Avant-propos

La doctrine et les données de la vie islamique reposent sur deux fondements essentiels : l’un est le Noble Coran, l’autre les hadiths du Messager. Le Noble Coran a présenté l’ossature fondamentale de l’islam, tandis que les hadiths du Messager ont édifié sur cette structure un bâtiment complet. C’est pourquoi, dans la règle de vie islamique, les hadiths du Messager revêtent une importance extrême immédiatement après le Noble Coran. C’est dans les hadiths que se reflète le vaste aperçu de la règle de vie islamique. Ainsi, pour comprendre l’enseignement et le sens profond du Noble Coran et construire en conséquence l’individu, la famille et la société, rien ne saurait remplacer les hadiths.

Conformément à l’enseignement du Noble Coran, la vie et la conduite du Noble Messager (paix et bénédictions sur lui) constituent pour les musulmans l’« uswa-e hasana », c’est-à-dire le meilleur modèle. Ce modèle s’étend à tous les domaines de la vie, de la société, de l’État et de l’économie des musulmans. La description exacte et irréprochable de ce modèle est conservée dans l’immense trésor des hadiths. Dès lors, pour vivre en véritable musulman et s’acquitter pleinement de ses responsabilités, il est absolument indispensable d’étudier largement les hadiths et d’acquérir une connaissance suffisante de leur authenticité et de leur valeur probante. Ne pas acquérir de connaissance des hadiths revient en réalité à rester ignorant de l’islam.

Il est regrettable que, depuis fort longtemps, des efforts soient déployés pour créer un écran de fumée de doutes concernant l’autorité probante et l’authenticité des hadiths, ainsi que leur compilation et leur conservation, dans le but de séparer la vie des musulmans de la vie et de la conduite du Noble Messager (paix et bénédictions sur lui) et de transformer l’islam en une religion inanimée et figée. En réalité, ces efforts ont commencé avec l’essor de la secte muʿtazilite après la fin de l’âge d’or de l’islam ; par la suite, un groupe de négateurs des hadiths, revêtant le masque des « coranistes », a tenté à diverses époques de semer habilement la confusion parmi les musulmans.

Dans les années cinquante et soixante, un milieu conspirateur similaire a également lancé dans le sous-continent une campagne virulente contre les hadiths. Il a soulevé diverses questions absurdes au sujet de leur compilation, de leur mise par écrit et de leur conservation, et a cherché à semer la confusion dans l’esprit des musulmans quant à leur autorité probante et à leur authenticité. Il est regrettable que certains hauts responsables des sphères gouvernementale et administrative du Pakistan d’alors aient eux aussi, à l’abri du pouvoir officiel, encouragé cette conspiration.

C’est précisément pour combattre cette conspiration désastreuse que l’éminent spécialiste des hadiths de cette région, le cheikh de l’islam, le vénérable ʿAllāma Muhammad ʿAbd al-Rahīm, a rédigé, au début des années soixante, cet ouvrage monumental intitulé « Histoire de la compilation des hadiths ».

Fruit de près d’une demi-décennie d’études et de recherches approfondies, cet ouvrage précieux apporte une réponse détaillée et exhaustive à toutes les questions retorses des adversaires des hadiths concernant leur compilation, leur mise par écrit, leur conservation et l’histoire de la science des hadiths ; l’auteur y a également dissipé avec une grande compétence tous les doutes et toutes les ambiguïtés liés à ce sujet. Nous rendons d’infinies actions de grâce à Allah : l’ouvrage a déjà acquis le statut de manuel indispensable dans le domaine de l’étude des hadiths en langue bengalie.

Au cours des vingt-six dernières années, cinq éditions de cet ouvrage exceptionnel ont été publiées. Sa première édition a été publiée par l’institution nationale Bangla Academy en 1970. Après l’avènement du Bangladesh, ses troisième, quatrième et cinquième éditions ont été publiées de 1980 à 1992, avec le concours de l’Islamic Foundation Bangladesh. Cette continuité éditoriale témoigne indubitablement de la remarquable popularité de l’ouvrage. À présent, Khairun Prakashani, chargée de la publication des œuvres de Maulana ʿAbd al-Rahīm, a entrepris l’ensemble des démarches nécessaires à la publication et à la commercialisation convenables de l’ouvrage. En outre, nous avons fait tout notre possible pour corriger les fautes d’impression des éditions précédentes. Nous sommes fermement convaincus que cette édition de l’ouvrage recevra un accueil encore plus favorable de la part des lecteurs érudits.

Puisse le Très-Haut accorder à l’auteur le bénéfice du Jannat al-Firdaws pour cet incomparable service religieux : telle est notre humble prière.

Muhammad Habibur Rahman

Président

Fondation Maulana Abdur Rahim

Dhaka : août 1997

Introduction

La nature humaine comporte naturellement deux tendances opposées. La première consiste à reconnaître la soumission à autrui, et la seconde à assujettir les autres à soi-même. (Instincts de soumission et de grégarité.) En d’autres termes, la soumission et l’exercice de la domination sont tous deux inhérents à la nature humaine, et ces deux qualités existent généralement chez l’être humain à des degrés presque égaux. D’un côté, la nature humaine le pousse à entreprendre de dominer autrui ; de l’autre, exactement de la même manière, elle l’oblige à incliner la tête en signe de soumission devant une puissance supérieure. Celui qui exerce sa domination sur des centaines de millions d’hommes dans le monde sera lui-même vu, la tête inclinée, devant quelque puissance plus élevée et plus grande. C’est parce que ces deux tendances — l’exercice de l’influence et la reconnaissance de la soumission — sont inhérentes à la nature humaine que l’être humain est capable de vivre en société et d’assumer des responsabilités sociales en s’unissant à de nombreuses personnes. Sans ces tendances, ni la société n’aurait pu se former, ni le palais d’un État n’aurait pu se dresser, la tête haute, au-dessus de la société.

Ce n’est qu’au terme d’une étude plus approfondie de la nature humaine et de la psychologie qu’il est possible de saisir la véritable portée de cette théorie. Ces deux tendances opposées inhérentes à la nature humaine ne sont ni inutiles ni répréhensibles. Toute tendance naturelle, toute inclination et tout élan affectif possède une limite conforme à sa nature ; ce n’est qu’en restant dans cette limite déterminée qu’elle peut être bénéfique à l’être humain.

Cette conception de l’obéissance et de l’exercice de l’influence, dans le processus d’évolution au fil du temps, établit des relations et des liens entre l’un et le multiple. Lorsque le cours de cette conception se dessèche et s’immobilise, le progrès de la civilisation est nécessairement entravé et la machine de la vie finit par se détraquer. Pour cette raison, aucune idéologie ni aucune pensée de ce monde ne peut être entièrement nouvelle et incomparable, quelle que soit l’impression de nouveauté ou d’originalité qu’elle puisse donner en apparence. Au contraire, il suffit de l’examiner d’un regard pénétrant pour retrouver, dans les profondeurs du passé, les racines fondamentales de chacune d’elles. Lorsque le talent pour la recherche et l’investigation est à la fois subtil et vaste, il n’est nullement difficile de discerner, dans les cavités obscures du passé, le filet souterrain d’une source éternelle de vie qui y coule. Aucune découverte scientifique n’est telle que sa semence ne provienne d’une découverte ou d’une invention antérieure. Il ne fait aucun doute que cet édifice élevé de la civilisation et de la culture se dresse sur les ruines de l’antiquité primitive.

Pour cette raison, aucune nation civilisée du monde ne peut vivre longtemps en rompant ses liens avec son propre passé. Le passé ne donne pas seulement à la nation une base solide ; il lui fournit également, sur la route de l’avenir, de multiples provisions de connaissance issues de l’expérience concrète. Les erreurs, les faux pas, les revers et les épreuves du passé la rendent plus prudente. Mais, pour cela, il est absolument indispensable qu’existent au sein de la nation une pensée impartiale et généreuse, ainsi qu’un état humain favorable à l’acceptation des conseils. C’est sous cet angle qu’il faut comprendre l’importance de l’étude de l’histoire. Grâce à elle, chaque nation peut facilement placer le passé à côté du présent, les vérifier et les comparer mutuellement, puis, à la lumière des connaissances qu’elle en tire, illuminer l’horizon ténébreux de l’avenir inconnu.

En outre, l’histoire d’une nation n’est pas seulement destinée à cette nation ; elle constitue un trésor inestimable pour l’ensemble de l’humanité. C’est pourquoi le Noble Coran mentionne, même brièvement, l’histoire de nombreuses nations anciennes et élabore, à partir des récits poignants de leur essor et de leur déclin, de leur prospérité et de leur malheur, une conception exacte de l’histoire. Ainsi, le Coran est un guide vers la voie du bien pour les hommes de toutes les époques. Mais son efficacité dépend de l’exactitude, de la véracité et de la fiabilité des événements. Lorsque ces qualités sont correctement établies, l’homme d’aujourd’hui peut non seulement y trouver la direction du droit chemin, mais aussi y puiser un immense élan et une grande inspiration pour avancer sur les voies ardues de l’avenir.

Il existe différentes catégories de personnes qui souhaitent le bien de l’humanité. Parmi elles, les meilleures et les plus éminentes sont les nobles prophètes envoyés par Allah. Ils sont les modèles lumineux de l’humanité tout entière. Ils sont à jamais exempts de toute souillure du péché, de la faute, de la désobéissance et de l’infidélité. Leurs pensées, leur point de vue, leurs paroles et leurs actes sont tous directement soumis au contrôle d’Allah. Ils ne sont donc pas seulement dignes de la vénération et du respect des gens ordinaires ; ils méritent aussi d’être suivis concrètement dans tous les actes et toutes les œuvres de chaque domaine de la vie, depuis la croyance et la foi jusqu’à tous les autres aspects de l’existence.

Tous les prophètes sont les pionniers d’une même caravane lumineuse, les initiateurs et les propagateurs d’un même système de vie fondé sur les mêmes principes et le même idéal ; ils ont instauré une même religion. La nature humaine est elle aussi éternellement identique et immuable. C’est pourquoi les orientations nécessaires à l’homme, leur conception fondamentale et leur idéal ultime sont également identiques, éternels et immuables. Le nom de cet idéal fondamental et éternel est le Dîn. Et c’est pour cette raison que le Dîn de l’islam est un système de vie unifié, instauré en dernier ressort pour l’ensemble de l’humanité. Tous les prophètes, depuis Adam jusqu’au dernier prophète, Muhammad, ont porté, propagé et voulu établir le Dîn de l’islam. Dans la succession des venues prophétiques, Muhammad est le dernier. De même qu’Allah l’a envoyé après tous les autres, Il lui a accordé une perfection globale qui dépasse toute conception. Tant par ses qualités humaines que par son aptitude à la prophétie, il était une personnalité incomparable. Allah l’a établi pour les générations ultérieures comme un signe éclatant destiné à tous les niveaux, dans toutes les directions et tous les domaines. La charia révélée à Muhammad est éternelle, destinée à l’ensemble de l’humanité, et constitue l’unique garante de la réalisation du bien général dans ce monde comme dans l’au-delà. Les limites du temps et de l’espace, ainsi que leurs changements et leurs évolutions, sont incapables de l’atteindre. C’est pourquoi la prophétie a trouvé en lui son accomplissement définitif. Et c’est pour cette raison qu’il est le « Sceau des prophètes » et la « Miséricorde pour les mondes ».

Je l’ai déjà dit : le Noble Messager est un modèle parfait pour l’humanité. Il n’existe aucun aspect ni aucune activité de la vie humaine pour lesquels il soit impossible de recevoir une orientation du Noble Messager. La vie personnelle, familiale et conjugale de l’homme, sa vie sociale, politique et économique, ses transactions et échanges réciproques, l’établissement des relations, les liens de parenté et l’inimitié, l’éducation et la formation, le gouvernement et l’administration du pays, ainsi que les relations internationales — la guerre et la paix — trouvent tous un modèle parfaitement clair dans la vie du Noble Messager.

Le Noble Messager a donné la démonstration suprême de la propagation de l’idéal islamique et de l’effort visant à l’établir. Pour cela, il lui a fallu mener un combat total, une campagne impitoyable. Ce ne fut pas une tâche facile. Si cette œuvre avait pu être accomplie par le seul tissage d’un réseau subtil de pensées ou par la création de formules magiques dans le langage, alors des philosophes installés dans la quiétude détachée du siège de la pensée et de l’imagination auraient pu, eux aussi, provoquer une révolution semblable dans les esprits et dans la vie ; ils auraient pu reconstruire des nations mortes et accomplir la tâche ardue de gouverner un État. En réalité, cette œuvre s’accomplit dans la vie d’un prophète par la direction et l’orientation. Or la « prophétie » n’est pas une chose que l’on peut acquérir, ni un bien obtenu par héritage. Elle est exclusivement un don d’Allah. Ceux qui pensent qu’elle peut être acquise totalement ou partiellement entretiennent une conception contraire à la déclaration explicite du Coran. Allah Très-Haut a déclaré en termes parfaitement clairs :

اللَّهُ يَصْطَفِي مِنَ الْمَلَائِكَةِ رُسُلًا وَمِنَ النَّاسِAllah choisit et élit Lui-même des messagers parmi les hommes et parmi les anges. (Sourate al-Hajj, verset 75)

اللَّهُ أَعْلَمُ حَيْثُ يَجْعَلُ رِسَالَتَهُ

Allah sait mieux que tous où et à qui Il confiera la prophétie et le message. (Sourate al-An‘âm, verset 123)

C’est pourquoi le Prophète — et, pour nous, le dernier des prophètes, le vénérable Muhammad (que la paix soit sur lui) — est le modèle éternel et parfait, à suivre dans tous les domaines de la vie. De même que le noble Livre sacré, le glorieux Coran, que nous avons reçu par son intermédiaire, est pour nous un modèle impérissable, de même la Sunna, formée de l’ensemble de ses paroles, de ses actes et de ses approbations, est une lampe éternellement brillante. Telle est précisément la base philosophique du hadith. C’est sur elle qu’est édifié l’édifice éternel du mode de vie islamique.

Il y a quatorze siècles, sur le sol de l’Arabie, les fondements d’une civilisation furent établis. Allah en était l’unique Souverain absolu, et le dernier des prophètes, le vénérable Muhammad (que la paix soit sur lui), en occupait le siège de la direction. Mais cette civilisation n’était pas destinée à un seul pays ni à une seule époque ; elle était durable et bénéfique pour tous les êtres humains, quels que soient les pays, les sociétés, les nations et les époques du monde. C’est pourquoi, afin de rendre éternels, perpétuels et impérissables les deux fondements essentiels de cette civilisation — la souveraineté d’Allah et la direction du Messager — deux moyens furent préservés pour l’humanité tout entière. Ces deux moyens sont le glorieux Coran, symbole de la souveraineté d’Allah, et la « Sunna », manifestation concrète de la direction exclusive du Messager. Par leur intermédiaire, la loi d’Allah, c’est-à-dire l’idéal du Messager et donc l’islam, peut demeurer dans la société humaine comme une vérité et un système éternels ; les peuples de tous les pays et de toutes les époques peuvent, en s’appuyant sur ces deux fondements permanents, édifier de nouvelles sociétés et civilisations. C’est pourquoi, de même que le glorieux Coran a été préservé intact et sans modification par un dispositif particulier d’Allah et se trouve encore présent aujourd’hui, l’idéal du Noble Messager — la Sunna ou le hadith — a pareillement été préservé de la destruction et de la disparition.

En vérité, depuis quinze siècles, la nation musulmane a reconnu le hadith, parallèlement au glorieux Coran, comme fondement de l’islam. À ce sujet, non seulement aucune divergence d’opinion ne s’est jamais manifestée parmi les musulmans depuis les temps anciens, mais jamais aucun musulman, à aucune époque, n’a nourri le moindre doute. En outre, si quelqu’un refusait de reconnaître et d’accepter conjointement ces deux fondements

il ne s’est trouvé aucun musulman disposé à lui accorder le moindre assentiment au sein de la société musulmane.

Cependant, à l’époque actuelle, on voit çà et là, parmi les musulmans, une poignée de gens qui refusent de reconnaître la Sunna du Messager, parallèlement au glorieux Coran, comme source de l’islam. On constate également l’existence de certaines personnes qui expriment des doutes quant à la question de savoir si le hadith a été préservé en temps voulu et de manière appropriée, et qui se laissent influencer à ce sujet par la fausse propagande des orientalistes occidentaux. Dans ces conditions, il n’aurait rien eu d’étonnant à ce que des doutes surgissent dans l’esprit de certains quant à l’exactitude, à la fiabilité et à l’éternité de l’idéal islamique au sein de la société musulmane. Or, au stade de la résurrection et du renouveau de la société musulmane, de tels doutes ou une telle incrédulité concernant les fondements de l’idéal islamique peuvent devenir désastreux pour la nation tout entière.

Dans ce contexte, il était absolument indispensable de mener une étude impartiale sur l’« histoire de la compilation du hadith », au moyen d’une analyse historique et critique, fondée sur des arguments et des preuves probants en sa faveur.

On peut dire que des recherches suffisantes ont été menées à ce stade dans les littératures arabe et ourdoue. Mais l’absence de telles recherches dans la littérature bengalie témoigne de la grande indigence des Bengalis dans le domaine de la culture islamique. Afin de remédier à cette lacune et de faire disparaître cette déficience, tout en enrichissant et en développant la langue et la littérature bengalies et en dissipant tous les doutes relatifs aux hadiths, j’ai, durant les quatre dernières années, dispensé un enseignement approfondi et mené des recherches poussées sur ce sujet. Le fruit que j’en ai recueilli est rassemblé dans le présent ouvrage et présenté aux lecteurs érudits. Il appartient aux lecteurs réfléchis de juger si cette entreprise constitue de ma part une démarche audacieuse. Je rends à Allah d’infinies actions de grâce de voir ce vaste ouvrage imprimé et publié pour la première fois avec le soutien de la Bangla Academy.

Muhammad Abd al-Rahim

173, Nakhālpāṛā

Mustafa Manzil

…………..1965

نضر الله امرء سمع منا شىا

Allah bénira celui qui aura entendu quelque chose de moi et l’aura transmis à autrui exactement comme il l’a entendu. En effet, celui à qui cela parvient est souvent plus apte à le conserver que celui qui l’a entendu. (At-Tirmidhi)

قَالَ  رَسُوْلُ اللهِ صَلَّى اللهُ عليه وَسَلَّم نَضَر اللهُ عَبْدًا سَمِعَ مقَالتىْ فَحَفَظَهَا اوْوَ عَاهَا وَاَدَّها وَرَدَّهَا فَرُبَّ حَامِلِ فِقْهِ اَلَى مَنْ هُوَ اَفْقَهٌ مِنْهُ-    (ابو داؤد)

Le Noble Prophète (s) a dit : « Allah illuminera le visage et le maintiendra éternellement resplendissant et frais de celui qui aura entendu mes paroles, les aura mémorisées ou conservées dans sa mémoire, puis les aura transmises à autrui. Nombreux sont ceux qui portent la connaissance sans être véritablement savants. Toutefois, nombre de ceux qui portent la connaissance la transmettent à quelqu’un de plus perspicace qu’eux. » (Abû Dâwûd)

Histoire de la compilation des hadîths

بِسْمِ اللَّهِ الرَّحْمَٰنِ الرَّحِيمِ

Définition et présentation du hadîth

Le Coran et le hadîth constituent les fondements essentiels du mode de vie islamique. Là où le Coran expose les principes fondamentaux de l’organisation de la vie, le hadîth fournit l’analyse détaillée des prescriptions dans leurs moindres aspects ainsi que la méthode efficace de mise en œuvre des principes coraniques. Le Coran est le pilier de la lampe de l’islam, et le hadîth en est le flot de lumière diffusée. De même qu’une lampe privée de lumière est irréelle, le Coran devient pareillement dépourvu de sens lorsqu’on rejette le hadîth. On peut comparer le Coran aux racines et au tronc du grand arbre de l’islam ; le hadîth en est les branches et les rameaux. Un tronc et des racines privés de branches et de rameaux ne sont qu’un amas de déchets stérile. Dès le premier jour de la révélation de la loi d’Allah, est en vigueur la règle consistant à envoyer un ingénieur (le Messager) avec le plan de construction de l’édifice de la vie islamique. À toute époque et dans toute situation nouvelle, l’explication et l’analyse de l’ingénieur (le Messager), ses directives pour l’action concrète, ses conseils et ses recommandations concernant la construction de l’édifice selon le plan initial ne peuvent jamais être négligés.

Dans les sciences et les connaissances islamiques, le Coran est comme le cœur, et le hadîth l’artère qui lui est reliée. Dans le vaste domaine des connaissances islamiques, cette artère y fait constamment circuler un flux de sang chaud et vivifiant, maintenant sans cesse ses membres frais et actifs. De même que le hadîth fournit d’une part une explication exacte du Coran, il présente également la biographie sacrée, la conduite et l’idéal du Prophète universel, porteur du Coran, ainsi que le détail de ses paroles et de ses actes, de ses orientations et de ses conseils. C’est pourquoi, dans le mode de vie islamique, l’importance du hadîth, immédiatement après le Noble Coran et conjointement avec lui, est indéniable. De même que la servitude et l’obéissance à Allah sont impossibles sans l’obéissance au Messager et son suivi concret, il est pareillement impossible de pratiquer conformément au Coran en écartant le hadîth. En vérité, le hadîth et la connaissance du hadîth constituent, dans le domaine du mode de vie islamique et de la recherche sur les connaissances islamiques, un trésor inestimable et indispensable. À titre de discussion préliminaire sur ce sujet, nous présenterons ici une étude détaillée de la définition du hadîth, de sa nature, ainsi que de ses catégories et de son champ.

 

Le sens du mot hadîth

L’emploi du mot hadîth dans le Coran et

Le fondement coranique du hadith

En analysant le mot « hadith », l’imam Raghîb al-Isfahânî a écrit :

اًلحَدِيثُ: وَاَلْحدِيْثُ كَوْنُ اَلشَّئِ بَعَدَ اَنْ لَّمْ تَكُنْ عِرضَاً كَاَنَ تَوْ اَوْجَدْ هَرَّا وكٌلُّ كَلاَمٍ يَبْلُعُ الْانْسَانَ مِنْ جَهَةِ الْسَّمْعِ اَوِ الْوَحِىْ فِىْ يَقْظَتِهِ اَوْ مَنَامِهِ حَدِيْثٌ-

« Hadith » et « hudûth » signifient qu’une chose inexistante acquiert l’existence, qu’elle soit essentielle ou non essentielle. Quant à toute parole qui parvient à l’être humain par le sens de l’ouïe ou par la voie de la révélation, durant le sommeil ou à l’état de veille, c’est cela qui est appelé hadith.

Il a écrit ailleurs :

شَىَّ ىُلْقَى فِىْ رَوْعٍ اَحَدٍ مِنْ جِهَةِ الْملأَ

Tout ce qui surgit dans le for intérieur d’une personne depuis le monde supérieur est un hadith.[مفردات راغب اصفهانى صفحه]

Dans le Noble Coran, les propos tenus durant le rêve sont appelés « hadith ». Dans le Coran, il est dit par la bouche du prophète Joseph :

وَعَلَّمْتَنِي مِن تَأْوِيلِ الْأَحَادِيثِ –

Tu m’as enseigné l’interprétation des rêves. (Sourate Yûsuf, verset 101)

L’imam Râghib a écrit à propos du sens de ce verset :

اَىْ مَا يحَدِّثُ بِهِ الأِنسَانَ فِىْ نَوْمِهِ-

C’est-à-dire toutes les paroles que l’on communique aux gens par l’intermédiaire des rêves. [مفردات راغب صفع]

Allah le Très-Haut a désigné le Noble Coran par le nom de « hadith ». Il est dit dans le Coran :

فَلَعَلَّكَ بَاخِعٌ نَّفْسَكَ عَلَىٰ آثَارِهِمْ إِن لَّمْ يُؤْمِنُوا بِهَٰذَا الْحَدِيثِ أَسَفً ا [الكهف:٦]

S’ils ne croient pas à cette « parole » (ce Livre), ô Prophète, peut-être te consumeras-tu de chagrin.

Il est dit ailleurs :

فَلْيَأْتُوا بِحَدِيثٍ مِّثْلِهِ إِن كَانُوا صَادِقِينَ [الطُّور:٣٤]

(S’ils ne reconnaissent pas le Coran comme le Livre d’Allah,) il leur incombe d’en produire et d’en présenter un semblable, s’ils sont véridiques.

Il est dit dans la sourate Az-Zumar :

اللَّهُ نَزَّلَ أَحْسَنَ الْحَدِيثِ كِتَابًا مُّتَشَابِهًا

Allah Très-Haut a révélé la plus excellente des paroles sous la forme d’un Livre dont les parties se ressemblent.

Ici, le terme « hadith » est employé au sens de Livre ou de parole.

Le mot « hadith » signifie parole ou propos. Les versets suivants du Coran l’emploient dans le sens de parole ou de propos :

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À quelle parole croiront-ils donc ?

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Et lorsque le Prophète confia un secret à l’une de ses épouses.

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Cette parole vous étonne-t-elle ?

Dans ces quelques versets seulement, le mot « hadithحديث » est employé au sens de « parole » ou de « propos ». Dans le Noble Coran, on trouve également l’emploi de ce mot dans les sens de nouvelle, de récit et de propos nouveau, entre autres. Ainsi :

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Le récit des hôtes honorables d’Abraham t’est-il parvenu ?

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Le récit de Moïse t’est-il parvenu ?

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As-tu appris ce qui est arrivé à ces soldats ?

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La nouvelle du Jour de la Résurrection, qui englobe toute chose, t’est-elle parvenue ?

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À présent, faites-vous preuve d’indifférence à l’égard de cette parole ?

De ce mot « hadith » dérive « tahdith »تحديث et, dans le Coran, il est employé au sens de raconter, de manifester et de parler. Ainsi :

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Évoque le bienfait d’Allah :

‘Allama Abû al-Baqâ’ a dit :

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Le terme « hadith » désigne le fait de parler et de transmettre une information. [৪**************************************************]

En somme, selon les dictionnaires arabes et l’usage coranique, le mot « hadith » signifie parole, propos, récit, nouvelle, affaire et sujet. Le Noble Prophète (s) parlait avec les gens afin de leur transmettre le message d’Allah ; par ses paroles, il expliquait les paroles, les informations et les vérités importantes de l’islam, leur faisait comprendre les vérités profondes et, par ses sermons et ses discours, expliquait et analysait le Livre d’Allah. C’est pourquoi cela a été appelé « hadith ».

Le Noble Prophète (s) a lui-même observé toutes les prescriptions et tous les commandements de l’islam, a agi conformément aux décrets d’Allah et a concrétisé ceux-ci par ses propres actes. C’est pourquoi les récits de ses divers actes ont également été désignés sous le nom de « hadîth ».

Avec un soin et des efforts particuliers, le Noble Prophète (s) a formé les nobles Compagnons sur la base des idéaux élevés de l’islam ; il a façonné leur caractère, leur pensée, leur foi et leur vision du monde selon les normes élevées de l’islam. C’est pourquoi les paroles et les actes des nobles Compagnons que le Noble Prophète (s) a approuvés et soutenus — ou du moins ceux contre lesquels il n’a pas protesté — ont eux aussi été désignés sous le nom de « hadîth ».

En un mot, on appelle hadîth les paroles du Messager, le récit de ses actes ainsi que ses soutiens et approbations. Un hadîth prouve que le Noble Prophète (s) lui-même l’a désigné sous le nom de « hadîth ». Le vénérable Abû Hurayra (r) lui demanda : « Quelle est la personne la plus heureuse, celle qui sera honorée de l’intercession du Messager le Jour de la Résurrection ? » Alors le Noble Prophète dit :

******************************************************

Je pense que personne, avant toi, ne m’a interrogé au sujet de ce hadîth. Cela tient notamment au fait que je te vois manifester le plus grand empressement et le plus vif intérêt à entendre des hadîths.

Le Noble Coran est le dernier Livre, complet et achevé, de la religion islamique. Il a été révélé au dernier Prophète. Allah Très-Haut a envoyé le Noble Messager en tant que Prophète de l’islam, prédicateur et fondateur du mode de vie islamique, ainsi que guide et éducateur de l’humanité. Le Messager a récité aux gens, du début à la fin, ce grand et saint Livre qu’est le Noble Coran, et un grand nombre de Compagnons l’ont aussitôt mémorisé. Plus encore, par son mode de vie, ses pensées et sa foi, sa conduite, ses actes et sa mise en pratique effective, le Messager a enseigné les principes fondamentaux de l’islam, ses conseils et ses commandements et interdits, et en a montré la mise en œuvre ; autrement dit, il a entièrement formé une nation sur la base de cet idéal. En vérité, la noble vie du Prophète était la forme concrète du Noble Coran, et donc de l’islam, ainsi que la réalisation pratique de l’idéal coranique. C’est pourquoi, dans la terminologie islamique, l’ensemble des paroles, des actes, des approbations et des soutiens du Noble Messager concernant la religion islamique est appelé « hadîth ».

« Hadîth » n’est pas seulement un mot de dictionnaire. Il s’agit en réalité d’un terme technique particulier de l’islam. Ainsi, dans la terminologie islamique, sont appelés « hadîths » les paroles du Noble Messager, les récits de ses actes, ou encore les soutiens et approbations de ses paroles et de ses actes, lorsqu’ils sont établis par des sources fiables et dignes de confiance.

En arabe, le « hadîth » est également appelé « khabar ». La différence est toutefois que le mot « khabar » a un sens plus large que celui de hadîth. « Khabar » désigne à la fois le hadîth et l’histoire.

Qualifier de « hadith » les paroles, les actes, les approbations et les consentements du Prophète ainsi que le récit de sa condition ne relève nullement de l’imagination. Le Noble Coran en fournit une preuve irréfutable. Il ne fait aucun doute que la religion accordée par Allah est un bienfait particulièrement important pour l’ensemble de l’humanité. Le Noble Coran a proclamé cette « religion » comme un bienfait d’Allah, et la transmission et la manifestation de ce bienfait sont appelées « tahdîth » (raconter, transmettre et manifester).

Au sujet des bienfaits d’Allah, Allah le Très-Haut a dit :

******************************************************

Souvenez-vous du bienfait qu’Allah vous a accordé, ainsi que du Livre et de la sagesse qui ont été révélés afin de vous exhorter.

En évoquant le parachèvement et la perfection de la religion islamique, Allah le Très-Haut l’a également mentionnée comme un bienfait. Il a dit :

****************************************************** (sourate al-Mâ’idah, 3)

Aujourd’hui, J’ai parachevé pour vous votre religion, J’ai accompli et achevé Mon bienfait envers vous.

Dans les deux versets précédemment cités, la religion islamique, c’est-à-dire le Noble Coran, a été explicitement proclamée comme « le bienfait d’Allah ». L’ordre de décrire et de manifester ce bienfait a été donné dans le verset suivant du Noble Coran :

****************************************************** (sourate al-Fajr, 11)

Décrivez les bienfaits d’Allah — proclamez-les et exposez-les. [L’Allama Bayzid a écrit dans le commentaire de ce verset : ******************************************************

« Ici, par “bienfait”, on entend la prophétie, et faire le tahdîth signifie la proclamer.

L’Allama al-Alûsî a écrit :

“Le bienfait désigne le Coran” : beaucoup ont rapporté cette interprétation. ]

C’est dans cette perspective que, dans la terminologie islamique, le récit verbal de toutes les paroles prononcées et de tous les actes accomplis par le prophète et messager Muhammad (s.) a été appelé « hadith ». Mais ce n’est pas tout : si, en présence du Prophète, un compagnon prononçait une parole ou accomplissait un acte, et qu’il l’approuvait ou ne le désapprouvait pas, le récit de cela serait également appelé « hadith ». En effet, le noble Prophète (s.) était venu en ce monde chargé de proclamer et d’établir la vérité et la justice, ainsi que de condamner et de combattre toute injustice et tout mensonge. Il est inconcevable qu’une parole mensongère opposée à l’islam — contraire à l’esprit islamique — ou qu’un acte de cette nature fût accompli en sa présence, sans qu’il le désapprouvât, sans qu’il en empêchât les compagnons ; qu’il demeurât au contraire silencieux et inactif. Et, en réalité, cela n’est pas possible non plus.

