Contexte de cet ouvrage
Grâce à ma longue expérience au sein du mouvement et de l’organisation islamiques, j’ai profondément compris que, bien que beaucoup comprennent correctement l’islam, ils échouent à satisfaire ses exigences. Après avoir progressé dans le mouvement islamique en appliquant convenablement, avec patience et réflexion, leur conscience et leur raison, certains reculent ensuite. Même après avoir joué un rôle actif pendant un certain temps en tant que membre de la Jamaat-e-Islami, certains deviennent un jour inactifs. Après avoir assumé des responsabilités dirigeantes durant leurs études, certains ne souhaitent plus progresser dans leur vie professionnelle. C’est avec étonnement et tristesse que, constatant tout cela et en recherchant longuement les causes, je suis parvenu à la conclusion que la faiblesse de la foi en est responsable. Il existe une insuffisance considérable de compréhension claire de ce qu’exige la foi, des voies par lesquelles la foi s’affaiblit et des conditions d’une foi solide. Au cours de ces dernières années, cette réalité est devenue encore plus claire chez les hommes, les femmes, les étudiants et les étudiantes actifs dans le mouvement islamique. La question a désormais pris sa forme complète. Je ressens donc le besoin de présenter ce sujet sous la forme d’une brochure. De même qu’un corps faible ne permet pas d’accomplir un travail, une foi faible ne permet pas non plus de satisfaire les exigences de la foi. Ceux qui se réclament de la foi doivent donc y être particulièrement attentifs. Aider à répondre à ce besoin est l’objectif de cet écrit. J’écris avec le grand espoir que, si ceux qui rejoignent un jour le mouvement islamique acquièrent cette compréhension claire de la foi, personne, par la grâce d’Allah, n’échouera à satisfaire ses exigences. Il existe, et il existera, des différences de capacités entre les êtres humains. Si chacun n’est pas faible dans sa foi, il sera capable de jouer un rôle à la mesure de ses capacités. Qu’Allah le Très-Haut réalise cet espoir qui est le mien.
Ghulam Azam
Juin 2002
Une foi solide
Je souhaite examiner ce sujet en le divisant en six points.
1. Que signifie la foi ? Que veut dire croire ? Quelle est la définition de la croyance ? Quel est le rapport entre la croyance et les actes ? Combien de sortes de croyances peut-il y avoir ?
2. Quelle est la nécessité de la croyance dans la vie humaine ?
3. Quels sont les sujets liés à la foi (îmâniyât) en islam ? En quoi une personne doit-elle croire si elle veut embrasser l’islam et devenir musulmane ?
4. Quel rapport s’établit avec Allah lorsqu’on croit en Allah ?
5. Pour quelles raisons la foi s’affaiblit-elle ? Par quelles voies la faiblesse s’introduit-elle dans la foi ?
6. Quelles sont les conditions d’une foi solide ? À quelles conditions la foi devient-elle solide ?
1. Que signifie la foi ?
Îmân est un mot arabe. Son sens simple est la foi. Que faut-il comprendre par foi ? C’est une question extrêmement importante.
Un exemple simple permettra de mieux comprendre la question. Supposons qu’une connaissance vienne me dire : « Frère, prêtez-moi mille takas. Je vous les rendrai dans un mois. »
Je ne sais pas directement s’il rendra l’argent dans un mois. Que vais-je lui dire ? Je ne peux tout de même pas lui dire : « Attendons de voir d’abord si vous le rendrez dans un mois. » Alors, que vais-je lui dire ? Cet homme m’a demandé un prêt : soit je le lui accorderai, soit je refuserai de lui prêter. Comment vais-je décider de lui prêter ou non ? Je n’ai pas de connaissance directe, de « direct knowledge », sur le fait qu’il rendra réellement l’argent. Je suis donc obligé de prendre une décision au moyen d’une connaissance indirecte. D’après ce que je sais de lui, ai-je ou non la conviction qu’il tiendra sa promesse ? Si j’ai confiance en lui et que je pense qu’il rendra l’argent, je lui prêterai. En somme, c’est la foi qui constitue le fondement de cette décision de prêter. Si, au vu de son comportement passé, je n’ai pas confiance en lui et ne pense pas qu’il rendra l’argent, je ne lui prêterai pas. Le fait que je me sois méfié de lui repose lui aussi sur une connaissance indirecte. Si je refuse de lui prêter, il dira certainement : « Vous ne me faites pas confiance ? » Le fait que je me sois méfié de lui est également une forme de foi. C’est-à-dire que je crois qu’il ne rendra pas l’argent. Je ne lui ai donc pas donné d’argent. Comment ai-je su qu’il ne le rendrait pas ? C’est précisément au moyen d’une connaissance indirecte que je suis parvenu à cette conviction.
Alors, quelle définition peut-on donner de la croyance ? Lorsqu’on ne possède pas de connaissance directe sur une question, mais qu’il faut néanmoins prendre une décision à son sujet, il n’y a d’autre solution que de décider au moyen d’une connaissance indirecte ; la décision ainsi prise s’appelle la croyance.
Un grand exemple
Nous n’avons aucune connaissance directe quant à savoir si nous devrons être ressuscités après la mort. Mais il n’est pas non plus possible de rester indifférent à cette question. S’il existe une autre vie après la mort, je dois vivre ici-bas en gardant cela à l’esprit. Si elle n’existe pas, il peut sembler plus facile de vivre sans retenue. Il n’est donc pas possible de garder le silence sur cette question. Il faut soit considérer qu’elle existe, soit supposer qu’elle n’existe pas, et parvenir à une décision ferme.
Comment prendre une décision à ce sujet ? Personne ne revient de l’au-delà. Il n’est pas non plus possible de jeter un coup d’œil depuis ici. L’au-delà est totalement invisible. Dans de nombreuses sourates, le Saint Coran présente des arguments pour croire uniquement à l’au-delà. Grâce à ces connaissances, on peut savoir indirectement que l’au-delà existe assurément.
Nous n’avons pas de connaissance directe de l’au-delà, mais il faut absolument parvenir à une décision à ce sujet. Il n’est pas non plus possible d’éviter la question. Cette décision n’est donc possible qu’au moyen d’une connaissance indirecte. C’est ainsi qu’il faut prendre une décision concernant les choses invisibles. Cette décision même constitue la croyance.
Les trois états de la croyance
Sur la base des deux exemples mentionnés précédemment, la croyance comporte trois états :
1. La croyance positive
ক. Je crois que, si je prête de l’argent à cet homme, je le récupérerai.
খ. Je crois qu’après la mort, il faudra être ressuscité.
২. Croyance négative
ক. Je crois que, si cet homme emprunte de l’argent, il ne le rendra pas.
খ. Je crois qu’il n’y a aucune autre vie après la mort.
৩. Doute
ক. Cet homme peut rendre l’argent comme il peut ne pas le rendre.
খ. Après la mort, il est possible d’être ressuscité comme de ne pas l’être.
Le doute signifie qu’aucune forme de croyance n’est encore née. Ne parvenir à aucune croyance, qu’elle soit positive ou négative, c’est cela, le doute.
La relation entre la croyance et l’action
La relation entre la croyance et l’action est étroite. L’action s’accomplit toujours conformément au type de croyance que l’on a. On n’agit pas à l’opposé de sa croyance. Bien qu’il existe trois types de croyance, il n’existe pas trois types d’action. L’action fondée sur une croyance positive est d’une certaine nature. En revanche, l’action fondée sur une croyance négative et sur le doute est de même nature. Par exemple, si je crois que cet homme rendra l’argent, je lui prêterai de l’argent.
Si je crois qu’il ne le rendra pas, je ne lui prêterai pas d’argent. Même en cas de doute, je ne lui prêterai pas d’argent.
L’action s’accomplit toujours conformément au type de croyance que l’on a. Il y a nécessairement une croyance derrière l’action. Une action ne peut exister sans croyance. On n’agit pas non plus à l’opposé de sa croyance. La croyance et l’action sont extrêmement étroitement liées.
2. Quelle est la nécessité de la croyance dans la vie humaine ?
Les cinq sens sont la source de la connaissance directe. Ils ne permettent d’acquérir qu’une connaissance très limitée. La vie humaine ne peut pas être menée avec cette seule connaissance. En dehors de quelques domaines restreints, l’être humain doit vivre en s’appuyant sur la croyance.
1. Dans mon enfance, ma mère m’a dit qu’un certain homme était mon père. Je l’ai crue. Il n’existe aucune possibilité d’acquérir une connaissance directe à ce sujet.
2. Pour apprendre la langue bengalie, il a fallu apprendre en croyant aux lettres a, â, ka et kha.
3. En cas de maladie, il est impossible de recevoir des soins si l’on ne fait pas confiance au médecin.
4. Si le paysan ne croit pas que la récolte viendra, il ne pourra même pas cultiver la terre.
5. Le juge ne condamne l’accusé que lorsque les témoignages et les preuves font naître en lui la conviction qu’il est coupable ; s’il n’en est pas convaincu ou s’il a des doutes, il ne le condamne pas.
6. La mort peut survenir à tout moment. Pourtant, la vie continue parce que l’être humain croit qu’il vivra encore.
7. Les relations entre les êtres humains reposent précisément sur la confiance. Les relations entre époux, entre frères, les relations d’amitié et les relations commerciales reposent toutes sur la confiance.
En y réfléchissant, on constatera que l’être humain ne peut pas vivre un seul jour sans croire. La croyance encercle toute la vie.
Je ne crois pas sans voir
Il existe des gens à l’esprit étrange qui sont contraints de croire en bien des choses, mais qui, lorsqu’il s’agit de croire en Allah et en l’Au-delà, disent : « Je ne crois pas sans voir. »
Lors de discussions sur la foi solide au cours d’une assemblée de l’Association des étudiants islamiques Shibir, je donne un exemple simple pour démontrer le caractère vain de l’affirmation : « Je ne crois pas sans voir. » Je garde une poignée de clés dans ma main fermée, lève le poing et dis : « J’affirme que j’ai une poignée de clés dans la main ; croyez-vous cela ? » Les garçons répondent : « Oui, nous le croyons. » Je demande à nouveau : « Pourquoi le croyez-vous ? » Ils répondent : « Nous croyons que vous ne mentez pas. Ainsi, puisque vous dites qu’il y a des clés, nous le croyons. »
J’ouvre le poing, leur montre la clé et demande à nouveau : « Croyez-vous que ceci est une clé ? » Certains répondent alors : « Oui, nous le croyons. » Je dis : « C’est précisément lorsque la clé était invisible qu’il fallait croire. Après avoir vu la clé, il n’est plus nécessaire de croire. Ceux qui ont dit croire après l’avoir vue ont gaspillé inutilement leur foi. Lorsqu’on voit, il n’est plus nécessaire de croire. C’est lorsqu’on ne voit pas qu’il faut croire. Ainsi, l’affirmation “Je ne crois pas sans voir” est tout à fait ridicule et irrationnelle. Seuls des ignorants peuvent tenir de tels propos. Même un athée ne pourrait pas dire à sa mère : “Maman, quand j’étais petit, sans comprendre, j’ai accepté tes paroles et cru qu’Untel était mon père ; maintenant, je ne crois plus rien sans voir. Montre-moi donc comment cet homme est mon père.” Il croit cela sans l’avoir vu. Pourtant, lorsqu’il s’agit seulement d’Allah, il ne croit pas sans voir. »
Dans la vie réelle, l’être humain ne peut pas vivre un seul jour sans croire. Il doit s’appuyer sur la foi même pour prendre des décisions dans les moindres domaines. Dans ces conditions, ne pas reconnaître la nécessité de croire en des réalités aussi considérables qu’Allah, la Révélation, le Messager et l’Au-delà n’est pas un signe d’intelligence.
L’étude du savoir commence précisément par la foi
Tout le savoir se trouve exclusivement auprès d’Allah. Lui seul connaît chaque domaine depuis le commencement de la connaissance jusqu’à sa fin. Il est le Commencement, Il est la Fin. Pour étudier quelque domaine que ce soit, il faut d’abord croire en certaines choses. Il faut commencer à apprendre une langue en acceptant sans raisonnement préalable les lettres A, B, C, D ou ক, খ, গ, telles qu’elles sont écrites. Si quelqu’un discute en demandant : « Pourquoi de cette manière ? Quel mal y aurait-il à les écrire autrement ? », il lui sera impossible de commencer à apprendre cette langue.
Pour étudier la géométrie, il faut d’abord croire en certains axiomes, ou vérités évidentes. Il faut, par exemple, croire qu’un point (Pount) n’a ni longueur, ni largeur, ni hauteur, et qu’il existe pourtant. Bien que cela soit tout à fait irrationnel selon les lois de la physique, il est impossible de commencer à apprendre la géométrie sans le croire.
L’étude de la science commence d’abord par une hypothèse (imagination, supposition). On rapporte à propos de Newton, le découvreur de la force de gravitation, qu’alors qu’il était assis dans un verger, une pomme tomba d’un arbre devant lui. Il avait déjà vu tomber des pommes à de nombreuses reprises ; mais ce jour-là, une question lui vint à l’esprit : au-dessus, il y a le vide, et au-dessous aussi. Alors, pourquoi le fruit tomba-t-il vers le bas au lieu de monter vers le haut ? Il acquit la ferme conviction qu’il existait dans la Terre une force qui attirait les objets. C’est ainsi que la recherche scientifique commence sur la base de la foi.
Dans le domaine de la connaissance, ni le commencement ni la fin de quelque sujet que ce soit ne sont à la portée de l’être humain. La recherche de la connaissance commence d’abord par la foi, puis s’arrête après avoir atteint un certain stade. L’être humain n’a pas la capacité de parvenir à la fin de la connaissance.
3. Quels sont les sujets liés à la foi en islam ?
Pour embrasser l’islam et devenir musulman, il faut avoir foi en sept éléments. En islam, la foi désigne la conviction ferme en ces sept éléments.
On les appelle l’īmān mufassal, c’est-à-dire la foi détaillée. Il faut les apprendre en arabe.
