Accueille ma supplication
Au nom d’Allah, le Tout Miséricordieux, le Très Miséricordieux
On leur fera boire un nectar cacheté
dont le sceau est de musc. Et c’est pour cela
que les concurrents doivent rivaliser
Ce jour-là, on leur fera boire le plus pur des breuvages dans une bouteille scellée, dont l’ouverture aura été fermée, au moment de la mise en bouteille, avec un parfum de musc. Voilà essentiellement le prix tant convoité pour lequel chaque concurrent devrait s’efforcer de remporter la victoire. (Sourate Al-Mutaffifîn, versets 25-26)
Ar-Rahîq Al-Makhtûm — le précieux breuvage cacheté avec lequel Allah le Très-Haut dressera, ce jour-là, cette nappe sur Son Trône sublime pour celui qui est la prunelle de toutes les créatures : le vénérable Muhammad, qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix.
Ô Prophète, j’ignore si, dans la compétition menée ici-bas pour obtenir cette chose si rare, Allah le Très-Haut a réellement inscrit mon nom parmi les concurrents honorés. Aussi, pour moi, espérer trouver une place près de toi à la nappe dressée ce jour-là relève certes de l’illusion.
Ô Allah, accepte de ma part ce modeste effort de traduction en bengali d’Ar-Rahīq al-Makhtūm. En échange, ne me fais pas accorder un paradis, ni même cette nappe dressée dans les palais du paradis ; demande-lui seulement de m’accorder ce jour-là cette reconnaissance : que je suis du peuple de ton Messager.
-Khadija Akhtar Rezaï
Au nom d’Allah, le Tout Miséricordieux, le Très Miséricordieux
Toute louange appartient à Allah, Seigneur de tous les mondes. Il est infiniment miséricordieux et très clément. Il est le Maître du Jour du Jugement. Ô Allah, c’est Toi seul que nous adorons et c’est auprès de Toi seul que nous implorons secours. Guide-nous sur le droit chemin, le chemin de ceux que Tu as comblés de Tes bienfaits, non celui de ceux qui ont encouru Ta colère ni celui des égarés. (Sourate al-Fātiha)
1
Bref aperçu du contexte
Quelques mots sur moi, quelques mots sur les autres
Allah le Très-Haut dit
Certes, Allah Lui-même et tous Ses anges prient sur le prophète Muhammad. Ô vous qui croyez, invoquez donc sur lui les bénédictions d’Allah et adressez-lui vos salutations avec une sincérité entière. (Sourate al-Ahzab, 56)
Le vénérable Muhammad Mustafa — qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix
Dans les propres mots de l’auteur
Présentation de l’ouvrage
Mars 1976. Rabi al-awwal 1396 de l’Hégire.
La première Conférence mondiale musulmane sur la Sîra se tint à Karachi. La Ligue du monde islamique de La Mecque joua un rôle important dans cette conférence. Lors de la séance de clôture, un appel inédit fut lancé à tous les écrivains du monde. Cet appel, diffusé par la Ligue, invitait à rédiger, dans les langues vivantes du monde, la biographie de l’Envoyé bien-aimé d’Allah — qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix. Il fut également annoncé que les cinq premiers lauréats de ce concours recevraient des prix. Ceux-ci s’élevaient respectivement à 50 000, 40 000, 30 000, 20 000 et 10 000 riyals saoudiens. L’annonce du concours fut publiée dans plusieurs numéros du journal Akhbar al-Alam al-Islami, l’organe officiel de la Ligue du monde islamique. Pour ma part, je n’avais pas encore eu connaissance de cette annonce.
Quelque temps plus tard, je me rendis de Bénarès à Mubarakpur, mon village natal. Là, mon cousin maternel, Mawlana Abd al-Rahman Mubarakpuri, fils du shaykh al-hadith Mawlana Ubaydullah, m’en parla. Il me conseilla de participer au concours. Je déclarai mon incapacité, en évoquant les limites de mes connaissances. Mais Mawlana Abd al-Rahman ne se laissa pas décourager. Avec humilité, il répétait : « Ce n’est pas parce que je pense que vous remporterez un prix au concours ; je souhaite plutôt que, par ce moyen, une bonne œuvre soit accomplie. » Malgré les demandes répétées de mon cousin, je gardai le silence. En moi-même, je pensais que je ne participerais certainement pas au concours.
Quelques jours plus tard, cette nouvelle fut également publiée dans l’organe bimensuel de la Jamiat Ahl-e-Hadith de l’Inde. Dès sa publication, une grande partie des étudiants de tous les niveaux de la Jamia Salafia commença à me demander de participer au concours. Je pensai en moi-même que cet écho de tant de voix était probablement le reflet de la volonté d’Allah Tout-Puissant. Pourtant, je demeurai intérieurement presque ferme dans ma décision de ne pas participer au concours. Au bout de quelque temps, l’insistance des demandes et des conseils diminua. Cependant, quelques étudiants continuèrent à me presser. Certains commencèrent même à me donner divers conseils concernant le sujet. À force de supplications et d’insistance de plusieurs étudiants qui m’étaient chers, mes oreilles finirent par ne plus en pouvoir.
Je me mis au travail, mais à un rythme très lent. Alors que j’en étais encore aux premières étapes, les vacances du Ramadan arrivèrent. Entre-temps, l’annonce de la Rabita précisait que le premier jour du mois de Muharram suivant serait la date limite de réception du manuscrit. Cinq mois et demi s’étaient écoulés. Il ne me restait que trois mois et demi. Il fallait achever le manuscrit et l’envoyer par la poste durant cette période afin qu’il parvienne à destination à temps. Or, tout le travail restait à faire. Je ne croyais pas qu’il serait possible, en si peu de temps, d’achever le manuscrit, de le relire et de le faire copier. Mais ceux qui me pressaient d’agir me disaient de poursuivre sans la moindre hésitation et, si nécessaire, de prendre un congé. Je considérai les vacances comme une occasion en or. Elles s’écoulèrent entièrement comme dans un rêve. À leur retour, ceux qui m’avaient encouragé constatèrent que les deux tiers du manuscrit étaient achevés. Faute de temps pour le réviser, je le confiai directement à la copie. Ils m’aidèrent à rassembler les éléments nécessaires pour la partie restante. Après la réouverture de la Jamia, les activités reprirent. Il ne me fut donc plus possible de continuer à écrire aussi rapidement que pendant les vacances. Durant l’Aïd al-Adha, j’écrivais jour et nuit, puis j’envoyai le manuscrit par courrier recommandé douze ou treize jours avant le début du mois de Muharram.
Quelques mois plus tard, la Rabita accusa réception du manuscrit par une lettre recommandée et m’informa que, puisqu’il satisfaisait à ses conditions, il avait été admis au concours. Je poussai un soupir de soulagement.
Les jours passèrent. Un an et demi s’écoula entre-temps. La Rabita ne donnait aucun signe. J’envoyai deux lettres pour demander ce qui se passait, mais je ne reçus aucune réponse. Je me replongeai alors dans mon travail. J’avais presque oublié que j’avais participé à un concours consacré à la Sîra du Prophète. Les 6, 7 et 8 juillet 1978, c’est-à-dire au mois de Chaabane 1398 de l’Hégire, se tint à Karachi la première Conférence islamique asiatique. Je lisais attentivement les diverses informations à ce sujet. Un jour, j’attendais le train à la gare de Bhadohi. Le train avait un peu de retard. J’achetai le journal du jour et me mis à le lire. Une brève nouvelle attira mon attention : lors d’une séance de la conférence islamique qui se tenait à Karachi, les noms des cinq lauréats parmi les participants au concours consacré à la Sîra du Prophète avaient été annoncés. L’un d’eux était un candidat indien. À cette lecture, je fus intérieurement très agité. Même après être arrivé à Bénarès et avoir tenté d’obtenir des informations détaillées, je n’y parvins pas.
Le matin du 10 juillet 1978, je dormais. J’avais dû rester occupé jusqu’à une heure avancée de la nuit à diverses tâches, notamment à définir les sujets d’un concours de débat de la Jamia. Après avoir accompli la prière de l’aube, je m’étais recouché. Soudain, un groupe d’étudiants entra en faisant grand bruit. Leurs visages rayonnaient de joie. Ils me félicitaient. Que se passe-t-il ? L’adversaire a-t-il refusé de participer au débat ? Non, ce n’est pas cela. Alors, quoi donc ? Vous avez remporté la première place au concours consacré à la Sîra du Prophète.
Ô Allah, je Te rends grâce. Où avez-vous appris la nouvelle ? Je me redressai alors de ma position allongée.
C’est le maulana Ozair Shams qui a apporté la nouvelle. Peu après, le maulana Shams lui-même, arrivé de la conférence, me raconta les détails.
Le 29 juillet 1978, correspondant au 22 Chaabane 1398 de l’Hégire, je reçus une lettre recommandée de la Rabita. En même temps qu’elle m’annonçait ma victoire, elle m’invitait à venir recevoir officiellement le prix lors de la cérémonie de la Rabita qui devait se tenir à La Mecque au mois de Muharram 1399 de l’Hégire. Par la suite, cette cérémonie eut finalement lieu au mois de Rabî al-Thânî, et non à celui de Muharram.
À l’occasion de ma participation à cette cérémonie, j’eus pour la première fois la grâce de visiter les deux sanctuaires sacrés, al-Haramayn al-Charifayn, le pays du Prophète bien-aimé. J’arrivai à La Mecque le 10 Rabî al-Thânî. Je me rendis ensuite à la cérémonie. Après les formalités nécessaires, celle-ci commença vers dix heures du matin par la récitation du Coran. Le président de la cérémonie était le grand juge d’Arabie saoudite, Cheikh Abdallah ibn Homaïd. Le prince Saoud ibn Abd al-Mohsin, gouverneur adjoint de La Mecque et petit-fils du roi Abd al-Aziz ibn Saoud, arriva en qualité d’invité d’honneur chargé de remettre les prix. Il prononça ensuite quelques allocutions. Puis le secrétaire général adjoint de la Rabita al-Alam al-Islami, Cheikh Ali al-Mokhtar, prit la parole. Il expliqua assez en détail les objectifs du concours et indiqua comment les lauréats avaient été sélectionnés. Il annonça qu’après la publication de l’appel de la Rabita, 1 182 manuscrits avaient été soumis. Lors de l’examen préliminaire, le comité de sélection en retint 183 pour le concours. La responsabilité de la sélection finale fut confiée à un comité soigneusement choisi. Ce comité était présidé par le ministre de l’Éducation, Cheikh Hassan ibn Abdallah Al Cheikh. Ses membres étaient des enseignants du département de charia de l’Université de Djeddah, spécialistes de la Sîra du Prophète et de l’histoire de l’islam. Leurs noms étaient les suivants : docteur Ibrahim Ali Saout, docteur Abd al-Rahman Fahmi Mohammad, docteur Mohammad Saïd Siddiqi, docteur Fikri Ahmad Okaz, docteur Ahmad Sayyed Daraj, docteur Faïek Bakr Sawwaf, docteur Chaker Mahmoud Abd al-Moneïm et docteur Abd al-Fattah Mansour.
Après une sélection par étapes, les experts de ce comité déclarèrent cinq personnes dignes de recevoir un prix pour leurs cinq manuscrits : 1. Ar-Rahîq al-Makhtûm, (arabe), Safiyur Rahman Mubarakpuri, Jamia Salafiya, Bénarès, Inde — premier prix ; 2. Khâtam an-Nabiyyîn, (anglais), Dr Majed Ali Khan, Jamia Millia Islamia, Delhi, Inde — deuxième prix ; 3. Paighambar-e-Azam wa Akhir, (ourdou), Dr Nasir Ahmad Nasir, vice-chancelier de la Jamia Islamia, Bahawalpur, Pakistan — troisième prix ; 4. Muntakhab an-Nuqûl fî Sîrat-i A‘zam ar-Rasûl, (arabe), Cheikh Hamid Mahmoud ibn Mohammad Mansour Lemoud, Guizèh, Égypte — quatrième prix ; 5. Sîrat an-Nabiyy al-Hâdî ar-Rahîm, (arabe), Oustad Abdus Salam Hashem Hafiz, Médine l’Illuminée, Arabie Saoudite — cinquième prix.
Après cette annonce, le secrétaire général adjoint, Cheikh Ali al-Mokhtar, termina son allocution en remerciant les participants au concours.
On me demanda ensuite d’exprimer ma réaction. Dans mon allocution, je conseillai à la Rabita d’adopter certaines stratégies et méthodes d’action pour propager l’islam en Inde. J’expliquai également quels pourraient en être les résultats. La Rabita assura qu’elle tiendrait compte de ces conseils. Ensuite, l’émir Saoud ibn Abd al-Muhsin remit successivement aux cinq la somme du prix et un certificat. Après la remise des prix, la cérémonie fut déclarée close par la récitation du Coran.
Le 17 Rabi ath-Thani, je me rendis à Médine. En chemin, je visitai le champ de bataille de Badr. Je visitai le noble tombeau du Messager d’Allah, qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix. Quelques jours plus tard, un matin, je me rendis à Khaybar. J’y observai les forteresses historiques, de l’intérieur comme de l’extérieur. Après avoir parcouru les environs, je revins à Médine dans l’après-midi. Après avoir passé deux semaines à Médine, je retournai à La Mecque. J’y accomplis le tawaf et le sa‘i. Je passai une semaine à La Mecque. À La Mecque et à Médine, j’échangeai intimement avec des savants et des hommes de mérite de tous les milieux, connus ou inconnus. Après avoir passé un mois dans l’Arabie Saoudite, pays de mes rêves, je retournai dans ma patrie, l’Inde.
Après mon retour d’Arabie Saoudite, nombreux furent ceux qui, parmi les locuteurs ourdous de l’Inde et du Pakistan, me demandèrent de traduire cet ouvrage en ourdou. Quelques jours s’étaient déjà écoulés. J’étais pris par diverses occupations et ne parvenais absolument pas à trouver le temps nécessaire. Face aux demandes répétées de nombreux solliciteurs, je finis par entreprendre la traduction au milieu de mes occupations. Finalement, par la grâce d’Allah, le travail de traduction fut achevé.
Pour finir, je considère qu’il est nécessaire d’exprimer ma gratitude aux éminents serviteurs de la religion et aux amis qui m’ont encouragé et aidé dans la rédaction de cet ouvrage. Je me souviens en particulier de la coopération sincère de mon maître vénéré, Mawlana Abd ar-Rahman Rahmani, de Cheikh Wazir Sahib et de Hafiz Mohammad Ilyas. Leurs conseils et leurs encouragements m’ont aidé à rédiger le manuscrit en temps voulu. Qu’Allah, Seigneur des mondes, leur accorde à tous la meilleure récompense. Qu’Allah le Très-Haut accepte cet ouvrage et accorde à tous ceux qui y ont pris part le salut dans ce monde et dans l’au-delà.
Safiyur Rahman Mubarakpuri
Le 18 Ramadan béni
1404 de l’Hégire
Pour la nouvelle édition
de la Rabita al-‘Alam al-Islami
La préface du secrétaire général
La Sunna du Prophète constitue un modèle vivant. Son appel demeurera jusqu’au Jour de la Résurrection. La description de ce modèle et la rédaction d’ouvrages à son sujet ont commencé dès l’avènement du Messager d’Allah et se poursuivront jusqu’au Jour de la Résurrection. Le modèle du Prophète bien-aimé est, pour les musulmans, un exemple concret et un programme d’action riche en événements. Il est naturel que les paroles et les actes des musulmans soient réglés et guidés à sa lumière. Les relations de l’être humain avec Allah, le Seigneur des mondes, ainsi qu’avec ses proches, ses frères et ses amis, devraient être conformes au modèle du Messager d’Allah.
Allah, le Tout-Puissant, dit : « Il y a certes, pour chacun, dans le Messager d’Allah, un excellent modèle, pour ceux qui espèrent la miséricorde d’Allah et le Jour dernier, et qui invoquent Allah abondamment. »
On demanda à ‘Aïcha (qu’Allah l’agrée) quel était le caractère du Messager d’Allah, qu’Allah prie sur lui et le salue. Elle répondit : « Le Noble Coran était son caractère. »
Ainsi, celui qui, dans toutes les affaires de ce monde et de l’au-delà, souhaite suivre la voie d’Allah et se libérer de ce monde n’a d’autre voie que de suivre le Messager d’Allah. Une telle personne doit suivre la Sîra du Messager d’Allah avec suffisamment de réflexion et de discernement, ainsi qu’avec une foi inébranlable. Elle doit comprendre que telle est la voie droite du Seigneur. Notre chef et notre guide, le Messager d’Allah, a laissé un modèle à suivre dans tous les aspects et domaines de la vie. Dans son modèle se trouve la lumière de la guidance pour les dirigeants, les agents, les gouvernants et les gouvernés, les guides et les moudjahidines. Le modèle du Prophète bien-aimé est le meilleur modèle pour la politique des peuples, la politique de l’État, l’économie, l’organisation sociale, les relations mutuelles, les relations nationales et internationales, bref, dans tous les domaines.
Les musulmans se sont éloignés de la voie actuelle du Messager d’Allah et se sont enfoncés dans les profondeurs abyssales de l’ignorance et de la décadence. Le temps est venu pour eux de prendre conscience. Dans les programmes des établissements d’enseignement, ainsi que lors des diverses assemblées et conférences, la Sîrat du Prophète doit être placée au premier rang. Il faut comprendre qu’elle n’est pas seulement une nourriture pour la réflexion, mais qu’elle est la voie du retour vers Allah le Très-Haut. C’est dans cet idéal que résident la source de la réforme et du bien-être de l’humanité. En effet, le caractère et les actes du Messager d’Allah sont la manifestation concrète du Livre d’Allah le Très-Haut, le Noble Coran. En suivant cet idéal, le serviteur croyant peut devenir un adepte de la Loi d’Allah, le Seigneur des mondes.
Cet ouvrage, intitulé Le Nectar cacheté, est le fruit remarquable des efforts de l’Allama Cheikh Safiur Rahman. En 1396 de l’Hégire, il participa au concours de rédaction sur la Sîrat du Prophète organisé par la Ligue islamique mondiale, et cet ouvrage remporta la première place. Les détails à ce sujet figurent dans la préface écrite par l’ancien secrétaire général de la Ligue, Cheikh Mohammed Ali al-Harakane.
Cet ouvrage connut une extraordinaire popularité et fut largement acclamé. La première édition, tirée à 10 000 exemplaires, fut épuisée en peu de temps. L’éditeur Hasan Hamubi, qu’Allah le préserve, publia également 10 000 exemplaires de la deuxième édition.
Lors de la publication de la troisième édition, l’éditeur me demanda d’écrire quelques mots. C’est pourquoi j’en écris brièvement ici. Puisse Allah le Très-Haut faire de cet écrit un moyen d’obtenir Sa miséricorde. Puisse-t-Il, par l’intermédiaire de cet ouvrage, délivrer les musulmans de toutes leurs épreuves. Puisse la communauté de Muhammad retrouver la haute dignité d’assumer à nouveau la direction du monde. Puisse cette déclaration d’Allah le Très-Haut se réaliser : « Vous êtes la meilleure communauté qui ait été suscitée pour les hommes : vous ordonnez le bien, vous interdisez le mal et vous croyez en Allah. »
Que les bénédictions et la paix soient sur le bien-aimé Messager d’Allah.
Dr Abdullah Omar Nasif
Secrétaire général
La Ligue islamique mondiale
La Mecque al-Mukarrama
ancien secrétaire général
a exprimé l’avis suivant —
Allah, Seigneur des mondes, a accordé à Son bien-aimé Messager la station de l’intercession et un rang élevé. Il nous a ordonné de l’aimer. Il nous a informés que la preuve de notre amour pour Allah Tout-Puissant serait notre obéissance à Son Messager.
Allah, Seigneur des mondes, dit : « Ô Prophète, dis : si vous aimez Allah Tout-Puissant, alors obéissez-moi ; Allah vous aimera et vous pardonnera vos péchés. »
La preuve de l’amour envers Allah Tout-Puissant est l’amour envers Son Messager. C’est pourquoi une attirance pour le Messager d’Allah, que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui, se fait ressentir dans les cœurs, et la nécessité d’établir avec lui une relation étroite apparaît. Depuis l’avènement de l’islam, les musulmans n’ont cessé de louer le Messager d’Allah et d’œuvrer à la diffusion et à la propagation de sa sîra bénie, avec un véritable esprit de compétition. Les paroles, les actes et le caractère du bien-aimé Messager d’Allah constituent sa sîra. ʿÂʾisha — qu’Allah l’agrée — a dit : « Le Coran sacré était son caractère. » Le noble Coran est le Livre d’Allah Tout-Puissant et l’ensemble de Ses paroles. Ainsi, l’éminente personnalité qui est le reflet du Coran est nécessairement supérieure et parfaite entre tous les êtres humains. Elle est la plus digne de recevoir l’amour de toute la création.
Les musulmans ont toujours manifesté leur amour envers le Messager d’Allah. C’est dans le cadre de cette manifestation d’amour que s’est tenue, au Pakistan en 1396 de l’hégire, la première conférence sur la sîra. Lors de cette conférence, la Ligue islamique mondiale a annoncé que cinq prix seraient décernés pour la rédaction d’ouvrages consacrés à la sîra du Prophète, sous certaines conditions. Un montant total de 150 000 riyals saoudiens serait distribué en espèces aux lauréats à titre de récompense.
Les conditions sont les suivantes :
Premièrement, la biographie du Prophète doit être complète. Les événements historiques doivent y être présentés chronologiquement, selon la période où ils se sont déroulés.
Deuxièmement, l’ouvrage doit être de haute qualité et inédit.
Troisièmement, l’ouvrage doit fournir les références précises des ouvrages utilisés comme sources.
Quatrièmement, l’auteur doit consigner sa biographie, donner des informations sur son parcours scolaire et universitaire et mentionner toute œuvre littéraire qu’il aurait publiée.
Cinquièmement, le texte doit être clair et lisible. Il serait préférable qu’il soit dactylographié.
Sixièmement, l’ouvrage peut être rédigé en arabe ou dans toute autre langue vivante et moderne.
Septièmement, les manuscrits seront reçus à partir du 1er Rabīʿ al-Thānī 1396 de l’Hégire, et la date limite de réception sera le 1er Muharram 1397 de l’Hégire.
Huitièmement, le manuscrit doit être envoyé au secrétariat de la Rabita al-Alam al-Islami, à La Mecque, dans une enveloppe scellée. La Rabita lui attribuera un numéro d’ordre.
9. Un comité d’experts hautement qualifiés composé d’éminents oulémas examinera le manuscrit.
À la suite de cette annonce de la Ligue islamique mondiale, un vif intérêt se manifesta parmi les écrivains assoiffés de savoir et amoureux du Messager. De nombreux écrivains participèrent au concours. La Ligue islamique mondiale attendait également de recevoir des manuscrits en arabe, en anglais, en ourdou et dans d’autres langues.
Nos frères respectés commencèrent à envoyer des manuscrits dans différentes langues. Des manuscrits furent soumis en arabe, en ourdou, en anglais, en français et en hébreu.
Pour examiner les manuscrits recueillis, la Ligue islamique mondiale constitua un comité composé d’éminents oulémas. Voici le détail des lauréats.
(1) Premier prix : Cheikh Safiyur Rahman Mubarakpuri, Jamia Salafiya, Inde, 50 000 riyals saoudiens.
(2) Deuxième prix : docteur Majed Ali Khan, Jamia Millia Islamia, New Delhi, Inde, 40 000 riyals saoudiens.
(3) Troisième prix : docteur Nasir Ahmad Naser, Pakistan, 30 000 riyals saoudiens.
(4) Quatrième prix : Oustadh Hamed Mahmoud Mohammed Mansour Lemoud, Égypte, 20 000 riyals saoudiens.
(5) Cinquième prix : Oustadh Abdus Salam Hachem Hafiz, Médine l’Illuminée, Arabie saoudite, 10 000 riyals saoudiens.
La Ligue du monde islamique annonça les noms des lauréats de la première Conférence islamique asiatique, tenue à Karachi en 1398 de l’hégire. Cette nouvelle fut communiquée à tous les journaux et agences de presse.
Pour la remise des prix, la Ligue organisa cette cérémonie à La Mecque, le matin du 12 Rabî al-thani 1399 de l’hégire. L’émir Saoud, secrétaire du gouverneur de La Mecque, l’émir Fawaz ibn Abd al-Aziz, remit les prix en son nom.
Lors de la cérémonie de remise des prix, il fut annoncé que les manuscrits primés seraient imprimés et distribués progressivement dans différentes langues. Conformément à cette annonce, le manuscrit arabe du cheikh Safiour Rahman Moubarakpouri a été publié en premier et présenté aux lecteurs. Il avait remporté le premier prix. Les autres manuscrits seront également publiés successivement. Nous prions Allah, Seigneur des mondes, de nous accorder la grâce de consacrer toutes nos œuvres à Sa seule satisfaction et d’accepter nos bonnes actions. Il est assurément notre meilleur Protecteur et notre meilleur Secours.
Cheikh Mohammed Ali al-Harakan
Secrétaire général
La Ligue du monde islamique
La Mecque l’Honorée
de celui qui a écrit le livre
sa propre présentation
Parmi les conditions du concours organisé par la Rabita figurait la demande de présenter les candidats. C’est pourquoi je donne ci-dessous une brève présentation de ma personne.
Safiur Rahman ibn Abdullah ibn Muhammad Akbar ibn Muhammad Ali ibn Abd al-Mou’min ibn Zakirullah Mubarakpuri Azmi. La date de naissance indiquée sur le certificat est le 6 juillet 1943. Toutefois, après vérification, il s’est avéré que la date réelle de naissance se situait vers le milieu de l’année 1942. Je suis né à Mubarakpur, dans la localité de Hosainabad, district d’Azamgarh.
J’ai commencé à réciter le Coran en 1948. J’ai étudié pendant six ans à Mubarakpur même. J’y ai étudié la langue arabe, la grammaire, la littérature et d’autres matières. Ensuite, j’ai étudié pendant deux ans à Maunath Bhanjan, à 35 kilomètres de Mubarakpur. En 1956, je suis entré à la madrasa Fayz-e Aam. J’y ai passé cinq ans. Dans cet établissement, j’ai acquis des connaissances en langue arabe, en grammaire, en littérature, en fiqh, en usul al-fiqh, en exégèse coranique, en hadith et dans d’autres disciplines.
En janvier 1961, le certificat de fin d’études m’a été délivré. La délivrance des certificats de Fazilat fi ash-Sharia et de Fazilat fil-Ulum m’a accordé l’autorisation d’enseigner et de délivrer des fatwas.
J’ai obtenu de bons résultats à tous les examens. J’ai également participé aux examens du conseil d’Allahabad. En février 1959, j’ai passé l’examen de maulvi, puis en 1960 celui d’alim. J’ai réussi les deux examens en première division. Après une longue période, j’ai passé en février 1976 l’examen de Fazil Adab, lié à l’enseignement, puis en février 1978 l’examen de Fazil Diniyat. J’ai obtenu la première division aux deux examens.
Après avoir obtenu mon diplôme de la madrasa Fayz-e Aam en 1961, j’ai d’abord enseigné à Allahabad, puis à Nagpur. En 1963, le directeur de la madrasa Fayz-e Aam m’a fait venir. J’y ai enseigné pendant deux ans. Mais, en raison des circonstances, j’ai dû la quitter. L’année suivante, j’ai enseigné à la Jamia-tur-Rashad d’Azamgarh, puis, en 1966, j’ai assumé des fonctions d’enseignement à la madrasa pour femmes Darul Hadith. J’y suis resté trois ans. J’y ai également exercé d’importantes responsabilités en tant que vice-directeur. Ensuite, après avoir démissionné, j’ai commencé à enseigner à la madrasa Fayzul Ulum. Cette madrasa est située au Madhya Pradesh, à sept kilomètres de Maunath Bhanjan. Depuis janvier 1969, outre l’enseignement, j’étais également chargé des tâches administratives de la madrasa. Je participais à la prédication religieuse dans des régions éloignées. Vers la fin de 1969, j’ai pris en charge l’enseignement à la madrasa Darut Ta’lim, dans ma ville natale de Mubarakpur. En 1974, j’ai commencé à enseigner à la Jamia Salafiya de Bénarès, où je suis encore aujourd’hui chargé de dispenser un enseignement religieux.
Je mentionne ci-dessous la liste de quelques-uns de mes ouvrages importants,
1) Tazkiraye Shaykhul-Islam Mohammad ibn Abdoul Wahhab (arabe), 1972. Quatre éditions de cet ouvrage ont été publiées. 2) Tarikh-e Ale Saoud (ourdou), 1972. Deux éditions de cet ouvrage ont été publiées. 3) Ithafoul-Kéram, commentaire de Boulough al-Maram de l’imam Ibn Hajar al-Asqalani (arabe), 1974. 4) Qadianiyat Apne Aaine Mein (ourdou), 1976. 5) Fitnaye Qadianiyat aur Mawlana Sanaoullah Amritsari (ourdou), 1977. 6) Ar-Rahiq al-Makhtoum (arabe). 7) Inkar-e Hadith Haq ya Batil (ourdou), 1977. 8) Rajm-e Haq o Batil (ourdou), 1978. 9) Abrāj al-Haqq was-Sawāb fī Mas’alat-e Kashf al-Hijāb (arabe), 1978. 10) Tatawwur ash-Shu‘ūb ad-Dīniyya fī al-Hind wa Majālāt ad-Da‘wa al-Islāmiyya fīhā (arabe), 1979. 11) Al-Firqat an-Nājiya wa-l-Firaq al-Islāmiyya al-Uḫrā (arabe), 1988. 12) Islam aur Adam-e Tashahhud (ourdou), 1984 ; cet ouvrage a également été publié en anglais et en hindi. 13) Ahl-e Tasawwouf fi Karastania (ourdou), 1986. 14) Al-Ahzab as-Siyasiyya fil-Islam (arabe), 1986. J’assume également la responsabilité de rédacteur du mensuel Mohaddes de Bénarès.
À l’occasion de la publication de la nouvelle édition
Préface de l’auteur
Lors de la conférence sur la Sîra tenue au Pakistan en 1396 de l’hégire, la Rabita al-Alam al-Islami lança un concours mondial pour la rédaction d’ouvrages sur la Sîra. Son objectif était de réaliser l’unité de pensée et de conscience parmi les auteurs et d’organiser méthodiquement leurs efforts. À mon avis, c’était une initiative louable. En effet, une réflexion approfondie permet de comprendre que la Sîrat an-Nabawiyya et l’exemple de Muhammad sont l’unique sujet grâce auquel la vie du monde musulman et le bonheur de la société humaine peuvent atteindre leur accomplissement. Des milliers de bénédictions et de salutations sur le bien-aimé Messager d’Allah, qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix.
Participer à ce concours béni fut pour moi une immense chance. Mais avais-je la capacité de mettre en lumière la vie sublime du Sayyid al-Awwalîn wa-l-Akhirîn ? En réalité, je souhaitais obtenir une part des bénédictions du bien-aimé Habib d’Allah. Mais pourquoi ? Parce que je voulais, plutôt que de chercher mon chemin dans les ténèbres, vivre en tant que membre de la communauté du Prophète (que la paix soit sur lui), en cheminant sur sa voie royale, lumineuse et magnifique. Puis, un jour, j’embrasserai la mort en étant moi-même un voyageur sur cette voie. Dans la vie de l’au-delà, par la bénédiction de l’intercession du Messager d’Allah, Allah pardonnera mes péchés.
Je juge nécessaire de dire quelques mots au sujet du style de composition de cet ouvrage. Avant de l’entreprendre, j’avais décidé de ne pas le rendre anormalement long, de peur que le lecteur ne perde patience, sans pour autant le faire trop court ; je voulais plutôt le maintenir dans des dimensions moyennes. Cependant, la lecture de divers ouvrages consacrés à la Sîrat an-Nabawiyya m’a conduit à décider que je ne mentionnerais que ce qui, après examen de tous les aspects, me paraîtrait exact. Je m’abstiendrai de présenter les arguments détaillés ainsi que les références documentaires et les preuves. Si je les mentionnais tous, le volume de l’ouvrage augmenterait considérablement. Dans ces cas, on pourrait mettre en doute le caractère suffisant de mon exposé analytique, le lecteur pourrait s’en étonner ; et lorsque les opinions de ceux qui soutiennent un point de vue différent ne me paraîtront pas correctes, je me contenterai d’indiquer les arguments et les preuves. C’est effectivement ce que je fais. Ô Allah, décrète pour moi le bien de ce monde et de l’au-delà. Tu es assurément Pardonneur et Miséricordieux. Tu es le Maître du Trône sublime ; Tu es le Sublime, le Tout-Puissant.
Safiur Rahman Moubarakpouri
24 Rajab 1396 de l’hégire
23 juillet 1976
Le livre en langue bengalie
Concernant sa traduction et sa publication
Al-hamdou lillah,
Au terme d’un très long effort, nous avons pu remettre entre les mains des musulmans de langue bengalie la biographie très connue et très appréciée du Noble Prophète, Ar-Rahîq al-Makhtûm.
Ar-Rahîq al-Makhtûm est une expression employée par Allah le Très-Haut dans le Noble Coran, qui signifie une boisson exquise scellée. Dans la sourate Al-Mutaffifîn, Allah le Très-Haut a promis de servir cette boisson au Paradis à Ses serviteurs vertueux, en récompense. Pour Ses bien-aimés, Il ne s’est pas contenté de conserver cette boisson dans des bouteilles scellées : lorsqu’Il la versera dans les récipients, Il y aura également mêlé le parfum du musc.
L’Ar-Rahîq al-Makhtûm décrit dans le Coran est véritablement la plus magnifique des récompenses pour les croyants, pour lesquels cette grandiose préparation est destinée. La biographie de leur chef, Ar-Rahîq al-Makhtûm, est une œuvre de sîra tout à fait exceptionnelle, au goût différent. Il ne fait aucun doute qu’en composant une telle œuvre, le grand érudit de la sîra, l’Allâma Safiyur Rahman Mubarakpuri, a accompli un travail remarquable ; en réalité, il a ainsi établi un lien étroit entre le rahîq de la terre et le rahîq du ciel.
Je ne souhaite rien ajouter de mon propre chef au sujet de l’attrait mondial et de la popularité exceptionnelle du livre Le Nectar scellé. Après la précieuse présentation de l’ouvrage par l’auteur, placée au début du livre original, et les rapports de deux secrétaires généraux de la Ligue islamique mondiale, une organisation internationale représentant les musulmans du monde entier, il n’y a véritablement plus rien à dire à ce sujet. Si vous lisez d’abord ces remarques contextuelles avant de vous plonger dans l’ouvrage proprement dit, vous comprendrez aisément pourquoi ce livre a reçu cet honneur si rare parmi près de 1 200 ouvrages en compétition à l’échelle mondiale, et quelles sont les qualités qui lui ont valu la dignité de meilleure œuvre de sîra de son époque. Les amoureux du Prophète dans le monde entier semblaient attendre depuis longtemps une œuvre de sîra qui serait élaborée à partir de la synthèse des éléments fiables de toutes les œuvres antérieures consacrées à ce sujet, autrement dit, qui constituerait la quintessence de l’immense bibliothèque consacrée à la sîra. À cet égard, l’entreprise bénie d’al-‘Allâma Safiyur Rahman Mubarakpuri mérite incontestablement d’être saluée. Il va sans dire que la remise du premier prix à cet ouvrage par la Ligue islamique mondiale, au nom des centaines de millions de musulmans du monde, constitue précisément la reconnaissance de ce mérite.
Le distingué chercheur a rédigé l’ouvrage original en arabe ; chacun sait d’ailleurs que les vastes matériaux fondamentaux des milliers d’ouvrages consacrés à la sîra se trouvent également dans cette langue. Lorsque l’ouvrage arabe original a été traduit dans différentes langues, j’ai véritablement pu mesurer les efforts acharnés déployés par les traducteurs compétents pour préserver la qualité de sa langue et de son esprit. Je peux notamment imaginer les difficultés qu’ils ont rencontrées en transcrivant dans leurs propres langues les noms des Compagnons utilisés dans ce livre, ceux de leurs tribus et clans, ainsi que les innombrables noms de personnes et de lieux liés à la société, à l’État, aux guerres, aux conflits et aux activités économiques de l’Arabie avant et après l’avènement du Prophète. La prononciation exacte de ces milliers de noms m’a véritablement paru être une tâche ardue. De plus, nos savants religieux et nos chercheurs linguistes eux-mêmes divergent sur la manière de rendre la prononciation arabe en alphabet bengali : l’un juge correcte une orthographe qu’un autre rejette comme totalement erronée. Dans ce cas, par souci de simplicité, j’ai retenu, pour chaque nom, la prononciation qui m’a semblé la plus proche de celle de l’ouvrage original. Dans la mesure du possible, j’ai essayé de suivre une méthode uniforme pour les noms de personnes et de lieux dans l’ensemble du livre. Je ne prétendrai pourtant pas avoir tout écrit correctement. Qu’Allah le Très-Haut me pardonne mes erreurs et mes fautes.
Le livre Le Nectar scellé contient les noms d’innombrables ouvrages ainsi que leurs numéros de page ; il me semble nécessaire de préciser également ce point. Les numéros de page indiqués ici sont ceux des ouvrages arabes et ourdous. L’auteur y cite de nombreux livres qui n’ont pas encore été traduits en bengali ; même lorsqu’ils l’ont été, ces numéros de page ne permettront pas de retrouver les informations originales. Ainsi, l’auteur original cite à maintes reprises le célèbre Fî zilâl al-Qur’ân de Sayyid Qutb le martyr, mais les tomes et numéros de page qu’il indique ne s’appliquent qu’à l’édition arabe. Il est donc naturel qu’aucun des tomes ni des numéros de page de la traduction bengalie du Tafsîr Fî zilâl al-Qur’ân ne corresponde à ceux-ci. Bien que nous ayons connaissance de ce problème, nous n’avons modifié aucune des sources indiquées par l’auteur original, par souci de totale probité.
Vous savez que les éditions arabes de cette précieuse œuvre de sîra ont d’abord été publiées sur le marché mondial par la Ligue islamique mondiale elle-même. Sous la supervision de la Ligue, une autre institution a ensuite publié le livre ; par la suite, diverses institutions en ont publié des traductions dans différentes langues et dans différents pays du monde. Nous avons nous aussi suivi leur exemple et entrepris de publier cet ouvrage important en langue bengalie. Notre objectif était de faire connaître ce grand livre aux populations de cette langue. Il convient de se rappeler que le grand homme dont nous allons aujourd’hui publier la biographie était le chef d’une caravane de messagers qui dirent à leurs peuples : « Je ne vous demande aucune récompense pour cela ; ma récompense n’incombe qu’au Seigneur des mondes. » Je ne vous demande aucune rémunération pour cette mission ; ma récompense se trouve auprès de mon Maître.
Enfin, j’adresse mes remerciements les plus sincères à toutes les personnes liées au bureau du Bangladesh de l’Académie du Coran de Londres. Sans leur prise en charge de la diffusion du livre, je serais resté assis à Londres à me contenter de rêver, et l’ouvrage n’aurait peut-être pas vu le jour avant longtemps. Je n’oublierai jamais, en particulier, l’aide de Shamim frère. Sans ses efforts sincères, il n’aurait pas été possible d’achever si rapidement ce volumineux manuscrit. Qu’Allah le Très-Haut récompense, chacun à la place qui est la sienne, tous ceux qui m’ont également encouragé de diverses manières. Âmîn.
À mon Prophète bien-aimé, d’innombrables bénédictions et salutations.
Khadija Akhtar Rezaï
Rabî‘ al-Awwal 1419 de l’Hégire, juillet 1998
Londres
À l’occasion de la publication de la quatrième édition
Note du diffuseur
En 1999, le mois consacré à la vie du Prophète était, selon le calendrier anglais, juin-juillet. Nous avions donc pensé présenter la traduction bengalie de cette biographie du bien-aimé Prophète, considérée comme la meilleure de notre époque, précisément durant le mois marqué par le souvenir du Prophète. À la lumière du souhait et de l’intention du traducteur et de l’éditeur de ce grand ouvrage, nous avions achevé toutes nos préparations pour cette tâche. Cependant, comme nous n’avions pas un contrôle total sur toutes les étapes supplémentaires nécessaires pour faire parvenir un ouvrage aussi volumineux du manuscrit jusqu’aux mains du lecteur, nous n’avons pas pu le présenter durant le mois consacré à la vie du Prophète, c’est-à-dire Rabî al-Awwal. Finalement, lorsque le livre vit le jour après avoir franchi tous les obstacles de l’imprimerie, le mois de l’arrivée du Prophète en ce monde était déjà terminé. Mais Allah Tout-Puissant n’a probablement pas voulu décevoir ces serviteurs pécheurs en considérant la sincérité de leur intention ; ainsi, bien que cet ouvrage exceptionnel ait manqué la période de l’avènement du bien-aimé Prophète, qui constituait la cible précise de sa première présentation, Il nous accorda, quelques jours seulement après, l’occasion mémorable de célébrer son entrée à Médine.
Le 24 septembre de la même année était le jour de l’entrée du bien-aimé Prophète à Yathrib, c’est-à-dire à Médine. Après avoir franchi les marches de quatorze siècles et vingt années, nous avons, en ce jour béni, présenté pour la deuxième fois cet ouvrage traduit, arrosé de l’amour d’un de ses fidèles amoureux. Lorsque nous avons publié la troisième édition de ce livre béni, le moment de Yawm al-Arafa s’offrait à nous. Debout ce jour-là aux abords d’Arafa, il avait présenté devant près de cent cinquante mille de ses Compagnons intrépides le discours historique du pèlerinage d’adieu, c’est-à-dire la grande charte des droits humains, sur laquelle reposent, pour ainsi dire, aujourd’hui les fondements de la civilisation et de la culture de toute l’humanité.
Aujourd’hui, alors que nous avons de nouveau commencé à imprimer sa huitième édition révisée, le mois béni de Ramadan, mois de la révélation du Coran, se tient devant nous. Qu’Allah Tout-Puissant accepte, durant ce mois sacré, cette inestimable biographie du porteur du Coran !
De même qu’Ar-Rahîq al-Makhtûm a brisé tous les records de son époque sur la scène mondiale et obtenu le rang de la meilleure œuvre de sîra, la traduction bengalie de ce livre a elle aussi brisé tous les records du monde littéraire de notre pays et s’est illustrée par sa propre grandeur. Nous avons publié sa deuxième édition seulement cinquante-cinq jours plus tard et, al-hamdou lillah, sa huitième édition sera publiée avant même la fin de trois années. C’est assurément, à l’époque récente, un honneur rare non seulement dans la littérature islamique, mais dans toute l’histoire de la langue bengalie. Cet honneur rare revient en réalité tout entier au Prophète — paix et bénédictions sur lui — ; aucun individu ni aucune institution n’y a de mérite. Nous estimons que ni l’auteur, ni le traducteur, ni l’éditeur, ni le diffuseur de ce livre ne possèdent la moindre part de ce mérite. Toute la louange pour la popularité sans précédent de cet ouvrage revient uniquement à Celui qui, de Sa propre personne, adresse des salutations au Prophète avec Ses anges.
Après la publication de la traduction bengalie de ce livre, trois ans auparavant, nous avions déjà ressenti l’amour que les gens portaient à ce grand ouvrage en lisant les critiques enthousiastes qu’avaient publiées plusieurs éminents penseurs et intellectuels dans les pages littéraires de plusieurs des principaux quotidiens du pays. À un moment donné, nos sympathisants avaient également évoqué l’organisation d’une cérémonie de lancement du livre ; nous attendions donc avec impatience l’arrivée à Dacca de sa traductrice et éditrice, l’honorable Khadija Akhtar Rezaï. Grâce à Allah, lorsqu’elle vint à Dacca cette année-là, le 14 septembre, pour quelques jours seulement, en route pour accomplir le saint pèlerinage de la Omra, nous organisâmes le 18 du même mois une magnifique cérémonie de lancement du livre dans l’auditorium du Club national de la presse.
Lors de cette cérémonie organisée en l’honneur du Noble Prophète, le professeur national, éminent intellectuel et figure majeure de la littérature bengalie, Syed Ali Ahsan, déclara dans l’article qu’il avait rédigé que la traduction de Khadija réunissait à la fois la fière splendeur et l’engagement lumineux de la langue maternelle. Khadija avait traduit l’ouvrage en bengali avec un talent exceptionnel et une construction phrastique incomparable ; sa traduction semblait ne pas être une traduction, mais une création nouvelle. Évoquant ce rare succès, il souhaita une large diffusion et un grand rayonnement de cet ouvrage éminent. Le savant respecté de tous dans le pays, le khatib de la mosquée nationale, Mawlana Obaidul Haq, qualifia la traduction bengalie d’Ar-Rahîq al-Makhtûm de grand accomplissement de la traductrice dans la littérature de la Sîra et implora la miséricorde d’Allah afin que cette traduction serve de viatique dans nos vies. A. Z. M. Shamsul Alam, président d’Al-Arafa Islamic Bank, rendit hommage à cette écrivaine expatriée pour cette œuvre ardue en déclarant qu’en un seul mois, aucun autre ouvrage du pays n’avait fait l’objet d’un nombre aussi important de comptes rendus publiés dans les journaux et revues que son imposant ouvrage traduit.
L’ancien ambassadeur, éminent journaliste et rédacteur en chef du quotidien Dinkal, Akhtar-ul-Alam, louant vivement la traduction de ce meilleur ouvrage de Sîra de l’époque, compara l’art de traduire à l’envers d’un châle du Cachemire et déclara que, dans l’ouvrage publié Ar-Rahîq al-Makhtûm, il était pratiquement impossible de distinguer l’endroit de l’envers du châle du Cachemire. Mawlana Ruhul Amin Khan, rédacteur exécutif du quotidien Inqilab, exprima sa joie de voir le travail de traduction de cet ouvrage immortel réalisé par les mains qu’il fallait ; selon lui, l’honorable Khadija Akhtar Rezaï avait fait oublier aux lecteurs que le livre était en réalité une traduction. L’éminent dramaturge Ariful Haq qualifia l’ouvrage de récit complet, chronologique et historique de la vie du Messager d’Allah. Il souligna que la traductrice possédait, dans son travail, autant le talent de la création que celui de la recréation. L’éminent acteur Obaidul Haq Sarkar déclara qu’aux côtés de centaines d’autres ouvrages de Sîra, notamment Mustafa Charit de Mawlana Akram Khan, Bishwa Nabi du poète Golam Mostafa et la Sîrat an-Nabî traduite, Ar-Rahîq al-Makhtûm était le meilleur ouvrage de Sîra de son époque.
Le poète Al Mujahidi, rédacteur littéraire du quotidien Ittefaq, remercia la traductrice et l’éditeur d’avoir mis entre les mains des dizaines de millions de personnes parlant bengali dans le sous-continent la traduction bengalie d’un ouvrage aussi rare, et souhaita sa large diffusion. En outre, dans un article consacré au livre, le courageux écrivain et poète de la littérature bengalie Al Mahmud qualifia le récent ouvrage traduit de l’écrivaine et femme de lettres talentueuse de la littérature bengalie contemporaine, l’honorable Khadija Akhtar Rezaï, de nouvelle construction. Enfin, l’éminente écrivaine et ancienne parlementaire Hafeza Asma Khatun, dans son compte rendu de l’ouvrage, demanda qu’il soit intégré aux programmes scolaires, collégiaux et universitaires.
Le président de la cérémonie, ancien chef du Conseil national des recettes et président-secrétaire d’Islami Bank Ltd., Shah Abdul Hannan, remercia la traductrice et l’éditeur d’avoir offert la traduction de cet ouvrage précieux, mondialement réputé en langue bengalie. Il remercia également le bureau du Bangladesh de l’Académie du Coran, à Londres, en tant qu’organisme distributeur. La traductrice et éditrice de l’ouvrage, l’honorable Khadija Akhtar Rezaï, était elle aussi présente à la cérémonie. Dans un article écrit à l’intention des éminentes personnalités venues assister à la cérémonie, elle attribua exclusivement à Allah Très-Haut le mérite du succès global de cet ouvrage. Elle exprima sa gratitude à toutes les éminentes personnes savantes qui avaient publié dans les journaux et revues de précieuses critiques du livre, à celles qui avaient pris la parole lors de cette cérémonie bénie et à celles qui, par leur présence, avaient contribué à sa réussite. Le poète Motiur Rahman Mallik lut son allocution écrite ainsi que l’article du professeur national Syed Ali Ahsan, invité d’honneur de la cérémonie.
Le très éminent commentateur du Coran, Hazrat Mawlana Delwar Hossain Sayeedi, de renommée internationale, devait également être présent à notre cérémonie de publication en qualité d’invité d’honneur. Lors de son séjour à Londres, il avait lui-même exprimé à l’honorable Khadija Akhtar Rezaï son vif désir d’assister à cette cérémonie. Bien qu’il n’ait pu y prendre part pour des raisons particulières, il a personnellement souhaité le succès de cette cérémonie de publication. En outre, pour la manière dont, au cours des années passées, il a fait connaître à des millions de locuteurs bengalis dispersés aux quatre coins du monde nos ouvrages publiés, Tafsîr Fî Zilâl al-Qur’ân et Tafsîr-e-Osmani, nous prions également Allah Tout-Puissant de lui accorder Sa grâce. Lorsque, dans l’épreuve terrible de la plaine du Rassemblement, les enfants d’Adam crieront de désespoir pour obtenir une seule goutte d’eau, puisse le Très-Haut Allah le désaltérer avec Ar-Rahîq al-Makhtûm et khitâmuhu misk, c’est-à-dire une boisson parfumée au musc, provenant d’une bouteille scellée !
Nous sommes véritablement heureux qu’au moment où nous diffusions la deuxième édition de cet ouvrage, le traducteur-éditeur lui-même se trouvât à Dhaka. Ainsi, sous sa supervision attentive, nous avons pour ainsi dire pu réorganiser entièrement le livre. Cette fois encore, c’est en tenant compte de ses précieux conseils que nous présentons la huitième édition de l’ouvrage. Nous avons également pu, autant que possible, corriger les erreurs et les imperfections qui subsistaient çà et là. Il convient de préciser que, conformément au souhait de l’honorable dame, nous avons réduit le prix du livre de près de moitié afin de faire connaître au plus grand nombre la précieuse biographie du bien-aimé Prophète.
À la mémoire de cet être bien-aimé, dont les louanges retentissent partout dans les cieux et sur la terre, nous adressons cent mille salutations.
Académie du Coran, Londres
Centre du Bangladesh
Ô notre Seigneur, suscite parmi cette descendance un Messager issu de leur propre milieu, qui leur récitera Tes versets, leur enseignera le Livre et sa sagesse, et les purifiera. (Exauce cette invocation, car) Tu es le Puissant, l’Omniscient et le Sage — sourate Al-Baqara, 129
2
Cette terre enveloppée de ténèbres : dans l’attente de l’aube véritable
Présentation géographique de l’Arabie et implantation des différentes nations
La Sîra du Prophète est en réalité le reflet concret du dernier Prophète d’Allah. Le Messager d’Allah, guide de l’humanité vers le salut, que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui, l’a présentée à l’humanité. Par son intermédiaire, Allah Tout-Puissant a fait sortir les hommes des ténèbres pour les conduire vers la lumière, et les a fait sortir de la servitude des créatures pour les faire entrer dans la servitude d’Allah. Il est impossible de présenter une image complète de la Sîra du Prophète sans une étude comparative de la situation avant et après la révélation du message d’Allah, c’est-à-dire du message divin. C’est pourquoi, avant d’aborder le sujet principal, il est indispensable de décrire les différentes communautés de l’Arabie préislamique ainsi que leurs conditions de vie. Cela permettra d’obtenir une connaissance approfondie de la situation à l’époque de l’avènement du Messager d’Allah, que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui.
Le sens lexical du mot « Arab » est désert, étendue aride ou terre stérile. Depuis l’Antiquité, ce mot est employé pour désigner la péninsule Arabique et ses habitants.
À l’ouest de l’Arabie se trouvent la mer Rouge et la péninsule du Sinaï ; à l’est, le golfe Arabique ; au sud, une vaste partie de l’Irak, puis, plus au sud encore, la mer d’Arabie. Celle-ci constitue en réalité une vaste portion de l’océan Indien. Au nord se trouvent la Syrie et une partie du nord de l’Irak. Certaines de ses frontières sont également contestées. Sa superficie totale est comprise entre un et un million trois cent mille miles carrés.
Cette contrée arabe, semblable à une île, revêt une importance particulière du point de vue naturel et géographique. Elle est entourée, à l’intérieur comme à l’extérieur, de vastes étendues et de déserts. C’est pourquoi cette région est si bien protégée. Les autres ne peuvent y étendre facilement leur influence. On constate ainsi que les habitants du cœur de la péninsule Arabique jouissent, depuis l’Antiquité, d’une entière indépendance et d’une complète autonomie dans toutes leurs affaires. Pourtant, ces habitants de l’Arabie étaient voisins des deux grandes puissances du monde d’alors. Sans cette barrière naturelle, les Arabes n’auraient jamais été capables de repousser les attaques de ces deux puissances.
Du point de vue extérieur, la péninsule Arabique se trouvait au centre de tous les continents de l’Antiquité. Les communications de l’Arabie avec le monde extérieur étaient faciles, aussi bien par voie terrestre que par voie maritime. La partie nord-ouest de la péninsule Arabique constituait l’entrée, ou la porte, du continent africain. Au nord-est se trouvaient les peuples européens. À l’est s’ouvrait la voie vers l’Iran, l’Asie centrale et l’Extrême-Orient. Par cette route, on pouvait aller jusqu’en Chine et en Inde. Ainsi, chaque continent était relié au pays arabe. Les navires à destination de ces continents jetaient directement l’ancre dans les ports arabes.
En raison de cette situation géographique, les régions nord et ouest de la péninsule Arabique étaient connues comme un lieu de rencontre de divers peuples et comme un centre florissant du commerce, de l’industrie, de la littérature, de la culture et de la vie religieuse.
Les peuples arabes
Les historiens ont divisé les peuples arabes en trois catégories.
Premièrement : les Arabes al-Baïda
Par Arabes al-Baïda, on désigne les anciennes tribus et communautés d’Arabie qui ont complètement disparu. On ne dispose plus aujourd’hui d’informations détaillées suffisantes sur ces tribus et communautés. Telles sont les peuples de ʿAd, de Thamūd, de Tasm, de Jadīs, des Amalécites, entre autres.
Deuxièmement : les Arabes al-ʿĀriba
Cela désigne les tribus qui descendaient de Ya‘rub ibn Yashjub ibn Qahtan. Elles sont également appelées les Arabes qahtanites.
Troisièmement : les Arabes musta‘riba
Il s’agit des tribus qui descendaient du prophète Ismaël, que la paix soit sur lui. Elles sont également appelées les Arabes adnaniens.
Le lieu d’origine véritable des Arabes ‘ariba, c’est-à-dire des Arabes qahtanites, était le Yémen. C’est là que leurs familles et les différentes branches de leurs tribus se développèrent. Deux tribus parmi elles acquièrent une renommée particulière, à savoir :
a) Himyar : leurs branches célèbres étaient Zayd al-Jumhur, Quda‘a et al-Akāsik.
b) Qahtan : leurs branches célèbres étaient Hamdan, Anmar, Tayy, Madhhij, Kinda, Lakhm, Judham, Azd, Aws, Khazraj et les descendants de Jafna. Après avoir quitté leur territoire d’origine, ils établirent un royaume dans les environs de la Syrie. Ils furent ensuite connus sous le nom de Ghassan.
Les tribus qahtanites ordinaires quittèrent par la suite le Yémen et s’établirent dans différentes régions de la péninsule Arabique. Elles émigrèrent à l’époque où, après avoir conquis l’Égypte et la Syrie, les Romains avaient établi leur domination sur le commerce maritime des Yéménites et s’étaient également emparés du commerce terrestre. Les possibilités commerciales des Qahtanites furent ainsi entièrement anéanties.
Il est également possible que les Qahtanites aient été contraints de quitter leur pays en raison des conflits et des dissensions apparus entre les tribus qahtanites et himyarites. La raison de cette hypothèse est que les tribus qahtanites émigrèrent, tandis que les tribus himyarites restèrent fermement dans leurs territoires.
Les tribus qahtanites qui avaient quitté leur pays peuvent être réparties en quatre groupes, à savoir :
1) Al-Azd : sur le conseil de leur chef, ʿImrān ibn ʿAmr Muzayqiyā, ils quittèrent leur pays. Ils se déplacèrent d’abord d’un endroit à l’autre au Yémen et envoyèrent divers groupes prendre des nouvelles de la situation. Puis ils avancèrent vers le nord et s’établirent séparément en plusieurs endroits. Voici leur histoire détaillée :
Thaʿlaba ibn ʿAmr : cet homme se dirigea d’abord vers le Hedjaz et s’installa entre Thaʿlaba et Dhiqār. Lorsque ses enfants grandirent et que le clan devint puissant, il se dirigea vers Médine et commença à y vivre. Les Aws et les Khazraj sont issus de la descendance de ce Thaʿlaba. Les Aws et les Khazraj étaient les descendants de Hāritha, fils de Thaʿlaba.
Hārith ibn ʿAmr : il était issu des Khuzaʿa. Après avoir erré en différents endroits du Hedjaz, les membres de cette lignée s’installèrent à Marr az-Zahrān, puis attaquèrent Médine. Ils chassèrent de La Mecque les membres de la tribu des Banū Jurhum et s’y établirent eux-mêmes.
ʿImrān ibn ʿAmr : cet homme et ses enfants continuèrent à vivre à Oman. C’est pourquoi on les appela al-Azd d’Oman.
Nasr ibn al-Azd : les tribus rattachées à cet homme s’établirent dans la Tihāma. On les appelait al-Azd Shanuʾa. Jafna ibn ʿAmr : cet homme partit en Syrie et y vécut avec sa famille. Il était l’ancêtre des rois ghassānides. Avant de se rendre en Syrie, ils séjournèrent quelque temps au Hedjaz, près d’un point d’eau appelé Ghassān.
2) Les tribus de Lakhm et Judhām : parmi les descendants de Lakhm, Nasr ibn Rabīʿa comptait parmi les plus éminents. Il était l’ancêtre des souverains qui régnaient à al-Hīra et que l’on appelait les Āl Mundhir.
3) La tribu des Banū Ṭayyiʾ : après le départ des Banū al-Azd, cette tribu se dirigea vers le nord et commença à s’établir entre deux montagnes appelées Ajā et Salmā. Ces deux montagnes devinrent célèbres grâce à la tribu de Ṭayyiʾ.
4) La tribu de Kinda : les membres de cette tribu s’établirent d’abord dans un lieu appelé al-Ahsa, dans l’actuel Bahreïn. Quelque temps plus tard, ils partirent pour le Hadramaout. Mais ils ne purent pas non plus s’y maintenir. Finalement, ils s’installèrent au Najd et y fondèrent un gouvernement. Cependant, ce gouvernement ne dura pas longtemps. En peu de temps, leur nom et toute trace d’eux disparurent.
En dehors de Qahtan, les Himyarites comptaient une autre tribu, appelée Quda’a. Il existe une divergence d’opinions quant au fait que cette tribu soit himyarite. Après avoir quitté le Yémen, ses membres allèrent s’établir dans le désert de Samawa, en Irak (pour plus de détails sur ces tribus et leur émigration, voir Tarikh al-Imam al-Islamiyya, tome I, p. 11-13, et al-Jazirat al-Arab, p. 231-235. Les avis divergent quant à la datation des événements liés à cette émigration. Nous avons mentionné les informations jugées acceptables après examen des différents aspects).
Les Arabes arabisés : leur ancêtre était Sayyiduna Ibrahim, que la paix soit sur lui. Il était en réalité originaire de la ville d’Ur, en Irak. Cette ville se trouvait près de Koufa, sur la rive occidentale de l’Euphrate. Les vestiges découverts lors des travaux de creusement de l’Euphrate ont permis d’obtenir de nombreuses informations sur cette ville. Ils ont également révélé de nombreux renseignements sur la famille de Hadrat Ibrahim, que la paix soit sur lui, ainsi que sur les habitants d’Ur et leurs croyances religieuses.
Hadrat Ibrahim, que la paix soit sur lui, parcourait le pays et ses contrées extérieures pour transmettre la religion. Un jour, il se rendit en Égypte. Après avoir entendu parler de l’épouse de Hadrat Ibrahim, Sara, une mauvaise intention naquit dans l’esprit de Pharaon. Animé de desseins malhonnêtes, il convoqua Hadrat Sara à sa cour. Puis il voulut réaliser son dessein pervers. Hadrat Sara invoqua Allah. Par la bénédiction de son invocation, Allah le Très-Haut saisit Pharaon d’une telle manière que celui-ci se mit à se tordre sous une douleur insupportable. Il comprit alors que Sara était une femme très chère à Allah et d’une grande piété. Fasciné par ces qualités de Hadrat Sara, Pharaon lui remit sa fille Hajar (certains ouvrages affirment que Hadrat Hajar était une servante, mais en réalité elle était la fille de Pharaon. Voir Rahmat lil-Alamin, tome II, p. 36-37). Hadrat Sara maria Hadrat Hajar à son époux, Hadrat Ibrahim, que la paix soit sur lui (ibid., tome II, p. 34 ; pour le récit détaillé de cet événement, voir Sahih al-Bukhari, tome I, p. 484).
Hadrat Ibrahim, que la paix soit sur lui, retourna en Palestine avec Hadrat Sara et Hadrat Hajar. Ensuite, Allah, le Seigneur des mondes, accorda à Hadrat Ibrahim un enfant issu de Hadrat Hajar. Il convient de signaler que Hadrat Sara était stérile. L’enfant qui naquit fut appelé Ismaël. Peu à peu, Hadrat Sara devint jalouse de Hadrat Hajar et contraignit Hadrat Ibrahim, que la paix soit sur lui, à exiler Hadrat Hajar avec son nouveau-né. La situation devint telle que Hadrat Ibrahim, que la paix soit sur lui, dut accepter cette décision et partit pour La Mecque avec Hadrat Hajar et Ismaël. Hadrat Ibrahim, que la paix soit sur lui, laissa son épouse et son fils près de l’endroit où se trouve aujourd’hui la Kaaba. À cette époque, la Kaaba n’existait pas encore. L’emplacement de la Maison était surélevé comme une colline. Lorsque les eaux débordaient, elles s’écoulaient de part et d’autre de cette élévation. À cet endroit, près de Zamzam et à côté de la partie supérieure de la Mosquée sacrée, se trouvait un grand arbre. Hadrat Ibrahim, que la paix soit sur lui, laissa son épouse Hajar et son fils Ismaël près de cet arbre. À cette époque, il n’y avait à La Mecque ni eau ni habitation humaine. C’est pourquoi Hadrat Ibrahim, que la paix soit sur lui, y laissa quelques dattes dans un récipient et un peu d’eau dans une outre. Puis il retourna en Palestine. Mais en quelques jours, les dattes et l’eau furent épuisées. Une période de grande détresse commença. Dans cette épreuve douloureuse, la source de la miséricorde d’Allah le Très-Haut apparut sous la forme de Zamzam et servit pendant longtemps de moyen de subsistance à de nombreuses personnes. Le récit détaillé en est à peu près connu de tous (Sahih al-Bukhari, Kitab al-Anbiya, tome I, p. 474-475). Quelque temps plus tard, une tribu arriva à La Mecque depuis le Yémen. L’histoire connaît cette tribu sous le nom de Jurhum al-Thani, ou la seconde Jurhum. Avec l’autorisation de la mère d’Ismaël, que la paix soit sur lui, cette tribu commença à s’établir à La Mecque. Il est dit que cette tribu s’était auparavant installée dans les environs de La Mecque. Il est également rapporté que ses membres arrivèrent à La Mecque pour Zamzam après l’arrivée de Hadrat Ismaël, que la paix soit sur lui, et avant qu’il n’atteigne l’âge adulte. Ils empruntaient déjà cette route auparavant (cet ouvrage, tome I, p. 475).
Hadrat Ibrahim, que la paix soit sur lui, se rendait parfois à La Mecque pour veiller sur son épouse et son fils. On ignore toutefois combien de fois il fit ces déplacements. Les récits historiques attestent de quatre visites.
1) Dans le Saint Coran, Allah le Très-Haut dit qu’Il montra en rêve à Hadrat Ibrahim, que la paix soit sur lui, qu’il égorgeait son fils Hadrat Ismaël. Ce rêve constituait une sorte de commandement divin. Le père et le fils se préparèrent tous deux à l’accomplir. Après s’être tous deux soumis à la volonté d’Allah, le père coucha son fils sur le sol et s’apprêta à l’égorger. Alors Allah le Très-Haut dit : « Ô Ibrahim, tu as réalisé ton rêve. C’est ainsi que Je récompense les vertueux. » Il s’agissait certainement d’une épreuve manifeste. En récompense de la réussite de Hadrat Ibrahim, que la paix soit sur lui, à cette épreuve, Allah le Très-Haut lui accorda le grand honneur du sacrifice (sourate as-Saffat, p. 103-107).
Il est mentionné dans la Bible que Hadrat Ismaël, que la paix soit sur lui, était de treize ans plus âgé que Hadrat Ishaq, que la paix soit sur lui. Le style du récit coranique permet de comprendre que cet événement eut lieu avant la naissance de Hadrat Ishaq. En effet, après avoir exposé l’ensemble de l’événement, le récit mentionne ici la bonne nouvelle de la naissance de Hadrat Ishaq.
Il ressort de cet événement que Hadrat Ibrâhîm (que la paix soit sur lui) s’était rendu à La Mecque au moins une fois avant que Hadrat Ismâ‘îl (que la paix soit sur lui) n’atteigne l’âge adulte. Le récit des trois autres voyages figure dans une longue narration du Sahîh al-Bukhârî (Sahîh al-Bukhârî, vol. 1, p. 475-476).
2) Hadrat Ismâ‘îl (que la paix soit sur lui) atteignit l’âge adulte. Il apprit la langue arabe auprès des membres de la tribu de Jurhum. Ceux-ci lui donnèrent en mariage l’une de leurs filles. À cette époque, Hadrat Hâjar (que la paix soit sur elle) décéda. Entre-temps, Hadrat Ibrâhîm (que la paix soit sur lui) vint à La Mecque pour voir son épouse et son fils. Mais il ne rencontra pas Hadrat Ismâ‘îl. Lorsqu’il rencontra sa belle-fille, celle-ci lui parla de leurs difficultés et de leur dénuement. Hadrat Ibrâhîm lui dit qu’à son retour, elle devait dire à Ismâ‘îl de changer le seuil de sa maison. Hadrat Ismâ‘îl comprit la portée du conseil de son père. Il divorça de son épouse et épousa une autre femme. Sa seconde épouse était la fille de Majâz ibn ‘Amr, chef de la tribu de Jurhum (Qalb Jazîrat al-‘Arab, p. 233).
3) Après le second mariage de Hadrat Ismâ‘îl (que la paix soit sur lui), Hadrat Ibrâhîm (que la paix soit sur lui) revint à La Mecque. Mais, cette fois encore, il ne rencontra pas son fils. Après s’être enquis auprès de sa belle-fille de la situation du foyer, il loua Allah, le Très-Haut. Ayant entendu sa belle-fille louer Allah, Hadrat Ibrâhîm (que la paix soit sur lui) lui dit que, lorsque Ismâ‘îl reviendrait, elle devait lui dire de conserver en bon état le seuil de sa maison. Puis Hadrat Ibrâhîm (que la paix soit sur lui) retourna en Palestine.
4) Lors de sa quatrième venue à La Mecque, Hadrat Ibrâhîm (que la paix soit sur lui) trouva son fils Ismâ‘îl (que la paix soit sur lui) assis au bord de Zamzam, occupé à fabriquer des flèches. Dès qu’ils se virent, ils s’étreignirent avec émotion. Après une longue période, le père au cœur tendre retrouvait son fils obéissant. C’est à cette époque que le père et le fils construisirent ensemble la Ka‘ba. Ils creusèrent le sol et en élevèrent les murs, puis Hadrat Ibrâhîm (que la paix soit sur lui) invita les habitants du monde entier à accomplir le Hajj.
Allah, le Seigneur des mondes, accorda à Hadrat Ismâ‘îl (que la paix soit sur lui), de l’union avec la fille de Majâz ibn ‘Amr, douze fils (Qalb Jazîrat al-‘Arab, p. 230). Leurs noms étaient : 1) Nâbit ou Niâbût, 2) Qaydâr, 3) Adbâ’îl, 4) Mûbashsham, 5) Mishmâ, 6) Dûmâ, 7) Maïshâ, 8) Hadd, 9) Taïmâ, 10) Yâtûr, 11) Nâfis et 12) Qaydamân.
Ces douze fils donnèrent naissance à douze tribus. Ils résidèrent tous à La Mecque. Ils subvenaient à leurs besoins en commerçant au Yémen, en Égypte et en Syrie. Par la suite, ces tribus se dispersèrent dans différentes régions de la péninsule Arabique et au-delà de l’Arabie. Le récit de leur situation s’est perdu dans les profondeurs obscures des âges. On ne dispose de quelques informations que sur les descendants de Nâbit et de Qaydâr.
La civilisation des Nabatéens se développa dans la partie septentrionale du Hedjaz. Ils établirent un puissant gouvernement et imposèrent leur domination aux populations environnantes. Pétra était leur capitale. Nul n’avait la force de leur tenir tête. Puis vint l’époque des Romains. Les Romains vainquirent les Nabatéens. Après de longues recherches et analyses, Mawlânâ Sayyid Sulaymân Nadwî (qu’Allah lui fasse miséricorde) a démontré que les Ghassanides et les Ansar, c’est-à-dire les Aws et les Khazraj, les Qahtanites, n’étaient pas arabes. Les descendants restants de Nâbit, fils d’Ismâ‘îl, vivaient plutôt dans cette région (Târîkh ‘Abd al-Qur’ân, vol. 2, p. 77-86).
Les descendants de Qaydâr, fils de Hadrat Ismâ‘îl, commencèrent à s’installer à La Mecque et, au fil du temps, leur nombre augmenta. Vint ensuite l’époque d’Adnân et de son fils Ma‘ad. La généalogie adnanite a été correctement conservée jusqu’à cette époque.
Adnân était le dix-neuvième ancêtre du Noble Prophète, que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui. Certaines traditions rapportent que, lorsqu’il exposait sa généalogie, le Noble Prophète, que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui, s’arrêtait en arrivant à Adnân. Il disait que les spécialistes de la généalogie transmettaient des informations erronées. (At-Tabarî, Umam al-Mulûk, vol. 2, p. 191-194 ; Al-A‘lâm, p. 5-6.) Il n’est toutefois pas possible de rapporter l’ensemble des généalogies de ces ancêtres. Nombreux sont ceux qui ont qualifié la tradition susmentionnée de faible. Selon ces savants, quarante générations séparent Adnân du prophète Ibrâhîm, que la paix soit sur lui.
En résumé, plusieurs familles sont issues de Nizâr, fils de Ma‘add. Il est rapporté que Ma‘add n’eut qu’un seul fils, nommé Nizâr. Nizâr eut quatre fils, et la descendance de chacun d’eux forma une tribu. Ces quatre fils s’appelaient Iyâd, Anmâr, Rabî‘a et Mudar. Les tribus de Rabî‘a et de Mudar, ces dernières étant les deux mentionnées en dernier, se ramifièrent en de nombreuses branches. De Rabî‘a se développèrent les tribus d’Asad ibn Rabî‘a, d’Anaza, d’Abd al-Qays, de Wâ’il, de Bakr, de Taghlib et de Banû Hanîfa.
Les descendants de Mudar se divisèrent en deux grandes tribus : 1) Qays ‘Aylân ibn Mudar ; 2) Ilyâs ibn Mudar.
De Qays ‘Aylân se développèrent les tribus de Banû Sulaym, de Banû Hawâzin et de Banû Ghatafân ; de Ghatafân se développèrent celles d’Arâs, de Juriyân, d’Ashja‘ et de Ghani ibn Asthur.
D’Ilyâs ibn Mudar se développèrent les tribus de Tamîm ibn Murra, de Budayn ibn Marriqa, de Banû Asad ibn Khuzayma et de Kinâna ibn Khuzayma. De Kinâna naquit la tribu des Quraysh. Les membres de cette tribu étaient les descendants de Fihr ibn Mâlik, ibn an-Nadr, ibn Kinâna.
Par la suite, les Quraysh se divisèrent en différentes branches. Les principales branches de la lignée qurayshite étaient les suivantes : Jumah, Sahm, ‘Adî, Makhzûm, Taym et Zuhra. La famille de Qusayy ibn Kilâb comprenait notamment ‘Abd ad-Dâr, Asad ibn ‘Abd al-‘Uzzâ et ‘Abd Manâf. Ces trois hommes étaient les fils de Qusayy. ‘Abd Manâf eut quatre fils. De ces quatre fils furent issues les quatre tribus suivantes : ‘Abd Shams, Nawfal, al-Muttalib et Hâshim. C’est parmi les descendants de Hâshim qu’Allah Tout-Puissant choisit notre bien-aimé Prophète Muhammad, que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui. (Muhâdarât Khazramî, vol. 1, p. 14-15.)
Le Messager d’Allah, que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui, a dit : « Allah Tout-Puissant choisit Ismâ‘îl, que la paix soit sur lui, parmi les descendants d’Ibrâhîm, que la paix soit sur lui. Puis Il choisit Kinâna parmi les descendants d’Ismâ‘îl, que la paix soit sur lui. Il choisit Quraysh parmi les descendants de Kinâna. Puis Il choisit Banû Hâshim parmi les descendants de Quraysh. Et parmi Banû Hâshim, Il me choisit. » (Sahîh Muslim, vol. 2, p. 245 ; Jâmi‘ at-Tirmidhî.)
‘Abdullah ibn ‘Abbâs, qu’Allah l’agrée, a rapporté que le Messager d’Allah, que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui, a dit : « Après avoir créé les créatures, Allah Tout-Puissant me créa au sein du meilleur groupe. Puis Il choisit les familles et me fit naître dans la meilleure d’entre elles. Ainsi, je suis issu de la meilleure tribu par la lignée tribale, et de la meilleure famille ou du meilleur clan par la famille et la parenté. » (At-Tirmidhî, vol. 2, p. 231.)
En somme, lorsque les descendants d’Adnân se multiplièrent, ils se dispersèrent dans différentes régions de l’Arabie à la recherche de nourriture et de boissons. La tribu des Abd al-Qays, plusieurs branches de Bakr ibn Wâ’il et les familles de Banou Tamîm partirent en direction de Bahreïn et commencèrent à s’y installer. Les Banou Hanîfa ibn Sa‘d ibn ‘Alî ibn Bakr se rendirent au Yamâma et commencèrent à s’installer dans un lieu appelé Hijr, au centre du Yamâma.
Les branches restantes de Bakr ibn Wâ’il s’installèrent dans la région qui s’étendait du Yamâma à Bahreïn, en passant par la côte de Kâzimah, les environs de la péninsule irakienne, Ibla et Ziyât.
Les Banou Taghlib s’installèrent dans la région de la péninsule de l’Euphrate. Cependant, certaines de leurs branches continuèrent à vivre avec les Banou Bakr.
Les Banou Sulaym s’établirent près de Médine. Leur territoire s’étendait de Wâdî al-Qurâ jusqu’à deux montagnes liées à la Harrah des Banou Sulaym, en passant par Khaybar et la partie orientale de Médine.
Les membres de la tribu des Banou Thaqîf s’installèrent à Taïf. Les Banou Hawâzin s’établirent aux environs de la plaine d’Awâs, à l’est de La Mecque. Leurs habitations se trouvaient des deux côtés de la route reliant La Mecque à Bassora.
Les Banou Asad s’installèrent à l’est de Taymâ et à l’ouest de Koufa. Entre eux et Taymâ vivait une famille de la tribu des Banou Taï. Les membres de cette famille étaient appelés Bawhtar. La distance entre le lieu d’habitation des Banou Asad et Koufa représentait cinq jours de marche.
Les Banou Joubayân vivaient à Hawâ, près de Taymâ.
La famille des Banou Kinâna continua à vivre dans le Tihâma. Parmi eux, les familles qurayshites vivaient à La Mecque et dans ses environs. Elles menaient une vie dispersée et isolée. Par la suite, Qusay ibn Kilâb apparut et unifia les Quraysh, les installant au rang de dignité, de gloire et de prééminence (Muhâdarât al-Khadramî, tome 1, p. 15-16).
La situation administrative de l’Arabie
Dans le cadre de l’examen de la situation de l’Arabie à l’époque préislamique, un bref aperçu est présenté de son administration, de ses chefferies et de ses conceptions religieuses. Cela permettra de comprendre plus facilement la situation de l’Arabie au moment de l’avènement de l’islam.
À l’époque où la lumière de l’islam se répandit dans la péninsule Arabique, deux types de systèmes de gouvernement y étaient en vigueur. Premièrement, celui des rois couronnés, qui n’étaient toutefois pas entièrement indépendants. Deuxièmement, celui des chefs tribaux. Ceux-ci exerçaient le pouvoir comme les rois couronnés, mais ils étaient indépendants dans la prise de leurs diverses décisions. Les véritables rois étaient le roi du Yémen, les rois de la dynastie ghassanide de Syrie et les rois de Hîra en Irak. Il n’y avait pas d’autre roi couronné en Arabie.
La royauté du Yémen
Parmi les anciens peuples yéménites de l’Arabie se trouvait le peuple de Saba. Des inscriptions anciennes découvertes en Irak révèlent que le peuple de Saba s’y était établi deux mille cinq cents ans avant notre ère. Toutefois, le début de son essor et de son développement remonte au XIe siècle avant notre ère. Les principales périodes historiques sont les suivantes :
1) La période antérieure à 650 avant notre ère. À cette époque, le titre des rois de Saba était celui de Mokarrib de Saba. Leur capitale se trouvait dans un lieu appelé Sirwah. Les vestiges de cette capitale se trouvent à une journée de marche à l’ouest de Ma’rib. Le nom actuel de cet endroit est Khariba. C’est à cette époque que furent posées les fondations du célèbre barrage de Ma’rib. Il s’agit d’un événement important dans l’histoire du Yémen. Sous le règne des rois de Saba à cette époque, de nombreuses personnes fondèrent de nouveaux établissements en divers lieux, à l’intérieur comme à l’extérieur de l’Arabie.
2) De 650 à 115 avant notre ère. Durant cette période, les rois de Saba abandonnèrent le titre de Mokarrib et adoptèrent celui de roi ; ils désignèrent Ma’rib comme capitale à la place de Sirwah. Les vestiges de cette ville sont encore visibles à 60 miles à l’est de Sanaa.
3) De 115 avant notre ère à 300 de notre ère. Durant cette période, la tribu de Himyar étendit sa domination sur les rois de Saba et désigna Raydan comme capitale à la place de Ma’rib. Plus tard, le nom de Raydan fut changé en Zafar. Ses vestiges se trouvent encore sur une montagne proche du Yémen.
À une certaine époque, le déclin du peuple de Saba commença. Tout d’abord, les Nabatéens étendirent leur domination sur le nord du Hedjaz et commencèrent à chasser les habitants des nouvelles colonies de Saba. Ensuite, les Romains étendirent leur domination sur l’Égypte, la Syrie et le nord du Hedjaz, ce qui entraîna l’interruption du commerce terrestre de Saba. Entre-temps, les tribus qahtanites elles-mêmes se trouvaient dans une situation financière difficile. Dans ces circonstances, les tribus qahtanites quittèrent leur pays et se dispersèrent çà et là en divers endroits.
4) De l’an 300 de l’ère chrétienne jusqu’à l’avènement de l’islam. Durant cette période, les divisions et le désordre se poursuivirent sans cesse au Yémen. Les révoltes, les guerres civiles et les interventions de puissances étrangères se succédèrent. C’est ainsi qu’à un moment donné, l’indépendance du Yémen lui fut également retirée. À cette époque, les Romains intervinrent militairement à Aden et, profitant des affrontements entre les tribus himyarite et hamdânite d’Abyssinie, c’est-à-dire d’Éthiopie, avec leur aide, s’emparèrent pour la première fois du Yémen en 340. Cette occupation se maintint jusqu’en 378. Ensuite, le Yémen recouvra certes son indépendance, mais une brèche apparut dans le célèbre barrage de Ma’rib. Ce barrage se rompit en 450 ou 451. Le Noble Coran a qualifié cette rupture d’inondation provoquée par la destruction du barrage. Elle est mentionnée dans la sourate Saba. Ce fut une catastrophe majeure. À la suite de cette inondation, de nombreuses localités furent ravagées et vidées de leurs habitants, et de nombreuses tribus se dispersèrent en divers endroits.
En l’an 523 de l’ère chrétienne, une autre grande catastrophe se produisit. Le roi Dhû Nuwâs attaqua les chrétiens du Yémen et tenta de les contraindre à renoncer au christianisme. Comme ils refusèrent, il fit creuser des fossés et les fit jeter dans des fosses de feu ardent. La sourate al-Burûj du Noble Coran relate cet événement terrifiant en disant : « Périssent les gens de la fosse. » Les Abyssins, animés par le désir de vengeance à la suite de cet événement et soutenus par les Romains, lancèrent de nouveau une attaque en 515 sous le commandement d’Aryât, avec une armée de soixante-dix mille soldats, et s’emparèrent du Yémen. Après la conquête, Aryât gouverna le Yémen en qualité de gouverneur de l’empereur d’Abyssinie. Quelque temps plus tard, un commandant de l’armée d’Aryât l’assassina et prit le pouvoir. Ce commandant s’appelait Abraha. Après avoir pris le pouvoir, Abraha devint puissant et amena l’empereur d’Abyssinie à reconnaître également sa suzeraineté. C’est ce même Abraha qui tenta par la suite de détruire la Kaaba. À la tête d’un groupe de soldats redoutables et de plusieurs éléphants, Abraha lança une expédition contre La Mecque. Cette expédition est mentionnée dans le Coran, dans la sourate al-Fîl, sous le nom d’« asḥâb al-fîl ».
À la suite des pertes subies par les Abyssins lors de l’affaire des gens de l’éléphant, les habitants du Yémen demandèrent l’aide du gouvernement perse. Ils se révoltèrent contre les Abyssins et, sous la direction de Ma‘dî Karib, fils de Sayf Dhû Yazan al-Himyarî, les chassèrent de leur pays. Ensuite, ils proclamèrent Ma‘dî Karib roi du Yémen, en tant que nation indépendante et autonome. Cet événement eut lieu en 505.
Après l’indépendance, Ma‘dî Karib conserva un certain nombre d’Abyssins pour assurer son service et pour rehausser l’apparat de l’armée royale. Cette décision se révéla dangereuse. Un jour, les Abyssins en service trompèrent le roi Ma‘dî Karib et l’assassinèrent. La dynastie de la famille de Dhû Yazan prit ainsi définitivement fin. Pour tirer parti de cette situation, l’empereur perse Kisrâ intervint. Il nomma à San‘â’ un gouverneur d’origine perse, et des gouverneurs perses continuèrent ensuite à être nommés. Le dernier gouverneur, Bâdhân, se convertit à l’islam en 628. La domination perse prit ainsi fin au Yémen, qui devint un État islamique (Maulana Sayyid Sulaymân Nadwî a présenté en détail l’histoire de ce peuple, en préservant les données historiques, de la page 136 jusqu’à la fin du premier volume de son ouvrage Târîkh-e Arḍ al-Qur’ân. Maulana Abû al-A‘lâ Mawdûdî a également intégré certaines informations relatives à cette période aux pages 158-198 du quatrième volume de Tafhîm al-Qur’ân).
La royauté de Hîra
En Irak et dans les régions environnantes, la domination perse s’exerçait depuis l’époque de Cyrus le Grand, ou Sayrâm Dhû al-Qarnayn (de 575 à 529 avant J.-C.). Personne n’avait la puissance nécessaire pour affronter les Perses. En 326 avant J.-C., Alexandre de Macédoine vainquit pour la première fois les Perses et anéantit leur puissance. L’Empire perse se fragmenta alors en plusieurs parties. Cette situation de désordre se poursuivit jusqu’en 230. À cette époque, les tribus qahtanites émigrèrent. Les Adnanites qui avaient quitté une vaste région frontalière de l’Irak revinrent alors à Kârilâ, combattirent leurs adversaires et s’installèrent dans une partie de la rive du fleuve Euphrate.
Entre-temps, après l’établissement du royaume sassanide par Ardashîr en 226, la puissance perse commença progressivement à se consolider. Ardashîr soutint les Perses et repoussa les Arabes qui vivaient aux frontières de son pays. En conséquence, la tribu de Quḍâ‘a prit la route de la Syrie. En revanche, les habitants arabes de Hîra et d’Anbâr consentirent à se soumettre.
Sous le règne d’Ardashir, les Rabî‘a avaient établi leur domination sur al-Hîra, la Badiyat al-‘Irâq et la péninsule. Les tribus mudarites étaient gouvernées par les dirigeants de Jazîrat al-Wazzâh. Il semble que les Ardashirides aient compris qu’il était impossible d’administrer directement les populations arabes et de les empêcher de se livrer au pillage sur les frontières ; il était donc plus sage de nommer comme gouverneur un chef arabe jouissant d’un large soutien populaire. Cela présentait notamment l’avantage de pouvoir, en cas de besoin, s’assurer l’aide de ces Arabes contre les Romains et d’opposer ces gouverneurs d’Irak aux dirigeants arabes pro-romains de Syrie. Sous les rois d’al-Hîra, une unité de soldats persans était stationnée en Abyssinie. Elle servait à réprimer les révoltes arabes en divers endroits.
En 268, Jadhîma mourut et ‘Amr ibn ‘Adî ibn Nasr al-Lakhmî al-Hadramî lui succéda. Il fut le premier gouverneur de la tribu de Lakhm. Les Lakhmides continuèrent à régner sur al-Hîra sans interruption jusqu’à l’époque de Shâpûr Qobâdh ibn Fîrûz. À l’époque de Qobâdh apparut Mazdak, qui était un propagateur du réformisme. Qobâdh et un grand nombre de ses partisans envoyèrent un message au roi Mundhir ibn Mâ’ussamâ, lui disant : « Adopte toi aussi cette religion. » Mundhir était un homme très clairvoyant et refusa catégoriquement. Qobâdh le destitua donc et confia le gouvernement d’al-Hîra à Hârith ibn ‘Amr ibn Hajar al-Findî, l’un des principaux propagateurs de la doctrine mazdakite.
Après Qobâdh, le pouvoir en Perse passa à Kisrâ Anûshirwân. Il haïssait profondément cette religion. Il fit tuer Mazdak et un grand nombre de ses partisans, rétablit Mundhir dans le gouvernement d’al-Hîra et convoqua Hârith ibn ‘Amr auprès de lui. Mais Hârith s’enfuit dans la région des Banû Kinâna, où il passa le reste de sa vie.
Après Mundhir ibn Mâ’ussamâ, le pouvoir sur al-Hîra se transmit parmi ses descendants jusqu’à l’époque de Nu‘mân ibn Mundhir. Alors Zayd ibn ‘Adî al-‘Ibâdî porta contre Nu‘mân ibn Mundhir une fausse accusation auprès de Kisrâ. Kisrâ Anûshirwân entra dans une grande colère et convoqua Nu‘mân auprès de lui. Au lieu de se présenter immédiatement, Nu‘mân se rendit secrètement auprès du chef des Banû Shaybân, Hânî ibn Mas‘ûd, et lui confia sa famille ainsi que tous ses biens, puis se présenta à la cour de Kisrâ. Kisrâ le fit emprisonner, et il mourut en captivité.
Après avoir emprisonné Nu‘mân, Kisrâ nomma à sa place Iyâs ibn Qubaysa al-Tâ’î gouverneur d’al-Hîra et lui ordonna de réclamer à Hânî ibn Mas‘ûd les biens déposés par Nu‘mân. Hânî, attaché à son honneur, déclara la guerre. Iyâs se mit en marche avec les soldats de Kisrâ et un détachement de marzbâns. Une bataille acharnée opposa les deux camps sur le champ de Dhû Qâr. Les Banû Shaybân remportèrent la victoire et les Persans subirent une défaite humiliante. Ce fut la première victoire des Arabes sur des non-Arabes. Cet événement eut lieu quelque temps après la naissance du Messager de Dieu, que Dieu le bénisse et lui accorde la paix. Le Messager de Dieu, que Dieu le bénisse et lui accorde la paix, naquit au huitième mois du gouvernement d’Iyâs à al-Hîra.
Après Iyâs, Kisrâ nomma un gouverneur perse à al-Hîra. Mais en 632, le pouvoir des Lakhmides fut rétabli et un homme nommé Mundhir ibn Ma‘rûr s’empara du pouvoir. Huit mois seulement après le début de son règne, Khâlid, qu’Allah soit satisfait de lui, entra à al-Hîra à la tête de l’armée de l’islam.
La royauté de Syrie
À l’époque où les tribus arabes émigraient, plusieurs branches de la tribu de Qudâ‘a vinrent s’établir aux frontières de la Syrie. Elles étaient apparentées aux Banû Sulaym ibn Hulwân. L’une de ces branches était celle des Banû Jadh‘ân ibn Sulaym, qui devint connue sous le nom de Jadhâ’ima. Les Romains s’attachèrent cette branche de Qudâ‘a afin de se protéger des pillages des Bédouins maraudeurs d’Arabie et de l’employer contre les Persans. Ils confièrent le pouvoir à l’un des membres de cette tribu. Leur domination se prolongea ensuite durant une longue période. Leur roi le plus célèbre fut Ziyâd ibn Hiyûla. On estime que le règne des Jadhâ’ima s’étendit sur tout le IIe siècle de l’ère chrétienne. Puis la dynastie ghassanide apparut, mettant fin au règne des Jadhâ’ima. Les Ghassanides vainquirent les Banû Jadhâ’ima et étendirent leur domination. Devant cette situation, les Romains reconnurent les souverains ghassanides comme gouverneurs des Arabes de Syrie. La capitale de la dynastie ghassanide était Dûmat al-Jandal. Comme des marionnettes au service de la puissance romaine, ils conservèrent longtemps leur pouvoir en Syrie. La bataille de Yarmûk eut lieu sous le califat d’al-Fârûq, durant la treizième année de l’hégire ; à cette époque, le dernier gouverneur de la dynastie ghassanide, Jabala ibn al-Ayham, embrassa l’islam. Mais, en raison de son orgueil, cet homme ne demeura pas longtemps dans l’islam : il apostasia ensuite.
La direction du Hedjaz
C’est à partir de Hazrat Ismaïl, que la paix soit sur lui, que l’implantation humaine commença à La Mecque. Il vécut 137 ans (Bible, Livre de la Genèse, p. 17-25). Tant qu’il fut en vie, il demeura le chef de La Mecque et le gardien de la Kaaba (Qalb-e Jazîrat al-Arab, p. 230-237). Après sa mort, ses fils Nabét et Qaïdar administrèrent le pouvoir à La Mecque.
Il existe des divergences quant à savoir lequel des deux régna le premier et lequel lui succéda. Certains disent que Nabét régna d’abord, puis Qaïdar. D’autres affirment que Qaïdar régna d’abord, puis Nabét. Après eux, leur oncle maternel Majaz ibn Jurhum prit le pouvoir. Ainsi, le pouvoir à La Mecque passa aux mains des Jurhumites. Ils le conservèrent pendant longtemps. Hazrat Ismaïl, que la paix soit sur lui, ayant construit la Kaaba avec son père, ses descendants jouissaient d’une position honorable ; toutefois, par la suite, le pouvoir et la direction ne leur appartinrent plus (Ibn Hicham, 1er tome, p. 111-113 ; Ibn Hicham ne mentionne, parmi les descendants de Hazrat Ismaïl, que le règne de Nabét).
Les années passèrent, mais les descendants de Hazrat Ismaïl, que la paix soit sur lui, ne parvinrent pas à sortir de l’anonymat. Quelque temps avant l’apparition de Nabuchodonosor, le pouvoir des Banou Jurhum s’affaiblit et l’étoile politique des Adnanites commença à briller dans le ciel politique de La Mecque. La preuve en est qu’au cours de la bataille que Nabuchodonosor livra aux Arabes dans un lieu appelé Irq, aucun membre de la tribu de Jurhum ne figurait parmi les commandants de l’armée arabe (Qalb-e Jazîrat al-Arab, p. 230).
Lors de la deuxième expédition de Nabuchodonosor, en 587 avant J.-C., les Banou Adnan s’enfuirent au Yémen. À cette époque, le prophète des fils d’Israël était Hazrat Ibrahim, que la paix soit sur lui. Il se rendit en Syrie en compagnie de Maad, fils d’Adnan. Après le déclin de la puissance de Nabuchodonosor, Maad retourna à La Mecque. Il constata alors qu’il ne restait à La Mecque qu’un seul homme de la tribu de Jurhum, nommé Jorham. Jorham était le fils de Julhama. Maad épousa alors Mayana, la fille de Jorham. De cette union naquit Nizar (Rahmat li-l-‘Alamin, 2e tome, p. 48).
À cette époque, la situation des Jurhumites à La Mecque était devenue très difficile. Accablés par la pauvreté, ils maltraitaient les gens venus accomplir le tawaf autour de la Kaaba et n’hésitaient même pas à s’approprier les richesses de la Kaaba (Qalb-e Jazîrat al-Arab, p. 231). Les Banou Adnan étaient intérieurement très mécontents de ces actes des Banou Jurhum. Ainsi, lors de l’expédition des Banou Khuzâ‘a à Marraz Zahran, ils exploitèrent la convoitise des descendants d’Adnan. Les Banou Khuzâ‘a, avec les Banou Bakr ibn Abd Manaf ibn Kinana, de la tribu d’Adnan, déclarèrent la guerre aux Banou Jurhum. Les Banou Jurhum furent vaincus et expulsés de La Mecque. Cet événement eut lieu vers le milieu du siècle chrétien.
En quittant La Mecque, les Banou Jurhum comblèrent le puits de Zamzam. À cette occasion, ils y jetèrent plusieurs vestiges historiques et le remplirent presque entièrement. Muhammad ibn Ishaq a écrit qu’Amr ibn al-Harith, de la famille de Majaz Jurhumi — qui n’est pas la même personne que Majaz Jurhumi mentionné dans le récit de Hazrat Ismaïl — en retira les deux gazelles d’or de la Kaaba. Mas‘ud écrit que les Perses envoyaient des biens précieux et des présents pour la Kaaba. Zayd ibn Bak avait envoyé deux gazelles en or, des pierres précieuses, des épées et beaucoup d’or. Amr jeta tout cela dans le puits de Zamzam (Muruj adh-Dhahab, 1er tome, p. 205). Il retira également la Pierre noire, placée dans l’angle de la Kaaba, et l’enfouit dans le puits de Zamzam. Ensuite, ils partirent au Yémen avec tous les membres de la tribu de Jurhum. Les Banou Jurhum ne parvenaient pas à oublier la douleur de leur expulsion de La Mecque et de la perte du pouvoir. Un homme nommé Amr, de la tribu de Jurhum, a composé à ce sujet les vers suivants :
D’Ajun jusqu’à Safa, nous n’avons aucun allié ; dans les assemblées nocturnes, personne pour raconter des histoires. Pourquoi donc ? Nous sommes pourtant les habitants de ce lieu ; les vicissitudes du temps nous ont brisé le front. Hélas, hélas ! Aujourd’hui, elles nous ont réduits à la misère (Ibn Hicham, 1er tome, p. 114-115).
L’époque de Ḥazrat Ismāʿīl, que la paix soit sur lui, se situait environ deux mille ans avant Jésus-Christ. Selon ce calcul, la tribu de Jurhum, à La Mecque, a existé pendant deux mille cent ans. Elle régna durant près de deux mille ans.
Après avoir étendu sa domination sur La Mecque, les Banū Khuzāʿa continuèrent à administrer la ville en écartant les Banū Bakr. Toutefois, des membres de la tribu de Muḍar furent installés dans trois fonctions honorifiques. Ces trois fonctions étaient les suivantes :
1) Conduire les pèlerins d’Arafat à Muzdalifa et donner l’ordre aux pèlerins de quitter Mina le jour de Yawm an-Naḥr. Le treizième jour de Dhū al-Ḥijja est Yawm an-Nafar ; c’est le dernier jour du pèlerinage. Cet honneur appartenait à la famille d’Ilyās ibn Muḍar, les Banū Ṣawm ibn Marba. Ils étaient appelés les Ṣūfa. Le treizième jour de Dhū al-Ḥijja, les pèlerins ne pouvaient pas lapider les stèles tant qu’un membre des Ṣūfa ne l’avait pas fait. Au moment où les pèlerins lapidaient les stèles et partaient vers Mina, les membres des Ṣūfa se tenaient des deux côtés de l’unique route menant à Mina, à al-ʿAqaba. Aucun pèlerin ne pouvait emprunter cette route avant qu’ils ne soient tous passés. Après leur passage, les autres étaient autorisés à partir. Après les Ṣūfa, cet honneur exceptionnel revint à une famille des Banū Tamīm, les Banū Saʿd ibn Zayd Manāt.
2) L’honneur de se rendre de Muzdalifa à Mina au matin du 10 Dhū al-Ḥijja appartenait aux Banū ʿAdnān.
3) Avancer ou retarder les mois sacrés. Les Banū Tamīm ibn ʿAdī, une branche de la tribu des Banū Kināna, détenaient cet honneur. (Ibn Hishām, t. 1, p. 119-122.)
La domination des Banū Khuzāʿa sur La Mecque se maintint pendant trois cents ans. (Yāqūt, Saʿda, La Mecque)
À cette époque, les tribus ʿAdnānites quittèrent La Mecque et le Ḥijāz et se dispersèrent dans le Najd, diverses régions de l’Irak, Bahreïn et d’autres contrées. Quelques branches des Quraych restèrent aux environs de La Mecque. C’étaient des Bédouins. Ils étaient répartis en groupes distincts, et quelques familles isolées vivaient parmi les Banū Kināna. Ils ne jouaient aucun rôle dans l’administration de La Mecque ni dans l’entretien de la Kaʿba. Puis apparut Quṣayy ibn Kilāb. (Muḥāḍarāt al-Khaḍramī, t. 1, p. 35 ; Ibn Hishām, t. 1, p. 117.)
On rapporte au sujet de Quṣayy que son père mourut alors qu’il était encore dans les bras de sa mère. Celle-ci épousa ensuite un homme de la tribu des Banū ʿUdhra. Comme la tribu de son mari vivait en Syrie, la mère de Quṣayy s’y installa et l’emmena avec elle. Devenu jeune homme, Quṣayy retourna à La Mecque. À cette époque, le gouverneur de La Mecque était Ḥulayl ibn Ḥabshiyya al-Khuzāʿī. Quṣayy demanda en mariage Ḥubbā, la fille de Ḥulayl.
Hulayl accepta cette proposition et donna Hubba en mariage. (Ibn Hicham, tome 1, p. 117-118) Après la mort de Hulayl, une guerre éclata entre les Khuzāʿites et les Quraychites au sujet de la domination de La Mecque et de la Kaaba. Victorieux dans cette guerre, Qusay obtint le pouvoir ainsi que le droit d’assurer l’entretien de la Kaaba.
Quelle fut la cause de cette guerre ? Trois récits sont rapportés à ce sujet.
Premièrement, après l’accroissement du nombre des descendants de Qusay et l’arrivée d’une grande abondance de richesses, le prestige et l’influence sociale de Qusay s’accrurent. Or, lorsque Hulayl mourut, Qusay se dit qu’il était plus apte que les Banū Khuzāʿa et les Banū Bakr à assurer l’entretien de la Kaaba et à gouverner La Mecque. Il pensa également que les Quraychites étaient des Arabes de pure ascendance ismaélienne et les chefs des autres Ismaélites. Par conséquent, le droit au leadership et à l’autorité leur revenait à eux seuls. Après avoir réfléchi à ces questions, Qusay consulta quelques hommes des Quraychites et de la tribu des Banū Khuzāʿa. Il leur demanda s’il existait un pacte interdisant d’expulser de La Mecque les Banū Bakr de la tribu des Banū Khuzāʿa. Tous se déclarèrent d’accord avec lui et lui apportèrent leur soutien (Ibn Hicham, tome 1, p. 117-118).
Deuxièmement, au moment de sa mort, Hulayl, le beau-père de Qusay, avait recommandé que Qusay assure l’entretien de la Kaaba et exerce le gouvernement sur La Mecque (Ibn Hicham, tome 1, p. 118).
Troisièmement, Hulayl avait confié à sa fille Hubba la responsabilité de l’entretien de la Kaaba. Abū Ghishān al-Khuzāʿī fut désigné comme mandataire. En tant que représentant de Hubba, Abū Ghishān assumait la responsabilité de l’entretien de la Kaaba. Après la mort de Hulayl, Qusay acheta à Abū Ghishān l’autorité sur l’entretien de la Kaaba en échange d’une outre de vin. Mais la tribu des Khuzāʿa n’approuva pas cette transaction. Ils empêchèrent Qusay d’accéder à la Kaaba. Qusay rassembla alors les Quraychites et les Banū Kināna afin d’expulser les Banū Khuzāʿa de La Mecque. Tous répondirent à l’appel de Qusay et les Banū Khuzāʿa furent expulsés de La Mecque (Rahmatul lil-ʿĀlamīn, tome 2, p. 55).
En résumé, quelle qu’en fût la cause, les événements se déroulèrent ainsi : après la mort de Hulayl, les membres de la tribu des Sūfa voulurent continuer à faire ce qu’ils faisaient auparavant. À ce moment-là, Qusay rassembla les hommes des tribus quraychite et kinānite. Aux gens réunis près de la route d’al-ʿAqaba, Qusay dit : « Nous sommes plus dignes que vous de cet honneur » (Ibn Hicham, tome 1, p. 117). Après ces paroles, un violent affrontement éclata entre les deux parties, et Qusay arracha aux Sūfa leur privilège. À cette époque, les membres des tribus Banū Khuzāʿa et Banū Bakr, au lieu de manifester leur solidarité avec Qusay, s’opposèrent à lui. Qusay les menaça alors. Finalement, la guerre éclata entre les deux parties et de nombreuses personnes furent tuées (Qalb-e Jazīrat al-ʿArab, p. 232). Après la guerre, conformément aux conditions de la trêve, Qusay réorganisa l’administration de La Mecque. Il fit venir les Quraychites des différentes régions de La Mecque et les associa à l’administration. En outre, il attribua à chaque famille quraychite un emplacement déterminé pour le Ramadan. Il maintint dans leurs fonctions les calculateurs des mois, les Banū ʿAdwān chargés d’al-Safwān et les Banū Marra ibn ʿAwf. Qusay considérait également cela comme une partie de la religion, dans laquelle personne n’avait le droit d’introduire des changements (Ibn Hicham, tome 1, p. 124-125).
L’une des réalisations majeures de Qusay fut l’établissement de Dār al-Nadwa des deux côtés de la Kaaba. Sa porte donnait sur la mosquée. Dār al-Nadwa était en réalité le bâtiment du parlement des Quraychites. Son importance et son influence sur la vie sociale des Quraychites étaient considérables. Cette institution était le symbole de l’unité des Quraychites. De nombreux problèmes complexes de la société y étaient résolus. (Ibid., tome 1, p. 125 ; Muhāḍarāt Khāḍramī, tome 1, p. 36)
Qusay détenait les honneurs et les pouvoirs suivants.
1) La présidence de Dâr an-Nadwa. De nombreuses questions importantes y étaient examinées. Les mariages des jeunes hommes et des jeunes femmes y étaient également célébrés.
2) La liwâ, c’est-à-dire l’étendard de guerre, était attachée à la main de Qusay.
3) La hijâba, c’est-à-dire l’entretien de la Kaaba. Cela signifie que Qusay ouvrait la porte de la Kaaba et que tous les services ainsi que l’entretien de la Kaaba étaient accomplis sous sa supervision.
4) La siqâya, c’est-à-dire l’abreuvement. De l’eau était conservée dans plusieurs bassins pour les pèlerins. Ensuite, on y mélangeait des dattes et des raisins secs afin de l’adoucir. Dès leur arrivée à La Mecque, les pèlerins du Hajj buvaient cette eau. (Muhâdarât al-Khazramî, vol. 1, p. 36).
5) La rifâda, c’est-à-dire l’hospitalité offerte aux pèlerins. Cela consistait à préparer de la nourriture pour les pèlerins. À cette fin, Qusay imposait aux Quraysh une contribution d’un montant déterminé. Cette somme devait être remise aux descendants de Qusay pendant la saison du Hajj. Qusay faisait préparer, avec l’argent recueilli, de la nourriture pour les pèlerins. Des repas étaient servis aux pèlerins pauvres et démunis. Ceux qui n’avaient pas les moyens de retourner chez eux recevaient également de l’aide (Ibn Hichâm, vol. 1, p. 11).
Qusay détenait toutes les fonctions susmentionnées. Le nom de son fils aîné était Abd ad-Dâr. Son deuxième fils s’appelait Abd Manâf. De son vivant, ce deuxième fils accéda déjà à une position éminente d’autorité et de direction. C’est pourquoi Qusay dit à son fils aîné, Abd ad-Dâr : « Bien qu’ils t’aient dépassé, je t’élèverai à leur égal. » Ensuite, Qusay désigna Abd ad-Dâr comme son successeur pour toutes les fonctions. Il lui confia donc la présidence de Dâr an-Nadwa, l’administration de la Kaaba, le port de l’étendard de guerre, l’abreuvement des pèlerins et leur hospitalité. De son vivant, personne ne contestait aucune parole ni aucun acte de Qusay ; au contraire, tous acceptaient tout sans protester. C’est pourquoi, après sa mort, tous acceptèrent également ses décisions sans la moindre critique. Les enfants de Qusay respectèrent pleinement les dernières volontés de leur père. Après la mort d’Abd Manâf, ses enfants commencèrent à négocier avec leurs cousins au sujet des fonctions susmentionnées. Ils exprimèrent leur mécontentement en critiquant le monopole de leurs cousins sur ces fonctions. Les Quraysh se divisèrent ainsi en deux groupes. La guerre faillit éclater entre les deux camps. Toutefois, à un moment donné, les deux parties proposèrent un règlement à l’amiable et se répartirent les différentes fonctions. L’abreuvement et l’hospitalité des pèlerins furent alors confiés aux Banû Abd Manâf. La direction de Dâr an-Nadwa et l’entretien de la Kaaba restèrent entre les mains des descendants d’Abd ad-Dâr. Pour déterminer la répartition des fonctions obtenues, les descendants d’Abd Manâf organisèrent un tirage au sort. Le nom de Hâchim, fils d’Abd Manâf, fut tiré. Hâchim assuma ainsi toute sa vie la responsabilité d’abreuver et d’accueillir les pèlerins. Après la mort de Hâchim, son frère al-Muttalib prit cette responsabilité. Après al-Muttalib, elle fut confiée à son neveu Abd al-Muttalib. Celui-ci était le grand-père du Messager d’Allah, qu’Allah le bénisse et le salue. Le fils d’Abd al-Muttalib, al-Abbâs, reçut cette responsabilité. (Ibid., vol. 1, p. 129, 132, 178, 179).
Il existait également d’autres fonctions, que les Quraysh se répartissaient entre eux. Grâce à ces fonctions, les Quraysh avaient établi une sorte de petit gouvernement. L’organisation de ce gouvernement ressemblait quelque peu au système parlementaire de l’époque actuelle. La répartition des fonctions était la suivante :
a) L’îsâr, c’est-à-dire la divination. Cette fonction, qui consistait également à conserver les flèches placées auprès des idoles pour tirer des présages, appartenait aux Banû Jumah.
b) La gestion des finances, c’est-à-dire l’administration des présents, offrandes votives et sacrifices offerts pour obtenir la proximité des idoles. En outre, la responsabilité de trancher les querelles et les différends avait également été confiée aux Banû Sahm.
c) La shûrâ : cet honneur appartenait aux Banû Asad.
d) Les ashnaq : la collecte et la répartition des sommes destinées aux indemnisations et aux amendes. La tribu des Banû Taym détenait cette dignité.
e) L’Uqâb : porter l’étendard national. Cette dignité était confiée à la tribu des Banû Umayya.
f) La qubba : l’administration du camp militaire et le commandement des soldats. Cet honneur appartenait aux Banû Makhzûm.
g) La safâya : la supervision des affaires relatives aux voyages. Cette responsabilité était assumée par la tribu des Banû Adî. (Târîkh Abd al-Qur’ân, tome 2, p. 104, 105 et 106.)
La situation administrative dans les autres régions de l’Arabie
Il a été question précédemment du départ des Arabes qahtânites et adnanites de leur pays, et il a été mentionné que l’ensemble du pays avait été réparti entre ces tribus arabes. Par la suite, leur situation en matière de direction et d’autorité était telle que les tribus qui résidaient autour de la Kaaba étaient considérées comme soumises à al-Hîra. Mais ce n’était qu’une soumission nominale ; en réalité, il n’en était pas ainsi. À l’exception de ces deux régions, les Arabes des autres contrées étaient entièrement indépendants.
Parmi toutes ces tribus, un système de dignités était en vigueur. Les membres de chaque tribu nommaient eux-mêmes leurs dignitaires. Pour ces chefs, la tribu constituait une sorte de petit gouvernement. Elle assurait la sécurité de leur existence politique, la résolution des conflits et des désordres tribaux, ainsi que la protection et la défense de leur territoire.
La position des chefs était comparable à celle de rois dans leur société. En matière de guerre et de paix, leurs décisions étaient définitives. En aucune circonstance, aucun changement n’était possible à cet égard. Le pouvoir de ces chefs tribaux n’était en rien inférieur à celui dont doit disposer un dictateur. Certains chefs jouissaient d’une telle situation qu’ils étaient indépendants à tous égards. Un poète l’a décrit ainsi : « Parmi nous, tu as droit au quart du butin. Tu as également droit aux biens précieux qui ont été sélectionnés. Tu possèdes aussi les biens sur lesquels tu rendras ton jugement. Tu es également propriétaire de ce qui est trouvé en chemin et de ce qui reste après la répartition. »
Situation politique
Nous avons évoqué le système gouvernemental et les dirigeants de la péninsule Arabique ; il convient donc d’examiner quelque peu la situation politique.
Les populations des trois régions frontalières de la péninsule Arabique étaient voisines de pays étrangers. Dans ces trois pays régnaient troubles, désordre et instabilité politique. Les hommes étaient divisés en deux catégories : les esclaves et les maîtres. Tous les privilèges, avantages et distinctions étaient entre les mains des dirigeants étrangers. Toutes les charges pesaient sur les esclaves. Pour parler clairement, on peut dire que l’administration traitait les populations comme des champs et des terres agricoles. Elles étaient considérées comme une source de revenus pour le gouvernement. Les dirigeants dépensaient ces richesses pour leur propre bien-être, leur confort, leur opulence et leur luxe. Le peuple se débattait dans les ténèbres. Les dirigeants lui infligeaient toutes sortes d’injustices et de violences, qu’il supportait en silence et sans discernement. Il n’avait aucun moyen de se plaindre. Il devait subir le déshonneur, l’humiliation et l’oppression. Les détenteurs du pouvoir se comportaient comme des dictateurs. Les hommes ne possédaient aucun droit digne de ce nom.
Les populations voisines installées aux abords de ces régions souffraient d’indécision. Les hommes de ces tribus changeaient de position selon les circonstances et les nécessités. Tantôt ils soutenaient les Irakiens, tantôt ils se rangeaient du côté des Syriens.
Les tribus vivant à l’intérieur de l’Arabie étaient elles aussi profondément divisées. Partout régnaient querelles, conflits, rivalités, dissensions héréditaires et religieuses, ainsi que le désordre.
Même au milieu de tous ces troubles, les populations divisées et dispersées soutenaient, lorsque cela était nécessaire, leur propre tribu. Dans ce domaine, elles ne se souciaient ni de la justice ni de l’injustice. Un poète, porte-parole d’une tribu, dit :
Je suis simplement un homme de la tribu de Ghazîra. S’ils s’égarent, je m’égarerai avec eux ; s’ils suivent la bonne voie, je la suivrai moi aussi.
Il n’y avait en Arabie aucun roi qui se solidarise avec le peuple. Personne ne disposait d’un refuge, ni de quelqu’un en qui placer sa confiance et sur qui compter dans la tristesse, la souffrance, les problèmes, les crises et les épreuves.
Le souverain du Hedjaz était considéré avec respect et honoré comme une autorité centrale. En réalité, le souverain du Hedjaz était à la fois un dirigeant temporel et religieux. En tant que chef religieux, il avait établi sa domination sur les Arabes. Son autorité était acceptée sans contestation dans la Kaaba et les régions environnantes. La surveillance des visiteurs venus accomplir le pèlerinage à la Kaaba, la satisfaction de leurs besoins, l’application de la Loi religieuse, ainsi que l’entretien et le développement du système parlementaire, entre autres tâches, incombaient à ce souverain. Cependant, ces souverains étaient si faibles qu’ils n’avaient pas la capacité de prendre en charge les problèmes intérieurs de l’Arabie, c’est-à-dire de résoudre l’ensemble de ces problèmes. L’attaque des Abyssins en avait apporté la preuve.
Les croyances et doctrines religieuses des Arabes
Grâce à la prédication et à l’enseignement du prophète Ismaël, que la paix soit sur lui, le peuple arabe suivait généralement la religion d’Abraham. Il n’adorait que Dieu et croyait au tawhîd, c’est-à-dire à l’unicité divine. Mais plus le temps passait, plus il oubliait les enseignements de la religion. Malgré cela, la lumière du tawhîd et quelques enseignements du prophète Abraham subsistaient encore parmi lui. Entre-temps, ʿAmr ibn Luhay, chef de la tribu des Banû Khuzâʿa, entra en scène. Dès son enfance, cet homme avait été élevé dans un milieu religieux et pieux. Il manifestait un intérêt exceptionnel pour les diverses questions religieuses. Le peuple le regardait avec affection. Le considérant comme un éminent spécialiste de la religion, les gens le suivaient. À un moment donné, cet homme se rendit en Syrie. Voyant qu’on y pratiquait l’idolâtrie, il pensa qu’il s’agissait certainement là aussi d’une bonne action. De nombreux prophètes étaient apparus en Syrie et des Livres célestes y avaient été révélés. Par conséquent, ce que faisait le peuple syrien devait sûrement être une bonne et pieuse œuvre. C’est avec cette pensée qu’il rapporta de Syrie, sur le chemin du retour, une idole appelée Hubal, puis l’installa à l’intérieur de la Kaaba. Ensuite, il invita les habitants de La Mecque à associer des divinités à Dieu par l’intermédiaire de cette idolâtrie. Les Mecquois répondirent largement à son appel. Voyant les habitants de La Mecque pratiquer l’idolâtrie, les populations des différentes régions d’Arabie les imitèrent. Les habitants de la grande Arabie considéraient les gardiens de la Kaaba comme des chefs religieux. (Mukhtaṣar as-Sîra, Shaykh Muhammad ibn ʿAbd al-Wahhâb an-Najdî, p. 12.) C’est pourquoi ils imitèrent les Mecquois dans l’idolâtrie. C’est ainsi que l’idolâtrie se répandit en Arabie.
Outre Hubal, l’une des anciennes idoles de l’Arabie était Manât. Cette idole avait été installée dans un lieu appelé al-Mushallal, dans la région de Qudayd, sur la côte de la mer Rouge. (Sahîh al-Bukhârî, tome I, p. 222.) Ensuite, une idole appelée al-Lât fut installée à Taïf. Une idole appelée al-ʿUzzâ fut placée dans un endroit nommé Nakhlah et adorée. Ces trois idoles étaient les plus importantes d’Arabie.
En suivant ces idoles, le shirk se généralisa au Hedjaz en peu de temps et l’on se mit à en installer partout. On raconte qu’un djinn était un adepte de ʿAmr ibn Luhay. Il informa ʿAmr que les idoles du peuple de Noé, à savoir Wadd, Suwâʿ, Yaghûth, Yaʿûq et Nasr, étaient enfouies à Djeddah.
Après avoir appris cela, ʿAmr ibn Luhay se rendit à Djeddah et déterra toutes ces idoles. Puis il les emporta à La Mecque. Pendant la saison du pèlerinage, ces idoles furent remises aux différentes tribus. Les tribus les emportèrent dans leurs propres régions. Ainsi, une idole fut installée dans chaque tribu puis, progressivement, dans chaque maison.
Peu à peu, les polythéistes remplirent la Kaaba d’idoles. Au moment de la conquête de La Mecque, il y avait trois cent soixante idoles dans la Kaaba. Le Messager d’Allah, que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui, brisa ces idoles de ses propres mains. Il les poussait avec un bâton, et l’idole tombait aussitôt. Sur son ordre, toutes les idoles furent ensuite sorties de la Kaaba et brûlées. (Mukhtasar as-Sira, Cheikh Muhammad ibn Abd al-Wahhab an-Najdi, p. 13, 50, 51, 52, 54.) En somme, le shirk et l’adoration des idoles constituaient la plus importante pratique religieuse durant les Jours de l’Ignorance. En adorant les idoles, ils pensaient suivre la religion d’Ibrahim.
Parmi les polythéistes, certaines règles et pratiques particulières étaient en vigueur concernant l’adoration des idoles. La plupart avaient été inventées par Amr ibn Luhay. Les habitants de La Mecque considéraient toutes ces actions d’Amr avec admiration. Ils ne les voyaient pas comme des changements apportés à la religion d’Ibrahim, mais comme de bonnes innovations religieuses. Voici quelques-unes des pratiques des polythéistes dans l’adoration des idoles :
Premièrement) Durant les Jours de l’Ignorance, les polythéistes s’asseyaient humblement devant les idoles et leur demandaient protection. Ils les invoquaient à voix haute et leur demandaient de l’aide pour satisfaire leurs besoins, résoudre leurs difficultés et régler leurs problèmes. Ils croyaient que les idoles intercéderaient auprès d’Allah en leur faveur et feraient exaucer leurs demandes.
Deuxièmement) Ils accomplissaient le hajj et le tawaf en l’honneur des idoles. Ils les imploraient et se prosternaient devant elles.
Troisièmement) Des présents et des offrandes votives étaient consacrés aux idoles. Il arrivait que les animaux destinés au sacrifice soient emmenés dans les sanctuaires des idoles et égorgés. Toutefois, cela se faisait au nom des idoles. Allah a mentionné dans le Coran ces deux formes d’égorgement. Il a également interdit l’animal sacrifié sur l’autel de l’adoration des idoles.
Allah dit également : « Ne mangez pas la chair des animaux sur lesquels le nom d’Allah n’a pas été prononcé », c’est-à-dire : ne consommez rien qui ait été égorgé au nom d’un autre qu’Allah.
Quatrièmement) Parmi les moyens d’obtenir la satisfaction des idoles, il y avait aussi le fait que les polythéistes réservaient aux idoles une partie de leur nourriture et de leurs boissons, de leurs récoltes et de leurs troupeaux. Ce qui est étonnant, c’est qu’ils réservaient également une part à Allah. Puis, selon les circonstances, ils offraient aux idoles la part réservée à Allah, mais n’offraient jamais à Allah la part réservée aux idoles.
Ainsi, Allah dit : « Ils assignent à Allah une part de ce qu’Il a créé comme récoltes et comme animaux, et disent, selon leur prétention : “Ceci est pour Allah et ceci est pour nos divinités.” Mais ce qui est destiné à leurs divinités ne parvient pas à Allah, tandis que ce qui est destiné à Allah parvient à leurs divinités. Que leur jugement est mauvais ! »
5) Ils avaient établi comme moyen d’obtenir la satisfaction des idoles que les païens consacreraient diverses parts des récoltes produites et des animaux à quatre pattes. Ainsi, Allah le Très-Haut dit : « Selon leurs propres conjectures, ils disent : “Ces bestiaux et ces champs sont interdits ; nul ne pourra en manger, sauf ceux que nous voudrons.” Et ils ne prononcent pas le nom d’Allah lorsqu’ils interdisent de monter sur le dos de certains bestiaux. »
6) Parmi ces animaux figuraient la bahîra, la saïba, la wasîla et le hâmi. Ibn Ishaq a dit que la bahîra désignait le petit femelle de la saïba. La saïba était la chamelle qui mettait successivement au monde dix petits femelles, sans donner naissance à aucun mâle. Une telle chamelle était laissée libre ; on ne montait pas sur son dos, on ne tondait pas sa laine et nul autre que les hôtes ne buvait de son lait. Au onzième enfant, le petit qu’elle mettait au monde était laissé libre avec sa mère. On ne montait pas sur son dos. Lorsqu’elle avait un petit, celui-ci était appelé saïba.
La wasîla désignait la chèvre qui mettait au monde, cinq fois de suite, deux petits femelles à chaque fois. Autrement dit, elle donnait dix petits femelles en cinq fois, sans donner naissance à aucun mâle. Ensuite, le petit auquel ces chèvres donnaient naissance la sixième fois était réservé aux hommes ; quant aux femmes, tous pouvaient en manger.
Le hâmi désignait le chameau mâle dont le sperme engendrait successivement dix petits femelles, sans qu’aucun petit mâle ne naisse parmi eux. Un tel chameau était tenu à l’écart et protégé. On ne permettait à personne de monter sur son dos et on ne tondait pas ses poils. On le laissait parcourir librement le troupeau de chameaux. En outre, on ne lui faisait accomplir aucune autre tâche. Pour réfuter ces diverses formes d’idolâtrie et ces coutumes en vigueur à l’époque de l’Ignorance, Allah le Très-Haut dit dans le Coran : « Allah n’a pas institué la bahîra, la saïba, la wasîla ni le hâmi ; mais les mécréants forgent des mensonges contre Allah, et la plupart d’entre eux ne comprennent pas. »
Allah le Très-Haut dit également dans le Coran : « Ils disent aussi : “Ce qui se trouve dans ces bestiaux est réservé à nos hommes et interdit à nos femmes ; mais s’il est mort, hommes et femmes y ont tous une part.” Il leur fera payer le prix de leurs paroles. Il est Sage et Omniscient. »
Une autre interprétation de la classification susmentionnée des quadrupèdes, à savoir la bahîra, la saïba et autres, a également été rapportée. (Sîrat Ibn Hichâm, t. 1, p. 89-90.) L’explication d’Ibn Ishaq présente une légère différence par rapport à celle qui vient d’être mentionnée.
Le vénérable Saïd ibn al-Musayyab, qu’Allah lui fasse miséricorde, dit : « Ces animaux étaient destinés à leurs taghouts. » (Sahîh al-Boukhari, t. 1, p. 499.) Il est rapporté dans le Sahîh al-Boukhari que le premier à consacrer des animaux au nom des idoles fut Amr ibn Luhay. (Même référence.)
Les Arabes accomplissaient ces rites et cérémonies en croyant que les idoles les rapprocheraient d’Allah et intercéderaient en leur faveur auprès de Lui. Allah dit dans le saint Coran : « Les païens disaient : “Nous ne les adorons que pour qu’ils nous rapprochent d’Allah.” »
Allah Tout-Puissant dit également dans le Coran : « Ceux qu’ils adorent en dehors d’Allah ne peuvent ni leur nuire ni leur être utiles. Ils disent : “Ce sont nos intercesseurs auprès d’Allah.” » (18, 10)
Les polythéistes de La Mecque utilisaient les azlām, c’est-à-dire des flèches divinatoires. Azlām est le pluriel du mot zalam. On appelle zalam une flèche dépourvue de plumes. Ces flèches utilisées pour la divination étaient de trois sortes. Sur certaines étaient inscrits les mots « oui » et « non ». On les utilisait pour les voyages, les mariages et autres affaires. Si le tirage indiquait « oui », on accomplissait l’action projetée ; s’il indiquait « non », on la reportait d’un an. L’année suivante, on recourait de nouveau aux flèches divinatoires pour accomplir cette action. Sur les flèches de la deuxième catégorie étaient gravés des mots tels que « eau », « diya » ou « indemnité », etc.
Sur les flèches de la troisième catégorie étaient inscrits les mots : « parmi vous » ou « en dehors de vous ». Ces flèches servaient, lorsqu’il y avait un doute sur la généalogie d’une personne, à la présenter devant l’idole Hubal avec cent chameaux.
Ces chameaux étaient remis au gardien, propriétaire des flèches. Celui-ci les mélangeait et les faisait tourner, puis en tirait une. Si l’inscription indiquait « parmi vous », l’homme était considéré comme un membre honoré de la tribu. Si la flèche portait l’inscription « en dehors de vous », cet homme n’était pas considéré comme appartenant au camp ennemi ; on lui accordait le droit de vivre au sein de la tribu comme un membre ordinaire. (Muhādarāt al-Khāzramī, vol. 1, p. 56 ; Ibn Hichām, vol. 1, p. 102-103)
Une autre coutume presque semblable était répandue parmi les polythéistes. Il s’agissait des jeux de hasard et des flèches du jeu. Selon les marques figurant sur ces flèches, on égorgeait un chameau et on en distribuait la viande. (La règle était la suivante : celui qui jouait à ce jeu égorgeait un chameau et le partageait en dix ou vingt-huit parts. Puis on tirait au sort au moyen de flèches. Aucune flèche ne portait de marque de victoire. Celui dont le nom sortait avec la flèche victorieuse était déclaré gagnant et recevait gratuitement la viande du chameau. Celui dont le nom sortait avec une flèche dépourvue de marque devait payer le prix de la viande.)
Les polythéistes arabes croyaient aux paroles des magiciens et des astrologues. Ceux-ci parlaient des événements favorables ou défavorables à venir. Certains prétendaient avoir un djinn à leur service, qui leur apportait des informations. D’autres prétendaient posséder une intelligence et une perspicacité accordées par Dieu, grâce auxquelles ils pouvaient prédire l’avenir avec exactitude. Parmi eux se trouvait une catégorie appelée les arrāf. Ces gens parlaient des affaires de vol ; ils retrouvaient les biens volés et identifiaient le lieu du vol. On appelait astrologues ceux qui étudiaient le mouvement des astres et, par des calculs, prédisaient le cours des événements futurs du monde. (Mir’āt al-mafātīh, commentaire de Mishkāt al-maṣābīḥ, vol. 2, p. 2-3, édition de Lucknow.)
Croire aux paroles d’un astrologue revient en réalité à croire aux astres. Les polythéistes de La Mecque croyaient aux astres et disaient : « C’est de tel ou tel astre que la pluie tombe sur nous. » (Ṣaḥīḥ Muslim, commentaire d’al-Nawawī, Kitāb al-Īmān, vol. 1, p. 95)
Ils accomplissaient encore d’autres pratiques du même genre pour déterminer ce qui était favorable ou défavorable. Ils suspendaient notamment un os du genou d’un lapin. Ils considéraient certains jours, certains mois, certains hommes et certaines femmes comme néfastes. Ils évitaient de toucher les malades et jugeaient leur regard nuisible. Ils pensaient qu’après avoir quitté le corps, l’âme se transformait en hibou. Ils croyaient que l’âme d’un homme tué ne trouvait pas la paix tant qu’on n’avait pas vengé sa mort auprès de son assassin. Ils croyaient que l’âme du défunt errait dans les montagnes et les plaines en criant : « J’ai soif, donnez-moi à boire ! » Ils croyaient que l’âme du défunt trouvait la paix lorsque l’indemnité du meurtre était versée. (Ṣaḥīḥ al-Bukhārī, vol. 2, p. 851, 857.)
Les divergences des Quraychites au sujet de la religion d’Abraham
On a donné un aperçu général des pensées, des croyances et des pratiques des gens à l’époque de la Jahiliya. Parallèlement à tout cela, ils observaient également en partie la religion d’Abraham. Autrement dit, ils n’avaient pas complètement abandonné la religion abrahamique. Ils accomplissaient le tawaf autour de la Kaaba, vénéraient la Kaaba, accomplissaient le hajj et la umra, séjournaient à Arafat et à Muzdalifa, et sacrifiaient les animaux destinés au hady. Cependant, ils avaient introduit plusieurs innovations dans la religion d’Abraham. On en mentionnera ci-dessous quelques exemples.
Une innovation des Quraychites consistait à dire : nous sommes les descendants du prophète Abraham, que la paix soit sur lui. Nous sommes les gardiens et les administrateurs de la Kaaba, ainsi que les habitants de La Mecque ; personne n’est notre égal en dignité. Nul ne possède des droits égaux aux nôtres. C’est pourquoi ils se donnaient le nom de Hums, c’est-à-dire courageux et ardents. Ils disaient : notre dignité est si exceptionnelle qu’il ne nous convient pas de sortir des limites de la Kaaba. Pendant le hajj, ils ne se rendaient pas à Arafat et ne revenaient pas de là conformément à la règle. Ils séjournaient plutôt à Muzdalifa et en repartaient. Allah le Très-Haut corrigea cette innovation en disant : « Puis revenez du lieu d’où les autres reviennent, vous aussi. » (Ibn Hicham, tome 1, p. 199 ; Sahih al-Bukhari, tome 1, p. 226)
Une innovation des idolâtres consistait à dire que, pour les Hums, c’est-à-dire les Quraychites, il n’était pas permis, pendant qu’ils étaient en état d’ihram, de préparer du fromage et du beurre clarifié. Il n’était pas permis non plus d’entrer dans une habitation faite de laine, c’est-à-dire une tente en couverture, ni de chercher de l’ombre ailleurs que sous une tente en cuir. (Ibn Hicham, tome 1, p. 202)
Une autre de leurs innovations était qu’il leur était interdit de manger les aliments et de boire les boissons apportés par ceux qui venaient de l’extérieur de La Mecque pour accomplir le hajj ou la umra. (Même source)
Une autre innovation consistait à ordonner aux habitants de l’extérieur de La Mecque que, lorsqu’ils arrivaient dans le Haram, ils devaient accomplir leur premier tawaf avec des vêtements pris auprès des Hums, c’est-à-dire des Quraychites. S’ils ne trouvaient pas de vêtements, les hommes accomplissaient le tawaf nus, tandis que les femmes ôtaient tous leurs vêtements et accomplissaient le tawaf vêtues d’une petite robe ouverte. Pendant le tawaf, ils récitaient ce poème :
« Une partie ou la totalité des parties intimes sera dévoilée aujourd’hui ; ce qui sera visible, je ne le considérerai pas comme un acte interdit. »
Afin de mettre fin à ce comportement obscène, Allah le Très-Haut révéla ce verset : « Ô enfants d’Adam, revêtez votre plus belle parure à chaque prière. » (31, 7)
Si un homme ou une femme venu de l’extérieur de La Mecque accomplissait le tawaf avec un vêtement apporté de l’extérieur de La Mecque, ce vêtement était jeté à la fin du tawaf. La personne elle-même ne le réutilisait pas, et personne d’autre ne l’utilisait non plus (ibid., tome I, p. 202-203 ; Sahih al-Bukhari, tome I, p. 226).
Une innovation des Quraysh consistait à ne pas entrer dans la maison par la porte lorsqu’ils étaient en état d’ihram ; ils pratiquaient plutôt une ouverture à l’arrière de la maison, par laquelle ils entraient et sortaient.
Ils considéraient ce genre de pratique extravagante comme un acte de piété. Dans le Noble Coran, Allah le Très-Haut leur a interdit d’agir ainsi. Allah le Très-Haut dit : « La piété ne consiste pas à entrer dans vos maisons par l’arrière. Mais la piété est celle de quiconque adopte la taqwa. Entrez donc dans les maisons par leurs portes. Craignez Allah afin de réussir. »
Tel était le tableau général de la vie religieuse des polythéistes.
En outre, le judaïsme, le christianisme, le mazdéisme ou culte du feu, ainsi que les doctrines sabéennes, étaient largement répandus dans les différentes régions de la péninsule Arabique. Nous allons exposer brièvement ci-dessous quelques éléments au sujet de ces doctrines. Les Juifs de la péninsule Arabique connurent deux périodes. La première fut celle où les royaumes de Babylone et d’Assyrie conquirent la Palestine. À cette époque, les Juifs furent contraints de quitter leur patrie. En raison des persécutions et de l’oppression sévères exercées par ces royaumes, ainsi que de la destruction des communautés juives, un grand nombre de Juifs quittèrent le Hedjaz et s’installèrent dans le nord de la Palestine (Qalb-e Jazirat al-Arab, p. 251).
La deuxième période fut celle où, en l’an 70 de l’ère chrétienne, les Romains de Titus conquirent la Palestine. À cette époque, fuyant les persécutions romaines, les Juifs s’établirent à Tayma et y construisirent des forteresses. Les contacts avec ces Juifs émigrés favorisèrent la diffusion des idées juives parmi les habitants arabes. De ce fait, les Juifs devinrent, à diverses périodes avant et après l’avènement de l’islam, une puissance notable. À l’époque de l’avènement de l’islam, les célèbres tribus juives étaient notamment celles de Khaybar, des Nadir, des Mustaliq, des Qurayza, des Qaynuqa et des Samhudi. Afa wa Afa rapporte à la page 116 que le nombre de tribus juives était alors supérieur à vingt (ibid.).
Au Yémen également, les Juifs étaient très puissants. La doctrine juive se répandit au Yémen par l’intermédiaire d’un homme nommé Tubban Asad Abu Karab. En faisant la guerre, cet homme parvint jusqu’à Yathrib.
Après être arrivé à Yathrib, il adopta la doctrine juive et se rendit au Yémen accompagné de deux spécialistes de la religion juive appartenant aux Banu Qurayza. Par leur intermédiaire, la doctrine juive se répandit et se développa au Yémen. Après Abu Karab, son fils Yusuf Dhu Nuwas prit le pouvoir au Yémen. Dans son zèle pour la doctrine juive, cet homme attaqua les chrétiens de Najran et tenta de les convertir de force au judaïsme. Mais ils refusèrent. Furieux, Dhu Nuwas fit creuser une immense fosse et y alluma un feu ; puis il y jeta des hommes et des femmes, des enfants et des vieillards, bref des personnes de toutes les catégories, dans les flammes qui s’embrasaient. Entre vingt et vingt-quatre mille personnes furent tuées lors de cet événement. Celui-ci eut lieu en octobre 523 de l’ère chrétienne. Le Noble Coran mentionne cet événement dans la sourate al-Buruj (Ibn Hisham, tome I, p. 20, 21, 22, 27, 31, 35, 36).
Dans les pays arabes, le christianisme, ou religion chrétienne, fut propagé par les conquérants abyssins et romains. Il a déjà été mentionné que les Abyssins commencèrent à exercer leur domination sur le Yémen en 340. Cette situation se maintint jusqu’en 378. Durant cette période, des missionnaires chrétiens œuvrèrent au Yémen. À cette époque, un ascète éminent nommé Faymiyun arriva à Najran et prêcha le christianisme, ou religion chrétienne, aux habitants locaux. Après avoir trouvé dans le christianisme la preuve de sa véracité, les habitants de Najran l’embrassèrent. (Ibn Hicham, vol. 1, p. 31-34)
La cicatrice du massacre de Dhu Nuwas ne s’était pas encore effacée. En réaction à cet événement tragique, les Abyssins reconquirent le Yémen et Abraha s’empara du pouvoir. Cet homme y construisit un temple. Il voulait que les croyants se rendent dans le temple qu’il avait construit au lieu de la Kaaba de La Mecque. Ce scélérat entreprit, dans ce but, de détruire la Kaaba à La Mecque. Pour avoir fait preuve d’une telle odieuse audace, Allah Tout-Puissant lui infligea un châtiment tel que cet événement resta mémorable pour tous ceux qui l’avaient précédé et ceux qui viendraient après.
D’autre part, du fait de leur voisinage avec les territoires occupés par les Romains, le christianisme se répandit parmi les tribus arabes telles que les Âl Ghassan, les Banû Taghlib et les Banû Tayyi’. Quelques souverains arabes de Hîra se convertirent également au christianisme.
La plupart des adeptes de la religion mazdéenne, ou des adorateurs du feu, vivaient dans les pays arabes voisins de la Perse, notamment en Irak, à Bahreïn et dans les régions côtières du golfe Arabique. En outre, après l’établissement de la domination perse au Yémen, de nombreuses personnes adoptèrent sporadiquement la religion mazdéenne.
La religion sabéenne, ou sabéisme. Les inscriptions découvertes lors des fouilles et de la mise au jour de vestiges anciens en Irak et ailleurs montrent que le sabéisme était la religion du peuple chaldéen. Ses adeptes étaient les descendants du prophète Ibrahim, paix sur lui. Dans l’Antiquité, de nombreux habitants de la Syrie et du Yémen suivaient cette religion. Cependant, lorsque le judaïsme et le christianisme commencèrent à triompher, cette religion disparut. Néanmoins, certains de ses adeptes subsistèrent en Irak et dans les régions du golfe Arabique, mêlés aux mazdéens ou parmi leurs voisins. (Tarikh Ard al-Qur’an, vol. 2, p. 193-208)
Situation religieuse générale
À l’avènement de l’islam, les quelques religions mentionnées existaient en Arabie. Mais toutes ces doctrines religieuses étaient au bord de l’effondrement. Bien que les polythéistes se considérassent comme les adeptes de la religion d’Ibrahim, ils étaient en réalité très éloignés des commandements et des interdits de la religion d’Ibrahim.
Les polythéistes n’avaient même pas le moindre rapport avec les enseignements que la religion d’Ibrahim avait dispensés en vue de former un caractère élevé. Ils étaient plongés dans le bourbier du péché. Depuis longtemps, les turpitudes, les injustices et les mauvaises pratiques engendrées par l’idolâtrie existaient parmi eux. Pour ces raisons, leur vie politique et religieuse collective avait été profondément affectée.
Les adeptes du judaïsme étaient animés d’un orgueil démesuré. Les prêtres juifs s’étaient érigés eux-mêmes en seigneurs, délaissant Allah le Très-Haut. Ils imposaient leur volonté aux gens. Ils avaient soumis leurs pensées, leurs réflexions, leurs convictions et leurs paroles à leur propre volonté. Ils s’employaient entièrement à acquérir le pouvoir, les richesses et les biens matériels. Ils étaient constamment avides de s’emparer de tout cela, quel qu’en fût le prix. Ils voulaient obtenir le pouvoir, les richesses et les biens matériels, même au prix de la corruption de la religion. Quant aux polythéistes, ils étaient plongés dans la mécréance et la rébellion contre Dieu. Ces mauvaises actions leur servaient à satisfaire leurs désirs. Ils n’hésitaient nullement à négliger les commandements d’Allah le Très-Haut.
Le christianisme était une religion idolâtre des plus étranges. Ses adeptes avaient mêlé de manière étonnante Allah le Très-Haut et l’être humain. Cette religion n’exerçait aucune véritable influence sur les Arabes qui la suivaient, car aucun lien n’existait entre les enseignements de la religion et leur vie personnelle. En aucune circonstance ils n’étaient disposés à renoncer à leur mode de vie entièrement voué aux plaisirs. Leur vie personnelle, familiale et sociale était plongée dans le bourbier du péché.
La vie des adeptes des autres religions d’Arabie ressemblait à celle des polythéistes. En effet, bien que leurs religions fussent différentes, ils étaient semblables par leur état d’esprit. Ils ne se ressemblaient pas seulement par leur mentalité, mais aussi par leur mode de vie et leurs coutumes.
Quelques aperçus fragmentaires de la société de la Jâhiliya
Après avoir décrit la situation politique et religieuse de la péninsule Arabique, nous allons maintenant en présenter brièvement la situation économique et morale générale.
La situation générale
Les habitants de l’Arabie vivaient répartis en différentes classes. La situation de chaque classe différait de celle des autres. Dans la classe noble, les relations entre les hommes et les femmes étaient relativement bonnes. Les femmes de cette classe jouissaient d’une grande liberté. Leur parole était prise en considération. Elles étaient à ce point honorées et protégées que, lorsqu’elles sortaient, les épées étaient tirées et le sang pouvait être versé pour les défendre. Lorsqu’un homme vantait sa propre générosité et sa bravoure, il s’adressait généralement aux femmes. Celles-ci pouvaient, si elles le désiraient, attiser entre les hommes le feu de la guerre et de la vengeance. Malgré tout cela, les hommes étaient considérés comme les chefs de famille, et leurs décisions étaient respectées avec sérieux. Dans cette classe, les relations entre hommes et femmes étaient établies par le mariage, lequel était conclu par l’intermédiaire des tuteurs des femmes. Les femmes n’avaient pas le droit de se marier elles-mêmes sans l’intervention de leur tuteur.
Bien que telle fût la situation de la classe noble, celle des autres classes était tout autre. Les relations entre hommes et femmes qui existaient dans ces classes ne peuvent être qualifiées que de dépravation, d’impudicité, d’effronterie, d’obscénité et de fornication. ‘Â’isha, qu’Allah l’agrée, rapporte qu’à l’époque de la Jâhiliya, il existait quatre sortes de mariage.
La première était semblable à celle qui est pratiquée de nos jours. Ainsi, un homme envoyait à un autre une demande en mariage pour sa fille placée sous son autorité. Après l’acceptation de la demande, le mariage était conclu par le versement de la dot.
La deuxième consistait en ceci : après que la femme mariée s’était purifiée de ses menstrues, son mari lui disait d’envoyer une demande à tel homme et de lui permettre d’avoir des rapports avec elle. Autrement dit, il lui ordonnait de commettre l’adultère avec lui. Pendant ce temps, le mari s’éloignait de sa propre épouse et ne l’approchait pas. Il ne retournait auprès d’elle qu’après avoir obtenu la preuve qu’elle avait conçu un enfant de l’homme avec lequel elle avait commis l’adultère. Lorsque les signes de grossesse apparaissaient, le mari pouvait, s’il le souhaitait, retourner auprès d’elle. La raison de cette pratique était de rendre l’enfant noble et accompli. Ce type de mariage était appelé mariage « istibdâ‘ ». Ce mariage était également pratiqué en Inde.
Troisièmement, moins de dix hommes commettaient l’adultère avec une femme en un même lieu. Après être tombée enceinte, cette femme les convoquait tous auprès d’elle. Aucun d’eux ne pouvait alors s’absenter. Lorsqu’ils étaient tous présents, elle disait : « Vous savez ce que vous avez fait ; voici maintenant l’enfant qui est né de ma grossesse. Ô Untel, cet enfant est le tien. » La femme pouvait désigner qui elle voulait, et tous acceptaient le nouveau-né comme l’enfant de l’homme dont elle avait prononcé le nom.
Quatrièmement, de nombreux hommes se rendaient auprès d’une femme. Celle-ci ne repoussait ni ne refusait aucun homme qui la désirait. Ces femmes étaient des prostituées. Elles plaçaient un drapeau devant leur maison ; ainsi, quiconque le souhaitait pouvait se rendre auprès d’elles sans obstacle. Lorsqu’une telle femme tombait enceinte et accouchait, tous ceux qui avaient eu des rapports avec elle se réunissaient, et l’on faisait venir un spécialiste. Celui-ci attribuait l’enfant à l’un d’eux selon son propre jugement. Par la suite, l’enfant grandissait comme le fils de l’homme désigné, et celui-ci ne pouvait jamais le nier. Après l’avènement du Messager d’Allah, qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix, Allah le Très-Haut abolit toutes les formes de mariage de la société de la Jâhiliya et instaura la forme de mariage islamique actuellement en vigueur. (Sahîh al-Bukhârî, Kitâb an-Nikâh, tome 2, p. 769 ; Abû Dâwûd, chapitre consacré aux formes de mariage. Pour plus de détails, voir le Tafsîr Fî Zilâl al-Qur’ân, tome 14.)
En Arabie, les relations entre les femmes et les hommes étaient souvent déterminées par le tranchant de l’épée. Lors des guerres tribales, les vainqueurs capturaient les femmes de la tribu vaincue et les enfermaient dans leurs harems. Les enfants nés de ces femmes captives ne pouvaient pas se tenir la tête haute dans la société. Ils éprouvaient toujours de la honte à révéler leur identité.
À l’époque de la Jâhiliya, il n’était pas considéré comme blâmable d’avoir plusieurs épouses. Certains gardaient même simultanément sous leur toit deux sœurs germaines comme épouses. Après le divorce prononcé par le père, ou après la mort de celui-ci, le fils pouvait épouser sa belle-mère. Le droit au divorce appartenait exclusivement à l’homme. Aucun nombre déterminé de divorces n’était fixé. (Abû Dâwûd, ouvrages d’exégèse, « At-talâq marratân », à consulter.)
L’adultère était répandu dans toutes les couches de la société. Aucun groupe de femmes ou d’hommes n’était épargné par la laideur et la souillure de l’adultère. Toutefois, quelques hommes et femmes s’en abstenaient par orgueil de leur prétendue supériorité. En outre, la situation des femmes libres était relativement meilleure que celle des esclaves. La condition des esclaves était la pire. La plupart des hommes de l’époque de la Jâhiliya ne voyaient ni faute ni honte à avoir des relations avec des esclaves. Il est rapporté dans les Sunan d’Abû Dâwûd qu’un jour, un homme se leva et dit : « Ô Messager d’Allah, Untel est mon fils. À l’époque de la Jâhiliya, j’ai eu des relations avec sa mère. » Le Messager d’Allah, qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix, répondit : « En islam, une telle revendication n’est pas recevable. L’enfant appartient désormais à celui dont la femme est reconnue comme épouse, et l’adultère est puni par la lapidation à mort. » La dispute entre Sa‘d ibn Abî Waqqâs, qu’Allah l’agrée, et ‘Abd ibn Zam‘a au sujet de ‘Abd ar-Rahmân ibn Zam‘a, fils de l’esclave de Zam‘a, est bien connue de tous (Sahîh al-Bukhârî, tome 2, p. 999, 1065). À l’époque de la Jâhiliya, les relations entre pères et fils prenaient également des formes diverses. Certains disaient : « Nos enfants sont nos enfants, nos entrailles, ceux qui marchent sur la terre. »
À l’inverse, certains, par peur du déshonneur et de la pauvreté, enterraient leurs enfants vivants. Ils enterraient leurs jeunes enfants. Ils les tuaient dès leur petite enfance.
Le Saint Coran mentionne cet aspect (sourate al-Anʿâm, verset 101 ; sourate an-Nahl, versets 58-59 ; sourate Banî Isrâ’îl, versets 31 et 81 ; sourate al-Anfâl). Il est difficile de dire si cette situation était largement répandue. En effet, les Arabes estimaient avoir besoin d’effectifs plus importants que les autres peuples pour affronter leurs ennemis et assurer leur défense. On peut dire qu’ils en étaient parfaitement conscients.
Les liens entre frères germains, avec les cousins paternels et avec les autres membres de la tribu étaient très solides. En effet, les Arabes vivaient et mouraient au nom de la suprématie et de l’orgueil tribaux. La coopération mutuelle et la solidarité existaient pleinement au sein des tribus. Le système des liens tribaux constituait le fondement de l’organisation sociale.
Ils entretenaient cette conception : aide ton frère, qu’il soit oppresseur ou opprimé, quel que soit son cas. Par la suite, l’islam établit la justice en empêchant l’oppresseur de poursuivre son oppression. Dans leurs efforts pour exercer la domination et le commandement, tous les membres d’une tribu partaient en guerre pour soutenir l’un des leurs. On peut citer, à titre d’exemple, les conflits entre les tribus Aws et Khazraj, Abs et Dhubyân, ainsi que Bakr et Taghlib.
Les relations entre les différentes tribus s’étaient tellement détériorées que toutes leurs forces étaient dépensées dans des guerres mutuelles. Sous l’influence de quelques enseignements religieux et des coutumes sociales, les ravages et les horreurs de la guerre étaient parfois atténués. Il arrivait aussi que, conformément à certaines règles en vigueur dans la société, différentes tribus concluent des alliances. De plus, les mois sacrés contribuaient particulièrement à instaurer la paix dans la vie des polythéistes et à leur permettre de gagner leur subsistance.
En somme, la situation générale était en pleine décadence. L’ignorance était omniprésente. La saleté et la dépravation avaient atteint leur paroxysme. Les gens vivaient comme des bêtes. La vente et l’achat des femmes étaient une pratique courante. On traitait souvent les femmes comme si elles étaient de la terre ou de la pierre. Les relations mutuelles étaient faibles et fragiles. Tout ce qui existait sous le nom de gouvernement ou d’administration était consacré à remplir le trésor en collectant les biens et les richesses des sujets, ainsi qu’à rassembler des troupes contre les adversaires.
La situation économique
La situation économique était subordonnée à la situation sociale générale. Si l’on examine les moyens de subsistance des Arabes, on constate que le commerce constituait le principal moyen de se procurer les nécessités de la vie. Les échanges commerciaux n’étaient pas possibles. La situation de la péninsule Arabique était telle qu’en dehors des mois sacrés, il n’existait à aucun autre moment un climat de paix et de sécurité. C’est pour cette raison que les célèbres marchés et foires arabes, tels qu’Ukâz, Dhû al-Majâz et Majanna, se tenaient précisément durant les mois sacrés.
Dans le domaine de l’industrie, les Arabes étaient en retard sur tous les autres pays du monde. La plupart des activités dont on a connaissance, comme le tissage et le tannage des peaux, étaient pratiquées dans les pays voisins : le Yémen, la Syrie, Hîra ou l’Irak. On pratiquait l’agriculture et la production de récoltes en Arabie. Dans toute l’Arabie, les femmes filaient la laine. Mais la difficulté était que les instruments nécessaires au filage devenaient rares à cause des ravages de la guerre. La pauvreté était un problème général. Les gens étaient souvent privés de nourriture et de vêtements indispensables.
Traits de caractère
Il est reconnu que les Arabes avaient des habitudes blâmables et condamnables, et qu’ils commettaient des actes que la raison et la conscience n’approuvaient nullement. Cependant, certains traits de caractère qu’ils possédaient étaient véritablement étonnants. Nous allons mentionner ci-dessous quelques-uns de ces traits.
1) La compassion et la générosité. C’était une qualité particulière des Arabes. Dans ce domaine, on observait chez eux un véritable esprit de compétition. Ils étaient si fiers de cette qualité que la moitié des Arabes étaient devenus poètes. Certains faisaient leur propre éloge, tandis que d’autres faisaient l’éloge de quelqu’un d’autre. Il arrivait parfois qu’un hôte se présente chez quelqu’un en plein hiver rigoureux et dans une période de pénurie. À ce moment-là, le maître de maison ne possédait qu’un seul chameau. Pour honorer son hôte, il abattait pourtant cet animal. C’est par compassion et générosité qu’ils payaient de lourdes compensations et s’en acquittaient comme il se devait. De cette manière, ils se glorifiaient de sauver les gens de la destruction et de l’effusion de sang, et de démontrer leur supériorité sur les autres riches et notables.
C’est en raison de cette forme de générosité qu’ils se vantaient de boire du vin. Boire du vin n’était certes pas une bonne action en soi, mais l’ivresse leur permettait de se montrer généreux et leur facilitait les aumônes et les dons. En effet, sous l’emprise de l’ivresse, il n’est pas difficile pour l’être humain de dépenser ses biens. C’est pourquoi les Arabes appelaient la vigne, matière première du vin, karam, et le vin bint al-karam. L’étude des poèmes des poètes de l’époque antéislamique montre qu’ils accordaient une grande attention à l’expression de leur fierté.
Antara ibn Shaddad al-Absî a écrit dans sa Mu‘allaqa : « Après que la chaleur ardente du soleil de midi se fut apaisée, je bus du vin dans un récipient jaune orné de motifs. Lorsque je bois du vin, je distribue mes biens. Mais même à ce moment-là, je reste soucieux de mon honneur et de ma réputation ; je ne leur permets aucune tache. Même après avoir retrouvé mes esprits, je ne me montre pas avare en générosité. Que pourrais-je vous dire de plus au sujet de la beauté de mon caractère et de ma compassion ? Vous ne l’ignorez pas. »
C’est par compassion que les Arabes se livraient largement aux jeux de hasard. Ils pensaient que c’était une voie de générosité. En effet, après avoir joué, les joueurs distribuaient aux pauvres et aux nécessiteux les gains qu’ils avaient réalisés, ou ce qui leur restait après avoir déduit leurs dépenses. C’est pourquoi le Saint Coran n’a pas nié les avantages du vin et des jeux de hasard ; il a plutôt affirmé que leurs méfaits étaient supérieurs à leurs avantages. Allah le Très-Haut dit : « Ils t’interrogent sur le vin et les jeux de hasard. Dis : Dans les deux il y a un grand péché et des avantages pour les gens, mais leur péché est plus grand que leur avantage. » (2, 219 ; 6)
2) Le respect des engagements. Les Arabes considéraient le respect des engagements comme faisant partie de la religion. Pour tenir leurs engagements ou respecter leur parole, ils estimaient négligeables les pertes en vies humaines et en biens. Les récits de Hânî ibn Mas‘ûd al-Shaybânî, d’al-Samaw’al ibn ‘Adiyâ et de Hâjib ibn Zurâra suffisent à le comprendre.
3) Le souci de sa dignité. Même lorsqu’ils subissaient l’injustice et l’oppression, préserver leur dignité était un trait de caractère bien connu des gens de l’époque antéislamique. Cela les amenait à manifester leur bravoure et leur vaillance. Leur colère était extraordinaire : ils entraient soudainement dans une fureur extrême. Au moindre signe d’humiliation, ils sortaient leurs armes et provoquaient une effusion de sang. Dans ces circonstances, ils considéraient leur propre vie comme négligeable.
Quatrièmement) L’une des caractéristiques des gens de l’époque de la Jâhiliya était que, lorsqu’ils prenaient la résolution d’accomplir une action, rien ne pouvait les en détourner. Ils n’acceptaient aucun obstacle. Même au péril de leur vie, ils menaient cette action à son terme.
Cinquièmement) La patience et la sagesse prévoyante. C’était également une noble qualité des Arabes. Cependant, en raison de leur bravoure et de leur disponibilité constante pour le combat, cette qualité était rare parmi eux.
Sixièmement) La simplicité propre aux Bédouins. Ils vivaient loin des commodités de la civilisation et s’en désintéressaient. Du fait de ce mode de vie simple et naturel, on trouvait parmi eux la véracité et l’honnêteté. Ils détestaient la tromperie et la violation des engagements.
Nous pensons que, outre la position géographique de la péninsule Arabique par rapport au reste du monde, c’est en raison des qualités morales mentionnées qu’ils furent choisis pour diriger l’humanité et recevoir la prophétie. Bien que ces qualités les rendissent parfois soudainement redoutables et les amenassent à commettre des actes désastreux, on ne peut nier qu’elles étaient d’éminentes qualités véritablement humaines et dignes d’éloges. Après quelques corrections, ces qualités pouvaient se révéler extrêmement bénéfiques pour l’humanité. C’est ce que l’islam a accompli.
Parmi les qualités morales mentionnées, le respect de l’honneur personnel après l’accomplissement des engagements et la fidélité à la parole donnée étaient probablement les plus précieuses et les plus dignes d’éloges. Sans ces qualités et cette force de caractère, il est impossible d’éloigner le désordre, les troubles et le mal, et de mettre en œuvre un système fondé sur la justice et l’équité.
À l’époque de la Jâhiliya, les Arabes possédaient encore d’autres qualités morales remarquables, mais il n’est pas nécessaire de les examiner toutes ici.
C’est Lui, l’Être sublime, qui a envoyé parmi les gens issus de leur propre communauté un Messager qui est l’un des leurs. Il leur récite Ses versets, purifie leur vie de la Jâhiliya et leur enseigne surtout les règles de la religion, alors qu’auparavant ces gens étaient plongés dans un égarement manifeste. (Sourate Al-Jumu‘a, 2)
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Dans quelle lignée se trouvait cet homme d’or : d’Al-Amîn au Messager
Présentation de la famille du Prophète
La lignée du noble Prophète Muhammad, qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix, peut être divisée en trois parties. Les biographes et les spécialistes de la généalogie sont unanimes quant à l’exactitude de la première partie. Il existe quelques divergences entre les biographes au sujet de la deuxième partie : certains l’ont soutenue, d’autres l’ont contestée, tandis que d’autres encore ont exprimé une opinion différente. Elle remonte d’Adnân jusqu’au prophète Ibrâhîm, sur lui la paix. La troisième partie comporte certainement quelques erreurs ; elle va du prophète Ibrâhîm au prophète Âdam, sur eux la paix. Cela a déjà été signalé. Nous allons maintenant examiner de manière relativement détaillée ces trois parties.
Première partie
Muhammad ibn Abd Allah, ibn Abd al-Muttalib (Shayba), ibn Hâshim (Amr), ibn Abd Manâf (al-Mughîra), ibn Qusayy (Zayd), ibn Kilâb, ibn Murra, ibn Ka‘b, ibn Lu’ayy, ibn Ghâlib, ibn Fihr (dont le surnom était Quraysh, nom sous lequel la tribu est connue), ibn Mâlik, ibn al-Nadr, ibn Kinâna, ibn Khuzayma, ibn Mudrika (Âmir), ibn Ilyâs, ibn Mudar, ibn Nizâr, ibn Ma‘add, ibn Adnân. (Ibn Hishâm, tome I, p. 20 ; Talqîh al-Fuhûm min Ahl al-Âthâr, p. 5-6 ; Rahmat li-l-Âlamîn, tome II, p. 11, 14, 52.)
Deuxième partie
Depuis Adnân en remontant. C’est-à-dire : Adnân ibn Hâmithâ, ibn Salmân, ibn Aws, ibn Bûz, ibn Qamwâl, ibn Ubayy, ibn Awwâm, ibn Nâshid, ibn Hâzâ, ibn Baldâs, ibn Yadlâf, ibn Târih, ibn Jâhim, ibn Nâhish, ibn Mâkhî, ibn Â’idh, ibn Akbar, ibn Ubayd, ibn al-Da‘â, ibn Hamdân, ibn Sunbur, ibn Yasribî, ibn Yahzân, ibn Yalhân, ibn Ar‘awâ, ibn Ây, ibn Zayshân, ibn Aysar, ibn Ufnâd, ibn Ayhâm, ibn Maqsar, ibn Nâhish, ibn Jarâh, ibn Sumayy, ibn Mâzî, ibn Awzâ, ibn Arâm, ibn Qaydâr, ibn Ismâ‘îl, ibn Ibrâhîm, sur lui la paix. (Après ses recherches, l’érudit Mansûrpûrî a ajouté cette partie à partir des récits des historiens Kalbî et Ibn Sa‘d. Rahmat li-l-Âlamîn, tome II, p. 14-17. Les données historiques présentent de grandes divergences concernant cette partie.)
Troisième partie
À partir du prophète Ibrâhîm — que la paix soit sur lui — et en remontant : Ibrâhîm, fils de Târah (Âzar), fils de Nâhûr, fils de Shâwakh (Sârûgh), fils de Râw, fils de Fâligh, fils de Âbir, fils de Shâlikh, fils d’Arfakhshâdh, fils de Sâm, fils de Nûh — que la paix soit sur lui —, fils de Lâmik, fils de Mâtûshâlikh, fils d’Akhnûkh (que certains identifient au prophète Idrîs — que la paix soit sur lui —), fils de Mahlâ’îl, fils de Qaynân, fils d’Anûsh, fils de Shîth, fils d’Adam — que la paix soit sur lui. (Ibn Hichâm, tome 1, p. 2, 4 ; Talqîh al-Fuhûm, p. 6 ; Khulâsat al-Siyar, p. 6.)
Le Noble Prophète — que Dieu le bénisse et lui accorde la paix — est connu comme descendant des Hachémites, par l’intermédiaire de son arrière-grand-père Hâchim ibn Abd Manâf. Il est donc nécessaire de mentionner brièvement Hâchim et quelques-uns de ses descendants.
1) Hâchim. Nous avons déjà mentionné qu’un accord avait été conclu entre les Banû Abd Manâf et les Banû Abd ad-Dâr au sujet du partage des charges et des rangs. En vertu de cet accord, les descendants d’Abd Manâf obtinrent la charge de donner à boire aux pèlerins et de les accueillir. Hâchim était un homme éminent, honorable et fortuné. Il institua pour les pèlerins de La Mecque la coutume de leur servir du pain émietté trempé dans le bouillon. Son véritable nom était Amr, mais on l’appelait Hâchim parce qu’il émiettait le pain et le trempait dans le bouillon. Hâchim signifie « celui qui brise ». Hâchim fut le premier à organiser pour les Quraychites deux voyages commerciaux annuels, en été et en hiver. Un poète écrivit à sa louange : « C’est cet Amr qui, à La Mecque, émiettait et trempait le pain dans le bouillon pour nourrir ses faibles compatriotes frappés par la famine, et qui organisait les voyages d’hiver et d’été. »
Un événement important de la vie de Hâchim, ou Amr, est qu’il se rendit en Syrie pour affaires. En chemin, arrivé à Médine, il épousa Salmâ bint Amr, de la tribu des Banû Najjâr, et y séjourna quelque temps. Lorsque son épouse tomba enceinte, il la laissa chez ses parents et partit pour la Syrie. Il mourut dans la ville de Gaza, en Palestine. Entre-temps, un enfant naquit de Salmâ. Cela se produisit en l’an 497 de l’ère chrétienne. Les cheveux de l’enfant portaient des marques de blancheur ; c’est pourquoi Salmâ le nomma Shayba (Ibn Hichâm, tome 1, p. 137 ; Rahmat li-l-âlamîn, tome 1, p. 26, tome 2, p. 24). À Yathrib, ou Médine, Salmâ éleva l’enfant chez ses parents. Par la suite, cet enfant devint connu sous le nom d’Abd al-Muttalib. Pendant longtemps, les Hachémites n’eurent pas connaissance de l’existence de cet enfant. Hâchim eut au total quatre fils et cinq filles. Les noms de ses fils étaient : Asad, Abû Sayfî, Nâdila et Abd al-Muttalib. Les noms de ses filles étaient : Shafâ, Khâlida, Da‘îfa, Ruqayya et Jinnat. (Ibid., tome 1, p. 107.)
2) Abd al-Muttalib. Il a déjà été mentionné qu’après Hâchim, la responsabilité de donner à boire aux pèlerins et de les recevoir fut confiée à son frère al-Muttalib. Lui aussi jouissait d’un très grand prestige auprès de sa famille et de son peuple. Personne n’osait négliger une parole de sa part. En raison de sa générosité, les Quraychites lui donnèrent le titre de Fayyâd. Lorsque Shayba, c’est-à-dire Abd al-Muttalib, eut atteint l’âge de dix ou douze ans, al-Muttalib apprit son existence. Il se rendit à Médine pour le ramener. Lorsqu’il aperçut Shayba après être arrivé près de Médine, c’est-à-dire de Yathrib, ses deux yeux se remplirent de larmes. Il le serra dans ses bras, puis le fit monter derrière lui sur son chameau et prit la route de La Mecque. Mais Shayba refusa de partir pour La Mecque sans l’autorisation de sa mère. Lorsque al-Muttalib demanda cette autorisation à la mère de Shayba, Salmâ refusa de la donner. Al-Muttalib lui dit qu’il se rendait sous l’autorité de son père et vers la Maison d’Allah. Après ces paroles, Salmâ donna son accord. Al-Muttalib fit monter Shayba derrière lui sur son chameau et l’emmena à La Mecque. À leur arrivée, les premiers qui le virent se dirent entre eux : « C’est son neveu, le fils de Hâchim. » Dès lors, Shayba grandit auprès d’al-Muttalib et devint finalement un jeune homme. Plus tard, al-Muttalib mourut au Yémen. Shayba hérita de la position qu’il avait laissée vacante. Abd al-Muttalib jouissait parmi ses compatriotes d’un honneur et d’un prestige tels que nul autre avant lui n’en avait acquis autant. Ses compatriotes l’aimaient profondément et lui témoignaient un respect extraordinaire. (Ibn Hichâm, tome 1, p. 137-138.)
Après la mort d’al-Muttalib, Nawfal s’empara de force d’une partie des terres d’Abd al-Muttalib. Celui-ci demanda l’aide de quelques hommes de la tribu des Quraychites. Mais ils déclarèrent leur impuissance en disant : « Nous ne pouvons pas nous tenir à tes côtés contre ton propre oncle. » Finalement, Abd al-Muttalib écrivit plusieurs poèmes à son oncle maternel, Abû Sa‘d ibn Adî, de la tribu des Banû Najjâr, et les lui envoya. Ces poèmes contenaient une demande d’aide. En réponse, son oncle maternel Abû Sa‘d se mit en route avec quatre-vingts hommes et arriva à un endroit appelé Abtah, près de La Mecque. Abd al-Muttalib l’invita à se rendre chez lui. Mais Abû Sa‘d répondit : « Non, je veux d’abord rencontrer Nawfal. » Abû Sa‘d se présenta alors devant Nawfal. Celui-ci était assis et discutait avec quelques notables quraychites de La Mecque. Abû Sa‘d tira son épée de son fourreau et dit : « Par le Seigneur de cette Maison, si tu ne rends pas à mon neveu ses terres, je plongerai cette épée dans ton corps. » Nawfal répondit : « Très bien, prends-les ; je les lui rends. » En prenant les dirigeants quraychites à témoin, Abû Sa‘d rendit ses terres à Abd al-Muttalib. Puis Abû Sa‘d se rendit chez Abd al-Muttalib, y séjourna trois jours, accomplit la ‘umra et retourna à Médine.
Par la suite, Nawfal s’engagea à soutenir les Banû Abd Chams contre les Banû Hâchim.
Entre-temps, la tribu des Banû Khuzâ‘a constata que les Banû Najjâr avaient ainsi aidé Abd al-Muttalib et déclara : « Abd al-Muttalib est autant notre fils que le vôtre. Nous avons donc davantage le droit de lui venir en aide. » La raison en était que la mère d’Abd Manâf était apparentée à la tribu des Banû Khuzâ‘a. C’est pourquoi les Banû Khuzâ‘a se rendirent à la Dâr an-Nadwa et promirent aux Banû Hâchim de les aider contre les Banû Abd Chams et les Banû Nawfal. Cette promesse fut par la suite à l’origine de la conquête de La Mecque à l’époque islamique. Le récit détaillé de cet événement sera mentionné plus loin. (Mukhtasar Sîrat ar-Rasûl, cheikh de l’islam Muhammad ibn Abd al-Wahhâb an-Najdî, p. 41-42.)
En raison de son lien avec la Kaaba, deux événements importants survinrent à Abd al-Muttalib : le creusement du puits de Zamzam et l’expédition de l’Éléphant.
Le creusement du puits de Zamzam
L’essentiel de cette histoire est qu’Abd al-Muttalib vit en rêve qu’on lui ordonnait de creuser le puits de Zamzam. L’emplacement lui fut également indiqué dans le rêve. À son réveil, il entreprit de creuser le puits de Zamzam. Au fil des travaux, deux choses furent découvertes. La tribu de Jurhum les avait jetées dans le puits de Zamzam lorsqu’elle avait quitté La Mecque. Il s’agissait d’épées, de bijoux et de deux gazelles en or. Abd al-Muttalib utilisa les épées retrouvées pour fabriquer une porte. Il fixa également les deux gazelles en or à la porte et organisa la distribution de l’eau du puits de Zamzam aux pèlerins.
Après la découverte du puits de Zamzam, les Quraychites commencèrent à se disputer avec Abd al-Muttalib. Ils exigèrent d’être eux aussi associés aux travaux de creusement. Abd al-Muttalib répondit : « Je ne peux pas faire cela. C’est à moi que cette tâche a été confiée. » Mais les Quraychites refusèrent de l’accepter. Finalement, tous se rendirent auprès d’une devineresse de la tribu de Banû Saʿd afin qu’elle tranche leur différend. Cependant, en chemin, ils furent témoins de signes extraordinaires. Ils comprirent alors que la responsabilité du creusement du puits de Zamzam avait été confiée à Abd al-Muttalib par un décret divin. C’est pourquoi les Quraychites qui contestaient rebroussèrent chemin. À cette époque, Abd al-Muttalib fit le vœu que, si Allah lui accordait dix fils et qu’ils atteignaient l’âge de pouvoir se défendre eux-mêmes, il sacrifierait l’un d’eux au nom d’Allah près de la Kaaba. (Ibn Hichâm, vol. 1, p. 142-147)
L’expédition de l’Éléphant
L’essentiel du second événement est le suivant : Abraha, surnommé Sabâh l’Abyssin, était gouverneur général du Yémen au nom du roi d’Abyssinie, le Négus. Abraha remarqua que les Arabes se rendaient à la Kaaba pour accomplir le pèlerinage. Il fit alors construire une église à Sanaa. Il voulait que les Arabes se rendent à Sanaa pour le pèlerinage au lieu d’aller à La Mecque. Après avoir appris cela, un homme de la tribu de Banû Kinâna entra dans l’église construite par Abraha et déféqua dans son mihrab. Lorsqu’il l’apprit, Abraha entra dans une grande colère et marcha sur la Kaaba avec soixante mille soldats redoutables afin de la détruire. Il se procura un éléphant gigantesque pour lui-même. Son armée comptait en tout neuf ou treize éléphants. Abraha partit du Yémen, atteignit un lieu appelé al-Mughammas et y installa son armée. Après être entrés à La Mecque, lorsqu’ils atteignirent la vallée d’al-Muhassir, entre Muzdalifa et Mina, tous les éléphants s’assirent. Malgré de nombreux efforts, il fut impossible de faire se relever l’éléphant pour le diriger vers la Kaaba. Chaque fois qu’on essayait, il s’asseyait. C’est alors qu’Allah envoya une nuée d’oiseaux. Les oiseaux portaient dans leur bec de petites pierres. Ils les lancèrent sur les soldats. Ainsi, l’armée d’Abraha fut anéantie comme de la paille broyée. Ces oiseaux ressemblaient aux abâbîl. Chaque oiseau portait trois pierres : une dans son bec et deux sous ses ailes. Les pierres étaient semblables à des pois. Quiconque était atteint par l’une d’elles voyait ses membres commencer à se détacher, puis mourait. Tous ne furent pas touchés par ces pierres. Une telle terreur et une telle épouvante s’emparèrent de l’armée que tous commencèrent à fuir dans toutes les directions. Ensuite, ils tombèrent çà et là et moururent. Quant à Abraha, un châtiment s’abattit sur lui : les doigts de ses mains commencèrent à tomber. Lorsqu’il atteignit Sanaa, sa mort était proche. Son foie éclata et sortit de son corps, et il mourut dans d’atroces souffrances.
Lors de cette attaque d’Abraha, les habitants de La Mecque, pris de peur pour leur vie, se dispersèrent dans les montagnes et les plaines et se cachèrent dans les grottes des montagnes. Lorsque le châtiment d’Allah s’abattit sur l’armée, ils retournèrent tranquillement dans leurs maisons. (Ibn Hichâm, vol. 1, p. 43, 56)
Selon l’avis de la plupart des auteurs de biographies prophétiques, l’événement mentionné eut lieu cinquante ou cinquante-cinq jours avant la naissance du Messager d’Allah. C’était au mois de Muharram. Il se produisit vers la fin de février ou au début de mars de l’an 571 de l’ère chrétienne. En réalité, Allah fit survenir cet événement en prélude à ce qui allait concerner Son Prophète et la Maison sacrée, la Kaaba. Ainsi, en 587, Nabuchodonosor s’empara de Jérusalem et l’occupa. Auparavant, en l’an 70, les Romains avaient pris possession de Jérusalem. En revanche, les chrétiens ne parvinrent jamais à exercer leur domination sur la Kaaba. Pourtant, à cette époque, les chrétiens étaient des musulmans croyant en Allah, tandis que les détenteurs de la Kaaba étaient des polythéistes.
Peu après le déroulement de l’événement de l’Année de l’Éléphant, la nouvelle était rapidement parvenue à Rome et en Perse, alors considérées comme des pays avancés. En effet, les Romains entretenaient des relations étroites avec La Mecque. De leur côté, les Perses surveillaient constamment les Romains. La Perse, ou les Perses, observait tous les événements concernant les Romains et leurs ennemis. C’est pourquoi, dès la chute d’Abraha, les Perses prirent possession du Yémen. Comme la Perse et Rome étaient alors connues dans le monde comme des pays développés et civilisés, l’attention de l’humanité se porta sur la Kaaba. Ils constatèrent clairement la dignité et la supériorité de la Maison sacrée. Ils comprirent qu’Allah avait choisi cette Maison comme Maison sacrée. Il était donc tout à fait logique que quelqu’un se lève dans la cité de La Mecque en revendiquant la prophétie. Si l’on réfléchit à l’avènement du Messager d’Allah, il n’est nullement difficile de comprendre pourquoi Allah avait aidé contre eux les polythéistes, qui se tenaient au pôle opposé aux musulmans.
Abd al-Muttalib avait dix fils. Ils s’appelaient al-Harith, al-Zubayr, Abu Talib, Abdallah, Hamza, Abu Lahab, Ghaydaq, al-Maqhum, Safar et al-Abbas. Certains ont dit qu’ils étaient onze, le onzième s’appelant Qutham. D’autres ont dit qu’ils étaient treize : l’un s’appelait Abd al-Kaaba et l’autre Hojal. Ceux qui les comptent au nombre de dix disent que Muqawwam était un autre nom d’Abd al-Kaaba, et que Hojal était un autre nom de Ghaydaq. Abd al-Muttalib n’avait aucun fils du nom de Qutham. Il avait six filles. Elles s’appelaient Umm al-Hakim, également appelée Bayda, Bayra, Atiqa, Safiyya, Arwa et Umayma. (Talqih al-Fuhum, p. 8-9 ; Rahmat li-l-Alamin, vol. 2, p. 56, 66)
3) Abdallah était le père du Messager d’Allah — qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix. La mère d’Abdallah s’appelait Fatima. Elle était la fille d’Amr ibn Abid ibn Imran ibn Makhzum ibn Yaqza ibn Murra. Parmi les enfants d’Abd al-Muttalib, Abdallah était le plus beau, le plus vertueux et le plus aimé. On l’appelait le dhabih, c’est-à-dire celui qui devait être sacrifié. La raison en était qu’après que les fils d’Abd al-Muttalib furent au nombre de dix et eurent atteint un âge où ils pouvaient se défendre, Abd al-Muttalib leur fit part de son vœu. Il inscrivit ensuite leurs noms sur les flèches divinatoires, puis les remit au gardien de l’idole Hubal. Après le tirage au sort effectué par le gardien, le nom d’Abdallah fut tiré. Abd al-Muttalib prit Abdallah par la main, saisit un couteau et l’emmena près de la Kaaba pour l’égorger. Mais les Qurayshites, en particulier Abu Talib, le frère d’Abdallah, s’y opposèrent. Abd al-Muttalib dit : « Si vous vous y opposez, comment pourrai-je accomplir mon vœu ? » Ils lui conseillèrent de se rendre auprès d’une devineresse afin de lui demander une solution. Abd al-Muttalib alla donc trouver une devineresse. Celle-ci lui conseilla d’inscrire le nom d’Abdallah et celui de dix chameaux, puis de procéder à un tirage au sort. Elle lui dit que si le nom d’Abdallah sortait, il devrait ajouter dix chameaux à chaque fois, jusqu’à ce qu’Allah soit satisfait. Ensuite, il sacrifierait autant de chameaux que le nombre tiré au sort. Abd al-Muttalib retourna auprès des Qurayshites et commença le tirage, c’est-à-dire la loterie. Lors des dix premiers chameaux, le nom d’Abdallah ne sortit pas. Il en ajouta ensuite dix à chaque fois. Lorsque le nombre atteignit cent chameaux, le nom d’Abdallah sortit. Abd al-Muttalib sacrifia cent chameaux et les laissa sur place. Aucun homme ni aucun animal n’en était empêché. Avant cet événement, chez les Qurayshites et les Arabes, le montant du prix du sang était de dix chameaux. Après cet événement, il fut porté à cent chameaux. L’islam maintint également ce montant. Le Noble Prophète — qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix — a dit : « Je suis le fils de deux hommes voués au sacrifice : l’un est Ismaël — que la paix soit sur lui — et l’autre est mon père, Abdallah. » (Ibn Hicham, vol. 1, p. 151-155 ; Rahmat li-l-Alamin, vol. 2, p. 89-90 ; Mukhtasar Sira Rasul, Cheikh Abd al-Wahhab al-Najdi, p. 22-23)
Abd al-Muttalib choisit Amina pour épouser son fils Abdallah. Amina était la fille de Wahb ibn Abd Manaf ibn Zuhra ibn Kilab. Ces familles étaient considérées comme les meilleures des Qurayshites par leur noblesse généalogique. Le père d’Amina était le chef des Banu Zuhra par sa noblesse et son prestige. Après son mariage, Dame Amina quitta la maison paternelle et rejoignit celle de son époux. Quelque temps plus tard, Abd al-Muttalib envoya Abdallah à Médine pour rapporter des dattes. Abdallah y mourut.
Certains auteurs de biographies prophétiques ont écrit qu’Abdallah s’était rendu en Syrie pour faire du commerce. Alors qu’il retournait à La Mecque avec une caravane commerciale des Qurayshites, il tomba malade, descendit à Médine et y mourut. Il fut enterré dans la maison de Nabigha al-Jaadi. Il avait alors vingt-cinq ans. Selon la majorité des historiens, le Messager d’Allah n’était pas encore né. Selon certains, le Messager d’Allah — qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix — serait né deux mois avant la mort de son père. (Ibn Hicham, vol. 1, p. 156, 158 ; Fiqh al-Siyar, Muhammad al-Ghazali, p. 45 ; Rahmat li-l-Alamin, vol. 2, p. 91)
Après avoir appris la mort de son époux, Amina récita d’une voix accablée de douleur : « La terre de Batha est désormais dépouillée d’un descendant de Hachim. La mort l’a appelé, et il a répondu : “Me voici.” Il repose entre Rang et Khurush. La mort n’a laissé aucun homme semblable à Ibn Hachim. Je me souviens de ce soir où les gens l’emportèrent sur une civière. Bien que la mort ait effacé sa présence, elle ne pourra effacer ses œuvres. Il était un grand donateur et un homme miséricordieux. » (Tabaqat d’Ibn Sa’d, vol. 1, p. 62)
Au moment de sa mort, il laissa cinq chameaux, un troupeau de chèvres et une esclave abyssinienne. Cette esclave s’appelait Baraka et avait pour kunya Umm Ayman. Elle allaitait le Messager d’Allah — qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix. (Mukhtasar al-Sira, Cheikh Abdallah, p. 12 ; Talqih al-Fuhum, p. 14 ; Sahih Muslim, vol. 2, p. 16)
L’avènement du Messager d’Allah et les quarante années de sa vie bénie
Sa naissance bénie
Le Messager d’Allah (qu’Allah le bénisse et le salue) naquit à La Mecque, au sein du clan des Banû Hâchim, un lundi 9 Rabî al-Awwal. Ce fut la même année que l’événement de l’expédition de l’Éléphant. À cette époque, quarante années s’étaient écoulées depuis l’accession de l’empereur Nوشروان au trône. Sa date de naissance correspondait au 20 ou au 22 avril, en l’an 571 de l’ère chrétienne. Sayyid Sulaymân Nadwî, Salmân Mansûrpûrî et Muhammad Pâshâ Falakî sont parvenus à cette conclusion après leurs recherches. (Târîkh Khazrâm, tome 1, p. 62 ; Rahmat li-l-‘Âlamîn, tome 1, p. 3, 39)
Selon le récit d’Ibn Sa‘d, la mère du Messager d’Allah (qu’Allah le bénisse et le salue) déclara qu’au moment de sa naissance, une lumière sortit de son corps et illumina, grâce à elle, les palais du pays de Shâm. L’imam Ahmad rapporte également un récit presque similaire d’après ‘Irbâd ibn Sâriya. (Mukhtasar al-Sîra, cheikh ‘Abdullah, p. 12)
Certains récits mentionnent qu’au moment de la naissance du Messager d’Allah, des événements se produisirent en guise de prélude à sa mission prophétique : quatorze colonnes du palais royal de Kisrâ s’effondrèrent, le feu des zoroastriens s’éteignit et l’église de Bahîrâ fut détruite. Tel est le récit rapporté par al-Bayhaqî. Toutefois, Muhammad al-Ghazâlî ne l’a pas approuvé. (Mukhtasar al-Sîra, p. 12)
Après sa naissance, sa mère annonça à son grand-père, ‘Abd al-Muttalib, la naissance de son petit-fils. Il en fut très heureux et l’emmena avec joie à la Kaaba, où il invoqua Allah et Le remercia. C’est alors qu’il lui donna le nom de Muhammad. Selon la coutume arabe, il le fit circoncire le septième jour. Après sa mère, ce fut Thuwayba, l’esclave d’Abû Lahab, qui l’allaita. À cette époque, l’enfant qu’elle tenait dans ses bras s’appelait Masrûh. Thuwayba avait auparavant allaité Hamza ibn ‘Abd al-Muttalib et, par la suite, Abû Salama Samâ ibn ‘Abd al-Asad al-Makhzûmî. (Talqîh al-Fuhûm, p. 4 ; Mukhtasar al-Sîra, cheikh ‘Abdullah, p. 13)
La région habitée par la tribu des Banû Sa‘d
Les citadins arabes avaient pour habitude d’envoyer leurs enfants auprès de femmes bédouines chargées de les allaiter, afin de les préserver des maladies de la ville. Cela permettait aux enfants de se développer avec un corps robuste et vigoureux. Un autre objectif était qu’ils puissent apprendre la langue arabe pure pendant la période d’allaitement. Conformément à cette coutume, ‘Abd al-Muttalib chercha une nourrice et confia son petit-fils à Halîma bint Abî Dhu’ayb. Cette femme appartenait aux Banû Sa‘d ibn Bakr. Son mari s’appelait al-Hârith ibn ‘Abd al-‘Uzzâ et était surnommé Abû Kabsha. Lui aussi appartenait à la tribu des Banû Sa‘d.
Les enfants d’al-Hârith étaient, en raison de leur lien avec le Messager d’Allah (qu’Allah le bénisse et le salue), ses frères et sœurs de lait. Ils s’appelaient ‘Abdullah, Anîsa et Hudhâfa ou Judhâma. Le surnom de Halîma était Shaymâ, et c’est sous ce nom qu’elle était surtout connue. Elle allaitait le Messager d’Allah. En dehors d’elle, Abû Sufyân ibn al-Hârith ibn ‘Abd al-Muttalib, qui était le cousin paternel du Messager d’Allah, fut lui aussi son frère de lait par l’intermédiaire de Halîma. Son oncle Hamza ibn ‘Abd al-Muttalib avait également été confié, pour être allaité, à une femme de la tribu des Banû Sa‘d. Durant son séjour chez Dame Halîma, cette femme allaitait elle aussi un jour le Messager d’Allah. Ainsi, lui et Hamza étaient tous deux frères de lait par deux liens : d’une part par l’intermédiaire de Thuwayba, et d’autre part par l’intermédiaire de cette femme des Banû Sa‘d. (Zâd al-Ma‘âd, tome 1, p. 19)
Pendant la période d’allaitement, Hazrat Halima fut témoin de manifestations si extraordinaires de la bénédiction du noble Prophète, le Messager d’Allah, qu’elle en resta émerveillée et stupéfaite. Écoutons le récit détaillé de sa propre bouche. Selon le récit d’Ibn Ishaq, Hazrat Halima dit : « Je quittai notre ville avec mon mari, notre nourrisson allaité et plusieurs femmes de la tribu des Banû Sa‘d. C’était une année de famine. La pénurie et la misère régnaient partout. Je montais une ânesse. Nous avions également une chamelle, mais elle ne donnait pas même une goutte de lait. Le nourrisson souffrait de la faim et ne cessait de s’agiter. Nous ne pouvions pas dormir la nuit. Je n’avais pas non plus de lait dans les seins, et la chamelle n’en donnait pas davantage. Nous passions nos journées dans l’espoir de la pluie et d’une amélioration de notre situation. Alors que je quittais notre maison montée sur l’ânesse, celle-ci se mit à avancer si lentement que tous les membres de la caravane en furent agacés. Nous allâmes à La Mecque à la recherche d’un nourrisson à allaiter. Tous les nourrissons furent proposés aux femmes de notre caravane pour qu’elles prennent le Messager d’Allah, mais toutes refusèrent de le prendre parce qu’il était orphelin, c’est-à-dire sans père. En effet, chacune espérait recevoir une bonne rémunération de la famille de l’enfant. Que pouvait bien donner une mère veuve ? C’est pourquoi aucune de nous n’accepta de le prendre. »
Entre-temps, chacune des femmes de notre caravane avait trouvé un nourrisson, sauf moi. Je n’en avais trouvé aucun. Au moment du retour, je dis à mon mari : « Je n’ai pas envie de rentrer les mains vides. Je vais plutôt prendre cet enfant. » Mon mari accepta et dit : « Peut-être qu’Allah Tout-Puissant nous accordera Ses bénédictions grâce à lui. » Je me rendis alors auprès de l’enfant et le pris avec moi.
Hazrat Halima, qu’Allah l’agrée, dit : « Lorsque je revins au camp avec l’enfant, mes deux seins étaient remplis de lait. L’enfant but à satiété, et son frère de lait but lui aussi à satiété. Puis tous deux s’endormirent paisiblement. Auparavant, mon propre enfant ne pouvait pas dormir tant il souffrait de la faim. Entre-temps, mon mari alla traire la chamelle et constata que ses mamelles étaient pleines de lait. Il en tira une telle quantité que nous bûmes à satiété. Nous passâmes une nuit très confortable. Au matin, mon mari me dit : “Par Dieu, Halima, tu as pris un enfant comblé de bénédictions.” Je répondis : “C’est également ce que je pense.” »
Halima dit : « Ensuite, notre caravane se mit en route. Je montai sur l’âne faible, avec l’enfant sur mes genoux. L’âne marcha si rapidement qu’il dépassa tous les autres ânes. Mes compagnes, étonnées, s’écrièrent : “Ô fille d’Abû Dhû’ayb, regarde-nous un instant : est-ce bien le même âne que celui sur lequel tu étais venue ?” Je répondis : “Oui, c’est bien lui.” Elles dirent : “Il y a certainement là quelque chose de particulier.” »
Nous retournâmes ensuite dans nos maisons, au sein de la tribu des Banû Sa‘d. Je ne connaissais aucune autre région plus pauvre et plus frappée par la famine que la nôtre. Après notre retour, lorsque nos chèvres allaient paître, elles revenaient le ventre plein et les mamelles remplies. Nous les traitions et buvions leur lait, alors que personne d’autre n’en obtenait à cette époque. Les mamelles des bêtes des autres habitants ne contenaient pas la moindre goutte de lait. Les gens de notre tribu disaient aux bergers : “Bande de malheureux, faites paître vos chèvres dans la région où la fille de Dhû’ayb fait paître les siennes.” Malgré cela, leurs chèvres revenaient le ventre vide, sans la moindre goutte de lait dans les mamelles. Quant à mes chèvres, elles revenaient le ventre plein et les mamelles remplies. C’est ainsi que nous commencions à constater la miséricorde et les bénédictions d’Allah Tout-Puissant. Lorsque l’enfant eut deux ans, nous le sevrâmes. Il était mieux nourri et plus robuste que les autres enfants. Nous l’emmenâmes ensuite auprès de sa mère. Comme nous avions constaté les bénédictions qu’il apportait, nous souhaitions qu’il reste auprès de nous. Je fis part de ce souhait à sa mère. Après de nombreuses demandes et supplications, Dame Âmina me rendit de nouveau l’enfant. (Ibn Hichâm, tome 1, p. 162-164)
L’événement de l’ouverture de la poitrine
Après son sevrage, l’enfant Muhammad demeura au sein de la tribu des Banû Sa‘d. Lorsqu’il eut quatre ou cinq ans, l’événement de l’ouverture de la poitrine se produisit. C’est l’opinion exprimée par la plupart des auteurs de biographies du Prophète. Cependant, le récit d’Ibn Ishaq indique que cet événement eut lieu lorsqu’il avait trois ans. (Ibn Hichâm, tome 1, p. 164-165.)
Le récit détaillé de cet événement est rapporté dans le Sahîh Muslim, d’après Hazrat Anas, qu’Allah l’agrée. Il y est rapporté que l’ange Gabriel, paix sur lui, vint auprès du Messager d’Allah. À ce moment-là, le Messager d’Allah jouait avec des enfants. Gabriel l’allongea, lui ouvrit la poitrine et en sortit le cœur. Puis il en retira une partie et dit : « Voici la part de Satan qui est en toi. » Il plaça ensuite le cœur dans un bassin et le lava avec l’eau d’un récipient de Zamzam. Puis il le remit à sa place. Les autres enfants coururent auprès de Dame Halima et dirent : « Muhammad a été tué ! » Les membres de la famille accoururent et le trouvèrent assis, le visage livide. (Sahîh Muslim, chapitre des voyages nocturnes, tome 1, p. 92)
Dans la tendresse de sa mère et les soins affectueux de son grand-père
Après cet événement, Bibi Halima fut prise de peur. Elle ramena l’enfant auprès de sa mère. Il passa ses six premières années sous l’ombre protectrice et affectueuse de sa mère. (Talqih al-Fuhum, p. 7 ; Ibn Hisham, vol. 1, p. 168)
Entre-temps, Hadrat Amina eut le désir de rendre visite à la tombe de son époux défunt. Accompagnée de son fils Muhammad, de son esclave Umm Ayman et de son beau-père Muttalib, elle parcourut près de cinq cents kilomètres et arriva à Médine. Après y être restée un mois, elle prit la route de La Mecque. Arrivée à Abwa, un endroit situé à mi-chemin entre La Mecque et Médine, Bibi Amina tomba gravement malade. Sa maladie s’aggrava progressivement. Finalement, elle mourut à Abwa. (Ibn Hisham, vol. 1, p. 168 ; Talqis al-Fuhum, p. 7 ; Fiqh al-Sira, al-Ghazali, p. 50)
Le vieil Abd al-Muttalib arriva à La Mecque avec son petit-fils. Son cœur était rempli d’une profonde affection pour cet orphelin de père et de mère. Les souvenirs du passé l’accablaient. Il aimait cet orphelin plus qu’il n’avait jamais aimé aucun de ses propres fils ou filles. Par une ironie du destin, le jeune Muhammad se trouvait alors complètement seul ; mais Abd al-Muttalib ne le laissait pas dans la solitude. Il l’aimait et l’honorait plus que tous les autres. Ibn Hisham rapporte qu’une couche était étendue pour Abd al-Muttalib à l’ombre de la Kaaba. Tous ses fils s’asseyaient autour de cette couche. Mais lorsque Muhammad arrivait, il s’y asseyait lui aussi. C’était encore un jeune enfant. Son oncle voulait l’en éloigner, mais Abd al-Muttalib disait : « Ne l’éloigne pas. Sa dignité est exceptionnelle. » Puis il le faisait asseoir à ses côtés. Et il ne se contentait pas de le faire asseoir : il gardait toujours son petit-fils bien-aimé auprès de lui. Les occupations du jeune Muhammad le réjouissaient. (Ibn Hisham, vol. 1, p. 168)
Lorsqu’il eut huit ans, deux mois et dix jours, l’ombre affectueuse de son grand-père disparut à son tour. Celui-ci mourut. Avant sa mort, il recommanda à son fils Abu Talib de prendre particulièrement soin de son neveu. Abu Talib et Abdallah étaient issus de la même mère. (Talqih al-Fuhum, p. 7 ; Ibn Hisham, vol. 1, p. 149)
Sous la tendresse et l’affection de son oncle
Abu Talib éleva son neveu avec une profonde tendresse et une grande affection. Il le considéra comme l’un de ses propres enfants. Il l’aimait même davantage que ses propres enfants et le soutint pendant plus de quarante ans. Abu Talib nouait des liens d’amitié ou d’inimitié avec les gens en tenant compte des intérêts de son cher neveu.
À la recherche de la miséricorde d’Allah
Ibn Asakir rapporte, d’après le récit de Joulahama ibn Arifat : « Je me rendis à La Mecque. La famine y sévissait de tous côtés, provoquée par l’absence de pluie. Les gens de Quraysh demandèrent à Abou Talib de prier pour obtenir la pluie. Abou Talib sortit en compagnie d’un jeune garçon. Ce garçon semblait être un soleil voilé par les nuages. D’autres garçons se trouvaient également aux alentours. Abou Talib se rendit avec lui devant la Kaaba et appuya le dos du garçon contre le mur de la Kaaba. Le garçon y posa son doigt. Il n’y avait pas le moindre nuage dans le ciel. Mais, peu après, tout le ciel se couvrit de nuages et une pluie torrentielle se mit à tomber. La ville et ses environs devinrent verdoyants et fertiles. Plus tard, Abou Talib fit allusion à cet événement en disant : “Il est d’une grande beauté ; de son visage, on espère la miséricorde de la pluie. Il est le refuge des orphelins et le protecteur des veuves.” » (Moukhtasar as-Sîra, Cheikh Abdallah, p. 15-16)
Le moine Bahîrâ
Lorsque le Prophète Muhammad, que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui, eut douze ans — ou, selon une autre version, douze ans, deux mois et dix jours (Talqîh al-Fuhûm, Ibn al-Jawzî, p. 7) — Abou Talib l’emmena en Syrie pour faire du commerce. À son arrivée à Bosra, il dressa sa tente en un lieu. À cette époque, Sera était la capitale du royaume romain qui occupait la péninsule Arabique. Un moine nommé Jirjis vivait dans cette ville ; il était connu sous le nom de Bahîrâ. Après que la caravane eut dressé ses tentes, Bahîrâ sortit de son église, se rendit auprès des gens de la caravane et leur offrit l’hospitalité. Pourtant, le moine Bahîrâ ne sortait jamais de son église. Il reconnut le Messager d’Allah, que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui, lui prit la main et dit : “Il est le maître des mondes. Allah Tout-Puissant l’enverra comme miséricorde pour les mondes.” Abou Talib demanda à Bahîrâ : “Comment l’avez-vous compris ?” Il répondit : “Depuis que vous êtes arrivés dans cette région, tous les arbres et toutes les pierres d’ici se sont prosternés en l’honneur de cet enfant. Ils ne se prosternent devant personne d’autre qu’un prophète. De plus, je l’ai reconnu grâce au sceau de la prophétie : il porte, sous son épaule, près de l’os tendre, une marque semblable à une pomme. Nous avons vu sa mention dans nos livres religieux.”
Ensuite, le moine Bahîrâ dit à Abou Talib : “Renvoyez-le à La Mecque et ne l’emmenez pas en Syrie. Les Juifs pourraient lui faire du mal.” Suivant ce conseil, Abou Talib renvoya son cher neveu à La Mecque avec quelques serviteurs (Moukhtasar as-Sîra, Cheikh Abdallah, p. 16 ; Ibn Hicham, p. 16). Il est mentionné dans at-Tirmidhî et d’autres ouvrages qu’il serait retourné à La Mecque avec Bilal, mais cela est faux : Bilal n’était pas encore né à cette époque. Même s’il était déjà né, il ne connaissait pas Abou Bakr. (Zâd al-Ma‘âd, vol. 1, p. 17).
La guerre de Fijâr
Lorsque le Prophète, le Messager d’Allah, que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui, eut quinze ans, la guerre de Fijâr éclata. Dans cette guerre, les Qurayshites, alliés aux Banû Kinâna, affrontaient les Qays ‘Aylân. Le chef des Qurayshites et des Kinâna était Harb ibn Umayya. En raison de son âge et de la noblesse de sa lignée, il était honoré par les Qurayshites. Les Banû Kinâna le respectaient également. Au début de la bataille, les Qays prirent l’avantage sur les Kinâna. Mais avant midi, les Kinâna prirent à leur tour l’avantage sur les Qays. Cette guerre fut appelée la guerre de Fijâr parce que l’interdiction relative au territoire sacré et celle des mois sacrés furent toutes deux violées. Le Messager d’Allah, que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui, participa également à cette guerre. Il tendait les flèches à ses oncles. (Ibn Hicham, vol. 1, p. 184-186 ; Qalb Jazîrat al-‘Arab, p. 360 ; Târîkh al-Khazrâmî, vol. 1, p. 63)
Hilf al-Fudûl
Après la guerre de Fijâr, le Hilf al-Fudûl fut conclu au mois de Dhû al-Qa‘da, déclaré sacré. Plusieurs clans, notamment les Qurayshites — c’est-à-dire les Banû Hâchim, les Banû al-Muttalib, les Banû Asad ibn Abd al-‘Uzzâ, les Banû Zuhra ibn Kilâb et les Banû Taym ibn Murra — en prirent l’initiative. Tous se réunirent dans la maison d’Abdullah ibn Jud‘ân at-Taymî. Ils étaient universellement respectés pour leur âge et leur noblesse. Ils s’engagèrent mutuellement à repousser toute forme d’injustice et d’oppression commise à La Mecque.
Qu’il s’agisse d’un habitant de La Mecque ou d’un étranger, si quelqu’un était victime d’une injustice, on remédierait à cette injustice et on lui restituerait son droit. Le Messager d’Allah, qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix, était présent à cette assemblée. Après avoir reçu la mission prophétique, il évoquait cet événement en disant : « J’ai participé, dans la demeure d’Abdullah ibn Jud‘an, à un pacte en échange duquel même un chameau rouge ne me semblerait pas trop cher. Si, à l’époque islamique, on m’appelait à participer à ce pacte, je m’y rendrais certainement. » (Ibn Hisham, tome 1, p. 133-135 ; Mukhtasar as-Sira, cheikh Abdullah, p. 30-31)
Ce pacte avait pour objectif d’éradiquer toutes les injustices de l’époque de l’ignorance. On rapporte que la cause de ce pacte fut la suivante : un homme de Zubayr était venu à La Mecque avec des marchandises. ‘As ibn Wa’il les lui acheta, mais ne lui en paya pas le prix. Le vendeur de ces marchandises adressa une demande d’aide à ‘Abd ad-Dar, Makhzum, Jamh, Sahm et ‘Adi, mais personne n’accorda d’importance à son affaire. L’homme monta alors sur le mont Abu Qubays et récita à haute voix quelques poèmes dans lesquels il décrivait l’injustice qu’il avait subie.
Zubayr ibn ‘Abd al-Muttalib se mit alors à s’agiter et dit : « Pourquoi personne ne vient-il en aide à cet homme ? » Grâce à ses efforts, les tribus mentionnées se réunirent. Elles conclurent d’abord le pacte, puis obtinrent d’‘As ibn Wa’il le paiement du prix des marchandises vendues. (Mukhtasar as-Sira, p. 30-31)
Une vie de lutte
Dans sa jeunesse, le Messager d’Allah, qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix, n’avait pas d’occupation particulière. Toutefois, diverses récits rapportent qu’il gardait des chèvres. Il gardait les chèvres de la tribu des Banou Sa‘d. (Ibn Hisham, tome 1, p. 62, 166)
Il gardait également les chèvres de diverses personnes de La Mecque en échange d’une rémunération de quelques qirats. () (Sahih al-Bukhari, tome 1, p. 301) À l’âge de vingt-cinq ans, il se rendit en Syrie avec les marchandises commerciales de Khadija, qu’Allah l’agrée. Ibn Ishaq rapporte que Khadija bint Khuwaylid était une femme noble et fortunée. Elle achetait des marchandises pour diverses personnes, puis les vendait. Elle en percevait une part des bénéfices. Toute la tribu de Quraysh pratiquait le commerce. Ayant entendu parler de l’honnêteté, de la moralité et de la douceur du Prophète, qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix, Dame Khadija lui fit proposer de travailler dans le commerce. Elle lui proposa d’emmener avec lui son serviteur Maysara. Dame Khadija précisa également qu’elle lui verserait une rémunération supérieure à celle qu’elle accordait aux autres personnes. Le Messager d’Allah accepta cette proposition et se rendit en Syrie avec les marchandises de Dame Khadija, accompagné de son serviteur Maysara. (Ibn Hisham, tome 1, p. 187-188)
Le mariage avec Dame Khadija
Après le retour du Messager d’Allah, qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix, à La Mecque au terme de son voyage commercial, Dame Khadija remarqua que ses bénéfices avaient été bien plus importants que par le passé. En outre, elle entendit de son serviteur Maysara de grands éloges sur le noble caractère, l’honnêteté, la justice et les autres qualités du Messager d’Allah. En entendant cela, elle se prit intérieurement d’affection pour le Messager d’Allah. Auparavant, de grands notables et des hommes éminents lui avaient demandé sa main, mais elle n’avait accepté aucune de ces propositions. Dame Khadija confia son désir secret à son amie Nafisa bint Munabbih. Nafisa alla parler au Messager d’Allah. Celui-ci accepta et consulta son oncle. Ses oncles discutèrent avec l’oncle de Khadija et lui envoyèrent une demande en mariage. Le mariage eut alors lieu. Les personnalités éminentes des tribus des Banou Hashim et de Mudar y assistèrent.
Ce mariage fut célébré deux mois après son retour de Syrie, où il avait achevé un voyage commercial. Le Messager d’Allah lui donna vingt chameaux comme dot. Khadija avait alors quarante ans. Elle était la plus éminente des femmes par son intelligence, sa beauté, sa richesse et la noblesse de sa lignée. Ce fut le premier mariage du Messager d’Allah avec Khadija. Tant que Khadija resta en vie, le Messager d’Allah n’épousa aucune autre femme. (Ibn Hicham, tome I, p. 189-190 ; Fiqh as-Sîra, p. 59 ; Talkhîs al-Fuhûm, p. 7)
À l’exception d’Ibrahim, tous les enfants du Messager d’Allah, paix et bénédictions sur lui, étaient nés de Khadija. Le premier fut Qasim. C’est pourquoi le Messager d’Allah était appelé Abû al-Qasim, c’est-à-dire le père de Qasim. Après Qasim naquirent Zaynab, Ruqayya, Umm Kulthum, Fatima et Abdallah. Abdallah portait les surnoms de Tayyib et de Tahir. Tous les fils moururent durant leur enfance. Les filles vécurent jusqu’à l’époque islamique. Elles embrassèrent toutes l’islam et eurent l’honneur d’accomplir l’hégire. À l’exception de Fatima, elles moururent toutes du vivant du Messager d’Allah, qu’Allah le bénisse et le salue. Fatima, qu’Allah l’agrée, mourut six mois après le décès de son père, le Messager d’Allah, qu’Allah le bénisse et le salue. (Ibn Hicham, tome I, p. 190-191 ; Fiqh as-Sîra, p. 60 ; Fath al-Bârî, tome VII, p. 105. Les données historiques présentent quelques divergences. Je n’ai mentionné que celles qui m’ont paru exactes.)
La reconstruction de la Kaaba et le règlement du différend au sujet de la Pierre noire
Lorsque le Prophète, le Messager d’Allah, qu’Allah le bénisse et le salue, eut trente-cinq ans, les Quraychites entreprirent de reconstruire la Kaaba. Cette initiative s’expliquait par le fait que la Kaaba était entourée de quatre murs légèrement plus hauts que la taille d’un homme. À l’époque du prophète Ismaïl, paix sur lui, ces murs avaient déjà neuf coudées de hauteur et ne possédaient aucun toit. Profitant de cette situation, quelques voleurs malfaiteurs dérobèrent les biens qui se trouvaient à l’intérieur. De plus, une longue période s’était écoulée depuis sa construction. L’édifice était devenu vétuste et des fissures étaient apparues dans les murs. Cette année-là, une violente inondation s’était également produite, et ses flots se dirigeaient vers la Kaaba. Pour toutes ces raisons, la Kaaba risquait de s’effondrer à tout moment. Pour ces mêmes raisons, la Kaaba risquait de s’effondrer à tout moment. Les Quraychites ressentirent donc la nécessité de la reconstruire.
À ce stade, les Quraychites décidèrent que seuls des biens acquis par des moyens licites seraient utilisés pour la construction de la Kaaba. Il ne serait permis d’utiliser ni les revenus de la prostitution, ni l’argent provenant de l’usure, ni aucun bien acquis injustement.
Pour reconstruire la Kaaba, il fallait démolir l’ancien édifice. Mais personne n’osait entreprendre sa démolition. Finalement, al-Walid ibn al-Mughira al-Makhzumi commença le premier à le démolir. Lorsque tous constatèrent qu’aucun malheur ne l’avait frappé, ils participèrent à leur tour aux travaux de démolition. Après avoir démoli la partie bâtie par le prophète Ibrahim, paix sur lui, ils commencèrent la nouvelle construction. Une partie du chantier avait été attribuée à chaque tribu, et chacune se mit au travail. Un architecte romain nommé Baqoum supervisait les travaux. Lorsque l’édifice atteignit le niveau de la Pierre noire, un problème surgit : qui la placerait ? C’était une tâche revêtant un caractère sacré. La querelle se poursuivit pendant quatre ou cinq jours et prit une telle gravité qu’on craignit que des combats sanglants n’éclatent. Abû Umayya al-Makhzumi proposa de régler le différend en déclarant que tous accepteraient la décision du premier homme qui entrerait le lendemain matin par la porte de la Mosquée sacrée. Tous acceptèrent cette proposition. Le lendemain matin, le Messager d’Allah, qu’Allah le bénisse et le salue, fut le premier à entrer dans la Kaaba. Il fut alors désigné comme arbitre. Le Messager d’Allah étendit de ses propres mains un manteau sur le sol et plaça la pierre dessus, puis demanda aux représentants des tribus en conflit de saisir chacun une partie du manteau et de transporter la pierre jusqu’à son emplacement. Ils le firent. Une fois le manteau amené à l’endroit prévu, le Messager d’Allah plaça lui-même la pierre à sa place. Cette décision fut extrêmement raisonnable et ingénieuse. Tous les protagonistes en furent satisfaits et personne ne formula la moindre plainte.
Entre-temps, les Quraychites vinrent à manquer de fonds licites. C’est pourquoi ils réduisirent d’environ six coudées la longueur de la Kaaba du côté nord. Cette partie est appelée le Hijr et le Hatim. À cette occasion, les Quraychites élevèrent considérablement la porte de la Kaaba, afin que seules les personnes autorisées par eux puissent y entrer. Après avoir élevé les murs à quinze coudées, ils dressèrent six piliers à l’intérieur et construisirent un toit par-dessus. Une fois les travaux achevés, la Kaaba prit une forme quadrangulaire. Aujourd’hui, la Kaaba mesure quinze mètres de hauteur. Le mur de la partie où se trouve la Pierre noire, ainsi que les murs qui lui font face, c’est-à-dire ceux des côtés nord et sud, mesurent chacun dix mètres de haut. La Pierre noire se trouve à un mètre et demi du sol. Le mur du côté de la porte et la partie qui lui fait face sont plus hauts de douze mètres que les murs des côtés est et ouest. Sous l’enceinte du mur, dont la porte se trouve à deux mètres au-dessus du sol, il y a tout autour une bordure en forme de chaise. Elle mesure vingt-cinq centimètres de haut et trente centimètres de long. Elle est appelée Shadharwan. Elle fait en réalité partie de la Kaaba, mais les Quraychites suspendirent les travaux de construction de cette partie. (Pour plus de détails, voir Ibn Hicham, tome I, p. 192 et 197 ; Fiqh as-Sîra, p. 62 ; Sahih al-Bukhari, tome I, p. 1, 2 et 15.)