Deuxièmement, si le Messager restait silencieux et inactif en voyant s’accomplir une injustice ou un péché, sa mission fondamentale demeurerait inexécutée. Allah — exalté soit-Il — a dit :

(sourate al-Mâ’ida, verset 67)يَا أَيُّهَا الرَّسُولُ بَلِّغْ مَا أُنزِلَ إِلَيْكَ مِن رَّبِّكَ ۖ وَإِن لَّمْ تَفْعَلْ فَمَا بَلَّغْتَ رِسَالَتَهُ

Ô Messager, transmets fidèlement ce qui t’a été révélé de la part de ton Seigneur ; si tu ne le fais pas, tu n’auras pas accompli la mission de transmettre le message d’Allah.

À ce propos, Ibn Jarîr al-Tabarî a rapporté une parole importante d’Ibn Zayd. Il a dit :

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On disait que si le Noble Prophète avait voulu dissimuler quoi que ce soit de ce qui lui avait été révélé par la révélation, il aurait certainement dissimulé la sourate « Abasa wa-tawallâ », révélée au sujet de sa propre « faute ».

En vérité, le récit irréfutable de la vie protégée du Noble Prophète prouve qu’il n’a jamais, même dans les moments les plus critiques de sa vie, manqué d’assumer sa mission prophétique ni de proclamer fidèlement aux gens la parole d’Allah révélée par la révélation. En cette matière, il n’a jamais fait preuve ni de négligence ni de faiblesse. Au commencement de l’appel islamique, il rejeta avec un visage imperturbable et une profonde répugnance, même la tentation d’abandonner la propagation de l’islam en échange des plus belles femmes, d’immenses richesses et de la souveraineté absolue sur l’Arabie. Il ne peut donc subsister le moindre doute : jamais il n’a cessé de transmettre la religion, ne s’est abstenu de dénoncer l’injustice et, chaque fois qu’il constatait chez quelqu’un une erreur ou une faute, il ne se désistait pas avant de l’avoir corrigée. C’est pourquoi le récit de ses propres paroles et actes, ainsi que des paroles ou actes qu’il avait approuvés sans les désavouer, a été appelé « hadith ».

Lorsque, en présence du Messager, un Compagnon accomplissait un acte ou prononçait une parole sans que celui-ci le désapprouve, les Compagnons étaient unanimement convaincus de sa conformité à la sharia ; de même, son approbation, son consentement et son silence étaient considérés comme l’une des principales sources permettant de connaître les prescriptions de la sharia. On peut mentionner ici un épisode. Lorsque Jâbir ibn Abdallah (qu’Allah l’agrée) jura par Allah en affirmant quelque chose, Muhammad ibn al-Munkadir lui fit une objection. Il lui dit :

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Vous jurez par le nom d’Allah ?

En réponse, il dit :

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J’ai entendu Umar jurer au nom d’Allah en présence du Noble Prophète (S), mais le Noble Prophète (S) ne le désapprouva pas et ne protesta pas contre cela.[১০********************************************]

Voici quelques citations tirées d’ouvrages faisant autorité au sujet de la définition du hadith. Elles permettront de mieux clarifier la question.

L’imam al-Sakhawi a dit :

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Dans le dictionnaire, « hadith » (nouveau) est l’antonyme de « qadim » (ancien). Dans la terminologie des muhaddiths, le hadith désigne les paroles, les actes, l’approbation et les qualités du Messager ; cela inclut même ses mouvements lorsqu’il est éveillé ou endormi.[১১****************************************************** ]

Il est dit dans l’introduction du Sahih al-Bukhari :

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Le hadith est une connaissance grâce à laquelle on peut connaître les paroles, les actes et les états du Prophète éminent (s). [12**********]

L’Allama Badr al-Din Ayni et le Nawab Siddiq Hasan ont écrit :

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La science du hadith est une connaissance particulière grâce à laquelle on peut connaître les paroles, les actes et les états du Prophète éminent (s). [13************* Par « paroles du Messager », on entend les paroles qu’il a prononcées en arabe. Elles peuvent être de différentes sortes. Par « actes », on entend :**************************************]

Dans l’introduction de l’ouvrage Mishkat al-Masabih, Shah Abdul Aziz (r) a écrit :

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Les érudits des premières générations employaient le terme « hadith » pour désigner les paroles et les actes rapportés des Compagnons, des Successeurs et des Successeurs des Successeurs, ainsi que leurs fatwas. Ils comptaient comme deux hadiths un même récit transmis par deux chaînes de transmission distinctes. [14****************************************************** ]

Nawwâb Siddîq Hasan (r) a également dit cela. À propos de la définition du hadith, il a écrit :

******************************************************

De même, les paroles, les actes et les approbations des Compagnons ainsi que des tâbiʿîn sont également appelés hadiths.

La différence est toutefois qu’il n’a pas appelé « hadith » les récits des paroles et des actes des tâbiʿ al-tâbiʿîn. Il ne fait cependant aucun doute que, tout comme les récits des paroles, des actes et des approbations des Compagnons et des tâbiʿîn, ceux des tâbiʿ al-tâbiʿîn revêtent une importance et une nécessité particulières pour l’interprétation, l’analyse et la mise en pratique du Coran et des hadiths. Dans les ouvrages de hadith et de tafsîr, les récits authentifiés de ce genre, rapportés des Compagnons, des tâbiʿîn et des tâbiʿ al-tâbiʿîn, ont également été comptés collectivement parmi les hadiths. Bien que leurs appellations techniques diffèrent. Le célèbre spécialiste du hadith, le hâfiz al-Sakhâwî, a écrit :

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« De même, les anciens savants désignaient chacune des traditions et des fatwas des Compagnons, des tâbiʿîn et des autres (tâbiʿ al-tâbiʿîn) sous le nom de “hadith”. » [16******]

En d’autres termes, bien que les paroles, les actes et les approbations du noble Prophète (s), des nobles Compagnons, des tâbiʿîn et des tâbiʿ al-tâbiʿîn soient généralement désignés sous le nom de “hadith” — car leurs paroles, leurs actes et leurs approbations s’inscrivaient tous autour d’un même fondement —, des termes distincts ont néanmoins été établis pour chacun d’eux, en raison de leurs différences du point de vue de leur statut dans la Loi islamique. Ainsi, les paroles, les actes et les approbations du noble Prophète sont appelés “hadith”. Ceux des Compagnons sont appelés athâr ((اثارet les récits des paroles, des actes et des approbations des tâbiʿîn et des tâbiʿ al-tâbiʿîn sont appelés “fatwas”. En effet, toutes leurs actions étaient accomplies en se fondant sur les principes du Coran et du hadith. [Ces trois catégories de hadith possèdent également trois autres appellations techniques distinctes : le récit des paroles, des actes et des approbations du Messager est appelé marfûʿ ; celui des paroles, des actes et des approbations des Compagnons est appelé mawqûf ; et celui des paroles, des actes et des approbations des tâbiʿîn est appelé maqtûʿ.]

مقد مة صحيح بخارى ص -13]

 

Hadith et Sunna

La Sunna est l’autre nom du hadith. Le mot « Sunna » signifie voie à suivre, principe et méthode d’action. Il ne s’agit pas de la « Sunna » telle qu’elle est établie et employée dans la jurisprudence islamique.

L’imam Râghib a écrit :

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Par « Sunna du Prophète », on entend la voie ainsi que les règles et méthodes que le noble Prophète (s) choisissait et suivait. [18****] Ce terme est parfois employé comme synonyme du mot « hadith ». Dans l’ouvrage « Tâj al-Masâdir », il est écrit :

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« Sunna » signifie établir une voie. « Muʿâdh a établi une voie pour vous. »

C’est dans ce sens que le mot « Sunna » est employé dans ce hadith. [*********19]

En d’autres termes, la Sunnah est l’ensemble des prescriptions juridiques suprêmes (Supreme Law) prêchées par le Noble Prophète, qui prouvent et manifestent la volonté et le dessein d’Allah le Très-Haut. Et, dans le langage du Coran, l’expression « grand modèle » désigne précisément cette réalité. C’est de ce hadith que l’on peut savoir quel est le « modèle suprême » du Noble Messager qu’Allah le Très-Haut a ordonné de suivre. C’est pourquoi les muhaddiths — en particulier ceux de la dernière période — ont employé « hadith » et « Sunnah » dans le même sens. Il est dit :

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Le terme « Sunnah » désigne les paroles, les actes et le silence du Messager, ainsi que les paroles et les actes des Compagnons.

L’érudit al-Jazâ’irî a écrit :

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La « Sunnah » désigne le plus souvent les paroles rapportées au nom du Messager, ses actes et ses approbations. Selon les spécialistes, elle est synonyme de hadith.

L’érudit Abd al-Azîz al-Hanafî a écrit :

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Le terme « Sunnah » désigne les paroles et les actes du Messager et s’emploie également au sens de la ligne de conduite pratique suivie par le Messager et les Compagnons. [23***********]

Safî al-Dîn al-Hâlî a écrit :

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Le terme « Sunnah » désigne toutes les paroles, tous les actes et toutes les approbations du Messager, à l’exclusion du Coran. [24************]

En somme, à ce stade, le terme « Sunnah » n’est pas exactement ni en tous points synonyme du terme « hadith ». En effet, la « Sunnah » est la ligne de conduite pratique du Messager, tandis que le « hadith » désigne, outre les actes du Messager, ses paroles et ses approbations. [C’est pourquoi il est également dit dans la science du hadith : Sufyân al-Thawrî est un imam du hadith, al-Awzâʿî est un imam de la Sunnah, et non un imam du hadith. Quant à Mâlik ibn Anas, il est l’imam des deux. *****************]

 

Le contenu des hadiths

Quel est le contenu des hadiths ? Quels sujets y sont principalement abordés ? Tous les savants spécialistes de la science du hadith ont écrit, d’un commun accord, à ce sujet :

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L’objet et le sujet d’étude de la science du hadith sont la noble personne du Messager éminent, en tant qu’il est le Messager d’Allah le Très-Haut. [26 ********************]

Autrement dit, tout ce que le prophète Muhammad — qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix — a dit ou fait en sa qualité de personne choisie et envoyée par Allah le Très-Haut, tout ce qu’il a permis de dire ou de faire et tout ce qu’il a approuvé, ainsi que la noble personnalité du Messager éminent qui s’est développée et manifestée à travers tout cela, constituent l’objet de la science du hadith. Tous ces éléments sont abordés dans les hadiths, et leur lecture permet précisément de les connaître. Le hadith est également l’unique moyen fiable de connaître le récit détaillé et digne de confiance des paroles, des actes, des approbations et des efforts et combats menés tout au long de la vie du Messager éminent.

En vérité, le hadith n’est pas un patrimoine étroit, limité, unilatéral et de portée réduite. Il renferme essentiellement une pensée extrêmement vaste et abondante ; c’est dans les hadiths que se révèle pleinement et en détail l’immense mouvement révolutionnaire qui s’était élevé en terre d’Arabie sous la direction éminente du Prophète universel Muhammad — qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix. Le récit complet de la vie du Messager, les activités révolutionnaires menées par lui et par ses nobles Compagnons, ainsi que le détail de ses réformes vastes et fondamentales et des transformations qu’il accomplit dans les conditions sociales, civilisationnelles, internationales, politiques et morales de son époque, sont également inclus dans les hadiths.

L’ampleur du hadith est incontestable, et il n’est nullement difficile d’en comprendre la véritable portée. Les érudits des temps anciens avaient eux aussi compris cette vaste nature du hadith. Bien que le recueil de hadiths compilé par l’imam al-Bukhari soit connu sous le nom de Bukhari Sharif, son titre véritable et complet est :

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Un vaste recueil de récits dotés de chaînes de transmission authentiques concernant les actes du Messager éminent ainsi que toutes les circonstances et tous les événements de son époque. [27****************]

Le but et la valeur de l’étude du hadith

Quel est le but de l’étude du hadith ? Dans quel objectif doit-on l’étudier, et quelle est donc la valeur de cette étude ? Ces questions méritent également une attention particulière. L’érudit Badr al-Din al-Ayni et d’autres grands savants ont écrit :

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L’obtention du bonheur suprême dans les deux mondes constitue le véritable accomplissement de l’étude du hadith.

Nawwab Siddiq Hasan a écrit :

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L’obtention du bonheur suprême dans ce monde et dans l’au-delà est le but de l’étude du hadith.

L’érudit Kirmani a écrit :

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« Après le Coran, la science du hadith constitue, parmi toutes les branches du savoir, le bien le plus élevé, le meilleur et le plus éminent, riche en informations et en enseignements. Cela tient au fait que c’est par elle que l’on peut connaître le but et la portée de la parole d’Allah, et que c’est également par elle que l’on peut comprendre la finalité de tous les commandements et prescriptions d’Allah. En effet, la majeure partie du Coran — et même son ensemble — consiste essentiellement en principes généraux et en maximes. On ne peut donc en connaître que les indications globales. [30]

En somme, le hadith est l’histoire de la chute d’une civilisation et de l’émergence, de l’essor et de l’établissement d’une civilisation nouvelle. C’est dans cette perspective qu’il est indispensable d’étudier le hadith.

La classification des hadiths selon leurs définitions

La définition précitée du hadith fait apparaître très clairement trois catégories fondamentales. Ce sont : les paroles sorties de la bouche du Messager, ses propres actes et comportements, ainsi que le récit des paroles et des actes approuvés en sa présence. Tous les hadiths se répartissent entre ces trois catégories. Toutefois, ces trois catégories de hadiths diffèrent par leur importance réelle, leur application et leur valeur pratique. La première place revient aux paroles du Messager : ce que le Messager a lui-même dit sur une question constitue la première source du système de vie islamique. Cela s’appelle le « hadith qawlî » du Messager (*************), le « hadith verbal », dans lequel est rapportée une parole du Messager lui-même.

La deuxième catégorie comprend le récit des actes et des comportements personnels du Très-Honoré. Le Messager (s) a, en pratique, suivi à la lettre la religion de l’islam qu’il avait apportée et a accompli chacun de ses actes conformément à celle-ci. C’est à travers ses actes et son caractère que l’ensemble des règles et des pratiques de l’islam s’est manifesté avec la plus grande clarté. Aucun de ses actes n’a pu être contraire à la loi islamique. C’est pourquoi chacun de ses actes mérite d’être considéré comme un fondement de la loi islamique. Le hadith dans lequel est rapporté un acte accompli par le Messager en tant que Messager est appelé « hadith fi‘lî » (*******).

La troisième catégorie consiste en paroles et actes des Compagnons approuvés et confirmés par le Noble Messager (s). Il a déjà été dit en effet que si, en présence du Très-Honoré, une parole contraire à la loi islamique était prononcée ou qu’un acte contraire à celle-ci était accompli, le Messager (s) ne pouvait manquer de le contester ou de l’interdire. La perspective de la loi islamique peut assurément être connue également à partir du récit de ce type de parole ou d’acte. Il s’agit donc là aussi d’une source de la loi islamique. Le hadith dans lequel est mentionné un événement de ce genre est appelé « hadith taqrîrî » (**********).

Afin de rendre la question plus claire et plus facile à comprendre, nous allons maintenant citer un hadith relevant de chacune de ces trois catégories :

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Il a été rapporté de Ḥazrat Anas (qu’Allah l’agrée) qu’il a dit : Ḥazrat l’Envoyé vénérable (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui) a dit : « Lorsque l’on loue et encense un homme pervers, Allah Très-Haut s’irrite et se met en colère, et, pour cette raison, le Trône d’Allah en tremble. » (Al-Bayhaqi)

Comme une parole particulière de l’Envoyé y est mentionnée, on l’appelle « hadith qawli ».

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Il a été rapporté de Ḥazrat Abû Mûsâ (qu’Allah l’agrée) qu’il a dit : « J’ai vu l’Envoyé vénérable (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui) manger de la viande de coq. » (Al-Bukhari et Muslim)

Dans ce hadith, il est relaté un acte de l’Envoyé. C’est pourquoi il s’agit d’un « hadith fi‘li ».

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Il a été rapporté de Ḥazrat Ibn Abû Awfâ (qu’Allah l’agrée) qu’il a dit : « Nous avons combattu sept fois avec l’Envoyé vénérable (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui). Lorsque nous étions avec lui, nous mangions du jarad (un petit animal de la famille des sauterelles). » (Al-Bukhari et Muslim)

C’est un « hadith taqrîrî ».

 

Classification des hadiths selon leur contenu

Selon leur contenu, les hadiths se divisent en plusieurs catégories. L’imam al-Chafi‘i (que Dieu lui fasse miséricorde) a dit : les hadiths sont de trois sortes. La première sorte comprend les sujets mentionnés en termes explicites dans le Noble Coran, que le Prophète vénéré (paix et bénédictions de Dieu sur lui) a expliqués et analysés dans ses propres paroles. Le Noble Coran mentionne de manière générale et non détaillée de nombreuses lois et prescriptions ; le Messager vénéré (paix et bénédictions de Dieu sur lui) en a présenté la forme détaillée et en a donné l’explication. Il a exposé aux musulmans, dans ses propres paroles, de façon détaillée et claire, nombre de sujets succincts et obscurs. Ce sont les hadiths de la deuxième sorte. Quant à la troisième sorte, elle comprend les hadiths dans lesquels le Messager vénéré (paix et bénédictions de Dieu sur lui) a mentionné de nombreux sujets qui ne figurent pas dans le Coran. Puisque ces trois sortes de hadiths sont les sources de la connaissance acquise par le Messager vénéré, directement ou indirectement, auprès de Dieu, ils sont tous, à l’instar du Coran, dignes de confiance et de foi. [Kitab al-Risala — imam al-Chafi‘i (que Dieu lui fasse miséricorde)]

Voici, à ce stade, un résumé de l’exposé de Shah Waliullah Dehlawi :

Du point de vue de l’adoption des prescriptions de la charia, les hadiths rapportés du Prophète vénéré (paix et bénédictions de Dieu sur lui) et compilés dans les recueils de hadiths sont de deux sortes. La première sorte comprend toutes les paroles prononcées par le Messager vénéré (paix et bénédictions de Dieu sur lui) dans l’accomplissement de sa mission particulière de messager. C’est à cette sorte de hadiths que se rapporte l’ordre divin énoncé dans le verset : « Ce que le Messager vous donne, prenez-le ; et ce qu’il vous interdit, abstenez-vous-en. » Ce que le Messager (paix et bénédictions de Dieu sur lui) a dit au sujet des choses et des événements extraordinaires de l’au-delà et du monde angélique appartient également à cette sorte de hadiths. Ces hadiths procèdent de la connaissance reçue par l’intermédiaire de la révélation. Les hadiths relatifs à l’explication des prescriptions de la charia, aux règles du culte et à la gestion des affaires sociales et du bien-être public, ainsi qu’à l’encouragement à les appliquer, relèvent également de cette catégorie. Toutefois, une partie en a été reçue directement par révélation, tandis qu’une autre partie est issue de l’ijtihad du Prophète vénéré lui-même. Certes, le jugement du Prophète vénéré (paix et bénédictions de Dieu sur lui) ne pouvait jamais demeurer fondé sur une erreur. Il n’était pas nécessaire que son ijtihad fût fondé directement sur un ordre de Dieu. En effet, il arrivait souvent que Dieu Très-Haut fasse connaître à Son Prophète les buts et les finalités de la charia ; qu’Il lui enseigne les règles de l’élaboration de la charia, de sa simplification et de la détermination des commandements et des interdictions ; puis que le Prophète, conformément à ces lois et règles connues par révélation, explique les finalités acquises par l’intermédiaire de la révélation. Les questions rationnelles et bénéfiques qu’il a présentées sans condition, auxquelles aucun moment ni aucune limite n’a été assigné — comme le bon et le mauvais caractère — relèvent elles aussi de l’accomplissement de la mission de messager, et la plupart d’entre elles sont tirées de la source de la révélation. Cela signifie que Dieu Très-Haut a fait connaître au Messager les règles de la vie sociale et du bien-être public ; le Prophète en a tiré des arguments ou des preuves, et les a présentées comme des principes fondamentaux. Les hadiths concernant le mérite des œuvres, les qualités de ceux qui les accomplissent et leurs éloges sont également compris dans cette catégorie. À mon avis, la plus grande partie en provient de la révélation, tandis qu’une partie est le fruit de son ijtihad. La deuxième sorte de hadiths ne relève pas de l’accomplissement de la mission de messager. Le Messager vénéré (paix et bénédictions de Dieu sur lui) a dit :

******************************************************

Je ne suis qu’un être humain. Ainsi, lorsque je vous ordonne quelque chose concernant votre religion, acceptez-le et mettez-le en pratique. Mais si je vous ordonne d’accomplir une chose selon mon propre avis, souvenez-vous que je ne suis qu’un être humain.

Par cette parole, le Messager vénéré (paix et bénédictions de Dieu sur lui) faisait précisément allusion à la deuxième sorte de hadiths. Ayant vu les musulmans de Médine introduire des branches de palmiers-dattiers mâles dans les palmiers-dattiers femelles, dans l’espoir d’obtenir une récolte très abondante, le Prophète vénéré (paix et bénédictions de Dieu sur lui) avait exprimé l’avis que « cela ne causerait aucun dommage s’ils ne le faisaient pas », et il avait dit :

******************************************************

Il aurait peut-être mieux valu que vous ne le fassiez pas.

Cependant, du fait de ne pas l’avoir fait, la récolte de l’année suivante fut extrêmement faible. Le Prophète, que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui, dit alors :

******************************************************

« J’avais une opinion, et c’est cette opinion que je vous avais exprimée ; si elle s’avère erronée, ne m’en blâmez pas. Mais lorsque je vous rapporte quelque chose venant d’Allah, vous devez absolument l’accepter. Car je ne dis aucun mensonge au sujet d’Allah. » [Ces quelques hadiths sont mentionnés à la page 264 du deuxième tome du Sahih Muslim.]

****************************************************** ]

Ce que le Messager éminent, que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui, a dit au sujet de la médecine, des propriétés des substances et autres choses de ce genre relève également de cette catégorie. Il a dit :

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Vous devez absolument garder des chevaux d’un noir profond, aux joues légèrement blanches.

Ce propos a été tenu à la lumière des connaissances acquises par l’expérience concrète du Messager.

Ce que le Messager (s) faisait par habitude — et non comme acte de dévotion — ou ce qu’il faisait par circonstance — et non intentionnellement — ne possède aucun fondement dans la Loi islamique. Un groupe de personnes exprima le désir d’entendre des hadiths auprès de Zayd ibn Thâbit (r), qui leur dit : « J’étais le voisin du Messager. Lorsqu’une révélation lui était descendue, il me faisait appeler, et je venais la mettre par écrit. Il avait pour habitude, lorsque nous parlions des affaires de ce monde, de parler lui aussi avec nous des affaires de ce monde. Et lorsque nous parlions de l’au-delà, il parlait lui aussi avec nous de l’au-delà. Lorsque nous parlions de nourriture et de boisson, il en parlait également avec nous. Vais-je donc vous rapporter tous ces hadiths du Messager ? » Cette parole mérite d’être mentionnée dans ce contexte.

En outre, certaines dispositions avaient été établies pour répondre aux besoins particuliers de l’époque du Messager. Elles ne constituaient pas une règle éternelle pour l’ensemble des hommes. On peut l’illustrer ainsi : un roi équipe une armée et lui fixe un signe distinctif. C’est dans cette perspective que ‘Umar al-Fârûq (r) déclara :

******************************************************

Pourquoi aurions-nous besoin de pratiquer le ramal ? Nous le faisions auparavant pour le montrer à un peuple qu’Allah Très-Haut a anéanti.

Mais il comprit ensuite clairement que le ramal pouvait avoir une autre raison et qu’il ne devait en aucun cas être abandonné.

Les hadiths relatifs aux méthodes particulières de la guerre ainsi qu’aux règles et modalités particulières du jugement et du règlement des différends relèvent également de cette catégorie. (Extrait de Hujjat Allâh al-Bâligha, tome 1, page 102.)

Il n’y a aucune obligation que cela se révèle effectivement vrai. La parole d’interdiction prononcée par le Messager au sujet de la pratique courante, dans les pays arabes, concernant les palmiers-dattiers relevait également de cette catégorie. L’imam al-Nawawî, abordant cette question, a écrit :

******************************************************

Selon les spécialistes, cette parole du Prophète ne relevait pas de l’annonce d’une information sur un sujet quelconque ; elle n’était plutôt qu’une opinion personnelle de sa part, comme cela est mentionné dans les hadiths relatifs à cette question. Ils ont également dit que, dans les affaires matérielles, l’opinion et la conception du Noble Prophète étaient semblables à celles des autres hommes. Il n’est donc pas impossible qu’un tel événement se produise — et qu’il se révèle irréaliste —, et cela ne constitue ni une erreur ni un défaut. (An-Nawawî, Sharh Muslim, tome 2, p. 264)

Il faut également garder à l’esprit, au sujet de l’ijtihad du Messager, que le Noble Messager a exercé l’ijtihad dans les questions sur lesquelles aucune révélation n’était descendue. Si cet ijtihad était correct, Allah l’a établi et l’a laissé produire ses effets ; et s’il comportait une erreur humaine, Allah en a informé le Messager et l’en a averti. Ainsi, l’ijtihad du Messager est lui aussi considéré comme relevant de la Sunna. Les hadiths rapportent le détail de ces ijtihad. Il n’existe donc aucune différence fondamentale ni aucune contradiction entre les hadiths et l’ijtihad du Messager.

En revanche, dans les questions relatives à la religion et à la charia — la croyance, l’adoration, le caractère moral, l’au-delà, ainsi que les questions sociales et civilisationnelles — tout ce que le Noble Messager a dit provient de la source de la révélation ; cela possède une valeur éternelle et une importance durable, et ne peut jamais être abandonné. (Hujjatullah al-Baligha, tome 1)

 

Hadith qudsi

Il existe une autre catégorie de hadiths, appelée « hadith qudsi »حديث قدسى  .قدسى« Qudsi »قدسest formé à partir de « qudus » ; sa signification est الظهر la pureté et la grandeur. Un autre nom d’Allah est « Quddus »قدوس : le Très-Grand ; le Très-Pur.

Ce type de hadith est appelé « hadith qudsi » parce que son idée fondamentale est reçue directement d’Allah. Allah a fait connaître à Son Prophète, par inspiration ou par le rêve, ce qu’Il voulait lui communiquer, et le Prophète a rapporté cette parole dans ses propres termes. Il s’agit d’une chose distincte du Coran, car les paroles et la langue du Coran sont toutes deux descendues d’Allah par voie de révélation. Le célèbre commentateur des hadiths, l’érudit Mullâ Alî Al-Qârî, en a donné la définition suivante à propos du « hadith qudsi » :

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Les hadiths qudsî sont les hadiths que le très fiable Hazrat Muhammad (s), le meilleur des transmetteurs, resplendissant comme la pleine lune, rapporte d’Allah, les ayant parfois appris par l’intermédiaire de Jibrîl (a), et les ayant parfois reçus directement par révélation, inspiration ou au moyen d’un rêve. La responsabilité de les exprimer dans quelque langue que ce soit est confiée au Messager. [৩৮************]

L’érudit Abû al-Baqâ a écrit dans son ouvrage « Kulliyât » :

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Les mots, la langue, le sens, l’idée et le contenu du Coran ont tous été révélés par Allah au moyen d’une révélation manifeste ; quant aux mots et à la langue du « hadith qudsî », ils sont ceux du Messager, mais son sens, son idée et son contenu ont été reçus d’Allah par inspiration ou au moyen d’un rêve. [৩৯**********]

L’érudit Tayyibî a également soutenu cette opinion. Il a dit :

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Jibrîl (a) est descendu auprès du noble Messager avec les mots et la langue du Coran. Quant au sens essentiel du « hadith qudsi », Allah le lui a fait connaître par inspiration ou au moyen d’un rêve. (C’est pourquoi le hadith qudsi est connu comme étant la parole d’Allah.) Mais, en dehors de cela, Il n’a pas présenté les autres hadiths comme étant la parole d’Allah et ne les a pas rapportés en Son nom.[৪০********]

La différence entre le Coran et le hadith qudsi

Les différences entre le Coran et le hadith qudsi sont les suivantes :

a) Le Noble Coran n’est descendu que par l’intermédiaire de Jibrîl ; ses mots et sa langue sont assurément descendus de la « Tablette préservée ». Sa transmission est mutawâtir — ininterrompue, certaine et incontestable — à chaque étape et à chaque époque.

b) Dans la prière, seul le Noble Coran est récité ; la prière n’est pas valide sans le Coran, et elle ne l’est pas non plus si l’on récite le hadith qudsi à la place du Coran.

c) Une personne en état d’impureté, ainsi qu’une femme ayant ses menstrues ou étant en période de lochies, peut toucher le « hadith qudsi », tandis qu’il leur est interdit de toucher le Coran.

d) Le hadith qudsi n’est pas un « miracle » comme l’est le Coran.

ঙ) Celui qui nie le hadith qudsî ne devient pas mécréant, comme il le devient en reniant le Coran.[৪১***********]

Le cheikh Muhammad Ali Farouqi a divisé les hadiths en deux catégories. Premièrement, le hadith nabawî — les hadiths du noble Messager ; deuxièmement, le hadith ilâhî — le hadith d’Allah. C’est ce dernier que l’on appelle le « hadith qudsî ». Il a écrit :

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Le « hadith qudsî » est celui que le noble Prophète (s) rapporte de la part d’Allah le Très-Haut ; celui qu’il ne rapporte pas de cette manière est un hadith nabawî. [৪২************]

Le « hadith qudsî » n’est pas le Coran ; néanmoins, il est imprégné du parfum enchanteur du monde sacré d’Allah. Il est lui aussi une « lumière » venue du monde invisible. On y trouve également la majesté imposante d’Allah, le Maître de la grandeur et de la puissance. C’est cela, le « hadith qudsî ». On l’appelle aussi « ilâhî » ou « rabbânî ». [৪৩************]

Dans les anciens recueils de hadiths, le hadith qudsî est rapporté en ces termes :

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Le noble Prophète (s), rapportant de la part d’Allah, a dit………

Les traditionnistes des générations ultérieures l’ont cité dans les termes suivants :

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Allah a dit : ce que le Noble Prophète (s) a rapporté de Lui……..

Il va sans dire que le narrateur originel de ces deux types de paroles est le même : il s’agit de Hazrat Muhammad (s). [44***********]

L’isnād et le matn

La chaîne de transmission et la succession des narrateurs par lesquelles le contenu essentiel du hadith est parvenu jusqu’au compilateur de l’ouvrage sont appelées « isnād » dans la terminologie de la science du hadith. Les noms des transmetteurs du hadith y sont disposés l’un après l’autre. C’est pourquoi il a été dit :

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La chaîne successive par laquelle le hadith originel est parvenu constitue l’isnād. [Muqaddimat al-Hadith al-Muhaddithun, pages 2, 3 et 4.]

Il est dit :

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La chaîne de transmission du hadith, c’est-à-dire la succession des personnes qui l’ont rapporté, s’appelle l’isnād.

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Les paroles essentielles du hadith et ses termes constituent le matn.

Le Shaykh ʿAbd al-Ḥaqq a écrit :

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On appelle « matn » la partie qui vient après le point où s’arrête la chaîne de transmission.

