Deux mots
Le présent ouvrage n’est qu’un recueil de trois de mes conférences. Auparavant, trois conférences consacrées aux moyens de se rapprocher d’Allah, aux moyens de se purifier intérieurement, ainsi qu’au dhikr et aux invocations, avaient été publiées sous la forme de trois brochures distinctes. Comme le contenu de ces trois brochures était assez proche et que chacune complétait les autres, les éditions Al-Hera les ont publiées ensemble sous forme de recueil. Les éditions Modernes ont été autorisées à publier ce livre, dans une version adaptée aux besoins réels et révisée, et elles le publient actuellement. Si ce livre s’avère bénéfique et utile aux personnes désireuses de se purifier intérieurement et de se rapprocher d’Allah, mon travail aura porté ses fruits.
Matiur Rahman Nizami
11-2-97
Remarques préliminaires
L’être humain n’est pas un être réduit à son seul corps. Avec une belle apparence physique, le Très-Haut a également accordé à Sa meilleure créature une belle âme. Par conséquent, le progrès et l’épanouissement de l’être humain, sa réussite et son échec, ne peuvent se limiter à satisfaire les exigences ou les besoins du corps. L’examen de l’histoire humaine montre qu’à certaines périodes, les hommes, en s’inclinant davantage vers une civilisation matérialiste ou fondée sur la matière, ont négligé les besoins de l’âme. Mais les conséquences n’en ont jamais été heureuses. L’analyse des causes de la destruction des civilisations de diverses nations des temps anciens prouve également cette vérité. Dans le monde moderne, la civilisation matérialiste est en passe d’être qualifiée de civilisation destructrice de l’humanité. Le déplacement des hippies, depuis le foyer de cette civilisation, vers l’Orient n’est au fond qu’une autre manière de désigner une révolte silencieuse contre la civilisation matérialiste.
Puisque les besoins spirituels de l’être humain sont, tout comme ses besoins physiques, constants et innés, aucune nation, à aucune époque, n’a pu collectivement nier les besoins de l’âme. Au contraire, de tout temps et à toutes les époques, quelques personnes parmi les hommes se sont toujours efforcées, d’une manière ou d’une autre, de progresser spirituellement, d’atteindre l’excellence spirituelle et de se purifier intérieurement. Aujourd’hui, dans le contexte de l’échec de la civilisation matérialiste, on observe chez les hommes une inclination spontanée vers les principes moraux et la spiritualité. Toutefois, à la racine de cette inclination se trouvent l’extrême frustration et le désespoir d’esprits meurtris par les coups d’une dure réalité de la vie. Dans le passé, ceux qui ont tenté de pratiquer la spiritualité et de progresser spirituellement — en dehors de l’islam — se sont eux aussi tournés vers cette voie dans un contexte de frustration et de désespoir semblable. Leur inclination a donc conduit à nier ou à négliger les besoins du corps. Ainsi, leur pratique de l’ascétisme n’a pu apporter aucune contribution bénéfique à l’ensemble de l’humanité, si ce n’est de produire une poignée de saints et d’ascètes renonçant au monde. En réalité, l’être humain n’est pas davantage réduit à son âme seule qu’il ne l’est à son corps seul. Par conséquent, de même qu’une activité unilatérale visant à satisfaire les besoins du corps en négligeant l’âme est nuisible à l’humanité et à la dignité humaine, de même le fait de négliger les besoins du corps et d’adopter des procédés visant à le punir, sous prétexte de satisfaire les besoins de l’âme et de favoriser son perfectionnement, est extrêmement nuisible à l’humanité.
Dans ces domaines, les procédés et méthodes imaginés auxquels on recourt pour établir la primauté de l’âme en punissant le corps ne peuvent être mis en pratique que par une ou deux personnes triées sur le volet parmi des centaines de millions d’êtres humains. Grâce à certaines pratiques de yoga et d’ascèse de ce genre, ces quelques individus, en renforçant leur volonté, accomplissent des choses impossibles, frappent les gens ordinaires de stupeur et exercent sur eux une influence. Finalement, ces personnes influencées en viennent à considérer l’auteur de ces prodiges comme un être surhumain, se tournent vers lui et le prennent pour un soutien céleste capable de satisfaire leurs besoins et leurs plaintes. Enfin, la dévotion et la vénération de ces fidèles commencent à se manifester concrètement par le nazr-niyaz, les offrandes de nourriture et de friandises, etc. En définitive, la pratique de l’ascétisme revient à l’adoration du corps. Tel a toujours été, à toutes les époques, le début et l’aboutissement des tentatives et des pratiques visant au progrès spirituel en dehors de la voie donnée par Allah et montrée par les prophètes et messagers (paix sur eux). Dans le monde moderne, les hommes se tournent de nouveau vers l’ascétisme sous l’effet du désespoir ; si l’on ne parvient pas à orienter ce mouvement dans le courant du savoir révélé, leurs efforts et leurs pratiques échoueront une fois encore de manière désastreuse.
Il est regrettable et douloureux que la voie donnée par Allah et montrée par le dernier prophète, Muhammad (paix et bénédictions sur lui) — voie grâce à laquelle les hommes de ce monde peuvent satisfaire simultanément les besoins du corps et de l’âme, qui est facile à suivre pour les personnes de toutes les classes et de tous les milieux, et qui est conforme à la nature humaine — soit aujourd’hui, parce qu’elle est recouverte de procédés et de méthodes inventés par les hommes, devenue inconnue même des musulmans. Pour la même raison, les pratiques et exercices de spiritualité présents dans les sociétés musulmanes ne parviennent pas non plus à apporter une contribution notable au bien de l’humanité dans son ensemble. En ajoutant des procédés et des méthodes inventés par les hommes à la méthode simple, directe et naturelle qu’Islam avait instaurée pour assurer l’équilibre entre le corps et l’âme et favoriser le progrès spirituel et moral, on a globalement entravé la capacité de l’Islam à former des personnes aptes à développer l’humanité et la dignité humaine, à établir la justice et à s’opposer à l’injustice.
Dans la société musulmane, cette pratique et cet exercice de la spiritualité sont connus sous le nom de science du tasawwuf. Fondamentalement, le Coran appelle cette œuvre la « tazkiyat an-nafs ». Dans les hadiths, elle est appelée « ihsân ». L’imam Shah Waliullah Dehlawi (que Dieu lui fasse miséricorde) l’a désignée comme le moyen de créer les « akhlâq de l’ihsân ». À la lumière des procédés et méthodes adoptés dans le domaine de la spiritualité au sein de la société musulmane, depuis l’époque du noble Messager (paix et bénédictions de Dieu sur lui) jusqu’à nos jours, nous pouvons, selon la terminologie actuelle, diviser la « science du tasawwuf » en trois catégories.
Premièrement : le tasawwuf islamique pur ; deuxièmement : le tasawwuf semi-islamique ; troisièmement : le tasawwuf non islamique.
Par tasawwuf islamique pur, on entend l’état auquel les Compagnons vénérables (que Dieu les agrée) parvenaient grâce à la tazkiyat an-nafs — en accomplissant les actes fondamentaux du culte islamique, de manière simple et naturelle, conformément à la voie de Muhammad (paix et bénédictions de Dieu sur lui), sans aucune pratique particulière de concentration yogique ; en faisant le dhikr et le tasbih d’Allah dans leurs activités ordinaires, selon l’enseignement du Messager (paix et bénédictions de Dieu sur lui), et en pratiquant notamment la salât, la récitation, les invocations et le respect du licite et de l’illicite, acquérant ainsi les « akhlâq de l’ihsân ». Les califes bien guidés, les Compagnons vénérables, les tâbi‘în, les tâbi‘ at-tâbi‘în, ainsi que tous les imams mujtahidûn, étaient des adeptes de ce tasawwuf pur. C’est le tasawwuf authentique, ou la voie exacte de la purification de l’âme, que le Coran a désignée sous le nom de « tazkiyat an-nafs ». Notre foi l’exige, et l’humanité du monde actuel l’exige également : dans le domaine de la purification de l’âme, il faut faire revivre ce tasawwuf islamique véritable et pur en suivant l’« uswa hasana » du dernier Prophète (paix et bénédictions de Dieu sur lui).
Par tasawwuf semi-islamique, on entend l’ajout, dans les limites de la charia islamique et dans le but de favoriser le progrès spirituel, de certaines pratiques fondées sur les postures et méthodes du yoga, elles-mêmes issues des yogis et sages de l’Inde ainsi que de la philosophie grecque. Dans ce cas, seul le tasawwuf de ceux qui n’ont ni rejeté le tawhid ni adopté le shirk, mais qui ont fait de la création de la crainte révérencielle d’Allah, de l’amour du Messager et de la pensée de l’au-delà leur objectif principal au moyen de ces pratiques, peut être appelé tasawwuf semi-islamique. Bien que la crainte révérencielle d’Allah, l’amour du Messager et la pensée de l’au-delà en soient les objectifs, la raison pour laquelle leur pratique du tasawwuf est qualifiée de semi-islamique est qu’il n’est permis, dans ce domaine, ni d’ajouter ni de retrancher quoi que ce soit à l’enseignement du Messager. De plus, une telle addition ou soustraction ne peut être bénéfique. Nul ne comprend mieux que Dieu et Son Messager la manière d’atteindre la proximité d’Allah. Ainsi, même si l’intention est sincère, une telle démarche, parce qu’elle revient à dépasser les limites, ne peut être bénéfique ni fructueuse. Les initiateurs de ce tasawwuf n’ont pas obtenu en réalité ce qu’ils recherchaient. Même si quelques individus ont atteint l’excellence et acquis une certaine position dans le monde spirituel, leurs efforts — bien qu’ils aient formé quelques personnes et rendu certains services à la religion — n’ont même pas approché le niveau des hommes que le Prophète a formés en vue de faire triompher la religion. Il est possible de réformer ce tasawwuf en en retirant les pratiques ajoutées de l’extérieur, afin de le transformer en tasawwuf islamique authentique. Il faudrait tenter de déterminer, par un dialogue ouvert avec ceux qui œuvrent et progressent sincèrement dans ce domaine, et sur la base du Coran et de la Sunna, s’il est possible d’accomplir cette réforme en discutant de la forme véritable, de la nature, des objectifs et de la méthode de la « tazkiyat an-nafs ». Si cette tentative échoue, certains serviteurs vertueux d’Allah, certains hommes de foi et hommes engagés dans le combat pour la cause de Dieu, devront s’avancer pour présenter un exemple concret et vivant du « tasawwuf islamique ».
Quant à ceux qui, sous prétexte de purification de l’âme et de progrès spirituel, adoptent des procédés non islamiques, transgressent les limites de la charia islamique, donnent naissance au shirk et aux innovations religieuses, allant jusqu’à faire de l’islam et des musulmans un objet de dérision aux yeux du monde, transforment les mausolées de certains serviteurs bien-aimés d’Allah — qui, de leur vivant, avaient combattu le shirk et les innovations religieuses — en lieux de consommation de cannabis et de danses obscènes sous couvert de séances de qawwali, et exploitent la faiblesse des sentiments religieux des gens pour s’enrichir au nom de la religion : leur tasawwuf est entièrement non islamique, et son éradication est indispensable.
En réalité, la charia islamique ne laisse guère de place à la question de savoir ce qu’est le « tasawwuf islamique authentique ». Nous l’avons indiqué : la pratique spirituelle appelée aujourd’hui « science du tasawwuf » parmi les musulmans est précisément appelée « tazkiyat an-nafs » dans le Saint Coran. Bien plus, le Coran la présente comme l’unique moyen de réussite de l’être humain. Il y est dit :
ونفس وما سوها فألهمها فجورها وتقويها3قَد أَفْلَحَ مَنْ زَكَهَا . وقد خاب من دسها (الشمس : ۸-۹)
« Par l’âme humaine, et par Celui qui l’a parfaitement façonnée, puis lui a inspiré sa conscience de la piété et de la dépravation ainsi que la capacité de les discerner. Ceux qui, parmi les êtres humains, purifient cette âme, ou nafs, sont les bienheureux. Quant à ceux qui répriment la faculté de discernement que Dieu a donnée à cette âme, ce sont eux les perdants et les déçus. »
Allah a présenté dans le Coran la « tazkiyat an-nafs » comme une œuvre fondamentale. Plus encore, Il l’a désignée comme l’une des principales missions de Muhammad (paix et bénédiction d’Allah sur lui). En plusieurs endroits, la mission du Prophète (paix et bénédiction d’Allah sur lui) est décrite ainsi :
هُوَ الَّذي بعث في الأمين رسولاً منهم يتلوا عليهم ايته ويُزَكِّيهِم ويعلمهم الكتب والحكمة .
« Et c’est Lui Allah qui a envoyé aux illettrés un Messager issu d’eux, lequel leur récite Ses versets, les purifie et leur enseigne le Livre et la sagesse. » (sourate Al-Jumu‘a : 2)
Sont ici mentionnées, parmi les missions du Messager : * la récitation des versets, * la tazkiyat an-nafs, ainsi que l’enseignement du Livre et de la sagesse. Ces éléments sont mentionnés en trois endroits.
Le Coran d’Allah en témoigne, des millions de Compagnons éminents en témoignent, et l’histoire du monde en témoigne : le dernier Prophète, Muhammad (paix et bénédiction d’Allah sur lui), a pleinement accompli toutes les responsabilités qui lui avaient été confiées. Par son sermon d’adieu, il a également obtenu la confirmation de ce fait auprès de plus de cent mille de ses Compagnons. Ainsi, s’agissant de la tazkiyat an-nafs, il a accompli sa mission dans ses moindres détails ; aucun musulman ne peut avoir le moindre doute à ce sujet. En d’autres termes, on ne peut rester musulman tout en nourrissant des doutes. La foi et la raison exigent donc toutes deux que nous cherchions à connaître et à comprendre comment et par quelle méthode le noble Messager (paix et bénédiction d’Allah sur lui) a accompli cette œuvre fondamentale et importante qu’est la tazkiyat an-nafs, quel genre de personnes cette méthode et ce processus ont formées, et à quelles œuvres au service de l’islam et de l’humanité elles se sont consacrées après avoir été ainsi formées ; elles exigent également que, comme membre sincère de la communauté du Prophète, nous adoptions dans ce domaine, avec une conviction profonde, l’unique méthode montrée par le Prophète (paix et bénédiction d’Allah sur lui), en la considérant comme vraie, correcte et infaillible.
De même que les autres enseignements du Messager d’Allah (paix et bénédiction d’Allah sur lui) sont clairs comme la lumière du jour, la question de la tazkiyat an-nafs est elle aussi parfaitement claire. Malgré cela, il est difficile de comprendre pourquoi, dans ce domaine, on a négligé l’enseignement du Messager d’Allah (paix et bénédiction d’Allah sur lui), commencé à y ajouter des éléments et laissé pénétrer des procédés non islamiques. Je ne souhaite ici critiquer personne sans raison ni rabaisser qui que ce soit. C’est avec une intention sincère, pour les besoins de ma propre pratique et afin d’informer les gens ordinaires de cette méthode simple accordée par Allah et montrée par le Messager (paix et bénédiction d’Allah sur lui), que j’ai été contraint de prendre la plume sur ce sujet. Qu’Allah le Très-Haut m’aide en m’accordant la véritable connaissance de Son Livre et de la Sunna de Son Prophète. C’est par cette invocation, le cœur profondément ému et bouleversé, que je souhaite entreprendre ce voyage dans ce domaine.
L’importance de la purification de l’âme dans la vie humaine
Pour évaluer l’importance de la purification de l’âme dans la vie humaine, il est d’abord indispensable de connaître l’identité de l’être humain et d’apprécier justement sa nature. Pour résumer l’identité de l’être humain, il faut dire qu’il est, dans ce monde, le calife ou représentant d’Allah. Il y séjournera quelque temps et jouira de certaines faveurs, puis il devra retourner auprès de son Maître suprême. À son retour, il devra rendre compte de la mesure dans laquelle, durant sa vie terrestre, il aura réussi ou échoué à accomplir la volonté d’Allah en tant que Son calife.
Il convient de se rappeler que, dans la création d’Allah, tout, à l’exception de l’être humain, obéit au commandement d’Allah — et est contraint de lui obéir. En revanche, dans la vie des hommes et dans la société, la responsabilité d’instaurer et de mettre en œuvre la loi d’Allah ainsi que Ses commandements et prescriptions incombe à l’être humain. C’est également en ce sens que l’être humain est le calife d’Allah : Dieu lui a accordé cette liberté et l’a informé de la récompense, des effets et des conséquences de son bon ou de son mauvais usage. En présentant l’identité de l’être humain, Allah a dit :
إِنَّا هَدَيْنَهُ السَّبِيلَ إِمَّا شَاكِرًا وَإِمَّا كَفُورًا
« J’ai présenté à l’être humain deux voies : l’une est la voie de la gratitude envers Allah et de l’obéissance ; l’autre est la voie de la mécréance et de la désobéissance. » — (Sourate Al-Insân : 3)
Puis, Il a parlé des conséquences de la mécréance :
إِنَّا أَعْتَدْنَا لِلكفرين سلسلاً وأغللاً وسَعِيرًا إِنَّ الأبرار يشربون من كاس كانَ مِزَاجُهَا كَافُوران عينا يُشرَبُ بِهَا عِبَادُ اللهِ يُفَجِّرُونَهَا تفجيران
« J’ai préparé pour les mécréants des chaînes de fer, des carcans et le feu de l’Enfer. Quant aux hommes vertueux, ils seront accueillis au Paradis avec une boisson agréable, mélangée à du camphre parfumé. Ce sera une source jaillissante dont les serviteurs d’Allah boiront l’eau et dont ils pourront faire couler les branches comme ils le voudront. » — (Sourate Al-Insân : 4-6)
En vérité, la capacité d’autonomie résultant de la possibilité, accordée à l’être humain, d’exercer sa libre volonté entre suivre la voie d’Allah et suivre les voies qu’il a lui-même imaginées constitue un immense dépôt confié par Allah à l’être humain. Au sujet de ce dépôt, le Coran dit :
إِنَّا عَرَضْنَا الْأَمَانَةَ عَلَى السَّمَوتِ وَالْأَرْضِ وَالْجِبَالِ فَأَبَيْنَ أَنْ يُحْمِلْنَهَا وَأَشْفَقْنَ مِنْهَا وَحَمَلَهَا الْإِنْسَانُ إِنَّهُ كَانَ ظَلُومًا جَهُولاهُ لِيُعَذِّبُ اللهُ الْمُنْفِقِينَ وَالْمُنْفِقْتِ وَالْمُشْرِكِينَ وَالْمُشْرِكْتِ وَيَتُوبُ اللَّهُ عَلَى الْمُؤْمِنِينَ وَالْمُؤْمِنَتِ ،
وَكَانَ اللَّهُ غَفُورٌ رَحِيمًا
« J’avais proposé cette amāna aux cieux, à la terre et aux montagnes ; mais ils refusèrent d’en porter le poids et en furent saisis de crainte et de tremblement. L’être humain s’en chargea. Pourtant, ayant complètement oublié cet engagement, il s’est désormais plongé dans l’injustice. Allah a ainsi agi afin de châtier les hommes et les femmes hypocrites et polythéistes, et d’accepter le repentir des hommes et des femmes croyants. Allah est certes Pardonneur et Miséricordieux. » — (Sourate Al-Ahzab : 72-73)
Le fait que l’être humain ait volontairement accepté cette lourde amāna de la part d’Allah le Très-Haut est attesté par son âme même. Allah a créé l’âme humaine en lui donnant la capacité d’assumer correctement cette amāna. Allah a également accordé à l’âme humaine, dès sa naissance, la faculté de discerner et de choisir entre le bien et le mal, la vérité et le mensonge, la justice et l’injustice. C’est pourquoi le Coran affirme qu’Allah le Très-Haut a donné à l’âme humaine une forme parfaite. Le Coran dit :
وَنَفْسٍ وَمَا سَوهَا : فَأَلْهَمَهَا فُجُورَهَا وَتَقْوْهَا وَ قَدْ أَفْلَحَ مَنْ زَكَّهَاهُ وَقَدْ خَابَ مَنْ دَسْهَا
« Par l’âme humaine et par Celui qui l’a parfaitement formée, puis lui a inspiré la conscience et la capacité de discerner la taqwā et la turpitude ! Réussissent certes ceux qui purifient cette nafs, et sont certes perdants et voués à l’échec ceux qui la répriment et étouffent la faculté de discernement que Dieu lui a accordée. » — (Sourate Ach-Chams : 7-10)
Le Coran dit également :
فطْرَتَ اللَّهِ الَّتِي فَطَرَ النَّاسَ عَلَيْهَا ، لَا تَبْدِيلَ لِخَلْقِ اللَّهِ .
« Suis la religion conforme à la disposition naturelle selon laquelle l’humanité a été créée. » — (Sourate Ar-Roum : 30)
Il est rapporté dans un hadith du Messager : « Tout être humain naît selon la disposition naturelle. Puis, ce sont ses parents qui en font un juif, un chrétien ou un adorateur du feu. »
La nature de l’âme humaine
À la lumière de la discussion précédente, nous pouvons connaître la véritable nature de l’être humain. Nous avons déjà expliqué que l’être humain n’est pas un être constitué uniquement d’un corps. Il n’est pas non plus constitué uniquement d’une âme. Ainsi, la nature humaine qui se développe par l’union du corps et de l’âme constitue l’être humain véritable. Par conséquent, pour bien comprendre l’identité de l’être humain, il est absolument indispensable d’évaluer cette nature humaine dans son équilibre et son harmonie complets. Nous pouvons diviser en deux parties la nature humaine formée sur la base des besoins physiques et spirituels. L’un de ses aspects est biologique, tandis que l’autre est moral. Nous pouvons ainsi également qualifier l’être humain d’être doté d’une double nature. Par nature biologique, nous entendons que, comme les autres animaux, l’être humain possède certains besoins bestiaux et ressent certains besoins biologiques ; il ne fait pas exception à cet égard. Bien plus, dans certains cas, ses besoins et ses tendances surpassent même la puissance animale. L’être humain se distingue en ce qu’il possède également une nature qui lui permet de maîtriser ces besoins biologiques ou bestiaux et de les employer à des fins constructives. Cette nature désigne la conscience et la raison naturelles accordées par Allah, grâce auxquelles l’être humain peut examiner et discerner le bien et le mal, la justice et l’injustice, la vérité et le mensonge, renoncer au mal et choisir le bien. Il peut rejeter l’injustice et accepter la vérité. C’est cet aspect de la nature humaine que nous avons appelé la nature morale.
Si, par ses propres efforts, l’être humain parvient, en perfectionnant sa nature morale, à prendre le dessus sur sa nature biologique et bestiale, il devient la meilleure des créatures d’Allah. C’est par lui que se réalise la véritable portée de l’expression « Ahsane taqwîm ». C’est par lui que se manifeste concrètement « Laqad karramnâ banî Âdam ». En revanche, si, du fait des actes de quelqu’un, la nature morale accordée par Allah à l’être humain est réprimée et vaincue par sa nature bestiale, cet être humain devient l’égal d’un animal, voire plus vil et plus méprisable encore. Il tombe alors au degré de « asfala sâfilîn ».
Ce que nous voulons expliquer par cette brève discussion, c’est que, pour développer l’humanité et les qualités humaines, et pour établir l’être humain dans la dignité d’Ashraful Makhluqat, il faut cultiver sa nature morale. En d’autres termes, l’effort de pratique spirituelle ou de purification de l’âme est absolument indispensable. Cela est indispensable à la lumière de la conscience et de la raison naturelles de l’être humain, tout comme le Créateur de l’être humain l’a Lui aussi rendu indispensable.
La question se pose maintenant : d’où faudra-t-il tirer les moyens de développer et de perfectionner la nature morale de l’être humain ? Dans ce domaine, il est également indispensable que nous sachions clairement de qui il convient d’adopter les règles et les méthodes dans l’effort de purification de l’âme, ou « tazkiyaye nafs », et de qui il ne convient pas de les adopter.
À ce propos, je voudrais dire que, bien qu’Allah ait envoyé l’être humain dans le monde en lui accordant de naissance la faculté de discerner le bien du mal et la justice de l’injustice, il ne lui est pourtant pas possible de réussir en faisant appel uniquement à cette faculté de discernement. En effet, de même que les moyens et les éléments nécessaires à la satisfaction des besoins biologiques de l’être humain sont répandus dans ce monde terrestre, les éléments nécessaires à la satisfaction de ses besoins moraux ne s’y trouvent pas de la même manière. Allah a soumis à l’être humain tous les éléments matériels.
وَسَخَّرَ لَكُمْ مَا فِي السَّمَوتِ وَمَا فِي الْأَرْضِ جَمِيعًا –
« Ô hommes ! » Il a assujetti et soumis à votre service tout ce qui se trouve sur cette terre. » — (sourate Al-Jathiya : 13)
Ainsi, en utilisant les forces matérielles de la terre, l’être humain peut, par ses propres efforts et son application, satisfaire les besoins de sa nature biologique et animale, et la perfectionner à sa convenance. Il peut notamment tirer de cette terre les moyens d’apaiser la faim de son estomac. Les moyens de se préserver des maladies, de construire un logement, de satisfaire ses désirs sexuels et bien d’autres choses encore ne sont pas hors de sa portée ; il peut donc les obtenir par ses propres efforts et son application. Et c’est bien ce qu’il fait.
De même, la connaissance permettant d’utiliser les choses est également un don de Dieu. Grâce à cette connaissance divine, l’être humain découvre les propriétés de la matière et progresse rapidement dans sa quête scientifique. Il voyage jusqu’à d’autres planètes. De cette manière, son exploration dans cette voie peut encore progresser de façon considérable. Mais il lui est absolument impossible de mener une vie véritablement humaine et d’atteindre par ses propres moyens la dignité d’« achraf al-makhlouqât ». C’est pourquoi l’on constate qu’à mesure que les connaissances et les sciences progressent, l’humanité et le sens de l’humain disparaissent de la société. À l’inverse, la malédiction de l’animalité et de l’inhumanité dévore la terre entière. Seul le Créateur de tout ce monde et de l’au-delà peut libérer la terre et ses habitants de l’emprise terrifiante de cette malédiction. La délivrance réside uniquement dans la loi qu’Il a donnée et dans la voie des prophètes et des messagers. Allah n’a pas dispersé sur la terre les éléments nécessaires au développement de la nature morale de l’être humain, afin que celui-ci puisse les acquérir par ses propres efforts et réussir. Il lui a certes donné les éléments nécessaires à l’épanouissement de cette nature, mais pas de la même manière que les éléments du monde matériel sont dispersés dans l’univers matériel. Allah a accordé ces éléments aux êtres humains, à travers les prophètes et les messagers, à travers les âges. Il a dit :
فَإِمَّا يَاتِيَنَّكُمْ مِّنَى هُدًى فَمَنْ تَبِعَ هُدَايَ فَلَا خَوْفٌ عَلَيْهِمْ وَلَا هُمْ يَحْزَنُونَ
« Puis une guidance viendra de Ma part. Ceux qui la suivront n’auront rien à craindre et ne seront pas affligés. » — (sourate Al-Baqara : 38)
Allah, Seigneur des mondes, a envoyé par l’intermédiaire de Son dernier Prophète (paix et salut sur lui) les éléments nécessaires au perfectionnement de notre nature morale. Ainsi, depuis son époque jusqu’à la venue de l’Heure, le Prophète (paix et salut sur lui) est l’unique guide à suivre pour le perfectionnement moral et spirituel de tous les êtres humains. Ce n’est que par la voie et la méthode qu’il a montrées et suivies que peuvent réussir les efforts de progrès spirituel et de purification de l’âme.
