : parmi toutes ces choses, lesquelles relevaient de l’islam et lesquelles de la Jâhiliyyah ? Pour débarrasser l’islam des scories de la Jâhiliyyah et le retrouver dans sa forme pure et authentique, il fallait un réformateur, appelé mujaddid dans la terminologie islamique. Chaque fois que la nation musulmane a ressenti la nécessité de purifier l’islam de ses souillures, un mujaddid est apparu dans l’histoire de l’islam.
Dans cet ouvrage, le Maulana analyse, dans le cadre du conflit idéologique entre l’islam et la Jâhiliyyah, quatre doctrines concernant la vie et démontre que l’islam seul est la doctrine acceptable pour l’humanité. Il donne ensuite la définition du mujaddid, expose la différence fondamentale entre le mujaddid et le prophète, et présente notamment la figure de l’imam Mahdi. Il examine enfin plusieurs des grands mujaddid de la nation musulmane ainsi que leurs activités.
Le conflit entre l’islam et la civilisation occidentale
Après l’établissement de la domination politique britannique dans le sous-continent indien, les musulmans ne furent pas seulement privés du pouvoir ; la civilisation moderne détruisit jusqu’à leur confiance en eux, leur tranquillité d’esprit, leur foi et leurs croyances doctrinales. Ensuite, chaque fois que la civilisation occidentale fronça les sourcils avec mépris devant une chose quelconque chez les musulmans, ceux-ci, pris de regret à son sujet, commencèrent à l’abandonner. Qu’il s’agisse de leurs vêtements et de leur tenue, de leurs manières de vivre, de leur langue ou de leur foi et de leurs croyances. Autrement dit, ils commencèrent à abandonner une à une toutes les choses indésirables aux yeux de l’Occident. Finalement, une partie des musulmans alla si loin qu’elle se mit à considérer comme digne de foi, à l’instar de la révélation, toute chose importée d’Europe, tandis que la véritable « révélation » devint suspecte à ses yeux. Fascinés et attirés par les découvertes toujours nouvelles de la science, ils commencèrent à leur donner diverses interprétations imaginaires. La nation que gagne une telle servitude mentale finit par creuser elle-même sa propre tombe. Bien qu’étant né au sein de cette nation, le Maulana critiqua vivement cette servitude mentale et, par sa plume acérée, s’efforça de sauver les musulmans de cette voie du suicide.
Dans l’ouvrage précité, le Maulana met en lumière la servitude mentale et ses causes, le déclin de la civilisation islamique, les maux de la civilisation moderne, les slogans creux des progressistes et d’autres questions, puis propose une réflexion remarquable sur les remèdes aux maux de la civilisation moderne. Par cet ouvrage, il éveilla la conscience de soi au sein d’une nation qui s’était oubliée elle-même.
Présentation de l’islam
Pour acquérir des connaissances fondamentales sur l’islam, cet ouvrage est particulièrement important et fécond. Il permet au lecteur de comprendre le véritable sens et l’essence de l’islam. Dans une langue simple, claire et touchante, le Maulana y examine en détail l’islam, la foi, la prophétie, le dîn et la charia, ainsi que les prescriptions de la charia.
Les enseignements fondamentaux de l’islam
(Série des sermons ou des vérités)
Cet ouvrage expose en détail l’essentiel de la foi, de l’islam, de la prière et du jeûne, de la zakat, du hajj et du jihad. La langue en est aussi simple que compréhensible pour tous. Il constitue une compilation des sermons successifs que le Maulana a prononcés sur ces sujets lors des sermons du vendredi.
Le système de vie islamique
Cet ouvrage met en lumière les principes et les règles islamiques dans les domaines politique, économique, social, spirituel et moral. Peu après la création du Pakistan, les allocutions radiophoniques successives que le Maulana prononça sur ces sujets furent rassemblées et publiées sous forme de livre. Cet ouvrage témoigne du fait que l’islam est un système de vie complet pour l’humanité.
Le voile et l’islam
Cet ouvrage constitue l’une des plus importantes contributions littéraires du Maulana. Dans ce livre, l’un des éminents penseurs islamiques du monde, le Maulana Sayyid Abul A‘la Maududi, a fermement pris la plume au sujet d’une question controversée de l’époque moderne. Dès le début de l’ouvrage, abordant les problèmes fondamentaux de la société humaine, il dit :
« La civilisation humaine est confrontée à deux problèmes majeurs et extrêmement complexes. Le progrès et le bien-être général de l’humanité dépendent de la résolution correcte de ces deux problèmes. C’est pourquoi les intellectuels et les esprits éclairés du monde entier sont préoccupés et perplexes quant à leur solution.
Le premier problème est de savoir comment doivent s’établir les relations entre l’homme et la femme dans la vie sociale. En réalité, il s’agit de la pierre angulaire de la civilisation ; s’il s’y trouve la moindre possibilité de déviation, l’édifice civilisationnel qui sera construit sur cette base sera nécessairement dévié.
Le deuxième problème concerne les relations individuelles et collectives de l’humanité. Si la moindre discordance subsiste dans l’harmonisation de ces deux aspects, l’humanité devra en subir l’amertume pendant longtemps. » Ensuite, le Maulana a brossé un tableau extrêmement douloureux de l’organisation sociale de la Grèce antique, de Rome et des pays de l’Europe chrétienne. En décrivant l’idée de liberté du XVIIIe siècle, il a présenté, comme conséquences inévitables, des exemples historiques de l’anarchie sexuelle (Sexual Anarchy), des maladies sexuellement transmissibles, de la débauche et de l’obscénité. Il a démontré, sur la base de données historiques, comment la société occidentale, incapable de déterminer la place véritable de l’homme et de la femme dans la société, progresse rapidement vers le suicide national. Après avoir fourni une analyse philosophique, naturelle, scientifique et psychologique des relations entre l’homme et la femme dans la société, il a exposé en détail l’organisation sociale islamique comme solution juste et durable à ce problème. Cet ouvrage a suscité un immense bouleversement dans le monde de la pensée.
Outre les ouvrages susmentionnés, ses livres intitulés « Le mouvement pour l’indépendance de l’Inde et les musulmans », « L’État islamique », « Islamic Law and Constitution », « L’islam et le contrôle des naissances », « Le califat et la monarchie », entre autres, revêtent également une très grande importance. Par ailleurs, plus d’une cinquantaine d’autres livres et ouvrages du Maulana sont diffusés dans le monde entier, et la plupart de ses œuvres ont jusqu’à présent été traduites dans près de quarante langues du monde.
L’influence du Maulana et de ses écrits dans d’autres pays
Inde
Parmi les pays situés en dehors du Pakistan où le message et la mission du Maulana Maududi ont exercé leur influence, l’Inde mérite une mention particulière. Le Maulana a commencé son œuvre dans l’Inde indivise et, après la partition, les personnes influencées par sa pensée et son programme poursuivent leur action par l’intermédiaire de l’organisation indienne de la Jamaat-e-Islami. Aujourd’hui, elles œuvrent sur la base du programme en quatre points suivant :
* Éradiquer les conflits communautaires.
* Réformer la société musulmane selon les principes islamiques et assurer une large diffusion et propagation du savoir religieux parmi ses membres.
* Influencer la classe instruite et talentueuse, développer ses aptitudes et l’employer à des activités constructives. En particulier, endiguer par des arguments et des preuves scientifiques le puissant courant de l’athéisme, du communautarisme, du socialisme et du communisme.
* Acquérir la capacité de rédiger des articles et de prononcer des discours en hindi et dans les autres langues régionales, afin de pouvoir diffuser le grand message de l’islam dans ces langues.
Leur travail se poursuit à une grande échelle et s’avère extrêmement prometteur.
Ceylan
Les musulmans instruits de Ceylan, en particulier les universitaires et les étudiants, influencés par les écrits de Maulana Maududi et par le mouvement islamique, œuvrent par l’intermédiaire de l’organisation MUSLIM BROTHERHOOD MOVEMENT. Ils propagent leur idéal au moyen de réunions hebdomadaires et de deux journaux. La classe commerçante de la région s’intéresse également beaucoup à cette cause. Ils ont traduit plusieurs ouvrages de Maulana Maududi en cinghalais. Cette organisation œuvre actuellement sous le nom de « Jamaat-e-Islami de Ceylan ».
Amérique
Depuis quelques années, les écrits du Maulana sont lus avec intérêt en Amérique. L’organisation des musulmans de Philadelphie, appelée « Muslim League », demande régulièrement les écrits du Maulana. Des commandes de ses ouvrages sont également envoyées depuis d’autres régions.
Il convient de souligner tout particulièrement qu’une véritable recherche est menée à l’Université McGill, au Canada, sur la pensée et la vision du Maulana Maududi. Ce travail est réalisé par le professeur Charles J. Adams. La Fondation Rockefeller lui a accordé une allocation de six mille dollars pour cette étude.
Ce travail est mené au sein de l’Institut d’études islamiques de l’université. Dans le cadre de cet institut, des recherches portent sur la conception politique du Maulana Maududi, ainsi que sur l’organisation et le programme de la Jamaat-e-Islami.
Le professeur Adams séjourna deux ans au Pakistan et rencontra le Maulana ainsi que ses collaborateurs. Il apprit également véritablement la langue ourdoue.
Pour ses recherches, l’ensemble des ouvrages du Maulana ainsi que tous les dossiers de Tarjuman-ul-Quran ont été rassemblés.
Il y a quelque temps, le Dr Adams adressa la lettre suivante au journal « Voice of Islam » de Karachi.
« L’année dernière, une institution américaine m’a demandé de rédiger un article. Cette institution s’intéresse à l’établissement de relations entre les différentes religions. Quoi qu’il en soit, j’ai consacré dans mon article une étude détaillée au Maulana Maududi. Un représentant de la Fondation Rockefeller assistait à la réunion au cours de laquelle j’ai présenté mon article. Après cette présentation, il est venu me voir et m’a demandé d’entreprendre des recherches sur la pensée politique du Maulana Maududi. Je vais maintenant consacrer un an à la rédaction d’un livre sur le Maulana Maududi. J’y examinerai tout particulièrement sa pensée concernant la formation d’un État islamique. »
Le quotidien de l’Université McGill, le « McGill Daily », fit le commentaire suivant :
« Parmi les trois ou quatre penseurs du monde moderne qui ont tenté d’établir un État moderne à la lumière de la conception traditionnelle de l’islam, Maulana Maududi est l’un d’eux. De ce point de vue, la vie de Maulana revêt une importance considérable. »
Influencé par les écrits de Maulana, un jeune converti à l’islam, hautement instruit, fonda en 1971 un parti islamique nommé The Islamic party of Narth America, en s’inspirant de la Jamaat-e-Islami du Pakistan. Les activités de ce parti sont extrêmement prometteuses. Il possède deux assemblées : la première, le Central Cuidance Council (Majlis-e-Choura central), et la seconde, le General Council (assemblée générale). Au nom du parti et en tant qu’organes porte-parole de l’islam, deux publications paraissent régulièrement : le mensuel Al-Islam (en anglais) et le bimensuel New trend.
Le fondateur et président actuel de ce parti, Yusuf Muzaffaruddin Hamid, déclare : « Pour comprendre la force vitale de la révolution islamique, il est absolument nécessaire d’étudier conjointement le Tafhim al-Qur’an de l’ustad Maulana Maududi et Fi zilal al-Qur’an du martyr Sayyid Qutb. »
Il va sans dire que les écrits de Maulana ont entraîné Yusuf Muzaffaruddin sur le chemin extrêmement ardu du mouvement islamique. Il déclare :
« Nous avons organisé notre Jamaat selon une méthode scientifique. Le parti comprend différents départements : l’éducation, la politique, les affaires étrangères, les publications littéraires, etc. Dans chaque département, des responsables instruits et des militants dévoués sont chargés d’accomplir leurs responsabilités de manière désintéressée. Nous accordons également une importance particulière à la formation des militants et à l’éducation des générations futures. Une organisation spéciale a été créée pour l’éducation des garçons et des filles. Nous avons aussi pris des dispositions pour qu’ils acquièrent une connaissance correcte de la religion islamique parallèlement au programme scolaire en vigueur. Nous sommes actifs dans vingt-deux États d’Amérique. »
Il convient de signaler qu’en 1969, Yusuf Muzaffaruddin se rendit au Pakistan et passa une semaine auprès de Maulana en tant que son hôte. Il eut avec Maulana de longues conversations pendant plusieurs jours, et celui-ci répondit de manière satisfaisante à ses diverses questions. Les ouvrages de Maulana, la constitution, les méthodes de travail et l’organisation de la Jamaat-e-Islami le séduisirent à tel point qu’il exprima le désir d’en devenir membre. Mais l’adhésion étant interdite aux ressortissants étrangers, il retourna dans son pays et fonda en 1971 le parti islamique en question.
Angleterre
Des commandes d’ouvrages de Maulana parviennent de plusieurs endroits d’Angleterre. Ceux-ci sont très demandés parmi les étudiants musulmans. Ils posent à Maulana diverses questions religieuses complexes. Pendant leur séjour à Londres, ils lui écrivent pour lui demander des solutions aux difficultés auxquelles ils sont confrontés.
Après avoir lu les livres de Maulana, certains musulmans résidant à Londres, inspirés et encouragés par l’idéal islamique, ont récemment établi dans ce pays une organisation de prédication islamique appelée « UK Islamic Mission ». Les musulmans expatriés à Londres nourrissent le désir ardent de voir un jour Maulana parmi eux. Dans ce but, ils l’ont invité à Londres, mais leur espoir ne s’est pas réalisé. En raison de diverses difficultés, il n’a pas été possible de dégager du temps pour ce voyage de Maulana.
Dans les années 1970, inspirés par la pensée de Maulana, les musulmans bengalophones de Londres ont fondé une organisation appelée « Dawat-ul-Islam » et poursuivent leur œuvre de diffusion de l’appel islamique. Des antennes de Dawat-ul-Islam ont également été établies dans diverses villes.
L’organisation accomplit également une œuvre digne d’éloge en dispensant un enseignement islamique aux enfants des Bengalis grâce à la création d’écoles primaires dans diverses villes.
Dans la ville de Leicester, un centre de recherche islamique appelé « Islamic Foundation » a été fondé autour des écrits et de la pensée de Maulana. Des penseurs islamiques et des chercheurs de divers pays poursuivent leurs travaux avec un plein dynamisme par l’intermédiaire de l’Islamic Foundation.
Allemagne
En Allemagne également, l’influence du message et de la mission de Maulana Maududi se fait nettement sentir. M. Eric Abdur Rahman Ruslar, vice-président de la communauté islamique de Hambourg, prit contact avec Maulana et lui demanda de lui envoyer ses livres.
Il informa Maulana que les habitants de cette région souffraient alors de quatre sortes de maux : l’agitation psychique, le désespoir total, la terreur et une extrême confusion dans le domaine de la pensée.
Maulana lui envoya tous ses livres traduits en anglais. Grâce aux efforts de M. Abdur Rahman, l’œuvre de prédication islamique se poursuit désormais avec une certaine ampleur en Allemagne.
Le travail de propagation de l’islam se poursuit également depuis le Centre islamique établi à Genève, où les livres de Maulana ont aussi été traduits. Quelques érudits allemands récemment convertis à l’islam se sont eux aussi attelés à la traduction des ouvrages de Maulana.
Maurice
L’un des collaborateurs de Maulana réside à Maurice, où il poursuit son travail de da‘wa. Il y enseigne dans une école, exerce également la fonction de khatib dans une mosquée, donne des cours de Coran et de hadith et édite un journal. Les progrès de son travail sont prometteurs.
Corée civile
Les jeunes d’ici étudient avec intérêt la littérature de Maulana.
En outre, à Burma, au Laos, aux Antilles, en Guyane britannique, en Amérique du Sud, à Pretoria, en Afrique du Sud, à Kano, au Nigeria, au Maroc, à Johannesburg et dans d’autres régions, la littérature de Maulana circule largement en ourdou, en arabe et en anglais.
La Société islamique de Pretoria a obtenu l’autorisation de traduire la littérature de Maulana en anglais.
Le gouvernement mauricien a désigné certains livres de Maulana comme manuels scolaires dans les écoles placées sous son autorité.
Il a déjà été dit que les écrits de Mawlana ont rencontré un accueil très favorable dans les pays arabes. Ils ont prévu de traduire les écrits de Mawlana en arabe, en anglais et dans d’autres langues européennes.
Japon
Parmi les peuples non musulmans d’Asie, le peuple japonais manifeste un ardent désir de trouver refuge à l’ombre bienfaisante de l’islam. Il considère avec dégoût l’impérialisme et l’hégémonie américains. Il n’éprouve pas le moindre attrait pour le christianisme. L’attrait de la religion shinto s’est dissipé pour lui. Sur le plan matériel, il jouit d’une grande aisance. Mais sa situation spirituelle le rend impatient et tourmenté. À ce jour, vingt-cinq mille Japonais ont embrassé l’islam.
Il va sans dire que tout cela est le fruit de l’influence des écrits de Mawlana. Dans les années 1960, un militant talentueux de la Jamaat-e-Islami du Pakistan se rendit au Japon afin d’y développer l’appel islamique. Grâce à ses efforts, un centre islamique fut établi à Tokyo. Les activités de prédication ainsi que la traduction des écrits de Mawlana en japonais commencèrent. L’élan islamique que l’on observe aujourd’hui parmi le peuple japonais est le résultat des écrits de Mawlana, qui touchent les cœurs, et des efforts du Centre islamique. La traduction japonaise du Tafhim al-Qur’an de Mawlana est également en cours. Un Pakistanais nommé Hussein Khan dirige ce centre.
Soudan
Au Soudan, une lutte ininterrompue entre l’islam et la mécréance, entre la vérité et le faux, se poursuit depuis trois décennies. Le mouvement islamique de ce pays demeure encore une force notable, ayant traversé diverses vicissitudes ainsi que des périodes d’essor et de déclin.
En 1950, les étudiants de l’université de Khartoum, au Soudan, se lancèrent les premiers dans le mouvement communiste, et la plupart des enseignants les rejoignirent. Mais les Ikhwan al-Muslimun et les écrits de Mawlana firent naître une nouvelle conscience chez les étudiants et formèrent un front puissant contre le communisme. Le Soudan accéda à l’indépendance en 1956 et, lorsque le mouvement islamique se répandit dans tout le pays, la population se mobilisa pour réclamer une Constitution islamique. En 1967, juste avant l’adoption de la Constitution islamique, un coup d’État militaire eut lieu dans le pays à la suite d’un complot étranger, et l’influence de la Russie commença à s’étendre partout. La persécution et la répression des dirigeants et des militants du mouvement islamique commencèrent.
Malgré tout, il ne fut pas possible d’effacer l’influence du mouvement islamique des esprits et des cœurs de la population. Le Dr Hassan Tourabi, l’un des dirigeants du mouvement, a été libéré après avoir passé de nombreuses années en prison, et le mouvement islamique devient progressivement plus puissant. [Un gouvernement islamique est désormais établi au Soudan. Il y a progressivement entrepris de mettre en application les lois de la charia. La jeunesse est prête à donner sa vie pour l’islam. — L’auteur]
Maulana Maududi est l’initiateur d’une mission internationale. Son programme s’étend de la réforme et de l’amélioration de l’individu à celles de l’État, puis de l’État à la réforme, à la libération et au bien de l’humanité tout entière. C’est pourquoi son message ardent est international et universel.
Comparé à tous les systèmes en vigueur dans la société humaine du monde moderne, Maulana Maududi a présenté l’islam comme un système de vie global. Il a également démontré sa supériorité sur tout autre système. Sa pensée exerce une influence considérable dans de nombreux pays non musulmans du monde. C’est pourquoi la traduction de ses ouvrages y a commencé. Des personnes réfléchies ont également entrepris des recherches approfondies à ce sujet.
Deuxièmement, il a brossé un tableau complet de la constitution islamique afin d’édifier un système étatique fondé sur les principes de l’islam. Son précieux ouvrage « Ismamic Law and Constitution » a été hautement loué par les milieux cultivés du pays et de l’étranger. Pour l’instauration d’une constitution islamique complète, il a mené au Pakistan, pendant huit ans, un mouvement populaire et a apporté des éclaircissements sur de nombreuses questions complexes et de détail. Il a fourni des réponses satisfaisantes à de nombreuses accusations ainsi qu’à des soupçons, craintes et appréhensions infondés. Ainsi, dans l’esprit populaire, la constitution islamique désignera un système fondé sur le Coran et la Sunna. Nous entendons également l’écho du mouvement en faveur de la constitution islamique dans d’autres pays musulmans, où des efforts sont déployés pour l’établir. Parmi les penseurs musulmans du monde actuel considérés comme des spécialistes du droit et des règles islamiques, Maulana Sayyid Abul A‘la Maududi occupe la première place.
Sa personnalité est aujourd’hui internationale. Il est notamment l’un des plus éminents penseurs du monde islamique. Le bref récit de son voyage au Moyen-Orient donné plus haut montre clairement qu’il porte la lumière de l’espoir du monde islamique et que sa pensée moderne constitue un immense patrimoine pour le monde musulman.
Maulana Maududi et le tasawwuf
Dans notre pays, il existe encore un certain nombre de personnes qui critiquent et combattent Maulana Maududi en affirmant qu’il est opposé au tasawwuf.
Parmi elles, certaines, nourrissant à l’égard du Maulana une haine injustifiée, veulent l’abattre avec l’arme de cette critique, tandis que d’autres tiennent ces propos par pure ignorance.
Maulana Maududi a consacré toute sa vie à la lutte pour l’établissement de la religion. Les persécutions et les oppressions qu’il a dû subir sur cette voie sont innombrables. Pourtant, malgré tout cela, il ne s’est jamais incliné, même un instant, devant le faux. Ceux qui s’opposent au Maulana en l’accusant d’être hostile au tasawwuf n’ont jamais manifesté une attitude combative dans la lutte pour l’établissement de la religion. Au contraire, tout en donnant de l’éclat aux apparences de la relation entre maîtres spirituels et disciples, ils ont fait alliance avec les forces du faux. Beaucoup d’entre eux se présentent, d’un côté, comme des maîtres initiateurs du « tasawwuf », de la « ma‘rifa » ou de la « ‘ilm al-bātin », et travaillent, de l’autre, comme soutiens et militants d’un parti politique dont tous les efforts et toutes les activités sont consacrés à s’opposer à l’islam. Ils ne considèrent pas cela comme répréhensible parce que, selon eux, la politique et l’islam sont deux choses distinctes. Cela montre que leur conception fondamentale de l’islam est erronée. Un musulman doit, dans tous les domaines et à tout moment de sa vie, suivre exclusivement les commandements d’Allah. Il lui est également impossible de croire qu’entre les quatre murs de la mosquée il obéira au commandement d’un seul Dieu, tandis que, dans la politique, le commerce, les affaires et les arts, il obéira au commandement d’un autre Dieu.
Le maître des maîtres, le vénérable Abd al-Qadir al-Jilani (que Dieu lui fasse miséricorde), a dit : Le tasawwuf est dérivé du mot musafat *******************. Il signifie libérer l’esprit et l’intellect de toutes les doctrines, tendances et conceptions contraires à l’islam. Il consiste à se purifier de l’amour et de l’affection, de la crainte et de la peur, de la servitude et de l’obéissance envers toute chose autre que Dieu. Se préserver du culte des passions, de la haine et de l’hostilité, de la convoitise et de l’avidité mondaines, de la médisance, des propos sur autrui, de l’orgueil et de la vanité, entre autres, fait également partie du but du tasawwuf. Les vénérables critiques devraient réfléchir à la mesure dans laquelle ils ont réussi à s’élever au-dessus de tout cela.
Maulana Maududi a formulé clairement la déclaration suivante au sujet du tasawwuf : Le tasawwuf ne désigne pas une seule chose. Au contraire, diverses choses ou notions ont été désignées par ce nom. Le tasawwuf que nous acceptons est une chose, tandis que celui que nous n’acceptons pas en est une deuxième. Quant au tasawwuf dont nous souhaitons la réforme et la rectification, il constitue encore une troisième chose.
Il existe une forme de tasawwuf qui était celle des soufis de la première période de l’islam, tels que Fudayl ibn Iyad, Ibrahim ibn Adham, Ma‘ruf al-Karkhi (que Dieu lui fasse miséricorde), entre autres. Elle ne possédait ni philosophie distincte ni méthode d’action particulière. Leurs pensées et leurs actes avaient pour source le Coran et la Sunna, et leur objectif et leur finalité étaient ceux mêmes de l’islam : la sincérité et le dévouement exclusifs envers Dieu.
******************************************
Il ne leur a été ordonné que ceci : adorer Dieu et, en se détournant de toute autre voie, Lui vouer exclusivement leur religion. — (Al-Bayyina, 5)
Nous reconnaissons la véracité de ce tasawwuf. Plus encore, nous voulons le faire revivre et le diffuser.
La deuxième forme de tasawwuf est celle dans laquelle se sont mêlés le spiritualisme grec, la doctrine platonicienne dépourvue de toute trace de désir charnel, ainsi que les philosophies zoroastrienne et védantique. Les méthodes des prêtres chrétiens et des ascètes hindous y ont été intégrées. Des conceptions et des pratiques polythéistes s’y sont infiltrées. La charia, la tariqa et la ma‘rifa s’en sont trouvées séparées les unes des autres. Au lieu de préparer l’être humain à assumer sa responsabilité de calife de Dieu sur terre, on le prépare à une tâche entièrement différente. Nous voulons réfuter ce tasawwuf. Selon nous, l’éradication de ce tasawwuf est aussi nécessaire à l’établissement de la religion de Dieu que l’éradication de la jahiliyya moderne.
Outre ces deux formes de tasawwuf, il en existe une autre dont il est établi qu’elle réunit les caractéristiques des première et deuxième formes. Divers grands savants de la religion, qui étaient érudits et dont les intentions étaient sincères, ont consigné la méthode de ce tasawwuf. Cependant, ils n’étaient pas affranchis des particularités de leur époque ni de l’influence des périodes antérieures. Ils ont déployé tous leurs efforts pour comprendre le véritable tasawwuf de l’islam et purifier sa méthode pratique de la souillure du tasawwuf jahilite. Malgré cela, leur vision subissait dans une certaine mesure l’influence de la philosophie du tasawwuf jahilite, et leurs méthodes d’action celle de certaines méthodes extérieures. Ils pensaient que ces éléments n’étaient pas contraires aux enseignements du Coran et de la Sunna. Ou, à tout le moins, ils estimaient qu’on ne pouvait les considérer comme contraires qu’au moyen d’interprétations et d’analyses. En outre, le but et l’aboutissement de ce tasawwuf diffèrent plus ou moins du but de l’islam et de l’aboutissement qu’il souhaite. Il n’a manifestement pas pour objectif de préparer chaque être humain à assumer sa responsabilité morale, et le Coran ****************
Cela signifie : « afin que vous soyez témoins pour les hommes » (Al-Baqara, 143). Son objectif n’est pas non plus d’enseigner ce que ces paroles indiquent. Bien plus, ce troisième type de tasawwuf n’a pas non plus pu aboutir à former des gens capables de comprendre pleinement le dîn, d’être impatients d’œuvrer à l’établissement du dîn et de se montrer aptes à cette tâche. Nous n’acceptons pas entièrement ce troisième type de tasawwuf, mais nous ne voulons pas non plus le réfuter totalement. Nous demandons plutôt à ses adeptes et à ses défenseurs de bien vouloir, tout en conservant intacte leur foi et leur respect envers les grandes personnalités, examiner ce tasawwuf d’un œil critique à la lumière du Coran et de la Sunna, et s’efforcer de le réformer. En outre, si quelqu’un critique un aspect de ce tasawwuf parce qu’il le voit contraire au Coran et à la Sunna, que son opinion soit acceptée ou non, il ne faut au moins pas lui refuser le droit de critiquer ni le réprimander injustement à ce titre.
Le Maulana était-il opposé au tasawwuf ?
À ce sujet, le célèbre écrivain et journaliste Abed Nizami a livré quelques propos. Il dit :
C’était en 1950. Le Maulana Sayyid Abul Ala Maududi donnait alors chaque dimanche, à partir de neuf heures du matin, un dars du Coran dans une mosquée située derrière l’hôtel de Lahore, sur Fateh Muhammad Road. Une foule nombreuse s’y rassemblait. J’avais alors quinze ou seize ans. Mon milieu familial était entièrement influencé par le tasawwuf. J’entendais dire que le Maulana Maududi était opposé au tasawwuf et aux soufis. Il était donc tout à fait normal que je n’éprouve pour un tel homme ni attirance ni affection.