Du point de vue de la qualité de l’isnâd ou des narrateurs, les hadiths peuvent être divisés en trois catégories. La première comprend les hadiths rapportés par des personnes hafiz mutqin (des hafiz de hadith capables de mémoriser avec une exactitude parfaite). La deuxième comprend les hadiths dont les narrateurs sont peu connus et possèdent un niveau moyen de mémoire et de vigilance. La troisième comprend les hadiths rapportés par des personnes faibles, irrecevables et rejetées. [৪৬*****************]

Classification des hadiths selon leur isnâd

Les hadiths ont été divisés en plusieurs catégories selon le niveau jusqu’auquel leur chaîne de transmission est parvenue et la manière dont elle y est parvenue, et chacune de ces catégories a reçu un nom technique particulier. Nous allons en discuter en détail ci-dessous :

1. Marfû‘ : On appelle « hadith marfû‘ » tout hadith dont la chaîne de transmission remonte jusqu’au Messager (s), par laquelle sont rapportés une parole du Messager lui-même, le récit d’un acte qu’il a accompli ou son approbation d’une chose, et dont la continuité de l’isnâd, depuis le Noble Messager (s) jusqu’au compilateur du recueil de hadiths, est préservée sans qu’aucun narrateur intermédiaire n’ait été omisحديث نرفوعet qui est connu sous ce nom.

L’imam al-Nawawî en a donné la définition dans les termes suivants :

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« Le marfû‘ est le hadith rapporté expressément comme étant une parole du Messager, et non celle de qui que ce soit d’autre. » [৪৭********]

Ibn al-Salâh a écrit :

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Toute parole du Messager, et de nul autre — pas même d’un Compagnon — est connue sous le nom de « hadith marfūʿ ».

On pourra le comprendre clairement à l’aide d’un exemple. Ainsi, un Compagnon dit :

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Le noble Messager (s) a dit :

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J’ai entendu le noble Messager (s) dire ainsi —

Les hadiths transmis par une telle chaîne de transmission sont connus sous le nom de « hadith marfūʿ qawlī ».

Ou bien un Compagnon dit :

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J’ai vu le Noble Messager (S) faire ainsi.

Cela est connu sous le nom de « hadith marfūʿ fiʿlī ». En effet, le récit d’un Compagnon y rapporte un acte du Noble Prophète.

Ou un Compagnon dit :

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J’ai accompli une telle action en présence du Noble Messager (S), mais il ne l’a pas désapprouvée.

Cela est connu sous le nom de « hadith marfūʿ taqrīrī ». Ce hadith mentionne qu’une action a été accomplie devant le Noble Prophète et qu’il ne l’a pas interdite.

2. Tout hadith dont la chaîne de transmission (isnād) remonte jusqu’à un Compagnon, et dans laquelle sont rapportées les paroles, les actes ou l’approbation d’un Compagnon, est appelé « hadith mawqūf ». L’imam al-Nawawī en a donné la définition en ces termes :

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Tout récit rapportant la parole, l’acte ou quelque chose de semblable d’un Compagnon — que la transmission en soit assurée par des narrateurs successifs ou qu’un narrateur fasse défaut au milieu de la chaîne — est un « hadith mawqūf ».

3. Toute chaîne de transmission dans laquelle sont rapportées les paroles, les actes ou l’approbation d’un tābiʿī est connue sous le nom de « hadith maqtūʿ ». L’imam al-Nawawī a dit **************** Tout hadith dont la chaîne remonte jusqu’au tābiʿī est un « hadith maqtūʿ ».[49**********]

4. Tout hadith dont la chaîne de transmission est intégralement ininterrompue du début à la fin, sans qu’aucun narrateur ne soit omis à quelque niveau que ce soit, est appelé « hadith muttaṣil » **********.

5. Tout hadith dont la chaîne de transmission n’est pas ininterrompue, lorsqu’un narrateur intermédiaire a été omis ou a disparu, est appelé « hadith munqaṭiʿ »حديث منقطع  . [50************]

Les hadiths se subdivisent également selon les différences entre les qualités propres de leurs narrateurs, et chacune de ces catégories reçoit un nom technique particulier. Ainsi :

1. On appelle techniquement « hadith ṣaḥīḥ » ********* tout hadith dont la chaîne de transmission est ininterrompue, dont les noms des narrateurs de chaque niveau de la chaîne sont correctement mentionnés, dont les narrateurs sont tous dignes de confiance — thiqāt —, dont la mémoire est extrêmement précise, et dont le nombre n’est, à aucun niveau, limité à un seul narrateur.

L’imam al-Nawawi a écrit :

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Le hadith dont la chaîne de transmission est ininterrompue, composée de transmetteurs fiables qui l’ont conservé avec exactitude, et dans laquelle ne figure aucun transmetteur rare ou défectueux, est appelé « hadith sahih ».[51********]

2. Lorsque toutes les qualités susmentionnées sont présentes, mais que la mémoire des transmetteurs s’avère quelque peu faible, le nom technique de ce hadith est « hadith hasan » (********).

À propos de sa définition, l’imam al-Nawawi a écrit :

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Le hadith dont la source est connue de tous et dont les transmetteurs sont célèbres est appelé hadith hasan.[52**********]

3. Si toutes les qualités susmentionnées se trouvent chez les transmetteurs à un degré moindre, le hadith qu’ils ont transmis est appelé « hadith da’if » ***********.

L’imam Nawawi a dit :

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Le hadith qui ne remplit pas les conditions des hadiths sahih et hasan est appelé « hadith da‘if ».[54*******]

Classification des hadiths selon le nombre de leurs rapporteurs

Le nombre des rapporteurs des hadiths n’a pas été le même dans tous les cas. Le nombre des rapporteurs varie d’un hadith à l’autre. De ce point de vue, les hadiths se répartissent en plusieurs catégories, chacune ayant son propre nom technique. Nous allons ici donner une brève description de ces catégories.

1. Mutawatir (*****) : est appelé « hadith mutawatir » le hadith dont le nombre des rapporteurs est, à tous les niveaux de la chaîne de transmission, si élevé qu’il semble naturellement impossible qu’ils se soient tous réunis pour inventer ou rapporter un mensonge. Par exemple, le hadith ******************** : La valeur de toutes les œuvres dépend des intentions. Ce hadith a été rapporté par plus de sept cents chaînes de transmission.[ 3-شرح النخبة صLes muhaddithûn ne désignent généralement pas le hadith « mutawatir » par ce nom technique. En effet, le fait qu’un hadith soit « mutawatir » ne relève pas de l’examen de la chaîne de transmission. La raison en est que, dans la science des chaînes de transmission, la question généralement étudiée est de savoir si le hadith est « sahih » ou « da‘if », afin que l’on puisse agir en conséquence ou, dans le cas contraire, le délaisser. De plus, les rapporteurs des hadiths mutawatir ne font pas l’objet d’un examen. Il est obligatoire d’agir conformément à ces hadiths sans qu’un examen soit nécessaire. علوم الحديث ومصطله وشرح النخبة ج-3 ص- 150 ]

2. Khabar al-wahid (***********) : le hadith dont le nombre des rapporteurs et la chaîne de transmission sont quelque peu inférieurs à ceux du hadith « mutawatir » est appelé « khabar al-wahid ». Ce type de hadith se subdivise en trois catégories :

a. Si, à quelque niveau que ce soit après celui des Compagnons, le nombre des rapporteurs n’est pas inférieur à trois, le hadith est appelé « hadith mashhur » (*************).

b. Si, à aucun niveau, le nombre des transmetteurs n’est inférieur à deux, ce hadith est appelé « hadith ʿazîz » (**********).

c. Si, à un niveau quelconque, le nombre des transmetteurs n’est que d’un seul, ce hadith est connu sous le nom de « hadith gharîb » (*************).

 

Les sources fondamentales du savoir et de la science

Le sens même du savoir et de la connaissance est de connaître l’inconnu. S’informer de ce qui est inconnu, de ce qui dépasse les limites du savoir humain, et être au fait de tous ses aspects, voilà ce que l’on appelle le savoir. La connaissance et la science des choses sont une lumière. C’est par l’apparition de la lumière que les ténèbres prennent fin. Le savoir et la connaissance dissipent les ténèbres accumulées de l’ignorance de l’esprit humain, illuminent l’intériorité et l’ornent de la beauté de la gloire du savoir.

Cependant, l’accumulation de plusieurs théories et informations ne constitue pas le savoir. Les théories et informations véridiques obtenues de sources fiables et exemptes de doute constituent le véritable savoir. Les théories et informations qui ne reposent pas sur la vérité et qui ne proviennent pas de sources fiables ne peuvent dissiper les nuages du monde intérieur en proie au doute ; de même qu’elles ne peuvent apporter aucun bienfait à l’être humain, elles sont absolument indignes d’être appelées « savoir ». Il n’est pas possible de s’appuyer sur un tel savoir pour avancer sur le chemin de la vie et progresser d’un cœur intrépide. C’est pourquoi l’être humain a besoin d’un savoir et d’une connaissance qui soient en tout point vrais et fiables, obtenus de sources irréfutables et certaines. Un tel savoir rend l’esprit et l’intellect humains exempts de doute, fermes, assurés et lumineux. Il rend visibles tous les tournants du chemin de la vie, jusqu’à chacune de ses montées et de ses descentes. Sans un tel savoir, ni notre vie biologique ne peut se dérouler correctement, ni il ne nous est possible de vivre dans le monde en tant qu’êtres humains.

Mais où l’être humain trouvera-t-il un tel savoir ? Par quelle source lui est-il possible d’acquérir un tel savoir ? C’est une question difficile. À ce sujet, nous devrons examiner et analyser les choses avec un peu plus de profondeur.

Parmi les moyens et les sources naturellement accordés à l’être humain pour acquérir un savoir exact, irréfutable et fiable, la source extérieure et première est constituée par les cinq sens humains. Mais ces cinq sens ne constituent la limite de l’horizon humain que jusqu’à une certaine borne. Il est impossible de transmettre à l’être humain une quelconque connaissance qui se trouve au-delà. En outre, il n’est pas possible d’affirmer avec certitude que le savoir acquis par les cinq sens est en tout point exact et totalement exempt de doute. Ceux-ci fournissent souvent à l’être humain des informations tout à fait erronées et le trompent parfois. Lorsque l’être humain tombe malade, son goût se déforme : sa bouche devient insipide, et le sucré devient amer. La vue du voyageur à bord d’un train rapide est trompée : les paysages immobiles dressés de part et d’autre semblent filer à une vitesse vertigineuse dans la direction opposée. Un navire en mouvement semble immobile et à l’arrêt. Si une étincelle de feu se déplace à grande vitesse en ligne droite, elle semblera former une ligne de feu continue et ardente ; si elle se déplace en cercle, elle semblera former un cercle de feu. Il est courant que les grandes constellations du lointain firmament paraissent être de petites et faibles flammes insulaires vacillantes ; mais sont-elles réellement ainsi ?

La deuxième source de l’acquisition du savoir humain est constituée par l’intelligence innée, la sagesse, la réflexion et la recherche, ainsi que le jugement et l’examen fondés sur la raison. Elle ne fournit essentiellement des connaissances que sur la base des informations obtenues de la première source du savoir. À partir des informations recueillies, elle édifie le palais du savoir inconnu. Lorsque les données sont recueillies dans le monde matériel accessible, le savoir obtenu sur cette base peut être dans une large mesure exempt de doute. C’est précisément le domaine fondamental des sciences physiques (Physical Science). Mais le savoir fondé sur des données qui dépassent le monde matériel n’est rien d’autre que de simples conceptions et conjectures. Toutes les idéologies et philosophies élaborées par l’être humain en sont le produit. Il n’est pas totalement exempt de doute et laisse également une grande place à la naissance de divergences d’opinions. C’est pour cette raison que la pensée philosophique et les idéologies modernes sont dans une situation extrêmement misérable.

La connaissance qui n’a aucun rapport avec le monde matériel vient ensuite. Bien qu’elle soit une connaissance supramatérielle, elle ne se reflète et ne se projette pourtant que sur le miroir subtil de l’esprit et du cerveau objectifs. De même que la connaissance du premier degré dépend directement de la matière, celle du deuxième degré est également liée à l’esprit et aux facultés spirituelles de l’être humain.

Cette dernière source de connaissance comporte plusieurs degrés : firāsat (observation intuitive), hads (conjecture), kashf, ilhām et wahy. Firāsat signifie clairvoyance et vision intérieure ; c’est un talent inné. Les propos tenus grâce à elle suscitent l’émerveillement dans l’esprit des gens ordinaires. Vient ensuite le hads. Il est entièrement le fruit de l’exercice mental et de la réflexion ; nous l’appelons sagesse. Kashf signifie dévoilement : l’apparition, dans le monde intérieur, d’une connaissance au sujet d’une chose inconnue constitue le kashf. Le rêve en est le meilleur exemple. La différence est toutefois que le rêve est possible durant le sommeil, tandis que le kashf survient à l’état de veille et de conscience. Ilhām signifie qu’une connaissance se transmet à l’esprit : la lumière de la connaissance s’allume dans le champ mental sans aucun effort ni application. Le wahy est la source de connaissance suprême de ce degré. Donner à une personne, à l’insu des regards humains et par un moyen invisible, une connaissance particulière, supramondaine et exempte de doute, voilà ce qu’est le wahy. C’est le moyen spirituel suprême d’acquérir et de transmettre la connaissance, ainsi que la limite ultime et la plus fiable des sources de connaissance.

 

Wahy

Une discussion approfondie et fondée sur le wahy est indispensable. Une étude détaillée du wahy, tirée d’ouvrages faisant autorité, est présentée ici.

Le sens lexicographique du mot « wahy » est le suivant :

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Wahy signifie faire un signe, envoyer quelque chose par écrit, envoyer quelqu’un porteur d’un message, parler secrètement avec autrui, faire savoir quelque chose à quelqu’un à l’insu des autres.

Abū Isḥāq al-Lughawī dit :

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Dans tous les dictionnaires, « waḥy » signifie « faire connaître quelque chose en secret ».

L’imam Râghib al-Isfahânî a écrit :

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« Waḥy » signifie un signe ou une indication transmis rapidement ; il peut également s’accomplir par une parole faite de signes et d’allusions. Il peut aussi se faire au moyen d’un mot qui n’a pas de forme précise. Il peut enfin se faire par un geste des membres ou à l’aide de l’écriture. (57**************)

Il est dit dans le Noble Coran :

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Alors Allah leur fit signe : « Glorifiez Allah matin et soir. » (sourate Maryam, verset 11)

La parole d’Allah qui est insufflée dans l’esprit des prophètes est également appelée « wahy ».

Le shaykh Abdullah Sarqawi a écrit :

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« Wahy » signifie « faire savoir ». Dans la terminologie de la charia, le wahy est le fait qu’Allah fasse connaître à Ses prophètes une chose, soit en leur parlant, soit en envoyant un ange, soit par l’intermédiaire d’un rêve, soit au moyen de l’inspiration. Ce mot est également employé au sens de « donner un ordre ». [59**********]

En réalité, nul autre qu’Allah ne connaît correctement la nature profonde et le véritable mystère du wahy. Les lexicographes, les spécialistes des sciences religieuses et les philosophes ont tenté d’en donner une définition et d’en exposer la portée et la nature. Cela permet de se former aisément une idée claire et, dans l’ensemble, suffisante du « wahy ». Ce que le shaykh Bu Ali Sina a dit à ce sujet est cité ci-dessous dans les termes de l’érudit Abul Baqa :

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Nous voyons les choses au moyen de nos facultés sensorielles, tandis que le prophète les voit au moyen de ses facultés intérieures et cachées. Nous voyons d’abord, puis nous pouvons en acquérir la connaissance. Le prophète, lui, en acquiert d’abord la connaissance, puis il voit. [60**********]

Le wahy descendait sur le Noble Prophète de la manière suivante :

1. Les rêves véridiques : Au début de sa mission prophétique, le Noble Prophète (s) voyait des rêves, et ses rêves étaient extrêmement beaux. Chacun de ces rêves se révélait parfaitement exact, véridique et conforme à la réalité. Ḥaḍrat ʿÂʾisha (r) dit :

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La révélation au Messager commença d’abord par de beaux rêves durant son sommeil. À cette époque, chaque rêve qu’il voyait se réalisait dans la réalité comme la lumière de l’aurore. [61**********]

Dans la narration du Ṣaḥîḥ Muslim **********, au lieu de « beaux rêves », *********** l’expression « rêves véridiques » est mentionnée. [62***********]

2. L’inspiration dans le cœur : Une parole du Noble Prophète (s) est rapportée dans un hadith :

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L’ange Gabriel insuffla dans mon cœur cette parole : aucune créature ne peut mourir avant d’avoir reçu pleinement la subsistance qui lui a été destinée et d’avoir atteint la durée de vie qui lui a été fixée. [63************]

Dans ce hadith, l’expression « Il insuffla dans mon cœur » indique une manière particulière de faire descendre la révélation. L’Allâma Ibn Kathîr a écrit :

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Ce verset permet de savoir qu’il existe diverses façons dont la révélation est descendue. Parfois, Allah éveillait dans le for intérieur du noble Prophète une parole dont il ne pouvait être permis de douter qu’elle provenait d’Allah.

3. La révélation descend sous la forme d’un son semblable à celui d’une cloche : Hazrat Aïcha a rapporté de Hazrat Harith ibn Hisham que celui-ci demanda au noble Prophète :

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Comment la révélation vous est-elle descendue ?

En réponse, le noble Prophète dit :

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Parfois, la révélation me vient avec un son puissant semblable à celui d’une cloche. Cela est très difficile et pénible pour moi. Puis, l’intensité et la violence de la révélation se dissipent. Dans cet état, je retiens et mémorise tout ce qui a été dit.

Il ressort clairement de ces paroles que, bien que toute forme de révélation fût extrêmement éprouvante, ce type de révélation était le plus pénible pour le Messager. À propos de ce type de révélation, le noble Messager lui-même a dit :

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J’entends le tintement d’une cloche de fer, puis je reste assis en silence. Chaque fois qu’une révélation de cette nature descend, j’ai l’impression que mon âme va être saisie.

Dans un tel état, des flots de sueur coulaient abondamment du corps du Messager. Il n’en allait pas autrement même par un froid rigoureux et glacial. Alors, même si quelqu’un était monté sur le dos d’un chameau robuste, celui-ci, ressentant cette pression intense, s’asseyait.

L’érudit al-Kirmānī a écrit dans son commentaire de ce hadith :

******************************************************

On apprend de cela que, lorsque la révélation descendait sur le Messager, il ressentait une très grande peine et une pression intense ; et une souffrance insupportable, d’une lourdeur accablante, l’envahissait à cause de ce qui descendait sur lui. Allah le Très-Haut l’a dit dans les paroles suivantes : « Je vais bientôt faire descendre sur toi une parole lourde. » [66************]

4. L’ange se présentait auprès du Messager sous l’apparence d’un homme, puis repartait après lui avoir transmis le message envoyé par Allah ou après avoir accompli une tâche déterminée. Le noble Prophète lui-même a dit :

******************************************************

Parfois, l’ange vient à moi sous la forme d’une personne ; il me parle, et je retiens parfaitement tout ce qu’il dit. [Sahih al-Bukhari, 1er volume, page 1]

Il convient de mentionner à ce propos que l’ange venait spécialement sous la forme du Compagnon nommé Dihya al-Kalbi. À propos de la raison de cela, l’érudit Badr al-Din al-Ayni a écrit :

******************************************************

La raison pour laquelle l’ange venait spécialement sous la forme de Dihya al-Kalbi plutôt que sous celle des autres Compagnons est qu’il était, parmi les gens de cette époque, celui qui avait le visage le plus beau et l’apparence la plus avenante.[68***********]

Les hadiths mentionnent également la venue de l’ange sous l’apparence d’un homme totalement inconnu et la transmission d’informations importantes. À la fin d’un long récit rapporté par Abu Hurayra, le Messager (s) a dit :

******************************************************

Cet homme est Jibril ; il est venu enseigner leur religion aux gens. [Sahih Muslim, 1er volume, page 29, avec le chapitre inclus.]

5. Il est également mentionné que Jibrîl (sur lui la paix) se présenta devant le Messager vénérable (sur lui la paix et la bénédiction) sous sa propre apparence, avec sa forme et sa constitution véritables, et lui transmit la Révélation. Dans le Sahîh de Boukhari, le hadith rapporté par Aïcha (qu’Allah l’agrée) au sujet de la première révélation dit :

******************************************************

Puis l’ange vint auprès de lui et lui dit : « Lis. » [Sahîh de Boukhari, tome 1, p. 1.]

Le récit de la seconde vision de l’ange, rapporté dans les propres paroles du Messager vénérable (sur lui la paix et la bénédiction), est le suivant :

******************************************************

Je marchais quand, soudain, j’entendis une voix venant d’en haut. En levant les yeux vers le ciel, je vis cet ange qui était venu auparavant auprès de moi dans la grotte de Hirâ ; il était assis sur un trône entre le ciel et la terre. Ensuite, Allah le Très-Haut fit descendre la sourate al-Muddaththir. [Sahîh de Boukhari, tome 1, p. 733]

Il convient de mentionner à ce propos que le Noble Coran tout entier a été révélé par ce type de révélation. Il est dit dans le Noble Coran :

******************************************************

Ce Coran a sans aucun doute été révélé par Allah, le Seigneur des mondes ; l’Esprit digne de confiance est descendu avec lui, et il a été fait descendre sur ton cœur, ô Prophète, afin que tu sois de ceux qui avertissent les gens. [Dans ce verset, il n’existe aucun désaccord sur le fait que l’expression « l’Esprit digne de confiance » désigne le vénérable Jibrîl. **********]

L’érudit Badr al-Dîn al-‘Aynî a écrit à ce sujet :

******************************************************

Depuis le Prophète — paix et bénédiction sur lui — jusqu’à nos jours, une chaîne de transmission fiable et ininterrompue proclame à haute voix que celui qui venait auprès de notre vénérable Prophète avec le Coran était le vénérable Jibrîl — paix sur lui — ; celui qui venait toujours uniquement avec le Coran était le vénérable Jibrîl — paix sur lui. À ce sujet, personne n’a exprimé de dénégation ni de contestation, et nul n’a nourri le moindre désaccord.[73***********]

En vérité, il est unanimement admis et absolument établi que le Saint Coran a été révélé par l’intermédiaire de l’ange Jibrîl — paix sur lui. Mais il n’est nullement exact de dire que Jibrîl — paix sur lui — venait toujours exclusivement avec le Coran et qu’il n’apportait aucune autre parole concernant la religion islamique en dehors du Coran. En effet, diverses traditions de hadith montrent clairement qu’il s’est présenté en personne, de la part d’Allah, auprès du noble Messager ; mais il n’est pas venu avec un verset ou une sourate du Coran : il est venu afin de présenter d’autres questions relatives à la religion islamique. À titre d’exemple, nous allons mentionner ici un hadith.

‘Umar al-Fârûq — qu’Allah l’agrée — a dit :

******************************************************

Alors que le noble Prophète se trouvait dans une vallée appelée ‘Aqîq, je l’ai entendu dire ceci ; il disait : « La nuit dernière, un visiteur est venu auprès de moi de la part d’Allah et m’a dit : Prie dans cette vallée bénie et dis qu’il s’agit de la ‘umra accomplie pendant le hajj. »[74*************]

Dans ce hadith, il est évident que, par « celui qui est venu », le Prophète (s) désignait précisément Gabriel. Mais celui-ci n’avait apporté aucun verset du Coran et n’avait fait entendre au Prophète (s) aucun verset coranique. Il était plutôt venu lui transmettre le commandement d’Allah concernant la permission d’accomplir le hajj de type qirân. Or cette prescription n’a pas été incluse dans le Coran. Le Coran ne mentionne pas non plus le « hajj qirân ». Il serait donc établi que, même en dehors de la révélation du Coran, Gabriel (a) venait auprès du Messager lui apporter des enseignements religieux.

Le hadith suivant, tiré des cinq principaux recueils de hadiths authentiques, a été cité ; il convient également de le mentionner à ce stade. Voici ce hadith :

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Le noble Messager (s) a dit : Gabriel vint auprès de moi et m’ordonna de donner à mes Compagnons l’ordre de prononcer à voix haute le takbîr et le tahlîl.[75***************]

L’imam Ahmad ibn Hanbal (ra) a cité ce hadith dans son Musnad en disant :

******************************************************

Gabriel vint auprès du noble Prophète et dit :[76**************]

6. Allah Tout-Puissant parle Lui-même au noble Messager derrière le voile et lui révèle la Révélation. Il n’y a alors aucune place pour l’intermédiaire d’un ange. Allah Tout-Puissant révèle directement la Révélation dans l’intériorité du noble Messager. À ce propos, il est dit dans le Noble Coran :

******************************************************

Allah ne parle à aucun homme, si ce n’est qu’Il lui inspire une révélation ou qu’Il lui parle derrière un voile. [Sourate ach-Chûrâ, verset 51.]

Dans le commentaire de ce verset, l’érudit Ibn Kathîr a écrit :

******************************************************

Un exemple de parole derrière un voile est celui de Moïse (a), qui, après avoir conversé avec Allah, désira Le voir. Mais Allah ne se manifesta pas à lui et fit tomber un voile. [78*************]

La nuit du Mi‘râj, Allah le Très-Haut parla ainsi au noble Messager alors qu’Il demeurait derrière un voile. Cela s’accomplit alors que le Messager était parfaitement éveillé et conscient. Le noble Messager (s) a lui-même dit :

******************************************************

Lorsque je fus emmené dans les hauteurs durant le Mi‘râj, Allah le Très-Haut me rapprocha extrêmement de Lui, au point qu’il ne resta finalement entre Lui et moi que la distance séparant un arc de sa flèche, ou même moins. Alors Il dit : « Ô Muhammad ! » Je répondis : « Ô Seigneur, je me trouve tout près de Vous. » [79*****************]

Même pendant son sommeil, il s’est produit un événement de cette sorte, à savoir la descente d’une « révélation ». Cela est prouvé par une parole du Noble Prophète lui-même. Il dit :

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Allah vint à moi sous la plus belle et parfaite forme et dit : De quoi le monde supérieur (le monde des anges) discute-t-il ? [80****************]

En somme, la source par laquelle est acquise la connaissance la plus fiable du monde invisible est appelée « révélation » dans la terminologie coranique. Les prophètes et messagers ont une foi certaine dans les connaissances, les informations et les vérités qu’ils reçoivent par cette voie. Le moindre doute ne surgit pas dans leur esprit quant à leur véracité. Cette foi et cette absence de doute sont des centaines et des milliers de fois plus certaines et plus solidement dignes de confiance que les connaissances acquises dans le monde matériel. C’est au sujet de cette connaissance issue de cette source qu’il est dit d’une voix élevée dans le Noble Coran :

******************************************************

Le Prophète ne parle pas selon son propre désir et sa propre volonté ; ce qu’il dit n’est rien d’autre qu’une révélation révélée. [Sourate An-Najm, versets 3-4.]

Le Noble Coran est la parole d’Allah reçue par cette voie de la révélation. Mais le Noble Coran n’est pas l’unique trésor de connaissances obtenu par cette voie ; en outre, le Prophète reçoit encore de nombreuses connaissances et informations, directement ou par l’intermédiaire d’un ange. Il existe cependant une différence manifeste entre ces deux catégories de connaissances. Le Noble Coran est entièrement la parole d’Allah ; quant aux autres connaissances et informations, bien qu’elles soient reçues d’Allah par l’intermédiaire de la révélation, elles ne sont pas la parole d’Allah. L’objectif de ces connaissances et informations de la seconde catégorie est de fournir une explication et une analyse exactes et correctes de la parole propre d’Allah, le Noble Coran. C’est pourquoi tout ce qui relève de ces deux catégories provient d’Allah. Ainsi, chacune de ses lettres, chacun de ses mots et sa langue sont totalement préservés. Aucune modification, aucun changement ni aucun ajout ou retranchement ne peut y avoir place.

En revanche, ce ne sont pas les mots et la langue du hadith qui proviennent d’Allah, mais seulement le sens et l’idée essentielle. C’est pourquoi Allah Très-Haut a Lui-même assumé la responsabilité de la préservation intégrale du Noble Coran. Il a dit :

******************************************************

Certes, c’est Nous qui avons révélé le Coran, et c’est Nous qui en sommes les Gardiens. [Sourate Al-Hijr, verset 9.]

Mais le langage et les termes des autres connaissances reçues par voie de révélation, en dehors du Coran, ne sont pas préservés par Allah ; leurs termes et leur langage sont propres au Messager. Allah n’a pas Lui-même assumé la responsabilité de les préserver à l’instar du Coran. Une importance supérieure ne leur a pas non plus été accordée. Ils n’ont jamais été appelés « la parole d’Allah ».

 

La source des hadiths

Il ressort de la discussion précédente que la révélation qu’Allah, Exalté soit-Il, a fait descendre sur le Prophète de l’univers constitue la source fondamentale des hadiths. La révélation envoyée par Allah est principalement de deux sortes. La première sorte de révélation est appelée « wahy matlû » — révélation destinée à être récitée — et on l’appelle également « wahy jalî ». La seconde sorte de révélation est connue sous le nom de « wahy ghayr matlû ». Elle n’est généralement pas récitée. Elle porte également le nom de « wahy khafî » — révélation cachée. Ce terme désigne à la fois le moyen par lequel la connaissance en est acquise et la connaissance acquise par ce moyen.

Après le Coran, les hadiths occupent la deuxième place en tant que fondement essentiel de la loi religieuse. De même que le Noble Coran est descendu de la source de la guidance d’Allah et d’une connaissance vraie, infaillible et digne de confiance, les hadiths proviennent exactement de cette même source. La véracité de cette affirmation est démontrée par la déclaration du Noble Coran. Allah, Exalté soit-Il, a dit :

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Ô Prophète ! Allah a fait descendre sur toi le Livre et la Sagesse, et Il t’a enseigné ce que tu ne savais pas. [Sourate An-Nisâ’, verset 113.]

Dans le commentaire de ce verset, l’érudit Ibn Kathîr a écrit :

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Le terme al-Kitâb mentionné dans le verset désigne le Noble Coran, et le terme hikma désigne la Sunna ou les hadiths du Messager (et ces deux choses ont été révélées par Allah, provenant d’Allah lui-même). [Tafsîr d’Ibn Kathîr.]

La parole suivante du Noble Prophète prouve également que le Coran et les hadiths proviennent tous deux du même lieu et de la même source. Il a dit :

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Le Coran m’a été donné, ainsi qu’une autre chose semblable à celui-ci. [Kanz al-‘Ummâl, par le cheikh ‘Alâ’ al-Dîn ; Abû Dâwûd, Kitâb al-Sunna.]

L’expression « une autre chose semblable à celui-ci » ne peut désigner que les hadiths. En effet, les hommes du monde n’ont reçu du noble Messager que ces deux choses.

Hassân ibn Thâbit a dit :

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Jibrîl (a) descendait auprès du Prophète avec la Sunna ou les hadiths, comme il descendait avec le Coran, et lui enseignait également la Sunna, comme il lui enseignait le Coran.[86**********]

Hasan ibn Atiyya a dit :

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La « révélation » descendait sur le noble Messager (s), et Jibrîl se présentait auprès de lui avec la Sunna, laquelle expliquait la première sorte de révélation, le Coran. [87***********]

Il est clairement établi par un hadith du Sahih Muslim que Jibrîl se présentait auprès du noble Prophète en lui apportant uniquement un hadith, sans verset coranique. Il est mentionné dans le Kitab al-Jihad —

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Après avoir rapporté un long récit concernant le pardon des péchés du moudjahid dévoué et sincère, le noble Messager (s) dit :

Jibrîl (a.s.) lui-même me l’a dit.

Cette affirmation est, à ce stade, tout à fait claire et irréfutable.

