Note de l’éditeur de la première édition

Le problème actuel du monde musulman est qu’il n’est pas correctement dirigé. Le monde musulman n’est pas dynamique. La raison principale en est que ses dirigeants n’ont pas été capables de comprendre les problèmes fondamentaux de l’Oumma. Ils ont échoué à élaborer une stratégie efficace et à adopter un programme susceptibles de les faire sortir de la situation instable actuelle. Telle est la situation dans son ensemble.

Au Bangladesh, ceux qui œuvrent au nom de la réforme et de la renaissance ont échoué à satisfaire les aspirations du peuple, parce qu’ils n’ont pas été capables de définir les priorités de leur action. L’histoire récente en fournit le meilleur exemple. Aussi regrettable que cela soit, il est vrai que ceux qui dirigent actuellement le Bangladesh n’ont pas été capables d’établir le fondement théorique des priorités de leur action : quelle tâche doit être accomplie en premier, et pourquoi ?

Le Bureau d’information islamique du Bangladesh est une institution privée, autonome et à but non lucratif. L’objectif du Bureau est de construire une base intellectuelle pour la réforme sociale. À cette fin, le Bureau met à la disposition des lecteurs l’ouvrage que le professeur Dr. . Yusuf al Qaradawi a rédigé : « Les priorités du mouvement islamique dans la phase à venir » en traduction bengalie. Nous pensons que cet ouvrage sera capable de réveiller de leur sommeil léthargique ceux qui œuvrent à la réforme sociale au Bangladesh et les aidera à insuffler du dynamisme parmi eux. On espère que le livre enthousiasmera les travailleurs sociaux et, en leur insufflant une nouvelle vitalité, pourra jouer le rôle d’un catalyseur actif du changement social souhaité.

Cet ouvrage important du Dr Qaradawi a été traduit de la première édition publiée par Dar al-Nasr, au Caire, par l’éminent journaliste Muhammad Sanaullah Akhunji. Au moment où la traduction était presque achevée, nous avons reçu une édition révisée et corrigée de l’ouvrage, publiée par Awakening Publications, au Royaume-Uni. Il est donc devenu nécessaire de réorganiser la traduction bengalie. M. Sanaullah Akhunji, en raison de ses nombreuses occupations, n’ayant pas pu consacrer le temps nécessaire à sa réorganisation, sa révision et sa correction, l’éditeur a dû assumer la tâche difficile de réorganiser et d’éditer l’ouvrage. L’éminent journaliste Shafique Chowdhury et le poète Omar Biswas m’ont aidé dans ce travail. Il convient de préciser que, si malgré tout la traduction bengalie contient des erreurs ou des imperfections, la responsabilité en incombe entièrement à l’éditeur du livre et à l’éditeur commercial. En effet, la traduction bengalie a été agencée de manière à rester conforme à la traduction anglaise révisée, que M. Sanaullah, pour des raisons de santé, n’a pas pu relire. Pour traduire ici les versets du Saint Coran, nous n’avons utilisé aucune traduction bengalie publiée du Coran. Les versets ont plutôt été traduits à partir de l’ouvrage contenant la traduction anglaise révisée du Dr Qaradawi. C’est pourquoi nous n’avons pas utilisé de guillemets. Cela s’applique également à la traduction des hadiths. M. Shafique Chowdhury a traduit la présentation initiale de l’ouvrage, la note de l’éditeur de l’édition anglaise et la préface de l’auteur. Le poète Omar Biswas a traduit la présentation de l’auteur et la note de l’éditeur.

L’éminent chercheur Mohammad Abdul Mannan nous a fourni l’ouvrage publié au Caire, ce qui nous a permis d’entreprendre sa traduction. M. Shah Abdul Hannan nous a remis l’édition révisée de l’ouvrage publiée au Royaume-Uni. Il nous a ainsi été plus facile de le réviser, de le corriger et de le réorganiser. Nous leur sommes à tous deux reconnaissants. À notre demande, [email protected] nous a envoyé une brève présentation du Dr Qaradawi. Nous sommes également reconnaissants à www.islamonline.net pour cela. Nous remercions M. Shafique Chowdhury et le poète Omar Biswas pour leur aide bénévole à la réorganisation et à l’édition de l’ouvrage. En témoignage de son affection, le poète Omar Biswas a accompli la tâche laborieuse de relire les épreuves du livre. Il convient de signaler que, à une ou deux exceptions près, les règles orthographiques du Bangla Academy, telles qu’elles figurent dans le « Dictionnaire orthographique bengali », ont été suivies autant que possible. Ahmad Hossain Manik, qui nous est cher, a consacré un temps précieux à l’ouvrage. Par-dessus tout, M. Sanaullah Akhunji nous a offert une belle traduction de ce livre. Je leur suis à tous redevable.

En mai 1995, l’Islamic Information Bureau Bangladesh a publié l’ouvrage du Dr . Ismaïl Raji al- Faruqi intitulé « La connaissance : formulation islamique ». Mon éminent ami Mahbubul Haq a organisé la traduction de cet ouvrage à ma demande. Sa contribution essentielle à la traduction du livre est incontestable. Je suis particulièrement redevable à M. Mahbubul Haq de m’avoir donné l’occasion de publier cet ouvrage remarquable du Dr Ismaïl Raji al-Faruqi. Ata Sarkar, qui nous est cher, a rehaussé la beauté de cet ouvrage en supervisant l’ensemble de sa publication. Je leur exprime, quoique tardivement, ma reconnaissance.

Shah Abdul Halim

Président

Bureau islamique d’information du Bangladesh

Avant- propos

Le jeune homme prometteur Hasan al-Banna a accompli une tâche importante en réalisant une traduction révisée, dans sa langue maternelle, l’anglais, du livre « Les priorités du mouvement islamique dans la prochaine phase ». L’une des raisons importantes de traduire ce livre en anglais est la suivante :

1. Fiqh contemporain

Les jeunes musulmans instruits ont besoin d’un fiqh adapté à l’époque contemporaine, en particulier ceux qui vivent en Occident. Beaucoup d’entre eux adoptent diverses orientations. Parmi celles-ci figurent l’extrémisme, la fitna ou les doctrines trompeuses, la tendance à déclarer les autres musulmans kafirs et une attitude inflexible. Ils se comportent rudement envers les autres musulmans. Ils manifestent de l’hostilité envers les habitants du pays où ils résident, bien qu’ils y constituent une minorité vulnérable. Ils ont été abandonnés par leur patrie. Beaucoup d’entre eux ont été expulsés de leur pays d’origine. Pire encore, les gouvernements de leur patrie incitent les gouvernements occidentaux à agir contre eux. Pourtant, les gouvernements occidentaux leur ont accordé l’asile ainsi que diverses prestations sociales. Ils y ont eu la possibilité de recevoir une éducation, de faire des affaires, de construire des mosquées, des centres sociaux et des écoles.

Ces personnes devraient être reconnaissantes envers ceux qui les ont accueillies. Il est dit dans le Coran : « La récompense du bien pourrait-elle être autre chose qu’une excellente récompense ? » (Sourate ar- Rahman : 60). De telles paroles sont également mentionnées dans un hadith : celui qui n’exprime pas sa gratitude envers les gens ne montre pas non plus sa gratitude envers Allah. Au lieu de cela, ils sont influencés par les ouvrages rédigés dans les pays musulmans où l’islam est établi depuis plusieurs siècles. Lorsque l’égarement et la confusion apparaissent, les savants et les prédicateurs de l’islam s’y opposent par de sévères critiques et des propos condamnables, et appellent à revenir à la source pure.

De tels appels et ouvrages sont importés de pays musulmans où les savants et les prédicateurs de la religion ont acquis une expérience terrifiante en s’opposant aux dirigeants autocrates et dictatoriaux. Cela a donné naissance à une pensée islamique déséquilibrée, fondée sur l’isolement de la société et le fait de déclarer autrui mécréant, allant même jusqu’à susciter un conflit entre le dirigeant et la société, ainsi qu’à nourrir la méfiance envers tout appel au dialogue ou à la liberté. Ces ouvrages sont importés en Occident depuis leur environnement d’origine. Dans ce cas, le principe fondamental du fiqh n’a nullement été pris en considération : les fatwas varient selon le lieu, le temps et les circonstances. La situation actuelle de faiblesse des musulmans n’a pas non plus été prise en considération.

Alors que le monde entier les rejetait, quelle sagesse et quel objectif pouvait-il y avoir à créer de l’hostilité envers les gouvernements qui permettaient la poursuite des activités de da‘wa et accordaient aux prédicateurs de la religion diverses facilités, ainsi que liberté et considération ? Lorsque les gouvernements musulmans ont échoué à rétablir l’État islamique, quelle logique pouvait-il y avoir à en imposer la responsabilité aux minorités vivant en Occident, qui sont confrontées à la menace du racisme ? Quel avantage y aurait-il à impliquer ces minorités dans les divisions entre les différents groupes musulmans, alors que ces divergences n’ont aucun rapport avec l’islam ? De plus, les savants de l’umma n’ont jamais eu de consensus sur le fait de déclarer mécréant un groupe musulman particulier.

Les questions engendrées par l’ignorance mentionnée ci-dessus n’ont reçu aucune explication. Le Dr Qaradawi en a donné un exposé détaillé dans son ouvrage et y a présenté les grandes lignes du fiqh des priorités, du fiqh de l’équilibre et du fiqh de la réalité.

2.de l’action Fiqh

Dans le domaine de la pensée islamique, ce livre constitue un nouvel horizon, bien que le Dr Qaradawi en ait rassemblé les matériaux dans le Coran, la Sunna, la tradition des califes bien guidés, auprès des savants du fiqh et des réformateurs religieux et spirituels.

Il n’en demeure pas moins vrai qu’avant le Dr Qaradawi, personne n’avait réussi à relier l’ensemble des connaissances acquises à la réalité en les structurant. Il a analysé nos problèmes actuels sous différents angles et en a également dégagé les solutions. Il l’a fait au moyen d’explications précises et d’analyses logiques et savantes.

Parallèlement aux travaux du cheikh Muhammad al-Ghazali, ce livre est le fruit des efforts considérables du Dr Qaradawi. Dans cet ouvrage, il a évalué et analysé le mouvement islamique contemporain. Il y a mis au jour les causes profondes des maux qui l’affectent et indiqué les voies permettant de les résoudre. Il a également traité ces questions dans plusieurs de ses autres livres, notamment « Le phénomène de l’extrémisme dans le takfir », « Le réveil islamique entre rejet et extrémisme » et « Où est l’erreur ? ».

En outre, ce livre présente les grandes lignes d’une approche et d’une perspective islamiques alternatives. En revanche, les ouvrages précédents se sont largement penchés sur l’analyse, la critique et l’évaluation. Sa contribution au développement et à la mise en œuvre de nouveaux uṣūl, ou principes fondamentaux, de l’activisme en islam, du fiqh, du fiqh de l’expérience concrète, ainsi qu’à la nécessité du fiqh religieux et à l’amélioration des méthodes de sa mise en pratique, est digne d’éloges.

En réalité, l’une des principales causes de la situation actuelle de l’islam réside dans le manque de littérature islamique. De nombreux ouvrages sur la prédication islamique ont été écrits, mais ils regorgent d’arguments irréalistes, sans rapport avec la nature des problèmes contemporains ni avec celle du lieu. Ce que nos prédécesseurs nous ont légué serait la parole définitive, sans aucune possibilité de développement, d’innovation ou de renouvellement. Les idées et les pratiques empruntées à différents environnements islamiques ont suscité le même type de débats dans les cercles islamiques occidentaux. Il en est résulté une confusion concernant ce qui est déterminé et immuable, et ce qui est indéterminé et susceptible de changement. Ces discussions stériles n’ont apporté aucun bien. Le but de ce livre est de corriger ces confusions en montrant que l’islam et sa tradition affrontent, comprennent et transforment la réalité de manière rationnelle, au moyen d’une approche pragmatique.

3. De l’auteur érudition

Il ne serait pas exagéré de citer le Dr Yūsuf al-Qaraḍāwī comme l’une des figures majeures de la pensée islamique intellectuelle et de la prédication à l’époque contemporaine. Les raisons en sont les suivantes :

a. Son approche modérée et son appel moderne et équilibré. Il a adopté une position médiane entre l’imitation aveugle d’un madhhab particulier, le rejet de tous les autres madhhabs et le refus de suivre quelque madhhab que ce soit. De même, il a adopté une position médiane entre le soufisme fondé sur un tasawwuf égaré et marqué par des innovations, et ceux qui s’opposent aux adeptes du tasawwuf guidés sur la voie droite ; entre ceux qui, bien qu’opposés à la révélation, se laissent guider par la raison, et ceux qui s’opposent au rôle de la raison dans la compréhension de la révélation. Ainsi, le madhhab du juste milieu s’impose à l’umma, tandis que toutes les formes d’extrémisme perdent leur importance.

b. Il possède une connaissance vaste et approfondie de l’islam. Il n’a pas limité sa contribution intellectuelle à un seul domaine. Il a écrit aussi bien sur l’aqida que sur le fiqh du culte ou le fiqh de la réalité. Il n’écrit pas seulement dans ces domaines, mais aussi dans bien d’autres. Il a rédigé de nombreux ouvrages sur le fiqh du Coran et de la Sunna, ainsi que sur le fiqh de la réalité et de sa mise en pratique.

Il ne s’est pas écarté de la voie des plus grands savants mentionnés dans l’histoire de l’islam. Il examine et évalue les questions à l’aune du Coran et de la Sunna, et les rejette lorsqu’elles leur sont contraires. Il ne fait pas partie des imitateurs aveugles d’un quelconque madhhab, mais il ne prône pas non plus l’abandon de la riche tradition islamique. Ses propos et ses conseils sont d’une grande clarté. Son cœur est rempli de crainte et d’amour d’Allah. Il est salafi comme Ibn al-Qayyim, un grand écrivain et poète comme le savant soufi l’imam al-Shafi‘i, et un érudit des questions contemporaines comme l’imam Ibn Taymiyya.

c. Sa conviction profonde que l’islam n’est pas seulement une foi religieuse, mais aussi une structure, une organisation, un mouvement et un combat indispensables — conviction qui, alors qu’il était jeune, l’a rattaché au plus grand et au plus ancien mouvement islamique de l’époque contemporaine, les Frères musulmans (Ikhwan al-Muslimin). En raison de son engagement dans ce mouvement, il fut traduit en justice et emprisonné. Par la grâce d’Allah, il fit preuve d’une patience extrême jusqu’à la fin de sa peine d’emprisonnement.

Malgré cela, il a voyagé de l’Orient à l’Occident, portant l’étendard de sa mission islamique, bien qu’il ait aujourd’hui plus de soixante-dix ans. Qu’Allah lui accorde Sa miséricorde et lui donne une longue vie. Ce voyage à travers le monde l’a rendu particulièrement connu et proche des penseurs musulmans contemporains, des populations musulmanes, des mouvements de jeunesse musulmans et de leurs compagnons.

Il préside de nombreux conseils de fatwa en Europe et en Amérique. Parallèlement, il est le fondateur de nombreux conseils de fiqh, universités et instituts de recherche contemporains, dont il suit activement les activités. Il croit lui-même à la libre pensée et appelle à la pratiquer dans le domaine de la pensée islamique contemporaine. En participant à des débats et à des dialogues interconfessionnels dans divers forums — islamiques et laïques, musulmans et chrétiens, nationalistes arabes et instituts islamiques —, il s’est fait largement connaître.

En vérité, les efforts du jeune Hassan al-Banna pour traduire cet ouvrage sont dignes d’éloges. Il a présenté le Dr al-Qaradawi aux lecteurs anglophones.

En reconnaissance de cette immense contribution à l’islam et aux musulmans en Occident, qu’Allah récompense le professeur Dr Yusuf al-Qaradawi, ainsi que S. M. Hassan al-Banna pour sa traduction en anglais. Amen.

Cheikh Rachid Ghannouchi

Président

Parti Ennahda de Tunisie

Avril 2000

Note de l’éditeur de l’édition anglaise

Malheureusement, le XXe siècle n’a pas vu le rétablissement du système du califat islamique. Malgré cela, on peut sans aucun doute affirmer que les conditions propices à une renaissance et à un renouveau islamiques se sont réunies. Beaucoup, notamment parmi les personnes instruites et les jeunes, ont pris conscience que l’islam est un système de vie complet qui guidera véritablement l’être humain vers le bonheur dans ce monde comme dans l’au-delà.

La situation actuelle de la umma musulmane est telle qu’elle doit relever de nombreux défis, tant intérieurs qu’extérieurs. Aujourd’hui, la civilisation islamique et les autres aspects qui lui sont intimement liés sont confrontés au déclin. Il en a résulté l’apparition de nombreuses maladies et difficultés.

L’islam est un système de vie complet ; pourtant, l’incapacité à le comprendre est devenue aujourd’hui un phénomène courant dans la pensée musulmane. Certains pensent que l’islam peut parfaitement s’accommoder de la laïcité. D’un autre côté, il y a ceux qui sont profondément sincères dans leur engagement en faveur de la da‘wa islamique, mais qui sont extrémistes — ou méprisants — dans leur compréhension et leur mise en pratique de l’islam. Beaucoup ne comprennent pas non plus que des problèmes d’une telle ampleur exigent des solutions d’une ampleur correspondante. D’autres encore nourrissent de grands espoirs et poursuivent des objectifs très élevés, mais ne possèdent pas les capacités intellectuelles nécessaires pour réaliser ces espoirs et ces rêves.

En outre, de nombreux mouvements islamiques ont vu le jour pour corriger les défauts et les insuffisances de la situation actuelle et rétablir cette société tant attendue et souhaitée, dans laquelle Allah seul pourrait être adoré dans tous les domaines. On constate que ce type de mouvement se développe d’abord et gagne la confiance d’une grande partie de la population. Mais, en peu de temps, il tombe dans la stagnation. C’est précisément la période que nous traversons actuellement. Mais, aussi regrettable que cela soit, il faut reconnaître que le mouvement islamique est lui aussi touché par les défauts et les problèmes qui accablent la umma musulmane.

La question est donc la suivante : par où commencerons-nous ? En quoi sommes-nous déficients ? Que devons-nous faire ? Comment devons-nous le faire ? Avons-nous clairement compris la nature de la da‘wa, du mouvement (haraka) et de la réforme (islah) ? Quelle méthode devons-nous appliquer ? Comment devons-nous nous comporter avec les différentes composantes de la société ? Quelles sont les priorités du mouvement islamique ? C’est en gardant ces questions à l’esprit que le professeur Dr Yûsuf al-Qaradâwî a écrit ce livre.

Parmi les quelques savants érudits encore vivants dans le domaine du fiqh, le Dr Qaradâwî est, par la grâce d’Allah, l’un d’eux. Il a réussi à présenter des décisions et des avis modernes et équilibrés, en conciliant les représentants de la modernité parmi les nouvelles générations et les représentants de la tradition parmi les anciennes. Sa vaste expérience et ses connaissances riches ont été bénéfiques à la umma.

Le Dr Qaradâwî réfléchit constamment aux problèmes, aux possibilités et à la progression du mouvement islamique. Lorsqu’il s’estime capable de donner un conseil ou une directive sur une question du mouvement, il le fait sans hésitation.

C’est de sa vaste expérience dans le domaine de la da‘wa et du mouvement islamiques qu’est né cet ouvrage. Il convient d’y puiser non seulement des conseils, mais aussi des orientations. En effet, nous vivons à une époque où chacun a son opinion et son point de vue, mais où seul un petit nombre possède les qualités requises pour orienter les autres.

L’ouvrage original a été rédigé en arabe. Dix éditions en ont déjà été publiées. Quelques mois seulement après sa parution, une première édition anglaise a été publiée. Mais elle était incomplète. Il est donc apparu nécessaire d’en proposer une traduction anglaise révisée, plus proche du contenu intrinsèque de l’ouvrage arabe original.

Je suis profondément reconnaissant à l’honorable enseignant, le cheikh Rachid Ghannouchi, d’avoir accepté de rédiger la préface de cette nouvelle édition anglaise. Le Dr Kamal Hilbawi m’a prodigué de précieux conseils et avis, et je lui en suis reconnaissant. Yusra Ghannouchi m’a aidé de diverses manières, notamment en traduisant la préface. Qu’Allah la récompense pour cette collaboration. C’est également grâce à l’aide de Wali, Omar, Nadim, Baraa, Sahera et de bien d’autres que la publication de cet ouvrage a été possible. Qu’Allah les récompense tous.

Enfin, je me souviens avec gratitude de mon vénérable père, Hafiz Abdul Qadir, ainsi que des autres enseignants qui m’ont appris la langue du Coran. J’ai pu comprendre que l’on ne peut goûter la véritable beauté de l’islam que par l’intermédiaire de la langue arabe.

Qu’Allah nous maintienne tous fermes en ce monde sur la voie indiquée par Allah et Son Messager, que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui, et qu’Il nous permette de rétablir la souveraineté d’Allah.

S M Hasan al Banna

Londres, Royaume-Uni.

Avril 2000

Préface de l’auteur

Toutes les louanges reviennent au Dieu Tout-Puissant, par la miséricorde duquel toute bonne œuvre porte ses fruits. Que la paix soit sur Son Prophète envoyé, sur sa famille et sur ses compagnons.

J’ai eu la chance de rencontrer l’auteur Mohammed al-Hachimi al-Hamedi lors du congrès annuel de l’Association de la jeunesse musulmane arabe d’Amérique du Nord, auquel j’ai participé durant l’hiver, en décembre 1989. C’est là qu’il m’a parlé du « Centre d’études sur l’avenir islamique », fondé à l’initiative d’un groupe de penseurs musulmans. Il m’a demandé de lui apporter coopération et soutien.

Il s’est entretenu avec moi de l’organisation, sous l’égide du Centre, d’un symposium consacré à diverses questions liées à l’avenir, au bien-être et aux difficultés de l’islam, et il m’en a indiqué les thèmes ainsi que les noms des intervenants. Lorsqu’il m’a demandé mon avis à ce sujet, j’ai accueilli favorablement l’initiative du Centre et l’organisation du symposium, et je lui ai donné les conseils dont j’étais capable. Malgré cela, il souhaitait obtenir de moi un engagement clair à participer activement à cette initiative. Pour rendre sa proposition plus attrayante à mes yeux, il m’a dit : « Nous organiserons le symposium dans un pays que vous aimez — l’Algérie. » Il m’a demandé de me consacrer à la rédaction, pour le symposium, d’un article sur les priorités du mouvement islamique au cours des trois prochaines décennies. Ayant constaté l’intérêt qu’il portait à ma réflexion sur la détermination des priorités du mouvement islamique, il fixa ce thème. J’ai concentré mes réflexions sur cette branche du fiqh et j’ai eu à ce sujet de nombreux échanges et discussions. C’est un sujet qui m’intéresse, car il vise à guider le mouvement islamique sur la voie droite et à démontrer la légitimité du renouveau islamique. Il revêtait une telle importance que j’ai demandé l’aide d’Allah afin de pouvoir, après une réflexion approfondie, le présenter de manière juste. La situation était telle que je n’avais d’autre choix que d’accepter l’invitation des organisateurs du symposium. Le thème, la personne qui m’invitait, les participants et le lieu de l’événement — tous ces éléments ne m’ont pas seulement inspiré : ils m’ont contraint à accepter l’invitation.

À cette époque, je devais voyager fréquemment, ce qui entravait ma réflexion et mes travaux de recherche. J’ai imploré l’aide d’Allah et me suis consacré à la rédaction de l’article.

Ce livre est le fruit de ces travaux de recherche. J’espère que la lumière qu’il contient, même faible, nous montrera le droit chemin. Il suffit toutefois que nous ayons pu porter cette question au niveau de la recherche et de la discussion. À défaut, elle servira au moins de source d’inspiration. Tout ce que j’ai écrit ici s’inscrit dans le prolongement et constitue un complément de mes ouvrages, articles et autres écrits antérieurs consacrés, en particulier, au mouvement islamique et, plus généralement, au renouveau islamique.

La différence entre le mouvement et le renouveau est qu’un mouvement représente un groupe organisé, ou plusieurs groupes organisés, ayant des buts et des objectifs déterminés ainsi qu’une ligne d’action claire. Le renouveau, quant à lui, est un courant englobant tout, qui embrasse les individus et les collectivités, qu’ils soient organisés ou non. Le renouveau est une marée qui renforce et aiguise le mouvement. Le mouvement, en revanche, est un moyen qui indique au renouveau la direction de la voie droite. Il existe entre les deux une relation d’action et de réaction. Comme le disent les rationalistes, elle se trouve entre la généralité absolue et la particularité absolue. Tout mouvement est un renouveau, mais tout renouveau n’est pas un mouvement. Ainsi, le renouveau est plus large et plus vaste que le mouvement quant à ses objectifs.

Je souhaite ici attirer l’attention sur un point important. Lorsque je parle du mouvement islamique, j’entends toujours le mouvement islamique global, et non une organisation ou un mouvement d’un type particulier. Bien entendu, je citerai le plus souvent, à titre d’exemple, les Frères musulmans. C’est en effet au sein de ce mouvement que j’ai eu l’occasion de me former. J’ai acquis de l’expérience à travers ses diverses épreuves et vicissitudes, et j’ai été témoin du cours des événements pendant près de plus d’un demi-siècle.

J’ai choisi pour ce livre le titre « Priorités du mouvement islamique dans la phase à venir ». Je n’ai pas limité, comme on me l’avait demandé, le sujet de cette étude à trois décennies. Dans cette époque en rapide mutation, je ne vois aucune raison de limiter cette étude à une période déterminée.

Professeur Dr. Youssef R. al-Qaradawi

Doha, Qatar.

Avril 1990

 

Premierchapitre

Le mouvement islamique : introduction

Définition du mouvement islamique

Le mouvement islamique désigne l’effort collectif organisé par la population, qui cherche à rétablir l’islam comme force motrice à la tête de la société et dans tous les domaines de la vie.

Avant toute chose, le mouvement islamique est une activité, un effort constant et acharné. Il ne consiste pas seulement en un flot de paroles, en discours et déclarations, ou en la rédaction de livres et d’écrits. Tout cela est certes nécessaire, mais n’est qu’une partie du mouvement et ne constitue pas à lui seul le mouvement. Le Tout-Puissant, Allah, a dit : « Et dis : Œuvrez ; Allah, Son Messager et les croyants verront vos œuvres. » (Sourate At-Tawba : 105)

Le mouvement est l’effort de la population en action

Le mouvement islamique est l’effort accompli par la masse de la population, en particulier par l’initiative personnelle des individus et sur la base d’une foi profonde. La foi en est le fondement, et cette œuvre est accomplie pour obtenir l’agrément d’Allah, dans l’espoir de recevoir une récompense de Lui seul, et non d’un être humain. Lorsqu’un musulman prend conscience de la renaissance islamique, il ressent en lui une impulsion, une agitation et une exaltation. Lorsqu’un musulman constate une discordance entre sa foi, d’une part, et la réalité qui l’entoure, d’autre part, un bouleversement se produit alors au plus profond de son esprit. C’est de cette forme d’instabilité psychologique que naît en lui l’initiative personnelle.

À la lumière de cette prise de conscience, animé par son amour du dîn, sa foi en Allah, en Son Messager et dans le Coran, sa sollicitude envers l’umma musulmane, et affligé par sa propre indifférence ainsi que par celle de ses compatriotes dans l’accomplissement de leur devoir, il se lance spontanément dans le mouvement. Ainsi, avec un profond enthousiasme, il est poussé à accomplir son devoir, à extirper les faiblesses, à contribuer à la tentative de rétablir les obligations délaissées afin de mettre en œuvre la charia donnée par Allah, à unifier l’umma musulmane sous l’égide du Coran, à soutenir les amis d’Allah, à combattre les ennemis d’Allah, à libérer les territoires musulmans de toute agression ou domination non musulmane, à rétablir de nouveau le système du califat conformément aux exigences de la charia, à renouveler son engagement à accomplir le devoir impératif de propager l’appel de l’islam, à ordonner le bien et à interdire le mal, et à poursuivre le djihad dans la voie d’Allah par la parole, par l’action ou, à défaut, au moins dans son cœur. Il s’engage dans toutes ces luttes afin que la parole d’Allah soit élevée au-dessus de tout dans tous les domaines de la vie.

Gouvernemental travail insuffisance

En vérité, le mouvement islamique ne s’établit que par une activité menée dans le seul but d’obtenir l’agrément d’Allah. La constitution, sous la supervision du ministère des Waqfs, d’un conseil, d’un haut conseil, d’une association ou d’un syndicat pour gérer des activités gouvernementales ou semi-gouvernementales, c’est-à-dire des activités islamiques, ou la création de toute institution gouvernementale afin d’œuvrer avec vigueur dans l’intérêt de l’islam, dépendent de l’intérêt et de l’enthousiasme des personnes affectées à ces tâches au sein des institutions gouvernementales. Le résultat de l’action islamique dépend également du degré de leur attachement à la religion, ainsi que de celui des personnes qui les nomment à ces postes, plutôt que de leur attrait à tous deux pour la vie terrestre.

Quoi qu’il en soit, l’action de ces institutions gouvernementales et semi-gouvernementales demeure toujours insuffisante et défectueuse à bien des égards. Par exemple :

1. Ces activités propres sont menées dans les limites de la politique de l’État. En effet, c’est le gouvernement qui les met en place et les finance. Parce que cette institution doit se conformer à la politique concernée, elle ne peut agir selon ses propres souhaits et plans. Par conséquent, si elle représente dans une certaine mesure les intérêts de cet État particulier, elle ne représente pas dans la même mesure les intérêts de l’islam et de la grande communauté musulmane.

2. Dans la plupart des cas, ces institutions ne sont pas dirigées par des personnes éprouvées, qui ont acquis de l’expérience dans le domaine concerné à travers la lutte et le combat du mouvement, et qui ont été mises à l’épreuve sur le terrain. Elles sont plutôt dirigées par des personnes favorables au financement de l’État. Or, ces personnes se livrent à la flatterie de l’appareil d’État pour satisfaire leurs convoitises ou par crainte. De telles personnes sont généralement incapables de désobéir aux directives de l’État et n’ont pas non plus le pouvoir de demander « pourquoi » ou de dire « non » sur quelque question que ce soit. D’un autre côté, parmi les fonctionnaires, certains travaillent même mieux que les militants des mouvements islamiques non gouvernementaux. En effet, par obéissance à Allah, par attachement à la religion et dans le cadre de leurs efforts acharnés pour établir la religion selon la voie correcte, ils se consacrent spontanément au service de l’islam.

3. Dans bien des cas, il manque également une véritable sincérité dans la défense des intérêts de l’islam. Ces activités peuvent même être menées entièrement dans le but d’atteindre des objectifs politiques. Le plus souvent, elles ressemblent à la « mosquée de la discorde » mentionnée dans le Coran, dont le but apparent est la pratique du culte et de la piété. Mais son dessein secret est de semer la division parmi les croyants et d’entraver l’action des militants du mouvement islamique.

4. Pour toutes ces raisons, les programmes gouvernementaux relatifs à l’islam font l’objet de plaintes de la part de la population. Ces programmes se trouvent donc privés de la sympathie et du soutien populaires. Même les oulémas gouvernementaux qui se consacrent à la mise en œuvre de la politique de l’État sont privés du soutien de la population. Ils parlent conformément aux exigences de l’État et gardent le silence sur ses directives. Ils perdent ainsi la confiance du peuple, qui les qualifie d’« oulémas gouvernementaux » ou d’« agents de la police ».

Pour ces raisons, en l’absence d’un gouvernement islamique, les programmes islamiques gouvernementaux et semi-gouvernementaux ne peuvent donner naissance à un véritable mouvement islamique. Toutefois, s’ils sont utilisés comme il se doit, ces programmes peuvent apporter une contribution, aussi modeste soit-elle, dans les domaines intellectuel et pratique, et fournir un soutien financier et moral au mouvement islamique et à ses institutions. Cela est particulièrement vrai lorsque les programmes islamiques gouvernementaux et semi-gouvernementaux sont dirigés par des personnes croyantes et courageuses.

Le mouvement est collectif effort

Le mouvement islamique, même s’il est mené uniquement pour Allah, est un effort organisé et collectif. Il ne suffit pas de poursuivre son action, dans l’intérêt de l’islam, par l’initiative volontaire de chacun, séparément et de manière dispersée en divers lieux. Certes, leurs œuvres et leurs efforts seront pris en compte lors du jugement du Jour de la Résurrection. Car Allah ne fera perdre à aucun homme ni à aucune femme la récompense de ses œuvres. Chacun sera récompensé après l’examen de son intention et de la justesse de son action. Il est dit dans le Coran : « Quiconque aura fait le poids d’un atome de bien le verra. » (Sourate Az-Zalzala : 7)

Dans la situation actuelle de la communauté musulmane, les efforts individuels ne suffiront pas à mettre fin aux divisions et à obtenir les résultats escomptés ; il faut donc nécessairement déployer des efforts collectifs. C’est là à la fois une obligation religieuse et une exigence de la réalité.

L’islam encourage l’esprit d’effort organisé et collectif, et s’oppose à l’isolement. L’aide d’Allah accompagne les efforts collectifs. Quant à celui qui reste isolé, il sera jeté en Enfer. Ce sont les moutons égarés et isolés qui tombent sous la prise du loup. Ainsi, si quelqu’un accomplit la prière seul, en délaissant la prière en assemblée, ou en rompant la discipline de l’assemblée, sa prière n’est pas complète. Le croyant envers un autre croyant est comme une solide construction de briques solidement liées entre elles. Coopérer dans les œuvres bonnes et vertueuses est l’un des devoirs religieux obligatoires les plus importants, et se recommander mutuellement la vérité et la patience est l’une des conditions essentielles pour se préserver des préjudices de ce monde et de l’au-delà.

Dans cette dure réalité, il est naturel qu’il faille agir collectivement pour obtenir le résultat escompté. Il faut deux mains pour applaudir ; la faiblesse réside dans l’isolement, tandis que la force se trouve dans le fait d’avancer avec les autres. Les grandes réussites sont le fruit d’efforts collectifs. Assurément, ce n’est qu’en restant unis que l’on peut remporter la victoire dans la bataille finale. Il est dit dans le Coran : « Certes, Allah aime ceux qui combattent dans Son chemin en rangs serrés, comme un édifice solidement construit. » ((sourate As-Saf’: 4)

L’effort collectif doit être organisé de manière structurée. Il faut le mener à la lumière d’une direction responsable, d’une base solide et d’une vision claire. C’est précisément cette vision claire qui, conformément aux principes de la consultation obligatoire (shûrâ) et de l’obéissance, détermine les relations entre la direction et la base.

L’islam ne reconnaît aucun effort collectif qui ne respecte pas les règles et les usages. Même la prière accomplie en groupe repose sur une organisation rigoureuse et la discipline. Allah ne portera pas Son regard sur un rang qui n’est pas bien ordonné. De plus, les rangs doivent être serrés. Il ne doit y avoir aucun espace entre les fidèles d’un rang, car Satan prend place dans ces espaces. Il faut donc se tenir épaule contre épaule et pied contre pied. Le rukû‘ et le sujûd de la prière, ainsi que sa forme extérieure, sont des signes d’un accord dans la pensée. « Ne vous divisez pas, de peur que vos cœurs ne soient eux aussi atteints par la division. »

C’est pourquoi, avant le début de la prière, l’imam doit vérifier que les rangs derrière lui sont bien droits et il doit exhorter les fidèles à « être solidaires envers leur frère ». En effet, dans l’intérêt de la discipline générale, un esprit de compassion et de solidarité est indispensable lors de la prière en assemblée.

Vient ensuite la question de l’obéissance à l’imam. L’imam est désigné précisément pour être suivi. Lorsqu’il prononce « Allahu Akbar », il faut le prononcer à son tour ; lorsqu’il s’incline pour le rukû‘, il faut s’incliner ; lorsqu’il se prosterne, il faut se prosterner. Et lorsqu’il récite, il faut écouter sa récitation.

Personne ne peut enfreindre la discipline ni s’incliner ou se prosterner avant l’imam, afin que nul ne puisse créer du désordre ou de l’irrégularité dans cette structure organisée et parfaitement coordonnée, ni avoir l’occasion d’y semer la confusion. Celui qui agirait ainsi doit éprouver de la crainte.

Mais si l’imam commet une erreur, il n’est pas seulement légitime pour les fidèles alignés derrière lui de la corriger : c’est également leur devoir. Que l’erreur de l’imam concerne un acte inconvenant, un oubli, la récitation du Coran ou toute autre question essentielle de la prière, les fidèles peuvent la lui signaler. Même les femmes placées dans les rangs arrière peuvent frapper dans leurs mains pour attirer l’attention de l’imam sur son erreur.

La prière accomplie en assemblée est une représentation réduite du système collectif global de l’islam et de la manière dont devraient être les relations réciproques entre un commandant et ses soldats. Autrement dit, la direction ne peut jamais être infaillible, et l’obéissance absolue et aveugle n’a pas non plus sa place.

L’objectif est le renouveau de l’islam

Quel est l’objectif du mouvement islamique ? Le mouvement islamique a été lancé dans le but de faire revivre et de rétablir l’islam dans tous les domaines de la vie, après avoir levé tous les obstacles et toutes les entraves. L’expression « renouveau de l’islam » n’est pas nouvelle. Elle vient du Prophète lui-même (s.a.s.), selon un hadith authentique rapporté par Abû Hurayra (r.a.). Voici le hadith : « Au début de chaque siècle, Allah enverra quelqu’un qui fera revivre cette religion » (Abû Dâwûd et al-Hâkim).

La plupart des commentateurs de ce hadith ont voulu dire que le terme « celui qui » désigne ici une personne particulière par l’intermédiaire de laquelle la religion sera revivifiée. À ce propos, ils ont également cité les noms de plusieurs jurisconsultes et imams célèbres décédés vers la fin de siècles hégiriens et qui avaient fait revivre la religion. Parmi eux figurent, par exemple, le vénérable Umar ibn Abd al-Aziz (r.a.) (mort en 101 de l’Hégire), al-Châfi‘î (r.a.) (mort en 204 de l’Hégire), entre autres. Toutefois, ils divergent quant à savoir qui pourrait être le mujaddid du troisième siècle de l’Hégire.

Certains commentateurs du hadith ont estimé que le terme « celui qui », dans ce hadith, pouvait être compris au pluriel aussi bien qu’au singulier. Autrement dit, le terme « celui qui fait revivre » peut désigner non pas une seule personne, mais également un groupe. Ibn al-Athîr a indiqué dans son ouvrage « Al-Jâmi‘ li-l-usûl » que cette interprétation était tout à fait possible. Al-Hâfiz al-Dhahabî et d’autres ont également soutenu cette opinion.

Il convient d’ajouter qu’il n’est pas nécessaire qu’une personne ou des personnes particulières soient impliquées dans le groupe chargé de revivifier l’islam. Quiconque représente une tendance de pensée et de méthode d’action peut rejoindre ce groupe, dès lors qu’il souhaite œuvrer avec d’autres au renouveau de la religion.

À la fin d’un siècle et au début d’un autre, c’est peut-être l’interprétation la plus plausible de la compréhension et de la mise en pratique du hadith mentionné. Nous prions Allah pour que les jours du nouveau siècle soient meilleurs que ceux qui sont passés et pour qu’Allah rende nos jours à venir encore plus lumineux.

Stratégie du renouveau

Le mouvement islamique est capable d’apporter le renouveau par trois méthodes.

La première méthode consiste à, former un groupe d’avant-garde du mouvement islamique. Animé d’un esprit de solidarité et de coopération, ce groupe d’avant-garde sera capable de conduire efficacement la société contemporaine vers l’islam. Ce faisant, ses membres ne s’isoleront pas et ne favoriseront pas non plus l’indifférence. Ce n’est que par les directives prescrites par l’islam qu’ils pourront remédier à la décadence de la société musulmane. Ce groupe d’avant-garde devra être constitué de personnes unies par les liens du cœur, sur la base d’une foi ferme, d’un savoir profond, d’une compréhension éclairée et de relations étroites.

La deuxième méthode consiste à, susciter une opinion publique parmi les musulmans. Cette opinion reflétera celle de la majorité de la population ; ayant pris connaissance de l’objectif global du mouvement islamique, elle accordera sa confiance à la foi et à la compétence des militants, les aimera et les soutiendra. En même temps, cette population se préservera des effets néfastes de la propagande mensongère dirigée contre l’islam, le mouvement islamique et sa direction.

La troisième méthode consiste à, créer dans le monde entier un climat permettant aux peuples du monde de comprendre le message essentiel de l’islam ainsi que la véritable nature de sa civilisation et de sa culture, et de reconnaître l’existence de la oumma musulmane. Ils seront également préservés de l’influence néfaste du fanatisme apparu au Moyen Âge, ainsi que des mensonges et de la propagande fabriquée, déformée et diffamatoire des milieux hostiles à l’islam. Cette opinion publique sera tolérante à l’égard de l’émergence de la puissance musulmane, aux côtés des autres puissances mondiales. Car elle comprendra que, puisque les musulmans sont majoritaires dans leurs propres pays, ils ont le droit d’y établir un système de gouvernement conforme à leurs convictions religieuses. C’est précisément ce qu’exige la règle démocratique tant louée et tant prônée ; conformément à cette règle, ils ont également le droit de promouvoir l’idéal universel et humaniste de l’islam, qui compte parmi les idéaux les plus nobles du monde. Cet idéal a un passé, un présent et un avenir ; et le fait important est qu’il compte aujourd’hui plus d’un milliard d’adeptes dans le monde.

Islamique du mouvement priorités

Les domaines dans lesquels le mouvement islamique devra nécessairement agir à l’avenir sont nombreux et vastes. Les dirigeants actifs et les théoriciens du mouvement devraient examiner ces domaines avec attention. Un tel examen doit impérativement se fonder sur des faits avérés, des informations exactes et des statistiques.

Le domaine de l’éducation

Le travail dans ce domaine est essentiel pour former une génération aspirant à la victoire, des membres dotés de qualités humaines et une avant-garde islamique. Les membres de ce groupe comprendront pleinement l’islam et y croiront, notamment à travers le savoir, l’action, la da‘wa et la lutte. La première tâche de cette génération sera de transmettre la da‘wa de l’islam à son propre peuple, puis de diffuser ce message dans le monde entier. Ils ne pourront accomplir cette tâche que s’ils sont engagés envers l’islam, entretiennent dans leur cœur une conception claire de celui-ci, enracinent l’idéal au plus profond de leur cœur et font de l’éthique islamique leur force directrice dans tous les domaines de la vie. Ils adoreront Allah et se comporteront avec les hommes conformément à la charia. Ils comprendront que l’islam possède une méthode et une civilisation capables d’améliorer la situation actuelle de l’oumma musulmane, d’unir l’humanité sur la base de la Parole d’Allah et de guider la société humaine égarée vers la meilleure et la plus juste direction.

Politique domaine

L’objectif de l’action politique sera de retirer le pouvoir des mains de tous les faibles et des traîtres pour le remettre à des hommes courageux et honnêtes, qui ne cherchent ni à occuper eux-mêmes les hautes fonctions pour jouir de la puissance que leur confère le pouvoir, ni à corrompre le pays. Au contraire, si Allah les établit au pouvoir, ils veilleront à l’accomplissement de la prière et au versement de la zakat, ordonneront le bien et interdiront le mal.

Social domaine

L’objectif du programme social sera d’éliminer la pauvreté, l’ignorance, les maladies et la dépravation, et de s’opposer aux institutions suspectes qui, sous couvert d’activités sociales et humanitaires, œuvrent à affaiblir les liens de l’oumma musulmane avec son identité et sa religion.

Domaine économique

Le programme du domaine économique libérera la société de la détresse financière et du poids des dettes à intérêt, et contribuera au développement de la société en créant les conditions nécessaires à l’instauration d’un système économique islamique.

Domaine du jihad

L’objectif du jihad sera de récupérer les territoires musulmans, de combattre les forces opposées à la da‘wa islamique et à l’umma musulmane, et de préserver la liberté de volonté des musulmans ainsi que leur droit de prendre librement leurs décisions.

Domaine des médias et de la propagande

L’objectif de ce programme est de promouvoir l’idéal de l’islam et d’expliquer ses enseignements de manière à faire ressortir clairement les caractéristiques de modération et l’ampleur de cet idéal. Ainsi, toute ambiguïté et tout mensonge susceptible de porter atteinte à la clarté de la vérité seront éradiqués. À cette fin, tous les types de médias, depuis les publications jusqu’aux supports audiovisuels, devront être utilisés.

Domaine intellectuel

L’objectif de ce travail sera de corriger, dans les esprits musulmans et non musulmans, les conceptions erronées couramment répandues au sujet de l’islam et du mouvement islamique, afin d’y faire naître une conception juste, et de corriger ces conceptions erronées ainsi que les fatwas défectueuses (avis juridiques). Certaines doctrines erronées sont largement répandues au sein de certains groupes islamiques. Il est donc nécessaire d’y mettre fin afin de parvenir à une compréhension correcte du mouvement islamique. Cette compréhension se construira sur une base légitime, issue des principes fondamentaux du Coran, de la Sunna et de la charia, et cette conscience ainsi que cette compréhension devront être suscitées particulièrement chez les musulmans instruits. Car cette catégorie n’a en réalité guère l’occasion de connaître l’islam de manière correcte et exacte.

Répartition des responsabilités

Il est urgent d’œuvrer dans tous les domaines et il ne faut en négliger ni en laisser aucun de côté. À cet égard, il faut nécessairement répartir les effectifs et les capacités entre chaque domaine, en tenant compte, d’une part, des besoins de chacun et, d’autre part, des ressources humaines et des capacités dont nous disposons.

À l’époque du Messager d’Allah (sur lui la paix), le Saint Coran interdit à tous les musulmans de partir au djihad. Quel était donc ce domaine sacré visé par cette interdiction ? Il n’était en rien moins sacré ni moins important que le champ de bataille du djihad. Au contraire, ce domaine était parfois plus important encore. Car il rappelle aux musulmans le djihad, en lui ouvrant la voie, et les met en garde contre le fait de le négliger. Ce domaine est l’étude des sciences et du savoir en vue de comprendre la religion.

La sourate At-Tawba blâme sévèrement ceux qui se détournent du djihad et leur annonce un châtiment rigoureux. Dans le verset 122 de cette sourate, Allah le Très-Haut dit : « Il ne convient pas que tous les croyants partent ensemble au djihad. Que, de chaque groupe, une partie parte donc au djihad, afin que ceux qui restent puissent se consacrer à l’étude et à la recherche des connaissances religieuses, et qu’à leur retour auprès de leur peuple, ceux qui ont rejoint le djihad puissent les avertir des mauvaises actions. »

C’est précisément un appel ferme à la répartition des responsabilités des effectifs concernés et à la spécialisation.

Importance et des priorités fondement

À la lumière de la réflexion sur les priorités exposée précédemment, le mouvement islamique devra à l’avenir accorder son attention à certains sujets particulièrement importants. Ces sujets sont les suivants :

1. Dans le domaine intellectuel, il faudra se concentrer sur l’explication claire de plusieurs courants de pensée et sur la présentation de ces explications de manière accessible à tous et approfondie. Nous pouvons appeler cela le « nouveau fiqh ».

2. Concentrer l’attention sur les catégories de la société parmi lesquelles le mouvement peut être étendu et sur celles qui peuvent être intégrées au courant principal de la renaissance islamique afin de promouvoir et de diffuser l’islam.

৩. Accorder de l’attention à des normes qualitatives précises dans la préparation des futurs dirigeants et le développement de leurs qualités dans le domaine de l’éducation, en particulier là où est en jeu le perfectionnement de la foi et de la croyance.

৪. Prendre en considération les progrès accomplis dans la pensée et la conscience concernant les évolutions politiques locales et mondiales ainsi que les relations internationales, afin d’assurer l’universalité et le dynamisme du mouvement dans le domaine politique, en franchissant l’isolement et le blocus du monde musulman.

Par la suite, chacun de ces quatre domaines d’action fera l’objet d’un examen séparé.

 

Deuxièmechapitre

Mouvement islamique : intellectuel et du savoir dans le domaine

Intellectuel et du savoir dans le domaine

Le domaine intellectuel est le premier et le plus important de tous. Car c’est lui qui constitue le fondement de l’enseignement et de la prédication islamiques. En réalité, la crise intellectuelle est le problème principal. Beaucoup de gens manquent non seulement d’une conception claire de l’islam, mais aussi de connaissances suffisantes concernant les enseignements de l’islam et leur importance respective, c’est-à-dire ce qui est le plus important, ce qui revêt une importance générale et ce qui n’a absolument aucune importance.

Nous constatons également une grave insuffisance de connaissances concernant les réalités environnantes de l’époque dans laquelle nous vivons actuellement. Notre ignorance des autres est telle que, soit nous leur accordons une importance excessive, soit nous les méprisons. Pourtant, les autres se tiennent informés de tout ce qui nous concerne et nous connaissent en profondeur.

Nous sommes même ignorants de nous-mêmes. Jusqu’à présent, nous n’avons pas examiné minutieusement nos forces et nos faiblesses. Au contraire, nous amplifions souvent des questions insignifiantes ou faisons une tempête dans un verre d’eau. Que nous considérions nos forces et nos capacités ou nos défauts et nos lacunes, la situation est la même dans les deux cas. Cette ignorance ne se limite pas aux seuls musulmans ordinaires. Elle est manifeste aussi bien chez le groupe dirigeant sur lequel repose la responsabilité de faire progresser les intérêts de l’islam que chez les personnes associées au travail fondamental sur lequel se construira le mouvement islamique.

Nouveau fiqh

En fait, nous avons besoin d’un nouveau fiqh afin de pouvoir être dignes de compter parmi ceux qu’Allah a décrits comme des gens doués de discernement. Ici, le terme fiqh ne désigne pas le fiqh employé dans la terminologie islamique, c’est-à-dire la science juridique qui détermine les règles détaillées relatives aux ablutions, à la purification, aux actes de dévotion, aux transactions, au mariage, au divorce et aux conditions de l’éducation des enfants. Aussi importantes que soient ces règles, ce n’est pas ce que nous entendons ici. Nous ne voulons pas non plus donner au terme fiqh le sens qu’il revêt dans le Coran et le hadith à cet égard, car il a été employé dans un ensemble de termes et d’idées qui ont changé après une certaine époque. L’imam al-Ghazali lui-même en a donné cette explication dans le chapitre consacré au savoir de son célèbre ouvrage « Ihya’ ‘Ulum al-Din ».

Dans les sourates mecquoises du Coran, on trouve la mention du terme originel fiqh avant même l’instauration, dans le cadre de la charia, des règles détaillées relatives aux commandements et aux interdictions, ainsi qu’à l’ensemble des obligations, des hudud (dispositions pénales) et des lois régissant le jugement.

Révélée à La Mecque, la sourate Al- An-’‘Âm, 65 e verset, le Tout-Puissant Allah dit : « Dis : Il est assez puissant pour envoyer sur vous un châtiment du ciel et de la terre, ou pour vous diviser en factions et vous faire goûter les uns aux autres la violence. Regarde comment Nous exposons les signes de diverses manières, afin qu’ils comprennent. »

Dans la même sourate, au 98 e verset, il est également mentionné : Et Il est Celui qui vous a créés d’un seul être ; Il vous a assigné un lieu de séjour (sur terre ou dans le sein maternel) et un lieu de dépôt. Certes, Nous avons exposé en détail les preuves pour ceux qui comprennent.

Dans ces deux versets, le mot fiqh signifie comprendre profondément, à la lumière de l’âme, du cœur et de l’expérience, les lois immuables d’Allah, Sa création et le châtiment qu’Il réserve à ceux qui s’écartent de la voie droite qu’Il a établie.

Dans la sourate mecquoise Al –’A‘râf, au 179 e verset, il est fait mention des gens que le Très-Haut a destinés à l’Enfer. Il dit à leur sujet : Ils ont des cœurs, mais ils ne comprennent pas avec eux. Puis il est dit à leur sujet : Ces gens sont comme des quadrupèdes, ou plutôt plus égarés encore. Ce sont les insouciants.