Un jour, je me rendis à son dars, poussé par je ne sais quelle inspiration. Depuis chez moi, j’avais écrit cette question sur un morceau de papier et l’avais emportée : « Veuillez me dire pourquoi vous vous opposez au tasawwuf ? »
Le morceau de papier passa de main en main entre plusieurs personnes avant de parvenir au Maulana. Le Maulana répondit : « En réalité, c’est une grande calomnie portée contre moi que de dire que je suis opposé au tasawwuf. J’ai répété à maintes reprises dans mes différents articles que, pour moi, le tasawwuf signifie la purification de l’âme et qu’il constitue l’esprit, ou la force vitale, du dîn. Dans le saint Coran, cela est appelé “tazkiya” et “hikma”. Dans le hadith, on lui a donné le nom d’“ihsan”. Dès lors, comment un musulman pourrait-il s’opposer à une chose attestée par le Coran et le hadith ? Certes, je ne soutiens absolument pas un tasawwuf qui n’a aucun rapport avec la charia islamique. Les soufis de l’islam se sont eux aussi opposés à ce genre de tasawwuf. En réalité, suivre l’“uswa hasana” du Messager avec une intention sincère et un amour parfait, voilà ce qu’est le tasawwuf. »
À travers cette réponse claire du Maulana, je compris que son explication du tasawwuf, formulée de manière simple et limpide, avait profondément marqué mon esprit.
À partir de ce moment, je continuai d’assister à son dars. Je participais également aux réunions qui se tenaient après la prière d’Asr dans la cour attenante à sa maison, au 5/A Jaildar Park. Un jour, je dis au Maulana : « Maulana, j’ai rêvé que vous me donniez le livre “Zabt-e Wiladat” (le contrôle des naissances) en me demandant de le lire. »
Le Maulana demanda : « Avez-vous lu ce livre ? »
Je répondis : « Oui, effectivement. »
Le Maulana dit : « Alors, après votre mariage, mettez-le en pratique. »
En 1967, je fus muté à Rawalpindi. Un soir, j’allai au dispensaire Hamdard, situé sur Murree Road, avec mon enfant malade âgé de six ou sept mois. Avant même de traverser la route pour me rendre au dispensaire, je vis le Maulana en sortir après avoir accompli la prière du maghrib à Chandni Chowk. Je m’approchai et le saluai. Il demanda : « Que faites-vous donc ici ? » Je répondis : « Maulana, j’ai été muté ici. L’enfant est gravement malade, c’est pourquoi je suis venu chercher des médicaments. »
Le Maulana caressa l’enfant. Puis, avec une grande tendresse, il récita quelques paroles et souffla sur lui.
Je plaisantai quelque peu : « Maulana, vous pratiquez donc aussi les incantations guérisseuses ? »
Le Maulana répondit : « Oui, bien sûr que je le fais. Des soufis comme vous me font gratuitement passer pour un “wahhabite”. »
Quoi qu’il en soit, je rentrai directement chez moi. Ma femme demanda : « Où sont les médicaments ? » Je lui racontai tout ce qui s’était passé. À présent, si Dieu le veut, il guérira sans médicaments — et c’est effectivement ce qui arriva.
Depuis lors, ma relation avec le Maulana n’a cessé de s’approfondir.
Un événement des années soixante-dix. À 5/A Zaildar Park, l’assemblée de l’après-midi battait son plein. Le Maulana répondait à la question d’un homme. C’est alors qu’un jeune homme se présenta, un couteau tranchant à la main, le posa sur la table devant le Maulana et se mit à lui demander pardon d’une voix pleine de larmes. On apprit que ce jeune homme, après avoir entendu à Lyallpur (l’actuelle Faisalabad) un discours terriblement incendiaire contre le Maulana prononcé par un maulvi, était venu pour le tuer. Mais, à la vue du visage lumineux du Maulana et après avoir entendu sa conversation captivante, il fut à ce point séduit qu’il se mit, au contraire, à insulter ce même maulvi.
Tous ceux qui assistaient à l’assemblée étaient stupéfaits, les yeux écarquillés d’étonnement. Le Maulana lui pardonna de bon cœur. Le jeune homme quitta l’assemblée repentant et profondément transformé.
Un jour, quelqu’un demanda : « Maulana, le Jour de la Résurrection, lorsque vous vous tiendrez devant le Maître, quelle œuvre méritoire pourrez-vous alors présenter ? »
Le Maulana répondit d’une voix tremblante : « Une œuvre méritoire ? Non, non… Ce jour-là, je resterai de tout cœur dans l’espoir de Sa miséricorde particulière. S’Il accepte, dans Son infinie miséricorde, l’une de mes œuvres, ce sera une faveur toute spéciale de Sa part. »
Un jour, lors de cette assemblée de l’après-midi, un jeune homme déclara avec beaucoup d’agitation : « Maulana ! Certaines personnes répandent contre vous des calomnies si terribles qu’elles donnent la chair de poule. Certains maulvis vont même jusqu’à calomnier les membres de votre famille depuis le minbar et le mihrab des mosquées. Pourquoi ne poursuivez-vous pas ces gens en justice pour diffamation ? »
Le Maulana répondit : « Soyez tranquille, j’ai déjà intenté contre eux une action devant une si haute cour qu’ils ne pourront en aucun cas échapper à leur sort. Ce jour n’est plus très loin : le jour où leurs prières et leurs jeûnes me reviendront en partage. »
Réforme et rectification spirituelles
Maulana Maududi fait le commentaire suivant au sujet de la réforme spirituelle dans Tafhim al-Qur’an :
« … Comprenez bien ceci : la réforme extérieure ne doit en aucun cas prendre le pas sur la réforme et la rectification spirituelles. En premier lieu, efforcez-vous de vous transformer en véritable musulman à l’épreuve du Coran. Ensuite, poursuivez les changements extérieurs dans la mesure exacte où les changements intérieurs s’opéreront. Sinon, si, en vous contentant de suivre des règles et des méthodes, vous donnez à votre apparence extérieure la forme qui est présentée dans les ouvrages de hadith et de fiqh comme étant l’apparence d’un homme pieux, alors même que la véritable taqwa ne s’est pas développée, votre exemple sera semblable à celui d’une monnaie de cuivre sur laquelle aurait été apposée l’empreinte d’une pièce d’or. Apposer l’empreinte d’une pièce d’or n’est pas une tâche difficile. Vous pouvez très facilement le faire sur un matériau aussi bon marché que vous le souhaitez. Mais produire une monnaie véritable est une tâche difficile. Cette qualité s’acquiert au terme de longues années de travail et de raffinage. Malheureusement, dans notre pays, on accorde depuis quelque temps une importance extraordinaire à l’apparence extérieure. Il en résulte que des pièces de cuivre, de fer, de plomb et de tous les métaux les plus vils, portant l’empreinte de pièces d’or, se sont mises à circuler. Le marché du monde réel est tellement actif dans ses transactions commerciales qu’il ne tolérera pas longtemps la tromperie de cette fausse monnaie. Pendant un certain temps, les fausses pièces d’or ont circulé, mais aujourd’hui elles ne valent plus un sou sur le marché. Par conséquent, le type de religiosité que nous devons faire naître parmi nous exige que, plutôt que de nous contenter d’apposer l’empreinte d’une pièce d’or, nous nous efforcions de devenir nous-mêmes de véritables pièces d’or. »
Au lieu de combattre dans le monde extérieur ceux qui se rebellent contre Dieu, soumettez le rebelle qui réside en vous et vous pousse constamment à agir contre la loi de Dieu et Sa volonté. Si ce rebelle, nourri en vous, exerce sur vous une influence telle qu’il parvient à vous faire accepter ses exigences contre l’agrément d’Allah, alors déclarer la guerre aux ennemis extérieurs n’aura plus aucun sens. C’est exactement comme si, tandis qu’une bouteille d’alcool se trouvait dans la maison, on faisait la guerre aux buveurs de l’extérieur. Cette contradiction est extrêmement dangereuse pour notre mouvement. Commencez par vous incliner vous-même devant Dieu. Ensuite seulement, exigez des autres qu’ils Lui obéissent. »
La relation avec Allah
Parmi les conseils que Maulana Maududi adressait à ses collaborateurs figurent les recommandations suivantes concernant l’établissement d’une relation avec Allah :
Selon la description du Noble Verbe concernant la portée de l’établissement d’une relation avec Allah, il apparaît que la vie, la mort, l’adoration, la dévotion, le sacrifice et toute chose dans la vie de l’être humain doivent être exclusivement consacrés à Allah.
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« Avec un dévouement total, consacrerez votre système de vie, ou votre religion, exclusivement à Allah le Très-Haut et n’obéirez qu’à Lui. » – (Al-An’am, 162)
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Hazrat Rasul Karim (S.A.W.) a expliqué cette question en détail à plusieurs reprises, de sorte qu’aucun aspect de sa signification, de sa portée, etc., ne soit resté obscur.
Le vénérable Prophète (S.A.W.) a expliqué cette question en détail à plusieurs reprises, de sorte qu’aucun aspect de sa signification, de sa portée, etc., ne soit resté obscur.
L’examen des paroles du vénérable Prophète (S.A.W.) montre que le sens de l’établissement d’une relation avec Allah ************************************* est de Le craindre dans toutes ses actions, en secret comme en public (Al-Hadith). En outre, c’est placer davantage sa confiance dans la puissance majestueuse d’Allah que dans ses propres moyens et capacités.
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et de s’exposer à l’aversion des gens afin de satisfaire Allah
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(Al-Hadith)
L’état totalement opposé consiste à s’attirer le mécontentement d’Allah Ta‘ala afin de gagner la satisfaction des gens.
Puis, lorsque ce lien et cette relation se renforceront progressivement jusqu’à atteindre un état où l’amitié, l’hostilité, les transactions et toute autre chose avec autrui ne seront accomplis que pour Allah, sans que l’influence de ses propres désirs, penchants, intérêts ou aversions ne subsiste ne serait-ce qu’un instant, il faudra alors comprendre que sa relation avec Allah est devenue parfaite.
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Celui qui aime uniquement pour Allah, manifeste de l’hostilité uniquement pour Allah, donne quelque chose à quelqu’un uniquement pour Allah et cesse de lui donner quelque chose uniquement pour Allah, celui-là a parachevé sa foi. (Abû Dâwûd)
Comment déterminer sa relation avec Allah Ta‘ala
Maulana Maududi a également expliqué très clairement, dans ses exhortations, comment on peut mesurer sa relation avec Allah. Il dit :
Comment saurons-nous donc si notre relation et notre lien avec Allah Ta‘ala se renforcent ou s’affaiblissent ? Pour répondre à cette question, je veux vous dire qu’il n’est pas nécessaire, pour en prendre conscience, de recevoir en rêve une « bonne nouvelle », ni d’obtenir un kashf ou une karâma. Il n’est pas nécessaire non plus de rester allongé dans une pièce obscure à attendre une « illumination ». Allah Ta‘ala a Lui-même placé dans le cœur de chaque croyant le moyen nécessaire pour mesurer cette relation. Vous pouvez la mesurer et la vérifier à votre gré, pendant la journée et à l’état de veille. Examinez votre vie, vos efforts et toutes vos pensées, vos convictions et vos inclinations. Après avoir établi vos comptes, comparez-les à l’engagement qui vous lie à Allah et voyez dans quelle mesure vous l’avez respecté. À l’égard des dépôts confiés par Allah Ta‘ala, vous n’avez de droit que celui d’un dépositaire. Vous devez donc absolument vous demander si vous n’avez commis aucune forme de trahison à leur égard. Quelle part de votre temps, de votre travail, de vos compétences, de vos capacités, de vos biens et de vos richesses est dépensée conformément aux prescriptions d’Allah Ta‘ala ? Et quelle part est employée dans d’autres voies ? Dans quelle mesure vous irritez-vous et vous mettez-vous en colère lorsque vos intérêts ou votre état d’esprit sont heurtés ? Observez aussi cette situation : lorsque la rébellion est proclamée contre Allah Ta‘ala, quelle est alors la nature et l’intensité de votre propre colère, de votre douleur, de votre inquiétude et de votre trouble ? Vous pouvez également poser beaucoup d’autres questions à votre cœur et à votre conscience. Chaque jour, à partir des réponses recueillies à ces questions, vous pourrez comprendre si vous avez ou non une relation et un lien avec Allah Ta‘ala. Si vous en avez une, dans quelle mesure existe-t-elle, et se renforce-t-elle ou diminue-t-elle progressivement ? Abstenez-vous de chercher à recourir à des moyens surnaturels tels que la bashârat, le kashf-karâmat, les anwâr ou les tajalliyât. En réalité, au milieu de la diversité trompeuse de ce monde matériel, il n’existe pas de kashf plus grand que la compréhension de la véritable essence du tawhîd. Face aux tentations et aux intimidations de Satan et de ses suppôts, il n’existe pas de karâma supérieure au fait de rester fermement établi sur la voie simple de la vérité. Voir la lumière de la vérité au milieu des ténèbres épaisses de la mécréance, de la perversité et de l’égarement, ou apercevoir une quelconque « lumière » pour la suivre, n’a rien de particulièrement remarquable. Pour les croyants, le meilleur moyen d’obtenir la plus excellente bonne nouvelle consiste à accepter Allah Ta‘ala comme son propre Seigneur et Soutien, à rester fermement attaché à cette conviction et à suivre Ses commandements.
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Certes, ceux qui ont dit : « Allah est notre Seigneur », puis sont restés fermes dans cette conviction, les anges descendent sur eux en disant : « N’ayez pas peur et ne soyez pas affligés ; recevez la bonne nouvelle du Paradis qui vous a été promis. » (Hâ-Mîm as-Sadjda-30)
Si ce qui a été dit précédemment n’est pas le véritable tasawwuf, alors qu’est-ce donc que le tasawwuf ? Maulana Maududi ne s’est pas contenté de donner tous ces conseils à ses compagnons de travail. Il a mis en pratique, dans sa propre vie, chacun de ses précieux conseils.
Les précieux conseils de Maulana Maududi concernant la réforme et la rectification spirituelles sont consignés dans un ouvrage intitulé « Hidayat ».
Le message de Maulana Maududi
Mon message aux musulmans est qu’ils doivent comprendre profondément et assumer la responsabilité qui leur incombe du fait qu’ils sont musulmans. Vous ne serez pas acquittés de votre devoir en disant simplement : « Nous sommes musulmans, nous avons accepté Allah et Sa religion. » Au contraire, dès lors que vous avez accepté Allah comme votre Seigneur et Sa religion comme votre religion, certaines responsabilités vous incombent également ; vous devez en avoir conscience et réfléchir à la manière de les assumer. Si vous ne les assumez pas, vous n’échapperez pas à leurs terribles conséquences, ni dans ce monde ni dans l’Au-delà. Quelles sont ces responsabilités ? Elles ne consistent pas seulement à croire en Allah, en Ses anges, en Ses Livres, en Ses prophètes et en l’Au-delà. Elles ne consistent pas non plus seulement à accomplir la prière, à jeûner, à accomplir le pèlerinage et à s’acquitter de la zakat. Elles ne consistent même pas uniquement à respecter, dans les questions de mariage, de divorce, d’héritage et autres, les règles prescrites par l’islam. En plus de tout cela, une responsabilité immense et extrêmement importante vous incombe. Elle consiste à vous tenir devant le monde entier pour témoigner de la vérité en laquelle vous avez cru. Le seul objectif de la création d’une communauté permanente appelée « musulmans », énoncé dans le Noble Coran, est que vous présentiez pleinement le témoignage de la vérité aux êtres humains.
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« Et Nous avons fait de vous une communauté du juste milieu, afin que vous soyez témoins de la religion d’Allah auprès des gens et que le Messager soit témoin de la religion d’Allah auprès de vous. » (Al-Baqara-143)
Tel est le véritable objectif de votre maintien permanent en tant qu’oumma. Si vous ne l’accomplissez pas, toute votre vie sera vouée à l’échec. Telle est l’obligation prescrite par Allah qui vous incombe. Car Son commandement-
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Ô croyants, soyez fermes pour Dieu et témoins de la vérité. » (An-Nisâ’ 135)
Ce n’est pas là un simple commandement d’Allah le Très-Haut ; il a au contraire été instamment prescrit.
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« Qui donc est plus injuste que celui qui détient un témoignage venant d’Allah et le dissimule ? » (Al-Baqara 140)
Ensuite, Allah le Très-Haut vous a également indiqué quelles pourraient être les conséquences du manquement à ce devoir. Avant vous, les Juifs avaient été placés à la barre des témoins. Mais ils dissimulèrent une partie de la vérité et témoignèrent contre une autre partie. En somme, au lieu de témoigner en faveur de la vérité, ils devinrent témoins du mensonge. Il en résulta qu’Allah les humilia et les maudit.
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« Ils furent accablés par l’humiliation et la pauvreté, et devinrent la proie du feu de la colère d’Allah. » (Al-Baqara 61)
La responsabilité de témoigner qui vous a été confiée signifie que vous devez témoigner devant le monde de la vérité qui vous est parvenue et qui vous a été révélée, ainsi que de la véracité de la voie indiquée pour le bien et le salut de l’humanité. Un tel témoignage doit faire apparaître clairement sa civilisation et établir pleinement, devant les habitants du monde, l’authenticité de la religion. Ce témoignage ne peut être que de deux sortes : l’un théorique et l’autre pratique. La méthode du témoignage théorique consiste à mettre en lumière, par nos discours et nos écrits, la vérité qui nous est parvenue par l’intermédiaire des prophètes (sur eux la paix). Nous adopterons tous les moyens propres à la faire comprendre aux gens et à l’enraciner dans leurs cœurs. Nous utiliserons tous les moyens possibles dans les activités de transmission, d’appel et de prédication. À l’aide de tous les moyens et ressources que les sciences et les connaissances ont rassemblés, nous rendrons lumineuse aux yeux du monde la doctrine religieuse prescrite par Allah. Nous analyserons en détail tout ce que cette « religion » a présenté comme orientation pour l’être humain dans les idées et les croyances, la morale, la civilisation et l’organisation sociale, les moyens de subsistance et les transactions, les lois et le système judiciaire, la politique et la gouvernance de l’État, ainsi que dans les différents domaines des relations internationales. Nous en démontrerons la véracité par l’argumentation, le raisonnement et les preuves, et nous exposerons, par une critique raisonnée de tout ce qui lui est contraire, l’ampleur du mal qui s’y trouve. Ce témoignage verbal ne pourra jamais porter ses fruits tant que l’ensemble de la communauté ne se sera pas préoccupé collectivement de guider l’humanité comme les prophètes s’en préoccupaient individuellement. Pour le rendre effectif, il faut faire de cette tâche le thème central de tous nos efforts et de notre lutte nationale. Nous devons y consacrer toutes les forces de nos esprits et de nos intelligences, ainsi que tous les moyens et toutes les ressources dont nous disposons. Toutes nos activités devront être orientées vers cet objectif, et nous ne tolérerons en aucune manière que se manifeste parmi nous quoi que ce soit qui témoigne contre la vérité.
Reste maintenant le témoignage pratique. Cela signifie que nous devons mettre en œuvre dans la vie réelle tous les idéaux que nous avons reconnus comme vrais. Le monde ne doit pas seulement entendre de nos bouches de grands discours sur leur véracité. Il doit au contraire pouvoir voir de ses propres yeux leur beauté et leurs bénédictions dans notre vie concrète. Il doit pouvoir goûter, dans notre conduite et notre comportement, la douceur que la foi fait naître dans le caractère humain. Il doit pouvoir constater par lui-même quels hommes intègres la religion peut former, quelle civilisation pure et saine elle peut faire naître, avec quelle harmonie les sciences, les connaissances et les arts littéraires peuvent s’épanouir, quelle coopération économique juste, compatissante et universellement admise peut se manifester, et comment chaque aspect de la vie individuelle et collective peut être réformé, organisé et rendu bénéfique. Ce témoignage ne pourra être efficace que lorsque nous serons, individuellement et au niveau national, l’incarnation du témoignage de la véracité de notre religion. Le caractère de chacun de nous en apportera la preuve ; nos foyers seront remplis de son parfum ; nos magasins, nos ateliers et nos usines seront illuminés par sa lumière. Nos institutions et nos établissements d’enseignement rayonneront de son éclat. La littérature et le journalisme porteront le certificat de sa beauté. Notre politique nationale et l’ensemble de nos efforts en seront l’exemple éclatant de la véracité. En somme, partout où et chaque fois que nous entrerons en contact avec un individu ou une nation, notre caractère individuel et national devra démontrer clairement que les idéaux dont nous proclamons la vérité sont réellement vrais et que c’est grâce à eux que la vie humaine devient véritablement belle dans tous ses aspects, excellente et pleinement accomplie. Je voudrais en outre préciser que ce témoignage ne pourra atteindre sa perfection que lorsqu’un État sera établi sur le fondement de ces idéaux. Alors cet État mettra pleinement en œuvre la religion et entreprendra, par la justice, son programme de réforme. Par sa bonne gouvernance, la paix et la sécurité, le bien-être et le progrès de la population, la pureté et la probité de ses dirigeants, une noble politique intérieure, une politique étrangère fondée sur la justice, des guerres nobles et des traités fiables, il démontrera au monde que la « religion » qui lui a donné naissance est véritablement le symbole du bien de l’humanité et que le bien de l’humanité réside dans sa mise en pratique. Lorsque ce témoignage s’unira au témoignage théorique, que la responsabilité confiée à la nation musulmane sera pleinement assumée, alors la preuve aura été établie contre l’humanité et la communauté musulmane tout entière aura acquis une telle compétence qu’elle pourra se tenir debout au tribunal de l’Au-delà, après le Noble Prophète (sur lui la paix), et témoigner : le message que le Prophète (sur lui la paix) nous avait transmis, nous l’avons également transmis aux autres. S’ils ne sont toujours pas revenus sur le droit chemin, ils en seront eux-mêmes responsables.
Ainsi, mon message est exactement celui qu’Allah Très-Haut a transmis par la bouche de Son Prophète (sur lui la paix) :
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« Venez, adoptons une parole commune entre nous et vous : nous n’adorerons qu’Allah, sans rien Lui associer, et nous ne prendrons aucun d’entre nous pour seigneur en dehors d’Allah. » (La Famille d’Imran, 3:64)
Nous sommes tous les serviteurs d’un Dieu unique, les disciples d’un même Messager, les croyants en un même Livre, et une même qibla est notre centre et le but de notre retour. Convenons donc de ceci : dans ce monde, nous ne servirons personne en dehors d’Allah, nous n’accepterons aucune loi autre que la Sienne et nous ne permettrons à aucun ordre autre que le Sien de s’imposer ici-bas.
La pensée de Maulana Maududi sur le système éducatif
Dans notre histoire, Sir Sayyid Ahmad apparut, en réponse aux exigences de son époque, avec un projet éducatif. Par la suite, les résultats bons et mauvais des objectifs temporaires que ce projet poursuivait apparurent également. Mais après la partition de l’Inde en 1947, le Pakistan fit son apparition en tant qu’État indépendant. Dès lors, toutes les raisons de maintenir ce projet pour une nation et un État indépendants avaient disparu. Il n’était désormais plus du tout adapté à une nation indépendante.
Peu avant l’indépendance de ce sous-continent, on entendit pour la première fois un appel vigoureux en faveur d’une véritable révolution de l’éducation, du point de vue de l’islam. C’était la voix de Maulana Sayyid Abul A‘la Maududi. Ce ne fut pas seulement un appel : par ses nombreux articles et discours, Maulana Maududi nous a progressivement laissé une abondante documentation sur un plan éducatif global, un programme pratique pour sa mise en œuvre, les programmes d’études et bien d’autres sujets.
Maulana a tant écrit sur une véritable réforme du système éducatif islamique qu’il n’est pas possible d’examiner ici toutes ces discussions. Nous en présentons toutefois ici brièvement la perspective centrale. Il dit :
« Il est désormais devenu indispensable d’abolir les deux systèmes éducatifs opposés qui sont jusqu’à présent en vigueur chez nous. Autrement dit, il faut supprimer à la fois l’ancien enseignement religieux établi sous la domination anglaise et le système d’éducation moderne. À la place de ces deux systèmes éducatifs, il faut instaurer un nouveau système qui, d’une part, soit exempt de toutes les erreurs et déficiences du passé et qui, d’autre part, puisse répondre à tous les besoins désormais indispensables pour nous en tant que nation musulmane, nation indépendante et nation aspirant au développement. »
En lançant cet appel à la révolution éducative, Maulana a exposé clairement, dans plusieurs de ses articles, la structure du système éducatif islamique souhaité ainsi que ses principes fondamentaux. Toutefois, avant d’expliquer les principes de l’éducation islamique, Maulana a présenté une conception juste et claire de l’être humain, de sa philosophie de la vie et de la nature de l’univers, entre autres, car c’est seulement sur cette conception claire et juste que peut être posée la première pierre du système éducatif islamique. Puis, dans son exposé de la philosophie de l’éducation, il a expliqué la véritable définition de la connaissance et sa véritable source.
En exposant le but de l’éducation, il accorde la plus grande importance à la formation du caractère. Il dit que le but de l’éducation est la purification de l’âme. Si le caractère de l’être humain n’est pas noble, il ne peut s’instaurer un juste équilibre dans la société. Puisque l’être humain est le représentant de Dieu, la meilleure manière d’occuper cette fonction éminente consiste à développer, dans son caractère et sa conduite, les qualités dont le véritable détenteur est son Seigneur et Créateur, Allah, le Seigneur des mondes. Son caractère doit nécessairement posséder des qualités telles que l’affection et la compassion, la bonté et la générosité, la droiture, la justice et l’équité.
Dans son ouvrage « Ta‘limat » (Le système éducatif : perspective islamique), le Maulana dit : « Dans notre système éducatif, nous devons accorder davantage d’importance à la formation morale qu’à la formation intellectuelle.
Il considère également le développement des aptitudes et des talents latents comme l’un des objectifs de l’éducation. Il dit en outre que le premier objectif de l’éducation est de parvenir à la véritable connaissance de Dieu. Ensuite, le développement de ses aptitudes et de ses talents doit être tel qu’il puisse être considéré comme une ressource bénéfique pour la société.
Le Maulana dit que l’éducation est le moyen par lequel se manifeste une civilisation et une culture. Le but de l’éducation n’est pas seulement de maintenir cette culture vivante, mais aussi de la transmettre aux générations futures.
Il dit que l’objectif de notre système éducatif devrait être de favoriser le progrès de la vie sur la base de la doctrine et des objectifs qui la régissent. C’est précisément dans ce but que les nations vivantes établissent leur propre système éducatif pour l’avenir.
La formation au leadership
Le Maulana dit que l’objectif de l’éducation est de former des personnes capables d’acquérir, à l’époque moderne, l’aptitude à diriger correctement le monde conformément aux principes fondamentaux du Dîn al-Haqq. En d’autres termes, l’un des objectifs essentiels de l’éducation est de former d’excellents citoyens afin qu’ils soient capables d’assumer la direction du monde. Une nation dont l’objectif est de diriger le monde organise son système éducatif de manière à atteindre cet objectif.
Des recherches ont commencé dans différents milieux sur la politique éducative de Maulana Maududi. Le professeur Muhammad Husain, de l’organisme « Éducation et recherche » de l’Université du Pendjab, a rédigé un long article intitulé « La pensée du Maulana en matière d’éducation », qui a été publié sous forme de livre par l’Association de recherche et de publication de Lahore. Cet article érudit a été vivement apprécié par les spécialistes de l’éducation et les intellectuels passionnés par ce domaine.
Le Maulana au sujet du système éducatif du Pakistan
Même plusieurs années après que le Pakistan eut acquis son existence en tant qu’État indépendant fondé sur un idéal, son système éducatif resta exactement tel qu’il était à l’époque britannique, durant la période de servitude. Aucun effort ne fut entrepris pour instaurer, à la place du système éducatif conçu par des dirigeants étrangers et d’une autre nation, un système éducatif pakistanais fondé sur ses propres idéaux. Pourtant, toute la nation avait profondément ressenti que, parmi toutes les dispositions à prendre pour concrétiser ses espoirs et ses aspirations, la priorité absolue devait être accordée à son propre système éducatif national. Mais les dirigeants demeurèrent attachés aux vestiges laissés par les maîtres partis. La structure du système éducatif resta exactement la même qu’auparavant ; pire encore, en tentant de la réformer quelque peu, on la rendit davantage délabrée et totalement contraire à l’idéal national.