Nous avons essayé d’expliquer au début que les méthodes conçues par l’être humain sont fondamentalement anormales et artificielles. Ce chapitre démontre que la méthode suivie par les prophètes et les messagers à la lumière de la connaissance donnée par Allah est, elle, simple, naturelle et conforme à la nature humaine. Elle est donc acceptable et digne d’être suivie par les personnes de tous les niveaux et de toutes les classes. Il faut également clarifier un autre point : dans les pratiques spirituelles fondées sur les méthodes conçues par l’être humain, le but n’est pas l’humanité ni le sens de l’humain, mais plutôt l’acquisition, par certains individus, de pouvoirs et de techniques surnaturels. En revanche, dans la méthode donnée par Dieu et montrée par le Messager (paix et salut sur lui), le but des efforts de perfectionnement spirituel et intérieur est d’acquérir la capacité de servir le Créateur, de Lui obéir et de servir Ses créatures. Sur cette voie, celui qui devient le plus capable d’obéir aux commandements d’Allah et de délaisser ce qu’Il a interdit est, en réalité, considéré comme le plus victorieux. Ici, aucun événement miraculeux n’est en soi considéré comme un critère important. Cela ne signifie pas pour autant que les miracles soient niés. Un miracle peut se produire dans la vie de n’importe quelle personne, et le mérite d’un individu à cet égard ne constitue nullement un sujet digne d’attention. Si une telle chose se produit, elle vient d’Allah. Il se peut qu’aucun miracle ne se manifeste dans la vie d’une personne parvenue au plus haut degré. Et si Allah le veut, quelque chose d’extraordinaire peut aussi se manifester dans la vie d’une personne ordinaire. Du point de vue du tasawwuf islamique authentique, ce n’est pas une question particulièrement importante. Au contraire, selon l’ilm al-kalâm, le fait de manifester volontairement des karâmât est appelé istidrâj, et ceux qui agissent ainsi sont qualifiés de fâsiq.
Les degrés qualitatifs de la nature humaine
Avant d’aborder les méthodes de purification de l’âme et de tazkiyat al-nafs, je juge nécessaire de dire quelques mots sur les différents niveaux qualitatifs de l’âme humaine. Cela peut aider à évaluer son évolution et son perfectionnement. Selon le Coran, l’âme humaine se trouve, en fonction de ses œuvres, à différents niveaux selon les moments. L’état dans lequel l’âme humaine vient en ce monde par nature peut, à la lumière du Coran, être désigné sous le nom de « nafs al-mulhama ».
وَنَفْسٍ وَمَا سَوْهَا فَالْهَمَهَا فُجُورَهَا وَتَقُوْبَهَا :
« Par l’âme humaine, et par l’Être sublime qui l’a pleinement façonnée et lui a fait connaître la perversité et la piété. » (sourate ach-Chams : 7-8)
Ici, « alhamaha » vient de ilham. Celui qui reçoit cette inspiration peut être appelé « mulhama ». C’est à la lumière de ce verset que, dans un hadith décrivant as-Sirat al-Mustaqim, on trouve la mention de cet état de l’âme en ces termes : « Des rideaux sont suspendus aux portes ouvertes situées de part et d’autre d’un chemin. Au moment où l’homme s’engage sur ce chemin, un avertisseur le met en garde en disant : “Va tout droit et ne cherche pas à tourner ni à droite ni à gauche.” Puis le voyageur, tout en avançant sur le chemin, regarde à droite et à gauche et tente d’entrer en soulevant les rideaux suspendus. C’est alors qu’un autre avertisseur l’en empêche. » Puis le Messager de Dieu (paix et salut sur lui) expliqua davantage la chose : le chemin, c’est l’islam ; les portes ouvertes sont les interdits déclarés par Allah ; les rideaux sont les limites fixées par Allah. Le voyageur est l’homme, ou le musulman ; le premier avertisseur est le Coran, et le second est le prédicateur présent dans le cœur de l’homme. Il s’agit, autrement dit, de la conscience et de la raison accordées par Dieu, auxquelles Allah a donné la force d’accepter le bien et de rejeter les mauvaises actions.
Le nafs al-mulhama est l’état originel de l’âme humaine. Après un effort spirituel, il peut s’élever jusqu’à atteindre un degré où l’homme, en observant les commandements et les prescriptions d’Allah, éprouve une satisfaction extrême et parfaite. Il s’y conformera dans une paix et une satisfaction complètes, sans laisser la moindre place au doute ni à l’hésitation dans son cœur.
L’obéissance aux commandements d’Allah, le désir d’échapper au châtiment d’Allah et d’obtenir Sa récompense, la crainte révérencielle de Dieu, l’amour du Messager et le fait de suivre le Messager, ainsi que la préoccupation de l’au-delà, constituent leur seul viatique sur le chemin. En dehors de cela, ils ne désirent ni n’attendent rien d’autre. Le Coran a appelé ce degré suprême de l’âme « nafs al-mutma’inna ». Il est dit :
بِأَيْتُهَا النَّفْسُ الْمُطْمَئِنَّةُ فِي ارْجِعِي إِلَى رَبِّكِ رَاضِيَةً مَرْضِيَّةً ، فَادْخُلِي في عِبَادِي وَادْخُلِي جَنَّتِي
« Ô âme apaisée, retourne auprès de ton Seigneur, satisfaite et agréée. Entre donc parmi Mes serviteurs, Mes serviteurs obéissants, et entre au Paradis. » (sourate al-Fajr : 27-30)
C’est le degré suprême dans le perfectionnement de l’âme. Selon beaucoup, l’âme des nobles prophètes est une âme apaisée, car ils sont ma‘sûm. Il ne nous est pas possible d’atteindre pleinement ce degré. À mon avis, il est certes juste de dire que les autres ne peuvent parvenir au degré auquel les nobles prophètes ont élevé leur âme jusqu’à l’état d’âme apaisée. En effet, les signes d’Allah le Très-Haut qu’ils ont contemplés ou qu’Allah leur a fait contempler sont hors de portée des gens ordinaires. Il est dit au sujet de certains membres de la communauté du Messager qu’il n’y aura entre eux et les prophètes aucune différence, hormis le rang ou le degré de la prophétie, et que le mérite de certains membres de la communauté suscitera même l’envie d’autres prophètes. À la lumière de ces affirmations, rien ne justifie de considérer comme impossible que certaines personnes issues des gens ordinaires élèvent leur âme jusqu’au degré de l’âme apaisée. Il est tout à fait naturel qu’il existe une grande différence entre les prophètes et les non-prophètes parmi ceux qui ont atteint ce degré. L’objectif des efforts spirituels de l’être humain sera d’élever son âme jusqu’à ce degré.
Au-dessous de l’âme inspirée se trouvent deux états de l’âme. L’un d’eux est appelé l’âme blâmante. Dès qu’un être humain commet, par faiblesse humaine et par inadvertance, une mauvaise action, les remords de la conscience commencent à le tenailler. Sa conscience fait naître en lui un sentiment de regret et de repentir. Dans le cas de l’âme inspirée, l’être humain est intérieurement empêché dès que naît en lui le désir de commettre une mauvaise action ou au moment où il s’apprête à la commettre. Il lui arrive certes d’avoir parfois la pensée de faire le mal, mais au moment de s’y livrer, il se heurte toujours à un puissant obstacle. Le hadith cité plus haut à propos de l’exemple du droit chemin fait également allusion à cet aspect. C’est pourquoi une expression est répandue parmi les nobles soufis : « Les nobles prophètes sont ma‘sûm, tandis que les nobles saints sont mahfûz. » Mais, dans le cas de l’âme blâmante, la mauvaise action est commise par la personne. Les regrets, le remords et le repentir viennent ensuite.
Le degré inférieur à celui de l’âme blâmante est appelé l’âme incitatrice au mal. Parvenue à ce niveau, l’âme humaine perd jusqu’au sentiment de la conscience. La mauvaise action devient alors une partie de sa nature, et elle n’éprouve plus jamais ni regret ni repentir à son sujet. À ce niveau, l’être humain devient semblable à l’animal, ou plutôt pire encore.
Quelles étaient les tâches fondamentales du Messager ?
Selon la déclaration du Coran, les tâches fondamentales du Messager étaient au nombre de trois :
1. Il a présenté le Livre d’Allah à l’humanité et lui a enseigné le Livre d’Allah.
2. Il a enseigné et transmis, à la lumière de ce Livre, les voies, les méthodes et les stratégies d’action permettant d’accomplir toutes les activités, c’est-à-dire le savoir-faire pratique.
3. Il a formé des individus aptes à servir la société islamique, s’est efforcé de former leur caractère et de favoriser leur perfectionnement spirituel. En même temps, il a œuvré à purifier l’environnement collectif de la société et à l’élever vers un niveau de raffinement et de distinction.
Dans quatre passages du Noble Coran, Allah Ta’ala a exposé de cette manière les trois tâches fondamentales mentionnées ci-dessus : dans le verset suivant, Allah Ta’ala, citant la prière de Hazrat Ibrahim (a.s.) au sujet du Prophète Muhammad (s.a.s.), dit : souvenez-vous du moment où Ibrahim (a.s.) invoqua en ces termes :
ربَّنَا وَابْعَثَ فِيهِم رَسُولاً مِّنْهُم يَتْلُوا عَلَيْهِمْ آيَتِكَ وَيُعَلِّمُهُمُ الْكِتَبَ والحكمة ويزكيهم ،
« Ô notre Seigneur ! Envoie parmi eux un Messager qui leur récitera Tes versets, leur enseignera le Livre et la Sagesse, et les purifiera. » (Sourate Al-Baqara : 129)
كما أرسَلَنَا فِيكُمْ رَسُولاً مِّنْكُمْ يَتْلُوا عَلَيْكُمْ ابْتِنَا وَيُزَكِّيكُمْ وَيُعَلِّمُكُمُ الْكِتٰبَ وَالْحِكْمَةَ وَيُعَلِّمُكُم مَّا لَمْ تَكُونُوا تَعْلَمُونَ
« De même, Nous avons envoyé parmi vous un Messager issu de vous-mêmes, qui vous récite Nos versets, s’efforce de vous purifier et de vous faire progresser, vous enseigne le Livre et la Sagesse, et vous enseigne également ce que vous ne saviez pas. » (Sourate Al-Baqara : 151)
Dans le premier verset, Allah Ta’ala nous a informés, par l’intermédiaire d’une invocation de Hazrat Ibrahim (a.s.), des tâches fondamentales que le dernier Prophète devait accomplir. Le présent verset mentionne précisément les tâches fondamentales que le Messager (s.a.s.) a effectivement accomplies :
لَقَدْ مَنَّ اللَّهُ عَلَى الْمُؤْمِنِينَ إِذْ بَعَثَ فِيهِمْ رَسُولًا مِّنْ أَنْفُسِهِمْ يَتْلُوا عَلَيْهِمْ أَيْتِهِ وَيُزَكِّيهِمْ وَيُعَلِّمُهُمُ الْكِتٰبَ وَالْحِكْمَةَ :
« Allah Ta’ala a certes accordé une grande faveur aux croyants en envoyant parmi eux un Messager issu d’eux-mêmes, qui leur récite les versets d’Allah, les purifie et leur enseigne le Livre et la Sagesse. » (Sourate Al Imran : 164)
Dans le verset précité également, les trois fonctions fondamentales du Messager sont présentées de telle manière qu’en réalité, il a effectivement accompli ces fonctions mentionnées.
هُوَ الَّذِي بَعَثَ فِي الأمينَ رَسُولاً مِّنْهُم يَتْلُوا عَلَيْهِمْ أَيْتِهِ وَيُزَكِّيهِمْ وَيُعَلِّمُهُمُ الْكِتٰبَ وَالْحِكْمَةَ ، وَإِنْ كَانُوا مِنْ قَبْلُ لَفِي ضَلْلٍ مُّبِينٌ :
« C’est Lui qui a envoyé parmi les illettrés un Messager qui leur récite Ses versets, les purifie et leur enseigne le Livre et la Sagesse, alors qu’auparavant ils étaient plongés dans un égarement manifeste. » (Sourate Al-Jumu‘a : 2)
Dans ce verset également, Allah le Très-Haut a décrit les trois fonctions fondamentales de Son dernier Prophète de telle manière qu’en réalité, il a effectivement accompli ces fonctions.
À travers les quatre versets mentionnés, nous constatons essentiellement que les trois fonctions fondamentales du Messager d’Allah sont exposées presque de manière identique. La seule différence est que, dans le premier verset cité, la fonction de tazkiya est mentionnée en dernier. Dans les trois autres versets, la tazkiya est mentionnée en deuxième position. Il convient de préciser que c’est précisément ce terme de tazkiya, cité dans ces quatre versets, qui constitue le fondement de l’œuvre de purification de soi et de perfectionnement spirituel, laquelle fait partie des fonctions fondamentales du Messager. Le Messager a assumé cette responsabilité fondamentale de manière claire et complète ; telle est l’exigence nécessaire et indispensable de la foi en sa mission prophétique. Il est dit :
يأَيُّهَا الرَّسُولُ بَلِّغْ مَا أُنْزِلَ إِلَيْكَ مِنْ رَّبِّكَ ، وَإِنْ لَّمْ تَفْعَلْ فَمَا بَلَّغْتَ رِسُلَتَهُ ، وَاللَّهُ يَعْصِمُكَ مِنَ النَّاسِ إِنَّ اللَّهَ لَا يَهْدِي الْقَوْمُ الْكَفِرِينَ
« Ô Messager ! Transmets fidèlement ce qui t’a été révélé de la part de ton Seigneur. Si tu ne le fais pas, tu seras considéré comme n’ayant pas accompli la mission qui t’a été confiée. Allah te protégera contre la nuisance des hommes. Sache qu’Allah ne guidera jamais les mécréants vers la réussite contre vous. (Sourate Al-Mâ’ida : 67)
Ainsi, le Messager a directement accompli de ses propres mains l’une des fonctions fondamentales de la mission confiée par Allah : la tazkiyat an-nafs, c’est-à-dire la purification de soi et l’amélioration morale. (Sinon, l’accomplissement de sa mission prophétique serait resté incomplet, ce qu’aucun croyant ne peut même imaginer.) Par conséquent, pour connaître les moyens et la méthode permettant d’accomplir cette fonction fondamentale de purification de soi, ou tazkiyat an-nafs, il faut les apprendre du Messager d’Allah lui-même. En effet, comme pour les autres questions fondamentales de l’islam, la méthode qu’il a adoptée et enseignée dans ce domaine est la seule méthode correcte et infaillible — et non celle de quelqu’un d’autre.
Les nobles Compagnons (qu’Allah les agrée) ont accompli des efforts et se sont consacrés avec succès à la tazkiya al-nafs, conformément à la méthode adoptée par le Messager (paix et bénédiction d’Allah sur lui). Ensuite vinrent les Tabi‘in, puis les Tabi‘ al-Tabi‘in. Dans leurs efforts de purification de l’âme, guidés par l’exemple du Messager, il n’y avait certes aucune place pour le pessimisme ; de même, on ne trouve aucune mention d’ajout ou de retranchement par rapport aux enseignements fondamentaux du Coran et de la Sunna.
L’objectif de la purification de l’âme
L’idée courante et bien établie dans notre société est que les personnes appartenant au monde spirituel doivent posséder certains pouvoirs surnaturels, ainsi que des qualités et des forces surhumaines. Elles seraient capables d’accomplir l’impossible et se situeraient au-dessus de toutes les aspirations et acquisitions matérielles. C’est pourquoi, aux yeux des gens ordinaires, elles ne peuvent s’empêcher d’adopter une stratégie consistant à maintenir en permanence une distance de sécurité, dissimulées derrière une certaine part de mystère.
En réalité, cette conception est le fruit d’une ignorance extrême de l’islam. Ils n’ont aucune compréhension correcte de l’identité fondamentale de l’être humain, qui est l’humanité, ni du mystère essentiel de l’homme, de la véritable signification d’Ashraful Makhluqat, ni de la véritable exigence de la spiritualité. Ils ne comprennent pas non plus pourquoi les prophètes et les messagers sont venus, quelles œuvres ils ont accomplies, ni quel genre de personnes ils ont formées ; en particulier, ils ne savent pas quel était l’objectif principal de la venue du dernier prophète, Muhammad (paix et bénédiction d’Allah sur lui), ni quelle était sa tâche la plus importante. Ainsi, pour connaître le véritable objectif et la véritable finalité de la purification de l’âme et de la spiritualité, il est indispensable d’acquérir une conception correcte, exacte, claire et parfaitement nette de l’islam ; il est tout aussi essentiel de connaître la véritable identité de l’être humain. Il n’existe en outre aucune alternative à l’acquisition d’une connaissance exacte des activités des nobles prophètes, en particulier de celles du dernier Prophète (paix et bénédiction d’Allah sur lui), fondée sur des sources fiables du Coran et de la Sunna.
Le Coran affirme clairement que l’être humain est venu en ce monde en tant que khalifa d’Allah. Il a pour responsabilité d’instaurer, sur la terre d’Allah et dans la vie des hommes, les lois, les règles et les prescriptions d’Allah. Il doit lui-même se consacrer exclusivement à la servitude et à l’adoration d’Allah, et permettre aux autres êtres humains de se consacrer eux aussi à la servitude et à l’adoration d’Allah. Éliminer tous les obstacles qui entravent la voie de la servitude et de l’adoration d’Allah fait également partie de sa responsabilité. Le Coran en donne l’affirmation explicite :
فَمَنْ يَكْفُرْ بِالطَّاغُوتِ وَيُؤْمِنُ بِاللَّهِ فَقَدِ اسْتَمْسَكَ بِالْعُرْوَةِ الْوُثْقَى و لا انفِصَامَ لَهَا ،
« Ceux qui rejettent le taghut et proclament leur foi en Allah s’attachent en réalité à une corde solide, avec une fermeté qui ne se rompra jamais. » (Sourate al-Baqara : 256)
En vérité, c’est précisément pour aider l’humanité dans cette tâche qu’Allah a envoyé des prophètes et des messagers à travers les âges. Le dernier Prophète est lui aussi venu dans ce monde dans ce même but. Plus particulièrement, il a montré de manière définitive la voie à suivre à tous les êtres humains qui viendront en ce monde jusqu’au Jour de la Résurrection. Il a présenté à l’ensemble des habitants du monde un modèle vivant de mise en pratique. Allah l’Exalté l’a déclaré modèle pour toute l’humanité. Il l’a présenté comme la seule personnalité à suivre et à imiter. Il a également fait de lui le modèle vivant et l’incarnation de l’humanité, de la nature humaine et, par conséquent, de la spiritualité. La déclaration d’Allah l’Exalté à ce sujet est parfaitement claire :
وَإِنَّكَ لَعَلَى خُلُقٍ عَظِيمٍ
« (Ô Prophète,) tu es certes doté d’un caractère éminent et sublime. » — (sourate Al-Qalam : 4)
لَقَدْ كَانَ لَكُمْ فِي رَسُولِ اللَّهِ أَسْوَةٌ حَسَنَةٌ
« Vous avez certes dans le Messager d’Allah le meilleur modèle à imiter et à suivre. » (sourate Al-Ahzab : 21)
قُلْ إِنْ كُنْتُمْ تُحِبُّونَ اللَّهَ فَاتَّبِعُونِي يُحْبِبْكُمُ اللَّهُ
« Dis : Si vous aimez vraiment Allah, suivez-moi (le prophète Muhammad). Alors Allah vous aimera. » — (sourate Âl ‘Imrân : 31)
Muhammad (paix et bénédictions d’Allah sur lui) et ses fidèles disciples, au sujet desquels Allah a déclaré : « Allah est satisfait d’eux et ils sont satisfaits de Lui », Allah Lui-même a parlé du caractère qu’ils possédaient en ces termes :
مُحَمَّدٌ رَسُولُ اللهِ ، وَالَّذِينَ مَعَهُ أَشِدَّاءُ عَلَى الْكُفَّارِ رُحَمَاءُ بَيْنَهُمْ تَرَبَّهُم رَكعًا سُجَّدًا يُبْتَغُونَ فَضْلاً مِّنَ اللَّهِ وَرِضْوَانًا .
« Muhammad (paix et bénédiction sur lui) et ses compagnons se distinguaient par leur fermeté semblable au tonnerre face aux forces de la mécréance. Ils étaient miséricordieux les uns envers les autres. Tu les verras inclinés et prosternés, constamment engagés dans la recherche de la miséricorde et de l’agrément d’Allah. » (sourate Al-Fath : 29),
Le Messager d’Allah dit au sujet de sa propre mission : « J’ai été envoyé afin de parachever le noble akhlâq, c’est-à-dire le caractère. »
Ainsi, Allah Lui-même a mentionné dans le Coran la description du plein épanouissement de la haute moralité qui s’est manifesté dans la vie des nobles Compagnons grâce à l’action du Messager d’Allah. Voici la description des qualités morales mentionnées dans les dix premiers versets de la sourate Al-Mu’minûn :
قد أفلح الْمُؤْمِنُونَ وَالَّذِينَ هُمْ فِي صَلَاتِهِمْ خَشِعُونَ وَالَّذِينَ هُمْ عنِ اللَّغْوِ مُعْرِضُونَ ، والذين هم للزكوة فَعِلُونَ ، وَالَّذِينَ هُمْ لفروجهم حفظون إلا على أزواجهم أو ما مَلَكَتْ أَيْمَانُهُمْ فَإِنَّهُمْ غَيْرُ مَلُومِينَ، فَمَنِ ابْتَغَى وَرَاء
ذَلِكَ فَأُولَئِكَ هُمُ الْعُبُونَ وَالَّذِينَ هُمُ لامُنَتِهِمْ وَعَهْدِهِمْ رَعُونَ وَالَّذِينَ هُمْ عَلَى صَلَاتِهِمْ يُحَافِظُونَ وَ أُولَئِكَ هُمُ الْوَريون:
« Les croyants qui accomplissent certainement leur salut sont ceux qui sont humbles dans la prière, se tiennent à bonne distance des activités futiles, s’emploient à s’acquitter de la zakat et préservent leur chasteté, sauf avec leurs épouses et leurs esclaves, car cela n’est pas blâmable. Quant à ceux qui recherchent autre chose, ce sont eux les transgresseurs. (Voici encore les qualités des serviteurs promis au succès 🙂 ils préservent les dépôts qui leur sont confiés, tiennent leurs promesses et veillent sur leurs prières. Ce sont eux qui en hériteront. » (sourate Al-Mu’minûn : 1-10)
Dans le dernier rukû‘ de la sourate Al-Furqân, les personnes formées par le Messager sont présentées ainsi :
وعباد الرحمنِ الَّذِينَ يَمْشُونَ عَلَى الْأَرْضِ هَوْنًا وَإِذَا خَاطَبَهُمُ الْجَهِلُونَ قَالُوا سَلمان والذين يبيتون لربهم سجدًا وَقِيمَانَ وَالَّذِينَ يَقُولُونَ ربَّنَا اصْرِفْ عَنَّا عَذَابَ جَهَنَّمَ وَ إِنَّ عَذَابَهَا كَانَ غَرَامًا وَ إِنَّهَا سَاءَتْ مستقراً ومُقَامًا
وَالَّذِينَ إِذَا أَنْفَقُوا لَمْ يُسْرِفُوا وَلَمْ يَقْتُرُوا وَكَانَ بَيْنَ ذلِكَ قَوَامًا وَالَّذِينَ لَايَدْعُونَ مَعَ اللهِ إِنَّهَا أَخَرَ وَلَا يَقْتُلُونَ النَّفْسَ الَّتِي حَرَّمَ اللهُ إِلَّا بِالْحَقِّ وَلَا يَزْنُونَ ، وَمَنْ يَفْعَلُ ذَلِكَ يَلْقَ أَثَامًاه يُضْعَفُ لَهُ الْعَذَابُ يَوْمَ الْقِيمَةِ وَيَخْلُدْ فِيهِ مُهَانًا
وَ إِلَّا مَنْ تَابَ وَآمَنَ وَعَمِلَ عَمَلاً صَالِحًا فَأُولَئِكَ يُبَدِّلُ اللَّهُ سَيِّاتِهِمْ حَسَنَتٍ ، وَكَانَ اللَّهُ غَفُورًا رَّحِيمًا وَمَنْ تَابَ وَعَمِلَ صَالِحًا فَإِنَّهُ يَتُوبُ إِلَى اللَّهِ مَتَابًاه وَالَّذِينَ لايَشْهَدُونَ الزُّورَ ، وَإِذَا مَرُوا بِالتَّعْوِ مَرُّوا كِرَامًا وَالَّذِينَ إِذَا ذكَرُوا بِآيَتِ
رَبِّهِمْ لَمْ يَخِرُّوا عَلَيْهَا صُمَّا وَعُمْيَانًا وَالَّذِينَ يَقُولُونَ رَبَّنَا هَبْ لَنَا مِنْ أَزْوَاجِنَا وَذُرِّيَّتِنَا قُرَّةَ أَعْيُنٍ وَاجْعَلْنَا لِلْمُتَّقِينَ إِمَامًاه أولئِكَ يُجْزَوْنَ الْغُرْفَةَ بِمَا صَبَرُو وَيُلَقَّوْنَ فِيهَا تَحِيَّةً وَسَلْمًا خُلِبِينَ فِيهَا ، حَسُنَتْ مُسْتَقَرٌّ وَمُقَامًا .