Dans plusieurs sourates, l’attitude de nombreux polythéistes à l’égard du Coran est décrite. À ce sujet, Allah Tout-Puissant dit : « Nous avons placé des voiles sur leurs cœurs afin qu’ils ne comprennent pas le Coran, et Nous avons mis des bouchons dans leurs oreilles » (Al- An’‘âm : 25, Banî Isrâ’îl : 46, Al- Kah‌f : 57)।

Dans plusieurs sourates médinoises du Coran, le mot fiqh est employé pour désigner l’absence de discernement des polythéistes et des hypocrites. Dans la sourate Al -An‌-fal , au 65 e verset, Allah s’adresse à Son Messager et aux croyants en disant : Si vingt hommes fermement résolus se trouvent parmi vous, ils en vaincront plus de deux cents ; et s’il s’en trouve cent parmi vous, ils en vaincront mille mécréants, parce que ceux-ci sont des gens qui ne comprennent pas.

L’avertissement concernant l’ignorance des mécréants signifie ici qu’ils ignorent les lois et décrets immuables d’Allah, ainsi que la manière dont Il accorde tour à tour à tous les peuples divers jours de miséricorde, de bonheur et de prospérité.

Dans la sourate At- Tawba , au 87e verset, Allah a blâmé les hypocrites en disant : Ceux-ci se sont satisfaits de rester avec les femmes retirées dans leurs appartements, et leurs cœurs ont été scellés afin qu’ils ne comprennent pas.

Ici, comprendre signifie saisir la nécessité du djihad ; comprendre la nécessité de défendre le dîn signifie saisir la nécessité de s’efforcer de protéger la vie, l’honneur, les biens et, au sens général, la société. Ces actions auront priorité sur tout intérêt personnel, aussi urgent soit-il.

Dans cette même sourate, au 127 e verset, le Tout-Puissant Allah dit au sujet de telles personnes (qui manquent de discernement) : Et lorsqu’une sourate est révélée, ils se regardent les uns les autres (en disant) : « Quelqu’un vous voit-il ? » Puis ils s’éclipsent. Allah a détourné leurs cœurs, car ils ne sont qu’une société d’insensés.

Ces insensés oublient qu’Allah les voit avant même qu’un être humain ne les voie. En vérité, ils ont perdu leur fiqh et leur capacité de compréhension.

Dans la sourate Al -Hashr, au verset 13, le Très-Haut a dit au sujet des hypocrites, en s’adressant aux croyants : « Certes, la peur que vous leur inspirez est plus grande que la peur d’Allah dans leurs cœurs ; c’est parce qu’ils ne comprennent pas. »

Sourate Al- Munafiqun 3 e verset, Allah le Très-Haut dit : C’est parce qu’ils ont cru, puis sont devenus mécréants. Leurs cœurs ont donc été scellés, et ils ne comprennent plus.

Dans le verset 7 de la même sourate, Allah Tout-Puissant dit également : « Ce sont eux qui disent : “Ne dépensez rien pour ceux qui sont auprès du Messager d’Allah, jusqu’à ce qu’ils l’abandonnent.” Or les trésors des cieux et de la terre appartiennent à Allah, mais les hypocrites ne comprennent pas. »

On constate ainsi qu’une grande partie du Coran est consacrée à la description de ces « gens qui ne comprennent pas », c’est-à-dire les hypocrites. En effet, les hypocrites se croient intelligents. C’est pourquoi, sans prendre parti, ils adoptent une position opportuniste et tentent de tromper Allah et les croyants en suivant une politique à double face. Lorsqu’ils se joignent aux croyants, ils disent : « Nous croyons. » Mais lorsqu’ils se réunissent avec leurs compagnons malfaisants, ils disent : « Nous sommes avec vous. »

Mais Allah Tout-Puissant a dévoilé leur secret, leur hésitation et leurs manœuvres dans de nombreux versets. Sourate Al- Baqara 9 e verset, Allah le Très-Haut dit : Ils pensent tromper Allah et les croyants, mais en réalité ils ne trompent qu’eux-mêmes, sans s’en rendre compte.

En réalité, leur hypocrisie a été démasquée devant Allah et devant les hommes. Ils ont perdu la vie terrestre et la vie de l’au-delà, et ils seront certainement précipités au plus bas degré de l’Enfer. Quelle issue pourrait être plus tragique que celle-là ?

Ainsi, conformément à cette description, si des signes d’hypocrisie apparaissent chez quelqu’un, il faut assurément comprendre qu’il ne possède pas le moindre discernement.

Conclusion

Selon le style discursif du Coran, le mot fiqh ne désigne pas, dans le langage d’aujourd’hui, le sens technique de la jurisprudence. Il désigne plutôt la compréhension et l’acquisition de connaissances concernant la Parole d’Allah et Ses prescriptions relatives au monde créé, à la vie et à la société.

Même dans la sourate At-Tawba, au verset 122, il est dit : qu’un groupe de chacune de leurs communautés parte au combat. Ainsi, ceux qui restent pourront se consacrer à l’étude et à l’approfondissement des connaissances religieuses, et, lorsque ceux qui auront combattu retourneront auprès de leur peuple, ils pourront les avertir de leurs mauvaises actions.

Dans ce verset, le mot fiqh n’est pas employé dans son sens courant. Si on lui attribuait un sens relatif à la jurisprudence, il ne contiendrait pas l’avertissement invitant la personne concernée à se prémunir contre la falsification du sens, contre le fait de se protéger elle-même et contre la négligence dans l’accomplissement de ses responsabilités fondamentales dans la prédication.

L’emploi du mot « fiqh » dans le verset précité du Coran est cohérent avec son emploi dans un hadith du Messager d’Allah (SAW). Ce hadith dit : « Si Allah veut le bien pour quelqu’un, Il le rend expert en matière de religion. » Cela signifie qu’Allah éclairera sa vision afin qu’au lieu de se satisfaire des seuls mots et de significations superficielles, il s’efforce profondément de mieux comprendre la vérité, les réalités profondes et les objectifs de la religion.

Le fiqh dont nous avons besoin

Parmi les différents types de fiqh dont nous avons besoin, plusieurs ont été abordés dans mon livre « L’éveil islamique entre le rejet et l’extrémisme ». J’y ai traité du fiqh de la pratique et du fiqh de l’ordre des actions.

Une autre partie de cet exposé a été incluse dans mon livre « L’éveil islamique entre les divergences permises et la désunion blâmable ». Il y est question de l’un de nos besoins majeurs : le « fiqh des divergences ». Il y est indiqué que nous avons besoin de cinq types de fiqh. Ici, seuls deux d’entre eux sont abordés :

1. Le fiqh de l’équilibre (fiqh al-muwāzanāt)

2. Le fiqh des priorités (fiqh al-awlawiyyāt)

Une explication de chacun de ces types de fiqh est nécessaire.

Le fiqh de l’ équilibre

Par fiqh de l’équilibre, nous entendons plusieurs choses :

1. Maintenir un équilibre quant à l’importance relative des choses, à la lumière de leur ampleur et de leur capacité, de leur valeur et de leurs résultats, ainsi que de leur degré de tolérance, afin de déterminer à quoi accorder la priorité et quoi ajourner.

2. De même qu’il faut maintenir un équilibre entre les bonnes choses, il faut aussi en maintenir un entre les mauvaises, afin de déterminer lesquelles accepter et lesquelles éviter.

3. Lorsque les bonnes et les mauvaises choses entrent en conflit, donner la priorité à l’évitement du mal plutôt qu’à l’obtention du bien, et déterminer dans quels cas et à quel moment le mal peut être ignoré au profit du bien.

deux’types de fiqh

Dans ce contexte, nous avons besoin de deux niveaux de fiqh :

Fiqh de la Charia

Le premier est le fiqh de la Charia. Sa base sera une compréhension approfondie de la véritable essence de la Charia. Son objectif est d’établir la solidité du principe de l’équilibre mentionné plus haut et d’en déterminer le caractère probant. Cela doit être clair pour ceux qui s’efforcent de comprendre les sources fondamentales de la Charia et ses prescriptions, et d’en découvrir les subtilités.

La Charia n’a été révélée qu’en prenant en considération certains besoins naturels de l’être humain, pour son bien-être ici-bas et dans l’au-delà. Ses niveaux de bienfaits sont les suivants : l’indispensable (al-darûriyyah), le nécessaire (al-hâjiyyah) et ce qui relève de l’embellissement (al-tahsîniyyah).

Fiqh de la réalité

Le fiqh du deuxième niveau est en réalité positif ; il repose sur l’étude de la réalité contemporaine. Il faut mener avec prudence, dans de vastes domaines, des recherches fondées sur des données et des informations extrêmement exactes. À cet égard, il faut se méfier des statistiques trompeuses et irréalistes fondées sur des données de propagande et des questionnaires. Car un dessein se trouve derrière tout cela. Il ne s’agit pas, au fond, de révéler la vérité dans son ensemble.

Coordination des fiqh

Il est nécessaire de concilier le fiqh de la Charia et le fiqh de la réalité, afin de parvenir à un processus d’équilibrage théorique approprié, exempt à la fois d’extrémisme et de laxisme. Sur le plan des principes, la question du fiqh de la Charia est ici claire. Elle a été examinée dans les ouvrages d’usul al-fiqh, depuis Al-Mustasfa (l’imam al-Ghazali) jusqu’à Al-Muwafaqat (l’imam al-Shatibi), ainsi que dans les livres consacrés aux règles, aux analogies et aux divergences.

Lorsque des intérêts de natures diverses entrent en conflit, il faut sacrifier l’intérêt inférieur au profit de l’intérêt supérieur, et l’intérêt individuel au profit de l’intérêt général. Toutefois, la personne dont l’intérêt individuel a été sacrifié devrait être dédommagée de sa perte. En cas d’intérêts contradictoires, il est indispensable de donner la priorité à l’intérêt à long terme ou permanent plutôt qu’à l’intérêt à court terme, à l’intérêt réel plutôt qu’à l’intérêt insignifiant, et à l’intérêt certain plutôt qu’à l’intérêt incertain.

Nous avons vu que le Messager d’Allah, paix sur lui, a donné, dans le traité de Hudaybiyya, la priorité, dans certains cas, aux intérêts réels, fondamentaux et futurs, auxquels nul autre n’aurait jamais voulu renoncer. Il a accepté des conditions qui, au premier abord, semblaient injustes et humiliantes pour les musulmans. Il a consenti à supprimer la formule « Au nom d’Allah, le Tout Miséricordieux ». À sa place, il fut écrit : « En ton nom, ô Seigneur ». Il a également accepté que le traité ne mentionne pas l’expression « le Messager d’Allah », mais porte seulement son nom : « Muhammad ibn Abdallah ». Il existe de nombreux exemples de ce genre.

Lorsque des préjudices sont contradictoires et que l’un d’eux est inévitable, il faut choisir le moindre des deux maux, c’est-à-dire le mal relativement le moins nuisible. Les penseurs musulmans ont recommandé d’éliminer autant que possible les préjudices. Toutefois, il ne faut pas éliminer un préjudice relativement moindre au lieu d’un préjudice majeur. Il faut tolérer une petite perte lorsqu’elle permet d’éviter une perte plus importante. De même, il faut accepter de nuire à un individu afin d’éviter un préjudice général. De nombreux exemples en sont mentionnés dans les ouvrages intitulés Al-Qawaid al-fiqhiyya et Al-Ashbah wa al-nazair.

Si un conflit apparaît entre un avantage et un préjudice, il faut les évaluer selon leur ampleur, leurs conséquences et leur durée. Il est possible de négliger un léger préjudice afin d’obtenir un intérêt plus important. Il faut accepter un préjudice temporaire au profit d’un intérêt à long terme ou permanent. On peut même accepter un préjudice considérable s’il existe une possibilité d’éliminer un préjudice encore plus grand. En temps normal, il faut chercher à éviter le préjudice avant de rechercher l’intérêt.

Il ne faut pas considérer ces orientations comme une simple théorie ; nous devons plutôt les mettre en pratique. En effet, de nombreux désaccords existent entre les groupes islamiques actifs précisément autour de ces équilibres.

Former une alliance avec des forces hostiles

Peut-on accepter de conclure un accord ou une trêve avec des gouvernements qui ne sont pas loyaux envers l’islam ?

Est-il convenable de participer à un gouvernement en place qui n’a pas un caractère véritablement islamique, qui est régi par une Constitution défectueuse ou auquel nous n’accordons pas notre plein soutien ?

Est-il convenable de rejoindre un front d’opposition formé de différents partis politiques afin de renverser un gouvernement impie, dictatorial, tyrannique et injuste ?

Pouvons-nous établir des institutions économiques islamiques dans un environnement soumis à l’influence d’un système économique humain fondé sur l’intérêt usuraire ?

Convient-il, de manière générale, d’autoriser les musulmans à travailler dans des banques et des institutions fondées sur l’intérêt usuraire, ou d’empêcher les croyants pratiquants qui suivent les enseignements de l’islam d’y travailler ?

Mise en pratique dans la vie réelle

Il est facile d’élaborer des principes, mais il est difficile de les respecter. Il n’est pas facile pour les gens ordinaires ni pour ceux qui font du tapage à la moindre occasion de comprendre le fiqh de l’équilibre.

Lorsque le mawlana Sayyid Abul Ala Maududi et son parti, la Jamaat-e-Islami du Pakistan, estimèrent, dans les années 1960, qu’il était moins préjudiciable, au regard du fiqh de l’équilibre, de soutenir Fatima Jinnah à l’élection présidentielle du Pakistan plutôt qu’Ayub Khan, lui et ses partisans furent confrontés à une vive opposition et à des persécutions. Une campagne agressive fut menée contre eux, fondée sur le hadith selon lequel une nation qui nomme une femme à sa tête ne pourra jamais prospérer. Mais qu’adviendra-t-il de la nation qui choisit un dictateur comme dirigeant ? Accomplira-t-elle cette tâche beaucoup mieux ? Jamais. C’est précisément là que le fiqh de l’équilibre consiste à choisir le moindre des deux maux afin d’éviter le préjudice le plus grave.

Certains islamistes critiquèrent sévèrement le dirigeant du mouvement islamique soudanais, le Dr Hassan al-Turabi, et ses compagnons, parce qu’ils avaient décidé de rejoindre l’Union socialiste et qu’ils avaient accepté des postes au sein du gouvernement de Jaafar Nimeiri, avant même l’annonce de l’instauration de la charia islamique au Soudan.

Nos frères alliés en Syrie avaient été confrontés à une opposition du même ordre parce qu’ils avaient décidé de s’allier à certaines forces non islamiques pour résister à un régime dictatorial résolu à les anéantir. Pourtant, le Prophète Muhammad lui-même avait conclu une alliance avec la tribu polythéiste des Khuzāʿah et avait parfois soutenu un groupe de polythéistes contre un autre.

Bien entendu, je ne prends ici parti pour personne. Je ne fais que présenter un principe : il s’agit de la jurisprudence de l’équilibre, sur laquelle devrait être édifiée la structure de la « politique de la charia ». De nombreux arguments, fondés sur les positions adoptées par le Messager d’Allah et ses Compagnons ainsi que sur les vastes dispositions de notre charia, soutiennent l’idée qu’il est permis de participer à un pouvoir non islamique ou de s’allier à des forces non musulmanes.

Preuve de la jurisprudence’de l’équilibre

Si nous étudions attentivement les sourates mecquoises et médinoises du Coran, nous y verrons de nombreuses preuves de la jurisprudence de l’équilibre, ainsi qu’une méthode pour évaluer l’importance d’une chose par rapport à une autre.

Nous trouvons un exemple des intérêts de l’équilibre dans la réponse du vénérable Aaron (paix sur lui) à la question du vénérable Moïse (paix sur lui), concernant les différents intérêts : « Ô fils de ma mère ! Ne me prends pas par la barbe et ne touche pas ma tête. Je craignais que tu ne dises : “Tu as semé la division parmi les enfants d’Israël et tu n’as pas respecté ma parole.” »(Sourate Taha : 94)।

On trouve également un exemple d’équilibre entre les choses nuisibles dans l’explication donnée par al-Khidr (que la paix soit sur lui) du fait d’avoir percé le bateau : « Quant au bateau, il appartenait à de pauvres gens qui cherchaient leur subsistance en mer. J’ai donc voulu l’endommager, car derrière eux se trouvait un roi qui s’emparait de force de tout bateau intact (Sourate al Kahf‌ : 79)।

Pour le propriétaire, conserver le bateau endommagé est moins préjudiciable que de le perdre entièrement. Autrement dit, il vaut certainement mieux en sauver une partie que de tout perdre.

La notion de fiqh de l’équilibre est également clairement présente dans la Parole d’Allah : « Les gens t’interrogent au sujet du combat durant le mois sacré. Dis : y combattre volontairement est un grave péché auprès d’Allah. Mais faire obstacle au chemin d’Allah, mécroire en Allah, empêcher l’accès à la Mosquée sacrée et en expulser ses habitants sont des péchés plus graves encore auprès d’Allah. Et la fitna est plus odieuse que le meurtre »(Sourate al- Baqara : 217)।

Allah, le Tout-Puissant, nous dit : combattre durant le mois interdit est un grave péché, mais on peut combattre pour prévenir un péché encore plus grave.

Afin de comparer les intérêts matériels et immatériels, lisons le verset dans lequel Allah a réprimandé les musulmans après la bataille de Badr : Il ne convient pas à un Prophète d’avoir des prisonniers de guerre et de les libérer contre rançon avant d’avoir infligé un grand massacre aux mécréants sur terre ; vous voulez les biens de ce monde, tandis qu’Allah veut l’au-delà ; et Allah est Tout-Puissant et Sage. (Sourate Al An-‌fâl : 67)।

À propos de l’équilibre entre le bien et le mal, voyons ce que dit Allah le Très-Haut : Ils t’interrogent au sujet du vin et des jeux de hasard. Dis : leur usage comporte un grave péché ainsi que quelques avantages pour les gens. Mais leur péché est plus grave que leur avantage. (Sourate Al Baqarah : 219)।

En comparant différents groupes et factions non musulmans, Allah a annoncé, dans les premiers versets de la sourate Ar-Rûm, la victoire des Romains sur les Perses. Il est mentionné dans cette sourate que les croyants se réjouiront ce jour-là, bien que les deux camps soient non musulmans. Toutefois, par rapport aux Perses adorateurs du feu, les Romains sont plus proches des musulmans. Étant des gens du Livre, ils leur sont davantage proches.

L’avis d’Ibn Taymiyya

Cheikh al-Islam Ibn Taymiyya a fermement estimé qu’il était permis à un musulman d’accepter une fonction officielle dans un État non islamique, si le titulaire de la fonction concernée souhaitait remédier à certaines injustices ou combattre les mauvaises actions et la corruption (Annexe–1)।

Il a également rédigé un paragraphe détaillé sur l’acceptation ou le rejet temporaire du bien et du mal lorsqu’ils entrent en conflit, ou lorsque les deux se présentent simultanément et qu’il est impossible de les concilier ou de les séparer (Annexe–2)।

Lors d’un symposium consacré à l’économie islamique, [en Algérie, du 2 au 5– mars 1990, la sixième Barakat conférence s’est tenue.। J’y ai également eu l’occasion de participer avec plusieurs fuqaha et j’ai pu participer à leurs côtés.। Ils sont , le cheikh Abd al- Hamid al- Sayeh, , le cheikh Mukhtar al- Salami, , le Dr . Abd al- Sattar Abu Guddah, , le Dr . Sayyed Darsh, et le Dr . Talal Bafakih.।] Plusieurs fuqaha et économistes participants ont estimé que, dans les pays musulmans, l’achat et la vente d’actions de sociétés et d’institutions établies dans des secteurs autorisés sont licites du point de vue de la charia, même si ces transactions comportent un léger doute quant à leur lien avec l’intérêt. Après avoir examiné cette question à la lumière du fiqh de l’équilibre, le symposium a conclu qu’il ne fallait pas laisser des secteurs aussi importants et productifs entre les mains de non-musulmans ou de musulmans irréligieux. En effet, cette mesure créerait un grave danger, notamment dans certains pays. Les actionnaires peuvent plutôt donner, à titre de sadaqa ou d’œuvre d’intérêt général, la part proportionnelle des dividendes qu’ils estiment provenir de transactions liées à l’intérêt.

Selon ce fiqh, il a été conseillé aux jeunes musulmans consciencieux de ne pas quitter leur emploi dans des entreprises telles que les banques et les compagnies d’assurance. Même si cela comporte nécessairement le risque de commettre certains péchés, l’expérience qu’ils y acquerront pourra être mise à profit pour le développement de l’économie islamique. Ainsi, tout en rejetant intérieurement l’aspect nuisible, ils participent également aux efforts de ceux qui œuvrent à islamiser l’ensemble du système.

Absence du fiqh de l’équilibre

Si nous n’appliquons pas le fiqh de l’équilibre, nous fermerons nous-mêmes de nombreuses portes du bien et des bénéfices. En fin de compte, la philosophie du rejet en toute chose deviendra un instrument : sous prétexte d’éviter les problèmes, nous nous isolerons et choisirons de ne pas entrer en confrontation avec nos adversaires selon leur propre logique. Il nous sera alors facile de dire « non » ou « c’est illicite » dans toute question relevant de l’ijtihad.

Mais si nous appliquons le fiqh de l’équilibre, nous trouverons le moyen de comparer une situation à une autre et de mesurer les bénéfices plutôt que les préjudices, à court et à long terme, ainsi qu’aux niveaux individuel et collectif. Nous pourrons ainsi choisir la voie qui permet de réaliser le bien et d’éviter le mal de la meilleure manière possible.

En 1980, j’ai reçu une demande de contribution au magazine « Doha », publié au Qatar. Il s’agit d’une publication littéraire et culturelle, dont la plupart des membres de la rédaction sont de tendance laïque. Bien que sa ligne directrice ne soit pas opposée à l’islam, elle n’est pas non plus islamiste ni favorable à l’islam. Après avoir longtemps hésité, j’ai examiné cette proposition selon le principe de l’équilibre et décidé qu’il valait mieux y écrire plutôt que de boycotter le magazine. En effet, ses lecteurs représentent un vaste groupe culturel qui ne lit généralement pas les journaux et revues islamiques. Puisque les lecteurs de ce magazine n’appartiennent pas à la même catégorie que ceux des périodiques tels qu’« Al-Umma », nous devons, lorsque l’occasion se présente, faire parvenir notre message jusqu’à eux. C’est là une responsabilité que Dieu nous a confiée.

C’est pourquoi nous devrions accepter de leur accorder des interviews ou d’y publier des articles, même si la ligne éditoriale de ces journaux et magazines n’est pas conforme à nos opinions. Beaucoup continuent de blâmer ceux qui écrivent dans des quotidiens ne suivant pas clairement une orientation islamique. Certains m’ont même reproché d’avoir publié en feuilleton mon livre « L’éveil islamique entre les divergences permises et la désunion blâmable » dans le quotidien saoudien « Asharq Al-Awsat », parce qu’ils n’approuvent pas certains points de vue de ce journal. Mais j’ai surtout considéré les bénéfices de la publication de ce livre dans ce journal très lu.

Nombreux sont ceux qui estiment qu’en raison des idées et des conceptions déviantes, il faudrait boycotter tous les moyens de communication, y compris les supports audio et vidéo. Ils oublient que boycotter les moyens de communication signifie les laisser prendre une forme encore plus abjecte et offrir à des personnes laïques et à la mentalité dépravée la possibilité d’y pénétrer massivement pour y mener des activités subversives. Quant à nous, nous serions privés de cette possibilité, qui n’a aucune solution de remplacement.

Si nous examinons cette question à la lumière du fiqh de l’équilibre, nous constaterons qu’œuvrer dans ce domaine extrêmement important n’est pas seulement permis et souhaitable, mais indispensable. Cela peut en effet constituer un moyen légitime de poursuivre notre travail de prédication et de combattre autant que possible les activités néfastes.

La jurisprudence des priorités

Par jurisprudence des priorités, nous entendons considérer chaque question dans son véritable contexte. Il ne faut suspendre aucune question majeure, ni considérer une question secondaire comme importante, ni minimiser une question majeure. De même, il ne convient pas d’accorder une importance excessive à une question mineure. La loi naturelle et la loi de la Charia indiquent cette orientation. Je pense que la création et les prescriptions d’Allah rendent indispensable le respect de ce véritable contexte. Dans la sourate Al- A’‘râf, au 54 e verset, il est dit : Certes, c’est à Lui qu’appartiennent la création et le commandement.

La jurisprudence des priorités dans la vie du Prophète

Durant la période mecquoise, la mission du Messager d’Allah (paix et bénédiction sur lui) se limitait à un seul domaine. Le programme de cette mission consistait uniquement à appeler les gens à Allah et à former un groupe de croyants qui, par la suite, diffuserait cet appel auprès des Arabes, puis dans le monde entier. À cette étape, le travail du Prophète (paix et bénédiction sur lui) était centré sur l’établissement de la croyance religieuse, la pratique du tawhid, l’éradication du polythéisme et de l’idolâtrie, ainsi que la pratique de la vertu et des bonnes œuvres.

Cette démarche bénéficiait du soutien du Coran. La preuve en est que le Coran n’a pas demandé aux musulmans de se concentrer sur une quelconque réglementation secondaire particulière ; il les a plutôt exhortés à concentrer tous leurs efforts sur l’édification de la vision islamique exposée dans la sourate Al-‘Asr. Dans cette sourate, au verset 3, il est dit : « sauf ceux qui croient, accomplissent de bonnes œuvres et s’exhortent mutuellement à la vérité et à la patience. »

À l’époque mecquoise, durant la prédication, le Messager d’Allah — paix et bénédiction d’Allah sur lui — n’a pas autorisé les musulmans, qui voyaient chaque jour les idoles dans la Kaaba, à prendre des haches pour les détruire, ni à brandir l’épée pour combattre ces idoles et les ennemis d’Allah, alors même que les mécréants les persécutaient. À cette époque, lorsqu’ils venaient auprès du Messager d’Allah — paix et bénédiction d’Allah sur lui — après avoir été battus et blessés, il leur disait, selon les termes du Coran : « Retenez vos mains et accomplissez la prière » ((sourate An- Nisâ’ 77).)।

Chaque chose a son moment approprié. Si l’on espère obtenir quelque chose avant le moment fixé, cela peut entraîner des dommages au lieu d’être bénéfique.

des priorités fiqh et de l’équilibre du fiqh réciproque relation

Le fiqh des priorités est intimement lié au fiqh de l’équilibre. Dans certains cas, ils s’entremêlent ou deviennent parallèles l’un à l’autre, et parfois le processus d’équilibre penche vers les priorités. Ainsi, il relève alors du fiqh des priorités.

La proportion à maintenir la nécessité

Selon le fiqh des priorités, il est indispensable de respecter les proportions dans les prescriptions et dispositions de la charia (taklîf) ainsi que dans les actes. Tout écart par rapport aux proportions fixées par la charia islamique causera de graves dommages dans la vie religieuse comme dans la vie mondaine.

En islam, la foi précède les œuvres. En effet, la foi est la fondation, tandis que les œuvres sont l’édifice. Aucun édifice ne peut exister sans fondation. La foi précède les œuvres. Les œuvres sont multiples. Le Messager d’Allah, paix et bénédictions sur lui, a dit dans un hadith authentique : « La foi comporte soixante-dix-sept branches ; la plus élevée est qu’il n’y a de divinité qu’Allah, et le degré le plus bas consiste à retirer de la route ce qui est nuisible. »

Il est rapporté dans le Coran que les œuvres auprès d’Allah ne se situent pas à un seul degré, mais se répartissent entre des degrés supérieurs et inférieurs. Le Tout-Puissant dit : « Avez-vous considéré que le fait de donner à boire aux pèlerins et d’entretenir la Mosquée sacrée équivaut à l’œuvre de celui qui croit en Allah et au Jour dernier et qui lutte dans le chemin d’Allah ? Ils ne sont pas égaux auprès d’Allah. Et Allah ne guide pas les injustes. Ceux qui ont cru, émigré et lutté dans le chemin d’Allah avec leurs biens et leurs personnes occupent un rang bien plus élevé auprès d’Allah. Et ce sont eux les victorieux. »(Sourate At-Tawba : 19–20)।

C’est pourquoi le cheikh de l’islam Ibn Taymiyya a dit que participer au djihad est préférable à l’accomplissement du pèlerinage. Les jurisconsultes hanbalites et d’autres jurisconsultes ont spontanément qualifié le djihad de meilleure œuvre corporelle à accomplir. De nombreux hadiths font l’éloge du djihad. Parmi eux figure celui rapporté par Abou Hourayra, qu’Allah l’agrée. Il dit : Un compagnon du Messager d’Allah, qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix, traversait une vallée étroite où se trouvait une source d’eau douce. La vallée lui plut et il se dit : Comment pourrais-je me retirer des autres afin de me consacrer au service d’Allah ? Je ne le ferai pas sans demander la permission au Messager d’Allah, qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix. Cet homme fit part de son souhait au Messager d’Allah, qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix, qui lui dit : « Ne fais pas cela. Lutter dans le chemin d’Allah est bien meilleur que de pratiquer le culte chez toi pendant soixante-dix ans. »(Tirmidhi et al- Hakim)।

Un hadith rapporté par Salman, qu’Allah l’agrée, souligne l’importance du ribat, c’est-à-dire la garde des musulmans contre les mécréants : un jour et une nuit de ribat valent mieux qu’un mois de jeûne et de prière nocturne. Si quelqu’un meurt alors qu’il est en état de ribat, le registre de ses bonnes œuvres continuera en sa faveur comme s’il était vivant ; et s’il reste vivant, il sera à l’abri des tentations de Satan.(Muslim)।

Un imam tel qu’Abdullah ibn al-Moubarak écrivit, depuis un camp militaire pendant le djihad, un poème à l’un de ses amis nommé al-Foudayl ibn Iyad, qui voyageait constamment entre les deux lieux saints, La Mecque et Médine. Les vers sont les suivants :

Ô toi qui te consacres au culte dans les deux lieux saints,

Si tu nous voyais,

tu saurais alors que ton adoration n’est qu’un jeu.

Certains mouillent leurs joues de leurs larmes ;

et nous mouillons notre poitrine de notre propre sang…..

[Dans l’exégèse de la sourate Al-Imran, du dernier verset, Ibn Kathir a rapporté cette histoire। D’autres historiens ont également rapporté la même histoire।]

Selon le fiqh établi, les actes de dévotion nafl (les actes facultatifs qui, contrairement aux actes fard, ne sont pas obligatoires) ne doivent pas être placés au-dessus des actes fard ; l’obligation individuelle (fard al-‘ayn) est plus importante que l’obligation collective (fard al-kifaya) ; une obligation collective que personne n’accomplit doit avoir la priorité sur une responsabilité pour laquelle il y a suffisamment de personnes pour s’en acquitter. De même, la responsabilité qui concerne un groupe ou une nation prime sur le droit de l’individu, et la tâche dont le délai d’exécution est limité doit être accomplie avant celle pour laquelle on dispose de suffisamment de temps.

En ce qui concerne l’importance des intérêts définis par la charia, le fiqh a établi quelle question devait avoir la priorité. En effet, les intérêts indispensables (al-masalih al-daruriyyah) prévalent sur les intérêts nécessaires (al-masalih al-hajiyyah) et les intérêts visant l’embellissement (al-masalih al-tahsiniyyah). De même, les intérêts nécessaires ont reçu une priorité supérieure à ceux visant l’embellissement. Toutefois, lorsque les intérêts de la nation entrent en conflit avec ceux de l’individu, la priorité revient aux intérêts nationaux. C’est ici que le fiqh de l’équilibre et le fiqh des priorités se rejoignent.

La négligence à l’égard de la jurisprudence des priorités

Le problème de nombreux groupes liés au renouveau islamique est que le fiqh des priorités n’existe pas pour eux, car ils accordent souvent de l’importance aux questions secondaires avant les questions essentielles. Au lieu de comprendre les intérêts d’ensemble, ils se consacrent à l’étude d’un aspect particulier. Et, plutôt que de s’attacher aux questions établies, ils s’accrochent aux questions controversées. Malheureusement, nous discutons de l’effusion du sang des fourmis, mais nous ne nous préoccupons pas du sang versé par l’imam Hussein, que Dieu l’agrée. Ou bien nous devenons agressifs pour défendre les actes nafl, tandis que les gens négligent les actes fard. Nous nous disputons au sujet de l’enveloppe sans nous soucier de l’essence.

Dans l’ensemble, telle est la situation des musulmans d’aujourd’hui. Je vois que, chaque année, pendant le Ramadan ou durant les autres mois, des millions de personnes accomplissent la ‘umra, et que certaines accomplissent le hajj dix fois, voire même près de vingt fois. Si elles épargnaient l’argent dépensé pour ces actes surérogatoires, elles pourraient accumuler des dizaines de millions de takas. Nous nous dém enons des années durant pour réunir un fonds d’un milliard de dollars au profit des institutions de service islamique. Mais nous ne parvenons même pas à réunir un dixième de cette somme, voire même un vingtième ou un trentième. Si vous demandiez à ces personnes qui accomplissent des hajj et des ‘umras supplémentaires de consacrer l’argent de leurs voyages facultatifs à empêcher les conversions au christianisme en Asie et en Afrique, ou à aider les victimes de la famine, elles ne donneraient rien. C’est une maladie si ancienne qu’aucun cardiologue ne pourra jamais la guérir. [Bashar al- Hafi’, dont un récit est rapporté ‘ dans Al-Ihya’ , au troisième volume, à la page 409, est relaté ainsi.।]

En appliquant la jurisprudence des priorités, nous pouvons savoir à quelle question il convient d’accorder davantage d’attention qu’aux autres, afin de lui consacrer davantage d’efforts et de temps. Elle nous permet également de déterminer contre quel ennemi mobiliser le plus de forces et sur lequel concentrer notre attaque, ainsi que les combats qui méritent relativement d’être menés. Car, du point de vue de l’islam, il existe plusieurs catégories d’êtres humains : les musulmans, les mécréants et les hypocrites.

Parmi les mécréants, il y a ceux qui recherchent la paix et ceux qui ont une attitude belliqueuse. Parmi eux, il n’y a pas seulement des mécréants, mais aussi des mécréants qui font obstacle à la voie d’Allah. Parmi les hypocrites, certains font preuve de peu d’hypocrisie, tandis que d’autres s’y adonnent à un degré plus élevé. Alors, par où commencer ? Quel domaine est le plus propice à l’action ? À quelle question faut-il accorder le plus d’attention ?

La jurisprudence des priorités nous sensibilise à la nécessité d’agir en fonction des exigences du moment, afin que la tâche déterminée soit accomplie convenablement sans retard. En effet, si une occasion est manquée, elle peut revenir comme elle peut ne plus se présenter. Et même si elle revient, cela peut prendre beaucoup de temps. Un poète a parlé ainsi de la valeur du temps :

Saisis l’occasion, car une occasion

si tu la laisses échapper, reviendra sous forme de regret.

Un proverbe arabe dit : Ne remets pas à demain le travail d’aujourd’hui.

Lorsqu’on conseilla à Omar ibn Abd al-Aziz, qu’Allah l’agrée, de remettre certaines tâches au lendemain, il répondit : Je suis déjà épuisé par le travail d’une seule journée ; qu’en sera-t-il demain, lorsque je devrai accomplir le travail de deux jours ?

Voici une parole pleine de sagesse d’Ibn Ata, qu’Allah l’agrée : nombreuses sont les tâches pour lesquelles on dispose de suffisamment de temps et que l’on peut accomplir dans ce délai. Mais il existe aussi des tâches qui, si elles ne sont pas accomplies dans le délai qui leur est imparti, ne pourront plus l’être. Car chaque nouvelle période apporte de nouvelles responsabilités et de nouvelles tâches prescrites par Allah.

Al-Ghazali et de la jurisprudence des priorités

L’imam Al-Ghazali — que Dieu lui fasse miséricorde — a critiqué, dans son ouvrage « Al-Ihyâ’ », ceux qui, sans prêter attention aux bonnes œuvres, se contentent uniquement des actes de dévotion. Il dit : « Un autre groupe ne manifeste pas autant d’empressement pour les actes surérogatoires que pour les obligations. Nous les voyons très heureux de prier les prières surérogatoires du matin, la prière de tahajjud de la nuit et d’autres prières, mais ils n’éprouvent aucun plaisir à accomplir les actes obligatoires. Ou bien ils ne veillent même pas à accomplir les prières obligatoires à leur heure. Ils oublient le hadith rapporté par le Messager de Dieu — que Dieu le bénisse et lui accorde la paix — : Parmi les œuvres par lesquelles Mon serviteur se rapproche le plus de Moi, aucune ne M’est plus aimée que celles que Je lui ai prescrites comme obligatoires »(Al-Bukhari)). Négliger l’ordre de priorité fondé sur l’importance des bonnes œuvres relève d’une mauvaise conduite. Si une personne se trouve dans une situation où elle ne peut accomplir qu’une seule de deux obligations, ou si elle doit accomplir l’une dans un délai court tandis qu’elle dispose de beaucoup de temps pour l’autre, alors, si elle ne respecte pas cet ordre, elle est dans l’égarement.

Il existe de nombreux exemples où l’obligation d’obéir au commandement de Dieu et l’interdiction de lui désobéir apparaissent toutes deux clairement. Ce qui est véritablement ambigu, c’est de donner la priorité à certaines obligations sur d’autres. Ainsi, il faut donner la priorité aux œuvres obligatoires sur les actes surérogatoires, aux obligations individuelles sur les obligations collectives, aux tâches qui ne peuvent être reportées sur celles, moins nécessaires, qui peuvent l’être, et satisfaire les besoins de la mère avant ceux du père.

On demanda au Messager de Dieu — que Dieu le bénisse et lui accorde la paix — : « Qui mérite le plus mes soins et mon attention ? » Il répondit : « Ta mère. » L’homme demanda : « Et ensuite, qui ? » Le Messager de Dieu répondit : « Ta mère. » L’homme demanda encore : « Et après elle, qui ? » Le Messager de Dieu répondit : « Ta mère. » L’homme posa la question une quatrième fois : « Et ensuite, qui ? » Le Messager de Dieu répondit : « Ton père. » L’homme demanda encore : « Et ensuite, qui ? » Le Messager répondit : « Le plus proche de tes proches parents, puis celui qui vient après lui en proximité. » Chacun doit s’acquitter des droits de ses proches selon le degré de proximité familiale. Si deux de ses proches sont de rang égal, il doit aider celui qui a le plus besoin d’aide. Si leurs besoins sont égaux, il convient alors d’aider celui qui est le plus attaché à la religion.

De même, si quelqu’un souhaite accomplir le pèlerinage alors qu’il n’est pas en mesure de subvenir aux dépenses de son père, il ne devrait pas partir pour le pèlerinage. S’il le fait, il agira comme un insensé. Il devrait en effet donner la priorité à la préservation des intérêts de son père. Ainsi, il donnera à une obligation religieuse la priorité sur un devoir religieux de rang inférieur.

De plus, si l’heure de la prière du vendredi arrive alors qu’une personne doit se rendre à un rendez-vous fixé à l’avance, elle doit participer à la prière en assemblée. Si elle se rend à son rendez-vous, elle désobéira à Dieu, même si honorer sa promesse constitue également une obligation. Si quelqu’un découvre une impureté sur son vêtement et se comporte mal envers ses parents, l’impureté est certes inacceptable, mais blesser ses parents ne l’est pas davantage. Il est plus important de veiller à s’abstenir de blesser ses parents que de prendre des précautions pour éviter l’impureté.

Il existe d’innombrables exemples des relations réciproques entre les actes interdits et les obligations. Celui qui néglige la hiérarchie des priorités dans l’un de ces domaines est certainement égaré. [Voir ‘al Ihya’, troisième volume, page 400–404, mon livre aussi voir : ‘Imam al Ghazali : entre ses laudateurs et ses détracteurs’, page 87–93]

Ibn Qayyim est d’avis

Quelle adoration vaut-il mieux accomplir : les actes de dévotion qui sont très difficiles, ou ceux qui sont très bénéfiques ? À propos de ces questions, l’imam Ibn Qayyim a exprimé plusieurs avis.

Il a estimé qu’il n’existe pas un acte d’adoration unique qui soit toujours préférable. Toutefois, à certains moments, certains actes d’adoration peuvent être préférables. [Madârij al- Sâlikîn, premier tome, pages 85–90, mon livre ‘ʿIbâdah en islam’।] En période de famine, fournir des denrées alimentaires est la meilleure œuvre ; par cela, un musulman se rapproche davantage d’Allah. Lorsque des forces mécréantes attaquent un pays musulman, le djihad est alors la meilleure œuvre. Vient ensuite le fait de fournir des armes et des fonds aux moudjahidines. Lorsqu’un savant meurt sans laisser d’héritiers, acquérir la connaissance religieuse est alors la meilleure œuvre. Ainsi, un musulman peut espérer une récompense de la part d’Allah, et ils obtiennent également les éloges d’Allah et des croyants. C’est ainsi que l’on peut maintenir un équilibre entre les bonnes œuvres selon leurs caractéristiques respectives.

 

troisièmechapitre

islamique mouvement : campagne de prédication et de la connaissance dans le domaine

campagne de prédication

Le mouvement islamique devrait déployer de vigoureux efforts de prédication parmi tous les groupes et toutes les classes de la société, et s’efforcer de susciter, aux quatre coins du monde, chez le grand public, la conscience d’un renouveau islamique. En agissant ainsi, aucun niveau de la société ne restera dépourvu de la présence et de l’activité du mouvement islamique. L’appel du mouvement atteindra partout. Son corps de militants dévoués participera également à cet effort. Ainsi, le nombre des adeptes, des soutiens et des porte-parole du mouvement augmentera lui aussi plusieurs fois.

Il est possible d’atteindre cette étape en œuvrant dans le domaine de l’information et des médias. À cette fin, il faut utiliser de manière organisée et soigneusement planifiée les dernières innovations scientifiques ainsi que les technologies de l’information et de la communication de masse. Pour un tel travail, il faut exploiter, autant que possible et partout où elles sont disponibles, toutes les méthodes et capacités de l’Occident et de l’Orient. Il faut continuer à recourir à cette méthode aussi longtemps qu’elle contribuera à atteindre l’objectif que nous souhaitons. Un croyant sincère devrait toujours rechercher les paroles riches de savoir. Dès qu’il les trouve, elles lui reviennent de droit.

Le mouvement devrait faire appel à des experts expérimentés dans l’art de s’adresser aux assemblées générales et à chaque groupe distinct. Ces experts sont des spécialistes de la psychologie, de la sociologie, de la politique et des sciences de la communication de masse ; ils savent comment mettre leurs connaissances et leur expérience au service des meilleurs intérêts du mouvement et de l’islam.

Le mouvement doit dès aujourd’hui élaborer un plan pour constituer un groupe de prédication islamique capable de parler le langage de notre époque et d’affronter avec une égale compétence les situations contemporaines. Ses membres sont conscients de la grandeur, de l’ampleur, de l’universalité et de l’équilibre de la prédication islamique. Il faut former, au moyen d’un entraînement de haut niveau, un groupe de professionnels des médias capables de transmettre la prédication aux gens en recourant à des arguments formulés dans le langage d’aujourd’hui.

Nous allons maintenant examiner comment étendre le travail du réveil et du mouvement parmi les composantes les plus importantes de la société : les intellectuels, les travailleurs, les commerçants et les autres catégories.

Fausses idées

Il faut d’abord étendre le mouvement islamique parmi les groupes culturels, afin d’orienter correctement leur manière de penser au sujet de l’islam, de son message essentiel, de sa loi, de sa culture et de son histoire, et de les informer sur le mouvement islamique, ses buts, ses objectifs et ses résultats.

Erronées conceptions

Bien que le réveil islamique se soit étendu parmi de nombreux jeunes cultivés, certains restent encore ignorants de l’islam, ou bien leurs connaissances de l’islam sont incomplètes, déformées ou confuses. Cela s’explique par des siècles de retard ou par les effets déformants et nouveaux de l’agression idéologique étrangère.

Beaucoup d’entre eux, bien qu’ayant fait des études universitaires, croient encore aux superstitions et aux légendes. Dans leurs croyances, ils tolèrent le polythéisme, mêlent les coutumes aux actes de dévotion et leur conduite est marquée par le désordre. Pourtant, ce sont eux qui se considèrent comme de véritables croyants. Beaucoup de personnes cultivées fréquentent encore les mausolées de saints et de derviches, comme si ces sanctuaires étaient semblables à la Kaaba. Elles demandent de l’aide aux morts, portent des amulettes, croient que l’on peut faire venir les esprits, prêtent serment au nom d’autres qu’Allah et immolent des animaux en l’honneur des morts.

Bien que leur nombre soit relativement restreint en raison de la vaste marée matérialiste et de l’agression idéologique de l’Occident, ces personnes existent toujours sous l’influence d’un soufisme dévoyé. Dans de nombreux pays musulmans, elles font encore étalage de leur pouvoir, et les autorités gouvernementales les soutiennent ouvertement ou secrètement. Un homme intelligent n’a pourtant aucune raison de ne pas en comprendre la portée. Ces personnes cultivées devraient chercher à comprendre les fondements de la foi et de la croyance véritables, et à acquérir une connaissance des formes de culte agréées par Allah. Beaucoup de personnes instruites ignorent encore les multiples aspects de la forme éternelle de l’islam, de sa force et de sa grandeur. On peut presque dire qu’elles ne savent rien des principes et des caractéristiques de l’islam. Elles tirent leur connaissance de l’islam des orientalistes, des missionnaires et de la situation actuelle des musulmans. Elles pensent que, puisque les musulmans qui les entourent sont dans cet état, l’islam doit être ainsi. Par conséquent, l’islam serait responsable du retard, de la corruption et de l’ignorance des musulmans. Or, tout cela n’a absolument aucun rapport avec l’islam.

Les personnes cultivées devraient savoir où acquérir une connaissance de l’islam et quelles sources peuvent leur en enseigner les véritables enseignements. Elles devraient comprendre qu’il ne faut pas juger l’islam à partir des musulmans, mais juger les musulmans à la lumière de l’islam. Les musulmans égarés ne sont pas la référence de l’islam ; les véritables musulmans, eux, en sont la référence.

Certaines personnes cultivées pensent encore pouvoir être de véritables musulmans pieux. Pourtant, ce sont elles qui acceptent de se soumettre à l’autorité de lois autres que la charia islamique et vivent dans des pays dont les lois et le gouvernement au pouvoir ne sont pas islamiques.

Ils devraient comprendre que l’islam est un système de vie et un ensemble de lois, et qu’Allah n’a pas révélé Son Coran pour qu’il soit récité à l’intention des morts. Il l’a plutôt révélé pour guider les vivants. Allah, le Tout-Puissant, a dit : « Nous avons certes fait descendre vers vous ce Livre véridique, le Coran, afin que vous jugiez entre les gens d’après ce qu’Allah vous a révélé par l’inspiration divine » (Sourate An- Nisâ’ : 105). Ils devraient également comprendre que ceux qui ne jugent pas d’après ce qu’Allah a révélé tombent, selon la description du Livre, sous le coup de la mécréance, de l’injustice ou de la perversité, ou bien que tous ces défauts réunis leur sont imputables.

Certaines personnes cultivées pensent encore que l’islam est une forme de christianisme, et que le christianisme admet les distinctions de classes entre les hommes ainsi que la division de la vie entre Dieu et César. Matthieu 22: : 21 rapporte : « Rendez donc à César ce qui est à César, et à Dieu ce qui est à Dieu. » Ainsi, ils réduisent l’islam à la relation entre l’homme et Allah. Le seul lieu de cette relation est alors la conscience de l’homme. Si cette relation dépasse la conscience, son seul lieu sera la mosquée, et rien d’autre. Quel rôle l’islam peut-il jouer en ce qui concerne la vie et son organisation, la culture et son évolution, l’éducation et les programmes scolaires, l’économie et son application, ainsi que le droit et le code pénal ?

Plus regrettable encore, certains d’entre eux ne se contentent pas de se déclarer musulmans : ils sont également fiers de l’être. Ils prient, accomplissent la ‘umra ou le hajj. En même temps, ils font l’éloge de la laïcité, préfèrent les liens nationalistes à l’islam et adoptent pleinement la pensée occidentale sans examiner ni discerner ce qu’ils poursuivent.

Ils adoptent la théorie de l’évolution de Darwin, la théorie psychanalytique de Freud, l’interprétation matérialiste de l’histoire de Marx et la théorie de Durkheim sur l’origine de la religion. Pourtant, ils ne voient pas quelle place l’islam peut avoir parmi ces constructions théoriques. L’un d’eux est même allé jusqu’à déclarer un jour : « Je suis un marxiste musulman. » Il est difficile de comprendre comment ces deux choses peuvent coexister chez une même personne. D’où a-t-il tiré cette inspiration : du Coran, du Capital ou du Manifeste communiste ? Si une contradiction surgissait, qui serait son modèle et son arbitre : Muhammad (paix et bénédiction sur lui) ou Marx ?

Si quelqu’un disait : « Je suis un bouddhiste musulman » ou « je suis un chrétien musulman », pourrait-on l’accepter ? Si la réponse est « non », comment peut-il alors dire : « Je suis un marxiste musulman » ? Est-ce parce que le marxisme n’est pas une religion, mais qu’il lutte contre toutes les religions et considère la religion comme « l’opium du peuple » ? Si tel est le cas, il est préférable de rejeter le marxisme. En effet, l’islam ne peut se fondre dans une autre religion, même si celle-ci est scripturaire. Comment pourrait-il donc s’unir à une doctrine opposée à toutes les religions ?

En réalité, bien que le marxisme nie toutes les religions, il possède un caractère religieux. En effet, il exige de ses adeptes une obéissance absolue ; c’est pourquoi il n’a pu se mêler à aucune autre religion ni à aucune autre doctrine.

Le marxisme est une philosophie totalitaire et absolutiste. Il n’y réserve aucune place à l’islam ni à aucune autre religion. La religion n’y joue même aucun rôle, sauf en cas de nécessité, et dans la société marxiste, elle est considérée comme secondaire et non comme fondamentale.

Certains intellectuels pensent que la faiblesse politique des musulmans, leurs défaites militaires, leur retard culturel et leur indigence dans les domaines scientifique et technologique sont dus à l’islam. Quant aux victoires et aux progrès de l’Occident, ils auraient été rendus possibles par la libération du contrôle de la religion et l’adoption de l’idéal séculier qui sépare la religion de l’État.

Il faut enseigner à ce groupe d’intellectuels la véritable nature de la religion à la lumière des deux sources fondamentales : le Noble Coran et la Sunna du Messager (paix et bénédiction sur lui), de la manière dont la meilleure génération de l’umma, les Compagnons et leurs successeurs, ont acquis leur savoir. Ils verront alors que les meilleurs résultats sont obtenus lorsqu’on connaît correctement la véritable doctrine de l’islam et qu’on la suit de tout son cœur.

L’enseignement véritable de l’islam n’est rien d’autre que cela : il libère l’esprit, purifie le nafs, fortifie la volonté et édifie le corps sur des fondations solides et fermes. Par la science, la foi, l’interdépendance et la morale, il conduit la société vers le progrès. Il établit un gouvernement fondé sur la justice et la consultation, gouverne selon la loi d’Allah et montre à l’ensemble de l’humanité la meilleure voie.

En étudiant l’histoire de l’islam, ils doivent également connaître les causes de son essor et de son déclin, de ses victoires et de ses défaites, de son développement et de ses bouleversements, de sa force et de sa faiblesse. L’examen de l’histoire montrera certainement que les musulmans n’ont acquis la victoire, le progrès et la puissance que lorsqu’ils se sont attachés à l’islam, à ses valeurs et à ses enseignements dans le cadre d’un mouvement placé sous la direction d’un calife, d’un chef militaire ou d’un penseur. Il en fut ainsi à l’époque des Califes bien guidés, de Umar ibn Abd al-Aziz, d’Abou Jaafar al-Mansour, de Haroun al-Rachid, de Nur ad-Din Mahmoud al-Chahid, de Salah ad-Din al-Ayyoubi et d’autres.

D’autre part, l’époque des défaites, des catastrophes, de la faiblesse et du déclin n’est arrivée que lorsque les musulmans se sont éloignés de la vérité de l’islam. Plus ils s’en sont éloignés, plus les calamités les ont accablés.