En vérité, le Noble Prophète (s.a.s.) ne parlait de quelque affaire religieuse que ce soit qu’après avoir reçu d’Allah une connaissance certaine et exacte. Il ne prononçait aucune parole concernant la religion sur la base de ses propres conjectures ou suppositions. La preuve concrète en est que, lorsqu’on l’interrogeait sur une question relative à la religion et à l’islam et qu’il n’en avait pas eu connaissance auparavant, il ne donnait pas immédiatement de réponse. Il attendait plutôt d’avoir reçu, par l’intermédiaire de Jibrîl, la connaissance exacte de cette question de la part d’Allah. Ce n’est qu’après l’avoir apprise de cette manière qu’il répondait à la question posée. Deux exemples vont en être présentés :

1. Un érudit juif interrogea le Noble Prophète : quel est le meilleur endroit sur terre ? Comme il ne connaissait pas immédiatement la réponse exacte, le Noble Prophète ne répondit pas sur-le-champ à cette question. Plus tard, lorsque Jibrîl arriva, il l’interrogea à ce sujet. Jibrîl dit d’abord : « Celui qui pose la question et celui à qui elle est posée sont tous deux ignorants à ce sujet. Il sera possible de répondre après avoir appris cela d’Allah. » La deuxième fois que Jibrîl vint, il dit : « Ô Prophète, je me suis cette fois rapproché d’Allah comme je ne l’avais encore jamais été. Allah le Très-Haut a déclaré au sujet de la question posée : »

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Les endroits les plus mauvais sont les marchés, tandis que les lieux les meilleurs et les plus bénis sont les mosquées. [89**************]

Le vénérable Abû Ya‘lâ manifesta le désir d’observer directement comment la « révélation » descendait et quelle était l’attitude du Noble Messager au moment de sa descente. Il eut l’extraordinaire occasion de l’observer durant le voyage du Hajj d’Adieu. À cette époque, le Noble Prophète (s.a.s.) se trouvait en un lieu appelé « Jeyr Renâ ». Alors, un compagnon demanda au Noble Messager : « Est-il permis de revêtir l’ihrâm pour accomplir la ‘umra après s’être parfumé ? [L’érudit Sharqâwî a écrit que le questionneur était ‘Atâ ibn Munayya, le frère du vénérable Ya‘lâ.] » Le Noble Prophète (s.a.s.) ne répondit pas immédiatement. Il resta silencieux pendant un long moment. Ensuite, la révélation descendit sur le Messager (s.a.s.). À ce propos, il est dit dans le Sahîh al-Bukhârî :

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Alors le noble Prophète (s) resta silencieux quelque temps. Puis il lui fut révélé……………………..

À ce moment-là, on avait tendu une étoffe au-dessus du noble Prophète (s) pour lui faire de l’ombre. Ya‘la y introduisit alors sa tête et regarda :

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Tout le visage du Messager était devenu rouge, et il respirait en produisant un bruit terrible. [Sahih al-Bukhari, tome 1, Kitab al-Manasik, p. 208, et tome 2, Kitab Fada’il al-Qur’an, p. 745.]

Selon les muhaddithin, le noble Prophète souffrait alors d’une grave difficulté respiratoire sous le poids accablant de la révélation. L’érudit Sharakawi a écrit :

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Le « ghatit » mentionné dans le hadith est une sorte de bruit terrible qui se produisait, au moment de la descente de la révélation, parce qu’il respirait avec beaucoup de difficulté sous son poids accablant. [Fath al-Mubdi’, tome 2, p. 89.]

Le Messager éminent ressentait une telle souffrance au moment où la révélation descendait sur lui, et c’est pourquoi il éprouvait une grave difficulté à respirer. En revanche, dès qu’ils entendaient un tel bruit, tous les Compagnons comprenaient que la révélation était alors en train de descendre sur le Messager.

En réalité, le Noble Coran est la législation complète et véridique reçue par l’intermédiaire de Gabriel, par voie de révélation. Mais toutes les vérités et connaissances exactes reçues par cette révélation ne sont pas intégrées au Noble Coran. Dans la religion islamique, l’importance de ce type de connaissance véridique vient immédiatement après celle du Coran ; c’est pourquoi, sans être intégrée au Coran, elle a été conservée sous la forme des « hadiths du Messager ». L’histoire de la vie du Prophète révèle l’existence d’innombrables révélations qui n’apparaissent nulle part dans les trente juz’ du Noble Coran. Mais ont-elles été englouties dans les profondeurs de la destruction et de l’oubli ? Étaient-elles inutiles ? Cela ne peut être le cas. En réalité, elles n’ont pas été détruites. Parce qu’elles étaient indispensables à la vie humaine, elles ont été conservées séparément pour l’éternité. Elles constituent un patrimoine éternel pour la communauté musulmane.

En outre, de même que les membres de la société constituée par le Noble Prophète (S) avaient foi en la Parole d’Allah, le Noble Coran, et lui accordaient de l’importance, ils manifestaient un intérêt et une attention semblables à l’égard de la partie de la révélation extérieure au Coran, c’est-à-dire des hadiths. Bien plus, après le décès du Messager, le Noble Coran se trouvait auprès des nobles Compagnons dans un état entièrement écrit et compilé ; il ne leur était donc pas nécessaire d’entreprendre des recherches à son sujet. En revanche, cette nécessité existait concernant les hadiths du Messager. C’est pourquoi leurs efforts et leur labeur furent sans limites. Ils interrogèrent également à ce sujet les personnes qui avaient été les plus proches du Messager. Deux événements peuvent être mentionnés à titre d’exemple :

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En dehors de la révélation compilée dans le Coran, une autre partie de la révélation est-elle conservée auprès de vous ? [Sahih al-Bukhari, premier volume, Kitab al-Jihad, p. 428.]

En réponse, Ali présenta plusieurs hadiths. Il en ressort que : (a) il existe, en dehors du Coran, d’autres connaissances reçues par voie de révélation ; (b) toute la révélation n’est pas compilée ni incluse dans le Noble Coran. Il existe d’autres parties de la révélation qui se trouvent en dehors du Coran. Même si elles ne sont pas la « Parole » d’Allah, ce sont des connaissances apprises auprès d’Allah Lui-même. (c) La révélation extérieure au Coran est connue à travers les paroles du Messager de vive voix et le récit de ses actes accomplis en pratique ; elle est elle aussi incontestablement une « révélation », une connaissance issue de la révélation. Abu Hudhayfa la compta également parmi la « révélation », mais Ali (R) ne formula aucune objection à ce sujet. Il ne déclara pas que toute révélation — toute connaissance reçue par révélation — était compilée dans le Noble Coran et qu’il n’existait aucune partie de la révélation en dehors de celui-ci.

Bien que le Coran et les hadiths soient extérieurement deux choses distinctes, ils proviennent en réalité tous deux de la source de la révélation. De ce point de vue, il n’existe entre eux aucune différence quant à leur caractère fondamental, leur rationalité, leur authenticité et l’obligation de les suivre. Par conséquent, aucun musulman ne peut avoir pour principe de négliger les hadiths et d’en amoindrir l’importance en disant : « Ce sont les paroles du Messager, non celles d’Allah ; il est donc permis de ne pas les accepter. »

Il faut ici garder particulièrement à l’esprit un point : le Noble Prophète (S) a parfois également exercé l’ijtihad sur la base du Coran qui lui avait été révélé. En se fondant sur les principes fondamentaux et généraux du Coran, il a donné aux gens de nombreux commandements et conseils concernant les modalités détaillées de la religion, sur la base de sa propre réflexion et de son discernement. Du point de vue de la Loi religieuse, cela aussi est un hadith, et est considéré comme relevant de la Sunna du Messager. À ce sujet, l’imam al-Shafi‘i (R) a dit :

Tous les commandements donnés par le Noble Messager (S) sont précisément ceux qu’il avait compris du Coran. Ensuite, il en a tiré la confirmation du Coran.

Mullā ʿAlī al-Qārī a écrit que le hadith est présenté comme la parole du Prophète honoré, parce que c’est lui qui l’a compris à partir du Coran.

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C’est parce qu’il l’a compris directement à partir du Coran et l’a tiré de l’esprit même du Coran.

 

La différence entre le Coran et le hadith

Bien que le Coran et les hadiths émanent tous deux de la source de la révélation, ils présentent des différences à de nombreux égards. Il en a été fait allusion dans l’exposé précédent, mais il est nécessaire, à ce stade, d’en présenter une discussion détaillée.

Le Noble Coran est un miracle extraordinaire. Il n’est pas miraculeux uniquement par ses mots, sa langue et sa littérature ; son contenu, l’ampleur, l’étendue, la profondeur et la subtilité des sujets qu’il traite, ainsi que le système de vie complet, bénéfique à l’humanité, qu’il présente, constituent également un miracle extraordinaire et absolument étonnant.

La première et la plus éminente des paroles importantes est le Noble Coran. En raison de ses caractéristiques miraculeuses, il est éternel et demeure à jamais préservé de toute modification, amplification, correction ou adjonction. Il est interdit de le toucher ou de le réciter sans ablutions. Sa récitation précise dans la prière est une obligation impérative.

Mais les hadiths ne sont pas des miracles comme le Coran. Seul le sens fondamental du hadith s’est reflété, par l’intermédiaire de la révélation, dans le cœur limpide et pur du Prophète honoré ; il l’a présenté au public dans sa propre langue. C’est pourquoi sa langue n’est pas révélée à réciter ; la récitation de sa langue et de ses mots n’est pas obligatoire. La Loi religieuse a ordonné de suivre son sens fondamental et son esprit. C’est pour cette raison qu’il est appelé « révélation non récitée ». En revanche, le sens et les mots du Noble Coran appartiennent entièrement à Dieu et sont descendus de Lui.

L’érudit Ibn Hajar al-ʿAsqalânî a écrit :

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La révélation « récitée » est le Noble Coran. L’autre type de révélation est rapporté du Messager éminent (s), par la chaîne des transmetteurs. [৯৬**************]

L’érudit Muhammadur Rahman al-Madanî a écrit : les différences réciproques entre le Coran et le hadith doivent être considérées sous six aspects. Premièrement, le Coran est un miracle doté de caractéristiques surnaturelles, tandis que le hadith ne l’est pas. Deuxièmement, la prière n’est pas valide sans la récitation du Coran, alors qu’il n’en va pas de même pour le hadith. Troisièmement, quiconque nie le Coran, ou même une infime partie de celui-ci, devient assurément mécréant ; en revanche, celui qui refuse d’accepter un hadith particulier pour une raison déterminée ne devient pas mécréant. Quatrièmement, pour la révélation du Coran, la médiation de Gabriel entre Allah et le Messager est indispensable ; elle ne l’est pas pour le hadith. Cinquièmement, chaque mot et chaque énoncé du Coran appartiennent en propre à Allah, tandis que les mots et le sens du hadith sont ceux du Messager lui-même. Sixièmement, il est obligatoire de toucher le Coran en état d’ablution et de pureté ; il n’est pas permis de le toucher sans ablution. Aucune prescription de ce genre n’existe concernant le hadith. [৯৭************]

Autrement dit, la différence entre une lettre et un message oral peut être comparée à la différence entre le Coran et le hadith. Lorsqu’un message oral est transmis par l’intermédiaire d’une personne, c’est le sens essentiel qui compte ; les différences de langue ou de termes n’ont alors aucune importance. Il n’en va pas ainsi pour une lettre. Premièrement, elle est rédigée selon la volonté propre de son expéditeur et, deuxièmement, elle emploie une langue et des termes qui expriment pleinement sa pensée et son intention. En revanche, la transmission d’une parole orale n’est pas soumise à la même obligation quant aux termes et à la langue.

Bien que le Coran et le hadith présentent, par leurs caractéristiques propres, une telle différence — le Coran pouvant être considéré comme la lettre écrite par Allah lui-même, et le hadith comme le message oral d’Allah — il faut également garder à l’esprit que le porte-parole de cette « lettre » et de ce « message oral » d’Allah est le Prophète universel, le vénérable Muhammad (s). C’est pourquoi, tout en recevant de lui la lettre écrite d’Allah (le Coran), il est absolument indispensable de connaître également son message oral (le hadith). Ces deux choses envoyées par Allah sont intimement liées l’une à l’autre. Si l’on accepte l’une en rejetant l’autre, le but fondamental est nécessairement détruit.

Le vénérable ʿAbdullah ibn Masʿud (r) a dit :

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Lorsque je rapporte un hadith, je vous informe qu’il est corroboré par le Coran.[98***********]

Ibn al-Zubayr a dit :

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Chaque hadith qui m’est parvenu, j’en ai trouvé la confirmation et la preuve de l’authenticité dans le Livre d’Allah. [99**********]

Les imams de la Charia sont unanimes :

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L’ensemble de la Sunna et des hadiths constitue l’explication du Coran.

 

L’importance du hadith dans le système de vie islamique

Le hadith est un trésor inestimable de la communauté islamique, et l’une des sources indispensables de la charia islamique. Une vie conforme à l’islam est inconcevable sans lui. Avant de déterminer l’importance du hadith, il est absolument nécessaire de déterminer l’importance et le statut (Position) du noble Messager lui-même (s).

Du point de vue de l’islam, les commandements et les interdits du Messager, l’ensemble de ses actes et de ses comportements, ses paroles — en un mot, les paroles sorties de sa bouche et toute sa vie active — constituent pour la communauté islamique un modèle éminent qu’il faut impérativement suivre. En envoyant le Messager, Allah avait précisément pour objectif que la communauté le suive pleinement, qu’elle observe intégralement ses commandements et ses prescriptions, tout en suivant également le mode de vie qu’il a effectivement mené. Le Noble Coran a déclaré en termes explicites l’objectif de l’envoi du Messager en disant :

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Je n’ai envoyé de Messager que dans le seul but qu’il soit suivi — qu’on lui obéisse — avec la permission d’Allah. [Sourate An-Nisâ’, verset 64.]

Dans un autre verset, Allah a également ordonné explicitement d’obéir au Messager et de le suivre ; Il a dit :

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Ô vous qui croyez, obéissez à Allah et à Son Messager ; après avoir entendu leurs commandements, ne leur désobéissez pas en leur tournant le dos. Ne soyez pas comme ceux qui disent : « Nous avons entendu », alors qu’en réalité ils n’écoutent pas. [Sourate Al-Anfâl, versets 20 et 21.]

Ici, il est d’abord ordonné aux croyants d’obéir à Allah, et il leur est également ordonné de suivre le Messager ou de lui obéir. Il est demandé d’obéir à Allah et au Messager au moyen d’un même ******** mot impératif : « obéissez ». Il est déclaré que le musulman a le devoir de suivre Allah et le Messager tous deux, et aucune distinction n’est faite entre eux en ce qui concerne ce devoir. Toutefois, en apparence, on peut seulement relever la différence suivante : le nom d’Allah est mentionné en premier ; son obéissance doit donc être la première et l’essentielle, puis vient celle du Messager.

Deuxièmement, on peut obéir à Allah en respectant les commandements et les interdits du Livre d’Allah, le noble Coran. Quant à l’obéissance au Messager, elle consiste à suivre ses commandements et ses interdits ainsi que la conduite et les règles qu’il a pratiquées. Les commandements et les interdits d’Allah se trouvent dans les trente juz du noble Coran ; mais où trouver les commandements et les interdits du Messager ? On les trouve dans le hadith, cette immense richesse qui contient les paroles, les actes et les approbations du Messager.

Allah le Très-Haut a dit :

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Dis : Ô Prophète, si vous aimez Allah, alors suivez-moi. Allah vous aimera alors et vous pardonnera vos péchés. Certes, Allah est Celui qui pardonne les péchés, le Miséricordieux. [Sourate Āl ʿImrān, verset 31.]

Autrement dit, l’exigence inévitable et la condition réelle de l’amour d’Allah consistent à suivre effectivement le Messager ; l’unique voie et le seul moyen d’obtenir l’amour d’Allah et le pardon des péchés auprès de Lui consistent à suivre le Messager. Sans suivre le Messager, il est impossible d’obtenir l’amour d’Allah et Son pardon pour les péchés. Et ce n’est pas tout : s’il ne suit pas le Messager, l’être humain ne peut être croyant ni rester musulman ; au contraire, il devient mécréant.

Allah le Très-Haut a dit :

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Dis : Ô Prophète, obéissez à Allah et au Messager ; si vous ne le faites pas, sachez qu’Allah n’aime pas les mécréants. [Sourate Āl ʿImrān, verset 32.]

Dans ce verset également, le Messager se voit accorder une dignité distincte, après Allah et immédiatement avec Lui, en matière d’obéissance. Il ne suffit donc pas d’obéir uniquement à Allah : il faut aussi obéir au Messager. De même que l’homme devient mécréant s’il n’obéit pas à Allah, il devient pareillement mécréant s’il n’obéit pas au Messager. La dernière partie du verset l’exprime clairement. Il y est également dit qu’Allah n’aime ni n’agrée en aucune manière ces mécréants.

Il existe une raison particulière pour laquelle l’obéissance au Messager, parallèlement à celle due à Allah, est ainsi exigée afin d’être musulman. En réalité, transmettre uniquement la parole d’Allah n’est pas la seule tâche du Messager. Il lui incombe assurément aussi de diffuser largement la parole d’Allah, de l’expliquer en détail aux gens, de façonner leur esprit, leur caractère et leur vie sur cette base, et de bâtir conformément à celle-ci une société idéale.

Le Noble Coran dit à ce sujet :

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C’est Lui, Allah, qui a envoyé aux illettrés un Messager issu d’eux-mêmes. Le Messager leur récite Ses versets, les purifie et les réforme, et leur enseigne le Livre et la sagesse, alors qu’auparavant ils étaient plongés dans un égarement manifeste. [Sourate Al-Jumu‘ah, verset 2.]

Ce verset énonce clairement les trois responsabilités et devoirs du Noble Prophète :

Premièrement, réciter les versets du Coran et les faire entendre aux gens après les avoir récités. Deuxièmement, purifier et assainir les esprits et les cœurs, les éduquer et les former selon les critères d’un modèle particulier et clairement défini. Les purifier de la souillure du polythéisme et de l’immoralité.

Troisièmement, enseigner le Livre d’Allah et les connaissances nécessaires, développer l’intelligence et les aptitudes indispensables à la mise en pratique de l’idéal de vie islamique, et enseigner la « Sunna ».

Dans le verset examiné, les actes prescrits aux première et troisième étapes — réciter les versets et enseigner le Livre — sont-ils de même nature ? S’il s’agissait d’actes de même nature, ce serait sans aucun doute une répétition fautive. Dans ce cas, les mêmes termes auraient dû être employés dans les deux situations. Or, des termes entièrement distincts ont été utilisés dans l’un et l’autre cas. En raison de la différence de sens, ces deux actes apparaissent donc comme deux tâches distinctes. En réalité, la récitation des versets et l’enseignement du Livre sont deux actes différents, constituant chacun une responsabilité particulière.

Ainsi, en même temps que la récitation du Coran, l’explication de ses termes techniques difficiles et particuliers, l’analyse des sujets qu’il prescrit, le développement de ses thèmes concis, ainsi que leur mise en pratique et leur établissement par ses paroles et ses actes, tout cela a été défini comme la responsabilité et le devoir du Noble Messager.

Dans la dernière partie du verset, il est question d’enseigner le « Livre » et la « hikmat ». « Al-Kitab » signifie le Noble Coran, mais que signifie la « hikmat » ?

En de nombreux endroits du Noble Coran, le mot « hikmat » est mentionné avec « al-Kitab », et il y est clairement déclaré que, de même que tous les Messagers ont reçu le Livre, la hikmat leur a également été accordée. Il est dit dans la sourate Âl ʿImrân :

******************************************************

Souvenez-vous du moment où Allah prit des prophètes cet engagement : « Je vous ai aujourd’hui donné le Livre et la hikmat. » [Sourate Âl ʿImrân, verset 81.]

Il ne fait aucun doute que le « Livre » mentionné dans le verset désigne le Livre céleste contenant la parole d’Allah. Mais quelle est la portée du mot « hikmat » ? Qu’est-ce qu’Allah Tout-Puissant veut faire comprendre par ce terme ? Quelle autre chose Allah a-t-Il révélée aux Messagers avec le Livre, et qu’Il a appelée « hikmat » ? Une étude et une recherche détaillées à ce sujet sont nécessaires.

Du point de vue des dictionnaires, le mot « hikmat » a pour racine *******, dont le sens est ****************** « interdire une chose ou une action dans le but de la corriger ». C’est dans cette perspective que la bride est appelée « hakamatun » ****** ; en effet, elle empêche le cheval de se rebeller et d’aller à sa guise. C’est en raison de cette correspondance sémantique que la « hikmat » est définie comme suit : *************** placer et maintenir les choses à l’endroit qui leur convient, et les placer, les enfermer dans un endroit qui ne leur convient pas.

Dans le dictionnaire Tāj al-ʿArūs, il est dit à ce propos, avec davantage de détails :

******************************************************

Dans le domaine du jugement et de l’arbitrage, la justice, l’équité et l’impartialité sont appelées « hikma ».

« Connaître la réalité profonde et véritable des choses, puis agir à la lumière de cette connaissance pure et exacte. C’est pourquoi la hikma se divise en deux catégories. L’une relève de la connaissance, l’autre de la pratique ou de l’action. [Tāj al-ʿArūs, article « hikma ».]

L’imam Rāghib al-Isfahānī a écrit :

******************************************************

La hikma consiste à atteindre la vérité véritable grâce au savoir et à l’intelligence, ainsi qu’à posséder l’aptitude et le talent nécessaires pour y parvenir. Ainsi, la hikma d’Allah consiste à connaître parfaitement toutes les choses, et à créer et à innover de nouvelles choses sur la base du décret ultime. Quant à la hikma de l’être humain, elle consiste à connaître et à comprendre les réalités du monde matériel, ainsi qu’à accomplir de bonnes œuvres.[১০৭]

Dans l’ouvrage Lisān al-ʿArab, il est dit :

******************************************************

En réalité, la hikmat consiste à acquérir une connaissance subtile et profonde des choses les meilleures et les plus excellentes.[108]

Après avoir mentionné les propos de diverses personnes, l’imam Ibn Jarir Tabari a écrit :

******************************************************

À mon avis, l’opinion correcte concernant la hikmat est que la hikmat est la connaissance des commandements et des interdits d’Allah, connaissance qu’il est absolument impossible d’acquérir sans les explications du Messager ; et acquérir une connaissance profonde et subtile à son sujet relève également de la hikmat. Les autres choses qui lui sont conformes et par lesquelles on peut l’acquérir en font aussi partie. À mon avis, le mot « hikmat » dérive de « hakam ». Il signifie la distinction entre le vrai et le faux. [109**************]

L’imam Chaféi (que la miséricorde d’Allah soit sur lui) a écrit :

******************************************************

J’ai entendu de la bouche de personnes éminentes, dignes de confiance et particulièrement versées dans la connaissance du Coran, qu’elles ont dit : la hikmat est la Sunna du noble Messager (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui).[Kitab ar-Risala ; page 28.]

Ensuite, il écrivit :

******************************************************

La Sunna du Messager est cette sagesse qui a été insufflée par Allah dans le cœur béni du Prophète. [Kitab al-Risala, p. 28.]

Partout où le Coran glorieux mentionne « al-Kitab » avec « al-Hikmat », Kitab signifie la parole propre d’Allah, révélée au Messager, dans laquelle sont exposés les commandements, les interdits ainsi que les exhortations et les conseils d’Allah. Quant à « al-Hikmat », elle désigne la connaissance pure et exacte des vérités profondes de toutes ces choses, ainsi que l’action juste conforme à cette connaissance infaillible. En vérité, chaque Messager a reçu l’intelligence suffisante pour posséder cette connaissance infaillible et accomplir les actes justes qui en découlent. À l’égard des prophètes et des messagers, telle est la règle permanente et universelle d’Allah.

Conformément à cette règle, au dernier Prophète, Hazrat Muhammad (que la paix soit sur lui), ont également été accordés, en même temps que al-Kitab, le Coran, « al-Hikmat ». Cela est mentionné explicitement dans de nombreux versets du Coran glorieux. Nous allons en citer ici un verset. Allah, le Très-Haut, a dit :

******************************************************

Ô Prophète, Allah a fait descendre sur toi « al-Kitab » et « al-Hikmat », et Il t’a enseigné ce que tu ne savais pas. C’est là une immense faveur d’Allah à ton égard. [Sourate an-Nisa, verset 113.]

Cette « al-Hikmat » donnée par Allah en même temps que le Coran est assurément une chose distincte du Coran. Sa Sunna et son explication détaillée sont rassemblées dans le patrimoine des hadiths. [Il convient de comprendre la portée de l’appellation de la hadith comme hikmat. L’érudit Badr al-Din al-Ayni a écrit : La portée de l’appellation de la Sunna ou du hadith comme hikmat est qu’elle a permis de distinguer le vrai du faux et qu’elle a servi à expliquer les énoncés généraux du Coran.]

Que l’al-Hikmat ou la Sunna soit également descendue d’Allah, le verset susmentionné le prouve en termes explicites. En vérité, Allah n’a pas considéré comme suffisant de révéler seulement al-Kitâb pour guider l’humanité tout entière et la conduire sur la voie de la bonne direction ; Il a également jugé nécessaire d’envoyer, de Sa part, le Messager et la Sunna du Messager. Autrement, al-Kitâb seul n’aurait pu procurer aucun véritable bienfait aux êtres humains.

L’explication et l’analyse du Noble Coran constituent également l’une des principales responsabilités du Messager. Le verset suivant proclame l’importance de la Sunna ou du Hadith sous cet angle. Allah a dit :

******************************************************

Ô Prophète, Nous avons fait descendre sur toi ce Livre afin que tu exposes et expliques aux gens ce qui leur a été révélé, et afin qu’ils y réfléchissent et l’étudient. » [Sourate an-Nahl, verset 44 ; à propos de l’explication de la portée de « exposer », le hâfiz Ibn Abul-Bar a dit : L’« exposition » du Coran par le Noble Prophète s’est faite de deux manières : premièrement, expliquer dans leurs grandes lignes les enseignements du Coran, en indiquant notamment ce que sont les cinq prières quotidiennes et leurs horaires, leurs prosternations, leurs inclinaisons et autres prescriptions, et en décrivant les rites du pèlerinage. Lorsque le Noble Prophète accomplit le pèlerinage, il dit : ************ « Recevez de moi les règles et les rites du pèlerinage. » La raison en est que, dans le Coran, seuls les commandements généraux concernant la prière, la zakat et le pèlerinage ont été donnés ; aucune explication de ces actes n’y a été fournie, et aucune forme détaillée n’en a été exposée. C’est le Hadith qui en présente l’explication et l’analyse. (******************)

L’idée centrale du verset en question est que le véritable objectif de la révélation du Coran au Messager était d’en exposer et d’en analyser le contenu en détail devant les gens. En vérité, pour faire comprendre correctement et pleinement une question, trois actions sont absolument indispensables :

Premièrement, l’expliquer et l’analyser par la parole, et mettre au jour, par la discussion, les aspects théoriques et pratiques de chaque question.

Deuxièmement, en s’appuyant sur les actes de sa propre vie et sur son mode de vie concret, en faire ressortir la valeur et l’importance pratiques.

Troisièmement, s’efforcer de faire appliquer et de mettre en œuvre cela par les gens, en surveillant attentivement s’ils en comprennent et en suivent correctement le sens profond ; s’employer à le vérifier et à le mettre à l’épreuve ; lorsqu’il est effectivement appliqué correctement, lui apporter son soutien et son approbation, et, si une erreur, une faute, un défaut, une déviation ou un écart quelconque est constaté, le corriger.

Il a été déclaré que le Coran a été révélé au Prophète éminent (s) afin qu’il l’expose publiquement de manière claire et lumineuse sous ces trois aspects. Le noble Messager (s) a pleinement et parfaitement assumé cette responsabilité durant ses vingt-trois années de vie prophétique. Le relevé fiable de tout ce qu’il a dit ou fait dans l’accomplissement de cette mission constitue le hadîs. Il ne peut donc y avoir aucun doute que le hadîs est conforme au Coran et qu’on n’y trouve rien qui ne soit pas approuvé par le Coran. C’est pour cette raison que l’imam Shâtibî a écrit :

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On ne trouvera dans la Sunna ou le hadîs que des choses pleinement approuvées par le Coran. On ne trouvera dans le hadîs aucune chose que le Coran n’approuve pas. [১১৫*********]

La preuve concrète que le noble Messager (s) a expliqué et analysé divers versets importants du Saint Coran se trouve dans les chapitres de tafsîr des recueils de hadîs. Lorsque les nobles Compagnons (r) ne parvenaient pas à comprendre le sens exact de certains versets et en étaient profondément bouleversés, le noble Messager (s) en expliquait et en analysait le sens, dissipant ainsi leur inquiétude. À titre d’exemple, on peut citer le verset coranique suivant. Allah Très-Haut a dit :

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Ceux qui ont cru et n’ont mêlé leur foi à aucune forme d’injustice………….

Lorsqu’il fut révélé, cela causa une grande inquiétude aux Compagnons. Ils interrogèrent le Messager afin de connaître sa véritable signification :

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Qui donc parmi nous n’a pas mêlé sa foi à l’injustice ?

En entendant cette question, le Prophète vénéré (s) comprit que ce verset avait paru extrêmement difficile à comprendre aux nobles Compagnons. Le Prophète vénéré (s) leur dit alors :

******************************************************

Le sens du verset n’est pas celui que vous avez compris. Ici, l’injustice ne signifie rien d’autre que l’associationnisme. N’avez-vous pas entendu que Luqman avait dit à son fils : « Ô mon cher fils, n’associe rien à Allah ; certes, l’associationnisme est une immense injustice, sans aucun doute. » [Sahih al-Boukhari, tome 2, Kitab at-Tafsir, p. 708.]

Les nobles Compagnons furent rassurés après avoir appris du Messager l’explication véritable de ce verset. C’est pourquoi, pour connaître également l’interprétation doctrinale du Noble Coran, l’ensemble du monde musulman dépend des hadiths du Messager. En dehors de l’explication du Messager, il ne peut exister aucun autre moyen fiable de connaître la signification exacte du Coran.

Dans un autre verset, Allah Très-Haut a dit :

******************************************************

Ô Prophète, Nous avons fait descendre sur toi ce Livre en toute vérité, afin que tu juges entre les gens conformément à la règle et à la méthode qu’Allah t’a montrées. [Sourate An-Nisâ’, verset 105.]

Allah — exalté soit-Il — a révélé le Livre afin que le Noble Messager rende la justice entre les gens ; mais selon quelle méthode devait-il le faire ? Il a été répondu : ************ « la méthode qu’Allah t’a montrée ». Ainsi, de même que le Livre originel a été révélé par Allah, la méthode permettant d’établir le jugement et la justice conformément à celui-ci a également été reçue par l’intermédiaire de la révélation. [Tafsîr Rûh al-Ma‘ânî, vol. 5, p. 140. Tafsîr al-Bayḍâwî, vol. 1, p. 205. Tous deux ont interprété ************* comme le tafsîr de *********, en disant : « ce qu’Il t’a fait comprendre et ce au sujet de quoi Il t’a envoyé la révélation ».] Et l’explication de cela ne peut être obtenue que par l’intermédiaire des hadiths. Allah — exalté soit-Il — S’est Lui-même chargé de plusieurs tâches importantes concernant le Noble Coran. À ce sujet, Allah Lui-même a dit :

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Il Nous incombe certainement de le rassembler et d’en assurer la récitation. Ainsi, lorsque Nous le récitons, suis sa récitation. De plus, il Nous incombe également d’en donner l’explication et l’interprétation. [Sourate al-Qiyâmah, versets 17, 18 et 19.]

Selon ce verset, Allah S’est Lui-même chargé de trois tâches ; ces trois tâches sont les suivantes :

a) La conservation, la collecte et la compilation du Noble Coran.

b) L’enseignement de la récitation du Noble Coran.

c) Faire comprendre le sens, l’esprit et la portée du Coran.