La vie avant la prophétie
Les qualités et les caractéristiques que l’on trouvait séparément chez les différentes catégories de personnes étaient réunies en la personne du Messager d’Allah ﷺ. Il était un phare élevé de clairvoyance, d’amour de la vérité et de réflexion. La pureté de la pensée, la maturité, ainsi que la noblesse des intentions et la sainteté des objectifs étaient pleinement réunies en lui. Dans les longues périodes de silence, il recevait l’aide d’Allah en faveur de la vérité et de la justice. Doué d’une intelligence limpide et raffinée, d’un caractère noble et d’une vision élevée, il méditait profondément sur la vie humaine, en particulier sur ses différents problèmes. En voyant, grâce à cette méditation, dans quelles turpitudes les hommes étaient plongés, son cœur se remplit de dégoût. Il en fut profondément affligé. Il se tenait à l’écart des hommes immergés dans ces turpitudes. Après avoir acquis une compréhension juste de la vie humaine, il participait autant que possible au bien-être de l’humanité, puis consacrait le reste de son temps à retrouver le monde de la solitude qu’il aimait. Il ne toucha jamais à l’alcool, ne mangea jamais la viande d’animaux immolés dans les sanctuaires et ne participa jamais aux fêtes, foires ou autres célébrations organisées pour les idoles.
Dès le début, il détestait profondément les fausses divinités appelées idoles. Rien d’autre ne lui inspirait une haine aussi grande. Il ne pouvait même pas supporter que l’on jurât par Lât et Al-‘Uzzâ. La preuve en est rapportée dans l’affaire de Bahîrâ. (Ibn Hichâm, vol. 1, p. 128.)
Il ne fait aucun doute que le destin avait étendu sur lui l’ombre de la protection. Chaque fois que son cœur s’était pris de désir pour obtenir quelque bien terrestre, ou qu’il avait été tenté de suivre quelque coutume vaine et répréhensible, Allah Tout-Puissant l’en éloignait.
Selon un récit d’Ibn Athîr, le Messager d’Allah ﷺ a dit : « Je n’ai jamais eu plus de deux fois l’envie de faire ce que faisaient les gens de l’époque de l’Ignorance. Dans ces deux occasions également, Allah suscita un empêchement. »
Par la suite, le désir de commettre de tels actes ne naquit plus jamais dans mon cœur. Entre-temps, Allah Tout-Puissant m’avait honoré de la prophétie. Un jour, je dis au garçon qui faisait paître les chèvres avec moi dans les environs de La Mecque : « Si tu pouvais surveiller mes chèvres, j’irais à La Mecque et je participerais, comme les autres jeunes gens, aux veillées de conversations et de divertissements nocturnes. » Le berger accepta. Je me dirigeai vers La Mecque. Lorsque j’arrivai près de la première maison, j’entendis le son d’instruments de musique. Comme je demandais ce qui se passait, quelqu’un me répondit : « Un tel épouse une telle. » Je m’assis pour écouter. Allah Tout-Puissant boucha mes oreilles et je m’endormis. Lorsque je me réveillai, après que la chaleur du soleil eut atteint mon corps, je retournai auprès de ce berger dans les environs de La Mecque. Lorsqu’il m’interrogea, je lui racontai tout en détail. Un autre jour, je lui parlai de la même manière et me rendis à La Mecque depuis l’endroit où se trouvait le berger, mais il se produisit la même chose que durant la première nuit. Après cela, le désir de commettre une telle faute ne se manifesta plus jamais dans mon cœur. (Hâmim Jabâbî a déclaré ce hadith authentique, tandis qu’Ibn Kathîr l’a qualifié de da‘îf, c’est-à-dire faible, à la page 287 du deuxième volume de son ouvrage Al-Bidâya wa an-Nihâya.)
Il est rapporté dans le Sahîh de Boukhârî, d’après Jâbir ibn ‘Abd Allah — qu’Allah l’agrée —, que lorsque la Kaaba fut construite, le noble Prophète, le Messager d’Allah ﷺ, et ‘Abbâs brisaient des pierres. ‘Abbâs dit au Messager d’Allah : « Retire ton pagne et pose-le sur ton épaule ; tu seras ainsi protégé de la poussière des pierres. » Dès qu’il retira son pagne, il tomba à terre. Puis il leva les yeux vers le ciel et s’évanouit. Peu après, lorsqu’il reprit connaissance, il dit : « Mon pagne ! Mon pagne ! » On lui remit alors son pagne. Selon une narration, après cet événement, ses parties intimes ne furent plus jamais aperçues. (Sahîh de Boukhârî, chapitre sur la construction de la Kaaba, volume 1, p. 540)
Le noble Prophète ﷺ se distinguait et excellait par ses actes louables, son caractère éminent et sa nature empreinte de douceur. Il possédait plus que quiconque une personnalité remarquable et un caractère sublime ; il était le voisin le plus honorable, le plus clairvoyant, le plus véridique de tous, ainsi que le plus tendre, doté d’un cœur pur et d’un esprit parfaitement sain. Dans les bonnes œuvres et les bonnes paroles, il était le plus prompt et le plus digne d’éloges. Il était le plus exemplaire dans le respect des engagements et incomparable en matière de loyauté. Les gens de son peuple l’avaient surnommé Al-Amîn, le digne de confiance. Il réunissait en lui toutes les qualités louables. Khadîja — qu’Allah l’agrée — a témoigné qu’il portait le fardeau des personnes éprouvées, tendait une main secourable aux pauvres et aux affligés, accueillait les hôtes et contribuait à établir la vérité et la justice. (Sahîh de Boukhârî, volume 1, p. 3)
(Allah Tout-Puissant envoya une révélation à Son Messager et lui dit 🙂 « Ô toi qui es enveloppé dans un manteau (Muhammad), lève-toi, quitte ta couche, avertis les gens de ce qui résultera de leur refus de croire, et proclame toi-même la grandeur de ton Seigneur. » (Sourate Al-Muddaththir, 1-3)
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Étranger dans sa propre demeure : treize années de persécution et d’oppression
Les différentes étapes de la prédication
À l’intérieur de la grotte de Hira, sous l’ombre de la mission prophétique
Muhammad, qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix, approchait de l’âge de quarante ans. En raison de sa personnalité pure et inflexible, la distance mentale et intellectuelle qui le séparait de ses compatriotes s’était considérablement accrue. Dans ces conditions, le Messager se prit à aimer la solitude. Emportant du saṭṭū et de l’eau, il se mit à passer du temps dans la grotte du mont Hira, située à environ deux miles de La Mecque. C’était une petite grotte, longue de quatre coudées et large de moins de deux coudées. Elle n’était pas profonde. Elle se trouvait à la jonction d’un petit passage et du bord du plateau supérieur. Après que le Messager bien-aimé s’y rendit, Khadija l’accompagnait également et demeurait dans quelque endroit proche. Le Messager bien-aimé passait tout le mois de Ramadan dans cette grotte. Il méditait sur le monde visible et sur les merveilles de la puissance divine à l’œuvre derrière celui-ci. La pratique de l’idolâtrie et la vie dépravée de ses compatriotes lui étaient insupportables. Mais aucune voie claire, aucune méthode précise ni aucun programme opposé à la situation établie ne se présentait à lui, grâce auxquels il aurait pu mener sa vie et trouver le réconfort et la paix de l’esprit. (Rahmatul lil-Alamin, vol. 1, p. 47 ; Ibn Hisham, vol. 1, p. 235-236 ; Tafsir fi Zilalil Qur’an — Sayyid Qutb le martyr, p. 29, 66.) Cette prédilection du Messager pour la solitude faisait en réalité partie de la sagesse d’Allah. C’est ainsi qu’Allah le préparait à la lourde responsabilité qui l’attendait. En vérité, il est naturel que celui qui s’efforcera d’introduire une transformation révolutionnaire dans le cours de la vie en apportant des solutions aux problèmes réels de l’existence humaine demeure quelque temps dans la solitude, loin du tumulte et de l’agitation de son entourage, dans un environnement exempt de vacarme.
Conformément à cette règle, Allah préparait progressivement Son Messager bien-aimé à porter l’immense charge du dépôt confié et à assumer la responsabilité historique de transformer le cours de la vie de l’humanité. Trois ans avant de lui confier la responsabilité de ce dépôt, Il avait déjà prescrit pour lui la méditation dans la solitude. Dans cette retraite, il lui arrivait de rester plongé dans la méditation jusqu’à un mois. Au cours de ce voyage spirituel, il réfléchissait profondément aux mystères de la création et les étudiait, afin d’être capable d’assumer correctement sa responsabilité lorsqu’il recevrait les directives nécessaires. (Tafsir fi Zilalil Qur’an, partie 29, p. 166-167. Il convient de préciser qu’il s’agit des pages de l’édition arabe du commentaire. Les pages de la traduction bengalie publiée par la Bangladesh Al-Qur’an Academy de Londres peuvent ne pas correspondre à celles-ci.)
La venue de Gabriel avec la Révélation
L’âge de quarante ans est celui de la plénitude et de la maturité de l’être humain. C’est à cet âge que les prophètes reçoivent habituellement la Révélation. Après que le Messager bien-aimé eut atteint l’âge de quarante ans, les signes de la prophétie commencèrent à scintiller à l’horizon de sa vie. Ces signes se manifestaient par des rêves. À cette époque, chaque rêve que voyait le Messager bien-aimé se réalisait avec la clarté de l’aube éclatante. Six mois s’écoulèrent dans cet état. Cette période représentait le quarante-sixième de la durée de la mission prophétique, dont la durée totale était de vingt-trois ans. Au cours de la troisième année de sa retraite dans la grotte du mont Hira, Allah voulut alors abreuver les habitants du monde de Sa miséricorde. Allah accorda donc la prophétie à Son Messager bien-aimé. Gabriel, qu’Allah le bénisse, se présenta avec plusieurs versets du Saint Coran. (Hafiz Ibn Hajar al-Asqalani a écrit que Bayhaqi a mentionné que la période des rêves avait duré six mois ; autrement dit, il avait vu des rêves à différents moments pendant six mois. Ainsi, le commencement de la prophétie par les rêves eut lieu au mois de Rabi‘ al-Awwal, après l’accomplissement de ses quarante ans. Ce mois était celui de la naissance du Messager bien-aimé. La première Révélation reçue à l’état de veille lui parvint au mois de Ramadan. (Fath al-Bari, vol. 1, p. 27.)
Selon les preuves et les arguments historiques, ainsi que les informations obtenues par l’étude de divers ouvrages, dont le Coran, il est établi que la première révélation eut lieu dans la nuit du lundi 21 Ramadan. Selon le calendrier lunaire, le Messager éminent, Hazrat Muhammad Mustafa Ahmad Mujtaba, sallallahu alayhi wa sallam, était alors âgé de 40 ans, 6 mois et 12 jours.
Son âge au moment de la révélation
Les historiens divergent quant au mois au cours duquel le Noble Prophète reçut la prophétie. Selon la majorité des auteurs de sîra, le Noble Messager reçut la prophétie au mois de Rabî al-Awwal. Certains disent que ce fut au mois de Ramadan, tandis que d’autres parlent du mois de Rajab. Voir Mukhtasar al-Sîra, ouvrage de Cheikh Abdallah, tome 1, p. 75. À mon avis, ce fut au mois de Ramadan. Il est juste de dire que la révélation eut lieu, c’est-à-dire qu’il reçut la prophétie. En effet, Allah le Très-Haut a dit dans le Coran que le Coran fut révélé au mois de Ramadan. Allah le Très-Haut dit également que le Coran fut révélé durant la Nuit du Destin. Or, la Nuit du Destin a lieu au mois de Ramadan. Allah le Très-Haut dit encore : « Nous l’avons fait descendre durant une nuit bénie et Nous avertissons les gens du châtiment. » Un autre argument en faveur de la révélation du Coran au mois de Ramadan est que le Messager se consacrait à la méditation dans la grotte de Hirâ pendant ce mois. Hazrat Jibrîl (que la paix soit sur lui) vint précisément dans la grotte de Hirâ.
Parmi ceux qui mentionnent que le Coran fut révélé au mois de Ramadan, il existe également une divergence quant au jour de ce mois où la révélation eut lieu. Certains disent le septième jour, d’autres le dix-huitième (voir Mukhtasar al-Sîra, tome 1, p. 75, et Rahmat li-l-Âlamîn, tome 1, p. 49). Allâma Hadrâmî a écrit que le dix-septième jour est l’opinion exacte.
(Voir Târîkh Hadrâmî, tome 1, p. 69, ainsi que Târîkh al-Tashrîh al-Islâmî, p. 5, 6 et 7.) Pour ma part, j’ai retenu la date du 21 Ramadan. Pourtant, personne n’a mentionné que la révélation du Coran avait commencé le 21 Ramadan. Mon argument est que, selon la majorité des auteurs de sîra, l’avènement du Messager eut lieu un lundi. Un hadith rapporté par Hazrat Qatâda (qu’Allah l’agrée) en apporte également la preuve. Il dit que, lorsqu’on interrogea le Noble Messager au sujet du lundi, celui-ci répondit : « C’est le jour où je suis né. C’est le jour où la prophétie m’a été accordée. » Sahîh Muslim, tome 1, p. 368 ; Musnad Ahmad, tome 5, p. 297 et 299 ; Bayhaqî, tome 4, p. 286 et 300 ; Hâkim, tome 2, p. 2 et 6. Cette année-là, les lundis du mois de Ramadan tombaient les 7, 14, 21 et 8. Il est établi par des récits authentiques que la Nuit du Destin a lieu durant une nuit impaire du mois de Ramadan et qu’elle se déplace parmi les nuits impaires. Allah le Très-Haut a dit que le Coran fut révélé durant la Nuit du Destin. En examinant les lundis de l’année au cours de laquelle il reçut la prophétie, on peut parvenir à la conclusion qu’il naquit un lundi, le 21 Ramadan, et qu’il reçut la prophétie à cette même date.
Écoutons le récit détaillé de cet événement rapporté par Hazrat Aïcha (qu’Allah l’agrée). La révélation du Coran fut l’apparition d’une flamme de lumière miraculeuse ; avec le succès de cette lumière, les ténèbres de l’égarement et de la perdition disparurent. Le cours de l’histoire fut transformé par cet événement.
Hazrat Aïcha (qu’Allah l’agrée) dit : le début de la révélation au Noble Messager se manifesta par des rêves. Les rêves qu’il voyait apparaissaient aussi clairement que l’aurore naissante. Il se mit ensuite à aimer la solitude. Il demeurait dans la grotte de Hirâ, consacré à l’adoration et à la dévotion, et il lui arrivait de ne pas rentrer chez lui pendant plusieurs jours consécutifs. Lorsque ses provisions de nourriture et de boisson s’épuisaient, il retournait chez lui pour en prendre d’autres. C’est ainsi qu’un jour, Hazrat Jibrîl (que la paix soit sur lui) vint à lui et lui dit : « Lis. » Il répondit : « Je ne sais pas lire. » L’ange le serra contre sa poitrine et le pressa fortement en disant : « Lis. » Il dit : « J’eus l’impression que toutes mes forces m’avaient été extirpées. » Puis l’ange le relâcha et lui dit : « Lis. » Il répondit : « Je ne sais pas lire. » L’ange me serra de nouveau contre sa poitrine et me pressa.
Puis il le relâcha et lui dit : « Lis. » Pour la troisième fois, il le serra contre sa poitrine et le pressa fortement, puis il dit : « Lis : Iqra bi-ismi rabbika alladhî khalaq. » (La révélation s’étendit jusqu’à : « Allama al-insâna mâ lam ya‘lam. ») C’est-à-dire : « Lis au nom de ton Seigneur qui a créé. »
Après la révélation de ces versets, le Prophète bien-aimé retourna chez lui. Sa poitrine palpitait. Il dit à son épouse, Khadija bint Khuwaylid : « Couvre-moi vite d’une couverture, couvre-moi d’une couverture. » Dame Khadija enveloppa le Prophète bien-aimé dans une couverture et le fit s’allonger. Sa peur se dissipa.
Après avoir tout raconté à Dame Khadija, le Prophète bien-aimé lui dit : « Que m’arrive-t-il ? Je crains pour ma vie. » Dame Khadija le rassura en disant : « Allah ne vous humiliera pas. Vous vous acquittez des droits de vos proches, vous aidez les personnes en détresse, vous accueillez les hôtes et vous contribuez à établir la vérité. »
Dame Khadija conduisit ensuite le Prophète bien-aimé auprès de son cousin Waraqa ibn Nawfal. Waraqa ibn Nawfal ibn Abd al-Uzza professait la foi chrétienne à l’époque de l’Ignorance. Il savait écrire en hébreu. Dans la mesure où Allah le lui permettait, il transcrivait l’Évangile en hébreu. À cette époque, il était courbé par la vieillesse et aveugle. Dame Khadija dit : « Mon frère, écoutez ce que dit votre neveu. » Waraqa demanda : « Mon neveu, qu’as-tu vu ? »
Le Messager lui raconta en détail tout ce qu’il avait vu. Après l’avoir écouté, Waraqa dit : « C’est le même ange qui était venu auprès de Moïse. Ah ! Si seulement je pouvais être encore vivant lorsque ton peuple te chassera ! » Le Messager, étonné, demanda : « Mon peuple me chassera-t-il donc réellement ? » Waraqa répondit : « Oui. Chaque fois que quelqu’un a reçu un message de cette nature, on lui a manifesté de l’hostilité. Si je suis encore en vie, je te soutiendrai certainement. » Peu de temps après, Waraqa mourut. Puis, soudain, la révélation cessa de venir. [Ce récit est rapporté, avec de légères modifications, dans le Sahih al-Bukhari, au chapitre « Comment la révélation fut-elle descendue ? » (vol. 1, p. 2-3).]
Les récits d’al-Tabari et d’Ibn Hicham indiquent que, même après l’interruption de la révélation, il demeura quelque temps dans la grotte de Hira, y acheva la période prévue, puis retourna à La Mecque. Le récit d’al-Tabari évoque également sa sortie de la maison. Voici ce récit.
En évoquant son état psychologique après la venue de la révélation, le Noble Messager, que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui, a dit : « Parmi les créatures d’Allah, les poètes et les fous étaient celles que je détestais le plus. En raison de cette haine intense, je ne souhaitais même pas les regarder. Après la venue de la révélation, je me suis dit intérieurement : “Les Quraysh vont-ils me traiter de poète ou de fou ?” Après cette pensée, j’ai songé à monter au sommet d’une montagne, puis à me jeter dans le vide pour mettre fin à mes jours. Je gravis même une montagne. Lorsque j’atteignis son milieu, une voix retentit soudain du ciel : “Ô Muhammad, tu es le Messager d’Allah. Je suis Gabriel.” Le Noble Messager dit : “Après avoir entendu cette voix, je levai les yeux vers le ciel. Je vis Gabriel, sous une forme humaine, debout à l’horizon. Il dit : “Ô Muhammad, tu es le Messager d’Allah ; c’est Gabriel qui te parle.” Le Messager dit : “Je restai figé sur place ; je ne pouvais ni avancer ni reculer. De quelque côté du ciel que je regardais, je voyais Gabriel. Je demeurai là, debout. Entre-temps, Khadija envoya des hommes à ma recherche. Après m’avoir cherché, ils retournèrent à La Mecque. »
Après le départ de Gabriel, je retournai chez moi. Je m’assis, appuyé contre la cuisse de Khadija. Elle me demanda : « Abû al-Qasim, où étiez-vous ? J’ai envoyé quelqu’un à votre recherche ; il est allé vous chercher à La Mecque, mais ne vous a pas trouvé. » Je racontai alors à Khadija tout ce que j’avais vu. Elle dit : « Ô mon cousin, réjouissez-vous et restez ferme. J’espère que vous serez le prophète de cette communauté. » Elle se rendit ensuite auprès de Waraqa ibn Nawfal et lui raconta tout. Après avoir tout entendu, il dit : « Par Celui qui tient entre Ses mains la vie de Waraqa, l’ange qui est venu auprès de Moïse est venu auprès de lui. Muhammad est le prophète de cette communauté. Dis-lui de rester ferme. »
Après cela, Khadija revint et rapporta au Messager les paroles de Waraqa. Le Noble Prophète retourna à La Mecque après avoir achevé la période de son séjour dans la grotte de Hira. À ce moment, Waraqa ibn Nawfal — sa vie demeure entre les mains de Celui qui la détient — dit : « Vous êtes le prophète de cette communauté. Le grand ange qui était venu auprès de Moïse est venu auprès de vous. » (Hizab, p. 207 ; Ibn Hicham, vol. 1, p. 237-238. Je demeure toutefois hésitant quant à l’authenticité de ce récit. L’entretien avec Waraqa eut lieu immédiatement après la venue de la révélation. Après l’examen des hadiths rapportés par al-Bukhari, il faut parvenir à la conclusion que l’entretien avec Waraqa eut lieu à La Mecque, immédiatement après la réception de la révélation.)
Suspension temporaire de la révélation
Combien de temps la révélation resta-t-elle suspendue à cette époque ? À ce sujet, Ibn Sa’d a rapporté un récit d’Ibn Abbas. Il y est indiqué que la révélation fut suspendue pendant quelques jours. Si l’on prend tous les éléments en considération, ce récit semble être le plus exact. Une opinion célèbre affirme que la révélation resta suspendue pendant deux ans et demi ou trois ans ; cette version n’est pas exacte. Il n’est pas nécessaire d’examiner ici les arguments et les preuves relatifs à cette question. (La note n° 11 apporte quelques précisions à ce sujet.)
Pendant la suspension de la révélation, le bien-aimé Messager était triste et préoccupé. Il se trouvait dans un état d’agitation et d’anxiété. Un récit du Kitab at-Ta’bir du Sahih al-Bukhari rapporte qu’après la suspension de la révélation, le bien-aimé Messager était à ce point agité et préoccupé qu’il monta plusieurs fois au sommet d’une haute montagne, d’où il voulait se jeter. Mais lorsqu’il gravissait la montagne, Jibril venait et disait : « Ô Muhammad, vous êtes le bien-aimé Messager d’Allah. » Après avoir entendu ces paroles, il s’arrêtait net ; son anxiété et son agitation se dissipaient. L’esprit apaisé, il retournait chez lui. Puis, comme la révélation ne revenait pas, il se remettait à être inquiet. Jibril venait alors se présenter à lui et disait : « Ô Muhammad, vous êtes le Messager d’Allah. » (Sahih al-Bukhari, Kitab at-Ta’bir, Ru’ya saliha, vol. 2, p. 1034.)
La venue de Jibril avec la révélation
Hafiz Ibn Hajar a écrit que si la révélation fut suspendue quelque temps, c’était afin que la peur qu’il avait éprouvée se dissipe et que le désir et l’attente de recevoir de nouveau la révélation naissent dans son cœur. (Fath al-Bari, vol. 1, p. 27)
Une fois passé l’émerveillement, la réalité se révéla à lui. Il comprit clairement qu’il était devenu le prophète d’Allah. Il comprit également que celui qui était venu auprès de lui était le porteur du message de la révélation, le messager des nouvelles célestes. Une fois cette conviction fermement établie dans son cœur, il se mit à attendre avec impatience la révélation. Il décida qu’il devait rester ferme et porter cette responsabilité. C’est à ce stade de son état d’esprit que Jibril revint et se présenta à lui. Le Sahih al-Bukhari rapporte, d’après Jabir ibn Abdullah, qu’il avait entendu de la bouche du bien-aimé Prophète le récit de la suspension de la révélation. Le Messager dit : « Je marchais quand, soudain, j’entendis une voix venant du ciel. Je levai les yeux vers le ciel et vis l’ange qui était venu auprès de moi dans la grotte de Hira. Il était assis sur un Kursi entre le ciel et la terre. Pris de peur, je détournai le regard. Puis, rentré chez moi, je dis à ma femme : “Enveloppe-moi dans une couverture, enveloppe-moi dans une couverture.” Ma femme m’enveloppa dans une couverture et m’y coucha. Ensuite, Allah fit descendre la sourate al-Muddaththir jusqu’à “Ar-rujza fahjur”. Après cet événement, la révélation commença à descendre fréquemment. » (Sahih al-Bukhari, Kitab at-Tafsir, chapitre « War-rujza fahjur », vol. 2, p. 733. Ce récit précise également que le Messager a dit : « Je me suis retiré en retraite spirituelle dans la grotte de Hira. Après avoir achevé cette retraite, je suis descendu. Puis, tandis que j’avançais dans la plaine, on m’appela. Je regardai à droite, à gauche, devant et derrière moi, mais je ne vis rien. Je levai les yeux et vis cet ange. » — Tous les récits des auteurs de biographies prophétiques indiquent que le Messager se retirait en retraite spirituelle dans la grotte de Hira durant le mois de Ramadan de chaque année. Lors du troisième Ramadan, Jibril lui apporta la révélation. Après s’être retiré pendant tout le mois de Ramadan, il retournait à La Mecque au petit matin du 1er Chawwal. En rapprochant ce récit de la narration mentionnée, on peut conclure que la révélation de la première partie de la sourate al-Muddaththir fut descendue dix jours après la première révélation. Autrement dit, la durée de la suspension de la révélation fut de dix jours.)
Les différentes formes de la révélation
Avant d’aborder la vie qui commença pour le bien-aimé Prophète après la descente de la révélation sur lui, c’est-à-dire après qu’il eut reçu la mission prophétique, il convient d’exposer les différentes formes de la révélation. Cela permettra d’acquérir une compréhension claire de la mission apostolique et de la prophétie. Allama Ibn Qayyim a mentionné les quelques formes de révélation suivantes :
1. Les rêves véridiques : la révélation de la wahy au Messager par le moyen des rêves.
2. L’ange lui insufflait des paroles dans l’esprit sans se montrer à lui. Ainsi, le Prophète bien-aimé a dit : « L’Esprit Saint a insufflé dans mon esprit qu’aucun être humain ne meurt avant d’avoir reçu la subsistance qui lui était destinée. Craignez donc Allah et recherchez les bonnes choses. Lorsque vous recherchez votre subsistance, ne la cherchez pas par la désobéissance à Allah, car ce qui se trouve auprès d’Allah ne peut être obtenu que par Son obéissance. »
3. L’ange prenait l’apparence d’un être humain et s’adressait à lui. Le Messager bien-aimé retenait par cœur tout ce qu’il disait. À cette époque, il arrivait parfois aussi que les Compagnons voient les anges.
4. La wahy parvenait au Messager avec un son retentissant, semblable à celui d’une cloche. C’était la forme la plus éprouvante de la wahy. À ce moment-là, l’ange venait à sa rencontre et, même au cœur d’un froid intense, le Prophète bien-aimé se mettait à transpirer. La sueur coulait de son front. Lorsqu’il était monté sur un chameau, celui-ci s’asseyait à terre. Un jour, alors que sa cuisse reposait sur celle de Zayd ibn Thâbit, la wahy lui fut révélée ; Zayd ressentit un poids si lourd qu’il eut l’impression que sa cuisse allait être écrasée.
5. Il voyait l’ange sous sa véritable apparence. C’est alors que la révélation descendait sur lui par la volonté d’Allah. Cela se produisit à deux reprises. Allah Tout-Puissant l’a mentionné dans la noble sourate An-Najm.
6. La prescription de la prière et la révélation d’autres enseignements durant la nuit du Mi‘râj eurent lieu dans les cieux. Le Prophète bien-aimé se trouvait alors dans les cieux.
7. Allah Tout-Puissant lui parlait directement, sans l’intermédiaire d’un ange, comme Il avait parlé à Moïse, sur lui la paix. La preuve qu’Allah a parlé à Moïse se trouve dans le Coran. La preuve qu’Allah a parlé au Prophète bien-aimé se trouve dans les hadiths du Mi‘râj.
8. Certains ont mentionné une autre forme : parler directement avec Allah Tout-Puissant, face à face et sans voile. Cependant, cette question admet une divergence d’opinions (Zâd al-Ma‘âd, tome 1, p. 18).
L’ordre du tabligh
Les instructions adressées au bien-aimé Prophète dans les premiers versets de la sourate al-Muddaththir paraissent, à première vue, brèves et simples ; en réalité, elles sont d’une portée très vaste et d’une profonde signification. Leur efficacité et leur influence sur la vie réelle sont extraordinaires.
1. L’objectif ultime de l’ordre de mettre en garde est d’informer chacun des conséquences désastreuses des actes accomplis dans le monde contre la volonté d’Allah. Cette mise en garde doit être formulée de telle manière que la crainte du châtiment d’Allah Très-Haut crée dans les cœurs et les esprits des hommes un état de frayeur.
2. L’objectif ultime de la proclamation du Seigneur est que, sur la terre d’Allah, seule Sa suprématie demeure intacte ; il ne faut permettre à aucune autre suprématie de s’y maintenir. Au contraire, l’autorité et la domination de toute autre chose doivent être abolies. Ainsi, sur la terre d’Allah, Sa seule suprématie et Sa seule majesté seront manifestées et reconnues.
3. L’objectif ultime de la pureté et de la propreté du vêtement est de maintenir purs et propres tous les aspects apparents et cachés, jusqu’à atteindre un état permettant de trouver refuge sous l’ombre de la miséricorde d’Allah Très-Haut. Cela n’est possible que par Sa guidance et Sa lumière. Après avoir atteint cette pureté et cette propreté, le cœur se tournera vers Allah, et Sa suprématie et Sa majesté s’éveilleront en lui. De ce fait, les hommes du monde entier Lui seront proches, qu’ils s’opposent à Lui ou Lui obéissent. Il sera le centre de toute chose.
4. L’objectif ultime du fait de ne pas attendre une récompense supérieure après avoir témoigné de la bonté ou accordé une faveur à quelqu’un est de ne pas considérer ses propres œuvres comme importantes ni leur accorder trop de valeur. Il faut au contraire poursuivre ses efforts et ses actes de dévotion, l’un après l’autre. Même après avoir accompli de grands sacrifices et offert de grandes oblations, il faut les considérer comme insignifiants. Autrement dit, face au rappel d’Allah et à la crainte de devoir rendre compte devant Lui, il faut considérer ses propres efforts et ses actes de dévotion comme faibles et dérisoires.
5. Le dernier verset indique qu’après le début de la mission d’appel émanant d’Allah, les ennemis feront souffrir le Prophète bien-aimé et ses compagnons par leur opposition, leurs plaisanteries, leurs moqueries et leurs sarcasmes, et qu’ils tenteront par tous les moyens de les tuer. Il devra affronter toutes ces épreuves. Dans une telle situation, il devra faire preuve d’une ferme patience. Cette patience ne sera pas destinée à la tranquillité de son esprit, mais à obtenir l’agrément d’Allah Très-Haut et à propager et faire triompher Sa religion. En effet, Allah Très-Haut a dit : « wa li-rabbika faṣbir », c’est-à-dire : « Patiente pour ton Seigneur. »
Comme c’est merveilleux ! Ces instructions sont, dans leur formulation apparente, si simples et si concises. Le choix des mots est si léger et si poétique, mais leur portée pratique est si vaste et si riche de sens. La mise en application véritable de ces quelques mots provoquera une agitation de tous côtés, et des liens solides d’unité et d’harmonie s’établiront entre les hommes aux quatre coins du monde.
Les versets mentionnés contiennent également les éléments de l’appel et de la transmission du message. Certains actes des enfants d’Adam ont de mauvaises conséquences. Tout le monde sait que l’être humain ne reçoit pas ici-bas la rétribution de tout ce qu’il fait, et qu’il ne peut pas la recevoir. Il est donc naturellement nécessaire qu’il existe un jour où chaque acte sera pleinement rétribué. Ce jour s’appelle la Résurrection. La nécessité incontournable de cette rétribution est qu’il doit exister une vie différente de celle que nous menons ici-bas.
Dans d’autres versets, Allah Tout-Puissant a exigé de Ses serviteurs qu’ils suivent un tawhid pur et sincère. Il a dit que le serviteur devait remettre toutes ses volontés et aspirations à Allah le Très-Haut. Il devait donner la préférence à la volonté d’Allah sur les désirs de son âme et sur toutes les autres aspirations humaines. C’est ainsi que la responsabilité de l’appel et de la transmission du message peut être accomplie. Ces principes sont les suivants.
a. Le tawhid.
b. La foi en l’au-delà.
c. Accorder de l’importance à la tazkiyat an-nafs, c’est-à-dire s’abstenir de toute obscénité et de tout péché, multiplier les bonnes œuvres et s’efforcer de rester constant dans leur accomplissement.
d. Confier toutes ses affaires à Allah le Très-Haut.
e. Tout cela doit être accompli en croyant à la prophétie et à la mission apostolique du noble Prophète, et en suivant son extraordinaire direction.
Ces versets contiennent des commandements célestes. Allah, le Seigneur des mondes, a appelé Son noble Prophète à se consacrer à une œuvre grandiose. Il lui a ordonné de renoncer au confort du sommeil et d’entrer dans le champ éprouvant du jihad. Comme Allah le Très-Haut l’a dit dans les premiers versets de la sourate al-Muddaththir, seul celui qui vit pour lui-même peut mener une vie confortable ; mais celui qui porte la lourde responsabilité de guider une immense communauté humaine, comment pourrait-il dormir tranquillement ? Quel rapport a-t-il avec un lit douillet et une vie confortable ? Pars pour cette œuvre grandiose qui t’attend. Avance afin de soulever le lourd fardeau de responsabilité qui est préparé pour toi. Avance pour lutter. Efforce-toi. Le temps du sommeil et du repos est révolu. C’est désormais le temps de veiller et de travailler longuement. Prépare-toi à accomplir cette tâche.
Cette injonction revêt une immense importance. Elle a fait sortir le Prophète bien-aimé d’une vie confortable pour le jeter dans un océan abyssal aux vagues déchaînées. Elle l’a placé face à la conscience des hommes et face aux réalités de la vie.
Ensuite, le Messager bien-aimé d’Allah s’est levé et est demeuré debout pendant plus de vingt longues années. Durant cette période, il est resté ferme et inébranlable dans le combat de la vie. Il a renoncé au confort et aux plaisirs, sacrifiant son propre bonheur, ainsi que la tranquillité et le bien-être de sa famille. Après s’être levé, il est demeuré dans cette même condition. Sa mission consistait à appeler les gens vers la voie d’Allah. Il a assumé cette responsabilité sur ses épaules, sans aucune contrainte. Cette responsabilité était celle de l’amāna kubrā, c’est-à-dire le poids d’un immense dépôt confié sur terre : le poids de toute l’humanité, le poids de toutes les croyances et convictions, et le poids du jihād sur les différents champs de bataille. Pendant plus de vingt ans, il a mené cette vie intense de lutte. Depuis qu’il eut reçu l’ordre céleste, il ne s’est jamais montré inattentif ou indifférent à aucune situation ni à son évolution. Qu’Allah, dans Sa toute-puissance, lui accorde, de notre part et de la part de toute l’humanité, la meilleure des récompenses. (Tafsīr fī Ẓilāl al-Qur’ān, Sayyid Qutb, martyr, sourates al-Muzzammil et al-Muddaththir, partie 29, p. 168, 167, 172) (volume arabe original).
Première étape : l’initiative individuelle
Trois années d’appel secret
La Mecque était le centre de la péninsule Arabique. Ses habitants étaient les gardiens et les intendants de la Kaaba. Les Arabes étaient également les gardiens des idoles, auxquelles l’ensemble des Arabes accordait une grande considération. C’est pourquoi il était beaucoup plus difficile de faire aboutir une réforme à La Mecque que partout ailleurs. Il fallait y faire preuve d’une fermeté d’esprit telle qu’aucune souffrance, aucune difficulté ni aucun obstacle ne puisse faire vaciller, mais qu’il soit au contraire possible de rester ferme et inébranlable face aux épreuves et aux obstacles. La stratégie consistait donc à accomplir d’abord secrètement la mission d’appel et de transmission, afin de ne pas provoquer soudainement de tumulte parmi les habitants de La Mecque.
Quelques combattants de la première période de l’islam
Il était naturel que le Messager commence par appeler à la religion ceux qui lui étaient les plus proches et avec lesquels il entretenait des liens profonds. Le Prophète bien-aimé appela donc en premier lieu sa famille, ses proches, ses parents et ses amis. Il avait constaté chez ces personnes une disposition favorable. Il s’adressa également à ceux dont il savait qu’ils le tenaient pour un homme véridique, honnête, juste et vertueux, et qu’ils le respectaient.
À l’appel du Messager d’Allah, plusieurs personnes embrassèrent l’islam. Elles n’avaient jamais nourri le moindre doute au sujet de l’honnêteté, de la véracité et de la noblesse du Prophète bien-aimé. Dans l’histoire de l’islam, elles sont connues sous le nom de sābiqūn al-awwalūn. Au premier rang figurent son épouse, l’Umm al-Mu’minīn Khadija bint Khuwaylid, et son esclave affranchi, Zayd ibn Thābit ibn Sharhabil al-Kalbī. (Il était arrivé comme esclave capturé à la guerre. Par la suite, Khadija devint sa maîtresse et le donna à son mari. Son père et son oncle vinrent ensuite le reprendre, mais il préféra rester auprès du Prophète bien-aimé plutôt que de suivre son père et son oncle. Le Messager adopta alors son serviteur Zayd comme fils adoptif, conformément à la coutume arabe. Après cet événement, il fut connu sous le nom de Zayd Muhammad. Avec l’avènement de l’islam, la coutume arabe concernant les fils adoptifs prit fin.) Son cousin, Ḥadrat ʿAlī ibn Abī Ṭālib, qui était alors élevé dans sa famille, ainsi que son compagnon intime, Ḥadrat Abū Bakr al-Ṣiddīq, qu’Allah les agrée tous. Tous embrassèrent l’islam dès le premier jour. (Raḥmatul lil-ʿĀlamīn, vol. 1, p. 50)
Après avoir embrassé l’islam, Hadrat Abou Bakr as-Siddiq (qu’Allah l’agrée) se consacra à la propagation de l’islam. C’était un homme aimé de tous, doux, doté d’un excellent caractère et d’un esprit généreux. En raison de ses manières remarquables, les gens venaient constamment le voir. À cette époque, Abou Bakr (qu’Allah l’agrée) commença à appeler à la religion les hommes dignes de confiance et fiables. Awf, Hadrat Sa‘d ibn Abi Waqqas et Hadrat Talha ibn Obeidoullah embrassèrent l’islam. Ils furent parmi les premiers soldats de l’islam.
Hadrat Bilal (qu’Allah l’agrée) comptait également parmi les premiers convertis à l’islam. Après lui, l’Amin de la communauté, Hadrat Abou Obeïda, Amir ibn Salama ibn Abd al-Asad, Arqam ibn Abi al-Arqam, Othman ibn Madh‘oun, ainsi que ses deux frères, Qudama et Abdallah, Obeïda ibn al-Harith, Mottalib ibn Abd Manaf, Saïd ibn Zaïd et son épouse, Fatima bint al-Khattab, la sœur de Omar, Khabbab ibn al-Aratt, Abdallah ibn Mas‘oud et plusieurs autres embrassèrent l’islam. Ils étaient liés aux différentes branches de la tribu des Quraysh. Ibn Hicham écrit qu’ils étaient plus de quarante. (Voir tome I, p. 245-262.) Certains d’entre eux furent comptés parmi les premiers croyants.
Ibn Ishaq rapporte qu’après la conversion à l’islam de ces heureux élus, des groupes entiers vinrent chercher refuge sous l’ombre apaisante de l’islam. Partout à La Mecque, on parlait de l’islam, qui gagnait en importance. (Sîrat Ibn Hicham, tome I, p. 262.)
Ils avaient embrassé l’islam en secret. Le Prophète bien-aimé les rencontrait discrètement afin de leur enseigner l’islam et de les guider. En effet, la prédication se poursuivait de manière discrète et secrète. Après la révélation des premiers versets de la sourate al-Mouddaththir, les révélations commencèrent à se succéder fréquemment. À cette époque, les courts versets se distinguaient par une mélodie captivante et une grande poésie. Ils s’accordaient parfaitement avec le contexte. Ces versets mettaient en lumière la tazkiyat an-nafs, c’est-à-dire la purification et l’embellissement de l’âme, ainsi que les conséquences néfastes de l’enchevêtrement dans les illusions du monde. Ils décrivaient également le Paradis et l’Enfer d’une manière si vivante qu’on aurait dit qu’ils se trouvaient sous les yeux. Ces versets faisaient parcourir des lieux totalement nouveaux pour leur milieu.
L’ordre d’accomplir la prière
Parmi les premières révélations figurait également l’ordre d’accomplir la prière. Mouqatil ibn Soulaymane affirme qu’au début de l’islam, Allah le Très-Haut prescrivit deux unités de prière le matin et deux unités le soir. En effet, Allah le Très-Haut dit : « Prosternez-vous devant votre Seigneur en Le glorifiant matin et soir. »
Ibn Hajar dit que le Prophète bien-aimé et ses nobles Compagnons accomplissaient la prière avant l’événement de l’Ascension nocturne. Il existe toutefois une divergence quant à savoir si une autre prière était obligatoire avant l’instauration des cinq prières quotidiennes. Certains affirment qu’une prière était obligatoire avant le lever du soleil et une autre avant son coucher.
Al-Harith ibn Oussama rapporte, d’après Zayd ibn Haritha, que lorsque la révélation vint pour la première fois au Prophète bien-aimé, Gabriel vint lui enseigner en premier les règles des ablutions. Après avoir achevé les ablutions, il jeta une poignée d’eau sur ses parties intimes. Ibn Majah a également rapporté des hadiths de ce genre. Des hadiths similaires sont aussi rapportés d’après al-Bara ibn Azib et Ibn Abbas. Dans le hadith rapporté par Ibn Abbas, il est dit que cette prière faisait partie des obligations prescrites au début. (Moukhtasar as-Sîra, cheikh Abdallah, p. 88.)
Ibn Hicham a rapporté que le noble Messager et ses vénérables Compagnons se rendaient dans les montagnes aux heures de la prière et accomplissaient celle-ci en secret. Un jour, Abou Talib surprit le Messager et Hadrat Ali (qu’Allah l’agrée) en train de prier. Il les interrogea à ce sujet. Après qu’on lui eut expliqué la situation, il dit : « Persévérez dans cette pratique. » (Ibn Hicham, tome I, p. 147).
Informer les Quraychites
Divers événements ont prouvé qu’à cette époque, bien que la mission de prédication fût menée secrètement, les Quraychites commençaient à en comprendre certains aspects. Toutefois, ils n’accordaient aucune importance à cette affaire.
L’imam Ghazali a écrit que les Quraychites recevaient des informations sur les activités des musulmans, mais qu’ils ne leur accordaient aucune importance. Ils pensaient probablement que Muhammad (que Dieu le bénisse et lui accorde la paix) était une personnalité religieuse comme celles qui parlent d’ascétisme et de renoncement au monde. Il y avait, dans la société arabe, des hommes de cette sorte, tels qu’Omayya ibn Abi Salt, Qouss ibn Saïda, Amr Tofaïl et d’autres. Cependant, les Quraychites avaient remarqué que son activité semblait plus intense et d’une nature différente. Au fil du temps, l’attention qu’ils portaient à l’activité religieuse et à la prédication du noble Prophète ne cessait de croître. (Fiqh as-Sîra, p. 76)
Pendant trois ans, l’activité religieuse se poursuivit secrètement. Durant cette période, un groupe de croyants se constitua. Ils étaient unis par la fraternité et l’entraide. Ils transmettaient le message d’Allah et s’efforçaient de l’élever à un certain niveau. Puis Allah révéla une révélation et donna à Son peuple des instructions. Il fut ordonné, parallèlement à l’appel à la religion, d’affronter les forces du faux des Quraychites et de mettre en évidence les aspects nuisibles de leurs idoles.
Deuxième période : la prédication publique
Le premier ordre concernant l’appel
À ce sujet, le premier ordre révélé par Allah fut : « Ô Prophète, avertis tes proches parents du châtiment d’Allah. » Il s’agit d’un verset de la sourate Ach-Chouara. Dans cette sourate, le récit de Hadrat Moussa (que la paix soit sur lui) est relaté en premier. Il y est dit comment Hadrat Moussa (que la paix soit sur lui) reçut la prophétie et comment Pharaon, son peuple et ses compagnons furent noyés dans le Nil lorsqu’il émigra avec les enfants d’Israël. En d’autres termes, cette sourate expose les différentes étapes de l’appel que Hadrat Moussa (que la paix soit sur lui) adressa à Pharaon et aux enfants d’Israël.
Je pense que le récit de Moïse, que la paix soit sur lui, a été rapporté après que l’ordre eut été donné au Messager d’Allah, qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix, de proclamer ouvertement la prédication parmi son peuple, afin qu’il ait un exemple devant lui. Après avoir appelé ouvertement à la religion, Moïse, que la paix soit sur lui, dut affronter des circonstances adverses et subir toutes sortes d’excès ; un modèle de ces épreuves devait ainsi rester constamment présent devant le Messager d’Allah, qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix, et ses nobles Compagnons. D’autre part, cette sourate évoque également le sort de tous les peuples qui traitèrent leurs prophètes de menteurs, tels que Pharaon et son peuple, le peuple de Noé, les ‘Ad, les Thamûd, le peuple d’Abraham, le peuple de Loth et les habitants d’al-Ayka. Son objectif était probablement de faire comprendre à ceux qui traiteraient le Messager d’Allah de menteur quel serait leur sort s’ils persistaient dans une telle conduite, et quelle rétribution divine ils devraient affronter. Les croyants comprendraient également que la bonne issue leur est réservée, tandis que ceux qui traitent le prophète de menteur n’auront pas une bonne fin.
La prédication parmi les proches parents
Après la révélation de ce verset, le noble Prophète, qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix, réunit en premier lieu les Banû Hâshim. Un groupe des Banû al-Muttalib ibn ‘Abd Manâf se trouvait également parmi eux. Ils étaient au total quarante-cinq. Abû Lahab saisit l’occasion pour prendre la parole et dit : « Regarde, ce sont tes oncles et tes cousins. Parle, mais ne fais pas preuve de sottise, et souviens-toi que ta famille ne pourra pas affronter toute l’Arabie. C’est moi qui suis le plus en droit de sévir contre toi. Les membres de ta famille paternelle te suffiront. Si tu persistes dans tes propos, toutes les tribus de Quraysh se dresseront contre toi et viendront leur prêter assistance. Qu’adviendra-t-il alors ? Parmi les membres de ta famille paternelle, tu seras celui qui aura causé le plus de destruction. » Après avoir entendu ces paroles, le noble Prophète les réunit de nouveau et dit : « Toute louange appartient à Allah. Je Le loue et sollicite Son aide. Je crois en Lui et place ma confiance en Lui. J’atteste qu’il n’y a personne qui mérite l’adoration en dehors d’Allah. Il est Un et Unique, sans associé. » Puis le Messager d’Allah dit : « Un guide ne peut mentir aux membres de sa famille. Par Allah, en dehors de qui il n’y a aucune divinité, je suis véritablement le Messager d’Allah envoyé spécialement à vous et, de manière générale, à tous les autres hommes. Par Allah, vous mourrez un jour comme vous vous endormez, et vous serez ressuscités un jour comme vous vous réveillez. Ensuite, vous devrez rendre compte de vos œuvres. Puis viendra, pour l’éternité, soit le Paradis, soit l’Enfer. »
En entendant cela, Abû Tâlib dit : « Il va sans dire combien il m’est cher de te soutenir. Ton conseil est digne d’être accepté et je tiens tes paroles pour vraies. Tous les membres de ta famille paternelle sont présents ici, et j’en fais partie. Sache donc que je ne souhaite pas que tu abandonnes la religion de ‘Abd al-Muttalib. » Abû Lahab dit : « Par Allah, c’est une mauvaise chose. Tu as été le premier à lui tendre la main, avant les autres ? » Abû Tâlib répondit : « Par Allah, je continuerai à le protéger aussi longtemps que je vivrai. » (Fiqh al-Sîra, p. 77 et 88, ouvrage d’Ibn al-Athîr.)
La prédication sur le mont Safâ
Lorsque le Prophète, qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix, eut la certitude qu’Abû Tâlib le soutiendrait dans la prédication de la religion d’Allah, il monta un jour sur le mont Safâ et cria : « Yâ Sabâh ! », c’est-à-dire : « Ô matin ! » (À cette époque, lorsqu’il fallait annoncer une nouvelle effroyable, les gens montaient au sommet d’une montagne et criaient : « Yâ Sabâh ! Yâ Sabâh ! Ô matin ! ».) En entendant cet appel, les tribus de Quraysh se rassemblèrent auprès de lui. Il les invita à croire à l’unicité d’Allah, à Sa mission prophétique et au Jour de la Résurrection. Une partie de cet événement est rapportée ainsi dans le Sahîh al-Bukhârî, d’après ‘Abd Allah ibn ‘Abbâs, qu’Allah l’agrée.
« Ô Prophète, avertis tes proches parents au sujet du châtiment d’Allah. » Après la révélation de ce verset coranique, le noble Prophète, qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix, monta sur le mont Safâ et appela : « Ô Banû Fihr ! Ô Banû ‘Adî ! » En entendant cet appel, tous les notables de Quraysh se rassemblèrent. Ceux qui ne pouvaient pas venir envoyèrent un représentant afin de savoir ce qui se passait. Les Qurayshites arrivèrent, et Abû Lahab se trouvait également parmi eux. Le Prophète leur dit alors : « Dites-moi : si je vous annonçais qu’une troupe de cavaliers se dissimule dans la plaine, de l’autre côté de cette montagne, et qu’elle veut vous attaquer, me croiriez-vous ? » Tous répondirent : « Oui, nous vous croirions, car nous ne vous avons jamais entendu mentir. » Le bien-aimé Prophète, qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix, dit : « Écoutez, j’ai été envoyé pour vous avertir d’un châtiment terrible. » Abû Lahab dit : « Puisses-tu périr ! Est-ce pour nous dire cela que tu nous as réunis ici ? » Après ces paroles d’Abû Lahab, Allah révéla la sourate al-Lahab. Il y est dit : « Que les deux mains d’Abû Lahab périssent, et qu’il périsse lui-même. » (Sahîh al-Bukhârî, vol. 2, p. 706 et 743 ; Sahîh Muslim, vol. 1, p. 114.)
L’imam Muslim a mentionné une autre partie de cet événement dans son recueil authentique. Abû Hurayra, qu’Allah l’agrée, a rapporté ce hadith. Il dit : après la révélation du verset : « Avertis tes proches parents au sujet du châtiment d’Allah », le Messager d’Allah, qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix, lança un appel général et particulier. Il dit : « Ô groupe de Quraysh, préservez-vous du Feu de l’Enfer. Ô Banû Ka‘b, préservez-vous du Feu de l’Enfer. Ô Fâtima, fille de Muhammad, préserve-toi du Feu de l’Enfer. J’ai reçu l’ordre de vous protéger de la rétribution d’Allah. Toutefois, puisque je suis lié à vous par la parenté, je vous avertirai autant que possible à ce sujet. » (Sahîh Muslim, vol. 1, p. 385.)
L’annonce publique de la prédication
Alors que les échos de cet appel résonnaient encore aux alentours de La Mecque, Allah le Très-Haut révéla ce verset : « Proclame ouvertement ce qui t’a été ordonné et détourne-toi des polythéistes » (15, 94).
Le Noble Messager d’Allah — qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix — exposa alors publiquement les turpitudes et les méfaits du polythéisme et dévoila le voile du mensonge. Il mit en évidence le vide et l’inanité des idoles et révéla leur véritable nature. Il ne cessa de démontrer, par des exemples, que les idoles étaient vaines et impuissantes. Il annonça également que ceux qui adorent ces idoles et les établissent comme intermédiaires entre eux-mêmes et Allah se trouvent dans un égarement manifeste.
Lorsqu’ils entendirent que les polythéistes et les adorateurs d’idoles étaient qualifiés d’égarés, les habitants de La Mecque furent désorientés par la colère. C’était comme si la foudre s’était abattue sur eux, comme si une tempête avait déferlé sur leur existence paisible et insouciante. C’est pourquoi les Quraysh se levèrent pour extirper les racines de cette révolution apparue soudainement. Car cette révolution menaçait d’abolir leurs coutumes et traditions polythéistes.
Les Quraysh se mobilisèrent résolument. Ils savaient en effet que nier toute divinité en dehors d’Allah et croire en la mission prophétique et en l’Au-delà signifiait se remettre entièrement entre les mains de la mission prophétique et s’y soumettre sans condition. Dès lors, il ne serait plus question seulement des autres : ils ne disposeraient même plus d’aucun droit indépendant sur leur propre personne et leurs biens. Cela signifiait que la suprématie et l’autorité religieuses exercées par les habitants de La Mecque sur les Arabes disparaîtraient. La volonté d’Allah et de Son Messager deviendrait la décision ultime, et ils ne pourraient plus rien faire selon leurs propres désirs. Ils devraient renoncer aux injustices et aux persécutions qu’ils infligeaient aux gens des classes inférieures, ainsi qu’aux actes abominables auxquels ils se livraient matin et soir. Les Quraysh comprenaient parfaitement ce que cela signifiait ; c’est pourquoi ils ne pouvaient accepter une situation aussi humiliante à leurs yeux. Mais il ne s’agissait pas pour eux d’espérer un bien ou un avantage : leur objectif était plutôt de s’engager dans des actes encore plus mauvais. Allah le Très-Haut dit : « Mais l’homme veut continuer à se livrer au mal à l’avenir » (5, 75).
Les Quraysh comprenaient tout cela, mais la difficulté était qu’ils avaient devant eux un homme véridique et digne de confiance. Il était le meilleur exemple de l’idéal. Depuis longtemps, les habitants de La Mecque n’avaient ni vu ni entendu parler d’un exemple semblable parmi leurs ancêtres ; ils ne parvenaient donc pas à déterminer comment affronter une telle personnalité. Ils étaient stupéfaits, ils étaient ébahis, et cet étonnement avait en réalité plusieurs raisons.
Après mûre réflexion, les Quraysh décidèrent de se rendre auprès d’Abou Talib, l’oncle du Noble Prophète, et de lui demander de détourner son neveu de son entreprise. Afin de rendre leur revendication raisonnable et crédible, ils avancèrent comme argument que prêcher l’abandon de leurs divinités et affirmer qu’elles étaient incapables de faire quoi que ce soit, en bien ou en mal, constituait en réalité une offense et une grave insulte envers leurs divinités.
De plus, cela revenait à qualifier leurs pères, leurs grands-pères, c’est-à-dire leurs ancêtres, d’insensés et d’égarés. En effet, ceux-ci avaient vécu selon la religion à laquelle nous adhérons actuellement. Après avoir exposé ces arguments aux Quraysh, ils parvinrent facilement à les convaincre, et ceux-ci y répondirent rapidement.
La délégation des Quraysh auprès d’Abou Talib
Ibn Ishaq rapporte que plusieurs notables des Quraysh se rendirent auprès d’Abou Talib et lui dirent : « Abou Talib, ton neveu insulte nos divinités, qualifie notre religion d’égarement et traite notre raison de stupidité. Il considère nos pères et nos ancêtres comme des égarés. Soit tu l’empêches de parler ainsi, soit tu te retires de l’affaire qui nous oppose à lui. Car tu partages la même religion que nous. Nous nous estimons capables de régler nous-mêmes cette affaire avec lui. »
En réponse à cette requête, Abou Talib leur parla avec douceur et joua le rôle de médiateur. Ils repartirent donc. Le Messager d’Allah continua à transmettre la religion de la même manière et se consacra à sa propagation et à son expansion (Ibn Hicham, vol. 1, p. 265).
Réunion urgente pour entraver les pèlerins
À cette époque, un autre problème se posa aux Quraysh. Quelques mois après le début de la prédication publique de l’islam, la saison du pèlerinage arriva. Les Quraysh savaient que des délégations venues des différentes régions d’Arabie se rendraient alors à La Mecque. Ils jugèrent donc nécessaire de tenir, au sujet du noble Prophète — qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix — des propos qui empêcheraient la prédication du Messager d’Allah de produire le moindre effet sur les Arabes. Pour en discuter, ils se réunirent auprès de Walid ibn al-Mughira. Walid dit : « Vous devez d’abord vous mettre tous d’accord, afin qu’il n’arrive pas que l’un de vous traite de mensonge les propos d’un autre. Vous ne devez avoir aucune divergence entre vous. » Les visiteurs dirent : « Indique-nous ce que nous devons dire. » Walid répondit : « Dites vos propositions, je les écouterai. » Quelques-uns dirent alors : « Nous dirons qu’il est devin. » Walid répondit : « Non, il n’est pas devin. J’ai vu des devins, et il ne possède pas leurs caractéristiques. Il ne parle pas comme eux, en tenant des propos creux. » En entendant cela, les visiteurs dirent : « Alors nous dirons qu’il est fou. » Walid répondit : « Non, il n’est pas fou non plus. J’ai également vu des fous et connais leur comportement. Il ne se comporte pas comme un fou et ne tient pas non plus des propos incohérents comme un fou. » Les gens dirent : « Alors nous dirons qu’il est poète. » Walid répondit : « Il n’est pas poète non plus. Je connais les différentes formes de poésie, et ses paroles ne sont pas de la poésie. » Ils dirent : « Alors nous dirons qu’il est magicien. » Walid répondit : « Non, il n’est pas magicien non plus. J’ai vu des magiciens et leur magie. Il ne pratique ni incantations ni sorcellerie. » Les visiteurs demandèrent : « Que devons-nous donc dire ? » Walid répondit : « Par Allah, ses paroles sont d’une grande douceur et leur sens est d’une grande profondeur. Tout ce que vous direz, les auditeurs le considéreront comme mensonger. Vous pouvez cependant dire à son sujet qu’il est magicien : toutes les paroles qu’il présente ne sont que de la magie. Après avoir entendu ses paroles, des divergences apparaissent entre le père et son fils, entre le frère et son frère, entre le mari et sa femme, ainsi qu’entre les différentes tribus. » Finalement, la délégation des Quraysh se mit d’accord sur cette proposition et repartit de chez Walid (Ibn Hicham, vol. 1, p. 271).
Certaines traditions rapportent également en détail que, lorsque Walid rejeta toutes les propositions des visiteurs, ceux-ci lui dirent : « Alors, présente-nous une opinion mûrement réfléchie. » Walid répondit : « Donnez-moi un peu de temps pour réfléchir. » Après avoir réfléchi quelque temps, Walid formula le commentaire mentionné plus haut (Tafsir Fi Zilal al-Qur’an, Sayyid Qutb le martyr, juz’ 29, p. 188).
Dans le contexte de l’événement précité, Allah révéla au sujet de Walid les seize versets de la sourate al-Muddaththir. Ces versets dépeignent la nature de la réflexion de Walid. Allah dit : « Il réfléchit et décida. Maudit soit-il ! Comment a-t-il décidé ? Encore maudit soit-il ! Comment est-il parvenu à cette décision ? Puis il regarda, fronça les sourcils et prit un air renfrogné. Puis il tourna le dos, manifesta son orgueil et déclara : “Ceci n’est qu’une magie transmise de génération en génération ; ce ne sont que des paroles humaines.” » (versets 18-25).
Après l’adoption de la décision précitée, on entreprit de la mettre en œuvre. Plusieurs polythéistes se postèrent sur les différents chemins empruntés par les pèlerins et les mirent en garde contre le Prophète Muhammad — qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix — (Ibn Hicham, vol. 1, p. 271).
Le premier à s’opposer dans cette entreprise fut Abû Lahab. Pendant le pèlerinage, il suivait le Messager d’Allah (qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix) dans les campements des pèlerins ainsi que sur les marchés de ‘Ukâz, de Majanna et de Dhû al-Majâz. Alors que le Prophète (paix et bénédictions sur lui) appelait les gens au dîn d’Allah, Abû Lahab disait derrière lui : « N’écoutez pas ce qu’il dit : c’est un menteur et un impie. » (Tirmidhî ; Musnad d’Ahmad, tome III, 492.)
Le résultat de cette agitation fut que, lorsque les pèlerins retournèrent chez eux, ils apprirent que le noble Prophète (qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix) avait revendiqué la prophétie. En somme, par l’intermédiaire des pèlerins, la nouvelle du Messager d’Allah se répandit dans toute l’Arabie.
La résistance collective
Lorsque les Quraysh constatèrent que leurs manœuvres visant à détourner Muhammad (qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix) de la prédication du dîn ne produisaient aucun effet, ils réfléchirent à nouveau. Afin de mettre définitivement fin à l’appel au dîn, ils adoptèrent d’autres méthodes et d’autres moyens. L’essentiel de ces méthodes et moyens est exposé ci-dessous :
La première forme de résistance
1. Se moquer de lui, le tourner en dérision, le ridiculiser et le qualifier de menteur. L’objectif était de briser le moral des musulmans. Pour atteindre cet objectif, les polythéistes commencèrent à calomnier et à insulter gratuitement le noble Prophète (qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix). Ils le traitaient parfois de fou. Ainsi, Allah le Très-Haut dit : « Ces mécréants ont dit : “Celui sur qui le Coran a été descendu est certainement un fou.” » (6-15).
Parfois, on l’accusait d’être un magicien et un menteur. Ainsi, Allah le Très-Haut dit : « Ils s’étonnent qu’un avertisseur issu d’eux-mêmes soit venu à eux, et les mécréants disent : “C’est un magicien, un menteur.” » (4-38).
Les mécréants passaient devant et derrière le Messager d’Allah en se déplaçant avec colère et le regardaient avec des yeux chargés de fureur. À ce sujet, Allah le Très-Haut dit : « Lorsque les mécréants entendent le Coran, ils sont sur le point de te renverser de leurs regards perçants et disent : “C’est certainement un fou.” » (51-68).
Lorsque le Noble Prophète — qu’Allah lui accorde Ses bénédictions et la paix — se rendait quelque part, accompagné devant et derrière lui de Compagnons faibles et opprimés, les polythéistes se moquaient d’eux en disant : « Est-ce qu’Allah vous a accordé une faveur ? » (53, 6)
En réponse à leurs propos, Allah dit : « Allah ne connaît-Il pas parfaitement ceux qui sont reconnaissants ? » (53, 6)
Telle était, de manière générale, la condition des mécréants. Le Noble Coran la décrit ainsi : « Les criminels se moquaient des croyants ; lorsqu’ils passaient près d’eux, ils se faisaient des clins d’œil, et lorsqu’ils les voyaient, ils disaient : “Ceux-là sont certainement égarés.” Pourtant, ils n’avaient pas été envoyés pour les surveiller. » (29, 33, 83)
Le deuxième type d’opposition
Déformer l’enseignement du Messager d’Allah, susciter le doute et l’incrédulité, diffuser de fausses propagandes et lancer d’odieuses critiques contre l’enseignement de la religion et ceux qui la prêchaient : telles étaient leurs activités habituelles. Ils s’y livraient avec une telle intensité que le public n’avait pas l’occasion de réfléchir à l’enseignement du Messager d’Allah — qu’Allah lui accorde Ses bénédictions et la paix. Les polythéistes disaient au sujet du Noble Coran : « Ce ne sont que les légendes des anciens ; il les a fait écrire, et elles lui sont dictées matin et soir. » (5, 25)
Les mécréants disent : « Ce n’est que mensonge ; il l’a inventé, et des gens d’une autre communauté l’ont aidé en cela. » (4, 25)
Les polythéistes disaient également : « C’est un homme qui lui enseigne. » (103, 16)
Leur accusation contre le Messager d’Allah — qu’Allah lui accorde Ses bénédictions et la paix — était la suivante : « Quel est donc ce messager qui mange et circule dans les marchés ? » (7, 25)
Les accusations des polythéistes ont été réfutées en de nombreux endroits du Noble Coran ; parfois leurs accusations y sont mentionnées, et parfois elles ne le sont pas.
Troisième forme d’opposition
Le Coran a affronté ses détracteurs en mentionnant les événements et les récits des peuples anciens. Voici ce qui est rapporté au sujet de Nadr ibn al-Harith : un jour, il dit aux Quraychites : « Ô Quraychites, par Allah, un malheur s’est abattu sur vous, et vous n’avez encore trouvé aucun moyen d’y échapper. Muhammad a grandi parmi vous ; il était l’homme que vous aimiez le plus, le plus véridique de tous et le plus digne de confiance. Maintenant que des cheveux ont blanchi près de ses oreilles, il vous apporte un message, tandis que vous dites qu’il est un magicien. Par Allah, il n’est pas magicien. J’ai vu des magiciens et j’ai vu leurs sortilèges. J’ai aussi entendu leurs propos incohérents. Vous dites qu’il est poète ; par Allah, il n’est pas poète non plus. J’ai vu des poètes et j’ai entendu leur poésie. Vous dites qu’il est fou. Non, par Allah, il n’est pas fou non plus. J’ai vu des fous et j’ai vu leur folie ; il ne porte aucune trace de folie. Ô gens de Quraych, réfléchissez profondément : un immense malheur s’est abattu sur vous. »
Ensuite, Nadr ibn al-Harith se rendit à Hîra, où il apprit divers récits concernant les rois, notamment les histoires de Rustam et d’Alexandre. Puis il retourna à La Mecque. Lorsque le Messager d’Allah ﷺ s’asseyait dans une assemblée pour parler d’Allah et avertir les gens de Son châtiment, Nadr s’y rendait et disait : « Par Allah, les paroles de Muhammad ne valent pas mieux que mes récits. » Puis il ajoutait : « Pour quelle raison les paroles de Muhammad seraient-elles meilleures que les miennes ? » (Ibn Hichâm, t. 1, p. 299, 300 et 358 ; Mukhtasar as-Siyar, cheikh Abdallah, p. 117-118).
Le récit de l’honorable Abdallah ibn Abbas nous apprend également que Nadr ibn al-Harith avait acheté plusieurs esclaves chanteuses. Lorsqu’il apprenait qu’une personne était attirée par le noble Prophète ﷺ, il envoyait l’une d’elles auprès de cette personne. Elle lui faisait servir à manger et à boire, et lui chantait des chansons. Finalement, cette personne ne conservait plus aucun attrait pour l’islam. C’est à ce sujet qu’Allah le Très-Haut révéla ce verset : « Parmi les gens, il en est qui achètent des paroles futiles afin d’égarer les autres du chemin d’Allah » (Fath al-Qadir, t. 4, p. 236).
Quatrième forme d’opposition
À un moment donné, les Quraychites tentèrent d’établir un compromis entre l’islam et la période de l’ignorance, c’est-à-dire de faire des concessions réciproques. Le Messager d’Allah accepterait certaines choses des polythéistes, et les polythéistes adopteraient certains principes du Messager d’Allah. Allah le Très-Haut dit à ce sujet dans le Coran : « Ils aimeraient que tu sois conciliant, afin qu’ils le soient aussi » (9, 68). Selon un récit rapporté par Ibn Jarir et at-Tabarani, les polythéistes proposèrent au Messager d’Allah : « Adore nos divinités pendant une année, et nous adorerons ton Seigneur pendant une année. » Dans un récit rapporté par Abd ibn Humayd, les polythéistes dirent : « Si tu acceptes nos divinités, nous adorerons également ton Dieu » (Fath al-Qadir, composé par ach-Chawkani, t. 5, p. 508).
Ibn Ishaq rapporte que, tandis que le Messager d’Allah ﷺ accomplissait le tawaf autour de la Kaaba, Aswad ibn al-Muttalib ibn Asad ibn Abd al-Uzza, al-Walid ibn al-Mughira, Umayya ibn Khalaf et al-As ibn Wa’il as-Sahmi vinrent le trouver. Ils étaient des personnalités éminentes de leurs tribus respectives. Ils lui dirent : « Viens, Muhammad : nous adorerons celui que tu adores, et tu adoreras celui que nous adorons. Ainsi, nous serons tous deux élevés au même rang. Si votre divinité est meilleure que la nôtre, nous bénéficierons de sa bonté ; et si notre divinité est meilleure que la vôtre, vous bénéficierez de la sienne. » En réponse à ces propos ridicules, Allah le Très-Haut révéla la sourate al-Kafirun. Elle proclame : « Je ne peux pas adorer ceux que vous adorez » (Ibn Hicham, t. 1, p. 362).
Cette réponse décisive a déraciné les propos ridicules des idolâtres. La raison probable de la diversité des récits est que ce genre de tentative a vraisemblablement été renouvelé à plusieurs reprises.
Injustice et persécution
Le récit des actions entreprises par les idolâtres, au cours de la quatrième année de la mission prophétique, pour mettre fin à la prédication publique de l’islam a déjà été exposé. Les idolâtres menèrent progressivement et lentement ces activités malveillantes. Durant des semaines, voire des mois, ils ne firent rien de plus. Mais lorsqu’ils constatèrent que leurs efforts ne parvenaient pas à entraver la prédication de l’islam, ils se réunirent de nouveau et constituèrent un comité composé de vingt-cinq mécréants. Ceux-ci comptaient parmi les dirigeants de la tribu de Quraysh. L’oncle du Messager d’Allah — qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix — était à la tête de ce comité. Après s’être consulté et avoir mûrement réfléchi, le comité approuva une résolution décisive contre le Messager d’Allah — qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix — et ses Compagnons. Ils décidèrent de ne faire preuve d’aucune indulgence lorsqu’il s’agirait de faire souffrir le Prophète — qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix — pour s’opposer à l’islam et de persécuter ceux qui l’avaient embrassé. (Rahmatul lil-‘Alamin, tome 1, p. 59-60)
Après avoir adopté cette résolution, les idolâtres résolurent fermement de la mettre en œuvre par tous les moyens. Il était facile d’appliquer la décision des idolâtres aux musulmans, en particulier aux musulmans faibles. Mais il en allait autrement pour le Messager d’Allah — qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix. C’était en effet un homme exceptionnel, doté d’une personnalité incomparable. Tous le regardaient avec respect. Il était facile de s’approcher de lui avec égards. Les activités insultantes et ignobles dirigées contre lui convenaient aux barbares et aux ignorants. En plus de sa personnalité, de sa distinction et de sa perspicacité, il bénéficiait du soutien d’Abû Tâlib. À La Mecque, l’influence d’Abû Tâlib était incontestable. Personne n’avait le courage de passer outre cette influence, individuellement ou collectivement, ni de rompre l’engagement pris envers lui. Dans ces circonstances, les Quraysh vivaient dans une grande angoisse. Mais la question était de savoir combien de temps encore ils pourraient supporter cette religion dont la propagation sapait les fondements de leur suprématie religieuse et de leur domination et autorité temporelles. Finalement, sous la direction d’Abû Lahab, les idolâtres commencèrent à persécuter le Prophète — qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix. En réalité, Abû Lahab lui témoignait déjà de l’hostilité. Avant même que les Quraysh n’envisagent de persécuter le Messager d’Allah, Abû Lahab y réfléchissait. Les propos tenus par ce misérable lors de l’assemblée des Banû Hâshim et au pied du mont Safâ ont déjà été mentionnés. Certains récits rapportent qu’après que le Prophète Muhammad — qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix — eut appelé à la religion au pied du mont Safâ, Abû Lahab ramassa une pierre pour le frapper. (Tirmidhî)
Avant que le Messager ne reçût la mission prophétique, Abû Lahab avait marié ses deux fils, ‘Utba et ‘Utayba, aux deux filles du Messager d’Allah — qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix —, Ruqayya et Umm Kulthûm. Mais après que le Messager d’Allah — qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix — eut reçu la mission prophétique et au début de la prédication de la religion, Abû Lahab força ses deux fils à divorcer des deux filles du Prophète. (Tafsîr fî Zilâl al-Qur’ân, Sayyid Qutb Shahîd, tome 3, p. 282 ; Tafhîm al-Qur’ân, Mawlânâ Sayyid Abû al-A‘lâ Mawdûdî, tome 6, p. 552, édition ourdoue)
Après le décès de ‘Abdullah, le deuxième fils du Prophète — qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix —, Abû Lahab fut si heureux qu’il courut auprès de ses amis et leur annonça avec jubilation que Muhammad était devenu sans descendance mâle. (Tafhîm al-Qur’ân, tome 6, p. 490, édition ourdoue)
Il a également été mentionné précédemment que, pendant la saison du pèlerinage, Abû Lahab suivait le Prophète — qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix — dans les marchés et diverses assemblées, afin de le faire passer pour un menteur. Le récit de Târiq ibn ‘Abdullah al-Muhâbirî nous apprend qu’Abû Lahab ne se contentait pas de s’employer à réfuter les paroles du Prophète — qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix — : il lui jetait aussi des pierres, au point de lui ensanglanter les talons. (Jâmi‘ at-Tirmidhî)
La femme d’Abû Lahab, Umm Jamîl, s’appelait en réalité Awâ. Elle était la fille de Harb ibn Umayya et la sœur d’Abû Sufyân. Dans son hostilité envers le Prophète — qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix —, elle ne le cédait en rien à son mari. Elle déposait des épines sur le chemin que le Prophète empruntait et devant sa porte. Cette femme immonde était extrêmement grossière et querelleuse. Insulter le Prophète — qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix —, colporter des calomnies, se quereller sous divers prétextes, semer la discorde et provoquer des situations conflictuelles, telle était son activité. C’est pourquoi Allah Tout-Puissant a dit dans le Coran : « Et sa femme aussi, qui porte le bois. »
Lorsque l’épouse d’Abou Lahab apprit qu’un verset avait été révélé pour la blâmer, elle vint près de la Kaaba en recherchant le Messager d’Allah, qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix. Le Prophète bien-aimé se trouvait alors près de la Kaaba, accompagné d’Abou Bakr as-Siddiq, qu’Allah l’agrée. L’épouse d’Abou Lahab tenait une poignée de pierres à la main. Lorsqu’elle s’approcha du Messager d’Allah, Allah le Très-Haut lui ôta la vue : elle ne put voir le Messager d’Allah, mais elle voyait Abou Bakr. Elle s’avança vers Abou Bakr et lui demanda : « Où est ton compagnon ? J’ai appris qu’il m’a dénigrée. Par Allah, si je le trouve, je lui jetterai cette pierre au visage. Sache-le, par Allah, je suis moi aussi poétesse. » Puis elle récita ce poème : « Muzammam — les polythéistes appelaient le noble Prophète “Muzammam” au lieu de “Muhammad”. Muhammad signifie “loué”, tandis que Muzammam signifie le contraire, c’est-à-dire “blâmé” — nous avons désobéi à Muzammam et n’avons pas soutenu ses œuvres ; nous avons rejeté sa religion avec haine et mépris », puis elle s’en alla.
Abou Bakr as-Siddiq, qu’Allah l’agrée, dit au Prophète, qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix : « Ô Messager d’Allah, ne vous a-t-elle pas vu ? » Il répondit : « Non, elle ne m’a pas vu. Allah le Très-Haut lui avait ôté la vue en ce qui me concernait. » (Ibn Hicham, tome I, p. 335-336.)
Abou Bakr Razzyar a également rapporté cet événement. Il a ajouté que l’épouse d’Abou Lahab, s’étant avancée devant Abou Bakr, lui avait dit : « Abou Bakr, votre compagnon m’a dénigrée. » Abou Bakr répondit : « Cela est faux. Par le Seigneur de cette Maison, il ne compose pas de poésie et n’en récite pas non plus. » L’épouse d’Abou Lahab dit : « Vous avez raison. »
Abou Lahab était le voisin et l’oncle du Messager d’Allah, qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix. Sa maison se trouvait près de celle du Messager d’Allah, qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix. D’autres voisins faisaient également subir des désagréments au Messager d’Allah, qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix.
Ibn Ishaq dit que les personnes qui importunaient le Messager d’Allah, qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix, dans sa maison étaient notamment Abou Lahab, al-Hakam ibn Abou al-‘Âs ibn Omeyya, ‘Uqba ibn Abou Mou‘ayt, ‘Adî ibn Hamrâ et Thaqafî ibn al-Asda al-Houdhalî. Ils étaient tous ses voisins.
Parmi eux, personne ne devint musulman, à l’exception d’al-Hakam ibn Abou al-‘Âs, qui était le père du calife omeyyade Marwân ibn al-Hakam. Leur manière de lui nuire était la suivante : lorsque le Messager d’Allah, qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix, accomplissait la prière, l’un d’eux lançait des entrailles de chèvre de sorte qu’elles retombaient sur son corps. Lorsqu’une marmite était placée sur le foyer, ils lançaient également les entrailles de chèvre de façon à ce qu’elles tombent dans la marmite. Par la suite, le Messager d’Allah, qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix, aménagea un endroit à l’intérieur de sa maison afin de pouvoir prier en toute sécurité.
Après qu’on eut jeté ces entrailles sur le Messager d’Allah, qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix, il les prit au bout d’un bâton, se tint à la porte et dit : « Ô Banû ‘Abd Manâf, est-ce là une manière de traiter son voisin ? » Puis il jeta les entrailles. (Ibn Hicham, tome I, p. 416.)
‘Uqba ibn Abou Mou‘ayt était un scélérat et un expert en méfaits. Il est rapporté dans le Sahîh de Boukhari, d’après ‘Abdallah ibn Mas‘ûd, qu’Allah l’agrée, que le Prophète, qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix, priait près de la Kaaba. Abou Jahl et plusieurs de ses amis étaient assis là. À un moment, l’un d’eux dit aux autres : « Qui parmi vous a le courage d’aller chercher les entrailles du chameau d’un tel et de les déposer sur le dos de Muhammad lorsqu’il se prosternera ? » ‘Uqba ibn Abou Mou‘ayt — cet événement est relaté en détail dans une autre version du Sahîh de Boukhari, voir tome I, p. 534 — alla chercher les entrailles du chameau et attendit. Lorsque le Prophète, qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix, se prosterna, il lui suspendit ces entrailles de part et d’autre des épaules. Je voyais tout, mais je ne pouvais rien dire. Comme il aurait été merveilleux — hélas ! — d’avoir eu la force de le protéger !
Hadrat Abdallah ibn Mas‘ud (qu’Allah l’agrée) rapporte : Ensuite, les scélérats se mirent à rire et à se pencher les uns sur les autres, tandis que le Messager d’Allah — qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix — resta prosterné sans relever la tête. Hadrat Fatima (qu’Allah l’agrée), ayant appris la nouvelle, accourut et retira les entrailles. Le Messager d’Allah — qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix — releva alors la tête de sa prosternation et répéta trois fois : « Allāhumma, charge-Toi des Qurayshites », c’est-à-dire : « Ô Allah, prends en charge les Qurayshites. » En entendant cette invocation de malédiction, ils furent mécontents, car ils croyaient fermement que ses invocations étaient exaucées dans cette ville. Puis le Messager d’Allah — qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix — invoqua Allah contre eux en les nommant : « Ô Allah, saisis Abû Jahl, ‘Utba ibn Rabî‘a, Shayba ibn Rabî‘a, al-Walîd ibn ‘Utba, Umayya ibn Khalaf et ‘Uqba ibn Abû Mu‘ayt. »
Le Messager d’Allah — qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix — avait probablement également cité les noms de quelques autres personnes, mais le narrateur les avait oubliés. Abdallah ibn Mas‘ud (qu’Allah l’agrée) rapporte : « J’ai vu les cadavres de tous les mécréants contre lesquels le Messager d’Allah — qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix — avait invoqué Allah en prononçant leurs noms, gisant dans le puits de Badr. » (Sahîh al-Bukhârî, Kitâb al-Wudû’, tome 1, p. 37.)
Umayya ibn Khalaf avait l’habitude d’adresser diverses insultes au Messager d’Allah — qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix — et de le maudire chaque fois qu’il le voyait. Allah le Très-Haut révéla à son sujet ce verset : « Malheur à tout calomniateur diffamateur », c’est-à-dire celui qui insulte et dénigre publiquement. Ibn Hishâm dit que le hamâz est celui qui insulte publiquement et fait des signes avec des regards de travers, tandis que le lamâz est celui qui dénigre les gens derrière leur dos et leur nuit. (Ibn Hishâm, tome 1, p. 356-357.)
Ubayy ibn Khalaf, le frère d’Umayya, était un proche ami de ‘Uqba ibn Abû Mu‘ayt. Un jour, ‘Uqba s’assit auprès du Prophète — qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix — et écouta quelques enseignements de l’islam. Lorsqu’il l’apprit, Ubayy reprocha cela à ‘Uqba et lui ordonna : « Va donc cracher sur Muhammad. » ‘Uqba s’exécuta. Une fois, Ubayy ibn Khalaf réduisit en poudre un vieil os, puis souffla cette poudre dans l’air en direction du Prophète — qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix. (Ibn Hishâm, tome 1, p. 361-362.)
Akh nas ibn Sharîq ath-Thaqafî était lui aussi très zélé pour nuire au Prophète — qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix. Le Noble Coran mentionne neuf de ses mauvaises habitudes ; cela permet de se faire une idée de son activité. Allah, le Seigneur des mondes, dit : « Et n’obéis pas à celui qui multiplie les serments, qui est médisant, qui colporte les propos des uns auprès des autres, qui empêche le bien, qui transgresse, qui est pécheur, dur et grossier, et de surcroît de mauvaise réputation. » (68:10-13.)
Abû Jahl venait parfois écouter le Coran auprès du Messager d’Allah — qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix —, mais il s’en tenait à l’écoute : il ne croyait pas, n’acceptait pas les enseignements de l’islam et ne manifestait aucune obéissance envers Allah et Son Messager. Au contraire, il offensait le Messager d’Allah — qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix — par ses paroles et faisait obstacle au chemin d’Allah. Ensuite, il se rengorgeait fièrement de cet acte, comme s’il avait accompli un exploit considérable. Allah le Très-Haut révéla à son sujet les versets suivants du Noble Coran (Tafsîr Fî Zilâl al-Qur’ân, tome 29). Allah dit : « Il n’a ni cru ni accompli la prière, mais il a plutôt rejeté la vérité et tourné le dos. Puis il est retourné auprès des siens, plein d’orgueil. Malheur à toi, malheur ! » (75:31-35.)
Dès le premier jour, Abû Jahl tenta d’empêcher le Prophète — qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix — de prier après l’avoir vu accomplir la prière. Un jour, le Prophète — qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix — priait près du Maqâm Ibrâhîm, et Abû Jahl passait par là. Il lui dit : « Muhammad, ne t’ai-je pas interdit de faire cela ? » Il le menaça aussitôt, et le Prophète — qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix — lui répondit également par une menace. Abû Jahl dit alors : « Muhammad, pourquoi me menaces-tu ? Sache que mon assemblée est la plus importante de toute La Mecque. » À la suite de ces paroles arrogantes d’Abû Jahl, Allah le Très-Haut révéla ce verset : « Qu’il appelle donc son assemblée » (Tafsîr Fî Zilâl al-Qur’ân, Sayyid Qutb le martyr, partie 30, p. 208) ; « Moi aussi, J’appelle les anges chargés du châtiment. »
Selon un récit, le Messager d’Allah — qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix — saisit Abû Jahl par son manteau, près de la gorge, et lui dit : « Malheur à toi, malheur ! Encore malheur à toi, malheur ! » (Même source.)
En entendant cela, l’ennemi d’Allah, Abû Jahl, dit : « Ô Muhammad, me menaces-tu ? Par Dieu, ni toi ni ton Seigneur ne pourrez rien contre moi. Parmi tous ceux qui circulent entre les deux montagnes de La Mecque, je suis l’homme le plus honoré. »
Malgré la menace annoncée dans le Noble Coran, Abû Jahl ne renonça pas à sa conduite insensée ; au contraire, ses méfaits ne firent que s’aggraver. Il est rapporté dans le Sahîh Muslim, d’après Abû Hurayra, qu’un jour Abû Jahl dit aux chefs de Quraysh : « Muhammad pose-t-il son visage dans la poussière devant vous ? » Les chefs de Quraysh répondirent : « Oui. » Abû Jahl dit alors : « Par al-Lât et al-‘Uzzâ, si je le vois dans cet état, je lui briserai la nuque et traînerai son visage sur le sol. » Puis, ayant vu le Messager d’Allah prier, il s’avança pour lui briser la nuque. Mais tous le virent soudain reculer en hurlant et se rouler par terre, criant : « Au secours ! Au secours ! » Des gens qui le connaissaient lui demandèrent : « Abû al-Hakam, qu’est-ce qui t’arrive ? » Abû Jahl répondit : « J’ai vu entre Muhammad et moi une tranchée de feu, dans laquelle brûlait un feu terrible. » En entendant cela, le Messager d’Allah dit : « S’il s’était approché de moi, l’ange aurait arraché ses membres. » (Sahîh Muslim)
D’un côté, le Messager d’Allah était traité de cette manière avec injustice et cruauté ; de l’autre, les habitants ordinaires de La Mecque lui vouaient un profond respect et un grand amour, et, en raison de sa noble personnalité, le considéraient avec une estime et un honneur extraordinaires. De plus, son oncle Abû Tâlib lui apportait soutien et assistance. Malgré tout cela, de telles persécutions étaient exercées contre lui. Quant aux musulmans qui avaient trouvé refuge sous l’ombre apaisante de l’islam, en particulier les musulmans faibles, les persécutions et les tortures infligées par les polythéistes étaient encore plus terribles. Chaque tribu châtiait ceux des siens qui avaient embrassé l’islam. Ceux qui n’appartenaient pas aux tribus de La Mecque étaient soumis à toutes sortes de sévices de la part des gens turbulents et influents. Le récit de ces persécutions aurait bouleversé même les personnes au cœur le plus endurci.
Lorsqu’Abû Jahl apprenait qu’une personne noble et respectée avait embrassé l’islam, il l’insultait et l’humiliait ; il la menaçait également de lui causer des préjudices sociaux et économiques. Si une personne faible embrassait l’islam, il la saisissait et la battait, tout en encourageant les autres à la battre eux aussi (Ibn Hishâm, tome 1, p. 320).
Après que ‘Uthmân ibn ‘Affân eut embrassé l’islam, son oncle l’enveloppait dans une natte de palmier et l’enfumait (Rahmatul-lil-‘Âlamîn, tome 1, p. 57).
Après avoir appris que son fils Mus‘ab ibn ‘Umayr avait embrassé l’islam, sa mère cessa de le nourrir et le chassa de la maison. Depuis son enfance, Mus‘ab avait vécu dans l’aisance et le confort. En raison des circonstances, il se trouva dans une situation telle que la peau de son corps devint semblable à celle d’un serpent qui a mué (ibid., p. 58).
Bilâl était l’esclave d’Umayya ibn Khalaf. Après qu’il eut embrassé l’islam, Umayya lui attachait une corde au cou et le livrait à des enfants turbulents. Ceux-ci le promenaient dans différents endroits de La Mecque, si bien que des marques de corde apparaissaient sur son cou. Umayya le ligotait lui-même et le rouait également de coups cruels, puis le forçait à s’allonger sur le sable brûlant. Durant cette période, il le maintenait affamé et ne lui donnait ni nourriture ni boisson. Parfois, sous le soleil de midi, il le faisait étendre sur le sable du désert et plaçait une lourde pierre sur sa poitrine. Il lui disait alors : « Tu resteras ainsi jusqu’à ta mort ; mais si tu veux vivre, abandonne la voie de Muhammad. » Pourtant, même dans cette situation extrêmement pénible, il répétait : « Un Seul, un Seul ! » Voyant les tortures qu’il subissait, Abû Bakr en fut un jour profondément affligé. Il acheta Bilâl en échange d’un esclave noir — selon une autre version, pour deux cents dirhams — et lui rendit la liberté (Rahmatul-lil-‘Âlamîn, tome 1, p. 57 ; Talqîh al-Fuhûm ; Ibn Hishâm, tome 1, p. 318).
‘Ammâr ibn Yâsir était l’esclave des Banû Makhzûm. Après que lui et ses parents eurent embrassé l’islam, de terribles tortures commencèrent à leur être infligées. Sous la direction d’Abû Jahl, les polythéistes les faisaient souffrir en les étendant sous le soleil brûlant, dans une étendue sablonneuse. Un jour, alors qu’ils étaient ainsi châtiés, le Prophète passa par là et leur dit : « Ô famille de Yâsir, soyez patients ; votre demeure est le Paradis. »
Ne pouvant plus supporter les persécutions, Ḥazrat Yâsir mourut. Le scélérat Abû Jahl lança une lance sur les parties intimes de son épouse, Ḥazrat Sumayya, la mère de Ḥazrat ʿAmmâr. Elle mourut en martyre et fut la première martyre de l’islam. Les persécutions contre Ḥazrat ʿAmmâr se poursuivaient sans relâche : tantôt on l’étendait sur le sable brûlant, tantôt on plaçait une lourde pierre sur sa poitrine, tantôt on le maintenait sous l’eau. Les polythéistes lui disaient : « Nous ne te laisserons pas partir tant que tu n’insulteras pas Muḥammad et que tu ne diras pas de paroles élogieuses au sujet de Lât et d’al-ʿUzzâ. » Ḥazrat ʿAmmâr fut contraint d’acquiescer à leurs exigences. Il se présenta ensuite en pleurant devant le Messager d’Allah, qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix. C’est alors qu’Allah, le Seigneur des mondes, révéla ce verset du Noble Coran : « Quiconque renie Allah après avoir cru — sauf celui qui y est contraint alors que son cœur reste ferme dans la foi — et ouvre son cœur à la mécréance, celui-là encourra la colère d’Allah et aura un châtiment terrible. » (Ibn Hichâm, t. I, p. 320 ; Fiqh as-Sîra, Muḥammad al-Ghazâlî, p. 82. ʿAwfî en a rapporté une partie d’après Ibn ʿAbbâs ; voir le Tafsîr d’Ibn Kathîr.)
Ḥazrat Khabbâb ibn al-Aratt, qu’Allah l’agrée, était l’esclave d’une femme nommée Umm Anmâr, de la tribu des Khuzâʿa. Les polythéistes le torturaient de diverses manières : ils le traînaient sur le sol (Raḥmat li-l-ʿÂlamîn, t. I, p. 57 ; Iʿjâz at-Tanzîl, p. 53), le tiraient par les cheveux et lui tordaient le cou. À plusieurs reprises, ils l’allongèrent sur des braises ardentes et placèrent une pierre sur sa poitrine afin de l’empêcher de se relever (ibid., t. I, p. 57 ; Talqîḥ al-Fuhûm, p. 60).
Zinnîra (la prononciation de ce nom est celle de « Zinnîra al-Miskîna », c’est-à-dire « Zinnîra la pauvre »), Nahdiyya et sa fille, ainsi qu’Umm ʿUbayس, étaient des esclaves. Après avoir embrassé l’islam, elles subirent de sévères châtiments aux mains des polythéistes. Quelques exemples de ces châtiments ont été exposés plus haut. Une esclave d’une famille de la tribu des Banû ʿAdî, appartenant aux Banû Muʾammil, avait embrassé l’islam. Ḥazrat ʿUmar ibn al-Khaṭṭâb, qui n’était pas encore musulman, la frappait avec une violence extrême, puis s’arrêtait un moment en lui disant : « Je ne te laisse pas pour avoir pitié de toi ; je m’arrête seulement parce que je suis moi-même fatigué. » (Raḥmat li-l-ʿÂlamîn, t. I, p. 57 ; Ibn Hichâm, t. I, p. 319.)
Finalement, Ḥazrat Abû Bakr aṣ-Ṣiddîq, qu’Allah l’agrée, acheta ces esclaves et les affranchit, tout comme il l’avait fait pour Ḥazrat Bilâl et ʿÂmir ibn Fuhayra (Ibn Hichâm, t. I, p. 318-319).
Les polythéistes infligeaient aussi aux nouveaux musulmans des châtiments d’une cruauté effroyable. Ils enveloppaient certains Compagnons dans des peaux encore fraîches de chameau ou de vache, les y attachaient et les laissaient au soleil ; ils revêtaient certains d’une armure de fer et les allongeaient sur des pierres brûlantes. Dès qu’ils apprenaient que quelqu’un avait embrassé l’islam, les polythéistes scélérats le persécutaient et le torturaient de diverses manières. En somme, la liste des cruautés et des tortures infligées aux adeptes de la religion choisie par Allah est très longue et profondément douloureuse (Raḥmat li-l-ʿÂlamîn, t. I, p. 58).
Dâr al-Arqam
Dans cette situation effroyable de persécutions et de tortures, le Messager d’Allah, qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix, recommanda aux musulmans que les nouveaux convertis ne proclament pas publiquement leur conversion à l’islam et qu’ils fassent preuve de discrétion dans leurs rencontres et leurs relations. En effet, si les non-musulmans apprenaient que les musulmans rencontraient le Messager d’Allah, ils entraveraient la diffusion de l’enseignement islamique, ce qui accroîtrait fortement le risque d’affrontement entre les deux parties. Au cours de la quatrième année de la mission prophétique, un incident de ce genre se produisit. Les nobles Compagnons se réunissaient dans une vallée pour accomplir la prière. Un jour, un groupe de polythéistes les aperçut dans cette situation. Ils se mirent alors à insulter les musulmans et engagèrent une querelle. À ce moment-là, Ḥazrat Saʿd ibn Abî Waqqâṣ, qu’Allah l’agrée, frappa si violemment un homme que son sang se mit à couler. Ce fut le premier acte de sang versé dans l’islam (Ibn Hichâm, t. I, p. 263 ; Mukhtaṣar as-Sîra, cheikh Muḥammad ʿAbd al-Wahhâb).
Si de tels affrontements s’étaient répétés et prolongés, l’existence même des musulmans aurait pu être anéantie. Il était donc absolument nécessaire d’adopter une stratégie de discrétion. Conformément à cette stratégie, les Compagnons ordinaires dissimulaient leur conversion à l’islam, leurs actes de dévotion, la transmission du message ainsi que leurs rencontres et leurs relations mutuelles. En revanche, le Messager d’Allah, qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix, accomplissait publiquement la transmission de la religion et les actes d’adoration ; aucun obstacle ne pouvait l’en détourner. Toutefois, il restait discret dans ses rencontres et ses conversations avec les musulmans. La maison d’Arqam ibn Abî al-Arqam al-Makhzûmî se trouvait au pied du mont Ṣafâ. Comme les rebelles polythéistes ne s’y rendaient pas, le Prophète, qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix, désigna Dâr al-Arqam, à partir de la cinquième année de la mission prophétique, comme centre de l’appel à la religion et des rencontres avec les musulmans (Mukhtaṣar as-Sîra, cheikh Muḥammad ibn ʿAbd al-Wahhâb an-Najdî, p. 61).
La première Hijra vers l’Abyssinie
Cette vague d’injustice, de persécution et de sévices avait commencé vers le milieu ou la fin de la quatrième année de la mission prophétique. Au début, elle était modérée, mais son intensité augmenta de jour en jour et atteignit son paroxysme au milieu de la cinquième année. Il devint alors impossible aux musulmans de rester à La Mecque. C’est durant cette période critique et sombre que la sourate Al-Kahf fut révélée. Elle répondait aux diverses questions soulevées par les polythéistes. Les trois récits qu’elle contient donnent, de la part d’Allah, des indications claires sur l’avenir des croyants. Le récit des Compagnons de la Caverne enseigne que, lorsque la foi et la religion sont menacées, il faut émigrer physiquement du centre de la mécréance et de l’injustice. Allah le Très-Haut dit : « Lorsque vous vous serez séparés d’eux et de ce qu’ils adorent en dehors d’Allah, réfugiez-vous dans la caverne. Votre Seigneur étendra sur vous Sa miséricorde et disposera pour vous de quoi faciliter l’aboutissement de vos affaires. » (18:16).
Le récit de Moïse et de Khidr enseigne que l’issue ne se détermine pas toujours d’après les apparences ; elle peut parfois être totalement opposée à la situation apparente. Ce récit contient donc une indication subtile : l’issue des injustices et des persécutions actuellement infligées aux musulmans sera totalement contraire aux apparences. Si ces polythéistes, ces rebelles arrogants, n’embrassent pas la foi, ils seront un jour vaincus et contraints d’incliner la tête devant les musulmans et de se soumettre à eux pour que soit décidé leur destin.
Le récit de Dhû al-Qarnayn indique plusieurs enseignements mentionnés ci-dessous :
Un. La propriété de la terre appartient à Allah ; Il en fait participer, parmi Ses serviteurs, qui Il veut.
Deux. La réussite ne se trouve qu’après la foi ; elle n’existe pas dans la voie de la mécréance.
Trois. Allah fait parfois surgir parmi Ses serviteurs des hommes qui libèrent les personnes victimes d’injustice et d’oppression de l’emprise de ces mécréants que sont Gog et Magog.
Quatre. Les serviteurs vertueux d’Allah sont les plus dignes de devenir les héritiers de la terre.
Après la révélation de la sourate Al-Kahf, Allah le Très-Haut révéla la sourate Az-Zumar. Elle fait allusion à l’émigration et indique que la terre d’Allah n’est pas étroite. Allah le Très-Haut dit : « Dis : Ô Mes serviteurs croyants, craignez votre Seigneur. Ceux qui accomplissent de bonnes œuvres en ce monde auront le bien. La terre d’Allah est vaste, et les patients recevront certes une récompense sans mesure. »
Le Messager d’Allah, qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix, savait que le roi d’Abyssinie, Ashama An-Najashi, était un souverain juste et que personne n’y subissait ni injustice ni oppression. C’est pourquoi le Messager d’Allah ordonna aux musulmans d’émigrer en Abyssinie afin de préserver leur religion. Ensuite, conformément au plan établi, le premier groupe des nobles Compagnons partit pour l’Abyssinie au mois de Rajab. Il comprenait douze hommes et quatre femmes. Hadrat ‘Uthman, qu’Allah l’agrée, en était le chef, et la fille du Messager d’Allah, Hadrat Ruqayya, qu’Allah l’agrée, l’accompagnait. Le Messager d’Allah, qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix, dit à leur sujet : « Après Hadrat Ibrahim et Hadrat Lut, qu’Allah les bénisse et leur accorde la paix, voici le premier groupe à avoir émigré dans le chemin d’Allah. » (Mukhtasar As-Sirah, Cheikh Amanullah).
Dans l’obscurité de la nuit, ils avancèrent discrètement vers leur destination. Ces précautions avaient été prises afin que les Quraychites ne l’apprennent pas. Ils se dirigèrent d’abord vers le port de Shurayba, sur la mer Rouge. Par chance, ils y trouvèrent deux navires marchands. Ils y embarquèrent et se rendirent en toute sécurité en Abyssinie. Après leur départ, les Quraychites apprirent qu’ils étaient partis et se précipitèrent jusqu’au rivage, mais les nobles Compagnons, qu’Allah les agrée, étaient déjà partis. Ils durent donc revenir bredouilles. Pendant ce temps, les musulmans arrivèrent en Abyssinie et poussèrent un soupir de soulagement. (Rahmatul lil-‘Alamin, vol. 1, p. 61 ; Zad al-Ma‘ad, vol. 1, p. 24).
La même année, au mois de Ramadan, le Prophète, qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix, se rendit dans l’Enceinte sacrée, où les principaux Quraychites s’étaient réunis. Le Messager d’Allah, qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix, arriva soudainement et commença à réciter la sourate An-Najm. Jamais auparavant autant de polythéistes n’avaient entendu le Coran ensemble, car ils avaient décidé de ne jamais l’écouter. Selon les termes du Coran : « Les mécréants disent : “N’écoutez pas ce Coran et faites du tapage pendant sa récitation afin de prendre le dessus.” » (26, 41).
Lorsque le Prophète, qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix, se mit soudain à réciter le Coran d’une voix mélodieuse, les polythéistes furent captivés. Ils étaient émerveillés et envoûtés par la beauté de son expression et la douceur de son langage ; aucune autre pensée ne leur vint à l’esprit à ce moment-là. Tous furent profondément bouleversés. Il récita ce verset vers la fin de la sourate : « Prosternez-vous devant Allah et adorez-Le. » Après avoir récité ce verset, le Prophète, qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix, se prosterna. Aussitôt, les polythéistes se prosternèrent eux aussi. L’influence et la douceur de la vérité avaient brisé l’orgueil des non-musulmans ; aucun d’eux n’était plus maître de lui-même et, sans s’en rendre compte, ils s’étaient prosternés. (Le Sahih de Boukhari rapporte une brève version de cet événement d’après ‘Abdullah ibn Mas‘ud et ‘Abdullah ibn ‘Abbas.)
Lorsqu’ils reprirent leurs esprits, ils furent stupéfaits. Les polythéistes absents, les voyant s’être associés à l’acte même qu’ils s’efforçaient par tous les moyens d’anéantir, les réprimandèrent. Pour échapper à ces reproches, ils dirent alors que Muhammad, qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix, avait mentionné leurs idoles avec respect. Pour se disculper, ils affirmèrent que Muhammad, qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix, avait dit : « Ce sont des déesses éminentes, et on peut espérer leur intercession. »
Or, c’était un mensonge manifeste. Ils avaient inventé cette histoire afin de présenter une excuse plausible pour justifier la faute qu’ils avaient commise en se prosternant avec le Prophète, qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix. Il n’est guère étonnant que ceux qui accusaient constamment le Messager d’Allah, qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix, d’être un menteur et répandaient contre lui calomnies et diffamations aient eu recours à de telles paroles fabriquées pour se défendre. (Après une analyse détaillée du récit précité, les spécialistes sont parvenus à cette conclusion.)
Les musulmans qui avaient émigré en Abyssinie apprirent eux aussi que les Quraychites s’étaient prosternés. Mais l’information qu’ils reçurent était erronée : ils entendirent dire que les chefs quraychites étaient devenus musulmans. Ayant appris cela, ils quittèrent l’Abyssinie au mois de Shawwal pour retourner à La Mecque. Alors qu’ils se trouvaient à une journée de marche de La Mecque, ils apprirent la véritable nouvelle. Certains repartirent ensuite vers l’Abyssinie, tandis que d’autres entrèrent à La Mecque discrètement ou sous la protection de l’un des Quraychites. (Zad al-Ma‘ad, vol. 1, p. 24 ; vol. 2, p. 44 ; Hisham, vol. 1, p. 364).
La seconde Hégire vers l’Abyssinie
Par la suite, les persécutions des polythéistes contre ces émigrés muhâjirûn, et plus généralement contre les musulmans, s’intensifièrent encore. Les membres non musulmans de leurs familles se mirent à leur faire subir toutes sortes de sévices, car les Quraychites avaient appris que le Négus avait bien traité les musulmans et que ceux-ci avaient vécu très convenablement en Abyssinie. Cette nouvelle avait attisé leur ressentiment. Comme les persécutions et les mauvais traitements des Quraychites ne cessaient d’augmenter, le Messager d’Allah — qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix — conseilla de nouveau aux Compagnons d’émigrer en Abyssinie. Toutefois, cette émigration était plus difficile que la première. Cette fois, les polythéistes quraychites étaient sur leurs gardes ; ils ne pouvaient même pas imaginer que les musulmans leur échapperaient pour aller vivre en sécurité ailleurs. Mais, les musulmans faisant preuve d’une plus grande intelligence que les non-musulmans, Allah leur facilita la route vers l’Abyssinie. Ainsi, les musulmans émigrants parvinrent auprès du roi d’Abyssinie avant de tomber sous le contrôle des Quraychites. Cette fois, un groupe de quatre-vingt-deux ou quatre-vingt-trois personnes émigra. Contrairement à l’émigration de ‘Ammâr — qu’Allah l’agrée —, cette émigration comptait dix-huit ou dix-neuf femmes (Zâd al-Ma‘âd, vol. 1, p. 140 ; Rahmat li-l-‘Âlamîn, vol. 1, p. 60). ‘Allâma Mansûrpûrî mentionne le nombre de dix-huit femmes (Rahmat li-l-‘Âlamîn).
La conjuration des Quraychites en Abyssinie
Le fait que les musulmans aient quitté le pays avec leur vie et leur foi constituait pour les Quraychites une cause de profonde affliction. Après de longues discussions, ils décidèrent d’envoyer ‘Amr ibn al-‘Âs et ‘Abdallah ibn Rabî‘a en Abyssinie pour une mission importante.
Ces deux hommes n’avaient pas encore embrassé l’islam, et ils étaient très intelligents. Les Quraychites envoyèrent avec ces deux émissaires de précieux présents destinés au roi d’Abyssinie. Ils offrirent d’abord les présents au roi, puis exposèrent les arguments et les raisons pour lesquels ils souhaitaient ramener les musulmans à La Mecque. Ils dirent : « Ô roi, quelques jeunes insensés de notre pays se sont réfugiés dans le vôtre. Ils ont abandonné la religion de leur peuple, mais ils n’ont pas non plus adopté la religion que vous professez ; ils ont plutôt embrassé une religion nouvellement inventée, dont nous ne savons rien, pas plus que vous. Leurs pères, leurs mères et leurs proches nous ont envoyés afin que nous les ramenions. Ils ne veulent pas que vous nous rendiez ces gens insensés ; ils connaissent parfaitement le bien et le mal de leurs propres membres. » Les dignitaires de la cour souhaitaient eux aussi que le roi renvoie les musulmans.
Le Négus estima qu’il devait examiner cette affaire en profondeur et en étudier soigneusement tous les aspects. Il fit venir les musulmans à sa cour. Après s’être concertés, ceux-ci décidèrent de dire la vérité sans crainte, quels qu’en soient les résultats. Lorsqu’ils arrivèrent à la cour, le Négus leur demanda : « Quelle est donc cette religion qui vous a poussés à rompre avec vos compatriotes ? Vous n’avez pourtant pas adopté la religion que je pratique. » Le porte-parole des musulmans, Ja‘far ibn Abî Tâlib — qu’Allah l’agrée — répondit : « Ô roi, nous étions un peuple ignorant, plongé dans l’adoration des idoles. Nous mangions la chair des bêtes mortes, nous nous adonnions aux péchés, nous rompions les liens avec nos proches, nous maltraitions nos voisins et, parmi nous, les puissants opprimaient les faibles. Alors que nous étions dans cet état, Allah envoya parmi nous un Messager. Nous connaissions déjà sa noble ascendance, sa véracité, sa moralité irréprochable, son honnêteté et sa fidélité. Il nous appela à la voie d’Allah et nous enseigna de reconnaître un Dieu unique et de L’adorer, et d’abandonner les idoles et les pierres que nos ancêtres adoraient. Il nous ordonna de dire la vérité, de restituer les dépôts, de maintenir les liens de parenté, de nous abstenir du péché et de ne pas verser le sang. Il nous interdit les actes obscènes, le mensonge, l’appropriation des biens des orphelins et la calomnie contre les femmes chastes et vertueuses. Il nous dit de n’adorer qu’Allah et de ne rien Lui associer. Il nous ordonna d’accomplir la prière, de jeûner et de donner la zakât. » Après avoir ainsi exposé les enseignements de l’islam, Ja‘far poursuivit : « Nous avons reconnu la véracité de ce Prophète, nous avons cru en lui, cru à la religion qu’il a apportée et lui avons obéi. Nous n’avons adoré qu’Allah et ne Lui avons rien associé. Nous avons considéré comme interdites les choses que ce Prophète avait interdites, et comme licites celles qu’il avait déclarées licites. Pour toutes ces raisons, nos compatriotes se sont irrités contre nous. Ils ont intensifié leurs persécutions et leurs mauvais traitements, et ont multiplié les tentatives pour nous ramener à notre ancienne religion. Ils veulent que nous abandonnions l’adoration d’Allah et retournions à l’idolâtrie, et que nous considérions comme licites toutes les choses impures que nous jugions auparavant interdites. Lorsqu’ils ont considérablement intensifié leurs persécutions, rendu la terre étroite pour nous et fait obstacle à notre foi, nous nous sommes dirigés vers votre pays et avons préféré nous placer sous votre protection plutôt que sous celle de tout autre souverain. Nous espérions également qu’aucune injustice ni aucune oppression ne nous serait infligée ici. »
Le Négus dit : « Récitez-moi donc quelques passages du Livre apporté par votre Messager. »
Ja‘far — qu’Allah l’agrée — récita quelques versets du début de la sourate Maryam. En les entendant, le cœur du Négus changea ; il se mit à pleurer sans interruption et sa barbe fut trempée de larmes. Ses conseillers religieux pleurèrent eux aussi si abondamment que leurs larmes coulèrent sur les livres religieux déployés devant eux. Le Négus déclara ensuite : « Ce discours et celui apporté par Moïse proviennent d’une même source. » Puis il dit à ‘Amr ibn al-‘Âs et à ‘Abdallah ibn Rabî‘a : « Partez ! Je ne vous livrerai pas ces gens et je ne tolérerai ici aucune de vos manigances. »
Après l’ordre du roi, les deux représentants des Quraysh quittèrent la cour. Alors, ʿAmr ibn al-ʿÂs dit à ʿAbdullah ibn Rabîʿa : « Demain, je dirai au roi des choses contre eux qui déjoueront toutes leurs ruses. » ʿAbdullah ibn Rabîʿa répondit : « Non, ce n’est pas nécessaire. Bien qu’ils aient abandonné ma religion, ils sont tout de même membres de ma tribu. » Malgré cela, ʿAmr ibn al-ʿÂs resta ferme dans sa décision.
Le lendemain, ʿAmr ibn al-ʿÂs se rendit à la cour du roi et dit : « Ô roi, ils tiennent des propos étonnants au sujet de Jésus, fils de Marie (que la paix soit sur lui). » En entendant cela, le Négus convoqua de nouveau les musulmans et leur demanda leur opinion au sujet de Jésus (que la paix soit sur lui). Cette fois, les musulmans furent pris de peur. Ils se dirent néanmoins : « Nous plaçons notre confiance en Allah ; advienne que pourra. » Car ils disent la vérité.
En réponse à la question du Négus, Jaʿfar (qu’Allah l’agrée) dit : « Au sujet de Jésus (que la paix soit sur lui), nous disons exactement ce que notre Prophète (qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix) nous a enseigné. Il a dit que Jésus (que la paix soit sur lui) est le serviteur d’Allah, Son Messager, Son Esprit et Sa Parole, qu’Allah Tout-Puissant a confiée à Marie (que la paix soit sur elle), la vierge chaste et vertueuse. »
En entendant cela, le Négus ramassa un morceau de bois sur le sol et dit : « Par Dieu, Jésus (que la paix soit sur lui) n’était rien de plus que ce morceau de bois, selon tout ce que vous avez dit. » En entendant ces paroles, les conseillers religieux exprimèrent leur mécontentement en poussant des exclamations. Le roi dit : « Même si vous manifestez votre désapprobation, ce que je dis est vrai. »
Puis le Négus dit aux musulmans : « Allez, vous êtes parfaitement en sécurité dans mon pays. Ceux qui vous insultent seront condamnés à une amende. Je ne veux laisser personne vous faire du mal, même si, en échange, je devais recevoir une montagne d’or. »
Puis le Négus dit à ses serviteurs : « Rendez aux représentants venus de La Mecque les présents qu’ils ont apportés ; ils sont inutiles. Par Allah, lorsqu’Il m’a rendu à mon pays, Il ne m’a demandé aucun pot-de-vin. Pourquoi accepterais-je un pot-de-vin pour Lui ? De plus, Lui — c’est-à-dire Allah Tout-Puissant — n’a pas accepté, à mon sujet, les paroles d’autrui ; pourquoi accepterais-je, au sujet d’Allah, les paroles d’autrui ? »
Umm Salama (qu’Allah l’agrée), témoin direct de cet événement, rapporte : « Les deux représentants des Quraysh retournèrent alors dans leur pays de manière humiliante, avec les présents qu’ils avaient apportés. Quant à nous, nous continuâmes à vivre dans le pays du Négus, sous la protection d’un bon voisin. » (Ibn Hichâm, vol. 1, p. 334-338.)
Ibn Ishâq a rapporté le récit de cet événement. D’autres auteurs de biographies prophétiques ont écrit que ʿAmr ibn al-ʿÂs s’était rendu à la cour du Négus après la bataille de Badr. Certains, afin de concilier les deux récits, ont écrit qu’ʿAmr ibn al-ʿÂs s’était rendu deux fois à la cour du Négus pour ramener les musulmans. Cependant, le récit de la conversation entre le Négus et Jaʿfar après la bataille de Badr, rapporté par Ibn Ishâq, ressemble à celui de la conversation qui eut lieu après la migration des musulmans en Abyssinie. De plus, la manière dont le Négus posa ses questions montre qu’il n’eut qu’une seule conversation avec les musulmans, et qu’elle eut lieu immédiatement après leur migration en Abyssinie.
En somme, la stratégie des polythéistes échoua. Ils comprirent qu’ils devaient limiter leurs actes hostiles à leur propre territoire. Cependant, ils commencèrent alors à envisager une question extrêmement grave. Ils comprirent clairement que deux voies s’offraient à eux pour échapper à ce danger : soit mettre fin par la force à la prédication religieuse du Messager d’Allah, soit anéantir son existence même. Mais il n’était pas facile de mettre en œuvre le second plan, car Abû Tâlib lui-même était le protecteur du Messager d’Allah — qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix. Il se dressait tel un rideau de fer face à la résolution des polythéistes. Dans ces circonstances, ils ressentirent de nouveau le besoin de s’entretenir avec Abû Tâlib.
Menaces contre Abû Tâlib
Après cette proposition, les chefs de Quraysh se rendirent auprès d’Abû Tâlib et lui dirent : « Ô Abû Tâlib, vous jouissez parmi nous d’un grand rang et d’un grand honneur. Nous vous avions demandé de retenir votre neveu, mais vous ne l’avez pas fait. Sachez que nous ne pouvons pas tolérer que nos pères et nos ancêtres soient insultés, que notre intelligence, notre raison, notre jugement et notre discernement soient qualifiés de stupidité, ni que les défauts de nos divinités soient exposés. Empêchez-le et faites-le renoncer. Si vous échouez, nous déclencherons contre vous et votre neveu une lutte qui fera couler beaucoup de sang. »
Cette menace affecta Abû Tâlib. Il convoqua le Messager d’Allah — qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix — et lui dit : « Mon neveu, les gens de ton peuple sont venus me dire tout cela. Aussi, épargne désormais ma personne et la tienne, et ne m’impose pas dans cette affaire un fardeau que je ne pourrais pas porter. »
En entendant cela, le Messager d’Allah — qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix — comprit que son oncle allait, lui aussi, l’abandonner et qu’il s’était affaibli dans sa volonté de le soutenir. Il dit alors : « Mon oncle, par Allah, même si quelqu’un plaçait le soleil dans ma main droite et la lune dans ma main gauche et me disait d’abandonner cette mission, je ne pourrais pas y renoncer. Soit je mènerai cette mission à son accomplissement et la ferai triompher, soit je périrai en l’accomplissant. »
Après avoir prononcé ces paroles, le Prophète — qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix — fondit en larmes sous le coup de l’émotion, puis commença à partir. Le cœur de son oncle Abû Tâlib s’émut ; il appela son neveu et lui dit : « Va, mon neveu, fais ce que tu veux. Par Allah, jamais, en aucune circonstance, je ne pourrai t’abandonner. » (Ibn Hichâm, tome I, p. 265-266.)
Par Dieu, ils ne pourront pas venir à toi en troupes
Tant que je ne serai pas enseveli sous la terre
Continue à proclamer ton message ouvertement et ne crains plus rien.
Que tes yeux soient réjouis et que ton cœur soit dans la joie (Mokhtasar as-Sîra, cheikh Muhammad ‘Abd al-Wahhâb an-Najdî, p. 68).
Une nouvelle délégation de Quraysh auprès d’Abû Tâlib
Lorsque les Qurayshites constatèrent que, malgré leurs menaces extrêmement graves, le Messager d’Allah — qu’Allah le bénisse et le salue — poursuivait sa mission, ils comprirent qu’Abû Tâlib ne pourrait pas abandonner son neveu ; au contraire, il était même prêt, si nécessaire, à rompre ses relations avec les Qurayshites et à leur déclarer l’hostilité. C’est dans cet esprit que les chefs de Quraysh se présentèrent chez Abû Tâlib, accompagnés de ‘Amâra, fils d’al-Walîd ibn al-Mughîra, et lui dirent : « Ô Abû Tâlib, nous t’avons amené ‘Amâra. ‘Amâra est un jeune homme distingué de la tribu de Quraysh. Prends-le, il t’apportera toute l’aide possible ; adopte-le comme ton propre fils : il sera à toi. En échange, livre-nous ton neveu Muhammad, qui s’oppose à la religion de tes pères et de tes ancêtres, divise ton peuple et traite leur intelligence de stupidité. Nous le tuerons ; ainsi, ce sera simplement un homme contre un homme. »
Abû Tâlib répondit : « Quel magnifique marché vous me proposez ! Vous m’apportez votre fils pour que je le prenne en charge, le nourrisse, l’élève et le fasse grandir, tandis que je vous livrerais mon propre fils afin que vous l’emmeniez et le tuiez ? Par Allah, cela n’arrivera jamais. »
En entendant cela, ‘Adî, fils de Nawfal ibn Mut‘im, dit : « Par Dieu, ô Abû Tâlib, ton peuple t’a parlé avec équité et tu as voulu t’éloigner d’une situation favorable. Mais je constate que tu ne veux accepter aucune de leurs paroles. »
Abû Tâlib répondit : « Par Dieu, vous ne m’avez pas parlé avec équité. Au contraire, vous avez abandonné mon camp et vous vous apprêtez à aider les gens contre moi. Très bien, faites donc ce que vous voulez. » (Ibn Hishâm, tome I, p. 266-267).
Même après avoir consulté divers ouvrages consacrés à la Sîra, il n’est pas possible de déterminer la date des deux conversations mentionnées ci-dessus. Toutefois, d’après les témoignages, les preuves et les indices, il semble qu’elles n’aient pas été très éloignées l’une de l’autre et qu’elles aient toutes deux eu lieu vers le milieu de la sixième année de l’Hégire.
L’infâme proposition de tuer le Messager d’Allah
Après l’échec des deux discussions susmentionnées avec les dirigeants quraychites, leur hostilité s’accrut et l’intensité des persécutions et des sévices augmenta encore. À cette époque, une nouvelle dimension s’ajouta aux odieux complots des dirigeants quraychites : ils proposèrent de tuer le Messager d’Allah. Cependant, à ce moment-là, la conversion à l’islam de deux éminents dirigeants quraychites, Hamza et ‘Umar, multiplia la force de l’islam. Au lieu d’éliminer le Messager d’Allah de ce monde, ces deux lions héroïques se soumirent au Messager d’Allah et renforcèrent ainsi la puissance de l’islam.
Je vais présenter deux exemples des sévices et des persécutions infligés par les idolâtres au Messager d’Allah.
Un jour, ‘Utayba, le fils d’Abu Lahab, vint trouver le Messager d’Allah et lui dit : « Wa-n-najmi idhā hawā et thumma danā fa-tadallā ; je mécrois en cela. » Le sens de ces deux versets de la sourate An-Najm est : « Par l’étoile lorsqu’elle disparaît, puis il s’approcha et fut tout près. » Ensuite, ‘Utayba commença à maltraiter le Messager d’Allah : il déchira sa tunique et cracha en direction de son noble visage, mais le crachat ne l’atteignit pas. Alors le Messager d’Allah l’invoqua en mal et dit : « Ô Allah, envoie contre lui un chien parmi Tes chiens. » Cette invocation du Messager d’Allah fut exaucée. Un jour, ‘Utba se rendait en Syrie avec plusieurs hommes de la tribu de Quraysh. À Zarqa, ils dressèrent leurs tentes pour y passer la nuit. À ce moment-là, on aperçut un lion rôder. En le voyant, ‘Utayba dit : « Hélas, ma perte est inévitable ! Par Dieu, ce lion va me dévorer. Muhammad a invoqué Allah contre moi. Regardez : je suis en Syrie ; ou bien il m’a tué alors qu’il était assis à La Mecque ! » Par précaution, ses compagnons de voyage le firent alors dormir au milieu d’eux. Durant la nuit, le lion arriva, passa au-dessus de tous, s’approcha de ‘Utayba et lui brisa la nuque. (Mukhtasar as-Siyar, cheikh ‘Abdullah, p. 135, tome I ; Ithbāt dalā’il an-nubuwwa et Fawz al-Anf.)
‘Uqba ibn Abî Mu‘ayt était un idolâtre notoire. Un jour, alors que le Messager d’Allah se prosternait durant la prière, un scélérat lui enserra le cou avec une telle force qu’on aurait dit que ses yeux allaient sortir de leurs orbites. (Ibid., Mukhtasar as-Siyar, p. 113.)
Un récit d’Ibn Ishaq nous renseigne sur les complots des Quraychites. Ils complotèrent sans cesse afin d’éliminer le Prophète de ce monde. Selon ce récit, Abu Jahl dit un jour : « Ô frères quraychites, vous voyez bien que Muhammad ne cesse de critiquer notre religion et de condamner nos divinités, et qu’il continue à insulter sans relâche nos pères et nos ancêtres. C’est pourquoi je m’engage devant Allah à m’asseoir avec une lourde pierre et, lorsque Muhammad se prosternera, à lui fracasser la tête avec cette pierre. Ensuite, je serai prêt à affronter n’importe quelle situation : si vous le souhaitez, vous pourrez me laisser sans protection ou assurer ma sécurité. Après cela, que les Banû ‘Abd Manâf me traitent comme ils le voudront ; cela m’est complètement égal. » Après avoir entendu cette proposition, les Quraychites lui dirent : « En aucune circonstance nous ne te laisserons sans protection. Fais donc ce que tu veux faire. »
Au matin, Abu Jahl s’assit avec une lourde pierre et attendit le Messager d’Allah. Les Quraychites se rassemblèrent peu à peu et restèrent anxieux, observant ce qu’Abu Jahl allait entreprendre. Le Messager d’Allah arriva comme à son habitude et commença à prier. Lorsqu’il se prosterna, Abu Jahl s’avança avec la pierre, mais il revint aussitôt, épouvanté, et sa main sembla rester collée à la pierre. Quelques Quraychites vinrent le trouver et lui demandèrent : « Abû al-Hakam, qu’est-ce qui t’arrive ? » Il répondit : « J’allais faire ce que j’avais dit durant la nuit, mais lorsque je me suis approché, j’ai vu un chameau se dresser entre Muhammad et moi. Par Dieu, je n’ai jamais vu de chameau aussi énorme, avec un cou aussi long et de telles dents. Il voulait m’attaquer. »
Ibn Ishaq dit : « On m’a rapporté que le Messager d’Allah a dit qu’il s’agissait de Jibrîl, sous l’apparence d’un chameau. Si Abu Jahl s’était approché, il aurait été saisi. » (Ibn Hisham, tome I, p. 298-299.)
Après cela, Abou Jahl se comporta avec le Messager d’Allah (paix et bénédictions d’Allah sur lui) d’une manière telle que Hamza (qu’Allah l’agrée), en voyant cela, embrassa l’islam. Nous reviendrons sur cet épisode un peu plus loin.
Les autres scélérats de Quraych voulaient eux aussi faire disparaître le Messager d’Allah (paix et bénédictions d’Allah sur lui) de ce monde. Ibn Ishaq rapporte, d’après Abdallah ibn Amr ibn al-As (qu’Allah l’agrée), qu’un jour les polythéistes étaient assis devant la Kaaba, et que je me trouvais également là. Ils évoquèrent le Messager d’Allah et dirent : « On ne trouvera aucun exemple de la patience dont nous avons fait preuve à l’égard de cet homme ; en vérité, nous avons fait preuve à son sujet d’une patience incomparable. » Alors qu’ils tenaient ces propos, le Messager d’Allah (paix et bénédictions d’Allah sur lui) arriva. Il embrassa d’abord la Pierre noire, puis, pendant qu’il effectuait les circumambulations autour de la Kaaba, il passa près des polythéistes. Ceux-ci l’insultèrent par des paroles grossières. L’effet de ces insultes apparut sur le visage du Messager d’Allah. Lorsqu’il repassa près d’eux au cours de ses circumambulations, ils lui adressèrent de nouveau des paroles insultantes, et je remarquai sur son visage l’effet de ces offenses. La même chose se produisit une troisième fois. Alors la patience du Messager d’Allah arriva à son terme ; il s’arrêta brusquement et dit : « Ô gens de Quraych, écoutez ! Par Celui qui tient mon âme entre Ses mains, je suis venu à vous avec des bêtes destinées au sacrifice. »
Les paroles du Messager d’Allah (paix et bénédictions d’Allah sur lui) impressionnèrent profondément les Quraychites, qui se turent tous. Même les hommes au cœur dur commencèrent à lui parler avec douceur et bienveillance. Ils dirent : « Ô Abou al-Qasim, retournez chez vous. Par Allah, vous n’avez jamais été un insensé. »
Le lendemain, les Quraychites s’étaient de nouveau réunis et discutaient du Messager d’Allah (paix et bénédictions d’Allah sur lui). À ce moment-là, il arriva. Dès qu’il s’approcha, ils se jetèrent tous sur lui. L’un d’eux tenta de l’étrangler en lui enroulant son manteau autour du cou. Abou Bakr as-Siddiq (qu’Allah l’agrée) essayait de le protéger contre ces scélérats et disait en pleurant : « Voulez-vous tuer un homme qui dit : “Mon Seigneur est Allah” ? » Les scélérats le relâchèrent alors et partirent. Abdallah ibn Amr ibn al-As (qu’Allah l’agrée) dit : « Parmi les actes de persécution commis par les Quraychites, celui que j’ai vu était le plus terrible. » (Ibn Hicham, tome 1, p. 289-290.)
Il est rapporté dans le Sahih de Boukhari, d’après Ourwa ibn az-Zoubayr (qu’Allah l’agrée), qu’il dit : « J’ai demandé à Abdallah ibn Amr ibn al-As (qu’Allah l’agrée) de me décrire le traitement le plus barbare que les polythéistes aient infligé au Messager d’Allah (paix et bénédictions d’Allah sur lui). Il répondit : “Le Prophète (paix et bénédictions d’Allah sur lui) priait dans le Hatim de la Kaaba lorsqu’Ouqba ibn Abou Mouayt arriva. Il enroula aussitôt son manteau autour du cou du Messager d’Allah et tenta de l’étrangler. C’est alors qu’Abou Bakr (qu’Allah l’agrée) arriva, saisit Ouqba par les deux épaules et le repoussa, puis dit : ‘Voulez-vous tuer un homme qui dit : Mon Seigneur est Allah ?’” » (Sahih de Boukhari, tome 1, p. 544.)
Asma (qu’Allah l’agrée) dit : « Abou Bakr as-Siddiq (qu’Allah l’agrée) entendit quelqu’un crier : “Sauvez votre compagnon !” Dès qu’il entendit ce cri, il courut depuis l’endroit où nous nous trouvions. Il avait quatre tresses sur la tête et se précipita en disant : “Voulez-vous tuer un homme qui dit : Mon Seigneur est Allah ?” Les polythéistes délaissèrent le Messager d’Allah (paix et bénédictions d’Allah sur lui) et se jetèrent sur Abou Bakr. Lorsqu’il rentra chez lui, chaque fois que nous touchions ses cheveux, ceux-ci nous restaient dans les mains. »
La conversion de Hamza à l’islam
Alors que l’atmosphère de La Mecque était plongée dans ce genre d’injustice et de persécution, une lueur de lumière apparut soudainement : Hamza (qu’Allah l’agrée) embrassa l’islam. Cet événement eut lieu au mois de Dhoul-Hijja de la sixième année après le début de la mission prophétique du Messager d’Allah.
La raison pour laquelle Ḥamza (qu’Allah l’agrée) embrassa l’islam fut qu’un jour, près du mont Ṣafā, Abû Jahl insulta le Messager d’Allah (qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix) et lui causa du tort. Le Messager d’Allah (qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix) resta silencieux et ne répondit rien. Alors le scélérat Abû Jahl lui lança un morceau de pierre à la tête, qui se fendit et se mit à saigner. Abû Jahl alla ensuite s’asseoir dans l’assemblée des Quraychites, devant la Kaaba. Une servante d’Abdullah ibn Judʿân avait été témoin de la scène. Ḥamza revenait de la chasse ; elle lui raconta tout, et Ḥamza fut saisi d’une vive colère. Il était le jeune homme le plus puissant parmi les Quraychites. Sans attendre, il s’avança en disant : « Où que je trouve Abû Jahl, je le frapperai. » Puis il entra directement dans la Kaaba, se rendit auprès d’Abû Jahl et lui dit : « Hé, toi qui lâches tes vents par l’orifice caché, tu insultes mon neveu, alors que je suis moi aussi adepte de la religion qu’il prêche ! » Sur ces mots, il frappa si violemment Abû Jahl à la tête avec son arc que celui-ci fut grièvement blessé. Aussitôt, les membres du clan d’Abû Jahl, les Banû Makhzûm, et ceux du clan de Ḥamza (qu’Allah l’agrée), les Banû Hâshim, se dressèrent les uns contre les autres, prêts à s’affronter. Abû Jahl les arrêta en disant : « Ne faites rien à Abû ʿUmâra ; je l’avais réellement gravement insulté, lui et son neveu. » (Mukhtaṣar al-Sîra, Shaykh Muḥammad ibn ʿAbd al-Wahhâb, p. 66 ; Raḥmat li-l-ʿÂlamîn, vol. 1, p. 68 ; Ibn Hishâm, vol. 1, p. 292.)
Au début, Ḥamza (qu’Allah l’agrée), indigné qu’un membre de sa famille ait été insulté, se tourna vers le Messager (qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix). Puis Allah le Très-Haut ouvrit son cœur ; il devint un défenseur résolu de l’islam. Grâce à lui, les musulmans ressentirent une grande force et une grande sérénité. (Mukhtaṣar al-Sîra, Shaykh ʿAbdullah, p. 101.)
La conversion à l’islam de ʿUmar (qu’Allah l’agrée)
Dans cette atmosphère grave, assombrie par les nuages de l’injustice, de la tyrannie et des persécutions, la conversion à l’islam de ʿUmar (qu’Allah l’agrée) fut un nouvel éclair de lumière. Cet événement eut lieu au mois de Dhû al-Ḥijja de la sixième année de la mission prophétique, trois jours après la conversion de Ḥamza (qu’Allah l’agrée). Le Messager d’Allah (qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix) avait invoqué Allah pour qu’il embrasse l’islam. (Târîkh ʿUmar ibn al-Khaṭṭâb, Ibn al-Jawzî, p. 11.)
L’imam al-Tirmidhî rapporte cet événement d’après ʿAbdullah ibn ʿUmar (qu’Allah les agrée tous deux) et le qualifie d’authentique. L’imam al-Ṭabarânî le rapporte également d’après Ibn Masʿûd et Anas (qu’Allah les agrée).
Le Prophète (qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix) avait invoqué Allah en ces termes : « Ô Allah, accorde la possibilité d’embrasser l’islam à celui des deux hommes, ʿUmar ibn al-Khaṭṭâb et Abû Jahl, qui T’est le plus cher, et renforce l’islam par son intermédiaire. »
Allah le Très-Haut exauça cette invocation et ʿUmar (qu’Allah l’agrée) embrassa l’islam. Des deux hommes mentionnés, ʿUmar (qu’Allah l’agrée) était le plus aimé d’Allah. (Al-Tirmidhî, Manâqib Abî Ḥafṣ ʿUmar ibn al-Khaṭṭâb, vol. 2, p. 209.)
L’examen de l’ensemble des récits relatifs à la conversion à l’islam de ʿUmar (qu’Allah l’agrée) montre que l’islam s’est progressivement établi dans son cœur. Avant d’aborder ce sujet, il me paraît nécessaire de donner brièvement un aperçu de son tempérament, de son état d’esprit et de sa manière de penser.
Hadrat ‘Umar (qu’Allah l’agrée) était connu pour son tempérament rude et son caractère sévère. Pendant longtemps, les musulmans subirent de diverses manières des persécutions de sa part. Il semble que des dispositions contradictoires se soient réunies en lui : d’une part, il respectait les coutumes et usages institués par son père et son grand-père, et il s’intéressait beaucoup aux jeux ; d’autre part, il observait avec intérêt la fermeté des musulmans dans leur foi et leur croyance, ainsi que leur patience et leur endurance face aux persécutions et aux sévices. Par sa réflexion et son discernement, il pensait parfois que ce à quoi l’islam appelait était peut-être vrai, plus pur et plus élevé. C’est pourquoi, même lorsqu’il s’emportait soudainement, il finissait par se calmer. (Cette analyse au sujet de ‘Umar a été formulée par l’imam al-Ghazali ; voir Fiqh al-Sîra, p. 92-93.)
Voici, en substance, le récit commun à toutes les traditions relatives à la conversion de Hadrat ‘Umar (qu’Allah l’agrée) à l’islam :
Un jour, Hadrat ‘Umar (qu’Allah l’agrée) dut passer la journée dehors. Il se rendit dans le Sanctuaire sacré et entra dans la Kaaba derrière un rideau. Le Prophète ﷺ était alors en prière et récitait la sourate al-Hâqqa. Hadrat ‘Umar (qu’Allah l’agrée) se mit à écouter le Coran et fut émerveillé et captivé par son style. Il se dit intérieurement : « Cet homme est donc un poète ; les Quraysh ont raison. » À ce moment-là, le Prophète ﷺ récita : « Certes, ceci est un message apporté à un noble Messager. Ce n’est pas l’œuvre d’un poète ; vous croyez peu. » Hadrat ‘Umar (qu’Allah l’agrée) rapporte : « Je me dis intérieurement : Cet homme est donc un devin. » Le Messager d’Allah ﷺ récita alors : « Ce ne sont pas les paroles d’un devin ; vous réfléchissez peu. C’est une révélation descendue du Seigneur des mondes. » Le Messager d’Allah ﷺ récita la sourate jusqu’à sa fin.
Hadrat ‘Umar (qu’Allah l’agrée) dit : « À ce moment-là, l’islam laissa une empreinte dans mon cœur » (Târîkh ‘Umar ibn al-Khattâb, Ibn al-Jawzi, p. 6 ; Sîrat Ibn Hishâm, vol. 1, p. 326-348). Cependant, sa foi et son attachement à la religion de ses ancêtres demeuraient encore inébranlables. C’est pourquoi, bien que la graine de l’amour de l’islam eût été plantée secrètement au plus profond de son cœur, il continuait ouvertement à s’opposer à l’islam et à agir contre lui avec vigueur.
La dureté de son caractère et l’hostilité qu’il vouait au Messager d’Allah ﷺ étaient telles qu’un jour, il sortit l’épée à la main avec l’intention de tuer le Messager d’Allah ﷺ. En chemin, il rencontra un homme de Banû Zuhra — Na‘îm ibn ‘Abdullah al-Nahhâm al-‘Adawî (Ibn Hishâm, vol. 1, p. 344 ; Târîkh ‘Umar ibn al-Khattâb, al-Jawzî, p. 17) — ou de Banû Makhzûm (Mukhtasar al-Sîra, p. 102). Voyant son visage rude, cet homme lui demanda : « Où vas-tu, ‘Umar ? » Il répondit : « Je vais tuer Muhammad. » L’homme lui dit : « Après avoir tué Muhammad, comment échapperas-tu aux Banû Hâshim et aux Banû Zuhra ? » Il répondit : « On dirait que toi aussi, tu as abandonné la religion de tes ancêtres et que tu es devenu renégat ? » L’homme lui dit : « ‘Umar, je vais t’annoncer quelque chose d’étonnant : ta sœur et ton beau-frère ont eux aussi abandonné votre religion et sont devenus renégats. » En entendant cela, Hadrat ‘Umar, fou de colère, se dirigea droit vers la maison de son beau-frère. Il les y trouva en train de lire à Hadrat Khabbâb ibn al-Aratt une feuille sur laquelle était écrite la sourate Tâ-Hâ. Hadrat Khabbâb (qu’Allah l’agrée) se rendait dans cette maison pour leur enseigner le Coran. En entendant les pas de Hadrat ‘Umar, tous se turent. Sa sœur cacha la feuille sur laquelle était écrite la sourate. Cependant, depuis l’extérieur de la maison, Hadrat ‘Umar avait entendu la récitation du Coran par Khabbâb (qu’Allah l’agrée). Il demanda donc : « Quel est ce bruit que j’entendais ? » Ils répondirent : « Rien du tout ; nous parlions entre nous. » Hadrat ‘Umar (qu’Allah l’agrée) dit : « Vous êtes peut-être tous deux devenus renégats. » Son beau-frère répondit : « Eh bien, ‘Umar, que se passera-t-il si une autre religion que la vôtre est la vraie ? » Dès qu’il entendit ces paroles, Hadrat ‘Umar (qu’Allah l’agrée) se jeta sur son beau-frère et le frappa violemment. Sa sœur accourut pour tenter de délivrer son mari des mains de son frère ; elle finit par l’écarter. Soudain, Hadrat ‘Umar (qu’Allah l’agrée) gifla sa sœur si violemment que son visage se mit à saigner. Selon le récit d’Ibn Ishâq, elle reçut un coup à la tête. Sa sœur lui dit avec colère : « ‘Umar, que se passera-t-il si une autre religion que la vôtre est la vraie ? Je témoigne qu’il n’y a aucune divinité en dehors d’Allah et que Muhammad ﷺ est Son Messager. » En entendant cela, Hadrat ‘Umar (qu’Allah l’agrée) fut accablé de désespoir. En voyant le sang sur le visage de sa sœur, il eut également honte. Il dit : « Eh bien, laissez-moi donc lire un peu ce que vous étiez en train de réciter. » Sa sœur répondit : « Tu es impur. Seules les personnes pures peuvent toucher ce Livre. Va te laver, puis reviens. » Hadrat ‘Umar alla se laver, puis revint. Il prit la partie concernée du Livre, s’assit et lut : « Bismillâh al-Rahmân al-Rahîm. » Puis il dit : « Quel nom véritablement sublime et pur ! »
Ayant entendu ces paroles de la bouche de Hadrat ‘Umar (qu’Allah les agrée tous deux), Hadrat Khabbâb (qu’Allah l’agrée) sortit de l’intérieur et dit : « Réjouis-toi, ‘Umar ! Ceci est le résultat de l’invocation que le Messager d’Allah ﷺ avait faite dans la nuit de jeudi. » À ce moment-là, le Messager ﷺ se trouvait dans une maison proche du mont Safâ.
En entendant cela, Umar (qu’Allah l’agrée) arriva devant cette maison, l’épée à la main, et frappa violemment à la porte. Un Compagnon regarda par la porte et vit Umar, l’épée à la main. Tous se rassemblèrent aux alentours. Hamza (qu’Allah l’agrée) demanda : « Que se passe-t-il ? » On lui répondit : « Umar est arrivé. » Il dit : « Umar est arrivé ? Ouvrez la porte. S’il est venu avec de bonnes intentions, ce sera une bonne chose ; s’il est venu avec de mauvaises intentions, nous le tuerons avec sa propre épée. » De son côté, le Messager d’Allah (qu’Allah le couvre de Ses bénédictions et lui accorde la paix) se trouvait à l’intérieur, et la Révélation descendait sur lui. Après la descente de la Révélation, il vint dans la pièce auprès d’Umar, le saisit par son vêtement et par une partie de son épée, le secoua et lui dit : « Umar, ne cesseras-tu pas tant qu’Allah n’aura pas fait descendre sur toi un châtiment humiliant semblable à celui qu’Il fit descendre sur al-Walid ibn al-Mughira ? Ô Allah, renforce et honore la religion par Umar ibn al-Khattab ! » À peine eut-il prononcé ces paroles qu’Umar (qu’Allah l’agrée) embrassa l’islam et déclara : « J’atteste qu’il n’y a certainement de divinité qu’Allah et que tu es le Messager d’Allah. » En entendant cela, ceux qui se trouvaient dans la maison crièrent « Allahou akbar » si fort que ceux qui étaient dans la Kaaba purent également entendre leur voix (Tarikh Umar ibn al-Khattab, p. 7, 10, 11 ; Sîrat Ibn Hicham, vol. 1, p. 343-344). En Arabie, personne n’osait l’affronter. C’est pourquoi l’annonce de sa conversion à l’islam provoqua un grand tumulte parmi les polythéistes : ils furent confrontés à une crise grave et à une profonde humiliation. D’un autre côté, sa conversion accrut la gloire, la force, le prestige, le succès et la joie des musulmans. Ibn Ishaq rapporte, avec sa chaîne de transmission, le récit d’Umar (qu’Allah l’agrée) : « Lorsque je devins musulman, je me demandai : “Qui est le plus grand ennemi du Messager d’Allah à La Mecque ?” Puis je me dis : “C’est Abu Jahl.” Je me rendis alors chez Abu Jahl. Lorsque je frappai à la porte, Abu Jahl sortit. En me voyant, il dit : “Bienvenue, sois le bienvenu ! Que veux-tu, Umar ?” Je lui répondis : “Je suis venu t’informer que je crois en Allah Très-Haut et en Son Messager Muhammad (qu’Allah le couvre de Ses bénédictions et lui accorde la paix), que je crois également à tout ce qu’il a apporté et que je le reconnais comme vérité ; que je crois également à tout ce qu’il a apporté et que je le reconnais comme vérité.” En entendant cela, Abu Jahl referma la porte en disant : “Qu’Allah te fasse du mal, ainsi qu’à ce que tu as apporté !” (Ibn Hicham, vol. 1, p. 249-250).
L’imam Ibn al-Jawzi rapporte, d’après Umar al-Faruq (qu’Allah l’agrée), que lorsqu’une personne embrassait l’islam, les mécréants quraychites la prenaient à partie et la battaient cruellement ; la personne battue leur rendait également les coups. Après avoir embrassé l’islam, je me rendis auprès de mon oncle maternel Adi ibn Hachim et l’en informai. Sans dire un mot, il entra dans la maison. Je me rendis ensuite auprès d’un notable de Quraysh — il s’agit peut-être d’une allusion à Abu Jahl. Après que mon oncle Adi eut informé cet homme de Quraysh, celui-ci entra lui aussi dans la maison (Tarikh Umar ibn al-Khattab, p. 8).
Ibn Hicham et Ibn al-Jawzi rapportent qu’après sa conversion à l’islam, Umar (qu’Allah l’agrée) se rendit auprès de Jamil ibn Muammar al-Jumahi, homme célèbre parmi les Qurayshites pour propager les nouvelles. Umar (qu’Allah l’agrée) lui annonça : « J’ai embrassé l’islam. » Dès qu’il l’entendit, Jamil se mit à crier à haute voix : « Le fils d’al-Khattab est devenu renégat ! » Umar (qu’Allah l’agrée) lui répondit : « Tu mens ! Je suis devenu musulman. » En somme, les gens se jetèrent sur Umar et commencèrent à le frapper. Umar recevait des coups, mais il en donnait lui aussi. Lorsque le soleil arriva au zénith, il s’assit, épuisé, puis déclara : « Faites ce que bon vous semble. Par Allah, si nous étions trois cents, soit vous resteriez à La Mecque, soit nous y resterions, nous ! » (La même source, p. 8 ; Ibn Hicham, vol. 1, p. 348-349).
Les polythéistes se ruèrent ensuite vers la maison d’Umar (qu’Allah l’agrée) pour le tuer. Il est rapporté dans le Sahih al-Bukhari qu’Umar (qu’Allah l’agrée) se trouvait à l’intérieur, effrayé et bouleversé, lorsqu’Abu Amr ‘As ibn Wa’il al-Sahmi arriva. Il portait un manteau yéménite orné et un vêtement de soie. Il appartenait à la tribu des Sahm, qui était alors une tribu alliée à la nôtre. Il demanda : « Que se passe-t-il ? Pourquoi tout ce vacarme ? » Umar (qu’Allah l’agrée) répondit : « Je suis devenu musulman, et c’est pour cette raison qu’ils veulent me tuer. » ‘As dit : « C’est impossible ! » En entendant ces paroles de ‘As, je fus rassuré. De nombreuses personnes s’étaient alors rassemblées autour de ma maison. ‘As se fraya un chemin dans la foule et leur demanda : « Où allez-vous tous ? » Ils répondirent : « Umar est devenu renégat ; nous allons le trouver. » ‘As leur dit : « Il n’y a aucun chemin qui mène là-bas. » En entendant cela, ils repartirent tous (Sahih al-Bukhari, chapitre consacré à Umar ibn al-Khattab, vol. 1, p. 545). Selon le récit d’Ibn Ishaq, ils s’étaient rassemblés d’une manière telle qu’on aurait dit qu’ils étaient tous entrés dans un seul et même vêtement (Ibn Hicham, vol. 1, p. 349).
Après la conversion d’Umar (qu’Allah l’agrée), la situation des polythéistes fut telle qu’elle vient d’être décrite ; cet événement permet également de se faire une idée de la situation des musulmans. Mujahid rapporte, d’après Abdallah ibn Abbas (qu’Allah les agrée tous deux) : « J’avais demandé à Umar ibn al-Khattab pour quelle raison il avait reçu le surnom d’al-Faruq. » Il répondit : « Hamza (qu’Allah l’agrée) embrassa l’islam trois jours avant moi. » Puis, après avoir raconté la conversion de Hamza, Umar poursuivit : « Après cela, j’embrassai l’islam et je dis au noble Prophète (qu’Allah le couvre de Ses bénédictions et lui accorde la paix) : “Ô Messager d’Allah, que nous vivions ou que nous mourions, ne sommes-nous pas dans la vérité ?” Le Messager d’Allah (qu’Allah le couvre de Ses bénédictions et lui accorde la paix) répondit : “Certes, pourquoi n’en serait-il pas ainsi ? Par Celui qui détient mon âme dans Sa main, que vous viviez ou que vous mouriez, vous êtes certainement dans la vérité.” Umar (qu’Allah l’agrée) dit : “Je demandai alors : ‘Pourquoi fuyons-nous donc ?’ Par Celui qui vous a envoyé avec la vérité, nous sortirons certainement.” Nous sortîmes alors en procession avec le Messager d’Allah, répartis en deux rangs : Hamza se trouvait dans l’un et moi dans l’autre. Sur notre chemin, la poussière s’élevait comme la farine moulue par une meule. Nous entrâmes dans la Mosquée sacrée. Umar (qu’Allah l’agrée) dit : “En nous voyant, les Qurayshites éprouvèrent une peine aussi grande qu’ils n’en avaient jamais ressentie auparavant.” Ce jour-là, le Messager d’Allah (qu’Allah le couvre de Ses bénédictions et lui accorde la paix) me donna le surnom d’al-Faruq » (Tarikh Umar ibn al-Khattab, Ibn al-Jawzi, p. 6-7).
Ibn Mas‘ud (qu’Allah l’agrée) dit : « Auparavant, nous n’étions pas capables d’accomplir la prière près de la Kaaba » (Mukhtasar al-Sira, cheikh Abdallah, p. 103).
Zuhayr ibn Sinan al-Rumi (qu’Allah l’agrée) dit : « Après qu’Umar al-Faruq (qu’Allah l’agrée) eut embrassé l’islam, celui-ci sortit de derrière le voile et l’appel à l’islam commença à être proclamé publiquement. Nous commencions à nous asseoir en cercle devant la Kaaba et à en accomplir la circumambulation. Nous nous vengeâmes de ceux qui nous avaient maltraités et répondîmes à leur oppression » (Tarikh Umar ibn al-Khattab, Ibn al-Jawzi, p. 13).
Abdallah ibn Mas‘ud (qu’Allah l’agrée) dit : « Après la conversion d’Umar, nous sommes demeurés forts et honorés » (Sahih al-Bukhari, chapitre sur la conversion d’Umar ibn al-Khattab, vol. 1, p. 545).
Après la conversion à l’islam de Hamza ibn Abd al-Muttalib et de Umar ibn al-Khattab — qu’Allah les agrée —, les persécutions généralisées contre les musulmans diminuèrent. Les polythéistes entreprirent alors de faire face à la situation avec réflexion et discernement. Ils pensèrent qu’en s’assurant de ce que Muhammad — qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix — souhaitait obtenir par son appel à l’islam, puis en le lui accordant, ils pourraient peut-être le détourner de sa mission. Mais ils ignoraient que, face à l’appel à la religion du Messager de Dieu, l’univers entier ne représentait absolument aucune valeur. Ainsi, leurs efforts échouèrent naturellement.
Ibn Ishaq a rapporté, par l’intermédiaire de Yazid ibn Ziyad, le récit de Muhammad ibn Ka‘b al-Qurazi : « On m’a informé qu’un jour, Utba ibn Rabia, le chef du peuple, fit une nouvelle proposition devant les siens. À ce moment-là, le Messager d’Allah — qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix — se trouvait seul en un endroit de la Mosquée sacrée. Utba dit : “Trouvez un arrangement en discutant avec Muhammad. Présentez-lui plusieurs propositions ; peut-être en acceptera-t-il une. Quelle que soit sa demande, nous la satisferons.” Après avoir constaté le renforcement des musulmans consécutif à la conversion de Hamza — qu’Allah l’agrée —, ils tinrent entre eux cette concertation. »
Les Qurayshites dirent : « Abu al-Walid, va lui parler. » Utba se leva alors et alla s’asseoir auprès du Messager d’Allah — qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix. Utba dit : « Mon neveu, chacun connaît le rang que tu occupes parmi notre peuple. Tu es issu d’une noble lignée. Pourtant, tu prêches une chose qui a provoqué parmi le peuple division, désordre et discorde. Tu qualifies de sottise la sagesse des chefs de notre peuple, tu critiques de diverses manières leurs divinités, tu rejettes leur religion et leurs croyances, et tu traites leurs ancêtres de mécréants. Écoute-moi : je vais te faire plusieurs propositions. Réfléchis-y ; peut-être l’une d’elles te conviendra-t-elle. » Le Messager d’Allah — qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix — répondit : « Parle, Abu al-Walid, je t’écoute. »
Utba, surnommé al-Walid, dit : « Mon neveu, si tu demandes des richesses en échange de ce que tu prêches, nous te donnerons tant de biens que tu deviendras le plus riche d’entre nous. Si tu recherches le prestige, dis-le, et nous te prendrons pour chef ; aucune décision ne sera prise sans toi. Si tu veux être roi, dis-le également, et nous t’accepterons comme roi. Si ce qui t’est venu est un djinn ou un démon et que tu es possédé sans parvenir à le chasser, nous te ferons soigner ; quel qu’en soit le coût, nous paierons ton traitement. Il arrive parfois que les djinns et les démons prennent l’ascendant sur un être humain ; dans ce cas, celui-ci a besoin de soins. »
Après avoir écouté attentivement Utba, le Messager d’Allah — qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix — dit : « Abu al-Walid, as-tu terminé ? Écoute-moi. » Puis le Messager de Dieu — qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix — commença à réciter le début de la sourate Ha-Mîm as-Sajda : « Au nom d’Allah, le Tout Miséricordieux, le Très Miséricordieux. Ha-Mîm. Révélation du Livre venant du Tout Miséricordieux, du Très Miséricordieux. Un Livre dont les versets sont exposés en détail, un Coran en langue arabe pour des gens qui savent, annonciateur de bonnes nouvelles et avertisseur. Mais la plupart d’entre eux se détournent et n’écoutent pas. Ils disent : “Nos cœurs sont enveloppés d’un voile qui nous empêche de comprendre ce vers quoi tu nous appelles ; il y a une surdité dans nos oreilles, et un écran entre nous et toi. Agis donc, toi, selon ta voie, et nous agirons selon la nôtre.” »
Le Messager d’Allah — qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix — poursuivait sa récitation, tandis qu’Utba, assis confortablement, les deux mains posées derrière lui sur le sol, écoutait. Après avoir récité le verset de la prosternation, le Messager se leva et se prosterna. Puis il dit : « Abu al-Walid, tu voulais entendre quelque chose ; je te l’ai fait entendre. À présent, tu sais ce que tu as à faire. »
Utba se leva et rejoignit ses compagnons. En le voyant, ceux-ci se mirent à dire entre eux : « Par Dieu, Abu al-Walid ne revient pas avec le même visage que celui avec lequel il était parti. » Lorsqu’Utba se fut assis, ses compagnons lui demandèrent : « Quelles nouvelles rapportes-tu ? » Il répondit : « La nouvelle, c’est que j’ai entendu une parole telle que je n’en avais jamais entendue auparavant. Par Dieu, ce n’est ni de la poésie ni de la magie. Écoutez-moi : laissez-le suivre son chemin. La parole que j’ai entendue entraînera certainement un événement considérable. Si les Arabes le tuent, quelqu’un d’autre vous débarrassera de lui ; mais s’il triomphe des Arabes, son honneur sera votre honneur, son royaume sera votre royaume, et son existence sera pour vous une cause de bonheur. »
Les Qurayshites dirent : « Abu al-Walid, la magie de cette parole t’a toi aussi influencé. » Utba répondit : « Je vous ai dit ce que j’ai compris à son sujet. Maintenant, faites ce que vous jugerez bon. » (Ibn Hisham, tome 1, p. 293-294.)
Selon une autre narration, lorsque le Messager d’Allah — qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix — récita ce verset : « Mais s’ils se détournent, dis : “Je vous avertis d’un châtiment foudroyant, semblable au châtiment des peuples de ‘Âd et de Thamûd” », ‘Utba se leva aussitôt, posa sa main sur la bouche du Messager d’Allah — qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix — et dit : « Je vous adjure par Allah et par les liens de parenté, ne faites pas cela ! » ‘Utba craignait que ce châtiment ne s’abatte sur lui. Puis il se leva, rejoignit ses compagnons et leur rapporta les paroles susmentionnées (Tafsîr d’Ibn Kathîr, vol. 6, p. 15, 160, 161).
La réunion d’Abû Tâlib avec les Banû Hâshim et les Banû al-Muttalib
Entre-temps, la situation avait considérablement changé. Abû Tâlib était toujours inquiet et redoutait que les polythéistes s’en prennent à son neveu. Il repassait en revue les événements qui s’étaient produits jusque-là. Les polythéistes l’avaient menacé de les affronter et lui avaient proposé de leur livrer son neveu afin de le tuer, en échange d’‘Amâra ibn al-Walîd. Abû Jahl avait tenté de lui fracasser le crâne avec une lourde pierre, ‘Uqba ibn Abî Mu‘ayt avait voulu l’étrangler en lui enroulant un manteau autour du cou, et Khawla, fils d’al-Khattâb, était sorti, l’épée dégainée, pour le tuer. En considérant tous ces événements successifs, Abû Tâlib craignit un danger si grave que sa poitrine en fut oppressée.
Il comprit parfaitement que les polythéistes étaient résolus à tuer son neveu. Dans ces circonstances, si un incroyant attaquait soudainement son neveu, Hamza, ‘Umar ou quelqu’un d’autre pourrait-il le protéger à lui seul ?
La crainte d’Abû Tâlib n’était pas infondée, car les polythéistes étaient déterminés à tuer le Messager d’Allah — qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix. C’est en faisant allusion à leur résolution qu’Allah, Très-Haut, dit : « Ont-ils donc pris une décision définitive au sujet de quelque affaire ? C’est Moi qui décide. » (79, 43)
La question est de savoir ce qu’Abû Tâlib devait faire dans une telle situation. Lorsqu’il vit que les polythéistes s’acharnaient de toutes parts contre son neveu, il réunit les descendants des deux illustres ancêtres de son grand-père, Hâshim et al-Muttalib. Lors de cette assemblée, il appela chacun à s’unir pour protéger son neveu. D’une voix émue, il dit : « Jusqu’à présent, j’ai assumé seul cette responsabilité ; venez désormais, assumons-la tous ensemble. » Les descendants de ses deux ancêtres répondirent à son appel. Seul Abû Lahab, le frère d’Abû Tâlib, adopta une position différente : il refusa et se rangea du côté des polythéistes (Ibn Hishâm, vol. 1, p. 269 ; Mukhtasar as-Sîra, cheikh ‘Abdullah, p. 106).
Le boycott total
En l’espace de quatre semaines ou moins, les polythéistes subirent quatre grands revers : Hamza et ‘Umar — qu’Allah les agrée — embrassèrent l’islam et, surtout, les Banû Hâshim et les Banû al-Muttalib s’unirent et se mirent d’accord pour protéger le Messager d’Allah. Les polythéistes en furent bouleversés. Comment ne l’auraient-ils pas été ? Ils avaient compris que s’ils entreprenaient alors une action pour tuer Muhammad — qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix —, le sang versé pour le défendre rougirait les plaines de La Mecque et risquait d’entraîner leur propre destruction. C’est pourquoi, renonçant au projet de tuer le Messager d’Allah, les polythéistes imaginèrent une nouvelle méthode de persécution et de sévices, plus grave que toutes les mesures qu’ils avaient prises auparavant.
Ibn Qayyim a écrit que, selon certains, ce document avait été rédigé par Mansour ibn Akramah ibn Amir ibn Hachem, et, selon d’autres, par Nadr ibn al-Harith. Mais l’opinion correcte est que ce document avait été rédigé par Boghaïz ibn ; pour avoir maudit le Messager d’Allah — qu’Allah le bénisse et le salue —, sa main était devenue paralysée (Zâd al-Ma‘âd, tome 2, p. 49).
Après sa rédaction, le document fut suspendu dans la Kaaba. Tous les membres de Banû Hâchim et de Banû al-Muttalib, musulmans et non musulmans, hommes, femmes et enfants, à l’exception d’Abû Lahab, se retrouvèrent ainsi assiégés dans un lieu appelé le ravin d’Abû Tâlib. Cela se produisit durant la septième année de la mission prophétique du Prophète — qu’Allah le bénisse et le salue —.
Trois années dans le ravin d’Abû Tâlib
Pendant ce boycott, la situation devint critique : l’approvisionnement en nourriture fut interrompu. Tout ce qui arrivait à La Mecque, les polythéistes s’empressaient de l’acheter, de sorte que rien ne parvenait normalement aux musulmans et aux non-musulmans assiégés. Ils subsistaient en mangeant des feuilles d’arbres et du cuir. Les souffrances de la faim étaient si terribles que les plaintes des femmes et des enfants affamés s’entendaient depuis l’extérieur du ravin d’Abû Tâlib. La possibilité de leur faire parvenir des vivres était très faible ; ce qui leur parvenait était acheminé en secret. En dehors des mois sacrés, ils ne sortaient pas du ravin pour acheter les choses nécessaires. Même lorsqu’ils tentaient d’acheter les marchandises apportées à La Mecque de l’extérieur, ils n’y parvenaient souvent pas, car les polythéistes en augmentaient le prix plusieurs fois.
Hakîm ibn Hizâm était le neveu de Khadîja — qu’Allah l’agrée. Il envoyait parfois du blé à sa tante. Un jour, alors qu’il prenait des dispositions pour lui en envoyer, Abû Jahl s’y opposa ; mais Abû al-Bakhtarî prit le parti de Hakîm ibn Hizâm et lui permit d’envoyer le blé.
Pendant ce temps, Abû Tâlib était constamment préoccupé par le Messager d’Allah — qu’Allah le bénisse et le salue. La nuit, après que tout le monde s’était couché, il disait à son neveu : « Va maintenant te coucher dans ton lit. » Il disait cela afin que, s’il y avait quelque assassin caché, celui-ci puisse voir où il s’était couché. Puis, lorsque tout le monde s’était endormi, Abû Tâlib changeait la place où son cher neveu dormait et faisait coucher son propre fils, son frère ou quelqu’un d’autre dans le lit de son neveu. La nuit, il la passait dans l’inquiétude et l’angoisse au sujet de son cher neveu, le Messager d’Allah, Muhammad — qu’Allah le bénisse et le salue.
Malgré ce siège rigoureux, le Messager d’Allah — qu’Allah le bénisse et le salue — ainsi que les autres musulmans sortaient pendant la période du pèlerinage et invitaient à l’islam les gens venus accomplir le pèlerinage. Le comportement qu’Abû Lahab adoptait alors envers le Messager d’Allah — qu’Allah le bénisse et le salue — et les musulmans a déjà été mentionné. (Abû Tâlib mourut six mois après la rupture du document. L’information correcte est qu’il mourut au mois de Rajab. Ceux qui affirment qu’il mourut au mois de Ramadan disent également qu’il mourut huit mois et quelques jours après la rupture du document. Dans les deux cas, il est établi qu’il mourut au mois de Muharram.)
L’épisode de la rupture du document
Ainsi, trois années entières s’écoulèrent. Puis, au mois de Muharram de la dixième année de la mission prophétique, le pacte fut déchiré, ce qui mit fin aux persécutions et aux mauvais traitements. Certains membres des Quraysh, qui s’opposaient à cette mesure, prirent également l’initiative de lever le siège.
Le principal instigateur de la destruction du document établi au sujet de ce siège inhumain était un homme nommé Hisham ibn Amr, de la tribu des Banu Amir ibn Lu’ayy. La nuit, Hisham envoyait discrètement de la nourriture pour venir en aide aux malheureux qui se trouvaient dans le camp d’Abu Talib. Il se rendit d’abord auprès de Zuhayr ibn Abi Umayya al-Makhzumi. La mère de Zuhayr, Atika, était la fille d’Abd al-Muttalib, c’est-à-dire la sœur d’Abu Talib. Hisham lui dit : « Zuhayr, veux-tu que vous mangiez et buviez à votre aise tandis que ton oncle maternel et les autres meurent lentement de faim ? Ne sais-tu donc pas dans quelle situation ils se trouvent ? » Zuhayr répondit : « Hélas ! Que puis-je faire à moi seul ? Si quelqu’un se joint à moi, je pourrai prendre l’initiative de détruire ce document. » Hisham dit : « Il y a quelqu’un d’autre. » Zuhayr demanda : « Qui est-ce ? » Hisham répondit : « Moi. » Zuhayr dit : « Alors, trouve une troisième personne. » Après cela, Hisham alla trouver Mut‘im ibn Adi. Il lui parla de la situation des Banu Hashim et des Banu al-Muttalib et sollicita son aide, en précisant qu’ils étaient ses proches parents. Mut‘im dit : « Que puis-je faire à moi seul ? » Hisham répondit : « Il y a encore quelqu’un. » Mut‘im demanda : « Qui est-ce ? » Hisham répondit : « Moi. » Mut‘im dit : « Alors, trouve une troisième personne. » Hisham répondit : « C’est déjà fait. » Mut‘im demanda : « Qui est-ce ? » Hisham répondit : « Zuhayr ibn Abi Umayya. » Mut‘im dit : « Alors, cherche une quatrième personne. » Hisham se rendit ensuite auprès d’Abu al-Bakhtari et lui parla de la même manière qu’il l’avait fait avec Mut‘im. Abu al-Bakhtari demanda : « Y a-t-il quelqu’un qui soutienne cette initiative ? » Hisham répondit par l’affirmative, puis cita Zuhayr ibn Abi Umayya, Mut‘im ibn Adi et lui-même. Abu al-Bakhtari dit : « Alors, cherche un homme de confiance. » Hisham alla ensuite auprès de Jami‘a ibn al-Aswad ibn Abd al-Muttalib ibn Asad. Il lui parla de la situation désastreuse des Banu Hashim et des Banu al-Muttalib et lui demanda son aide. Jami‘a demanda s’il y avait d’autres personnes prêtes à les soutenir. Hisham répondit que oui et lui donna leurs noms. Plus tard, tous ceux qui ont été mentionnés se réunirent à un endroit appelé Hajun et s’engagèrent à détruire le document. Zuhayr dit : « Je serai le premier à prendre la parole. »
Le matin, tous se réunirent à l’assemblée comme à l’accoutumée. Zuhayr arriva vêtu de beaux habits et soigneusement paré. Après avoir effectué sept circumambulations autour de la Kaaba, il s’adressa à tous en ces termes : « Ô habitants de La Mecque, écoutez ! Nous mangeons et buvons, nous nous habillons, tandis que les Banu Hashim périssent ; rien ne leur est vendu et rien ne leur est acheté. Par Dieu, je ne peux rester silencieux alors qu’un document aussi inhumain existe. Je veux que ce document soit détruit. »
En entendant cela, Abu Jahl dit : « Tu as tort. Par Dieu, ce document ne peut pas être déchiré. »
Jami‘a ibn al-Aswad dit : « Par Dieu, c’est toi qui as tort. Je n’étais déjà pas d’accord lorsque ce document a été rédigé, et je ne suis pas disposé à l’accepter. » Puis Mut‘im ibn Adi dit : « Vous avez tous deux raison. Nous cherchons refuge auprès d’Allah contre tout ce qui est écrit dans ce document. »
Hisham ibn Amr tint lui aussi des propos semblables.
Voyant cela, Abu Jahl dit : « Hum ! Je comprends : un accord de ce genre a été conclu pendant la nuit ; cette décision n’a pas été prise ici, mais ailleurs. »
À ce moment-là, Abu Talib se trouvait lui aussi non loin de là. Le Messager d’Allah, qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix, lui avait annoncé qu’Allah avait envoyé un insecte pour détruire le document : il avait dévoré tout ce qui concernait les injustices et les persécutions, ne laissant subsister que les passages où figurait le nom d’Allah.
Abû Tâlib dit aux Qurayshites : « Mon neveu m’a envoyé vous dire qu’Allah Tout-Puissant l’a informé que votre pacte avait été détruit par une sorte d’insecte qu’Allah avait envoyé, et qu’il ne restait plus sur le document que le nom d’Allah. Si cette déclaration s’avère fausse, je me retirerai de son côté et du vôtre, et vous pourrez faire ce que bon vous semblera. Mais si elle s’avère vraie, vous cesserez de nous traiter injustement par le boycott. » Les Qurayshites acceptèrent.
Lorsque la controverse entre Abû Jahl et les autres prit fin, Muṭ‘im ibn ‘Adî se rendit auprès du pacte pour le déchirer et constata que les insectes avaient effectivement dévoré toute la partie écrite, à l’exception du nom d’Allah. Après que le pacte eut été déchiré, le boycott prit fin, et le Messager d’Allah (paix et bénédictions d’Allah sur lui), ainsi que tous les autres, sortirent du ravin d’Abû Tâlib. Les mécréants s’étonnèrent de ce signe extraordinaire, mais leur attitude ne changea pas. Allah Tout-Puissant dit : « Et s’ils voient un miracle, ils s’en détournent et disent : “Ce n’est que de la magie.” »
Les polythéistes arabes se détournèrent même de ce signe extraordinaire de la prophétie et avancèrent encore de quelques pas sur la voie de leur mécréance. (Le récit du boycott a été recueilli dans les ouvrages suivants : Ṣaḥîḥ al-Bukhârî, vol. 1, p. 216, 548 ; Zâd al-Ma‘âd, vol. 2, p. 46 ; Ibn Hichâm, vol. 1, p. 350-351, 347, 377 ; Raḥmat li-l-‘Âlamîn, vol. 1, p. 70 ; Mukhtaṣar as-Sîra, cheikh ‘Abdullah, p. 6, 10, 110 ; Mukhtaṣar as-Sîra, Muḥammad ibn ‘Abd al-Wahhâb, p. 68, 73.)
La dernière délégation des Qurayshites auprès d’Abû Tâlib
Après être sorti du ravin d’Abû Tâlib, le noble Messager d’Allah (paix et bénédictions d’Allah sur lui) reprit son œuvre d’appel et de transmission. Bien que le boycott eût pris fin, les scélérats polythéistes continuaient de faire obstacle de diverses manières à la propagation de l’islam. De son côté, Abû Tâlib poursuivait ses efforts de longue date pour protéger son neveu. Mais il était accablé par le poids de l’âge : il avait dépassé les quatre-vingts ans. Au cours de plusieurs années consécutives de chagrins, d’épreuves, de dangers et de malheurs, sa santé s’était gravement détériorée. Le siège dans le ravin, en particulier, avait épuisé toutes ses forces et ses capacités. Quelques mois seulement après en être sorti, il tomba gravement malade. Les polythéistes se dirent alors qu’Abû Tâlib s’affaiblissait rapidement et que les jours de sa vie pouvaient prendre fin à tout moment. S’ils maltraitaient son neveu après sa mort, ils seraient déshonorés ; les gens diraient qu’ils profitaient de l’absence de son protecteur. C’est pourquoi ils voulaient parvenir à un arrangement au sujet du Prophète (paix et bénédictions d’Allah sur lui) du vivant d’Abû Tâlib. Ils n’étaient toutefois pas disposés à faire la moindre concession. Après s’être concertés, une délégation se présenta chez Abû Tâlib. C’était la dernière délégation des Qurayshites à lui rendre visite.
Ibn Isḥâq et d’autres rapportent qu’après la maladie d’Abû Tâlib, les Qurayshites craignirent qu’il ne rende soudainement son dernier souffle. Ils se disaient entre eux : « Regardez, Ḥamza et ‘Umar sont devenus musulmans, et la religion de Muḥammad s’est répandue dans toutes les tribus des Qurayshites. Allons donc chez Abû Tâlib afin qu’il maintienne son neveu sous contrôle ; ainsi, nous pourrons parvenir à un accord à son sujet. Nous craignons que, si les gens ordinaires nous critiquent à l’avenir parce que nous avons maltraité Muḥammad (paix et bénédictions d’Allah sur lui), ils ne disent : “Ils n’osaient rien faire tant qu’Abû Tâlib était vivant ; maintenant, ils ont trouvé l’occasion.” »
En somme, la délégation des Qurayshites se rendit chez Abû Tâlib pour discuter. Les notables des Qurayshites en faisaient également partie : Abû Jahl ibn Hichâm, Umayya ibn Khalaf, Abû Sufyân ibn Ḥarb et d’autres ; ils étaient au nombre de vingt-cinq. Ils dirent : « Ô Abû Tâlib, vous n’ignorez pas le rang que vous occupez parmi nous, ni la situation dans laquelle vous passez actuellement vos jours. Nous craignons que les jours de votre vie ne touchent rapidement à leur fin. Vous n’ignorez pas notre conflit avec votre neveu. Nous souhaitons que vous le convoquiez et que vous arrangiez un accord entre lui et nous. Nous voulons prendre certains engagements envers lui et lui faire prendre également certains engagements envers nous. Nous le laisserons pratiquer sa religion, et qu’il nous laisse, lui aussi, pratiquer la nôtre. »
Après avoir entendu tout cela, Abû Tâlib fit venir son cher neveu Muḥammad (paix et bénédictions d’Allah sur lui). Lorsqu’il arriva, il lui dit : « Écoute, mon neveu : ce sont les notables de ton peuple. Ils se sont réunis pour toi et veulent obtenir de toi certains engagements. » Abû Tâlib lui exposa ensuite leur proposition : ils voulaient qu’il n’intervienne pas dans leur religion et qu’eux-mêmes n’interviennent pas dans la sienne.
En entendant cela, le Messager d’Allah — qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix — dit à la délégation qurayshite : « Dites-moi : si je vous proposais une parole qui, si vous l’acceptiez, ferait de vous les rois de l’Arabie et vous donnerait le contrôle sur les peuples non arabes, que feriez-vous ? » Selon une autre version, il s’adressa à Abou Talib en ces termes : « Je leur demande de reconnaître une seule parole ; s’ils la reconnaissent, toute l’Arabie leur sera soumise et les peuples non arabes leur verseront la jizya. » Dans une autre narration, il aurait dit : « Mon oncle, invite-les à accepter une chose qui leur sera bénéfique. » Abou Talib demanda : « À quelle chose veux-tu les inviter ? » Le Messager d’Allah — qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix — répondit : « Je veux les inviter à une chose qui, s’ils l’acceptent, rendra toute l’Arabie soumise à leur autorité et leur donnera également le pouvoir sur les peuples non arabes. » Selon une narration d’Ibn Ishaq, le Messager d’Allah — qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix — dit : « Acceptez seulement une parole ; grâce à elle, vous deviendrez les rois de l’Arabie et les peuples non arabes passeront sous votre contrôle. »
En somme, après avoir entendu cette proposition, la délégation qurayshite resta interdite. Elle se demanda avec étonnement : si le fait d’accepter une seule parole apporte un si grand avantage, comment pourrait-on la négliger ? Abou Jahl dit : « Dis-nous quelle est cette parole. Par ton père, nous sommes prêts à en accepter non pas une, mais même dix, si elles sont de cette nature. » Le Messager d’Allah — qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix — dit : « Dites : “Il n’y a de divinité qu’Allah”, renoncez à l’adoration et à l’obéissance de tous les autres. » En entendant cela, les Qurayshites applaudirent et dirent : « Ô Muhammad, accepterions-nous un Dieu unique ? Vraiment, ton affaire est bien étrange ! »
Puis ils se dirent les uns aux autres : « Par Dieu, cet homme n’est disposé à accepter aucune de vos paroles. Alors, restons fermement attachés à la religion de nos ancêtres ; ensuite, Allah tranchera entre lui et nous. » Sur ces mots, ils se levèrent et partirent. Après cet événement, Allah le Très-Haut révéla à leur sujet les versets suivants : « Par le Coran plein de sagesse, tu es certainement véridique, mais les mécréants sont plongés dans l’orgueil et la dissension. Combien de peuples avons-Nous anéantis avant eux ! Ils poussèrent alors des cris de détresse, mais il n’y avait plus aucun moyen d’échapper. Ils s’étonnent qu’un avertisseur issu d’eux-mêmes soit venu à eux, et les mécréants disent : “C’est un magicien, un grand menteur. A-t-il fait de plusieurs divinités une seule divinité ? Voilà vraiment une chose étonnante !” Leurs notables s’éloignèrent en disant : “Allez-vous-en et restez attachés au culte de vos divinités. C’est certainement là une affaire recherchée. Nous n’avons jamais entendu pareille chose dans une autre religion. Ce n’est qu’une invention.” » (Ibn Hicham, vol. 1, p. 7, 4, 419 ; Mukhtasar as-Sîra, cheikh Abdallah, p. 91) (1-7, 38).
L’année de la tristesse et du chagrin
La mort d’Abou Talib
La maladie d’Abou Talib s’aggrava et il finit par mourir. Il mourut au mois de Rajab, durant la dixième année de la mission prophétique, six mois après la levée du blocus dans la vallée. (Sahih al-Boukhari, chapitre consacré à l’histoire d’Abou Talib, vol. 1, p. 548.) Selon une autre narration, il mourut au mois de Ramadan, trois jours avant le décès de Khadija.
Il est rapporté dans le Sahih al-Boukhari, d’après Mousaïb, que lorsque la mort d’Abou Talib approcha, le Messager d’Allah — qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix — se rendit auprès de lui. Abou Jahl était également présent. Le Messager d’Allah — qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix — dit : « Mon cher oncle, prononce seulement : “Il n’y a de divinité qu’Allah”. Si tu prononces cette confession, je pourrai intercéder pour toi auprès d’Allah. » Abou Jahl et Abdallah ibn Oumayya dirent : « Abou Talib, vas-tu renoncer à la religion d’Abd al-Mottalib ? » Puis tous deux continuèrent à parler à Abou Talib, qui prononça finalement ces mots : « Je demeure sur la religion d’Abd al-Mottalib. » Le Prophète — qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix — dit : « Je continuerai à demander le pardon pour toi jusqu’à ce qu’il me soit interdit de le faire. » Allah le Très-Haut révéla ensuite ce verset : « Il ne convient pas au Prophète ni aux croyants de demander pardon en faveur des associateurs, fussent-ils leurs proches, après qu’il leur est devenu évident qu’ils sont voués à l’Enfer. » (9, 113).
Allah le Très-Haut révéla également à ce sujet le verset suivant : « Tu ne peux pas guider celui que tu aimes, même si tu le souhaites ; mais Allah guide qui Il veut, et Il connaît mieux ceux qui suivent la bonne voie. » (Sahih al-Boukhari, chapitre consacré à l’histoire d’Abou Talib, vol. 1, p. 548.) (28, 56).
Il n’est pas nécessaire d’expliquer de quelle manière Abou Talib aida et soutint le Prophète, qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix. En réalité, face aux attaques des chefs quraychites et des ignorants de La Mecque contre l’islam, il était tel une forteresse. Cependant, lui-même demeura fermement attaché à la religion de ses ancêtres. C’est pourquoi il est rapporté dans al-Boukhari, d’après Al-Abbas ibn Abd al-Muttalib, qu’Allah l’agrée, que celui-ci demanda au Prophète, qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix : « En quoi as-tu été utile à ton oncle ? Il te protégeait et, pour toi, il risquait les querelles, les conflits et l’hostilité des autres. » Le Messager d’Allah, qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix, répondit : « Il serait dans le gouffre le plus profond de l’Enfer. » (Sahih al-Boukhari, chapitre consacré au récit d’Abou Talib, tome I, p. 548.)
Abou Saïd al-Khoudri, qu’Allah l’agrée, rapporte qu’un jour, alors que la question de son oncle était évoquée devant le Prophète, qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix, celui-ci dit : « Au Jour de la Résurrection, mon intercession pourra peut-être lui être quelque peu utile. Il sera placé dans une partie surélevée de l’Enfer, dont le feu n’atteindra que ses genoux. » (Sahih al-Boukhari, chapitre consacré au récit d’Abou Talib, tome I, p. 548.)
Le décès de Khadija, qu’Allah l’agrée
Deux mois, ou seulement trois jours, après le décès de Monsieur Abou Talib, la Mère des croyants, Khadija al-Koubra, qu’Allah l’agrée, quitta ce monde. Elle mourut au mois de Ramadan de la dixième année de la mission prophétique. Elle avait alors soixante-cinq ans, tandis que le Messager d’Allah, qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix, approchait de l’âge de cinquante ans. (Ibn al-Jawzi mentionne le décès au mois de Ramadan à la page 7 de son ouvrage Talqih al-Fuhum ; l’érudit Mansourpouri le mentionne également dans son ouvrage Rahmat li-l-Alamin.)
Pour le Messager d’Allah, qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix, Khadija fut un bienfait éminent accordé par Allah. Pendant un quart de siècle, elle fut sa compagne de vie. Durant cette période, son cœur souffrait pour son époux bien-aimé dans les moments de peine, de difficulté et d’épreuve. Dans les moments de danger, elle lui redonnait courage ; elle l’accompagnait dans la transmission de la religion et soulageait ses peines et ses souffrances en lui consacrant ses biens et sa personne. Le Messager d’Allah, qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix, a dit : « Lorsque les gens avaient mécru en moi, Khadija a cru en moi ; lorsqu’ils me traitaient de menteur, elle m’a reconnu comme véridique ; lorsqu’ils me privaient de leurs biens, elle m’a associé aux siens. Allah m’a donné des enfants par son intermédiaire, alors qu’Il ne m’en a donné aucune par l’intermédiaire de mes autres épouses. » (Musnad Ahmad, tome VI, p. 118.)
Il est rapporté dans le Sahih al-Boukhari, d’après Abou Hourayra, qu’Allah l’agrée, que l’ange Gabriel, qu’Allah le bénisse, vint trouver le Prophète, qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix, et lui dit : « Ô Messager d’Allah, voici Khadija qui arrive. Elle porte un récipient contenant du feu, de la nourriture ou une boisson. Lorsqu’elle viendra auprès de toi, transmets-lui les salutations de son Seigneur et annonce-lui la bonne nouvelle d’une demeure de perles au Paradis, où il n’y aura ni vacarme ni fatigue ou épuisement. » (Sahih al-Boukhari, chapitre consacré à la préparation du Prophète, tome I, p. 539.)
Tristesse, inquiétude et chagrin
Les deux événements mentionnés s’étaient produits à quelques jours d’intervalle. Le Messager d’Allah, qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix, en fut accablé de tristesse et de douleur. En outre, ses propres proches continuaient à le persécuter et à l’opprimer, car, après la mort d’Abou Talib, ils avaient pris davantage d’assurance. Ils commencèrent à faire ouvertement du mal au Prophète, qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix. Dans cette situation, le Messager d’Allah, qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix, se rendit à Taïf, espérant intérieurement que ses habitants accepteraient l’appel à la religion qu’il prêchait, lui accorderaient leur protection et le soutiendraient face à l’opposition de ses compatriotes.
Mais là, il ne trouva aucun soutien ni aucun protecteur ; bien au contraire, il fut victime de persécutions et de sévices. On le traita si mal que jamais les gens de son peuple ne lui avaient réservé un tel traitement. Les détails de cette affaire seront mentionnés ultérieurement.
Il ne serait pas déplacé de préciser ici que, de même que les habitants de La Mecque avaient persécuté et maltraité le Prophète ﷺ, ils infligèrent les mêmes sévices à ses compagnons. Son cher compagnon, Abou Bakr رضي الله عنه, exaspéré par ces persécutions, prit la route de l’Abyssinie. En chemin, il rencontra Ibn ad-Daghina, un homme influent de La Mecque, qui se chargea de le prendre sous sa protection et le ramena à La Mecque (Akbar Chah Nadjibabadi précise que cet événement eut lieu la même année ; voir Tarikh-e Islam, vol. 1, p. 372-373, et Sahih al-Boukhari, vol. 1, p. 552-553).
Ibn Ishaq rapporte qu’après la mort d’Abou Talib, les Quraychites persécutèrent le Prophète ﷺ avec une violence qu’ils n’auraient jamais osé envisager de son vivant. Un imbécile des Quraychites s’avança et lui jeta de la terre sur la tête. L’une de ses filles accourut et lui nettoya la tête.
Pendant qu’elle lui nettoyait la tête, elle ne cessait de pleurer. Le Messager d’Allah ﷺ la réconfortait alors en lui disant : « Ma fille, ne pleure pas ; Allah le Très-Haut protégera ton père. » À ce moment-là, le Messager d’Allah ﷺ disait également : « Les Quraychites ne m’avaient jamais traité d’une manière qui m’ait autant peiné. » C’est dans de telles circonstances qu’Abou Talib mourut (Ibn Hicham, vol. 1, p. 416).
En raison de ces persécutions et de ces sévices successifs, le Messager d’Allah ﷺ donna à cette année le nom de ‘Am al-Huzn, c’est-à-dire l’Année de la tristesse. Cette année est devenue célèbre dans l’histoire sous ce nom.
Le mariage avec Sawda
Cette année-là, c’est-à-dire au mois de Chawwâl de la dixième année de la mission prophétique, le Messager d’Allah ﷺ épousa Sawda bint Zam‘a. Sawda s’était convertie dès les débuts de la mission prophétique et avait également émigré en Abyssinie lors de la deuxième émigration. Son mari s’appelait Sakrân ibn ‘Amr ; lui aussi s’était converti aux débuts de l’islam. Sawda émigra avec lui en Abyssinie, mais il mourut en Abyssinie — selon une autre version, sur le chemin du retour vers La Mecque. Après la fin de la période d’attente de Sawda, le Messager d’Allah ﷺ lui demanda sa main et l’épousa. Après le décès de Khadija رضي الله عنها, elle fut l’épouse du Messager d’Allah. Quelques années plus tard, elle céda son tour à Aïcha (Rahmat lil-‘Alamin, vol. 2, p. 165 ; Talqih al-Fuhum, p. 6).
La patience et l’endurance des compagnons qui embrassèrent l’islam aux débuts
Comment les musulmans ont-ils pu demeurer fermes et inébranlables, même durant cette période d’une terrible adversité ? En y réfléchissant, même les hommes au cœur le plus solide s’émerveillent de la patience et de l’endurance dont les musulmans ont fait preuve face à de si cruelles persécutions. La lecture du récit de ces sévices fait frissonner le corps et l’esprit. Quelle était donc cette force envoûtante qui les rendait si inébranlables ? Nous allons brièvement l’exposer ci-dessous.
I. La beauté de la foi
La toute première cause, et la plus importante, était la foi en Allah et la connaissance véritable de Ses attributs. Celui dont la foi possède une beauté et une douceur telles qu’elle demeure inébranlable même après avoir heurté une montagne, et dont la foi est aussi solide et puissante, n’accorde à aucune persécution ni à aucun sévices plus d’importance qu’à l’écume flottant à la surface de la mer. C’est pourquoi le serviteur croyant ne redoute aucun malheur ni aucun obstacle face à la douceur et à la suavité de la foi.
Allah le Très-Haut dit : « Ce qui est impur est rejeté, tandis que ce qui est utile aux hommes demeure dans la terre » (17, 13).
II. Un leadership captivant
Le Prophète — qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix — était le plus éminent dirigeant de la communauté islamique, et même de toute l’humanité. Sa beauté physique, sa perfection morale, son caractère louable, sa personnalité remarquable, ses habitudes raffinées et son dynamisme suscitaient spontanément le désir de l’aimer et de se dévouer entièrement à sa cause. Toutes les qualités que les hommes apprécient de tout leur cœur étaient si nombreuses en lui qu’elles n’avaient jamais été réunies chez personne d’autre. Le Prophète — qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix — occupait le rang le plus élevé en dignité, en excellence, en noblesse et en beauté morale. Il possédait à un degré si éminent des qualités telles que la clémence, la loyauté, l’intégrité, la véracité et la patience que même ses ennemis n’ont jamais douté de son caractère exceptionnel et de sa supériorité. Lorsqu’il prononçait une parole, même une seule fois, ses ennemis savaient qu’elle était vraie et qu’elle se réaliserait inévitablement. Plusieurs événements en apportent la preuve.
Un jour, trois hommes de Quraysh se réunirent. Chacun d’eux avait secrètement écouté la récitation du Coran, mais aucun ne l’avait révélé aux autres. Abû Jahl était l’un d’eux. L’un des deux autres lui demanda : « Dis-moi, qu’as-tu entendu de Muhammad et qu’en penses-tu ? » Abû Jahl répondit : « Qu’ai-je entendu ? En réalité, voici ce qu’il en est : nous rivalisions avec les Banû ʿAbd Manâf en noblesse et en prestige. Lorsqu’ils nourrissaient les pauvres, nous faisions de même ; lorsqu’ils faisaient l’aumône, nous faisions de même. Eux et nous étions des rivaux, comme deux concurrents dans une course de chevaux. Dans cette situation, les Banû ʿAbd Manâf se sont mis à dire : “L’un des nôtres est un prophète à qui vient une révélation du ciel.” Comment pourrions-nous recevoir une révélation semblable ? Par Dieu, jamais je ne croirai en cet homme et jamais je ne le reconnaîtrai comme véridique. » (Ibn Hichâm, t. I, p. 216.)
Il a déjà été rapporté que les polythéistes insultaient un jour le Prophète — qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix — et qu’ils le firent ainsi trois fois de suite. La troisième fois, le Messager d’Allah — qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix — s’arrêta brusquement et dit : « Ô Qurayshites, je vous ai apporté des animaux destinés au sacrifice. » Dès qu’ils entendirent ces paroles, les mécréants tentèrent de satisfaire le Messager d’Allah en lui adressant des propos élogieux. Il a également déjà été mentionné que, tandis que le Messager d’Allah — qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix — se prosternait, quelques mécréants avaient placé les entrailles d’un chameau sur sa nuque. Après la prière, le Messager d’Allah — qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix — maudit ceux qui avaient commis cet acte. En entendant cette malédiction, les sourires disparurent des visages des mécréants et ils furent plongés dans une profonde inquiétude, car ils savaient avec certitude qu’ils n’échapperaient désormais plus au châtiment.
Il est également rapporté qu’après que le Messager d’Allah — qu’Allah le bénisse et le salue — eut maudit ʿUtayba, le fils d’Abû Lahab, celui-ci comprit qu’il n’échapperait pas aux conséquences de cette malédiction. Lors d’un voyage en Syrie, apercevant un lion, il déclara : « Par Allah, Muhammad m’a tué alors même qu’il se trouvait à La Mecque. »
L’histoire d’Ubey ibn Khalaf rapporte que cet homme menaçait à maintes reprises de tuer le Messager d’Allah — qu’Allah le bénisse et le salue. En réponse à l’une de ces menaces, le Messager d’Allah — qu’Allah le bénisse et le salue — lui dit un jour : « Ce ne sera pas toi ; c’est moi qui te tuerai, si Allah le veut. » Puis, lors de la bataille d’Uhud, le Messager d’Allah — qu’Allah le bénisse et le salue — prit une lance des mains d’un autre Compagnon et la lança en direction d’Ubey, le blessant légèrement près du cou. Par la suite, Ubey répétait sans cesse : « Muhammad avait dit à La Mecque : “Je te tuerai.” Même s’il m’avait seulement craché dessus, mon âme se serait échappée. » (Ibn Hichâm, tome 2, p. 84.) Le récit détaillé sera mentionné ultérieurement.
Un jour, à La Mecque, Saʿd ibn Muʿâdh dit à Umayya ibn Khalaf : « J’ai entendu le Messager d’Allah — qu’Allah le bénisse et le salue — dire que les musulmans te tueraient. » En entendant cela, Umayya fut terrifié ; cette crainte ne le quittait jamais. Il jurait qu’il ne sortirait plus de La Mecque. Au moment de la bataille de Badr, après avoir décidé de prendre part au combat sous l’insistance d’Abû Jahl, Umayya acheta le chameau le plus rapide afin de pouvoir s’enfuir rapidement en cas de danger. Alors qu’il partait pour la bataille, sa femme lui dit : « Abû Safwân, as-tu oublié ce que ton frère yathribite t’a dit ? » Umayya répondit : « Non, je ne l’ai pas oublié ; je ne ferai que les accompagner sur une courte distance. » (Sahîh al-Bukhârî, tome 2, p. 563.)
Telle était la situation des ennemis du Messager d’Allah — qu’Allah le bénisse et le salue. Quant à ses compagnons et à ses Compagnons, ils étaient entièrement dévoués au Noble Prophète, corps et âme. L’amour que les Compagnons portaient au Messager d’Allah — qu’Allah le bénisse et le salue — était si intense qu’il ressemblait au cours d’une source de montagne ; de même que le fer est attiré par l’aimant, les Compagnons étaient attirés par le Messager d’Allah (paix et bénédictions d’Allah sur lui).
Le poète dit : « Son visage était, pour tous les corps humains, comme leur existence même ; sa présence était, pour chaque cœur, semblable à un aimant. »
C’est en raison de cet amour et de ce dévouement que les nobles Compagnons ne pouvaient même pas supporter que quelqu’un égratigne le Messager d’Allah ou qu’une épine se plante dans son pied ; en échange, ils étaient prêts à sacrifier leur propre tête.
Un jour, le scélérat ʿUtba ibn Rabîʿa frappa violemment Abû Bakr as-Siddîq (qu’Allah l’agrée), au point de lui couvrir le visage de sang. À un moment, sous la violence des coups, il perdit connaissance. Informés de la situation, des membres de sa tribu, les Banû Taym, l’enveloppèrent dans un tissu et le ramenèrent chez lui. Tous avaient perdu espoir de le voir survivre. À la fin de la journée, il reprit connaissance et demanda immédiatement : « Comment va le Messager d’Allah — qu’Allah le bénisse et le salue ? » En entendant cela, les membres des Banû Taym présents exprimèrent leur irritation. En partant, ils dirent à la mère d’Abû Bakr : « Voyez si vous pouvez lui donner quelque chose à manger. » Abû Bakr (qu’Allah l’agrée) demanda à sa mère, Umm al-Khayr, des nouvelles du Messager d’Allah. Elle répondit : « Je ne sais pas, mon fils. » Abû Bakr (qu’Allah l’agrée) lui dit : « Mère, va voir Umm Jamîl bint al-Khattâb et rapporte-moi de sa part des nouvelles du Messager d’Allah. » Umm al-Khayr se rendit auprès d’Umm Jamîl et lui dit : « Abû Bakr souhaite vous interroger au sujet de Muhammad ibn ʿAbd Allâh. » Umm Jamîl répondit : « Je ne connais pas Abû Bakr et je ne connais pas Muhammad ibn ʿAbd Allâh ; toutefois, si vous le souhaitez, je peux me rendre auprès de Bakr. » Umm al-Khayr conduisit Umm Jamîl auprès de son fils. En voyant l’état d’Abû Bakr, Umm Jamîl poussa un cri et dit : « Ceux de votre peuple qui vous ont réduit à cet état sont assurément des scélérats et des mécréants. J’espère qu’Allah Très-Haut vous vengera d’eux. » Abû Bakr (qu’Allah l’agrée) demanda des nouvelles du Messager d’Allah. Umm Jamîl fit signe à Umm al-Khayr. Abû Bakr (qu’Allah l’agrée) dit : « Il n’y a aucun problème. » Umm Jamîl répondit : « Il va bien et se trouve dans la maison d’Ibn al-Arqam. » Abû Bakr (qu’Allah l’agrée) déclara : « Je jure que je ne mangerai ni ne boirai rien tant que je n’aurai pas été conduit auprès du Messager d’Allah. » Umm al-Khayr et Umm Jamîl attendirent donc. Après le coucher du soleil, lorsque les déplacements se firent plus rares et que l’obscurité s’épaissit, Abû Bakr (qu’Allah l’agrée), s’appuyant sur les épaules de sa mère Umm al-Khayr et d’Umm Jamîl, se rendit auprès du Messager d’Allah — qu’Allah le bénisse et le salue — (Al-Bidâya wa an-Nihâya, tome 3, p. 30).
D’autres récits remarquables d’amour et de dévouement sont mentionnés en divers endroits du livre, notamment dans le récit de la bataille d’Uhud et dans celui concernant Zubayr (qu’Allah l’agrée).
Trois. La conscience des responsabilités
Les nobles Compagnons savaient parfaitement que, quelles que soient les responsabilités confiées aux êtres humains, aussi difficiles soient-elles, il n’était pas possible de les négliger, car les conséquences de cette négligence seraient encore plus terribles et l’humanité tout entière en subirait les dommages. Comparés à ces dommages, les injustices, les persécutions, les épreuves et les malheurs n’avaient aucune importance.
Quatre. La foi en l’au-delà
La foi en la vie de l’au-delà les a incités à faire preuve d’une grande maîtrise de soi et d’une grande patience dans l’accomplissement des responsabilités susmentionnées. Les nobles Compagnons étaient fermement et inébranlablement convaincus qu’un jour ils devraient se tenir devant Allah, le Seigneur des mondes, et rendre compte de toutes leurs œuvres, grandes ou petites. Ils seraient ensuite admis soit au Paradis rempli de bienfaits, soit en Enfer, chargé de terribles châtiments. Forts de cette conviction, les nobles Compagnons menaient une vie pleine d’espoir et de crainte : ils espéraient la miséricorde de leur Seigneur bien-aimé, Allah, et redoutaient Son châtiment. Allah Très-Haut décrit ainsi leur état dans le Saint Coran : « Ils accomplissent ce qu’ils accomplissent, le cœur rempli de crainte, parce qu’ils savent qu’ils retourneront vers leur Seigneur. »
Ils croyaient aussi fermement que tous les plaisirs, le confort, le bonheur, l’aisance, les peines et les souffrances de ce monde n’avaient, comparés à ceux de l’au-delà, même pas la valeur de l’aile d’un moustique. Cette conviction était si inébranlable et si solide qu’en comparaison, toutes les épreuves, les difficultés, les amertumes, les peines et les souffrances de ce monde leur paraissaient insignifiantes.
Cinq. Une situation de plus en plus difficile
Dans les versets du Coran révélés progressivement, les enseignements fondamentaux et les idéaux de l’islam étaient exposés de manière attrayante. Ces versets renforçaient, devant l’humanité, la vitalité et la fermeté de la foi de la société islamique, la plus noble et la plus remarquable qui soit. Allah Très-Haut présentait divers exemples et enseignait aux musulmans la sagesse et la manière d’agir. Ainsi, Allah Très-Haut dit : « Pensez-vous entrer au Paradis alors que vous n’avez pas encore connu les épreuves de ceux qui vous ont précédés ? Ils furent touchés par la misère et les difficultés, et ils furent tellement ébranlés que le Messager et ceux qui avaient cru avec lui s’écrièrent : “Quand viendra le secours d’Allah ?” Oui, le secours d’Allah est proche. » (214, 2)
Allah Très-Haut dit également : « Alif, Lâm, Mîm. Les gens pensent-ils qu’on les laissera dire : “Nous croyons”, sans les mettre à l’épreuve ? Nous avons certes éprouvé ceux qui vécurent avant eux. Allah fera assurément apparaître ceux qui sont sincères et ceux qui sont menteurs. » (1-3, 29)
Parallèlement, des versets étaient révélés, apportant aux mécréants polythéistes des réponses cinglantes à leurs diverses questions, de sorte qu’aucune de leurs excuses ne pouvait tenir. Il leur était dit clairement que, s’ils persistaient dans leur égarement et leur obstination, l’issue serait terrible. À titre d’exemple, des récits et des événements historiques concernant les peuples antérieurs étaient exposés, dans lesquels était énoncée la règle d’Allah concernant Son Messager et les mécréants ; en même temps, il y était question de miséricorde et de pardon, et la guidance y était exposée. Tout cela était dit afin que les incroyants renoncent à leur égarement et à leur fourvoiement.
En vérité, le Noble Coran a fait voyager les musulmans dans un monde différent et leur a présenté de nombreux exemples extraordinaires, afin qu’ils ne se découragent pas et qu’aucun obstacle ni aucune adversité ne puisse les détourner du chemin menant à l’agrément d’Allah.
Dans ces versets, les musulmans ont également reçu des paroles grâce auxquelles ils pouvaient recevoir de la part d’Allah la bonne nouvelle d’un Paradis rempli de miséricorde et de bienfaits. Quant aux incroyants, ils ont été dépeints de telle manière qu’ils sachent qu’ils seraient amenés devant Allah pour le jugement ; leurs bonnes œuvres de la vie terrestre ne leur seraient d’aucune utilité. Au contraire, ils seraient traînés et jetés en Enfer, et il leur serait dit : « Goûtez donc au châtiment de l’Enfer pour l’éternité. »
Six. Une patience inébranlable
En outre, les musulmans savaient, non seulement dès le début des persécutions qu’ils subissaient, mais même auparavant, qu’embrasser l’islam ne signifiait pas devoir supporter éternellement la souffrance et les épreuves. Le message essentiel de l’islam était au contraire de mettre fin à l’époque de l’ignorance, d’extirper toutes les formes d’injustice, de persécution, d’oppression et de répression. L’un des objectifs de l’appel à l’islam était également que les musulmans étendent leur influence sur la terre et remportent une victoire politique telle que tous les hommes puissent être guidés vers la volonté et l’agrément d’Allah, libérés de la servitude des hommes pour entrer dans la servitude d’Allah.
Ces bonnes nouvelles du Noble Coran étaient révélées tantôt de manière allusive, tantôt ouvertement. D’un côté, la situation était telle que, bien que vaste, la terre devenait étroite pour les musulmans ; il leur était difficile de subsister, tandis qu’un groupe d’hommes s’employait constamment à les éradiquer complètement. De l’autre, des versets étaient révélés pour renforcer la force, le courage et le moral des musulmans ; ils relataient des événements anciens, rappelaient que les prophètes avaient été traités de menteurs dans le passé et qu’ils avaient eux aussi subi persécutions et sévices. Le tableau qui y était dépeint correspondait exactement à la situation des musulmans et des mécréants de La Mecque. Enfin, il y était mentionné comment, auparavant, les incroyants avaient été anéantis et les serviteurs vertueux d’Allah établis comme héritiers de Sa terre. En définitive, les incroyants de La Mecque échoueraient et seraient vaincus, tandis que les musulmans et l’appel à l’islam remporteraient le succès. À cette époque furent également révélés des versets annonçant explicitement la victoire des croyants. Ainsi, Allah, le Seigneur des mondes, dit : « Ma parole a déjà été décrétée au sujet de Mes serviteurs envoyés : ils seront certainement secourus, et Mes armées seront victorieuses. Détourne-toi donc d’eux pour quelque temps, observe-les, et bientôt ils verront. »
« Cherchent-ils donc à hâter Mon châtiment ? Lorsque le châtiment s’abattra dans leurs demeures, le sort de ceux qui ont été avertis sera terrible et abominable » (171, 177, 37).
Allah dit également : « Cette armée sera bientôt vaincue et tournera le dos » (45, 54).
Cette armée composée de nombreuses factions sera elle aussi certainement vaincue dans ce cas (11, 38).
Au sujet de ceux qui émigrèrent en Abyssinie, Allah, exalté soit-Il, dit :
Ceux qui, après avoir subi des injustices, ont émigré dans le sentier d’Allah, Nous leur accorderons certainement une excellente demeure ici-bas ; et la récompense de l’au-delà est certes meilleure. Si seulement ils le savaient ! (42, 16).
Après que les incroyants eurent interrogé le Messager d’Allah au sujet de l’histoire du prophète Joseph (paix sur lui), Allah, exalté soit-Il, dit : « Il y a certes un signe pour ceux qui interrogent » (7, 12). Cela signifie que les habitants de La Mecque interrogent aujourd’hui au sujet de l’histoire de Joseph (paix sur lui), et qu’ils échoueront exactement de la même manière que ses frères avaient échoué. Leur destin sera semblable à celui des frères de Joseph. Les habitants de La Mecque devraient donc tirer une leçon de l’histoire de Joseph et de ses frères ; ils devraient comprendre quel sera le sort des injustes. En évoquant, à un endroit, les prophètes, Allah, exalté soit-Il, dit que les mécréants avaient déclaré à leurs messagers : « Nous vous expulserons certainement de notre pays, à moins que vous ne reveniez à notre religion. » Alors leur Seigneur révéla aux messagers : « Je ferai certainement périr les injustes » (13-14, 14).
Alors que la guerre faisait rage entre la Perse et Rome, les mécréants souhaitaient que les Perses remportent la victoire, tandis que les musulmans souhaitaient la victoire des Romains, car ceux-ci prétendaient croire en Allah, aux prophètes, à la révélation et aux Livres célestes. Lorsque la victoire des Perses sembla probable, Allah annonça la bonne nouvelle que les Romains remporteraient la victoire quelques années plus tard. Il ne leur annonça pas seulement cette victoire : Allah annonça également qu’au moment de la victoire des Romains, Il apporterait un soutien particulier aux croyants. Ceux-ci s’en réjouiraient. Allah, exalté soit-Il, dit : « Et ce jour-là, les croyants se réjouiront du secours d’Allah » (45, 30). Par la suite, la victoire et le succès des musulmans lors de la bataille de Badr vinrent confirmer la véracité de la parole d’Allah.
En plus des annonces du Coran, le Messager d’Allah, qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix, annonçait également aux musulmans de telles bonnes nouvelles en diverses occasions. Lors de la période du pèlerinage, il prêchait sa mission prophétique aux gens dans les marchés de ‘Ukaz, de Majanna et de Dhul-Majaz, en disant : « Ô gens, dites qu’il n’y a de divinité qu’Allah, et vous réussirez. Grâce à cela, vous deviendrez les rois des Arabes, les autres vous seront soumis et, après votre mort, vous serez également rois au Paradis » (Jami‘ at-Tirmidhi).
Il a été mentionné précédemment que, lorsqu‘Utba ibn Rabi‘a tentait de séduire le Messager d’Allah, qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix, par les plaisirs et les richesses de ce monde, et que celui-ci lui répondit en lui récitant quelques versets de la sourate Ha-Mîm as-Sajda, ‘Utba prédit que, finalement, seuls les musulmans remporteraient la victoire.
La réponse que le Messager d’Allah, qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix, avait donnée lorsque la dernière délégation des Quraychites vint rencontrer Abû Tâlib a été mentionnée précédemment. Là encore, le Messager d’Allah, qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix, déclara avec une entière assurance : « Croyez en l’unicité d’Allah ; grâce à cela, l’ensemble des Arabes vous sera soumis et vous établirez également votre domination sur les non-Arabes. »
Hazrat Khabbab ibn al-Aratt (qu’Allah l’agrée) rapporte : « Un jour, je me rendis auprès du Messager d’Allah (qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix). Il était allongé à l’ombre de la Kaaba, utilisant un manteau comme oreiller. À cette époque, nous étions persécutés et humiliés par les polythéistes. Je lui dis : “Ô Messager d’Allah, ne pourriez-vous pas invoquer Allah ?” En entendant cela, il se redressa ; son visage devint cramoisi, puis il dit : “Avant vous, il arrivait aux croyants d’être soumis à de telles persécutions que leur chair était arrachée avec des peignes de fer, ne laissant que les os de leur corps. Pourtant, même de telles persécutions ne pouvaient les détourner de leur foi en la religion d’Allah.” Puis il ajouta : “Allah mènera assurément cette religion à son plein accomplissement. Un cavalier voyagera de San‘a à Hadramaut sans rien craindre d’autre qu’Allah ; toutefois, le tigre continuera encore à menacer les troupeaux.” » (Sahih al-Bukhari, vol. 1, p. 543).
Une autre tradition rapporte également ces paroles : « Mais vous êtes impatients. » (Sahih al-Bukhari, vol. 1, p. 51).
Il faut se rappeler que ces bonnes nouvelles n’étaient nullement un secret ; elles étaient connues de tous. Les mécréants et les infidèles les connaissaient tout autant que les musulmans. Chaque fois qu’Aswad ibn al-Muttalib et ses compagnons voyaient les Compagnons, ils se disaient entre eux : « Le roi du monde entier est arrivé chez vous ; ils vaincront très bientôt Khosroès et César ! » En disant cela, ils sifflaient et applaudissaient. (Fiqh as-Sîra, p. 82).
En somme, toutes les injustices, persécutions, sévices et tortures infligés aux Compagnons à cette époque étaient insignifiants en comparaison de leur certitude de gagner le Paradis et des bonnes nouvelles qu’ils avaient reçues. Les Compagnons considéraient ces persécutions comme un fragment de nuage qui se dissiperait au premier souffle de vent.
En outre, les Compagnons fournissaient régulièrement aux croyants une nourriture spirituelle en leur donnant une compréhension claire de la maturité de leur foi, et les purifiaient intérieurement par l’enseignement du Coran. La formation islamique, le renforcement spirituel, la purification intérieure et l’enseignement de la beauté morale accroissaient le courage des Compagnons. Le Messager d’Allah (qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix) transformait les braises vacillantes de leur foi en flammes éclatantes ; il les faisait sortir des ténèbres et les conduisait vers la lumière de la guidance. Ainsi, leur enseignement religieux et leur foi s’étaient considérablement renforcés. Ayant abandonné l’esclavage de leurs passions, ils avançaient sur la voie de la satisfaction d’Allah. Ils s’étaient mis à rechercher ardemment le statut d’habitants du Paradis, la connaissance et l’examen de leur propre âme. Pour ces raisons, les persécutions et les sévices des polythéistes mécréants ne purent les détourner de leur objectif et de leur voie. Ils demeurèrent fermes et inébranlables dans la patience et l’endurance ; chacun d’eux devint un modèle éclatant pour l’humanité entière.
Troisième période : l’appel à l’islam en dehors de La Mecque
Le Messager d’Allah à Taïf
Au début de la dixième année de la prophétie — Mawlana Nadjibadi donne à ce sujet des détails dans le premier volume de Tarikh-e Islam, à la page 122 ; à mon avis, cette date est la plus exacte —, vers la fin du mois de mai ou le début du mois de juin 619 de l’ère chrétienne, le Prophète (qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix) se rendit à Taïf. Taïf se trouve à soixante miles de La Mecque. Le Messager d’Allah (qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix) parcourut à pied les cent vingt miles de l’aller et du retour. Zayd ibn Haritha (qu’Allah l’agrée), son esclave affranchi, l’accompagnait. Tout au long du chemin menant à Taïf, il appelait les gens à l’islam, mais personne ne répondit à son appel. À son arrivée à Taïf, le Messager d’Allah (qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix) se rendit auprès de trois chefs de la tribu des Thaqif. Ils étaient frères et s’appelaient Abd Yalil, Mas‘ud et Habib. Leur père s’appelait ‘Amr ibn ‘Umayr ath-Thaqafi. Le Messager d’Allah (qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix) les invita à se soumettre à Allah et à soutenir l’islam. En réponse, l’un d’eux dit sur un ton moqueur : “Qu’il déchire donc le voile de la Kaaba, s’il est vrai qu’Allah l’a envoyé comme Messager !” (En ourdou, cette expression correspond à l’idée suivante : “Si tu es un prophète, qu’Allah me fasse périr.” Elle signifie qu’il est impossible qu’un homme tel que toi soit prophète, tout comme il est impossible d’attaquer la Kaaba.)