امَنْتُ بِاللهِ وَمَلئِكَتِه وَكُتُبِه وَرَسُوْلِه وَالْيَوْمِ الْاخِرِ وَالْقَدْرِ خَيْرِه وَشَرِّه مِنَ اللهِ تَعَالى وَالْبَعْثِ بَعْدَالْمَوْتِ
C’est-à-dire : je crois en Allah, en Ses anges, en Ses Livres, en Ses messagers, au Jour dernier (l’au-delà), au fait que le bien et le mal du destin viennent d’Allah, ainsi qu’à la résurrection après la mort.
Les trois principaux éléments de la foi sont le tawhid, la risālat et l’au-delà. Ces sept éléments sont tous compris dans ces trois catégories. Le tawhid comprend trois éléments : Allah, les anges et le destin. La risālat en comprend deux : les Livres et les messagers. Quant à l’au-delà, il en comprend deux : le Jour dernier et la résurrection après la mort.
Les anges ont été inclus dans le tawhid avec Allah parce que les gens ont des conceptions erronées à leur sujet. On croyait qu’ils étaient les filles d’Allah. Allah a fait savoir que les anges ne sont que Ses serviteurs et Ses agents. Ils ne sont nullement associés à Allah, même dans la moindre de Ses prérogatives. Si l’on adopte cette conception à leur sujet, il n’y a aucun risque de les associer à Allah de quelque manière que ce soit.
Le qadar signifie que le pouvoir ultime en toute chose appartient exclusivement à Allah. Toute décision qu’Il prend concernant une chose constitue le qadar. Tout ce qui survient de bon ou de mauvais dans la vie de l’être humain survient conformément à la décision d’Allah. Aucune autre force n’y intervient. La domination et l’autorité absolues d’Allah relèvent du tawhid.
4. Quelle est la forme concrète de la relation avec Allah ?
Lorsque le serviteur croit en Allah, une relation particulière s’établit entre lui et Allah. Allah Très-Haut a exposé cette relation de trois manières dans la sourate An-Nas.
1. رَبِّ النَّاسLe Seigneur et le Nourricier des hommes. Celui qui pourvoit à tous leurs besoins, les protège et les entretient, entre autres. Quant à l’être humain, il est le mendiant de Sa miséricorde, entièrement gratifié et entretenu par Lui.
2. مَلِكِ النَّاسِLe Roi des hommes. Il est le roi, et les hommes sont Ses sujets. En aucune circonstance, personne ne peut sortir de Son royaume. Les hommes sont soumis aux règles, aux lois et aux prescriptions de Son royaume. Seule la faculté de vouloir et de s’efforcer d’accomplir une bonne ou une mauvaise action a été accordée à l’être humain. Mais il ne lui a été accordé aucun pouvoir d’accomplir effectivement une action. L’accomplissement des actes dépend entièrement d’Allah. Il suffit à l’être humain d’avoir la volonté et de faire l’effort pour recevoir la récompense ou le châtiment de l’acte. Il en recevra la rétribution même si l’acte n’est pas accompli. En dehors de cette faible faculté de vouloir et de s’efforcer, Allah n’a accordé aucun pouvoir à Ses sujets.
3. إِلَٰهِ النَّاسِAllah seul est le Dieu, l’Adoré, le Législateur, le Seigneur et le Maître des hommes. L’être humain n’a pas le droit d’obéir à un ordre qui s’oppose à Son ordre.
Le Messager (paix et bénédictions sur lui) a dit :
Nulle obéissance à une créature n’est permise lorsqu’elle implique de désobéir au Créateur.
Les exigences naturelles de ces relations
Celui qui croit en Allah avec sincérité est capable de satisfaire aux exigences de sa foi.
1. Il reconnaît Allah comme son unique Seigneur. Pour tout ce dont il jouit dans ce monde, il adresse toutes les louanges à Allah seul. Pour toutes les grâces présentes dans son corps, pour les bonnes intentions qui naissent dans son cœur, pour les pensées vertueuses qui lui viennent à l’esprit, pour tout désir d’accomplir de bonnes œuvres qui s’éveille en lui, pour la capacité qui lui est accordée de s’efforcer d’accomplir le bien, et pour tout ce qu’il a la possibilité d’utiliser et dont il peut jouir dans la création d’Allah, il ne remercie qu’Allah. Il incline la tête avec gratitude devant Lui seul et ressent dans son cœur la satisfaction de Sa faveur. Il considère chaque épreuve et chaque malheur comme venant de Lui. Il considère Allah seul comme le Pourvoyeur et Celui qui comble les besoins. Même dans les difficultés les plus éprouvantes, il ne se tourmente pas. En aucune circonstance il ne désespère de son Seigneur. Il croit qu’Allah a placé le bien et la bénédiction dans toute chose pour lui. Il ne compte que sur Lui et trouve dans son cœur la sérénité.
2. Il considère Allah comme l’unique Roi et ne se soucie d’aucune autre puissance. Aucune puissance, si grande soit-elle, ne lui paraît grande. Celui qui est le Roi de tous les rois, il se considère comme un sujet aimé de Lui. Il ne se laisse pas intimider par la domination de qui que ce soit. Il ne ressent pas le moindre besoin de craindre une puissance autre qu’Allah. Il ne pense que personne puisse lui causer le moindre tort. Il est d’un courage absolu et totalement intrépide. Dans ce monde et dans l’au-delà, il considère Allah seul comme son wali, son protecteur bienveillant. En toute circonstance, son cœur éprouve la paix. Il ne juge nécessaire, en aucune situation, de se laisser troubler. Il se considère comme un soldat d’Allah et estime que la plus grande de ses obligations est d’établir et de maintenir le royaume de son Roi. Il nourrit l’ardent désir d’éradiquer tout ce qu’Allah désapprouve. Il aime Allah, Exalté soit-Il, plus que toute autre chose, et n’a pas de désir plus grand que d’obtenir Son agrément. Il éprouve de la fierté à sacrifier sa vie pour satisfaire son Maître. Il considère que consentir tous les efforts possibles, au prix de sa vie et de ses biens, afin de renverser le royaume de Satan et d’établir le royaume d’Allah, est le marchepied vers l’obtention du Paradis.
3. Il croit qu’Allah seul est l’unique Ilah. Il n’est pas le moins du monde disposé à suivre l’ordre de quiconque s’oppose à Son ordre. Il croit fermement que l’unique moyen de réussir dans la vie éphémère de ce monde et dans la vie éternelle de l’au-delà consiste à obéir à Ses commandements et à s’abstenir de ce qu’Il a interdit. Il considère que c’est là l’unique voie permettant d’obtenir la proximité d’Allah. Il ne croit pas qu’il existe une autre solution pour échapper au châtiment de ce monde et obtenir le salut dans l’au-delà.
5. Comment la faiblesse apparaît-elle dans la foi ?
Lorsqu’une personne possède une foi véritable en Allah, il est naturel pour le croyant de satisfaire aux exigences des relations qui se nouent avec Lui. Mais bien qu’il se prétende croyant, celui dont la foi est faible échoue à satisfaire aux exigences de la foi. Il est donc nécessaire que tout croyant comprenne correctement par quelle voie la faiblesse s’introduit dans la foi. Dès que la foi s’affaiblit, la relation avec Allah est rompue. C’est une affaire d’une immense gravité. Une vigilance extrême est nécessaire à ce sujet.
Allah, Exalté soit-Il, a établi dans ce monde des relations d’amour entre nous et de nombreuses choses. Il ne nous a pas non plus permis d’abandonner ces relations. Au contraire, Il a déclaré que ces relations étaient une parure :
زُيِّنَ لِلنَّاسِ حُبُّ الشَّهَوَاتِ مِنَ النِّسَاءِ وَالْبَنِينَ وَالْقَنَاطِيرِ الْمُقَنطَرَةِ مِنَ الذَّهَبِ وَالْفِضَّةِ وَالْخَيْلِ الْمُسَوَّمَةِ وَالْأَنْعَامِ وَالْحَرْثِ ۗ ذَٰلِكَ مَتَاعُ الْحَيَاةِ الدُّنْيَا ۖ وَاللَّهُ عِندَهُ حُسْنُ الْمَآبِ
Pour les hommes, on a rendu très désirables les choses qu’ils aiment : les femmes, les enfants, les monceaux d’or et d’argent, les chevaux de race, le bétail et les terres cultivées. Mais tout cela n’est que la jouissance éphémère de la vie d’ici-bas. En réalité, le meilleur refuge se trouve auprès d’Allah. (Sourate Âl ‘Imrân : 14)
Allah Lui-même a déclaré que la vie des hommes a été embellie par ces objets d’amour. Celui qui abandonne ces attachements pour devenir ascète ou moine sera considéré comme coupable auprès d’Allah. Allah a Lui-même établi, pour les choses du monde auxquelles Il a attaché cet amour, la mesure selon laquelle elles doivent être aimées. Dès qu’on les aime au-delà de cette mesure, la foi s’affaiblit. Allah dit :
قُلْ إِن كَانَ آبَاؤُكُمْ وَأَبْنَاؤُكُمْ وَإِخْوَانُكُمْ وَأَزْوَاجُكُمْ وَعَشِيرَتُكُمْ وَأَمْوَالٌ اقْتَرَفْتُمُوهَا وَتِجَارَةٌ تَخْشَوْنَ كَسَادَهَا وَمَسَاكِنُ تَرْضَوْنَهَا أَحَبَّ إِلَيْكُم مِّنَ اللَّهِ وَرَسُولِهِ وَجِهَادٍ فِي سَبِيلِهِ فَتَرَبَّصُوا حَتَّىٰ يَأْتِيَ اللَّهُ بِأَمْرِهِ ۗ وَاللَّهُ لَا يَهْدِي الْقَوْمَ الْفَاسِقِينَ
(Ô Messager ! Dis-leur 🙂 « Si vos pères, vos fils, vos frères, vos épouses, vos proches, les biens que vous avez acquis, le commerce dont vous craignez le déclin et les demeures que vous aimez vous sont plus chers qu’Allah, Son Messager et le combat dans Son chemin, alors attendez qu’Allah fasse venir Son ordre (la mort). Allah ne guide pas les pervers. » (Sourate At-Tawbah : 24)
Dans ce verset, il a été déterminé en termes très clairs dans quelle mesure on peut aimer les choses aimées de ce monde. Dès qu’on les aime davantage qu’Allah, le Messager et le combat dans le chemin d’Allah, il est prouvé que la foi est faible. Lorsque l’amour de ces huit choses devient supérieur à celui de ces trois éléments, la foi est en danger. Chaque fois que l’amour de ces huit choses se heurte à l’amour d’Allah, du Messager et du combat, l’amour de ces trois éléments n’est pas interdit ; il est au contraire un devoir. La foi restera alors préservée. L’amour de ces huit choses n’est pas interdit ; il est au contraire un devoir. Mais dès que l’amour de ces huit choses dépasse celui de ces trois éléments, il est prouvé que la foi est faible.
Un exemple remarquable éclaire parfaitement cette idée. L’eau est un autre nom de la vie. On le dit parce que la vie ne peut subsister sans eau. Mais l’être humain ne meurt-il pas aussi en se noyant dans l’eau ? Comment peut-on alors appeler l’eau la vie ? En réalité, une certaine quantité d’eau est certes la vie ; au-delà de cette quantité, l’eau devient la mort. De même, lorsque l’amour de ces huit choses est inférieur à l’amour d’Allah, du Messager et du combat, c’est la vie de la foi. Mais dès que l’amour des huit choses dépasse celui de ces trois éléments, c’est la mort de la foi.
Lorsque ces huit objets d’amour deviennent un obstacle à l’accomplissement des devoirs envers Allah, le Messager et le mouvement islamique, ils empêchent de s’acquitter de ces devoirs. Si l’on parvient à lever cet obstacle, c’est-à-dire si, par amour pour ces trois éléments, on peut sacrifier l’amour des huit autres, il sera prouvé que la foi n’est pas faible. Lorsque la foi s’affaiblit, le lien avec Allah est rompu, car on n’a alors plus la force de répondre aux exigences de la foi.
Allah a qualifié les biens et les enfants d’ornement, et les a également qualifiés de fitna —
الْمَالُ وَالْبَنُونَ زِينَةُ الْحَيَاةِ الدُّنْيَا ۖ وَالْبَاقِيَاتُ الصَّالِحَاتُ خَيْرٌ عِندَ رَبِّكَ ثَوَابًا وَخَيْرٌ أَمَلًا
Les biens et les enfants sont l’ornement de la vie d’ici-bas. (Sourate al-Kahf : 46)
إِنَّمَا أَمْوَالُكُمْ وَأَوْلَادُكُمْ فِتْنَةٌ
Certes, vos biens et vos enfants sont une fitna. (Sourate at-Taghâbun : 15)
Si l’équilibre est maintenu dans l’amour de ces huit choses et de ces trois choses, alors les biens et les enfants sont l’ornement de la vie. Mais si l’amour des huit choses devient plus grand, alors les biens et les enfants sont une fitna. Dans la terminologie islamique, on appelle fitna tout ce qui fait obstacle à l’obéissance aux commandements d’Allah. Ses sens littéraux sont notamment : épreuve, malheur, trouble, attirance, désordre, etc.
Dans le premier verset du deuxième ruku de la sourate al-Munâfiqûn, Allah dit :
يَا أَيُّهَا الَّذِينَ آمَنُوا لَا تُلْهِكُمْ أَمْوَالُكُمْ وَلَا أَوْلَادُكُمْ عَن ذِكْرِ اللَّهِ ۚ وَمَن يَفْعَلْ ذَٰلِكَ فَأُولَٰئِكَ هُمُ الْخَاسِرُونَ
Ô vous qui avez cru, écoutez ! Que vos biens et vos enfants ne vous fassent pas oublier Allah. Ne vous laissez pas tellement absorber par l’amour de ces choses que vous en veniez à négliger l’accomplissement des exigences de la foi.
6. Quelles sont les conditions d’une foi solide ?
Les deux principales conditions d’une foi solide sont les suivantes :
1. Une foi exempte de shirk, ou un tawhid pur et sans mélange.
2. Celui qui se réclame de la foi doit désavouer le taghut et le tenir pour mécréant.
Ainsi, celui qui possède une foi solide doit acquérir une compréhension claire du tawhid, du shirk et du taghut.