Certaines personnes cultivées ignorent encore beaucoup de choses courantes au nom de l’islam. Ainsi, nous avons vu un écrivain choisir comme sujet la crucifixion, la considérant comme un fait véridique. Pourtant, l’islam a rejeté sans équivoque la prétendue crucifixion de Jésus, que la paix soit sur lui. Certains racontent aussi comment Ève, que la paix soit sur elle, aurait incité Adam, que la paix soit sur lui, à manger le fruit de l’arbre interdit et comment, en conséquence, ils furent chassés du Paradis et apportèrent tristesse et malheur à l’humanité sur terre.

Cette théorie a été tirée de la Torah et de l’Ancien Testament, et n’a aucun fondement dans l’islam. Car c’est Adam qui mangea le fruit de l’arbre interdit, et c’est Adam qui désobéit au commandement d’Allah. Dans la sourate Taha’, au 115 e verset, Allah le Très-Haut dit : Et Nous avions précédemment imposé à Adam un engagement, mais il l’oublia et Nous ne trouvâmes pas en lui de fermeté. Dans les versets 121– et 122 de la même sourate, Allah dit : Adam désobéit à son Seigneur et s’égara. Mais son Seigneur le choisit par miséricorde, puis Se tourna vers lui et le guida.

Il apparaît donc que la responsabilité première incombe à Adam, et que son épouse ne fit que le suivre en mangeant le fruit interdit.

De nombreuses personnes cultivées jugent encore la culture à l’aune de l’Occident. Pour elles, la danse est un élément de premier plan de la culture. Ainsi, celui qui ne danse pas n’est pas cultivé. Quant à notre danse, elle se pratique avec des épées. Dites-leur également que nous avons la dabké, une danse folklorique libanaise, ainsi que, comme dans n’importe quel pays, bien d’autres danses folkloriques organisées lors des mariages et d’autres célébrations. Si vous leur dites cela, vous deviendrez l’objet de leurs moqueries. Car vous n’avez pas compris le seul sens qu’ils donnent à la danse. Pour eux, danser signifie qu’une femme danse avec un homme qui lui est étranger, et qu’un homme danse avec une femme qui lui est étrangère. En dansant ainsi, ils ressentent le contact de leurs corps respectifs et se meuvent au rythme de la musique. Mais prenez garde à ne nourrir à leur égard aucune mauvaise opinion, car ils ne sont pas des gens ordinaires comme vous et moi, dotés d’instincts et de désirs. Ils sont au-dessus de tout soupçon et de toute bestialité, au point de sembler être des anges parcourant la terre.

Le halal et le haram enseignent au musulman qu’il ne peut pas faire tout ce qui lui plaît. Il doit au contraire agir dans les limites infranchissables fixées par Allah. Allah le Très-Haut dit dans lasourate At-Talâq’, au premier verset : « Et quiconque transgresse les limites fixées par Allah se fait du tort à lui-même. » Pour les personnes cultivées, c’est une théorie étrange qu’elles ne sont pas disposées à accepter.

Comportement à l’égard des personnes cultivées

Pour attirer le groupe culturel vers la renaissance islamique, il convient d’adopter deux méthodes : corrective et préventive.

La démarche corrective consiste à prendre des mesures pour dissiper les idées erronées entretenues par les personnes cultivées. Il faut leur présenter le message au moyen d’une discussion calme, objective et théorique. Non en les insultant, en tenant des propos désordonnés ou en les criblant de paroles virulentes. Il faut plutôt leur indiquer leurs sources faisant autorité, auprès desquelles ils pourront acquérir une connaissance correcte de l’islam, du Livre, du Messager, de la théologie, de la charia, de l’histoire et de la culture.

Cette démarche convient tout particulièrement aux jeunes qui ne sont pas tombés dans les filets de l’extrémisme, qui ne l’ont pas adopté comme principe et qui ne cherchent pas à bâtir leur vie à sa lumière. Elle peut également porter ses fruits auprès des jeunes qui s’attachent à rechercher la vérité pour elle-même. Il est vain de discuter avec ceux qui se cramponnent à l’extrémisme, au progressisme, au libéralisme, à la droite, à la gauche, etc. Toutefois, cela peut être utile pour expliquer ou réfuter une question particulière.

La deuxième démarche est préventive. Son objectif sera de présenter la véritable culture islamique, pure et authentique, au moyen d’une théorie exacte et d’une expression claire. Il s’agit de fournir des orientations pour comprendre l’islam, de dissiper les diverses conceptions erronées qui se sont développées parmi les personnes cultivées et, parallèlement, de combattre les idées et croyances fausses et imaginaires.

L’un des principaux objectifs de la démarche préventive est de protéger la jeunesse contre la morsure venimeuse des idéologies agressives. Grâce au travail mené selon cette démarche, les connaissances acquises par les jeunes serviront de vaccin pour prévenir l’épidémie idéologique qui se propage, ouvertement ou clandestinement, dans notre pays.

Il faut tenir les prédicateurs ordinaires ou propagateurs de la religion à l’écart des milieux culturels. Ces prédicateurs et ces waïz ne savent ni parler le langage de leur époque, ni présenter leur message au moyen d’arguments compréhensibles et acceptables pour les personnes cultivées. Ces prédicateurs ne peuvent susciter l’enthousiasme chez les fidèles que par leur éloquence passionnée. Mais ils ne parviennent pas à toucher le cœur des personnes libérales. Ces libéraux disent rarement « oui » ; ils demandent plutôt toujours : « pourquoi, comment ? »

Les prédicateurs populaires ressemblent aux écrivains populaires. Les premiers suscitent l’enthousiasme par leurs sermons mélodieux et leurs exhortations, tandis que les seconds éveillent les émotions et les sentiments par leur écriture limpide. Selon un ancien proverbe arabe, la plume est l’une des deux langues. La langue est bien plus efficace pour exciter et subjuguer l’auditeur par la voix et ses sonorités. Et si l’imagination s’y ajoute, il n’y a plus rien à dire. Le rôle et l’utilité de ces waïz et de ces écrivains ne valent que dans la mesure des connaissances qu’ils possèdent. Toutefois, le tort qu’ils causent dans les milieux cultivés dépasse généralement le bien qu’ils peuvent leur apporter.

Le peuple

Prêter attention aux milieux culturels ne signifie pas négliger les gens ordinaires. Le travail dans ces deux domaines n’est pas contradictoire. La caractéristique fondamentale du mouvement islamique est sa popularité. Le mouvement est populaire en ce sens qu’il n’est ni un mouvement gouvernemental ni un mouvement élitiste. C’est un mouvement qui jaillit du cœur du peuple et exprime ses sentiments. Par l’interaction réciproque, le mouvement reflète l’opinion du peuple, parle en son nom et l’aide à obtenir ses droits et à assumer ses responsabilités.

Les ennemis étrangers du mouvement et leurs agents à l’intérieur du pays s’efforcent d’isoler le mouvement islamique du peuple, tantôt par la calomnie et la déformation, tantôt par l’intimidation ou la pression. D’autres encore poursuivent cette entreprise malveillante par divers moyens.

Plus dangereux encore, c’est que le mouvement lui-même se coupe du peuple sous prétexte d’arrogance, de reproches, d’irrespect, d’insouciance ou de manque de temps. Le véritable danger apparaît lorsque le mouvement oublie ses liens réciproques avec le peuple, méprise ses problèmes, ses souffrances et ses malheurs, et s’affaire à ne s’écouter parler que de lui-même. Ainsi, le mouvement se sépare du peuple et se réfugie dans une chambre isolée.

Le mouvement islamique ne réussira que lorsqu’il sera capable d’avancer avec le peuple. Le peuple s’identifiera aux intérêts du mouvement et considérera ses problèmes ou ses crises comme ses propres périls et difficultés. Les joies du mouvement deviendront la cause de sa joie ; il louera tous les rôles, les positions et les efforts du mouvement, et maudira l’ennemi. Le mouvement islamique ne réussira que lorsqu’il concentrera ses efforts sur son intégration au peuple, comme le sang qui circule dans les veines et les vaisseaux sanguins. Les relations du mouvement avec le peuple seront semblables à celles de l’âme avec le corps et de la vue avec l’œil. Alors le flot populaire et le mouvement islamique ne feront plus qu’un, de sorte qu’il sera impossible de les séparer.

Cela ne sera possible que lorsque le mouvement islamique fera siens les intérêts du peuple, témoignera de l’empathie envers ses sentiments et leurs expressions, partagera ses peines et ses chagrins, se tiendra à ses côtés dans l’épreuve et l’adversité, et s’unira à lui.

Illusoires rêves

Parce que nous avons foi dans le peuple et confiance en sa force, nous ne devons ni l’éloigner de la confrontation avec les dures réalités, ni le plonger dans des rêves illusoires. Les porte-parole et les théoriciens du mouvement islamique doivent exposer à la nation ses véritables maux. Il ne faut pas les dissimuler, comme on le fait dans le cas d’un malade atteint d’une maladie incurable. Aussi amère soit-elle, il faut annoncer à la nation la vérité telle qu’elle est. Il ne convient pas de lui faire miroiter un rêve irréalisable.

Les sages soufis musulmans, distinguant l’espoir du désir, ont dit que l’espoir s’accompagne d’efforts et d’actions ; sinon, ce n’est qu’un souhait. L’espoir est l’objectif des croyants, tandis que le souhait est le stratagème de ceux qui ne veulent rien entreprendre. Le Saint Coran s’adresse à ceux qui prétendent que le paradis leur appartient exclusivement, alors qu’ils ne croient ni n’accomplissent de bonnes œuvres. dans la sourate Al- Baqarah’, au verset 111 , il est dit : « Ce sont leurs propres souhaits. Dis : “Apportez votre preuve, si vous êtes véridiques.” »

Ali ibn Abi Talib, qu’Allah l’agrée, a dit à son fils Hassan, qu’Allah l’agrée : « Pren garde ! Ne compte absolument pas sur les souhaits. Le souhait est le refuge des insensés. » Un poète arabe a dit : « Ne sois pas l’esclave des souhaits, car le souhait est la ressource de ceux qui sont dépourvus de ressources. »

Pour un mouvement qui veut faire resplendir d’une lumière éclatante les ténèbres de la nuit la plus noire, l’espoir, l’aspiration et le désir d’un bel avenir constituent la force motrice. L’espoir et l’aspiration diffèrent du souhait, car lorsqu’on n’obtient pas ce que l’on souhaite, celui-ci se transforme en désespoir, tandis que le désespoir et l’absence d’espoir n’ont aucune place dans l’espoir et l’aspiration.

Nous devons absolument exposer au peuple les dures réalités. Nous devons le mettre en garde contre les dangers à venir afin qu’il puisse se préparer à affronter ces épreuves. Il ne doit pas s’imaginer que le chemin de l’avenir est jonché de fleurs, dépourvu d’épines, ou qu’il est possible d’y obtenir des résultats sans effort.

Il faut corriger l’erreur commise par le mouvement islamique dans la diffusion auprès du peuple musulman de slogans islamiques et de formules proposant des solutions aux problèmes. Lorsque les slogans proclament : « L’islam est la solution », « Il n’y a aucun espoir en dehors de l’islam » ou « L’islam est l’unique solution à nos problèmes socio-économiques et politiques », les gens ordinaires pensent qu’il leur suffira de faire retentir ces slogans dans le ciel et sur la terre, puis de soutenir leurs candidats aux élections et de les envoyer au Parlement à la majorité des voix, pour que tous leurs problèmes soient résolus comme par magie ou de manière miraculeuse.

Les militants du mouvement islamique et ses intellectuels doivent expliquer directement et simplement au peuple que l’islam veut résoudre les problèmes du peuple par l’intermédiaire du peuple lui-même. Allah n’enverra pas d’anges sur terre pour labourer les terres, élever le bétail, développer l’industrialisation et le commerce, construire les infrastructures, mobiliser la main-d’œuvre musulmane afin qu’elle accomplisse des activités productives, ou préserver la nation de l’oisiveté et du gaspillage de ses forces.

Une société juste est nécessaire pour mener une vie agréable. C’est au peuple lui-même d’œuvrer à l’établissement d’une telle société. À quelques hommes qui demeuraient dans la mosquée dans l’attente qu’Allah leur envoie Son aide, Omar ibn al-Khattab, qu’Allah l’agrée, dit : « Vous ne devriez pas rester assis dans l’oisiveté et chercher à obtenir immédiatement ce qu’Allah a décrété pour vous. » Puis il dit : « Ô Allah, envoie-moi tout ce qui m’est destiné. » Pourtant, il savait que l’or et l’argent ne tomberaient pas du ciel. Allah dit : « Puis, lorsque la prière du vendredi est achevée, dispersez-vous sur la terre et recherchez, par votre travail, la subsistance qu’Allah vous a accordée »(sourate al-Jumu‘a’ : 10)). Le Coran énonce clairement cette règle immuable en ces termes : « Certes, Allah ne change pas la condition d’un peuple tant que celui-ci ne change pas ce qui est en lui-même »(sourate ar-Ra‘d’ : 11)।

C’est le point de départ. Nous devons transformer nos conceptions erronées, nos mauvaises façons de penser, nos traits de caractère détestables et nos principes moraux inacceptables en conceptions justes, en une pensée claire et honnête, en un caractère louable et en une morale élevée. Le mode de vie auquel les gens sont actuellement habitués doit impérativement changer. La vie doit être orientée vers le travail et la production. Il ne faut pas être paresseux ni vagabond. Il faut considérer la vie comme une affaire sérieuse, et non comme une plaisanterie. La vie doit être faite de frugalité, non de luxe ; de justice, non d’injustice ; de labeur, non d’oisiveté.

Correction des conceptions erronées

La responsabilité du mouvement islamique et de ses porte-parole est de corriger les conceptions erronées de l’islam qui se sont répandues parmi les musulmans. Car la pensée et la conscience islamiques peuvent être un instrument de construction et de progrès de la société.

De nombreuses personnes religieuses se font des idées erronées sur certaines des principales valeurs de l’islam. Il s’agit notamment de la foi, de la piété, de l’honnêteté et de la franchise.

Il est dit dans le Saint Coran : Si les habitants de ces cités avaient cru et avaient été pieux, J’aurais certes ouvert pour eux les bénédictions des cieux et de la terre (Sourate Al- A’’râf : 96)。 Et il est également dit : Quiconque craint Allah et s’acquitte de son devoir envers Lui, Allah lui ménagera une issue à toutes les épreuves. Il lui accordera sa subsistance d’une source qu’il ne saurait imaginer (Sourate At-Talâq : 2–3)。 Ou il est dit : Et, en vérité, Nous avons écrit dans le Zabur, après la Tablette préservée, cette exhortation : Mes serviteurs vertueux hériteront de la terre (Sourate Al-Anbiyâ : 105)。 Il est dit dans une autre sourate : Et si ceux-ci (les non-musulmans) avaient cru en Allah et avaient suivi la voie droite de l’islam, Nous les aurions certainement abreuvés d’une pluie abondante (Sourate Al-Jinn : 16)।

Lorsque les gens ordinaires récitent ces versets, ils pensent qu’ils parlent de certains rites et obligations religieuses : accomplir la prière, jeûner, réciter le tasbîh, le tahlîl, le takbîr et autres invocations, et s’abstenir de toutes les choses interdites, comme l’alcool et les jeux de hasard. Il ne fait aucun doute que tout cela constitue une partie inséparable de la religion. Mais le dîn, la foi et la taqwâ ne se limitent pas à cela.Dans la sourate Adh-Dhâriyât’, le verset 56 : le Très-Haut a dit : « J’ai créé les djinns et les êtres humains uniquement afin qu’ils M’adorent. Lorsque Allah crée les êtres humains pour qu’ils L’adorent, Il indique également par là que l’être humain sera Son représentant ou Son calife sur terre, afin qu’ils la cultivent et la développent par le savoir et le travail. Allah dit : « Je vais établir sur terre un représentant(sourate Al- Baqarah : 30). Il vous a créés de la terre et vous y a établis pour la cultiver(sourate Hûd : 61). Ici, le mot « cultiver » signifie qu’Il veut que vous la cultiviez et la développiez. Ce travail de culture et de développement est lui aussi compté parmi les actes d’adoration. «

La foi, la taqwa, l’honnêteté et la franchise exigent d’établir un équilibre entre notre vie matérielle et notre vie religieuse, de servir Allah en suivant les règles universelles de l’islam, de nous préparer de toutes nos forces à affronter nos ennemis, de cultiver la terre et de travailler dans les usines. Mettez à profit tous les domaines de la science et de l’industrie nécessaires à la vie religieuse et matérielle de la nation. En effet, les jurisconsultes musulmans considèrent cette tâche comme une responsabilité collective (fard kifaya) incombant à toute la nation. Si tous ne s’acquittent pas ensemble de ce devoir, ce sera un péché condamnable.

La piété religieuse que l’on recherche n’est ni le chapelet entre les mains d’un derviche, ni le turban sur la tête d’un cheikh autoproclamé, ni un lieu isolé ou une khanqah choisi par le fidèle pour l’adoration et la dévotion. La piété religieuse signifie acquérir le savoir et œuvrer, unir la vie religieuse et la vie mondaine, le corps et l’âme, la planification et l’organisation, la production et le développement, afin d’atteindre la plénitude et l’excellence. Il est rapporté dans un hadith : Allah se réjouit lorsque l’homme accomplit une tâche exactement comme elle doit être accomplie((al-Bayhaqi)). Certes, Allah a placé l’excellence en toute chose((Muslim))।

Le Messager d’Allah, paix et bénédiction sur lui, a exhorté les musulmans à être compétents dans toutes leurs activités, même lorsqu’il s’agit de tuer un petit reptile. Il est rapporté dans un hadith du Messager, paix et bénédiction sur lui : celui qui tue un lézard d’un seul coup obtient la récompense de cent bonnes actions. Celui qui le tue en deux coups obtient également une récompense, mais moindre que la première, et celui qui parvient à le tuer en trois coups obtient lui aussi une récompense, mais moindre que la deuxième((Muslim)). Il faut s’efforcer d’accomplir toute tâche correctement, même si elle est insignifiante.

Les compagnons du Messager d’Allah, paix et bénédiction sur lui, ne considéraient pas l’islam comme la religion des pauvres et des derviches, ne dissociaient pas la foi et la piété religieuse de la vie, et ne s’enfermaient pas dans les seuls actes obligatoires en renonçant à s’efforcer de bâtir une vie meilleure. Après avoir reçu de Sa‘d ibn al-Rabi‘, qu’Allah l’agrée, la proposition d’accepter une donation substantielle, ‘Abd al-Rahman ibn ‘Awf, qu’Allah l’agrée, la déclina humblement en disant : « Je suis commerçant ; où est le marché ? Montrez-le-moi. » Il fit des affaires et réalisa d’immenses bénéfices. Pourtant, ce commerce ne porta nullement atteinte à sa foi ni à sa piété religieuse ; au contraire, il était si croyant et si pieux qu’il fut l’un des dix à qui fut annoncée la bonne nouvelle du Paradis. Le Messager d’Allah, paix et bénédiction sur lui, lui avait annoncé à l’avance son entrée au Paradis et avait exprimé sa satisfaction à son égard au moment de sa mort. ‘Abd al-Rahman ibn ‘Awf, qu’Allah l’agrée, fut également membre du conseil de consultation de six membres constitué par le calife Omar, qu’Allah l’agrée. Omar l’avait constitué afin qu’ils choisissent parmi eux un calife après sa disparition.

Sont véritablement les croyants pieux ceux qui, forts de leur foi en Allah et de leur honnêteté, s’efforcent constamment de faire le bien tout en travaillant durement à leur prospérité terrestre. C’est pourquoi Allah leur accorde Sa miséricorde dans leurs efforts ici-bas et ne manquera pas non plus de les récompenser dans l’au-delà.

Les travailleurs

Par travailleurs, j’entends les ouvriers et les artisans de différents secteurs industriels. Ils constituent aujourd’hui une vaste population employée dans les grandes villes. Cette classe ouvrière organisée et unie peut, pour obtenir ses droits et protester contre l’injustice et les abus, appeler à la grève et paralyser la vie quotidienne.

Si l’on examine la situation, on constate que jusqu’à présent le mouvement islamique n’a exercé qu’une faible influence sur la classe ouvrière. À ce niveau de notre société, les mouvements de gauche demeurent plus influents et se font davantage entendre. Les mouvements de gauche exploitent largement les revendications et les aspirations des travailleurs au profit de leurs propres intérêts. En Égypte, l’organisation principale du mouvement islamique, les Frères musulmans, dirigée par l’imam Hassan al-Banna, avait commencé à travailler avec un groupe d’ouvriers égyptiens. Ces ouvriers prêtèrent serment d’allégeance à Ismaïlia en s’engageant à soutenir l’objectif que l’imam poursuivait.

Bien qu’il ait été possible d’enraciner profondément le mouvement islamique parmi les étudiants et les élèves dans la plupart des pays musulmans — Égypte, Soudan, Jordanie, Tunisie, Algérie, Pakistan, etc. —, sa présence au sein de la classe ouvrière demeure insignifiante. Bien que le mouvement islamique soit extrêmement influent dans la société soudanaise, le Dr Hassan al-Tourabi, dirigeant du Front islamique national soudanais, a mentionné ce fait dans son ouvrage intitulé « Le mouvement islamique au Soudan ». Dans certains domaines, le mouvement exerce une domination exclusive, et dans d’autres également, il est capable d’exercer une influence considérable.

J’ignore les raisons de l’échec de l’expansion du mouvement islamique parmi la classe ouvrière. Est-ce la faiblesse de la conscience religieuse chez les travailleurs qui en est la cause ? Mais puisque les travailleurs font partie de la grande majorité dont la religion constitue une composante indissociable, pourquoi leur sentiment religieux s’est-il affaibli ? Est-ce le manque de connaissance de l’islam authentique et de son rôle dans la vie, ainsi que l’influence de conceptions étrangères importées ? Il faut examiner cette question.

Ou bien la cause en est-elle l’incapacité du mouvement islamique à reconnaître les intérêts des travailleurs, à entreprendre de les défendre et à soutenir leurs revendications légitimes, ou encore les agissements des capitalistes cupides et des dirigeants exploiteurs ? Ou bien est-ce le succès des gauchistes, qui exercent méthodiquement leur influence sur les travailleurs et les soutiennent afin de les utiliser pour propager leurs politiques destructrices et leur philosophie matérialiste ? Les gauchistes excellent dans ce domaine. Ils connaissent les techniques pour les attirer et savent également répandre la calomnie selon laquelle le mouvement islamique ne leur sera jamais d’aucune utilité.

Quelle qu’en soit la cause, il convient de réexaminer ici la stratégie d’action du mouvement islamique. En effet, la classe ouvrière constitue une composante importante de la société musulmane. L’islam demeure une force motrice solide dans la vie des travailleurs. Ceux-ci croient que l’islam est la seule religion qui accorde par-dessus tout sa valeur au travail et qui reste inflexible dans l’application de la justice envers les travailleurs. Les dispositions économiques, sociales et juridiques de l’islam protègent les travailleurs et leurs droits, et l’islam se tient aux côtés des travailleurs contre ceux qui leur font du tort et cherchent à les exploiter à leur profit. L’islam préconise de mettre en place un système social assurant un emploi à chaque travailleur sans emploi et la subsistance de toutes les personnes aptes au travail dans la société.

Un nouvel élément contribue actuellement à créer une attitude favorable au mouvement islamique au sein de la société ouvrière : c’est l’effondrement de la philosophie et des méthodes communistes. En conséquence, le glas des gouvernements dictatoriaux d’Europe de l’Est a sonné. La classe ouvrière s’est révoltée contre la dictature instaurée prétendument pour défendre ses intérêts. Même l’Union soviétique, berceau du socialisme, s’est engagée sur une nouvelle voie en vue d’une reconstruction sociale à la lumière de la philosophie de la perestroïka. Les gouvernements marxistes et socialistes, établis par les travailleurs et pour les travailleurs, n’ont pas réussi à leur apporter le bonheur et la paix qu’ils espéraient, ce bonheur pour lequel les travailleurs s’étaient révoltés contre les gouvernements féodaux et capitalistes. Il est désormais prouvé que les travailleurs vivent bien mieux sous le gouvernement d’un État libre que sous les entraves du régime communiste.

Pour comprendre cette question en détail, les deux parties de l’Allemagne avant la réunification en constituent un exemple particulièrement éclairant. Comment les travailleurs vivaient-ils dans chacune des deux parties et quels étaient leurs sentiments ? Les habitants de l’Allemagne de l’Est avaient l’impression de vivre dans une immense prison. Dès qu’ils en avaient la moindre possibilité, ils s’enfuyaient en masse vers l’Allemagne de l’Ouest. Quelle meilleure preuve pourrait-on trouver ?

Les commerçants et les investisseurs financiers

Parmi les domaines dans lesquels le mouvement islamique doit étendre son influence, les groupes de marchands, de commerçants et d’investisseurs financiers occupent également une place importante. Les membres de ce milieu vivent dans le monde de l’argent et du capital, du profit et de la perte, du monopole commercial et de la concurrence. Les gens de ce milieu oublient généralement les prescriptions du halal et du haram, et négligent le dhikr d’Allah, l’accomplissement de la salat et le versement de la zakat. C’est pourquoi le Messager d’Allah, paix et bénédictions sur lui, veillait à guider et à conseiller les commerçants au sujet des aspects néfastes et risqués des activités commerciales.

Il les a mis en garde contre la fraude en disant : « Celui qui trompe n’est pas des nôtres. » Il a mis en garde contre les pratiques monopolistiques en disant : « Quiconque monopolise une marchandise commet une injustice, c’est-à-dire qu’il est pécheur. » Il a mis les commerçants en garde contre le fait de jurer excessivement par Allah. Critiquant les commerçants qui font du Tout-Puissant Allah une marchandise, il a dit qu’ils semblent incapables de faire des affaires sans jurer par Allah. Il a également mis en garde contre les faux serments, qui peuvent certes augmenter les transactions, mais privent le vendeur de la miséricorde d’Allah. Il a mis en garde contre l’usure en disant : « Allah maudit ceux qui prennent de l’usure, ceux qui en donnent, ceux qui en rédigent le contrat et ceux qui en sont témoins. » Il a également sévèrement mis en garde contre la vente d’une marchandise inexistante en stock (gharar). En effet, l’acheteur est maintenu dans l’ignorance au sujet de la marchandise et, lorsque celle-ci est présentée, un différend survient inévitablement.

Le Saint Coran réprimande également la fraude dans les mesures et les poids en disant : « Malheur à ceux qui trichent dans la mesure et le poids, ceux qui lèsent les droits d’autrui : lorsqu’ils reçoivent des gens une mesure, ils la prennent pleinement, mais lorsqu’ils mesurent ou pèsent pour eux, ils donnent moins. Ne pensent-ils pas qu’ils seront ressuscités pour un jour grandiose, le jour où tous les hommes se tiendront debout devant le Seigneur des mondes(Sourate Al-Mutaffifîn‌: 1–6)।

D’autre part, le Saint Coran a loué les commerçants qui ne négligent ni leur devoir envers Allah ni l’accomplissement des obligations religieuses. En décrivant leur fréquentation régulière des mosquées pour accomplir la prière, le Saint Coran dit : (Ils se trouvent) dans des maisons ou des mosquées qu’Allah a ordonné d’élever et d’honorer ; des hommes y glorifient Allah matin et soir, sans que ni le commerce ni les ventes puissent les distraire du rappel d’Allah, de l’accomplissement de la prière et de l’acquittement de la zakat. Ils redoutent le Jour où de nombreux cœurs et de nombreux regards se renverseront(Sourate An-Nûr : 36–37)।

Les commerçants contrôlent la majeure partie des richesses de la nation. Ils contrôlent l’approvisionnement en marchandises de la population et fixent le prix des biens de consommation. Ainsi, ils exercent leur influence sur l’économie nationale et la politique financière. Il faut donc avertir les commerçants de ne jamais faire ce qu’ils ne devraient pas faire, et de s’acquitter de la zakat sur leurs biens ainsi que d’autres aumônes en plus de la zakat.

La communauté des commerçants ne relève pas du mouvement de renouveau islamique et, puisqu’elle est uniquement absorbée par les affaires de ce monde, il ne faut pas considérer qu’il soit inutile d’œuvrer auprès d’elle. Ses membres sont eux aussi des êtres humains comme les autres. Les exhortations et les avertissements les touchent, et ils peuvent également être séduits par des paroles avisées, une approche patiente et une présentation juste.

Aux premiers temps de la prédication du Messager d’Allah — paix et bénédictions d’Allah sur lui —, de nombreux commerçants crurent en Allah et en Son Messager — paix et bénédictions d’Allah sur lui. Même lorsqu’ils craignaient que leurs affaires et leurs capitaux ne soient détruits ou subissent des pertes, ils répondirent à l’appel au tawhid. Parmi ceux qui embrassèrent l’islam tout au début figuraient Abou Bakr, Othman et Abd al-Rahman ibn Awf — qu’Allah les agrée. Ils comptaient parmi les dix à qui le Paradis avait été annoncé. Dans l’espoir d’obtenir l’agrément et la miséricorde d’Allah, et afin de soutenir Allah et Son Messager, ils furent contraints d’abandonner leurs maisons et leurs biens pour émigrer à Médine. Pour Allah seul, ils acceptèrent ce changement de destin avec sérénité.

À notre époque, nous voyons de nombreux commerçants honnêtes dépenser volontairement leurs biens dans les œuvres religieuses, accordant la priorité à la vie future plutôt qu’à la vie terrestre. Ils ne s’accrochent pas aux richesses qu’ils ont reçues comme signes de la miséricorde d’Allah, car ils considèrent leur vie et leurs biens comme appartenant à la prédication et au mouvement islamiques.

Les capitalistes chrétiens d’Occident versent des milliards de dollars aux institutions chrétiennes du monde entier afin de propager leur religion. Il en va de même des capitalistes juifs. Malgré leur avarice et leur culte de l’argent, ils n’ont cessé de dépenser généreusement en faveur des intérêts juifs, avant comme après la création de l’État d’Israël. Les musulmans fortunés ne doivent certainement pas faire moins. Car ils savent qu’Allah est le propriétaire des richesses. Ils doivent donc dépenser ces richesses dans la voie d’Allah. Pour cela, Allah Très-Haut les récompensera.

Je voudrais attirer l’attention sur un aspect important de la charité matérielle. Il y a parmi les musulmans de nombreux riches qui sont honnêtes et sincères, et qui souhaitent dépenser leurs biens pour obtenir l’agrément d’Allah. Ils donnent généreusement en aumônes. Mais ils doivent savoir comment et à qui consacrer leur argent.

Le domaine approprié pour ces dépenses est celui des activités islamiques. Ceux qui sont capables de faire l’aumône doivent donc comprendre que l’essentiel n’est pas de dépenser de l’argent, mais de le dépenser dans la bonne voie. À cet égard, il est indispensable d’établir un ordre de priorité entre les domaines de dépense : quel secteur est le plus important maintenant, et quel domaine sera nécessaire à l’étape suivante. Il est vraiment regrettable que la plupart des musulmans riches, en particulier ceux qui dépensent pour des œuvres d’intérêt général, manifestent généralement leur intérêt pour les dons surtout en faveur de la construction de mosquées ou d’institutions religieuses de ce genre. C’est pourquoi les militants du mouvement islamique expriment une grande frustration et de nombreux griefs.

L’Organisation islamique de la da‘wa en Afrique a formulé cette plainte. Le Dr Muhammad Nasser et ses collaborateurs, associés au Conseil suprême de la da‘wa islamique d’Indonésie, ont également formulé la même plainte. Des plaintes similaires sont également exprimées par ceux qui œuvrent à la diffusion et à la promotion des idéaux et de l’enseignement islamiques face au sécularisme, au marxisme et aux autres idéologies.

Les experts et les soutiens dévoués associés au mouvement islamique et à la da‘wa sont convenus qu’il existe certains domaines d’action plus importants encore que la construction de mosquées. Il s’agit notamment de former des êtres humains — des hommes qui bâtissent la civilisation, assurent le succès de la da‘wa, avancent au gré des espoirs, construisent des mosquées et progressent pas à pas dans l’effort visant à façonner diverses institutions selon le modèle islamique.

La création d’un centre visant à étendre les activités de prédication de l’islam et à éveiller la conscience des musulmans constitue l’un des tout premiers programmes pour se rapprocher d’Allah et servir l’islam de manière appropriée. Les dépenses engagées dans cette voie méritent la priorité, et un musulman peut assurément obtenir l’agrément d’Allah par l’accomplissement d’œuvres nobles. Un tel centre contribuera à faire parvenir aux jeunes musulmans l’appel à l’idéal islamique authentique, ainsi qu’à purifier leurs conceptions et à réformer leur conduite. Grâce à divers moyens et méthodes, notamment des camps éducatifs, des ateliers et des réunions de discussion, ce centre pourra susciter dans l’esprit des jeunes l’attrait et l’enthousiasme pour l’islam.

Une équipe de militants instruits, distingués, convenablement formés pour le mouvement islamique, compétents, riches de connaissances religieuses et profanes, et disposant de moyens de subsistance suffisants, sera capable de s’acquitter de ses responsabilités avec un plein dévouement et de manière appropriée. Elle considérera la négligence de ce devoir comme un péché et estimera que l’accomplissement de cette noble œuvre mérite une récompense d’Allah et les éloges du peuple. En réalité, ce programme exige, outre des ressources financières et du temps, des efforts constants pour sa mise en œuvre.

L’activité des femmes

Dès le début de l’action de prédication, le mouvement islamique s’est intéressé aux femmes. L’imam Hassan al-Banna a fondé une organisation féminine appelée « Al-Akhawat al-Muslimat » et lui a confié la mission de diffuser la prédication parmi les femmes musulmanes et de former un groupe de femmes qui, en se joignant aux efforts des Frères musulmans engagés à établir la religion d’Allah sur terre, les assisteraient. Les femmes de cette organisation ont joué un rôle important. Au prix de nombreuses souffrances, elles ont joué un rôle efficace en prenant soin des familles des membres emprisonnés des Frères musulmans et en leur apportant une aide alimentaire et financière, ce qui mérite d’être souligné. Elles ont assumé cette responsabilité périlleuse en dépit du risque d’être harcelées par les agents des services de renseignement. Plusieurs d’entre elles ont dû endurer de terribles épreuves. Zaynab al-Ghazali en est un exemple.

Le manque d’action islamique parmi les femmes

Mais nous devons reconnaître que l’action islamique parmi les femmes n’a pas encore atteint le niveau souhaité. Certes, la prédication leur est parvenue, en particulier aux étudiantes des universités et du secondaire.

Bien que soixante ou soixante-dix ans se soient écoulés depuis le début du mouvement, aucune dirigeante n’a véritablement été formée qui puisse, à elle seule, affronter avec compétence le sécularisme et le marxisme. Cette situation est due aux efforts continus des hommes pour contrôler le mouvement des femmes. Les hommes n’ont jamais donné aux femmes la possibilité de manifester leurs qualités et leurs aptitudes, ni de démontrer leur intelligence et leur capacité de direction. Si cette possibilité leur avait été accordée, les femmes auraient pu prouver qu’elles étaient capables d’assumer la responsabilité de leur action sans la domination des hommes.

Les conditions du succès

Je suis convaincu que le travail islamique des femmes réussira si le mouvement islamique parvient à former des dirigeantes islamiques dans les domaines de la prédication, de la pensée, des sciences, de la littérature et de l’éducation.

Je ne considère pas que ce soit une tâche impossible ou difficile. Il existe des femmes aussi talentueuses que les hommes doués. L’excellence n’est pas le monopole des hommes. Le Saint Coran ne nous a pas raconté sans raison l’histoire où, sous la direction avisée et courageuse d’une femme, son peuple était parvenu au seuil du succès. Il s’agit de la reine de Saba. Cette histoire concernant la reine et le prophète Sulayman, paix sur lui, la sourate An-Naml la rapporte.

À l’Université du Qatar, j’ai constaté que les filles réussissaient bien mieux que les garçons dans leurs études. C’est également l’opinion de mes autres collègues à l’université. Cela est particulièrement vrai parce que les filles consacrent plus de temps aux études que les garçons. Quant aux garçons, ils sont occupés à des activités futiles.

La propagation d’une attitude rigoriste

Je tiens à le dire franchement : au sein du mouvement islamique, une attitude rigoriste prévaut concernant les relations entre hommes et femmes. Sur cette question, des points de vue si stricts ont été adoptés qu’on n’en avait jamais vu auparavant. J’ai observé exactement ce genre de disposition lors de nombreuses conférences et de nombreux colloques, y compris en Europe et en Amérique. Au milieu des années 1970, j’ai participé pendant plusieurs années consécutives aux congrès annuels de l’Association des étudiants musulmans des États-Unis et du Canada. Les femmes comme les hommes y participaient aux exposés et aux débats. Ils prenaient part aux commentaires, aux séances de questions-réponses et aux discussions sur toutes les grandes questions islamiques. Cela comprenait des questions théoriques, sociales, éducatives et politiques. Lors des séances réservées aux femmes, seules les questions relatives aux femmes étaient abordées.

Dans les années 1980, en participant à plusieurs conférences aux États-Unis et en Europe, j’ai constaté que les femmes étaient tenues à l’écart d’une grande partie des thèmes centraux des exposés et des débats importants. Plusieurs femmes se plaignaient de ressentir de l’ennui à force d’écouter des exposés centrés sur le rôle, les droits, les devoirs et la dignité des femmes en islam. La répétition de ces exposés leur semblait être une sorte de punition qu’on leur imposait. Lors de plusieurs conférences, j’ai vivement critiqué ce point de vue en déclarant que, dans le domaine du culte et de l’acquisition du savoir religieux, la règle est que tous participent. En islam, il n’y a jamais eu de mosquée réservée uniquement aux femmes et à laquelle les hommes ne participaient pas. Lorsque le Messager de Dieu, paix et bénédictions de Dieu sur lui, donnait des exhortations dans une assemblée, les femmes y assistaient également. Elles participaient avec les hommes, ou du moins assistaient, à la prière du vendredi, aux prières des deux fêtes et aux autres prières en commun. Les femmes posaient des questions sur les sujets qui leur étaient propres. Elles ne s’abstenaient pas de connaître les prescriptions religieuses sous prétexte de leur pudeur naturelle. Aïcha, qu’Allah l’agrée, l’a elle-même affirmé.

Les recueils de hadiths rapportent de nombreux exemples de femmes posant des questions au Messager de Dieu, paix et bénédictions de Dieu sur lui. Certaines de ces questions portaient uniquement sur des sujets féminins, tandis que quelques femmes posaient également des questions au nom de toutes les femmes. Ainsi, une femme dit : « Ô Messager de Dieu, paix et bénédictions de Dieu sur lui, les femmes m’ont envoyée auprès de vous. »

Les femmes demandèrent également au Messager de Dieu, paix et bénédictions de Dieu sur lui, de leur réserver un jour et un moment particuliers afin qu’elles puissent parler ouvertement et en toute intimité de toute question, sans la présence des hommes. Ainsi, en plus de l’enseignement général reçu avec les hommes, un avantage particulier supplémentaire fut accordé aux femmes.

Dans les activités problème

Le problème des activités islamiques des femmes est que ce sont les hommes qui les dirigent, et non les femmes. De plus, les hommes s’emploient à y maintenir leur autorité, car ils ne veulent pas voir émerger une direction féminine. Dans le travail islamique des femmes, les hommes imposent leur autorité, même lors des réunions et rassemblements de femmes. Profitant de la timidité des femmes, ils ne leur donnent jamais la possibilité d’assumer la direction de leurs activités. Ainsi, dans le processus du mouvement islamique, les femmes n’ont aucune possibilité de prouver leurs talents et leurs compétences, ni de parachever leur expérience et leurs efforts. Elles n’ont pas non plus la possibilité d’acquérir des connaissances et de la persévérance, ni d’apprendre, par ce moyen, quelque chose de la vaste école de la vie.

Certes, nos sœurs musulmanes ne sont pas non plus totalement exemptes de reproches. Elles ont elles aussi laissé leurs goûts et leurs choix entre les mains des hommes, se sont satisfaites du confort et des plaisirs, et se sont résignées à cette situation déplorable. Le moment est venu d’ouvrir la voie à l’effort et de prendre des mesures pour développer le travail de prédication, ainsi que de faire taire ces voix féminines autoproclamées qui prétendent être les expertes des principes, des idéaux, des règles et des valeurs de la oumma musulmane. Aussi hautes que soient ces voix, elles ne représentent qu’un groupe minoritaire vaincu et piétiné. Elles n’ont aucune valeur dans quelque domaine que ce soit du dîn ou de la vie terrestre.

En 1989, j’ai été invité à donner une conférence aux étudiantes de l’université d’Algérie. Après la conférence, comme il est d’usage, je répondais aux questions écrites et orales des étudiantes. Quelques jeunes hommes étaient également présents. De sa propre initiative, un jeune homme recueillait les questions, choisissait lui-même celles auxquelles il fallait répondre et celles qu’il fallait écarter, puis me les transmettait. M’opposant à ce rôle, je demandai : pourquoi une étudiante ne s’en charge-t-elle pas au nom de ses camarades ?

J’ai dit : pourquoi, vous les garçons, vous mêlez-vous des affaires des filles ? Retirez-vous et ne vous en mêlez plus. Laissez-les faire les choses à leur manière. Qu’elles choisissent elles-mêmes les questions et décident auxquelles il faut répondre, puis que l’une d’entre elles les lise à haute voix.

C’était comme si j’avais ôté un poids immense du cœur de ces jeunes filles. Une étudiante s’avança rapidement et assuma le rôle que le jeune homme qui m’avait accompagné jusque-là remplissait.

Un événement similaire se produisit lors d’une convention d’étudiants musulmans organisée à Manchester, en Grande-Bretagne, durant l’hiver 1990. Après ma conférence destinée aux femmes musulmanes, une séance de questions-réponses était prévue. Là encore, un jeune homme enthousiaste se chargea de recueillir et de sélectionner les questions. Je lui dis clairement : tu n’as aucune raison de rester ici. Il suffit qu’une des filles s’en charge. En effet, les femmes ont le droit de gérer elles-mêmes leurs propres activités. Mais le jeune homme en question, qui était un homme honorable, me dit que, conformément au règlement en vigueur ici, cette responsabilité lui avait été confiée et qu’il ne pouvait donc pas y renoncer. Il fournit son explication, et je dus l’accepter.

Les sœurs d’Égypte et d’Algérie formulent une autre plainte. Lorsqu’une militante active du mouvement islamique, connue par son engagement dans le mouvement, épouse un militant actif, on constate que celui-ci ne se contente pas de lui interdire de participer au mouvement : il l’oblige à rester chez elle. Ainsi, il éteint une torche qui, autrefois, éclairait le chemin d’une autre femme musulmane.

Ces faits sont devenus si courants qu’une Algérienne engagée dans le mouvement islamique m’écrivit un jour pour me demander s’il lui était interdit de refuser le mariage afin d’éviter une telle situation. Car on a vu beaucoup de sœurs choisir de mener une vie oisive en se détournant du mouvement et de l’action de da‘wa, à une époque où des femmes communistes, laïques et libérales œuvrent pour leurs intérêts.

Objections et réfutation

Les rigoristes peuvent demander comment nous pouvons confier aux femmes musulmanes des responsabilités de direction afin qu’elles jouent un rôle actif dans le mouvement islamique et manifestent leur présence dans les activités islamiques, alors que le Noble Coran leur ordonne de rester dans leurs demeures : « Et demeurez dans vos foyers et ne vous exhibez pas à la manière de l’époque de l’ignorance »(Sourate Al-Ah‌zâb : 33)।

Je voudrais répondre aux questions de ces frères excessivement zélés en disant que ce verset s’adresse aux épouses du Messager d’Allah — paix et bénédictions sur lui — ; elles jouissent d’un statut particulier que les autres femmes n’ont pas. Des restrictions s’appliquaient à elles qui ne s’appliquaient pas aux autres femmes. Le Tout-Puissant dit dans le Noble Coran, en s’adressant à elles : « Ô épouses du Prophète ! Vous n’êtes pas comme les femmes ordinaires »(Sourate Al-Ah‌zâb : 32)।

Cela n’a pourtant pas empêché le présent verset d’empêcher Hazrat Aïcha (qu’Allah l’agrée) de se rendre à la bataille du Chameau. Selon sa propre compréhension, elle participa à cette bataille afin de satisfaire aux exigences de l’honnêteté en politique. Deux éminents Compagnons du Messager d’Allah (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui) lui apportèrent leur soutien. Ces deux Compagnons avaient été désignés pour le califat et figuraient parmi les Compagnons auxquels avait été annoncée la bonne nouvelle de l’entrée au Paradis. Selon les récits des historiens, si Hazrat Aïcha (qu’Allah l’agrée) exprima par la suite ses regrets au sujet de cette situation, ce ne fut pas parce qu’il était illicite pour elle de sortir de chez elle, mais parce que sa vision politique n’était pas juste. Qu’Allah lui pardonne et fasse descendre la paix sur son âme.

Cependant, lorsque nous examinons l’opinion de ceux qui affirment que toutes les femmes sont visées par ce verset, nous constatons qu’il ne signifie pas que les femmes doivent rester chez elles et qu’il leur est interdit de sortir. En effet, le Coran a prescrit la réclusion à domicile comme châtiment pour les femmes dont l’adultère a été établi par le témoignage de quatre témoins. Cette règle était en vigueur avant l’instauration du châtiment sévère appelé « hadd » (peine capitale), mentionné dans le Coran et les hadiths. Le Tout-Puissant, Allah, dit : « Et celles de vos femmes qui commettent la fornication, faites témoigner contre elles quatre personnes choisies parmi vous. S’ils témoignent, retenez-les dans les maisons jusqu’à ce que la mort les atteigne ou qu’Allah leur ouvre une autre voie » ((sourate An- Nisâ : 15)।

Il y a également l’ordre d’Allah : « Et ne vous exhibez pas à la manière de l’époque de l’ignorance (pré‌islamique : 33)». Il est ici indiqué qu’il est permis aux femmes de sortir vêtues décemment, sans se livrer à une exhibition ostentatoire. Il n’est pas interdit à une femme de se parer chez elle, car elle est autorisée à s’y embellir à sa guise. Il lui est seulement ordonné de s’abstenir de toute parure ostentatoire lorsqu’elle sort de chez elle, dans les rues, les marchés ou ailleurs.

 

Quatrièmechapitre

Mouvement islamique : dans l’éducation et la formation

Formation à la lumière de la foi

Pour tout mouvement islamique qui vise à transformer la situation en apportant un changement au sein de la population, l’éducation et la formation constituent la stratégie fondamentale et indispensable. L’objectif essentiel du programme éducatif devrait être de former un groupe musulman d’avant-garde qui aidera à faire progresser la cause de l’islam. À notre époque, l’importance de ce groupe d’avant-garde est pour nous la même que celle qu’avaient les Compagnons du Messager d’Allah à son époque.

La toute première qualification des membres de ce groupe d’avant-garde devra être la foi. Je veux parler de la foi décrite dans le Coran et la Sunna, une foi qui comporte plus de soixante-dix branches liées aux valeurs et à l’éthique de la foi, et sur laquelle de nombreux ouvrages ont été compilés. Car la foi ne naît ni du caprice ni de l’imagination. Elle jaillit du cœur et se prouve par les actes et les œuvres.

Ainsi, la foi ne signifie pas simplement une connaissance intellectuelle qui ne fait pas pénétrer la lumière dans le cœur et n’ébranle pas la volonté. Elle ne consiste pas non plus à assimiler des termes tels qu’Allah, le Seigneur, la religion et les actes de culte, le tawhid, le taghout et la jahiliya. Il ne s’agit pas de se glorifier en pensant que le fait de garder ces notions en tête suffit à acquérir les qualités que doivent posséder les véritables croyants. En réalité, ce sont là les convictions les plus profondes et les plus absolues. La foi ne consiste pas à se livrer avec autrui à des débats argumentatifs et à des controverses verbales au sujet des mots et des termes.

Ni les discussions argumentées ni les joutes oratoires ne susciteront une foi de cette nature, comme celle par laquelle les magiciens de Pharaon ont cru au Seigneur de Moïse et d’Aaron, ou comme celle par laquelle les Compagnons du Messager d’Allah ont cru à la parole d’Allah. La foi nécessaire est la foi du premier rang, telle qu’elle est décrite dans le Coran et la Sunna. À ce propos, il suffit de mentionner le verset du Saint Coran dans lequel Allah Tout-Puissant, en réponse aux Arabes bédouins qui disaient : « Nous croyons », affirme que la foi n’est pas entrée dans leurs cœurs. Allah Tout-Puissant a dit dans la sourate Al-Ḥujurāt verset 15 , : « Seuls sont croyants ceux qui ont cru en Allah et en Son Messager, puis n’ont nourri aucun doute, et qui ont lutté de leurs biens et de leurs personnes dans le sentier d’Allah ; ceux-là sont les véridiques. »

Il a été rapporté d’Anas, qu’Allah l’agrée, que le Messager d’Allah a dit : « Celui qui possède trois qualités goûtera la douceur de la foi. Ce sont : aimer Allah et Son Messager plus que toute autre chose, aimer quelqu’un uniquement pour Allah, et détester retourner à la mécréance dont Allah l’a sauvé, comme on déteste être jeté dans le feu de l’Enfer ((Al-Bukhari et Muslim)।

Pour les gens ordinaires qui suivent un dirigeant, une obéissance à moitié, voire au quart, peut suffire ; mais l’avant-garde du mouvement islamique doit absolument avoir une foi pure. Leur foi ne doit jamais être diminuée ni déficiente.

L’imam Hassan al-Banna disait à ses disciples : « Donnez-moi douze mille croyants, et je franchirai les montagnes, traverserai les mers et conquérirai les pays. [Imam Banna — qu’Allah lui fasse miséricorde —. semble avoir Ahmad, Abou Dawoud, at-Tirmidhi, Ibn Khouzayma, Ibn Hibban et al- Hakim un hadith recueilli dans les recueils d’un hadith dont il a tiré le sens et qu’il a compris। Ces hadiths rapportent d’après Ibn Abbas — selon le récit — qu’un groupe composé de douze mille croyants, est invincible , même si ce nombre peut sembler faible, ; or ce récit a été rapporté directement। par le Messager d’Allah (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui). que précisément ce hadith a été rapporté .।]» Ce nombre est-il suffisant pour concrétiser les aspirations de la oumma islamique ? Je réponds : oui, c’est possible. Avec douze mille véritables croyants, nous pourrons atteindre l’objectif souhaité. Mais je dirai également que vingt-quatre mille croyants à moitié convaincus, ou quarante-huit mille croyants au quart convaincus, ne suffiront pas à accomplir la tâche. Il en va de même pour un groupe de croyants dont le nombre imposant pourrait stupéfier n’importe qui, mais dont l’armée ne servirait à rien au moment où elle serait nécessaire.

Nous voulons des croyants comme les Ansar de Médine, qui se joignaient en grand nombre lors des guerres, mais dont on ne voyait que très peu lors de la distribution du butin.

Ceux qui sont nombreux mais inutiles en réalité ne sont rien de plus que de l’écume[Sowban rapporté par le Messager d’Allah — que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui —. dans un hadith il est mentionné que : un tel moment viendra où de chaque direction de diverses nations vous encercleront et vous subjugueront et vous vaincront —। tout comme des gens affamés se précipitent sur un plat de nourriture en se jetant dessus —। le Messager d’Allah — que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui —. fut interrogé et on lui demanda :, par rapport aux ennemis les musulmans sont-ils en nombre inférieur et est-ce pour cette raison que cela se produira ?? Il répondit :, Non; les musulmans à cette époque seront comme l’écume créée par un torrent formée par le torrent et seront faibles vos। cœurs deviendront faibles et vous deviendrez et vos ennemis ne vous craindront plus et ne seront pas terrifiés par vous। La raison en sera que vous aurez en vous un attachement au monde et un amour excessif ainsi que de la haine à l’égard de la mort।]et ne valent pas mieux. Même s’ils sont des millions, ils ne seront jamais dignes d’être inclus dans les rangs de tête du mouvement. Une éducation et une formation fondées sur la foi ou inspirées de la Parole d’Allah constituent la condition préalable à la formation d’une génération défendant les intérêts de l’islam. C’est ce groupe que le Très-Haut a décrit dans le Coran : « Ô vous qui croyez ! Si l’un d’entre vous renie sa religion, Allah fera bientôt venir un peuple qu’Il aimera et qui L’aimera, humble envers les croyants, dur envers les mécréants ; il luttera dans le sentier d’Allah et ne craindra le blâme d’aucun blâmeur. Telle est la grâce d’Allah ; Il la donne à qui Il veut. Allah est Celui qui se suffit à Lui-même, l’Omniscient »(Sourate al-Maïda : 54)।

Véritable soufi enseignement

Un véritable enseignement soufi fondé sur le Coran et la Sunna est nécessaire. Un tel enseignement contribue à former un caractère soufi, qui donnera la priorité à Allah sur Sa création, à l’au-delà sur la vie présente et à l’atteinte des objectifs religieux sur la satisfaction de ses propres désirs.