« Les serviteurs bien-aimés du Tout Miséricordieux sont ceux qui marchent sur la terre avec humilité et douceur. Lorsque des ignorants cherchent à les entraîner dans des disputes stériles, ils leur répondent par une salutation de paix et savent les éviter avec sagesse. Ce sont ceux qui passent leurs nuits prosternés et debout devant leur Seigneur. Ceux qui prient ainsi : “Ô notre Seigneur, épargne-nous le châtiment de l’Enfer, car son châtiment est une calamité et une humiliation pour nous. Quel mauvais lieu de repos et de séjour !” Ceux qui, dans leur vie économique, observent l’équilibre et suivent une voie moyenne : lorsqu’ils dépensent, ils ne gaspillent pas et ne se montrent pas avares. Ceux qui n’invoquent aucune autre divinité avec Allah, qui ne tuent injustement aucune vie qu’Allah a déclarée sacrée, sans jugement, et qui ne se livrent pas à la fornication. Ceux qui commettent de tels actes subiront les conséquences de leurs œuvres. Au Jour de la Résurrection, leur châtiment sera multiplié, et ils y subiront éternellement ce châtiment dans l’humiliation et l’opprobre. Toutefois, ceux qui se repentent de ces péchés, croient et accomplissent de bonnes œuvres, Allah transformera leurs mauvaises actions en bonnes actions. Il est certes Grand Pardonneur et Miséricordieux. Celui qui se repent et accomplit de bonnes œuvres revient véritablement vers Allah par un repentir sincère. (Voici encore d’autres traits des serviteurs du Tout Miséricordieux 🙂 Ils ne portent pas de faux témoignage. Et lorsqu’ils rencontrent une chose ou une action vaine et futile, ils la contournent avec la plus grande dignité. Ceux à qui l’on rappelle un verset d’Allah le Très-Haut ne se comportent pas comme des aveugles et des sourds — ils l’écoutent avec sincérité. Ceux qui prient Allah le Très-Haut en ces termes : “Ô notre Seigneur, fais de nos épouses et de nos enfants une source de fraîcheur pour nos yeux, et fais de nous des imams et des guides pour les pieux.” Ce sont eux les bienheureux qui récolteront le fruit de leur patience dans les demeures les plus élevées. Ils y seront accueillis par des salutations chaleureuses et honorables, et ils y demeureront éternellement. Quel excellent séjour et quel excellent lieu de repos ! » — (Sourate Al-Furqân, 63-76)
Voici ce que les ennemis les plus acharnés de l’islam disaient au sujet de ces hommes formés par le Messager d’Allah : « La nuit, ce sont des ascètes, et le jour, des guerriers équestres et des soldats pleins d’ardeur. » « Ils ne trompent personne, et personne ne peut les tromper. »
Ces compagnons du Messager d’Allah étaient ses véritables disciples. En suivant le Messager d’Allah, les nobles Compagnons ne souhaitaient ni ajouter ni retrancher quoi que ce soit à ses principes ou à l’une de ses pratiques, et le Messager d’Allah (paix et bénédiction sur lui) ne les y autorisait pas non plus. Puisque le Messager (paix et bénédiction sur lui) ne s’est pas présenté lui-même comme un être plus qu’humain, les nobles Compagnons, dans leur purification intérieure et leur pratique spirituelle, ne cherchèrent pas davantage à devenir des êtres surhumains. Nous trouvons un exemple de la vie simple, naturelle et équilibrée du Messager (paix et bénédiction sur lui) dans le hadith suivant :
« Selon Anas (qu’Allah l’agrée), trois hommes vinrent en délégation auprès des épouses du Messager (paix et bénédiction sur lui). Ils les interrogèrent au sujet de la dévotion et du culte du Messager d’Allah. Après avoir appris ce qu’ils en savaient, ils trouvèrent que cela paraissait bien peu. Mais ils ajoutèrent : “Où en est le Prophète (paix et bénédiction sur lui), et où en sommes-nous ? Tous ses péchés passés et futurs lui ont déjà été pardonnés par Allah le Très-Haut.” Alors l’un d’eux dit : “Désormais, je prierai toute la nuit sans interruption.” Un autre dit : “Je jeûnerai régulièrement tous les jours.” Et le troisième dit : “Je me séparerai des femmes et ne me marierai plus jamais.” Entre-temps, le Prophète (paix et bénédiction sur lui) arriva auprès d’eux et leur demanda : “Êtes-vous bien en train de tenir de tels propos ? Par Allah, je suis certes celui qui, parmi vous tous, craint le plus Allah et cherche le plus à éviter Sa désobéissance. Pourtant, je jeûne parfois volontairement et parfois je ne jeûne pas ; je prie parfois la nuit et parfois je dors ; et je me marie et mène une vie de famille. Celui qui délaisse ma voie — ma Sunna — ne fait pas partie de ma communauté.” » (Al-Bukhari et Muslim)
À la lumière de ce hadith, l’aspect véritable et concret de l’exemple et de la Sunna du Messager (paix et bénédiction sur lui) apparaît avec une grande clarté. Le Messager (paix et bénédiction sur lui) était lui-même l’exemple vivant de cet idéal réaliste. Cet idéal réaliste est précisément la voie droite, le Sirât al-Mustaqîm. C’est pourquoi Allah s’est adressé à Son Messager en ces termes : « Ô Prophète, tu es assurément fermement établi sur la voie droite. » C’est une voie que tout le monde peut suivre. Voilà pourquoi elle est décrite comme une voie moyenne. Le Messager n’en était pas le seul adepte : il a également fait de ses compagnons des adeptes de cette voie. Allah le Très-Haut a désigné la communauté façonnée par Son Messager comme « khayra ummatin » (la meilleure communauté) et comme « ummat wasat », c’est-à-dire une communauté modérée. En réalité, la voie moyenne est la meilleure voie. Ainsi, la communauté façonnée par le Messager est, pour les peuples du monde, sans distinction de religion ou de couleur, la communauté ou la nation qui sert de modèle. Elle est modérée afin que tous puissent l’imiter et la suivre. Allah le Très-Haut a déclaré :
كُنتُم خير أمة أخرجَتْ لِلنَّاسِ تَأْمُرُونَ بِالْمَعْرُوفِ وَتَنْهَوْنَ عَنِ الْمُنْكَرِ وَتُؤْمِنُونَ بِاللهِ .
« Vous êtes la meilleure communauté. Vous avez été créée pour le bien de l’ensemble de l’humanité. Vous avez la responsabilité et le devoir de guider l’humanité vers le droit chemin et de la détourner de la mauvaise voie. Par-dessus tout, vous devez croire en Allah. » (Sourate Âl ‘Imrân : 110)
وكَذَلِكَ جَعَلْنَكُمْ أُمَّةً وَسَطًا لَتَكُونُوا شُهَدَاءَ عَلَى النَّاسِ وَيَكُونَ الرَّسُولُ عَلَيْكُمْ شَهِيدٌ
« C’est ainsi que Nous avons fait de vous une communauté du juste milieu, afin que vous soyez témoins de la vérité devant tous les hommes du monde, et que le Messager soit témoin de la vérité devant vous. » — (Sourate Al-Baqara : 143)
Ici, l’expression « témoins de la vérité » met surtout l’accent sur le fait d’être, devant les hommes, un modèle dans le suivi de la vérité. La voie du juste milieu est réalistement praticable par tous ; c’est pourquoi la communauté à suivre et à imiter par tous les hommes a été formée comme une communauté du juste milieu. Ses membres ne suivent pas et ne suivront pas cette voie selon leurs propres idées. Ils ne pourront le devenir qu’en étant les véritables disciples de Muhammad (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui). En effet, la voie qu’il suivait était véritablement celle du juste milieu et une voie réaliste. En Islam, l’objectif de la tazkiyat an-nafs, c’est-à-dire de la purification de l’âme et de l’aspiration spirituelle, est essentiellement de créer de la même manière un groupe d’hommes que tous les êtres humains, à tous les niveaux de la société et partout dans le monde, puissent suivre et imiter, et de former une communauté. Allah les a qualifiés de « meilleure communauté » (khayr ummah) et de « communauté du juste milieu » (ummah wasat), c’est-à-dire de la meilleure nation qui suit un idéal modéré et réaliste.
La méthode correcte et infaillible de la purification de l’âme
Le Coran a déclaré au sujet de la tazkiyat an-nafs :
قَدْ أَفْلَحَ مَنْ تَزَكَّى وَذَكَرَ اسْمَ رَبِّهِ فَصَلَّى هُ
« Celui-là a réussi qui s’efforce de purifier son nafs. Pour cela, il invoque le nom de son Seigneur ou Maître et accomplit la salât. » — (sourate Al-A‘la : 14-15)
Nous trouvons ici deux moyens de tazkiya : l’un est le dhikr d’Allah et l’autre la salât. Il est également mentionné que le dhikr d’Allah n’est pas distinct de la salât. Le but même de la salât est le dhikr d’Allah.
وَأَقِمِ الصَّلوةَ لِذِكْرِي
« Accomplis la salât pour Mon dhikr. » — (sourate Tâ-Hâ : 14)
L’ensemble de l’enseignement du Messager d’Allah (s.a.s.) montre également qu’il a formé ses compagnons par des méthodes simples et naturelles, ainsi qu’au moyen des actes ordinaires d’adoration. Dans ce processus, les actes de dévotion, la salât et la récitation durant la nuit, ainsi que l’activité de jihâd pendant le jour et le fait de se rappeler constamment Allah, c’est-à-dire de pratiquer le dhikr, ont joué un rôle remarquable. Le Noble Coran lui-même en témoigne. Si nous portons une attention approfondie aux qualités des Compagnons honorables de Muhammad (s.a.s.), c’est-à-dire des croyants, mentionnées dans la sourate Al-Mu’minûn, la sourate Al-Furqân, à plusieurs reprises dans la sourate Âl ‘Imrân, dans la sourate Al-Mâ’idah et dans le dernier rukû‘ de la sourate Al-Fath, nous pouvons aisément comprendre que l’acquisition de ces traits de caractère constituait l’objectif de l’enseignement du Messager (s.a.s.). Cet objectif a été atteint par une méthode entièrement naturelle : la salât, c’est-à-dire l’adoration rituelle, la récitation, le dhikr et les tasbîh selon la méthode prescrite, ainsi que les luttes et les affrontements sur le terrain réel. À cette fin, le Messager d’Allah n’a pratiqué lui-même aucun processus particulier et n’en a fait pratiquer aucun aux autres. Par le processus susmentionné, les personnes dotées de ces traits de caractère sont devenues connues dans l’histoire du monde, même aux yeux de leurs ennemis, comme des « guerriers héroïques le jour » et des « derviches la nuit ».
À la lumière du Coran et de la Sunna, la méthode qu’il convient d’adopter pour la tazkiya du nafs, selon la voie montrée et suivie par le Messager d’Allah (s.a.s.), peut être résumée comme suit :
(1) Al-Îmâniyât
(2) At-Tahârât
(3) Al-Ikhbât
(4) As-Samâhât et
(5) Al-‘Adâlat.
(1) Îmâniyât : nous devons croire en sept choses, à savoir : Allah, les anges, les Livres, les prophètes et messagers, l’Au-delà, le destin et la résurrection, entre autres. Parmi celles-ci, Allah, le Messager et l’Au-delà sont les plus importants. Sur la voie donnée par Allah et montrée par le Messager, la première tâche et la première étape de la tazkiya du nafs consistent à croire véritablement en Allah, en l’Au-delà, au Messager et aux Livres. Ici, l’essence de la foi consiste à suivre la guidance apportée par le Messager d’Allah (s.a.s.) et à soumettre les passions à cette guidance. La foi signifie également acquérir la ma‘rifa d’Allah. On appelle ma‘rifa le fait d’avoir une conception correcte de l’Essence d’Allah, de Ses attributs, ainsi que des droits et de l’autorité d’Allah. À ce stade, il est également indispensable de contempler la puissance et les bienfaits d’Allah et de les reconnaître véritablement. Le Coran dit :
يَتَفَكَّرُونَ فِي خَلْقِ السَّمَوتِ وَالْأَرْضِ :
« Ils réfléchissent et méditent sur les mystères de la création des cieux et de la terre. » — (Sourate Âl ‘Imrân : 191)
Ainsi, connaître et comprendre la dignité du Messager constitue également l’une des exigences essentielles de la foi. Il est tout aussi indispensable d’acquérir une juste compréhension de la vie dans l’au-delà, ainsi que du sort et des conséquences qui y attendent. En vérité, la foi consiste à faire naître ou à instaurer dans le cœur de l’être humain la crainte révérencielle d’Allah, l’amour du Messager, le suivi du Messager, c’est-à-dire la préoccupation de l’au-delà. Telle fut la première et la plus importante mission du Prophète d’Allah.
(2) La tahâra : Le Coran a appelé à la foi et a ordonné d’accepter la servitude envers Allah. Quant à ceux qui ont cru et reconnu la servitude envers Allah, il les a appelés à accomplir de bonnes œuvres. Il a également prescrit certains actes d’adoration formels et fondamentaux. Or, la tahâra a été établie comme condition préalable à ces actes d’adoration. Dans l’enseignement du Messager d’Allah, la tahâra occupe une place primordiale. Il est dit : « At-tahûru shatrul-îmân » — la pureté est une partie de la foi. Ainsi, le Prophète d’Allah a organisé pour nous la purification aussi bien physique que spirituelle ou mentale. Pour la purification physique et extérieure, il a institué les ablutions et le bain rituel. En considérant cela comme une œuvre agréée par Allah et Son Messager, et en l’accomplissant de manière belle et convenable, nous pouvons purifier notre corps et notre esprit. Le Prophète a également enseigné de maintenir purs son corps, ses vêtements et toute sa tenue. Ainsi, plus une personne acquiert de pureté, plus son esprit et sa pensée peuvent eux aussi devenir purs. Outre la pureté du corps et des vêtements, l’importance de la pureté de la langue ainsi que de celle du sang et de la chair du corps a également été soulignée. Pour purifier la langue, il est indispensable de prendre l’habitude de dire constamment la vérité — le sidq al-kalâm — et de renoncer au mensonge. Pour purifier le sang et la chair du corps, il est indispensable de consommer une subsistance licite et de rejeter la subsistance illicite. En effet, le corps constitué de subsistance illicite brûlera dans le feu de l’Enfer. De plus, dans la vie terrestre, ce corps est voué à perdre sa capacité à se consacrer à l’adoration et au service d’Allah.
(3) Al-ikhbât, ou le fait de s’humilier : « Allah aime les serviteurs qui s’humilient devant Lui. »
وَعِبَادُ الرَّحْمَنِ الَّذِينَ يَمْشُونَ عَلَى الْأَرْضِ هَوْنًا
« Les serviteurs bien-aimés du Tout Miséricordieux marchent sur la terre avec humilité et douceur. »
La salât, le dhikr et les invocations apprennent au serviteur à se soumettre humblement devant Allah par cet ikhbat. Pour développer cette disposition en soi, il faut donc s’habituer à accomplir les prières obligatoires en assemblée avec un soin véritable. Il faut également veiller, selon ses possibilités, aux prières sunnites et surérogatoires. Afin de se préserver de la malédiction de la riya (l’orgueil), il est certes nécessaire de garder secrètes les adorations surérogatoires. Mais la tendance à les négliger est regrettable. Aucun homme raisonnable ne peut nier leur contribution à l’éclosion d’une véritable dévotion, d’un profond respect et de la sincérité dans l’adoration.
La prière elle-même est un dhikr vivant. Mais il faut également prendre l’habitude de pratiquer, en dehors de la prière, les dhikr selon la voie prescrite. À cet égard, il faut accorder à la récitation du Coran le rang du meilleur dhikr et cultiver simultanément l’habitude du dhikr et de la réflexion. En outre, à divers moments — avant et après les repas, avant et après le sommeil, avant et après être allé aux latrines, au moment de monter dans un moyen de transport — nous pouvons nous maintenir constamment occupés dans l’adoration en apprenant par cœur, avec leur sens, les invocations que le noble Messager (sallallahu alayhi wa sallam) récitait lui-même et qu’il demandait aux nobles Compagnons de réciter, puis en les pratiquant. De plus, il récitait à différents moments, ou constamment, les tasbih suivants, entre autres :
سُبْحَانَ اللهِ وَالْحَمْدُ لِلَّهِ لَا إِلهَ إِلَّا اللهُ اللَّهُ أَكْبَرُ
Il est aussi nécessaire et bénéfique de prendre l’habitude de réciter ces formules et d’autres semblables. L’invocation et la munajat constituent un excellent moyen de se remettre humblement entre les mains d’Allah. Présenter tous ses besoins à Allah seul, et même Lui demander une petite chose comme le manque d’un lacet de chaussure, fait véritablement naître chez l’être humain le sentiment authentique de l’ubudiyya. Allah a dit : « Invoquez-Moi, Je vous exaucerai. »
إِذا سَأَلَكَ عِبَادِي عَنِّى فَإِنِّي قَرِيبٌ أُجِيبُ دَعْوَةَ الدَّاعِ إِذَا دَعَانِ . فليَسْتَجِيبُوا لِي وَلْيُؤْمِنُوا بِي –
« Lorsque Mes serviteurs t’interrogent à Mon sujet, Je leur réponds que Je suis tout proche. Je réponds immédiatement à l’appel de quiconque M’invoque. Qu’ils répondent donc à Mon appel et qu’ils croient en Moi. » (sourate al-Baqara, 186)
Nul ne devrait éprouver d’hésitation, de gêne ou de doute lorsqu’il lève les mains pour demander quelque chose à ce Seigneur. Au contraire, animé au plus profond de son cœur d’une conviction ferme, que l’être humain se présente à la porte d’Allah, L’implore et Lui expose tous ses besoins : c’est précisément ce qu’Allah aime. Au moment de l’invocation, il faut se préparer mentalement à s’abandonner entièrement à la volonté d’Allah. De même que le défunt se trouve entre les mains de celui qui le lave, il faut, pendant toute la durée de la munajat, se présenter devant Allah dans un état d’impuissance comparable ; c’est ainsi que, par l’invocation, on peut progresser davantage dans la proximité d’Allah.
(4) As-samahat : celui qui s’est incliné humblement devant Allah doit, en avançant davantage sur la voie d’Allah, affronter avec le sourire et une très grande fermeté les épreuves auxquelles il est confronté ainsi que les dangers et les malheurs qu’il doit surmonter. Il doit acquérir la capacité de faire face à de tels états, environnements et situations. Ces dangers, ces malheurs et ces épreuves accompagnent la foi ; de même, réussir à les traverser est une exigence de la foi. Lorsque l’on demanda au Messager d’Allah (sallallahu alayhi wa sallam) : « Ô Messager d’Allah, qu’est-ce que la foi ? », il répondit : « Le sabr et l’as-samahat. »
L’as-samahat signifie dépenser généreusement ses biens pour les serviteurs d’Allah, dans le but d’obtenir l’agrément d’Allah. La douceur, la courtoisie et la générosité sont également appelées as-samahat. Toutefois, elle est généralement connue surtout comme une qualité complémentaire du sabr. Dans le hadith, en réponse à des questions de ce type, qualifiant le sabr et l’as-samahat de foi, ou en tenant compte de l’attitude de celui qui posait la question, le Prophète d’Allah a répondu : « Dis : “J’ai cru en Allah”, puis demeure ferme sur cela. » De même que cette istiqamat est complémentaire du sabr — et qu’un sabr d’un degré quelque peu supérieur est également appelé istiqamat — l’as-samahat est aussi le nom d’un sabr d’un degré supérieur, lié au sacrifice financier ainsi qu’à la générosité et à l’ouverture du cœur.
Par le jeûne, la zakat et le hajj, cette qualité peut se développer pleinement chez le croyant. À vrai dire, il faut absolument acquérir ce trait de caractère par ces trois adorations fondamentales. Le jeûne fait naître chez le mu’min un caractère fondé sur la taqwa. Il renforce la capacité au sabr et à la maîtrise de soi. Il aide également à manifester compassion et empathie envers les serviteurs d’Allah. Il inspire aussi, à cette occasion, la motivation de dépenser généreusement pour les serviteurs d’Allah. Ainsi, celui qui chemine sur la voie d’Allah doit, en plus d’accomplir assidûment le jeûne obligatoire du mois de Ramadan, prendre l’habitude de jeûner de temps à autre des jeûnes surérogatoires.
La zakat est un moyen scientifique de remettre aux pauvres, dans l’espoir exclusif d’obtenir l’agrément d’Allah, le droit qu’Allah leur a prescrit sur les biens de subsistance accordés par Allah. Si celui qui donne la zakat espère une quelconque contrepartie en versant son montant, la zakat n’est pas valablement acquittée. C’est pourquoi la charia islamique a établi des règles et un dispositif permettant de déposer les fonds de la zakat au Bayt al-Mal, afin d’éviter qu’une telle mentalité ne naisse lors de leur dépense. En plus de ce dispositif de la zakat, Allah demande à Ses serviteurs de dépenser en faveur de leurs proches, c’est-à-dire des personnes démunies et nécessiteuses ; ces dépenses doivent être faites dans le seul but d’obtenir l’agrément et l’amour d’Allah. En dépensant les fonds de la zakat conformément à la charia, les serviteurs pieux et croyants sont ainsi motivés à dépenser sincèrement et désintéressément dans la voie d’Allah, et deviennent capables d’offrir généreusement des sacrifices financiers.
Ainsi, par le hajj, en supportant les difficultés et les souffrances indescriptibles du voyage et en assumant ses frais, les serviteurs d’Allah peuvent acquérir les qualités mentionnées précédemment. Ceux pour qui le hajj est obligatoire doivent donc saisir, en accomplissant cette obligation, l’occasion d’acquérir ces caractéristiques morales indispensables. Ceux qui en ont la possibilité tireront profit de cette occasion de se rapprocher d’Allah en accomplissant la ‘omra ou le hajj à plusieurs reprises après le hajj obligatoire, en contemplant les signes d’Allah, et s’efforceront ainsi de développer dans leur caractère un niveau souhaitable de sabr et d’istiqamat (sabr et générosité).
(5) Adalat : par les quatre actions mentionnées précédemment, à savoir imaniyat, taharat, ikhbat et samahat, une personne peut s’efforcer de développer en elle les qualités qu’Allah aime. Mais Allah ne veut pas seulement voir Ses serviteurs développer des qualités individuelles. Il veut plutôt que ceux qui possèdent ces qualités appréciées et ces caractéristiques morales rendent pleinement victorieuse la religion d’Allah sur la terre d’Allah et établissent la justice et l’équité dans la société humaine. Allah a Lui-même directement appliqué Ses prescriptions à l’ensemble de la création ; c’est pourquoi la paix et l’ordre y règnent. La volonté d’Allah est que Ses prescriptions soient également appliquées dans la société humaine, afin que la paix, le bien-être, la justice et l’équité y soient établis. Mais ici, Allah veut réaliser Sa volonté par l’intermédiaire des êtres humains. C’est pour cela que l’être humain est le khalifa d’Allah sur Sa terre.
Ainsi, l’objectif des croyants — les serviteurs bien-aimés d’Allah — doit être de lutter et de s’efforcer jusqu’à l’extrême pour établir, dans la vie humaine et sur la terre d’Allah, une société fondée sur la justice et l’équité, conformément à la volonté et au bon plaisir d’Allah. En échange de cette œuvre, leur objectif ultime et suprême dans la vie doit être le salut dans l’au-delà et l’agrément d’Allah. Les quatre processus ou activités mentionnés précédemment doivent être menés précisément autour de cette œuvre dernière, à savoir l’établissement du nizam al-adalat, ou d’une société fondée sur la justice et l’équité, selon les enseignements d’Allah et la voie montrée par le Messager (paix et bénédictions sur lui). Cette œuvre ne peut pas être accomplie de manière dispersée et sporadique ; c’est pourquoi, avec les quatre œuvres précédentes, cette œuvre ultime doit être réalisée par un effort organisé et collectif. Ceux qui, ainsi réunis, se consacrent à une lutte acharnée pour établir la religion d’Allah sur la terre d’Allah, Allah les aime et les accepte comme Ses serviteurs bien-aimés.
إِنَّ اللهَ يُحِبُّ الَّذِينَ يُقَاتِلُونَ فِي سَبِيلِهِ صَفًّا كَأَنَّهُمْ بُنْيَانُ مُرْصَوصُ .
« Allah aime ceux qui combattent dans Son chemin, unis comme un mur solidement édifié de plomb. » (sourate As-Saff, 4)
Puisque l’établissement de la paix, de l’ordre et de la justice dans la société, sur le fondement de la religion d’Allah, est la volonté même d’Allah, ceux qui s’engagent dans cette œuvre proclament en réalité leur unité avec la volonté d’Allah. Par conséquent, les aider devient la responsabilité d’Allah Lui-même. Le Coran a désigné cette œuvre par le nom de « jihâd fî sabîlillâh ». Dans cette œuvre, Allah a demandé le sacrifice des biens et le sacrifice de la vie. En échange, les récompenses qu’Allah leur accordera sont de deux sortes. La meilleure récompense est la délivrance du châtiment dur et terrifiant de l’enfer, le pardon d’Allah et le paradis où règne un printemps éternel. Quant à l’autre, ce qui, selon les paroles d’Allah, est attrayant pour les hommes, c’est la victoire terrestre avec l’aide d’Allah. Pour obtenir les deux sortes de récompenses promises par Allah le Très-Haut, il faudra réussir l’épreuve qui consiste à vérifier et à discerner dans quelle mesure chacun est sincère dans sa proclamation de foi, dans sa proclamation d’établir la religion d’Allah et dans sa proclamation de sacrifier sa vie et ses biens pour Allah. Ainsi, l’aide d’Allah dans cette œuvre est inévitable, et la victoire grâce à l’aide d’Allah est également inéluctable. Malgré cela, la victoire ne vient pas immédiatement. Au contraire, dès que le voyage sur cette voie commence, les intérêts établis commencent à dresser des obstacles et des entraves. À mesure que l’activité des croyants augmente, l’ampleur des oppositions et des obstacles suscités par les intérêts établis augmente également. Et ces obstacles surgiront nécessairement, ils ne peuvent manquer de surgir. Allah dit :
وَلَنَبْلُوَنَّكُمْ حَتَّى نَعْلَمُ المجهدين منكم والصبرين .
« Je vous éprouverai très certainement, afin de savoir lesquels d’entre vous luttent dans la voie d’Allah et lesquels font preuve de patience. » — (sourate Muhammad : 31)
أحسبَ النَّاسُ أَنْ يُشْرَكُوا أَن يَقُولُوا آمَنَّا وَهُمْ لَا يُفْتَنُونَ وَلَقَدْ فَتَنَّا الَّذِينَ مِنْ قَبْلِهِمْ فَلَيَعْلَمَنَّ اللَّهُ الَّذِينَ صَدَقُوا وَلَيَعْلَمَنَّ الْكَذِبِينَ
« Les gens pensent-ils qu’on les laissera tranquilles parce qu’ils ont simplement déclaré : “Nous croyons”, sans les mettre à l’épreuve ? Pourtant, Nous avons éprouvé ceux qui les ont précédés. C’est ainsi qu’Allah distinguera ceux qui sont véridiques dans leur prétention à la foi de ceux qui sont menteurs. » — (sourate Al-Ankabut : 2-3)
أم حسبتم أن تدخُلُوا الْجَنَّةَ وَلَمَّا يَاتِكُم مثلُ الَّذِينَ خَلَوْا مِنْ قَبْلِكُمْ . مَسَّتْهُمُ البَاسَاءُ وَالضَّرَاءُ وَزُلْزِلُوا حَتَّى يَقُولَ الرَّسُولُ وَالَّذِينَ آمَنُوا مَعَهُ مَتَى نَصْرُ اللهِ ، أَلَا إِنَّ نَصْرُ اللَّهِ قَرِيبٌ .
« Pensez-vous entrer au Paradis sans avoir subi les épreuves qu’ont subies ceux qui vous ont précédés ? Ils furent touchés par la détresse et les calamités, au point que le Messager lui-même et ses compagnons croyants s’écrièrent : “Quand viendra donc le secours d’Allah ?” Sachez que le secours d’Allah est proche. » (sourate Al-Baqara : 214)
Ainsi, dans d’innombrables versets du Coran d’Allah, il est clairement déclaré qu’Il nous éprouvera aussi bien pour la réussite dans l’au-delà que pour la réussite dans ce monde. Les gens à la vision étroite perdent patience face aux obstacles et aux revers temporaires qui surviennent comme des épreuves, perdent confiance et sont assaillis de doutes et de soupçons quant à la justesse, à la pertinence et à la nécessité de cette œuvre. C’est pourquoi le Coran expose encore plus clairement les profonds mystères de ces revers temporaires.
إِنْ يَمْسَسْكُمْ قَرْحٌ فَقَدْ مَسَّ الْقَوْمَ قَرْحٌ مَثْلُهُ ، وَتِلْكَ الْأَيَّامُ نُدَاوِلُهَا بَيْنَ النَّاسِ ، وَلِيَعْلَمَ اللهُ الَّذِينَ آمَنُوا وَيَتَّخِذَ مِنْكُم شُهَدَاءَ ، وَاللَّهُ يُحِبُّ الظَّلِمِينَ، وَلِيُمَحِّصَ اللهُ الَّذِينَ آمَنُوا وَيَمْحَقَ الْكَفِرِينَ أَمْ حَسِبْتُم أَنْ تَدْخُلُوا الْجَنَّةَ
وَلَمَّا يَعْلَمَ اللهُ الَّذِينَ جَهَدُوا مِنْكُمْ وَيَعْلَمَ الصبرين
« Même si vous avez subi quelque dommage, d’autres en ont également subi un dommage semblable. Ainsi, Nous faisons alterner les jours (jours de bonheur ou jours d’épreuve) parmi les hommes. C’est ainsi qu’Allah veut distinguer les véritables croyants et choisir certains d’entre eux comme martyrs. Allah n’aime pas les injustes. Allah veut purifier et sélectionner les croyants sincères, et anéantir les mécréants. Pensez-vous entrer au Paradis sans qu’Allah ait vérifié lesquels d’entre vous luttent véritablement dans Sa voie et lesquels sont patients ? » — (sourate Al-Imran : 140-142)
Conformément à la promesse d’Allah l’Exalté et à la Sunna qu’Il a établie, ce n’est qu’après avoir franchi les étapes de ces épreuves, obstacles et calamités que Ses serviteurs bien-aimés parviennent à édifier une société garantissant la paix dans ce monde et le salut dans l’au-delà.