Le tawhid et le shirk
Le terme totalement opposé au tawhid est le shirk. Le mot tawhid signifie la doctrine de l’unicité absolue. Il est généralement traduit par monothéisme. Cette traduction est erronée. En arabe, le mot wahid signifie « un », tandis que ahad signifie « unique ».
قُلْ هُوَ اللَّهُ أَحَدٌDis : Allah est l’Unique. Après l’un vient le deux, puis le trois, et ainsi de suite ; c’est pourquoi le terme « monothéisme » n’exprime pas le sens véritable. L’Unique signifie Celui qui n’a aucun égal, et même personne à qui Il puisse être comparé.
Pour avoir une conception correcte du tawhid, il faut posséder une connaissance claire du shirk. En effet, le tawhid signifie précisément l’absence de shirk. La définition la plus claire et la plus concise du tawhid est donc une foi exempte de shirk. De même, la définition la plus simple de la lumière est l’absence de ténèbres. Il est donc nécessaire d’examiner le shirk en détail.
Ceux qui nient Allah sont des kafirs. Ceux qui commettent le shirk ne nient pas Allah. Ils croient certes en Allah, mais Lui associent de diverses manières d’autres êtres ou d’autres forces. Ils sont appelés mushrikûn.
Le mot shirk signifie « associer ». Comprendre de quelles manières on associe d’autres êtres à Allah permettra d’avoir une conception claire du shirk et facilitera le fait de s’en préserver.
Je n’ai trouvé aucune discussion comparable à celle que Mawlana Maududi (que Dieu lui fasse miséricorde) a consacrée au shirk dans la note n° 128 de son célèbre tafsir Tafhim al-Qur’an, consacré à la sourate al-An‘am. Le Noble Coran parle du shirk dans des centaines de versets, et des notes figurent également à ces différents endroits. À ma connaissance, la note n° 128 de la sourate al-An‘am en donne l’explication complète. Dans les centaines d’autres notes, l’explication est parfois de 10 %, parfois de 50 %. Si l’on assimile correctement la note n° 128, il ne sera même pas nécessaire de lire les autres notes. C’est cette explication que je présente ici.
Les quatre catégories du shirk
Ceux qui associent à Allah un autre être accomplissent cet acte de quatre manières.
1. Ils associent un autre être à l’Essence d’Allah (Personne).
Par exemple, en attribuant à quelqu’un le statut de fils, de fille ou d’épouse d’Allah. Il est dit dans le Coran :
وَقَالَتِ الْيَهُودُ عُزَيْرٌ ابْنُ اللَّهِ وَقَالَتِ النَّصَارَى الْمَسِيحُ ابْنُ اللَّهِ
Les Juifs disent qu’Uzayr est le fils d’Allah. Et les chrétiens disent que le Messie (paix sur lui) est le fils d’Allah. (Sourate At-Tawbah : 30)
Les chrétiens considèrent Marie (paix sur elle), la mère de Jésus (paix sur lui), comme l’épouse d’Allah.
Le Coran mentionne à de nombreux endroits que les anges étaient considérés comme les filles d’Allah. On croit également que les divinités masculines et féminines appartiennent à la lignée d’Allah. Certains despotes ont prétendu être les descendants du Créateur. C’est ainsi qu’une autre entité est associée à l’Essence d’Allah.
2. Associer quelqu’un aux attributs d’Allah.
Croire que quelqu’un possède des attributs qui sont exclusivement ceux d’Allah est du shirk. Par exemple, la connaissance de l’invisible, c’est-à-dire la connaissance de ce qui est caché. Penser de quelqu’un qu’il sait, voit ou entend toute chose et qu’il est exempt de tout défaut et de toute imperfection.
3. Associer une autre entité au pouvoir d’Allah. Croire que quelqu’un d’autre possède des pouvoirs qui appartiennent exclusivement à Allah est du shirk. Par exemple
a. Le pouvoir de légiférer consiste à déterminer les limites du licite et de l’illicite, du permis et de l’interdit. L’élaboration des lois et des règles régissant la vie humaine relève exclusivement de la compétence d’Allah. Allah possède le pouvoir d’établir les lois qu’Il a données, mais nul autre que Lui n’a le droit d’établir les lois fondamentales.
b. Croire que quelqu’un d’autre qu’Allah a le pouvoir d’apporter ou de causer surnaturellement un bien ou un mal à autrui, de répondre aux besoins, de protéger, de préserver, d’entendre et d’exaucer les invocations, de faire et de défaire le destin, etc.
c. Donner des enfants, infliger des maladies et guérir, accorder la subsistance, envoyer et éloigner les épreuves et les calamités, etc., relèvent exclusivement du pouvoir d’Allah. Nul n’y est associé.
4. Associer quelqu’un d’autre aux droits d’Allah.
Ainsi, se prosterner et s’incliner, manifester vénération et respect en se tenant incliné les mains jointes, sacrifier un animal, adresser avec supplication des invocations dans les épreuves et les calamités, donner quelque chose dans l’espoir d’obtenir miséricorde et faveur, etc., sont exclusivement dus à Allah et relèvent de Son droit.
Craindre publiquement ou secrètement le mécontentement de quelqu’un, invoquer afin de satisfaire un besoin ou d’éloigner une calamité, obéir sans condition, considérer quelque chose comme le critère du vrai et du faux, etc., relèvent exclusivement du droit d’Allah. Croire qu’une autre entité mérite l’un quelconque de ces droits est du shirk. Il a été proclamé à maintes reprises dans le Noble Coran qu’Allah le Très-Haut ne pardonnera pas le péché de shirk. Parmi les quatre types de shirk mentionnés ci-dessus, le premier n’existe pas chez les musulmans. Mais tous les autres types de shirk se retrouvent aussi largement parmi les musulmans. La principale raison en est l’absence de connaissance correcte du shirk.
Exemples de shirk répandu
1. Dans notre pays, des lois imaginées par les hommes sont en vigueur. Si l’on ne s’efforce pas d’établir la loi d’Allah, cela signifie que l’on a accepté intérieurement les lois en vigueur créées par les hommes. Beaucoup ne comprennent pas que considérer ces lois comme légitimes est du shirk. Ceux qui s’efforcent de renverser ces lois illégitimes et d’instaurer la loi d’Allah se sont préservés du shirk.
2. Allah seul est le Maître de la subsistance. Quelle que soit la profession choisie, cette profession n’est pas le Pourvoyeur. Même si cette profession disparaît, Allah est capable d’accorder la subsistance par d’autres moyens.
Un enseignant d’une école, d’un collège ou d’une madrasa joue un rôle actif dans le mouvement islamique. Ces établissements peuvent le dissuader d’accomplir l’œuvre de la religion en le menaçant de lui couper ses moyens de subsistance. Si quelqu’un cesse d’œuvrer à l’établissement de la religion par peur de perdre son emploi, il devient clair qu’il ne considère pas Allah comme l’unique Pourvoyeur. Il considère également son emploi comme un pourvoyeur associé à Allah. C’est ainsi que le polythéisme affaiblit la foi. La foi ne peut devenir solide si elle n’est pas exempte de polythéisme. Celui qui a cessé de lutter dans la voie d’Allah pour préserver son emploi a rompu son lien de foi avec Allah.
Il y a quelques années, un jeune savant religieux de Khulna vint me rencontrer. Il me dit : « J’étais imam dans une mosquée de Khulna. J’exerçais ouvertement mes responsabilités en tant que militant de la Jamaat-e-Islami. Au sein du comité de la mosquée, les disciples du pir de Charmonai étaient largement majoritaires. Ils m’ont informé que, si je ne quittais pas la Jamaat-e-Islami, je devrais renoncer à la fonction d’imam. J’ai quitté mon emploi et je suis parti, car je travaillais consciemment et en connaissance de cause au sein de la Jamaat. »
S’il avait quitté la Jamaat afin de conserver son emploi, cela aurait été du polythéisme et il aurait rompu son lien de foi avec Allah. C’est parce qu’il était exempt de polythéisme qu’il a courageusement quitté son emploi.
On trouve davantage d’exemples du contraire. Deux jeunes enseignants d’une madrasa Dakhil du district de Comilla vinrent me rencontrer. En se présentant, ils dirent : « Tous deux, durant notre vie étudiante, nous étions membres de l’Islami Chhatra Shibir. » Je demandai : « Là où vous enseignez, n’y a-t-il pas d’organisation de la Jamaat-e-Islami ? » Ils répondirent : « Bien sûr que si. » Je dis : « Alors, vous ne m’avez pas dit quelle relation vous entretenez avec la Jamaat. » Ils répondirent : « Le directeur de la madrasa est tellement opposé à la Jamaat que, s’il apprend que nous en sommes membres, il nous renverra de la madrasa. »
Je demandai : « Ne considérez-vous donc pas Allah comme le Pourvoyeur ? » Étonnés, ils voulurent savoir pourquoi je disais cela. Je leur dis : « Vous aussi, pour préserver votre emploi, vous négligez la responsabilité qui vous incombe envers la religion. Cela révèle une faiblesse de la foi. Réfléchissez pour savoir si, par cela, votre lien de foi avec Allah n’a pas été rompu. »
3. Dans notre pays, beaucoup de gens se rendent au mausolée de Hazrat Khwaja Muinuddin Chishti (que la miséricorde d’Allah soit sur lui) à Ajmer et à celui de Hazrat Abdul Qadir Jilani (que la miséricorde d’Allah soit sur lui) à Bagdad, et les invoquent pour obtenir des enfants, être secourus dans les épreuves, être guéris de maladies et réaliser diverses autres aspirations. Ces invocations doivent être adressées uniquement à Allah. Invoquer dans les mausolées des pieux est un polythéisme manifeste. Il n’est pas correct non plus de s’y rendre pour invoquer Allah. S’y rendre pour demander à Allah est dépourvu de sens.
De nombreuses formes de polythéisme liées aux mausolées et aux tombes sont largement répandues parmi la population.
La signification du Taghout
Le mot Taghout signifie celui qui transgresse les limites. Après avoir mentionné Ses attributs souverains dans le Verset du Trône, Allah Très-Haut dit :فَمَن يَكْفُرْ بِالطَّاغُوتِ وَيُؤْمِن بِاللَّهِ فَقَدِ اسْتَمْسَكَ بِالْعُرْوَةِ الْوُثْقَىٰ لَا انفِصَامَ لَهَا ۗ وَاللَّهُ سَمِيعٌ عَلِيمٌ
Ainsi, quiconque rejette le Taghout et croit en Allah s’est certes saisi de l’anse la plus solide, qui ne se rompra jamais. Et Allah entend tout et sait tout. (Sourate Al-Baqara : 256)
Ce qui est dit dans ce verset après la mention des attributs d’Allah Très-Haut revêt une grande importance. Il y est dit que si quelqu’un veut croire en Allah, doté des attributs susmentionnés, il doit d’abord devenir mécréant à l’égard du Taghout. S’il croit en Allah sans être mécréant à l’égard du Taghout, il échouera à réaliser sa prétention de foi sous la pression et la domination du Taghout. La relation qui se crée avec Allah lorsqu’on croit en Lui ne subsiste pas sous la pression du Taghout. En refusant de reconnaître le Taghout, c’est-à-dire en ayant le courage de rejeter sa pression, la relation de foi avec Allah devient si solide qu’elle ne se rompt plus. Dans le verset, cette relation de foi est comparée à une corde ou à un lien.
C’est pourquoi, pour avoir une foi solide, il faut rejeter le Taghout ou devenir mécréant à son égard. Il est donc nécessaire d’avoir une conception claire du Taghout, ou de bien apprendre à le reconnaître.
Comme la lecture du commentaire de Tafhîm al-Qur’an sur le Taghout ne m’avait pas pleinement satisfait, j’interrogeai directement le Maulana Maududi à ce sujet. Voici ce qu’il me répondit :
Allah Très-Haut n’a contraint personne à suivre Ses commandements, pas plus qu’Il ne l’a contraint à leur désobéir. Il a accordé à l’être humain le libre choix d’obéir ou de désobéir. La désobéissance à Allah comporte deux limites. La limite initiale est le fisq, tandis que la limite ultime et finale est le kufr. Celui qui reconnaît certes le commandement d’Allah, mais ne l’applique pas, est un fâsiq. Quant à celui qui ne reconnaît pas le commandement, il est un kâfir. Celui qui transgresse ces deux limites de la désobéissance est un Taghout.
Une personne peut être individuellement fâsiq ou kâfir. Cela relève du libre choix de chacun. La désobéissance à Allah comporte ces deux limites. Celui qui transgresse également ces limites est un Taghout. Que signifie transgresser ces deux limites ? Comment les transgresse-t-on ? Dès qu’on l’aura compris, il sera facile de reconnaître le Taghout.
Celui qui est lui-même pervers et tente de rendre pervers d’autres personnes est un taghut. Il a franchi la première limite de la désobéissance. Celui qui est lui-même mécréant et tente de rendre mécréants les autres est un taghut. Il a franchi la limite ultime de la désobéissance envers Allah.
Il y a ici un point qu’il faut particulièrement comprendre. Allah Tout-Puissant crée chaque être humain séparément, avec une existence qui lui est propre. De même qu’il vient seul au monde, il le quitte seul. Dans l’au-delà, il recevra séparément la rétribution de ses actes.
Il subira seul son châtiment. Il recevra aussi seul sa récompense. Il sera seul responsable de ses actes. C’est pourquoi il a reçu, à titre individuel, la possibilité de désobéir aux commandements d’Allah. Personne n’a reçu le droit de rendre les autres désobéissants envers Allah. Ceux qui franchissent eux-mêmes les limites de la désobéissance, ce sont eux les taghuts.
L’identification du taghut
Pour refuser de reconnaître le taghut, il faut savoir qui sont les taghuts. En recherchant dans le Coran, on en trouve cinq catégories.