Un autre dit : « Allah n’a-t-Il trouvé personne d’autre que toi ? » Le troisième dit : « Je ne veux absolument pas te parler, car si tu es un prophète, il serait dangereux pour moi de rejeter tes paroles ; et si tu inventes des mensonges au nom d’Allah, il ne convient pas davantage que je te parle. » Après avoir entendu cela, le Messager d’Allah, qu’Allah le bénisse et le salue, se leva et dit : « Puisque vous faites ce que vous faites, gardez donc cette affaire secrète. »
Le Messager d’Allah, qu’Allah le bénisse et le salue, resta dix jours à Taïf. Durant cette période, il se rendit auprès de tous les notables de Taïf, c’est-à-dire les chefs des tribus, et invita chacun d’eux à la religion. Mais tous lui dirent la même chose : « Sors de notre ville ! » Ils ne se contentèrent pas de ces paroles ; ils excitèrent aussi des gamins turbulents contre lui. À son retour, ces vauriens le suivirent. Ils insultaient le Messager d’Allah, qu’Allah le bénisse et le salue, applaudissaient et faisaient du vacarme. En peu de temps, tant de gamins et de vauriens se rassemblèrent qu’ils formèrent des rangées des deux côtés de la route. Puis ils se mirent à l’insulter et à lui jeter des pierres. Ses deux pieds furent ensanglantés et ses sandales se remplirent de sang. De son côté, Zayd ibn Haritha, qu’Allah l’agrée, protégeait le Prophète, qu’Allah le bénisse et le salue, comme un bouclier ; les pierres lancées le frappaient donc lui, et sa tête fut entaillée en plusieurs endroits. En faisant grand tapage, les vauriens poursuivirent le Messager d’Allah. Finalement, il se réfugia dans un jardin appartenant à Utba, Shayba et Rabi‘a, à trois miles de Taïf. Après que le Messager d’Allah, qu’Allah le bénisse et le salue, s’y fut réfugié, les vauriens repartirent. Il s’adossa à un mur et s’assit à l’ombre d’une vigne. Lorsqu’il se fut quelque peu apaisé, il récita cette invocation, célèbre sous le nom d’invocation des faibles. Chaque mot de cette invocation montre combien le mauvais comportement des habitants de Taïf et le fait qu’aucun d’entre eux n’ait embrassé la foi avaient profondément affligé le Messager d’Allah, qu’Allah le bénisse et le salue, et combien sa tristesse et sa douleur étaient grandes. Dans cette invocation, il dit : « Ô Allah, je me plains auprès de Toi de ma faiblesse, de mon impuissance et du peu de considération que j’ai parmi les gens. Ô le plus Miséricordieux des miséricordieux, Tu es le Seigneur des faibles et Tu es mon Seigneur. À qui m’as-Tu confié ? À un étranger qui me traitera durement, ou à un ennemi auquel Tu as donné autorité sur mon affaire ? Si Tu n’es pas en colère contre moi, je ne me soucie de rien et ne regrette rien. Ta grâce est assez vaste pour moi. Je cherche refuge dans la lumière de Ton Essence, par laquelle les ténèbres sont dissipées et le monde empli de lumière. Toutes les affaires de ce monde et de l’au-delà sont entre Tes mains. Que Tu fasses descendre sur moi Ta malédiction ou que Tu m’accables, je rechercherai Ton agrément. Toute puissance et toute force T’appartiennent exclusivement ; il n’y a de force pour personne en dehors de Ta force. »
Les fils de Rabi‘a, voyant la situation du Messager d’Allah, furent pris de compassion pour lui ; la pensée de leur proche parenté leur attendrit le cœur. Ils remirent une grappe de raisin à leur esclave chrétien, Addas, et lui dirent : « Porte-la à cet homme. » Après qu’Addas eut donné la grappe de raisin au Messager d’Allah, qu’Allah le bénisse et le salue, celui-ci commença à la manger en disant : « Bismillah. »
Addas dit : « Les habitants de cette région ne prononcent pas de telles paroles en mangeant. » Le Messager d’Allah, qu’Allah le bénisse et le salue, lui demanda : « De quelle contrée es-tu ? Quelle est ta religion ? » Il répondit : « Je suis de Ninive et je suis chrétien. » Le Messager d’Allah, qu’Allah le bénisse et le salue, lui dit : « Tu es de la région de ce vertueux serviteur, Joseph. » Addas demanda : « Comment connais-tu Joseph ? » Le Messager d’Allah, qu’Allah le bénisse et le salue, répondit : « Il était mon frère. C’était un prophète, et je suis moi-même un prophète. » En entendant cela, Addas se pencha vers le Messager d’Allah, qu’Allah le bénisse et le salue, et lui embrassa la tête, les mains et les pieds.
Voyant cela, les deux fils de Rabi‘a se dirent entre eux : « Cet homme a maintenant bouleversé l’esprit de notre esclave ! » Lorsqu’Addas revint auprès de ses maîtres, ceux-ci lui demandèrent : « Qu’y a-t-il ? » Addas répondit : « À mon avis, il n’y a pas sur terre d’homme meilleur que celui-ci. Il m’a dit une chose que nul autre qu’un prophète ne pouvait connaître. » Les fils de Rabi‘a lui dirent : « Écoute, Addas, que cet homme ne te détourne pas de ta religion. Ta religion est meilleure que la sienne. »
Après y être resté quelque temps, le Prophète, qu’Allah le bénisse et le salue, sortit du jardin et prit la route de La Mecque. Il était psychologiquement accablé. Lorsqu’il arriva en un lieu appelé Manā’il, Jibril, qu’Allah le salue, vint sur ordre d’Allah, accompagné des anges des montagnes. Ils étaient venus demander au Messager d’Allah la permission, afin que, s’il le souhaitait, ils puissent écraser les habitants de cette région entre les deux montagnes.
Le récit de cet événement est rapporté dans le Sahih al-Bukhari d’après Aïcha, qu’Allah l’agrée. Elle dit : « Je demandai un jour au Messager d’Allah : “Un jour plus pénible que celui d’Uhud vous est-il arrivé au cours de votre vie ?” Le Messager d’Allah, qu’Allah le bénisse et le salue, répondit : “Parmi les épreuves que j’ai subies de la part de ton peuple, le jour de Taïf fut le plus terrible. J’avais présenté l’appel à l’islam aux fils d’Abd Yalil ibn Abd Kulal, mais ils ne l’acceptèrent pas. Accablé de tristesse, de douleur et de désarroi, je parvins à Qarn al-Tha‘alib et pus enfin reprendre haleine. Là, levant la tête, je vis un morceau de nuage au-dessus de moi. En regardant attentivement, j’y aperçus Jibril, qu’Allah le salue. Il me dit : “Allah a entendu tout ce que ton peuple t’a dit. Il t’a envoyé l’ange des montagnes.” Ensuite, l’ange des montagnes m’appela, me salua et dit : “Ô Messager d’Allah, c’est bien vrai. Si tu le souhaites, nous les écraserons entre les deux montagnes.” » (Dans le Sahih al-Bukhari, le terme Akhshabayn est employé ici. Il désigne les deux montagnes célèbres de La Mecque, Abou Qubays et Qou‘ayqi‘ân. Ces deux montagnes se font face au nord et au sud de la Kaaba ; à cette époque, les habitants de La Mecque vivaient entre elles.)
Le Prophète, qu’Allah le bénisse et le salue, répondit : « Non, car j’espère qu’Allah fera naître parmi leurs descendants des gens qui n’adoreront qu’Allah et ne Lui associeront personne. » (Sahih al-Bukhari, livre du Commencement de la création, tome 1, p. 458.)
Dans cette réponse du Messager d’Allah — qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix — se manifestaient sa prévoyance, sa sagacité, sa personnalité incomparable et son excellente conscience humaine. En somme, l’aide invisible venue d’en haut apaisa son cœur. Le Messager d’Allah — qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix — prit la route de La Mecque. Arrivé dans un lieu appelé la vallée de Nakhlah, il s’arrêta. Il y avait deux endroits où il pouvait séjourner : l’un s’appelait As-Sayl al-Kabir et l’autre Jayma. Tous deux possédaient de l’eau, une beauté naturelle et une végétation luxuriante. On ne dispose toutefois d’aucune information certaine permettant de savoir dans lequel de ces deux endroits il séjourna.
Le Messager d’Allah — qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix — passa quelques jours à Nakhlah. C’est là qu’Allah, le Seigneur des mondes, lui envoya deux groupes de djinns. Leur récit est mentionné à deux endroits du Noble Coran : dans les sourates Al-Ahqaf et Al-Jinn.
Dans la sourate Al-Ahqaf, Allah dit : « Et rappelle-toi lorsque Nous dirigeâmes vers toi un groupe de djinns afin qu’ils écoutent la récitation du Coran. Lorsqu’ils se présentèrent auprès de lui, ils se dirent les uns aux autres : “Écoutez attentivement et gardez le silence.” Puis, lorsque la récitation fut achevée, ils retournèrent auprès de leur peuple pour l’avertir. Ils dirent : “Nous avons écouté la récitation d’un Livre révélé après Moïse, confirmant les Livres antérieurs et guidant vers la vérité et le droit chemin. Ô notre peuple, répondez à celui qui vous appelle à Allah et croyez en lui : Allah vous pardonnera vos péchés et vous préservera d’un châtiment douloureux.” » (46:29-31).
Dans la sourate Al-Jinn, Allah dit : « Dis : Il m’a été révélé qu’un groupe de djinns a attentivement écouté, puis a dit : “Nous avons certes écouté une merveilleuse récitation, qui guide vers le droit chemin. Nous y avons donc cru et nous n’associerons jamais personne à notre Seigneur.” » Leur récit se poursuit jusqu’au quinzième verset de la sourate Al-Jinn.
La manière dont les versets précités rapportent ces événements montre que le Prophète — qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix — ignorait initialement la venue des djinns. Ce n’est qu’après en avoir été informé par les versets coraniques que le Messager d’Allah en prit connaissance. Les versets coraniques indiquent qu’il s’agissait de la première venue des djinns. Divers hadiths nous apprennent que leurs visites se poursuivirent par la suite.
La venue des djinns et leur acceptation de l’islam constituaient en réalité le deuxième secours accordé par Allah. Il reçut ce secours des trésors invisibles d’Allah. D’autres versets relatifs à cet événement montrent qu’Allah annonça à Son Messager bien-aimé la bonne nouvelle du succès de l’appel à la religion, et lui fit clairement savoir qu’aucune force terrestre ne pourrait subsister comme obstacle au succès et à la progression de l’appel de l’islam. Allah dit ainsi : « Celui qui ne répond pas à l’appel de celui qui invite à Allah ne pourra échapper à Allah sur la terre, et il n’aura, en dehors d’Allah, aucun protecteur. Ceux-là sont dans un égarement manifeste. » (46:32).
Allah rapporte les propos des mécréants : « Nous avons compris que nous ne pouvons rendre Allah impuissant sur la terre, et que nous ne pouvons pas davantage Lui échapper en fuyant. » (72:12).
Face à ce secours et à cette bonne nouvelle, la tristesse et la souffrance causées par le mauvais traitement des habitants de Taïf, ainsi que les nuages sombres qui obscurcissaient son cœur, s’étaient dissipées. Le Messager d’Allah résolut fermement de retourner à La Mecque et de continuer à appeler à la religion avec un nouvel enthousiasme et une nouvelle ardeur. À ce moment-là, Zayd ibn Harithah — qu’Allah l’agrée — dit : « Ô Messager d’Allah, comment retourneras-tu à La Mecque alors que ses habitants t’en ont chassé ? » Il répondit : « Ô Zayd, Allah trouvera certainement une issue à la situation que tu vois. Allah aidera assurément Sa religion et accordera la victoire à Son Prophète. »
Le Messager d’Allah — qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix — partit de Nakhlah et s’installa dans la grotte de Hirâ, située non loin de La Mecque. De là, il fit transmettre par l’intermédiaire d’un homme de la tribu de Khuzâ‘a un message à al-Akhnas ibn Shurayq, lui demandant de lui accorder sa protection. Al-Akhnas déclina en disant : « Je suis un allié, et un allié ne peut assumer la responsabilité d’accorder sa protection à quelqu’un. » Le Messager d’Allah — qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix — envoya ensuite le même message à Suhayl ibn ‘Amr, mais celui-ci déclina également en disant : « La protection accordée par les Banû ‘Âmir ne s’applique pas aux Banû Ka‘b. » Le Messager d’Allah — qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix — envoya alors un message à Mut‘im ibn ‘Adî. Mut‘im répondit : « Oui, j’accepte. » Il s’arma ensuite, convoqua ses fils et les membres de sa tribu et les rassembla. Lorsqu’ils furent tous réunis, il leur dit : « Allez, armés, devant la Ka‘ba, car j’ai accordé ma protection à Muhammad — qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix. » Puis Mut‘im fit savoir au Messager d’Allah — qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix — d’entrer à La Mecque. Après avoir reçu le message, le Messager d’Allah entra à La Mecque accompagné de Zayd. Mut‘im ibn ‘Adî, debout sur sa monture, proclama : « Ô gens de Quraysh, écoutez ! J’ai accordé ma protection à Muhammad — qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix. Que personne ne lui fasse désormais de mal. » Le Messager d’Allah — qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix — embrassa la Pierre noire et accomplit deux unités de prière. Après sa prière, il regagna sa demeure. À ce moment-là, Mut‘im ibn ‘Adî et ses fils, armés, l’encerclèrent et restèrent avec lui jusqu’à ce que le Messager d’Allah soit rentré chez lui.
On rapporte qu’à cette occasion, Abû Jahl demanda à Mut‘im : « Lui as-tu seulement accordé ta protection, ou es-tu également devenu son disciple, c’est-à-dire musulman ? » Mut‘im répondit : « Je lui ai seulement accordé ma protection. »
Abû Jahl dit alors : « Celui à qui tu as accordé ta protection, nous la lui accordons également. » (Les récits de cet événement du voyage à Tâ’if se trouvent dans Ibn Hishâm, tome 1, p. 422-429 ; Zâd al-Ma‘âd, tome 2, p. 46-47 ; Rahmat li-l-‘Âlamîn, tome 1, p. 71-74 ; Târîkh-i Islâm Nazîrâbâdî, tome 1, p. 123-124.)
Le Messager d’Allah — qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix — n’oublia jamais le service que lui avait rendu Mut‘im ibn ‘Adî. Après la bataille de Badr, lorsque les mécréants de La Mecque furent amenés captifs, le fils de Mut‘im, le vénérable Hubayb — qu’Allah l’agrée — se présenta auprès du Messager d’Allah — qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix — afin d’intercéder pour la libération de quelques prisonniers. Il dit : « Si Mut‘im ibn ‘Adî était encore vivant aujourd’hui et intercédait auprès de moi au sujet de ces gens malodorants, je les libérerais tous en leur faveur. » (Sahîh al-Bukhârî, tome 3, p. 573.)
L’appel à l’islam adressé à diverses tribus et à différents individus
Au cours de la dixième année de la mission prophétique, durant le mois de Dhû al-Qa‘da, c’est-à-dire vers la fin du mois de mai ou le début du mois de juin 619 de l’ère chrétienne, le Messager d’Allah — qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix — arriva à La Mecque en provenance de Tâ’if. Là, il recommença avec un nouvel élan à appeler diverses personnes et tribus à l’islam. Comme c’était la saison du pèlerinage, de nombreuses personnes venues de près et de loin arrivaient pour l’accomplir, à pied ou sur leurs montures. Le Prophète — qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix — les invita alors à l’islam. Il adressait ce type d’appel depuis la quatrième année de sa mission prophétique.
L’imam al-Zuhrî rapporte que les tribus auprès desquelles le Messager d’Allah — qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix — se rendit pour leur présenter l’islam étaient les suivantes : Banû ‘Âmir ibn Sa‘sâ‘a, Sa‘sâ‘a, Muhârib ibn Khasfa, Fazâra, Nashshân, Mâyra, Hanîfa, Sâlim, ‘Abbâs, Banû Nasr, Banû al-Baqâ, Kilâb, Hârith ibn ‘Âzara et Hazârima. Mais aucune n’embrassa l’islam. (Al-Tirmidhî, Mukhtasar al-Sîra, cheikh ‘Abdullah, p. 149.)
L’appel à l’islam ne fut pas adressé aux tribus mentionnées par l’imam al-Zuhrî une seule fois, ni uniquement pendant la saison du pèlerinage d’une seule année. Au contraire, depuis la quatrième année de la mission prophétique jusqu’à la dernière saison du pèlerinage précédant l’Hégire, c’est-à-dire pendant dix ans, elles furent invitées à l’islam à différentes reprises et de diverses manières. (Rahmat li-l-‘Âlamîn, tome 1, p. 74.)
Ibn Ishaq a invité plusieurs tribus à l’islam et a également rapporté leurs réponses. Voici, à ce sujet, un bref résumé.
1) Banou Kilab. Le Messager d’Allah (paix et bénédictions d’Allah sur lui) se rendit auprès d’une branche de cette tribu, les Banou Abdallah, et les appela à croire en Allah et en Son Messager. Au cours de la conversation, il leur dit : « Ô Banou Abdallah, Allah Très-Haut a donné à votre ancêtre le nom le plus éminent. » Mais les membres de cette tribu n’acceptèrent pas l’appel du Messager d’Allah.
2) Banou Hanifa. Le Messager d’Allah (paix et bénédictions d’Allah sur lui) se rendit chez eux et les invita à l’islam, mais jamais aucun Arabe ne donna une réponse semblable à celle qu’ils lui donnèrent.
3) Amir ibn Sa‘sa‘a. Le Messager d’Allah (paix et bénédictions d’Allah sur lui) les invita eux aussi à l’islam. En réponse, un homme de cette tribu nommé Bouhayra ibn Firas déclara : « Par Allah, si je m’allie à un jeune homme de Quraysh, je dévorerai tous les Arabes. » Puis il dit : « Répondez à une question : si nous acceptons votre religion et que vous triomphez de vos adversaires, le pouvoir nous reviendra-t-il ensuite ? » Le Messager d’Allah (paix et bénédictions d’Allah sur lui) répondit : « Le pouvoir et l’autorité appartiennent à Allah ; Il les place où Il le veut. » En entendant cela, l’homme dit : « Quelle excellente parole ! Nous exposerions nos poitrines aux flèches des Arabes pour vous protéger, mais lorsque Allah vous donnera la victoire, le pouvoir et l’autorité resteraient entre les mains d’autres que nous ? Cela ne se peut pas. Nous n’avons pas besoin de votre religion. »
Après que les Banou Amir furent retournés dans leur région, une vieille femme apprit ce qui s’était passé. En raison de son âge avancé, elle n’avait pas pu se rendre au pèlerinage. Après avoir tout entendu, elle se prit la tête à deux mains et dit : « Vous avez commis une grave erreur, ô membres des Banou Amir ! N’y a-t-il aucun moyen de retrouver cet homme ? Par Celui qui détient ma vie entre Ses mains, aucun descendant d’Ismaël n’a jamais pu ni ne peut prétendre mensongèrement à la prophétie. Vous avez perdu la raison ! » (Ibn Hicham, vol. 1, p. 443-448).
La lumière de l’islam au-delà de La Mecque
Le Messager d’Allah (paix et bénédictions d’Allah sur lui) n’invita pas seulement différentes tribus et délégations à l’islam ; il y invita également de nombreuses personnes. Plusieurs d’entre elles répondirent favorablement. Peu après la saison du pèlerinage, un certain nombre de personnes embrassèrent l’islam. Voici un bref compte rendu des faits concernés :
1) Souwayd ibn Samit. Cet homme était poète et possédait une grande intelligence et un jugement sûr. Il était originaire de Yathrib. En raison de son intelligence, de sa pratique de la poésie, de sa noblesse et de son ascendance honorable, les membres de son peuple lui avaient donné le titre de « Kamil ». Cet homme se rendit à La Mecque pour accomplir le hajj ou la ‘omra. Le Messager d’Allah l’invita à l’islam. Il dit : « Il se peut que vous possédiez quelque chose de semblable à ce que je possède. » Le Messager d’Allah (paix et bénédictions d’Allah sur lui) lui demanda : « Que possèdes-tu ? » Il répondit : « La sagesse de Luqman. » Le Messager d’Allah lui dit : « Fais-nous-en entendre quelque chose. » Souwayd la lui récita. Le Messager d’Allah (paix et bénédictions d’Allah sur lui) dit alors : « Cette parole est bonne, mais ce que je possède est meilleur encore. Je possède le Coran, qu’Allah a fait descendre sur moi. Il est la lumière de la guidée. » Puis le Messager d’Allah récita à cet homme quelques passages du Coran. Celui-ci embrassa alors l’islam et dit : « Voilà une parole magnifique ! » Il embrassa l’islam au début de la onzième année de la prophétie. Après sa conversion, lorsque Souwayd retourna à Médine, la bataille de Bu‘ath éclata. Il y trouva le martyre (Ibn Hicham, vol. 1, p. 425-427 ; Rahmat lil-‘Alamin, vol. 1, p. 74).
2) Yâs ibn Muʿâdh. Cet homme était originaire de Yathrib et encore jeune. Au cours de la onzième année de la mission prophétique, peu avant la bataille de Buʿâth, une délégation des Aws vint à La Mecque dans l’espoir d’obtenir l’aide des Quraych contre les Khazraj. Yâs les accompagnait. À cette époque, le feu de l’hostilité brûlait entre les deux tribus. Les Aws étaient moins nombreux que les Khazraj. Lorsque le Messager d’Allah apprit l’arrivée de cette délégation, il alla à sa rencontre. S’étant joint à eux, le Messager d’Allah leur dit : « Accepteriez-vous quelque chose de meilleur que le but pour lequel vous êtes venus à La Mecque ? » Ils demandèrent : « De quelle chose s’agit-il ? » Le Messager d’Allah répondit : « Je suis le Messager d’Allah. Allah m’a envoyé auprès de Ses serviteurs afin de les appeler à L’adorer et à ne rien Lui associer. Allah a fait descendre sur moi un Livre. » Puis il leur parla de l’islam et leur récita des versets du Coran.
Yâs ibn Muʿâdh dit : « Ô gens, cet appel est meilleur que le but pour lequel vous êtes venus ici. » L’un des membres de la délégation, Abû al-Husayn Anas ibn Râfiʿ, lui jeta une poignée de paille au visage et dit : « Laisse ces propos ! Par ma vie, nous sommes venus ici pour une autre raison. » Après cela, Yâs ne dit plus rien et le Messager d’Allah se leva et partit. De leur côté, les membres de la délégation ne parvinrent pas non plus à conclure avec les Quraych un pacte d’alliance et de coopération. Ayant échoué, ils retournèrent à Médine.
3) Abû Dharr al-Ghifârî. Un homme vivait dans un endroit éloigné de la ville. Abû Dharr avait appris l’apparition du Messager d’Allah par Suwayd ibn Sâmit et Yâs ibn Muʿâdh ; cette nouvelle fut la cause de sa conversion à l’islam (c’est ce qu’a écrit Akbar Nadwîrâbâdî ; voir Târîkh al-Islâm, tome 1, p. 128). Le récit détaillé de sa conversion est rapporté dans le Sahîh al-Bukhârî. Selon le récit d’Abd Allah ibn ʿAbbâs, qu’Allah l’agrée, Abû Dharr dit : « J’étais membre de la tribu des Ghifâr. J’appris qu’un homme était apparu et prétendait être un prophète. Après avoir reçu cette nouvelle, j’envoyai mon frère à La Mecque et lui dis : “Va rencontrer cet homme.” »
« Puis rapporte-moi de ses nouvelles. » Lorsque mon frère revint de La Mecque, je lui demandai : « Quelles nouvelles rapportes-tu ? » Il répondit : « Par Allah, j’ai vu un homme qui ordonne les bonnes œuvres et interdit les mauvaises. » Je lui dis : « Tu ne m’as pas donné une nouvelle qui puisse me rassurer. » Je pris alors quelques provisions et me mis en route vers La Mecque. Une fois arrivé, je ne parvins pas à reconnaître le Messager d’Allah et je n’osai interroger personne à son sujet. Après avoir bu de l’eau de Zamzam, je restai étendu dans la Mosquée sacrée. ʿAlî, qu’Allah l’agrée, me vit et dit : « Vous semblez être un étranger. » Je répondis : « Oui. » Il dit : « Venez chez moi. » Je le suivis. Il ne me posa aucune question et je ne lui dis rien non plus.
Le matin, je retournai à la Mosquée sacrée, espérant interroger quelqu’un au sujet du Messager d’Allah, mais personne ne m’en dit rien. Le soir, ʿAlî, qu’Allah l’agrée, vint me voir et dit : « Cet homme n’a-t-il toujours pas trouvé où se rendre ? » Je répondis : « Non, pas encore. » Il dit : « Venez avec moi. » Puis il ajouta : « Dites-moi donc, que se passe-t-il ? Pourquoi êtes-vous venu dans cette ville ? » Je répondis : « Si vous gardez le secret, je peux vous le dire. » Il dit : « D’accord. » Je lui dis : « J’ai appris qu’un homme prétendait être un prophète. Après avoir reçu cette nouvelle, j’ai envoyé mon frère, mais il n’a pas pu m’en rapporter des informations détaillées. C’est pourquoi je suis venu moi-même. » ʿAlî, qu’Allah l’agrée, dit : « Vous êtes arrivé au bon endroit. Venez avec moi. J’entrerai là-bas et vous entrerez également. Si, en chemin, quelqu’un vous inspire de la crainte, j’irai près d’une boutique en faisant semblant de remettre mes sandales en ordre ; pendant ce temps, vous continuerez votre chemin. » ʿAlî, qu’Allah l’agrée, se mit alors en route, et je partis avec lui. Lorsqu’il entra finalement dans une maison, je le suivis auprès du Messager d’Allah. Je lui dis : « Appelez-moi à l’islam. » Le Messager d’Allah me présenta l’islam, et j’embrassai l’islam et devins musulman. Puis le Messager d’Allah me dit : « Ô Abû Dharr, garde secrète ta conversion et retourne dans ta région. Lorsque nous nous manifesterons publiquement, viens nous rejoindre après en avoir appris la nouvelle. » Je répondis : « Par Celui qui vous a envoyé avec la vérité, je proclamerai publiquement ma conversion devant les mécréants. » Après avoir dit cela, je me rendis devant la Kaʿba, où les Quraych étaient présents, et je déclarai : « J’atteste que Muhammad est le serviteur d’Allah et Son Messager. »
Après cette déclaration, les Quraych se dirent les uns aux autres : « Levez-vous et occupez-vous de cet apostat ! » Ils se mirent ensuite à me frapper si violemment que je pensai mourir. Dans cet état, al-ʿAbbâs, qu’Allah l’agrée, vint me sauver. Il se pencha légèrement pour me regarder, puis dit aux Quraych : « Cet homme appartient à la tribu des Ghifâr, et c’est par le territoire de cette tribu que vous passez pour faire du commerce. » En entendant cela, les Quraych polythéistes me laissèrent partir. Le lendemain, j’y retournai et la même scène se reproduisit. Cette fois encore, al-ʿAbbâs, qu’Allah l’agrée, vint me délivrer. (Sahîh al-Bukhârî, chapitre du récit de Zamzam, tome 1, p. 499 ; chapitre de la conversion d’Abû Dharr, tome 1, p. 544-545.)
4) Tufayl ibn ʿAmr al-Dawsî. Cet homme était poète, doué d’une intelligence et d’un jugement remarquables, et le chef de sa tribu. Cette tribu exerçait son autorité sur certaines régions du Yémen. Lorsqu’il se rendit à La Mecque au cours de la onzième année de la mission prophétique, les notables mecquois l’accueillirent et se plaignirent auprès de lui du Messager d’Allah. Ils lui dirent : « Cet homme nous a plongés dans une situation compliquée et a divisé notre unité. Ses paroles ont un effet semblable à celui de la magie : elles ont créé la discorde entre les frères, entre les époux, ainsi qu’entre les pères et leurs fils. Nous craignons que vous ne soyez vous aussi frappé par le malheur dans lequel nous sommes tombés. Nous vous demandons donc de ne lui adresser aucune parole. »
Hadrat Tufayl (qu’Allah l’agrée) raconte : Les polythéistes qurayshites tentèrent de me convaincre de diverses manières. À un moment donné, j’avais même décidé de ne pas parler au Messager d’Allah et de n’écouter aucune de ses paroles. Le matin, après m’être rendu à la Mosquée sacrée, je me bouchai les oreilles avec du coton afin qu’aucune parole du Messager d’Allah ne les atteigne. Mais Allah, Très-Haut, voulut me faire entendre certaines paroles de Son Messager, Muhammad, qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix. J’entendis alors quelques paroles excellentes et me dis intérieurement : « Je suis un homme doué de raison et d’intelligence, un poète renommé ; rien de bon ou de mauvais ne peut m’être caché. Pourquoi n’écouterais-je donc pas ces bonnes paroles ? Si elles sont acceptables, je les accepterai ; si elles sont mauvaises, je ne les accepterai pas. » Ayant réfléchi ainsi, je restai silencieux. Lorsque le Messager d’Allah commença à retourner chez lui, je le suivis. Il entra dans sa maison et j’y entrai à mon tour. Je lui rapportai alors les avertissements que les gens m’avaient donnés à son sujet ainsi que le coton que j’avais mis dans mes oreilles par précaution. Puis je lui dis : « Dis-moi ce que tu dis à tout le monde. » Le Messager d’Allah m’invita à l’islam et me récita le Coran. J’embrassai immédiatement l’islam. Par Allah, je n’avais jamais entendu auparavant de paroles meilleures que celles-ci. J’embrassai l’islam sur-le-champ et attestai la vérité ; le Messager d’Allah invoqua alors Allah.
Le signe qui fut accordé à Hadrat Tufayl (qu’Allah l’agrée) fut que, lorsqu’il s’approcha de son peuple, son visage devint lumineux comme la lumière d’une lampe. Il dit : « Ô Allah, transfère cette lumière ailleurs ; sinon ils me critiqueront en prétendant que mon visage a été défiguré. » La lumière fut alors transférée dans le bâton qu’il tenait à la main. Hadrat Tufayl (qu’Allah l’agrée) invita son père et son épouse à l’islam, et ils embrassèrent l’islam. Les membres de son peuple tardèrent toutefois à embrasser l’islam, mais Hadrat Tufayl (qu’Allah l’agrée) poursuivit inlassablement ses efforts. Lorsqu’il émigra après la bataille du Fossé (Sahih al-Bukhari, chapitre de l’histoire de Zamzam, vol. 1, p. 499 ; chapitre de la conversion d’Abu Dharr à l’islam, vol. 1, p. 544-545), soixante-dix ou quatre-vingts familles de son peuple l’accompagnaient. Hadrat Tufayl (qu’Allah l’agrée) joua un rôle important dans la propagation de l’islam et tomba en martyr lors de la bataille de Yamama (Mishkat al-Masabih).
5) Jimad al-Azdi. Cet homme était originaire du Yémen et appartenait à la tribu d’AzD Shanou’a. Il pratiquait les incantations et l’exorcisme des démons et des esprits. Étant arrivé à La Mecque, il entendit de la bouche des ignorants de la ville que Muhammad, qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix, était fou. Il se rendit donc auprès du Messager d’Allah dans l’espoir que celui-ci pourrait être guéri par ses soins. Lorsqu’il rencontra le Messager d’Allah, il lui dit : « Je connais les incantations ; en avez-vous besoin ? » Le Messager d’Allah, qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix, répondit : « Certes, toute louange appartient à Allah. Nous Le louons et implorons Son aide. Celui qu’Allah guide, nul ne peut l’égarer, et celui qu’Allah égare, nul ne peut le guider. J’atteste qu’il n’y a de divinité qu’Allah, Unique, sans associé, et j’atteste également que Muhammad, qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix, est Son serviteur et Son Messager. »
Jimad dit alors au Messager d’Allah, qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix : « Répétez-moi vos paroles. » Le Messager d’Allah les lui répéta trois fois. Jimad dit : « J’ai entendu les paroles des magiciens et des devins, mais je n’ai jamais entendu nulle part de paroles semblables à celles que vous venez de prononcer. Elles semblent, comme vous le dites, jaillir des profondeurs insondables de la mer. Tendez-moi donc la main : je prêterai serment d’embrasser l’islam entre vos mains. » Jimad al-Azdi embrassa ensuite l’islam (Sahih Muslim, Mishkat al-Masabih, vol. 2, p. 525).
Six hommes vertueux de Médine
La onzième année de la mission prophétique, c’est-à-dire en juillet de l’an 620 de l’ère chrétienne, durant la saison du pèlerinage, la prédication de l’islam connut une expansion fructueuse. À cette époque, cette prédication devint un arbre majestueux ; à l’ombre de son feuillage dense, les musulmans furent délivrés des persécutions et des sévices qu’ils subissaient depuis longtemps. Afin d’échapper au complot que les habitants de La Mecque avaient commencé à ourdir pour rejeter le Messager d’Allah et détourner les gens du chemin d’Allah, le Messager, qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix, eut recours à une stratégie. Il se rendait alors de nuit auprès de différentes tribus pour les inviter à l’islam ; les polythéistes mecquois ne purent donc pas lui barrer la route.
À un moment de cette stratégie, le Messager d’Allah, qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix, se rendit une nuit, accompagné de Hadrat Abu Bakr as-Siddiq et de Hadrat Ali (qu’Allah les agrée), auprès des habitations des membres des tribus Banu Juhal et Banu Shayban ibn Tha‘laba, à l’extérieur de La Mecque, et les invita à l’islam. Ils répondirent par des paroles encourageantes, mais ne donnèrent aucune réponse précise concernant leur conversion à l’islam. À cette occasion, Hadrat Abu Bakr as-Siddiq et un homme de la tribu des Banu Juhal eurent un échange remarquable de questions et de réponses au sujet de leur généalogie ; tous deux étaient experts en généalogie (Sahih al-Bukhari, chapitre de l’histoire de Zamzam, vol. 1, p. 499 ; chapitre de la conversion d’Abu Dharr à l’islam, vol. 1, p. 544-545).
Alors que le Messager d’Allah, qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix, traversait la région montagneuse de Mina, il entendit quelques hommes converser (Rahmat lil-‘Alamin, vol. 1, p. 84). Il se dirigea directement vers eux : c’étaient six jeunes hommes de Médine, appartenant à la tribu des Khazraj. Voici leurs noms et leur identité :
1. As’ad ibn Zurara — Banu Najjar
2. Awf ibn al-Harith ibn Rifa’a (Ibn Afra) — Banu Najjar
3. Rafi ibn Malik ibn Ajlan — Banu Zurayq
4. Qutba ibn Amir ibn Hadida — Banu Salama
5. Uqba ibn Amir ibn Nabi — Banu Haram ibn Ka’b
6. al-Harith ibn Abdullah ibn Ri’ab — Banu Ubayda ibn Ghanam
Ces jeunes avaient entendu de leurs adversaires, les Juifs de Médine, qu’un prophète apparaîtrait à cette époque ; ils avaient également appris qu’il surgirait bientôt (Zad al-Ma’ad, tome 2, p. 50 ; Ibn Salam, tome 1, p. 429-541).
Le Messager d’Allah (qu’Allah le bénisse et le salue) s’approcha d’eux et leur demanda qui ils étaient. Ils répondirent : « Nous sommes des membres de la tribu des Khazraj. » Le Messager d’Allah (qu’Allah le bénisse et le salue) demanda : « Les adversaires des Juifs ? » Ils répondirent : « Oui. » Le Messager d’Allah (qu’Allah le bénisse et le salue) leur dit : « Asseyez-vous un instant, que je vous parle de certaines choses. » Ils s’assirent, et le Messager d’Allah (qu’Allah le bénisse et le salue) leur exposa la religion. Les six jeunes hommes se dirent les uns aux autres : « Il semble bien que ce soit le prophète dont les Juifs nous parlent et nous menacent. Nous devons faire en sorte qu’ils ne prennent pas l’ascendant sur nous. » Puis ces six jeunes hommes, fortunés par le destin, acceptèrent l’appel du Messager d’Allah (qu’Allah le bénisse et le salue) et embrassèrent l’islam.
Ces six hommes étaient des gens avisés de Médine. Peu auparavant, une guerre avait éclaté à Médine, et la fumée de cette guerre ne s’était pas encore dissipée. Elle les avait complètement bouleversés. Ils espéraient donc, à juste titre, que l’appel du Messager d’Allah — qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix — mettrait fin à la guerre. Ils dirent : « Nous avons laissé notre peuple dans une situation telle qu’il ne semble pas exister, parmi les autres peuples entourés d’ennemis, une hostilité comparable à la leur. Nous espérons qu’Allah, par votre intermédiaire, établira entre eux des liens d’amitié. À notre retour à Médine, nous les appellerons à suivre la religion que vous prêchez et les inviterons à embrasser la religion que nous avons adoptée auprès de vous. Si Allah les unit par votre intermédiaire, nul ne sera plus honoré que vous. »
Lorsque ces six nouveaux musulmans retournèrent à Médine, ils y emportèrent l’appel à l’islam. Par leur intermédiaire, la venue du Messager d’Allah — qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix — ainsi que l’appel à la religion se répandirent de maison en maison à Médine (Ibn Hicham, vol. 1, p. 428-443).
Le mariage avec Aïcha — qu’Allah l’agrée
La même année, c’est-à-dire au mois de Chawwâl de la onzième année de la mission prophétique, le Messager d’Allah — qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix — épousa Aïcha as-Siddîqa — qu’Allah l’agrée. Aïcha avait alors seulement six ans. Au mois de Chawwâl de l’année précédant l’Hégire, elle alla vivre dans la demeure de son époux ; elle avait alors neuf ans (Talqîh al-Hukm, p. 10 ; Sahîh al-Boukhârî, vol. 1, p. 557).
L’événement du Mi‘râj
Alors que l’appel et la prédication du Prophète — qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix — connaissaient le succès, tandis que les persécutions et les sévices infligés à ses adeptes se poursuivaient, la lumière des étoiles scintillait faiblement à l’horizon lointain. C’est à ce moment que se produisit le mystérieux événement du Mi‘râj. Quand le Mi‘râj eut-il lieu ? Les auteurs de la Sîra ont des avis divergents à ce sujet, notamment :
1) At-Tabarânî a dit qu’il eut lieu l’année même où le Prophète, le maître des envoyés, reçut la mission prophétique.
2) L’imam An-Nawawî et l’imam Al-Qurtubî ont écrit qu’il eut lieu cinq ans après le début de la mission prophétique.
Troisièmement) Seize mois avant l’Hégire, c’est-à-dire cinq ans après le début de la mission prophétique.
Quatrièmement) Au cours de la dixième année de la mission prophétique, le 27 Rajab. ‘Allâma Mansûrpûrî a retenu cet avis.
Cinquièmement) Un an et deux mois avant l’Hégire, c’est-à-dire au mois de Muharram de la treizième année de la mission prophétique.
Sixièmement) Un an avant l’Hégire, c’est-à-dire au mois de Rabî‘ al-Awwal de la treizième année de la mission prophétique.
Parmi les avis mentionnés, trois peuvent être considérés comme exacts. Khadîja — qu’Allah l’agrée — est décédée avant que les cinq prières quotidiennes ne deviennent obligatoires. Tous s’accordent à dire que les cinq prières ont été prescrites durant la nuit du Mi‘râj. Cela signifie que Khadîja est morte avant le Mi‘râj. Il est établi que son décès eut lieu au mois de Ramadan de la dixième année de la mission prophétique ; le Mi‘râj a donc eu lieu après, et non avant. Aucun élément ne permet de donner la prééminence à l’un des trois derniers avis sur les autres. Nous allons mentionner les récits à ce sujet rapportés dans le Coran et les hadiths (Zâd al-Ma‘âd, tome II, p. 49).
Ibn Qayyim écrit que, selon le récit authentique, le Prophète, maître des envoyés, fut transporté corporellement sur al-Burâq, accompagné de Jibrîl — sur lui la paix —, de la Mosquée sacrée jusqu’à Bayt al-Maqdis. Le noble Prophète y fit halte et attacha al-Burâq à un anneau fixé près de la porte de la mosquée, puis il dirigea la prière de tous les prophètes.
Cette même nuit, il fut ensuite conduit de Bayt al-Maqdis au premier ciel. Jibrîl — sur lui la paix — ouvrit la porte. Le noble Prophète y vit Adam — sur lui la paix —, le salua, et Adam lui répondit en lui souhaitant la bienvenue et reconnut sa mission prophétique. À ce moment-là, Allah montra au Prophète — qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix — les âmes des gens vertueux à la droite d’Adam et celles des pécheurs à sa gauche. Il se rendit ensuite au deuxième ciel, dont la porte fut ouverte. Le noble Prophète y vit Yahyâ ibn Zakariyyâ et ‘Îsâ ibn Maryam — sur eux la paix —, les salua ; ils lui rendirent son salut et reconnurent sa mission prophétique. Le noble Prophète — qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix — se rendit ensuite au quatrième ciel, où il vit Idrîs — sur lui la paix — et le salua. Celui-ci lui répondit en le félicitant et reconnut sa mission prophétique.
Il fut ensuite conduit au cinquième ciel, où il vit Hârûn — sur lui la paix — et le salua. Celui-ci lui répondit en le félicitant et reconnut sa mission prophétique.
Le Prophète ﷺ fut ensuite emmené au sixième ciel, où il rencontra Moïse عليه السلام. Il le salua ; Moïse عليه السلام lui souhaita la bienvenue et reconnut sa mission prophétique. Le Prophète, envoyé à l’ensemble des messagers, poursuivit son ascension. À ce moment, Moïse عليه السلام se mit à pleurer. Lorsqu’on lui en demanda la raison, il répondit : « Un prophète apparu après moi entrera au Paradis avec une communauté plus nombreuse que la mienne. »
Le noble Prophète ﷺ fut ensuite emmené au septième ciel, où il rencontra Abraham عليه السلام. Il le salua ; celui-ci lui rendit son salut, le félicita et reconnut sa mission prophétique.
Le noble Prophète ﷺ fut alors emmené jusqu’au Sidrat al-Muntahā. Il s’approcha tellement d’Allah que la distance entre eux fut de deux arcs, ou moins encore. À ce moment, Allah تعالى lui accorda tout ce qu’Il voulut lui accorder, lui révéla ce qu’Il voulut révéler et prescrivit cinquante prières quotidiennes. Sur le chemin du retour, il rencontra Moïse عليه السلام, qui lui demanda : « Quelle œuvre Allah تعالى t’a-t-Il ordonné d’accomplir ? » Le Prophète ﷺ répondit : « Il m’a ordonné d’accomplir cinquante prières quotidiennes. » Moïse عليه السلام lui dit : « Ta communauté n’a pas la force d’accomplir autant de prières. Retourne auprès d’Allah et demande-Lui d’en diminuer le nombre. » Le Prophète ﷺ regarda Jibrīl عليه السلام, qui lui fit signe de le faire. Il retourna donc auprès d’Allah et demanda une réduction du nombre des prières. Sur le chemin du retour, il rencontra de nouveau Moïse عليه السلام, qui lui demanda : « Quel ordre rapportes-tu d’Allah ? » Le Prophète ﷺ lui parla de quarante-cinq prières quotidiennes. Moïse عليه السلام lui dit : « Retourne encore. » Ainsi, après plusieurs retours et réductions successives, le nombre fut finalement ramené à cinq. Même ces cinq prières quotidiennes semblèrent nombreuses à Moïse عليه السلام, qui lui demanda de retourner solliciter une nouvelle réduction. Muḥammad ﷺ répondit : « J’éprouve une immense pudeur ; je ne veux plus y retourner. J’accepte humblement cet ordre d’Allah. » Alors qu’il avait parcouru une certaine distance sur le chemin du retour, une voix se fit entendre : « J’ai fixé Mon obligation et J’ai allégé la charge de Mes serviteurs. » (Zād al-Maʿād, vol. 2, p. 47-48).
L’érudit Ibn Qayyim a adopté une opinion différente à ce sujet. Il a soulevé la question suivante : le Prophète a-t-il vu Allah تعالى ? L’imam Ibn Taymiyya a écrit qu’il n’existe aucune preuve qu’Il ait été vu avec les yeux et qu’aucun Compagnon n’a rapporté une telle chose. Quant à ce qui est rapporté d’Abdullah ibn Abbas رضي الله عنه au sujet d’une vision par les yeux et par le cœur, la première narration ne contredit pas la seconde. La proximité et le rapprochement mentionnés par l’imam Ibn Qayyim concernent un autre moment que celui du Miʿrāj. La sourate an-Najm mentionne la proximité de Jibrīl عليه السلام, et c’est précisément ce qu’a rapporté Aïcha رضي الله عنها. En revanche, concernant la proximité mentionnée dans le hadith du Miʿrāj, l’explication est qu’il s’agit de la proximité d’Allah Lui-même. La sourate an-Najm n’en donne pas une explication détaillée ; elle dit plutôt que le noble Prophète ﷺ vit Jibrīl عليه السلام une seconde fois près du Sidrat al-Muntahā. Celui qu’il vit était Jibrīl عليه السلام. Le Prophète ﷺ vit Jibrīl عليه السلام sous sa forme véritable à deux reprises : une fois sur terre et une autre près du Sidrat al-Muntahā. (Zād al-Maʿād, vol. 2, p. 47-48 ; Ṣaḥīḥ al-Bukhārī, vol. 1, p. 50, 455, 456, 470, 471, 481, 548, 549, 550 ; vol. 2, p. 684 ; Muslim, vol. 1, p. 91, 91, 93).
À cette occasion également eut lieu l’événement de l’ouverture de la poitrine du noble Prophète ﷺ, appelée Shaqq aṣ-Ṣadr ou Shaqq as-Sīna. Au cours de ce voyage, plusieurs choses lui furent montrées. On lui présenta du lait et du vin ; il choisit le lait. En voyant cela, Jibrīl عليه السلام lui dit : « On t’a montré le fruit de la fiṭra, c’est-à-dire de la disposition naturelle. Si tu avais choisi le vin, ta communauté se serait égarée. »
Le Messager d’Allah vit quatre fleuves : quatre apparents et quatre cachés. Les fleuves apparents étaient le Nil et l’Euphrate. Leur signification est peut-être que sa mission s’étendrait dans les régions vivantes et prospères du Nil et de l’Euphrate ; autrement dit, leurs habitants deviendraient musulmans de génération en génération. Cela ne signifie pas que les sources de l’eau de ces deux fleuves se trouvent au Paradis.
Il vit Mālik, le gardien de l’Enfer. Celui-ci ne souriait pas, et aucune trace de gaieté n’apparaissait sur son visage. Le Paradis et l’Enfer furent également montrés au Messager d’Allah.
On montra également au Prophète ﷺ le sort de ceux qui s’approprient injustement les biens des orphelins. Leurs lèvres ressemblaient à des lèvres de chameau ; ils introduisaient dans leur bouche des braises semblables à des morceaux de pierre, et ces braises ressortaient par leur orifice anal.
Le Prophète, que Dieu le bénisse et lui accorde la paix, vit également les usuriers : leurs lèvres étaient si grandes qu’ils ne pouvaient pas les remuer. Lorsqu’on emmenait les partisans de Pharaon vers l’Enfer, ceux-ci piétinaient ces usuriers.
Il vit également les fornicateurs : devant eux se trouvaient de la viande fraîche et de la viande pourrie et nauséabonde ; pourtant, ils délaissaient la viande fraîche pour manger la viande pourrie.
Il vit également les femmes qui, bien qu’ayant un mari, avaient porté dans leur propre sein l’enfant d’un autre homme. Le Prophète, que Dieu le bénisse et lui accorde la paix, remarqua que les seins de ces femmes avaient été transpercés par de grands crochets et suspendus dans le vide.
Il aperçut une caravane de La Mecque. Un chameau de cette caravane s’était enfui, et il leur indiqua où le retrouver. Il y avait de l’eau dans un récipient couvert ; il en but alors que tous les mécréants dormaient. Le lendemain matin de la nuit de l’Ascension nocturne, ce récit constitua une preuve de la véracité de sa prétention (Ibn Hicham, vol. 1, p. 39, 402, 406 ; voir l’explication de la sourate Banî Isrâ’îl dans les ouvrages d’exégèse). Il annonça également que la caravane reviendrait à telle heure et donna une description du chameau qui, s’étant échappé de la caravane, se dirigeait vers La Mecque. Par la suite, tout ce qu’il avait décrit se révéla exact. Malgré tout cela, la haine des mécréants ne fit que s’accroître et ils refusèrent d’accepter ses paroles (Zâd al-Maʿâd, vol. 1, p. 48 ; voir également Sahîh al-Bukhârî, vol. 2, p. 684 ; Sahîh Muslim, vol. 1, p. 96 ; Ibn Hicham, vol. 1, p. 402-403).
On rapporte que c’est à ce moment-là que le Prophète donna à Abû Bakr as-Siddîq le titre d’as-Siddîq, car tandis que tous les autres avaient refusé de croire, lui avait cru en toute chose (Ibn Hicham, vol. 1, p. 699).
Dieu Tout-Puissant a mentionné le récit de l’Ascension nocturne dans le Coran.
Telle est la manière d’agir de Dieu à l’égard des prophètes. Dieu Tout-Puissant dit : « C’est ainsi que Nous avons montré à Abraham le royaume des cieux et de la terre, afin qu’il soit parmi ceux qui ont la certitude. »
Dieu Tout-Puissant avait dit au prophète Moïse : « Alors Je vais te montrer certains de Mes plus grands signes. »
Le but de leur montrer ces choses est qu’ils puissent croire ; Allah l’a également dit. Comme les prophètes contemplent directement les signes d’Allah, leur foi se renforce davantage. Ainsi, lorsqu’ils appellent les gens à la voie d’Allah, ils peuvent supporter des peines, des souffrances, des persécutions et des oppressions telles que personne d’autre ne pourrait les supporter. À leurs yeux, toutes les forces du monde terrestre paraissent insignifiantes ; c’est pourquoi ils ne redoutent aucune puissance. Les grands ouvrages de la Loi religieuse exposent en détail les différents aspects de l’événement du Mi‘râj ainsi que ses véritables mystères ; nous allons en mentionner quelques-uns parmi les principaux.
Il convient de remarquer ici qu’Allah, après n’avoir mentionné l’événement du Mi‘râj que dans un seul verset du Coran, y a décrit les méfaits des Juifs. Il leur a ensuite fait savoir que ce Coran guide vers la voie juste et droite. Les lecteurs du Coran pourraient penser que ces deux propos n’ont aucun rapport entre eux ; en réalité, il n’en est rien. Par sa manière de s’exprimer, Allah a indiqué que les Juifs seraient désormais écartés de la position de direction de l’humanité, car ils avaient commis des crimes si terribles qu’ils n’étaient plus dignes d’assumer cette direction. Dès lors, cette responsabilité et cet honneur seraient confiés au Noble Prophète, qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix, et les deux centres de l’appel audacieux seraient placés sous son autorité. En d’autres termes, la direction spirituelle serait transférée d’une communauté à une autre : la direction serait retirée à une communauté dont l’histoire était souillée par l’injustice, l’oppression et la trahison, et remise à une communauté par laquelle jailliraient les sources du bien. Le prophète de cette communauté a reçu, par la Révélation, le Noble Coran, qui a accordé à l’humanité la plus grande des guidées.
Mais comment cette direction parviendrait-elle à son plein accomplissement ? Le prophète de l’islam parcourt encore les montagnes de La Mecque pour aller à la rencontre des gens. Voilà une question. Cette question a dévoilé une autre réalité : l’appel de l’islam est sur le point d’achever une étape et va maintenant entrer dans une autre. Cette nouvelle phase sera différente de la précédente. C’est pourquoi certains versets avertissent les polythéistes en termes explicites et les menacent sévèrement. Allah dit : « Lorsque Nous voulons détruire une cité, Nous ordonnons à ses gens aisés d’y faire le bien ; mais ils y commettent la perversité. Alors la sentence devient justifiée contre eux et Nous la détruisons entièrement. » (Sourate Banî Isrâ’îl, verset 16.)
Allah dit également dans cette sourate : « Que de générations humaines avons-Nous anéanties après Noé ! Ton Seigneur suffit à être parfaitement informé des péchés de Ses serviteurs et à les observer. » (Sourate Banî Isrâ’îl, verset 17.)
Parallèlement à ces versets, il en existe d’autres qui présentent les grandes lignes de la future société islamique des musulmans. Ceux-ci ont établi leur demeure dans un territoire où tout est entre leurs propres mains. Les versets cités indiquent qu’Allah le Messager trouvera bientôt un lieu sûr où la religion de l’islam pourra être propagée et développée comme il se doit.
Certains aspects de l’événement mystérieux du Mi‘râj sont directement liés au sujet que nous traitons ; il est donc nécessaire de les exposer. Nous sommes parvenus à la conclusion que l’événement du Mi‘râj a peut-être eu lieu quelque temps avant la première Bay‘at al-‘Aqabah, ou dans l’intervalle entre la première et la deuxième Bay‘at al-‘Aqabah. Allah sait mieux toute chose.
La première Bay‘at al-‘Aqabah
Il a été mentionné précédemment que, durant la saison du pèlerinage de la dixième année de la mission prophétique, six hommes de Yathrib avaient embrassé l’islam. Ils avaient promis au Messager d’Allah qu’à leur retour auprès de leur peuple, ils transmettraient le message de la mission prophétique du Prophète, qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix. (Al-‘Aqabah désigne un passage montagneux étroit. Sur le chemin de La Mecque vers Mina, il faut franchir, à l’ouest de Mina, un étroit sentier montagneux. Ce passage est célèbre sous le nom d’Al-‘Aqabah. Comme la jamrah sur laquelle on lance des cailloux le dixième jour de Dhû al-Hijjah se trouve à l’extrémité de ce tunnel, elle est appelée Jamrat al-‘Aqabah. Elle porte également le nom de Jamrat al-Kubrâ. Les deux autres jamarât se trouvent un peu plus à l’est, dans la plaine de Mina. Les trois jamarât étant situées à l’est de cet endroit, la foule s’y rassemble constamment ; après la lapidation, les gens n’y circulent plus. C’est pourquoi l’allégeance prêtée par le Noble Prophète, le Messager d’Allah — qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix — est appelée la Bay‘at al-‘Aqabah. Aujourd’hui, on y a taillé la montagne afin d’y aménager une route plus large.)
Ainsi, lors de la saison du pèlerinage suivante, treize hommes vinrent auprès du Messager d’Allah ﷺ. Parmi eux, à l’exception de Jâbir ibn ‘Abd Allah, cinq étaient déjà venus l’année précédente. Voici les noms et les identités des sept autres :
1. Mu‘âdh ibn Hârith ibn ‘Afrâ — Banû Najjâr, Khazraj
2. Dhakwân ibn ‘Abd al-Qays — Banû Zurayq, Khazraj
3. ‘Ubâda ibn al-Sâmit — Banû Ghanam, Khazraj
4. Yazîd ibn Tha‘laba — allié des Banû Ghanam, Khazraj
5. al-‘Abbâs ibn ‘Ubâda ibn Nadhla — Banû Sâlim, Khazraj
6. Abû al-Haytham ibn al-Tayyihân — Banû ‘Abd al-Ashhal, Aws
7. ‘Uwaym ibn Sâ‘ida — Banû ‘Âmir ibn ‘Awf, Aws
Les deux derniers d’entre eux appartenaient aux Aws, tandis que tous les autres appartenaient à la tribu des Khazraj (Rahmatul lil-‘Alamîn, tome 1, p. 85 ; Ibn Hichâm, tome 1, p. 431-233).
Tous prêtèrent serment au Messager d’Allah près d’al-‘Aqaba, à Mina, sur plusieurs points. Plus tard, après le traité d’al-Hudaybiya et lors de la conquête de La Mecque, les femmes prêtèrent elles aussi serment sur ces mêmes engagements. Le récit de ce serment d’al-‘Aqaba est rapporté dans le Sahih al-Bukhari par ‘Ubada ibn as-Samit. Il dit que le Messager d’Allah, qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix, a déclaré : « Venez me prêter serment de ne rien associer à Allah, de ne pas voler, de ne pas commettre la fornication, de ne pas tuer vos enfants, de ne pas lancer contre autrui de fausses accusations que vous auriez inventées, de me suivre dans le bien et de ne désobéir en aucune manière. Celui qui respectera tout cela aura sa récompense auprès d’Allah. Quant à celui qui enfreindra l’un de ces engagements et sera puni pour cette désobéissance, ce châtiment lui servira d’expiation pour son péché. Si, malgré sa désobéissance, Allah dissimule son péché, son sort dépendra de la volonté d’Allah : s’Il le veut, Il le châtiera, et s’Il le veut, Il lui pardonnera. »
‘Ubada dit : « Nous prêtâmes serment au Messager d’Allah sur tous ces engagements. » (Al-Bukhari, tome 1, p. 550-551).
L’envoyé du Messager à Médine et son succès remarquable
Le serment fut achevé et le pèlerinage prit fin. Le Messager d’Allah, qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix, envoya à Médine son premier émissaire avec les nouveaux convertis. Cet envoi avait pour objectif d’enseigner l’islam aux musulmans et d’appeler à la religion ceux qui ne l’avaient pas encore embrassée. Le Messager d’Allah envoya à Médine le jeune Mus‘ab ibn ‘Umayr al-‘Abdari (qu’Allah l’agrée), qui avait été parmi les premiers à embrasser l’islam.
Après son arrivée à Médine, Mus‘ab ibn ‘Umayr (qu’Allah l’agrée) séjourna chez As‘ad ibn Zurara (qu’Allah l’agrée). Puis, avec enthousiasme et ardeur, tous deux commencèrent à appeler les habitants de Médine à l’islam. À cette époque, Mus‘ab reçut le titre d’al-Muqri’, qui signifie enseignant ou instructeur.
Son succès dans la transmission de la religion fut marqué par un événement extraordinaire. As‘ad ibn Zurara s’assit dans un jardin, au bord d’un bassin appelé Marq, et quelques musulmans se réunirent auprès d’eux. Les chefs de la tribu des Banu Ashhal étaient Sa‘d ibn Mu‘adh et Usaid ibn Hudayr. Ils n’avaient jamais embrassé l’islam. Ayant appris l’arrivée de ces nouveaux musulmans, Sa‘d dit à l’autre chef, Usaid ibn Hudayr : « Va voir de quoi il s’agit et dis-leur : voulez-vous donc berner nos gens faibles, les détourner de leur religion et vous interdire l’accès à notre quartier ? As‘ad ibn Zurara est mon cousin maternel ; c’est pour cette raison que je ne t’y envoie pas moi-même, sinon j’irais personnellement. »
Usaid prit sa lance et se rendit auprès d’eux. En le voyant arriver, As‘ad dit à Mus‘ab : « Un chef de son peuple vient vers toi. Implore intérieurement la miséricorde d’Allah à son sujet. » Mus‘ab répondit : « S’il s’assoit, je lui parlerai. » Dès son arrivée, Usaid se mit en colère et dit : « Pourquoi êtes-vous venus dans notre quartier ? Voulez-vous donc berner nos gens faibles ? Si vous tenez à votre vie, partez ! » Mus‘ab lui dit : « Asseyez-vous auprès de nous et écoutez quelques paroles. Si elles vous plaisent, vous les accepterez ; si elles ne vous plaisent pas, vous n’aurez pas à les accepter. » Usaid répondit : « C’est juste. » Puis il planta sa lance dans le sol et s’assit. Mus‘ab (qu’Allah l’agrée) commença à lui parler de l’islam et récita le Coran. Il raconta plus tard : « Avant même qu’Usaid ne prononce une parole, j’avais remarqué sur son visage l’éclat de l’islam. » Après avoir tout entendu, Usaid dit : « Ces paroles sont très belles. Comment faites-vous entrer quelqu’un dans l’islam ? » Mus‘ab répondit : « Tu dois te laver, revêtir des vêtements propres, attester la profession de foi et accomplir deux unités de prière. » Usaid accomplit tout cela, puis dit : « Il y a encore un autre chef dans notre tribu. S’il embrasse l’islam, aucun membre de notre tribu ne restera en dehors de l’islam. Je vais vous l’envoyer immédiatement. »
Ensuite, Hadrat Usaïd se rendit auprès de Sa‘d ibn Mu‘âdh, sa lance à la main. En voyant Usaïd, Sa‘d dit : « Cet homme est revenu avec un visage différent de celui qu’il avait en partant. » Puis il demanda à Usaïd : « Qu’as-tu fait ? » Usaïd répondit : « Je leur ai parlé, mais je n’ai rien trouvé de répréhensible. Je leur ai toutefois interdit de poursuivre leur entreprise, et ils ont dit : “Nous ferons ce que vous voudrez.” J’ai appris que les membres de la tribu des Banû Hâritha veulent tuer As‘ad ibn Zurâra, parce qu’il est ton cousin maternel. Ils veulent rompre l’engagement qu’ils ont pris envers toi. » À peine Sa‘d eut-il entendu ces paroles qu’il se précipita, furieux, vers eux, sa lance à la main. Il les trouva tous deux assis tranquillement et comprit qu’Usaïd avait voulu qu’il parle lui-même aux deux visiteurs. Sa‘d s’avança vers eux et leur dit d’un ton rude : « Voulez-vous tromper nos gens faibles ? » Alors As‘ad dit à Sa‘d : « Par Dieu, ô Abû Anas, si nous n’étions pas liés par la parenté, tu n’aurais pas pu agir ainsi. Vous venez dans notre territoire et vous y faites ce qui nous déplaît. »
Hadrat As‘ad avait auparavant dit à Hadrat Mus‘ab : « Un homme arrive, un dirigeant influent de sa tribu. S’il t’écoute, personne parmi les siens ne restera en arrière. » C’est pourquoi Hadrat Mus‘ab dit à Sa‘d : « Asseyez-vous et écoutez quelques paroles. Si elles ne vous plaisent pas, vous n’aurez pas à les écouter davantage. » Sa‘d répondit : « C’est juste. » Puis, après avoir planté sa lance dans le sol, il s’assit. Hadrat Mus‘ab lui exposa l’appel à l’islam et récita le Coran. Hadrat Mus‘ab raconta ensuite : « Avant même que Sa‘d ne parle, j’avais remarqué sur son visage l’éclat de l’islam. » Sa‘d demanda : « Que faites-vous après avoir embrassé l’islam ? » Mus‘ab répondit : « Vous vous lavez, puis vous revêtez des vêtements propres, vous témoignez de la profession de foi, puis vous accomplissez deux unités de prière. » Sa‘d ibn Mu‘âdh fit alors tout cela.
Après avoir accompli les formalités initiales de son entrée dans l’islam, Hadrat Sa‘d retourna auprès des membres de sa tribu. Ceux-ci lui dirent : « Il semble que vous soyez revenu avec un visage différent. » Hadrat Sa‘d demanda : « Que pensez-vous de moi, ô Banû ‘Abd al-Ashhal ? » Tous répondirent : « Vous êtes notre chef et celui qui possède le plus de discernement. » Sa‘d ibn Mu‘âdh déclara : « Eh bien, écoutez-moi : tant que vous n’aurez pas cru en Allah, le Seigneur des mondes, et en Son bien-aimé Messager, qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix, il m’est interdit de vous parler. » Avant le soir, tous les hommes et toutes les femmes de la tribu embrassèrent l’islam. Un homme nommé Usayrim n’avait pas encore cru à ce moment-là. Il embrassa l’islam le jour de la bataille d’Uhud, participa au combat et mourut en martyr. Il n’accomplit aucune prière. Le Messager d’Allah, qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix, dit à son sujet : « Il a obtenu une immense récompense malgré le peu d’œuvres qu’il a accomplies. »
Hadrat Mus‘ab et Hadrat As‘ad ibn Zurâra accomplirent leur mission d’appel et de transmission de l’islam tout en résidant chez Hadrat As‘ad ibn Zurâra. Grâce à cet appel, plusieurs hommes et femmes de chaque famille des Ansar embrassèrent l’islam. Avant l’arrivée de la saison suivante du pèlerinage, Hadrat Mus‘ab ibn ‘Umayr (qu’Allah l’agrée) se rendit à La Mecque auprès du Messager d’Allah avec la bonne nouvelle de ce succès. Il présenta au Prophète bien-aimé, qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix, des informations détaillées sur la situation des tribus de Yathrib, leurs stratégies de guerre et de défense, ainsi que leurs autres aptitudes (Ibn Hishâm, vol. 1, p. 435 ; vol. 2, p. 90 ; Zâd al-Ma‘âd, vol. 2, p. 51).
La seconde allégeance d‘Aqaba
Au cours de la treizième année de la mission prophétique, au mois de juin 622 de l’ère chrétienne, soixante-dix musulmans arrivèrent de Médine à La Mecque pour accomplir le pèlerinage. Ils étaient venus à La Mecque avec les pèlerins idolâtres de leur peuple. Pendant leur séjour à Médine, ou en chemin vers La Mecque, ils se dirent les uns aux autres : « Combien de temps allons-nous encore laisser ainsi le Prophète bien-aimé, qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix, dans cette situation éprouvante à La Mecque ? » Ils discutèrent également des conditions difficiles auxquelles il était confronté à La Mecque.
Après leur arrivée à La Mecque, ils prirent secrètement contact avec le Prophète bien-aimé, qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix. Il fut décidé que, au milieu des jours de Tachrîq — les 11, 12 et 13 du mois de Dhû al-Hijja sont appelés les jours de Tachrîq — les deux groupes se réuniraient dans la nuit du 12 Dhû al-Hijja, à Minâ, près de la première Jamara, c’est-à-dire au défilé d‘Aqaba, afin de tenir une discussion secrète dans l’obscurité de la nuit.
Cette assemblée allait changer le cours de l’histoire dans le conflit entre l’islam et l’idolâtrie. Voici maintenant le récit de cette assemblée rapporté par un dirigeant des Ansar.
Hazrat Ka‘b ibn Malik (qu’Allah l’agrée) rapporte : Nous étions partis pour accomplir le pèlerinage. Le Prophète bien-aimé fixa notre rencontre à al-‘Aqaba, pendant les jours de Tachriq. Enfin arriva la nuit prévue pour notre entretien. Nous consultâmes notre honorable chef, ‘Abdullah ibn Haram, et lui dîmes : « Ô Abou Jabir, vous êtes l’un de nos chefs respectés. Nous voulons vous faire sortir de votre situation actuelle ; nous désirons que vous soyez délivré du feu de l’Enfer pour l’éternité. » Nous l’invitâmes ensuite à l’islam et lui exposâmes le sujet de notre entretien avec le Prophète bien-aimé, qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix. Il embrassa l’islam et se rendit avec nous à al-‘Aqaba. Il fut désigné comme naqib (Ibn Hicham, tome I, p. 440).
Hazrat Ka‘b (qu’Allah l’agrée) relate les détails de l’événement : Cette nuit-là, nous nous couchâmes dans notre campement comme à l’accoutumée. Après qu’un tiers de la nuit se fut écoulé, nous nous rendîmes au lieu convenu pour rencontrer le Messager d’Allah. Tout comme un moineau sort discrètement de son nid, nous sortîmes nous aussi du campement de la même manière. Au bout d’un moment, nous nous rassemblâmes à al-‘Aqaba. Nous étions au nombre de 75 : 73 hommes et 2 femmes. Ces deux femmes étaient Umm ‘Amara Naciba bint Ka‘b, de la tribu des Banou Mazin ibn an-Najjar, et Umm Mani‘ Asma bint ‘Amr, de la tribu des Banou Salama.
Nous étions tous arrivés dans la vallée et attendions le Prophète bien-aimé, qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix. Il arriva finalement, accompagné de son oncle ‘Abbas ibn ‘Abd al-Muttalib. Celui-ci n’avait pas encore embrassé l’islam, mais il souhaitait néanmoins le bien de son neveu. Ce fut lui qui prit le premier la parole (Ibn Hicham, tome I, p. 440).
Expliquer la gravité de la situation
La réunion commença, et les discussions s’engagèrent afin de donner une forme définitive au soutien religieux et militaire. ‘Abbas, l’oncle du Messager d’Allah, qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix, prit d’abord la parole. Il voulait, au regard de la situation, mettre en lumière la responsabilité qui allait être assumée. S’adressant à ceux à qui cette lourde responsabilité allait être confiée, il leur dit : « Vous connaissez la valeur et le rang de Muhammad al-Mustafa. Parmi notre peuple, nous avons tenu Muhammad à l’écart de ceux qui n’adhèrent pas à la religion qu’il a instaurée. Il est en sécurité dans sa propre ville, au milieu des siens. À présent, il souhaite venir auprès de vous et vivre avec vous. Si vous pouvez assurer sa sécurité et le protéger contre les attaques de la partie adverse, il n’y a rien à redire. Vous savez mieux que quiconque la responsabilité que vous avez assumée. Mais si vous envisagez de l’abandonner, partez dès maintenant, car il est en parfaite sécurité dans sa propre ville, au milieu des siens, et son honneur s’y trouve également. »
Hazrat Ka‘b (qu’Allah l’agrée) rapporte : Nous dîmes à ‘Abbas : « Nous avons entendu vos paroles. Ô Messager d’Allah, à présent, prenez la parole et demandez-nous l’engagement que vous souhaitez obtenir de nous pour vous-même et pour votre Seigneur ; prenez donc l’engagement que vous voudrez. » (Ibn Hicham, tome I, p. 441-442).
Le Messager d’Allah, qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix, prit la parole. Il récita d’abord le Coran, invita à croire en Allah, puis la bay‘a eut lieu.
Les clauses de la bay‘a
L’imam Ahmad a rapporté en détail le récit de l’allégeance d’après Jâbir (qu’Allah l’agrée). Jâbir (qu’Allah l’agrée) dit : « Nous avons demandé : “Ô Messager d’Allah, sur quoi allons-nous te prêter allégeance ?” Il répondit : “Sur les points suivants.” »
1. Vous écouterez et obéirez à mes paroles dans toutes les situations, favorables comme défavorables.
2. Vous dépenserez vos biens aussi bien dans l’aisance que dans la difficulté.
3. Vous ordonnerez le bien et empêcherez le mal.
4. Vous vous dresserez pour la cause d’Allah et vous ne reculerez pas devant les intimidations de quiconque au sujet d’Allah.
5. Lorsque je serai venu auprès de vous, vous me soutiendrez et vous me protégerez comme vous protégez vos propres vies et vos enfants. En échange, vous aurez le Paradis. (L’imam Ahmad ibn Hanbal a rapporté ce récit avec une chaîne de transmission bonne ; l’imam al-Hâkim et Ibn Hibbân l’ont jugé authentique. Voir Ibn Hichâm, tome 1.)
Dans le récit de Ka‘b rapporté par Ibn Ishâq, seul le cinquième point est mentionné. Il y est dit que le noble Messager d’Allah, qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix, après avoir appelé à Allah par la récitation du Coran et exhorté à l’islam, déclara : « Je vous fais prêter allégeance à ceci : vous me protégerez par les mêmes moyens que ceux par lesquels vous protégez vos enfants. » En entendant cela, Ka‘b ibn Mâlik prit la main du noble Messager d’Allah, qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix, et dit : « Oui, par Celui qui t’a envoyé comme véritable prophète, nous te protégerons certainement par les mêmes moyens que ceux par lesquels nous protégeons nos enfants. Ô Messager d’Allah, accepte donc notre allégeance. Par Dieu, nous sommes les fils de la guerre — c’est-à-dire que nous sommes nés sous son ombre —, les armes sont nos jouets, et cet état de choses se perpétue depuis l’époque de nos ancêtres. »
Ka‘b dit qu’alors qu’il parlait avec le Messager d’Allah, qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix, Abû al-Haytham ibn al-Tayyihân déclara : « Ô Messager d’Allah, nous avons un pacte avec les Juifs ; nous allons en rompre le lien et nous avons rompu nos relations avec eux. Ensuite, si Allah te donne la victoire, ne nous abandonneras-tu pas pour retourner auprès des tiens ? »
En entendant cela, le Messager d’Allah (paix et bénédictions d’Allah sur lui) sourit légèrement et dit : « Non, cela n’arrivera pas. Votre sang est mon sang et votre destruction sera considérée comme ma destruction. Je suis des vôtres et vous êtes des miens. Ceux que vous combattrez, je les combattrai également, et ceux avec lesquels vous conclurez la paix, je conclurai également la paix avec eux. »
Récit des circonstances périlleuses de l’allégeance
Après une discussion détaillée sur les conditions de l’allégeance, les personnes présentes voulurent prêter allégeance au Prophète (paix et bénédictions d’Allah sur lui). À ce moment-là, deux musulmans se levèrent. Ils avaient embrassé l’islam pendant la saison du pèlerinage, entre la onzième et la douzième année de la mission prophétique. Ils souhaitaient expliquer et analyser soigneusement leurs responsabilités, leurs devoirs et la situation. Ils voulaient exposer convenablement tous les aspects de l’affaire avant de prêter allégeance. Ils cherchaient précisément à savoir et à comprendre jusqu’à quel point les membres de leur peuple étaient prêts à consentir des sacrifices.
Ibn Ishaq écrit qu’après le rassemblement des gens pour prêter allégeance, Hadrat Abbas ibn Ubada ibn Nadla leur dit : « Vous savez certainement à quoi vous vous engagez en lui prêtant allégeance, n’est-ce pas ? » Tous répondirent : « Oui, nous le savons. » Hadrat Abbas dit : « Vous lui prêtez allégeance pour combattre les hommes noirs et les hommes rouges. Si vous pensez que, lorsque vos biens auront été dépensés et que vos dirigeants auront été tués, vous l’abandonnerez, abandonnez-le dès maintenant. En effet, l’abandonner après l’avoir emmené, alors qu’il se retrouverait seul, serait une humiliation pour vous ici-bas et dans l’au-delà. Mais si vous pensez qu’après avoir sacrifié vos biens et après la mort de vos dirigeants, vous tiendrez malgré tout l’engagement pris envers lui et vous irez là où l’on vous appelle, alors emmenez-le. Par Allah, cela renferme le bien et le bonheur de ce monde et de l’au-delà. » (Ibn Hisham, t. 1, p. 442.)
Après ces paroles, tous demandèrent d’une seule voix : « Nous sacrifierons nos biens et nous prendrons le risque que nos dirigeants soient tués, mais que recevrons-nous en échange ? Nous respecterons pleinement notre engagement, mais quelle sera notre récompense ? » Le Messager d’Allah (paix et bénédictions d’Allah sur lui) répondit : « Le Paradis. » Alors tous tendirent la main, et le Messager d’Allah (paix et bénédictions d’Allah sur lui) tendit également la sienne : l’allégeance fut conclue. (Ibn Hisham, t. 1, p. 446.)
Hadrat Jabir (qu’Allah l’agrée) rapporte qu’As‘ad ibn Zurara était le plus jeune parmi les personnes réunies. As‘ad saisit alors la main du Messager d’Allah (paix et bénédictions d’Allah sur lui) et dit : « Ô habitants de Médine, arrêtez-vous un instant. Nous sommes venus jusqu’à lui après avoir parcouru une distance qui assèche la poitrine des chameaux, précisément parce qu’il est le Messager d’Allah. L’emmener aujourd’hui de La Mecque signifie vous attirer l’hostilité de toute l’Arabie, voir vos éminents dirigeants tués et entendre le cliquetis des épées. Par conséquent, ne l’emmenez que si vous pouvez supporter tout cela. Votre récompense pour cette œuvre se trouve auprès d’Allah. Mais si vos vies vous sont chères, laissez-le dès maintenant ; ce sera une excuse recevable auprès d’Allah. » (Musnad Ahmad.)
L’achèvement de l’allégeance
Les clauses de l’allégeance avaient déjà été fixées et la gravité de la situation avait également été exposée. Après cette insistance supplémentaire, tous dirent d’une seule voix : « As‘ad ibn Zurara, retire ta main ! Par Allah, nous ne pouvons ni renoncer à cette allégeance ni l’annuler. » (Musnad Ahmad.)
À cette réponse, le vénérable As‘ad comprit parfaitement que ses compatriotes étaient fermement résolus et prêts à donner leur vie. Mus‘ab ibn ‘Umayr était le prédicateur religieux le plus éminent de Médine ; il était donc naturellement le guide religieux de ceux qui prêtaient allégeance. Ainsi, As‘ad ibn Zurâra fut le premier à prêter la bay‘a. Ibn Ishâq rapporte que les Banû Najjâr ont dit : « Abû Umâma As‘ad ibn Zurâra fut le premier homme à serrer la main du bien-aimé Messager d’Allah, qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix. » (Ibn Ishâq rapporte que les Banû Ashhal ont dit qu’Abû al-Haytham ibn al-Tayyihân fut le premier à prêter la bay‘a ; Ka‘b ibn Mâlik dit que le premier fut al-Barâ’ ibn Ma‘rûr ; Ibn Hishâm, tome I, p. 447. À mon avis, les propos d’Abû al-Haytham et d’al-Barâ’ avant la bay‘a ont été considérés comme une bay‘a ; autrement, As‘ad ibn Zurâra se trouvait alors devant tout le monde, et c’est donc son nom qui aurait dû être cité en premier.) Ensuite, tous les autres prêtèrent la bay‘a. Jâbir, qu’Allah l’agrée, dit : « Nous nous levions un à un, et le Messager d’Allah, qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix, recevait la bay‘a de chacun d’entre nous ; en échange, il nous annonçait la bonne nouvelle du Paradis. » (Musnad Ahmad).
Les deux femmes présentes à cette assemblée prêtèrent allégeance oralement. Le bien-aimé Messager ne serra jamais la main d’une femme qui lui était étrangère. (Sahîh Muslim, « Bay‘at an-Nisâ’ », tome II, p. 131).
Les douze naqîb et leurs noms
Après l’achèvement de la bay‘a, le bien-aimé Prophète proposa que douze chefs soient désignés. Ils seraient les naqîb de leurs tribus et auraient la responsabilité de faire respecter par les membres de leurs peuples respectifs les conditions de la bay‘a. Le bien-aimé Prophète demanda aux personnes présentes de lui communiquer les noms de douze hommes. Peu après qu’il eut prononcé ces paroles, douze naqîb furent désignés : neuf d’entre eux appartenaient à la tribu des Khazraj et trois à celle des Aws.
1. As‘ad ibn Zurâra ibn Udâs 2. Sa‘d ibn Rabî‘ ibn ‘Amr 3. ‘Abdullah ibn Rawâha ibn Tha‘laba 4. Râfi‘ ibn Mâlik ibn ‘Ajlân 5. al-Barâ’ ibn Ma‘rûr ibn Sakhr 6. ‘Abdullah ibn ‘Amr ibn Harâm 7. ‘Ubâda ibn as-Sâmit ibn Qays 8. Sa‘d ibn ‘Ubâda ibn Aïm
9. al-Mundhir ibn ‘Amr Khunays. Ils appartenaient à la tribu des Khazraj.
D’autre part
1. Usayd ibn Hudayr ibn Sammâk 2. Sa‘d ibn Khaythama ibn Hârith 3. Rifâ‘a ibn ‘Abd al-Mundhir ibn Zubayr appartenaient à la tribu des Aws. (Certains mentionnent Yunayr au lieu de Zubayr ; certains auteurs de sîra ont ajouté le nom d’Abû al-Haytham ibn at-Tayyihân à la place de Rifâ‘a.)
Après la nomination des douze naqîb, le Messager d’Allah leur demanda encore un engagement, car ils portaient une responsabilité plus grande. Il leur dit : « Vous êtes responsables et garants de toutes les affaires de votre peuple, tout comme les apôtres — au nombre de douze — étaient responsables et garants au nom de Jésus. De même, je suis responsable et garant des musulmans. » Tous répondirent d’une seule voix : « Oui. »
La divulgation de l’information sur le pacte par Satan
Après la conclusion du pacte, alors que tous s’apprêtaient à partir, Satan apprit l’existence de l’assemblée. Il n’y avait pas le temps d’en informer les Quraychites ; s’ils l’avaient appris, ils auraient attaqué les musulmans en masse. Satan grimpa donc au sommet d’une haute montagne et cria à pleine voix : « Ô habitants de Mina, regardez Muhammad ! Des gens sans religion sont actuellement avec lui ; ils se sont rassemblés pour vous combattre ! »
Le Noble Prophète dit : « C’est le démon de la vallée. Ô ennemi d’Allah, sache-le : je vais bientôt m’occuper de toi. » Puis il dit aux gens de regagner leurs tentes respectives (Zâd al-Ma‘âd, tome 2, p. 51).
En entendant la voix de Satan, ‘Abbâs ibn ‘Ubâda ibn Nâḍla dit : « Par Celui qui vous a envoyé avec la vérité, si vous le désirez, dès demain nous fondrons sur les habitants de Mina, l’épée à la main. » Le Noble Messager d’Allah répondit : « Je n’ai pas encore reçu l’ordre d’accomplir cette action. Retournez à vos campements. » Tous allèrent ensuite se coucher (Ibn Hishâm, tome 1, p. 448).
Altercation entre les Quraychites et les dirigeants de Médine
Lorsque les Quraychites apprirent cette nouvelle, ils furent désemparés, car ils connaissaient les conséquences considérables d’une telle allégeance. Le lendemain matin, un groupe de notables quraychites se rendit devant les tentes des visiteurs médinois et exprima vivement son indignation au sujet de l’assemblée et de l’allégeance de la nuit précédente. Ils dirent : « Ô gens des Khazraj, nous avons appris que vous vouliez emmener cet homme loin de nous. Vous lui prêtez allégeance afin de nous combattre, alors que nous répugnons davantage à vous combattre qu’à combattre toutes les autres tribus arabes réunies » (Ibn Hishâm, tome 1, p. 448).
Après la protestation des Quraychites de La Mecque, les pèlerins non musulmans venus de Médine dirent : « Ce que vous dites est faux. » Ils jurèrent qu’un tel événement ne pouvait absolument pas s’être produit. ‘Abdullah ibn Ubay dit : « Les gens de mon peuple auraient accompli une chose aussi importante sans moi ? C’est impensable ! Je suis actuellement à La Mecque ; même si j’avais été à Médine, ils n’auraient pas pris une telle décision sans me consulter. »
La réunion et la bay‘a avaient eu lieu dans l’obscurité de la nuit ; c’était difficile à croire. C’est pourquoi les polythéistes de La Mecque crurent uniquement les paroles des pèlerins non musulmans à Médine. Les musulmans se regardèrent du coin de l’œil et restèrent silencieux.
Ils ne dirent ni oui ni non. Au bout d’un moment, les chefs qurayshites comprirent qu’en réalité rien de préoccupant ne s’était produit ; finalement, ils repartirent déçus.
La poursuite de ceux qui avaient prêté serment d’allégeance
Les chefs qurayshites retournèrent à La Mecque convaincus que ce qu’ils avaient entendu était faux. Toutefois, comme ils avaient des soupçons, ils devinrent impatients de recueillir des informations. Ils finirent par comprendre que l’événement était réel : la bay‘a avait effectivement eu lieu, de manière incontestable. Mais lorsqu’ils en eurent la confirmation, les pèlerins de Médine étaient déjà partis. Quelques non-musulmans se lancèrent à leur poursuite, mais il était déjà trop tard. Des cavaliers rapides aperçurent Sa‘d ibn ‘Ubâda et al-Mundhir ibn ‘Amr. Al-Mundhir s’éloigna rapidement ; Sa‘d, lui, fut capturé, ligoté et emmené à La Mecque, où il fut battu. Après l’avoir fait amener à La Mecque, Mut‘im ibn ‘Adî et al-Hârith ibn Hibr Umayya le libérèrent, car leurs caravanes commerciales se rendaient à Médine sous la protection de Sa‘d ibn ‘Ubâda. De leur côté, les pèlerins médinois exprimèrent une vive indignation en apprenant l’arrestation de leur compagnon de voyage, Sa‘d ibn ‘Ubâda. Ils décidèrent de retourner à La Mecque et d’attaquer les Quraysh mécréants. Mais avant même de se diriger vers La Mecque, ils aperçurent Sa‘d ibn ‘Ubâda qui revenait. Toute la caravane repartit alors en sécurité et arriva saine et sauve à Médine (Zâd al-Ma‘âd, vol. 2, p. 51-52 ; Ibn Hichâm, vol. 1, p. 448-450).
Il s’agit de la seconde bay‘a d’al-‘Aqaba, également appelée la grande bay‘a d’al-‘Aqaba. Cette bay‘a eut lieu dans une atmosphère où étaient éveillés, parmi les croyants, les sentiments de solidarité mutuelle, de coopération, de confiance, de bravoure et de courage. Le cœur des croyants médinois était rempli d’amour pour leurs frères faibles de La Mecque ; ils étaient animés d’une détermination invincible à les aider, tandis que leurs cœurs étaient remplis de colère et de haine envers les infidèles tyranniques. Ceux qu’ils avaient accueillis comme des frères pour obtenir la satisfaction d’Allah, bien qu’ils ne les eussent jamais vus auparavant, étaient véritablement leurs frères dans la religion.
Ce sentiment ne provenait d’aucun attrait extérieur, et il n’était pas possible que le cours du temps efface cet amour. Au contraire, cet amour avait pour fondement la foi en Allah, la foi en l’Envoyé d’Allah, qu’Allah le bénisse et le salue, et la foi au Coran d’Allah. Cette foi ne pouvait ni s’affaiblir ni disparaître face à aucune forme d’injustice, de persécution, de tyrannie ou de puissance. La fermeté de cette foi, ou de cette croyance en l’invisible, se manifestait à travers les œuvres. C’est grâce à cette foi que les musulmans furent capables de laisser dans le monde la marque d’accomplissements extraordinaires ; on n’en trouve pas d’exemple dans le monde passé, et il n’est pas davantage probable d’en trouver dans le monde futur.
La délégation inquiète des musulmans émigrants
Avec l’achèvement de la seconde bay‘a d’al-‘Aqaba, l’islam parvint à jeter les fondations d’une terre d’accueil pour lui-même au milieu des ténèbres de la mécréance et de l’ignorance. Depuis le début de la prédication, c’était l’un des grands succès de l’islam. Le noble Prophète, qu’Allah le bénisse et le salue, autorisa les musulmans à émigrer vers leur nouvelle terre.
La Hijra consiste à tout abandonner et à partir quelque part uniquement pour sauver sa vie. Cependant, même cette vie n’est pas à l’abri du danger : du début du voyage jusqu’à l’arrivée à destination, on peut être tué n’importe où. Le voyage commence vers une destination obscure et incertaine, et il est impossible de savoir à l’avance quels dangers et quelles épreuves devront être affrontés à l’avenir.
Sachant et comprenant tout cela, les musulmans commencèrent la Hijra. Pendant ce temps, les polythéistes se mirent à entraver leur voyage, car ils avaient compris qu’après la Hijra des musulmans, de nombreuses menaces et difficultés se présenteraient à eux. Voici quelques exemples de la Hijra.
1. Le premier émigrant fut Abou Salama (qu’Allah l’agrée). Selon le récit d’Ibn Ishaq, il émigra un an avant la seconde allégeance d’al-‘Aqaba, avec son épouse et ses enfants. Lorsqu’il se mit en route, les membres de sa belle-famille lui dirent : « Vous avez certes davantage que nous le droit de décider de votre propre vie, mais qu’adviendra-t-il de notre fille ? Comment pouvons-nous vous permettre de l’emmener avec vous, alors que vous la ferez voyager de ville en ville ? C’est absolument impossible. » Les parents de l’épouse d’Abou Salama la retinrent donc. À cette nouvelle, les parents d’Abou Salama se mirent en colère et vinrent lui enlever son petit-fils. L’enfant encore allaité fut confié aux soins d’une nourrice. Auparavant, comme les deux parties tiraient l’enfant chacune de son côté en un endroit, il s’était blessé à la main. En définitive, Abou Salama (qu’Allah l’agrée) partit seul pour Médine. De son côté, Oumm Salama, séparée de son mari et de son enfant, devint comme folle. L’endroit où son mari lui avait fait ses adieux et où son enfant lui avait été enlevé s’appelait al-Abtah. Chaque matin, elle se rendait à al-Abtah et y pleurait toute la journée. Ainsi s’écoula une année. Finalement, un parent d’Oumm Salama dit à ses parents : « Pourquoi empêchez-vous cette pauvre femme de rejoindre son mari ? » Ses parents lui dirent alors : « Si tu le souhaites, tu peux rejoindre ton mari. » Oumm Salama se rendit chez sa belle-famille, y reprit son enfant auprès de la nourrice, puis partit seule avec lui pour Médine. La distance entre La Mecque et Médine est de cinq cents kilomètres. Lorsqu’elle atteignit un endroit appelé Tan‘îm, elle rencontra Othman ibn Abou Talha. Oumm Salama lui raconta toute son histoire. Après l’avoir écoutée, Othman partit avec elle pour Médine. Apercevant de loin la localité de Qubâ, il lui dit : « Ton mari se trouve dans cette localité. Pars donc là-bas. Qu’Allah te bénisse. » Puis Othman retourna à La Mecque (Ibn Hicham, vol. 1, p. 469-470).
2. Lorsque Souhayb (qu’Allah l’agrée) voulut émigrer à Médine, les polythéistes quraychites lui dirent : « Lorsque tu es arrivé parmi nous, tu étais un pauvre démuni. Après ton arrivée ici, tu as acquis beaucoup de richesses et tu as considérablement prospéré. Maintenant, tu veux partir d’ici en emportant tout cela ? C’est absolument impossible. » Souhayb leur dit : « Si je laisse toutes mes richesses, me laisserez-vous partir ? » Ils répondirent : « Oui. » Souhayb dit : « Très bien, qu’il en soit ainsi. Je vous laisse tout. » Lorsque le Noble Prophète (qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix) en fut informé, il commenta : « Souhayb a gagné ! Souhayb a gagné ! » (Ibn Hicham, vol. 1, p. 477).
3. Omar ibn al-Khattab, Ayyash ibn Abi Rabî‘a et Hicham ibn Âs ibn Wa’il se consultèrent et décidèrent de se réunir au matin en un certain lieu, puis d’émigrer de là vers Médine. Omar et Ayyash réussirent ensuite à arriver à l’heure convenue, mais Hicham ne put les rejoindre ; il fut retenu prisonnier.
Après que les deux hommes eurent émigré et atteint Qubâ, Abou Jahl et son frère Harith arrivèrent auprès d’Ayyash. Tous trois étaient issus de la même mère. Les deux frères dirent à Ayyash : « Notre mère a juré que, jusqu’à ce qu’elle te revoie, elle ne peignerait pas ses cheveux et ne quitterait pas le soleil pour l’ombre. » En entendant cela, le cœur d’Ayyash se serra pour sa mère. Voyant son état, Omar (qu’Allah l’agrée) lui dit : « Écoute, Ayyash, ils veulent te mettre à l’épreuve au sujet de ta religion. Prends donc garde. Par Dieu, lorsque les poux mordront la tête de ta mère, elle se peignera certainement ; et lorsque la chaleur accablante du soleil de La Mecque lui deviendra insupportable, elle ira certainement à l’ombre. » Mais Ayyash ne tint pas compte de ces paroles. Pour tenir le serment de sa mère, il décida de retourner à La Mecque avec ses frères. Omar (qu’Allah l’agrée) lui dit : « Puisque tu veux absolument y aller, prends ma chamelle. Ne descends pas de son dos ; après avoir vu ta mère, reviens. Si tu observes un comportement suspect, retourne rapidement à Médine. »
Ayyash repartit vers La Mecque monté sur la chamelle, avec ses deux frères. Après avoir parcouru une certaine distance, Abou Jahl lui dit : « Mon frère, ma monture avance très lentement. Échangeons un moment nos montures. » Dès qu’Ayyash eut fait asseoir sa chamelle, les deux frères l’attachèrent avec une corde et l’emmenèrent ainsi ligoté à La Mecque en plein jour. Une fois arrivés, ils s’écrièrent devant tout le monde : « Ô habitants de La Mecque, traitez vos imbéciles exactement comme nous avons traité celui-ci ! » (Hicham et Ayyash étaient détenus par les mécréants. Après l’émigration du Messager, il dit un jour : « Qui est prêt à libérer Hicham et Ayyash pour moi ? » Walid ibn Walid accepta cette mission. Il se rendit secrètement à La Mecque et, en suivant une femme qui leur apportait de la nourriture, découvrit l’endroit où ils étaient détenus. Tous deux étaient enfermés dans une pièce sans toit. Au cœur de la nuit, Walid escalada le mur, entra dans la pièce, coupa leurs liens, les fit monter sur sa propre monture et les emmena tous deux à Médine. Ibn Hicham, vol. 1, p. 474-476. Omar (qu’Allah l’agrée) émigra à Médine avec un groupe de vingt Compagnons. Sahih al-Boukhari, vol. 1.)
Après avoir appris que quelqu’un se préparait à émigrer, les polythéistes le traitaient de la manière décrite ici ; trois exemples en ont été donnés. Malgré tous ces obstacles, les musulmans continuèrent à émigrer, portant la foi dans leur cœur. Deux mois et quelques jours après la seconde allégeance d’al-‘Aqaba, il ne restait à La Mecque aucun musulman, hormis le Noble Prophète, Abou Bakr et Ali (qu’Allah les agrée). Ces deux derniers restèrent à La Mecque sur l’ordre du Noble Prophète (qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix). Certains musulmans étaient retenus de force par les polythéistes. Le Messager de Dieu (qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix) se préparait à émigrer à Médine et attendait l’ordre d’Allah, tandis qu’Abou Bakr as-Siddiq (qu’Allah l’agrée) avait préparé et attaché les provisions et l’équipement du voyage (Zad al-Ma‘ad, vol. 2, p. 52).
Il est rapporté dans le Sahih al-Bukhari, d’après Aïcha (qu’Allah l’agrée), que le bien-aimé Prophète (qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix) dit aux musulmans : « On m’a montré le lieu de votre émigration ; c’est une région située entre deux montagnes. » Les musulmans commencèrent alors à émigrer vers Médine, et ceux qui avaient émigré en Abyssinie commencèrent eux aussi à venir à Médine. Abou Bakr (qu’Allah l’agrée) se prépara également à partir pour Médine. Le bien-aimé Prophète (qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix) lui dit : « Attends ; je pense que l’ordre d’émigrer me sera également donné. » Abou Bakr (qu’Allah l’agrée) dit : « Que mes père et mère soient sacrifiés pour toi ! Espères-tu donc émigrer ? » Le bien-aimé Messager (qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix) répondit : « Oui. » Abou Bakr (qu’Allah l’agrée) se mit alors à attendre, espérant devenir le compagnon de voyage du bien-aimé Messager (qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix). Il possédait deux chamelles, auxquelles on fit manger soigneusement des feuilles d’acacia pendant quatre mois (Sahih al-Bukhari, chapitre sur l’émigration du Prophète, vol. 1, p. 553).
La réunion des Quraychites à Dar an-Nadwa
Lorsque les polythéistes de La Mecque virent que les nobles Compagnons avaient abandonné familles et biens pour parvenir sur le territoire des Aws et des Khazraj, ils furent désorientés et, en proie à la colère, devinrent agités. Jamais auparavant ils n’avaient été confrontés à une situation aussi dangereuse. Cette situation constituait un coup sévère et un défi pour leur idolâtrie ainsi que pour leurs fondements économiques.
Les polythéistes savaient parfaitement que Muhammad (qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix) possédait les qualités nécessaires au commandement et à la direction, ainsi qu’une grande capacité d’influence. Ils n’ignoraient pas non plus l’esprit de sacrifice et de courage qui animait ses Compagnons. La réputation des tribus Aws et Khazraj pour leurs tactiques militaires, et leur renommée comme guerriers et combattants, étaient universellement connues. La sagesse exceptionnelle des dirigeants clairvoyants que comptaient ces deux tribus était également connue de tous : ils savaient combattre selon les circonstances, tout comme ils savaient, lorsque cela était nécessaire, conclure des trêves et des accords. Après l’amertume de nombreuses années de guerre civile, les tribus Aws et Khazraj s’étaient désormais rapprochées, prêtes, si nécessaire, à se lier par des accords et des alliances ; les Quraychites n’ignoraient pas non plus cette réalité.
Les Quraychites polythéistes savaient qu’il existait une route longeant la côte de la mer Rouge, du Yémen jusqu’à la Syrie, et que c’était par cette route que circulaient les caravanes commerciales des Quraychites. Cette route n’était pas très éloignée de Médine ; aussi la position de Médine était-elle très importante du point de vue économique et militaire. Selon les estimations de l’époque, le volume annuel du commerce des habitants de La Mecque avec la Syrie équivalait à deux cent cinquante mille pièces d’or ; les échanges commerciaux avec Tabara et d’autres régions s’y ajoutaient. Ils comprenaient donc parfaitement que leurs intérêts commerciaux ne pourraient être préservés qu’en garantissant la sécurité de cette route commerciale.
Cet exposé permet de comprendre combien étaient graves les conséquences du renforcement des fondements de la prédication islamique à Médine et de l’union des habitants de Médine contre ceux de La Mecque. Les polythéistes étaient pleinement conscients de ces dangers et comprenaient que des temps difficiles et des défis se profilaient. C’est pourquoi ils commencèrent à réfléchir à un moyen efficace de faire face à ces défis. Ils savaient que Muhammad (qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix), le porte-étendard de l’islam, était lui-même à l’origine de tous ces troubles et de toute cette agitation.
Environ deux mois et demi après la seconde allégeance d’Aqaba, le vendredi 26 Safar, correspondant au 12 septembre 622 de l’ère chrétienne (cette chronologie est établie à la lumière des informations ajoutées par l’érudit Mansourpuri ; Rahmat li-l-Alamin, vol. 1, p. 95, 97 et 102, vol. 2, p. 471), une réunion se tint le matin (Ibn Ishaq rapporte que cette réunion eut lieu à la première heure, c’est-à-dire le matin. Il dit que Gabriel (sur lui la paix) vint informer le bien-aimé Messager (qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix) de cette réunion et lui donna l’autorisation d’émigrer. Le Sahih al-Bukhari mentionne, d’après Aïcha (qu’Allah l’agrée), que le bien-aimé Messager (qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix) vint chez Abou Bakr (qu’Allah l’agrée) à midi et lui dit : « J’ai reçu l’autorisation de partir pour Médine. » Le récit détaillé sera exposé plus loin.) Cette réunion, la plus odieuse et la plus infâme de l’histoire, se tint au parlement de La Mecque, Dar an-Nadwa. Des représentants de toutes les tribus quraychites de La Mecque y participèrent. Il s’agissait d’élaborer un plan permettant d’éliminer du monde le porte-étendard de la prédication islamique et d’éteindre pour toujours la lumière de l’islam.
Identité des représentants des tribus qui participèrent à cette infâme réunion
1. Abû Jahl ibn Hichâm — clan des Banû Makhzûm
2. Zubayr ibn Muṭʿim, Tuʿayma ibn Banû Nawfal ibn ʿAbd Manâf
ʿAdî et Hârith ibn ʿÂmir
3. Shayba ibn Rabîʿa, ʿUtba ibn Rabîʿa
et Abû Sufyân ibn Harb, Banû ʿAbd Shams ibn ʿAbd Manâf
4. Naḍr ibn Hârith, Banû ʿAbd al-Dâr
5. Abû al-Bukhtari ibn Hichâm
Jamaʿa ibn al-Aswad et
Hakim ibn Hizam des Banou Asad ibn Abd al-Uzza
6. Nabih ibn al-Hajjaj et les Banou Sahm
Munabbih ibn al-Hajjaj
7. Umayya ibn Khalaf, des Banou Jumah
À l’heure fixée, les représentants arrivèrent à la Dâr an-Nadwa. À ce moment-là, Iblis le Shaytan prit l’apparence d’un vieillard et se rendit au lieu de réunion. Il portait une djellaba. En le voyant à l’entrée, les gens lui demandèrent : « Qui êtes-vous ? Nous ne vous reconnaissons pas. » Le Shaytan répondit : « Je suis un vieillard originaire du Najd. Ayant appris ce que vous aviez prévu, je suis venu écouter vos échanges ; j’espère pouvoir vous donner quelques conseils utiles. » Les chefs idolâtres accueillirent le Shaytan avec soin et respect et le firent asseoir parmi eux.
Le complot visant à tuer le Messager d’Allah
Lorsque tout le monde fut arrivé, la discussion commença. Après de longues délibérations, diverses propositions furent présentées. En premier lieu, Abou al-Aswad proposa de l’expulser de nos rangs et de ne pas le laisser rester à La Mecque. Nous ne nous préoccuperions plus de savoir où il allait ni ce qu’il faisait ; ainsi, nous pourrions rester en sécurité et la solidarité qui régnait autrefois entre nous reviendrait.
Le Shaytan, sous les traits du vieillard du Najd, dit : « Ce n’est pas une solution. N’avez-vous pas remarqué combien ses paroles sont excellentes et douces ? Il conquiert facilement le cœur des gens. Si vous restez indifférents à son égard, il se rendra auprès d’une tribu arabe, la ralliera à sa cause, puis vous attaquera. Ensuite, il vous anéantira dans votre propre ville et vous traitera comme bon lui semblera. Réfléchissez donc à une autre proposition. »
Abû al-Bukhtari dit : « Qu’on l’enchaîne avec des chaînes de fer et qu’on l’enferme dans une pièce dont la porte sera fermée de l’extérieur ; ainsi, il y mourra. C’est ainsi que les poètes Zuhayr et al-Nâbigha étaient morts. »
Satan sous les traits du cheikh najdien dit : « Cette proposition n’est pas acceptable non plus. Si vous l’arrêtez et le gardez à l’intérieur d’une maison, ses nouvelles parviendront d’une manière ou d’une autre à ses compagnons. Alors, ils vous attaqueront collectivement et le délivreront, puis, après avoir accru le nombre de ses partisans, ils vous attaqueront de nouveau. Votre défaite dans cette attaque sera inévitable. Réfléchissez donc à une autre proposition. »
Après le rejet des deux propositions précédentes, une troisième proposition fut présentée. Abû Jahl, le plus abominable des criminels de La Mecque, la formula en ces termes : « Je n’ai qu’une seule proposition à son sujet. J’ai observé attentivement et constaté que personne ici ne s’en est approché, même de loin. » Tous dirent : « Parle donc, Abû al-Hakam ; quelle est cette proposition ? » Abû Jahl répondit : « Choisissez un jeune homme dans chaque tribu et remettez à chacun une épée tranchante. Ensuite, ces jeunes hommes armés et puissants devront l’attaquer tous ensemble, de telle sorte qu’on ait l’impression qu’un seul homme le frappe. Ainsi, nous serons débarrassés de cet homme. S’il est tué de cette manière, la responsabilité de son meurtre sera répartie entre toutes les tribus. Les Banû ‘Abd Manâf ne pourront pas faire la guerre à toutes les tribus ; ils accepteront donc de recevoir le prix du sang. Nous leur verserons alors la compensation de son meurtre. » (Hichâm, vol. I, p. 480-482).
Satan sous les traits du cheikh najdien approuva cette proposition. Le parlement de La Mecque parvint à un consensus à son sujet, et tous retournèrent chez eux avec la résolution de la mettre immédiatement à exécution.
L’Hégire du Messager d’Allah
Après l’adoption de l’odieuse proposition visant à tuer le Messager agréé d’Allah, que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui, l’ange Jibrîl, que la paix soit sur lui, vint auprès du bien-aimé Prophète, que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui, avec la Révélation. Il l’informa du complot des Quraychites et lui dit qu’Allah, exalté soit-Il, lui avait permis d’émigrer de La Mecque. Au moment de lui annoncer l’émigration, Jibrîl, que la paix soit sur lui, dit au bien-aimé Prophète, que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui : « Cette nuit, ne te couche pas sur ton lit dans ta demeure. » (Hichâm, vol. I, p. 480-482 ; Zâd al-Ma‘âd, vol. II, p. 52).
Après avoir appris cette nouvelle, le Prophète se rendit chez Abû Bakr exactement à midi. Son objectif était d’établir avec lui le plan de l’émigration. ‘Â’isha, qu’Allah l’agrée, rapporte : « Nous étions assis dans la maison d’Abû Bakr, qu’Allah l’agrée, exactement à midi, lorsqu’un homme lui dit : “Le Messager d’Allah arrive de ce côté, la tête couverte.” Le Messager d’Allah, que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui, ne venait jamais à cette heure. En entendant cela, Abû Bakr, qu’Allah l’agrée, dit : “Que mes père et mère soient sacrifiés pour lui ! Il vient certainement pour une affaire importante.” »
‘Â’isha, qu’Allah l’agrée, rapporte : « Lorsque le bien-aimé Prophète arriva, il demanda la permission d’entrer dans la maison. Après y avoir été autorisé, il entra. Puis le Messager d’Allah, que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui, dit à Abû Bakr : “Éloigne ceux qui se trouvent auprès de toi.” Abû Bakr, qu’Allah l’agrée, répondit : “Il n’y a que ton épouse.” Le Messager d’Allah, que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui, dit : “J’ai reçu la permission de partir.” Abû Bakr, qu’Allah l’agrée, demanda au Messager d’Allah, que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui : “Et moi, avec toi ? Ô Messager d’Allah, que mes père et ma mère soient sacrifiés pour toi !” Le bien-aimé Messager répondit : “Oui.” » (Zâd al-Ma‘âd, vol. I).
Après avoir élaboré le plan de l’Hégire, il retourna chez lui et attendit la nuit (Sahih al-Bukhari, chapitre de l’Hégire du Prophète, vol. 1, p. 553).
L’encerclement de la demeure du Messager d’Allah
Pendant ce temps, les criminels parmi les notables des Quraysh se préparèrent durant toute la journée, conformément à la décision adoptée à l’unanimité par le parlement de La Mecque, Dar al-Nadwa. Onze chefs furent choisis parmi les criminels les plus odieux. Voici leurs noms :
1. Abou Jahl ibn Hicham
2. Al-Hakam ibn Abi al-As
3. Oqba ibn Abou Mouaït
4. Al-Nadr ibn al-Harith
5. Oumayya ibn Khalaf
6. Juma‘a ibn al-Aswad
7. Tu‘ayma ibn ‘Adî
8. Abû Lahab
9. Ubayy ibn Khalaf
10. Noubayh ibn al-Hajjâj
11. Munabbih ibn al-Hajjâj (Zâd al-Ma‘âd, vol. 1, p. 52)
Ibn Ishâq rapporte que, lorsque l’obscurité de la nuit s’épaissit, onze scélérats se postèrent en embuscade tout autour de la demeure du Prophète (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui). Ils attendaient qu’il se couche afin de l’attaquer tous ensemble.
Les scélérats étaient intimement convaincus que leur odieux complot réussirait à coup sûr (Ibn Hishâm, vol. 1, p. 482). Abû Jahl plaisantait avec ses compagnons en disant : « Mohammed prétend que, si vous embrassez sa religion et le suivez, vous deviendrez les rois des Arabes et des non-Arabes ; puis, après votre mort et votre résurrection, vous aurez un paradis semblable aux jardins du Jourdain. Si vous ne le tuez pas, ils vous égorgeront et, après votre mort et votre résurrection, vous serez brûlés dans le feu » (Ibn Hishâm, vol. 1, p. 483).
L’heure fixée pour mettre leur complot à exécution était après minuit. C’est pourquoi, les yeux privés de sommeil, ils attendaient l’heure prévue. Mais Allah Très-Haut accomplit toujours Sa volonté. Il est le Roi des cieux et de la terre ; Il fait ce qu’Il veut. Personne ne peut nuire à celui qu’Il veut sauver, et personne ne peut sauver celui qu’Il veut saisir. À ce moment également, Allah Très-Haut accomplit ce qu’Il avait voulu. Il dit en s’adressant au Noble Prophète, que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui : « Souviens-toi lorsque les mécréants complotaient contre toi : ils complotaient pour te capturer, te tuer ou t’exiler. Ils complotaient, et Allah complotait aussi ; et Allah est le meilleur des stratèges. » (Sourate Al-Anfâl, verset 30).
Le départ du Messager d’Allah de sa demeure
Malgré les préparatifs finaux et tous leurs efforts pour mettre leur plan à exécution, les mécréants quraychites ne réussirent pas. Dans cette situation critique, le Noble Prophète, que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui, dit à Ali (qu’Allah l’agrée) : « Étends-toi sur mon lit en portant cette couverture hadramie verte qui m’appartient ; ils ne pourront pas te faire de mal. » (On appelle couverture hadramie une couverture fabriquée au Hadramaout, dans le sud du Yémen.) Le Noble Prophète dormait la nuit enveloppé dans cette couverture. (Ibn Hichâm, tome 1, p. 482-483).
Le Messager d’Allah sortit ensuite, prit une poignée de poussière et la jeta sur les mécréants. Allah Très-Haut les rendit alors aveugles, si bien qu’ils ne purent voir le Messager d’Allah. À ce moment-là, le Messager, que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui, récitait ce verset du Noble Coran : « Nous avons placé une barrière devant eux et une barrière derrière eux, puis Nous les avons enveloppés ; ainsi, ils ne voient pas. » (Sourate Yâ-Sîn, verset 9).
La poussière projetée retomba sur la tête de chacun des idolâtres. Ensuite, il se rendit chez Abou Bakr (qu’Allah l’agrée) et, sortant par une fenêtre de cette maison, ils prirent tous deux la route du Yémen en direction de Médine. Après leur départ, ils s’arrêtèrent dans une grotte du mont Thawr, situé à quelques miles de là. (Ibn Hichâm, tome 1, p. 483 ; Zâd al-Ma‘âd, tome 2, p. 52).
Pendant ce temps, les assiégeants attendaient l’heure fixée. Mais avant même cette heure, ils découvrirent leur échec. Un homme inconnu s’approcha des scélérats et leur demanda : « Qui attendez-vous ici ? » Ils répondirent : « Mohammad. » L’homme leur dit : « Votre souhait ne se réalisera pas. Par Allah, Mohammad vous a jeté de la poussière sur la tête et est passé devant vous pour se rendre auprès des siens. » En entendant cela, ils dirent : « Comment ? Nous ne l’avons pourtant pas vu ! » Puis, portant tous les mains à leur tête, ils y trouvèrent de la poussière. Ils se relevèrent ensuite tous après avoir secoué la poussière de leurs vêtements.
Ils jetèrent ensuite un coup d’œil à l’intérieur de la demeure du Noble Messager, que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui, et virent quelqu’un couché sur le lit du Prophète, que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui. Pensant qu’Ali était le Messager d’Allah, ils attendirent jusqu’au matin. Lorsque, au matin, ils virent Ali (qu’Allah l’agrée) quitter le lit, les scélérats furent complètement désespérés. Ils lui demandèrent : « Où est le Messager d’Allah ? » Ali (qu’Allah l’agrée) répondit : « Je ne sais pas. » (Zâd al-Ma‘âd, tome 1, p. 52 ; Ibn Hichâm, tome 1, p. 483).
De la maison à la grotte de Thawr
Le noble Messager émigra dans la nuit du 12 septembre, correspondant au 27 Safar, au milieu de l’année 622 de l’ère chrétienne ; son compagnon de voyage était son plus fidèle compagnon, Abou Bakr (qu’Allah l’agrée). Ils avancèrent rapidement afin de franchir les limites de La Mecque avant le lever du soleil (Rahmat al-lil-‘Alamin, vol. 1, p. 95). Ce mois du voyage sera considéré comme la quatorzième année de la prophétie si l’on commence à compter l’année à partir du mois de Mouharram ; si l’on commence à compter à partir du mois où il reçut la prophétie, Safar sera alors la treizième année de la prophétie. La plupart des auteurs de biographies prophétiques ont commencé le calcul de l’année à partir de Mouharram, tandis que certains ont retenu les deux méthodes ; c’est pourquoi leurs indications de la date de l’Hégire apparaissent confuses. Nous avons retenu ici le calcul commençant à partir de Mouharram.
Le Messager d’Allah (qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix) savait que les scélérats qurayshites le rechercheraient par tous les moyens et se dirigeraient naturellement vers la route de Médine. C’est pourquoi le Prophète bien-aimé prit la direction opposée, vers le Yémen. La route de Médine se trouve au nord de La Mecque, tandis que celle du Yémen est au sud. Après avoir parcouru cinq miles, le Prophète bien-aimé atteignit le pied d’une montagne connue sous le nom de mont Thawr. C’était une haute montagne, très difficile à gravir, où se trouvaient de nombreuses pierres. En les franchissant, les deux pieds du noble Messager (qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix) furent ensanglantés. On rapporte que, pour dissimuler ses empreintes, il marchait sur ses talons, ce qui blessa ses pieds.
Abou Bakr (qu’Allah l’agrée) gravit d’abord une partie de la montagne et aida le noble Messager (qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix) à monter. Ensuite, tous deux trouvèrent refuge dans une grotte située au sommet de la montagne. Cette grotte est célèbre dans l’histoire sous le nom de grotte de Thawr (Rahmat al-lil-‘Alamin, vol. 1, p. 95 ; Moukhtasar as-Sira, cheikh Abdallah, p. 1677 ; Ibn Hicham, vol. 1, p. 482).
Dans la grotte du mont Thawr
À leur arrivée près de la grotte, Abou Bakr (qu’Allah l’agrée) dit au Messager d’Allah (qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix) : « Attendez un instant. S’il y a quelque chose dans la grotte, je lui ferai face ; quoi qu’il advienne, cela m’arrivera à moi. » Puis il entra dans la grotte et la nettoya. Il y avait plusieurs trous, qu’il boucha en déchirant un pan de son vêtement. Il en resta deux ; il les obstrua avec ses pieds, puis invita le noble Messager (qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix) à entrer. Le Prophète bien-aimé entra et s’endormit, la tête posée sur les genoux d’Abou Bakr. Entre-temps, quelque chose mordit Abou Bakr (qu’Allah l’agrée), mais, craignant de réveiller le noble Messager, il ne bougea pas. Sous l’effet de la douleur du poison, ses yeux se remplirent de larmes. Lorsqu’une larme tomba involontairement sur le visage du noble Messager, celui-ci se réveilla et demanda à Abou Bakr (qu’Allah l’agrée) : « Qu’as-tu ? » Il répondit : « Quelque chose m’a mordu. »
En entendant cela, le Messager d’Allah (qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix) prit un peu de salive et l’appliqua sur l’endroit mordu ; la douleur du poison disparut aussitôt. (Ce récit est rapporté d’après Omar ibn al-Khattab (qu’Allah l’agrée). Il y est également précisé que les effets de ce poison réapparurent ultérieurement et que c’est sous l’effet de ce poison qu’il décéda. Voir Michkat, vol. 2, p. 556, chapitre consacré aux mérites d’Abou Bakr dans le Manâqib.)
Ils y demeurèrent trois jours : vendredi, samedi et dimanche (Fath al-Bari, vol. 7, p. 336). Durant cette période, Abdallah, le fils d’Abou Bakr, y passa également les nuits avec eux. Aïcha (qu’Allah l’agrée) rapporte qu’Abdallah était un jeune homme très intelligent. Il quittait leur refuge à la fin de la nuit, mais on le voyait à La Mecque au matin ; quiconque le voyait pensait qu’il avait passé la nuit à La Mecque. Toute la journée, il recueillait les informations qu’il entendait au sujet des complots ourdis contre eux, puis, lorsque l’obscurité s’épaississait le soir, il se rendait à la grotte de Thawr pour leur transmettre ces nouvelles.
Par ailleurs, Amir ibn Fuhayra, l’esclave d’Abou Bakr, faisait paître des chèvres. Lorsque la nuit devenait profonde, il les conduisait auprès d’eux, puis les trayait pour leur donner du lait ; tous deux en buvaient à satiété. Très tôt le matin, Amir repartait avec les chèvres. Il agit ainsi durant les trois nuits (Sahih al-Boukhari, vol. 1, p. 553-554). En outre, Amir ibn Fuhayra effaçait les traces du passage d’Abdallah ibn Abou Bakr vers La Mecque en faisant passer les chèvres sur ce chemin (Ibn Hicham, vol. 1, p. 486).
L’expédition des Quraysh
Après l’échec du plan des Quraysh, lorsqu’ils comprirent clairement que le Messager d’Allah — qu’Allah lui accorde Sa paix et Ses bénédictions — leur avait échappé, ils devinrent comme fous de rage. Ils déchargèrent d’abord leur colère sur Ali : ils le traînèrent jusqu’à la Kaaba et tentèrent de lui arracher des informations (Rahmatul lil-‘Alamin, vol. 1, p. 99). Mais cela ne leur servit à rien. Ils se rendirent ensuite chez Abou Bakr. Ce fut Asma bint Abou Bakr qui ouvrit la porte. On lui demanda : « Où est ton père ? » Elle répondit : « Je n’en sais rien. » En entendant cette réponse, le scélérat Abou Jahl gifla Asma si violemment que sa boucle d’oreille tomba (Ibn Hicham, vol. 1, p. 487).
Les chefs qurayshites se réunirent ensuite en urgence et décidèrent de lancer une recherche générale afin d’arrêter le Messager d’Allah — qu’Allah lui accorde Sa paix et Ses bénédictions — et Abou Bakr. Ils firent poster des gardes vigilants sur toutes les routes qui sortaient de La Mecque. Ils annoncèrent également que quiconque leur livrerait Muhammad — qu’Allah lui accorde la paix — et Abou Bakr, ou l’un des deux, vivant ou mort, recevrait cent chameaux en récompense (Sahih al-Boukhari, vol. 1, p. 554). Après la diffusion de cette annonce dans toute la population, de nombreuses personnes partirent dans toutes les directions. Même des spécialistes des empreintes se mirent à leur recherche et parcoururent les montagnes, les plaines et les terrains accidentés, mais tous ces efforts furent vains.
Les poursuivants atteignirent également les environs de la grotte du mont Thawr. Mais Allah Très-Haut, le Roi du monde entier, accomplit toujours Sa volonté. Anas rapporte dans le Sahih al-Boukhari qu’Abou Bakr dit : « J’étais avec le Messager d’Allah dans la grotte. Lorsque je levai la tête, j’aperçus les pieds des hommes. Je dis : “Ô Messager d’Allah, s’ils se penchent seulement un peu pour regarder de ce côté, ils nous verront.” Le bien-aimé Messager d’Allah lui dit : “Abou Bakr, tais-toi. Nous ne sommes pas deux ici : Allah Très-Haut est avec nous comme troisième.” » Une autre version rapporte que le bien-aimé Messager d’Allah dit : « Ô Abou Bakr, que penses-tu de deux hommes dont le troisième est Allah Très-Haut ? » (Sahih al-Boukhari, vol. 1, pp. 516 et 558). Il faut ici se rappeler que l’inquiétude d’Abou Bakr ne concernait pas sa propre vie : il était préoccupé pour le bien-aimé Prophète — qu’Allah lui accorde la paix. Il voyait les pieds des scélérats et fut alors bouleversé. Il dit : “Si je meurs, un seul Abou Bakr mourra ; mais si vous mourez, toute la communauté sera anéantie.” Le Messager lui dit alors : “N’aie pas peur, Abou Bakr. Allah le Très-Haut est avec nous.”
En somme, les poursuivants ne repartirent qu’au moment où il ne restait entre le Messager d’Allah et ces scélérats qu’une très faible distance, de quelques pas seulement.
Sur la route de Médine
Les recherches menées par les hommes avides de récompense, sous la direction des Quraysh de La Mecque, se révélèrent infructueuses. Après trois jours de recherches incessantes, ils furent épuisés et désespérés, et leur ardeur s’éteignit peu à peu. Constatant cette situation, le bien-aimé Messager d’Allah — qu’Allah lui accorde Sa paix et Ses bénédictions — et Abou Bakr prirent la route de Médine. Ils avaient déjà conclu un accord avec Abdallah ibn Ourayqit al-Laythi, qui connaissait bien les différents itinéraires : en échange d’une rémunération, il devait conduire ces deux hommes jusqu’à Médine. Bien qu’il fût resté attaché à la religion des Quraysh, cet homme était digne de confiance ; c’est pourquoi on lui avait confié les montures. On lui avait dit de se présenter trois jours plus tard devant la grotte de Thawr avec deux montures. Le lundi soir, correspondant au 1er rabî‘ al-awwal, soit le lundi 16 septembre 622 de l’ère chrétienne, Abdallah ibn Ourayqit arriva avec les montures. Abou Bakr montra alors au Messager d’Allah ses deux chamelles et lui dit : « Ô Messager, prends l’une des deux. » Le Messager répondit : « Oui, mais en échange de son prix. »
Entre-temps, Asma bint Abou Bakr apporta une couverture destinée à être étendue sur le chameau, mais elle oublia d’apporter la corde qui devait la fixer. Au moment du départ, après qu’Asma eut placé la couverture sur le dos du chameau, elle se rendit compte qu’elle avait laissé la corde derrière elle. Elle détacha alors sa ceinture, la déchira en deux, fixa la couverture au dos du chameau avec une moitié et attacha l’autre autour de sa propre taille. C’est pour cette raison qu’elle reçut le surnom de Dhat an-Nitaqayn, « celle aux deux ceintures » (Sahih al-Boukhari, vol. 1, pp. 553-555 ; Ibn Hicham, vol. 1, p. 486).
Ensuite, le Messager bien-aimé d’Allah et Abou Bakr partirent, accompagnés également d’Amir ibn Zuhayra. Le guide, Abdallah ibn Ourayqit, prit la route de Médine par le chemin côtier.
Après être sortis de la grotte de Thawr, Abdallah s’avança d’abord très loin vers le Yémen, c’est-à-dire vers le sud. Puis, se dirigeant vers l’ouest, il voyagea le long du littoral. Ensuite, il emprunta une voie que les gens ordinaires ne connaissaient pas, progressant vers le nord le long de la côte de la mer Rouge, sur un itinéraire très peu fréquenté.
Ibn Ishaq a mentionné les lieux traversés par le Messager d’Allah sur cette route. Il rapporte que, lorsque le guide les conduisit, ils passèrent par les basses terres de La Mecque. Après avoir longé la côte, il tourna dans les plaines basses d’Asfan, passa par Thaniyat al-Murra, puis par Laqaf et traversa les vastes étendues de Laqaf. Ensuite, il atteignit les vastes terres du Hedjaz et, de là, se dirigea vers les terres verdoyantes par le col de Moujahir. Puis il entra dans la plaine de Dhî Kishrâ, se dirigea vers Joudaydât et atteignit Azd. Après cela, il traversa Yuzâlam en longeant la vaste région de Tihân, puis passa par Abâdî. Il partit ensuite en direction de Fâdja, descendit à Adhr, puis se rendit à Lâniyat al-Adhr en passant à droite de Raqûba. Il descendit dans la vallée de Rim et finit par atteindre Qoubâ. (Ibn Hicham, vol. 1, p. 491-492.)
Quelques événements survenus en chemin
1) Il est rapporté dans le Sahih al-Boukhari, d’après Abou Bakr al-Siddiq, qu’il dit : « Après être sortis de la grotte de Thawr, nous marchâmes toute la nuit et continuâmes jusqu’à midi le lendemain. En plein midi, il n’y avait aucun passant sur la route. Nous aperçûmes alors une longue étendue de terrain dépourvue de soleil et nous y descendîmes. De mes propres mains, j’aplanis un endroit où le Prophète bien-aimé d’Allah pourrait dormir, puis j’y étendis une couverture. Je lui dis ensuite : “Ô Messager d’Allah, couchez-vous et reposez-vous ; je surveille les environs.” Le Prophète s’allongea et je me mis à observer tout autour de nous. Soudain, je vis un berger qui venait dans notre direction avec quelques chèvres et se dirigeait vers l’ombre de la plaine. Je lui demandai : “Tes chèvres donnent-elles un peu de lait ?” Il répondit : “Oui.” Je lui demandai : “Puis-je les traire ?” Il répondit : “Oui.” Il alla chercher une chèvre. Je lui dis : “Nettoie un peu son pis de la terre, des brindilles et des poils.” Après l’avoir nettoyé, il en trait un peu de lait dans une coupe. J’avais avec moi un récipient en peau que j’avais conservé pour les ablutions du Messager d’Allah et pour lui faire boire de l’eau. Lorsque je revins auprès du Prophète bien-aimé d’Allah, je le trouvai endormi et ne jugeai pas convenable de le réveiller. Quelque temps plus tard, il se réveilla. Je mélangeai un peu d’eau au lait, ce qui refroidit le fond du récipient, puis je lui dis : “Buvez ce lait.” Il le but avec plaisir, puis demanda : “N’est-il pas encore temps de repartir ?” Je répondis : “Mais si.” Nous reprîmes alors la route. » (Sahih al-Boukhari, vol. 1, p. 556.)
2) Durant ce voyage, Abou Bakr était assis derrière le Messager d’Allah. Les voyageurs posaient d’abord les yeux sur lui, car son visage portait les marques de la vieillesse ; en comparaison, le Messager d’Allah paraissait plus jeune. Lorsque l’un des voyageurs demandait : « Qui est donc cet homme devant vous ? », Abou Bakr répondait : « Il me guide. » Celui qui l’interrogeait comprenait qu’il le guidait dans le désert, alors qu’en réalité Abou Bakr al-Siddiq faisait allusion au chemin de la vertu et du bien. (Sahih al-Boukhari, vol. 1, p. 556.)
3) Au cours de ce voyage, le Prophète bien-aimé d’Allah fit une courte halte à la tente d’Oumm Ma‘bad al-Khouza‘iyya. Cette femme, très intelligente, était assise dans la cour de sa maison et offrait, dans la mesure de ses possibilités, à boire et à manger aux voyageurs de passage. Le Prophète bien-aimé d’Allah lui demanda : « As-tu quelque chose ? » La femme répondit : « Si j’avais quelque chose, je ne manquerais pas de vous accueillir comme il se doit. J’ai quelques chèvres, mais elles sont au pâturage, loin d’ici. C’est actuellement une période de famine. »
Le Messager d’Allah remarqua qu’une chèvre était attachée sur un côté de la maison. Il demanda : « Oumm Ma‘bad, pourquoi cette chèvre est-elle ici ? » Oumm Ma‘bad répondit : « Cette chèvre est très faible ; elle ne peut pas marcher. » Le Messager bien-aimé d’Allah demanda : « Me permets-tu de la traire ? » La femme répondit : « Oui, si vous voyez qu’elle a du lait, trayez-la donc. » Alors le Messager bien-aimé d’Allah posa la main sur le pis de la chèvre, prononça le nom d’Allah et invoqua Allah. Aussitôt, la chèvre étendit les pattes et se leva ; son pis était rempli de lait. Le Messager bien-aimé d’Allah prit un grand récipient et la trait. Le récipient se remplit d’une quantité de lait suffisante pour qu’un groupe de personnes puisse boire à satiété. Après la traite, il se couvrit de mousse. Il en fit boire à ses compagnons, puis Oumm Ma‘bad en but elle-même. Ensuite, il la trait de nouveau dans le même récipient et, après l’avoir rempli de lait, le laissa dans la maison d’Oumm Ma‘bad avant de repartir vers sa destination.
Peu après, le mari de la femme rentra chez lui avec son troupeau de chèvres. Celles-ci étaient elles aussi faibles et, épuisées par la marche, haletaient. Abû Ma‘bad, le mari d’Umm Ma‘bad, vit le lait et s’en étonna : « D’où vient ce lait ? » demanda-t-il. — « J’ai emmené toutes les chèvres laitières au pâturage ; il n’y avait à la maison aucune chèvre capable de donner du lait », répondit Umm Ma‘bad. Elle ajouta : « Un homme béni est venu chez nous. Il était ainsi et son état était tel. » Après avoir tout entendu, Abû Ma‘bad dit : « C’est probablement l’homme que les Quraysh recherchent. Décris-moi donc un peu son apparence et ses traits. » Umm Ma‘bad décrivit alors le Messager d’Allah de manière si séduisante et si saisissante qu’en entendant son récit, l’auditeur aurait cru le voir devant ses yeux. Ces détails seront mentionnés vers la fin de l’ouvrage. Après avoir entendu les éloges extraordinaires faits de cet hôte, il dit : « Par Allah, c’est bien l’homme des Quraysh dont les gens ont rapporté le signalement. Je souhaiterais être l’un de ses compagnons les plus proches ; si j’en trouve le moyen, je le ferai certainement. »
Entre-temps, des paroles portées par le rythme d’un poème flottaient dans l’air de La Mecque. On ne voyait pas celui qui les récitait. Le sens du poème était le suivant :
Qu’Allah récompense ces deux hommes
qui firent halte dans la demeure d’Umm Ma‘bad
Ils s’y arrêtèrent sans encombre, repartirent et furent de nouveau couronnés de succès
Il est le compagnon de celui qui est Muhammad
Ô Qusay, malheur à vous
Allah vous a arraché un succès sans précédent et le commandement
Ô quelle chanceuse est cette femme de Bun Ka’b !
Bénie soit cette demeure pour les croyants !
Demandez à cette femme ce qu’il en est de la chèvre et du récipient.
Cette chèvre aussi témoignera ; allez donc interroger les chèvres.
Hadrat Asmâ (qu’Allah l’agrée) rapporte : « Nous ne savions pas dans quelle direction l’Envoyé d’Allah était parti. Soudain, un djinn vint à La Mecque et récita ces poèmes. La foule enthousiaste ne parvenait pas à voir ce djinn ; elle courait derrière la voix et l’écoutait. Puis, au bout d’un moment, cette voix s’évanouit dans les hauteurs de La Mecque. En entendant ces poèmes, nous comprîmes dans quelle direction notre bien-aimé Messager, qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix, était parti. Il devint clairement évident qu’il se trouvait sur la route de Médine. » (Zâd al-Ma‘âd, tome 2, p. 53-54. En tenant compte du lieu où résidait la tribu des Banû Khuzâ‘a, on comprend que cet événement eut lieu le deuxième jour du départ du noble Prophète (que la paix soit sur lui) vers Médine.)
4) En chemin, Surâqa ibn Mâlik suivit le noble Prophète et Hadrat Abû Bakr (qu’Allah l’agrée). Voici le récit de Surâqa : « J’étais assis dans une assemblée de mon peuple, les Banû Mudlij, lorsqu’un homme vint se tenir près de nous. Après quelque temps, il s’assit. Cet homme dit : “Ô Surâqa, il y a peu, j’ai aperçu plusieurs hommes près de la côte. Je pense qu’il s’agit de Muhammad et de son compagnon.” Je compris que c’étaient bien eux, mais, afin de cacher mes intentions à l’homme qui avait donné cette information, je répondis : “Non, ce ne sont pas eux. Ceux que tu as vus, nous les avons également vus ; ils sont passés devant nos yeux.” Je restai encore quelque temps assis dans l’assemblée, puis je rentrai dans la maison et demandai à mon esclave de sortir mon cheval. Lorsqu’il fut sorti, je lui dis de l’emmener derrière la colline et d’y attendre mon retour. Je pris ensuite mes flèches et sortis par l’arrière de la maison. Tenant une extrémité de la flèche et traînant l’autre sur le sol, je me rendis auprès de mon cheval. Dès que je fus monté sur son dos, il se mit à m’emporter au galop. Après un certain temps, j’atteignis leur position sur la côte. Soudain, le cheval se mit à bondir et je tombai de son dos. Je remontai, tendis la main vers le carquois et en tirai une flèche divinatoire afin de savoir si je pourrais leur nuire ; mais la flèche sortie fut celle que je n’aimais pas. Je remarquai que l’Envoyé d’Allah récitait le Coran avec calme et concentration, sans prêter attention à rien autour de lui. Abû Bakr as-Siddîq se retournait pour me regarder. Soudain, les deux pattes avant de mon cheval s’enfoncèrent dans le sol jusqu’aux genoux. Je tombai une nouvelle fois du cheval. Je le réprimandai ; il tenta de se relever et, au prix de grands efforts, parvint à dégager ses pattes. Lorsqu’il les retira, une poussière semblable à de la fumée s’éleva des empreintes de ses sabots. Je consultai de nouveau les flèches divinatoires ; cette fois encore, celle qui sortit ne me convenait pas. Je les appelai alors d’une voix normale, et ils s’arrêtèrent. Je les rejoignis à cheval. Dès que je les eus arrêtés, je sentis soudain que l’Envoyé d’Allah serait victorieux. Je lui dis alors : “Votre peuple a promis une récompense pour votre capture, vivant ou mort.” Je l’informai également aussitôt des décisions prises par les habitants de La Mecque. Je voulus lui offrir quelques provisions pour la route, mais il n’accepta rien et ne me posa aucune question. Il se contenta de dire : “Gardez secrète notre affaire.” Je lui dis : “Écrivez-moi un sauf-conduit.” L’Envoyé d’Allah ordonna aussitôt à ‘Âmir ibn Fuhayra d’écrire quelques mots sur un morceau de cuir, qui me fut remis comme sauf-conduit. Puis l’Envoyé d’Allah poursuivit sa route. » (Sahîh al-Bukhârî, tome 1, p. 554. Le lieu d’origine des Banû Mudlij se trouvait près de Bâbaj. Au moment où Surâqa les poursuivait, le noble Prophète (que la paix soit sur lui) montait depuis Qudayd vers les hauteurs. Zâd al-Ma‘âd, tome 2, p. 53. Il semble que cet événement ait eu lieu le troisième jour après leur départ de la grotte de Thawr.)
Abû Bakr rapporte également cet événement. Il dit : « Après notre départ, les gens de notre peuple nous recherchaient, mais personne ne nous aperçut, à l’exception de Surâqa ibn Mâlik ibn Ju‘shum. Surâqa était venu à cheval. Je dis : “Ô Envoyé d’Allah, qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix, un homme nous suit ; il s’est rapproché.” Le noble Prophète, qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix, dit aussitôt : “Lâ tahzan, innallâha ma‘anâ”, c’est-à-dire : “N’aie pas peur, Allah est avec nous.” » (Sahîh al-Bukhârî, tome 1, p. 516.)
De retour à La Mecque, Surâqa constata que les recherches se poursuivaient toujours. Apercevant des hommes qui se dirigeaient vers l’endroit où il avait vu l’Envoyé d’Allah, Surâqa leur dit : « La tâche que vous aviez à accomplir dans cette direction est déjà terminée. » Celui qui, au début de la journée, faisait partie des poursuivants devint, à la fin du jour, le dépositaire du secret. (Sahîh al-Bukhârî, tome 1, p. 516.)
5) En chemin, le Messager d’Allah, paix et salut sur lui, rencontra Burayda al-Aslami. Cet homme était le chef de son peuple. Attiré par la récompense promise par les Quraysh, il était lui aussi parti à la recherche du Messager d’Allah, paix et salut sur lui, et de Abû Bakr, qu’Allah l’agrée. Mais dès qu’il eut parlé au Messager d’Allah, son état d’esprit changea : il embrassa l’islam sur-le-champ avec soixante-dix hommes de sa tribu. Puis, après avoir ôté son turban et l’avoir attaché à sa lance, il le fit flotter en annonçant la bonne nouvelle : « Le roi de la paix, le pionnier de la réconciliation et le précurseur de celui qui remplira la terre de justice et d’équité est arrivé. » (Raḥmat al-lil-ʿÂlamîn, vol. 1, p. 101.)
6) Sur le chemin de Médine, le bien-aimé Messager d’Allah, paix et salut sur lui, rencontra al-Zubayr ibn al-Awwâm, qu’Allah l’agrée. Celui-ci revenait de Syrie avec une caravane commerciale de musulmans et offrit quelques objets au bien-aimé Messager d’Allah, paix et salut sur lui, ainsi qu’à Abû Bakr, qu’Allah l’agrée. (Ṣaḥîḥ al-Bukhârî, vol. 1, p. 554.)
Le séjour à Qubâ
Le lundi 4 Rabîʿ al-Awwal de la quatorzième année de la mission prophétique, correspondant au 1er de l’an 1 de l’Hégire, soit au 23 septembre 622 de l’ère chrétienne, le bien-aimé Messager d’Allah, paix et salut sur lui, arriva à Qubâ (Raḥmat al-lil-ʿÂlamîn, vol. 1, p. 102). À cette date, le bien-aimé Messager avait atteint exactement l’âge de cinquante-trois ans. Selon ceux qui calculent le début de la mission prophétique à partir du 9 Rabîʿ al-Awwal de l’an 41, année de l’expédition de l’Éléphant, treize années de sa mission étaient alors écoulées. Quant à ceux qui situent le début de sa mission au mois de Ramadan de l’an 49, en se fondant sur leur datation de l’expédition de l’Éléphant, ils estiment qu’à cette date sa mission avait duré douze ans, cinq mois et douze jours, ou vingt-deux jours.)
Le compagnon ʿUrwa ibn al-Zubayr, qu’Allah l’agrée, rapporte que les musulmans de Médine avaient appris le départ du bien-aimé Messager d’Allah, paix et salut sur lui, depuis La Mecque. C’est pourquoi ils se rendaient chaque jour à al-Harra, à l’extérieur de Médine, pour l’attendre ; lorsque la chaleur du soleil de midi devenait insupportable, ils retournaient chez eux. Un jour, après une longue attente de cette manière, tous étaient rentrés chez eux. À ce moment-là, un homme juif monta sur une colline pour une affaire personnelle et aperçut soudain un dais de tissu blanc. Dans un grand transport de joie, il se mit à crier : « Écoutez, musulmans ! Écoutez ! Celui que vous attendiez chaque jour arrive ! » Dès qu’ils entendirent ces paroles, les musulmans accoururent et sortirent, armés, pour accueillir leur chef bien-aimé. (Ṣaḥîḥ al-Bukhârî, vol. 1, p. 555.)
Ibn al-Qayyim rapporte qu’aussitôt l’annonce faite, une grande agitation éclata parmi les Banû ʿAmr ibn ʿAwf et que des takbîr retentirent. Les musulmans accueillirent le Prophète, paix et salut sur lui, et commencèrent à se rassembler autour de lui. À ce moment-là, le Messager d’Allah était silencieux ; c’est alors que fut révélé à son sujet le verset coranique suivant : « Mais si vous vous soutenez les uns les autres contre le Prophète, sachez qu’Allah est son Protecteur, ainsi que Jibrîl et les croyants vertueux ; et les anges, en outre, sont ses auxiliaires. » (Sourate al-Taḥrîm, verset 4.)
Le compagnon ʿUrwa ibn al-Zubayr, qu’Allah l’agrée, rapporte qu’après avoir rejoint les gens, le bien-aimé Messager d’Allah, paix et salut sur lui, avança avec eux vers la droite et se dirigea vers les demeures des Banû ʿAmr ibn ʿAwf. C’était un lundi du mois de Rabîʿ al-Awwal. Abû Bakr, qu’Allah l’agrée, se tenait debout pour accueillir les visiteurs, tandis que le bien-aimé Prophète, paix et salut sur lui, était assis silencieusement.
Parmi les Ansâr, ceux qui n’avaient pas encore vu le Prophète, paix et salut sur lui, saluaient Abû Bakr, qu’Allah l’agrée. Lorsque les rayons du soleil, qui s’inclinait, atteignirent le corps du Messager d’Allah, paix et salut sur lui, Abû Bakr se leva et le protégea de leur éclat à l’aide d’un manteau. Tous purent alors reconnaître le Messager d’Allah. (Ṣaḥîḥ al-Bukhârî, vol. 1, p. 555.)
Une foule immense se rassembla à Médine pour accueillir le Messager, que Dieu le bénisse et lui accorde la paix. Ce fut un jour historique : le sol de Médine n’avait jamais vu une telle scène auparavant. Les Juifs eux aussi furent témoins de l’arrivée du Prophète annoncé. La Bible mentionne que Dieu le fera venir du Sud et que le Saint viendra du mont Paran (Bible, livre d’Habacuc, p. 3).
Le Messager séjourna à Médine chez Kulthum ibn al-Hidm — selon une autre opinion, chez Sa‘d ibn Khaythama —, mais la première information est la plus fiable.
Entre-temps, ‘Alî, que Dieu l’agrée, après être resté trois jours à La Mecque pour restituer les dépôts confiés par les gens, vint à Médine (Zâd al-Ma‘âd, vol. 1, p. 54 ; Ibn Hishâm, vol. 1, p. 493 ; Rahmat lil-‘Âlamîn).
Le Messager, que Dieu le bénisse et lui accorde la paix, séjourna au total quatre jours à Qubâ (c’est le récit d’Ibn Ishâq ; voir Ibn Hishâm, vol. 1, p. 494 ; c’est également ce récit qu’a retenu ‘Allâma Mansûrpûrî, Rahmat lil-‘Âlamîn, vol. 1, p. 102). Toutefois, un récit de Sahîh al-Bukhârî indique que le bien-aimé Messager y séjourna vingt-quatre nuits (vol. 1, p. 61) ; un autre récit parle de plus de dix nuits (vol. 1, p. 555), et un troisième de quatorze nuits (vol. 1, p. 560). Ibn al-Qayyim a retenu ce dernier récit, mais il explique que le bien-aimé Prophète arriva à Qubâ un lundi et en repartit un vendredi (Zâd al-Ma‘âd, vol. 2, p. 54-55). Si le lundi et le vendredi appartiennent à deux semaines distinctes, cela fait au total dix jours, sans compter les jours du trajet, et douze jours en incluant le temps du voyage ; comment pourrait-il alors s’agir de quatorze jours ?). Selon certains, il y séjourna le lundi, le mardi, le mercredi et le jeudi ; selon d’autres, dix jours ; et selon d’autres encore, vingt-quatre jours, sans compter les quelques jours du départ et du trajet. Durant cette période, il posa les fondations de la mosquée de Qubâ et y accomplit la prière. C’était la première mosquée construite après le début de sa mission prophétique ; ses fondations furent établies sur la piété. Le vendredi du cinquième, du douzième ou du vingt-sixième jour, il monta sur sa monture sur l’ordre de Dieu. Avant son départ, il fit prévenir la tribu de ses oncles maternels, les Banû Najjâr ; ils se présentèrent armés d’épées. Il partit avec eux en direction de Médine. Lorsqu’il atteignit le territoire des Banû Sâlim ibn ‘Awf, l’heure de la prière du vendredi arriva. Le Prophète, que Dieu le bénisse et lui accorde la paix, accomplit la prière du vendredi dans la localité ; cent fidèles étaient présents à cette prière collective (Sahîh al-Bukhârî, vol. 1, p. 555, 560 ; Zâd al-Ma‘âd, vol. 2, p. 55 ; Ibn Hishâm, vol. 1, p. 494 ; Rahmat lil-‘Âlamîn, vol. 1, p. 102). Cette mosquée s’y trouve encore aujourd’hui.
L’entrée du Messager de Dieu à Médine
Après avoir accompli la prière du vendredi, le bien-aimé Prophète, que Dieu le bénisse et lui accorde la paix, se rendit à Médine. À partir de ce jour, Yathrib fut appelée Madînat al-Rasûl, c’est-à-dire « la ville du Messager », puis, en abrégé, Médine. Ce jour fut historique et mémorable. De toutes parts retentissaient des louanges à Dieu, tandis que les enfants des Ansâr, transportés de joie, chantaient ce chant :
Depuis cette montagne du Sud, s’est levée sur nous la lune de la pleine lune.
Rendre grâce à Dieu est le devoir de chacun d’entre nous.
Obéir à Tes ordres et Te suivre, tel est le devoir de chacun de nous ; le Tout-Puissant, Allah, T’a envoyé. (Cette traduction du poème a été réalisée par l’érudit Mansurpuri. L’érudit Ibn Qayyim a écrit que ce poème avait été récité au retour du Messager de Tabuk. Il affirme que celui qui dit que ce poème ne fut récité qu’au moment de l’entrée du Prophète à Médine se trompe — Zad al-Ma‘ad, vol. 3, p. 10. Toutefois, bien qu’Ibn Qayyim ait déclaré cette affirmation erronée, il n’a pu en fournir de preuve argumentée fiable. En revanche, l’érudit Mansurpuri a privilégié l’avis selon lequel ce poème fut récité lors de l’entrée à Médine ; il a déclaré disposer à ce sujet de preuves argumentées dignes de confiance. Voir Rahmat li-l-‘Alamin, vol. 1, p. 106.)
Les Ansar n’étaient ni riches ni fortunés, mais tous souhaitaient que le Prophète séjourne dans leur maison. Les habitants des quartiers par lesquels il passait saisissaient la bride de la chamelle du Prophète, que Dieu le bénisse et lui accorde la paix, et l’invitaient à venir chez eux. Mais le Messager d’Allah, que Dieu le bénisse et lui accorde la paix, leur dit : « Laissez la chamelle suivre son chemin ; elle a reçu un ordre d’Allah. » La chamelle se mit alors à avancer à sa guise et s’arrêta à l’endroit où se trouve aujourd’hui la mosquée du Prophète. Le Messager d’Allah, que Dieu le bénisse et lui accorde la paix, ne descendit pas de la chamelle ; celle-ci avança encore un peu, puis revint à l’endroit précédent et s’y assit. C’était le quartier des oncles maternels du Prophète, c’est-à-dire le quartier des Banu Najjar. En laissant la chamelle s’en remettre à la volonté d’Allah, elle s’arrêta dans le quartier des Banu Najjar, leur témoignant ainsi du respect ; le Messager d’Allah, que Dieu le bénisse et lui accorde la paix, le souhaitait lui aussi secrètement. Les membres de la tribu des Banu Najjar commencèrent alors à le supplier de venir chez eux. Abu Ayyub al-Ansari s’avança, saisit la bride de la monture et l’emmena chez lui. Le Messager, que Dieu le bénisse et lui accorde la paix, dit ensuite : « L’homme est avec le bât de sa monture. » Puis l’honorable As‘ad ibn Zurarah s’avança et saisit la bride de la chamelle ; dès lors, celle-ci resta sous son contrôle. (Zad al-Ma‘ad, vol. 2 ; Rahmat li-l-‘Alamin, vol. 1, p. 106.)
Il est rapporté dans le Sahih al-Bukhari, d’après Anas, qu’Allah l’agrée, que le Prophète, que Dieu le bénisse et lui accorde la paix, demanda : « La maison de qui est la plus proche parmi nous ? » L’honorable Abu Ayyub al-Ansari répondit : « La mienne, ô Messager d’Allah. Voici ma maison, et voici ma porte. » Le Messager d’Allah dit : « Va nous préparer la sieste, c’est-à-dire le repos de midi. » Abu Ayyub répondit : « Venez tous les deux ; Allah vous bénira. » (Sahih al-Bukhari, vol. 1, p. 556.)
Quelques jours plus tard, l’épouse du Messager d’Allah, que Dieu le bénisse et lui accorde la paix, la Mère des croyants, l’honorable Sawda, ses deux filles Fatima et Umm Kulthum, Usama ibn Zayd et Umm Ayman arrivèrent également. ‘Abdullah ibn Abi Bakr les conduisit tous à Médine avec la famille de l’honorable Abu Bakr. L’honorable Aïcha, qu’Allah l’agrée, les accompagnait aussi. L’une des filles du Prophète, l’honorable Zaynab, resta auprès d’Abu al-‘As ; celui-ci ne l’avait pas autorisée à venir à ce moment-là. Elle arriva après la bataille de Badr. (Zad al-Ma‘ad, vol. 2, p. 55.)
L’honorable Aïcha, qu’Allah l’agrée, rapporte qu’après l’arrivée du bien-aimé Messager, que Dieu le bénisse et lui accorde la paix, à Médine, l’honorable Abu Bakr et l’honorable Bilal, qu’Allah les agrée, furent atteints de fièvre. Je me rendis auprès d’eux et demandai : « Père, comment allez-vous ? Bilal, comment vas-tu ? » Lorsque l’honorable Abu Bakr avait de la fièvre, il récitait ce poème :
Tous les membres de la famille disent : « Bonjour. »
Nul ne pense que sa mort est plus proche de lui que le lacet de sa chaussure.
Après s’être quelque peu rétabli, l’honorable Bilal, qu’Allah l’agrée, récita de sa voix mélodieuse :
Si je savais que je passerais la nuit dans les environs de La Mecque, où l’izkhir et la jaliya (des herbes) pousseraient tout autour, je ne sais si je pourrais me rendre près de la source de Majinna ; pourrais-je voir les monts de Samā et de Tufayl ?
Aïcha (qu’Allah l’agrée) rapporte : « Je m’approchai du Messager d’Allah (qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix) et lui annonçai cette nouvelle. Il dit : “Ô Allah, rends Médine aussi chère à nos cœurs que La Mecque l’était ; mieux encore, rends son environnement et son climat plus sains que ceux de La Mecque, bénis-y les récoltes et éloigne sa maladie jusqu’à al-Juhfa.” » (Sahih al-Bukhari, vol. 1, p. 588-589.) Allah exauça l’invocation de Son Prophète bien-aimé et la situation changea.
Ainsi s’acheva une partie de la vie du bien-aimé Prophète (qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix), ainsi que la période mecquoise de la prédication islamique.
Si Je les établis sur la terre — politiquement —, ils accompliront la prière, ordonneront le bien ; mais la fin ultime de toutes les affaires relève exclusivement d’Allah le Très-Haut. (Sourate al-Hajj, 41.)
5
Dix années à Yathrib : un roi sous l’apparence d’un pauvre
Les différentes périodes de la vie médinoise
La situation générale de Médine au moment de l’Hégire
1) Premièrement, les musulmans durent faire face aux troubles, au désordre et aux difficultés internes ; parallèlement, les ennemis extérieurs attaquèrent Médine dans le but de l’anéantir. Cette période se poursuivit jusqu’à la trêve de Hudaybiyyah, au mois de Dhul-Qa‘dah de la sixième année de l’Hégire.
2) Deuxièmement, ils conclurent une trêve avec les polythéistes. Cette phase prit fin avec la conquête de La Mecque, au mois de Ramadan de la huitième année de l’Hégire. Durant cette période, l’appel de l’islam fut présenté aux dirigeants de différents pays.
3) Troisièmement, les gens commencèrent à entrer en groupes dans la religion d’Allah. Durant cette période, des représentants de différentes communautés et tribus vinrent à Médine. Cette phase prit fin à la fin de la vie du Prophète — qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix —, au mois de Rabî‘ al-Awwal de la onzième année de l’Hégire.
Le Messager d’Allah — qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix — dut établir des relations avec trois groupes, qui se distinguaient principalement par leurs différences. Il s’agissait de :
1) La communauté des nobles Compagnons — qu’Allah les agrée —, qui avaient reçu la meilleure formation du Messager choisi par Allah — qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix — et qui étaient toujours prêts à sacrifier leurs biens et leur vie dans le sentier d’Allah.
2) Les polythéistes, liés aux habitants anciens et véritables de Médine, qui n’avaient pas encore embrassé la foi.
3) La communauté juive. Les difficultés auxquelles le Noble Prophète — qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix — devait faire face concernant les Juifs et les nobles Compagnons étaient liées au fait que la situation de Médine était totalement différente de celle de La Mecque. À La Mecque, bien qu’ils fussent tous adeptes de la même profession de foi et que leur objectif fût commun, ils étaient dispersés dans différentes familles ; ils vivaient dans la crainte, la faiblesse et l’humiliation, ne détenaient aucun pouvoir, tandis que tout le pouvoir était entre les mains de leurs ennemis. À La Mecque, les musulmans ne possédaient aucun des éléments sur lesquels se fonde la construction d’une société dans le monde. Sur quelle base auraient-ils donc pu édifier une société ? C’est pourquoi on constate que les sourates du Coran révélées à La Mecque exposaient uniquement l’appel à l’islam. À cette époque furent révélées des prescriptions que chaque personne pouvait mettre en pratique individuellement.
En revanche, dès le premier jour suivant leur arrivée à Médine, les musulmans détenaient les rênes du pouvoir et personne ne les dominait. Ils durent faire face à de nombreuses règles concernant la culture, l’économie, la politique, la guerre et les trêves, entre autres. C’était le moment de donner forme à l’idéal concret de la construction d’une nouvelle société musulmane, c’est-à-dire islamique, et de son plein épanouissement dans une vie meilleure, par l’observance du licite et de l’illicite et la manifestation d’un noble caractère. Cette société serait une société idéale, libérée de l’ignorance et de l’obscurantisme ; elle ne porterait aucune trace de la société de la Jâhiliyyah et serait entièrement exceptionnelle. Le moment était alors venu de démontrer concrètement la réalité des souffrances, persécutions et oppressions de toutes sortes que les musulmans avaient endurées pendant dix années pour transmettre l’appel de l’islam.
Une société de ce genre ne peut pas être édifiée en un jour, un mois ou une année ; elle nécessite au contraire une longue période, afin que les directives puissent être données progressivement et par étapes, et que l’élaboration et la mise en œuvre des lois puissent être menées à bien. La responsabilité de former et de guider les musulmans, ainsi que de mettre en pratique les directives et les lois, incombait directement au Messager, qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix.
Allah le Très-Haut dit : « C’est Lui qui a envoyé aux illettrés un Messager issu d’eux, qui leur récite Ses versets, les purifie et leur enseigne le Livre et la sagesse, alors qu’auparavant ils étaient certes plongés dans un égarement manifeste » (sourate Al-Jumu‘a, verset 2).
Quant à l’état des nobles Compagnons, ils demeuraient constamment attentifs au Messager d’Allah, qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix ; ils éprouvaient de la satisfaction à exécuter pleinement les ordres qu’il leur donnait. Allah le Très-Haut dit : « Lorsque Ses versets leur sont récités, cela accroît leur foi. »
Ces questions ne relèvent pas de notre propos ici ; c’est pourquoi nous les aborderons au moment opportun, selon les besoins.
Les questions nées de la relation des musulmans avec le Messager d’Allah, qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix, ont pour thème principal la prédication de l’islam et la mission mohammadienne. Mais il ne s’agit pas non plus d’une question passagère : c’est une question distincte et durable. En outre, d’autres questions exigeaient une attention immédiate ; les voici brièvement :
Il y avait deux catégories de musulmans. La première comprenait ceux qui vivaient paisiblement au milieu de leurs terres, de leurs maisons et de leurs biens : c’étaient les Ansar. Une inimitié héréditaire persistait entre eux. À leurs côtés se trouvait un autre groupe, celui des émigrés. Ils étaient privés des avantages mentionnés ; d’une manière ou d’une autre, ils étaient arrivés à Médine les mains vides. Ils n’avaient ni logement, ni travail pour apaiser leur faim, ni argent ou autre bien leur permettant de subvenir eux-mêmes à leurs besoins. Le nombre de ces émigrés dépendants ne cessait d’augmenter, car la proclamation coranique avait été diffusée : ceux qui croyaient en Allah et en Son Messager, qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix, devaient émigrer à Médine. Or il était bien connu que Médine ne disposait pas de grandes richesses ni de moyens importants de subsistance et de revenus. L’équilibre économique de Médine s’en trouva donc rompu ; puis, en cette période de crise, les ennemis de l’islam boycottèrent économiquement Médine, ce qui réduisit les importations et aggrava encore la situation.
Un autre groupe était constitué des habitants non musulmans de Médine ; leur situation n’était pas meilleure que celle des musulmans. Certains polythéistes non musulmans étaient plongés dans l’hésitation et le doute, et hésitaient à abandonner les croyances religieuses de leurs ancêtres. Cependant, ils ne nourrissaient aucune hostilité ni aucune rancœur envers l’islam et les musulmans. Ces gens-là embrassèrent l’islam peu de temps après et devinrent de véritables musulmans.
À l’inverse, certains polythéistes nourrissaient intérieurement, au fond de leur cœur, une haine et une hostilité profondes envers le Messager, qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix, et les musulmans, mais ils n’avaient pas le courage de se dresser face à eux ou de les affronter. Au contraire, en raison des circonstances, ils feignaient l’amour envers le Messager, qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix, et jouaient les gens simples et sincères. Leur principal dirigeant était ‘Abdullah ibn Ubayy. Il convient de préciser qu’après la bataille de Bu‘ath, les tribus des Aws et des Khazraj s’étaient accordées pour en faire leur chef.
Auparavant, ces deux tribus n’étaient parvenues à aucun accord sur quelque question que ce soit. Alors que les membres des tribus Aws et Khazraj avaient préparé une somptueuse couronne en vue de proclamer Abdallah ibn Ubayy roi, le Messager — que Dieu le bénisse et lui accorde la paix — arriva à Médine. Lorsque l’attention du peuple se porta sur le Messager — que Dieu le bénisse et lui accorde la paix — au lieu d’Abdallah ibn Ubayy, celui-ci pensa que le Messager — que Dieu le bénisse et lui accorde la paix — lui avait précisément ravi sa royauté. Il nourrissait donc secrètement une haine profonde envers le bien-aimé Messager — que Dieu le bénisse et lui accorde la paix. Malgré cela, après la bataille de Badr, Abdallah constata que la situation ne lui était pas favorable. S’il demeurait attaché au polythéisme, il serait même privé des avantages de ce monde ; il déclara donc publiquement qu’il embrassait l’islam, mais resta intérieurement mécréant. Ainsi, il ne manquait aucune occasion de nuire aux musulmans. Ses compagnons étaient ces hommes qui rêvaient d’occuper de hautes fonctions sous la direction de cet hypocrite, mais qui en furent privés. Eux aussi demeuraient donc constamment prêts à nuire aux musulmans. Ils mettaient à exécution les plans du chef hypocrite, Abdallah, et, dans ce but, attiraient dans leur groupe quelques jeunes musulmans naïfs de Médine, qu’ils utilisaient comme des marionnettes.
La troisième catégorie était constituée des Juifs de la région. Accablés par les persécutions des Assyriens et des Romains, ils s’étaient réfugiés au Hedjaz. En réalité, ils étaient Hébreux ; après s’être réfugiés au Hedjaz, leur comportement, leur façon de parler et leur habillement les faisaient passer pour des Arabes. Même les noms de leurs tribus et de leurs individus étaient arabes, et des liens matrimoniaux s’étaient établis entre eux et les Arabes. Malgré tout cela, ils ne pouvaient oublier la gloire de leur ascendance. Ils tiraient leur fierté du fait d’être Israélites, c’est-à-dire juifs, et considéraient les Arabes comme très inférieurs. Ils les injuriaient en les traitant d’ummiyyûn. Par ce terme, ils entendaient des gens ignorants, stupides, sauvages, vils et intouchables. Ils croyaient que les biens des Arabes leur étaient licites et qu’ils pouvaient en disposer à leur guise, comme Dieu le Très-Haut le dit : « Ils disent : Nous ne sommes tenus à aucune obligation envers les illettrés » (Âl ‘Imrân, verset 75).
Autrement dit : il ne nous est pas répréhensible de disposer des biens des ummiyyûn et d’en jouir. Chez ces Juifs, on ne décelait aucune activité visant à propager ou à diffuser leur religion. La divination, la magie et les incantations faisaient toutes partie de leurs croyances et de leurs rites religieux ; c’est par ces pratiques qu’ils se considéraient comme des savants érudits et des guides spirituels.
Les Juifs étaient habiles à amasser des richesses. Ils faisaient le commerce des denrées alimentaires, des dattes, du vin et des vêtements. Ils importaient des denrées alimentaires, des vêtements et du vin, et exportaient des dattes. Ils s’occupaient également de nombreuses autres activités. Sur les marchandises commerciales, ils réalisaient auprès des Arabes des bénéfices deux ou trois fois supérieurs. En outre, ils pratiquaient l’usure : ils prêtaient de l’argent à intérêt aux cheikhs et aux chefs arabes. Ces derniers dépensaient généreusement l’argent emprunté pour rémunérer les poètes qui les louaient afin de leur assurer la renommée. En échange de leurs prêts à intérêt, les Juifs exigeaient divers biens en gage ; en quelques années, ils devenaient ainsi propriétaires de ces biens.
Les Juifs excellaient dans les complots et dans l’attisement du feu de la guerre. Ils semaient subtilement les graines de l’hostilité entre les tribus voisines. Ils étaient toujours prêts à exciter une tribu contre une autre et à les pousser l’une contre l’autre, tandis que ceux qui s’affrontaient ne soupçonnaient absolument rien de leurs manœuvres. Par la suite, les conflits et les affrontements persistaient entre les tribus rivales. Lorsque le feu de la guerre commençait à s’éteindre, les Juifs se remettaient à l’œuvre. Chose étonnante, après avoir dressé les uns contre les autres, ils restaient tranquillement assis et contemplaient la destruction des Arabes ; même alors, ils leur prêtaient de l’argent à un taux d’intérêt élevé. Ils ne souhaitaient pas que la guerre prenne fin faute de capitaux. Les Juifs en tiraient un double profit : d’un côté, ils maintenaient leur communauté en sécurité et, de l’autre, ils entretenaient la prospérité de leur commerce usuraire. Ils gagnaient de l’argent en calculant des intérêts sur les intérêts.
Les trois principales tribus juives de Médine
1) Les Banû Qaynuqâ‘ : ils étaient alliés à la tribu des Khazraj et vivaient à l’intérieur même de Médine.
2) Les Banû Nadîr.
3) Banû Qurayza. Ces deux tribus étaient alliées aux Aws et vivaient dans les faubourgs de Médine.
Depuis longtemps, le feu de la guerre brûlait entre les tribus des Aws et des Khazraj. Lors de la bataille de Buʿâth, chacune d’elles prenait elle-même part aux combats en soutenant sa tribu alliée. Les Juifs nourrissaient de l’hostilité envers l’islam ; cela était naturel, car ce genre d’hostilité était profondément enraciné dans leur caractère depuis de nombreuses années. Le Prophète ﷺ n’était pas issu de leur lignée ; aussi la fierté qu’ils tiraient de leur noblesse n’avait-elle aucune importance. Si le Prophète ﷺ était apparu parmi eux, ils auraient trouvé la paix intérieure. En outre, l’appel de l’islam était un appel puissant : il offrait aux gens la possibilité d’oublier leur hostilité et de se lier les uns aux autres par la fraternité ; il prônait la justice, la loyauté ainsi que la distinction entre le licite et l’illicite. Cela signifiait que l’entente et l’harmonie allaient désormais s’établir entre les tribus rivales de Yathrib. L’activité commerciale des Juifs en serait réduite et ils seraient privés de la principale base de leur économie : les richesses fondées sur l’usure. Ils craignaient même que ces tribus prennent conscience de leur situation et récupèrent les biens que les Juifs avaient acquis sans rien donner en échange ; autrement dit, les jardins et les terres de diverses tribus que les Juifs s’étaient appropriés grâce au commerce de l’usure leur seraient repris.
Dès les débuts de la prédication de l’islam à Yathrib, les Juifs avaient pris toutes ces considérations en compte. C’est pourquoi, dès l’arrivée du Prophète ﷺ, les Juifs de Médine nourrirent une profonde hostilité envers l’islam et les musulmans. Toutefois, ils ne manifestèrent pas immédiatement cette hostilité, mais quelque temps plus tard. Un récit rapporté par Ibn Ishaq en fournit une illustration claire.
Ibn Ishaq écrit : « J’ai recueilli un récit de la Mère des croyants, Safiyya bint Huyayy ibn Akhtab (qu’Allah l’agrée). Elle dit : “J’étais la plus aimée des enfants de mon père et de mon oncle ; il m’aimait davantage que tous les autres enfants. Après l’arrivée du Prophète ﷺ à Médine, il séjourna auprès des Banû ʿAmr ibn ʿAwf, dans le village de Qubâ. Ayant appris cette nouvelle, Huyayy ibn Akhtab (qu’Allah l’agrée) et son oncle Yasser se rendirent très tôt le matin auprès du Prophète ﷺ et ne revinrent qu’au coucher du soleil. Tous deux étaient extrêmement fatigués.” »
Par habitude, je courus vers eux, mais ils étaient si absorbés par leurs pensées qu’ils ne prêtèrent aucune attention à moi. J’entendis alors la conversation suivante entre mon oncle Yasser et mon père :
— Est-ce bien lui ?
— Oui, par Allah.
— L’as-tu bien reconnu ?
— Oui.
Quelle opinion avez-vous maintenant de lui ?
— De l’hostilité, je le jure par Allah, aussi longtemps que je vivrai (Ibn Hicham, tome I, p. 518-519).
On en trouve également la preuve dans un récit rapporté dans le Sahih al-Boukhari. Ce récit relate la conversion à l’islam de ʿAbdullah ibn Salam (qu’Allah l’agrée),
ʿAbdullah était un éminent érudit juif. Dès qu’il apprit l’arrivée du Prophète (paix et bénédictions d’Allah sur lui) à Médine, il se rendit auprès de lui et lui posa certaines questions auxquelles nul autre qu’un prophète ne pouvait répondre. Dès qu’il entendit les réponses du Prophète (paix et bénédictions d’Allah sur lui), il embrassa l’islam. Puis il dit au Prophète (paix et bénédictions d’Allah sur lui) : « Les Juifs sont passés maîtres dans l’art de diffamer autrui. Si vous leur demandez quelque chose à mon sujet, ils diront le contraire dès qu’ils apprendront ma conversion à l’islam. » Le Prophète (paix et bénédictions d’Allah sur lui) fit immédiatement appeler quelques Juifs et leur demanda : « Quel genre d’homme est ʿAbdullah ibn Salam parmi vous ? » Ils répondirent : « C’est le plus savant d’entre nous et le fils du plus savant d’entre nous. » Selon une autre version, ils auraient dit : « C’est notre chef et le fils de notre chef. » Le Prophète (paix et bénédictions d’Allah sur lui) leur demanda alors : « Que direz-vous si vous apprenez que ʿAbdullah ibn Salam est devenu musulman ? » Les Juifs répétèrent deux ou trois fois : « Qu’Allah le protège ! » C’est alors que ʿAbdullah sortit et déclara à haute voix : « J’atteste qu’il n’y a de divinité qu’Allah et j’atteste que Muhammad est le Messager d’Allah. » Autrement dit : je témoigne qu’il n’y a aucune divinité en dehors d’Allah et que Muhammad (paix et bénédictions d’Allah sur lui) est Son Messager. Dès qu’ils entendirent cela, les Juifs dirent : « C’est le pire d’entre nous et le fils du pire d’entre nous », puis ils tinrent encore d’autres propos injurieux à son sujet. ʿAbdullah (qu’Allah l’agrée) dit : « Ô communauté juive, craignez Allah ! Je le jure par Celui en dehors duquel il n’y a aucune divinité, vous savez parfaitement que celui-ci est le Messager d’Allah et qu’il est venu avec la vérité. » Mais les Juifs répondirent : « Vous mentez. » (Sahih al-Boukhari, tome I, p. 459, 556, 561).
Telle fut l’expérience que le Messager d’Allah (paix et bénédictions d’Allah sur lui) fit des Juifs dès les premiers temps de son arrivée à Médine.
Tout ce qui a été mentionné jusqu’ici concernait la situation intérieure de Médine. À l’extérieur de Médine, les plus grands ennemis des musulmans étaient les Quraychites. Pendant dix ans, ils avaient fait subir aux musulmans de La Mecque des souffrances sans limites. Par leurs intrigues, leurs complots, leurs persécutions et leurs exactions, ils avaient rendu leur vie extrêmement pénible et n’avaient laissé passer aucune occasion de les faire souffrir. Après l’émigration des musulmans à Médine, les mécréants s’emparèrent de leurs maisons, de leurs terres et de leurs biens. Chaque fois qu’ils trouvaient quelqu’un qui se dressait entre les musulmans et leurs familles, ils lui faisaient subir toutes sortes de sévices. Bien plus, ils se lancèrent dans un complot terrible visant à assassiner le Messager d’Allah (paix et bénédictions d’Allah sur lui) et à éradiquer complètement la prédication de l’islam, mobilisant toutes leurs forces à cette fin. Même après l’arrivée des musulmans à Médine, distante de cinq cents kilomètres, les mécréants ne renoncèrent pas à leurs complots. Les Quraychites étaient les voisins de la Maison sacrée et détenaient la direction religieuse parmi les Arabes. Ils usèrent donc de cette influence pour faire pression sur les différentes tribus de La Mecque, les exciter contre les musulmans et imposer un boycott politique à Médine. Il en résulta une diminution des marchandises importées à Médine, tandis que le nombre des émigrés qui y arrivaient ne cessait d’augmenter. En réalité, une situation semblable à celle d’un état de guerre s’était instaurée entre les mécréants de La Mecque et les habitants musulmans de Médine. Accuser les musulmans d’être responsables de cette situation serait une extrême absurdité.
De même que les mécréants de La Mecque s’étaient emparés de force des maisons et des biens des musulmans et leur avaient fait subir persécutions, sévices et oppressions, les musulmans avaient légitimement le droit d’agir de la même manière. De même que les non-musulmans avaient entravé la vie normale des musulmans, ceux-ci avaient légitimement le droit de leur imposer des obstacles et des entraves similaires. Ils méritaient de recevoir une réponse appropriée à leurs actes, afin que leur complot visant à éradiquer totalement les musulmans ne réussisse pas.
Après l’arrivée du Messager d’Allah ﷺ à Médine, il fut confronté à ces problèmes. Face à ceux-ci, il adopta une attitude digne d’un dirigeant prophétique : il accorda sa grâce à ceux qui la méritaient et prit des mesures punitives contre ceux qui méritaient le châtiment. Toutefois, il est vrai que la miséricorde et la grâce furent bien plus abondantes que la sévérité du châtiment. Ainsi, en quelques années, le pouvoir et l’autorité passèrent entre les mains des musulmans. Cette question sera examinée en détail dans la suite.
Première étape : la mise en place d’un nouvel ordre social
Il a été mentionné précédemment que le Prophète ﷺ arriva, le vendredi 12 rabî al-awwal de la première année de l’Hégire, correspondant au 27 septembre 622 de l’ère chrétienne, devant la maison de Hadrat Ayyûb al-Ansârî (qu’Allah l’agrée), de la tribu des Banû Najjâr. À ce moment-là, il disait : « Si Allah le veut, ceci sera notre lieu d’installation. » Puis il s’installa dans la demeure de Hadrat Ayyûb al-Ansârî (qu’Allah l’agrée).
La construction de la mosquée du Prophète
Ensuite, le Prophète ﷺ entreprit la construction de la mosquée du Prophète. Il choisit pour l’édification de la mosquée l’endroit où sa chamelle s’était arrêtée. Ce terrain appartenait à deux garçons orphelins. Le Messager d’Allah ﷺ leur acheta ce terrain à sa juste valeur et commença la construction de la mosquée. Lui-même transportait des briques et des pierres pour la mosquée, tout en récitant :
Ô Allah, il n’y a de vie que la vie de l’au-delà ; pardonne donc aux Ansâr,
ainsi qu’aux Muhâjirûn. Cette charge n’est pas la charge de Khaybar ;
c’est ce qui est plus pieux et plus pur pour notre Seigneur.
Les Compagnons récitaient avec enthousiasme en accompagnant le Prophète (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui) :
Râ’inâ qâdanâ wan-nabî yu‘mal,
Lâdhâka minn al-amân wal-mudallal,
C’est-à-dire : Ô Allah, la vraie vie est certes celle de l’au-delà ; pardonne donc aux Ansar et aux Muhajirun. Ce fardeau n’est pas celui de Khaybar ; c’est un fardeau confié par le Seigneur et un fardeau pur. Si nous restons assis tandis que le Prophète (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui) travaille, nous serons responsables d’avoir œuvré à l’égarement.
Sur ce terrain se trouvaient quelques tombes de polythéistes ; une partie était en friche et accidentée, et il y avait également quelques palmiers et autres arbres. Le Prophète (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui) fit exhumer les tombes des polythéistes, aplanit les endroits accidentés, puis coupa les palmiers et les autres arbres et les planta du côté de la qibla. Il convient de préciser qu’à cette époque, la qibla était Bayt al-Maqdis.
Les deux montants de la porte de la mosquée étaient en pierre ; ses murs étaient construits en briques crues et en boue. Des branches et des feuilles de palmier furent étendues sur le toit, et trois portes furent installées. De la paroi située devant la qibla à la paroi arrière, la longueur était de cent coudées ; la largeur était inférieure à cela, et les fondations avaient environ trois coudées de profondeur.
Le Prophète (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui) construisit, non loin de la mosquée, quelques huttes rudimentaires. Les murs de ces pièces étaient faits de feuilles et de branches de palmier ; elles servaient de logements aux épouses du noble Prophète (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui). Après leur construction, le Messager d’Allah (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui) quitta la demeure de Hadrat Abou Ayyoub al-Ansari et vint s’y installer (Sahih al-Bukhari, p. 71, 555, 560 ; Zad al-Ma‘ad, vol. II, p. 56).
La mosquée construite n’était pas destinée uniquement à l’accomplissement de la prière ; elle était également une université où les musulmans apprenaient les principes fondamentaux de l’islam et la guidance.
C’était une assemblée particulière où des hommes issus de tribus éprouvées par les conflits, la haine et l’animosité tribales vivaient dans une atmosphère de fraternité et de cordialité réciproques. Cette mosquée était un centre depuis lequel étaient administrées toutes les affaires de l’État nouvellement constitué et d’où des hommes étaient envoyés pour diverses expéditions. En outre, cette mosquée ressemblait à un parlement : le conseil de la Choura et le conseil administratif y tenaient leurs sessions.
En outre, cette mosquée servait de refuge aux émigrés et aux personnes démunies qui n’avaient ni maison ni famille.
La pratique de l’appel à la prière commença dès la première période de l’Hégire. Cet appel était comme une musique d’une douceur merveilleuse, dont les notes emplissaient tous les horizons. À ce sujet, on rapporte l’histoire de la vision reçue en songe par ‘Abdullah ibn Zayd. Pour plus de détails, voir le Tirmidhi, les Sunan d’Abou Dawoud, le Musnad d’Ahmad et le Sahih d’Ibn Khuzayma.
L’établissement de liens de fraternité entre les musulmans
Le Prophète — qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix — avait établi, par la construction de la mosquée du Prophète, un centre de rencontre mutuelle, d’entente et d’affection. De même, il accomplit une œuvre extraordinaire dans l’histoire de l’humanité : il créa un lien de fraternité entre les Ansar et les Émigrés. L’érudit Ibn Qayyim a écrit qu’ensuite le Prophète — qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix — établit un lien de fraternité entre les Émigrés et les Ansar dans la maison d’Anas ibn Malik. À cette époque, quatre-vingt-dix Compagnons étaient présents au total : la moitié étaient des Émigrés et l’autre moitié des Ansar. L’essentiel de ce pacte de fraternité était que chacun partagerait la peine et la joie de l’autre et qu’après sa mort, chacun hériterait des biens de l’autre à la place de ses proches parents. Cette règle successorale resta en vigueur jusqu’à la bataille de Badr. Puis Allah Très-Haut révéla dans le Noble Coran ce verset : « Les proches parents ont davantage de droits les uns sur les autres. »
Après la révélation de ce verset, le droit successoral concernant les biens des Ansar et des Émigrés prit fin, mais leur lien de fraternité demeura intact. Il est dit que le Messager d’Allah — qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix — aurait également établi un autre lien de fraternité uniquement entre les Émigrés ; toutefois, c’est le lien de fraternité mentionné en premier qui est attesté. Il est d’ailleurs évident que les Émigrés étaient déjà très proches les uns des autres en raison de la fraternité islamique, de la fraternité liée à leur patrie et des liens de parenté ; ils n’avaient donc nul besoin d’un autre type de fraternité. Mais la situation des Émigrés et des Ansar était différente (Zâd al-Ma‘âd, tome II, p. 56).
À propos de l’objectif de ce lien de fraternité, l’imam al-Ghazali — qu’Allah lui fasse miséricorde — a écrit que son objectif était de mettre fin aux coutumes de l’époque de l’Ignorance, d’accroître la beauté de l’islam et d’abolir les distinctions fondées sur la race, la tribu et l’appartenance régionale. Il s’agissait ainsi de montrer que le seul critère de supériorité ou d’infériorité est la taqwa, et rien d’autre.
Le Messager d’Allah — qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix — ne revêtit pas ce lien de fraternité d’une simple enveloppe de paroles creuses ; il le définit au contraire comme un engagement impératif et obligatoire, auquel étaient liés les biens et les vies. Il ne se limitait pas à des salutations et des félicitations prononcées de bouche à bouche, sans aucune conséquence. Ce lien de fraternité éveillait au contraire l’esprit de sacrifice, de compassion dans l’épreuve, de cordialité et d’harmonie. C’est pourquoi il remplit la nouvelle société de Médine d’une activité remarquable et éclatante (Fiqh as-Sira, p. 140-141).
Il est rapporté dans le Sahih al-Bukhari qu’après l’arrivée des Muhajirun à Médine, le Messager d’Allah, qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix, établit un lien de fraternité entre Abd al-Rahman ibn Awf et Sa’d ibn al-Rabi, qu’Allah les agréé tous deux. Sa’d ibn al-Rabi dit alors à Abd al-Rahman : « Je suis le plus riche des Ansar. Prenez la moitié de mes biens. J’ai deux épouses ; regardez-les et dites-moi laquelle vous préférez. Je divorcerai d’elle, puis, une fois sa période d’attente achevée, vous l’épouserez. » En entendant cela, Abd al-Rahman répondit : « Qu’Allah bénisse votre famille et vos biens. Où se trouve le marché, chez vous ? » On lui indiqua le marché de Banu Qaynuqa. Lorsqu’il revint du marché, on aperçut auprès de lui du fromage et du beurre clarifié. Dès lors, il se rendit régulièrement au marché chaque jour. Un jour, à son retour, on remarqua sur lui des traces de safran. Le Messager d’Allah lui en demanda la raison. Abd al-Rahman répondit : « Ô Messager d’Allah, je me suis marié. » Le Prophète lui demanda : « Quelle dot as-tu versée ? » Abd al-Rahman répondit : « Un tola et quart d’or. » (Sahih al-Bukhari, chapitre sur l’établissement de la fraternité entre les Muhajirun et les Ansar, vol. 1, p. 553.)
Il est rapporté d’après Abu Hurayra qu’un jour les Ansar demandèrent au Prophète, qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix : « Répartissez entre nous et nos frères les palmeraies qui nous appartiennent. » Le Prophète n’accepta pas. Les Ansar dirent alors : « Dans ce cas, que les Muhajirun travaillent dans nos palmeraies ; nous leur donnerons une part de la récolte. » Le Prophète donna son accord, et nous agîmes en conséquence.
Cela montre comment les Ansar honorèrent les Muhajirun. On y trouve également la preuve de leur amour pour leurs frères muhajirun, de leur simplicité, de leur sincérité et de leur esprit de sacrifice. Les Muhajirun accordaient une grande importance à une telle attitude des Ansar (Sahih al-Bukhari, vol. 1, p. 312) ; ils n’acceptèrent d’eux aucun avantage supplémentaire, mais reçurent uniquement l’aide nécessaire pour ranimer quelque peu leur économie fragile.
Ce lien de fraternité entre les Ansar et les Muhajirun témoigne d’une clairvoyance et d’une sagesse politiques exceptionnelles. L’établissement de cette fraternité constitua une solution remarquable aux problèmes auxquels les musulmans étaient alors confrontés.
L’engagement à soutenir l’islam
Outre le lien de fraternité susmentionné, le Prophète, qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix, rédigea également un autre pacte pour les musulmans. Celui-ci détruisit les fondements de tous les conflits, affrontements et antagonismes tribaux de l’époque de l’ignorance, et ne laissa aucune place aux coutumes et usages de cette époque. Les clauses de ce pacte étaient les suivantes :
Le présent écrit est conclu de la part du Prophète entre les Qurayshites de Yathrib, leurs protégés et ceux qui leur sont rattachés, ainsi qu’entre les croyants et les musulmans participant au combat :
1) Ils forment tous une communauté distincte de tous les autres hommes.
2) Les émigrés quraychites se rachèteront mutuellement selon leur ancienne coutume ; ils restitueront équitablement les prisonniers parmi les croyants, et chaque tribu des Ansar rachètera équitablement ses propres prisonniers parmi les croyants.
3) Les croyants ne priveront aucun des leurs, lors du rachat ou de la rançon, des dons et présents accordés selon la coutume établie.
4) Tous les musulmans sincères s’opposeront à ceux qui commettent des excès ; parmi les croyants, tous les croyants s’opposeront à ceux qui commettent des injustices et des violences, des péchés, des troubles ou de la sédition.
5) Les croyants feront front commun contre l’injuste ; cette décision ne changera pas, même si l’injuste est le fils de l’un des croyants.
6) Aucun croyant ne tuera un autre croyant pour avoir tué un mécréant.
7) Aucun croyant ne s’opposera à un autre croyant pour venir en aide à un mécréant.
8) Tous seront sous la protection d’Allah ; même l’engagement pris par une personne ordinaire devra être respecté par tous.
9) Les Juifs qui adhéreront à notre cause seront aidés et bénéficieront du même traitement que les autres musulmans ; aucune injustice ni violence ne leur sera infligée, et personne ne sera aidé contre eux.
Dix) L’accord des musulmans sera commun : aucun musulman ne conclura de compromis avec autrui dans le combat sur le chemin d’Allah en excluant un autre musulman ; au contraire, tous parviendront à un pacte ou à un accord sur la base de l’égalité et de la justice.
Onze) Dans le combat sur le chemin d’Allah et lorsqu’il y aura effusion de sang, tous les musulmans seront considérés comme unis.
Douze) Aucun musulman ne pourra accorder à l’un des Quraysh mécréants la sécurité de sa vie et de ses biens ni lui offrir refuge ; aucun musulman ne pourra demander à un croyant d’assurer la sécurité des biens et de la vie d’un mécréant ou de lui accorder refuge.
Treize) Si une personne tue un croyant et que la preuve en est établie, le qisas sera appliqué à son encontre ; autrement dit, puisqu’elle est coupable du crime de meurtre, elle sera elle aussi mise à mort. Toutefois, si le meurtrier parvient à satisfaire les proches de la victime en leur versant une indemnité, le qisas ne sera pas appliqué.
Quatorze) Si tous les croyants parviennent à un consensus sur une question, nul autre ne pourra s’y opposer.
Quinze) Il ne sera pas licite pour un croyant d’aider un semeur de troubles ou un innovateur ; nul ne pourra offrir refuge à une personne qui sème le désordre. Si quelqu’un lui accorde refuge ou l’aide, la malédiction d’Allah s’abattra sur lui le Jour de la Résurrection, et dans la vie terrestre, ni ses obligations religieuses ni ses actes surérogatoires d’adoration ne seront acceptés.
Seize) Si un différend surgit parmi vous au sujet de quelque question que ce soit, vous la réglerez conformément aux instructions d’Allah Très-Haut et de Son Messager d’Allah, qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix (Ibn Hicham, t. 1, p. 503).
La nouvelle structure de l’organisation sociale
Grâce à cette clairvoyance et à cette intelligence, le Messager d’Allah, qu’Allah le bénisse et le salue, établit les fondements d’une nouvelle société. Toutefois, l’apparence extérieure de cette société s’était développée et épanouie autour du Messager d’Allah ; sa personnalité séduisante en était le centre de toutes les attractions. Son enseignement, sa formation, les éléments de l’édification du caractère moral, l’amour, les exemples de fraternité, la dévotion et l’obéissance permirent aux musulmans d’accéder à une vie nouvelle.
Un Compagnon demanda au Prophète, qu’Allah le bénisse et le salue : « Quelle forme de l’islam est la meilleure ? » C’est-à-dire : quelle œuvre est la meilleure en islam ? Le Prophète, qu’Allah le bénisse et le salue, répondit : « Tu donneras à manger aux autres et tu salueras tous les gens, que tu les connaisses ou non. » (Sahih al-Boukhari, volume 1, p. 6, 9.)
Hazrat Abdullah ibn Salam (qu’Allah l’agrée) rapporte : « Après l’arrivée du Prophète, qu’Allah le bénisse et le salue, à Médine, je me présentai auprès de lui. Il me suffit de voir son visage béni pour comprendre que ce visage n’était pas celui d’un menteur. Puis, les premières paroles qu’il m’adressa furent : “Ô gens, répandez le salâm, donnez à manger, préservez les liens de parenté et priez la nuit, lorsque tout le monde est endormi ; vous entrerez au Paradis en toute sécurité.” » (At-Tirmidhi, Ibn Majah, Ad-Darimi, Mishkat, volume 1, p. 168.)
Le Prophète, qu’Allah le bénisse et le salue, disait : « N’entrera pas au Paradis celui dont le voisin n’est pas à l’abri de sa perversité et de ses actes destructeurs. » (Sahih Muslim, Mishkat, volume 2, p. 422.)
Il disait : « Est véritablement un bon musulman celui dont les paroles et les mains ne portent pas atteinte aux musulmans. » (Sahih al-Boukhari, volume 1, p. 6.)
Il disait : « Aucun d’entre vous ne sera véritablement croyant tant qu’il n’aimera pas pour son frère ce qu’il aime pour lui-même. » (Sahih al-Boukhari, volume 1, p. 6.)
Il disait : « Tous les croyants sont comme un seul homme : si son œil souffre, tout son corps ressent cette souffrance ; si sa tête souffre, tout son corps ressent cette douleur. » (Muslim, Mishkat, volume 2, p. 422.)
Il disait : « Le croyant est pour le croyant comme un édifice dont une partie renforce l’autre. » (Al-Boukhari, Muslim et Mishkat, volume 2, p. 422.)
Il disait : « Ne nourrissez pas de haine ni d’animosité les uns envers les autres, ne vous querellez pas, ne vous tournez pas le dos les uns aux autres ; soyez les serviteurs d’Allah et des frères. Il n’est pas permis à un musulman de délaisser son frère pendant plus de trois jours. » (Sahih al-Bukhari, vol. 2, p. 896).
Il disait : « Le musulman est le frère du musulman. Qu’un musulman ne fasse pas subir d’injustice à un autre musulman et ne le livre pas à son ennemi. Celui qui satisfait le besoin de son frère, Allah Tout-Puissant satisfera son besoin. Celui qui soulage la peine et l’angoisse d’un musulman, Allah Tout-Puissant le soulagera d’une peine parmi celles du Jour de la Résurrection. Celui qui dissimule la faute d’un musulman, Allah Tout-Puissant dissimulera sa faute le Jour de la Résurrection. » (Al-Bukhari, Muslim et Mishkat, vol. 2, p. 422).
Il disait : « Soyez miséricordieux envers les habitants de la terre, et le Maître des cieux sera miséricordieux envers vous. » (Sunan Abu Dawud, vol. 2, p. 335 ; al-Tirmidhi, vol. 2, p. 14).
Il disait : « N’est pas croyant celui qui mange à sa faim alors que son voisin, à ses côtés, reste affamé. » (Al-Bayhaqi, Mishkat, vol. 2, p. 424).
Il disait : « Insulter un musulman est l’œuvre d’un pervers ; combattre et se quereller avec un musulman relève de la mécréance. » (Al-Bukhari, vol. 2, p. 893).
Il disait : « Ôter de la route ce qui cause du tort fait partie de l’aumône ; cet acte constitue l’une des branches essentielles de la foi. » (Al-Bukhari, Muslim et Mishkat, vol. 1, p. 12, 167).
Le Prophète — qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix — insistait sur l’aumône et la charité. Il en décrivait les mérites avec une telle insistance que les cœurs s’y portaient d’eux-mêmes. Il disait : « L’aumône éteint les péchés comme l’eau éteint le feu. » (Ahmad, al-Tirmidhi, Ibn Majah et Mishkat, vol. 1, p. 14).
Il disait : « Tout musulman qui habille un musulman dévêtu, Allah Tout-Puissant le revêtira de vêtements verts au Paradis. Tout musulman qui nourrit un musulman affamé, Allah Tout-Puissant le fera manger des fruits au Paradis. Tout musulman qui donne à boire à un musulman assoiffé, Allah Tout-Puissant lui fera boire au Paradis une boisson pure, le Sharâban Tahûrâ. » (Abu Dawud, al-Tirmidhi et Mishkat, vol. 1, p. 169).
Il disait : « Préservez-vous du Feu, ne serait-ce qu’en donnant un morceau de datte ; si vous n’en avez même pas les moyens, préservez-vous-en par une bonne parole. » (Boukhari, tome 1, p. 190 ; tome 2, p. 890).
Parallèlement, le Prophète — que la bénédiction et la paix d’Allah soient sur lui — a vivement recommandé de s’éloigner de la mendicité. Il a enseigné la patience, l’endurance et la frugalité, et a qualifié la mendicité de griffure au visage du mendiant et d’autres formes de blessure (voir Abou Dawoud, at-Tirmidhi, an-Nassaï, Ibn Majah, ad-Darimi et Mishkat).
Toutefois, il a déclaré exempts de cette humiliation ceux qui mendient parce qu’ils se trouvent dans une nécessité absolue.
Il a exposé les différentes mérites de chaque type d’adoration et mentionné les récompenses distinctes qu’Allah réserve à chacune d’elles.
Il informait les musulmans de la révélation qui lui parvenait du ciel et les aidait à vivre conformément à celle-ci. Il leur récitait cette révélation, puis, après l’avoir entendue de sa bouche, les musulmans la lui récitaient à leur tour. Ainsi, outre l’intelligence, la perspicacité et la réflexion, naissaient en eux le sens et la conscience de la responsabilité prophétique de transmettre le message de l’appel à la vérité.
L’Envoyé d’Allah — que la bénédiction et la paix d’Allah soient sur lui — a ouvert aux musulmans la voie d’un progrès extraordinaire dans leur mode de vie, développé les aptitudes que Dieu avait accordées aux êtres humains et apporté de la douceur à leurs actions, à leurs pensées et à leur conscience. Grâce à l’enseignement de l’Envoyé d’Allah — que la bénédiction et la paix d’Allah soient sur lui — les Compagnons devinrent les meilleurs êtres humains après les prophètes et atteignirent, dans l’histoire de l’humanité, le sommet de la perfection exemplaire. Hadrat Abdallah ibn Mas‘ud (qu’Allah l’agrée) a dit : « Celui qui veut suivre un ordre doit suivre les ordres des morts, car il existe un risque de tentation chez les vivants. »
Les Compagnons étaient les compagnons du Prophète — que la bénédiction et la paix d’Allah soient sur lui —, les meilleurs hommes de la communauté de Muhammad, pieux, profondément savants et les plus humbles. Allah, Seigneur des mondes, choisit ces hommes comme amis et compagnons de Son Prophète bien-aimé — que la bénédiction et la paix d’Allah soient sur lui — et comme des hommes aptes à établir la religion. Il est donc nécessaire de connaître leurs qualités et leur excellence, de les suivre, de les prendre pour modèles et de leur obéir, et d’assimiler autant que possible la douceur de leur caractère et le récit de leur vie, car ils étaient sur la voie de la guidance, sur la voie droite (Razîn, Mishkat, tome 1, p. 32).
Notre Prophète, Hadrat Muhammad — que la bénédiction et la paix d’Allah soient sur lui —, était un modèle d’excellence et de perfection tel que les cœurs se tournaient spontanément vers lui et que naissait le désir de sacrifier sa vie pour lui. C’est pourquoi les Compagnons accouraient pour mettre en pratique les paroles sorties de sa bouche bénie ; parmi eux semblait s’engager une véritable compétition pour appliquer fidèlement tout ce qu’il disait en matière de guidance et d’orientation.
C’est grâce à de tels efforts que le Messager d’Allah ﷺ parvint à édifier à Médine une société qui, au regard de l’histoire, fut la plus prospère qui soit. Il apporta aux problèmes de cette société des solutions telles que ceux qui se débattaient dans les ténèbres trouvèrent enfin le soulagement. Grâce à une éducation et à des idéaux élevés, cette société réussit à surmonter toutes les adversités de son époque et à changer le cours de l’histoire.
La conclusion d’un pacte avec les Juifs
Après l’Hégire, le Messager d’Allah ﷺ établit les fondements d’une nouvelle société parmi les musulmans, au moyen d’une pensée et d’une foi communes, d’une organisation politique et d’efforts unis. Il entreprit ensuite d’établir des relations avec les non-musulmans. Le Prophète ﷺ souhaitait que tous les hommes vivent dans le bonheur et la paix, et que les habitants de Médine et des régions environnantes soient soumis à une administration saine. Par sa générosité et sa justice, il promulgua des lois dont on ne trouve aucun équivalent dans le monde actuel, déchiré par les conflits et les troubles.
Comme cela a déjà été mentionné, les habitants des environs de Médine étaient des Juifs. Bien qu’ils fussent secrètement hostiles aux musulmans, ils ne le manifestaient pas ouvertement. C’est pourquoi le Messager d’Allah ﷺ conclut un pacte avec eux. Ce pacte accordait aux Juifs la liberté de pratiquer leur religion ainsi que la sécurité de leurs personnes et de leurs biens, sans leur laisser aucune possibilité d’aventurisme politique.
Le pacte conclu avec les Juifs s’inspirait du pacte mutuel établi entre les musulmans. Ses clauses étaient les suivantes :
1. Les Juifs des Banû Awf, en s’unissant aux musulmans, seront considérés comme formant une seule umma. Les Juifs et les musulmans pratiqueront chacun leur propre religion. Les autres Juifs, en dehors des Banû Awf, jouiront des mêmes droits.
2. Les Juifs seront responsables de toutes leurs dépenses, et les musulmans seront séparément responsables de leurs propres dépenses.
3. Tous repousseront collectivement ceux qui combattront l’une quelconque des parties liées par ce pacte.
Quatrièmement. Tous les signataires de ce pacte souhaiteront mutuellement le bien les uns des autres, mais cette bienveillance et cette coopération devront être fondées sur la justice, et non sur l’injustice.
Cinquièmement. Nul ne sera tenu pour coupable à cause de son allié.
Sixièmement. Les opprimés seront secourus.
Septièmement. Tant que la guerre durera, les Juifs participeront avec les musulmans aux dépenses de guerre.
Huitièmement. Les émeutes, les troubles et les effusions de sang seront interdits à Médine pour tous les signataires de ce pacte.
Neuvièmement. Si un nouveau problème ou un différend survient entre les parties incluses dans ce pacte, le Messager d’Allah (qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix) le tranchera conformément à la loi d’Allah.
Dixièmement. Aucun asile ne sera accordé aux Qurayshites ni à leurs alliés.
Onzièmement. Si quelqu’un attaque Yathrib, toutes les parties s’entraideront pour repousser cette attaque, et chacune assumera la défense de sa propre partie.
Quatorzièmement. Par ce pacte, aucun oppresseur ni criminel ne sera pris sous protection (Ibn Hichâm, tome 1, p. 503-504).
Après la conclusion de ce pacte, un État fut constitué, englobant Médine et les régions environnantes. Sa capitale était Médine, et le Messager — que Dieu le bénisse et lui accorde la paix — en était le dirigeant suprême. L’autorité principale était entre les mains des musulmans. Ainsi, Médine devint le centre de l’État islamique. Par la suite, afin de préserver la paix et la stabilité, le Prophète — que Dieu le bénisse et lui accorde la paix — conclut des pactes similaires avec d’autres tribus.
Le conflit armé
Les complots des Quraychites contre les musulmans
Les persécutions et les sévices infligés aux musulmans par les mécréants de La Mecque ont déjà été exposés. Il a également été mentionné quels complots les mécréants avaient fomentés contre eux lorsque les musulmans commencèrent à émigrer. En outre, les mécréants commirent même le crime de saisir les biens et les richesses des musulmans, en raison des persécutions et des sévices qu’ils leur infligeaient. Leur sottise, au lieu de diminuer, ne faisait que croître. Voyant les musulmans leur échapper et trouver à Médine un refuge sûr, la colère des mécréants s’intensifia encore. À cette époque, Abdullah ibn Ubayy n’avait pas encore revêtu le masque de l’islam. À Médine, Abdullah ibn Ubayy était le chef des Ansars. Les polythéistes de La Mecque lui écrivirent une lettre menaçante. À cette époque, Abdullah jouissait à Médine d’une influence et d’un prestige considérables. Si le Prophète — que Dieu le bénisse et lui accorde la paix — n’était pas venu à Médine, ses habitants l’auraient même choisi comme leur roi. Dans leur lettre de menace, les polythéistes de La Mecque écrivirent à Abdullah ibn Ubayy et à leurs alliés polythéistes : « Vous avez accordé refuge à notre homme ; aussi jurons-nous que vous devrez soit le combattre, soit l’expulser de Médine. Si vous ne le faites pas, nous fondrons sur vous de toutes nos forces, tuerons vos hommes aptes au combat et porterons atteinte à l’honneur de vos femmes. » [Abû Dâwûd, chapitre Khabar al-Nâdhir]
Échange de lettres avec Abdullah ibn Ubayy
Dès qu’il reçut cette lettre, Abdullah ibn Ubayy se prépara à exécuter les instructions des polythéistes mecquois. Il nourrissait déjà une haine profonde envers le Prophète — que Dieu le bénisse et lui accorde la paix —, car il était fermement convaincu que le Prophète — que Dieu le bénisse et lui accorde la paix — lui avait arraché la couronne de Médine. Dès réception de la lettre des polythéistes mecquois, Abdullah ibn Ubayy et ses alliés médinois se préparèrent à combattre le Messager bien-aimé. Ayant appris la nouvelle, le Prophète — que Dieu le bénisse et lui accorde la paix — se rendit auprès d’Abdullah et lui dit : « Il semble que la menace des Quraychites t’ait fortement influencé. Écoute : les Quraychites de La Mecque ne pourront pas vous nuire davantage que le mal que vous vous apprêtez vous-mêmes à vous infliger. Voulez-vous donc combattre vous-mêmes vos propres fils et vos frères ? » Après avoir entendu ces paroles du Prophète — que Dieu le bénisse et lui accorde la paix —, les partisans d’Abdullah, qui s’étaient préparés au combat, se dispersèrent. [Abû Dâwûd, chapitre Khabar al-Nâdhir]
Ses partisans et ses alliés s’étant dispersés, Abdullah ibn Ubayy s’abstint, pour le moment, de combattre. Cependant, il continua à communiquer avec les Quraychites. En effet, ce scélérat ne manquait aucune occasion de s’impliquer dans quelque conflit que ce soit entre musulmans et mécréants. De plus, afin d’acquérir la force nécessaire pour s’opposer aux musulmans, il entretenait également des relations avec les juifs, afin qu’ils puissent l’aider au moment opportun. Mais le Prophète — que Dieu le bénisse et lui accorde la paix — éteignait à maintes reprises, par une stratégie inspirée de Dieu, le feu de la discorde et du désordre [Sahîh al-Bukhârî, tome 2, p. 655, 656, 916, 924].
Interdiction d’accès à la Mosquée sacrée pour les musulmans
Ensuite, Hadrat Sa‘d ibn Mu‘adh (qu’Allah l’agrée) se rendit à La Mecque pour accomplir la ‘umra et fut l’hôte d’Umayya ibn Khalaf. Hadrat Sa‘d (qu’Allah l’agrée) n’avait pas encore embrassé l’islam. Il dit à Umayya : « Je voudrais faire tranquillement le tawaf autour de la Ka‘ba. » À midi, Umayya sortit avec Hadrat Sa‘d. Pendant le tawaf, ils rencontrèrent Abou Jahl. Voyant Hadrat Sa‘d accomplir le tawaf avec une profonde concentration, Abou Jahl dit à Umayya : « Abou Safwan, qui est donc cet homme qui t’accompagne ? » Umayya répondit : « C’est Sa‘d ibn Mu‘adh. » Abou Jahl s’adressa directement à Hadrat Sa‘d et dit : « Je vois que vous accomplissez le tawaf avec une grande ferveur. Pourtant, vous avez accordé refuge à des impies. Vous avez même exprimé l’intention de les aider et de les soutenir. Par Dieu, si vous n’étiez pas l’hôte d’Abou Safwan, je ne vous laisserais pas retourner sain et sauf à Médine. » En entendant cela, Hadrat Sa‘d (qu’Allah l’agrée) répondit à haute voix : « Écoute, si tu essaies de m’empêcher d’accomplir le tawaf, je ne laisserai pas passer ton commerce près de Médine. Et cela sera très grave pour toi. » [Al-Boukhari, Kitab al-Maghazi, tome 2, p. 563]
Les menaces des Quraysh envers les émigrés
Les Quraysh firent parvenir aux musulmans ce message : « Ne pensez pas qu’après avoir quitté La Mecque, vous serez en sécurité. Au contraire, une fois arrivés à Médine, nous vous anéantirons complètement. » [Rahmatou lill-‘Alamine, tome 1, p. 116]
Ce n’était pas seulement une menace. Le Messager d’Allah, qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix, fut informé par diverses sources des complots et des mauvaises intentions des Quraysh. Il lui arrivait donc de passer toute la nuit éveillé, et parfois de dormir sous la garde de ses nobles Compagnons. Il est rapporté de Hadrat ‘Aïcha (qu’Allah l’agrée) dans le Sahih al-Boukhari que, quelque temps après son arrivée à Médine, le Prophète, qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix, dit un soir : « Comme il serait bien que l’un de mes Compagnons vertueux monte la garde ici pour me protéger. » À peine eut-il prononcé ces mots qu’on entendit le cliquetis d’une arme. Le Prophète, qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix, demanda : « Qui est là ? » Une voix répondit : « Sa‘d ibn Abi Waqqas. » Il demanda : « Pourquoi es-tu venu ? » Le visiteur répondit : « Ô Messager d’Allah, une inquiétude soudaine concernant votre sécurité m’a envahi et je suis venu monter la garde auprès de vous. » En entendant cela, le Messager d’Allah, qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix, pria pour lui puis s’allongea. [Mouslim, tome 2, chapitre consacré aux mérites de Sa‘d ibn Abi Waqqas, et Al-Boukhari, tome 1, p. 404]
Il faut retenir que la mise en place de gardes n’était pas limitée à quelques nuits particulières. Elle fut au contraire maintenue de façon permanente. Il est rapporté de Hadrat ‘Aïcha (qu’Allah l’agrée) que, la nuit, Hadrat ‘Aïcha (qu’Allah l’agrée) rapporte également qu’une garde était organisée pour le Messager d’Allah, qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix. Puis fut révélé ce verset du Noble Coran : « Allah te protégera des hommes. » Après la révélation de ce verset, le Noble Prophète passa la tête par la fenêtre et dit : « Ô gens, retournez chez vous ; Allah m’a garanti sa protection. » [Jami‘ at-Tirmidhi, Abwab at-Tafsir, tome 2, p. 130]
La crainte de l’insécurité ne concernait pas seulement le Messager d’Allah, qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix. Elle concernait tous les musulmans. Il est rapporté de Hadrat Ubay ibn Ka‘b (qu’Allah l’agrée) qu’après l’arrivée du Prophète, qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix, et de ses Compagnons à Médine, les Ansar leur accordèrent leur protection. Cela provoqua la colère de toute l’Arabie contre eux. Les Ansar de Médine ne passaient donc jamais la nuit sans armes, et ils en avaient également auprès d’eux le matin.
L’autorisation de combattre
L’insécurité venant des non-musulmans constituait une menace particulièrement grave pour l’existence des musulmans de Médine. En d’autres termes, c’était un immense défi pour leur survie. Les musulmans comprirent ainsi clairement que les Quraysh ne renonceraient pas à leur résolution de leur nuire. C’est dans ce contexte qu’Allah, le Seigneur des mondes, autorisa les musulmans à combattre. Toutefois, ce combat ne fut pas qualifié d’obligation religieuse. C’est alors qu’Allah Très-Haut révéla dans le Coran ce verset : « L’autorisation de combattre est accordée à ceux qui sont combattus, parce qu’ils ont été lésés. Et certes, Allah est capable de les secourir. »
Plusieurs autres versets furent ensuite révélés dans le contexte de ce verset. Ils précisaient que l’autorisation de combattre n’avait pas été donnée pour le simple plaisir de combattre, mais qu’elle visait à extirper le mensonge et le faux de leurs racines et à établir la vérité et la justice. Allah le Très-Haut dit notamment : « Ceux qui, si Nous leur donnons la puissance sur terre, accomplissent la prière, acquittent la zakat, ordonnent le bien et interdisent le mal. Et à Allah appartient l’issue de toutes les affaires. » (Sourate al-Hajj, verset 81)
Cette autorisation fut révélée à Médine après l’Hégire, et non à La Mecque. Il est toutefois difficile d’en déterminer le moment exact de la révélation.
L’autorisation de combattre avait été accordée, mais la situation était favorable aux Quraysh idolâtres. Les musulmans durent donc adopter certaines stratégies. Ils étendirent les limites de leur zone de contrôle jusqu’aux caravanes commerciales des Quraysh. Cette zone s’étendait sur la route entre La Mecque et la Syrie. Le Messager d’Allah, qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix, adopta deux plans afin d’étendre la zone de contrôle des musulmans.
1) Conclure des pactes de non-agression avec les tribus établies le long de la route empruntée par les caravanes commerciales allant de La Mecque en Syrie et à Médine.
2) Envoyer des caravanes de patrouille sur cette route.
En ce qui concerne le premier plan, il est important de préciser que, parmi les pactes conclus antérieurement avec les Juifs et déjà mentionnés, figure également un pacte de non-agression conclu avec la tribu de Juhayna. Cette tribu vivait à trois étapes de marche de Médine, soit à 51 miles. Le Prophète, qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix, conclut également des pactes avec plusieurs autres tribus. Ces pactes seront évoqués en temps voulu.
Le second plan proposé par le Prophète, qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix, concernait la guerre ; les différents aspects de ce plan seront également examinés au moment opportun.
Les Sariyya et les Ghazwa [selon la terminologie des auteurs de la Sîra, on appelle Sariyya les expéditions militaires auxquelles le Noble Prophète (sallallahu alayhi wa sallam) n’a pas participé en personne, qu’il y ait eu combat ou non. En revanche, on appelle Ghazwa les expéditions militaires auxquelles le Prophète (sallallahu alayhi wa sallam) a lui-même participé, qu’il y ait eu combat ou non.]
Après que les versets du Noble Coran eurent autorisé la guerre, les expéditions successives des musulmans commencèrent afin de mettre en œuvre les deux plans mentionnés précédemment. Des caravanes armées se mirent à patrouiller. Leur objectif était d’observer la situation, de manière générale sur les routes autour de Médine et plus particulièrement sur celles qui entouraient La Mecque. Il fallait également conclure des pactes de non-agression avec les tribus établies aux abords de ces routes. Ainsi, il deviendrait possible d’ancrer dans l’esprit des polythéistes, des juifs et des Bédouins des environs de Médine la conviction que les musulmans étaient désormais suffisamment puissants. Ils avaient surmonté leur faiblesse et leur impuissance passées. En outre, cela permettrait de les effrayer au sujet de l’audace arrogante des Quraysh. On leur ferait comprendre que les conséquences de leurs idées et de leur colère seraient terribles. Voyant leur économie menacée dans le bourbier de sottise où ils se vautraient, ils seraient poussés à rechercher la paix et les compromis. Ils renonceraient aux projets qu’ils nourrissaient intérieurement : pénétrer dans les maisons des musulmans pour les anéantir, faire obstacle au chemin d’Allah et persécuter les musulmans faibles. Les musulmans pourraient ainsi accomplir en toute liberté la mission d’appeler au tawhîd dans la péninsule Arabique.
Voici un bref aperçu de ces Sariyya et Ghazwa :
1) La Sariyya de Sîf al-Bahr [Sîf al-Bahr signifie le littoral]
Le mois de Ramadan de la première année de l’Hégire, correspondant à mars 623 de l’ère chrétienne.
Le Messager d’Allah (sallallahu alayhi wa sallam) en nomma commandant Hadrat Hamza ibn Abd al-Muttalib (qu’Allah l’agrée). Dans la plaine de Rabigh, les compagnons d’Abou Sufyan étaient au nombre de deux cents. Les deux camps se lancèrent mutuellement des flèches, mais l’affaire n’alla pas jusqu’à la guerre [Rahmatul-lil-Alamin].
Au cours de cette Sariyya, deux hommes issus des habitants de La Mecque rejoignirent les musulmans. L’un était Hadrat Miqdad ibn Amr al-Bahrani, et l’autre Utba ibn Ghazwan al-Majani (qu’Allah l’agrée). Tous deux avaient embrassé l’islam en secret. Ils s’étaient joints aux polythéistes dans l’intention de les quitter et de rejoindre les musulmans s’ils les rencontraient en chemin.
2) La Sariyya de Kharrar [nom d’un lieu situé près de Juhfa]
Le mois de dhoul-qa‘da de la première année de l’Hégire, correspondant à mai 623.