Malgré les efforts et la lutte acharnée d’un groupe de serviteurs d’Allah, le succès peut ne pas être au rendez-vous. Dans ce cas, si les serviteurs d’Allah parviennent eux-mêmes à faire preuve de foi et de constance, ils obtiendront assurément le succès dans l’au-delà. Ainsi, aucun pas accompli sur cette voie ne sera vain. Les voyageurs de cette voie ne connaissent rien qui s’appelle l’échec. Sur cette voie, il n’y a que des succès, encore et toujours. Voici la déclaration d’Allah au sujet de l’identité et des œuvres des croyants :
إِنَّ اللهَ اشْتَرَى مِنَ الْمُؤْمِنِينَ أَنْفُسَهُمْ وَأَمْوَالَهُمْ بِأَنَّ لَهُمُ الْجَنَّةَيُقَاتِلُونَ فِي سَبِيلِ اللهِ فَيَقْتُلُونَ وَيُقْتَلُونَ لـ
« Allah l’Exalté a acheté aux croyants leurs personnes et leurs biens en échange du Paradis. Ils combattent uniquement dans la voie d’Allah, tuent et sont tués. » (Sourate At-Tawbah : 111)
Autrement dit, la signification profonde de l’exigence inévitable contenue dans la déclaration de foi est de remettre sa personne et ses biens à Allah et de les utiliser exclusivement dans la lutte pour la victoire de la religion d’Allah. C’est cela que l’on appelle la bay‘a. L’essence de la bay‘a est que, là où la religion d’Allah n’est pas établie, les croyants remettent leur personne et leurs biens à Allah par l’intermédiaire de la jama‘a engagée dans la lutte pour établir la religion d’Allah. Et là où la religion est établie, on peut appeler bay‘a la promesse d’obéir à toutes les actions licites nécessaires au maintien de cette religion, ainsi que la promesse de respecter les commandements et les interdits d’Allah et du Messager.
Cette bay‘a est obligatoire selon la charia islamique. Et, dans les hadiths du Messager, mourir sans une bay‘a de cette nature est qualifié de mort de la période de l’ignorance. La pratique de la bay‘a actuellement répandue parmi les adeptes du soufisme avait commencé avec un tel élan et une telle conscience de lutte. Par une cruelle ironie de l’histoire, ceux qui prennent aujourd’hui la bay‘a (les pirs eux-mêmes) sont également indifférents à son mystère profond. Quant à ceux qui la reçoivent (les murids), ils n’ont même pas eu l’occasion d’en apprendre quoi que ce soit.
La véritable nature de la bay‘a est la suivante : « Allah est le véritable propriétaire de ma personne et de mes biens. En déclarant la formule “Il n’y a pas de divinité en dehors d’Allah”, je reconnais précisément cette vérité ; désormais, je ne pourrai donc plus utiliser cette personne et ces biens selon ma propre volonté. Je devrai les utiliser conformément à la volonté d’Allah. » Pour utiliser leur personne et leurs biens conformément à la volonté d’Allah, les nobles Compagnons les remettaient d’abord au Prophète (paix et bénédictions d’Allah sur lui). Le Prophète (paix et bénédictions d’Allah sur lui) employa avec justesse leur force humaine et financière collective selon la voie indiquée par Allah, et fit triompher la religion d’Allah. À l’époque des califes bien guidés, les nobles Compagnons se présentèrent également aux califes en tant que représentants du Messager. Les califes promirent de gouverner l’État conformément aux ordres d’Allah et du Messager, tandis que les nobles Compagnons promirent de les soutenir et de leur obéir.
Actuellement, le califat ou le gouvernement islamique n’est pas établi dans notre pays. Ainsi, au niveau de l’État, personne agissant localement en qualité de représentant du Messager ne nous promet de nous diriger conformément aux prescriptions d’Allah et du Messager ; de même, personne ne nous demande de coopérer à la mise en œuvre du Coran d’Allah et de la Sunna du Messager, ni d’y obéir. Dans cette situation, le moyen d’échapper à la mort de l’ignorance consiste, en préparation à la direction des serviteurs d’Allah selon l’idéal donné par Allah et montré par le Messager, à organiser en groupe ou en jama‘a les personnes partageant un même objectif et une même pensée ; puis, par l’intermédiaire de cette jama‘a, à se consacrer à une lutte acharnée visant à faire triompher la religion d’Allah, en offrant le sacrifice de sa personne et de ses biens. Dans ce cas, pour les membres d’une telle jama‘a, sa direction constituera l’équivalent du chef de l’État islamique.
Jusqu’à la Révolution islamique complète, plusieurs partis islamiques de même nature peuvent exister dans un pays en raison de divergences méthodologiques. Dans ce cas, chacun pourra rejoindre celui qu’il considère comme le plus fidèle à la voie de Muhammad.
Miracles et karâmât
En parlant de l’objectif de la tazkiya, nous avons mentionné qu’à notre époque, une catégorie de personnes a réduit le but et la finalité de la spiritualité et de l’effort de purification de l’âme à des activités relevant uniquement des karâmât et des prodiges. Que personne ne comprenne, à cause de cette remarque, que nous ne reconnaissons absolument pas les miracles et les karâmât.
Les miracles des prophètes et des messagers (sur eux la paix) ainsi que les karâmât des amis d’Allah sont une réalité. Nous adhérons nous aussi à cette conception et à cette croyance unanimement reconnues par les Ahl al-Sunna wa-l-Jamâ‘a. Dans les ouvrages de croyance, il est mentionné, à propos des miracles et des karâmât, que les miracles des prophètes et les karâmât des amis d’Allah sont une réalité ; il y est également précisé qu’ils se produisent entièrement par la volonté d’Allah et de Sa part. Les prophètes et les messagers eux-mêmes ne disposent d’aucun pouvoir propre à cet égard. Quant aux amis d’Allah, la question ne se pose même pas.
Les miracles et les karâmât consistent essentiellement en la survenue de phénomènes anormaux et surnaturels, d’événements étonnants qui ne devraient pas se produire selon une conception matérialiste ou les lois naturelles. Les événements de cette nature qui se sont produits dans la vie des prophètes et des messagers (sur eux la paix) sont appelés miracles ou bayyina. Ils se sont produits exclusivement de la part d’Allah comme preuve de la prophétie et accomplissement de la preuve décisive.
L’ithbât de la prophétie signifie : à titre de preuve de la prophétie. L’itmâm al-hujja signifie : fermer, de la part d’Allah, toutes les voies permettant aux hommes de présenter une excuse avant que le châtiment ne leur soit infligé pour avoir rejeté l’appel des prophètes et des messagers. En outre, en certaines circonstances particulières, Allah a aidé Ses prophètes et Ses messagers de manière miraculeuse. Il a déjoué les stratagèmes et les complots de leurs adversaires d’une manière absolument inconcevable du point de vue humain ou selon une conception matérialiste. Mais Allah a déclaré explicitement que, dans cette affaire, la volonté personnelle ou le pouvoir propre d’aucun des prophètes et messagers n’avait la moindre place. Allah dit :
وَمَا رَمَيْتَ إِذْ رَمَيْتَ وَلَكِنَّ اللَّهَ رَمَى :
« Ce n’est pas toi qui as jeté lorsque tu as jeté, mais c’est Allah qui a jeté. » (Sourate al-Anfâl, 17)
Même en dehors des prophètes et des messagers, des choses miraculeuses et extraordinaires peuvent se produire dans la vie des croyants, y compris des croyants ordinaires. Selon la propre déclaration d’Allah le Très-Haut, Il est le wali de tous Ses serviteurs croyants.
اللهُ وَلِيُّ الَّذِينَ آمَنُوا يُخْرِجُهُم مِّنَ الظُّلُمتِ إِلَى النُّورِي
« Allah est le wali et le Protecteur de ceux qui ont cru. Il les fait sortir des ténèbres vers la lumière. » (Sourate al-Baqara : 257)
Dans les ouvrages de doctrine, parallèlement aux miracles des prophètes, il est également mentionné :
« Les karamat des awliya d’Allah sont une réalité. Il est également clairement précisé qu’aucune volonté ni aucun pouvoir personnel n’y intervient. Cela se produit entièrement par la volonté d’Allah. Ceux qui sont les plus avancés dans le domaine de l’ilm al-tasawwuf s’accordent eux aussi à dire que la karamat n’est ni une preuve ni une condition de la perfection spirituelle. Il peut très bien ne se produire dans la vie d’une personne très vénérable et accomplie aucun événement susceptible d’être qualifié de karamat. À l’inverse, un événement de grande importance peut se produire dans la vie d’un croyant ordinaire. »
Dans les ouvrages de doctrine, l’istidraj est également abordé parallèlement à la karamat. L’istidraj désigne la tentative, de la part d’un être humain, de provoquer intentionnellement certains phénomènes surnaturels. Loin de les qualifier d’awliya d’Allah, ceux qui agissent ainsi sont au contraire désignés comme des fasiq et des zindiq. Ceux qui pratiquent le tasawwuf dans les limites de la charia — autrement dit, qui s’adonnent à la tazkiyat an-nafs à la lumière du Coran et s’efforcent d’acquérir le caractère de l’ihsan à la lumière des hadiths — n’accordent jamais, et ne peuvent jamais accorder, la priorité à la recherche des karamat. À leurs yeux, la véritable réussite de leur effort consiste plutôt à acquérir la capacité et la force de se conformer aux commandements et aux prescriptions d’Allah, ainsi qu’à obtenir la grâce de se préserver de toute désobéissance à Allah.
La lecture de la biographie d’un éminent pir du Bengale et de l’Assam dans un passé récent, Shah Sufi Hazrat Abu Bakr (r), nous apprend qu’un homme, après être resté près de six mois dans sa cour, s’apprêtait à repartir sans rien lui dire. Hazrat Pir Sahib (r) lui demanda alors : « Mon fils, puisque tu es resté si longtemps, pourquoi ne m’as-tu finalement rien demandé ? » L’homme répondit : « Hazrat, je suis venu avec de grands espoirs, mais je repars déçu. » Hazrat Pir Sahib (r) lui demanda encore : « Mon fils, avec quel espoir es-tu venu, et pourquoi es-tu déçu ? » L’homme répondit : « J’avais entendu dire que vous étiez un pir renommé du Bengale et de l’Assam. Mais j’ai passé six mois ici sans avoir eu l’occasion de voir la moindre karamat de mes propres yeux ; je repars donc déçu. » Le pir sahib lui demanda alors : « Mon fils, pendant tout le temps où tu es resté ici, m’as-tu vu délaisser une quelconque obligation religieuse (fard) ? » Le pauvre homme répondit : « Non. » « M’as-tu vu délaisser une quelconque obligation nécessaire (wajib) ? » L’homme répondit : « Non. » Ainsi, le pir sahib l’interrogea au sujet des actes sunnah et mustahabb, et obtint la même réponse. Puis il demanda encore : « Au cours de ces six mois, m’as-tu vu accomplir un quelconque acte interdit (haram) ? » L’homme répondit : « Non. » « M’as-tu vu accomplir un quelconque acte réprouvé (makruh) ? » L’homme répondit : « Non. » Le pir sahib, aujourd’hui décédé, lui dit alors : « Mon fils, voilà la plus grande karamat dans la vie d’un croyant. Tous les maîtres soufis du passé adoptaient une conception similaire concernant la karamat, c’est-à-dire la réussite de l’ascèse spirituelle. Qu’Allah accorde également aujourd’hui à ceux qui sont connus comme leurs disciples et leurs héritiers la grâce d’adopter à cet égard la juste conception. Amin. »
Les moyens d’obtenir la proximité d’Allah
Allah, Rabb al-ʿÂlamîn, le Créateur des cieux et de la terre, avait envoyé l’être humain dans ce monde comme Son khalifa, c’est-à-dire Son représentant. En raison de la responsabilité liée à cette représentation, l’être humain est la meilleure des créatures d’Allah — il est l’ashraf al-makhlûqât. Allah est le Rabb, le Maître, et l’être humain est Son khalifa ainsi que Son ʿabd, Son serviteur. Dès son arrivée en ce monde, l’être humain est venu en s’engageant à assumer sa responsabilité de khalifa en reconnaissant Allah comme son Rabb, son Maître, et en Lui obéissant. Mais Iblîs, l’ennemi éternel de l’être humain, n’a pas pu supporter cette dignité et cet honneur. Il a juré de créer, jusqu’au Jour de la Résurrection, des obstacles et des entraves sur le chemin qui permet à l’humanité d’assumer cette responsabilité de représentation d’Allah. Depuis toujours, il ne cesse de créer, à chaque tournant de la vie humaine et à chaque étape de son parcours, des réseaux de diverses illusions. Ainsi, la relation qui devait s’établir entre l’être humain et Allah Rabb al-ʿÂlamîn — autrement dit, la relation que l’être humain devait maintenir avec Allah — n’a parfois pas pu être préservée.
Allah Rabb al-ʿÂlamîn n’ignore pas qu’Iblîs a lancé le défi de faire obstacle à l’accomplissement de la très lourde responsabilité avec laquelle Il a envoyé l’être humain sur cette terre d’argile. Afin de protéger l’être humain contre les attaques d’Iblîs le maudit et de le guider sur le chemin de la bonne direction, Il a Lui-même annoncé une parole rassurante :
فَإِمَّا يَأْتِيَنَّكُمْ مِنِّي هُدًى فَمَنْ تَبِعَ هُدَايَ فَلَا خَوْفٌ عَلَيْهِمْ وَلَا هُمْ يحْزَنُونَه
« Puis une bonne direction viendra de Ma part. Ceux qui suivront cette bonne direction n’auront rien à craindre. » — (sourate al-Baqara : 38)
C’est ainsi qu’Allah Tout-Puissant a non seulement fait en sorte de rappeler aux êtres humains la promesse avec laquelle ils sont venus en ce monde : maintenir leur relation avec Allah, mais leur a également indiqué les moyens d’assumer cette responsabilité, en faisant descendre, à travers les âges, la connaissance de la révélation et en leur dispensant, par l’intermédiaire des prophètes et des messagers, un enseignement pratique pour l’accomplir. Ainsi, la relation entre Allah et Son serviteur
définir correctement, établir et développer cette relation n’est ni une chose nouvelle ni une affaire incompréhensible. On l’a rendue incompréhensible en adoptant des moyens forgés de toutes pièces. Pourtant, dans ce domaine, il n’y a absolument aucune place pour le recours à une méthode ou à une voie inventée. La relation correcte entre Allah et Son serviteur ne peut s’établir que par la voie montrée par les prophètes et les messagers, en particulier par le dernier prophète, Hadrat Muhammadur Rasulullah (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui), et elle ne peut être développée qu’en persévérant dans l’effort et la lutte spirituelle sur la voie qu’il a indiquée.
Nous avons reçu, par l’intermédiaire de Son dernier Messager, Muhammadur Rasulullah (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui), la dernière guidance d’Allah pour l’humanité, c’est-à-dire Son dernier Livre, al-Qurʾân. C’est à la lumière de ce Livre et en suivant les traces du dernier prophète (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui) que nous pouvons établir une relation correcte avec Allah Tout-Puissant. À la lumière de l’enseignement du dernier prophète, Hadrat Muhammad (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui), il est indispensable de maîtriser trois choses pour établir une relation avec Allah : (1) la juste maʿrifa d’Allah Tout-Puissant, c’est-à-dire Sa connaissance véritable ; (2) accomplir, au sens véritable, la ʿubûdiyya envers Allah Tout-Puissant, c’est-à-dire être Son serviteur ; (3) suivre la voie choisie par Allah et abandonner celle qu’Il n’a pas choisie. Nous tenterons d’aborder brièvement ces trois points.
La maʿrifa d’Allah
La nature de ma relation avec Allah dépend entièrement de ma ma‘rifat, c’est-à-dire de la connaissance que j’ai de Lui. Toutes les catastrophes, tous les désordres et tous les troubles qui existent dans le monde trouvent leur origine dans la diffusion d’une conception correcte d’Allah. Autrement, les hommes n’ont jamais totalement nié Allah. Même ceux que l’on connaît comme des athées convaincus ont, au moins indirectement, reconnu l’existence d’Allah dans presque toutes les périodes de l’histoire humaine. C’est pourquoi Allah, exalté soit-Il, a envoyé des prophètes et des messagers à travers les âges afin de présenter aux hommes Sa véritable ma‘rifat, ou connaissance. On ne trouve dans l’histoire aucun élément prouvant qu’un prophète ou un messager soit venu uniquement pour démontrer ou faire accepter Son existence. Ceux parmi lesquels le dernier Prophète, Muhammad (SAW), est apparu croyaient en l’existence d’Allah. Mais ils ignoraient Sa juste dignité et Sa véritable nature. Ils adoraient des divinités, tout en croyant que celles-ci les aideraient à obtenir la proximité d’Allah. Ils allaient même jusqu’à qualifier les anges de filles d’Allah.
De même, les gens du Livre, c’est-à-dire les adeptes de la Torah et de l’Évangile, ne niaient pas l’existence d’Allah. Par l’intermédiaire de Moïse (AS) et de Jésus (AS), ils avaient également reçu une connaissance correcte d’Allah. Mais, en se livrant à leurs passions et en se laissant guider par Iblis, les savants chrétiens et juifs introduisirent dans le Livre d’Allah des modifications forgées de toutes pièces. Ainsi, les adeptes ultérieurs de la Torah et de l’Évangile échouèrent à acquérir la véritable ma‘rifat d’Allah, et échouèrent également à obtenir Sa proximité. Le grand Prophète (SAW) les invita précisément, dans l’Arabie de son époque, à croire en Allah. Il ressort clairement de cela que le grand Prophète (SAW), en leur exposant la véritable nature d’Allah, les invita à croire véritablement en Lui, autrement dit à accepter Sa servitude, leur soumission et leur adoration. Ainsi, nous qui aspirons à obtenir la proximité d’Allah, nous devons nous aussi commencer par acquérir une ma‘rifat correcte d’Allah, une connaissance juste de Lui.
Les moyens d’acquérir cette ma‘rifat ou connaissance
Pour acquérir la ma‘rifat d’Allah, il est absolument indispensable d’avoir une compréhension correcte de cinq sujets.
(1) Une compréhension correcte de l’Essence d’Allah (2) Une compréhension correcte des sifât, ou attributs, d’Allah (3) Une compréhension correcte de Ses actes de puissance, ou de Ses activités (4) Une compréhension des bienfaits d’Allah (5) Une compréhension des Ayyâm Allah, c’est-à-dire l’étude des journées historiques au cours desquelles Allah a infligé dans le passé des châtiments exemplaires aux peuples désobéissants, ainsi qu’une compréhension du dernier Jour, le Yawm ad-Dîn.
L’Essence d’Allah
Le grand Prophète (SAW) a interdit de réfléchir et de spéculer sur le dhât, l’Essence d’Allah, afin d’acquérir Sa ma‘rifat. En effet, la raison et l’intelligence humaines sont incapables de saisir quoi que ce soit de Son Essence en y réfléchissant et en spéculant. Allah Lui-même nous a invités à porter notre regard sur la création afin de connaître Son identité. Ainsi, l’idée correcte de l’Essence d’Allah est celle qu’Allah et Son Messager (SAW) nous ont donnée au sujet de Son Essence. Lorsque le grand Prophète (SAW) présenta l’appel à la foi, les polythéistes du monde contemporain de cette époque considéraient d’innombrables divinités comme associées à l’Essence d’Allah et désignaient les anges comme les filles d’Allah. Les Juifs considéraient Uzayr (AS) comme le fils d’Allah et lui attribuaient une association avec Son Essence. Les chrétiens désignaient Jésus (AS) comme le fils d’Allah et le considéraient également comme associé à Son Essence. Ils attribuaient la création des bonnes actions et celle des mauvaises actions à deux créateurs distincts, qu’ils désignaient par des noms différents. Ils appelaient le créateur des bonnes actions Yazdân et le créateur des mauvaises actions Ahriman. Pour réfuter toutes ces conceptions déformées concernant l’Essence d’Allah, le Coran déclara en termes clairs et sans ambiguïté, dans la sourate Al-Ikhlâs :
قُلْ هُوَ اللهُ أَحَدَّ اللهُ الصَّمَدُ، لَمْ يَلِدْ وَلَمْ يُولَدْ وَلَمْ يَكُنْ لَهُ كُفُوًا أَحَده
« Ô Prophète, proclamez : Allah est Un et sans pareil ; Il ne dépend d’aucune créature de l’univers. Il n’est le père d’aucun enfant et n’est né de personne. Nul ne peut Lui être égal. »
En vérité, c’est là la meilleure description de l’Essence d’Allah. Aucune explication ni analyse n’est possible à son sujet dans le langage humain. Quant aux quatre autres aspects, nous pouvons réfléchir et mener autant de recherches que nous le souhaitons sur les moyens d’obtenir la proximité d’Allah. Allah le Très-Haut a d’ailleurs accordé une grande importance à cette réflexion et à cette recherche. Le Coran d’Allah dit :
إِنَّ فِي خَلْقِ السَّمَوتِ وَالْأَرْضِ وَاخْتِلاف اليْلِ وَالنَّهَارِ لآيات لا ولِي الْأَلْبَابِ8
« Dans la création des cieux et de la terre, ainsi que dans l’alternance et la succession de la nuit et du jour, il y a certes des signes pour les doués d’intelligence, signes de la souveraineté d’Allah. » — (sourate Âl ‘Imrân : 190)
Les attributs d’Allah
Allah le Très-Haut S’est présenté Lui-même à travers Son Livre. Dans cette présentation sont décrites diverses manifestations de Sa puissance, de Son pouvoir et de Sa domination, et certains de Ses noms qualificatifs sont également mentionnés. En réfléchissant et en menant des recherches sur ces noms qualificatifs, nous pouvons acquérir la connaissance d’Allah le Très-Haut. Le Coran mentionne, en différents endroits, d’innombrables noms qualificatifs d’Allah. Dès le début de la sourate Al-Fâtiha, parallèlement à la proclamation de la louange d’Allah, la mention de Rabb al-‘Âlamîn, d’Ar-Rahmân, d’Ar-Rahîm et de Mâliki Yawm ad-Dîn à côté du nom essentiel « Allah » constitue une présentation incomparable d’Allah.
Allah, Rabb al-‘Âlamîn : c’est-à-dire qu’Il est l’unique Créateur de l’univers tout entier ; c’est également Lui seul qui pourvoit aux besoins de chacune des créatures de cet univers, et la propriété exclusive de toutes ces choses Lui appartient. Partout, seuls Ses commandements et Ses prescriptions sont en vigueur. Dans tout cet univers, Son autorité et Sa souveraineté à Lui seul sont établies.
Ar-Rahmân, Ar-Rahîm : Lui, et Lui seul, est miséricordieux et bienveillant envers toute la création, en particulier envers l’humanité. Partout dans les cieux et sur la terre se manifeste uniquement l’abondance de Sa miséricorde. Cette bonté, cette miséricorde n’ont ni fin ni limite. L’être humain, la meilleure des créatures, dépend à chaque instant de Sa miséricorde dans ce monde, tout comme dans l’au-delà.
Maliki Yawmiddin : Allah, Créateur, Nourricier et Souverain unique de l’univers tout entier, est certes Donateur, Miséricordieux et Clément, mais Il est également rigoureux et absolument Tout-Puissant. Toutes les actions de l’être humain au cours de sa vie terrestre seront un jour jugées. Il est le Souverain unique de ce Jour du Jugement. Nul autre être ne possède le courage ni l’audace de tenter d’intercéder auprès de Son tribunal.
Ainsi, dans le verset de la sourate Al-Baqara connu et désigné sous le nom d’Ayat al-Kursî, certains attributs d’Allah sont exposés :
الله لا إله إلا هُوَ الْحَيُّ الْقَيُّومُ لاَ تَأْخُذُهُ سِنَةٌ وَلَا نَوْمٌ ، لَهُ مَا فِي السموت وما في الأَرْضِ مَنْ ذَالَّذِي يَشْفَعُ عِنْدَهُ إِلَّا بِإِذْنِهِ يَعْلَمُ مَا بَيْنَ أَيْدِيهِمْ وَمَا خَلْفَهُمْ ، وَلَا يُحِيطُونَ بِشَيْءٍ مِّنْ عِلْمِهِ إِلَّا بِمَا شَاءَ : وسِعَ كُرْسِيُّهُ
السَّمَوتِ وَالْأَرْضِ ، وَلا يَئُودُهُ حِفْظُهُمَا ، وَهُوَ العَلِيُّ العظيم .
« Allah est Celui au-delà duquel il n’existe aucune divinité souveraine ; Il est le Vivant, l’Éternel. Ni somnolence ni sommeil ne Le touchent. À Lui seul appartient la souveraineté de tout ce qui est dans les cieux et sur la terre. Qui donc pourrait intercéder auprès de Lui sans Sa permission ? Il connaît tout ce qui les concerne, ce qui est devant eux et ce qui est derrière eux, et nul ne peut embrasser la moindre goutte de l’océan de Sa connaissance, si ce n’est ce qu’Il permet à l’être humain d’en connaître. Sa puissance, Son autorité et Sa souveraineté s’étendent partout dans les cieux et sur la terre. Leur garde ne Lui cause ni la moindre fatigue ni le moindre épuisement. En vérité, Il est le Très-Grand et le Très-Haut. » (sourate Al-Baqara, 255)
En vérité, l’essentiel de la connaissance d’Allah que renferme ce célèbre verset est que nul autre ne peut détenir la souveraineté absolue. Puisque Sa seule souveraineté s’exerce dans l’ensemble de la création, c’est donc Sa seule souveraineté qui doit également être établie dans la société humaine. Les qualités indispensables pour être le véritable détenteur de la souveraineté absolue ne peuvent se trouver en personne d’autre qu’Allah — ni chez un individu, ni chez un groupe, ni chez une nation.
En réalité, en appelant les hommes à croire en Allah, les prophètes et les messagers les ont appelés à reconnaître la souveraineté d’Allah et à nier toute souveraineté autre que la Sienne. Tel est également le secret profond de la Kalima Tayyiba. C’est aussi la raison fondamentale pour laquelle, à travers les âges, les pouvoirs étatiques contemporains et les groupes défendant des intérêts établis ont adopté une attitude agressive pour s’opposer à l’appel des prophètes et des messagers.