1. Le nafs et le hawa. Nafs signifie l’instinct, tandis que hawa signifie les mauvais penchants. L’ensemble des exigences du corps est appelé nafs. Toute exigence mauvaise est appelée hawa.
Le corps n’a aucune notion du bien et du mal. Cette notion appartient à la conscience. La décision du ruh est précisément la conscience. Il faut considérer comme mauvais les exigences du nafs ou du corps. La conscience examine ces exigences et détermine laquelle est bonne ou mauvaise. Il est dit dans le verset 53 de la sourate Yûsuf :إِنَّ النَّفْسَ لَأَمَّارَةٌ بِالسُّوءِCertes, le nafs n’ordonne que le mal. Puisqu’il incite à désobéir à Allah, le nafs est un taghut.
Si quelqu’un veut véritablement devenir un serviteur obéissant d’Allah, il doit nécessairement désavouer le nafs. Si quelqu’un veut posséder un caractère noble, il doit d’abord prendre fermement la décision suivante : je ne suivrai pas les exigences du nafs, non, non, non. Autrement dit : je n’agirai pas contre ma conscience, non, non, non.
Si l’on ne prend pas cette décision, tout en ayant foi en Allah, on restera l’esclave du nafs. Tout en reconnaissant Allah comme l’Ilah, c’est-à-dire Celui qui donne les commandements, on continuera à suivre le nafs ou les passions comme un ilah.
Dans le verset 43 de la sourate Al-Furqân, Allah dit :أَرَأَيْتَ مَنِ اتَّخَذَ إِلَٰهَهُ هَوَاهُ
Il est dit dans le verset 23 de la sourate Al-Jâthiya : أَفَرَأَيْتَ مَنِ اتَّخَذَ إِلَٰهَهُ هَوَاهُSens : « L’as-tu vu, celui qui a pris sa passion pour ilah ? » Dans la traduction du Coran, beaucoup ont traduit tâghût par « Satan ». Puisque Satan incite à désobéir à Allah, il est certes un tâghût. Mais tâghût ne signifie pas Satan. Ceux qui ont traduit tâghût par « Satan » n’en connaissent pas l’identité véritable. Pour ma part, je ne considère pas Satan séparément comme un tâghût, car Satan ne fait insuffler des pensées incitant à la désobéissance qu’en égarant le nafs de l’être humain. Ainsi, Satan est inclus dans le premier type de tâghût. En ce sens, le nafs et Satan peuvent être placés ensemble au premier rang.
2. Les mauvaises coutumes et les superstitions sociales contraires à la Charia sont des tâghût. (Coutumes et traditions)
Allah dit dans la sourate Al-Baqara :وَإِذَا قِيلَ لَهُمُ اتَّبِعُوا مَا أَنزَلَ اللَّهُ قَالُوا بَلْ نَتَّبِعُ مَا أَلْفَيْنَا عَلَيْهِ آبَاءَنَا ۗ
Lorsqu’on leur dit : « Suivez ce qu’Allah a révélé », ils répondent : « Non, nous suivrons ce que nous avons vu nos ancêtres suivre. » (Sourate Al-Baqara : 170)
De nombreuses mauvaises coutumes contraires à la Charia sont répandues dans la société. De nombreuses pratiques contraires à la Charia sont également établies au nom de la religion. Les mauvaises coutumes sont particulièrement répandues dans les mariages. Elles sont extrêmement puissantes. Lorsque l’on tente de les rejeter, on se heurte à d’immenses obstacles. Elles sont plus puissantes que la loi elle-même. Pour mettre une loi en vigueur, il faut une agence chargée de son application (Law Enforcement Agency). Les mauvaises coutumes se maintiennent par leur propre force. Même après avoir adopté une loi, il n’est pas facile de les éliminer. C’est pourquoi les superstitions sociales sont elles aussi des tâghût. Si l’on ne refuse pas de les suivre, on ne peut satisfaire aux exigences de la foi. Elles sont contraires aux commandements d’Allah. Les suivre revient à désobéir à Allah.
4. Le pouvoir gouvernant est également un tâghût. Par pouvoir gouvernant, on n’entend pas seulement le gouvernement. Dans le ménage, le mari est aussi un pouvoir gouvernant. Dans la famille, le père détient le pouvoir de gouverner. Le dirigeant d’une institution exerce également un pouvoir gouvernant. Celui qui a la possibilité d’exercer une autorité sur certaines personnes détient un pouvoir gouvernant. Dans un pays, le gouvernement est le pouvoir gouvernant le plus puissant. Dans le Coran, Pharaon et Nemrod sont qualifiés de tâghût en tant que pouvoirs gouvernants. Lorsqu’Allah ordonna à Moïse (paix sur lui) de se rendre auprès de Pharaon, Il le désigna également, dans les termes employés, comme un transgresseur des limites.
اذْهَبْ إِلَىٰ فِرْعَوْنَ إِنَّهُ طَغَىٰ
Ô Moïse, va auprès de Pharaon. Certes, il a outrepassé les limites. Sourate Tâ-Hâ : 24
Le pouvoir dirigeant peut, par la force, imposer à ses subordonnés des règles contraires à la loi d’Allah. Il peut les contraindre à désobéir à Allah. C’est pourquoi ces pouvoirs sont des taghout. La foi en Allah exige de refuser de désobéir à Allah. Si l’on ne le fait pas, cela révèle une faiblesse dans la foi.
5. Le pouvoir qui menace de couper les moyens de subsistance et le taghout. Ce taghout relève du pouvoir dirigeant. Ceux qui ont le pouvoir de priver quelqu’un de ses moyens de subsistance en le renvoyant de son emploi sont certes un pouvoir dirigeant. Pourtant, il mérite d’être considéré comme un taghout distinct. Le pouvoir dirigeant peut infliger injustement diverses sortes de châtiments et causer des préjudices de différentes manières. Mais puisque le renvoi de l’emploi constitue un châtiment d’une injustice extrême, le pouvoir qui menace de couper les moyens de subsistance a été considéré séparément du pouvoir dirigeant. Puisque ce pouvoir peut être utilisé pour contraindre les subordonnés à désobéir à Allah, il est lui aussi un taghout.
6. Le pouvoir qui exige une obéissance aveugle est également un taghout. Il existe dans la société certaines personnes capables d’exercer une influence morale afin que les autres leur obéissent aveuglément. Elles exigent que leurs paroles soient suivies sans justification. Elles exigent qu’on leur obéisse sans poser de questions. Elles revendiquent le droit de faire exécuter leurs ordres sans la moindre contestation.
Pourtant, nul autre qu’Allah et le Messager n’a le droit de formuler une telle exigence. Puisqu’Allah est infaillible et que le Messager, guidé par la révélation d’Allah, est lui aussi infaillible, il faut obéir à ces deux êtres sans hésitation et de manière inconditionnelle.
En dehors d’eux, nul n’a le droit d’exiger une obéissance de cette nature. Ceux qui formulent une telle exigence sont donc eux aussi des taghout. Dans le verset 31 de la sourate At-Tawba, Allah dit :اتَّخَذُوا أَحْبَارَهُمْ وَرُهْبَانَهُمْ أَرْبَابًا مِّن دُونِ اللَّهِ
Ils ont pris leurs oulémas et leurs pirs pour seigneurs à la place d’Allah.
Dans le hadith, le sens en est donné ainsi : on les a suivis aveuglément. On accepte aveuglément toute décision qu’ils prennent au sujet du licite et de l’illicite. Les forces qui exigent une obéissance aveugle existent aussi bien dans le domaine religieux que dans le domaine politique. Même si la décision du parti, du dirigeant ou de la dirigeante paraît déraisonnable, il faut s’y conformer aveuglément ; par crainte d’être expulsé du parti en cas de refus, on se sent obligé de l’accepter. De telles forces sont donc également des taghout. Leur vouer une obéissance aveugle peut faire obstacle au chemin du dîn. Ainsi, un pîr dit un jour à ses mourîdes : « Vous ne lirez pas les livres de Mawlana Maududi. » Ceux qui, par obéissance aveugle envers le pîr, ne lurent pas ces livres échouèrent à reconnaître le chemin de l’établissement du dîn. J’avais donné les livres de Mawlana Maududi à quelques-uns de mes amis proches de la Tabligh Jamaat. Une semaine plus tard, j’allai leur apporter d’autres livres et demandai qu’on me rende ceux que j’avais précédemment prêtés. Ils me les rendirent et ne voulurent plus accepter aucun autre livre. Je leur demandai s’ils avaient lu les livres. Ils répondirent que les anciens leur avaient interdit de les lire. Je leur demandai pourquoi ils avaient interrogé les anciens. D’après leur réponse, je compris qu’ils leur avaient interdit de les lire en prétendant que c’était précisément en lisant ces livres que j’avais été égaré. Je leur dis : « Si la lecture d’un livre quelconque risque de détruire la foi, comment préserverez-vous une foi aussi faible ? »
J’en fus profondément attristé. Ceux à qui j’avais donné ces livres étaient mes collègues et mes amis proches au sein de la Tabligh Jamaat. L’un d’eux avait même été recruté par moi. Je ressentis de la peine pour eux, car, tombés dans les griffes des taghout, ils n’avaient pas eu la possibilité de reconnaître le chemin de l’établissement du dîn. Cette longue discussion a permis d’acquérir une compréhension claire des cinq sortes de taghout. C’est pourquoi il est extrêmement important de rejeter les taghout afin d’avoir une foi solide. Dans le verset 36 de la sourate An-Nahl, Allah dit : « Nous avons envoyé à chaque communauté un messager [avec cet ordre] : Adorez Allah seul et éloignez-vous des taghout. »
On dit que Nimrod et Pharaon revendiquaient la divinité. Ils ne prétendaient pourtant pas avoir créé les cieux et la terre. Ils avaient réduit les gens à l’esclavage de leurs ordres. En empêchant les gens de devenir les serviteurs d’Allah, ils les contraignaient à devenir leurs serviteurs. C’est en ce sens qu’on dit d’eux qu’ils revendiquaient la divinité. Dans la terminologie moderne, ils n’étaient que des adeptes de la laïcité. Le rôle du taghout consiste précisément à détourner les gens de la servitude envers Allah et à les contraindre à le servir. Ceux qui désirent être les serviteurs d’Allah doivent donc consciemment éviter toutes les forces taghoutiennes et s’en préserver.
La kalima tayyiba, opposée aux taghout
La kalima tayyiba لَا اِلَهَ اِلاَّ اللهُa pour sens fondamental qu’Allah est l’unique Ilah et qu’il n’existe aucun autre Ilah. Pour exprimer cette idée, واحد اِلَهَ اللهil aurait suffi de dire « Allah est un Ilah unique ». Pourtant, on commence par لَاPourquoi commence-t-on par là ? لَاCela signifie « il n’y a pas ». Pourquoi commencer par « il n’y a pas » ? Dans la société humaine, il existe de nombreux maîtres qui donnent des ordres. Ils règnent sur les esprits humains. Les êtres humains obéissent à leurs ordres, soit par contrainte, soit par convoitise. Ces maîtres qui donnent des ordres, ces Ilah, sont en réalité des taghout. Ainsi, tous ceux qui veulent accepter la kalima tayyiba doivent rejeter les taghout avant même de croire au Très-Haut. Il est ainsi démontré que, dans le verset 256 de la sourate Al-Baqara, la formulation فَمَن يَكْفُرْ بِالطَّاغُوتِ وَيُؤْمِن بِاللَّهِa été énoncée commence elle aussi par le rejet. Dans ce verset, il est demandé de renier les taghout avant même de croire en Allah. Après avoir proclamé le rejet des taghout par Allah, اِلاَّ اللهُon proclame sa foi en Allah. Cela est extrêmement significatif. Ceux qui connaissent l’identité des taghout
ne comprennent même pas qui est rejeté par « Il n’y a pas d’Ilah ». Sans comprendre, ils récitent la kalima comme des perroquets et continuent à servir les taghout.
Un exemple simple
Pour semer du riz dans un champ, il faut d’abord débarrasser le champ des mauvaises herbes. Si l’on y jette le riz sans enlever les mauvaises herbes, il ne sera même pas question d’obtenir une récolte : on ne récupérera même pas le riz semence. De même qu’un terrain agricole ne reste pas vide, le terrain de l’esprit humain ne reste pas vide non plus. Les taghout occupent de la même manière l’esprit humain. Pour y semer la graine de la foi, il faut chasser de l’esprit tous les taghout. Sinon, le terrain de l’esprit ne pourra même pas servir à semer la graine de la foi.
L’essentiel concernant le ṭāghūt
Allah Très-Haut a créé les hommes et les djinns afin qu’ils L’adorent. Allah déclare dans le verset 56 de la sourate Adh-Dhâriyât :وَمَا خَلَقْتُ الْجِنَّ وَالْإِنسَ إِلَّا لِيَعْبُدُونِ
« Je n’ai créé les djinns et les hommes que pour qu’ils M’adorent. »
L’un des sens de cette parole est qu’Allah ne les a créés que pour qu’ils L’adorent, et non pour qu’ils adorent qui que ce soit d’autre. Ainsi, ceux qui adorent une créature au lieu d’adorer Allah s’abaissent eux-mêmes, perdent leur dignité d’êtres humains et sont considérés comme des animaux.
Un autre sens de cette parole est que ceux qui, au lieu de se limiter à adorer Allah, tentent abusivement de s’ériger en maîtres deviennent des ṭāghūt. Ils font des serviteurs d’Allah leurs propres serviteurs. En établissant leur domination sur les serviteurs d’Allah en tant que pouvoir de gouverner, pouvoir de menacer de priver de subsistance et pouvoir exigeant une obéissance aveugle, ils deviennent des transgresseurs invétérés.
Ces forces détournent les hommes de l’adoration d’Allah et les contraignent à les servir. Pour adorer Allah, il faut donc avoir le courage de refuser de se soumettre à ces forces. Ceux qui n’ont pas ce courage, même s’ils prétendent avoir foi en Allah, continueront à être vaincus à chaque étape par le ṭāghūt.