Lors de la conférence annuelle de la Jamiat-e-Talaba islamique de tout le Pakistan, tenue à Lahore le 25 décembre 1952, Maulana Maududi prononça un discours extrêmement important et instructif sur le système éducatif. Il y exposa de manière argumentée les défauts et les lacunes du système éducatif en vigueur, sa gravité ainsi que ses conséquences empoisonnées, puis présenta brièvement les grandes lignes d’un système éducatif adapté au Pakistan. Son discours historique fut publié sous forme de brochure. Nous en citons ci-dessous quelques extraits :
Un système éducatif sans Dieu
Dans les matières enseignées selon le système éducatif moderne, il n’y a aucune trace de l’islam. Et il ne peut guère en être autrement. Dans la mesure où ces disciplines se sont développées en Europe, elles ont été dirigées par des individus rebelles à Dieu. Les religieux qui n’y subsistaient alors que de nom avaient été évincés depuis longtemps du champ de la réflexion et de la pratique spirituelle. C’est pourquoi des hommes de cette sorte ont pris la direction de tous les domaines, tels que la philosophie, l’histoire et la sociologie. Même s’ils n’étaient pas athées, ils ne ressentaient pas, dans leur vie concrète, le besoin de reconnaître l’obéissance à Dieu. Les disciplines et les ouvrages que les Anglais avaient importés et introduits dans ce pays continuent jusqu’à aujourd’hui d’être enseignés chez nous. Ceux qui étudient selon ce système éducatif moderne se sont naturellement et inconsciemment éloignés peu à peu, dans leur esprit, de la religion islamique, de la vision islamique et de ses règles de conduite. Ils n’y sont pour rien, ni par leur volonté, ni par leur intérêt, ni par leurs efforts. Ainsi, si un homme a étudié toutes sortes de disciplines depuis le premier jour de sa vie scolaire jusqu’à son dernier instant, s’il a acquis toutes les connaissances du monde, mais qu’il n’y trouve nulle part, d’un bout à l’autre, une vision religieuse ou divine, comment la foi en Dieu pourrait-elle naître dans son cœur ? Si ses manuels ne mentionnent nulle part Dieu, il étudiera l’histoire sans y trouver que Dieu seul, et nul autre, détermine le destin de la vie humaine ; dans la philosophie qu’il étudiera, le Créateur de l’univers ne sera nullement nécessaire pour percer le mystère de la foi ; il étudiera les sciences sans qu’y soit mentionnée nulle part, dans l’ensemble du monde, l’existence d’un Créateur ingénieux et du plus éminent directeur et administrateur. Quelles que soient les disciplines qu’il étudie — le droit, la science politique, l’économie et autres —, il n’y trouvera nulle part la moindre mention de la question de savoir si le Créateur de l’humanité a prescrit ou non une voie pour leur manière de vivre. Au contraire, le principe fondamental de toutes les disciplines est que l’être humain a lui-même le droit de déterminer son mode de vie et que nul autre ne possède un tel droit ni un tel pouvoir.
Il n’est nul besoin de dire à une personne ayant reçu une éducation de cette sorte : « Tu dois nier Dieu. » Puisqu’elle devient, à son insu, totalement insouciante et indifférente à l’égard de Dieu, qu’est-ce qui pourrait encore l’en empêcher ?
Une éducation dépourvue de principes moraux
Ce système éducatif moderne n’a certes aucun lien avec la religion et l’islam ; mais, comble de malheur, il n’éveille même pas chez nos jeunes les rudiments du sens moral. Or chacun sait qu’une nation dépourvue de principes et de caractère n’a aucune chance de progresser ; plus encore, il lui est absolument impossible de subsister en tant que nation dans ce monde. C’est pourquoi, parmi ceux qui sont entrés dans la vie professionnelle après avoir reçu une éducation moderne, on retrouve tous les défauts et toutes les mauvaises habitudes des nations occidentales. En revanche, on ne voit chez eux pas la moindre trace des qualités de ces nations. Chez les prétendus instruits modernes, il n’y a ni sens des responsabilités, ni endurance, ni courage, ni maîtrise de soi, ni fermeté de caractère, ni obéissance ou loyauté envers quiconque autre qu’eux-mêmes. Ils sont comme des parasites, des plantes vides et sans substance. À voir leur conduite et leur comportement, on ne croirait pas qu’ils possèdent la moindre notion de caractère ou de particularité nationale. Même après avoir obtenu des postes particulièrement honorables, ils n’hésitent nullement à commettre avec désinvolture les trahisons et les crimes les plus abjects. Parmi eux, on trouvera non pas quelques individus, mais des milliers de corrompus, de népotiques, de solliciteurs d’avantages injustes, de trafiquants du marché noir, de contrebandiers, de gens qui étouffent la justice et l’équité, qui privent le peuple de ses droits légitimes, qui sacrifient le destin de toute la nation à de maigres intérêts personnels et qui se dérobent à leur travail ; ils circulent librement partout dans la société. Après le départ des Anglais, la responsabilité de gouverner l’État leur a été confiée. C’est pourquoi chacun ressent le malheur qui s’est abattu sur le pays en quelques années seulement, sous l’emprise de ces individus dépourvus de caractère. Pour constater directement le caractère et le comportement des jeunes qui acquièrent aujourd’hui des connaissances selon ce prétendu système éducatif moderne, il suffit de se rendre à n’importe quel moment dans les résidences universitaires, les lieux de divertissement ou les marchés et bazars à l’occasion de manifestations nationales.
Ajouter l’enseignement religieux à l’ancien système éducatif
Ceux qui détiennent actuellement notre destin entre leurs mains, qui contrôlent notre système éducatif et qui nous annoncent de temps à autre la bonne nouvelle de l’instauration d’un système éducatif islamique semblent eux aussi s’apprêter à répéter la même erreur. Le système éducatif instauré sous le régime anglais restera en vigueur comme auparavant, et il suffira d’y augmenter un peu la place de l’enseignement religieux. En réalité, le projet éducatif qu’ils ont devant eux ne va guère au-delà de cela. C’est pourquoi je répète encore aujourd’hui ce que je disais déjà il y a plusieurs années. Car, à mon sens, il n’existe pas d’erreur plus grave que de concevoir un système éducatif en combinant deux éléments contradictoires et opposés. Il s’agit en outre de deux courants antagonistes, dont chacun considère l’autre comme totalement erroné. L’utilisation d’un tel mélange ne peut produire autre chose qu’un désordre mental.
Supposons que vous consacriez cinquante pour cent de ce mélange aux disciplines religieuses — alors qu’actuellement, dans les établissements d’enseignement, l’enseignement religieux est loin d’atteindre cinquante pour cent : dans certains endroits, il est nul, et là où il existe, il n’est que sporadique. À cela s’ajoutent la mixité, les relations libres entre garçons et filles, ainsi que la danse, la musique et la littérature. — et que vous fondiez les cinquante pour cent restants sur les bases du système éducatif instauré sous le régime anglais. L’environnement mental de chaque élève serait alors nécessairement transformé en champ de bataille.
Si tout l’environnement reste imprégné de l’occidentalisme d’autrefois, comme il l’était sous le régime anglais, et si notre État est lui aussi gouverné selon l’ancienne politique, comme cela se faisait sous le régime anglais, trois catégories de personnes apparaîtront naturellement dans notre pays.
Une première catégorie de personnes deviendra hostile à Dieu, même après avoir étudié les sciences religieuses. En effet, leur programme comprend également de nombreux contenus contraires au dîn. De plus, l’ensemble de l’environnement de l’établissement scolaire continuera de soutenir cette hostilité à Dieu. Qui plus est, l’environnement de l’État leur sera également favorable.
Une deuxième catégorie de personnes considérera l’islam comme son mode de vie, sous l’influence de l’enseignement religieux.
Une troisième catégorie de personnes suivra une voie intermédiaire entre la mécréance et l’islam, qui ne sera ni entièrement de la mécréance ni entièrement de l’islam.
Voilà la conséquence naturelle de la mise en œuvre du mélange évoqué plus haut. Si vous l’appliquez, vous constaterez que trois classes antagonistes se sont formées dans le pays ; elles ne seront pas capables de coopérer entre elles avec un dévouement total pour assumer la responsabilité du développement et de l’évolution d’une civilisation et d’un mode de vie.
La question est la suivante : le système éducatif d’un pays est-il donc conçu pour y créer un dépotoir mental et moral ?
Déterminer l’objectif de l’éducation
Selon beaucoup, le but de l’éducation est simplement d’acquérir le savoir. Ils affirment qu’il faut instruire la population en toute neutralité, afin qu’elle puisse déterminer librement ses opinions au moyen d’une « étude objective » (Objective Study) des problèmes de la vie individuelle et sociale, des transactions et de tous les mystères. Mais je tiens à dire à ce sujet qu’une telle étude objective n’est possible que pour une caméra ; l’être humain en est incapable. Derrière les deux yeux de l’être humain se trouve un cerveau. En toutes circonstances, il possède une manière de voir qui lui est propre. Il a également une conception déterminée pour examiner et analyser les problèmes. Tout ce qu’il voit et entend, ainsi que les connaissances qu’il acquiert, il les assimile conformément à sa propre vision. C’est sur la base de cette manière de penser que s’établit son mode de vie. C’est ce que nous appelons la culture. Or, si nous possédons notre propre culture et si nous appartenons à une nation qui a ses propres doctrines, croyances, vision de la vie, objectifs et manière d’agir, nous devons nécessairement suivre une certaine voie et prendre, pour l’éducation et la formation de nos générations futures, des dispositions qui leur permettent de préserver notre tahdhîb-tamaddun. Bien plus, elles doivent leur permettre de le développer et de le faire prospérer tout en le maintenant établi sur ses fondements originels. Chaque nation du monde élabore pour elle-même un système éducatif indépendant dans ce but. Je ne connais pas une seule nation qui ait conçu son système éducatif uniquement sur la base de « l’étude objective » (Objective Study). Je ne connais pas non plus une seule nation qui ait adopté à l’identique le système éducatif d’une autre nation, ou qui se soit employée à façonner ses générations futures selon un idéal étranger sans y intégrer sa propre vision. Si, par faiblesse et par impuissance, nous avons déjà commis une fois une telle sottise, il n’a désormais absolument aucun sens de la maintenir comme auparavant.
Abolir la distinction entre le dîn et le monde
Nous devrions adopter comme principe fondamental de notre système éducatif, et comme base sur laquelle il est indispensable d’établir un système éducatif unique pour l’ensemble de notre communauté, la suppression de la distinction actuelle entre la religion et le monde. Car c’est la doctrine chrétienne qui soutient l’idée d’une séparation entre la religion et le monde ; ce sont aussi les bouddhistes, les hindous et les yogis ascètes qui la prônent. Mais, sur cette question, la conception de l’islam est totalement opposée. Dans les domaines de l’éducation, de l’État et de la civilisation, il n’existe pas d’erreur plus grave que d’admettre une distinction entre la religion et la politique, autrement dit entre la religion et le monde. Nous n’admettons absolument pas qu’il y ait pour nous deux systèmes éducatifs distincts, l’un religieux et l’autre matériel. Nous admettons au contraire que l’ensemble de notre système éducatif soit à la fois considéré comme religieux et capable de répondre à nos besoins terrestres.
Matériel, en ce sens que nous pourrons connaître le monde et administrer efficacement ses affaires. Religieux, en ce sens que nous pourrons comprendre le monde selon la perspective islamique et accomplir dans ce domaine tous nos devoirs conformément aux directives de la religion. L’islam n’est pas une religion qui vous autoriserait à accomplir toutes vos activités selon votre seule volonté, en vous contentant d’y ajouter quelques croyances ou doctrines, ainsi que des actes de culte, en guise d’annexe. L’islam ne peut jamais se satisfaire de jouer le rôle d’une annexe à la vie humaine ; il ne l’a jamais fait et ne l’accepte toujours pas. Il veut assurer la direction de votre vie entière. Il est prêt à jouer un rôle actif en tant que programme global de la vie. Il ne parle pas seulement du monde supérieur, sans rapport avec le monde d’ici-bas. Au contraire, il traite de manière pleinement vaste et complète de toutes les questions terrestres. L’islam vous explique quel est le véritable mystère de ce monde, dans quel but vous y avez été envoyés, quel est le but de votre vie, quelle est votre véritable place dans cet univers et quelle est votre dignité ; il vous dit également selon quels principes vous devez agir durant votre vie terrestre ici-bas. Il vous dit encore que ce monde est en réalité semblable à un champ destiné à la vie de l’au-delà. Tout ce que vous obtiendrez dans l’au-delà dépend entièrement du type de semence que vous aurez semé dans ce champ. Il vous explique aussi clairement comment cultiver et exploiter ce champ. Il vous indique nettement quelle doit être votre conduite durant toute votre vie terrestre, conduite dont vous pourrez récolter les fruits dans l’au-delà. Comment une telle religion pourrait-elle admettre que vous ayez un système éducatif terrestre et un autre religieux ? Ou qu’il suffise d’ajouter une annexe religieuse à un système éducatif terrestre ? Elle veut précisément que l’ensemble de votre système éducatif soit élaboré exclusivement selon l’idéal de la religion.
Les précieux conseils du Maulana concernant la défense du pays
Les conseils avisés que le Maulana, en homme politique perspicace, a donnés au sujet de la défense du Pakistan sont extrêmement précieux, non seulement pour le Pakistan, mais pour tout pays ou État musulman. Le Maulana dit :
« Vous savez que l’ensemble du Pakistan est une frontière, c’est-à-dire que les frontières des États étrangers rejoignent la frontière du Pakistan. Il n’existe aucune grande ville qui ne soit située à la frontière. Il est donc nécessaire que chaque citoyen prenne conscience de ses responsabilités et reste constamment prêt à faire face à tout danger. Dans ces circonstances, l’élément le plus important est le moral de la nation (Morale). En d’autres termes, si la nation ne possède pas un moral solide, même les moyens de guerre deviennent inutiles. Aussi nombreuses que soient les armes, elles ne peuvent compenser l’absence de force morale ou de moral. Au contraire, en l’absence de force morale, toutes ces armes peuvent tomber entre les mains de l’ennemi. Nous ne limitons pas la force morale à l’enthousiasme, à l’ardeur, au courage et à la motivation de défendre le pays. Cette force morale doit plutôt être acquise au cours de toute la vie. Car, pour obtenir l’aide d’Allah, il faut soumettre toute sa vie à Sa volonté. Il est absurde qu’un individu ou une nation s’adonne d’un côté à la désobéissance envers Allah et Lui demande de l’autre côté Son aide. Une nation qui ne reconnaît absolument pas Dieu peut, tout en Lui désobéissant, subsister quelque temps, car Allah Très-Haut lui accorde un délai particulier. Mais si une nation connue pour appeler à l’adoration de Dieu, pour être dépositaire et porteuse du Livre majestueux révélé par Allah et pour représenter la vraie religion, adopte une attitude moqueuse à l’égard des commandements de Dieu, aucune force au monde ne pourra la soustraire au châtiment divin. Une telle attitude appelle non pas la miséricorde de Dieu, mais la malédiction et le châtiment. »
Pour préserver le moral, les discours motivants ainsi que les grandes formules et les proclamations deviennent dépourvus de sens. Même si ces paroles permettent de susciter un moral temporaire, celui-ci ne dure pas. Au lieu de paroles, nous devons renforcer notre moral par des actions concrètes.
« Nous devons donner à toute la population l’instruction suivante : au moment d’une attaque ennemie, chacun doit rester fermement là où il se trouve. Il ne faut en aucun cas tenter de fuir. Il faut lui faire comprendre qu’elle ne pourra pas échapper à la mort. Lorsque l’heure fixée de la mort arrive, même en se trouvant dans une forteresse imprenable, on ne peut se protéger de la mort. Même sous les bombardements sur le champ de bataille, si l’heure de la mort n’est pas arrivée, la mort ne surviendra en aucune manière. Or la croyance des musulmans est précisément qu’il est absolument impossible d’échapper à la mort. Ainsi, dans une telle situation, fuir pour se protéger et tenter de sauver ses enfants sont, à tous égards, des actes indésirables. Il faut dire aux gens : où donc se trouve pour nous un lieu suffisamment sûr où nous pourrions fuir et survivre ? En réalité, où que se rendent ces lâches, ils briseront également le moral des habitants du lieu. L’ennemi, lui, dispose de suffisamment d’espace pour se protéger. Il peut battre en retraite très loin. Mais nous ne disposons nulle part du moindre refuge où nous puissions fuir et rester en sécurité. Nous devons donc, où que nous soyons, rester fermes et inébranlables, et être prêts à toute éventualité. »
« Un autre point particulièrement important en matière de défense du pays est qu’il faut mettre définitivement fin à l’oppression, à l’injustice et à l’usurpation des droits d’autrui à l’intérieur du pays. Bien que ces pratiques ne devraient en aucun cas être tolérées dans la société, si de tels comportements sont adoptés, surtout en temps de guerre, ils créeront une brèche dans notre forteresse défensive et aideront l’ennemi à pénétrer à l’intérieur du pays. »
« C’est une vérité de bon sens que, si quelqu’un est animé par le désir de défendre son pays, cela ne peut être que parce qu’il sent qu’il vit dans un pays où tous ses droits et son honneur sont protégés, et où ses espoirs et ses aspirations peuvent se réaliser. Mais si l’expérience amère de sa vie lui apprend que, dans ce pays, ni son honneur ni ses droits individuels ne sont protégés, alors il ne peut exister aucune raison pour qu’un quelconque désir de défendre la sécurité de ce pays naisse en lui. Là où le peuple est privé de justice, où l’injustice économique contraint les gens à rester affamés, où l’honneur et la dignité des faibles sont bafoués par les puissants, le peuple ne peut être animé par le désir de défendre son pays au moment d’une agression étrangère. Car rien de ce qui lui est plus cher que la vie et qu’il considère comme essentiel de préserver n’est protégé. L’histoire a maintes fois montré que, dans de telles circonstances, le peuple est resté indifférent lors de l’attaque d’un ennemi extérieur et que, souvent, les populations opprimées ont accueilli favorablement l’agression étrangère afin de voir de leurs propres yeux la destruction de ceux qui les avaient privés de tous leurs droits, dans le but de se venger. Nous devons tirer les leçons de ces exemples historiques. Ensuite, veillons à préserver mutuellement nos droits. Que la justice parfaite soit établie dans notre pays. La tyrannie et l’injustice affaiblissent le dispositif de sécurité du pays. Celui qui, pour son intérêt personnel, porte atteinte à l’estime de soi du peuple facilite en réalité la voie à l’arrivée de l’ennemi. »
« Nous considérons que cette terre ne nous appartient pas, mais qu’elle est la “demeure” de l’Islam. Après plusieurs siècles, l’occasion nous est donnée de concrétiser le Dîn al-Haqq sous sa forme véritable et d’en témoigner la vérité devant le monde. C’est pour nous un immense don, et nous sommes prêts à le préserver à n’importe quel prix. Nous voulons faire naître dans le cœur de chaque musulman le désir de respecter ce don. Nous voulons enraciner dans l’esprit de chacun la conviction qu’il ne reculera devant aucun sacrifice pour préserver ce don. Souvenez-vous que donner sa vie pour Dieu et pour Son Dîn est infiniment préférable à donner sa vie pour protéger sa maison, ses biens et son honneur. Donner sa vie avec cette inspiration — le martyre (shahâdat) — est sans aucun doute le sacrifice suprême. »
Le système économique
L’égalité des droits dans l’activité économique
Du point de vue islamique, Allah Très-Haut a créé pour l’humanité la terre et tout ce qu’elle contient. Par conséquent, s’efforcer de gagner sa subsistance à partir de cette terre est un droit naturel de l’être humain. Tous les hommes participent également à ce droit. Nul ne peut en être privé, et personne ne peut, à cet égard, bénéficier d’un privilège sur autrui. Du point de vue de la charia islamique, aucune règle ne peut être imposée à une personne, à une lignée ou à une classe lui interdisant d’utiliser certains moyens de subsistance ou lui fermant la voie à l’exercice d’une profession. De même, la charia n’autorise aucune distinction qui aurait pour effet de réserver exclusivement les moyens de subsistance ou l’accès aux richesses à une classe, une lignée ou une famille particulière. Sur la terre créée par Dieu, chacun dispose d’un droit égal de chercher à faire valoir ses droits sur les moyens et les ressources créés par Lui, et cette voie est ouverte à tous de manière égale.
(Les principes fondamentaux de l’économie islamique)
Les problèmes économiques et l’Islam
L’Islam considère comme répréhensible d’accumuler des richesses au-delà de ses besoins. Il exige que toute richesse que tu possèdes soit dépensée pour satisfaire tes besoins ou donnée à autrui afin qu’il puisse la dépenser pour les siens. Ainsi, l’ensemble des richesses se répandra dans la société et continuera d’y circuler. Mais si l’on n’agit pas ainsi et que l’on s’obstine à accumuler les richesses, deux et demi pour cent de ces richesses accumulées doivent en être prélevés et remis à ceux qui sont incapables de gagner leur subsistance ou qui, malgré leurs efforts pour y parvenir, ne peuvent satisfaire leurs besoins. Tel est le « système de la zakat ». Le conseil donné par l’Islam concernant l’administration de la zakat est qu’elle soit déposée dans le trésor public, d’où les besoins de tous les nécessiteux seront couverts. Il s’agit en réalité du meilleur moyen d’assurer la sécurité financière de la société et ce système extirpe les abus qui résultent de l’absence d’une organisation adéquate de la distribution de l’aide sociale.
Le Coran et les hadiths en exposent les règles et dispositions détaillées. Dans son ouvrage intitulé « La réalité de la zakat », le Maulana en a présenté une analyse raisonnée et captivante.
Le Maulana dit :
« Le Bayt al-Mal demeure toujours à votre disposition comme un soutien, si bien que vous n’avez aucune raison de vous inquiéter. Si vous êtes dans le besoin, sollicitez l’aide du Bayt al-Mal et faites valoir votre droit. Dès lors, les traites bancaires et les polices d’assurance ne sont plus nécessaires. Vous pouvez quitter ce monde l’esprit tranquille, en laissant derrière vous vos enfants et votre famille. Après votre mort, le trésor de la société sera responsable de leur entretien. Dans la vieillesse et face à toutes sortes d’épreuves et de malheurs, le Bayt al-Mal sera toujours votre soutien, auprès duquel vous pourrez demander de l’aide. Le capitaliste ne pourra pas vous contraindre à travailler selon ses propres conditions. Tant que le Bayt al-Mal existe, vous n’aurez pas à craindre de vivre dans le dénuement, affamé, sans vêtements et dans l’impuissance. [Les problèmes économiques et leur solution (en ourdou), p. 40, 43] »
Après avoir procédé à une analyse détaillée de l’économie, le Maulana a rédigé deux ouvrages précieux intitulés « L’usure » et « L’islam et les doctrines économiques modernes ». Ces deux ouvrages font autorité dans le domaine de l’économie.
Dans son ouvrage « L’usure », après avoir exposé en détail l’économie fondée sur l’intérêt et l’économie islamique exempte d’intérêt, il a démontré que l’économie islamique est le seul système économique véritablement bénéfique pour l’humanité.
Dans le second ouvrage, après avoir comparé le capitalisme, le communisme et l’islam, il a démontré le vide et l’inanité des deux premiers systèmes. Il y a également mis en évidence les défauts et les lacunes du système des domaines féodaux, du système féodal, de la Renaissance européenne, du libéralisme médiéval, de la révolution industrielle et du libéralisme moderne. Il a ensuite proposé une solution islamique aux problèmes économiques modernes.
Le Maulana Maududi vu par les autres
De nombreux savants et penseurs éminents ont exprimé leur opinion au sujet du Maulana Sayyid Abul A‘la Maududi. Ses proches ont également livré des impressions très instructives et dignes d’être suivies. En voici quelques-unes :
Begum Maududi
Maududi Sahib était un homme ordinaire. Mais, compte tenu de la grandeur du Coran et du caractère prophétique qu’Allah le Très-Haut lui avait accordées, on peut dire sans hésitation que chacune de ses actions était conforme au Coran.
« J’étais égaré. Maududi Sahib apparut devant moi comme le guide du Sirat al-Mustaqim. Il était silencieux, mais ses actes m’inspiraient à chaque instant à suivre le droit chemin. S’il avait ouvert la bouche, m’avait empêché d’accomplir chacun de mes actes et m’avait indiqué la conduite à tenir en toute chose, non seulement ma réforme aurait été impossible, mais il m’aurait peut-être aussi été impossible de vivre avec lui. Or, il ne l’a jamais fait. Telle était sa méthode scientifique de propagation de l’islam, qu’il avait apprise du Saint Coran. »
« Il était clairvoyant, patient et affectueux. Je ne me souviens pas qu’au cours des quinze ou vingt dernières années, il m’ait jamais donné un ordre sévère au sujet de l’Amr bil Ma‘ruf et du Nahi ‘an al-Munkar. La douceur de son caractère est telle qu’il suffit de rester quelque temps en sa compagnie pour lui plaire. »
« Maududi Sahib accorde davantage d’attention à la réforme spirituelle qu’à la réforme extérieure. Un jour, il revint de quelque part et s’allongea, épuisé. À ce moment-là, un visiteur voulut le rencontrer. Je dis qu’il s’était endormi. En entendant cela, Maududi Sahib se contenta de dire : “Tu viens de mentir ?” »
« Un jour, nous nous étions tous assis ensemble pour manger. Je disais à mon fils aîné : “Mon garçon, prie, sinon les gens diront que le fils de Maududi Sahib ne prie pas.” »
« Il dit : “Écoute, mon garçon, lorsque tu prieras, prie uniquement pour Allah, et non pour ton père.” »
« Je n’ai jamais vu personne être aussi affectueux envers ses enfants. Chaque fois qu’il rentrait à la maison, il appelait chacun d’eux par son nom. À Dar ul-Islam, nous avions une tanga. Il m’emmenait lui-même, avec les garçons, faire une promenade avant le soir. Il ne les envoyait jamais nulle part avec quelqu’un d’autre, de peur que l’un d’eux ne tombe soudainement de la tanga. Un jour, pour une raison quelconque, il envoya les garçons à Pathankot avec le cocher. Puis il alla se promener au bord de la rivière. Revenu du bord de la rivière avant le maghrib, il apprit que les garçons n’étaient toujours pas rentrés. Alors, au lieu d’entrer dans la maison, il resta assis dehors pendant des heures. Ce n’est qu’à leur retour qu’il rentra avec eux. »
« À l’âge de dix-sept ans, Maududi Sahib perdit son père. Par la grâce d’Allah, sa mère est encore en vie. » [Après la déclaration ci-dessus de Begum Maududi, la mère de Maulana Maududi rejoignit le Paradis en 1957.]
« Il servait sa mère avec un tel dévouement qu’un fils pareil est véritablement rare. Si quelque chose de ce que faisait sa mère ne lui plaisait pas, il gardait le silence. Il ne manifestait jamais la moindre contrariété. Même si elle lui disait quelque chose de désagréable, il ne la regardait pas au visage. Il était prêt à la servir à chaque instant. »
« Mes ancêtres vinrent de Boukhara à Delhi sous le règne de l’empereur Shah Jahan. Depuis lors, ayant vécu à Delhi de génération en génération, nous nous étions habitués à la vie urbaine. Lorsque Maulana Maududi vint d’Hyderabad à Darul Islam, un nouveau chapitre de ma vie commença. »
« L’établissement de Darul Islam commença avec seulement trois familles, y compris la nôtre. Des maisons villageoises simples et modestes. Il n’y avait ni éclairage électrique, ni robinet d’eau, ni aucun des autres moyens et facilités de la vie quotidienne. Ce fut le premier stade de la patience dans ma vie. »
« Un jour, nous n’avions pas de bois de chauffage à la maison. Maulana prit son petit-déjeuner le matin et partit au bureau. Je me mis alors à réfléchir, assise, à ce que je pouvais faire. À ce moment-là, Maulana entra à l’intérieur et dit : “Qu’y a-t-il ? Pourquoi restes-tu assise si silencieusement ?” »
Je répondis : « Il n’y a pas de bois de chauffage et la cuisinière est assise là, sans rien faire. » Il dit : « Quoi, tu t’impatientes déjà pour si peu ? » Sur ces mots, il sortit de la maison, une hache à la main. Quelques morceaux de bois étaient posés devant la maison. Il se mit à les fendre de ses propres mains. À peine eut-il donné un ou deux coups de hache que des gens accoururent de toutes parts et, en peu de temps, un tas de bois de chauffage fut constitué. »
« Un jour, pour une raison quelconque, le porteur d’eau n’apporta pas d’eau. Il faisait de nouveau une chaleur terrible. Je restai assise, la tête entre les mains. Lorsque Maulana l’apprit, il se rendit au puits avec deux seaux et se mit à les remplir lui-même en puisant l’eau. En voyant cela, les gens remplirent aussitôt d’eau les maisons et les habitations. » [Begum Maududi Mahmudah Khatun décéda le 4 avril 2003.]