Ainsi, si nous pouvions examiner un à un tous les autres noms attributifs mentionnés dans les différentes sourates du Coran, une conception juste d’Allah pourrait s’enraciner fermement dans nos esprits. Tous ces noms attributifs d’Allah sont importants et riches de sens. Parmi eux, Rabb, Ilah et Malik ont une portée particulièrement vaste. Ils ont également des effets et des répercussions considérables sur notre vie concrète. En mentionnant la relation d’Allah avec les êtres humains dans la sourate An-Nas, Allah dit :
قُلْ أَعُوذُ بِرَبِّ النَّاسِ لا مَلِكِ النَّاسِ إِلهِ النَّاسِ مِنْ شَرِّ الْوَسْوَاسِ لَا الْخَنَّاسِ وَ الَّذِي يُوَسْوِسُ فِي صُدُورِ النَّاسِ وَ مِنَ الْجِنَّةِ والناس
« Dis : Je cherche refuge auprès du Seigneur des hommes, du Souverain des hommes et du Dieu des hommes, contre le mal de ceux qui sèment sans cesse la confusion, qui insufflent la confusion dans les cœurs des hommes, qu’ils soient des djinns ou des hommes. » (Sourate An-Nas : 1-6)
En s’attachant à des lois, règles et prescriptions forgées de toutes pièces, les hommes ont divisé leur vie en trois parties. Pour satisfaire les besoins du ventre, ils suivent un ensemble de règles ou une forme de domination ; pour satisfaire la faim de l’esprit, c’est-à-dire les besoins spirituels, ils suivent des règles totalement opposées. Dans leur vie étatique et sociale, ils suivent encore un idéal ou des règles exactement contraires. C’est ainsi que trois catégories d’intérêts établis sont nées dans la société humaine. À presque toutes les époques de l’histoire du monde, les gens ordinaires ont été broyés par le mécanisme de ces trois catégories d’intérêts établis.
(1) Ceux qui détiennent le pouvoir et l’influence politiques
(2) Ceux qui détiennent la prééminence et l’influence économiques
(3) Ceux qui détiennent le leadership religieux et le sacerdoce. Reconnaître Allah à la fois comme le Seigneur, le Dieu et le Maître des hommes signifie nier et renverser, dans la vie humaine, l’autorité et la domination de ces trois catégories d’intérêts établis, et considérer Allah seul comme le Régulateur de toute chose. C’est aussi considérer que, dans la vie économique, seule la loi d’Allah est bénéfique ; que, dans la vie politique, la paix et le bien-être résident uniquement dans Sa souveraineté ; et que l’élévation spirituelle, c’est-à-dire le bonheur dans l’au-delà, ne peut être atteinte que par les règles d’Allah seules, et avoir la ferme conviction que l’élévation spirituelle, c’est-à-dire le bonheur dans l’au-delà, ne peut être atteinte que par les règles d’Allah seules : voilà ce que signifie croire au tawhid. À l’inverse, le moindre ajout ou retranchement à cela relève du shirk.
Dans l’exposé d’ensemble des attributs d’Allah, on trouve d’un côté la description de Sa compassion, de Sa miséricorde, de Sa bonté et de Son pardon, et de l’autre la mention de Sa puissance, de Sa grandeur et de Sa force suprême. La réflexion et l’étude de cet ensemble équilibré d’attributs suscitent simultanément dans l’esprit humain deux attitudes opposées à l’égard d’Allah. Les noms Rahmân, Rahîm, Ghafûr, ‘Afûw, Karîm et autres font naître l’espoir d’obtenir la bonté, la miséricorde et le pardon d’Allah ; de même, l’évocation de Jabbâr, Qahhâr, Mâlik, ‘Azîz, Dhû Intiqâm et autres inspire une peur et une crainte extrêmes. En réalité, la présence simultanée de ces deux conceptions opposées constitue précisément la foi, ou la véritable connaissance d’Allah. « Al-îmânu bayna al-khawfi wa-r-rajâ’. »
Description de la puissance d’Allah
Le deuxième domaine dans lequel il faut utiliser la faculté de réflexion pour acquérir la connaissance véritable d’Allah consiste à étudier et à rechercher la connaissance de l’atelier de la puissance d’Allah. D’innombrables éléments propres à rendre le cœur croyant au tawhid d’Allah sont répandus dans la création des cieux et de la terre, jusque dans chaque atome et chaque particule de l’univers créé. Le Coran d’Allah, en démontrant la vérité du tawhid et de l’au-delà, a appelé à réfléchir et à méditer sur les mystères de l’univers. Pour ceux qui ne peuvent pas se pencher sur une création aussi vaste, il existe également matière à réflexion dans les mystères de leur propre création. C’est pourquoi le Coran a indiqué qu’il fallait recueillir les preuves et les signes du tawhid et de l’au-delà dans les « âfâq », c’est-à-dire le monde créé, et dans les « anfus », c’est-à-dire la vie humaine.
La révolution régulière et ordonnée de chaque planète et satellite du système solaire sur sa propre orbite, l’arrivée du jour après la nuit et de la nuit après le jour selon une loi éternelle, le changement des saisons selon cette même loi éternelle, ainsi que l’action de cette loi éternelle et immuable chez les animaux, les oiseaux, les insectes, les plantes, les arbres et les lianes éveillent spontanément dans l’esprit humain le sentiment du tawhid. Son cœur s’exclame :
رَبَّنَا مَا خَلَقْتَ هُذَا بَاطِلاً سُبْحَنَكَ فَقِنَا عَذَابَ النَّارِه
« Ô notre Seigneur, Tu n’as créé aucune des créatures sans raison. Aussi — nous croyons que l’au-delà est une vérité — délivre-nous du châtiment dur et terrifiant de l’Enfer. »
— (sourate Âl ʿImrân : 191)
S’adressant à celui qui n’a ni la capacité ni l’occasion de réfléchir à tant de mystères de la création, le Coran dit :
فَلْيَنْظُرِ الْإِنْسَانُ مِمَّ خُلِقَهُ خُلِقَ مِنْ مَاءٍ دَافِقَ يَخْرُجُ مِنْ بَيْنِ الصلب والتَّرَائِبِ إِنَّهُ عَلَى رَجْعِهِ لَقَادِرٌ
« Que l’homme réfléchisse donc à partir de quoi il a été créé. Il a été créé à partir d’une goutte d’eau jaillissante, sortie d’entre les lombes et les côtes. Celui qui les a créés ainsi est certainement capable de les ressusciter après leur mort. » — (sourate At-Târiq : 5-8)
C’est pourquoi, afin d’acquérir la véritable connaissance d’Allah, Allah Très-Haut a Lui-même associé la réflexion au dhikr. Il est dit :
إِنَّ فِي خَلْقِ السَّمَوتِ وَالْأَرْضِ وَاخْتِلَافِ الَّيْلِ وَالنَّهَارِ لَآيَاتِ لِأُولى الْأَلْبَابِ الَّذِينَ يَذْكُرُونَ اللَّهَ قِيمًا وَقُعُودًا وَعَلَى جُنُوبِهِمْ وَيَتَفَكَّرُونَ فِي خَلْقِ السَّمَوتِ وَالْأَرْضِ :
« Dans la création des cieux et de la terre, ainsi que dans l’alternance et la succession de la nuit et du jour, il y a des signes de l’unicité d’Allah pour les gens doués d’intelligence : ceux qui se souviennent d’Allah en toute circonstance, éveillés comme endormis, et qui réfléchissent aux mystères de la création des cieux et de la terre. » (sourate Âl ʿImrân : 190-191)
La recherche sur les bienfaits d’Allah
Le troisième moyen efficace et concret d’acquérir la ma‘rifa d’Allah consiste à réfléchir et à méditer sur les bienfaits d’Allah Ta‘ala, innombrables et inépuisables. C’est pourquoi, tout en appelant les hommes à L’adorer et à Le vénérer, Allah Ta‘ala leur a également rappelé Ses innombrables bienfaits. Allah Ta‘ala a dit :
يأَيُّهَا النَّاسُ اعْبُدُوا رَبَّكُمُ الَّذِي خَلَقَكُمْ وَالَّذِينَ مِنْ قَبْلِكُمْ لَعَلَّكُمْ تَتَّقُونَ الَّذِي جَعَلَ لَكُمُ الْأَرْضَ فِرَاشًا وَالسَّمَاءَ بِنَاءَ من وَأَنْزَلَ مِنَ السَّمَاءِ مَاءً فَأَخْرَجَ بِهِ مِنَ الثَّمَرَتِ رِزْقًا لَّكُمْ فَلَا تَجْعَلُوا لِلَّهِ أَنْدَادُ وَأَنتُمْ تَعْلَمُونَ .
« Ô hommes, adorez et servez votre Seigneur, Celui qui vous a créés ainsi que ceux qui vous ont précédés ; ainsi pourrez-vous espérer être sauvés. Celui qui a fait du ciel un dais et de la terre un tapis, qui fait descendre l’eau du ciel, puis fait pousser par elle toutes sortes de fruits de la terre pour vous en faire une subsistance. N’associez donc personne à Allah, alors que vous savez vous-mêmes que cela est injuste. » — (Sourate al-Baqara : 21-22)
Sur cette terre, nous jouissons des bienfaits innombrables et inépuisables d’Allah Ta‘ala. Chacun d’eux témoigne de l’unicité d’Allah et du tawhid. Chaque membre du corps humain est un bienfait extraordinaire, et tous sont les témoins du tawhid d’Allah. Mes yeux ne sont qu’un don d’Allah. Aucune puissance de ce monde, même l’ensemble de la création réuni, ne pourrait m’accorder un bienfait équivalent. Il en va de même pour mes oreilles, ma langue, mon nez, mes mains, mes pieds, ma tête, mon cœur et mon cerveau : chaque cellule de mon corps est un don exclusif d’Allah, et si l’une d’elles cessait de fonctionner, personne ne serait capable de la remplacer.
Le fait d’avoir grandi peu à peu dans la lumière et l’air de ce monde, et d’être devenu un être humain grâce à l’affection et aux soins de ma mère et de mon père, est lui aussi un bienfait extraordinaire, impossible à décrire dans le langage humain. Allah Lui-même l’a présenté comme l’un de Ses signes. De même, la juste perception de tous les bienfaits dont nous jouissons sur cette terre, ainsi que des rayons et des particules du système solaire et de tout ce qu’ils fournissent, remplit le cœur humain de gratitude. Allah Lui-même a dit : si vous voulez essayer de dénombrer les bienfaits d’Allah, vous pouvez tenter de le faire, mais vous échouerez finalement. Les bienfaits dont nous jouissons dans ce monde ne sont, selon les paroles d’Allah, que très insignifiants. Ils sont insignifiants et, en outre, éphémères. Quant à ce qu’Allah a réservé auprès de Lui, cela est meilleur et durable. La simple réflexion sur ces bienfaits éphémères et insignifiants suffit à épuiser notre capacité de penser. L’intelligence et la raison en restent stupéfaites. Quant aux bienfaits durables et meilleurs qu’Allah Ta‘ala a réservés pour la vie de l’au-delà, Lui seul sait combien ils sont beaux, agréables et merveilleux, car Il est leur Créateur unique.
Observons un instant l’extraordinaire ouvrage d’art que constituent les bienfaits insignifiants et éphémères de ce monde : nous verrons alors quel immense Créateur est Allah, et combien sont faibles ceux dont les hommes, en dehors d’Allah, se rendent esclaves et serviteurs. Avant de nettoyer et de finir l’assiette de fruits du Bangladesh qui se trouve devant vous, pensez un instant au Créateur de ces fruits. Dans votre assiette, il y a des mangues, des jacquiers, des papayes, des bananes et aussi quelques goyaves. Demandez maintenant à ceux qui étudient ces fruits savoureux et délicieux : quelqu’un peut-il créer dans le jacquier le goût de la mangue ? Un spécialiste de la botanique a-t-il jusqu’à présent découvert un procédé permettant de créer le goût de l’ananas dans la papaye, ou celui de la papaye dans la mangue ? Quel que soit le progrès des recherches scientifiques futures, pourront-elles apporter la moindre contribution à la création originelle ? Tout ce qu’elles pourront faire ne sera rien d’autre que reconnaître le procédé créateur du Grand Créateur.
Parallèlement aux bienfaits matériels de ce monde, le plus grand bienfait d’Allah Ta‘ala est al-Qur’an. Allah, le Rahman qui accorde les bienfaits, a enseigné le Qur’an aux hommes par Sa grâce et Sa bonté. Dans la liste de Ses bienfaits inépuisables, le Qur’an occupe la première place. Les bienfaits réservés aux serviteurs bien-aimés d’Allah qui suivent ce Qur’an sont tels qu’aucun œil humain n’a rencontré dans ce monde de bienfaits semblables. Aucune oreille humaine n’y a entendu la description de bienfaits comparables. L’imagination de milliards d’hommes n’a jamais même imaginé de tels bienfaits. Seuls ceux qui, après avoir rendu grâce pour les bienfaits matériels accordés par Allah dans ce monde, deviendront Ses serviteurs bien-aimés en faisant un usage juste et en mettant pleinement en pratique le bienfait suprême qu’est le Qur’an auront la chance, dans l’au-delà, de jouir des bienfaits inépuisables d’Allah.
Ayyâmullâh
L’un des moyens essentiels d’acquérir une connaissance véritable d’Allah consiste à évoquer les jours d’Allah et à en tirer des enseignements. Les peuples qui, autrefois, furent anéantis par le châtiment d’Allah pour avoir rejeté l’appel de Ses prophètes sont appelés Ayyâmullâh, parce que des événements marquants de l’histoire de l’humanité se sont produits durant les jours de leur destruction. Ces jours sont également appelés la petite Résurrection. Le dernier des jours d’Allah est connu sous le nom de « Yawm ad-Dîn ». Les récits de la destruction de ceux qui furent anéantis autrefois pour avoir désobéi à Allah éveillent en nous une véritable conscience de Sa puissance. Nous pouvons également tirer de justes enseignements de ces événements. Pourquoi le peuple de Noé (paix sur lui) fut-il anéanti ? Quel fut le destin de Nemrod ? Quel châtiment exemplaire Pharaon reçut-il ? Comment le peuple de Loth fut-il entièrement anéanti ? Quel châtiment les peuples de ‘Âd et de Thamûd subirent-ils ? Le prophète Muhammad (paix et bénédictions d’Allah sur lui) a ordonné de tirer des enseignements de ces événements. À cela s’ajoutent la description des scènes terrifiantes de la Résurrection, la manifestation de la Jabbâriyyah et de la Qahhâriyyah d’Allah au Jour du Jugement, la scène indescriptible des hommes courant pour voir leur registre des œuvres, ainsi que les scènes du jugement, dans la cour de l’Au-delà, conduit par l’autorité exclusive d’Allah, d’une dureté et d’une rigueur extrêmes. En réfléchissant et en méditant sur tout cela, l’être humain peut véritablement acquérir une connaissance juste et correcte d’Allah.
L’ubûdiyyah envers Allah
Dès que la connaissance véritable d’Allah, c’est-à-dire Sa véritable identité, se dévoilera à l’être humain, son cœur acceptera spontanément l’ubûdiyyah envers Allah. Après avoir exposé la connaissance d’Allah dans les trois premiers versets de la sourate al-Fâtiha, il est fait proclamer par la langue de l’être humain :
إِيَّاكَ نَعْبُدُ وَإِيَّاكَ نَسْتَعِينُ .
« Ô Seigneur, c’est Toi seul que nous adorons et c’est de Toi seul que nous implorons l’aide » : que signifie cette parole ? Si vous examinez la question avec un peu plus de profondeur, sa réponse vous montrera qu’après avoir pris pleinement conscience de la véritable identité d’Allah, l’être humain n’a d’autre choix que de se soumettre entièrement à Allah. Le Noble Coran présente cette vérité de différentes manières en divers endroits. Le prophète Ibrâhîm (paix sur lui) étudia les astres et réfléchit à la lune et au soleil ; il devint évident pour lui qu’aucun d’entre eux ne pouvait être un Seigneur ou une divinité. Il déclara donc clairement à son peuple :
يُقَوْمِ إِنِّي بَرِئُ مِّمَّا تُشْرِكُونَ إِنِّي وَجَهْتُ وَجْهِي لِلَّذِي فَطَرَ السَّمَوتِ وَالْأَرْضَ حَنِيفًا وَمَا أَنَا مِنَ الْمُشْرِكِينَ
« Ô mon peuple, je désavoue tout ce que vous associez à Allah. Je romps tout lien avec toute chose et je me tourne exclusivement vers Celui qui a créé les cieux et la terre ; et je ne serai jamais au nombre des polythéistes. » (Sourate al-An‘âm : 78-79)
C’est ainsi qu’Allah le Très-Haut fit connaître à Moïse (paix sur lui) Sa marifa, c’est-à-dire Son identité, lui confia la mission de la prophétie et lui ordonna aussitôt de n’adorer que Lui seul.
إِنَّنِي أَنَا اللَّهُ لَا إِلَهَ إِلَّا أَنَا فَاعْبُدُنِي ، وَأَقِمِ الصَّلوةَ لِذِكْرِي .
« Sache avec certitude que Je suis Allah ; il n’y a aucune divinité en dehors de Moi. Adore-Moi donc exclusivement et accomplis la prière afin de te souvenir de Moi. » (sourate Taha : 14)
À partir de cette brève discussion, nous pouvons facilement parvenir à la conclusion que, conformément à l’exigence inévitable de la véritable marifa d’Allah, l’être humain doit reconnaître Allah comme son unique Munib et se considérer comme le serviteur dévoué, ou l’esclave, de ce Munib. Reconnaître ainsi Allah comme l’unique Munib et se considérer comme Son seul serviteur ne peut toutefois pas rester limité à une conviction intérieure et à une déclaration verbale. En pratique, il faut éliminer de sa propre vie toute forme de servitude et de soumission à autre qu’Allah. Il faut s’engager à extirper de la société les activités de même nature et à établir partout, dans son sens véritable, la servitude et la dévotion envers Allah.
Concernant la manière d’accomplir véritablement la servitude et la dévotion envers Allah, nous pouvons tirer une orientation concrète des instructions qu’Allah le Très-Haut donna à Moïse (paix sur lui) après lui avoir accordé Sa marifa et la prophétie. Allah le Très-Haut lui fit d’abord savoir : « Il n’existe aucune divinité ni aucun être possédant la souveraineté en dehors d’Allah. » Il lui annonça en même temps : « Il faut n’adorer et ne servir que Lui. » Pour accomplir cette servitude et se rappeler constamment les commandements et les directives d’Allah, il faut établir la salat. C’est dans le cadre de cet ordre de croire en Allah et de ne servir et de ne se soumettre qu’à Lui que Moïse (paix sur lui) reçut l’ordre de se rendre auprès de Pharaon, le dirigeant tyrannique de l’époque. Il lui fut dit : « Il s’est rebellé contre Mon royaume. » L’examen de ce passage du Noble Coran prouve clairement que la véritable adoration consiste à respecter les commandements d’Allah dans chaque domaine et chaque aspect de la vie humaine, et à se détourner des lois, règles et prescriptions autres que celles d’Allah. La puissance étatique athée ou rebelle envers Allah constitue ainsi un obstacle à l’adoration d’Allah. Par conséquent, faire de cette puissance étatique une puissance obéissante à Allah, ou s’engager dans une lutte et un effort véritables pour la vaincre et faire triompher la religion d’Allah, voilà ce que signifie, au sens propre, accepter l’ubudiyyah d’Allah. La prière et les autres adorations rituelles n’ont en réalité été rendues obligatoires que pour aider à assumer la responsabilité de cette ubudiyyah et pour y acquérir l’aptitude nécessaire. Seuls ceux qui, ayant commencé à suivre la voie véritable de l’ubudiyyah, s’appuient sur ces adorations rituelles peuvent en obtenir les fruits véritables. Il est dit : « Cherchez secours par la patience et la salat. » Pour quoi ce secours est-il demandé ? Il n’est fait allusion à rien d’autre qu’à l’accomplissement de la responsabilité de l’ubudiyyah.
Le Prophète Muhammad (paix et bénédictions sur lui) reçut l’ordre d’accomplir les cinq prières quotidiennes lorsqu’il entra dans la douzième année de sa vie prophétique. L’ordre concernant le jeûne et la zakat lui fut donné plus tard encore. Alors, quel était donc le travail qu’il avait accompli jusque-là ? Du début à la fin, la responsabilité ou la mission de l’Envoyé agréé (paix et bénédictions sur lui) fut unique : faire triompher la religion d’Allah. Le Coran dit :
هُوَ الَّذِي أَرْسَلَ رَسُولَهُ بِالْهُدَى وَدِينِ الْحَقِّ لِيُظْهِرَهُ عَلَى الدِّينِ كُلِّهِ –
« C’est Lui, Allah, le Très-Haut, qui a envoyé Son Messager avec la guidée et la religion de vérité, afin de la faire prévaloir sur toutes les religions forgées par les hommes. » (sourate At-Tawba : 33)
Depuis qu’il reçut la prophétie, le Prophète Muhammad (paix et bénédictions sur lui) et ses compagnons commencèrent une lutte acharnée afin de faire triompher la religion d’Allah. Au cours de cette progression, ces adorations rituelles, en particulier la prière et le jeûne, furent rendues obligatoires à différentes étapes et à différents moments. Il n’est donc pas possible de considérer les adorations rituelles séparément de la responsabilité fondamentale de l’ubudiyyah. De même, il n’est pas possible de dissocier cette responsabilité fondamentale de l’ubudiyyah des adorations rituelles. En effet, Celui qui fut le véritable enseignant et guide dans l’accomplissement de cette responsabilité fondamentale ne les a jamais considérées séparément. De même qu’il leur accorda lui-même l’importance qui leur revenait, ses compagnons et les nobles Sahaba (qu’Allah les agrée) leur accordèrent également l’importance qui leur revenait. C’est pourquoi il a été dit au sujet des compagnons du Noble Envoyé (paix et bénédictions sur lui) : « La nuit, ce sont des ascètes, et le jour, des guerriers héroïques à cheval. » Telle est l’identité véritable du véritable serviteur d’Allah, du véritable abd. Il ne peut donc subsister le moindre doute que l’ubudiyyah consiste précisément en cette œuvre.
Les prophètes et les messagers ont, à travers les âges, assumé cette lourde responsabilité de l’« ubûdiyya », afin d’établir une relation juste entre Allah le Très-Haut et Ses serviteurs. Quant à ceux qui, en tant que disciples des prophètes et des messagers, ont assumé cette responsabilité, le Coran les désigne sous les noms de siddîqîn, de shuhadâ et de sâlihîn. En s’acquittant de cette responsabilité, les prophètes et les messagers se sont trouvés, à chaque étape, dépendants de l’aide d’Allah. De même, les serviteurs bien-aimés d’Allah, Ses serviteurs comblés de bienfaits, ainsi que ceux connus sous les noms de siddîqîn, shuhadâ et sâlihîn parmi les disciples des prophètes, ont à chaque instant espéré le secours et la miséricorde d’Allah. C’est précisément pour obtenir cette aide qu’Allah le Très-Haut a ordonné de prendre appui sur la patience et la prière.
En vérité, on ne peut saisir la portée de la demande d’aide par la patience et la prière qu’en s’engageant dans une confrontation directe avec les serviteurs maudits d’Allah et les égarés, en suivant les traces des prophètes et des messagers — que la paix soit sur eux — ainsi que celles des autres serviteurs bien-aimés d’Allah. Il n’est nul besoin d’aller bien loin pour comprendre que reconnaître Allah comme Rabb ou Munîb, et faire de soi exclusivement Son serviteur et Son esclave, en constitue la véritable signification et l’exigence inéluctable. Cette déclaration est formulée clairement dans la kalima « lâ ilâha illallâh ». Elle n’affirme pas seulement qu’Allah est l’unique Ilâh ; elle commence plutôt par nier et renverser la divinité de tout ce qui est autre qu’Allah :
فَمَنْ يُكْفُرْ بِالطَّاغُوتِ وَيُؤْمِنُ بِاللَّهِ فَقَدِ اسْتَمْسَكَ بِالْعُرْوَةِ الْوُثْقَى لا انفِصَامَ لَهَا .
Ainsi, « ceux qui rejettent les puissances rebelles à Dieu et proclament leur foi en Allah saisissent l’anse la plus solide, qui ne peut jamais se rompre ». (Sourate al-Baqara : 256)
Saisir cette anse solide, c’est en réalité établir une relation juste avec Allah, relation que nous appelons l’ubûdiyya.
Comment préserver la relation d’ubûdiyya
En acceptant Allah le Très-Haut comme Rabb et Ilâh, nous Lui promettons exclusivement servitude, soumission et adoration. C’est ainsi qu’Allah le Très-Haut a comparé la déclaration de foi à une transaction commerciale. Il a dit :
إِنَّ اللهَ اشْتَرَى مِنَ الْمُؤْمِنِينَ أَنْفُسَهُمْ وَأَمْوَالَهُمْ بِأَنَّ لَهُمُ الْجَنَّةَ . يُقَاتِلُونَ فِي سَبِيلِ اللَّهِ فَيَقْتُلُونَ وَيُقْتَلُونَ * وَعْدًا عَلَيْهِ حَقًّا فِي الثورية وَالْإِنْجِيلِ وَالْقُرْآنِ ، وَمَن أَوْفَى بِعَهْدِهِ مِنَ اللَّهِ فَاسْتَبْشِرُوا بِبَيْعِكُمُ الَّذِي بَايَعْتُمْ بِهِ ،
وَذَلِكَ هُوَ الْفَوْزُ الْعَظِيمُ
« Ceux qui ont proclamé leur foi, Allah a acheté leur vie et leurs biens en échange du Paradis. (Désormais, leur seule tâche est de) combattre dans Sa
voie, donnant leur vie et ôtant des vies. À ce sujet, la promesse faite par Allah dans la Torah, l’Évangile et le Coran est pareillement vraie et inéluctable. Et qui donc tient mieux ses promesses qu’Allah ? Acceptez donc la bonne nouvelle (de la part d’Allah) concernant ce pacte que vous avez conclu avec Lui. Voilà la grande réussite. » (Sourate At-Tawbah : 111)
Les traits de caractère de ces gens liés par ce pacte sont les suivants :
التَّائِبُونَ الْعَبدُونَ الْحَمِدُونَ السَّائِحُونَ الرَّكْعُونَ السَّجِدُونَ الأمرون بالمعروفِ وَالنَّاهُونَ عَنِ الْمُنْكَرِ وَالْحَفِظُونَ لِحُدُودِ اللهِ ، وَبَشِّرِ الْمُؤْمِنِينَ ( التويه : (۱۱۲)
« Ils se repentent, adorent, louent Allah, parcourent la voie d’Allah, s’inclinent et se prosternent, ordonnent le bien et interdisent le mal ; surtout, ils préservent les limites fixées par Allah. Et annonce la bonne nouvelle aux croyants. » (Sourate At-Tawbah : 112) De même, en évoquant la venue du Prophète Muhammad (paix et bénédictions d’Allah sur lui), guide de cette voie et seul modèle de maître à suivre, il est dit :
هُوَ الَّذي أرسل رسوله بالهدى ودين الحقِّ لِيُظْهِرَهُ عَلَى الدِّينِ كُلِّهِ . وَكَفَى بِاللهِ شَهِيدًا وَ مُحَمَّدٌ رَسُولُ اللَّهِ وَالَّذِينَ مَعَهُ أَشِدَّهُ عَلَى الْكُفَّارِ رُحَمَاءُ بَيْنَهُمْ تَرْبَهُمْ رَكَعًا سُجَّدًا يُبْتَغُونَ فَضْلًا مِّنَ اللَّهِ ورضواناً : (الفتح : ۲۸ – (۲۹)
« Allah est Celui qui a envoyé le Messager avec la juste direction et la vraie religion, afin de l’établir victorieuse au-dessus de toutes les religions. Et le témoignage d’Allah suffit concernant cette vérité suprême. Muhammad est le Messager d’Allah, et ses compagnons se caractérisent par leur dureté semblable au tonnerre face à la mécréance et par leur compassion mutuelle. Tu les verras s’incliner et se prosterner devant Allah. Ils s’efforcent et œuvrent à obtenir la miséricorde et l’agrément d’Allah. » (Sourate Al-Fath : 28-29)
À la lumière des deux passages mentionnés du Coran, nous pouvons à la fois déterminer la relation correcte du serviteur avec Allah et découvrir les moyens de renforcer cette relation.