Mais il convient d’examiner comment Allah — exalté soit-Il — a accompli ces trois tâches. Il est de notoriété publique qu’Allah — exalté soit-Il — a fait apprendre le Noble Coran au Messager par l’intermédiaire de Jibrîl ; en même temps qu’il le récitait, Il a demandé au Messager de suivre cette récitation et lui a ainsi enseigné à l’étudier, puis Il a de cette manière conservé et parfaitement ordonné le Coran complet dans le cœur du Messager. Parmi les trois tâches accomplies par Allah, les deux premières l’ont donc été de cette façon. Mais comment la troisième tâche a-t-elle été accomplie ? Allah a certainement enseigné au Messager le sens, l’esprit, la portée du Coran ainsi que l’explication de ses passages difficiles, et cela a été fait indépendamment du Coran. En réalité, toutes les connaissances qu’Allah lui a enseignées à ce sujet sont conservées dans les hadiths.

La responsabilité de déterminer ce qui est licite et illicite pour les croyants attachés à l’idéal de vie islamique a été confiée au Messager. Le Messager s’est acquitté de cette tâche en tant que représentant d’Allah. Il est dit clairement dans le Coran :

******************************************************

Le Messager ordonne les bonnes actions ; il détourne les gens des mauvaises actions ; il rend licites pour les gens les choses bonnes et excellentes, et déclare illicites les choses mauvaises et détestables. [Sourate Al-A‘râf, 157.]

Il est donc du devoir de tout musulman de croire aux ordres et interdictions, aux conseils du Messager, ainsi qu’à ce qu’il a déclaré licite ou illicite, et de s’y conformer. Le récit détaillé de toutes ces actions est conservé dans les hadiths. Allah a envoyé le Messager afin qu’il soit l’arbitre suprême des querelles et différends entre musulmans. À ce sujet, une déclaration formulée dans les termes les plus vigoureux se trouve dans le verset coranique suivant :

******************************************************

Par ton Seigneur, les gens ne pourront en aucune façon être croyants tant qu’ils ne t’auront pas pris — ô Prophète — comme juge et arbitre dans toutes leurs affaires mutuelles, qu’ils n’éprouveront aucune gêne intérieure à l’égard de ton jugement et qu’ils ne l’accepteront de tout leur cœur. [Sourate An-Nisâ’, verset 65.]

Il est également du devoir de chaque musulman d’obéir au Messager dans tous les domaines de la vie. À ce sujet, Allah a dit :

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Ô vous qui croyez, obéissez à Allah, obéissez au Messager et à ceux qui détiennent l’autorité parmi vous,,,,,,,,,,,,,,. Si vous divergez au sujet de quelque chose, référez-le à Allah et au Messager. [Sourate an-Nisâ’, verset 59.]

Dans ce verset, il est ordonné explicitement d’obéir à trois entités différentes. Premièrement, obéir à Allah ; deuxièmement, obéir au Messager ; et troisièmement, obéir aux responsables musulmans. Comme le terme « obéir » est explicitement répété deux fois à propos d’Allah et du Messager ******* , l’obéissance à l’un et à l’autre est établie comme fondamentale et indépendante. Conformément à cet ordre, l’obéissance à Allah peut être mise en pratique en suivant le Noble Coran. Mais comment mettre en pratique l’ordre « obéissez au Messager » ? …………… Il ne peut donc y avoir d’autre moyen que d’accepter et de suivre les hadiths. D’autre part, il est ordonné de revenir à Allah et au Messager pour trancher définitivement les questions faisant l’objet de désaccords réciproques. On peut revenir à Allah en recourant au Livre d’Allah ; mais, en l’absence du Messager, comment peut-on revenir au Messager ? Le moyen consiste à adopter la sunna ou les hadiths du Messager. Ce n’est qu’en agissant ainsi qu’il est possible d’obéir à cet ordre d’Allah. Il n’existe aucun autre moyen. C’est pourquoi, à propos de l’interprétation du verset précité, Maymûn ibn Mihrân a dit :

******************************************************

Revenir à Allah signifie revenir au Livre d’Allah, et revenir au Messager signifie, de son vivant, lui soumettre directement la question. Puis, lorsqu’Allah lui ôta la vie, cela signifie en pratique revenir à sa sunna. [123*********]

L’érudit Ibn Hajar al-‘Asqalânî a écrit, à propos de l’interprétation de ce verset :

******************************************************

Bien qu’en réalité le seul qui soit digne de recevoir l’obéissance soit Allah le Très-Haut, l’ordre d’obéir également au Messager a néanmoins été renouvelé. En revanche, avant le terme suivant, « ceux qui détiennent l’autorité » ******** , l’ordre « obéissez » n’a pas été renouvelé. La raison en est que l’homme n’est tenu de suivre que deux choses : le Coran et la sunna. Le sens est donc le suivant : obéissez à Allah dans les questions au sujet desquelles une décision claire a été donnée dans le Coran ; et obéissez au Messager dans ce qui vous a été communiqué après avoir été connu du Coran et dans ce qui vous a été démontré au moyen des preuves de la sunna. Le sens global du verset est donc le suivant : obéissez à Allah en mettant en pratique les commandements qui vous sont donnés à partir de la révélation qui est récitée. Et obéissez au Messager en mettant en pratique les commandements qui vous sont donnés à partir de la révélation qui n’est pas le Coran. [*****************************]

L’érudit Tayyibî a écrit, à propos de l’interprétation de ce verset :

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Le commandement d’Allah « Obéissez au Messager » montre que, du fait de la répétition de l’ordre d’obéir, le noble Messager (s) est habilité à recevoir une obéissance indépendante, distincte et complète. En revanche, puisque cette expression n’est pas répétée dans le cas des « ulû al-amr », il apparaît que les « ulû al-amr » peuvent être des personnes dont l’obéissance n’est pas obligatoire. [125**************]

Quel degré de faute peut résulter de la désobéissance au noble Messager (s) ? Les versets cités ci-dessous nous permettent d’en connaître de nombreux enseignements. Allah le Très-Haut a dit :

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Ô vous qui croyez, lorsque vous vous réunissez pour vous concerter, ne vous concertez pas au sujet du péché, de la transgression et de la désobéissance au Messager. Mais concertez-vous au sujet du bien et de la crainte d’Allah. Et craignez Allah, vers qui vous serez tous rassemblés. [Sourate al-Mujâdilah, verset 9]

Dans ce verset, il est expressément interdit de désobéir au Messager. D’un côté, le péché, la transgression et la désobéissance ou l’insoumission au Messager sont mentionnés ; de l’autre, sont mentionnés la bonté et les œuvres inspirées par la crainte d’Allah. Cela signifie que, tout comme la désobéissance et l’insoumission au Messager constituent un péché et une transgression, elles privent également de tout bien, de toute bonté et de toute crainte d’Allah. Dans la dernière partie du verset, il est fait mention de l’au-delà et il est dit que celui qui désobéit au Messager et lui refuse obéissance devra subir un châtiment sévère le Jour de la Résurrection.

Obéir au Messager et le suivre est un devoir éternel de la vie musulmane. Allah le Très-Haut a dit :

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Croyez donc en Allah et en Son Prophète « ummî », lequel croit lui-même en Allah et en Ses paroles, et suivez-le. [Sourate al-A‘râf, verset 159]

Il est dit dans un autre verset :

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Tout ce que le Messager vous donne, prenez-le et tenez-vous-y pleinement ; et ce dont il vous interdit, abstenez-vous-en. Craignez Allah en vous conformant aux commandements et aux interdictions du Messager ; certes, Allah est dur en châtiment. [Sourate al-Hachr, verset 7]

Allah le Très-Haut infligera un châtiment sévère à ceux qui désobéissent aux commandements du Messager ou s’opposent à lui. Il a dit :

******************************************************

Que ceux qui s’opposent au commandement du Messager craignent qu’une épreuve ou une calamité ne les frappe, ou qu’ils ne soient précipités dans un châtiment douloureux. [Sourate an-Nûr, verset 63]

La guidance et le bien-être de l’être humain dépendent entièrement de la reconnaissance de l’« itâ‘at », c’est-à-dire de l’obéissance au Messager, et du fait de mener sa vie concrète en suivant ses enseignements.

Allah le Très-Haut a dit :

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Vous ne serez guidés qu’en obéissant au Messager et en le suivant. [sourate An-Nûr, verset 54]

L’obéissance à Allah dépend elle aussi de l’obéissance au Messager. En d’autres termes, il est impossible d’obéir à Allah sans obéir au Messager. C’est précisément ce qui est énoncé en termes clairs dans le verset suivant :

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Quiconque obéit au Messager a certainement obéi à Allah. [sourate An-Nisâ’, verset 80]

L’ittibâ’ et l’obéissance au Messager

Dans les versets précités, il est clairement ordonné d’obéir et de suivre le Messager, en même temps qu’il est demandé de reconnaître l’autorité d’Allah. Afin de comprendre correctement cet ordre d’Allah, il est indispensable d’expliquer et d’analyser en détail les deux termes « ittibâ’ » et « itâ‘at », employés dans le Coran. Nous allons ici examiner en détail ces deux termes.

En arabe, le terme « ittibāʿ » désigne le fait de marcher derrière une personne. Ibn Manẓūr a écrit dans son célèbre ouvrage lexicographique Lisān al-ʿArab :

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L’imam al-Farrāʾ, spécialiste de la lexicographie et de la grammaire, dit : « Ittibāʿ signifie qu’une personne marche devant et que tu marches derrière elle. Si tu dis : “Je pratique son ittibāʿ”, cela signifie que tu marches derrière elle en suivant ses traces. »

Il est dit dans l’ouvrage Tāj al-ʿArūs :

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« Tubbū » ou « tubbū », comme sukkāru, signifie l’ombre. On l’appelle ainsi parce qu’elle suit toujours le soleil. Dans cette perspective, la meilleure et la plus éminente des abeilles mâles est également appelée « tubba », car toutes les abeilles ordinaires la suivent aveuglément.

L’imam Abū al-Aʿmadī, en exposant son sens technique, a dit :

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« Mutâba‘at — le fait de suivre — peut tantôt concerner les paroles, tantôt le fait d’accomplir ou de ne pas accomplir un acte. En ce qui concerne les paroles, l’ittibâ‘ consiste à agir conformément à leur exigence et à leur nature. Quant aux actes, l’ittibâ‘ consiste, après avoir vu l’acte de quelqu’un, à l’accomplir exactement de la manière dont il l’accomplit, et à l’accomplir précisément parce qu’il l’accomplit. »

À la lumière de cette explication et de cette analyse, on peut dire que, pour suivre le Messager conformément au commandement d’Allah le Très-Haut, il faut mettre en pratique chacune de ses paroles de la manière qui correspond au but et à l’exigence de ses paroles, et accomplir ses actes exactement de la manière dont il les a accomplis. Autrement, il n’est pas possible d’obéir au commandement d’Allah de suivre le Messager.

Le mot « itâ‘at » doit lui aussi être expliqué de manière analogue. En arabe, l’itâ‘at signifie incliner sa tête en signe d’obéissance devant quelqu’un et exécuter correctement ses ordres et ses prescriptions.

Il est mentionné dans l’ouvrage Lisân al-‘Arab :

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Dans l’ouvrage lexicographique faisant autorité intitulé Tahdhîb, il est dit que cette expression signifie incliner sa tête en signe d’obéissance devant quelqu’un. Lorsqu’une personne exécute l’ordre d’une autre, on dit qu’elle lui a obéi. »

L’imam Abû al-Hasan al-Âmidî a déclaré, en exposant le sens terminologique du mot « itâ‘at » :

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Si quelqu’un agit comme une autre personne dans l’intention de la considérer comme grande ou de la magnifier, on dit qu’il lui a obéi.[******************]

Il ressort indubitablement de cet exposé des sens lexicaux et techniques des deux termes « ittibâʿ » et « itâʿat » que tout musulman a le devoir d’accepter pleinement les paroles et les actes du Messager et de les mettre en pratique comme il se doit — en un mot, de lui obéir et de le suivre entièrement. Et puisque le récit de toutes les paroles et de tous les actes du Messager ne peut être connu que par l’intermédiaire du hadith, l’importance du hadith dans l’islam est dès lors incontestable.

À ce propos, il paraît nécessaire de mentionner encore un verset du Noble Coran. Allah Tout-Puissant a dit :

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Après qu’une décision et un ordre d’Allah et du Messager ont été donnés au sujet d’une affaire, les croyants, hommes et femmes, ne peuvent avoir aucun choix quant à les accepter ou à les refuser. Celui qui désobéit à Allah et à Son Messager s’égare et s’éloigne très loin de l’islam.[Sourate al-Ahzâb, verset 36.]

Ce verset permet de connaître simultanément trois choses. Premièrement, de même qu’Allah possède le droit de prendre en toute indépendance une décision ou de donner un ordre concernant une affaire, le Messager d’Allah possède exactement le même droit. Deuxièmement, de même que les croyants, hommes et femmes, sont obligés d’accepter les ordres et les décisions d’Allah, ils sont également obligés d’accepter les décisions et les ordres du Messager. Troisièmement, de même que celui qui n’accepte pas les ordres et les décisions d’Allah devient égaré et mécréant, celui qui n’accepte pas les décisions et les ordres du Messager devient lui aussi égaré et mécréant.

Par conséquent, tout comme le Noble Coran, accepter les ordres et les décisions du Messager tels qu’ils sont consignés dans le registre fiable qu’est le hadith est absolument indispensable à tout musulman pour être croyant et vivre en croyant.

 

La nécessité du hadith

Le hadith est l’explicateur et l’interprète du noble Coran. Sans recourir au hadith, il est extrêmement difficile d’expliquer et de comprendre correctement le noble Coran, ainsi que d’en déterminer l’objectif véritable et l’esprit. C’est pourquoi le Noble Prophète (s) a prononcé une sévère mise en garde contre l’interprétation du Coran selon sa propre opinion, en disant :

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Celui qui interprète le noble Coran selon sa propre volonté, qu’il se prépare donc une demeure en Enfer. [Tirmidhî, Abwâb at-Tafsîr, rapporté par Ibn ‘Abbâs.]

Il est rapporté dans un hadith :

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Celui qui interprète le noble Coran selon sa propre opinion commet une erreur, même si son interprétation s’avère exacte. [Tirmidhî, Abwâb at-Tafsîr, rapporté par Jundub.]

En vérité, aussi pénétrante, aiguë et vaste que puisse être l’intelligence humaine, elle est nécessairement limitée. Lorsqu’elle atteint une certaine limite, elle est contrainte d’échouer et de manifester et prouver sa propre impuissance. Mais le rationalisme, ou le culte de la raison, n’est disposé à reconnaître aucune limite. Si la raison et la faculté de discernement ne sont pas contrôlées par la Sunna du Messager, elles ne sont alors qu’une autre appellation du rationalisme et du culte de la raison. Ce rationalisme et ce culte de la conscience contraignent l’homme à franchir les limites de l’obéissance à Allah. De plus, d’une part, ils font subir au Coran une injustice en donnant lieu à des interprétations erronées et contraires à son sens, et l’homme se trouve ainsi privé de la grâce de vivre conformément au Coran ; d’autre part, ils provoquent de profondes divergences parmi ceux qui croient au Coran et, par l’apparition de diverses idéologies ou conceptions contradictoires, la société musulmane se trouve divisée en de multiples groupes. Nombreux sont aussi ceux qui profitent de cette occasion pour agir arbitrairement à l’égard du Coran et commencent à tirer, de chacun de ses versets, des interprétations forgées de toutes pièces ou issues de pensées étrangères. Le hadith du Messager constitue un puissant obstacle sur cette voie. Il présente aux hommes la vaste voie de la guidance coranique, les protège de l’égarement et de la confusion, et les dirige vers le droit chemin, simple et rectiligne.

Le Noble Prophète (s) est le porteur du Coran, qui lui a été révélé ; mais il n’a pas seulement présenté le Coran aux hommes : en prenant le Coran pour fondement et centre, il a exposé un système complet de lois islamiques. C’est pourquoi il a lui-même proclamé de diverses manières, en même temps que l’importance du Coran, celle de la Sunna et du hadith. Nous estimons ici nécessaire de mentionner, à ce propos, quelques hadiths importants.

Hadrat Miqdâm ibn Ma‘dî Karib (ra) a rapporté que le Noble Prophète (s) a dit :

******************************************************

Prenez garde : le Coran m’a été donné, ainsi qu’une autre chose semblable. Prenez garde : il se peut qu’un homme aisé, installé dans son siège, se mette à dire : « Acceptez seulement ce Coran ; ce que vous y trouverez déclaré licite, considérez-le comme licite, et ce que vous y trouverez déclaré illicite, considérez-le comme illicite. » Or, en réalité, ce que le Messager a déclaré illicite doit être respecté au même titre que ce qu’Allah a déclaré illicite.[Ibn Mâjah, page 3 ; Abû Dâwûd, Kitâb as-Sunna : *********************]

C’est ce même hadith que l’ouvrage « Sunan ad-Dârimî » rapporte dans les termes suivants :

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Il se peut qu’un homme, appuyé sur son siège, fasse mention de mes paroles et dise : « Entre vous et nous, il n’y a que le Livre d’Allah. Nous considérerons comme licite tout ce que nous y trouverons déclaré licite, et nous accepterons comme illicite tout ce que nous y trouverons déclaré illicite. » (Puis le Messager dit 🙂 Prenez garde : ce que le Messager d’Allah a déclaré illicite doit être respecté au même titre que ce qu’Allah a spécifiquement déclaré illicite.[Sunan ad-Dârimî, page 70.]

Cette parole du Messager apparaît avec encore plus de clarté dans le hadith suivant. Hadrat Irbâz ibn Sâriya dit :

******************************************************

Le Noble Prophète (S) a dit : L’un d’entre vous, assis sur son siège, pense-t-il qu’Allah n’a interdit que ce qui est mentionné dans le Coran ? Attention ! Par Allah, j’ai moi aussi ordonné bien des choses, donné bien des conseils et interdit bien des choses ; tout cela est également obligatoire à respecter, comme le Coran, voire davantage. [Abû Dâwûd, Kitâb as-Sunna. Dans sa chaîne de transmission figure Ashyâs ibn Chu‘ba comme narrateur ; toutefois, des objections ont été formulées quant à l’acceptation du hadith rapporté par lui.]

Le hadith doit être accepté en même temps que le Coran, et le fait qu’aucun hadith authentique ne puisse être contraire au Coran est démontré par le hadith suivant. Un jour, Hazrat Sa‘îd ibn Jubayr (RA) rapporta un hadith du Noble Prophète (S). Un homme présent lui dit :

******************************************************

À ce sujet, il y a dans le Coran une parole qui est contraire à ce hadith.

Alors Hazrat Sa‘îd dit :

******************************************************

Je te rapporte le hadith du Messager, et toi, tu affirmes qu’il est contraire au Livre d’Allah. Pourtant, le Noble Messager connaissait le Livre d’Allah mieux que toi. [Sunan ad-Dârimî, page 77.]

Suivre le chemin de la guidée et se préserver de l’égarement dépendent du fait d’accepter et de mettre en pratique à la fois le Coran et le hadith. À ce propos, nous allons ici mentionner deux hadiths rapportés du Noble Messager (S). Hazrat Abû Hurayra (RA) rapporte que le Noble Prophète (S) a dit :

******************************************************

Je vous laisse deux choses. Tant que vous suivrez ces deux choses, vous ne vous égarerez jamais. Il s’agit du Livre d’Allah et de ma Sunna (hadiths), et ces deux choses ne se sépareront jamais l’une de l’autre jusqu’à ce qu’elles me rejoignent au bassin de Kawthar le Jour de la Résurrection. [Al-Mustadrak d’al-Hakim, tome 1, page 13.]

Dans le sermon du pèlerinage d’adieu, le noble Messager (s) a dit :

******************************************************

Deux choses que je vous laisse : tant que vous vous y attacherez fermement, vous ne vous égarerez jamais. Ce sont le Livre d’Allah et la Sunna du Messager. [Ibid., rapporté par Malik ibn Anas.]

Dans le récit d’Ibn Ishaq, le texte de ce sermon est le suivant :

******************************************************

Je vous ai laissé une chose à laquelle, si vous vous attachez fermement, vous ne vous égarerez jamais. Il s’agit du Livre d’Allah et de la Sunna de Son Prophète (s). [Tafsîr Rûh al-Ma‘ânî, tome 5, page 198.]

Dans la Sîra d’Ibn Hichâm, cette partie du sermon du pèlerinage d’adieu est rapportée dans les termes suivants :

******************************************************

Ô gens, je vous ai laissé un bien précieux ; si vous vous y attachez fermement, vous ne vous égarerez jamais. Il s’agit du Livre d’Allah et de la Sunna de Son Prophète.

Lors d’une assemblée de ʿImrân ibn Husayn (qu’Allah l’agrée), un homme dit :

******************************************************

Vous ne nous rapporterez rien d’autre que le Coran.

Alors ʿImrân appela cet homme et lui dit :

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As-tu réfléchi : si toi et tes compagnons étiez rendus entièrement dépendants du seul Coran, y trouverais-tu la mention de quatre rak‘ats pour la prière du zuhr, de quatre rak‘ats pour celle de l’‘asr et de trois rak‘ats pour celle du maghrib ?

Abordant la question du Hajj, il dit :

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Trouves-tu dans le seul Noble Coran la prescription de faire sept fois le tawaf autour de la Maison sacrée, le tawaf entre Safa et Marwa, la station dans la plaine d’Arafat et le jet de pierres ?

Il ajouta : le Coran ordonne de couper la main du voleur, mais—

******************************************************

À partir de quel endroit faut-il couper la main du voleur ? … D’ici ou d’ici : est-ce écrit dans le Coran ?

L’importance et le caractère indispensable de la Sunna et des hadiths ressortent clairement de ces arguments. Les éminents penseurs des premières générations en reconnaissaient pleinement l’importance. Les nobles Compagnons, les tabi‘un et les tabi‘ al-tabi‘in considéraient tous les hadiths, au même titre que le Coran, comme une obligation à observer impérativement. Une discussion détaillée à ce sujet sera présentée en son lieu. Pour l’instant, nous citerons, à propos, quelques propos des éminents penseurs des générations précédentes, qui mettront clairement en évidence l’importance d’accepter les hadiths et la Sunna.

À ce stade, il est tout d’abord nécessaire de mentionner un événement de l’époque des Compagnons. Un homme dit à ʿImrân ibn Husayn (qu’Allah l’agrée) :

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Vous nous rapportez des hadiths dont nous ne trouvons aucun fondement dans le Coran.

ʿImrân entra dans une grande colère et s’adressa à l’homme qui l’avait interrogé en lui disant :

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Trouvez-vous dans le Noble Coran le nisâb de la zakât : pour chaque quarante dirhams, un dirham de zakât ; pour chaque quarante moutons, un mouton ; et pour chaque vingt-cinq chameaux, un chameau ?

En d’autres termes, l’ordre explicite de donner la zakât est certes énoncé clairement dans le Noble Coran ; mais ses dispositions détaillées et ses modalités y sont-elles mentionnées ?

L’homme répondit : « Non, cela ne se trouve pas dans le Coran. » Alors ʿImrân lui dit :

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Alors, de qui avez-vous appris ces prescriptions détaillées de la zakat ? Vous avez tout cela appris auprès de nous (les Compagnons), et nous l’avons appris du Prophète d’Allah (par l’intermédiaire des hadiths).

Sur la base de ce hadith, les muhaddithûn ont établi à l’unanimité le principe et la règle suivants :

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Les principes fondamentaux de l’ensemble des questions sont mentionnés dans le Coran ; mais tous leurs détails, ramifications et règles pratiques nous sont connus par les enseignements du Messager.

Makhûl al-Dimachqî a dit :

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Le Coran dépend davantage des hadiths ou de la Sunna, tandis que la Sunna ne dépend pas autant du Coran.

L’imam al-Awzaï a également dit ce qui suit :

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La Sunna est davantage nécessaire pour expliquer le Livre d’Allah, tandis que le Coran n’est pas aussi nécessaire pour expliquer la Sunna.

Yahya ibn Abî Kathîr a dit :

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La Sunna, ou le hadith, est plus décisive que le Coran ; le Coran ne peut rendre une décision contraire à la Sunna.

En expliquant ces deux propos, l’imam Ahmad ibn Hanbal a dit :

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La Sunna ou le hadith explique et analyse le Coran, et la Sunna en expose le sens dans un langage clair.

Shah Waliullah Dehlavi a déclaré l’importance et le caractère indispensable du hadith dans les termes suivants :

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La science du hadith est supérieure et meilleure que toutes les autres formes de connaissance et de science, et elle constitue le fondement des différents aspects de la religion islamique. Les hadiths rapportent les paroles, les actes et les approbations émanant du meilleur des prophètes et de ses Compagnons. En vérité, elle est un phare dans les ténèbres ; elle est telle une pleine lune qui illumine toutes les directions. Celui qui la suivra et la maîtrisera trouvera la bonne voie. Il obtiendra un immense bien. Quant à celui qui la rejettera et s’en détournera, il s’égarera, suivra ses passions et finira par subir une perte considérable. En effet, le Noble Prophète (paix et bénédictions sur lui) a interdit de nombreux actes et en a ordonné beaucoup d’autres. Il a mis en garde contre les conséquences des péchés et a annoncé la bonne nouvelle des récompenses des bonnes œuvres. Il a exhorté les gens en leur donnant de nombreux exemples. Elle est donc assurément aussi importante que le Coran, voire davantage. Hujjat Allah al-Baligha, tome 1, page 1.

Shah Dehlavi a également dit :

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La Sunna ou le hadith est l’explication du Coran même et ne le contredit en rien.

La phrase suivante de l’imam Abou Hanifa est également citée à ce propos :

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Sans l’existence de la Sunna ou des hadiths, aucun d’entre nous n’aurait pu comprendre le Coran.[**************]

La parole suivante mérite également d’être particulièrement mentionnée à ce propos :

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Il est rapporté de Rabi‘a qu’elle a dit : « Certes, Allah Très-Haut a révélé le Coran à ton intention, ô Prophète, de manière extrêmement détaillée ; toutefois, Il y a laissé une place pour les hadiths et la Sunna. Le noble Prophète (s) a établi cette Sunna et ces hadiths, bien qu’une possibilité d’exercer l’ijtihad ou d’appliquer son propre avis y ait également été laissée.[Tafsir Durr al-Mansur, Tarikh al-Tafsir, p. 4.]

L’imam Oubayad a écrit :

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Il n’y a aucune différence entre les prescriptions d’Allah et celles du Messager concernant le licite et l’illicite. Le Messager ne prescrivait jamais une règle dont le contraire aurait été établi par le Coran. La Sunna (Hadith) est au contraire l’explication du Livre révélé par Allah et l’exposé des lois et des prescriptions du Coran ainsi que de la charia. [Kitab al-Amwal — Abu Ubayd, p. 544.]

Celui qui rejette le Hadith est un mécréant

Les imams de la jurisprudence islamique ont unanimement déclaré que celui qui rejette le Hadith est égaré et sorti de l’islam. Ishaq ibn Rahwayh a dit :

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Lorsqu’un Hadith du noble Messager (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui) parvient à une personne, qu’elle en reconnaît l’authenticité et la véracité, puis le rejette néanmoins sans aucune raison, il faut alors la considérer comme mécréante.

L’imam Ibn Hazm écrit dans son ouvrage « Al-Ahkam » :

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Si quelqu’un dit : « Nous n’accepterons que ce qui se trouve dans le Coran et n’accepterons rien d’autre », alors il est mécréant, selon le consensus de l’ensemble de la communauté musulmane.

Hazrat Umar ibn al-Khattab (qu’Allah l’agrée) a dit :

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Très bientôt viendront des gens qui se disputeront avec vous au sujet du Coran en nourrissant des doutes à son égard ; répondez-leur au moyen de la Sunna ou du hadith. En effet, le détenteur de la Sunna, ou l’expert en hadith, est davantage versé dans le Livre du Très-Haut.*********************************

 

Le hadith et l’ijtihad du Messager

L’humanité entière a reçu du Noble Prophète (s) deux choses. La première est le Noble Coran et la seconde est la Sunna. Le Coran est directement la Parole d’Allah ; il a été révélé par l’intermédiaire de la révélation venant directement d’Allah. La source originelle de la Sunna est également la révélation. Il est vrai que le Noble Messager (s) a lui-même exercé l’ijtihad dans de nombreux cas ; mais celui-ci n’est pas non plus dépourvu de révélation. Soit il entretient avec elle un rapport direct, soit il est soutenu et autorisé par la révélation. Il faut donc reconnaître également l’ijtihad du Messager comme une source de l’islam.

À ce stade, l’exposé de Shah Waliullah Dehlawi mérite une mention particulière. Au sujet de l’explication claire et de l’analyse qu’il a données de cette question, il a écrit :

Les hadiths rapportés et cités dans les ouvrages de hadith d’après le Messager (s) sont de deux sortes. La première sorte de hadith est celle qui a été énoncée dans le but d’accomplir la mission de la prophétie. Le verset coranique :

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« Prenez tout ce que le Messager vous a donné et abstenez-vous de ce qu’il vous a interdit » : les hadiths de ce genre relèvent de ce vaste domaine. Une partie de ces hadiths traite de la situation dans l’au-delà et des merveilles du monde malakûtien. Le fondement de ces sujets est la Révélation. Les hadiths qui exposent les prescriptions de la charia, analysent les piliers et les règles du culte, et fournissent des explications et des conseils concernant les diverses branches du mode de vie constituent la première partie des hadiths de la première période. Parmi les hadiths de cette première période, certains de ceux de la deuxième partie sont révélés, tandis que d’autres reposent sur l’ijtihad personnel du Noble Messager. Il faut cependant se rappeler que l’ijtihad du Noble Messager est lui aussi du même ordre que la Révélation. En effet, Allah ne lui a pas permis de former un ijtihad erroné. Si son ijtihad venait à comporter une erreur, Il ne le laissait pas y persister. En cas d’erreur, sa correction et sa rectification par Allah devaient nécessairement intervenir sans délai.

Shah Waliullah a écrit ces dernières paroles en ces termes :

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Une partie de ces hadiths est fondée sur la Révélation, et une autre sur l’ijtihad. Toutefois, l’ijtihad du Noble Messager (que la paix et les bénédictions soient sur lui) est lui aussi équivalent à la Révélation. En effet, Allah Très-Haut l’a préservé de demeurer dans l’erreur au sujet de son avis.

 

L’origine des hadiths

La discussion détaillée qui précède a clairement démontré la place des hadiths dans la vie islamique, ainsi que leur importance et leur caractère indispensable. La question qui sera examinée à présent est la manière dont les hadiths furent reçus ; tel sera le principal sujet de la présente discussion.

Les premiers auditeurs des hadiths transmis par le Noble Prophète furent les nobles Compagnons. Désireux d’acquérir une connaissance exacte et détaillée de la religion islamique, ils demeuraient avec empressement auprès du Messager. Ils l’entouraient vingt-quatre heures sur vingt-quatre. Lorsqu’il se rendait quelque part, ils le suivaient comme son ombre.

Le Noble Messager était, à chaque instant de sa vie, l’interprète des prescriptions islamiques. Il en donnait l’explication pratique non seulement par ses paroles, mais aussi par ses propres actes et en approuvant les paroles et les actes de ses Compagnons. C’est ainsi que les Compagnons recueillaient et conservaient le précieux trésor des hadiths. Chaque fois qu’une difficulté ou une ignorance apparaissait au sujet d’un aspect de la religion islamique, ou qu’une question se posait, ils interrogeaient aussitôt le Messager sur le sujet concerné et en obtenaient la réponse ; les nobles Compagnons (qu’Allah les agrée) la conservaient comme un bien inestimable.