Le Messager nomma Hadrat Sa‘d ibn Abi Waqqas à sa tête. Il envoya sous son commandement vingt musulmans dévoués à la recherche d’une caravane d’infidèles. Cette caravane partit à pied. Ils voyageaient de nuit et se dissimulaient durant la journée. Le matin du cinquième jour, ils arrivèrent à Kharrar et apprirent que la caravane commerciale des Quraysh avait quitté Kharrar la veille.
Son étendard était blanc et Hadrat Miqdad ibn Amr le portait.
Troisièmement) L’expédition de Ghazwa Abwa (Ouddân est le nom d’un lieu situé entre La Mecque et Médine. Cet endroit se trouve à vingt-neuf miles de Rabigh, sur la route qui y mène. Abwa est un autre lieu proche d’Ouddân.)
Le mois de safar de la deuxième année de l’Hégire, correspondant à août 623.
Lors de cette expédition, le Messager partit accompagné de soixante-dix émigrés. À cette occasion, le Prophète nomma Hadrat Sa‘d ibn Ubada représentant à Médine. L’objectif de cette expédition était d’intercepter la route d’une caravane commerciale des Quraysh. Le Prophète atteignit Ouddân, mais aucun incident fâcheux ne se produisit.
À la veille de cette expédition, le Messager conclut un pacte d’alliance avec Amr ibn Makhshi al-Jumayri, chef de la tribu des Banou Jamra. Le texte du pacte était le suivant : « Ceci est un écrit de Muhammad, Messager d’Allah, à l’intention des Banou Jamra. Ils seront en sécurité quant à leurs personnes et à leurs biens. Si quelqu’un les attaque, ils seront aidés contre cette attaque. Toutefois, s’ils commencent à combattre la religion d’Allah, cet engagement ne sera pas respecté. Aussi longtemps que la mer baignera son rivage, la validité de ce pacte restera intacte. Lorsque le Prophète les appellera à son secours, ils devront s’avancer. » (Al-Wahhâjib al-Ladunniyya, vol. 1, p. 75.)
Ce fut la première expédition militaire à laquelle le Messager prit part. Après avoir passé quinze jours hors de Médine, ils revinrent.
Quatre) L’expédition de Bu’ât
Rabî‘ al-awwal de la deuxième année de l’Hégire, correspondant au mois de septembre 623.
Au cours de cette expédition, le Messager d’Allah — qu’Allah le bénisse et le salue — partit accompagné de deux cents Compagnons. L’objectif de cette expédition était de poursuivre la caravane commerciale des Quraysh. Cette caravane comptait cent hommes parmi les Quraysh, dont Umayya ibn Khalaf, ainsi que deux mille cinq cents chameaux. Le Prophète — qu’Allah le bénisse et le salue — atteignit un endroit appelé Bu’ât, situé dans la région de Ghazwa [Bu’ât et Ridhvî sont deux montagnes de la région montagneuse de Junayna. Il s’agit en réalité de deux ramifications d’une même montagne. Elles se trouvent sur la route de La Mecque vers la Syrie, à 48 miles de Médine]. Cependant, aucun incident fâcheux ne se produisit. L’étendard de cette expédition était blanc et fut porté par Sa‘d ibn Abî Waqqâs (qu’Allah l’agrée).
À la veille de cette expédition, Sa‘d ibn Mu‘âdh (qu’Allah l’agrée) fut nommé gouverneur de Médine.
Cinq) L’expédition de Safwân
Rabî‘ al-awwal de la deuxième année de l’Hégire, correspondant à septembre 623.
La raison de cette expédition était qu’un groupe d’hommes, dirigé par un polythéiste nommé Kurz ibn Jâbir al-Fihrî, avait attaqué les pâturages de Médine et enlevé plusieurs bêtes. Le Messager d’Allah — qu’Allah le bénisse et le salue — poursuivit les pillards avec soixante-dix Compagnons. Mais Kurz et ses compagnons ne furent pas retrouvés. Ils revinrent sans aucun affrontement. Certains désignent cette bataille comme la première bataille de Badr. L’étendard était blanc. ‘Alî (qu’Allah l’agrée) le portait.
Pendant cette expédition, Zayd ibn Hâritha (qu’Allah l’agrée) fut nommé gouverneur de Médine.
Six) L’expédition de Dhû al-Ushayra
Jumâdâ al-awwal et Jumâdâ ath-thâniya de la deuxième année de l’Hégire, correspondant à novembre et décembre 623
Lors de cette expédition, le Messager, le Messager d’Allah — qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix — était accompagné de cent cinquante à deux cents émigrés. Personne n’y fut contraint de participer. Il n’y avait que trente chameaux pour les montures, et tous les montaient à tour de rôle. Cette expédition fut menée pour poursuivre une caravane de polythéistes qui était partie de La Mecque en direction de la Syrie. Cette caravane transportait de nombreuses marchandises appartenant aux Quraychites. Le Prophète — qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix — la poursuivit jusqu’à un lieu appelé Dhû al-Ushayra [Ushayya, nom d’un lieu situé près de Yalbur]. Toutefois, les mécréants étaient partis quelques jours auparavant. Lorsque cette même caravane revint de Syrie, le Prophète — qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix — tenta de la capturer, mais ses membres réussirent à s’enfuir vers La Mecque. C’est à la suite de cet événement que la bataille de Badr eut lieu par la suite.
Lors de cette expédition également, la bannière était blanche. Hamza — qu’Allah l’agrée — la porta.
Selon Ibn Ishâq, le Messager d’Allah — qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix — partit vers la fin de Jumâdâ al-awwal lors de cette expédition et revint durant Jumâdâ ath-thâniya. C’est pourquoi les auteurs de biographies prophétiques divergent quant à la détermination de la date exacte de cette expédition.
Lors de cette expédition, le Prophète — qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix — conclut un pacte de non-agression avec les Banû Mudlij et leurs alliés, les Banû Damra.
Pendant cette expédition du Prophète — qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix — la responsabilité de l’administration de Médine fut confiée à Abû Salama ibn Abd al-Asad al-Makhzûmî — qu’Allah l’agrée.
Sept) L’expédition de Nakhlah
Rajab de la deuxième année de l’Hégire, correspondant à janvier 624
Au cours de cette expédition, le Messager d’Allah — qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix — envoya un groupe de douze émigrés sous le commandement de ʿAbdullah ibn Jahsh — qu’Allah l’agrée. Il y avait un chameau pour deux soldats. Le Prophète — qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix — remit une lettre au commandant et lui dit de ne la lire qu’après deux jours de voyage. Au terme de ces deux jours, ʿAbdullah ibn Jahsh — qu’Allah l’agrée — ouvrit la lettre et la lut. Elle disait : « Après avoir lu cette lettre, vous vous arrêterez à Nakhlah, entre La Mecque et Taïf, et vous y guetterez une caravane des Quraych. Vous m’informerez également de la situation. »
ʿAbdullah — qu’Allah l’agrée — informa ses compagnons du contenu de la lettre et leur dit : « Je ne force personne. Ceux qui aiment le martyre peuvent partir. Même si je reste seul, je continuerai d’avancer. »
Après avoir entendu les paroles de ʿAbdullah ibn Jahsh — qu’Allah l’agrée —, ils se mirent en route vers Nakhlah. En chemin, le chameau de Saʿd ibn Abî Waqqâs — qu’Allah l’agrée — et de ʿUtbah ibn Ghazwân — qu’Allah l’agrée — disparut. Les deux compagnons voyageaient à tour de rôle sur son dos. La perte du chameau les fit rester en arrière.
Après avoir parcouru une longue distance, ʿAbdullah ibn Jahsh — qu’Allah l’agrée — arriva à Nakhlah. Là, il apprit qu’une caravane commerciale des Quraych était passée par cette route. Elle transportait des raisins secs, des peaux et diverses autres marchandises. Parmi ses membres se trouvaient ʿUthmân et Nawfal, les deux fils de ʿAbdullah ibn al-Mughîra, ainsi que ʿAmr ibn al-Hadramî, affranchi d’al-Mughîra, et Hakîm ibn Kaysân. Les musulmans se consultèrent pour décider de la conduite à tenir. Ce jour-là était le dernier jour du mois de Rajab. Rajab est l’un des mois sacrés durant lesquels les combats sont interdits. S’ils combattaient, ils porteraient atteinte au caractère sacré du mois. Mais s’ils ne lançaient pas d’attaque, cette caravane des Quraych entrerait dans les environs de Médine. Après délibération, ils décidèrent d’attaquer. Les compagnons suivirent la caravane commerciale des Quraych et décochèrent une flèche en direction de ʿAmr ibn al-Hadramî. Celui-ci fut abattu et mourut. Les autres capturèrent ʿUthmân et Hakîm. Nawfal s’enfuit et il ne fut pas possible de le capturer. Ensuite, les compagnons arrivèrent à Médine avec les deux prisonniers et les marchandises. Ils prélevèrent un cinquième des biens obtenus au titre du butin. Les auteurs de biographies prophétiques l’ont rapporté ainsi. La difficulté est toutefois que le verset coranique prescrivant de prélever un cinquième des biens pris à la guerre comme butin ne fut révélé qu’au moment de la bataille de Badr. La lecture des circonstances de la révélation de ce verset montre qu’avant cette prescription, les musulmans n’étaient pas informés des règles relatives au butin. Ce fut le premier butin, le premier tué et le premier prisonnier de l’histoire de l’islam. Après avoir entendu toute l’affaire, le Messager d’Allah — qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix — dit : « Je ne vous ai pas ordonné de combattre durant un mois sacré. » Il ne permit aucun excès concernant les biens saisis et les prisonniers.
À la suite de cet événement, les non-musulmans trouvèrent l’occasion de propager l’accusation selon laquelle les musulmans avaient déclaré licite ce qu’Allah avait rendu sacré. Toutes sortes de calomnies furent diffusées à ce sujet. Finalement, Allah le Très-Haut révéla un verset disant : « Ce que font les polythéistes est bien plus criminel et répréhensible que les actes des musulmans. »
Allah le Très-Haut dit : « Ils t’interrogent au sujet du combat durant le mois sacré. Dis : “Y combattre est une grave injustice. Mais empêcher l’accès au chemin d’Allah, Le renier, empêcher l’accès à la Mosquée sacrée et en expulser ses habitants sont des injustices plus graves encore auprès d’Allah. La persécution est plus grave que le meurtre.” » (Sourate al-Baqara, verset 217)
Cette révélation a clairement établi que les critiques des mécréants contre les musulmans étaient infondées. En effet, les polythéistes avaient bafoué toutes les interdictions en combattant l’islam et en infligeant oppression et persécution aux musulmans. Lorsque les biens des musulmans émigrés furent confisqués et que des projets furent fomentés pour assassiner le Prophète, avait-on songé au caractère sacré de La Mecque, c’est-à-dire au caractère sacré de la ville ? Ces complots avaient-ils été ourdis quelque part en dehors de La Mecque ? Si ce n’était pas le cas, pourquoi donc ces protestations soudaines et véhémentes au sujet du caractère sacré de La Mecque ? En réalité, la tempête de propagande des polythéistes provenait d’une impudence manifeste et d’une effronterie ouverte.
À la révélation de ce verset, le Messager de Dieu, que Dieu le bénisse et lui accorde la paix, libéra les deux prisonniers et versa également le prix du sang pour la personne tuée. Les ouvrages dont ont été tirés les récits des ghazwa et des sariyya mentionnées sont les suivants : Zad al-Ma’ad, vol. 2, p. 83-85 ; Ibn Hicham, vol. 1, p. 591-605 ; Rahmat lil-Alamin, vol. 1, p. 115-116, vol. 2, p. 215-216, 468-470.
Une certaine divergence apparaît dans les ouvrages susmentionnés. J’ai retenu l’analyse de l’érudit Ibn Qayyim et de l’érudit Mansurpourî.
Nous avons exposé les ghazwa et les sariyya qui eurent lieu avant la bataille de Badr. Ces événements ne comportèrent ni pillage, ni meurtre, ni destruction. Toutefois, la première attaque fut lancée par les polythéistes. Elle fut menée sous le commandement de Kurz ibn Jabir al-Fihri. Auparavant déjà, les polythéistes s’étaient livrés à diverses sortes d’exactions.
D’autre part, après la sariyya menée sous le commandement d’Abdullah ibn Jahsh, la panique s’empara des polythéistes : ils tombèrent précisément dans le filet dans lequel ils craignaient de se prendre. Ils comprirent que la direction de Médine était douée d’une conscience extrêmement vigilante. Depuis Médine, elle suivait les activités commerciales des Quraychites. Si les musulmans le voulaient, ils pouvaient franchir les trois cents milles qui les séparaient, pénétrer sur leur territoire et y faire tout ce qu’ils voulaient. Meurtres, pillages et autres méfaits étaient tous à leur portée. Après avoir accompli tout cela, ils pouvaient même regagner Médine en toute sécurité. Les polythéistes comprirent que le commerce avec la Syrie était confronté à un nouveau danger. Mais, bien qu’ils eussent compris et su tout cela, ils ne renoncèrent pas à leur propre sottise. Au lieu de conclure, à l’exemple de Juhayna et des Banû Damra, un accord de paix, c’est-à-dire un pacte de non-agression, ils choisirent d’exprimer leur colère. Ils s’efforcèrent de mettre à exécution leur menace d’entrer dans les foyers des musulmans et de les anéantir. C’est cette colère qui les rassembla dans la plaine de Badr.
Peu après l’affaire de la sariyya placée sous le commandement d’Abdullah ibn Jahsh, le Seigneur des mondes, Dieu, rendit le jihad obligatoire pour les musulmans, au mois de Sha’ban de la deuxième année de l’Hégire. À ce sujet, Dieu Très-Haut révéla plusieurs versets, notamment : « Combattez dans le sentier de Dieu ceux qui vous combattent, mais ne transgressez pas. Dieu n’aime pas les transgresseurs. Tuez-les partout où vous les trouverez et chassez-les des lieux d’où ils vous ont chassés. La persécution est pire que le meurtre. Ne les combattez pas auprès de la Mosquée sacrée, à moins qu’ils ne vous y combattent. S’ils vous combattent, alors tuez-les : telle est la rétribution des mécréants. S’ils cessent, Dieu est Pardonneur et Très Miséricordieux. Combattez-les jusqu’à ce qu’il n’y ait plus de persécution et que la religion de Dieu soit établie. S’ils cessent, alors aucune hostilité n’est permise, si ce n’est contre les injustes. » (Sourate al-Baqara, versets 190-193.)
Presque à la même époque, d’autres versets de même nature furent également révélés. Ils expliquaient la manière de combattre. Ainsi : « Lorsque vous rencontrez les mécréants au combat, frappez-les au cou. Puis, lorsque vous les aurez complètement vaincus, serrez leurs liens. Ensuite, libération gracieuse ou rançon. Vous poursuivrez le jihad jusqu’à ce que la guerre dépose ses armes. Telle est la règle. Il en est ainsi afin que, si Dieu le voulait, Il puisse les châtier Lui-même ; mais Il veut éprouver les uns par les autres. Ceux qui sont tués dans le sentier de Dieu, jamais Il ne laissera leurs œuvres se perdre. Il les guidera et améliorera leur condition. Il les fera entrer au Paradis qu’Il leur a fait connaître. Ô croyants ! Si vous secourez Dieu, Il vous secourra et affermira vos pas. » (Sourate Muhammad, versets 4-7.)
Par la suite, Dieu Très-Haut blâma ceux dont le cœur se mettait à trembler lorsqu’ils entendaient l’ordre de combattre. Dieu Très-Haut dit notamment : « Puis, lorsqu’une sourate sans équivoque est révélée et qu’elle contient l’ordre de combattre, tu vois ceux dont le cœur est malade te regarder comme des gens évanouis de peur de la mort. Malheur à eux ! » (Sourate Muhammad, verset 20.)
En réalité, le fait de rendre le jihad obligatoire, d’y exhorter et d’en ordonner la préparation répondait aux exigences de la situation. Pour un chef militaire qui observait attentivement les circonstances de l’époque, il était naturel d’ordonner une préparation générale à la guerre. Comment Dieu Très-Haut, le Tout-Puissant, qui connaît tout ce qui est apparent et caché, n’aurait-Il pas ordonné le jihad ? La situation de l’époque exigeait un affrontement sanglant entre le vrai et le faux, c’est-à-dire entre la vérité et le mensonge, afin que la différence entre eux apparût clairement. Le coup porté par Abdullah ibn Jahsh fut comme de l’huile versée sur le feu de la colère des mécréants.
Les versets du Coran laissaient comprendre que le moment d’un affrontement sanglant était proche. Les musulmans remporteraient la victoire dans cet affrontement. Il convient de remarquer qu’Allah Tout-Puissant ordonne aux musulmans de chasser les mécréants du lieu d’où ceux-ci les avaient expulsés. Il leur ordonne également de retenir les prisonniers, d’anéantir les adversaires et de donner ainsi une issue à la guerre. Il est en outre dit que les musulmans font partie d’une nation victorieuse et prospère. Cette indication signifie qu’en fin de compte, les musulmans triompheront. Si cela est annoncé par allusion, c’est afin que ceux qui sont particulièrement désireux de faire le jihad dans la voie d’Allah puissent prouver leur ardeur dans la réalité.
À cette époque, c’est-à-dire au mois de Sha‘bân de la deuxième année de l’Hégire, correspondant au mois de février 614 de l’Hégire, Allah Tout-Puissant ordonna aux musulmans de choisir la Ka‘ba comme qibla à la place de Bayt al-Maqdis et de se tourner vers la Ka‘ba pendant la prière. Ce changement permit d’identifier les hypocrites qui se dissimulaient parmi les musulmans. Ils se séparèrent alors des musulmans. Les musulmans reçurent ainsi également l’indication qu’une nouvelle époque allait commencer : ils reprendraient le contrôle de leur propre qibla. Que la qibla demeure sous l’emprise de l’ennemi serait une chose étonnante. S’efforcer de la libérer serait un devoir de foi pour les musulmans.
Après ces ordres et ces indications du Noble Coran, la conscience de la foi s’accrut dans le cœur des musulmans. Ils furent animés par l’élan du jihad dans la voie d’Allah, et leur désir de livrer une bataille décisive contre les ennemis se multiplia considérablement.
La bataille de Badr
La première expédition militaire décisive de l’islam
Dans le récit de l’expédition militaire menée à Ushayra, nous avons mentionné que la caravane commerciale des Quraysh, en route de La Mecque vers la Syrie, échappa de peu à l’expédition entreprise par le Prophète — qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix. Alors que cette même caravane revenait de Syrie vers La Mecque, le Prophète — qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix — entreprit une nouvelle action. Hadrat Talha ibn Ubaydullah et Sa‘id ibn Zayd furent envoyés vers le nord afin de recueillir des informations sur la caravane. Les deux Compagnons arrivèrent d’abord dans un lieu appelé Hawra, s’y installèrent et attendirent le passage de la caravane commerciale d’Abu Sufyan. Dès que la caravane eut franchi cet endroit, les deux Compagnons se précipitèrent vers Médine et informèrent de l’affaire le Noble Messager d’Allah — qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix.
Cette caravane transportait de grandes richesses appartenant aux habitants de La Mecque. Sur le dos d’un millier de chameaux se trouvaient diverses marchandises commerciales d’une valeur de cinquante mille dinars. Cinquante mille dinars équivalent à deux cent soixante-deux kilogrammes et demi d’or. Seuls quarante hommes étaient chargés de protéger ces marchandises dans la caravane.
Pour les habitants de Médine, c’était une occasion en or. En revanche, la perte de ces marchandises représenterait pour les habitants de La Mecque un immense préjudice sur les plans militaire, politique et économique. C’est pourquoi le Prophète — qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix — annonça aux musulmans de Médine qu’une caravane commerciale des Quraysh arrivait avec de grandes richesses. « Partez à la rencontre de cette caravane. Il se peut qu’Allah vous accorde toutes ses richesses comme butin. »
Bien que l’appel eût été proclamé, il n’était pas obligatoire d’y participer. La décision avait été laissée à l’enthousiasme, à la motivation et à l’intérêt personnels. En effet, au moment de la proclamation, on ne pouvait imaginer qu’au lieu d’une expédition contre une caravane, une confrontation sanglante aurait lieu avec les Quraysh aux abords de Badr. Comme cette éventualité n’était pas envisagée, un grand nombre de Compagnons restèrent à Médine. Ils pensaient que l’expédition du Messager d’Allah, qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix, serait semblable à celles du passé. C’est pour ces raisons que ceux qui ne participèrent pas à cette bataille ne furent pas non plus critiqués.
Les effectifs et les responsabilités de l’armée islamique
Lorsque le Messager d’Allah, qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix, partit en direction de Badr, un peu plus de trois cents Compagnons l’accompagnaient. Selon certains, ils étaient 313, selon d’autres 314, et selon d’autres encore 317. Parmi eux, 82 — selon une autre estimation 83, et selon une troisième 86 — étaient des Muhâjirûn, tandis que tous les autres étaient des Ansar. Parmi les Ansar, 61 appartenaient à la tribu des Aws et 70 à celle des Khazraj. Ils n’avaient d’ailleurs pas pris de préparatifs particuliers pour la guerre. L’ensemble de l’armée ne comptait que deux chevaux : l’un appartenait à Zubayr ibn al-Awwam, qu’Allah l’agrée, et l’autre à Miqdad ibn al-Aswad al-Kindi, qu’Allah l’agrée. Il y avait 70 chameaux, montés alternativement par groupes de deux ou trois hommes.
Le Messager d’Allah, qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix, ‘Ali, qu’Allah l’agrée, et Marthad ibn Abou Marthad al-Ghanawi montaient alternativement le même chameau.
La gestion de Médine et la direction de la prière furent d’abord confiées à Abdallah ibn Umm Maktum, qu’Allah l’agrée. Mais lorsque le Prophète, qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix, atteignit un endroit appelé Rawha, il envoya Abou Lubaba Abd al-Mundhir, qu’Allah l’agrée, administrer Médine. L’armée fut organisée de la manière suivante : un groupe était composé de Muhâjirûn et l’autre d’Ansar. Le drapeau des Muhâjirûn était porté par ‘Ali ibn Abou Talib, qu’Allah l’agrée, et celui des Ansar par Sa‘d ibn Mu‘adh, qu’Allah l’agrée. Le drapeau commun aux deux groupes était blanc. La responsabilité de le porter fut confiée à Mus‘ab ibn ‘Umayr al-‘Abdi, qu’Allah l’agrée. Zubayr ibn al-Awwam, qu’Allah l’agrée, commandait l’aile droite, tandis que Miqdad ibn ‘Amr, qu’Allah l’agrée, commandait l’aile gauche. Ces deux hommes étaient les combattants les plus habiles de toute l’armée. Qays ibn Abou Sa‘sa‘, qu’Allah l’agrée, fut également nommé comme l’un des meilleurs commandants. Le Messager d’Allah, qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix, assuma lui-même la fonction de commandant en chef.
La marche en direction de Badr
Le Messager d’Allah, qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix, prit cette armée incomplète avec lui et quitta Médine en suivant la grande route menant à La Mecque, jusqu’à atteindre Bi’r Rawha (le puits de Rawha). De là, après avoir avancé encore quelque temps, il laissa la route de La Mecque sur sa gauche et continua par celle de droite. Sur ce chemin, il traversa d’abord Naziyah, puis la vallée de Rahqan. Il emprunta ensuite la piste à travers les terres plates de Safra et finit par atteindre la plaine de Darrah. Arrivé à Safra, il envoya à Badr deux hommes de la tribu locale des Juhayna afin de recueillir des informations sur la caravane des Quraysh. Il s’agissait de Bashish ibn ‘Amr et de ‘Adi ibn Abou Zaghba.
L’envoi à La Mecque de nouvelles sur la situation dangereuse
Abou Soufiane dirigeait la caravane commerciale des Quraych. Il avançait avec une extrême prudence. Il savait que la route de La Mecque était dangereuse. C’est pourquoi il se renseignait auprès de chaque caravane sur l’état du chemin. En cours de route, Abou Soufiane apprit qu’à Médine, Muhammad — qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix — avait appelé à attaquer la caravane des Quraych. Dès qu’il reçut cette nouvelle, il envoya à La Mecque, contre une forte somme d’argent, Jamzam ibn Amr al-Ghifari. Celui-ci arriva à La Mecque et incita ses habitants à protéger la caravane commerciale. Jamzam atteignit La Mecque à toute vitesse et, conformément à la coutume des Arabes, se tint debout sur le dos de son chameau, déchira ses vêtements et annonça la nouvelle urgente en criant. Il dit : « Ô Quraych, écoutez ! La caravane, la caravane ! Muhammad et ses compagnons se préparent à attaquer les marchandises que vous avez confiées à Abou Soufiane. Je pense que vous les rattraperez. Au secours ! Au secours ! Au secours ! »
Les préparatifs des Mecquois pour la guerre
À l’annonce du danger, les notables de La Mecque accoururent de toutes parts. Ils disaient : « Muhammad a sans doute pensé que la caravane d’Abou Soufiane était comme celle d’Ibn al-Hadrami. Mais pas du tout. Il faut lui faire comprendre que notre affaire est différente. » Tous les hommes valides de La Mecque se préparèrent à la guerre. Certains se préparèrent eux-mêmes, tandis que d’autres envoyèrent quelqu’un à leur place. Parmi les notables de La Mecque, personne, à l’exception d’Abou Lahab, ne renonça à se préparer à participer à cette guerre. Abou Lahab envoya à sa place un homme qui lui devait de l’argent. Les Quraych recrutèrent également dans leur armée les jeunes des différentes tribus voisines. Parmi les tribus quraychites, aucune ne resta en arrière, à l’exception des Banou Adi. Aucun membre de la tribu des Banou Adi ne participa à cette guerre.
Les effectifs de l’armée ennemie
Au début, l’armée mecquoise comptait mille trois cents hommes. Elle disposait de cent chevaux et de six cents armures. Le nombre de chameaux était élevé, mais il n’a pas été possible d’en déterminer le chiffre exact.
Le commandant de l’armée était Abou Jahl ibn Hicham. Neuf notables quraychites se chargèrent de l’approvisionnement en nourriture. Un jour, on abattait neuf chameaux, et le jour suivant dix, et ainsi de suite.
Au moment où l’armée mecquoise se mit en route, les Quraych se rappelèrent soudain qu’ils étaient en inimitié et en guerre avec la tribu des Banou Bakr. Ceux-ci pouvaient les attaquer par-derrière. Ils se retrouveraient alors entre deux feux ! Après les discussions et les délibérations à ce sujet, l’expédition militaire des Quraych faillit être suspendue. C’est alors que le maudit Iblis apparut sous les traits de Suraqa ibn Malik ibn Ju’shum al-Mudlaji, le chef de la tribu des Banou Kinana, et dit aux chefs quraychites : « Je suis votre allié. Je vous garantis que les Banou Kinana ne commettront aucun acte répréhensible en votre absence. »
La progression des ennemis
L’armée mecquoise se mit alors en route. Comment partit-elle ? Allah — exalté soit-Il — dit : « Ils s’avancèrent avec orgueil, montrant leur grandeur aux gens et les détournant du chemin d’Allah. » Le Messager d’Allah — qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix — a dit : « Ils partirent avec leurs armes, leur aversion pour Allah et leur hostilité envers le Messager d’Allah — qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix. » Ils brûlaient d’impatience de se venger. Ils grincèrent des dents et dirent : « Comment Muhammad et ses Compagnons ont-ils osé seulement jeter les yeux sur la caravane commerciale de La Mecque ? »
En bref, ils avançaient très rapidement vers le nord, c’est-à-dire en direction de la plaine de Badr. Après avoir traversé les plaines d’Usfân et de Qudayd, ils arrivèrent dans un lieu appelé al-Juhfa. Là, ils reçurent un nouveau message envoyé par Abû Sufyân : « Vous étiez partis pour protéger la caravane et vos biens. Puisque Allah a tout préservé, vous n’avez plus aucune raison de poursuivre. Retournez donc maintenant. »
La disparition de la caravane commerciale
Lorsqu’il conduisait sa caravane commerciale, Abû Sufyân avançait avec la plus grande prudence. Il recueillait des informations de tous côtés et surveillait la situation. Après être arrivé près de la plaine de Badr, il s’avança quelque peu, rencontra Majdi ibn Amr et l’interrogea au sujet de l’armée de Médine. Majdi répondit : « Je n’ai rien remarqué de particulier, mais j’ai vu deux hommes. Ils ont fait agenouiller leurs chameaux près d’une colline, puis ont puisé de l’eau au puits avant de repartir. » Abû Sufyân s’avança, examina les excréments laissés par les chameaux, puis en étudia les noyaux de dattes et déclara : « À n’en pas douter, ces dattes viennent de Yathrib. » Aussitôt après avoir prononcé ces mots, il courut rejoindre sa caravane et se dirigea vers l’ouest, en longeant le bord de la mer. La route principale menant à la plaine de Badr resta sur sa gauche. C’est ainsi qu’Abû Sufyân sauva sa caravane commerciale du risque de tomber entre les mains de l’armée de Médine. Alors qu’il regagnait La Mecque par une route sûre, Abû Sufyân fit parvenir un message aux soldats venus de La Mecque : « Retournez, vous n’avez plus à craindre que la caravane commerciale soit attaquée ; je regagne La Mecque sain et sauf. »
La désunion et les divergences au sein de l’armée ennemie
Après avoir reçu cette nouvelle, les soldats ordinaires de La Mecque se préparaient à repartir. Mais Abû Jahl s’y opposa. Avec un profond orgueil, il déclara : « Par Dieu, nous ne repartirons pas avant d’être allés à la plaine de Badr et d’y être restés trois jours. Nous y égorgerons des chameaux, inviterons les gens à manger, boirons du vin et les esclaves chanteront pour nous divertir. Ainsi, la nouvelle de notre expédition se répandra dans toute l’Arabie et le récit de notre voyage restera à jamais gravé dans les mémoires. » Un chef éminent nommé Akhnas ibn Shurayq dit à Abû Jahl : « Allons, retournons à La Mecque. » Mais Abû Jahl ne prêta aucune attention à ses paroles. N’obtenant aucun résultat, Akhnas retourna à La Mecque avec les hommes de la tribu des Banû Zuhra et les trois cents soldats qui le suivaient. Aucun membre de la tribu des Banû Zuhra ne prit part à la bataille de Badr. Par la suite, la tribu des Banû Zuhra loua l’intelligence et la perspicacité d’Akhnas ibn Shurayq, et son prestige s’y établit durablement.
Après le départ des hommes de la tribu des Banû Zuhra, Abû Jahl, de la tribu des Banû Hâshim, déclara d’une voix courroucée : « Personne d’autre ne pourra repartir tant que nous ne serons pas revenus. »
Après le départ des hommes de la tribu des Banû Zuhra, Abû Jahl resta avec mille hommes. Ils se mirent en route vers la plaine de Badr. Une fois arrivés, ils dressèrent leurs tentes derrière une colline. Cette colline se trouvait au sud de Badr.
Une situation délicate pour l’armée musulmane
Alors que le Prophète — que Dieu le bénisse et lui accorde la paix — et ses compagnons traversaient la plaine de Safrâ, ils furent informés par l’émissaire de Médine de la situation la plus récente. Après avoir obtenu des informations détaillées sur les Qurayshites, il comprit avec clairvoyance qu’un affrontement sanglant avec eux était devenu inévitable. Il fallait donc désormais avancer avec courage. En effet, si l’armée mecquoise était laissée sans opposition, la puissance des Qurayshites s’accroîtrait finalement, et leur victoire serait célébrée de bouche en bouche. Leur influence politique s’en trouverait considérablement renforcée. En revanche, la voix des musulmans s’affaiblirait et l’islam deviendrait sans vie et sans force. Les ennemis de l’islam, ainsi que ceux qui n’avaient pas eu l’occasion de bien le connaître et de le comprendre, nourriraient de la haine à son égard et finiraient par se ranger parmi ses adversaires.
De plus, rien ne garantissait que les troupes déchaînées de La Mecque ne prendraient pas la direction de Médine. Elles n’auraient pas manqué de saisir l’occasion de se rendre à Médine, d’entrer dans les maisons des musulmans et de les maltraiter et persécuter. Si l’armée médinoise avait fait preuve de la moindre faiblesse et était retournée à Médine, songeant à préserver la paix plutôt qu’à affronter l’ennemi, tout ce qui a été évoqué serait inévitablement arrivé. En outre, laisser les mécréants sans opposition aurait eu un effet néfaste sur la gloire et la dignité de l’islam.
La réunion du conseil consultatif
À la lumière de la situation, le Messager de Dieu — que Dieu le bénisse et lui accorde la paix — convoqua une réunion du conseil consultatif. La situation politique la plus récente y fut examinée. L’avis des commandants et des simples soldats fut sollicité. Certains musulmans commencèrent à trembler en entendant parler d’un affrontement sanglant. C’est à leur sujet que Dieu Tout-Puissant a dit dans le Saint Coran : « Cela est semblable au moment où ton Seigneur t’a fait sortir de ta demeure avec la vérité, alors qu’un groupe de croyants y répugnait. Ils semblaient être conduits vers la mort et la voyaient de leurs propres yeux. » (Sourate Al-Anfâl, versets 5-6)
L’avis des dirigeants fut sollicité. Abû Bakr et Umar — que Dieu les agrée — exprimèrent une attitude remarquable. Leur dévouement au bien-aimé Prophète — que Dieu le bénisse et lui accorde la paix — se manifesta clairement dans leurs paroles. Puis Miqdad ibn Amr — que Dieu l’agrée — se leva. Il dit : « Ô Messager de Dieu, reste ferme sur la voie que Dieu t’a indiquée ; nous sommes avec toi. Par Dieu, nous ne te dirons pas ce que les enfants d’Israël dirent à Moïse — que la paix soit sur lui. » Il est à noter que les enfants d’Israël avaient dit à Moïse — que la paix soit sur lui : « Ô Moïse, nous n’y entrerons jamais tant qu’ils y seront. Va donc, toi et ton Seigneur, combattre ; nous resterons assis ici. » (Sourate Al-Mâ’idah, verset 24)
Nous dirons plutôt : « Combattez, vous et votre Seigneur, et nous combattrons nous aussi à vos côtés. Par Celui qui vous a envoyé avec la vérité, si vous nous conduisez jusqu’à Bark al-Ghimad, nous vous y rejoindrons en combattant tout au long du chemin. »
En entendant les paroles de Miqdad — que Dieu l’agrée —, le Prophète — que Dieu le bénisse et lui accorde la paix — le loua et pria pour lui.
Après avoir recueilli l’avis des Muhâjirûn, le Messager d’Allah ﷺ jugea nécessaire de demander également l’avis des Ansâr, car ceux-ci étaient les plus nombreux et la plus grande part de la responsabilité de la guerre leur incomberait. Pourtant, selon le pacte d’al-‘Aqaba, ils n’étaient pas tenus de sortir de Médine pour combattre. Après avoir entendu les avis de Abû Bakr, de ‘Umar et d’al-Miqdâd — qu’Allah les agrée —, le Prophète bien-aimé se tourna vers les Ansâr et dit : « Donnez-moi votre conseil. » Sa‘d ibn Mu‘âdh — qu’Allah l’agrée —, le chef des Ansâr, dit : « Ô Messager d’Allah, est-ce notre avis que tu souhaites connaître ? » Le Prophète ﷺ répondit : « Oui. » Sa‘d ibn Mu‘âdh dit : « Nous avons cru en toi et nous t’avons reconnu comme véridique. Nous avons témoigné que tout ce que tu as apporté est vérité, et nous nous sommes engagés envers toi à t’obéir. Avance donc dans la direction que tu juges bonne. Par Celui qui t’a envoyé avec la vérité, si tu voulais nous emmener et te jeter dans la mer, nous nous y jetterions avec toi ; aucun de nos hommes ne resterait en arrière. Si, demain, tu nous conduisais à affronter l’ennemi, nous n’y verrions aucun inconvénient. Nous n’éprouvons aucune hésitation. Nous sommes habiles au combat. Il se peut qu’Allah Très-Haut fasse manifester par notre intermédiaire une bravoure qui réjouira tes yeux. Marche donc avec nous. Qu’Allah Très-Haut bénisse notre route. »
Selon un récit, Sa‘d ibn Mu‘âdh — qu’Allah l’agrée — dit au Messager d’Allah ﷺ : « Tu penses peut-être que les Ansâr ne te soutiendront que sur leur propre territoire et qu’ils considèrent cela comme leur responsabilité et leur devoir. C’est pourquoi je réponds en leur nom et je te dis : va où tu veux, noue alliance avec qui tu veux, et prends de nos biens autant que tu le souhaites. Ce que tu en prendras nous sera plus cher que ce que tu nous laisseras. En cette affaire, nous accepterons ta décision comme définitive. Par Allah, même si tu avançait jusqu’à Bark al-Ghimad, nous t’accompagnerions. Et si tu voulais nous emmener et te jeter dans la mer, nous nous y jetterions avec toi. »
En entendant ces paroles de Sa‘d ibn Mu‘âdh — qu’Allah l’agrée —, le Messager d’Allah ﷺ fut très heureux. Il dit : « Allons-y, et allons-y avec joie. Allah Très-Haut m’a promis l’un des deux groupes. Par Allah, c’est comme si je voyais déjà le lieu où ils seront abattus. »
Ensuite, le Prophète ﷺ avança depuis Jufrân. Après avoir franchi plusieurs passages montagneux, il atteignit un endroit appelé Asfar. La montagne de Himân laissée à sa droite, il installa ensuite son campement près de la plaine de Badr.
L’initiative de recueillir secrètement des informations
Après avoir établi son campement ici, le Messager d’Allah ﷺ partit recueillir des informations avec son compagnon de la grotte de Thawr, Abû Bakr — qu’Allah l’agrée. Ils observaient de loin les tentes des soldats mecquois. C’est alors qu’ils rencontrèrent un vieillard arabe. Le Prophète ﷺ l’interrogea au sujet des Quraysh et des compagnons de Muhammad. S’il l’interrogeait au sujet des deux armées, c’était parce qu’il ne voulait pas révéler son identité. Mais le vieillard s’obstina. Il dit : « Donnez-moi votre identité et dites-moi à quel groupe vous appartenez ; sinon, je ne vous dirai rien. » Le Prophète ﷺ répondit : « Réponds-nous à ce que nous t’avons demandé, puis nous te dirons qui nous sommes. » Le vieillard dit : « Si Muhammad et ses compagnons m’ont dit la vérité, ils devraient aujourd’hui se trouver à tel endroit. » Ce disant, il désigna précisément l’endroit où se trouvaient les Compagnons. Le vieillard ajouta : « Les Quraysh sont partis tel jour. Si l’informateur m’a dit la vérité, ils devraient aujourd’hui se trouver à tel endroit. » Ce disant, il désigna précisément l’endroit où se trouvaient Abû Jahl et ses compagnons.
Après avoir achevé ses paroles, le vieillard demanda au Messager d’Allah ﷺ et à son compagnon qui ils étaient. Le Prophète ﷺ répondit : « Nous sommes issus de la même eau. » Puis il s’en alla. Le vieillard se mit à marmonner : « De quelle eau ? De l’eau d’Irak ? »
Des informations importantes sur l’armée mecquoise
Vers la fin de l’après-midi de ce jour-là, le Prophète ﷺ envoya un groupe d’éclaireurs pour recueillir des informations sur la position des ennemis et d’autres renseignements. Trois chefs des Muhâjirûn faisaient partie de ce groupe : ‘Alî, az-Zubayr ibn al-‘Awwâm et Sa‘d ibn Abî Waqqâs — qu’Allah les agrée. Ces trois illustres Compagnons partirent avec quelques autres Compagnons pour recueillir des informations sur l’armée quraychite. Ils se dirigèrent d’abord vers le point d’eau de Badr. Là, deux esclaves puisaient de l’eau pour l’armée quraychite. Les Compagnons les appréhendèrent et les amenèrent auprès du Messager d’Allah ﷺ. Le Prophète ﷺ était alors en prière. Les Compagnons interrogèrent les esclaves capturés au sujet des Quraychites. Ils répondirent : « Nous sommes au service des Quraychites. Ils nous ont envoyés puiser de l’eau. » Cette réponse ne plut pas aux Compagnons. Ils pensaient que ces deux hommes appartenaient à Abû Sufyân, car ils nourrissaient encore un faible espoir de s’emparer de la caravane commerciale. Les Compagnons frappèrent violemment les deux esclaves. Sous les coups, ceux-ci furent contraints de dire : « Oui, nous sommes au service d’Abû Sufyân. » En entendant cela, ceux qui les frappaient cessèrent de les battre.
Après la prière, le Messager d’Allah ﷺ dit rudement aux Compagnons : « Vous les avez frappés lorsqu’ils disaient la vérité, puis vous les avez laissés lorsqu’ils ont menti. Par Allah, tous deux ont dit la vérité. Ils sont bien au service des Quraychites. »
Le Prophète ﷺ dit ensuite aux esclaves : « Très bien, dites-moi maintenant quelque chose au sujet des Quraychites. » Ils répondirent : « Les Quraychites se trouvent derrière la colline que vous voyez à l’extrémité de la plaine. » Le Prophète ﷺ demanda : « Combien sont-ils ? » Ils répondirent : « Nous ne le savons pas. » Le Prophète ﷺ demanda : « Combien de chameaux égorgent-ils chaque jour ? » Ils répondirent : « Un jour, neuf, et un autre jour, dix. » En entendant cela, il dit : « Leur nombre doit être compris entre neuf cents et mille. » Le Prophète ﷺ demanda ensuite : « Quels sont, parmi eux, les notables des Quraychites ? » Ils répondirent : « ‘Utbah et Shaybah, les deux fils de Rabî‘ah, Abû al-Bakhtarî ibn Hishâm, Hâkim ibn Hizâm, Nawfal ibn Khuwaylid, al-Hârith ibn ‘Âmir, Umaymah ibn ‘Adî, an-Nadr ibn al-Hârith, Jum‘ah ibn al-Aswad, Abû Jahl ibn Hishâm et Umayyah ibn Khalaf. » Les deux esclaves citèrent également les noms de plusieurs autres hommes. Le Messager d’Allah ﷺ se tourna vers les Compagnons et dit : « La Mecque a fait sortir devant vous ses plus grands personnages. »
La pluie de la miséricorde et l’avancée des musulmans
Cette même nuit, Allah, le Seigneur des mondes, fit tomber la pluie. Elle se déversa à torrents sur les mécréants, entravant leur progression. Pour les musulmans, elle fut une source de miséricorde. Elle leur permit de se purifier des souillures inspirées par Satan, raffermit le sable sous leurs pieds et leur procura un terrain idéal pour avancer, tout en fortifiant leurs cœurs.
Le Messager d’Allah ﷺ poursuivit alors sa marche avec les chefs musulmans. Le Prophète ﷺ s’efforçait d’atteindre les points d’eau de Badr avant les polythéistes. À ce moment-là, Hubâb ibn al-Mundhir (qu’Allah l’agrée), tel un chef militaire clairvoyant et prévoyant, lui donna un conseil. Il lui demanda d’abord : « Ô Messager d’Allah, est-ce par un ordre d’Allah que tu t’es arrêté ici, de sorte qu’il ne nous soit permis ni d’avancer ni de reculer ? Ou bien as-tu choisi cet endroit pour des raisons de stratégie militaire ? » Le Messager d’Allah ﷺ répondit : « C’est uniquement pour une raison stratégique. » Après avoir entendu cela, Hubâb (qu’Allah l’agrée) dit : « Je ne pense pas qu’il soit judicieux de rester ici. Nous devons aller plus loin et prendre le contrôle du point d’eau le plus proche de la position des Quraychites. Nous surveillerons les autres points d’eau. Lorsque la bataille commencera, nous boirons de l’eau, tandis que les Quraychites se tordront de douleur, privés d’eau. » Le Messager d’Allah ﷺ dit : « Tu as donné un conseil pertinent. » Il avança ensuite avec les troupes. Au milieu de la nuit, il atteignit un point d’eau proche de l’ennemi et y fit dresser les tentes. Les Compagnons construisirent ensuite un bassin et condamnèrent tous les autres points d’eau.
Le poste de commandement
Après que les Compagnons eurent pris position près du point d’eau, Sa‘d ibn Mu‘âdh (qu’Allah l’agrée) soumit une proposition. Il dit que les musulmans pouvaient aménager un poste de commandement pour leur chef. Ainsi, si — qu’Allah nous en préserve — les musulmans subissaient la défaite au lieu de la victoire, ou si une autre situation urgente se présentait, nous pourrions être avertis à l’avance. Après cette discussion, Sa‘d (qu’Allah l’agrée) dit au Prophète ﷺ : « Ô Messager d’Allah, nous voulons construire pour toi une estrade spéciale. Tu y prendras place. Nous laisserons également ta monture près de toi. Ensuite, nous affronterons l’ennemi. Si Allah nous honore et nous donne la victoire sur lui, cet emplacement sera pour nous une chose souhaitable. Mais si nous sommes vaincus, tu pourras monter ta monture et rejoindre ceux qui sont restés à l’arrière. Ô Prophète d’Allah, derrière toi se trouvent des hommes qui t’aiment davantage que nous. Notre amour pour toi n’est ni aussi grand ni aussi profond que le leur. S’ils avaient su que tu affronterais la bataille, ils ne seraient certainement pas restés en arrière. Allah te protégera par leur intermédiaire ; ils veilleront à ton bien-être et combattront à tes côtés dans le jihâd. »
En entendant cela, le Messager d’Allah — qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix — loua Sa‘d — qu’Allah l’agrée — et pria pour lui. Les musulmans dressèrent pour le Prophète — qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix — une couche sur une hauteur, au nord-est du champ de bataille. De là, l’ensemble du champ de bataille était visible. Un groupe de jeunes Ansar, placé sous la direction de Sa‘d ibn Mu‘adh — qu’Allah l’agrée — fut chargé de veiller sur le Prophète — qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix —.
Disposition des troupes en vue de la bataille
Le Messager d’Allah — qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix — disposa ensuite les troupes, puis se mit en route vers le champ de bataille. [Jami‘ at-Tirmidhi, Abwab al-Jihad, tome 1, p. 201]. Là, le Prophète — qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix — indiqua des endroits de la main et dit que, le lendemain, si Allah le voulait, tel endroit serait le lieu de la mort d’un tel, et tel autre celui de la mort d’un autre.
Ensuite, le Messager d’Allah — qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix — passa la nuit près des racines d’un arbre. Les Compagnons passèrent eux aussi la nuit dans une sérénité insouciante. Leurs cœurs étaient remplis de confiance ; ils passèrent ce temps dans la paix et la certitude. Ils espéraient voir de leurs propres yeux, le matin venu, la preuve de la bonne nouvelle de leur Seigneur exalté. Allah le Très-Haut dit : « Souvenez-vous qu’Il vous enveloppa d’un sommeil léger venant de Lui, qu’Il fit descendre sur vous une pluie du ciel afin de vous purifier par elle, d’éloigner de vous les suggestions du démon, d’affermir vos cœurs et d’enraciner vos pas. » (Sourate al-Anfal, verset 11)
C’était la nuit du 17 Ramadan de la deuxième année de l’Hégire. Il était parti de Médine le 8 ou le 12 de ce mois. [Mishkat, tome 2, p. 543]
Les désaccords entre les ennemis
Les Quraysh passèrent la nuit dans leurs tentes, au-delà de la colline située à l’extrémité de Badr. Le matin, ils vinrent se rassembler dans la plaine de Badr, de ce côté-ci de la colline. Un groupe d’hommes s’avança vers le bassin du Messager d’Allah — qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix —. Le Prophète — qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix — dit : « Ne les empêchez pas. » On constata par la suite que tous ceux qui, parmi ces hommes, avaient bu de l’eau au bassin du Prophète — qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix — et combattaient contre lui furent tués. Seul Hakim ibn Hizam survécut. Plus tard, Hakim embrassa l’islam et devint un bon musulman. Il avait pour habitude, chaque fois qu’il prêtait serment, de dire : « Par Celui qui m’a sauvé du jour de Badr. »
Après avoir observé le rassemblement des troupes musulmanes, les Quraysh envoyèrent ‘Umayr ibn Wahb al-Jumahi afin d’évaluer leur puissance. ‘Umayr fit un tour, revint et dit : « Les musulmans sont au nombre de trois cents environ, peut-être un peu moins ou un peu plus. Je vais vérifier s’ils disposent de troupes auxiliaires. » Il lança son cheval assez loin, puis revint et dit : « Les musulmans n’ont laissé aucune troupe auxiliaire derrière eux. Cependant, j’ai remarqué une chose : les chameaux de Yathrib ont apporté une mort certaine. Toute leur force repose sur leurs épées. Par Allah, d’après ce que j’ai compris, il semble qu’aucun d’entre eux ne mourra sans avoir tué l’un des vôtres. S’ils tuent vos notables, vous serez privés de compagnons éminents. Agissez donc avec réflexion et prudence. »
À ce moment-là, un autre groupe d’hommes opposés à la guerre s’éleva contre Abou Jahl. Mais Abou Jahl était fermement résolu à combattre. Les opposants à la guerre voulaient retourner à La Mecque sans combattre. Hakim ibn Hizam, par exemple, ne voulait pas la guerre. Il se mit à courir çà et là. Il alla d’abord trouver Utba ibn Rabi‘a et lui dit : « Ô Abou al-Walid, vous êtes l’un des notables des Quraysh, et tous acceptent votre autorité sans discussion. Faites une bonne action ; ainsi, votre nom sera toujours sur les lèvres des gens. » Utba demanda : « Quelle action, Hakim ? » Hakim répondit : « Ramenez tout le monde. Prenez à votre charge l’indemnité du meurtre de votre allié, ‘Amr ibn Hadrami, tué lors de l’expédition de Nakhla. » Utba répondit : « J’accepte. Prends ma garantie. ‘Amr ibn Hadrami était mon allié, et c’est à moi qu’incombe l’indemnité de sa mort. Je compenserai les biens qui ont été détruits. »
Puis Utba dit à Hakim ibn Hizam : « Va voir le fils de Hanzaliya — c’est-à-dire Abou Jahl, dont la mère s’appelait Hanzaliya. C’est lui qui gâte toute chose ; c’est lui qui est à l’origine de l’incitation des gens. »
Alors Utba ibn Rabi‘a se leva et déclara comme dans un discours : « Ô Qurayshites, vous ne tirerez aucun mérite particulier à combattre Muhammad et ses compagnons. Par Dieu, s’ils vous tuent, vous verrez des visages dont vous ne voudriez pas voir les propriétaires morts. Car vous tuerez vos cousins paternels, vos cousins maternels ou d’autres membres de votre propre tribu. Si d’autres Arabes tuent Muhammad et ses compagnons, votre souhait sera exaucé ; mais si une autre situation se présente, souvenez-vous que vous tomberez entre les mains de Muhammad et de ses compagnons, qui n’ont rien oublié de ce qui leur est arrivé autrefois. Allons donc, retournons en arrière et restons neutres. »
Hakim ibn Hizam se rendit auprès d’Abou Jahl et remarqua que celui-ci nettoyait son armure. Hakim lui dit : « Ô Abou al-Hakam, Utba m’a envoyé auprès de vous avec ce message. » Abou Jahl répondit : « Par Dieu, Utba a eu le cœur desséché en voyant Muhammad et ses compagnons. Mais je ne retournerai en aucun cas à La Mecque. Nous n’y retournerons pas avant qu’Allah Très-Haut ait tranché entre Muhammad et nous. Utba n’a dit tout cela que parce qu’il est effrayé par Muhammad et ses compagnons. Son fils se trouve également avec eux ; c’est pourquoi il cherche à vous effrayer à leur sujet. » (Il convient de préciser que le fils d’Utba, Hudhayfa, avait embrassé l’islam bien auparavant, émigré et rejoint Médine.) Lorsqu’Utba apprit qu’Abou Jahl avait dit à son sujet : « Par Dieu, le cœur d’Utba s’est desséché », il déclara : « Abou Jahl saura bientôt de qui le cœur s’est desséché : du mien ou du sien. » Abou Jahl fut effrayé en apprenant la réaction d’Utba. Afin que l’affaire ne s’éternise pas, il fit appeler ‘Amir ibn Hadrami, le frère de ‘Amr ibn Hadrami, tué lors de l’expédition de Nakhla. Lorsque ‘Amir arriva, Abou Jahl lui dit : « Votre allié, Utba, veut ramener les gens, alors même que vous voyez de vos propres yeux l’injustice qui vous a été infligée. Lève-toi donc, proclame haut et fort que vous avez été lésés et que vous êtes les opprimés, et raconte de nouveau à tous le meurtre de vos frères. » À ces mots, ‘Amir se leva, découvrit ses fesses et se mit à crier : « Ô ‘Amr ! Ô ‘Amr ! Ô ‘Amr ! » En entendant ces cris, tout le monde se rassembla et le désir de combattre s’intensifia dans tous les cœurs. Tous jurèrent de se venger des musulmans. L’appel lancé par Utba échoua. Ainsi, la passion l’emporta sur la raison et la tentative d’éviter la guerre échoua. »
Les deux armées face à face
Les non-musulmans sortirent en groupes, et les deux armées commencèrent à se faire face. À ce moment-là, le Messager d’Allah (paix et bénédictions d’Allah sur lui) dit : « Ô Allah, les Qurayshites se sont avancés, dans un orgueil total, pour Te défier et traiter Ton Messager de menteur. Ô Allah, nous avons aujourd’hui le plus grand besoin de l’aide que Tu as promise. Ô Allah, disperse-les aujourd’hui. »
Le Messager d’Allah (paix et bénédictions d’Allah sur lui), voyant Utba sur son chameau rouge, dit : « Si quelqu’un de ce peuple possède quelque bien, c’est le cavalier de ce chameau qui le possède. Si les autres avaient suivi son avis, ils auraient trouvé le droit chemin. »
À ce moment-là, le Messager d’Allah (paix et bénédictions d’Allah sur lui) rangea les musulmans en rangs. Alors se produisit un événement extraordinaire.
Le Prophète (paix et bénédictions d’Allah sur lui) tenait une flèche à la main, à l’aide de laquelle il alignait les rangs. À ce moment-là, la pointe de la flèche toucha légèrement l’abdomen de Sawad ibn Ghaziyya. Celui-ci s’était avancé quelque peu au-delà du rang. « Sawad, tiens-toi droit ! » lui dit-il. Sawad répondit aussitôt : « Ô Messager d’Allah, vous m’avez fait mal ; permettez-moi de me venger. » Le Prophète (paix et bénédictions d’Allah sur lui) releva alors sa tunique au-dessus de son ventre et lui dit : « Vas-y, venge-toi. » Sawad enlaça le bien-aimé Prophète (paix et bénédictions d’Allah sur lui) et embrassa son ventre béni. Le Prophète (paix et bénédictions d’Allah sur lui) lui demanda : « Sawad, qu’est-ce qui t’a poussé à agir ainsi ? » Sawad répondit : « Ô Messager d’Allah, vous avez vu tout ce qui est sur le point de se produire. Mon plus grand désir est que votre proximité soit le dernier souvenir marquant de ma vie. Je souhaite que le contact de mon corps avec votre corps béni soit le dernier événement de ma vie. » En entendant cela, le Prophète (paix et bénédictions d’Allah sur lui) invoqua Allah en faveur de Sawad.
Après avoir aligné les rangs, le Prophète (paix et bénédictions d’Allah sur lui) dit à ses Compagnons que personne ne devait commencer le combat sans en avoir reçu l’ordre de sa part. Le Messager (paix et bénédictions d’Allah sur lui) leur donna ensuite des directives précises sur la tactique de combat. Il dit : « Lorsque les polythéistes s’avanceront en groupe vers vous, tirez-leur des flèches. Veillez à ne pas gaspiller vos flèches » [Sahih al-Bukhari, vol. 2, p. 568]. « Ne brandissez pas vos épées avant qu’ils ne vous aient encerclés » [Sunan Abi Dawud, vol. 2, p. 13]. Puis le Prophète (paix et bénédictions d’Allah sur lui) se rendit au poste de commandement avec Abu Bakr (qu’Allah l’agrée). Sa‘d ibn Mu‘adh (qu’Allah l’agrée), accompagné des soldats chargés de la garde, fut affecté à la protection du bien-aimé Prophète (paix et bénédictions d’Allah sur lui).
De leur côté, les polythéistes se trouvaient dans la situation suivante : Abu Jahl implora Allah de rendre un jugement. Il dit : « Ô Allah, détruis aujourd’hui, parmi nous, le groupe qui a le plus rompu les liens de parenté et commis le plus de fautes. Ô Allah, viens aujourd’hui en aide au groupe qui t’est le plus cher et le plus agréable. » Plus tard, c’est en faisant allusion à ces paroles d’Abu Jahl qu’Allah, le Seigneur des mondes, dit : « Vous demandiez la victoire, et la victoire vous est venue. Si vous cessez, cela sera meilleur pour vous ; mais si vous recommencez, Nous recommencerons aussi, et votre groupe, si nombreux soit-il, ne vous sera d’aucune utilité. Allah est avec les croyants. » (Sourate al-Anfal, verset 19)
Le premier déclencheur de la bataille
Le premier à provoquer cette bataille fut Aswad ibn Abd al-Asad al-Makhzumi. C’était un homme extrêmement pervers et immoral. En sortant sur le champ de bataille, il avait dit : « Je jure par Allah que je boirai l’eau de leur bassin. Si je n’y parviens pas, je détruirai ce bassin ou je donnerai ma vie pour y parvenir. »
Sur ces mots, Aswad s’avança. De son côté, Hamza ibn Abd al-Muttalib, parmi les Compagnons du bien-aimé Prophète (paix et bénédictions d’Allah sur lui), s’avança également. Les deux hommes s’affrontèrent face à face près du bassin. Hamza (qu’Allah l’agrée) frappa de son épée avec une telle force que la jambe d’Aswad le mécréant fut sectionnée sous le genou et séparée de son corps. Il s’effondra lourdement au sol. Le sang jaillit sans interruption de sa jambe tranchée et s’écoula en direction de ses compagnons. Aswad se mit à ramper vers le bassin. Arrivé près de celui-ci, il voulait boire son eau afin d’accomplir son serment. C’est alors que Hamza (qu’Allah l’agrée) le frappa de nouveau. Sous l’effet de ce coup, il tomba dans le bassin et mourut.
Le début de la bataille générale
Le meurtre d’Aswad ibn Abd al-Asad fut le premier événement de la bataille de Badr. Après ce meurtre, le feu de la bataille se propagea. Trois guerriers éminents sortirent des rangs de l’armée qurayshite. Ils appartenaient à la même tribu : les deux fils de Rabi‘a, ‘Utba et Shayba, ainsi que Walid, le fils de ‘Utba. À peine sortis des rangs, ils lancèrent un défi à leurs adversaires. Trois jeunes Ansar s’avancèrent. C’étaient Awf, Mu‘awwidh et Abd Allah ibn Rawaha. Les deux premiers étaient les fils d’al-Harith, et leur mère s’appelait Afra. Les Qurayshites demandèrent : « Quelle est votre identité ? » Ils répondirent : « Nous sommes les Ansar de Médine. » Les Qurayshites dirent : « Vous êtes sans aucun doute des adversaires de haut rang, mais nous n’avons aucun différend avec vous. Nous voulons nos cousins. » Alors les trois jeunes Qurayshites crièrent : « Ô Muhammad, envoie-nous nos proches parents ! » Le Messager (paix et bénédictions d’Allah sur lui) dit : « ‘Ubayda ibn al-Harith, Hamza et Ali, avancez ! » Après leur avancée, les trois jeunes Qurayshites feignirent de ne pas les reconnaître et demandèrent qui ils étaient. Ils se présentèrent. Les trois jeunes Qurayshites dirent : « Oui, vous êtes bien des adversaires de haut rang. » Le combat général commença alors. ‘Ubayda ibn al-Harith (qu’Allah l’agrée) affronta ‘Utba ibn Rabi‘a, Hamza (qu’Allah l’agrée) affronta Shayba, et Ali (qu’Allah l’agrée) affronta Walid ibn ‘Utba [Ibn Hicham, Musnad Ahmad. Le récit d’Abu Dawud présente des variantes. Mishkat, vol. 2, p. 343].
Hamza (qu’Allah l’agrée) et Ali (qu’Allah l’agrée) maîtrisèrent chacun leur adversaire. Mais Ubayda ibn al-Harith (qu’Allah l’agrée) et son adversaire Utba échangèrent des coups et se blessèrent grièvement l’un l’autre. Entre-temps, Hamza et Ali, après avoir achevé leurs adversaires, vinrent au secours d’Ubayda et, se jetant sur Utba, l’achevèrent. Puis ils emportèrent Ubayda. La jambe d’Ubayda (qu’Allah l’agrée) avait été sectionnée et il avait perdu la parole. Il ne put plus prononcer un seul mot. Le quatrième ou le cinquième jour, alors que les musulmans regagnaient Médine et traversaient la plaine de Safra, Ubayda (qu’Allah l’agrée) rendit l’âme. Ali disait que ce verset avait été révélé à leur sujet. Allah Tout-Puissant a dit : « Voici deux factions adverses qui se disputent au sujet de leur Seigneur. » (sourate al-Hajj, verset 19)
Le malheur des polythéistes commença à se manifester. Ils avaient perdu d’un coup trois guerriers éminents. Aveuglés par la colère, ils se jetèrent tous ensemble sur les musulmans.
De leur côté, les musulmans imploraient l’aide de leur Seigneur sublime et affrontaient fermement l’attaque des mécréants. En répétant les mots « Ahad, Ahad », ils lancèrent une contre-attaque contre les mécréants idolâtres et leur infligèrent de lourdes pertes.
L’invocation du Prophète (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui) dans la plaine de Badr
Pendant ce temps, après avoir aligné les rangs des émigrés, le Messager d’Allah (qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix) implorait d’une voix suppliante l’aide d’Allah Tout-Puissant, le Seigneur de l’univers. Il disait : « Ô Allah, accomplis la promesse que Tu nous as faite. Ô Allah, je Te demande l’aide que Tu nous as promise. »
Après le début de la violente bataille entre les deux camps, le Messager d’Allah (qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix) adressa cette invocation à Allah : « Ô Allah, Seigneur de l’univers, si ce groupe de musulmans est anéanti aujourd’hui, il ne restera personne sur terre pour T’adorer. Ô Allah, veux-Tu qu’après aujourd’hui personne ne T’adore jamais plus ? »
Le Messager d’Allah (qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix) formulait cette invocation avec une humilité extrême et d’une voix suppliante. À un moment de ses supplications, son manteau tomba de ses deux épaules. Abou Bakr (qu’Allah l’agrée) remit en place le manteau du Prophète (qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix) et lui dit : « Ô Messager d’Allah, arrêtez maintenant. Vous avez imploré votre Seigneur avec une supplication des plus ferventes. » Pendant ce temps, Allah Tout-Puissant ordonna aux anges : « Souvenez-vous lorsque ton Seigneur révéla aux anges : “Je suis avec vous. Affermissez donc les croyants. Je jetterai la terreur dans le cœur de ceux qui mécroient. Frappez-les donc au cou et frappez-les sur tous les membres.” » (sourate al-Anfal, verset 12)
Pendant ce temps, Allah Tout-Puissant révéla à Son Prophète bien-aimé, le Messager d’Allah (qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix) : « Je vous aiderai avec mille anges qui se succéderont les uns aux autres. » (sourate al-Anfal, verset 9)
La descente des anges
À ce moment-là, l’ange Jibrîl (sur lui la paix) vint auprès du Messager d’Allah (qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix). Celui-ci leva soudain la tête et dit : « Abou Bakr, réjouis-toi : Jibrîl est arrivé, il est arrivé au milieu de la poussière. » Selon le récit d’Ibn Ishaq, le Prophète (qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix) dit : « Abou Bakr, réjouis-toi : le secours d’Allah est arrivé auprès de vous. » Jibrîl avançait devant le cheval en tenant ses rênes, tandis que la poussière s’élevait.
Ensuite, le Prophète (qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix) sortit de la chambre. Il portait son armure. Tout en avançant avec exaltation, il disait : « Cette troupe sera bientôt vaincue et prendra la fuite en tournant le dos. » (Sourate Al-Qamar, verset 45)
Puis, au moment de jeter une poignée de poussière sur les mécréants, le Prophète (qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix) dit : « Shāhat al-wujūh », c’est-à-dire : « Que leurs visages soient couverts de poussière. » Après avoir prononcé ces mots, il jeta la poussière sur les mécréants. Cette poussière pénétra dans les yeux, la bouche, le nez et la gorge de chacun d’eux. Aucun ne fut épargné. À ce sujet, Allah Très-Haut dit : « Ce n’est pas toi qui as lancé lorsque tu as lancé, mais c’est Allah qui a lancé. » (Sourate Al-Anfāl, verset 17)
La contre-attaque
Ensuite, le Messager d’Allah (qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix) ordonna la contre-attaque et exhorta les musulmans au combat en disant : « Avancez ! Je jure par Celui dans la main duquel se trouve l’âme de Muhammad que quiconque, parmi vous, combattra ces gens avec fermeté, considérant cela comme une bonne œuvre, sans reculer, puis mourra, Allah lui accordera certainement le Paradis. » Pour les encourager à combattre les mécréants, le Prophète (qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix) dit également : « Levez-vous pour gagner ce Paradis dont l’horizon et l’étendue sont égaux à ceux des cieux et de la terre. » En entendant ces paroles du Prophète (qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix), Umayr ibn al-Hammām dit : « Magnifique, magnifique ! » Le Prophète (qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix) lui demanda pourquoi il avait dit cela. Il répondit : « Ô Messager d’Allah, ce n’est pas pour une autre raison ; j’espérais seulement pouvoir moi aussi compter parmi les habitants de ce Paradis. » Le noble Prophète (qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix) lui dit : « Tu comptes toi aussi parmi les habitants de ce Paradis. » Umayr ibn al-Hammām sortit alors quelques dattes et commença à les manger. Soudain, il s’écria avec enthousiasme : « Il faudrait beaucoup de temps pour manger ces dattes. Pourquoi prolonger ma vie à ce point ? » Sur ces mots, il jeta les dattes et tomba en martyr en combattant les infidèles.
Lorsque le Messager d’Allah (qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix) ordonna la contre-attaque, l’intensité de l’assaut ennemi diminua. Leur ardeur et leur enthousiasme faiblirent également. Cela contribua à renforcer la position des musulmans. En effet, lorsque les nobles Compagnons reçurent l’ordre de contre-attaquer et que leur enthousiasme atteignit son apogée, ils lancèrent une attaque d’une grande violence. Ils mirent alors les rangs des mécréants en désordre et avancèrent en leur tranchant la tête. En voyant le Messager d’Allah (qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix) lui-même arriver sur le champ de bataille revêtu de son armure, l’enthousiasme des Compagnons s’accrut davantage. Le Prophète (qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix) avait dit : « Ils seront bientôt vaincus et s’enfuiront en tournant le dos. »
Inspirés par le Prophète (qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix), les Compagnons combattirent avec une bravoure immense. À ce moment-là, les anges aidèrent également les musulmans [Muslim, vol. 2, p. 139 ; Mishkāt, vol. 2, p. 331].
Selon le récit d’Ibn Sa’d, rapporté d’après ‘Ikrima (qu’Allah l’agrée), ce jour-là, des têtes humaines tombaient tranchées, sans qu’il fût possible de savoir qui les avait coupées. On voyait également des mains humaines gisant séparées du corps, sans savoir qui les avait tranchées.
‘Abdullah ibn ‘Abbas (qu’Allah l’agrée) rapporte qu’un musulman ansarite poursuivait un polythéiste. Soudain, on entendit sur le polythéiste le bruit de coups de fouet, tandis qu’une voix disait : « Va, avance ! » Le Compagnon vit alors le polythéiste tomber face contre terre. Son nez et sa bouche portaient des traces de coups, et son visage était ensanglanté. Il était évident qu’il avait été frappé avec un fouet, mais on ne voyait pas celui qui le frappait. Le Compagnon ansarite raconta cet événement au Messager d’Allah (qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix). Le Prophète (qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix) lui dit : « Tu as dit vrai. C’était l’aide du troisième ciel. » [Muslim, vol. 2, p. 93]
Abû Dâwûd al-Mâzinî raconte : « Je poursuivais un polythéiste pour le tuer. Avant même que mon épée n’atteigne son cou, sa tête tranchée roula à terre. Je compris alors que ce mécréant avait été tué par quelqu’un d’autre. »
Un Ansarite amena prisonnier ‘Abbâs ibn ‘Abd al-Muttalib. À cette époque, ‘Abbâs n’avait pas encore embrassé l’islam. Il dit : « Par Allah, ce n’est pas cet homme qui m’a fait prisonnier. C’est un homme au crâne rasé qui m’a capturé. Cet homme d’une grande beauté était monté sur un cheval tacheté. Or, cet homme ne se trouve maintenant parmi aucun de ces gens. » L’Ansarite dit : « Ô Messager d’Allah, c’est pourtant moi qui l’ai capturé. » Le Messager d’Allah (qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix) lui dit : « Tais-toi. Allah vous a aidés par l’intermédiaire d’un ange noble. »
La fuite d’Iblîs du champ de bataille
Il a été mentionné précédemment que le maudit Iblîs était venu sous l’apparence de Suraqa ibn Mâlik ibn Ju‘shum al-Mudlijî. Il ne s’était pas encore séparé des polythéistes. Mais, voyant les anges se dresser contre les païens, il se mit à fuir précipitamment. Al-Hârith ibn Hishâm le rattrapa, pensant qu’il s’agissait réellement de Suraqa ibn Mâlik. Mais Iblîs lui asséna un violent coup de poing à la poitrine, et il tomba à terre. Entre-temps, Iblîs s’enfuit. Les polythéistes se mirent à dire : « Où vas-tu, Suraqa ? N’avais-tu pas dit que tu nous aiderais et que tu ne nous quitterais pas ? » Suraqa répondit : « Je vois quelque chose que vous ne voyez pas. Je crains Allah, car Il inflige un châtiment sévère. » Puis Iblîs alla se cacher dans la mer.
La défaite des mécréants
En peu de temps, les signes manifestes de l’échec et du désespoir apparurent dans l’armée des non-musulmans. Sous les assauts puissants des musulmans, ils furent mis en déroute. L’issue de la bataille devint évidente. Les mécréants quraychites commencèrent à battre en retraite et le désespoir envahit leurs cœurs. Les musulmans tuaient certains d’entre eux, en blessaient d’autres et en capturaient d’autres encore. Ainsi, les mécréants subirent une défaite manifeste.
Voyant les mécréants quraychites se disperser, Abou Jahl, le chef des scélérats, tenta de résister à cette déroute. Pour encourager ses partisans, il se mit à crier : « Que la fuite de ces jeunes gens ne vous fasse pas perdre courage. Ces jeunes gens étaient de connivence avec Muhammad. Ne perdez pas courage en voyant Utba, Chayba et Walid tués. Ils se sont précipités. Par Lat et al-Uzza, nous ne repartirons pas avant de les avoir ligotés. Écoutez, ne tuez aucun d’entre eux ; saisissez-les plutôt. Ensuite, nous leur ferons goûter les conséquences de leurs activités néfastes. »
Abou Jahl ne tarda pas à subir les conséquences de son arrogance. En effet, peu après, leur dispersion apparut clairement face à la contre-attaque des musulmans. Abou Jahl se trouvait encore encerclé avec quelques-uns de ses partisans. Autour du chef des scélérats, Abou Jahl, se dressait une garde de flèches et d’épées. L’assaut furieux des combattants musulmans mit cette garde en pièces. Les musulmans remarquèrent qu’Abou Jahl était à cheval. Sa mort s’approchait alors pas à pas.
L’assassinat d’Abou Jahl
Le vénérable Abd al-Rahman ibn Awf, qu’Allah l’agrée, raconte : « Le jour de la bataille de Badr, je me trouvais dans les rangs des musulmans. Soudain, je remarquai deux jeunes Ansar, l’un à ma droite et l’autre à ma gauche. Je me demandais ce qu’ils faisaient là, lorsqu’un d’eux me dit discrètement : “Mon oncle, montrez-nous qui est Abou Jahl.” Je répondis : “Mon neveu, que veux-tu faire de lui ?” Il dit : “J’ai entendu dire qu’Abou Jahl insultait le Noble Prophète, que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui. Par Celui qui tient mon âme entre Ses mains, si nous apercevons Abou Jahl, nous ne nous séparerons pas de lui jusqu’à ce que lui ou nous mourions, selon celui dont la mort a été décrétée en premier.” Abd al-Rahman, qu’Allah l’agrée, dit : “Cette réponse m’étonna. L’autre jeune Ansar me dit discrètement la même chose. Quelques instants plus tard, j’aperçus Abou Jahl qui se déplaçait parmi les gens. Je dis aux deux jeunes Ansar : ‘Voilà votre proie, celui au sujet duquel vous m’avez interrogé.’ Dès qu’ils entendirent ces mots, les deux jeunes Ansar se jetèrent sur Abou Jahl et le tuèrent. Puis ils vinrent tous deux auprès du Noble Prophète, que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui. Le Prophète demanda : ‘Lequel d’entre vous a tué Abou Jahl ?’ Tous deux répondirent : ‘C’est moi ! C’est moi !’ Le Prophète demanda : ‘Avez-vous essuyé le sang de vos épées ?’ Ils répondirent : ‘Non, nous ne l’avons pas essuyé.’ Après avoir examiné leurs deux épées, le Prophète dit : ‘Vous l’avez tué tous les deux.’ Le Noble Prophète, que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui, remit toutefois les effets abandonnés d’Abou Jahl à Maïz ibn Amr Jamuh. Les deux jeunes gens s’appelaient Maïz ibn Amr Jamuh et Maouaz ibn Afra. [Sahih al-Boukhari, t. 1, p. 444 ; t. 2, p. 568 ; Mishkat, t. 2, p. 352. D’autres récits mentionnent le nom du second jeune homme comme étant Maouaz ibn Afra. Ibn Hicham, t. 1, p. 635. Les effets abandonnés d’Abou Jahl furent remis à l’un d’eux parce que Maïz ou Maouaz ibn Afra fut par la suite martyrisé au cours de cette bataille. L’épée d’Abou Jahl fut remise au vénérable Abdullah ibn Mas‘ud, car c’est lui qui avait séparé la tête d’Abou Jahl de son corps. Voir les Sunan d’Abou Dawoud, t. 2, p. 373.] »
Ibn Ishaq rapporte que Maïz ibn Amr ibn Jamuh a dit : « Abou Jahl se trouvait au milieu d’une garde impénétrable de mécréants armés de flèches et d’épées. Les mécréants disaient que personne ne devait pouvoir atteindre Abou Jahl. En entendant cela, je repérai Abou Jahl et me tins près de lui. Dès que j’en eus l’occasion, je l’attaquai. Je le frappai si violemment que sa jambe fut tranchée sous le genou et séparée de son corps. Sa jambe vola comme une datte tombée d’un palmier. Alors que je frappais Abou Jahl, son fils Ikrima me porta de l’autre côté un coup d’épée à hauteur de l’épaule. Il m’était devenu difficile de continuer à combattre. Je laissai mon bras coupé derrière moi et maniai l’épée de l’autre main. Cela aussi était très difficile. Je plaçai alors la partie sectionnée de mon bras sous mon pied et, d’un mouvement brusque, la séparai de ma main. [Le vénérable Maïz ibn Amr Jamuh, qu’Allah l’agrée, resta en vie jusqu’au califat d’Uthman, qu’Allah l’agrée.] » Puis il porta à Abou Jahl un coup si violent que l’ennemi d’Allah et de Son Messager, que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui, s’effondra sur place. Abou Jahl n’avait pas encore rendu son dernier souffle ; il respirait toujours. Ensuite, le vénérable Maouaz ibn Afra fut martyrisé en combattant.
Après la fin de la bataille, le Messager, que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui, dit : « Allez voir ce qu’est devenu Abou Jahl. » Les Compagnons se mirent alors à rechercher Abou Jahl.
Le vénérable Abdullah ibn Mas‘ud, qu’Allah l’agrée, trouva Abou Jahl dans un état où il respirait encore. Il posa son pied sur son torse et, le saisissant par la barbe pour lui couper la tête, lui dit : « Ô ennemi d’Allah, Allah t’a finalement humilié et couvert de honte, n’est-ce pas ? » Abou Jahl répondit : « Comment m’a-t-Il humilié ? Existe-t-il un homme plus éminent que celui que vous avez tué ? Qui donc est plus grand que lui ? Ah ! Si seulement quelqu’un d’autre qu’un jeune homme m’avait tué ! » Puis il ajouta : « Dis-moi donc, qui a remporté la victoire aujourd’hui ? » Le vénérable Abdullah ibn Mas‘ud, qu’Allah l’agrée, répondit : « Allah et Son Messager. » Abdullah ibn Mas‘ud, qu’Allah l’agrée, maintenait son pied sur l’épaule d’Abou Jahl. Celui-ci lui dit : « Ô berger de chèvres, te voilà arrivé bien haut ! » Il convient de préciser que le vénérable Abdullah ibn Mas‘ud, qu’Allah l’agrée, gardait des chèvres à La Mecque.
Après cet échange, Abdullah ibn Mas‘ud, qu’Allah l’agrée, trancha la tête d’Abou Jahl et la présenta au Messager, que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui, en disant : « Ô Messager d’Allah, voici la tête de l’ennemi d’Allah, Abou Jahl. » Le Prophète, que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui, dit : « Oui, c’est bien lui. Par Allah, en dehors duquel il n’y a aucune divinité, oui, c’est vrai ; en dehors de Lui, il n’y a aucune divinité. Oui, c’est vrai ; en dehors de Lui, il n’y a aucune divinité. » Puis le Prophète, que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui, dit : « Allah est sublime. Toute louange Lui est due. Il a rendu véridique Sa promesse, aidé Ses serviteurs et, à Lui seul, vaincu toutes les factions. »
Le Prophète et Messager — que Dieu le bénisse et lui accorde la paix — dit ensuite : « Allons. Montrez-moi son cadavre. » Nous conduisîmes le Prophète et Messager — que Dieu le bénisse et lui accorde la paix — auprès du cadavre d’Abû Jahl. Il dit : « Voilà le Pharaon de cette communauté. »
Quelques signes étonnants de la foi
Nous avons déjà mentionné les actes propres à raviver la foi d’‘Umayr ibn Hammâm et de ‘Awf ibn al-Hârith ibn ‘Afrâ’. En réalité, au cours de cette expédition, on put observer à chaque pas des scènes où la force de la foi et la maturité des principes se manifestaient pleinement. Au cours de cette expédition, pères et fils se trouvèrent face à face, de même que frères contre frères. Pour défendre les principes, les épées furent tirées du fourreau, et les opprimés et les persécutés affrontèrent les injustes et les tyrans, éteignant ainsi le feu de leur colère. Ainsi :
1) ‘Abdullâh ibn ‘Abbâs (que Dieu l’agrée) rapporte que le Prophète et Messager — que Dieu le bénisse et lui accorde la paix — dit à ses Compagnons : « Je sais que des hommes de plusieurs tribus, notamment des Banû Hâshim, ont été amenés de force sur le champ de bataille. Ils n’ont rien à voir avec notre guerre. Que personne ne tue donc un homme des Banû Hâshim s’il tombe entre ses mains. Si Abû al-Bakhtarî ibn Hishâm tombe entre les mains de quelqu’un, qu’il ne le tue pas. Si al-‘Abbâs ibn ‘Abd al-Muttalib est capturé, qu’il ne soit pas tué non plus, car il a été amené de force. » En entendant cela, Abû Hudhayfa (que Dieu l’agrée), fils de ‘Utba, dit : « Nous tuerons nos propres pères, nos fils, nos frères et les membres de notre tribu, mais nous épargnerons al-‘Abbâs ? Par Dieu, si je le rencontre face à face, je lui ferai porter les rênes de l’épée. » Lorsque cette parole parvint au Prophète et Messager — que Dieu le bénisse et lui accorde la paix —, il dit à ‘Umar ibn al-Khattâb (que Dieu l’agrée) : « Frappe-t-on même le visage de l’oncle du Messager de Dieu avec une épée ? » ‘Umar (que Dieu l’agrée) répondit : « Ô Messager de Dieu, laissez-moi faire : je vais trancher le cou de cet homme, car il est devenu hypocrite. »
Plus tard, Hudhayfa (que Dieu l’agrée) disait : « À cause de ce que j’avais dit ce jour-là, je n’ai jamais trouvé de réconfort ni pu être tranquille. J’éprouvais constamment de la peur. Je pensais seulement que mon martyre pourrait être l’expiation de cette parole inconsidérée prononcée ce jour-là. Finalement, Hudhayfa (que Dieu l’agrée) tomba en martyr lors de la bataille de Yamâma. »
2) Il fut ordonné de ne pas tuer Abû al-Bakhtarî parce qu’à La Mecque, cet homme n’avait jamais causé le moindre tort au Prophète et Messager — que Dieu le bénisse et lui accorde la paix. De sa part, on n’avait jamais entendu aucune parole désagréable contre l’islam, contre Dieu ou contre Son bien-aimé Messager — que Dieu le bénisse et lui accorde la paix. En outre, il comptait parmi ceux qui avaient œuvré à faire lever le boycott imposé aux Banû Hâshim et aux Banû al-Muttalib.
3) Malgré toutes ces qualités, il se retrouva face à Mujadhdhir ibn Ziyâd al-Balawî le jour de Badr. Abû al-Bakhtarî était également accompagné d’un compagnon. Tous deux combattaient côte à côte. En voyant Abû al-Bakhtarî, Mujadhdhir lui dit : « Ô Abû al-Bakhtarî, le Prophète et Messager — que Dieu le bénisse et lui accorde la paix — a interdit de te tuer. » Abû al-Bakhtarî répondit : « Par Dieu, dans ce cas, nous mourrons tous les deux. » Puis tous deux engagèrent le combat contre Mujadhdhir. Mujadhdhir (que Dieu l’agrée) fut contraint de les tuer tous les deux.
4) Depuis l’époque de l’Ignorance à La Mecque, ‘Abd al-Rahmân ibn ‘Awf (que Dieu l’agrée) et Umayya ibn Khalaf étaient liés par une profonde amitié. Le jour de la bataille de Badr, Umayya se tenait debout en tenant la main de son fils ‘Alî. ‘Abd al-Rahmân ibn ‘Awf (que Dieu l’agrée) passait devant lui. Il emportait plusieurs cuirasses prises aux ennemis. Umayya lui dit : « Puis-je t’être utile ? Je vaux mieux que tes cuirasses. Je n’ai jamais vu une scène pareille à celle d’aujourd’hui. N’avez-vous pas besoin de chamelles laitières ? » C’est-à-dire : « Celui qui me capturera recevra de moi, en guise de rançon ou de fidya, de nombreuses chamelles laitières. » En entendant cela, ‘Abd al-Rahmân jeta les cuirasses et avança en capturant Umayya et son fils ‘Alî.
Ḥaḍrat ʿAbd al-Raḥmān (qu’Allah l’agrée) rapporte : « J’avançais entre Oumayya et son fils lorsqu’Oumayya demanda : “Qui était donc, parmi vous, l’homme qui portait des plumes d’autruche fixées sur sa poitrine ?” Je répondis : “C’était Ḥamza ibn ʿAbd al-Muṭṭalib.” Oumayya ibn Khalaf dit alors : “C’est cet homme qui a causé notre ruine.”
Ḥaḍrat ʿAbd al-Raḥmān (qu’Allah l’agrée) rapporte : « J’emmenais tous deux lorsque Ḥaḍrat Bilāl (qu’Allah l’agrée) aperçut Oumayya avec moi. Il convient de rappeler qu’à La Mecque, Oumayya avait cruellement persécuté Ḥaḍrat Bilāl (qu’Allah l’agrée). En voyant Oumayya, il s’écria : “Ô Oumayya ibn Khalaf, chef des mécréants, soit je survivrai, soit ce sera lui !” Puis il cria à pleine voix : “Ô auxiliaires d’Allah, voici Oumayya ibn Khalaf, le chef de la mécréance ! Cette fois, soit je resterai en vie, soit ce sera lui !” Ḥaḍrat ʿAbd al-Raḥmān (qu’Allah l’agrée) poursuit : « Entre-temps, les hommes nous avaient encerclés. J’essayais de le protéger, mais un Compagnon leva son épée et frappa à la jambe ʿAlī, le fils d’Oumayya. Il s’effondra aussitôt. Oumayya poussa alors un cri si puissant que je n’en avais jamais entendu de pareil. Je lui dis : “Fuis, fuis !” Mais aujourd’hui, il n’y a aucun moyen de fuir. Par Dieu, je ne pourrai rien faire pour toi aujourd’hui. »
Ḥaḍrat ʿAbd al-Raḥmān ibn ʿAwf (qu’Allah l’agrée) rapporte : « Les Compagnons, emportés par l’excitation, encerclèrent Oumayya et son fils ʿAlī et les tuèrent à coups répétés. » Puis ʿAbd al-Raḥmān (qu’Allah l’agrée) déclara : « Qu’Allah fasse miséricorde à Ḥaḍrat Bilāl ! Mes armures ont également été perdues, et concernant les prisonniers que j’avais capturés, il m’a fait prendre une autre direction. »
L’érudit Ibn Qayyim écrit dans Zād al-Maʿād : « Ḥaḍrat ʿAbd al-Raḥmān ibn ʿAwf (qu’Allah l’agrée) dit à Oumayya ibn Khalaf : “Accroupis-toi et assieds-toi.” Il s’assit. Ḥaḍrat ʿAbd al-Raḥmān se pencha alors sur le corps d’Oumayya pour le couvrir et le protéger. Mais les Compagnons le tuèrent en frappant Oumayya de leurs épées par-dessous. Le coup d’épée d’un Compagnon trancha également la jambe de Ḥaḍrat ʿAbd al-Raḥmān ibn ʿAwf [Zād al-Maʿād, vol. 2, p. 89 ; Ṣaḥīḥ al-Bukhārī, Kitāb al-Wakāla, vol. 1, p. 308. Cet événement y est rapporté avec davantage de détails]. »
4) Ḥaḍrat ʿUmar ibn al-Khaṭṭāb (qu’Allah l’agrée) tua son oncle maternel, al-ʿĀṣ ibn Hishām ibn al-Mughīra.
5) Ḥaḍrat Abū Bakr al-Ṣiddīq (qu’Allah l’agrée) appela son fils ʿAbd al-Raḥmān, qui était alors polythéiste, et lui dit : « Espèce de scélérat, où sont mes armes ? » ʿAbd al-Raḥmān répondit : « Il ne reste rien, si ce n’est l’équipement, le cheval rapide et cette épée qui met fin aux égarements de la vieillesse. »
6) Alors que les musulmans capturaient les polythéistes, le Messager d’Allah (qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix) se trouvait dans la tente qui lui avait été préparée. Ḥaḍrat Saʿd ibn Muʿādh (qu’Allah l’agrée) montait la garde, l’épée levée. Le Messager d’Allah (qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix) remarqua que le visage de Ḥaḍrat Saʿd (qu’Allah l’agrée) était assombri. Il lui dit : « Saʿd, il me semble que les actions des musulmans ne te plaisent pas. » Il répondit : « Oui, ô Messager d’Allah. C’est notre première bataille contre les non-musulmans. Allah Tout-Puissant nous en a donné l’occasion. Je pense donc qu’il est préférable de les tuer plutôt que de laisser les polythéistes en vie ; il faut les exterminer. »
7) Au cours de cette bataille, l’épée de Ḥaḍrat ʿUkāsha ibn Miḥṣan al-Asadī se brisa. Il se présenta devant le Prophète (qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix), qui lui donna un morceau de bois en disant : « ʿUkāsha, combats avec ceci. » Dès que ʿUkāsha redressa ce morceau de bois avec sa main, il se transforma en une épée tranchante et étincelante. Il se mit alors à combattre avec cette épée. Entre-temps, les musulmans remportèrent la victoire. Cette épée fut appelée « ʿAwn », c’est-à-dire « secours ». Elle resta auprès de Ḥaḍrat ʿUkāsha, qui l’utilisa dans diverses batailles. À l’époque de Ḥaḍrat Abū Bakr al-Ṣiddīq (qu’Allah l’agrée), il tomba en martyr en combattant les apostats. Même à ce moment-là, l’épée se trouvait auprès de lui.
Huitièmement) Après la bataille, Hazrat Mus‘ab ibn ‘Umayr al-‘Abdari (qu’Allah l’agrée) passait près de son frère Abou ‘Uzayr ibn ‘Umayr al-‘Abdari. Abou ‘Uzayr combattait contre les musulmans. À ce moment-là, un compagnon ansari lui coupa la main. Hazrat Mus‘ab dit à ce compagnon : « Sers-toi de cet homme pour raffermir ta prise. Sa mère est très riche. Elle te donnera probablement une bonne rançon. » Abou ‘Uzayr dit alors à son frère Mus‘ab : « Est-ce là ton testament à mon sujet ? » Hazrat Mus‘ab (qu’Allah l’agrée) répondit : « Oui, tu ne l’es pas ; c’est plutôt cet Ansari qui est mon frère. »
Neuvièmement) Lorsque l’ordre fut donné de jeter les corps des polythéistes dans le puits, on traînait le corps de ‘Utbah ibn Rabî‘ah vers le puits. À ce moment-là, le Messager d’Allah (qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix) regarda le visage de Hudhayfah, le fils de ‘Utbah. Il remarqua qu’Abou Hudhayfah était profondément accablé et avait l’air complètement bouleversé. Le Prophète, le Messager d’Allah (qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix), lui dit : « Hudhayfah, tu ressens probablement de la peine au sujet de ton père ? » Il répondit : « Oui, ô Messager d’Allah. Je ne ressens dans mon cœur aucun frémissement au sujet de mon père ni de son meurtre. Mais je pensais que mon père possédait intelligence, discernement et clairvoyance. C’est pourquoi j’espérais qu’en raison de son intelligence, de son jugement et de sa clairvoyance, il chercherait refuge sous l’ombre de l’islam. Mais maintenant, en voyant son destin et en le voyant terminer sa vie dans la mécréance, j’en suis profondément attristé. » Le Messager d’Allah (qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix) invoqua Allah en faveur de Hazrat Hudhayfah (qu’Allah l’agrée) et fit de lui un éloge.
Nombre de victimes dans les deux camps
La bataille de Badr s’acheva par la victoire des musulmans et la défaite des mécréants. Quatorze musulmans furent martyrisés au cours de cette bataille : six parmi les Muhadjirûn et huit parmi les Ansar. Les mécréants subirent de lourdes pertes : soixante-dix d’entre eux furent tués et soixante-dix faits prisonniers. Il s’agissait de notables et de chefs de tribu.
Après la bataille, le Prophète, le Messager d’Allah (qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix), se tint auprès des tués et dit : « Vous étiez tous des notables. Vous n’avez pas cru en moi, alors que beaucoup ont cru en moi. Vous m’avez laissé seul et sans soutien, alors que beaucoup m’ont aidé. Vous m’avez expulsé, alors que beaucoup m’ont accordé l’hospitalité. » Puis le Prophète, le Messager d’Allah (qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix), ordonna que les corps des tués soient traînés et jetés dans un puits de Badr.
Il est rapporté de Hazrat Abou Talhah (qu’Allah l’agrée) que, sur l’ordre du Prophète, du Messager d’Allah (qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix), les corps de vingt-quatre grands chefs des Quraysh furent jetés, le jour de Badr, dans un puits malpropre de Badr. À cette époque, lorsqu’on remportait la victoire sur un peuple, on passait trois jours sur le champ de bataille. Après avoir passé trois jours sur le terrain de Badr, on fixa une selle sur la monture du Prophète, du Messager d’Allah (qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix). Ensuite, il se mit à marcher à pied et les compagnons le suivirent. Soudain, il s’arrêta au bord du puits. Puis il se mit à s’adresser à diverses personnes en disant : « Ô fils d’untel, ô fils d’untel, n’aurait-il pas été meilleur pour vous d’obéir à Allah le Très-Haut et à Son Messager (qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix) ? Nous avons constaté la véracité de la promesse qu’Allah le Très-Haut nous avait faite. Avez-vous, vous aussi, constaté la véracité de la promesse faite par notre Seigneur ? » Hazrat ‘Umar (qu’Allah l’agrée) demanda : « Ô Messager d’Allah, parlez-vous à des corps qui n’ont plus d’âme ? » Le Prophète (qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix) répondit : « Par Celui qui tient l’âme de Muhammad entre Ses mains, vous n’entendez pas mieux que ceux-ci ce que je dis. » Une autre version rapporte : « Vous n’êtes pas plus capables d’entendre qu’eux. Mais ils ne peuvent pas répondre. » [Boukhari, Muslim, Mishkat, vol. 2, p. 345]
La nouvelle de la défaite à La Mecque
Après leur défaite, les polythéistes de La Mecque s’enfuirent vers La Mecque, dans la confusion et la plus grande frayeur. Accablés de honte, ils se retrouvèrent si désemparés qu’ils ne savaient pas comment entrer à La Mecque.
Ibn Ishaq raconte que le premier homme à entrer à La Mecque en annonçant la nouvelle de la défaite des Qurayshites s’appelait Haythuman ibn Abdallah al-Khuzaï. Les gens l’interrogèrent sur ce qui s’était passé. Il répondit : « Utba ibn Rabia, Shayba ibn Rabia, Abou al-Hakam ibn Hicham, Umayya ibn Khalaf et plusieurs autres chefs ont été tués. » En entendant les noms des principaux Qurayshites parmi les morts, Safwan ibn Umayya, qui était assis dans le hatîm de la Kaaba, dit : « Regardez donc : les trois sont assis dans le hatîm de la Kaaba. Par Dieu, j’ai vu de mes propres yeux le père de l’un d’eux et son frère être tués. »
Abou Rafi, l’esclave de l’Envoyé de Dieu ﷺ, raconte : « À cette époque, j’étais l’esclave d’Abbas. L’islam était entré dans notre famille. Abbas (رضي الله عنه) avait embrassé l’islam, et moi aussi je m’étais converti. Abbas avait gardé secrète sa conversion. Abou Lahab n’avait pas participé à la bataille de Badr. Lorsqu’il apprit la victoire des musulmans à Badr, Abou Lahab s’effondra de chagrin. Nous ressentîmes une force et un honneur nouveaux. J’étais un homme de faible constitution. Je fabriquais des flèches. Assis dans la chambre de Zamzam, j’en affinai les pointes. Ce jour-là, je fabriquais mes flèches avec application. Umm al-Fadl était assise près de moi. Nous étions très heureux d’avoir appris la victoire. C’est alors qu’Abou Lahab arriva en traînant les pieds, comme s’il boitait, et s’assit près de la chambre. Son dos était tourné vers le mien. À ce moment-là, Abou Sufyan ibn Harb ibn Abd al-Muttalib arriva. Abou Lahab lui dit : “Viens près de moi, je te le demande au nom de ma vie : tu as des nouvelles.” Abou Sufyan vint s’asseoir devant Abou Lahab. Plusieurs personnes restèrent debout. Abou Lahab dit : “Parle, mon neveu, quelles nouvelles des gens ?” Abou Sufyan répondit : “Rien de bon. Nous avons affronté ces gens et nous nous sommes livrés entre leurs mains. Ils nous tuaient comme bon leur semblait et nous capturaient comme bon leur semblait. Par Dieu, malgré cela, je ne blâme pas ces gens. En réalité, nous avons affronté des hommes qui montaient des chevaux pie, entre le ciel et la terre. Par Dieu, ils ne laissaient rien échapper, et rien ne pouvait leur résister.” »
Abou Rafi poursuit : « Je soulevai de mes propres mains le bord de la tente, puis je dis : “Par Dieu, c’étaient des anges !” En entendant cela, Abou Lahab me gifla violemment au visage. Je m’accrochai à lui. Il me souleva et me jeta à terre, puis se mit à me frapper. J’étais faible. Entre-temps, Umm al-Fadl se leva et se mit à frapper Abou Lahab avec un morceau de bois de la tente. Abou Lahab fut blessé. Tout en le frappant, Umm al-Fadl lui disait : “Parce qu’il n’a personne pour le protéger, tu le prends pour un faible ?” Humilié, Abou Lahab se leva et partit. Sept jours seulement après cet événement, Abou Lahab contracta la peste et mourut de cette maladie. En Arabie, les bubons de la peste étaient considérés comme de très mauvais augure. Après sa mort, le cadavre d’Abou Lahab resta abandonné pendant trois jours ; même ses enfants ne s’en approchèrent pas. Personne ne s’occupa de son enterrement. Au bout de trois jours, ses enfants se dirent que, s’ils laissaient ainsi le cadavre, les autres les blâmeraient et les critiqueraient. Ils le poussèrent alors dans une fosse à l’aide de perches, puis en bouchèrent l’entrée en y lançant des pierres de loin. »
Lorsque la nouvelle de la défaite des Qurayshites à la bataille de Badr parvint à La Mecque, leur humeur se dégrada. Ils n’organisèrent aucune cérémonie de deuil en mémoire des morts. Ils pensaient que cela donnerait aux musulmans l’occasion de les critiquer. Or ils ne voulaient en aucune façon offrir aux musulmans une occasion de les critiquer.
Voici une anecdote amusante. Trois fils d’Aswad ibn Abd al-Muttalib furent tués à la bataille de Badr. C’est pourquoi il voulait pleurer en leur mémoire. Aswad était aveugle. Une nuit, il entendit les pleurs d’une femme qui se lamentait. En entendant cette voix, Aswad envoya rapidement son esclave auprès de cette femme pour se renseigner et lui demander si l’autorisation de se lamenter avait été donnée. « Les Qurayshites pleurent-ils leurs morts ? Alors je pleurerais au moins Abou Hakima parmi mes trois fils, car ma poitrine brûle de chagrin. » L’esclave revint et lui dit qu’elle se lamentait au sujet de son chameau égaré. En entendant cela, Aswad ne put se contenir et se mit à réciter les vers suivants :
Cette femme pleure : hélas, son chameau s’est égaré ; de chagrin pour son chameau, elle ne ferme donc pas l’œil de la nuit.
Ne pleure pas ton chameau, même s’il s’est égaré ; pleure en pensant à Badr, ô toi dont le destin est maudit.
Hassîs, Makhzoum et Abou Walid étaient la vie de la tribu ; verse des larmes pour Aqil et pour Harith.
Ils étaient des tigres parmi les tigres, ils étaient des héros.
Après avoir cité leurs noms à tous, pleure pourtant pour eux ; qui donc, Hakima ? Hélas, comment pourrais-je l’expliquer ?
Le deuil d’Abou Hakima ne saurait en aucune façon égaler le sien ; un homme inconnu est aujourd’hui devenu chef sur le champ de Badr.
La bonne nouvelle de la victoire arrive à Médine
Après la victoire complète des musulmans, le Prophète bien-aimé, que Dieu le bénisse et lui accorde la paix, envoya des messagers afin d’annoncer rapidement la bonne nouvelle aux habitants de Médine. Le vénérable Abdallah ibn Rawaha et le vénérable Zayd ibn Haritha, que Dieu les agrée, furent envoyés pour informer les deux quartiers de Médine.
Auparavant, les Juifs et les hypocrites avaient semé l’agitation à Médine en diffusant une fausse propagande. Ils étaient même allés jusqu’à répandre la nouvelle de la mort du Prophète, que Dieu le bénisse et lui accorde la paix. En voyant le vénérable Zayd ibn Haritha arriver monté sur la chamelle du Prophète, nommée al-Qaswa, un hypocrite s’exclama : « Muhammad est vraiment mort. Regardez, voici sa chamelle. Nous connaissons cette chamelle. Regardez, voici Zayd ibn Haritha. Il s’est enfui après avoir été vaincu au combat. Il est tellement désemparé qu’il ne sait même plus quoi dire. » Lorsque les deux messagers arrivèrent, les musulmans les entourèrent et se mirent à écouter le récit détaillé. Après avoir tout entendu et acquis la certitude de la victoire, les musulmans furent transportés de joie. L’air et le ciel de Médine résonnèrent des cris de « Nara-e-Takbîr, Allahu Akbar ! ». Les musulmans qui n’étaient pas partis avec le Prophète, que Dieu le bénisse et lui accorde la paix, vers le champ de Badr se mirent en route vers Badr pour accueillir le Prophète bien-aimé, que Dieu le bénisse et lui accorde la paix.
Le vénérable Usama ibn Zayd, que Dieu l’agrée, raconte : alors que nous venions d’enterrer la vénérable Ruqayya, fille du Prophète et épouse du vénérable Uthman, que Dieu les agrée, et que nous égalisions la terre au-dessus de sa tombe, la nouvelle de la victoire des musulmans à la bataille de Badr nous parvint. La vénérable Ruqayya était malade. Pour veiller sur elle, le Prophète bien-aimé, que Dieu le bénisse et lui accorde la paix, m’avait laissé à Médine avec le vénérable Uthman, que Dieu l’agrée.
À propos du butin (biens pris à la guerre)
Après la fin de la bataille, le Messager de Dieu demeura trois jours dans la plaine de Badr. Avant même de prendre la route de Médine, un différend éclata entre les musulmans au sujet du butin. Lorsque la querelle commença à ce propos, le Noble Prophète ordonna que tout ce que chacun détenait fût apporté devant lui. Les Compagnons s’exécutèrent. Puis le Noble Prophète régla cette question par la révélation.
Hazrat ʿUbada ibn Samit rapporte : « Nous quittâmes Médine avec le Prophète et arrivâmes à Badr. Le combat eut lieu, et Dieu accorda la défaite aux ennemis. Ensuite, un groupe se mit à poursuivre les mécréants, capturant certains et tuant les autres. Un autre groupe commença à rassembler le butin, tandis qu’un troisième groupe restait constamment autour du Noble Prophète. Ils craignaient que les ennemis, par ruse, ne lui causent quelque mal. Durant la nuit, ceux qui avaient rassemblé le butin se mirent à dire : “J’ai rassemblé telle quantité ; tout cela m’appartient et je n’en donnerai aucune part à autrui.” Ceux qui avaient poursuivi les ennemis répondirent : “Nous avons chassé les ennemis de tous ces biens ; ils nous appartiennent donc.” Quant aux Compagnons chargés d’assurer la sécurité du Noble Prophète, ils dirent : “Nous craignions que les ennemis, le croyant inattentif, ne lui causent du mal. C’est pourquoi nous étions occupés à garantir sa sécurité.” C’est dans le contexte de ce différend que Dieu révéla ce verset : “Ils t’interrogent au sujet du butin. Dis : ‘Le butin appartient à Dieu et au Messager. Craignez donc Dieu et obéissez à Dieu et à Son Messager, si vous êtes croyants.’” (Sourate al-Anfal, verset 1) »
Le Messager de Dieu distribua ensuite ce butin parmi les musulmans [Musnad Ahmad, vol. 5, p. 323 ; al-Hakim, vol. 2, p. 326].
L’armée musulmane sur la route de Médine
Après avoir passé trois jours dans la plaine de Badr, le Messager partit le quatrième jour en direction de Médine. Les prisonniers quraychites de La Mecque les accompagnaient, ainsi que le butin. Hazrat ʿAbdullah ibn Kaʿb fut chargé de veiller sur tout cela. Après avoir traversé la plaine de Safra, le Noble Prophète s’arrêta sur une colline située entre Darb et Najiyya. C’est là qu’un cinquième des biens pris à la guerre fut mis à part, tandis que le reste fut distribué équitablement entre les musulmans. Dans la plaine de Safra, le Prophète ordonna la mise à mort de Nadr ibn al-Harith. Cet homme portait l’étendard des Quraychites lors de la bataille de Badr et comptait parmi les plus grands criminels. Il figurait également parmi les plus acharnés ennemis de l’islam. Sur l’ordre du Prophète, Hazrat ʿAli tua Nadr ibn al-Harith.
Ensuite, ils arrivèrent à ʿUqquẓ Jabiya. Le Messager de Dieu y ordonna la mise à mort de ʿUqba ibn Abi Muʿayt. Celui-ci était un ennemi acharné de l’islam et causait du tort au Prophète. Cela a déjà été quelque peu évoqué précédemment. C’est lui qui, alors que le Messager de Dieu accomplissait la prière, avait déposé des entrailles de chameau sur ses épaules et avait tenté de le tuer en lui serrant un tissu autour du cou. Hazrat Abu Bakr al-Siddiq apparut soudainement et délivra le Messager de Dieu des mains de ce scélérat. Lorsque le Messager de Dieu ordonna la mise à mort de ce scélérat, celui-ci dit : “Ô Muhammad, qui s’occupera de mes enfants ?” Il répondit : “Le Feu.” [Sunan Abu Dawud, Sharh ʿAwn al-Maʿbud, vol. 3, p. 12].
Plus tard, Hazrat ʿAsim ibn Thabit al-Ansari ou Hazrat ʿAli décapita ʿUqba.
Du point de vue militaire, il était nécessaire de tuer ces deux scélérats, car ils étaient des criminels de guerre.
Délégation venue présenter ses félicitations
Lorsque le Messager d’Allah, qu’Allah le bénisse et le salue, arriva à un endroit appelé Rawḥā, il rencontra les musulmans venus l’accueillir. Après avoir appris de la bouche des messagers la nouvelle de la victoire des musulmans, ceux-ci étaient sortis de Médine pour féliciter et accueillir le Messager d’Allah, qu’Allah le bénisse et le salue. Lorsqu’ils le félicitèrent, Hazrat Salama ibn Salama (qu’Allah l’agrée) leur dit : « Pour quelle raison êtes-vous venus nous féliciter ? Nous avons seulement affronté des vieillards courbés, qui étaient comme des chameaux. » En entendant cela, le Messager d’Allah, qu’Allah le bénisse et le salue, rit et dit : « Mon neveu, ces hommes étaient précisément les chefs de leur peuple. »
Ensuite, Usaïd ibn Khudayr (qu’Allah l’agrée) déclara : « Ô Messager d’Allah, toute louange revient à Allah, qui vous a accordé la réussite et réjoui votre cœur. Par Allah, je ne savais pas que vous alliez affronter l’ennemi ; je pensais que vous étiez parti à la recherche d’une caravane. Si j’avais su que vous alliez affronter l’ennemi, je ne serais certainement pas resté en arrière. » Le Messager d’Allah, qu’Allah le bénisse et le salue, répondit : « Tu as dit vrai. »
Les prisonniers de guerre arrivèrent le lendemain de l’arrivée du Messager d’Allah, qu’Allah le bénisse et le salue, à Médine. Le Messager d’Allah, qu’Allah le bénisse et le salue, recommanda aux Compagnons de bien les traiter. En conséquence de cette recommandation, les nobles Compagnons mangeaient eux-mêmes des dattes, mais donnaient du pain aux prisonniers. Il convient de préciser qu’à Médine, le pain avait davantage de valeur et d’importance que les dattes.
À propos des prisonniers de guerre
Après son arrivée à Médine, le Messager d’Allah, qu’Allah le bénisse et le salue, consulta les nobles Compagnons au sujet des prisonniers de guerre restants. Hazrat Abou Bakr as-Siddiq (qu’Allah l’agrée) dit : « Ô Messager d’Allah, ce sont nos cousins et nos proches. À mon avis, vous devriez les libérer en leur demandant une fidya, c’est-à-dire une rançon. Ce que nous en tirerons pourra nous servir de force contre les mécréants. Il se peut aussi qu’Allah les guide et qu’ils viennent se tenir à nos côtés. »
Le Messager d’Allah, qu’Allah le bénisse et le salue, demanda l’avis de Hazrat Omar ibn al-Khattab. Celui-ci dit : « Je suis d’un avis différent de celui d’Abou Bakr. Je pense que vous devriez me remettre tel ou tel de mes proches, afin que je lui tranche la tête. De même, remettez Aqil ibn Abou Talib à Hazrat Ali, et Ali lui tranchera la tête. Remettez également tel ou tel frère de Hamza à Hamza, et Hamza lui tranchera la tête. Ainsi, Allah saura que nous n’éprouvons aucune compassion pour les mécréants. Tous ces prisonniers de guerre sont des personnages éminents parmi les chefs des mécréants. »
Hazrat Omar (qu’Allah l’agrée) rapporte : « Après avoir entendu les paroles de l’un et de l’autre, le Messager d’Allah, qu’Allah le bénisse et le salue, adopta l’avis de Hazrat Abou Bakr et ne retint pas le mien. La décision de demander une rançon aux prisonniers fut donc prise. Le lendemain, très tôt le matin, je me rendis auprès du Messager d’Allah et le trouvai en train de pleurer avec Abou Bakr. Je dis : “Ô Messager d’Allah, dites-moi pourquoi vous pleurez. S’il y a une raison de pleurer, je pleurerai moi aussi ; s’il n’y en a pas, je pleurerai à cause de vos pleurs.” Le Messager d’Allah, qu’Allah le bénisse et le salue, dit : “Je pleure à cause de ce qui a été présenté à tes compagnons en raison de l’acceptation de la condition consistant à demander une rançon.” Puis, montrant un arbre proche, le Messager d’Allah, qu’Allah le bénisse et le salue, dit : “Le châtiment qui leur était destiné m’a été présenté comme plus proche que cet arbre.” » [Tārīkh d’Omar ibn al-Khattab, Ibn al-Jawzi, p. 36]. Allah révéla ce verset : « Il ne convient à aucun prophète de faire des prisonniers tant qu’il n’a pas complètement vaincu l’ennemi sur la terre. Vous désirez les biens de ce monde, tandis qu’Allah veut pour vous le bien de l’au-delà. Allah est Puissant et Sage. Si une prescription antérieure d’Allah n’avait pas existé, un immense châtiment vous aurait frappés pour ce que vous avez pris. » (sourate Al-Anfal, versets 76-68)
La décision mentionnée par Allah Très-Haut dans le verset précité est une directive du quatrième verset de la sourate Muhammad. Allah Très-Haut y dit : « Ensuite, soit la grâce, soit la rançon. »
Puisque ce verset autorisait la perception d’une rançon auprès des prisonniers de guerre, les Compagnons furent non pas châtiés, mais réprimandés pour avoir décidé d’exiger une rançon des prisonniers. Ils furent réprimandés parce qu’ils avaient organisé la perception d’une rançon auprès de mécréants qui n’étaient pas seulement des prisonniers de guerre, mais aussi de graves criminels. Même la loi moderne ne les libérerait pas sans engager de poursuites contre eux. La peine encourue par de tels criminels pourrait être la mort ou la réclusion à perpétuité.
Puisque la décision avait été prise conformément à l’avis de Abou Bakr (qu’Allah l’agrée), une rançon fut exigée des polythéistes. Le montant de la rançon allait de mille à trois mille, voire quatre mille dirhams. Les habitants de La Mecque savaient lire et écrire, tandis que les habitants de Médine étaient peu familiarisés avec la lecture et l’écriture. C’est pourquoi il fut également décidé que ceux qui n’auraient pas les moyens de payer la rançon enseigneraient la lecture et l’écriture à dix enfants chacun à Médine. Lorsque les enfants auraient appris correctement, cet enseignement constituerait la rançon des prisonniers qui les avaient instruits.
Le Messager d’Allah (qu’Allah le bénisse et le salue) fit preuve d’une clémence particulière envers quelques prisonniers : aucune rançon ne leur fut demandée et ils furent libérés sans condition. Il s’agissait de Mot taleb ibn Hantab, Saïfi ibn Abou Rifa‘a et Abou ‘Azza Joumahi. Ce dernier fut de nouveau capturé lors de la bataille d’Ouhoud, puis mis à mort. Le récit détaillé de cette affaire viendra plus loin.
Le Messager d’Allah (qu’Allah le bénisse et le salue) libéra son gendre Aboul-‘As à la condition qu’il ne fasse pas obstacle au départ de Zaynab, la fille du Prophète.
La raison en était que Zaynab avait envoyé des biens en rançon pour Aboul-‘As ibn Rabî‘. Parmi ces biens se trouvait également un collier. Ce collier appartenait à Khadija (qu’Allah l’agrée). Au moment où Zaynab (qu’Allah l’agrée) avait été envoyée dans la maison d’Aboul-‘As, sa mère le lui avait donné en cadeau d’adieu. Dès que le Messager d’Allah (qu’Allah le bénisse et le salue) l’aperçut, ses deux yeux se remplirent de larmes et sa voix s’étrangla sous le coup de l’émotion. Il demanda l’avis des Compagnons au sujet de la libération d’Aboul-‘As. Les Compagnons approuvèrent avec respect cette proposition du Prophète bien-aimé (qu’Allah le bénisse et le salue). Le Messager d’Allah (qu’Allah le bénisse et le salue) libéra alors son gendre Aboul-‘As à la condition qu’il libère Zaynab (qu’Allah l’agrée). Une fois libérée, Zaynab (qu’Allah l’agrée) émigra à Médine. Le Messager d’Allah (qu’Allah le bénisse et le salue) envoya à La Mecque Zayd ibn Haritha et un autre Compagnon ansarien. Il leur fut dit de rester aux environs de La Mecque, ou dans un lieu appelé Jâz, et d’emmener Zaynab avec eux lorsqu’elle viendrait les rejoindre pour partir. Ces deux Compagnons se rendirent à La Mecque et conduisirent Zaynab (qu’Allah l’agrée) à Médine. Le récit de l’émigration de Zaynab (qu’Allah l’agrée) est long et poignant.
Souhayl ibn ‘Amr figurait également parmi les prisonniers de guerre. C’était un orateur renommé. ‘Omar (qu’Allah l’agrée) dit : « Ô Messager d’Allah, faites casser les deux incisives de Souhayl ibn ‘Amr ; cela lui rendra la parole difficile et, étant un si grand orateur, il ne pourra plus mener efficacement de propagande contre vous. » Le Messager d’Allah (qu’Allah le bénisse et le salue) rejeta cette proposition, car mutiler les membres d’une personne relève, dans la terminologie islamique, de la mutilation. Il en sera demandé compte au Jour de la Résurrection, jour d’une terrible rigueur.
Sa‘d ibn Nu‘mân (qu’Allah l’agrée) était parti accomplir la ‘omra. À ce moment-là, Abou Soufyan l’arrêta. Le fils d’Abou Soufyan, ‘Amr, était prisonnier de guerre. En remettant ‘Amr entre les mains d’Abou Soufyan, le Messager d’Allah (qu’Allah le bénisse et le salue) obtint en échange la libération de Sa‘d.
Examen du Noble Coran
Allah Tout-Puissant révéla la sourate Al-Anfal au sujet de la bataille de Badr. En réalité, il s’agit de l’examen et de l’évaluation par Allah de la bataille de Badr, qui diffèrent totalement de l’évaluation qu’en feraient les autres rois du monde, les chefs militaires ou toute autre personne. Voici quelques éclaircissements sur l’examen et l’évaluation d’Allah. [Le tafsir Fi Zilal al-Qur’an, rédigé par le martyr Sayyid Qutb [dans le volume consacré à la sourate Al-Anfal], contient à ce sujet des développements précieux.]
Allah, le Seigneur des mondes, met tout d’abord en lumière l’étroitesse de la vision des musulmans ainsi que leurs faiblesses morales. Cette étroitesse et ces faiblesses existaient en eux et se manifestèrent dans une large mesure après la bataille. Allah les expose parce qu’Il voulait en libérer les musulmans. Ainsi, ils seraient capables d’atteindre la plénitude de la foi.
Ensuite, Il mentionne l’aide d’Allah et l’aide invisible accordées durant cette bataille. Le but était que les musulmans ne se laissent pas tromper par leur propre bravoure et leur vaillance. Cela aurait fait naître en eux de l’orgueil, alors qu’Allah veut que se manifestent chez les musulmans la confiance en Allah et la qualité de l’obéissance au Messager.
Le Messager d’Allah, que la bénédiction et la paix d’Allah soient sur lui, s’était engagé dans cette expédition effroyable et sanglante avec un objectif et un dessein sublimes. Ensuite sont mentionnées les qualités et les caractéristiques morales indispensables à cet égard. Puis des exhortations d’une haute portée sont adressées aux polythéistes, aux hypocrites, aux juifs et aux prisonniers de guerre, afin qu’ils s’inclinent devant la vérité et deviennent de véritables adeptes de celle-ci.
Ensuite, les principes fondamentaux concernant le butin de guerre sont expliqués.
Les règles de la guerre et de la trêve y sont également expliquées. Il est impossible de nier leur caractère indispensable et leur nécessité dans le cadre de l’appel islamique. Ces explications et ces principes ont été exposés afin que les musulmans puissent distinguer la guerre antérieure à l’islam de celle menée après l’avènement de l’islam. Ils pourraient également atteindre un rang supérieur en matière de valeurs morales et de qualités de caractère. Le monde doit ainsi savoir que l’islam n’est pas seulement un idéal, mais qu’il assure aussi à ses adeptes une formation concrète conforme aux principes et aux règles auxquels il appelle.
Ensuite, plusieurs dispositions relatives aux principes de l’État islamique sont mentionnées. Elles permettent de comprendre clairement la différence entre les musulmans relevant de l’autorité de l’État islamique et les musulmans situés au-delà de ses frontières.
Autres événements
Au mois de Ramadan de la deuxième année de l’Hégire, le jeûne et la zakat al-fitr furent rendus obligatoires. Le montant de la zakat, c’est-à-dire le nisab, fut également fixé à cette époque. Parmi les Muhadjirûn, certains étaient très pauvres. Ils souffraient grandement de problèmes de subsistance. Il leur était difficile de courir çà et là pour apaiser leur faim. Les prescriptions relatives à la zakat al-fitr et à la zakat les libérèrent des difficultés liées à la nourriture et aux vêtements.
Les musulmans célébrèrent l’Aïd pour la première fois au mois de Chawwal de la deuxième année de l’Hégire. Cette célébration eut lieu après la victoire éclatante de la bataille de Badr. Après avoir placé sur la tête des musulmans la couronne de la victoire et de l’honneur, Allah, Seigneur des mondes, leur accorda l’occasion de célébrer cet Aïd. L’Aïd apporta aux musulmans un honneur et une félicité extraordinaires. La scène de la prière de l’Aïd fut particulièrement émouvante. Les musulmans sortirent dans la plaine, proclamant à haute voix la louange d’Allah, le takbîr, le tasbîh et l’unicité divine. À ce moment-là, leurs cœurs étaient remplis de reconnaissance pour les bienfaits et le secours qu’Allah leur avait accordés.
Ils aspiraient à obtenir davantage la satisfaction d’Allah. Leurs têtes s’inclinaient en signe de gratitude envers Allah. Allah, Seigneur des mondes, mentionne ce bienfait dans ce verset du Noble Coran. Il dit : « Souvenez-vous lorsque vous étiez peu nombreux et considérés comme faibles sur la terre, craignant que les gens ne vous enlèvent soudainement. Puis Il vous donna refuge, vous fortifia par Son secours et vous accorda d’excellentes subsistances afin que vous soyez reconnaissants. » (Sourate Al-Anfal, verset 26)
Les activités militaires après la bataille de Badr
La bataille de Badr fut le premier affrontement armé et décisif entre les musulmans et les polythéistes. Les musulmans y remportèrent le « Fath mubîn », c’est-à-dire une victoire éclatante. L’ensemble du monde arabe fut témoin de cette victoire. Ceux qui souffrirent le plus psychologiquement de l’issue de cette bataille furent ceux qui avaient été directement touchés par sa défaite. C’étaient les polythéistes. Il y avait également un autre groupe qui considérait la victoire des musulmans et l’élévation de leur rang comme une menace pour son existence religieuse et économique. C’étaient les Juifs. Lorsque les musulmans remportèrent la victoire à Badr, ces deux groupes, c’est-à-dire les polythéistes et les Juifs, éclatèrent de colère et de ressentiment contre les musulmans. Comme Allah, Très-Haut, le dit : « Tu trouveras certainement que les plus acharnés des hommes dans leur hostilité envers les croyants sont les Juifs et les polythéistes. » (Sourate Al-Maïda, verset 82)
Cependant, certains habitants de Médine étaient les alliés bienveillants de ces deux groupes. Lorsqu’ils constatèrent qu’il ne leur restait aucune autre voie pour préserver leur honneur, ils embrassèrent un islam de façade. Il s’agissait d’Abdullah ibn Ubayy et de ses compagnons. Ils n’étaient pas moins hostiles aux musulmans que les Juifs et les polythéistes.
En dehors de ces groupes, il y en avait un quatrième. Il s’agissait des Bédouins arabes qui vivaient aux alentours de Médine. Ils n’éprouvaient d’attachement ni pour l’islam ni pour la mécréance. C’étaient des pillards et des brigands. Le succès des musulmans à la bataille de Badr leur causa également du ressentiment. Ils craignaient que l’établissement d’un gouvernement puissant à Médine ne mette fin à leurs pillages. C’est pourquoi la haine contre les musulmans naquit également dans leurs cœurs, et ils devinrent leurs ennemis.
Ainsi, les musulmans se retrouvèrent confrontés à des problèmes venant de quatre directions. Toutefois, chacun de ces quatre groupes suivait une méthode différente à l’égard des musulmans. Chacun avait adopté une voie distincte pour atteindre ses propres objectifs et buts. Ils pensaient que cela leur permettrait d’atteindre leur objectif.
À Médine, un groupe d’ennemis revêtit le masque de l’islam. Bien qu’ils parlent d’islam en public, ils adoptèrent en secret la voie de la conspiration, de la ruse et de la création de querelles et de dissensions réciproques. Un groupe de Juifs manifesta ouvertement son hostilité et sa colère envers l’islam. Pendant ce temps, les Mecquois commencèrent à menacer de se venger des coups dévastateurs qu’ils avaient reçus. En plus de proférer ouvertement ces menaces de représailles, ils commencèrent à préparer la guerre. C’était comme s’ils disaient aux musulmans : « Un jour viendra, un jour resplendissant, où nous entendrons les lamentations et verrons couler les larmes. »
Un an plus tard, les Quraychites de La Mecque, préparés pour la guerre, se mirent en route vers Médine.
Dans l’histoire de l’islam, cette expédition est connue sous le nom de bataille d’Uhud. Cette bataille eut des répercussions quelque peu défavorables sur la renommée et la gloire des musulmans.
Pour faire face à toutes ces menaces, les musulmans prirent plusieurs mesures importantes. Celles-ci témoignent du leadership, des compétences et des qualités du Messager d’Allah. Elles montrent également que la direction de Médine demeurait constamment vigilante et attentive aux dangers qui l’entouraient. Plusieurs plans avaient même été élaborés pour affronter les ennemis. Nous en parlerons ici brièvement.
1. La bataille contre les Banû Sulaym
Après la bataille de Badr, les services de renseignement de Médine apprirent les premiers que les membres des Banû Sulaym, une branche de la tribu des Ghatafân, avaient rassemblé des troupes pour attaquer Médine. Après avoir reçu cette information, le Messager d’Allah lança soudainement une expédition contre eux avec deux cents combattants et arriva à l’endroit appelé Qarad, où ils avaient établi leur camp. En réalité, al-Qarad est un oiseau de couleur grise ; mais ici, ce nom désigne un habitat de la tribu des Banû Sulaym. Il se trouve sur la grande route reliant La Mecque à la Syrie.
La tribu des Banû Sulaym n’était pas préparée à une attaque aussi soudaine. Désorientés, ses membres prirent la fuite, laissant derrière eux cinq cents chameaux. Les musulmans s’en emparèrent. Le Messager d’Allah en distribua les quatre cinquièmes. Chacun reçut deux chameaux. Au cours de cette expédition, un esclave nommé Yasâr tomba également entre les mains des musulmans. Le Messager d’Allah l’affranchit par la suite. Puis, après être resté trois jours dans la région des Banû Sulaym, il retourna à Médine.
Cet événement eut lieu au mois de Chawwâl de la deuxième année de l’Hégire, seulement sept jours après le retour de la bataille de Badr. Au cours de cette expédition, Sabâ ibn Arfata — ou, selon une autre version, Abdallah ibn Umm Maktûm, qu’Allah l’agrée — fut chargé d’administrer Médine.
2) Le complot visant à assassiner le Messager, qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix
Après l’échec d’une première tentative d’assassinat du Messager d’Allah et leur défaite ultérieure lors de la bataille de Badr, les associateurs furent consumés par la colère. Toute La Mecque s’embrasa contre le Messager d’Allah. Finalement, deux jeunes scélérats décidèrent d’en finir avec le Messager d’Allah, qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix, source de toute inspiration.
Quelques jours après la bataille de Badr, vivait à La Mecque un malfaiteur quraychite nommé ‘Umayr ibn Wahb al-Jumahî. Ce vaurien faisait subir toutes sortes de tortures au Messager d’Allah à La Mecque. Son fils, Wahb ibn ‘Umayr, avait été fait prisonnier par les musulmans lors de la bataille de Badr. Un jour, ‘Umayr s’entretenait avec Safwân ibn Umayya, assis dans le Hatîm de la Kaaba. Ils évoquaient le triste épisode où les corps des tués à Badr avaient été jetés dans un puits impur de Badr. Safwân dit : « Par Dieu, la vie n’a plus aucune saveur en leur absence. » ‘Umayr lui répondit : « Par Dieu, tu as dit vrai. Écoute, si je n’étais pas endetté et si je n’avais pas à me soucier de ma famille, j’irais à Médine et j’en finirais avec Muhammad. Mais je n’ai même pas les moyens de rembourser mes dettes, et ma famille serait plongée dans le malheur après ma disparition. Il me reste toutefois un prétexte : mon fils est prisonnier entre leurs mains. »
Après avoir tout entendu, Safwân se dit intérieurement : « Quelle occasion merveilleuse ! » Il dit à ‘Umayr : « Écoute, je me charge de rembourser tes dettes ; je les paierai à ta place. Quant à ta famille, je la traiterai comme la mienne et je prendrai soin d’elle toute ma vie. Tant que je posséderai quelque chose, elle ne pourra jamais en être privée. »
‘Umayr dit : « D’accord. Mais que cette affaire reste secrète entre nous. » Safwân répondit : « Oui, elle restera secrète. »
Ensuite, ‘Umayr affûta son épée et l’empoisonna. Il partit en direction de Médine et finit par y arriver. Alors qu’il faisait agenouiller son chameau devant la mosquée du Prophète, le vénérable ‘Umar ibn al-Khattâb, qu’Allah l’agrée, l’aperçut. Il s’entretenait avec l’assemblée des musulmans de l’honneur qu’Allah leur avait accordé par la bataille de Badr. Dès qu’il vit ‘Umayr, il dit : « Ce scélérat est un ennemi d’Allah. Tu es certainement venu avec de mauvaises intentions. »
Le vénérable ‘Umar, qu’Allah l’agrée, se rendit ensuite auprès du Messager d’Allah et lui dit : « Ô Messager d’Allah, l’ennemi d’Allah, ‘Umayr, est arrivé avec son épée suspendue à son côté. » Le Messager, qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix, dit : « Amenez-le-moi. » Lorsque ‘Umayr arriva, le vénérable ‘Umar, qu’Allah l’agrée, appuya son épée contre sa gorge. Il dit à quelques Ansâr : « Entrez auprès du Messager d’Allah et asseyez-vous là. Restez vigilants face aux activités de ce scélérat contre le Prophète bien-aimé, qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix, car on ne peut pas lui faire confiance. » Puis le vénérable ‘Umar, qu’Allah l’agrée, conduisit ‘Umayr à l’intérieur de la mosquée. Voyant la manière dont ‘Umar tenait ‘Umayr, le Messager, qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix, dit : « Lâche-le, ‘Umar. » Puis il dit à ‘Umayr : « Approche. » ‘Umayr s’approcha du Messager d’Allah et dit : « Que votre matin soit béni. » Le Messager, qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix, répondit : « Allah nous a enseigné une formule de salutation meilleure que vos paroles : “As-salâmu ‘alaykum.” C’est la salutation des habitants du Paradis. »
Alors, le Messager d’Allah — qu’Allah le bénisse et le salue — lui demanda : « Ô Oumayr, pourquoi es-tu venu ? » Il répondit : « Je suis venu au sujet du prisonnier qui se trouve auprès de vous. Faites-moi la faveur de me rendre mon prisonnier. »
Le Messager d’Allah — qu’Allah le bénisse et le salue — lui demanda : « Alors, pourquoi portes-tu une épée autour du cou ? » Il répondit : « Qu’Allah fasse périr cette épée ! À quoi pourrait-elle encore nous servir ? »
Le Messager d’Allah — qu’Allah le bénisse et le salue — lui dit : « Dis-moi sincèrement pourquoi tu es venu. » Il répondit : « Je vous l’ai dit : je suis venu parler du prisonnier de guerre. » Le Messager d’Allah — qu’Allah le bénisse et le salue — lui dit : « Non, ce n’est pas cela. Toi et Safwân étiez assis dans le Hatîm de la Kaaba et vous déploriez que les cadavres des Quraychites tués aient été jetés dans le puits. Puis tu as dit : “Si je n’étais pas endetté et si je n’avais pas de famille à charge, je partirais d’ici et je tuerais Muhammad.” Après avoir entendu cela, Safwân s’est chargé de tes dettes et de l’entretien de ta famille. À condition que tu tues Muhammad. Mais souviens-toi qu’Allah s’est interposé entre moi et vous. »
Oumayr déclara : « J’atteste que vous êtes le Messager d’Allah. Ô Messager d’Allah, nous rejetions comme mensongères les nouvelles du ciel que vous nous apportiez et la révélation qui descendait sur vous. Mais il s’agit ici d’une affaire à laquelle personne d’autre que Safwân et moi n’a assisté. Je jure donc par Allah que nul autre que Lui ne vous en a informé. Louange à Allah qui m’a guidé vers l’islam et m’a conduit jusqu’ici. » Sur ces mots, Oumayr prononça la profession de foi. Le Messager d’Allah — qu’Allah le bénisse et le salue — dit aux Compagnons : « Enseignez la religion à votre frère, apprenez-lui le Coran et libérez son prisonnier. » [Ibn Hichâm, tome 1, p. 660].
Pendant ce temps, Safwân proclamait à La Mecque : « Écoutez la bonne nouvelle : dans quelques jours, un événement va se produire qui nous fera oublier les souffrances et les malheurs de Badr. » Safwân demandait aux gens venant de Médine s’ils avaient appris la nouvelle qu’il attendait. Finalement, il apprit de l’un d’eux qu’Oumayr avait embrassé l’islam et était devenu musulman. En entendant cela, Safwân jura qu’il ne parlerait plus jamais à Oumayr et ne lui serait d’aucune aide. Entre-temps, Oumayr, après avoir embrassé l’islam, arriva à La Mecque et se mit à appeler les gens à l’islam. Grâce à son appel, beaucoup de gens trouvèrent refuge sous l’ombre fraîche et bienfaisante de l’islam. [Ibn Hichâm, tome 1, p. 661-663].
3) La bataille des Banou Qaynuqa
Les conditions du pacte que le Messager d’Allah — qu’Allah le bénisse et le salue — avait conclu avec les Juifs après son arrivée à Médine ont déjà été mentionnées. Le Messager d’Allah — qu’Allah le bénisse et le salue — s’efforçait de toutes ses forces, dans l’espoir que les clauses du pacte soient appliquées. Pour cette raison, les musulmans n’avaient pris la moindre mesure susceptible d’être considérée comme une violation du pacte. Mais, traîtres et perfides par leur comportement historique, les Juifs s’engagèrent très rapidement sur la voie de leurs anciennes traditions. Ils ne ménagèrent aucun effort pour fomenter des complots parmi les musulmans, provoquer la guerre, susciter des troubles et répandre le désordre. Voici un exemple à ce sujet.
La trahison des Juifs
Ibn Ishaq a rapporté qu’il y avait un Juif nommé Chascha ibn Qays. Cet homme était si âgé qu’à le voir, on aurait cru qu’un de ses pieds était déjà dans la tombe. Son hostilité et sa haine envers les musulmans étaient sans limites. Un jour, il passa près des tribus des Aws et des Khazraj. Les membres des deux tribus étaient assis et discutaient. Il n’y avait plus entre eux l’ancienne inimitié ; au contraire, on y voyait une harmonie et une affection remarquables. Cette situation causa une grande peine au vieux Juif. Il se mit à dire : « Quelle merveille ! Je vois ici réunies les personnalités éminentes de la famille de Banou Qayla. Maintenant que ces nobles sont réunis, nous sommes devenus insignifiants. » Un jeune homme accompagnait le vieux Juif. Il lui dit : « Parle-leur de la bataille de Bu‘ath et de certains événements antérieurs, puis récite-leur quelques-uns des poèmes qui avaient été déclamés par les deux camps au sujet de cette guerre. » Le jeune Juif fit ce qu’on lui avait demandé. Ainsi, peu à peu, une dispute verbale éclata entre les membres des tribus des Aws et des Khazraj. Les musulmans présents commencèrent à se quereller et à faire valoir la supériorité de leur propre groupe sur l’autre. Un représentant de chaque camp s’agenouilla et se mit à vanter les exploits de sa tribu. L’un d’eux dit : « Si vous le souhaitez, nous pouvons encore raviver cette guerre. » Autrement dit, ils étaient prêts à reprendre le conflit qui avait déjà eu lieu. En entendant cela, les deux camps s’emportèrent et dirent : « Allons, préparons-nous ! La bataille aura lieu à Habra. Allons-y ! Prenez vos armes, prenez vos armes ! » Les musulmans des deux camps partirent en direction de Habra, leurs armes à la main. Alors qu’une bataille sanglante allait commencer, la nouvelle parvint au Messager d’Allah (paix et bénédictions d’Allah sur lui). Il se rendit rapidement sur les lieux avec les Compagnons émigrés et dit : « Ô musulmans, hélas, hélas ! Allez-vous retourner à la période de l’Ignorance de mon vivant ? Après avoir embrassé l’islam, pouvez-vous encore agir ainsi ? Par l’islam, vous vous êtes libérés des coutumes et des usages de la période de l’Ignorance, vous avez été délivrés de la mécréance et vos cœurs se sont remplis d’affection les uns pour les autres. »
En entendant les paroles du Messager d’Allah (paix et bénédictions d’Allah sur lui), les Compagnons ansars comprirent qu’ils étaient tombés dans le piège de Satan et qu’ils avaient été victimes de la provocation de l’ennemi. En réfléchissant à cela, ils se mirent à pleurer. Les membres des tribus des Aws et des Khazraj s’étreignirent. Puis, se soumettant au Messager d’Allah, ils rentrèrent chez eux, si bien qu’Allah Tout-Puissant éteignit le feu de la conspiration du Juif Chascha ibn Qays, ennemi des musulmans. [Ibn Hicham, vol. 1, p. 555-556].
Voilà un exemple des efforts abjects et malveillants déployés par les Juifs pour semer la division et la discorde parmi les musulmans. Cet événement montre comment les Juifs faisaient obstacle à la prédication de l’islam. Dans ce but, ils élaborèrent toutes sortes de plans. Ils répandaient de fausses propagandes. Le matin, ils se déclaraient musulmans, puis, le soir, ils redevenaient mécréants. Ils agissaient ainsi afin de susciter le doute et l’incrédulité à l’égard de l’islam dans l’esprit des personnes faibles de cœur. Lorsqu’ils avaient une relation financière avec quelqu’un qui devenait musulman, ils cessaient de lui verser son argent. Et s’ils lui devaient de l’argent, ils le harcelaient matin et soir pour le pousser à bout. Si le nouveau musulman était leur créancier, ils ne lui remboursaient pas ce qui lui était dû ; au contraire, ils s’appropriaient injustement son argent. Si, malgré cela, le musulman réclamait son dû, le Juif intrigant disait : « Je n’étais tenu de te rembourser ce qui t’était dû que tant que tu croyais à la religion de tes ancêtres. Tu as changé de croyance religieuse ; il ne peut donc plus y avoir aucune relation entre toi et moi, et il n’y a aucune raison qu’il en subsiste une. » [Les exégètes ont mentionné, dans leurs commentaires de diverses sourates, notamment de la sourate Âl ‘Imrân, des exemples de telles activités abjectes des Juifs. Cette description est particulièrement saisissante dans le Tafsîr Fî Zilâl al-Qur’ân de Sayyid Qutb, le martyr.]
Il convient de préciser que les Juifs avaient commencé ce genre d’activités avant même la bataille de Badr. Ils agissaient ainsi en violant le pacte conclu avec le Messager d’Allah (paix et bénédictions d’Allah sur lui). Cependant, le Messager d’Allah (paix et bénédictions d’Allah sur lui) et ses nobles Compagnons supportaient tout cela en silence, dans l’espoir que les Juifs seraient guidés. Ils désiraient également préserver la paix et la sécurité dans la région.
La violation du pacte par les Banou Qaynuqa
Lorsque les Juifs constatèrent qu’Allah, le Seigneur des mondes, avait accordé aux musulmans un soutien considérable sur le champ de Badr et que leur honneur et leur influence s’étaient répandus partout, ils commencèrent à manifester leur hostilité envers l’islam et les musulmans. Ils commencèrent à trahir ouvertement et s’employèrent activement à faire souffrir les musulmans.
Le plus envieux et le plus pervers d’entre eux était Ka‘b ibn al-Achraf. Il sera question de lui plus loin. Parmi les trois tribus juives, la plus nuisible était celle des Banou Qaynuqa. Ils vivaient à l’intérieur de Médine, et leur quartier était connu sous leur nom. Ils exerçaient les métiers de forgeron, d’orfèvre et de fabricant de vaisselle. C’est pourquoi ils disposaient constamment d’une grande quantité d’équipements militaires. Ils comptaient sept cents hommes robustes capables de combattre. Ils constituaient la tribu juive la plus courageuse de Médine. Ce furent les premiers à rompre leur pacte avec les musulmans. Voici le récit de l’événement :
Lorsque Allah, le Seigneur des mondes, accorda la victoire aux musulmans lors de la bataille de Badr, l’hostilité des Juifs dépassa toutes les limites. Ils poursuivirent leurs actes pervers, leurs activités abjectes et leurs agissements provocateurs. Lorsque les musulmans se rendaient au marché, ils leur adressaient constamment des remarques moqueuses et se livraient à leurs railleries. Ils faisaient ainsi souffrir les musulmans psychologiquement. Leur arrogance avait atteint un tel degré qu’ils importunaient même les femmes musulmanes.
Peu à peu, la situation devint critique. L’arrogance et l’obstination des Juifs dépassèrent toutes les limites. À cette époque, le Messager d’Allah (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui) réunit les Juifs un jour, leur adressa des exhortations et les invita à l’islam. Il les avertit également des conséquences désastreuses de leurs actes oppressifs. Mais cela ne fit qu’accroître leurs agissements vils et abjects.
Abû Dâwûd et d’autres rapportent, d’après ‘Abdullah ibn ‘Abbâs (qu’Allah l’agrée), que le Messager d’Allah (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui) vainquit les Qurayshites le jour de Badr. Puis, après être retourné à Médine, il convoqua les Juifs à un rassemblement au marché de Banû Qaynuqâ‘. Lors de ce rassemblement, il leur dit : « Ô communauté juive, embrassez l’islam avant que ne vous atteigne un coup semblable à celui qui a frappé les Qurayshites. » Ils répondirent : « Ô Muhammad, tu te fais une fausse idée de nous. Vous avez affronté des gens inexpérimentés et sans habileté de la tribu des Qurayshites. Vous vous êtes imaginé, à partir de cela, avoir conquis le monde. Vous les avez vaincus uniquement parce qu’ils étaient inexpérimentés. Si vous nous combattez, vous saurez ce qu’est un homme véritable. Nous sommes des hommes courageux. Vous ne nous êtes pas encore tombés entre les mains ; c’est pourquoi vous vous faites une fausse idée de nous. » En réponse à leurs propos, Allah, le Seigneur des mondes, révéla ce verset.
« Dis à ceux qui ont mécru : “Vous serez bientôt vaincus et rassemblés dans la Géhenne. Et quel détestable lieu de séjour ! Il y a certes pour vous un signe dans la rencontre de deux armées : l’une combattait dans le sentier d’Allah, et l’autre était mécréante. Ils les voyaient de leurs propres yeux deux fois plus nombreux qu’eux. Allah fortifie par Son soutien qui Il veut. Il y a certes en cela une leçon pour ceux qui sont doués de clairvoyance.” » [Sunan Abû Dâwûd, vol. 3, p. 112 ; Ibn Hishâm, vol. 1, p. 552] (Sourate Âl ‘Imrân, versets 12-13)
En somme, la réponse de Banû Qaynuqâ‘ constituait une déclaration de guerre parfaitement claire. Mais le Messager d’Allah (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui) maîtrisa sa colère et fit preuve de patience. Les musulmans firent eux aussi preuve de patience, dans l’attente de l’avenir.
Après que le Messager (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui) eut invité les Juifs à l’islam et les eut avertis de leur sort, leur arrogance s’accrut encore. Quelques jours plus tard, ils commencèrent à se livrer à des activités terroristes à Médine. Ils creusèrent ainsi eux-mêmes leur propre tombe et se fermèrent toutes les voies de la vie.
Ibn Hishâm rapporte d’après Abû ‘Awn qu’une femme arabe vint vendre du lait au marché de Qaynuqâ‘. Après avoir vendu son lait, elle s’assit pour une raison quelconque dans la boutique d’un orfèvre juif. Le Juif lui demanda de découvrir son visage, mais elle refusa. Alors l’orfèvre noua un pan de son vêtement dans son dos. La femme ne s’en aperçut pas. Dès qu’elle se leva, ses parties intimes furent découvertes. Tous les Juifs éclatèrent alors de rire. Humiliée de la sorte, la femme se mit à crier et à pleurer. Un musulman, entendant ses pleurs, lui demanda ce qui s’était passé. Après avoir tout appris, il attaqua, fou de colère, le Juif et le tua. Lorsque les Juifs virent que l’un des leurs avait été tué et que son meurtrier était un musulman, leur ennemi, ils attaquèrent collectivement ce musulman et le tuèrent à son tour. Les membres de la famille du musulman tué se mirent à crier et à pleurer, puis se plaignirent des Juifs auprès de tous les musulmans. Ainsi, les préparatifs de guerre commencèrent entre les musulmans et les Juifs de la tribu de Banû Qaynuqâ‘. [Ibn Hishâm, vol. 2, p. 47-48].
Le siège, la reddition et l’expulsion
Après cet événement, la patience du Messager d’Allah (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui) arriva à son terme. Il confia la gestion de Médine à Abû Lubâba ibn ‘Abd al-Mundhir. Le Prophète (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui) remit de ses propres mains l’étendard des musulmans à Hamza ibn ‘Abd al-Muttalib, puis partit avec un groupe de musulmans en direction de Banû Qaynuqâ‘. En voyant le Messager (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui), les Juifs fermèrent la porte principale de leur forteresse. Le Messager (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui) en fit le siège de tous côtés. C’était un vendredi, le 15 Shawwâl de la deuxième année de l’Hégire. Le siège fut maintenu pendant quinze jours, c’est-à-dire jusqu’au premier jour de Dhû al-Qa‘da. Alors Allah Très-Haut inspira aux Juifs la crainte des musulmans. Telle est la règle d’Allah : lorsqu’Il veut faire vaincre un peuple, Il inspire à ses membres la crainte de leur adversaire. La tribu de Banû Qaynuqâ‘ se rendit à condition d’accepter la décision du Messager d’Allah. La décision du Messager d’Allah concernant leurs vies, leurs biens, leurs femmes et leurs enfants serait définitive. Sur ordre du Messager (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui), les Juifs furent ensuite ligotés.
Un mois seulement auparavant, le munafiq Abdullah ibn Ubay, qui s’était revêtu de l’apparence de l’islam, donna alors un exemple remarquable de son attachement aux Juifs. Il implora hypocritement le Messager d’Allah afin qu’il pardonne aux Juifs. Il dit : « Ô Muhammad, que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui, soyez bienveillant envers mes alliés. » Il convient de préciser que les Banû Qaynuqâ étaient les alliés de la tribu des Khazraj. Le Messager d’Allah n’avait encore pris aucune décision. Le chef des hypocrites répéta ses paroles. Le Messager d’Allah détourna son visage de lui. Le misérable hypocrite saisit alors la manche du vêtement du Messager d’Allah. Celui-ci s’en irrita et dit : « Laisse-moi. » Mais l’hypocrite continua à le supplier. Il dit : « Je ne vous laisserai pas avant que vous n’accordiez votre faveur à mes alliés. Allez-vous tuer en une seule matinée quatre cents jeunes hommes sans armure et trois cents jeunes hommes revêtus d’armures, eux qui m’ont sauvé de tant de dangers ? Par Allah, je suis extrêmement effrayé à l’idée des retournements du temps. »
Finalement, en apparence, le Messager d’Allah accéda à la demande d’Abdullah ibn Ubay. Il prit des dispositions pour épargner la vie des Juifs. Il ordonna toutefois qu’ils ne puissent rester ni à Médine ni dans ses environs. Les Juifs partirent alors vers la Syrie, emportant autant de biens qu’il leur était possible de prendre avec eux. Beaucoup d’entre eux moururent là-bas en peu de temps.
Le Messager d’Allah confisqua les biens abandonnés par les Juifs. Parmi ceux-ci, il garda pour lui trois canons, deux armures, trois épées et trois lances. Il préleva un cinquième des biens restants. La collecte du butin fut confiée à Muhammad ibn Maslama. [Zâd al-Ma‘âd, tome 2, p. 71, 91 ; Ibn Hishâm, tome 2, p. 47, 48, 49].
Quatrièmement) La bataille de Sawîq
D’un côté, Safwân ibn Umayya, les Juifs et les hypocrites s’employaient à comploter. De l’autre, Abû Sufyân préparait lui aussi une intrigue. Il voulait accomplir rapidement quelque chose qui puisse préserver l’honneur de son peuple et manifester sa puissance. Abû Sufyân avait juré qu’il ne ferait pas les grandes ablutions avant d’avoir combattu Muhammad. Pour tenir ce serment, Abû Sufyân partit avec deux cents cavaliers et établit son camp au pied d’une montagne appelée Nayib, dans la plaine de Qanât. Celle-ci se trouvait à douze miles de Médine. Abû Sufyân n’osa pas attaquer directement Médine. Il accomplit toutefois un acte que l’on peut ouvertement qualifier de brigandage et de pillage.
Voici le récit de l’événement : dans l’obscurité de la nuit, Abû Sufyân arriva aux environs de Médine et se rendit auprès de Huyayy ibn Akhtab, lui demandant d’ouvrir la porte. Craignant les conséquences, Huyayy refusa de l’ouvrir. Abû Sufyân se rendit alors auprès d’un autre chef des Banû Nadîr, Salâm ibn Mishkam. Cet homme était le trésorier de la tribu des Banû Nadîr. Abû Sufyân demanda la permission d’entrer. Salâm ibn Mishkam la lui accorda et l’accueillit. Il lui servit à manger, lui offrit du vin et l’informa en détail de la situation à Médine. Abû Sufyân rejoignit ensuite rapidement ses compagnons et envoya un groupe d’hommes armés attaquer un endroit appelé Arîd, aux environs de Médine. Ces scélérats de la tribu des Quraysh y coupèrent plusieurs palmiers et mirent le feu à plusieurs autres. Puis, ayant trouvé dans un champ un Ansârî et son allié, ils les tuèrent avant de s’enfuir à toute vitesse vers La Mecque.
Après avoir appris la nouvelle, le Messager d’Allah poursuivit rapidement Abû Sufyân et ses compagnons. Mais les scélérats s’enfuirent encore plus vite, courant à perdre haleine sur la route de La Mecque. Afin d’alléger leur charge, ils abandonnèrent de nombreux objets en chemin. Ces objets tombèrent entre les mains des musulmans. Le Messager d’Allah et ses compagnons poursuivirent Abû Sufyân jusqu’à Qarqarat al-Qudar, puis revinrent. Les musulmans ramassèrent notamment la sawîq abandonnée et regagnèrent Médine avec les autres objets. Cette expédition fut appelée la bataille de Sawîq. En arabe, sawîq signifie « farine grillée ». L’événement eut lieu au mois de Dhû al-Hijja de la deuxième année de l’Hégire, deux mois seulement après la bataille de Badr. Pendant cette expédition, l’administration de Médine fut confiée à Abû Lubâba ibn Abd al-Mundhir. [Zâd al-Ma‘âd, tome 2, p. 90-91 ; Ibn Hishâm, tome 2, p. 593].
Cinquièmement) La bataille de Dhû ’Amr
Après la bataille de Badr, cette expédition fut la plus grande opération militaire. Le Messager d’Allah, qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix, en prit le commandement. Elle fut menée au mois de muharram de la troisième année de l’Hégire. La raison en était que les services de renseignement de Médine avaient informé le Messager d’Allah, qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix, qu’un grand groupe des tribus de Banû Tha‘laba et de Muhârib se réunissait pour attaquer Médine. Dès qu’il reçut cette nouvelle, le Messager, qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix, ordonna aux musulmans de se préparer. Cette expédition fut menée avec quatre cents combattants, comprenant des hommes montés et des fantassins. À cette époque, le Messager d’Allah, qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix, désigna ‘Uthmân, qu’Allah l’agrée, comme son représentant à Médine.
En chemin, les combattants arrêtèrent un homme nommé Jabbâr, de la tribu des Banû Salâm, et le présentèrent au Messager d’Allah. Celui-ci lui proposa l’islam, et l’homme embrassa l’islam. Ensuite, cet homme guida le Messager, qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix, et les Compagnons jusqu’au territoire ennemi.
Entre-temps, après avoir appris la nouvelle de l’expédition militaire des musulmans, les ennemis se dispersèrent dans les régions montagneuses environnantes. Le Messager, qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix, poursuivit son avancée et atteignit, avec les combattants, le lieu où les ennemis étaient stationnés. Il y avait là un endroit connu sous le nom de « Dhû ‘Amr ». Le Messager d’Allah, qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix, y resta quelques jours après le mois de safar de la troisième année de l’Hégire, afin d’exercer son influence sur les Bédouins et de leur faire prendre conscience de la puissance des musulmans, puis il retourna à Médine. [Ibn Hichâm, vol. 2, p. 46 ; Zâd al-Ma‘âd, vol. 2, p. 91. On dit qu’un homme nommé Ghawwâth al-Muhâribî aurait tenté de tuer le Messager d’Allah au cours de cette expédition. En réalité, cette tentative eut lieu lors d’une autre expédition, et non au cours de celle-ci. Voir Sahîh al-Bukhârî, vol. 2, p. 593].
Six) Le destin de Ka‘b ibn al-Achraf
Parmi les Juifs, cet homme éprouvait une haine intense envers les musulmans. Il leur était hostile et souffrait constamment de leurs actes. Cet homme offensait le Messager d’Allah et appelait ouvertement à la guerre contre lui.
Il était apparenté à la branche Banû Nabhan de la tribu de Tayy. La tribu de sa mère s’appelait Banû Nadîr. Cet homme était riche et influent. En Arabie, il était réputé pour sa beauté physique. Il était également connu comme un poète célèbre. Sa forteresse se trouvait au sud de Médine, derrière l’agglomération de la tribu des Banû Nadîr.
Dès qu’il apprit la victoire des musulmans à la bataille de Badr et la mort des chefs quraychites, il s’écria : « Est-ce vraiment arrivé ? Ils étaient les nobles des Arabes et les rois des peuples. Si Muhammad les a effectivement tués, alors les profondeurs de la terre sont préférables à sa surface. Autrement dit, mieux vaut mourir que rester en vie. »
Après avoir certainement appris la victoire des musulmans, Ka‘b ibn al-Achraf, l’ennemi d’Allah, commença à calomnier le Messager, qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix, ainsi que les musulmans, et à faire l’éloge des ennemis de l’islam. Ne se contentant pas de cela, il se rendit à La Mecque auprès des Quraychites et séjourna chez Mut‘alib ibn Abî Wadâ‘a al-Sahmî, s’efforçant d’allumer le feu de l’excitation dans le cœur des polythéistes. Il récita des poèmes de sa composition pour inciter les Quraychites à combattre le Messager d’Allah. Il récita également des poèmes à la gloire des Quraychites tués. Pendant le séjour de Ka‘b à La Mecque, Abû Sufyân lui demanda : « Quelle religion parmi les nôtres préfères-tu ? Lesquels de ces deux groupes sont les mieux guidés ? » Ka‘b ibn al-Achraf répondit : « Vous êtes mieux guidés et meilleurs que les musulmans. » C’est alors qu’Allah le Très-Haut révéla ce verset.
« N’as-tu pas vu ceux auxquels une partie du Livre a été donnée, qui croient au Jibt et au Taghut, et qui disent au sujet des mécréants : “Ceux-là sont mieux guidés que les croyants.” » (Sourate An-Nisa, verset 51)
Après avoir commis ces actes à La Mecque, Ka‘b ibn al-Ashraf retourna à Médine. Une fois arrivé, il se mit à réciter des poèmes abjects au sujet des épouses des Compagnons. En outre, il disait tout ce qui lui venait à la bouche, faisant ainsi souffrir les musulmans.
Dans cette situation devenue insupportable, le Messager de Dieu, que Dieu le bénisse et lui accorde la paix, dit un jour : « Qui est capable de régler son compte à Ka‘b ibn al-Ashraf ? Cet homme a offensé Dieu Très-Haut et Son Messager. »
Répondant à l’appel du Messager de Dieu, Muhammad ibn Maslama, ‘Ubbad ibn Bishr, Abou Naïla, autrement dit Salikan ibn Salama, al-Harith ibn Aws et Abou ‘Abbas ibn Jabar (qu’Allah les agrée) se levèrent. Abou Naïla, autrement dit Salikan ibn Salama (qu’Allah l’agrée), était le frère de lait de Ka‘b ibn al-Ashraf. Muhammad ibn Maslama fut désigné comme chef de ce groupe.
L’essentiel des différents récits concernant l’assassinat de Ka‘b ibn al-Ashraf est le suivant : lorsque le Messager de Dieu, que Dieu le bénisse et lui accorde la paix, dit : « Il a offensé le Messager. Qui peut régler son compte à Ka‘b ibn al-Ashraf ? », Muhammad ibn Maslama se leva immédiatement et déclara : « Je suis présent, ô Messager de Dieu. »
« Voulez-vous que je le tue ? » Le Messager de Dieu, que Dieu le bénisse et lui accorde la paix, répondit : « Oui. » Il dit : « Alors, permettez-moi de dire certaines choses. » Le Messager de Dieu répondit : « Oui, tu peux parler. »
Plus tard, Muhammad ibn Maslama (qu’Allah l’agrée) se rendit auprès de Ka‘b ibn al-Ashraf et lui dit : « Cet homme nous demande l’aumône. En réalité, cette demande nous a placés dans une situation difficile. »
Ka‘b répondit : « Par Allah, vous serez encore plus tourmentés. »
Mohammed ibn Maslama (qu’Allah l’agrée) dit : « Puisque nous l’avons déjà suivi, il ne me semble pas convenable de l’abandonner maintenant. Il est nécessaire de voir quelle sera l’issue de cette adhésion. Quoi qu’il en soit, je vous demande de me prêter un wasq de denrées alimentaires. »
Ka‘b répondit : « Donnez-moi quelque chose en gage. »
Mohammed ibn Maslama (qu’Allah l’agrée) dit : « Que préféreriez-vous ? » Ka‘b répondit : « Donnez-moi vos femmes en gage. »
Mohammed ibn Maslama (qu’Allah l’agrée) dit : « Comment cela serait-il possible ? Vous êtes l’homme le plus séduisant d’Arabie. »
Ka‘b répondit : « Alors donnez-moi vos filles en gage. »
Mohammed ibn Maslama (qu’Allah l’agrée) dit : « Comment cela serait-il possible ? Ce serait une honte pour moi. Les gens diraient qu’un tel a donné ses propres filles en gage à un tel pour obtenir quelques denrées alimentaires. Oui, je peux vous donner mes armes en gage. »
Ils convinrent ensuite que Mohammed ibn Maslama apporterait ses armes chez Ka‘b ibn Ashraf.
Abou Naïla entreprit une démarche semblable. Il était le frère de lait de Ka‘b. Il se rendit chez Ka‘b et s’entretint quelque temps avec lui de poésie. Il écouta quelques poèmes et lui en récita quelques-uns. Puis il dit : « Mon frère, je suis venu vous voir pour une affaire. Je voudrais vous en parler, mais c’est confidentiel. Après que je vous l’aurai révélée, vous la garderez secrète. »
Ka‘b répondit : « Oui, je le ferai. »
Abou Naïla, faisant allusion au Messager d’Allah, dit : « L’arrivée de cet homme s’est révélée être une épreuve pour nous. Toute l’Arabie est devenue notre ennemie. Toutes nos voies sont bloquées. Nos familles sont sur le point d’être anéanties. La vie est devenue insupportable. Nos enfants passent leurs journées dans une profonde détresse et de grandes souffrances. » Abou Naïla ajouta ensuite quelques paroles dans le même ton que la voix de Mohammed ibn Maslama. Au cours de la conversation, Abou Naïla dit également : « J’ai quelques amis qui partagent la même opinion que moi. Je voudrais les amener auprès de vous. Vendez-leur également quelques marchandises et témoignez-leur de la bienveillance. »
Mohammed ibn Maslama et Abou Naïla progressaient avec succès vers leur objectif grâce à cette conversation. En effet, après cette discussion, ils pourraient se rendre chez Ka‘b sans difficulté, même avec leurs armes.
Après les préparatifs initiaux, au cours de la nuit éclairée par la lune du 14 rabî‘ al-awwal de la troisième année de l’Hégire, ce petit groupe se présenta devant le Messager d’Allah, animé d’un objectif commun. Le Messager les accompagna jusqu’à Baqî‘ al-Gharqad. Puis il leur dit : « Allez, bismillah ! Ô Allah le Très-Haut, aide-les ! » Le Messager retourna chez lui et se consacra à la prière et aux invocations.
Pendant ce temps, après que les Compagnons furent arrivés devant la maison, Abou Naïla appela Ka‘b à haute voix. En entendant cette voix, Ka‘b se leva. Sa nouvelle épouse lui dit : « Où vas-tu à une heure pareille ? J’entends une voix dont on dirait que le sang s’écoule. »
Ka‘b répondit : « Ce sont mon frère Mohammed ibn Maslama et mon frère de lait Abou Naïla. Même si un homme noble était appelé à affronter des coups de lance, il répondrait néanmoins à cet appel. »
Ka‘b sortit ensuite. Un parfum se dégageait de sa tête.
Abou Naïla disait à ses compagnons : « Lorsqu’il arrivera, je commencerai à tenir les cheveux de sa tête et à les sentir. Lorsque vous verrez que j’ai sa tête sous mon contrôle, attaquez-le et tuez-le. » Après l’arrivée de Ka‘b, ils discutèrent un moment de divers sujets. Abou Naïla (qu’Allah l’agrée) dit ensuite : « Je n’ai jamais senti un parfum aussi enivrant que celui d’aujourd’hui. » En entendant cela, le cœur de Ka‘b se remplit d’orgueil. Il dit : « Je possède la femme la plus parfumée d’Arabie, celle qui utilise le plus de parfums. » Abou Naïla répondit : « Oui, oui, certainement. » Il passa la main dans les cheveux de Ka‘b et en respira le parfum, puis permit également à ses compagnons de les sentir. Au bout d’un moment, Abou Naïla (qu’Allah l’agrée) dit : « Frère, je voudrais les sentir encore une fois. » Ka‘b répondit avec assurance : « Oui, oui. » Abou Naïla respira de nouveau le parfum des cheveux de Ka‘b. Celui-ci était alors très heureux et parfaitement rassuré.
Après avoir marché encore un certain temps, Abou Naïla exprima de nouveau le désir de sentir l’odeur des cheveux de Ka‘b ibn al-Achraf. Ka‘b répondit que cela lui convenait. Lorsqu’il se pencha quelque peu après avoir dit cela, Abou Naïla saisit la tête de Ka‘b et la maintint sous son contrôle, puis dit à ses compagnons : « Maintenant, emparez-vous de cet ennemi d’Allah. » Aussitôt, Mohammed ibn Maslama passa à l’action et, levant son arme, lui porta un coup si violent que l’ennemi d’Allah en mourut sur-le-champ. Après l’attaque, il poussa un cri si puissant que l’agitation se répandit dans les environs. On alluma les lampes dans toutes les maisons et chacun fut gagné par l’inquiétude. Mais rien ne se produisit.
Lors de l’attaque contre Ka‘b ibn al-Achraf, Harith ibn Aws (qu’Allah l’agrée) fut accidentellement légèrement touché au corps par l’épée de l’un de ses compagnons. Il en fut blessé et du sang coulait de son corps. Sur le chemin du retour, lorsqu’ils arrivèrent à un endroit appelé Hujra Ariz, ils remarquèrent que Harith n’était pas avec eux. Ils l’attendirent donc sur place. Quelque temps plus tard, Harith arriva. Avec lui, ils atteignirent un endroit appelé Baqi‘ al-Gharqad et proclamèrent à haute voix le takbîr. L’Envoyé d’Allah, Mohammed (paix et bénédictions d’Allah sur lui), entendit lui aussi ces proclamations et comprit que l’expédition avait réussi. Il proclama également : « Allahou akbar ! » Puis il dit : « Aflahat al-woujouh », c’est-à-dire : « Que ces visages soient couronnés de succès. » Les Compagnons répondirent : « Wa wajhouka ya Rasoulallah », c’est-à-dire : « Et le vôtre aussi, ô Messager d’Allah. » Aussitôt après ces paroles, les participants à l’expédition déposèrent devant le Messager d’Allah la tête tranchée de Ka‘b ibn al-Achraf. Après le meurtre de Ka‘b, le chef des scélérats, le Messager (paix et bénédictions d’Allah sur lui) loua Allah et appliqua sa salive sur la blessure de Harith. Celui-ci guérit et ne ressentit plus jamais de douleur à cet endroit. [Les ouvrages d’où sont tirés les détails de cet événement sont les suivants : Ibn Hicham, tome II, p. 51 et 57 ; Sahih al-Boukhari, tome I, p. 341 et 425, tome II, p. 577 ; Sunan Abou Dawoud, tome II, p. 42-43 ; Zad al-Ma‘ad, tome II, p. 91.]
Les Juifs furent décontenancés en apprenant l’assassinat de Ka‘b ibn al-Achraf. Ils comprirent clairement que ceux qui seraient responsables de la rupture de la paix et ceux qui violeraient les traités conclus, s’ils ne se conformaient pas aux bons conseils qui leur seraient prodigués, verraient l’Envoyé d’Allah (paix et bénédictions d’Allah sur lui) n’hésiterait pas à recourir à la force contre eux. C’est pourquoi, même après avoir appris la mort de Ka‘b ibn al-Achraf, ils ne manifestèrent aucune réaction. Dans leur comportement, ils donnèrent l’impression de respecter les clauses du pacte de paix. Ils ne tentèrent plus non plus de faire étalage de leur force. On peut dire que le serpent venimeux rentra furtivement dans son trou. Ainsi disparut la crainte de voir les ennemis intérieurs de Médine relever la tête.
L’Envoyé d’Allah (paix et bénédictions d’Allah sur lui) eut alors le temps de faire face aux menaces venues de l’extérieur de Médine.
Sept) L’expédition de Bahran
Ce fut une importante expédition militaire. Trois cents moudjahidines y participèrent. À la tête de cette armée, l’Envoyé d’Allah (paix et bénédictions d’Allah sur lui) partit au mois de Rabî‘ al-Awwal de la troisième année de l’Hégire en direction d’une région appelée Bahran. Il s’agissait d’un lieu de la région de Far‘, située dans le Hedjaz. L’Envoyé d’Allah (paix et bénédictions d’Allah sur lui) et les moudjahidines qui l’accompagnaient y demeurèrent pendant les deux mois de Rabî‘ ath-Thânî et de Joumada al-Awwal. Il revint ensuite à Médine. Il n’eut à affronter aucun combat. [Ibn Hicham, tome II, p. 50-51 ; Zad al-Ma‘ad, tome II, p. 91. Plusieurs explications sont rapportées au sujet de la cause de cette expédition. On dit qu’une information était parvenue à Médine selon laquelle la tribu des Banou Soulaym avait fait de vastes préparatifs en vue d’attaquer Médine et ses environs. On dit également que le Messager d’Allah était parti à la recherche d’une caravane des Quraych. Ibn Hicham a mentionné cette raison, et Ibn al-Qayyim a également exprimé cette opinion. La première raison n’a pas été retenue. C’est l’autre qui paraît vraisemblable, car la tribu des Banou Soulaym ne résidait pas dans la région de Far‘, mais dans le Najd. Cette région se trouve très loin de Far‘.]
Huit) L’expédition de Zaïd ibn Haritha
Avant la bataille d’Ouhoud, ce fut la dernière expédition victorieuse des musulmans. Elle fut menée au mois de Joumada ath-Thâniya de la troisième année de l’Hégire. Voici le récit détaillé de l’événement :
Après la bataille de Badr, les Quraychites n’avaient pas l’esprit tranquille. Puis l’été arriva. C’est à cette période que les caravanes commerciales étaient envoyées en Syrie. La question de la sécurité des caravanes commerciales devint également une source d’inquiétude pour eux. Cette année-là, Safwân ibn Umayya, chef de la caravane commerciale à destination de la Syrie, dit aux Quraychites : « Muhammad et ses compagnons ont rendu dangereuse la route que nous empruntons pour nos expéditions commerciales. Je ne sais pas comment les affronter. Ils ne se rendent nulle part ailleurs que sur la côte maritime. Les habitants de la côte se sont liés d’amitié avec eux. Les gens ordinaires sont de leur côté. Je ne sais pas quelle voie nous devons suivre. D’un autre côté, si nous restons chez nous, notre capital sera entièrement perdu. À la fin, il ne nous restera plus rien. En effet, les moyens de subsistance de La Mecque reposent sur le commerce de deux saisons : la Syrie en été et l’Abyssinie en hiver. »
Après cette question de Safwân, on commença à réfléchir à la situation. Aswad ibn Abd al-Muttalib dit à Safwân : « Abandonne la route côtière et prends la route de l’Irak. Cette route est beaucoup plus longue. Il faudra passer par le Najd pour parvenir en Syrie. Les Quraychites ne connaissaient pas cette route située à l’est de Médine. » Aswad ibn Abd al-Muttalib conseilla à Safwân de prendre contact avec Furât ibn Hayyân, qui était lié à la tribu des Bakr ibn Wâ’il, et de le prendre comme guide pour le voyage projeté.
Après ces dispositions, la caravane commerciale des Quraychites, sous la direction de Safwân ibn Umayya, s’engagea sur la nouvelle route. Mais les détails de ce projet de voyage parvinrent à Médine. Comment cette nouvelle y parvint-elle ? Voici ce qui s’était passé : Sâlit ibn Nu‘mân avait rencontré Nu‘aym ibn Mas‘ûd dans une réunion où l’on buvait du vin. Le premier, c’est-à-dire Sâlit, avait alors embrassé l’islam, tandis que le second, c’est-à-dire Nu‘aym, n’était pas encore musulman. À cette époque, le vin n’était pas encore interdit. Dans cette réunion, sous l’effet de l’ivresse, Nu‘aym révéla à Sâlit tous les détails du voyage commercial des Quraychites. Sâlit partit aussitôt pour Médine et informa de tout le Messager d’Allah (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui).
Après avoir reçu cette nouvelle, le Messager d’Allah (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui) se prépara immédiatement à attaquer la caravane quraychite. Une troupe de cent cavaliers fut envoyée sous le commandement de Zayd ibn Hâritha (qu’Allah l’agrée). Zayd (qu’Allah l’agrée) se hâta et arriva à Qaradah, où il trouva la caravane. Celle-ci venait à peine d’y parvenir. Alors qu’ils s’apprêtaient à camper au bord d’un point d’eau, une attaque soudaine les frappa de stupeur. Safwân ibn Umayya et ses compagnons ne purent songer à rien d’autre qu’à fuir.
Les musulmans prirent Furât ibn Hayyân comme guide de la caravane. Il est également rapporté que deux autres hommes furent arrêtés. Les musulmans s’emparèrent de diverses marchandises commerciales. La valeur de ces biens était proche de cent mille dirhams.
Après son arrivée à Médine, le Messager d’Allah (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui) préleva un cinquième du butin. Les biens furent ensuite distribués entre les combattants. Furât ibn Hayyân embrassa également l’islam par l’intermédiaire du Messager d’Allah (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui). [Ibn Hichâm, t. 2, p. 50-51 ; Rahmat li-l-‘Âlamîn, t. 2, p. 219].
Après la bataille de Badr, ce fut l’événement le plus déchirant pour les Quraychites mécréants. Leur souffrance morale s’en trouva multipliée. Deux voies s’ouvraient alors devant eux.
Soit tout oublier et parvenir à un accord avec les musulmans, soit, animés d’un nouvel élan, leur livrer bataille et anéantir leur puissance afin qu’ils ne puissent plus jamais relever la tête. Les Quraychites dirigeants de La Mecque choisirent la seconde voie. Après avoir perdu tous leurs biens dans l’expédition commerciale, leur désir de vengeance se multiplia. Afin d’entrer en conflit avec les musulmans, de pénétrer chez eux et de les attaquer, les Quraychites commencèrent à prendre toutes les dispositions nécessaires. Outre les événements passés, la colère provoquée par l’échec de l’expédition commerciale fut également l’une des causes de la bataille d’Uhud.
La bataille d’Uhud
Les préparatifs des Quraysh pour la vengeance
Les habitants de La Mecque avaient dû supporter la défaite et l’humiliation lors de la bataille de Badr, ainsi que la douleur de voir nombre de leurs dirigeants tués. C’est pourquoi, dans leur colère contre les musulmans, ils avaient perdu toute raison. Cependant, les dirigeants qurayshites interdirent aux proches des tués de manifester leur deuil et de se lamenter sur eux. Il leur fut également interdit de se hâter de payer les rançons des prisonniers de guerre. Ils ne voulaient pas que les musulmans connaissent la profondeur de leur chagrin et de leur souffrance morale. Après la bataille de Badr, les mécréants décidèrent collectivement de livrer une nouvelle bataille contre les musulmans afin d’apaiser la brûlure de leur cœur. Leur colère serait ainsi elle aussi apaisée. Aussitôt cette décision prise, ils commencèrent à préparer la guerre contre les musulmans. Parmi les dirigeants qurayshites, Ikrima ibn Abû Jahl, Safwân ibn Umayya, Abû Sufyân ibn Harb et Abdullâh ibn Ziyâd jouèrent un rôle prépondérant dans ces préparatifs.
La caravane d’Abû Sufyân, qui avait été à l’origine de la bataille de Badr, avait réussi à être mise à l’abri par Abû Sufyân avec toutes ses marchandises. L’ensemble des marchandises de cette caravane fut conservé en vue de la guerre. On dit à leurs propriétaires : « Ô membres de la tribu des Quraysh, écoutez ! Muhammad vous a porté un coup terrible. Aidez donc, avec ces biens, la guerre que vous lui livrerez. Ils ont tué vos chefs choisis. En livrant de nouveau bataille, nous pourrons peut-être prendre notre revanche. » Les Quraysh répondirent à cet appel et acceptèrent de consacrer tous leurs biens à la guerre. Ces marchandises consistaient en mille chameaux et cinquante mille dinars. Les chameaux furent vendus afin de financer les préparatifs de guerre. À ce sujet, Allah, le Seigneur des mondes, révéla ce verset : « Les mécréants dépensent leurs biens pour détourner les gens du chemin d’Allah, et ils continueront à les dépenser. Puis cela deviendra pour eux un sujet de regret. Ensuite, ils seront vaincus, et ceux qui mécroient seront rassemblés dans la Géhenne. » (Sourate Al-Anfâl, verset 3,6).
Les Quraysh lancèrent ensuite un appel vibrant au volontariat. Les membres de différentes tribus furent encouragés à combattre les musulmans. On demanda à tous de se rassembler sous la bannière des Quraysh, et diverses récompenses leur furent promises. Un poète nommé Abû Uzayya avait été fait prisonnier lors de la bataille de Badr. Le Prophète — qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix — l’avait libéré sans rançon, après lui avoir fait promettre de ne plus rien entreprendre à l’avenir contre l’islam et les musulmans. Mais, après son retour à La Mecque, Safwân ibn Umayya le convainquit en ces termes : « Va auprès des membres des différentes tribus et enflamme-les contre les musulmans au moyen de poèmes aux paroles incendiaires. Si je reviens sain et sauf de la guerre, je te donnerai une grande quantité de richesses ou je prendrai en charge l’entretien de tes filles. » Séduit par cette tentation, Abû Uzayya rompit l’engagement qu’il avait pris envers le Messager d’Allah — qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix. Il se rendit auprès de différentes tribus et commença à exciter les gens contre les musulmans par ses poèmes. De la même manière, les dirigeants qurayshites recrutèrent un autre poète, Musâfa ibn Abd Manâf al-Juhamî. Ainsi, l’enthousiasme et l’ardeur des mécréants à faire la guerre aux musulmans ne cessèrent de croître.
Au terme d’une année, les préparatifs de guerre des Quraysh furent achevés. En comptant leurs alliés en plus de leurs proches, leurs forces s’élevèrent à trois mille hommes. Les dirigeants qurayshites se prononcèrent également en faveur de la participation d’un certain nombre de belles femmes à la guerre. Ainsi, quinze belles femmes furent emmenées sur le champ de bataille. On justifia leur présence en affirmant que la motivation de protéger leur sécurité et leur honneur renforcerait le courage et l’esprit de sacrifice des combattants. Trois mille chameaux et deux cents chevaux furent préparés pour être emmenés à la guerre. [Toutefois, l’ouvrage Fath al-Bârî indique que le nombre de chevaux était de cent (tome 7, p. 346).] Afin de maintenir les chevaux aussi actifs que possible, personne ne monta sur leur dos pendant tout le trajet jusqu’au champ de bataille. Parmi les armes défensives figuraient également trois mille armures.
Abû Sufyân était le commandant en chef de l’armée. Khâlid ibn al-Walîd reçut le commandement de la cavalerie de soutien. Ikrima ibn Abû Jahl fut nommé comme son adjoint. Conformément à la règle établie, l’étendard de guerre fut confié à la tribu des Banû Abd ad-Dâr.
La marche des non-musulmans vers Médine
Après de tels préparatifs, cette armée mecquoise se mit en route vers Médine. Elle était presque devenue folle de colère, cherchant à se venger des musulmans. L’ampleur de sa colère se mesure au sang versé et aux atrocités de la guerre.
Al-Abbas (qu’Allah l’agrée) surveillait les préparatifs militaires des Quraysh. Dès qu’il apprit leur départ vers Médine, il y envoya rapidement un messager afin d’informer le Messager d’Allah (que la bénédiction et la paix d’Allah soient sur lui) de tous les détails.
Le messager envoyé par al-Abbas (qu’Allah l’agrée) parcourut en seulement trois jours les cinq cents kilomètres séparant La Mecque de Médine. Dès son arrivée à Médine, il remit la lettre d’al-Abbas (qu’Allah l’agrée) au Messager d’Allah (que la bénédiction et la paix d’Allah soient sur lui). Le bien-aimé Messager d’Allah (que la bénédiction et la paix d’Allah soient sur lui) se trouvait alors à la mosquée de Qubâ, à Médine.
Ubay ibn Ka‘b (qu’Allah l’agrée) lut la lettre d’al-Abbas (qu’Allah l’agrée) au noble Prophète (que la bénédiction et la paix d’Allah soient sur lui). Après avoir ordonné à Ubay (qu’Allah l’agrée) de garder secrète la teneur de la lettre, le noble Prophète (que la bénédiction et la paix d’Allah soient sur lui) tint une consultation urgente avec les chefs des Ansar et des Muhajirun.
Mesures urgentes pour faire face à la situation
Dès lors, les musulmans de Médine commencèrent à garder leurs armes avec eux afin de faire face à toute situation indésirable. Même pendant la prière, ils ne les déposaient pas à distance.
Quelques Ansar furent chargés d’assurer la sécurité du Prophète (que la bénédiction et la paix d’Allah soient sur lui). Parmi eux se trouvaient Sa‘d ibn Mu‘adh (qu’Allah l’agrée), Usayd ibn Hudayr (qu’Allah l’agrée) et Sa‘d ibn Ubadah (qu’Allah l’agrée). Armés, ils montaient la garde toute la nuit devant la demeure du noble Prophète (que la bénédiction et la paix d’Allah soient sur lui).
Plusieurs musulmans furent également affectés aux différents accès de Médine. Ils étaient prêts à faire face à toute attaque soudaine. Quelques petites unités furent aussi postées sur les routes à l’extérieur de Médine afin de surveiller les mouvements de l’ennemi.
La présence des mécréants aux abords de Médine
L’armée de La Mecque poursuivit sa marche vers Médine. Arrivée dans un lieu appelé Abwa, Hind bint Utba, l’épouse d’Abou Soufyan, proposa de retrouver la tombe de Dame Aminah, la mère du Messager d’Allah (qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix), et de la profaner. Mais les chefs des Quraych n’acceptèrent pas de mettre à exécution le complot odieux de cette femme. Ils réfléchirent qu’une telle action aurait des conséquences extrêmement terribles.
Depuis Abwa, les mécréants poursuivirent leur voyage. Arrivés près de Médine, ils traversèrent la plaine d’Aqiq. Puis, se dirigeant légèrement vers la droite, ils prirent position dans un lieu proche du mont Ouhoud. Aynayn est une terre fertile située près de la plaine de Qanat, au nord de Médine. Cela se passa un vendredi, le 6 Chawwâl de la troisième année de l’Hégire.
La réunion du conseil de la Choura
Les informateurs musulmans transmettaient à Médine des nouvelles détaillées sur les mouvements des non-musulmans. La nouvelle de leur installation parvint également à Médine. C’est alors que le Messager d’Allah (qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix) convoqua une réunion du conseil de la Choura. Lors de cette réunion, on réfléchissait aux décisions urgentes à prendre concernant la défense de Médine. Au début, le Messager d’Allah (qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix) informa les Compagnons du rêve qu’il avait vu. Le noble Prophète (qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix) dit : « Par Allah, j’ai vu quelque chose de bon. J’ai vu plusieurs vaches être égorgées. J’ai vu des signes de défaite sur mon épée. J’ai aussi vu que j’introduisais ma main dans une armure. » Puis le Prophète (qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix), expliquant la vision des vaches égorgées, dit que plusieurs Compagnons seraient martyrisés. Au sujet des signes de défaite sur l’épée, il dit qu’un membre de sa famille serait martyrisé. Quant à l’armure protectrice, il expliqua qu’elle représentait la ville de Médine.
Le Messager d’Allah (qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix) exprima ensuite son avis au sujet de la stratégie de défense intérieure : les musulmans ne sortiraient pas de la ville, mais resteraient à l’intérieur de Médine. Que les mécréants restent dans leurs tentes ; s’ils entraient dans Médine, les musulmans les combattraient dans les ruelles de la ville, tandis que les femmes les frapperaient depuis les toits. Cet avis était le bon. Le chef hypocrite, Abdallah ibn Oubay, se déclara lui aussi d’accord avec cet avis. S’il approuva l’opinion et la stratégie défensive du noble Prophète (qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix), ce n’était pas parce qu’elles lui plaisaient ; il les approuvait plutôt parce qu’elles lui permettraient de s’abstenir de combattre sans que personne ne s’en aperçoive. Mais la volonté d’Allah, Seigneur des mondes, était autre. Il voulait que, pour la première fois, cet homme soit identifié et humilié parmi les musulmans ordinaires, et que le voile de sa mécréance, dissimulée sous le couvert de l’islam, soit levé. Il voulait également que, dans leur période de crise, les musulmans découvrent combien de serpents venimeux se cachaient dans leurs manches.
Quelques éminents Compagnons qui n’avaient pas pu participer à la bataille de Badr conseillèrent au noble Prophète (qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix) de se rendre sur le champ de bataille pour affronter les mécréants. Ils manifestèrent un vif désir de participer au jihad. Certains Compagnons dirent : « Ô Messager d’Allah, nous aspirions à ce jour et nous invoquions Allah, Seigneur des mondes, à ce sujet. Aujourd’hui, Allah nous a accordé cette occasion. L’occasion de nous lancer dans la bataille est venue. Ô Messager d’Allah, avancez donc vers l’ennemi et ne pensez pas que nous ayons peur. »
L’oncle du noble Prophète (qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix), Hamza ibn Abd al-Muttalib, figurait également parmi ceux qui manifestaient un tel enthousiasme et une telle ardeur. Il avait fait preuve d’un courage et d’une bravoure exceptionnels lors de la bataille de Badr. Il dit au noble Prophète (qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix) : « Par l’Être saint qui a fait descendre le Coran sur vous, je ne prendrai aucune nourriture avant d’avoir combattu les mécréants en rase campagne, à l’extérieur de Médine. » [Sîrat al-Halabiyya, tome II, p. 14].
Le Messager d’Allah, qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix, renonça à son propre avis au vu de l’opinion de la majorité des Compagnons. Il fut finalement décidé d’affronter les mécréants en rase campagne, à l’extérieur de Médine.
Organisation de l’armée islamique et départ pour la bataille
Ensuite, le Messager d’Allah, qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix, dirigea la prière du vendredi. Après la prière, il prononça un sermon et exhorta les fidèles. Il dit que seule la patience et une ferme résolution permettraient de remporter la victoire. Il ordonna aussitôt aux musulmans de se préparer à affronter l’ennemi. En entendant cela, un flot de joie envahit le cœur des musulmans.
Lorsque le Messager d’Allah, qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix, accomplit la prière de l’après-midi, il vit qu’un nombre important de personnes s’étaient rassemblées. Certaines étaient également venues des environs de Médine. Après la prière, le Prophète, qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix, entra à l’intérieur. Abou Bakr et Omar, qu’Allah les agrée, étaient avec lui. Ils attachèrent un turban sur la tête du bien-aimé Prophète, qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix, et l’habillèrent. Le Prophète, qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix, revêtit une armure par-dessus et une autre par-dessous, prit son épée, s’équipa d’autres armes et se présenta devant tous.
Tous attendaient l’arrivée du bien-aimé Prophète, qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix. Soudain, Sa‘d ibn Mu‘âdh et Usaïd ibn Hudayr, qu’Allah les agrée, dirent aux Compagnons : « Vous emmenez de force le bien-aimé Prophète, qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix, sur le champ de bataille. Vous le contraignez. Laissez donc cette décision au bien-aimé Prophète, qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix. » En entendant cela, tous éprouvèrent de la honte. Lorsque le bien-aimé Prophète, qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix, sortit, tous lui dirent : « Ô Messager d’Allah, nous nous sommes opposés à vous, et cela n’était pas convenable. Faites ce que vous jugez bon. Si vous estimez qu’il est préférable pour nous de rester à Médine, nous l’acceptons. Faites donc ainsi. » Le Messager d’Allah, qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix, répondit : « Lorsqu’un prophète a revêtu ses armes, il ne lui convient pas de les ôter avant qu’Allah, Seigneur des mondes, n’ait tranché entre lui et ses ennemis. » [Musnad Ahmad, an-Nasâ’î, Ibn Ishâq].
Ensuite, le Messager d’Allah, qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix, divisa les troupes en trois parties comme suit :
1) Le contingent des Muhâjirûn. Son étendard fut confié à Mus‘ab ibn ‘Umaïr, qu’Allah l’agrée.
2) Le contingent de la tribu Aws des Ansâr. Usaïd ibn Hudayr, qu’Allah l’agrée, en reçut le commandement.
Trois) Les troupes de la tribu des Khazraj. Habbab ibn al-Mundhir (qu’Allah l’agrée) en assumait le commandement.
L’armée musulmane comptait au total mille hommes. Parmi eux, cent portaient des armures et cinquante étaient des cavaliers. [Ibn Qayyim écrit cela à la page 92 du deuxième volume de son ouvrage Zâd al-Ma‘âd. Al-Hafiz Ibn Hajar affirme que c’est une erreur. Moussa ibn ‘Uqba a catégoriquement déclaré qu’aucun cheval n’avait été utilisé lors de la bataille d’Uhud. Al-Waqidi écrit qu’il n’y avait que deux chevaux : l’un auprès du Messager d’Allah (qu’Allah le bénisse et le salue), et l’autre auprès d’Abou Joubda (qu’Allah l’agrée). Fath al-Bari, volume sept, page 350].
Selon une autre narration, il n’y avait pas un seul cavalier.
La responsabilité de diriger la prière des compagnons restés à Médine pendant la bataille fut confiée à ‘Abdullah ibn Oumm Maktoum (qu’Allah l’agrée), puis l’ordre fut donné aux troupes musulmanes de partir. Les soldats musulmans se dirigèrent vers le nord. Sa‘d ibn Mou‘adh (qu’Allah l’agrée) et Sa‘d ibn ‘Oubada (qu’Allah l’agrée) avançaient revêtus de leurs armures, devant le noble Prophète (qu’Allah le bénisse et le salue).
Lorsqu’ils arrivèrent en un lieu appelé Thanิyyat al-Wadâ‘, ils aperçurent un groupe de soldats. Ceux-ci étaient équipés d’excellentes armes et séparés du reste de l’armée. Lorsque le Prophète (qu’Allah le bénisse et le salue) leur demanda qui ils étaient, ils répondirent qu’ils étaient des alliés de la tribu des Khazraj et des Juifs [Ibn Sa‘d a rapporté cet événement. Cette narration mentionne également qu’ils étaient des Juifs de la tribu des Banou Qaynouqa. Mais cette information n’est pas exacte, car les membres de la tribu des Banou Qaynouqa furent expulsés de Médine quelques jours seulement après la bataille de Badr]. Ils désiraient toutefois combattre aux côtés des musulmans contre les mécréants de La Mecque. Lorsqu’on demanda s’ils s’étaient convertis à l’islam, il fut indiqué au noble Prophète (qu’Allah le bénisse et le salue) qu’ils n’étaient pas musulmans et ne souhaitaient pas le devenir. Le Prophète (qu’Allah le bénisse et le salue) refusa de recourir à l’aide des Juifs contre les mécréants.
Inspection des troupes
Arrivé à l’endroit appelé Chaykhan, le Messager d’Allah (qu’Allah le bénisse et le salue) inspecta les troupes musulmanes. À l’issue de cette inspection, les mineurs et ceux qui étaient inaptes au combat furent renvoyés. Ceux qui furent renvoyés étaient : ‘Abdullah ibn ‘Omar (qu’Allah l’agrée), Oussama ibn Zayd (qu’Allah l’agrée), Ousayd ibn Zahir (qu’Allah l’agrée), Zayd ibn Thabit (qu’Allah l’agrée), Zayd ibn Arqam (qu’Allah l’agrée), Oussama ibn Aws (qu’Allah l’agrée), Abou Sa‘id al-Khoudri (qu’Allah l’agrée), Zayd ibn Haritha al-Ansari (qu’Allah l’agrée) et Sa‘d ibn Houbab (qu’Allah l’agrée). Le nom d’Al-Bara ibn ‘Azib (qu’Allah l’agrée) figure également dans cette liste. Cependant, il est établi selon le Sahih al-Boukhari qu’il participa à la bataille d’Uhud.
Bien qu’ils fussent jeunes, Rafi‘ ibn Khadij (qu’Allah l’agrée) et Samoura ibn Joundoub (qu’Allah l’agrée) furent autorisés à participer au djihad. La raison en était que Rafi‘ ibn Khadij (qu’Allah l’agrée) était particulièrement habile au tir à l’arc. Après qu’il eut reçu cette autorisation, Samoura ibn Joundoub (qu’Allah l’agrée) déclara : « Je suis plus fort que Rafi‘. Je peux le terrasser à la lutte. » Lorsque cette parole fut rapportée au Prophète (qu’Allah le bénisse et le salue), il ordonna aux deux garçons de lutter. Au cours de ce combat, Samoura ibn Joundoub (qu’Allah l’agrée) terrassa effectivement Rafi‘. Le Prophète (qu’Allah le bénisse et le salue) autorisa alors également Samoura (qu’Allah l’agrée) à participer.
Passer la nuit à mi-chemin entre Uhud et Médine
Le soir était déjà tombé à l’endroit appelé Shaykhan. Le Messager d’Allah (paix et bénédictions d’Allah sur lui) y accomplit les prières du maghrib et de l’ichâ, puis décida d’y passer la nuit. Le vénérable Muhammad ibn Maslama al-Ansari (qu’Allah l’agrée) était le chef des gardes chargés de surveiller les tentes des musulmans. C’est lui qui avait dirigé l’assassinat du Juif Ka‘b ibn al-Ashraf. Quant à Safwan ibn ‘Abdullah ibn Qays (qu’Allah l’agrée), il fut chargé de veiller sur le Prophète (paix et bénédictions d’Allah sur lui).
La trahison des hypocrites
Le complot du chef des hypocrites, ‘Abdullah ibn Ubayy, était sur le point d’aboutir. En voyant son retrait et celui de ses compagnons, les groupes de Banu Haritha, de la tribu des Aws, et de Banu Salima, de la tribu des Khazraj, furent eux aussi pris de doute. Ils songèrent à faire demi-tour. Mais Allah, le Seigneur des mondes, éveilla la conscience de la foi dans le cœur des membres de ces deux tribus, si bien qu’ils restèrent fermes dans leur résolution de combattre. À ce sujet, Allah, le Seigneur des mondes, dit : « Lorsque deux groupes parmi vous songèrent à fléchir, alors qu’Allah était leur allié. C’est en Allah que les croyants doivent placer leur confiance. »
Lorsque les hypocrites décidèrent de retourner à Médine, le vénérable ‘Abdullah ibn Haram (qu’Allah l’agrée), père du vénérable Jabir (qu’Allah l’agrée), voulut leur rappeler leur devoir dans cette situation délicate. Il alla quelque temps derrière les hypocrites qui souhaitaient repartir, tentant de les faire revenir, et leur dit : « Revenez encore maintenant et combattez dans le chemin d’Allah. » Mais ils répondirent : « Si nous avions su que vous combattriez, nous ne serions pas repartis. » En entendant cela, le vénérable ‘Abdullah ibn Haram (qu’Allah l’agrée) dit : « Ô ennemis d’Allah, le châtiment d’Allah s’abattra sur vous. Souvenez-vous qu’Allah Très-Haut ne laissera pas Son Prophète avoir besoin de vous. »
Au sujet de ces hypocrites, Allah Très-Haut révéla ce verset : « Et afin de distinguer les hypocrites, on leur avait dit : “Venez combattre dans le chemin d’Allah ou assurez la défense.” Ils répondirent : “Si nous savions combattre, nous vous suivrions certainement.” Ce jour-là, ils étaient plus proches de la mécréance que de la foi. Ils disent de leur bouche ce qui n’est pas dans leur cœur, tandis qu’Allah sait parfaitement ce qu’ils cachent. » (Âl ‘Imrân, verset 167)
Au pied du mont Uhud
Après le départ des hypocrites, le Messager d’Allah (paix et bénédictions d’Allah sur lui) s’avança vers l’ennemi avec les sept cents musulmans restants. L’ennemi se trouvait de l’autre côté du mont Uhud. Le Prophète (paix et bénédictions d’Allah sur lui) s’adressa aux Compagnons en disant : « Quelqu’un peut-il indiquer un chemin qui nous éviterait de faire un grand détour pour atteindre notre destination ? »
En entendant cela, Hadrat Abou Khaythama (qu’Allah l’agrée) s’avança et dit : « Je suis prêt à accomplir cette tâche, ô Messager d’Allah. » Il poursuivit ensuite sa route par un chemin plus court. Les musulmans avancèrent par ce chemin à travers les terres de la tribu des Banou Haritha, laissant les ennemis à l’ouest. En chemin, ils passèrent par le jardin d’un homme nommé Marba ibn Qayza. Cet homme était aveugle d’un côté et hypocrite de l’autre. Sentant l’arrivée des musulmans, il se mit à leur jeter de la poussière. À ce moment-là, il disait au Messager d’Allah, qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix : « Si tu es réellement le Messager d’Allah, sache que tu n’as pas la permission d’entrer dans mon jardin. » Les musulmans voulurent le tuer, mais le noble Prophète, qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix, dit : « Ne le tuez pas. Il est aveugle de cœur comme de vue. »
Le Messager d’Allah, qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix, poursuivit son avancée et atteignit le pied du mont Uhud, situé à la limite de la plaine, où il établit son camp. Médine se trouvait devant eux et les hauteurs du mont Uhud derrière eux. L’armée ennemie se trouvait alors entre les musulmans et Médine.
Plan de défense
À son arrivée, le Prophète, qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix, disposa et organisa les soldats. D’un point de vue militaire, il les répartit en plusieurs rangs. Il constitua une unité d’archers, forte de cinquante hommes, et confia son commandement à Hadrat Abdallah ibn Jabir ibn Nouman al-Ansari, qu’Allah l’agrée. Il les affecta à un défilé situé au sud de la vallée de Qanat. Ce défilé se trouvait à cent cinquante mètres au sud-est de la position de l’armée musulmane. Le Messager d’Allah, qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix, dit au chef des archers : « Vous tiendrez les cavaliers ennemis à distance en leur lançant des flèches. Veillez à ce qu’ils ne puissent pas nous attaquer par-derrière. Que nous remportions la victoire ou que nous soyons vaincus, vous resterez fermement à vos positions. Veillez à ce qu’aucune attaque ne puisse nous atteindre depuis la direction où vous êtes postés. » [Ibn Hicham, tome II, p. 65-66]. Puis le Messager d’Allah, qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix, dit à tous les archers : « Vous protégerez nos arrières. Même si vous nous voyez tomber, ne venez pas à notre secours. Et même si vous nous voyez recueillir le butin, ne prenez pas part à nos côtés. » [Ahmad, Tabarani et Hakim l’ont rapporté d’après Hadrat Ibn Abbas, qu’Allah l’agrée. Voir Fath al-Bari, tome VII, p. 350].
Selon le récit mentionné dans le Sahih de Boukhari, le Messager d’Allah, qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix, avait dit : « Même si vous voyez des moineaux nous picorer, ne quittez pas votre position, à moins que je ne vous appelle. Et même si vous voyez que nous vainquons les ennemis et les avons finalement anéantis, ne quittez pas votre position, à moins que je ne vous appelle. » [Sahih de Boukhari, Livre du djihad, tome I, p. 426].
C’est avec de telles consignes militaires rigoureuses que le Messager d’Allah, qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix, posta les archers et fit barrer le défilé. En effet, les ennemis auraient facilement pu venir de l’autre côté de ce passage et attaquer les musulmans.
Parmi les soldats restants, Hadrat Mundhir ibn Amr, qu’Allah l’agrée, fut affecté à l’aile droite, tandis que Hadrat Zubayr ibn al-Awwam, qu’Allah l’agrée, fut nommé avec Miqdad ibn al-Aswad, qu’Allah l’agrée, comme adjoint. Hadrat Zubayr, qu’Allah l’agrée, reçut également la mission de contenir la cavalerie commandée par Khalid ibn al-Walid. Khalid n’avait encore jamais embrassé l’islam. En plus de cette disposition, des Compagnons éminents et choisis furent placés sur la ligne de front. Leur réputation de bravoure et de courage était si grande que chacun d’eux était considéré comme capable d’affronter mille ennemis.
Ce plan de déploiement élaboré par le Messager d’Allah, qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix, témoignait d’une stratégie subtile et d’une grande clairvoyance militaire. Il révélait son talent et sa perspicacité dans le commandement militaire et la tactique de guerre. Il démontrait également qu’aucun commandant, même compétent et prévoyant, ne pourrait concevoir une stratégie militaire supérieure à celle du Messager d’Allah, qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix. Après avoir observé les troupes ennemies, le Prophète, qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix, choisit le meilleur emplacement pour les musulmans. En prenant position devant la montagne, il protégea leurs arrières et leur flanc droit contre les attaques ennemies. À l’endroit où l’on craignait que les ennemis n’arrivent par la gauche pour lancer leur attaque, il posta une unité d’archers très compétente. En choisissant une hauteur à l’arrière, il fit en sorte que, si — à Dieu ne plaise — ils étaient vaincus, ils n’aient pas à fuir ni à subir les assauts de l’ennemi, mais puissent trouver refuge dans le camp. Dans ces conditions, si les ennemis attaquaient pour prendre le contrôle du camp, ils subiraient un désastre cuisant. En revanche, les ennemis furent contraints de rester dans une position telle que, même s’ils remportaient la victoire, ils ne pourraient guère en tirer les bénéfices. Et si les musulmans remportaient la victoire, les mécréants seraient incapables d’échapper à leur poursuite. Par ailleurs, le Messager d’Allah, qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix, remédia à la faiblesse théorique des effectifs militaires en plaçant un groupe de Compagnons éminents sur la ligne de front. Le samedi matin 7 Chawwal de la deuxième année de l’Hégire, le Messager d’Allah, qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix, acheva cette importante opération de déploiement.
Le message du Messager d’Allah (que la paix soit sur lui) aux responsables
Le Messager, qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix, annonça ensuite : « Vous ne commencerez pas le combat avant que je ne vous en donne l’ordre. » Ce jour-là, il portait deux armures. Il dit à ses Compagnons : « Lorsque vous affronterez l’ennemi, faites preuve de bravoure et de courage. » Alors que le Prophète, qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix, insufflait à ses Compagnons l’enthousiasme, l’ardeur au jihâd et l’élan combattif, il dégaina une épée tranchante et demanda : « Qui est capable de dégainer cette épée et d’en accomplir le droit ? » En entendant cela, plusieurs Compagnons s’avancèrent pour prendre l’épée. Parmi eux se trouvaient ‘Alî ibn Abî Tâlib, az-Zubayr ibn al-‘Awwâm et ‘Umar ibn al-Khattâb, qu’Allah les agrée. Abû Dujâna Sammâk ibn Kharacha, qu’Allah l’agrée, s’avança et demanda : « Ô Messager d’Allah, quel est son droit ? » Le noble Prophète, qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix, répondit : « Frappe avec cette épée les visages des ennemis de telle manière qu’ils en soient défigurés. » Abû Dujâna, qu’Allah l’agrée, dit : « Ô Messager d’Allah, je souhaite prendre cette épée et en accomplir le droit. » Le Messager d’Allah, qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix, remit l’épée à Abû Dujâna, qu’Allah l’agrée.
Abû Dujâna, qu’Allah l’agrée, était un soldat entièrement dévoué. Au combat, il marchait la poitrine bombée. Il possédait un bandeau rouge. Lorsqu’il le nouait, les gens comprenaient qu’il combattrait désormais jusqu’à la mort. Après avoir reçu l’épée donnée par le Messager d’Allah, qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix, il noua le bandeau autour de sa tête et se mit à marcher, la poitrine bombée, entre les soldats musulmans et mécréants. Le Messager d’Allah, qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix, dit : « Allah, Seigneur des mondes, n’aime pas une telle démarche, mais cette interdiction ne s’applique pas dans ce cas. »
La disposition des troupes venues de La Mecque
Les polythéistes rassemblèrent leurs troupes en les rangeant en lignes. Leur chef était Abû Sufyân. Il établit son centre au milieu des soldats. À droite se trouvait Khâlid ibn al-Walîd, et à gauche ‘Ikrima ibn Abî Jahl. Les fantassins étaient placés sous le commandement de Safwân ibn Umayya. Quant aux archers, ‘Abdullâh ibn Rabî‘a fut chargé de les diriger.
Un petit groupe de Banû ‘Abd ad-Dâr portait l’étendard de guerre. Lorsque les dignités furent réparties entre les clans par héritage, de ‘Abd Manâf et de Qusayy, Banû ‘Abd ad-Dâr obtint cette dignité. Au début, personne n’aurait pu provoquer la moindre querelle à ce sujet. Mais Abû Sufyân leur rappela la situation à laquelle les Quraysh avaient été confrontés après la capture du porte-étendard Nadr ibn al-Hârith lors de la bataille de Badr. Après le leur avoir rappelé, Abû Sufyân chercha à attiser la colère des porte-étendards en leur disant : « Ô Banû ‘Abd ad-Dâr, c’est vous qui portiez notre étendard le jour de la bataille de Badr. Mais vous avez vu quelle situation nous avons dû affronter à cette occasion. En réalité, l’étendard de guerre est l’âme de la bataille. Lorsqu’il tombe, les soldats ordinaires perdent pied. Cette fois, soit vous protégerez correctement notre étendard, soit vous cesserez de le porter. Nous nous chargerons nous-mêmes de le porter. » Le dessein d’Abû Sufyân réussit. En entendant ses paroles enflammées, une colère intense s’empara de Banû ‘Abd ad-Dâr. Ils s’écrièrent : « Nous vous remettrions l’étendard ? Lorsque le combat commencera demain, vous verrez ce que nous ferons. » Le lendemain, lorsque la bataille commença, chaque homme de Banû ‘Abd ad-Dâr maintint fermement et fidèlement l’étendard. Mais, à la fin, ils atteignirent tous l’Enfer, l’un après l’autre.
Les manœuvres politiques des Quraysh
Peu avant le début de la bataille, les Quraysh tentèrent de provoquer une division et des querelles réciproques parmi les soldats musulmans. Abû Sufyân envoya un message aux Ansâr : « Si vous vous écartez du chemin entre nous et notre cousin, Muhammad, qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix, nous ne vous attaquerons pas, car nous n’avons aucune raison de vous combattre. » Mais comment une telle manœuvre diplomatique aurait-elle pu réussir face à une foi devant laquelle même les montagnes ne peuvent tenir ? Les Ansâr lui répondirent avec fermeté et lui firent également entendre quelques paroles rudes.
Après s’être rapprochés les uns des autres, les Qurayshites eurent recours à une autre manœuvre perfide. Le pervers Abu Amir, marionnette des mécréants, se présenta devant les musulmans. Cet homme s’appelait Abd Amr ibn Sayfi. On le surnommait le moine, mais le Messager d’Allah, qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix, le nomma le pervers. À l’époque de la Jahiliya, cet homme était le chef de la tribu des Aws. Après l’avènement de l’islam, celui-ci devint pour lui une épine dans la gorge. Il commença à manifester une hostilité ouverte envers le Messager d’Allah, qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix. Quittant Médine, il se rendit à La Mecque auprès des Qurayshites et les incita et les encouragea à combattre. Il assura également aux mécréants que les tribus de mon peuple qui avaient embrassé l’islam accourraient sur le champ de bataille en me voyant.
Avec les habitants de La Mecque, cet homme nommé Abd Amr se présenta d’abord devant les musulmans et appela les membres de son peuple. Après s’être identifié, il dit : « Ô membres de la tribu des Aws, je suis Abu Amir. » En entendant cette présentation, les hommes de la tribu des Aws répondirent : « Ô pervers, qu’Allah, le Seigneur des mondes, ne rende jamais tes yeux heureux. » Abu Amir leur dit alors : « Ô mon peuple, vous êtes devenus mauvais après mon départ. » Lorsque la bataille commença par la suite, cet homme combattit de toutes ses forces du côté des mécréants et contre les musulmans. Il lança une grande quantité de pierres sur les moudjahidines musulmans.
Ainsi, la deuxième tentative des Qurayshites de semer la discorde parmi les musulmans échoua elle aussi. Cela montre combien la peur des musulmans était profonde dans le cœur des polythéistes, malgré leur supériorité numérique et leur grande puissance militaire, et combien ils se considéraient petits et insignifiants face à la personnalité des musulmans.
Le rôle des femmes non musulmanes
Les femmes qurayshites prirent elles aussi part à la bataille. Elles étaient dirigées par Hind bint Utba, l’épouse d’Abu Sufyan. Parcourant les rangs des combattants et frappant du tambourin, ces femmes galvanisaient les soldats. En plus de les encourager au combat, elles les exhortaient à faire preuve d’habileté dans le lancer de la lance et dans l’usage de l’épée et des flèches. S’adressant aux porte-étendards, elles déclamaient en vers :
« Regardez, ô Banou Abd ad-Dar,
Voyez, c’est vous qui êtes la gloire de vos ancêtres,
Montrez votre habileté dans le maniement de l’épée. »
Encourageant ses compatriotes au combat, il disait parfois :
« Si vous avancez, je vous prendrai dans mes bras
et vous serrerai contre ma poitrine ;
je vous préparerai des lits moelleux ;
si vous reculez, je me vexerai
et partirai loin de vous. »
La première étincelle de la bataille
Ensuite, les deux groupes se firent face et la bataille commença. Du côté des Quraychites, Talha ibn Abou Talha al-Abdari s’avança. Cet homme était considéré comme le plus grand héros parmi les Quraychites. Les musulmans l’appelaient la grenouille de l’armée. Monté sur un chameau, Talha lança un défi en appelant à l’affronter. Les musulmans ordinaires hésitaient, son courage extraordinaire les faisant réfléchir. Soudain, Ḥazrat Zubayr (qu’Allah l’agrée) s’avança et, tel un tigre, bondit en un clin d’œil sur le chameau de Talha. L’instant suivant, il maîtrisa Talha et sauta à terre. Talha tomba lui aussi. Ḥazrat Zubayr (qu’Allah l’agrée) tira son épée et égorgea Talha.
Le Messager d’Allah, que la bénédiction et la paix d’Allah soient sur lui, fut transporté de joie en voyant l’immense bravoure de Zubayr, qu’Allah l’agrée, et proclama : « Allah est le plus grand ! » Les musulmans s’écrièrent eux aussi à haute voix : « Nara-e-Takbir, Allah est le plus grand ! » Le Messager d’Allah, que la bénédiction et la paix d’Allah soient sur lui, fit ensuite l’éloge de Zubayr, qu’Allah l’agrée, et dit : « Chaque prophète, que la bénédiction et la paix d’Allah soient sur lui, a un hawari ; mon hawari est Zubayr. » [L’auteur de l’ouvrage Sîrat al-Halabiyya a rapporté cette parole. Une autre déclaration du Prophète, que la bénédiction et la paix d’Allah soient sur lui, au sujet de Zubayr, qu’Allah l’agrée, est mentionnée ailleurs dans les hadiths].
Le début de la bataille générale et la déroute des mécréants
Ensuite, le brasier de la bataille se propagea de tous côtés. Sur tout le champ de bataille se déchaînèrent des attaques désordonnées et des contre-attaques. L’étendard des Qurayshites se trouvait au milieu du champ de bataille. Après la mort de leur commandant, Talha ibn Abou Talha, les membres des Banou Abd ad-Dar se relayèrent pour porter l’étendard. Mais ils furent tous tués l’un après l’autre. Après la mort de Talha, son frère Othman ibn Abou Talha saisit l’étendard, s’avança et dit :
« La tâche du porteur de l’étendard est difficile
que la lance soit ensanglantée ou brisée »
Hamza ibn Abd al-Muttalib, qu’Allah l’agrée, attaqua Othman. Il frappa Othman à l’épée à l’épaule avec une telle violence que son épaule et son bras furent tranchés, tandis que l’épée atteignit son nombril. Après que l’épée eut été retirée, ses entrailles étaient visibles.
Après la mort d’Othman, Abou Sa’d ibn Abou Talha s’avança. Sa’d ibn Abi Waqqas, qu’Allah l’agrée, lui décocha une flèche. La flèche lui transperça la gorge ; sa langue sortit, et Abou Sa’d rendit aussitôt l’âme. Certains auteurs de biographies du Prophète ont écrit que, lorsque Abou Sa’d s’avança et appela au combat singulier, Ali, qu’Allah l’agrée, s’avança à sa rencontre. Bien que chacun frappât l’autre une fois, Ali, qu’Allah l’agrée, resta indemne. Mais Abou Sa’d fut tué.