Bien que certains le pensent, tout le tasawwuf (soufisme) n’est pas mauvais. Tous les soufis ne sont pas non plus égarés, même si beaucoup l’affirment par manque de connaissance ou de compréhension correcte. Les soufis constituent un groupe, comme les autres groupes. À ce sujet, le cheikh de l’islam Ibn Taymiyya a écrit dans un de ses articles, intitulé « Les pauvres » : parmi les soufis, vous trouverez des hommes vertueux et des égarés. Certains d’entre eux corrompent leur nafs, d’autres suivent une voie médiane, et il en est aussi qui, par la grâce d’Allah, sont extrêmement vertueux.

Nous rejetons assurément toutes les théories erronées du tasawwuf philosophique, telles que le hulul (la doctrine de l’incarnation divine) et l’ittihad (au sens d’une union spirituelle avec Allah), les diverses affirmations des soufis égarés relatives à des accomplissements spirituels, ainsi que le soufisme intéressé visant à gagner de l’argent. Nous voulons un soufisme pur de cette nature, dont les meilleurs exemples sont les grands soufis, tels qu’al-Hasan al-Basri, al-Fudayl ibn Iyad, Ibrahim ibn Adham, Abu Sulayman al-Darani, Abul-Qasim, al-Junayd et d’autres.

Nous voulons un soufisme qui suive la voie médiane du Coran et de la Sunna, un soufisme qui accorde de l’importance à la purification du cœur, sans laisser de place aux divers exercices des membres du corps. Le tasawwuf considère la réalité intérieure avant l’apparence extérieure. Il est clairement dit dans un hadith authentique : Allah ne regardera ni vos corps ni vos visages, mais Il regardera vos cœurs (Muslim)।

Nous voulons un soufisme qui guérisse les maladies de l’esprit, ferme les voies par lesquelles Satan pénètre dans le cœur et combatte la tendance du cœur humain à satisfaire ses convoitises, afin que l’être humain renonce aux péchés et acquière de véritables valeurs morales ainsi que la vertu.

Un sage a décrit le soufisme en ces termes : le soufisme consiste à être sincère envers Allah et bénéfique aux hommes. Le Tout-Puissant Allah dit : assurément, Allah est avec ceux qui Le craignent et qui sont bienfaisants (Sourate An-Nahl‌ : 128)।

Allama Ibn al-Qayyim, citant les soufis des premières générations, a dit : « Le soufisme consiste en la bonne moralité ; si quelqu’un te dépasse en bonne moralité, il est meilleur que toi. » Commentant cela, Ibn al-Qayyim a dit : « Non, la religion consiste en la bonne moralité ; si quelqu’un te dépasse en piété et en scrupule religieux, il est, du point de vue de la religion, meilleur que toi en bonne moralité. » Il suffit à cet égard de se rappeler un hadith du Messager (paix et salut sur lui) : « J’ai été envoyé comme porteur d’un message afin de parfaire la moralité (Boukhari)।

Les quatre questions importantes

Dans le domaine de l’éducation, il faut concentrer l’attention sur quatre points :

a.. Intention pure

La première question importante consiste à purifier son intention. Il faut agir uniquement pour obtenir l’agrément d’Allah, et non pour acquérir des richesses, du pouvoir, la faveur des gens ou quelque autre dessein caché au fond du cœur.

L’œuvre de l’islam consiste en l’adoration et au jihad. L’adoration n’est bénéfique que lorsqu’elle est accomplie pour Allah seul, avec une intention pure. Allah Très-Haut dit : « Il ne leur a été ordonné que d’adorer Allah seul, et de n’adorer nul autre que Lui (Sourate Al-Bayyinah : 5)।

Le jihad dans la voie d’Allah n’est véritablement juste que lorsqu’il est accompli avec une intention sincère, dans le seul but de faire triompher la parole d’Allah. Il n’accepte pas les œuvres accomplies dans un but autre que celui d’Allah seul, ni celles fondées sur une croyance où une autre personne serait associée à Lui. C’est pourquoi l’imam Hassan al-Banna avait choisi comme premier slogan : « Allah est notre objectif », afin de souligner que l’agrément et la récompense d’Allah sont notre objectif suprême et le plus ardemment désiré.

Nous pouvons dire que nous voulons établir une société islamique. Nous voulons un État islamique ou un système de gouvernement islamique, ou bien nous œuvrons à restaurer un mode de vie islamique intégré, ou encore à atteindre quelque autre objectif à court ou à long terme. Mais notre objectif général sera d’obtenir l’agrément d’Allah, afin qu’Il nous compte parmi Ses serviteurs vertueux. Tout militant islamique devrait retenir ces deux versets : « Dis : en vérité, ma prière, mon sacrifice, ma vie et ma mort appartiennent à Allah, Seigneur des mondes. Il n’a pas d’associé. Voilà ce qui m’a été ordonné, et je suis le premier des soumis(Sourate Al-An’‘âm : 162–-163)।

Aucune entreprise visant à atteindre un objectif ne réussit chez ceux qui recherchent la gloire et la renommée. Selon un hadith, la victoire est remportée grâce aux efforts de ceux qui sont bienveillants, intègres et courtois ; leur présence ne se remarque pas, mais leur absence se fait sentir ; leurs cœurs sont des lampes éclairant le chemin d’Allah(Al- Hakim)।

b. d’Allah présence ressentir

Le deuxième point sur lequel il faut concentrer son attention consiste à ressentir la présence d’Allah dans toute action, afin que l’excellence véritable se reflète dans cette action. C’est pourquoi, lorsque Jibrîl interrogea le Messager d’Allah (paix et bénédictions d’Allah sur lui) au sujet de l’excellence, il répondit : « Le degré ultime de l’excellence consiste à adorer Allah comme si vous Le voyiez. Et bien que vous ne Le voyiez pas, Lui vous voit. »

C’est une condition préalable à toute activité religieuse ou profane. En effet, l’excellence dans l’action est une obligation que tout musulman doit s’efforcer d’atteindre. Allah a exhorté à l’excellence en toute chose. Lorsqu’une personne cherche à atteindre l’excellence, elle ne devrait avoir d’autre sentiment que celui qu’Allah la voit, entend ses paroles et connaît tout ce qu’elle fait.

L’excellence est encore plus nécessaire lorsque l’activité concerne la religion, en particulier lorsqu’elle vise la da‘wa islamique et le mouvement islamique, qu’il s’agisse d’une obligation individuelle ou collective. Dans le travail de la da‘wa islamique et du mouvement islamique, les militants assument les responsabilités à la place des autres musulmans qui se contentent de perdre leur temps dans l’oisiveté et d’observer. Certains vont même jusqu’à attaquer les militants islamiques lorsqu’ils en ont l’occasion et à les inciter à abandonner cette œuvre religieuse.

Les militants islamiques ne manquent pas de supervision. Une inspection administrative de leur travail n’est pas non plus nécessaire, car ils sont soumis à l’auto-surveillance et sont eux-mêmes les premiers inspecteurs de leur travail. Cette parole d’Allah reste toujours présente dans leur cœur : « Il est avec vous où que vous soyez, et Allah voit tout ce que vous faites » ((Sourate Al-Hadid : 4)।

C.. L’auto-examen

Le troisième thème central consiste à pratiquer l’auto-examen (ihtisab). Si, avant de commencer une action, notre intention est claire et que naît en nous, pendant l’action, le sentiment qu’Allah est présent, c’est cela l’auto-examen. Et c’est précisément cela, la reddition de comptes. Il est rapporté dans un hadith : « Est intelligent celui qui examine son nafs et se prépare à ce qui viendra après la mort ; est démuni celui qui agit selon les désirs de son nafs, puis s’en remet à Allah ((Tirmidhi)।

Il est également rapporté que ʿUmar (qu’Allah l’agrée) a dit : « Faites vous-mêmes votre propre examen avant qu’on ne vous demande des comptes. Pesez vos œuvres avant qu’elles ne soient pesées contre vous. » Maysara ibn Mihran a dit : « Celui-là est conscient d’Allah qui demande des comptes à son âme avec plus de rigueur qu’un tyran et qu’un avare. » Cela trouve son origine dans la parole du Très-Haut : « Je jure par l’âme qui se blâme elle-même » ((sourate Al-Qiyâma : 2)।

L’ihtisâb intensifie constamment l’effort de purifier les erreurs et de remédier aux faiblesses. Ainsi, l’homme s’efforce toujours d’atteindre l’excellence et se déprend de l’habitude de s’auto-glorifier, de faire preuve d’orgueil et de blâmer autrui.

En islam, le principe de se demander des comptes à soi-même constitue l’un des principes fondamentaux dans les domaines de la morale et de l’éducation. C’est pourquoi tous les soufis et les éducateurs l’ont considéré comme indispensable.

De nos jours, les gens emploient souvent l’expression « autocritique ». Il n’y a rien de répréhensible à utiliser ce terme. Ce qui est réellement blâmable, cependant, c’est de l’accepter dans son sens courant et de la considérer comme empruntée à autrui. En effet, l’autocritique n’est rien d’autre que le fait de se demander des comptes à soi-même. Elle est essentiellement prescrite par le Coran, la Sunna et notre culture.

d.. Le tawakkul envers Allah

Le quatrième thème central consiste à placer sa confiance en Allah (tawakkul). C’est une arme spirituelle qui transforme la faiblesse en force. C’est l’arme grâce à laquelle le Messager d’Allah (ﷺ) a affronté les tyrans de diverses nations. Leur tyrannie ne l’a jamais effrayé, pas plus que leurs machinations n’ont pu l’affaiblir. Le Très-Haut dit : « Quelle raison aurions-nous de ne pas placer notre confiance en Allah, alors qu’Il nous a guidés sur la voie que nous suivons ? Nous supporterons avec patience les torts que vous nous avez infligés. C’est en Allah que doivent placer leur confiance ceux qui sont patients » ((sourate Ibrâhîm : 12)।

Avoir confiance en Allah signifie Le prendre comme guide, suivre Ses commandements et ne dépendre que de Lui. Allah le Très-Haut dit à ce sujet : « Il est le Seigneur de l’Orient et de l’Occident. Il n’y a pas de divinité en dehors de Lui. Prends-Le donc comme Celui qui dirige tes affaires » (Sourate Al-Mu‌zzam‌mil : 9)।

Il convient toutefois de prendre Allah comme Celui qui dirige ses affaires seulement après s’être préparé et avoir pris toutes les précautions nécessaires ; il faut ensuite aller de l’avant avec la certitude qu’Allah ne vous abandonnera pas. Avoir confiance en Allah ne doit en aucun cas signifier qu’une personne néglige son travail, renonce aux stratégies nécessaires pour atteindre son objectif, fait preuve d’indifférence à l’égard des règles autorisées, ou attend de récolter sans avoir semé ni pris soin du champ. Le tawakkul signifie ce que le Messager d’Allah — paix et bénédictions sur lui — ainsi que les prophètes et messagers qui l’ont précédé ont pratiqué : tout en ayant confiance en Allah, en croyant fermement en Sa promesse et en espérant Son soutien, on fait soi-même tout son possible, puis on remet le résultat à Allah.

Le Saint Prophète — paix et bénédictions sur lui — prit les meilleures dispositions en vue de l’émigration. Pourtant, les mécréants parvinrent jusqu’à la grotte où il s’était caché. Lorsque Abou Bakr — qu’Allah l’agrée — dit : « Si l’un d’eux regardait sous ses pieds, il nous verrait certainement », le Messager d’Allah — paix et bénédictions sur lui — lui répondit : « Abou Bakr, que penses-tu de deux hommes dont le troisième est Allah ? Dans la sourate At-Tawbah 40e verset, il est dit :« Ne sois ni triste ni effrayé ; certes, Allah est avec nous. »

Moïse (paix sur lui) avait également tenu ces propos à son peuple lorsque Pharaon les poursuivait avec son armée. Le peuple de Moïse se retrouva pris entre la mer devant lui et l’armée de Pharaon derrière lui. Allah dit : « Puis, lorsque les deux groupes se virent, les compagnons de Moïse dirent : “Nous allons certainement être rattrapés.” Moïse dit : “Jamais ! Car mon Seigneur est avec moi. C’est Lui qui nous guidera (Sourate Ach- Chu’‘arâ : 61–-62) »)।

Ce dont nous avons réellement besoin, c’est d’une foi solide de cette nature. C’est fortifiés par la conviction qu’Allah est avec nous que nous devons affronter les descendants de Pharaon et d’Abou Jahl. Ceux auprès desquels Allah se trouve ne peuvent échouer. Il est dit dans le Coran : « Si Allah vous secourt, nul ne pourra vous vaincre. Et s’Il ne vous apporte pas Son soutien, qui donc, après Lui, pourrait vous aider ? C’est en Allah seul que les croyants doivent placer leur confiance (Sourate Âl ‘Imrân : 160) »)।

L’importance de l’action juste

Pour constituer le groupe d’avant-garde nécessaire, il faut assurer la combinaison de deux éléments : la sincérité de l’intention et l’action juste.

Une intention pure et une bonne volonté sont indispensables dans toute action islamique. En effet, toute action islamique est en soi une adoration et un djihad. Nous avons déjà dit qu’aucune adoration ni aucun djihad ne sera accepté s’il ne repose pas sur une règle correcte. C’est pourquoi nos oulémas ont accordé une très grande importance au hadith du Messager d’Allah — paix et bénédictions d’Allah sur lui — : « La valeur ou la mesure des œuvres est déterminée selon les intentions. » Les oulémas considèrent globalement l’intention comme constituant un quart, un tiers, voire la moitié de l’islam.

Mais, pour faire avancer le mouvement islamique à travers de violentes tempêtes et tourmentes, l’intention seule ne suffit pas. Outre une intention sincère, il faut être capable de distinguer le juste de l’erroné, voire de déterminer laquelle de deux opinions est la plus juste, et de choisir le moindre de deux maux ou le meilleur de deux biens. On dit que la personne perspicace est celle qui sait distinguer le bien du mal, et la personne sage est celle qui parmi les’deux maux sait identifier le moindre et le désigner.।

En vérité, un musulman doit s’efforcer de savoir ce qui est juste. Même si, après avoir fait cet effort, quelqu’un se trompe, il sera pardonné et même récompensé. À ce sujet, il est rapporté dans un hadith que si quelqu’un, après s’être efforcé de connaître la vérité, parvient malgré tout à une conclusion erronée, il recevra une récompense, tandis que celui qui, après ses efforts et ses recherches, trouve la voie juste en recevra le double : une récompense pour son effort et sa recherche, et une seconde pour sa décision correcte. La promesse d’une double récompense pour la décision correcte s’explique par le fait que ceux qui s’efforcent et recherchent doivent toujours avoir pour objectif de connaître la « vérité véritable », et que tous les croyants avisés puissent, dans leurs efforts et leurs recherches, concentrer leur attention sur la connaissance de cette vérité véritable. À ce stade, je mettrai en lumière deux points.

Premièrement, ceux qui seront récompensés pour leurs efforts et leurs recherches doivent d’abord être aptes à entreprendre cet effort, c’est-à-dire posséder la compétence minimale nécessaire pour exercer leur propre réflexion et leur propre jugement (ijtihad). Par ijtihad, je n’entends pas ici le sens juridique et technique décrit dans les ouvrages de fiqh à propos de ce type d’effort ; j’entends plutôt l’effort intellectuel entrepris dans un domaine quelconque et qui requiert des connaissances particulières. L’ijtihad dans le domaine politique est certainement d’une nature différente de celui qui concerne les affaires militaires, économiques ou éducatives, car des connaissances spécialisées sont indispensables dans chaque domaine.

Mais si quelqu’un entreprend des recherches dans un domaine qu’il ne connaît pas bien lui-même et rend un jugement sans disposer des connaissances adéquates, il se fait tort à lui-même, commet une injustice envers ses recherches et nuit à sa nation. Il ne sera certes pas récompensé ; il mérite au contraire d’être châtié pour un péché incontestable. Car il rend un jugement bien qu’il soit ignorant, comme celui qui, sans savoir nager, se jette à l’eau et fait semblant de nager. C’est pourquoi le Messager d’Allah, que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui, a dit : « Les juges sont de trois sortes : l’un ira au Paradis et les deux autres iront en Enfer. Le premier est le juge qui connaît la vérité et juge conformément à celle-ci ; il ira donc au Paradis. Le deuxième juge est ignorant mais rend néanmoins un jugement ; il ira en Enfer. Le troisième juge connaît la vérité mais rend un jugement injuste ; lui aussi ira en Enfer ( (Abou Dawoud, Tirmidhi, Ibn Maja, Nasaï et al- Hakim)।

Dans ce hadith, le juge qui rend un jugement malgré son ignorance et celui qui rend un jugement injuste tout en connaissant la vérité sont placés au même niveau. En effet, il s’est engagé dans un domaine dans lequel il n’est pas compétent. Dans une telle situation, il serait préférable qu’il s’en retire et en laisse la charge à une personne qualifiée pour ce poste.

Même si ce type de juge accomplit la bonne action, il ne sera néanmoins pas récompensé. Car la parole juste a été prononcée à partir d’une position erronée. Puisque ces actes ne reposent pas sur une méthode appropriée, ils n’ont aucune valeur. Il est rapporté dans un hadith que celui qui émet un avis au sujet du Coran sans connaissance a tort, même si son avis semble correct. [Abou Dawoud et Tirmidhi ont dit que ce hadith, rapporté par un ‘ seul’ narrateur, était « gharîb », et An-Nasâ’î et d’autres l’ont qualifié de faible ou de da‘îf.।] Cela revient à tirer avec une arme entre des mains inexpérimentées.

Même si l’avis d’un tel juge est correct, il sera considéré comme erroné. Car son effort d’interprétation (ijtihad) a été élaboré au gré de ses caprices, sans suivre rigoureusement une méthode ni des règles valables. On ne peut donc pas se fier à une décision prise au moyen d’une tentative aussi hasardeuse.

Deuxièmement, seuls ceux qui s’efforcent avec acharnement de rechercher la vérité et concentrent pleinement leur attention sur sa compréhension exacte et certaine seront récompensés pour leur effort d’interprétation, même s’ils ne reçoivent qu’une seule récompense. Pour cela, ils doivent comprendre et utiliser tous les moyens et toutes les ressources dont ils disposent pour découvrir la vérité, ainsi que toutes les informations et toutes les données obtenues dans cette quête. Ils doivent également consulter les personnes savantes afin d’enrichir leur avis juste et leur précieuse expérience. Tout cela les aidera à prendre la bonne décision.

Leadership à venir

Dans de nombreux pays, le problème du mouvement islamique est que ses fondations sont si étendues qu’il manque de dirigeants capables de le gérer. Il n’y a aucune gêne à le reconnaître.

La cause de cette situation est que le mouvement islamique contemporain s’est étendu à travers le monde. Ses racines se sont profondément implantées dans tous les pays. Son expansion se poursuit donc progressivement. Mais parallèlement à cette croissance, des dirigeants compétents ne sont pas formés aux niveaux idéologique, éducatif et politique. La direction actuelle doit se préparer à l’étape future en gardant cette situation à l’esprit.

La première question à considérer ici est la fidélité à l’activité de da‘wa. Le fait de consentir des sacrifices ou de compter parmi les premiers participants au mouvement ne constitue pas à lui seul une qualité du leadership du mouvement islamique. Ces qualités ont certes leur valeur propre aux yeux d’Allah et des hommes. Mais le leadership requis exige que les personnes chargées de diriger possèdent des capacités intellectuelles, psychologiques et pratiques particulières. Ces caractéristiques doivent s’ajouter aux conditions préalables habituelles en matière de morale, de comportement et de croyance.

Lorsque je parle de leadership, je ne désigne pas les postes les plus élevés du mouvement. Je désigne plutôt le groupe chargé de planifier, de mettre en œuvre, de diriger et de contrôler le travail, et qui obtient de ses subordonnés le meilleur rendement possible. Il oriente les travailleurs concernés des activités nuisibles vers des processus constructifs, des disputes vers l’action et de l’oisiveté vers un travail acharné.

Le leadership ne doit pas être considéré comme un droit viager dont seule la mort peut priver ceux qui en assument la responsabilité depuis l’origine, au point qu’ils barrent la route aux nouveaux dirigeants. Cela ferait obstacle à l’accès au leadership de personnes talentueuses et capables, pleines de jeunesse. Il nous a été recommandé de suivre comme modèle les califes bien guidés, qui avaient été désignés pour une durée indéterminée. Dans la situation actuelle, nous devons abandonner l’attitude consistant à choisir quelqu’un comme dirigeant pour toute sa vie.

En réalité, ces précédents historiques ne constituent pas une loi que l’oumma serait tenue de suivre jusqu’au Jour de la Résurrection. Nous avons traité cette question ailleurs. Ici, nous devons absolument insister sur la nécessité de préparer, pour l’étape à venir, une direction permettant à des dirigeants fermes, honnêtes, fiables et intelligents de prendre assurément les rênes du mouvement. Nous devons impérativement former des cadres dirigeants dans les domaines idéologique, éducatif et politique.

Nous devons réfléchir sérieusement à cette question, prendre des mesures concrètes et efficaces, et transformer la théorie en action.

Direction pour la formation d’un institut spécialisé

Dans cette perspective, je propose la création d’un institut destiné à former des dirigeants islamiques. Il faudra sélectionner comme étudiants de cet institut des personnes talentueuses, dotées d’une profonde conviction et possédant les qualités intellectuelles, psychologiques, comportementales et spirituelles nécessaires. Ces étudiants devraient être choisis sur la base des recommandations de personnes avisées, capables d’évaluer les qualités et les traits de caractère des individus. Avant de les recruter pour leur formation à l’institut, il faudra également leur faire passer des épreuves écrites et élémentaires. Il serait préférable que l’institut soit de type résidentiel, afin que les étudiants y vivent comme une communauté. Les éléments fondamentaux de leur mode de vie seront la religion, le savoir, les activités de da‘wa, la fraternité et le djihad.

Le programme de cet institut devrait être vaste, approfondi et multidirectionnel. Il devra associer la tradition aux connaissances et aux sciences contemporaines, et intégrer la religion et les sciences humaines dans une perspective islamique. Il devra également accorder l’importance voulue aux questions locales, arabes, islamiques et internationales. À cet égard, le programme devra mettre l’accent sur l’étude et l’analyse des cercles opposés à notre religion, à l’oumma et à notre marche en avant. Cet établissement assurera l’articulation du savoir et de l’action, ainsi que de la théorie et de la pratique.

Pour dispenser cet enseignement, il faudra désigner des enseignants fiables, hautement instruits, dotés d’une pensée mûre et de convictions solides. Ces enseignants devront se tenir très éloignés aussi bien de la douceur excessive que de la dureté. Ils devront posséder une pensée cohérente et intégrée. Aucun d’entre eux ne devra considérer les opinions des autres comme négligeables, ni se faire le spécialiste de l’Occident ou de l’Orient, ni se situer à gauche ou à droite. S’ils le faisaient, ils créeraient des contradictions et de la confusion dans le domaine de la pensée, ce qui entraverait le processus de formation du caractère des étudiants.

Je ne veux pas dire par là que ces éminents enseignants devront être les copies conformes les uns des autres. Je veux simplement dire que, sur les questions essentielles, leur vision d’ensemble devra être en accord avec la philosophie fondamentale adoptée par l’institut.

Je vais maintenant aborder certaines caractéristiques de l’idéal que nous voulons établir au moyen de cette ambitieuse initiative.

souhaité de l’idéal caractéristiques

Sans la moindre ambiguïté ni le moindre doute, je tiens à souligner un point : pour les futurs dirigeants du mouvement islamique, outre une éducation fondée sur la foi, il faut également mettre en place une solide formation idéologique, qui constitue la clé du développement moral. Il s’agira de l’éducation et de la formation fondées sur le fiqh mentionnées précédemment, nécessaires au mouvement de demain.

Pour nous, la foi n’est pas contraire à la raison ou à l’intelligence. Au contraire, la foi repose sur la raison et est guidée par elle, et le Coran décrit les croyants comme des personnes intelligentes. Le Coran est un guide pour ceux qui font preuve d’intelligence et réfléchissent profondément. Pour les intellectuels éminents de l’ummah, le fondement de la raison réside dans l’ensemble des connaissances révélées transmises par héritage. En effet, sans la connaissance de la révélation, il est impossible de prouver l’existence d’Allah ou la légitimité de la mission prophétique.

Les directives énoncées dans le Coran construisent une mentalité rationnelle qui fonde le culte et rejette toutes les superstitions ainsi que l’imitation des ancêtres ou des personnalités éminentes. [mon livre ‘Le Prophète et la connaissance’, p. 38–40)]

Scientifique idéal

L’idéal sur lequel nous souhaitons fonder l’organisation de l’éducation et de la formation souhaitées possède certaines caractéristiques. Les enseignants doivent comprendre ces caractéristiques et les mettre en pratique. Ces caractéristiques doivent également être présentées dans le programme d’enseignement.

Au sens pleinement littéral, cette éducation sera fondée sur la science. Par « fondée sur la science », je ne veux pas dire les sciences théoriques et appliquées. Bien que les musulmans doivent étudier ces domaines scientifiques, il s’agit d’un idéal dans lequel aucune affirmation sans preuve, aucun résultat sans proposition, aucun témoignage sans document probant, ni aucune proposition ne sera accepté si elle n’est pas totalement exempte de doute.

Nous voulons, dans tous les domaines de la vie, une pensée scientifique et une conscience scientifique qui nous guideront afin que nous puissions examiner toute question, tout enjeu, toute situation et toute personne selon une approche scientifique, et prendre, dans l’économie, la politique, l’éducation ainsi que dans tous les autres domaines, des décisions judicieuses et stratégiques avec un esprit scientifique, libérés de l’influence des émotions, de l’immédiateté, de l’égocentrisme, des intérêts de groupe et de divers prétextes quotidiens. Les facteurs défavorables mentionnés ci-dessus contrôlent dans une large mesure notre conduite et notre comportement. Lorsqu’un décideur est guidé par ses propres caprices ou ceux de son groupe, il cherchera à flatter la population en faisant ce qu’elle aime ; il ne portera pas son attention sur ce qui est bénéfique pour l’avenir de la population, de la patrie et de la nation dans son ensemble.

Mon ouvrage « ‘La islamique solution : une obligation et une nécessité’ », j’ai mis en lumière, en abordant la question de l’autocritique dans le mouvement islamique, certaines des principales caractéristiques de la conscience scientifique. Je pense qu’il est nécessaire de rappeler ici ces caractéristiques, non pas pour un sécularisme importé, mais en mettant l’accent sur les besoins de l’Oumma.

Il faut une conscience scientifique

Les principales caractéristiques de la conscience scientifique sont les suivantes :

1. Adopter une perspective objective à l’égard des différentes questions, situations et contextes, sans se préoccuper de leur origine. Le vénérable Ali, qu’Allah l’agrée, a dit : « Ne cherchez pas à connaître la vérité par les hommes ; connaissez d’abord ce qu’est la vérité, et vous reconnaîtrez alors facilement les hommes qui lui sont liés. »

2. Accorder de l’importance à la spécialisation. Il est dit dans le Coran : « Interrogez donc les gens expérimentés au sujet du Livre (sourate An-Nah‌l : 43), interrogez celui qui en est informé (sourate Al-Furqan : ‍59), et nul ne saurait t’en informer comme Allah, l’Omniscient (sourate Fatir : 14)।

La religion possède ses propres spécialistes, tout comme l’économie, la défense et les autres branches du savoir, particulièrement à notre époque. Celui qui possède des connaissances en religion, en politique, en économie et en défense, et qui donne son avis sur tout, ne sait en réalité rien.

3. Il faut être disposé à l’autocritique, à reconnaître ses erreurs, à en tirer des leçons et à examiner clairement les expériences du passé. Il faut se tenir à distance d’une attitude de suffisance. Car celle-ci ne voit dans le passé que gloire et victoires.

4. Appliquer les stratégies les plus modernes et les meilleures afin de garantir le succès, et tirer les leçons de l’expérience de tous les autres, y compris de l’ennemi. Le savoir est le bien perdu des croyants : où qu’ils le trouvent, ils en sont plus dignes que tout autre être humain.

Examiner toutes les questions, à l’exception des doctrines religieuses et idéologiques incontestables, et en accepter les résultats sans considérer qu’ils soient favorables ou défavorables à qui que ce soit.

Ne pas se hâter de prendre des décisions ni de formuler des opinions. Ce n’est qu’en adoptant le processus de formation d’un point de vue après un examen attentif fondé sur l’expérimentation et la vérification, ainsi qu’après un dialogue constructif avec la partie adverse, que tous les aspects positifs et négatifs de la question examinée apparaîtront.

Accorder de l’importance et évaluer sérieusement les opinions de ceux qui ont des conceptions opposées dans les diverses questions du fiqh et dans toutes les branches du savoir, tant que chaque question repose sur des arguments et des preuves dans son propre domaine, puis la trancher à la lumière du Coran et de la Sunna de manière à éviter les divergences. Nos oulémas ont statué qu’il n’existe aucune restriction concernant les opinions fondées sur l’ijtihad. Par conséquent, celui qui émet une opinion fondée sur l’ijtihad ne devrait pas être considéré comme supérieur à autrui. Toutefois, le dialogue constructif ainsi que l’examen théorique et impartial par l’ijtihad ne doivent pas cesser dans un climat tolérant et sincère.

scientifique contraire aux théories pratique

La simplification excessive de questions complexes, la sous-estimation de problèmes graves, le fait de prendre à la légère des problèmes difficiles ou de traiter les questions majeures comme des ignorants, avec des attitudes de derviches, sont contraires à une pensée scientifique.

Une main invisible et des puissances étrangères malveillantes élaborent des complots comme des criminels afin de nous pousser vers la souffrance, puis attendent patiemment que nous tombions nous-mêmes dans le piège. Dans cette situation, nous trouvons une odeur de conspiration dans tout et pensons ne pas avoir la force d’affronter ces cercles malveillants. Il vaut donc mieux baisser les bras. Une telle mentalité nous est préjudiciable. Cela peut être vrai dans certains cas, mais il est erroné de considérer que c’est toujours le cas. Une telle interprétation du cours des événements historiques est en réalité le résultat même des conspirations et des complots. Que ces événements soient politiques, économiques, sociaux ou culturels, les juger selon la perspective susmentionnée entraîne deux conséquences néfastes :

Premièrement, si une telle attitude se renforce, elle donnera naissance à une forme de fatalisme, comme si nous ne pouvions rien faire contre ces complots diaboliques. Car, face à l’immense puissance financière et intellectuelle de ces cercles malfaisants, nous sommes extrêmement faibles et bornés. Nous devenons ainsi des pièces d’échecs. Une telle façon de penser ne fera naître qu’un état d’esprit destructeur, fait de désespoir et de défaite.

Deuxièmement, cette mentalité nous détourne de l’autocritique et ne suscite en nous aucune volonté sincère de comprendre nos défauts, de remédier aux problèmes ou d’examiner nos échecs et nos fautes. Elle entrave ainsi les efforts visant à diagnostiquer la cause du mal et à le guérir. Cette situation perdurera aussi longtemps que nous considérerons que la cause de notre faiblesse, de notre indifférence, de notre corruption ou de notre ruine réside dans de maléfiques complots étrangers, et non dans les conséquences de nos propres comportements.

Nous entretenons souvent ce type de mentalité, alors que le Coran nous enseigne que, lorsque nous sommes confrontés au malheur, à la calamité et à la défaite, nous devons nous considérer comme les seuls responsables. Le Tout-Puissant Allah dit : « Tout malheur qui vous atteint est dû à ce que vos mains ont acquis. Et Il pardonne beaucoup de choses (Sourate Ach-Chûrâ : 30)।

Lors de la bataille d’Ouhoud, les musulmans subirent une catastrophe totale après avoir perdu soixante-dix de leurs valeureux combattants. Pourtant, cette même armée musulmane avait remporté une victoire éclatante lors de la bataille de Badr. Lorsqu’ils s’interrogèrent eux-mêmes sur la cause de ce malheur, Allah Très-Haut leur en révéla la réponse en ces termes : « Quoi ! Quand un malheur vous atteint, bien que vous ayez infligé deux fois autant à vos ennemis, vous dites : “D’où cela vient-il ?” Dis-leur : “Ce malheur vient de vous-mêmes (Sourate Âl ‘Imrân : 165)।

Un idéal réaliste

Les caractéristiques de l’idéal fondé sur une approche scientifique que nous souhaitons voir adopter à l’avenir par le mouvement islamique devront être réalistes, et non illusoires ou fondées sur des rêves.

De l’ambition et de la capacité un équilibre

Nous devons profondément garder à l’esprit cette vérité concrète : notre programme ambitieux doit être proportionné à nos capacités. Par ailleurs, nous devons également vérifier ce que nous voulons obtenir et ce que nous pouvons réellement obtenir. Nous ne devons pas espérer obtenir quelque chose auquel nous ne sommes pas préparés ou pour lequel nous ne disposons pas des moyens et des ressources nécessaires. Le Coran a autorisé le combattant à se replier soit pour tenter de mettre en œuvre une stratégie militaire, soit afin de rejoindre sa propre armée.

Un moudjahid n’est autorisé à se retirer du champ de bataille que lorsque la situation ne lui est pas favorable en raison de la présence d’un nombre de soldats ennemis supérieur à plus du double de celui de l’armée musulmane. Allah, exalté soit-Il, dit : « Maintenant, Allah a allégé votre charge et Il sait qu’il y a en vous de la faiblesse. Si donc il y a parmi vous cent hommes doués de fermeté, ils vaincront deux cents hommes ; et s’il y en a mille parmi vous, ils en vaincront deux mille, par la permission d’Allah. Et Allah est avec les patients »(Sourate Al-‌Anfal : 66)।

Lors de la bataille de Mu’ta, l’armée romaine était beaucoup plus nombreuse que l’armée musulmane. Face à cent cinquante mille soldats romains, les musulmans n’étaient que trois mille. En raison de ce rapport entre les effectifs des deux camps, le stratège Khalid ibn al-Walid décida de retirer l’armée musulmane vers un lieu sûr, plutôt que de la pousser vers une bataille qui aurait pu être suicidaire.

Lorsqu’il revint à Médine avec son armée, les jeunes gens mécontents de Médine les accueillirent en leur lançant des pierres et les traitèrent de fuyards. Mais le Messager d’Allah, paix et bénédictions d’Allah sur lui, les soutint en disant : « Non, ce seront eux les assaillants, si Allah le veut. »

Le commandant avisé est celui qui veille sur ses soldats. C’est pour cette raison qu’Omar ibn al-Khattab, qu’Allah l’agrée, ne s’intéressa pas aux expéditions contre les Byzantins au début de son règne. À ceux qui l’y incitaient, il dit : « Par Allah, un seul musulman m’est plus cher que l’Empire byzantin et toutes ses richesses. »

Le musulman sage ne s’engage pas dans une tâche dont il est incapable. À ce propos, le Tout-Puissant Allah dit : Obéissez donc à Allah et craignez-Le dans toute la mesure du possible (Sourate At-Taghabun : 16)।

Il est rapporté dans un hadith : Il n’a pas été permis au musulman de s’humilier lui-même. On demanda au Messager d’Allah (paix et bénédictions d’Allah sur lui) : Comment un homme s’humilie-t-il lui-même, ô Messager d’Allah ? Le Messager d’Allah (paix et bénédictions d’Allah sur lui) répondit : en se chargeant d’un fardeau qu’il ne peut porter.

Le mouvement islamique peut facilement commettre une erreur. Il s’agit de prendre des décisions importantes sous l’impulsion des émotions du peuple. Dans certains pays, la population musulmane pousse certains dirigeants du mouvement à entrer dans la lutte politique. Ils s’y lancent sans avoir pleinement acquis les aptitudes psychologiques, politiques et particulières nécessaires à cette tâche. Ce faisant, ils se chargent d’un fardeau supérieur à leurs capacités. L’échec de cette démarche est certain.

C’est la précipitation, les idées fausses, la surestimation des compétences de certains et la sous-estimation des capacités des autres qui conduisent à ce genre d’échec. Nous avons devant nous l’exemple du Messager d’Allah (paix et bénédictions d’Allah sur lui), qui n’a pas permis à ses Compagnons de mener une lutte armée contre les polythéistes, même lorsqu’ils étaient persécutés et éprouvés. Il disait : Retenez vos mains du combat et accomplissez la salat.

Le Messager d’Allah (paix et bénédictions d’Allah sur lui) a suivi cette ligne jusqu’à ce qu’il trouve un territoire libre et une base solide pour commencer le djihad et mener des expéditions militaires, conformément à l’ordre d’Allah. À ce propos, le Tout-Puissant Allah a dit : L’autorisation de combattre est accordée à ceux contre qui l’on combat, parce qu’ils ont été opprimés, et Allah est certes pleinement capable de leur accorder la victoire (Sourate Al-Hajj : 39)।

Anciens problèmes résolus définitivement

Nous voulons, en adoptant une nouvelle idéologie, résoudre les anciens problèmes qui alourdissent notre esprit et qui réduisent à néant, depuis longtemps, les nombreux efforts des musulmans. Parmi ces problèmes figurent l’existence d’Allah et Ses attributs. Les attributs d’Allah constituent-ils Son essence fondamentale ou sont-ils autre chose ? Ou bien ces qualités ne sont-elles ni Son essence fondamentale ni autre chose ?

Parmi ces problèmes figurait la question de savoir si le Coran était créé ou incréé, ce qui, par la suite, entraîna la persécution de plusieurs éminents imams de l’islam. Dans l’interprétation des versets coraniques relatifs à ces questions, il y eut la recherche de sens ésotériques (ta’wil), la suscitation de controverses inutilement exagérées entre les générations antérieures et postérieures, ainsi que les tentatives des savants des universités du monde musulman — Al-Azhar, Al-Zaytuna, Al-Qarawiyyin, Deoband, entre autres — de réfuter les doctrines acharite et maturidite ainsi que celles de leurs défenseurs.

Nous ne devrions nous préoccuper d’aucun de ces problèmes. Nous devons préparer notre esprit, à l’étape qui vient, à affronter le judaïsme, les croisés, le marxisme et les partisans des philosophies destructrices de l’Orient et de l’Occident.

Inutile débat

L’idéal réaliste dont nous avons besoin consiste à concentrer notre attention non pas sur les marchandages et les débats, mais sur l’action constructive. En effet, lorsqu’Allah veut châtier une nation, Il la plonge dans les controverses et l’inaction. Par débat, j’entends les discussions portant sur des problèmes historiques, entièrement fondés sur des hypothèses, ou qui sont naturellement controversés.

Un débat revient souvent, alors qu’il est inutile ou ne nous apportera aujourd’hui aucun avantage : celui qui porte sur la nature du djihad armé en islam. S’agit-il d’un djihad défensif destiné à protéger la foi islamique, les lieux saints et les territoires, ou d’un djihad offensif visant à propager l’islam dans le monde entier ?

De nombreux savants contemporains ont écrit sur cette question et se sont divisés en deux groupes. Parmi ceux qui soutiennent que le djihad doit être défensif figurent Sayyid Muhammad Rashid Rida, le cheikh Mahmoud Shaltout, le cheikh Muhammad Abu Zahra, le cheikh Muhammad Al-Ghazali et le cheikh Abdullah ibn Zayd Al-Mahmoud, entre autres.

Le fondement de leur argumentation repose sur de nombreux versets du Coran : « Combattez, dans le sentier d’Allah, ceux qui vous combattent, mais ne transgressez pas les limites. Certes, Allah n’aime pas les transgresseurs (Sourate Al- Baqarah : 190) ». Il est dit ailleurs : « S’ils se tiennent à l’écart de vous, ne vous combattent pas et vous offrent la paix, alors Allah ne vous donne aucune voie contre eux (Sourate An- Nisâ’ : 90)।

L’autre opinion est défendue notamment par le mawlana Sayyid Abû al-A‘lâ Mawdûdî, le martyr Sayyid Qutb et d’autres.

Le fondement de leur argumentation est le verset du sabre (Âyat as-Sayf). Selon eux, ce verset a abrogé tous les versets antérieurs et la situation dans laquelle ceux-ci avaient été révélés a pris fin. Cependant, ils ont eux-mêmes divergé au sujet du verset du sabre, car ils n’ont pu déterminer par consensus quel verset du Coran devait s’appliquer en l’occurrence.

Il n’est plus nécessaire de débattre de cette question pour trois raisons actuelles :

Premièrement, Nous, musulmans, n’avons pas accompli le devoir du jihad, qui est obligatoire pour chacun des pays islamiques, notamment la récupération des territoires musulmans des mains des occupants et des agresseurs. Et ces territoires musulmans sont la Palestine, l’Érythrée, les Philippines, l’Afghanistan, Tachkent, Boukhara, Samarcande, l’Ouzbékistan, l’Azerbaïdjan, l’Union soviétique [1991 en l’Union soviétique de la chute avant la situation। Aujourd’hui six musulmanes républiques indépendants États devenues sont। Ce sont : l’Azerbaïdjan,, l’Ouzbékistan,, le Tadjikistan,, le Kirghizistan,, le Kazakhstan et le Turkménistan,।] les autres républiques musulmanes, ainsi que d’autres régions de pays tels que la Chine, l’Éthiopie et la Thaïlande. Aucun musulman ne peut avancer d’argument contre la nécessité de libérer ces pays de l’emprise des forces hostiles à l’islam. Et le jugement d’Allah qui s’applique à leur sujet se trouve dans ce verset du Coran : Et qu’avez-vous à ne pas combattre dans le sentier d’Allah et pour ces hommes, femmes et enfants faibles, opprimés et maltraités qui implorent : « Ô notre Seigneur ! Fais-nous sortir de cette cité dont les habitants sont injustes, établis pour nous, de Ta part, un protecteur qui nous protégera, et envoie-nous, de Ta part, quelqu’un qui nous aidera ! » (Sourate An- Nisâ : 75)।

Si la oumma musulmane n’a pas accompli ce devoir obligatoire de légitime défense, comment peut-on maintenant parler de djihad offensif ?

Deuxièmement, : selon ses partisans, le djihad offensif consiste à éliminer les forces qui font obstacle au chemin des serviteurs d’Allah et s’efforcent d’empêcher les musulmans de transmettre la parole d’Allah aux gens. Mais aujourd’hui, personne ne peut faire obstacle à notre voie si nous poursuivons avec dévouement et sincérité nos efforts pour continuer à diffuser notre da‘wa dans le monde entier. La da‘wa peut être diffusée partout dans le monde et dans toutes les langues, par des moyens imprimés, écrits et audiovisuels. Actuellement, son message peut être transmis par la radio, la télévision, les livres, les journaux et les communautés musulmanes de tous les pays du monde.

Mais, dans ce domaine, la négligence de nos gens est sans limites. Si nous comparons nos activités à celles des missionnaires chrétiens, nous constaterons qu’ils traduisent la Bible dans au moins un millier de langues et de dialectes afin de propager leur religion, puis envoient des milliers de missionnaires, hommes et femmes, aux quatre coins du monde. Leur campagne de prosélytisme a atteint un tel niveau qu’ils souhaitent maintenant nous convertir nous aussi au christianisme, afin que nous les suivions.

Troisièmement, : nous sommes dépendants des autres dans le domaine de la puissance militaire. Ceux contre qui nous voulons engager un djihad offensif sont précisément ceux qui fabriquent toutes sortes d’armes et nous les vendent. S’ils ne le faisaient pas, nous serions désarmés, sans défense et incapables de faire quoi que ce soit pour leur faire face. Si telle est la situation, comment pouvons-nous parler de djihad offensif pour faire entrer le monde entier dans le champ de notre da‘wa ? Nous ne pouvons nous procurer que les armes qu’ils nous fournissent, et seules peuvent nous parvenir les armes qu’ils acceptent de nous vendre.

Idéal traditionaliste

L’une des principales caractéristiques de cet idéal est qu’il s’agit d’un idéal traditionaliste (salafiste). Par traditionaliste, nous entendons ici une méthode intellectuelle fondée sur les principes du Coran et de la Sunna, dont la première génération de la oumma, les Compagnons, a fait une application correcte, ainsi que ceux qui ont ensuite suivi fidèlement leur voie.

Principes fondamentaux de la méthode salafiste

De manière générale, les fondements de cette méthode sont les suivants :

1. Analyser à la lumière du Texte originel infaillible, et non à partir des propos d’un quelconque être humain.

2. Pour déterminer le sens des énoncés obscurs (moutachabihât) du Texte originel, s’appuyer sur les énoncés exprimés de manière claire et explicite (mouhkamât), et, pour les questions incertaines (zanniyyât), sur les énoncés précis et catégoriques (qatiyyât).

3. Comprendre les notions secondaires (furu‘) et les conclusions complémentaires (juz’iyyât) à la lumière des principes fondamentaux et des règles générales.

4. Encourager la recherche (ijtihad) et le renouvellement (tajdid) au niveau individuel, et décourager l’intransigeance ainsi que l’imitation (taqlid).

5. Dans le domaine de la morale, encourager non pas le relâchement, mais la constance dans la pratique appropriée.

6. Promouvoir la simplicité dans le fiqh, et non la complication.

7. Dans la guidance et la direction, encourager l’application du principe consistant à se montrer bienveillant envers les gens, plutôt qu’à les effrayer par une attitude rude (tanfir), et à leur présenter de beaux exemples harmonieux (tabshir).

8. Ne pas débattre au sujet de la foi, mais se consacrer à l’édification d’une foi pure et solide.

9. Dans le domaine du culte, accorder de l’attention non pas à la méthode, mais à la satisfaction.

10. Accorder de l’attention au respect des prescriptions religieuses et s’employer à élaborer les règles régissant les affaires mondaines.

Telle est l’essence de la méthode suivie par les croyants des premières générations, et cette méthode fut appliquée dans l’enseignement théorique et pratique des érudits de cette génération de l’ummah. Allah, le Tout-Puissant, et le Messager d’Allah (paix et salut sur lui) ont loué ceux qui suivent cette méthode. L’histoire nous apprend également que cette méthode est véritablement digne d’éloges.

Car les érudits des premières générations ont transmis à leurs héritiers l’enseignement du Saint Coran et, en édifiant leur vie à sa lumière, ils ont préservé le mode de vie agréé, remporté des victoires, promu la justice et la bienfaisance, et solidement établi la transmission du savoir et de la foi. Ainsi ont-ils posé les fondements d’une civilisation universelle, éthique, humaniste et religieuse, dont le souvenir impérissable demeure encore vivant dans les pages de l’histoire.

Salafiyya : les fausses interprétations

Les partisans comme les adversaires ont pareillement mal interprété le terme « traditionaliste (Salafiyya) ».

Nombre de promoteurs de l’idéal salafiyya et de leurs partisans ont réduit la théologie intellectuelle (ʿilm al-kalām, fiqh) ou les questions soufies à un cadre formel et à des débats argumentatifs. Ceux qui s’opposent au salafisme sur ces questions ou réfutent le point de vue salafi sur des détails s’emploient jour et nuit à critiquer sévèrement les salafis.

Leur point de vue est si déraisonnable que certains considèrent l’idéal salafi comme une méthode de dialectique qui n’est ni constructive ni axée sur l’action, ou qui accorde davantage d’importance aux explications particulières qu’aux principes universels, aux conceptions controversées plutôt qu’aux conceptions agréées, et aux apparences plutôt qu’au sens profond.

Les opposants à la méthode salafie la considèrent comme une pensée rétrograde. Cette méthode regarde toujours vers le passé, n’avance pas et ne se soucie jamais du présent ni de l’avenir. Ils qualifient les salafis de rigoristes, qui, loin de se préoccuper des opinions d’autrui, refusent même de les écouter. Les opposants estiment que cette mentalité des salafis est contraire au renouvellement (tajdîd), à l’innovation (ibdâ‘) et à l’ijtihâd, et qu’elle ne laisse apparaître aucune trace de souplesse. En réalité, c’est une injustice envers le véritable idéal salafi et ses authentiques défenseurs.

Le représentant le plus célèbre de l’idéal salafi aux époques antérieures est sans doute le cheikh de l’islam Ibn Taymiyya et son disciple Ibn al-Qayyim. Ils furent, à proprement parler, les représentants les plus qualifiés du mouvement de renouveau islamique de leur époque. Ils s’opposèrent à l’imitation aveugle (taqlîd), qui dominait depuis plusieurs siècles la pensée islamique, ainsi qu’au rigorisme idéologique, théologique et centré sur le fiqh. L’ensemble de leur mouvement visait à faire renaître les sciences et les savoirs islamiques.

Bien qu’ils se soient opposés à la forme rigoriste du taqlîd, ils accordaient aux imams des écoles juridiques le respect qui leur était dû. Le livre d’Ibn Taymiyya, « Levée du blâme à l’égard des grands imams », en apporte la preuve.

En outre, bien qu’Ibn Taymiyya et Ibn al-Qayyim aient mené une lutte contre les déviations idéologiques et théoriques, notamment contre la déviation doctrinale des partisans du hulûl et de l’ijtihâd, ainsi que contre les dérives comportementales introduites dans le soufisme par l’intermédiaire d’ignorants, d’hypocrites et de mercenaires, ils ont fait preuve d’équité et de respect envers le véritable soufisme et ses représentants. Ils ont produit de nombreux ouvrages sur cette question. Parmi ceux-ci figurent l’ouvrage en deux volumes d’Ibn Taymiyya contenant ses fatwas, « Majmû‘ al-fatâwâ », ainsi que, parmi les nombreux livres d’Ibn al-Qayyim, « Madârij al-sâlikîn » et « Sharh Manâzil al-sâ’irîn », en trois volumes.

méthode adoption

Je tiens à souligner qu’il faut adopter non seulement les conclusions des musulmans des premières générations sur une question donnée, mais aussi la méthode qu’ils suivaient. Car on peut appliquer leurs conclusions sur une question donnée sans rien connaître de leur méthode équilibrée et cohérente.

On peut s’efforcer de mettre en pratique la portée de cette méthode et d’en comprendre l’objectif, tout en étant en désaccord avec certaines conclusions des musulmans des premières générations.

Telle est ma position à l’égard de l’imam Ibn Taymiyya et de l’imam Ibn al-Qayyim. Je respecte leur méthode dans son ensemble et l’évalue à sa juste valeur. Mais cela ne signifie pas que j’accepte toutes leurs opinions. Si j’acceptais toutes leurs affirmations, je les imiterais. Ce faisant, je violerais précisément la méthode dont ils étaient les défenseurs. En suivant cette méthode, ils ont dû faire face à une opposition acharnée et à de grandes souffrances. Car leur méthode ne consiste pas à suivre les décisions d’une personne qui tranche sur la base d’une réflexion approfondie et de jugements fondés sur des preuves. Toute décision doit être examinée à la lumière des arguments qui la soutiennent et de son importance propre.

Comment celui qui suit aveuglément Ibn Taymiyya et Ibn al-Qayyim peut-il critiquer ceux qui suivent aveuglément l’imam Abû Hanîfa et l’imam Mâlik ?