En outre, d’autres modes de transmission des hadiths apparaissent clairement dans l’histoire de la science du hadith. L’ange Gabriel, que la paix soit sur lui, se présentait parfois auprès du Messager sous une apparence déguisée et, en lui posant des questions sur divers sujets et en obtenant ses réponses, enseignait indirectement aux Compagnons présents. Le célèbre hadith appelé « le hadith de Gabriel », rapporté dans les Sahihs d’al-Bukhari et de Muslim, en constitue une preuve irréfutable. Il y est dit qu’un homme inconnu, élégamment vêtu, se présenta auprès du Messager et l’interrogea sur des questions fondamentales telles que l’islam, la foi, l’excellence spirituelle et la Résurrection. Le Noble Messager répondit de manière appropriée à chacune de ses questions. Puis l’homme quitta l’assemblée. Le Noble Messager demanda alors à Umar al-Faruq, qu’Allah l’agrée, qui se trouvait parmi les Compagnons présents :

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« Ô Umar, sais-tu qui était cet homme qui posait les questions ? »

Lorsque Umar, qu’Allah l’agrée, exprima son ignorance, le Noble Messager dit lui-même :

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« Celui qui posait les questions était Gabriel. Il était venu auprès de vous afin de vous enseigner votre religion. »

Nous mentionnerons ensuite, à partir d’ouvrages faisant autorité, certains événements qui prouvent que les Compagnons posaient diverses questions au Messager et en obtenaient les réponses.

En vérité, il n’était pas inhabituel que les Compagnons posent des questions au Noble Prophète. Lui-même leur posait des questions, leur avait ordonné de s’informer auprès de lui en l’interrogeant, puis d’agir en conséquence, et les y exhortait régulièrement. Abd Allah ibn Abbas, qu’Allah l’agrée, rapporte : à l’époque du Noble Prophète, un homme fut blessé et on lui ordonna de se laver rituellement. Il mourut ensuite. Lorsque le Noble Prophète apprit cet événement, il dit d’un ton courroucé :

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Ô Allah ! Puisses-Tu anéantir ces gens. Pourquoi ne m’ont-ils pas posé la question ? Le fait de poser des questions n’est-il pas le remède à toute ignorance ?

Hadrat Nawwas ibn Salman (qu’Allah l’agrée) dit : Je suis resté à Médine pendant une année entière afin de poser une question au Messager.

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Finalement, je lui posai une question au sujet du « birr » et de l’« ism ». Il répondit : Le « birr » est la bonne moralité, tandis que l’« ism » est ce qui te trouble et te met mal à l’aise, et que tu n’aimes pas que les gens sachent.

Ce n’étaient pas seulement les gens présents à Médine qui posaient des questions au Messager ; des néophytes venus de villes et de régions rurales éloignées se rendaient également auprès de lui pour l’interroger. Un jour, le Prophète éminent (sur lui la paix) était assis dans la mosquée du Prophète, entouré de ses Compagnons. À ce moment-là, un homme arriva monté sur un chameau. Après avoir demandé la permission de poser une question au Messager, il dit :

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Je vais vous poser des questions ; je me montrerai très insistant en vous interrogeant, mais vous ne devrez pas m’en tenir rigueur.

Ensuite, lorsque le noble Prophète (S) lui permit de poser ses questions, il l’interrogea au sujet d’Allah, du fait que le Messager avait été envoyé comme messager à toute l’humanité, des cinq prières quotidiennes, du jeûne d’un mois et de l’obligation de prélever la zakat sur les riches pour la distribuer aux pauvres. Le noble Messager (S) répondit :

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Oui, Allah le Très-Haut a rendu tout cela obligatoire.

Finalement, encouragé par la réponse du Messager, cet homme déclara :

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J’ai foi en la religion que vous avez apportée. Je m’appelle Dimam ibn Tha‘laba ; je suis venu auprès de vous en tant que représentant des membres de mon peuple.

Hazrat Anas rapporte : Un homme venu de la campagne vint interroger le noble Messager (S) :

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Votre envoyé est venu nous informer que vous prétendez qu’Allah Très-Haut vous a envoyé comme Messager. Est-ce vrai ?

Le noble Prophète (s) en reconnut la véracité. Puis cet homme interrogea le Messager au sujet de la véracité de certaines choses qu’il avait auparavant entendues concernant les fondements de la religion islamique. Lorsque le Messager (s) lui en eut démontré la véracité, il s’écria d’une voix retentissante :

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Je jure par le nom d’Allah qui vous a envoyé avec la vraie Loi : je n’ajouterai ni ne retrancherai rien à ce que vous avez énoncé.[****************]

La délégation de la tribu d’Abd al-Qays se présenta auprès du noble Prophète (s) et, lui exposant ses difficultés, dit : « Ô Messager, une tribu polythéiste se trouve entre nous et vous ; c’est pourquoi nous ne pouvons nous présenter auprès de vous qu’au cours des quatre mois durant lesquels le combat est interdit. » Par conséquent :

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Dites-nous quelque chose sur les fondements de la religion islamique ; si nous le suivons et le mettons en pratique, nous pourrons entrer au Paradis, et nous inviterons les gens restés derrière nous à le mettre en pratique.[Bukhari Sharif, tome 2, p. 627-************]

Un groupe de personnes se présenta auprès du Messager au nom de la tribu des Banû Tamîm et des habitants du Yémen, et lui adressa cette requête :

******************************************************

Nous sommes venus auprès de vous dans le but d’acquérir une connaissance approfondie de la religion de l’islam. Nous vous interrogeons également sur ce qui existait à l’origine et au premier stade de cette création. [Sahih al-Bukhari, tome 1, p. 15.]

Quelques jeunes gens et hommes du même âge, issus des Banû Layth ibn Bakr ibn ‘Abd Manâf ibn Kinâna de Bassora, vinrent auprès du Messager à Médine et y séjournèrent près de vingt jours. Lorsqu’ils devinrent impatients de retourner dans leur pays, le Prophète — paix et bénédictions sur lui — leur dit :

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Retournez auprès des vôtres et vivez avec vos familles. Enseignez-leur la religion de l’islam. Accomplissez la prière. (Al-Bukhari)

Une autre version rapportée par Muslim ajoute ensuite :

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(De la manière dont vous m’avez vu accomplir la prière.) Lorsque l’heure de la prière arrivera, que l’un d’entre vous fasse l’appel à la prière pour tous, et que le plus âgé d’entre vous dirige la prière. [Sahih al-Bukhari, tome 1, *****************]

Le noble Prophète (s) enseigna concrètement à ce groupe de jeunes, pendant vingt jours, de nombreuses choses concernant la religion de l’islam. Il leur enseigna également toutes les règles et prescriptions de la Charia ainsi que les modalités du culte. Ainsi, d’une part, de nombreux hadiths virent le jour et, d’autre part, ces hadiths du Messager purent parvenir de Médine jusqu’à la lointaine Bassora et y être diffusés par l’intermédiaire de Compagnons dignes de confiance.

Abû Hurayra (r) rapporte : Abû Hurayra (r) rapporte : Nous étions assis auprès du Messager. Il était occupé à parler avec les gens. Sur ces entrefaites, un Bédouin arabe arriva et demanda au Messager : *************** « Quand l’Heure aura-t-elle lieu ? » Le noble Prophète (s), ayant achevé sa conversation, appela le Bédouin et lui dit :

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Lorsque la confiance commencera à être trahie, attends-toi à l’Heure.

L’homme demanda : *************** Comment la confiance sera-t-elle trahie ?

Le noble Prophète (s) dit :

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Lorsque des responsabilités seront confiées à des personnes qui n’en sont pas dignes, considère que le moment d’attendre l’Heure est arrivé. [Sahîh al-Bukhârî, tome 1, p. 14.]

Ces événements prouvent clairement que tous les Compagnons étaient animés d’un ardent désir de s’informer auprès de Muhammad (s), porteur du Coran, sur les différents aspects fondamentaux et les moindres détails de l’islam, ainsi que d’une disposition à fournir les efforts et à consentir les sacrifices nécessaires à cette fin. Et toutes les paroles que le noble Messager (s) a prononcées en réponse à ces questions, tous les actes qu’il a accomplis et tout ce qu’il a approuvé en paroles et en actes relèvent de l’explication détaillée du mode de vie islamique : c’est cela, le hadith. À ce sujet, voici ce qu’a écrit l’érudit Badr al-Dîn al-‘Aynî :

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Les nobles Compagnons interrogeaient le Messager sur l’explication et la signification de nombreuses questions importantes. Le Prophète (s) les réunissait et leur enseignait la religion. Certains Compagnons posaient des questions au Messager et en recevaient les réponses ; d’autres les retenaient par cœur ; certains les transmettaient à autrui et les en informaient. Ainsi, Allah le Très-Haut mena Sa religion à son accomplissement.

Il ne fait aucun doute qu’il s’agit là d’un discours faisant autorité sur l’origine de la science du hadith. À ce propos, une citation de l’imam Ibn Qayyim est également particulièrement importante. En évoquant l’arrivée d’une tribu appelée Banû al-Muntafiq, il rapporte l’une de leurs questions, puis écrit :

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Il est ainsi établi que les Compagnons soumettaient au Messager leurs diverses questions et leurs doutes, et qu’il leur répondait. Leurs cœurs en trouvaient l’apaisement. Ses ennemis aussi lui posaient des questions, tout comme ses Compagnons. La différence était que les ennemis questionnaient dans le but de se quereller et de prouver leur bravoure, tandis que les Compagnons le faisaient afin de comprendre les vérités de la religion, de les éclaircir et d’acquérir une foi toujours plus grande. Le Messager (s) répondait à tous. Toutefois, il ne répondait pas aux seules questions dont il ne connaissait pas la réponse — par exemple, celle du moment où aurait lieu la Résurrection.

Le Prophète (s) ne se contentait pas de répondre aux questions des gens, donnant ainsi naissance aux hadiths. Il enseignait lui-même en détail la religion aux Compagnons, selon les besoins. Les hadiths rapportent de nombreux récits de cette nature. Nous en citerons ici deux ou quelques-uns.

1. Hazrat Abû Zayd al-Ansârî (r.a.) rapporte : « Un jour, le Prophète vénéré (s.) dirigea pour nous la prière de l’aube. Puis il monta sur la chaire, se tint debout et nous adressa un sermon. Ce sermon se poursuivit jusqu’au moment de la prière de midi. Il descendit alors et accomplit la prière de midi. Une fois la prière terminée, il remonta sur la chaire et continua son sermon. Celui-ci se poursuivit jusqu’à la prière de l’après-midi. Lorsque l’heure de la prière de l’après-midi arriva, il descendit et l’accomplit. Une fois la prière terminée, il se tint de nouveau sur la chaire et se remit à prêcher. Ce sermon se poursuivit jusqu’au coucher du soleil. Au cours de ce long sermon, qui dura toute une journée, il nous rapporta de nombreuses choses du passé et de l’avenir. Il ne se contenta pas de nous les dire : il nous les fit connaître et nous les fit mémoriser. [Musnad d’Ahmad ibn Hanbal, vol. 1, p. 153.]»

2. Hazrat Hanzala (r.a.) rapporte : « Un jour, nous étions avec le Messager (s.). À ce moment-là, il nous parla en détail du Paradis et de l’Enfer. En conséquence, ces deux choses apparurent clairement et brillamment devant nous, comme si nous pouvions les voir directement………………. [Musnad d’Ahmad ibn Hanbal, vol. 1, p. 153.]»

Seuls deux récits ont pu être cités ici, bien que les livres de hadiths mentionnent de nombreux propos de cette nature. Ces deux récits prouvent clairement que, lorsque cela était nécessaire, le Prophète vénéré (s.) parlait souvent de nombreuses choses au sujet de la religion de sa propre initiative ; les Compagnons retenaient toutes ces paroles et les rapportaient ensuite à d’autres personnes comme hadiths.

Il convient également de mentionner ce point au sujet de l’origine des hadiths.

 

La préservation des hadiths

L’islam est un système de vie éternel destiné à l’ensemble de l’humanité. C’est pourquoi Allah Lui-même a assumé la responsabilité de préserver le fondement principal et initial de ce système, le Noble Coran. Il a déclaré :

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« C’est certainement Nous qui avons révélé le Coran, et c’est certainement Nous qui en sommes les gardiens. » [Sourate al-Hijr, verset 9.]

En vérité, Allah le Très-Haut a mis en place, au moment même où Il révéla le Noble Coran, un dispositif général et fiable pour en assurer la conservation intégrale. Le Coran fut révélé au noble Messager par l’intermédiaire de Jibrîl, et celui-ci le récita aussitôt aux gens. Ensuite, afin de le préserver pour toujours, deux moyens furent adoptés. D’une part, les nobles Compagnons le mémorisèrent dès qu’ils l’eurent entendu. Ils en conservèrent chaque mot et chaque lettre pour toujours dans le sanctuaire de leur mémoire. [Étude écrite par Shah Abdul Qadir dans l’explication de la sourate Al-‘Ankabût, verset 49, **************** page 124.]

Ainsi, pas même un point du Coran ne put être supprimé ou altéré. Du point de vue des avantages que présente cette méthode de conservation, le Noble Coran est également sans égal dans l’histoire des Livres célestes ; aucun autre livre au monde ne considère sa mémorisation comme une œuvre procurant une immense récompense. C’est pourquoi la pratique de mémoriser le Noble Coran se perpétue depuis des temps immémoriaux. Même si le Coran consigné sous forme de livre venait aujourd’hui à disparaître, le Noble Coran conservé dans la mémoire des hâfiz pourrait encore prendre sa place. Le remettre par écrit ne présenterait alors pas la moindre difficulté. Il ne fait aucun doute qu’il s’agit là d’un miracle du Noble Coran.

D’autre part, dès que le Coran était révélé, le noble Prophète (s) le faisait constamment écrire par les scribes de la Révélation qui lui étaient affectés. Le hadith suivant, rapporté par Al-Barâ’ ibn ‘Âzib (r), en constitue une preuve éclatante :

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Lorsque fut révélé ce verset : « Les croyants qui restent inactifs et ceux qui combattent dans le chemin d’Allah ne sauraient jamais être égaux », le noble Prophète (s) dit : « Appelez Zayd et dites-lui d’apporter un encrier, une tablette, etc. » Lorsqu’il arriva, le noble Prophète (s) dit : « Écris ce verset… »……………[Sahîh Al-Bukhârî, tome 2, page 746.]

Ainsi, l’intégralité du Noble Coran fut écrite, du vivant même du noble Prophète (s), par des scribes désignés à cet effet. Près de quarante Compagnons étaient chargés d’écrire le Noble Coran. [***********] Parmi eux, environ vingt-six Compagnons étaient particulièrement renommés. Abû Bakr, ‘Umar, ‘Uthmân, ‘Alî, Zayd ibn Thâbit, ‘Abdullah ibn Sa‘d, Zubayr ibn Al-‘Awwâm, Khâlid ibn Sa‘îd, ‘Amr ibn Al-‘Âs, Mu‘âwiyah ibn Abî Sufyân, Ubayy ibn Ka‘b (r), entre autres, comptaient parmi les plus éminents. [Tabaqât d’Ibn Sa‘d, Târîkh At-Tabarî, ***************************************]

Grâce à l’adoption de ces deux moyens, le Noble Coran fut pour toujours préservé de toute altération et de toute disparition.

Cependant, du point de vue d’Allah, préserver uniquement le Noble Coran ne suffisait pas à préserver la religion islamique et à en assurer la pérennité. C’est pourquoi nous constatons qu’en même temps qu’Allah le Très-Haut établissait les moyens de préserver le Coran, Il avait également établi les moyens appropriés de préserver les hadiths. L’histoire de la conservation des hadiths nous montre clairement que deux moyens extérieurs principaux furent employés pour préserver le Coran ; la Sunna du Messager, c’est-à-dire les hadiths, fut elle aussi préservée principalement grâce exactement à ces deux mêmes moyens. Il s’agit du dispositif naturel établi par Allah le Très-Haut, ainsi que des efforts et de l’organisation humains. Nous allons ici tenter de présenter, à ce stade, une étude détaillée fondée sur des données et des faits historiques, ainsi que sur l’analyse et la réflexion.

Le dispositif naturel

En examinant et en vérifiant le dispositif naturel de la préservation des hadiths, il semble que trois facteurs importants aient rendu ce dispositif efficace. Premièrement, la vivacité et l’acuité naturelles de la mémoire des Arabes de cette époque. Deuxièmement, la soif de savoir des Compagnons, leur extraordinaire persévérance dans l’étude et la pratique du savoir ; et troisièmement, le sens de la responsabilité, individuelle et collective, dans la diffusion des idéaux et des connaissances islamiques. Une étude détaillée de ces trois aspects est maintenant présentée.

La mémoire du peuple arabe

La mémoire du peuple arabe de cette époque était véritablement une merveille historique. Elle a largement contribué à la préservation du Coran et des hadiths. Le Noble Coran la considérait comme un dispositif naturel. Allah — exalté soit-Il — a dit :

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Bien plus, ce Coran est constitué de versets clairs, conservés dans la mémoire de ceux qui ont reçu la connaissance. [Sourate al-‘Ankabût, verset 49.]

Ce verset fait clairement allusion à la mémoire des savants musulmans de cette époque et indique également que le Noble Coran était préservé dans leur esprit grâce à leur mémoire. L’érudit al-Baydâwî a écrit dans le commentaire de ce verset :

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Autrement dit, ils mémorisaient le Coran et le préservaient de telle manière que personne ne pouvait le déformer ni le modifier. Tafsîr al-Bayḍāwī, tome 2, page 169.

L’histoire a prouvé que les habitants de la société arabe de cette époque possédaient une mémoire extraordinairement vive : il leur suffisait d’entendre une seule fois quelque chose pour le retenir. À ce propos, le témoignage historique rapporté par Ibn ʿAbd al-Barr est particulièrement remarquable :

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La nation arabe était naturellement douée d’une excellente mémoire, et cela constituait sa particularité et sa caractéristique.

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Ils naissaient naturellement avec une mémoire exceptionnelle.

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Il est célèbre et universellement reconnu que la nation arabe se distinguait par une force et un talent particuliers pour mémoriser. Chacun de ses membres était capable de mémoriser et de retenir un long poème de n’importe qui après l’avoir entendu une seule fois.

Hazrat Ibn Abbas (r.a.) mémorisa entièrement, après l’avoir entendue une seule fois, une longue qasida du célèbre poète arabe Umar ibn Abi Rabia. Les Compagnons du Messager étaient eux aussi issus de la véritable nation arabe. Au début, ils ne savaient ni écrire ni lire quoi que ce soit d’écrit. Ils devaient donc tous compter uniquement sur leur mémoire. À l’époque de la Jâhiliya, ils mémorisaient en détail leurs longues généalogies ainsi que les éloges extraordinaires et les qualités remarquables de leurs ancêtres. Lorsqu’ils rivalisaient entre eux dans la gloire généalogique, chacun récitait d’un trait les hauts faits de sa propre lignée et les poèmes qui en faisaient l’éloge. Presque chacun d’eux, en raison de l’acuité de sa mémoire, était l’historien ou le porte-parole de sa propre tribu.

C’est précisément cette nation arabe, naturellement douée d’une excellente mémoire, qu’Allah Tout-Puissant avait chargée de préserver la prophétie de Hazrat Muhammad (s.a.s.) et ses paroles transmises. Il avait pleinement préparé ces cœurs dotés d’une mémoire remarquable à retenir par cœur les versets du Coran et les hadiths du Messager.

C’est précisément pour cette raison que nous constatons que, dès la révélation du Noble Coran, les Compagnons pouvaient le mémoriser en l’entendant de la bouche du Noble Prophète (s.a.s.). Mémoriser ainsi l’intégralité du Noble Coran et le conserver en mémoire ne représentait pour eux aucune difficulté.

Le célèbre tâbi‘î Qatâda ibn Di‘âma a affirmé :

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Allah a accordé à cette nation un talent de mémorisation qu’Il n’a accordé à aucune autre nation. C’est une particularité qui ne leur a été donnée qu’à eux, et un honneur et une dignité par lesquels Il ne les a honorés qu’eux seuls. Zourqânî, tome 5, page 495.

Un événement historique concernant Hazrat Abû Hurayra (r.a.) mérite d’être mentionné à ce propos. Il était hafiz d’un très grand nombre de hadiths. Cependant, le calife Marwân ibn al-Hakam, souverain de la dynastie omeyyade, commença à en douter. Il recourut à une ruse afin de mettre Hazrat Abû Hurayra à l’épreuve. Un jour, il lui demanda de réciter un certain nombre de hadiths. Abû Hurayra (r.a.) lui en récita alors plusieurs. Sur l’ordre de Marwân, ces hadiths furent écrits par quelqu’un assis derrière un rideau. Plus d’un an après, un jour, Hazrat Abû Hurayra fut invité à réciter exactement ces mêmes hadiths. Il les récita de mémoire d’une telle manière qu’il n’y avait absolument aucune différence avec ceux qu’il avait récités auparavant. Cela prouve indéniablement l’extraordinaire acuité de la mémoire de Hazrat Abû Hurayra. Kitâb al-Kunî, composé par l’imam al-Bukhârî, page 33.

Le célèbre compilateur de hadiths, l’imam Ibn Shihâb al-Zuhrî, possédait lui aussi une mémoire extraordinaire. Il dut également se soumettre un jour à une épreuve. Le roi Hichâm lui demanda d’écrire un certain nombre de hadiths afin d’instruire son fils. Al-Zuhrî écrivit aussitôt quatre cents hadiths. Longtemps après, lorsqu’on lui demanda de réécrire ces hadiths, il les écrivit de nouveau. En comparant les hadiths écrits ces deux fois, le roi constata que :

******************************************************

La deuxième fois, pas une seule lettre de ces hadiths ne fut omise. Tadhkirat al-Huffaz, vol. 1, p. 201.

Il ne fait aucun doute que cela constitue une preuve concrète de la mémoire prodigieuse de l’imam al-Zuhri.

Ibn Shihab al-Zuhri disait :

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Chaque fois que je passais près du marché de Baqi, je me bouchais les deux oreilles, de peur que des paroles obscènes ne puissent y pénétrer. Car, par Allah, si une parole entrait dans mes oreilles, je ne l’oubliais jamais.

Il dit également :

******************************************************

J’ai mémorisé tout ce que j’ai écrit dans mes cahiers et livres, qu’il s’agisse de hadiths ou d’autre chose.[**************]

Le célèbre tābiʿī et grand transmetteur de hadiths, l’imam al-Chaʿbī, déclara en exposant et décrivant l’acuité de sa mémoire :

******************************************************

Je n’ai jamais écrit un hadith à partir d’un cahier, et je n’ai jamais éprouvé le besoin d’entendre un hadith plus d’une fois de la part de quelqu’un.[***************]

L’imam Wakīʿ était lui aussi un homme doté d’une mémoire extraordinaire. L’imam Aḥmad ibn Ḥanbal dit à son sujet :

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Je n’ai jamais vu quelqu’un mémoriser les hadiths comme lui.[Tarīkh al-Khaṭīb, tome 13, page 474.]

Un autre traditionniste dit à son sujet :

******************************************************

La mémoire de Waʿkī était une disposition naturelle. [Tārīkh al-Khaṭīb, vol. 13, p. 474.]

La mémoire de l’éminent traditionniste tābiʿī Qatāda était également inégalable. La preuve de cette mémoire historique nous est fournie par le récit suivant de l’historien Ḥāfiẓ al-Dhahabī. Il dit :

******************************************************

Qatāda était l’homme doté de la mémoire la plus remarquable parmi les habitants de Bassora. Il retenait tout ce qu’il entendait. Lorsqu’on lui lut une fois le recueil de hadiths compilé par Ḥaḍrat Jābir, il le mémorisa. [Tadhkirat al-Ḥuffāẓ, vol. 1, p. 26.]

Yaḥyā ibn Qaṭṭān dit : Je n’ai jamais vu quelqu’un doté d’une mémoire supérieure à celle de Sufyān al-Thawrī. Il avait mémorisé trente mille hadiths. Il dit lui-même :

« Je n’ai jamais oublié quoi que ce soit que j’avais mémorisé une seule fois. » [Tadhkiyat al-Ḥuffāẓ, vol. 1, p. 26.]

Sufyān ibn ʿUyayna avait mémorisé sept mille hadiths et, pour cette raison, il ne conservait aucun livre.

L’imam Ahmad ibn Hanbal dit : « Dans la capitale, Bagdad, on n’a jamais vu quelqu’un doté d’une mémoire supérieure à celle du traditionniste Abou Zur‘a. Il avait mémorisé dix mille hadiths concernant uniquement le Coran. En vérité, pour ce qui est de la mémoire, il était incomparable. »

Le qadi Abou Bakr al-Isfahani mémorisa l’intégralité du Coran à l’âge de cinq ans seulement.

Le traditionniste Ishaq ibn Rahwayh, maître de l’imam Boukhari, possédait une mémoire extrêmement pénétrante. Il connaissait par cœur d’innombrables hadiths. Il fit écrire à ses étudiants plusieurs milliers de hadiths qu’il avait mémorisés, sans éprouver une seule fois le besoin de consulter un livre. Il disait lui-même : « Soixante-dix mille hadiths flottent constamment devant mes yeux. »

Le traditionniste Abou Zur‘a disait à son sujet :

« Je n’ai jamais vu quelqu’un posséder une mémoire comparable à la sienne (celle d’Ibn Rahwayh). »

Le gouverneur de l’époque, l’émir Abdallah, ayant été témoin de l’étendue merveilleuse de sa mémoire, lui dit :

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« Je sais que vous pouvez mémoriser beaucoup de choses, mais je suis émerveillé d’avoir découvert l’étendue de votre mémoire. » (Kitab al-Kunā, ouvrage de l’imam Boukhari, p. 33)

La mémoire de l’imam al-Bukhari, éminent spécialiste du hadith des générations suivantes, n’était en rien moins remarquable. Nawab Siddiq Hasan Abu Bakr ibn Abu Itab a rapporté :

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Dès son enfance, l’imam al-Bukhari avait entièrement mémorisé soixante-dix mille hadiths.

Il a également rapporté à son sujet :

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On rapporte qu’il lui suffisait de consulter un livre une seule fois pour en mémoriser l’intégralité.

Muhammad ibn Abu Hatim a dit : Deux hommes m’ont raconté que nous écoutions ensemble des hadiths, alors que l’imam al-Bukhari était encore un enfant parmi nous. Nous écrivions immédiatement tout ce que nous entendions ; mais l’imam al-Bukhari, lui, n’écrivait rien. Un jour, nous l’interrogeâmes à ce sujet et il dit : « Vous m’avez fait une grande injustice. Eh bien, montrez-moi donc ce que vous avez écrit. » Nous lui présentâmes alors plus de quinze mille hadiths que nous avions consignés par écrit.

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Ensuite, il récita de mémoire tous ces hadiths qu’il avait conservés dans sa mémoire. Au point que, l’ayant entendu les réciter de mémoire, nous avons pu corriger nos livres écrits.

Un autre événement historique concernant l’imam al-Bukhari mérite d’être mentionné. Lorsqu’il arriva à Bagdad, les traditionnistes se présentèrent auprès de lui et lui soumirent séparément cent hadiths au total, en ayant interverti les chaînes de transmission de chacun et en ayant rattaché la chaîne de transmission de l’un à l’autre. Lorsqu’ils lui demandèrent son avis sur ces hadiths, l’imam al-Bukhari déclara n’en avoir absolument aucune connaissance. Puis, il cita correctement chacun des hadiths et démontra que la manière dont ils les avaient rapportés comportait des erreurs ; il établit également de façon irréfutable quelle chaîne de transmission appartenait à quel hadith et laquelle n’y appartenait pas. Tous exprimèrent une profonde stupéfaction devant son extraordinaire mémoire.

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Ils reconnurent son extraordinaire mémoire et tous crurent à sa distinction et à sa supériorité dans ce domaine.

Ces événements prouvent que les érudits musulmans de cette époque possédaient naturellement une mémoire extrêmement vive et aiguë. De l’époque des Compagnons jusqu’à celle des tabi’un et des traditionnistes, on n’en observe aucune exception. Cette mémoire étonnante existait aussi bien chez les Arabes de cette époque que chez les musulmans non arabes, chez lesquels elle s’est également manifestée. En vérité, c’était une faveur immense et inestimable d’Allah Très-Haut envers la communauté musulmane. C’est grâce à cette faveur que le Coran et les hadiths, ces deux fondements de l’islam, ont pu être convenablement conservés et préservés.

Cette caractéristique de cette époque possède également une portée biologique. Parmi les forces et les capacités qu’Allah Très-Haut a accordées au corps humain, lorsqu’une de ces facultés n’est pas utilisée ou qu’un organe devient inutilisable, la force d’une autre faculté augmente. Celui qui n’a qu’une seule main concentre dans cette main la force de deux mains. Chez les personnes aveugles et privées de la vue, la capacité d’estimation, de conjecture et de perception augmente considérablement. On ne peut nier la véracité de ce phénomène dans le cas des musulmans de la première époque de l’islam. À cette époque, l’instruction et l’écriture n’étaient généralement pas très répandues. Les gens faisaient davantage usage de leur mémoire que de l’écriture. C’est pourquoi on observa alors un développement étonnant de la mémoire. Celle-ci occupa une place extrêmement importante comme moyen initial de conservation du Coran et des hadiths.

 

Les directives du Messager pour la conservation et la transmission des hadiths

C’est à travers les paroles et les actes du noble Messager durant toute sa vie que le mode de vie islamique a pris forme. C’est pourquoi l’ensemble de ses paroles et de ses actes constituait un bien d’une valeur inestimable pour la société musulmane. Les nobles Compagnons écoutaient attentivement chacune des paroles du noble Messager et observaient chacun de ses actes et chacun de ses mouvements avec un regard précis et pénétrant. Ainsi, les paroles et les actes du noble Messager se conservèrent et s’ancrèrent spontanément parmi les Compagnons.

Cependant, dans cette affaire, on ne s’est pas entièrement reposé sur une conservation spontanée et naturelle. Le Prophète (s) lui-même avait également pris des mesures efficaces à cette fin.

De même qu’il avait ordonné aux nobles Compagnons d’écouter avec attention toutes les paroles, prescriptions, interdictions et exhortations relatives à l’islam, le Prophète (s) leur avait aussi ordonné de les garder en mémoire et de les transmettre fidèlement à d’autres personnes. Il s’adressa ainsi aux Compagnons :

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Qu’Allah garde éternellement dans la fraîcheur celui qui a entendu quelque chose de ma part et l’a transmis fidèlement à d’autres personnes. En effet, il arrive souvent que celui à qui cela est transmis par la suite soit capable de le préserver mieux que le premier auditeur. [At-Tirmidhi, tome 2, p. 90 (édition de Delhi, 1940), Ibn Majah, al-Darimi, al-Mustadrak rapporté d’Abu ad-Darda, tome 1, p. 87.]

Hazrat Abdullah ibn Mas‘ud (r.a.) a rapporté ce hadith sous une autre forme. Voici les termes du hadith qu’il a rapporté :

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Qu’Allah illumine celui qui a entendu mes paroles, les a retenues, les a conservées intégralement et les a transmises à autrui. Nombreux sont ceux qui portent un savoir et le transmettent à quelqu’un de plus savant et plus érudit qu’eux. [Ash-Shafi‘i et al-Bayhaqi.]

À ce propos, les termes du hadith suivant, rapporté par Hazrat Zayd ibn Thabit (r.a.), méritent également d’être relevés. Il dit : le Prophète (s) a dit :

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Allah illuminera la vie de celui qui aura entendu mes paroles, les aura mémorisées et correctement retenues, puis les aura transmises à une personne qui ne les avait pas entendues…………… . [******************* Al-Tirmidhi.]

Lorsqu’une délégation de la tribu d’Abd al-Qays se présenta auprès du noble Messager (s), il leur enseigna en détail les principes fondamentaux de l’islam et leur dit :

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Mémorisez parfaitement ces paroles, préservez-les intégralement et informez-en ceux qui viendront après vous. [Sahih al-Bukhari, 1er volume, Kitab al-‘Ilm, page 19.]