L’essentiel de la première partie
En proclamant sa foi et en acceptant la servitude envers Allah, l’être humain vend en réalité à Allah sa vie et ses biens, autrement dit, il les Lui remet. Ainsi, conformément aux conditions de cette vente, s’il veut obtenir au Jour dernier le Paradis d’Allah en récompense, il ne lui est pas permis d’utiliser sa propre vie, ses propres biens ou quoi que ce soit selon ses propres désirs. Le véritable propriétaire de cette vie et de ces biens est Allah. Cette vie et ces biens Lui ont été donnés à l’origine. En les remettant tous deux à Allah par la proclamation de la foi, on les restitue à leur véritable Propriétaire. Désormais, ils ne pourront donc être utilisés que pour les œuvres qu’Allah l’Exalté agrée. Allah a également exposé en termes très clairs dans quelles œuvres Il aime les voir employés. Ceux qui ont ainsi vendu à Allah leur vie et leurs biens en échange du Paradis ne pourront les utiliser que d’une seule manière : en s’engageant dans la lutte ultime et acharnée sur le chemin d’Allah, sans possibilité de s’arrêter ni de faire marche arrière. L’objectif ultime de cette lutte menée sur ce chemin est l’anéantissement des forces de la mécréance, ou bien de périr soi-même.
L’essentiel de la deuxième partie
La véritable mission du dernier Prophète, envoyé pour s’acquitter de la lourde responsabilité de libérer réellement les êtres humains de la servitude et de l’esclavage envers autre qu’Allah afin d’en faire les serviteurs et les esclaves d’Allah, était d’établir la religion d’Allah en position victorieuse. Dans le premier des deux passages que nous avons étudiés, après avoir défini les croyants, leurs traits de caractère et leurs qualités sont décrits ; de même, après avoir exposé le véritable objectif de la venue du Noble Prophète (paix et bénédiction d’Allah sur lui), le Coran témoigne que le Messager et ses compagnons possèdent les qualités et les aptitudes indispensables à la réalisation de cet objectif.
Nous qui souhaitons établir une relation correcte avec Allah l’Exalté, le Maître suprême, et désirons obtenir Sa proximité, devons impérativement acquérir ces qualités. Ainsi, à la lumière de ces deux passages, les œuvres qu’il nous est indispensable d’accomplir pour renforcer notre relation avec Allah ou obtenir Sa proximité sont les suivantes :
Premièrement : il faut concrétiser la proclamation de la formule « La ilaha illallah » ou prendre des mesures concrètes pour établir la souveraineté d’Allah. Il faut offrir le sacrifice de sa vie et de ses biens dans la lutte visant à rendre victorieuse la religion d’Allah, avec l’intention d’appliquer les lois, règles et prescriptions d’Allah sur Sa terre et dans la vie des êtres humains. Afin de débarrasser la société humaine de la fitna, il faut mener simultanément l’effort pour établir pleinement la religion d’Allah et celui visant à éliminer les forces de la mécréance et du taghout.
Deuxièmement : ceux qui accompliront cette œuvre devront posséder simultanément deux qualités opposées, autrement dit deux traits de caractère. Ils devront être durs et intransigeants envers les forces de la mécréance et du taghout. Mais entre eux, envers leurs compagnons et leurs amis, ils devront être miséricordieux, au cœur attendri et sensibles.
Trois : C’est la prière — la meilleure des prières — qui aidera à instaurer un équilibre entre cette rigueur et cette douceur. Une attitude humble envers Allah Tout-Puissant, qui s’acquiert en s’inclinant et en se prosternant avec sincérité devant Lui.
Quatre : La source de motivation de cette inclination, de cette prosternation et de toutes leurs activités et luttes doit être exclusivement la recherche de la satisfaction d’Allah et le fait de devenir dignes de recevoir uniquement Sa miséricorde et Sa bienveillance.
Cinq : Les caractéristiques morales de ces soldats sur le chemin d’Allah, symboles de rigueur et de douceur, engagés dans une lutte acharnée pour faire triompher la religion d’Allah, se manifesteront dans toutes leurs activités. Puisque la recherche de la satisfaction et de la miséricorde d’Allah sera le centre de toute leur conduite et de leurs relations, leur cœur et leur esprit seront constamment consacrés à la méditation d’Allah ; ils seront l’incarnation du véritable dhikr. La pureté de leur cœur et de leur esprit laissera son empreinte sur leur visage et leur caractère. Le visage de ces gens dotés d’un excellent akhlâq sera donc illuminé par la lumière de la foi et resplendira sous l’effet de la prosternation.
Six : Ceux qui recherchent la satisfaction d’Allah doivent aussi absolument se préserver de Son mécontentement. Tout en accomplissant les actes qui plaisent à Allah, ils doivent s’efforcer d’abandonner ceux qui provoquent Son mécontentement. Mais l’être humain, faible, ne peut que s’efforcer dans ce domaine ; réussir pleinement est une entreprise extrêmement difficile. Que des erreurs soient commises est tout à fait naturel. Allah est Pardonneur, Ghafûr, et Miséricordieux. Il a laissé ouverte la porte du repentir afin que l’on puisse être délivré de ces erreurs. Le repentir signifie revenir. Lorsqu’une erreur est commise dans un moment de faiblesse, demander pardon à Allah avec regret et remords, puis revenir sur le droit chemin : voilà ce qu’est le véritable repentir. Ne peuvent toutefois bénéficier ainsi des fruits du repentir que ceux qui s’efforcent sincèrement d’obtenir la satisfaction d’Allah et d’éviter Son mécontentement, et qui s’examinent eux-mêmes pour vérifier si leur effort comporte quelque défaut ou manquement. Selon les paroles de Hazrat Ali : « Hâsibû qabla an tuhâsabû » — faites votre propre examen avant d’avoir à rendre des comptes devant Allah. Ainsi, le repentir est mentionné comme la première et la plus importante caractéristique de ceux qui ont vendu leur vie et leurs biens à Allah et qui ont fait le serment de lutter sur Son chemin ; cela signifie qu’à la lumière de ce serment, ils sont habitués à s’autocritiquer dans l’accomplissement de leurs responsabilités et de leurs devoirs.
Sept : Ceux qui veulent établir, dans la vie des êtres humains et partout sur la terre d’Allah, la servitude et l’adoration d’Allah seul, et qui veulent renverser la domination et l’influence de tout autre qu’Allah, doivent faire de leur vie personnelle l’incarnation de l’adoration d’Allah. Afin d’acquérir la capacité de L’adorer en permanence, ils doivent s’acquitter pleinement des droits des adorations rituelles. Avec une sincérité absolue, ils accompliront la prière, la zakât, le jeûne, le hajj et les autres actes semblables, avec toute l’intensité de leurs sentiments et toute leur dévotion et leur révérence. Ils considéreront en particulier la prière comme le moyen de l’Ascension spirituelle, ou d’obtenir la proximité d’Allah.
Huit : Ils ne s’inclineront devant personne dans la création ; ils ne se soucieront donc ni des louanges ni des éloges de quiconque. Ils ne loueront qu’Allah. « Allahu akbar wa lillâhil-hamd » sera leur parole quotidienne. Leur cœur et leur langue seront consacrés à proclamer la sainteté d’Allah, à Le glorifier et à déclarer Sa grandeur et Sa souveraineté. Ils répéteront constamment : « Subhânallâhi wal-hamdu lillâhi lâ ilâha illallâhu Allahu akbar. » « Allahu akbaru kabîran, wal-hamdu lillâhi kathîran, wa subhânallâhi bukratan wa asîlan. » « Subhânallâhi wa bihamdihî, subhânallâhil-‘azîm, wa bihamdihî astaghfiru », ainsi que d’autres tasbîh.
Neuf : Avec une satisfaction profonde, ils s’inclineront et se prosterneront devant Allah. C’est Allah Lui-même qui a ordonné de se prosterner devant Lui, de se prosterner pleinement, afin d’obtenir Sa proximité. Il a dit : « Prosterne-toi et rapproche-toi. »
Dix : Après s’être inclinés et prosternés de tout cœur devant Allah et avoir trouvé une satisfaction et une paix profondes, ces gens ne resteront pas assis chez eux. Ils ne se limiteront pas aux quatre murs de la mosquée. Ils ne quitteront pas la société pour adopter une vie monastique dans quelque lieu isolé et solitaire ; au contraire, ils parcourront la société humaine, sur la terre d’Allah, en s’efforçant d’y établir Sa souveraineté. Pour proclamer, étendre et établir la religion d’Allah, ils parcourront la terre d’Allah en tous sens. En suivant cette voie, les attraits de la vie matérielle ne pourront pas leur barrer le chemin.
Onzièmement : c’est ainsi qu’ils ordonnent aux serviteurs d’Allah d’obéir aux commandements d’Allah et les empêchent de suivre les forces rebelles à Dieu, autres qu’Allah. Ils assument avec rigueur la lourde responsabilité de guider les gens vers la bonne voie et de les détourner de la mauvaise voie.
Douzièmement : leur véritable identité est celle de soldats d’Allah. C’est pourquoi, dans leur rôle de soldats, ils monteront la garde sur les limites fixées par Allah. Afin que nul ne puisse transgresser les limites qu’Allah a établies entre le juste et l’injuste, entre la vérité et le mensonge, ainsi que les limites du licite et de l’illicite qu’Allah a déterminées, ceux qui ont embrassé la ‘ubûdiyya d’Allah doivent constamment tenir le rôle de gardiens vigilants et infatigables. Aussi pénible que puisse être ce travail de surveillance et de garde, ils doivent absolument l’accomplir. Au besoin, ils doivent risquer leur vie.
Les serviteurs d’Allah qui, en assumant les responsabilités difficiles et éprouvantes décrites ci-dessus, se trouvent parfois épuisés, parfois entravés, parfois abattus et parfois sur le point d’être accablés par le désespoir, voient alors se présenter devant eux, comme un nectar vivifiant, la parole d’Allah : « Cherchez l’aide d’Allah par la patience et la prière. » Il est impossible d’exprimer avec des mots combien il est alors délicieux d’entendre cette parole et de la mettre en pratique. Seule la personne concernée peut réellement en faire l’expérience.
Les serviteurs d’Allah qui atteignent ce degré par leurs œuvres et leur activité concrète doivent, à un certain stade, renoncer à dépendre de toute chose du monde créé et ne placer leur confiance qu’en Allah. À cet instant, ils doivent invoquer Allah du fond du cœur ; cet appel procure un tel plaisir que le Maître suprême, Allah, y répond également avec une extrême promptitude. C’est précisément à un tel moment, parvenu à un tel degré, qu’un ordre vient de la part d’Allah :
يأَيُّهَا الَّذِينَ آمَنُوا اذْكُرُوا اللهَ ذِكْرًا كَثِيرًا ، وَسَبِّحُوهُ بُكْرَةً وَأَصِيلا هُوَ الَّذِي يُصَلِّي عَلَيْكُمْ وَمَلْئِكَتُهُ لِيُخْرِجَكُمْ مِّنَ الظُّلُمَتِ إِلَى النُّورِ وَكَانَ بِالْمُؤْمِنِينَ رَحِيمًا تَحِيَّتُهُمْ يَوْمَ يَلْقُونَهُ سَلْمٌ ، وَأَعَدَّ لَهُمْ أَجْرًا كَرِيمًا
« Ô vous qui croyez, invoquez abondamment Allah. Glorifiez Sa pureté matin et soir, c’est-à-dire à tout moment. Il vous accorde Sa miséricorde, et Ses anges prient Allah afin qu’Il vous accorde Sa miséricorde. Ainsi, Allah veut vous faire sortir des ténèbres pour vous conduire vers la lumière. Il est certes très miséricordieux envers les croyants. » (Sourate Al-Ahzab : 41-44)
Arrivé à ce point, Allah dirige le regard de Son serviteur au-delà de ce monde, vers l’au-delà. La meilleure récompense de leurs efforts et de leur lutte acharnée dans cette vie est la récompense de l’au-delà. Ainsi, même si, en raison des adversités de ce monde, quelqu’un ne connaît pas la réussite matérielle au cours de sa vie, cela n’a aucune importance. Le jour où ils bénéficieront de la proximité d’Allah, contempleront Allah et se présenteront devant Lui, le Maître des cieux et de la terre, le Maître du Trône sublime, les accueillera avec honneur et leur souhaitera la bienvenue par le salut de paix. Là, Il a préparé pour les croyants et pour ceux qui préservent correctement le rang dû à la ‘ubûdiyya d’Allah une récompense honorable. Plus le désir de recevoir cette meilleure récompense promise par Allah pour la vie de l’au-delà, cette récompense du plus grand honneur, est intense dans leur cœur, plus il leur devient facile de s’acquitter des droits de la ‘ubûdiyya, de maintenir une relation véritable avec Allah en dépit de tous les obstacles, adversités et regards réprobateurs de ce monde, et d’approfondir constamment cette relation.
Dhikr et invocation
Le moyen le plus important et le plus efficace d’acquérir la proximité d’Allah est le dhikr et l’invocation. Allah, exalté soit-Il, a dit :
فَاذْكُرُونِي أَذْكُرُكُمْ – (البقرة : ١٥٢)
« Souvenez-vous de Moi, et Je me souviendrai de vous. »
ادْعُونِي أَسْتَجِبْ لَكُمْ .
« Invoquez-Moi, et Je répondrai à votre invocation. » (sourate Al-Mu’min : 60)
En vérité, c’est lorsque le serviteur invoque Allah avec la certitude qu’Il lui répondra, et qu’Allah se souvient également de l’un de Ses serviteurs, que ce serviteur devient capable d’atteindre la proximité d’Allah. Certes, bien que le dhikr et le du‘â paraissent distincts en apparence, le du‘â n’est en réalité qu’un moyen de pratiquer le dhikr. Dans ce livret, nous aborderons brièvement l’importance du dhikr, sa signification et sa méthode. Nous tenterons également d’examiner, dans un chapitre distinct, ce qu’est le du‘â, ainsi que ses éléments nécessaires et sa méthode, incha Allah.
L’importance du dhikr
1
يأَيُّهَا الَّذِينَ آمَنُوا اذْكُرُوا اللهَ ذِكْرًا كَثِيرًا لَا وَسَبِّحُوهُ بُكْرَةً وأصيلا ا ( الاحزاب : ٤١-٤٢)
« Ô vous qui croyez, évoquez abondamment Allah. Et proclamez Sa sainteté matin et soir. »
2
فَاذْكُرُونِي أَذْكُرْكُمْ وَاشْكُرُولِي وَلَا تَكْفُرُونَ (البقر : ١٥٢)
« Souvenez-vous de Moi, et Je me souviendrai de vous. Rendez-Moi grâce et ne soyez pas ingrats. » (sourate Al-Baqara : 152)
3
واذكر ربك كثيراً وسَبِّحُ بِالْعَشِي وَالإِبكار .
« Évoque abondamment ton Seigneur et proclame Sa sainteté matin et soir. » (sourate Âl ‘Imrân : 41)
4
وَاذْكُر ربيكَ فِي نَفْسِكَ تَضَرُّعًا وخيفة ودون الْجَهْرِ مِنَ الْقَوْلِ بِالْغُدُو والا صال ولا تَكُن مِّنَ الفعلين (الاعراف : (٢٠٥)
5
« Invoque ton Seigneur intérieurement, avec ferveur et crainte, et non à voix haute. Invoque-Le ainsi matin et soir. Et ne sois jamais inattentif à cet égard. (Sourate Al-A‘râf : 205)
6
واذكر اسم ربك وتبتل إليه تبتيلا (المزمل : (۸)
« Invoque le nom de ton Seigneur, détache-toi de toute chose et attache-toi à Lui. » (Sourate Al-Muzzammil : 8)
7
وَاذْكُرِ اسْمَ رَبِّكَ بكرة وأصيلام ( الدهر : (٢٥)
« Évoque le nom de ton Seigneur matin et soir. »
فَإِذَا قَضَيْتُمُ الصَّلوةَ فَاذْكُرُوا الله قِيَامًا وَقُعُودًا وَعَلَى جُنُوبِكُمْ ،
« Puis, lorsque vous aurez achevé la prière, invoquez Allah debout, assis et également couchés. » (Sourate An-Nisâ : 103)
8
فَاذْكُرُوا أَلَاءَ اللَّهِ وَلَا تَعْثَوْ فِي الْأَرْضِ مُفْسِدِينَ (الاعراف : ٧٤)
« Puis, souvenez-vous des bienfaits d’Allah. Et ne semez pas la corruption sur la terre. » (Sourate Al-A‘râf : 74)
9
خُنُوا مَا أَتَيْنُكُم بِقُوَّةٍ وَذْكُرُوا مَا فِيهِ لَعَلَّكُمْ تَتَّقُونَ (الاعراف : (۱۷۱)
« Attachez-vous fermement à ce que Nous vous avons apporté et souvenez-vous de tout ce qu’il contient, afin que vous puissiez réussir. » (Sourate Al-A‘raf : 171)
Ainsi, nous trouvons l’ordre de pratiquer le dhikr dans d’innombrables versets du Noble Coran. Le Coran présente la question du dhikr d’une manière qui donne l’impression que le dhikr d’Allah constitue l’essence de toutes les adorations. Allah Ta‘ala a dit :
أقم الصلوةَ لِذِكْرِى .
« Accomplis la prière pour Mon dhikr. » (Sourate Taha : 14)
أقم الصلوة ، إِنَّ الصَّلوةَ تَنْهَى عَنِ الْفَحْشَاءِ وَالْمُنْكَرِ ، وَلَذِكْرُ اللَّهِ أكبر
« Accomplis la prière ; certes, la prière détourne l’homme de la turpitude et du blâmable, et le dhikr d’Allah est certes une chose majeure, ou le sujet principal. » (Sourate Al-‘Ankabut : 45)
قَدْ أَفْلَحَ مَنْ تَزَكَّى وَذَكَرَ اسْمَ رَبِّهِ فَصَلَّى
« Réussira certes celui qui s’efforce de se purifier, pratique le dhikr du nom d’Allah et accomplit la prière. » (Sourate Al-A‘la : 14-15)
فَإِذَا قُضِيَت الصلوة فَانتَشيرُوا فِي الْأَرْضِ وَابْتَغُوا مِنْ فَضْلِ اللَّهِ وَاذْكُرُوا اللهَ كَثِيرًا –
« Après la prière, dispersez-vous sur la terre d’Allah. Cherchez la faveur d’Allah, c’est-à-dire une subsistance licite, et invoquez abondamment Allah. » (Sourate al-Jumu‘a : 10)
Ainsi, pour s’acquitter dûment du dhikr auquel Allah Ta‘ala a accordé une si grande importance, il est absolument indispensable de bien comprendre ce qu’est le dhikr, ainsi que ses moyens et ses méthodes.
Le sens du dhikr
Le sens littéral du dhikr est de se souvenir de quelque chose ; il peut également signifier le fait de décrire. Se rappeler quelque chose ou le garder à l’esprit peut être appelé le dhikr du cœur. Et parler de quelque chose oralement peut être appelé le dhikr de la langue. En donnant l’ordre d’accomplir la prière du vendredi, Allah Ta‘ala dit :
إِذَا نُودِي الصَّلوةِ مِن يَوْمِ الْجُمُعَةِ فَاسْعَوْا إِلَى ذِكْرِ اللهِ .
« Lorsque l’appel à la prière est lancé le vendredi, accourez vers l’invocation d’Allah. » (Sourate al-Jumu‘a : 9)
Ici, par dhikr, on entend le sermon du vendredi, par lequel on fait entendre aux fidèles les paroles d’Allah et Ses commandements et prescriptions. Le sermon est entièrement un discours. Allah Ta‘ala l’a également désigné sous le nom de dhikr.
Le dhikr d’Allah est un terme particulier du Coran. Le Coran l’a employé dans un sens spécifique qui lui est propre. Si nous examinons avec une profonde attention les versets du Coran où le terme dhikr est mentionné, nous pourrons facilement en saisir ce sens particulier.
La première exigence du dhikr d’Allah est que la conception correcte de l’Essence, des attributs et des prescriptions d’Allah soit profondément établie dans le cœur du croyant.
La deuxième exigence du dhikr d’Allah est de parler de vive voix de la conception correcte de l’Essence, des attributs et des prescriptions d’Allah qui est établie dans son cœur et son esprit, afin de l’y affermir davantage. Il en parlera également avec autrui afin de lui transmettre cette conception. La troisième exigence du dhikr d’Allah est de diriger sa vie pratique à la lumière de cette conception établie dans son cœur et son esprit.
Le dhikr qalbî
Lorsque, dans l’Imân Mujmal, nous proclamons notre foi en Allah, nous nous engageons à croire en Allah et à respecter Ses prescriptions ; il s’agit en réalité d’une promesse faite à Allah. Se rappeler constamment cette promesse ou cet engagement dans son cœur et son esprit, c’est cela le dhikr qalbî, ou dhikr du cœur.
Dans l’Imân Mujmal, nous prenons essentiellement trois engagements.
Premièrement : nous n’entretenons aucune conception de l’Essence d’Allah qui soit différente de celle qu’Il a fait connaître par l’intermédiaire des prophètes et messagers, en particulier par le dernier Prophète et le dernier Livre. En gardant à l’esprit la description qu’Il a donnée de Son Essence dans le Coran, notamment dans la sourate Al-Ikhlâs, nous considérons Son Essence comme une et unique. Nous croyons également qu’Il n’a besoin de personne, qu’Il n’est l’enfant de personne et que personne n’est né de Lui. Nul ne peut Lui être comparable.
Deuxièmement : nous croyons exactement à la description qu’Allah a donnée de Ses attributs. Nous croyons également que, tout comme Il n’a aucun associé dans Son Essence, personne ne partage non plus Ses attributs.
Troisièmement : la foi sincère et véritable en l’Essence et aux attributs d’Allah implique nécessairement de s’engager à respecter toutes Ses prescriptions, Ses commandements et Ses interdictions. Il faut donc maintenir son cœur et son esprit en état d’alerte et de vigilance concernant ce qu’Allah a ordonné et ce qu’Il a interdit. C’est pourquoi nous avons notamment dû invoquer Allah en ces termes : « Ô Allah ! Accorde-nous la capacité de comprendre le vrai en tant que vrai et de le suivre, et de reconnaître le faux en tant que faux et de le délaisser. » De même, il faut prendre des mesures concrètes pour connaître le vrai et le faux, et pour accepter l’un et rejeter l’autre. Ainsi, il faut maintenir fermement et consciemment dans son cœur et son esprit la conception des prescriptions d’Allah, c’est-à-dire du vrai et du faux. Le processus et l’effort consistant à maintenir ainsi ces trois éléments vivants dans le cœur et l’esprit peuvent être désignés comme le dhikr du cœur, ou dhikr qalbî.
Le dhikr de la langue
Afin de graver profondément ces trois points dans l’esprit, ou afin de les enseigner à d’autres serviteurs d’Allah, il faut les énoncer oralement, en discuter et les mettre en pratique. C’est ce que nous appellerons le dhikr verbal, ou dhikr de la langue.
Le dhikr pratique
Si quelqu’un établit fermement dans son cœur les points mentionnés plus haut et en parle sincèrement de vive voix, sa vie réelle ne peut suivre une voie contraire. Bien plus, tout comme l’expression et la représentation de la foi intérieure se manifesteront dans ses paroles, elles se manifesteront également dans l’ensemble de ses activités, de ses transactions, de ses actes et de son comportement moral dans la vie réelle. C’est ce que nous pouvons appeler le dhikr réel, ou dhikr pratique.
En d’autres termes, nous pouvons également appeler le dhikr de la langue un témoignage verbal de la vérité, et le dhikr pratique un témoignage réel de la vérité.
Exemples des trois niveaux du dhikr
Entretenir dans son cœur et son esprit une conception correcte de l’Essence d’Allah constitue le dhikr du cœur. Proclamer cette conception et cette conviction, c’est-à-dire déclarer : « Nous ne reconnaissons personne comme associé à l’Essence d’Allah », constitue le dhikr de la langue. Ne reconnaître en pratique aucun associé à l’Essence d’Allah constitue le dhikr pratique. Entretenir une conception correcte des attributs d’Allah et ne considérer personne comme associé à Ses attributs constitue le dhikr du cœur. Déclarer et diffuser oralement cette conviction et ces idées constitue le dhikr verbal, ou dhikr de la langue. Vivre réellement en tant qu’adepte du tawhid pur, sans attribuer à quiconque une part dans les attributs d’Allah, c’est cela le dhikr pratique.
De même, graver dans son esprit comment observer chacun des commandements d’Allah, quelles actions Allah a ordonné d’accomplir et quelles actions Il a interdites, constitue le dhikr du cœur. Par exemple, Allah a ordonné d’accomplir la prière, de jeûner, de donner la zakat et d’accomplir le pèlerinage ; Il a ordonné de s’abstenir de l’alcool, des jeux de hasard et de l’usure ; Il a interdit de donner un poids inférieur à la quantité due et a ordonné de bien se comporter envers les proches parents et les voisins. S’efforcer de maintenir fermement ces directives d’Allah dans son cœur et son esprit constitue le dhikr du cœur. En discuter oralement — pour accroître ses propres connaissances et sa compréhension, ou pour les faire entendre et les enseigner à autrui — constitue le dhikr verbal, ou dhikr de la langue. Mettre réellement ces actions en œuvre constitue le dhikr réel, ou dhikr pratique.
Les moyens et les méthodes du dhikr
Il existe trois moyens conformes à la Sunna pour pratiquer le dhikr.
(1) La salat
(2) La récitation du Coran
(3) Les différentes formules de dhikr de la voie sunnite et les invocations enseignées par le Prophète (paix et bénédiction sur lui).
La salat
En réalité, la salat nous encourage constamment à pratiquer les trois niveaux susmentionnés. Concernant le but de la salat, il est dit dans la sourate Tâ-Hâ :
أَقِمِ الصَّلوةَ لِذِكْرِي .
« Accomplis la salat pour Mon rappel. » (sourate Tâ-Hâ : 14)
Il est dit dans la sourate Al-‘Ankabût :
أقم الصلوةَ إِنَّ الصَّلوةَ تَنْهَى عَنِ الْفَحْشَاءِ وَالْمُنْكَرِ وَلَذِكْرُ اللَّهِ أكبر
« Accomplis la salat ; certes, la salat détourne l’être humain de la turpitude et des actes répréhensibles. Mais l’évocation d’Allah est assurément la chose la plus importante. » (sourate Al-Ankabut : 45)
En réalité, la salat nous entraîne aux trois types de dhikr. Dans la salat, nous récitons certaines invocations et certaines paroles uniquement intérieurement. Cela constitue un entraînement au dhikr du cœur. Nous prononçons certaines invocations et certaines paroles à voix haute. Cela constitue un entraînement au dhikr de la langue, ou dhikr al-lisân. Et, concrètement, par la salat, le fait de se tenir avec adab devant Allah en Le sachant présent et observateur, ainsi que de se soumettre réellement à Lui par le roukou‘ et la prosternation, entre autres actes, constitue un entraînement au dhikr pratique, ou dhikr al-‘amalî.
La récitation du Coran
Après la salat, le meilleur dhikr conforme à la voie de la Sunna est la récitation du Coran. L’un des noms du Noble Coran est le Dhikr. Allah le Très-Haut a déclaré :
إِنَّا نَحْنُ نَزَّلْنَا الذِّكْرَ وَإِنَّا لَهُ لَحَفِظُونَ .