Après la mort d’Abou Sa’d, Mosafâ ibn Abou Talha prit l’étendard. Mais Asim ibn Thabit ibn Abou Aflah, qu’Allah l’agrée, le tua en lui décochant une flèche.
Après la mort de Mosaffa, son frère, c’est-à-dire Kelab ibn Talha, le fils de Talha, s’avança en portant l’étendard. Hazrat Zubayr ibn al-Awwam (qu’Allah l’agrée) se porta à sa rencontre et, après un bref affrontement, l’envoya lui aussi rejoindre son père.
Ensuite, l’étendard fut saisi par Jilas ibn Abu Talha, le neveu de Mosaffa et de Kelab. Hazrat Talha ibn Ubayd Allah (qu’Allah l’agrée) le tua en lui lançant sa lance. Selon une autre version, Jilas fut tué d’une flèche par Hazrat Asim ibn Thabit ibn Aflah (qu’Allah l’agrée).
Six hommes de la même famille furent tués successivement. C’étaient les fils et les petits-fils d’Abu Talha Abd Allah ibn Uthman ibn Abd al-Dar. Ils périrent tous en portant et en défendant l’étendard des polythéistes.
Puis un autre homme de la tribu des Banu Abd al-Dar, nommé Artat ibn Shuraybil, se saisit de l’étendard. Mais Hazrat Ali ibn Abu Talib (qu’Allah l’agrée) le tua ; selon une autre opinion, ce fut Hazrat Hamza ibn Abd al-Muttalib (qu’Allah l’agrée). Ensuite, Shurayh ibn Qariz leva l’étendard. Qazman le tua. Qazman était un hypocrite et était venu combattre non pas pour l’islam, mais animé par le désir de défendre son honneur.
Après Shurayh, Abu Zayd Amr ibn Abd Manaf al-Abdari leva l’étendard. Mais Qazman le tua également. Puis un fils de Shurahbil ibn Hashim al-Abdari leva l’étendard. Mais lui aussi mourut sous les coups de Qazman.
Les dix hommes de la tribu des Banu Abd al-Dar qui avaient porté l’étendard des polythéistes moururent tous les uns après les autres. Il ne resta alors plus personne pour le porter. Mais à ce moment-là, un de leurs esclaves nommé Maw’ab saisit l’étendard et combattit avec plus de bravoure que ses maîtres qui l’avaient porté auparavant. Finalement, ses deux mains furent coupées l’une après l’autre. Pourtant, prenant appui sur ses genoux, il maintint l’étendard levé à l’aide de sa poitrine et de ses épaules. Enfin, il fut lui aussi tué par Qazman. Il dit alors : « Ô Allah, maintenant je n’ai vraiment laissé aucune excuse. » Après la mort de cet esclave, Maw’ab, l’étendard tomba à terre, et il ne resta personne capable de le relever. C’est pourquoi il demeura à terre.
D’un côté, les combats faisaient rage autour de l’endroit où était porté l’étendard des polythéistes ; de l’autre, de violents affrontements se poursuivaient dans les différentes parties du champ de bataille. La ferveur de la foi était puissante dans le cœur des musulmans. C’est pourquoi ils se jetaient sur les mécréants comme un torrent. Ils criaient : « Amat, amat », c’est-à-dire : « Mort, mort ! »
Hazrat Abu Dujana (qu’Allah l’agrée), ayant noué un bandeau rouge autour de sa tête et tenant l’épée du Messager d’Allah — que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui —, s’acquittait pleinement du devoir de cette épée. Il avançait très loin en combattant. Tout mécréant contre lequel il luttait, il le faisait disparaître de ce monde. Il nettoya rang après rang des rangs des mécréants.
Hazrat Zubayr ibn al-Awwam (qu’Allah l’agrée) raconte : lorsque je demandai une épée au Messager d’Allah, qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix, il ne me la donna pas. J’en fus profondément attristé. Je pensai en moi-même : « Je suis le fils de Hazrat Safiyya (qu’Allah l’agrée), la tante paternelle du Prophète bien-aimé, qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix ; je suis qurayshite, et je lui ai demandé l’épée avant Abu Dujana, mais il ne me l’a pas donnée : il l’a donnée à Abu Dujana. Par Allah, je vais donc observer quelle bravoure Abu Dujana montrera avec cette épée. » Je me mis alors à suivre Abu Dujana. Celui-ci commença par attacher un bandeau rouge autour de sa tête. En le voyant, les Ansar dirent : « Abu Dujana a sorti le bandeau de la mort. » Puis, tout en récitant ce poème, il s’avança vers le champ de bataille :
« Au pied de cette montagne, j’ai pris un engagement envers mon compagnon.
Jamais je ne resterai derrière les rangs ;
j’avancerai et je frapperai avec l’épée d’Allah. »
Tout en récitant ce poème, Abu Dujana tuait tous ceux qu’il trouvait devant lui. Un mécréant parcourait le champ de bataille en tuant les musulmans blessés. Cet homme et Hazrat Abu Dujana (qu’Allah l’agrée) se rapprochaient progressivement. Je souhaitai intérieurement qu’Allah fasse en sorte qu’un affrontement éclate entre eux. Peu après, ils en vinrent effectivement aux mains. Chacun attaqua l’autre. Le polythéiste attaqua le premier Hazrat Abu Dujana (qu’Allah l’agrée), qui para cette attaque avec son bouclier. L’épée du polythéiste resta fichée dans le bouclier. Alors Hazrat Abu Dujana (qu’Allah l’agrée), d’un seul coup d’épée, précipita le païen en Enfer. [Ibn Hicham, tome II, p. 58-69].
Ensuite, Hazrat Abu Dujana (qu’Allah l’agrée) continua d’avancer en taillant en pièces rang après rang. Il finit par atteindre la dirigeante des femmes qurayshites. Il ignorait qu’il s’agissait d’une femme. Il raconte : « Je vis une personne qui incitait les combattants à faire preuve d’un courage encore plus grand. Je la pris pour cible. Mais lorsque je voulus l’attaquer avec mon épée, elle poussa un cri de détresse. En entendant ce cri, Hazrat Abu Dujana (qu’Allah l’agrée) comprit qu’il s’agissait d’une femme. Il dit : “Je pensai que je ne souillerais pas cette épée en tuant une femme avec l’épée du Messager, qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix.” »
Cette femme était Hind bint Utba, l’épouse d’Abu Sufyan. Hazrat Zubayr (qu’Allah l’agrée) raconte : « Je vis Hazrat Abu Dujana (qu’Allah l’agrée) lever son épée au-dessus de la tête de Hind, puis la rabaisser. Je dis alors : “Allah le Très-Haut et Son Messager, qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix, savent mieux.” » [Ibn Hicham, tome II, p. 69].
De son côté, Hazrat Hamza (qu’Allah l’agrée) combattait tel un tigre en furie. Avec une bravoure et un courage incomparables, il perçait les rangs ennemis et avançait vers l’avant. Devant lui, de grands héros et de vaillants guerriers disparaissaient comme des feuilles emportées par la tempête de printemps. En jouant un rôle remarquable dans l’anéantissement des polythéistes, il devint sur le champ de bataille une source de terreur pour les mécréants. Voyant cela, certains polythéistes, n’osant pas l’affronter directement, le frappèrent furtivement, tels des lâches et des couards. Sous ces coups, le Maître des martyrs, Hazrat Hamza (qu’Allah l’agrée), s’effondra.
Le Lion de Dieu, Hazrat Hamza (qu’Allah l’agrée), tombe en martyr
L’assassin de Hazrat Hamza (qu’Allah l’agrée) s’appelait Wahshi ibn Harb. Nous rapportons le récit du martyre de Hazrat Hamza selon les paroles de son assassin, Wahshi. Après être devenu musulman, il dit : « J’étais l’esclave de Jubayr ibn Mut‘im. Son oncle, Tu‘ayma ibn ‘Adi, avait été tué lors de la bataille de Badr. Alors que les Qurayshites se préparaient à partir pour la bataille d’Uhud, Jubayr ibn Mut‘im me dit : “Si tu peux tuer Hamza, l’oncle de Muhammad, en vengeance du meurtre de mon oncle, tu seras affranchi.” Après avoir reçu cette proposition, je partis avec les Qurayshites pour la bataille d’Uhud. J’étais originaire d’Abyssinie. Comme les Abyssins, j’étais également très habile à lancer la lance. Ma lance manquait rarement sa cible. Lorsque la bataille se fut largement étendue, je me mis à chercher Hazrat Hamza. À un moment donné, je le vis. Il avançait en mettant en pièces les hommes qui se trouvaient devant lui, tel un chameau furieux. Aucun obstacle ne pouvait lui résister. Personne ne parvenait à se tenir devant lui. »
Par Dieu, je me préparais à attaquer Hazrat Hamza et je me tenais derrière une pierre ou un arbre, lorsqu’un homme nommé Siba ibn ‘Abd al-‘Uzza me dépassa et parvint jusqu’à lui. Hazrat Hamza poussa un rugissement et dit à Siba : « Fils de celui qui circoncit les parties intimes, prends ceci ! » Sur ces mots, il frappa Siba au cou avec son épée, et sa tête se détacha de son corps d’une telle manière qu’on aurait dit qu’elle n’avait jamais été attachée à son cou. Je levai alors ma lance et la lançai sur Hazrat Hamza. La lance le transperça sous le nombril et ressortit par-derrière, entre ses deux jambes. Il tomba et voulut se relever, mais n’en fut pas capable. Je le laissai souffrir ainsi jusqu’à ce qu’il rende son dernier souffle. Finalement, il expira. Je m’approchai de lui, retirai la lance, puis allai m’asseoir parmi les Qurayshites. Je n’avais ni l’intention ni le besoin de frapper quelqu’un d’autre que Hazrat Hamza. Je l’avais tué uniquement afin d’être affranchi. Ensuite, dès mon retour à La Mecque, je fus libéré. [Ibn Hisham, tome II, p. 69-72 ; Sahih al-Bukhari, tome II, p. 583. Après la bataille de Taïf, Wahshi embrassa l’islam. Avec la même lance qui avait tué Hazrat Hamza d’un coup, il tua Musaylima le Menteur lors de la bataille de Yamama, sous le califat de Hazrat Abu Bakr as-Siddiq. Il participa également à la bataille de Yarmouk, livrée contre les Romains.]
Le succès des musulmans
Le martyre de Hazrat Hamza (qu’Allah l’agrée), le Lion de Dieu et le Lion du Messager, causa aux musulmans une perte grave et irréparable. Malgré cela, les signes du succès des musulmans dans la bataille devinrent clairement visibles. Hazrat Abu Bakr, Hazrat Umar, Hazrat Ali, Hazrat Zubayr, Hazrat Mus‘ab ibn ‘Umayr, Hazrat Talha ibn ‘Ubayd Allah, Hazrat ‘Abd Allah ibn Jahsh, Hazrat Sa‘d ibn Mu‘adh, Hazrat Sa‘d ibn ‘Ubada, Hazrat Sa‘d ibn ar-Rabi‘ et Hazrat Nadr ibn Anas (qu’Allah les agrée) combattirent avec une bravoure et un courage tels que les mécréants furent terrifiés, que leur moral s’effondra et que leur force et leur courage faiblirent.
De la couche nuptiale au champ du jihad
Hazrat Hanzala (qu’Allah l’agrée) était l’un de ces combattants dévoués. Ce jour-là, il se présenta sur le champ du jihad avec une gloire incomparable. Il était le fils d’Abu ‘Amir le moine. Plus tard, Abu ‘Amir reçut le surnom de l’Impie. Son identité a déjà été mentionnée. Hazrat Hanzala venait de se marier. Lorsque l’appel au jihad fut lancé, il se trouvait dans la chambre nuptiale. Dès qu’il entendit l’appel au jihad, il partit pour le jihad. Lorsque la bataille se fut largement étendue, Hazrat Hanzala traversa les rangs des mécréants et arriva à vive allure auprès d’Abu Sufyan. Il allait frapper le commandant des mécréants, mais Allah, Seigneur des mondes, avait décrété pour lui le martyre. Au moment où il leva son épée pour frapper Abu Sufyan, Shaddad ibn Aws l’aperçut et lança une attaque surprise contre Hazrat Hanzala. C’est ainsi qu’il tomba en martyr.
L’exploit des archers
Les archers que le Prophète ﷺ avait postés à Jabal al-Rumah avec une mission précise jouèrent un rôle important pour assurer la victoire et le succès des musulmans dans la bataille. Les non-musulmans de La Mecque lancèrent successivement trois attaques afin de briser l’aile gauche de l’armée islamique et de vaincre les musulmans, sous le commandement de Khalid ibn al-Walid et avec l’aide d’Abu Amir al-Fasiq. Mais les musulmans firent échouer leurs efforts. En lançant une pluie de flèches, ils criblèrent les Quraysh de blessures. (Voir Fath al-Bari, tome VII, p. 346.)
La défaite des polythéistes
Une bataille acharnée se poursuivit pendant quelque temps. Cette petite troupe de musulmans occupait tout le champ de bataille. Finalement, le moral des idolâtres se brisa. L’idée de battre en retraite commença à germer parmi eux. Ils se mirent à se disperser à droite et à gauche, devant et derrière. Les musulmans combattaient trois mille soldats. Faisant preuve de foi, de conviction, de bravoure et de courage, ils déployaient toute leur maîtrise dans le maniement de l’épée.
Face à l’attaque irrésistible des musulmans, les mécréants furent désorientés. Ne sachant absolument pas quoi faire, ils commencèrent à fuir. En voyant le sort lamentable des porte-étendards de l’armée, plus personne n’osait tenir l’étendard. Leur moral s’effondra. Toutes les grandes déclarations qu’ils avaient faites au sujet de leur vengeance contre les musulmans, de la restauration de leur dignité et de leur honneur, et autres propos semblables, furent réduites à néant.
Ibn Ishaq a écrit qu’Allah avait fait descendre Son secours sur les musulmans et avait tenu la promesse qu’Il leur avait faite. Les musulmans taillèrent les idolâtres en pièces à coups d’épée, au point que ceux-ci s’enfuirent au loin, jusque hors du camp. En somme, ils subirent une défaite désastreuse. Hazrat Abdullah ibn al-Zubayr rapporte que son père a dit : « Par Allah, j’ai vu Hind bint Utbah et les femmes qui l’accompagnaient, leurs genoux découverts. Elles fuyaient en courant, leurs vêtements relevés. Rien, petit ou grand, ne s’opposait à ce qu’elles soient capturées. » (Ibn Hisham, tome II, p. 77.)
Il est rapporté dans le Sahih al-Bukhari, d’après Hazrat Bara ibn Azib, qu’il a dit : « Lorsque nous affrontâmes les mécréants, un grand tumulte éclata parmi eux. Je vis les femmes relever leurs vêtements au-dessus des genoux et fuir rapidement vers la région montagneuse. La plus grande partie de leurs jambes était visible. » (Sahih al-Bukhari, tome II, p. 579.) Au milieu de ce désordre et de cette agitation, les musulmans frappaient les idolâtres de leurs épées, recueillaient leurs biens et les poursuivaient.
L’erreur suicidaire des archers
Alors que le petit nombre de musulmans était en train d’inscrire dans les pages de l’histoire une victoire remarquable contre les habitants de La Mecque, la majorité des archers commirent soudain une erreur terrible. Pourtant, le succès des musulmans dans cette bataille n’était en rien inférieur à celui de la bataille de Badr. Mais une grave erreur des archers transforma complètement le cours de la bataille. Les musulmans subirent de lourdes pertes. À cause de cette erreur, l’image des musulmans acquise lors de la bataille de Badr fut ternie.
Il a été mentionné précédemment que le Prophète — qu’Allah le bénisse et le salue — avait ordonné aux archers de rester fermement et inébranlablement à leur poste, aussi bien en cas de victoire qu’en cas de défaite. Mais, malgré l’ordre du noble Prophète — qu’Allah le bénisse et le salue —, les archers, voyant les autres musulmans ramasser le butin, ne purent maîtriser leur convoitise. Les uns dirent aux autres : « Le butin, le butin ! Vos compagnons ont remporté la victoire ; qu’attendez-vous encore ? »
Après que de tels propos eurent été tenus parmi les archers, leur commandant, ʿAbdullah ibn Zubayr — qu’Allah l’agrée —, leur rappela l’ordre du Messager d’Allah — qu’Allah le bénisse et le salue — et leur dit : « Avez-vous oublié ce que le Messager d’Allah — qu’Allah le bénisse et le salue — vous a ordonné ? » Mais la plupart des archers ne prêtèrent aucune attention aux paroles de ʿAbdullah — qu’Allah l’agrée. Ils dirent : « Par Allah, nous irons nous aussi les rejoindre et nous prendrons certainement une part du butin. » [Ce récit est rapporté dans le Sahih al-Bukhari d’après al-Bara ibn ʿAzib — qu’Allah l’agrée ; voir page 826].
Alors, quarante archers négligèrent leur responsabilité et commencèrent à ramasser le butin. Quant à ʿAbdullah ibn Jabir — qu’Allah l’agrée — et à ses neuf compagnons, ils restèrent affectés à la garde. Ils s’acquittaient de leur devoir avec une ferme détermination. Ils disaient : « Nous ne partirons que si le Prophète — qu’Allah le bénisse et le salue — nous ordonne de quitter cet endroit ; sinon, nous sacrifierons nos vies. »
L’armée musulmane sous le contrôle des ennemis
Khalid ibn al-Walid était venu trois fois à ce passage montagneux et avait chaque fois dû se retirer après avoir échoué. Cette fois, il ne laissa pas échapper cette occasion en or. Peu après, Khalid tua ʿAbdullah ibn Jabir — qu’Allah l’agrée — et ses compagnons, puis lança une attaque contre les musulmans par-derrière. Les compagnons de Khalid ibn al-Walid poussèrent de grands cris. Les mécréants vaincus furent ainsi informés du changement de situation sur le champ de bataille et attaquèrent de nouveau les musulmans avec une vigueur renouvelée. Entre-temps, une femme de la tribu des Banu al-Harith, nommée Asra bint Aqlama, dressa bien haut l’étendard des mécréants, couvert de poussière. Les mécréants dispersés commencèrent à se rassembler autour d’elle. Ils s’appelèrent les uns les autres. Ainsi, peu après, les mécréants engagèrent un combat uni contre les musulmans. Ceux-ci se retrouvèrent alors encerclés à la fois par l’avant et par l’arrière. Ils semblaient se trouver entre les meules d’un moulin.
La décision ferme et l’initiative courageuse du Messager d’Allah
À ce moment critique, seuls neuf Compagnons se trouvaient auprès du Prophète — qu’Allah le bénisse et le salue. Ils observaient la bravoure des Compagnons ainsi que les mouvements de l’ennemi. [La preuve en est ce verset dans lequel Allah le Très-Haut dit : « Le Messager vous appelait depuis l’arrière »]. Soudain, le Prophète — qu’Allah le bénisse et le salue — aperçut la monture de Khalid ibn al-Walid. Deux voies s’offraient alors au noble Prophète — qu’Allah le bénisse et le salue : partir avec ses neuf compagnons vers un lieu sûr et abandonner à leur sort les Compagnons soumis au contrôle de l’ennemi ; ou risquer sa propre vie, appeler les Compagnons dispersés pour les regrouper, former une solide ligne de défense, puis se frayer un passage hors de l’encerclement des mécréants vers un endroit relativement plus élevé.
En ces temps si difficiles de l’épreuve, le Messager — qu’Allah le bénisse et le salue — fit preuve d’une bravoure et d’un courage sans égal. Renonçant à l’idée de se mettre à l’abri pour sauver sa vie, il décida de mettre sa propre vie en danger afin de sauver celle des Compagnons.
Voyant la cavalerie de Khalid ibn al-Walid et ses compagnons, le Messager — qu’Allah lui accorde bénédiction et salut — appela les Compagnons à haute voix : « Ô serviteurs d’Allah, venez par ici ! » Le Messager d’Allah — qu’Allah lui accorde bénédiction et salut — savait que cet appel parviendrait aux oreilles des mécréants avant d’atteindre celles des musulmans. C’est effectivement ce qui se produisit : en entendant la voix du Messager — qu’Allah lui accorde bénédiction et salut —, les mécréants comprirent que Muhammad — qu’Allah lui accorde bénédiction et salut — se trouvait ici même. Après l’avoir compris, un groupe de mécréants parvint auprès du Messager — qu’Allah lui accorde bénédiction et salut — avant les musulmans. Les autres mécréants commencèrent rapidement à encercler les musulmans. Nous allons maintenant exposer séparément les actions des deux armées.
La désorganisation parmi les musulmans
Après être tombé au milieu de l’encerclement des mécréants, un groupe de musulmans se trouva complètement désorienté. La préoccupation de sauver sa propre vie prit également une grande place dans son esprit. Ils se mirent donc à fuir le champ de bataille. Ils ne savaient rien de ce qui se passait derrière eux. Certains d’entre eux se rendirent à Médine, tandis que d’autres cherchèrent refuge au sommet de la montagne. Un autre groupe se dirigea vers l’arrière et se mêla aux mécréants. Il devenait impossible de distinguer les mécréants des musulmans. Ainsi, des musulmans commencèrent à être tués par les musulmans eux-mêmes. Il est rapporté dans le Sahih al-Bukhari, d’après Aïcha — qu’Allah l’agrée —, qu’au jour d’Ouhoud les polythéistes avaient été vaincus. Alors Iblis lança cet appel : « Ô serviteurs d’Allah, retournez en arrière ! » Les hommes des premiers rangs se dirigèrent alors vers l’arrière et se retrouvèrent mêlés les uns aux autres. Houdhayfa — qu’Allah l’agrée — vit que l’on attaquait son père, al-Yaman. Il s’écria : « Ô serviteurs d’Allah, c’est mon père ! » Mais, par Allah, les hommes ne cessèrent pas de le frapper. Ils finirent par le tuer. Houdhayfa — qu’Allah l’agrée — dit alors : « Qu’Allah, le Seigneur des mondes, nous pardonne ! » Ourwa — qu’Allah l’agrée — rapporte : « Par Allah, Houdhayfa — qu’Allah l’agrée — demeura toujours attaché au bien. C’est dans cet état qu’il alla à la rencontre d’Allah. » [Sahih al-Bukhari, tome I, p. 539 ; Fath al-Bari, tome VII, p. 3251, 362-363. Outre al-Bukhari, certains récits mentionnent que le noble Messager — qu’Allah lui accorde bénédiction et salut — voulut verser une indemnité pour la mort du père de Houdhayfa — qu’Allah l’agrée —. Houdhayfa — qu’Allah l’agrée — déclara toutefois : « Je fais don de cette indemnité aux musulmans en aumône. » Pour cette raison, l’importance et le rang de Houdhayfa — qu’Allah l’agrée — augmentèrent aux yeux du noble Prophète — qu’Allah lui accorde bénédiction et salut —. Voir Mukhtasar al-Siyar, ouvrage de Cheikh Abd al-Wahhab al-Najdi, p. 246.]
En somme, une profonde désorganisation et un grand désordre apparurent au sein de ce groupe. Beaucoup étaient frappés de stupeur et ne comprenaient pas dans quelle direction aller. À ce moment-là, un homme proclama à haute voix que Muhammad avait été tué. Cette annonce anéantit le moral qui restait aux musulmans. Après l’avoir entendue, certains musulmans cessèrent de combattre et, découragés, jetèrent leurs armes. Quelques-uns allèrent même jusqu’à penser qu’il fallait rencontrer le chef hypocrite Abd Allah ibn Ubayy et lui demander d’obtenir leur sécurité auprès d’Abou Sufyan.
Quelque temps après, Anas ibn al-Nadr — qu’Allah l’agrée — passa près de ces hommes. Il remarqua que plusieurs Compagnons étaient assis en silence. Il leur demanda : « Qui attendez-vous ? » Ils répondirent : « Le Messager d’Allah — qu’Allah lui accorde bénédiction et salut — a été tué. » Anas ibn al-Nadr leur dit : « Que ferez-vous donc en restant en vie ? Levez-vous et donnez votre vie pour la même cause pour laquelle le Messager d’Allah — qu’Allah lui accorde bénédiction et salut — a donné la sienne. » Puis il dit : « Ô Allah, Seigneur des mondes, je cherche refuge auprès de Toi contre tout ce qu’ils — c’est-à-dire ces musulmans — ont fait. » Sur ces paroles, il s’avança. Un peu plus loin, il rencontra Sa‘d ibn Mu‘adh — qu’Allah l’agrée —, qui lui demanda : « Ô Abou Omar, où allez-vous ? » Anas — qu’Allah l’agrée — répondit : « Que pourrais-je vous dire au sujet du parfum du Paradis ? Ô Sa‘d, je sens le parfum du Paradis au-delà du mont Ouhoud. » Après avoir prononcé ces paroles, Anas — qu’Allah l’agrée — continua d’avancer et tomba en martyr en combattant les mécréants. À la fin de la bataille, il était impossible de l’identifier. Sa sœur le reconnut à ses doigts. Quatre-vingts blessures avaient été infligées à son corps sacré par des lances, des flèches et des épées. [Zad al-Ma‘ad, tome II, p. 92-93 ; Sahih al-Bukhari, tome II, p. 579.]
Thabit ibn al-Dahdah — qu’Allah l’agrée — s’adressa aux musulmans en ces termes : « Même si Muhammad al-Mustafa — qu’Allah lui accorde bénédiction et salut — a effectivement été tué, Allah, le Seigneur des mondes, est bien vivant. Il est éternellement vivant. Combattez pour votre religion. Allah, le Seigneur des mondes, vous a accordé la victoire et Son soutien. »
Après cet appel, un groupe d’Ansar se prépara de nouveau au jihad. Thabit — qu’Allah l’agrée — les conduisit contre l’armée de Khalid ibn al-Walid. Il combattit jusqu’à être tué par Khalid ibn al-Walid. Il fut tué d’un coup de lance. Comme lui, ses compagnons ansar combattirent jusqu’à obtenir le martyre. [Al-Sira al-Halabiyya, tome II, p. 22.]
Un Compagnon muhajir passa près d’un Compagnon ansar couvert de sang. Le muhajir lui demanda : « Ô frère, le Messager — qu’Allah lui accorde bénédiction et salut — a-t-il été tué ? » L’Ansari répondit : « Même si Muhammad a effectivement été tué, il a transmis la religion d’Allah. Il vous incombe désormais de combattre pour protéger cette religion. » [Zad al-Ma‘ad, tome II, p. 99.]
Ces paroles de courage et d’encouragement revigorèrent l’armée musulmane. Au lieu de jeter leurs armes et de demander, par l’intermédiaire du chef hypocrite ‘Abdullah ibn Ubayy, une garantie de sécurité à l’infidèle Abû Sufyân, ils reprirent leurs armes. Puis ils s’efforcèrent de se frayer un chemin à travers l’encerclement imprenable des infidèles afin de rejoindre leur commandement central. C’est alors qu’ils apprirent que la nouvelle du meurtre du Messager d’Allah, qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix, n’était qu’une rumeur sans fondement. Le courage et le moral des musulmans s’en trouvèrent considérablement renforcés, et, au terme d’un combat acharné, ils parvinrent à percer le cercle des infidèles et à rejoindre leur position fortifiée.
Un troisième groupe de l’armée musulmane ne pensait qu’à assurer la sécurité du Messager d’Allah, qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix. Dès qu’ils apprirent que les infidèles encerclaient les musulmans, ses membres se précipitèrent vers le Prophète, qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix. Parmi ces Compagnons se trouvaient Abû Bakr, ‘Umar et ‘Alî, qu’Allah les agrée, entre autres. Ils occupaient également les premières lignes sur le champ de bataille, mais lorsque la vie du Prophète, qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix, fut menacée, ils accoururent auprès de lui pour le protéger.
Un combat sanglant autour du Messager d’Allah, qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix
Au moment même où les nobles Compagnons étaient broyés dans l’encerclement des infidèles, semblable aux meules d’un moulin, un combat sanglant se déroulait également autour du Messager d’Allah, qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix. Il a déjà été mentionné qu’au début de l’encerclement par les infidèles, seuls neuf Compagnons se trouvaient autour du Messager d’Allah, qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix. Lorsqu’il appela les musulmans en disant : « Venez vers moi, je suis le Messager d’Allah », cet appel parvint aux oreilles des infidèles avant d’atteindre celles des musulmans. Ils reconnurent ainsi le Messager d’Allah, qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix, car les infidèles se trouvaient alors tout près de lui. Ils se jetèrent donc sur le noble Prophète, qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix, et exercèrent une pression terrible avant même que les musulmans aient pu se rassembler. À ce moment-là, les infidèles affrontèrent les neuf Compagnons présents autour du noble Prophète, qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix, pour repousser leur attaque. Dans cet affrontement, les Compagnons manifestèrent un amour, une bravoure et un courage extraordinaires envers le bien-aimé Prophète, qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix.
Il est rapporté dans le Sahîh Muslim que, le jour d’Uhud, le Messager d’Allah, qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix, se retrouva à un moment séparé des neuf Compagnons. Parmi eux se trouvaient sept Ansâr et deux Muhâjirûn. Lorsque les assaillants s’approchèrent très près du Prophète, qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix, le noble Prophète, qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix, demanda : « Qui se trouve là et peut les repousser loin de moi ? Il aura le Paradis. » Ou bien il dit : « Cet homme sera mon compagnon au Paradis. » Un Compagnon ansârî s’avança alors et combattit jusqu’à tomber martyr. Les polythéistes s’approchèrent ensuite encore davantage du noble Prophète, qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix. L’un après l’autre, sept Compagnons ansâr furent martyrisés au cours de cette bataille défensive. Le Prophète, qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix, dit aux deux Compagnons qurayshites muhâjirûn qui l’accompagnaient : « Nous n’avons pas été équitables envers nos compagnons. » [Sahîh Muslim, chapitre de la bataille d’Uhud, tome II, p. 107.]
Le dernier des sept Compagnons ansâr mentionnés fut ‘Amâra ibn Yazîd ibn Sakân, qu’Allah l’agrée. Lui aussi, après avoir combattu jusqu’à être couvert de blessures, finit par s’effondrer. [Peu après, un groupe de Compagnons arriva auprès du noble Messager, qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix. Ils écartèrent ‘Amâra, qu’Allah l’agrée, des infidèles et l’amenèrent auprès du noble Messager, qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix. Le noble Prophète, qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix, lui permit de reposer sa tête sur sa cuisse. C’est dans cette position qu’il rendit son dernier souffle. Sa mort en martyr, alors qu’il touchait les pieds du bien-aimé Prophète, qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix, peut être exprimée en termes poétiques ainsi : « Puissé-je mourir à tes pieds : voilà tout le désir de mon cœur, rien de plus. »]
Après que ‘Amâra ibn Yazîd, qu’Allah l’agrée, se fut effondré, il ne resta auprès du Messager d’Allah, qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix, que deux Compagnons qurayshites. Il est rapporté dans les Sahîh d’al-Bukhârî et de Muslim qu’Abû ‘Uthmân, qu’Allah l’agrée, dit : « Lorsque le Prophète, qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix, combattait, nul autre que Talha ibn ‘Ubaydullah, qu’Allah l’agrée, ne se trouvait avec lui dans ce combat. » [Sahîh al-Bukhârî, tome I, p. 527 ; tome II, p. 581.]
C’était alors le moment le plus critique de la vie du Messager d’Allah, qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix. Pour les infidèles, c’était une occasion en or. En réalité, ils ne négligèrent nullement de l’exploiter. Ils lancèrent une attaque générale contre le bien-aimé Prophète, qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix, voulant absolument en finir avec lui. À ce moment-là, ‘Utba ibn Abî Waqqâs lança des pierres sur le Messager d’Allah, qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix. Sous l’effet de ce coup, le Messager d’Allah, qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix, tomba à terre. La dent rubâ‘î du côté droit de sa mâchoire inférieure se brisa. [Les deux dents centrales supérieures et les deux dents centrales inférieures, à l’avant de la bouche, sont appelées thanâyâ. Les dents situées à leur droite et à leur gauche sont appelées rubâ‘î.] Sa lèvre inférieure fut fendue. ‘Abdullah ibn Shihâb al-Zuhrî s’avança et frappa au front le bien-aimé Prophète, qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix. Un scélérat nommé ‘Abdullah ibn Qam’a s’avança à son tour et frappa si violemment de son épée l’épaule du bien-aimé Prophète, qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix, qu’il ressentit la douleur de ce coup pendant un mois par la suite. Cependant, le coup ne parvint pas à transpercer son armure de fer. Le scélérat ibn Qam’a leva son épée et frappa une seconde fois le bien-aimé Prophète. Le coup atteignit l’os sous son œil droit et deux anneaux s’enfoncèrent dans son visage. [Il s’agit d’un casque en fer ou en pierre, porté pendant la guerre afin de protéger la tête et le visage. Sous le coup de l’épée, deux anneaux du casque du bien-aimé Prophète, qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix, s’étaient enfoncés dans son visage, sous l’œil droit, du côté droit. Gloire à Allah !]
Aussitôt, ce scélérat dit : « Tiens, me voici ! Je suis Ibn Qami’a, c’est-à-dire le fils du Briseur. » Le Messager d’Allah, qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix, tout en essuyant le sang qui coulait de son noble visage, dit : « Qu’Allah te mette en pièces ! » [Allah exauça cette invocation du Messager (paix et bénédictions d’Allah sur lui). Ibn ‘Ayiz a rapporté qu’après la bataille, Ibn Qami’a rentra chez lui, puis partit à la recherche de ses chèvres. Il s’aperçut que l’une d’elles se trouvait sur une montagne. Il gravit la montagne pour la faire descendre. Soudain, une chèvre de montagne le précipita au bas de la montagne d’un coup de corne. Fath al-Bari, tome VII, p. 373. Selon le récit d’al-Tabarani, une chèvre fut lancée contre Ibn Qami’a. Elle le déchiqueta d’un coup de corne. Fath al-Bari, tome VII, p. 366.]
Il est rapporté dans le Sahih al-Bukhari que la dent rubā‘iyya du Prophète, qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix, fut brisée et qu’il fut frappé à la tête. À ce moment-là, le Prophète, qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix, essuyait le sang qui coulait sur son visage et disait : « Comment ce peuple pourrait-il réussir, lui qui a blessé le visage de son propre Prophète et lui a brisé les dents, alors qu’il les appelle à suivre la voie d’Allah, le Seigneur des mondes ? » Après que le Prophète, qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix, eut prononcé ces paroles, Allah, le Seigneur des mondes, révéla ce verset [Sahih Muslim, tome II, p. 108] : « Tu n’as aucune part dans cette décision : soit Il leur pardonnera, soit Il les châtiera, car ils sont injustes. » (Âl ‘Imrân, verset 128)
Selon le récit d’al-Tabarani, le Prophète, qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix, dit ce jour-là : « Que le peuple qui a ensanglanté le visage de son propre Prophète subisse le châtiment le plus sévère d’Allah ! » Peu après, il dit : « Ô Allah, Seigneur des mondes, pardonne à mon peuple, car ils ne savent pas. » [Fath al-Bari, tome VII, p. 323.]
On trouve également dans le Sahih Muslim le récit selon lequel le Prophète, qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix, répétait : « Ô Seigneur, pardonne à mon peuple, car ils ne savent pas. » [Sahih Muslim, chapitre de la bataille d’Uhud, tome II, p. 108.]
Cette parole est également mentionnée dans l’ouvrage al-Shifâ de Qadi ‘Iyâd : « Ô Allah, guide mon peuple, car ils ne savent pas. » [Kitâb al-Shifâ bi-ta‘rîf al-Mustafâ, tome I, p. 81].
Il ne fait aucun doute que les mécréants voulaient tuer le bien-aimé Prophète, qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix. Mais Talha et Sa‘d ibn Abî Waqqâs, qu’Allah les agrée, firent échouer les efforts des mécréants par un sacrifice incomparable, une bravoure exceptionnelle et un courage remarquable. [Sahih al-Bukhari, tome I, p. 407]. Tous deux étaient des archers arabes extrêmement habiles. En décochant leurs flèches, ils éloignèrent les mécréants du bien-aimé Prophète, qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix. La compétence et l’habileté de Sa‘d ibn Abî Waqqâs, qu’Allah l’agrée, sont notamment attestées par le fait que le Messager, qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix, ne déclara à propos d’aucun autre Compagnon, en aucune circonstance : « Que mon père et ma mère te soient sacrifiés », c’est-à-dire qu’ils lui soient dévoués. [Sahih al-Bukhari, tome I, p. 407 ; tome II, p. 580-581].
Le récit de la bravoure de Talha, qu’Allah l’agrée, nous est rapporté dans un hadith cité par al-Nasa’i. Dans ce hadith, Jâbir, qu’Allah l’agrée, mentionne l’attaque menée par les mécréants contre le Messager d’Allah, qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix, à un moment où seuls quelques Compagnons se trouvaient auprès du Prophète, qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix. Jâbir, qu’Allah l’agrée, rapporte que lorsque les polythéistes encerclèrent le Messager, qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix, celui-ci demanda : « Qui est prêt à les combattre ? » Talha, qu’Allah l’agrée, répondit alors : « Moi. » Jâbir, qu’Allah l’agrée, poursuit en relatant comment les Ansar avancèrent et furent successivement martyrisés. Nous avons déjà rapporté ce récit précédemment, d’après Sahih Muslim.
Jâbir, qu’Allah l’agrée, rapporte qu’après le martyre des Ansar, Talha, qu’Allah l’agrée, s’avança et fit preuve de bravoure, seul face à onze hommes. À un moment donné, l’épée d’un mécréant le frappa à la main, lui tranchant un doigt. Il prononça aussitôt le mot « Is-si ». Le Messager, qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix, lui dit : « Si tu avais prononcé à cet instant le mot bismillah, les anges d’Allah t’auraient élevé aux yeux de tous. » Jâbir, qu’Allah l’agrée, rapporte qu’Allah Tout-Puissant détourna ensuite les mécréants vers une autre direction. [Fath al-Bari, tome VII, p. 361 ; Sunan al-Nasa’i, tome II, p. 52-53].
Dans plusieurs ouvrages, al-Hakim rapporte qu’au jour d’Uhud, Talha reçut trente-neuf ou trente-cinq blessures au corps. Deux de ses doigts, dont l’index, furent paralysés. [Fath al-Bari, tome VII, p. 361].
L’imam al-Bukhari rapporte, d’après Qays ibn Abi Hazim, que celui-ci dit : « Je remarquai que la main de Talha, qu’Allah l’agrée, était paralysée. C’est avec cette main qu’il protégea le Prophète, qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix, le jour d’Uhud. » [Sahih al-Bukhari, tome I, p. 527 et 581].
Il est rapporté dans le Tirmidhi al-Sharif que le Messager d’Allah, qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix, déclara ce jour-là : « Celui qui souhaite voir un martyr marcher sur la surface de la terre, qu’il regarde Talha ibn Ubayd Allah, qu’Allah l’agrée. » [Tirmidhi].
Abu Dawud al-Tayalisi rapporte d’après Aïcha, qu’Allah l’agrée, qu’Abu Bakr al-Siddiq, qu’Allah l’agrée, disait, lorsqu’il évoquait la bataille d’Uhud : « Le mérite exclusif de la bataille de ce jour-là revient à Talha. » [Fath al-Bari, tome VII, p. 361]. En d’autres termes, c’est lui qui assuma principalement, au cours de cette bataille, la responsabilité de protéger le Prophète, qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix. Abu Bakr, qu’Allah l’agrée, dit également au sujet de Talha, qu’Allah l’agrée :
« Ô Talha, les jardins du Paradis te sont désormais assurés.
Dans ta demeure s’y trouvent d’innombrables houris aux grands yeux. [Mukhtasar Tarikh Dimashq, tome VII, p. 82 ; Hashiya Sharh Zajuruz al-Dhahab, p. 114].
À ce moment critique, Allah, Seigneur des mondes, envoya une aide invisible. Sa‘d, qu’Allah l’agrée, dit : « Le jour d’Uhud, j’ai remarqué auprès du Messager d’Allah, qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix, deux hommes vêtus de blanc. Ils combattaient héroïquement pour défendre le Prophète, qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix. Je n’avais jamais vu ces deux hommes ni avant ni après cela. » Une autre version rapporte qu’il s’agissait de Gabriel, qu’Allah l’agrée, et de Mikaël, qu’Allah l’agrée. [Al-Bukhari, tome II, p. 580].
Le rassemblement des Compagnons auprès du Prophète
L’accident mentionné s’était produit soudainement, en l’espace de quelques instants. Les Compagnons choisis du Prophète, qu’Allah bénisse et lui accorde la paix, qui combattaient au premier rang depuis le début de la bataille, accoururent auprès du Messager d’Allah, qu’Allah bénisse et lui accorde la paix, peu après avoir constaté le changement de situation et entendu son appel. Ils s’efforçaient d’empêcher qu’un événement fâcheux ne survienne. Mais avant même que ces Compagnons ne parviennent auprès du Prophète, qu’Allah bénisse et lui accorde la paix, celui-ci avait déjà été grièvement blessé. Entre-temps, six Compagnons ansar avaient trouvé le martyre, tandis que le septième, couvert de blessures, s’était effondré. Sa‘d (qu’Allah l’agrée) et Talha (qu’Allah l’agrée) continuaient à combattre avec un courage désespéré pour protéger le bien-aimé Prophète, qu’Allah bénisse et lui accorde la paix, contre les attaques des mécréants. Dès leur arrivée, les Compagnons ripostèrent avec force à l’assaut général des mécréants contre le Prophète, qu’Allah bénisse et lui accorde la paix. Ils firent alors preuve d’un courage et d’une bravoure sans limites. Le premier à accourir auprès du bien-aimé Prophète, qu’Allah bénisse et lui accorde la paix, fut Abou Bakr as-Siddiq (qu’Allah l’agrée).
Ibn Hibban a rapporté dans son Sahih, d’après Aïcha (qu’Allah l’agrée), qu’Abou Bakr (qu’Allah l’agrée) a dit : « Le jour d’Ouhoud, tous les Compagnons s’étaient éloignés du Prophète (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui). Autrement dit, à l’exception de ses gardes du corps, tous étaient partis combattre au premier rang. Après l’incident au cours duquel les mécréants l’encerclèrent, je fus le premier à accourir auprès du Prophète, qu’Allah bénisse et lui accorde la paix. En arrivant auprès de lui, je vis un homme qui combattait pour le protéger. Je me dis intérieurement : “C’est donc Talha (qu’Allah l’agrée) ! Que mes père et mère soient sacrifiés pour toi.” À ce moment-là, Abou Oubayda ibn al-Jarrah (qu’Allah l’agrée) accourut rapidement et me rejoignit. Nous nous rendîmes tous deux auprès du Prophète, qu’Allah bénisse et lui accorde la paix. Nous constatâmes que Talha (qu’Allah l’agrée) était étendu devant lui. Le Messager d’Allah, qu’Allah bénisse et lui accorde la paix, dit : “Relevez votre frère. Il s’est assuré le Paradis.” Abou Bakr (qu’Allah l’agrée) dit : “En arrivant, nous constatâmes également qu’un anneau tranchant était fiché sous l’œil du bien-aimé Prophète, qu’Allah bénisse et lui accorde la paix. Je voulus le retirer, mais Abou Oubayda (qu’Allah l’agrée) dit : ‘Par Allah, je vous en conjure, laissez-moi le retirer.’ Il saisit alors un anneau entre ses dents et le retira lentement afin que le Prophète, qu’Allah bénisse et lui accorde la paix, souffre le moins possible. Il finit par en retirer un, mais une dent de sa mâchoire inférieure tomba. Je voulus retirer le second anneau, mais Abou Oubayda (qu’Allah l’agrée) dit : ‘Abou Bakr, je vous en conjure par Allah, laissez-moi le retirer.’ Il retira alors le second anneau, ce qui lui brisa une autre dent de la mâchoire inférieure. Ensuite, le Messager d’Allah, qu’Allah bénisse et lui accorde la paix, dit : ‘Occupez-vous de votre frère Talha. Il s’est assuré le Paradis.’” Abou Bakr (qu’Allah l’agrée) dit : “Nous nous occupâmes ensuite de Talha (qu’Allah l’agrée). Son corps portait plus de quatre-vingts blessures.” [Zad al-Ma‘ad, tome II, p. 95].
Cela suffit à montrer avec quelle bravoure, quel sacrifice et quel courage Talha (qu’Allah l’agrée) combattit ce jour-là.
À ce moment critique, un groupe de Compagnons dévoués corps et âme au Messager d’Allah, qu’Allah bénisse et lui accorde la paix, arriva auprès de lui. Il s’agissait d’Abou Dujana, de Mous‘ab ibn Oumayr, d’Ali ibn Abou Talib, de Sahl ibn Hounayf, de Malik ibn Sinan — le père d’Abou Saïd al-Khoudri —, d’Oumm ‘Amara Nousayba bint Ka‘b al-Maziniyya, de Qatada ibn an-Nou‘man, d’Oumar ibn al-Khattab, de Hatib ibn Abou Balta‘a et d’Abou Talha (qu’Allah les agrée).
Les violents assauts des ennemis contre les musulmans
Pendant ce temps, le nombre d’ennemis qui entouraient le Prophète, qu’Allah bénisse et lui accorde la paix, ne cessait d’augmenter. Leurs attaques s’intensifièrent donc. À un moment donné, le Prophète, qu’Allah bénisse et lui accorde la paix, tomba dans une fosse et se blessa au genou. Abou Amir le Pervers avait creusé plusieurs fosses de ce genre afin de nuire aux musulmans, poussé par ses instincts diaboliques. Après la chute du Prophète, qu’Allah bénisse et lui accorde la paix, dans la fosse, Ali (qu’Allah l’agrée) lui saisit la main, tandis que Talha ibn Oubaydallah (qu’Allah l’agrée) l’enlaça et le tira vers le haut.
Nafi‘ ibn Jabir rapporte : « J’ai entendu un Compagnon mohajir dire : “J’étais présent à la bataille d’Ouhoud. Je constatai que des flèches étaient lancées de toutes parts sur le Prophète, qu’Allah bénisse et lui accorde la paix. Il se trouvait au milieu des flèches, mais les Compagnons interceptaient celles qui étaient lancées. Je remarquai également qu’Abdallah ibn Chihab az-Zouhri disait : ‘Montrez-moi où est Muhammad ! Cette fois, ce sera lui ou moi.’ Or le Messager d’Allah, qu’Allah bénisse et lui accorde la paix, se trouvait juste à côté de lui, sans personne d’autre auprès de lui à ce moment-là. Ibn Chihab s’avança un jour vers lui, ce qui poussa Safwan à le réprimander. Ibn Chihab répondit : ‘Par Allah, je ne l’ai pas vu. Il a été préservé de nos regards.’ Ensuite, nous sortîmes à quatre en jurant que nous tuerions Muhammad, qu’Allah bénisse et lui accorde la paix — à Allah ne plaise ! Mais nous ne pûmes même pas nous approcher de lui.” » [Zad al-Ma‘ad, tome II, p. 97].
Un sacrifice et un courage sans précédent
À ce moment-là, les musulmans firent preuve d’une bravoure et d’un sacrifice extraordinaires, dont on ne trouve aucun autre exemple dans l’histoire. Abû Talha, qu’Allah l’agrée, se plaça, la poitrine bombée, devant le Messager d’Allah, que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui. Afin de protéger le Prophète bien-aimé, que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui, des flèches lancées par les ennemis, Abû Talha se tint légèrement en hauteur. Anas, qu’Allah l’agrée, rapporte que, le jour d’Uhud, les musulmans ordinaires, après avoir été vaincus, fuyaient dans toutes les directions au lieu de rejoindre le Prophète bien-aimé, que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui. Abû Talha, qu’Allah l’agrée, prit un bouclier et se dressa devant le Prophète bien-aimé, que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui, tel un rempart. Il était un archer habile et tirait ses flèches avec adresse. Ce jour-là, il brisa deux arcs, ou peut-être trois. Chaque fois que quelqu’un passait près du Prophète, que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui, avec un arc, celui-ci disait : « Donne-le à Abû Talha, qu’Allah l’agrée. » Lorsque le Prophète, que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui, levait la tête pour regarder les gens, Abû Talha, qu’Allah l’agrée, lui disait : « Que mes père et mère soient sacrifiés pour toi ! Ne lève pas la tête pour regarder. Dieu nous en préserve, une flèche pourrait transpercer ton corps sacré. Ma poitrine se trouve devant la tienne. » [Sahîh al-Bukhârî, tome II, p. 97].
Il est également rapporté d’Anas, qu’Allah l’agrée, qu’Abû Talha, qu’Allah l’agrée, forma un rempart avec un bouclier du côté du Prophète, que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui. Abû Talha, qu’Allah l’agrée, était un archer habile. Après avoir tiré une flèche, le Prophète, que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui, levait la tête pour voir où elle avait atteint sa cible. [Sahîh al-Bukhârî, tome I, p. 406].
Abû Dujâna, qu’Allah l’agrée, vint se placer devant le Prophète, que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui, face à lui, et lui offrit son dos comme bouclier. Les flèches lancées par les ennemis se fichaient dans son dos, mais il ne bougeait pas le moins du monde.
Hâtib ibn Abî Balta‘a, qu’Allah l’agrée, poursuivit ‘Utba ibn Abî Waqqâs. ‘Utba frappait avec une force terrible le corps du Prophète, que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui, avec son épée. Hâtib, qu’Allah l’agrée, lui prit son épée et son cheval, puis le tua. Sa‘d ibn Abî Waqqâs, qu’Allah l’agrée, cherchait l’occasion de tuer son frère ‘Utba. Mais ce bonheur échut à Hâtib, qu’Allah l’agrée.
Sahl ibn Hunayf, qu’Allah l’agrée, était également un archer éminent. Il prêta serment au Prophète, que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui, de combattre jusqu’à la mort. Il se battit avec une grande vaillance sur le champ de bataille.
Le Messager d’Allah, que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui, tirait lui-même des flèches. Il est rapporté de Qatâda ibn al-Nu‘mân, qu’Allah l’agrée, que le Messager d’Allah, que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui, tira une flèche avec son arc. Cela brisa l’une des extrémités de l’arc. Qatâda ibn al-Nu‘mân, qu’Allah l’agrée, prit ensuite cet arc et le conserva auprès de lui. Ce jour-là, l’œil de Qatâda, qu’Allah l’agrée, fut si violemment blessé qu’il sortit de son orbite et pendit sur son visage. Le Prophète, que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui, le remit à l’intérieur de son visage sacré de sa main bénie. Par la suite, de ses deux yeux, celui-ci paraissait le plus beau. Sa vision était également la plus perçante.
‘Abd al-Rahmân ibn ‘Awf, qu’Allah l’agrée, reçut un violent coup au visage en combattant. Ses dents antérieures se brisèrent ainsi. Il reçut vingt ou vingt-deux blessures. Il fut également blessé à la jambe, ce qui le rendit boiteux.
Abû Sa‘îd al-Khudrî, qu’Allah l’agrée, rapporte que Mâlik ibn Manâna suçait et nettoyait le sang du visage du Prophète, que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui. Le Prophète, que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui, lui dit : « Crache-le. » Il répondit : « Par Allah, je ne le cracherai pas. » Puis il se détourna et se remit à combattre. Le Messager d’Allah, que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui, dit : « Si quelqu’un veut voir un homme du Paradis, qu’il regarde Mâlik ibn Manâna, qu’Allah l’agrée. » Il fut ensuite martyrisé en combattant.
Le rôle des femmes musulmanes lors de la bataille d’Ouhoud fut également exceptionnel. La Compagne Umm ‘Ammâra Nusayba bint Ka‘b, qu’Allah l’agrée, fit preuve d’un courage extraordinaire. Combattant aux côtés de plusieurs musulmans, elle parvint jusqu’à Ibn Qamma. Lorsque celui-ci la frappa de son épée, elle fut blessée à l’épaule. Elle le frappa elle aussi plusieurs fois de sa propre épée. Cependant, comme Ibn Qamma portait une armure, aucun de ses coups ne l’atteignit réellement. Umm ‘Ammâra, qu’Allah l’agrée, reçut douze blessures en combattant.
Mus‘ab ibn ‘Umayr, qu’Allah l’agrée, fit preuve d’un héroïsme et d’un courage extraordinaires. Il repoussa les coups d’Ibn Qamma et d’autres ennemis dirigés contre le Messager d’Allah, paix et bénédictions d’Allah sur lui. Il tenait entre ses mains l’étendard de l’islam. Les soldats ennemis frappèrent si violemment son bras droit qu’il fut sectionné. Il saisit alors l’étendard de l’islam de sa main gauche. Mais celle-ci fut également sectionnée sous les coups des ennemis. Il serra alors l’étendard contre sa poitrine avec ses bras et le maintint élevé. Il mourut en martyr dans cette position. Son meurtrier était ‘Abdullah ibn Qamma. Ce scélérat prit Mus‘ab, qu’Allah l’agrée, pour le Messager d’Allah, paix et bénédictions d’Allah sur lui. Le visage de Mus‘ab, qu’Allah l’agrée, ressemblait quelque peu à celui du Messager d’Allah, paix et bénédictions d’Allah sur lui. Après avoir tué Mus‘ab, Ibn Qamma se rendit auprès des mécréants et cria : « Muhammad, paix et bénédictions d’Allah sur lui, a été tué. » [Ibn Hichâm, tome II, p. 73, 80 et 83 ; Zâd al-Ma‘âd, tome II, p. 97].
La nouvelle du martyre du Prophète et ses conséquences
Lorsque Ibn Qamma répandit la nouvelle de la mort du Prophète, paix et bénédictions d’Allah sur lui, celle-ci parvint en un instant aux musulmans comme aux mécréants. C’était un moment extrêmement critique. Le moral des Compagnons qui combattaient loin du Prophète, paix et bénédictions d’Allah sur lui, s’effondra. Beaucoup furent plongés dans la stupeur et ne surent plus que faire. Les Compagnons se dispersèrent çà et là. Une extrême confusion s’ensuivit. Toutefois, il en résulta que l’attaque des mécréants s’interrompit temporairement, car ils pensaient avoir atteint leur objectif principal. Un grand nombre de polythéistes cessèrent d’attaquer les musulmans et assouvissaient leur rage bestiale sur les corps des martyrs. Ils mutilaient les corps des martyrs.
La maîtrise de la situation par les musulmans
Après le martyre de Mus‘ab ibn ‘Umayr, qu’Allah l’agrée, le Messager d’Allah, paix et bénédictions d’Allah sur lui, remit l’étendard à ‘Alî, qu’Allah l’agrée. ‘Alî, qu’Allah l’agrée, combattit avec bravoure. Plusieurs autres Compagnons présents livrèrent eux aussi, avec un courage et un héroïsme incomparables, une bataille défensive et lancèrent des contre-attaques. Après quelque temps de combat, il devint possible que le Messager d’Allah, paix et bénédictions d’Allah sur lui, se fraye un chemin jusqu’aux Compagnons qui se trouvaient à proximité. Le Prophète, paix et bénédictions d’Allah sur lui, se dirigea vers eux afin d’y trouver un refuge sûr. À ce moment-là, Ka‘b ibn Mâlik, qu’Allah l’agrée, le reconnut le premier. Poussant un cri de joie, il dit : « Ô musulmans, réjouissez-vous, c’est le Messager d’Allah ! » Le Prophète, paix et bénédictions d’Allah sur lui, lui fit signe de se taire afin que les ennemis ne le reconnaissent pas. Mais les musulmans avaient entendu cette voix et, peu après, les Compagnons commencèrent à se rapprocher du bien-aimé Prophète, paix et bénédictions d’Allah sur lui. En peu de temps, trente Compagnons furent présents.
Ensuite, le Messager d’Allah, paix et bénédictions d’Allah sur lui, commença à se diriger vers le refuge de la montagne, c’est-à-dire vers le camp des musulmans. Si le Prophète, paix et bénédictions d’Allah sur lui, parvenait au camp, les desseins des mécréants seraient réduits à néant ; c’est pourquoi certains s’efforcèrent désespérément de lui barrer la route. Mais le Prophète, paix et bénédictions d’Allah sur lui, avançait entouré de quelques Compagnons entièrement dévoués. À ce moment-là, un scélérat nommé ‘Uthmân ibn ‘Abdullah ibn Mughîra s’avança vers le Messager d’Allah, paix et bénédictions d’Allah sur lui, en disant : « Ce sera lui ou moi. » Mais il ne put aller bien loin, car son cheval tomba dans une fosse creusée par Abû ‘Âmir al-Fâsiq. Entre-temps, al-Hârith, qu’Allah l’agrée, poussa un cri, s’avança devant lui, le frappa violemment à la jambe avec son épée et l’envoya en Enfer. Puis, après s’être emparé de ses armes, al-Hârith, qu’Allah l’agrée, rejoignit le noble Messager. Sur ces entrefaites, un soldat ennemi nommé ‘Abdullah ibn Jâbir frappa de son épée l’épaule d’al-Hârith, qu’Allah l’agrée. Mais les musulmans le saisirent. L’instant suivant, Abû Dujâna, qu’Allah l’agrée, portant un bandeau rouge sur la tête, se jeta sur ‘Abdullah ibn Jâbir et lui trancha la tête d’un coup d’épée.
Voyez le prodige de la puissance divine : même au milieu d’un combat aussi acharné, où la vie et la mort étaient en jeu, les musulmans avaient sommeil. Selon la parole du Noble Coran, c’était un signe de la sérénité accordée par Allah. Abû Talha, qu’Allah l’agrée, rapporte : « Lors de la terrible bataille d’Ouhoud, je faisais partie de ceux qui avaient sommeil. Sous l’effet de la somnolence, mon épée tomba plusieurs fois de ma main. La situation était telle que l’épée tombait et que je la ramassais ; cela se produisit à plusieurs reprises. » [Sahîh al-Bukhârî, tome II, p. 582].
En somme, au prix d’efforts désespérés, le Messager de Dieu — que Dieu le bénisse et lui accorde la paix — et un nombre limité de Compagnons parvinrent au camp musulman situé dans le défilé de la montagne. Ainsi, la stratégie militaire de Khalid ibn al-Walid s’effaça devant celle du Messager de Dieu — que Dieu le bénisse et lui accorde la paix —.
Le meurtre d’Ubay ibn Khalaf
Ibn Ishaq rapporte qu’après que le Messager de Dieu — que Dieu le bénisse et lui accorde la paix — eut atteint le défilé, Ubay ibn Khalaf s’avança en disant : « Où est Muhammad ? Il faut que l’un de nous deux survive. » Les Compagnons dirent au Messager de Dieu : « Ô Messager de Dieu, devons-nous l’attaquer ? » Le Messager de Dieu — que Dieu le bénisse et lui accorde la paix — prit une petite lance à al-Harith et s’avança vers lui. C’était comme lorsqu’une mouche se pose sur le corps d’un animal et que celui-ci donne une légère secousse pour la chasser. Le Prophète — que Dieu le bénisse et lui accorde la paix — se plaça alors face à Ubay. Entre le casque et la cuirasse d’Ibn Umayya, une petite partie du cou était découverte. Le Prophète — que Dieu le bénisse et lui accorde la paix — lança sa lance en visant cet endroit. Ubay, sur le point de tomber de son cheval, se ressaisit et retourna auprès des membres de sa tribu.
Il n’avait qu’une légère entaille au cou. La blessure n’était pas profonde et ne saignait même pas. Pourtant, il se mit à crier : « Par Dieu, Muhammad m’a tué ! » Les gens lui dirent : « Quelle absurdité racontes-tu ? Ta blessure n’est pas sérieuse. On dirait seulement une égratignure. » Ubay répondit : « Il m’avait dit à La Mecque : “Je te tuerai.” » L’histoire était la suivante : lorsqu’il rencontrait le noble Messager à La Mecque, Ubay disait avec arrogance : « Ô Muhammad, je possède un cheval nommé Awd. Je lui donne chaque jour trois sāʿ, c’est-à-dire sept kilos et demi de nourriture. Un jour, monté sur ce cheval, je te tuerai. » Le noble Messager — que Dieu le bénisse et lui accorde la paix — lui répondait : « C’est peut-être toi qui connaîtras le contraire. Si Dieu le veut, c’est moi qui te tuerai. » « Par conséquent, par Dieu, mon âme va s’en aller ! » Finalement, cet ennemi déclaré de Dieu mourut à Sarif, sur le chemin du retour vers La Mecque. (Ibn Hisham, tome II, p. 84 ; Zad al-Maʿad, tome II, p. 97.) Abu al-Aswad rapporte d’après le vénérable Urwa — que Dieu l’agrée — qu’Ubay poussait des cris comme une vache et disait : « Par Celui qui détient mon âme entre Ses mains, si les habitants de Dhu al-Majaz ressentaient la douleur et les souffrances que j’éprouve, ils mourraient tous. » (Mukhtasar Sirat al-Rasul, cheikh Abdallah, p. 250.)
La sincérité de Talha
Alors que le noble Prophète — que Dieu le bénisse et lui accorde la paix — revenait vers la montagne, un endroit escarpé apparut. Le Prophète — que Dieu le bénisse et lui accorde la paix — ne parvenait pas à monter : d’une part, son corps était devenu lourd, puisqu’il portait deux cuirasses ; d’autre part, il était grièvement blessé. Le vénérable Talha ibn Ubayd Allah — que Dieu l’agrée — s’agenouilla et aida le Prophète — que Dieu le bénisse et lui accorde la paix — à monter en le portant sur ses épaules. Ainsi, le Prophète — que Dieu le bénisse et lui accorde la paix — franchit cet endroit escarpé. Il dit ensuite : « Talha s’est assuré le Paradis. » (Ibn Hisham, tome II, p. 86.)
La dernière attaque des ennemis
Après que le Messager de Dieu — que Dieu le bénisse et lui accorde la paix — eut gagné un refuge sûr à l’intérieur du défilé, les ennemis tentèrent une dernière fois de vaincre les musulmans. Ibn Ishaq rapporte qu’après que le Messager de Dieu — que Dieu le bénisse et lui accorde la paix — fut entré dans le défilé, un groupe de non-musulmans, dirigé par Abu Sufyan et Khalid ibn al-Walid, tenta de monter. Le Messager de Dieu — que Dieu le bénisse et lui accorde la paix — invoqua Dieu : « Ô Dieu Très-Haut, fais qu’ils ne puissent pas monter. » Alors le vénérable Umar ibn al-Khattab — que Dieu l’agrée — et un groupe de Compagnons émigrés les combattirent et les repoussèrent au pied de la montagne. (Ibn Hisham, tome II, p. 86.)
Lorsque quelques soldats ennemis escaladèrent la hauteur, le Messager d’Allah (ﷺ) dit à Sa’d (qu’Allah l’agrée) : « Repousse-les. » Sa’d répondit : « Comment pourrais-je y parvenir seul ? » Le Messager d’Allah (ﷺ) répéta ces paroles trois fois. Alors Sa’d (qu’Allah l’agrée) sortit une flèche de son carquois et la décocha sur l’un des ennemis. Ce scélérat fut tué sur-le-champ. Sa’d (qu’Allah l’agrée) dit : « Ensuite, je décochai cette flèche ; je connaissais cet homme. Il expira sur place. Avec cette même flèche, j’en tuai un autre. » Les soldats ennemis redescendirent alors. Je dis : « Voilà une flèche bénie. » Puis je la remis dans mon carquois. Entre-temps, les ennemis étaient redescendus. Par la suite, cette flèche resta en possession de Sa’d (qu’Allah l’agrée), puis ses enfants la conservèrent après lui. [Zâd al-Ma‘âd, tome II, p. 95]
La mutilation des martyrs
Ce fut la dernière attaque des soldats ennemis contre le Messager d’Allah (ﷺ). Ils n’avaient toujours pas compris clairement dans quel état se trouvait le Prophète bien-aimé (ﷺ). Ils supposaient toutefois qu’il avait été tué. C’est pourquoi ils retournèrent à leur camp et commencèrent à se préparer à repartir vers La Mecque. À ce moment-là, certains hommes et femmes polythéistes se mirent à mutiler les corps des martyrs. Ils coupèrent les parties intimes, les oreilles, les nez et d’autres membres des martyrs. Ils ouvrirent également le ventre de certains d’entre eux. Hind bint ‘Utba, l’épouse d’Abû Sufyân, ouvrit la poitrine de Hamza (qu’Allah l’agrée), en sortit le foie et se mit à le mâcher. Comme elle ne parvint pas à l’avaler, elle le rejeta. Elle enfila également les nez et les oreilles coupés pour en faire un collier, qu’elle porta autour du cou et aux pieds comme des parures. [Ibn Hichâm, tome II, p. 90]
L’initiative des musulmans pour le dernier combat
Vers la fin, deux événements se produisirent, qui permettent de comprendre aisément avec quelle détermination les musulmans dévoués étaient résolus à poursuivre le combat jusqu’au bout. Ils montrent également combien leur désir de sacrifier leur vie pour obtenir l’agrément d’Allah, Seigneur des mondes, était immense.
Premier événement : Ka‘b ibn Mâlik (qu’Allah l’agrée) dit : « J’étais l’un d’entre eux. Je remarquai que les corps des martyrs étaient profanés. Je m’arrêtai un instant, puis avançai. Je vis un homme de grande taille, revêtu d’une armure, passer au-dessus des corps des martyrs. Un autre musulman s’avançait vers cet homme. Je les observai tous deux et évaluai mentalement leur force respective. Il me sembla que les armes de l’infidèle étaient meilleures que celles du musulman. J’attendis de voir ce qui allait arriver. À un moment, ils engagèrent le combat. Ce musulman frappa l’infidèle avec son tahbari avec une telle force que l’infidèle fut tranché en deux et s’effondra à terre. Le musulman masqué retira alors son masque et dit : “Ô Ka‘b, que penses-tu de ce que j’ai fait ? Je suis Abû Dujâna.” » [Al-Bidâya wa-n-Nihâya, tome IV, p. 17]
Deuxième événement : après la bataille, certains musulmans arrivèrent à Médine depuis le champ de bataille. Anas (qu’Allah l’agrée) dit : « Je vis ‘Â’icha, fille d’Abû Bakr (qu’Allah les agrée tous deux), et Umm Sulaym (qu’Allah l’agrée), qui, leurs vêtements relevés au-dessus des chevilles, portaient des outres d’eau et en faisaient boire les musulmans. » [Sahîh al-Bukhârî, tome I, p. 403 ; tome II, p. 581]
‘Umar (qu’Allah l’agrée) dit : « Le jour d’Uhud, Umm Sulayt (qu’Allah l’agrée) nous apportait des outres remplies d’eau. » [Sahîh al-Bukhârî, tome I, p. 403]
Parmi les femmes venues apporter de l’eau se trouvait également Umm Ayman, qu’Allah l’agrée. Voyant les musulmans vaincus entrer à Médine, elle leur jetait de la poussière au visage en leur disant : « Tenez, voici des instruments pour filer la laine ; donnez-nous plutôt vos épées. » [À cette époque, les femmes arabes filaient la laine contre rémunération. Beaucoup portaient divers ornements faits de fils, semblables aux bracelets portés par les femmes de notre pays. Ici, on pourrait employer une expression de chez nous : « Portez ces bracelets et donnez-nous les épées. »] Elle se rendit ensuite rapidement sur le champ de bataille et se mit à donner de l’eau aux blessés. Un homme nommé Hibban ibn Arqa lança une flèche sur Umm Ayman, qu’Allah l’agrée. Elle tomba et son voile se défit. En voyant cela, l’ennemi d’Allah éclata de rire. Le Messager d’Allah, qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix, observait la scène et en fut profondément affligé. Il donna une flèche à Sa‘d ibn Abi Waqqas, qu’Allah l’agrée, et lui dit : « Lance-la. » Sa‘d décocha la flèche. Celle-ci transperça la gorge de Hibban, qui tomba sur le dos. Son voile se défit. Le Messager d’Allah, qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix, rit alors franchement, puis dit : « Sa‘d a vengé Umm Ayman. Qu’Allah, le Seigneur des mondes, exauce sa prière. » [As-Sira al-Halabiyya, deuxième volume, page 22]
Après s’être réfugié dans le défilé
Après que le Messager d’Allah, qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix, se fut réfugié dans le défilé de la montagne, Ali, qu’Allah l’agrée, rapporta de l’eau de Mihraz dans son bouclier. Mihraz est une sorte de puits fait de pierre. On dit que Mihraz était une source d’Uhud. Ali apporta cette eau et la présenta au Prophète, qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix, afin qu’il la boive. Mais, ayant senti une certaine odeur, le Prophète ne la but pas ; il lava la plaie de son visage et versa un peu d’eau sur sa tête. À ce moment-là, le Messager d’Allah, qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix, disait : « Qu’Allah inflige un terrible châtiment à celui qui a ensanglanté le visage du Messager d’Allah. » [Ibn Hicham, deuxième volume, page 85]
Sahl, qu’Allah l’agrée, rapporte : « J’ai vu qui lavait le sang du visage du Messager d’Allah, qui versait l’eau et qui le soignait. La chère fille du Prophète, Fatima, qu’Allah l’agrée, lavait sa blessure. Ali, qu’Allah l’agrée, versait l’eau. Fatima remarqua que, malgré l’eau versée, le sang continuait de couler et ne s’arrêtait en aucune façon. Elle prit alors un morceau de natte, le brûla dans le feu et appliqua ses cendres sur la blessure du Prophète, qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix. Le sang s’arrêta aussitôt. » [Sahih al-Bukhari, deuxième volume, page 584]
Entre-temps, Muhammad ibn Maslama, qu’Allah l’agrée, apporta une eau fraîche et douce. Le Prophète, qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix, en but et pria pour son bien-être. [As-Sira al-Halabiyya, deuxième volume, page 30]
En raison de la douleur de ses blessures, le Prophète, qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix, accomplit la prière de midi assis. Les Compagnons, qu’Allah les agrée, prièrent eux aussi assis derrière lui. [Ibn Hicham, deuxième volume, page 87]
La vanité d’Abu Sufyan
Les polythéistes mécréants de La Mecque se préparaient à repartir. Abu Sufyan monta alors sur le mont Uhud et demanda : « Muhammad est-il parmi vous ? » Personne ne répondit. Il demanda encore : « Le fils d’Abu Quhafa est-il parmi vous ? » Personne ne répondit. Il demanda une nouvelle fois : « Umar ibn al-Khattab est-il parmi vous ? » Personne ne répondit davantage. Le Prophète, qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix, leur avait interdit de répondre. Abu Sufyan ne demanda des nouvelles de personne d’autre que ces trois hommes, car il savait parfaitement que c’était par leur intermédiaire que l’islam se propageait et se développait. N’obtenant aucune réponse, Abu Sufyan se dit à lui-même : « Enfin, nous voilà débarrassés de ces trois hommes. » En entendant cela, Umar, qu’Allah l’agrée, ne put se contenir et dit : « Ô ennemi d’Allah, ceux dont tu as prononcé les noms sont tous vivants. Allah a encore préparé pour ton humiliation des moyens plus atroces. » Abu Sufyan répondit : « Les corps de vos morts ont été mutilés. Je n’ai pas ordonné cela, mais je ne m’en offusque pas non plus. » Puis il cria : « Vive Hubal ! »
Le Prophète (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui) dit : « Pourquoi ne répondez-vous pas ? » Les nobles Compagnons demandèrent : « Que devons-nous répondre ? » Le Prophète (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui) dit : « Dites : Allah est grand et Tout-Puissant. »
Abou Soufyan cria à haute voix : « Nous avons al-ʿUzzā, tandis que vous ne l’avez pas. »
Le Prophète (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui) dit : « Pourquoi ne répondez-vous pas ? » Les Compagnons demandèrent : « Que devons-nous répondre ? » Le Prophète (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui) dit : « Dites : “Allahu mawlānā wa-lā mawlā lakum.” » Cela signifie : « Allah est notre Seigneur ; vous n’avez aucun seigneur. »
Abou Soufyan dit ensuite : « Quelle magnifique prouesse ! Aujourd’hui est le jour de la revanche de la bataille de Badr. La guerre est comme un seau. [Tantôt un camp remporte la victoire, tantôt c’est l’autre, de même qu’avec un seau, tantôt l’un puise de l’eau et tantôt l’autre.] »
ʿUmar (qu’Allah l’agrée) répondit : « Ce n’est pas égal. Ceux des nôtres qui ont été tués sont au Paradis, tandis que ceux des vôtres qui ont été tués sont en Enfer. »
Abou Soufyan dit ensuite : « Ô ʿUmar, approche un peu. » Le Messager (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui) dit : « Va voir ce qu’il dit. » ʿUmar (qu’Allah l’agrée) s’avança. Abou Soufyan dit : « Ô ʿUmar, je te le demande en te faisant jurer par Allah : avons-nous réussi à tuer Muhammad ? » ʿUmar (qu’Allah l’agrée) répondit : « Par Allah, vous n’y êtes pas parvenus. Au contraire, il est maintenant en train d’entendre tes paroles. » Abou Soufyan dit : « ʿUmar, à mes yeux, tu es plus véridique encore qu’Ibn Qamʿa. » [Ibn Hicham, tome II, p. 93-94 ; Zād al-Maʿād, tome II, p. 94 ; Sahih al-Boukhari, tome II, p. 579]
Un autre engagement concernant Badr
Ibn Ishaq (qu’Allah lui fasse miséricorde) rapporte qu’au moment où Abou Soufyan et ses compagnons se retiraient, ils dirent : « Nous nous engageons à combattre de nouveau l’année prochaine sur le champ de Badr. » Le Messager (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui) dit à l’un des Compagnons : « Dis-leur : “D’accord, très bien ; c’est ce qui est convenu entre vous et nous.” » [Ibn Hicham, tome II, p. 94]
Observer les mouvements de l’ennemi
Le Prophète ﷺ ordonna ensuite à Ali ibn Abou Talib de suivre les mécréants et lui dit : « Suis-les et regarde ce qu’ils font. Quelle est leur prochaine intention ? S’ils sont montés sur leurs chevaux et leurs chameaux, cela signifie qu’ils se dirigent vers La Mecque. S’ils sont montés à cheval tout en conduisant leurs chameaux, cela signifie qu’ils se dirigent vers Médine. » Puis il dit : « Je jure par Celui qui détient mon âme entre Ses mains : s’ils se sont mis en route vers Médine, nous irons les affronter à Médine. » Ali rapporte : « Je suivis alors les mécréants et constatai qu’ils retournaient à La Mecque, montés sur leurs chevaux et leurs chameaux. » [Ibn Hicham, tome II, p. 64. Al-Hafiz Ibn Hajar écrit dans le tome VII de Fath al-Bari, p. 347, que Sa‘d ibn Abi Waqqas était parti afin de connaître les intentions des polythéistes.]
S’occuper des martyrs et des combattants
Après le départ des mécréants, les musulmans commencèrent à rechercher les martyrs et les blessés. Zayd ibn Thabit rapporte : « Le jour d’Ouhoud, le Messager de Dieu ﷺ m’envoya rechercher Sa‘d ibn ar-Rabi‘. Il me dit que si je trouvais Sa‘d, je devais lui transmettre son salut et lui demander comment il se sentait. » Zayd dit : « Je le trouvai après l’avoir cherché parmi les corps des martyrs. En m’approchant, je le vis agonisant et gémissant. Son corps portait soixante-dix blessures causées par des lances, des flèches et des épées. Je lui dis : “Ô Sa‘d, le Messager de Dieu ﷺ t’adresse son salut et demande comment tu te sens.” Sa‘d ibn ar-Rabi‘ répondit : “Transmets mon salut au Messager de Dieu. Dis-lui que je sens le parfum du Paradis. Dis à mes frères ansar que, s’il leur reste le moindre battement de paupière et que les ennemis parviennent malgré cela jusqu’au Messager de Dieu, aucune excuse ne leur sera utile auprès de Dieu.” » Aussitôt après avoir prononcé ces paroles, il mourut. [Zad al-Ma‘ad, tome II, p. 96]
Parmi les blessés, on trouva également Ousayrim, dont le nom était ‘Amr ibn Thabit. Il avait encore un souffle de vie. Auparavant, on lui avait proposé d’embrasser l’islam, mais il n’avait pas accepté cette invitation. Certains s’étonnèrent et dirent : « Comment Ousayrim est-il arrivé ici ? Nous lui avons proposé l’islam, mais il ne l’a pas accepté. » On lui demanda : « Comment es-tu arrivé ici ? Est-ce par amour pour l’islam ou pour renforcer la puissance des tiens ? » Il répondit : « Je suis venu par amour pour l’islam. J’ai cru en Dieu, le Seigneur des mondes, et en Son bien-aimé Messager, et j’ai pris part au combat pour soutenir le Messager de Dieu ﷺ. Vous voyez vous-mêmes dans quel état je me trouve actuellement. » Il mourut aussitôt. Lorsqu’on interrogea le Messager de Dieu ﷺ à son sujet, il dit : « Il fait partie des gens du Paradis. » Abou Hourayra rapporte : « Pourtant, il n’avait accompli aucune prière pour Dieu. » [Zad al-Ma‘ad, tome II, p. 94 ; Ibn Hicham, tome II, p. 90] (Après avoir embrassé l’islam, il mourut en martyr avant l’arrivée de l’heure d’une seule prière.)
Parmi les blessés, on trouva également un homme nommé Kozman. Il avait combattu aux côtés des musulmans durant cette bataille et avait tué sept ou huit polythéistes. Son corps portait de nombreuses blessures. On le transporta dans le quartier de Banu Zufar. Les musulmans lui annoncèrent la bonne nouvelle. Il dit : « Par Dieu, je n’ai combattu que pour la réputation de ma tribu. Si je n’avais pas eu le souci de préserver l’honneur de ma tribu, je n’aurais pas combattu. » Lorsque la douleur de ses blessures devint intense, Kozman se trancha la gorge et se suicida. Lorsque son cas fut évoqué devant le Messager de Dieu ﷺ, il dit : « Celui-là est voué à l’Enfer. » [Zad al-Ma‘ad, tome II, p. 97-98 ; Ibn Hicham, tome II, p. 88] Cet événement confirma la véracité d’une prédiction du Messager de Dieu ﷺ.
Tous ceux qui combattent pour leur pays ou pour quelque autre objectif que l’élévation de la parole de Dieu connaîtront le même destin que Kozman. Même s’ils combattent sous la bannière de l’islam, aux côtés du Messager de Dieu ﷺ ou des nobles Compagnons, ils devront néanmoins faire face à cette issue.
Parmi les tués se trouvait également un Juif de la tribu des Banu Tha‘laba. Il dit aux membres de sa tribu : « Par Dieu, vous savez bien qu’il est de votre devoir d’aider Muhammad. » Les Juifs répondirent : « Aujourd’hui, c’est samedi. » Le Juif dit : « Il n’y a pas de samedi pour vous. » Il se rendit ensuite sur le champ de bataille avec son épée et les autres équipements nécessaires. Au moment de partir, il dit : « Si je suis tué au combat, mes biens appartiendront à Muhammad. Il en disposera comme il le voudra. » Il mourut ensuite sur le champ de bataille en combattant aux côtés des musulmans. Après avoir entendu tout cela, le Messager de Dieu ﷺ dit : « C’était un bon Juif. » [Ibn Hicham, tome II, p. 88]
À ce moment-là, le Messager d’Allah — qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix — inspecta lui-même les dépouilles des martyrs et dit : « Je témoignerai en leur faveur. » En vérité, celui qui est blessé dans le sentier d’Allah sera ressuscité par Allah Tout-Puissant, le Jour de la Résurrection, dans un état tel que le sang coulera de sa blessure. La couleur de ce sang sera celle du sang, mais il s’en dégagera un parfum de musc. [Ibn Hicham, tome II, p. 98]
Quelques Compagnons transférèrent à Médine les dépouilles de Compagnons martyrs qui leur étaient proches. Lorsque le Messager d’Allah — qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix — l’apprit, il ordonna d’enterrer ces martyrs sur le lieu même où ils étaient tombés en martyrs. Il dit : « Retirez aux martyrs leurs armes et leurs vêtements fourrés, puis enterrez-les sans les laver. » Le Messager d’Allah — qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix — ordonna d’enterrer deux ou trois Compagnons dans une même tombe. Il ordonna également d’ensevelir deux Compagnons dans un même linceul. Après avoir enveloppé deux Compagnons dans un même linceul, le Messager d’Allah — qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix — demandait lequel des deux connaissait le mieux le Noble Coran par cœur. Puis il ordonnait de placer celui que les Compagnons désignaient du côté inférieur de la tombe. Il disait : « Je témoignerai en leur faveur le Jour de la Résurrection. » Abdallah ibn Amr ibn Haram et Amr ibn al-Jamouh furent enterrés dans une même tombe, car ils étaient des amis très proches. [Zad al-Ma‘ad, tome II, p. 98 ; Sahih al-Boukhari, tome II, p. 584] On ne retrouvait pas la dépouille de Hanzala. Après des recherches, elle fut découverte en un endroit ; de l’eau ruisselait de son corps. Celui-ci se trouvait légèrement au-dessus du sol. Le Messager d’Allah — qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix — dit aux Compagnons : « Les anges le lavent. » Puis il dit : « Demandez à son épouse ce qui s’est passé. » Interrogée, elle raconta l’événement. Depuis lors, Hanzala fut appelé Ghassil al-Malaïka, c’est-à-dire celui que les anges ont lavé. [Zad al-Ma‘ad, tome II, p. 94]
En voyant l’état de son oncle Hamza, le Messager d’Allah — qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix — fut profondément accablé. Sa tante paternelle, Safiyya — qu’Allah l’agrée —, vint. Elle voulait voir Hamza — qu’Allah l’agrée —. Mais le Messager d’Allah — qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix — dit à Zoubayr — qu’Allah l’agrée —, le fils de Safiyya : « Ramène-la. Il ne faut pas qu’elle voie l’état de son propre frère. » Mais Safiyya — qu’Allah l’agrée — demanda : « Pourquoi donc ? Je sais que les membres de mon frère ont été mutilés. Hamza — qu’Allah l’agrée — était dans le sentier d’Allah. Nous acceptons donc ce qui est arrivé. Je patienterai, si Allah le veut, dans l’espoir d’obtenir une récompense. » Puis elle s’approcha de Hamza, le vit, récita : « Nous appartenons à Allah et c’est vers Lui que nous retournerons », invoqua Allah en sa faveur et demanda le pardon pour lui. Ensuite, le Messager d’Allah — qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix — ordonna : « Enterrez Hamza — qu’Allah l’agrée — avec Abdallah ibn Jahch. » Celui-ci était le neveu de Hamza — qu’Allah l’agrée — et son frère de lait.
Abdallah ibn Mas‘oud — qu’Allah l’agrée — rapporte que l’on ne vit jamais le Messager d’Allah — qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix — pleurer comme il pleura pour Hamza — qu’Allah l’agrée —. Le Noble Prophète — qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix — plaça Hamza — qu’Allah l’agrée — en direction de la qibla, puis se tint près de sa prière funéraire et pleura si fortement que nous entendîmes le grondement de ses sanglots. [Ceci est rapporté par Ibn Chadhan. Voir Moukhtasar as-Siyar de Cheikh Abdallah, p. 355.]
La condition des martyrs était profondément déchirante. Khabbab ibn al-Aratt — qu’Allah l’agrée — raconte qu’on ne trouva pour Khabbab qu’une étoffe bordée de noir, et aucun autre linceul. Lorsqu’on en couvrait la tête, les pieds restaient découverts. Finalement, on laissa les pieds à découvert et on les recouvrit d’herbe idhkhir (une sorte d’herbe aromatique, que l’on fait cuire en de nombreux endroits mélangée au thé). [Mousnad Ahmad, Chifa, tome I, p. 140]
Abd ar-Rahman ibn ‘Oumayr — qu’Allah l’agrée — tomba en martyr. Il était meilleur que moi. On l’ensevelit dans un seul manteau. Lorsqu’on lui couvrait la tête avec ce manteau, les pieds se découvraient ; lorsqu’on lui couvrait les pieds, la tête se découvrait. Khabbab — qu’Allah l’agrée — a également rapporté cette situation concernant son linceul. Il ajouta toutefois que, voyant son état, le Messager d’Allah — qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix — nous disait : « Couvrez sa tête avec le manteau et mettez de l’herbe oukhir sur ses pieds. » [Sahih al-Boukhari, tome II, pp. 579-584]
L’invocation du Messager d’Allah auprès d’Allah
Il est rapporté par l’imam Ahmad qu’après le départ des polythéistes, le jour d’Ouhoud, le Messager d’Allah — qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix — dit aux Compagnons : « Mettez-vous en rangs, je vais adresser quelques louanges à mon Seigneur. » Puis il dit : « Ô Allah, Seigneur des mondes, toute louange T’appartient. Nul ne peut restreindre ce que Tu élargis, et nul ne peut élargir ce que Tu restreins. Celui que Tu égares, nul ne peut le guider ; et celui que Tu guides, nul ne peut l’égarer. Ce que Tu retiens, nul ne peut le donner ; et ce que Tu donnes, nul ne peut le retenir. Ce que Tu éloignes, nul ne peut le rapprocher ; et ce que Tu rapproches, nul ne peut l’éloigner. Ô Allah, Seigneur des mondes, répands sur nous Ta bénédiction, Ta miséricorde, Ta grâce et Ta subsistance. »
Ô Allah, je Te demande la faveur durable qui ne prendra jamais fin. Ô Allah Très-Haut, je Te demande secours dans les jours de pauvreté et sécurité dans les jours de peur. Ô Allah, je cherche refuge auprès de Toi contre le mal de tout ce que Tu nous as donné et contre le mal de tout ce que Tu ne nous as pas donné. Ô Allah, rends notre foi agréable et embellis nos cœurs. Fais que nous n’aimions ni la mécréance, ni la perversité, ni la désobéissance, et compte-nous parmi les gens guidés. Ô Allah, fais-nous mourir musulmans et ressuscite-nous dans l’au-delà en tant que musulmans. Éloigne-nous de l’humiliation, des troubles et de la discorde. Compte-nous parmi Tes serviteurs vertueux. Ô Allah, traite durement et précipite dans le châtiment les mécréants que Tu fais mourir, ceux qui traitent Ton prophète de menteur et détournent les gens de Ton chemin. Ô Allah, fais également périr les mécréants auxquels le Livre a été donné. [Al-Bukhari, Al-Adab al-Mufrad, Musnad Ahmad, vol. 3, p. 324.]
Le retour à Médine
Après avoir enseveli les martyrs et invoqué Allah, le Messager d’Allah, qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix, prit la route de Médine. De même que les Compagnons avaient fait preuve de dévouement et de sacrifice sur le champ de bataille, les proches des martyrs firent eux aussi preuve du même sacrifice et de la même patience.
Sur le chemin de Médine, le Prophète, qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix, rencontra Hamna bint Jahsh, qu’Allah l’agrée. Son frère, Abdullah ibn Jahsh, qu’Allah l’agrée, était tombé en martyr au combat. En apprenant la nouvelle de son martyre, Hamna récita « innâ lillâhi » et invoqua le pardon pour son frère. On lui annonça ensuite le martyre de son oncle maternel, Hamza ibn Abd al-Muttalib, qu’Allah l’agrée. Elle récita de nouveau « innâ lillâhi » et invoqua le pardon. Puis on lui annonça le martyre de son mari, Mus‘ab ibn ‘Umayr, qu’Allah l’agrée. À cette nouvelle, elle poussa un cri et se mit à pleurer amèrement. Le Messager d’Allah, qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix, dit : « Le mari occupe une place particulière dans le cœur d’une femme. » [Ibn Hisham, vol. 2, p. 98]
Les Compagnons rencontrèrent une femme de la tribu des Banu Dinar. Son mari, son frère et son père étaient également tombés en martyrs. On lui annonça leur martyre. Elle demanda : « Qu’en est-il du Messager d’Allah, qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix ? » On lui répondit qu’il allait bien. La femme dit : « Je voudrais le voir un instant. » Sur indication des Compagnons, on lui montra le Prophète, qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix. Elle se mit aussitôt à sangloter et dit : « Kullu musîbatin ba‘duka jalâlun », c’est-à-dire : « Tant que vous êtes vivant, toute épreuve est insignifiante. » [Ibn Hisham, vol. 2, p. 99] À ce moment-là, la mère de Sa‘d ibn Mu‘adh, qu’Allah l’agrée, accourut auprès du Messager d’Allah, qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix. Sa‘d, qu’Allah l’agrée, tenait alors les rênes du cheval du noble Prophète, qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix. Il dit : « Ô Messager d’Allah, voici ma mère. » Le Messager d’Allah, qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix, dit : « Soyez la bienvenue. » Puis le Prophète, qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix, arrêta son cheval en l’honneur de cette femme. Lorsqu’elle s’approcha, le Prophète, qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix, lui annonça le martyre de son fils, ‘Amr ibn Mu‘adh, et lui demanda de faire preuve de patience. La femme dit : « Après vous avoir vu en bonne santé, toute épreuve m’est insignifiante. » Ensuite, le Messager d’Allah, qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix, invoqua en faveur des martyrs d’Uhud et dit : « Ô Umm Sa‘d, réjouis-toi et annonce aux familles des martyrs la bonne nouvelle que tous leurs martyrs sont réunis au Paradis et que leur intercession en faveur de leurs familles a été acceptée. » La femme dit : « Ô Messager d’Allah, invoquez en faveur des familles des martyrs. » Le Prophète, qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix, dit : « Ô Allah Très-Haut, dissipe la douleur du chagrin de leur cœur, accorde-leur une compensation pour leur épreuve et protège tous les autres. » [As-Sîra al-Halabiyya, vol. 2, p. 47.]
Le Messager d’Allah à Médine
Le dimanche après-midi 7 Chawwâl de la troisième année de l’Hégire, le Messager d’Allah, qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix, arriva à Médine. Après être rentré chez lui, il remit son épée à Fatima, qu’Allah l’agrée, et lui dit : « Lave le sang qui est resté sur cette épée. Par Allah, cette épée s’est aujourd’hui montrée digne de moi. » ‘Ali, qu’Allah l’agrée, demanda lui aussi à Fatima, qu’Allah l’agrée, de laver le sang de son épée. Il ajouta : « Par Allah, cette épée s’est montrée digne de moi. » Le Messager d’Allah, qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix, lui dit alors : « Tu as fait preuve de bravoure au combat, mais souviens-toi que Suhayl ibn Hunayf et Abu Dujana, qu’Allah les agrée, ont eux aussi combattu avec bravoure. » [Ibn Hisham, vol. 2, p. 100]
Soixante-dix musulmans furent martyrisés lors de la bataille d’Uhud. La plupart des transmetteurs sont d’accord sur ce nombre. Parmi les martyrs, soixante-cinq étaient des Ansar. Quarante et un d’entre eux appartenaient à la tribu des Khazraj et vingt-quatre à celle des Aws. Un Juif fut également tué. Quant aux martyrs émigrés, ils n’étaient que quatre. Combien de mécréants qurayshites furent tués ? Selon l’historien Ibn Ishaq, vingt-deux d’entre eux furent tués. Toutefois, à la lumière des récits de la bataille d’Uhud rapportés par les spécialistes de la guerre et les auteurs de la Sîra, ainsi que des récits des morts à ses différentes étapes, il apparaît que trente-sept hommes furent tués, et non vingt-deux. Allah sait mieux ce qu’il en est. [Ibn Hisham, vol. 2, p. 122 ; Ghazwat-e Uhud, p. 180]
La situation d’urgence à Médine
Après leur retour d’Uhud, durant la nuit du 8 Shawwal de la troisième année de l’Hégire, les musulmans traversèrent une situation d’urgence. Bien qu’épuisés par la bataille, ils passèrent toute la nuit à patrouiller dans les rues de Médine et à ses différents accès. Ils furent également chargés d’assurer une protection particulière au Messager d’Allah ﷺ, car ils redoutaient des attaques venant de plusieurs directions.
La bataille de Hamrâ’ al-Asad
Le Messager ﷺ réfléchit toute la nuit à la situation créée par la bataille.
Il craignait que les ennemis, se disant qu’en dépit de leur supériorité numérique sur le champ de bataille, ils n’avaient obtenu aucun avantage, n’en éprouvent de la honte. Ils pourraient alors rebrousser chemin depuis la route de La Mecque et attaquer Médine. C’est pourquoi le Messager d’Allah ﷺ décida de poursuivre les troupes mecquoises.
Les auteurs de la Sîra ont écrit que, le lendemain de la bataille d’Uhud, c’est-à-dire le matin du 8 Shawwal de la troisième année de l’Hégire, le Prophète ﷺ annonça qu’il fallait partir affronter les ennemis et que seuls ceux qui avaient participé à la bataille d’Uhud pourraient se joindre à nous. L’hypocrite ‘Abdullah ibn Ubay demanda la permission de partir, mais le Prophète ﷺ ne la lui accorda pas. Blessés physiquement, accablés par le chagrin d’avoir perdu leurs proches et inquiets face au danger, les musulmans s’inclinèrent devant l’appel du Prophète ﷺ. Jâbir ibn ‘Abdullah (qu’Allah l’agrée) n’avait pas pu être présent à la bataille d’Uhud. Il demanda la permission de partir. Se présentant devant le bien-aimé Prophète ﷺ, il dit : « Ô Messager d’Allah, je désire t’accompagner dans toutes les batailles. Lors de la bataille d’Uhud, mon père m’avait laissé pour m’occuper de mes filles ; c’est pourquoi je n’ai pas pu prendre part au combat. » Le Prophète ﷺ lui accorda la permission. Conformément au plan établi, le Messager ﷺ partit avec les musulmans et installa son camp à Hamrâ’ al-Asad, à huit miles de Médine.
À ce moment-là, Ma‘bad ibn Ma‘bad al-Khuzâ‘î se présenta auprès du Messager ﷺ et embrassa l’islam. Auparavant, il était fermement attaché au polythéisme. Cependant, il souhaitait le bien du Messager ﷺ. Un pacte d’alliance existait entre les tribus de Khuzâ‘a et des Banû Hâshim. C’est en raison de ce pacte qu’il désirait sincèrement le bien du bien-aimé Prophète ﷺ. Il lui dit : « Je suis profondément attristé par les épreuves que vous et vos compagnons avez subies sur le champ de bataille. Du fond du cœur, je souhaitais que vous soyez épargnés. » Après avoir exprimé sa compassion de cette manière, le Messager ﷺ dit à Ma‘bad (qu’Allah l’agrée) : « Va trouver Abû Sufyân, anéantis son ardeur et décourage-le. »
La crainte du Prophète ﷺ que les polythéistes puissent repartir vers Médine se révéla fondée. Parvenus à Rawhâ, à trente-six miles de Médine, les polythéistes commencèrent à se rejeter mutuellement la faute. Un groupe disait à l’autre : « Vous n’avez rien fait. Après les avoir affaiblis, vous les avez laissés partir. Il leur reste encore tant de combattants que ceux-ci seront de nouveau une source de problèmes pour vous. Retournons les exterminer complètement. »
Ceux qui avaient proposé cela ne semblaient pas être correctement informés de la force des deux camps. C’est pourquoi Safwân ibn Umayya, qui était un homme responsable, s’opposa à cet avis en disant : « Ne faites pas cela. Je crains que même les musulmans qui n’ont pas participé à la bataille d’Uhud ne se dressent contre nous. Retournons donc à La Mecque en nous félicitant de notre victoire. Sinon, si nous attaquons Médine, nous nous exposerons au danger. » Mais la majorité des mécréants n’accepta pas cet avis et resta déterminée à attaquer Médine. Avant même qu’ils ne se mettent en route vers Médine, Maʿbad ibn Maʿbad al-Khuzâʿî y arriva. Abû Sufyân ignorait alors que Maʿbad s’était réfugié sous l’ombre fraîche de l’islam. Il lui demanda : « Maʿbad, quelles sont les nouvelles de l’arrière ? » Maʿbad répondit habilement : « Muhammad, que Dieu le bénisse et lui accorde la paix, est parti à votre poursuite avec ses compagnons. Ils sont si nombreux que je n’ai jamais vu auparavant une armée aussi importante. Tous brûlent de colère contre vous. Ceux qui n’avaient pas participé à la bataille d’Uhud y ont également pris part cette fois-ci. Ils ont honte de tout ce qu’ils ont perdu au cours de la bataille. Ils sont actuellement si furieux contre vous que je n’ai jamais vu auparavant une telle colère. »
Abû Sufyân dit : « Mais, mon frère, qu’est-ce que tu racontes ? »
Maʿbad dit : « Oui, je te le dis vraiment. À mon avis, vous verrez les cavaliers avant même de quitter cet endroit. L’avant-garde de l’armée surgira de derrière cette colline. »
Abû Sufyân dit : « Par Dieu, nous avons juré de lancer une contre-attaque contre eux et de les anéantir. »
Maʿbad dit : « Ne faites pas cela. Je vous le dis pour votre bien. »
En entendant ces paroles, le moral des mécréants s’effondra. Ils estimèrent qu’il valait mieux retourner à La Mecque. Cependant, afin de décourager l’armée musulmane et d’éviter un affrontement avec elle, Abû Sufyân imagina une ruse. Il appela les gens d’une caravane de Banû ʿAbd al-Qays qui se dirigeait vers Médine et leur dit : « Pouvez-vous transmettre un message de ma part à Muhammad ? Si vous le faites, je vous promets que, lorsque vous viendrez à La Mecque, je vous donnerai au marché de ʿUkâẓ autant de raisins secs que cette chamelle pourra en porter. »
Les gens de Banû ʿAbd al-Qays acceptèrent d’accéder à la demande d’Abû Sufyân.
Abû Sufyân dit : « Vous direz à Muhammad que nous avons décidé de lancer une contre-attaque afin de l’anéantir, lui et ses compagnons. »
En apprenant cette nouvelle de la bouche des hommes de la caravane, la foi des musulmans se raffermit encore. Ils dirent : « Allah seul nous suffit, et quel excellent Garant Il est ! »
Fortifiés par cette foi, les musulmans partirent vers Médine avec les bienfaits et la grâce d’Allah. Aucun mal ne put les atteindre. Ils recherchèrent l’agrément d’Allah, le Seigneur des mondes. Certes, Allah est le Détenteur de mystères infinis. Le Messager d’Allah (paix et bénédictions d’Allah sur lui) se rendit à Hamra al-Asad le dimanche. Il y demeura jusqu’au lundi, au mardi et au mercredi, c’est-à-dire les 9, 10 et 11 chawwâl de la troisième année de l’Hégire. Puis il retourna à Médine. Avant son retour à Médine, Abû ‘Azza al-Jumahî tomba entre ses mains. Cet homme avait été fait prisonnier par les musulmans lors de la bataille de Badr. Mais, en raison de sa pauvreté et du grand nombre de ses filles, il avait été libéré sans rançon. Il avait toutefois promis de ne venir en aide à personne contre le Messager d’Allah (paix et bénédictions d’Allah sur lui). Mais il ne tint pas parole. Par ses poèmes, il continua d’exciter les gens du peuple contre Allah, Son Messager et les nobles Compagnons. Il a déjà été question de cela. Ensuite, il participa également à la bataille d’Uhud contre les musulmans. Après avoir été arrêté et conduit devant le Messager d’Allah (paix et bénédictions d’Allah sur lui), il dit : « Ô Muhammad, pardonne-moi mon erreur. Aie pitié de moi. Épargne-moi en considération de mes filles. Je promets de ne plus jamais commettre un acte de ce genre. » Le Messager d’Allah (paix et bénédictions d’Allah sur lui) répondit : « Il n’est plus question que tu retournes à La Mecque en te frottant le visage et que tu dises : “Muhammad, je l’ai trompé une deuxième fois.” Le croyant ne se fait pas mordre deux fois dans le même trou. » Puis le Messager d’Allah (paix et bénédictions d’Allah sur lui) ordonna, selon une version, à Zubayr, et selon une autre, à ‘Âsim ibn Thâbit ; ceux-ci séparèrent la tête de ce traître de son corps.
De la même manière, un autre espion de La Mecque fut également tué. Il s’appelait Mu‘âwiya ibn Mughîra ibn Abû al-‘Âs. Il était le grand-père maternel de ‘Abd al-Malik ibn Marwân. Le jour d’Uhud, après le départ des polythéistes mecquois de La Mecque, cet homme se trouvait à Médine. Par l’intermédiaire de son cousin, le noble ‘Uthmân (qu’Allah l’agrée), le Messager d’Allah (paix et bénédictions d’Allah sur lui) lui accorda sa protection à condition qu’il ne reste pas plus de trois jours à Médine. S’il était encore aperçu à Médine après ce délai, il serait tué. Après le départ des émigrés musulmans pour la bataille d’Uhud, Mu‘âwiya ibn Mughîra resta à Médine au-delà de trois jours afin d’espionner pour les Quraysh. Lorsque les émigrés musulmans revinrent, il tenta de s’enfuir. Le Messager d’Allah (paix et bénédictions d’Allah sur lui) donna ses ordres à Zayd ibn Hâritha et à ‘Ammâr ibn Yâsir. Les deux Compagnons poursuivirent Mu‘âwiya, le capturèrent et le tuèrent. [Les ouvrages d’où sont tirés les récits détaillés de la bataille d’Uhud et de Hamra al-Asad sont : Sîrat Ibn Hishâm, volume 2, p. 60-129 ; Zâd al-Ma‘âd, volume 2, p. 91-109 ; Fath al-Bârî, volume 7, p. 345-377 ; Mukhtasar as-Sîra, p. 242-257.]
Analyse de la victoire et de la défaite lors de la bataille d’Uhud
Après le récit détaillé de la bataille d’Uhud, il convient de préciser comment, à la lumière de tout ce qui a été exposé, la victoire et la défaite doivent être déterminées. À partir du déroulement de cette bataille, peut-on déclarer que les musulmans ont remporté la victoire ou qu’ils ont été vaincus ? En réalité, le champ de bataille était resté entre leurs mains. Les pertes humaines avaient été plus importantes du côté musulman, et elles avaient été terribles. Une partie des musulmans avait indéniablement été vaincue et avait pris la fuite. À ce moment-là, le cours de la bataille était favorable aux mécréants. Malgré tout cela, certains éléments empêchent absolument de dire que les mécréants avaient remporté la victoire à Uhud. Il est clairement établi que les troupes mecquoises ne purent s’emparer du camp musulman. Une grande partie des troupes médinoises ne prit pas la fuite malgré le bouleversement et le désordre terribles. Elles se rassemblèrent autour du commandant suprême, le Messager d’Allah (paix et bénédictions d’Allah sur lui), avec un courage et une fermeté sans limites. Les musulmans n’avaient pas diminué au point que les troupes mecquoises puissent les poursuivre. De plus, aucun musulman ne fut fait prisonnier par les mécréants. Ceux-ci ne purent s’emparer d’aucun butin. En outre, les mécréants ne se préparèrent pas à livrer un troisième combat contre les musulmans, alors que l’armée musulmane se trouvait encore dans son camp. Les mécréants ne demeurèrent même pas un jour sur le champ de bataille. Or, à cette époque, les vainqueurs restaient au moins trois jours dans leur camp sur le champ de bataille. Cela était considéré comme un signe essentiel de la victoire, destiné à prouver que celle-ci était consolidée. Mais les mécréants plièrent rapidement bagage et quittèrent le champ de bataille. Ils n’eurent même pas le courage d’entrer à Médine, de piller les biens ou de capturer les habitants, alors que la ville de Médine se trouvait à faible distance du champ d’Uhud et que ses dispositifs de sécurité étaient alors peu importants.
En résumé, les troupes quraychites de La Mecque réussirent certes, profitant d’une occasion passagère, à prendre les musulmans au dépourvu ; mais, après avoir pris l’armée musulmane sous leur contrôle, elles ne purent appliquer la stratégie militaire indispensable qui aurait consisté à tuer ou à capturer tous ses membres afin d’en tirer profit. En revanche, les soldats musulmans furent capables de surmonter toutes les conséquences de leurs pertes temporaires. De nombreux exemples montrent que des vainqueurs ont parfois subi de telles pertes provisoires. On ne peut donc en aucun cas considérer les mécréants comme victorieux à Uhud en raison de la situation momentanément difficile des musulmans.
La fuite précipitée d’Abû Sufyân vers La Mecque, sans engager un troisième affrontement, prouve qu’il craignait que la reprise des combats n’entraîne inévitablement de lourdes pertes dans ses troupes. Le rôle d’Abû Sufyân lors de la bataille de Hamra al-Asad en apporte précisément la preuve.
Dans ces circonstances, plutôt que de dire quel camp avait remporté la victoire à Uhud, nous pouvons qualifier cette bataille d’indécise. Les deux camps en tirèrent des avantages et subirent des pertes, chacun selon son propre point de vue. Les combats prirent fin sans que l’un des camps ait fui le champ de bataille ni laissé son camp sans défense, à la merci de l’ennemi. C’est ce type de bataille que l’on appelle une bataille indécise. C’est à ce sujet qu’Allah, le Seigneur des mondes, dit : « Ne faiblissez pas dans la poursuite de ces gens. Si vous souffrez, eux aussi souffrent comme vous souffrez ; mais vous espérez d’Allah ce qu’ils n’espèrent pas. Allah est Omniscient et Sage. » (sourate An-Nisâ’, verset 104)
Dans ce verset, Allah, le Seigneur des mondes, compare une armée à une autre quant au fait d’infliger des souffrances et de les ressentir. Cela signifie que les deux groupes se trouvaient dans une situation équivalente et qu’aucun n’avait remporté la victoire sur l’autre.
L’évaluation coranique de cette bataille
Par la suite, le Coran a mis en lumière chaque aspect de cette bataille. Après examen, il a identifié les causes qui avaient conduit les musulmans à subir une perte aussi lourde. Le Coran a clairement mentionné quelles faiblesses les croyants et la meilleure des communautés avaient manifestées au cours de cette expédition. Cette communauté a reçu le statut éminent qui lui est propre, celui de meilleure des communautés. Les faiblesses présentes au sein des différents groupes de cette communauté ont été identifiées.
En outre, le Noble Coran a mentionné le rôle des hypocrites et a exposé ouvertement leur situation. L’hostilité cachée dans leurs cœurs envers Allah et Son Messager a été révélée, et leurs masques ont été arrachés. Les provocations auxquelles les hypocrites et leurs alliés juifs ont eu recours auprès des musulmans simples et sincères ont également été rapportées. Ensuite, les objectifs et les buts profonds de cette bataille ont été exposés.
Cinquante versets de la sourate Âl ‘Imrân ont été révélés au sujet de cette bataille. En premier lieu, la situation initiale de la bataille est mentionnée. Allah dit : « Souviens-toi du moment où, au petit matin, tu quittais ta famille pour installer les croyants à leurs postes en vue du combat. Et Allah est Celui qui entend tout et sait tout. » (Sourate Âl ‘Imrân, verset 121)
Enfin, les résultats et la sagesse de cette expédition ont été exposés de manière ordonnée. Ainsi, Allah, le Seigneur des mondes, dit : « Allah ne saurait laisser les croyants dans l’état où vous êtes jusqu’à ce qu’Il distingue le mauvais du bon. Allah ne va pas vous dévoiler l’invisible, mais Il choisit parmi Ses messagers qui Il veut. Croyez donc en Allah et en Ses messagers. Si vous croyez et faites preuve de piété, vous aurez une immense récompense. » (Sourate Âl ‘Imrân, verset 179)
La sagesse divine inhérente à cette bataille
L’érudit Ibn Qayyim a longuement traité le sujet précité. [Zâd al-Ma‘âd, tome 2, p. 99-108
(Le martyr Sayyid Qutb a également présenté, à ce stade de son célèbre tafsir « À l’ombre du Coran », un exposé émouvant. Voir le tome 4 de la traduction bengalie.)
Les oulémas disent que la sagesse d’Allah était cachée dans les crises et les difficultés auxquelles les musulmans furent confrontés lors de la bataille d’Uhud. Il s’agissait notamment de les avertir des mauvaises conséquences de leurs actes. Les archers avaient enfreint l’ordre que le Messager d’Allah ﷺ leur avait donné de rester fermement à leurs positions. C’est pourquoi ils durent subir cette défaite. Il s’agissait également de manifester au Prophète cette loi divine selon laquelle ils sont d’abord éprouvés, puis obtiennent la réussite. Si les musulmans remportaient toujours la victoire, des gens qui ne sont pas véritablement croyants se mêleraient aux croyants. Il deviendrait alors impossible de distinguer les véridiques des menteurs. Mais s’ils étaient toujours vaincus, l’objectif même de la venue du Prophète d’Allah serait réduit à néant. C’est pourquoi, par la sagesse d’Allah, ces deux situations se sont produites, afin que la vérité puisse être distinguée du mensonge. En effet, l’hypocrisie des hypocrites était dissimulée parmi les musulmans. Après que cet événement eut révélé leur identité, par leurs paroles et leurs actes, les musulmans comprirent que l’ennemi se trouvait au sein même de leurs foyers. Ils se montrèrent donc vigilants à leur égard et se préparèrent à les affronter.
Une autre sagesse résidait dans le fait que, lorsque l’aide tarde à venir, la patience s’épuise souvent. Après avoir été éprouvés, les musulmans firent preuve de patience. En revanche, les hypocrites furent pris de tumulte et se mirent à se lamenter.
Une autre sagesse résidait dans le fait qu’Allah Tout-Puissant a réservé aux croyants, dans le Paradis, demeure de l’honneur, des degrés auxquels il n’est pas possible d’accéder par les moyens ordinaires. C’est pourquoi certaines épreuves et calamités ont été préparées, afin que les croyants puissent être élevés à ces degrés d’honneur.
Une autre sagesse résidait également dans le fait d’accorder aux awliyâ’, c’est-à-dire aux amis d’Allah, le rang supérieur qu’est le martyre.
Une autre sagesse résidait dans le fait qu’Allah, le Seigneur des mondes, voulait que Ses ennemis soient anéantis ; Il a donc également créé les moyens de leur destruction. Dans leur mécréance, leur injustice, leur oppression et les souffrances qu’ils infligeaient aux pieux serviteurs d’Allah, ils avaient fait preuve d’une arrogance et d’un excès sans limites. En conséquence de leurs actes, Allah, satisfait de la patience et de l’endurance des croyants, a purifié les croyants et anéanti les mécréants. [Fath al-Bârî, tome 7, p. 347]
Les expéditions militaires après Uhud
La défaite apparente de la bataille d’Uhud porta un coup profond à la réputation des musulmans. Leur influence diminua aux yeux des ennemis de l’islam. Les problèmes intérieurs et extérieurs des croyants s’en trouvèrent aggravés. La crainte d’attaques contre Médine venant de toutes parts augmenta. Les Juifs, les hypocrites et les Bédouins commencèrent à manifester ouvertement leur hostilité. Tous les groupes cherchèrent à nuire aux musulmans. Ils exprimèrent même l’espoir de pouvoir, s’ils le voulaient, les anéantir complètement. Ainsi, moins de deux mois après la bataille d’Uhud, les membres de la tribu de Banû Asad entreprirent de lancer une attaque contre Médine. Au mois de Safar de la quatrième année de l’Hégire, les tribus d’Adal et de Qârah ourdirent une conspiration qui coûta la vie à dix Compagnons, morts en martyrs. Le même mois, à la suite de la trahison du chef de la tribu de Banû Âmir, soixante-dix Compagnons subirent le martyre. Cet événement est connu sous le nom de tragédie de Bi’r Ma‘ûna. À cette époque, les membres de la tribu de Banû Nadîr commencèrent eux aussi à manifester ouvertement leur hostilité. Au mois de Rabî‘ al-Awwal de la quatrième année de l’Hégire, ils tentèrent d’assassiner le Messager d’Allah ﷺ. De son côté, l’audace de la tribu de Banû Ghatafân avait tellement grandi qu’elle projeta d’attaquer Médine au mois de Jumâdâ al-Awwal de la quatrième année de l’Hégire.
En somme, l’influence des musulmans avait été entamée lors de la bataille d’Uhud, et ils demeurèrent ainsi longtemps exposés à la menace. Cependant, grâce à l’habileté du Messager d’Allah (paix et bénédictions d’Allah sur lui), les musulmans recouvrèrent leur honneur et leur influence. La première mesure prise par le Messager d’Allah (paix et bénédictions d’Allah sur lui) à cet égard fut de poursuivre les polythéistes jusqu’à Hamrâ’ al-Asad. Cette action raviva largement l’honneur des émigrés musulmans. Cette opération militaire plongea dans la stupeur les forces hostiles à l’islam, notamment les hypocrites. Le Messager d’Allah (paix et bénédictions d’Allah sur lui) entreprit ensuite, par étapes, des activités militaires grâce auxquelles les musulmans ne se contentèrent pas de recouvrer l’honneur perdu auparavant : ils l’accrurent encore. Nous nous pencherons sur ce sujet dans les pages suivantes.
1) L’expédition d’Abou Salama
Après la bataille d’Uhud, la tribu de Banou Asad ibn Khouzaïma fut la première à se dresser contre les musulmans. On apprit à Médine que Talha et Salama, les deux fils de Khouwaylid, préparaient, avec leur tribu et d’autres compagnons, une attaque contre le Messager d’Allah (paix et bénédictions d’Allah sur lui), en mobilisant la tribu de Banou Asad. Le Messager d’Allah (paix et bénédictions d’Allah sur lui) constitua en peu de temps une armée de cent cinquante Ansars et Émigrés. Abou Salama (qu’Allah l’agrée) en reçut le commandement. Avant même que la tribu de Banou Asad ne commence son expédition, Abou Salama (qu’Allah l’agrée) la surprit par une attaque si soudaine qu’elle se dispersa et prit la fuite. Il ne fut même pas nécessaire d’engager un affrontement direct. Les musulmans prirent le contrôle de leurs chameaux et de leur bétail, puis regagnèrent Médine sains et saufs avec le butin. Les musulmans partirent dans la nuit où apparut la nouvelle lune de Mouharram de la quatrième année de l’Hégire. Après son retour à Médine, Abou Salama (qu’Allah l’agrée) tomba gravement malade. La douleur de la blessure qu’il avait reçue à la bataille d’Uhud s’aggrava, et il mourut quelques jours plus tard. [Zâd al-Ma‘âd, vol. 2, p. 108]
‘Abdullah ibn Unays (qu’Allah l’agrée) revint le 23 Mouharram, après avoir séjourné dix-huit jours hors de Médine. En chemin, il tua Khâlid et rapporta sa tête avec lui. Lorsqu’il se présenta auprès du Prophète (paix et bénédictions d’Allah sur lui) et plaça cette tête devant lui, le Messager d’Allah (paix et bénédictions d’Allah sur lui) lui donna un bâton et dit : « Celui-ci restera, au Jour de la Résurrection, un signe entre toi et moi. » Lorsque sa mort approcha, il recommanda que ce bâton fût placé dans sa tombe avec sa dépouille. [Zâd al-Ma‘âd, vol. 2, p. 109 ; Ibn Hichâm, vol. 2, p. 619-620.]
2) L’affaire d’al-Rajî‘
Au mois de Safar de la quatrième année de l’Hégire, quelques hommes des tribus de ‘Adl et de Qâra se présentèrent auprès du Messager d’Allah (paix et bénédictions d’Allah sur lui) et lui demandèrent de leur envoyer quelques Compagnons afin de leur enseigner le Coran et la religion, car certaines pratiques de l’islam commençaient à se répandre parmi eux. Le Messager d’Allah (paix et bénédictions d’Allah sur lui) envoya donc avec eux, selon Ibn Ishâq, six Compagnons, et selon le Sahîh al-Boukhârî, dix. D’après Ibn Ishâq, Mourchid ibn Abî Mourchid al-Ghanawî fut nommé chef du groupe ; selon le récit du Sahîh al-Boukhârî, ce fut ‘Âsim ibn Thâbit, le grand-père maternel de ‘Âsim ibn ‘Umar ibn al-Khattâb. Lorsqu’ils arrivèrent auprès de la source appelée al-Rajî‘, située dans le territoire de la tribu de Houdhayl, entre Râbigh et Djeddah, les hommes susmentionnés de ‘Adl et de Qâra incitèrent Banou Lahyân, une branche de la tribu de Houdhayl, à les attaquer.
Cent archers de cette tribu se mirent à rechercher les Compagnons.
3) L’expédition de ‘Abdullah ibn Unays
Le 5 Mouharram de la quatrième année de l’Hégire, on apprit à Médine que Khaled ibn Soufyan al-Houdhali rassemblait des troupes afin d’attaquer les musulmans. L’Envoyé d’Allah (paix et bénédiction d’Allah sur lui) envoya alors Abdallah ibn Ounayس (qu’Allah l’agrée) mener une expédition contre lui.
Abdallah ibn Ounayس (qu’Allah l’agrée) resta dix-huit jours hors de Médine. Entre-temps, ils lancèrent contre eux les Banou Lahyan, une branche de la tribu des Houdhayl. En conséquence, près de cent archers de la tribu des Banou Lahyan se jetèrent sur eux. Les Compagnons se réfugièrent au sommet d’une colline. Les archers les encerclèrent et leur dirent : « Nous vous promettons que, si vous descendez, nous ne tuerons aucun d’entre vous. » Ibn Ounayس (qu’Allah l’agrée) refusa de descendre et engagea le combat contre eux avec ses compagnons. Sous une pluie intense de flèches, sept Compagnons subirent le martyre. Trois autres étaient encore en vie. Il s’agissait de Khoubayb (qu’Allah l’agrée), de Zayd ibn Dathina et d’un autre homme. Les archers des Banou Lahyan renouvelèrent leur promesse et les invitèrent à descendre. N’ayant pas d’autre choix, les trois Compagnons descendirent. Dès qu’ils les eurent sous leur contrôle, ils les ligotèrent. Alors le troisième Compagnon mentionné déclara : « Vous avez déjà rompu votre engagement ; je ne vous accompagnerai en aucun cas. » Ils tentèrent alors d’emmener de force le Compagnon de l’Envoyé d’Allah (paix et bénédiction d’Allah sur lui). Ayant échoué, ils le tuèrent. Ils emmenèrent Khoubayb et Zayd ibn Dathina à La Mecque, où ils les vendirent. Ces deux Compagnons avaient tué des chefs mécréants mecquois le jour de Badr. Khoubayb (qu’Allah l’agrée) resta détenu quelque temps. Les scélérats de La Mecque décidèrent ensuite de le tuer et l’emmenèrent en un lieu appelé Tan‘im, à l’extérieur du territoire sacré. Au moment de le mettre en croix, il dit : « Laissez-moi, afin que j’accomplisse deux unités de prière. » Les polythéistes le laissèrent faire. Il accomplit deux unités de prière. Après avoir prononcé le salut final, il dit : « Par Allah, si je ne craignais pas que vous disiez que je prolonge ma prière par peur, je l’aurais prolongée davantage. » Puis il dit : « Ô Allah Très-Haut, dénombre-les, puis disperse-les et tue-les, sans en épargner un seul. » Khoubayb (qu’Allah l’agrée) récita ensuite un poème :
« Ils m’ont tous encerclé, groupe après groupe.
Tribu après tribu, ils se sont rassemblés, sans qu’aucun ne manque.
Il n’est resté ni femme ni enfant ; ils sont venus en groupes.
Ils m’ont emmené sous un grand arbre.
Loin de ma patrie, me voici aujourd’hui sans soutien,
C’est auprès de Toi que j’implore secours, Seigneur des mondes ! »
Ô Maître du Trône, donne-moi un cœur patient
et un courage corps et âme, Seigneur, à jamais.
Ils dirent : « Plutôt mourir que devenir mécréant »
mes deux yeux sanglotent sans verser de larmes.
Je vais mourir musulman : de quoi aurais-je peur ?
Quand je mourrai dans le sentier d’Allah, je ne me soucie pas de l’orientation.
Mon martyre est pour plaire à Allah le Très-Haut. »
Après que le vénérable Khubayb (qu’Allah l’agrée) eut achevé la récitation de son poème, Abou Soufyan lui dit : « Veux-tu qu’à ta place nous capturions Muhammad, que nous le décapitions, et que tu retournes auprès de ta famille ? » Le vénérable Khubayb (qu’Allah l’agrée) répondit avec fermeté : « Par Allah, je ne souhaiterais même pas qu’une épine se plante dans le pied de Muhammad (paix et bénédictions d’Allah sur lui), alors que je resterais auprès de ma famille, et qu’il ressente la douleur de cette épine, assis là où il se trouve. »
Les idolâtres, ennemis d’Allah, pendirent ensuite Khubayb (qu’Allah l’agrée) à un gibet et désignèrent des hommes pour garder son corps. ‘Amr ibn Umayya vint de nuit, enleva le corps et l’inhuma. Khubayb (qu’Allah l’agrée) avait été tué par ‘Uqba ibn al-Harith. Lors de la bataille de Badr, Khubayb (qu’Allah l’agrée) avait tué son père.
Il est mentionné dans le Sahih al-Bukhari que Khubayb (qu’Allah l’agrée) fut le premier homme pieux à instaurer la pratique d’accomplir deux rak‘at de prière juste avant son exécution. Alors qu’il était détenu par les mécréants, on le vit manger du raisin frais, bien qu’à cette époque il n’y eût même pas de dattes à La Mecque.
L’autre Compagnon capturé, Zayd ibn Dathina (qu’Allah l’agrée), fut acheté par Safwan ibn Umayya, qui le tua en représailles de la mort de son père.
‘Asim (qu’Allah l’agrée) avait déjà été tué sous une pluie de flèches tirées par les mécréants. Les Qurayshites de La Mecque envoyèrent des hommes afin qu’ils rapportent ne serait-ce qu’une partie du corps de ‘Asim (qu’Allah l’agrée), car il avait tué un chef éminent des mécréants lors de la bataille de Badr. Mais Allah Tout-Puissant protégea son corps en envoyant un essaim d’abeilles. Les mécréants ne purent donc même pas prendre la moindre partie de la dépouille sacrée de ‘Asim (qu’Allah l’agrée). En réalité, ‘Asim (qu’Allah l’agrée) avait demandé à Allah qu’aucun polythéiste ne puisse le toucher et qu’il ne touche lui-même aucun polythéiste. Plus tard, lorsqu’il entendit parler de cet événement, ‘Umar (qu’Allah l’agrée) disait souvent : « Allah, le Seigneur des mondes, protège Son serviteur croyant après sa mort exactement comme Il le protège de son vivant. » [Ibn Hisham, vol. 2, p. 69-79 ; Zad al-Ma‘ad, vol. 2, p. 209 ; Sahih al-Bukhari, vol. 2, p. 568, 569, 585]
4) Le tragique événement de Bi’r Ma‘una
Le même mois que l’événement de Raji‘ eut également lieu celui de Bi’r Ma‘una. Cet événement ne fut pas moins tragique que celui de Raji‘. En voici le résumé : Abou Bara’ ‘Amir ibn Malik se présenta à Médine auprès du Messager d’Allah (qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix). Il portait le surnom de « Mala’ik al-Asinna », c’est-à-dire « le joueur de lances ». Après son arrivée auprès du Messager d’Allah (qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix), le Prophète (qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix) l’invita à l’islam. Il n’embrassa pas l’islam, mais ne dit pas non plus qu’il le désapprouvait. Il dit : « Ô Messager d’Allah (qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix), si vous envoyez vos Compagnons auprès des habitants du Najd, je pense qu’ils accepteront l’appel à l’islam. » Le Messager d’Allah (qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix) répondit : « Je crains quelque chose des habitants du Najd pour mes Compagnons. » Abou Bara’ dit : « Ils seront sous ma protection. » Après cela, selon le récit d’Ibn Ishaq, le Messager d’Allah envoya quarante Compagnons avec Abou Bara’. Toutefois, le récit rapporté par l’imam al-Bukhari dans le Sahih al-Bukhari, selon lequel ils étaient soixante-dix, est le récit authentique. Le commandement de ces soixante-dix Compagnons fut confié à Mundhir ibn ‘Amr. Il appartenait à la tribu des Banu Sa‘ida et portait le surnom de « Celui qui se précipite vers la mort ». Tous ces soixante-dix Compagnons possédaient une connaissance approfondie de divers domaines de l’islam et étaient extrêmement pieux. Durant la journée, ils coupaient du bois et achetaient avec l’argent gagné de la nourriture pour les habitants d’Ahl as-Suffa ; ils récitaient eux-mêmes le Coran et l’enseignaient aux autres. La nuit, ils la consacraient aux invocations et à la prière devant Allah, le Seigneur des mondes. Chemin faisant, ces soixante-dix Compagnons, prédicateurs de l’islam, arrivèrent près de l’étang de Ma‘una. Cet étang se trouvait à mi-chemin entre Banu ‘Amir et la Harra de Banu Salim. Dès leur arrivée, les Compagnons envoyèrent, par l’intermédiaire de Haram ibn Malhan, le frère d’Umm Sulaym, la lettre du Messager d’Allah (qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix) à ‘Amir ibn al-Tufayl, un ennemi acharné de l’islam. Ce scélérat n’ouvrit même pas la lettre sacrée du Messager d’Allah (qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix) ; il fit plutôt signe à un homme. Celui-ci frappa Haram ibn Malhan (qu’Allah l’agrée) si violemment par-derrière avec une lance que la pointe ressortit par l’avant. En voyant le sang, Haram ibn Malhan (qu’Allah l’agrée) s’écria : « Allah est le plus grand ! Par le Seigneur de la Ka‘ba, j’ai réussi ! »
Peu après, ‘Amir ibn al-Tufayl, ce mécréant obstiné, scélérat et ennemi acharné d’Allah, appela les membres de sa tribu, Banu ‘Amir, afin qu’ils attaquent les autres Compagnons. Mais, parce qu’ils étaient sous la protection d’Abou Bara’, ils ne répondirent pas à l’appel de ‘Amir. Déçu de ce côté-là, ‘Amir appela les gens de la tribu de Banu Salim. Les trois branches de Banu Salim — ‘Usayya, Ba‘al et Dhakwan — répondirent à son appel et encerclèrent les nobles Compagnons. Les Compagnons ripostèrent et combattirent eux aussi, mais presque tous furent martyrisés. Seul Ka‘b ibn Zayd al-Najjar (qu’Allah l’agrée) survécut. Il fut retiré, blessé, du milieu des Compagnons martyrisés. Il resta en vie jusqu’à la bataille du Fossé. ‘Amr ibn Umayya al-Damri gardait seul les chameaux de Mundhir ibn ‘Uqba ‘Amir (qu’Allah l’agrée). En voyant des oiseaux voler au-dessus du lieu de l’événement, ils s’y rendirent. Mundhir (qu’Allah l’agrée) fut martyrisé en combattant aux côtés de ses compagnons. ‘Amir ibn Umayya al-Damri fut fait prisonnier. Il appartenait à la tribu de Mudar. Après avoir appris son identité, ‘Amir ibn al-Tufayl lui coupa quelques cheveux sur le haut du front et le libéra au nom de sa mère. La mère de ce scélérat avait auparavant fait le vœu d’affranchir un esclave.
‘Amr ibn Umayya al-Damri arriva à Médine avec cette nouvelle déchirante. Le martyre de soixante-dix éminents Compagnons rappelait le désastre d’Uhud. À la bataille d’Uhud, les affrontements avaient au moins donné lieu à des pertes dans les deux camps ; mais ici, ces Compagnons au cœur simple furent victimes d’une trahison éhontée. Sur le chemin du retour, ‘Amr ibn Umayya al-Damri atteignit un endroit appelé Qarqara, près de la plaine de Qanat, et s’installa à l’ombre d’un arbre. Deux hommes de la tribu des Banu Kilab étaient également arrivés à cet endroit. Après qu’ils se furent tous deux endormis, ‘Amr ibn Umayya les tua. Il pensait ainsi venger le meurtre de ses compagnons. Or ces deux hommes portaient une lettre de protection du Messager d’Allah (qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix), mais ‘Amr l’ignorait. Lorsqu’il arriva à Médine et informa le Messager d’Allah (qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix) de l’événement, celui-ci dit : « Tu as tué deux hommes dont je dois absolument payer le prix du sang. » Le Messager d’Allah (qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix) entreprit alors de réunir la somme du prix du sang auprès des musulmans et de leurs alliés juifs. C’est à cause de cet événement que la bataille de Banu Nadir eut lieu, et nous en parlerons plus loin.
Le Messager d’Allah, qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix, fut si profondément affligé et si durement éprouvé par les événements de Bi’r Ma‘ûna et de Rajî‘ qu’il est impossible de l’exprimer avec des mots. Al-Wâqidî écrit que le Messager d’Allah apprit les nouvelles des deux événements, Rajî‘ et Ma‘ûna, au cours de la même nuit. Ibn Sa‘d rapporte, d’après Anas, qu’Allah l’agrée, que le Messager d’Allah, qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix, ne fut jamais aussi affligé et endeuillé qu’à la suite de l’événement de Bi’r Ma‘ûna. Mukhtasar as-Sîra, cheikh ‘Abdullah, p. 260. Il ne s’écoula que quelques jours entre les deux événements. Le Messager d’Allah, qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix, invoqua la malédiction contre les peuples et les tribus qui avaient commis une trahison aussi cruelle envers les Compagnons, durant un mois. Il est rapporté dans le Sahîh de Bukhârî, d’après Anas, qu’Allah l’agrée, que le Messager d’Allah, qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix, invoqua pendant trente jours la malédiction contre ceux de Bi’r Ma‘ûna qui avaient tué les Compagnons. Après la prière de l’aube, il invoquait la malédiction contre Ba‘al, Dhakwân, Liḥyân et ‘Uṣayya, en disant : « Les gens de la tribu de ‘Uṣayya ont désobéi à Allah et à Son Messager. » Allah révéla à Son Messager un verset du Coran afin d’apaiser sa douleur à ce sujet. Ce verset fut par la suite abrogé. Le sens de ce passage du Noble Coran était le suivant : « Annonce à nos proches que nous avons rencontré notre Seigneur dans une situation où Il était satisfait de nous et où nous étions satisfaits de Lui. »
Après la révélation de ce verset, le Messager d’Allah, qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix, cessa d’invoquer la malédiction. Sahîh de Bukhârî, vol. 2, p. 586-588.
Cinquièmement) La bataille de Banû an-Naḍîr
Il a été mentionné précédemment que les Juifs brûlaient de haine envers l’islam et les musulmans. Mais ils n’étaient pas des guerriers valeureux : c’étaient des conspirateurs et des intrigants. C’est pourquoi, plutôt que de faire la guerre, ils manifestaient leur haine et leur hostilité. Malgré les traités et les engagements conclus avec les musulmans, ils cherchaient toutes sortes de prétextes pour leur nuire et les persécuter. Après l’expulsion de la tribu de Banû Qaynuqâ‘ et l’assassinat de Ka‘b ibn al-Ashraf, le courage des Juifs diminua. Ils restèrent silencieux, terrifiés. Mais après la bataille d’Uḥud, ils retrouvèrent leur audace. Ils commencèrent à manifester ouvertement leur hostilité et leur trahison envers les musulmans. Les hypocrites de Médine s’allièrent secrètement aux polythéistes de La Mecque, et les Juifs continuèrent à soutenir les polythéistes. Sunan Abû Dâwûd, commentaire ‘Awn al-Ma‘bûd, vol. 3, p. 116-117.
Bien qu’il sût tout, le Messager d’Allah, qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix, se montra patient. Mais après les incidents de Rajî‘ et de Ma‘ûna, leur audace s’accrut considérablement et ils décidèrent de mettre fin aux jours du Messager d’Allah, qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix. Voici le récit de l’événement : le Messager d’Allah, Muhammad al-Mustafâ, qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix, se rendit auprès des Juifs avec plusieurs de ses Compagnons. Il discuta avec eux de l’indemnité due pour la mort de deux hommes de Banû Kilâb, tués par erreur par ‘Amr ibn Umayya ad-Damrî. Selon le traité conclu avec les Juifs, ceux-ci étaient tenus d’aider les musulmans à verser l’indemnité prévue pour ces meurtres. Lorsque le Messager d’Allah, qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix, leur en parla, ils répondirent : « Ô Abû al-Qâsim, nous le ferons. Restez ici avec vos compagnons, nous allons nous en occuper. » Après cela, le Messager d’Allah, qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix, s’assit contre le mur d’une maison juive et attendit. Abû Bakr, qu’Allah l’agrée, ‘Umar, qu’Allah l’agrée, ‘Alî, qu’Allah l’agrée, ainsi que plusieurs autres Compagnons, se trouvaient alors avec le Messager d’Allah, qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix.
Après s’être éloignés quelque peu, les Juifs furent possédés par Satan. Celui-ci leur fit prendre leur malheur futur pour un bonheur. Ils se concertèrent secrètement entre eux : « Quelle occasion extraordinaire ! Allons tuer Muhammad. » Lorsqu’ils demandèrent qui accepterait de tuer le Messager d’Allah en faisant tomber une lourde meule par-dessus le mur, un Juif nommé ‘Amr ibn Jihâsh se porta volontaire. Un autre Juif, nommé Sallâm ibn Mishkam, dit : « Attention, ne faites pas cela. Par Allah, le Messager d’Allah apprendra votre intention ; c’est Allah Lui-même qui l’en informera. De plus, cela constituera une violation de l’engagement qui nous lie aux musulmans. » Mais les Juifs, criminels et malheureux par nature, ne prêtèrent aucune attention à ses paroles et demeurèrent déterminés à mettre à exécution leur dessein malveillant.
Entre-temps, le Seigneur des mondes, Allah, envoya Jibrîl, sur lui la paix, auprès de Son Messager bien-aimé. Le Messager d’Allah, qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix, se leva rapidement et prit le chemin de Médine. Les nobles Compagnons le suivirent et lui dirent : « Ô Messager d’Allah, qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix, vous êtes parti si rapidement que nous n’avons rien compris. » Le Messager d’Allah, qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix, les informa de la conspiration des Juifs intrigants.
Après son retour à Médine, le Messager d’Allah, qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix, envoya Muhammad ibn Maslama auprès de la tribu de Banû an-Naḍîr et leur fit transmettre cet ordre : « Quittez immédiatement Médine. Vous ne pouvez plus vivre ici avec nous. Un délai de dix jours vous est accordé. Après cela, tous ceux qui seront trouvés ici seront décapités. » À la réception de cet ordre, les Juifs ne trouvèrent aucune autre solution que l’expulsion et commencèrent à préparer leur départ, prévu dans quelques jours. Mais l’hypocrite ‘Abdullah ibn Ubayy leur fit parvenir ce message : « Restez fermement à votre place et ne quittez pas vos maisons. Nous disposons de deux mille guerriers sous notre commandement, qui entreront dans vos forteresses et partiront avec vous. Nous ne nous laisserons influencer par aucune menace vous concernant. Si vous êtes combattus, nous vous aiderons. En outre, les tribus de Banû Qurayẓa et de Banû Ghaṭafân sont vos alliées et elles vous porteront également secours. »
Les Juifs furent galvanisés par cette nouvelle transmise par ʿAbdullah ibn Ubayy, le chef des hypocrites. Ils décidèrent alors de combattre plutôt que d’accepter l’expulsion. Huyayy ibn Akhtab, le chef juif, espérait que le chef des hypocrites tiendrait parole. Il fit donc parvenir au Messager d’Allah (paix et bénédictions d’Allah sur lui) le message suivant : « Nous ne quitterons pas nos maisons. Faites donc ce que vous avez à faire. »
Pour les musulmans, ce défi était délicat et, d’un point de vue historique, complexe et important. Dans cette période de bouleversements, les conséquences d’un affrontement avec les ennemis n’étaient pas exemptes d’incertitude. Une situation dangereuse pouvait surgir à tout moment. Toute l’Arabie se dressait contre les musulmans. Deux délégations musulmanes chargées de la prédication avaient été sauvagement massacrées. Les Juifs de la tribu des Banû Nadîr étaient si puissants qu’il n’était pas facile de les contraindre à déposer les armes. De plus, il était dangereux de prendre le risque de les affronter. Après l’événement de Bi’r Maʿûna et les tragédies précédentes, les musulmans étaient devenus beaucoup plus conscients des crimes tels que le meurtre et la trahison. Ces crimes les accablaient et les révoltaient profondément. Ils décidèrent donc que, puisque les Banû Nadîr avaient comploté pour assassiner le Messager d’Allah (paix et bénédictions d’Allah sur lui), il fallait les combattre, quel qu’en fût le résultat. Ainsi, dès que le Messager d’Allah (paix et bénédictions d’Allah sur lui) reçut le message de Huyayy ibn Akhtab, les Compagnons se préparèrent au combat en proclamant : « Allah est le plus grand ! » À cette occasion, la responsabilité de la gestion de Médine fut confiée à ʿAbdullah ibn Umm Maktûm. Puis le Messager d’Allah (paix et bénédictions d’Allah sur lui), accompagné de ses Compagnons, se mit en route vers le lieu de résidence des Banû Nadîr. L’étendard fut confié à ʿAlî ibn Abî Tâlib (qu’Allah l’agrée). À leur arrivée sur le territoire des Banû Nadîr, ceux-ci furent assiégés.
De leur côté, les Banû Nadîr se réfugièrent dans leurs forteresses et s’y retrouvèrent assiégés. Après avoir fermé les portes des forteresses, ils commencèrent à lancer des flèches et des pierres. Ils utilisaient les denses palmeraies comme boucliers. Le Messager d’Allah (paix et bénédictions d’Allah sur lui) ordonna alors que les palmiers soient coupés et brûlés. C’est à cela que le célèbre poète Hassân ibn Thâbit (qu’Allah l’agrée) fit allusion en écrivant :
« Pour les chefs des Banû Lu’ayy, ce n’est qu’une chose ordinaire
Les flammes rugiront, embrasant les palmeraies de Buwayba. »
Buwayba était une zone entourée de palmeraies appartenant à la tribu des Banû Nadîr. Faisant allusion à cela, Allah, le Seigneur des mondes, dit : « Vous avez coupé des palmiers et laissé debout ceux qui reposaient sur leurs troncs, et cela s’est fait avec la permission d’Allah. » C’est pourquoi Allah, le Seigneur des mondes, donna cet exemple à propos de cet événement : « Ils sont semblables au Diable, qui dit à l’homme : “Méfie-toi !” Puis, lorsqu’il mécroit, il lui dit : “Je suis dégagé de toi ; je crains Allah, le Seigneur des mondes.” » (sourate al-Hashr, verset 16)
Le siège ne se prolongea pas. Il dura six ou sept nuits, ou quinze nuits selon une autre version. Durant cette période, Allah inspira aux Juifs la crainte des musulmans et leur moral s’effondra. Ils acceptèrent volontairement de déposer les armes et firent savoir au Messager d’Allah (paix et bénédictions d’Allah sur lui) qu’ils étaient prêts à quitter Médine. Le Messager d’Allah (paix et bénédictions d’Allah sur lui) approuva leur proposition. Il approuva également qu’ils emportent avec eux tout ce qu’ils pourraient prendre, à l’exception des armes, et qu’ils quittent Médine avec leurs familles. Après avoir reçu cette autorisation du Messager d’Allah (paix et bénédictions d’Allah sur lui), les Banû Nadîr déposèrent les armes et se mirent à démolir leurs maisons de leurs propres mains afin d’en emporter les biens nécessaires. Ils s’efforcèrent d’emporter autant de portes et de fenêtres que possible. Certains emportèrent même les poutres des plafonds et les piliers des murs. Puis ils chargèrent femmes et enfants sur des chameaux et quittèrent Médine. La plupart des Juifs se réfugièrent à Khaybar. Parmi eux se trouvaient les notables juifs Huyayy ibn Akhtab et Salâm ibn Abî al-Huqayq, qui se rendirent à Khaybar. Un groupe prit la route de la Syrie. Quant à Yamîn ibn ʿAmr et Abû Saʿîd ibn Wahb, ils embrassèrent l’islam. C’est pourquoi les musulmans ne touchèrent même pas à leurs biens.
Conformément aux conditions convenues, le Messager d’Allah (paix et bénédictions d’Allah sur lui) prit sous son contrôle les armes, les terres, les maisons et les jardins de la tribu des Banû Nadîr. Parmi les armes se trouvaient 50 armures, 50 casques et 340 épées.
Les jardins, les terres et les habitations de la tribu des Banû Nadîr appartenaient exclusivement au Messager d’Allah, paix et bénédiction d’Allah sur lui. Il avait seul le droit de les conserver pour lui-même ou de les donner à qui il voulait. C’est pourquoi il n’en préleva pas un cinquième, comme pour les biens du butin. En effet, Allah, le Seigneur des mondes, avait accordé ces biens à Son Messager bien-aimé en tant que fay’. Les musulmans n’avaient pas acquis ces biens par le combat. En vertu de ses pouvoirs et prérogatives particuliers, le Messager les distribua uniquement aux premiers émigrés qui avaient accompli l’hégire. Deux Compagnons ansar, Abû Dujâna et Sahl ibn Hunayf, qu’Allah les agrée, reçurent également une part en raison de leur pauvreté. Le Messager d’Allah, paix et bénédiction d’Allah sur lui, conserva pour lui-même une petite portion des biens. Grâce à cette réserve, il assurait pendant toute l’année les dépenses de ses épouses.
Cette expédition contre les Banû Nadîr eut lieu le 4 août 625 de l’ère chrétienne. Allah révéla alors l’intégralité de la sourate Al-Hashr. Celle-ci expose la perversité des Juifs et dévoile la véritable nature des hypocrites.
Après avoir exposé les règles relatives au fay’, les émigrés et les Ansar sont loués, et il est également indiqué que, dans le cadre de la stratégie militaire, il est permis de couper les arbres des ennemis et d’y mettre le feu. Un tel acte ne constitue pas une corruption sur terre. Il est ensuite enjoint aux croyants d’acquérir la piété et de se préparer à l’au-delà. Puis Allah, le Seigneur des mondes, clôt la sourate en proclamant Sa propre louange et en décrivant Ses noms et Ses attributs.
C’est pourquoi le vénérable Abd Allah ibn Abbâs, qu’Allah l’agrée, a dit qu’il convenait d’appeler cette sourate la sourate des Banû Nadîr. [Ibn Hichâm, tome 2, p. 183-187 ; Zâd al-Ma‘âd, tome 2, p. 209, 110 ; Sahîh al-Bukhârî, tome 2, p. 584, 568]
Six) La bataille du Najd
Lors de la bataille contre les Banû Nadîr, les musulmans remportèrent un succès remarquable sans avoir à consentir de grands sacrifices ni à endurer de grandes épreuves. Le pouvoir des musulmans à Médine s’en trouva davantage renforcé et consolidé. Les hypocrites furent déçus et leurs visages s’assombrirent. Ils n’osaient plus agir ouvertement contre l’islam. Le Messager d’Allah, paix et bénédiction d’Allah sur lui, s’employa ensuite à prendre des nouvelles de ces Bédouins qui, depuis la bataille d’Uhud, avaient placé les musulmans dans de grandes difficultés. Ils avaient sauvagement attaqué les prédicateurs et les missionnaires de l’islam, mettant fin à leurs vies. Leur audace s’accrut ensuite à tel point qu’ils commencèrent même à envisager d’attaquer Médine.
Quelques jours seulement après la fin de la bataille contre les Banû Nadîr, alors que le Messager d’Allah, paix et bénédiction d’Allah sur lui, se trouvait encore à Médine, il apprit que les tribus Banû Muhârib et Banû Tha‘laba des Banû Ghatafân avaient commencé à rassembler des Bédouins pour combattre les musulmans. Dès qu’il reçut cette nouvelle, le Messager d’Allah, paix et bénédiction d’Allah sur lui, décida de mener une expédition au Najd. Après avoir franchi les plaines du Najd, le Messager d’Allah et les musulmans avancèrent très loin. Cette expédition avait pour objectif d’inspirer la crainte aux Bédouins endurcis, afin qu’ils n’osent pas renouveler contre les musulmans leurs activités hostiles passées.
Dès qu’ils apprirent la nouvelle de cette expédition soudaine des musulmans, les Bédouins, habitués et aguerris au pillage, au brigandage, au banditisme et à l’insoumission, prirent peur, s’enfuirent et se réfugièrent dans les montagnes. Après avoir établi leur ascendant sur ces pillards, les musulmans prirent le chemin de Médine.
Les chroniqueurs qui mentionnent cette expédition ont évoqué, à ce stade, une bataille précise. Elle est appelée la bataille de Riqāʿ, au cours de la quatrième année de l’Hégire. D’après les informations disponibles, il semble qu’une bataille ait alors eu lieu à l’intérieur du Najd. En effet, la situation autour de Médine était quelque peu similaire. Après son retour de la bataille d’Uhud, Abū Sufyān avait menacé les musulmans d’une bataille dans la plaine de Badr l’année suivante, et les musulmans avaient relevé le défi de cette menace. Le moment approchait de nouveau. Il n’aurait pas été sage de laisser les Bédouins poursuivre leur entêtement et leur arbitraire, puis de dégarnir Médine pour aller livrer une grande bataille similaire à celle de Badr. Au contraire, avant de partir pour une bataille aussi terrible que celle qui avait eu lieu dans la plaine de Badr, il fallait frapper les Bédouins pour mettre fin à leurs excès, afin qu’en songeant à cette riposte ils n’envisagent plus jamais, même à la lisière de leur esprit, d’attaquer Médine à l’avenir.
Il semble que la bataille qui eut lieu durant Rabīʿ al-Thānī ou Jumādā al-Awwal de la quatrième année de l’Hégire ne soit pas la bataille de Dhāt al-Riqāʿ. D’après les preuves et les informations disponibles, une telle bataille n’eut pas lieu à cette époque. En effet, Ḥazrat Abū Hurayra et Ḥazrat Abū Mūsā al-Ashʿarī étaient présents à la bataille de Dhāt al-Riqāʿ. Abū Hurayra avait embrassé l’islam quelques jours seulement avant la bataille de Khaybar. Abū Mūsā al-Ashʿarī avait rejoint le Messager d’Allah à Khaybar même.
La deuxième preuve que la bataille de Dhāt al-Riqāʿ eut lieu bien après une grande partie de la quatrième année de l’Hégire est que le Messager d’Allah, qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix, y accomplit la prière de la peur. [La prière accomplie en situation de guerre est appelée la prière de la peur. L’une de ses modalités consiste en ceci : la moitié des soldats prie derrière l’imam, tout en restant équipée et armée, tandis que l’autre moitié, également armée, surveille l’ennemi. Après une rakʿa, la seconde moitié vient prier derrière l’imam et la première avance pour surveiller l’ennemi. L’imam achève les deux rakʿas, puis les deux groupes de l’armée complètent à tour de rôle leur prière respective. Il existe plusieurs autres modalités de cette prière, adaptées aux conditions de la guerre. Pour un exposé détaillé, voir les recueils de hadiths.] La prière de la peur fut accomplie pour la première fois lors de l’expédition dʿAsfān. Il ne fait aucun doute que l’expédition dʿAsfān eut lieu après la bataille du Fossé. La bataille du Fossé eut lieu à la fin de la cinquième année de l’Hégire. En réalité, l’expédition dʿAsfān fut un épisode lié au voyage de Hudaybiyya. Or le voyage de Hudaybiyya eut lieu à la fin de la sixième année de l’Hégire. À son retour, le Messager d’Allah, qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix, partit en direction de Khaybar. Cette indication prouve également que la bataille de Dhāt al-Riqāʿ eut lieu après la bataille de Khaybar.
Sept) La deuxième bataille de Badr
Après s’être assurés de la situation des ennemis autour de Médine et avoir mis fin aux méfaits des Bédouins, les musulmans commencèrent à se préparer à affronter leurs plus grands ennemis, les Quraychites. En effet, l’année s’achevait rapidement et la date fixée au moment d’Uhud approchait elle aussi à grands pas. Il fallait combattre les Quraychites avec le Messager d’Allah, qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix, afin de leur montrer que les musulmans n’étaient pas faibles. En outre, dans cette bataille, seul le groupe guidé et soumis au Créateur de l’univers serait considéré comme digne de survivre. Les circonstances seraient également favorables à ce groupe.
Au mois de Shaʿbān de la quatrième année de l’Hégire, c’est-à-dire en janvier 626, le Messager d’Allah, qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix, confia la responsabilité de Médine à ʿAbd Allāh ibn Rawāḥa et partit en direction de Badr pour la bataille prévue. Il était accompagné de mille cinq cents combattants et de dix chevaux. L’étendard de l’armée fut remis à Ḥazrat ʿAlī. Arrivés dans la plaine de Badr, le Messager d’Allah, qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix, et les musulmans attendirent l’ennemi.
De son côté, Abū Sufyān partit avec un groupe de deux mille soldats polythéistes et cinquante cavaliers, puis établit son camp près du célèbre point d’eau de Majanna, à al-Murarr, à une étape de La Mecque. Mais dès son départ de La Mecque, Abū Sufyān était terrorisé et bouleversé. Quel profit avait-on retiré des combats précédents contre les musulmans ? Abū Sufyān se mit à évaluer l’expérience passée. En songeant à la bravoure et aux sacrifices des musulmans, Abū Sufyān n’osait pas avancer. Lorsqu’il arriva dans le lieu appelé al-Marr al-Ẓahrān, son moral fut complètement anéanti. Il commença à chercher un prétexte pour retourner à La Mecque. Finalement, il dit à ses compagnons : « Écoutez, compagnons : on ne peut faire la guerre que lorsqu’il y a abondance. Il faut beaucoup d’herbe ; ainsi, les bêtes pourront paître à leur aise et vous pourrez boire leur lait. Mais nous sommes actuellement en saison sèche. Je m’en retourne donc ; retournez vous aussi. »
Tous les soldats de l’armée quraychite semblaient accablés par la peur. Après les paroles d’Abū Sufyān, personne ne fut capable de présenter un nouvel argument. Plus personne ne souhaitait combattre les musulmans. Ils repartirent donc tous.
Pendant ce temps, les musulmans attendirent durant huit jours, sur le champ de bataille de Badr, l’arrivée des troupes ennemies. Ils vendirent alors les marchandises commerciales, transformant ainsi un dirham en deux. Au bout de huit jours, les musulmans retournèrent à Médine, le cœur joyeux et fiers de leur victoire.
À cette époque, la situation était entièrement favorable aux musulmans. Cette bataille est connue sous les noms de bataille promise, deuxième bataille de Badr, autre bataille de Badr ou petite bataille de Badr. [Ibn Hichâm, t. 2, p. 209 ; Zâd al-Maʿâd, t. 2, p. 112]
La bataille de Dûmat al-Jandal
Le Messager, paix et bénédictions d’Allah soient sur lui, était revenu de Badr. Tout autour régnait une atmosphère de paix et de quiétude. Dans toute la région, la victoire de l’islam était célébrée ; une ambiance sereine, paisible et imprégnée de douceur régnait. Le Messager, paix et bénédictions d’Allah soient sur lui, ressentit la nécessité de porter son attention jusqu’aux confins de l’Arabie. Cela était également nécessaire, car les musulmans pourraient ainsi exercer un contrôle ferme sur la situation, et amis comme ennemis le comprendraient et le reconnaîtraient.
Après la petite bataille de Badr, le Messager d’Allah, paix et bénédictions d’Allah soient sur lui, passa six mois à Médine dans la paix et la quiétude. Puis on l’informa que, dans les environs de Dûmat al-Jandal, près de la Syrie, des tribus attaquaient et dépouillaient les caravanes en route. Elles avaient également préparé un important contingent pour attaquer Médine. À la suite de ces informations, le Messager d’Allah, paix et bénédictions d’Allah soient sur lui, partit avec un millier de musulmans, après avoir nommé Sabâ ibn ʿArfata al-Ghifârî comme son remplaçant à Médine. Cet événement eut lieu le 25 Rabîʿ al-Awwal de la cinquième année de l’hégire. Afin de servir de guide, un homme nommé Madhkûr, de la tribu des Banû ʿAdhra, fut emmené avec eux.
Au cours de cette expédition, la coutume du Messager, paix et bénédictions d’Allah soient sur lui, était de voyager de nuit et de se dissimuler durant la journée. Cette stratégie était adoptée afin de lancer une attaque surprise contre les ennemis. À leur arrivée à Dûmat al-Jandal, ils apprirent que ceux-ci s’étaient déplacés ailleurs. Leurs troupeaux et leurs bergers furent pris ; certains parvinrent toutefois à s’enfuir.
Les habitants de Dûmat al-Jandal s’enfuirent eux aussi dans toutes les directions possibles. Lorsque les musulmans atteignirent la plaine de Dûmat al-Jandal, ils ne trouvèrent aucun habitant sur place. Le Messager d’Allah, paix et bénédictions d’Allah soient sur lui, y demeura quelques jours. Des détachements furent envoyés dans divers lieux des environs, mais personne ne fut retrouvé. Quelques jours plus tard, le Messager d’Allah, paix et bénédictions d’Allah soient sur lui, retourna à Médine. Au cours de cette expédition, un traité fut conclu avec ʿUyayna ibn Hisn. Dûmat al-Jandal est une ville située à la frontière de la Syrie. Elle se trouve à cinq jours de marche de Damas et à quinze nuits de marche de Médine.
Grâce à de telles mesures réfléchies et à une planification pleine de sagesse, le Messager, paix et bénédictions d’Allah soient sur lui, parvint à diffuser au loin la gloire, la puissance et l’idéal de paix de l’islam. Le cours des événements se mit en faveur des musulmans, et les crises liées aux problèmes internes et externes s’atténuèrent. Pourtant, quelque temps auparavant, ces deux sortes de difficultés encerclaient les musulmans. À la suite de ces expéditions victorieuses, les hypocrites se turent. Une tribu juive fut expulsée, tandis qu’une autre promit d’adopter le comportement de bons voisins. La puissance des Quraych diminua également. Les musulmans eurent l’occasion de diffuser les sublimes enseignements de l’islam et de transmettre le message de la religion d’Allah, le Seigneur des mondes.
La bataille de la Tranchée
Grâce aux activités militaires menées par les musulmans pendant plus d’une année, la paix fut rétablie dans la J独zirat al-‘Arab, c’est-à-dire la péninsule Arabique. L’influence et le prestige des musulmans s’étendirent de toutes parts. À cette époque, les Juifs furent confrontés à diverses formes d’humiliation et de déshonneur en raison de leur conduite odieuse, de leurs complots et de leurs trahisons. Pourtant, ils ne tirèrent aucune leçon et ne retrouvèrent pas la raison. Après leur exil de Khaybar, les Juifs attendirent de voir quelle serait l’issue du conflit qui opposait les musulmans aux idolâtres. Mais la situation évoluait progressivement en faveur des musulmans, et les cris de victoire de l’islam se répandaient au loin. À cette vue, les Juifs brûlèrent de jalousie et furent consumés de rage. Ils recommencèrent à comploter. Ils se préparèrent à porter un dernier coup aux musulmans. Ils voulaient les anéantir pour toujours. Cependant, ils n’avaient pas le courage de les affronter directement ; c’est pourquoi ils adoptèrent un plan terrible afin d’atteindre leur objectif.
Voici le récit des événements : vingt chefs et notables de la tribu des Banû Nadîr se présentèrent à La Mecque auprès des Quraychites. Ils les incitèrent à combattre le Messager d’Allah — qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix — en leur promettant qu’ils leur apporteraient eux aussi un soutien total. Les Quraychites acceptèrent. Lors de la bataille d’Uhud, les Quraychites avaient promis de combattre l’année suivante dans la plaine de Badr, mais ils n’avaient pas tenu parole. Ils pensèrent donc qu’une nouvelle initiative militaire leur permettrait de préserver leur réputation et leur prestige, tout en honorant l’engagement qu’ils avaient pris auparavant.
La délégation juive se rendit ensuite auprès des Banû Ghatafân et les encouragea eux aussi à participer à la guerre, à l’instar des Quraychites. Ils se préparèrent également. Puis ces représentants juifs parcoururent les différentes tribus d’Arabie, les excitant contre les musulmans et les appelant à la guerre. De nombreuses personnes se préparèrent ainsi à combattre. En somme, les hommes politiques juifs réussirent à s’allier aux mécréants et préparèrent de nombreux hommes à combattre le Messager d’Allah — qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix —, son appel et les musulmans.
Conformément au plan établi, les Quraychites, les Kinâna et les autres tribus vivant dans le Tihâma partirent du sud en direction de Médine. Leur commandant était le chef mécréant Abû Sufyân. Leurs forces réunies comptaient quatre mille hommes. Lorsqu’ils atteignirent Marr az-Zahrân, des membres de la tribu des Banû Sulaym se joignirent à eux. Au même moment, les tribus de Ghatafân, Fazâra, Murra et Ashja‘ partirent de l’est.
Le commandant de la tribu de Fazâra était ‘Uyayna ibn Husayn. Le chef militaire des Banû Murra était al-Hârith ibn ‘Awf, tandis que celui des Banû Ashja‘ était Mis‘ara ibn Rukhayl. De nombreux hommes des Banû Asad et d’autres tribus se joignirent également à eux.
Au jour fixé, tous ces hommes partirent en direction de Médine conformément au programme annoncé précédemment. En peu de temps, une immense armée de dix mille soldats se rassembla aux abords de Médine. Elle était si nombreuse que la population totale de Médine, femmes et enfants compris, n’égalait même pas ses effectifs. Si cette grande armée avait soudainement attaqué Médine, une situation dangereuse se serait créée pour les musulmans. Il n’était pas impossible non plus qu’elle les eût complètement anéantis. Mais le dirigeant des musulmans à Médine était extrêmement vigilant et lucide. Il prenait ses décisions en fonction de la gravité de la situation. Les espions chargés de transmettre des informations à l’État islamique informèrent à temps le Messager d’Allah — qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix — que les soldats de différentes tribus s’étaient mis en route vers Médine.
Dès qu’il reçut cette nouvelle, le Messager d’Allah — qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix — réunit les Compagnons éminents au sein du conseil consultatif et commença à discuter de la stratégie de défense de Médine. Après examen des différentes propositions, celle de Salmân al-Fârisî — qu’Allah l’agrée — fut approuvée à l’unanimité. Salmân — qu’Allah l’agrée — formula sa proposition en ces termes : « Ô Messager d’Allah, en Perse, lorsque nous étions encerclés, nous creusions des tranchées tout autour de nous. »
C’était une proposition de défense mûrement réfléchie. Les habitants de l’Arabie n’étaient pas familiarisés avec ce genre de stratégie. Le Messager d’Allah (que la bénédiction et la paix d’Allah soient sur lui) approuva cette proposition et commença immédiatement les travaux de creusement. Le Messager d’Allah (que la bénédiction et la paix d’Allah soient sur lui) supervisait lui-même ces travaux. Il participa lui aussi au creusement de la tranchée. Il est rapporté dans le Sahih al-Bukhari, d’après Sahl ibn Sa‘d (qu’Allah l’agrée), que nous étions avec le Messager d’Allah (que la bénédiction et la paix d’Allah soient sur lui) dans la tranchée ; les gens creusaient, tandis que nous transportions la terre sur nos épaules pour l’éloigner. À ce moment-là, le Messager d’Allah (que la bénédiction et la paix d’Allah soient sur lui) dit : « La vie de l’au-delà est certes la vraie vie. Ô Miséricordieux, pardonne aux Ansar et aux Muhajirun. » [Sahih al-Bukhari, chapitre de la bataille de la Tranchée, tome 2, p. 588]
Dans une autre version, il est rapporté d’après Anas (qu’Allah l’agrée) que le Messager d’Allah (que la bénédiction et la paix d’Allah soient sur lui), se rendant vers la tranchée, vit que, par un matin d’hiver, les Muhajirun et les Ansar étaient occupés à la creuser. Ils n’avaient aucun esclave qui aurait pu accomplir ce travail à leur place. Voyant la peine et la faim des Compagnons, le Messager d’Allah (que la bénédiction et la paix d’Allah soient sur lui) dit :
« Ô Allah, la vraie vie est certes celle de l’au-delà
Accorde Ton pardon aux Muhajirun et aux Ansar, ô Très Miséricordieux. »
Les Ansar et les Muhajirun répondirent :
Tant que nous aurons la vie
Nous avons prêté serment entre les mains de Muhammad de combattre pour la foi. » [Bukhari, tome 1, p. 397 ; tome 2, p. 588.]
Il est rapporté dans le Sahih al-Bukhari, d’après al-Bara ibn ‘Azib (qu’Allah l’agrée), que j’ai vu le Messager d’Allah creuser la terre lors de la bataille de la Tranchée. Son corps était couvert de poussière. Il avait les cheveux abondants. Dans cet état même, il creusait la terre et disait :
« Sans toi, nous n’aurions pas reçu la guidée, ô Roi des rois,
nous n’aurions pas acquitté la zakat ni accompli la prière.
Accorde-nous la paix afin que nos cœurs restent fermes ; lorsque viendra le combat, affermis nos pas.
Contre nous, ils ont incité les gens
à la fitna ; mais nous savons que nos têtes ne s’inclineront pas. »
Hazrat Bara’ rapporte que le Messager d’Allah — qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix — prononçait les derniers mots avec fermeté. Selon une autre version, les deux derniers vers du poème sont ainsi rapportés :
S’ils commettent l’injustice et veulent nous précipiter dans la fitna,
nous serons de ceux qui ne courbent pas la tête. Bukhari, tome 2, p. 589
D’un côté, les musulmans travaillaient avec un enthousiasme et une ardeur immenses ; de l’autre, ils enduraient une faim extrême. Lorsque l’on songe à cela, le cœur se serre. Hadrat Anas (qu’Allah l’agrée) rapporte : On apportait aux creuseurs de la tranchée un peu d’orge ainsi qu’un peu de nourriture chauffée. C’était cette nourriture insipide et sans saveur qu’ils mangeaient. [Sahih al-Bukhari, tome 2, p. 588]
Abou Talha (qu’Allah l’agrée) rapporte : Nous avons parlé de notre faim au Messager d’Allah — qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix — et, après avoir découvert notre ventre, nous lui avons montré une pierre. Le Messager d’Allah — qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix — nous a alors montré deux pierres attachées sur son ventre. [Jami‘ at-Tirmidhi, Mishkat, tome 2, p. 448]
Plusieurs signes de la prophétie apparurent également pendant le creusement de la tranchée. Il est rapporté dans le Sahih al-Bukhari que Hadrat Jabir ibn Abdallah (qu’Allah l’agrée), voyant le Messager d’Allah — qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix — accablé par la faim, égorgea un petit chevreau. Son épouse prépara des galettes avec un sā‘ d’orge (environ deux kilos et demi). Puis elle dit secrètement au Messager d’Allah — qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix — de venir chez eux avec quelques-uns de ses Compagnons proches. Mais le Messager d’Allah — qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix — se mit en route avec tous les Compagnons occupés au creusement. Ils étaient au nombre de mille. Ensuite, tous les Compagnons mangèrent à satiété du pain et de la viande, tandis que la marmite de viande bouillait encore sur le foyer. Chaque galette préparée était servie, mais elles ne s’épuisaient pas. On en préparait sans cesse de nouvelles. [Sahih al-Bukhari, tome 2, p. 588, 4898]
La sœur de Hadrat an-Nu‘man ibn Bashir apporta quelques dattes près de la tranchée. Elle les avait apportées pour que son frère et son oncle les mangent. Alors qu’elle les emportait au Messager d’Allah — qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix —, elle les lui demanda, étendit une natte et les y répandit. Puis elle invita à manger les Compagnons occupés au creusement. Les Compagnons commencèrent à manger. Plus ils mangeaient, plus les dattes augmentaient. Après avoir mangé à satiété, tous repartirent travailler, tandis que les dattes continuaient de tomber au-delà de la couverture étendue. [Ibn Hisham, tome 2, p. 218]
Un événement encore plus étonnant que ces deux faits se produisit à cette époque. L’imam al-Bukhari rapporte cet événement d’après Hadrat Jabir (qu’Allah l’agrée). Hadrat Jabir (qu’Allah l’agrée) dit : Nous creusions la tranchée lorsqu’une grande pierre apparut soudainement. Mais nous ne parvenions absolument pas à la déplacer. Nous en informâmes alors le Messager d’Allah — qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix —. Il dit : « J’arrive. » Le Messager d’Allah — qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix — avait alors une pierre attachée sur le ventre. Il frappa cette pierre avec une pioche dans la tranchée. Aussitôt, elle se transforma en un tas de poussière et de sable. [Sahih al-Bukhari, tome 2, p. 588]
Hadrat al-Bara ibn ‘Azib (qu’Allah l’agrée) rapporte : Lors du creusement de la tranchée, un énorme obstacle se dressa devant nous. Chaque fois que nous le frappions avec une pioche, celle-ci rebondissait. Nous en informâmes le Messager d’Allah — qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix —. Il prit la pioche, prononça « Bismillah » et frappa. Une partie de la pierre se brisa. Il dit : « Allahu Akbar ! Les clés du pays de Sham, c’est-à-dire de la Syrie, m’ont été remises. Par Allah, je vois maintenant là-bas le palais rouge. » Puis il frappa une deuxième fois. Un autre morceau se détacha. Il dit : « Par Allah, je vois maintenant le palais blanc de Mada’in. » Ensuite, il frappa une troisième fois en disant : « Bismillah. » Le reste de la pierre se brisa. Il dit : « Allahu Akbar ! Les clés du Yémen m’ont été remises. Je vois maintenant la porte de Sanaa. » [Sunan an-Nasa’i, tome 2, p. 56]
Ibn Ishaq a également rapporté un récit similaire d’après Hadrat Salman al-Farisi (qu’Allah l’agrée).
La ville de Médine est ouverte au nord ; sur les trois autres côtés, elle est entourée de montagnes et de palmeraies. Le Messager d’Allah — qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix — était un stratège militaire avisé. Il savait que les non-musulmans attaqueraient Médine en venant du nord. Il fit donc creuser une tranchée uniquement au nord. [Ibn Hisham, tome 2, p. 219]
Les musulmans poursuivirent sans relâche les travaux de creusement du fossé. Ils y travaillaient toute la journée, puis rentraient chez eux le soir. Conformément au plan, le creusement du fossé fut achevé avant l’arrivée de l’armée des mécréants aux abords de Médine. [Ibn Hichâm, tome 2, p. 220-221]
Les Quraychites arrivèrent avec quatre mille soldats et établirent leur camp à Majma‘ al-Asyâl, entre Rawmâ, Djarf et Djahâbar, près de Médine. De leur côté, les Ghatafân et leurs alliés du Najd arrivèrent avec six mille soldats et établirent leur camp dans la région de Djanb Naqmi, à l’est d’Uhud.
Allah le Très-Haut dit : « Lorsque les croyants virent les armées coalisées, ils s’écrièrent : “Voilà ce qu’Allah et Son Messager nous avaient promis ; Allah et Son Messager disent assurément la vérité.” Et cela ne fit qu’accroître leur foi et leur obéissance. » (Sourate al-Ahzâb, verset 22)
Mais lorsque les hypocrites et les gens faibles de cœur les aperçurent, ils se mirent à trembler de peur. Allah, Seigneur des mondes, dit : « Et les hypocrites ainsi que ceux dont le cœur était atteint d’une maladie disaient : “Allah et Son Messager ne nous ont promis que tromperie.” » (Sourate al-Ahzâb, verset 12)
Pour affronter l’armée coalisée des non-musulmans, le Messager d’Allah ﷺ prépara une armée de dix mille soldats. Ils adoptèrent une position de siège, le dos tourné vers le mont Sala‘. Devant eux se trouvait le fossé. Le mot de passe des musulmans était : « Hâ-Mîm, ils ne seront pas secourus », c’est-à-dire qu’il ne fallait pas leur porter secours. La responsabilité de Médine fut confiée à ‘Abdullah ibn Umm Maktûm. Les femmes et les enfants furent installés dans les différentes forteresses et les maisons fortifiées.
Les mécréants, arrivés à Médine pour l’attaquer, découvrirent qu’un fossé profond et large constituait une barrière entre eux et la ville. Ils durent donc rester sur place pour l’assiéger. Lorsqu’ils s’étaient mis en route vers Médine, ils n’avaient pas imaginé devoir affronter un tel obstacle et ne s’y étaient nullement préparés mentalement. Ils se disaient qu’une telle stratégie défensive était entièrement nouvelle pour les Arabes. Comme ils n’avaient jamais envisagé cette méthode de défense inédite, les mécréants se trouvèrent complètement déconcertés.
En arrivant près du fossé, les mécréants furent désorientés par la colère. Ils avaient pensé pouvoir facilement écraser les musulmans. De leur côté, les musulmans surveillaient les mouvements des mécréants et ne les laissaient pas approcher du bord du fossé. Dès qu’ils s’en approchaient, ils leur lançaient des flèches. Les mécréants se retrouvèrent ainsi dans une situation très difficile. Ils n’osaient pas s’approcher du fossé, et il était inconcevable pour eux de le combler en y déversant de la terre.
Comment les soldats quraychites auraient-ils pu imposer leur siège près du fossé et attendre indéfiniment sans obtenir aucun résultat ? Cela était contraire à leurs habitudes et à leur honneur. Un groupe d’entre eux franchit le fossé par un passage étroit. Puis certains d’entre eux se mirent à chevaucher entre le fossé et le mont Sala‘. Il s’agissait notamment de ‘Amr ibn ‘Abd, d’Ikrima ibn Abû Djahl et de Dhirâr ibn al-Khattâb. Le calife ‘Alî sortit avec quelques musulmans. Ils prirent le contrôle du passage par lequel ces hommes étaient entrés et leur coupèrent la route du retour. ‘Amr ibn ‘Abd provoqua alors bruyamment le calife ‘Alî en combat singulier. Le « Lion de Dieu », le calife ‘Alî, lui lança une parole qui le rendit fou de colère ; ‘Amr sauta de son cheval. Après avoir tué son cheval, il se présenta face au calife ‘Alî. C’était un grand guerrier. Un affrontement acharné éclata entre eux. Chacun attaquait l’autre pour le vaincre. Finalement, le calife ‘Alî l’acheva. Les autres associateurs s’enfuirent en courant vers l’autre extrémité du fossé. Ils étaient terrifiés. Ikrima, le fils d’Abû Djahl, s’enfuit en abandonnant sa lance.
Les polythéistes tentèrent par tous les moyens de franchir le fossé ou de le combler afin de se frayer un passage. Mais les musulmans ne les laissaient pas s’en approcher. Ils les repoussèrent en leur lançant des flèches et en pointant leurs lances contre eux, si bien que toutes leurs tentatives échouèrent.
En raison de ces affrontements acharnés, les nobles Compagnons manquèrent plusieurs prières. Il est rapporté dans les Sahîh de Boukhari et de Muslim, d’après Jâbir, qu’Omar vint voir le Prophète, que Dieu le bénisse et le salue, le jour de la bataille du Fossé. Après avoir vivement blâmé les mécréants, il lui dit : « Ô Messager de Dieu, aujourd’hui je n’ai pu accomplir la prière qu’au moment où le soleil était sur le point de se coucher. » Le Messager de Dieu, que Dieu le bénisse et le salue, répondit : « Quant à moi, je ne l’ai même pas encore accomplie. » Les Compagnons firent alors leurs ablutions après que le Messager de Dieu, que Dieu le bénisse et le salue, eut fait les siennes. Le Messager de Dieu, que Dieu le bénisse et le salue, accomplit la prière de l’après-midi alors que le soleil s’était déjà couché. Puis il accomplit la prière du soir.
Le Messager de Dieu, que Dieu le bénisse et le salue, fut profondément peiné d’avoir été contraint de rattraper la prière de l’après-midi. Il invoqua la malédiction contre les polythéistes. Il est rapporté dans le Sahîh de Boukhari, d’après Ali, que le Messager de Dieu, que Dieu le bénisse et le salue, dit le jour de la bataille du Fossé : « Ô Allah, emplis de feu leurs maisons et leurs tombes, ainsi que celles de tous les polythéistes. À cause d’eux, nous n’avons pu accomplir la prière de l’après-midi qu’après le coucher du soleil. » Sahîh de Boukhari, tome II, p. 590.
Il est rapporté dans le Musnad d’Ahmad et le Musnad de Chaféï que les polythéistes empêchèrent le Messager de Dieu, que Dieu le bénisse et le salue, d’accomplir à l’heure les prières de midi, de l’après-midi, du soir et de la nuit. Le Messager de Dieu, que Dieu le bénisse et le salue, les accomplit alors ensemble. L’imam An-Nawawi dit, au sujet de la divergence entre les récits de ces hadiths, qu’il est possible de dire qu’ils sont tous authentiques. La bataille du Fossé dura plusieurs jours : un jour, la situation était d’une certaine manière, et le lendemain, elle était différente.
Ces hadiths montrent que les polythéistes s’efforcèrent plusieurs jours de toutes leurs forces de franchir le fossé pour attaquer Médine, tandis que les musulmans repoussaient leurs tentatives. Le fossé s’était dressé comme une barrière entre les deux camps. Il n’y eut donc pas d’affrontement sanglant au corps à corps ; ils se lancèrent plutôt des flèches les uns contre les autres.
Quelques hommes des deux camps furent tués par des flèches. Leur nombre était toutefois de dix. Parmi les polythéistes tués, deux — ou peut-être un seul — perdirent la vie sous les coups d’une épée.
Une flèche transperça le corps de Sa‘d ibn Mu‘âdh, qui fut grièvement blessé. Elle avait été tirée par un polythéiste nommé Hibbân ibn ‘Arqa, un homme issu des Quraychites. Après avoir été blessé, Sa‘d, que Dieu l’agrée, invoqua : « Ô Allah, Tu sais que rien ne m’est plus cher que de combattre dans Ta voie ceux de ce peuple qui ont traité Ton Messager, que Dieu le bénisse et le salue, de menteur et l’ont expulsé de leurs maisons ; combattre ce peuple m’est plus cher que de combattre n’importe quel autre peuple. Ô Allah, je pense que Tu as mené à son terme la guerre qui nous oppose à eux. Ô Allah, s’il reste encore une guerre contre les Quraychites, garde-moi en vie pour cette guerre afin que je puisse les combattre. Et si Tu as mis fin à ma guerre contre les mécréants, alors ne laisse pas cicatriser la blessure que j’ai reçue et fais de cette blessure la cause de ma mort. » Sahîh de Boukhari, tome II, p. 591. À la fin de son invocation, il dit : « Ô Allah, ne me fais pas mourir avant que mes yeux ne soient réjouis au sujet des Banû Qurayza. » Ibn Hichâm, tome II, p. 227.
En résumé, les musulmans étaient confrontés, d’un côté, aux difficultés du champ de bataille, tandis que, de l’autre, les activités abjectes des conspirateurs et des comploteurs se poursuivaient. Ceux-ci tentaient d’injecter leur poison dans le corps des musulmans. Huyayy ibn Akhtab, le chef malfaisant de la tribu des Banû Nadîr, se rendit auprès des membres de la tribu des Banû Qurayza et alla trouver leur chef, Ka‘b ibn Asad. C’est ce même Ka‘b ibn Asad qui avait servi d’intermédiaire, au nom des Banû Qurayza, lors de la conclusion du pacte. Il avait conclu avec le Messager de Dieu, que Dieu le bénisse et le salue, un accord par lequel il s’engageait à lui porter secours en temps de guerre. Nous avons déjà traité ce sujet.
Huyayy vint frapper à la porte de Ka‘b. Dès qu’il aperçut Huyayy, Ka‘b lui ouvrit la porte. Après être entré, Huyayy dit : « Ô Ka‘b, je t’ai apporté l’honneur de ton époque et une mer déchaînée. J’ai rassemblé tous les Quraychites, avec leurs chefs, à Rûma Majma‘ al-Asyâl. J’ai également regroupé les hommes de la tribu des Banû Ghatafân, avec tous leurs chefs, à Jamb Nâqim, près d’Uhud. Ils m’ont promis qu’ils ne quitteraient pas cet endroit avant d’avoir complètement anéanti Muhammad et ses compagnons. »
Ka‘b dit : « Par Dieu, tu es venu avec la honte de ton époque et un nuage chargé de pluie. De ce nuage ne jaillissent que des éclairs et des grondements. Il n’en sort pourtant rien de bon. Malheur à toi, Huyayy ! Laisse-moi à mon sort. Je n’ai rien vu en Muhammad, si ce n’est sincérité et loyauté. » Mais Huyayy se mit à lui caresser la tête et le corps, à le serrer contre sa poitrine avec une émotion feinte et à lui témoigner une affection sincère. Il finit ainsi par obtenir l’accord de Ka‘b. Celui-ci lui fit toutefois promettre que, si les Quraychites étaient contraints de repartir sans avoir tué Muhammad, Huyayy entrerait avec lui dans sa forteresse et accepterait le même sort que lui. Après cette promesse de Huyayy, Ka‘b ibn Asad rompit l’engagement qu’il avait pris envers le Messager de Dieu et viola le pacte conclu avec les musulmans, puis participa à la guerre contre eux aux côtés des polythéistes. [Ibn Hichâm, tome II, p. 220-221]
Les Juifs des Banû Qurayza se préparèrent alors à combattre les musulmans. Ibn Ishaq rapporte que Safiyya bint ‘Abd al-Muttalib se trouvait dans la forteresse appelée Fâri‘, appartenant à Hassân ibn Thâbit. Hassân s’y trouvait également avec les femmes et les enfants. Safiyya raconte : « Un Juif passa près de nous et se mit à faire le tour de la forteresse. Cela se produisit à l’époque où les Banû Qurayza avaient rompu le pacte conclu avec le Messager et étaient entrés en guerre contre lui. À ce moment-là, personne ne se trouvait entre nous et ces Juifs qui avaient violé le pacte pour garantir notre sécurité. Le Messager était occupé, avec ses compagnons, à affronter l’armée ennemie coalisée. Si quelqu’un nous attaquait, il ne pouvait pas venir à notre secours. Je m’adressai alors à Hassân : “Ô Hassân, un Juif rôde autour de la forteresse. Je crains qu’il n’incite les autres Juifs à nous attaquer. Le Messager et ses compagnons sont trop occupés par leurs autres tâches pour pouvoir venir jusqu’à nous. Allez donc le tuer.” Hassân répondit : “Vous savez bien que je ne suis pas fait pour ce genre d’action.” » Safiyya poursuit : « J’attachai un vêtement autour de ma taille, pris un morceau de bois, sortis de la forteresse, m’approchai du Juif et le frappai sauvagement jusqu’à le tuer. Puis je regagnai la forteresse et dis à Hassân : “Allez prendre ses armes et ses autres effets.” Comme c’était un homme, je ne lui avais pas retiré ses armes. Hassân répondit : “Nous n’avons aucun besoin de ses armes ni de ses effets.” »¹⁸
La bravoure de la tante du Messager de Dieu, qui avait assuré la protection des femmes et des enfants musulmans, eut un immense impact. Les Juifs crurent qu’une force auxiliaire musulmane se trouvait à l’intérieur de la forteresse. C’est pourquoi ils n’osèrent envoyer personne d’autre près d’elle, alors qu’il n’y avait en réalité aucun soldat sur place.
Cependant, afin de prouver leur solidarité avec les soldats quraychites idolâtres, ils leur fournissaient régulièrement des vivres. À un moment donné, les musulmans leur prirent vingt chameaux parmi ces provisions.
En résumé, dès qu’il apprit que les Juifs avaient rompu leur engagement, le Messager de Dieu s’en préoccupa. Il voulut d’abord vérifier la véracité de cette affaire, afin que le véritable rôle des Banû Qurayza soit clairement établi. Si la violation des conditions du pacte conclu était confirmée, les mesures militaires nécessaires seraient prises en conséquence.
C’est pourquoi le Messager de Dieu envoya plusieurs compagnons : Sa‘d ibn Mu‘âdh, Sa‘d ibn ‘Ubâda, ‘Abdullah ibn Rawâha et Khawât ibn Jubayr. Le Messager leur dit : « Allez vérifier ce que l’on rapporte au sujet des Banû Qurayza, puis informez-moi de la situation par un signe. S’il ne s’agit que d’une rumeur, annoncez publiquement à tous qu’ils restent fidèles au pacte conclu avec eux. »
Les compagnons se rendirent auprès des membres de la tribu des Banû Qurayza et constatèrent qu’ils proféraient des paroles irrespectueuses contre le Messager de Dieu et les musulmans. Ils disaient : « Qui est donc le Messager de Dieu ? Il n’existe aucun pacte entre Muhammad et nous. » Après avoir entendu cela, les compagnons revinrent. Lorsqu’ils se présentèrent devant le Messager de Dieu, ils lui dirent seulement, par un signe : « ‘Adl et Qâra. » Autrement dit, de même que les tribus de ‘Adl et de Qâra avaient trahi la délégation musulmane, les Banû Qurayza étaient eux aussi engagés dans une trahison du même genre.
18. Ibn Hicham, tome II, p. 228
Bien qu’il ait tenté de le leur faire comprendre par des signes, les autres Compagnons le comprirent. Tous se trouvèrent alors confrontés à une situation terrible.
En réalité, les musulmans se trouvaient alors dans une situation très complexe. À l’arrière se trouvait la tribu des Banû Qurayza. S’ils attaquaient, personne ne pouvait repousser leur assaut. À l’avant se trouvait l’armée coalisée des mécréants. Il n’était pas davantage possible de ne pas tenir compte d’eux. Aucune mesure n’avait été prise pour assurer la sécurité des femmes et des enfants musulmans, qui se trouvaient à la portée des Juifs traîtres. Pour toutes ces raisons, l’état moral des musulmans était devenu extrêmement précaire. C’est cette situation qu’Allah, exalté soit-Il, a décrite en ces termes : « Lorsque les ennemis vous assaillirent de toutes parts, d’en haut et d’en bas, que vos regards se troublèrent, que vos cœurs remontèrent jusqu’à vos gorges et que vous vous faisiez toutes sortes de conjectures au sujet d’Allah. Les croyants furent alors mis à l’épreuve et violemment ébranlés. » (Sourate al-Ahzâb, versets 10-11)
À ce moment-là, certains hypocrites se montrèrent eux aussi actifs. Ils se disaient entre eux : « Muhammad nous avait promis que nous jouirions des trésors de César et de Chosroès, alors que nous sommes maintenant dans une situation telle que même pour sortir uriner ou déféquer, nous devons risquer notre vie. » Certains hypocrites se rendirent auprès des chefs de leur groupe et leur disaient : « Nos maisons sont exposées à l’ennemi. Accordez-nous la permission de retourner chez nous. Nos maisons sont pourtant situées à l’extérieur de la ville. »
La situation était devenue telle que les membres de la tribu des Banû Salima commencèrent à perdre courage. Ils songeaient à battre en retraite. À leur sujet, Allah, exalté soit-Il, dit : « Et les hypocrites, ceux dont les cœurs étaient malades, disaient : “Allah et Son Messager ne nous ont promis que tromperie.” Et un groupe d’entre eux disait : “Ô habitants de Yathrib, vous ne pouvez rester ici ; retournez donc.” Un autre groupe d’entre eux demandait au Prophète la permission de partir en disant : “Nos maisons sont sans protection.” En réalité, elles ne l’étaient pas ; ils ne cherchaient qu’à fuir. » (Sourate al-Ahzâb, versets 12-13)
Tandis que la situation était ainsi d’un côté, l’Envoyé d’Allah (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui) resta allongé, enveloppé dans son manteau. En le voyant demeurer ainsi couché pendant longtemps, l’inquiétude des Compagnons s’accrut encore. Peu après, une nouvelle inspiration anima le cœur de l’Envoyé d’Allah (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui). Il se leva en disant : « Allah est le plus grand ! » puis déclara : « Ô musulmans, réjouissez-vous de la bonne nouvelle de l’aide d’Allah et de la victoire. »
L’Envoyé d’Allah (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui) établit ensuite un plan pour faire face à la situation existante. Il envoya un groupe de musulmans afin d’assurer la sécurité. Il craignait que les Juifs, profitant de l’inattention des musulmans, ne lancent soudainement une attaque contre les femmes et les enfants musulmans. Cependant, il était nécessaire de prendre une mesure décisive qui permettrait de séparer les différents groupes ennemis les uns des autres. Pour atteindre cet objectif, l’Envoyé d’Allah (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui) envisagea de conclure un accord avec les deux chefs des Banû Ghatafân, ‘Uyayna ibn Hisn et al-Hârith ibn ‘Awf.
Selon cet accord, un tiers des récoltes produites à Médine serait remis aux Banû Ghatafân. Si un tel avantage leur était accordé, les Juifs se retireraient. Les musulmans pourraient alors mieux affronter les ennemis quraychites. Une proposition de ce genre fut également discutée. Mais lorsque l’Envoyé d’Allah (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui) consulta deux éminents Compagnons nommés Sa‘d ibn Mu‘âdh et Sa‘d ibn ‘Ubâda, ils exprimèrent un avis différent. Ils dirent : « Ô Envoyé d’Allah, si Allah, exalté soit-Il, vous a donné cet ordre, nous l’accepterons sans discuter. Mais si vous souhaitez agir ainsi uniquement pour nous, alors nous vous le disons : nous n’en avons pas besoin. Lorsque nous et eux étions idolâtres, ils ne pouvaient espérer de nous même un grain de céréale, en dehors de l’hospitalité et du commerce. Maintenant qu’Allah, exalté soit-Il, nous a accordé honneur et dignité, allons-nous leur donner nos biens ? Par Allah, nous ne leur donnerons que nos épées. » L’Envoyé d’Allah (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui), déclarant leur avis pertinent, dit : « Je pensais à autre chose. Toute l’Arabie s’est unie pour se dresser contre vous. C’est en pensant à cela que j’ai voulu agir ainsi uniquement pour vous. »
Ensuite, par la volonté d’Allah, la désunion apparut dans les rangs ennemis. Des fissures apparurent dans leur unité. Leur tranchant s’émoussa. Na‘îm ibn Mas‘ûd ibn ‘Âmir al-Ashja‘î, de la tribu des Banû Ghatafân, vint secrètement trouver le Messager d’Allah, qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix, et lui dit : « Ô Messager d’Allah, j’ai embrassé l’islam, mais je ne l’ai pas révélé aux gens de mon peuple. Donnez-moi donc un ordre. » Le Messager d’Allah, qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix, lui répondit : « Tu ne peux certes pas prendre de mesure militaire contre eux, mais sème autant que possible la discorde parmi eux et brise leur moral. La guerre n’est que ruse. »
Après avoir entendu ces paroles, le vénérable Na‘îm, qu’Allah l’agrée, se rendit sans tarder auprès des Banû Qurayza. Il avait autrefois entretenu avec eux des relations très étroites. Il leur dit : « Vous savez que je vous porte de l’affection et que j’entretiens avec vous une relation particulière. » Ils répondirent : « Oui. » Na‘îm poursuivit : « Écoutez donc : votre opinion au sujet des Quraysh est différente de la mienne. Cette région est votre propre territoire. Vos maisons, vos biens et vos familles s’y trouvent tous. Vous ne pouvez pas les abandonner. Les gens des tribus de Quraysh et de Ghatafân sont venus combattre les musulmans, et vous allez leur apporter votre soutien et votre solidarité. Qu’êtes-vous donc en train de faire ? Qu’ont les Quraysh et les Ghatafân ici ? Ils n’y ont ni maisons, ni biens, ni familles. S’ils en ont l’occasion, ils prendront une mesure contre vous ; sinon, ils plieront leurs affaires et repartiront. Ensuite, vous resterez, vous et Muhammad, qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix. À ce moment-là, Muhammad, qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix, se vengera de vous comme bon lui semblera. » En entendant cela, les Banû Qurayza furent alarmés et dirent : « Na‘îm, dites-nous donc ce qu’il faut faire maintenant. » Na‘îm répondit : « Demandez aux Quraysh de vous remettre quelques hommes en garantie. S’ils refusent, ne participez en aucun cas à la guerre à leurs côtés. » Les gens de la tribu de Qurayza dirent : « Vous avez dit là une chose juste et raisonnable. »
Ensuite, le vénérable Na‘îm, qu’Allah l’agrée, se rendit directement auprès des chefs qurayshites. Il leur dit : « Vous n’ignorez pas l’affection que je vous porte ni la sincérité de mon désir de votre bien. » Après avoir entendu Na‘îm, ils répondirent : « Oui. » Le vénérable Na‘îm dit : « Écoutez donc : les Juifs ont honte d’avoir rompu le pacte conclu avec Muhammad. À présent, ils ont convenu par écrit de prendre auprès de vous quelques hommes en garantie et de les livrer à Muhammad. Ensuite, ils rétabliront leurs relations avec lui. Si donc les Juifs vous demandent quelques hommes en garantie, ne les leur remettez surtout pas. » Après cela, le vénérable Na‘îm, qu’Allah l’agrée, se rendit également auprès des gens de la tribu de Ghatafân et leur tint les mêmes propos, éveillant ainsi leurs soupçons à l’égard des Quraysh. Au milieu de la nuit, les Ghatafân et les Quraysh envoyèrent alors un message aux Juifs : « Notre situation n’est pas très bonne. Nos chevaux et nos chameaux meurent. Venez donc attaquer Muhammad d’un seul front : attaquez de votre côté et nous attaquerons du nôtre. » Les Juifs répondirent : « Vous savez qu’aujourd’hui est samedi. Vous savez quel châtiment ont subi autrefois ceux qui avaient transgressé les prescriptions de la Loi religieuse concernant ce jour. De plus, nous ne participerons pas à la guerre tant que vous ne nous aurez pas remis quelques-uns de vos hommes en garantie. » Après que le messager eut rapporté la réponse des Juifs, les Quraysh et les Ghatafân dirent : « Par Allah, Na‘îm avait dit vrai. » Ils envoyèrent ensuite aux Juifs ce message : « Par Dieu, nous ne pouvons envoyer aucun homme en garantie. Attaquez immédiatement depuis votre position ; nous attaquerons de notre côté. » En entendant cela, les gens de la tribu de Qurayza dirent : « Na‘îm avait donc bien dit vrai. » Ainsi, la méfiance s’installa entre les deux groupes. Le découragement gagna également les soldats des deux camps, et des fissures apparurent au sein des forces coalisées.
À ce moment-là, le Messager d’Allah, qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix, ainsi que les musulmans, levèrent les mains pour invoquer Allah, le Seigneur des mondes. Les musulmans faisaient cette invocation : « Ô Allah, protège-nous et délivre-nous de notre épreuve. »
Le Messager d’Allah, qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix, invoquait ainsi : « Ô Allah, Toi qui as révélé le Livre, Toi qui règleras promptement les comptes, vaincs ces troupes. Ô Allah, vaincs-les et ébranle-les. » [Al-Bukhârî, Kitâb al-jihâd, vol. 1, p. 411 ; Kitâb al-maghâzî, vol. 2, p. 590]
Allah, le Seigneur des mondes, exauça l’invocation de Son bien-aimé Messager, qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix, et des musulmans dévoués. Après que la coalition des polythéistes eut commencé à se désagréger et que le découragement ainsi que la méfiance mutuelle se furent installés parmi eux, Allah déchaîna contre eux un vent violent. Ce vent renversa leurs tentes, dispersa leurs affaires et arracha les piquets des tentes. Rien ne resta à sa place. En outre, Allah envoya un groupe d’anges. Les cœurs des mécréants se mirent alors à trembler violemment et l’influence considérable des musulmans s’imprima dans leurs esprits.
Cette nuit froide et venteuse, le Messager d’Allah, qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix, envoya le vénérable Hudhayfa ibn al-Yamân s’enquérir de la situation des mécréants. Celui-ci constata que les polythéistes se préparaient à fuir. Le vénérable Hudhayfa, qu’Allah l’agrée, revint informer le Messager d’Allah, qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix. Au matin, on constata que tout le champ de bataille était désert. Allah avait contraint les troupes ennemies à repartir sans avoir obtenu le moindre avantage. Ainsi, Allah, exalté soit-Il, accomplit la promesse qu’Il avait faite à Son bien-aimé Messager, qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix, et aux musulmans. Il honora Ses serviteurs bien-aimés, les secourut et vainquit les troupes mécréantes. Après le départ des mécréants, le Messager d’Allah, qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix, regagna Médine.
Selon le récit le plus exact, la bataille de la Tranchée eut lieu au mois de Shawwâl de la cinquième année de l’Hégire. Les polythéistes assiégèrent les musulmans pendant un mois ou presque. Après examen de l’ensemble des faits, il apparaît que le siège commença au mois de Shawwâl et prit fin au mois de Dhû al-Qa‘da. Ibn Sa‘d rapporte que le jour où le Messager d’Allah, qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix, revint de la Tranchée était un mercredi. Il restait alors encore sept jours avant la fin du mois de Dhû al-Qa‘da.
La bataille de Khandaq, ou bataille de la Tranchée, ne fut en réalité pas une bataille de défaite ; au contraire, les musulmans y remportèrent la victoire. Il n’y eut pas, dans cette bataille, de véritable affrontement sanglant. Pourtant, elle fut une bataille décisive dans l’histoire de l’islam. Au cours de cette bataille, le moral des polythéistes fut complètement brisé. Il devint également évident qu’aucune puissance d’Arabie ne pourrait anéantir la puissance en plein essor à Médine. À l’avenir, les polythéistes ne pourraient pas rassembler davantage de soldats qu’ils ne l’avaient fait lors de la bataille de la Tranchée, et ils n’en avaient pas non plus été capables auparavant. C’est pourquoi, en revenant de la bataille de la Tranchée, le Messager d’Allah, qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix, déclara : « Désormais, c’est nous qui les attaquerons ; ils ne pourront plus nous attaquer. Désormais, nos troupes marcheront contre eux. » (Sahih al-Bukhari, tome 2, p. 590)
La bataille de Banû Qurayza
Après le retour du Messager d’Allah, qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix, de la Tranchée, il se trouvait à un moment donné dans la demeure de Umm Salama, au moment de la prière de midi. C’est alors que Jibrîl, sur lui la paix, vint lui dire : « Ô Messager d’Allah, vous avez déposé vos armes, alors que les anges ne les ont pas encore déposées. En suivant votre peuple, je suis moi aussi venu dans votre camp. Levez-vous et partez avec vos compagnons vers Banû Qurayza. Je vais vous précéder. Je ferai trembler leur forteresse et remplirai leurs cœurs de peur et de terreur. » Sur ces mots, Jibrîl, sur lui la paix, partit avec les anges.
Entre-temps, le Messager d’Allah, qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix, fit proclamer par l’un des Compagnons que ceux qui pouvaient entendre l’appel et qui étaient disposés à obéir devaient accomplir la prière de l’après-midi à Banû Qurayza. Puis, après avoir confié la surveillance de Médine à Abd Allah ibn Umm Maktum, il remit l’étendard à Ali et partit, avec le Messager d’Allah, qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix, en direction de Banû Qurayza. Lorsque Ali atteignit la forteresse de Banû Qurayza, les Juifs de cette tribu commencèrent à insulter le Messager d’Allah, qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix.
Peu après, le Messager d’Allah, qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix, arriva sur place avec les Émigrés et les Compagnons ansars. Il s’arrêta d’abord près d’un bassin appelé Ana. Les musulmans, ayant eux aussi entendu l’annonce de la guerre, partirent en direction de la tribu de Banû Qurayza. En chemin, l’heure de la prière de l’après-midi arriva. Certains dirent : « Il nous a été ordonné d’aller accomplir la prière de l’après-midi à Banû Qurayza ; nous ne l’accomplirons donc qu’une fois arrivés là-bas. » Ils accomplirent la prière de l’après-midi après celle du soir. D’autres Compagnons accomplirent la prière de l’après-midi en chemin, lorsque son heure arriva. Ils dirent que le Messager d’Allah, qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix, leur avait ordonné de l’accomplir à Banû Qurayza afin d’insister sur la nécessité d’y parvenir rapidement. Lorsque cette question fut soumise au Messager d’Allah, qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix, il ne blâma aucun des deux groupes.
En somme, les nobles Compagnons, répartis en différents groupes, arrivèrent à Banû Qurayza et rejoignirent le Messager d’Allah, qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix. Ils assiégèrent ensuite les environs de la forteresse de Banû Qurayza. Les Compagnons étaient au nombre de trois mille. Ils avaient avec eux trente chevaux. Lorsque le siège devint plus rigoureux, le chef des Juifs, Ka‘b ibn Asad, soumit trois propositions à l’ensemble des Juifs.
Premièrement : embrasser l’islam, entrer dans la religion de Muhammad et, par ce moyen, protéger vos vies, vos biens et vos familles. Par Allah, il est désormais clair pour vous que Muhammad est véritablement un prophète et un messager, et qu’il est bien le prophète, qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix, dont il est fait mention dans vos livres.
Deuxièmement : tuer de vos propres mains les membres de vos familles, puis vous précipiter de toutes vos forces, l’épée à la main, contre les musulmans. Ensuite, il faudra soit vaincre, soit être vaincus. Il se peut même que tous soient tués au combat.
Troisièmement : les attaquer un samedi, après avoir trompé le Messager d’Allah (paix et bénédictions d’Allah sur lui) et ses Compagnons, car ils seraient certains qu’aucun combat n’aurait lieu ce jour-là.
Certains Juifs n’acceptèrent aucune des trois propositions susmentionnées. Exaspéré, Ka‘b ibn Asad leur dit : « Depuis votre naissance dans le ventre de vos mères, aucun de vous n’a passé ne serait-ce qu’une seule nuit avec discernement. »
Après avoir rejeté les trois propositions, il ne restait aux Banou Qurayza qu’une seule voie : remettre leurs armes au Messager d’Allah (paix et bénédictions d’Allah sur lui) et lui confier le soin de décider de leur sort. Cependant, avant de rendre les armes, les Juifs exprimèrent le désir de consulter certains de leurs alliés musulmans. Ils pensaient pouvoir ainsi obtenir des indications sur les conséquences de leur reddition. Dans cette intention, ils envoyèrent au Messager d’Allah (paix et bénédictions d’Allah sur lui) la demande de leur envoyer Abou Loubaaba : « Nous voudrions le consulter sur quelques points. » Abou Loubaaba était un allié des Juifs. Il possédait un jardin et sa famille vivait également dans leur quartier. Lorsqu’il arriva sur place, les femmes et les enfants juifs accoururent vers lui et se mirent à pleurer bruyamment. À cette vue, ses deux yeux se remplirent eux aussi de larmes. Les Juifs lui demandèrent : « Abou Loubaaba, souhaitez-vous que nous rendions les armes en nous soumettant au jugement de Muhammad ? » Il répondit : « Oui. » Puis, l’instant d’après, il désigna sa gorge. Ce geste signifiait : « Vous pouvez rendre les armes, mais après votre reddition, vous serez égorgés. » Dès qu’il eut fait ce geste, Abou Loubaaba se rappela qu’il avait trahi Allah Très-Haut et le Messager d’Allah (paix et bénédictions d’Allah sur lui). À cette pensée, au lieu de retourner auprès du Messager d’Allah (paix et bénédictions d’Allah sur lui), il se rendit directement à la mosquée du Prophète. Il s’y attacha à l’un des piliers et jura que nul autre que le Messager d’Allah (paix et bénédictions d’Allah sur lui) ne déferait de ses propres mains sacrées les liens qui le retenaient. Il promit également de ne plus jamais entrer sur le territoire des Banou Qurayza. Pendant ce temps, le Messager d’Allah (paix et bénédictions d’Allah sur lui), voyant le retard d’Abou Loubaaba, le messager qu’il avait envoyé, se posait diverses questions. Après avoir appris ce qui s’était passé, il dit : « S’il était revenu auprès de moi, j’aurais imploré Allah de lui pardonner. Mais puisqu’il a agi ainsi, je ne pourrai défaire ses liens avant qu’Allah Très-Haut n’accepte son repentir. »
Malgré le geste d’Abou Loubaaba, les Juifs décidèrent de rendre les armes au Messager d’Allah (paix et bénédictions d’Allah sur lui). Ils pensèrent qu’ils accepteraient la décision qu’il prendrait. Pourtant, les Banou Qurayza auraient pu, s’ils l’avaient voulu, supporter encore longtemps les rigueurs du siège. Ils disposaient de provisions suffisantes, d’une grande quantité d’eau et de forteresses solides. Les musulmans, en revanche, souffraient du froid glacial et de la faim en rase campagne. Déjà épuisés physiquement et moralement par plusieurs guerres livrées avant celle de la Tranchée, ils étaient à bout de forces. Mais la guerre contre les Banou Qurayza était en réalité une guerre des nerfs. Allah Très-Haut avait fait peser fortement l’influence des musulmans sur les esprits des Juifs. Leur moral était anéanti. Puis une proclamation de ‘Ali (qu’Allah l’agrée) les brisa complètement. ‘Ali (qu’Allah l’agrée) et Zubayr ibn al-‘Awwam avancèrent vers le quartier où résidait la tribu des Banou Qurayza. ‘Ali (qu’Allah l’agrée) proclama alors avec une grande bravoure : « Ô croyants émigrés, écoutez ! Vous aussi, écoutez ! Il n’y aura plus de délai. Par Allah, je boirai cette fois ce que Hamza (qu’Allah l’agrée) a bu, ou bien je conquérirai la forteresse. »
En entendant cette résolution héroïque de ‘Ali (qu’Allah l’agrée), les Banou Qurayza ne tardèrent plus. Ils se livrèrent au Messager d’Allah (paix et bénédictions d’Allah sur lui) et dirent : « Faites ce que vous jugerez bon. » Le Messager d’Allah (paix et bénédictions d’Allah sur lui) ordonna : « Liez les hommes. » Sous la surveillance de Muhammad ibn Maslama al-Ansari, les mains de tous les hommes furent attachées. Les femmes et les enfants furent séparés. Les membres de la tribu des Aws se mirent à supplier le Messager d’Allah (paix et bénédictions d’Allah sur lui) : « Vous vous souvenez certainement de la manière dont vous avez traité les Banou Qaynuqa. Les Banou Qaynuqa étaient les alliés de nos frères, les Khazraj, et ceux-ci sont également nos alliés. Soyez donc bienveillant envers eux. » Le Messager d’Allah (paix et bénédictions d’Allah sur lui) leur demanda : « Seriez-vous satisfaits que l’un des vôtres rende une décision à votre sujet ? » Ils répondirent : « Oui, oui, certainement. » Le Messager d’Allah (paix et bénédictions d’Allah sur lui) dit : « Sa‘d ibn Mu‘adh rendra la décision à leur sujet. » Les membres de la tribu des Aws répondirent : « Nous en sommes satisfaits. »
Le Messager d’Allah (paix et bénédictions d’Allah sur lui) fit ensuite appeler Sa‘d ibn Mu‘adh. Celui-ci se trouvait à Médine. Il n’avait pas pu venir avec les émigrés musulmans. Pendant la bataille de la Tranchée, la flèche d’un soldat ennemi lui avait sectionné les veines du bras. On l’amena devant le Messager d’Allah (paix et bénédictions d’Allah sur lui), juché sur un âne. Dès son entrée dans le quartier des Banou Qurayza, les Juifs l’encerclèrent et se mirent à lui dire : « Ô Sa‘d, sois clément envers tes alliés et rends une décision qui leur soit favorable. Le Messager d’Allah (paix et bénédictions d’Allah sur lui) t’a désigné comme juge. » Sa‘d resta silencieux et ne répondit pas. Finalement, accablé par les supplications venues de toutes parts, il déclara : « Le moment est venu pour Sa‘d de ne craindre, dans la cause d’Allah, le regard menaçant d’aucun puissant. » En entendant ces paroles, certains se précipitèrent aussitôt vers Médine et annoncèrent que les prisonniers seraient mis à mort.
Lorsque Sa‘d s’approcha du Messager d’Allah (paix et bénédictions d’Allah sur lui), celui-ci dit aux Juifs : « Avancez vers votre chef. » Quand Sa‘d (qu’Allah l’agrée) se présenta devant le Messager d’Allah (paix et bénédictions d’Allah sur lui), celui-ci lui dit : « Ô Sa‘d, ils ont accepté de se soumettre à ton jugement. » Sa‘d (qu’Allah l’agrée) demanda : « Ma décision leur sera-t-elle applicable ? » Tous répondirent : « Oui. » Il demanda : « Sera-t-elle également applicable aux musulmans ? » Ils répondirent : « Oui. » Il demanda encore : « Sera-t-elle applicable à celui qui est présent ici ? » Il parlait en désignant le Messager d’Allah (paix et bénédictions d’Allah sur lui). Toutefois, il n’osait pas regarder directement son visage resplendissant et prononça ces mots en tournant le regard ailleurs. Le Messager d’Allah (paix et bénédictions d’Allah sur lui) répondit : « Oui, elle me sera également applicable. » Sa‘d (qu’Allah l’agrée) déclara alors : « Eh bien, voici ma décision à leur sujet : les hommes seront tués, les femmes et les enfants seront faits prisonniers, et leurs biens seront répartis. » Le Messager d’Allah (paix et bénédictions d’Allah sur lui) dit : « Tu as rendu à leur sujet la décision qu’Allah Très-Haut avait établie au-dessus des sept cieux. »
Le jugement de Hazrat Sa‘d ibn Mu‘adh (qu’Allah l’agrée) était parfaitement équitable et juste. En effet, outre la terrible trahison que les Banû Qurayza avaient commise à l’égard des musulmans au moment le plus critique de leur vie et de leur mort, ils étaient résolus à les anéantir, qu’ils y parviennent ou non. Ils avaient entreposé, pour les utiliser contre les musulmans, mille cinq cents épées, deux mille lances, trois cents armures et cinq cents boucliers. Après la victoire, les musulmans récupérèrent toutes ces armes.
Après ce jugement, sur ordre du Messager d’Allah ﷺ, les Banû Qurayza furent conduits à Médine et détenus dans la maison de la fille de Hârith, de la tribu des Banû Najjâr. Cette femme était la fille d’un homme nommé Hârith, de la tribu des Banû Najjâr. Ensuite, une tranchée fut creusée sur le marché de Médine. Après avoir creusé cette fosse profonde, ou tranchée, les Juifs aux mains liées furent amenés par groupes, décapités, puis jetés dans la fosse. Lorsque le massacre collectif commença, quelques Juifs demandèrent à leur chef, Ka‘b ibn Asad : « Quelle est votre réaction face à ce qui nous arrive ? » Il répondit rudement : « Ne comprenez-vous donc rien ? Ne voyez-vous pas que celui qu’on emmène ne revient pas ? Et l’on ne cesse pas d’en appeler d’autres. Ils sont tués : on les emmène simplement pour les tuer. » En somme, tous les Juifs qui avaient les mains liées furent tués à Médine. Ils étaient entre six cents et sept cents.
Cette opération permit d’anéantir ces serpents venimeux de la trahison. Ils avaient violé leur pacte solidement établi avec les musulmans. Pour exterminer les musulmans, ils avaient collaboré avec leurs ennemis à un moment critique et commis un grave crime de guerre. La peine capitale était la seule sanction correspondant à ce crime sérieux. Ils ne subirent aucune injustice.