Au sujet des responsabilités futures et du statut social des nobles Compagnons, le noble Messager (s) a dit :

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Aujourd’hui, vous entendez de moi les enseignements de la religion ; ils seront également entendus de vous (par d’autres personnes), et ceux qui les entendront de vous les feront à leur tour entendre (à d’autres). [Mustadrak al-Hakim, 1er volume, page 95, rapporté par Ibn Abbas.]

Dans un autre hadith, le noble Prophète (s) a dit :

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« Celui qui mémorisera et préservera quarante hadiths concernant la religion de la communauté musulmane, Allah le Très-Haut fera de lui un jurisconsulte, et je serai son intercesseur et son témoin au Jour de la Résurrection. [Mishkat al-Masabih, p. 36, rapporté par Hazrat Abou ad-Darda.]

Grâce à ces directives et exhortations du noble Prophète (s) concernant la préservation des hadiths, près de cent mille personnes de la communauté musulmane de cette époque ont conservé et mémorisé les paroles et les récits des actes du Messager, et les ont maintenus si vivants dans leur mémoire qu’en général, elles ne les ont jamais oubliés. Leur mémoire naturelle les a grandement aidées à cet égard. De plus, ces ordres du Messager ont encore renforcé cette disposition. Chaque fois que le Messager (s) disait quelque chose, les Compagnons présents commençaient à le mémoriser, afin de ne pas l’oublier. Hazrat Samoura ibn Joundoub (r.a.) a dit :

******************************************************

J’étais encore un garçon à l’époque du Messager, et je mémorisais alors même les paroles du Messager. [Sahih Muslim, 1er volume, Introduction, p. 10, avec Nawawi.]

Hazrat Ibn Abbas (r.a.) a dit :

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Nous mémorisions les hadiths du Messager ; c’est ainsi que les hadiths étaient mémorisés auprès du Messager. [Muslim Sharif, premier volume, introduction, p. 10, avec Nawawi.]

Le lendemain de la conquête de La Mecque, le Prophète vénérable (s) prononça un sermon devant les moudjahidines ; à la fin, il dit :

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Que les personnes présentes transmettent ces paroles aux absents. À la fin de l’historique sermon du pèlerinage d’adieu, le noble Messager (s) déclara d’une voix retentissante :

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Que les personnes présentes ici transmettent mes paroles aux absents. En effet, beaucoup de ceux auxquels elles seront transmises pourraient être de meilleurs gardiens des hadiths que les auditeurs d’aujourd’hui. [Bukhari Sharif, premier volume, p. 21.]

Dans Bukhari Sharif, cette parole est rapportée en ces termes :

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Les présents transmettent ces paroles jusqu’aux absents. En effet, il se peut que le présent les transmette à une personne qui sera plus capable que lui de les préserver. [Sahih al-Bukhari, 1er volume, p. 16.]

La dernière partie du hadith rapporté selon Ibn ʿAwn est la suivante :

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Il se peut que l’absent soit plus capable que le présent, le présent, de retenir mes paroles. [**************]

Le Noble Prophète (sur lui la paix) a dit :

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Transmettez de ma part, ne serait-ce qu’un verset. [Sahih al-Bukhari, Mishkat, Kitab al-ʿIlm……]

Mazhari et Mulla ʿAli al-Qari en ont expliqué la portée en disant :

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Diffusez mes hadiths, même s’ils sont en très petit nombre.

Le Prophète honoré (s) a dit :

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Après moi, les gens voudront entendre des hadiths de votre part. Lorsqu’ils viendront à vous dans ce but, soyez bienveillants envers eux et rapportez-leur mes hadiths. [Rapporté dans le Musnad d’Ahmad par Malik ibn Anas.]

Il a dit :

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Apprenez la science et enseignez-la aux gens. Apprenez les faraïd, c’est-à-dire le droit successoral, et enseignez-les également aux autres. Apprenez le Coran et enseignez-le aux gens. Car un jour, je devrai partir. [Sharif de Darimi, page 40]

Un jour, le noble Prophète (s) priait en disant :

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Ô Allah, accorde Ta miséricorde à mes successeurs.

Les Compagnons demandèrent :

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Ô Messager, qui sont vos successeurs ?

En réponse, le noble Prophète (s) dit :

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Ceux qui rapportent mes hadiths et les enseignent aux gens sont mes califes. [Mouqaddama de Dârimi, tome 1, page 5.]

Le noble Prophète (s) a également dit :

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Si quelqu’un est interrogé sur une question concernant la religion et qu’il la dissimule sans la divulguer, au Jour de la Résurrection, on lui mettra une bride de feu de l’Enfer. [Mousnad d’Ahmad, Abou Dâwoud, Tirmidhi, Ibn Mâja-************]

Outre ces principes, le noble Prophète (s) exhortait vivement les Compagnons présents à informer les autres de ses actes particuliers.

Le hadith suivant fournit une preuve irréfutable de ce fait. Yassâr dit : Un jour, Hazrat Abdallah ibn Omar (ra) me vit prier après le lever de l’aube. Alors Ibn Omar me dit :

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Un jour, nous étions en train de prier ainsi. À ce moment-là, le noble Prophète (s) vint auprès de nous et dit : Que ceux d’entre vous qui sont présents ici transmettent ma parole aux absents : après l’apparition de l’aube, il n’est permis d’accomplir aucune prière, à l’exception de deux prosternations. [Mousnad d’Ahmad, tome 2, page 104.]

Mâlik ibn al-Huwayrith (qu’Allah l’agrée) rapporte : Nous étions un groupe de jeunes gens du même âge. Après avoir séjourné vingt jours et vingt nuits auprès du noble Messager d’Allah (paix et bénédictions d’Allah sur lui), nous décidâmes de retourner chez nous. Il nous dit alors :

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Retournez auprès des membres de votre famille, vivez avec eux, enseignez-leur la religion de l’islam et ordonnez-leur de la pratiquer correctement. [À cette occasion, le Messager (paix et bénédictions d’Allah sur lui) mentionna plusieurs actes, que je retins.] Et priez exactement comme vous m’avez vu prier. [Sahîh al-Bukhârî, tome 2, page 1076]

Ce hadith montre que des néo-musulmans venaient de régions très éloignées auprès du Messager d’Allah (paix et bénédictions d’Allah sur lui), afin d’acquérir une connaissance détaillée de l’islam. Le Messager d’Allah (paix et bénédictions d’Allah sur lui) leur enseignait les idéaux islamiques et la Charia. Il les exhortait particulièrement à retenir tout ce qu’ils entendaient et apprenaient, puis, à leur retour, à l’enseigner et à le diffuser auprès des habitants de leur propre région.

Ainsi, grâce aux ordres et aux directives clairs et fondamentaux du Messager d’Allah (paix et bénédictions d’Allah sur lui), les hadiths du Messager d’Allah (paix et bénédictions d’Allah sur lui) parvinrent rapidement aux musulmans établis dans les régions lointaines, et presque tous les musulmans de cette époque purent les connaître par des sources fiables. Telle fut la méthode première et naturelle de conservation et de diffusion des hadiths.

 

Révision mutuelle des hadiths et enseignement

Après avoir entendu les hadiths du noble Prophète (paix et bénédictions d’Allah sur lui), les Compagnons vénérés se réunissaient et s’asseyaient ensemble durant leurs moments libres, selon les possibilités et les besoins, et se consacraient à leur étude et à leur discussion mutuelles. Il leur arrivait d’organiser entre eux des réunions spéciales consacrées à l’étude des hadiths. Ces réunions se tenaient généralement dans la mosquée du Prophète, mais il arrivait aussi qu’elles aient lieu dans les maisons des Compagnons. Dans ces réunions, on discutait ouvertement des paroles, des actes et des enseignements du noble Messager d’Allah. Les principaux Compagnons y participaient. Si auparavant l’un d’eux ignorait quelque chose sur un sujet, les discussions de ces réunions lui permettaient d’en être pleinement informé de manière sûre et par des sources dignes de confiance. Si quelqu’un avait un doute sur une question, les discussions le dissipaient également. Nous présentons ici quelques récits authentiques concernant ce genre de réunions et de séances d’étude :

1. Hazrat Anam (qu’Allah l’agrée) rapporte :

Nous écoutions les hadiths auprès du Messager (S). Lorsqu’il se levait de l’assemblée et s’en allait, nous restions assis pour nous réciter mutuellement les hadiths entendus, les étudier et les examiner. Chacun de nous récitait par cœur plusieurs hadiths aux autres. Lorsque nous quittions presque chacune de ces assemblées, tout ce qui y avait été enseigné était mémorisé par chacun d’entre nous.[**********]

2. Abdullah ibn Amr (r.a.) dit :

Un jour, le Noble Prophète (S) sortit de l’une de ses chambres et vit deux assemblées dans la mosquée. Dans l’une, les gens réunis récitaient le Coran et s’appliquaient à invoquer Allah. Dans l’autre, les gens étudiaient les hadiths et les enseignaient. Le Noble Prophète (S) dit : Les gens de ces deux assemblées accomplissent tous une œuvre de bien. Ceux-ci récitent le Coran et invoquent Allah : s’Il le veut, Il leur accordera ce qu’ils demandent, et s’Il ne le veut pas, Il ne le leur accordera pas. Quant aux gens de l’autre assemblée, ils étudient et enseignent la science et les hadiths. ********************* Et j’ai été envoyé en tant qu’enseignant. Abdullah ibn Amr dit : « Puis il s’assit avec eux. »[**********************]

Il ne fait aucun doute que les personnes qui s’adonnaient à l’étude de la science discutaient des hadiths du Messager, de ses actes et de ses comportements, ainsi que de diverses questions de la religion islamique qui s’y rapportaient, et qu’elles les enseignaient aux personnes présentes. Il est établi de manière irréfutable par le long récit cité plus haut que de telles assemblées se tenaient déjà du vivant du Noble Prophète (S), que le Messager (S) y participait lui-même et qu’il encourageait vivement les gens à étudier la science des hadiths.

3. L’événement suivant rapporté par Hazrat Mu‘awiya apporte une preuve supplémentaire de ce qui précède. Il dit :6

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Un jour, je me trouvais avec le Noble Prophète (S). Il entra dans la mosquée et vit un groupe de personnes assises. Il leur demanda : « Pourquoi êtes-vous assis ici ? » Ils répondirent : « Nous avons accompli la prière obligatoire, puis nous nous sommes assis pour discuter ensemble du Livre d’Allah et de la Sunna de Son Prophète. »[Mustadrak d’al-Hakim, t. I, p. 94.]

Après avoir mémorisé les hadiths, les Compagnons veillaient tout particulièrement à ne pas les oublier. C’est pourquoi beaucoup de Compagnons s’adonnaient spontanément à l’étude et à la récitation des hadiths. La parole suivante de Hazrat Abu Hurayra (r.a.) le prouve. Il dit :

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Je divise la nuit en trois parts. Je dors pendant un tiers de la nuit, je consacre un tiers à l’adoration et, durant le dernier tiers, je me remémore les hadiths du Messager et les apprends par cœur. Musnad de Dârimî

À ce propos, on peut mentionner les Ahl al-Suffa. En particulier, les Ahl al-Suffa jouèrent un rôle très important dans l’histoire du hadith, en tant que premier foyer de transmission et dépositaires des hadiths.

D’une manière générale, tous les Compagnons s’efforçaient de passer le plus de temps possible auprès du Messager. Mais les habitants de la Suffa demeuraient auprès du Messager jour et nuit, vingt-quatre heures sur vingt-quatre. La cour située devant la mosquée du Prophète constituait leur lieu de résidence. Ils n’avaient ni foyer ni famille, et n’avaient pas non plus de réel besoin de gagner leur vie. Il ne fait donc aucun doute qu’ils pouvaient consacrer auprès du Messager davantage de temps que les autres Compagnons.

Ainsi, la mosquée du Prophète s’était pratiquement transformée en une université résidentielle. Le Prophète lui-même en était le principal directeur, tandis que presque tous les Compagnons y étaient étudiants. Sur l’ordre du Messager, les grands Compagnons enseignaient également des matières particulières.

Il n’est pas possible de déterminer le nombre exact des Compagnons qui résidaient dans la Suffa. Il ne fait toutefois aucun doute que leur nombre n’était nullement insignifiant. Le récit rapporté par Ibn Abd al-Barr au sujet d’une tribu permet de se faire une idée de l’ampleur de cette institution. Il écrit :

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La délégation de Tamîm comptait soixante-dix ou quatre-vingts personnes. Après avoir embrassé l’islam, elles demeurèrent longtemps à Médine. Durant cette période, elles apprenaient le Coran et la religion islamique.

En somme, les Compagnons d’Aṣḥāb al-Suffa demeuraient jour et nuit auprès du Messager de Dieu. Ils écoutaient, observaient et comprenaient avec une attention aiguë et une vigilance particulière ses paroles, ses actes, ses activités, ses mouvements, ses dispositions d’esprit, ainsi que les paroles et les actes approuvés par lui. Ils s’efforçaient de toutes leurs forces de ne laisser aucun propos ni même la moindre question dans l’ignorance.

En vérité, pouvoir être constamment présent auprès du noble Messager de Dieu était, pour les Compagnons, ce qu’il y avait de plus précieux. À cet égard, le récit de Hazrat Salit mérite une mention particulière. Le noble Messager de Dieu lui avait donné une parcelle de terre à cultiver. Il devait s’absenter pour la cultiver, puis revenir. Pendant son absence, il apprenait auprès des autres Compagnons que tels et tels versets du Coran avaient été révélés et que le noble Messager de Dieu avait dit telle et telle chose. Il ressentait alors dans son cœur une profonde tristesse et la douleur d’être privé de ces enseignements. Il se rendit auprès du noble Messager de Dieu et lui dit : « Ô Messager de Dieu, reprenez la terre que vous m’avez donnée, car c’est à cause d’elle que je suis privé de l’immense bonheur d’être présent auprès de vous. Je ne la désire pas ; je n’en ai nul besoin. »

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Si, pour une raison particulière, un Compagnon ne pouvait se présenter auprès du Messager un jour donné, il s’informait de tout auprès de celui qui avait été présent ce jour-là. Hazrat Umar s’était engagé envers son frère ansari et voisin, Hazrat Utban Malik, à ce que, si l’un d’eux ne pouvait se présenter un jour auprès du Messager, l’autre l’informe de tout ce qui s’était passé ce jour-là. Voici les paroles de Hazrat Umar :

******************************************************

Lorsque je me rendais auprès du Messager, je lui transmettais les nouvelles de la révélation et des autres événements de la journée ; et lorsqu’il s’y rendait, il faisait de même pour moi.

Hazrat Abdullah ibn Umar était particulièrement désireux d’apprendre les hadiths. Lorsqu’il était absent, un jour ou à un moment quelconque, de l’assemblée du Prophète, il interrogeait les Compagnons qui avaient été présents afin d’apprendre ce que le noble Messager de Dieu avait dit, les actes qu’il avait accomplis et les paroles et les actes qu’il avait approuvés. S’il ignorait quelque chose au sujet d’un hadith ou d’une autre question, il interrogeait lui-même le noble Prophète afin de dissiper toute ignorance, tout doute et toute incertitude.

Un jour, un homme de la tribu des Laith rapporta, d’après Hazrat Abou Saïd al-Khoudri : « Le noble Prophète a dit : »

******************************************************

Ne vendez ni n’achetez de l’or contre de l’or, sauf en quantités égales. Sahih al-Bukhari, tome I, p. 291.

Cette parole était inconnue d’Ibn ʿUmar. Il se rendit aussitôt auprès d’Abû Saʿîd al-Khudrî et lui demanda :

******************************************************

Quel est donc ce hadith que vous rapportez du Messager (s) ?

Les nobles Compagnons eux-mêmes avaient établi dans leurs propres régions des centres d’enseignement similaires pour enseigner le Coran et les hadiths. Du vivant du Noble Prophète, neuf mosquées avaient déjà été construites dans la ville de Médine. On y accomplissait les cinq prières quotidiennes en assemblée, et chacune disposait également d’un enseignement de la religion et de l’islam. La délégation venue de la tribu d’Abd al-Qays était retournée dans son pays avec cette reconnaissance :

******************************************************

Les Ansar nous enseignaient le Livre d’Allah et la Sunna du Messager.

Farham ibn Malik (qu’Allah l’agrée) vint du Yémen à Médine afin d’y apprendre les enseignements de l’islam. À son sujet, l’historien Ibn Sa’d écrivit :

******************************************************

Il vint du Yémen et apprit le Coran, les obligations de l’islam et les dispositions de la charia.

À ce propos, il convient également de mentionner les paroles suivantes rapportées par Hadrat Abou Hourayra. Il dit :

******************************************************

Les Compagnons savaient parfaitement que j’assistais régulièrement aux assemblées du Messager. C’est pourquoi ils m’interrogeaient au sujet des hadiths du noble Messager et les apprenaient par mon intermédiaire. Parmi eux figuraient notamment Hadrat Omar, Othman, Ali, Talha et Zoubayr.

Les centres d’enseignement religieux établis par les Compagnons dans les différentes régions de Médine dispensaient généralement leurs cours durant la journée. C’est pourquoi de nombreux travailleurs et personnes exerçant diverses professions ne pouvaient ni y participer ni acquérir le savoir. Ils furent donc contraints d’établir des centres d’enseignement de type nocturne. Au sujet des élèves de ces écoles, l’imam Ahmad ibn Hanbal écrivit :

******************************************************

Lorsque l’obscurité de la nuit les enveloppait, ils se rendaient auprès de leurs maîtres établis à Médine. Ils y demeuraient occupés à étudier jusqu’au matin.[************]

Il va sans dire que, dans ces centres, on enseignait le hadith en même temps que le Coran. C’est précisément pour cette raison que nombre de Compagnons rapportèrent des hadiths non pas directement du Messager, mais par l’intermédiaire d’un autre Compagnon. On en trouve une preuve évidente dans la déclaration suivante d’Anas ibn Malik (qu’Allah l’agrée). Il a dit :

******************************************************

Nous n’avons pas entendu directement du Messager tous les hadiths que nous vous rapportons. Au contraire, nos compagnons — les Compagnons — se rapportaient les hadiths les uns aux autres.[Al-Mustadrak d’al-Hakim, tome 1, p. 95.]

La parole d’al-Bara ibn ‘Azib (qu’Allah l’agrée), prononcée à propos du mérite des hadiths qu’il rapportait, vient également confirmer ce fait. Il a dit :

******************************************************

Nous n’avons pas entendu tous les hadiths du Messager ; nos compagnons nous rapportaient eux aussi les hadiths du Messager. En effet, le travail et les occupations liés à l’élevage des chameaux nous empêchaient de nous présenter auprès du Messager.[Tabaqat d’Ibn Sa‘d, tome 4, p. 283 ; Al-Mustadrak, tome 1, p. 95.]

Dans l’ouvrage Al-Mustadrak, la formulation de cette parole est la suivante :******************************************************

Nous n’avons pas entendu tous les hadiths directement du Messager, mais nos compagnons nous en rapportaient certains. Quant à nous, nous étions occupés à monter les chameaux. (Al-Mustadrak d’al-Hakim, vol. 1, p. 96)

Cette longue démonstration prouve clairement que les Compagnons qui pouvaient entendre les hadiths directement du Noble Prophète les transmettaient aux autres Compagnons, tandis que ceux qui n’avaient pas eu l’occasion de les entendre directement du Messager les apprenaient auprès des Compagnons qui les avaient entendus. Ainsi, presque chaque hadith du Noble Messager était parvenu à l’ensemble des Compagnons de son vivant.

 

La mise en pratique effective des hadiths

Les nobles Compagnons ne se contentaient pas de mémoriser les hadiths reçus du Noble Prophète, ni de les transmettre oralement et de les examiner dans leurs assemblées. En même temps, ils s’efforçaient de toutes leurs forces de les mettre en pratique. Lorsque le Noble Prophète énonçait une croyance ou une vérité purement théorique, les nobles Compagnons la mémorisaient, l’ancrant fermement dans leur esprit et leur cœur, puis formaient leurs propres croyances et convictions conformément à celle-ci. Et lorsqu’il prononçait une parole comportant un ordre ou une interdiction, ordonnait d’accomplir une action ou en interdisait une, ou édictait une directive gouvernementale, les nobles Compagnons la mettaient immédiatement en pratique. Tant qu’ils ne l’avaient pas transformée en habitude quotidienne, ils ne ménageaient aucun effort pour l’exercer et s’y habituer. Le vénérable Abdullah ibn Mas‘ud a dit :

******************************************************

Lorsque l’un d’entre nous apprenait dix versets, il ne passait pas à l’apprentissage d’autre chose avant d’en avoir bien compris le sens et d’avoir agi conformément à celui-ci.

Cela signifie que tout ce que les nobles Compagnons apprenaient du Noble Prophète, ils s’efforçaient avant toute chose de le mettre en pratique. Ainsi, chacune des paroles, chacun des ordres et chacune des directives du Messager étaient immédiatement appliqués et mis en œuvre par les nobles Compagnons.

Les nombreuses paroles d’ordre du type suivant prononcées par le Noble Prophète prouvent également qu’il veillait tout particulièrement à faire appliquer les lois fondamentales de l’islam dans la vie concrète des Compagnons. Il surveillait attentivement si les musulmans suivaient ses directives dans leur vie personnelle. Une importance considérable était accordée à la conduite pratique et à l’observance de l’islam. Un soin particulier était apporté à faire des croyances et des lois islamiques des habitudes et une seconde nature chez les musulmans. À titre d’exemple, parmi les innombrables paroles injonctives du Messager, deux sont citées ici. Il a dit :

******************************************************

Priez exactement comme vous m’avez vu prier.[Sahih al-Bukhari, 2e volume, page 1076.]

Au sujet de l’accomplissement du hajj, le noble Prophète (s) a déclaré dans le sermon du pèlerinage d’adieu :

******************************************************

Recevez de moi les règles et modalités de l’accomplissement du hajj. [[(a). ******************* Dans le Sahih Muslim, cette parole est rapportée ainsi :

******************************************************

Prenez connaissance des règles de l’accomplissement de votre hajj.

Dans l’explication de ce hadith, l’imam al-Nawawi a écrit :

******************************************************

******************************************************

Le sens des paroles du Messager est le suivant : les paroles, les actes et les pratiques relatives à Allah que j’ai accomplis dans l’observance de mon pèlerinage constituent les rites et les caractéristiques du hajj. Les mêmes règles et rites sont prescrits pour vous. Prenez-les donc de moi et acceptez-les. Apprenez-les, mémorisez-les et préservez-les ; agissez conformément à eux et enseignez-les également à autrui. L’imam an-Nawawî dit : « Ceci constitue une base et une source extrêmement importantes concernant les rites et les règles du hajj. » C’est exactement un ordre du même genre que celui-ci : « Priez comme vous m’avez vu prier. »

Il ressort tout d’abord de ces deux ordres que, bien que le Noble Coran contienne des prescriptions explicites concernant les actes de dévotion et de culte tels que la prière, le jeûne, le hajj et la zakât, il n’y indique pas leurs règles et modalités détaillées. Il faut donc les recevoir du Prophète universel, porteur du Coran.

Deuxièmement, afin d’enseigner la manière et les règles propres à chaque acte, le Messager (s) accomplissait lui-même cet acte devant les gens et leur en présentait un exemple concret ; il leur montrait lui-même comment il fallait l’accomplir.

En outre, si le Messager éminent (s) remarquait une erreur ou une imperfection dans l’accomplissement d’un acte de dévotion, il la corrigeait immédiatement et, après l’avoir signalée, insistait pour qu’elle soit rectifiée. Un jour, il observait dans la mosquée du Prophète un Compagnon en train de prier. Il constata que sa prière n’était pas accomplie correctement. Après avoir terminé sa prière, lorsque celui-ci vint auprès du Messager, il lui dit :

******************************************************

Retourne et prie encore, car tu n’as pas prié.

Cela signifie que tu n’as pas accompli la prière, que tu ne l’as pas accomplie comme il convient de le faire. Recommence donc la prière. Même après avoir prié ainsi trois ou quatre fois, comme sa prière n’était toujours pas accomplie correctement, le Prophète ﷺ lui enseigna lui-même, de manière pratique et détaillée, les règles et les modalités de la prière. [Sahîh al-Bukhârî, vol. 1, p. 10.]

C’est ainsi que les nobles Compagnons رضي الله عنهم, demeurant auprès du Messager et en sa compagnie, recevaient une formation et un enseignement idéologique, principiel et pratique de l’islam. Dès qu’un verset du Coran était révélé, ils étaient les premiers à l’entendre de la bouche du Messager. Lorsque le Messager ﷺ prononçait quelque parole au sujet de l’explication d’un verset coranique ou de sa mise en pratique, ils étaient les premiers à en être informés.

D’autre part, les nobles Compagnons رضي الله عنهم observaient eux-mêmes avec une grande attention tous les actes et comportements du Messager, et s’efforçaient de les comprendre par leur cœur et leur esprit. Les quelques hadiths suivants peuvent être cités comme preuves à cet égard :

(a) Quelques personnes demandèrent à Khabbâb ibn al-Aratt رضي الله عنه : « Le Noble Messager ﷺ récitait-il le Coran pendant la prière du zuhr ? » Khabbâb répondit : « Oui. » Alors ils lui dirent :

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Comment pouviez-vous savoir, alors que vous vous teniez derrière lui, que le Messager récitait le Coran pendant la prière ?

Il répondit :

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C’est seulement en observant les mouvements de sa barbe que nous pouvions le savoir et le comprendre.[Bukhari Sharif, tome 1, p. 105 ; Abu Dawud : Kitab as-Salat, tome 1 ; Mustadrak Hakim, tome 3, p. 579.]

(b) Hazrat Abu Saïd al-Khudri (qu’Allah l’agrée) dit : Nous évaluions la durée pendant laquelle le Noble Prophète restait debout dans les prières de zuhr et d’asr. Nous constations que, durant les deux premières rak‘at, il restait debout pendant un laps de temps égal à celui nécessaire pour réciter trois versets du Coran, et que, durant les deux dernières rak‘at, il restait debout pendant la moitié de ce temps.[Muslim Sharif : tome 1, p. 185 ; Abu Dawud, Kitab as-Salat, tome 1.]

Les hadiths suivants prouvent que les Compagnons accomplissaient les actes du Messager conformément à ce qu’ils avaient observé de sa pratique :

Un homme dit à Hazrat Umar (qu’Allah l’agrée) : « Nous ne trouvons dans le Noble Coran la mention que de la prière en situation de peur (********) et de la prière lorsque l’on réside chez soi ; mais nous n’y trouvons aucune mention de la prière en voyage. Quelle en est la raison ? » Il répondit :

Nous ne savions absolument rien de la religion. Dans cet état, Allah le Très-Haut envoya Hazrat Muhammad (paix et bénédiction sur lui) comme Messager ; dès lors, nous accomplissons la religion exactement de la manière dont nous le voyons l’accomplir.[Musnad Ahmad : tome 2, p. 65.]

Les trois hadiths cités précédemment prouvent clairement les points suivants :

(a) En matière de religion, les Compagnons accomplissaient exactement de la manière dont le Messager lui-même les accomplissait les actes religieux ; ils imitaient fidèlement aussi bien les paroles que les actes du Messager et considéraient que la religion était observée dès lors qu’ils agissaient ainsi.

(c) Le Noble Messager lui-même insistait auprès des Compagnons pour qu’ils observent et suivent la manière dont il accomplissait les actes religieux ; et les Compagnons répondaient à cette exigence par souci d’accomplir leur religion. En effet, le seul moyen d’acquérir une connaissance détaillée de la religion était d’accepter et de comprendre les paroles du Messager, d’observer attentivement ses actes et de recevoir directement de lui un enseignement pratique.

En vérité, pour connaître dans le détail les règles et prescriptions de l’islam jusque dans leurs moindres aspects, la première communauté musulmane, les Compagnons, déploya des efforts et une curiosité intellectuelle immenses. C’est ainsi que le système détaillé de l’islam fut élaboré sur le fondement des principes coraniques.

Les Compagnons imitaient fidèlement le Messager même dans des actes pour lesquels, selon la Loi islamique, il n’était pas absolument nécessaire de le suivre. Un jour, le Prophète — paix et salut sur lui — pria en ne portant qu’un seul châle. Le célèbre Compagnon, le vénérable Jâbir, fit un jour de même. En le voyant, ses élèves lui demandèrent : « Puisque vous aviez un châle supplémentaire, pourquoi ne l’avez-vous pas utilisé au moment de la prière ? » Il répondit : « C’est parce que le Prophète — paix et salut sur lui — a accordé cette permission que j’ai agi ainsi, afin que vous puissiez en être informés. » [Musnad de l’imam Ahmad, vol. 3, p. 328.]

Le vénérable al-Barâ’ ibn ‘Âzib — qu’Allah l’agrée — s’efforçait de toutes ses forces de ressembler au Messager dans chacun des actes de la prière. Un jour, il réunit les membres de sa famille et leur dit : « Aujourd’hui, je vais vous montrer comment le Prophète — paix et salut sur lui — accomplissait les ablutions et priait. » Puis il fit ses ablutions et accomplit en assemblée les prières de zuhr, ‘asr, maghrib et ‘ishâ’, exécutant chaque geste à l’imitation du Prophète. Il leur montra également comment le Messager — paix et salut sur lui — accomplissait l’inclinaison et la prosternation. » [Musnad de l’imam Ahmad, vol. 4, p. 288 et 303.]

Le vénérable Anas — qu’Allah l’agrée — servit sans interruption le noble Messager — paix et salut sur lui — pendant dix ans. Tout ce qu’il avait vu le Messager faire, de la manière et au moment où il le faisait, il l’accomplit durant toute sa vie exactement de la même façon. En voyant sa manière et sa méthode de prier, le vénérable Abû Hurayra — qu’Allah l’agrée — disait : « Je n’ai vu personne prier d’une manière plus conforme et plus semblable à celle du Messager qu’Ibn Umm Sulaym (Anas). » Un jour, il priait monté sur un chameau dans la plaine située à l’extérieur d’un lieu appelé ‘Aynu’t-Tamar. Le chameau ne se tenait pas tourné vers la qibla. Ses compagnons, étonnés de le voir, lui en demandèrent la raison. Il répondit : « Si je n’avais pas vu le Prophète — paix et salut sur lui — prier ainsi, je n’aurais jamais prié de cette manière. » Un autre jour, il pria en portant un côté d’un vêtement et en enroulant l’autre autour de son corps. Un châle se trouvait tout près de lui. Lorsqu’il eut terminé sa prière, Ibrâhîm ibn Rabî‘a, un tâbi‘î, lui en demanda la raison. Le vénérable Anas — qu’Allah l’agrée — répondit : « J’ai vu le Prophète — paix et salut sur lui — prier exactement de cette façon. » Il imitait et suivait fidèlement le Prophète non seulement dans les actes obligatoires, mais aussi dans les actes nécessaires et les pratiques de la Sunna. La vie sublime et sainte du Prophète — paix et salut sur lui —, chacun de ses actes et chacun de ses pas, constituait pour lui et pour les centaines de milliers de Compagnons qui lui ressemblaient le phare le plus éclatant de la guidance.

C’est précisément grâce à cette imitation des Compagnons que chacune des paroles et chacun des actes du Messager, ainsi que le récit de ses actes, furent préservés pour toujours ; la société qu’il avait formée ne put jamais les oublier. Il s’agit de l’un des fondements majeurs et essentiels de la préservation des hadiths du Messager.