« C’est Nous qui avons fait descendre le Dhikr, et c’est assurément Nous qui le préserverons. » — (sourate Al-Hijr : 9)
Ici, par Az-Zikr, il faut entendre le Noble Coran lui-même. Allah a également déclaré :
لقَد يَسَّرْنَا الْقُرْآنَ لِلذِّكْرِ فَهَلْ مِنْ مُّدَّكِرٍه
« J’ai certainement rendu le Coran facile pour le dhikr (ici, le dhikr signifie accepter l’exhortation). Y a-t-il donc quelqu’un qui puisse en tirer une exhortation ? » (sourate Al-Qamar : 22)
La récitation du Coran peut avoir lieu pendant la salat comme en dehors de la salat. Le Noble Prophète (paix et salut d’Allah sur lui) récitait généralement les grandes sourates du Noble Coran pendant la salat de tahajjud à la fin de la nuit, et, avant de se coucher, plusieurs petites sourates parmi celles des 27e, 28e et 29e juz’.
Nous pouvons établir, selon nos convenances, une règle précise pour la récitation. Mais nous pouvons également prendre l’habitude de réciter à tout moment, sans aucune règle particulière, le Coran d’Allah, que nous le lisions directement ou de mémoire, pendant la salat ou en dehors de celle-ci.
Pour la récitation, il est indispensable d’acquérir la capacité de réciter correctement, tout comme il est indispensable d’acquérir la capacité d’en comprendre le sens. En réalité, si l’on récite sans en comprendre le sens, il est impossible de tirer de cette récitation le bénéfice du dhikr. Le Coran est un dhikr en ce sens qu’il permet de connaître les commandements et les interdictions d’Allah. Il permet également de connaître les conséquences du respect ou du non-respect de ces commandements et interdictions. Comment pourrait-on le savoir sans en comprendre le sens ?
La du‘a
Le troisième moyen de pratiquer le dhikr est la du‘a. Dans Son Livre, le Noble Coran, Allah a Lui-même enseigné à Ses serviteurs d’innombrables du‘as, afin que nous L’invoquions dans ces termes. Bien plus, Il nous a ordonné de L’invoquer. Puisque l’adoration consiste à obéir à Son ordre, la du‘a est donc également une adoration ; on a même appelé la du‘aمخ العبادة l’essence de l’adoration.
Allah, qui a ordonné de faire des du‘as et en a enseigné les formulations, a également exhorté Son Prophète bien-aimé à inviter sa communauté, afin de se rapprocher d’Allah, à L’invoquer pour chacun de ses besoins, parallèlement à la salat et à la récitation du Coran. De même qu’il a insisté sur l’importance d’invoquer Allah dans les termes du Coran, il a aussi, sur l’ordre d’Allah (par l’intermédiaire de la révélation non récitée), enseigné lui-même certaines formulations de du‘a. En outre, afin que nous puissions rester constamment occupés au dhikr d’Allah à différents moments du jour et de la nuit, dans nos diverses activités, il nous a enseigné des tasbih et des du‘as particuliers. En les mettant en pratique, nous pouvons rester constamment absorbés dans le dhikr, conformément à ce qu’Allah attend de nous. Nous pouvons pratiquer le dhikr d’Allah à travers toutes nos activités. Allah a exprimé ainsi ce qu’Il attend de nous :
الَّذِينَ يَذْكُرُونَ اللَّهَ قِيَامًا وَقُعُودًا وَعَلَى جُنُوبِهِمْ وَيَتَفَكَّرُونَ فِي خَلْقِ السموت والأَرْضِ ، رَبَّنَا مَا خَلَقْتَ هُذَا بَاطِلاً سُبْحَانَكَ فَقِنَا عَذَابٌ النَّارِه
« Ceux qui sont doués de compréhension sont ceux qui pratiquent le dhikr d’Allah debout, assis et couchés, et méditent sur les mystères de la création des cieux et de la terre. (Ainsi, ils découvrent la logique et la réalité du tawhid et de l’au-delà, et déclarent 🙂 Ô notre Seigneur, Tu n’as pas créé tout cela en vain. Préserve-nous donc du châtiment du Feu. » — (sourate Al-Imran : 191)
Dans le domaine de l’invocation, trois éléments doivent d’abord être clairs pour celui qui invoque.
Premièrement : auprès de qui invoque-t-il ? Connaît-il l’identité véritable, la dignité véritable et la puissance véritable de Celui auprès de qui il invoque ?
Deuxièmement : celui qui invoque a-t-il un lien avec Celui auprès de qui il invoque ? Si oui, de quelle nature est ce lien ?
Troisièmement : pour quoi invoquera-t-il, et que demandera-t-il dans son invocation ?
Il convient de préciser que nous avons déjà donné quelques indications à ce sujet au début de ce livret*. Bien plus, c’est précisément ce sujet qui a été traité comme le thème central de notre livret. En dehors des trois points mentionnés, il faut encore connaître trois autres éléments concernant l’invocation. L’invocation n’est pas une formule magique dont la simple récitation permettrait d’obtenir ce que l’on veut. Elle est au contraire l’un de nos actes d’adoration. Si nous en accomplissons le dû, obtenir quelque chose de ce que nous demandons n’est pas le plus important : il devient également possible de satisfaire Allah. Pour chaque parole de l’invocation, une récompense doit assurément être inscrite dans notre registre des œuvres.
Le premier des trois autres éléments que nous souhaitons mentionner concernant l’invocation est le suivant : pour obtenir la chose au sujet de laquelle il souhaite invoquer Allah, celui qui invoque doit d’abord prendre une décision. Il doit former en son for intérieur une ferme résolution. Deuxièmement, il doit prendre des mesures concrètes conformément à cette décision et à cette résolution. Troisièmement, il doit déployer, dans la mesure de ses capacités, tous ses efforts et s’évertuer de toutes ses forces à obtenir la chose ou à accomplir l’œuvre qu’il désire. Mais, au lieu de compter sur ses propres efforts pour réussir, il s’en remettra à l’aide d’Allah. Et tout en accomplissant pleinement les efforts qui lui incombent, il implorera humblement Allah. D’une voix profondément suppliante, il exprimera à Allah les désirs et les aspirations de son cœur, sollicitant Son aide. Allah a déclaré qu’Il s’est chargé de faire parvenir à leur objectif ceux qui prennent la décision et la ferme résolution d’accomplir une bonne œuvre, s’y consacrent avec ardeur et implorent instamment l’aide d’Allah. Voici la déclaration d’Allah :
وَالَّذِينَ جَاهَدُوا فِينَا لَنَهْدِيَنَّهُمْ سُبُلَنَا .
« Ceux qui s’efforcent et luttent dans Ma voie, Je les guiderai certainement vers Mon chemin. » (Sourate al-Ankabut : 69)
L’un des convenances essentielles de l’invocation est que celui qui invoque, gardant à l’esprit la connaissance véritable d’Allah, se remette à Lui avec une profonde humilité, entre la crainte de Son châtiment et l’espoir en Sa miséricorde. De même que le défunt se trouve entre les mains de celui qui le lave — il ne peut rien faire lui-même, et celui qui le lave peut le tourner et le retourner comme il le souhaite — le serviteur doit exposer ainsi son impuissance devant Allah et Lui demander de tout son cœur Son aide.
Allah le Très-Haut connaît même les désirs secrets de nos cœurs. Il n’est donc pas nécessaire de L’invoquer à très haute voix. Il n’est nullement besoin de crier ainsi à tue-tête, ne serait-ce que pour se faire entendre d’Allah. Toutefois, afin de susciter en soi une émotion empreinte de crainte du châtiment d’Allah et d’espoir en Sa miséricorde, on peut employer une voix mesurée, suffisamment audible pour soi-même. Ainsi, le sens et la portée des paroles de l’invocation peuvent exercer une influence et produire un effet sur l’esprit et le cœur, voire sur la vie pratique.
Allah, le Seigneur des mondes, est le Créateur de tous les êtres humains. Il a enseigné une langue à chacun d’eux. Nous pouvons donc Lui exprimer ce que nous avons au cœur dans n’importe quelle langue. Il connaît et comprend même les désirs et les aspirations inexprimés de nos cœurs, sans qu’ils passent par la parole. Ainsi, chacun peut invoquer Allah comme il le souhaite et dans la langue qu’il souhaite. Mais nous ne savons pas véritablement ce qui est bénéfique ou nuisible pour nous. Ce que nous considérons comme bénéfique peut en réalité nous être nuisible, et ce que nous considérons comme nuisible peut nous être bénéfique. Il est donc absolument indispensable de comprendre ce qui est dit dans les invocations qu’Allah et Son Messager nous ont enseignées. Si quelqu’un n’est pas en mesure de mémoriser les invocations en arabe, il en tirera certainement profit s’il invoque Allah dans sa propre langue, en gardant à l’esprit la traduction bengalie de ces invocations et en Lui demandant tout ce qu’elles contiennent.
L’importance de l’invocation
Dans ce livret, nous nous efforcerons, si Allah le veut, de mentionner une partie des invocations enseignées par le Coran d’Allah et par Son Messager, avec leur signification. Auparavant, voici quelques versets et hadiths concernant l’importance de l’invocation.
Versets
1
وَقَالَ رَبُّكُمُ ادْعُونِي أَسْتَجِبْ لَكُمْ ، إِنَّ الَّذِينَ يَسْتَكْبِرُونَ عَنْ عِبَادَتِي سَيَدْخُلُونَ جَهَنَّمَ دَاخِرِينَ (المؤمن : (٦٠)
« Votre Seigneur a dit : Invoquez-Moi, Je vous répondrai. Ceux qui, par orgueil et arrogance, se détournent de Mon adoration entreront très certainement bientôt en Enfer, humiliés. »
2
ادْعُوا رَبَّكُمْ تَضَرُّعًا وَخَفِيَةً إِنَّهُ لَا يُحِبُّ الْمُعْتَدِينَ
« Invoquez votre Seigneur avec humilité et discrétion. Il n’aime pas les transgresseurs. » (Sourate Al-A‘râf : 55)
3
وَإِذَا سَأَلَكَ عِبَادِي عَنِّي فَإِنِّي قَرِيبٌ أُجِيبُ دَعْوَةَ الدَّعِ إِذَا دَعَانِ لا فَلْيَسْتَجِيبُوا لِي وَلِيُؤْمِنُوا بِي لَعَلَّهُمْ يَرْشُدُونَ
« Lorsque Mes serviteurs t’interrogent à Mon sujet, dis-leur que Je suis assurément tout proche d’eux. Chaque fois que quelqu’un M’invoque, Je lui réponds immédiatement. Qu’ils répondent donc à Mon appel et qu’ils croient en Moi comme il se doit. Fais-le-leur entendre afin qu’ils puissent atteindre le but ultime sur le chemin de la guidée. » (Sourate Al-Baqara : 186)
8
وَمَنْ يَعْمَلْ سُوءًا أَوْ يَظْلِمُ نَفْسَهُ ثُمَّ يَسْتَغْفِرِ اللَّهِ يَجِدِ اللَّهَ غَفُورُ رحيمان
« Ceux qui commettent une mauvaise action ou se font du tort à eux-mêmes, puis implorent le pardon d’Allah, trouveront Allah Pardonneur. » (Sourate An-Nisâ : 110)
Hadith
1
تَضَرَّعُوا إِلَى رَبِّكُمْ وَادْعُوهُ فِي الرِّخَاءِ فَإِنَّ اللَّهَ قَالَ مَنْ دَعَانِي فِي
الرِّخَاءِ أَجَبْتُهُ فِي الشَّدَّةِ وَمَنْ سَأَلَنِي أَعْطَيْتُهُ وَمَنْ تَوَضَعَ لِي رَفْعَتُهُ وَمَنْ تَضَرعَ إِلَى رَحْمَتِهِ وَمَنِ اسْتَغْفَرَ لِي غَفَرْتُ لَهُ (الحديث الربيع)
« Implorez votre Seigneur avec humilité et insistance ; invoquez-Le dans vos moments de bien-être, car Allah a dit : “Celui qui M’invoquera dans ses moments de bien-être, Je répondrai à son invocation dans l’adversité. Celui qui Me demandera, Je lui donnerai. Celui qui s’humiliera devant Moi, Je l’élèverai à un rang élevé. Celui qui M’implorera, Je lui ferai miséricorde. Et celui qui Me demandera pardon, Je lui pardonnerai.” » — (Minhâj al-Sâlihîn)
2
خَيْرُ الدُّعَاءِ الاسْتِغْفَارُ
« La meilleure invocation est l’istighfâr. » (Al-Bukhari)
3
مَا مِنْ رَجُلٍ يَذْنِبُ ذَنْبًا ثُمَّ يَقُومُ فَيَتَطَهُرُ ثُمَّ يُصَلَّى فَيَسْتَغْفِرُ اللهَ الا غَفَرَ اللهُ ثُمَّ قَرَأَ وَالَّذِينَ إِذَا فَعَلُوا فَاحِشَةً أَوْ ظَلَمُوا أَنْفُسَهُمْ ذَكَرُوا اللَّهَ فَاسْتَغْفَرُوا لِذُنُوا بِهِمْ وَمَن يَغْفِرُ الذُّنُوبَ إِلَّا اللَّهُ وَلَمْ يُصْبَرُوا عَلَى مَا فَعَلُوا وَهُمْ
يَعْلَمُونَ (بخاری)
« Si une personne, après avoir commis un péché, accomplit les ablutions, prie et demande pardon à Allah seul, Allah lui pardonne assurément. Ensuite, le Messager d’Allah récita ce passage du Coran : “(Voici le portrait des habitants du Paradis 🙂 lorsqu’ils commettent une turpitude ou se font du tort à eux-mêmes, ils se souviennent aussitôt d’Allah, puis Lui demandent pardon pour leurs péchés — et ils ne persistent pas sciemment dans de tels péchés. Car nul autre qu’Allah ne peut pardonner les péchés.” » (Al-Bukhari)
8
وَعَنْ أَبِي هُرَيْرَةَ رَضِيَ اللهُ عَنْهُ قَالَ سَمِعْتُ رَسُولُ اللَّهِ صَلَّى اللهُ عَلَيْهِ وَسَلَّمَ يَقُولُ : وَاللهِ أَنِّي لا يَسْتَغْفِرُ اللَّهَ وَأَتُوبُ إِلَيْهِ فِي الْيَوْمِ أَكْثَرُ مِنْ سَبْعِينَ مَرَّةً (بخاری)
« Abû Hurayra (qu’Allah l’agrée) a dit : J’ai entendu le Messager d’Allah (paix et salut d’Allah sur lui) dire : Par Allah, je me repens et demande pardon à Allah plus de soixante-dix fois par jour. » (Al-Bukhari)
Les invocations du Noble Coran
ربَّنَا آتِنَا فِي الدُّنْيَا حَسَنَةً وَفِي الْآخِرَةِ حَسَنَةً وَقِنَا عَذَابَ النَّارِ
« Seigneur, notre Maître, accorde-nous le bien ici-bas et le bien dans l’au-delà, et préserve-nous du feu de l’Enfer. » — (sourate Al-Baqara : 201)
رَبَّنَا أَفْرِغْ عَلَيْنَا صَبْرًا وَثَبِّتْ أَقْدَامَنَا وَانْصُرْنَا عَلَى الْقَوْمِ الْكَافِرِينَ *
« Seigneur, notre Maître, accorde-nous la capacité de faire preuve de patience, affermis nos pas et accorde-nous la victoire sur les mécréants. » — (sourate Al-Baqara : 250)
رَبَّنَا لَا تُؤَاخِذْنَا إِن نَّسِينَا أَوْ أَخْطَانًا ، رَبَّنَا وَلَا تَحْمِلْ عَلَيْنَا إِصْرًا كَمَا حَمَلْتَهُ عَلَى الَّذِينَ مِنْ قَبْلِنَا ، رَبَّنَا وَلَا تُحَمِّلْنَا مَالَا طَاقَةَ لَنَا بِهِ E وَاعْفُ عَنَّا الله وَاغْفِرْ لَنَا الله وَارْحَمْنَا اللهُ أَنْتَ مَوْلُنَا فَانْصُرْنَا عَلَى الْقَوْمِ الْكَفِرِينَ
Seigneur, notre Maître, si nous avons oublié ou commis une erreur, ne nous en tiens pas rigueur. Ne nous impose pas un fardeau aussi lourd — épreuve ou châtiment — que celui que Tu as imposé à ceux qui nous ont précédés. Ne nous impose pas non plus un fardeau que nous n’avons pas la force de porter. Pardonne nos fautes et nos manquements. Absous nos péchés. Fais-nous miséricorde. Tu es notre Maître. Accorde-nous donc la victoire sur les mécréants. » (sourate Al-Baqara : 286)
رَبَّنَا لا تُزِغْ قُلُوبَنَا بَعْدَ إِذْ هَدَيْتَنَا وَهَبْ لَنَا مِنْ لَدُنْكَ رَحْمَةً ، إِنَّكَ أَنْتَ الوهاب
« Ô Seigneur, puisque Tu nous as accordé la guidée par Ta grâce, ne laisse plus jamais nos cœurs dévier de Ton chemin. Répands Ta miséricorde sur nous. Tu es certes le Donateur suprême. »
— (Sourate Âl ‘Imrân : 8)
ربَّنَا اغْفِرْ لَنَا ذُنُوبَنَا وَإِسْرَافَنَا فِي أَمْرِنَا وَثَبِّتْ أَقْدَامَنَا وَانْصُرْنَا عَلَى الْقَوْمِ الْكَفِرِينَ
« Ô notre Seigneur, pardonne-nous nos péchés et pardonne-nous également tout excès que nous aurions commis dans nos actes. Affermis nos pas et accorde-nous la victoire sur les mécréants. » (Sourate Âl ‘Imrân : 147)
رَبَّنَا مَا خَلَقْتَ هُذَا بَاطِلاً سُبْحْنَكَ فَقِنَا عَذَابَ النَّارِهِ رَبَّنَا إِنَّكَ مَنْ تُدْخِلِ النَّارَ فَقَدْ أَخْزَيْتَهُ ، وَمَا لِلظَّلِمِينَ مِنْ أَنصَارِهِ رَبَّنَا إِنَّنَا سَمِعْنَا مُنَادِيًا يُنَادِي لِلْإِيمَانِ أَنْ أَمِنُوا بِرَبِّكُمْ فَأَمَنَّا وَرَبَّنَا فَاغْفِرْ لَنَا ذُنُوبَنَا وَكَفَرْعَنا سَيَاتِنَا وَتَوَفَّنَا مَعَ
الأبْرَارِ – رَبَّنَا وَأَتِنَا مَا وَعَدْ تَنَا عَلَى رُسُلِكَ وَلَا تُخْدَنَا يَوْمَ القِيمة ، إِنَّكَ لَا تُخْلِفُ الْمِيعَادَة
« Ô notre Seigneur, Tu n’as rien créé dans cet univers en vain. Gloire à Toi ! Préserve-nous donc du feu de l’Enfer. Ô Seigneur, celui que Tu feras entrer en Enfer, Tu le couvriras assurément d’opprobre, et les injustes n’auront alors aucun secoureur. Ô Seigneur, nous avons entendu un appelant appeler à la foi en ces termes : “Croyez en votre Seigneur !” Nous avons alors cru. Ô notre Seigneur, pardonne-nous donc nos péchés, efface nos fautes et accorde-nous la grâce de demeurer avec Tes serviteurs vertueux. Ô Seigneur, accorde-nous ce que Tu nous as promis par l’intermédiaire de Ton Messager et ne nous couvre pas d’opprobre au Jour de la Résurrection. Tu ne manques certes jamais à Ta promesse. » (Sourate Âl ‘Imrân : 191-194)
رَبَّنَا ظَلَمُنَا أَنْفُسَنَا وَإِنْ لَّمْ تَغْفِرْ لَنَا وَتَرْحَمْنَا لَنَكُونَنَّ مِنَ الْخُسِرِينَ
« Ô notre Seigneur, nous nous sommes certainement fait du tort à nous-mêmes. Si Tu ne nous pardonnes pas et ne nous accordes pas Ta miséricorde, nous serons assurément du nombre des perdants. » (Sourate Al-A‘râf : 23)
رَبَّنَا اغْفِرْ لَنَا وَلَا خَوَانِنَا الَّذِينَ سَبَقُونَا بِالْإِيْمَانِ وَلَا تَجْعَلْ فِي قُلُوبِنَا غلا لِلَّذِينَ آمَنُوا رَبَّنَا إِنَّكَ رَءُوفٌ رَحِيمٌ
« Ô notre Seigneur, pardonne-nous ainsi qu’à nos frères qui nous ont précédés dans la foi. Ne mets dans nos cœurs aucune rancœur ni aucune jalousie envers les croyants. Tu es certes Très Compatissant et Très Miséricordieux. » (Sourate Al-Hachr : 10)
فاطر السموتِ وَالْأَرْضِ قد أنْتَ وَلِي فِي الدُّنْيَا وَالْآخِرَةِ ، تَوَفَّنِي مُسْلِمًا وَالْحِقْنِي بِالصَّلِحِينَ
« Ô Créateur des cieux, de la terre et de l’univers tout entier, Tu es mon Seigneur ici-bas comme dans l’au-delà. Accorde-moi de mourir en musulman et de me compter parmi Tes serviteurs vertueux. » (Sourate Yûsuf : 101)
رَبِّ اجْعَلْنِي مُقِيمَ الصَّلوةِ وَمِنْ ذُرِّيَّتِي وَ رَبَّنَا وَتَقَبَّلْ دُعَاءِ
« Ô mon Seigneur, fais de moi et de mes enfants des gens qui accomplissent la prière. Ô mon Seigneur, exauce ma prière. » (Sourate Ibrâhîm : 40)
رَبَّنَا اغْفِرْ لِي وَلِوَالِدَى وَلِلْمُؤْمِنِينَ يَوْمَ يَقُومُ الْحِسَابُ
« Ô notre Seigneur, protège-moi, mes père et mère ainsi que tous les musulmans, le jour où nous serons tous appelés à rendre des comptes. » (Sourate Ibrâhîm : 41)
رب ارحمهُمَا كَمَا رَبَّيْنِي صَغِيرًا
« Ô Seigneur, fais miséricorde à nos père et mère comme ils nous ont élevés avec tendresse et affection lorsque nous étions petits. » (Banî Isrâ’îl : 24)
رَبَّنَا هَبْ لَنَا مِنْ أَزْوَاجِنَا وَذُرِّيَّتِنَا قُرَّةَ أَعْيُنٍ وَاجْعَلْنَا لِلْمُتَّقِينَ إِمَامًا
« Ô notre Seigneur, accorde-nous des épouses et des enfants qui réjouissent nos yeux, et fais de nous tous des modèles à suivre pour les pieux. » (Sourate Al-Furqân : 74)
Les invocations du Messager d’Allah (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui)
اللَّهُمَّ لَكَ الْحَمْدُ كُلُّهُ وَلَكَ الْمُلْكُ كُلُّهُ وَلَكَ الْخَلْقُ كُلُّهُ وَإِلَيْكَ يُرْجَعُ الْأَمْرُ كُلُّهُ وَأَعُوذُ بِكَ مِنَ الشَّرِ كُلَّهُ (البيهقي)
« Ô Allah, à Toi appartient toute louange. À Toi appartient toute souveraineté. Tout retournera vers Toi. Je cherche refuge auprès de Toi contre le mal de toute chose. » (Al-Bayhaqî)
« Ô Allah, je me remets à Toi. J’ai foi en Toi et je place ma confiance en Toi. Dans toutes mes affaires, je me tourne vers Toi ; c’est en Ton nom que je combats Ton ennemi. Je me conforme, dans tous mes jugements, à Ton Livre que Tu as révélé. Pardonne-moi donc ce que j’ai accompli et pardonne-moi également ce que je n’ai pas pu accomplir [ou : pardonne mes péchés antérieurs et postérieurs]. Pardonne aussi tout ce que j’ai fait secrètement et ouvertement. Tu es Celui qui fait avancer et Celui qui fait reculer. Il n’y a de divinité que Toi. » Dans une autre version, il est rapporté : « Lâ hawla wa lâ quwwata illâ billâh. » (Al-Bukhârî, Muslim)
اللَّهُمَّ إِنِّي أَسْأَلُكَ الْهُدَى وَالتَّقَى وَالْعَفَافَ وَالْغِنَى (مسلم)
« Ô Allah, je Te demande la guidance, la piété, la pureté et l’autosuffisance. » (Muslim)
-اللَّهُمَّ إِنِّي أَعُوذُبِكَ مِنَ الْعَجْزِ وَالْكَسْلِ وَالْبُخْلِ وَالْهَرَمِ وَعَذَابِ الْقَبْرِ -اللَّهُمَّ آتِ نَفْسِي تَقْوَاهَا وَزَكَهَا أَنْتَ خَيْرُ مَنْ زَكَّهَا أَنْتَ وَلِيُّهَا وَمَوْلاهَا . اللَّهُمَّ إِنِّي أَعُوذُبِكَ مِنْ عِلْمٍ لَا يَنْفَعُ وَمِنْ قَلْبِ لَا يَخْشَعُ وَمِنْ نَفْسٍ لا تَشبَعُ
وَمِنْ دَعْوهِ لَا يَسْتَجَابُ لَهَا – (مسلم)
« Ô Allah, je cherche refuge auprès de Toi contre toute incapacité, la paresse et la lâcheté, contre l’avarice et la vieillesse, ainsi que contre le châtiment de la tombe. Ô Allah, accorde la piété à mon nafs et purifie-le et élève-le. Car Toi seul peux le purifier et l’élever de la meilleure manière. Ô Allah, je cherche refuge auprès de Toi contre une connaissance qui ne sera d’aucune utilité, contre un cœur qui ne Te craint pas, contre un nafs qui ne se satisfait pas, et contre une invocation qui n’est pas agréée auprès de Toi. » (Muslim)
اللَّهُمَّ إِنِّي أَسْأَلُكَ عِلْمًا نَافِعًا وَعَمَلاً مُتَقَبِّلاً وَرِزْقًا طَيِّبًا – (احمد)
« Ô Allah, je Te demande une connaissance utile, des œuvres agréées et une subsistance licite. » (Ahmad)
اللَّهُمَّ انْفَعْنِي بِمَا عَلَّمْتَنِي وَعَلَّمْنِي مَا يَنْفَعْنِي
« Ô Allah, rends bénéfique pour moi la connaissance que Tu m’as accordée. Et accorde-moi une connaissance qui me sera bénéfique. » — (At-Tabarani et At-Tirmidhi)
اللَّهُمَّ إِنِّي أَعُوذُبِكَ مِنَ الشَّقَاقِ وَالنِّفَاقِ وَسُوءِ الْأَخْلَاقِ –
« Ô Allah, je cherche assurément refuge auprès de Toi contre les revers du destin, l’hypocrisie et la dépravation du caractère. »
اللَّهُمَّ إِنِّي أَعُوذُبِكَ مِنْ زَوَالِ نِعْمَتِكَ وَتَحْوِلِ عَافِيَتِكَ وَفَجَاءَتْ نِعْمَتُكَ وَجَمِيعُ سَخَطِكَ
« Ô Allah, je cherche refuge auprès de Toi contre le fait d’être privé de Tes bienfaits après les avoir reçus, contre la dégradation de la sécurité et contre toutes les formes de Ta colère et de Ton courroux. »
اللَّهُمَّ الْهِمَنِي رُشْدِي وَأَعِذْنِي مِنْ شَرِّ نَفْسِي – (ترمذی)
« Ô Allah, accorde à mon cœur, de Ta part, une connaissance correcte et fondée sur la guidée, et protège-moi du mal de mon âme. » (At-Tirmidhi)
اللَّهُمْ أَقْسِمْ لَنَا مِنْ خَشْيَتِكَ مَا يَحُول بَينَنَا وَبَيْنَ مَعَاصِيكَ وَمِنْ طَاعَتِكَ مَا تَبْلُغْنَا بِهِ جَنَّتَكَ وَمِنَ الْيَقِينِ مَا تُهَونَ بِهِ عَلَيْنَا مَصَابِبُ الدُّنْيَا وَمَتِّعْنَا بِأَسْمَاعِنَا وَأَبْصَارِنَا وَقُوَّتِنَا مَا أَحْيَيْتَنَا وَاجْعَلْهُ الْوَارِثَ مِنَّا وَاجْعَلْ ثَارَنَا عَلَى مَنْ
ظَلَمَنَا وَانْصُرْنَا عَلَى مَنْ عَادَانَا وَلَا تَجْعَلْ مُصِيبَتَنَا فِي دِينِنَا وَلَا تَجْعَلِ الدُّنْيَا أَكْبَرُ هَمِّنَا وَلَا مَبْلَغَ حِلْمِنَا وَلَا تُسَلِّطْ عَلَيْنَا مَنْ لا يرحمنا – (ترمذی و نسائ)
« Ô Allah, accorde-nous une crainte de Toi qui s’interposera entre nous et la désobéissance envers Toi. Accorde-nous une obéissance qui nous permettra d’atteindre Ton Paradis. Accorde-nous une certitude grâce à laquelle toutes les épreuves deviendront faciles. Tant que Tu nous laisseras en vie, bénis la force de nos yeux, de nos oreilles et de nos corps, et fais-en nos héritiers. Tire vengeance pour nous de ceux qui nous oppriment, et accorde-nous la victoire sur ceux qui nous manifestent de l’hostilité. Ne nous éprouve pas dans notre religion. Ne fais pas du monde notre plus grande préoccupation. N’en fais pas non plus la limite ultime de notre connaissance. Ne soumets pas à notre pouvoir ceux qui n’auront pas pitié de nous. » (At-Tirmidhi, An-Nasa’i)
اللَّهُمَّ أَصْلِحْ لِي دِينِي الَّذِي هُوَ عَصَمْتُ أَمْرِي وَأَصْلِحْ لِي دُنْيَايَ الَّتِي فِيهَا مَعَاشِي وَأَصْلِحْ لِى أُخِرَتِي الَّتِي فِيهَا مَعَادِي وَاجْعَلِ الْحَيَوَاتِي زيادَةُ لِي فِي كُلِّ خَيْرٍ وَاجْعَلِ الْمُوَاشرَاحَةَ لِي مِنْ كُلِّ شَر – (مسلم)
« Ô Allah, rends parfaite notre religion, dont dépend la rectitude de toutes nos œuvres. Purifie notre vie présente, dans laquelle se trouve notre subsistance. Rends également sûre notre vie future, vers laquelle nous devons retourner. » (Muslim)
اللَّهُمَّ أَكْفَنِي بِحَلَالِكَ عَنْ حَرَامِكَ وَاغْنَنِي بِفَضْلِكَ عَمَّنْ سَوَاكٍ –
« Ô Allah, fais que le licite que Tu as permis, en renonçant à ce que Tu as déclaré illicite, me suffise pour satisfaire mes besoins. Ne me rends dépendant de rien ni de personne en dehors de Toi. »
اللَّهُمَّ إِنَّا نَجْعَلُكَ فِي نُحُورِهِمْ وَنَعُوذُ بِكَ مِنْ شُرُورِهِمْ .