Mahirul Qadiri
Le célèbre poète et écrivain pakistano-indien, ainsi que rédacteur en chef de la revue mensuelle « Faran », M. Mahirul Qadini, déclare :
« Je voue un profond respect au Maulana. Je crois que le service de la religion qu’il accomplit, par ses écrits et ses discours, trouve rarement son égal à notre époque. Même dans les pays arabes, on ne trouve pas son pareil. »
S’exprimant au sujet du Maulana, il déclare :
« Il est le plus éminent penseur du monde islamique. Il a inauguré, parmi les musulmans, une véritable recherche islamique et a transformé la manière de penser des hommes : il est l’interprète du Coran et de la Sunna, le défenseur de la vérité, l’incarnation de la véracité, celui qui a donné forme aux représentations obscures de l’héritage islamique, le serviteur dévoué de la religion d’Allah, en la parole et en l’action duquel on peut avoir une confiance absolue ; celui qui a consacré toute sa jeunesse au service de la religion et qui, par ses réflexions, ses recherches, ses efforts et son ascèse, a vieilli avant l’âge ; ce grand savant dont les paroles et les écrits appellent à la vérité depuis un quart de siècle ; cet érudit éminent qui peut, simultanément, mener des discussions approfondies sur le Coran et le hadith, le fiqh, l’ilm al-kalam, la philosophie, l’histoire, l’économie, le système de gouvernement, la politique et bien d’autres domaines ; le souverain de la raison et l’océan du savoir, qui connaît non seulement les courants de pensée orientaux, mais aussi ceux de l’Occident, qu’il a examinés et éprouvés ; celui qui appelle à établir un lien avec Allah et à obéir au Messager (ﷺ), dont le mouvement n’a pu être étouffé ni par les quatre murs de la prison de Multan ni par la sombre chambre des condamnés à mort de la forteresse de Lahore, et dont la voix n’a pu être réduite au silence par les accusations d’impiété ; celui qui examine et vérifie toute parole et toute action à la pierre de touche du Coran et de la Sunna, et qui révèle sans crainte tout ce que cette pierre de touche fait apparaître, même lorsqu’il s’agit du cas d’un savant ou d’un érudit de très grand renom ; celui dont la vocation est l’établissement de la religion, dont le programme est l’appel à la vérité et dont le but est l’agrément d’Allah ; celui qui, pour proclamer la vérité, ne craint ni ne redoute la colère du monde entier et ne redoute pas davantage de perdre sa réputation ; celui qui, malgré les diverses calomnies lancées contre lui par des ignorants et des esprits irréfléchis, a tout supporté avec patience et dédain ; celui dont la plume a enrichi et purifié la littérature ourdoue, devenant une contribution inestimable à la langue ourdoue ; l’inventeur d’un style d’expression inédit dans l’art oratoire, dont les discours donnent l’impression que des rafales de tempête et des éclairs jaillissent d’un ciel lourd et menaçant ; celui dont le nom fait trembler le qadianisme et commence à couper le souffle à ceux qui rejettent le hadith ; le défenseur de la Sunna et l’éradicateur du shirk et des innovations ; celui qui, malgré son immense savoir, son prestige et sa renommée exceptionnelle, sait se mêler aux gens ordinaires avec naturel, simplicité et douceur, comme s’il n’existait aucune différence entre lui et les autres ; celui qui n’est pas seulement un savant, un penseur, un orateur et un auteur, mais aussi un tel homme de lutte — mujâhid — que même l’annonce d’une condamnation à mort ne provoque chez lui aucune réaction ; celui qui n’a pas été créé par l’histoire, mais qui crée l’histoire. »
Bachir al-Ibrahimî
Le grand dirigeant algérien et président de l’Association des oulémas musulmans de ce pays, l’Allama Muhammad al-Bachir al-Ibrahimî, déclare :
« J’ai très rarement rencontré des hommes tels que lui (Sayyid Abul Ala Maududi). Plus particulièrement, j’ai rencontré très peu de personnes possédant une personnalité et des qualités comparables aux siennes, et occupant une place éminente parmi les savants. Parmi ses qualités, la plus remarquable est qu’il demeure inébranlable dans la vérité et patient sur le chemin de la vérité ; loin de flatter les classes dirigeantes, il s’oppose même à l’idée de rechercher leur soutien. »
« Parmi ceux que j’ai vus au Pakistan et en Inde et au sujet desquels j’ai pu me renseigner, c’est lui qui possède les connaissances les plus vastes sur les données de la charia islamique et de l’histoire islamique. Son étude est extrêmement étendue et profonde. Il possède une grande finesse de compréhension, l’intelligence la plus élevée, une pensée limpide et un savoir profond. »
« Maulana Maududi a acquis des connaissances suffisantes dans les sciences et les savoirs modernes ainsi que sur la civilisation. Il soumet chacun à l’épreuve de la justice. »
« Le mois dernier, une vive tension s’est installée au Pakistan et quelques meurtres et violences ont également eu lieu. Comme les journaux des pays arabes n’ont publié aucun compte rendu détaillé à ce sujet, je n’ai pas pu en comprendre les causes ni le profond mystère. Toutefois, j’ai la conviction très nette que la revendication d’un régime islamique en est la cause fondamentale. Il est probable que, constatant l’influence croissante de Maulana Maududi et de ses compagnons dans le pays, le gouvernement ait fait emprisonner la plupart d’entre eux. Ensuite, la loi martiale fut proclamée à Lahore et toute l’autorité fut confiée aux forces militaires. Le tribunal militaire condamna Maulana à mort. J’ai appris par la suite que cette peine avait été annulée et remplacée par quatorze années de travaux forcés. Les musulmans du Pakistan, indignés par cette décision de la tyrannie, se soulevèrent et une violente vague de protestations et de manifestations contre le gouvernement déferla. Il ne fait aucun doute que c’est grâce aux protestations qui se sont étendues à tout le pays que la peine de mort a été commuée. »
De leur côté, les institutions et associations islamiques bien organisées d’Égypte, de Syrie, d’Irak, du Koweït et d’autres pays élevèrent également des protestations et exprimèrent leur vif mécontentement à l’égard du gouvernement pakistanais. Lorsque je me trouvais au Koweït, j’appris justement la véracité de ces informations. Du fait de mes liens avec ces institutions et du respect mutuel qui existe entre la Jamiat des oulémas et celles-ci, je fus moi aussi indigné et profondément peiné. Car la personnalité de Maulana Maududi ne se limite pas à une région particulière. Au contraire, sa personnalité mérite d’être suivie par l’ensemble du monde musulman. Parmi les droits qu’il a sur nous figure celui-ci : lorsque le gouvernement l’a condamné aux travaux forcés au lieu de la peine de mort, il est de notre devoir d’agir pour obtenir sa libération… »
« Pour la campagne de djihad dans la voie de Dieu que Maulana Maududi a entreprise, il suffit comme récompense ici-bas que les musulmans du monde entier se soient unis pour lui apporter aide et soutien. Une récompense bien plus grande et éternelle lui est réservée auprès de Dieu. »
Dr Muhammad Ataur Rahman Nadwi
« C’est tout à fait dans le style d’Ibn Taymiyya. »
Il y a quinze ans, j’ai entendu les quelques paroles citées plus haut sortir de la bouche d’un homme pieux. La scène où je les ai entendues, dans cette manière si émouvante, demeure intacte et flotte encore devant mes yeux. J’ai l’impression de voir encore aujourd’hui ce visage et d’entendre ces paroles poignantes résonner dans mes oreilles.
Je pense qu’il vaut mieux tout dire ouvertement.
De 1930 à 1934, je poursuivais mes études à la madrasa Alia de Calcutta. En 1935, j’entrai au Dar al-‘Ulum Nadwat al-‘Ulama, à Lucknow. C’est à cette époque que j’eus l’occasion de découvrir le « Tarjumân al-Qur’ân ». Mon état d’esprit devint tel que la lecture du « Tarjumân al-Qur’ân » finit par constituer pour moi un besoin naturel.
Pendant les vacances d’été, lorsque je rentrai chez moi — Mouza-Paharpur Bazar, bureau de poste de Bara Haria, Saran — j’emportai avec moi le « Tarjumân al-Qur’ân ». Puis, avec beaucoup d’enthousiasme, je parlai de ce périodique à mon père vénéré. Il manifesta le désir de le voir.
Mon père, Monsieur le Maulana Mufti Muhammad Jamil Ansari — qu’Allah lui fasse miséricorde — était un ‘alim de la religion, profondément attaché à la vérité. Il consacra toute sa vie à l’enseignement. Il n’était pas seulement professeur, mais également mufti. De 1917 à 1941, il fut professeur à la madrasa Alia de Calcutta et mufti de son Dar al-Ifta.
Je présentai au service de mon père tous les numéros du « Tarjumân al-Qur’ân » que je possédais. Après les avoir examinés, son tout premier commentaire fut le suivant : « Mon garçon, tout cela se trouve déjà dans le Coran et la Sunna. Il ne reste maintenant qu’à les mettre en pratique. Les gens ordinaires instruits en anglais écrivent sur ces sujets dans leurs journaux et revues, mais eux-mêmes ne s’y conforment pas. »
Lorsque je rentrai chez moi pendant les vacances de 1936, j’apportai à mon père le numéro récemment paru du « Tarjumân al-Qur’ân ». Après l’avoir lu avec beaucoup d’attention, il s’exclama d’une voix enthousiaste : « Je me faisais une idée profondément erronée. Cet homme — Mawlana Mawdudi — n’est pas seulement instruit en anglais, il est aussi un éminent savant de la langue arabe. Au fait, quel âge a-t-il ? »
Je répondis : « Il doit avoir environ trente ou trente-deux ans. »
Étonné, il dit : « Une érudition et une compétence aussi grandes à un âge si peu avancé ? La lecture de son périodique est vraiment stupéfiante. »
« Je communiquai tout à Mawlana Mawdudi. Il était alors venu à Pathankot. Avec sa réponse, le Maulana envoya plusieurs ouvrages, notamment « Siyâsî Kashmakash » et « Dînî Mât ». Mon vénérable père défunt relut ces ouvrages à plusieurs reprises, puis dit : « Je me faisais une idée erronée de cet homme. Qu’Allah me pardonne ! Il porte si fidèlement la marque d’Allama Ibn Taymiyya. Ce qui est étonnant, c’est que, dans une époque où les véritables hommes de talent sont rares — particulièrement dans cet Hindoustan —, comment cet homme a-t-il pu apparaître ? Lorsqu’il commencera à mettre son idéal en pratique, une opposition acharnée se dressera contre lui. Car c’est ainsi que l’on traite dans ce monde les hommes attachés à la vérité et qui la prennent pour soutien. Il est même possible qu’il soit martyrisé. » »
À partir de cette époque, « Tarjuman-ul-Qur’an » commença à parvenir régulièrement à l’adresse de la librairie Ansari, au marché de Paharpur. Lorsque mon père rentrait de Calcutta pendant ses congés, il le lisait attentivement durant ses moments de loisir. Finalement, lorsque les éditoriaux de « Tarjuman-ul-Qur’an » commencèrent à évoquer la nécessité de former un groupe idéaliste, mon vénérable père dit :
« Si ce groupe voit le jour, j’en serai le premier membre. »
Mais il est profondément regrettable que mon père soit décédé — qu’Allah lui accorde Sa miséricorde — seulement dix jours avant la fondation de ce groupe (la Jamaat-e-Islami), le 16 août 1941.
À cette époque, l’Allama Sayyid Sulayman Nadwi proclama, lors d’une immense assemblée publique, la grandeur de la personnalité de Maulana Maududi.
À la fin du mois de décembre 1940 eut lieu la « Conférence Nadwi » des anciens élèves du Darul Ulum. J’avais obtenu mon diplôme du Darul Ulum de Nadwa en 1939. Je me rendis donc moi aussi à Lucknow pour participer à la « Conférence Nadwi ». Ce qui m’avait particulièrement incité à y participer, c’était que Maulana Maududi devait également venir à Lucknow précisément à cette époque. Comme moi, les autres anciens élèves de Nadwa étaient très désireux de s’entretenir avec le Maulana. À la fin de la conférence, Maulana Maududi se rendit à la maison d’hôtes de Nadwa. Tous les enseignants et les anciens élèves commencèrent à s’entretenir et à discuter avec lui. Les responsables de Nadwa prièrent Maulana Maududi de prononcer un discours devant les personnalités distinguées et les étudiants. L’assemblée de Lucknow avait été organisée par l’Université de Lucknow et les établissements étudiants de Nadwa. Maulana Maududi prononça, dans son style particulier, un discours sur le « nouveau système éducatif ». Maulana Abdul Majid Daryabadi présidait la séance, et l’Allama Sayyid Sulayman Nadwi présenta le Maulana. Les paroles et la manière dont M. Sayyid Sahib présenta le Maulana résonnent encore aujourd’hui à mes oreilles. Il dit :
Je me tiens devant vous pour vous présenter un jeune homme qui est pourtant un véritable océan de savoir. Aujourd’hui, l’ensemble du monde intellectuel a fait la connaissance de Maulana Maududi. À notre époque, il est un porte-parole de l’islam et un éminent savant de la religion. Allah Tout-Puissant a confié à cette main bénie la responsabilité d’ériger une résistance contre la puissante vague d’irréligion et d’athéisme qui, venue d’Europe, a atteint jusqu’à l’Inde. Il a acquis une connaissance suffisante des courants de pensée anciens et modernes de l’Europe. Plus encore, il possède une connaissance si profonde du Coran et de la Sunna qu’il peut, à leur lumière, proposer une solution satisfaisante à tous les problèmes de l’époque actuelle. C’est pourquoi de grands athées et des rebelles à Dieu se sont inclinés devant l’irréfutabilité de ses arguments et de ses raisonnements. On peut affirmer clairement et sans la moindre hésitation que les musulmans de l’Inde et du monde islamique peuvent nourrir de grands espoirs en Maulana Maududi pour ce qui concerne la religion.
Agha Suresh Kashmiri
Maulana Maududi est l’unique homme à avoir montré à l’intelligence pakistanaise la grande route du savoir.
À une époque où notre vision islamique avait été abandonnée sous le joug de deux siècles de servitude, il a, lui seul, présenté l’islam comme une conception globale de la vie.
Son mouvement est une force capable de résister à la vision européenne moderne.
Sa pensée renferme une telle vitalité de l’islam que la nouvelle génération de jeunes de notre époque peut être incitée à l’adopter de tout cœur et de toute âme.
Le régime politique constamment changeant du pays peut, par la force de la loi, réprimer pour quelque temps la révolution physique et matérielle du pays. Mais il ne possède ni la force ni les armes capables de réprimer une révolution mentale. Notre société a édifié, consciemment ou inconsciemment, ou pour certaines raisons particulières, une révolution mentale contre l’islam. Si quelqu’un est capable d’en arrêter l’élan, seuls Maulana Maududi et son parti fondé sur ses idéaux le peuvent.
Maulana Abdul Majid Daryabadi
Il est inutile de présenter aux lecteurs le rédacteur de Tarjuman-ul-Qur’an. Sa vaste vision et l’ampleur de ses services religieux ont été maintes fois exposées dans les pages de Tarjuman-ul-Qur’an. Afin de résister aux troubles et au désordre de l’époque actuelle, Allah Très-Haut a spécialement élargi et ouvert sa poitrine. Chaque ligne qu’il écrit est un nectar pour les personnes instruites modernes. À cet égard, le Maulana occupe une place très éminente parmi les oulémas. Il est véritablement un penseur de la millat.
Maulana Manazir Ahsan Gilani
J’ai toujours eu confiance dans la nature saine, la justesse de la pensée et la profonde perspicacité de Maulana Sayyid Abul Ala Maududi. Sa conduite et son comportement sont d’inspiration divine. Son regard sur les problèmes est subtil, profond et embrasse tous leurs aspects. Sa critique est si minutieuse qu’elle ne laisse place à aucun doute sur quelque sujet que ce soit. Sa méthode de travail est captivante, et ses explications et analyses touchent le cœur. De plus, j’ai maintes fois témoigné de la noblesse de sa nature. Moi-même, cet humble serviteur, j’ai demandé au Maulana, en compagnie de Maulana Abdul Bari, d’accepter un poste d’enseignement à l’Université d’Osmania. Mais, malgré sa situation financière extrêmement pénible, il a sereinement décliné notre demande. Pour celui dont l’âme est si vaste et si riche, si méditative et réfléchie, et qui, en tant qu’auteur, possède des qualités et des particularités d’inspiration divine, je n’avais certes pas l’audace d’en dire davantage. Je veux toutefois dire ceci : Allah Très-Haut a déversé une grâce extraordinaire sur Maulana Maududi. Je vois son cœur illuminé par la lumière de la foi. Son cœur a été enrichi d’un profond respect et d’une confiance inébranlable envers le Prophète Muhammad Mustafa (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui). Il a en outre été doté de nombreuses qualités. Si, fort de toutes ces ressources littéraires, intellectuelles et spirituelles, il se lève en faisant de l’appel à la voie d’Allah le but de sa vie, et si ce travail est poursuivi quelque temps en ourdou, en anglais, en hindi et dans d’autres langues, il se peut que les gens ne l’acceptent pas immédiatement ; mais les étincelles des interrogations naturelles auxquelles l’islam répond finiront au moins par s’allumer dans les esprits.
Maulana Abul Hasan Ali Nadwi
Sa méthode d’écriture, son argumentation irréfutable, sa méthode d’analyse originale et fondamentale et, par-dessus tout, la justesse de sa pensée étaient extrêmement adaptées à notre nature et à notre état d’esprit. On avait l’impression que le talent d’écriture que Dieu lui avait accordé était l’expression même de notre génie muet et de nos goûts. Le jour où, assis dans la maison d’hôtes attenante à la mosquée de Darul Uloom de Nadwa, nous lisions entre amis un article éditorial de Tarjuman al-Qur’an consacré au mois de Muharram de l’an 1356 de l’hégire, dans lequel était annoncée une prophétie apocalyptique, est inoubliable. C’était un article si exaltant du Maulana que son écho se fit entendre pendant longtemps. Nous avons tous, du fond du cœur, loué sa perspicacité, sa clairvoyance, sa capacité à pointer du doigt les crises et son talent d’écriture exceptionnel. Nous lisions ensuite avec plaisir les articles que le Maulana publiait.
Maulana Muhammad Manzur No’mani
Ce qui m’a paru le plus important dans l’œuvre de Maulana Maududi et de la Jamaat-e-Islami, c’est que des milliers de jeunes, devenus sceptiques à l’égard de l’islam sous l’influence de l’éducation occidentale et de l’atmosphère athée des établissements d’enseignement, au point de l’avoir complètement abandonné ou d’être sur le point de le faire, ont été non seulement ramenés à l’islam par les articles de Maulana Maududi et les activités de la Jamaat-e-Islami, mais ont encore connu, dans leur vie pratique, une telle révolution islamique qu’elle fut pour nombre de croyants pratiquants de tradition familiale une véritable leçon.
Professeur Alfred Smith
Maulana Maududi a exercé une immense influence sur la pensée islamique de l’époque contemporaine, et son parti est l’une des forces apparentes du Pakistan. La littérature produite par ce mouvement est immense et très vaste. Elle est en grande partie en ourdou. Toutefois, ses traductions arabes et anglaises augmentent de jour en jour. La caractéristique manifeste de M. Maududi est qu’il a présenté progressivement et avec une très grande cohérence sa vision comme un système de vie juste et attrayant. M. Maududi apparaît comme un penseur qui, à l’époque moderne, aborde l’islam selon une méthode organisée et fondée sur des principes. Il a équilibré la tendance moderne à modeler l’islam selon un cadre de gouvernement et de discipline. Il est le premier à avoir présenté le droit islamique comme un système clair et efficace adapté à l’époque moderne. Il a présenté l’islam comme un système de vie qui, depuis de nombreux siècles déjà, avait rassemblé les solutions à tous les problèmes humains de toutes les époques à venir. Pour lui, l’islam n’est pas une religion qui créerait chaque matin une nouvelle complication en apportant aux hommes une nouvelle connaissance divine destinée à résoudre leurs problèmes. Le système de pensée qu’il a progressivement consolidé trouve sa source dans les premiers temps de l’islam, d’où sont tirées les fondations essentielles de l’édifice de ce système. Parallèlement, il a également tiré suffisamment parti des conceptions et des courants de pensée modernes.
La vérité est que, durant la confusion intellectuelle et politique du Pakistan, il a influencé les intellectuels ainsi qu’une grande partie du grand public. Au milieu de la violente tempête de la décadence morale, il a fait preuve, pour l’objectif qu’il s’était fixé, d’une constance et d’un sacrifice de soi incomparables.
Je considère Maulana Maududi comme un homme éminent et grand. De tels hommes naissent rarement. Mais aujourd’hui, il est devenu si grand que je ne l’avais jamais imaginé à ce point. Je n’aurais jamais pu penser qu’Allah avait préparé pour lui une telle félicité : qu’un jour, il serait condamné à mort dans la voie de la religion. Allah l’a choisi parmi des milliers et lui a accordé un rang si élevé.’
Raja Jaganfar Ali Khan
De 1939 à 1949, j’étudiais au Lahore Islamia College. Durant cette période, le maulana Sayyid Abul A’la Mawdudi venait chaque dimanche à la salle Habibia pour donner une conférence sur les études islamiques. Le vendredi était le jour de congé hebdomadaire du collège. Mais le dimanche, on y organisait des activités sportives et d’autres manifestations sociales. Les conférences du maulana avaient également lieu ce jour-là. Tous les étudiants du collège assistaient à ses cours.
C’était une époque où le visage au teint de lait et de vermillon du maulana était encadré d’une barbe noire. Il portait une calotte noire, une sherwani brun foncé et un pyjama blanc, ainsi que des lunettes bleues. Le maulana était alors dans sa jeunesse. Pourtant, je n’ai jamais vu dans son caractère la moindre rudesse ou émotivité. Sa manière de parler était très courtoise, et ce qu’il disait était toujours parfaitement raisonnable.
Les garçons qui assistaient à ses cours apportaient avec eux du papier et des crayons. Une fois la conférence terminée, ils écrivaient leurs questions sur des morceaux de papier. Le maulana y répondait avec beaucoup de clarté.
À cette époque, les étudiants étaient particulièrement influencés par le mouvement khaksar. Jusqu’avant 1940, j’en étais pour ainsi dire un militant. Comme les réponses que le maulana donnait lorsqu’on l’interrogeait sur ce mouvement et sur son dirigeant ne me satisfaisaient pas, je ne parvins pas à être attiré par lui. Je ne ressentais pas non plus le besoin de lire ses ouvrages. À cette époque, le mouvement khaksar et son organe, Al-Islah, suscitaient l’agitation dans tout le pays. Ce mouvement avait profondément influencé nos esprits.
Lors de la session de la Ligue musulmane de tout le Pakistan, tenue le 23 mars 1940 à Lahore, je fus attiré par la personnalité du défunt Quaid-e-Azam Muhammad Ali Jinnah. Son rôle énergique, la fermeté de son caractère, son honnêteté et son dévouement total dans l’action m’entraînèrent du mouvement khaksar vers la Ligue musulmane.
Au troisième stade de ma vie, je me pris de passion pour la littérature « progressiste ». Durant cette période, je lus les ouvrages de Marx, Lénine et Staline. Je fus ensuite attiré par les adeptes de cette doctrine. Malgré cela, je restais lié à une famille religieuse. Mais le milieu social m’entraîna vers le communisme. À la maison, j’avais fréquemment des discussions et des disputes avec mon défunt père. J’étais pris dans un tel enchevêtrement de jahiliyya que, qu’Allah me pardonne, mon défunt père cessa de me parler.
Le Pakistan n’existait pas encore. Ce jour-là, mon défunt père me donna à lire le livre anglais du maulana Mawdudi, Towards Understanding Islam. Je le lus, puis le relus. Son effet sur moi fut le suivant : les ténèbres de l’égarement qui s’étaient accumulées sur mon esprit et mon cœur se dissipèrent. Les arguments irréfutables du maulana et son style d’exposition étaient profondément touchants ; c’est pourquoi je commençai également à lire ses autres ouvrages.
Après la création du Pakistan, le Maulana tenait l’après-midi des réunions dans le petit jardin couvert d’herbe verdoyante, devant sa maison d’Israr. J’allais m’y asseoir. À cette époque, il n’y avait pas encore autant de monde. Je posais au Maulana quantité de questions absurdes et incohérentes. Il ne s’en offusquait nullement. Il répondait à chacune avec calme, sérénité et douceur. Même face à une question incongrue, on ne voyait jamais sur son visage le moindre signe d’irritation ou de colère. Je lui exposais sans la moindre retenue les questions qui me venaient à l’esprit après la lecture de Tulu-e-Islam. Le Maulana réfutait les questions erronées par l’arme aiguisée de la raison. Sa manière de répondre était telle que le questionneur ne pouvait manquer d’être convaincu.
Si des gens comme moi ont pu, sur la seule base de la raison, renoncer au communisme et se tourner vers l’islam, il doit certainement y en avoir beaucoup d’autres qui, sous l’influence des écrits du Maulana, ont assurément trouvé le droit chemin, ou du moins ne se sont pas écartés de l’idéologie reçue à la naissance. C’est là une caractéristique particulière du Maulana. Personnellement, je n’ai jamais rencontré personne qui l’égale par l’étendue de son savoir. C’est pourquoi je l’appellerai sans hésitation le mujaddid de notre époque.
Si quelqu’un me demandait quelle est, à mes yeux, la personnalité célèbre, je répondrais : seulement trois personnes : Allama Iqbal, Quaid-e-Azam et le Maulana Maududi.
A. K. Brohi
Le bien le plus précieux de l’être humain réside dans son caractère et son rôle. S’il est possible de transformer le caractère et le rôle d’une personne et d’y introduire un changement notable, celui qui accomplit cette œuvre est l’architecte ou le bâtisseur de la vie de cette personne. De ce point de vue, la plus grande personnalité du Pakistan actuel est, à mon avis, le Maulana Maududi.
Je reconnais la véracité de cette affirmation : si l’on me demandait quelle est la personne qui a le plus profondément influencé le caractère et le rôle des habitants du Pakistan, ma réponse serait : le Maulana Maududi. Je suis fermement convaincu que ce que je dis aujourd’hui, je le dirai encore demain. Et si, dans l’au-delà, Allah le Très-Haut souhaite recueillir mon témoignage, c’est le même témoignage que je rendrai ce jour-là, celui que je rends aujourd’hui.
Sharifuddin Pirzada
Parmi ceux qui rêvaient du Pakistan, le Maulana Maududi occupait les premiers rangs. Les plans et les propositions qu’il présenta, avec d’autres, à ce sujet servirent de guide dans la lutte pour le Pakistan. Les trois propositions alternatives que le Maulana Maududi formula en faveur d’un État musulman distinct furent publiées dans les numéros d’octobre et de décembre 1938 de Tarjuman-ul-Quran. Je me souviens très bien que, pendant la conduite du mouvement pour le Pakistan, les étudiants de l’université d’Aligarh emportaient régulièrement avec eux les numéros de Tarjuman-ul-Quran, parmi d’autres écrits, et en lisaient page après page afin de réfuter les arguments des partisans de l’idéologie d’une nation unique.
Maulana Amer Usmani, Deoband
Maulana Maududi est l’unique homme dont le talent donné par Dieu, la puissance d’écriture, la compréhension limpide de la religion, le dévouement incomparable et la sincérité ont créé, non seulement au Pakistan mais dans l’ensemble du monde musulman, un si vaste trésor littéraire qu’en en reconnaissant la valeur, il faut dire que ce trésor littéraire a été créé et qu’en en reconnaissant la valeur, il faut dire que, comparé à ce trésor littéraire, les sept royaumes ne sont que néant. Il me semble que chacune des pages de ses écrits équivaut à un joyau.
Maulana Abdul Quddus Bihari
Je lance, au nom de Dieu et du Messager, un appel à mes frères musulmans, aux oulémas, aux membres de la société, aux intellectuels et aux personnes éclairées de la nation : qu’ils ne perdent pas un seul instant pour sauver un penseur islamique aussi incomparable, un homme de lettres unique et un patrimoine national, et qu’ils poursuivent immédiatement la lutte par tous les moyens possibles et selon des méthodes aussi conformes aux règles que possible.