Il serait également injuste de ne mettre en lumière que les aspects théoriques et intellectuels de la vie de ces deux imams et d’en négliger les autres aspects remarquables. Nous ne devons pas ignorer les nobles qualités morales d’Ibn Taymiyya, qui se reflètent dans cette parole de lui : « Je dis souvent que si les habitants du Paradis ont vécu comme moi, alors ils ont véritablement mené une belle vie. » Même dans les moments de détresse et de captivité, il pouvait dire : « Que peuvent me faire mes ennemis ? Ma captivité est une retraite consacrée à l’adoration ; mon exil est un voyage religieux, essentiellement à la recherche du savoir ; et ma mort est un martyre. »

C’était un homme à la nature spirituelle, et son disciple Ibn al-Qayyim était pareillement ainsi. Ceux qui étudieront leurs ouvrages avec attention et dans une bonne intention ne manqueront pas de le comprendre. En outre, nous ne devons pas négliger, dans la vie de ces deux imams, leur contribution à la prédication et au jihâd. Ibn Taymiyya lui-même participa à plusieurs combats militaires. En plus de combattre en personne, il allumait, par les paroles sorties de sa bouche, la flamme de l’inspiration dans le cœur des autres mujâhidûn. Ces deux imams menèrent une lutte infatigable pour la renaissance de l’islam. En raison de leur combat déterminé, ils furent incarcérés à plusieurs reprises. Le Shaykh al-Islâm Ibn Taymiyya mourut en prison en l’an 728 de l’Hégire. Voilà l’exemple exceptionnel du véritable traditionalisme.

Si nous examinons notre histoire contemporaine, nous constaterons que la personnalité la plus éminente, Sayyid Muhammad Rashîd Ridâ, a joué, par ses écrits, ses livres et sa propre revue, un rôle de premier plan dans la promotion du porte-étendard du traditionalisme moderne et de la méthode salafie. Il fut le rédacteur en chef fondateur de la revue « Al-Manâr ». C’est dans cette revue qu’il publia le « Tafsîr al-Manâr », qui fut apprécié dans l’ensemble du monde musulman.

L’imam Muhammad Rashîd Ridâ fut, en son temps, un véritable rénovateur de l’islam. Quiconque lira son tafsîr, ses fatwas ou ses ouvrages « L’Inspiration de Muhammad », « La facilité de l’islam », « Un appel au beau sexe », « Le calife », « Les arguments du réformateur et de l’imitateur », ainsi que ses nombreux autres livres et écrits, comprendra assurément que sa pensée était véritablement un phare (manâr). C’est ce « manâr » qui a guidé les adeptes de l’islam sur le chemin de la lumière ; sa vie était également un exemple concret de l’idéal salafi.

L’imam Ridâ fut l’auteur d’une formule en or, que l’imam Hasan al-Bannâ adopta par la suite. La formule est la suivante : « Nous devons coopérer dans tout ce sur quoi nous sommes d’accord. Quant à ce sur quoi nos opinions divergent, il vaut mieux que nous nous évitions mutuellement. »

Quelle formule remarquable. [J’ai démontré la validité de cette formule et j’ai cité à l’appui de la charia les preuves qui la soutiennent dans l’ouvrage ‘Contemporary Fatawa’ .।] Si seulement les défenseurs du traditionalisme avaient correctement compris et suivi cette formule, comme cela aurait été merveilleux !

Idéal revivaliste

L’une des autres caractéristiques de l’idéal que nous recherchons est son caractère revivaliste. Il n’est limité ni à la tradition ancienne, ni à ce qui est hérité, ni soumis aux coutumes ou aux habitudes établies. C’est un idéal qui croit en l’ijtihad et s’appuie sur la créativité, car cet idéal rejette l’imitation aveugle (taqlid) et l’obéissance sans discernement, et considère la stagnation comme équivalente à la mort. Il croit au renouveau dans le fiqh, l’éducation, la politique et tous les autres domaines.

Le revivalisme n’est pas opposé au traditionalisme

J’ai expliqué cette question dans mon ouvrage intitulé « Le réveil islamique et l’avenir du monde musulman arabe ». Il n’existe aucune incompatibilité ni opposition entre les idéaux revivaliste et traditionaliste. Ce sont plutôt les deux faces d’une même médaille. Un véritable renouveau n’est possible que lorsqu’il est tourné vers la tradition, et la tradition ne peut être préservée que lorsqu’elle adhère à l’idéal du revivalisme.

L’approbation du revivalisme

Nous ne devrions jamais dire que, s’agissant de sa source, de son orientation, de ses objectifs et de ses principes, le mouvement islamique est une réalité rigide et qu’il n’y a aucune place pour le renouveau en son sein.

L’islam lui-même reconnaît la légitimité du renouveau. Il est dit dans un hadith sahih : Allah enverra au début de chaque siècle quelqu’un qui fera revivre cette religion (Abou Dawoud et al- Hakim)।

Le renouveau (tajdid) est licite et attesté par les hadiths. Que pourrait-il y avoir de meilleur que ce qu’a dit le Messager d’Allah (paix et bénédiction d’Allah sur lui) ? Par conséquent, nous n’avons aucune raison de nous alarmer en entendant parler du renouveau de la religion, attesté par un hadith sahih. Ce que nous devons faire, c’est comprendre la portée du renouveau, afin qu’aucun groupe aux intérêts particuliers ne puisse utiliser la religion au nom de son prétendu renouveau. Car ces gens sont très éloignés du renouveau.

Dans un article que j’ai rédigé après avoir étudié ce hadith, j’ai expliqué la signification du renouveau, ses différents aspects et ceux qui peuvent en être les initiateurs. En bref, le renouveau ne consiste pas à porter quelque chose à son apogée pour le substituer à autre chose. Il consiste plutôt à le restaurer, autant que possible, dans l’état où il se trouvait au moment de son apparition, tout en préservant avec la plus grande précision, sans la moindre modification, sa nature fondamentale, ses caractéristiques et sa forme. Cela s’applique tant au sens théorique qu’au sens pratique. Reconstruire un édifice ancien, tel qu’un palais, un monument ou une mosquée, ne signifie pas le démolir pour construire à sa place un autre bâtiment selon les styles architecturaux les plus modernes ; cela signifie au contraire prendre toutes les précautions nécessaires pour le restaurer autant que possible dans sa forme originelle. Voilà ce qu’est le véritable renouveau.

Le renouveau de la religion signifie le renouveau de sa jurisprudence (fiqh), ou de sa compréhension. Il s’agit donc d’un renouveau idéologique. Le réveil de la foi en la religion est un sentiment spirituel. Avancer pour soutenir la religion et déployer de nouveaux efforts afin de diffuser la da‘wa constitue le véritable renouveau. À chaque époque, un renouveau adapté à son temps est nécessaire ; il supprimera les erreurs et les défaillances contemporaines et guérira les maux de cette époque.

Mais il existe un domaine dans lequel le renouveau ne peut en aucun cas intervenir. Il s’agit du domaine précis au sujet duquel l’islam a rendu une décision définitive. Il comprend les différents aspects de la croyance, du culte et des règles juridiques (ahkâm), à travers lesquels se reflète l’unité spirituelle, intellectuelle et comportementale de la communauté musulmane. J’ai exposé cette question en détail dans d’autres ouvrages. [mon ‘ijtihad dans la charia islamique’ livre ‘directives directrices et contrôles pour un ijtihad contemporain approprié’ intitulé paragraphe। Oustadh Oumar Abed Hassana rédigé ouvrage ‘Le fiqh de la da‘wa : ses caractéristiques et horizons’ ouvrage ‘ijtihad et renouveau entre contrôles juridiques et contemporains besoins’ intitulé paragraphe, pages 147–188।]

Réorganisation de la stratégie

Bien que le mouvement soit islamique par ses origines, son environnement, ses principes et ses objectifs, il doit adopter des stratégies et des méthodes qui, compte tenu du temps, du lieu et des circonstances, facilitent la pratique de la religion et permettent d’établir la religion sur terre.

Les stratégies, les méthodes et les dispositifs ne sont pas éternels comme l’islam. Ils ne sont pas non plus aussi immuables que les principes fondamentaux et les théories de l’islam. En effet, les stratégies et les méthodes sont élaborées grâce aux efforts humains déployés pour parvenir à la renaissance et au rétablissement de l’islam dans les cœurs et dans la vie réelle.

L’imam Hassan al-Banna a élaboré des règles pour organiser le travail structuré du mouvement islamique en vue de la renaissance islamique. Il n’a pas prétendu que la stratégie qu’il avait élaborée, de son propre chef ou par la grâce d’Allah, était infaillible. Pourtant, sa stratégie était si solide que Sayyid Qutb le Martyr la qualifia de stratégie organisationnelle ingénieuse. Le Guide général des Frères, Omar al-Tilmisani, le décrivit comme un dirigeant inspiré et doué. Le cheikh Muhammad al-Ghazali a, quant à lui, affirmé que l’imam Hassan al-Banna était le rénovateur du quatorzième siècle de l’Hégire. Ces méthodes et ces stratégies doivent être réexaminées périodiquement, tout comme les spécialistes de l’éducation réexaminent chaque année les programmes et les ouvrages de référence pour y ajouter, en retrancher ou y apporter des corrections. Cela est nécessaire dans toute activité humaine, que l’effort entrepris se rapproche ou non de l’exactitude ou de l’excellence.

Hassan al- Banna était souple

L’imam Hassan al-Banna était lui-même souple. Il réévaluait et améliorait constamment la structure, les institutions et les méthodes du mouvement. Il ne se mettait pas en colère lorsqu’un de ses fervents disciples adoptait une opinion contraire à celle qu’il avait auparavant exprimée sur une question donnée. Dans l’un de mes écrits consacrés au système multipartite dans l’État islamique, j’avais exprimé mon désaccord avec son opinion.

Il ne voyait aucun inconvénient à ce que l’on ajoute quelque chose de complémentaire à ses principes fondamentaux. Ainsi, le cheikh Muhammad al-Ghazali fit de même lorsqu’il expliqua les vingt principes fondamentaux de Hassan al-Banna dans son ouvrage « The Constitution of the Cultural Unity for Muslims ». Concernant l’ousra et la katiba de la formation des Frères musulmans, la réévaluation des méthodes[katiba est des Frères musulmans une méthode de formation spirituelle.। Les membres en formation chaque semaine ou toutes les deux’semaines dans l’accomplissement d’actes de dévotion surérogatoires, et passent la nuit ainsi.।] pédagogiques ne rencontrait aucun obstacle juridique, traditionnel ou psychologique qui aurait empêché d’ajouter des éléments nouveaux à la stratégie d’action.

Il n’y a aucun mal à réexaminer la stratégie politique à la lumière des changements et des événements locaux, régionaux et internationaux. Au regard de la situation actuelle, il est possible de participer à un front ou à une alliance, ou de prendre part à un accord ou à une coalition, dans l’intérêt supérieur de l’islam, de l’oumma et du mouvement. Chaque pays possède un environnement particulier, chaque époque ses règles propres, et chaque groupe ses capacités, ses motivations et sa position, dont le groupe concerné est mieux informé que tout autre groupe.

Le mouvement islamique ne peut exister, prospérer et se développer sans une réflexion persévérante et créative, à l’instar du fiqh et des autres disciplines liées à la charia. S’il tombe sous l’emprise de l’état d’esprit des imitateurs aveugles, le mouvement risque de devenir seulement stagnant, étriqué et impuissant. En effet, la pensée issue des esprits fertiles des imitateurs aveugles ne favorise pas l’épanouissement d’une réflexion créative.

La rigidité est une maladie

La rigidité est une maladie qui porte atteinte à la méthode cohérente du mouvement islamique et constitue également, de l’intérieur, l’un des principaux obstacles à sa progression. J’en ai donné une explication détaillée dans mon ouvrage « The Islamic Solution: A Faridah and a Necessity ».

La rigidité se manifeste dans l’organisation par une tendance obstinée, dans l’enseignement par un processus stagnant, dans l’action de prédication par une stratégie unilatérale et, dans la réalisation des objectifs, par des méthodes inflexibles ; si quelqu’un tente de modifier ou de corriger les stratégies, son effort n’est pas seulement rejeté avec jalousie, il fait même l’objet de diverses calomnies et accusations.

Je tiens une fois encore à souligner que le renouveau (tajdid) que nous souhaitons ne signifie pas l’abolition des anciennes pratiques, mais leur modernisation, leur amélioration, l’élévation de leur niveau et l’introduction de nouveautés, notamment dans le domaine des techniques et des méthodes, qui seront naturellement souples et évolutives. Ainsi, nous pourrons, comme les autres, mettre à profit ces techniques et méthodes contemporaines dont nous disposons.

Ce qui me fait peur

Ce que je crains le plus dans le mouvement islamique, c’est qu’il s’oppose à la libre pensée, ferme les portes du tajdid et de l’ijtihad et s’enferme dans un seul mode de pensée, qui n’accepte aucun autre point de vue ni aucune autre opinion. Ces opinions recommandent de fixer pour le mouvement des objectifs, des stratégies et des étapes différents. Elles proposent une analyse différente des événements, des situations et des personnes, ou expriment un désaccord avec une pensée unilatérale sur toute question relevant de l’ijtihad humain. En effet, l’ijtihad humain est toujours susceptible d’évoluer à la lumière de circonstances changeantes. Nos jurisconsultes ont dit depuis longtemps que la fatwa doit nécessairement changer avec les changements de lieu, d’époque, de coutumes et de circonstances.

Si ma crainte se réalise, les esprits réfléchis capables de pensées et d’innovations toujours nouvelles seront écartés de la structure du mouvement, comme l’eau qui s’écoule entre les doigts. Il ne restera alors que les personnes conservatrices, habiles uniquement dans l’imitation aveugle et désireuses de tout maintenir en place, aussi ancien que cela puisse être. Elles croient que ce que nous savons est meilleur que ce que nous ignorons, et que tout ce que nous avons accompli est encore meilleur que ce que nous n’avons pas pu accomplir.

Il en résultera que le mouvement perdra, au sein de sa structure organisationnelle, les personnes douées d’une intelligence créative et sera inévitablement frappé de stagnation ou de dépérissement, comme ce fut le triste sort du fiqh et de la littérature à l’époque du taqlid. Les autres membres du mouvement, ne voyant aucun espoir d’une action efficace au service de l’islam, se retireront discrètement, ou bien agiront individuellement, ou encore s’engageront dans quelque autre initiative collective, dont nul ne connaît l’issue.

À travers les âges, cette maxime a causé le plus grand tort à la pensée musulmane : les prédécesseurs n’ont rien laissé à leurs successeurs à quoi ajouter. En d’autres termes, rien ne peut être meilleur que ce qui existe déjà.

Actuellement, rien ne peut être plus bénéfique à la pensée musulmane que d’adopter cette maxime, à savoir : les prédécesseurs ont laissé de nombreux travaux entrepris à leurs successeurs, afin qu’ils puissent les poursuivre ou bien il peut toujours y avoir mieux. Le Tout-Puissant Allah dit : « Et Il crée aussi beaucoup de choses dont vous n’avez pas connaissance » (sourate An-Nahl‌ : 8)।

Idéal équilibré

Une autre caractéristique de l’idéal que nous recherchons est son équilibre au regard des objectifs et des circonstances environnantes. Car il s’agit d’un idéal équilibré qui reflète une vision modérée, intégrée et large de l’être humain et de la vie. C’est la vision équilibrée d’une oumma unie et harmonieuse, libérée de l’extrémisme comme de l’indifférence.

Dans les principales questions, l’idéal équilibré

L’équilibre de la vision de cet idéal dans les diverses grandes questions est manifeste :

1. Cet idéal adopte une position équilibrée entre ceux qui préconisent, dans les domaines de la théologie, du fiqh et autres, l’adhésion stricte à un madhhab déterminé, et ceux qui sont partisans de la lā-madhhabiyya.

2. Cet idéal adopte une vision équilibrée entre ceux qui soutiennent le soufisme dans le domaine du culte, qu’ils le considèrent comme égaré ou trompeur, et ceux qui s’y opposent, aussi correct et conforme à la charia que puisse être le soufisme.

3. Cet idéal maintient une position équilibrée entre les partisans d’une politique de la porte ouverte sans contrôle et ceux d’une politique de la porte fermée, dépourvue de toute justification rationnelle.

4. Cet idéal adopte une vision équilibrée entre ceux qui recourent à la raison lorsqu’une question est contraire au Coran et à la Sunna, et ceux qui ne recourent jamais à la raison pour comprendre le Coran et la Sunna.

5. Cet idéal est équilibré entre ceux qui considèrent la tradition comme sacrée malgré les défaillances humaines, et ceux qui la rejettent bien qu’elle recèle une inspiration divine.

6. Cet idéal est équilibré entre ceux qui s’engagent en politique en délaissant l’éducation et ceux qui négligent totalement la politique sous prétexte de se consacrer à l’éducation.

7. Cet idéal est équilibré entre ceux qui veulent profiter des fruits avant leur maturité et ceux qui ne voient les fruits que lorsqu’ils sont mûrs et tombés entre les mains d’autrui.

8. Cet idéal est équilibré entre ceux qui ne se préoccupent que du présent sans penser à l’avenir et ceux qui se montrent excessivement préoccupés par l’avenir.

9. Cet idéal est équilibré entre ceux qui considèrent le travail dans le cadre d’une structure organisationnelle comme un acte de dévotion et ceux qui privilégient le travail en dehors de toute structure organisationnelle.

10. Cet idéal maintient l’équilibre entre ceux qui, en obéissant au dirigeant de l’organisation, vont jusqu’à la vénération excessive, et ceux qui se comportent de manière indépendante et arbitraire, comme s’ils n’étaient même pas membres de l’organisation.

11. Cet idéal maintient l’équilibre entre ceux qui prônent une action mondiale sans tenir compte des conditions locales et ceux qui croient en une action régionale étroite, sans aucun lien avec le mouvement mondial.

12. Cet idéal maintient l’équilibre entre ceux qui sont excessivement optimistes sans tenir compte des obstacles et les pessimistes excessifs qui ne voient rien d’autre que les ténèbres.

Cet idéal maintient un équilibre entre ceux qui, en interdisant, vont jusqu’à l’extrême de considérer qu’il n’existe rien de halal dans ce monde, et ceux qui, par indulgence, exagèrent au point de laisser entendre que rien n’est haram

C’est cet idéal équilibré que nous voulons. Pourtant, la règle de notre société actuelle consiste à s’accrocher à une position extrême, qu’il s’agisse d’une exagération excessive ou d’une indifférence totale. Les exceptions sont très rares.

Déclin de la vision équilibrée

Certains islamistes ne voient que deux couleurs : le blanc et le noir. Ils ne connaissent ni ne voient aucune autre couleur, ni ne distinguent la couleur fondamentale de la couleur mélangée que les autres perçoivent. Certains d’entre eux, rejetant toutes les couleurs, limitent leur propre vision, voire leur vie, à une seule couleur noire. Ils voient les êtres humains et les choses à travers des yeux recouverts d’un film noir.

C’est avec ce regard noir et pessimiste qu’ils préparent une réponse à chaque question et la lancent comme un missile, sans se soucier de savoir qui elle atteindra ni où elle tombera. À leurs yeux, toute la société est ignorante, comme à l’époque préislamique. Tout, dans la vie, est un péché. Tous les gens sont soit infidèles, soit hypocrites. Le monde est rempli de forces du mal, et l’univers tout entier est rempli de mal.

À leurs yeux, tout ce que les gens font à l’époque contemporaine n’est rien d’autre que haram. Toute musique, tout jeu d’acteur, toute pièce de théâtre et tout art sont haram.

Les pessimistes annoncent avec audace la décision susmentionnée. Pourtant, nos prédécesseurs faisaient preuve d’une extrême prudence dans l’emploi du terme haram, jusqu’à être certains, sans le moindre doute, qu’une chose était effectivement haram. Dans deux versets du Coran, le vin est blâmé en ces termes : « Ils t’interrogent au sujet du vin et du jeu de hasard. Dis : “Il y a dans leur usage un grave péché et certains avantages pour les gens. Mais leur péché est plus grave que leur utilité” (Sourate Al- Baqarah : 219)।

Il a été dit ailleurs : « Ne vous approchez pas non plus de la prière alors que vous êtes en état d’ivresse » ((sourate An- Nisâ’ : 43)» . Pourtant, certains compagnons du Messager d’Allah (صلى الله عليه وسلم) continuèrent à boire du vin, et certains dirent : « Ô Allah, fais-nous parvenir une décision définitive au sujet du vin. » La décision définitive fut alors révélée dans le verset 90 de la sourateAl- Mâ’idah 90 e : « Abstenez-vous-en totalement afin que vous réussissiez. »

Nous devons reconnaître que, dans les années 1950, plusieurs courants de pensée jahilites apparurent. Ces courants se propagèrent à tel point dans la société islamique que le rejet de toute chose, le désespoir, le doute et la tendance à accuser les autres, y compris les musulmans, devinrent le courant dominant de la pensée.

À cette époque, les conditions propices à la tendance à déclarer les autres pécheurs, mécréants, voire kâfir, se mirent en place, et un tel climat de répression favorisa le développement de cette pensée. C’est dans ce même climat que le mouvement islamique et ses adeptes furent confrontés à cette époque. Les adeptes du mouvement islamique furent alors pendus publiquement. Ils furent torturés secrètement et poussés aux portes de la mort. Toutes sortes d’autres persécutions furent également exercées contre eux. En revanche, toutes les portes furent ouvertes aux communistes, aux laïcs et aux ennemis de l’islam.

C’est à cette époque que furent publiés les livres du martyr Sayyid Qutb, qui reflétaient sa pensée ultime. Ces ouvrages incitèrent à suspendre l’activité de la da‘wa islamique en qualifiant la société de communauté mécréante. Ils tournèrent en dérision la nouvelle initiative visant à faire revivre et développer le fiqh islamique ainsi qu’à faire renaître l’ijtihad. Ils appelèrent à se séparer de la société et à entreprendre un jihad offensif contre l’ensemble des êtres humains en général. Les partisans de la tolérance et de la souplesse y furent présentés comme des ignorants ayant subi une défaite psychologique face à la civilisation occidentale.

Cette pensée du martyr Sayyid Qutb se reflète clairement dans son célèbre tafsir « Fî zilâl al-Qur’ân », dans « La voie de la révolution sociale islamique », dans « L’islam et les problèmes de la civilisation », ainsi que dans ses autres ouvrages. Bien que ces écrits aient eu une influence largement positive, leur influence négative est également manifeste.

En outre, le shaykh Sayyid Hawwa a exposé avec force des positions similaires dans ses livres et ses écrits.

Parallèlement, une nouvelle forme de fiqh, élaborée par les néo-Zahirites, qui interprètent le Coran à la lumière de son sens littéral, fit son apparition devant nous. Bien qu’ils prétendent être les disciples de la pensée de l’imam Ibn Taymiyya, on ne trouve pas la moindre relation, même lointaine, entre Ibn Taymiyya et ses disciples, d’une part, et l’interprétation littérale du Saint Coran, d’autre part. Ils ne se sont jamais limités à la structure et à la forme extérieures, auxquelles les néo-Zahirites accordent une importance excessive.

Ainsi, la rigidité et l’obstination prennent le dessus dans la pensée islamique, tandis que, pendant un certain temps, l’esprit tolérant d’une pensée juste et équilibrée reste étouffé. Je pense qu’il incombe au mouvement islamique de se détourner de ce type de méthode de pensée anormale, afin qu’il puisse avancer sur la voie d’un idéal souple et équilibré, donnant ainsi corps à une communauté musulmane équilibrée et à l’expression d’une pensée pleinement équilibrée : un idéal par lequel Allah veut faciliter les choses à Ses serviteurs, et non les rendre difficiles.

La modération et la voie de la facilité

Pour assurer la facilité, la modération, ou méthode équilibrée, va selon moi de pair avec celle-ci. Dans le domaine de la religion, cette méthode représente une approche équilibrée entre, d’un côté, la rigidité et les excès gratuits et, de l’autre, le laxisme et l’absence de toute limite.

La voie la plus facile

Le mouvement islamique doit absolument avancer par la voie la plus facile, et non par la complication. Il doit adopter ce principe de facilité dans les avis des juristes musulmans concernant la société, ainsi que dans les domaines de l’économie, du droit, de la conduite et du droit international. Je le dis pour plusieurs raisons.

Premièrement, notre charia repose sur les fondements de la facilité, du pardon et de la tolérance. Elle cherche à éliminer la dureté et la souffrance. C’est cet esprit qui se reflète dans les ouvrages fondamentaux de la charia.

Le Tout-Puissant, Allah, dit : Allah veut pour vous la facilité et ne veut pas pour vous la difficulté (Sourate Al- Baqarah : 185). Ailleurs, Allah dit : Il ne veut pas vous imposer de difficulté (Sourate Al-Ma’idah : 6). Le Très-Haut dit : Allah veut alléger votre charge, car l’être humain a été créé faible (Sourate An- Nisa : 28). Allah dit : Ceci est une mesure facilitée et une grâce de la part de votre Seigneur (Sourate Al- Baqarah : 178)।

Le Prophète (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui) a dit : « Facilitez les affaires, ne les rendez pas difficiles » ((Al-Bukhari et Muslim)). Il est également rapporté dans un autre hadith : « Vous avez été envoyés pour faciliter les choses aux gens ; ne les rendez donc pas difficiles » ((At-Tirmidhi)।

‘Amr ibn al-‘As (qu’Allah l’agrée), par une nuit froide, accomplit la prière sans effectuer le bain rituel obligatoire malgré son état d’impureté rituelle. Lorsque ses compagnons se plaignirent auprès du Messager d’Allah (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui), ‘Amr se justifia en disant : « Je me suis souvenu du verset du Coran dans lequel Allah dit : “Et ne vous tuez pas vous-mêmes ; certes, Allah est Très Miséricordieux envers vous” (Sourate An- Nisā’ : 29) ), et le Messager d’Allah sourit légèrement.

Le Messager d’Allah (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui) a aussi vivement condamné une telle mentalité chez certaines personnes. Celles-ci avaient insisté pour qu’un homme blessé accomplisse impérativement le ghusl en raison de son impureté rituelle, et l’homme mourut après avoir accompli le ghusl, à cause de leur décision cruelle. À ce sujet, le Messager d’Allah (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui) dit : « Ils l’ont tué. Pourquoi ne se sont-ils pas renseignés lorsqu’ils ne savaient pas ? Le remède à l’ignorance consiste à poser des questions. Il lui suffisait de bander sa blessure et de faire le tayammum (Ahmad, Abû Dâwûd et al- Hâkim ainsi que dans Sahîh al- Jâmi‘ al- Saghîr également ce hadith a été rapporté également)।

Deuxièmement, à notre époque, le besoin de faciliter les choses dans l’intérêt du bien-être des êtres humains est bien plus grand qu’à toute autre époque. En effet, de nos jours, la volonté des gens s’est tellement affaiblie que leur intérêt pour les œuvres bonnes et bénéfiques a diminué, tandis que leur attrait pour les mauvaises actions a augmenté.

Ainsi, plutôt que d’exhorter les gens à suivre les règles les plus rigoureuses dans l’accomplissement des prescriptions et règlements religieux, il convient de les encourager à adopter la facilité. C’est précisément ainsi que le Messager d’Allah (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui) se comportait, aux débuts de l’islam, avec les nouveaux convertis et les Bédouins. Ceux-ci ne s’engageaient pas à accomplir d’autres actes de dévotion surérogatoires que les obligations religieuses. Le Messager d’Allah (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui) les acceptait néanmoins et disait à propos de certains d’entre eux : « S’il accomplit de bonnes œuvres conformément à ses paroles, il sera un homme vertueux ; s’il tient sa promesse, il entrera au Paradis ; et si l’un de vous souhaite voir un homme destiné au Paradis, qu’il regarde cet homme. »

Le Messager d’Allah (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui) se conduisait ainsi avec bonté uniquement par compassion pour eux et en tenant compte de la dureté de leur situation.

Troisièmement, chacun peut, à titre individuel, s’imposer de la rigueur afin d’éprouver les limites de sa propre volonté. Mais la voie médiane est la meilleure et la plus appropriée. En effet, le Messager d’Allah (paix et bénédictions d’Allah sur lui) a dit : Allah aime ceux qui adoptent les facilités qu’Il leur a accordées, car Il déteste qu’ils commettent des péchés ((Ahmad,, Ibn Hibban et al-Bayhaqi ainsi que dans le Sahih al- Jami al- Saghir, où ce hadith est également inclus).)।

Par conséquent, un faqih ne devrait pas imposer des conditions rigoureuses à la très grande majorité de la population musulmane. Il doit garder à l’esprit qu’au sein du peuple se trouvent, outre les faibles et les personnes âgées, des gens à l’égard desquels il existe de bonnes raisons de faire preuve de bienveillance. Un hadith rapporté au sujet de la direction de la prière en assemblée dit que celui qui dirige la prière doit l’abréger, car derrière l’imam peuvent se trouver des personnes âgées, des malades et des voyageurs pressés. La salât est un symbole qui reflète les divers aspects de la vie.

Ainsi, les fuqahâ du mouvement islamique ne peuvent prendre des décisions qui dressent des murs de restrictions, n’indiquent pas la voie de la facilité, interdisent uniquement et n’accordent aucune permission. Cela vaut particulièrement pour les questions liées aux femmes, à la famille, aux arts, aux divertissements, etc.

D’autres questions de cette nature s’appliquent également aux transactions, où le fait d’accorder des permissions devrait être la règle normale et l’imposition d’interdictions, une exception. Cela s’applique aussi au droit pénal. La peine minimale devrait être infligée. Il convient de prendre en considération ici l’opinion selon laquelle le repentir annule la peine pénale. Ainsi, la peine pour la consommation d’alcool relève du taʿzīr, [Amr article ‘Les facteurs de la flexibilité dans la charia islamique’।] », dont le montant n’est pas précisé dans le Coran et la Sunna et qui est fixé par le tribunal ou le corps législatif, etc.

À ce stade, je souhaite exposer notre objectif à la lumière des propos de l’imam Sufyân al-Thawrî : seuls les fuqahâ dignes de confiance peuvent émettre un avis concernant la facilitation ; quant à la manière d’édicter des interdictions, tout le monde la connaît.

Idéal tourné vers l’avenir

L’une des caractéristiques de l’idéal que nous souhaitons pour le mouvement islamique est qu’il soit un idéal tourné vers l’avenir ; autrement dit, au lieu de se limiter au présent, il garde constamment les yeux fixés sur l’avenir. Il n’y a là rien d’étonnant. Le mouvement islamique accorde de l’importance à l’avenir, car cela relève de la logique même de l’islam, et le Coran et la Sunna en offrent une manifestation claire.

Le–Coran et l’avenir

Une étude attentive du Saint Coran montre que, dès la période mecquoise, le Coran a attiré les musulmans vers un avenir prometteur, affirmant que le monde est en train de changer et que les circonstances évoluent. Les vainqueurs du moment sont vaincus, les faibles deviennent puissants. Dans les domaines régional comme international, chacun a son tour pour accéder au pouvoir.

Les musulmans doivent eux aussi mettre de l’ordre dans leurs affaires et se préparer à accueillir le changement, qui viendra, aujourd’hui ou demain, à coup sûr, inévitablement, inchallah.

Dans la sourate mecquoise Al -Qamar, aux versets 45– et 46 ; Allah Tout-Puissant dit au sujet des polythéistes puissants, lourdement armés et très nombreux : « Bientôt, ils seront mis en fuite en grand nombre et tourneront le dos. Mais l’Heure est le moment qui leur est promis pour leur pleine rétribution ; et l’Heure est plus terrifiante et plus amère. »

Ibn Kathîr rapporte dans son célèbre Tafsîr, en citant ʿIkrima : « Lorsqu’il fut révélé : “Ils vont bientôt prendre la fuite en grand nombre”, ʿUmar ibn al-Khattâb — qu’Allah l’agrée — demanda : “Quelle immense armée prendra la fuite ?” Le jour de Badr, je vis le Messager d’Allah — paix et bénédictions d’Allah sur lui — avancer, revêtu de son armure. Il dit : “Ils vont bientôt prendre la fuite en grand nombre.” C’est alors que je compris le sens de ce verset. »

Rapportant les propos de ʿÂʾisha, qu’Allah l’agrée, l’imam al-Bukhârî dit : ʿÂʾisha, qu’Allah l’agrée, a dit : « Ce verset fut révélé alors que Muhammad, paix et bénédictions d’Allah sur lui, se trouvait à La Mecque, et j’étais alors une toute jeune fille. Le verset est le suivant : “L’Heure est plutôt le moment qui leur est promis pour leur pleine rétribution, et l’Heure est bien plus terrifiante et bien plus amère.” »

De tels versets ont pour objectif de préparer la conscience musulmane aux changements inévitables et à l’avenir imminent.

À l’échelle internationale, le Saint Coran mentionne le conflit historique entre deux superpuissances contemporaines — les Romains et les Perses — tandis qu’à La Mecque, les musulmans et les mécréants éprouvaient tous deux de l’inquiétude face à l’affrontement. Dans ce contexte, le Coran a promis aux musulmans que le jour était proche où la domination reviendrait aux Romains, gens du Livre, et où les Perses adorateurs du feu seraient vaincus. Bien qu’ils soient aujourd’hui victorieux, ils seront vaincus dans quelques années. À cet égard, dans la sourate Ar-Rûm , aux versets–1 à 5, il est dit :« Alif, Lâm, Mîm. Les Romains ont été vaincus dans une région proche. Mais après leur défaite, ils seront bientôt victorieux. À Allah appartient le commandement, avant comme après. Ce jour-là, les croyants se réjouiront du secours d’Allah. Il secourt qui Il veut. Il est le Tout-Puissant, le Très Miséricordieux. »

Les versets susmentionnés nous indiquent deux aspects :

1. Bien qu’ils fussent peu nombreux et disposassent de moyens limités, les musulmans étaient très conscients des événements mondiaux, des conflits entre les grandes puissances qui les entouraient et des conséquences de ces affrontements sur eux.

2. En mentionnant ces événements, le Saint Coran a attiré l’attention des musulmans sur les facteurs du changement et sur le passage du présent vers l’avenir.

Dans la sourate Al-‌Muzzam-‌mil, dans le dernier verset,Allah a indiqué qu’Il avait allégé les prescriptions imposées au Messager d’Allah et aux musulmans concernant la prière de tahajjud et la récitation du Coran. En effet, ils devaient affronter l’ennemi. Ces ennemis combattaient les musulmans et entravaient leur progression sur la voie d’Allah. Il leur était donc nécessaire d’économiser leurs forces afin de faire face à cet affrontement qui leur avait été imposé.

Allah, le Tout-Puissant, dit : Votre Seigneur sait que vous et certains de vos compagnons vous tenez debout pour l’adoration pendant près des deux tiers de la nuit, parfois la moitié de la nuit, et parfois le tiers de la nuit. Allah seul peut mesurer pleinement la nuit et le jour. Il sait que vous ne pouvez pas veiller toute la nuit. Aussi vous a-t-Il accordé Sa grâce. Récitez donc du Coran ce qui vous est facile. Il sait que certains d’entre vous seront malades, que d’autres voyageront à travers le pays pour rechercher leur subsistance, et que d’autres encore combattront dans le chemin d’Allah. Récitez donc du Coran ce qui vous est facile (Sourate Muzz‌amm‌il : 20)।

Vision à long terme

Une étude attentive de la Sîra du Messager d’Allah (paix et bénédictions d’Allah sur lui) montre qu’il ne se désintéressait pas de l’avenir de sa prédication. Au contraire, à la lumière de toutes les possibilités et de tous les moyens qu’Allah lui avait accordés, il réfléchissait et planifiait constamment pour l’avenir.

Il suffit d’étudier les efforts et l’activité du Messager d’Allah (paix et bénédictions d’Allah sur lui) pendant la saison du Hajj pour le comprendre : à cette époque, toutes les tribus arabes se réunissaient, et le Messager d’Allah leur présentait sa prédication ; il sollicitait leur aide en leur promettant l’accès aux richesses des empires romain et perse. Cela montre à quel point son regard était tourné vers l’avenir.

Le Messager d’Allah (paix et bénédictions d’Allah sur lui) croyait en deux principes fondamentaux :

Premièrement, le changement de situation est inévitable, car les causes du changement étaient réunies. L’islam était l’alternative à la situation existante. La lumière de l’aube devait nécessairement jaillir en perçant les ténèbres de l’ignorance. Les musulmans devaient donc rester fermes et patients, sans espérer des résultats avant le moment convenable.

À La Mecque, la persécution des mécréants contre les compagnons du Messager d’Allah, en particulier contre les plus faibles d’entre eux, s’aggrava à tel point que Khabbâb ibn al-Aratt vint se plaindre auprès du Messager d’Allah et lui demander de l’aide. Le Messager d’Allah dormait alors à l’ombre de la Kaaba. Khabbâb dit : « Ô Messager d’Allah, ne demanderas-tu pas à Allah de nous venir en aide ? Ne prieras-tu pas Allah pour nous ? » Le Messager d’Allah répondit : « Parmi ceux qui vous ont précédés, certains étaient saisis, puis enterrés dans une fosse ; ensuite leur crâne était scié en deux et leur chair séparée de leurs os au moyen de peignes de fer. Malgré cela, ils ne renonçaient pas à leur religion. Par Allah, Il donnera certainement à la religion islamique une telle prééminence qu’un voyageur pourra aller de Sanaa à Hadramawt (Yémen) sans craindre nul autre qu’Allah. Il veillera toutefois sur sa caravane, de peur que les loups n’attaquent son troupeau de moutons. Mais vous manquez de patience pour attendre de voir cette vérité se réaliser. »((Al-Bukhari))।

Deuxièmement, le Messager d’Allah croyait que cet avenir souhaité ne se réaliserait que lorsque les hommes accompliraient leurs devoirs conformément aux prescriptions agréées par Allah, se prépareraient autant que possible, s’emploieraient à éliminer tous les obstacles de la route et remettraient pour le reste toute chose au Créateur. En effet, ce que l’être humain est capable de faire n’est nullement difficile pour Allah.

La véracité de cette idée fut établie par l’émigration du Messager d’Allah à Médine. Il choisit comme lieu d’émigration un endroit approprié situé dans la péninsule Arabique, et non un lieu comme l’Abyssinie. Il considérait les Ansar comme de véritables Arabes. Ceux-ci s’étaient engagés à le protéger comme ils auraient protégé les membres de leur propre famille. Il donna la priorité à l’émigration de ses compagnons afin qu’il leur soit plus facile de quitter La Mecque. En vérité, l’arrivée du Messager à Médine après eux revêtait ainsi une importance encore plus grande.

Après avoir reçu la permission d’Allah, le Messager d’Allah choisit les montures nécessaires au voyage. Il détermina également qui serait son compagnon et qui lui servirait de guide sur la route. Il décida même à l’avance dans quelle grotte il se cacherait, jusqu’à ce que les mécréants cessent de le rechercher.

Il prit toutes les dispositions possibles en gardant le secret autant que les hommes le peuvent, et confia à Allah les affaires sur lesquelles il n’avait aucun contrôle. Il ne doutait aucunement qu’Allah lui porterait secours. Lorsque le vénérable Abou Bakr lui dit dans la grotte : « Ô Messager d’Allah, si l’un d’eux regarde sous ses pieds, il nous verra certainement », le Messager d’Allah répondit : « Abou Bakr, que penses-tu de deux personnes dont le troisième est Allah ? » Il est rapporté dans le Coran : « Si vous ne lui portez pas secours, peu importe : Allah lui a déjà porté secours lorsque les mécréants l’avaient expulsé, lorsqu’il était l’un des deux, au moment où tous deux — Muhammad et Abou Bakr — se trouvaient dans la grotte et qu’il disait à son compagnon : “Ne t’attriste pas et ne crains rien ; Allah est certes avec nous.” Alors Allah fit descendre Sa sérénité sur lui et le renforça par des troupes d’anges que vous ne voyiez pas. Il abaissa la parole des mécréants, tandis que la parole d’Allah demeura suprême. Allah est Tout-Puissant et Sage. »(Sourate At-Tawba : 40)।

 

Cinquièmechapitre

Mouvement islamique : politique et international niveau

Jurisprudence politique raisonnée

défavorable idéologique situation

Dans le cas du mouvement islamique, particulièrement dans le domaine politique, règne une situation idéologique si défavorable qu’elle ne peut échapper à l’attention d’aucun observateur vigilant.

Dans le domaine idéologique existent toutes sortes de courants de pensée néfastes qui continuent encore, d’une manière ou d’une autre, à exercer leur influence sur le courant de pensée politique, notamment à travers les dirigeants et les groupes d’écrivains du mouvement islamique, ainsi que les ouvrages écrits pour les activités de prédication ou d’enseignement. Le mouvement doit, libéré de l’influence de ces courants de pensée, mener ses activités à l’égard de la population dans son ensemble, de la vie et de l’univers, à la lumière d’une idéologie bénéfique.

L’idéologie zahirite se contente d’adopter le sens littéral des textes fondamentaux et n’étudie pas, au-delà de cela, les véritables objectifs de la charia. Par conséquent, elle ne se soucie aucunement des intérêts des êtres humains. D’éminents savants ont souligné que l’objectif de la charia est d’assurer le bien-être des êtres humains ici-bas et dans l’au-delà. Pour reprendre les termes de l’imam Ibn al-Qayyim : toute règle qui abandonne le bien au profit du mal et favorise la stupidité au détriment de la sagesse n’a absolument aucun rapport avec la charia, même si, par erreur, on la considère comme en faisant partie.

Une telle idéologie peut être acceptable dans le cas de certaines coutumes ou règles applicables à des individus particuliers, mais cette méthode ne peut en aucun cas être acceptable dans le domaine de la politique fondée sur la charia. En effet, la politique fondée sur la charia devrait reposer sur la souplesse, la tolérance et la prise en considération des changements de lieu, d’époque, de contexte et des êtres humains.

Bien que les tenants de l’idéologie kharijite puissent être considérés comme caractérisés par l’honnêteté et le courage, ils sont étroits d’esprit et leur vision de la religion comme des affaires de ce monde manque de clairvoyance. En outre, ils se montrent violents dans leurs relations avec autrui et sont constamment obsédés par le rejet, l’accusation et la suspicion de tous, y compris des membres du mouvement islamique. Ils ne tarissent d’éloges que sur leurs propres opinions. Or cette autosatisfaction est extrêmement dangereuse.

Vient ensuite l’idéologie du taqlid, qui n’est autre qu’une imitation aveugle. Les adeptes de cette méthode cherchent les réponses à leurs questions idéologiques, politiques et juridiques dans les ouvrages rédigés par les imams et jurisconsultes précédents de leurs propres écoles juridiques. Ils ne veulent jamais sortir des limites de leur propre cercle. Les adeptes des écoles juridiques n’envisagent pas la charia dans une perspective large. Ils portent leurs jugements à la lumière de leurs propres voies et méthodes, mais ne s’intéressent pas davantage à l’époque actuelle, aux événements contemporains ni à la résolution des problèmes qui surgissent. Une telle vision rétrécit ce qu’Allah Tout-Puissant a élargi et rend difficile ce que l’islam a rendu facile.

Si le mouvement islamique ne parvient pas à libérer ses adeptes de ces idéologies anormales et de leurs effets négatifs, et s’il ne cultive ni ne pratique la nouvelle orientation du fiqh sur laquelle nous voulons concentrer notre attention — réunissant le fiqh des pratiques agréées, ou fiqh al-sunan, le fiqh des objectifs de la charia, le fiqh de l’équilibre et le fiqh des priorités —, le mouvement islamique ne pourra pas élaborer une idéologie politique rationnelle.

politique du fiqh incomplétude

Il est nécessaire de corriger les conceptions et les décisions défectueuses et anormales du mouvement islamique, ainsi que ses méthodes anormales de dissociation.

Dans le domaine du fiqh politique, ces conceptions, règles et méthodes étranges sont largement manifestes. Même dans le passé, elles n’avaient pas acquis autant d’importance dans des domaines tels que le culte, les transactions et le mariage.

Aujourd’hui, diverses conceptions erronées et décisions faibles se sont infiltrées dans le fiqh politique. Elles ont pris racine de manières si différentes dans la mentalité des islamistes que, lorsque l’un d’eux applique une règle, celle-ci crée avec les règles d’un autre une divergence aussi grande que celle qui sépare l’Orient de l’Occident.

Certains considèrent la consultation, ou shûrâ, non comme un devoir obligatoire, mais simplement comme un échange d’informations. D’autres accordent au chef de l’État le pouvoir de déclarer la guerre et de conclure des traités sans consulter les représentants de la nation. Un autre groupe encore considère la démocratie comme une doctrine mécréante.

Il y en a aussi qui croient que les femmes n’ont aucune place dans la politique islamique et que leur seul endroit est la maison paternelle. De là, elles ne peuvent se rendre que vers deux destinations : le foyer de leur mari ou la tombe. Selon ce groupe, il ne saurait même être question pour une femme de se présenter aux élections des collectivités locales ou du Parlement ; elle n’aurait pas non plus le droit d’y voter.

Il existe encore une catégorie de personnes qui estime que l’islam a rejeté le système démocratique multipartite. Elles croient qu’aucun parti ou groupe adhérant à quelque orientation ou courant politique que ce soit ne peut exister dans un État musulman.

Lorsque quelques frères dans la religion me montrèrent l’article d’un auteur enthousiaste, intitulé « Entrer au Parlement est contraire au tawhid », je fus stupéfait. En effet, cet article qualifiait le fait de devenir membre du Parlement d’opposé au tawhid. J’y relevai une étrange confusion entre la pratique et la croyance. La pratique concerne le juste et l’injuste, non la croyance et l’incroyance. Ces questions relèvent de la politique régie par la sharia, où la récompense de l’ijtihad est fixée au double lorsqu’il est correct, et à une seule récompense même lorsqu’il est erroné.

Les kharijites de cette époque avaient eux aussi commis la même erreur en déclarant l’imam Ali, qu’Allah l’agrée, mécréant, à propos d’une question profane liée à la politique. La question qu’ils avaient intégrée aux fondements de la croyance religieuse était la suivante : il avait établi la domination des hommes sur la religion d’Allah, alors que nul, en dehors d’Allah, n’a le droit de rendre un jugement. L’imam répondit à leur accusation en termes extrêmement clairs : « Une parole juste a été utilisée pour établir une erreur. »

Application du fiqh politique

Les oulémas afghans ont dirigé le djihad avec bravoure et courage. Mais je me suis étonné que certains d’entre eux considèrent l’éducation des femmes comme illicite et adoptent la même position concernant le recours aux élections comme moyen de choisir des représentants du peuple ou le président de l’État. Ils estiment également illicites la fixation de la durée du mandat présidentiel et l’obligation de la shûrâ.

Certains frères religieux qui partagent ces conceptions m’ont dit, lors d’une discussion à ce sujet, que la cause de l’échec du mouvement islamique à notre époque réside dans le fait qu’il adhère à des conceptions qu’ils considèrent comme non islamiques, et que nous, musulmans, ne pourrons réussir tant que nous n’utiliserons pas des stratégies islamiques pour atteindre les objectifs de l’islam.

Je leur ai demandé : si les musulmans fixent la durée du mandat présidentiel dans leur propre intérêt, pour quelle raison cela serait-il illicite ?

Ils répondirent : cela contrevient à la tradition musulmane en vigueur depuis l’époque du premier calife, Abou Bakr as-Siddiq, qu’Allah l’agrée. Aucun calife n’a été élu pour une durée déterminée. En particulier, les califes bien guidés ont conservé le pouvoir jusqu’à la fin de leur vie, et le Messager d’Allah, paix et bénédiction d’Allah sur lui, nous a ordonné de suivre strictement chacune des pratiques des califes bien guidés. Il est rapporté dans un hadith que le Messager d’Allah, paix et bénédiction d’Allah sur lui, nous a mis en garde contre les innovations et a dit : « Toute innovation dans la religion est un égarement hors du droit chemin. » Et ceci est une chose nouvelle inventée par les hommes ((Abou Dawoud et at-Tirmidhi)।

En réponse, je leur ai dit qu’avant de nous ordonner de suivre la pratique des califes bien guidés, il nous a été ordonné de suivre la Sunna du Prophète, paix et bénédiction d’Allah sur lui. En effet, puisque la Sunna est la deuxième source du droit islamique, en cas de divergence sur une question quelconque, il faut se référer, en plus du Coran, à la Sunna. Il est dit dans le hadith rapporté par al-Irbad : « Suivez ma Sunna et la pratique des califes bien guidés. » Vous devez donc, en premier lieu, vous référer à la Sunna du Messager, paix et bénédiction d’Allah sur lui.

Tout le monde sait que la Sunna du Messager, paix et bénédiction d’Allah sur lui, comprend ses paroles, ses actes ou son approbation d’un acte. Son acte peut ne pas être obligatoire dans certains cas précis et n’indiquer qu’une approbation ou une autorisation, à moins qu’il ne soit accompagné de preuves établissant que cette approbation revêt un caractère obligatoire.

C’est pourquoi, lorsque les califes bien guidés ont constaté que, dans des circonstances nouvelles, l’acte ou la décision du Prophète (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui) ne servirait plus les intérêts des musulmans, ils ont pris une décision contraire à cet acte du Prophète (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui).

Un exemple en est que, après la conquête de Khaybar, le Prophète (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui) distribua le butin de guerre entre les soldats. Mais Omar (qu’Allah l’agrée) ne le fit pas après la conquête des régions rurales de l’Irak, car il ne jugea pas cette décision appropriée dans le contexte de l’époque. De nombreux Compagnons du Prophète (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui) présentèrent des arguments contre l’avis d’Omar, notamment parce que sa décision était, au sens littéral, dans la sourate Al-An‌fâl, au 41 e verset, contraire à la règle générale qui y est énoncée : « Et sachez que, de tout butin que vous avez acquis, un cinquième revient à Allah. »

Omar (qu’Allah l’agrée) déclara : « Je considère que ces biens suffiront aux gens d’aujourd’hui et de demain. Voulez-vous que les générations futures se retrouvent dans une situation où rien ne leur aura été laissé ? »

Cela signifie qu’Omar (qu’Allah l’agrée) a pris la décision susmentionnée en pensant aux générations futures, ce qui constitue une mesure remarquable visant à assurer l’interdépendance de la communauté musulmane d’une génération à l’autre, afin que la génération actuelle ne puisse pas mener une vie luxueuse en négligeant les intérêts des générations futures. Le fondement de son raisonnement était la sourate Al- Hachr, le 10 e verset. Celui-ci mentionne la règle de distribution du butin entre les Émigrés et les Ansar, en disant : « Et ceux qui sont venus après eux. » L’imam Ibn Qudâma, expliquant la différence entre les décisions du Prophète (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui) et d’Omar, a déclaré : « Tous deux ont fait ce qu’ils estimaient le plus approprié pour leur époque. »

Bien que certains actes du Messager d’Allah (paix et bénédiction d’Allah sur lui) fassent partie intégrante de la Sunna, ils ne sont pas obligatoires pour les générations suivantes. Ses Compagnons ont parfois agi à l’inverse en tenant compte de certaines considérations. Dès lors, pourquoi les mesures prises par les musulmans des générations suivantes seraient-elles obligatoires pour ceux qui viendraient après eux ?

Aucun précédent ne peut constituer à lui seul une raison suffisante d’imposer une obligation juridique. Un précédent n’est valable que pour le lieu, l’époque et les circonstances concernés. Si ces éléments changent, il faut agir en fonction de ces changements.

L’essentiel est donc de choisir, parmi les dispositions et les règles dont nous disposons depuis le passé, celles qui conviennent à notre époque, à notre environnement et à nos circonstances, tout en restant dans le cadre du Texte fondamental et des objectifs de notre noble charia.

La controverse autour d’une prétendue décision unanime des savants musulmans contre la limitation de la durée du mandat des dirigeants est assez déroutante. Il n’existe aucune controverse concernant le consensus selon lequel un dirigeant peut régner toute sa vie. En revanche, la limitation de la durée du mandat n’a jamais fait l’objet de discussion ni de recherche. C’était une question totalement passée sous silence. On dit qu’il ne faut pas porter de jugement sur celui qui garde le silence. De même, il ne faut pas attribuer aux savants une position sur une question à propos de laquelle ils n’ont pris aucune décision, ni positive ni négative.

D’un autre côté, on affirme que la fixation de la durée du mandat du chef de l’État est une innovation, ou bid‘a, en Islam, et que le consensus établi à ce sujet est que toute innovation constitue un égarement. Nous admettons la seconde partie de cette affirmation, c’est-à-dire que toute bid‘a signifie un égarement ; mais la première partie, à savoir qu’une telle décision relève de la bid‘a du point de vue de la charia, ne repose sur aucune preuve.