Avec la destruction des Banû Qurayza, le démon des Banû Nadîr et le principal criminel de la bataille de la Tranchée, Huyayy ibn Akhtab, arriva lui aussi au terme de la conséquence de ses actes. Cet homme était le père de la Mère des croyants, Hazrat Safiyya (qu’Allah l’agrée). Après le départ des Quraychites et des Banû Ghatafân, le Messager d’Allah ﷺ et les musulmans assiégèrent les Banû Qurayza. Une fois ceux-ci assiégés, Huyayy ibn Akhtab le fut également. En effet, lors de la bataille de la Tranchée, alors qu’il avait incité Ka‘b ibn Asad à trahir les musulmans, cet homme avait promis de rester avec eux dans l’adversité. Il tenait maintenant sa promesse. Lorsqu’il fut amené devant le Messager d’Allah ﷺ, on vit que son vêtement était déchiré d’une largeur d’un doigt tout autour. Il l’avait déchiré ainsi afin qu’on ne puisse pas le ligoter fermement. Présenté devant le Messager d’Allah ﷺ, il dit : « Écoutez, je ne regrette pas mon hostilité envers vous. Mais ceux qui combattent Allah sont vaincus. » Puis, s’adressant à tous, il dit : « Ô gens, il n’y a aucun regret concernant le jugement d’Allah. Ce n’est que ce qui était écrit dans le destin, ainsi qu’un grand massacre qu’Allah Tout-Puissant avait prescrit pour les enfants d’Israël. » Puis il s’assit à son tour et fut décapité.
Au cours de cet événement, une femme des Banû Qurayza fut également tuée. Cette femme avait tué Khallâd ibn Suwayd en lui lançant une meule servant à moudre le blé. Elle fut tuée en représailles de ce meurtre.
Le Messager ordonna que seuls ceux chez qui les poils avaient poussé sous le nombril soient tués. Chez ‘Atiyya al-Qurazi, les poils n’avaient pas encore poussé sous le nombril ; il fut donc épargné. Par la suite, il entra sous l’ombre protectrice de l’islam et sa vie en fut bénie.
Hazrat Thâbit ibn Qays demanda que Zubayr ibn Bâtâ et sa famille lui soient accordés en don. Le Messager d’Allah ﷺ accepta cette demande. Thâbit ibn Qays dit alors à Zubayr : « Le Messager d’Allah ﷺ t’a remis, toi et ta famille, entre mes mains. Je vous affranchis. Vous êtes désormais libres. » Lorsque Zubayr ibn Bâtâ apprit que les membres de son peuple avaient été tués, il dit à Hazrat Thâbit ibn Qays : « Thâbit, au nom de la faveur que je t’ai autrefois accordée, je t’en conjure : conduis-moi moi aussi auprès de mes compagnons. » Il fut ensuite tué. Le fils de Zubayr ibn Bâtâ, ‘Abd al-Rahmân, ne fut pas tué ; il embrassa l’islam par la suite. Umm al-Mundhir Salma bint Qays, de la tribu des Banû Najjâr, demanda au Messager d’Allah ﷺ que Rifa‘a, fils de Samwâl al-Qurazi, lui soit accordé en don. Le Messager d’Allah ﷺ accepta également cette demande et lui remit Rifa‘a. Umm al-Mundhir le laissa vivre. Par la suite, Rifa‘a embrassa l’islam.
Cette nuit-là, avant la reddition des armes, plusieurs personnes embrassèrent l’islam ; leurs biens, leurs vies et leurs familles furent ainsi placés en sécurité. Cette même nuit, un homme nommé ‘Amr sortit. Cet homme n’avait pas participé à la trahison des Banû Qurayza. Le commandant des gardes, Hazrat Muhammad ibn Maslama (qu’Allah l’agrée), le reconnut et le relâcha après l’avoir identifié. Par la suite, cet homme disparut et l’on n’eut plus aucune nouvelle de lui.
Le Messager d’Allah — qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix — préleva un cinquième des biens des Banû Qurayza et distribua tout le reste aux musulmans. Il accorda trois parts aux cavaliers : une pour le cavalier lui-même et deux pour son cheval. Une part fut attribuée à ceux qui étaient venus à pied. Les prisonniers et les enfants furent envoyés au Najd sous la direction de Sa‘d ibn Zayd al-Ansari, et des armes et des chevaux furent achetés en échange d’eux.
Parmi les femmes des Banû Qurayza, le Messager d’Allah — qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix — choisit pour lui-même Rayhâna, fille de ‘Amr ibn Khunâfa. Selon le récit d’Ibn Ishaq, cette femme resta auprès du Messager d’Allah — qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix — jusqu’à son décès. [Ibn Hichâm, tome 2, p. 245]
Al-Kalbî rapporte que le Messager d’Allah — qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix — affranchit Rayhâna, puis l’épousa. Après le retour du Messager d’Allah — qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix — du pèlerinage d’adieu, Rayhâna — qu’Allah l’agrée — décéda. Elle fut enterrée au Jannat al-Baqî‘. [Tanqîh al-Fuhûm, p. 12]
Après l’événement des Banû Qurayza, le moment où l’invocation du pieux serviteur d’Allah, Sa‘d ibn Mu‘âdh — qu’Allah l’agrée —, allait être exaucée approcha. Cela a été mentionné lors de l’exposé de la bataille du Fossé. La blessure de Sa‘d — qu’Allah l’agrée — s’ouvrit de nouveau. Il se trouvait alors dans la Mosquée du Prophète. Le Messager d’Allah — qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix — y fit installer une tente pour lui, afin qu’il puisse être soigné de près. ‘Â’icha — qu’Allah l’agrée — raconte : lorsque la blessure s’ouvrit, plusieurs tentes de la tribu des Banû Chifâr se trouvaient dans la mosquée. En voyant le sang de Sa‘d couler, ils furent saisis d’effroi et dirent : « Ô occupants des tentes, que se passe-t-il ? Quelque chose venant de votre côté se dirige vers nous. » On observa alors que le sang de Sa‘d coulait en un flot ininterrompu. Finalement, Sa‘d ibn Mu‘âdh — qu’Allah l’agrée — mourut des suites de cette blessure. [Sahîh al-Bukhârî, tome 2, p. 591]
Il est rapporté de Jâbir — qu’Allah l’agrée — dans les recueils authentiques d’al-Bukhârî et de Muslim que le Messager d’Allah — qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix — a dit : « Au décès de Sa‘d ibn Mu‘âdh — qu’Allah l’agrée —, le Trône du Tout Miséricordieux s’est incliné. » [Sahîh al-Bukhârî, tome 1, p. 536 ; Muslim, tome 2, p. 294 ; Jâmi‘ at-Tirmidhî, tome 2, p. 225]
L’imam at-Tirmidhî rapporte un hadith d’Anas — qu’Allah l’agrée — et le qualifie d’authentique. Ce hadith relate qu’après que la dépouille funéraire de Sa‘d eut été soulevée, les gens dirent : « Comme sa dépouille est légère ! » Le Messager d’Allah — qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix — répondit : « Ce sont les anges qui portent sa dépouille. » [Jâmi‘ at-Tirmidhî, tome 2, p. 225]
Pendant le siège des Banû Qurayza, un musulman mourut en martyr. Une femme des Banû Qurayza lança contre ce Compagnon une meule servant à moudre le grain. Par ailleurs, Abû Sinân ibn Muhsin, le frère de ‘Ukâcha — qu’Allah l’agrée —, mourut durant le siège.
Abû Lubâba — qu’Allah l’agrée — passa six nuits consécutives attaché à un pilier de la Mosquée du Prophète. Lorsque venait l’heure de la prière, son épouse le détachait, puis le rattachait après la prière. Le sixième jour, au matin, une révélation parvint au Messager d’Allah — qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix — l’informant que le repentir d’Abû Lubâba avait été accepté. À ce moment-là, le Messager d’Allah — qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix — se trouvait chez Umm Salama — qu’Allah l’agrée. Abû Lubâba — qu’Allah l’agrée — raconte : « La Mère des croyants, Umm Salama — qu’Allah l’agrée — se tint à la porte de sa maison et me dit : “Réjouis-toi, ô Abû Lubâba ! Allah a accepté ton repentir.” » En entendant cela, les Compagnons s’avancèrent pour le détacher, mais il refusa. Il dit : « Nul autre que le Messager d’Allah — qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix — ne me détachera. » Lorsque le Messager d’Allah — qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix — se rendit à la prière de l’aube, il détacha Abû Lubâba.
Cet événement du siège eut lieu au mois de Dhul-Qa‘da. Le siège resta en vigueur pendant 256 jours.[Ibn Hicham, tome 2, p. 237-238. Pour le récit détaillé de la bataille, voir Ibn Hicham, tome 2, p. 233-273 ; Sahih Bukhari, tome 2, p. 590-591 ; Zad al-Ma‘ad, tome 2, p. 72-73, 74 ; Moukhtasar as-Siyar, cheikh Abdallah, p. 287-290]
Allah le Très-Haut révéla de nombreux versets dans la sourate Al-Ahzab du noble Coran au sujet de Banu Qurayza et de la bataille du Fossé. Divers aspects de ces deux batailles y sont examinés. La situation des croyants et des hypocrites y est décrite. Les divisions et la lâcheté parmi les différents groupes ennemis y sont mentionnées. Les conséquences de la trahison des gens du Livre y sont également expliquées.
Les expéditions militaires après les batailles du Fossé et de Banu Qurayza
1) L’assassinat de Salam ibn Abou al-Houqayq
La kunya de Salam ibn Abou al-Houqayq était Abou Rafi‘. Cet homme était l’un des criminels les plus abjects parmi les Juifs ; il avait conspiré contre les musulmans et les avait aidés en leur fournissant des richesses et des denrées alimentaires. Il avait également causé du tort au Messager d’Allah (qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix). Pour ces raisons, après que les musulmans furent débarrassés de Banu Qurayza, quelques Compagnons de la tribu des Khazraj demandèrent l’autorisation de tuer Abou Rafi‘. Auparavant, quelques Compagnons de la tribu des Aws avaient participé à l’assassinat de Ka‘b ibn al-Achraf. Les Compagnons des Khazraj souhaitaient donc eux aussi accomplir un acte méritoire de ce genre. C’est pourquoi ils demandèrent au Messager d’Allah (qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix) la permission de tuer Abou Rafi‘.[Fath al-Bari, tome 7, p. 343]
Le Messager d’Allah (qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix) donna certes aux Compagnons la permission, mais il leur recommanda instamment de ne tuer ni les femmes ni les enfants. Ensuite, un groupe composé de cinq Compagnons partit en expédition. Tous ces Compagnons appartenaient au clan des Banu Salima, de la tribu des Khazraj. Le noble Abdallah ibn Atik fut désigné comme leur commandant.
Ce petit groupe partit en direction de Khaybar, car c’est là que se trouvait la demeure fortifiée d’Abou Rafi‘. Lorsque les Compagnons arrivèrent à Khaybar, le soleil s’était couché. Tout le monde rentrait chez soi avec ses affaires. Abdallah ibn Atik dit à ses compagnons : « Attendez ici, j’y vais. Je vais essayer d’entrer en prétextant quelque chose auprès du gardien de la porte. » Il s’y rendit alors. Arrivé près de la porte, il s’assit en se couvrant la tête d’un tissu, de telle manière qu’il semblait être assis pour uriner. Le gardien lui cria : « Ô serviteur d’Allah, si tu veux entrer, entre ; je vais fermer la porte. »
Abdallah ibn Atik raconte : « J’entrai et restai caché. Pensant que tout le monde était rentré, le gardien ferma la porte et suspendit la clé à un pilier. Après un certain temps, lorsque tout fut devenu silencieux et calme autour de moi, je me levai, pris la clé et ouvris la porte. Abou Rafi‘ occupait une chambre à l’étage. Des réunions de divertissement s’y tenaient. Lorsque les participants furent partis, je commençai à monter. Chaque fois que j’ouvrais une porte, je la refermais de l’intérieur. Je me disais que, même si quelqu’un remarquait mon arrivée, je tuerais Rafi‘ avant qu’il ne puisse venir à moi. À un moment, je m’approchai d’Abou Rafi‘, mais il dormait dans une chambre avec ses enfants. Cette chambre était plongée dans l’obscurité. Il était impossible de savoir où se trouvait Abou Rafi‘. Je l’appelai. Il demanda : “Qui appelle ?” Je me dirigeai rapidement vers la voix et frappai avec mon épée. Mais, étant très excité, je ne pus rien faire. Le coup dévia de sa cible. Abou Rafi‘ se mit alors à crier. Je sortis rapidement de la chambre et, modifiant ma voix, dis : “Abou Rafi‘, quel est ce bruit que j’ai entendu ?” Il répondit : “Que ta mère soit ruinée ! Un homme vient de me frapper avec une épée dans cette chambre.” »
‘Abdullah ibn ‘Atîq rapporte : « Je retournai auprès d’Abû Râfi‘ et le frappai de nouveau. Le coup ne le manqua pas, et Abû Râfi‘ fut couvert de sang. Cependant, je ne parvins toujours pas à le tuer. Je lui enfonçai alors la pointe de mon épée dans le ventre. La pointe acérée transperça son abdomen et atteignit son dos. Je pensai en moi-même que je l’avais tué. Après cette réflexion, je commençai à sortir. J’ouvris une porte et sortis. Puis, en ouvrant une autre porte, je posai le pied sur une marche de l’escalier. Je pensais être arrivé en bas, mais je me trompais. Je tombai soudainement dans l’escalier. C’était une nuit de pleine lune. Je me foulai la cheville. Je dénouai mon turban et m’en bandai soigneusement le pied. Ensuite, je vins m’asseoir près de la porte. Je me dis que je ne partirais pas avant de savoir si j’avais réellement réussi à tuer Abû Râfi‘. »
Après le chant du coq, au petit matin, un homme monta sur le toit de la maison et se mit à proclamer à haute voix : « J’annonce la mort d’Abû Râfi‘, éminent commerçant et habitant du Hedjaz. »
‘Abdullah ibn ‘Atîq rapporte : « Je rejoignis alors mes compagnons et leur dis : “Fuyez ! Par la volonté d’Allah, Abû Râfi‘ a atteint le lieu où il recevra le fruit de ses actes.” Nous arrivâmes ensuite auprès du Messager d’Allah (qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix), et je lui racontai toute l’affaire. Le Messager d’Allah (qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix) me dit : “Tends ton pied.” Je le tendis, et le Messager d’Allah (qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix) le toucha légèrement de sa main. Aussitôt, j’eus l’impression que mon pied n’avait jamais été douloureux. » [Sahîh al-Bukhârî, vol. 2, p. 577]
Ceci est le récit rapporté par Sahîh al-Bukhârî. Dans le récit d’Ibn Ishâq, il est mentionné que cinq Compagnons étaient entrés dans la demeure d’Abû Râfi‘ et qu’ils avaient tous participé à son assassinat. Celui qui avait frappé Abû Râfi‘ s’appelait ‘Abdullah ibn Unays. Ce récit mentionne également qu’après l’assassinat d’Abû Râfi‘ durant la nuit, l’os de la cheville de ‘Abdullah ibn ‘Atîq s’était brisé. Les autres Compagnons le portèrent et se cachèrent près d’un bassin adjacent au mur de la forteresse. Entre-temps, les Juifs allumèrent des feux et accoururent de toutes parts. Après avoir longuement cherché sans trouver personne, ils retournèrent auprès du défunt. Au retour des Compagnons, ils soutinrent le vénérable ‘Abdullah ibn ‘Atîq et l’amenèrent auprès du Messager d’Allah (qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix). [Ibn Hishâm, vol. 2, p. 284-285]
Cette expédition militaire eut lieu au mois de Dhû al-Qa‘da ou de Dhû al-Hijja de la cinquième année de l’Hégire. [Rahmat li-l-‘Âlamîn, vol. 2, p. 223]
Après les batailles du Fossé et de Qurayza, et après l’exécution de la peine de mort contre les criminels de guerre, le Messager d’Allah (qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix) prit de nouvelles initiatives. Il lança des expéditions contre les tribus et les individus qui faisaient obstacle à la paix et à la stabilité. Sans prendre de mesures contre eux, l’espoir de voir s’instaurer la paix était très éloigné.
2) L’expédition de Muhammad ibn Maslama
Ce fut la première expédition militaire après les batailles du Fossé et de Qurayza. Un groupe composé de trente Compagnons participa à cette expédition.
Cette expédition fut envoyée à Riyā, dans la région de Bakrāt, à l’intérieur du Najd, le 10 Mouharram de l’an 6 de l’Hégire. Riyā se trouvait à sept nuits de marche de Médine. La cible était une branche de la tribu des Banou Bakr ibn Kilāb. Lorsque les musulmans les poursuivirent, tous les ennemis prirent la fuite. Les musulmans s’emparèrent de plusieurs quadrupèdes, notamment des chèvres, et arrivèrent à Médine alors qu’il restait encore un jour avant la fin de Mouharram. Ils capturèrent également Thoumāma ibn Outhāl al-Hanafī, le chef de la tribu des Banou Hanīfa. Sur l’ordre du faux prophète Moussaylima le Menteur, Thoumāma s’était déguisé et était parti pour assassiner le Messager d’Allah, qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix. [Sīrat al-Halabiyya, tome 2, p. 297]
Cependant, les musulmans arrêtèrent Thoumāma et l’attachèrent à l’un des piliers de la mosquée du Prophète. Le Messager d’Allah, qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix, vint lui demander : « Thoumāma, qu’as-tu à dire ? » Il répondit : « Ô Muhammad, je ne porte en moi que du bien. Si tu me tues, tu tueras un homme dont le sang est abondant. Si tu fais preuve de bonté envers moi, tu en feras preuve envers un homme qui n’est pas ingrat. Et si tu demandes une rançon, dis-moi quelle somme tu souhaites. » Après avoir entendu ces paroles, le Messager d’Allah, qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix, le laissa dans cette situation. Lorsqu’il revint une deuxième fois, il lui posa la même question et Thoumāma donna la même réponse. Puis, la troisième fois, le Messager d’Allah, qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix, lui posa encore la même question, et il donna la même réponse. Le Messager d’Allah, qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix, ordonna alors : « Libérez Thoumāma. » Il fut libéré. Thoumāma se rendit ensuite dans un jardin de dattiers situé près de la mosquée du Prophète, s’y lava et se purifia, puis vint auprès du Messager d’Allah, qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix, et embrassa l’islam. Après sa conversion, il dit : « Par Allah, sur toute la terre, aucun visage ne m’était plus détestable que le tien. Mais aujourd’hui, aucun visage ne m’est plus cher que le tien. Par Allah, aucune religion au monde ne m’était plus détestable que ta religion, et aucune ne m’est aujourd’hui plus chère. Tes cavaliers m’ont capturé alors que j’avais l’intention d’accomplir la ‘omra. » Le Messager d’Allah, qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix, lui annonça une bonne nouvelle et lui ordonna de l’accomplir. Lorsqu’il arriva auprès des Quraychites, ceux-ci lui dirent : « Thoumāma, tu es devenu renégat ! » Il répondit : « Non, j’ai embrassé l’islam par l’intermédiaire de Muhammad, qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix. Sachez qu’aucun grain de blé de l’Yamāma ne vous parviendra tant que le Messager d’Allah, qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix, n’en aura pas donné l’autorisation. L’Yamāma est pour les habitants de La Mecque comme un champ. » De retour dans son pays, Thoumāma interrompit les exportations de blé vers La Mecque. Les Quraychites se trouvèrent alors dans une grande difficulté. Ils écrivirent au Messager d’Allah, qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix, invoquant leurs liens de parenté et lui demandant de prier Thoumāma de lever l’interdiction d’exporter du blé vers La Mecque. Le noble Prophète, Muhammad al-Moustafā, qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix, le fit. [Zād al-Ma‘ād, tome 2, p. 119 ; Mokhtasar as-Siyar, Cheikh Abdoullah, p. 292-293]
3) L’expédition contre les Banou Lahyān
Ce sont les membres de la tribu des Banou Lahyān qui avaient trompé dix Compagnons à l’endroit appelé ar-Rajī‘, en avaient tué huit et vendu les deux autres aux habitants de La Mecque. Ceux-ci les avaient ensuite mis à mort avec cruauté. Mais le territoire des Banou Lahyān étant proche de La Mecque, alors qu’une vive opposition persistait entre les Quraychites et les musulmans, le Messager d’Allah, qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix, ne jugeait pas opportun de s’approcher autant des ennemis. Entre-temps, des divisions étaient apparues entre les différents groupes quraychites ; leur détermination à s’opposer aux musulmans avait considérablement diminué et ils avaient également accepté la situation telle qu’elle se présentait. Le Messager d’Allah, qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix, estima donc que le moment était venu de venger auprès des Banou Lahyān le meurtre des martyrs d’ar-Rajī‘. Au mois de Rabī‘ al-Awwal ou de Joumādā al-Awwal de la sixième année de l’Hégire, le Messager d’Allah, qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix, partit avec deux cents Compagnons en direction de la tribu des Banou Lahyān. À Médine, il désigna comme remplaçant ‘Abdoullah ibn Oumm Maktoum. On fit savoir aux autres qu’il se rendait en Syrie. Le Messager d’Allah, qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix, arriva d’abord dans la vallée de Batn Gharrān, située entre Oumāj et ‘Ousfān. C’est là que les Compagnons avaient été tués. Le Messager d’Allah, qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix, y invoqua Allah en leur faveur. De leur côté, les membres de la tribu des Banou Lahyān, ayant appris l’arrivée du Messager d’Allah, qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix, s’enfuirent dans les régions montagneuses. Il fut donc impossible d’en capturer un seul. Le Messager d’Allah, qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix, séjourna deux jours sur place. Il envoya les Compagnons en petits groupes dans différentes régions, mais aucune trace des ennemis ne fut trouvée. Plus tard, le Messager d’Allah, qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix, se rendit à ‘Ousfān et envoya de là dix Compagnons à cheval vers un lieu appelé Kourā‘ al-Ghamīm. Ils furent envoyés afin d’annoncer aux Quraychites son arrivée. Après avoir séjourné quatorze jours à l’extérieur, le Messager d’Allah, qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix, retourna à Médine.
Après son retour de cette expédition, le Messager d’Allah, qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix, envoya successivement plusieurs expéditions militaires. Nous les présentons brièvement ci-dessous.
4) L’expédition de Ghamr
Au mois de Rabī‘ al-Awwal ou de Rabī‘ ath-Thānī de la sixième année de l’Hégire, le Messager d’Allah, qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix, envoya quarante Compagnons en expédition à Ghamr. Ghamr est le nom d’un point d’eau appartenant à la tribu des Banou Asad. Hadhrat Muhammad ibn Maslama, qu’Allah l’agrée, en prit le commandement. À la nouvelle de l’arrivée des musulmans, les ennemis s’enfuirent. Les musulmans ramenèrent à Médine deux cents chameaux pris à l’ennemi.
5) L’expédition de Dhū Qissa (1)
Au mois de rabī‘ al-awwal, ou rabī‘ ath-thānī, de la sixième année de l’Hégire, un détachement de dix Compagnons, placé sous le commandement de Muhammad ibn Maslama, partit en direction d’un lieu appelé Dhū Qissa. Ce lieu se trouvait dans la zone habitée par la tribu des Banū Tha‘ laba. Les ennemis étaient au nombre de cent. Ils prirent la fuite et se cachèrent. Alors que les nobles Compagnons s’étaient endormis, les ennemis lancèrent une attaque surprise et en tuèrent neuf. Seul le chef du détachement, Muhammad ibn Maslama, survécut. Blessé, il regagna Médine.
Six) Expédition de Dhū Qissa (2)
Après le martyre des membres du détachement envoyé sous le commandement de Muhammad ibn Maslama, au mois de rabī‘ ath-thānī de la sixième année de l’Hégire, le Messager d’Allah envoya à Dhū Qissa un groupe de Compagnons sous le commandement de Abū ‘Ubayda, chargé de les diriger. Ce détachement de quarante Compagnons partit vers le lieu où les neuf Compagnons mentionnés précédemment avaient été martyrisés. Ils atteignirent Dhū Qissa après avoir marché toute la nuit. Dès leur arrivée, ils commencèrent à rechercher les ennemis. Ce groupe ennemi de la tribu des Banū Tha‘ laba s’enfuit rapidement dans une région montagneuse. Les musulmans ne purent aucunement retrouver leur trace. Ils ne réussirent à capturer qu’un seul homme, qui embrassa lui aussi l’islam. Au cours de cette expédition, les musulmans s’emparèrent de plusieurs troupeaux, dont des chèvres.
Sept) Expédition de Jamūm
Cette expédition militaire fut envoyée dans la région appelée Jamūm, au mois de rabī‘ ath-thānī de la sixième année de l’Hégire, sous le commandement de Zayd ibn Hāritha. Jamūm est le nom d’un point d’eau appartenant à la tribu des Banū Sulaym, situé à Marraj az-Zahrān, dans l’actuelle plaine de Fātima. Lorsque Zayd y arriva, il captura une femme de la tribu des Muzayna, nommée Halīma. Cette femme indiqua aux combattants l’emplacement d’un lieu appartenant aux Banū Sulaym. De là, les musulmans obtinrent un grand nombre d’animaux, dont des chèvres, ainsi que des prisonniers. Le Messager d’Allah libéra cette femme puis l’épousa.
Huit) Expédition de Ghayth
Cette expédition comptait 117 soldats. Elle fut également envoyée, sous le commandement de Zayd ibn Hāritha, au mois de jumādā al-awwal de la sixième année de l’Hégire, avec le même objectif. Les musulmans s’emparèrent des marchandises d’une caravane commerciale des Quraysh. Cette caravane voyageait sous la direction de Abū al-‘Ās, le gendre du Messager d’Allah. Abū al-‘Ās n’avait pas encore embrassé l’islam. Il ne put être capturé. Il s’enfuit rapidement, gagna Médine et se réfugia auprès de son épouse Zaynab. Il demanda ensuite à son épouse de prier son père, le Messager d’Allah, de faire restituer les marchandises de la caravane saisies. Zaynab informa son père de la requête de son mari. À la suite de la demande de Zaynab, le Messager d’Allah indiqua à ses Compagnons de restituer les marchandises, sans exercer aucune pression sur eux. Les nobles Compagnons rendirent tous les biens. Abū al-‘Ās retourna à La Mecque avec ces marchandises, remit aux Quraysh toutes leurs biens, puis revint à Médine et embrassa l’islam. Le Messager d’Allah remit Zaynab à Abū al-‘Ās conformément à leur mariage antérieur. [Voir Sunan Abī Dāwūd.]
Le Messager d’Allah ne renouvela pas le mariage de sa fille et de son gendre, car le verset interdisant alors aux femmes musulmanes de vivre avec un époux mécréant n’avait pas encore été révélé. Il existe toutefois un hadith selon lequel le Messager d’Allah aurait renouvelé le mariage de Zaynab et d’Abū al-‘Ās. Ce hadith n’est pas authentique, ni du point de vue de son sens ni de celui de sa chaîne de transmission. [Tuhfat al-Ahwadhī, tome 2, p. 195-196.] Il est faible sous ces deux aspects. Ceux qui citent ce hadith faible tiennent des propos étonnamment contradictoires. Ils affirment qu’Abū al-‘Ās embrassa l’islam vers la fin de la huitième année de l’Hégire, peu avant la conquête de La Mecque. Ils mentionnent également que Zaynab mourut au début de la huitième année de l’Hégire. Or ces deux affirmations contradictoires ne peuvent être acceptées. En effet, dans ce cas, Zaynab n’était déjà plus en vie au moment où Abū al-‘Ās embrassa l’islam et émigra pour arriver à Médine. Dans ces conditions, comment aurait-elle pu lui être remise, que ce soit en vertu de leur mariage antérieur ou d’un nouveau mariage ?
Le célèbre auteur Mûsâ ibn ‘Uqba — qu’Allah lui fasse miséricorde — a mentionné que cet événement eut lieu durant la septième année de l’Hégire, par l’action d’Abû Basîr et de ses compagnons. Toutefois, cette information n’est confirmée par aucun hadith, qu’il soit authentique ou faible.
Neuvième expédition : l’expédition de Taraf ou Taraq
Cette expédition fut envoyée dans la région de Taraf, ou Taraq, sous le commandement de Zayd ibn Hâritha — qu’Allah l’agrée — au mois de Jumâdâ ath-Thâniya. Cette région se trouvait sur le territoire des Banû Tha‘laba. Quinze Compagnons accompagnaient Zayd. Dès qu’ils en eurent connaissance, les Bédouins s’enfuirent, craignant que le Messager d’Allah — qu’Allah le bénisse et le salue — ne vienne. Zayd s’empara de quatre chameaux et revint à Médine quatre jours plus tard.
Dixième expédition : l’expédition de Wâdî al-Qurâ
Cette expédition comptait douze hommes. Son commandant était également Zayd ibn Hâritha — qu’Allah l’agrée. Au mois de Rajab de la sixième année de l’Hégire, il se mit en route vers Wâdî al-Qurâ. L’objectif était de surveiller les mouvements de l’ennemi. Cependant, les habitants de Wâdî al-Qurâ les attaquèrent. Neuf Compagnons tombèrent en martyrs, tandis que trois, dont Zayd, survécurent. Voir ar-Rahîq al-Makhtûm, tome 2, p. 226 ; Zâd al-Ma‘âd, tome 2, p. 120, 121 et 122 ; et la note de bas de page de Talqîh al-Fuhûm li-Athâr, p. 28-29.
Onzième expédition : l’expédition de Kh abat
Elle fut menée au mois de Rajab de la huitième année de l’Hégire. Toutefois, au vu du déroulement des événements, il semble qu’elle ait eu lieu avant le traité de Hudaybiyya. Jâbir — qu’Allah l’agrée — rapporte que le Messager d’Allah — qu’Allah le bénisse et le salue — envoya trois cents cavaliers sous le commandement d’Abû ‘Ubayda ibn al-Jarrâh — qu’Allah l’agrée. Leur objectif était de rechercher une caravane commerciale des Quraysh. Durant cette expédition, nous souffrîmes d’une faim terrible, au point de manger même des feuilles d’arbres. C’est pourquoi cette expédition fut appelée Kh abat : les feuilles arrachées aux arbres sont appelées kh abat. Puis, accablés par la faim extrême, nous abattîmes successivement neuf chameaux, trois à la fois. Après cela, Abû ‘Ubayda ne permit plus que l’on abatte de chameau. Ensuite, un énorme poisson appelé al-‘Anbar, venu de la mer, s’échoua sur le rivage. Pendant quinze jours, nous nous nourrîmes de sa chair et utilisâmes sa graisse.
Notre santé revint ainsi à la normale. Abû ‘Ubayda — qu’Allah l’agrée — préleva une côte de ce gigantesque poisson. On plaça d’un côté l’homme le plus grand de l’armée et, de l’autre, le plus grand chameau. Puis on fit monter l’homme sur le chameau et on lui demanda de passer sous la côte. Monté sur le chameau, l’homme passa aisément sous la côte. Nous avions conservé une partie de ce poisson. Après notre arrivée à Médine, nous en parlâmes au Messager d’Allah — qu’Allah le bénisse et le salue. Il dit : « C’est une subsistance d’Allah. Il vous l’a accordée. S’il vous en reste, donnez-m’en à manger. » Nous envoyâmes donc une partie du poisson à la demeure du Messager d’Allah — qu’Allah le bénisse et le salue. Le récit détaillé de cet événement s’achève ici. Sahîh al-Bukhârî, tome 2, p. 625-626 ; Sahîh Muslim, tome 2, p. 145-146.
Il a déjà été mentionné que le déroulement des événements montre qu’il s’agit d’un événement antérieur au traité de Hudaybiya. En effet, après ce traité, les musulmans n’ont plus tenté de s’emparer des caravanes commerciales des Quraysh.
L’expédition contre les Banû al-Mustaliq
Cette expédition n’était pas importante du point de vue militaire. Toutefois, à la veille de celle-ci, certains événements se produisirent et provoquèrent agitation et tumulte au sein de la société islamique. D’une part, cela dévoila la véritable nature des hypocrites ; d’autre part, certaines lois et règles furent révélées, grâce auxquelles la société islamique acquit distinction et originalité en matière de dignité. La société islamique prit une forme et une structure particulières. Nous mentionnerons d’abord l’expédition ou opération militaire, puis nous en exposerons le récit détaillé.
Selon les récits des biographes, cette expédition eut lieu au mois de Sha‘bân de la cinquième ou de la sixième année de l’Hégire. On avance comme argument que l’affaire de l’Ifk se produisit sur le chemin du retour de cette expédition militaire, c’est-à-dire que de fausses accusations furent portées contre ‘Aïcha. Cet événement eut lieu après le mariage du Messager d’Allah avec Zaynab et après la révélation de l’obligation du voile pour les femmes musulmanes. Le mariage de Zaynab eut lieu vers la fin de la cinquième année de l’Hégire, c’est-à-dire au mois de Dhû al-Qa‘da ou de Dhû al-Hijja. Il est unanimement admis que cette expédition militaire eut lieu au mois de Sha‘bân. Elle aurait donc eu lieu non pas au Sha‘bân de la cinquième année, mais au Sha‘bân de la sixième année. En revanche, ceux qui situent cette expédition au Sha‘bân de la cinquième année de l’Hégire s’appuient sur le fait que, dans le hadith relatif à l’Ifk, Sa‘d ibn Mu‘âdh est mentionné dans le récit de cet événement. Or Sa‘d ibn Mu‘âdh mourut vers la fin de la cinquième année de l’Hégire, après l’expédition contre les Banû Qurayza. Sa présence lors de l’affaire de l’Ifk constitue donc, selon eux, un argument en faveur de l’idée que cette expédition eut lieu non pas durant la sixième année, mais durant la cinquième année de l’Hégire.
La première partie a répondu que la mention de Sa‘d ibn Mu‘âdh dans le hadith de l’Ifk était une erreur du rapporteur. En effet, ce hadith fut également rapporté d’après ‘Aïcha par Ibn ‘Utba. La chaîne de transmission est la suivante : ‘Aïcha, puis ‘Abdullah ibn ‘Utba, puis al-Zuhrî. Dans cette version, c’est Usayd ibn Hudayr qui est mentionné à la place de Sa‘d ibn Mu‘âdh. L’imam Abû Muhammad ibn Hazm dit : « C’est assurément la version authentique ; la mention de Sa‘d ibn Mu‘âdh est une invention. » (Voir Zâd al-Ma‘âd, vol. 2, p. 115.) Bien que l’argument de la première partie paraisse assez solide et que je l’aie d’abord approuvé pour cette raison, la réflexion montre que le fondement de cette explication est que le mariage du Messager d’Allah avec Zaynab aurait eu lieu vers la fin de la cinquième année de l’Hégire. Or, en dehors de quelques indications, aucune preuve explicite ne l’établit. En revanche, la présence de Sa‘d ibn Mu‘âdh lors de l’affaire de l’Ifk, alors qu’il mourut pendant la cinquième année de l’Hégire, est attestée par plusieurs récits authentiques. Il est difficile de qualifier ces récits d’imaginaires. La vérité est donc que le mariage de Zaynab eut lieu vers la fin de la quatrième année ou au début de la cinquième année de l’Hégire. C’est ce qui sera exposé plus loin. L’affaire de l’Ifk et l’expédition militaire contre les Banû al-Mustaliq eurent lieu au mois de Sha‘bân de la cinquième année de l’Hégire. Entre-temps, le Messager d’Allah apprit que le chef des Banû al-Mustaliq, al-Hârith ibn Abî Dirâr, venait combattre les musulmans avec son clan et d’autres tribus arabes. Afin de vérifier cette information, il envoya Burayda ibn al-Husayb al-Aslamî. Celui-ci se rendit auprès d’al-Hârith ibn Abî Dirâr et s’entretint avec lui. À son retour, il informa le Messager d’Allah de tout ce qui s’était passé.
Après avoir pris connaissance de tous les faits et en avoir eu la certitude, le Messager ordonna aux Compagnons de se préparer. L’expédition fut aussitôt entreprise. Les Compagnons partirent le deux Sha‘bân. Quelques hypocrites, qui n’avaient encore participé à aucune autre bataille, accompagnaient le Messager d’Allah dans cette expédition. Il confia la responsabilité de Médine à Zayd ibn Hâritha — selon une autre version, à Abû Dharr, et selon une autre encore, à Numayla ibn ‘Abdullah al-Laythî. Lorsqu’al-Hârith ibn Abî Dirâr et ses compagnons apprirent le départ du Messager d’Allah, ils furent pris d’une grande peur. Ils avaient également appris que leur espion avait été tué. Les membres des diverses tribus qui accompagnaient al-Hârith se dispersèrent. Lorsque le Messager d’Allah arriva devant le point d’eau d’al-Muraysî‘, les Banû al-Mustaliq se préparèrent au combat. Le Messager d’Allah et les Compagnons se préparèrent eux aussi. [Al-Muraysî‘ est le nom d’un point d’eau des Banû al-Mustaliq, situé sur le littoral de la région de Qudayd. Voir Sahîh al-Bukhârî, Kitâb al-‘Itq, vol. 1, p. 345 ; Fath al-Bârî, vol. 7, p. 431.]
Le commandant de l’ensemble de l’armée islamique était Abû Bakr al-Siddîq. L’étendard des Ansâr fut remis à Sa‘d ibn ‘Ubâda. Des échanges de flèches eurent lieu pendant quelque temps. Puis, sur l’ordre du Messager d’Allah, les Compagnons lancèrent une attaque collective et remportèrent la victoire. Un certain nombre de polythéistes furent tués. Les femmes et les enfants furent faits prisonniers. Les troupeaux, y compris les chèvres, tombèrent également aux mains des musulmans. Un seul musulman fut tué ; un Ansârî l’avait frappé par erreur, le prenant pour un membre du camp ennemi.
Voilà tout ce que les biographes ont écrit au sujet de cette bataille. ‘Allâma Ibn al-Qayyim a rejeté ces récits, les considérant comme imaginaires. Il écrit que cette expédition ne donna pas lieu à un combat ; les musulmans attaquèrent plutôt leurs ennemis et s’emparèrent des femmes, des enfants et des troupeaux. Il est rapporté dans le Sahîh al-Bukhârî que, lorsque le Messager d’Allah attaqua les Banû al-Mustaliq, ceux-ci étaient inattentifs, c’est-à-dire qu’ils n’étaient pas préparés à une telle attaque. Voir le hadith. (Sahîh al-Bukhârî, Kitâb al-‘Itq, vol. 1, p. 345 ; Fath al-Bârî, vol. 7, p. 431.)
Parmi les prisonniers se trouvait également Juwayriya (qu’Allah l’agrée). Elle était la fille de Hārith ibn Abī Dirār, le chef de la tribu des Banū al-Mustaliq. Elle appartenait à Thābit ibn Qays. Thābit conclut avec Juwayriya un contrat de mukātaba. [Le terme « mukātaba » désigne l’esclave ou l’esclave femme qui conclut avec son maître un accord selon lequel il ou elle sera libéré(e) après avoir versé une somme déterminée.] Ensuite, le Messager d’Allah (qu’Allah le bénisse et le salue) la libéra en échange de la somme fixée, puis l’épousa. En raison de ce mariage, les musulmans libérèrent cent familles de la tribu des Banū al-Mustaliq. Toutes embrassèrent l’islam. Elles furent libérées parce qu’elles étaient apparentées à la famille de l’épouse du Messager d’Allah (qu’Allah le bénisse et le salue). [Zād al-Maʿād, tome 2, p. 112-113 ; Ibn Hishām, tome 2, p. 289-290, 294-295]
Tel est le récit de la bataille. Il est nécessaire de mentionner les autres événements qui se produisirent à cette occasion. Parmi eux, l’événement de la calomnie mérite une attention particulière. Le chef des hypocrites, ʿAbd Allāh ibn Ubayy, en était responsable. Cet hypocrite et ses compagnons avaient répandu cette rumeur. Nous commencerons donc par exposer brièvement leur rôle honteux au sein de la société islamique, puis nous relaterons l’événement en détail.
Le rôle des hypocrites avant la bataille des Banū al-Mustaliq
Il a déjà été mentionné à plusieurs reprises que ʿAbd Allāh ibn Ubayy était, de manière générale, hostile à l’islam et aux musulmans, et particulièrement au Messager d’Allah (qu’Allah le bénisse et le salue). Les tribus des Aws et des Khazraj s’étaient unies en plaçant leur confiance en sa direction. Son intronisation avait même été préparée. On fabriquait une couronne destinée à être posée sur la tête de ʿAbd Allāh ibn Ubayy. C’est alors que le Messager d’Allah (qu’Allah le bénisse et le salue) arriva à Médine, portant la lumière révolutionnaire de son message. Par conséquent, l’attention de toutes les couches de la population médinoise se détourna de ʿAbd Allāh. Cet homme se mit alors à penser que le Messager d’Allah lui avait ravi sa royauté.
La rancœur et la colère de ʿAbd Allāh ibn Ubayy se manifestèrent dès le début de l’émigration du Messager d’Allah (qu’Allah le bénisse et le salue). À cette époque, il n’avait pas encore manifesté extérieurement son adhésion à l’islam. Plus tard, bien qu’il affichât extérieurement son adhésion à l’islam, son attitude ne changea en rien. Avant qu’il ne manifeste cette adhésion extérieure, le Messager d’Allah (qu’Allah le bénisse et le salue) se rendit un jour, monté sur un âne, auprès de Saʿd ibn ʿUbāda pour lui rendre visite.
En chemin, le Messager d’Allah (qu’Allah le bénisse et le salue) passa près d’un rassemblement. Le futur hypocrite, ʿAbd Allāh ibn Ubayy, s’y trouvait également. Il se couvrit le nez avec son manteau et dit : « Ne soulevez pas de poussière sur nous. » Le Messager d’Allah (qu’Allah le bénisse et le salue) récitait la Parole sacrée d’Allah aux membres du rassemblement. ʿAbd Allāh ibn Ubayy dit : « Restez assis chez vous et ne venez pas nous déranger dans notre assemblée. » [Ibn Hishām, tome 2, p. 584, 587 ; Ṣaḥīḥ al-Bukhārī, tome 2, p. 924 ; Ṣaḥīḥ Muslim, tome 2, p. 109]
Voilà ce qui se passa avant son adhésion extérieure à l’islam. Après la bataille de Badr, ʿAbd Allāh ibn Ubayy embrassa l’islam en voyant de quel côté soufflait le vent. Mais même après sa conversion, cet homme méprisable demeura l’ennemi d’Allah, de Son Messager bien-aimé et des musulmans. Il ne ménagea aucun effort pour semer le désordre dans la société islamique et affaiblir la voix de l’islam. Il poursuivit progressivement ses activités hostiles à l’islam. Il entretenait des relations sincères et étroites avec les ennemis de l’islam. Au sujet de la tribu des Banū Qaynuqāʿ, ʿAbd Allāh ibn Ubayy s’était ingéré d’une manière extrêmement répréhensible. Cela a déjà été exposé précédemment. De même, ce scélérat avait déployé tous ses efforts, lors de la bataille d’Uḥud, pour semer la division, le désordre, le découragement et l’anarchie parmi les musulmans. Cela a également été relaté précédemment.
Après avoir embrassé l’islam, cet hypocrite se levait chaque vendredi dans la mosquée du Prophète, avant que le Messager d’Allah (qu’Allah le bénisse et le salue) ne prononce le sermon, et disait : « Ô gens ! Il est le Messager d’Allah parmi vous. Allah vous a accordé, par son intermédiaire, dignité et honneur. Aidez-le donc, renforcez-le, écoutez-le et obéissez-lui. » Après avoir prononcé ces paroles, il s’asseyait. Puis son impudence et son entêtement atteignirent un tel degré qu’il se mit à tenir les mêmes propos lors du premier vendredi qui suivit la bataille d’Uḥud. Pourtant, tout le monde connaissait son rôle hostile à l’islam pendant la bataille d’Uḥud. Cette fois, tandis qu’il parlait, les musulmans le tirèrent par ses vêtements de différentes directions et lui dirent : « Ô ennemi d’Allah, assieds-toi ! Après ce que tu as fait, de tels propos ne siéent pas à ta bouche. » Face à cette opposition, il sortit avec arrogance, à grandes enjambées. En partant, il marmonnait : « Je me suis levé pour les aider ; on dirait que j’ai commis un crime. Ai-je donc dit quelque chose de répréhensible ? » À la porte, il rencontra un Anṣārī. Celui-ci lui dit : « Que ta ruine soit ! Retourne donc. Le Messager d’Allah (qu’Allah le bénisse et le salue) invoquera Allah pour qu’Il te pardonne. » Il répondit : « Par Dieu, je ne veux pas qu’il demande le pardon d’Allah pour moi. » [Ibn Hishām, tome 2, p. 105]
En outre, Abdallah ibn Ubayy noua également des relations avec la tribu des Banû Nadîr et se mit à comploter secrètement avec eux contre les musulmans.
De même, Abdallah ibn Ubayy et ses compagnons ne cessèrent de fomenter diverses intrigues afin de semer le désordre parmi les musulmans et de les influencer lors de la bataille du Fossé. Allah le Très-Haut dit à ce sujet dans la sourate Al-Ahzâb : « Un groupe d’entre eux disait : “Ô gens de Yathrib, vous ne pouvez pas rester ici ; retournez donc chez vous !” Un autre groupe d’entre eux demandait la permission au Prophète en disant : “Nos maisons sont sans protection”, alors qu’elles ne l’étaient pas. Ils ne cherchaient en réalité qu’à fuir. Si l’ennemi était entré par différents côtés de la ville et les avait incités à la révolte, ils s’y seraient certainement livrés sans tarder. Pourtant, ils avaient auparavant pris l’engagement envers Allah de ne pas tourner le dos. Et l’on sera certainement interrogé au sujet de l’engagement pris envers Allah. Dis : “La fuite ne vous sera d’aucune utilité si vous fuyez la mort ou le meurtre ; vous ne jouirez alors que peu de temps.” Dis : “Qui donc vous protégera contre Allah s’Il veut pour vous un mal, ou qui pourra vous nuire s’Il veut vous accorder une miséricorde ?” Ils ne trouveront, en dehors d’Allah, ni protecteur ni secoureur. Allah connaît parfaitement ceux d’entre vous qui empêchent les autres de prendre part au combat et qui disent à leurs frères : “Rejoignez-nous !” Ils ne participent que rarement au combat, et cela par avarice à votre égard. Lorsque la peur survient, tu les vois te regarder, les yeux révulsés, comme ceux d’un homme évanoui par crainte de la mort. Mais lorsque la peur disparaît, ils vous blessent de leurs langues acérées, avides de butin. Ceux-là n’ont pas cru ; Allah a donc rendu leurs œuvres vaines, et cela est facile pour Allah. Ils pensent que les coalisés ne sont pas partis et que, s’ils étaient restés parmi les nomades du désert, ils auraient pris de vos nouvelles. Et s’ils étaient demeurés parmi vous, ils n’auraient combattu que fort peu.” » (Sourate Al-Ahzâb, versets 13-20.)
Ces versets exposent dans leur totalité les conceptions, les réflexions, les actes, l’état d’esprit et l’égoïsme des hypocrites — en somme, le portrait complet de leur caractère opportuniste.
Malgré tout cela, les juifs, les hypocrites et les polythéistes — c’est-à-dire tous les ennemis de l’islam — avaient parfaitement compris que la cause de la victoire de l’islam ne résidait ni dans la force matérielle ni dans l’abondance des armes. Cette victoire reposait en réalité sur l’obéissance à Allah et les valeurs morales. Grâce à elle, toute la société islamique ainsi que tous ceux qui étaient liés à l’islam remportaient le succès. Ces ennemis de l’islam savaient également que la source de tous ces succès résidait dans la personne du Messager d’Allah — paix et bénédictions d’Allah sur lui —, dont le caractère et la personnalité constituaient un modèle incomparable.
Après avoir essayé pendant cinq ans, tous ces ennemis de l’islam avaient compris qu’il était impossible d’anéantir par les armes les adeptes de cette religion. Ils en étaient probablement venus à la conclusion qu’une vaste propagande contre cette religion pourrait être menée en portant atteinte à son honneur et à sa moralité. À cette fin, ils choisirent précisément le Messager d’Allah. Comme les hypocrites vivaient parmi les musulmans et résidaient à Médine, ils avaient facilement l’occasion de se mêler à eux. Ils étaient ainsi en mesure de blesser aisément les sentiments des musulmans. Les hypocrites assumèrent donc eux-mêmes la responsabilité de cette propagande. Abdallah ibn Ubayy, le chef des hypocrites, prit personnellement en charge cette campagne de propagande.
Ce plan et cette conspiration se manifestèrent une première fois lorsque le Messager d’Allah — paix et bénédictions d’Allah sur lui — épousa Zaynab, après que Zayd ibn Hâritha eut divorcé d’elle. La coutume des Arabes voulait qu’ils considèrent le fils adoptif comme leur propre fils et qu’ils tiennent son épouse pour aussi interdite qu’une belle-fille biologique. C’est pourquoi, après le mariage du Messager d’Allah — paix et bénédictions d’Allah sur lui — avec Zaynab, les hypocrites se lancèrent dans une campagne contre lui. Ils y trouvèrent deux arguments particulièrement efficaces pour leur calomnie.
Premièrement, Zaynab était la cinquième épouse du Messager d’Allah — paix et bénédictions d’Allah sur lui —, alors que le Noble Coran n’autorisait pas au musulman d’avoir plus de quatre épouses. Comment donc ce mariage du Messager d’Allah — paix et bénédictions d’Allah sur lui — pouvait-il être légal ?
Deuxièmement, Zaynab était l’épouse de Zayd, le fils adoptif du Messager d’Allah — paix et bénédictions d’Allah sur lui —. Selon la coutume arabe, épouser la femme de son fils adoptif constituait donc un crime grave et un péché capital. Les calomniateurs menèrent à ce sujet une vaste campagne de propagande et répandirent toutes sortes de propos. Ils allaient jusqu’à raconter que Muhammad avait aperçu Zaynab par hasard et qu’il avait été tellement émerveillé par sa beauté qu’il était immédiatement tombé amoureux d’elle. Après que son fils adoptif Zayd l’eut appris, il aurait, disait-on, écarté Zaynab pour laisser la voie libre à Muhammad.
Les hypocrites avaient propagé cette histoire d’une telle manière que les discussions et les controverses à son sujet se poursuivaient encore. Cette propagande avait tellement influencé les esprits des musulmans simples et naïfs que, finalement, Allah le Très-Haut révéla à ce propos des versets, qui apportèrent une réponse appropriée à cette affaire. L’importance de la question se comprend notamment du fait qu’Allah, le Seigneur des mondes, la mentionne dès le début de la sourate Al-Ahzab en disant : « Ô Prophète, crains Allah et n’obéis ni aux mécréants ni aux hypocrites. Allah est Omniscient et Sage. » (Sourate Al-Ahzab, verset 1)
Ici, il est fait allusion aux activités des hypocrites, dont les grandes lignes sont exposées brièvement. Le Messager d’Allah, qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix, supportait ces agissements des hypocrites avec patience, endurance et douceur. Les musulmans ordinaires se protégeaient eux aussi de leurs agissements et poursuivaient leurs jours avec patience, car ils savaient qu’Allah le Très-Haut humilierait et avilirait les hypocrites de diverses manières. Comme Allah le Très-Haut le dit : « Ne voient-ils pas qu’ils sont éprouvés une ou deux fois chaque année ? Pourtant, ils ne se repentent pas et ne tirent pas de leçon. » (Sourate At-Tawbah, verset 126)
Les agissements des hypocrites lors de l’expédition contre les Banû al-Mustaliq
Les hypocrites participèrent également à l’expédition militaire contre les Banû al-Mustaliq. Allah le Très-Haut a décrit dans le Noble Coran ce qu’ils y firent : « S’ils étaient sortis avec vous, ils n’auraient fait qu’accroître votre confusion et se seraient empressés de semer la discorde parmi vous. » (Sourate At-Tawbah, verset 47)
Au cours de cette expédition, deux occasions se présentèrent à eux d’exprimer la rancœur accumulée dans leur cœur contre les musulmans. Ils provoquèrent une grande agitation et un grand désordre parmi les musulmans, et lancèrent une infâme campagne de calomnies contre le Messager d’Allah, qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix. Voici, en substance, le récit de ces deux événements :
1) L’expulsion de la personne la plus vile
Après l’expédition militaire contre les Banû al-Mustaliq, le Messager d’Allah, qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix, campait près du point d’eau de Muraysi‘. À ce moment-là, quelques hommes allèrent y puiser de l’eau. Parmi eux se trouvait un serviteur de ‘Umar, qu’Allah l’agrée. Il s’appelait Jahjah al-Ghifari. Alors qu’il allait chercher de l’eau, il se disputa d’abord avec Sinan ibn Wabr al-Juhani, puis tous deux en vinrent aux mains. Al-Juhani s’écria alors : « Ô Ansar, venez à mon aide ! » Jahjah cria lui aussi : « Ô Muhajirun, venez à mon aide ! » Dès qu’il en fut informé, le Messager d’Allah, qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix, se rendit auprès d’eux et dit : « Je suis parmi vous, et pourtant vous poussez des cris comme au temps de la Jahiliyyah ? Laissez-le, car cela est une chose répugnante. »
Lorsqu’Abdullah ibn Ubayy apprit la nouvelle de cet incident, il entra dans une violente colère. Il dit : « Ont-ils donc osé faire une telle chose ? Est-il devenu notre adversaire et notre ennemi dans notre propre région ? Notre situation confirme la véracité d’un ancien proverbe : nourris et engraisse ton propre chien afin qu’il puisse te mordre et te mettre en pièces. Écoutez ! Lorsque nous arriverons à Médine, l’homme le plus honoré parmi nous en chassera le plus vil. » Puis il s’adressa aux personnes présentes : « C’est vous qui avez attiré ce malheur sur vous. Vous lui avez permis de vivre dans votre ville et lui avez donné une part de vos biens. Voyez : si vous cessez de lui donner ce que vous possédez, il quittera votre ville pour aller ailleurs. »
À cette époque, le jeune compagnon Zayd ibn Arqam se trouvait également là. Il vint tout raconter à son oncle, qui en informa le Messager d’Allah, qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix. Hazrat Umar était également présent. Il dit : « Ô Messager d’Allah, ordonne à Ubbad ibn Bishr de le tuer. » Le Messager d’Allah, qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix, répondit : « Umar, comment cela serait-il possible ? Muhammad tuerait-il ses compagnons ? Annonce plutôt notre départ d’ici. » Ce n’était pourtant pas l’heure habituelle de partir quelque part. Le Messager d’Allah, qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix, ne se mettait jamais en route à une telle heure. Lorsque les compagnons commencèrent le voyage, ils vinrent auprès du Messager d’Allah, qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix, le saluèrent et lui dirent : « Êtes-vous parti aujourd’hui à une heure inhabituelle ? » Il demanda : « Sais-tu ce que votre compagnon a dit ? » Hazrat Usayd demanda : « Qu’a-t-il dit ? » Il répondit : « Il a dit qu’après notre arrivée à Médine, l’homme honorable en expulserait le plus vil. » Hazrat Usayd dit : « Ô Messager d’Allah, si vous le souhaitez, expulsez-le de Médine. Par Allah, il est vil et vous êtes honorable. » Puis il ajouta : « Ô Messager d’Allah, traitez-le avec douceur. Par Allah, Allah vous a amené parmi nous à une époque où ses compatriotes avaient déjà préparé une couronne de perles et de joyaux pour son couronnement. C’est pourquoi il pense que c’est vous qui lui avez arraché sa royauté. »
Le Messager d’Allah, qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix, continua ensuite à marcher sans interruption depuis le matin jusqu’à l’après-midi de ce jour, puis jusqu’à ce que le soleil soit haut dans le ciel le lendemain. Dès qu’il ordonna une halte, tous s’allongèrent sur le sol et s’endormirent profondément. C’est précisément ce que souhaitait le Messager d’Allah, qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix. Il ne voulait pas que les compagnons s’asseyent confortablement pour bavarder longuement.
Entre-temps, Abdullah ibn Ubay apprit que Zayd ibn Arqam avait divulgué toute l’affaire. Il se présenta alors auprès du Messager d’Allah, qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix, et se mit à jurer. Il déclara : « Ce que vous avez entendu n’est pas vrai ; jamais de ma vie je n’ai dit de telles choses. Je ne les ai même pas prononcées. » Les Ansar présents dirent alors : « Ô Messager d’Allah, Zayd est encore un jeune garçon. Il a peut-être mal entendu. Il n’a peut-être pas bien retenu ce qu’Abdullah a dit. Vous avez donc cru tout ce que vous avez entendu au sujet d’Abdullah ibn Ubay. »
Hazrat Zayd ibn Arqam (qu’Allah l’agrée) rapporte : « Après cela, j’ai été si affligé que je ne l’avais jamais été auparavant. Accablé de chagrin, je restai chez moi. Puis Allah révéla la sourate Al-Munafiqun. Dans cette sourate, Allah témoigna en ces termes : “Ils disent : Ne dépensez pas pour ceux qui sont auprès du Messager d’Allah, jusqu’à ce qu’ils se dispersent.” »
Allah dit également : « Ils disent : Lorsque nous retournerons à Médine, nous en expulserons le plus puissant le plus faible. »
Hazrat Zayd (qu’Allah l’agrée) rapporte : « Après la révélation de ce verset, le Messager d’Allah envoya quelqu’un me chercher et me fit venir. Il me récita le verset révélé, puis dit : “Allah a attesté la véracité de tes paroles.” » [Sahih al-Bukhari, tome 1, p. 499 ; tome 2, p. 227, 228, 229 ; Ibn Hisham, tome 2, p. 290, 291, 292.]
Le chef hypocrite avait également un fils nommé Abdullah. Celui-ci était totalement différent de son père. C’était un compagnon extrêmement pieux et vertueux. Ayant rompu avec son père, il vint se tenir, l’épée à la main, à la porte de Médine. Lorsque son père, Abdullah ibn Ubay, arriva, il lui dit : « Par Allah, tant que le Messager d’Allah, qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix, ne vous en donnera pas la permission, vous ne pourrez pas avancer d’un seul pas. En effet, le Messager d’Allah est honoré, tandis que vous êtes méprisé. » Puis le Messager d’Allah, qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix, se rendit sur place et autorisa le chef des hypocrites à entrer à Médine. Ce même Abdullah avait dit au Messager d’Allah, qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix : « Ô Messager d’Allah, si vous voulez le tuer, dites-le-moi. Par Allah, je vous apporterai sa tête après l’avoir tranchée. » [Ibn Hisham, Mukhtasar al-Sirah, Cheikh Abdullah, p. 277.]
Deux) L’affaire de l’Ifk
Un autre aspect important de cette expédition est l’affaire de l’« ifk », c’est-à-dire la calomnie portant atteinte à l’honneur. Voici ce qui s’est passé : lorsque le Messager d’Allah — qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix — devait entreprendre un voyage, il tirait au sort entre ses épouses. Celle dont le nom sortait l’accompagnait durant le voyage. Lorsqu’il partit pour cette bataille, le nom de Aïcha — qu’Allah l’agrée — fut tiré au sort.
Le Messager d’Allah — qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix — l’emmena donc avec lui. Sur le chemin du retour, ils firent halte en un endroit. Elle avait emprunté ce collier à sa sœur. S’apercevant qu’il avait disparu, elle partit immédiatement à sa recherche. Entre-temps, le Messager d’Allah — qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix — et les Compagnons repartirent en direction de Médine. Ceux qui plaçaient le palanquin de Aïcha — qu’Allah l’agrée — sur le dos du chameau pensèrent qu’elle s’y trouvait déjà. Ils le hissèrent donc sur le chameau et l’attachèrent. Ils ne songèrent pas au fait que le palanquin n’était pas très lourd. Aïcha — qu’Allah l’agrée — était encore jeune, menue et légère. Comme plusieurs hommes avaient soulevé le palanquin, ils ne remarquèrent pas qu’il ne contenait personne. Si seulement deux ou trois hommes l’avaient soulevé, ils auraient peut-être compris qu’il était léger.
En résumé, après avoir cherché le collier, Aïcha — qu’Allah l’agrée — revint au lieu où ils avaient fait halte et constata que tout le monde était parti : le camp était désert. Elle s’assit alors, pensant que quelqu’un viendrait certainement la chercher après avoir constaté son absence. Certes, ce qu’Allah Tout-Puissant veut arrive. Aïcha — qu’Allah l’agrée — s’allongea et finit par s’endormir. « Nous appartenons à Allah et c’est vers Lui que nous retournerons… l’épouse du Messager d’Allah ? » En entendant ces mots, Aïcha — qu’Allah l’agrée — se réveilla. Celui qui les avait prononcés était Safwân ibn al-Mu‘attal — qu’Allah l’agrée. Il avait le sommeil profond. Ce Compagnon, particulièrement somnolent, était lui aussi resté en arrière. Dès qu’il vit Aïcha, il la reconnut, car il l’avait vue avant la révélation de l’obligation du voile. Il prononça la formule « Nous appartenons à Allah et c’est vers Lui que nous retournerons », puis amena sa monture auprès d’Aïcha et la fit asseoir dessus. Aïcha monta sur la monture. Safwân ne prononça pas un seul mot en dehors de cette formule. Il ne posa aucune question à Aïcha. En silence, tenant la corde du chameau et marchant à pied, il rejoignit la caravane.
C’était exactement midi. Tous les membres de la caravane se reposaient à ce moment-là. En voyant Safwân arriver de cette manière, les Compagnons commencèrent à en parler et à échanger des commentaires. L’ennemi d’Allah, Abdullah ibn Ubayy, trouva l’occasion d’exprimer la rancœur qui l’habitait. Il eut ainsi l’occasion d’attiser davantage le feu de haine et de jalousie qui couvait dans son cœur. Il commença à répandre des calomnies contre l’épouse du Messager d’Allah. Ses compagnons, désireux de lui plaire, se mirent eux aussi à colporter diverses rumeurs. Après leur arrivée à Médine, la calomnie fut amplifiée et se ramifia de toutes parts. Le Messager d’Allah — qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix — entendit tout cela, mais resta silencieux. Il ne dit rien à ce sujet. La révélation ne vint pas non plus pendant plusieurs jours. Dans cette situation, le Messager d’Allah — qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix — consulta ses Compagnons les plus proches au sujet de la rupture de ses relations avec Aïcha — qu’Allah l’agrée. Ali — qu’Allah l’agrée — suggéra à demi-mot de rompre avec elle et d’épouser une autre femme. Usama — qu’Allah l’agrée — et plusieurs autres Compagnons dirent : « Ô Messager d’Allah, ne répudiez pas Aïcha ; ne prêtez pas attention aux paroles des ennemis. » Le Messager d’Allah — qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix — se tint alors sur le minbar de la mosquée du Prophète et sollicita l’aide des Compagnons afin d’être délivré des souffrances causées par Abdullah ibn Ubayy. En entendant ces paroles du Messager d’Allah, Sa‘d ibn Mu‘adh exprima le désir de tuer Abdullah ibn Ubayy. Sa‘d ibn Ubada — qu’Allah l’agrée — n’apprécia pas ces propos. Il était le chef de la tribu des Khazraj, et Abdullah appartenait à sa tribu. Son esprit de clan se réveilla donc. Sa‘d ibn Mu‘adh et Sa‘d ibn Ubada se disputèrent, si bien que les membres des deux tribus s’emportèrent. Le Messager d’Allah — qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix — apaisa les deux parties après leur avoir longuement parlé, puis garda le silence.
De son côté, Aïcha — qu’Allah l’agrée — tomba malade dès son retour du voyage. Elle resta alitée pendant un mois. Elle ne savait absolument rien des calomnies répandues à son sujet. Toutefois, elle se demandait parfois pourquoi, contrairement à ce qu’il faisait auparavant lorsqu’elle était malade, le Messager d’Allah — qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix — ne lui témoignait pas cette fois la même compassion. Après sa guérison, Aïcha se rendit un soir dans la campagne avec Umm Mistah pour se soulager. Par inadvertance, Umm Mistah trébucha après avoir emmêlé ses pieds dans son voile et tomba. Elle maudit alors son propre fils.
Lorsque Aïcha — qu’Allah l’agrée — lui reprocha cela, Umm Mistah répondit : « Mon fils a participé au crime de cette campagne de diffamation. » Puis elle raconta à Aïcha — qu’Allah l’agrée — la calomnie répandue à son sujet. Pour connaître toute l’affaire, Aïcha demanda la permission de se rendre chez son père et sa mère. Après l’avoir obtenue, elle alla chez ses parents. Lorsqu’elle y apprit tout, elle se mit à pleurer abondamment. Elle passa deux nuits et un jour à pleurer. Pendant tout ce temps, elle ne s’essuya pas les yeux et ne dormit pas. Elle avait l’impression que sa poitrine allait se fendre à force de pleurer. C’est dans cet état que le Messager d’Allah — qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix — arriva. Après avoir récité l’attestation de foi, il dit dans un discours : « Ô Aïcha, de telles paroles me sont parvenues à ton sujet. Si tu es innocente de tout cela, Allah Tout-Puissant le manifestera bientôt. Mais, à Dieu ne plaise, si tu as commis un péché, demande à Allah Son pardon et repens-toi. Lorsque le serviteur reconnaît son péché et se repent devant Allah, Allah Tout-Puissant accepte son repentir. »
Dès qu’elle entendit ces paroles, Aïcha cessa de pleurer. Pas une seule larme ne lui vint aux yeux. Elle demanda à son père et à sa mère de répondre à sa place, mais ils ne savaient pas quelle réponse donner. Aïcha — qu’Allah l’agrée — dit alors elle-même : « Par Allah, je sais qu’à force d’entendre ces paroles, elles se sont profondément ancrées dans vos esprits. Vous les tenez pour vraies. Si je dis maintenant que je suis innocente, vous ne me croirez pas ; en revanche, si j’avoue une faute, vous me croirez. Allah sait parfaitement que je suis innocente. Dans ces circonstances, notre situation est semblable à celle évoquée par le père de Joseph — qu’Allah l’agrée —, Jacob — qu’Allah l’agrée — : “La patience est donc ce qu’il y a de mieux, et c’est auprès d’Allah seul que je cherche secours contre ce que vous affirmez.” »
Après cela, Aïcha — qu’Allah l’agrée — alla s’allonger à l’écart. C’est alors que la révélation commença à descendre sur le Messager. Lorsque l’éprouvant état lié à la révélation prit fin, le Messager d’Allah — qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix — souriait doucement. Il dit en premier lieu : « Ô Aïcha, Allah Tout-Puissant a proclamé ton innocence. » Sa mère lui dit avec joie : « Aïcha, va auprès du Messager d’Allah. » Aïcha — qu’Allah l’agrée — répondit sur un ton de fausse vexation : « Je n’irai pas ; je ne ferai que louer Allah. »
Les versets révélés au sujet de cet événement font partie de la sourate An-Nûr. Ils commencent au dixième verset de cette sourate.
Ensuite, pour avoir propagé cette calomnie, chacun des trois Compagnons, Mistah ibn Uthatha, Hassan ibn Thabit et Hamna, reçut quatre-vingts coups de fouet. [Selon la loi de la charia islamique, lorsqu’une accusation d’adultère portée contre quelqu’un n’est pas prouvée, celui qui a propagé la calomnie reçoit quatre-vingts coups de fouet.]
Abdullah ibn Ubayy, le chef hypocrite, échappa au châtiment corporel. Pourtant, il était au premier rang de ceux qui avaient propagé cette calomnie. Ce scélérat y avait joué le rôle principal. Pourquoi ne lui infligea-t-on aucune sorte de châtiment ?
La raison en est que ceux qui furent châtiés seront pardonnés dans l’au-delà en remplacement de ce châtiment. Ce châtiment leur servira d’expiation. Comme Allah Très-Haut avait annoncé qu’Il infligerait à Abdullah ibn Ubayy un châtiment sévère dans l’au-delà, aucun châtiment ne lui fut infligé. Ou bien, c’est pour la même raison qu’il ne fut pas tué qu’aucun châtiment ne lui fut infligé. [Sahih al-Bukhari, vol. 1, p. 364 ; vol. 2, p. 696, 697, 698 ; Zad al-Ma‘ad, vol. 2, p. 113, 114, 115 ; Ibn Hisham, vol. 2, p. 297-307]
Ainsi, au bout d’un mois, les nuages de suspicion, de doute et de trouble psychologique qui assombrissaient l’atmosphère de Médine se dissipèrent. Abdullah ibn Ubayy fut tellement humilié que ce scélérat ne put plus jamais relever la tête. Ibn Ishaq rapporte que, par la suite, chaque fois qu’il dépassait les limites, les membres de son propre peuple le maltraitaient. Voyant cette situation, le Messager d’Allah, qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix, dit un jour à Umar : « Umar, qu’en penses-tu ? Vois-tu, si tu l’avais tué ce jour-là, beaucoup de gens arrogants auraient élevé la voix pour le critiquer. Et aujourd’hui ? Si l’ordre de le tuer leur était donné maintenant, ces mêmes détracteurs le tueraient. » Umar répondit : « Je le jure par Allah, j’ai compris que le jugement du Messager d’Allah était meilleur que le mien. » [Ibn Hisham, vol. 2, p. 293]
Expéditions militaires postérieures à la bataille de Mouraysi‘
1) L’expédition de Diyar Banû Kilab (région de Dumat al-Jandal)
Cette expédition fut menée sous le commandement de Hadrat Abd ar-Rahman ibn Awf au mois de Chaabane de la sixième année de l’Hégire. Le Messager d’Allah, qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix, fit asseoir Abd ar-Rahman devant lui, lui attacha de ses propres mains un turban autour de la tête et lui recommanda d’agir convenablement pendant le combat. Il lui dit : « S’ils acceptent de te prêter allégeance, tu épouseras la fille de leur roi. » Arrivé à Dumat al-Jandal, Hadrat Abd ar-Rahman ibn Awf les invita continuellement à l’islam pendant trois jours. Finalement, ils embrassèrent l’islam. Ensuite, Hadrat Abd ar-Rahman épousa Tamadur bint al-Asbagh. Cette femme était la mère d’Abu Salama, fils de Hadrat Abd ar-Rahman. Son père était le chef et le roi de son peuple.
2) Expédition de Dhi Banu Sa‘d (région de Fadak)
Cette expédition fut menée sous le commandement de Hadrat ‘Alî, que Dieu l’agrée, au mois de Sha‘bân de la sixième année de l’Hégire. Le Messager, qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix, apprit qu’un groupe de membres de la tribu des Banû Sa‘d se préparait à aider les Juifs contre les musulmans. Après avoir reçu cette information, il envoya Hadrat ‘Alî, que Dieu l’agrée, avec deux cents hommes. Ils voyageaient de nuit et se dissimulaient pendant la journée. Finalement, un espion fut capturé. Il avoua qu’ils avaient proposé d’aider les Juifs en échange des dattes de Khaybar. L’espion indiqua également que les Banû Sa‘d étaient rassemblés en tel endroit. Hadrat ‘Alî, que Dieu l’agrée, lança une attaque surprise durant la nuit et s’empara de cinq cents chameaux et de deux mille chèvres. Les membres de la tribu des Banû Sa‘d réussirent à s’enfuir avec leurs femmes et leurs enfants. Leur chef s’appelait ‘Ubar ibn ‘Âlim.
3) Expédition de Wâdî al-Qurâ
Cette expédition fut menée au mois de Ramadan de la sixième année de l’Hégire, sous le commandement de Hadrat Abû Bakr as-Siddîq, que Dieu l’agrée, ou de Hadrat Zayd ibn Hâritha, que Dieu l’agrée. La raison en était qu’une branche de la tribu des Banû Fazâra avait recours à la tromperie et complotait pour tuer le Messager, qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix. Le Messager, qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix, envoya donc Hadrat Abû Bakr, que Dieu l’agrée. Hadrat Salama ibn al-Akwa‘ rapporte : « Je participais moi aussi à cette expédition avec lui. Après avoir accompli la prière de l’aube, nous attaquâmes sur l’ordre de Hadrat Abû Bakr, que Dieu l’agrée. »
Hadrat Abû Bakr, que Dieu l’agrée, tua plusieurs hommes. Je vis un groupe de gens, parmi lesquels se trouvaient des femmes et des enfants. Je craignais qu’ils ne s’enfuient dans la montagne. Pensant cela, je m’avançai et décochai une flèche entre eux et la montagne. Ils s’arrêtèrent. Parmi eux se trouvait une femme appelée Umm Qirfa. Elle portait un vieux manteau. Elle était accompagnée de sa jeune fille, qui comptait parmi les plus belles jeunes femmes d’Arabie. Je les chassai et les conduisis auprès de Hadrat Abû Bakr, que Dieu l’agrée. Il me donna la jeune fille. Je ne lui ai jamais dévoilé le vêtement. Plus tard, le Messager, qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix, demanda cette jeune fille à Salama ibn al-Akwa‘ et l’envoya à La Mecque. En échange de cette jeune fille, plusieurs musulmans détenus à La Mecque furent libérés. Sahîh Muslim, tome 2, p. 89. Il est également indiqué que cette expédition militaire eut lieu durant la septième année de l’Hégire.
Umm Qirfa était une femme démoniaque. Cette femme complotait pour tuer le Messager d’Allah. À cette fin, elle avait préparé trente cavaliers de sa tribu. Elle reçut ce qu’elle méritait lors de cette expédition : ses trente cavaliers furent tous tués.
4) Expédition de ‘Uraynayn
Cette expédition fut menée au mois de Shawwâl de la sixième année de l’Hégire, sous le commandement de Hadrat Kharija ibn Jâbir al-Fihri, que Dieu l’agrée. [Il s’agit du même Kharija ibn Jâbir al-Fihri qui, avant la bataille de Badr, avait mené l’expédition militaire de Safwân et attaqué les troupeaux à Médine. Il embrassa ensuite l’islam et mourut en martyr lors de la conquête de La Mecque.] La raison en était que plusieurs hommes des tribus de ‘Ukal et de ‘Urayna vinrent à Médine, embrassèrent l’islam et y demeurèrent. Cependant, le climat de Médine ne leur convenait pas. Le Messager, qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix, les envoya donc avec quelques chameaux dans un pâturage et leur ordonna de boire le lait et l’urine des chameaux. Après avoir recouvré la santé, ils tuèrent les bergers des chameaux envoyés par le Messager d’Allah et s’enfuirent avec les bêtes. Après avoir embrassé l’islam, ils retournèrent à la mécréance. Le Messager d’Allah, qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix, envoya à leur poursuite un groupe de vingt Compagnons sous le commandement de Kharija ibn Jâbir al-Fihri. Il invoqua la malédiction contre ces ingrats et ces apostats en disant : « Ô Allah Tout-Puissant, aveugle leur chemin et rends-le plus étroit que le bracelet. »
Les Compagnons les poursuivirent et les capturèrent. Pour avoir tué les bergers musulmans, leurs mains et leurs pieds furent coupés, en plus d’autres châtiments. Ensuite, ils furent abandonnés dans une région appelée Harla. Là, ils creusèrent continuellement la terre et subirent les conséquences de leurs actes. [Zād al-Maʿād, tome 2, p. 122] Dans d’autres ouvrages de Bukhari, cet événement est également rapporté d’après Anas (qu’Allah l’agrée). [Sahih al-Bukhari, tome 2, p. 602]
Ainsi, ʿAmr ibn Umayya al-Jamrī se rendit à La Mecque pour tuer Sufyan. En effet, Abū Sufyan avait envoyé un Bédouin à Médine afin d’assassiner le Messager d’Allah (qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix). Cependant, ni l’un ni l’autre ne parvint à atteindre son objectif.
Les auteurs de la Sîra ont également écrit que, lors de cette expédition, ʿAmr ibn Umayya al-Damrī tua trois mécréants. Il rapporta aussi le corps de Khubayb (qu’Allah l’agrée). Or, le martyre de Khubayb (qu’Allah l’agrée) eut lieu le jour de l’expédition de Rajīʿ, ou quelques mois plus tard. L’événement de Rajīʿ eut lieu au mois de Safar de la quatrième année de l’Hégire. Les deux événements se sont donc produits au cours de voyages distincts. Mais je ne comprends pas pourquoi les auteurs de la Sîra les ont mentionnés de manière si désordonnée, créant ainsi une confusion. Ils ont présenté les deux événements comme s’étant déroulés au cours du même voyage. Il est également possible que, dans l’ordre des événements, ils aient effectivement eu lieu pendant le même voyage. Toutefois, les auteurs de la Sîra se sont peut-être trompés en indiquant la sixième année de l’Hégire au lieu de la quatrième pour dater ces événements.
L’érudit Mansurpurī a également refusé de reconnaître cet événement comme une expédition militaire ou une sariyya. Allah, Lui seul, sait parfaitement toute chose.
Toutes ces expéditions furent menées après al-Ahzāb et Banū Qurayza. Dans aucune de ces expéditions il n’y eut d’affrontement grave ni de véritable bataille. Quelques-unes donnèrent lieu à des attaques et à des escarmouches ordinaires. Ces expéditions avaient pour objectif d’effrayer les ennemis et d’exercer une influence sur eux.
L’examen de l’ensemble des faits montre qu’après la bataille d’al-Ahzāb, la situation changea rapidement. Le moral des ennemis de l’islam s’effondra. Les ennemis renoncèrent également à l’espoir de détruire la prédication de l’islam et d’en ternir la gloire. Cependant, la situation connut un changement notable après le traité d’al-Hudaybiya. Ce traité fut en réalité l’expression de la puissance même de l’islam. Il devint clairement manifeste qu’il ne restait plus, dans le monde arabe, aucune force capable d’arrêter l’avancée de l’islam et que sa victoire était inéluctable.
Le traité d’al-Hudaybiya
Préparatifs pour la ʿumra
La situation dans le monde arabe était devenue presque favorable aux musulmans. Les signes du succès de la prédication islamique et d’une grande victoire apparaissaient progressivement. Les polythéistes avaient gardé fermées aux musulmans les portes de la Mosquée sacrée depuis six ans. Les premières démarches visant à obtenir la reconnaissance du droit des musulmans d’accomplir leur culte dans cette mosquée sacrée avaient commencé.
À Médine l’Illuminée, le Messager d’Allah — qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix — vit en rêve qu’il était entré dans la Mosquée sacrée avec les nobles Compagnons. Il vit également qu’il avait pris la clé de la Kaaba et qu’avec les Compagnons, ils avaient accompli les circumambulations autour de la Kaaba ainsi que la ‘umra. Ensuite, certains Compagnons se coupèrent les cheveux, tandis que d’autres ne se coupèrent que les ongles. Le Messager — qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix — informa les Compagnons de ce rêve. En l’entendant, ils furent très heureux. Ils espéraient intérieurement pouvoir se rendre à La Mecque cette année-là. Le Messager — qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix — leur annonça également qu’il accomplirait la ‘umra. Après cette annonce, les nobles Compagnons commencèrent à préparer le voyage.
Annonce du départ des musulmans
Le Messager — qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix — fit annoncer à Médine et dans ses environs qu’il se rendrait avec lui à La Mecque. La plupart des Arabes hésitaient. Entre-temps, le Messager — qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix — nettoya ses vêtements. Il confia la responsabilité de Médine à ‘Abdullah ibn Umm Maktum — ou, selon une autre version, à Namila al-Laythî — qu’Allah l’agrée. Monté sur sa chamelle nommée Qaswâ, le Messager — qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix — partit en direction de La Mecque le premier jour de Dhû al-Qa‘da de la sixième année de l’Hégire. Son épouse, Umm Salama — qu’Allah l’agrée — l’accompagna. Parmi les Compagnons, quatorze cents personnes partirent, ou quinze cents selon une autre version. Le Messager — qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix — emporta des armes de voyage et ne prit aucune arme autre qu’une épée dans son fourreau.
Le Messager — qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix — et les musulmans se dirigeaient vers La Mecque. Lorsqu’ils atteignirent un lieu appelé Dhû al-Hulayfa, le Messager — qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix — orna sa bête destinée au sacrifice. Il incisa la bosse du chameau et y apposa une marque. Il entra en état d’ihrâm pour la ‘umra. Il fit cela afin que chacun soit rassuré et comprenne qu’il se rendait uniquement pour accomplir la ‘umra et qu’il n’avait aucune intention de combattre. Un espion de la tribu des Khuzâ‘a fut envoyé en avant de la caravane pour s’informer des intentions des Quraysh. Après avoir atteint un lieu appelé ‘Asfân, l’espion arriva et annonça : « Je viens de voir Ka‘b ibn Lu’ayy. Il rassemble les membres de leur tribu alliée, les Ahâbîsh, afin de vous affronter. Des hommes sont également rassemblés depuis d’autres endroits. Ils sont déterminés à vous combattre et à vous empêcher d’entrer à La Mecque. » Après avoir reçu cette nouvelle, le Messager — qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix — consulta les Compagnons.
Il dit : « Quel est votre avis ? Devons-nous attaquer les tribus qui se sont préparées à soutenir les Quraysh en nous rendant sur leur territoire ? Même si elles restent silencieuses, la terreur de la guerre les entourera. Si elles prennent la fuite, peut-être qu’avec la volonté d’Allah, le cou de l’un ou de l’autre sera tranché. Ou bien souhaitez-vous que nous partions vers la Maison sacrée et que nous combattions ceux qui nous barreront la route ? » Après avoir entendu cela, Abû Bakr al-Siddîq — qu’Allah l’agrée — dit : « Allah et Son Messager savent mieux. Mais nous sommes venus pour accomplir la ‘umra, non pour combattre qui que ce soit. Toutefois, nous combattrons ceux qui s’interposeront entre nous et la Maison d’Allah. » Le Messager — qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix — dit : « Très bien, allons-y. » Puis tous continuèrent leur progression vers La Mecque.
Tentative d’empêcher les musulmans d’atteindre la Maison d’Allah
Entre-temps, après avoir appris le départ du Messager d’Allah — qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix — les Quraysh tinrent une réunion de conseil et décidèrent qu’il fallait, à n’importe quel prix, empêcher les musulmans d’atteindre la Maison d’Allah. Le Messager — qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix — poursuivit son voyage après avoir dépassé les Ahâbîsh. Un homme de la tribu des Banû Ka‘b vint annoncer que les Quraysh avaient pris position dans un lieu appelé Dhû Tuwâ. Khâlid ibn al-Walîd se tenait prêt à Qura‘ al-Ghamîm avec une troupe de deux cents cavaliers. Cet endroit se trouvait sur la route principale menant à La Mecque. Khâlid ibn al-Walîd tenta d’empêcher les musulmans d’avancer. Il plaça ses soldats à un endroit d’où les deux camps pouvaient se voir.
Alors que les musulmans accomplissaient la prière de midi, Khālid remarqua qu’ils s’inclinaient et se prosternaient. À la fin de la prière, Khālid fit observer qu’ils avaient été inattentifs pendant celle-ci. Si nous les avions attaqués à ce moment-là, nous aurions pu les maîtriser. Khālid décida ensuite de les attaquer soudainement au moment où les musulmans se lèveraient pour accomplir la prière de l’après-midi. C’est alors qu’Allah prescrivit la ṣalāt al-khawf, la prière de la peur. Malgré son intention, Khālid ibn al-Walīd ne put attaquer les musulmans.
S’efforcer d’éviter un affrontement sanglant
Entre-temps, le Messager d’Allah — qu’Allah lui accorde Ses bénédictions et la paix — quitta la route principale de Qurāʾ al-Ghamīm et poursuivit son chemin par une autre voie. Celle-ci traversait une région montagneuse. Autrement dit, tournant à droite, le Messager d’Allah — qu’Allah lui accorde Ses bénédictions et la paix — passa entre les monts de Ḥamsh par un chemin qui aboutissait à un lieu appelé Thaniyyat al-Marār. De Thaniyyat al-Marār, ils se rendirent à al-Ḥudaybiyya. Cet endroit se trouvait non loin de La Mecque. Voyant les musulmans quitter Qurāʾ al-Ghamīm par une autre route, c’est-à-dire changer de chemin, Khālid se hâta de gagner La Mecque avec ses compagnons afin d’informer les Quraychites de cette nouvelle situation.
Entre-temps, le Messager d’Allah — qu’Allah lui accorde Ses bénédictions et la paix — poursuivit son voyage. Lorsqu’ils arrivèrent à un endroit appelé Thaniyyat al-Marār, la chamelle s’assit. Les gens lui dirent : « Allez, allez ! » Mais elle resta assise. Le Messager d’Allah — qu’Allah lui accorde Ses bénédictions et la paix — dit : « Cette chamelle n’a pas l’habitude de s’asseoir ainsi. Celui qui a retenu l’éléphant la retient. » Puis il dit : « Par Celui qui détient mon âme dans Sa main, ils ne me demanderont rien qui implique le respect d’une interdiction d’Allah sans que je l’accepte. » Dès que le Messager d’Allah — qu’Allah lui accorde Ses bénédictions et la paix — pressa la chamelle de se relever, elle se leva aussitôt. Il modifia ensuite légèrement l’itinéraire et s’arrêta près d’un point d’eau à al-Ḥudaybiyya. Il n’y avait pas beaucoup d’eau dans ce bassin. Après en avoir puisé peu à peu, ils l’épuisèrent en peu de temps. Les Compagnons informèrent le Messager d’Allah de leur soif. Il sortit une flèche de son carquois et leur ordonna de la jeter dans le bassin. Les Compagnons exécutèrent son ordre. Alors l’eau se mit à jaillir du bassin en un flot continu, et les Compagnons furent délivrés de leurs difficultés liées à l’eau.
L’arrivée de Budayl ibn Warqāʾ
Alors que le Messager d’Allah — qu’Allah lui accorde Ses bénédictions et la paix — demeurait là en toute tranquillité, Budayl ibn Warqāʾ, de la tribu des Khuzāʿa, vint à sa rencontre accompagné de quelques hommes de sa tribu. Parmi les habitants du Tihāma, les membres de cette tribu étaient favorables au Messager d’Allah et aux musulmans. Budayl dit : « Je viens de voir Kaʿb ibn Luʾayy, qui tient sous son contrôle le point d’eau abondant d’al-Ḥudaybiyya. Des femmes et des enfants se trouvent avec lui. Il est déterminé à vous combattre et à vous empêcher d’accéder à la Maison sacrée. » Le Messager d’Allah — qu’Allah lui accorde Ses bénédictions et la paix — répondit : « Nous ne sommes pas venus combattre qui que ce soit. Le combat a brisé les Quraychites et leur a causé de lourdes pertes. S’ils le souhaitent, je fixerai avec eux un délai, et ils se retireront de la zone qui nous sépare, moi et mes hommes. S’ils le souhaitent, ils pourront également se désintéresser de l’affaire dans laquelle les gens se sont engagés ; autrement, ils jouiront au moins de la paix. Mais s’ils refusent toute solution autre que le combat, alors, par Celui qui détient mon âme dans Sa main, je les combattrai pour la religion tant qu’il restera de la vie dans mon corps, ou jusqu’à ce que s’accomplisse la volonté d’Allah. »
Budayl dit : « Je transmettrai votre message aux Quraychites. » Il se rendit ensuite auprès d’eux et leur dit : « Je viens de chez ces gens. J’ai entendu une déclaration de leur part. Si vous voulez l’entendre, je peux vous la rapporter. » Les insensés dirent : « Nous n’avons pas besoin de les écouter. Nous ne voulons entendre aucune de leurs paroles. » Quelques hommes raisonnables dirent : « Écoutons donc ce qu’il a à dire. » Budayl leur rapporta tout en détail. Les Quraychites envoyèrent alors Mukarriz ibn Ḥafṣ comme émissaire. En le voyant, le Messager d’Allah — qu’Allah lui accorde Ses bénédictions et la paix — dit : « Cet homme est un traître. » Après que Mukarriz fut venu s’entretenir avec le Messager d’Allah, celui-ci lui répéta les mêmes paroles qu’il avait auparavant adressées à Budayl. Mukarriz retourna ensuite auprès des Quraychites et leur rapporta tout.
L’envoi d’un émissaire par les Quraychites
Ensuite, un homme de la tribu des Banû Kinâna, nommé al-Hulays ibn ‘Alqama, dit : « Laissez-moi aller auprès d’eux. » Les Quraysh lui en donnèrent l’autorisation. En le voyant, le noble Prophète dit à ses Compagnons : « Cet homme appartient à telle tribu, une tribu qui vénère les animaux destinés au sacrifice. Faites donc avancer les bêtes sacrificielles. » Les Compagnons les firent avancer et l’accueillirent eux-mêmes en récitant : « Labbayka ! » En voyant cette scène, cet homme dit : « Gloire à Allah ! Il n’est absolument pas convenable de les empêcher d’accéder à la Maison sacrée. » Sans ajouter un mot, il se rendit directement au campement des Quraysh et dit : « J’ai vu les animaux destinés au sacrifice — c’est-à-dire offerts pour rechercher l’agrément d’Allah. Des morceaux d’étoffe sont attachés à leur cou et les bosses de nombreux animaux ont été marquées en les faisant saigner. Je ne considère donc pas qu’il soit convenable de les empêcher d’accéder à la Maison sacrée. » Il échangea ensuite quelques paroles avec les Quraysh, au point de se mettre en colère.
À ce moment-là, ‘Urwa ibn Mas‘ûd ath-Thaqafî intervint et dit : « Il vous a présenté une proposition. Acceptez-la et laissez-moi aller auprès de lui. » Les Quraysh l’y autorisèrent. Il vint alors s’entretenir avec le Messager d’Allah. Le Prophète répéta les mêmes paroles qu’il avait adressées à Budayl et à ses compagnons. Après les avoir entendues, ‘Urwa dit : « Ô Muhammad, qu’Allah prie sur lui et le salue, dites-moi donc : si vous anéantissez votre propre peuple, avez-vous déjà entendu parler d’un Arabe, avant vous, qui aurait entièrement exterminé son propre peuple ? Si une situation différente devait se présenter, je le jure par Allah, j’ai vu des visages et des gens si désemparés qu’ils semblent prêts à vous abandonner et à fuir. » Après avoir entendu cela, Abû Bakr dit : « Va donc sucer le clitoris de Lât ! Nous abandonnerions le Messager d’Allah et prendrions la fuite ? » ‘Urwa demanda : « Qui est cet homme ? » Les Compagnons répondirent : « C’est Abû Bakr. » ‘Urwa s’adressa alors à Abû Bakr et dit : « Écoute, par Celui qui tient mon âme entre Ses mains, tu m’avais autrefois accordé une faveur. Sans cela, et si je ne t’en avais pas encore rendu la pareille, je t’aurais certainement répondu à ces paroles. »
Ensuite, ‘Urwa continua à s’entretenir avec le Messager d’Allah. Pendant qu’il parlait, il touchait la barbe du Messager d’Allah. Mughîra ibn Shu‘ba se tenait à la tête du Messager d’Allah, l’épée à la main. Dès que ‘Urwa tendait la main vers la barbe du Messager d’Allah, Mughîra l’écartait avec le pommeau de son épée en disant : « Éloigne ta main de la barbe du Messager d’Allah. » À un moment donné, ‘Urwa leva la tête et demanda qui était Mughîra. Les Compagnons répondirent : « Mughîra ibn Shu‘ba. » ‘Urwa dit : « Traître ! Ne suis-je pas intervenu autrefois pour régler ton affaire ? » Voici ce qui s’était passé : Mughîra ibn Shu‘ba se trouvait avec quelques hommes. Puis il les tua, prit leurs biens et vint à Médine. Il se rendit auprès du Messager d’Allah et embrassa l’islam. Le Messager d’Allah lui dit : « J’accepte ta conversion à l’islam, mais je n’ai aucun lien avec ces biens. » À la suite de cet événement, ‘Urwa était intervenu pour régler l’affaire. C’est à cela qu’il faisait maintenant allusion. Il convient de préciser que Mughîra était le neveu de ‘Urwa.
Ensuite, ‘Urwa observa les liens particuliers qui unissaient le Messager d’Allah à ses Compagnons. Peu après, il retourna à La Mecque et dit à ses compagnons : « Ô mon peuple, je me suis rendu auprès d’empereurs tels que César, Chosroès et le Négus. Par Allah, je n’ai jamais vu un roi être autant honoré par ses compagnons que je l’ai vu Muhammad l’être. Par Allah, lorsqu’il crache, quelqu’un tend la main pour recueillir sa salive et se l’applique sur le visage et le corps. Lorsqu’il donne un ordre, tous s’empressent de l’exécuter. Lorsqu’il commence ses ablutions, ses compagnons se bousculent pour recueillir l’eau qu’il a laissée. Lorsqu’il parle, ses compagnons baissent la voix. Par excès de respect, ils ne le regardent pas fixement. Un homme aussi remarquable vous a présenté une bonne proposition. Je vous demande de l’accepter. »
Lorsque les jeunes guerriers des Quraysh constatèrent que les anciens étaient occupés à rechercher une formule de compromis, ils complotèrent pour déclencher la guerre. Ils décidèrent de se rendre secrètement, de nuit, au camp des musulmans et d’y provoquer un tel tumulte que le feu de la guerre s’embraserait entre les deux camps. Ils se mirent ensuite en route pour mettre leur plan à exécution. Dans l’obscurité de la nuit, soixante-dix ou quatre-vingts jeunes descendirent du mont Tan‘îm et tentèrent de pénétrer furtivement dans le camp des musulmans. Mais Muhammad ibn Maslama, commandant des troupes musulmanes, les arrêta tous et les conduisit devant le Messager d’Allah. Le Prophète miséricordieux les pardonna et les libéra, afin de réaliser l’objectif de la trêve. À ce sujet, le Seigneur des mondes dit : « C’est Lui qui, dans la vallée de La Mecque, a retenu leurs mains de vous et vos mains d’eux, après vous avoir donné la victoire sur eux. » (Sourate al-Fath, 24.)
Le départ de ‘Uthmân pour La Mecque
Le Messager d’Allah ressentit la nécessité d’envoyer à La Mecque un émissaire qui exposerait clairement aux Quraysh le but de leur venue. Pour cette mission, il convoqua ‘Umar ibn al-Khattâb. ‘Umar déclina, en disant : « Ô Messager d’Allah, si les non-musulmans me maltraitent, pas un seul membre de la tribu des Banû Ka‘b à La Mecque ne viendra me soutenir. À mon avis, ‘Uthmân est l’homme le plus indiqué pour cette mission. Je vous demande de l’y envoyer. Les membres de sa tribu se trouvent à La Mecque et il pourra expliquer convenablement aux Quraysh le but de notre venue. » Le Messager d’Allah convoqua alors ‘Uthmân et lui ordonna de se rendre auprès des Quraysh en lui disant : « Tu leur diras que nous ne sommes pas venus faire la guerre, mais seulement accomplir la ‘umra. Invite-les à l’islam. » Le Messager d’Allah dit également à ‘Uthmân de réconforter les hommes et les femmes croyants de La Mecque. Il devait leur dire qu’Allah, exaltée soit Sa majesté, établirait bientôt l’islam comme une puissance victorieuse à La Mecque. En raison de leur foi, nul n’aurait alors plus besoin d’adorer Allah en secret. ‘Uthmân partit donc avec le message du Messager d’Allah. À un endroit appelé Baldah, il rencontra plusieurs Qurayshites. Ils lui demandèrent : « Où allez-vous ? » ‘Uthmân répondit : « Le Messager d’Allah, Muhammad, m’a envoyé auprès de vous avec ce message. » Les Qurayshites dirent : « Nous avons déjà entendu le message que vous apportez. Allez vaquer à vos occupations. » Sur ces entrefaites, Sa‘îd ibn al-‘Âs se leva et dit à ‘Uthmân : « Marhaban ! » Puis il sella son propre cheval, fit monter ‘Uthmân derrière lui et le conduisit à sa demeure à La Mecque. Là, ‘Uthmân expliqua aux chefs qurayshites le message du Messager d’Allah. Les Quraysh lui proposèrent de faire les circumambulations autour de la Kaaba, mais il refusa. Il ne voulut pas faire les circumambulations autour de la Kaaba avant le Messager d’Allah.
La rumeur du martyre de ʿUthmân et le pacte d’allégeance de Ridwân
Le vénérable ʿUthmân (qu’Allah l’agrée) accomplit la mission qui lui avait été confiée. Mais les Quraychites le retinrent auprès d’eux. Ils souhaitaient probablement, à la lumière de la situation qui s’était présentée, parvenir à une décision précise après s’être consultés. Ils enverraient ensuite une réponse au message apporté par le vénérable ʿUthmân (qu’Allah l’agrée). Comme le vénérable ʿUthmân (qu’Allah l’agrée) tardait à revenir, une rumeur se répandit parmi les musulmans : il avait été tué. Lorsque cette nouvelle fut annoncée au Messager d’Allah, il dit : « Nous ne partirons pas d’ici sans combattre les Quraychites. » Après avoir prononcé ces paroles, il appela les Compagnons à lui prêter serment d’allégeance. Les nobles Compagnons, avec le plus grand enthousiasme, prêtèrent serment de ne pas fuir le champ de bataille. Abû Sinân al-Asadî fut le premier à prêter serment. Le vénérable Salama ibn al-Akwaʿ (qu’Allah l’agrée) prêta serment trois fois : au début, au milieu et à la fin. Le Messager d’Allah prit une de ses mains dans l’autre et dit : « Cette main est celle de ʿUthmân. » Lorsque les serments eurent été recueillis, le vénérable ʿUthmân (qu’Allah l’agrée) arriva et prêta lui aussi serment. Un homme nommé Jad ibn Qays ne participa pas à ce serment d’allégeance. C’était un hypocrite.
Le Messager d’Allah, qu’Allah le bénisse et le salue, reçut ce serment d’allégeance sous un arbre. Le vénérable ʿUmar (qu’Allah l’agrée) tenait la main du Messager d’Allah, qu’Allah le bénisse et le salue. Le vénérable Maʿqil ibn Yasâr (qu’Allah l’agrée) écartait au-dessus du Messager d’Allah, qu’Allah le bénisse et le salue, plusieurs branches de l’arbre qu’il tenait. Au sujet de ce serment d’allégeance, Allah le Très-Haut révéla dans le Noble Coran le verset suivant : « Allah a certes été satisfait des croyants lorsqu’ils te prêtaient serment sous l’arbre. » (sourate al-Fath, verset 18)
Les conditions de la trêve historique
Les Quraychites prirent conscience de la gravité de la situation. Ils envoyèrent alors rapidement Suhayl ibn ʿAmr pour conclure une trêve. Ils lui recommandèrent instamment de faire en sorte que le Messager d’Allah reparte cette année, car les Arabes pourraient dire qu’il était entré de force dans leur ville. En voyant Suhayl, le Messager d’Allah dit aux Compagnons : « Votre affaire vous a été facilitée. L’envoi de cet homme signifie que les Quraychites veulent conclure une trêve. » Suhayl vint auprès du Messager d’Allah, qu’Allah le bénisse et le salue, et s’entretint longuement avec lui. Les conditions de la trêve furent ensuite rédigées comme suit.
1) Le Messager d’Allah, qu’Allah le bénisse et le salue, repartira cette année sans entrer à La Mecque. L’année suivante, les musulmans viendront à La Mecque et y séjourneront trois jours. L’année suivante, les musulmans viendront à La Mecque et y séjourneront trois jours. Ils seront munis d’armes destinées à leur défense. Leurs épées resteront dans leurs fourreaux. Personne ne les importunera.
2) Les deux parties cesseront les hostilités pendant dix ans. Durant cette période, la population vivra en toute tranquillité et sécurité. Nul ne portera la main sur l’autre.
3) Ceux qui le souhaitent pourront rejoindre la voie de Muhammad, qu’Allah le bénisse et le salue, et ceux qui souhaitent rester dans la voie des Quraychites pourront y rester. Toute tribu qui s’alliera à une autre sera considérée comme une partie de cette tribu. Ainsi, si une tribu alliée est victime d’une agression, celle-ci devra également être considérée comme ayant été commise contre les membres de la tribu qui lui est alliée.
4) Si un homme de Quraych se rend auprès de Muhammad sans l’autorisation de ses dirigeants, c’est-à-dire en s’enfuyant, il devra le leur rendre. En revanche, si l’un des compagnons de Muhammad se rend auprès de Quraych pour y trouver refuge, Quraych ne sera pas tenu de le rendre.
Après la rédaction du projet d’accord, le Messager d’Allah (paix et bénédictions d’Allah sur lui) appela le Lion de Dieu, le vénérable Ali (qu’Allah l’agrée), et lui fit écrire les conditions. Au début, le Messager d’Allah (paix et bénédictions d’Allah sur lui) lui demanda d’écrire : « Bismillāhir-Raḥmānir-Raḥīm », c’est-à-dire : « Je commence au nom d’Allah, le Tout Miséricordieux, le Très Miséricordieux. » Souhayl dit alors : « Nous ne savons pas ce que signifie “Le Miséricordieux”. Demandez-lui plutôt d’écrire ainsi : “Bi-ismika Allāhumma”, c’est-à-dire : “En Ton nom, ô Allah.” » Le Messager d’Allah (paix et bénédictions d’Allah sur lui) demanda donc au vénérable Ali (qu’Allah l’agrée) de l’écrire ainsi. Puis le Messager d’Allah (paix et bénédictions d’Allah sur lui) fit inscrire : « Le Messager d’Allah, Muhammad, a conclu un traité sur les dispositions suivantes. » En entendant cela, Souhayl dit : « Si nous savions que tu étais le Messager d’Allah, nous ne t’aurions pas empêché de faire les circumambulations autour de la Kaaba et nous ne t’aurions pas combattu. Demande-lui d’écrire : “Muhammad ibn Abdallah.” » Il répondit : « Même si vous ne le reconnaissez pas, je suis bien le Messager d’Allah. » Puis il dit au vénérable Ali (qu’Allah l’agrée) : « Écris “Muhammad ibn Abdallah” et efface les mots “le Messager d’Allah”. » Le vénérable Ali (qu’Allah l’agrée) refusa. Le Messager d’Allah effaça alors lui-même ces mots. Ensuite, les conditions du traité furent intégralement consignées.
Après la conclusion du traité, la tribu des Banû Khuzâ‘a se rallia au Messager d’Allah (paix et bénédictions d’Allah sur lui). Les membres de cette tribu étaient en réalité déjà les alliés des Banû Hâshim à l’époque d’Abd al-Muttalib. Il en a été question au début de cet ouvrage. Se rallier à une cause ou l’adopter signifie reconnaître l’ancienne alliance et la consolider. De leur côté, les Banû Bakr se rallièrent à Quraych.
Le retour d’Abû Jandal
Alors que les conditions du traité étaient en train d’être écrites, Abû Jandal, le fils de Souhayl, arriva sur place enchaîné, traînant ses chaînes. Venu de La Mecque, il se jeta au milieu des musulmans. Souhayl dit : « C’est avec lui que je vais appliquer en premier la clause vous concernant. Rendez-le-moi. » Le Messager d’Allah (paix et bénédictions d’Allah sur lui) répondit : « Le traité n’est pas encore achevé. » Souhayl dit : « Si vous ne me rendez pas Abû Jandal, je ne conclurai aucun traité avec vous. » Le Messager d’Allah (paix et bénédictions d’Allah sur lui) dit à Souhayl : « Eh bien, laisse-le-moi, pour me faire plaisir. » Souhayl répondit : « Même pour te faire plaisir, je ne peux pas le laisser. » Le Messager d’Allah (paix et bénédictions d’Allah sur lui) insista de nouveau : « Allez, laisse-le donc ! »
Souhayl dit : « Non, non, je ne peux pas le laisser. » Puis il gifla Abû Jandal au visage et se mit à le tirer par le col de sa chemise pour le ramener à La Mecque. Abû Jandal s’écria alors : « Ô musulmans, vais-je retourner auprès des polythéistes ? Ils me persécuteront à cause de ma religion. » Le Messager d’Allah (paix et bénédictions d’Allah sur lui) lui dit : « Abû Jandal, sois patient et considère ta patience comme une source de récompense. Allah te procurera, ainsi qu’aux autres musulmans faibles qui t’accompagnent, une issue et un lieu où vous réfugier. Nous concluons un traité avec Quraych. Nous nous sommes engagés envers eux, et eux envers nous, au nom d’Allah. Nous ne pouvons donc pas violer les conditions du traité. »
Le vénérable Umar (qu’Allah l’agrée) se rendit rapidement auprès d’Abû Jandal. Tout en marchant à ses côtés, il lui disait : « Abû Jandal, sois patient ; ce sont des associateurs, des polythéistes. Leur sang est comme le sang des chiens. » En disant cela, le vénérable Umar (qu’Allah l’agrée) approchait son épée d’Abû Jandal. Le vénérable Umar (qu’Allah l’agrée) raconta plus tard : « J’espérais qu’Abû Jandal prendrait mon épée et achèverait son père. » Mais Abû Jandal ne le fit pas. Finalement, les conditions du traité furent appliquées.
Sacrifice et rasage des cheveux, considérant la ‘umra comme achevée
Après avoir fait rédiger les conditions de la trêve, le Messager d’Allah dit : « Levez-vous et immolez chacun votre bête. » Aucun des Compagnons ne se leva. Le Messager d’Allah répéta trois fois la même parole et donna le même ordre, mais personne ne manifesta le moindre empressement. Il en parla alors à la Mère des croyants, Salma. L’épouse du Prophète lui dit : « Ô Messager d’Allah, si vous pensez qu’il est nécessaire d’immoler les bêtes destinées au sacrifice, allez vous-même, immolez votre bête sans rien dire à personne, puis appelez votre barbier et faites-vous raser la tête. » Suivant le conseil de la Mère des croyants, le Messager d’Allah immola sa bête et fit procéder au rasage de sa tête. Peu après, voyant l’exemple du Messager d’Allah, les Compagnons immolèrent à leur tour leurs bêtes. Puis ils commencèrent à se couper mutuellement les cheveux. Certains se rasèrent entièrement la tête, tandis que d’autres se firent simplement raccourcir les cheveux. Tous étaient graves et anxieux. L’état d’esprit de chacun était si mauvais qu’il semblait qu’ils allaient, dans leur accablement, s’entretuer. À cette occasion, les vaches et les chameaux furent immolés au nom de sept personnes chacun. Le Messager d’Allah immola un chameau d’Abû Jahl. Cet animal portait un anneau d’argent au nez. Le but était que les polythéistes, en apprenant la nouvelle, soient consumés d’une colère impuissante. Le Messager d’Allah demanda une fois à Allah de leur accorder Son pardon. Au cours de ce voyage, Allah, le Seigneur des mondes, révéla au sujet de Ka‘b ibn ‘Ujra que celui qui, contraint par la souffrance, se rase la tête alors qu’il est en état d’ihram doit s’acquitter d’une expiation par le jeûne, l’aumône ou l’immolation d’un animal.
Refus de rendre les femmes émigrées
Certaines femmes croyantes vinrent de La Mecque auprès du Messager d’Allah. Leurs proches réclamèrent leur retour conformément à la trêve de Hudaybiyya. Le Messager d’Allah rejeta cette demande. Il expliqua que le texte écrit de l’accord stipulait que tout homme des nôtres qui se rendrait auprès de vous devait obligatoirement être rendu, quelle que soit la religion à laquelle il adhère. Les femmes n’y étaient pas mentionnées. [Sahîh al-Bukhârî, tome 1, p. 307] Elles n’étaient donc pas concernées par cette clause de la trêve. Allah, le Seigneur des mondes, révéla ensuite ce verset : « Ô vous qui croyez ! Lorsque les croyantes émigrées viennent à vous, éprouvez-les. Allah connaît parfaitement leur foi. Si vous constatez qu’elles sont croyantes, ne les renvoyez pas vers les mécréants. Elles ne sont pas licites pour eux, et ils ne sont pas licites pour elles. Rendez-leur ce que les mécréants ont dépensé. Vous ne commettrez aucune faute en les épousant, à condition de leur verser leur dot. Ne maintenez pas de lien conjugal avec les femmes mécréantes. » (Sourate al-Mumtahana, verset 10)
Après la révélation de ce verset, lorsqu’une croyante émigrait, le Messager d’Allah acceptait son engagement. Allah, le Seigneur des mondes, dit à ce sujet : « Ô Prophète ! Lorsque les croyantes viennent à toi et prêtent serment qu’elles n’associeront rien à Allah, qu’elles ne voleront pas, qu’elles ne commettront pas d’adultère, qu’elles ne tueront pas leurs enfants, qu’elles ne forgeront ni ne répandront sciemment de calomnies, et qu’elles ne te désobéiront pas dans ce qui est convenable, accepte leur serment et implore pour elles le pardon d’Allah. Allah est Pardonneur et Miséricordieux. » (Sourate al-Mumtahana, verset 12)
Les femmes émigrées prêtaient serment conformément aux conditions énoncées dans le verset. Le Messager d’Allah leur disait : « J’ai accepté votre engagement. » Puis il ne les renvoyait pas.
Conformément à cette directive, les musulmans divorcèrent de leurs épouses non musulmanes, c’est-à-dire mécréantes. À cette époque, ‘Umar avait deux épouses mécréantes. Il divorça d’elles. L’une fut épousée par Mu‘âwiya et l’autre par Safwân ibn Umayya.
Résumé des conditions de la trêve
Telle fut la trêve de Hudaybiyya. Une réflexion approfondie sur ses conditions permet de comprendre qu’elle constituait une immense victoire pour les musulmans. Jusqu’alors, les Qurayshites ne reconnaissaient même pas l’existence des musulmans. Ils étaient résolus à les anéantir et attendaient que cette puissance finisse, tôt ou tard, par disparaître. De plus, comme les Qurayshites occupaient la position de dirigeants dans les affaires religieuses et mondaines de la péninsule Arabique, ils s’efforçaient de faire obstacle de toutes leurs forces à la prédication islamique auprès du peuple. De ce point de vue, il suffit de réfléchir quelque peu à cette trêve pour comprendre qu’elle constituait une reconnaissance des musulmans et la proclamation que les Qurayshites n’étaient désormais plus capables d’anéantir leur puissance. L’analyse psychologique de la troisième clause de la trêve montre que les Qurayshites avaient échoué à s’acquitter des responsabilités qui leur incombaient dans les domaines religieux et mondains. Ils sont désormais entièrement absorbés par la défense de leurs propres intérêts. Ils ne se soucient nullement des autres et ne se préoccupent pas de leur sort. Autrement dit, toute la péninsule Arabique…
Même si la population de l’Arabie adoptait l’islam, les Quraysh n’en seraient nullement affectés. Ils n’interviendraient en aucune manière à ce sujet. Au regard de la détermination des Quraysh et de l’objectif poursuivi, n’est-ce pas là leur défaite manifeste ? Et au regard de la situation des musulmans, n’est-ce pas leur victoire éclatante ? L’objectif des affrontements sanglants qui avaient opposé les partisans de l’islam à ses ennemis était précisément que les hommes acquièrent une liberté et une autonomie totales en matière de croyance religieuse : que chacun devienne musulman selon son libre choix, ou reste incroyant selon son choix. Aucune force ne devait faire obstacle à la réalisation de cette volonté. Les musulmans n’avaient jamais eu pour objectif de s’emparer des biens des incroyants, de les pousser vers la mort ou de les contraindre à devenir musulmans. Leur objectif était plutôt celui qui a été exprimé ainsi, dans les paroles d’Allama Iqbal :
« Le but du serviteur croyant, c’est le martyre,
Il ne recherche ni la bravoure ni les biens pris comme butin. »
Il suffit d’y réfléchir pour comprendre que, par le traité de Hudaybiya, les musulmans ont pleinement réussi à atteindre leur objectif et leur but. L’importance et la portée de cette réussite sont bien supérieures à celles d’une victoire militaire. Grâce à cette liberté, les musulmans ont pu remporter un succès extraordinaire dans la prédication et la transmission du message. Jusqu’à la conclusion de ce traité, le nombre des soldats musulmans n’avait jamais dépassé trois mille ; en l’espace de deux ans, à la veille de la conquête, il avait atteint dix mille.
La deuxième clause du traité constitue elle aussi un aspect évident de la victoire. En effet, ce ne sont pas les musulmans, mais les incroyants qui avaient déclenché les hostilités. Comme le dit Dieu : « Ce sont eux qui ont commencé les premiers contre vous. »
Par leurs expéditions militaires, les musulmans voulaient détourner les Quraysh de leur comportement insensé, c’est-à-dire de leurs efforts pour empêcher l’accès à la voie de Dieu, ainsi que de leur obstination. Leur revendication était d’obtenir des droits égaux dans les relations mutuelles : que les deux parties agissent de manière équitable dans leurs domaines respectifs, jouissent de droits égaux et expriment librement leurs opinions. Mais les non-musulmans ne l’accordèrent pas. Finalement, la condition d’un arrêt des hostilités pendant dix ans fut incluse dans le traité. Cela signifie qu’ils ne feraient désormais plus obstacle à la voie de Dieu. Cela signifie aussi que ceux qui avaient déclenché la guerre étaient faibles, impuissants et totalement vaincus.
L’examen de la première clause du traité montre qu’elle était en réalité un signe de la réussite des musulmans, et nullement un échec. En effet, les incroyants avaient interdit aux musulmans de se rendre à la Kaaba ; cette clause annonçait précisément la levée de cette interdiction. Cependant, les incroyants pouvaient trouver dans cette clause un motif de consolation : ils avaient réussi à tenir les musulmans éloignés pendant un an de leur bien-aimé Bayt Allah. Mais il est facile de comprendre, même sans le préciser, que ce succès était temporaire et insignifiant.
Un examen plus approfondi du traité de Hudaybiya montre que les Quraysh ont accordé trois avantages aux musulmans et en ont obtenu un seul pour eux-mêmes. Cet avantage est mentionné dans la quatrième clause du traité. Mais il était très insignifiant et sans valeur. Il ne causait aucun préjudice aux musulmans. Car il est évident que, tant qu’ils resteraient musulmans, les musulmans ne fuiraient pas Médine pour se rendre à La Mecque. Ils ne pourraient s’enfuir qu’après s’être convertis à une autre religion ou être devenus apostats. Il pouvait s’agir d’une apostasie ouverte ou secrète, de quelque nature qu’elle fût. Lorsqu’un musulman abandonne sa religion, les musulmans n’ont plus besoin de lui. Il est alors plus bénéfique pour eux qu’il quitte la société islamique plutôt qu’il y demeure. C’est à cela que le Messager de Dieu faisait allusion lorsqu’il disait : « Celui qui nous a quittés et s’est enfui vers les polythéistes, Dieu l’a éloigné. » [Sahih Muslim, Traité de Hudaybiya, vol. 2, p. 105] Quant aux habitants de La Mecque qui étaient devenus musulmans ou le deviendraient, aucune disposition avantageuse n’avait été prévue pour eux dans les clauses du traité. Ils n’avaient donc aucune possibilité de trouver refuge à Médine. Mais le grand refuge n’a-t-il pas été trouvé ? À cette époque, les habitants de Médine ne connaissaient même pas le nom de l’islam. Aujourd’hui encore, une région ou une autre du monde ouvrira largement ses bras aux musulmans. C’est à cela que le Messager de Dieu faisait allusion lorsqu’il disait : « Celui d’entre eux qui viendra à nous, Dieu leur ménagera une issue et un moyen de sortir. »
Dans un tel arrangement, les Quraysh semblaient certes avoir tiré profit de la situation, mais il constituait en réalité le signe de leur peur, de leur inquiétude, de leur terreur, de leur agitation et de leur défaite psychologique. Cela montre qu’ils étaient terrorisés par leur système social fondé sur les idoles. Ils sentaient que leur corps social reposait sur une base si fragile et si dépourvue de substance qu’il pouvait s’effondrer à tout moment. Il était donc indispensable de renforcer les mesures de sécurité pour le protéger. En revanche, le fait que le Messager d’Allah — qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix — ait accepté avec tant de générosité la condition de ne pas réclamer le retour d’un musulman qui chercherait refuge auprès des Quraysh prouve qu’il avait une confiance totale dans la maturité et la solidité de la société islamique. Une telle condition ne lui causerait aucun préjudice.
Les doutes de Omar (qu’Allah l’agrée)
Les clauses du traité de Hudaybiyya furent examinées sous différents angles. Parmi elles, deux points plongèrent les musulmans dans le désarroi sur le plan psychologique. Premièrement, le Messager d’Allah — qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix — avait dit qu’il se rendrait à la Noble Maison d’Allah et en accomplirait la circumambulation, mais il repartait sans l’avoir accomplie. Deuxièmement, il était le Messager d’Allah et était dans le vrai. Allah le Très-Haut avait promis de faire triompher Sa religion. Pourquoi donc le Messager d’Allah avait-il été influencé et s’était-il incliné pour conclure ce traité ? Ces deux points suscitaient de nombreux doutes et questionnements, et avaient si profondément blessé les sentiments des musulmans qu’ils étaient accablés de tristesse et d’inquiétude. Omar ibn al-Khattab était probablement celui qui souffrait le plus sur le plan psychologique. Il se rendit auprès du Messager d’Allah et lui dit : « Ô Messager d’Allah, ne sommes-nous pas dans le vrai, tandis qu’eux sont dans l’erreur ? » Le Messager d’Allah — qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix — répondit : « Certes. » Il demanda : « Nos morts ne sont-ils pas au Paradis, et leurs morts ne sont-ils pas parmi les habitants de l’Enfer ? » Le Messager d’Allah — qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix — répondit : « Certes. » Il reprit : « Pourquoi avons-nous donc accepté de nous laisser influencer concernant la religion, accepté de telles conditions et été placés dans cette situation, alors qu’Allah le Très-Haut n’a pas encore tranché entre nous et eux ? » Le Messager d’Allah dit : « Ô Omar, fils d’al-Khattab, je suis le Messager d’Allah. Je ne peux donc pas désobéir à Allah. Allah m’aidera et ne me fera en aucun cas périr. » Il demanda : « Ne nous aviez-vous pas dit que vous vous rendriez à la Noble Maison d’Allah et que vous en accompliriez la circumambulation ? » Le Messager d’Allah — qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix — répondit : « Certes. Mais ai-je dit que nous réussirions cette année même ? » Il répondit : « Non. » Le Messager d’Allah dit alors : « Écoute donc : vous vous rendrez certainement auprès de la Maison d’Allah et vous en accomplirez la circumambulation. »
Cependant, Omar (qu’Allah l’agrée), mécontent, se rendit auprès d’Abou Bakr (qu’Allah l’agrée) et lui rapporta les paroles qu’il avait adressées au Messager d’Allah — qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix. Abou Bakr lui répondit de la même manière que le Messager d’Allah avait répondu à Omar (qu’Allah l’agrée). Puis Abou Bakr (qu’Allah l’agrée) ajouta : « Reste ferme dans ton obéissance au Messager d’Allah jusqu’à la mort. »
Plus tard, Allah, le Seigneur des mondes, révéla dans la sourate al-Fath les versets dont le début est le suivant : « Nous t’avons certes accordé une victoire éclatante. » Cette sourate présente le traité de Hudaybiyya comme une victoire manifeste pour les musulmans. Après la révélation de ces versets, le Messager d’Allah — qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix — fit venir Omar et les lui récita.
Omar (qu’Allah l’agrée) demanda : « Ô Messager d’Allah, est-ce une victoire ? » Le Messager d’Allah — qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix — répondit : « Oui, c’est une victoire. » En entendant cela, le cœur d’Omar (qu’Allah l’agrée) s’apaisa et il s’en retourna.
Par la suite, Omar (qu’Allah l’agrée), ayant compris son erreur, en fut profondément honteux. Il dit : « Par crainte à cause de l’erreur que j’avais commise et des paroles que j’avais prononcées ce jour-là, j’ai accompli de nombreuses bonnes œuvres : je faisais régulièrement l’aumône et la charité, je jeûnais, j’accomplissais la prière et j’affranchissais des esclaves. Depuis lors, j’espère le bien. » [Fath al-Bari, tome VII, p. 339-439 ; Sahih al-Bukhari, tome I, p. 598-600, 717 ; Sahih Muslim, tome II, p. 104-105 ; Ibn Hicham, tome II, p. 308, 322 ; Zad al-Ma‘ad, tome II, p. 122-127 ; Mukhtasar as-Sira, Cheikh Abdallah, p. 207-305 ; Tarikh Omar ibn al-Khattab, d’Ibn al-Jawzi, p. 39-40]
La solution au problème des musulmans faibles
Le Messager d’Allah (paix et bénédiction d’Allah sur lui) ressentit un soulagement après son arrivée à Médine. À cette époque, un musulman nommé Abû Basîr, excédé par les persécutions et les mauvais traitements que lui infligeaient les mécréants, s’enfuit de La Mecque et vint à Médine. Abû Basîr appartenait à la tribu des Thaqîf, qui était alliée aux Quraysh. Les Quraysh envoyèrent deux hommes à Médine pour réclamer le retour d’Abû Basîr. Ils les chargèrent de dire : « Mettez en œuvre les conditions du pacte conclu entre nous et vous. » Le Messager d’Allah (paix et bénédiction d’Allah sur lui) renvoya donc le nouveau venu, Abû Basîr, avec eux à La Mecque. Arrivés tous trois à un endroit appelé Dhû al-Hulayfa, ils se mirent à manger des dattes. À ce moment-là, Abû Basîr dit à l’un des deux hommes : « Par Allah, ton épée est vraiment très belle. » L’homme, tout heureux, répondit : « Oui, c’est vrai. Je l’ai testée plusieurs fois. » Abû Basîr lui dit : « Montre-la-moi un peu, que je la voie moi aussi. » L’homme lui tendit l’épée. Abû Basîr le tua aussitôt.
L’autre homme s’enfuit, revint à Médine et entra dans la mosquée du Prophète. En le voyant, le Messager d’Allah (paix et bénédiction d’Allah sur lui) fit remarquer : « Cet homme a vu le malheur. » L’homme se présenta devant le Messager d’Allah et dit : « Mon compagnon a été tué, et je vais moi aussi être tué. » Sur ces entrefaites, Abû Basîr revint et dit : « Ô Messager d’Allah, Allah a accompli votre engagement. Vous m’aviez renvoyé avec eux, puis Allah m’a délivré de leurs mains. » Le Messager d’Allah (paix et bénédiction d’Allah sur lui) dit : « Malheur à sa mère ! S’il trouvait des compagnons, il allumerait certainement le feu de la guerre. » En entendant cela, Abû Basîr comprit qu’il allait désormais être livré aux mécréants. Il quitta donc Médine et se rendit dans une région côtière. Entre-temps, Abû Jandal ibn Suhayl s’enfuit de La Mecque et rejoignit Abû Basîr. Tous ceux qui, parmi les Quraysh, embrassaient l’islam venaient le rejoindre. Un groupe se forma ainsi. Par la suite, ils attaquèrent les caravanes commerciales des Quraysh qui se rendaient en Syrie et frappèrent brutalement les hommes des caravanes. Exaspérés, les Quraysh s’adressèrent au Messager d’Allah (paix et bénédiction d’Allah sur lui), invoquant les liens de parenté, et le prièrent de les faire venir auprès de lui : « Désormais, tout homme de La Mecque qui embrassera l’islam et viendra auprès de vous sera en sécurité. Nous ne soulèverons aucune objection à leur sujet. » Le Messager d’Allah (paix et bénédiction d’Allah sur lui) fit alors venir à Médine les musulmans qui se trouvaient sur la côte. [Voir la note n° 3.]
La conversion à l’islam de personnalités éminentes des Quraysh
Au début de la septième année de l’Hégire, après le pacte, ‘Amr ibn al-‘Âs, Khâlid ibn al-Walîd et ‘Uthmân ibn Talha embrassèrent l’islam. Lorsqu’ils se présentèrent devant le Messager d’Allah, il dit : « La Mecque nous a remis entre les mains les morceaux de son cœur. » [Il existe des divergences concernant la date de conversion à l’islam des Compagnons mentionnés ci-dessus. Plusieurs ouvrages d’Asma’ al-Rijâl indiquent la huitième année de l’Hégire. Cependant, tout le monde sait que ‘Amr ibn al-‘Âs embrassa l’islam à la cour du Négus. Cet événement eut lieu durant la huitième année de l’Hégire. Sur le chemin du retour d’Abyssinie, ‘Amr rencontra Khâlid et ‘Uthmân ibn Talha ; tous trois se présentèrent ensemble devant le Messager d’Allah et embrassèrent l’islam. Cela montre qu’eux aussi embrassèrent l’islam au début de la septième année de l’Hégire. Allah, le Très-Haut, sait mieux toute chose.]
Le pacte de Hudaybiya fut en réalité le point de départ d’un changement dans la vie de l’islam et des musulmans. Parmi les ennemis de l’islam, les Quraysh étaient les plus fermes, les plus obstinés et les plus belliqueux. Le passage du champ de bataille au domaine de la paix brisa l’un des trois bras de la coalition qui existait à l’époque de la bataille de la Tranchée — les Quraysh, les Ghatafân et les Juifs. Les Quraysh étaient le moteur de l’idolâtrie dans toute la péninsule Arabique, et l’ardeur de cette idolâtrie sembla également s’apaiser. Une évolution se produisit aussi dans le domaine de leur hostilité. C’est pourquoi, après le pacte, la tribu des Ghatafân ne manifesta pratiquement aucune attitude hostile. Même lorsqu’elle entreprit quelque chose, ce fut sous l’instigation des Juifs.
Après leur expulsion de Médine, les Juifs firent de Khaybar le centre de leurs complots et de leurs intrigues. Là, leurs démons continuaient à enfanter leurs machinations. Ils s’employaient à allumer les feux de la discorde. Ils incitaient les Bédouins des environs de Médine et complotaient pour anéantir le Messager d’Allah (paix et bénédiction d’Allah sur lui) et les musulmans, ou pour leur infliger un grave préjudice. C’est pourquoi, après le pacte de Hudaybiya, le Messager d’Allah (paix et bénédiction d’Allah sur lui) s’attacha en premier lieu à éradiquer complètement le foyer des méfaits des Juifs.
En somme, la nouvelle ère de paix qui s’ouvrit après le pacte de Hudaybiya offrit aux musulmans une occasion importante d’appeler à l’islam, de le prêcher et de transmettre la religion. C’est pourquoi leur activité dans le domaine de l’appel et de la transmission se multiplia considérablement à cette époque. Cette activité de transmission dépassa l’activité militaire. Cette période peut être divisée en deux parties.
Avant d’aborder l’activité militaire, il convient de commencer par parler de l’activité d’appel et de transmission. En effet, c’est l’œuvre de transmission qui mérite la priorité et qui constitue la véritable mission de l’islam. C’est pour diffuser et étendre cette œuvre de transmission que les musulmans avaient supporté tant de dangers, d’épreuves, de troubles, de guerres, de tumultes et de désordres.
Lettres aux rois et aux émirs
À la fin de la sixième année de l’Hégire, après son retour de Hudaybiyya, le Messager d’Allah ﷺ envoya des lettres à divers rois et émirs, les invitant à l’islam. Lorsqu’il voulut envoyer ces lettres, on lui dit que les rois ne les accepteraient que si elles étaient scellées. Le Messager d’Allah ﷺ fit donc fabriquer une bague en argent, sur laquelle furent gravés les trois mots « Muhammad », « Messager » et « Allah ». « Allah » était inscrit sur la première ligne, « Messager » sur la deuxième et « Muhammad » sur la troisième. [Sahih al-Bukhari, vol. 2, p. 872]
Après avoir fait rédiger les lettres, le Messager ﷺ envoya plusieurs Compagnons expérimentés en différents lieux, porteurs de ces lettres. Il envoya ces émissaires le 1er Muharram de la septième année de l’Hégire, quelques jours avant son départ pour Khaybar. [Rahmatul lil-‘Alamin, vol. 1, p. 171] Nous allons maintenant présenter ces événements.
1) Au roi d’Abyssinie, appelé le Négus :
Le véritable nom du Négus était Ashama ibn al-Abjar. Après avoir écrit cette lettre, le Messager d’Allah l’envoya, à la fin de la sixième année de l’Hégire ou au début de la septième, par l’intermédiaire de ‘Amr ibn Umayya al-Damri. ‘Allama al-Tabari a également rapporté le contenu de cette lettre. Cependant, lorsqu’on l’examine attentivement, on comprend qu’il ne s’agit pas de la lettre écrite après le traité de Hudaybiyya. Il semble plutôt qu’il s’agisse de la lettre que le Messager d’Allah avait remise à Ja‘far al-Tayyār pour la transmettre au Négus lors de la migration en Abyssinie, alors qu’il se trouvait à La Mecque. En effet, à la fin de la lettre, les émigrés sont mentionnés en ces termes : « Je vous envoie mon cousin Ja‘far avec un groupe de musulmans. Lorsqu’ils arriveront auprès de vous, accueillez-les sous votre protection et ne leur imposez aucune contrainte. »
L’imam al-Bayhaqi a également mentionné, d’après ‘Abdullah ibn ‘Abbas رضي الله عنه, une autre lettre que le Messager ﷺ aurait envoyée au Négus. Son contenu est le suivant : « Cette lettre est adressée par le prophète Muhammad au roi d’Abyssinie, Ashama. Que la paix soit sur celui qui suit la guidée et croit en Allah تعالى et en Son Messager. J’atteste qu’il n’y a aucune divinité digne d’adoration en dehors d’Allah, l’Unique. Il n’a ni épouse ni enfant. J’atteste également que Muhammad est le serviteur et le Messager d’Allah. Je vous invite à l’islam, car je suis le Messager d’Allah. Acceptez donc l’islam, et vous serez en paix. Ô gens du Livre, venez à une parole commune entre nous et vous : nous n’adorerons nul autre qu’Allah, nous ne Lui associerons rien et nous ne prendrons nul autre qu’Allah pour seigneur. Si quelqu’un refuse d’accepter cette croyance, dites-lui : “Soyez témoins que je suis musulman.” Si vous n’acceptez pas cette invitation, le péché de l’ensemble des chrétiens de votre peuple retombera sur vous. »
Le docteur Muhammad Hamidullah, de Paris, a également rapporté le contenu d’une autre lettre. Celle-ci a été retrouvée. Cette lettre est mentionnée, avec une différence d’un mot, dans l’ouvrage Zad al-Ma‘ad, écrit par ‘Allama Ibn Qayyim. Le docteur s’est donné beaucoup de peine pour établir l’authenticité du contenu de cette lettre.
Le docteur Hamidullah a inséré dans son ouvrage une photocopie de cette lettre, publiée à l’époque moderne. En voici la traduction : « Au nom d’Allah, le Tout Miséricordieux, le Très Miséricordieux. »
« De la part de Muhammad, le Messager d’Allah, au Négus d’Abyssinie, Ashama. Que la paix soit sur celui qui suit la guidée. Je loue devant vous Allah le Très-Haut, en dehors de qui il n’y a aucune divinité. Il est le Très-Saint, la Source de paix, Celui qui accorde la sécurité et la paix, le Protecteur et le Gardien. J’atteste qu’Issa ibn Maryam est l’Esprit d’Allah et Sa Parole. Allah le Très-Haut l’a placé en Maryam, pure et chaste. Maryam est devenue enceinte par la parole et le souffle d’Allah, de la même manière qu’Allah le Très-Haut a créé Adam de Ses propres mains. Nous nous appelons mutuellement à croire en Allah, l’Unique, et à Lui obéir. Je vous appelle également à l’unité : obéissez-moi et croyez à ce que j’ai apporté. En effet, je suis le Messager d’Allah. Je vous appelle, vous et votre armée, à Allah, le Tout-Puissant, le Seigneur des mondes. J’ai transmis le message et prodigué le conseil. Acceptez donc ma transmission et mon conseil. Enfin, que la paix soit sur celui qui suit la guidée.[La Vie politique du Messager d’Allah, Dr Muhammad Hamidullah, p. 108, 109, 122, 123, 124, 125. Dans l’ouvrage Zad al-Ma‘ad, les derniers mots « celui qui suit la guidée » sont remplacés par « celui qui embrasse l’islam ». Voir Zad al-Ma‘ad, tome III, p. 60]
Le Dr Muhammad Hamidullah a affirmé avec certitude que cette lettre était celle que le Messager, qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix, avait envoyée au Négus après le traité de Hudaybiyya. Si l’on examine les chaînes de transmission relatives à cette lettre, il n’y a aucune raison de douter de la véracité de cette affirmation. Toutefois, aucune preuve ne montre que le Messager, qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix, ait envoyé cette lettre après le traité de Hudaybiyya. Au contraire, la lettre mentionnée par l’imam al-Bayhaqi dans le récit d’Ibn Abbas paraît davantage correspondre à la description des lettres adressées aux autres souverains. En effet, dans la lettre compilée par l’imam al-Bayhaqi figure un verset coranique contenant l’adresse : « Ô gens du Livre ». Des versets de ce type sont également mentionnés dans les lettres compilées par d’autres imams. Dans la lettre compilée par l’imam al-Bayhaqi, le nom du souverain d’Abyssinie est indiqué comme étant Ashama. Dans la lettre compilée par le Dr Hamidullah, aucun nom n’est mentionné. J’en déduis donc que la lettre du docteur est en réalité celle que le Messager d’Allah, qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix, avait écrite au successeur d’Ashama après la mort de celui-ci. C’est probablement pour cette raison qu’aucun nom ne figurait dans la lettre.
Nous ne disposons d’aucune preuve à ce sujet. Ce sont plutôt les indices internes que l’on peut tirer du contenu de la lettre qui en constituent le fondement. Cependant, il est étonnant que le Dr Hamidullah ait identifié avec une pleine certitude, dans la lettre citée par al-Bayhaqi d’après le récit d’Ibn Abbas, la lettre du Messager d’Allah qui avait été écrite au successeur d’Ashama après la mort de celui-ci. Ou bien le nom d’Ashama est clairement écrit dans la lettre qui lui était adressée.
En somme, Amr ibn Umayya al-Jamari remit la lettre du Messager d’Allah au Négus. Celui-ci la porta à ses yeux, puis descendit de son trône. Ensuite, il embrassa l’islam par l’intermédiaire de Ja‘far ibn Abi Talib. En réponse à la lettre envoyée par le Messager, qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix, il envoya une lettre à Médine. Voici le contenu de cette lettre.
Au nom d’Allah, le Tout Miséricordieux, le Très Miséricordieux.
De la part du Négus Ashama au Messager d’Allah, Muhammad.
Ô Prophète d’Allah, que la paix d’Allah, Sa miséricorde et Ses bénédictions descendent sur vous. De la part d’Allah, en dehors de qui nul n’est digne d’adoration. Ensuite, ô Messager d’Allah, votre lettre m’est parvenue. Dans cette lettre, vous avez mentionné Issa. Par le serment d’Allah, le Maître des cieux et de la terre, Issa n’était rien de plus que ce que vous avez mentionné. Il était exactement comme vous l’avez décrit.[Cette déclaration du Négus, c’est-à-dire d’Ashama, au sujet d’Issa prouve que la lettre lui avait bien été envoyée à lui, sous le nom d’Ashama qui y était mentionné.] J’ai pris connaissance de tout ce que vous m’avez écrit et j’accorde l’hospitalité à votre cousin ainsi qu’à vos compagnons. J’atteste que vous êtes véritablement le Messager authentique d’Allah. Je vous prête allégeance, je prête allégeance à votre cousin et, par son intermédiaire, j’ai embrassé l’islam pour Allah, le Seigneur des mondes.[Zad al-Ma‘ad, tome III, p. 61]
Le Messager, qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix, demanda également au Négus de lui envoyer Ja‘far et les autres émigrés se trouvant en Abyssinie. En conséquence, le Négus organisa leur retour au pays des compagnons à bord de deux navires, avec Amr ibn Umayya al-Jamari. Sur l’un des navires se trouvaient Ja‘far, Abu Musa al-Ash‘ari et plusieurs autres compagnons. Ils arrivèrent d’abord à Khaybar, puis se rendirent de là à Médine. Sur l’autre navire se trouvaient principalement des enfants et des adolescents ; ils arrivèrent directement à Médine depuis l’Abyssinie.[Zad al-Ma‘ad, tome III, p. 61]
Il convient de noter que le Négus mourut durant la neuvième année de l’Hégire, après la bataille de Tabouk. Le jour même de la mort du Négus, le Messager d’Allah en informa les Compagnons et fit accomplir la prière funéraire en son absence. Par la suite, le Messager d’Allah écrivit également une lettre au roi qui lui succéda, mais on ignore s’il embrassa l’islam. [Le même ouvrage, à la même page.]
2) Au nom du roi d’Égypte, Mouqawqis —
Le Messager d’Allah écrivit également une lettre à Jorayj ibn Mâtâ[ Allâma Manṣûrpûrî en a parlé à la page 178 de son ouvrage La Miséricorde pour les mondes. Le docteur Hamidullah a mentionné dans son ouvrage La Vie politique du Messager d’Allah que le nom de ce roi était Bani Yamin.] gouverneur de l’Égypte et d’Alexandrie. Jorayj portait le titre de Mouqawqis. Voici le contenu de la lettre —
« Au nom d’Allah, le Tout Miséricordieux, le Très Miséricordieux.
De la part de Mohammad, serviteur d’Allah et Son Messager, à Mouqawqis, le grand des Coptes. Que la paix soit sur celui qui suit la bonne direction.
Je vous invite à l’islam. Embrassez l’islam, vous vivrez en paix. Si vous embrassez l’islam, Allah vous accordera une double récompense. Mais si vous n’embrassez pas l’islam, le péché des habitants coptes retombera également sur vous. Ô Coptes, venez à une parole commune entre nous et vous : nous n’adorerons qu’Allah et ne Lui associerons rien ; nul parmi nous ne prendra pour seigneur quiconque en dehors d’Allah. Si quelqu’un se détourne de cette invitation, dites-lui : témoignez que nous sommes musulmans. » [Il est mentionné à la page 61 du troisième volume de l’ouvrage Zâd al-Maʿâd que cette lettre a été découverte dans un passé récent. On relève seulement deux différences de mots entre la description de la photocopie imprimée par le docteur Hamidullah et le texte cité dans Zâd al-Maʿâd. Voir La Vie politique du Messager d’Allah, p. 136-137.]
Ḥâtib ibn Abî Baltaʿa fut choisi pour remettre cette lettre. Lorsqu’il arriva à la cour de Mouqawqis, il dit : « Avant vous, il y eut sur cette terre un dirigeant qui se prenait pour le Seigneur Très-Haut. Allah en a fait un exemple pour les générations passées et futures. D’abord, il se vengeait des autres, puis il devint lui-même l’objet de la vengeance. Tirez donc une leçon de l’histoire d’autrui, afin que les autres ne tirent pas une leçon de votre histoire. »
Mouqawqis répondit : « Nous avons une croyance religieuse que nous ne pouvons abandonner tant que nous n’en avons pas trouvé une meilleure. »
Hazrat Hatib (qu’Allah l’agrée) dit : « Je vous appelle à l’islam. Allah le Très-Haut a jugé cette religion suffisante en remplacement de toutes les religions antérieures. Après que le Prophète de l’islam, c’est-à-dire de la religion choisie par Allah, eut appelé les hommes à cette religion, les Quraychites devinrent ses principaux ennemis. Les Juifs commencèrent eux aussi à manifester leur hostilité et à conspirer. Les chrétiens étaient tout proches. Par Allah, de même que Moïse (paix sur lui) avait annoncé la bonne nouvelle concernant Jésus (paix sur lui), nous vous appelons au Coran selon cette même règle, tout comme vous appelez les adeptes de la Torah à l’Évangile. Chaque prophète est indispensable au peuple auquel il est envoyé. »
Vous avez atteint l’époque d’un prophète nouvellement venu ; obéissez donc à ses ordres. Nous ne vous demandons pas de vous détourner de la religion du Messie ; au contraire, c’est précisément à cette religion que nous vous appelons.
Al-Muqawqis dit : « Après m’être renseigné sur ce prophète, j’ai appris qu’il n’ordonne aucune action répréhensible et n’interdit aucune action louable. Ce n’est ni un magicien égaré ni un astrologue menteur. J’ai plutôt constaté qu’il porte ce signe de la prophétie : il révèle les choses secrètes et informe sur les choses invisibles. Je réfléchirai davantage à son appel. »
Al-Muqawqis prit la lettre du Messager d’Allah, la plaça dans une boîte en ivoire, puis la ferma, la scella et la remit à l’une de ses servantes. Ensuite, il fit venir un scribe de langue arabe et lui dicta la lettre suivante à l’intention du Messager d’Allah (qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix).
« Au nom d’Allah, le Tout Miséricordieux, le Très Miséricordieux. De la part d’Al-Muqawqis, grand seigneur des Coptes, à Muhammad ibn Abdallah. Que la paix soit sur vous. J’ai lu votre lettre. J’ai compris son contenu ainsi que votre appel. Je sais qu’il reste encore un prophète à venir. Je pensais qu’il apparaîtrait en Syrie. J’ai honoré votre envoyé. Je vous adresse deux servantes et vous envoie également, en cadeau pour votre monture, une mule. Que la paix soit sur vous. »
Al-Muqawqis n’écrivit rien d’autre. Il n’embrassa pas non plus l’islam. Les servantes qu’il envoya s’appelaient Maria la Copte et Shirine. La mule s’appelait Duldul. Elle resta en vie jusqu’à l’époque de Muawiya (qu’Allah l’agrée). [Zad al-Ma‘ad, tome 3, p. 61] Le Messager élu (qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix) garda Maria auprès de lui. C’est de Maria que naquit Ibrahim, le fils du Messager d’Allah (qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix). Shirine fut donnée au poète Hassan ibn Thabit al-Ansari.
Troisièmement : à l’intention de l’empereur perse Khosro Parviz —
Le Messager d’Allah (qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix) envoya également une lettre à Khosro, l’empereur de Perse. Elle était ainsi rédigée :
« Au nom d’Allah, le Tout Miséricordieux, le Très Miséricordieux —
De la part de Muhammad, le Messager d’Allah, à Parviz de Perse. »
Que la paix soit sur celui qui suit la guidée et croit en Allah et en Son Messager. Il est Un et Unique, sans associé. Muhammad est Son serviteur et Son Messager. Je vous appelle à croire en Allah, car j’ai été envoyé par Allah à l’ensemble des hommes. Ma mission consiste à avertir ceux qui sont vivants des conséquences qui les attendent et à établir la vérité contre les mécréants. Acceptez donc l’islam, vous serez en paix. Mais si vous refusez, le péché de tous les adorateurs du feu retombera également sur vous.
Hadrat ‘Abdullah ibn Hudhafa as-Sahmi (qu’Allah l’agrée) fut choisi pour porter cette lettre. Il la remit au gouverneur de Bahreïn. On ignore si le gouverneur de Bahreïn l’envoya par l’intermédiaire d’un messager ou s’il dépêcha lui-même Hadrat ‘Abdullah ibn Hudhafa. Quoi qu’il en soit, après que la lettre eut été lue à Parviz, celui-ci la déchira et dit avec arrogance : « Un simple sujet parmi mes sujets a inscrit son nom avant le mien ! » Lorsque le Messager d’Allah (qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix) en fut informé, il dit : « Qu’Allah mette son royaume en pièces ! » Il advint ensuite ce que le Messager d’Allah (qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix) avait dit.
L’empereur écrivit à Badhan, son gouverneur au Yémen : « Envoie-moi deux hommes robustes de ton pays ; qu’ils se rendent au Hedjaz et me ramènent cet homme. » Pour exécuter l’ordre de l’empereur, Badhan envoya deux hommes auprès du Messager d’Allah, munis de sa lettre. Les deux envoyés se rendirent auprès du Messager d’Allah à Médine. L’un d’eux dit : « Le Grand Roi a écrit une lettre à Badhan, lui ordonnant de vous faire comparaître devant sa cour. Le roi Badhan nous a envoyés auprès de vous ; venez donc avec nous. » Les deux visiteurs tinrent également des propos quelque peu menaçants. Le Messager d’Allah (qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix) leur dit calmement : « Revenez me voir demain. »
Entre-temps, la révolte familiale et les querelles de Khosro Parviz de Perse prirent une tournure très grave. Les troupes perses essuyaient défaite sur défaite face aux armées de César. Finalement, irrité et furieux, le fils de l’empereur, Chirawayh, tua son propre père et s’empara lui-même du pouvoir. C’était dans la nuit du mardi 10 Joumada al-Awwal de la septième année de l’Hégire [Fath al-Bari, vol. 8, p. 127]. Le Messager d’Allah (qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix) en fut informé par révélation. Le lendemain, lorsque les deux envoyés se présentèrent auprès du Messager d’Allah, il leur annonça la nouvelle. Ils dirent : « Que racontez-vous donc là ? Nous avons considéré comme une faute contre vous des propos bien moins graves que ceux-ci. Devons-nous rapporter vos paroles au roi par écrit ? » Le Messager d’Allah (qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix) répondit : « Oui, écrivez-les. Écrivez également que ma religion et mon autorité atteindront les lieux où votre roi est parvenu. Elles atteindront même des endroits au-delà desquels ni chameau ni cheval ne pourront aller. Informez-le aussi que, s’il devient musulman, nous lui laisserons tout ce qui est sous son contrôle et ferons de lui le roi de son peuple. »
Les deux envoyés se rendirent ensuite de Médine au Yémen auprès de Badhan et lui rapportèrent tout. Peu après, une lettre arriva au Yémen annonçant que Chirawayh avait tué son père et était monté sur le trône. Dans sa lettre, le nouvel empereur ordonnait également à Badhan, gouverneur du Yémen, de ne pas importuner jusqu’à nouvel ordre l’homme au sujet duquel son père lui avait écrit.
À la suite de cet événement, Badhan ainsi que ses compatriotes perses qui se trouvaient alors au Yémen embrassèrent tous l’islam et devinrent musulmans. [Muhadirat al-Khazarmi, vol. 1, p. 147 ; Fath al-Bari, vol. 8, p. 127-128 ; Rahmat li-l-‘Alamin]
Quatrièmement) Au nom de l’empereur romain César —
Le récit de cette lettre est rapporté dans un long hadith de Sahih al-Bukhari. Voici le contenu de la lettre que le Messager adressa à l’empereur romain Héraclius :
Au nom d’Allah, le Tout Miséricordieux, le Très Miséricordieux.
De la part de Muhammad, serviteur d’Allah et Son Messager, à l’illustre Héraclius de Rome.
Que la paix soit sur celui qui suit la guidée. Si vous embrassez l’islam, vous serez en paix. Si vous embrassez l’islam, vous recevrez une double récompense. Mais si vous refusez, le péché de vos sujets retombera sur vous. Ô gens du Livre, venez à une parole commune entre nous et vous : que nous n’adorions et ne servions nul autre qu’Allah, que nous ne Lui associions rien et qu’aucun d’entre nous ne prenne les autres pour seigneurs en dehors d’Allah. S’ils se détournent, dites-leur : « Soyez témoins que, pour ma part, je suis soumis à Allah. » [Sahih al-Bukhari, tome 2, p. 4-5]
Pour transmettre cette lettre, le Messager — qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix — désigna Dihya Khalifa al-Kalbi. Il lui fut ordonné de remettre la lettre au gouverneur de Busrā. Celui-ci devait ensuite la faire parvenir à l’empereur Héraclius. Le récit de la suite des événements est rapporté dans Sahih al-Bukhari d’après Abdallah ibn Abbas — qu’Allah l’agrée. Il rapporte qu’Abû Sufyân ibn Harb lui a dit que l’empereur Héraclius l’avait convié à sa cour avec un groupe de Quraysh. Conformément aux conditions de la trêve de Hudaybiyya, cette caravane s’était rendue en Syrie pour y faire du commerce avec des marchandises. Elle se présenta devant l’empereur Héraclius à Iliya, c’est-à-dire Bayt al-Maqdis. [À cette époque, l’empereur Héraclius était allé de Homs à Bayt al-Maqdis. Il s’y était rendu afin de remercier Allah pour la victoire remportée dans la guerre contre la Perse. Voir Sahih Muslim, tome 2, p. 4-5. Il ressort du récit qu’après l’assassinat de Khusro Parviz, les Romains conclurent un traité avec l’empereur perse à condition de récupérer les territoires qu’ils avaient perdus. Les Perses restituèrent également la croix dont les chrétiens croyaient qu’elle était celle sur laquelle Jésus avait été crucifié. Après la conclusion de ce traité, l’empereur Héraclius se rendit à Iliya, c’est-à-dire Bayt al-Maqdis, en 629, durant la septième année de l’Hégire, afin de remettre la croix retrouvée à sa place et de remercier Allah pour cette grande victoire.] L’empereur les fit appeler. De nombreuses personnalités du pays étaient alors présentes à la cour.
L’empereur Héraclius fit venir son interprète devant la délégation commerciale de La Mecque. Puis, par l’intermédiaire de l’interprète, il demanda : « Parmi vous, qui est le plus proche, par ses liens de parenté, de celui qui prétend être prophète ? » Abû Sufyân dit : « Je l’informai alors, ô roi, que c’était moi qui lui étais le plus proche. » Héraclius dit alors : « Faites-le approcher de moi et placez ses compagnons derrière lui. » Puis Héraclius dit à son interprète : « Je vais interroger cet homme au sujet de celui qui prétend être prophète. S’il ment en répondant à l’une de mes questions, dites à ses compagnons de le contredire immédiatement. » Abû Sufyân dit : « Par Allah, si je n’avais pas craint d’être réputé menteur, j’aurais certainement menti à son sujet. »
Abû Sufyân dit : « Après m’avoir fait avancer et asseoir, Héraclius me demanda tout d’abord : quelle est, parmi vous, la noblesse de la lignée de cet homme ? »
Moi : Il jouit d’un rang élevé parmi les siens.
Héraclius : Avant lui, quelqu’un parmi vous a-t-il déjà tenu des propos semblables à ceux qu’il tient ?
Moi : Non.
Héraclius : L’un de ses ancêtres a-t-il été roi ?
Moi : Non.
Héraclius : Les notables l’ont-ils suivi, ou les gens faibles ?
Moi : Les gens faibles.
Héraclius : Leur nombre augmente-t-il ou diminue-t-il ?
Moi : Elle ne cesse d’augmenter.
Héraclius : Depuis qu’il a adopté cette religion, quelqu’un y a-t-il jamais renoncé ?
Moi : Non.
Héraclius : Avant qu’il ne dise ces choses, quelqu’un l’avait-il déjà accusé de mentir ?
Moi : Non.
Héraclius : Commet-il des trahisons ?
Moi : Non. Cependant, nous sommes actuellement liés à lui par un traité. Nous ne savons pas ce qu’il fera à ce sujet. Abû Sufyân dit : « À part cette parole, je n’ai eu l’occasion d’ajouter quoi que ce soit de mon propre chef. »
Héraclius : Avez-vous combattu contre lui ?
Moi : Oui.
Héraclius : Comment se déroulait la guerre entre vous et lui ?
Moi : La guerre entre nous et lui ressemblait aux oscillations d’un seau : tantôt il nous vainquait, tantôt nous le vainquions.
Héraclius : À quelles actions vous ordonne-t-il ?
Moi : Il dit : « Adorez uniquement Allah et ne Lui associez personne. » Il ordonne ce que vos pères et vos ancêtres recommandaient : la véracité, la piété, la pureté, la propreté et la bienveillance envers les proches parents.
Ensuite, Héraclius dit à son interprète : « Dis à cet homme que, lorsque j’ai demandé quelle était la noblesse de l’ascendance de celui qui prétend à la prophétie, il a répondu qu’il était de haute naissance. Or, les prophètes sont habituellement envoyés parmi les gens de haute naissance. Je lui ai demandé si, avant lui, quelqu’un parmi vous avait tenu un tel discours. Il a répondu que non. S’il ne faisait que répéter les paroles d’un autre, j’aurais dit que cet homme ne faisait que répercuter les paroles d’autrui. Je lui ai demandé si l’un de ses ancêtres avait été roi. Tu as répondu que non. Si l’un de ses ancêtres avait été roi, j’aurais dit que cet homme revendiquait le royaume de ses ancêtres. Je lui ai demandé si, avant ce qu’il affirme aujourd’hui, vous l’aviez déjà accusé de mensonge. Tu as répondu que non. Ainsi, celui qui ne ment pas au sujet des hommes ne peut pas mentir au sujet d’Allah le Très-Puissant. Je lui ai également demandé si les riches le suivaient ou si c’étaient les faibles. Tu as répondu que c’étaient les faibles. En réalité, ce sont les faibles qui suivent les prophètes en premier. Je lui ai demandé si quelqu’un avait renoncé à sa religion après avoir adopté sa croyance. Tu as répondu que non. C’est effectivement ce qui se produit lorsque la vivacité de la foi pénètre dans le cœur. Je lui ai demandé s’il vous trahissait. Tu as répondu que non. C’est ainsi que sont les prophètes : ils ne rompent pas leurs engagements et ne trahissent pas. Je lui ai demandé à quelles actions il vous ordonnait. Tu as répondu qu’il vous ordonnait d’adorer Allah, de ne rien Lui associer, vous interdisait l’idolâtrie et vous ordonnait la prière, la véracité, la piété, la pureté et la propreté. Si tout ce que tu as dit est vrai, il deviendra bientôt le maître du territoire qui se trouve sous mes deux pieds. Je savais que ce prophète viendrait, mais je ne pensais pas qu’il apparaîtrait parmi vous. Si j’avais pu supporter la difficulté de me rendre auprès de lui, je serais allé le rejoindre et lui aurais lavé les pieds. »
Ensuite, Héraclius demanda la lettre du Messager d’Allah (qu’Allah le bénisse et le salue) et la lut. Dès qu’il eut fini de la lire, un tumulte éclata sur place et l’on entendit des voix élevées. Héraclius donna des ordres à notre sujet et nous fûmes conduits dehors. Une fois sortis, je dis à mes compagnons : « L’affaire du fils d’Abû Kabsha est devenue vraiment sérieuse. Je constate que même le roi des Banû al-Asfar, c’est-à-dire des Romains, le craint. » Dès lors, je ne cessai de croire que la religion du Messager d’Allah (qu’Allah le bénisse et le salue) triompherait. Par la suite, Allah, le Seigneur des mondes, alluma en moi la lumière de l’islam.
Tel est le récit d’Abû Sufyân sur l’effet de la lettre envoyée par le Messager d’Allah à l’empereur romain Héraclius. Cette lettre eut également pour effet que l’empereur Héraclius remit de nombreux biens et richesses à Dihya al-Kalbî (qu’Allah l’agrée), le porteur de la lettre du Messager d’Allah (qu’Allah le bénisse et le salue). Alors que Dihya (qu’Allah l’agrée) regagnait Médine avec ces biens, des hommes de la tribu de Judhâm les attaquèrent dans un lieu appelé Husmâ et emportèrent tout. À son arrivée à Médine, Dihya (qu’Allah l’agrée), au lieu de rentrer chez lui, se rendit d’abord auprès du Messager d’Allah et lui raconta toute l’affaire. Après l’avoir écouté, le Messager d’Allah (qu’Allah le bénisse et le salue) envoya cinq cents Compagnons en expédition à Husmâ, sous le commandement de Zayd ibn Hâritha (qu’Allah l’agrée). Zayd (qu’Allah l’agrée) lança une attaque surprise contre les hommes de la tribu de Judhâm et en tua un certain nombre. Il ramena ensuite leur troupeau et leurs femmes à Médine. Le troupeau comprenait mille chameaux et cinq mille chèvres. Parmi les captifs se trouvaient cent femmes et enfants.
Un traité d’entente existait déjà entre le Messager d’Allah — qu’Allah le bénisse et le salue — et la tribu de Judhâm. C’est pourquoi l’un des chefs de cette tribu, Zayd ibn Rifâ‘a, se rendit précipitamment auprès du Messager d’Allah pour protester et lui exposer sa plainte. Zayd ibn Rifâ‘a avait accepté l’islam depuis longtemps, avec plusieurs membres de la tribu de Judhâm. Lorsque Hadrat Dihya al-Kalbî fut attaqué, ils tentèrent de le protéger. C’est pourquoi le Messager d’Allah — qu’Allah le bénisse et le salue — accueillit sa protestation et sa plainte, et restitua aux prisonniers les biens du butin. Nombreux sont les biographes qui ont mentionné que cet événement eut lieu avant le traité d’al-Hudaybiya. Mais c’est une erreur, car la lettre destinée à l’empereur Héraclius ne fut envoyée qu’après le traité d’al-Hudaybiya. C’est pourquoi l’érudit Ibn Qayyim a écrit que cet événement eut sans aucun doute lieu après le traité d’al-Hudaybiya. [Zâd al-Ma‘âd, vol. 2, p. 122 ; Hâshiya Talqîh al-Fuhûm, p. 29]
Cinq) Au nom de Munḏir ibn Ṣādir —
Le Messager d’Allah — qu’Allah le bénisse et le salue — écrivit une lettre à Munḏir ibn Ṣādir et l’invita lui aussi à l’islam. Munḏir était le gouverneur de Bahreïn. Cette lettre fut envoyée par l’intermédiaire de Hadrat al-‘Alâ ibn al-Hadramî. En réponse, Munḏir écrivit au Messager d’Allah : « Ô Messager d’Allah, j’ai lu votre lettre aux habitants de Bahreïn. Certains ont apprécié l’islam, l’ont considéré comme une religion de pureté et l’ont embrassé, tandis que beaucoup d’autres ne l’ont pas apprécié. Il y a ici des juifs et des adorateurs du feu. Donnez-moi vos instructions à leur sujet. » En réponse, le Messager — qu’Allah le bénisse et le salue — lui écrivit la lettre suivante.
Je commence au nom d’Allah, le Tout Miséricordieux, le Très Miséricordieux.
De la part du Messager d’Allah, Muhammad, à Munḏir ibn Ṣādir. Que la paix soit sur vous. Je loue auprès de vous Allah, en dehors de qui nul ne mérite d’être adoré. J’atteste que Muhammad est le serviteur d’Allah et Son Messager.
Ensuite, je vous rappelle Allah. Sachez que celui qui accomplit une bonne œuvre ne la fait que pour lui-même. Celui qui obéit à mes envoyés et se conforme à leurs ordres est considéré comme m’ayant obéi. Ceux qui traitent bien mes envoyés sont considérés comme m’ayant bien traité. Mes envoyés ont fait votre éloge. J’ai accepté votre intercession en faveur de votre peuple. Laissez donc les musulmans dans l’état dans lequel ils ont embrassé la foi. J’ai pardonné aux coupables ; pardonnez-leur vous aussi. Tant que vous suivrez la voie droite, je ne vous destituerai pas. Ceux qui professent la religion juive et ceux qui adorent le feu devront verser la jizya. [Zâd al-Ma‘âd, vol. 3, p. 61-62. Cette lettre a été découverte récemment. Le docteur Hamidullah en a publié une photocopie. Il existe une différence d’un mot entre le texte de Zâd al-Ma‘âd et celui de la photocopie. La photocopie porte « lâ ilâha illâ huwa », tandis que Zâd al-Ma‘âd porte « lâ ilâha ghayruhu ».]
Six) Au nom du gouverneur d’al-Yamâma —
Le Messager d’Allah — qu’Allah le bénisse et le salue — envoya la lettre suivante à Hawdha ibn ‘Alî, gouverneur d’al-Yamâma.
Je commence au nom d’Allah, le Tout Miséricordieux, le Très Miséricordieux.
Lettre de Muhammad, le Messager d’Allah, à Hawdha ibn Ali.
Que la paix soit sur celui qui suit la bonne direction. Sachez que ma religion s’étendra jusqu’aux contrées qu’atteignent les chameaux et les chevaux. Embrassez donc l’islam, vous vivrez en paix. Tout ce qui est sous votre autorité vous sera conservé.
Salit ibn Amr al-Amiri fut désigné comme envoyé pour remettre cette lettre. Le vénérable Salit se rendit auprès de Hawdha, le gouverneur de Yamama, avec cette lettre scellée. Hawdha l’accueillit comme son hôte et lui souhaita la bienvenue. Le vénérable Salit lut la lettre au gouverneur. Celui-ci donna une réponse évasive, puis adressa une réponse écrite au Messager d’Allah. La réponse était la suivante.
« La bonté et l’excellence de ce à quoi vous appelez sont incontestables. J’exerce une influence sur les Arabes. Confiez-moi donc certaines responsabilités, et je vous obéirai. »
Le gouverneur Hawdha offrit également quelques présents à l’envoyé du Messager d’Allah. Des vêtements précieux figuraient parmi ces présents. Le vénérable Salit apporta ces présents au Messager d’Allah et l’informa de tout.
Après avoir fait lire cette lettre, le Messager d’Allah — qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix — déclara que, même s’il lui demandait un seul morceau de terre, il ne le lui donnerait pas. Lui-même périrait, et tout ce qui était sous son autorité périrait également.
Après le retour du Messager d’Allah — qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix — de la conquête de La Mecque, le vénérable Gabriel — paix sur lui — l’informa que Hawdha était à l’agonie.
Le Messager, qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix, dit ensuite aux Compagnons : « Écoutez : un menteur apparaîtra à Yamama et sera tué après moi. » Un Compagnon demanda : « Ô Messager d’Allah, qui le tuera ? » Le Messager d’Allah, qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix, répondit : « Toi et ton compagnon. »
Par la suite, les paroles du Messager d’Allah se révélèrent véridiques.
7) Concernant le gouverneur de Damas, Ghassani —
Le Messager d’Allah, qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix, envoya la lettre suivante à Harith ibn Abou Chimar al-Ghassani, gouverneur de Damas.
Je commence au nom d’Allah, le Tout Miséricordieux, le Très Miséricordieux.
De la part du Messager d’Allah, Muhammad, à Harith ibn Abou Chimar.
Que la paix soit sur celui qui suit la bonne direction, croit et reconnaît la vérité. Je vous invite à croire en Allah, l’Unique, le Seul, qui n’a aucun associé. Acceptez l’appel à l’islam. Votre royaume sera durablement établi pour vous.
Cette lettre fut envoyée par l’intermédiaire du vénérable Compagnon Souja ibn Wahab, affilié à la tribu d’Assad ibn Khouzayma. Après avoir remis la lettre à Harith, celui-ci dit : « Qui peut m’arracher mon royaume ? Je vais bientôt lancer une attaque contre lui. » Cet homme malheureux n’embrassa pas l’islam.
Huit) Au sujet du roi d’Oman
L’Envoyé d’Allah, qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix, écrivit également une lettre à Jaïfar, le roi d’Oman, ainsi qu’à son frère Abd. Leur père s’appelait Jalandi. Voici le contenu de la lettre :
Au nom d’Allah, le Tout Miséricordieux, le Très Miséricordieux,
De la part de Muhammad, fils d’Abd Allah, à Jaïfar et Abd, les deux fils de Jalandi.
Paix sur celui qui suit la guidée. Ensuite, je vous invite tous deux à l’islam. Embrassez l’islam, vous serez en paix. En effet, je suis le Messager d’Allah pour toute l’humanité. J’œuvre pour avertir ceux qui sont vivants des conséquences qui les attendent et pour établir la véracité de la parole d’Allah à l’encontre des mécréants. Si vous embrassez tous deux l’islam, vous conserverez le pouvoir. Mais si vous refusez, votre royaume prendra fin. Votre territoire passera sous les sabots des chevaux. La prophétie triomphera de votre royaume. »
Pour remettre cette lettre, le vénérable Amr ibn al-As fut désigné. Il raconte : « Je partis pour Oman et rencontrai Abd. Parmi les deux frères, Abd était le plus doux de caractère. Je lui dis : “Je suis venu auprès de vous et de votre frère en tant qu’émissaire de l’Envoyé d’Allah, qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix.” Il répondit : “Mon frère est plus âgé que moi et supérieur à moi à tous égards, tant par l’âge que par le pouvoir royal. Je vais donc vous conduire auprès de lui ; c’est lui-même qui lira la lettre que vous avez apportée.” Après cela, Abd demanda : “Eh bien, à quoi invitez-vous donc ?”
Moi : Nous appelons à Allah. Il est Un et sans égal. Il n’a aucun associé. Nous disons : abandonnez l’adoration de tout ce qui est adoré en dehors d’Allah et attestez que Muhammad, qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix, est le serviteur et le Messager d’Allah.
Abd : Ô Amr, vous êtes le fils du chef de votre peuple. Dites-moi, qu’a fait votre père ? Sa manière d’agir devra-t-elle nous servir de modèle ?
Moi : Il est décédé avant d’avoir cru en Muhammad (qu’Allah le bénisse et le salue). Je le regrette profondément ; s’il avait accepté l’islam et cru au Messager d’Allah, comme cela aurait été merveilleux ! Moi-même, j’étais incroyant. Mais Allah, Seigneur des mondes, m’a guidé vers l’islam.
Abd : Depuis quand avez-vous commencé à le suivre ?
Moi : Il n’y a pas très longtemps.
Abd : Où avez-vous embrassé l’islam ?
Moi : Devant le Négus. Le Négus aussi s’était converti à l’islam.
Abd : Après que ses compatriotes eurent embrassé l’islam, qu’a-t-il fait de son royaume ?
Moi : Il l’a conservé, et les autres ont suivi son exemple.
Abd : Les prêtres des églises et les autres ont-ils aussi suivi son exemple ?
Moi : Oui, tous l’ont fait.
Abd : Ô Amr, réfléchissez à ce que vous dites. Souvenez-vous que, pour un homme, rien ne peut être pire que le mensonge.
Moi : Je ne mens pas. Nous ne considérons pas non plus le mensonge comme licite.
Abd : Je pense que l’empereur Héraclius ignore que le Négus a embrassé l’islam.
Moi : Il le sait certainement.
Abd : Comment l’avez-vous compris ?¬
Moi :¬¬¬¬¬¬¬ Le Négus payait un impôt à Héraclius, mais après avoir reconnu, par l’islam, la véracité de Muhammad, que la bénédiction et la paix d’Allah soient sur lui, il dit : « Par Allah, désormais, même si Héraclius me demande un seul dirham, je ne le lui donnerai pas. » Lorsque cette nouvelle parvint à la cour d’Héraclius, son frère Yannaq lui dit : « Allez-vous laisser partir un serviteur tel que celui-ci, qui refuse de payer le kharâdj ? Accepterez-vous également qu’il abandonne votre religion pour en adopter une autre ? » Héraclius répondit : « Cet homme a choisi une religion et l’a adoptée ; que puis-je lui faire ? Par Dieu, si ce n’était l’amour du royaume, je ferais moi aussi ce qu’a fait le Négus. »
Abd : Amr, réfléchissez à ce que vous dites.
Moi : Par Allah, je dis seulement la vérité.
ʿAbd : Très bien, dites-moi donc : à quels actes ordonne-t-il et quels actes interdit-il ?
Moi : Allah le Très-Haut ordonne de Lui obéir et interdit de Lui désobéir. Il ordonne de faire le bien et de bien se comporter envers ses proches. Il interdit l’injustice, la tyrannie, les excès, la fornication, la consommation d’alcool, ainsi que l’adoration des pierres, des idoles et de la croix.
ʿAbd : Tous les actes auxquels il ordonne sont assurément de bonnes actions. Si j’avais la certitude que mon frère me suivrait, nous partirions à cheval pour Médine et nous croirions en Mohammed (paix et bénédiction d’Allah sur lui). Mais mon frère est profondément attaché à son royaume ; je doute qu’il accepte, par crainte de perdre son pouvoir, de se soumettre à l’autorité de quelqu’un d’autre.
Moi : S’il embrasse l’islam, le Messager d’Allah le maintiendra dans sa royauté. Il devra toutefois accomplir une tâche : percevoir l’aumône auprès des riches et la distribuer aux pauvres.
ʿAbd : C’est assurément une très bonne action. Dites-moi donc, qu’est-ce que l’aumône ?
Je lui exposai les règles de l’aumône fixées par le Messager d’Allah sur différents biens. Lorsque la question des chameaux fut abordée, il dit : « Ô ʿAmr, l’aumône sera-t-elle également prélevée sur ces troupeaux qui paissent d’eux-mêmes dans les pâturages ? »
Moi : Oui.
Abd : Par Allah, je ne sais pas si les habitants de notre pays accepteront cela en considérant l’immensité du pays et le grand nombre de chameaux.
Amr ibn al-As dit : Je passai plusieurs jours dans le vestibule de la cour royale. Abd alla s’entretenir avec son frère à mon sujet. Un jour, il me fit appeler et j’entrai. Les gardes me saisirent par le bras. Abd leur dit de me laisser, et ils me relâchèrent aussitôt. Lorsque je voulus m’asseoir, les gardes ne me le permirent pas. Je regardai le roi, qui me dit : « Dites-moi, que voulez-vous ? » Je lui tendis la lettre dans son enveloppe scellée. Il en déchira l’enveloppe et la lut. Après l’avoir entièrement lue, il la remit à son frère. Je remarquai que le frère du roi, Abd, était d’un caractère relativement plus doux que le roi.
Le roi demanda : « Dites-moi, comment les Quraysh ont-ils réagi ? »
Moi : Tous ont accepté de lui obéir. Certains par amour de la religion, et quelques-uns par crainte de l’épée.
Le roi : « Quels genres de gens sont avec lui ? »
Moi : Il y a des gens de toutes sortes. Ils ont embrassé l’islam avec enthousiasme. Ils ont donné à l’islam la prééminence sur toutes les autres croyances religieuses. Par la guidance d’Allah et la direction de leur conscience, ils ont compris que, jusqu’alors, ils étaient égarés. À ma connaissance, vous êtes le seul, dans cette région, à ne pas encore avoir embrassé l’islam. Si vous n’embrassez pas l’islam et ne suivez pas Muhammad, qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix, des hommes montés sur des chevaux et des chameaux viendront vous réduire en pièces. Ils anéantiront votre prospérité. Embrassez donc l’islam et vous vivrez en paix. Le Messager d’Allah, qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix, vous maintiendra vous-même comme gouverneur de votre peuple. Aucun assaillant n’entrera sur votre territoire.
Le roi dit : « Venez me voir demain. »
Je retournai ensuite auprès du frère du roi.
ʿAbd dit : « ʿAmr, je pense que mon frère embrassera l’islam si l’attrait du pouvoir royal n’est pas trop fort. »
Le lendemain, je voulus de nouveau me rendre auprès du roi, mais on ne m’autorisa pas à entrer. À mon retour, j’en informai son frère. Celui-ci me conduisit auprès de lui. Le roi dit : « J’ai réfléchi à l’appel que vous m’avez présenté. Si je confiais le royaume à quelqu’un dont l’armée n’est pas encore arrivée, je serais réputé être l’homme le plus faible et le plus lâche d’Arabie. Si ses soldats arrivent ici, nous leur ôterons l’envie de combattre. »
Je répondis : « Très bien, je repartirai demain. »
Après s’être assuré de mon départ, le roi s’entretint en privé avec son frère. Le roi lui dit : « Par rapport à ceux sur lesquels ce prophète a triomphé, nous ne sommes rien. Tous ceux auxquels il a envoyé un message ont accepté son appel. »
Le lendemain matin, je fus de nouveau convoqué à la cour du roi. Le roi et son frère embrassèrent tous deux l’islam. Ils crurent en l’Envoyé d’Allah, qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix. On me confia la responsabilité de collecter la zakat et de trancher les différends entre les plaignants et les défendeurs. Ils m’apportèrent dans cette tâche une aide et un soutien considérables. [Zād al-Maʿād, tome 3, p. 62-63]
D’après le récit et la nature de cet événement, il semble que l’Envoyé d’Allah ait envoyé une lettre aux deux rois après l’avoir fait aux autres souverains. Cette lettre fut probablement envoyée après la conquête de La Mecque.
Par ces lettres, l’Envoyé d’Allah, qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix, avait fait parvenir son appel à la majeure partie du monde. En réponse, certains crurent, tandis que d’autres demeurèrent fermes dans leur mécréance. Toutefois, ces lettres eurent pour effet d’attirer également l’attention de ceux qui refusèrent de croire : le nom de l’Envoyé d’Allah et la religion qu’il prêchait devinrent pour eux des réalités connues.
Activités militaires après le traité de Hudaybiyya
Expédition de Dhu Qarad
Cette expédition fut menée contre une partie des Banû Fazâra. Ceux-ci avaient attaqué les troupeaux du Messager d’Allah, qu’Allah le bénisse et le salue. C’est pour venger cette attaque que le Messager d’Allah, qu’Allah le bénisse et le salue, conduisit cette expédition avec les Compagnons.
Après la trêve de Hudaybiyya et avant l’expédition de Khaybar, ce fut la première et l’unique expédition. L’imam al-Bukhârî (qu’Allah l’agrée) rapporte qu’elle eut lieu seulement trois jours avant l’expédition de Khaybar. Un récit détaillé à ce sujet est rapporté d’après l’imam Salama ibn al-Akwa‘ (qu’Allah l’agrée). Il est également mentionné dans le Sahîh Muslim. Les auteurs de biographies prophétiques ont écrit que cet événement eut lieu avant la trêve de Hudaybiyya. Mais cela n’est pas exact. C’est plutôt le récit mentionné dans les recueils de hadiths qui est authentique. [Sahîh al-Bukhârî, chapitre de l’expédition de Dhât Qarad, tome II, p. 603 ; Sahîh Muslim, chapitre de l’expédition de Dhu Qarad, tome II, p. 113-115 ; Fath al-Bârî, tome VII, p. 460-462 ; Zâd al-Ma‘âd, tome II, p. 120]
Le récit de la part prise par Salama bint al-Akwa‘ (qu’Allah l’agrée) dans cette expédition figure dans sa propre narration. Voici le récit de l’événement : Salama rapporte que le Messager d’Allah, qu’Allah le bénisse et le salue, avait envoyé ses chamelles de monture au pâturage, confiées à son serviteur Rabâh. J’étais moi aussi avec eux, avec le cheval d’Abû Talha. Soudain, à l’aube, ‘Abd al-Rahmân al-Fazârî attaqua les chameaux, tua le berger et les emmena. Je dis à Rabâh : « Rabâh, prends ce cheval, conduis-le à Abû Talha et informe le Messager d’Allah de ce qui s’est passé. » Puis je gravis une colline, me tournai vers Médine et poussai trois fois le cri : « Yâ sabâhah ! », c’est-à-dire : « Quelle attaque matinale ! » Ensuite, je me lançai à la poursuite des assaillants, leur décochant des flèches et récitant :
« Je suis le fils d’al-Akwa‘, et aujourd’hui est le jour de la défaite. »
« Je ne suis autre que le fils d’al-Akwa‘ ; aujourd’hui, vous verrez la preuve de l’allaitement maternel. »
Salama ibn al-Akwa‘ rapporte : je continuai à leur décocher des flèches. Lorsqu’un cavalier s’approchait de moi pour contre-attaquer, je me cachais derrière un arbre. De derrière l’arbre, je lui tirais dessus et le blessais. Lorsqu’ils s’engagèrent dans un étroit passage de la montagne, je gravis la montagne et me mis à leur lancer des pierres. Je continuai ainsi à les poursuivre sans relâche. À un moment donné, je repris le contrôle de toutes les chamelles du Messager d’Allah. Je poursuivis néanmoins leur poursuite. Pour alléger leur charge, ils abandonnèrent alors trente couvertures et plus de trente lances, puis continuèrent leur chemin. Chaque fois qu’ils abandonnaient quelque chose, je rassemblais quelques pierres à côté pour servir de repère. Je faisais cela afin que le Messager d’Allah et ses Compagnons puissent les reconnaître plus facilement. Ensuite, ils s’assirent dans un passage étroit d’un poste fortifié pour prendre leur repas de midi. Je m’assis moi aussi quelque part. Quatre d’entre eux s’avancèrent vers moi. Je pouvais les entendre parler. Je leur dis : « Me connaissez-vous ? Je m’appelle Salama ibn al-Akwa‘. Si je me lance à la poursuite de l’un de vous, je le rattraperai sans difficulté. Mais si vous me poursuivez, vous ne pourrez en aucun cas m’attraper. » En entendant cela, les quatre hommes repartirent. Je restai assis à ma place. Peu après, j’aperçus à travers les arbres les cavaliers du Messager d’Allah qui arrivaient. Akhram était en tête, suivi respectivement d’Abû Qatâda et de Miqdâd ibn al-Aswad. Soudain, un affrontement éclata entre ‘Abd al-Rahmân et Akhram. Akhram blessa le cheval de ‘Abd al-Rahmân. Furieux, ‘Abd al-Rahmân tua Akhram avec sa lance. Entre-temps, Abû Qatâda s’approcha de ‘Abd al-Rahmân et le blessa avec sa lance. Les autres assaillants s’enfuirent. Je me mis à courir rapidement dans leur direction. Peu avant le coucher du soleil, ils se dirigèrent vers un poste fortifié où se trouvait un point d’eau appelé Dhu Qarad. Ils avaient soif et voulaient y boire. Mais je les empêchai d’approcher du point d’eau ; ils ne purent donc pas boire une seule goutte. Le Messager d’Allah, qu’Allah le bénisse et le salue, et les nobles Compagnons arrivèrent auprès de moi après le coucher du soleil. Je dis : « Ô Messager d’Allah, ils avaient tous soif. Si tu me donnais cent Compagnons, je pourrais leur prendre leurs chevaux, avec leurs cavaliers, et je vous amènerais également leurs têtes à tous. » Le Messager d’Allah, qu’Allah le bénisse et le salue, dit : « Fils d’al-Akwa‘, tu les as déjà dominés ; sois maintenant un peu plus mesuré. » Puis il dit : « En ce moment, ils sont reçus chez les Banû Ghatafân. »
En évoquant cette expédition, le Messager d’Allah, qu’Allah le bénisse et le salue, déclara : « Aujourd’hui, notre meilleur cavalier est Abû Qatâda, et notre meilleur fantassin est Salama. » Le Messager (qu’Allah le bénisse et le salue) m’accorda deux parts : l’une réservée au fantassin et l’autre au cavalier. Au retour, le Messager (qu’Allah le bénisse et le salue) m’honora. Il me fit monter derrière lui sur sa chamelle nommée al-‘Adbâ’ et me ramena à Médine.
Lors de cette expédition militaire, le Messager (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui) confia la responsabilité de Médine à ‘Abdullah ibn Umm Maktum. L’étendard de cette expédition était porté par Miqdad ibn ‘Amr (qu’Allah l’agrée).
La bataille de Khaybar et de Wadi al-Qura
Le mois de Muharram de la septième année de l’Hégire. La ville de Khaybar se trouve à 60 ou 80 miles de Médine. C’était une ville assez importante. Elle possédait des forteresses ainsi que des champs et des terres agricoles. Son climat n’est pas particulièrement sain. Aujourd’hui, c’est une localité.
À la suite du traité de Hudaybiyya, le Messager d’Allah (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui) eut la certitude que les Qurayshites, la plus puissante des trois forces qui s’étaient liguées lors de la bataille de la Tranchée, ne constituaient plus une menace. Les deux autres composantes étaient les puissants Juifs et plusieurs tribus du Najd. Le Messager d’Allah (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui) estima nécessaire de régler également la situation avec eux. Cela permettrait d’assurer la sécurité de tous côtés et d’instaurer un climat de paix et de stabilité dans toute la région. Ainsi, les musulmans pourraient, sans s’engager dans des affrontements sanglants, transmettre le message d’Allah et se consacrer à l’appel à Sa religion.
Khaybar était véritablement le foyer des complots et des conspirations des Juifs. Ce lieu était également le centre de leurs préparatifs militaires contre les musulmans. C’est pourquoi les musulmans y portèrent leur attention en premier lieu.
Khaybar était-elle réellement un foyer de complots et de conspirations ? À ce sujet, il faut garder à l’esprit que ce sont les habitants de Khaybar qui, lors de la bataille de la Tranchée, avaient incité toutes les factions des polythéistes et les avaient rassemblées contre les musulmans. Ce sont eux qui avaient poussé les membres de la tribu des Banû Qurayza à la trahison. Ce sont encore eux qui avaient noué des relations avec les hypocrites, la cinquième colonne de la société islamique, ainsi qu’avec les Banû Ghatafan et les Bédouins au moment de la bataille de la Tranchée. Eux-mêmes se préparaient également à combattre les musulmans. Ils avaient harcelé et importuné les musulmans de diverses manières. Ce sont eux qui avaient aussi comploté pour assassiner le Messager d’Allah (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui). Pour toutes ces raisons, les musulmans se trouvaient contraints de mener une expédition militaire. Il fallut éliminer les chefs des conspirateurs, Salam ibn Abû al-Huqayq et Usayr ibn Zârim. En réalité, la responsabilité et le devoir des musulmans à l’égard des Juifs étaient encore plus grands. Toutefois, l’accomplissement de ce devoir avait été retardé, car les Qurayshites étaient un adversaire plus puissant, mieux organisé, plus belliqueux et plus redoutable que les Juifs.
Il n’était pas possible d’affronter les Juifs en faisant abstraction des Qurayshites. Après la conclusion d’un traité avec les Qurayshites, les conditions furent réunies pour entrer en contact avec les Juifs. Le jour où ils devraient rendre des comptes approchait désormais.
En route vers Khaybar
Ibn Ishaq rapporte que le Messager d’Allah — qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix — demeura à Médine après son retour de Hudaybiyya pendant tout le mois de Dhou al-Hijja et quelques jours du mois de Mouharram. Puis, durant les jours restants de Mouharram, il se mit en route vers Khaybar.
Les exégètes ont écrit que la conquête de Khaybar était une promesse d’Allah. Il a dit : « Allah vous avait promis un abondant butin dont vous deviendriez les détenteurs. Il vous l’a fait obtenir rapidement. » (Sourate al-Fath, verset 20)
L’expression « Il vous l’a fait obtenir rapidement » fait référence à la trêve de Hudaybiyya. Quant à l’abondant butin, elle désigne Khaybar.
Le nombre des soldats musulmans
Les hypocrites et les gens dont la foi était faible étaient restés chez eux au lieu d’accompagner le Messager d’Allah — qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix — lors du voyage à Hudaybiyya. C’est pourquoi Allah, le Seigneur des mondes, ordonna à Son Messager à ce sujet et dit : « Lorsque vous partirez pour recueillir le butin, ceux qui étaient restés chez eux diront : “Laissez-nous vous accompagner.” Ils veulent modifier la promesse d’Allah. Dis : “Vous ne nous accompagnerez en aucun cas. Allah l’a déjà déclaré auparavant.” Ils diront : “Vous êtes plutôt hostiles à notre égard.” En réalité, ils ne comprennent que peu. » (Sourate al-Fath, verset 15)
Lorsque le Messager d’Allah — qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix — se mit en route vers Khaybar, il annonça que seuls ceux qui éprouvaient un véritable intérêt pour le jihâd pourraient l’accompagner. À la suite de cette annonce, seuls ceux qui avaient participé au serment d’allégeance de Ridwân sous l’arbre de Hudaybiyya eurent la possibilité de partir. Ils étaient au nombre de mille quatre cents.
Durant cette expédition, la responsabilité de l’administration de Médine fut confiée à Sabâ ibn Arfata al-Ghifari. En revanche, Ibn Ishaq affirme qu’elle fut confiée à Noumayla ibn Abdallah al-Laythi. Toutefois, selon les chercheurs et les spécialistes, la première version est la plus fiable. [Fath al-Bari, tome VII, p. 465 ; Zad al-Ma‘ad, tome II, p. 133]
À cette époque, Abou Hourayra — qu’Allah l’agrée — arriva également à Médine. Sabâ ibn Arfata — qu’Allah l’agrée — accomplissait la prière de l’aube. Après la prière, Abou Hourayra se rendit auprès de lui. Il lui procura des provisions. Abou Hourayra se mit alors en route vers Khaybar pour rejoindre le Noble Prophète. À son arrivée, il apprit que Khaybar était tombée sous le contrôle des musulmans. Après consultation avec les musulmans, le Messager d’Allah — qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix — attribua à Abou Hourayra et à ses compagnons leur part du butin.
Les activités des hypocrites en faveur des Juifs
À cette époque, les hypocrites se sont beaucoup démenés pour aider les Juifs. Le chef des hypocrites, ʿAbdullah ibn Ubayy, avait déjà envoyé un message à Khaybar : « Muhammad se dirige vers vous ; soyez sur vos gardes. Préparez-vous et ne prenez pas peur. Vous êtes nombreux et disposez de nombreuses armes. Les compagnons de Muhammad ne sont pas nombreux ; de plus, ils sont démunis et leurs armes sont très peu nombreuses. » Après avoir reçu cette nouvelle, les habitants de Khaybar envoyèrent Kinanah ibn Abî al-Huqayq et Hawza ibn Qays auprès de la tribu de Banû Ghatafân afin d’obtenir son aide. Banû Ghatafân était l’alliée des Juifs de Khaybar et soutenait leurs alliés contre les musulmans. Les Juifs avaient également promis à Banû Ghatafân que, si elle parvenait à vaincre les musulmans, la moitié de la production totale de Khaybar lui serait remise.
Description de l’état des routes
Sur le chemin de Khaybar, le Messager d’Allah — qu’Allah le bénisse et le salue — franchit la montagne d’Eṣr. Celle-ci est également connue sous le nom de montagne d’Aṣr. Après avoir traversé la plaine de Ṣabḥā, il arriva dans la plaine de Rājiʿ. Mais ce Rājiʿ n’était pas celui où huit Compagnons avaient subi le martyre aux mains des Banû Liḥyân, à cause de la trahison de ʿAdal et de Qârah.
La zone de campement de la tribu de Banû Ghatafân se trouvait à une journée et une nuit de marche de Rājiʿ. Répondant à l’appel des Juifs, Banû Ghatafân s’était également mise en route vers Khaybar. Après leur départ, ils entendirent du tumulte derrière eux. Ils pensèrent que les musulmans avaient attaqué leurs familles et leurs troupeaux. Ils firent donc demi-tour, laissant Khaybar libre pour les musulmans.
Le Messager d’Allah — qu’Allah le bénisse et le salue — demanda à deux Compagnons connaissant les chemins de venir. L’un d’eux s’appelait Ḥuṣayl. Le Messager d’Allah — qu’Allah le bénisse et le salue — leur demanda de lui indiquer une route appropriée permettant d’entrer à Khaybar par la direction de la Syrie plutôt que par celle de Médine. Cela permettrait de couper aux Juifs la voie de fuite vers la Syrie. D’autre part, l’aide éventuelle de Banû Ghatafân arriverait également par cette direction. Les musulmans se trouveraient ainsi entre Banû Ghatafân et les Juifs, et même si l’aide de Banû Ghatafân arrivait, elle ne pourrait pas atteindre les Juifs.
L’un des guides dit : « Ô Messager d’Allah, je vous conduirai par le chemin que vous désirez. » Le guide se mit à avancer en tête. Arrivé à un carrefour, il dit : « Ô Messager d’Allah, chacun de ces quatre chemins rejoint Khaybar. Vous pouvez l’atteindre par n’importe lequel d’entre eux. » Le Messager d’Allah — qu’Allah le bénisse et le salue — demanda le nom des chemins. Ḥuṣayl répondit : « Le premier s’appelle Ḥazn, le deuxième Shâsh, le troisième Ḥâṭib et le quatrième Marḥab. » Le Messager d’Allah — qu’Allah le bénisse et le salue — préféra le dernier nom, c’est-à-dire Marḥab. En considérant la signification des noms des trois autres chemins, il les abandonna. Il fut finalement décidé de prendre le chemin de Marḥab.
Quelques événements sur le chemin
1) Hadrat Salama ibn al-Akwa‘ (qu’Allah l’agrée) rapporte : Nous sommes partis pour Khaybar avec le Messager d’Allah (paix et bénédictions d’Allah sur lui). Il fut décidé de voyager pendant la nuit. Un homme vint dire à ‘Amir : « ‘Amir, fais-nous entendre quelque chose. » ‘Amir était poète. Il descendit de sa monture et se mit à réciter les vers suivants.
« Si Tu n’avais pas été là, ô Allah,
nous n’aurions pas trouvé la bonne direction,
nous n’aurions accompli ni la prière ni la zakat.
Pour Toi, nous sacrifierons cette vie,
alors, pardonne-nous,
et garde nos pas fermes face à nos ennemis.
Accorde-nous la paix, ô Très-Haut Allah.
Si nous poussons le cri de guerre, l’ennemi ne tremble-t-il pas, ô cœur ?
Nous avons acquis une pleine confiance en cela. »
Après avoir entendu ce poème, le Messager d’Allah — qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix — demanda qui en était l’auteur. On lui apprit qu’il s’agissait de ʿÂmir ibn al-Akwaʿ. Le Messager d’Allah dit : « Qu’Allah lui fasse miséricorde ! » Un Compagnon fit remarquer : « À présent, le martyre de ʿÂmir est inévitable. » Pourtant, nous aurions souhaité profiter encore davantage de sa compagnie. [Sahîh al-Bukhârî, chapitre de l’expédition de Khaybar, tome 2, p. 603 ; Sahîh Muslim, chapitre de l’expédition de Dhû Qarad, tome 2, p. 115] Les Compagnons savaient que, lorsqu’au cours d’une bataille le Messager d’Allah — qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix — priait spécialement pour le pardon d’un Compagnon, celui-ci devenait martyr. [Sahîh Muslim, tome 2, p. 115] C’est ce qui arriva à ʿÂmir — qu’Allah l’agrée — lors de la bataille de Khaybar. C’est pourquoi les Compagnons dirent : « S’il avait prié pour la longévité de ʿÂmir, nous aurions pu le garder parmi nous encore plus longtemps. »
2) Dans la plaine de Sahbâ, tout près de Khaybar, le Messager d’Allah — qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix — accomplit la prière de lʿAsr. Ensuite, il mangea. On ne servit que du sattu. Sur son ordre, le sattu fut préparé pour être consommé. Puis il en mangea lui-même et en fit manger aux Compagnons. Après le repas, il se leva pour la prière du Maghrib. À ce moment-là, il ne renouvela pas ses ablutions : il se contenta de se rincer la bouche. Les Compagnons en firent de même. [Sahîh al-Bukhârî, tome 2, p. 603] Ensuite, il accomplit la prière de lʿIchâ.
L’armée musulmane aux abords de Khaybar
La nuit précédant la bataille, les musulmans passèrent la nuit aux abords de Khaybar. Les Juifs ne s’en aperçurent même pas. Le Messager d’Allah — qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix — avait pour habitude, lorsqu’il arrivait de nuit auprès d’un peuple, d’attendre et de ne pas s’approcher de lui avant le matin. Ce jour-là, il accomplit la prière de lʿAube alors qu’il faisait encore un peu sombre, très tôt le matin. Puis les musulmans montèrent et avancèrent vers Khaybar. Beaucoup d’habitants de Khaybar étaient sortis pour travailler dans les champs, la pioche sur l’épaule. Soudain, en apercevant les soldats musulmans, ils se mirent à crier et à fuir. Tout en criant, ils disaient : « Par Dieu, Muhammad — qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix — est arrivé avec son armée ! » [Al-Maghâzî, al-Wâqidî, La bataille de Khaybar, p. 112 ; Sahîh al-Bukhârî, chapitre de la bataille de Khaybar, tome 2, p. 603-604]
Voyant cette situation, le Messager d’Allah — qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix — dit : « Allah est le plus grand ! Khaybar est ruinée ! Allah est le plus grand ! Khaybar est ruinée ! Lorsque nous descendons dans le territoire d’un peuple, le matin de ceux qui en sont les effrayés devient funeste. » [Sahîh al-Bukhârî, chapitre de la bataille de Khaybar, tome 2, p. 603-604]
Le Messager d’Allah — qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix — choisit un endroit où faire camper les soldats. Habbâb ibn al-Mundhir vint lui demander : « Ô Messager d’Allah, avez-vous décidé de nous arrêter ici sur l’ordre d’Allah, ou l’avez-vous décidé pour des raisons stratégiques ? » Il répondit : « Je l’ai décidé pour des raisons stratégiques. » En entendant cela, Habbâb — qu’Allah l’agrée — dit : « Cet endroit est très proche de la forteresse de Najât. Tous les combattants de Khaybar résident dans cette forteresse. Ils pourront connaître parfaitement notre situation, tandis que nous ne pourrons pas connaître la leur. Ils pourront ainsi appliquer leurs stratégies contre nous ; leurs flèches nous atteindront, alors que les nôtres ne les atteindront pas. La crainte d’une attaque-surprise de leur part pendant la nuit subsistera également. En outre, cet endroit est entouré de palmeraies et se trouve dans une dépression. Il aurait donc été préférable de nous installer dans un endroit où aucun de ces problèmes ne se pose. » Le Messager d’Allah — qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix — dit : « Ton avis est juste. » Puis le Messager — qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix — ordonna aux Compagnons de s’arrêter. Ensuite, il adressa cette invocation au Seigneur des mondes : « Ô Allah, Tu es le Seigneur des sept cieux et de tout ce qu’ils couvrent de leur ombre ; Tu es le Seigneur des sept terres et de tout ce qui se trouve au-dessus et au-dessous d’elles ; Tu es le Seigneur des démons et de ceux qu’ils ont égarés. Nous Te demandons le bien de cette contrée, le bien de ses habitants et le bien de tout ce qui s’y trouve. Et nous cherchons refuge auprès de Toi contre le mal de cette contrée, le mal de ses habitants et le mal de tout ce qui s’y trouve. »
Le Messager d’Allah (qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix) dit ensuite : « Avancez au nom d’Allah. » [En raison de cette affection oculaire, il resta à l’arrière, puis rejoignit les autres.]
Préparatifs de guerre et forteresses de Khaybar
La nuit où le Messager d’Allah (qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix) entra dans les environs de Khaybar, il déclara : « Demain, je remettrai l’étendard à un homme qui aime Allah et Son Messager, et qu’Allah et Son Messager aiment également. » Tous les Compagnons se présentèrent devant le Messager d’Allah. Chacun espérait secrètement recevoir l’étendard. Le Messager d’Allah (qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix) demanda : « Où est Ali ibn Abou Talib ? » Les Compagnons répondirent : « Ô Messager d’Allah, ses yeux sont malades. » Le Messager (qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix) dit : « Amenez-le. » On amena Ali (qu’Allah l’agrée).
Le Messager d’Allah (qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix) lui appliqua un peu de salive sur les yeux et invoqua Allah en sa faveur. Ali (qu’Allah l’agrée) fut guéri au point de paraître n’avoir jamais souffert d’une affection oculaire. Puis l’étendard fut remis à Ali (qu’Allah l’agrée). Il dit : « Ô Messager d’Allah, je les combattrai jusqu’à ce qu’ils deviennent comme nous. » Le Messager (qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix) répondit : « Avance sereinement jusqu’à ce que tu arrives sur leur terrain. Ensuite, invite-les à l’islam et informe-les des devoirs envers Allah qui leur incombent en islam. Si, par ton intermédiaire, Allah guide ne serait-ce qu’un seul d’entre eux, cela sera meilleur pour toi que de posséder un grand nombre de chameaux rouges. » [Sahih al-Bukhari, chapitre de la bataille de Khaybar, p. 605-606. Certains récits indiquent que plusieurs tentatives de conquérir une forteresse de Khaybar échouèrent avant que l’étendard ne fût remis à Ali (qu’Allah l’agrée). Mais cela est vrai.]
L’agglomération de Khaybar était divisée en deux parties. L’une d’elles comprenait les cinq forteresses mentionnées ci-dessous : 1) Hisn Na’im ; 2) Hisn Sa‘ba ibn Mu‘adh ; 3) la forteresse d’az-Zubayr ; 4) Hisn Ubayy ; et 5) Hisn Nizar.
Parmi ces cinq forteresses, la zone comprenant les trois premières était appelée « Natat ». La zone comprenant les deux autres était connue sous le nom de « Shiqq ».
L’agglomération de la seconde partie de Khaybar était connue sous le nom de Qatibah. Elle comprenait trois forteresses : premièrement, Hisn Qamûs. Les habitants de cette forteresse appartenaient à la tribu des Banû an-Nadîr et résidaient dans la forteresse d’Abû al-Huqayq, appartenant aux Banû an-Nadîr. Deuxièmement, Hisn Atîh. Troisièmement, Hisn Salâlim.
Outre les huit forteresses mentionnées, il y avait également à Khaybar d’autres forteresses et bâtiments. Mais ils étaient relativement petits et n’étaient pas aussi bien fortifiés que les forteresses précédemment citées, tant par leur puissance que par leurs dispositifs de sécurité.
Les combats n’eurent lieu que dans les forteresses de la première section. Trois forteresses des autres sections furent livrées aux musulmans sans combat, bien qu’elles abritassent des combattants.
Le début des affrontements et la conquête de la forteresse de Naïm
Parmi les huit forteresses mentionnées, la forteresse de Naïm fut la première à être attaquée. Ces forteresses étaient considérées, de par leur emplacement et leur importance stratégique, comme la première ligne de défense des Juifs. Le propriétaire de cette forteresse était un redoutable Juif nommé Marhab, considéré comme un héros dont la force équivalait à celle de mille hommes.
Hadrat Ali ibn Abou Talib (qu’Allah l’agrée), accompagné des soldats musulmans, se rendit devant cette forteresse et invita les Juifs à embrasser l’islam. Ils rejetèrent cette invitation. Sous la direction de leur roi Marhab, ils se rangèrent face aux musulmans.
Arrivé sur le champ de bataille, un héros nommé Marhab lança un défi pour un combat singulier. Selon le récit de Salama ibn al-Akwa, il est rapporté qu’après notre arrivée à Khaybar, Marhab, le roi des habitants de Khaybar, s’avança en brandissant son épée avec arrogance. Il récita d’une voix défiant cet éloquent poème :
« Khaybar sait que je suis Marhab,
Sans pareil, bardé d’armes, héros dans l’art de la guerre,
Je mets mon expérience à profit ; lorsqu’elle s’embrase dans le feu de la guerre, elle brûle. »
Pour lui faire face, mon oncle Hazrat Amir (ra) s’avança. Il récita :
« Khaybar connaît mon nom : Amir,
un brave guerrier armé et équipé pour le combat. »
Après s’être affrontés, chacun porta un coup à l’autre. L’épée acérée de Marhab frappa le bouclier de mon oncle Amir. Mon oncle voulut également frapper le Juif Marhab vers le bas, mais son épée était courte. Lorsqu’il voulut frapper sa cuisse, l’épée dévia et atteignit son propre genou. Finalement, c’est ce coup qui causa sa mort. Le Messager d’Allah, qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix, leva deux de ses doigts bénis et dit : « Il recevra deux récompenses. » Hazrat Amir (ra) était un mujahid exceptionnel, expert dans l’art de la guerre. Peu de héros arabes comme lui sont apparus dans le monde. [Sahih Muslim, chapitre de la bataille de Khaybar, vol. 2, p. 122 ; Ghazwa Ziqard, vol. 2, p. 115 ; Sahih Bukhari, chapitre de la bataille de Khaybar, vol. 2, p. 603]
Après que Hazrat Amir (ra) eut été blessé, Hazrat Ali (ra) s’avança pour affronter Marhab. Il récita ce poème :
« Savez-vous qui je suis ? Ma mère m’a donné le nom de
Haydar,
je suis redoutable comme le tigre de la forêt. »
Hanbo, mon coup est plus puissant. »
Ensuite, le vénérable Ali (qu’Allah l’agrée) porta à Marhab un coup qui lui trancha le cou ; le misérable Juif périt sur-le-champ. La victoire fut remportée par la main du vénérable Ali (qu’Allah l’agrée). [Il existe des divergences au sujet de celui qui tua Marhab. Les avis divergent également quant à la date de sa mort et à celle de la conquête de cette forteresse. Les récits de Bukhari et de Muslim présentent des différences dans leur déroulement. Le récit ci-dessus a été rapporté conformément au Sahih de Bukhari.]
Au cours de la bataille, lorsque le vénérable Ali (qu’Allah l’agrée) s’approcha de l’une des forteresses juives, un Juif lui demanda du haut de la forteresse : « Qui es-tu ? » Le vénérable Ali répondit : « Je suis Ali ibn Abi Talib. » Le Juif dit : « Par le Livre descendu sur le vénérable Moïse, vous êtes devenus puissants. » Puis Yâsir, le frère de Marhab, s’avança et dit : « Qui veut m’affronter ? » Le vénérable Zubayr (qu’Allah l’agrée) releva ce défi.
En voyant cette scène, la mère du vénérable Zubayr (qu’Allah l’agrée), la vénérable Safiyya (qu’Allah l’agrée), dit : « Ô Messager d’Allah, mon fils va-t-il être tué ? » Le Messager d’Allah répondit : « Non, c’est plutôt ton fils qui le tuera. » Finalement, le vénérable Zubayr (qu’Allah l’agrée) tua Yâsir.
Ensuite, une bataille acharnée eut lieu près de la forteresse de Naim. Les autres Juifs n’eurent pas le courage d’affronter les musulmans. Certains ouvrages rapportent que cette bataille dura plusieurs jours et que les musulmans durent fournir de grands efforts. Malgré cela, les Juifs ne parvinrent pas à vaincre les musulmans. Ils quittèrent donc secrètement la forteresse et s’enfuirent vers la forteresse de Sa‘b. Les musulmans s’emparèrent alors facilement de la forteresse de Naim.
La conquête de la forteresse de Sa‘b ibn Mu‘adh
Après la conquête de la forteresse de Naim, la forteresse de Sa‘b était la deuxième forteresse la plus imprenable en matière de sécurité et de puissance. Les musulmans attaquèrent cette forteresse sous le commandement du vénérable Hubab ibn al-Mundhir al-Ansari (qu’Allah l’agrée) et l’assiégèrent pendant trois jours. Le troisième jour, le Messager d’Allah adressa une invocation particulière pour la conquête de cette forteresse.
Ibn Ishaq rapporte que des membres des Banû Saham, une branche de la tribu des Aslam, se présentèrent auprès du Messager d’Allah et lui dirent : « Nous sommes complètement épuisés et nous ne possédons rien. » Le Messager d’Allah dit au Très Miséricordieux : « Ô Allah, Tu connais leur situation. Tu sais qu’ils n’ont aucune force et que je ne possède rien à leur donner. Ô Allah, aide-nous en nous permettant de conquérir une forteresse juive dont la conquête nous sera la plus profitable, une forteresse où l’on trouvera le plus de provisions et de graisse. » Après cette invocation du Messager d’Allah, les Compagnons attaquèrent. Allah, Seigneur des mondes, accorda aux musulmans l’honneur de conquérir la forteresse de Sa‘b ibn Mu‘adh. Aucune autre forteresse de Khaybar ne contenait autant de denrées alimentaires et de graisse que celle-ci. [Ibn Hisham, tome II, p. 232]
Après avoir invoqué Allah, le Messager d’Allah (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui) donna aux musulmans ses instructions concernant cette forteresse. Les membres de la tribu des Banû Aslam furent les premiers à les mettre en œuvre. Une bataille acharnée opposa les deux camps devant la forteresse. Malgré cela, la victoire fut remportée le jour même, avant le coucher du soleil. Les musulmans s’emparèrent dans cette forteresse de projectiles et de chars en bois. [Le terme « dabâba » est employé ici. Ce mot désigne un char. Des hommes pouvaient s’approcher des murs de la forteresse à l’intérieur de ce véhicule couvert et protégé en bois, tout en se préservant des attaques ennemies. Il permettait également de pratiquer de grandes brèches dans les murs.]
Dans le récit d’Ibn Ishaq, il est fait mention d’un combat particulièrement violent à cet endroit. Après la conquête de la forteresse, les musulmans égorgèrent des ânes et posèrent des marmites sur les foyers. Lorsque le Messager d’Allah (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui) en fut informé, il interdit de manger la viande des ânes domestiques.
La conquête de la forteresse de Zubayr
Après la conquête des forteresses de Naïm et de Saba, les Juifs sortirent de toutes les forteresses de Najat et se rassemblèrent dans la forteresse de Zubayr. C’était une forteresse sûre et bien protégée. Située au sommet d’une montagne, elle était très difficile d’accès. Il était impossible d’y monter avec une monture, et même l’ascension à pied était extrêmement pénible. Le Messager d’Allah (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui) assiégea la forteresse pendant trois jours. Puis un Juif bienveillant vint lui dire : « Ô Abû al-Qâsim, même si vous assiégiez la forteresse pendant un mois, les Juifs ne s’en soucieraient pas. Cependant, leur source d’eau se trouve en contrebas. Ils viennent y boire pendant la nuit et emportent l’eau nécessaire à la journée. Si vous parvenez à leur couper l’eau, ils se soumettront. » Ayant appris cela, le Messager d’Allah (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui) leur coupa l’eau. Les Juifs comprirent alors la gravité de leur situation. Ils descendirent et engagèrent un combat acharné. Plusieurs musulmans tombèrent en martyrs et dix Juifs malfaiteurs furent tués. Finalement, cette forteresse aussi tomba.
La conquête de la forteresse d’Ubay
Après la chute de la forteresse de Zubayr, les Juifs se rendirent dans la forteresse d’Ubay et s’y rassemblèrent. Les musulmans assiégèrent également cette forteresse. Cette fois, deux Juifs, enorgueillis par leur force, défièrent successivement leurs adversaires. Tous deux furent tués par les musulmans. Le second Juif fut tué par le célèbre Compagnon et guerrier Abû Dujâna Sammâk ibn Kharasha al-Ansârî (qu’Allah l’agrée), qui portait un bandeau rouge. Après avoir tué le second Juif, il pénétra rapidement dans la forteresse.
Les Compagnons pénétrèrent également avec lui et attaquèrent leurs adversaires. Après quelque temps de combats acharnés, les Juifs commencèrent à se retirer de la forteresse. Finalement, ils se rassemblèrent tous dans la forteresse de Nizar. La forteresse de Nizar était la dernière forteresse de la première partie de Khaybar.
La conquête de la forteresse de Nizar
Cette forteresse aussi était bien fortifiée et sûre. Les Juifs étaient fermement convaincus que les musulmans ne pourraient pas y pénétrer, même au prix d’efforts acharnés. C’est pourquoi ils y avaient rassemblé les femmes et les enfants, au lieu de les placer dans une autre forteresse.
Les musulmans imposèrent un siège rigoureux à cette forteresse et exercèrent une forte pression sur les Juifs. Située dans une région montagneuse élevée, cette forteresse ne se laissait pas facilement investir par les musulmans. Les Juifs n’osaient pas non plus sortir de la forteresse pour affronter les musulmans. Cependant, ils leur opposaient une vive résistance en lançant des flèches et des pierres depuis les hauteurs.
Comme il était difficile de conquérir la forteresse de Nizar, le Messager d’Allah (qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix) ordonna de déployer des engins de siège. Quelques projectiles furent également lancés. Des brèches apparurent ainsi dans les murs de la forteresse. Les musulmans pénétrèrent à l’intérieur par ces brèches. Une bataille acharnée opposa ensuite les deux camps à l’intérieur de la forteresse. Les Juifs furent vaincus au cours du combat. Comme dans les autres forteresses, les Juifs s’éclipsèrent discrètement de celle-ci. Ils sauvèrent leur vie en abandonnant les femmes et les enfants à la merci des musulmans.
En conquérant cette solide forteresse, les musulmans s’emparèrent de la première moitié de Khaybar, c’est-à-dire des régions de Nataat et de Shiq. Il s’y trouvait aussi plusieurs autres petites forteresses. Mais après la chute de celle-ci, les Juifs évacuèrent également les autres forteresses et s’enfuirent vers Qatiba, la deuxième partie de Khaybar.
La conquête de la deuxième partie de Khaybar
Après la conquête des régions de Nataat et de Shiq, le Messager d’Allah (qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix) se dirigea vers les régions de Qotayba, d’Atih et de Salalim. Salalim était la forteresse d’Abou al-Houqayq, le Juif notoire des Banou Nadhir. Entre-temps, tous les Juifs qui avaient fui les régions de Nataat et de Shiq étaient eux aussi arrivés là et avaient fermé les portes de la forteresse.