Le témoignage de Maulana Abdul Quddus Bihari
Les journaux répètent l’accusation selon laquelle Allama Maududi et la Jamaat-e-Islami se seraient opposés à la création du Pakistan. Je suis malade depuis quelque temps. De plus, mes moyens et mes ressources sont limités. J’espérais néanmoins que les oulémas attachés à la vérité feraient connaître celle-ci au peuple. Mais je constate que, pour une raison quelconque, la voix de la vérité s’est elle aussi tue. C’est pourquoi j’assume cette responsabilité. En tant que fondateur de la Jamiat Ulema-e-Islam et ancien partisan de la Ligue musulmane, je considère qu’il est du devoir indispensable de la Jamiat Ulema-e-Islam et de tout partisan de la Ligue musulmane de parler de cette question. Je me considère même responsable de rendre compte devant Dieu et le Messager (que la paix et les bénédictions de Dieu soient sur lui) du fait de faire connaître cette vérité ; c’est pourquoi je l’affirme en termes parfaitement clairs : Allama Maududi ne s’est jamais opposé à la création du Pakistan. La réalité est plutôt la suivante : lorsque Maulana Husain Ahmad Madani, que Dieu lui fasse miséricorde, et la Jamiat Ulema-e-Hind déclarèrent, en soutenant le Congrès, qu’une nation se constituait sur la base de la patrie, Allama Maududi répondit qu’une nation se constitue sur la base de la religion, et non sur celle du pays ou de la patrie. Il rédigea une œuvre puissante pour démontrer le principe de la nationalité islamique. Hazrat Allama Shabbir Ahmad Usmani fonda à Calcutta la Jamiat Ulema-e-Islam en réponse à la Jamiat liée au Congrès et pour lui faire opposition. Allama Shabbir Ahmad Usmani qualifia Allama Maududi d’épée de l’islam et protesta vigoureusement contre sa première arrestation. En réalité, Allama Shabbir Ahmad Usmani et la Jamaat-e-Islami mobilisèrent l’opinion publique en faveur du référendum, grâce auquel la Province de la Frontière et le Sylhet furent rattachés au Pakistan. Il convient de préciser qu’Allama Maududi ne s’est jamais opposé à la création du Pakistan ni à celle d’un État islamique. La fausse impression est née du fait que Hazrat Allama Maududi exprima des soupçons à l’égard de certains dirigeants de la Ligue musulmane, craignant qu’ils ne fassent obstacle à l’application de la loi islamique. La preuve en est encore visible : même au cours des vingt-cinq dernières années, la loi islamique n’a pas pu être instaurée. On ne peut pas lui reprocher de s’être opposé à l’État islamique simplement parce qu’il nourrissait des soupçons envers les dirigeants. Reste ensuite l’accusation d’opposition au Quaid-e-Azam. Allama Maududi ne s’y est jamais livré. Il a toutefois réclamé à maintes reprises l’instauration de la loi islamique. Il a rédigé une littérature inestimable sur l’islam et de nombreux ouvrages. La nation lui en est reconnaissante.
Maulana Zafar Ahmad Ansari
Maulana Zafar Ahmad Ansari, secrétaire général de la Ligue musulmane de l’Inde — All-India Muslim League — avant la partition de l’Inde, déclare :
Ma première rencontre avec Maulana Maududi eut lieu à Allahabad en 1938. À cette époque, la Jamaat-e-Islami n’avait pas encore été fondée. Maulana séjournait chez le Dr Nazir Ali Zaidi. Lorsqu’il venait à Allahabad, il logeait toujours chez lui. Notre deuxième rencontre eut également lieu à Allahabad, en 1941, lors d’une réunion tenue chez Hakim Khalid Sahib, à Hardara. Il donna également une conférence au collège Islamia. J’avais été attiré par l’érudition profonde de Maulana.
Quelque temps plus tard, je dus partir pour Delhi. Chaque fois que Maulana venait à Delhi, je le rencontrais bien sûr. Il séjournait chez ses beaux-parents. Une fois, il logea également chez Chaudhry Muhammad Ali. Il venait aussi chez moi, et nous avions des discussions qui duraient des heures. Avant même la création du Pakistan, les volumes du Tafhim al-Qur’an ornaient déjà la bibliothèque de Quaid-e-Azam.
Après la création du Pakistan, Maulana est venu plusieurs fois chez moi. Il n’est pas exact de dire que Maulana n’acceptait jamais les propositions ou les conseils d’autrui. D’après mon expérience personnelle, il acceptait les remarques de principe. J’ai une certaine mauvaise réputation : après m’avoir rencontré, Maulana aurait parfois modifié les décisions de la Jamaat. Maulana écoutait chaque remarque avec attention. Lorsqu’on lui présentait un argument, il l’acceptait immédiatement.
La personnalité de Maulana était immense. Affronter la critique avec une patience infinie et le sourire aux lèvres était l’une de ses qualités les plus remarquables. Il est parfaitement évident qu’il demeurait ferme et inébranlable dans la voie qu’il considérait juste pour la propagation et l’élévation de l’islam.
Dr Ibrahim Agha
Le professeur Dr Ibrahim, de l’université d’Ankara, en Turquie, déclare :
Sayyid Abul A‘la Maududi était un éminent érudit. C’était un si grand savant que, dans le monde entier, on comprend sa pensée et l’on accepte ses opinions. En Turquie également, Maulana Maududi compte parmi les auteurs unanimement reconnus. Plusieurs de ses ouvrages ont été traduits en turc.
Je n’ai pas eu l’occasion de rencontrer Maulana Maududi. Cependant, je le rencontre à travers ses ouvrages. L’élan vital qu’il a insufflé par sa personnalité dynamique exerce une grande influence sur l’époque actuelle et continuera d’en exercer une plus grande encore à l’avenir.
Yasine Umar
Le membre du Conseil national du Soudan, Yasine Umar, déclare :
Sayyid Abul Ala Maududi a lancé le mouvement de la renaissance islamique. À l’époque moderne, il fut le premier à défier les idéologies et les courants de pensée occidentaux. Il a démontré clairement, à l’épreuve de la raison, que la pensée occidentale est nuisible à l’humanité. Il a affronté la civilisation occidentale et a engagé d’autres personnes à la combattre. Il a commencé cette œuvre immense sur le terrain de la pensée. Dans un style nouveau, il a présenté des conceptions et une vision islamiques si limpides que les musulmans qui s’étaient éloignés de l’islam parce qu’ils ne parvenaient pas à faire face à la pensée occidentale ont changé leur manière de penser, tandis que ceux qui étaient plongés dans l’hésitation et le doute sont revenus vers l’islam. Les écrits de Maulana Maududi ont fait naître en eux une conviction ferme et ont suscité parmi les musulmans une détermination d’acier en faveur de l’islam. ….. Sayyid Abul Ala Maududi a fait connaître à la jeunesse musulmane du Pakistan et de l’Asie, mais aussi d’Afrique et du monde entier, sa véritable identité. Il a rassemblé la jeunesse musulmane mondiale autour de l’islam et en a fait le but de sa vie.
Avant de dire quelle place éminente Sayyid Maududi occupe dans l’histoire, je voudrais évoquer mon expérience personnelle : avant d’étudier ses écrits, j’étais partisan du communisme. J’éprouvais du plaisir à me présenter comme communiste et socialiste. Les écrits de Sayyid Maududi, et eux seuls, m’ont tiré du chemin de l’adhésion au communisme pour me conduire vers la lumière de l’islam.
Je qualifierai Sayyid Maududi de grand homme. Mais je sens que ce terme est incapable de décrire sa grandeur. Sayyid Maududi est un homme qui a changé le cours de l’histoire ; il est aujourd’hui un créateur d’histoire. Sa plume acérée a vaincu la civilisation, la pensée et la culture occidentales. En vérité, une révolution telle qu’aujourd’hui la jeunesse musulmane élève la voix pour se dire « islamique », au lieu de se définir comme « orientale ou occidentale », s’est produite. Il faut reconnaître là un immense changement, dont l’influence se répandra dans le monde entier au fil du temps.
Dr Sirajul Haq (Bangladesh)
Le savoir immense et l’érudition de Maulana Sayyid Abul Ala Maududi se situent à un niveau très élevé. À un niveau si élevé qu’il est impossible d’en mesurer justement l’ampleur en se contentant de le dire. Les travaux de recherche et d’étude qu’il a accomplis continueront d’exercer leur influence pendant plusieurs générations et durant des siècles. …. Maulana Maududi est le seul homme qui, lorsqu’il prend la plume sur un sujet, ne laisse plus rien à ajouter. Lorsqu’il se rendait à Dacca, je le rencontrais, et lorsque je venais ici, je le rencontrais également. Une fois, dans cette ville de Rawalpindi, je l’ai rencontré dans des circonstances que je ne pourrai jamais oublier. Il fut un jour invité au I DO NOT AGREE CLUB de Pindi. J’avais moi aussi été invité. Par son discours, Maulana attira et impressionna tout le monde. Son exposé raisonné révélait des lumières si nouvelles qu’il était impossible à quiconque de tenir devant lui.
Sayyid Maududi a influencé l’histoire de son époque de son vivant même. Son influence se fera également sentir sur tout ce qui arrivera à l’avenir. Elle deviendra même plus intense au fil du temps. Ensuite, le nombre de ceux qui suivront ses traces ne cessera d’augmenter, et il sera considéré avec toujours plus de vénération. Il est le « bien-aimé » de tous et le restera. (Le I DO NOT AGREE CLUB était un club particulier réservé aux redoutables membres du CSP et aux hauts fonctionnaires ; note de l’auteur.)
Les lettres de Maududi
Mawlana Sayyid Abul A’la Mawdudi fut un dirigeant islamique révolutionnaire du XXe siècle. Tout au long de sa vie, sur la voie du mouvement, il dut faire face à d’innombrables obstacles et épreuves, aux moqueries et aux critiques, ainsi qu’à la persécution et à l’oppression. À différentes époques et dans diverses circonstances, il lui fallut exprimer ses pensées à différentes personnes par le moyen de lettres. La personnalité de l’auteur, son véritable caractère, ses idéaux et sa vision du monde se révèlent à travers sa correspondance. Nous reproduisons ici quelques-unes de ses lettres, écrites à différentes périodes, qui font apparaître sa philosophie de la vie, ses idéaux et ses objectifs, la véritable pensée islamique, les qualités et les méthodes d’action du mouvement islamique, ainsi que son attitude de tolérance envers les ennemis de l’ordre social islamique. J’espère que ces lettres serviront également de flambeau aux lecteurs dans leur vie.
[1]
À Monsieur Abdus Sattar Sahib.
Pathankot, Pendjab.
7 juin 1941
Mon vénéré —
Que la paix et la miséricorde d’Allah soient sur vous.
Je suis allé à Srinagar. À mon retour, j’ai reçu votre lettre. Je suis un descendant de Hazrat Qutbuddin Maudud Chishti (que Dieu lui fasse miséricorde). C’est pourquoi je me désigne sous le nom de Maududi. Il ne s’agit nullement d’une démarche publicitaire destinée à me faire connaître, et mon intention n’est pas non plus d’en tirer quelque avantage. Allah a réparti l’humanité en différentes tribus et lignées afin de permettre la connaissance mutuelle et de préserver les distinctions. Je ne fais donc que faire connaître la lignée dans laquelle je suis né.
On peut me reprocher que « Maududi » ne soit le nom ni d’une doctrine ni d’une communauté religieuse.
Vous n’avez pas mentionné les propos que vous avez lus de ma part et qui vous ont donné l’impression que j’entretiens une mauvaise opinion à l’égard des éminents serviteurs de la religion. Vous n’avez pas non plus expliqué quelle opinion il est nécessaire d’avoir à leur égard. Si vous vouliez bien apporter quelques éclaircissements sur ces deux points, je pourrais exposer mon point de vue. Je n’ai pas compris, à la lecture de votre lettre, de quelle faute on m’a rendu coupable. Je soupçonne plutôt que vous n’avez pas du tout lu mon article avec calme et sérénité. Il est devenu courant que, si quelqu’un trouve dans un article quelque chose qui va à l’encontre de ses goûts, il commence à considérer l’article entier avec haine et suspicion. Dès lors, il ne prend même plus le temps de réfléchir calmement à ce que dit l’auteur de l’article.
Vous ne savez peut-être pas que je suis né dans une lignée où, depuis mille ans, la tradition de la bay‘a et de l’initiation était en vigueur. J’ai eu l’occasion d’en étudier directement tous les aspects bons et mauvais. Je ne les ai pas observés avec l’hostilité d’un homme extérieur ; au contraire, mon attitude à leur égard était naturellement très empreinte de sympathie. Si, après cela, j’en arrive à la conclusion que cette institution s’est déformée, comme d’autres institutions islamiques, et que plusieurs changements y sont nécessaires, on ne pourra pas considérer cela comme l’opinion d’un ennemi extérieur, mais comme celle d’un ami de la maison, exprimée uniquement au nom de la vérité. Si servir la vérité n’avait pas été mon objectif, j’aurais très facilement pris possession du siège héréditaire de ma famille et j’aurais vu de nombreux grands personnages, baisant les mains et les pieds et offrant nazr-niyaz, se presser autour de moi tandis que je tenais des assemblées de pīr et de murīd.
Khaksar
Abul A‘la.
[2]
Au nom de Hakim Muhammad Sharif Sahib, de Hafizabad.
Nouvelle prison centrale
Multan.
17 mars 1949
Mon cher et respecté,
Que la paix et la miséricorde d’Allah soient sur vous.
… Ne vous inquiétez pas de ma santé. À vrai dire, jamais depuis de nombreuses années je n’ai été aussi bien portant qu’à présent. J’ai pris du poids, mon appétit s’est accru et je dors si bien que je n’ai pas connu un sommeil aussi profond depuis quinze ans. Je peux fournir beaucoup plus d’efforts physiques et intellectuels qu’auparavant et je ressens très peu de fatigue. La raison en est qu’aujourd’hui, il n’y a personne au monde qui soit plus heureux que moi. Je n’ai aucune inquiétude au sujet de mes enfants ni de mes proches, car je les ai confiés à Dieu. Je n’ai aucune inquiétude pour la nation, car le gouvernement actuel a pris sur ses propres épaules toute la responsabilité que Dieu m’avait confiée à cet égard. Je ne m’inquiète pas non plus pour la Jamaat et la da‘wa islamique, car dès mon arrestation, j’ai été libéré de toute responsabilité. En outre, j’ai la pleine conviction que mon emprisonnement ne portera aucun préjudice à la Jamaat, mais lui sera plutôt bénéfique. Réfléchissez donc vous-même : qui pourrait être plus heureux que moi ?
Khaksar
Abul A‘la
[3]
À l’honorable Hakim Muhammad Sharif Sahib de Hafizabad.
Nouvelle prison centrale, Sultan
22 avril 1949
Mon vénérable,
Que la paix et la miséricorde de Dieu soient sur vous.
La peine que vous avez exprimée au sujet de la prolongation de ma détention est le signe de votre affection sincère à mon égard. Mais, en principe, retenez ceci : Dieu ne traite pas mal celui qui entretient de bonnes relations avec Dieu et Sa création, et qui œuvre dans la voie de Dieu pour le bien de Sa création. Ce qui, en apparence, semble lui être nuisible, je l’ai gagné, par la grâce de Dieu. Ce n’est pas simplement une bonne opinion, mais une grande vérité. Sur la voie de la réforme et de la rectification pour laquelle je travaille, l’obstacle n’était pas une montagne rocheuse. C’étaient plutôt des monceaux d’ordures et de déchets qui s’élevaient jusqu’au ciel. C’est pour obtenir la satisfaction de Dieu que j’avais commencé à nettoyer ces monceaux d’ordures. Tout en accomplissant ce travail, je supportais patiemment les éclaboussures d’ordures qui m’atteignaient. Mais mon Dieu n’a pas voulu que je fasse le travail d’un balayeur. C’est pourquoi Il m’a amené dans un lieu paisible et isolé. À présent, les excréments sont rejetés sur ceux à qui ils appartiennent. … Ce travail est encore inachevé. Lorsqu’il sera terminé, vous me retrouverez parmi vous.
Khaksar
Abul A‘la
[4]
Au nom de Sayyid Abul Khayr Maududi Sahib.
Nouvelle prison centrale, Multan
23 novembre 1949
Cher frère
Que la paix et la miséricorde d’Allah soient sur vous.
À la lumière de toute l’étude que j’ai menée au cours de ma vie, je peux dire que les forces qui se réfugient à l’intérieur d’une forteresse ne peuvent jamais rester en vie dans ce monde. Car fuir la compétition en rase campagne pour se cacher dans une forteresse est une manifestation de lâcheté, et Allah Tout-Puissant n’a pas créé cette terre pour que les lâches la gouvernent. Mon étude me dit également que le navire de ces lâches moraux, dont les activités reposent sur le mensonge, la tromperie et la supercherie, qui considèrent dangereuse l’arrivée de la vérité et dont le pouvoir a besoin de lois de sécurité pour se maintenir, ne peut pas rester longtemps à la surface du développement. Cela est contraire à la conscience, contraire aux lois de la nature, et mille ans d’expérience historique attestent que ceux qui s’appuient sur de telles choses, si puissants soient-ils pour un temps, ne peuvent pas durer longtemps.
Votre humble serviteur
Abul Ala
[5]
À l’attention de Sayyid Abul Khayr Maududi Sahib.
Nouvelle prison centrale de Multan
16 mai 1949
Cher frère
Que la paix et la miséricorde d’Allah soient sur vous.
À l’avenir, chaque fois que vous viendrez, amenez avec vous vos deux fils aînés. Si Haji Mian [le surnom du fils de mon frère aîné est « Haji Mian »] souhaite venir, amenez-le également. Pensant que l’environnement d’ici pourrait avoir une mauvaise influence sur eux, je vous avais d’abord interdit de les amener. Mais, après réflexion, je suis parvenu à la conclusion qu’il faudrait leur montrer tous les endroits. Il se peut encore que les générations futures soient davantage égarées que la génération actuelle et que les gens de cette époque aient à mener contre elles une lutte plus difficile que celle que nous devons mener. Je ne veux pas élever mes fils dans le but de leur faire mener une vie de luxe. Je veux plutôt les élever afin qu’ils servent le bien et luttent contre le mal.
Khaksar
Abul A’la
[6]
Au nom d’Ahmad Faruq Maududi.
Nouvelle prison centrale, Multan
23 décembre 1949
Mon cher fils,
Wa ‘alaykoum as-salâm.
Je ne sais pas quand tu recevras la lettre que je t’écris aujourd’hui. Je ne m’en inquiète d’ailleurs pas, et vous ne devriez pas vous en inquiéter non plus. Que vous receviez ou non la lettre, que vous puissiez ou non avoir de mes nouvelles, restez satisfaits en toutes circonstances, convaincus que tout ce qu’Allah fait, Il le fait pour le bien. Satan ne souhaite rien d’autre que nous nous affolions et perdions patience dans une telle situation. Mais, en plaçant notre confiance en Dieu, nous devons déjouer cette ruse de Satan.
Je ne parviens pas à comprendre si vous vous en sortez bien ou mal. Même si j’apprenais quelque chose de votre situation, je ne pourrais rien faire. C’est pourquoi je vous ai confiés à Dieu et ai fait preuve de patience. Je pense que vous vivez aujourd’hui exactement comme vous auriez dû vivre après ma mort. C’est une des manifestations de la sagesse de Dieu : ce que d’autres doivent affronter après la mort de leur tuteur, vous avez dû l’affronter de mon vivant. Ne vous laissez pas abattre par cette expérience ; saisissez plutôt cette occasion. Incha’Allah, elle se révélera bénéfique pour vous.
— Aboul A’la Maududi
[7]
À l’attention de M. Chowdhury Ghulam Muhammad, de Karachi.
Nouvelle prison centrale de Multan
6 avril 1950
Que la paix et la miséricorde d’Allah soient sur vous.
L’esprit de l’islam diffère de celui des mouvements révolutionnaires contemporains. Aujourd’hui, les mouvements révolutionnaires prennent d’abord des mesures de représailles contre ceux qui leur font obstacle. Ensuite, pour instaurer un système social à la place d’un autre, ils recourent à des méthodes extrêmement viles. Ils ne se soucient nullement du fait que des millions d’êtres humains puissent périr à la suite de cette révolution et de ce bouleversement. En revanche, lorsque l’islam parvient au pouvoir, il adopte généralement une politique de pardon plutôt que de vengeance. Ensuite, pour corriger les défauts et les lacunes de l’ancien système social et mettre en œuvre à sa place son propre programme de réforme et de correction, sa règle générale consiste à procéder progressivement et de la manière la plus aisée possible, tout en préservant autant que possible la vie humaine d’une révolution brutale.
Les ignorants de l’esprit de l’islam, dans leur empressement excessif à réformer et à corriger, imitent les méthodes révolutionnaires répandues dans le monde et, ce faisant, leur apposent l’étiquette de l’islam. L’objectif de l’exposé des principes islamiques est précisément d’analyser leur méthode d’action erronée.
-Aboul A‘la Maududi
[8
Réponses aux lettres présentées dans Rasâ’il wa Masâ’il
La tempête de l’opposition
… Je ne suis pas ignorant de la campagne qu’ils ont lancée contre moi. Ce n’est pas une expérience nouvelle pour moi. À maintes reprises, on a tenté de répandre contre moi de telles calomnies mensongères, et j’ai toujours fait preuve de patience. Jusqu’à présent, mon expérience est qu’Allah Tout-Puissant ne permet pas au mensonge de se propager.
J’ai toujours eu pour règle de ne répondre à aucune parole de ceux que je voyais se montrer indifférents à l’honnêteté, à la loyauté et à la crainte de Dieu, et je ne souhaite pas davantage leur répondre à l’avenir. Je pense qu’il est au-delà de mes moyens de me venger d’eux. Seul Allah Tout-Puissant peut se venger d’eux. Je considère également qu’il ne m’est pas nécessaire de réfuter leurs mensonges. Incha Allah, leur imposture sera dévoilée dès ici-bas.
Objectif et méthode d’action
Comprenez bien l’objectif de la fondation de la Jama’at-e-Islami. Cette Jama’at n’a pas été fondée pour qu’un pays ou une nation résolve un problème temporaire par une méthode temporaire. Elle n’a pas non plus été fondée sur le principe selon lequel on adopterait, pour résoudre les problèmes, toute politique qui se trouverait alors en vigueur. Elle n’a devant elle qu’un seul problème universel et éternel, qui englobe tous les problèmes de chaque pays et de chaque nation. Ce problème est de savoir en quoi résident le progrès terrestre et le salut dans l’au-delà de l’être humain. Or cette Jama’at n’en connaît qu’une seule solution : que l’humanité entière adopte véritablement la servitude envers Allah, puis qu’elle suive les principes qui se trouvent dans le Livre d’Allah et dans la Sunna du Messager. En dehors de ce problème et de sa solution, rien d’autre en ce monde ne nous attire.
La nécessité de constituer un groupe
Il est établi par les hadiths qu’il ne peut y avoir de véritable vie islamique sans une Jama’at ou un groupe. Pour qu’une vie soit véritablement islamique, la chose la plus nécessaire est d’être lié à l’objectif de l’islam, c’est-à-dire à l’établissement du dîn. Cela exige de déployer un effort total en faveur de cet objectif, et cet effort est impossible sans une force unie. Par conséquent, ce serait une grave erreur de qualifier d’islamique une vie menée sans Jama’at. Deuxièmement, même si une personne ne rejoint pas notre Jama’at, qu’elle rejoigne une Jama’at dont l’objectif soit celui-ci et dont l’organisation collective ainsi que la méthode de déploiement d’un effort total soient conformes aux enseignements de l’islam. Dans ce cas, nous n’hésiterons pas à la reconnaître comme étant sur la voie de la vérité. En revanche, il ne nous paraît pas juste qu’une personne se contente de suivre les méthodes de formation du caractère individuel prescrites par la sharia et ne rejoigne aucune Jama’at pour œuvrer à l’établissement du dîn. Nous considérons une telle vie comme une vie de demi-jahiliyya. Selon notre compréhension et notre raison, l’exigence minimale de l’islam est la suivante : si une personne ne voit pas autour d’elle une Jama’at déployant, selon la méthode islamique, un effort total pour atteindre l’objectif islamique, elle doit s’efforcer de constituer un tel groupe et se tenir prête, dès qu’une Jama’at de ce type sera trouvée, à y adhérer dans l’esprit de la Jama’at, en renonçant à tout son individualisme.
Prédication et révolution
D’après ce que j’ai compris de votre lettre, son idée essentielle est qu’à l’époque actuelle on se contente de propager le message par la prédication orale, les discours, la rédaction d’articles et les journaux. Il ne serait pas nécessaire, en outre, d’appeler les gens à mettre eux-mêmes quoi que ce soit en pratique. Puis, lorsque l’esprit et la pensée de tous les musulmans seront influencés par notre courant de pensée, une révolution éclatera soudainement un jour.
L’idée est assez remarquable. Mais que peut-on y faire, puisque la nature de la prédication et celle de la révolution ne sont pas les mêmes ? Une prédication influente et efficace ne peut avoir lieu que lorsque le groupe qui prêche met en pratique ses principes et organise ceux qui les mettent en pratique. Les simples exhortations et conseils religieux se poursuivent depuis longtemps déjà. Quel résultat ont-ils produit ?
(Rasaïl wa Masaïl)
Quelques paroles précieuses
[1]
J’ai toujours cherché à comprendre la religion à partir du Coran et de la Sunna, et non à partir de qui que ce soit, passé ou présent. Ainsi, pour savoir ce que la religion de Dieu exige de moi et de chaque croyant, je ne cherche pas à voir ce que dit ou fait tel ou tel homme éminent. Je cherche seulement à voir ce que dit le Coran et ce qu’a fait Son Messager (paix et bénédictions d’Allah sur lui).
– Abul A‘la Maududi
[2]
Nous voulons en réalité former un groupe qui, d’une part, soit plus avancé en matière de religiosité et de piété que le muttaqî religieux au sens conventionnel du terme, et qui, d’autre part, soit plus compétent et plus capable que l’homme ordinaire attaché aux affaires du monde pour administrer les affaires de ce monde. Il devrait être constitué un groupe de gens vertueux, dont les membres seraient craignant Dieu, sincères et dignes de confiance. Ils seraient parés de caractères et de qualités agréables à Dieu. En même temps, ils comprendraient les affaires de ce monde mieux que les gens attachés aux affaires mondaines.
– Abul A‘la Maududi
[3]
Dès qu’il apparaîtra clairement à mes compagnons et à moi que nous nous sommes écartés, ne serait-ce que d’un cheveu, du Coran et de la Sunna, vous verrez, si Dieu le veut, que nous n’hésiterons pas un seul instant à revenir vers la vérité. Mais si, au lieu du Livre de Dieu et de la Sunna du Messager, vous faites d’une personne la pierre de touche du vrai et du faux, alors remettez-vous vous-mêmes, ainsi que votre avenir, entre les mains de cette personne. Vous en avez parfaitement le droit. Puis vous répondrez ainsi à Dieu : « Ô Dieu, au lieu de Ton Livre et de la Sunna de Ton Messager, nous avions confié notre religion à tel et tel homme. » Si cette réponse peut vous sauver devant Dieu, continuez donc à la donner avec satisfaction.
– Abul A‘la Maududi
[4]
Si nous accomplissons cette œuvre avec une mentalité de commerçants, alors que mille et mille malédictions s’abattent sur nous et sur notre entreprise. Mais si elle constitue un service sincère de la religion de Dieu, chacun devrait se réjouir que nous ne soyons pas les seuls à l’accomplir, mais que d’autres aussi y prennent part. Notre devoir est de ne pas le considérer comme un rival. Nous devons aller le voir encore et encore, afin qu’Allah ramène son cœur dans la bonne voie.
– Abul A‘la Maududi
[5]
L’Iqāmat-e-Dīn : un devoir ferme et indispensable
Il est du devoir indispensable de toute personne en quête de la vérité de faire naître en elle une ardente inspiration pour l’établissement de la religion. Ensuite, elle s’efforcera d’allumer ce feu dans son cœur. Quant à savoir quelle sera l’issue de cet effort et de cette conduite, cela dépasse le cadre de notre propos. Il se peut que nous soyons sciés, traînés sur le sol, jetés sur des braises ardentes et que nos dépouilles deviennent la nourriture des corbeaux et des vautours. Même après tout cela, nous n’aurons peut-être pas la chance de parvenir à transformer le système actuel du faux en un système véritable et bon. Mais cet échec n’est pas un échec. La crainte ou l’incertitude d’un échec ne nous dispensera pas de cette exigence qu’Allah Tout-Puissant a prescrite pour l’établissement de la religion. C’est un devoir immuable et indispensable, que nous devons accomplir à tout prix et en toutes circonstances. Si toutes les khanqahs s’efforcent de vous assurer que telle ou telle litanie ou pratique ascétique peut vous libérer de cette responsabilité, je vous le dirai avec certitude : ce n’est rien d’autre qu’une tromperie satanique. Tant que vous aurez encore la tête sur les épaules et qu’un seul pouce de la terre d’Allah sera incliné devant la servitude d’un autre qu’Allah, le sommeil paisible vous sera interdit.