Il est erroné de penser que l’Islam s’oppose, au nom de la bid‘a, à toute chose nouvelle ou à toute invention. En réalité, l’innovation ne peut concerner que les questions strictement religieuses, telles que la foi, le culte et leurs différentes branches. En revanche, les aspects changeants de la vie, comme les usages, les traditions, les coutumes et les systèmes administratifs, sociaux, culturels et politiques, relèvent, dans le langage des savants, du domaine des affaires des gens, dont nous trouvons l’explication dans l’ouvrage d’Imam al-Châtibî, Al-I‘tisâm. C’est pourquoi les Compagnons du Messager d’Allah (paix et bénédiction d’Allah sur lui) ont accompli de nombreuses choses que le Messager d’Allah lui-même n’avait pas faites, comme faire mettre par écrit des exemplaires du Coran, utiliser des registres et des documents, instaurer un impôt foncier et construire des prisons. Les musulmans venus après les Compagnons, les tâbi‘în, ont eux aussi accompli en leur temps des choses que leurs prédécesseurs, les Compagnons, n’avaient pas faites, comme frapper monnaie et instaurer un service postal.

Les musulmans ont également inventé bien d’autres choses dont on n’avait même pas entendu parler à l’époque du Messager d’Allah (paix et bénédiction d’Allah sur lui) ou de ses Compagnons, comme diverses branches du savoir, notamment les sciences religieuses, la linguistique et les sciences humaines.

Mauvaise application de la Sîra

L’une des principales causes des erreurs et des décisions erronées en matière de fiqh politique réside dans la confusion concernant la Sunna et la sîra du Messager d’Allah. En islam, outre le Saint Coran, la Sunna constitue une source du droit. Le Coran est le fondement et la base du droit, tandis que la Sunna en est l’explication et la mise en œuvre.

Cependant, certains commettent l’erreur de substituer la sîra à la Sunna et rapportent les événements de la sîra comme s’ils étaient tout aussi obligatoires que le Coran et la Sunna.

La sîra n’est pas synonyme de la Sunna. En effet, la sîra contient des détails qui n’ont absolument aucune incidence sur le droit. C’est pourquoi les juristes n’ont pas intégré la sîra à la définition de la Sunna. Ils se sont contentés de dire que la Sunna est constituée de ce que le Messager d’Allah a dit, fait ou approuvé. Ils n’y ont pas inclus la sîra.

Mais les traditionnistes ont ajouté aux actes, aux paroles et aux approbations du Messager d’Allah des détails sur son apparence, son comportement et son mode de vie. Sans se soucier de savoir si ces éléments étaient liés ou non aux règles juridiques, ils ont généralement rassemblé tous les détails concernant le Messager d’Allah. Ils ont décrit en détail tous les aspects de sa vie : sa naissance, les soins qui lui furent prodigués, son éducation, son mariage, son comportement, ses caractéristiques physiques ainsi que tous les autres détails relatifs à sa naissance et à sa mort.

Ce qui nous préoccupe ici, c’est que certains groupes islamiques considèrent la sîra comme une preuve décisive à l’appui de certaines décisions. Ils estiment qu’elle est obligatoire pour tous les musulmans. Je voudrais mentionner ici deux points.

Premièrement, la sîra comprend des événements transmis d’un rapporteur à l’autre sans preuve irréfutable. En effet, ces rapporteurs ont rapporté la sîra avec une telle légèreté qu’ils n’ont pas cité de hadith lorsqu’ils exposaient les règles de la charia et les questions relatives au licite et à l’illicite.

Deuxièmement, la sîra présente l’aspect pratique du mode de vie du Messager. Aucun acte du Messager n’impose une obligation ; il ne fait qu’indiquer une approbation. Une autre preuve est nécessaire pour établir le caractère obligatoire.

Il est vrai qu’il nous est obligatoire de suivre l’exemple du Messager d’Allah. Le Saint Coran déclare : Certes, le Messager d’Allah offre un excellent modèle à suivre pour vous( (sourate Al-‌Ahzab : 21)). Il est obligatoire de suivre le modèle du Messager d’Allah dans les comportements moraux, les valeurs et les domaines généraux, mais pas dans les détails.

Si la prédication publique est possible et autorisée, il n’est pas nécessaire d’agir clandestinement pour suivre l’exemple du Prophète (paix et salut sur lui). S’il n’y a pas de nécessité, il n’est pas nécessaire non plus de quitter notre patrie pour émigrer vers un lieu sûr dans le but de diffuser l’appel du dîn, simplement pour suivre l’exemple du Prophète (paix et salut sur lui).

C’est pourquoi, après la conquête de La Mecque, l’émigration vers Médine n’est plus obligatoire pour chaque musulman. En effet, le Messager d’Allah (paix et salut sur lui) a dit : après la conquête de La Mecque, il n’y a plus d’émigration, si ce n’est pour le jihad et le désir ardent de l’accomplir ; lorsque vous serez appelés, vous devrez partir (Boukhari et Muslim). Cela signifie qu’il n’est plus nécessaire d’émigrer à Médine. Toutefois, si les musulmans échouent à établir le dîn dans un pays, il leur est permis d’en émigrer.

Le Messager d’Allah (paix et salut sur lui) avait demandé de l’aide aux tribus puissantes, et les tribus Aws et Khazraj avaient répondu à son appel. Nous n’avons plus besoin d’agir ainsi aujourd’hui, car cette méthode n’est plus suffisante à notre époque.

Ce n’est pas parce que le Messager d’Allah (paix et salut sur lui) a mené la prédication à La Mecque pendant treize ans que nous devons, nous aussi, consacrer treize ans à la pratique de la foi et à la prédication. En effet, la communauté musulmane au sein de laquelle nous vivons aujourd’hui croit qu’il n’y a d’autre divinité qu’Allah et que Muhammad est le Messager d’Allah. Nous n’avons donc pas besoin d’une aussi longue période pour apprendre notre foi et notre aqida.

Si nous nous intéressons aujourd’hui à des questions telles que la justice sociale, la shura, la liberté, le soulèvement palestinien et le jihad afghan, nous n’agirons pas contrairement aux directives du Prophète (paix et salut sur lui). À Médine, il était précisément occupé par ce genre d’activités. En effet, avant l’émigration, le Messager d’Allah (paix et salut sur lui) vivait à La Mecque au sein d’une société ignorante et polythéiste qui rejetait l’appel avec arrogance. Son premier combat contre cette société portait donc sur le tawhid et la prédication. Notre société n’est pas semblable à celle-là. Elle croit en Allah, en Son dîn et en Son Messager, même si elle peut comporter des défauts et s’écarter de la voie d’Allah.

Musulmans territoires récupération

Depuis ses débuts, le mouvement islamique a adopté comme l’un de ses programmes les plus importants la récupération de tous les territoires musulmans et la garantie de leur libération et de leur indépendance. Aucun homme doué de raison ne peut le nier.

L’imam Hassan al-Banna a déclaré dans l’un de ses discours : nos efforts et notre jihad sont centrés sur deux objectifs principaux : l’idéal islamique et les territoires musulmans.

Il a concilié ces deux objectifs parce que l’idéal ne peut être établi que dans une terre indépendante et libre, où ses valeurs peuvent être préservées et les dispositions de la loi mises en œuvre. C’est là que réside la signification de l’État islamique, ou Dar al-Islam. C’est dans un tel territoire que l’islam subsiste, que ses activités sont dirigées et que la nation reçoit ses orientations.

C’est pourquoi les juristes de l’islam se sont accordés à considérer comme un devoir de reconquérir et de défendre tous les territoires musulmans occupés par les non-croyants. Ils ont également déclaré que le djihad est une obligation individuelle pour les musulmans de ces territoires, tout comme il incombe collectivement à tous les musulmans de soutenir ce djihad en vies, en biens et en armes, jusqu’à ce que leurs territoires soient libérés des mains des agresseurs.

Par conséquent, si même une partie du territoire musulman tombe sous le contrôle d’agresseurs étrangers, le mouvement islamique ne peut pas rester un spectateur silencieux. Il n’y a là rien d’étonnant. Le siège des Frères au Caire était également un centre d’action pour les moudjahidines et les révolutionnaires qui participaient à la lutte contre les occupants dans toutes les régions du monde arabe et musulman, de l’Indonésie au Maroc.

Hasan al-Banna a un jour présenté les revendications nationales des Frères lors d’un congrès national. Il a parlé de la construction d’une patrie musulmane : une petite patrie réunissant l’Égypte et le Soudan, une grande patrie arabe s’étendant du Golfe à l’océan Atlantique, et une patrie plus vaste englobant le monde musulman, dont les frontières s’étendraient de l’océan Atlantique à l’océan Indien. Il a affirmé avec insistance que libérer la plus vaste patrie musulmane de toutes les formes d’influence étrangère imposées aux musulmans est une obligation religieuse pour chaque musulman et l’un des principaux objectifs des Frères.

Hasan al-Banna a placé la Palestine en tête de liste parmi les questions les plus importantes. Il a insisté tout particulièrement sur cette question, exhortant les masses musulmanes à tourner leur regard vers la terre sacrée des prophètes et des messagers, de l’Isra et du Mi‘raj, et à rester vigilantes face à la menace juive. Car les Juifs guettent le moment d’enfoncer leurs griffes féroces dans cette terre. Les dirigeants arabes et musulmans ignorent les intrigues qui se trament contre la mosquée al-Aqsa, la première des deux qiblas, alors qu’al-Aqsa est enveloppée de la miséricorde d’Allah.

Hasan al-Banna a écrit de nombreux articles pour défendre les intérêts palestiniens, dirigé de nombreuses manifestations, organisé de nombreuses réunions, recruté d’innombrables personnes et rassemblé d’importantes sommes d’argent et des armes. Pour mesurer son mérite dans ce domaine, il suffit de rappeler que le combat héroïque mené en 1948 sur le territoire palestinien par ses disciples spirituels et ses combattants est inscrit en lettres d’or dans l’histoire. Sa véracité a été reconnue par le major général al-Mawabi de l’armée égyptienne, par d’autres commandants et même par les Juifs eux-mêmes. De nombreuses informations sur ce glorieux djihad sont présentées dans l’ouvrage de Kamal al-Sharif, « Al-Ikhwan al-Muslimun and the Palestine War ».

Le mouvement islamique a joué son rôle dans la défense de chaque intérêt de toutes les nations musulmanes et dans la lutte contre l’impérialisme sous toutes ses formes.

C’est pourquoi le mouvement islamique s’est avancé pour défendre les intérêts de l’Afghanistan, symbole de la première ligne de défense contre l’agression communiste. Ces intérêts étaient si profonds que certains pensaient que le mouvement islamique avait peut-être oublié les intérêts palestiniens. En réalité, le mouvement islamique n’a jamais oublié la Palestine et ne l’oubliera jamais. Car la Palestine constitue le premier et le plus élevé des intérêts islamiques ; sa libération est le premier et le plus grand devoir, ce que les moudjahidines afghans croient eux aussi de tout leur cœur.

Il faut maintenant, dans la lutte palestinienne, un drapeau islamique qui rassemblera les gens autour de lui et les unira en une seule entité. C’est ce qui s’est produit avec l’essor de la révolution dans les mosquées et le soulèvement populaire, ou Intifada, dont le principal slogan était : « Il n’y a de divinité qu’Allah » (La ilaha illallah) et « Allah est le plus grand » (Allahu akbar). Le Hamas, mouvement de résistance islamique ferme, courageux et vigilant, a transformé ce soulèvement en une force unie.

Le Hamas est une institution symbolique de la foi du peuple palestinien, nourri des anciennes traditions musulmanes et arabes. Ce peuple est encore vigoureux. Avec l’aide d’Allah, il ne deviendra jamais inerte avant d’avoir remporté la victoire. Ce peuple, au corps et à l’esprit purs, portera haut l’étendard du djihad.

Le mouvement doit être au premier plan de toute activité liée aux intérêts islamiques. Quel que soit le lieu d’où provient l’appel, il faut répondre à chaque appel à l’aide. Le mouvement islamique doit se joindre au djihad contre la mauvaise gouvernance marxiste et chrétienne en Érythrée. La junte locale veut dévorer l’Érythrée et maintenir le pays sous son emprise comme une colonie, et transformer la population en classe d’esclaves soumise au système féodal.

Le mouvement islamique doit se tenir aux côtés du Soudan contre la rébellion chrétienne et raciste des traîtres. Les chrétiens veulent imposer leur fanatisme religieux raciste sur l’ensemble du territoire soudanais et isoler le pays de l’oumma musulmane et du monde arabe.

Il faut soutenir les musulmans des Philippines contre les dirigeants chrétiens partiaux. Car la junte chrétienne veut y exterminer les musulmans et n’y laisser de place qu’à ceux qui accepteront une vie d’esclavage, des gens qui ne seront utiles ni à eux-mêmes ni aux autres.

Il faut tendre une main secourable aux musulmans du Cachemire dans leur lutte pour le droit à l’autodétermination, jusqu’à ce que le Cachemire fasse partie du Pakistan ou devienne indépendant, afin de faire échouer toutes les conspirations des impérialistes indiens. Pour faire du Cachemire une base de complots contre le Pakistan et, plus largement, contre le monde musulman, l’impérialisme indien s’efforce d’effacer l’identité musulmane de cette région en y répandant une éducation sans religion, la dépravation et la toxicomanie.

Le mouvement islamique devrait soutenir les musulmans contre le dictateur somalien. La junte dictatoriale de ce pays tue les savants musulmans et inflige violences et persécutions à toute personne dotée d’un caractère religieux ou intellectuel.

Le mouvement islamique doit disposer d’informations exactes sur ces mouvements de libération. Il est souhaitable que le mouvement islamique soit présent, à quelque niveau que ce soit, dans la direction et la structure organisationnelle de ces mouvements de libération. Il faut travailler sans relâche à l’unité en supprimant les distances entre les différents échelons de l’organisation, et s’efforcer d’éliminer les divergences secondaires dans l’intérêt de la réalisation de l’objectif supérieur. Le symptôme le plus grave susceptible de nuire au djihad est la désunion entre les groupes. Le Dieu Tout-Puissant dit : « Certes, Allah aime ceux qui combattent dans Son chemin en rang serré, comme s’ils formaient une structure solidement assemblée(Sourate As’-Saff : 4)।

Le mouvement islamique doit également assumer la responsabilité d’organiser les musulmans du monde entier en faveur des intérêts palestiniens. En effet, le mouvement sioniste a organisé les Juifs du monde entier au service des intérêts d’Israël. Le mouvement islamique doit s’employer à obtenir le soutien des personnes dotées d’une conscience dans le monde entier à la cause de nos intérêts légitimes.

Il est aujourd’hui absolument nécessaire de déployer de tels efforts depuis la plateforme du mouvement islamique. Car la lutte palestinienne est désormais entrée dans une phase critique. Au mépris des intérêts palestiniens, un complot a été fomenté pour faire venir des Juifs soviétiques et les installer dans les territoires occupés. Ce complot vise à réaliser le rêve d’un Grand Israël, dont les frontières s’étendraient du Nil à l’Euphrate, et dont l’ambition serait ensuite de s’étendre jusqu’au Hedjaz, à Médine et à Khaybar.

Mouvement de libération

Le mouvement islamique ne doit pas limiter son attention aux seuls territoires musulmans. Certes, conformément aux principes de l’islam, les territoires musulmans peuvent revêtir une importance particulière dans l’intérêt de l’interdépendance et de la solidarité mutuelles. Mais le mouvement islamique doit tendre une main secourable à tous ceux qui, partout dans le monde, musulmans comme non-musulmans, luttent pour se libérer de l’occupation territoriale, de l’impérialisme, de l’oppression et de l’injustice.

L’islam est apparu avec un appel universel à la libération de l’être humain. Allah a honoré l’homme en l’envoyant sur terre comme Son représentant et, pour cette raison, Il a soumis à son pouvoir tout ce qui se trouve dans les cieux et sur la terre.

L’islam est venu afin de libérer l’être humain de la servitude à toute puissance taghout rebelle à Dieu et de le former de manière appropriée pour qu’il se dresse contre le taghout.

L’essentiel de la mission de Moïse était de libérer les Enfants d’Israël de l’oppression de Pharaon, de Qaroun et de Haman. La mission de Muhammad était de libérer toute l’humanité de l’emprise de tous les Pharaons, Qaroun et Hamans qui enchaînent les hommes dans les chaînes de la servitude et s’imposent comme des souverains tout-puissants, alors qu’ils n’en ont aucun droit. Ces dirigeants se comportent avec arrogance envers les serviteurs d’Allah, comme s’ils partageaient la grandeur et la suprématie d’Allah. Ils se présentent eux-mêmes comme des dieux et réduisent les hommes à leur servitude.

En appelant, par l’intermédiaire du Messager, les dirigeants et les souverains, le Coran a proclamé d’une voix claire et retentissante le message de la liberté : « Venons à une parole juste entre nous et vous : nous n’adorerons nul autre qu’Allah, nous ne Lui associerons rien et nul d’entre nous ne prendra pour seigneur un autre qu’Allah » ((sourate Al Imran : 64).)।

Rabi ibn Amir a déclaré devant Rustam, le commandant de l’armée perse : « Allah nous a envoyés pour libérer les hommes de la servitude des hommes, les appeler à n’adorer que Lui et les faire passer de l’injustice et de la corruption des diverses religions à la justice de l’islam. »

Allah Tout-Puissant n’a envoyé sur terre Son Livre et Ses messagers qu’en leur confiant la mission d’y établir la justice. À ce propos, il est dit dans le Saint Coran : « Certes, Nous avons envoyé Nos messagers avec des preuves évidentes et Nous avons fait descendre avec eux le Livre et la balance, afin que les hommes se tiennent dans la justice » ((Sourate Al-Hadid : 25)।

Par conséquent, toute oppression et toute injustice exercées par un individu contre un autre, par un groupe contre un autre ou par un peuple contre un autre, et en particulier l’oppression et l’injustice exercées par des hommes tyranniques et puissants contre les faibles et les opprimés, constituent fondamentalement une violation de tous les messages divins. C’est pourquoi le Saint Coran adresse de sévères critiques aux tyrans et les met durement en garde : « Mais ils demandèrent la victoire et le secours, et tout tyran rebelle et obstiné fut complètement déçu et anéanti. Devant lui se trouve l’Enfer, et il sera abreuvé d’une eau bouillante mêlée de pus et de sang » ((Sourate Ibrahim : 15–-16)।

Ainsi, Allah le Très-Haut scelle le cœur de tout tyran orgueilleux ((sourate Mu’’min : 35).)।

Entrez donc par les portes de l’Enfer et demeurez-y éternellement ; quelle demeure détestable que celle des orgueilleux ! ((sourate An-Nah‌l : 29).)।

Dans les sourates mecquoises et médinoises du Coran, les fauteurs de mal sont sévèrement condamnés : Certes, Allah le Très-Haut ne guide pas les injustes ((sourate Al-Maï da : 51).)।

Certes, ceux qui sont injustes ne réussiront jamais (sourate Yusuf : 23)।

Et Nous avons détruit ces cités lorsqu’elles commirent l’injustice (Al Kah‌f : 59)।

Voici leurs maisons, complètement en ruines à cause de leur injustice (sourate An Nam‌l : 52)।

Telle est la saisie de ton Seigneur : Il saisit les habitants des cités lorsqu’ils commettent l’injustice. Assurément, Sa saisie est douloureuse et extrêmement sévère (Sourate Hûd : 102)।

Puis les racines des injustes furent arrachées. Et à Allah appartiennent toute louange et toute gratitude, Lui qui est le Seigneur des mondes (Sourate Al-’An‘âm : 45)।

Et ne vous inclinez pas vers ceux qui commettent l’injustice, de peur que le feu ne vous atteigne. Vous n’avez aucun protecteur en dehors d’Allah. Vous ne trouverez donc aucun secours (Sourate Hûd : 113)।

L’islam ne s’est pas contenté de déclarer l’injustice strictement illicite et interdite ; il a ordonné de la combattre par tous les moyens. Quant à ceux qui ne feront rien pour extirper l’injustice, ils seront considérés ici-bas comme les complices des pécheurs et devront également subir un châtiment dans l’au-delà.

Même lorsqu’un peuple se livre ouvertement et sans retenue à l’injustice et aux mauvaises actions, sans que personne ne proteste contre ses méfaits ni ne s’y oppose, l’islam considère ce peuple comme digne d’un châtiment divin, et sa destruction devient inévitable. Lorsque le châtiment d’Allah s’abat sur un tel peuple, nul ne pourra y échapper. Les pécheurs seront soumis au châtiment pour leurs péchés, et les spectateurs silencieux pour leur silence. Allah le Très-Haut dit : « Et craignez une épreuve qui ne frappera pas uniquement ceux d’entre vous qui sont injustes, et sachez qu’Allah est dur en châtiment » ((sourate Al An‌fal : 25)।

Le Messager d’Allah (paix et bénédictions d’Allah sur lui) a dit : Si les gens voient l’injuste commettre une injustice sans l’en empêcher, ils s’approchent d’un châtiment venant d’Allah, et ce châtiment les frappe tous (Abou Dawoud, at-Tirmidhi, Ibn Majah, Ibn Hibban et Sahih al- Jami al- Saghir). Un autre hadith rapporte : Lorsque tu verras ma communauté être prise de peur et de terreur, et qu’elle ne dit pas à l’injuste : « Tu commets une injustice », alors tu peux renoncer à tout espoir en elle (al- Hakim)।

Tous les pécheurs sont inclus dans le champ de la déclaration susmentionnée. Que leurs injustices et leurs torts soient commis contre les musulmans ou contre d’autres, toute injustice et toute mauvaise action constituent un péché.

Il n’y a là rien d’étonnant : l’islam encourage toutes les mesures positives visant à résister aux injustes et à protéger les opprimés et les faibles. Il considère même la résistance et la défense comme une adoration et comme un djihad dans la voie d’Allah. Le Saint Coran, exhortant à combattre les malfaiteurs et à protéger les opprimés, dit : « Et qu’avez-vous à ne pas combattre dans le sentier d’Allah et pour les hommes, les femmes et les enfants faibles, opprimés et maltraités qui implorent : “Seigneur, fais-nous sortir de cette cité dont les habitants sont injustes ; assigne-nous de Ta part un protecteur qui nous protégera, et envoie-nous de Ta part quelqu’un qui nous aidera” »(Sourate An Nisâ’ : 75)।

Ici, il est principalement question des croyants lorsqu’il est fait mention de la catégorie des faibles. C’est pourquoi leurs prières sont les seules à être mentionnées dans ce verset. Mais l’islam ne soutient l’injustice envers personne, même s’il est mécréant. Il est rapporté dans un hadith : « Prenez garde à la plainte et à la supplication de l’opprimé, même s’il est mécréant, car aucun obstacle ne s’interpose entre sa requête et Allah » ((Ahmad et Sahih al- Jami’ al- Saghir)।

Le Messager d’Allah (paix et bénédiction d’Allah sur lui), ayant un jour entendu le récit de l’oppression infligée à une femme faible par un homme puissant et cruel d’Abyssinie, avait commenté : comment Allah Tout-Puissant pourrait-Il considérer comme pure une nation où les droits des faibles ne sont pas arrachés aux mains des puissants (Ibn Mâjah, Ibn Hibbân et Sahih al Jâmi’ al Saghîr). Il convient de signaler qu’à cette époque, l’Abyssinie était gouvernée par des chrétiens.

En réalité, l’objectif des campagnes de conquête de l’islam était de délivrer les personnes opprimées et persécutées de la tyrannie des despotes et de la persécution des oppresseurs, et de libérer ces populations de la domination des empereurs perses et romains. C’est pourquoi ces personnes accueillirent l’islam et l’embrassèrent volontairement.

En vérité, ceux qui possèdent la foi et le courage moral ont le devoir de s’encourager mutuellement à résister à l’oppression des faibles et de les aider jusqu’à ce que leurs droits leur soient entièrement rendus par l’oppresseur. Le Messager d’Allah (paix et bénédiction d’Allah sur lui) nous a rapporté une expérience de ce genre. Durant son adolescence, à l’époque de la Jâhiliya, il avait été témoin d’un événement semblable et s’y était associé par l’intermédiaire de l’organisation de protection sociale Hilf al-Fudul. Cette organisation avait été créée par un groupe de personnes honnêtes, bienveillantes et sincères ; son objectif était de se tenir aux côtés des faibles contre les puissants, afin que les droits et la dignité des faibles soient rétablis.

Alors que l’islam élève la voix pour défendre les intérêts des créatures innocentes et sans voix, pourquoi ne se tiendrait-il pas aux côtés des personnes opprimées, persécutées et maltraitées pour leur faire obtenir leurs droits ?

Minorités musulmanes

Le mouvement islamique doit rester attentif aux intérêts des minorités musulmanes dispersées à travers le monde.

Informations importantes

À cet égard, nous devons prendre en considération plusieurs éléments, notamment les points suivants :

1. Les minorités représentent environ un quart, voire davantage, de la population musulmane totale du monde entier. Cette information ressort d’une étude menée, il y a environ vingt-sept ans, par l’Université islamique Imam Muhammad ibn Saoud de Riyad.

2. Parmi ces minorités musulmanes, la minorité musulmane de l’Inde constitue, par son nombre considérable, la deuxième plus grande communauté musulmane du monde. Plus de deux cents millions de musulmans vivent en Inde. Cette communauté musulmane a exercé une influence historique, scientifique et culturelle sur le sous-continent indien et, plus généralement, sur la culture islamique.

3. Certaines communautés dites minoritaires sont en réalité les populations de véritables pays musulmans. Ces pays ont été intégrés par la force à certains grands pays voisins, afin que les communautés musulmanes s’y fondent et deviennent des minorités opprimées au sein de populations majoritaires plus vastes. L’Ouzbékistan, le Turkménistan et l’Azerbaïdjan, républiques musulmanes de l’ancienne Union soviétique, en sont des exemples. Des études ont démontré que ces pays constituent une partie indissociable du monde musulman.

4. Certaines communautés musulmanes ont été présentées comme des minorités dans des statistiques mondiales partiales. La réalité est tout à fait contraire. Les statistiques véritables montrent que, dans les pays concernés, les musulmans sont largement majoritaires, bien que de fausses statistiques indiquent délibérément que leur population est moins importante. En particulier, les ennemis de l’islam présentent les musulmans de certaines régions comme des minorités afin de servir leurs objectifs politiques. Les musulmans d’Éthiopie en sont l’un des exemples les plus frappants. Bien qu’ils soient majoritaires dans ce pays, ils en sont privés de la plupart de leurs droits humains fondamentaux et maintenus sous oppression.

Les minorités ce dont elles ont besoin

Ces minorités ont beaucoup à recevoir du monde musulman dans son ensemble :

1. Elles ont besoin d’une aide destinée à leurs institutions religieuses, en particulier à leurs établissements d’enseignement, afin d’en préserver le caractère musulman. Dans le contexte de la terrible campagne lancée par les partisans et les institutions de la christianisation en vue d’éradiquer l’islam, cette aide est absolument urgente.

2. Il est nécessaire de leur fournir, dans la langue de ces minorités musulmanes, des ouvrages islamiques fondamentaux qui constituent une source correcte de connaissance et exposent les croyances fondamentales de l’islam, le culte, les valeurs morales ainsi que ses règles et prescriptions. Elles ont particulièrement besoin d’exégèses du Saint Coran et de plusieurs recueils de hadiths authentiques et fiables.

3. Il est urgent de permettre à certains étudiants issus des communautés musulmanes minoritaires d’étudier dans les universités islamiques des pays arabes, afin qu’ils y acquièrent des connaissances puis retournent dans leur pays pour se consacrer à la diffusion et à la propagation de l’enseignement de l’islam. Comme il est dit dans le Coran : afin qu’à leur retour auprès de leur peuple, ils puissent les avertir des mauvaises actions (sourate At-Tawba : 122)।

Mais, malheureusement, ces universités ont récemment fermé leurs portes aux étudiants issus des minorités musulmanes de différents pays. Or cette décision est dangereuse pour les minorités musulmanes, pour la prédication islamique dans les pays concernés, et même pour la communauté musulmane tout entière.

4. Il est urgent de dispenser un enseignement de la langue arabe dans les pays où vivent des minorités et d’apporter une aide financière ainsi que d’autres formes de soutien aux écoles arabes. Pourtant, l’échec des Arabes dans ce domaine est sans limites. Les pays développés dépensent des milliards de dollars pour enseigner leur langue et en propager également la civilisation et la culture. Mais les Arabes restent inactifs dans ce domaine. Lorsqu’il est question de promouvoir et de diffuser la langue arabe, ils s’accrochent à leurs trésors. Si les minorités musulmanes, attirées par leur amour pour leur religion, le Messager d’Allah, paix et salut sur lui, et leur Livre, n’avaient pas créé de leur propre initiative des écoles et des collèges pour apprendre la langue arabe, fondement de la compréhension et de l’entente entre le Coran, les hadiths, le culte, la culture islamique et la communauté musulmane, nous ne verrions aucune personne connaissant l’arabe en dehors du monde arabe.

Sous la direction du prince Muhammad al-Faisal Al Saoud et la conduite du Dr Tawfiq al-Chaabi, l’« Association des écoles arabes » organise des cours utiles pour l’enseignement et la diffusion de la langue arabe dans de nombreux pays d’Afrique et d’Asie, et apporte également son aide et son soutien aux établissements d’enseignement à cette fin. Cette initiative est digne d’éloges.

5. Les minorités musulmanes ont besoin de prédicateurs ou de muballighs et d’enseignants maîtrisant la langue des minorités. Ils vivraient parmi elles pour instruire les ignorants, conseiller les égarés, répondre aux différentes questions et rendre des fatwas, et unir les gens par les liens de l’unité, fondés sur la piété religieuse, la taqwâ, l’harmonie et la bonne volonté.

Nous devons toutefois nous tenir en garde contre les muballighs destructeurs. Non seulement ils nuisent à la société, mais ils allument aussi le feu de disputes inutiles, engendrant haine et hostilité. Certains de ces muballighs peuvent avoir de bonnes intentions, mais si ces intentions s’accompagnent d’ignorance, elles causent davantage de tort que de bien. Comme le dit un ancien proverbe, un ennemi instruit est moins dangereux qu’un ami ignorant.

6. Il est nécessaire d’organiser des réunions, des rencontres et des échanges entre les minorités et des intellectuels, des éducateurs et des muballighs éminents. De nouveaux horizons de réflexion s’ouvriront alors devant elles et leur moral sera revigoré. Il faudrait organiser aussi fréquemment que possible ce type de rencontres, de réunions et de symposiums, afin que les frères issus des minorités, vivant dans divers pays éloignés du cœur de l’ummah, ne se sentent ni négligés par le courant principal de l’ummah, ni séparés du centre de la pensée du mouvement islamique et de la compassion de ses dirigeants.

7. Leur besoin le plus urgent est peut-être de s’unir au sein d’un front commun, afin de pouvoir préserver leur existence et leur identité religieuse. Il est regrettable que, tandis que les minorités du monde entier s’unissent en abandonnant toutes leurs divergences pour renforcer leur existence face aux majorités, les minorités musulmanes restent constamment dressées les unes contre les autres et gaspillent leur temps et leurs efforts dans des querelles inutiles et dépourvues de sens, notamment dans des controverses religieuses autour de questions de fiqh et d’aqîda.

Le devoir de tous les musulmans est de se soutenir les uns les autres conformément au commandement d’Allah. Pour les musulmans, cela suffit : ils possèdent en leur sein un sentiment d’unité à partir duquel ils peuvent commencer. Ils sont unis dans leur foi en Allah, au Messager (s.a.s.) et au Noble Coran. Je dis cela tout en sachant que les musulmans vivant au cœur du monde musulman connaissent eux-mêmes bien des souffrances et des difficultés. Comment serait-il donc possible que les musulmans minoritaires vivant hors du monde musulman n’aient ni besoins ni plaintes ? Si les musulmans des pays musulmans sont victimes d’oppression et d’injustice de la part de dirigeants se réclamant de l’islam, comment pouvons-nous espérer que les musulmans vivant dans des pays non musulmans, sous l’autorité de dirigeants non musulmans — chrétiens, communistes ou païens — n’aient aucune plainte ?

Sans leadership nation

Le problème le plus grave des musulmans et des musulmans minoritaires dispersés à travers le monde est que cette vaste population en expansion ne dispose d’aucun leadership capable de lui donner des directives dans tous les domaines.

Nous avons autrefois possédé un système du califat qui unissait la nation musulmane sous un même drapeau. Nous avions un calife, qui incarnait le leadership central de l’ummah unie. Les ennemis du système du califat conspirèrent contre lui et démembrèrent cette institution majestueuse, symbole de l’unité de la nation musulmane. Nous n’avions désormais plus ni existence commune, ni drapeau sous lequel nous puissions nous rassembler.

Nous avons perdu le système du califat. Mais nous n’avons pas non plus pu concevoir de système de remplacement. Nous devons donc avancer sans aucune direction.

Le christianisme possède sa propre direction, reconnue par ses fidèles. Cette direction religieuse est bien organisée et dispose de ses propres institutions, traditions et effectifs. Ses ressources financières la placent au troisième rang, après les États-Unis et la Russie. Les missionnaires chrétiens sont répartis dans le monde entier, y compris dans les pays musulmans. Mais nous, musulmans, n’avons ni calife vénérable ni pape. Nous sommes comme cet orphelin à qui toutes les portes auxquelles il frappe se referment au visage.

Il fut un temps où il existait une fonction connue sous le nom de Shaykh al-Islam. Bien que l’islam n’ait pas de fonction officielle portant ce nom, certains savants étaient si érudits, distingués, respectés et vertueux que le peuple musulman s’adressait à eux avec révérence en leur donnant ce titre. Aujourd’hui, les oulémas, en s’alignant sur les dirigeants, ne se contentent pas de s’abstenir de dire la vérité et la justice : ils tiennent également des propos trompeurs. Le peuple a ainsi perdu confiance en nombre de grands cheikhs. C’est pourquoi aucun savant n’est désormais appelé Shaykh al-Islam. Sur l’ordre de leurs maîtres, ces savants s’acharnent, en s’emparant d’immenses ressources et de divers moyens, à marginaliser ou à rabaisser les oulémas véridiques qui méprisent les tentations, jusqu’à ce que la résistance de ces derniers cesse et qu’ils soient isolés du peuple.

La mission

Le mouvement islamique doit prendre en main la direction perdue de la nation musulmane, avec tous ses courants de pensée et ses groupes. Jusqu’à l’émergence, parmi eux, d’un véritable Shaykh al-Islam digne de leur allégeance et de leur soutien, le mouvement continuera d’assumer un rôle dirigeant avec l’aide de véritables savants. Quant au Shaykh al-Islam qui apparaîtra à l’avenir, il devra être capable, au moment voulu, d’appeler la grande oumma musulmane, et cet appel devra recevoir une réponse.

Musulmans expatriés

Outre les minorités musulmanes vivant en Europe, en Amérique, en Australie et en Extrême-Orient, le mouvement islamique doit également accorder une attention particulière aux immigrés venus des pays musulmans.

Raisons de l’importance

Les immigrés musulmans ne sont désormais plus peu nombreux. Ils se comptent aujourd’hui par centaines de milliers, voire par millions. La France compte notamment un grand nombre de Nord-Africains. La Grande-Bretagne compte des Bangladais, des Indiens et des Pakistanais. La présence des Turcs est remarquable en Allemagne. Aux États-Unis, le nombre de musulmans est considérable en raison de la présence d’Américains d’origine musulmane, dont les ancêtres avaient été enlevés d’Afrique et emmenés là-bas il y a fort longtemps. Leur nombre y a également augmenté en raison d’une immigration importante. Il n’existe aucun pays occidental qui ne compte des immigrés temporaires venus y étudier ou y travailler. Beaucoup d’autres s’y rendent aussi pour s’y installer définitivement.

L’Organisation de la conférence islamique a formulé de nombreuses recommandations visant à accorder des bourses exclusivement pour l’étude des sciences et des technologies dans les pays musulmans où les possibilités d’études dans ces domaines n’existent pas. En outre, chaque jour, de nombreux étudiants se rendent à l’étranger pour y étudier, à leurs propres frais ou aux frais de leur pays. D’autres quittent les pays musulmans pour les pays occidentaux à la recherche d’un emploi, ou pour y trouver la sécurité et la liberté. Sourate Al-Ankabût 56 e verset : Le Tout-Puissant Allah dit : « Ô Mes serviteurs croyants ! Ma terre est certes vaste ; adorez-Moi donc exclusivement. » En Occident, le mouvement islamique a d’abord vu le jour sous la direction d’Allah, et non conformément au plan d’une organisation islamique. De jeunes hommes et femmes se sont rendus dans le monde occidental dans l’espoir de préserver leur religion face aux conflits et aux querelles de leur patrie, et d’acquérir la connaissance, la liberté et la sécurité. Ils y ont trouvé une excellente occasion de travailler et de diffuser l’activité de prédication parmi les immigrés, les savants et les autres personnes originaires de l’Orient.

La présence de l’islam en Occident

À l’époque actuelle, il est nécessaire que des groupes islamiques soient présents dans les sociétés qui exercent une influence sur la politique mondiale. La présence de groupes islamiques est indispensable en Europe, en Amérique du Sud et du Nord, ainsi qu’en Australie. Car :

1. La présence de groupes islamiques est nécessaire pour diffuser le message de l’islam parmi les non-musulmans par de bonnes paroles, des échanges et des discussions raisonnés, ainsi que par un comportement exemplaire.

2. L’existence d’une communauté islamique est indispensable pour encadrer le comportement des nouveaux musulmans et entretenir leur foi dans un environnement islamique favorable à une vie islamique saine.

3. Il est indispensable d’accueillir les nouveaux arrivants dans les pays occidentaux, en particulier les savants et les immigrés, car ces nouveaux musulmans entreront en contact avec des Ansar qui les accueilleront dans leur pays et aideront les nouveaux muhajirun à créer une atmosphère islamique.

4. La présence de groupes islamiques est indispensable pour défendre les intérêts de l’Oumma musulmane et des territoires musulmans contre l’opposition active et la propagande des forces hostiles à l’islam.

Il n’est pas vrai que le christianisme continuera à exercer sans entrave une domination exclusive dans ces pays, ou que seul le judaïsme s’alliera à eux en tant qu’adversaire pour s’opposer aux musulmans. J’ai exposé cette question il y a plusieurs années à nos frères musulmans en Amérique, au Canada, en Australie et dans d’autres pays. Toutefois, cette tâche doit être menée à bien au moyen d’une planification saine, d’une organisation appropriée et à la lumière de la jurisprudence des priorités. Nous devons donc nous employer à adopter les lieux les plus appropriés, les meilleurs programmes et les stratégies les plus efficaces. Dans les pays et les villes bien connus, les musulmans doivent disposer de leurs propres institutions sociales ainsi que d’organisations religieuses, éducatives et récréatives. Il est également indispensable que des savants et des dirigeants religieux se trouvent parmi les musulmans expatriés, afin que ceux-ci puissent poser leurs différentes questions et obtenir des réponses, et que les savants puissent les orienter correctement en cas de divergence ou de conflit.

Conservatisme et libéralisme

Je dis aux frères qui résident à l’étranger d’essayer de préserver leur petite communauté au sein de la société plus vaste. Sinon, vous ne serez pas capables de préserver votre existence et vous disparaîtrez. Depuis plusieurs siècles, les Juifs ont préservé leurs particularités propres grâce à leur manière de penser et à leurs rites. Les musulmans doivent eux aussi préserver leur identité propre.

Je ne dis pas que nous devons fermer nos portes aux gens qui nous entourent. Ce serait comparable à la mort. Ce qui est nécessaire, c’est de rester en contact avec les gens avec un esprit ouvert afin de leur transmettre le message d’un idéal unifié. Cette ouverture ne signifie ni imiter les autres ni suivre chacun de leurs pas.

Depuis longtemps, nous entendons une plainte : faute de conditions appropriées dans leur patrie, l’émigration de nombreux scientifiques et experts entraîne une fuite des cerveaux arabes et musulmans.

Si cette plainte est fondée, ils ne doivent en aucun cas perdre leur loyauté envers leur religion, leur nation, leur culture et leur patrie. Nous devons poursuivre tous nos efforts afin de garantir leur loyauté et leurs sentiments envers leur peuple et leur pays de résidence. Cela ne sera possible que s’ils restent loyaux envers Allah, le Prophète (paix et bénédictions d’Allah sur lui) et les intérêts musulmans. Cette loyauté peut également être espérée s’ils éprouvent de la compassion, non seulement pour leurs propres intérêts, mais aussi pour les souffrances et les malheurs de leur nation.

Le mouvement islamique doit également veiller à ce que les immigrés ne se fondent pas dans la vie matérialiste de l’Occident. Les expatriés doivent aussi être rendus conscients de leur lieu d’origine.

Diverses organisations étudiantes islamiques ont joué un rôle remarquable dans ce domaine au cours des trois dernières décennies. Auparavant, ces organisations étaient contrôlées par les courants de gauche, les nationalistes et les laïcs, et leurs activités étaient menées sous leur direction. Pour ceux qui connaissent l’activité islamique dans l’hémisphère occidental, il est impossible de nier la contribution de la Muslim Student Association (MSA) aux États-Unis et au Canada. Elle a établi des bureaux régionaux en différents endroits et organisé plusieurs conférences. C’est de l’organisation mère, la MSA, que sont nées l’Union des sociologues islamiques, la Société des scientifiques et ingénieurs musulmans, la Société médicale islamique, la Société islamique d’Amérique du Nord et d’autres organisations. Il a été décidé de maintenir le centre du mouvement aux États-Unis, afin de pouvoir agir plus facilement depuis une position normale au sein de la société.

Devoirs des expatriés

J’ai participé pendant plusieurs années aux conférences organisées par l’Union of Muslim Students. Je trouve une source de joie dans ces événements. Il en va de même pour la Muslim Student Society de Grande-Bretagne, la Federation of Student Islamic Societies et les autres organisations d’Europe.

Dans mes échanges avec les expatriés, je leur ai toujours rappelé leurs cinq devoirs :

1. Responsabilité de l’expatrié envers lui-même : se préserver et développer ses compétences.

2. Devoirs envers la famille : la protéger de la désintégration et la diriger selon les fondements de l’islam.

3. sa musulmane communauté envers devoir : les unir sur une seule plateforme.

4. À l’égard des communautés non musulmanes voisines — devoir : les appeler à suivre la voie d’Allah par la sagesse et les meilleurs conseils.

5.. Pour la défense des intérêts de la Oumma musulmane, le devoir de l’expatrié : veiller à leurs intérêts et leur tendre une main secourable.

Sujet d’ avertissement

Je voudrais mettre en garde contre deux choses : les mentalités raciste et nationaliste, ainsi que l’extrémisme et les divergences d’opinion. Il est regrettable que nous voyions se manifester des mentalités raciste et nationaliste parmi certains groupes musulmans. Chacun de ces groupes tient ses propres membres séparés les uns des autres. Seuls échappent à cette injustice ceux qu’Allah, par Sa miséricorde, en préserve.

Même les mosquées sont identifiées comme appartenant à différents groupes. Rien d’étonnant à cela. Lorsque vous vous rendez dans une ville, on peut vous dire : celle-ci est la mosquée des Turcs, celle-là celle des Marocains, la troisième celle des Yougoslaves, la quatrième celle des Indiens, la cinquième celle des Pakistanais, la sixième celle des Arabes ou d’un autre groupe arabe. Et, aux États-Unis, il existe bien des mosquées particulières pour les musulmans noirs.

L’islam est venu abolir les divergences entre les hommes et les placer sur un pied d’égalité. La mosquée est le moyen prescrit par Allah pour atteindre cet objectif. Comment pourrait-elle alors devenir un moyen de division ?

Il est vrai qu’au début, cette séparation était nécessaire pour la première génération d’expatriés, parce qu’elle ne connaissait pas la langue locale. Mais, jusqu’à ce qu’une langue commune compréhensible soit pratiquée parmi les différentes communautés musulmanes de chaque pays ou de chaque ville, on aurait pu remédier à cette situation en organisant, dans une même mosquée, des sermons distincts pour chaque groupe. Bien que, dans la plupart des cas, cette organisation séparée soit devenue inutile, certaines mosquées continuent pourtant de porter le nom de groupes ou d’ethnies. Une mosquée ne devrait être destinée qu’à tous les musulmans. Et l’étendard sous lequel tous les expatriés devraient se rassembler doit être celui de l’islam.

Les musulmans expatriés ne seront forts que lorsqu’ils s’uniront et s’entraideront. Car l’unité est une force, tandis que la désunion est une faiblesse. La solidarité est toujours souhaitable, mais elle est encore plus nécessaire en terre étrangère, où chacun a besoin de la compagnie de quelqu’un qui lui ressemble pour surmonter la solitude.

Deuxièmement, je voudrais mettre en garde contre l’extrémisme et l’attachement à des détails insignifiants. Bien qu’on observe depuis quelque temps ce phénomène anormal dans les pays occidentaux, il en est encore à ses débuts.

Les frères musulmans venus d’Orient devraient s’abstenir d’importer leurs divergences et leurs problèmes en Occident. Cela ferait resurgir ces aspects négatifs dans leur nouvelle terre d’accueil. En effet, leur contexte de lieu, de temps et de circonstances a changé. Les expatriés ont appris de leurs enseignants religieux que les fatwas changent avec le changement de lieu, de temps et de circonstances. Alors, pourquoi n’agiraient-ils pas conformément à ce qu’ils ont appris ?

Il y a environ dix ans, j’ai visité le centre islamique de Los Angeles. Là, quelques personnes, animées d’une attitude négative, m’ont demandé : « Faut-il projeter des films à la mosquée, même s’ils sont éducatifs ? » J’ai répondu : « Quel mal y a-t-il à cela ? Si ces films enseignent les bonnes œuvres, les regarder est en soi un acte d’adoration. Et la mosquée est un lieu d’adoration, un forum où l’on acquiert le savoir et l’éducation. »

J’ai également dit que le Messager d’Allah, paix et bénédiction sur lui, avait permis aux Abyssiniens de danser avec des lances dans sa mosquée et avait encouragé son épouse, Aïcha, qu’Allah l’agrée, à regarder leur danse et à les inciter à continuer.

D’autres demandèrent : « Peut-on permettre à des femmes qui ne portent pas la tenue islamique d’entrer dans la mosquée pour écouter les sermons et les exhortations ? » Je répondis : « Oui. Si nous leur interdisons de venir à la mosquée, où écouteront-elles donc le message de l’islam et la parole d’Allah ? Si nous leur interdisons d’entrer dans la mosquée et les empêchons d’écouter les sermons et les exhortations, nous les perdrons pour toujours. L’appel de la religion ne leur parviendra pas. Mais si elles ont la possibilité de venir à la mosquée, il est permis d’espérer qu’Allah les guidera afin qu’elles suivent la voie de l’islam. »

Alors que je préparais ce manuscrit pour l’envoyer à l’imprimerie, je reçus une lettre de mon honorable frère, le scientifique, poète et prédicateur de l’islam, le Dr Hassan. Dans cette lettre, il évoquait plusieurs activités du Centre islamique de Los Angeles ainsi que le travail accompli par le centre pour aider tous, musulmans comme non-musulmans. Tout musulman qui lirait cette lettre en serait réjoui. Car elle démontre clairement que, si les gens persévèrent dans leurs efforts en associant une juste compréhension à une bonne intention, l’islam ne disparaîtra jamais.

Politique liberté et démocratie

À l’étape suivante, le devoir du mouvement islamique sera de s’opposer au régime autocratique et dictatorial, à l’arbitraire politique et à la privation des droits du peuple. Le mouvement devra élever la voix en faveur de la liberté politique représentant la démocratie véritable, et non une démocratie factice. Il devra déclarer clairement qu’il ne reconnaît pas les dirigeants injustes et n’entretient aucune relation avec les dictateurs, même si un dirigeant injuste manifeste temporairement, en apparence, de la bienveillance envers le mouvement dans le but de servir certains intérêts.

Le Messager d’Allah, paix et bénédiction sur lui, a dit : « Lorsque tu verras ma communauté saisie de peur et de terreur, sans dire à un injuste : “Tu commets une injustice”, alors tu peux cesser d’espérer en eux (Al Hakim). Que faut-il donc faire face aux dirigeants injustes et arrogants qui contraignent le peuple à leur dire : “Que vous êtes juste, que vous êtes grand, ô notre héros, notre sauveur, notre libérateur !”

Le Coran n’a pas seulement condamné Nimrod, Pharaon, Haman et les autres dirigeants tyranniques ; il a également blâmé ceux qui les suivent et obéissent à leurs ordres. Le Tout-Puissant a blâmé le peuple de Noé en disant : « Et ils ont suivi des gens dont les richesses et les enfants n’ont été pour eux qu’une cause de perte, et non de prospérité. » (Sourate Noé : 21)।

Le Très-Haut dit également au sujet du peuple de Houd : « Et ils suivirent le commandement de tout tyran arrogant. » (Sourate Houd : 59)।

Il est rapporté au sujet des gens de Pharaon : ils suivirent l’ordre de Pharaon, et l’ordre de Pharaon n’était nullement juste (Sourate Hûd : 97) . Ailleurs, le Coran rapporte : et ils lui obéirent. Ils étaient assurément profondément rebelles envers Allah (Sourate Az-Zukhruf : 54)।

Si l’on examine attentivement l’histoire de l’ummah musulmane et du mouvement islamique à l’époque moderne, il devient évident que la pensée islamique, le mouvement islamique et le réveil islamique ne se sont ni développés ni révélés efficaces en l’absence d’un environnement démocratique et libre. Parce que le désir des peuples de rester attachés à l’islam a été réprimé sous le règne de dirigeants despotiques et tyranniques, le mouvement et le réveil ont été entravés. Outre la torture secrète et les mises à mort publiques, les dictateurs ont imposé par la force au peuple le socialisme, le communisme et le sécularisme, en recourant à d’autres méthodes cruelles.

À différentes époques, nous avons été témoins de cette conduite cruelle dans de nombreux États musulmans, notamment en Turquie, en Égypte, en Syrie, en Irak, au Yémen du Sud, en Somalie et dans les pays d’Afrique du Nord, sous des régimes dictatoriaux.

En revanche, le mouvement islamique devient efficace et se développe sous un régime de liberté et de démocratie. Après la chute des gouvernements qui avaient instauré sur le peuple un règne de terreur et d’oppression, on a vu le mouvement islamique reprendre vie. Je ne peux donc même pas imaginer que le mouvement islamique puisse soutenir autre chose que la liberté politique et la démocratie, que les dictateurs puissent permettre à toutes les voix, sauf celle de l’islam, de s’exprimer, et qu’ils autorisent toutes les pensées et doctrines, sauf la pensée islamique, à se manifester sous une forme politique ou sous toute autre forme. Or c’est précisément la pensée islamique qui exprime les aspirations profondes de cette ummah et manifeste sa croyance doctrinale, ses valeurs, sa conscience et son existence.

Certains islamistes sont toutefois en désaccord au sujet de la démocratie. Ils ne se montrent même pas tolérants envers le terme « démocratie ». Je tiens ici à affirmer avec force que l’islam n’est pas la démocratie et que la démocratie n’est pas l’islam. Je dirai plutôt que l’islam n’a de rapport avec aucun autre principe ni aucune autre méthode. Par ses objectifs, ses voies et ses méthodes, l’islam est incomparable. Je ne veux pas que la démocratie occidentale, avec ses aspects négatifs, trouve sa place au sein de l’islam. Ce n’est qu’en y ajoutant nos propres valeurs et idéaux que nous pouvons intégrer la démocratie occidentale dans notre vaste cadre.

Cependant, les principes politiques que l’islam met en œuvre dans le monde pour contenir les aspirations et les caprices des dirigeants sont très proches des mécanismes et des garanties créés par la démocratie. Ces principes sont les suivants : l’assemblée consultative ou shûrâ, le bon conseil, l’ordonnance du bien et l’interdiction du mal, le refus d’obéir aux ordres injustes, la résistance à la mécréance et la réparation de l’injustice et de l’iniquité en usant, autant que possible, de la force. C’est seulement dans une démocratie, au sein de la liberté politique, que le pouvoir du Parlement se reflète clairement. Si la constitution est violée, les représentants du peuple peuvent déposer une motion de défiance contre tout gouvernement. Ce n’est que dans un tel environnement que l’on ressent au plus haut degré la présence d’une presse libre, d’un Parlement libre, de partis d’opposition et de la force populaire.