Les ouvrages consacrés aux récits de guerre divergent quant à savoir laquelle des trois forteresses de cette région fut le théâtre des combats. Le récit d’Ibn Ishaq mentionne clairement qu’un combat eut lieu pour conquérir la forteresse de Qamous. Le récit permet également de comprendre que cette forteresse fut conquise par la force. Les Juifs n’y engagèrent même pas de négociations en vue de se rendre. [Ibn Hicham, t. 2, p. 331, 336, 337]
Al-Waqidi écrit explicitement que les trois forteresses de cette région furent toutes remises aux musulmans à l’issue de négociations. Il est probable que des négociations eurent lieu après quelques combats pour la remise de la forteresse de Qamous. Quant aux deux autres forteresses, elles furent remises aux musulmans sans combat.
Après l’arrivée du Messager de Dieu, que Dieu le bénisse et lui accorde la paix, dans cette région, c’est-à-dire à Qutayba, il assiégea durement ses habitants. Le siège se poursuivit pendant quatorze jours. Les Juifs ne sortaient pas de leur forteresse. Le Messager de Dieu, que Dieu le bénisse et lui accorde la paix, ordonna ensuite de déployer des engins de lancement de projectiles. Lorsque les Juifs comprirent que leur destruction était inévitable sous une pluie de projectiles, ils s’avancèrent pour négocier une trêve avec le Messager de Dieu.
Les négociations de la trêve
Tout d’abord, Ibn Abû al-Huqayq envoya un message au Messager de Dieu, que Dieu le bénisse et lui accorde la paix : « Puis-je venir vous parler ? » Le Messager de Dieu, que Dieu le bénisse et lui accorde la paix, répondit : « Oui. » Après avoir obtenu la permission, Abû al-Huqayq proposa une trêve à la condition que la vie des soldats présents dans la forteresse soit épargnée et que leurs épouses, leurs fils et leurs filles restent auprès d’eux. Autrement dit, ils ne seraient pas faits prisonniers comme esclaves et servantes des musulmans. Ils remettraient au Messager de Dieu tous leurs biens — or, argent, terres, chevaux, armures, etc. — et ne sortiraient qu’avec leurs vêtements. (Il est rapporté dans les Sunan d’Abû Dâwûd que le Messager de Dieu avait accepté cette condition : les Juifs pourraient emporter sur leurs montures autant de biens qu’ils le pourraient. Voir Abû Dâwûd, volume 2, chapitre consacré à Khaybar, p. 76.) Après avoir entendu cette proposition, le Messager de Dieu, que Dieu le bénisse et lui accorde la paix, déclara : « Si vous cachez quoi que ce soit, Dieu Très-Haut et Son Messager ne sauraient en être responsables. » Les Juifs acceptèrent cette condition et la trêve fut conclue. Ainsi, la conquête de Khaybar fut définitivement acquise.
La trahison et son châtiment
En violation des conditions de la trêve, les deux fils d’Abû al-Huqayq cachèrent une grande quantité de biens. Ils dissimulèrent une peau contenant les richesses et les bijoux de Huyayy ibn Akhtab. Huyayy ibn Akhtab avait emporté ces bijoux avec lui lors de l’expulsion des Banû Nadîr de Médine.
Ibn Ishâq rapporte que Kinana ibn Abû al-Huqayq fut amené devant le Messager de Dieu. Il détenait le trésor des Banû Nadîr. Mais lorsque le Messager de Dieu, que Dieu le bénisse et lui accorde la paix, l’interrogea, il le nia catégoriquement. Lorsqu’on lui demanda où le trésor était caché, il répondit qu’il n’en savait rien. Plus tard, un Juif vint déclarer : « J’ai vu Kinana se rendre chaque jour dans une zone abandonnée. » Après avoir appris cela, le Messager de Dieu, que Dieu le bénisse et lui accorde la paix, dit à Kinana : « Si un trésor est découvert en ta possession, nous te tuerons. Dis-moi si tu acceptes cette condition. » Kinana répondit : « Oui, j’accepte. » Le Messager de Dieu, que Dieu le bénisse et lui accorde la paix, ordonna alors de creuser dans la zone abandonnée indiquée. Une partie des biens y fut découverte. En réponse aux questions du Messager de Dieu au sujet du reste du trésor, il déclara n’en rien savoir. Le Messager de Dieu, que Dieu le bénisse et lui accorde la paix, remit Kinana entre les mains de Zubayr et lui dit : « Châtie-le afin que tout ce qu’il possède nous revienne. » Zubayr infligea à Kinana un châtiment sévère. Alors qu’il était à l’article de la mort, il ne révéla pourtant rien. Le Messager de Dieu, que Dieu le bénisse et lui accorde la paix, remit ensuite ce scélérat entre les mains de Mohammed ibn Maslama. Celui-ci le tua pour venger le meurtre de son frère, Mahmoud ibn Maslama. Il convient de préciser que Mahmoud était assis à l’ombre d’un arbre près de la forteresse de Naïm lorsque ce scélérat juif, Kinana, lui fit tomber une meule dessus depuis les hauteurs et le tua.
Ibn Qayyim rapporte que le Messager de Dieu, que Dieu le bénisse et lui accorde la paix, fit tuer les deux fils d’Abû al-Huqayq, après que le cousin de Kinana eut témoigné contre eux au sujet de la dissimulation des biens.
Ensuite, le Messager de Dieu, que Dieu le bénisse et lui accorde la paix, captura Safiyya, la fille de Huyayy ibn Akhtab. Elle était sous l’autorité de Kinana ibn Abû al-Huqayq. Elle était encore jeune mariée. C’est dans cet état qu’elle fut emmenée. [1616]
Répartition du butin
Le Messager, que Dieu le bénisse et lui accorde la paix, voulut expulser les Juifs de Khaybar. Cette disposition fut également incluse dans l’accord. Mais les Juifs dirent : « Ô Muhammad, que Dieu le bénisse et lui accorde la paix, laissez-nous rester sur cette terre ; nous nous en occuperons. Nous connaissons mieux que vous cette région. »
Par ailleurs, le Messager de Dieu ne disposait pas d’un nombre suffisant d’esclaves capables de cultiver et de surveiller ces terres. Les Compagnons honorables n’étaient pas non plus assez nombreux pour accomplir cette tâche. C’est pourquoi le Messager, que Dieu le bénisse et lui accorde la paix, confia les terres de Khaybar aux Juifs selon un arrangement de métayage. Il fut convenu que les musulmans recevraient la moitié de la récolte produite. Les Juifs bénéficieraient de cet arrangement aussi longtemps que le Messager, que Dieu le bénisse et lui accorde la paix, le souhaiterait ; puis, quand il le voudrait, il les expulserait. Ensuite, le vénérable Abd Allah ibn Rawaha fut nommé administrateur des terres de Khaybar.
La répartition de Khaybar fut effectuée de la manière suivante : l’ensemble des terres fut divisé en 36 parts. Chaque part se composait de 100 unités. Ainsi, la totalité des terres fut divisée en 3 600 unités. La moitié, soit 1 800 unités, revenait aux musulmans. Comme les musulmans ordinaires, le Messager de Dieu ne détenait lui aussi qu’une seule part. Quant aux 1 800 unités restantes, le Messager, que Dieu le bénisse et lui accorde la paix, les réserva aux besoins collectifs des musulmans et pour faire face à d’éventuels problèmes imprévus. Cette division en 1 800 parts s’expliquait par le fait que les terres de Khaybar constituaient un don particulier de Dieu aux participants de Hudaybiyya.
Ce don s’appliquait aussi bien à tous les présents qu’à tous les absents. Le nombre des participants de Hudaybiyya était de 1 400. Lorsqu’ils vinrent à Khaybar, ils amenèrent avec eux 200 chevaux. Une part était également attribuée au cheval, indépendamment de son cavalier. La part du cheval était le double de celle d’un soldat. C’est pourquoi Khaybar fut divisée en 1 800 parts. Ainsi, les 600 cavaliers reçurent chacun trois parts, tandis que les 1 200 fantassins reçurent chacun une part. [Zad al-Maʿad, vol. 2, p. 137-138]
Un hadith de Sahih al-Bukhari décrit l’abondance du butin obtenu à Khaybar. Marwi ibn Umar (qu’Allah l’agrée) rapporte : « Avant la conquête de Khaybar, nous ne parvenions pas à manger à satiété. » Aïcha (qu’Allah l’agrée) dit : « Après la victoire de Khaybar, nous nous sommes dit que nous pourrions désormais manger des dattes à satiété. » [Sahih al-Bukhari, vol. 3, p. 609]
Après le retour du Messager, que Dieu le bénisse et lui accorde la paix, à Médine, les Muhajirun rendirent aux Ansar les palmiers que ceux-ci leur avaient donnés. En effet, à Khaybar, ils avaient acquis des biens ainsi que la propriété de palmiers. [Zad al-Maʿad, vol. 2, p. 128 ; Sahih Muslim, vol. 2, p. 96]
Arrivée de certains Compagnons
Au cours de cette expédition, Hadrat Ja‘far ibn Abou Talib se rendit auprès du Messager d’Allah ﷺ. Avec lui se trouvaient des musulmans ach‘arites, notamment Hadrat Abou Moussa al-Ach‘ari (qu’Allah l’agrée), ainsi que ses compagnons.
Hadrat Abou Moussa al-Ach‘ari (qu’Allah l’agrée) rapporte : « Alors que je résidais au Yémen, j’appris l’avènement du Messager d’Allah. Mes deux frères et moi embarquâmes sur un navire avec cinquante hommes de notre tribu afin de nous rendre auprès du Messager d’Allah. Mais le navire nous conduisit en Abyssinie. Là, nous rencontrâmes Hadrat Ja‘far (qu’Allah l’agrée) et ses compagnons. Ils nous informèrent que le Messager ﷺ les y avait envoyés et leur avait ordonné d’y rester. Ils nous dirent : “Restez donc avec nous.” Nous y demeurâmes alors. Après la conquête de Khaybar par le Messager ﷺ, nous nous rendîmes auprès de lui. Il nous attribua également une part. Aucun autre musulman absent de Khaybar, en dehors de nous, ne reçut de part de Khaybar. Seuls ceux qui avaient participé à l’expédition reçurent une part du butin. Les bateliers de notre navire reçurent eux aussi une part, avec Hadrat Ja‘far et ses compagnons. Le butin fut réparti entre tous ceux-là. » (Al-Boukhari, tome 1 ; Fath al-Bari, tome 4.)
Le mariage avec Hadrat Safiyya
Il a été mentionné précédemment qu’après l’exécution de son mari pour trahison, Hadrat Safiyya fut comptée parmi les femmes captives. Après avoir rassemblé les captives, Hadrat Dihya ibn Khalifa al-Kalbi (qu’Allah l’agrée) demanda une esclave au Messager d’Allah. Le Messager ﷺ lui dit : « Va et choisis-en une. » Hadrat Dihya choisit Hadrat Safiyya. Puis un homme vint dire : « Ô Messager d’Allah, tu as désigné pour Dihya la dirigeante des Banou Qurayza et des Banou Nadhir, alors qu’elle n’est digne que de toi. » Le Messager ﷺ dit : « Appelez-les toutes deux et amenez-les-moi. » Elles se présentèrent toutes deux. Le Messager ﷺ dit à Hadrat Dihya : « Choisis une autre esclave. » Lorsque le Messager ﷺ invita Hadrat Safiyya à embrasser l’islam, elle l’accepta avec joie. Il l’affranchit ensuite, fit de son affranchissement sa dot et l’épousa. Sur le chemin de Médine, Hadrat Oumm Soulaym (qu’Allah l’agrée) la para. Le lendemain matin, le Messager ﷺ offrit à ses compagnons un repas composé de dattes, de beurre clarifié et de farine grillée. (Sahih al-Boukhari, tome 1, p. 54 ; Zad al-Ma‘ad, tome 2, p. 137.) En voyant une marque sur le visage de Hadrat Safiyya, le Messager ﷺ en demanda la cause. Hadrat Safiyya répondit : « Ô Messager d’Allah, avant que tu ne partes pour Khaybar, j’ai rêvé que la lune tombait du ciel sur mes genoux. Lorsque j’en parlai le matin à mon mari, il me gifla et dit : “Désires-tu épouser le roi de Médine ?” » (Sahih al-Boukhari ; Zad al-Ma‘ad ; Ibn Hicham.)
L’affaire de la viande empoisonnée
Après la conquête de Khaybar, le Messager ﷺ s’installa. À ce moment-là, Zaynab bint al-Harith, l’épouse de Salam ibn Michkam, lui envoya en cadeau de la viande de mouton rôtie. Cette femme s’était auparavant renseignée sur la partie du mouton que le Messager d’Allah préférait. Après l’avoir appris, elle mit une grande quantité de poison dans la partie préférée, et en mit également dans les autres morceaux. Puis elle plaça cette viande empoisonnée devant le Messager d’Allah. Le Messager ﷺ en mit un morceau de la partie préférée dans sa bouche, mais le recracha dès qu’il l’eut mâché. Il dit ensuite : « Cet os que vous voyez m’informe qu’il est empoisonné. » On fit venir Zaynab et on l’interrogea ; elle l’avoua. Il lui demanda : « Pourquoi as-tu fait cela ? » La femme répondit : « Je me suis dit que si cet homme était un roi, nous serions délivrés de son autorité, et que s’il était un prophète, il serait informé de mon empoisonnement. » Après cet aveu sans détour, le Messager ﷺ pardonna à cette femme.
Hadrat Bichr ibn al-Bara ibn Ma‘rour se trouvait également avec le Messager d’Allah lors de cet événement. Il en mangea une bouchée et mourut des suites de l’empoisonnement.
Il existe une divergence concernant le fait de savoir si le Messager ﷺ pardonna à cette femme ou la fit exécuter. On a concilié les différents récits de la manière suivante : bien que le Messager ﷺ lui ait d’abord pardonné, il ordonna ensuite son exécution en représailles après le décès de Hadrat Bichr. (Zad al-Ma‘ad, tome 2, p. 139 ; Fath al-Bari, tome 7, p. 497 ; Ibn Hicham, tome 2, p. 337.)
Les personnes tuées lors de la bataille de Khaybar
Au cours de cette expédition, seize personnes furent martyrisées à différents moments : quatre Quraychites, un membre de la tribu d’Achja, un membre de la tribu d’Aslam, un habitant de Khaybar et neuf Ansar.
Selon une autre narration, dix-huit personnes furent martyrisées au total au cours de cette expédition. L’érudit Mansurpuri en a mentionné dix-neuf. Il a toutefois indiqué ailleurs que les auteurs de biographies du Prophète en avaient mentionné quinze. Après recherche, j’ai trouvé les noms de vingt-trois personnes. Le nom de Janif ibn Wayila n’est mentionné que par Waqidi, tandis que celui de Janif ibn Hanif est mentionné par Tabari. Bashar ibn Bara ibn Marur mourut après avoir mangé de la viande empoisonnée à la fin de la bataille. Il existe deux narrations concernant Bashar ibn Abd al-Mundhir. Selon l’une, il fut martyrisé à la bataille de Badr ; selon l’autre, il le fut à la bataille de Khaybar. À mon avis, la première narration est la plus fiable. [Zad al-Ma‘ad, tome 2, p. 139 ; Fath al-Bari, tome 7, p. 497 ; Ibn Hicham, tome 2, p. 337] Quant au nombre de Juifs tués, il s’élevait à quatre-vingt-treize.
Fadak
À son arrivée à Khaybar, le Messager de Dieu, que Dieu le bénisse et lui accorde la paix, envoya Muhayyisa ibn Mas‘ud inviter les habitants de Fadak à embrasser l’islam. Cependant, les habitants de Fadak tardèrent à accepter l’islam. Après que Khaybar fut passée sous le contrôle des musulmans, cette évolution eut un impact sur les habitants de Fadak. Ils envoyèrent une délégation au Messager de Dieu et lui proposèrent un accord à condition de lui remettre la moitié des récoltes produites, comme à Khaybar. Le Messager de Dieu, que Dieu le bénisse et lui accorde la paix, accepta. Ainsi, les terres de Fadak furent réservées spécifiquement au Messager de Dieu, car les musulmans ne s’étaient pas rendus en expédition contre Fadak ; autrement dit, Fadak n’avait pas été conquise par la force de l’épée. [Ibn Hicham, tome 1, p. 337]
Wadi al-Qura
Après l’expédition de Khaybar, le Messager de Dieu, que Dieu le bénisse et lui accorde la paix, partit en direction de Wadi al-Qura. Un groupe de Juifs s’y trouvait également, auquel se joignit un groupe d’Arabes. Lorsque les musulmans y arrivèrent, les Juifs les accueillirent à coups de flèches. Ils étaient déjà rangés en formation. Les tirs de flèches des Juifs tuèrent un serviteur du Messager de Dieu. Les Compagnons dirent : « Que le Paradis lui soit promis ! » Le Messager de Dieu, que Dieu le bénisse et lui accorde la paix, répondit : « Nullement ! Par Celui dans la main de qui se trouve mon âme, la couverture qu’il avait volée avant le partage du butin de la bataille de Khaybar est devenue un feu qui l’enveloppe. » [Sahih al-Bukhari, tome 2, p. 607]
Le Messager de Dieu, que Dieu le bénisse et lui accorde la paix, disposa ensuite les Compagnons pour le combat. Sa‘d ibn Ubada fut nommé commandant. Un petit étendard fut remis à Hawbar ibn Mundhir et un autre à Ubada ibn Bashar. Le Messager de Dieu, que Dieu le bénisse et lui accorde la paix, invita ensuite les Juifs à embrasser l’islam. Ils refusèrent. L’un d’eux s’avança pour combattre. Du côté des musulmans, Zubayr ibn al-Awwam s’avança et tua le Juif. Lorsqu’un autre Juif s’avança, Zubayr le tua également. Puis, lorsqu’un troisième Juif s’avança, Ali s’avança pour l’affronter et le tua. Ainsi, onze Juifs furent tués successivement. Chaque fois qu’un Juif était tué, le Messager de Dieu invitait les autres Juifs à embrasser l’islam.
À l’heure de la prière, le Messager d’Allah accomplissait la prière avec les nobles Compagnons, puis, face aux Juifs, les invitait à l’islam. Ainsi, tandis que les combats se poursuivaient, le soir arriva. Le lendemain matin, le Messager d’Allah se présenta de nouveau avec les Compagnons pour affronter les Juifs. Le soleil n’était pas encore très haut dans le ciel. C’est alors que les Juifs se rendirent et remirent les biens du butin.
Le Messager d’Allah séjourna quatre jours à Wadi al-Qura. Il distribua aux Compagnons les richesses et les biens pris lors de la guerre. Toutefois, il laissa aux Juifs les terres et les palmeraies. Un accord semblable à celui conclu avec les Juifs de Khaybar fut établi à ce sujet. [Zad al-Ma‘ad, tome 2, p. 146-147]
Tayma
Les Juifs de Tayma apprirent la défaite et la reddition des Juifs de Khaybar, de Fadak et de Wadi al-Qura, ou de la région de Qura. Ils envoyèrent alors eux-mêmes une délégation pour proposer une trêve. Le Messager d’Allah accepta leur proposition. [Même ouvrage, même page] Le Messager d’Allah fit également rédiger un accord à ce sujet. Cet accord stipulait : « Le présent écrit est conclu par le Messager d’Allah, Muhammad, en faveur des Banou Tayma. Ils bénéficient d’une protection. Ils doivent payer la jizya. Aucun tort ne leur sera causé et ils ne seront pas expulsés du pays. Cet accord sera considéré comme permanent. » Les termes de l’accord furent écrits par Khalid ibn Saïd (qu’Allah l’agrée).
Retour à Médine
Après cela, le Messager d’Allah se mit en route vers Médine. Au retour, lorsqu’ils arrivèrent près d’une plaine, les Compagnons récitèrent le takbir à haute voix. Ils dirent : « Allahou akbar, Allahou akbar, il n’y a de divinité qu’Allah. » Le Messager d’Allah dit : « Il n’est pas nécessaire de le dire si fort. Vous n’appelez ni un sourd ni un être absent ; vous appelez plutôt un Être qui entend et qui est tout proche. »
Sur le chemin du retour, après avoir voyagé toute la nuit, ils se reposèrent en un lieu pendant la dernière partie de la nuit. Le Messager d’Allah avait dit à Bilal : « Tu resteras éveillé et tu nous réveilleras à l’heure de la prière de l’aube. » Bilal (qu’Allah l’agrée) s’assit tourné vers l’est, appuyé contre sa monture. Mais, épuisé par la fatigue du voyage, il s’endormit lui aussi à un moment donné. Personne ne se réveilla à l’heure de la prière. Le Messager d’Allah fut le premier à se réveiller. Il réveilla les Compagnons, avança un peu au-delà de cet endroit, puis accomplit avec eux la prière de l’aube. On rapporte que cet événement eut lieu lors du deuxième voyage. [Ibn Hicham, tome 2, p. 340]
Lorsque l’on examine le déroulement des événements de Khaybar, on constate que le Messager d’Allah revint vers la fin du mois de Safar, au mois de Rabia al-Awwal de la septième année de l’Hégire.
Expédition d’Abân ibn Saïd
L’Envoyé de Dieu, que Dieu le bénisse et lui accorde la paix, savait parfaitement que laisser Médine sans protection après la fin des mois sacrés n’était ni une preuve de prévoyance ni de sagesse. En effet, de nombreux Bédouins vivaient aux alentours de Médine et attendaient que les musulmans baissent leur garde pour se livrer au pillage et au brigandage. C’est pourquoi, au moment de partir pour l’expédition de Khaybar, l’Envoyé de Dieu, que Dieu le bénisse et lui accorde la paix, envoya vers le Najd une force militaire placée sous le commandement d’Abân ibn Saïd — que Dieu l’agrée — afin de maintenir les Bédouins dans la crainte. À son retour, après avoir accompli sa mission, Abân ibn Saïd rencontra le Messager de Dieu à Khaybar. À ce moment-là, Khaybar avait déjà été conquise.
Cette expédition militaire, ou petite expédition, fut envoyée au mois de Safar de la septième année de l’hégire. Cet événement est mentionné dans le Sahîh al-Bukhârî. [Bukhârî, chapitre de la bataille de Khaybar, t. II, p. 608-609] Toutefois, le hâfiz Ibn Hajar al-‘Asqalânî écrit : « Je n’ai rien pu apprendre au sujet de cette expédition militaire. » [Fath al-Bârî, t. VII, p. 491]
L’expédition de Dhât ar-Riqâ‘
Après avoir placé sous son contrôle deux des trois forces de la tranchée, l’Envoyé de Dieu, que Dieu le bénisse et lui accorde la paix, eut l’occasion de se tourner vers la troisième. Il s’agissait de Bédouins. Ceux-ci vivaient sous des tentes dans les étendues du Najd. Le pillage constituait leur moyen de subsistance.
Les Bédouins n’étaient pas les habitants d’une agglomération ou d’une ville. Ils ne vivaient ni dans des maisons ni dans des forteresses. C’est pourquoi, contrairement aux habitants de La Mecque et de Khaybar, il était difficile de les contrôler et d’éteindre complètement le feu de leur brigandage. Il était seulement nécessaire de prendre des mesures propres à les effrayer.
Afin d’impressionner tous ces Bédouins et de disperser ceux qui s’étaient rassemblés aux alentours de Médine, l’Envoyé de Dieu, que Dieu le bénisse et lui accorde la paix, mena une expédition à caractère éducatif. Cette expédition est connue sous le nom d’expédition de Dhât ar-Riqâ‘.
Les auteurs de biographies prophétiques ont indiqué que cette expédition avait été menée durant la quatrième année de l’hégire. Mais l’imam al-Bukhârî — que Dieu lui fasse miséricorde — a mentionné qu’elle avait été menée durant la septième année de l’hégire. Le fait qu’Abû Hurayra — que Dieu l’agrée — et Abû Mûsâ al-Ash‘arî — que Dieu l’agrée — aient participé à cette expédition prouve clairement qu’elle eut lieu après la bataille de Khaybar. En effet, Abû Hurayra embrassa l’islam à Médine après le départ de l’Envoyé de Dieu, que Dieu le bénisse et lui accorde la paix, pour l’expédition de Khaybar. Il se rendit ensuite à Khaybar et y rencontra l’Envoyé de Dieu, que Dieu le bénisse et lui accorde la paix. À cette date, la conquête de Khaybar était déjà achevée. Abû Mûsâ al-Ash‘arî était lui aussi arrivé d’Abyssinie à Khaybar auprès de l’Envoyé de Dieu, que Dieu le bénisse et lui accorde la paix, à une époque qui se situait après la conquête de Khaybar.
Le résumé de tout ce que les biographes ont rapporté au sujet de cette expédition est le suivant : ayant appris que deux branches des Banû Ghatafân, les Banû Tha‘laba et les Banû Muhârib, s’étaient rassemblées, le Messager d’Allah, qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix, confia la responsabilité de l’administration de Médine à Hadrat Abû Dharr al-Ghifârî — selon une autre version, à Hadrat ‘Uthmân ibn ‘Affân. Puis il partit en direction du Najd avec quatre cents — selon une autre version, sept cents — Compagnons. Arrivés à un endroit appelé Nakhlah, situé à deux jours de marche de Médine, ils rencontrèrent un groupe de gens des Banû Ghatafân. Toutefois, aucun combat n’eut lieu avec eux. Le Messager d’Allah, qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix, y accomplit néanmoins la prière de la peur.
Il est rapporté dans le Sahîh de al-Bukhârî, d’après Hadrat Abû Mûsâ al-Ash‘arî, qu’il dit : « Nous partîmes avec le Messager d’Allah, qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix. Nous étions six. Nous n’avions qu’un seul chameau et nous le montions à tour de rôle. À force de marcher, nos pieds se couvrirent d’ampoules. Mes deux pieds furent blessés et mes ongles furent meurtris. Nous les enveloppâmes donc de bandages. » Dhât al-Riqâ‘ signifie « celle aux bandages », car, au cours de cette expédition, nous avions bandé nos pieds. [Sahîh al-Bukhârî, chapitre de l’expédition de Dhât al-Riqâ‘, vol. 2, p. 592 ; Sahîh Muslim, chapitre de Dhât al-Riqâ‘, vol. 2, p. 118]
Il est rapporté dans le Sahîh de al-Bukhârî, d’après Hadrat Jâbir, que nous étions avec le Messager d’Allah, qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix, lors de l’expédition de Dhât al-Riqâ‘. Notre habitude était que, lorsque nous arrivions sous un arbre ombragé, nous réservions son ombre au Messager d’Allah, qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix. Un jour, le Messager d’Allah, qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix, se reposait sous un arbre ombragé, tandis que les Compagnons s’étaient dispersés çà et là. Alors qu’il se reposait, après avoir suspendu son épée à une branche de l’arbre, il s’endormit. Hadrat Jâbir raconte : « Nous nous étions tous endormis. Sur ces entrefaites, un polythéiste arriva, prit l’épée du Messager d’Allah, qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix, et dit : “As-tu peur de moi ?” Le Messager d’Allah, qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix, répondit d’une voix ferme : “Non, pas du tout.” Le polythéiste demanda : “Et qui te protégera de ma main ?” Le Messager d’Allah, qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix, répondit : “Allah le Très-Haut.” »
Hadrat Jâbir raconte : « Le Messager d’Allah, qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix, nous appela. Nous nous rendîmes auprès de lui et vîmes un homme inconnu assis, l’épée à la main. Le Messager d’Allah, qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix, dit : “Je dormais lorsque cet homme prit mon épée et me demanda : ‘Qui te protégera de ma main ?’ Je lui répondis : ‘Allah me protégera.’ C’est cet homme.” Ensuite, le Messager d’Allah, qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix, ne lui adressa aucune parole blessante. »
Dans le récit d’Abû ‘Awânah, il est également mentionné que, dès que le Messager d’Allah, qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix, dit qu’Allah le Très-Haut le protégerait, l’épée tomba de la main de l’homme. Le Messager d’Allah, qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix, prit alors l’épée et lui dit : « Maintenant, dis-moi : qui te protégera ? » L’homme répondit : « Votre clémence est mon seul espoir. » Le Messager d’Allah, qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix, dit : « Témoigne qu’il n’y a aucune divinité en dehors d’Allah et que Muhammad, qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix, est Son Messager. » L’homme dit : « Je m’engage envers vous à ne pas vous combattre et à n’apporter aucune aide à ceux qui vous combattent. » Le Messager d’Allah, qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix, le libéra ensuite, comme le rapporte Jâbir. L’homme retourna auprès de son peuple et dit : « Je viens de chez le meilleur des hommes. » [Mukhtasar al-Sîrah, Shaykh ‘Abdullah al-Najdî, p. 264 ; Fath al-Bârî, vol. 7, p. 416]
Dans un récit de al-Bukhârî, il est mentionné que l’appel à l’accomplissement de la prière fut prononcé et que le Messager d’Allah, qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix, dirigea deux rak‘ahs pour un groupe de Compagnons. Ensuite, ceux-ci se retirèrent à l’arrière, et il dirigea deux rak‘ahs pour un autre groupe de Compagnons. Ainsi, le Messager d’Allah, qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix, accomplit quatre rak‘ahs, tandis que les Compagnons en accomplirent deux. [Sahîh al-Bukhârî, vol. 1, p. 407-408 ; vol. 2, p. 593] L’ordre de transmission de ce récit laisse comprendre que cette prière fut accomplie juste après l’événement mentionné.
Il est mentionné dans un récit de al-Bukhârî que le nom de cet homme était Ghawrath ibn al-Hârith. Ce récit a été rapporté par Musaddad d’après Abû ‘Awânah, lequel le tenait d’Abû Bishr. [Sahîh al-Bukhârî, vol. 2, p. 593]
Ibn Hajar al-‘Asqalânî dit que, dans son récit détaillé de cet événement, al-Wâqidî rapporte que le nom de ce Bédouin était Dâsûr et qu’il embrassa l’islam. Toutefois, les propos d’al-Wâqidî laissent comprendre que les deux événements se produisirent à des moments différents. Ces deux événements eurent lieu au cours de deux expéditions distinctes. Allah sait mieux. [Fath al-Bârî, vol. 7, p. 428]
Au retour de cette expédition, les nobles Compagnons capturèrent une femme polythéiste. En apprenant la nouvelle, le mari de cette femme jura de faire couler le sang de l’un des Compagnons. Il vint de nuit pour accomplir son serment. Le Messager d’Allah — qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix — avait chargé Ubbad ibn Bishr et Ammar ibn Yasir de protéger les musulmans contre les ennemis. Au moment où l’homme arriva, Ubbad accomplissait la prière. L’ennemi lui décocha alors une flèche. Sans interrompre sa prière, il retira la flèche d’un seul geste. L’homme tira une deuxième flèche, puis une troisième. Chaque fois, Ubbad retirait la flèche. Après avoir achevé la prière en prononçant le salâm, il réveilla son compagnon et lui raconta ce qui s’était passé. Son compagnon, Ammar ibn Yasir, lui demanda avec étonnement : « Pourquoi ne m’as-tu pas réveillé ? » Il répondit : « Je récitais une sourate et je ne voulais pas achever la prière avant d’avoir terminé sa récitation. » [Zâd al-Ma‘âd, vol. 2, p. 112. Pour plus de détails sur cette expédition, voir Ibn Hichâm, vol. 2, p. 203 et 209 ; Zâd al-Ma‘âd, vol. 2, p. 110, 111 et 112 ; Fath al-Bârî, vol. 7, p. 417 et 428]
Cette expédition fut très efficace pour impressionner et terrifier les Bédouins arabes au cœur endurci, c’est-à-dire les nomades. L’examen des expéditions qui eurent lieu par la suite montre qu’après celle-ci, les tribus de Ghatafân n’osèrent plus relever la tête. Elles s’affaiblirent et perdirent progressivement leurs forces, puis finirent par embrasser l’islam. Plusieurs de ces tribus arabes furent vues aux côtés des musulmans lors de la conquête de La Mecque et de la bataille de Hunayn. Une part du butin leur fut également accordée. Après le retour de la conquête de La Mecque, des agents de l’État islamique furent envoyés pour percevoir la zakât auprès d’elles, et elles s’en acquittèrent régulièrement. En somme, grâce à la méthode suivie par le Messager d’Allah — qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix — les trois forces qui s’étaient dressées contre les musulmans lors de la bataille de la Tranchée furent toutes écrasées. La paix et la sécurité se répandirent ainsi dans toute la région. Par la suite, quelques tribus provoquèrent des troubles dans diverses régions, mais les musulmans les maîtrisèrent facilement. C’est après cette expédition que la voie des conquêtes de grandes villes et de grands pays commença à s’ouvrir pour les musulmans, car la situation intérieure du pays devint favorable à l’islam et aux musulmans.
Quelques expéditions de la septième année de l’Hégire
Après son retour de l’expédition mentionnée, le Messager d’Allah — qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix — demeura à Médine durant le mois de Shawwâl de la septième année de l’Hégire. Durant cette période, il envoya les Compagnons dans plusieurs expéditions. Voici le récit de certaines d’entre elles.
1. L’expédition de Kudayd
Safar ou Rabî‘ al-Awwal de la septième année de l’Hégire
Cette expédition, placée sous le commandement de Ghâlib ibn ‘Abd Allâh al-Laythî — qu’Allah l’agrée —, fut envoyée dans la région de Kudayd afin de donner une leçon aux membres de la tribu des Banû Malûh pour leurs actes. Les Banû Malûh avaient tué les compagnons de Bishr ibn Suwayd. Cette expédition fut envoyée pour venger ces meurtres. Les Compagnons envoyés lancèrent une attaque surprise de nuit et tuèrent plusieurs hommes. Les ennemis les poursuivirent avec un groupe important pour les affronter, mais lorsqu’ils s’approchèrent des musulmans, la pluie se mit à tomber. Peu après, une crue apparut. Comme cette crue s’interposa entre les deux groupes, les ennemis ne purent s’approcher. Les musulmans purent ainsi parcourir en sécurité le reste du chemin.
2. L’expédition de Hasma
Le mois de Joumada al-thani de la septième année de l’Hégire
Cette question a été exposée dans le chapitre intitulé « La lettre de l’Envoyé d’Allah (paix et bénédictions d’Allah sur lui) aux dirigeants du monde ».
3. L’expédition de Torba
Le mois de Chaabane de la septième année de l’Hégire
Cette expédition fut menée sous la direction de Hadrat Omar ibn al-Khattab (qu’Allah l’agrée). Trente Compagnons l’accompagnaient. Ils voyageaient de nuit et se dissimulaient durant la journée. Lorsque les membres de la tribu des Banou Hawazin apprirent cette nouvelle, ils s’enfuirent. Hadrat Omar (qu’Allah l’agrée) et ses compagnons retournèrent alors à Médine.
4. L’expédition dans la région de Fadak
Le mois de Chaabane de la septième année de l’Hégire
Un groupe de trente Compagnons partit en expédition sous la direction de Hadrat Bachir ibn Sa’d al-Ansari (qu’Allah l’agrée). Il fut envoyé afin de donner une leçon aux membres de la tribu des Banou Mourra.
Arrivé dans sa région, Baschir ibn Ka‘b rassembla et emmena des moutons, des chèvres et d’autres troupeaux. Pendant la nuit, les ennemis vinrent les encercler. Les musulmans décochèrent des flèches. À un moment donné, Baschir et ses compagnons n’eurent plus de flèches. Les ennemis tuèrent alors les musulmans désarmés, l’un après l’autre. Baschir fut le seul à survivre. Blessé, il fut transporté à Fadak, où il demeura auprès des Juifs. Deux mois plus tard, lorsque ses blessures furent guéries, il retourna à Médine.
5. L’expédition de Mayfa‘a
Le mois de Ramadan de la septième année de l’Hégire
Cette expédition, placée sous le commandement de Ghalib ibn ‘Abdullah, fut envoyée pour donner une leçon aux tribus de Banû ‘Awf et de Banû ‘Abd ibn Tha‘laba. Selon une autre version, elle aurait été envoyée pour donner une leçon aux membres de la branche Harqât de la tribu de Juhayna. Les musulmans étaient au nombre de cent trente. Ils attaquèrent les ennemis en masse et tuèrent tous ceux qui tentaient de relever la tête. Puis ils ramenèrent des troupeaux, notamment des moutons et des chèvres. Au cours de cette expédition, Usâma ibn Zayd, qu’Allah l’agrée, tua un homme nommé Nahâyk ibn Mirdâs, alors que celui-ci avait prononcé la formule « Il n’y a de divinité qu’Allah ». En apprenant cela, le Messager d’Allah, qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix, lui dit : « Pourquoi n’as-tu pas ouvert sa poitrine pour savoir s’il était sincère ou menteur ? »
6. L’expédition de Khaybar
Le mois de Shawwâl de la septième année de l’Hégire
Cette expédition fut menée par trente Compagnons. ‘Abdullah ibn Rawâha, qu’Allah l’agrée, en prit le commandement. La raison en était que Usayr — ou, selon une autre version, Bashîr ibn Yarâm — avait rassemblé des hommes de la tribu de Ghatafân afin d’attaquer les musulmans. Les musulmans assurèrent à Usayr que le Messager d’Allah, qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix, le nommerait gouverneur de Khaybar. Grâce à cette promesse, Usayr et ses trente compagnons acceptèrent de se rendre à Médine avec les musulmans. Lorsqu’ils arrivèrent à un endroit appelé Qarqarâniya, un malentendu surgit entre les deux parties. Usayr et ses compagnons y perdirent la vie.
7. L’expédition de Yaman ‘Âdhabar
Le mois de Shawwâl de la septième année de l’Hégire
Jâbâr est le nom d’une région appartenant aux Banû Ghatafân, ou, selon une autre opinion, aux Banû Fuzâya et aux Banû Azâra. Hazrat Bashîr ibn Ka‘b al-Ansârî y fut envoyé avec trois cents musulmans. Ils furent envoyés pour affronter une importante armée ennemie rassemblée afin d’attaquer Médine. Les musulmans voyageaient de nuit et se dissimulaient durant la journée. Lorsque les ennemis apprirent l’arrivée de Hazrat Bashîr, qu’Allah l’agrée, ils prirent la fuite. Hazrat Bashîr, qu’Allah l’agrée, ramena de nombreux animaux à Médine. Il y conduisit également deux hommes capturés. Après avoir été présentés au Messager d’Allah, qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix, ils embrassèrent l’islam.
8. L’expédition de Ghâba
L’imam Ibn Qayyim inclut également cette expédition parmi les sariyya, c’est-à-dire les campagnes militaires composées exclusivement de Compagnons honorables et menées durant la septième année de l’Hégire, avant la ‘umra compensatoire. En résumé, un homme de la tribu de Jushm ibn Mu‘âwiya était venu à Ghâba avec un grand nombre d’hommes. Il voulait rassembler les Banû Qays pour les faire combattre les musulmans. Le Messager d’Allah, qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix, envoya Hazrat Abû Hadrâw avec seulement deux hommes. Hazrat Hadrâw adopta une telle stratégie militaire que les ennemis furent vaincus et qu’un grand nombre de chameaux et de chèvres tombèrent aux mains des musulmans.] Zâd al-Ma‘âd, vol. 2, p. 149-150 ; Rahmat li-l-‘Âlamîn, vol. 2, p. 229-231 ; Talkîh al-Fuhûm, p. 31 ; Mukhtasar al-Siyar, Shaykh ‘Abdullâh al-Najdî, p. 322-324]
Accomplissement de la ‘umra compensatoire
L’imam Hâkim a déclaré qu’il est clairement établi qu’après l’apparition du croissant de Dhû al-Qi‘da, le Messager d’Allah, qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix, ordonna aux honorables Compagnons de se préparer à accomplir la ‘umra compensatoire. Le Messager d’Allah, qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix, précisa également qu’aucun des Compagnons présents lors de la trêve de Hudaybiyya ne devait être absent. Tous les Compagnons, à l’exception de ceux qui étaient morts en martyrs après la trêve, ainsi qu’un certain nombre de Compagnons absents au moment de la trêve, se préparèrent eux aussi à accomplir la ‘umra. Leur nombre, sans compter les femmes et les enfants, était de deux mille. [Fath al-Bârî, vol. 7, p. 500]
Le Messager d’Allah, qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix, nomma Abû Rahm al-Ghifârî pour le remplacer à Médine. Soixante chameaux furent emmenés, et la responsabilité de s’en occuper fut confiée à Nâjiya ibn Jundub al-Aslamî. Le Messager d’Allah, qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix, et les honorables Compagnons revêtirent l’ihrâm de la ‘umra à Dhû al-Hulayfa et entonnèrent la talbiya. Craignant une trahison des Quraysh, les musulmans emportèrent des armes. Parmi ces armes se trouvaient des boucliers, des flèches, des lances et des épées. Après avoir atteint la plaine de Yâzij, les musulmans poursuivirent leur route en laissant toutes les armes sous le commandement d’Aws ibn Qawlî al-Ansârî. Les musulmans gardèrent leurs épées dans leurs fourreaux. [Fath al-Bârî, vol. 7, p. 500 ; Zâd al-Ma‘âd, vol. 2, p. 151]
Lorsque le Messager d’Allah, qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix, entra à La Mecque, il montait sa chamelle nommée al-Qaswâ. Les musulmans brandissaient leurs épées restées dans leurs fourreaux, entouraient le Messager d’Allah, qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix, et entonnaient : « Labbayka, Allâhumma labbayk ! »
Les idolâtres de La Mecque sortirent de leurs maisons pour assister au spectacle et grimpèrent sur le mont Qayqayan, situé au nord. Ils se disaient entre eux : « Voici qu’arrive vers vous un groupe d’hommes que la fièvre a terrassés à Médine. »
En entendant cela, le Messager d’Allah dit à ses Compagnons de courir très vite à trois reprises. Toutefois, ils devaient avancer à allure normale dans la zone comprise entre l’angle yéménite et la Pierre noire. Il ne leur fut pas demandé de courir durant les sept tours entiers. La raison en était l’espoir d’obtenir la miséricorde et les bénédictions d’Allah. L’objectif était de montrer aux polythéistes la force des musulmans. [Sahih al-Boukhari, vol. 1, p. 218 ; vol. 2, p. 610-611 ; Sahih Muslim, vol. 1, p. 412] En outre, le Messager d’Allah ordonna à ses Compagnons de pratiquer l’idtibâ‘. Cela consiste à laisser l’épaule droite découverte, à faire passer le pan du vêtement sous l’aisselle droite et à l’enrouler par-dessous, puis à jeter l’autre extrémité du vêtement sur l’épaule gauche, tant devant que derrière.
Le Messager d’Allah avança par le chemin du défilé montagneux de La Mecque. Les polythéistes s’étaient alignés pour le regarder. Le Messager d’Allah ne cessait de proclamer : « Labbayk ! » Arrivé à la Mosquée sacrée, il toucha la Pierre noire avec sa canne, puis accomplit le tawaf. Les musulmans accomplirent eux aussi le tawaf. À ce moment-là, Abdallah ibn Rawaha, qu’Allah l’agrée, passait devant le Messager d’Allah, l’épée levée, et récitait ce poème :
« Enfants des mécréants, laissez donc passer celui
que la miséricorde d’Allah enveloppe.
Sa parole est inscrite dans le Livre du Très Miséricordieux, du Miséricordieux,
et ces feuillets sont sans cesse récités.
Ô Allah, nous avons cru à sa parole. »
Sur le chemin d’Allah, je sacrifierai mon souffle
J’infligerai de tels coups en obéissant au commandement d’Allah
Que les crânes s’envolent, il ne restera plus aucune nouvelle de l’ennemi.
Selon le récit d’Anas (qu’Allah l’agrée), il est également rapporté qu’après avoir entendu la récitation du poème, Umar ibn al-Khattab (qu’Allah l’agrée) dit : « Ô fils de Rawaha, récite-t-on de la poésie dans le Sanctuaire, devant le Messager d’Allah (paix et bénédictions d’Allah sur lui) ? » Le Messager d’Allah (paix et bénédictions d’Allah sur lui) dit : « Ô Umar, laisse-le réciter. Son effet sur eux est plus puissant que celui des flèches. » [Jami‘ at-Tirmidhi, vol. 2, p. 107]
Le Messager d’Allah (paix et bénédictions d’Allah sur lui) et les musulmans coururent pendant trois tours. En les voyant, les polythéistes dirent : « Je pensais que ceux que la fièvre de Médine avait affaiblis ; mais je vois qu’ils ont plus de force que tels et tels hommes. » [Sahih Muslim, vol. 1, p. 412]
Après avoir achevé le tawaf, le Messager d’Allah (paix et bénédictions d’Allah sur lui) accomplit le sa‘y entre Safa et Marwa. À ce moment-là, son hady, c’est-à-dire l’animal destiné au sacrifice, se tenait près du mont Marwa. Après avoir achevé le sa‘y, le Messager d’Allah (paix et bénédictions d’Allah sur lui) dit : « Voici le lieu du sacrifice, et tous les lieux de La Mecque sont des lieux de sacrifice. » Ensuite, tous sacrifièrent leurs animaux au pied du mont Marwa. Après le sacrifice, ils se rasèrent les cheveux sur place. Les nobles Compagnons suivirent leur bien-aimé Messager d’Allah (paix et bénédictions d’Allah sur lui). Puis le Messager d’Allah (paix et bénédictions d’Allah sur lui) envoya certains Compagnons à Yajaz pour garder les armes. Il leur ordonna de faire venir pour leur ‘umra ceux qui assuraient la garde des armes après leur départ.
Le Messager d’Allah (paix et bénédictions d’Allah sur lui) séjourna trois jours à La Mecque. Le matin du quatrième jour, les polythéistes dirent à Ali (qu’Allah l’agrée) : « Dis à votre compagnon de partir, car le délai est arrivé à son terme. » Le Messager d’Allah (paix et bénédictions d’Allah sur lui) quitta La Mecque et s’installa dans un lieu appelé Sarif.
Au moment où il partait de La Mecque, la fille de Hamza (qu’Allah l’agrée) le suivait en criant : « Ô mon oncle ! » Ali (qu’Allah l’agrée) l’emmena avec lui. Un différend survint entre Ali (qu’Allah l’agrée), Ja‘far (qu’Allah l’agrée) et Zayd (qu’Allah l’agrée) au sujet de sa prise en charge, car chacun prétendait être le plus en droit de l’élever. Finalement, le Messager d’Allah trancha en faveur de Ja‘far, car la tante maternelle de l’enfant était l’épouse de Ja‘far.
Au cours de cette ʿumra, le Messager d’Allah (qu’Allah le bénisse et le salue) épousa Maymûna bint al-Hârith al-ʿÂmiriyya. Avant son arrivée à La Mecque, le Messager d’Allah (qu’Allah le bénisse et le salue) envoya Jaʿfar ibn Abû Tâlib auprès de Maymûna à cette fin. Maymûna confia cette responsabilité à al-ʿAbbâs, car il était son beau-frère. Son épouse, Umm al-Fadl, était la sœur de Maymûna. Al-ʿAbbâs (qu’Allah l’agrée) maria Maymûna au Messager d’Allah (qu’Allah le bénisse et le salue). Abû Râfiʿ fut chargé d’aller chercher Maymûna. Lorsque le Messager d’Allah (qu’Allah le bénisse et le salue) arriva à un endroit appelé Sarif, Maymûna lui fut amenée. [Zâd al-Maʿâd, vol. 2, p. 152]
Pourquoi cette ʿumra fut-elle appelée ʿumrat al-qadâʾ ? La raison en est qu’il s’agissait de la ʿumra compensatoire qui devait être accomplie à la suite du traité d’al-Hudaybiya. Cette ʿumra fut accomplie conformément au traité d’al-Hudaybiya. C’est cette explication qui mérite d’être retenue. [Zâd al-Maʿâd, vol. 1, p. 172 ; Fath al-Bârî, vol. 7, p. 500] En outre, cette ʿumra est désignée par quatre noms : ʿumrat al-qadâʾ, ʿumrat al-qâdiya, ʿumrat al-qisâs et ʿumrat al-sulh. [Fath al-Bârî, vol. 7, p. 500]
Quelques autres expéditions
1. L’expédition d’Abû al-Awjaʿ
Dhul-Hijja de la septième année de l’Hégire
Le Messager d’Allah (qu’Allah le bénisse et le salue) envoya cinquante Compagnons, sous le commandement d’Abû al-Awjaʿ, auprès de la tribu des Banû Sulaym pour les appeler à l’islam. Après avoir reçu l’appel à l’islam, ils dirent : « Nous n’avons nul besoin de ce à quoi vous nous appelez. » Ils engagèrent alors un combat acharné. Le commandant Abû al-Awjaʿ fut blessé au cours de cette bataille. Finalement, les musulmans capturèrent deux soldats ennemis et les ramenèrent.
2. L’expédition de Ghâlib ibn ʿAbdallah
Safar de la huitième année de l’Hégire
Deux cents Compagnons furent envoyés, sous le commandement de Ghalib ibn Abdallah, dans la région de Fadak, sur le lieu où les compagnons de Bashil ibn Sa‘d avaient été massacrés. Ils s’emparèrent des troupeaux ennemis et tuèrent plusieurs soldats ennemis.
3. L’expédition de Dhat Atlah
Rabi‘ al-Awwal de la huitième année de l’Hégire
Voici le récit de cette expédition : les membres de la tribu des Banou Quda‘a avaient rassemblé un grand nombre d’hommes afin d’attaquer les musulmans. Après en avoir été informé, le Messager d’Allah envoya quinze Compagnons sous le commandement de Ka‘b ibn ‘Umar. Les nobles Compagnons les invitèrent à embrasser l’islam. Mais, au lieu d’accepter l’islam, ces gens commencèrent à tirer des flèches sur les Compagnons. Ceux-ci furent donc martyrisés. Un seul Compagnon fut ramené vivant d’entre les morts. [Rahmat lil-‘Alamin, vol. 2, p. 231]
4. L’expédition de Dhat ‘Irq
Le mois de Rabi‘ al-Awwal de la huitième année de l’Hégire
La raison de cette expédition était que les membres de la tribu des Banou Hawazin ne cessaient de harceler les musulmans. C’est pourquoi le Messager d’Allah envoya vingt-cinq Compagnons sous le commandement de Chuja‘ ibn Wahab al-Asadi. Ceux-ci ramenèrent les troupeaux des ennemis, sans toutefois qu’aucun affrontement n’ait lieu. [Ibid., Talqih al-Fuhum, p. 33]
La bataille de Mu’ta
Mu’ta est une localité située près de la région de Balqā, en Jordanie. La distance entre cet endroit et Bayt al-Maqdis n’est que de deux manzil. La bataille de Mu’ta eut lieu précisément ici.
Parmi les batailles auxquelles les musulmans prirent part du vivant du Messager d’Allah — qu’Allah le bénisse et le salue —, celle-ci fut la plus sanglante. C’est cette bataille qui ouvrit la voie à la conquête des pays à majorité chrétienne. Elle eut lieu au mois de Jumādā al-Awwal de la huitième année de l’Hégire, c’est-à-dire en 629 de l’ère chrétienne, au mois de septembre.
La cause de la bataille
La cause de cette expédition fut que le Messager d’Allah — qu’Allah le bénisse et le salue — envoya al-Ḥārith ibn ‘Umayr al-Azdī auprès du gouverneur de Busra, muni d’une lettre. Le gouverneur de César de Rome, Sharḥabīl ibn ‘Amr al-Ghassānī, était alors affecté dans la région de Balqā. Ce scélérat arrêta le messager du Messager d’Allah — qu’Allah le bénisse et le salue —, le ligota étroitement et le tua. Il convient de rappeler que tuer des ambassadeurs ou de simples messagers est un crime grave. C’est considéré comme une déclaration de guerre, voire comme un acte encore plus grave.
C’est pourquoi le Messager d’Allah — qu’Allah le bénisse et le salue — fut profondément affligé lorsqu’il apprit le meurtre de son messager. Il ordonna de préparer des soldats afin de les stationner dans cette région. En conséquence, trois mille soldats furent mobilisés. [Zād al-Ma‘ād, vol. 2, p. 155 ; Fatḥ al-Bārī, vol. 7, p. 511] À l’exception de la bataille du Fossé, jamais auparavant les musulmans n’avaient rassemblé trois mille soldats pour une bataille.
Les instructions du Messager d’Allah — qu’Allah le bénisse et le salue — aux commandants
Le Messager d’Allah — qu’Allah le bénisse et le salue — désigna Zayd ibn Ḥāritha — qu’Allah l’agrée — comme commandant de cette armée. Puis il déclara que, si Zayd était tué, Ja‘far lui succéderait et que, si Ja‘far était tué, ‘Abd Allāh ibn Rawāḥa — qu’Allah l’agrée — prendrait le commandement. [Ṣaḥīḥ al-Bukhārī, vol. 2, p. 611]
Le Messager d’Allah — qu’Allah le bénisse et le salue — fit confectionner un étendard blanc pour l’armée musulmane et le remit à Zayd ibn Ḥāritha. [Mukhtaṣar al-Sīra, Shaykh ‘Abd Allāh, p. 327] Il recommanda à l’armée de présenter l’appel à l’islam aux habitants de la région où al-Ḥārith ibn ‘Umayr avait été tué. S’ils embrassaient l’islam, tant mieux ; s’ils ne l’embrassaient pas, ils devaient demander l’aide d’Allah et les combattre. Il ajouta : « Au nom d’Allah, dans le chemin d’Allah, combattez ceux qui mécroient en Allah. Ne trahissez pas, ne commettez pas de détournement ; ne tuez aucune femme, aucun enfant, aucune personne âgée ni aucun ascète retiré dans une église. Ne coupez ni les palmiers ni aucun autre arbre et ne détruisez aucune construction. » [Raḥmat li-l-‘Ālamīn, vol. 2, p. 271]
Départ de l’armée musulmane
À la veille du départ de l’armée musulmane, les musulmans ordinaires saluèrent et prirent congé des chefs militaires désignés par le Messager d’Allah (ﷺ). À ce moment-là, l’un des chefs militaires, le vénérable ʿAbdullah ibn Rawāḥa (رضي الله عنه), pleurait. Lorsqu’on lui demanda la raison de ses pleurs, il répondit : « Par Allah, je ne pleure ni par attachement à ce monde ni à cause de mes liens avec vous. J’ai entendu le Messager d’Allah (ﷺ) réciter un verset du Saint Coran, et je pleure par crainte de l’Enfer — je pleure par crainte de l’Enfer. » Dans ce verset, Allah le Très-Haut dit : « Il n’y aura aucun d’entre vous qui n’y passera ; c’est une décision irrévocable de votre Seigneur. » (Sourate Maryam, verset 71)
« Je ne sais pas comment je reviendrai après avoir été présenté à l’Enfer. » Les musulmans dirent : « Qu’Allah le Très-Haut vous accompagne en toute sécurité. Qu’Allah le Très-Haut vous protège et vous ramène auprès de nous avec le butin. » Le vénérable ʿAbdullah récita alors ce poème :
« Pour obtenir le pardon auprès du Miséricordieux
pour les coups d’épée qui font jaillir la cervelle
la main du lanceur de lance, les entrailles et le foie
pour donner la force de frapper et de fendre
je demande de l’aide. À côté de ma tombe
Ceux qui partiront diront : « Voilà le ghazi
qu’Allah a guidé et
qui est bien guidé. »
Les soldats musulmans se mirent ensuite en route. Le Messager d’Allah (qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix) accompagna l’armée jusqu’à Thaniyyat al-Wadāʿ, puis prit congé des soldats. (Ibn Hisham, vol. 2, p. 373-374 ; Zād al-Maʿād, vol. 2, p. 156 ; Mukhtaṣar as-Sīra, p. 327)
La crise de l’armée musulmane
En progressant vers le nord, les soldats musulmans atteignirent une région appelée Maʿān. Cette région se trouvait dans le territoire jordanien rattaché au Hijaz. L’armée musulmane y établit son camp. Des éclaireurs musulmans vinrent annoncer que le César de Rome avait rassemblé cent mille soldats romains dans la région de Maʾāb, au pays de Balqāʾ. En outre, sous sa bannière, cent mille autres soldats des tribus de Lakhm, Judhām, Balqīn, Bahra et Balī s’étaient rassemblés. Ces derniers cent mille hommes constituaient une armée formée de tribus arabes.
La réunion du conseil de consultation
Les musulmans n’avaient absolument pas imaginé à quelle armée redoutable ils seraient confrontés. Dans cette région éloignée, ils se trouvèrent véritablement face à une situation critique. Une question se posa clairement devant eux : allaient-ils affronter deux cent mille soldats avec seulement trois mille hommes ? Les musulmans, stupéfaits et préoccupés, délibérèrent pendant deux nuits. Certains proposèrent d’écrire au Messager d’Allah (qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix) pour l’informer de la situation survenue. Il enverrait peut-être des renforts ou donnerait une autre instruction, qui pourrait alors être appliquée.
Le vénérable Abdallah ibn Rawaha (qu’Allah l’agrée) rejeta fermement cette proposition. Il dit : « Ô gens, ce que vous cherchez à éviter n’est autre que le martyre pour lequel vous êtes sortis. Sachez que notre confrontation avec l’ennemi ne se mesure ni aux troupes, ni à la puissance, ni au nombre. Nous combattons pour cette religion par laquelle Allah, le Seigneur des mondes, nous a honorés. Avançons donc. Nous obtiendrons nécessairement l’un des deux biens : soit nous remporterons la victoire, soit nous connaîtrons le martyre et notre vie sera comblée de bonheur. » Finalement, la décision fut prise conformément à l’avis d’Abdallah ibn Rawaha.
La progression de l’armée musulmane
Après avoir passé deux nuits dans la région appelée Ma’an, l’armée musulmane avança vers l’ennemi. À Macharif, un lieu de la Balqa, elle se retrouva face aux troupes d’Héraclius. Lorsque l’ennemi avança davantage, les musulmans se rassemblèrent à Muta, un lieu appelé ainsi. Les soldats furent ensuite disposés pour la bataille. Qutaba ibn Qatada al-Azdi fut placé à droite, et Ubada ibn Malik al-Ansari (qu’Allah l’agrée) à gauche.
Le martyre des chefs militaires
À Muta, un affrontement éclata entre les deux camps et une bataille extrêmement acharnée s’ensuivit. À peine trois mille soldats musulmans s’engagèrent dans une guerre inégale contre deux cent mille soldats non musulmans. Cette bataille était extraordinaire. Les hommes de ce monde la contemplèrent, stupéfaits. Lorsque la bravoure de la foi se manifeste, de tels événements extraordinaires se produisent également.
Le premier à prendre l’étendard fut le vénérable Zayd ibn Haritha (qu’Allah l’agrée), le bien-aimé du Messager d’Allah, qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix. Il connut le martyre après avoir fait preuve d’un courage extraordinaire. On n’a observé un courage de cette sorte chez personne d’autre que les musulmans.
Après le martyre du vénérable Zayd, le vénérable Ja‘far ibn Abi Talib prit l’étendard. Lui aussi continua à combattre avec un courage incomparable. Au cours d’un combat acharné, il sauta du dos de son cheval pie et se mit à frapper les ennemis. Lorsque les coups de l’ennemi lui eurent tranché la main droite, il commença à combattre de la main gauche. Il conserva ainsi l’étendard jusqu’à son martyre.
On rapporte qu’un soldat romain le frappa de son épée avec une telle violence que son corps fut sectionné en deux. Allah Tout-Puissant lui accorda deux ailes au Paradis. Grâce à ces ailes, il vole où il veut dans le Paradis. C’est pourquoi il est surnommé « Ja‘far al-Tayyar » et Ja‘far Dhul-Janahayn. Tayyar signifie « celui qui vole », et Dhul-Janahayn signifie « celui qui possède deux ailes ».
L’imam al-Bukhari a rapporté, par l’intermédiaire de Nafiʿ, un récit d’Abdullah ibn Umar (qu’Allah l’agrée). Il dit : « Le jour de la bataille de Muʾta, après le martyre de Jaʿfar, j’ai compté les traces de blessures sur son corps. Il portait cinquante blessures de flèches et d’épées. Aucune de ces blessures ne se trouvait dans son dos. » 6[Fatḥ al-Bārī, vol. 7, p. 512. Les deux récits présentent une divergence quant au nombre. On la résout en considérant qu’il y en avait 90, en incluant les blessures causées par les flèches.]
Selon un autre récit, Abdullah ibn Umar (qu’Allah l’agrée) dit : « J’étais avec les musulmans lors de la bataille de Muʾta. En recherchant Jaʿfar ibn Abī Ṭālib, je le trouvai parmi les morts. J’ai vu sur son corps plus de 90 blessures de lances et de flèches. » 7[Le même ouvrage, à la même page] Nafiʿ rapporte également que, dans le récit d’Ibn Umar, il est dit : « J’ai observé toutes ces blessures sur la partie antérieure de son corps. » 8[Fatḥ al-Bārī, vol. 7, p. 512. Les deux récits présentent une divergence quant au nombre. On la résout en considérant qu’il y en avait 90, en incluant les blessures causées par les flèches.] Après le martyre héroïque de Jaʿfar (qu’Allah l’agrée), Abdullah ibn Rawāḥa (qu’Allah l’agrée) saisit l’étendard, monta à cheval et s’avança. Après une certaine hésitation, il récita ces vers :
« Ô mon âme, que tu sois joyeuse ou affligée, de quelque manière que ce soit
affronte-les. Ils ont allumé le feu de la guerre
et dressé leurs lances. Depuis le Paradis
pourquoi donc veux-tu rester éloignée ? »
Puis Abdullah ibn Rawāḥa (qu’Allah l’agrée) continua de combattre avec une bravoure exceptionnelle. Son cousin lui tendit un os encore couvert de viande. Il en prit une bouchée et le jeta. Puis, tout en continuant à combattre, il subit le martyre.
L’épée d’Allah
Après le martyre d’Abdullah ibn Rawaha, Thabit ibn Arqam, un Compagnon de la tribu des Banou Azlan, prit l’étendard. Il dit : « Ô musulmans, désignez comme commandant celui qui est le plus apte à cette tâche. » Lorsque les Compagnons lui demandèrent lui-même d’assumer le commandement, il répondit : « Je ne suis pas apte à cette tâche. » Les Compagnons nommèrent alors Khalid ibn al-Walid (qu’Allah l’agrée) commandant. Après qu’il eut pris l’étendard, un violent combat s’engagea. Il est rapporté dans le Sahih al-Bukhari, d’après Khalid ibn al-Walid (qu’Allah l’agrée) lui-même, qu’il déclara : « Le jour de la bataille de Mu’ta, neuf épées se sont brisées dans ma main. » Il ne me resta ensuite entre les mains qu’une petite épée yéménite. 9 [Sahih al-Bukhari, chapitre consacré à la bataille de Mu’ta, vol. 2, p. 611]
Dans une autre narration, ses paroles sont rapportées ainsi : « Le jour de la bataille de Mu’ta, neuf épées se sont brisées dans ma main. Il ne me resta ensuite entre les mains qu’une petite épée yéménite. » 10 [Même ouvrage, p. 612]
Entre-temps, le Messager d’Allah — qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix — reçut par révélation les nouvelles du champ de bataille avant même qu’elles ne lui parviennent par l’intermédiaire des gens. Il dit : « Zayd avait pris l’étendard, puis il a été martyrisé. Ensuite, Ja‘far avait pris l’étendard, puis il a été martyrisé. Ensuite, Abdullah ibn Rawaha avait pris l’étendard, et lui aussi a été martyrisé. » Les yeux du Messager d’Allah — qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix — se remplirent alors de larmes. Il dit : « Ensuite, l’un des glaives d’Allah prit l’étendard. » Par son combat, Allah le Très-Haut accorda la victoire aux musulmans. 11 [Même ouvrage, p. 611].
La fin de la bataille
Malgré leur bravoure, leur courage et leur dévouement, le fait que les seuls trois mille soldats musulmans aient tenu face à deux cent mille soldats non musulmans fut un événement extraordinaire. L’héroïsme dont fit preuve Khalid ibn al-Walid (qu’Allah l’agrée) à cette occasion est sans équivalent dans l’histoire.
Les récits relatifs à l’issue de cette bataille présentent de profondes divergences. Après avoir lu tous ces récits, il apparaît qu’à la fin du premier jour de combat, Khalid (qu’Allah l’agrée) demeurait ferme face aux soldats romains. Il réfléchissait alors à une nouvelle stratégie de guerre qui pourrait impressionner les Romains. L’objectif de cette stratégie était de faire progressivement reculer les musulmans. Il fallait toutefois veiller à ce que les Romains ne puissent en aucun cas les poursuivre. En effet, s’ils se lançaient à leur poursuite, il aurait été très difficile d’échapper à leur emprise.
Le lendemain matin, Khalid (qu’Allah l’agrée) réorganisa et redéploya les troupes. Il fit passer les soldats de l’aile droite à gauche et ceux de l’aile gauche à l’arrière. En voyant cette modification du dispositif, les ennemis se mirent à dire entre eux que les musulmans avaient reçu des renforts et que leurs forces avaient augmenté par rapport à auparavant.
Après avoir modifié le dispositif militaire, Khalid (qu’Allah l’agrée) fit progressivement reculer les musulmans. Les soldats romains n’avancèrent pas pour attaquer les musulmans, car ils pensaient alors que ceux-ci les trompaient et les attireraient dans le désert pour les contre-attaquer et les anéantir. C’est pourquoi, au lieu de poursuivre les musulmans, les soldats romains retournèrent sur leur territoire. Pendant ce temps, les musulmans continuèrent à reculer jusqu’à parvenir à Médine. 12 [Fath al-Bari, vol. 7, p. 513-514 ; Zad al-Ma‘ad, vol. 2, p. 156.]
Bilan des pertes
Lors de la bataille de Mu’ta, douze musulmans tombèrent en martyrs. On ne connaît pas le nombre des pertes parmi les Romains. Cependant, la lecture du récit de la bataille permet de comprendre qu’ils subirent de nombreuses pertes. En effet, les neuf épées du seul Khâlid se brisèrent entre ses mains. Cela suffit à donner une idée du nombre de pertes subies par les soldats ennemis.
Les conséquences de la bataille de Mu’ta
Bien que l’objectif de représailles pour lequel l’expédition de Mu’ta avait été menée n’ait pas pu être atteint, la renommée et la réputation des musulmans se répandirent largement grâce à cette bataille. Le monde arabe tout entier resta stupéfait d’étonnement. En effet, les Romains étaient alors la plus grande puissance. Les Arabes pensaient qu’affronter les Romains revenait à se suicider. Dès lors, il n’était pas chose facile pour trois mille soldats de remporter une victoire glorieuse et courageuse face à deux cent mille soldats, sans subir de pertes importantes. Les Arabes comprirent que les musulmans étaient totalement différents de toutes les puissances qu’ils avaient connues jusque-là. Allah était avec les musulmans par Son aide. Leur chef, Muhammad al-Mustafâ ﷺ, était sans aucun doute le Messager d’Allah ﷺ. C’est pourquoi plusieurs tribus connues pour leur hostilité constante aux musulmans, ainsi que pour leur entêtement et leur arrogance, se placèrent sous l’ombre protectrice de l’islam après la bataille de Mu’ta. Parmi ces tribus figuraient notamment Banû Sâlim, Ashja’, Ghatafân, Jibân et Fazârah.
C’est précisément le conflit sanglant qui avait commencé avec les Romains à la veille de la bataille de Mu’ta qui permit par la suite à la gloire des victoires musulmanes de se répandre au loin.
L’expédition de Dhât as-Salâsil
Ayant appris le rôle de soutien joué par diverses tribus arabes aux côtés des soldats romains lors de la bataille de Mu’ta, le Messager d’Allah ﷺ jugea nécessaire de prendre une mesure qui amènerait les Romains et les tribus arabes à tendre la main de l’amitié aux musulmans et les dissuaderait à l’avenir d’envisager de rassembler des troupes contre eux.
À cette fin, le Messager d’Allah ﷺ choisit ‘Amr ibn al-‘Âs رضي الله عنه. Sa grand-mère était une femme de la tribu de Balî. Après la bataille de Mu’ta, au mois de Jumâdâ ath-Thâniyah de la huitième année de l’Hégire, le Messager d’Allah ﷺ envoya ‘Amr ibn al-‘Âs رضي الله عنه. On rapporte que des informations obtenues par l’intermédiaire d’espions faisaient état de la préparation, par la tribu de Banû Qudâ’ah, de nombreuses troupes aux abords de Médine en vue d’une attaque. C’est pour ces raisons que le Messager d’Allah ﷺ envoya ‘Amr ibn al-‘Âs رضي الله عنه.
Le Messager d’Allah (qu’Allah le bénisse et le salue) avait ordonné que, lors de leur passage auprès des habitants des régions de Bali, Adhra et Balqin, les troupes musulmanes leur demandent de l’aide. Les troupes musulmanes voyageaient de nuit et se dissimulaient durant la journée. Lorsqu’elles s’approchèrent de l’ennemi, elles apprirent que celui-ci était en nombre supérieur. Hadrat ‘Amr envoya alors Rafi‘ ibn Makith al-Juhani auprès du Messager d’Allah (qu’Allah le bénisse et le salue), muni d’une lettre demandant de l’aide. Le Messager d’Allah (qu’Allah le bénisse et le salue) envoya deux cents soldats sous le commandement de Hadrat Abou ‘Oubayda ibn al-Jarrah (qu’Allah l’agrée). Parmi eux se trouvaient notamment Hadrat Abou Bakr, Hadrat ‘Omar, ainsi que d’éminents chefs des Ansar et des Mouhajiroun. Le Messager d’Allah (qu’Allah le bénisse et le salue) ordonna au commandant Abou ‘Oubayda (qu’Allah l’agrée) de rejoindre ‘Amr ibn al-‘As et de collaborer avec lui dans l’unité, sans laisser naître le moindre désaccord. Après l’arrivée d’Abou ‘Oubayda sur le lieu de l’expédition, il demanda le commandement de toute l’armée. Mais Hadrat ‘Amr ibn al-‘As déclara : « C’est moi le commandant ; vous êtes venu avec des troupes de renfort. » Abou ‘Oubayda accepta cette décision. Dès lors, Hadrat ‘Amr ibn al-‘As, chef de l’armée, dirigea également la prière.
Après l’arrivée des troupes de renfort, elles atteignirent la région de Qouza‘a, puis s’avancèrent jusqu’à un endroit éloigné. À un moment donné, l’affrontement avec l’ennemi devint imminent. Cependant, face à la préparation de l’attaque des musulmans, les ennemis prirent rapidement la fuite.
Ensuite, ‘Awf ibn Malik al-Achja‘i fut envoyé comme émissaire auprès du Messager d’Allah (qu’Allah le bénisse et le salue). Il lui relata le retour sain et sauf des musulmans ainsi que les détails de l’expédition.
Dhat as-Salasil est un endroit situé devant la plaine de Wadi al-Qoura. Il se trouve à dix jours de marche de Médine. Ibn Ishaq rapporte que les musulmans s’installèrent près d’un point d’eau appelé Salasil, appartenant à la tribu de Joudham. C’est pourquoi cette expédition fut appelée Dhat as-Salasil. 13 [Ibn Hicham, t. 2, p. 623-626 ; Zad al-Ma‘ad, t. 2, p. 157]
L’expédition de Khadrah
Le mois de Cha‘ban de la huitième année de l’Hégire
La cause de cette expédition était que la tribu des Banu Ghatafan rassemblait des troupes à Khadrah, dans la région de la tribu des Mouharib, à l’intérieur du Najd. Pour les réprimer, le Messager d’Allah (qu’Allah le bénisse et le salue) envoya quinze Compagnons sous le commandement de Hadrat Abou ‘Oubayda. Ces soldats tuèrent certains ennemis, en capturèrent d’autres et s’emparèrent de butin. Les soldats envoyés pour cette expédition restèrent quinze jours hors de Médine, sous le commandement de Hadrat Abou ‘Oubayda. 14 [Rahmat li-l-‘Alamin, t. 2, p. 233 ; Talqih al-Fuhum, p. 33].
Il dit : « Malgré la victoire, il n’y aura aujourd’hui aucun reproche contre vous. Qu’Allah le Très-Haut vous pardonne vos actes passés, car Il est le meilleur des miséricordieux. »
(Sourate Yûsuf : 92
6
Au seuil de la grande victoire : aujourd’hui, aucune vengeance
La conquête de La Mecque
L’imam Ibn al-Qayyim a écrit : « C’est cette grande victoire par laquelle Allah Tout-Puissant a honoré les dépositaires de Sa religion. En outre, Il a libéré des mains des mécréants et des polythéistes Sa ville et Sa Maison — cette Maison qu’Il avait destinée à guider les habitants du monde. Grâce à cette victoire, une vague de joie déferla parmi les habitants des cieux. À la suite de cette victoire, les gens commencèrent à entrer dans la religion d’Allah par groupes, et le visage de l’univers se mit à resplendir de bonheur. » 1 [Zâd al-Maʿâd, tome 2, p. 160]
La cause de l’expédition
Dans l’exposé relatif au traité d’al-Hudaybiya, il a été mentionné que l’une de ses clauses stipulait que quiconque le désirait pouvait conclure une alliance avec le Messager d’Allah — qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix — ou avec les Quraysh.
Celui qui se joindrait à l’un des deux camps serait considéré comme en faisant partie. Si quelqu’un l’attaquait ou commettait contre lui quelque autre agression, cela serait considéré comme une attaque contre ce camp.
Par ce traité, la tribu des Banû Khuzâ‘a s’était liée au Messager d’Allah par un pacte d’alliance. La tribu des Banû Bakr s’était, quant à elle, alliée aux Quraysh. Ainsi, les deux tribus étaient à l’abri l’une de l’autre. Cependant, depuis l’époque de la Jâhiliyya, des querelles et des différends les opposaient régulièrement. Plus tard, après l’avènement de l’islam et la trêve de Hudaybiyya, les deux tribus rivales se retrouvèrent en sécurité et rassurées l’une vis-à-vis de l’autre. Considérant ce traité comme une occasion à saisir, les Banû Bakr se préparèrent à se venger de la vieille inimitié qui les opposait aux Banû Khuzâ‘a. Le 8 cha‘bân, Nawfal ibn Mu‘âwiya ad-Daylî attaqua les Banû Khuzâ‘a avec un groupe de Banû Bakr. À ce moment-là, des membres des Banû Khuzâ‘a campaient près d’un point d’eau appelé Watîr. Lors de cette attaque surprise, plusieurs hommes de la tribu furent tués. Des affrontements eurent ensuite lieu entre les deux camps. Les Quraysh aidèrent les Banû Bakr en leur fournissant des armes. Certains Qurayshites profitèrent également de l’obscurité de la nuit pour se mêler aux Banû Bakr et attaquer leurs adversaires. Les assaillants repoussèrent les Banû Khuzâ‘a jusqu’aux environs du Sanctuaire. Là, des hommes des Banû Bakr dirent : « Ô Nawfal, nous allons maintenant entrer dans le Sanctuaire sacré ! — Votre divinité, votre culte ! » En réponse, Nawfal déclara : « Il n’y a aujourd’hui aucune divinité. Vengez-vous donc ! Par ma vie, vous pouvez entrer furtivement dans le Sanctuaire sacré, mais ne pouvez-vous pas vous venger ? »
Pendant ce temps, les membres de la tribu des Banû Khuzâ‘a arrivèrent à La Mecque et trouvèrent refuge dans la maison de Budayl ibn Waraqah al-Khuzâ‘î et de son affranchi Râfi‘. ‘Amr ibn Sâlim al-Khuzâ‘î en partit, prit la route de Médine et se présenta devant le Messager d’Allah (qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix). Celui-ci se trouvait alors dans la Mosquée du Prophète avec ses Compagnons. ‘Amr ibn Sâlim dit : « Ô Seigneur, j’en appelle auprès de Muhammad, le Messager d’Allah, à son pacte et à l’antique engagement de son père — allusion à l’engagement qui existait depuis longtemps entre les Banû Khuzâ‘a et les Banû ‘Abd al-Muttalib. Ô Messager, vous étiez les enfants et nous étions les pères. — Il est fait ici allusion au fait que Habbî, la mère de ‘Abd Manâf, c’est-à-dire l’épouse de Qusayy, était issue de la tribu des Banû Khuzâ‘a. C’est pourquoi toute la famille du Prophète est présentée comme étant issue des Banû Khuzâ‘a. — Ensuite, nous avons prêté allégeance et nous n’avons jamais désobéi. Qu’Allah vous guide. Apportez-nous votre soutien total ; appelez les serviteurs d’Allah, et ils viendront à votre aide. Parmi eux se trouvera également le Messager d’Allah, aussi beau que la lune de la pleine lune à son lever. Lorsqu’on lui fait du tort, son visage devient rouge et sévère. Vous avancerez au milieu d’une armée redoutable, dont les vagues déferleront comme celles d’une mer écumante. Sachez avec certitude que les Quraysh ont violé le pacte conclu avec vous et rompu leur engagement. Ils m’ont tendu un piège à Kuda et ont pensé que je n’appellerais personne à l’aide. Pourtant, ils sont bien vils et peu nombreux. Ils nous ont attaqués de nuit, à Atîr, et nous ont tués alors que nous étions inclinés et prosternés. Autrement dit, nous avions embrassé l’islam, mais nous avons malgré tout été tués. »
Après avoir entendu cette plainte, le Messager d’Allah (qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix) dit : « Ô ‘Amr ibn Sâlim, tu as été secouru. » Puis un fragment de nuage apparut dans le ciel. Le Messager d’Allah dit : « Ce nuage est apparu pour annoncer la bonne nouvelle du secours accordé aux Banû Ka‘b. »
Ensuite, une délégation des Banû Khuzâ‘a, conduite par Budayl ibn Waraqah al-Khuzâ‘î, arriva à Médine et informa le Messager d’Allah (qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix) de l’identité des personnes tuées. Elle lui expliqua également comment les Quraysh avaient aidé les Banû Bakr. Puis elle retourna à La Mecque.
Tentative de renouvellement du traité
Ce que les Quraysh et leurs alliés avaient fait constituait une violation manifeste et une trahison du traité de Hudaybiyya. Ils ne pouvaient invoquer aucune excuse valable pour le justifier. Les Quraysh comprirent eux-mêmes très vite qu’ils avaient violé le traité. Réfléchissant aux conséquences de cette trahison, ils convoquèrent un conseil. Celui-ci décida à l’unanimité d’envoyer leur chef, Abû Sufyân, à Médine afin de renouveler le traité de Hudaybiyya.
Le Messager d’Allah (qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix) avait déjà informé ses Compagnons des démarches que les Quraysh entreprendraient après avoir violé le traité. Il avait dit : « J’ai comme l’impression de voir Abû Sufyân arriver à Médine pour consolider le traité et en prolonger la durée. »
Entre-temps, alors qu’Abû Sufyân était arrivé à un endroit appelé ‘Usfân, sur la route de Médine, il rencontra Budayl ibn Waraqah. Budayl se rendait de Médine à La Mecque.
Abû Sufyân pensa que Budayl revenait de chez le Messager d’Allah — qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix. Il lui demanda néanmoins : « D’où viens-tu, Budayl ? » Budayl répondit : « Je suis allé avec les Khuzâ‘a sur cette côte. » Abû Sufyân demanda : « N’es-tu donc pas allé voir Muhammad ? » Budayl répondit : « Non. » Après le départ de Budayl sur la route de La Mecque, Abû Sufyân dit : « Si Budayl est allé à Médine, il a certainement donné à manger à son chameau des dattes de Médine. » Il se rendit ensuite à l’endroit où Budayl avait fait agenouiller son chameau, brisa les excréments laissés par l’animal et y trouva des noyaux de dattes de Médine. Il dit alors : « Je jure par Allah que Budayl est allé voir Muhammad. »
En somme, Abû Sufyân se rendit à Médine et alla loger chez sa fille, Umm Habîba. Il s’apprêtait à s’asseoir sur le lit du Messager d’Allah — qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix — lorsque Umm Habîba — qu’Allah l’agrée — le remarqua et replia aussitôt le lit. Abû Sufyân lui dit : « Ma fille, est-ce que tu ne me juges pas digne de ce lit, ou est-ce que tu ne juges pas ce lit digne de moi ? Depuis que tu m’as quitté, tu as changé en mal. »
Umm Habîba — qu’Allah l’agrée — répondit : « C’est le lit du Messager d’Allah — qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix — et vous êtes un associateur impur. » Abû Sufyân dit : « Par Dieu, depuis que tu m’as quitté, tu as changé en mal. »
Abû Sufyân sortit alors de chez elle, se rendit auprès du Messager d’Allah — qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix — et s’entretint avec lui. Le Messager d’Allah ne lui répondit pas. Abû Sufyân alla trouver Abû Bakr et le pria de parler au Messager d’Allah. Abû Bakr — qu’Allah l’agrée — refusa. Abû Sufyân se rendit ensuite auprès de ‘Umar ibn al-Khattâb — qu’Allah l’agrée — et lui demanda de parler au Messager d’Allah en leur faveur. ‘Umar répondit : « Pourquoi intercéderais-je pour vous auprès du Messager d’Allah ? Par Allah, même si je ne trouvais rien d’autre qu’un morceau de bois, je vous combattrai avec ce morceau de bois. » Abû Sufyân alla ensuite trouver ‘Alî — qu’Allah l’agrée. Fâtima — qu’Allah l’agrée — se trouvait là, ainsi que al-Hasan, qui était encore petit et marchait à peine. Abû Sufyân dit : « Ô ‘Alî, tu es le plus proche de moi par les liens de parenté. Je suis venu pour une affaire. Je suis venu plein de déception et je ne veux pas repartir ainsi. Intercède donc un peu pour moi auprès de Muhammad. » ‘Alî — qu’Allah l’agrée — répondit : « Abû Sufyân, je te plains. Le Messager d’Allah — qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix — a pris une décision concernant cette affaire, et nous ne pouvons rien lui en dire. » Abû Sufyân se tourna vers Fâtima — qu’Allah l’agrée — et dit : « Peux-tu ordonner à cet enfant de proclamer qu’il accorde la protection aux gens et de devenir ainsi, pour toujours, le chef des Arabes ? » Fâtima — qu’Allah l’agrée — répondit : « Par Allah, mon enfant n’est pas encore apte à faire une proclamation qui ferait de lui le dirigeant des gens. En outre, nul ne peut accorder la protection en présence du Messager d’Allah — qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix. »
Après l’échec de toutes ses tentatives, tout devint sombre devant les yeux d’Abû Sufyân. Le cœur partagé par le doute et la voix tremblante, il dit à ‘Alî — qu’Allah l’agrée : « Abû al-Hasan, je constate que l’affaire s’est compliquée. Indique-moi donc une solution. » ‘Alî répondit : « Par Allah, je ne connais rien qui puisse t’être bénéfique. Tu es le chef de la tribu des Banû Kinâna. Lève-toi, proclame la sécurité parmi les gens, puis retourne dans ton pays. » Abû Sufyân demanda : « Penses-tu que cela me sera utile ? » ‘Alî — qu’Allah l’agrée — répondit : « Non, je ne le pense pas. Mais je ne vois pas d’autre solution. » Abû Sufyân se tint alors debout dans la mosquée et proclama : « Ô gens, je vous accorde la sécurité. » Puis il monta sur son chameau et partit pour La Mecque.
Lorsqu’il arriva auprès des Quraychites, ils l’entourèrent et l’interrogèrent sur les nouvelles de Médine. Abû Sufyân répondit : « Je lui ai parlé, mais il ne m’a pas répondu. Je suis allé voir le fils d’Abû Quhâfa, mais je n’ai rien trouvé de bon chez lui. Je suis allé voir ‘Umar ibn al-Khattâb ; il m’a semblé être l’ennemi le plus acharné. Je suis allé voir ‘Alî, qui m’a paru le plus conciliant. Il m’a donné un conseil et je l’ai suivi. Je ne sais pas s’il me sera bénéfique. » Ils demandèrent : « Quel conseil ? » Abû Sufyân répondit : « ‘Alî m’a conseillé de proclamer la sécurité, et c’est finalement ce que j’ai fait. »
Les Quraychites dirent : « Muhammad a-t-il déclaré que ta proclamation de sécurité était effective ? » Abû Sufyân répondit : « Non, il ne l’a pas fait. » Les Quraychites dirent : « Puisses-tu être anéanti ! ‘Alî s’est simplement moqué de toi. » Abû Sufyân répondit : « Par Allah, je n’avais pas d’autre solution. »
Selon le récit d’al-Tabarânî, les préparatifs de l’expédition contre La Mecque avaient commencé trois jours avant l’arrivée de la nouvelle de la trahison des Quraychites : le Messager d’Allah — qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix — avait demandé à ‘Â’icha — qu’Allah l’agrée — de préparer son équipement, tout en lui recommandant de garder l’affaire secrète. Abû Bakr — qu’Allah l’agrée — demanda ensuite à ‘Â’icha : « Ma fille, pour quelle raison ces préparatifs ? » ‘Â’icha répondit : « Je ne sais pas, père. » Abû Bakr dit : « Ce n’est pourtant pas le moment de faire la guerre aux Byzantins. Dans quelle direction le Messager d’Allah — qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix — a-t-il donc l’intention de se diriger ? » ‘Â’icha répondit : « Je ne sais pas, père. » Le matin du troisième jour, ‘Amr ibn Sâlim al-Khuzâ‘î arriva avec quarante cavaliers. Il récita quelques vers de poésie, permettant ainsi aux auditeurs de comprendre que les Quraychites avaient trahi. Budayl arriva ensuite, puis Abû Sufyân. Les Compagnons comprirent alors la situation. Le Messager d’Allah — qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix — leur dit ensuite : « Nous devons aller à La Mecque. » Il invoqua aussitôt : « Ô Allah, fais en sorte que les espions et les Quraychites n’apprennent pas que nous nous dirigeons vers eux. Fais qu’ils ne comprennent ni ne sachent rien avant que nous nous approchions des habitants de La Mecque. »
Afin de préserver le secret, le Messager d’Allah ﷺ envoya, au mois de Ramadan de la huitième année de l’Hégire, huit Compagnons dans une sariyya, sous le commandement d’Abou Qatada ibn Rabî, vers un lieu appelé Batn ‘Uzâm. Cet endroit se trouve entre Dhû-Khachab et Dhû al-Marra. Il est situé à une distance de trente-six miles de Médine.
Le but de l’envoi de ce petit détachement était que ceux qui sauraient comprendre comprennent que le Messager d’Allah ﷺ se rendrait dans la région susmentionnée. Cette nouvelle se répandrait de tous côtés. Lorsque ce petit détachement arriva à l’endroit indiqué, il apprit que le Messager d’Allah ﷺ était parti en direction de La Mecque. Ayant appris cela, ses membres rejoignirent également la caravane du Messager d’Allah ﷺ. 4 — C’est cette sariyya qui rencontra ‘Âmir ibn Adbat. ‘Âmir les salua conformément au rite islamique. Mais, en raison d’une ancienne inimitié, Mahlâm ibn Juthâma tua ‘Âmir et s’empara de son chameau ainsi que de ses autres biens. C’est alors que fut révélé ce verset du Coran : « Ne dites pas à celui qui vous adresse le salâm : “Tu n’es pas croyant.” » Les nobles Compagnons demandèrent ensuite au Messager d’Allah d’invoquer le pardon en faveur de Mahlâm ibn Juthâma. Lorsque Mahlâm se présenta devant le Messager d’Allah, celui-ci dit : « Ô Allah, que Mahlâm ne soit pas pardonné. » Il répéta cette invocation trois fois. En l’entendant, Mahlâm essuya ses yeux avec son vêtement et se leva. Ibn Ishâq rapporte que les membres de la tribu de Mahlâm ont dit que, par la suite, le Messager d’Allah invoqua le pardon en sa faveur. Voir Zâd al-Ma‘âd, tome II, p. 151.
Entre-temps, Hâtib ibn Abî Balta‘a écrivit une lettre aux Quraychites pour les informer des projets du Messager d’Allah ﷺ. Il engagea une femme, moyennant paiement, afin qu’elle fasse parvenir cette lettre aux Quraychites à La Mecque. La femme cacha la lettre dans sa coiffure et se mit en route vers La Mecque. Sur ces entrefaites, Allah Très-Haut informa Son Messager bien-aimé de cette affaire. Le Messager d’Allah ﷺ appela ‘Alî, Miqdâd, Zubayr et Abû Marthad al-Ghanawî et leur dit : « Rendez-vous tous les quatre à Rawdat Khâkh. Vous y trouverez une femme montant un chameau. Elle aura une lettre sur elle. Cette lettre a été envoyée aux Quraychites. » Les quatre Compagnons arrivèrent à Rawdat Khâkh et trouvèrent la femme. Ils lui demandèrent : « As-tu une lettre sur toi ? » Elle le nia. Les Compagnons fouillèrent le palanquin du chameau, mais ne trouvèrent pas la lettre. Alors ‘Alî dit : « Je jure par Allah que le Messager d’Allah ﷺ n’a pas menti, et que nous non plus ne mentons pas. Soit tu remets la lettre, soit nous te déshabillerons. » À ces mots, la femme dit : « Très bien, détournez-vous un instant. » Lorsque les Compagnons se furent détournés, elle dénoua sa coiffure, en sortit la lettre et la remit entre leurs mains. Ils prirent la lettre et allèrent auprès du Messager d’Allah ﷺ. Après l’avoir fait lire, le Messager d’Allah ﷺ constata qu’elle portait l’inscription suivante : « De la part de Hâtib ibn Abî Balta‘a aux Quraychites. » Elle informait ainsi les Quraychites de l’expédition du Messager d’Allah ﷺ contre La Mecque. 5 — L’imam Suhaylî a mentionné les événements de différentes batailles et a cité le contenu de la lettre. Elle disait : « Cela dit, ô Quraychites, le Messager d’Allah se présente à vous avec une armée. Même s’il se présentait seul, Allah Très-Haut le secourrait et accomplirait la promesse qu’Il lui a faite. Préoccupez-vous donc de votre propre situation. Que la paix soit sur vous. »
Al-Wâqidî a écrit que Hâtib adressa ce message à Suhayl ibn ‘Amr, Safwân ibn Umayya et ‘Ikrima : « Le Messager d’Allah a annoncé aux gens qu’il y aurait une guerre. Je ne sais pas s’il se dirigera contre vous ou vers un autre endroit. Je souhaite que cela soit considéré comme une faveur que je vous accorde. »
On demanda au Messager d’Allah ﷺ : « Hâtib, qu’est-ce que cela signifie ? » Hâtib répondit : « Ne vous hâtez pas de me juger. Je jure par Allah que je crois en Allah Très-Haut et en Son Messager ﷺ. Je ne suis pas devenu apostat et aucun changement ne s’est produit en moi. Voici ce qu’il en est : je ne suis pas Quraychite. Je m’étais réfugié parmi eux et, à présent, ma famille se trouve auprès d’eux. Je n’ai avec les Quraychites aucun lien de parenté qui les inciterait à prendre soin de ma famille. J’ai donc pensé leur rendre un service afin qu’ils protègent ma famille. Tous ceux qui vous accompagnent vers La Mecque, à l’exception de moi, ont des proches parmi les Quraychites ; ces proches veilleront sur leurs familles. » ‘Umar dit alors : « Ô Messager d’Allah ﷺ, donne-moi la permission de lui trancher la tête. Cet homme a trahi Allah Très-Haut et Son Messager ﷺ ; il est devenu hypocrite. » Le Messager d’Allah ﷺ dit : « Vois-tu, il a participé à la bataille de Badr. Ô ‘Umar, comment peux-tu savoir ? Il se peut qu’Allah Très-Haut, s’adressant aux participants de Badr, ait dit : “Faites ce que vous voulez, Je vous ai pardonnés.” » En entendant cela, les deux yeux de ‘Umar se remplirent de larmes. Il dit : « Allah Très-Haut et Son Messager savent mieux. » 6 — Sahîh al-Bukhârî, tome I, p. 422.
Ainsi, Allah Très-Haut, le Seigneur des mondes, fit découvrir les espions. Les Quraychites ne purent donc obtenir aucune information sur les préparatifs militaires des musulmans.
L’armée musulmane en direction de La Mecque
Le 10 Ramadan de la huitième année de l’Hégire, le Messager d’Allah ﷺ se mit en route vers La Mecque. Dix mille Compagnons l’accompagnaient. Abû Rahm al-Ghifârî fut chargé d’administrer Médine en son absence.
Après avoir dépassé al-Juhfa de quelque distance, ils rencontrèrent l’oncle du Messager d’Allah, al-Abbas. Celui-ci avait embrassé l’islam et se rendait à Médine avec toute sa famille pour y émigrer. Arrivés à al-Abwa, ils rencontrèrent son cousin paternel, Abu Sufyan ibn al-Harith, et son cousin maternel, Abdallah ibn Umayya. Le Messager d’Allah détourna le visage. Tous deux lui avaient causé beaucoup de tort et le dénigraient en composant des poèmes contre lui. Voyant cela, Umm Salama dit au Messager d’Allah : « Il ne convient pas que ton cousin paternel et ton cousin maternel soient les plus malheureux auprès de toi. »
Ali dit à Abu Sufyan ibn al-Harith et à Abdallah ibn Umayya : « Allez auprès du Messager d’Allah et dites-lui les paroles que les frères de Joseph lui avaient adressées. Le Messager d’Allah n’acceptera certainement pas que la réponse de quelqu’un d’autre soit meilleure que la sienne. » Les frères de Joseph lui avaient dit : « Par Allah, Allah t’a certainement préféré à nous, et nous étions assurément coupables. » (Sourate Youssouf, verset 91)
Abu Sufyan ibn al-Harith fit donc ce qui lui avait été conseillé. Après avoir entendu ce verset, le Messager d’Allah récita quelques vers du poème d’Abu Sufyan ibn al-Harith, dont le sens est le suivant : « Par ta vie, lorsque je levai l’étendard dans l’intention de faire triompher le cavalier de Lat sur le cavalier de Muhammad, j’étais comme un voyageur égaré dans la nuit. Mais le moment est maintenant venu pour moi d’être guidé, et je suis désormais digne de recevoir la guidance. Au lieu de suivre mes passions, un guide m’a orienté et m’a montré le chemin d’Allah, alors qu’auparavant je n’avais cessé de négliger cette voie. »
En entendant cela, le Messager d’Allah, ému, frappa Abu Sufyan à la poitrine et lui dit : « Tu m’avais négligé en toutes circonstances. » 7[Plus tard, Abu Sufyan ibn al-Harith devint un bon musulman. On rapporte qu’après avoir embrassé l’islam, il ne levait pas les yeux vers le Messager par honte. Le Messager d’Allah l’aimait également et lui annonçait la bonne nouvelle du Paradis. Il disait : « J’espère qu’Abu Sufyan sera comme Hamza. » Lorsque sa mort approcha, il dit : « Ne pleurez pas pour moi. Depuis que j’ai embrassé l’islam, je n’ai prononcé aucune parole qui puisse être considérée comme un péché. » (Zad al-Ma‘ad, vol. 2, p. 162-163)]
L’armée musulmane à Marr al-Zahran :
Le Messager d’Allah poursuivit son voyage. Lui et tous les Compagnons observaient le jeûne. Arrivé près de l’abreuvoir de Qudayd, situé entre Asfan et Qudayd, le Messager d’Allah rompit le jeûne. 8[Sahih al-Bukhari, vol. 2] Voyant cela, les Compagnons rompirent eux aussi le jeûne.
Ensuite, ils reprirent leur voyage. Au début de la nuit, ils arrivèrent à Marr al-Zahran, c’est-à-dire dans la plaine de Fatima. Sur ordre du Messager d’Allah, les Compagnons allumèrent des feux séparément. On faisait cuire les repas sur pas moins de dix mille foyers. Le Messager d’Allah chargea Umar de monter la garde.
Abu Sufyan auprès du Messager d’Allah :
Après avoir établi son camp à Marr az-Zahrân, le vénérable Al-Abbâs (qu’Allah l’agrée) sortit à cheval sur la mule blanche du Messager d’Allah (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui) pour patrouiller. Il espérait rencontrer quelqu’un à qui il pourrait envoyer la nouvelle à La Mecque, afin que les Quraychites viennent demander sa protection avant l’entrée du Messager d’Allah (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui) dans la ville.
Entre-temps, Allah Tout-Puissant avait empêché toute nouvelle de parvenir aux Quraychites. C’est pourquoi les habitants de La Mecque ne savaient absolument rien. Ils passaient toutefois leurs journées dans la peur, la confusion et l’appréhension. Abû Sufyân était sorti pour tenter de savoir si une nouvelle information était disponible. À ce moment-là, il était parti avec Hakîm ibn Hizâm et Budayl ibn Waraqâ afin de recueillir des nouvelles.
Al-Abbâs (qu’Allah l’agrée) raconte : « Je chevauchais la mule du Messager d’Allah (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui). Soudain, j’entendis Abû Sufyân et Budayl ibn Waraqâ parler. Abû Sufyân disait : “Par Allah, je n’ai jamais vu auparavant autant de feux et une armée aussi nombreuse qu’aujourd’hui.” Budayl ibn Waraqâ répondit : “Par Allah, ce sont les Banû Khuzâ‘a. La guerre les a anéantis.” Abû Sufyân dit : “Les Banû Khuzâ‘a ne peuvent pas avoir autant de feux ni une armée aussi imposante.” »
Al-Abbâs (qu’Allah l’agrée) raconte : « En entendant la voix d’Abû Sufyân, je demandai : “Est-ce toi, Abû Hanzala ?” Reconnaissant ma voix, Abû Sufyân répondit : “Est-ce toi, Abû al-Fadl ?” Je dis : “Oui.” Abû Sufyân demanda : “Que se passe-t-il ? Que mes père et mère soient sacrifiés pour toi !” Je répondis : “Le Messager d’Allah (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui) est arrivé avec toutes ses troupes. Quel désastre pour les Quraychites !” Abû Sufyân demanda : “Que faire maintenant ? Que mes père et mère soient sacrifiés pour toi !” Je répondis : “S’ils te capturent, ils te trancheront la tête. Monte derrière moi sur cette mule. Je vais t’emmener auprès du Messager d’Allah (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui) et assurer ta sécurité.” Abû Sufyân monta alors sur la mule et s’assit derrière moi. Ses deux autres compagnons repartirent. »
Al-Abbâs (qu’Allah l’agrée) raconte : « Je poursuivis ma route avec Abû Sufyân. Lorsque nous approchions d’un groupe, les gens demandaient : “Qui va là ?” Mais, en me voyant sur la mule du Messager d’Allah (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui), ils disaient : “C’est son oncle, installé sur sa propre mule.” Nous passions près de ‘Umar ibn al-Khattâb. Il demanda : “Qui est là ?” Puis il s’avança vers moi. En voyant Abû Sufyân derrière moi, il dit : “Abû Sufyân ? L’ennemi d’Allah ? Je loue Allah : Abû Sufyân est tombé entre nos mains sans aucun affrontement !” Sur ces mots, le vénérable ‘Umar se précipita auprès du Messager d’Allah (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui). Je poussai moi aussi la mule au galop. Je descendis de la mule et me rendis auprès du Messager d’Allah (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui). Entre-temps, le vénérable ‘Umar (qu’Allah l’agrée) arriva. Dès son arrivée, il dit : “Ô Messager d’Allah (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui), voici Abû Sufyân. Autorisez-moi à lui trancher la tête !” Al-Abbâs (qu’Allah l’agrée) raconte : “Je dis : Ô Messager d’Allah (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui), je lui ai accordé ma protection.” Puis je touchai la tête du Messager d’Allah (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui) et dis : “Par Allah, cette nuit, personne d’autre que moi ne pourra vous parler en privé.” Comme ‘Umar insistait à plusieurs reprises pour obtenir l’autorisation de tuer Abû Sufyân, je dis : “Arrête, ‘Umar. Si Abû Sufyân appartenait aux Banû ‘Adî ibn Ka‘b, tu ne parlerais pas ainsi.” ‘Umar répondit : “Tais-toi, Al-Abbâs. Par Allah, ta conversion à l’islam m’est plus chère que celle de mon père Khattâb, et la seule raison en est que ta conversion est plus chère au Messager d’Allah (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui) que la conversion de mon père Khattâb.” »
Le Messager d’Allah (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui) dit : « Al-Abbâs, emmène Abû Sufyân dans ta tente et amène-le-moi demain matin. » Conformément aux instructions du Messager d’Allah (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui), j’emmenai Abû Sufyân dans ma tente. Le matin, je le conduisis devant le Messager d’Allah (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui). Celui-ci lui dit : « Abû Sufyân, malheur à toi ! N’est-il pas encore temps pour toi de comprendre qu’il n’y a aucune divinité digne d’adoration en dehors d’Allah Tout-Puissant ? » Abû Sufyân répondit : « Que mes père et mère soient sacrifiés pour vous ! Comme vous êtes généreux, magnanime et miséricordieux ! J’ai parfaitement compris que, s’il existait une autre divinité qu’Allah, elle aurait pu être utile en cette circonstance. »
Le Messager d’Allah (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui) dit : « Abû Sufyân, n’est-il pas encore temps pour toi de comprendre que je suis le Messager d’Allah ? » Abû Sufyân répondit : « Que mes père et mère soient sacrifiés pour vous ! Comme vous êtes noble et miséricordieux envers vos proches ! J’ai encore quelques hésitations au sujet de la question que vous m’avez posée. » Le vénérable Al-Abbâs (qu’Allah l’agrée) lui dit : « Allons, embrasse l’islam avant que ta tête ne soit tranchée. Atteste qu’il n’y a personne qui mérite d’être adoré en dehors d’Allah et que Muhammad (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui) est le Messager d’Allah. » Après les paroles d’Al-Abbâs (qu’Allah l’agrée), Abû Sufyân embrassa l’islam et témoigna de la vérité.
Al-Abbâs dit : « Ô Messager d’Allah, Abû Sufyân est un homme de rang ; je vous demande donc de lui accorder un privilège. » Le Messager d’Allah (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui) répondit : « Très bien. Quiconque entrera dans la maison d’Abû Sufyân sera en sécurité. Celui qui fermera sa porte de l’intérieur sera en sécurité, et celui qui entrera dans la Maison sacrée d’Allah sera également en sécurité. »
L’armée musulmane se dirige vers La Mecque :
Le matin du 17 ramadan de la huitième année de l’hégire, le Messager de Dieu (que Dieu le bénisse et lui accorde la paix) partit de Marr az-Zahran en direction de La Mecque. Il dit à son oncle, al-Abbas, de maintenir Abu Sufyan au pied de la montagne de la plaine, afin qu’il puisse voir les soldats de Dieu passer sur cette route. Al-Abbas fit ainsi. Entre-temps, les différentes tribus avançaient avec leurs étendards. Lorsqu’une tribu passait, Abu Sufyan demandait : « Abbas, qui sont-ils ? » Al-Abbas répondait par exemple : « Ce sont les Banu Salim. » Abu Sufyan disait : « Quel rapport ai-je avec les Banu Salim ? » Quand une autre tribu passait, Abu Sufyan demandait : « Qui sont-ils ? » Al-Abbas répondait : « Ce sont les Muzayna. » Abu Sufyan disait : « Quel rapport ai-je avec la tribu de Muzayna ? » Une à une, toutes les tribus passèrent devant Abu Sufyan. Chaque fois qu’une tribu avançait, il demandait qui elle était et, après avoir appris son identité, disait : « Quel rapport ai-je avec eux ? » Puis le Messager de Dieu (que Dieu le bénisse et lui accorde la paix) passa avec les Émigrés et les Ansar. On ne voyait alors que des casques de fer. Abu Sufyan dit : « Gloire à Dieu ! Qui sont-ils ? » Al-Abbas répondit : « Le Messager de Dieu (que Dieu le bénisse et lui accorde la paix) avance avec les Ansar et les Émigrés. » Abu Sufyan dit : « Qui pourrait avoir la force de combattre ces hommes ? Ô Abû al-Fadl, le royaume de ton neveu est devenu formidable. » Al-Abbas répondit : « Abu Sufyan, ceci est la prophétie. » Abu Sufyan dit : « Oui, c’est ce qu’on dira maintenant. »
À ce moment-là, un autre événement se produisit. Sa‘d portait l’étendard des Ansar. En passant devant Abu Sufyan, il dit : « Aujourd’hui est le jour du sang et des coups. Aujourd’hui, le sacré sera rendu licite. Aujourd’hui, Dieu a destiné l’humiliation aux Qurayshites. » Ensuite, lorsque le Messager de Dieu (que Dieu le bénisse et lui accorde la paix) passa, Abu Sufyan dit : « Ô Messager de Dieu, avez-vous entendu ce que Sa‘d a dit ? » Le Messager de Dieu demanda : « Qu’a-t-il dit ? » Abu Sufyan rapporta ses paroles. En les entendant, Uthman et Abd ar-Rahman ibn Awf dirent : « Ô Messager de Dieu, nous craignons que Sa‘d ne déclenche un massacre parmi les Qurayshites. » Le Messager de Dieu répondit : « Non. Aujourd’hui est le jour où la Kaaba sera honorée. Aujourd’hui est le jour où Dieu rendra leur honneur aux Qurayshites. » Puis le Messager de Dieu envoya un Compagnon prendre l’étendard des mains de Sa‘d et le remettre à son fils Qays. Ainsi, il sembla que l’étendard était resté entre les mains de Sa‘d. Selon une autre version, le Messager de Dieu avait confié l’étendard à az-Zubayr.
Aux portes des Qurayshites :
Après que le Messager de Dieu (que Dieu le bénisse et lui accorde la paix) fut passé devant Abu Sufyan, al-Abbas lui dit : « Abu Sufyan, va maintenant rejoindre ton peuple. » Abu Sufyan se hâta de gagner La Mecque et cria d’une voix forte : « Ô Qurayshites, Muhammad (que Dieu le bénisse et lui accorde la paix) est venu vers vous avec une armée si nombreuse qu’il est impossible de lui résister. Celui qui entrera dans la maison d’Abu Sufyan sera en sécurité. » En entendant cela, sa femme, Hind bint Utba, se leva, s’avança et, en tirant la moustache d’Abu Sufyan, dit : « Tuez ce vieillard ! Que périsse ce vieillard qui apporte de mauvaises nouvelles ! »
Abu Sufyan dit : « Malheur à vous ! Ne laissez pas cette femme vous tromper au sujet du salut de vos vies. Muhammad (que Dieu le bénisse et lui accorde la paix) est venu avec une armée si immense qu’il est absolument impossible de lui résister. Ceux qui entreront dans la maison d’Abu Sufyan seront donc en sécurité. » Les gens dirent : « Que Dieu te détruise ! Combien d’entre nous pourront entrer dans ta maison ? » Abu Sufyan répondit : « Ceux qui fermeront leur porte de l’intérieur seront également en sécurité. Ceux qui entreront dans la Mosquée sacrée seront eux aussi en sécurité. » En entendant cela, les gens se mirent à courir vers leurs maisons et vers la Mosquée sacrée, c’est-à-dire vers la Kaaba. Cependant, les Qurayshites intrigants poussèrent en avant quelques voyous turbulents en disant : « Nous les avons envoyés affronter ces gens. Si les Qurayshites remportent un certain succès, nous les rejoindrons. S’ils sont blessés, nous leur donnerons tout ce qu’ils nous demanderont. » Les voyous et les agitateurs qui se préparèrent à combattre les musulmans eurent pour chefs ces hommes insensés : Ikrima ibn Abu Jahl, Safwan ibn Umayya et Suhayl ibn Amr. Sous leur commandement, un groupe de Qurayshites se rassembla à Khandama. Parmi eux se trouvait un homme des Banu Bakr nommé Hammas ibn Qays. Auparavant, il réparait les armes. Un jour, alors qu’il réparait ses propres armes, sa femme lui demanda : « À quoi sert cette préparation ? » Hammas répondit : « Je me prépare à affronter Muhammad et ses compagnons. » En entendant cela, sa femme dit : « Par Dieu, personne ne peut affronter Muhammad et ses compagnons. » Hammas dit : « Par Dieu, j’espère pouvoir t’amener quelques-uns de ses compagnons comme esclaves. S’ils viennent aujourd’hui nous affronter, je n’aurai aucune excuse pour ne pas les combattre. J’ai des armes complètes : des lances acérées et des épées à deux tranchants. » Cet homme participa lui aussi à la bataille de Khandama.
À Dhi Tuwa
Entre-temps, le Messager de Dieu (que Dieu le bénisse et lui accorde la paix) partit de Marr az-Zahran et arriva à Dhi Tuwa. En cette circonstance, en raison de la dignité que Dieu lui avait accordée, le Messager de Dieu gardait la tête baissée dans l’humilité et la gratitude. À Dhi Tuwa, il rassembla les troupes. Il plaça Khalid ibn al-Walid sur son flanc droit. Il y avait là les tribus Aslam, Sulaym, Ghifar, Muzayna et plusieurs autres tribus arabes. Le Messager de Dieu ordonna à Khalid ibn al-Walid d’entrer par la partie basse de La Mecque. Il lui dit : « Si quelqu’un parmi les Qurayshites tente de vous barrer le passage, tue-le. Ensuite, rejoins-moi à Safa. »
Il plaça le vénérable Zubayr ibn al-Awwam sur sa gauche. Celui-ci portait l’étendard de l’Envoyé d’Allah (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui). L’Envoyé d’Allah (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui) lui ordonna d’entrer par la partie élevée de La Mecque, c’est-à-dire par Qudā, d’installer l’étendard qu’il lui avait remis à al-Hajun et d’y attendre son arrivée.
Le vénérable Abou Oubayda dirigeait ceux qui étaient venus à pied. L’Envoyé d’Allah (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui) lui ordonna d’avancer par la route située à l’extrémité de la vallée et de les faire descendre à La Mecque.
L’entrée de l’armée islamique à La Mecque :
Après avoir reçu les ordres de l’Envoyé d’Allah (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui), les commandants se rendirent avec leurs soldats aux endroits qui leur avaient été assignés.
Les polythéistes qui se trouvaient sur le chemin du vénérable Khalid et de ses compagnons furent affrontés et tués. Qarz ibn Jabir al-Fihri et Khunays ibn Khalid ibn Rabi‘a, compagnons du vénérable Khalid, moururent en martyrs. Tous deux s’étaient séparés de l’armée et avaient emprunté une autre route. Ils y furent tués. À Khundama, les Qurayshites turbulents se retrouvèrent face au vénérable Khalid et à ses compagnons. Les deux camps s’affrontèrent pendant quelque temps. Douze polythéistes furent tués. Cet événement sema la panique parmi les Qurayshites. Hammās ibn Qays, qui était résolu à combattre les musulmans, rentra rapidement chez lui et en ferma la porte. Il dit à sa femme : « Garde la porte fermée, n’ouvre pas. » Sa femme lui dit : « Où est donc passée toute votre bravade ? » Hammās ibn Qays répondit : « Hélas ! Safwān et ‘Ikrima se sont enfuis précipitamment. Nous avons été accueillis par des épées dégainées. Ces épées tranchaient les gorges et les têtes avec une telle violence qu’on n’entendait rien d’autre que les cris déchirants des tués et le tumulte. »
Après avoir affronté les ennemis à Khundama, le vénérable Khalid (qu’Allah l’agrée) parcourut différents quartiers de La Mecque, puis se rendit à as-Safa et rejoignit l’Envoyé d’Allah (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui).
Entre-temps, le vénérable Zubayr (qu’Allah l’agrée) s’avança et planta l’étendard de l’Envoyé d’Allah (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui) près de la mosquée de la Conquête, à Hajul, puis fit construire une tente pour son installation. Il resta ensuite sur place jusqu’à l’arrivée de l’Envoyé d’Allah (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui).
L’entrée dans la Maison sacrée et l’enlèvement des idoles :
Ensuite, le Messager (que la bénédiction et la paix d’Allah soient sur lui) entra dans la mosquée sacrée — la Noble Maison d’Allah — accompagné des Ansar et des émigrés. Il embrassa d’abord la Pierre noire, puis effectua le tawaf autour de la Kaaba. À ce moment-là, le Messager (que la bénédiction et la paix d’Allah soient sur lui) tenait un bâton à la main.
À cette époque, trois cent soixante idoles se trouvaient autour de la Kaaba et sur son toit. Le Messager (que la bénédiction et la paix d’Allah soient sur lui) les poussait avec son bâton tout en proclamant : « La vérité est venue, le faux a disparu ; assurément, le faux est appelé à disparaître. »
Il récitait également ce verset du Noble Coran : « La vérité est venue et le mouvement du faux a pris fin. »
Le Messager (que la bénédiction et la paix d’Allah soient sur lui) effectua le tawaf monté sur sa chamelle et, n’étant pas en état d’ihram, se limita au tawaf. Après l’avoir achevé, il fit appeler Uthman ibn Talha (qu’Allah l’agrée) et lui prit la clé de la Kaaba. Sur l’ordre du Messager (que la bénédiction et la paix d’Allah soient sur lui), la Kaaba fut ensuite ouverte. En y entrant, il vit de nombreuses images. Parmi elles se trouvaient également des images du prophète Ibrahim et du prophète Ismaïl. Ils tenaient dans leurs mains des flèches servant à la divination. À cette vue, le Messager (que la bénédiction et la paix d’Allah soient sur lui) dit : « Qu’Allah détruise ces polythéistes ! Par Allah, ces deux prophètes n’ont jamais utilisé de flèches divinatoires. » Le Messager (que la bénédiction et la paix d’Allah soient sur lui) vit également à l’intérieur de la Kaaba un pigeon en bois. Il le brisa de ses propres mains. Sur son ordre, les images furent détruites.
La prière dans la Kaaba et le discours adressé aux Quraysh :
Ensuite, le Messager (que la bénédiction et la paix d’Allah soient sur lui) referma de l’intérieur la porte de la Kaaba. Usama et Bilal se trouvaient à l’intérieur. Après avoir fermé la porte, le Messager (que la bénédiction et la paix d’Allah soient sur lui) se rendit près du mur faisant face à la porte et se tint à trois coudées du mur. À ce moment-là, il y avait deux colonnes à gauche, une colonne à droite et trois colonnes derrière lui. La Kaaba comptait alors six colonnes ou piliers. Il y accomplit ensuite la prière. Après la prière, il parcourut l’intérieur de la Kaaba et proclama dans toutes ses parties le takbir et les paroles de l’unicité divine. Puis il rouvrit la porte de la Kaaba. Les Quraysh se tenaient en foule devant lui, c’est-à-dire dans la mosquée sacrée. Ils attendaient de voir ce que le Messager (que la bénédiction et la paix d’Allah soient sur lui) allait faire. Tenant des deux mains les deux battants de la porte, il adressa un discours aux Quraysh. Il y dit : « Il n’y a aucune divinité en dehors d’Allah. Il est Unique et sans égal, et n’a aucun associé. Il a tenu Sa promesse. Par l’intermédiaire de Ses serviteurs, Il a vaincu à Lui seul toutes les forces adverses. Écoutez : en dehors de la garde de la Kaaba et de l’abreuvement des pèlerins, tous les autres honneurs et succès sont foulés sous mes deux pieds. Sachez que, pour tout homicide, la responsabilité ou la compensation est de cent chameaux, dont quarante chamelles enceintes. »
Ô Quraysh ! Allah a fait disparaître de parmi vous l’ignorance ainsi que l’orgueil lié aux pères et aux grands-pères. Tous les hommes sont les descendants d’Adam, et Adam a été créé de terre. Puis il récita ce verset : « Ô hommes, Nous vous avons créés d’un homme et d’une femme. Ensuite, Nous avons fait de vous des peuples et des tribus afin que vous vous connaissiez les uns les autres. Le plus honorable d’entre vous auprès d’Allah est le plus pieux. Allah sait tout et est parfaitement informé. »
Il n’y a aujourd’hui aucun reproche :
Puis il dit : « Ô Quraychites, que pensez-vous que je vais vous faire ? » Tous répondirent : « Vous nous traiterez bien ; c’est ce que nous pensons de vous. Vous êtes généreux, fils d’un frère généreux. » Il dit alors : « Eh bien, je vous répète les paroles que le prophète Joseph (sur lui la paix) adressa à ses frères : “Lā tathrība ʿalaykumu al-yawm.” Aujourd’hui, aucun reproche ne vous sera fait. Vous êtes tous libres. »
La clé de la Kaaba :
L’Envoyé d’Allah — qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix — s’assit ensuite dans la Mosquée sacrée. La clé de la Kaaba était entre les mains de ʿAlī. Il dit : « Ô Envoyé d’Allah — qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix —, en plus de l’honneur de donner à boire aux pèlerins, confiez-nous également la responsabilité de veiller sur la Kaaba. Qu’Allah vous fasse miséricorde. » Selon une autre version, c’est al-ʿAbbās qui aurait formulé cette demande. L’Envoyé d’Allah — qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix — demanda : « Où est ʿUthmān ibn Ṭalḥa ? » On alla le chercher. L’Envoyé d’Allah — qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix — lui dit : « ʿUthmān, prends cette clé. Aujourd’hui est le jour de la fidélité. » Selon le récit de Ṭabaqāt d’Ibn Saʿd, l’Envoyé d’Allah — qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix — dit : « Prends cette clé pour toujours. Nul ne vous la retirera, si ce n’est un injuste. Ô ʿUthmān — qu’Allah l’agrée —, Allah vous a établis gardiens de Sa Maison. Mangez donc de ce que vous recevez de la Maison d’Allah. »
L’appel à la prière de Bilāl sur le toit de la Kaaba :
L’heure de la prière était arrivée. L’Envoyé d’Allah — qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix — ordonna à Bilāl de monter sur le toit de la Kaaba pour lancer l’appel à la prière. À ce moment-là, Abū Sufyān ibn Ḥarb, ʿAttāb ibn Asīd et Ḥābith ibn Hishām étaient assis dans la cour de la Kaaba. Il n’y avait personne d’autre. ʿAttāb dit : « Allah a accordé à Asīd un tel honneur qu’il n’a pas eu à entendre cela. Sinon, il aurait dû entendre une chose désagréable. » En entendant ces paroles, al-Ḥārith dit : « Écoute, par Allah, si j’apprends qu’il dit la vérité, je le suivrai. » Abū Sufyān dit : « Écoutez, je ne dirai rien. Si je dis quoi que ce soit, par Allah, ces morceaux de pierre m’enseveliront, ainsi que ce qui me concerne. » Puis l’Envoyé d’Allah — qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix — se présenta devant eux et dit : « Je sais tout ce que vous venez de dire. » Il leur répéta ensuite leurs propres paroles. Face à cet événement extraordinaire, al-Ḥārith et ʿAttāb dirent : « Nous attestons que vous êtes le Messager d’Allah. Par Allah, personne n’était avec nous qui ait pu entendre nos paroles. Nous reconnaissons donc que nos paroles vous ont été révélées. »
La prière de la victoire ou de reconnaissance :
Ce jour-là, l’Envoyé d’Allah — qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix — se rendit chez Umm Hānī, fille d’Abū Ṭālib, et s’y lava. Il y accomplit ensuite huit unités de prière.
C’était alors le moment de la prière de Ḍuḥā. C’est pourquoi certains dirent qu’il s’agissait de la prière de Ḍuḥā, tandis que d’autres dirent que c’était la prière de reconnaissance après la conquête ou la victoire. Umm Hānī avait accordé sa protection à ses deux beaux-frères. L’Envoyé d’Allah — qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix — lui dit : « Umm Hānī, j’accorde moi aussi ma protection à ceux auxquels tu l’as accordée. » Il dit cela parce que ʿAlī — qu’Allah l’agrée — voulait tuer les deux beaux-frères d’Umm Hānī. Umm Hānī était la sœur de ʿAlī. Elle avait caché ses deux beaux-frères et gardé la porte fermée. Lorsque l’Envoyé d’Allah — qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix — arriva chez elle, Umm Hānī lui parla du problème de ses beaux-frères ; il prononça alors la déclaration susmentionnée.
Quelques ennemis désignés :
Le jour de la conquête de La Mecque, le Messager d’Allah (ﷺ) inscrivit neuf criminels notoires et identifiés sur la liste de ceux qu’il fallait mettre à mort. Il fut ordonné à leur sujet de les tuer même s’ils se réfugiaient sous les tentures de la Kaaba. Les voici :
1. ʿAbd al-ʿUzzā ibn Khattal 2. ʿAbdullah ibn Saʿd ibn Abī Sarh 3. ʿIkrima ibn Abī Jahl 4. al-Hārith ibn Nufayl ibn Wahb 5. Muqays ibn Sabāba 6. Habbār ibn al-Aswad 7. les deux esclaves d’Ibn Khattal, qui diffamaient le Messager d’Allah (ﷺ) par leurs poèmes 9. Sārah, qui était l’une des esclaves des descendants de ʿAbd al-Muttalib. Elle calomniait le Messager d’Allah (ﷺ) ; de plus, c’est auprès d’elle que fut retrouvée la lettre de Hātib envoyée à La Mecque.
Hadrat ʿUthmān ibn ʿAffān (qu’Allah l’agrée) conduisit ʿAbdullah ibn Saʿd ibn Abī Sarh auprès du Messager d’Allah (ﷺ) et intercéda pour qu’il lui accorde la vie sauve. Le Messager d’Allah (ﷺ) lui pardonna et accepta sa conversion à l’islam. Mais auparavant, il resta silencieux un moment. Il souhaitait qu’entre-temps l’un des Compagnons tue ʿAbdullah. En effet, cet homme avait déjà embrassé l’islam une première fois et émigré à Médine, mais il avait ensuite apostasié, c’est-à-dire changé de religion, et s’était enfui à La Mecque. Après sa seconde conversion à l’islam, il demeura cependant ferme et inébranlable dans sa foi.
ʿIkrima ibn Abī Jahl s’était enfui en direction du Yémen. Son épouse demanda au Messager d’Allah (ﷺ) de lui accorder la vie sauve. Le Messager d’Allah (ﷺ) accepta. La femme suivit ensuite la route empruntée par son mari et le ramena. ʿIkrima se présenta auprès du Messager d’Allah (ﷺ), embrassa l’islam, et sa conversion se révéla être une conversion sincère.
Ibn Khattal était suspendu aux tentures de la Kaaba. Un Compagnon vint en informer le Messager d’Allah (ﷺ). Celui-ci dit : « Tuez-le. » Le Compagnon alla donc le tuer.
Muqays ibn Sabāba fut tué par Hadrat Numayla ibn ʿAbdullah. Muqays avait d’abord embrassé l’islam, mais il apostasia ensuite et tua également un Compagnon ansarien. Puis il retourna auprès des polythéistes de La Mecque.
Al-Hārith causait de nombreuses souffrances au Messager à La Mecque. Hadrat ʿAlī (qu’Allah l’agrée) le tua.
Habbab ibn Aswad avait si violemment poussé Zaynab (qu’Allah l’agrée), la fille du Messager d’Allah (qu’Allah le bénisse et le salue), au moment de son émigration, qu’elle était tombée de son howdah sur un terrain rocailleux. Elle fit alors une fausse couche. Le jour de la conquête de La Mecque, cet homme s’enfuit. Il revint ensuite après s’être converti à l’islam. Par la suite, son islam se révéla également sincère.
L’une des deux esclaves d’Ibn Khatal fut tuée. On intercéda auprès du Messager d’Allah (qu’Allah le bénisse et le salue) en faveur de l’autre, qui embrassa l’islam.
On intercéda également en faveur de Sarah, la porteuse de la lettre de Hatib, et elle embrassa l’islam.
Les cinq autres bénéficièrent également du pardon et embrassèrent l’islam.
Ibn Hajar a écrit qu’Abou Machab mentionna encore un autre nom parmi ceux qui avaient été inscrits sur la liste des personnes à tuer : al-Harith ibn Talal al-Khuzai. Hadrat Ali (qu’Allah l’agrée) le tua. L’imam Hakim mentionne également, dans cette liste, le nom de Ka‘b ibn Zuhayr. L’histoire de Ka‘b est célèbre. Il vint ensuite embrasser l’islam et composa des poèmes à la louange du Messager d’Allah (qu’Allah le bénisse et le salue). Wahshi ibn Harb et Hind bint Utbah, l’épouse d’Abou Soufyan, figuraient également sur cette liste. Ils embrassèrent ensuite l’islam. Arnab, l’esclave d’Ibn Khatal, fut tuée. Oumm Sa‘d fut également tuée. C’est ce que rapporte Ibn Ishaq. Selon ce décompte, le nombre d’hommes était de huit et celui des femmes de six. Il est également possible qu’Arnab et Oumm Sa‘d soient le nom d’une seule et même esclave, la différence ne résidant que dans le surnom et la kunya.
Bien que Safwan ibn Umayya n’eût pas été inscrit sur la liste des personnes à tuer, il craignait pour sa vie en tant que dirigeant quraychite éminent. C’est pourquoi il s’était enfui. Oumayr ibn Wahb al-Joumahi se rendit auprès du Messager d’Allah (qu’Allah le bénisse et le salue) et lui demanda de garantir sa sécurité. Le Messager d’Allah (qu’Allah le bénisse et le salue) la lui accorda. En signe de cette protection, il donna son propre turban à Oumayr. Il convient de préciser que le Messager d’Allah (qu’Allah le bénisse et le salue) portait ce turban sur la tête lorsqu’il entra à La Mecque. Oumayr se rendit auprès de Safwan. À ce moment-là, Safwan se trouvait à Djeddah et s’apprêtait à monter à bord d’un bateau pour fuir par mer vers le Yémen. Oumayr le ramena de là. Lorsqu’il se présenta devant le Messager d’Allah, Safwan demanda un délai de deux mois ; le Messager d’Allah (qu’Allah le bénisse et le salue) lui accorda quatre mois. Safwan embrassa ensuite l’islam. Son épouse s’était déjà convertie. Le Messager d’Allah (qu’Allah le bénisse et le salue) les maintint tous deux dans leur premier mariage.
Fudala était un criminel. Alors que le Messager d’Allah (qu’Allah le bénisse et le salue) accomplissait le tawaf, il s’approcha de lui avec l’intention de le tuer. Le Messager d’Allah (qu’Allah le bénisse et le salue) lui révéla le complot qu’il nourrissait dans son cœur. Fudala en fut profondément stupéfait. Aussitôt, il récita : « Il n’y a de divinité qu’Allah, et Muhammad est le Messager d’Allah. »
Le sermon du Messager d’Allah (qu’Allah le bénisse et le salue), le lendemain de la conquête de La Mecque :
Le lendemain de la conquête de La Mecque, le Messager d’Allah (paix et bénédiction d’Allah sur lui) se leva pour prononcer un sermon. Après avoir loué Allah comme il se doit, il dit : « Ô gens ! Le jour même où Allah Très-Haut créa les cieux et la terre, Il désigna La Mecque comme une ville sacrée. Sa sacralité demeurera donc intacte jusqu’au Jour de la Résurrection. Il n’est permis à personne qui croit en Allah et au Jour dernier d’y verser le sang ni d’y couper un arbre. Si quelqu’un objecte que le Messager d’Allah (paix et bénédiction d’Allah sur lui) y a versé du sang, dites-lui qu’Allah avait autorisé Son Messager à le faire, mais que cette autorisation ne vous a pas été accordée. Quant à moi, le versement du sang ne m’a été permis que pendant un temps déterminé. De même qu’autrefois le meurtre et les effusions de sang y étaient interdits, ils le resteront à l’avenir. Que ceux qui sont présents en informent ceux qui sont absents. »
Selon une autre narration, il est également mentionné qu’il ne faut pas couper les épines qui s’y trouvent, ni effaroucher le gibier, ni ramasser les objets abandonnés trouvés sur le chemin. Toutefois, celui qui les ramasse doit en faire connaître la description. Il ne faut pas non plus y arracher l’herbe. Lorsque Al-Abbas (qu’Allah l’agrée) évoqua l’herbe idhkhir, le Messager d’Allah (paix et bénédiction d’Allah sur lui) dit : « Oui, l’herbe idhkhir peut être arrachée. » Ce jour-là, des membres de la tribu des Banû Khuzâ‘a avaient tué l’un des leurs. Le Messager d’Allah déclara à ce sujet : « Ô membres de Khuzâ‘a, abstenez-vous de tuer. Si le meurtre avait été une bonne chose, il aurait déjà été pratiqué auparavant. De nombreux meurtres ont eu lieu. Vous avez tué un homme dont je dois certainement acquitter le prix du sang. Désormais, si quelqu’un tue une personne, les proches de la victime pourront, s’ils le souhaitent, tuer l’un des meurtriers ou accepter le prix du sang. »
Selon une narration, après cette proclamation du Messager d’Allah (paix et bénédiction d’Allah sur lui), un homme du Yémen nommé Abû Shâh se leva et dit : « Ô Messager d’Allah (paix et bénédiction d’Allah sur lui), faites écrire cette proclamation pour moi. » Il ordonna qu’on la lui écrive. 10 (Sahih al-Bukhari, tome 1, p. 22, 216)
Les appréhensions des Ansars :
Après la conquête de La Mecque, les Ansars se demandaient entre eux si le Messager d’Allah (paix et bénédiction d’Allah sur lui) resterait à La Mecque après avoir conquis sa patrie. À ce moment-là, le Messager d’Allah (paix et bénédiction d’Allah sur lui) invoquait Allah, les mains levées, sur le mont As-Safâ. Après avoir terminé ses invocations, il demanda : « De quoi parliez-vous entre vous ? » Les Ansars le nièrent. Après les avoir interrogés à plusieurs reprises, ils lui firent part de leurs appréhensions. Le Messager d’Allah (paix et bénédiction d’Allah sur lui) dit : « Qu’Allah nous en préserve ! Désormais, ma vie et ma mort sont avec vous. »
L’allégeance :
Après qu’Allah, Seigneur des mondes, eut accordé à Son bien-aimé Messager (paix et bénédiction d’Allah sur lui) et aux musulmans la conquête de La Mecque, la vérité devint claire pour les habitants de la ville. Ils comprirent qu’il n’existait aucune voie vers le succès en dehors de l’islam. C’est pourquoi ils se présentèrent devant le Messager d’Allah (paix et bénédiction d’Allah sur lui) afin de lui prêter allégeance et de devenir musulmans. Assis au sommet d’As-Safâ, le Messager d’Allah (paix et bénédiction d’Allah sur lui) commença à recevoir l’allégeance des gens. Umar (qu’Allah l’agrée) se tenait en contrebas du Messager d’Allah (paix et bénédiction d’Allah sur lui) et recueillait les engagements des gens. Les personnes présentes s’engagèrent auprès du Messager d’Allah (paix et bénédiction d’Allah sur lui) à écouter ses paroles et à lui obéir dans la mesure de leurs capacités.
Il est mentionné dans le Tafsîr al-Madârik que, après avoir reçu l’allégeance des hommes, le Messager d’Allah (paix et bénédiction d’Allah sur lui) la reçut également des femmes. Umar (qu’Allah l’agrée) se tenait en contrebas ; sur l’ordre du Messager d’Allah (paix et bénédiction d’Allah sur lui), il recevait leur allégeance et leur faisait entendre ses paroles.
À cette époque, Hind, l’épouse d’Abû Sufyân, se présenta vêtue autrement. En réalité, elle craignait que le Messager d’Allah (qu’Allah le bénisse et le salue) ne la reconnaisse à cause du traitement qu’elle avait infligé au corps de Hamza (qu’Allah l’agrée). Le Messager d’Allah (qu’Allah le bénisse et le salue) faisait prêter serment d’allégeance en disant : « Vous n’associerez personne à Allah. » Omar (qu’Allah l’agrée) répéta ces paroles en disant : « Femmes, vous n’associerez personne à Allah. » Puis le Messager d’Allah (qu’Allah le bénisse et le salue) dit : « Vous ne volerez pas. » À peine eut-il prononcé ces mots que Hind dit : « Abû Sufyân est extrêmement avare. Que se passera-t-il si je prends quelque chose de ses biens ? » Abû Sufyân était présent et répondit : « Tout ce que tu prendras t’est licite. » Le Messager d’Allah (qu’Allah le bénisse et le salue) sourit, puis demanda : « Alors, es-tu Hind ? » L’épouse d’Abû Sufyân répondit : « Oui, ô Messager d’Allah (qu’Allah le bénisse et le salue). Pardonnez tout ce qui s’est passé. » Le Prophète (qu’Allah le bénisse et le salue) dit : « Qu’Allah te pardonne. »
Puis le Messager d’Allah (qu’Allah le bénisse et le salue) dit : « Vous ne commettrez pas la fornication. » En entendant cela, Hind dit : « Une femme libre peut-elle commettre la fornication ? » Il dit ensuite : « Vous ne tuerez pas vos propres enfants. » Hind répondit : « Je les ai élevés durant leur enfance, puis, lorsqu’ils ont grandi, vos hommes les ont tués. Vous et eux savez donc mieux ce qui les concerne. »
Il convient de préciser que le fils de Hind, Hanzala ibn Abû Sufyân, avait été tué lors de la bataille de Badr. En entendant les paroles de Hind, Omar (qu’Allah l’agrée) éclata de rire. Le Messager d’Allah (qu’Allah le bénisse et le salue) sourit lui aussi.
Puis le Messager d’Allah (qu’Allah le bénisse et le salue) dit : « Vous ne calomnierez personne. » Hind répondit : « Par Allah, la calomnie est une très mauvaise chose. Vous enseignez véritablement la bonne direction et les nobles caractères. » Puis le Messager d’Allah (qu’Allah le bénisse et le salue) dit : « Vous ne désobéirez pas au Messager d’Allah dans une affaire établie. » Hind répondit : « Par Allah, je ne me suis pas assise dans cette assemblée avec l’intention de vous désobéir. »
Puis, de retour chez elle, Hind brisa les idoles qui se trouvaient dans sa maison. Tout en les brisant, Hind disait : « Nous étions dans l’illusion à votre sujet. » 11 [Madârik al-Tanzîl.]
Le séjour du Prophète (paix et bénédiction d’Allah sur lui) à La Mecque :
Le Messager d’Allah (qu’Allah le bénisse et le salue) séjourna dix-neuf jours à La Mecque. Durant cette période, il enseignait l’islam et donnait des orientations concernant la crainte révérencielle d’Allah et la bonne direction. À cette époque, sur l’ordre du Messager d’Allah (qu’Allah le bénisse et le salue), Abû Ubayd al-Khazari (qu’Allah l’agrée) réinstalla les bornes du Sanctuaire sacré.
Durant cette période, le Messager d’Allah (qu’Allah le bénisse et le salue) appela à l’islam et envoya en différents lieux plusieurs sariyya, c’est-à-dire de petits détachements militaires. Ainsi, toutes les idoles furent brisées. Sur l’ordre du Messager d’Allah (qu’Allah le bénisse et le salue), un homme proclama : « Que quiconque croit en Allah le Très-Haut et au Jour dernier ne garde aucune idole chez lui, mais qu’il la brise. »
Envoi de détachements et de délégations :
1. Après la conquête de La Mecque, le Messager d’Allah envoya, le 25 ramadan de la 8e année de l’Hégire, un détachement sous le commandement de Khalid ibn al-Walid (qu’Allah l’agrée). Cette expédition avait pour objectif d’éradiquer al-‘Uzza. Al-‘Uzza se trouvait à Nakhlah. Les Qurayshites et toutes les tribus des Banou Kinana vouaient un culte à cette idole. C’était leur plus grande idole. La tribu des Banou Chayban en avait la garde. Le noble Khalid se rendit à Nakhlah avec trente cavaliers et brisa cette idole. À son retour, le Messager d’Allah demanda au noble Khalid : « As-tu vu quelque chose ? » Il répondit : « Non, rien. » Le Messager d’Allah dit alors : « Dans ce cas, tu n’as donc pas réellement brisé l’idole ? »
Le noble Khalid repartit, l’épée nue levée. Cette fois, il vit une femme noire, nue et au crâne rasé, s’avancer vers lui. Le noble Khalid la frappa alors de son épée, et la femme fut coupée en deux. Le noble Khalid revint ensuite informer le Messager d’Allah. Celui-ci dit : « Oui, c’était bien al-‘Uzza. Désormais, elle a perdu tout espoir d’être adorée sur votre territoire. »
2. Le même mois, le Messager d’Allah envoya ‘Amr ibn al-‘As détruire une autre idole appelée Souwa‘. Elle se trouvait à trois miles de La Mecque. La tribu des Banou Houdhayl lui vouait un culte dans la région de Rihat. Lorsque le noble ‘Amr y arriva, le prêtre lui demanda : « Que veux-tu ? » Il répondit : « Je suis venu détruire cette idole sur ordre du Messager d’Allah. » Le prêtre dit : « Tu n’en seras pas capable. » Il demanda : « Pourquoi ? » Le prêtre répondit : « Tu en seras empêché par une force invisible. » Il dit : « Malheur à toi ! Cette idole voit-elle ? Entend-elle ? Es-tu encore attaché au mensonge ? » Puis il brisa l’idole et ordonna à ses compagnons de fouiller son sanctuaire. Ils n’y trouvèrent cependant rien. Sur l’ordre du noble ‘Amr, le sanctuaire fut également détruit. Il demanda ensuite au prêtre : « Alors, qu’en penses-tu ? » Le prêtre répondit : « Je crois désormais en Allah, l’Unique, sans associé. »
3. Le même mois, vingt soldats furent envoyés sous le commandement du noble Sa‘d ibn Zayd al-Ashhali. Ils partirent détruire l’idole Manat. Celle-ci se trouvait dans un lieu appelé Mashal, près de Qudayd. Les tribus de Ghassan, d’Aws et de Khazraj lui vouaient un culte. Lorsque le noble Sa‘d y arriva, le prêtre demanda : « Que veux-tu ? » Il répondit : « Je veux détruire Manat. »
Le prêtre dit : « Tu le sais, et ton œuvre le sait aussi. » Le noble Sa‘d vit alors sortir une femme noire, au crâne rasé et au visage terrifiant. Elle se frappait la poitrine en poussant des lamentations. Le prêtre dit : « Manat, frappe quelques-uns de tes désobéissants ! » Sur ces entrefaites, le noble Sa‘d fendit Manat en deux avec son épée. Le sanctuaire fut ensuite détruit, mais on n’y trouva rien.
4. Le même mois, après être revenu de la destruction d’al-‘Uzza, le Messager d’Allah envoya le noble Khalid (qu’Allah l’agrée) auprès des Banou Jadhimah. Il y fut envoyé afin de les inviter à l’islam. Le noble Khalid (qu’Allah l’agrée) partit avec trois cent cinquante hommes parmi les Ansar, les Muhajiroun et la tribu des Banou Sulaym. Arrivés auprès des Banou Jadhimah, ils les invitèrent à l’islam. Au lieu de dire « aslamna », c’est-à-dire « nous avons embrassé l’islam », ils dirent : « saba’na, saba’na », c’est-à-dire « nous avons abandonné notre religion ». Le noble Khalid commença alors à les tuer et à les capturer. Puis il remit un prisonnier à chacun de ses compagnons et leur ordonna de les tuer. Le noble ‘Abdullah ibn ‘Umar et ses compagnons refusèrent d’obéir à l’ordre du commandant. L’affaire fut rapportée au Messager d’Allah. Celui-ci leva deux fois les mains vers le ciel et dit : « Ô Allah, je me réfugie auprès de Toi contre tout ce qu’a fait Khalid. » 12 [Sahih al-Bukhari, vol. 1, p. 450]
Sur l’ordre du noble Khalid, les membres de la tribu des Banou Sulaym tuèrent leurs propres prisonniers. Les Ansar et les Muhajiroun ne tuèrent pas les leurs. Après cet événement, le Messager d’Allah envoya le noble ‘Ali (qu’Allah l’agrée) afin de verser le prix du sang pour les tués et de réparer leurs autres pertes. À cette occasion, une violente dispute éclata entre le noble Khalid et le noble ‘Abd al-Rahman ibn ‘Awf (qu’Allah les agrée). Lorsqu’il l’apprit, le Messager d’Allah dit : « Khalid, cesse et abstiens-toi de dire quoi que ce soit au sujet de mes compagnons. Par Allah, même si le mont Uhud devenait de l’or et que tu le dépensais entièrement dans le sentier d’Allah, tu n’atteindrais pas le mérite d’un matin ou d’un après-midi d’adoration de l’un de mes compagnons. » 13 [Ibn Hicham, Sahih al-Bukhari, Fath al-Bari, Sahih Muslim, Zad al-Ma‘ad.]
La bataille de la conquête de La Mecque fut la véritable bataille décisive, et la conquête de La Mecque fut la véritable victoire, qui réduisit en miettes la puissance et l’arrogance des polythéistes. Il ne resta plus aucune place au shirk, c’est-à-dire à l’idolâtrie, dans la péninsule Arabique. En effet, les gens ordinaires, à l’exception des musulmans et des polythéistes, suivaient l’affaire avec une grande curiosité et voulaient voir quelle serait l’issue de ce conflit. Ils savaient parfaitement que seule la puissance établie sur la vérité serait capable d’établir son autorité sur la Kaaba. Leur foi avait été renforcée par l’événement d’Abraha et de son armée d’éléphants, survenu un demi-siècle auparavant. Les Arabes de l’époque avaient été témoins de la manière dont l’armée d’éléphants, qui avançait dans le but d’attaquer la Maison d’Allah, avait été anéantie et réduite à néant.
On peut se rappeler que le traité de Hudaybiyya fut le prélude, ou le commencement, de la conquête de La Mecque. Grâce à ce traité, les sources de la paix et de la sécurité se mirent à couler de toutes parts. Les gens purent se parler ouvertement les uns avec les autres. Ils échangeaient leurs points de vue sur l’islam et en débattaient. Ceux qui, à La Mecque, avaient embrassé l’islam en secret eurent eux aussi l’occasion d’échanger leurs points de vue sur la religion. Ainsi, de nombreuses personnes embrassèrent l’islam. Auparavant, dans les différentes batailles, le nombre des musulmans ne dépassait pas trois mille. Or, au moment de la conquête de La Mecque, ils étaient au nombre de dix mille.
Cette bataille décisive ouvrit les yeux des gens. Le dernier voile qui recouvrait encore leurs yeux fut également retiré. Il ne resta plus aucun obstacle à l’acceptation de l’islam. Après la conquête de La Mecque, le soleil des musulmans se mit à briller dans le ciel politique et religieux de la ville. L’autorité religieuse comme la domination temporelle passèrent entièrement entre les mains des musulmans.
La situation favorable créée pour les musulmans par le traité de Hudaybiyya atteignit son plein accomplissement après la conquête de La Mecque. La période qui suivit fut exclusivement celle des musulmans, et la situation passa sous leur contrôle total. Dès lors, une seule voie s’ouvrait aux différentes tribus arabes : se rendre auprès du Prophète avec des délégations pour embrasser l’islam, puis diffuser l’appel de la religion dans toutes les directions. C’est effectivement ce qui se produisit au cours des deux années suivantes.
Troisième phase : la bataille de Hunayn
Ce fut la dernière phase de la vie prophétique du Messager d’Allah. Cette période de sa vie fut la consécration des efforts et des peines qu’il avait consentis au cours de près de vingt-trois années de labeur.
Durant cette longue période, la conquête de La Mecque fut le succès le plus important du Prophète (paix et bénédiction d’Allah sur lui). Cette victoire entraîna un changement radical de la situation et transforma profondément les conditions et l’environnement de l’Arabie. Elle constitua un pont entre les époques antérieure et postérieure. Aux yeux des Arabes, les Quraysh étaient les protecteurs et les défenseurs de la religion. Toute l’Arabie leur était soumise à cet égard. La défaite des Quraysh signifiait donc que l’idolâtrie avait été déracinée de tout le territoire arabe, une fois pour toutes.
Cette dernière phase mentionnée se divise en deux parties : premièrement, l’effort et la guerre ; deuxièmement, l’affluence de différents peuples et tribus venus embrasser l’islam. Ces deux situations étaient étroitement liées l’une à l’autre.
La bataille de Hunayn
La conquête de La Mecque eut lieu à la suite d’une expédition soudaine. Les habitants de l’Arabie en furent stupéfaits. Les tribus voisines n’avaient pas la capacité de faire face à cette expédition inattendue. C’est pourquoi quelques tribus puissantes, orgueilleuses et indisciplinées, ainsi que certains membres des Banû Bilâl, s’y associèrent. Ces tribus étaient liées à Qays ʿAylân. Elles considéraient qu’il était contraire à leur honneur de se soumettre aux musulmans. Elles se rendirent donc auprès de Mâlik ibn ʿAwf an-Nasrî et décidèrent d’attaquer les musulmans.
Départ des ennemis et arrivée à Awtâs
Après cette décision, tous les non-musulmans rassemblés partirent sous la direction de Mâlik ibn ʿAwf pour combattre les musulmans. Ils emmenèrent avec eux leurs familles et leurs troupeaux. Ils arrivèrent dans la plaine d’Awtâs. Awtâs est une plaine de la région de Banû Hawâzin, près de Hunayn. Toutefois, cette plaine est distincte de Hunayn. Hunayn est une plaine séparée, située à proximité de Dhû al-Majâz. De là, la distance jusqu’à La Mecque, en passant par ʿArafât, est de plus de dix miles. 1 [Fath al-Bârî, vol. 8, p. 27, 42]
Rassemblement des troupes ennemies
Après leur arrivée à Awtâs, les hommes se présentèrent devant le commandant Mâlik ibn ʿAwf. Parmi eux se trouvait également le vieux stratège expérimenté Durayd ibn as-Simma. Cet homme était courbé sous le poids de l’âge. Il avait participé à de nombreuses batailles. Autrefois, c’était un vaillant combattant. Désormais, il ne pouvait plus que faire part de son expérience et donner des conseils en conséquence. Il demanda à Mâlik : « Dans quelle plaine vous trouvez-vous ? » On lui répondit : « Dans la plaine d’Awtâs. » Il dit : « C’est un endroit approprié pour rassembler une armée. Mais j’entends les braiements des ânes, les mugissements des chameaux, les hennissements des chevaux, les pleurs des enfants et les voix des femmes. » On lui expliqua que le commandant Mâlik ibn ʿAwf avait amené avec les soldats leurs familles et leurs troupeaux. Lorsqu’il demanda pourquoi, on lui répondit que chaque combattant lutterait courageusement, poussé par l’attachement à ses femmes, ses fils, ses filles et ses troupeaux, qu’il avait placés auprès de lui.
En entendant cette réponse de Mâlik ibn ʿAwf, Durayd dit : « Par Allah, tu n’es qu’un berger de moutons. Qu’est-ce qui peut retenir un vaincu ? Vois : si tu remportes la victoire, tu ne tireras profit que des épées et des lances. Mais si tu es vaincu, tu seras humilié, car rien ne sera en sécurité — ni les femmes, ni les fils, ni les familles, ni les troupeaux du combattant vaincu. » Durayd s’enquit des chefs des différentes tribus. Après avoir tout entendu, il dit au commandant : « Ô Mâlik, tu n’as pas bien fait d’amener les familles et les troupeaux de la tribu des Banû Hawâzin. Envoie-les dans un endroit sûr de leur propre région. Puis, montez à cheval et combattez les impies. Si vous remportez la victoire, ceux qui seront restés à l’arrière viendront vous rejoindre. Si vous êtes vaincus, ils seront en sécurité. »
Le commandant Mâlik ibn ʿAwf rejeta ce conseil et dit : « Par Dieu, je ne peux pas faire cela. Tu es devenu vieux, et ton intelligence a également vieilli. Peut-être la tribu des Hawâzin me restera-t-elle fidèle ; sinon, je me suiciderai en m’appuyant sur mon épée. » En somme, Mâlik ne voulut pas que le nom de Durayd ni son conseil fussent associés à cette bataille. Les membres de la tribu des Hawâzin dirent : « Nous resterons fermes dans notre obéissance envers toi. » Durayd dit : « Je ne prends pas part à cette guerre. Je n’en assume aucune responsabilité. Ah ! Si seulement j’étais encore jeune aujourd’hui, si j’avais encore l’âge de courir çà et là, je commanderais les chevaux comme une chèvre de taille moyenne au long pelage.
Les espions ennemis
Pour recueillir des informations sur les musulmans, Malik ibn Awf envoya deux espions. Ils revinrent avant même d’avoir atteint leur destination. Ils étaient incapables de marcher. Lorsqu’ils furent amenés devant le commandant, celui-ci leur dit : « Malheur à vous ! Que s’est-il passé ? » Ils répondirent : « Nous avons vu quelques chevaux tachetés et des hommes, puis nous nous sommes retrouvés dans cet état. »
D’un côté, le Messager d’Allah (qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix) recevait toutes sortes d’informations sur l’ennemi. Il dit à Abou Hadhrad al-Aslami : « Va, installe-toi parmi l’ennemi et rapporte-moi des informations à son sujet. » Il s’exécuta.
Le trajet de La Mecque à Hounayn
Le dimanche 6 Chawwâl de la huitième année de l’Hégire, le Messager d’Allah (qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix) partit de La Mecque en direction de Hounayn. C’était le dix-neuvième jour depuis son arrivée à La Mecque. Il était accompagné de douze mille soldats. Parmi eux, dix mille étaient venus de Médine à La Mecque, tandis que les deux mille autres partirent de La Mecque. La plupart de ces deux mille Mecquois étaient de nouveaux musulmans. Le Messager d’Allah (qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix) emprunta à Safwân ibn Umayya cent cuirasses avec leurs armes. Il nomma ‘Attâb ibn Asîd gouverneur de La Mecque.
Après midi, un Compagnon vint dire : « Je suis monté sur telle montagne et j’ai vu que les Banû Hawâzin étaient venus combattre avec leurs familles. Ils ont également amené leurs troupeaux. » Le Messager d’Allah (qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix) sourit et dit : « Si Allah le veut, demain ces biens feront partie du butin des musulmans. » Durant la nuit, Anas ibn Mardath assuma la garde.
En chemin, les Compagnons virent un jujubier appelé Dhât Anwât. Les polythéistes de La Mecque y suspendaient leurs armes. Ils égorgeaient des animaux à proximité et tenaient une foire sous son ombrage. Quelques compagnons d’armes dirent au Messager d’Allah (qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix) : « De même qu’ils ont un arbre appelé Dhât Anwât, fabrique-nous donc un arbre semblable. » Le Messager d’Allah (qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix) dit : « Allah est le plus grand ! Par Celui qui détient mon âme entre Ses mains, vous venez de dire la même chose que le peuple de Moïse lui avait dite. Ils avaient dit : “Fais-nous une divinité, comme ils ont des divinités.” Je vois que vous suivez exactement la voie des peuples qui vous ont précédés. » [3 : at-Tirmidhî, Al-Fitan ; Musnad Ahmad, vol. 5, p. 281]
En voyant le grand nombre de soldats, certains dirent : « Aujourd’hui, nous ne serons certainement pas vaincus. » Le Messager d’Allah (qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix) n’apprécia pas non plus cette parole.
L’attaque surprise des musulmans :
Dans la nuit du mardi 10 Chawwâl, l’armée musulmane arriva à Hunayn. Mâlik ibn ‘Awf était arrivé auparavant sur les lieux et avait secrètement dispersé ses soldats en différents endroits, dans l’obscurité de la nuit. Il leur avait ordonné de décocher des flèches sur les musulmans dès leur arrivée, puis de les attaquer en masse quelque temps après.
Entre-temps, au petit matin, le Messager d’Allah ﷺ déploya les soldats en différents endroits. Très tôt, les soldats musulmans pénétrèrent dans la plaine de Hunayn. Ils ne savaient absolument rien au sujet de l’armée ennemie. Alors que les soldats musulmans, ignorant que l’ennemi les attendait en embuscade, s’installaient tranquillement, une pluie de flèches s’abattit soudainement sur eux. Peu après, les ennemis se ruèrent tous ensemble sur les musulmans. Ceux-ci, complètement désorientés, commencèrent à se disperser. Ce fut une défaite manifeste. Le nouveau converti Abû Sufyân dit : « Ils ne s’arrêteront pas avant d’avoir atteint l’autre rive de la mer. » Jibâlah, ou Qaldah ibn Junayd, dit : « Regardez, aujourd’hui la magie a été annulée. » Ibn Ishâq a rapporté cela. Al-Barâ’ ibn ‘Âzib dit : « Il est mentionné dans le Sahîh al-Bukhârî que les Banû Hawâzin étaient des archers. Lorsque nous les attaquâmes, ils s’enfuirent. Nous nous mîmes alors à recueillir le butin. Entre-temps, les ennemis nous accueillirent par une pluie de flèches. » 4 [Sahîh al-Bukhârî, chapitre du jour de Hunayn]
Il est rapporté dans le Sahîh Muslim, d’après Anas (qu’Allah l’agrée), qu’Anas dit : « Nous avons conquis La Mecque, puis nous avons mené l’expédition de Hunayn. Les polythéistes arrivèrent en rangs remarquablement ordonnés. Je n’avais jamais vu une organisation aussi parfaite. Il y avait d’abord les rangs des cavaliers, puis ceux des fantassins ; derrière eux se trouvaient les femmes, suivies des moutons et des chèvres, puis des troupeaux. Nous étions très nombreux. Khâlid (qu’Allah l’agrée) se trouvait à droite de nos troupes. Mais nos cavaliers commencèrent à se cacher derrière nous ; peu après, ils s’enfuirent. Les Arabes s’enfuirent également. Ceux-là aussi s’enfuirent, ceux que vous connaissez. » 5 [Fath al-Bârî, vol. 8, p. 8]
Lorsque les Compagnons commencèrent à se disperser, le Messager d’Allah ﷺ appela sur sa droite en disant : « Ô gens, venez vers moi ! Je suis Muhammad, le fils de ‘Abdullah. » À ce moment-là, auprès du Messager d’Allah ﷺ, il n’y avait personne d’autre que quelques Émigrés et des Compagnons de sa famille. 6 [Selon le récit d’Ibn Ishâq, ils étaient neuf ou dix. Le Prophète ﷺ dit que douze hommes restèrent fermement auprès du Messager d’Allah. Les Compagnons étaient partis chercher refuge en sécurité. Quatre-vingts hommes demeurèrent fermement auprès du Messager d’Allah. Nous ne tournâmes pas le dos. At-Tirmidhî a rapporté un hadith transmis par ‘Abdullah ibn ‘Umar. Il dit : « Je vis les miens tourner le dos le jour de Hunayn. Il n’y avait même pas cent Compagnons avec le Messager d’Allah. »]
En cette période critique, le Messager d’Allah ﷺ fit preuve d’un courage et d’une bravoure sans pareils. Il avançait vers les ennemis et disait à haute voix : « An-nabiyyu lâ kadhib, anâ ibn ‘Abd al-Muttalib », c’est-à-dire : « Je suis un prophète, je ne suis pas un menteur ; je suis le fils de ‘Abd al-Muttalib. »
À ce moment-là, Abû Sufyân et al-‘Abbâs (qu’Allah l’agrée) retenaient la mule du Messager d’Allah ﷺ afin qu’elle ne s’élance pas vers l’avant. Le Messager d’Allah ﷺ dit ensuite à son oncle al-‘Abbâs d’appeler les gens à haute voix. Al-‘Abbâs avait une voix forte. Il dit : « J’appelai d’une voix puissante : “Où êtes-vous, gens de l’arbre, vous qui avez prêté le serment d’ar-Ridwân ?” » En entendant ma voix, les Compagnons accoururent comme les veaux accourent lorsqu’ils entendent la voix d’une vache. Les Compagnons dirent : « Nous voici ! » 7 [Sahîh Muslim, vol. 2, p. 100]
Lorsque les Compagnons commencèrent à accourir, et qu’une centaine d’entre eux se furent rassemblés autour du Messager d’Allah ﷺ, celui-ci affronta l’ennemi. Le combat commença.
Puis les Ansar furent appelés. Peu à peu, cet appel se limita aux Banû al-Hârith ibn al-Khazraj. Pendant ce temps, les Compagnons, qui s’étaient retirés très rapidement du champ de bataille, commencèrent à y revenir tout aussi rapidement. En un instant, une bataille acharnée s’engagea. Le Messager d’Allah ﷺ regarda le champ de bataille et dit : « À présent, le chaudron est chaud. » Puis il prit une poignée de poussière et la lança en direction des ennemis en disant : « Que les visages soient défigurés ! » Cela fit entrer de la poussière dans les yeux de chacun des ennemis. Ceux-ci commencèrent à fuir en tournant le dos, pour sauver leur vie.
La défaite des ennemis
Aussitôt après que le Messager d’Allah ﷺ eut lancé la poussière, la situation de la bataille changea : les ennemis furent vaincus. Soixante-dix mécréants de la tribu de Thaqîf furent tués. Toutes les armes, les richesses, les provisions, le matériel, les femmes, les enfants et les troupeaux qu’ils avaient amenés tombèrent entre les mains des musulmans.
Allah, le Seigneur des mondes, dit à ce sujet : « Allah vous a certes secourus en de nombreuses circonstances, et notamment le jour de la bataille de Hunayn, lorsque votre grand nombre vous réjouit, mais il ne vous servit à rien ; la terre, malgré son étendue, devint étroite pour vous, puis vous tournâtes le dos et prîtes la fuite. Ensuite, Allah fit descendre Sa sérénité sur Son Messager et sur les croyants, et Il envoya des troupes que vous ne voyiez pas, puis Il châtia les mécréants. Telle est la rétribution des mécréants. » (Sourate at-Tawbah, versets 25-26)
La poursuite des ennemis sur leur route de fuite :
Après quelques instants d’affrontement entre les deux camps, les polythéistes prirent la fuite. Après leur défaite, un groupe d’ennemis se dirigea vers Taïf, un autre vers Nakhlah et un autre vers Awtâs. Au cours de l’affrontement entre les deux camps, le Compagnon Abû ‘Âmir al-Ash‘arî (qu’Allah l’agrée) tomba en martyr. Il commandait un groupe.
Un groupe de Compagnons poursuivit les non-musulmans qui se dirigeaient vers Nakhlah. Durayn ibn Thummâh fut capturé. Le Compagnon Râbi‘ah ibn Râfi‘ le tua.
Le plus grand groupe des ennemis vaincus se dirigea vers Taïf. Après avoir fait rassembler le butin, le Messager d’Allah ﷺ se mit en route vers Taïf.
Butin
Le détail du butin est le suivant : 6 000 prisonniers de guerre, 24 000 chameaux et plus de 40 000 chèvres. Quatre mille uqiyya d’argent, soit 160 000 dirhams. Son poids était inférieur de quelques kilogrammes à six quintaux. Le Messager d’Allah (paix et bénédictions d’Allah sur lui) ordonna de rassembler tous les biens. Il fit réunir l’ensemble des richesses à Ji‘rāna et les plaça sous la responsabilité de Mas‘ūd ibn ‘Amr al-Ghifārī (qu’Allah l’agrée). Elles ne furent pas distribuées avant la fin de la campagne de Tā’if.
Parmi les captifs se trouvait également Shaymā’ bint al-Hārith al-Sa‘diyya. Elle était la sœur de lait du Messager d’Allah (paix et bénédictions d’Allah sur lui). Après l’avoir amenée devant lui et lui avoir révélé son identité, le Messager d’Allah (paix et bénédictions d’Allah sur lui) la reconnut grâce à un signe. Il lui témoigna alors beaucoup de respect. Il étendit son manteau pour qu’elle s’y asseye. Par bonté envers elle, conformément à son souhait, il la renvoya auprès de son propre clan.
La bataille de Tā’if
Cette bataille faisait en réalité partie de la bataille de Hunayn. La plupart des vaincus des tribus Hawāzin et Thaqīf s’étaient réfugiés à Tā’if avec leur commandant, Mālik ibn ‘Awf al-Nasrī. C’est pourquoi le Messager d’Allah (paix et bénédictions d’Allah sur lui) prit la route de Tā’if.
Mille soldats furent d’abord envoyés sous le commandement de Khālid ibn al-Walīd, puis le Messager d’Allah (paix et bénédictions d’Allah sur lui) partit lui-même. En chemin, il passa par Nakhlah, Imāniyā et Manzil. Mālik ibn ‘Awf possédait une forteresse à un endroit appelé Liya. Sur ordre du Messager d’Allah (paix et bénédictions d’Allah sur lui), cette forteresse fut détruite. Poursuivant ensuite sa route, il atteignit Tā’if et le Messager d’Allah (paix et bénédictions d’Allah sur lui) en assiégea la forteresse.
Le siège se prolongea. Selon le récit d’Anas (qu’Allah l’agrée) rapporté dans le Sahih Muslim, ce siège dura quarante jours. Certains auteurs de sīra ont toutefois mentionné vingt jours. D’autres ont indiqué dix, quinze ou encore dix-huit jours. 8 [Fath al-Bārī, vol. 8, p. 45]
Durant le siège, les deux camps se lancèrent des flèches et des pierres. Lors du premier siège des musulmans, des flèches furent continuellement tirées contre eux. Au début, lorsque les musulmans commencèrent le siège, la forteresse leur lança une telle quantité de flèches qu’on aurait dit que des sauterelles avaient étendu leur ombre. Plusieurs musulmans furent blessés et douze furent martyrisés. Les musulmans déplacèrent donc leurs tentes pour les installer un peu plus loin.
Pour faire face à cette situation, l’Envoyé de Dieu — que Dieu le bénisse et lui accorde la paix — fit installer une machine à lancer des projectiles et fit tirer plusieurs boulets en direction de la forteresse. Le mur se fissura et une brèche s’y ouvrit. Les Compagnons lancèrent des pierres sur leurs ennemis à travers cette brèche. Mais les ennemis décochèrent des flèches comme une pluie, et plusieurs musulmans tombèrent en martyrs.
Pour soumettre les ennemis, l’Envoyé de Dieu — que Dieu le bénisse et lui accorde la paix — ordonna de couper et de brûler les vignes. Alarmée, la tribu de Thaqîf le supplia d’y renoncer, en invoquant Dieu Très-Haut et les liens de parenté. L’Envoyé de Dieu — que Dieu le bénisse et lui accorde la paix — accepta leur demande.
Pendant le siège, un crieur de la part de l’Envoyé de Dieu — que Dieu le bénisse et lui accorde la paix — proclama : « Tout esclave qui descendra de la forteresse et viendra à nous sera libre. » À la suite de cette proclamation, trente hommes sortirent de la forteresse et rejoignirent les musulmans. 9 [Sahih al-Bukhari, vol. 2, p. 260]
Parmi les esclaves arrivés se trouvait également Abû Bakrah. Il escalada le mur de la forteresse, s’y suspendit au moyen d’une roue tournante et descendit jusqu’aux musulmans pour se rendre. En arabe, la corneille se dit bakrah. C’est pourquoi l’Envoyé de Dieu — que Dieu le bénisse et lui accorde la paix — donna à cet esclave nouvellement arrivé le surnom d’Abû Bakrah. Comme convenu, l’Envoyé de Dieu — que Dieu le bénisse et lui accorde la paix — affranchit les esclaves qui étaient venus se rendre aux musulmans, les confia à trente Compagnons et leur dit : « Donnez-leur l’équipement dont ils ont besoin. » Cet événement devint très grave pour les ennemis retranchés dans la forteresse.
Le siège se prolongea, mais aucun signe de reddition ne se manifesta chez les ennemis. Ils avaient stocké dans la forteresse des provisions pour une année. À ce moment-là, l’Envoyé de Dieu — que Dieu le bénisse et lui accorde la paix — consulta Nawfal ibn Mu‘âwiya al-Dawsî. Nawfal dit : « Le renard s’est réfugié dans son terrier. Si vous prolongez le siège, vous pourrez vous emparer d’eux. Mais si vous vous retirez, ils ne pourront vous faire aucun mal. » Après avoir entendu ces paroles, l’Envoyé de Dieu — que Dieu le bénisse et lui accorde la paix — décida de mettre fin au siège. ‘Umar — que Dieu l’agrée — annonça aux Compagnons : « Si Dieu le veut, nous repartirons demain. » Les Compagnons critiquèrent cette annonce. Ils dirent : « Comment cela ? Allons-nous repartir sans avoir conquis Taïf ? » Après avoir entendu leur désaccord, l’Envoyé de Dieu — que Dieu le bénisse et lui accorde la paix — dit : « Très bien, allons au combat demain matin. » Le lendemain, les Compagnons allèrent combattre, mais ils n’en retirèrent aucun avantage si ce n’est de revenir blessés. Voyant cela, l’Envoyé de Dieu — que Dieu le bénisse et lui accorde la paix — dit : « Si Dieu le veut, nous repartirons demain. » Les Compagnons de tous rangs accueillirent cette décision avec satisfaction. Ils commencèrent silencieusement à rassembler leurs affaires. Voyant cela, l’Envoyé de Dieu — que Dieu le bénisse et lui accorde la paix — se mit à sourire doucement.
Alors que les nobles Compagnons étaient en route pour le retour, l’Envoyé de Dieu — que Dieu le bénisse et lui accorde la paix — dit : « Nous revenons, repentants, adorateurs et louant notre Seigneur. » Cela signifie : « Vous êtes de retour, repentants et dévoués dans l’adoration, et vous ne cessez de louer votre Seigneur. »
Les Compagnons dirent : « Ô Envoyé de Dieu — que Dieu le bénisse et lui accorde la paix —, invoquez la malédiction contre les gens de Thaqîf. » Il dit : « Ô Dieu Très-Haut, guide Thaqîf et amène-les à nous. »
Le partage du butin à Ji‘râna
Après avoir levé le siège de Taëf, le Messager d’Allah, qu’Allah le bénisse et le préserve, s’abstint de distribuer le butin entreposé à Ji‘rana. La raison de ce délai était qu’il souhaitait, si les membres de la tribu des Hawazin revenaient et se repentaient, leur restituer tout ce qui leur appartenait. Mais, même après avoir attendu, personne ne vint. Le Messager d’Allah, qu’Allah le bénisse et le préserve, commença alors à distribuer le butin. Les chefs de différentes tribus et les notables de La Mecque attendaient avec impatience de recevoir leur part du butin. Le Messager d’Allah, qu’Allah le bénisse et le préserve, accorda une quantité suffisante de butin à tous ces nouveaux musulmans. 10 (afin qu’ils demeurent fermes dans l’islam)
À Abou Soufyan ibn Harb furent donnés quarante uqiyya, soit environ six kilogrammes d’argent, ainsi que cent chameaux. Abou Soufyan demanda : « Et mon fils Yazid ? » Le Messager d’Allah, qu’Allah le bénisse et le préserve, lui accorda également une part semblable. Abou Soufyan demanda : « Et mon fils Mu‘awiya ? » Le Messager d’Allah, qu’Allah le bénisse et le préserve, lui accorda également une part semblable. En somme, Abou Soufyan et ses deux fils reçurent à eux seuls dix-huit kilogrammes d’argent et trois cents chameaux.
À al-Harith ibn Kalada furent donnés cent chameaux. Les chefs de tribus qurayshites et non qurayshites reçurent, selon les cas, cent, cinquante ou quarante chameaux. La nouvelle se répandit parmi les gens que Muhammad, qu’Allah le bénisse et le préserve, donnait tellement qu’il ne craignait pas de tomber dans la pauvreté. Après la propagation de cette nouvelle, les Bédouins vinrent entourer le Messager d’Allah et le conduisirent près d’un arbre. Sous la pression de la foule, le manteau du Messager d’Allah, qu’Allah le bénisse et le préserve, resta accroché à l’arbre. Il dit : « Ô gens, rendez-moi mon manteau ! »
Par Celui qui tient mon âme dans Sa main, même si je possédais autant de quadrupèdes qu’il y a d’arbres à Tihama, je les distribuerais tous. Ensuite, vous verrez que je ne suis ni avare, ni craintif, ni menteur. 11 (Al-Shifa, chapitre consacré au Qadi, tome 1, p. 86)
Ensuite, le Messager d’Allah, qu’Allah le bénisse et le préserve, se rendit auprès de son propre chameau et se tint près de lui. Il en prit quelques poils, les montra et dit : « Ô gens, je n’ai aucune part dans vos biens du fay’. Je ne possède même pas la quantité de ces poils de chameau que vous voyez. Il n’y a que le khums, c’est-à-dire une part du cinquième du butin, qui est également réattribuée à vous dans la distribution individuelle des biens pris à la guerre. »
Ce fut accordé aux nouveaux musulmans, que le Coran appelle « ceux dont les cœurs sont à gagner ». Ensuite, le Messager d’Allah, qu’Allah le bénisse et le préserve, dit à Zayd ibn Thabit de réunir le butin et les soldats en un même lieu et d’en établir le compte pour la distribution. Il s’exécuta. Chaque soldat reçut ainsi quatre chameaux et quarante chèvres. Les guerriers éminents reçurent chacun douze chameaux et douze chèvres.
Dans cette distribution, le Messager d’Allah, qu’Allah le bénisse et le préserve, adopta une stratégie particulière. En effet, il existe dans le monde beaucoup de gens qui ne suivent pas la voie de leur conscience, mais celle de leur ventre. De même qu’en suspendant une poignée d’herbe fraîche devant un animal et en reculant, on peut le conduire vers un endroit sûr, la distribution des biens susmentionnés visait à gagner le cœur des nouveaux musulmans, afin qu’ils aient l’occasion d’apprendre la foi et que l’amour de l’islam s’éveille en eux. 12 (Muhammad Ghazali, Fiqh al-Sira, p. 298-299)
L’état psychologique des Ansar
La stratégie politique du Messager d’Allah, que Dieu le bénisse et lui accorde la paix, dans la distribution du butin ne fut pas comprise au début. C’est pourquoi certains le critiquèrent. Les Ansar, en particulier, furent attristés, car ils n’avaient rien reçu. Pourtant, ils avaient été appelés au moment de la crise et étaient accourus rapidement. Ils avaient combattu aux côtés du Messager d’Allah, que Dieu le bénisse et lui accorde la paix, d’une manière telle qu’une défaite apparente s’était transformée en victoire. Mais lors de la distribution du butin, ils constatèrent que les mains de ceux qui avaient fui au moment de la crise étaient pleines, tandis que les leurs étaient vides. 13 [Même ouvrage, même page]
Ibn Ishaq rapporte, d’après Abou Saïd al-Khoudri, qu’Allah l’agrée, que lorsque le Messager d’Allah, que Dieu le bénisse et lui accorde la paix, donna largement aux chefs des Quraysh et des tribus arabes, sans rien donner aux Ansar, ceux-ci furent attristés. Ils se mirent à chuchoter entre eux. Certains allèrent même jusqu’à dire ouvertement : « Par Allah, le Messager d’Allah, que Dieu le bénisse et lui accorde la paix, s’est rapproché de son propre peuple. » Sa’d ibn Oubada, qu’Allah l’agrée, se rendit auprès du Messager d’Allah, que Dieu le bénisse et lui accorde la paix, et lui dit : « Ô Messager d’Allah, que Dieu le bénisse et lui accorde la paix, les Ansar n’ont pas apprécié ce que tu as fait concernant le butin. Ils te critiquent. Ils disent que tu n’as distribué les biens qu’au sein de ton propre peuple et que tu as favorisé les tribus arabes, tandis que tu n’as rien donné aux Ansar. » Le Messager d’Allah, que Dieu le bénisse et lui accorde la paix, demanda : « Ô Sa’d, quelle est ton opinion à ce sujet ? » Il répondit : « Ô Messager d’Allah, que Dieu le bénisse et lui accorde la paix, ne suis-je pas moi-même l’un des membres de mon peuple ? » Le Prophète bien-aimé lui dit : « Va rassembler les membres de ton peuple en un même lieu. » Sa’d s’exécuta. Quelques Muhajiroun vinrent et furent autorisés à s’asseoir. D’autres personnes arrivèrent, mais on les refoula. On informa ensuite le Messager d’Allah, que Dieu le bénisse et lui accorde la paix, qu’ils étaient présents. Il se rendit alors auprès d’eux.
Après avoir loué Allah comme il convenait, le Prophète bien-aimé dit : « Ô Ansar, quelle est la cause de votre mécontentement et de vos critiques ? Ne suis-je pas venu à vous alors que vous étiez égarés ? Puis Allah vous a guidés. N’étiez-vous pas dans le besoin, puis Allah vous a accordé des biens et des richesses ? N’a-t-Il pas uni vos cœurs les uns aux autres ? Tout cela n’est-il pas vrai ? » Ils répondirent : « Si, ô Messager d’Allah, que Dieu le bénisse et lui accorde la paix, tu as dit vrai. Allah et Son Messager, que Dieu le bénisse et lui accorde la paix, nous ont comblés de bienfaits. » Il dit : « Pourquoi les Ansar ne répondent-ils pas ? » Ils dirent : « Que pourrions-nous répondre ? Allah et Son Messager, que Dieu le bénisse et lui accorde la paix, nous ont comblés de bienfaits. » Il dit : « Si vous le souhaitez, vous pouvez dire : “Tu es venu à nous à une époque où l’on te traitait de menteur, et nous avons cru en toi. Tu étais abandonné, solitaire et sans soutien, et nous t’avons aidé. Tu étais rejeté, et nous t’avons offert un refuge. Tu étais dans le besoin, et nous avons soulagé ta détresse.” »
Le Messager d’Allah, que Dieu le bénisse et lui accorde la paix, dit : « Ô Ansar, vous vous êtes intérieurement attristés pour une chose insignifiante de ce monde. Grâce à cette chose, j’ai réconforté le cœur de certaines personnes afin qu’elles deviennent musulmanes. Quant à vous, je vous ai laissés avec l’islam que vous avez déjà adopté. Ô Ansar, n’êtes-vous pas satisfaits que les autres retournent chez eux avec des chameaux et des chèvres, tandis que vous retourniez chez vous avec le Messager d’Allah, que Dieu le bénisse et lui accorde la paix ? Par Celui qui détient mon âme dans Sa main, si l’émigration avait eu lieu, je serais moi aussi devenu un Ansari. Si tous les gens empruntaient une voie et que les Ansar en empruntaient une autre, je suivrais certes la voie des Ansar. Ô Allah, accorde Ta miséricorde aux Ansar, à leurs enfants et à leurs petits-enfants. »
En entendant le sermon du Messager d’Allah, que Dieu le bénisse et lui accorde la paix, les gens pleurèrent tellement que leur barbe fut mouillée. Ils se mirent à dire : « Nous sommes satisfaits que le Messager d’Allah, que Dieu le bénisse et lui accorde la paix, soit notre part. » Puis le Messager d’Allah, que Dieu le bénisse et lui accorde la paix, retourna auprès des siens, et les Compagnons regagnèrent chacun leur place. 14 [Ibn Hicham, tome 2, p. 499-500 ; Sahih al-Boukhari, tome 2, p. 620-621]
L’arrivée de la délégation de Hawazin
Après la distribution du butin, une délégation de la tribu de Hawazin vint trouver le Messager d’Allah, que Dieu le bénisse et lui accorde la paix, après avoir embrassé l’islam. Ils étaient quatorze. Zouhayr ibn Sourad était leur chef. Le parent de lait du Messager d’Allah, que Dieu le bénisse et lui accorde la paix, Abou Barqan, se trouvait également parmi eux. Ils vinrent demander la restitution des prisonniers de guerre et des biens. Ils parlèrent d’une manière qui attendrit tous les cœurs. 15 [Ibn Ishaq dit que la délégation comptait neuf notables de la tribu. Ils embrassèrent l’islam, prêtèrent serment d’allégeance et parlèrent avec Allah et Son Messager. Ils dirent : “Ô Messager d’Allah, parmi ceux que tu as capturés se trouvent nos mères et nos sœurs, ainsi que nos tantes paternelles et maternelles. Cela est humiliant pour notre peuple.” (Fath al-Bari, tome 8, p. 33.) Il convient de préciser que les termes “mères”, “sœurs”, etc. désignent les parentes de lait du Messager d’Allah : ses mères, tantes paternelles, tantes maternelles et sœurs de lait. C’est Zouhayr ibn Sourad qui parlait au nom de la délégation. Il existe une divergence concernant le nom d’Abou Barqan. Certains le mentionnent sous les noms d’Abou Marwan ou d’Abou Sarwan.] Le Messager d’Allah, que Dieu le bénisse et lui accorde la paix, dit : « Vous voyez les gens qui sont avec nous. J’aime davantage la vérité. Dites-moi franchement : aimez-vous davantage vos enfants ou vos biens ? »
Ils répondirent : « La dignité familiale a pour nous une plus grande valeur. » Le Messager d’Allah, que Dieu le bénisse et lui accorde la paix, dit : « Très bien. Après la prière de midi, levez-vous et dites : “Nous faisons du Messager d’Allah, que Dieu le bénisse et lui accorde la paix, notre intercesseur auprès des croyants, et des croyants nos intercesseurs auprès du Messager d’Allah, que Dieu le bénisse et lui accorde la paix.” Rendez-nous donc nos prisonniers. »
Après la prière de zuhr, ils le dirent. Le Messager d’Allah (qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix) dit : « Ma part personnelle et celle des Banû Abd al-Muttalib sont pour vous. Je vais immédiatement demander aux autres. » Aussitôt, les Ansar et les Muhajirûn se levèrent et dirent : « Tout ce que nous possédons est également pour le Messager d’Allah (qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix). » Ensuite, Aqra ibn Habis se leva et dit : « Tout ce qui m’appartient, ainsi que tout ce qui appartient aux Banû Tamîm, n’est pas pour vous. » Uyayna ibn Hisn dit : « Tout ce qui m’appartient, ainsi que tout ce qui appartient aux Banû Fazara, n’est pas pour vous. » Abbas ibn Mirdas dit : « Tout ce qui m’appartient, ainsi que tout ce qui appartient aux Banû Sulaym, n’est pas non plus pour vous. » Un homme des Banû Sulaym se leva et dit : « Si, au contraire, tout ce que nous possédons est pour le Messager d’Allah (qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix). » En entendant cela, Abbas ibn Mirdas dit : « Vous m’avez humilié. »
Le Messager d’Allah (qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix) dit : « Voyez, ils sont venus embrasser l’islam. C’est pourquoi j’ai retardé le partage de leurs prisonniers. Que ceux qui détiennent des prisonniers les rendent donc. Ce sera préférable. Celui qui souhaite conserver sa part doit lui aussi rendre les prisonniers. À l’avenir, lorsque des biens issus du fay’ seront obtenus, ils recevront six fois leur valeur en compensation. » Les gens dirent : « Nous sommes disposés à tout donner volontiers pour le Messager d’Allah (qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix). » Le Messager d’Allah (qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix) dit : « Je ne sais pas qui est d’accord et qui ne l’est pas. »
Puis il dit : « Retournez plutôt auprès des vôtres et envoyez-moi votre chef. » Ensuite, les Compagnons rendirent les enfants et les femmes prisonniers. Une vieille femme était échue en partage à Uyayna ibn Hassan ; il ne voulut pas la rendre, mais finit lui aussi par la restituer. Le Messager d’Allah (qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix) congédia chaque prisonnier en lui offrant un manteau copte.
La ‘umra et le retour à Médine
Après avoir partagé le butin, le Messager d’Allah (qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix) entra en état d’ihram à Ji‘rana pour accomplir la ‘umra, qu’il accomplit. Ensuite, il nomma Attab ibn Asid gouverneur de La Mecque.
Muhammad al-Ghazali dit : « Lors de cette victoire, quand Allah le Très-Haut posa sur sa tête la couronne de la grande victoire, quelle différence entre ce moment et celui où, huit ans auparavant, il était venu dans cette ville ! »
Il était venu dans cette ville en recherchant la sécurité. À cette époque, il était inconnu et étranger, et le doute habitait son cœur. Alors, les habitants du lieu l’avaient honoré, lui avaient accordé leur protection et l’avaient aidé ; ils avaient suivi la lumière qu’il avait apportée avec lui. Bien plus, c’est pour lui qu’ils avaient considéré comme négligeable toute forme d’hostilité de la part des autres. Ceux qui, huit ans auparavant, l’avaient accueilli après son émigration à Médine sont aujourd’hui ceux qui l’accueillent de nouveau. Aujourd’hui, La Mecque est entre ses mains et sous son contrôle. Les habitants de La Mecque ont déposé aux pieds du noble Prophète (qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix) leur prétention à la supériorité et leur ignorance. Il leur a pardonné toutes leurs injustices passées et leur a accordé, par l’islam, honneur et succès.
Allah le Très-Haut dit dans le Noble Coran : « Certes, celui qui fait preuve de véracité et de patience, Allah le Très-Haut ne fait pas perdre la récompense des bienfaisants. » 16 [Fiqh as-Sîra, p. 306. Pour connaître en détail la conquête de La Mecque et la bataille de Taïf, voir Zâd al-Ma‘âd, vol. 2, p. 160-201 ; Ibn Hichâm, vol. 2, p. 389-501 ; Sahîh al-Bukhârî, vol. 2, p. 612-623 ; Fath al-Bârî, vol. 8, p. 3-85.]
Les expéditions menées après la conquête de La Mecque
Après être retourné à Médine au terme de ce long et fructueux voyage, le Messager d’Allah (ﷺ) y séjourna quelque temps. Durant cette période, il reçut diverses délégations, envoya des responsables pour administrer les affaires et dépêcha des prédicateurs afin de propager la religion.
En outre, le Messager d’Allah (ﷺ) affronta ceux qui, malgré la preuve de la supériorité de l’islam, ne purent l’accepter et manifestaient de diverses manières arrogance et obstination. Le récit de ces événements est présenté ci-dessous.
Envoi de collecteurs pour la zakat
Il est ressorti de l’exposé précédent qu’après la conquête de La Mecque, le Messager d’Allah (ﷺ) retourna à Médine vers la fin de la huitième année de l’Hégire. Dès l’apparition de la nouvelle lune de Muharram, au début de la neuvième année de l’Hégire, le Prophète Mustafa (ﷺ) envoya des collecteurs afin de percevoir la zakat auprès de différentes tribus. Voici leur liste.
Nom du collecteur — envoyé auprès de la tribu
1. Uyayna ibn Hasan — Banû Tamîm
2. Yazid ibn Husayn — Aslam et Ghifar
3 ‘Ubbad ibn Bishr al-Ashhali — Sulaym et Muzayna
4 Rafi‘ ibn Makith — Juhayna
5 ‘Amr ibn al-‘As — Banu Fazarah
6 Dahhak ibn Sufyan — Banu Kilab
7 Bashir ibn Sufyan — Banu Ka‘b
8 Ibn al-Lutbiyyah — Azd ibn Zabyan
9 Muhajir ibn Abi Umayya — la ville de San‘a
10 Ziyad ibn Labid — Hadramaut
11. Adi ibn Hatim al-Ta’i et les Banou Asad
12. Malik ibn Nuwayra, les Banou Hanẓala
13. Zibrqan ibn Badr, une branche des Banou Sa’d
14. Qays ibn Asim, une autre branche des Banou Sa’d
15. Alā ibn Hadrami, Bahreïn
16. Ali ibn Abi Talib, Najran
Tous ces Compagnons furent envoyés au mois de Muharram de la neuvième année de l’Hégire, chargés de collecter la zakat. Entre-temps, les membres des tribus des régions concernées avaient embrassé l’islam. Certains partirent au début du mois de Muharram, et d’autres plus tard. Cela permet de mesurer l’ampleur du succès de l’appel à l’islam après le traité de Hudaybiyya. Après la conquête de La Mecque, les gens commencèrent à entrer par groupes sous l’égide de l’islam.
Quelques expéditions de cette période
Des collecteurs furent envoyés auprès des différentes tribus pour percevoir la zakat. Cependant, malgré la paix et l’ordre qui régnaient dans les diverses régions de la Jazîrat al-‘Arab, des troubles apparurent dans certains endroits. Des troupes furent envoyées pour les réprimer. Voici le récit de quelques-unes de ces expéditions.
(1) L’expédition de ‘Uyayna ibn Hisn al-Fazari
Mois de Muharram de la neuvième année de l’Hégire
‘Uyayna fut envoyé auprès de la tribu des Banû Tamîm à la tête de cinquante cavaliers. En effet, les Banû Tamîm incitaient différentes tribus à se soustraire au paiement de la jizya. Aucun Muhâjir ni aucun Ansâr ne participa à cette expédition.
‘Uyayna ibn Hanan marchait de nuit et se dissimulait pendant la journée. Après avoir poursuivi sa route de cette manière, il atteignit l’endroit désigné et se lança à la poursuite des membres de la tribu des Banû Tamîm. Ceux-ci s’enfuirent à toute vitesse. Toutefois, les musulmans capturèrent onze hommes, vingt et une femmes et trente enfants. Ils les emmenèrent à Médine et les retinrent dans la maison de Ramla bint Hârith.
Plus tard, dix chefs de la tribu des Banû Tamîm vinrent discuter de la libération des prisonniers. Ils se rendirent à la porte de la maison du Messager d’Allah — qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix — et crièrent : « Ô Muhammad, venez auprès de nous. » Le Messager d’Allah — qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix — sortit. Ils se mirent à lui parler en le prenant dans leurs bras. Le Messager d’Allah — qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix — passa quelque temps avec eux. Entre-temps, l’heure de la prière de zuhr arriva. Il dirigea la prière. Après celle-ci, il s’assit dans la cour de la mosquée. Les chefs des Banû Tamîm, désireux de se livrer à un débat destiné à manifester leur fierté et leur arrogance, avancèrent leur orateur, ‘Atâ ibn Hâjib. Celui-ci prononça un discours. Le Messager d’Allah — qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix — ordonna à l’orateur de l’islam, le vénérable Thâbit ibn Qays Shammâs, de lui répondre. Il prononça une réponse. Les chefs des Banû Tamîm avancèrent ensuite le poète de leur tribu, Zaykal ibn Badr. Il récita quelques poèmes exprimant leur arrogance. Hassân ibn Thâbit, le poète de l’islam, lui répondit.
Lorsque les deux orateurs eurent terminé leurs discours et les deux poètes leurs récitations, Al-Aqra‘ ibn Hâbis déclara : « Leur orateur a prononcé un discours plus éloquent que le nôtre, et leur poète a récité de meilleurs poèmes que le nôtre. La voix de leur orateur et de leur poète est plus retentissante que celle de notre orateur et de notre poète. » Après cela, les chefs des Banû Tamîm venus en délégation embrassèrent l’islam. Le Messager d’Allah — qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix — leur offrit des servantes et rendit les femmes et les enfants captifs. 1[Des auteurs spécialisés dans les récits de guerre ont rapporté que cet événement eut lieu au mois de Muharram de la neuvième année de l’Hégire. Il en ressort qu’Al-Aqra‘ ibn Hâbis se convertit à l’islam à cette époque. Cependant, les auteurs de la Sîra ont écrit que le Messager d’Allah demanda que les captifs de la tribu des Banû Hawâzin soient rendus. Al-Aqra‘ ibn Hâbis déclara alors : « Moi et les Banû Tamîm, nous ne les rendrons pas. » Cela montre qu’Al-Aqra‘ ibn Hâbis s’était converti à l’islam avant le mois de Muharram de la neuvième année de l’Hégire.]
2. L’expédition de Qutba ibn ‘Âmir
Le mois de Safar de la neuvième année de l’Hégire
Cette expédition partit vers une branche de la tribu des Khath’am, dans la région de Tabala, près de Torba. Qotba se mit en route avec vingt hommes. Ils ne disposaient que de dix chameaux, sur lesquels ils montaient à tour de rôle. Les musulmans lancèrent une attaque-surprise, déclenchant de violents combats. Plusieurs hommes furent blessés dans les deux camps. Qotba fut tué avec plusieurs de ses compagnons. Malgré cela, les musulmans ramenèrent à Médine des moutons, des chèvres et des enfants.
3. L’expédition de Dahhak ibn Sufyan al-Kilabi
Le mois de Rabi al-Awwal de la neuvième année de l’Hégire
Cette expédition fut envoyée pour inviter la tribu des Banu Kilab à embrasser l’islam. Cependant, comme ils refusèrent d’embrasser l’islam, les combats commencèrent. Les musulmans les vainquirent et tuèrent l’un des leurs.
4. L’expédition d’Alqama ibn Mujazziz al-Madlaji
Le mois de Rabi al-Awwal de la neuvième année de l’Hégire
Alqama fut envoyé vers la côte de Djeddah à la tête de trois cents soldats. La raison en était qu’un certain nombre d’Abyssins s’étaient rassemblés près de la côte de Djeddah. Ils voulaient piller et détrousser les habitants de La Mecque. Alqama mena une expédition en mer et avança jusqu’à une île. Les Abyssins prirent la fuite en apprenant l’arrivée des musulmans. 2[ Fath al-Bari, tome 8, p. 59[
5. L’expédition d’Ali ibn Abi Talib
Le mois de Rabî al-Awwal de la neuvième année de l’Hégire
Ali, qu’Allah l’agrée, fut envoyé pour détruire une idole appelée al-Qalas ou Qalîsa, appartenant à la tribu de Tayy. Sous le commandement d’Ali, cent cinquante soldats partirent, accompagnés de cent chameaux et de cinquante chevaux. Ils portaient des étendards blancs et noirs. À l’aube, les musulmans attaquèrent le quartier de Hatim al-Ta’i et détruisirent l’idole al-Qalas. Ensuite, de nombreuses personnes, des animaux quadrupèdes ainsi que des moutons et des chèvres furent capturés. Parmi ces prisonniers se trouvait également la fille de Hatim al-Ta’i. Adi ibn Hatim, le fils de Hatim, s’enfuit vers la Syrie. Dans la demeure de l’idole al-Qalas, les musulmans trouvèrent trois épées et trois cuirasses. Sur le chemin du retour, le butin fut partagé. La fille de Hatim al-Ta’i ne fut attribuée à la part de personne.
Après son arrivée à Médine, la fille de Hatim al-Ta’i implora la clémence du Messager d’Allah, qu’Allah le bénisse et le salue, en disant : « Ô Messager d’Allah, celui qui aurait pu venir ici est aujourd’hui absent. Mon père est mort et je suis une vieille femme. Je n’ai pas la force de servir. Ayez pitié de moi, Allah aura pitié de vous. » Le Prophète Mustafa lui demanda : « Qui aurait pu venir pour toi ? » Elle répondit : « Mon frère, Adi ibn Hatim. » Le Messager d’Allah, qu’Allah le bénisse et le salue, dit : « C’est l’homme qui s’est enfui loin d’Allah et de Son Messager, qu’Allah le bénisse et le salue. » Après ces paroles, le Prophète Mustafa, qu’Allah le bénisse et le salue, s’en alla. Le même échange de questions et de réponses se répéta durant trois jours. Le troisième jour, le Messager d’Allah, qu’Allah le bénisse et le salue, eut pitié de la fille de Hatim et l’affranchit. À ce moment-là, un Compagnon se trouvait là, probablement Ali. Il dit à la femme : « Demande également au Prophète miséricordieux, qu’Allah le bénisse et le salue, de te fournir une monture. » La femme le fit. Le Messager d’Allah, qu’Allah le bénisse et le salue, ordonna alors également de préparer une monture pour la fille de Hatim.
Après avoir été libérée à Médine, la fille de Hatim se rendit directement en Syrie. Lorsqu’elle rencontra ses frères, elle leur dit : « Le Prophète miséricordieux a fait preuve d’une compassion que même votre père n’aurait pu manifester. Va le trouver avec crainte et espoir. » Adi ibn Hatim se rendit ensuite à Médine et rencontra directement le Messager d’Allah, qu’Allah le bénisse et le salue. Le Prophète Mustafa, qu’Allah le bénisse et le salue, le fit asseoir devant lui et lui demanda : « Où fuis-tu ? Fuis-tu Allah et Son Messager ? Si tel est le cas, dis-moi : connais-tu une autre divinité qu’Allah ? » Il répondit : « Non. » Le Prophète Mustafa, qu’Allah le bénisse et le salue, dit : « Sache que la malédiction d’Allah est sur les Juifs et que les chrétiens sont égarés. » Adi dit : « Dans ce cas, je suis un musulman résolu. » En entendant cela, le visage du Prophète Mustafa, qu’Allah le bénisse et le salue, s’illumina de joie. Il installa le fils de Hatim chez un Ansarite. Dès lors, Adi ibn Hatim se présentait matin et soir auprès du Prophète Mustafa. 3 [Zad al-Ma‘ad, vol. 2, p. 205]
Ibn Ishaq rapporte d’après Adi ibn Hatim que le Prophète Mustafa, qu’Allah le bénisse et le salue, le fit asseoir devant lui dans sa demeure et lui demanda : « Adi ibn Hatim, n’étais-tu pas prêtre ? » Adi raconte : « J’ai répondu : “Oui, c’est exact.” » Le Prophète, qu’Allah le bénisse et le salue, dit : « Ne prélevais-tu pas le quart du butin de ton peuple ? » J’ai répondu : « Oui, c’est exact. » Il dit : « Pourtant, cela ne vous est pas licite selon votre religion. » J’ai répondu : « Oui. » C’est alors que je compris qu’il était véritablement guidé et qu’il était le Messager envoyé par Allah, car il m’avait parlé d’une chose qu’il n’était normalement pas en mesure de connaître. 4 [Ibn Hicham, vol. 2, p. 581]
Il est rapporté dans le Musnad d’Ahmad que le Messager d’Allah, qu’Allah le bénisse et le salue, dit : « Ô Adi, embrasse l’islam et tu seras en paix. » Je répondis : « Je suis déjà une religion. » Il dit : « Je connais ta religion mieux que toi. » Je demandai : « Vous connaissez ma religion mieux que moi ? » Il répondit : « Oui. N’est-il pas vrai que tu étais prêtre et que tu prenais pour toi le quart du butin de ton peuple ? » Je répondis : « Oui, c’est exact. » Le Prophète Mustafa, qu’Allah le bénisse et le salue, dit : « Pourtant, cela n’est pas licite selon votre religion. » À ces paroles du Prophète Mustafa, qu’Allah le bénisse et le salue, je baissai la tête, vaincu. 5 [Musnad d’Ahmad, vol. 7, p. 258-278]
Il est rapporté dans le Sahih al-Bukhari, d’après Adi ibn Hatim, que je me trouvais assis devant le Prophète Mustafa, qu’Allah le bénisse et le salue. Sur ces entrefaites, un homme vint se plaindre de sa faim. Un autre vint dénoncer les attaques et les actes de brigandage. Le Prophète Mustafa, qu’Allah le bénisse et le salue, dit : « Ô Adi, as-tu vu la ville de Hira ? Si ta vie se prolonge et que tu vis encore longtemps, tu verras une femme venir de Hira à dos de cheval et faire la circumambulation autour de la Kaaba. À ce moment-là, elle ne craindra rien ni personne si ce n’est Allah. Si tu vis longtemps, vous conquérirez les trésors de Khosro. Si tu vis longtemps, tu verras qu’on emportera de l’or dans le pan de son vêtement pour le distribuer, mais qu’on ne trouvera personne pour l’accepter. » Le récit ajoute qu’Adi dit : « J’ai vu une femme, montée dans un palanquin, venir de Hira et faire la circumambulation autour de la Kaaba, sans craindre personne en dehors d’Allah. J’ai moi-même fait partie de ceux qui conquirent les trésors de Khosro. Si vous vivez longtemps, vous constaterez également la véracité de la parole d’Abu al-Qasim : de l’or sera emporté dans le pan d’un vêtement pour être distribué, mais on ne trouvera personne pour l’accepter. » 6 [Sahih al-Bukhari, vol. 1, p. 507]
La bataille de Tabuk
La conquête de La Mecque fut une campagne décisive entre la vérité et le mensonge. Après cette campagne, aucun doute ne subsistait dans l’esprit des habitants de La Mecque au sujet de la prophétie et de la mission du Prophète — qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix. La situation connut donc un changement remarquable. Les gens embrassaient l’islam par groupes successifs. Nous exposerons en détail cette question dans le chapitre consacré à l’envoi des délégations. Le nombre de musulmans présents lors du pèlerinage d’adieu permet également de s’en faire une idée. En somme, les problèmes intérieurs étant presque résolus, les musulmans se consacrèrent avec ardeur à la diffusion universelle des enseignements de la charia islamique et à la propagation de l’islam.
La cause de la bataille
À cette époque, une puissance tournait son regard vers Médine et cherchait à provoquer un conflit avec les musulmans sans la moindre provocation de leur part. Il s’agissait de la puissance romaine. Dans le monde contemporain, elle était la plus grande et la plus puissante. Il a déjà été mentionné que les prémices de ce conflit avaient été préparées par Shurahbil ibn Amr al-Ghassani. Cet homme avait tué le messager du Prophète Mustafa — qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix —, al-Harith ibn Umayr. Ce messager avait été envoyé auprès du gouverneur de Bosra. Le Prophète Mustafa — qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix — envoya alors une troupe sous le commandement de Zayd ibn Haritha. La bataille de Mu’ta eut ainsi lieu en territoire romain. Toutefois, l’armée musulmane ne put obtenir réparation de la part des ennemis. Malgré cela, cette expédition exerça une influence considérable sur les esprits des Arabes, proches comme éloignés.
L’empereur de Rome ne pouvait ignorer ces effets, leurs répercussions et leur ampleur. À la suite de l’expédition musulmane, le désir de liberté s’était éveillé parmi les diverses tribus arabes. C’était pour lui une situation dangereuse. De plus, la volonté de liberté des populations commençait à représenter un défi pour les Romains dans les régions frontalières. La tension augmentait particulièrement à la frontière syrienne. L’empereur de Rome estima donc qu’il fallait réprimer et anéantir la puissance musulmane avant qu’elle ne devienne dangereuse. Ainsi, les troubles et les émeutes ne pourraient pas prendre de l’ampleur dans les régions arabes liées à Rome.
En raison de ces guerres, moins d’un an après la bataille de Mu’ta, l’empereur de Rome commença à rassembler des troupes venues de Rome, de ses habitants et des régions arabes soumises à Rome. Il s’agissait des préparatifs en vue d’un affrontement sanglant et terrible avec les musulmans.
Informations générales sur les préparatifs de Rome et des Ghassanides
Pendant ce temps, des informations arrivaient progressivement à Médine selon lesquelles une guerre décisive contre les musulmans se préparait à Rome. À cette nouvelle, les musulmans passaient leurs journées dans l’inquiétude et l’angoisse. Au moindre bruit soudain, ils sursautaient. Ils pensaient que les Romains étaient peut-être déjà arrivés. Un événement se produisit au cours de la neuvième année de l’Hégire. Cet événement révèle à lui seul l’inquiétude et l’angoisse des musulmans. À cette époque, le Messager d’Allah — qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix — avait fait le serment de ne pas approcher ses épouses, c’est-à-dire qu’il avait observé l’îlâ, et s’était installé dans une pièce séparée, les laissant ainsi. Les Compagnons ne comprirent pas immédiatement ce qui se passait. Ils pensèrent que le Prophète Mustafa — qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix — avait divorcé de ses épouses. Une profonde préoccupation et une grande peine se répandirent alors parmi les Compagnons. Umar ibn al-Khattab — qu’Allah l’agrée — raconte cet événement en ces termes : « J’avais un compagnon parmi les Ansar. Lorsque je n’étais pas présent auprès du Prophète Mustafa — qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix —, il venait m’en informer ; lorsqu’il était absent, j’allais lui transmettre les nouvelles. Nous habitions tous deux dans les environs de Médine et étions voisins. Nous nous rendions alternativement auprès du Prophète — sur lui la paix. Umar poursuit : À cette époque, nous redoutions le souverain des Ghassanides. On nous avait dit que le roi des Ghassanides pourrait nous attaquer. C’est pourquoi nous vivions constamment dans l’inquiétude et l’angoisse. Un jour, mon compagnon ansarite arriva soudain et frappa à la porte en disant : “Ouvre, ouvre !” Je demandai : “Le Ghassanide est-il arrivé ?” Il répondit : “Non, mais un événement plus grave s’est produit : le Messager d’Allah — qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix — s’est séparé de ses épouses.” (Sahih al-Bukhari, vol. II, p. 730.)
Dans une autre narration, ‘Umar (qu’Allah l’agrée) rapporte : « La nouvelle se répandit parmi nous que l’empereur des Ghassanides avait préparé des chevaux afin de nous attaquer. Un jour, il vint avec moi auprès du Prophète Mustafa — qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix — et se mit à frapper violemment à la porte. De l’extérieur, il demanda : “Es-tu endormi ?” Je sortis, très inquiet. Il dit : “Une terrible catastrophe vient de se produire.” Je demandai : “Que s’est-il passé ? Les Ghassanides sont-ils arrivés ?” Il répondit : “Non, il s’est produit quelque chose de plus grave encore. Le Messager d’Allah — qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix — a divorcé de ses épouses.” 3 [Sahih al-Bukhari, volume 1, p. 334]
Cet événement permet de comprendre combien la menace d’une attaque romaine contre les musulmans était alors grave. Après l’arrivée du Prophète Mustafa — qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix — à Médine, les hypocrites diffusaient parmi les musulmans des informations exagérées sur les préparatifs de guerre des Romains. Mais ils constataient que le Messager d’Allah — qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix — remportait le succès dans tous les domaines et ne craignait aucune puissance au monde. Tout obstacle qui se dressait devant lui était réduit en pièces. Malgré cela, les hypocrites espéraient secrètement que les musulmans ne pourraient cette fois pas échapper au désastre et qu’ils subiraient une humiliation complète. Le jour où ils pourraient contempler le spectacle tant attendu n’était plus très éloigné. C’est dans ce contexte qu’ils construisirent une mosquée connue sous le nom de « mosquée de Dirar ». Les hypocrites s’y réunissaient pour bavarder et comploter de diverses manières contre les musulmans. Elle avait été construite afin de semer la division et le désordre parmi les musulmans, de fissurer l’unité de la communauté musulmane et de les préparer à aider les ennemis. Dans cette mosquée fondée à de mauvaises fins, ils ne se contentèrent pas de se livrer à des activités hostiles à l’islam ; ils demandèrent en outre au Prophète (que la paix soit sur lui) d’y accomplir la prière. Par ce moyen, les hypocrites voulaient tromper les musulmans au cœur simple. Si le Prophète (que la paix soit sur lui) y accomplissait ne serait-ce qu’une prière, les musulmans ordinaires ne pourraient pas comprendre les desseins odieux de cette mosquée fondée par les hypocrites. Ils ne pourraient même pas imaginer quelles terribles conspirations et quels complots étaient fomentés contre eux dans cette maison appelée mosquée. De plus, les musulmans ne prêteraient pas attention aux personnes qui la fréquentaient. Cette mosquée finirait ainsi par devenir un repaire de complots pour les hypocrites et leurs alliés extérieurs. Mais le Messager d’Allah — qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix — n’accepta pas d’y accomplir immédiatement la prière. Il dit : “Si Allah le veut, j’y accomplirai la prière à mon retour de la guerre.” À cette époque, il était occupé par les préparatifs militaires. Les hypocrites ne purent toutefois parvenir à leurs fins. Allah dévoila leur complot. À son retour de la guerre, le meilleur des prophètes détruisit cette mosquée au lieu d’y accomplir la prière.
Informations particulières sur les préparatifs de Rome et des Ghassanides
À cette époque, des Nabatéens qui se rendaient en Syrie pour y acheter de l’huile apprirent soudain [qu’ils étaient les descendants de Nabat ibn Ismaïl (que la paix soit sur lui). Ils avaient autrefois étendu leur domination sur Pétra et le nord du Hedjaz, mais, avec le temps, ils s’affaiblirent et devinrent agriculteurs et commerçants] qu’Héraclius avait constitué une armée de quarante mille soldats redoutables, placée sous le commandement d’un célèbre guerrier romain. Ce commandant avait rassemblé sous ses ordres les tribus chrétiennes de Lakhm, Judham et autres, et l’avant-garde était arrivée dans une région appelée Balqa. Ainsi, une grave difficulté se dressa devant les musulmans.
La gravité de la situation
À cette époque, une chaleur accablante régnait. Le pays connaissait des difficultés économiques et une situation proche de la famine. C’est pourquoi beaucoup souhaitaient rester à l’ombre et près des fruits. Ils ne voulaient pas partir immédiatement à la guerre. De plus, la route était longue, difficile et accidentée. Dans l’ensemble, la situation était extrêmement délicate.
Une décision immédiate
Le Prophète d’Allah, après avoir évalué la situation, était favorable à une intervention immédiate. Il comprenait que, si l’on faisait preuve de mollesse et de paresse dans la décision de combattre les Romains en cette période de crise, ceux-ci pénétreraient dans les régions contrôlées et peuplées par les musulmans. Il en résulterait de graves conséquences pour l’appel à l’islam, sa prédication et son expansion. Les musulmans perdraient leur supériorité militaire. Les forces du faux et de l’incroyance, vaincues lors de la bataille de Hunayn, reprendraient vie. Les hypocrites qui entretenaient secrètement des contacts avec les puissances extérieures et attendaient le moment et l’occasion favorables poignarderaient les musulmans dans le dos. Derrière eux se trouveraient les groupes ennemis et les hypocrites, tandis que devant eux se dresseraient les troupes romaines non musulmanes. Les efforts et les sacrifices consacrés à la prédication et à l’expansion de l’islam seraient alors voués à l’échec. Les longues souffrances du Prophète et des Compagnons seraient réduites à néant. Les succès acquis au prix de grandes difficultés se transformeraient en échec. Pourtant, l’histoire des sacrifices et des renoncements consentis par les musulmans derrière ces succès est particulièrement longue.
Le Messager d’Allah — qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix — comprenait parfaitement ces éventualités. Il décida donc que, loin de permettre aux infidèles de pénétrer dans les territoires contrôlés et peuplés par les musulmans, il fallait plutôt les frapper jusque sur leur propre territoire.
Annonce de la préparation à la guerre contre les Byzantins
Après avoir examiné les questions susmentionnées, le Prophète Mustafa — qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix — ordonna aux Compagnons de se préparer à la guerre. Les habitants de La Mecque ainsi que les différentes tribus arabes reçurent également l’ordre de se préparer au combat. En d’autres temps, le meilleur des Prophètes — qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix — adoptait une stratégie différente lorsqu’il partait en guerre et gardait secrète la destination. Mais cette fois, il n’en fit rien. Il annonça publiquement qu’une guerre aurait lieu contre les Byzantins.
Cette annonce publique de la guerre avait été faite afin que les musulmans puissent s’y préparer convenablement. Une partie de la sourate At-Tawbah fut également révélée pour encourager les musulmans à se préparer au combat. En même temps, il exposa les mérites de l’aumône et de la charité et exhorta les musulmans à dépenser leurs biens et leurs richesses dans la voie d’Allah.
Les efforts des musulmans pour préparer la guerre
Dès qu’ils reçurent l’ordre du Prophète — qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix — les nobles Compagnons commencèrent à se préparer à la guerre. Des musulmans désireux de participer arrivaient de tous les environs de Médine. À l’exception de ceux dont le cœur était atteint d’hypocrisie, c’est-à-dire du mal de la nifaq, personne ne pouvait même envisager de rester à l’écart de cette guerre. Toutefois, trois catégories de musulmans se trouvaient dans une situation particulière. Leur foi et leurs œuvres ne comportaient aucune défaillance. Des musulmans pauvres et affamés venaient demander qu’on leur fournisse une monture. Mais le Messager d’Allah — qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix — déclarait son impuissance. À ce sujet, Allah le Très-Haut dit dans la sourate At-Tawbah : « Ils ne commettent aucune faute, ceux qui sont venus auprès de toi afin que tu leur procures une monture et auxquels tu as dit : “Je ne trouve aucune monture pour vous.” Ils s’en retournèrent, les yeux débordant de larmes, attristés de ne pouvoir rien dépenser. »
Les musulmans s’efforçaient de se surpasser les uns les autres dans l’aumône et la charité. Uthman (qu’Allah l’agrée) avait constitué une caravane destinée à être envoyée en Syrie pour le commerce. Elle comprenait deux cents chameaux richement équipés. Il possédait également deux cents uqiyya, soit environ vingt-neuf kilos et demi d’argent, qu’il donna entièrement en aumône. Puis il fit encore don de cent chameaux richement équipés. Il apporta mille dinars, soit environ cinq kilos d’or, et les remit au Prophète — qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix — qui les examinait en les retournant et déclarait : « Après aujourd’hui, quoi que fasse Uthman, rien ne pourra lui nuire. » 5 [Jami‘ at-Tirmidhi, vertus d’Uthman ibn Affan, tome 2, p. 211] Après cela encore, Uthman fit des dons. Au total, il apparut que ses aumônes comprenaient, en plus de l’argent liquide, neuf cents chameaux et cent chevaux.