Dès le premier verset de la sourate Al-‘Ankabût, Allah Très-Haut dit :أَحَسِبَ النَّاسُ أَن يُتْرَكُوا أَن يَقُولُوا آمَنَّا وَهُمْ لَا يُفْتَنُونَ
« Les hommes pensent-ils qu’il leur suffira de dire : “Nous avons foi en Allah”, pour qu’ils soient laissés sans être éprouvés ?
L’épreuve de la foi survient par l’intermédiaire du taghout. Si l’on n’est pas résolu à désobéir au taghout, on échouera forcément à l’épreuve.
Les bienfaits d’une foi solide
Il a déjà été dit que la foi est la décision de croire en Allah, de Le reconnaître comme Roi et Divinité, et de s’y conformer. Pour vivre conformément à cette décision, il faut satisfaire aux exigences de la foi. Pour satisfaire aux exigences de la foi, il ne faut pas laisser la foi s’affaiblir. Il ne suffit pas de préserver la foi de toute faiblesse ; pour la rendre extrêmement solide, il faut remplir ces deux conditions.
Celui qui possède une foi solide
1. Il n’éprouve aucun doute ni aucune hésitation concernant la religion. En toutes circonstances, il jouit de la paix intérieure et ressent de la satisfaction. Cette paix et cette satisfaction sont des bienfaits paradisiaques sans pareils.
2. Le désir ardent de réussir dans la vie éternelle de l’au-delà s’empare tellement de son cœur qu’il ne se laisse pas égarer, même par l’attrait d’un grand intérêt mondain.
3. Conscient qu’Allah est toujours avec lui, il ne se laisse pas bouleverser ni accabler par les peines, les souffrances, les épreuves, les calamités, la maladie ou le chagrin, et il obtient le bienfait du tawakkul envers Allah et de la patience.
4. Il est libéré de toute peur, y compris de la peur de la mort, à l’exception de la crainte d’Allah. Il considère la mort comme une grande occasion de rencontrer Allah et ne souhaite rien d’autre qu’une mort en martyr.
5. Malgré l’attrait des choses de ce monde dont Allah a prescrit l’amour, il acquiert la capacité d’accorder la priorité à Allah, au Messager (paix et bénédictions d’Allah sur lui) et au jihâd fî sabîlillâh.
6. Il devient capable de satisfaire aux exigences du tawhîd en préservant la foi de toute forme de shirk.
7. Il possède le courage de renier toutes les formes de tâghût et éprouve une satisfaction en accomplissant les exigences de la foi.
La connaissance authentique
Que signifie l’‘ilm ?
Le sens lexical du mot ‘ilm est la connaissance. Bien que le Coran et les hadiths emploient parfois ce mot dans ce sens général, dans la terminologie islamique, l’‘ilm désigne la connaissance reçue par l’intermédiaire de la révélation. Le Messager (paix et bénédictions d’Allah sur lui) a dit qu’il est obligatoire de rechercher l’‘ilm. Si cela signifiait ici que toutes les connaissances sont obligatoires, même le Prophète ne pourrait s’acquitter de cette obligation.
L’‘ilm désigne ce qu’il faut connaître. Aucun être vivant ne peut vivre sans connaissance. Les animaux, les oiseaux et les insectes ont eux aussi besoin de connaissances. L’oiseau doit savoir voler. Le canard doit savoir nager. L’abeille a besoin de savoir recueillir le miel des fleurs. Tout être vivant doit manger pour survivre. La nourriture n’est pas la même pour tous. Il faut nécessairement savoir quelle est la nourriture de chacun.
Tout être vivant a besoin de son propre habitat. L’oiseau sait construire son nid dans un arbre. Le renard creuse un terrier dans le sol pour s’y installer. S’il ne savait pas organiser ainsi son habitat, il ne pourrait pas le faire.
D’où vient le savoir ?
Celui qui a créé tous les êtres vivants est l’unique source du savoir. À l’exception de l’être humain, aucun être vivant n’a besoin d’une éducation formelle. Ils n’ont pas besoin d’écoles ni de collèges pour acquérir le savoir. Allah le Très-Haut leur accorde, dès leur création, le savoir nécessaire à chacun d’eux. Le Coran mentionne que c’est Lui qui a enseigné à l’abeille l’art merveilleux de construire sa ruche, et Il a indiqué que cet enseignement lui a été donné par la révélation.
Le savoir reçu d’Allah est appelé révélation. Le sens littéral de la révélation est : signe, indication, donnée en secret, etc. Celui à qui vient la révélation la reçoit sans aucun effort de sa part. Le Créateur la lui accorde secrètement. Il enseigne secrètement au caneton à nager. Celui-ci reçoit cet enseignement sans le moindre effort.
Pourquoi l’être humain a-t-il besoin d’une éducation formelle ?
L’être humain n’est pas comme les autres êtres vivants. Allah le Très-Haut a accordé à l’être humain l’honneur d’être la meilleure des créatures (Ashraful Makhluqat). Tous les êtres vivants sont entièrement corporels, mais l’être humain ne l’est pas. Le corps humain n’est pas l’être humain véritable. Le corps humain est certes un animal. L’être humain véritable est appelé « Rûh » dans le langage du Coran. Le corps humain est constitué de matière. Le corps humain est formé des éléments matériels contenus dans tout ce que l’être humain mange et boit. C’est pourquoi ces aliments et ces boissons sont compatibles avec le corps humain. Le corps n’acceptera aucun autre élément. Si l’on consomme du poison, le corps mourra nécessairement.
Le « Rûh » n’est pas une entité matérielle. Ce que nous entendons par conscience est le « Rûh ». C’est une entité morale. La conscience du bien et du mal, voilà ce qu’est le Rûh. C’est lui qui constitue l’être humain véritable. Le Coran proclame que l’ensemble de la création a été créé pour l’être humain. Le corps lui a été donné précisément afin qu’il puisse utiliser toute la création.
Allah le Très-Haut a établi pour chaque créature des règles adaptées à sa nature et les a Lui-même mises en application à son égard. Il a également établi des règles pour le corps humain et les a Lui-même mises en application. Ces règles n’ont pas été transmises par l’intermédiaire d’un prophète. Quant aux règles transmises par l’intermédiaire des prophètes, Allah ne les met pas Lui-même en application. S’Il avait décidé de les mettre Lui-même en application, Il ne les aurait pas transmises par l’intermédiaire d’un prophète. La responsabilité de mettre en application les règles envoyées par Allah au prophète par révélation a été confiée au prophète ainsi qu’à ceux qui croient en lui. La règle appartient nécessairement à Allah. La responsabilité de mettre cette règle en application en tant que représentant (khalîfa) d’Allah constitue précisément la responsabilité du califat. Pour s’acquitter de cette responsabilité, l’être humain doit mobiliser sa volonté et déployer des efforts. Il n’a pas d’autre choix que d’accomplir cette tâche consciemment. Les autres êtres vivants mènent leur vie sans planification, inconsciemment et selon des habitudes répétitives. Allah le Très-Haut les dirige Lui-même de cette manière. Ils n’en ont aucune conscience.
L’être humain a reçu la responsabilité de diriger consciemment et par l’exercice de sa volonté, de manière soigneusement planifiée, son être corporel, et de mettre en œuvre les règles données par Allah en utilisant la création. Cette responsabilité est précisément celle du califat d’Allah. Il doit acquérir délibérément, par ses efforts, l’aptitude à s’acquitter de cette responsabilité. C’est pourquoi, dans ce monde, il faut organiser consciemment une éducation formelle afin que l’être humain acquière des qualités morales. Les qualités nécessaires aux autres animaux apparaissent spontanément en eux ; il ne peut en être ainsi pour l’être humain.
La connaissance, c’est la force
J’ai lu cette phrase dans les manuels scolaires dès mes années d’école. Mais je n’en comprenais pas encore bien le sens profond. C’est par la force de la connaissance que l’être humain peut maîtriser des créatures puissantes et imposantes, voire des animaux féroces. C’est également par la force de la connaissance que l’être humain exerce son autorité sur ses semblables. Sous la direction du Messager (paix et bénédictions d’Allah sur lui), ils assumèrent leurs responsabilités et, tant qu’ils demeurèrent supérieurs dans les autres domaines du savoir en plus de l’enseignement islamique, ils furent capables de diriger l’humanité. Bien que la nation musulmane ait pris du retard du point de vue de l’idéal islamique, elle avait réussi à conserver pendant plusieurs centaines d’années une position dominante dans le monde grâce à sa supériorité dans les sciences et le savoir. Mais lorsque la nation musulmane fit du pouvoir d’État un moyen de jouissance, et que ses élèves en matière de sciences, de savoir et de technologie la dépassèrent, ainsi que les musulmans d’Occident, ils s’emparèrent des pays musulmans précisément grâce à la supériorité de leur savoir. Aujourd’hui encore, leur leadership dans le monde se maintient grâce à cette force de la connaissance.
La puissance du savoir révélé
Allah Tout-Puissant est la source de toute force. C’est pourquoi Il a accordé au savoir révélé la primauté sur les autres savoirs. À l’époque des Compagnons, l’application concrète du savoir révélé contraignit les empires romain et perse, qui étaient alors supérieurs dans les autres domaines du savoir, à se soumettre à la direction de la nation musulmane. La nation musulmane acquit la force de tous les savoirs terrestres et accéda à la dignité de diriger l’humanité. Aujourd’hui encore, si la nation musulmane s’acquitte convenablement de la responsabilité de faire triompher le savoir révélé dans la société humaine, elle peut, comme par le passé, recouvrer la dignité de diriger l’humanité en avançant vers la reconquête de la puissance étatique. Dans son ouvrage intitulé Les fondements moraux du mouvement islamique, Maulana Maududi a démontré, par des arguments solides et des exemples concrets, que lorsque la morale islamique s’allie aux qualités humaines fondamentales, ceux qui ne possèdent que des qualités humaines sont contraints de subir la défaite face aux musulmans, malgré tout leur savoir, leurs sciences et leur technologie.
Allah maintient assurément la supériorité du savoir révélé. Mais, en négligeant leur responsabilité de faire triompher le savoir révélé, la nation musulmane échouera à acquérir la supériorité dans les autres savoirs terrestres. Car elle sera privée de l’aide d’Allah dans ce domaine. C’est parce qu’ils sont reconnus coupables du crime de négligence envers leur responsabilité qu’ils sont considérés comme inaptes à diriger.
Quelles sont les sources du savoir ?
Les sources du savoir sont au nombre de quatre. À savoir :
1. Les sens : à l’aide des yeux, des oreilles, du nez, de la langue et de la peau, l’être humain commence à acquérir des connaissances dès sa naissance. Ce savoir est acquis directement, par l’observation immédiate. Il n’existe aucun intermédiaire entre ces instruments et l’objet de la connaissance. Chacun de ces cinq organes permet d’acquérir des connaissances dans un domaine particulier. Un organe ne permet pas de connaître ce qui relève d’un autre organe. La connaissance d’une odeur ne peut être obtenue qu’au moyen du nez. Il n’existe aucun moyen de la connaître à l’aide des quatre autres organes. En anglais, on les appelle ++++++.
2. L’intellect : en arabe, ʿaql. C’est par l’intellect que l’être humain acquiert la plus grande part de ses connaissances. Pour parcourir le royaume du savoir, l’intellect est l’outil le plus puissant. Au-delà de ce que les sens permettent de connaître, c’est l’intellect qui fait progresser davantage l’être humain dans le domaine de la connaissance.
Quelqu’un aperçoit de la fumée au loin. L’intellect s’exclame : « Un incendie s’est déclaré. » Pourtant, les yeux n’ont pas encore vu le feu. L’intellect sait que la fumée apparaît lorsqu’un incendie se déclare. La faculté de comprendre et d’analyser le raisonnement de cause à effet s’appelle l’intellect. C’est grâce à cette faculté que l’être humain puise dans le vaste océan du savoir les trésors de la connaissance. L’intellect est le principal outil de la recherche et de la quête du savoir. C’est grâce à cette faculté que l’être humain progresse rapidement dans les sciences et les technologies. Comprendre le monde créé et acquérir la capacité de l’utiliser ne sont possibles qu’avec l’aide de l’intellect.
3. L’Ilhâm : c’est une source particulière qui se situe au-delà de l’intellect. Ceux qui se consacrent profondément à la réflexion, à la recherche et à l’effort spirituel dans un domaine donné voient parfois soudainement une connaissance se manifester à leur intellect. Il se peut qu’après avoir longtemps mobilisé leur intellect, ils ne parviennent pas à maîtriser une théorie, puis que cette théorie leur apparaisse soudainement. Ce type de connaissance est appelé connaissance inspirée, ou connaissance d’Ilhâm. En bengali, on pourrait la traduire par « sagesse ». En anglais, le sens que l’on trouve dans le dictionnaire est +++ ===, c’est-à-dire la formation soudaine d’une idée dans l’esprit, sans raisonnement. En arabe, le terme Ilhâm est encore plus explicite. Une théorie dont on n’avait pu s’approcher malgré l’usage de la force intellectuelle entre soudain dans le champ de l’intellect. Nous estimons donc qu’il est approprié de désigner cette source de connaissance par le terme Ilhâm. Il n’est pas nécessaire de le traduire en bengali.
Il est certes vrai que la connaissance d’Ilhâm se manifeste chez ceux qui s’adonnent à la quête du savoir, bien que cette connaissance ne soit pas le fruit direct de leurs efforts.