À ce propos, beaucoup craignent que la démocratie considère le peuple comme la source du pouvoir, y compris dans le domaine de la législation, alors que la loi n’appartient qu’à Allah. Cette crainte est infondée, car le peuple dont nous parlons est, dans sa majorité, musulman et a accepté Allah comme Seigneur, Muhammad (paix et bénédictions sur lui) comme Messager et l’islam comme religion. On ne peut donc pas s’attendre à ce que ce peuple édicte une loi contraire à l’islam, à ses principes inviolables et à ses prescriptions définitives.

Toutefois, cette crainte peut être dissipée en ajoutant une disposition stipulant que toute loi contraire aux prescriptions inviolables de l’islam sera considérée comme nulle. En effet, l’islam est la religion de l’État et, puisque l’État est la source de la légitimité de toutes les institutions et pratiques, il ne peut être transgressé.

Il convient de savoir que la loi appartient à Allah : l’acceptation de ce principe ne prive pas la nation de son droit d’élaborer les lois et règlements nécessaires dans les domaines d’une vie et d’affaires terrestres en perpétuelle évolution.

Nous voulons élaborer les lois et règlements dans les limites du Coran, le Texte fondamental, des objectifs généraux de la charia et du message essentiel de l’islam. Le nombre d’ordres et d’interdits obligatoires est très limité ; en revanche, le domaine facultatif ou l’espace ouvert à la législation est très vaste. Les commandements et prescriptions du Coran sont si souples et si étendus qu’ils permettent plusieurs compréhensions et que plusieurs interprétations peuvent être retenues. C’est ainsi que plusieurs écoles juridiques et courants de pensée sont apparus dans le vaste cadre de l’islam.

Récemment, nous avons examiné plusieurs lois promulguées au Qatar et constaté qu’elles comportaient un grand nombre de dispositions fondées sur la réalisation du bien-être et l’éloignement du mal. Pourtant, à l’exception d’un ou deux cas, ces questions ne sont pas mentionnées directement dans le Coran.

La menace la plus grave pour la oumma musulmane et le mouvement islamique est la loi pharaonique. Les pharaons pensaient que leurs opinions étaient infaillibles et justes, et qu’elles ne pouvaient jamais être erronées. De tels dirigeants reprennent le raisonnement de Pharaon : « Je ne vous indique que ce que je considère comme juste et je ne vous indique que la voie du bien » ((Sourate Al-Mu’’min : 29)।

Ces dirigeants rejettent toute opinion qui s’oppose à la leur et vont même jusqu’à la condamner, exactement comme Pharaon l’avait dit au sujet de Moïse : « Je crains qu’il ne change votre religion ou qu’il ne provoque le désordre dans le royaume » ((Sourate Al-Mu’’min : 26)।

Ethniques et religieuses, les minorités

Le mouvement islamique doit adopter une position définitive à l’égard des minorités ethnologiques ou ethniques et religieuses du monde musulman et arabe.

Problème des minorités ethniques : solution

Dans le système islamique, les minorités ethnologiques ou ethniques ne constituent pas un problème. En effet, l’islam rassemble tous les groupes raciaux sur une même plateforme, sur la base d’une foi unique, d’une qibla unique et d’une fraternité étroite.

Du point de vue de l’islam, tous les musulmans forment une seule nation, quels que soient leur race, leur langue ou leur terre d’origine. Qu’ils soient arabes, persans, berbères, kurdes, turcs, indiens ou issus de tout autre groupe ethnique, l’islam considère tous les musulmans sur un pied d’égalité. Même l’homme du rang le plus humble parmi eux a le droit de s’exprimer sous sa propre identité comme l’homme du rang le plus élevé, et ils se dressent d’un seul corps et d’une seule âme contre l’ennemi. Allah, le Tout-Puissant, dit à leur sujet : « Les croyants ne sont que des frères les uns pour les autres (sourate Al-Hujurât : 10)।

En dehors de la taqwâ, aucun Arabe n’est supérieur à un non-Arabe, aucun non-Arabe à un Arabe, aucun Blanc à un Noir, et aucun Noir à un Blanc. Le Très-Haut a dit : Certes, le plus noble d’entre vous auprès d’Allah est celui qui possède le plus de taqwâ (sourate Al-Hujurât : 13)।

La position éminente de Sulaymân de Perse — qu’Allah l’agrée —, de Bilâl d’Abyssinie — qu’Allah l’agrée — et de Suhayb le Romain — qu’Allah l’agrée — aux yeux des musulmans de toutes les époques est connue de tous.

Aucun érudit de l’islam ne peut nier la contribution apportée par les savants non arabes à l’islam et à la langue arabe. L’histoire de l’islam regorge d’exemples de savants éminents et de personnalités remarquables, tels qu’Al-Hasan al-Basrî, Ibn Sîrîn, ‘Atâ’, Sa‘îd ibn Jubayr, Abû Hanîfa, Al-Bukhârî, Muslim, Abû Dâwûd, Al-Tirmidhî, Al-Nasâ’î, Ibn Mâjah, entre autres.

Bien qu’ils fussent tous à l’origine non arabes, ils furent connus comme Arabes grâce à l’islam. L’arabe devint leur langue, afin qu’ils puissent parler, écrire et faire des recherches dans la langue du Coran. Un hadith rapporté par Ibn ‘Asâkir affirme : il n’est pas nécessaire d’avoir des parents arabes pour être arabe, la langue suffit. Celui qui parle arabe est arabe.

Ceux qui, comme les Kurdes, les Berbères, les Persans, les Malais et les autres non-Arabes, n’avaient pas adopté l’arabe comme langue maternelle lorsqu’ils embrassèrent l’islam, devinrent arabes dans leur cœur et leur esprit sous l’influence de la culture islamique, c’est-à-dire de l’islam. En effet, inspirés par Allah pour les guider vers le droit chemin, les Arabes avaient pénétré sur leurs territoires plusieurs siècles auparavant, porteurs du message de l’islam.

Chaque musulman aime la langue arabe, car c’est la langue du Coran, de la Sunna et du culte. Chaque musulman aime la terre arabe, car c’est là que se trouvent la Kaaba, la Mosquée du Prophète et le mausolée béni du Messager — qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix. Chaque musulman aime les Arabes, car ils sont les gardiens vigilants du Messager et de l’islam, et qu’ils ont diffusé l’islam dans le monde entier. Un ancien proverbe dit : lorsque les Arabes sont puissants, l’islam est lui aussi puissant ; lorsqu’ils sont faibles, l’islam est lui aussi faible.

Du point de vue de l’islam, il n’existe aucun problème ethnique ou racial ; au contraire, la perspective islamique est capable d’apporter une solution infaillible aux problèmes ethniques ou raciaux. Mais si les Arabes appellent au nationalisme arabe, qui n’a aucun rapport avec l’islam, les Kurdes revendiqueront le nationalisme kurde, les Berbères lanceront des slogans en faveur du nationalisme berbère et, si cette situation se poursuit, une seule umma sera certainement mise en pièces. Même dans les différents pays, des sentiments ethniques semblables à ceux de l’époque de la Jâhiliya resurgiront, cette étroitesse d’esprit qui n’avait été vaincue que par l’islam et la fraternité islamique. Notre noble Prophète — qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix — a rompu tout lien avec quiconque prône un nationalisme aveugle ou le tribalisme, lutte pour cette cause ou meurt pour elle.

La minorité et son problème : solution

Il convient de s’intéresser comme il se doit à la résolution du problème des minorités religieuses. Dans un article, je les ai désignées comme des communautés non musulmanes au sein de la société musulmane. Il faut s’employer à résoudre ouvertement et avec un esprit libre les problèmes des communautés non musulmanes, et non par des manœuvres politiques ou par l’hypocrisie.

J’ai exposé, dans mon ouvrage de recherche « L’inévitabilité de la solution islamique », la conception islamique à l’égard de ces minorités. Sans me répéter, j’en présente brièvement quelques aspects :

Premièrement, les laïques, qui généralement ne sont fidèles ni à l’islam ni au christianisme, prétendent que la solution islamique et le droit islamique sont contraires à la liberté des non-musulmans. Ces accusations ne reposent sur aucun fondement. Car ils oublient ou négligent un autre aspect important, voire plus significatif : abandonner le droit islamique et la solution islamique dans l’intérêt des minorités non musulmanes est contraire au principe de la liberté des musulmans majoritaires d’observer les prescriptions de leur religion. Lorsque les droits de la minorité s’opposent à ceux de la majorité, quel droit doit avoir la priorité ?

La démocratie, dont les laïques se font les ardents défenseurs, repose sur l’idée que les droits de la majorité doivent avoir priorité sur ceux de la minorité. C’est la règle qui prévaut dans tous les pays du monde. Aucune méthode susceptible de recevoir l’adhésion de chacun n’a encore été inventée, car l’être humain a été créé avec des tendances diverses. Tous ne peuvent jamais accepter la même chose. Pour qu’une méthode soit établie, il suffit que la majorité l’accepte et qu’elle ne commette envers les minorités aucune injustice ni aucune oppression, et qu’elle ne viole pas les prescriptions religieuses des minorités. Si les chrétiens et les autres communautés religieuses renoncent à certains de leurs droits afin que les musulmans puissent gouverner conformément à leur religion et appliquer la loi d’Allah dans l’espoir de Sa miséricorde, ils n’en subiront aucun préjudice.

Si les minorités religieuses n’agissent pas ainsi et font pression pour que la majorité renonce à ses droits, cela reviendrait à imposer la dictature des minorités à la majorité. Ce serait, par exemple, le gouvernement de trois millions de membres d’une minorité sur quarante millions de membres de la majorité. Une telle situation n’est acceptable selon aucune logique, qu’elle soit religieuse ou laïque. De plus, il ne saurait être question que les musulmans majoritaires renoncent à leurs droits, car cela équivaudrait à une apostasie, dont le châtiment fixé par Allah est l’Enfer.

Deuxièmement, l’accusation précitée des laïques repose sur l’idée qu’il existe une opposition entre les droits de la majorité musulmane et ceux de la minorité non musulmane. En réalité, il n’y a aucune opposition entre les deux. Si un chrétien peut être citoyen sous un gouvernement laïque et non religieux, il n’a aucune raison de refuser de vivre sous un gouvernement islamique.

De plus, le chrétien qui comprend correctement sa religion devrait accueillir favorablement le gouvernement islamique. En effet, le fondement d’un tel gouvernement est le Très-Haut Allah, Sa révélation et la récompense de l’Au-delà. Ce gouvernement veut établir les valeurs de la foi et de la morale auxquelles tous les prophètes et messagers ont appelé. L’islam considère avec respect Jésus, Marie et l’Évangile, et accorde un statut particulier aux gens du Livre. Dès lors, comment les adeptes d’une religion qui reconnaît Allah, Ses prophètes et messagers ainsi que l’Au-delà pourraient-ils craindre un gouvernement animé par la révélation divine et par des valeurs morales et humaines ? Pourtant, les chrétiens ne sont ni effrayés ni inquiets face à un gouvernement laïque sans religion, qui hait toutes les religions et qui, même lorsqu’il autorise parfois la pratique religieuse, la confine dans un espace restreint de la vie ?

Il est préférable pour les chrétiens croyants d’accepter le système de gouvernement islamique en le considérant comme les autres systèmes de gouvernement. Quant aux musulmans, ils considèrent ce système de gouvernement comme leur voie religieuse, par laquelle ils espèrent obtenir l’agrément d’Allah et atteindre Sa proximité.

C’est donc préférable pour les chrétiens. Car, pour reprendre les termes de Hassan al-Hudaybi, cette conviction rendra les musulmans vigilants afin qu’aucune erreur ne se produise dans l’application de la loi islamique. Ils auront le sentiment d’être sous le regard vigilant d’Allah Tout-Puissant ; la crainte d’un quelconque dirigeant ne pourra alors trouver place dans leur cœur — une crainte que l’on peut généralement surmonter. [des Frères musulmans, ancien Guide général, Hassan al- Hudaybi, ‘« Notre Constitution »,’ ouvrage de cet auteur।]

Ainsi, les esprits avisés et libéraux ont accueilli le gouvernement islamique comme un obstacle insurmontable à l’avancée du matérialisme. Car le matérialisme, sous le patronage du communisme mondial, a exposé toutes les religions à la menace. C’est ce qu’a déclaré l’illustre penseur Faris al-Khoury.

Je voudrais ici corriger une idée reçue. Beaucoup pensent que les lois humaines importées de l’Occident chrétien ont un rapport avec le christianisme. C’est indéniablement une idée fausse. Ceux qui étudient l’origine des lois et leurs sources historiques le savent parfaitement. Il est vrai que, comparés à ces lois occidentales, le christianisme et ses adeptes sont plus proches de la jurisprudence islamique, d’une part pour des raisons religieuses et, d’autre part, sous l’influence du contexte environnant.

Troisièmement, il est également faux d’affirmer que, dans la pratique, le pouvoir musulman contraindra les non-musulmans à accomplir des actes contraires à leurs croyances religieuses. L’islam comporte quatre branches : la foi, les actes cultuels, les valeurs morales et la charia. En aucune manière, l’islam n’impose ses croyances religieuses ou ses actes cultuels aux non-musulmans.

À ce sujet, le Coran contient deux versets explicites. L’un est mecquois, l’autre médinois. Dans le premier verset, Dieu Très-Haut s’adresse à Son Messager, paix et bénédictions sur lui, et dit : Allez-vous donc contraindre les gens jusqu’à ce qu’ils croient (sourate Yûnus : 99)?

Dans le second verset, Allah le Très-Haut proclame encore plus clairement : Nulle contrainte en religion (sourate Al Baqara : 256)।

Les Compagnons du Messager (que la paix et les bénédictions de Dieu soient sur lui), au sujet des ahl al-dhimma [ahl al-dhimma sont les sujets résidant dans un État musulman, non musulmans .।] disaient à leur sujet : « Laissez-les pratiquer leur religion. »

Depuis l’époque des califes bien guidés, les juifs et les chrétiens ont joui sans entrave de leurs droits, y compris celui de pratiquer leur culte. Les accords conclus entre les musulmans et eux sous les règnes de Hadrat Abou Bakr et de Hadrat Omar en sont la preuve. Parmi ceux-ci figure notamment l’accord conclu entre Hadrat Omar et les habitants de Jérusalem.

Les dispositions de l’islam sont si judicieuses que la zakat n’est pas prélevée auprès des non-musulmans et qu’ils ne sont pas non plus tenus de participer au jihad, car tous deux sont des actes d’adoration majeurs en islam. La zakat est une forme d’impôt financier, tandis que le jihad est un service militaire. En contrepartie, l’islam impose aux non-musulmans un autre type d’impôt, appelé jizya dans la terminologie islamique. Les femmes, les enfants, les pauvres et les infirmes en sont toutefois exemptés.

Si quelqu’un refuse d’accepter le terme jizya, qu’on le laisse l’appeler comme bon lui semble. Les membres de la tribu chrétienne arabe des Banou Taghlib demandèrent à Omar ibn al-Khattab l’autorisation de payer une zakat double en remplacement de la jizya. Hadrat Omar y consentit et conclut avec eux un accord à cet effet. À ce propos, il fit remarquer : « Ces gens sont stupides : ils acceptent le sens, mais refusent le nom. »

En ce qui concerne les valeurs morales de l’islam, on peut dire qu’elles ne diffèrent pas de celles des autres religions, car la moralité est la même du point de vue de toutes les religions.

En islam, le terme ahkam, ou charia, revêt une signification particulière : il désigne les lois qui régissent les relations réciproques entre les êtres humains. Ces lois déterminent les relations de l’individu avec la nation, sa communauté et son État, ainsi que celles de l’État avec ses citoyens et avec les autres États.

En matière de relations familiales et conjugales, telles que le mariage, le divorce, etc., les non-musulmans peuvent choisir entre leur propre religion et la nôtre. Ils ne sont nullement obligés d’adopter les dispositions de la charia. Par exemple, en matière de partage des biens, ils peuvent, s’ils le souhaitent, appliquer la loi islamique. Ainsi, dans certains pays arabes, des chrétiens l’ont adoptée volontairement. S’ils ne souhaitent pas appliquer la loi islamique à leur mode de vie, elle ne leur sera pas applicable.

C’est pourquoi il est souhaitable que les ahl al-dhimma disposent de leurs propres tribunaux, devant lesquels ils puissent porter leurs affaires. Ils peuvent également recourir aux tribunaux islamiques. L’histoire en fournit des exemples.

Dans les autres domaines, tels que le droit civil, commercial ou administratif, les non-musulmans sont, comme les autres, soumis à toute loi issue de l’Orient ou de l’Occident et reconnue par la majorité.

Nous constatons donc que l’islam n’a pas contraint les non-musulmans à abandonner un quelconque aspect essentiel de leur religion. Il ne leur a pas non plus demandé de faire quoi que ce soit que leurs croyances religieuses interdisent. Il ne les a pas davantage forcés à croire en quoi que ce soit de contraire à leur religion.

Il n’y a que certains actes interdits par l’islam mais que les non-musulmans considèrent comme licites, tels que la consommation d’alcool et de viande de porc. Même les choses licites peuvent être délaissées par une personne ou un groupe de personnes selon leur libre volonté. Ainsi, si des chrétiens renoncent à boire de l’alcool, ils ne seront pas coupables aux yeux de leur religion. Je ne peux même pas imaginer qu’une religion encourage la consommation de boissons alcoolisées et considère favorablement l’ivresse provoquée par la dépendance. Ce que la Bible dit au sujet de l’alcool, c’est qu’en petite quantité, il est bon pour l’estomac. C’est pourquoi les chrétiens eux-mêmes sont divisés sur la question de la consommation d’alcool.

Un chrétien peut passer toute sa vie sans manger une seule bouchée de viande de porc. Car sa consommation n’est pas une pratique religieuse, ni une règle transmise de génération en génération et remontant aux prophètes et aux messagers. La viande de porc était également interdite dans le judaïsme avant l’islam.

Certains oulémas ont toutefois soutenu que les chrétiens peuvent manger de la viande de porc dans leurs propres territoires, boire de l’alcool et même commercer entre eux ces deux produits. Cependant, il ne faut pas les diffuser au sein de la communauté musulmane ni, par leur intermédiaire, mépriser les sentiments des musulmans. Voilà une tolérance sans pareille. [Mon livre intitulé ‘« Les preuves de la solution islamique et les ambiguïtés des sécularistes et occidentalistes »’ , dont le chapitre est intitulé ‘« Les minorités religieuses et la solution’ islamique » .।]

Mouvement et dialogue

Au stade suivant, le mouvement islamique ne doit pas se limiter à résoudre ses propres problèmes. Il faut absolument élargir son champ d’action afin de pouvoir également s’intéresser aux problèmes des autres.

Beaucoup d’écrivains et de penseurs islamiques écrivent uniquement pour eux-mêmes. Autrement dit, ils écrivent pour ceux qui suivent leurs initiatives et s’emploient à diffuser leurs opinions. Ils ne parviennent pas à dépasser ce cercle où ils ne s’adressent qu’à eux-mêmes, comme s’il n’y avait personne d’autre qu’eux dans le monde. Lorsqu’ils sortent de ce cercle, ils n’écrivent qu’à l’intention d’autres groupes islamiques qui partagent leurs positions sur l’islam et la da‘wa, mais appliquent des stratégies et des orientations différentes.

Lorsqu’ils abandonnent ce deuxième cercle, ils n’écrivent plus que pour les personnes religieuses en général, qu’elles soient ou non membres d’un groupe ou d’un mouvement quelconque.

Maintenant que le mouvement islamique a atteint un stade souhaitable et que ses bases se sont élargies, il convient de s’intéresser à ceux qui ont des opinions différentes sur le plan des idéaux et de la pensée. Il ne faut pas les abandonner à la jâhiliyya héritée de l’antiquité, au rejet de l’islam et aux propagandistes, sans essayer de les orienter vers la bonne direction ou de leur montrer le chemin de la lumière.

C’est donc le moment approprié pour mettre fin à l’isolement que le mouvement islamique s’est imposé, afin qu’il puisse considérer tous les musulmans comme faisant partie de lui et entamer d’abord le dialogue avec eux. Ensuite, il est indispensable d’engager un dialogue entre, d’une part, le mouvement et ces musulmans qui partagent ses idées et, d’autre part, leurs opposants, voire leurs rivaux. Dans un dialogue rationnel, posé et théorique, ceux qui éprouvent du mépris pour la religion s’intéresseront, ceux qui sont inquiets retrouveront leur sérénité, et ceux qui sont pris dans les tourments de l’incertitude recouvreront confiance. Même l’état d’esprit de ceux qui nourrissent une hostilité haineuse pourrait disparaître. Le Dieu Tout-Puissant dit : « Il se peut qu’Allah établisse l’amitié entre vous et ceux d’entre eux avec lesquels vous êtes ennemis ; Allah est Tout-Puissant, et Il est Grand Pardonneur et Miséricordieux » ((sourate Al-Mumtahana : 7)।

Je voudrais mentionner un symposium qui s’est tenu à Amman, en Jordanie, auquel j’avais été invité. Le thème des discussions était « Le réveil islamique et les usages du monde arabe ».

Des musulmans, des chrétiens, des communistes et des nationalistes de toutes tendances participaient au symposium. Lorsque je consultai quelques frères religieux au sujet de ce symposium, ils estimèrent que je ne devrais pas y aller. En effet, ma présence à de tels symposiums, organisés sans suivre une orientation véritablement islamique, pouvait leur conférer une légitimité. Mais je ne prêtai aucune attention à ce genre de craintes ni aux considérations purement imaginaires. Car une telle imagination revient à voir un fantôme dans une graine de moutarde. J’acceptai l’invitation et envoyai un article au symposium. Il fut ensuite publié sous la forme d’un livre distinct.

Là, en présence de plusieurs penseurs islamiques, dont le Dr Hassan al-Tourabi, Fahmi Houweïdi et Kamal al-Charif, les opinions des islamistes, exprimées par le courant islamique modéré, exercèrent une influence extrêmement significative. Je précise que je crois au courant islamique modéré et que je le défends avec vigueur. Bien que les islamistes fussent peu nombreux au symposium, leur influence fut la plus importante et leurs propos attirèrent le plus l’attention.

Je n’oublierai jamais les paroles d’un orateur chrétien nationaliste. À table, il m’a dit : « L’idée que nous avions de vous a complètement changé. » Je lui ai demandé : « Quelle idée aviez-vous de moi ? » Il a répondu : « Que vous étiez un extrémiste, un fanatique. » Je lui ai demandé : « D’où vous venait cette idée ? » Il a répondu : « Je ne sais pas, mais, pour parler franchement, c’était bien l’idée que nous avions de vous. » Je lui ai demandé : « Et maintenant ? » Il a dit : « Maintenant, après vous avoir observé, avoir discuté avec vous et être entrés directement en contact avec vous, ce que nous avons appris a complètement changé l’idée infondée que nous avions de vous. Nous constatons à présent que vous respectez la raison. Votre réflexion est fondée sur la raison. Vous savez écouter l’opinion des autres. Car vous n’êtes ni obstiné ni entêté ; vous êtes au contraire extrêmement souple et tolérant. »

En relatant cet épisode, je veux simplement dire que, dans l’intérêt du mouvement islamique, il est nécessaire d’établir des contacts directs et de mener un dialogue raisonnable et posé, dans le respect de l’égalité. Le mouvement en tirera profit ; il n’a absolument rien à perdre.

Je l’atteste moi-même, à la lumière de mon expérience de toutes les réunions et de tous les rassemblements réunissant des islamistes et des personnes qui ne le sont pas. Le dernier symposium de ce type s’est tenu en Algérie. Le thème des discussions était « Les enjeux de l’avenir islamique ».

Nous pouvons donc dire qu’à l’étape prochaine, le slogan du mouvement islamique devrait être : « Le dialogue avec les autres est le bienvenu. » Par « les autres », j’entends ceux qui sont en désaccord avec le mouvement islamique quant à ses objectifs, ses méthodes d’action, sa vision, son idéologie, voire ses convictions religieuses. Le mouvement devrait accueillir le dialogue avec tous ceux qui ont une opinion différente. Quant à ceux avec lesquels des discussions ont déjà commencé, il faut les poursuivre.

Il devrait également s’efforcer d’obtenir le soutien de toutes les forces islamiques qui partagent les positions du mouvement. Le mouvement doit aussi gagner le soutien des groupes ou des individus qui exercent une influence intellectuelle et théorique. Le Coran nous a ordonné de dialoguer avec ceux qui sont en désaccord avec nous. Il nous a également exhortés à ne pas les considérer comme privés de tout espoir et à ne pas nous croire séparés d’eux. Il est dit dans le Coran : « Appelez au chemin de votre Seigneur avec sagesse et une bonne exhortation, et discutez avec eux de la meilleure manière ((sourate An-Nahl‌: 125).)।

Ce que le Coran ordonne, c’est de mener l’argumentation et le dialogue de la meilleure manière et avec la meilleure stratégie, afin que la foi s’affermisse dans l’esprit et que l’éveil se produise dans le cœur. Ce verset reflète un signe extraordinaire de l’expression de la pensée coranique. Du point de vue du Coran, l’action de prédication doit être accomplie de la meilleure façon, mais seuls peuvent être acceptés les arguments et les discussions présentés de la meilleure manière. En effet, la prédication s’adresse généralement à celui qui est déjà d’accord, tandis que l’argument doit être présenté à celui qui ne l’est pas. Il convient donc, en toute circonstance, de présenter la prédication ou l’argument de la meilleure manière.

Dialogue avec les sécularistes

Le dialogue nécessaire inclut également le dialogue avec les sécularistes : ceux qui sont rationalistes, globalement de bonnes personnes, disposés à écouter les islamistes et qui essaient de comprendre leurs objectifs et leur programme.

Ces sécularistes sont pour l’essentiel musulmans. Beaucoup sont même fiers de se dire musulmans. Certains observent les rites musulmans, prient, jeûnent et accomplissent peut-être le hajj et la omra. Mais leur problème est que, comme beaucoup de personnes cultivées, ils n’ont jamais essayé de comprendre correctement l’islam. La raison en est qu’ils n’ont jamais eu l’occasion d’étudier les enseignements de l’islam à partir de sources fondamentales et authentiques, ni de rencontrer un savant fiable ou un penseur éclairé. Ils ont plutôt acquis leur conception de la religion auprès d’orientalistes ou de missionnaires chrétiens, ainsi que de leurs disciples et protégés. Ou bien ils se sont forgé une certaine idée de l’islam en l’écoutant ou en le lisant à travers l’extrême misère actuelle des musulmans, ou à travers des individus égarés, extrémistes ou se prétendant adeptes de l’islam.

Quoi qu’il en soit, leur éducation, leur formation et leur mode de vie ne leur ont jamais donné l’occasion de connaître l’islam authentique et pur. Ce passé et ce présent douloureux, avec leurs conceptions erronées, leurs applications incorrectes et leurs abus, ont porté préjudice à l’islam.

À côté du faste de la civilisation occidentale, parvenue à son apogée, la situation sombre qui règne dans le monde musulman est devenue, pour les sécularistes, un prétexte pour mal comprendre l’islam, la charia islamique et le mode de vie islamique. Ils estiment donc que le moyen d’échapper à la double crise actuelle consiste à suivre la voie de l’Occident afin de parvenir au progrès. Car, libéré de la religion, des pratiques religieuses et du clergé, l’Occident s’est engagé, sous la conduite de la science, sur la voie de la découverte, de l’innovation, de la production et de la construction, maîtrisant les forces de la nature pour assurer le bonheur et la prospérité de l’humanité.

À l’été 1985, au Caire, nous avons entamé avec les sécularistes un dialogue historique à Dar al-Hikma, à l’invitation de l’Association des médecins. Les islamistes y étaient représentés par le cheikh Mohammed al-Ghazali et moi-même. Leur unique représentant était le Dr Fouad Zakaria.

Les journalistes et les milieux intellectuels accueillirent chaleureusement le symposium. Car celui-ci mettait en évidence l’importance du dialogue entre les différents camps partageant une même patrie.

De nombreux écrivains, dont Fahmi Huwaydi, relevèrent plusieurs aspects positifs de cette rencontre. Le plus significatif était que chaque camp entendait directement les propos de l’autre. J’ai toutefois relevé un défaut dans cette réunion : au lieu d’être un dialogue entre l’islam et les sécularistes, le symposium s’est transformé en séance de débat.

Le débat suscite la tension, surtout lorsqu’un grand nombre d’auditeurs y assistent. De plus, le représentant des sécularistes dans ce dialogue était un homme au caractère obstiné, dépourvu de la moindre souplesse, tolérance ou courtoisie. Il n’avait donc pas l’état d’esprit nécessaire pour écouter les propos de l’autre partie, propos qui auraient pu lui permettre d’apprendre quelque chose sur l’islam. Je dois dire avec regret que son ignorance de l’islam était abyssale.

Ayant compris la faiblesse de son argumentation et le caractère inconsistant de son raisonnement, il se mit à publier dans les journaux qui le soutenaient des articles de critique extrêmement haineuse visant, de manière générale, tous les auditeurs, et en particulier les islamistes, en mentionnant mon nom. En réponse à ces critiques, j’ai expliqué l’ensemble de la question dans mon livre « Islam et laïcité : face à face ».

Je demande une fois encore l’organisation non pas d’un débat, mais d’un dialogue. Le mot « débat » comporte en lui-même une tonalité de défi et une volonté de victoire. Chaque partie cherche alors à accabler son adversaire avec la plus grande vigueur.

Je ne pense pas qu’un tel débat soit particulièrement profitable. Car, dans un débat, aucune des parties ne voudra probablement faire de concessions ni abandonner sa position ; elle risque plutôt de devenir encore plus entêtée et intolérante.

Ce n’est que si le camp islamique se sent embarrassé face au défi de son adversaire qu’un débat peut lui paraître acceptable. Il n’a alors d’autre choix que d’accepter le défi afin d’échapper à l’accusation selon laquelle les islamistes fuiraient par peur de l’affrontement et battraient en retraite. Or le principe du dialogue consiste à observer la bienséance requise et à argumenter de la meilleure manière, comme le dit le Coran :

Dialogue avec les dirigeants

Un autre type de dialogue est nécessaire : le dialogue avec des dirigeants avisés et rationnels, qui, tout en adoptant une position différente, n’adoptent pas une attitude agressive envers l’islam. Le dialogue avec les dirigeants qui, adoptant une position différente, se dressent contre l’islam est inutile. Car ils ne souhaitent rien d’autre que la disparition et la destruction totale de l’islam. Mais Allah dit : « Ils veulent éteindre la lumière d’Allah de leurs bouches, tandis qu’Allah ne permettra que l’accomplissement de Sa lumière, même si les mécréants l’ont en aversion » ((sourate At-Tawba : 32).)।

Il existe toutefois un autre type de dirigeants : ceux qui ne haïssent pas l’islam, mais le craignent. Dans la plupart des cas, cette crainte est due à leur ignorance de la réalité de l’islam, de la charia islamique et des caractéristiques de la prédication. Beaucoup d’entre eux peuvent être considérés avec indulgence, car ils n’ont pas eu l’occasion de savoir ce qu’est réellement l’islam ni d’acquérir des connaissances auprès de sources authentiques et de savants fiables. En raison de cette ignorance, on peut les ranger dans la catégorie des personnalités cultivées et distinguées mentionnées précédemment. Diverses conceptions ont embrouillé leur esprit, et les faits réels leur paraissent semblables aux récits imaginaires.

Si, par la volonté d’Allah le Tout-Puissant, nous parvenons à leur exposer le véritable islam dans sa globalité, sans le diviser, comme une doctrine authentique sans déformation et comme une chose simple plutôt que difficile, tout en leur en présentant les aspects bénéfiques, ils comprendront que l’islam est bénéfique pour la vie de l’individu, de la famille et de la société, et qu’il veut éliminer toute activité malfaisante afin de préserver la force morale et la prospérité matérielle de la nation. S’ils acceptent cette explication avec ouverture d’esprit, un changement se produira certainement en eux et ils adopteront une autre attitude, partielle ou globale, envers l’islam et la prédication. Car les dirigeants sont des êtres humains comme nous. Un changement peut donc s’opérer en eux, une influence s’exercer et une prise de conscience émerger, d’une manière susceptible de modifier finalement leurs idéaux et leur comportement.

L’histoire regorge d’exemples de dirigeants dont l’état d’esprit a changé sous l’influence de véritables oulémas et savants. Beaucoup de dirigeants nourrissent une attitude méfiante à l’égard de l’islam, sous l’effet des fausses mises en garde de leurs conseillers intéressés ou parce qu’ils sont victimes des complots de « Satan » étrangers.

Il faut entrer en contact avec ces dirigeants en s’appuyant sur le bon sens qui demeure encore dans leur cœur et en ravivant le sang musulman qui coule toujours dans leurs veines. Il faut leur garantir qu’ils seront maintenus, au moins temporairement, sur le trône ou au pouvoir s’ils accordent la liberté de mener les activités de prédication de l’islam, dont la mission est de former les jeunes à la lumière des valeurs morales, de l’éveil des consciences et d’un caractère pur, de les protéger contre les intoxicants, les stupéfiants et les prostituées, et de s’opposer aux politiques destructrices qui nuisent à la fois aux gouvernants et aux gouvernés.

Il n’y a rien de mal à conclure une telle alliance ou un tel accord avec les dirigeants, même si le mouvement n’apprécie pas leur comportement ni le fait qu’ils entretiennent des relations avec autrui. Car le mouvement, guidé par la jurisprudence de l’équilibre, estime que cette politique est préférable au mépris des dirigeants ou à l’hostilité permanente à leur égard.

À ce propos, je voudrais formuler une mise en garde. Une telle attitude à l’égard de ces dirigeants ne doit en aucun cas être de la flatterie ou de simples paroles dépourvues de sincérité. Il existe une grande différence entre le compromis et l’hypocrisie.

Les partisans de l’Occident avec le dialogue

Le dialogue entre le mouvement islamique et l’Occident est indispensable, bien que de nombreux obstacles et difficultés se dressent sur son chemin.

Il existe plusieurs différences entre nous et l’Occident. Il y a une différence de religion. L’Occident est essentiellement chrétien, tandis que nous sommes musulmans. Il existe une différence dans les conceptions. L’Occident est matérialiste et réaliste, tandis que nous sommes spiritualistes et idéalistes. Il existe également une différence dans le domaine politique. L’Occident est généralement favorable à Israël et opposé à nous, bien que cette attitude puisse varier d’un pays occidental à l’autre selon ses capacités et sa position.

Malgré cela, nous ne pouvons éviter le dialogue avec l’Occident. Que cela nous plaise ou non, il est certain que l’Occident gouverne le monde depuis des siècles. C’est sa civilisation qui prévaut dans le monde actuel. Il gouverne plusieurs de nos pays et a occupé nos territoires pendant des périodes diverses. Plus tard, il a quitté les pays occupés, volontairement ou contre son gré, mais il continue d’exercer sur nous une influence directe ou indirecte. Il exerce d’une manière ou d’une autre une influence sur nos décideurs. Son influence sur l’état d’esprit et la volonté de nos dirigeants ne peut pas non plus être niée.

De plus, aucun peuple ne peut se couper du monde qui l’entoure et vivre dans un monde imaginaire fondé uniquement sur sa propre foi religieuse et ses propres principes. Les transformations technologiques incessantes dans le domaine des communications ont, pour reprendre l’expression d’un écrivain, transformé la Terre en un village planétaire.

Ainsi, le dialogue avec l’Occident est pour nous un devoir impératif, afin que nous puissions expliquer aux Occidentaux ce que nous voulons pour nous-mêmes et pour autrui. Car nous sommes les propagateurs d’un idéal, non des pillards. Nous sommes les messagers du bien, non les porteurs du mal. Nous sommes les défenseurs de la paix, non des bellicistes. Nous sommes les partisans de l’équité et de la justice, non les soutiens de l’injustice et de l’iniquité.

Notre objectif est de guider l’humanité égarée vers le chemin d’Allah, et de relier la vie terrestre à la vie éternelle, la terre au ciel et les êtres humains les uns aux autres, afin que chacun aime pour autrui ce qu’il aime pour lui-même et fasse pour autrui ce qu’il déteste pour lui-même, afin que l’humanité puisse se libérer de la maladie commune à toutes les nations : la haine et l’hostilité. Cette maladie prive l’humanité de religion.

Nous savons que l’Occident continue de nous regarder à travers un prisme assombri, qui a entaché son regard sur nous depuis l’époque des croisades et qui habite encore aujourd’hui le cœur de la plupart des Occidentaux.

De nombreux penseurs occidentaux impartiaux, dont le philosophe et sociologue français Gustave Le Bon, l’ont reconnu. Il l’a dit ouvertement dans plusieurs notes de bas de page de son ouvrage « La Civilisation des Arabes ». Lorsqu’un universitaire occidental étudie des questions islamiques, il perd son caractère naturel et impartial, et devient partial et hostile à l’islam. Il peut même ne pas s’en rendre compte, alors que ces mêmes universitaires examinent les autres questions avec un esprit naturel et impartial. Récemment, l’orientaliste Montgomery Watt a dit la même chose dans son ouvrage « Qu’est-ce que l’islam ? ».

Nous constatons également qu’à diverses époques et dans différents domaines, cet esprit des croisades refait surface. Son influence est également perceptible dans l’attitude de l’Occident envers Israël l’agresseur et le peuple palestinien victime de l’agression. Elle se manifeste aussi dans l’attitude de l’Occident envers la Lituanie chrétienne et l’Azerbaïdjan musulman de l’Union soviétique.

On en observe également les signes dans les agissements de responsables français, espagnols et italiens. Effrayés par la propagation de la conscience islamique en Algérie, ils mènent des actions délibérées. Cette mentalité de l’Occident se manifeste aussi dans les questions politiques du Soudan du Sud, de l’Érythrée, du Cachemire, des Philippines et dans d’autres dossiers politiques.

Nous avons également observé cette influence dans certaines questions sociales. La plus importante d’entre elles est Salman Rushdie, qui, après avoir changé de façade, a trahi sa propre foi et les membres de son peuple. Cette influence est également manifeste dans la question du hijab en France. Comment un pays peut-il se prétendre la « patrie de la liberté » alors qu’il n’a pas supporté que quelques étudiantes musulmanes observent les prescriptions religieuses vestimentaires par souci de pudeur, pour obtenir l’agrément d’Allah et se préserver de l’Enfer ? Ce pays, réputé être la terre de la liberté et des droits de l’homme, n’a même pas accordé à ces jeunes femmes le droit de rechercher l’agrément d’Allah dans une affaire pourtant strictement personnelle.

Il est regrettable que l’esprit, la vision et les circonstances des croisades soient encore présents à un point dont il est difficile de mesurer l’ampleur. Même la Turquie, ce pays qui, pendant près de trois quarts de siècle, a imité avec zèle l’Occident, versé le sang par l’épée, imposé aux musulmans une laïcité importée de l’Occident et éliminé partout la charia islamique, n’a pas obtenu le soutien de l’Occident lorsqu’elle a demandé à devenir membre du Marché commun européen. Le chancelier de l’Allemagne de l’Ouest, expliquant le rejet de la demande turque, déclara que la Turquie possédait une culture différente de celle de l’Occident. Ils sont les dépositaires de la culture musulmane, tandis que nous sommes les dépositaires des cultures juive et chrétienne.

Malgré tout cela, nous ne pouvons pas désespérer ni perdre espoir à l’égard de l’Occident. Nous ne pouvons pas non plus le délaisser en pensant qu’il ne sera peut-être jamais possible de l’amener au dialogue. Certes, notre civilisation est différente de la leur. Mais le dialogue peut-il exister sans deux parties ? Le dialogue peut donc porter précisément sur la civilisation. Le célèbre penseur Roger Garaudy a évoqué la question de cette manière : non pas un conflit des civilisations, mais un dialogue des civilisations.

Pourquoi, dès lors, ne dialoguerions-nous pas avec l’Occident, alors que le Coran nous exhorte à dialoguer avec ceux qui ont des opinions différentes ? Ainsi, le dialogue a été établi comme un moyen d’appeler à la voie d’Allah.

En outre, le Coran mentionne un dialogue entre Allah, le Tout-Puissant, et Iblis, Sa créature la plus vile. Allah, le Tout-Puissant, n’a pas non plus fermé la porte du dialogue au visage du Satan maudit. Dans la sourate Sad–, versets–71 à 85  , il est relaté : « Souvenez-vous lorsque votre Seigneur dit aux anges : “Je vais créer un être humain à partir d’argile. Lorsque J’aurai achevé sa création et que J’aurai insufflé en lui de Mon esprit, prosternez-vous tous devant lui.” Alors tous les anges se prosternèrent devant Adam, à l’exception d’Iblis. Il s’enorgueillit et devint du nombre des mécréants. Allah dit : “Ô Iblis ! Qu’est-ce qui t’a empêché de te prosterner devant celui que J’ai créé de Mes propres mains ? T’enorgueillis-tu, ou fais-tu partie des êtres élevés en rang ?” Iblis répondit : “Je suis meilleur que lui. Tu m’as créé de feu, tandis que Tu l’as créé d’argile.” Allah dit : “Sors donc d’ici, car tu es assurément banni. Et tu seras assurément sous Ma malédiction jusqu’au Jour de la Résurrection.” Il dit : “Seigneur, accorde-moi un délai jusqu’au jour où les morts seront ressuscités.” Allah dit : “Tu es certes du nombre de ceux qui bénéficient d’un délai, jusqu’au jour du terme fixé.” Il dit : “Par Ta puissance, je les égarerai tous, à l’exception de Tes serviteurs élus.” Allah dit : “La vérité est ceci — et Je ne dis que la vérité — : Je remplirai certainement l’Enfer de toi et de tous ceux d’entre eux qui te suivront.” »

Le dialogue avec l’Occident devrait se dérouler à plusieurs niveaux. Il peut être religieux, intellectuel et politique.

Dialogue religieux

Un dialogue religieux peut être établi entre l’islam et le christianisme autour de différents objectifs. Parmi les plus importants :

1. Affronter les courants de pensée athées et matérialistes. Ces courants s’opposent farouchement à la révélation divine, tournent en dérision la foi en l’invisible, et nient Allah, Ses prophètes et messagers, Son châtiment ainsi que les valeurs morales. Ce dialogue s’attachera également à combattre la promiscuité et la déchéance morale, qui ont presque entièrement détruit les nobles qualités humaines accordées par la révélation.

2. Déterminer les points d’unité entre les deux religions. En expliquant comment s’adresser aux gens du Livre, le Coran donne cette directive : « Nous croyons au Livre qui nous a été révélé et à celui qui vous a été révélé, notre Dieu et votre Dieu est un, et c’est à Lui que nous nous soumettons en musulmans » ((sourate Al-‘Ankabût : 46).)।

3. Ouvrir un nouveau chapitre dans l’établissement de relations plus belles et plus saines, en normalisant les relations hostiles issues des croisades passées et de l’impérialisme actuel, tout en faisant naître un esprit de fraternité, d’humanité et de bienveillance. Il s’agit notamment de mettre fin au soutien apporté par l’Église au camp chrétien dans les conflits qui opposent musulmans et chrétiens. De tels affrontements ont lieu au Soudan du Sud, aux Philippines et dans d’autres régions. L’Église apporte même son soutien aux communistes et aux païens contre les musulmans.

Je sais que de nombreux défenseurs de l’islam se montrent méfiants à l’égard de ce type de dialogue. Ils pensent qu’une main invisible, active dans les coulisses de ce dialogue, l’utilise, poussée par un objectif particulier. Car ils estiment que, dans le dialogue, les musulmans sont incontestablement la partie faible et qu’un adversaire puissant les utilise à leur insu. Ainsi, quiconque participe à un tel dialogue est accusé d’être un imbécile ou un agent.

Je pense que ce type de méfiance est infondé. Dans certains cas, leurs soupçons peuvent être justifiés, mais pas toujours ni dans toutes les situations. Pourquoi perdrions-nous à ce point confiance en nous-mêmes ? Pourquoi nous considérerions-nous comme la partie faible ? Nous sommes forts avec tout ce que nous possédons. Pourquoi penserions-nous que quiconque participe au dialogue a perdu son droit à la foi et s’est soumis à l’autre partie ? En réalité, l’essentiel est que nous engagions le dialogue après nous être assurés que ceux qui nous représenteront s’appuient sur des bases solides, et avec la conviction que le dialogue est préférable à l’affrontement ou à une mentalité de fuite.

En réalité, le dialogue est l’une des principales stratégies de la campagne de propagation que le Messager d’Allah (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui) a inaugurée par les lettres historiques qu’il a adressées à Héraclius, à al-Muqawqis, le principal chrétien d’Égypte, au Négus d’Abyssinie et aux autres souverains des gens du Livre. Il a achevé ces lettres par ce verset : « Ô gens du Livre ! Venez à une parole commune entre nous et vous : que nous n’adorions qu’Allah, que nous ne Lui associions rien et qu’aucun d’entre nous ne prenne pour seigneur quelqu’un d’autre qu’Allah. S’ils se détournent, dis : Soyez témoins que nous sommes musulmans ((Sourate Âl ‘Imrân : 64)।

Récemment, un dialogue de ce type s’est tenu et ses résultats ont été positifs. L’Oustadh Muhammad al-Mubarak — que Dieu lui fasse miséricorde — nous l’a rapporté. Ce dialogue s’est déroulé à Rome, entre la Ligue du monde islamique et une délégation du Vatican. La délégation de la Ligue était dirigée par son secrétaire général, le cheikh Muhammad al-Harqan. Il était accompagné de Ma‘ruf al-Dawalibi et de Muhammad al-Mubarak.

À la suite de ce dialogue, l’image que chaque partie avait de l’autre s’est améliorée, en particulier l’image de l’islam, à l’égard duquel étaient entretenus des sentiments injustes et hostiles. Cela s’est parfois reflété également dans les relations entre musulmans et chrétiens.

Un autre dialogue a eu lieu en Libye entre plusieurs intellectuels musulmans et des membres éminents de l’Église. Le Dr Izz al-Din Ibrahim a indiqué que ses résultats avaient également été bons. Il y avait lui-même participé. J’ai lu l’article qu’il y avait présenté. L’argumentation de cet article était très rationnelle et équilibrée. Il n’y avait aucune trace d’extrémisme ni d’arrogance.

Dialogue intellectuel

Parallèlement au dialogue religieux avec l’Occident, un autre dialogue complémentaire est nécessaire. Il s’agit d’un dialogue entre occidentalistes et orientalistes qui s’intéressent à l’étude de questions relatives à l’islam, au Coran, au Messager, aux croyances religieuses, à l’histoire, à la culture, au savoir, aux peuples, au présent et à l’avenir. Il est particulièrement urgent d’engager le dialogue avec les universitaires qui s’intéressent aux courants intellectuels, aux mouvements modernes de renouveau et aux résurgences contemporaines.

Ce dialogue est nécessaire afin de purifier la pensée, de mieux connaître toutes les perspectives et d’ouvrir la voie à l’amélioration du climat et des relations entre les deux parties. Si un dialogue est possible avec le clergé et les représentants de l’Église — qui portent leurs positions et leurs convictions profondes, entretenues depuis des siècles —, le dialogue avec les orientalistes devrait être d’autant plus facile et bénéfique. Certains pensent toutefois qu’il n’existe aucune différence entre le clergé occidental et les penseurs occidentaux, ni entre les missionnaires et les orientalistes. Selon eux, la différence réside uniquement dans leurs vêtements. Les prêtres portent l’habit des ecclésiastiques, tandis que les occidentalistes et les orientalistes portent celui des universitaires ; en réalité, ils sont les deux faces d’une même médaille.

Mais si la volonté est ferme, les objectifs clairement définis et la voie dégagée, le dialogue ne devrait pas être impossible. Les universités et les forums intellectuels peuvent prendre l’initiative d’un dialogue en réunissant des représentants des deux parties afin d’entreprendre des recherches sur certains sujets déterminés, à l’abri des préjugés et de l’incitation.

Nous devons garder à l’esprit que les orientalistes n’ont pas tous la même attitude à l’égard de l’islam, de la communauté musulmane et du renouveau islamique. De nombreux ouvrages ont été écrits sur les orientalistes, comme le livre d’al-Aqiqi. De nombreux écrits ont également été publiés en réponse à leurs accusations ou pour les défendre. Des articles et des études ont même été consacrés à la classification de ces écrits, comme l’article du Dr Muhammad al-Bahai. Il a intitulé son étude : « Les orientalistes et leurs attitudes envers l’islam ».

Je dois dire que la plupart des orientalistes présentent plusieurs faiblesses communes.

Premièrement, comme les orientalistes ne maîtrisent pas parfaitement la langue arabe, ils ne peuvent pas en saisir pleinement les différentes nuances. Ils trébuchent donc naturellement lorsqu’il s’agit de comprendre les sources islamiques fondamentales, notamment le Coran et la Sunna. Leur compréhension de l’islam et de son message est ainsi vague et incomplète.

Deuxièmement, les orientalistes nourrissent une certaine arrogance à l’égard de l’esprit, de l’homme et de la civilisation occidentale. Ils considèrent l’Occident comme le maître du monde et l’Europe comme la mère de tous les pays. Selon eux, l’histoire a commencé en Occident et c’est là qu’elle s’achèvera.

Troisièmement, ils entreprennent des recherches sur des sujets qui ne se prêtent pas à une vérification objective. En effet, ils estiment que le Coran n’a pas été révélé par Dieu et que Muhammad, que la paix soit sur lui, n’est pas Son Messager. Ainsi, avant même de commencer leurs recherches, ils se forgent une idée, mènent leurs recherches sur cette base et s’efforcent par tous les moyens de prouver leurs propres hypothèses. Ce faisant, ils acceptent des récits provenant de sources faibles, croient au mensonge, font d’une taupinière une montagne, prennent le doute pour une preuve et rejettent tout ce qui contredit leurs hypothèses, même lorsque leurs propres suppositions imaginaires leur donnent elles-mêmes un coup de poing au visage.

Quatrièmement, dans bien des cas, les orientalistes poursuivent leurs recherches conformément aux directives de certains milieux, afin de réaliser des objectifs politiques. Dans la plupart des cas, des sommes considérables sont consacrées à ces travaux de recherche. Ces recherches ne sont donc ni totalement impartiales ni dépourvues d’arrière-pensées.

Malgré cela, le dialogue demeure nécessaire dans de nombreux cas. Il peut être engagé avec des personnes attachées à la liberté de pensée, dont le nombre ne cesse de croître. En effet, beaucoup de gens abandonnent les anciennes mentalités et se laissent influencer par des idées nouvelles.

Lorsque nous prendrons l’initiative d’entamer ce dialogue, nous devrons choisir des orientalistes qui soient relativement impartiaux et souples à l’égard de toutes les nations. Le professeur Jek Berek compte parmi les plus remarquables d’entre eux. Il a été invité à plusieurs reprises à l’Université du Qatar.

Toutefois, à en juger par les ouvrages traduits des orientalistes contemporains, il semble que les orientalistes d’aujourd’hui soient beaucoup plus proches de l’impartialité que ceux d’autrefois et qu’ils se tiennent davantage à distance de l’exagération et de l’extrémisme. En particulier, les musulmans lisent désormais leurs livres, discutent leurs points de vue ou, lorsque ceux-ci leur déplaisent, les réfutent. En revanche, les orientalistes du passé écrivaient pour eux-mêmes, c’est-à-dire les uns pour les autres. C’est pourquoi leurs écrits ressemblaient souvent davantage à des rapports spécialisés qu’à des exposés sur des sujets d’intérêt général.

Politique Dialogue

Après avoir mené à bien le dialogue religieux et intellectuel, le mouvement islamique devra engager un autre dialogue avec l’Occident, avec les décideurs politiques — ces politiciens qui jouent un rôle ouvertement ou en coulisses sur la scène politique.