– Aboul A‘la Maududi
(Procès-verbaux de la Jamaat-e-Islami, tome 3)
[6]
Le gouvernement divin et la satisfaction d’Allah
Je ne peux rien dire quant au résultat de cet effort pour l’établissement de la religion. Seul Allah Tout-Puissant en connaît l’issue. Si cet effort aboutit à ce que nous soyons capables d’instaurer un système social juste, ce sera un don d’Allah. Quelques personnes disent avec raillerie et dérision que tous nos efforts visent à obtenir le pouvoir et que nous n’avons pas pour véritable objectif de la religion la recherche de la satisfaction d’Allah. Cette conception est totalement erronée. Tous nos efforts visent à instaurer un système juste et divin. Il n’y a dans cet effort aucun crime, ni rien qui doive nous faire honte. Lorsque nous parlons de gouvernement divin, c’est précisément le système mentionné ci-dessus que nous entendons. Je ne comprends pas : s’il correspond à notre aspiration, pourquoi tant de débats ? Et en quoi pourrait-il être contraire au désir de satisfaire Allah ? Sur la terre d’Allah, seule la loi d’Allah doit prévaloir : de quelle autre manière pourrait-on obtenir davantage Sa satisfaction ? Qui pourrait davantage désirer la satisfaction d’Allah que ceux qui consacrent leurs biens et leur vie à cette œuvre et qui, quel qu’en soit le résultat, refusent absolument de laisser régner sur la terre d’Allah quelque autorité que ce soit en dehors de celle d’Allah ? Si un tel combat et un tel effort sont considérés comme de la mondanité, faut-il alors appeler piété le fait de veiller la nuit en invoquant « Allah », tout en s’efforçant, durant la journée, d’établir le trône de Satan ? Ceux qui tiennent de tels propos ont, dans leur esprit et leur compréhension, une conception des plus détestables de la religion.
– Aboul A‘la Maududi
(Procès-verbaux de la Jamaat-e-Islami, tome 3)
[7]
L’exigence de la voie de la vérité
La véritable exigence de cette voie est que naisse en nous le désir d’accueillir l’opposition. Que ce soit sur la voie de la vérité ou sur celle de l’égarement, telle est la règle d’Allah Tout-Puissant : quiconque choisit une voie y est soumis à une épreuve du feu. La caractéristique même de la voie de la vérité est d’être, du début à la fin, remplie de cette épreuve. Ainsi, en mathématiques, un élève doué se réjouit d’une question difficile, car il a l’occasion de mettre son intelligence à l’épreuve. De même, un croyant fermement résolu se réjouit de se trouver face à une nouvelle épreuve, car l’occasion lui est donnée de prouver son obéissance. Une faible flamme s’éteint sous un coup de vent, tandis que le vent attise davantage un four ardent. Développez en vous une telle aptitude que, de même qu’un four ardent, au lieu de s’éteindre à cause d’un combustible humide, l’absorbe comme nourriture, vous ne vous incliniez pas devant l’opposition, mais que vous en tiriez au contraire nourriture et force. Tant que cette aptitude ne se sera pas développée en nous, il ne pourra être question d’espérer que nous puissions rendre un quelconque bon service au dîn.
– Aboul A’la Maududi
(Procès-verbaux de la Jamaat-e-Islami, tome 3)
[8]
Si j’acceptais la manière dont le dîn est déformé et devenais tel que certaines personnes souhaitent me voir, je deviendrais coupable d’un crime si grave que je devrais rendre des comptes sévèrement devant Allah. Ce jour-là, personne ne viendrait à mon aide. Je préfère donc être la cible de leurs railleries et de leurs sarcasmes plutôt que de me mettre moi-même en péril dans l’au-delà.
– Aboul A’la Maududi
[9]
Dieu est témoin que je n’éprouve aucune hostilité envers aucune personne ni aucun groupe. Je suis uniquement l’ami de la vérité et l’ennemi du mensonge. J’ai également exposé les arguments établissant la vérité de ce que je tiens pour vrai. J’ai aussi présenté les arguments de ce que je considère comme faux. Si celui qui n’est pas d’accord avec moi me démontre par des arguments mon erreur, je peux changer d’avis. Il existe encore des gens qui se mettent en colère uniquement parce que quelque chose a été dit contre eux ou contre leur dirigeant préféré. Pourtant, ce qui leur importe n’est pas de savoir si ce qui a été dit est vrai ou faux. Je ne prête aucune attention à la fureur de tels gens. Je ne répondrai pas à leurs insultes et ne dévierai pas de ma voie.
– Aboul A‘la Maudoudi
[10]
Ma franchise paraîtra certainement amère à ces grands hommes qui ont l’habitude de juger la vérité à l’aune des hommes, au lieu de juger les hommes à l’aune de la vérité. En réponse, je me suis préparé à recevoir encore quelques insultes.
– Aboul A‘la Maudoudi
[11]
Je suis profondément attristé de constater que la déchéance morale des musulmans a aujourd’hui atteint un tel degré que ceux qui enfreignent la loi de Dieu se promènent fièrement. En revanche, ceux qui observent la loi du Seigneur des mondes et exhortent les autres à en faire autant sont aujourd’hui les seuls à être humiliés et déshonorés.
– Abû al-A‘lâ Mawdûdî
[12]
Par la grâce de Dieu, je n’ai agi sous l’emprise d’aucune émotion. Dans mes discours, j’ai pesé chaque mot que j’ai prononcé, en songeant que j’aurais à en rendre compte devant Dieu, et non devant un serviteur. Je suis certain de n’avoir prononcé aucune parole contraire à la vérité. Tout ce que j’ai dit était absolument nécessaire au service de la religion. Je craignais de devoir rendre compte à Dieu, non pas de l’avoir dit, mais de ne pas l’avoir dit.
– Abû al-A‘lâ Mawdûdî
[13]
Je ne fais pas partie de ceux qui ont fait de la propagande mensongère, des querelles personnelles et des insultes leur profession. J’ai toujours considéré avec mépris le comportement de ceux qui portent le turban des anciens de la nation et de ceux qui transforment les divergences politiques en inimitiés personnelles. Ceux qui me connaissent savent aussi cette vérité.
– Abû al-A‘lâ Mawdûdî
[14]
cinéma
Question :Il m’arrive parfois d’aller au cinéma pour me divertir. Je ne me laisse pas influencer par l’attirance sexuelle. Qu’en dites-vous ?
Réponse :Les scènes de cinéma ne peuvent être supportées que par des yeux qui ne sont pas encore pleinement musulmans. Efforcez-vous de rendre vos deux yeux musulmans. Vous verrez alors que le cinéma ne vous divertira pas. Vous éprouverez une telle souffrance que vous aurez l’impression que quelqu’un vous plante des aiguilles dans les yeux.
– Abul A‘la Maududi
Un entretien
Question :Pourriez-vous raconter quelques événements particulièrement importants de votre vie ?
Réponse :Je n’ai pas l’habitude de tenir un journal et je ne me suis jamais assis pour réfléchir à ces sujets. Il m’arrive de dire certaines choses selon les circonstances. Au cours d’une conversation, il m’arrive de mentionner un événement. Mais je n’ai jamais dressé de liste de tout cela ni réfléchi à ces choses. Parfois, une parole extraordinaire me vient soudainement. Sinon, en général, je ne me réjouis ni ne m’attriste excessivement pour quoi que ce soit.
Question :Vous est-il déjà arrivé de connaître une situation où vous avez éprouvé de grandes difficultés à vous nourrir ?
Réponse :Non, cela ne s’est pas produit. Grâce à Dieu pour cela. Toutefois, une seule fois, il m’est arrivé de penser que je devrais peut-être rester sans nourriture ce jour-là. Mais avant même que je ne sois contraint de jeûner, Allah le Très-Haut avait pris certaines dispositions. Grâce à Dieu, cette situation ne s’est jamais reproduite jusqu’à aujourd’hui. La raison en est que j’ai vécu seul pendant de longues années et que j’ai souvent cuisiné moi-même. À d’autres moments, j’ai été si occupé par mon travail que je n’avais pas le temps de cuisiner. À l’heure du repas, j’achetais des bananes et je les mangeais.
Question :Quand vous travailliez assis pendant de longues périodes, et pendant combien d’heures ?
Réponse :Je peux travailler à tout moment. Mais lorsque je constate que je n’ai pas de temps libre pendant la journée, je travaille la nuit. Il fut un temps où je travaillais après la prière d’icha jusqu’à la prière du fajr. Même durant cette période, des gens venaient me rendre visite et nous continuions à converser.
Question :Dans le travail de ce mouvement et dans ces conditions, quelle attention accordiez-vous à votre santé ?
Réponse :Pendant un certain temps, j’ai également été insouciant à l’égard de ma santé. À une époque, je travaillais même en me disant que je devais déployer toutes mes forces, quel que soit le résultat. Je travaillais alors avec acharnement. Je ne me souciais nullement de la pression que cela exercerait sur mon corps et ma santé. J’ai continué à travailler ainsi de 1939 à 1942. Je travaillais seul. Il n’y avait personne pour m’aider. Je sentais que, que ce travail se poursuive ou non, je devais accomplir tout ce que je pouvais. Bien entendu, je n’avais pas l’assurance de trouver des collaborateurs ni de voir réussir le travail que j’accomplissais.
Question :Avez-vous éprouvé de la joie en trouvant des collaborateurs et en voyant le travail du mouvement prendre de l’ampleur ?
Réponse :Oui, c’est tout à fait naturel.
Question :Quelle fut votre réaction lorsque vous fûtes envoyé en prison pour la première fois ?
Réponse :Dès le début, j’avais gardé à l’esprit que cette situation finirait immanquablement par se présenter et qu’elle n’était pas au-delà de mes prévisions. Je m’y étais même attendu. Je n’en éprouvais d’ailleurs aucune tristesse.
Question :Lorsque vous êtes allé en prison pour la première fois et qu’après y avoir passé vingt mois vous en êtes sorti, quel était alors votre état d’esprit ?
Réponse :À cette époque, je n’éprouvais ni bonheur ni tristesse particuliers. Je travaillais en prison dans le plus grand confort. Tous les six mois, le gouvernement prolongeait la durée de ma détention. Il ne s’est jamais produit que je compte les jours et qu’enfin le jour de ma libération arrive. J’étais fermement convaincu qu’ils ne me libéreraient en aucune façon. Dès le début, je me tenais prêt à ce qu’au bout de six mois la durée de ma détention soit de nouveau prolongée. Je savais quel genre d’hommes étaient ceux qui détenaient alors le pouvoir. C’est pourquoi je ne pouvais même pas espérer qu’au bout de six mois la durée de ma détention ne serait pas prolongée. Je m’attendais à chaque fois à ce qu’elle le soit, puis je recommençais tranquillement à travailler. Je ne ressentais aucune inquiétude au sujet de ma libération.
Question :Aviez-vous pensé que vous seriez condamné à mort ? Lorsque vous avez appris la nouvelle de votre condamnation à mort, quel a été votre état d’esprit ?
Réponse :À vrai dire, ce n’est pas une chose dont on parle à grands coups de tambour. Tout ce que je dirai aujourd’hui en réponse à cette question sera peut-être interprété demain dans le sens contraire. En bref, depuis longtemps, j’espérais que, si la mort venait à moi, je pourrais aussi voir une fois le chapitre suivant. J’en étais donc très heureux : d’une part, j’aurais l’occasion de franchir la porte de la mort et de contempler ce qui se trouve dans l’au-delà. D’autre part, je serais reconnaissant à celui qui me martyriserait afin d’assurer mon salut dans l’au-delà. Je ressentais même une certaine joie. Bien sûr, je pensais aussi : où trouveraient-ils donc le courage de me pendre ? Ils veulent se débarrasser de moi, car mon existence était devenue insupportable pour eux. Il était donc possible qu’ils saisissent cette occasion. C’était également ce que je souhaitais. C’est pourquoi j’étais résolu et serein.
Question :S’est-il produit dans votre vie un événement particulier qui en a infléchi le cours dans cette direction ?
Réponse :Je ne suis pas le genre d’homme dont un événement particulier pourrait changer le cours de la vie. J’avance progressivement dans une direction, en faisant des recherches avec calme et constance. Un seul événement particulier m’a profondément bouleversé.
Après avoir passé neuf ans à Hyderabad, lorsque j’arrivai à Delhi en 1937, je sentis que, durant cette période, les musulmans s’éloignaient très rapidement de l’islam. La situation que je constatai à Delhi n’était pas celle d’Hyderabad. Les filles des familles musulmanes distinguées avaient commencé à circuler ouvertement dans les marchés, ce que je n’aurais jamais imaginé à leur sujet. Cela me bouleversa profondément. En voyant la situation de Delhi, je n’arrivais pas à dormir la nuit : comment cela était-il possible ? Tant de changements en neuf ans ? C’était l’époque où un gouvernement du Congrès avait été établi, si bien que la domination des hindous apparaissait partout. Cette situation était extrêmement douloureuse. En 1937, lorsque je quittai Delhi pour retourner à Hyderabad en train, un dirigeant hindou voyageait avec moi. Quelques musulmans se mirent à converser avec lui. À les entendre, on aurait dit que les dirigeants du Congrès étaient les maîtres de ce pays et que les musulmans en étaient les sujets. Comme si ceux-ci étaient des mendiants et ceux-là des donateurs. Je me mis à écouter leur conversation en silence. Une image complète de ce que serait l’avenir des musulmans apparut devant mes yeux. Après cet événement, j’écrivis « Siyasî Kashmakash, premier tome ». À Hyderabad, je n’avais pas pu me faire une idée exacte de la situation par l’intermédiaire des journaux ; en voyant directement cet événement et en parcourant les environs, je pus la ressentir correctement. C’est cela qui m’inspira à entreprendre des efforts de lutte de manière organisée.
(Cheragh-e Rah — numéro consacré au mouvement islamique)
Quelques propos historiques
* C’est le pays de la communauté de Muhammad (paix et bénédictions d’Allah sur lui), et non celui de la communauté de Marx et de Mao. S’il nous faut lutter pour la religion d’Allah, nous n’hésiterons pas à combattre sur dix fronts. Nous lutterons simultanément contre la dictature d’un seul homme et contre l’irréligion. Tant que nous serons en vie et que nos têtes resteront sur nos épaules, personne n’osera instaurer ici un système autre que l’islam.
* Frères, vous connaissez déjà mon état d’esprit. Ils savent parfaitement quel est mon prétendu crime. Il vaut mieux donner sa vie sur la potence que de leur demander pardon.
* Si je m’assieds, qui restera debout ?
* Le temps est un vérificateur impitoyable. Vous ne serez pas jugé authentique par des moyens artificiels ni par des procédés fabriqués. Mais soyez certain que, si vos actes vous permettent de prouver votre authenticité, quelles que soient les tentatives des forces adverses pour vous faire passer pour un imposteur, elles échoueront, si Allah le veut. Ne vous laissez pas intimider par la puissance du mensonge. Tantôt il déferle comme une tempête, tantôt il disparaît dans le néant comme une bulle. Vous ne devez pas vous préoccuper de la manière de combattre le mensonge ; votre souci doit plutôt être votre propre intégrité.
* L’islam et la civilisation occidentale sont désormais comme deux navires qui avancent exactement dans des directions opposées. Si quelqu’un monte dans l’un des deux, il doit nécessairement abandonner l’autre. Et s’il monte dans les deux à la fois, il sera déchiré en deux.
* Le moment est venu de prendre la décision définitive de savoir si nous resterons musulmans ou non. Pour rester musulmans, nous devons prendre la résolution de faire de notre propre environnement et du monde entier un « Dâr al-Islâm ». Si nous n’avons pas même ce peu de courage et de détermination, nous devons renoncer à prétendre à l’islam. La question de savoir si la « Révolution islamique » est possible vient ensuite. La première question est de savoir si vous avez, en vous, la résolution et le désir de rester musulmans. Supposons que la Révolution islamique soit impossible. Supposons qu’après avoir constaté, à notre époque, l’activité fasciste et la domination totale des forces du kufr, celui qui se lève avec pour objectif d’établir un « Dâr al-Islâm » soit immanquablement traité de fou et accusé de vouloir jouer avec le feu. Croyez aussi qu’à l’heure actuelle, nous avons, pour ainsi dire, presque perdu le terrain. Se dresser pour affronter cette situation semblera être l’œuvre d’un fou. Sachez également que son issue sera celle qu’imaginent nos dirigeants à la foi faible : chaque atome et chaque particule des cieux et de la terre deviendra votre ennemi. Sachez encore à l’avance que les camps ennemis de l’islam s’uniront et se dresseront contre vous. En revanche, les musulmans ne s’uniront pas pour venir vous aider ; ils tourneront plutôt en dérision votre prétendue « folie ». Sachant tout cela, interrogez honnêtement votre propre cœur pour savoir si le sentiment et l’émotion qui vous poussent à rester musulmans ont atteint le degré de cette « folie ». Nous n’avons besoin que de ceux chez qui cette « folie » existe ; eux seuls peuvent mener le mouvement en faveur du « Dâr al-Islâm ».
* Il faut bien savoir ceci au sujet du haqq, ou de la vérité : il est la vérité en soi. C’est le nom d’une valeur éternelle, absolument juste et infaillible. Même si le monde entier l’abandonne, il demeure la vérité. Car le fait qu’il soit vrai ne dépend pas de la condition que le monde l’accepte. L’acceptation ou le rejet par le monde ne constitue pas la pierre de touche permettant de distinguer le vrai du faux. Si le monde n’accepte pas la vérité, celle-ci n’en devient pas vaine. C’est plutôt le monde qui échoue lorsqu’il rejette la vérité et accepte le mensonge. Les épreuves et les calamités ne s’abattent pas sur la vérité, mais sur ceux qui la suivent. Toutefois, ceux qui, après réflexion et avec une ferme conviction intérieure, décident qu’ils doivent rester fidèles à la vérité en toutes circonstances et consacrer leur vie et leurs biens à faire triompher son message, ceux-là subissent certes des épreuves, mais ils ne sont jamais voués à l’échec. Il est rapporté dans les hadiths que certains prophètes ont passé toute leur vie à appeler à la vérité, sans qu’une seule personne ne croie en eux. Dirons-nous pour autant qu’ils ont échoué ? Non, c’est la nation qui a échoué, celle qui a rejeté le haqq, ou la vérité, et accepté la direction des partisans du faux.
Il ne fait aucun doute que, dans le monde, seule prévaut ce que les gens ordinaires acceptent. Et ce qu’ils n’acceptent pas ne peut prévaloir. Mais l’acceptation ou le rejet par les gens ne peut constituer le critère du vrai et du faux. Si la majorité veut tâtonner dans l’obscurité et trébucher, qu’elle continue donc librement à tâtonner et à trébucher. Notre tâche consiste à allumer une lampe dans l’obscurité, et nous continuerons à l’accomplir toute notre vie. Nous demandons refuge à Dieu contre le fait de nous égarer ou d’égarer les autres. C’est une grâce infinie d’Allah qu’Il nous ait accordé la capacité d’allumer une lampe dans l’obscurité. Nous Lui témoignerons notre gratitude pour cette grâce de la manière suivante : nous mourrons en continuant à allumer cette lampe.
* La mosquée n’est pas le seul lieu qui soit la maison de Dieu. Il existe plutôt, en dehors de cette maison, une seconde mosquée, beaucoup, beaucoup plus grande, dont le nom est le monde. De même que, dans cette petite mosquée, l’homme accomplit chacun de ses actes et chacun de ses pas conformément aux ordres d’Allah, s’il accomplit également toutes ses activités en dehors de cette mosquée conformément aux ordres d’Allah, cela devient alors un acte d’adoration, et c’est cela que l’on appelle le dîn.
* Toute mon expérience de la vie me dit que, dans le monde, aucune force n’a jamais pu subsister lorsqu’elle a tenté de se réfugier à l’intérieur d’une forteresse. Car se cacher dans une forteresse par peur d’affronter le champ de bataille est un signe manifeste de lâcheté. Allah n’a pas créé cette terre pour y établir la domination des lâches.
Mes ouvrages préférés
« J’ai étudié de nombreux livres de l’époque de la jahiliya. J’ai parcouru et étudié des rayonnages entiers de livres sur la philosophie ancienne et moderne, les sciences, l’histoire, l’économie, la politique, et bien d’autres sujets. Mais lorsque j’ai lu le Noble Coran les yeux ouverts, j’ai véritablement eu le sentiment que tout ce que j’avais étudié jusqu’alors n’était que fort insignifiant. Je détenais désormais la source même de la connaissance. Kant, Hegel, Nietzsche, Marx et les autres grands penseurs du monde m’ont paru être de véritables enfants. J’éprouve de la compassion pour eux, car ils ont consacré toute leur vie à résoudre certains problèmes et ont composé de vastes ouvrages à leur sujet, sans parvenir à en présenter la solution. En revanche, dans ce Livre sublime (le Noble Coran), la solution juste à tous ces problèmes est présentée en quelques mots. Si ces pauvres gens n’avaient pas été ignorants à l’égard de ce Livre sublime, ils n’auraient pas gaspillé leur vie de cette manière. Mon véritable livre préféré est celui-ci, et celui-là seul. Il m’a complètement transformé. Il a fait de moi un être humain après m’avoir tiré de l’animalité. Il m’a sorti des ténèbres et conduit vers la lumière. Il m’a remis une telle lampe entre les mains que, où que je porte mon regard dans la vie, la vérité m’apparaît d’une manière si claire qu’elle ne comporte aucune obscurité. En anglais, on appelle Master Key la clé qui permet d’ouvrir toutes sortes de serrures. Pour moi, le Coran est la Master Key. Quelle que soit la serrure d’un problème de la vie dans laquelle je l’introduis, elle s’ouvre aussitôt. Je n’ai pas les mots pour remercier le Dieu qui a accordé ce Livre sublime. »
Les précieuses paroles ci-dessus figuraient dans la lettre que Mawlana Sayyid Abul Hasan Ali Nadwi écrivit le 31 mars 1940 en réponse à une lettre de Mawlana Sayyid Abul A‘la Maududi, alors rédacteur en chef du journal « An-Nadwa ».
La Ligue musulmane de l’U.P. avait constitué un comité chargé de rédiger un projet de constitution islamique, auquel Mawlana Maududi avait également été intégré. De la part de Son Excellence le nawab de Chhatari, Mawlana fut invité à participer à la réunion de ce comité, qui devait se tenir à Nadwatul Ulama. Avant de prendre part à la réunion, il écrivit une lettre à Sayyid Abul Hasan Ali Nadwi ; nous la présentons également aux lecteurs.
Mubarak Park, Poonch Road, Lahore
24 décembre 1940
Monsieur respecté et honoré
As-salāmu ʿalaykum.
J’ai reçu votre lettre. Aujourd’hui, j’ai reçu la lettre de Son Excellence le nawab de Chhatari. Dans cette lettre, il m’invite à participer à la réunion du comité chargé de rédiger un projet de constitution islamique. La réunion se tient précisément dans votre Lucknow. Je n’éprouve toutefois guère d’intérêt ni d’enthousiasme pour les nawabs et leur comité. S’il ne s’agissait que de participer à la réunion de leur comité, j’essaierais de l’éviter. Mais cette réunion offre l’occasion d’établir des relations directes avec la Nadwa et avec vous. C’est pourquoi j’ai décidé de me rendre à Lucknow. Insha Allah, j’arriverai à Lucknow le 3 janvier. L’organisation de mes repas et de mon logement vous incombera. Je souhaite séjourner dans un endroit où toutes sortes de personnes puissent venir et discuter librement et ouvertement. Lorsque je suis allé à Aligarh, je préférais loger à l’Old Boys Lodge. L’avantage en était que des personnes de tous les partis et de toutes les opinions venaient me voir sans hésitation. Je souhaite trouver un endroit de ce genre à Lucknow. Des communistes convaincus et des athées se mêlent à moi, tout comme les croyants vertueux. Pour parler avec eux, il vaut mieux choisir un endroit où ne résident pas des personnes devant lesquelles ils hésiteraient à se présenter.
Votre humble serviteur
Aboul Ala
La contribution de Maulana Maududi
La vie d’Allama Sayyid Abul A‘la Maududi (qu’Allah lui fasse miséricorde), ses idéaux et sa pensée, sa doctrine et sa méthode d’action, ses manières et son caractère étaient pleinement islamiques ; elle était limpide, pure et sans souillure comme un miroir. Ceux qui l’ont observé de près ou de loin avec un esprit clair et impartial ont été émerveillés par son humanité et sa grandeur qui touchaient les cieux, ainsi que par sa simplicité et sa cordialité pleine de bienveillance.
Littérateurs, poètes, hommes politiques, juristes, scientifiques ou philosophes, après avoir discuté librement avec lui de n’importe quel sujet, se sont inclinés devant son érudition. Ceux qui, de loin, l’avaient pris pour un « kat-mollah à l’esprit étroit » ont découvert, au cours de leurs échanges, un homme pareil à un vaste océan généreux ; ils ont vu en lui non pas le désir de repousser les autres, mais un ardent désir de les attirer à lui. La modestie, l’humilité et l’absence d’orgueil d’un homme aussi éminent et érudit ont constitué pour beaucoup un immense étonnement.
Bien que le Maulana n’ait obtenu de diplôme ni d’un darul ulum ni d’une université, il était un océan de connaissances. Ainsi, bien qu’il n’eût pas été étudiant à l’université, il a enseigné bénévolement avec compétence et distinction dans un collège réputé. Après avoir lu ses nombreux ouvrages et discuté avec lui, on peut certainement affirmer que rien ne lui était étranger, depuis le Coran, le hadith et la jurisprudence islamique jusqu’aux connaissances et aux sciences modernes. L’histoire des différentes nations du monde, ainsi que le récit de leurs ascensions et de leurs déclins religieux, politiques, sociaux et moraux, était à portée de sa main. De plus, afin d’acquérir une connaissance approfondie de la psychologie des défenseurs, des propagateurs et des adorateurs de la civilisation occidentale, il n’avait exclu de ses lectures ni les pièces de théâtre ni les romans en langues étrangères telles que l’anglais et l’allemand. Il était donc, sans aucun doute, une véritable encyclopédie du savoir.
Qu’Allah Tout-Puissant déverse Ses innombrables miséricordes sur le penseur, érudit religieux et mujtahid du XXe siècle, Sayyid Abul A‘la Maududi, qui a consacré chaque instant de toute sa vie à exalter le dîn de vérité et mobilisé toutes les forces de son corps et de son esprit dans cette œuvre grandiose, sans tenir compte de son corps ni de sa santé. Allah le Très-Haut l’a également honoré de la dignité de voir, de son vivant, les battements de son cœur devenir les battements du cœur de l’ensemble du monde islamique.
Toute sa vie s’articulait autour de trois chapitres : la hijra, le jihad et la shahada. Il s’est consacré à la voie de Dieu avec une telle absorption qu’il a accepté avec le sourire toutes les persécutions et tous les sévices du camp du faux, l’emprisonnement et même la potence. Il était donc un martyr vivant, un homme-mujahid.
Il a laissé au monde musulman des contributions si incomparables que nul autre n’aurait pu les apporter. Je voudrais en mentionner quelques-unes à titre d’exemple.
Premièrement. À l’époque du déclin des musulmans, tant de fitnas avaient surgi et s’étaient propagées que les musulmans s’étaient éloignés du véritable islam. L’une d’elles était la séparation du dîn et du monde. On pouvait alors entendre cette parole sarcastique de la bouche d’un musulman, voire d’un érudit religieux : « Le pouvoir politique ? Le Parlement ? Toutes ces affaires mondaines ! Prie, jeûne, accomplis le hajj si tu le peux, acquitte la zakat, récite le Noble Coran, pratique le tasbih et le tahlil : voilà l’islam. » C’est à cette époque de déclin que, pour la première fois, ce slogan retentit de la bouche du Maulana Maududi : « L’islam est un système de vie complet. » Il leur a enseigné la leçon oubliée, et aujourd’hui ce slogan retentit et se répercute dans tout le monde musulman : l’enseignement fondamental de l’islam est qu’il n’existe aucun aspect ni aucun domaine de la vie qui soit en dehors de la sphère de l’islam.
Deux.Si l’on dressait la liste de toutes les fitnas suscitées contre l’islam, on constaterait qu’il n’en est aucune qu’il n’ait combattue avec succès. Éblouie par le faste et l’éclat ensorcelants de la civilisation et de la culture matérialistes occidentales, la jeunesse musulmane progressait rapidement vers la rébellion contre Dieu.
La première tâche à laquelle le Maulana s’attela fut de trouver comment protéger la jeunesse musulmane et les générations futures de la magie de la civilisation occidentale. Dans son ouvrage Tanqihat, il analyse minutieusement la civilisation occidentale et démontre son inconsistance. Il est remarquable de constater combien la conception qui présida à la rédaction de ses deux ouvrages, Tanqihat et Tafhimat, était vaste et combien leur influence était comparable à celle d’un charme magique. L’arme de sa plume opéra une véritable intervention chirurgicale sur les maladies mortelles dont souffrait la civilisation matérialiste de l’Europe. Par une réflexion issue de la recherche et fondée sur une démarche scientifique, il porta un coup fatal à ces doctrines qui constituaient les fondements du matérialisme, de l’athéisme et du socialisme. Ce coup plongea les Européens dans le trouble et suscita un enthousiasme, une énergie et une inspiration extrêmes parmi la jeunesse musulmane. Les écrits du Maulana étanchèrent la soif de la jeunesse. Celle-ci se précipita comme folle vers la moralité et l’islam. C’est par les mains bénies du Maulana qu’Allah le Très-Haut fit construire une digue face au déferlement de l’irréligion et de l’athéisme venu d’Europe dans ce sous-continent. Nul autre n’accomplit cette œuvre.