Quelques exemples de ce type de connaissance
a. L’imam Abû Hanîfa (qu’Allah lui fasse miséricorde) a étudié le Coran et les hadiths, puis, par l’ijtihâd, a déduit des masâ’il et des règles juridiques afin de les appliquer dans la vie réelle. Il lui est parfois arrivé de ne pas parvenir à résoudre une question malgré une longue réflexion et de longues recherches, puis de voir soudainement sa solution se présenter à son esprit. Il est possible qu’un tel événement survienne dans la vie de tout mujtahid.
b. Je vais mentionner un petit épisode de la vie du grand savant Newton, considéré comme le père de la science moderne. Il était assis dans un verger de pommiers. Sous ses yeux, une pomme tomba de l’arbre sur le sol. Il avait déjà vu une telle scène de nombreuses fois au cours de sa vie. Mais ce jour-là, une question s’imposa soudain à son esprit : pourquoi la pomme était-elle tombée directement vers le sol, au lieu de partir vers le haut, la droite ou la gauche ? Le vide règne pourtant dans toutes les directions. Pourquoi était-elle descendue uniquement vers le bas, sans aller dans une autre direction ? La conviction profonde qu’il existait nécessairement une force attirant la pomme vers le sol naquit alors dans son esprit. En poursuivant ses recherches sur cette hypothèse, il finit par découvrir la célèbre théorie de la force gravitationnelle.
c. L’épisode du savant grec Archimède. N’ayant pas réussi à trouver une loi scientifique qu’il recherchait, il prenait un bain dans une baignoire, plongé dans une profonde tristesse et une grande mélancolie. Ceux qui prennent un bain dans une baignoire remplie d’eau s’y allongent généralement nus, le nez émergeant de l’eau. Lui aussi se trouvait dans cette position. Soudain, la loi qu’il cherchait se révéla à son esprit. Transporté de joie par sa réussite, il sortit de la baignoire et se mit à crier : « Eurêka ! Eurêka ! » (« J’ai trouvé ! J’ai trouvé ! »). Il sortit de la salle de bains complètement nu. Dans l’excès de sa joie, il ne pensa même pas à enfiler un vêtement.
4. La révélation : cette grande source de connaissance n’est à la portée d’aucun être humain. Allah le Très-Haut transmet, par une méthode particulière, la connaissance de la révélation uniquement à celui qu’Il désigne comme prophète et messager. Cette connaissance n’est pas le fruit des efforts et de la discipline des prophètes et messagers. Ils la reçoivent directement d’Allah.
Les hadiths nous apprennent comment la connaissance de la révélation parvenait au Messager (paix et bénédictions d’Allah sur lui). Il recevait la révélation de plusieurs manières.
a. Il recevait la connaissance durant son sommeil, par l’intermédiaire de rêves.
b. Parfois, il entendait un son de cloche. Il restait alors immobile et recevait la révélation. Cette méthode lui était particulièrement pénible. Il ressentait une pression extrême. Même en hiver, des gouttes de sueur perlaient de son visage béni. Lorsqu’il était assis sur le dos d’un chameau, celui-ci était contraint de s’asseoir au sol sous l’effet de cette pression.
c. Parfois, le vénérable Gabriel (paix sur lui) venait sous forme humaine et faisait entendre la récitation au Messager (paix et bénédictions d’Allah sur lui).
d. La connaissance de la révélation était insufflée dans le cœur du Messager (paix et bénédictions d’Allah sur lui).
La connaissance reçue par les deuxième et troisième méthodes était révélée avec ses paroles et était considérée comme faisant partie du Coran. Ce type de révélation est appelé wahy matlû, c’est-à-dire une révélation récitée.
Dans la révélation reçue par les première et quatrième méthodes, une connaissance était donnée au cœur du Messager (paix et bénédictions d’Allah sur lui) par Allah sous forme d’idées. Elle n’était pas révélée dans les mêmes paroles que les versets du Coran. Le Messager (paix et bénédictions d’Allah sur lui) exprimait dans ses propres paroles ces idées qui lui venaient d’Allah. Cette connaissance est connue sous le nom de hadith. Cette révélation est le wahy ghayr matlû, qui n’est pas destiné à être récité comme le Coran.
La connaissance de la révélation est extrêmement vaste. En dehors du Coran, il existe un immense trésor de connaissances révélées. Tout ce que le Messager (s.a.w.) a dit et fait, ainsi que les paroles et les actes des nobles Compagnons qu’il n’a pas désapprouvés, fait partie de la connaissance révélée.
Le sens et les paroles de tout ce qui se trouve dans le Coran viennent entièrement d’Allah. Ainsi, celui qui refuse d’accepter quoi que ce soit devient mécréant. En revanche, celui qui refuse d’accepter, sur la base de la raison, une parole quelconque des autres révélations n’est pas considéré comme mécréant. Les paroles, les actes et les approbations du Messager (s.a.) sont appelés hadiths. Ce que les muhaddiths et les fuqaha ont établi comme étant la Sunna à partir des hadiths constitue l’explication pratique du Coran. L’islam repose sur le Coran et la Sunna. Ceux qui rejettent la Sunna ne sont pas considérés comme musulmans.
L’importance de la connaissance authentique
Toute connaissance n’est pas pure ou authentique. En arabe, on appelle sahih la connaissance exacte et exempte d’erreur. Ainsi, le nom de l’ouvrage Bukhari Sharif est Sahih al-Bukhari.
On ne peut pas passer un seul instant sans connaissance. Quoi que l’on fasse, il est impossible de le faire sans connaître le sujet concerné. La connaissance est la force motrice qui se trouve derrière l’action. Mais si la connaissance n’est pas exacte, le but même de l’action est voué à l’échec. De plus, sans connaissance authentique, la vie elle-même peut être mise en danger. Si le conducteur d’une voiture ne possède pas les connaissances nécessaires, il peut provoquer un accident, détruire la voiture et perdre lui-même la vie. Il faut donc acquérir une connaissance correcte dans tous les domaines. Une connaissance erronée est dangereuse.
Un seul exemple suffit à ce sujet. Tous les êtres humains recherchent le bonheur et la paix. On ne trouvera personne qui n’aime pas le bonheur et la paix. Quoi que fasse une personne, elle le fait dans le but de son propre bien. Même celui qui se suicide le fait avec l’intention de trouver le bonheur et la paix. Il pense que mourir est préférable à continuer à vivre. Aussi authentique que soit son intention à ce sujet, sa connaissance n’est absolument pas correcte.
Tout le monde recherche le bonheur et la paix ici-bas. Tout ce que l’on fait, on le fait dans ce but. Pourtant, combien de personnes jouissent réellement de la paix ? C’est avec l’intention d’obtenir le bonheur et la paix que certains commettent des actes de terrorisme, d’extorsion, de vol, de brigandage, de viol, de meurtre, etc., et qu’ils finissent par subir ici-bas une extrême agitation. La seule raison en est le manque de connaissance authentique. Celui qui fabrique une machine possède aussi la connaissance exacte de son utilisation correcte. Il indique donc clairement, par écrit et à l’aide d’illustrations, comment cette machine doit être utilisée. Si elle est utilisée conformément à ces règles, le but de son utilisation sera atteint. Mais si, au lieu de suivre cette connaissance authentique, on l’utilise selon des règles erronées, la machine elle-même peut être détruite.
Allah Très-Haut a créé l’être humain et l’univers. Par l’intermédiaire des prophètes et des messagers, Il a donné à l’être humain la connaissance authentique de la manière dont il doit utiliser son propre corps et toutes les choses de ce monde. C’est pourquoi Il a envoyé le premier être humain comme prophète, afin que personne ne soit exposé au danger par manque de connaissance authentique.
Dans le monde moderne, ceux qui dirigent leur propre pays ou l’humanité ne ressentent aucunement ce besoin. Ils considèrent que l’intelligence, l’expérience pratique et les leçons de l’histoire suffisent. Ainsi, malgré leur intention sincère d’apporter bonheur et paix à la société humaine, ils l’ont contrainte à subir une extrême discorde. Dans le verset 41 de la sourate Ar-Rûm, Allah dit :ظَهَرَ الْفَسَادُ فِي الْبَرِّ وَالْبَحْرِ بِمَا كَسَبَتْ أَيْدِي النَّاسِ
« La corruption et le désordre qui règnent sur terre et sur mer sont le fruit des œuvres des hommes. »
Allah Tout-Puissant veut dire qu’Il n’a pas imposé de force la discorde et les catastrophes à la société humaine. Les hommes sont eux-mêmes contraints de subir la discorde en raison de leurs connaissances erronées, forgées de toutes pièces.
Les sources de la connaissance authentique
Parmi les quatre sources de connaissance examinées ci-dessus, seule la connaissance de la révélation doit être considérée avec certitude comme authentique. Les connaissances provenant des trois autres sources peuvent être justes comme elles peuvent être erronées. Il faut donc vérifier, à la pierre de touche de la connaissance révélée, si les connaissances provenant des autres sources sont authentiques, puis prendre une décision en conséquence.
Le trésor des connaissances du monde est vaste et immense. Les connaissances acquises au fil des âges par de nombreux penseurs y sont conservées. Même si une connaissance est le fruit de la réflexion d’un penseur non musulman, il ne convient nullement de la rejeter sans la vérifier à la pierre de touche de la révélation. De même, il ne convient pas d’accepter comme authentique une connaissance reçue d’un penseur musulman sans la vérifier à la lumière de la révélation.
Il est donc nécessaire qu’à chaque époque, dans chaque pays de l’humanité, soit formé un groupe de personnes enrichies par la connaissance de la révélation. En particulier, le monde moderne a démontré concrètement les malheurs qui frappent la société humaine lorsque ceux qui assument des responsabilités dirigeantes ne sont pas éclairés par la connaissance de la révélation.
Quelle connaissance est-il obligatoire de rechercher ?
Le Messager (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui) a dit :طَلَبُ الْعِلْمِ فَرِيضَةٌ عَلَى كُلِّ مُسْلِمٍ
« La recherche de la connaissance est obligatoire pour tout musulman, homme ou femme. » Ici, par « connaissance », il faut comprendre exclusivement la connaissance de la Révélation. Il ne peut être obligatoire de chercher à acquérir toutes les connaissances de ce monde. Le Messager (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui) ne pouvait pas imposer aux hommes la responsabilité d’une tâche impossible, car il était guidé par la connaissance de la Révélation venant d’Allah. Comme je l’ai déjà dit, dans la terminologie du Coran et du hadith, la connaissance désigne précisément la connaissance de la Révélation.
Quelle quantité de connaissance est obligatoire ?
Obligatoire signifie ce qui doit absolument être accompli et dont l’accomplissement vaut la paix d’Allah. Une question se pose alors : la connaissance de la Révélation est vaste et étendue. Les trente juz du Coran et les centaines de milliers de hadiths relèvent tous de la connaissance de la Révélation. S’il était obligatoire d’acquérir la totalité de cette connaissance, personne, en dehors du Messager (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui), ne pourrait y parvenir. Il est donc certain qu’il ne peut être obligatoire de rechercher l’intégralité de la connaissance de la Révélation.
Comment peut-on alors déterminer quelle quantité de connaissance il est obligatoire d’acquérir ? C’est une question très importante. Si l’on ne connaît pas la réponse correcte à cette question, il est absolument impossible de vivre correctement en tant que musulman.
Un exemple concret permettra de comprendre facilement la bonne réponse à cette question. Celui à qui le pèlerinage et la zakat ne sont pas obligatoires n’est pas tenu de connaître ces sujets. Quant à celui pour qui la zakat est obligatoire, il doit, afin d’assumer cette responsabilité, apprendre de la connaissance de la Révélation quels biens et dans quelle quantité doivent être possédés pour que la zakat devienne obligatoire, comment la calculer, quelle quantité de zakat acquitter sur chaque type de bien et dans quelles catégories la dépenser afin de s’acquitter correctement de cette obligation. Celui pour qui la zakat n’est pas obligatoire n’est pas tenu de connaître ces questions.
Cet unique exemple permet d’obtenir la réponse correcte à cette question. Il sera plus facile de la comprendre si on la formule ainsi :
La quantité de connaissance de la Révélation qu’il est nécessaire de connaître pour accomplir correctement toute responsabilité qui nous incombe obligatoirement est elle-même obligatoire à acquérir. Par « responsabilité », il ne faut pas entendre uniquement les questions religieuses. Toutes les responsabilités qu’une personne doit assumer pour vivre dans ce monde en tant qu’être humain sont comprises dans cette notion. En effet, dans la vie du croyant, il n’existe aucune différence entre les affaires mondaines et la piété. Toute œuvre accomplie conformément au commandement d’Allah et à la voie du Messager (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui) relève de la piété. Gagner ses revenus, faire du commerce, se marier et assumer les autres responsabilités de ce genre conformément à la charia relèvent également de la piété. En revanche, offrir un sacrifice d’une valeur de cent mille takas dans le but d’être vu des gens, ou accomplir le pèlerinage avec l’intention de faire inscrire « al-Hajj » devant son propre nom, transforme ces actes en affaires mondaines. Le Messager (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui) a dit que celui qui fait l’aumône dans le but d’acquérir une réputation de générosité n’en recevra aucune récompense dans l’au-delà, et que même celui qui meurt en martyr sur le champ du jihad pour être connu comme un héros et un homme courageux ira en enfer.
Les deux déclarations du croyant
En réalité, est appelé croyant et musulman celui qui a décidé de vivre conformément aux commandements d’Allah et à la voie du Messager (paix et bénédiction d’Allah sur lui). Prononcer « La ilaha illallah » et « Muhammadur Rasulullah » ne consiste pas à réciter une formule sans la comprendre ; en réalité, ces deux déclarations sont les principes directeurs de la vie ==
Le premier principe est le suivant : j’obéirai aux commandements d’Allah et je n’accepterai aucun commandement qui leur soit contraire.
Le deuxième principe est le suivant : j’accomplirai chacun des commandements d’Allah uniquement selon la voie enseignée par le Messager, et je n’adopterai aucune autre voie.
Tout acte accompli dans la vie d’ici-bas conformément à ces deux déclarations est considéré comme une pratique religieuse.
L’islam ne se réduit pas, comme les autres religions, à un ensemble de cérémonies religieuses. Din Islam ne signifie pas la religion islamique. Din Islam signifie le système de vie islamique. Din signifie l’obéissance. Le nom donné aux règles de vie fondées sur l’obéissance à Allah est Din Islam. Sa traduction n’est pas « la religion islamique ». Cette traduction présente l’islam comme une simple religion. C’est pourquoi traduire l’expression « religion islamique » est une erreur très grave. Nous employons les mots Allah et Coran sans traduire ces deux termes. Il n’est pas non plus nécessaire de traduire Din Islam. Il suffit d’en comprendre le sens profond. De même, lorsque nous disons Allah, Coran et Messager, nous comprenons sans traduction. Ceux qui considèrent comme correcte cette explication de la Kalima Tayyiba ne séparent pas les affaires mondaines de la pratique religieuse. Ils croient donc qu’ils doivent s’acquitter de leurs responsabilités terrestres conformément aux commandements d’Allah et à la voie du Messager. Ainsi, il est obligatoire de connaître les commandements d’Allah et la voie du Messager concernant chaque responsabilité.