Je pense que les deux dialogues mentionnés précédemment ouvriront la voie à cet important dialogue. Bien que l’Église se tienne officiellement à l’écart de la politique, elle exerce encore une influence considérable sur les dirigeants des États et tire les ficelles en coulisses dans le domaine de la politique étrangère, notamment pour les questions relatives à l’islam et aux musulmans.

Bien que les orientalistes soient apparemment connus comme des théoriciens, leurs liens avec les services de renseignement, les agences de sécurité nationale et les ministères des Affaires étrangères sont indéniables.

Nombreux sont ceux qui tentent de semer le doute sur toute initiative de dialogue politique avec l’Occident. D’autres citent un ancien poète occidental et disent : « L’Est est l’Est, l’Ouest est l’Ouest, et jamais ils ne se rencontrent » (l’Est reste l’Est, l’Ouest reste l’Ouest, ils ne se rejoignent jamais). Pourtant, nous avons vu l’Occident se rapprocher de l’Inde, du Japon et, tout récemment, de la Chine.

D’autres affirment que l’Occident peut se rapprocher de l’Inde, du Japon, de la Chine, des hindous, des bouddhistes ou des communistes, mais pas des musulmans. À cet égard, ils citent également les propos violemment hostiles à l’islam de missionnaires, d’orientalistes et de politiciens occidentaux.

Il y a aussi des gens qui regardent avec suspicion ceux qui tentent d’établir des contacts ou d’organiser un dialogue avec l’Occident. Ils tiennent toujours prêtes contre les initiateurs de telles démarches des accusations de rébellion, de collaboration, de trahison, etc., afin de les discréditer. Personne ne peut oublier les épreuves qu’a dû subir, pour avoir pris contact avec M. Evans, notre frère fidèle Hassan al-Hudaybi, deuxième Guide général des Frères musulmans. Les dirigeants de la révolution égyptienne étaient au courant de ce contact et l’avaient même approuvé. Mais, en fin de compte, ils l’utilisèrent comme une arme contre Hudaybi. Ils se servirent de ce contact avec Evans pour ternir la réputation de Hudaybi, du mouvement islamique, de ses membres et de ses principes.

Nous devons rester vigilants sur ces questions afin que les ennemis du mouvement ne puissent pas exploiter de tels contacts pour lui nuire. Je dois dire ici qu’une peur et une hostilité anormales à l’égard de l’islam continuent généralement d’influencer le comportement des politiciens occidentaux. Les batailles de Yarmouk et d’Ajnadayn, les croisades ainsi que les conquêtes arabes et ottomanes restent pour eux des cauchemars. Des noms comme Khalid ibn al-Walid, Tariq ibn Ziyad, Saladin Ayyoubi et Muhammad al-Fatih, le conquérant de Constantinople, continuent de troubler leur sommeil.

Mais nous ne devons pas être victimes de la peur engendrée par une telle mentalité anormale. Nous devons briser toutes nos barrières psychologiques et nous débarrasser de toutes les complications mentales, anciennes comme nouvelles.

Bien que l’Europe ait été meurtrie par des siècles de guerres, de conflits et d’effusions de sang, les pays de ce continent s’unissent et deviendront, dans un avenir proche, un seul pays.

Les Américains et les Soviétiques ont mis fin à leurs guerres chaude et froide et comblé le fossé qui les séparait. Alors, pourquoi ne pourrait-il pas y avoir d’entente avec les musulmans ?

La logique de l’Occident à cet égard est bien connue. Il n’existe ni amitié éternelle ni inimitié éternelle. Il n’y a que des intérêts permanents.

Nous ne voyons aucun inconvénient à entamer un dialogue fondé sur le principe de la protection des intérêts mutuels entre eux et nous. Je pense que l’intérêt de l’Occident réside dans le fait d’éviter l’hostilité de centaines de millions de musulmans et de gagner leur confiance, leur amitié et leur respect. En retour, nous chercherons à améliorer notre image aux yeux de l’Occident afin de modifier les conceptions accumulées au fil des siècles à travers de violents affrontements, conceptions qui n’étaient pas exemptes d’exagérations ni de récits imaginaires.

Nous ne nions pas qu’il y ait parmi nous des gens qui, par leurs idées ou leur comportement, ne présentent pas la meilleure image de l’islam. Ils présentent l’islam comme s’il encourageait la violence, le fanatisme, le conflit avec autrui et le mépris de la liberté et des droits humains, en particulier des droits des minorités et des femmes. La situation réelle qui prévaut dans de nombreux pays musulmans a contribué à façonner une telle image, que l’on considère comme le résultat de l’islam et du droit islamique.

De telles illusions dangereuses ne peuvent ni disparaître d’elles-mêmes ni être dissipées du jour au lendemain. Elles ne peuvent être dissipées que par la bonne volonté et un dialogue durable. Un dialogue fondé sur l’ouverture d’esprit et la franchise, et non sur les manœuvres et la tromperie. Certes, on ne peut guère espérer un tel dialogue en politique, mais il n’est pas impossible. Car, de nos jours, rien n’est impossible en politique.

Si nous pouvons convaincre les dirigeants occidentaux et ceux qui exercent une influence en politique que nous avons le droit de vivre selon l’aqîda, les croyances, la charia, les valeurs et les normes morales de l’islam, sans nourrir aucune intention malveillante envers l’Occident ni volonté de lui nuire, nous avancerons considérablement vers l’objectif d’établir, dans nos pays de résidence, la société musulmane que nous souhaitons.

Il ne fait aucun doute que le premier obstacle à la réalisation de cet objectif réside dans nos dirigeants, qui nous maintiennent sous étroite surveillance, contrôlent chacun de nos pas et s’opposent à toute tentative d’établir l’islam comme principe régissant la vie sociale, politique et culturelle.

Il ne fait aucun doute à cet égard que l’Occident puissant et ses dirigeants exercent leur influence sur nos dirigeants et les mettent en garde contre l’islam. Ils inspirent dans leur esprit la peur des islamistes. Par des stratégies directes et indirectes, ainsi que par des discours et des déclarations publics et secrets, ils les rendent méfiants à l’égard du mouvement islamique.

Si l’on parvient donc à expliquer à l’Occident la nécessité de l’avènement de l’islam en tant que force directrice et grande puissance, il sera peut-être également possible d’en convaincre les dirigeants arabes et musulmans. Et ce serait là un grand succès.

Institutions religieuses gouvernementales

Le mouvement islamique doit déployer de grands efforts pour obtenir le soutien des institutions religieuses. Parmi les plus importantes figurent al-Azhar en Égypte, al-Zaytouna en Tunisie, al-Qarawiyyin au Maroc et Deoband dans le sous-continent.

Dans son plan essentiel, le mouvement doit se concentrer sur la réalisation d’un objectif majeur : pénétrer dans les institutions religieuses gouvernementales avec ses propres idées et ses propres ressources humaines, et y exercer son influence. Si le mouvement réussit dans cette entreprise, il obtiendra des résultats importants, notamment les suivants :

Le mouvement pourra éviter les conflits avec les membres de ces institutions qui bénéficient encore du soutien des masses musulmanes. Ces membres, en particulier les serviteurs des dirigeants, ont encore la capacité de ternir l’image du mouvement aux yeux des personnes illettrées ou semi-instruites en formulant diverses accusations, vraies ou fausses.

Ces accusations entravent la progression du mouvement, qui doit consacrer beaucoup de temps à se défendre et à réfuter les accusations mensongères. Ainsi, s’il peut éviter les conflits avec ces gens, le mouvement sera en mesure de poursuivre sans entrave ses efforts contre les véritables ennemis de l’islam, ceux qui veulent éteindre, par le souffle de leur bouche, la lumière de la religion d’Allah.

2. Il sera possible d’entreprendre des réformes dans ces institutions importantes afin qu’elles puissent, grâce à ces réformes, s’acquitter de leur responsabilité fondamentale et indispensable de diffuser les véritables enseignements de l’islam. Ces institutions présenteront l’islam dans son ensemble, sous sa forme véritable et intacte, de manière à libérer les institutions concernées de l’emprise des dirigeants injustes, du communisme et des chrétiens. Elles deviendront ainsi une forteresse imprenable de la da‘wa islamique face aux complots des ennemis de l’islam. Si ces institutions religieuses officielles peuvent être réformées, il en émergera des personnes qui ne se consacreront pas seulement à leurs fonctions officielles, mais aussi au service de la da‘wa et de la religion.

3. Il sera possible d’utiliser les moyens et les ressources de ces institutions religieuses officielles pour diffuser parmi la population une prise de conscience des intérêts essentiels de l’islam et l’influencer. Parmi les intérêts essentiels de l’islam figurent les problèmes des musulmans du monde entier, ainsi que les devoirs des musulmans envers l’idéologie islamique et les territoires musulmans. Il faut y ajouter les activités du mouvement visant à concrétiser le renouveau culturel islamique dans les domaines du savoir, de l’action, de l’éducation et de la formation de personnalités musulmanes.

Il sera également possible d’utiliser les moyens et les ressources des institutions officielles pour faire face au courant pernicieux qui, avec le soutien des hypocrites de l’intérieur et sous l’effet des complots des ennemis de l’islam, tente de s’infiltrer ouvertement et secrètement au sein de l’oumma.

Grâce à une telle coopération et à une telle solidarité entre le mouvement islamique populaire et les institutions officielles, le soutien populaire à la da‘wa islamique et à son noble projet culturel s’élargira davantage.

4. Il sera possible de réfuter les prétextes que certains gouvernements tentent d’invoquer pour écarter les lois islamiques en tant que force directrice de la vie et de la société. Ces gouvernements fondent leur point de vue sur certaines fatwas faibles et trompeuses émises par les responsables de ces institutions religieuses officielles.

Un autre objectif consiste à établir la légitimité des revendications et des efforts du mouvement visant à instaurer un État islamique, un État gouverné par la loi révélée par Allah et qui adopte l’islam comme croyance fondamentale, système de vie et message, afin d’assurer la guidance et le progrès de tous les êtres humains.

L’imam Hassan al-Banna tenait toujours à poursuivre le dialogue avec les savants d’Al-Azhar. Beaucoup d’entre eux étaient ses amis. Un jour, lors d’une conférence tenue à Tanta, où étaient présents de nombreux éminents savants de l’université d’Al-Azhar, j’ai entendu l’imam Hassan al-Banna dire : « Vous, les oulémas, êtes l’armée régulière de l’islam, et nous sommes derrière vous en tant que force de réserve. »

Naturellement, cela ne s’applique pas aux institutions qui ont vendu la religion en échange des plaisirs de ce monde, qui sont devenues les porte-parole des dictateurs et les épées entre les mains des dirigeants tyranniques — des épées utilisées pour frapper les véritables islamistes. Il ne faut ni ignorer ni épargner ces institutions ; il faut au contraire dévoiler leur véritable visage devant la population, afin que celle-ci puisse se tenir en garde contre leurs activités néfastes et savoir qui elles sont.

Nous devons faire la distinction entre ceux qui sont devenus des marionnettes entre les mains des dictateurs et ceux qui détestent les dictateurs, mais n’osent pas leur résister par faiblesse et par peur. En effet, les faibles sont tellement effrayés qu’ils préfèrent garder le silence et craignent même de prononcer des paroles justes. Toutefois, ils ne s’associent pas non plus à des propos injustes. Il convient donc, compte tenu de cette situation anormale, de les aider à surmonter leur faiblesse et leurs peurs.

En Iran, les institutions religieuses ont servi de force motrice à la révolution contre le Shah. Conformément aux directives de l’idéologie ja‘farite et à son exigence d’une allégeance absolue du peuple, la révolution a reçu un immense soutien et une large coopération. En outre, à l’appel des cheikhs et des ayatollahs, le peuple était toujours prêt à sacrifier sa vie et ses biens pour la révolution.

Les fonds volontairement versés par le peuple ont également contribué à cette révolution. Selon le fiqh ja‘farite, le montant de la contribution est le khums, c’est-à-dire un cinquième, calculé sur le revenu total. Ces contributions étaient remises aux savants représentant l’« imam absent ».

Ainsi, les dirigeants religieux d’Iran n’étaient pas à la merci du gouvernement. S’il en avait été autrement, le gouvernement leur aurait versé leurs salaires et leurs allocations, et aurait contrôlé le destin de leurs familles et d’eux-mêmes. Il aurait également détenu le pouvoir de les nommer et de les destituer à sa guise.

Ainsi, l’un des principes indispensables de la réforme des institutions religieuses est que celles-ci jouissent d’une indépendance théorique, administrative et financière, ainsi que de la liberté de récupérer les biens waqf usurpés et de les utiliser dans les secteurs appropriés, afin que les institutions religieuses retrouvent les pouvoirs qui leur sont propres. À propos du secret de l’autorité dont jouissait l’imam Hasan al-Basri, un souverain disait : « Sa religion est notre gouvernement, mais il n’a pas besoin de notre argent. »

Voilà le véritable problème : les dirigeants religieux deviennent des fonctionnaires de l’État, alors que l’État n’a nul besoin de leur religion, tandis qu’eux ont besoin de l’argent de l’État.

La renaissance islamique

Pour établir l’islam dans le monde et faire face à toutes les forces agressives qui s’opposent à la prédication islamique, le mouvement islamique doit s’efforcer d’unir sur une même plateforme tous les groupes islamiques et tous les groupes de renaissance islamique. Ce front devra jouer un rôle actif afin de définir la méthode appropriée du dialogue et de répondre correctement aux points de vue de la partie adverse, de sorte que nous puissions jeter les bases d’une coopération sur les questions qui font consensus entre nous et de la tolérance sur celles qui nous divisent.

L’imam Hassan al-Banna déploya tous ses efforts pour mettre fin aux divergences entre les groupes islamiques d’Égypte et élabora les célèbres vingt points comme programme minimal susceptible de faire l’objet d’un accord.

C’est toujours ce que le mouvement islamique devrait faire pour atteindre ses principaux objectifs. En effet, seule la force collective de tous les groupes œuvrant dans le domaine islamique peut renforcer le mouvement islamique. Je parle ici des groupes islamiques qui militent avec sérieux et dévouement, non de groupes insignifiants ou dévoyés, ni de groupes qui trompent les gens au nom de l’islam.

Tout groupe islamique qui pense être seul capable, à l’heure actuelle, d’instaurer le gouvernement islamique et de faire face aux problèmes intérieurs ainsi qu’aux complots étrangers commettra une grave erreur.

Ce que tous les groupes et mouvements islamiques devraient réellement faire, c’est unir tous leurs efforts afin de constituer une alliance islamique forte et mettre fin à leurs divergences, pour que cette alliance puisse soutenir les alliés de l’islam et résister à ses ennemis.

Ce que je crains le plus, c’est que l’égoïsme porte atteinte à l’esprit de la fraternité islamique. Chaque groupe se met en avant et s’acharne à prouver l’incompétence des autres, au point de concentrer toutes ses activités sur leur destruction au lieu de chercher à faire de son propre groupe une composante forte de l’ensemble de l’alliance.

Je crains également cet esprit d’étroitesse qui s’empare des groupes islamiques et contrôle leur pensée et leur conscience. Il amplifie leurs conflits et leurs affrontements, transforme une taupinière en montagne, élève les questions secondaires au rang de principes fondamentaux et inclut les questions relevant de l’ijtihad parmi les principes fondamentaux de la charia, comme l’a fait l’auteur de l’article intitulé « L’opinion juste sur la contradiction entre l’appartenance au Parlement et le tawhid ».

Pour instaurer un gouvernement islamique fort, capable d’opérer le renouveau religieux de l’oumma et d’améliorer notre vie terrestre, il faut l’initiative commune de tous les groupes et forces islamiques, quelles que soient leurs opinions, leurs orientations ou leurs principes. Parallèlement, il faut associer à cet effort les personnes pieuses et enthousiastes qui n’appartiennent à aucun groupe ni aucune organisation.

Je crois que si le mouvement islamique parvient, pour atteindre cet objectif, à coordonner les efforts de toutes les forces islamiques sur une même scène, où chacun considérera que cet État est son propre État, que ce gouvernement est son propre gouvernement, que sa victoire est leur victoire et que sa défaite est leur défaite, alors le succès du mouvement sera assuré.

 

Sixièmechapitre

Conclusion

Ce qu’ il ne faut pas manquer de dire

Parvenu à la fin de ce livre, je tiens à souligner avec une insistance particulière que le mouvement islamique doit adopter, pour l’avenir, une vision claire aux niveaux régional et international. À la lumière de cette vision, le mouvement devra élaborer des plans clairs et détaillés afin d’atteindre des objectifs précis par des moyens légitimes. De tels plans devront être conçus à partir de conceptions modernes, d’une division en étapes précises et d’un processus théorique. Ces plans devront être souples, faciles à modifier et à mettre en œuvre. L’ensemble des responsabilités devra être réparti équitablement entre les institutions et organismes compétents, sans dépendre d’une quelconque personne. En effet, si la mise en œuvre du plan dépend d’une personne ou de quelques personnes, il ne durera que tant qu’elles resteront actives.

Il faut élaborer le plan sur la base de recherches approfondies, en s’appuyant sur des informations authentiques, des statistiques réelles, des examens détaillés, une analyse scientifique, un point de vue objectif, ainsi que sur toutes les ressources matérielles et humaines disponibles et potentielles, sans sous-évaluer ni exagérer les obstacles psychologiques et matériels, internes et externes. [Pour connaître les caractéristiques du plan en question, lisez mon ‘livre « The Islamic Solution : A Farida and A Necessity ».’। Dans une perspective théorique, cette discussion a été menée.।]

Un tel plan doit être élaboré par une équipe composée de spécialistes qualifiés dans les divers domaines du savoir. Chaque spécialiste y mettra ses compétences, son intelligence et son expérience. Cette équipe peut également recueillir, selon son appréciation, les avis ou les informations de toute autre personne qualifiée.

Avant et après l’élaboration du plan, il est indispensable d’accorder de l’attention à trois aspects : le travail à plein temps, les compétences des spécialistes, ainsi que l’information et la recherche. Nous examinerons en détail ces trois aspects dans la conclusion.

Travail à plein temps

Dans le futur plan du mouvement, il convient absolument d’affecter plusieurs personnes qualifiées à un travail à plein temps dans tous les domaines stratégiques et autres domaines importants, notamment les sciences et le savoir, l’éducation, l’information, les médias, la politique et la planification.

Le mouvement ne doit pas dépendre uniquement du travail de bénévoles à temps partiel. Comme ces personnes doivent consacrer la majeure partie de leur temps à leurs occupations personnelles, on ne peut espérer qu’elles accomplissent de grandes responsabilités avec le peu de temps qu’elles consacrent au mouvement. Il ne faut certes pas sous-estimer les bénévoles qui consacrent, ne serait-ce qu’un peu de leur temps, pour l’amour d’Allah. Au contraire, leur contribution est extrêmement importante et largement fructueuse. En effet, ce sont les bénévoles qui constituent la base en expansion du mouvement. À l’exception de quelques personnes affectées à plein temps aux activités de da‘wa, tous les membres du mouvement travaillent bénévolement et sans salaire.

L’imam Hassan al-Banna continua pendant plusieurs années à travailler comme enseignant tout en demeurant au sein du mouvement, jusqu’à ce que la pression exercée par le travail de da‘wa et le rythme du mouvement l’oblige à consacrer tout son temps et tous ses efforts à l’œuvre du mouvement.

Dans plusieurs pays, de nombreux membres et dirigeants du mouvement ont autrefois été professeurs d’université, hauts fonctionnaires ou hommes d’affaires et commerçants indépendants. Mais le meilleur effort possible est celui d’une personne qui se consacre à plein temps au service du mouvement et à la réalisation de ses objectifs.

Lors du recrutement de travailleurs à plein temps, il faut naturellement veiller à ce que des spécialistes de différents domaines assument les responsabilités. Ils seront complémentaires les uns des autres. Il faut ainsi mettre à profit les compétences de spécialistes dans tous les domaines du travail. On évitera ainsi de délaisser certains domaines pour se spécialiser uniquement dans quelques domaines particuliers. Il n’en résultera aucune dépense ailleurs que dans les domaines appropriés.

L’argent ne devrait pas constituer un problème dans ce domaine. Car dépenser de l’argent à cette fin est l’un des meilleurs moyens d’obtenir l’agrément d’Allah. Les fonds nécessaires peuvent être réunis grâce à la zakat, à la sadaqa, au waqf et à d’autres sources similaires.

Les intérêts tirés des capitaux déposés dans les banques nationales et étrangères peuvent également être dépensés à cette fin. Puisque ces intérêts proviennent d’une source illicite, nous ne devrions pas hésiter à utiliser cet argent. Car ils ne sont illicites que pour le déposant des capitaux. En revanche, les dépenser dans l’intérêt de l’islam est licite. En premier lieu, cet argent peut être consacré aux permanents du mouvement islamique.

Les travailleurs dévoués ne devraient pas rechigner à recevoir un salaire suffisant, égal à celui qui est versé ailleurs pour un travail de même niveau, afin de pouvoir poursuivre avec satisfaction leur activité au sein du mouvement. Ils ne devraient pas non plus être mécontents en raison d’un salaire insuffisant. Un salaire juste ne doit être ni excessivement élevé ni excessivement bas.

Cependant, il est nécessaire, sans aucun favoritisme, d’évaluer les qualités et les caractéristiques requises et de placer la bonne personne au bon poste. La compétence et l’intégrité devraient être les seuls critères de sélection des personnes. À ce propos, il est dit dans le Coran : « Certes, le meilleur de ceux que tu peux employer est celui qui est fort et digne de confiance » (sourate Al-Qasas : 26)।

Compétence des experts

Il faut intensifier les efforts visant à former des experts possédant les compétences nécessaires dans tous les domaines de la vie. Nous vivons aujourd’hui à l’ère de la spécialisation, dont les spécialistes sont véritablement des spécialistes. Nous ne vivons pas à l’époque où des érudits et des personnes de grand talent exprimaient leur opinion dans toutes les branches du savoir et des sciences. L’intelligence seule ne suffit pas, pas plus que la vivacité d’esprit ou le talent.

Il faut disposer de qualifications éducatives spécialisées, capables de suivre l’évolution du temps, de répondre aux besoins et de témoigner d’une excellence dans l’accomplissement de tâches déterminées. Il est rapporté dans un hadith authentique : « Certes, Allah a placé la perfection en toute chose. [D’après An- Nawwâs ibn Sam‘ân, dans Muslim,–il est rapporté ».।]Et Allah aime lorsque l’un d’entre vous accomplit parfaitement une tâche. [Rapporté par la vénérable Aïcha (qu’Allah l’agrée),. dans al- Bayhaqî, où il est rapporté.।]

À notre époque, l’excellence n’est possible que par la spécialisation. Toute démarche entreprise pour parachever une obligation religieuse devient elle-même une obligation.

Prenons, par exemple, les relations publiques et les multiples spécialisations qui s’y rattachent. La rédaction d’un manuscrit est une science ; lui donner la forme d’un scénario en est une autre, tout comme sa mise en scène. De même, y jouer et en assurer la commercialisation sont également des sciences. Ainsi, il est possible d’établir une longue liste de connaissances spécialisées, jusqu’aux niveaux les plus élémentaires.

La réalisation d’émissions radiophoniques constitue un type de travail. La réalisation d’émissions télévisées en constitue un autre. De même, la mise en scène théâtrale et la réalisation cinématographique sont deux choses totalement différentes. Aujourd’hui, le travail dans les médias est un domaine où convergent tous les arts. Il existe de nombreux instituts et établissements universitaires où les étudiants étudient ces disciplines avec compétence, aux niveaux supérieur et postuniversitaire.

L’islamisation de ces branches du savoir ne sera jamais possible si nous ne faisons pas appel à des spécialistes. Eux seuls peuvent constituer une alternative islamique dans ces domaines.

Le mouvement islamique est riche en talents. Cependant, ses ressources humaines talentueuses ne sont pas convenablement affectées aux domaines et aux postes qui leur correspondent. Nous voyons souvent des concentrations de spécialistes dans quelques domaines tels que la médecine, la pharmacologie ou l’ingénierie. En revanche, le nombre de spécialistes liés au mouvement islamique dans les branches rares de la science est très faible.

Cette situation s’applique également aux domaines des sciences humaines et sociales, tels que la psychologie, la sociologie, l’économie, les sciences politiques et les relations publiques. En général, les jeunes méprisent ces matières et s’orientent vers les sciences appliquées. Pourtant, ces sciences sont plus nécessaires à la société et l’influencent davantage. C’est pourquoi les Juifs des États-Unis et d’autres pays y ont établi une domination exclusive et occupé la plupart des postes importants, afin de pouvoir les orienter selon leur volonté et au service de leurs propres intérêts.

De nombreux jeunes brillants, bien qu’ayant les aptitudes et l’intérêt nécessaires pour les sciences humaines et la littérature, sont contraints par la pression sociale d’étudier les sciences appliquées. Pourtant, si leur talent pouvait être employé dans le domaine correspondant à leurs capacités et à leurs intérêts, il serait possible d’obtenir de meilleurs résultats dans ce domaine.

En réalité, malgré l’importance des sciences humaines et la gravité de leur influence, la pénurie de musulmans dans ce domaine est particulièrement flagrante. Même dans le domaine de la littérature, notamment la nouvelle, la critique littéraire, etc., le déficit est considérable. On peut presque dire qu’il n’existe aucun jeune particulièrement brillant dans ce domaine. Certains d’entre eux pratiquent certes la littérature, mais ne bénéficient pas des moyens de promotion nécessaires comme les autres, tandis que les autres, notamment les gauchistes, s’entraident dans ce domaine.

Informations et recherche

À l’époque contemporaine, l’un des besoins les plus urgents du mouvement islamique est de créer une banque de données ou un centre d’information et de recherche capable de répondre aux exigences de la révolution de l’information de notre époque. Des spécialistes qualifiés et formés doivent être employés dans ce centre. À ce propos, Allah, le Très-Haut, nous donne cette orientation : « Nul ne pourra t’informer comme Allah, l’Omniscient » (sourate Fâtir : 14) Il faut également doter ce centre d’équipements ultramodernes et de ressources humaines répondant aux exigences du XXIe siècle.

Les sources et les méthodes de collecte de l’information, ainsi que les moyens de la conserver, de la classer et de la retrouver, sont eux aussi devenus multiples. Avons-nous pris la moindre initiative pour utiliser ces méthodes et ces outils ?

Même en laissant de côté les affaires des autres, qu’ils soient nos ennemis ou nos alliés, nous ne connaissons pas la moitié des informations qui nous concernent. Pourtant, nos ennemis disposent de toutes les informations à notre sujet.

Je me suis rendu à Istanbul avec quelques frères arabes qui travaillaient dans le domaine de la banque islamique. Nous avons rencontré quelques frères originaires de la république turkmène de l’ancienne Union soviétique. Ils nous ont demandé : « Où est aujourd’hui votre aide pour vos frères du Turkménistan et des autres républiques, enfermés derrière le rideau de fer, qui sont désormais capables d’œuvrer et d’agir librement ? Ils ont maintenant besoin de toutes sortes d’aide et de connaissances spécialisées dans les domaines religieux, culturel, éducatif et économique. Où sont cette aide et ces spécialistes ? Qui les aidera ? »

Dès que les effets de la glasnost et de la perestroïka se firent sentir, les autorités religieuses chrétiennes se mirent en activité. Elles disposaient déjà de toutes les informations, données, statistiques et cartes annotées. Elles se mirent donc immédiatement à distribuer la Bible et d’autres ouvrages, et à envoyer des missionnaires partout. Depuis lors, en l’espace de ce court laps de temps, près de 2 000 églises ont été construites sur de nouveaux sites, reconstruites ou réaménagées lorsqu’elles tombaient en ruine. Les églises et leurs fidèles y poursuivent encore cette activité. Où en est donc l’action islamique dans les territoires musulmans ?

Je leur ai demandé : « Que savez-vous de nos frères qui vivent là-bas ? Quel est leur nombre, quels sont leurs pays, leur histoire, leur contexte matériel et culturel, et quels sont leurs besoins ? » J’ai découvert que nous ne disposions que de très peu de connaissances à leur sujet et que nous ne connaissions même pas une institution islamique possédant des informations suffisantes et fiables sur eux, susceptibles d’être utilisées.

Il faut développer le mouvement islamique aux niveaux régional et international selon une orientation adaptée à notre époque. À cette fin, nous devons déployer des efforts considérables et mobiliser toutes les forces des musulmans qui entourent le mouvement afin d’atteindre cet objectif. Gardant cet objectif à l’esprit, prions :

Ô Allah, rends notre journée d’aujourd’hui meilleure qu’hier et fais que demain soit meilleur qu’aujourd’hui. Répands Ta miséricorde sur toutes nos actions. Âmîn !

 

Annexe : Ibn Taymiyya Fatwa

1.. L’injustice et l’oppression, ainsi que les méchants, sont combattus par l’acceptation d’une fonction gouvernementale.

On demanda au cheikh de l’islam Ibn Taymiyya — qu’Allah lui fasse miséricorde — ce qu’il en était d’un homme qui avait accepté une fonction publique et obtenu la responsabilité de plusieurs jagirs, dont les sujets étaient tenus de payer les impôts fixés conformément aux règlements du gouvernement. Cet homme consacrait tous ses efforts à débarrasser les épaules du peuple du fardeau de l’injustice et de l’oppression, considérant que même s’il démissionnait, l’injustice subsisterait, voire deviendrait pire. Si cet homme pouvait alléger le fardeau des sujets en leur remettant la moitié des impôts, puis percevoir l’autre moitié et la dépenser exclusivement pour le bien du peuple, devait-il rester dans sa fonction publique avec l’intention de réduire l’injustice autant que possible, ou devait-il démissionner et remettre son jagir à quelqu’un d’autre, tout en sachant que l’injustice ne disparaîtrait pas et pourrait même s’aggraver à cause de sa démission ? Commettrait-il un péché s’il s’accrochait à sa fonction publique ? Dans le cas contraire, serait-il juste de lui conseiller de conserver son poste ? Qu’est-ce qui serait meilleur pour lui : rester en fonction afin de s’efforcer de faire disparaître l’injustice, ou démissionner et laisser l’injustice se poursuivre et s’aggraver ? Si les sujets souhaitaient qu’il reste au pouvoir parce qu’ils bénéficiaient de la fin de l’oppression qu’ils subissaient, devrait-il rester ?

L’imam Ibn Taymiyya répondit : « Toute louange revient à Allah. Oui, il doit rester au pouvoir s’il est un homme intègre et s’il s’efforce de supprimer autant que possible le fardeau de l’injustice. S’il est préférable qu’il reste plutôt qu’une autre personne, et si le fait que le jagir demeure sous son contrôle est considéré comme plus bénéfique que de le remettre à quelqu’un d’autre, il peut rester dans sa fonction publique et ne commettra pas de péché en agissant ainsi. S’il n’a pas de devoir meilleur que celui-ci, il lui est préférable de rester en fonction plutôt que de la quitter. »

S’il n’y a personne d’autre, il est obligatoire pour une personne de cette nature de conserver cette fonction. En effet, établir la justice par tous les moyens possibles et extirper cette injustice constituent une obligation collective. Quiconque s’en estime capable doit s’en acquitter lorsqu’il n’y a personne d’autre pour le faire. Toutefois, on ne doit pas imposer à celui qui assume cette responsabilité de supprimer une injustice qui échappe à son pouvoir.

On ne doit pas lui demander de faire abolir les impôts imposés par les gouvernants aux sujets du jagir, car cela peut dépasser ses capacités. De plus, les fonds exigés par les gouvernants et leurs représentants ne pourront pas être versés si les impôts ne sont pas collectés. S’il ne satisfait pas à cette demande, ils confieront la responsabilité du jagir à quelqu’un d’autre. Celui-ci continuera alors à commettre des injustices et des oppressions, ou en aggravera l’ampleur. Il vaut donc bien mieux verser une partie des impôts que de laisser les gouvernants en percevoir la totalité. En effet, si cet homme s’efforce d’être aussi juste que possible, il est meilleur que les autres, même s’il satisfait à certaines de leurs demandes afin de protéger les gens contre l’injustice des hommes mauvais. Si cet homme perçoit les impôts auprès des musulmans sans commettre lui-même d’oppression, il sera récompensé ; et, dans la situation susmentionnée, même s’il perçoit ces impôts, il ne sera pas puni. S’il fait tout son possible pour garantir la justice, il ne sera puni ni ici-bas ni dans l’au-delà.

Cet homme est comme le tuteur d’orphelins, le gestionnaire d’un waqf, l’associé dans une affaire commerciale, ou celui qui assume une responsabilité au nom d’autrui ou à sa place. Il est comme celui qui, au nom de ses clients, remet une partie de leur capital à un gouvernant tyrannique lorsque c’est le seul moyen de préserver les intérêts de ces clients. Dans ce cas, il agit correctement et non incorrectement. Ce qu’il verse aux gouvernants est comparable aux taxes foncières et aux taxes sur les ventes que l’on doit payer aux collecteurs d’impôts. En effet, toute personne qui effectue ces transactions dans ces pays, pour elle-même ou pour le compte d’autrui, doit percevoir ces impôts et les remettre aux autorités. Si elle ne les perçoit pas, elle ne pourra pas protéger les intérêts de ceux qui dépendent d’elle sans payer ces impôts. Les intérêts de ces personnes, et même ses propres intérêts, en subiront donc les conséquences.

Beaucoup pensent qu’il ne faut pas laisser se produire une situation de ce genre, afin de ne pas accepter la moindre injustice envers les sujets. Si le peuple adopte cette opinion, l’injustice et la corruption augmenteront certainement. En effet, sa situation sera semblable à celle de voyageurs attaqués par des brigands. Si les voyageurs ne calment pas les brigands en leur donnant une certaine somme d’argent, ceux-ci les tueront et leur voleront tout leur argent et leurs biens. Si quelqu’un dit aux voyageurs qu’il est injuste de donner leur argent aux brigands, cela signifie qu’il leur conseille de ne pas remettre cette petite somme aux voleurs. Mais s’ils suivent ce conseil, ils ne perdront pas seulement cette petite somme : ils perdront tout leur argent et tous leurs biens. Aucun homme doué de raison ne pourrait donner un tel conseil, sans même parler de la religion. Le Tout-Puissant Allah a envoyé Son Messager afin de procurer autant que possible le bien aux hommes, de réprimer les méchants et d’extirper le mal.

Si un homme intègre qui accepte une fonction publique sous l’autorité d’un gouvernant tyrannique peut, en percevant aussi peu d’impôts que possible, préserver la population d’un dommage considérable, tandis qu’en quittant sa fonction il ne pourrait rien faire d’autre et qu’un autre homme viendrait à sa place percevoir la totalité des impôts auprès du peuple sans pouvoir le protéger d’aucun dommage, alors celui qui a accepté cette fonction avec une bonne intention sera récompensé pour son action et ne sera pas puni pour cela, ni ici-bas ni dans l’au-delà.

Ces personnes sont comme le tuteur d’un orphelin et le gestionnaire d’un waqf, qui s’acquittent de leur devoir tout en payant les impôts injustement imposés par le gouvernement. S’ils ne le faisaient pas et abandonnaient leur responsabilité, quelqu’un pourrait les remplacer et accroître l’injustice. Il est donc permis aux personnes intègres de conserver une fonction publique, et elles ne commettent aucun péché en versant ce type d’impôts à un gouvernant tyrannique. Au contraire, rester à leur poste constitue pour elles un devoir qu’elles doivent accomplir.

Ce principe s’applique également au soldat chargé de percevoir l’impôt d’un fief. Même s’il perçoit moins d’impôts auprès de la population, il ne remet pas tout au gouvernement. En effet, il lui est demandé d’acheter avec cet argent des armes, des montures et d’autres équipements. Un soldat bien équipé a également davantage l’occasion de servir les musulmans à la guerre. Si quelqu’un lui dit qu’il n’a aucun droit de percevoir l’impôt et qu’il devrait abandonner ce fief, il parle ainsi par ignorance de la religion. Car, s’il renonce à l’administration de son fief, un homme pourrait le remplacer et accroître l’oppression sans rien faire pour le bien des musulmans. Même la présence d’un soldat turc est préférable à celle de soldats arabes. Car ils sont meilleurs que les autres soldats, soucieux de rendre justice à la population et actifs dans la suppression, autant que possible, de l’injustice et de la tyrannie. Ce soldat est bénéfique aux musulmans. Par conséquent, céder le fief à quelqu’un d’autre à sa place pourrait être moins utile et plus injuste.

Tout fonctionnaire ou employé de ce type, juste et soucieux du bien-être public, sera récompensé pour ses bonnes actions et ne sera pas puni pour n’avoir pu accomplir une bonne action dépassant ses capacités. Ils ne seront donc pas tenus de rendre compte de ce qu’ils collectent et dépensent s’ils ne peuvent rien faire de plus. En effet, s’ils ne percevaient pas l’impôt et ne le dépensaient pas dans l’intérêt public, cela pourrait entraîner un préjudice plus grave. [Shaykh al-Islam Ibn Taymiyya ‘Fatwas’, 3e tome, pages 356–360।]

2. Dans la même situation : conflit du bien et du mal

Dans un chapitre consacré au conflit entre le bien et le mal, le cheikh al-Islam Ibn Taymiyya dit : puisqu’il est établi que le bien apporte des avantages, ne pas accomplir une bonne action est considéré comme une injustice, et l’injustice est nuisible. Même une chose indésirable peut comporter certains avantages. De même, s’il est impossible d’accomplir deux bonnes actions simultanément, il convient de donner la priorité à la meilleure. S’il est impossible d’éviter deux maux, on peut choisir le moindre. Par ailleurs, lorsqu’un bien et un mal doivent nécessairement être acceptés ensemble ou rejetés ensemble, il faut décider de les accepter ou de les rejeter en tenant compte de l’intérêt supérieur. Autrement dit, il faut accepter le bien s’il comporte un avantage plus important, ou accepter le mal si cela permet d’éviter un dommage plus grave.

Le premier type de conflit est celui qui oppose une obligation (wājib) à une action recommandée (mustaḥabb). Par exemple, donner la priorité au remboursement d’une dette sur la ṣadaqa. Ou encore, lorsqu’il faut choisir entre un acte obligatoire (farḍ) pour tous les musulmans et l’accomplissement, par n’importe quel musulman au nom de l’ensemble des musulmans, d’une obligation (farḍ) qui lui incombe, lequel mérite la priorité.

La deuxième catégorie de conflits concerne une situation où il faut donner la priorité aux dépenses destinées à l’épouse et à la famille plutôt qu’aux dépenses du jihād. Ici, le jihād ne relève pas d’une obligation individuelle. De même, l’aide financière aux parents devrait avoir la priorité sur le jihād. À ce propos, il est dit dans un hadith authentique : on demanda au Messager d’Allah, paix et bénédictions sur lui, quelle était l’œuvre la plus méritoire. Il répondit : accomplir la prière à son heure, puis bien traiter ses parents, puis le jihād dans le sentier d’Allah.

Le jihād aura également priorité sur le ḥajj lorsqu’il relève de l’obligation individuelle, bien que le ḥajj soit une œuvre farḍ. De même, entre deux actes licites, il faut déterminer les priorités de la même manière, à la lumière du Coran et de la Sunna.

La récitation du Coran mérite la priorité sur le dhikr d’Allah si, dans les deux cas, le cœur et la langue sont employés de manière égale. La prière aura ensuite priorité sur ces deux actes si le cœur y est pleinement engagé. Sinon, il faut donner la préférence au dhikr plutôt qu’à la récitation du Coran si cette récitation ne s’accompagne pas d’une présence de l’esprit. Cela fait naturellement l’objet d’un exposé approfondi de fiqh.

Le troisième type de conflit est celui qui oppose, par exemple, le fait pour une femme de voyager sans mahram et celui de résider dans le dar al-harb. Ainsi, Hadrat Oumm Koulthoum résida dans le dar al-harb. À ce sujet fut révélé : « Ô vous qui croyez ! Lorsque des femmes musulmanes émigrent vers vous, mettez-les à l’épreuve (Sourate Al-Mumtahana : 10)।

Dans la jurisprudence du jihad, bien qu’il soit interdit de tuer les femmes et les enfants civils, il est permis, si nécessaire, de les tuer lorsqu’ils sont impliqués dans un quelconque combat. Par exemple, en utilisant des armes de type missile ou lors d’opérations nocturnes. La Sunna mentionne à ce sujet le fait de frapper pendant le siège de Taëf et de lancer des pierres au moyen d’armes de type missile. Il est également rapporté que des opérations nocturnes furent menées contre les mécréants vivant dans les pays musulmans. L’objectif de cette règle est de tuer, afin d’éviter la fitna, ceux qui y sont impliqués, et non ceux qu’il n’est pas permis de tuer.

de l’at-tatarrus décrit par les fuqaha[Tatarus celui-là Situation Quand Enemies Leur Eux-mêmes Femme et à l’enfant ou Musulman aux prisonniers de guerre Humain Pente as Utilisation Fait। of Objectif En cours Musulman à la force Attaque de En pause rester Obligé Faire।]La question est également analogue. Le combat contre les graines de rébellion semées par les mécréants est le djihad. Il faut mener cette guerre en acceptant le moindre mal. Ainsi, les fuqahā sont unanimes à dire que, si le dommage causé aux musulmans ne peut être évité qu’en tuant les personnes utilisées comme boucliers, il est permis de les tuer. Il existe toutefois aussi une divergence d’opinions à ce sujet.

Une autre forme de contradiction se présente lorsqu’un musulman, en proie à une faim extrême, doit manger la chair d’un animal mort. Dans ce cas, un acte mauvais peut être le seul moyen de préserver la vie, ce qui constitue un acte bénéfique. Il en va de même lorsqu’on se demande s’il est permis de prendre un médicament nuisible dont les effets néfastes sont supérieurs au bénéfice de la guérison, alors que, bien qu’un autre médicament existe, la guérison qu’il procurerait demeure incertaine. La même question se pose lorsqu’il s’agit de boire de l’alcool à des fins médicinales.

Un mal peut être toléré dans deux cas : si cela permet d’éviter un mal plus grave, qu’il est impossible d’écarter autrement, et si cela permet d’obtenir un bien indispensable, qui ne peut être abandonné ni obtenu autrement. Un intérêt ou un bien peut être abandonné dans deux cas : si sa préservation risque de nuire à un intérêt supérieur, ou si elle fait craindre un préjudice plus étendu. Cette question est liée à l’équilibre religieux.

Le fait d’être dispensé d’une obligation en raison d’un préjudice dans la vie terrestre, ou d’accepter une chose illicite dans l’espoir d’obtenir un bien dans la vie d’ici-bas — comme être dispensé du jeûne en raison d’un voyage, être autorisé, en raison de la maladie, à accomplir pendant le hajj certains actes interdits, ou être dispensé, pour cause de maladie, de certaines conditions essentielles de la prière — relève de la souplesse religieuse et de l’allègement de la rigueur. Les différentes écoles juridiques peuvent diverger sur cette question. En revanche, il ne peut y avoir de raison de diverger dans le cas mentionné précédemment, du moins dans les détails relevant du jugement ordinaire. Ceux-ci doivent également être déterminés à la lumière de la raison. On peut à ce propos citer un proverbe : n’est pas sage celui qui sait dire lequel, du bien et du mal, est préférable ; est sage celui qui sait dire lequel de deux biens est le meilleur et lequel de deux maux est le moins mauvais.

Ainsi, il est pour le peuple une vérité certaine que la pluie est une miséricorde en temps de sécheresse, même si c’est le tyran qui en récolte la plus grande part. Mais en l’absence de pluie, tout le monde subirait un préjudice. Le peuple préfère avoir un dirigeant injuste plutôt que de n’avoir aucun dirigeant. Un sage a dit : il vaut mieux vivre soixante ans sous le règne d’un dirigeant injuste que de passer une seule nuit sans gouvernement.

En outre, on peut tenir un dirigeant responsable des violences et des injustices qu’il a commises, ainsi que des droits des gens qu’il a bafoués. Mais si un dirigeant ou un responsable est incapable de s’acquitter de ses devoirs, tout en se tenant à l’écart de toutes les actions illicites et en s’efforçant de s’abstenir de toute mauvaise action — alors que d’autres commettent délibérément ces actes — il convient de lui confier une charge publique. En effet, une charge publique peut comporter des devoirs qu’il faut accomplir, tels que le jihâd contre l’ennemi, la distribution du fay (biens acquis sans guerre), l’application des hudud (peines capitales) et la garantie de la sécurité. Cette charge doit être pourvue. Sinon, elle sera confiée à quelqu’un qui n’en est pas digne, et ce responsable ne pourra pas l’empêcher. Dans ce cas, ses mesures destinées à s’acquitter de son devoir seront considérées comme inévitables. Le préjudice qu’elles entraînent sera donc acceptable s’il est inférieur au bénéfice de l’accomplissement de ce devoir. De plus, si une charge publique est détenue par une personne malhonnête, et qu’une autre personne accepte cette charge afin de réduire l’injustice et l’oppression, en allégeant la plus grande partie du fardeau et en n’en assumant qu’une moindre part, son acte sera considéré comme meilleur en raison de son intention. Même si, en accomplissant sa tâche, elle commet quelques mauvaises actions pour éviter un mal plus grave, cela sera compté comme une bonne action.

C’est un domaine où l’intention constitue le facteur déterminant. Si un tyran ordonne à une personne de verser une somme déterminée, et qu’un intermédiaire, afin de la préserver de l’injustice, lui extorque une partie de cette somme et la remet au dirigeant cruel, la sauvant ainsi de sa colère, cet intermédiaire aura accompli une bonne action. Mais s’il fait quelque chose pour soutenir le tyran, il commettra une mauvaise action.

Cependant, dans la plupart des cas, on constate une discordance entre l’intention et l’acte. Si l’on agit délibérément dans le but de commettre une injustice ou si l’on abandonne son devoir, il faut considérer que l’intention est mauvaise.

En outre, même si l’exercice d’une charge publique est permis, souhaitable ou indispensable, d’autres considérations peuvent être encore plus indispensables ou souhaitables pour la personne qui y sera nommée. Elle devra parfois, par contrainte, et parfois de son plein gré, donner la priorité au meilleur de deux biens.

L’affaire du prophète Joseph (paix sur lui), qui demanda au roi d’Égypte de lui confier la responsabilité des greniers du pays, relève de cette catégorie. Pourtant, le roi et son peuple étaient mécréants. Le Coran rapporte : Joseph vous était certes venu auparavant avec des signes évidents, mais vous n’avez cessé de douter de ce qu’il vous avait apporté (sourate Al- Mu’’min : 34). Le rôle du prophète Joseph (paix sur lui) durant sa détention est ainsi rapporté dans le Coran : Ô mes deux compagnons de prison ! Des divinités nombreuses et diverses sont-elles meilleures, ou Allah, l’Unique, le Tout-Puissant ? Vous n’adorez, en dehors d’Allah, que quelques noms sans réalité que vous et vos ancêtres avez inventés (sourate Joseph : 39–-40)।

Puisqu’ils étaient mécréants, une méthode et une tradition s’étaient instaurées pour percevoir leurs impôts et les dépenser au profit de la cour royale, de l’armée et des sujets. Cette méthode et cette tradition n’avaient aucun rapport avec les règles et la justice des prophètes et des messagers. Yusuf (paix sur lui) ne pouvait donc pas appliquer tout ce qu’il souhaitait conformément à la loi d’Allah. Mais ce qu’il a pu faire, c’est établir la justice et les œuvres pieuses, et obtenir, grâce à son pouvoir, des avantages pour les croyants de sa famille, ce qu’il n’aurait pu faire autrement. Tout cela relève de la parole d’Allah : Obéissez donc à Allah et craignez-Le autant que vous le pouvez(Sourate at-Taghabun : 16)।

Si deux devoirs se présentent simultanément, mais qu’un seul peut être accompli et qu’il faut choisir le plus important, l’autre ne constitue alors plus un devoir. On ne peut pas qualifier de négligent dans l’accomplissement de ses responsabilités celui qui délaisse cette tâche pour accomplir la plus importante.

De même, si deux actes interdits se présentent, il faut commettre l’acte interdit le moins grave afin d’éviter le plus grave. Dans ce cas, cet acte ne sera en réalité plus considéré comme interdit.

Cependant, si l’on n’accomplit pas l’acte dans l’un ou l’autre cas, le premier sera considéré comme une négligence à l’égard du devoir, et le second comme la commission d’un acte interdit. À ce propos, on dit qu’il existe une excuse pour délaisser un devoir, tandis que l’acte mauvais est commis dans l’intérêt d’un bien supérieur, par nécessité ou pour éviter un préjudice plus grave.

Le domaine des conflits d’intérêts est extrêmement vaste, en particulier lorsque les exemples en sont rares à l’époque de la Sunna et du califat. Les questions conflictuelles prennent alors une ampleur considérable. Plus les exemples traditionnels sont rares, plus le conflit s’étend et devient une cause de désaccord au sein de l’umma. Lorsque le bien et le mal se trouvent pris dans une énigme, une telle confusion apparaît que certains choisissent, croyant qu’elle est bonne, une chose extrêmement mauvaise. D’autres, considérant une chose comme nuisible, en choisissent une autre dont on ne peut espérer le bien recherché. Il y en a toutefois beaucoup qui réfléchissent profondément aux deux options.

Il convient à une personne avisée d’examiner ces questions avec prudence. Comme je l’ai déjà dit, au lieu d’autoriser ou d’interdire catégoriquement certaines choses, elle devra peut-être faire preuve de souplesse dans sa prise de décision sur certaines questions. Il se peut, par exemple, qu’elle doive ordonner une action qui comporte le risque d’un grave préjudice ; toutefois, il ne faut pas ordonner cette action dans le but d’éviter un préjudice moindre. Ainsi, on ne peut livrer un coupable à un tyran qui lui infligerait un châtiment plus sévère que ne le mérite son crime, ni interdire une mauvaise action qui comporte également un aspect bénéfique, lorsque le bien l’emporte sur le mal. En pareil cas, nul ne devrait édicter une interdiction qui obligerait à abandonner ce qu’Allah et Son Messager (s.a.w.) ont prescrit. Les actes prescrits par Allah et Son Messager sont plus bénéfiques que le fait d’éviter ces méfaits. [Cheikh de l’Islam Ibn Taymiyya ‘Fatwa’, 20 e volume, pages 48–à 61।]

Terminologie

Ahl al- dhimmi : Littéralement, population soumise à un pacte de protection. Citoyens non musulmans — notamment juifs, chrétiens et sabéens — vivant sous un gouvernement musulman et bénéficiant, dans un pays musulman, de la sécurité de leurs personnes et de leurs biens en acquittant la jizya.

Ahl al- Kitab : Littéralement, communauté adepte d’un Livre révélé — les juifs et les chrétiens.

Awqaf : fiducie religieuse ou institution de service public.

Dar al- Harb : territoire engagé dans la guerre. Pays où la paix n’a pas été établie entre les musulmans et les mécréants.

Dar al- Islam : État islamique. Territoire où l’islam et le droit islamique sont établis.

Fard : devoir impératif. Acte cultuel obligatoire.

Fatwa :avis juridique islamique.

Fiqh : Au sens littéral, l’esquisse de la connaissance. Au sens terminologique, les dispositions du droit islamique.

Halal et haram : respectivement, les choses licites et illicites en islam.

Hégire : émigration des musulmans vers Médine.

Jâhiliya : période préislamique et coutumes idolâtres de cette époque.

Janâba : impureté qui rend les grandes ablutions obligatoires.

Jihad : lutte dans la voie d’Allah.

Masâlih al-mursala : intérêt public.

Nâfila : nafl, acte de dévotion facultatif.

Ribât : protéger les musulmans contre les mécréants.

Sadaqa : aumône supplémentaire à la zakat.

Tahlil : prononcer la formule « La ilaha illallah ». C’est-à-dire proclamer qu’il n’y a aucune divinité digne d’adoration en dehors d’Allah.

Takbîr : prononcer « Allahu akbar ». C’est-à-dire qu’Allah est le plus grand.

Takfîr : déclarer quelqu’un mécréant.

Tasbîh : prononcer « Subhanallah ». C’est-à-dire qu’Allah est détenteur de toute gloire.

Usul al- fiqh : principes de la jurisprudence.

………. Fin ……….