« Ô Allah, nous Te plaçons face à leurs cous et cherchons refuge auprès de Toi contre leur mal. »
Quelques invocations pratiques
Invocation avant le sommeil :
بِاسْمِكَ اللَّهُمَّ أَحْيَا وَآمُوتُ -« Ô Allah, c’est en Ton nom que je vis et meurs. »
Invocation au moment de quitter le lit :
الْحَمْدُ لِلَّهِ الَّذِي أَحْيَانًا بَعْدَ مَا أَمَاتَنَا وَإِلَيْهِ النُّشُورِ –
« Toute louange appartient à Allah, qui nous fera vivre après nous avoir fait mourir. Ainsi, après la mort, nous ressusciterons et retournerons auprès de Lui. »
Invocation pour aller aux toilettes :
اللَّهُمَّ إِنِّي أَعُوذُبِكَ مِنَ الْخُبْثِ وَالْخَبَائِثِ .
« Ô Allah, je cherche refuge auprès de Toi contre toute forme d’impureté. »
Invocation avant le repas :
بسْمِ اللهِ وَعَلَى بَرَاكَاتِ اللهِ .
« Au nom d’Allah, dans l’espoir de la bénédiction venant d’Allah. »
Invocation après le repas :
الْحَمْدُ لِلَّهِ الَّذِي أَطْعَمَنَا وَسَقَانَا وَجَعَلْنَا مِنَ الْمُسْلِمِينَ
« Louange à Allah, qui nous a nourris, nous a donné à boire et, surtout, nous a comptés parmi les musulmans. »
Invocation pour voyager à bord d’un véhicule :
سُبْحَانَ الَّذِي سَخَّرَ لَنَا هُذَا وَمَا كُنَّا لَهُ مُقْرِنِينَ وَإِنَّا إِلَى رَبِّنَا لَمُنْقَلِبُونَ
« Gloire à Celui qui a soumis toutes ces choses à notre autorité. Sans cela, nous n’aurions pas pu les maîtriser. C’est ainsi que nous sommes tous contraints de retourner vers Lui. » — (Sourate az-Zukhruf : 13-14)
Invocation pour voyager à bord d’un bateau :
بِسْمِ اللهِ مَجْرِهَا وَمُرْسَهَا إِنَّ رَبِّي لَغَفُورٌ رَّحِيمٌ
« Au nom d’Allah, Celui sur l’ordre duquel il navigue et s’arrête. Certes, mon Seigneur est Pardonneur. » (Sourate Hûd : 41)
Ainsi, toutes ces invocations sont porteuses de sens et riches de signification. Leurs effets et leurs répercussions sur la vie réelle sont très étendus. Si nous les mettons en pratique et parvenons à comprendre leur sens et leur portée profonds avec le cœur et l’esprit, nous bénéficierons sans aucun doute de leurs bienfaits.
La purification de l’âme et l’examen de conscience
L’examen de conscience joue un rôle efficace et bénéfique dans la purification de l’âme. Ceux qui suivent la voie d’Allah et du Messager, désireux de purifier leur âme et de progresser, doivent prendre régulièrement l’habitude de s’examiner eux-mêmes. L’examen de conscience constitue essentiellement une préparation préalable au compte que nous devrons rendre à Allah et à la reddition de comptes qui nous attend au tribunal de l’Au-delà. Hazrat Omar (qu’Allah l’agrée) a dit :
« Avant de rendre des comptes à Allah, demande toi-même des comptes à toi-même. » Dans la vie réelle, nous constatons qu’avant de présenter les comptes d’une institution aux autorités supérieures pour audit, les personnes avisées les vérifient elles-mêmes soigneusement, afin qu’aucune erreur ni aucun manquement ne soit relevé par les autorités supérieures. Au tribunal de l’Au-delà, nous devrons présenter nos comptes devant un Être si puissant que nul ne pourra y prononcer le moindre mot sans Sa permission. La sagesse exige donc que, dans l’intention de ne pas être retenus par nos comptes en ce lieu, nous examinions les comptes de nos œuvres et que, dans la mesure de nos capacités, nous nous efforcions constamment de corriger nos erreurs et nos manquements, afin de devenir progressivement détenteurs d’œuvres toujours meilleures. Il est rapporté dans un hadith :
الْكَيْسُ مَنْ دَانَ نَفْسَهُ وَعَمِلَ لَمَّا بَعْدَ الْمَوْتِ
« Est intelligent celui qui maîtrise son nafs et accomplit des œuvres en vue de la réussite dans la vie après la mort. »
Les moyens de l’introspection
Nous pouvons évaluer correctement nos activités quotidiennes en réfléchissant et en les examinant à un moment déterminé, à la fin de la journée, après avoir considéré l’ensemble de nos activités des vingt-quatre heures du jour et de la nuit. Si nous constatons ainsi des erreurs ou des manquements, nous ne devons pas nous contenter de les regretter, mais prendre la résolution de ne plus commettre de telles erreurs ni faire preuve d’une telle négligence à l’avenir. Telle est la méthode régulière ou formelle de l’introspection.
En outre, chaque fois qu’une erreur ou un manquement survient dans nos actes et nos occupations concrètes, nous devons immédiatement le regretter et entreprendre de nous corriger. Nous pouvons considérer cela comme la forme concrète de l’introspection. De même, lors de l’étude du Coran et des hadiths, nous pouvons pratiquer l’introspection à la lumière des passages lus. À la lumière de ces passages, il nous incombe de nous demander quelle est notre situation, dans quelle mesure nous sommes en retard pour répondre à leurs exigences, puis, après une évaluation juste, de décider de nous corriger ou de nous améliorer : telle est l’exigence de ce type d’introspection.
Par exemple, lors de la lecture du passage de la sourate Al-Hujurât où il est interdit de se livrer aux conjectures, à la médisance ou à la recherche des défauts d’autrui, je peux examiner mon propre bilan afin de voir si ces défauts et ces manquements se trouvent ou non en moi. S’ils ne s’y trouvent pas, louange à Allah. Toutefois, il est impossible à un être humain d’être totalement exempt de défauts. Pour le moment, même si j’ai l’impression que, à ma connaissance, ces défauts ne sont pas en moi, je dois ensuite redoubler d’attention et exercer davantage de vigilance sur moi-même, afin de pouvoir me libérer de tout défaut qui subsisterait à mon insu.
De même, lors de l’étude des hadiths, si la discussion porte sur les signes de l’hypocrisie, je dois me questionner intérieurement, la main posée sur la poitrine et en sachant qu’Allah est présent et qu’Il me voit, afin que ce défaut destructeur ne puisse même pas m’approcher. De même, lorsque la discussion porte sur les péchés majeurs, nous devons interroger notre cœur pour savoir lesquels nous n’avons pas encore réussi à délaisser. Nous devons rester vigilants à l’avenir afin qu’aucun de ces péchés majeurs ne puisse nous atteindre.
Les passages du Coran qui évoquent la vie future, le Paradis et l’Enfer, ainsi que les avertissements et les menaces venant d’Allah, peuvent aussi, par la récitation de ces versets ou de ces sourates durant la prière surérogatoire des heures solitaires de la nuit, exercer une influence profonde sur notre esprit, notre intellect et notre vie concrète.
Pour obtenir ce que nous recherchons par l’introspection, il est nécessaire de pratiquer la tawba et la muraqaba. C’est pourquoi, dans le cadre de l’introspection, nous souhaitons également donner un bref aperçu de ces deux notions.
La tawba
Après avoir commis une mauvaise action, éprouver du regret et du remords, demander pardon pour cette action, l’abandonner et revenir aux bonnes œuvres : voilà ce que l’on appelle la tawba. Allah, Exalté soit-Il, dit :
إِلَّا مَنْ تَابَ وَآمَنَ وَعَمِلَ عَمَلاً صَالِحًا فَأُولَئِكَ يُبَدِّلُ اللَّهُ سَيِّاتِهِمْ حَسَنَت وَكَانَ اللهُ غَفُورٌ رَحِيمًا ، وَمَنْ تَابَ وَعَمِلَ صَالِحًا فَإِنَّهُ يَتُوبُ إِلَى اللهِ مَتَابًاه ( الفرقان : ۷۰ – ۷۱)
« Mais ceux qui se repentent, croient et accomplissent de bonnes œuvres, Allah transformera leurs mauvaises actions en bonnes actions. Et ceux qui se repentent et accomplissent de bonnes œuvres : leur repentir envers Allah est un repentir véritable. » (Sourate Al-Furqân, 70-71)
Ici, la foi et les bonnes œuvres sont mentionnées avec la tawba. Cela montre que celui qui se repent doit renouveler sa profession de foi. La preuve de la sincérité de la tawba réside dans le fait de recevoir la capacité d’accomplir de bonnes œuvres. En réalité, lorsqu’une personne commet un péché majeur, sa force de foi devient presque inopérante. C’est pourquoi celui qui se repent doit renouveler sa profession de foi. Il est mentionné dans les hadiths du Messager que, lorsque le voleur commet un vol, il n’est pas croyant à ce moment-là, et que, lorsque l’adultère commet l’adultère, il n’est pas croyant à ce moment-là. Autrement dit, la conscience de la foi n’est alors plus active en lui. Dans le verset 71 de la sourate Al-Furqân, nous trouvons deux enseignements au sujet de la tawba. Premièrement, le repentir d’une personne est véritable lorsqu’après s’être repentie, elle abandonne réellement les mauvaises actions et se consacre aux bonnes œuvres. Deuxièmement, ce comportement ne prouve pas seulement la sincérité de la tawba ; il constitue également un signe que celle-ci a été acceptée auprès d’Allah.
En réalité, c’est précisément ce que nous voulons obtenir également par l’introspection. Nous pouvons donc l’exprimer ainsi : la tawba devient véritable et porte ses fruits lorsqu’elle est accomplie dans un esprit d’introspection et avec la résolution de se réformer. À l’inverse, l’introspection n’est véritable que lorsqu’elle est menée dans l’esprit de la tawba. Elle est alors capable de jouer un rôle efficace dans la purification de l’âme.
Afin de comprendre la véritable importance de la tawba, nous citons ici quelques versets du Coran ainsi que quelques hadiths du Messager d’Allah.
وَتُوبُوا إِلَى اللهِ جَمِيعًا أَيُّهَ الْمُؤْمِنُونَ لَعَلَّكُمْ تُفْلِحُونَ
« Ô vous qui croyez, repentez-vous tous et revenez vers Allah, afin que vous réussissiez. » (Sourate An-Nour : 31)
أَفَلا يَتُوبُونَ إِلَى اللهِ وَيَسْتَغْفِرُونَهُ ، وَاللَّهُ غَفُورٌ رَّحِيمٌ
« Alors ne reviendront-ils pas repentants vers Allah et ne Lui demanderont-ils pas pardon pour leurs péchés ? Pourtant, Allah est Pardonneur et Miséricordieux. » (Sourate Al-Mâ’idah : 74)
يكُمْ أَنْ يُكَفِّرَ يَأَيُّهَا الَّذِينَ آمَنُوا تُوبُوا إِلَى اللهِ تَوْبَةً نَصُوحًا ، عَسَى رَبُّكُم ) عَنْكُمْ سَيَأْتِكُمْ وَيُدْخِلَكُمْ جَنَّتِ تَجْرِي مِنْ تَحْتِهَا الْأَنْهُرُ يَوْمَ لا يُخْزِى اللهُ النَّبِي وَالَّذِينَ آمَنُوا مَعَهُ ، نُورَ هُمْ يَسْعَى بَيْنَ أَيْدِيهِمْ وبِأَيْمَانِهِمْ يَقُولُونَ رَبَّنَا
أَتْمِمْ لَنَا نُورَنَا وَاغْفِرْ لَنَا إِنَّكَ عَلَى كُلِّ شي قديره
« Ô vous qui croyez, repentez-vous sincèrement et revenez vers Allah. Il se peut qu’Allah vous pardonne vos petites fautes et vos manquements, et vous fasse entrer dans des jardins sous lesquels coulent des ruisseaux. En ce Jour du Jugement, Allah n’humiliera ni Son Prophète ni ceux qui ont cru avec lui. Ce jour-là, leur lumière se répandra devant eux et à leur droite. Ils diront : “Ô notre Seigneur, parachève pour nous notre lumière. Tu es certes Omnipotent.” » (Sourate At-Tahrîm : 8)
إِنَّمَا التَّوْبَةُ عَلَى اللَّهِ لِلَّذِينَ يَعْمَلُونَ السُّوءُ بِجَهَالَةٍ ثُمَّ يَتُوبُونَ مِنْ قرِيبٍ فَأَوْلَئِكَ يَتُوبُ اللَّهُ عَلَيْهِمْ ، وَكَانَ اللَّهُ عَلِيمًا حَكِيمًا وَلَيْسَتِ الثوية لِلَّذِينَ يَعْمَلُونَ السَّيَاتِ ، حَتَّى إِذَا حَضَرَ أَحَدَهُمُ الْمَوْتُ قَالَ
إِنِّي تُبْتُ النَّنَ وَلَا الَّذِينَ يَمُوتُونَ وَهُمْ كُفَّارٌ، أَوْلَئِكَ أَعْتَدْنَا لَهُمْ عَذَابًا أَلِيمًا
« Le repentir véritable auprès d’Allah est celui de ceux qui se repentent aussitôt après avoir commis une mauvaise action par ignorance ; Allah accepte leur repentir. Allah est certes Omniscient et Sage. Mais le repentir n’est pas celui de ceux qui persistent sans cesse dans les mauvaises actions et qui, lorsque la mort se présente à eux, disent : “Maintenant, je me repens.” Pas davantage le repentir de ceux qui meurent alors qu’ils sont plongés dans la mécréance ne peut-il être considéré comme un repentir. Pour ces gens-là, J’ai préparé un châtiment douloureux et sévère. » (sourate An-Nisâ’, 17-18)
عَنْ أَسْرَارِ بْنِ يَسَارِ الْمَنَنِي قَالَ قَالَ رَسُولُ اللَّهِ صَلَّى اللَّهُ عَلَيْهِ وَسَلَّمَ يَأَيُّهَا النَّاسُ تُوبُوا إِلى اللهِ وَاسْتَغْفِرُوهُ فَإِنِّي أَتُوبُ الْيَوْمَ مِائَةَ مرة – (مسلم)
Hazrat Asrâr ibn Yassâr al-Mâjânî (qu’Allah l’agrée) rapporte : « Le Messager (paix et bénédictions sur lui) a dit : Ô gens, repentez-vous auprès d’Allah et implorez Son pardon. Certes, je me repens cent fois par jour. » (Muslim)
عَنْ أَبِي مُوسَى عَبْدِ اللَّهِ بْنِ قَيْسِ الْأَشْعَرِي رَضِيَ اللَّهُ عَنْهُ عَنِ النَّبِيِّ صلَّى اللهُ عَلَيْهِ وَسَلَّمَ قَالَ إِنَّ اللهَ تَعَالَى يَبْسُطُ يَدَهُ بِاللَّيْلِ يَتُوبُ سي النَّهَارِ وَيَبْسُطُ يَدَهُ بِالنَّهَارِ لِيَتُوبَ سِيِّ النَّهَارِ حَتَّى تَطْلَعَ الشَّمْسُ مِنْ
مَغْرِبِها – (مسلم)
« Il est rapporté d’Abû Mûsâ Abdallah ibn Qays al-Ach‘arî que le Messager (paix et bénédictions sur lui) a dit : Tant que le soleil ne se sera pas levé à l’ouest, Allah tend Sa main du pardon durant la nuit afin de pardonner aux pécheurs du jour, et durant le jour afin de pardonner aux pécheurs de la nuit. » (Muslim)
عَنْ أَبِي عَبْدِ الرَّحْمَنِ عَبْدِ اللَّهِ ابْنِ عُمَرَ بْنِ الخَطَابِ رَض عَنِ النَّبِيِّ صلَّى اللهُ عَلَيْهِ وَسَلَّمَ قَالَ إِنَّ اللَّهَ عَزَّ وَجَلٌ يَقْبُلُ تَوْبَةُ الْعَبْدِ مَالَمُ يُغَرغِرْ – (مسلم)
« Hazrat Abû ‘Abd al-Rahmân rapporte d’après ‘Abd Allâh ibn ‘Umar ibn al-Khattâb : celui-ci rapporte du Messager (ﷺ) qu’il a dit : “Allah, exalté soit-Il, accepte le repentir de Son serviteur tant que l’agonie de la mort n’a pas commencé.” » — (At-Tirmidhî)
Murâqaba
Ar-Raqîb est l’un des noms attributifs d’Allah. Il signifie « Celui qui observe ». C’est Lui qui observe directement les actes de chacun d’entre nous. Par ailleurs, Allah, exalté soit-Il, a désigné sous le nom d’ar-Raqîb certains des anges chargés d’enregistrer nos œuvres. Allah, exalté soit-Il, dit dans la sourate Qâf :
إِذْ يَتَلَقَّى الْمُتَلَقِّيْنِ عَنِ الْيَمِينِ وَعَنِ الشَّمَالِ قَعِيدَهُ مَا يَلْفِظُ مِنْ قَوْلِ إِلَّا لَدَيْهِ رَقِيبٌ عَتِيدٌه
« Deux scribes, assis à sa droite et à sa gauche, consignent tout. Il ne prononce aucune parole sans qu’un gardien vigilant et attentif ne soit présent pour l’enregistrer. » — (Qâf : 17-18)
Ici, Allah mentionne que des anges sont chargés de garder et d’observer. Mais dans la sourate An-Nisâ’, Allah, exalté soit-Il, S’est Lui-même décrit comme ar-Raqîb, Celui qui observe constamment. Allah, exalté soit-Il, dit :
يأَيُّهَا النَّاسُ اتَّقُوا رَبَّكُمُ الَّذِي خَلَقَكُمْ مِنْ نَّفْسٍ وَاحِدَةٍ وَخَلَقَ مِنْهَا زَوْجَهَا وَبَثَّ مِنْهُمَا رِجَالاً كَثِيرًا وَنِسَاءً وَاتَّقُوا اللَّهَ الَّذِي تَسَاءَلُونَ بِهِ وَالْأَرْحَامَ إِنَّ اللَّهَ كَانَ عَلَيْكُمْ رَقِيبًا
« Ô humanité, craignez votre Seigneur, qui vous a créés à partir d’un seul être. De cet être, Il a d’abord créé son épouse. Puis, à partir de ces deux-là, Il a répandu sur la terre une multitude d’hommes et de femmes. Craignez Allah, au nom duquel vous vous réclamez mutuellement vos droits, et craignez de rompre les liens de parenté. Certes, Allah, exalté soit-Il, observe toutes vos activités. » (Sourate An-Nisâ’ : 1)
En arabe moderne, les responsables de la supervision des activités sont appelés muraqib. Nous pouvons donner à la muraqaba ce sens simple et direct : « Allah observe et surveille directement toutes nos activités, et Il les fait également surveiller par des anges. Accomplir ses tâches en gardant constamment cette conscience éveillée dans son esprit et son cœur, voilà la véritable muraqaba. Si cette attitude naît en nous au moment de notre examen de conscience, nous pouvons transformer notre examen de conscience en muraqaba. En d’autres termes, la muraqaba ne peut pas être le nom d’une simple méditation ou ascèse dénuée de sens, qui ne viserait pas à dresser le bilan de ses œuvres et à les évaluer. »
En d’autres termes, la véritable muraqaba consiste à s’efforcer de vivre chaque instant en considérant Allah comme Celui qui supervise et observe directement chacune de nos actions, de sorte que la conviction naisse en l’être humain qu’Allah est parfaitement informé de tout ce qui le concerne. Il connaît également tous ses secrets les plus cachés et veille sur l’ensemble de ses activités. Cet état se développe en réfléchissant à la puissance d’Allah et en se consacrant au dhikr d’Allah avec sincérité et dévouement. Toutefois, ce dhikr n’est pas celui d’une méthode inventée par l’homme, mais celui qui est pratiqué au moyen des invocations enseignées par le Messager d’Allah.
La première manière de pratiquer le dhikr enseigné par le Messager consiste à accomplir la prière. La deuxième consiste à réciter le Coran en le comprenant. La troisième consiste à prendre l’habitude de réciter les adhkār masnūna et les adʿiya maʾthūra tout en étant occupé à diverses activités.
Par adhkār masnūna, on entend les invocations que le Messager d’Allah a enseignées. Par exemple, réciter « Subḥānallāhi wal-amānillāhi » et « Allāhu akbar » après la prière obligatoire. Il faut également réciter fréquemment : « Subḥānallāhi wal-ḥamdu lillāhi, lā ilāha illallāhu, Allāhu akbar ». Ces formules de tasbīḥ et de tahlīl sont appelées adhkār masnūna.
Par adʿiya maʾthūra, on entend les invocations enseignées par le Messager d’Allah. « Adʿiya » est le pluriel de duʿā. « Maʾthūra » signifie transmise ou établie par les hadiths. Ainsi, le Messager d’Allah a enseigné des invocations particulières pour divers moments : avant et après les repas, avant de dormir, au réveil, avant et après être allé aux toilettes, entre autres. Il existe également, dans ce domaine, d’innombrables invocations enseignées par le Messager, indiquant dans quelle langue, à quel moment et de quelle manière invoquer Allah afin de Lui être le plus agréable.
Il faut ainsi établir correctement la prière, réciter le Coran comme il se doit et pratiquer les adhkār masnūna et les adʿiya maʾthūra, afin de créer dans son esprit un état où l’on ressent à tout moment qu’Allah est notre Raqīb, notre Observateur. Allah dit :
وَمَا تَكُونَ فِي شَانٍ وَمَا تَتْلُومِنْهُ مِنْ قُرْآنٍ وَلَا تَعْمَلُونَ مِنْ عَمَلٍ إِلَّا كُنَّا عَلَيْكُمْ شُهُودًا إِذْ تُفِيضُونَ فِيهِ
« Ô Prophète ! Quelle que soit la situation dans laquelle tu te trouves, quoi que tu récites du Coran, et vous aussi, ô gens, quoi que vous fassiez, Nous sommes témoins de vous et Nous vous observons dans toutes ces situations. » (sourate Yūnus, 61)
Déclaration du Messager :
أَنْ تَعْبُدُ اللَّهَ كَأَنَّكَ تَرَاهُ فَإِنْ لَّمْ تَكُنْ تَرَاهُ فَإِنَّهُ يَرَاكَ .
« Accomplis le culte et la dévotion comme si tu voyais Allah Lui-même, bien que tu ne puisses pas Le voir. Lui te voit certainement. » (Al-Bukhari et Muslim)
Hazrat Sufyan al-Thawri a dit : « Tu dois pratiquer la muraqabah à l’égard de Celui pour qui rien ne peut être caché. C’est auprès de Lui que tu dois placer tes espoirs et tes attentes. Il est Celui qui exauce tous les espoirs. C’est Lui seul que tu dois craindre, car Il détient le pouvoir de châtier. »
Hazrat Abdallah ibn Mubarak (puisse Allah lui faire miséricorde) dit à un homme : « Pratique la muraqabah d’Allah. » Ayant entendu cette recommandation, l’homme demanda : « Qu’est-ce que la muraqabah ? » Hazrat Ibn Mubarak répondit : « Vis toujours dans cet état d’esprit, comme si tu voyais Allah. »
Il est rapporté d’Abdallah ibn Dinar qu’il a dit : « Un jour, alors que je me rendais à La Mecque avec le Commandeur des croyants, Hazrat Umar ibn al-Khattab (qu’Allah l’agrée), nous nous arrêtâmes en chemin pour nous reposer et rencontrâmes un berger qui faisait paître des chèvres dans la montagne. Hazrat Umar dit au berger : “Vends-nous une chèvre.” Le berger répondit : “Je ne suis qu’un serviteur du propriétaire ; comment pourrais-je la vendre ?” Umar (qu’Allah l’agrée) lui dit alors : “Dis à ton maître qu’un loup l’a mangée.” Le serviteur répondit : “Et où est Allah ?” Hazrat Umar se mit aussitôt à pleurer. Puis il alla trouver le propriétaire de ce serviteur, l’acheta auprès de lui et l’affranchit. » (Minhaj al-Muslim)
Fin