Quelques exemples
1. Aujourd’hui, un jeune homme et une jeune femme se sont unis par les liens du mariage. En tant qu’époux musulman et épouse musulmane, ils doivent mener leur vie conjugale en se conformant aux commandements d’Allah et à la voie du Messager. Ils doivent donc acquérir la connaissance de la révélation nécessaire à ce sujet ; cette acquisition est obligatoire. Jusqu’à hier, ils n’étaient pas obligés de la connaître. S’ils ne la connaissent pas, ils vivront comme un couple mécréant.
2. Le jour où un enfant naîtra dans le foyer de ce couple, il leur deviendra obligatoire, au père comme à la mère, de rechercher la connaissance de la Révélation concernant leurs responsabilités parentales.
3. Si un commerçant souhaite exercer son activité en tant que musulman, il lui est obligatoire d’acquérir la connaissance de la Révélation à ce sujet. S’il ne la connaît pas, il exercera ses responsabilités exactement comme un commerçant mécréant.
4. Si la responsabilité de gouverner l’État est confiée à un musulman, il lui deviendra obligatoire d’acquérir toutes les connaissances nécessaires à cet égard. S’il ne les connaît pas, il exercera ses responsabilités comme un dirigeant mécréant. Qu’il se proclame ou non laïque, en réalité, il ne sera pas capable de gouverner l’État en tant que dirigeant musulman.
Si un musulman est nommé juge, il devra maîtriser toutes les dispositions de la charia relatives à la justice. Sinon, il devra exercer ses responsabilités comme un juge mécréant. Le juge n’a pas le pouvoir de légiférer. Il doit exercer cette responsabilité conformément aux lois en vigueur dans le pays. Malgré cela, pour remplir sa responsabilité de rendre une justice équitable, il doit connaître les dispositions de la charia et les appliquer dans la mesure du possible.
Quelle est la valeur de la connaissance religieuse surérogatoire ?
Pour celui à qui la zakat n’est pas obligatoire, il n’est certes pas obligatoire de rechercher, sur cette question, la connaissance de la Révélation concernant la vie ; mais s’il l’acquiert, elle sera considérée comme surérogatoire. La question qui se pose maintenant est la suivante : quelle est la valeur de l’acquisition d’une connaissance religieuse surérogatoire ?
De même, si celui qui n’est pas encore marié acquiert la connaissance de la Révélation concernant la vie conjugale, cette démarche doit-elle être considérée comme inutile ou futile ?
Si celui qui n’a pas la responsabilité de gouverner l’État acquiert des connaissances à ce sujet, considérera-t-on cela comme un travail gratuit et vain ?
On trouve une réponse claire à cette question dans un hadith. Le hadith est le suivant :
Consacrer une partie de la nuit à l’étude de la science religieuse (l’enseigner et l’apprendre) est supérieur au fait de rester éveillé toute la nuit (pour accomplir d’autres actes de dévotion surérogatoires).
Il ressort de ce hadith que, parmi tous les actes de dévotion surérogatoires, l’étude surérogatoire de la science religieuse est le meilleur acte de dévotion. C’est pourquoi la supériorité du savant par rapport à celui qui n’est pas savant mais seulement dévot est décrite dans le hadith en des termes remarquables : un savant de la religion est supérieur, même s’il n’accomplit peut-être pas autant d’actes de dévotion surérogatoires. Cela prouve que, parmi tous les actes de dévotion surérogatoires, l’étude de la science religieuse surérogatoire possède une valeur bien plus grande. Trois hadiths suffisent à ce sujet. Le Messager (paix et bénédictions d’Allah sur lui) a dit :
1. فَضْلُ الْعَالِمِ عَلَى الْعَابِدِ كَفَضْلِى عَلَى أَدْنَاكُمْ
La supériorité du savant sur le dévot est comme ma supériorité sur le plus ordinaire d’entre vous (Tirmidhi, hadith n° 2685 ; Mishkat, hadith n° 213, chaîne de transmission bonne).
2. La supériorité du savant sur le dévot est comme la supériorité de la pleine lune sur toutes les étoiles.
3. Face à Satan, un faqîh, c’est-à-dire une personne instruite dans les prescriptions islamiques, est plus puissant que mille dévots.
C’est précisément en raison de cette valeur de la science révélée que tout musulman instruit devrait saisir toutes les occasions d’acquérir la connaissance de l’islam. Si l’on garde toujours sur soi de la littérature islamique, on peut en tirer un savoir dès qu’une occasion se présente. Et des occasions, il s’en présente forcément.
1. Lorsqu’on va rencontrer quelqu’un et qu’il faut attendre quelque temps pour une raison quelconque, on dispose d’un peu de temps. On peut passer ce temps à faire du dhikr ou à réciter des duroûds. Mais le mérite de l’acquisition du savoir est bien plus grand.
2. Sur les voies navigables, les routes et dans les avions, beaucoup de temps se perd inutilement. Si l’on a un livre islamique avec soi, on peut employer ce temps à la meilleure des activités.
3. Lorsqu’on se retrouve dans un embouteillage en ville, une longue période est perdue. Si l’on a de la littérature islamique avec soi, on peut consacrer ce temps à la meilleure des activités.
4. Si l’on garde un livre islamique à côté de son lit, on peut acquérir un peu de savoir avant de s’endormir.
5. Si l’on a un livre avec soi, on peut même éviter de gaspiller le temps passé à faire la queue quelque part.
Les autres connaissances mondaines ont-elles une valeur selon la charia ?
L’agronomie, la médecine, l’ingénierie et les autres connaissances de ce type ne sont certes pas des connaissances issues de la Révélation, mais ont-elles une quelconque valeur du point de vue islamique ? Il faut bien reconnaître la nécessité de ces disciplines, mais le fait de les étudier relève-t-il simplement des affaires mondaines ? Ont-elles une quelconque valeur selon la charia ?
Nous pouvons connaître la réponse exacte à cette question grâce à un hadith.
« Après toutes les autres obligations, rechercher un gagne-pain licite est également une obligation. »
Ce hadith nous apprend qu’il est obligatoire de chercher à gagner sa vie par des moyens licites. Il faut donc nécessairement exercer une profession dans le but de gagner sa vie. Quelle que soit la profession choisie, il faut acquérir les connaissances spécifiques qu’elle exige. Celui qui choisit la médecine doit absolument étudier cette discipline. Ceux qui gagnent leur subsistance en faisant payer leurs patients pour les soigner, mais qui, sans maîtriser correctement la médecine, trompent leurs patients en prescrivant des traitements dans des domaines où ils ne sont pas spécialistes, n’auront pas un revenu halal. C’est pourquoi, afin de rendre ses revenus halal, il doit acquérir cette connaissance comme il se doit. Les revenus des guérisseurs qui exercent sans avoir étudié la médecine peuvent-ils être halal ?
Il est donc établi que chercher à gagner sa vie de manière halal est obligatoire et que, pour rendre sa subsistance halal, il est nécessaire d’acquérir correctement les connaissances professionnelles requises. Ainsi, l’acquisition de toutes les connaissances profanes n’est certes pas directement obligatoire, mais elle possède indirectement le statut d’une obligation. Celui qui a choisi l’enseignement comme profession doit, pour rendre sa subsistance halal, maîtriser non seulement les connaissances appropriées dans sa matière, mais aussi les méthodes d’enseignement. Le salaire d’un enseignant dont les élèves ne sont pas satisfaits de l’enseignement dispensé en classe peut-il être halal ? Les élèves éprouvent un profond respect pour l’enseignant qui enseigne avec compétence. Les commentaires des élèves permettent précisément de savoir qui est un bon enseignant et qui ne l’est pas. C’est ainsi que nous pouvons évaluer, du point de vue de la charia, les connaissances professionnelles.
Qu’en est-il du statut des connaissances acquises par goût personnel ?
Certaines personnes apprennent par passion des connaissances qui ne relèvent pas de leur profession, comme la chiromancie, l’astrologie, la sculpture et la peinture, la magie, le jardinage, etc. Toute connaissance bénéfique à la société humaine peut être apprise ; quant aux connaissances professionnelles, il faut bien les acquérir pour gagner sa vie. La charia formule-t-elle une objection lorsqu’une personne apprend une autre discipline par goût personnel ?
Le principe à retenir à ce sujet est que l’acquisition des connaissances professionnelles liées à une profession qu’il n’est pas halal d’exercer n’est pas non plus permise. Il n’est pas permis d’apprendre la chiromancie et d’en faire une profession. Elle n’apporte aucun bienfait aux gens ; au contraire, donner, à partir de la lecture des lignes de la main, un avis sur le destin ou la durée de vie d’une personne n’est qu’une tromperie. Ce n’est pas une question certaine. Un tel avis ne peut être réellement bénéfique à personne.
Les hadiths contiennent des propos très sévères contre le fait de dessiner des êtres vivants. La charia ne voit aucune objection à la peinture de paysages naturels, à la calligraphie, etc. Il n’y a donc aucun mal à en faire une profession.
Ce sujet laisse place à de nombreuses divergences d’opinion. Les goûts des gens sont variés. Il est donc inutile de se quereller à ce propos. L’art du magicien, ou ses tours de passe-passe, procure aux gens un plaisir innocent. Il ne devrait rien y avoir d’obscène là-dedans. On peut y assister comme divertissement. Il n’y a toutefois pas d’objection à en faire une profession. Il n’y a donc aucun mal à en faire une profession.
Le croyant considère la réussite dans l’au-delà comme le principal objectif de sa vie. Il doit donc choisir sa profession avec prudence. Il doit également réfléchir sérieusement avant de décider quelle discipline étudier par goût personnel.
Les œuvres pieuses
Le mot arabe « amal » se traduit en bengali par action ou œuvre. Toute action commence par une pensée. Lorsqu’une personne veut accomplir quelque chose, on comprend qu’elle y réfléchit. Mais l’action ne commence pas dès que la pensée apparaît. Lorsqu’elle s’efforce volontairement d’accomplir cette action, on peut dire qu’elle a commencé. Autrement dit, l’action commence par la combinaison de l’intention et de l’effort. En arabe, le fait de vouloir s’appelle niyya. Cela signifie que la simple décision d’accomplir une action ne suffit pas à la commencer. Lorsqu’on s’efforce d’agir conformément à son intention, à sa niyya ou à sa décision, on peut dire que l’action a commencé.
Que signifie le mot « nek » ?
Le mot « nek » est d’origine persane. Pendant les six longs siècles de domination musulmane dans le sous-continent, le persan jouissait du statut de langue d’État. C’est pourquoi d’innombrables mots persans sont entrés dans la langue bengalie. De nombreux termes fondamentaux de l’islam sont également employés sous leur forme persane plutôt qu’arabe. Les termes arabes salat et sawm sont couramment employés sous les formes namaz et rozâ. Même Allah Lui-même est connu dans ce pays sous le nom de Khoda. Khoda signifie khod-â, c’est-à-dire Celui qui existe par Lui-même. L’expression « lam yûlad » de la sourate Al-Ikhlas signifie précisément Khoda : personne ne L’a engendré. Il existe par Lui-même.
Le mot coranique est « salih ». Ce mot a un sens très large : bon, honnête, compétent, approprié, conforme, bonne action, mérite, etc. Dans de nombreux versets, en annonçant la bonne nouvelle du paradis, le Coran dit que ++ ceux qui ont cru et accompli des œuvres salih seront les habitants du paradis. Il ne suffit pas d’avoir la foi : celui qui veut entrer au paradis doit aussi accomplir de bonnes œuvres. En l’absence de bonnes œuvres, même s’il possède la foi, il devra d’abord aller en enfer. Toutefois, après l’achèvement de la durée de son châtiment, le croyant pourra un jour entrer au paradis. Mais sans œuvres salih, personne ne pourra entrer d’abord au paradis en raison de sa seule foi.
Dans de nombreux versets du Coran et dans d’innombrables hadiths, on trouve l’expression ++. Elle est généralement traduite par : ordonner le bien et interdire le mal. Ici, le mot employé en arabe pour le bien est ma‘ruf, et celui employé pour le mal est munkar. Cela est extrêmement significatif : le sens lexical de ces deux mots est tout à fait différent.
Le sens du mot ++ est « connu ». Pourtant, ce mot est employé au sens de bonne action. Quant au mot ++, il signifie ce qui est rejeté, désapprouvé ou répréhensible. Pourtant, ce mot est employé au sens de mauvaise action. Il faut donc en comprendre la portée.
Allah Tout-Puissant a accordé à tous les êtres humains une conscience morale. C’est pourquoi chacun comprend ce qui est bon et ce qui est mauvais. C’est cette conscience que nous appelons la conscience morale. Certes, l’être humain commet de mauvaises actions sous l’impulsion du nafs et l’incitation de Satan, mais sa conscience sait que cette action est mauvaise. Il n’existe aucun criminel qui commette un crime sans savoir que c’en est un. Personne ne peut condamner sa conscience à mort.