Trois.La plus grande contribution du Maulana Maududi est d’avoir suscité chez les musulmans le désir de comprendre le Coran. Nous avions oublié que le Coran est la source la plus fiable et la mieux préservée de la guidance d’Allah le Très-Haut. Au lieu de puiser dans le Coran des orientations pour chaque domaine de la vie, certains oulémas en ont réduit l’usage aux amulettes, aux talismans et même aux incantations. D’un autre côté, les orientalistes lancèrent contre le Coran une attaque si virulente que les milieux instruits modernes se trouvèrent plongés dans le doute, et que certains en vinrent à modifier complètement le sens de certains passages du Coran. On a même vu certains commentateurs, en proposant leur exégèse, soulever des controverses qui n’avaient de rapport ni avec la vie ni avec le Coran.
De nombreuses traductions sont si complexes et si détachées du contexte qui précède et de celui qui suit qu’il devient impossible de comprendre le message originel d’Allah le Très-Haut.
Dans ce domaine, le Maulana Maududi accomplit une œuvre si remarquable qu’une prière en sa faveur jaillit spontanément du cœur du lecteur. L’intérêt de la jeunesse pour le Noble Coran ne cesse de croître, et elle a commencé à éprouver une saveur céleste dans l’étude de la Parole d’Allah. La langue de sa traduction est si compréhensible pour le grand public qu’il est impossible d’imaginer un style d’expression plus simple.
Outre la force et l’influence de sa langue, son exégèse Tafhim al-Qur’an a été conçue de telle manière que le système de vie islamique se présente harmonieusement au lecteur. Si l’étude du Coran ne permet pas de découvrir la structure de ce système de vie pour lequel ce Livre a été révélé et le Prophète de Dieu envoyé, alors son objectif même n’est pas atteint. Sayyid Abul A‘la Maududi — qu’Allah lui fasse miséricorde — en a rassemblé l’image complète et le palais parfaitement achevé ; toute la vie de ce protecteur de l’humanité, le Messager bien-aimé — paix et bénédictions sur lui —, s’y trouve également mise en lumière, lui qui, en vingt-trois ans, acheva la construction de ce palais conformément au plan.
Quatre.Cette contribution précieuse est également l’ouvrage Sirat-e Sarwar-e Alam (La vie du Prophète). Le Prophète Muhammad — paix et bénédictions sur lui — était l’image vivante du Coran et le modèle suprême de noblesse et de vertus morales. Il est rare de trouver aujourd’hui une biographie prophétique parfaite, correspondant exactement au Coran révélé progressivement pendant vingt-trois ans. De même qu’il est impossible de comprendre le Coran en négligeant la vie du Prophète, il est impossible de connaître correctement le Prophète sans l’aide du Coran. L’ouvrage Sirat-e Sarwar-e Alam éclaire magnifiquement ces deux aspects. Cette biographie apporte des arguments et des preuves touchants établissant sans aucun doute que le Prophète Muhammad est le Prophète universel, ainsi que l’unique guide et dirigeant bienveillant de l’humanité de tous les temps et de toutes les époques. L’auteur lui-même était éperdument épris du Prophète, et l’éclat de cet amour apparaît à chaque ligne de son ouvrage. Cet amour du Prophète l’inspira à façonner sa propre vie à l’image de la sienne. Les contributions du Maulana Maududi sont si nombreuses qu’un ouvrage pourrait leur être consacré. Sans nous engager dans cette voie, je voudrais maintenant mentionner quelques traits de son caractère.
Cinq.Beaucoup reprochent au Maulana d’être opposé au tasawwuf et de dénigrer les maîtres spirituels et les shaykhs. En réalité, le tasawwuf n’est pas un terme employé par le Coran, le Hadith, les nobles Compagnons ni les tabi‘in. Mais si par tasawwuf on entend la tazkiya du Coran et l’ihsan du Hadith, alors, assurément, le Maulana Maududi n’était pas seulement un partisan du tasawwuf : il était plutôt un soufi kamil d’un très haut niveau. Toute sa vie en est la véritable preuve. Qui pourrait être un plus grand soufi que celui dont la crainte, l’appréhension et l’amour sont exclusivement pour Allah, dont le tawakkul est placé uniquement en Allah, dont le ta‘alluq n’est qu’avec Allah, dont le cœur est rempli du souvenir d’Allah et où rien d’autre que Lui n’a de place ? Le Maulana Maududi était l’incarnation même de tout cela, et non ses accusateurs.
Six.Le Maulana se considérait constamment comme un serviteur insignifiant, la tête inclinée par crainte d’Allah. Il n’aimait absolument pas que quiconque fasse son éloge. Les dirigeants des partis séculiers souhaitent que leurs partisans les couvrent de louanges, que le ciel et l’air retentissent de slogans célébrant leur triomphe, et qu’ils les honorent en leur passant des guirlandes de fleurs autour du cou ou en leur offrant divers présents. Ils en tirent une grande satisfaction personnelle. Mais le tempérament du Maulana était totalement à l’opposé. Sa condamnation à mort fut commuée en peine d’emprisonnement avec travaux forcés. Mais, après vingt-cinq mois, il fut libéré. Il reprit ensuite la direction éditoriale de Tarjuman al-Qur’an. Dans son éditorial, il remercia ceux de ses admirateurs qui s’étaient réjouis de sa libération inattendue. À un endroit de cet article, il dit : « Je ne peux m’empêcher de demander également que, dans l’expression de la joie de mes amis, dans l’effusion de leur affection et dans la manifestation de leur respect, des méthodes et des formes aient été adoptées sans que l’équilibre soit maintenu. Il m’est difficile aussi de les en empêcher, car je n’aime pas les démonstrations de spiritualité et d’humilité, et il m’est difficile de les accepter. Je pense en effet que ces choses peuvent engendrer la fitna. Comme il aurait été préférable que mes amis estiment suffisant de rester en deçà des limites de la mesure dans l’expression de leurs sentiments à mon égard. » (Tarjuman al-Qur’an, volume 4, numéro 4)
Permettez-moi de rapporter une expérience personnelle. En 1958, le Maulana vint en visite dans l’ancien Pakistan oriental. À un moment donné, il devait se rendre de Dinajpur à Bogra. Je l’accompagnais. La voie ferrée de Dinajpur à Bogra passait par Parbatipur, Joypurhat et Santahar. Je lui dis : « Maulana, pour aller à Bogra, vous passerez justement devant ma maison, à Joypurhat. De nombreuses personnes de Joypurhat et de Santahar viendront vous accueillir. »
À mes paroles, je vis apparaître une certaine tristesse sur le visage du Maulana. Il déclara clairement : « Frère, je n’aime absolument pas que les gens, en me voyant, lancent des slogans de “Zindabad” et me passent des guirlandes autour du cou. Je veux échapper à cette épreuve. Je n’irai en aucun cas à Bogra en passant par Santahar. Prenons un autre chemin. »
Le Maulana refusa absolument de prendre cette route. Il fallut donc aller à Bogra en passant par Rangpur, Kaunia et Gaibandha.
De nombreuses personnes se rendirent à Joypurhat et à Santahar et, ne trouvant pas le Maulana, repartirent le cœur accablé de tristesse. À la gare de Bahura également, des gens étaient venus l’accueillir ; ne le trouvant pas, ils furent très inquiets. À l’insu de tous, nous descendîmes à Bogra et atteignîmes notre destination.
Sept.Le Maulana était un « martyr vivant ». Aussi la mort ne l’effrayait-elle nullement. On en a maintes fois reçu la preuve éclatante. En 1963, alors qu’il prononçait un discours lors de la conférence de toute la Jamaat-e-Islami du Pakistan, tenue à Lahore, un voyou engagé tira successivement trois coups de pistolet sur lui, à une distance de dix à douze coudées. Le Maulana ne craignait pas la mort. Comme si la mort elle-même le redoutait, elle ne parvint pas à l’approcher. Par un effet de l’infinie puissance d’Allah, les trois balles du pistolet dévièrent toutes leur trajectoire afin de protéger Son serviteur bien-aimé. De toutes parts, les gens criaient : « Maulana, asseyez-vous, asseyez-vous ! »
Le Maulana répondit d’une voix intrépide et calme : « Si je m’assieds, qui restera debout ? »
Le Maulana fit ainsi allusion au fait de rester debout sur la Sirat al-Mustaqim, sans craindre la mort.
Je n’appelle pas cela une karâmat du Maulana, mais plutôt un miracle d’Allah, qui suscita l’émerveillement dans l’esprit de tous, ainsi que dans celui de l’auteur présent sur les lieux.
Lorsqu’il exposait les théories et les données complexes du Coran et des hadiths dans un style simple, limpide et profondément touchant, inspiré par Dieu, il apparaissait comme le prince des savants du monde musulman moderne, un porte-parole fiable de l’islam et le représentant de la recherche et du savoir islamiques. C’est pourquoi le monde musulman l’appela Al-Ustadh Al-Murshid, tandis que la Rabita al-Alam al-Islami lui attribua le titre d’Al-Imam Maududi.
À l’époque actuelle, la nation musulmane se trouve dans l’une des situations les plus critiques et les plus éprouvantes de son histoire. Presque partout, une vaste entreprise est menée pour introduire dans la vie sociale musulmane toutes les croyances, convictions, pratiques, doctrines et idéologies contraires à l’islam, soutenue par certaines puissances étatiques. Le socialisme-communisme, le capitalisme, les mouvements qadiani et parthéens, le nationalisme fondé sur la langue, le nationalisme arabe, ainsi que diverses autres idéologies et doctrines, étaient en train de dévorer la force vitale de l’islam. Par sa plume puissante, le Mawlana a brisé l’échine de toutes ces doctrines. Il a également exprimé sans ambiguïté les conséquences désastreuses du nationalisme arabe. Au Moyen-Orient même, le mécontentement et les protestations contre celui-ci ont commencé à prendre de l’ampleur.
Lorsqu’il prenait parfois la parole devant une assemblée de juristes à la Bar Library, il donnait l’impression d’être un juriste omniscient. Une personnalité de renommée internationale comme A. K. Brohi avait le sentiment d’être, devant lui, un étudiant en droit. Il a élaboré avec une précision remarquable les grandes lignes d’un État islamique achevé ainsi que ses lois et règlements. Sur ce sujet, il a répondu avec compétence à toutes les questions modernes, jusque dans leurs moindres détails, et dissipé tous les doutes et toutes les incertitudes.
Son talent politique et sa clairvoyance étaient extraordinaires. C’est pourquoi le tableau de l’avenir lointain qu’il esquissait grâce à sa sagesse et à sa clairvoyance politiques a été vu se réaliser dans les faits.
Sa contribution immense à la communauté musulmane réside dans le fait qu’à l’époque du déclin des musulmans, alors que les doctrines et les modes de pensée occidentaux sans Dieu, ainsi que la culture et les mœurs occidentales, avaient obscurci leur esprit et leur intelligence et les avaient transformés en esclaves mentaux des maîtres politiques de l’Occident, le Mawlana, à l’aide de sa plume puissante, démontra le vide et le caractère destructeur des doctrines et des modes de pensée occidentaux, sauvant ainsi la nation musulmane de leur puissant déferlement. Bien plus, il présenta clairement au monde l’islam comme l’unique système de vie complet, dynamique, vivant et bénéfique à l’humanité. Des centaines de millions de jeunes instruits et de personnes éclairées dans le monde comprennent l’islam comme un système de vie complet et façonnent leur esprit, leur intelligence et leur caractère à sa lumière. Le retentissement de l’islam que l’on entend aujourd’hui dans le monde entier est le fruit de la littérature du Mawlana et de son appel islamique universel.
Le Mawlana était un penseur pragmatique. Son appel au bien-être global, au progrès et à l’avancement de l’humanité était universel. Son programme à cet égard était extrêmement clair, naturel et humain. Il a fait comprendre aux esprits réfléchis ce que pouvait être une relation saine, harmonieuse et heureuse entre l’homme et la femme, ainsi que les méthodes permettant de l’établir, en s’appuyant sur l’analyse de la biologie, de la sexologie, de la médecine, des sciences de la nature et des sciences sociales, entre autres. En somme, Mawlana Maududi était un penseur exceptionnel et a apporté une contribution particulière au monde musulman comme à la civilisation humaine.
Il possédait un caractère incomparable. On ne le vit jamais se mettre en colère contre qui que ce soit ni employer la moindre parole blessante. À l’égard des membres de sa famille, de ses fils et de ses filles, de ses domestiques, de ses collaborateurs ou de ses amis, il ne s’emporta jamais pour un mauvais comportement et ne prononça pas même un mot susceptible de blesser. C’était là l’enseignement rigoureux de son enfance, dispensé par son père affectueux, qu’il observa toute sa vie. Toutefois, il critiquait les défauts afin de les corriger, en passant par l’humour.
Même dans les moments de danger extrême, aucune réaction ne se lisait sur son visage. Dans la détresse et la misère ordinaires, au milieu de l’encerclement policier, dans l’étroite cellule de la prison ou à l’annonce de sa condamnation à mort, son doux et charmant sourire, si caractéristique de lui, ne disparaissait pas. Il semblait ne se soucier guère de tout cela.
Les partis politiques et les prétendus anciens de la nation qui n’avaient cessé de l’accabler d’injures, de l’accuser à tort et de lancer contre lui des fatwas, il ne leur adressa jamais de paroles malveillantes. Au contraire, il leur pardonna pour toujours. Son cœur était limpide, pur et généreux, au-dessus de toute souillure et de toute tache. Pourtant, leurs calomnies et leurs insultes ne cessèrent pas. Comme on attirait à maintes reprises son attention sur ce sujet, il disait :
« Je comprends qu’ils s’emploient à alourdir le plateau de mes bonnes œuvres. Je leur en suis donc reconnaissant. »
À l’image de la pureté de son esprit, sa tenue vestimentaire était elle aussi propre, conforme au goût moderne et porteuse de la civilisation et de la culture islamiques. Sa maison était étincelante, exempte de la moindre saleté, et baignait dans une atmosphère d’une parfaite bienséance. Ses livres, ses papiers et son matériel d’écriture étaient conservés à leur place, avec beauté et ordre, comme disposés par la main d’un artiste accompli. Sa nourriture et sa boisson étaient simples et sans prétention, tout en répondant aux goûts de l’aristocratie de Delhi.
En présence de ce visage lumineux, toujours souriant, et de cet homme affable, personne n’avait envie de se lever. C’était là un immense attrait de sa personnalité et une douce particularité de son caractère.
Prier derrière lui procurait une douceur céleste et délicieuse. Lorsqu’il récitait les versets de la prière lentement, distinctement, d’une voix douce et contenue, le miel semblait d’une part se déverser dans les oreilles et, d’autre part, cela faisait naître dans le cœur une concentration parfaite dans la prière ainsi qu’un sentiment extraordinaire de proximité avec Allah le Très-Haut.
L’un des traits marquants du caractère du Maulana est que ses idéaux et sa pensée se reflétaient concrètement dans toute sa vie. Il ne s’est pas seulement façonné lui-même selon ces idéaux ; la vie d’innombrables enfants de l’humanité égarés, parlant diverses langues à travers le monde, en a également été transformée.
Même dans sa vie personnelle, le Maulana était extrêmement méthodique. Ses heures de repas, d’étude, de rencontres avec les gens et de sommeil étaient fixées. Il ne permettait pas facilement qu’on y déroge. Ce n’est qu’au cours de ses voyages que des exceptions se produisaient çà et là.
Le Maulana disait qu’autrefois il avait terriblement maltraité son corps. Il ne lui restait aucun moment pour manger ou dormir. Pendant de nombreuses années, il étudiait de la prière d’al-Ichâ jusqu’à celle de l’aube. C’est pour cette raison que sa santé s’était complètement détériorée. Il disait que, par la suite, il avait été contraint de réglementer ses repas et son sommeil et de s’y conformer avec discipline.
Un jour, dans un endroit du Pakistan oriental, toutes sortes de mets avaient été préparés pour accompagner le thé de l’après-midi. Le Maulana dit que, le matin, il mangeait avec son thé des toasts, des œufs frits et quelques fruits. L’après-midi, il ne prenait qu’une tasse de thé.
Le Maulana avait l’habitude, après la prière de l’Asr, d’aller s’asseoir dans le petit jardin situé à l’extérieur de la maison. Des visiteurs venus de l’intérieur comme de l’extérieur du pays s’y rassemblaient, lui posaient toutes sortes de questions, et le Maulana leur répondait. À cette réunion de l’après-midi venaient des gens des pays arabes, du Japon et de Norvège, de Malaisie et d’Indonésie, de Turquie, ainsi que d’Europe et d’Amérique. C’était comme une ruche internationale. Les assoiffés de savoir accouraient en quête de connaissances. Le Maulana répondait aux questions de chacun. Il étanchait ainsi la soif de savoir de tous.
Le Maulana aimait beaucoup plaisanter au cours des conversations. Un jour, il se rendit dans la ville de Saidpur, dans le district de Rangpur. Dans l’après-midi, les commerçants et les notables de la ville s’entretinrent avec le Maulana. Au cours de la conversation, le Maulana demanda à un monsieur ce qu’il faisait dans la vie.
Le monsieur : Je fais du commerce de cuir.
Le Maulana : Du cuir de quoi, de poulet peut-être ?
Un peu embarrassé, le monsieur répondit précipitamment : Non, monsieur, du cuir de vache et de chèvre.
Le Maulana : Ah bon ? Partout où je suis allé, depuis Dacca, je n’ai mangé que du poulet, encore du poulet. Je n’ai vu nulle part de viande de mouton. Je pensais donc que, dans ce pays, on faisait peut-être aussi le commerce du cuir de poulet.
L’hôte avisé comprit alors qu’il devait faire manger de la viande de mouton au Maulana.
Une fois, vers le milieu de 1963, le Maulana se rendit à Rawalpindi. Nous allâmes l’accueillir à l’aéroport de Chaklala.
Après de chaleureuses célébrations, avant de monter en voiture, le Maulana sortit un paan de sa boîte et le mit dans sa bouche. Il savait que j’étais un amateur de paan. Il m’en donna donc un également. Lorsque je tendis la main pour prendre du zarda, il plaisanta en disant
— Oh ! Vous avez donc rendu le paan licite.
Je répondis : — Maulana ! Le paan est licite en tout temps.
Le Maulana répliqua : — Quand le paan est-il licite sans zarda ?
Le Maulana a quitté ce monde. Il a achevé son œuvre et l’accomplissement de sa vie est arrivé à son terme. Sa quête, son appel universel et les fruits de son savoir qu’il a laissés derrière lui le rendront immortel pour toujours. Il a laissé derrière lui son inestimable trésor littéraire ainsi qu’innombrables descendants spirituels, dispersés à travers le monde entier. L’œuvre qu’il a laissée se poursuivra de génération en génération, durant des siècles et des siècles.
Annexe 1
Allama Iqbal invita le Maulana Maududi à émigrer au Pendjab. À ce sujet, Sayyid Nazir Niyazi échangea, de sa part, une correspondance avec le Maulana ; quelques-unes de ces lettres sont reproduites ci-dessous :
(Copie de la lettre écrite par le Maulana à Sayyed Nazir Niyazi)
Tarjuman al-Qur’an
Hyderabad du Deccan
17 Jumada al-Ula 1356 de l’Hégire, 26 juillet 1937.
Mon honoré et vénéré, que la paix soit sur vous.
J’ai reçu votre lettre bienveillante. Je vous suis reconnaissant d’avoir exprimé clairement votre point de vue. Moi aussi, je voudrais vous parler à cœur ouvert. J’ai fixé pour ma vie un objectif et certains principes fondamentaux. Par la grâce de Dieu, je possède assez de fermeté pour ne jamais accepter, quelles que soient les difficultés, de m’écarter de mon objectif ni de modifier le moindre de mes principes. Toutes les difficultés auxquelles je suis actuellement confronté sont dues aux obligations que je me suis moi-même imposées. Sinon, cette tempête d’épreuves pourrait être éloignée. Parmi les obligations que je me suis imposées figure celle de ne demander à personne aucune aide financière pour moi-même. La deuxième est de ne même pas envisager de recevoir une rémunération pour quelque service national ou religieux que ce soit. La troisième est de ne pas me laisser entraîner par l’attrait d’un quelconque profit qui m’empêcherait d’agir librement, selon mon propre jugement, dans l’intérêt de la religion et de la communauté musulmane. (Il existe encore d’autres obligations, mais elles ne se rapportent pas au sujet présent.) Vous pouvez maintenant comprendre par vous-même combien il m’est difficile d’accepter ce que vous avez proposé. Je ne demande pour moi-même aucune aide, pas même une pièce, à plus forte raison cent roupies. J’ai commencé une activité commerciale pour couvrir mes dépenses personnelles. Je peux également l’exercer à Lahore. Être imam à la mosquée Shahi est pour moi une faveur inattendue. Quelle occasion plus grande de servir pourrait-il y avoir ? Toutefois, exercer la fonction d’imam contre rémunération, même si ce n’est pas illicite à mes yeux, est certainement fortement makruh. Pendant quatre cents ans, il y a eu unanimité parmi les musulmans sur le fait qu’il n’était pas permis de recevoir une rémunération pour diriger la prière ou enseigner le Coran. Par la suite, la dégradation des circonstances l’a rendu permis. Depuis lors, ces deux fonctions sont devenues méprisées et dépourvues de vie. Je comprends parfaitement cette réalité. C’est pourquoi je ne peux même pas envisager d’être imam contre rémunération. En revanche, si ce service m’était confié sans rémunération, je suis prêt à l’accepter de tout cœur et de toute mon âme.
Reste la question de se tenir à l’écart de la politique. Je n’y suis nullement disposé. Ce n’est pas sous l’effet d’une émotion passagère que je me suis engagé dans l’activité politique. C’est au contraire après mûre réflexion que je suis parvenu à la conclusion que je devais maintenant sortir de mon coin isolé et faire quelque chose. Les musulmans se trouvent aujourd’hui dans une situation extrêmement critique. Laissons de côté ceux desquels on n’espérait pas recevoir une orientation correcte. Même ceux dont on attendait tout dirigent aujourd’hui mal. L’expansion du mouvement du Congrès a provoqué une fracture dans les milieux musulmans. Les nouvelles de défections arrivent chaque jour. Le parti de Jawaharlal étend rapidement son influence parmi la population. Les élections de Jhansi ont clairement montré dans quelle mesure l’opinion publique musulmane avait été influencée. La marge entre le Congrès et les non-congressistes est désormais bien mince. À la lecture des déclarations des dirigeants musulmans et des articles des journaux musulmans, on peut estimer combien rares sont ceux qui comprennent la véritable position de l’Inde musulmane et devant lesquels la voie juste est parfaitement claire. Dans une telle situation, réfléchissez : comment peut-il être raisonnable que l’un des quelques hommes qui restent s’impose encore l’obligation d’un emploi, et qui plus est pour cent cinquante ou deux cents roupies ? Si je considérais cela raisonnable, pourquoi aurais-je besoin d’aller à Lahore ? Un poste de quatre cents roupies m’attend à l’université d’Osmania. Pourquoi ne l’accepterais-je pas ? La seule raison pour laquelle je veux me diriger vers Lahore est qu’à mes yeux, la décision concernant l’Inde musulmane, qui est maintenant imminente, dépend de la force des trois provinces du Nord. Je veux aller m’installer dans ce Dar al-Islam et voir quelles possibilités s’y offrent de renforcer la puissance de l’islam et d’en tirer parti pour agir. Je ne peux pas l’évaluer d’ici. Dès mon arrivée, je chercherai les occasions. Quelle que soit celle que je trouverai, j’en tirerai profit. Pour obtenir ce genre de bénéfice, je veux garder mon esprit, mon intelligence, mes mains et mes pieds entièrement libres et indépendants. À aucun prix je ne peux accepter une obligation qui m’empêcherait de profiter de quelque occasion que ce soit de servir la religion et la communauté musulmane.
J’espère que vous avez bien compris mon point de vue. Voici en détail les difficultés que j’avais mentionnées dans ma lettre précédente : les dépenses mensuelles de Tarjuman al-Qur’an s’élèvent à environ trois cents roupies. Le nombre d’abonnés parmi la population n’est actuellement pas suffisant pour que les frais du journal puissent être couverts par leurs cotisations. Le gouvernement du Nizam en achète 275 exemplaires. C’est grâce à cela que le journal continue de paraître. Si je vais à Lahore, il est fort possible qu’en plus de devoir assumer mes dépenses personnelles, je doive également porter le poids du déficit financier du journal. Il me deviendrait pratiquement impossible d’y faire face. Une solution à ce problème serait que, par l’intermédiaire de vos moyens au Pendjab, vous essayiez de faire connaître et de diffuser Tarjuman al-Qur’an. Si je pouvais espérer qu’il atteigne cinq cents abonnés, je serais rassuré au sujet du journal. Je ne veux rien recevoir du journal, mais je n’ai pas même la capacité de lui donner quoi que ce soit.
C’est pour moi une grande chance de participer, aux côtés d’Allama Iqbal, à l’édification d’un nouvel ordre social islamique. Je suis prêt à rendre tout service possible. Mais je n’ai besoin d’aucune allocation financière à cet égard.
Votre humble serviteur
Abul A‘la.
(Deuxième lettre)
Tarjumân-ul-Qur’ân, Hyderabad
13 août 1936
Mon honoré et vénéré, assalamou alaikoum.
J’ai reçu votre lettre du 2 août. Conformément à votre lettre, j’émigrerai avec une ferme résolution et en m’en remettant à Dieu. J’ai décidé de faire de Lahore ma dernière demeure. Il y a quelques difficultés, et il faudra un certain temps pour les résoudre. J’aurai besoin d’une somme suffisante pour transférer d’ici tous mes effets et régler certaines de mes dettes financières. La dette de Tarjumân-ul-Qur’ân dépasse mille roupies. Il faudra la rembourser. Il faudra également près de mille roupies pour transporter mes effets, liquider ici mes activités commerciales et les reprendre à Lahore sur de nouvelles bases. À cette fin, je souhaite vendre une parcelle de terrain et certains biens immobiliers. J’espère que ces affaires seront réglées en trois ou quatre mois. Entre-temps, j’irai une fois à Lahore pour voir quelles dispositions je dois prendre afin d’y résider. J’ai l’intention de voyager vers la fin du prochain mois de Rajab. Après être resté quatre ou cinq jours à Delhi, j’arriverai à Lahore à la fin de Rajab ou au début de Chaabane. À cette occasion, si Dieu le veut, il sera également décidé ce que je dois écrire au sujet des Qadianis. Jusqu’à présent, en réalité, je n’ai pas beaucoup étudié cette question. Tout ce que j’en ai appris provient uniquement des ouvrages de Bani Sahib. Mais cela ne suffit pas pour écrire un travail de recherche. Je consulterai à Lahore ceux qui possèdent une connaissance approfondie du qadianisme et rassemblerai auprès d’eux les matériaux nécessaires à la rédaction.
Note : La copie de la lettre de M. Nazir Niyazi n’a pas pu être obtenue.
Khaksar
Abul A‘la.
Appendice – 2
Lettre adressée à Maulana Maududi par M. Nazir Niyazi, secrétaire particulier d’Allama Iqbal :
25, Macleod Road, Lahore
18 avril 1938
Mon honoré, assalāmu ʿalaykum,
J’espère que vous allez bien par la grâce d’Allah le Très-Haut. Il y a quelques jours, j’ai appris de Sayyid Muhammad Shah Sahib que vous étiez arrivé à Jamalpur et que vous viendriez bientôt également à Lahore. Depuis, j’attends continuellement votre venue. Le Docteur Sahib dit que, si vous avez réellement l’intention de venir à Lahore, venez sans tarder afin que nous puissions nous rencontrer.
Je dois vous dire que l’état du Docteur Sahib Qibla est très préoccupant. Il n’y a aucune garantie, même pour un seul instant. Mais vous devez garder cette information strictement pour vous et n’en parler à personne.
Il vaudrait donc mieux que vous veniez le plus rapidement possible. Priez pour la santé du Docteur Sahib.
Votre sincère
Niyazi
Réponse de Maulana Maududi
Tarjuman-ul-Qur’an
Darul-Islam, Pathankot
23 avril 1938
Mon cher Monsieur, as-salâm alaykoum
Je me préparais à partir comme je l’avais promis, lorsqu’à ce moment j’ai soudain appris la nouvelle du décès de l’Allama. J’en ai eu le cœur complètement brisé. Ma plus grande douleur est d’avoir laissé échapper une occasion aussi exceptionnelle. Si je l’avais su, j’aurais abandonné toutes mes occupations et serais arrivé aussitôt. Je considère comme un immense malheur d’avoir été privé d’une dernière rencontre avec lui, lui dont je ne pourrai probablement voir nulle part le pareil.