De son côté, Abd ar-Rahman ibn Awf (qu’Allah l’agrée) apporta deux cents uqiyya, soit environ vingt-neuf kilos et demi d’argent. Abu Bakr as-Siddiq (qu’Allah l’agrée) apporta tout ce qui se trouvait dans sa maison et n’y laissa qu’Allah le Très-Haut et Son Messager. Le montant de son aumône était de quatre mille dirhams. Il fut le premier à se présenter avec son aumône. Umar (qu’Allah l’agrée) se présenta avec la moitié de ses biens. Abbas (qu’Allah l’agrée) apporta une grande partie de ses richesses. Talha, Sa‘d ibn Ubadah et Muhammad ibn Maslama se présentèrent eux aussi avec de grandes richesses. Asim ibn Adi apporta quatre-vingt-dix wasq de dattes, soit treize mille cinq cents kilos, ou treize tonnes et quart. Les autres Compagnons apportèrent également des aumônes selon leurs moyens. Certains donnèrent une poignée, d’autres deux poignées, car ils n’avaient pas la capacité d’en donner davantage.
Les femmes envoyèrent au service du Prophète — qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix — leurs colliers, bracelets de bras, boucles d’oreilles, chaînes de cheville, anneaux, bagues et autres objets, selon leurs moyens. Personne ne s’en abstint ni ne resta en arrière. L’idée de l’avarice ne vint à l’esprit de personne. Les hypocrites reprochaient à ceux qui faisaient de nombreuses aumônes qu’ils prétendaient conquérir le pays de César avec une ou deux dattes. À ce sujet, Allah Tout-Puissant dit dans la sourate At-Tawbah du Coran : « Ceux qui, parmi les croyants, donnent spontanément en aumône, et ceux qui ne trouvent rien d’autre que le fruit de leur propre labeur, et que certains calomnient et tournent en dérision, Allah les tourne en dérision ; ils auront un châtiment douloureux. »
L’armée musulmane en route vers Tabuk
L’armée islamique fut préparée dans un grand enthousiasme. Le bien-aimé Prophète nomma ensuite Muhammad ibn Maslama — selon une autre version, Saba ibn Arfata — gouverneur de Médine et ordonna à Ali — qu’Allah l’agrée — de rester à Médine pour s’occuper de sa famille. Mais les hypocrites le critiquèrent. Ali — qu’Allah l’agrée — quitta alors Médine et rejoignit le Messager d’Allah — qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix. Le Prophète Mustafa — qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix — le renvoya à Médine et lui dit : « N’es-tu pas satisfait que ta relation avec moi soit comme celle de Moïse avec Aaron ? Cependant, aucun prophète ne viendra après moi. »
Après ces dispositions, le Prophète digne de confiance — qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix — se dirigea vers le nord. Selon le récit d’an-Nasaï, c’était un samedi. La destination était Tabuk. Les soldats musulmans étaient au nombre de trente mille. Jamais auparavant une armée aussi importante n’avait été constituée. Malgré tous les efforts des musulmans, il ne fut pas possible de fournir l’équipement complet à une armée d’une telle ampleur. Les montures et les provisions étaient insuffisantes. Il n’y avait qu’un chameau pour dix-huit soldats, qui le montaient à tour de rôle. En raison du manque de nourriture, ils durent souvent manger des feuilles d’arbres et, malgré le faible nombre de chameaux, ils furent contraints d’en abattre pour apaiser leur faim. C’est pour ces raisons que cette armée fut appelée « Jaïsh al-Usra », c’est-à-dire l’armée de la disette et des difficultés.
En route vers Tabuk, l’armée islamique traversait al-Hijr, c’est-à-dire la région où résidait le peuple de Thamud. Le peuple de Thamud avait creusé des maisons dans la pierre à l’intérieur de Wadi al-Qura. Les nobles Compagnons puisèrent de l’eau dans un puits. Alors qu’ils se mettaient en route après avoir puisé cette eau, le Prophète digne de confiance — qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix — leur dit : « Ne buvez pas l’eau de cet endroit et ne l’utilisez pas non plus pour les ablutions. Prenez plutôt de l’eau du puits auquel la chamelle du prophète Salih — que la paix soit sur lui — venait boire. »
Il est rapporté dans le Sahih de Boukhari et de Muslim, d’après Abdallah ibn Omar — qu’Allah l’agrée —, que lorsque le Prophète digne de confiance — qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix — traversa al-Hijr, c’est-à-dire le pays de Thamud, il dit : « N’entrez pas dans les demeures de ces injustes, de peur que le malheur qui les a frappés ne vous frappe également. Toutefois, vous pouvez y entrer en pleurant. » Puis il se couvrit la tête et traversa rapidement cet endroit. [6 — Sahih al-Boukhari, tome 2, p. 637]
En chemin, une grave pénurie d’eau survint. Finalement, les Compagnons s’adressèrent au Prophète digne de confiance — qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix. Il invoqua Allah. Allah Tout-Puissant envoya des nuages. Une pluie abondante tomba. Les Compagnons burent à satiété et conservèrent également l’eau nécessaire.
Lorsqu’ils furent arrivés à proximité de Tabuk, le Prophète digne de confiance — qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix — dit : « Si Allah le veut, demain vous atteindrez le point d’eau de Tabuk. Mais vous ne pourrez y parvenir avant le moment de duha. Que ceux qui arriveront avant nous ne touchent pas à l’eau de cet endroit jusqu’à ce que je sois arrivé. »
Hadrat Mu‘âdh (qu’Allah l’agrée) raconte : « Lorsque nous arrivâmes à Tabûk, nous constatâmes que deux de nos compagnons nous y avaient précédés. Un peu d’eau sourdait de la source. Le Prophète al-Amîn, qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix, demanda : “Avez-vous touché à l’eau de cet endroit ?” Ils répondirent : “Oui.” En entendant cela, le Prophète prononça les paroles qu’Allah avait voulu qu’il prononce. Puis il prit un peu de cette eau de la source. Lorsque l’eau, qui coulait lentement, se fut accumulée dans le creux de sa main, il s’en lava les mains et le visage, puis la rejeta dans la source. Alors, une grande quantité d’eau se mit à jaillir de la source. Les Compagnons en burent à satiété. Ensuite, le Prophète me dit : “Ô Mu‘âdh, si tu vis longtemps, tu verras cet endroit devenir verdoyant et se couvrir de jardins.” 7 [Sahîh Muslim, tome 2, p. 246]
En chemin vers Tabûk — ou, selon une autre version, après notre arrivée à Tabûk — le Prophète, qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix, dit : « Cette nuit, une violente tempête éclatera ; que personne parmi vous ne se lève. Ceux qui ont des chameaux doivent tenir fermement leurs longes. » Une violente tempête éclata durant la nuit. Un Compagnon s’était levé ; la violence de la tempête l’emporta et le rejeta entre deux montagnes. 1[ibid.]
Au cours de ce voyage, le Prophète accomplissait ensemble les prières de zuhr et d‘asr, ainsi que celles de maghrib et d‘ishâ’. Il pratiqua à la fois le jam‘ taqdîm et le jam‘ ta’khîr. Le jam‘ taqdîm signifie qu’il accomplissait parfois les prières de zuhr et d‘asr au moment de zuhr, et les prières de maghrib et d‘ishâ’ au moment de maghrib. Le jam‘ ta’khîr signifie qu’il accomplissait parfois les prières de zuhr et d‘asr au moment de ‘asr. Parfois, il accomplissait les prières de maghrib et d‘ishâ’ à leur moment respectif.
L’armée islamique à Tabûk
Après avoir établi leur camp à Tabûk, l’armée islamique dressa ses tentes. Les soldats étaient prêts à combattre les troupes romaines. Le Prophète al-Amîn, qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix, prononça devant les Compagnons un discours d’une grande vigueur. Dans ce discours, il les encouragea à rechercher le bien de ce monde et de l’au-delà et leur annonça de bonnes nouvelles. Ce discours raffermit le moral des soldats. Ils ne considérèrent plus aucun manque comme important. D’autre part, la situation des Romains et de leurs armées devint telle qu’après avoir appris l’arrivée de l’immense armée musulmane, ils prirent peur et n’osèrent pas avancer pour l’affronter. Ils se dispersèrent dans leurs propres villes. Cette retraite des infidèles s’avéra bénéfique pour les musulmans. La supériorité de la puissance militaire des musulmans, en Arabie comme au-delà, fit désormais l’objet de nombreuses discussions. Le succès politique obtenu par les musulmans au cours de cette expédition n’aurait pas été possible s’ils avaient livré bataille aux Romains.
Voici le récit détaillé : Yahânâ ibn Rawbâ, gouverneur d’Aylah, se rendit auprès du Prophète al-Amîn et conclut un traité de paix en acceptant de payer la jizya. Les habitants de Jarّâ et d’Adhruh vinrent eux aussi et acceptèrent de payer la jizya. Le Prophète, qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix, leur rédigea un traité, qu’ils conservèrent. Le traité ou pacte de paix remis au gouverneur d’Aylah était rédigé comme suit : « Au nom d’Allah, le Tout Miséricordieux, le Très Miséricordieux. Ceci est un sauf-conduit de paix établi par Allah et par le Prophète Muhammad, qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix, en faveur de Yahânâ ibn Rawbâ et des habitants d’Aylah. La protection d’Allah et la protection du Prophète Muhammad sont garanties à leurs navires et à leurs caravanes, sur terre comme sur mer, ainsi qu’aux Syriens et aux habitants des côtes qui se trouveront avec Yahânâ. Toutefois, si l’un d’entre eux provoque des troubles, Muhammad ne pourra garantir la sécurité de sa vie en échange de ses biens. Les biens d’une telle personne pourront être légalement pris par quiconque s’en emparera. Il ne leur sera interdit ni de descendre auprès d’un puits, ni de circuler sur aucune voie, sur terre ou sur mer. »
En outre, le Messager, qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix, envoya Hadrat Khâlid ibn al-Walîd à la tête d’un détachement de 420 soldats auprès d’Ukaydir, gouverneur de Dûmat al-Jandal. Il fut dit à Khâlid : « Tu le trouveras en train de chasser une vache sauvage. » Hadrat Khâlid partit. Alors que la forteresse du gouverneur était en vue, une vache sauvage sortit soudain et se mit à donner des coups de corne contre la porte de la forteresse. Ukaydir sortit pour chasser cette vache. Hadrat Khâlid (qu’Allah l’agrée), avec ses soldats, captura Ukaydir et l’amena devant le Prophète, qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix. Celui-ci lui accorda la vie sauve et conclut avec lui un traité en échange de deux mille chameaux, de huit cents esclaves, de quatre cents armures et de quatre cents lances.
Ukaydir accepta également de payer la jizya. Le Prophète conclut avec Ukaydir, ainsi qu’avec Yahânâ, un traité de paix aux conditions concernant Dûmat, Tabûk, Aylah et Taymâ.
Voyant cette situation, les tribus vassales des Romains comprirent que les Romains n’avaient plus le moindre appui sous les pieds. Le maître avait désormais changé. Il n’était plus nécessaire de rester soumis aux Romains : le temps de leur domination était révolu. C’est pourquoi elles devinrent elles aussi les alliées des musulmans. Ainsi, les frontières de l’État islamique s’étendirent jusqu’à rejoindre celles des Romains, tandis que l’autorité et la puissance de ces derniers disparurent en grande partie.
Le retour à Médine
L’armée islamique revint de Tabuk victorieuse et couronnée de succès. Il n’y eut aucun affrontement. Dans cette expédition, Allah Tout-Puissant suffit aux croyants. En chemin, dans un campement, douze hypocrites tentèrent d’assassiner le Prophète Amîn, qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix. Le vénérable ‘Ammâr, qu’Allah l’agrée, accompagnait le Messager d’Allah, qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix. Il avançait en tenant la bride du chameau. Derrière lui se trouvait le vénérable Hudhayfa ibn al-Yamân, qu’Allah l’agrée, qui conduisait le chameau. Les autres Compagnons étaient alors éloignés. Les conspirateurs hypocrites considérèrent ce moment comme une occasion en or et s’avancèrent pour accomplir leur intention impure. Deux Compagnons qui accompagnaient le Prophète, qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix, entendirent les pas des hypocrites. Les douze hypocrites avançaient en se couvrant le visage. Le noble Prophète comprit ce qui se passait. Il envoya Hudhayfa. Celui-ci se dirigea vers l’arrière et se mit à frapper dans toutes les directions les chameaux montés par les hypocrites. Par ces coups, Allah Tout-Puissant les intimida. Ils reculèrent rapidement et se mêlèrent aux nobles Compagnons. Alors le Messager d’Allah, qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix, révéla leurs noms et dévoila leur complot. C’est pourquoi Hudhayfa fut appelé « Râzdân », c’est-à-dire le gardien des secrets. À propos de cet événement, Allah Tout-Puissant dit : « Ils avaient projeté ce qu’ils n’ont pas pu accomplir », c’est-à-dire qu’ils avaient voulu commettre cet acte, mais qu’ils n’y étaient pas parvenus.
À la fin du voyage, le Prophète Amîn, qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix, aperçut Médine au loin et dit : « Voici Tâba, voici Uhud. C’est la montagne qui m’aime et que j’aime également. » Lorsque la nouvelle de son arrivée se répandit à Médine, les habitants, jeunes et vieux, hommes et femmes, sortirent l’accueillir avec une immense ferveur. Ils chantaient alors : « La lune de la pleine lune s’est levée sur nous depuis Thaniyyat al-Wadâ. Tant que ceux qui invoquent Allah L’invoqueront, il nous sera obligatoire de Lui rendre grâce. »
Le Messager d’Allah, qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix, était parti vers Tabuk au mois de Rajab et était revenu au mois de Ramadan. Ce voyage avait duré cinquante jours au total : il était resté vingt jours à Tabuk et trente jours avaient été consacrés à l’aller et au retour. Ce fut la dernière expédition du Prophète Muhammad, qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix, à laquelle il participa en personne de son vivant.
Le récit des opposants
La bataille de Tabuk fut, en raison de circonstances particulières, une dure épreuve imposée par Allah, le Seigneur des mondes. Elle permit de distinguer les croyants des autres. Dans de telles périodes difficiles, Allah Tout-Puissant éprouve les croyants. Ainsi, Allah Tout-Puissant dit dans la sourate Âl ‘Imrân : « Allah ne saurait laisser les croyants dans la situation où vous êtes, jusqu’à ce qu’Il distingue le mauvais du bon. Allah ne vous informe pas de l’invisible, mais Allah choisit parmi Ses messagers qui Il veut. »
Tous les croyants sincères participèrent à cette expédition, et l’absence à la bataille fut considérée comme un signe d’hypocrisie. Lorsqu’on mentionnait au Prophète Amîn, qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix, quelqu’un qui était resté en arrière, il disait : « Laissez-le. S’il y a du bien en lui, Allah vous l’amènera bientôt ; et s’il n’y en a pas, Il vous en débarrassera bientôt. » En somme, deux catégories de personnes restèrent à l’écart de cette expédition. La première était constituée de ceux qui avaient une excuse ou étaient incapables d’y participer ; la seconde, des hypocrites. Les hypocrites étaient ceux dont la prétention à croire en Allah et en Son Messager, qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix, était mensongère. Ils inventèrent de fausses excuses pour ne pas partir à la guerre. Certains d’entre eux ne demandèrent même pas au Prophète, qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix, la permission de ne pas y aller. Toutefois, parmi eux, trois hommes étaient de véritables croyants et des hommes de foi. Ils restèrent éloignés de l’expédition sans raison valable. Allah Tout-Puissant les soumit à une dure épreuve, puis finit par accepter leur repentir.
Voici le récit de cet événement : à son retour de l’expédition, le Prophète envoyé par Allah (qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix) se rendit d’abord, comme à son habitude, à la mosquée du Prophète et y accomplit deux rak‘a de prière. Ensuite, il s’y assit. Le nombre des hypocrites était de quatre-vingts, ou légèrement supérieur. 10[Al-Wâqidî a écrit que ce nombre concernait les hypocrites de Médine. En outre, le nombre des hypocrites des Banû Ghifâr et des autres tribus s’élevait à quatre-vingt-deux. Le compte d’Abdullah ibn Ubayy et de ses partisans n’y était pas inclus. Ils étaient eux aussi nombreux. Voir Fath al-Bârî, vol. 8, p. 119.] Ils vinrent à la mosquée du Prophète, exposant leurs excuses pour ne pas avoir participé à l’expédition et jurant encore et encore.
Le Prophète envoyé par Allah (qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix) accepta leurs déclarations extérieures, reçut leur serment d’allégeance, implora le pardon pour eux et remit leur état intérieur entre les mains d’Allah.
Il restait le cas de trois croyants véridiques : Ka‘b ibn Mâlik, Marâra ibn ar-Rabî‘ et Hilâl ibn Umayya. Ils déclarèrent avec sincérité qu’ils n’avaient aucune raison valable de ne pas être partis à l’expédition. En l’entendant, le Prophète envoyé par Allah (qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix) dit aux Compagnons de ne leur adresser aucune parole. Un boycott total fut donc décrété contre eux. Les personnes familières devinrent étrangères, la terre devint terrifiante et, malgré son immensité, le monde se rétrécit pour eux. Leur vie fut confrontée à une crise terrible. La rigueur s’accrut à tel point qu’après quarante jours, Allah accepta leur repentir. Le verset de la sourate At-Tawba fut révélé : « Et Il accueillit aussi le repentir des trois dont le sort avait été différé, jusqu’à ce que, malgré sa vastitude, la terre leur paraisse étroite, qu’ils se sentent à l’étroit eux-mêmes et comprennent qu’il n’y a de refuge qu’auprès d’Allah. Puis Il se tourna vers eux avec miséricorde afin qu’ils se repentent. Allah est Celui qui accepte le repentir, le Très Miséricordieux. »
Lorsque le pardon fut proclamé de la part d’Allah, tous les musulmans en général, et ces trois Compagnons en particulier, furent extrêmement heureux. Les Compagnons se précipitèrent pour s’annoncer mutuellement la nouvelle. Ils s’offrirent des friandises et firent des aumônes. En vérité, le jour de la révélation de ce verset fut le jour le plus heureux et le plus béni de leur vie.
Au sujet de ceux qui n’avaient pu participer à l’expédition en raison de leur faiblesse ou de leur incapacité, Allah le Très-Haut dit : « Il n’y a aucun reproche à faire aux faibles, aux malades et à ceux qui ne disposent d’aucun moyen, s’ils sont sincères envers Allah et Son Messager. Il n’y a aucune raison de les blâmer, car ils sont bienfaisants. Allah est Pardonneur et Très Miséricordieux. »
À leur sujet, alors qu’il approchait de Médine, le Prophète envoyé par Allah (qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix) déclara : « Il y a à Médine des gens qui vous ont accompagnés partout où vous êtes allés et dans toutes les étapes que vous avez franchies. Ils n’ont pas pu partir à l’expédition en raison de leur incapacité, c’est-à-dire d’une excuse valable. » Les Compagnons dirent : « Ô Messager d’Allah (qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix), sont-ils donc restés à Médine tout en étant avec nous ? » Le Prophète envoyé par Allah répondit : « Oui, bien qu’étant restés à Médine, ils étaient avec vous. »
Les effets de cette expédition
L’expédition de Tabûk joua un rôle important dans l’extension de l’influence des musulmans sur la péninsule Arabique et dans l’accroissement de leur puissance. Le peuple comprit parfaitement que, désormais, aucune autre force que l’islam ne subsisterait dans la péninsule Arabique. Les polythéistes et les hypocrites, qui avaient conspiré sans relâche contre les musulmans et rêvé de l’occasion qu’ils espéraient voir se présenter, virent également leur rêve se briser en morceaux. En effet, le centre de leurs espoirs et de leurs aspirations était la puissance romaine. Cette expédition réduisit aussi cet espoir à néant. Le moral des mécréants et des hypocrites s’effondra. Ils comprirent clairement qu’il n’existait aucun moyen de fuir l’islam ni d’y échapper.
Dans ces circonstances, les musulmans n’avaient aucune raison de se montrer indulgents envers les hypocrites. Allah Tout-Puissant ordonna de traiter les hypocrites avec fermeté. Il fut même interdit d’accepter leurs aumônes, d’accomplir la prière funéraire pour eux, d’invoquer le pardon en leur faveur et de visiter leurs tombes. Il fut également ordonné de détruire le lieu de conspiration qu’ils avaient établi sous le nom de mosquée. Des versets furent révélés au sujet des hypocrites, au point qu’ils furent complètement démasqués. Il ne subsista plus aucune difficulté à les reconnaître.
L’influence de la bataille de Tabûk se comprend également au fait qu’après la conquête de La Mecque, bien que des délégations de différents pays eussent commencé à venir à Médine, leur nombre augmenta considérablement après cette bataille.11[Les ouvrages d’où a été tiré le récit détaillé de cette bataille sont les suivants : Ibn Hichâm, vol. 2, p. 515-537 ; Zâd al-Ma‘âd, vol. 3, p. 2-13 ; Sahîh al-Bukhârî, vol. 2, p. 313-337 ; Fath al-Bârî, vol. 8, p. 110-126 ; et Tafsîr fî Zilâl al-Qur’ân, sourate At-Tawbah.]
Les versets coraniques à ce sujet
De nombreux versets furent révélés dans la sourate At-Tawbah au sujet de cette bataille. Certains le furent avant le départ pour la bataille, et d’autres après le retour à Médine. Ces versets exposaient en détail les circonstances de la bataille. Le voile qui recouvrait les hypocrites fut levé. Il y était également question de l’acceptation du repentir des croyants véridiques, qu’ils eussent participé ou non à la bataille.
Quelques événements marquants de cette période
Au cours de la neuvième année de l’Hégire, plusieurs événements d’une grande importance historique se produisirent.
(1) Après le retour du Messager d’Allah — qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix — de Tabûk, un li‘ân eut lieu entre ‘Uwaymir al-‘Ajlânî et son épouse. Il convient de préciser que lorsque le mari accuse son épouse d’adultère sans disposer de témoins, cette procédure est appelée li‘ân.
(2) Une femme adultère vint auprès du Messager d’Allah et reconnut son péché, demandant à subir la peine. Il lui fut demandé de revenir après avoir accouché. Après le sevrage de l’enfant, elle fut exécutée par lapidation, c’est-à-dire qu’elle subit le rajm.
(3) L’empereur d’Abyssinie, Ashama an-Najachi, décéda, et le Prophète (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui) accomplit pour lui la prière funéraire en son absence.
(4) Oumm Koulthoum, la fille du Prophète (qu’Allah l’agrée), décéda. Sa mort plongea le Noble Prophète dans une profonde affliction. Il dit à Othmân (qu’Allah l’agrée) : « Si j’avais eu une troisième fille, je l’aurais également mariée avec toi. »
(5) Après le retour du Messager (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui) de Tabouk, le chef des hypocrites, Abdallah ibn Oubayy, tomba à l’article de la mort. Le Prophète pria Allah de lui accorder le pardon et, malgré l’interdiction d’Omar (qu’Allah l’agrée), accomplit la prière funéraire pour lui. Ensuite, des versets coraniques furent révélés : en soutien aux propos d’Omar (qu’Allah l’agrée), ils interdirent d’accomplir la prière funéraire pour les hypocrites.
L’accomplissement du pèlerinage sous la direction d’Abou Bakr (qu’Allah l’agrée)
Au neuvième mois de l’Hégire, durant le mois de Dhoul-Qa‘da ou de Dhoul-Hijja, le Prophète (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui) envoya à La Mecque le Véridique suprême, Abou Bakr (qu’Allah l’agrée), en qualité d’émir du pèlerinage.
Ensuite, le début de la sourate At-Tawbah fut révélé. Il y était ordonné de mettre fin, sur une base d’équité, aux pactes conclus avec les polythéistes. Après la révélation de cet ordre, le Prophète (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui) envoya Ali (qu’Allah l’agrée) pour proclamer cette déclaration. Chez les Arabes, telle était la coutume en matière de pactes. Abou Bakr (qu’Allah l’agrée) rencontra Ali (qu’Allah l’agrée) dans la plaine de Dajnan, ou, selon une autre version, d’Ourj. Abou Bakr (qu’Allah l’agrée) lui demanda : « Es-tu l’émir ou celui qui reçoit un ordre ? » Ali (qu’Allah l’agrée) répondit : « Celui qui reçoit un ordre. » Puis tous deux poursuivirent leur route. Puis tous deux poursuivirent leur route. Abou Bakr fit accomplir le pèlerinage aux gens. Le dixième jour de Dhoul-Hijja, c’est-à-dire le jour du sacrifice, Ali (qu’Allah l’agrée) se tint auprès des pèlerins et proclama, conformément aux instructions du Prophète (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui), la déclaration. Il annonça ainsi la fin de toutes sortes de pactes et d’engagements. Un délai de quatre mois fut accordé. Même ceux qui n’avaient conclu aucun pacte bénéficièrent de ce délai de quatre mois. En revanche, les pactes conclus avec les polythéistes qui n’avaient pas manqué à leurs engagements envers les musulmans et n’avaient pas aidé d’autres personnes contre eux furent maintenus jusqu’à leur terme fixé.
Abou Bakr (qu’Allah l’agrée) envoya plusieurs Compagnons proclamer qu’à l’avenir aucun polythéiste ne pourrait accomplir le pèlerinage et que nul ne pourrait tourner autour de la Kaaba nu.
Cette déclaration constituait en réalité l’étape finale de l’abolition de l’idolâtrie dans la péninsule Arabique. Autrement dit, à partir de cette année, il ne restait plus aucune possibilité de venir dans le but de pratiquer l’idolâtrie. 1[Pour plus de détails, voir Sahih al-Boukhari, vol. 1, p. 220 et 451 ; vol. 2, p. 626 et 671 ; Zad al-Ma‘ad, vol. 3, p. 543-546 ; les ouvrages d’exégèse consacrés au début de la sourate Al-Bara’a.]
Bref examen des guerres
Quiconque examine les guerres menées sous la direction du noble Messager de Dieu, le prophète Muhammad Mustafa, paix et bénédictions de Dieu sur lui, sera moralement contraint de reconnaître qu’il fut le plus grand et le plus brillant commandant militaire du monde. Si l’on considère les circonstances, le contexte, les éléments pertinents et les conséquences, il possédait une intelligence incomparable. Son jugement était infaillible et, dans la pleine éveil de sa conscience, il était d’une profonde pertinence. Dans le domaine de la prophétie et de la mission apostolique, il était le Sayyid al-Mursalin, c’est-à-dire le chef de tous les prophètes envoyés. En matière de qualités et de compétences militaires, il était également exceptionnel et sans égal. Dans toutes les guerres qu’il dirigea ou pour lesquelles il envoya d’autres hommes, il était capable d’examiner les causes, le contexte et les circonstances afin d’adopter la stratégie et la décision appropriées. Son habileté militaire, sa maîtrise de la guerre et son courage étaient uniques. Dans le rassemblement des troupes, la planification des batailles, le choix des positions et les domaines similaires, personne ne pouvait le surpasser. Sa compétence militaire a démontré qu’il était supérieur même aux plus grands experts militaires du monde. Ses plans de bataille ne laissaient aucune possibilité de défaite. À ce propos, il convient de préciser que les événements survenus lors des batailles d’Uhud et de Hunayn ne furent pas dus à une erreur ou à une défaillance dans les plans du Prophète, paix et bénédictions de Dieu sur lui. Ils furent causés par la faiblesse personnelle d’un certain nombre de soldats musulmans. Lors de la bataille d’Uhud, ses instructions et décisions importantes et explicites avaient été ignorées.
Dans les deux batailles, les musulmans s’étaient retrouvés face à la défaite. Le courage et la fermeté dont il fit preuve à ce moment-là ne trouvent nulle part d’équivalent. Même encerclé par l’ennemi, il demeura inébranlable et, grâce à une maîtrise de la guerre incomparable, fit échouer toutes les intrigues de ses adversaires. Cela se produisit notamment lors de la bataille d’Uhud. De plus, lors de la bataille de Hunayn, sa compétence militaire transforma la défaite des musulmans en victoire totale. Pourtant, la situation dangereuse d’Uhud, tout comme la peur incontrôlable et la panique de Hunayn, réduisit chez les chefs militaires la capacité de prendre des décisions. Leurs nerfs subirent une pression si intense qu’à ce moment-là, leurs efforts pour se protéger eux-mêmes devinrent leur principale préoccupation.
Voilà pour l’aspect militaire des guerres mentionnées. Un autre aspect est encore plus important. Par ces guerres, le Prophète, paix et bénédictions de Dieu sur lui, établit la paix et la sécurité. Il éteignit le feu de la discorde et du désordre. Dans le conflit entre l’islam et le paganisme, il anéantit la puissance, les capacités et l’arrogance de l’ennemi. Il contraignit celui-ci à réfléchir librement au sujet de l’appel et de la transmission de l’islam, puis à prendre une décision. En outre, ces guerres lui permirent de distinguer les ennemis des alliés. Elles établirent la différence entre les véritables musulmans et les hypocrites.
En menant des expéditions militaires, le Prophète, paix et bénédictions de Dieu sur lui, forma chez les chefs militaires musulmans une force invincible. Par la suite, l’armée qu’il avait créée combattit en Irak, en Syrie, en Perse et à Rome, et, grâce à ses plans et à ses stratégies militaires, elle mit en échec les plus grands experts de la guerre. Elle chassa également les ennemis de leurs territoires, de leurs richesses, de leurs champs, de leurs fermes, de leurs jardins, de leurs points d’eau et d’autres biens. Au cours de ces guerres, le Prophète, paix et bénédictions de Dieu sur lui, accomplit pour les musulmans des tâches essentielles telles que leur procurer des logements, des terres agricoles et des moyens de subsistance. Il résolut le problème des réfugiés sans domicile et sans lieu d’attache. Il leur procura des armes, des chevaux et divers équipements militaires. Pourtant, il fit tout cela sans infliger la moindre injustice, la moindre oppression ni le moindre excès à ses adversaires.
Le noble Prophète transforma également les causes qui, à l’époque de l’ignorance, allumaient le feu de la guerre. À l’époque de la Jâhiliya, la guerre signifiait le pillage, le meurtre et la destruction, l’injustice et l’oppression, la dévastation des localités, la démolition des maisons et des palais, l’atteinte à l’honneur des femmes, ainsi que le traitement cruel et barbare des enfants et des vieillards. Elle avait aussi pour objectif de détruire les récoltes des champs et des fermes et d’abattre les troupeaux ; en somme, ces guerres visaient la ruine et la destruction totales. L’islam mit fin à ces actes odieux de la guerre et transforma celle-ci en un jihâd sacré. Ces guerres étaient engagées pour des raisons raisonnables et justes, et leurs résultats étaient bénéfiques pour les êtres humains de tous les temps. Les époques suivantes en ont confirmé la vérité. Après ces jihads, les hommes comprirent que le jihâd est un effort armé visant à libérer l’être humain de la servitude envers l’être humain, à le faire sortir de l’injustice, de l’oppression et de la persécution, et à le placer sous un système fondé sur l’équité et la justice. Il s’agit d’instaurer un système empêchant les puissants d’opprimer les faibles, affaiblissant les tyrans et les oppresseurs, et établissant les droits des opprimés et des pauvres. Ainsi, le sens du jihâd en islam est de protéger les femmes, les hommes et les enfants faibles qui invoquent leur Seigneur en disant : « Ô notre Seigneur, fais-nous sortir de cette cité dont les habitants sont injustes. Accorde-nous de Ta part un dirigeant et un protecteur, et aide-nous par ce dirigeant et par son intermédiaire. » La guerre menée par les musulmans signifie également libérer la terre de Dieu de la trahison, de l’injustice, de l’oppression et de la corruption, puis y établir la paix, la sécurité, la compassion et l’humanité. Le Prophète, paix et bénédictions de Dieu sur lui, établit des principes élevés pour la guerre. Il ne permit pas aux soldats et aux commandants musulmans de les transgresser. Hazrat Salman ibn Juwayda rapporte que, lorsque le Prophète, paix et bénédictions de Dieu sur lui, nommait quelqu’un commandant, il lui recommandait la piété, la dévotion et un bon comportement envers ses compagnons musulmans. Puis il disait : « Combattez au nom de Dieu et dans le chemin de Dieu. Luttez, mais ne trahissez pas ; ne violez pas les pactes et ne commettez pas de perfidie ; ne coupez le nez, les oreilles ni aucune autre partie du corps de quiconque, et ne tuez aucun enfant. »
Le Prophète, paix et bénédictions de Dieu sur lui, recommandait encore au commandant désigné d’adopter une conduite simple et bienveillante, de ne pas recourir à la dureté, d’apporter la paix aux gens et de ne haïr personne.¹ [Sahih Muslim, tome 1, p. 82-82]
Après être arrivé de nuit dans une région, le noble Prophète, paix et bénédictions de Dieu sur lui, n’attaquait pas avant le matin. En outre, il interdisait catégoriquement de mettre le feu, c’est-à-dire d’incendier quoi que ce soit. Il interdisait de tuer quelqu’un après l’avoir ligoté, de frapper les femmes ou de les tuer. Il interdisait le pillage. Il disait que le butin n’était pas plus licite que la chair d’un animal mort. Il interdisait également de détruire les champs et les fermes, de tuer les quadrupèdes et d’abattre les arbres et les plantes. Toutefois, lorsqu’une nécessité particulière se présentait, il en allait autrement.
Lors de la conquête de La Mecque, le Messager — qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix — a dit : « N’attaquez aucun blessé, ne poursuivez aucun fuyard et ne tuez aucun prisonnier. » Il a également établi qu’aucun émissaire ne devait être tué. Il a aussi dit qu’aucun citoyen non musulman ne devait être tué. Il a même déclaré que quiconque tuerait sans raison un citoyen non musulman ne sentirait pas le parfum du Paradis, alors que le parfum du Paradis peut être perçu à une distance équivalant à quarante années de marche.
Ce sont les raisons mentionnées, ainsi que bien d’autres principes de conduite supérieurs, qui ont fait passer la guerre des souillures de l’époque de l’ignorance à un djihad sacré et purifié.
L’entrée des gens dans la religion d’Allah par groupes successifs
Il a déjà été mentionné que la conquête de La Mecque fut une expédition décisive. Elle fit apparaître aux habitants de l’Arabie la vanité de l’idolâtrie et entraîna sa disparition. La vérité et le mensonge devinrent clairement distincts pour tous les Arabes. Ils commencèrent alors à embrasser rapidement l’islam. Hazrat Amr ibn Salama — qu’Allah l’agrée — raconte : « Nous vivions près d’un bassin. Des gens passaient à côté de ce bassin. Nous interrogions les voyageurs au sujet de cet homme, c’est-à-dire du Prophète — qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix. Les voyageurs répondaient : “Il affirme qu’Allah l’a envoyé comme prophète, qu’une révélation lui est transmise et que, dans cette révélation, Allah dit telle et telle chose.” Hazrat Amr ibn Salama — qu’Allah l’agrée — dit : “J’écoutais ces paroles et je retenais dans ma mémoire ce qui était mentionné dans la révélation.” Après avoir embrassé l’islam, les Arabes attendaient la conquête de La Mecque. Ils disaient : “Laissez-le, lui et son peuple. S’il triomphe de son propre peuple, cela prouvera qu’il est véritablement un prophète.” Puis la conquête de La Mecque eut lieu. »
Tous les peuples s’avancèrent pour embrasser l’islam. Mon père revint lui aussi auprès de mon peuple après avoir appris l’islam. Il dit : « Je reviens de chez le véritable Prophète. Le Prophète a dit : “Accomplissez telle et telle prière à telle et telle heure. Lorsque l’heure de la prière arrive, que l’un d’entre vous fasse l’appel à la prière. Ensuite, que celui d’entre vous qui connaît la plus grande partie du Coran dirige la prière en tant qu’imam.” »
Ce hadith montre clairement l’ampleur de l’influence qu’eut la conquête de La Mecque sur le renversement de la situation, le renforcement de l’islam, la détermination du rôle des Arabes et leur dévouement à l’islam. Après la bataille de Tabuk, cette situation prit une forme encore plus marquée. C’est pourquoi nous constatons qu’au cours de ces deux années, c’est-à-dire les neuvième et dixième années de l’Hégire, de nombreuses délégations arrivèrent à Médine. À cette époque, les gens entrèrent dans le refuge de l’islam par groupes successifs. Ainsi, au moment de la conquête de La Mecque, le nombre des musulmans était de dix mille ; pourtant, en moins d’une année, au moment de la bataille de Tabuk, ce nombre atteignit trente mille.
Lors du pèlerinage d’adieu, on constate que le nombre des musulmans s’élevait à cent vingt-quatre mille — ou, selon une autre estimation, cent quarante-quatre mille. Ils lançaient le cri de « Labbaïk » autour du Messager — qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix. Ils emplissaient l’air et le ciel des louanges d’Allah, Seigneur des mondes. Dans les montagnes, les monts, les plaines et les étendues désertes, l’appel à l’unicité divine résonnait.
L’arrivée des délégations
Les historiens mentionnent plus de soixante-dix délégations. Il n’est pas possible d’en parler ici en détail. C’est pourquoi nous ne présentons que les délégations importantes du point de vue historique. Les lecteurs doivent garder à l’esprit que, bien que diverses délégations aient commencé à se présenter auprès du Prophète après la conquête de La Mecque, les délégations de certaines tribus s’étaient déjà rendues auprès du Prophète à Médine avant la conquête de La Mecque. Nous allons ci-dessous présenter ces tribus ainsi que les circonstances de leur venue.
(1) La délégation d’Abd al-Qays : la délégation de cette tribu se présenta auprès du Prophète une première fois durant la cinquième année de l’Hégire, puis une seconde fois durant la neuvième année. Lors de sa première venue, un homme de cette tribu nommé Munkidh ibn Habbân vint à Médine avec des marchandises commerciales. Par la suite, il fit encore plusieurs allers-retours à Médine. Après l’émigration du Prophète à Médine, il y vint, fut informé au sujet de l’islam et l’embrassa. Après sa conversion, il se rendit auprès des membres de sa tribu avec une lettre du Prophète. Émerveillés par la beauté de l’islam, les membres de sa tribu embrassèrent eux aussi l’islam.
Par la suite, une délégation de treize ou quatorze personnes de cette tribu se présenta auprès du Prophète. Les membres de cette délégation l’interrogèrent au sujet de la foi et des boissons. Le chef de cette délégation était al-Ashajj al-Asri.² [Mir’ât al-Mafâtîh, tome I, p. 71]. À propos de cet homme, le Prophète déclara : « Tu possèdes deux qualités qu’Allah aime. L’une est la clairvoyance et l’autre la patience. »
La seconde délégation de cette tribu arriva à Médine durant la neuvième année de l’Hégire. Elle comptait quarante personnes, parmi lesquelles se trouvait un chrétien nommé Alâ ibn Jârûd al-Abdî. Arrivé à Médine, il embrassa l’islam et rendit ensuite d’éminents services à l’islam.³ [Sharh Sahîh Muslim, tome I, p. 33 ; Fath al-Bârî, tome VIII, p. 85-86].
(2) La délégation de Daws : cette délégation arriva à Médine au début de la septième année de l’Hégire. À cette époque, le Prophète se trouvait à Khaybar. Il a été mentionné précédemment que Tufayl ibn Amr al-Dawsî avait embrassé l’islam à La Mecque. Il se rendit auprès de son peuple pour l’appeler à l’islam, mais les membres de son peuple continuèrent à tergiverser. Désespéré, il se présenta auprès du Prophète et lui demanda : « Ô Messager d’Allah, invoque Allah contre mon peuple. » Au lieu de lancer une malédiction contre eux, le Prophète dit : « Ô Allah, guide le peuple de Daws. » Après cette invocation du Prophète, tous les membres du peuple de Daws embrassèrent l’islam. Par la suite, Tufayl émigra à Médine au début de la septième année de l’Hégire avec les membres de soixante-dix ou quatre-vingts familles de son peuple. À cette époque, le Prophète se trouvait à Khaybar. Tufayl rencontra le Prophète à Khaybar.
(3) L’envoi du message de Farwa ibn Amr al-Judhâmî : Farwa était un commandant arabe parmi les troupes romaines. L’empereur romain l’avait nommé gouverneur des territoires arabes conquis. La capitale de son gouvernement se trouvait dans un lieu appelé Maân, au sud de la Jordanie. Il embrassa l’islam après avoir vu l’extraordinaire bravoure des musulmans lors de la bataille de Mu’ta, qui eut lieu durant la huitième année de l’Hégire. Il envoya un messager au Prophète pour l’informer de sa conversion et lui fit également parvenir en cadeau une mule blanche. Les hauts fonctionnaires de l’empereur romain furent irrités en apprenant la conversion à l’islam du gouverneur qu’ils avaient nommé. Ils arrêtèrent Farwa et lui ordonnèrent par la suite d’abandonner l’islam, le menaçant de mort dans le cas contraire. Farwa estima préférable de mourir en martyr plutôt que d’abandonner l’islam. Il fut ensuite exécuté par crucifixion près d’une source, dans un lieu appelé Afra, en Palestine. ⁴ [Zâd al-Ma‘âd, tome III, p. 45].
(4) La délégation de Sada : durant la huitième année de l’Hégire, cette délégation se présenta auprès du Prophète après son retour de Jîrâna. La raison de sa venue était que le Prophète avait ordonné à une armée de musulmans de se rendre dans la région du Yémen où résidait la tribu de Sada, afin d’y mener une expédition. L’armée musulmane avait atteint la plaine de Qanât et y avait installé son campement. C’est alors que Ziyâd ibn Hârith accourut auprès du Prophète et lui dit : « Je me suis présenté comme le chef de ceux qui me suivent ; veuillez donc rappeler l’armée musulmane. Je me porte garant des membres de mon peuple. » Le Prophète rappela l’armée musulmane à Médine. Ensuite, Ziyâd se rendit auprès de son peuple et dit : « Que quelques-uns d’entre vous viennent avec moi auprès du Prophète. » Puis il leur exposa toute l’affaire. Après avoir entendu Ziyâd, une délégation de quinze hommes de son peuple se présenta auprès du Prophète et embrassa l’islam. Ils retournèrent ensuite auprès de leur peuple, où ils enseignèrent la religion et propagèrent l’islam. Lors du Pèlerinage d’Adieu, cent musulmans de ce peuple se présentèrent auprès du Prophète.
(5) L’arrivée de Ka‘b ibn Zuhayr ibn Abî Sulmâ : Ka‘b était issu d’une famille de poètes et comptait parmi les poètes les plus éminents d’Arabie. Il était mécréant et diffamait le Prophète. Selon le récit de l’imam al-Hâkim, Ka‘b figurait parmi les criminels dont il avait été ordonné, lors de la conquête de La Mecque, qu’ils soient tués même s’ils s’agrippaient aux rideaux de la Ka‘ba. Cependant, Ka‘b parvint à s’enfuir et à sauver sa vie. Après le retour du Prophète de la bataille de Tâ’if, le frère de Ka‘b, Rujayr ibn Zuhayr, lui écrivit une lettre dans laquelle il disait que le Prophète avait ordonné l’exécution de plusieurs de ses diffamateurs et que cet ordre avait été exécuté. Quelques poètes quraychites avaient survécu en s’enfuyant çà et là. Si tu tiens à la vie, viens auprès du Prophète, car il ne tue pas ceux qui se repentent. Si ma proposition ne te plaît pas, enfuis-toi vers un endroit où tu penses pouvoir trouver la sécurité. Après cette lettre, les deux frères échangèrent plusieurs courriers. En somme, comprenant que sa vie était en danger, Ka‘b arriva à Médine et fut l’hôte d’un homme nommé Juhayna. Le lendemain matin, il accomplit avec cet homme la prière de l’aube. Après la prière, Juhayna désigna discrètement le Prophète à Ka‘b. Ka‘b alla alors s’asseoir auprès du Prophète et posa sa main dans la sienne. Le Messager ne connaissait pas Ka‘b. Ka‘b dit : « Ô Messager de Dieu, si Ka‘b ibn Zuhayr se repent, devient musulman et demande la sécurité, et si je vous le présente, l’accepterez-vous ? » Le Prophète répondit : « Oui. » Ka‘b dit : « C’est moi, Ka‘b ibn Zuhayr. » En entendant cela, un Ansârî accourut, saisit Ka‘b et demanda au Prophète la permission de le tuer. Le Prophète dit à ce Compagnon : « Laisse-le. Il s’est repenti et regrette ses actes passés. »
Ensuite, au même endroit, Ka‘b ibn Zuhayr récita au Prophète sa célèbre qasîda. Dans cette qasîda, Ka‘b demanda au Prophète de lui pardonner ses actes passés et fit l’éloge du bien-aimé Prophète. Le sens du poème est le suivant :
« Su‘âd est partie ; mon cœur est donc maintenant tourmenté. Attache le cœur par une chaîne ; sa rançon n’a pas été versée. On m’a dit que le Messager m’avait menacé, alors que j’espère obtenir le pardon du Messager. Reste ferme et ne prête pas l’oreille aux calomniateurs. Que Celui qui t’a donné le Coran, plein d’exhortations et de détails explicatifs, te guide. Bien des choses ont été dites à mon sujet, mais je n’ai commis aucun crime. Je me tiens dans un endroit et j’entends de telles paroles, je vois une telle situation, que si un éléphant se trouvait à ma place, il resterait paralysé. Toutefois, si, par la grâce de Dieu, le Messager accordait sa permission, ce serait différent. J’ai franchement placé ma main dans celle de cet illustre personnage, qui possède pleinement le pouvoir de se venger et dont la parole est au-dessus de toutes les autres. Pourtant, on m’a dit que de telles et telles plaintes avaient été déposées contre toi et que tu serais interrogé. Certes, le Messager est une lumière dont on reçoit la clarté. Il est l’une des épées de Dieu. »
Ensuite, Ka‘b ibn Zuhayr fit l’éloge des émigrés quraychites, car aucun émigré ne l’avait importuné après son arrivée. En faisant l’éloge des émigrés, Ka‘b lança des remarques sarcastiques contre les Ansâr, puisqu’un Ansârî avait demandé la permission de le tuer. Dans son poème, Ka‘b dit : « Les Quraychites avancent comme des chameaux magnifiques, et des épées acérées les protègent lorsque les hommes petits, noirs et laids s’enfuient en quittant le chemin. »
Après être devenu musulman, Ka‘b fit l’éloge des Ansâr dans un poème. Il y écrivit : « Celui qui désire une vie honorable doit toujours se trouver parmi une troupe d’Ansâr. Les Ansâr ont reçu la beauté en héritage. En vérité, les meilleurs sont ceux qui sont les enfants des meilleurs. »
(6) La délégation de ‘Udhra : Cette délégation arriva à Médine durant la neuvième année de l’Hégire. Elle comptait douze hommes, parmi lesquels Hamza ibn Nu‘mân. Lorsqu’on leur demanda qui ils étaient, ils répondirent : « Nous sommes les Banû ‘Udhra et nous sommes apparentés à Qusayy. Nous avons aidé Qusayy et chassé Khuzâ‘a et Banû Bakr de La Mecque. Nous avons ici des proches et des parents. » Après avoir appris leur identité, le Prophète les accueillit et leur annonça la bonne nouvelle de la conquête de la Syrie. Il leur interdit de rechercher des informations auprès des femmes devineresses. Il leur interdit également d’abattre les animaux qu’ils égorgeaient et mangeaient lors de leurs pratiques idolâtres. Les membres de cette délégation embrassèrent l’islam et, après avoir séjourné quelques jours à Médine, retournèrent à La Mecque.
(7) La délégation de Bali : Cette délégation arriva à Médine au mois de Rabî‘ al-Awwal de la neuvième année de l’Hégire et y séjourna trois jours après avoir embrassé l’islam. Durant ce séjour, le chef de la délégation, Abû Jârir, demanda : « Y a-t-il une récompense pour l’hospitalité ? » Le Prophète répondit : « Oui. Si l’on se montre bienveillant envers une personne riche ou pauvre, cette bienveillance est considérée comme une aumône. » Il demanda de nouveau : « Combien de temps l’hospitalité doit-elle durer ? » Le Prophète répondit : « Trois jours. » Il demanda : « Si quelqu’un trouve une chèvre égarée, que doit-il en faire ? » Le Prophète répondit : « Elle est à toi, à tes frères ou au loup. » Cet homme demanda ensuite au sujet d’un chameau perdu. Le Prophète répondit : « Quel lien as-tu avec ce chameau ? Laisse-le, son propriétaire le retrouvera. »
(8) La délégation de Saqîf : cette délégation se présenta au Prophète, que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui, au mois de Ramadan de la neuvième année de l’hégire, après son retour de Tabûk. Alors que le Prophète, que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui, revenait de l’expédition de Tâ’if, au mois de Dhû al-Qa‘da de la huitième année de l’hégire, et avant même d’atteindre Médine, ‘Urwa ibn Mas‘ûd, le chef de cette délégation, rencontra le noble Prophète, que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui, et embrassa l’islam. Il retourna ensuite auprès de sa tribu et l’appela à l’islam. Les membres de sa tribu l’aimaient profondément. On rapporte qu’ils le préféraient même à leurs propres enfants et à leur famille. ‘Urwa pensait que tous accepteraient son appel à l’islam et suivraient ses paroles. Mais cette supposition se révéla fausse. Dès qu’il eut commencé à appeler à l’islam, les gens de sa tribu lui lancèrent des flèches de toutes parts et, après l’avoir grièvement blessé, le tuèrent. Quelques mois plus tard, les membres de la tribu comprirent qu’ils ne pourraient rester en sécurité, tant l’influence des musulmans s’étendait de tous côtés. Ils ne seraient pas non plus capables de leur faire face. Ils se consultèrent et décidèrent d’envoyer un homme auprès du noble Prophète, que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui. Conformément à cette décision, on proposa à ‘Abd Yâlîl ibn ‘Amr de se rendre à Médine. Mais, ayant vu le sort de ‘Urwa, ‘Abd Yâlîl posa comme condition qu’on lui adjoigne plusieurs personnes. Il déclara : « Il faut me donner encore quelques compagnons ; je ne consens pas à y aller seul. » Les membres de la tribu lui adjoignirent donc cinq hommes. Finalement, une délégation de six membres prit la route de Médine. Parmi eux, ‘Uthmân ibn Abû al-‘Âs al-Thaqafî était le plus jeune. Après leur arrivée à Médine, le Prophète, que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui, leur permit de séjourner dans un coin de la mosquée du Prophète, afin qu’ils puissent entendre les Compagnons réciter le Coran et observer l’accomplissement de la prière. Durant leur séjour dans la mosquée, ils commencèrent à se rendre auprès du Messager, que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui. Le Prophète, que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui, les invita alors à l’islam. Un jour, leur chef lui dit : « Rédigez entre Saqîf et vous un traité stipulant que nous aurons le droit de commettre la fornication, de boire du vin, de consommer l’usure, d’adorer notre divinité al-Lât, d’être dispensés de la prière et de ne pas briser nous-mêmes notre idole. » Le Messager, que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui, n’accepta aucune de leurs conditions. La délégation se consulta ensuite, mais, en fin de compte, elle n’eut d’autre choix que d’accepter les paroles du Messager, que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui. Elle le fit donc et se réfugia sous l’égide de l’islam. Elle posa toutefois de nouveau comme condition de ne pas briser elle-même son idole, al-Lât. Le Prophète, que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui, accepta cette condition et la consigna par écrit. Il nomma ‘Uthmân ibn Abû al-‘Âs al-Thaqafî chef de la délégation, car son intérêt pour l’islam était plus grand que celui de tous les autres. Chaque matin, les membres de la délégation se rendaient auprès du Prophète, que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui, mais ils n’emmenaient pas ‘Uthmân avec eux. À midi, pendant que les autres se reposaient, ‘Uthmân se rendait auprès du noble Prophète et lui posait des questions détaillées sur l’islam. S’il voyait que le Prophète, que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui, dormait, ‘Uthmân interrogeait Abû Bakr au sujet de diverses questions religieuses. La gouvernance de ‘Uthmân fut extrêmement bénie. Sous le califat d’Abû Bakr, certaines personnes apostasièrent. À cette époque, les membres de la tribu de Thaqîf projetèrent eux aussi d’apostasier. ‘Uthmân ibn Abû al-‘Âs s’adressa alors à eux en ces termes : « Ô gens de Thaqîf, écoutez ! Vous avez été les derniers à embrasser l’islam ; ne soyez donc pas les premiers à apostasier. » En entendant cela, les membres de Thaqîf renoncèrent à abandonner l’islam et demeurèrent fermes dans leur religion.
En résumé, la délégation retourna auprès de son peuple et lui dissimula la vérité. Elle déclara avec tristesse que le Messager, que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui, leur avait ordonné d’embrasser l’islam, d’abandonner la fornication, la consommation de vin et l’usure, et que, s’ils ne le faisaient pas, la guerre leur serait déclarée. En entendant cela, les membres de la tribu de Thaqîf réfléchirent pendant deux ou trois jours à la possibilité de combattre. Puis Allah Très-Haut transforma leurs cœurs et ils se préparèrent intérieurement à embrasser l’islam. Ils dirent aux membres de la délégation : « Retournez à Médine et dites au Messager, que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui, que nous sommes disposés à accepter ses conditions et à embrasser l’islam. » Les membres de la délégation révélèrent alors qu’ils avaient eux-mêmes embrassé l’islam et appelèrent les gens de leur tribu à en faire autant. Les membres de la tribu de Thaqîf embrassèrent aussitôt l’islam.
Entre-temps, le Prophète, que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui, envoya auprès de la tribu de Saqîf plusieurs Compagnons, sous le commandement de Khâlid ibn al-Walîd, afin de détruire l’idole al-Lât. Al-Mughîra ibn Shu‘ba prit une masse de fer pour briser l’idole et dit à ses compagnons : « Je vais plaisanter un peu pour vous faire rire. » Après avoir dit cela, il frappa l’idole, puis s’assit en se tenant les genoux. En voyant cette scène simulée, les membres de la tribu de Saqîf de Tâ’if furent impressionnés. Ils dirent : « Qu’Allah détruise al-Mughîra ! La déesse al-Lât l’a tué. » Al-Mughîra se secoua, se releva et dit : « Qu’Allah vous fasse subir le malheur ! Cette idole n’est faite que de pierre et de terre. » Puis al-Mughîra frappa la porte et brisa l’idole. Il escalada ensuite le haut du mur. Plusieurs Compagnons escaladèrent également le mur. Ils brisèrent l’idole et la réduisirent en poussière, puis creusèrent le sol et en retirèrent les ornements et les vêtements qui avaient été offerts à l’idole. En voyant cela, les membres de Saqîf furent stupéfaits et bouleversés. Khâlid emporta les ornements et les vêtements de l’idole à Médine et les présenta au noble Prophète, que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui. Le Prophète, que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui, distribua tout le jour même et exprima sa gratitude devant Allah. [Zâd al-Ma‘âd, vol. 3, p. 26-28.]
(9) La lettre du roi de Saqîf au Yémen : après le retour du Prophète, que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui, de Tabûk, il écrivit aux rois du Yémen. Des lettres arrivèrent de Hârith ibn ‘Abd Kalâl, Nu‘aym ibn ‘Abd Kalâl, Râ’in, ainsi que de Nu‘mân ibn Qayl, gouverneur de Hamdân et de Ma‘âfir. Mâlik ibn Murayya envoya une lettre au nom de tous. Ces rois écrivirent qu’ils embrassaient l’islam et renonçaient à l’associationnisme et à la mécréance. Le Prophète, que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui, leur envoya une réponse dans laquelle il mentionnait les droits des habitants du Yémen ainsi que leurs responsabilités et leurs devoirs. Il y précisa également qu’Allah et Son Messager se porteraient garants de ceux qui embrasseraient l’islam, à condition qu’ils acquittent la jizya. En outre, le Prophète, que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui, envoya au Yémen plusieurs Compagnons sous la direction de Mu‘âdh ibn Jabal.
(10) La délégation de Hamdân : Cette délégation se présenta auprès du Noble Prophète — qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix — après son retour de Tabûk. Le Prophète — qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix — rédigea une lettre contenant des directives pour le peuple de la délégation et leur accorda tout ce qu’ils avaient demandé. Mâlik ibn Namt fut nommé émir et gouverneur des musulmans de son peuple. Il envoya également Khâlid ibn al-Walîd — qu’Allah l’agrée — afin de transmettre l’appel de l’islam aux autres habitants. Celui-ci resta six mois à Hamdân à les inviter à l’islam, mais personne ne l’embrassa. Le Prophète — qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix — envoya alors ‘Alî — qu’Allah l’agrée — à Hamdân et ordonna que Khâlid — qu’Allah l’agrée — revienne. ‘Alî — qu’Allah l’agrée — se rendit auprès des habitants de la tribu de Hamdân, leur lut la lettre du Messager d’Allah — qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix — et les invita à l’islam. Tous se réfugièrent alors sous l’ombre protectrice de l’islam. ‘Alî — qu’Allah l’agrée — transmit cette nouvelle à la cour du Messager — qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix. Après avoir lu la lettre annonçant cette bonne nouvelle, le Prophète — qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix — se prosterna, puis dit : « Salut à Hamdân, salut à Hamdân. »
(11) La délégation des Banû Fazâra : Durant la neuvième année de l’hégire, après le retour du Prophète — qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix — de Tabûk, cette délégation vint le rencontrer. Elle comptait dix personnes. Ses membres se plaignirent de la famine qui sévissait dans leur région. Le Prophète — qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix — monta en chaire, leva les deux mains et invoqua : « Ô Allah, rassasie la terre que Tu as créée ainsi que les quadrupèdes. Étends Ta miséricorde. Redonne vie à Tes villes mortes. Ô Allah, fais tomber sur nous la pluie que nous espérons. Par cette pluie, accorde-nous la paix et le bien-être. Que les vastes nuages noirs arrivent rapidement, sans tarder. Que cette pluie ne soit ni destructrice ni nuisible. Ô Allah, que la pluie de miséricorde ne soit pas une pluie de châtiment et qu’elle ne soit pas destructrice. Ô Allah, rassasie-nous et aide-nous contre nos ennemis. » 6 [Zâd al-Ma‘âd, vol. 3, p. 40]
(12) La délégation de Najrân : Les habitants de cette région vivent sur la route reliant La Mecque au Yémen. La communauté de Najrân comprend soixante-treize localités, c’est-à-dire des agglomérations. Un cavalier monté sur un cheval rapide pouvait parcourir l’ensemble de ces localités en une journée entière. 7 [Fath al-Bârî, vol. 8, p. 94] Cette région comptait cent mille hommes combattants, qui étaient tous chrétiens.
La délégation de Najrân arriva elle aussi durant la neuvième année de l’hégire. Elle comptait soixante personnes, dont vingt-quatre appartenaient à la noblesse. Trois d’entre elles étaient les dirigeants les plus respectés des habitants de Najrân. Un homme nommé ‘Abd al-Masîh était le chef du gouvernement, tandis qu’un homme nommé Charhabîl exerçait la fonction de conseiller politique.
La délégation arriva à Médine et rencontra le Prophète — qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix. Le Prophète — qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix — leur posa quelques questions. Eux aussi posèrent quelques questions au Noble Prophète — qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix. Ensuite, le Prophète — qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix — les invita à l’islam et leur récita le Coran. Mais ils n’embrassèrent pas l’islam.
Ils demandèrent : « Quelle opinion avez-vous du Messie — sur lui la paix — ? Que dites-vous à son sujet ? » Ce jour-là, le Prophète — qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix — ne répondit pas à cette question. Alors Allah, Seigneur des mondes, fit descendre la Révélation.
« Certes, pour Allah, l’exemple de Jésus — sur lui la paix — est comme celui d’Adam : Il l’a créé de terre, puis lui a dit : “Sois”, et il fut. La vérité vient de ton Seigneur. Ne sois donc pas du nombre des sceptiques. À quiconque te dispute à ce sujet après que tu as reçu la connaissance, dis : “Venez, appelons nos fils et vos fils, nos femmes et vos femmes, nous-mêmes et vous-mêmes, puis implorons humblement et appelons la malédiction d’Allah sur les menteurs.” » (Sourate Âl ‘Imrân, versets 59-61)
Le matin, à la lumière des nobles versets mentionnés ci-dessus, le Prophète — qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix — informa les visiteurs au sujet de Jésus — sur lui la paix. Mais ils refusèrent d’accepter les propos du Noble Prophète — qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix — concernant Jésus — sur lui la paix. Ils persistèrent dans leur refus. Le lendemain matin, le Prophète — qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix — leur proposa la mubâhala, c’est-à-dire que les deux parties invoquent mutuellement la malédiction l’une sur l’autre. Après cette invitation, voyant que le Prophète — qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix — se préparait à la mubâhala, ils se retirèrent à l’écart pour se concerter. Au cours de leur consultation, l’un d’eux dit : « Il ne serait pas raisonnable de prendre le risque de la mubâhala. Par Allah, c’est bien un prophète. Si nous faisons la mubâhala avec lui, ni nous ni nos enfants ne pourrons jamais réussir. Nous serons exterminés jusqu’au dernier. » Après s’être concertés, ils acceptèrent de s’en remettre au Prophète — qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix — pour régler leur affaire. Ils se rendirent auprès de lui et lui dirent : « Nous sommes prêts à accepter vos conditions. » À la suite de cette proposition, le Prophète — qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix — accepta de recevoir d’eux la jizya. Un accord fut conclu pour deux mille paires de vêtements : ils consentirent à en remettre mille au mois de Rajab et mille autres au mois de Safar. En contrepartie, le Prophète — qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix — les prit sous la protection d’Allah Tout-Puissant et de Son Messager — qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix. Ils étaient libres en matière religieuse. Le Prophète — qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix — conclut avec eux un traité sur les points mentionnés. La délégation demanda qu’une personne digne de confiance leur soit envoyée. Conformément au traité, le Prophète — qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix — envoya le noble Compagnon Abû ‘Ubayda ibn al-Jarrâh recueillir les biens.
Puis l’islam commença à se répandre parmi la tribu de Najrân. Les auteurs de biographies prophétiques rapportent qu’après leur arrivée à Najrân, le chef de la délégation et ses compagnons cherchèrent refuge sous l’ombre rafraîchissante de l’islam. Ensuite, le Prophète (paix et bénédictions d’Allah sur lui) envoya ‘Alî afin de percevoir la sadaqa et la jizya. Il convient de préciser que la sadaqa est prélevée uniquement auprès des musulmans. 8 [Fath al-Bârî, vol. 8, p. 94-95 ; Zâd al-Ma‘âd, vol. 3, p. 38-41. Dans le récit détaillé de la délégation de Najrân, il est mentionné que, lorsque la délégation de Najrân se rendit une deuxième fois à Médine, certains de ses membres ne furent pas d’accord sur cette question.]
(13) La délégation des Banû Hanîfa : cette délégation arriva à Médine durant la neuvième année de l’Hégire. Elle comptait dix-sept personnes, parmi lesquelles se trouvait Musaylima ibn Kaththâb. 9 [Fath al-Bârî, vol. 8, p. 87.] La généalogie de Musaylima était la suivante : Musaylim ibn Thumâma ibn Qârîb ibn Habîb ibn Hârith.
Cette délégation descendit chez un Compagnon ansârî. Puis ses membres se présentèrent auprès du Prophète (paix et bénédictions d’Allah sur lui) et embrassèrent l’islam. Toutefois, des informations différentes sont rapportées au sujet de Musaylima al-Kadhdhâb. Si l’on considère l’ensemble des récits, on constate que Musaylima manifesta de l’obstination, de l’arrogance et le désir d’obtenir le pouvoir. Il ne se présenta pas auprès du Bien-Aimé Prophète (paix et bénédictions d’Allah sur lui) avec les autres membres de la délégation. Plus tard, lorsqu’il se rendit auprès du Prophète (paix et bénédictions d’Allah sur lui), celui-ci l’invita à l’islam d’une voix calme et douce. Mais il constata que sa douceur ne produisait aucune réaction favorable. Le Prophète (paix et bénédictions d’Allah sur lui) comprit alors que cet homme ne connaîtrait aucun bien : son cœur était souillé et marqué par la corruption.
Auparavant, le Prophète (paix et bénédictions d’Allah sur lui) avait vu en rêve, une nuit, que les trésors du monde entier avaient été déposés devant lui. Soudain, deux bracelets d’or s’envolèrent de ce trésor et vinrent tomber dans ses mains. Ces deux bracelets étaient très lourds, et le Prophète (paix et bénédictions d’Allah sur lui) en ressentait de la gêne. À ce moment-là, une révélation lui parvint par l’intermédiaire de Jibrîl (sur lui la paix), lui ordonnant de souffler sur les deux bracelets. Le Prophète (paix et bénédictions d’Allah sur lui) souffla dessus, et aussitôt les deux bracelets s’envolèrent. Le Prophète (paix et bénédictions d’Allah sur lui) interpréta ce rêve en disant qu’après lui, deux hommes prétendraient faussement à la prophétie. Irrité par l’attitude insolente de Musaylima al-Kadhdhâb, le Prophète (paix et bénédictions d’Allah sur lui) l’entendit dire : « Si Muhammad (paix et bénédictions d’Allah sur lui) me confie le pouvoir après lui, je suis prêt à lui obéir. » Le Prophète (paix et bénédictions d’Allah sur lui) se rendit auprès de Musaylima. Celui-ci tenait alors dans sa main une branche de palmier, tandis que Thâbit ibn Qays ibn Shammâs (qu’Allah l’agrée), le porte-parole du Prophète (paix et bénédictions d’Allah sur lui), l’accompagnait. Le Prophète (paix et bénédictions d’Allah sur lui) vint se placer près de sa tête. Musaylima dit : « Si vous acceptez, je suis disposé à vous céder une part du pouvoir, mais vous devrez me désigner comme votre successeur. » Le Prophète (paix et bénédictions d’Allah sur lui) désigna la branche de palmier qu’il tenait et dit : « Même si tu me demandais ceci, je ne te le donnerais pas. Tu ne peux échapper au décret d’Allah te concernant. Si tu tournes le dos et t’en vas, Allah te détruira. Par Allah, je pense que tu es précisément l’homme que l’on m’a montré en rêve. Thâbit ibn Qays restera ici et te répondra en mon nom. » Sur ces mots, le Prophète (paix et bénédictions d’Allah sur lui) repartit. 10 [Sahîh al-Bukhârî, chapitre consacré aux récits des Banû Hanîfa et d’al-Aswad al-‘Ansî, vol. 2, p. 627-628, et Fath al-Bârî, vol. 8, p. 86-93.]
Finalement, les paroles du Messager d’Allah (paix et bénédictions d’Allah sur lui) se révélèrent véridiques. Après être retourné à Yamâma, Musaylima al-Kadhdhâb réfléchit d’abord à son propre sujet pendant quelques jours. Puis il prétendit soudain qu’il avait été associé à Muhammad (paix et bénédictions d’Allah sur lui) dans la prophétie. Il se mit ensuite à proclamer ouvertement sa prétention à la prophétie. Il déclara licites pour les membres de son peuple l’adultère et la consommation d’alcool.
Musaylima al-Kadhdhâb prétendit à la prophétie durant la dixième année de l’Hégire. Il fut tué à Yamâma au mois de Rabî‘ al-Awwal de la douzième année de l’Hégire, sous le califat d’Abû Bakr al-Siddîq (qu’Allah l’agrée). Wahshî (qu’Allah l’agrée), celui qui avait tué Hamza (qu’Allah l’agrée), tua Musaylima al-Kadhdhâb.
Le destin de l’un des prétendants à la prophétie était désormais connu. Un autre prétendant, al-Aswad al-‘Ansî, semait le désordre au Yémen. Un jour et une nuit avant le décès du Prophète (paix et bénédictions d’Allah sur lui), Fîrûz (qu’Allah l’agrée) tua ce faux prophète. Le Prophète (paix et bénédictions d’Allah sur lui) apprit par la révélation le récit de cet assassinat et en informa les Compagnons. Ensuite, la nouvelle parvint comme il se devait du Yémen à Abû Bakr (qu’Allah l’agrée). 13 [Fath al-Bârî, vol. 8, p. 93.]
(14) La délégation des Banû ‘Âmir ibn Sa‘sâ‘a : la délégation comprenait l’ennemi d’Allah ‘Âmir ibn al-Tufayl, son frère utérin Arbâd ibn Qays, Khâlid ibn Ja‘far et Jabbâr ibn Aslam. Ils étaient des personnalités éminentes de leurs tribus respectives et avaient des caractères démoniaques. Un homme nommé ‘Âmir ibn al-Tufayl avait fait martyriser soixante-dix Compagnons à Bi’r Ma‘ûna. Alors que cette délégation s’apprêtait à venir à Médine, ‘Âmir ibn al-Tufayl et Arbâd avaient comploté afin de tromper le Prophète (paix et bénédictions d’Allah sur lui) et de l’assassiner par surprise.
Après l’arrivée de cette délégation à Mina, Amir s’entretenait avec le Prophète — qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix. À ce moment-là, Irbad se détourna, se plaça derrière le Prophète — qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix — et commença à dégainer son épée. Mais il ne parvint pas à la sortir de plus d’une envergure, car Allah Tout-Puissant paralysa sa main. Allah Tout-Puissant protégea Son Prophète bien-aimé. Le Prophète — qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix — invoqua la malédiction contre ces deux scélérats. Sur le chemin du retour, Irbad fut frappé par la foudre. Cet incroyant mourut sur-le-champ avec son chameau. Quant à Amir, il se réfugia dans la maison d’une femme de la tribu des Séloul. Là, il fut atteint d’un goitre au cou. Il y mourut de cette maladie. Au moment de mourir, Amir disait : « Un goitre pareil à celui du cou d’un chameau, et mourir dans la maison d’une femme de Séloul ? »
Selon un récit rapporté dans le Sahih al-Boukhari, Amir vint trouver le Prophète — qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix — et lui dit : « Je vous propose trois conditions ; acceptez-en une : (1) les produits récoltés par les habitants de la vallée seront sous mon contrôle ; (2) je serai votre calife après vous ; (3) je lancerai contre vous mille hommes et mille juments de la tribu des Banou Ghatafan. »
Puis il fut atteint de la peste dans la maison d’une femme. Alors, profondément désespéré et accablé de chagrin, il dit : « Hélas ! Un goitre pareil à celui du cou d’un chameau, et cela dans la maison d’une femme de telle tribu ? » Puis il dit : « Amenez-moi mon cheval. » On lui amena son cheval. C’est sur le dos de celui-ci que cet ennemi d’Allah mourut finalement.
(15) La délégation de Tadjib : cette délégation se présenta à Médine avec le surplus de l’aumône, après l’avoir distribué aux pauvres de sa tribu. Elle comptait au total treize personnes. Elles s’enquéraient du Coran et de la Sunna et les enseignaient. Elles posèrent quelques questions au Prophète — qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix — qui les leur écrivit. Elles ne séjournèrent pas longtemps à Médine. Le Prophète — qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix — offrit quelques présents aux membres de la délégation. Après leur départ, ils envoyèrent auprès du Prophète — qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix — un jeune compagnon resté en arrière. Le jeune homme se présenta devant le Prophète — qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix — et dit : « Ô Messager d’Allah, je le jure par Allah, je ne suis pas venu de ma région pour une autre raison ; je suis venu uniquement afin que vous invoquiez pour moi Allah, le Tout-Puissant, le Très Miséricordieux. Qu’Il m’accorde Sa miséricorde et la force de demeurer ferme dans Sa religion. » Le Prophète — qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix — pria pour lui. Par la suite, alors que de nombreux nouveaux musulmans abandonnèrent l’islam, ce jeune homme demeura fermement attaché à l’islam. Il exhorta et conseilla les membres de son peuple au sujet des enseignements de l’islam. Ainsi, les membres de son peuple demeurèrent eux aussi fermes dans l’islam. Au cours du pèlerinage d’adieu, durant la dixième année de l’Hégire, cette délégation rencontra de nouveau le Prophète — qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix.
(16) La délégation de Taï : parmi ses membres se trouvait le célèbre Zayd al-Khayl d’Arabie. Lorsqu’ils vinrent s’entretenir avec le Prophète — qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix — celui-ci les invita à l’islam. Ils embrassèrent l’islam et devinrent de très bons musulmans. Le Prophète — qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix — fit l’éloge de Zayd al-Khayl. Il dit : « Chaque fois qu’on m’a vanté un homme d’Arabie, après sa venue devant moi, je l’ai trouvé en réalité inférieur à sa réputation. Mais Zayd fait exception : ses qualités et ses mérites dépassent sa réputation. » Le Prophète — qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix — le renomma Zayd al-Khayr.
De la même manière, un grand nombre de délégations arrivèrent au cours des neuvième et dixième années de l’Hégire. Les auteurs de biographies prophétiques mentionnent les délégations du Yaman, d’Azad, des Banou Sa‘d de Qouza‘a, des Houzaïm, des Banou Amir ibn Qays, des Banou Asad, de Bahra, de Khawlan, de Mahareb, des Banou Harith ibn Ka‘b, de Ghamid, des Banou Mountafiq, de Salman, des Banou Abbas, de Mazina, de Mourad, de Joubaïd, de Kinda, de Dhi Marra, de Ghassan, de Bou Aïch et de Nakh. La délégation de Nakh arriva en dernier. Elle se rendit à Médine au mois de Mouharram de la onzième année de l’Hégire.
Elle comptait deux cents personnes. Presque toutes les autres délégations arrivèrent au cours des neuvième et dixième années de l’Hégire. Seules quelques délégations arrivèrent durant la onzième année de l’Hégire.
L’arrivée à Médine des délégations mentionnées montre clairement l’ampleur de la diffusion et de l’expansion de l’islam. Elle montre également combien Médine était importante aux yeux des Arabes. Ils ne voyaient d’autre possibilité que de se rendre à Médine et de s’y soumettre. En réalité, Médine avait acquis le statut de capitale de la péninsule Arabique. Il n’était possible à personne de l’ignorer. Toutefois, nous ne pouvons pas dire que l’islam avait produit une impression profonde et particulière dans le cœur de tous les visiteurs. En effet, parmi les membres de ces délégations, nombreux étaient les Bédouins arabes qui n’étaient devenus musulmans que pour obéir au chef de leur tribu. Ils n’avaient pas encore été capables d’abandonner complètement leurs habitudes de meurtre, de pillage et autres pratiques semblables. Ils n’étaient pas non plus devenus des hommes civilisés grâce aux enseignements et à la beauté de l’islam. En présentant ce genre de personnes dans la sourate At-Tawbah, Allah Tout-Puissant dit : « Les habitants de La Mecque sont plus durs dans la mécréance et l’hypocrisie, et plus aptes à ignorer les limites de ce qu’Allah et Son Messager — qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix — ont révélé. Allah est Omniscient et Sage. Certains nomades considèrent ce qu’ils dépensent dans le chemin d’Allah comme une amende et attendent que le malheur vous atteigne. Que le mauvais sort retombe sur eux ! Allah est Celui qui entend tout et qui sait tout. »
Cependant, certains d’entre eux ont également été loués. Allah Tout-Puissant dit dans la sourate At-Tawbah : « Parmi les Bédouins, certains croient en Allah et au Jour dernier, et considèrent ce qu’ils dépensent comme un moyen de se rapprocher d’Allah et d’obtenir les invocations du Messager d’Allah — qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix. En vérité, cela est bien un moyen de se rapprocher d’Allah. Allah les fera entrer dans Sa miséricorde. Allah est Pardonneur et Très Miséricordieux. »
L’islam s’était fermement enraciné dans le cœur de nombreux habitants de La Mecque, de Médine, de Thaqîf, du Yémen et de Bahreïn. Beaucoup d’entre eux étaient des Compagnons éminents et des musulmans vertueux. 14 [Al-Khazramî l’a mentionné dans le premier volume de son ouvrage Al-Mouhâdarât, p. 144. Pour plus de détails sur les délégations mentionnées et celles auxquelles il est fait allusion, voir Sahîh Al-Boukhârî, vol. 1, p. 12 ; vol. 2, p. 626-630 ; Ibn Hichâm, vol. 2, p. 501-503, 537-542 et 560-601 ; Zâd al-Ma‘âd, vol. 3, p. 26-60 ; Fath al-Bârî, vol. 8, p. 83-103 ; Rahmat li-l-‘Âlamîn, vol. 1, p. 184-217].
Le succès éclatant de la prédication du Messager
Nous allons maintenant évoquer la dernière période de la vie bénie du Messager d’Allah — qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix. Mais avant d’aller plus loin, il convient de jeter un bref regard sur les réalisations extraordinaires de sa vie prophétique. C’est là, en réalité, l’essentiel de la vie du Prophète. C’est en raison de cette particularité qu’il occupait une position éminente et distincte parmi tous les prophètes et messagers. Allah, le Seigneur des mondes, l’a couronné de l’honneur unique d’être le premier et le dernier. Allah Tout-Puissant dit clairement au Prophète et Messager — qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix : « Ô toi qui es enveloppé dans ton manteau, veille en prière la nuit, excepté une petite partie. » Allah dit également : « Ô toi qui es couvert d’un manteau, lève-toi et avertis. »
Que s’est-il passé ensuite ? Le Messager d’Allah — qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix — se leva, prit sur ses épaules le plus lourd dépôt de l’univers et demeura constamment debout. C’était le poids de l’humanité entière, le poids de toutes les croyances, ainsi que celui du maintien de la paix et de l’ordre dans les différents domaines.
Il assuma la responsabilité du combat sur le terrain des consciences humaines, consciences plongées dans les imaginations de l’époque de l’ignorance et dans toutes sortes d’idées absurdes.
À cette époque, les consciences humaines étaient voilées par les diverses séductions du monde. Elles étaient enchaînées et prises au piège des désirs de l’âme. Après avoir, avec l’aide de quelques Compagnons dévoués, libéré et purifié les consciences humaines de l’ignorance et des séductions de l’univers, le Prophète et Messager d’Allah — qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix — entreprit un autre combat. En réalité, les combats se succédèrent les uns aux autres. Il s’agissait des ennemis de la prédication divine, qui s’étaient déchaînés avec une grande fureur contre la prédication et ceux qui y croyaient. Ils voulaient anéantir la jeune plante sacrée de la prédication avant qu’elle n’enfonce ses racines dans la terre, n’étende ses branches dans les airs et ne se couvre de fleurs et de fruits. Le Prophète et Messager d’Allah — qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix — commença à lutter contre tous ces ennemis de la prédication. Alors même qu’il n’avait pas encore surmonté les diverses difficultés de la péninsule Arabique, l’Empire romain commença à se préparer à ses frontières pour anéantir cette nouvelle nation.
Finalement, tous les combats prirent fin, mais le combat et la lutte de la conscience ne cessèrent pas. Car il s’agit d’un affrontement permanent, dans lequel il faut faire face à Satan. Satan pénètre au plus profond de l’esprit humain et y poursuit son action sans jamais l’interrompre, ne serait-ce qu’un instant. Muhammad — qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix — poursuivait avec constance ses efforts dans les différents domaines, tout en étant engagé dans la mission de la prédication d’Allah. Le monde s’était prosterné à ses pieds, mais lui vivait dans la souffrance et la pauvreté. Les croyants avaient étendu autour du Prophète — qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix — l’ombre de la paix et de la sécurité. Pourtant, il poursuivait son ascèse sur le chemin d’une vie de souffrance et de pauvreté. En toute circonstance, il faisait preuve d’une patience extraordinaire au milieu des épreuves et des difficultés. La nuit, il se tenait debout en prière. Il adorait son Seigneur bien-aimé et récitait lentement le Noble Coran. Ayant rompu ses liens avec le monde entier, il se consacrait entièrement à Allah. Il lui avait d’ailleurs été ordonné d’agir ainsi. 1 [Sayyid Qutb, martyr, Tafsîr fî zilâl al-Qur’ân, vol. 29, p. 168-169].
C’est ainsi que le Messager d’Allah (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui) poursuivit son combat durant vingt longues années. Pendant cette période, il ne se consacra pas à une tâche au point d’en oublier une autre. Finalement, l’appel islamique remporta un succès si éclatant que tout le monde en fut stupéfait. Toute la péninsule Arabique se soumit au Prophète (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui). Les nuages de l’ignorance se dissipèrent de l’horizon de l’Arabie. Les consciences malades retrouvèrent la santé. Les gens abandonnèrent même les idoles, et les brisèrent. L’atmosphère retentit de la voix du tawhid. Fortifié d’une nouvelle énergie vitale par l’ardeur de la foi, le désert vibra au son mélodieux de l’adhan. Les takbirs d’Allahou Akbar résonnèrent dans toutes les directions. Les récitateurs du Noble Coran récitaient le Coran sacré et se dispersèrent du nord au sud pour établir les commandements et les prescriptions d’Allah.
Les tribus dispersées se réunirent, et les hommes, abandonnant la servitude envers leurs semblables, se consacrèrent au service d’Allah. Il n’y eut désormais plus d’oppresseur ni d’opprimé ; le regard menaçant de personne n’effrayait plus personne ; il n’y eut plus de tyran ni de victime, plus de maître ni d’esclave, plus de gouvernant ni de gouverné. Au contraire, tous les hommes étaient les serviteurs d’Allah et se comportaient comme des frères. Ils s’aimaient les uns les autres et observaient les commandements et les prescriptions d’Allah. Allah Très-Haut mit fin, parmi eux, à l’orgueil et à la vanité de l’époque de l’ignorance, ainsi qu’à la fierté tirée des noms des pères et des ancêtres. Il n’y avait désormais plus aucune supériorité des Arabes sur les non-Arabes, ni des Blancs sur les Noirs. Le critère de supériorité était la taqwa. En dehors de cela, tous les hommes sont les descendants d’Adam, et Adam a été créé de terre.
En somme, grâce à cet appel, l’unité arabe, l’unité humaine, la justice collective et l’équité furent établies. L’humanité trouva le chemin du bonheur dans les divers problèmes de ce monde et dans les différentes affaires de l’au-delà. Autrement dit, le cours même de l’histoire changea.
Avant cet appel, l’ignorance triomphait sur la terre. La conscience des hommes était devenue aveugle. Les âmes s’étaient putréfiées. Les valeurs morales avaient subi une dégradation extrême. La tyrannie et l’esclavage régnaient avec force. Les vagues d’un confort débridé et honteux, ainsi que d’une privation destructrice, avaient précipité le monde au fond de la décadence. Par-dessus tout cela s’était abattu un épais voile de mécréance et d’égarement. Pourtant, à cette époque, des religions célestes et des croyances religieuses existaient. Mais les hommes les avaient déformées. Ainsi, la faiblesse dans le domaine de la foi religieuse avait atteint son paroxysme. Les liens de la religion étaient relâchés. La religion était devenue faible, telle un corps sans vie, et se réduisait à quelques rites et cérémonies.
Lorsque l’appel susmentionné exerça son influence sur la vie humaine, l’âme humaine fut libérée des conceptions illusoires, de la servitude envers les passions, de la souillure, de l’injustice, de la tyrannie, de l’anarchie et du chaos. Il libéra la société humaine de l’oppression, de la tyrannie, de l’emportement, de l’arrogance, de la destruction, des discriminations de classe, de la tyrannie des dirigeants et des pratiques humiliantes et arbitraires des astrologues. Le monde devint alors le centre du progrès et de l’essor de la vie, fondé sur la miséricorde, le pardon, l’humilité, la douceur, l’invention, la construction, la liberté, la réforme, la connaissance spirituelle, la foi, la droiture, l’équité et les œuvres pieuses, et garantissant aux ayants droit l’obtention de leurs droits. 2 [Sayyid Qutb le martyr, Tafsir Fi Zilal al-Qur’an, tome I, p. 14].
Grâce à tous ces changements, la péninsule Arabique devint une contrée bénie dont aucun exemple n’avait été vu dans aucune époque ni aucun pays de l’histoire humaine, et dont aucun exemple ne sera jamais vu. Dans son histoire, la péninsule Arabique acquit un éclat et une splendeur tels qu’on n’en avait jamais observé auparavant, nulle part.
Le pèlerinage d’adieu
La mission d’appel et de transmission était achevée. Après avoir aboli la souveraineté de toute autre idéologie que celle d’Allah, une nouvelle société avait été fondée sur la mission prophétique du Messager d’Allah (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui). Dès lors, comme si un héraut invisible avait fermement ancré dans les pensées et la conscience du Messager d’Allah (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui) l’idée que la durée de son séjour sur terre touchait à sa fin. Lorsque le Prophète (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui) envoya le vénérable Mu‘âdh (qu’Allah l’agrée) en le nommant gouverneur du Yémen, il lui dit, après quelques autres recommandations nécessaires : « Ô Mu‘âdh, il est probable qu’après cette année tu ne me reverras plus. Peut-être passeras-tu alors près de ma mosquée et de ma tombe. » En entendant ces paroles et en songeant à la séparation définitive d’avec le Messager d’Allah (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui), le vénérable Mu‘âdh (qu’Allah l’agrée) se mit à pleurer.
En vérité, Allah Tout-Puissant voulait faire voir à Son Messager les fruits de vingt longues années de souffrances, d’épreuves et de persécutions. Pendant le pèlerinage, les gens et les délégations représentant les différentes régions de La Mecque se réuniraient à La Mecque, puis ils apprendraient du Prophète (qu’Allah le bénisse et le salue) les prescriptions de la Loi religieuse. Le Prophète (qu’Allah le bénisse et le salue) leur demanderait de témoigner qu’il avait transmis le dépôt qui lui avait été confié, communiqué le message d’Allah aux hommes et acquitté son devoir envers la communauté. Conformément à cette volonté d’Allah, le Prophète (qu’Allah le bénisse et le salue) annonça la date du pèlerinage historique. Alors, au jour fixé, les musulmans commencèrent à arriver à La Mecque par groupes successifs. Tous ceux qui s’étaient réunis désiraient de tout cœur adopter l’exemple du Messager d’Allah (qu’Allah le bénisse et le salue) et lui prêter obéissance. 1[Ce hadith est rapporté de Jâbir (qu’Allah l’agrée) dans le Sahih Muslim. Voir le premier volume, p. 394, chapitre « Le pèlerinage du Prophète ».]
Puis, le samedi, le Messager d’Allah (qu’Allah le bénisse et le salue) se prépara à partir en direction de La Mecque. Il restait alors encore quatre jours du mois de Dhû al-Qa‘da. 2[Hâfiz Ibn Hajar a donné à ce sujet une excellente analyse et a corrigé la mention, présente dans certains récits, selon laquelle il resterait cinq jours du mois de Dhû al-Qa‘da. Voir Fath al-Bârî, volume 8, p. 207.] Il se mit de l’huile sur la tête, se peigna, revêtit le pagne, s’enveloppa d’un manteau, para ses animaux destinés au sacrifice et partit après la prière du midi. Avant la prière de l’après-midi, il atteignit un endroit appelé Dhû al-Hulayfa. Il y accomplit deux unités de prière de l’après-midi. On y dressa une tente pour passer la nuit, et il y passa la nuit. Le matin, il dit à ses Compagnons : « Durant la nuit, un visiteur venu de la part de mon Seigneur est venu me dire : Ô Prophète (qu’Allah le bénisse et le salue), dans cette enceinte sacrée—
priez et dites que la ‘umra fait partie du pèlerinage. 3[Ce récit rapporté d’après ‘Umar (qu’Allah l’agrée) est recueilli dans le Sahih al-Bukhari, volume 1, p. 207.]
Puis, avant la prière du midi, le Prophète (qu’Allah le bénisse et le salue) prit un bain rituel pour revêtir l’ihram. ‘Â’isha (qu’Allah l’agrée) appliqua de ses propres mains du parfum de zarîra et de musc sur le corps purifié du Prophète (qu’Allah le bénisse et le salue). L’éclat du parfum se voyait dans la raie de ses cheveux et sur sa barbe bénie. Le Prophète (qu’Allah le bénisse et le salue) ne lava pas ce parfum et le laissa tel quel. Ensuite, il revêtit le pagne et le manteau. Il accomplit deux unités de prière du midi. Puis, alors qu’il était assis sur son tapis de prière, il entra en état d’ihram pour le pèlerinage et la ‘umra réunis, et sortit en récitant la talbiya. Ensuite, il monta sur sa chamelle et récita deux fois la talbiya. Après être arrivé à une plaine sur sa chamelle, il y proclama également la talbiya.
Le Prophète (qu’Allah le bénisse et le salue) poursuivit ensuite son voyage. Une semaine plus tard, il atteignit, dans l’après-midi, les environs de La Mecque et s’arrêta à un endroit appelé Dhû Tuwâ. Après avoir accompli la prière de l’aube, il prit un bain, puis entra à La Mecque. C’était le dimanche 4 Dhû al-Hijja de la dixième année de l’Hégire. Huit nuits s’étaient écoulées en chemin depuis son départ de Médine. À allure normale, c’est le temps nécessaire pour parcourir cette distance. Arrivé à la Mosquée sacrée, le Prophète (qu’Allah le bénisse et le salue) fit d’abord les circumambulations autour de la Kaaba. Il accomplit ensuite le sa‘y entre Safa et Marwa. Mais il ne sortit pas de l’ihram, car il avait combiné l’ihram du pèlerinage et celui de la ‘umra.
Il avait également amené avec lui les animaux destinés au sacrifice. Après les circumambulations et le sa‘y, il séjourna à La Mecque, dans un lieu appelé Hajûn. Mais il n’accomplit aucune circumambulation en dehors de celle du deuxième pèlerinage.
Le Prophète (qu’Allah le bénisse et le salue) ordonna à ceux de ses Compagnons qui étaient venus avec lui sans animaux destinés au sacrifice de transformer leur ihram en ‘umra, puis, après avoir achevé les circumambulations autour de la Kaaba et le sa‘y entre Safa et Marwa, de sortir complètement de l’état de sacralisation. Mais comme lui-même n’en était pas sorti, les Compagnons furent saisis de doute. Le Prophète (qu’Allah le bénisse et le salue) dit : « Si j’avais su plus tôt ce que j’ai appris par la suite, je n’aurais pas amené d’animaux destinés au sacrifice. Si je n’en avais pas eu avec moi, je serais moi aussi sorti de l’état de sacralisation. » Après avoir entendu ces paroles du Prophète (qu’Allah le bénisse et le salue), les Compagnons inclinèrent la tête en signe d’obéissance. Ceux qui n’avaient pas d’animal destiné au sacrifice sortirent de l’état de sacralisation.
Le 8 Dhû al-Hijja, le Prophète (qu’Allah le bénisse et le salue) se rendit à Mina. Il y demeura jusqu’au 9 Dhû al-Hijja. Il y accomplit les cinq prières : midi, après-midi, coucher du soleil, soir et aube, puis y attendit jusqu’au lever du soleil. Il partit ensuite vers la plaine d’Arafat. À son arrivée, il vit qu’une tente avait été préparée dans la plaine de Namira. Le Prophète (qu’Allah le bénisse et le salue) s’y installa. Lorsque le soleil déclina, on installa, sur son ordre, une selle sur le dos de sa chamelle. Il se rendit au milieu de la plaine. À ce moment-là, une foule immense l’entourait : cent vingt-quatre mille personnes, ou, selon une autre estimation, cent quarante-quatre mille. Le Prophète (qu’Allah le bénisse et le salue) prononça devant cette foule réunie un discours historique. Il dit : « Ô gens, écoutez-moi, écoutez-moi ! Je ne sais pas si, après cette année, je pourrai encore vous retrouver en ce lieu. » 4[Ibn Hisham, volume 2, p. 603]
Vos vies et vos biens sont sacrés les uns pour les autres, comme le sont ce jour, ce mois et cette ville. Écoutez : tout ce qui relevait de l’époque de la Jâhiliyya est foulé sous mes pieds. Les meurtres et les vengeances de la Jâhiliyya sont abolis. Le premier sang versé parmi les nôtres que j’abolirai est celui du fils de Rabî‘ ibn al-Hârith. Cet enfant était allaité chez les Banû Sa‘d lorsque des hommes de la tribu de Hudhayl le tuèrent. L’usure de l’époque de la Jâhiliyya est abolie. La première usure parmi les nôtres que j’abolirai est celle d’al-‘Abbâs ibn ‘Abd al-Muttalib. Désormais, toutes les formes d’usure sont abolies.
Craignez Allah au sujet des femmes, car vous les avez prises sous la garantie d’Allah et vous les avez rendues licites par la parole d’Allah. Vous avez sur elles le droit de leur interdire de laisser entrer dans votre lit des personnes que vous n’aimez pas. Si elles le font, vous pouvez les frapper, mais ne les frappez pas avec trop de sévérité. Et elles ont sur vous le droit que vous les nourrissiez et les vêtiez convenablement.
Je vous laisse une chose à laquelle, si vous vous attachez fermement, vous ne vous égarerez jamais après moi : le Livre d’Allah. 5 [Sahîh Muslim, chapitre consacré au pèlerinage du Prophète, t. 1, p. 397] Ô gens, sachez qu’il n’y aura aucun prophète après moi et qu’il n’y aura aucune communauté après vous. Adorez donc votre Seigneur, accomplissez les cinq prières quotidiennes, jeûnez le mois de Ramadan, acquittez de bon cœur la zakât sur vos biens, accomplissez le pèlerinage à la Maison de votre Seigneur et obéissez à vos dirigeants. Si vous faites cela, vous entrerez dans le Paradis de votre Seigneur. 6 [Ibn Mâjah, Ibn ‘Asâkir, Rahmat li-l-‘Âlamîn, t. 1, p. 263]
Vous serez interrogés au sujet de vos responsabilités envers moi. Que direz-vous alors ? Les Compagnons répondirent : « Nous attestons que vous avez transmis le message, que vous avez communiqué la révélation et que vous vous êtes acquitté de la responsabilité qui vous était confiée en matière de bienfaisance. »
En entendant cela, le Prophète — qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix — leva son index vers le ciel, puis le dirigea vers les gens et dit à trois reprises : « Ô Seigneur des mondes, sois-en témoin. » 7 [Sahîh Muslim, t. 1, p. 397]
Rabî‘ ibn Umayya ibn Khalaf transmettait à haute voix aux gens les paroles du Prophète — qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix. 8 [Ibn Hichâm, t. 2, p. 605]
Après que le Prophète — qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix — eut achevé son sermon, Allah Très-Haut révéla ce verset du Noble Coran : « Aujourd’hui, J’ai parachevé pour vous votre religion, J’ai accompli sur vous Mon bienfait et J’ai agréé pour vous l’islam comme religion. » (Sourate al-Mâ’ida, verset 3)
En entendant ce verset, ‘Umar — qu’Allah l’agrée — se mit à pleurer. On lui demanda : « Pourquoi pleurez-vous ? » Il répondit : « Je pleure parce qu’après la perfection, il ne reste plus que le déclin. » 9 [Al-Bukhârî, voir le récit rapporté par Ibn ‘Umar — qu’Allah l’agrée —, t. 1, p. 265]
Après le sermon du Noble Prophète (que Dieu le bénisse et lui accorde la paix), Bilal (qu’Allah l’agrée) fit l’appel à la prière et l’iqama. Le Prophète (que Dieu le bénisse et lui accorde la paix) dirigea la prière de zuhr. Ensuite, Bilal fit l’iqama et le Prophète (que Dieu le bénisse et lui accorde la paix) dirigea la prière de ‘asr. Entre ces deux prières mentionnées, le Prophète (que Dieu le bénisse et lui accorde la paix) n’accomplit aucune autre prière. Puis il monta sur sa monture et se rendit à son lieu de stationnement. Là, il attendit sur le dos de sa chamelle ; peu après, le soleil se coucha. Ensuite, le Prophète (que Dieu le bénisse et lui accorde la paix) fit monter Usama (qu’Allah l’agrée) derrière lui, puis partit de là pour se rendre à Muzdalifa. Il y accomplit les prières du maghrib et de ‘isha avec un seul appel à la prière et deux iqama. Il n’accomplit aucune prière surérogatoire entre les deux. Ensuite, le Prophète (que Dieu le bénisse et lui accorde la paix) s’allongea. Il resta couché jusqu’à l’entrée du temps de la prière du fajr. Lorsque le temps du fajr arriva, il accomplit la prière du fajr avec l’appel à la prière et l’iqama. Puis, monté sur sa chamelle, il se rendit au Mash‘ar al-Haram, se tourna vers la qibla et invoqua Allah. Il proclama la grandeur d’Allah et prononça la parole du tawhid. Il y attendit jusqu’à ce que le matin fût complètement clair dans toutes les directions. Puis il partit vers Mina juste avant le lever du soleil. Cette fois, il fit monter Fadl ibn ‘Abbas derrière lui. Arrivé à Batn al-Muhassir (l’endroit où le châtiment s’abattit sur l’armée d’Abraha), il fit accélérer sa monture. Il prit la route de la Jamrat al-Kubra et y arriva. À cette époque, il y avait là un arbre, et la Jamrat al-Kubra était également identifiée par cet arbre. La Jamrat al-Kubra est aussi appelée Jamrat al-‘Aqaba et Jamrat al-Ula. Ensuite, le Prophète (que Dieu le bénisse et lui accorde la paix) y lança sept cailloux. À chaque lancer, il proclamait le takbir. C’étaient de petits morceaux de pierre. Le Prophète (que Dieu le bénisse et lui accorde la paix) les lança debout au pied de la montagne.
Ensuite, le Prophète (que Dieu le bénisse et lui accorde la paix) se rendit au lieu du sacrifice et immola de sa main bénie 63 chameaux. Puis les 37 chameaux restants furent confiés à ‘Ali (qu’Allah l’agrée) afin qu’il les immole. Ainsi, cent chameaux furent sacrifiés. Le Prophète (que Dieu le bénisse et lui accorde la paix) associa également ‘Ali à son sacrifice. Ensuite, sur son ordre, on prit un morceau de viande de chaque chameau et on les fit cuire dans une marmite. Le Prophète (que Dieu le bénisse et lui accorde la paix) et ‘Ali mangèrent de cette viande. Le Prophète (que Dieu le bénisse et lui accorde la paix) but également un peu de bouillon.
Ensuite, le Prophète (que Dieu le bénisse et lui accorde la paix) monta sur sa monture et se rendit à la Noble La Mecque. Il accomplit le tawaf autour de la Noble Kaaba. Ce tawaf est appelé tawaf al-ifada. Le Prophète (que Dieu le bénisse et lui accorde la paix) accomplit la prière de zuhr à La Mecque. Il se rendit auprès des Banu ‘Abd al-Muttalib, près du puits de Zamzam. Ceux-ci faisaient boire de l’eau de Zamzam aux pèlerins.
Le Prophète (que Dieu le bénisse et lui accorde la paix) dit : « Ô Banu ‘Abd al-Muttalib, puisez de l’eau. Si je ne craignais pas que les autres vous vainquent dans cette tâche, je puiserais moi aussi de l’eau avec vous. » En effet, si les Compagnons avaient vu le Prophète (que Dieu le bénisse et lui accorde la paix) puiser de l’eau, ils auraient tous voulu en puiser. Ainsi, le privilège exclusif des Banu ‘Abd al-Muttalib de faire boire les pèlerins n’aurait plus subsisté. Ensuite, les membres des Banu ‘Abd al-Muttalib donnèrent au Prophète (qu’Allah l’agrée) un seau d’eau, et le Prophète (que Dieu le bénisse et lui accorde la paix) en but selon ses besoins. 10 [Il est rapporté dans le Sahih Muslim, d’après Jabir (qu’Allah l’agrée), chapitre sur le Pèlerinage du Prophète, vol. 1, p. 397-400.]
Aujourd’hui est le jour du sacrifice, le dixième jour du mois de Dhu al-Hijja. Aujourd’hui encore, le Prophète (que Dieu le bénisse et lui accorde la paix) prononça un sermon au moment de la matinée. À ce moment-là, le Prophète (que Dieu le bénisse et lui accorde la paix) était monté sur le dos d’un mulet. ‘Ali (qu’Allah l’agrée) faisait entendre aux Compagnons réunis les paroles du Prophète (que Dieu le bénisse et lui accorde la paix). Certains Compagnons étaient assis et d’autres debout. 11 [Abu Dawud, chapitre du Jour du sacrifice, vol. 1, p. 270.] Dans le sermon de ce jour, le Prophète (que Dieu le bénisse et lui accorde la paix) répéta également certains éléments de son discours de la veille. Le Sahih al-Bukhari et le Sahih Muslim rapportent, d’après Abu Bakr (qu’Allah l’agrée), que le Prophète (que Dieu le bénisse et lui accorde la paix) nous adressa un sermon le Jour du sacrifice, c’est-à-dire le 10 Dhu al-Hijja. Il y dit : « Le temps du retour des mois à leur ordre est arrivé. C’est ce jour-là qu’Allah Très-Haut créa les cieux et la terre. Une année compte douze mois, dont quatre sont sacrés. Trois de ces mois se suivent : Dhu al-Qa‘da, Dhu al-Hijja et Muharram. L’autre est Rajab, situé entre Jumada ath-Thaniyya et Sha‘ban. »
Le Prophète (que Dieu le bénisse et lui accorde la paix) dit également : « Quel est ce mois ? » Nous répondîmes : « Allah et Son Messager le savent mieux. » Le Prophète (que Dieu le bénisse et lui accorde la paix) resta silencieux. Nous comprîmes alors qu’il allait peut-être donner un autre nom à ce mois. Mais le Prophète (que Dieu le bénisse et lui accorde la paix) dit : « N’est-ce pas le mois de Dhu al-Hijja ? » Nous répondîmes : « Bien sûr que si. » Il dit : « Quelle est cette ville ? » Nous répondîmes : « Allah et Son Messager le savent mieux. » Le Prophète (que Dieu le bénisse et lui accorde la paix) resta silencieux pendant quelque temps. Nous pensâmes qu’il allait peut-être donner un autre nom à cette ville. Mais le Prophète (que Dieu le bénisse et lui accorde la paix) dit : « N’est-ce pas la ville de La Mecque ? » Nous répondîmes : « Bien sûr que si. » Le Prophète (que Dieu le bénisse et lui accorde la paix) dit : « Quel est le nom de ce jour ? » Nous répondîmes : « Allah et Son Messager le savent mieux. » Le Prophète (que Dieu le bénisse et lui accorde la paix) resta silencieux pendant quelque temps. Nous pensâmes qu’il allait donner un autre nom à ce jour. Mais il dit : « Ce jour n’est-il pas le Yawm an-Nahr, c’est-à-dire le jour du sacrifice ? Autrement dit, n’est-ce pas le 10 Dhu al-Hijja ? » Nous répondîmes : « Bien sûr que si. » Le Prophète (que Dieu le bénisse et lui accorde la paix) dit : « Écoutez donc : votre sang, vos biens et votre honneur sont sacrés et inviolables les uns pour les autres, tout comme cette ville, ce mois et ce jour sont sacrés et inviolables pour vous. Vous rencontrerez bientôt votre Seigneur, et vous serez interrogés au sujet de vos œuvres. Prenez donc garde à ne pas vous égarer après moi. »
« Ne vous égarez pas au point de commencer à vous briser mutuellement la nuque. » Il dit : « Ai-je transmis le message ? » Les Compagnons répondirent : « Oui. » Le Prophète (que Dieu le bénisse et lui accorde la paix) dit : « Ô Allah, sois-en témoin. Que ceux qui sont présents ici transmettent mon message à ceux qui sont absents. En effet, il se peut que certains absents accordent à mes paroles plus d’importance que nombre de ceux qui sont présents et les tiennent pour véridiques. » 12 [Sahih al-Bukhari, chapitre des sermons des jours de Mina, vol. 1, p. 234.]
Selon une narration, le Prophète — que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui — a également dit dans ce sermon : « Sachez que ceux qui commettent des crimes ne les commettent qu’à leur propre détriment ; autrement dit, chacun en portera lui-même la responsabilité. Sachez qu’aucun fils coupable ne peut être chargé du crime de son père, pas plus qu’un père coupable ne peut être chargé du crime de son fils ; autrement dit, le fils ne sera pas puni pour le crime de son père, ni le père pour celui de son fils. Sachez que Satan a désespéré de voir un jour adoré dans cette ville. Toutefois, il sera satisfait de vous voir lui obéir par l’intermédiaire des actes que vous considérez comme insignifiants. » 13 [At-Tirmidhi, vol. 2, p. 38, 135 ; Ibn Maja, Kitab al-Qital wa ar-Rajm ; Mishkat, vol. 1, p. 234]
Ensuite, le Prophète — que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui — demeura à Mina durant les jours de Tachriq, c’est-à-dire les 11, 12 et 13 Dhoul-Hijja. Pendant cette période, il accomplissait également les rites du pèlerinage. En même temps, il enseignait au peuple les prescriptions et les commandements de la charia, invoquait Allah, observait les sunan de la confession d’Ibrahim et éradiquait les signes du polythéisme. Au cours de l’un des trois jours des jours de Tachriq susmentionnés, il prononça un sermon. Abou Dawoud rapporte, avec une chaîne qualifiée de « hassan », que Sara bint Binhâm — qu’Allah l’agrée — dit : « Le Messager d’Allah — que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui — nous adressa un sermon le jour de Ra’s 14 [c’est-à-dire le 12 Dhoul-Hijja ; Awn al-Ma‘bud, vol. 2, p. 143] et dit : “Ce jour n’est pas le jour médian des jours de Tachriq.” » 15 [Abou Dawoud, Yawm yuqattibu bihi Mina, vol. 1, p. 269]. Le sermon prononcé ce jour-là par le Prophète — que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui — était semblable à celui de la veille, c’est-à-dire au sermon du jour du sacrifice. Ce sermon fut prononcé après la révélation de la sourate An-Nasr.
La dernière expédition militaire
Les dirigeants du vaste Empire romain n’étaient pas disposés à reconnaître à l’islam et à ceux qui l’embrassaient le droit de vivre. C’est pourquoi, dans les territoires contrôlés par l’Empire romain, la conversion à l’islam était dangereuse pour quiconque. Pour les autres également, la crainte de voir se reproduire le sort du gouverneur romain Farwa ibn Amr al-Judhami était très forte.
Face à l’arrogance et à l’attitude hautaine des dirigeants de l’Empire romain, le Prophète — que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui — entreprit, au mois de Safar de la onzième année de l’Hégire, de constituer une importante armée. Il nomma Oussama ibn Zayd — qu’Allah l’agrée — commandant de cette armée et lui ordonna de partir ravager, avec ses cavaliers, la région de Balqa et le territoire palestinien de Darum. Cette mesure avait pour objectif d’inspirer du courage aux tribus arabes vivant dans les territoires contrôlés par les Romains, en les terrorisant et en les tenant en éveil. Ainsi, personne ne pourrait penser qu’il n’y avait personne pour s’opposer aux excès et à l’arbitraire des Églises. De même, personne ne pourrait croire que devenir musulman signifiait s’exposer soi-même à la mort.
Certains critiquèrent la nomination d’Oussama — qu’Allah l’agrée — comme commandant et hésitèrent à participer aux préparatifs de cette expédition. Dans cette situation, le Messager d’Allah — que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui — déclara : « Si vous critiquez Oussama au sujet de son commandement, il faut bien dire que vous aviez déjà critiqué la nomination de son père comme commandant. Pourtant, par Allah, Zayd était parfaitement qualifié pour être commandant. En outre, il était l’un de ceux que j’aimais le plus. Oussama aussi est, après Zayd, l’un de ceux que j’aime le plus. » 1 [Sahih al-Bukhari, chapitre sur l’envoi d’Oussama, Oussama, vol. 2, p. 612]
Alors les nobles Compagnons — qu’Allah les agrée — se réunirent autour d’Oussama — qu’Allah l’agrée — et rejoignirent son armée. Celle-ci partit et s’installa à un endroit appelé Maqam Zaraf, à trois miles de Médine. Comme ils continuaient à recevoir des nouvelles inquiétantes au sujet de la maladie du Prophète — que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui —, ils n’avancèrent pas davantage. Ils y restèrent dans l’attente du décret d’Allah. Le décret d’Allah voulut que cette expédition soit considérée comme la première expédition militaire du califat d’Abou Bakr as-Siddiq — qu’Allah l’agrée —. 2 [Sahih al-Bukhari et Ibn Hicham, vol. 2, p. 606-650].
Muhammad n’est qu’un Messager ; bien d’autres messagers l’ont précédé
est passé. S’il meurt ou si quelqu’un le
tue, vous détournerez-vous alors (de son modèle)
? (Sachez que) celui qui
se détourne ainsi
ne pourra causer à Allah aucun
préjudice.
(Sourate Al-‘Imran, 144)
7
Adieu, ô mon ami : le Noble Prophète sur le chemin de son ultime voyage
Adieu, ô Messager d’Allah, qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix
L’appel à la religion d’Allah est arrivé à son accomplissement, et le monde arabe est désormais entièrement sous l’autorité de l’islam. À cette époque, des signes commencèrent à apparaître dans les pensées, les sentiments, les actes extérieurs et les paroles du Messager d’Allah, qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix, qui montraient clairement qu’il allait bientôt faire ses adieux aux habitants de ce monde.
On rapporte, à titre d’exemple, qu’au mois de Ramadan de la dixième année de l’Hégire, le Prophète, qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix, observa la retraite spirituelle pendant vingt jours, alors qu’il ne l’observait que dix jours durant les autres mois de Ramadan. Cette année-là, l’ange Gabriel, que la paix soit sur lui, récita au Prophète, qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix, l’intégralité du Noble Coran à deux reprises. Dans le sermon du Pèlerinage d’Adieu, le Prophète, qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix, avait dit : « Je ne sais pas, il est possible qu’après cette année je ne puisse plus jamais vous retrouver en ce lieu. » Près de Jamarat al-Aqaba, il dit : « Apprenez de moi les rites du pèlerinage, car il est possible qu’après cette année je ne puisse plus jamais accomplir le pèlerinage. » La sourate An-Nasr fut révélée au milieu des jours de Tachriq, c’est-à-dire les 10, 11 et 12 de Dhul-Hijja. Il comprit alors que le moment était venu pour lui de quitter ce monde. La révélation de cette sourate constituait l’annonce préalable de sa mort.
Au début du mois de Safar de la onzième année de l’Hégire, le Prophète, qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix, se rendit dans la plaine d’Uhud. Là, il pria pour les martyrs comme si les vivants prenaient congé des morts. À son retour, il s’assit sur la chaire et dit : « Je suis votre dirigeant dans vos activités et votre témoin. Par Allah, je vois maintenant mon bassin, c’est-à-dire le bassin de Kawthar. Les clés de l’ensemble des mondes et de leurs trésors m’ont été remises. Par Allah, je ne crains pas que vous commettiez l’association après moi ; je crains plutôt que vous ne vous livriez à des excès concernant les affaires de ce monde. »
Une nuit, au milieu de la nuit, le Messager d’Allah, qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix, se rendit au cimetière de Jannat al-Baqi et y pria pour les morts. Dans cette prière, il dit : « Que la paix soit sur vous, ô habitants des tombes. La situation dans laquelle vous vous trouvez est meilleure pour vous que celle dans laquelle se trouvent les gens. Les troubles arrivent les uns après les autres, tels les ténèbres d’une nuit obscure. Les générations suivantes sont pires que les précédentes. » Puis il annonça aux habitants des tombes cette heureuse nouvelle : « Je vous rejoindrai moi aussi. »
Le début de la maladie
Le dimanche 29 Safar de la onzième année de l’Hégire, le Prophète, qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix, participa à une prière funéraire à Jannat al-Baqi. Sur le chemin du retour, il commença à souffrir de maux de tête, et la fièvre augmenta au point que la chaleur se faisait sentir à travers le bandage noué autour de sa tête. Ce fut le début de la maladie mortelle. Malgré cette maladie, il dirigea la prière pendant onze jours. La maladie dura au total treize ou quatorze jours.
La dernière semaine de sa vie
Le Messager d’Allah s’affaiblissait de plus en plus. À cette époque, il demandait à ses saintes épouses : « Où serai-je demain ? Où serai-je demain ? » Ses épouses comprirent le sens de cette question. Elles lui dirent donc : « Ô Messager d’Allah, vous resterez où vous voudrez. » Il s’installa alors dans la chambre de la vénérable Aïcha. Lors de son transfert, le vénérable al-Fadl ibn Abbas et le vénérable Ali ibn Abou Talib conduisirent le Prophète en le soutenant. Sa tête était bandée et ses nobles pieds traînaient sur le sol. C’est ainsi qu’il fut transféré dans la chambre de la vénérable Aïcha, où il passa la dernière semaine de sa vie.
La vénérable Aïcha récitait les invocations qu’elle avait apprises du Messager d’Allah, soufflait sur le corps sacré du Prophète, puis passait ses mains bénies sur son propre corps dans l’espoir d’obtenir la bénédiction.
Cinq jours avant sa mort
Cinq jours avant sa mort, un mercredi, la température du corps du Prophète augmenta anormalement. Ses souffrances s’accrurent et il perdit connaissance. À ce moment-là, il dit : « Versez sur moi sept outres d’eau provenant de différents puits, afin que je puisse aller auprès des gens leur adresser mes dernières recommandations. » On le fit asseoir et on versa sur son corps une telle quantité d’eau qu’il dit : « Cela suffit, cela suffit », c’est-à-dire qu’il n’en avait plus besoin.
Le Prophète se sentit ensuite quelque peu rétabli et se rendit à la mosquée. Sa tête était bandée. Il monta sur le minbar, s’y assit et prononça quelques paroles. Les nobles Compagnons étaient réunis autour de lui. Il dit : « Qu’Allah maudisse les juifs et les chrétiens, car ils ont transformé les tombes de leurs prophètes en mosquées. » Selon une autre version : « Qu’Allah frappe de Sa malédiction les juifs et les chrétiens, car ils ont transformé les tombes de leurs prophètes en mosquées. » 2 (Sahih al-Bukhari, vol. 1, p. 52 ; Muwatta de l’imam Malik, p. 360.) Il ajouta : « Ne transformez pas ma tombe en idole destinée à être adorée. » 3 (Muwatta de l’imam Malik, p. 65.)
Puis le Prophète s’offrit pour subir une éventuelle réparation et dit : « Si j’ai frappé le dos de quelqu’un avec un fouet, voici mon dos ; qu’il se fasse justice. Si j’ai offensé quelqu’un, qu’il se fasse justice auprès de moi. »
Puis le Prophète descendit du minbar et dirigea la prière de midi. Ensuite, il se rassit sur le minbar et répéta les paroles qu’il avait prononcées au sujet de l’hostilité et d’autres questions. Un homme dit : « Vous me devez trois dirhams. » Le Prophète ordonna au vénérable al-Fadl ibn Abbas de rembourser cette dette.
Ensuite, le Prophète bien-aimé — qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix — recommanda les Ansar. Il dit : « Je vous recommande les Ansar, car ils sont mon cœur et mes entrailles. Ils ont pleinement assumé leurs responsabilités, mais leurs droits restent encore dus. Acceptez donc les bienfaisants parmi eux et pardonnez à leurs malfaisants. » Dans une autre version, il est rapporté qu’il dit : « Les gens continueront à augmenter, tandis que le nombre des Ansar diminuera, jusqu’à ce qu’ils deviennent aussi peu nombreux que le sel dans un plat. Ainsi, ceux d’entre vous qui se verront confier la responsabilité d’une affaire profitable ou nuisible devront accepter les bienfaisants parmi les Ansar et pardonner à leurs malfaisants. » 4 [Sahih al-Bukhari, vol. 1, p. 526]
Le Prophète — qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix — dit ensuite : « Allah a donné à un serviteur le choix suivant : s’il le souhaite, Allah lui accordera ce qu’il désire des splendeurs de ce monde, ou bien il pourra choisir ce qui se trouve auprès d’Allah. » Ce serviteur exprima le désir de choisir ce qui se trouve auprès d’Allah. Abou Saïd al-Khoudri — qu’Allah l’agrée — rapporte qu’en entendant cela, Abou Bakr as-Siddiq — qu’Allah l’agrée — se mit à pleurer et dit : « Que mes père et mère soient sacrifiés pour vous ! » Nous en fûmes étonnés. Les gens dirent : « Regardez ce vieil homme ! Le Messager d’Allah — qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix — parlait d’un serviteur auquel Allah avait donné le choix de prendre ce qu’il voulait de cela, ou de choisir ce qui se trouve auprès d’Allah, et voici que ce vieil homme dit : “Que mes père et mère soient sacrifiés pour vous !” » Mais quelques jours plus tard, il devint clair pour tous que le serviteur auquel Allah avait donné le choix était précisément le Messager d’Allah — qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix. Ce jour-là, nul ne put davantage ignorer qu’Abou Bakr — qu’Allah l’agrée — était le plus savant d’entre nous. 5 [Sahih al-Bukhari, vol. 1, p. 536]
Ensuite, le Messager d’Allah — qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix — dit : « Celui qui m’a le plus comblé de sa bonté, par son amitié et ses sacrifices matériels, est Abou Bakr. Si j’avais pris pour ami intime quelqu’un d’autre que mon Seigneur, j’aurais pris Abou Bakr. Cependant, le lien de fraternité islamique et d’amour nous unit. Que toutes les portes de la mosquée soient fermées, sans qu’aucune reste ouverte, à l’exception de la porte d’Abou Bakr. » 6 [Al-Bukhari et Muslim, vol. 1, p. 516 ; Mishkat, vol. 2, p. 546-554]
Quatre jours avant sa mort
Le jeudi, quatre jours avant le décès du Messager d’Allah — qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix —, il souffrait énormément. Il dit alors : « Je vais vous écrire une prescription après laquelle vous ne vous égarerez jamais. » Plusieurs personnes étaient présentes dans la maison, parmi lesquelles Omar — qu’Allah l’agrée. Il dit : « La maladie vous fait beaucoup souffrir, alors que nous avons le Noble Coran. Ce Livre nous suffit. » En entendant cela, une divergence apparut parmi les Compagnons présents dans la maison. Certains dirent : « Faites écrire ce que le Prophète — qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix — veut nous faire consigner. » D’autres disaient : « Non, ce n’est pas nécessaire ; ce que dit Omar est juste. » La divergence se transforma bientôt en dispute et le tumulte s’accrut. Irrité, le Messager d’Allah — qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix — dit : « Levez-vous et sortez de chez moi. » 7 [Al-Bukhari et Muslim ; Al-Bukhari, vol. 1, p. 22 et 427 ; vol. 2, p. 638]
Ce jour-là, le Prophète — qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix — recommanda trois choses. Premièrement : expulser les Juifs, les Nazaréens et les polythéistes de la péninsule Arabique. Deuxièmement : traiter les délégations visiteuses comme je les traitais. Le narrateur a oublié la troisième recommandation ; il est possible que le Prophète — qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix — ait recommandé de s’attacher fermement au Coran et à la Sunna, ou d’envoyer l’armée d’Oussama, ou encore qu’il ait dit : « Veillez à la prière et à ceux qui sont sous votre autorité, c’est-à-dire vos esclaves et servantes. »
Malgré la gravité de sa maladie, le Messager d’Allah — qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix — dirigea lui-même toutes les prières jusqu’au jeudi, quatre jours avant son décès. Il dirigea également la prière du maghrib ce jour-là. Au cours de cette prière, il récita la sourate
À l’heure de la prière d’al-‘icha, la maladie s’aggrava tellement qu’il n’eut plus la force de se rendre à la mosquée. Aïcha — qu’Allah l’agrée — rapporte que le Prophète — qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix — demanda : « Les gens ont-ils déjà accompli la prière ? » Nous répondîmes : « Non, ô Messager d’Allah — qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix —. Ils vous attendent. » Le Messager d’Allah — qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix — dit : « Apportez-moi de l’eau dans un récipient. » Nous le fîmes. Il fit ses ablutions majeures, puis voulut se lever, mais s’évanouit. Lorsqu’il reprit connaissance, il demanda : « Les gens ont-ils déjà accompli la prière ? » On lui répondit : « Non, ô Messager d’Allah — qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix —. Ils vous attendent. » La même chose se produisit une deuxième puis une troisième fois. Il fit ses ablutions majeures et voulut se lever, mais s’évanouit. Il fit alors appeler Abou Bakr — qu’Allah l’agrée — afin qu’il dirige la prière. Durant les autres jours de la maladie du Noble Prophète, Abou Bakr as-Siddiq — qu’Allah l’agrée — dirigea également la prière. 9 [Al-Bukhari et Muslim ; Mishkat, vol. 1, p. 102] Du vivant du Prophète — qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix —, Abou Bakr as-Siddiq — qu’Allah l’agrée — dirigea dix-sept prières rituelles. 8 [Al-Bukhari et Muslim ; Mishkat, vol. 1, p. 102] C’est lui qui en avait assuré l’imamat.
‘Â’isha (qu’Allah l’agrée) demanda à trois ou quatre reprises à l’Envoyé d’Allah (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui) que la responsabilité de diriger la prière soit confiée à quelqu’un d’autre qu’Abû Bakr (qu’Allah l’agrée). Elle craignait que les gens ne nourrissent de mauvaises pensées à l’égard d’Abû Bakr as-Siddîq (qu’Allah l’agrée). Mais le Prophète (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui) rejeta chaque fois la demande de son épouse et dit : « Vous êtes tous devenus comme les compagnes de Yûsuf. » 10[Dans le récit de Yûsuf (Joseph, que la paix soit sur lui), les femmes qui accusaient l’épouse d’al-‘Azîz devaient, en apparence, agir ainsi ; mais lorsqu’elles virent Yûsuf et se coupèrent les doigts, il apparut qu’elles lui étaient toutes entièrement dévouées. Autrement dit, leurs paroles étaient une chose, mais leurs pensées en étaient une autre. La situation est semblable ici. En apparence, elles disaient qu’Abû Bakr as-Siddîq avait le cœur tendre et que, s’il se tenait à votre place pour diriger la prière, il ne pourrait pas réciter correctement en raison de ses pleurs. Mais, au fond d’elles-mêmes, elles pensaient que, si — qu’Allah nous en préserve — l’Envoyé éminent d’Allah (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui) venait à mourir, tout le monde aurait de mauvaises pensées à l’égard d’Abû Bakr as-Siddîq (qu’Allah l’agrée) et l’accuserait d’être de mauvais augure. C’est pourquoi les autres épouses du Prophète présentèrent la même demande au noble Prophète (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui), en soutien à la requête de ‘Â’isha as-Siddîqa. C’est pour cette raison que le Prophète (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui) dit : « Vous êtes toutes comme les frères du prophète Yûsuf. »] « Ordonne à Abû Bakr de diriger la prière. »
Deux jours avant sa mort
Le samedi ou le dimanche, le Prophète (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui) se sentit quelque peu rétabli. Il se rendit à la mosquée pour la prière de zuhr, soutenu par les épaules de deux hommes. À ce moment-là, Abû Bakr as-Siddîq (qu’Allah l’agrée) dirigeait la prière des Compagnons. En voyant l’Envoyé d’Allah (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui), il commença à reculer. Le Prophète (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui) lui fit signe de ne pas reculer. Il dit à ceux qui le soutenaient pour venir à la mosquée : « Faites-moi asseoir à côté d’Abû Bakr. » On le fit alors asseoir à la droite d’Abû Bakr. Abû Bakr as-Siddîq (qu’Allah l’agrée) suivait alors le Prophète éminent (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui) dans la prière, tandis qu’il faisait entendre le takbîr aux nobles Compagnons. 12[Ṣaḥîḥ al-Bukhârî, tome 1, p. 98-99]
Un seul jour avant sa mort
La veille de son décès, un mercredi, le Prophète (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui) affranchit tous ses esclaves, hommes et femmes. Il ne possédait alors que sept dinars, qu’il donna en aumône, et il fit don de ses armes aux musulmans. Pour allumer la lampe pendant la nuit, ‘Â’isha (qu’Allah l’agrée) emprunta de l’huile à une voisine. Une des cuirasses de l’Envoyé d’Allah (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui) était engagée auprès d’un Juif en échange de trente ṣâ‘, soit 75 kilos, d’orge.
Le dernier jour de la vie sublime
Anas (qu’Allah l’agrée) rapporte que c’était un lundi et que les musulmans accomplissaient la prière de fajr. Abû Bakr as-Siddîq (qu’Allah l’agrée) dirigeait la prière. Soudain, le Prophète (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui) écarta le rideau de la chambre de ‘Â’isha as-Siddîqa et, voyant les Compagnons accomplir la prière en rangs, leur sourit doucement. De son côté, Abû Bakr (qu’Allah l’agrée) recula légèrement afin que l’Envoyé d’Allah puisse rejoindre le rang de prière. Il pensait que l’Envoyé d’Allah (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui) pourrait se joindre à eux et désirait peut-être venir prier. Anas (qu’Allah l’agrée) rapporte qu’en voyant soudain le Prophète (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui), les Compagnons furent si heureux qu’ils faillirent être plongés dans la confusion au milieu de la prière ; autrement dit, ils voulaient interrompre la prière pour s’enquérir de l’état physique du Prophète (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui). Mais l’Envoyé bien-aimé d’Allah (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui) leur fit signe de la main d’achever la prière. Puis le Prophète (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui) rentra dans sa chambre et tira le rideau.
Après cela, aucun autre moment de prière ne survint pour le Prophète (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui). Au début de la journée, au moment de la prière de ḍuḥâ, l’Envoyé d’Allah (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui) appela auprès de lui sa chère fille Fâtima (qu’Allah l’agrée) et lui murmura quelques paroles à l’oreille. En les entendant, Fâtima az-Zahrâ se mit à pleurer. Ensuite, le Prophète (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui) lui murmura de nouveau quelques paroles à l’oreille ; cette fois, Fâtima (qu’Allah l’agrée) se mit à rire.
Hazrat Aïcha Siddîqa (qu’Allah l’agrée) raconte : « Plus tard, lorsque j’ai demandé à Hazrat Fatima la raison de ses pleurs et de son rire, elle m’a répondu : “La première fois, le Prophète — qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix — m’a dit : ‘Je mourrai de cette maladie.’ En l’entendant, je me suis mise à pleurer. Puis il m’a murmuré à l’oreille : ‘Parmi les membres de ma famille, tu seras la première à me rejoindre dans l’au-delà.’ En l’entendant, j’ai ri. » 14 [Boukhari, tome 2, p. 638]
Voyant l’intensité des souffrances du Prophète — qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix —, il annonça à Hazrat Fatima (qu’Allah l’agrée) la bonne nouvelle qu’elle était la dirigeante de toutes les femmes du monde. 15 [Certaines traditions indiquent que cet échange et cette annonce de la bonne nouvelle eurent lieu non pas le dernier jour de la vie du Prophète, mais durant sa dernière semaine. Voir Rahmatul lil-Alamîn, tome 1, p. 282]
À ce moment-là, devant l’intensité des souffrances du Messager d’Allah — qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix —, Hazrat Fatima (qu’Allah l’agrée) s’écria soudain : « Oh, quelle souffrance pour mon père ! » En l’entendant, le Prophète — qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix — lui dit : « Après aujourd’hui, ton père ne souffrira plus. » 16 [Certaines traditions indiquent que cet échange et cette annonce de la bonne nouvelle eurent lieu non pas le dernier jour de la vie du Prophète, mais durant sa dernière semaine. Voir Rahmatul lil-Alamîn, tome 1, p. 282]
Le Prophète — qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix — appela Hazrat Hassan et Hussein (qu’Allah les agrée), les embrassa et leur recommanda le bien. Il appela également ses épouses et leur adressa aussi des exhortations et des conseils.
Entre-temps, ses souffrances s’intensifiaient progressivement. Les effets du poison commençaient également à se manifester. C’est à Khaybar qu’on lui avait fait absorber ce poison. Le Prophète — qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix — disait à Hazrat Aïcha (qu’Allah l’agrée) : « Ô Aïcha, je ressens constamment les souffrances causées par la réaction au repas empoisonné que j’ai mangé à Khaybar. Maintenant, j’ai l’impression que l’effet de ce poison est en train de me sectionner la veine vitale. » 17 [Sahih Boukhari, tome 2, p. 637]
Le Prophète — qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix — adressa également ses dernières recommandations à ses nobles Compagnons. Il leur dit : « La prière, la prière, et ceux qui sont sous votre autorité. » Le Prophète — qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix — répéta ces paroles plusieurs fois. 18 [Sahih Boukhari, tome 2, p. 637]
L’état précédant la mort
L’agonie commença. Hazrat Aïcha Siddîqa (qu’Allah l’agrée) soutint le Prophète — qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix — contre son corps. Elle raconte : « Parmi les bienfaits d’Allah envers moi, il y a le fait que le Messager d’Allah — qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix — rendit son dernier souffle dans ma maison, le jour qui m’était réservé, et sur mes genoux. Au moment du décès du Prophète — qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix — Allah réunit la salive du Prophète — qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix — et la mienne. Voici ce qui s’était passé : Abd al-Rahman ibn Abou Bakr (qu’Allah l’agrée) était arrivé ; il tenait alors un siwak à la main. Le Prophète — qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix — était appuyé contre moi. Je remarquai qu’il regardait le siwak. Je compris qu’il en désirait un. Je lui demandai : “Voulez-vous que je vous le prenne ?” Il fit un signe de tête. Je pris le siwak et le lui donnai, mais je le trouvai dur. Je lui demandai : “Voulez-vous que je l’assouplisse pour vous ?” Il acquiesça d’un signe de tête. Je l’assouplis avec mes dents. Puis il se nettoya très bien les dents avec le siwak. Un récipient d’eau se trouvait devant lui. Il y trempait la main, s’essuyait le visage et disait : “Il n’y a pas de divinité en dehors d’Allah”, c’est-à-dire qu’il n’existe aucune divinité digne d’adoration en dehors d’Allah. La mort est très difficile. » 19 [Sahih Boukhari, tome 2, p. 640]
Après avoir utilisé le siwâk, le Prophète — qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix — leva la main ou le doigt. À ce moment-là, son regard était dirigé vers le plafond. Ses deux lèvres remuaient. Il murmurait quelque chose. Hazrat ‘Aïcha (qu’Allah l’agrée) approcha son oreille de sa bouche. Le Prophète — qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix — disait alors : « Ô Allah Très-Haut, compte-moi parmi ceux que Tu as comblés de Tes bienfaits : les prophètes, les véridiques, les martyrs et les vertueux ; pardonne-moi. Ô Allah Très-Haut, absous-moi, accorde-moi Ta miséricorde et fais-moi rejoindre le Rafîq al-A‘lâ. Ô Allah Très-Haut ! Le Rafîq al-A‘lâ ! » 20{Sahîh al-Bukhârî, chapitres consacrés à la maladie du Prophète et à ses dernières paroles, tome 2, p. 638-641}
Le Prophète — qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix — prononça ces dernières paroles trois fois. Aussitôt après, sa main retomba et il rejoignit le Très-Bien-Aimé. « Innâ lillâhi wa innâ ilayhi râji‘ûn. » C’est-à-dire : nous appartenons tous à Allah et c’est vers Lui que nous retournerons.
Cet événement eut lieu le lundi 12 Rabî‘ al-Awwal de la onzième année de l’Hégire, à la fin de la prière de duha. Le Prophète — qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix — était alors âgé de soixante-trois ans et quatre jours.
Le deuil s’étendit partout
Cette nouvelle déchirante se répandit partout en peu de temps. Les habitants de Médine furent accablés de chagrin. Une ombre noire de deuil recouvrit toute la ville. Hazrat Anas (qu’Allah l’agrée) dit : « Je n’ai jamais vu de jour plus lumineux que celui où le Prophète — qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix — vint parmi nous. Et je n’ai jamais vu de jour plus malheureux et plus sombre que celui où il nous quitta. » 21{Dârimî, Mishkât, tome 2, p. 547} Après le décès du bien-aimé Prophète — qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix — Hazrat Fâtima (qu’Allah l’agrée), accablée de chagrin, s’écria : « Hélas, mon père, celui qui répondit : “Me voici” à l’appel du Seigneur ! Hélas, mon père, dont la demeure est le Firdaws ! Hélas, mon père, j’annonce à Jibrîl (sur lui la paix) la nouvelle de votre décès ! » 22[Sahîh al-Bukhârî, chapitre consacré à la maladie du Prophète, tome 2, p. 641]
La réaction de Hazrat ‘Umar et de Hazrat Abû Bakr
En apprenant le décès du Prophète — qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix — Hazrat ‘Umar (qu’Allah l’agrée) perdit connaissance. Puis, debout, il se mit à dire : « Certains hypocrites pensent que le Messager d’Allah — qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix — est décédé, mais en réalité il ne l’est pas. Il est allé auprès de son Seigneur de la même manière que Hazrat Mûsâ ibn ‘Imrân (sur lui la paix) y était allé. Hazrat Mûsâ (sur lui la paix) s’était absenté quarante jours de son peuple avant de revenir, alors qu’avant son retour, les membres de son peuple se disaient que Mûsâ (sur lui la paix) était mort. Par Allah, le Messager d’Allah — qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix — reviendra lui aussi et il tranchera les mains et les pieds de ceux qui pensent qu’il est mort. » 23[Ibn Hishâm, tome 2, p. 655]
Hazrat Abû Bakr as-Siddîq (qu’Allah l’agrée) se trouvait dans sa maison, à Sânha. En apprenant le décès du Prophète — qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix — il accourut rapidement à cheval et entra dans la mosquée du Prophète. Ensuite, sans adresser la parole à personne, il se rendit directement dans la chambre de Hazrat ‘Aïcha (qu’Allah l’agrée). Le corps béni du Messager d’Allah — qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix — était alors couvert d’un drap yéménite rayé. Hazrat Abû Bakr as-Siddîq (qu’Allah l’agrée) écarta le drap de son visage béni, l’embrassa et pleura. Puis il dit : « Que mon père et ma mère soient sacrifiés pour vous ! Allah Très-Haut ne réunira pas deux morts pour vous. La mort qui vous était destinée vous a atteint. »
Ensuite, Abou Bakr as-Siddiq (qu’Allah l’agrée) sortit. Omar (qu’Allah l’agrée) parlait aux personnes réunies. Abou Bakr (qu’Allah l’agrée) lui dit : « Omar, assieds-toi. » Omar (qu’Allah l’agrée) refusa de s’asseoir. Les Compagnons cessèrent alors d’écouter Omar et prêtèrent attention à Abou Bakr (qu’Allah l’agrée). Abou Bakr (qu’Allah l’agrée) dit : « Que celui d’entre vous qui adorait le Messager d’Allah, qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix, sache que Muhammad, qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix, n’est pas mort. Et que celui d’entre vous qui adorait Allah sache qu’Allah est Éternellement Vivant et qu’Il ne mourra jamais. Dans le Noble Coran, Allah, Seigneur des mondes, a dit : “Muhammad n’est qu’un Messager ; des messagers sont passés avant lui. S’il mourait donc, ou s’il était tué, retourneriez-vous sur vos talons ? Quiconque retourne sur ses talons ne nuira en rien à Allah ; et Allah récompensera bientôt les reconnaissants.” » (sourate Âl ‘Imrân, verset 144)
Les Compagnons, désorientés et bouleversés par la douleur morale, crurent, après avoir entendu le discours d’Abou Bakr as-Siddiq (qu’Allah l’agrée), que le Messager d’Allah, qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix, était réellement décédé.
Ibn ‘Abbâs (qu’Allah l’agrée) rapporte : « Par Allah, on aurait dit que personne ne savait qu’Allah avait déjà révélé ce verset du Noble Coran. Après la récitation d’Abou Bakr (qu’Allah l’agrée), tous apprirent ce verset par cœur. Dès lors, il était sur toutes les lèvres. »
Sa‘îd ibn al-Musayyib (qu’Allah l’agrée) dit : « Par Allah, en entendant Abou Bakr (qu’Allah l’agrée), je devins comme de la terre. Je ne pouvais plus me tenir debout. En l’entendant réciter ce verset, je m’effondrais comme de la terre. Je comprenais alors clairement que le Messager d’Allah, qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix, était véritablement décédé. »24 [Sahîh al-Bukhârî, tome 2, p. 640-641]
Préparatifs de l’inhumation
Avant même de revêtir le linceul du Prophète, qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix, un certain désaccord apparut parmi les Compagnons au sujet de la désignation de son successeur. Une discussion s’éleva entre les Muhâjirûn et les Ansâr à la Saqîfa des Banû Sâ‘ida. Finalement, tous se mirent d’accord sur le califat d’Abou Bakr as-Siddiq (qu’Allah l’agrée). Le reste de la journée du lundi s’écoula dans cette affaire. La nuit arriva et chacun se consacra à ses occupations. Le lendemain matin, c’était mardi. Le corps sacré du Prophète, qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix, était alors recouvert de ce linceul yéménite. Les gens de la maison fermèrent la porte de l’intérieur.
Le lendemain, mardi, le corps du Prophète, qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix, fut lavé sans être découvert. Ceux qui procédèrent à ses ablutions funéraires furent al-‘Abbâs, ‘Alî, les deux fils d’al-‘Abbâs, al-Fadl et Qutham, le serviteur affranchi par le Prophète, Chaqrân, ainsi qu’Usâma ibn Zayd et Aws ibn Khawla (qu’Allah les agrée). Al-‘Abbâs et ses deux fils tournaient le Messager d’Allah, qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix, d’un côté puis de l’autre. Usâma et Chaqrân versaient l’eau. ‘Alî (qu’Allah l’agrée) lavait le Prophète, qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix. Aws (qu’Allah l’agrée) le serrait contre sa poitrine.
Après qu’il eut été lavé, le Prophète, qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix, fut enveloppé dans trois linceuls blancs yéménites. Il n’y avait ni tunique ni turban. 25 [Sahîh al-Bukhârî, tome 1, p. 169 ; Sahîh Muslim, tome 1, p. 306] Le Prophète, qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix, fut simplement enveloppé dans ces linceuls.
Un désaccord apparut également parmi les nobles Compagnons au sujet du lieu où le Prophète, qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix, devait être enterré. Abou Bakr, qu’Allah l’agrée, dit : « J’ai entendu le Messager d’Allah, qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix, dire que chaque prophète est enterré à l’endroit où il a été rappelé à Allah. » Après cette décision, Abou Talha, qu’Allah l’agrée, souleva le lit sur lequel le Prophète, qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix, était décédé. Une tombe fut creusée sous ce lit.
Ensuite, les Compagnons entrèrent dans la chambre par groupes de dix et accomplirent successivement la prière funéraire. Personne ne dirigea cette prière en tant qu’imam. Les membres de la tribu des Banû Hâshim prièrent les premiers. Puis vinrent les Émigrés, ensuite les Ansâr, puis les autres hommes, les femmes et, en dernier lieu, les enfants.
Toute la journée du mardi s’écoula dans l’accomplissement de la prière funéraire. Dans la nuit qui suivit le mardi, le bien-aimé Prophète, Muhammad Mustafa Ahmad Mujtaba, qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix, fut enterré. Son corps béni fut placé dans la tombe.
Aïcha Siddîqa, qu’Allah l’agrée, dit : « Nous n’avons pas su exactement à quel moment le Messager d’Allah, qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix, fut enterré. Toutefois, nous avons entendu quelques bruits au milieu de la nuit du mercredi. » 26[Voir Mukhtasar Sîrat ar-Rasûl, écrit par Cheikh Abdoullah, p. 471, pour les détails de cet événement ; voir également le chapitre sur la mort du Prophète dans le Sahîh de Boukhari. Voir aussi Fath al-Bârî, le Sahîh de Muslim et Mishkât. Voir en outre Ibn Hichâm, tome II, p. 649-665 ; Talqîh, p. 38-39 ; Rahmat li-l-‘Âlamîn, tome I, p. 277-286.]
Brève présentation de la famille du Prophète
(1) Khadîdja, qu’Allah l’agrée
Avant l’Hégire, à La Mecque, la famille du Prophète, qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix, se composait de lui-même et de son épouse Khadîdja, qu’Allah l’agrée. Au moment de ce mariage, le Prophète, qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix, avait vingt-cinq ans et Dame Khadîdja en avait quarante. Khadîdja, qu’Allah l’agrée, fut la première épouse du Prophète, qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix. De son vivant, il ne contracta aucun autre mariage. Parmi les enfants du Prophète, qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix, tous, à l’exception d’Ibrâhîm, étaient issus de Dame Khadîdja. Aucun de ses fils ne vécut ; ses filles, en revanche, vécurent. Elles s’appelaient Zaynab, Ruqayya, Umm Kulthûm et Fâtima, qu’Allah les agrée. Avant l’Hégire, Zaynab épousa son cousin paternel Abû al-‘Âs ibn ar-Rabî‘, qu’Allah l’agrée. Ruqayya et Umm Kulthûm épousèrent successivement ‘Uthmân, qu’Allah l’agrée. Fâtima, qu’Allah l’agrée, épousa ‘Alî ibn Abî Tâlib, qu’Allah l’agrée, entre les batailles de Badr et d’Uhud. Ils eurent quatre enfants : Hasan, Husayn, Zaynab et Umm Kulthûm, qu’Allah les agrée.
Le Messager, qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix, possédait une particularité qui le distinguait du reste de sa communauté. Il est de notoriété commune qu’il reçut, pour diverses raisons, l’autorisation de contracter quatre mariages. Le nombre de femmes avec lesquelles le Prophète, qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix, contracta mariage était de onze. Au moment de son décès, neuf d’entre elles étaient encore vivantes. Deux moururent de son vivant. Il s’agissait de Khadîdja et de la Mère des nécessiteux, Zaynab bint Khuzayma, qu’Allah l’agrée. Il est également rapporté qu’il avait contracté mariage avec deux autres femmes, mais les avis divergent quant à savoir si le mariage avec elles avait effectivement été conclu. L’avis unanime est toutefois que ces deux femmes ne furent pas envoyées auprès de lui. Nous présentons ci-dessous, dans l’ordre, les noms et une brève présentation des épouses du Prophète après Khadîdja.
(2) Hadrat Sawda bint Zamʿa
Quelques jours après le décès de dame Khadija — qu’Allah l’agrée —, le Prophète — que Dieu le bénisse et lui accorde la paix — épousa cette veuve, au mois de Shawwal de la dixième année de sa mission prophétique. Il convient de préciser qu’auparavant, Hadrat Sawda avait été mariée à son cousin, Sakran ibn ʿAmr.
(3) Hadrat ʿAïcha bint Abou Bakr — qu’Allah l’agrée —
Le Prophète — que Dieu le bénisse et lui accorde la paix — l’épousa au mois de Shawwal de la onzième année de sa mission prophétique, c’est-à-dire un an après le mariage de Hadrat Sawda et deux ans et cinq mois avant l’Hégire. À cette époque, Hadrat ʿAïcha n’avait que six ans. Sept mois après l’Hégire, le premier jour du mois de Shawwal, Hadrat ʿAïcha fut envoyée au domicile de son époux. Elle avait alors neuf ans et était vierge. À l’exception de Hadrat ʿAïcha — qu’Allah l’agrée —, le Prophète — que Dieu le bénisse et lui accorde la paix — n’épousa aucune autre jeune fille vierge. Hadrat ʿAïcha était son épouse préférée. Parmi la communauté de Muhammad, elle était la plus savante des juristes.
(4) Hadrat Hafsa bint ʿUmar — qu’Allah l’agrée —
Son premier époux était Khunays ibn Hudhafa al-Sahmi — qu’Allah l’agrée —. Il décéda entre les batailles de Badr et d’Uhud. Ensuite, au cours de la troisième année de l’Hégire, le Prophète — que Dieu le bénisse et lui accorde la paix — l’épousa.
(5) Hadrat Zaynab bint Khuzayma — qu’Allah l’agrée —
Elle était apparentée aux Banû Hilal ibn ʿAmir ibn Saʿsaʿa. En raison de sa compassion et de son amour exceptionnels envers les pauvres et les nécessiteux, elle reçut le titre d’Umm al-Masâkîn, la Mère des nécessiteux. Elle était l’épouse de Hadrat ʿAbdullah ibn Jahsh — qu’Allah l’agrée —. Ce Compagnon mourut en martyr lors de la bataille d’Uhud. Ensuite, au cours de la quatrième année de l’Hégire, le Prophète — que Dieu le bénisse et lui accorde la paix — l’épousa. Elle décéda après avoir été l’épouse du Prophète — que Dieu le bénisse et lui accorde la paix — pendant huit mois.
(6) Umm Salama Hind bint Abi Umayya (qu’Allah l’agrée)
Elle était l’épouse d’Abou Salama (qu’Allah l’agrée). Elle devint veuve au mois de Jumada ath-thani de la quatrième année de l’Hégire. Au mois de Chawwal de la même année hégirienne, le Messager d’Allah (paix et bénédictions d’Allah sur lui) l’épousa.
(7) Zaynab bint Jahsh ibn Riyab (qu’Allah l’agrée)
Elle était issue de la tribu des Banou Asad ibn Khuzayma et était la cousine germaine paternelle du Messager de Dieu. Elle épousa d’abord Zayd ibn Haritha (qu’Allah l’agrée). Zayd était considéré comme le fils du Messager d’Allah (paix et bénédictions d’Allah sur lui). Cependant, Zayd et Zaynab ne s’entendaient pas ; Zayd la répudia donc. Après la fin de la période d’attente légale de Zaynab, Allah, le Seigneur des mondes, révéla ce verset : « Puis, lorsque Zayd eut cessé toute relation conjugale avec elle, Nous te la fîmes épouser. » (sourate Al-Ahzab, verset 7)
Plusieurs autres versets furent révélés à ce sujet dans la sourate Al-Ahzab. Ces versets apportèrent une décision claire au débat concernant les fils adoptifs. Une discussion détaillée sera présentée ultérieurement. Le Messager épousa Zaynab au mois de Dhou al-Qa‘da de la cinquième année de l’Hégire, ou quelque temps auparavant.
(8) Juwayriya bint al-Harith (qu’Allah l’agrée)
Son père était le chef des Banou al-Mustaliq, une branche de la tribu des Khuzâ‘a. Juwayriya fut amenée avec les prisonniers de guerre des Banou al-Mustaliq. Elle échut en partage à Thabit ibn Qays ibn Shammâs (qu’Allah l’agrée). Thabit (qu’Allah l’agrée) lui annonça qu’il la libérerait sous certaines conditions : elle devait verser une somme déterminée. Lorsque le Messager d’Allah (paix et bénédictions d’Allah sur lui) l’apprit, il versa la somme fixée en son nom, organisa sa libération, puis l’épousa. Cela se produisit au mois de Cha‘ban de la cinquième année de l’Hégire.
(9) Umm Habiba bint Abi Sufyan (qu’Allah l’agrée)
Elle était l’épouse de Ubaydullah ibn Jahsh. Elle émigra avec son mari en Abyssinie, c’est-à-dire en Éthiopie. Après leur arrivée, Ubaydullah apostasia et embrassa le christianisme. Il mourut ensuite là-bas. Mais Umm Habiba resta fermement attachée à sa foi et à son émigration. Au mois de Muharram de la septième année de l’Hégire, le Messager de Dieu (que Dieu le bénisse et lui accorde la paix) envoya Amr ibn Umayya al-Damiri auprès du roi d’Abyssinie, al-Najashi, avec une lettre. Dans cette lettre, le Prophète (que Dieu le bénisse et lui accorde la paix) exprimait son souhait d’épouser Umm Habiba. Avec le consentement de celle-ci, al-Najashi la maria au Messager de Dieu (que Dieu le bénisse et lui accorde la paix), puis l’envoya auprès du Prophète (que Dieu le bénisse et lui accorde la paix) avec Sharhabil ibn Hasana.
(10) Safiyya bint Huyayy (que Dieu l’agrée)
Elle appartenait au peuple des Enfants d’Israël et fut faite prisonnière à Khaybar. Le Prophète (que Dieu le bénisse et lui accorde la paix), l’ayant choisie pour lui-même, l’affranchit puis l’épousa. Cela se produisit après la conquête de Khaybar, durant la septième année de l’Hégire.
(11) Maymuna bint al-Harith (que Dieu l’agrée)
Elle était la sœur d’Umm al-Fadl Lubaba bint al-Harith. Au mois de Dhu al-Qa‘da de la septième année de l’Hégire, le noble Prophète (que Dieu le bénisse et lui accorde la paix) l’épousa après avoir achevé la « ‘Umra al-Qada » et, selon l’opinion correcte, après être sorti de l’état d’ihram.
Le Messager de Dieu (que Dieu le bénisse et lui accorde la paix) épousa les onze femmes mentionnées ci-dessus. Deux autres femmes, qui ne furent pas conduites auprès de lui, appartenaient respectivement à la tribu des Banu Kilab et à celle de Kinda. Les biographes divergent largement quant à savoir si le Messager de Dieu (que Dieu le bénisse et lui accorde la paix) épousa effectivement cette femme de la tribu de Kinda, ainsi que sur son véritable nom et sa généalogie. Il ne semble pas nécessaire de rapporter ces divergences.
Concernant les servantes esclaves, on peut mentionner que le Messager de Dieu (que Dieu le bénisse et lui accorde la paix) en avait deux. L’une d’elles était Maria al-Qibtiyya. Le gouverneur d’Égypte, al-Muqawqis, l’envoya en cadeau. De son sein naquit Ibrahim, le fils du Messager de Dieu (que Dieu le bénisse et lui accorde la paix). Il mourut le 27 janvier 632 de l’ère chrétienne, correspondant au 28 ou au 29 Shawwal de la dixième année de l’Hégire.
Le nom de l’autre servante esclave était Rayhana. Elle appartenait à la tribu des Banu Nadir ou à celle des Banu Qurayza. Elle arriva à Médine avec les prisonniers de guerre de la tribu des Banu Qurayza. Le Messager de Dieu (que Dieu le bénisse et lui accorde la paix), l’ayant choisie, la garda sous son autorité. Selon les chercheurs, le Prophète (que Dieu le bénisse et lui accorde la paix) l’affranchit puis l’épousa. L’érudit Ibn Qayyim a écrit que le Prophète (que Dieu le bénisse et lui accorde la paix) conserva Rayhana comme servante esclave. Abu Ubayda a écrit qu’en plus des deux servantes mentionnées, le Prophète (que Dieu le bénisse et lui accorde la paix) en avait encore deux autres ; l’une d’elles fut offerte au Prophète (que Dieu le bénisse et lui accorde la paix) par son épouse Zaynab bint Jahsh (que Dieu l’agrée). 1 [Voir Zad al-Ma‘ad, tome 1, p. 29]
Nous estimons ici nécessaire de mettre en lumière un aspect particulier de la vie du Messager de Dieu. Pendant une grande partie de sa jeunesse, soit près de trente ans, il ne vécut qu’avec une seule épouse. De plus, cette épouse était considérée comme presque âgée. Après sa mort, il épousa une autre femme âgée : d’abord Khadija, puis Sawda (qu’Allah l’agrée). Après avoir vécu ainsi et atteint la vieillesse, sa puissance sexuelle aurait-elle soudainement tellement augmenté qu’il lui aurait fallu contracter autant de mariages ? Que Dieu nous en préserve, il n’en est rien. Quiconque doué de discernement considère ces deux périodes de la vie du Prophète ne pourrait lui adresser une telle calomnie. En réalité, le Messager d’Allah — qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix — contracta ces nombreux mariages pour des raisons particulières. Ses objectifs étaient bien plus nobles que ceux qui motivent habituellement le nombre limité des mariages ordinaires.
Cela s’explique ainsi : le Messager — qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix — renforça ses liens avec Abou Bakr et Omar en épousant Aïcha et Hafsa. De même, en donnant successivement deux de ses filles en mariage à Othman (qu’Allah l’agrée), puis sa fille bien-aimée Fatima en mariage à Ali, le Prophète — qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix — s’unit aux quatre Compagnons mentionnés par des liens étroits de parenté par alliance. En effet, ces quatre Compagnons avaient fait preuve de sacrifices et d’abnégation incomparables en tant que soldats de l’islam durant la période critique de son histoire. Tous connaissent les services qu’ils rendirent à l’islam et leurs sacrifices pour sa cause.
Les Arabes accordaient une importance particulière aux liens de parenté. À leurs yeux, les liens de gendre jouaient un rôle particulier dans le renforcement des relations entre les différentes tribus. Ils considéraient comme honteux de combattre son gendre. C’est pourquoi le Messager de Dieu établit des liens matrimoniaux avec des femmes de diverses tribus afin d’affaiblir l’hostilité de ces tribus envers l’islam. On peut citer à titre d’exemple Oumm Salama, qui appartenait à la tribu des Banou Makhzoum. Abou Jahl et Khalid ibn al-Walid appartenaient à cette tribu. Après l’établissement de ce lien matrimonial, on ne constata plus chez Khalid ibn al-Walid une hostilité aussi vive envers l’islam ; au contraire, quelque temps plus tard, il embrassa volontairement l’islam. De même, après que le Messager d’Allah — qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix — eut épousé Oumm Habiba, fille d’Abou Soufyan, Abou Soufyan, bien qu’il demeurât hostile à l’islam, ne se présenta jamais devant le Messager de Dieu pour l’affronter. Après les mariages du Prophète — qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix — avec Juwayriya et Safiyya, les tribus des Banou al-Mustaliq et des Banou [nom non précisé dans la source] cessèrent de combattre l’islam. On ne trouve aucune preuve que ces deux tribus aient combattu l’islam après que le Prophète — qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix — eut établi avec elles des liens matrimoniaux.
Juwayriya fut considérée comme la plus bénie de toutes les femmes de sa tribu. Après que le bien-aimé Prophète — qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix — l’eut épousée, les Compagnons libérèrent sans condition cent familles de prisonniers de guerre de cette tribu. Ils disaient : « Ce sont les proches de la famille du Messager d’Allah par alliance. » Cette manifestation extraordinaire de miséricorde produisit une profonde impression sur les membres de la tribu.
Mais surtout, le Messager de Dieu — qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix — était chargé de former une nation indisciplinée, d’assurer sa purification intérieure et de l’illuminer par la lumière de la civilisation et de la culture. Ces gens ne connaissaient ni les moyens de la civilisation et de la culture, ni les responsabilités liées au développement de la société. Dans l’établissement des principes sur lesquels devait être fondée la société islamique, il n’était pas possible de faire de distinction entre les hommes et les femmes. Toutefois, il n’était pas non plus possible, dans le cadre d’une pensée exempte de toute discrimination, d’instruire directement les femmes. Or la nécessité de les éduquer n’était nullement moindre que celle d’éduquer les hommes ; on peut même dire qu’elle était plus grande.
Le seul moyen qui s’offrait au Messager d’Allah — qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix — pour atteindre cet objectif était de choisir des femmes d’âges et de compétences variés, puis de réaliser cet objectif plus vaste en s’appuyant sur leur intelligence et leurs aptitudes. Il pouvait instruire les femmes choisies et assurer leur purification intérieure. Il leur enseignerait les prescriptions et les règles de la charia. En outre, il leur enseignerait la civilisation et la culture islamiques de manière à ce qu’elles puissent enseigner les règles de la charia à toutes les femmes, jeunes ou âgées, des villages comme des villes. Ainsi, la transmission de la religion parmi les femmes atteindrait sa pleine réalisation.
C’est pourquoi nous constatons que les Mères des croyants ont joué un rôle majeur dans l’enseignement des règles de la vie conjugale et familiale. Celles qui vécurent longtemps eurent notamment davantage l’occasion d’assumer cette responsabilité. On peut citer à cet égard Aïcha as-Siddîqa (qu’Allah l’agrée). Elle a rapporté abondamment les paroles et les actes de la vie du Prophète.
Un acte du Messager d’Allah — qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix — a aboli une coutume de l’époque de l’ignorance. Cette superstition s’était perpétuée pendant des générations dans la société arabe. La règle voulait que celui qui adoptait quelqu’un comme fils adoptif lui confère le statut et les droits d’un fils véritable. Cette règle était si profondément enracinée dans la société arabe qu’il n’était nullement facile de l’abolir. Pourtant, elle entrait gravement en conflit avec les règles islamiques du mariage, du divorce, de l’héritage et d’autres domaines. En outre, cette superstition de l’époque de l’ignorance avait engendré des actes si éhontés et un tel désordre que libérer la société de leurs conséquences faisait partie des objectifs fondamentaux de l’islam. C’est précisément pour éradiquer cette superstition de l’époque de l’ignorance qu’Allah, le Seigneur des mondes, maria Lui-même le Messager d’Allah — qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix — à Zaynab bint Jahsh.
Il convient de rappeler que Zaynab fut d’abord l’épouse de Zayd. Zayd était le fils adoptif du Prophète ﷺ. Comme l’entente ne régnait pas entre les époux, Zayd décida de divorcer de sa femme. C’était à une époque où tous les mécréants étaient unis contre le Messager d’Allah. Les mécréants se préparaient alors à la bataille de la Tranchée. Entre-temps, une révélation divine avait été annoncée afin de résoudre la question des fils adoptifs. Le Messager d’Allah ﷺ pensa que, dans la situation présente, si Zayd divorçait de sa femme et que le Prophète ﷺ devait épouser la femme répudiée de Zayd, les non-musulmans en profiteraient. Les hypocrites, les polythéistes et les Juifs lanceraient une violente campagne de propagande contre le Messager d’Allah ﷺ et tenteraient d’empoisonner les esprits des musulmans sincères. C’est pourquoi le Messager d’Allah ﷺ s’efforça précisément de faire en sorte que Zayd ne divorce pas de sa femme. Ainsi, la question du mariage du Messager d’Allah ﷺ avec la femme de Zayd ne se poserait pas non plus. Mais Allah n’agréa pas cela. Allah révéla alors à Son Messager un verset au ton sévère : « Rappelle-toi lorsque tu disais à celui qu’Allah avait comblé de bienfaits et que tu avais toi-même comblé de bienfaits : “Garde ton épouse et crains Allah.” Tu cachais en toi ce qu’Allah allait rendre manifeste ; tu craignais les gens, alors qu’Allah est plus digne que tu Le craignes. » (sourate al-Ahzâb, verset 37)
Finalement, Zayd divorça de Zaynab. Après cela, la période de viduité prit fin. Allah fit alors connaître à Son Messager ﷺ Sa décision de faire épouser Zaynab au Messager d’Allah ﷺ. Allah rendit ce mariage obligatoire pour Son Messager ﷺ. Aucun délai ne lui fut laissé. Le Coran dit : « Puis, lorsque Zayd eut cessé toute relation conjugale avec elle, Nous te la fîmes épouser, afin qu’il n’y ait aucune gêne pour les croyants à épouser les femmes de leurs fils adoptifs lorsque ceux-ci cessent toute relation conjugale avec elles. L’ordre d’Allah doit être exécuté. » (sourate al-Ahzâb, verset 37)
Cette disposition avait pour objectif d’éradiquer les coutumes de l’époque de l’Ignorance, ainsi que les superstitions profondément enracinées concernant les fils adoptifs. Le Coran avait déjà aboli cette superstition dans un verset. Allah dit : « Appelez-les du nom de leurs pères : c’est plus équitable auprès d’Allah. » (sourate al-Ahzâb, verset 5)
Allah dit également dans un autre verset : « Muhammad n’est le père d’aucun de vos hommes, mais il est le Messager d’Allah ﷺ et le Sceau des prophètes. »
Il faut se rappeler que, lorsqu’une coutume s’enracine profondément dans la vie sociale, il n’est pas possible de l’éradiquer par de simples paroles. Pour transformer une telle coutume, les paroles seules ne suffisent pas ; celui qui souhaite le changement doit en donner un exemple concret par ses actes. Un exemple peut être cité à ce propos. On peut comprendre la vérité à travers l’attitude des musulmans lors de la trêve de Hudaybiyya. À cette époque, leur dévouement était extraordinaire. ʿUrwa ibn Masʿûd ath-Thaqafî remarqua que les musulmans ne laissaient pas tomber à terre la salive et les crachats provenant de la bouche du Messager d’Allah ﷺ : quelqu’un tendait toujours la main pour les recueillir. Lorsque le Messager d’Allah ﷺ faisait ses ablutions, les Compagnons se disputaient presque l’eau qu’il avait laissée. Ces mêmes Compagnons rivalisaient, lors du pacte de Ridwân, pour prêter serment de mourir sous l’arbre et de ne pas fuir ; parmi eux se trouvaient d’éminents Compagnons tels qu’Abû Bakr et ʿUmar. Ces Compagnons considéraient comme un bonheur et une réussite de donner leur vie pour le Prophète ﷺ et de vivre pour lui. Pourtant, après la conclusion du traité de Hudaybiyya, lorsque le Messager d’Allah ﷺ leur demanda d’égorger chacun son animal sacrificiel, personne ne répondit. Le Messager d’Allah ﷺ en éprouva alors une profonde peine. Son épouse, Umm Salama, lui conseilla de sacrifier silencieusement son propre animal. Le Messager d’Allah ﷺ le fit. Les Compagnons se mirent alors à rivaliser pour suivre le Messager d’Allah ﷺ. Ils se précipitèrent pour égorger leurs propres animaux sacrificiels. Cet événement montre clairement l’importance de la différence entre les paroles et les actes lorsqu’il s’agit de modifier une coutume établie. C’est précisément pour résoudre la difficulté liée à la coutume de l’époque de l’Ignorance concernant les fils adoptifs qu’Allah fit épouser au Messager d’Allah ﷺ la femme divorcée de son fils adoptif.
Après la célébration de ce mariage, les hypocrites commencèrent à mener une vaste campagne de calomnies et de propagande contre le Messager d’Allah ﷺ. Ils répandirent toutes sortes de rumeurs. Une partie de cette propagande influença même des musulmans sincères. Pour la renforcer, les hypocrites trouvèrent également un argument juridique. Ils proclamèrent que l’islam avait autorisé quatre mariages, alors que le Messager avait pris comme cinquième épouse la femme divorcée de son fils adoptif Zayd. Or, l’islam n’autorise pas un musulman à en épouser plus de quatre. Le cœur de leur propagande était le suivant : Zayd était bien le fils adoptif du Messager d’Allah ﷺ, mais prendre pour épouse la femme de son propre fils adoptif était un acte honteux et odieux. Finalement, Allah révéla dans la sourate al-Ahzâb des versets abordant ces deux questions. Les Compagnons comprirent alors que l’islam n’accordait aucune valeur à l’adoption. Ils comprirent également qu’Allah avait accordé à Son Messager une latitude particulière quant au nombre de ses mariages en raison d’un noble objectif. Cette particularité ne fut accordée à personne d’autre.
Avec les Mères des croyants, le Prophète bien-aimé menait une vie extrêmement digne, honorable, élevée et raffinée. Les épouses du Prophète jouaient un rôle remarquable dans tous les domaines : humilité, courtoisie, pudeur, patience, endurance, dévouement au service et respect des droits de leur époux. Pourtant, le Messager d’Allah ﷺ menait une vie très austère et dépourvue de plaisirs. Il n’était nullement facile pour les autres de s’adapter à un tel mode de vie.
Anas dit : « Je ne sais pas si le Messager d’Allah ﷺ a jamais mangé du pain tendre préparé avec de la farine. C’est dans cet état qu’il rencontra Allah. De plus, il ne vit jamais de chèvre rôtie de ses propres yeux. » 2 [Sahîh al-Bukhârî, tome 2, p. 956]
Â’isha as-Siddîqa (qu’Allah l’agrée) dit : « Deux mois entiers s’écoulaient, puis on apercevait le croissant du troisième mois, sans que le feu ne soit allumé dans le foyer de la maison du Messager d’Allah (qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix). » ‘Urwa demanda : « Que mangiez-vous donc ? » Elle répondit : « Rien d’autre que deux choses noires : des dattes et de l’eau. » 3 [Même page, même ouvrage]
Les hadiths sont nombreux à ce sujet. Malgré une pauvreté aussi extrême, aucun comportement répréhensible n’a été observé chez les épouses du Prophète.
En raison de la faiblesse de la nature humaine, une ou quelques erreurs avaient pu se produire. En outre, il était nécessaire d’exposer la règle de la Loi religieuse à ce sujet. C’est pourquoi ce verset fut révélé : « Ô Prophète, dis à tes épouses : “Si vous désirez la vie présente et ses ornements, venez, je vous donnerai de quoi en jouir et vous congédierai convenablement. Mais si vous désirez Allah, Son Messager et la demeure dernière, Allah a préparé pour celles d’entre vous qui font le bien une immense récompense.” » (sourate al-Ahzâb, versets 28-29)
Toutes les épouses du Prophète ont donné la priorité à Allah et à Son Messager. On peut déduire de leur excellence et de leur dignité qu’aucune d’entre elles ne s’est laissée attirer par les biens de ce monde.
Les incidents qui se produisent habituellement entre coépouses sont survenus très rarement parmi les épouses du Prophète, malgré leur grand nombre. Même lorsque quelques faits mineurs se produisirent, après qu’elles eurent été averties, aucun incident susceptible de susciter une objection ne se manifesta de la part de quiconque. Les cinq premiers versets de la sourate at-Tahrîm évoquent cette question.
Enfin, il ne serait pas déplacé de dire que nous ne jugeons pas nécessaire d’aborder ici le nombre d’épouses du Messager d’Allah (qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix). En effet, ceux qui s’élèvent le plus vivement contre cette question sont les habitants de l’Occident. Quel genre de vie mènent-ils ? Ils sont constamment en proie au malheur et à l’amertume. Ils sont entièrement plongés dans une vie dégradante et dans le péché. Alors même qu’ils se détournent du principe de la pluralité des épouses, faut-il vraiment discuter de la tristesse, de la souffrance et du désespoir dans lesquels ils sont plongés tout en se montrant si virulents dans leurs critiques à ce sujet ? 4 [Avoir plusieurs petites amies est-il plus convenable que d’avoir plusieurs épouses ?] Leur mode de vie malheureux démontre à lui seul que le principe islamique de la pluralité des épouses est conforme à la sagesse et à la science. Il offre une solution remarquable aux gens éclairés, vertueux et clairvoyants.
Ses qualités morales et sa beauté physique
Le Messager d’Allah (qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix) possédait des qualités morales et une beauté physique qu’il est impossible de décrire entièrement. Pour ces raisons, les cœurs se donnaient spontanément à lui. Ainsi, les gens se montraient si dévoués pour assurer sa sécurité et préserver son honneur qu’il est impossible d’en trouver un exemple chez quelque autre personnalité au monde. Ses amis et ses compagnons l’aimaient plus que leur propre vie. Ils étaient prêts, si nécessaire, à sacrifier leur propre tête, pourvu qu’aucune égratignure ne touche le corps béni du Messager d’Allah (qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix). Cet amour s’expliquait par le fait qu’il réunissait en lui, à un degré incomparable, toutes les qualités naturelles auxquelles le cœur et l’âme aspirent de toutes leurs forces. Nous exposons ci-dessous, avec humilité, l’essentiel de ce qui concerne la beauté du Messager d’Allah (qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix).
La constitution physique du Noble Prophète
Lors de l’Hégire, le Noble Prophète (qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix), après être resté quelque temps dans la tente d’Oum Ma‘bad al-Khouza‘iyya, se remit en route vers Médine. Après son départ, voici en quels termes Oum Ma‘bad décrivit le Messager d’Allah (qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix) à son mari : « Son teint était éclatant, son visage lumineux, sa constitution belle ; il n’était ni excessivement droit ni incliné, mais d’une beauté extraordinaire et d’une constitution physique remarquable. Ses yeux étaient comme soulignés de khôl, ses cils longs, sa voix claire, son cou long ; ses yeux étaient d’un blanc et d’un noir très marqués, ses cils noirs comme le khôl, ses sourcils fins et harmonieusement reliés, ses cheveux noirs et brillants. Il était d’un naturel calme, séduisant lorsqu’il parlait. Vu de loin, il semblait le plus lumineux et le plus beau de tous ; vu de près, il paraissait majestueux, d’une beauté aimable et agréable. Ses paroles étaient douces et son expression claire ; il ne parlait ni de façon trop concise ni de façon interminable. Lorsqu’il parlait, on aurait dit que des perles tombaient de sa bouche. Il était de taille moyenne, ni si petit ni si grand qu’il en eût paru disgracieux. Lorsque ses Compagnons parlaient autour de lui, il les écoutait avec une profonde attention. Quand il donnait un ordre, ils s’empressaient de l’exécuter. Ses Compagnons lui étaient extrêmement dévoués et éprouvaient pour lui un profond respect et une grande vénération ; aucun n’était arrogant ou insolent, et personne ne parlait à l’excès. » 1 (Zâd al-Ma‘âd, tome 2, p. 54)
Hadrat Ali (qu’Allah l’agrée), décrivant les traits du Messager d’Allah (qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix), rapporte qu’il n’était ni anormalement grand ni petit. Sa constitution était moyenne. Ses cheveux n’étaient ni bouclés ni raides, mais intermédiaires entre les deux. Ses joues n’étaient ni charnues ni maigres, mais intermédiaires. Son front était large et son teint mêlait le rose et la clarté. Ses yeux étaient comme soulignés de khôl et légèrement rougeâtres, avec des cils épais. Une légère ligne de poils descendait de sa poitrine jusqu’à son nombril, tandis que le reste de son corps était dépourvu de poils. Ses mains et ses pieds étaient charnus. En marchant, il levait les pieds d’un mouvement énergique. À le voir marcher, on aurait dit qu’il descendait d’un lieu élevé vers un lieu plus bas. Lorsqu’il portait son regard dans une direction, il le faisait avec une attention entière. Entre ses deux épaules se trouvait le sceau de la prophétie. Il était le dernier de tous les prophètes. Il était le plus généreux, le plus courageux, le plus véridique, celui qui respectait le mieux ses engagements, le plus doux et le plus noble. Celui qui le voyait soudainement était saisi de crainte révérencielle, mais celui qui le connaissait et se présentait devant lui était rempli d’amour pour lui. Celui qui décrivait ses qualités devait dire : “Je n’ai vu personne qui lui ressemblât, ni avant lui ni après lui.” 2 (Ibn Hichâm, tome 1, p. 401-402 ; Tirmidhi, commentaire Tuhfat al-Ahwadhi, tome 4, p. 303)
Dans une autre narration de Hadrat Ali (qu’Allah l’agrée), il est rapporté que sa tête était grande, ses articulations osseuses robustes et qu’une légère ligne de poils se trouvait au milieu de sa poitrine. Lorsqu’il marchait, il avançait d’une telle manière qu’on aurait dit qu’il descendait d’un lieu élevé vers un lieu plus bas. 3 (Tirmidhi, commentaire Tuhfat al-Ahwadhi, tome 4, p. 303)
Hadrat Jabir ibn Samura (qu’Allah l’agrée) rapporte que les muscles du Prophète (qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix) étaient larges, que ses yeux étaient légèrement rougeâtres et que ses chevilles étaient fines. 4 (Sahih Muslim, tome 2, p. 258)
Hadrat Abu Tufayl dit : « Il avait le teint clair et le visage doux. Sa taille était moyenne. » 5 (Sahih Muslim, tome 2, p. 258)
Hadrat Anas ibn Malik dit que les paumes des mains du Prophète (qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix) étaient larges et son teint éclatant ; il n’était ni d’un blanc pur ni de la couleur du blé. Jusqu’à son décès, pas même vingt cheveux de sa tête et de son visage n’avaient blanchi. 6 (Sahih al-Bukhari, tome 1, p. 502) Seuls quelques poils près de ses oreilles avaient blanchi ; quelques cheveux de sa tête étaient également devenus blancs. 7 (Sahih al-Bukhari, tome 1, p. 502)
Hadrat Abu Hudhayfa dit : « J’ai vu blanchir la barbe du Messager d’Allah (qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix), près de sa lèvre inférieure. » 8 (Sahih al-Bukhari, tome 1, p. 502-502)
Hazrat Abdullah ibn Bichr (qu’Allah l’agrée) rapporte : Quelques poils de la barbe du Prophète (que Dieu le bénisse et lui accorde la paix), près de sa lèvre inférieure, étaient devenus blancs. 9 [Ibid., p. 502]
Hazrat al-Barâ rapporte : Le Prophète (que Dieu le bénisse et lui accorde la paix) était de taille moyenne. L’espace entre ses deux épaules était large. Ses cheveux descendaient jusqu’aux lobes de ses deux oreilles. Je l’ai vu vêtu de rouge. Je n’ai jamais rien vu de plus beau que lui. 10 [Ibid., p. 502]
Au début, il aimait se peigner les cheveux à la manière des gens du Livre. Lorsqu’il les peignait, il ne faisait donc pas de raie, mais par la suite il en fit une. 11 [Ibid., p. 502]
Hazrat al-Barâ ibn Âzib (qu’Allah l’agrée) rapporte : Son visage était le plus beau, et ses traits étaient supérieurs à ceux de tous les autres. 12 [Ibid., p. 502 ; Sahîh Muslim, vol. 2, p. 258]
On demanda à Hazrat al-Barâ ibn Âzib (qu’Allah l’agrée) : Le visage du Prophète (que Dieu le bénisse et lui accorde la paix) ressemblait-il à une épée ? Il répondit : Non, son visage ressemblait plutôt à la lune. Selon une autre narration, le visage du Prophète (que Dieu le bénisse et lui accorde la paix) était rond. 13 [Sahîh al-Bukhârî, vol. 1, p. 502 ; Sahîh Muslim, vol. 2, p. 259]
Rabî‘ bint Mu‘awwidh (qu’Allah l’agrée) rapporte : Si vous aviez vu le Messager (que Dieu le bénisse et lui accorde la paix), vous auriez eu l’impression de voir le soleil levant. 14 [Musnad al-Dârimî, Mishkât, vol. 2, p. 517]
Hazrat Jâbir ibn Samura rapporte : Par une nuit de pleine lune, je regardais le Prophète (que Dieu le bénisse et lui accorde la paix). Il portait alors un vêtement rouge. Je regardais tantôt le Prophète (que Dieu le bénisse et lui accorde la paix), tantôt la lune. Finalement, je parvins à la conclusion que notre Prophète (que Dieu le bénisse et lui accorde la paix) était plus beau que la lune. 15 [Shamâ’il al-Tirmidhî, Dârimî, Mishkât, vol. 2, p. 515]
Hazrat Abû Hurayra (qu’Allah l’agrée) rapporte : Je n’ai jamais vu d’homme plus beau que le Messager (que Dieu le bénisse et lui accorde la paix). On aurait dit que le soleil brillait sur son visage. Je n’ai jamais vu quelqu’un aller plus vite que lui. Lorsqu’il se mettait à marcher, on aurait dit que la terre se rétrécissait sous ses pas. Je me fatiguais en marchant, mais lui restait imperturbable. 16 [Jâmi‘ al-Tirmidhî, Sharh Tuhfat al-Ahwadhî, vol. 4, p. 306 ; Mishkât, vol. 2, p. 518]
Hazrat Ka‘b ibn Mâlik (qu’Allah l’agrée) rapporte : lorsque le Prophète (qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix) était heureux, son visage devenait lumineux. On aurait dit un morceau de lune. 17[ Sahîh al-Bukhârî, vol. 1, p. 502]
Un jour, alors qu’il se trouvait auprès de Hazrat ‘Â’isha (qu’Allah l’agrée), son visage, après s’être couvert de sueur, paraissait encore plus lumineux et magnifique. En voyant cela, Hazrat ‘Â’isha (qu’Allah l’agrée) récita ce poème de hazal d’Abû Qubâyeb.18[ Rahmat li-l-‘Âlamîn, vol. 2, p. 172]
« En regardant son visage, je vis
un nuage étincelant qui scintillait sans cesse. »
Hazrat Abû Bakr as-Siddîq (qu’Allah l’agrée) récitait ce poème en le regardant.19[ Khulâsat as-Siyar, p. 20]
« Il appelle au bien et tient ses engagements,
lune de la nuit de pleine lune, qui semble jouer à cache-cache avec les ténèbres. »
Hazrat ‘Umar (qu’Allah l’agrée) récitait à son sujet un poème de Zuhayr. Ce poème avait été écrit au sujet de Haram ibn Sinân.20[ Il récitait.19[ Khulâsat as-Siyar, p. 20]
« Si ce bien-aimé d’Allah n’était pas un être humain,
Il illuminerait alors la nuit de la pleine lune. »
Lorsqu’il se mettait en colère, son visage devenait rouge ; on aurait dit que des grains de raisin avaient été pressés sur ses deux tempes. 21[Michkât, vol. 1, p. 22 ; Tirmidhî, Anwâr al-Qadr, vol. 2, p. 35]
Jâbir ibn Samura rapporte : Lorsque le Prophète — qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix — riait, il riait doucement. À voir ses yeux, on aurait dit qu’ils étaient maquillés au khôl, alors qu’ils ne l’étaient pas. 22[Jâmi‘ at-Tirmidhî, Sharh Tuhfat al-Ahwadhî, vol. 4, p. 306]
‘Abdullah ibn ‘Abbâs — qu’Allah l’agrée — rapporte que les deux incisives du Prophète — qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix — étaient séparées l’une de l’autre. Lorsqu’il parlait, une lueur rayonnait entre ses deux dents. 23[Tirmidhî, Michkât, vol. 2, p. 518]
Son cou était d’une propreté comparable à celle d’un récipient d’argent ; ses cils étaient longs, sa barbe épaisse, son front large, ses sourcils séparés et son nez aquilin. Une fine ligne de poils s’étendait du nombril à la poitrine, et ses bras portaient quelques poils. Son ventre et sa poitrine étaient au même niveau ; sa poitrine et les paumes de ses mains étaient larges. Lorsqu’il marchait, il se penchait légèrement vers l’avant. Il avançait à une allure modérée. 24[Khulâsat as-Siyar, p. 19-20]
Anas — qu’Allah l’agrée — rapporte : Je n’ai jamais vu de soie plus douce que la paume de la main du Prophète — qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix. Je n’ai jamais senti de musc ou d’ambre plus parfumé que le parfum du Prophète. 25[Sahîh al-Bukhârî, vol. 1, p. 503 ; Sahîh Muslim, vol. 2, p. 258]
Abû Zuhayra — qu’Allah l’agrée — rapporte : J’avais placé la main du Messager d’Allah — qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix — sur moi. À ce moment-là, je sentis que cette main était plus froide que la glace et plus parfumée que le musc. 26[Sahîh al-Bukhârî, vol. 1, p. 502
Hadrat Jâbir ibn Samura (qu’Allah l’agrée), alors adolescent, rapporte : le Prophète (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui) posa sa main sur mon front. Je ressentis une fraîcheur et un parfum tels qu’il me sembla qu’il venait de retirer sa main sacrée d’un flacon de parfum d’attab. 27 [Sahîh Muslim, vol. 2, p. 258]
Hadrat Anas (qu’Allah l’agrée) rapporte : la sueur du Messager d’Allah (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui) était semblable à des perles. Hadrat Umm Sulaym (qu’Allah l’agrée) dit que cette sueur avait le parfum le plus exquis. 28 [Sahîh Muslim, vol. 2, p. 256]
Hadrat Jâbir (qu’Allah l’agrée) rapporte : lorsque le Prophète (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui) empruntait un chemin, quiconque passait ensuite par ce même chemin pouvait comprendre qu’il y était passé. 29 [Dâ’imî Mishkât, vol. 2, p. 17]
Entre les deux épaules du Prophète (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui) se trouvait le sceau de la prophétie. Ce sceau, qui ressemblait à un œuf de pigeon, avait la même couleur que son teint. Il était situé près de l’os tendre de l’épaule gauche. 30 [Sahîh Muslim, vol. 2, p. 259-260]
Traits de caractère
Le Messager d’Allah (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui) parlait un arabe pur : une parole franche, naturelle, dépourvue d’ambiguïté et pleine de sens. Il possédait des qualités exceptionnelles et connaissait toutes les langues des Arabes. C’est pourquoi il parlait à chaque tribu dans sa propre langue et selon sa propre terminologie. Il maîtrisait le style d’expression ferme des Bédouins, leur manière de s’adresser aux autres, ainsi que la langue pure de la vie citadine. À cela s’ajoutait l’aide d’Allah fondée sur la révélation.
Il possédait les qualités de tolérance, de patience et de pardon. Toutes lui venaient en réalité d’Allah Tout-Puissant. En général, toute personne patiente et tolérante présente quelque défaut, mais le Prophète (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui) faisait entièrement exception. Ses traits de caractère étaient si élevés et si nobles que plus les ennemis multipliaient leurs manœuvres contre lui et plus les malfaiteurs s’efforçaient de lui nuire, plus sa patience augmentait.
Hadrat Aïcha (qu’Allah l’agrée) rapporte : lorsqu’on demandait au Noble Prophète (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui) de choisir entre deux choses, il choisissait toujours la plus facile. Il s’éloignait de tout acte lié au péché. Il ne s’est jamais vengé de quelqu’un pour lui-même. Toutefois, lorsque l’honneur d’Allah était bafoué, il se vengeait pour Allah. 31 [Sahîh Bukhârî, vol. 1, p. 503]
Il se tenait éloigné de la colère et de toute conduite insolente. Il se montrait facilement satisfait de chacun. Il était impossible de mesurer sa générosité et sa compassion. Il faisait l’aumône avec un cœur affranchi de la crainte de la pauvreté. Ḥaḍrat ʿAbd Allāh ibn ʿAbbās (qu’Allah l’agrée) rapporte que le Prophète (qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix) était le plus généreux de tous. Sa générosité augmentait encore pendant le mois de Ramadan, lorsqu’il rencontrait Ḥaḍrat Jibrīl (que la paix soit sur lui). Chaque nuit de Ramadan, il rencontrait Ḥaḍrat Jibrīl (que la paix soit sur lui) et lui récitait le Coran. Il était plus prompt à faire le bien et à se montrer généreux que le vent porteur de pluie. 32 [Ṣaḥīḥ al-Bukhārī, vol. 1, p. 517]
Ḥaḍrat Jābir (qu’Allah l’agrée) rapporte : jamais quelqu’un ne lui demanda quelque chose sans qu’il acceptât de la lui donner. 33 [Ṣaḥīḥ al-Bukhārī, vol. 2, p. 517]
En matière de courage et de bravoure, le noble Prophète (qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix) était sans égal. Il était le plus grand des héros. Lorsque, dans les situations difficiles, les guerriers les plus éminents perdaient pied, le Messager agréé (qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix) demeurait fermement inébranlable. Même dans ces moments extrêmement pénibles, il avançait sans reculer. Sa détermination ne connaissait pas le moindre trouble. Ḥaḍrat ʿAlī (qu’Allah l’agrée) rapporte : lorsque les horreurs de la guerre apparaissaient et qu’une situation extrêmement difficile se présentait, nous cherchions refuge sous la protection du Messager (qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix). Nul ne pouvait affronter l’ennemi avec plus de fermeté que lui. 34 [al-Shifāʾ, Qāḍī ʿIyāḍ, vol. 1, p. 89, al-Ṣiḥāḥ]
Ḥaḍrat Anas (qu’Allah l’agrée) rapporte qu’une nuit, la panique se répandit parmi les habitants de Médine. Tous se mirent à courir en direction des cris. En chemin, ils rencontrèrent le Prophète. Il s’avança vers le tumulte. À ce moment-là, il montait à cru le cheval de Ḥaḍrat Abū Ṭalḥa (qu’Allah l’agrée). Une épée était suspendue à son cou. Il disait aux gens : « N’ayez pas peur, n’ayez pas peur. » 35 [Ṣaḥīḥ Muslim, vol. 2, p. 252 ; Ṣaḥīḥ al-Bukhārī, vol. 1, p. 407]
Le Prophète (qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix) était d’une pudeur incomparable. Il gardait habituellement les yeux baissés vers le sol. Ḥaḍrat Abū Saʿīd al-Khudrī (qu’Allah l’agrée) dit : « Le Prophète (qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix) était plus pudique qu’une jeune fille vierge voilée. » Lorsqu’une chose lui déplaisait, on pouvait le comprendre rien qu’en regardant son visage. 36 [Ṣaḥīḥ Muslim, vol. 2, p. 252 ; Ṣaḥīḥ al-Bukhārī, vol. 1, p. 407] Il ne fixait jamais longuement le visage de quelqu’un. Il baissait le regard et regardait plus souvent vers le bas que vers le haut. Lorsqu’il regardait, il le faisait généralement les yeux baissés. Sa pudeur et son sens de la dignité étaient si grands qu’il ne disait jamais directement à quelqu’un une parole désagréable en face. Lorsqu’une parole désagréable concernant quelqu’un lui parvenait, il ne le mettait pas dans l’embarras en mentionnant son nom. Il disait plutôt : « Certaines personnes disent ceci ou cela. » Le célèbre poète arabe al-Farazdaq a remarquablement exposé cette qualité du Prophète (qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix) dans ses vers.
« Il est pudique, aussi baisse-t-il le regard,
À sa vue, tous les yeux se baissent ;
C’est alors qu’il devient possible de lui parler. »
Quand un doux sourire fleurissait sur ses lèvres. »
Il était le plus juste, le plus pur, le plus véridique et le plus digne de confiance. Amis comme ennemis le reconnaissaient tous. Avant même de recevoir la prophétie, il avait reçu le titre d’« al-Amîn ». À l’époque de la Jahiliya, les deux parties, plaignante et défenderesse, se présentaient auprès de lui pour qu’il rende la justice. Il est rapporté dans le Tirmidhi Sharîf, d’après Hadrat Ali (qu’Allah l’agrée), qu’un jour Abou Jahl dit au Prophète (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui) : « Nous ne vous traitons pas de menteur, mais nous déclarons mensonger ce que vous prêchez. » À la suite de ces paroles, Allah le Très-Haut révéla ce verset : « Ce n’est pas toi qu’ils traitent de menteur ; ce sont plutôt les injustes qui nient les signes d’Allah. » 37 [Mishkât, vol. 2, p. 521] (Al-An‘âm, verset 33).
L’empereur Héraclius demanda à Abou Soufiane si, avant que ce prophète ne prononce les paroles qu’il annonçait, un événement s’était produit qui aurait pu le faire traiter de menteur. Abou Soufiane répondit : « Non. »
Le Prophète (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui) était extrêmement humble et dépourvu d’orgueil. Il interdisait à ses Compagnons de se tenir debout devant lui dans l’attitude inclinée avec laquelle les serviteurs et les admirateurs des rois se tiennent en leur honneur. Il servait les pauvres et les nécessiteux et fréquentait les indigents. Il acceptait même les invitations des esclaves. Parmi ses nobles Compagnons, il s’asseyait comme n’importe quelle personne ordinaire.
Hadrat Aïcha (qu’Allah l’agrée) rapporte qu’il réparait lui-même ses chaussures. Il raccommodait lui-même ses vêtements. Il accomplissait de ses propres mains les tâches ordinaires de la maison. Il était un homme comme tous les autres gens ordinaires. S’il trouvait des poux dans ses vêtements, il les retirait lui-même ; il trayait lui-même les chèvres et accomplissait lui-même ses tâches. 38 [Mishkât, vol. 2, p. 520]
Le Prophète (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui) excellait à tenir ses engagements. Il accordait une attention extrême à ses proches. Il fréquentait les gens avec bienveillance et sincérité. En humilité et en douceur, il était incomparable. Son caractère était d’une beauté unique. Il ne possédait pas la moindre trace de mauvais caractère. Par nature, il ne prononçait jamais de paroles indécentes. Même involontairement, il ne disait jamais de paroles grossières. Il ne maudissait jamais personne. Lorsqu’il se rendait au marché, il ne criait pas à tue-tête. Il ne rendait pas le mal par le mal ; au contraire, il pardonnait même à celui qui en était responsable. Si quelqu’un se mettait à le suivre, il ne le laissait pas derrière lui pour continuer son chemin. Pour manger et boire, il ne se considérait pas différent des serviteurs. Il accomplissait même les tâches de son serviteur. Il ne manifestait jamais d’agacement envers lui. Il ne lui reprochait jamais de faire ou de ne pas faire une tâche. Il aimait les pauvres et les nécessiteux. Il les fréquentait et assistait à leurs funérailles. Il ne méprisait aucun pauvre en raison de sa pauvreté. Un jour, alors qu’il voyageait, il fut décidé d’égorger une chèvre. L’un dit : « Je me charge de l’égorger », un autre : « Je me charge de la dépouiller », et un troisième : « Je me charge de la cuisiner. » En entendant cela, le Prophète (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui) dit : « Je me charge de ramasser le bois. » Les Compagnons dirent : « Ô Messager d’Allah (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui), nous allons accomplir cette tâche pour vous. » Mais le Prophète (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui) n’accepta pas. Il dit : « Je sais que vous l’accomplirez pour moi, mais je ne veux pas me placer à part de vous et m’en distinguer. En effet, Allah le Très-Haut n’aime pas que certains serviteurs cherchent à se distinguer des autres. » Puis il partit ramasser du bois. 39 [Kholâsat as-Siyar, p. 23]
Écoutons à présent, à travers les paroles de Hind ibn Abî Hâla, la description des qualités et des traits du Messager d’Allah (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui). Dans une longue narration, Hind dit : « Le Prophète bien-aimé était profondément absorbé par la réflexion. Il méditait constamment. Il prononçait clairement les mots au début comme à la fin de ses propos. Il ne parlait jamais d’une manière indistincte. Il tenait des propos pertinents et dépourvus d’ambiguïté, sans aucune prolixité. Il était doux de caractère. Il ne méprisait aucun bienfait, même s’il était très modeste. Il ne dénigrait ni ne critiquait rien. Il ne critiquait pas non plus les aliments et les boissons. Lorsqu’un comportement contraire à la vérité et à la justice se manifestait chez quelqu’un, il en éprouvait de l’irritation et ne cessait pas de lui en vouloir avant d’avoir obtenu réparation. Toutefois, son cœur était généreux. Il ne se mettait jamais en colère contre quelqu’un pour une raison personnelle et ne se vengeait de personne. Pour désigner quelqu’un d’un geste, il utilisait toute la paume de sa main. Lorsqu’il était étonné, il retournait ses mains. Lorsqu’il se mettait en colère, il détournait le visage ; lorsqu’il était heureux, il baissait le regard. La plupart du temps, il souriait légèrement. Quand il souriait ainsi, une partie de ses dents brillait. »
Il s’abstenait des paroles futiles. Il s’efforçait de rassembler ses compagnons et non de les séparer. Il honorait les personnes respectées de toutes les communautés. Il ne nommait comme dirigeants que des personnes honorables. Il s’abstenait de nuire aux gens.
Il s’enquérait de la situation des Compagnons et prenait de leurs nouvelles. Il louait les bonnes choses et critiquait les mauvaises. En toute chose, il aimait la modération. Il n’aimait pas que l’on soit inattentif à quelque sujet que ce soit. Il se préparait mentalement à toute éventualité. Il n’aimait pas s’éloigner de la vérité et de la justice. Il se tenait éloigné du mensonge. Ceux qui se trouvaient près de lui étaient les meilleurs des hommes. Parmi eux, il estimait particulièrement ceux qui étaient bienfaisants envers autrui. À ses yeux, ils jouissaient d’une plus grande considération ; autrement dit, les meilleurs étaient ceux qui compatissaient aux souffrances des autres, qui étaient naturellement graves et qui aidaient leur prochain.
Il se souvenait toujours d’Allah en se levant comme en s’asseyant. Il n’avait pas de place attitrée pour s’asseoir. Lorsqu’il se rendait à une assemblée, il s’asseyait là où il trouvait une place libre. Il considérait tous les présents sur un pied d’égalité. Personne ne pensait qu’un tel ou un tel recevait plus de considération que lui, et nul n’en éprouvait de ressentiment ou de peine. Si quelqu’un s’asseyait ou se tenait debout auprès de lui pour un besoin quelconque, il attendait que ce besoin soit satisfait. Sa patience ne faiblissait jamais. Si quelqu’un lui demandait quelque chose, il donnait généreusement. Il ne congédiait pas le demandeur avant de lui avoir accordé ce qu’il demandait ou de l’avoir réjoui par une parole aimable. Par la noblesse de son caractère, il contentait tout le monde. Il était comme un père pour tous. À ses yeux, tous étaient égaux. Si la supériorité ou le rang de quelqu’un devait être établi, cela se faisait selon la taqwâ. Ses assemblées étaient des assemblées de savoir, de patience, de pudeur et d’honnêteté. Personne n’y parlait à voix haute et la dignité de personne n’y était bafouée. Tous témoignaient de la compassion les uns envers les autres sur la base de la taqwâ. Tous respectaient les aînés et manifestaient de l’affection aux plus jeunes. Lorsqu’un besoin se présentait, on y pourvoyait. Les inconnus n’étaient ni méprisés ni négligés ; on faisait au contraire leur connaissance et on leur témoignait de la cordialité.
Le visage du Prophète, qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix, affichait toujours un léger sourire. Il était d’un tempérament doux. La rudesse était contraire à sa nature. Il ne parlait pas d’une voix trop forte. Aucune parole indécente ne sortait de sa bouche. Même lorsqu’il était irrité contre quelqu’un, il ne lui parlait pas en le réprimandant. Lorsqu’il faisait l’éloge de quelqu’un, il ne le louait pas à l’excès. Il oubliait facilement ce qui ne l’intéressait pas. En aucune circonstance, personne ne repartait déçu de chez lui. Il se tenait à l’écart de trois choses : 1) l’orgueil, 2) toute forme d’excès et 3) les paroles dénuées de sens. Et il protégeait les gens de trois choses : 1) la médisance, 2) le fait de faire honte à quelqu’un et 3) la divulgation des défauts d’autrui.
Il ne prononçait que des paroles dont on pouvait espérer la récompense. Lorsqu’il parlait, ses Compagnons s’asseyaient la tête si basse qu’on aurait dit que des moineaux étaient posés sur leur tête. Lorsque le Prophète, qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix, achevait de parler et se taisait, les Compagnons conversaient entre eux. Aucun Compagnon ne tenait de propos superflus avec le bien-aimé Prophète, qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix. Lorsqu’un Compagnon commençait à rapporter une parole du bien-aimé Prophète, qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix, tous les autres présents l’écoutaient attentivement. Le silence était maintenu jusqu’à ce qu’il ait fini de parler. Ce qui faisait rire les Compagnons faisait aussi rire le Prophète, qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix. Ce qui les étonnait étonnait également le Prophète, qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix. Même lorsqu’un inconnu se montrait immodéré dans sa manière de parler, le Prophète ne perdait pas patience. Il disait : « Lorsque tu vois quelqu’un dans le besoin, pourvois à son besoin. » En aucune circonstance, il n’appréciait les éloges adressés à autrui, sauf lorsqu’ils constituaient la reconnaissance d’un bienfait. 40 [Al-Shifâ, Qâdî ‘Iyâd, tome I, p. 121-126 ; Shamâ’il al-Tirmidhî.]
Hazrat Kharija ibn Zayd (qu’Allah l’agrée) rapporte que le Prophète, qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix, était la personne la plus honorée et la plus éminente dans son assemblée. Il s’habillait avec décence. Il observait le silence la plupart du temps. Il ne parlait pas sans nécessité. Lorsqu’une personne tenait des propos inutiles et hors de propos, il détournait son visage d’elle. Lorsqu’il riait, il riait doucement ; il parlait clairement et ne disait rien de futile ou d’inutile. Les Compagnons ne riaient pas à haute voix devant le Prophète, qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix. En sa présence, ils retenaient leur rire et souriaient doucement. 41 [16 ramadan 1404 de l’Hégire, correspondant au 17 ramadan 1984 de l’ère chrétienne.]
En somme, le Prophète, qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix, était un homme accompli, doté de qualités et de vertus incomparables. Allah, le Seigneur des mondes, lui avait accordé des qualités inégalables. En l’honneur de Son bien-aimé Prophète, Allah a dit : « Innaka la‘alâ khuluqin ‘azîm », c’est-à-dire : « Tu possèdes assurément un caractère éminent. »
C’était une qualité incomparable qui poussait les gens à accourir vers lui. L’amour qu’ils lui portaient était profondément enraciné dans leurs cœurs. Son leadership était si incontestable que les gens lui étaient entièrement dévoués.
Grâce à l’excellence de ses qualités humaines, la rudesse de son peuple se transforma complètement en douceur. Finalement, les gens, par groupes entiers, trouvèrent refuge sous l’égide de la religion choisie par Allah et en furent comblés.
Il faut se rappeler que toutes les qualités du Prophète (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui) que nous avons exposées précédemment n’étaient qu’une esquisse de ses qualités extraordinaires et incomparables. En réalité, ses qualités étaient si vastes et si nombreuses qu’il est impossible d’en achever l’exposé, tout comme il est impossible de mesurer l’ampleur et la profondeur des traits de son caractère.
Il est impossible à quiconque de décrire la plus éminente figure de l’histoire de l’humanité. Cet homme éminent, modèle suprême de perfection, se distinguait par le fait qu’il occupait le sommet de l’humanité. Il était si illuminé par la sainte lumière du Seigneur des mondes qu’il est dit dans le Noble Coran que le Coran constituait la description de son caractère. Les traits de son caractère étaient le reflet concret et complet du Noble Coran.
« Ô Allah, répands la paix et les bénédictions sur Muhammad (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui) ainsi que sur sa famille, comme Tu as répandu la paix et les bénédictions sur Abraham (paix sur lui) ainsi que sur sa famille. Tu es certes digne de louange et de gloire.
Cette personne n’aura que la part de récompense correspondant à ce qu’elle
(a accompli dans ce monde), et le châtiment qui lui
est réservé sera à la mesure de l’injustice qu’elle
a commise. (Ainsi,) ô notre Seigneur,
si nous oublions quelque chose, où que ce soit,
Si nous commettons une erreur,
ne nous châtie pas pour cela.
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Ouvrages de référence : les fleurs dont j’ai tressé la guirlande
Ouvrages de référence
| Numéro | Titre de l’ouvrage | Nom de l’auteur | Année du décès | Maison d’édition | Date de publication |
| 1 | Akhbār al-Kirām ou Akhbār al-Masjid al-Harām | Masjid al-Harām Masjid al-Harām ʿĀṣadī al-Makkī | 1066 de l’Hégire | Al-Maṭbaʿa al-Salafiyya, Bénarès | 1396 H |
| 2 | Al-Adab al-Mufrad | Muhammad ibn Ismaïl al-Boukhari | 356 H | Istanbul | 1304 H |
| 3 | Al-Aʿlām | Khayr ad-Dîn az-Ziriklî | Le Caire | 1954 H. | |
| 4 | Al-Bidâya wa-n-Nihâya | Ismâʿîl ibn Kathîr ad-Dimachqî | As-Sayyida, Égypte | 1332 H | |
| 5 | Bulûgh al-Marâm min Adillat al-Ahkâm | Ahmad ibn Hajar al-Asqalani | 856 H | Qayumi Press, Kanpur, Inde | 1323 H |
| 6 | Tarikh-e Ard al-Qur’an | Sayyid Sulayman Nadwi | 1373 H. | Ma’arif Press, Azamgarh | 1955 apr. J.-C. |
| 7 | Tarikh-e Islam | Akbar Khan Shah Nairabadi | Maktaba Rahmat, Deoband | ||
| 8 | Tarikh al-Umam wa-l-Muluk | Ibn Jarir al-Tabari | Al-Hasanat al-Misriyya | ||
| 9 | Tarikh Umar ibn al-Khattab | Abu al-Faraj Abd al-Rahman ibn al-Jawzi | At-Tawfîq al-Adîba, Égypte | ||
| 10 | Tuhfat al-Ahwadhî | Abû al-Alâ Abd ar-Rahmân al-Mubârakfûrî | 1353 H. | Barkî Press, Delhi, Inde | 1346 H. |
| 11 | Tafsîr Ibn Kathîr | Ismâ‘îl ibn Kathîr al-Dimashqî | Dâr al-Andalus, Beyrouth | ||
| 12 | Tafhîm ul- | Oustâdh Sayyid Abû al-A‘lâ al-Mawdûdî (que Dieu lui fasse miséricorde) | Markazî Maktaba Jamâ‘at-e Islâmî | ||
| 13 | Talqîh fahm ahl al-athâr | Abû al-Faraj Abd al-Rahmân ibn al-Jawzî | 597 H. | Zayed Barki Press, Delhi, Inde | |
| 14 | Jâmiʿ al-Tirmidhî | Abû ʿÎsâ Muhammad ibn ʿÎsâ al-Tirmidhî | 279 H. | Maktaba Rashidiyya, Delhi, Inde | |
| 15 | Al-Jihad fi al-Islam | Ustadh Sayyid Abul A’la Mawdudi (que Dieu lui fasse miséricorde) | Islamic Publication | 1967 apr. J.-C. | |
| 16 | Khulasat as-Siyar | Ibn Abdallah al-Tabari | 674 | Delhi Print, Delhi, Inde | |
| 17 | Rahmatul lil-Alamin | Mohammad Solaiman Manjunpuri | 1930 H. | Hanif Book Depot, Delhi, Inde | |
| 18 | La vie politique du Noble Messager | Dr Hamidullah, Paris | Salem Company, Deoband | 1963 apr. J.-C. | |
| 19 | Ar-Rawd al-Unuf | Abû al-Qâsim Abd ar-Rahmân ibn Abd Allah al-Suhaylî | 581 H | Al-Jayaliya, Égypte | 1332 H |
| 20 | Zâd al-Maʿâd | Hâfiz Ibn Qayyim | 751 H | al-Misriyya | 1347 H |
| 21 | Safar al-Takwīn | ||||
| 22 | Sunan Ibn Mâjah | Ibn Yâsîn Ibn Mâjah | 273 H | ||
| 23 | Sunan Abû Dâwûd | Abû Dâwûd | 275 H | 1375 H | |
| 24 | |||||
| 25 | La Sîra al-Halabiyya | Ibn Burhânuddîn | |||
| 26 | Sîrat al-Nabawiyya | Abû Muhammad ʿAbd al-Malik ibn Hishâm | 218 H | 1375 H | |
| 27 | Sharḥ Shuyūr al-Ṣaḥāba | Jamâl al-Dîn ibn Hishâm al-Anṣârî | 761 H. | Maktaba al-Sajda, Égypte | |
| 28 | Sharh Sahih Muslim | Abu Zakariya Muhyiddin Yahya ibn Sharif al-Ansari | 676 H. | Maktaba Rashidiyya, Delhi | 1376 H. |
| 29 | Commentaire du Sahîh Muslim | Abû Zakariyyâ Muhyî al-Dîn Yahyâ ibn Sharaf al-Ansârî | Voir ci-dessus | 1312 H. | |
| 30 | Al-Chifâ bi-taʿrîf ḥuqûq al-Mustafâ | Qâdî ʿIyâd | Maktaba-e Othmaniya, Istanbul | 1312 H. | |
| 31 | Sahih al-Bukhari | Muhammad Ismaïl al-Bukhari | 256 H. | Maktaba Rahimiya, Deoband | 1387 H. |
| 32 | Sahîh Muslim | Muslim ibn al-Hajjaj al-Qushayri | Maktaba Rashidiyya, Delhi, Inde | 1376 H. | |
| 33 | *** | ||||
| 34 | Traité de Hudaybiyya | Muhammad Ahmad Bashamil | Dar al-Faqer, Égypte | 1391 H. | |
| 35 | à *** | Muhammad ibn Sa’d | Matā Abā** | 1322 H | |
| 36 | ‘Awn al-Ma‘bûd, commentaire d’Abû Dâwûd | Abû Tayyib Shams al-Haqq ʿAzîmâbâdî | Première édition | ||
| 37 | Bataille d’Uhud | Muhammad Ahmad Bâshamîl | Deuxième édition | ||
| 38 | La bataille de Badr al-Kubra | Muhammad Ahmad Bashamil | 1376 H. | ||
| 39 | La bataille de Khaybar | Muhammad Ahmad Bashamil | Dār al-Fikr | ||
| 40 | Ghazwat Banū Qurayẓa | Muḥammad Aḥmad Bāshāmīl | 1376 H. | ||
| 41 | Fatḥ al-Bārī | Aḥmad ibn ʿAlī ibn Ḥajar al-ʿAsqalānī | 852 H. | Maktaba al-Salafiyya | |
| 42 | Fiqh al-Sîra | Muhammad al-Ghazâlî | Dâr al-Kitâb al-‘Arabî | 1370 H. | |
| 43 | Tafsîr Fî Zilâl al-Qur’ân | Sayyid Qutb, le martyr | Dâr Ihyâ’ al-Turâth al-‘Arabî |
La traduction bengalie de ce tafsir a été publiée par l’Académie du Coran de Londres
| 44 | Le Noble Coran | ||||
| 45 | Qalb-e Jazîrat al-‘Arab | Fouad Hamza | Al-Maktaba al-Salafiyya, Égypte | 1352 H. | |
| 46 | Ce que le monde a perdu avec le déclin des musulmans | Sayyid Abou al-Hassan Ali Nadwi | Maktaba Dar al-Uruba, Le Caire | 1381 H. | |
| 47 | Conférences sur l’histoire des nations islamiques | Cheikh Mohammed al-Khazrami | Al-Maktaba al-Tijariyya, Égypte | 1382 H. | |
| 48 | Abrégé de la biographie du Messager | Cheikh al-Islam Mohammed ibn Abd al-Wahhab al-Najdi | 1206 H | Imprimerie de la Sunna muhammadienne | 1375 H |
| 49 | Abrégé de la biographie du Messager | Cheikh de l’islam Muhammad ibn Abd al-Wahhab al-Najdi | 1242 | Imprimerie salafiste, Égypte | 1679 H. |
| 50 | Madarik al-Tanzil li-Nasafi | 1378 H. | |||
| 51 | Mir’at al-Mafatih (tome 2) | Cheikh Obaidullah Rahmani Mubarakpuri |
| Nami Press, Lucknow | 1378 H |
| 52 | Les Prairies d’or | Abû al-Hasan ʿAlî al-Masʿûdî | Ach-Charakât al-Islâmiyya | ||
| 53 | Al-Mustaʿâra | Abû ʿAbdallah Muhammad al-Hâkim al-Nîsâbûrî | Dā’irat al-Maʿārif al-ʿUthmāniyya, Hyderabad | ||
| 54 | Musnad Aḥmad | Imam Aḥmad ibn Muḥammad ibn Ḥanbal | 264 H | ||
| 55 | Musnad al-Dārimī | Ibn ʿAbd al-Raḥmān al-Dārimī | 255 H | ||
| 56 | Mishkat al-Masabih | Wali al-Din Muhammad ibn Abd Allah al-Tabrizi | Maktaba Rahimiyya, Deoband | ||
| 57 | Mu’jam al-Buldan | Yaqut al-Hamawi | |||
| 58 | Al-Mawāhib al-ladunniyya | Al-Qastallānī | Al-Maṭbaʿa al-Sharafiyya | 1336 H | |
| 59 | Al-Muwaṭṭaʾ de l’imam Mālik | L’imam Mālik ibn Anas al-Aṣbaḥī | 69 H | Maktaba Rahimiyya, Deoband | |
| 60 | Wafā al-Wafā | ʿAlī ibn Aḥmad al-Samhūdī |