Tout ce qui est connu de cette conscience lui est familier. Elle reconnaît parfaitement ce qui est bon. C’est pourquoi le Coran emploie le terme ma‘rûf pour désigner les bonnes actions. Quel choix de mots admirable de la part d’Allah Tout-Puissant ! Allah veut dire : « Ô êtres humains ! Vous savez certainement que tout ce que Je vous ai ordonné de faire est bon. Si vous acceptez de devenir les esclaves du nafs, c’est une autre affaire. Sinon, vous n’ignorez pas que Mes commandements sont bénéfiques pour vous. »
Ce qui est mauvais est rejeté par la conscience humaine. Le sens de l’humanité ne reconnaît aucun mal comme étant bon. C’est pourquoi Allah Tout-Puissant a employé le terme munkar pour désigner les mauvaises actions. Allah veut dire : « Ce que ta conscience ne reconnaît pas comme bon est mauvais, et Je vous ai interdit de commettre de mauvaises actions. Mon interdiction est conforme à ta conscience. »
Les fonctions ou activités du nafs, du ruh et du qalb
Le nafs désigne toutes les exigences du corps. Lorsqu’il a faim, il veut manger ; lorsqu’il a froid, il veut de la chaleur ; lorsqu’il trouve quelque chose de beau, il veut le regarder ; lorsqu’il trouve de quoi satisfaire ses désirs, il veut en jouir. Le corps n’a aucune conscience morale ; ce qu’il désire peut donc être mauvais sur le plan moral. Ainsi, lorsqu’une personne décide de faire quelque chose et que cette action est moralement répréhensible, le ruh s’y oppose. Une lutte s’engage alors entre le nafs et le ruh. Tous les êtres humains ont connu cette expérience amère. Dans son roman Rohini, Bankim Chandra a donné aux deux parties de cette lutte de beaux noms : Sumati et Kumati. Sumati dit : « Il ne convient pas de faire cela. » Kumati répond : « Peut-on renoncer à un plaisir pareil ? » Dans la lutte entre le ruh et le nafs, l’action est accomplie conformément à la décision de celui qui l’emporte. Cette force qui accomplit l’action, c’est le qalb. Le mot qalb signifie « changeant ». Tantôt il obéit au ruh, tantôt au nafs. Puisqu’il ne peut demeurer dans un seul état, il est appelé qalb.
Un exemple simple permettra peut-être de clarifier la question. Le gouvernement d’un État comporte trois branches : le pouvoir législatif, le pouvoir judiciaire et le pouvoir exécutif. Le pouvoir législatif décide : « Il faut faire ceci, il faut faire cela. » C’est la fonction du nafs. Si le pouvoir judiciaire estime que cette loi est contraire aux principes de la Constitution, il s’y oppose. C’est la fonction du ruh. Après le conflit suscité par cette opposition, il arrive finalement soit que le pouvoir exécutif accepte le point de vue du pouvoir judiciaire, soit que le pouvoir judiciaire retire son objection. Alors, le pouvoir exécutif met en œuvre le point de vue qui a prévalu. C’est la fonction du qalb.
L’être humain ne possède aucun pouvoir pour accomplir une action de son propre choix
Allah Tout-Puissant a donné à l’être humain la capacité et la responsabilité de vouloir et de s’efforcer d’accomplir une action. Il ne lui a donné aucun pouvoir de l’achever ou de la mener à bien. Que l’action soit bonne ou mauvaise, le pouvoir de la mener à son terme appartient entièrement à Allah. L’action ne s’accomplira pas simplement parce que l’être humain l’a voulue ; et, s’il ne le veut pas, tous ses efforts ne suffiront pas à l’accomplir.
Puisque le pouvoir d’accomplir une action n’est pas entre les mains de l’être humain, l’accomplissement de l’action n’est pas une condition pour recevoir la récompense d’une bonne action ou le châtiment d’une mauvaise. Si quelqu’un désire accomplir une bonne action et s’y efforce, mais ne parvient pas à l’achever, il pourra néanmoins être considéré comme l’ayant accomplie et recevoir une récompense. Car il a fait tout ce qui relevait de son libre arbitre. Pourquoi sa récompense serait-elle retenue pour ce qui dépassait son pouvoir ?
Prenons l’exemple d’un homme qui décida d’accomplir le hajj et se mit en route. Il s’était acquitté de son devoir de former l’intention et de faire l’effort nécessaire ; mais il mourut en chemin. Il sera considéré comme ayant accompli le hajj. Car si, dans la plaine du Rassemblement, on lui demandait : « Pourquoi n’as-tu pas accompli le hajj ? », il répondrait : « Je m’étais mis en route dans le but d’accomplir le hajj. Pourquoi m’as-tu fait mourir ? » C’est pourquoi Allah ne lui demandera même pas de comptes. Il lui accordera la récompense du hajj.
Prenons l’exemple d’une mauvaise action : un homme voulut tuer quelqu’un et, dans ce but, leva une pioche au-dessus de sa tête pour le frapper. Deux personnes accoururent, saisirent la pioche et l’en empêchèrent. Au tribunal, il fut prouvé qu’il avait délibérément tenté de tuer. En termes juridiques == selon la loi de notre pays, il n’avait même pas touché celui qu’il voulait tuer. Alors pourquoi le punir ? Il fut établi que la peine était d’au moins trois ans de prison. Pourtant, le criminel n’avait ni tué celui qu’il voulait assassiner, ni même réussi à le toucher ou à l’atteindre. Alors pourquoi la peine ? Il fut ainsi prouvé que le châtiment ne dépend pas de l’accomplissement de l’acte. Dès que l’intention et l’effort sont pleinement réalisés, l’acte est considéré comme accompli.
Voici encore un exemple : un homme tira sur un arbre dans le but de chasser un oiseau. Un homme se trouvait là, mais le chasseur l’ignorait. La balle atteignit cet homme, qui mourut. L’acte du meurtre fut certes accompli, mais le propriétaire de l’arme n’avait ni l’intention de le commettre ni fait d’effort en ce sens. Ainsi, si cela est prouvé au tribunal, il ne subira aucun châtiment. Pourtant, l’acte du meurtre, lui, a bien été commis.
Dans ce monde comme dans l’au-delà, la récompense et le châtiment sont le résultat de l’intention et de l’effort, et non la contrepartie de l’acte.
Lorsqu’on comprend cela, le destin ne demeure plus un mystère. Ce que l’être humain désire et s’efforce d’accomplir se réalisera si Allah l’a inscrit dans son destin. Et même si l’accomplissement d’une bonne œuvre n’est pas inscrit dans son destin, il en recevra assurément la récompense. De même, même si sa mauvaise action n’aboutit pas, il sera tout de même châtié. Le destin n’est donc pas fautif. La rétribution de l’action, bonne ou mauvaise, ne dépend pas du destin. Il n’y a aucune injustice dans cette règle d’Allah. Chacun recevra selon son intention et son effort. Ainsi, quoi que contienne son destin, il n’en tirera ni avantage ni préjudice. Il n’est nullement nécessaire de se tourmenter au sujet du destin. Il est toutefois nécessaire d’y croire. Croire au destin signifie que ce qu’Allah a décrété se produira. Les efforts de quiconque ne changeront pas le destin.
Il n’y aura pas de récompense sans une intention correcte
Le Messager (paix et bénédictions d’Allah sur lui) a déclaré, +++ : « Toute action est certainement jugée selon l’intention. »
Même si l’œuvre paraît très bonne, Allah le Très-Haut l’évaluera en considérant l’intention avec laquelle elle a été accomplie. Si elle est accomplie dans l’intention d’obtenir l’agrément d’Allah et la réussite dans l’au-delà, Il l’acceptera. Le Messager (paix et bénédictions d’Allah sur lui) a déclaré que, si quelqu’un devient martyr sur le champ du jihâd dans l’espoir que les gens le proclament héros et brave dans ce monde, sans avoir l’intention d’obtenir une récompense auprès d’Allah, il ira malgré tout en enfer. Il est maintes fois mentionné dans les hadiths que, aussi pieuse que soit une œuvre, elle ne mérite une récompense que si elle est accomplie avec la foi et l’attente de la récompense d’Allah. Elle doit être accomplie afin de répondre aux exigences de la foi et dans l’intention d’en recevoir la récompense.
En général, les gens accomplissent des œuvres d’intérêt public dans le but d’acquérir une bonne réputation. Dans la terminologie islamique, cela s’appelle le riya, c’est-à-dire l’ostentation. On fait des dons dans l’espoir que les gens vous honorent comme une personne généreuse ou vous nomment dirigeant. Il obtient dès ce monde ce pour quoi il a agi. Quelle récompense recevra-t-il dans l’au-delà ? Ce n’est pas dans ce but qu’il l’a fait. C’est pourquoi la question de l’intention est extrêmement importante.
Le simple fait d’avoir une intention a-t-il un effet tant qu’on ne passe pas à l’effort ?
Quelqu’un a eu l’intention d’accomplir une bonne ou une mauvaise action, mais n’a pas eu l’occasion d’essayer de l’accomplir conformément à cette intention. Une telle intention a-t-elle un effet quelconque ?
Allah le Très-Haut est très miséricordieux envers Ses serviteurs. Il ressort du Sahih al-Bukhari que, si quelqu’un a l’intention d’accomplir une bonne œuvre mais n’a pas l’occasion de la mettre en pratique, une récompense complète lui sera tout de même accordée. Et si quelqu’un a l’intention d’accomplir une mauvaise action mais ne la met pas en pratique, il recevra, en récompense du fait de s’en être abstenu, la récompense complète d’une bonne œuvre.
Les œuvres se poursuivent-elles même après la mort ?
Le Messager (paix et bénédictions d’Allah sur lui) a répondu à cette question dans des termes extrêmement clairs. ++
Lorsqu’une personne meurt, ses œuvres cessent. Mais trois choses demeurent : 1. la sadaqa jariya (une aumône dont le bénéfice perdure), 2. un savoir dont les gens tirent profit, et 3. un enfant pieux qui continue d’invoquer Allah en faveur de ses parents.
Ce hadith est très significatif. Si les effets d’une œuvre accomplie par une personne se poursuivent, elle sera considérée comme accomplissant cette œuvre aussi longtemps que ses effets perdureront. Par exemple :
1. Si quelqu’un construit une route pour faciliter la vie des gens, avec l’intention d’obtenir une récompense, la récompense de cette œuvre continuera d’être inscrite dans son registre des œuvres aussi longtemps que la route subsistera.
2. Si quelqu’un élève son enfant afin qu’il devienne un serviteur vertueux d’Allah, la récompense de toutes les bonnes œuvres que cet enfant accomplira durant toute sa vie continuera d’être inscrite, en quantité équivalente, dans son registre des œuvres. Si cet enfant élève à son tour son propre enfant de la même manière, la récompense de ces œuvres continuera également d’être inscrite dans leurs registres des œuvres.
3. Si quelqu’un enseigne aux gens, avec l’intention d’obtenir une récompense, une connaissance bénéfique pour l’humanité, la récompense continuera d’être inscrite dans son registre des œuvres aussi longtemps que ce bienfait perdurera.
Les péchés continueront également de se perpétuer lorsqu’il s’agit de mauvaises actions. Par exemple :
1. Si quelqu’un commet un vol à main armée et apprend à une autre personne à en commettre, après sa mort, les péchés de son disciple seront également inscrits dans le registre des œuvres de son maître.
2. Si quelqu’un aide une autre personne à accomplir une mauvaise action ou l’y encourage, même s’il ne commet pas lui-même cette mauvaise action, le péché de cette action sera inscrit dans son registre des œuvres.
3. Si quelqu’un introduit dans la société une mauvaise coutume ou une pratique contraire à la morale, même après sa mort, aussi longtemps qu’elle perdurera dans la société, le péché de cette pratique continuera d’être inscrit dans son registre des œuvres.
On comprend ainsi qu’avec la mort d’une personne, le registre de ses œuvres ne se ferme pas immédiatement. Les conséquences de certaines bonnes ou mauvaises actions peuvent se poursuivre jusqu’au Jour de la Résurrection. C’est donc seulement après la destruction du monde que l’inscription des œuvres cessera.
Il est rapporté dans un hadith que, lorsque les gens recevront le registre de leurs œuvres, ils pousseront un cri en voyant le long compte rendu de leurs actes : « Ô Allah, je n’ai pourtant pas fait tant de choses ! Comment tout cela s’est-il retrouvé dans mon compte ? » Ce ne seront pas seulement les mauvaises gens qui parleront ainsi ; les gens pieux le diront également. On donnera la même réponse aux uns comme aux autres : « Il est vrai que tu n’as pas fait toi-même toutes ces choses, mais tu as enseigné aux autres, tu les as encouragés, et ils ont appris ou été motivés en te voyant. C’est pourquoi les œuvres des autres ont également été inscrites dans ton compte. » Il est dit au verset 5 de la sourate Al-Infitar :++++
(Après le Jour de la Résurrection,) chaque être humain saura ce qu’il a envoyé auparavant et ce qu’il a accompli ensuite. Ici, « ce qu’il a accompli auparavant » signifie ce qu’il a fait de son vivant, tandis que « ce qu’il a accompli ensuite » désigne ce qui est considéré comme ayant été fait après sa mort.
Il faut donc accomplir ses œuvres ici-bas avec la plus grande prudence, en gardant à l’esprit le compte de l’Au-delà.
Une conception erronée concernant les œuvres
Amal signifie action. Cependant, on appelle généralement aussi amal le fait de réciter une dou‘a pour obtenir quelque chose. À Khulna, un homme demanda au Maulana Maududi (que Dieu lui fasse miséricorde) : « Huzur, je n’ai aucun moyen de gagner ma vie. Je suis au chômage. Un huzur m’a dit de réciter cette dou‘a cent vingt-cinq mille fois. Il paraît que c’est un amal pour obtenir la subsistance. »
Le Maulana lui répondit : « Si vous récitez cette dou‘a en restant assis sans rien faire, ce ne sera pas un amal pour obtenir la subsistance. Vous devez continuer à chercher un revenu tout en récitant cette dou‘a. Il n’est pas nécessaire de compter si vous l’avez récitée cent vingt-cinq mille fois ou non. Continuez à la réciter jusqu’à ce que vous trouviez un moyen de gagner votre vie, et continuez à rechercher une source de revenus. »
Lorsque l’homme fut parti, le Maulana fit remarquer : « Comment une nation qui considère le fait de ne pas accomplir d’amal comme un amal pourrait-elle progresser ? »
Selon un hadith, lorsqu’une personne meurt, trois choses accompagnent son corps jusqu’à la tombe : 1. ses proches 2. une partie de ses biens 3. ses œuvres. Après l’inhumation, deux de ces choses repartent, et une seule reste avec elle. Cette chose, ce sont ses œuvres.
— Fin —