La mort de Muhammad Ali (Maulana) constitue, pour les musulmans, la deuxième plus grande perte et, à mon avis, elle est plus grave que la première. Je ne sais quelle est la volonté d’Allah. En apparence, nous pensons que la nation musulmane est ainsi châtiée pour son ingratitude et son incapacité : son meilleur homme lui est retiré au moment même où elle avait le plus besoin de lui. À présent, en regardant l’ensemble de l’Hindoustan, on ne voit personne de semblable auquel on puisse recourir pour obtenir de l’aide. Les ténèbres ont partout étendu leur voile. Une lampe vacillait encore ; elle aussi a été retirée.
C’est la personne d’Iqbal qui m’avait attiré au Pendjab. J’étais venu ici dans l’espoir de recevoir ses conseils et, sous sa direction, de faire pour l’islam et les musulmans tout ce qui serait en mon pouvoir. À présent, je sens que je suis resté absolument seul sur cette mer agitée par la tempête. La détresse de mon cœur a atteint son comble. Je ne réconforte mon esprit qu’en pensant ceci : « Qu’importe si Iqbal est mort ? Allah est bien là. Tous sont mortels. Seul est éternel ce “Hayy et Qayyum”. S’Il veut obtenir de toi quelque œuvre, Il mettra en place, pour t’aider, d’autres moyens et ressources. »
Mon cher frère ! Vous êtes resté auprès de l’Allama jusqu’à la fin. S’il vous a laissé quelque parole à mon intention, veuillez absolument me la communiquer.
Votre humble serviteur
Aboul Ala
P.-S. Je pensais envoyer un message de condoléances à ses survivants. Puis je me suis dit que ses survivants (Survivants), c’est nous tous. Et nous avons tous le droit de trouver consolation dans ce deuil.
Chronologie de la vie de Mawlana Maududi (que Dieu lui fasse miséricorde)
| 1903 | 25 septembre. Né dans la ville d’Aurangabad, au Deccan, à Hyderabad. |
| 1903-1913 | Éducation primaire à la maison. |
| 1914 | À l’âge de onze ans, réussite à l’examen de maulvi. |
| 1916 | Inscription au Darul Ulum de Hyderabad pour y suivre des études supérieures. |
| 1917 | Séjour à Bhopal et soins prodigués à son père malade. |
| 1918 | À l’âge de quinze ans, il entra dans le journalisme. Il prit la direction du journal « Madina », publié à Bijnor. Il rejoignit le mouvement du Califat. |
| 1919 | Membre actif de l’organisation « Anjuman-e I’anat-e Nazarbandan-e Islam ». |
| 1920 | Décès de son père. Il prend la direction éditoriale du quotidien « Taj » à Jabalpur. |
| 1921 | Départ pour Delhi, où il approfondit ses connaissances en hadith, tafsir, fiqh et dans d’autres disciplines islamiques, tout en apprenant l’anglais. |
| 1922 | Il prend la direction éditoriale de « Muslim », l’organe de la Jamiat Ulama-e-Hind. |
| 1923 | Après la cessation de publication de « Muslim », il se rend à Bhopal et se consacre à l’approfondissement de ses connaissances. |
| 1924 | Au début de l’année, départ pour Delhi. Maulana Muhammad Ali et Maulana Ahmad Saïd de la Jamiat Ulama-e-Hind l’invitent respectivement à prendre en charge la rédaction des journaux « Hamdard » et « Al-Jamiat ». |
| 1925 | Prise en charge de la rédaction du journal « Al-Jamiat ». |
| 1927 | À l’âge de vingt-quatre ans, rédaction de l’ouvrage unanimement salué « Al-Jihad fi al-Islam ». |
| 1928 | Démission du journal « Al-Jamiat » en raison d’un désaccord avec les dirigeants de la Jamiat sur la question du soutien au Congrès national indien. |
| 1930 | Retour à Hyderabad. Rédaction de l’ouvrage Dîniyât (Introduction à l’islam). |
| 1931 | Consacre toute l’année à la rédaction d’ouvrages. |
| 1932 | Publication, depuis Hyderabad, du mensuel « Tarjumân al-Qur’ân ». |
| 1933 | Rédaction de l’ouvrage intitulé « La civilisation islamique, ses principes et ses fondements ». Rédaction de l’ouvrage « L’essence de la culture islamique et la réalité de la prédestination ». |
| 1933-1938 | Conflit entre l’islam et la civilisation occidentale, et rédaction des tomes 1 et 2 de Tafhimat. |
| 1934-1935 | Rédaction d’ouvrages et début de la présentation de l’appel islamique au public. |
| 1935 | Rédaction de l’ouvrage sur les droits des époux et le contrôle des naissances selon la perspective islamique. |
| 1936 | Début de la correspondance avec Allama Iqbal. Élaboration, à la demande de l’Université musulmane d’Aligarh, d’un projet global d’éducation. |
| 1936-37 | Rédaction des ouvrages Introduction à l’islam, L’usure et Le voile. |
| 1937-39 | Rencontre avec Allama Iqbal à Lahore. Appel d’Allama Iqbal au déplacement du Maulana d’Hyderabad au Pendjab. Publication d’articles intitulés « Les musulmans et la lutte politique actuelle ». |
| 1937-30 | Publication de la revue « Tarjuman al-Qur’an ». |
| 1938 | 16 mars. Déplacement d’Hyderabad au Pendjab. Fondation de « Dar-ul-Islam » à Pathankot. Publication d’articles révolutionnaires et retentissants intitulés « L’islam et le nationalisme » (« Mas’ala-yi Qawmiyyat »). Publication de l’ouvrage de la série « Khutrat Haqiqat ». |
| 1939 | Publication de « Renouvellement et revivification de la religion », de « Regard critique sur le culte islamique » et d’autres ouvrages fondamentaux. Rédaction d’ouvrages sur la doctrine politique de l’islam et l’essence du culte islamique. |
| 1940 | La Ligue musulmane constitua un comité chargé de rédiger le projet d’organisation de l’État islamique et nomma le Maulana membre de ce comité. À l’université d’Aligarh, il prononça une conférence érudite sur le thème « Comment établir un gouvernement islamique », qui fut publiée sous forme de livre, respectivement en anglais et en bengali, sous les titres « The Process of Islamic Revolution » et « La voie de la révolution islamique ». Publication des ouvrages « Le mouvement de la Renaissance islamique », « La voie de la révolution islamique » et « Ek Ahm Istifta ». |
| 1941 | 26 août. Fondation de la « Jamaat-e-Islami » avec soixante-quinze personnes, et élection du Maulana à sa présidence. |
| Rédaction des ouvrages « Les quatre termes fondamentaux du Coran », « Islam et jahiliyya », « Le nouveau système d’éducation », « La solution islamique aux problèmes économiques » et « La nécessité d’un parti véridique ». | |
| 1942 | Le 15 juin. Le bureau central de la Jamaat est transféré de Lahore à Darul Islam, Pathankot. |
| 1942-1947 | Publication des ouvrages « Rasâ’il-o-Masâ’il » et « Shantipath ». |
| 1943 | Début de l’exégèse coranique mondialement célèbre « Tafhîm al-Qur’an ». Rédaction de l’ouvrage « Le châtiment de l’apostat dans la religion unique et le droit islamique ». |
| 1944 | Rédaction des ouvrages « La perspective morale de l’islam » et « La réalité du shirk ». |
| 1944-1946 | Efforts acharnés pour organiser et consolider le mouvement islamique et étendre son influence. Publication de divers ouvrages et périodiques. |
| 1945 | La réalité du tawhid |
| Le socialisme et l’islam. | |
| 1946 | Publication des ouvrages Témoignage de la vérité, L’appel islamique et la ligne de conduite. |
| 1947 | 30 août. En raison des émeutes et troubles intercommunautaires qui sévissaient de toutes parts, et après que Pathankot eut été encerclée par les hindous, les quelques habitants musulmans de Pathankot furent contraints d’émigrer vers Lahore, et le bureau central de la Jamaat-e-Islami y fut transféré. La Jamaat prit des mesures concrètes pour la réinstallation des muhajirines démunis et déracinés. Première allocution radiophonique du Maulana sur la qurbani, diffusée par Radio Pakistan. |
| 1947 | Publication des ouvrages L’Appel de la Jamaat-e-Islami, Construction et reconstruction, et La réalité de la taqwa. |
| 1948 | Cinq mois après la création du Pakistan, début de la lutte pour l’établissement d’un système social islamique au Pakistan. Le 6 janvier, lors d’un discours au Law College de Lahore, présentation de la revendication d’instaurer un système politique fondé sur la loi islamique. Le 6 mars, lors d’un rassemblement public tenu au parc Jahangir de Karachi, présentation de quatre revendications en faveur d’un système de gouvernement islamique. D’avril à septembre, campagne de réunions et d’assemblées dans tout le pays pour réclamer un gouvernement islamique et former l’opinion publique. Le gouvernement porte contre le Maulana la fausse accusation selon laquelle « le Maulana aurait déclaré que le djihad au Cachemire était interdit ». Le 12 octobre, arrestation du Maulana avec plusieurs de ses collaborateurs, puis incarcération. Publication des ouvrages Le Mode de vie de l’islam, La loi islamique, Les droits des non-musulmans dans l’État islamique, La liberté selon les exigences islamiques et Les revendications du système islamique. |
| 1949 | 12 mars. À la suite du mouvement de la Jamaat, le gouvernement adopte la Résolution des objectifs. Le deuxième jour, la Majlis-e-Shura exprime sa satisfaction à ce sujet. Du 6 au 8 mai, tenue à Lahore, pendant trois jours, de la première conférence de la Jamaat-e-Islami de tout le Pakistan. |
| 1949-1950 | Rédaction des ouvrages L’Usure — deuxième volume, Dispositions relatives à la propriété foncière, La propriété nationale et La femme pakistanaise à la croisée des chemins. |
| 1950 | Le 28 mai, libération du Maulana. Discours lors de réunions publiques dans tout le pays. Le projet de constitution proposé par le gouvernement n’étant pas conforme à l’islam, de vives protestations furent élevées contre lui, avec demande de son rejet. |
| 1951 | À Karachi, conférence historique des oulémas de tous les partis. Adoption à l’unanimité de 22 recommandations constitutionnelles. En novembre de cette année, tenue à Karachi de la deuxième conférence panpakistanaise de la Jamaat-e-Islami. |
| 1952 | Présentation de huit revendications à l’Assemblée constituante chargée d’élaborer la constitution. Mouvement à l’échelle nationale en faveur d’une constitution islamique. Participation du Maulana à la conférence de tous les partis, à Karachi, pour demander que les qadianis soient déclarés communauté minoritaire. |
| 1953 | Février — proclamation d’une « action directe » par la conférence de tous les partis. Opposition à l’action directe et boycott de la conférence par le représentant du Maulana. Rédaction par le Maulana d’une brochure intitulée « Le problème qadiani ». |
| Arrestation du Maulana le 28 mars en vertu de la loi martiale ; en mai, dépôt d’une plainte contre le Maulana devant un tribunal militaire. Le 11 mai, le tribunal militaire prononce la peine de mort contre le Maulana. À la suite de violentes manifestations et protestations dans le monde entier, la peine de mort est commuée en emprisonnement à perpétuité. Elle est ensuite réduite à trois ans et demi. | |
| 1955 | Libération du Maulana le 29 mai avril pour de simples raisons juridiques. En novembre, la troisième conférence nationale pakistanaise de la Jamaat se tient à Karachi. |
| 1956 | Mouvement national en faveur d’une constitution islamique. Tournée réussie de deux mois du Maulana au Pakistan oriental. Mise en lumière des problèmes du Pakistan oriental. |
| 1957 | La conférence nationale pakistanaise des membres de la Jamaat se tient à Machigote. Le Maulana y prononce un discours historique. |
| 1958 | Le 7 octobre, alors qu’il prononçait un discours lors d’un rassemblement public à Mochi Darwaza, à Lahore, le Maulana lança un avertissement au gouvernement. Le lendemain, la loi martiale fut instaurée dans tout le pays. |
| 1959 | Voyage au Moyen-Orient afin de voir de ses propres yeux les lieux mentionnés dans le Coran (Ard al-Qur’an), en vue de la rédaction de Tafhîm al-Qur’an, et accomplissement du pèlerinage. Au cours de ce voyage, il prononça partout des discours en mettant particulièrement l’accent sur l’unité du monde musulman. |
| 1960 | Décembre. À l’invitation du roi Saoud, il se rendit de nouveau en Arabie saoudite et présenta un projet préliminaire pour l’université de Médine. |
| 1961 | Mouvement énergique contre l’ordonnance sur le droit familial promulguée par Ayub Khan. Après avoir entrepris un voyage à l’invitation des musulmans d’Afrique, celui-ci fut injustement interdit par le gouvernement. Lutte contre ceux qui rejettent les hadiths. |
| 1962 | Participation à la Conférence islamique mondiale tenue à La Mecque vénérée. Fondation de l’organisation Rabita al-Alam al-Islami. Le Maulana est élu membre à vie du comité fondateur. |
| 1963 | À Lahore, lors du discours inaugural de la conférence de toute la Jamaat-e-Islami du Pakistan, des coups de feu sont tirés en direction du Maulana. Un membre de la Jamaat tombe en martyr. Toutes les tentatives du gouvernement pour faire échouer la conférence restent vaines. |
| 1964 | Le 4 janvier. La Jamaat est déclarée illégale. Le Maulana est arrêté avec les membres du Majlis-e-Shura central. |
| Le 19 janvier. Tous les documents et registres de la Jamaat sont saisis. La propagande gouvernementale contre la Jamaat s’intensifie. Le 25 septembre, la Cour suprême déclare illégales les mesures prises par le gouvernement dans son arrêt. | |
| 1965 | Juste avant la participation du Maulana à la réunion de l’Université islamique de Médine, son passeport est saisi. Le 6 septembre, l’Inde attaque le Pakistan. Le Maulana prononce successivement six discours sur le « djihad » à Radio Pakistan. Au nom de la Jamaat, des secours d’une valeur de plusieurs millions de roupies sont distribués parmi les réfugiés. |
| 1966 | Critique de l’accord de Tachkent lors de la conférence nationale multipartite à Lahore. Voyage au Pakistan oriental. Lors d’une réunion de la Rabita al-Alam al-Islami, distribution d’une brochure rédigée par le Maulana en arabe et en anglais, riche en analyses et en informations sur le Cachemire. |
| 1967 | Le Maulana et quatre autres éminents oulémas sont arrêtés au sujet de l’observation du croissant de lune annonçant l’Aïd. |
| 1968 | Voyage à Londres pour se faire soigner. Discours du Maulana lors d’une réception organisée à l’hôtel Hilton de Londres par les musulmans résidant en Angleterre. |
| 1969 | Participation à la table ronde convoquée par Ayub Khan afin de résoudre les problèmes politiques. Participation à la conférence de fondation de l’Université islamique du Maroc. |
| 1970 | Conformément à la déclaration du Maulana, la « Journée de la puissance de l’islam » fut observée dans tout le Pakistan. |
| 1972 | Achèvement du Tafhîm al-Qur’an et publication du sixième volume. En raison d’une maladie persistante, démission de la fonction d’émir de la Jamaat-e-Islami. |
| 1979 | 21 mai. Départ pour l’Amérique afin de recevoir des soins médicaux. |
| 4 septembre : opération de la vessie. | |
| 22 septembre. Décès à dix-sept heures quarante-cinq, heure du Pakistan. (Certes, nous appartenons à Dieu et c’est vers Lui que nous retournerons.) |
Bibliographie thématique des ouvrages de Maulana Maududi
| Titres des ouvrages traduits en bengali | Pages | Titre de l’ouvrage original en ourdou | Date de publication |
| A. Coran | |||
| 1. Traduction du Saint Coran | 1248 | Traduction du Noble Coran | 1973 de l’ère chrétienne |
| 2. Tafhîm al-Qur’an, tomes 1 à 19 | 4165 | Tafhîm al-Qur’an, 6 volumes | 1943-1972 |
| 3. Table des matières de Tafhîm al-Qur’an | 540 | Thèmes coraniques | |
| 4. Les quatre termes fondamentaux du Coran | 119 | Les quatre termes fondamentaux du Coran | 1941 de l’ère chrétienne |
| 5. L’essence du Coran | 48 | Introduction au Tafhîm al-Qur’ân | |
| b. Hadith / difficile | |||
| 6. Le statut juridique de la Sunna du Prophète | 336 | Quel est le statut juridique de la Sunna ? | 1963 de l’ère chrétienne |
| 7. La grandeur et le statut éminent du Coran | 133 | Les mérites du Coran (à la lumière des hadiths) | 1977 de l’ère chrétienne |
| C. Philosophie de la vie islamique | |||
| 8. Présentation de l’islam | 112 | Risāla-e Dīniyāt | 1963 de l’ère chrétienne |
| 9. Tawḥīd, Risālat et Ākhirat | 44 | L’unicité divine, la mission prophétique et la vie après la mort | |
| 10. Le mode de vie islamique | 55 | Le système de vie de l’islam | 1948 de l’ère chrétienne |
| 11. L’unique religion | 45 | La religion de vérité | 1943 de l’ère chrétienne |
| 12. La voie de la paix | 27 | La voie du salut | 1942 de l’ère chrétienne |
| 13. L’essence de la culture islamique | 279 | La civilisation islamique, ses principes et ses fondements | 1933 apr. J.-C. |
| 14. Œuvres choisies, volumes 1 à 3 | 1344 | Tafhîmât, volumes 1 à 3 | 1933-1938 apr. J.-C. |
| 15. Al-Jihad | 592 | Al-Jihâd fî al-Islâm | 1928 de l’ère chrétienne |
| 16. L’islam et la Jâhiliyya | 48 | Islam aur Jâhiliyya | 1941 de l’ère chrétienne |
| 17. Le conflit entre l’islam et la civilisation occidentale | 228 | Tanqîhât | 1933-38 |
| 18. Les grandes lignes fondamentales du système de vie islamique | 384 | Le système de vie islamique et ses conceptions fondamentales | |
| 19. Les fondements philosophiques de l’appel islamique | 32 | L’islam et la démocratie laïque occidentale | |
| 20. La perspective morale de l’islam | 32 | Le point de vue éthique de l’islam | 1944 apr. J.-C. |
| 21. L’islam et le nationalisme | 119 | La question du nationalisme | 1939 apr. J.-C. |
| 22. L’islam et le socialisme | 1945 de l’ère chrétienne | ||
| 23. L’islam et la justice sociale | 24 | L’islam et la justice sociale | |
| 24. La source de la force dans l’islam | 67 | La source de la force de l’islam | |
| 25. L’enseignement du sacrifice | 48 | La preuve du sacrifice par les versets coraniques | |
| 26. La réalité de la foi | 48 | La réalité de la foi | 1938 de l’ère chrétienne |
| 27. La réalité de l’islam | 44 | La réalité de l’islam | 1938 de l’ère chrétienne |
| 28. La réalité de la prière et du jeûne | 65 | La réalité du jeûne et de la prière | 1938 de l’ère chrétienne |
| 29. La réalité du pèlerinage | 48 | La réalité du Hajj | 1938 de l’ère chrétienne |
| 30. La réalité de la zakat | 58 | La réalité de la zakat | 1938 de l’ère chrétienne |
| 31. La réalité du jihad | 28 | La réalité du jihad | 1933 de l’ère chrétienne |
| 32. La réalité de la prédestination | 102 | La question du jabr et du qadar | 1933 de l’ère chrétienne |
| 33. La réalité de la taqwa | La réalité de la taqwa | 1947 apr. J.-C. | |
| 34. Le système éducatif : une perspective islamique | 133 | Enseignements | 1941 apr. J.-C. |
| 35. La réalité du shirk | La réalité du shirk | 1944 apr. J.-C. | |
| 36. La réalité du tawhid | La réalité du tawhid | 1945 apr. J.-C. | |
| Droit, politique et système étatique | |||
| 37. Le droit islamique | 63 | La loi islamique | 1948 apr. J.-C. |
| 38. L’État islamique | 700 | L’État islamique | 1948 apr. J.-C. |
| 39. Le califat et la monarchie | 294 | Le califat et la monarchie | |
| 40. La doctrine politique de l’islam | 63 | La conception politique de l’islam | 1939 apr. J.-C. |
| 41. Le mouvement pour l’indépendance du sous-continent | |||
| et les musulmans, tomes 1-2 | 877 | Le mouvement pour l’indépendance de l’Inde et les musulmans, tomes 1-2 | 1938 apr. J.-C. |
| 42. Élaboration de la Constitution islamique | 86 | Codification de la Constitution islamique | |
| 43. Principes fondamentaux de la Constitution islamique | 86 | Fondements de la Constitution islamique | |
| 44. Droits humains fondamentaux | 32 | Les commandements fondamentaux de l’homme | |
| 45. Les droits des non-musulmans dans l’État islamique | 50 | Les droits des dhimmis dans l’État islamique | 1948 de l’ère chrétienne |
| 46. L’histoire politique du Deccan | 286 | Histoire politique du Deccan | |
| 47. Les enseignements politiques du Coran | 57 | Les enseignements politiques du Coran | |
| 48. L’unité nationale et une démocratie stable | 21 | Unité nationale | |
| 49. La peine de l’apostat selon le droit islamique | 68 | La peine de l’apostat | 1943 de l’ère chrétienne |
| e. Le mouvement et l’organisation islamiques | |||
| 50. L’appel islamique et la ligne d’action | 47 | L’appel islamique et sa méthode | 1946 de l’ère chrétienne |
| 51. L’appel de la Jamaat-e-Islami | L’appel de la Jamaat-e-Islami | 1947 apr. J.-C. | |
| 52. Le mouvement de la renaissance islamique | 122 | Renouveau et revitalisation de la religion | 1940 apr. J.-C. |
| 53. De la Jamaat-e-Islami | L’objectif de la Jamaat-e-Islami | ||
| Objectif – histoire et programme | 80 | Histoire et programme d’action | 1951 apr. J.-C. |
| 54. Le djihad dans la voie d’Allah | 32 | Jihâd fî sabîlillâh | |
| 55. Le fondement moral du mouvement islamique | 62 | Les fondements moraux du mouvement islamique | |
| 56. Le mouvement islamique : les conditions du succès | 64 | Les conditions du succès du mouvement islamique | |
| 57. Le programme d’action des musulmans pour le passé, le présent et l’avenir | 78 | Le programme d’action des musulmans pour le passé, le présent et l’avenir | |
| 58. La voie de la révolution islamique | 56 | Comment établir un gouvernement islamique | 1940 de l’ère chrétienne |
| 39. Le programme futur du mouvement islamique | 138 | Le programme d’action futur du mouvement islamique | 1947 de l’ère chrétienne |
| 60. Mouvement, organisation et militant | 224 | Le mouvement et le militant | |
| 61. Prédicateur vers Allah, appel à Allah | 42 | Prédicateur vers Allah, appel à Allah | |
| 62. Détruire et construire | 32 | Construire et détruire | 1947 apr. J.-C. |
| 63. La nécessité d’un groupe fidèle à la vérité | 23 | La nécessité d’une communauté vertueuse | 1941 apr. J.-C. |
| 64. Le martyre de Husayn (que Dieu l’agrée) | 16 | Le martyre de l’imam Husayn (qu’Allah l’agrée) | |
| 65. Le mouvement pour l’unité des musulmans du monde | 43 | Ittihad-e-Ummah islamique | |
| 66. Le témoignage de la vérité | 40 | Le témoignage de la vérité | 1946 de l’ère chrétienne |
| 67. L’islam dans le monde d’aujourd’hui | 42 | L’islam à l’époque contemporaine | |
| 68. Les vingt-neuf ans de la Jamaat-e-Islami | 54 | Les vingt-neuf ans de la Jamaat-e-Islami | |
| c. L’économie et le système bancaire | |||
| 69. L’économie islamique | 328 | L’économie de l’islam | |
| 70. La solution islamique aux problèmes économiques | 38 | Le problème économique de l’homme et sa solution islamique | 1941 apr. J.-C. |
| 71. Les directives économiques du Coran | 38 | Les enseignements économiques du Coran | |
| 72. L’islam et les doctrines économiques modernes | 126 | L’islam et les théories économiques modernes | |
| 73. Les principes fondamentaux du système économique islamique | 31 | Les principes de l’économie islamique | |
| 74. L’intérêt et la banque moderne | 302 | L’usure | 1936 de l’ère chrétienne |
| 75. Les dispositions relatives à la propriété foncière | 96 | La question de la propriété foncière | |
| 76. La propriété nationale | La propriété nationale | 1950 apr. J.-C. | |
| f. Vie conjugale et femme | |||
| 77. Le voile et l’islam | 280 | Le voile | 1937 apr. J.-C. |
| 78. Les droits du mari et de l’épouse | 151 | Les droits des époux | 1935 de l’ère chrétienne |
| 79. Le contrôle des naissances du point de vue islamique | 131 | L’islam et le contrôle des naissances | 1936 de l’ère chrétienne |
| 80. Les exigences de l’islam envers la femme musulmane | 24 | Les exigences de l’islam envers les femmes musulmanes | |
| Purification de l’âme | |||
| 81. La guidance | 55 | La guidance | |
| 82. Les enseignements fondamentaux de l’islam | 274 | Sermons | 1938 de l’ère chrétienne |
| 83. L’essence du culte islamique | 88 | Une étude critique du culte islamique | 1939 |
| 84. La méthode islamique de purification de l’âme | 48 | Tazkiya al-nafs | |
| Jh. Sîrat | |||
| 85. Sîrat-e Sarwar-e Alam, tomes 1 à 5 | 1216 | Sîrat-e Sarwar-e Alam, tomes 1 et 2 | |
| 86. Le sceau de la prophétie | 75 | Le sceau de la prophétie | |
| 87. L’identité coranique du Prophète | 40 | Le Coran présente celui qui l’a apporté dans des palais | |
| 88. L’homme idéal | 32 | Les véritables réalisations du Maître de l’univers | |
| 89. Le statut des Compagnons honorables | 40 | Le rang des Compagnons | |
| ঞ. Généralités | |||
| 90. Rasâ’il wa masâ’il, tomes 1 à 5 | Rasâ’il wa masâ’il, tomes 1 à 5 | 1942-1947 | |
| 91. Maulana Maududi face à la jeunesse | 450 | Déclarations | |
| 92. Réponses aux questions de l’époque, tomes 1 à 2 | 448 | Istifsalat, volumes 1-2 | |
| 93. Les séances de l’après-midi, tomes 1-2 | 250 | Asri Majalis, volumes 1-2 | |
| 94. Correspondance, tomes 1-2 | 455 | Makatib de Maulana Maududi (que Dieu lui fasse miséricorde), volumes 1-2 | |
| 95. Discours radiophoniques | 87 | Nashri Taqriri | |
| 96. Khutbât al-Haram | Khutbât al-Haram | ||
| 97. Correspondance entre Mawlana Maududi et Maryam Jameela | Lettres entre Mawlana Maududi et Maryam Jameela | ||
| 98. Le problème qadiani | La question qadianie | 1953 de l’ère chrétienne |
Quelques livres en langue bengalie sur Maulana Maududi
| Titre du livre | Nom de l’auteur | |
| 1. | Maulana Maududi vu par les penseurs éminents du monde | Édité par Abbas Ali Khan |
| 2. | Maulana Maududi | Abbas Ali Khan |
| 3. | L’érudit religieux Maulana Maududi | Abbas Ali Khan |
| 4. | La contribution de Maulana Maududi à la renaissance de l’islam | Professeur Gholam Azam |
| 5. | Histoire de la Jamaat-e-Islami | Abbas Ali Khan |
| 6. | Comptes rendus de la Jamaat-e-Islami — tome 1 | |
| 7. | Comptes rendus de la Jamaat-e-Islami — tome 2 | |
| 8. | La lumière de la vérité | Maulana Bashiruzzaman |
| 9. | Maulana Maududi au pays du Coran | Muhammad Assem |
| 10. | Les contributions multiples de Maulana Maududi | Abbas Ali Khan |
| 11. | Dans les coulisses de l’opposition à la Jamaat-e-Islami | Abul Kalam Muhammad Yusuf |
| 12. | Le rôle des oulémas dans le mouvement pour l’indépendance | Zulfiqar Ahmad Qismati |
| 13. | Maududi pour les enfants | Cheikh Ansar Ali |
| 14. | Réponse aux accusations portées contre Mawlana Maududi | Mawlana Abdul Hakim |
| 15. | Examen théorique des accusations portées contre Mawlana Maududi | Mufti Muhammad Yusuf |
| 16. | Réponse aux accusations concernant l’ouvrage « Le Califat et la monarchie » | Le juge Malik Gholam Ali |
| 17. | Maulana Maududi tel que je l’ai vu | Le professeur Gholam Azam |