 

S’acquitter de la responsabilité de propager l’islam

Tout ce que les Compagnons avaient appris sur l’islam auprès du Messager, et tout le patrimoine de connaissances du Coran et des hadiths qu’ils avaient acquis, ils ne le limitaient pas à leur propre cercle et ne le gardaient pas pour eux ; au contraire, considérant sa transmission comme une responsabilité fondamentale et morale, ils s’employaient sans relâche à le diffuser parmi les gens, notamment parmi les musulmans éloignés de la cour du Messager et de sa compagnie quotidienne. C’était pour eux un devoir religieux majeur. En réalité, c’est précisément pour l’accomplissement de ce devoir qu’Allah Très-Haut avait constitué la communauté musulmane par l’intermédiaire du noble Prophète — paix et salut sur lui. En exposant les buts et les objectifs individuels et collectifs de la nation musulmane, le Noble Coran proclame d’une voix retentissante :

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C’est ainsi que Nous avons fait de vous une communauté médiane, afin que vous soyez les guides des peuples et que le Messager soit votre guide. [Sourate al-Baqara, verset 143.]

Conformément à cette déclaration du Coran, les nobles Compagnons (qu’Allah les agrée), tout en façonnant leur vie et leur caractère pour devenir les incarnations concrètes de la vérité, se considéraient également investis de la responsabilité et du devoir de guider le peuple vers le droit chemin et de l’appeler à la vérité. À cet égard, ils ne prêtaient la moindre attention à aucune contrainte, souffrance ou fatigue. Aucune épreuve ne pouvait les détourner de cette voie. De plus, ils considéraient comme un crime très grave de quitter ce monde après avoir appris une parole du dîn, tout en la gardant secrète et sans la transmettre aux autres. En effet, la déclaration suivante du Coran les remplissait, à cet égard, d’une profonde crainte, d’appréhension et d’effroi. Allah le Très-Haut a dit :

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Ceux qui dissimulent, après que Je les ai révélées, les preuves évidentes, les enseignements de la guidée destinés aux gens et dont J’ai également exposé l’explication dans le Livre, ceux-là, Allah les maudit, et tous ceux qui maudissent les maudissent. [Sourate al-Baqara, verset 159.]

Après avoir entendu cet avertissement sévère, aucun Compagnon n’aurait osé dissimuler la moindre parole, si petite soit-elle, concernant le dîn. Lorsqu’un Compagnon était interrogé sur une question de l’islam, il considérait comme son devoir d’y répondre selon l’étendue de sa connaissance. Car ils avaient en mémoire la parole suivante du Noble Prophète :

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Quiconque est interrogé sur une connaissance et la dissimule, Allah lui mettra une bride de feu au cou le Jour de la Résurrection. [Al-Mustadrak d’al-Hakim, tome 1, page 101.]

C’est pourquoi on peut affirmer avec insistance que la société islamique constituée par le Noble Prophète fonctionnait, dans son ensemble, comme un mécanisme autonome de transmission du Coran et des hadiths. De même que le sang, jailli du cœur, circule et se répand dans tout le corps, jusqu’à chacun de ses organes, grands ou petits, par l’intermédiaire de vaisseaux permanents et autonomes, le trésor des hadiths en islam, jailli auprès du Noble Prophète, est parvenu, grâce aux efforts inlassables et à l’activité de chaque musulman, jusqu’aux centres les plus éloignés de la société humaine.

Outre l’accomplissement de cette responsabilité individuelle de propagation de l’islam, des hadiths furent également diffusés, du vivant du noble Prophète (s), par l’intermédiaire de l’administration officielle. En effet, le noble Prophète (s) envoyait des personnes et des groupes en différents lieux et pays pour y propager l’islam. Nous mentionnons ici quelques événements célèbres.

Hazrat Abû Umâma al-Bâhilî (ra) a dit :

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Le noble Messager (s) m’a envoyé auprès des membres de ma propre tribu et des habitants de ma région afin de les appeler à Allah et de leur exposer les prescriptions de la charia islamique. [Al-Mustadrak d’al-Hâkim, tome 3, page 641.]

Un groupe d’Ansar demeurait au service du noble Prophète (s). Durant la journée, ils transportaient de l’eau, ramassaient du bois et, après l’avoir vendu, achetaient de la nourriture pour les habitants de la Suffa. La nuit, ils étudiaient le Coran et les hadiths. Un jour, plusieurs hypocrites se réunirent et dirent au Messager :

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Envoyez avec nous des personnes qui nous enseigneront le Coran et les hadiths.

À cette fin, le noble Prophète (s) envoya avec eux soixante-dix hommes parmi les personnes susmentionnées. Malheureusement, au milieu du chemin, les hypocrites lancèrent une attaque soudaine contre eux et les tuèrent en martyrs. [Sahîh Muslim, tome 2, page 139. ********************]

À la veille de l’Hégire, Abû Dharr al-Ghifârî (qu’Allah l’agrée) embrassa l’islam auprès du Noble Prophète (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui), à La Mecque. Le Noble Prophète (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui) lui dit :

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Il m’a été ordonné de me rendre au pays des dattes. Je pense qu’il ne peut s’agir d’aucun autre pays que Yathrib, ou Médine. À présent, peux-tu, de ma part, inviter à l’islam les gens de ta propre tribu et de ta région ?

Abû Dharr al-Ghifârî (qu’Allah l’agrée) accepta cette responsabilité avec joie et, après être arrivé dans son pays, commença à appeler les gens à l’islam. Il leur exposa les enseignements de l’islam qu’il avait appris auprès du Noble Messager (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui), à sa tribu et aux habitants de son pays. Ainsi, beaucoup de gens embrassèrent l’islam. Sahîh Muslim, volume 2, page 276.

De même, après avoir embrassé l’islam, Qays ibn Nâshiya al-Aslamî (qu’Allah l’agrée) retourna dans son pays. Il dit aux membres de sa tribu et aux habitants de sa région :

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Ô gens de Banû Sulaym ! J’ai entendu la littérature des peuples romain et persan, les poèmes des poètes arabes, les récits des devins et la poésie de Himyar. Mais rien de tout cela ne peut être comparé à la Parole de Muhammad : c’est une œuvre issue d’une inspiration totalement singulière. Suivez-moi donc en croyant en Muhammad.

Le Noble Prophète (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui) envoya ‘Amr ibn Hazm (qu’Allah l’agrée) auprès de la tribu de Najrân dans le but de —

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Il leur dispensera une connaissance appropriée de la religion et leur enseignera le Coran.

Le Prophète (s) avait envoyé Muʿâdh ibn Jabal (ra) au Yémen :

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en qualité d’enseignant auprès des habitants du Yémen et du Hadramaut.

Lorsque les deux tribus nommées Qarba et Adl embrassèrent l’islam durant la troisième année de l’Hégire, le Prophète (s) leur envoya six enseignants :

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« Le Prophète (s) envoya six enseignants aux deux tribus appelées Adl et Qarra afin de leur transmettre les connaissances fondamentales de la religion islamique et de leur enseigner le Coran ainsi que les règles de la loi islamique. Ils étaient : Marsad ibn Abî Marsad, Âsim ibn Thâbit, Habîb ibn Adî, Khâlid ibn al-Bukayr, Zayd ibn Dathina et ʿAbdullah ibn Târiq (ra).

Après la conquête de La Mecque, l’ensemble du monde arabe se prépare à embrasser l’islam. Alors, les gens commencent à envoyer leurs chefs de tribu auprès du Noble Prophète (s). Ceux-ci embrassent l’islam, retournent auprès des membres de leur tribu et des habitants de leur région, les invitent à l’islam et diffusent les connaissances islamiques, ainsi que le Coran et les hadiths.

En outre, le Noble Prophète (s) envoie un grand nombre de Compagnons, individuellement ou en groupes, dans différentes régions de l’Arabie afin d’y propager l’islam. Ainsi, par leur intermédiaire, le Noble Coran et les hadiths du Messager, qui en constituent le commentaire, se diffusent largement.

Les Compagnons que le Noble Prophète (s) nomme gouverneurs et envoie dans les diverses provinces de l’État islamique prennent, pour exercer leur administration, le hadith comme l’un des fondements essentiels, au même titre que le Coran. À ce propos, le dialogue que le Noble Messager (s) eut avec Mu‘âdh ibn Jabal (r.a.) lorsqu’il le nomma gouverneur du Yémen et l’y envoya est particulièrement mémorable. Le Noble Prophète (s) demanda : « Sur quelle base gouverneras-tu ? » Mu‘âdh répondit : « Sur la base du Coran. » Il demanda : « Que feras-tu si tu ne trouves rien dans le Coran au sujet de la question concernée ? » Mu‘âdh répondit :

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« J’agirai sur la base de la Sunna du Messager. »

À la fin de cet échange, le Noble Messager (s) rendit grâce à Allah avec une grande satisfaction, posa la main sur la poitrine de Mu‘âdh et dit :

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« Louange à Allah, qui a accordé à l’envoyé du Messager d’Allah la capacité de déterminer ce qui satisfait le Messager d’Allah et les règles à suivre. »

À ce propos, il faut enfin dire que, presque partout dans l’État islamique, le hadith était parvenu, du vivant même du Messager, grâce aux efforts et aux soins des personnes qu’il avait envoyées. Son étude avait commencé partout. Ainsi, les musulmans établis dans les régions les plus éloignées purent acquérir, en même temps que la connaissance du Coran, une connaissance approfondie des hadiths du Messager.

 

La transmission et l’enseignement des hadiths par les Compagnons

Dans l’accomplissement de la mission de propagation de l’islam, les Compagnons ont également diffusé les hadiths, en même temps que le Coran, dans les différents pays. À cette étape, nous présenterons en détail les efforts particuliers déployés par les Compagnons pour transmettre les hadiths.

Mais avant d’aller plus loin, il est nécessaire de présenter ici un exposé bref et fondamental sur la définition du terme « Compagnon », sur celui qui est considéré comme tel et celui qui ne l’est pas.

L’avis des célèbres traditionnistes, tels que l’imam al-Bukhari et Ahmad ibn Hanbal, est le suivant :

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Est un Compagnon celui qui a vu le Messager, qui était doué de discernement, qui croyait en lui et dont la vie s’est achevée dans l’islam. Que sa rencontre et ses séances avec le Messager aient été longues ou brèves, qu’il ait rapporté ou non des hadiths de lui, qu’il ait combattu ou non à ses côtés, il sera considéré comme un Compagnon.

L’imam al-Bukhari a écrit dans son ouvrage authentique :

Tout musulman qui a rencontré le Messager ou qui l’a vu est un Compagnon du Messager.

Abû al-Muzaffar al-Samʿânî a dit :

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Les spécialistes de la science du hadith appellent Compagnons tous ceux qui ont rapporté du Messager un hadith ou même une seule parole.

Allah Lui-même a fait l’éloge des Compagnons et les a présentés en divers passages du Coran. En un endroit, Il l’a exprimé de manière relativement détaillée et dans des termes extrêmement vigoureux :

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Muhammad est le Messager d’Allah, et ceux qui sont avec lui — les Compagnons — sont très durs envers les mécréants ; ils sont pleins de compassion et d’affection les uns envers les autres. Tu les verras toujours inclinés et prosternés, humbles et abaissés devant Allah. Ils désirent constamment la grâce d’Allah et Son agrément. Sur leur front sont marquées les traces de la prosternation. [Sourate al-Fath, verset 29.]

Il est dit ailleurs :

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Allah a certes été grandement satisfait de ces croyants (les Compagnons), lorsqu’ils te prêtaient serment d’allégeance, ô Prophète, sous l’arbre. Puis Allah Très-Haut a su ce que contenaient leurs cœurs. [Ibid., verset 18.]

Dans les hadiths authentiques également, de nombreuses paroles importantes du Messager concernant le mérite des Compagnons ont été rapportées.

Dans un hadith, le Messager (S) a dit :

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Ne dites pas d’injures à mes Compagnons. Car, par Celui dans la main de qui se trouve mon âme, si l’un de vous dépensait en aumône de l’or en quantité égale au mont Uhud, il ne pourrait néanmoins atteindre ni le mérite d’un seul Compagnon, ni même la moitié de celui-ci. [Muslim, tome 2, page 310 ; Bukhari, tome 1, page 518.]

En vérité, grâce aux efforts inlassables de ces Compagnons et à leurs sacrifices infinis et incomparables, l’islam a été propagé d’une part, tandis que, d’autre part, la société et l’État islamiques fondés par le noble Messager (S) sont demeurés pleinement protégés. Ce sont les Compagnons qui ont reçu du Messager la connaissance du Coran et des hadiths et qui, en même temps, ont fait couler leur flot suave dans toutes les contrées du monde, prenant ainsi les dispositions nécessaires pour rendre à jamais heureux les habitants de la terre.

Ainsi, parce qu’ils ont été les premiers à recevoir, transmettre et propager les hadiths, les Compagnons resteront à jamais gravés dans l’histoire des musulmans du monde entier ; cela ne fait aucun doute.

En vérité, après avoir reçu les directives du Messager d’Allah (s) concernant l’étude, la conservation et la mémorisation des hadiths, ainsi que leur propagation et leur enseignement, les Compagnons ne pouvaient rester inactifs. Au contraire, tout comme ils accordèrent eux-mêmes aux hadiths l’importance qui leur était due, les étudièrent et les mémorisèrent, ils déployèrent également tous leurs efforts pour les transmettre aux personnes qui n’en avaient pas connaissance et pour les former pleinement à leur étude. Non seulement du vivant du Prophète honoré (s), mais aussi après son décès, ils ne négligèrent en rien la propagation et l’enseignement des hadiths, parallèlement au Noble Coran. Après le décès du Prophète, ils se dispersèrent dans toutes les régions de l’ensemble de l’État islamique ainsi que dans de nombreux pays non musulmans éloignés, et chacun se consacra, dans son propre lieu et son environnement, à la diffusion des hadiths et du savoir islamique. Nous présentons ici des récits historiques et authentiques sur la propagation et l’enseignement des hadiths par quelques éminents Compagnons :

1. Abû Idrîs al-Khawlânî (r) rapporte : Je participai à une assemblée tenue dans la mosquée de Homs. Trente-deux Compagnons y étaient présents. Les hadiths y étaient étudiés et enseignés collectivement. Lorsqu’un Compagnon achevait de rapporter un hadith, un deuxième commençait ensuite à en rapporter un autre. [Musnad d’Ahmad, tome 5, page 328.]

2. Nasr ibn Âsim al-Laythî rapporte : Je vis un rassemblement dans la grande mosquée de Kufa. Tous les gens, silencieux et immobiles, regardaient fixement un homme avec une profonde attention et un vif intérêt, les yeux tournés vers lui sans ciller. Après m’être renseigné, j’appris qu’il s’agissait du célèbre Compagnon Hudhayfa ibn al-Yamân (r), qui enseignait les hadiths. [Musnad d’Ahmad, tome 5, page 386.]

3. La Mère des croyants, Aïcha (r), s’occupait activement de l’enseignement des hadiths à Médine. Plus de deux cents étudiants assistaient simultanément à ses cours. Parmi eux, trente-huit étaient des femmes. Des Compagnons respectés tels qu’Abû Mûsâ al-Ash‘arî, ‘Abdullah ibn ‘Abbâs et ‘Amr ibn al-‘Âs assistaient régulièrement à ses assemblées d’enseignement des hadiths. [Tadhkirat al-Huffâz d’al-Dhahabî, passage consacré à Abû al-Dardâ.]

4. À Kufa, ‘Abdullah ibn Mas‘ûd (r) enseignait régulièrement les hadiths. Au moins quatre mille étudiants et auditeurs se rassemblaient à ses cours. [Voir l’ouvrage Asrâr al-Anwâr.]

5. Abû al-Dardâ (r) [le nom de ce Compagnon était ‘Uwaymir ibn Zayd, page 32] résidait à Damas. Lorsqu’il se rendait à la mosquée pour y donner un cours de hadiths, une telle foule d’auditeurs se rassemblait devant lui qu’au milieu d’eux, il semblait être assis comme un empereur. [Tadhkirat al-Huffâz, passage consacré à Abû al-Dardâ.]

Le livre Tadhkirat al-Huffâz mentionne qu’au moins seize cents étudiants assistaient régulièrement aux assemblées d’enseignement d’Abû al-Dardâ.

6. ‘Abdullah ibn ‘Umar (r) avait assimilé un océan de science des hadiths ; mais il ne la conserva pas exclusivement pour lui-même : grâce à elle, il apaisait la soif de connaissance de milliers et de centaines de milliers de musulmans. Ainsi, il assura une large propagation des hadiths. Il vécut plus de soixante ans après le décès du Prophète honoré (s) (mort en 74 de l’hégire). Durant cette longue vie, l’enseignement et la propagation des hadiths constituèrent sa principale activité. C’est pourquoi il n’accepta même aucun emploi, car celui-ci aurait entravé et empêché cette œuvre éminente.

Il tenait régulièrement des assemblées d’enseignement du hadith à Médine. En particulier, lors du pèlerinage, lorsque de nombreux musulmans se rassemblaient à Médine, il leur présentait des hadiths. Ainsi, les hadiths du Messager parvenaient très facilement jusqu’aux régions les plus éloignées du monde musulman. [Usd al-Ghâbah, tome 3, p. 228.] En outre, il diffusait les hadiths en se rendant de maison en maison. Sous le règne de Yazîd ibn Mu‘âwiyah, il se rendit chez ‘Abdullah ibn Mutî‘. Lorsqu’on demanda de préparer pour lui un tapis et une couche, le vénérable ‘Abdullah ibn ‘Umar (qu’Allah l’agrée) dit :

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Je ne suis pas venu chez toi pour m’asseoir dans ta maison ; je suis seulement venu dans le but de te rapporter un hadith. J’ai entendu ce hadith du Prophète éminent (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui).

Puis il dit : J’ai entendu le Prophète éminent (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui) dire :

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Celui qui se soustrait à l’obéissance à l’amîr, c’est-à-dire au chef de l’État islamique, se présentera le Jour de la Résurrection devant Allah dans une situation où il n’aura aucune excuse à présenter. Et celui qui mourra sans avoir prêté allégeance à l’amîr mourra d’une mort comparable à celle de la période de la Jâhiliyyah. [Sahîh Muslim, tome 2, p. 128 ; Musnad Ahmad, tome 2, p. 154.]

7. Le vénérable ‘Abdullah ibn ‘Umar (qu’Allah l’agrée) diffusait les hadiths à chaque occasion et en enseignait le contenu aux gens. ‘Alî ibn ‘Abd al-Rahmân rapporte : ‘Abdullah ibn ‘Umar (qu’Allah l’agrée) me vit jouer avec des petits cailloux pendant la prière. Lorsque j’eus terminé ma prière, il m’interdit d’agir ainsi et me dit :

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Prie de la même manière que le Messager (s) accomplissait la prière, avec la même beauté.

Lorsqu’on lui demanda comment le Messager (s) accomplissait la prière, il répondit :

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Lorsque le Messager (s) s’asseyait pendant la prière, il posait sa main droite sur sa cuisse droite, en repliant tous ses doigts, et faisait signe avec le doigt situé à côté du pouce. Il posait la main gauche sur sa cuisse gauche. [Muwatta de l’imam Muhammad, p. 53 (avec traduction)]

Le fait de ne pas rapporter un hadith particulier pendant de nombreux jours faisait naître chez les Compagnons la crainte que, s’ils ne le rapportaient pas et le gardaient caché, ils commettraient un péché. Il ne pouvait donc plus rester secret. C’est alors qu’ils le rapportaient aux gens. Le récit suivant concernant Hazrat Uthman (ra) en fournit un exemple frappant :

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Après avoir accompli les ablutions, Hazrat Uthman (ra) dit : « Je vais certainement vous rapporter un hadith. Toutefois, s’il n’y avait pas un verset, je ne vous le rapporterais en aucune façon. J’ai entendu le Noble Prophète (s) dire : “Si quelqu’un accomplit les ablutions, les parfait pleinement et accomplit la prière, tous les péchés commis entre lui et la prière lui seront pardonnés, tant qu’il continuera à accomplir la prière.” » Le rapporteur du hadith répondit : « Le verset en question est celui-ci : “Certes, ceux qui dissimulent ce que J’ai révélé…” » [Sahih al-Bukhari, 1er volume, p. 28.

Le fait de présenter le verset cité comme preuve que dissimuler le hadith de Hazrat Uthman (ra) constituait un péché prouve que ces nobles Compagnons considéraient les hadiths comme des paroles descendues d’Allah. Autrement, il n’y aurait eu aucun sens à présenter ce verset comme argument, à rapporter, par crainte du péché et du châtiment mentionnés dans le verset, un hadith qui n’avait pas été rapporté depuis de nombreux jours, et à dire : « Si ce verset n’existait pas, je ne rapporterais en aucune façon ce hadith. »]

Même alors qu’ils étaient alités sur leur lit de mort, les Compagnons (qu’Allah les agréée) rapportaient, par nécessité, les hadiths du Messager (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui). Hasan al-Basri dit : le vénérable Mambkal était alité sur son lit de mort lorsqu’Ubaydullah ibn Ziyad se présenta auprès de lui. À ce moment-là, le vénérable Mambkal dit :

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Je vais te rapporter un hadith que j’ai entendu du Messager (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui). Il a dit : « Allah confiera à un serviteur la responsabilité de gouverner un peuple ; s’il ne veille pas sur eux en leur donnant de bons conseils et en se souciant de leur bien-être, il ne sentira même pas le parfum du Paradis. » [Sahih al-Bukhari, tome 2, p. 1058.]

Le vénérable Abu Ayyub al-Ansari (qu’Allah l’agrée), alors qu’il était alité sur son lit de mort, fut saisi de tremblement sous le poids de la responsabilité de transmettre les hadiths. Peu avant sa mort, il rapporta deux hadiths qu’il n’avait encore jamais rapportés auparavant. Après son décès, ces deux hadiths furent portés à la connaissance des musulmans par une proclamation publique. [Musnad Ahmad, tome 5, p. 414.]

Un événement de ce genre concernant le vénérable Abu Hurayra (qu’Allah l’agrée) a également été rapporté par Ibn Abi Shaybah. Il était alité, malade ; il dit alors aux personnes présentes :

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Aidez-moi à me lever et à m’asseoir, car je garde auprès de moi un dépôt confié par le noble Messager (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui), et je veux vous le transmettre.

Après qu’on l’eut fait asseoir, il rapporta :

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Que nul d’entre vous ne regarde çà et là pendant sa prière. Si quelqu’un regarde malgré tout, qu’il le fasse dans une prière autre qu’une prière obligatoire.[Tafsîr Rûh al-Ma‘ânî, vol. 18, p. 3.]

Abû al-‘Âliya, un tâbi‘î, dit :

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À Bassora, nous entendions les gens rapporter les hadiths transmis par les Compagnons du Messager ; mais nous n’en étions nullement satisfaits ni rassasiés tant que nous ne nous étions pas rendus à Médine pour les entendre de leur propre bouche.[Musnad al-Dârimî, p. 74.]

En vérité, d’innombrables musulmans venus des différents centres du monde musulman se rendaient auprès des nobles Compagnons afin d’acquérir la connaissance islamique, des hadiths et du Coran. Ceux-ci les accueillaient avec honneur et enthousiasme et leur enseignaient les hadiths. Il est notamment établi par des sources fiables qu’une foule considérable d’étudiants du hadith se rassemblait auprès de Hadrat Abû Hurayra et de Hadrat Abû Sa‘îd al-Khudrî. Lorsqu’une question leur était posée, il fallait attendre assez longtemps avant d’en obtenir la réponse.[Musnad de l’imam Ahmad, vol. 3, p. 92 ; Tirmidhî, chapitre de la connaissance.]

Hadrat Ibn ‘Abbâs envoya son fils ‘Alî et son esclave ‘Ikrima auprès de Hadrat Abû Sa‘îd al-Khudrî afin qu’ils entendent des hadiths. Lorsqu’ils arrivèrent, celui-ci se trouvait dans le jardin. En les voyant, il vint s’asseoir auprès d’eux et leur rapporta des hadiths.[Ibid.]

8. Hadrat Anas ibn Mâlik se consacra à la diffusion de la science du hadith. Il passa toute sa vie dans le cadre de l’enseignement des hadiths. Alors que les autres Compagnons du noble Messager étaient occupés à diverses guerres, il se consacra profondément à la diffusion et à l’enseignement des hadiths du Messager dans la mosquée جامع de Bassora. Un grand nombre de personnes venues de La Mecque, de Médine, de Bassora, de Koufa et de Syrie assistaient à ses séances de transmission des hadiths. Il fut l’un des Compagnons qui rapportèrent le plus grand nombre de hadiths. Parmi les hadiths qu’il rapporta, 80 figurent dans le Sahîh de Boukhârî, 70 dans le Sahîh de Muslim et 128 dans les deux ouvrages de Boukhârî et de Muslim.

9. Ḥaḍrat Ubay ibn Kaʿb (qu’Allah l’agrée) possédait une connaissance particulièrement approfondie du hadith. Al-Dhahabī a écrit :

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Ḥaḍrat Ubay était l’un de ceux qui avaient entendu un grand nombre de hadiths de la bouche du Noble Prophète (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui). (Tadhkirat al-Ḥuffāẓ, section consacrée à Ubay.) De nombreux Compagnons qui transmettaient les hadiths durent d’abord étudier auprès de lui.

10. Le gouverneur de Médine, ʿAmr ibn Saʿīd, envoyait des troupes à La Mecque contre Ḥaḍrat ʿAbd Allāh ibn al-Zubayr. Alors Ḥaḍrat Abū Shurayḥ (qu’Allah l’agrée) s’adressa à lui en ces termes :

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« Ô Émir ! Permettez-moi de vous rapporter un hadith du Messager (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui), qu’il prononça debout le lendemain de la conquête de La Mecque : mes deux oreilles l’ont entendu, mon cœur l’a conservé et mémorisé, et mes deux yeux le regardaient lorsqu’il parlait. » Puis il lui rapporta un hadith comprenant notamment le récit de la sacralité de La Mecque et d’autres éléments. (Ṣaḥīḥ al-Bukhārī, vol. 1, p. 21.)

Les paroles de Ḥaḍrat Abū Shurayḥ permettent tout d’abord de savoir qu’il avait parfaitement mémorisé et conservé le hadith ; elles montrent ensuite qu’il était toujours prêt à s’acquitter de la responsabilité de transmettre les hadiths.

Ḥaḍrat Jābir ibn ʿAbd Allāh (qu’Allah l’agrée) donnait lui aussi régulièrement des cours de hadith, assis dans la mosquée du Prophète. L’érudit al-Suyūṭī a dit :

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Dans la mosquée du Prophète elle-même, Hazrat Jabir ibn Abdallah avait un centre d’enseignement. Les gens s’y réunissaient et apprenaient les hadiths auprès de lui.

Les nobles Compagnons (qu’Allah les agréе) ne se contentaient pas d’enseigner oralement les hadiths aux gens ; ils s’efforçaient au contraire sincèrement et prenaient grand soin de faire en sorte que ceux-ci les mémorisent, les gravent dans leur mémoire et les y préservent à jamais. Les efforts personnels des Compagnons pour mémoriser les hadiths ont déjà été mentionnés. Nous allons ici tenter de montrer que les personnes qui venaient auprès des Compagnons pour apprendre les hadiths faisaient l’objet d’efforts particuliers afin de les leur faire mémoriser.

À cette première époque de l’islam, de même que les musulmans envoyaient leurs jeunes enfants dans des établissements d’enseignement spécialisés afin qu’ils mémorisent le Coran, ils les envoyaient également dans des centres d’enseignement des hadiths. En outre, ils exhortaient vivement les gens à mémoriser les hadiths et les conseillaient de diverses manières à cette fin.

Le tabi‘i nommé Abou Nadra dit à Hazrat Abou Saïd al-Khoudri (qu’Allah l’agrée) :

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Ne devrions-nous pas écrire ce que nous entendons de vous ?

En réponse, il dit :

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Votre noble Prophète (ﷺ) nous rapportait des hadiths ; nous les mémorisions et les retenions. Mémorisez donc vous aussi les hadiths comme nous le faisions.

Les nobles Compagnons ne négligeaient nullement la pratique constante des hadiths ni les encouragements à cet effet. À propos de la manière dont le vénérable Ibn Abbâs (رضي الله عنه), maître en hadith d’Ikrima, l’imam du savoir des hadiths à l’époque des tâbi‘ûn, lui enseignait les hadiths, celui-ci rapporte :

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Ibn Abbâs m’attachait les pieds avec des entraves afin de m’enseigner le Coran et les hadiths. [Tadhkirat al-huffâz, al-Dhahabî, p. 90.]

Le vénérable ‘Alî (رضي الله عنه) disait :

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Étudiez et pratiquez abondamment les hadiths ; sinon, votre savoir — c’est-à-dire votre connaissance des hadiths — disparaîtra.

Le Compagnon Ḥaḍrat ʿAbd Allāh ibn Masʿūd (qu’Allah l’agrée) disait : Étudiez et examinez les hadiths entre vous, car leur préservation n’est possible que par l’étude et l’examen. [****************]

Le Compagnon Ḥaḍrat Abū Saʿīd al-Khudrī (qu’Allah l’agrée) disait :

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Consacrez-vous constamment à l’étude et à la mémorisation des hadiths.

Le tābiʿī ʿAbd al-Raḥmān ibn Abī Laylā disait lui aussi souvent à ses étudiants en hadith :

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Le savoir acquis des hadiths ne peut rester vivant et préservé que par une étude, une mémorisation et une récitation répétées. Ainsi, que vous tous continuiez à étudier, mémoriser et réciter les hadiths. [**************]

Dans une autre narration, cette parole est rapportée ainsi :

Étudiez et rappelez-vous mutuellement les hadiths, car ce n’est que par cette évocation et cette pratique qu’ils resteront vivants. [Sunan al-Darimi, p. 78.]

À ce sujet, les propos suivants de Hadrat Ibn Abbas (qu’Allah l’agrée) sont encore plus explicites. S’adressant à ses étudiants, il leur disait :

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Étudiez ce hadith ensemble, en vous réunissant. Alors, il ne disparaîtra pas de votre mémoire. En effet, ce hadith n’est pas, comme le Noble Coran, systématiquement ordonné, compilé et conservé. C’est pourquoi, si vous ne l’étudiez pas largement, il finira par s’effacer de votre mémoire. [Sunan al-Darimi, p. 77.]

La parole suivante de Hadrat Ibn Abbas mérite également d’être mentionnée à ce propos. Il disait :

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Lorsque vous entendez un hadith de notre part, étudiez-le mutuellement. [Sunan al-Darimi, p. 78.]

Hadrat Ibn Umar (qu’Allah l’agrée) exhortait ses étudiants en leur disant :

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Lorsque l’un d’entre vous souhaite rapporter un hadith à quelqu’un d’autre, qu’il le récite donc impérativement trois fois.[Sunan al-Darimi, p. 78.]

Il ressort de l’exposé détaillé qui précède que, tout comme les Compagnons (qu’Allah les agréés) s’efforçaient eux-mêmes de mémoriser les hadiths et de les diffuser largement, ils insistaient également tout particulièrement auprès des personnes de l’époque des Tabi‘in qui apprenaient les hadiths auprès d’eux, afin qu’elles les mémorisent, les étudient et les enseignent aux générations suivantes.

 

La prudence dans la transmission des hadiths

Le Noble Prophète (paix et bénédictions d’Allah sur lui) a donné des directives explicites concernant la diffusion de ses hadiths et leur transmission à autrui. Cependant, il n’a pas rendu cette diffusion et cette transmission libres, sans restriction ni contrôle. Au contraire, il a insisté avec une extrême fermeté sur la nécessité d’une grande prudence dans la transmission et la diffusion des hadiths, et il a sévèrement interdit de rapporter et de diffuser en son nom des propos mensongers, fabriqués ou incomplets. Quelques paroles du Noble Messager d’Allah (paix et bénédictions d’Allah sur lui) vont être citées à ce propos.

Hadrat Anas ibn Malik (qu’Allah l’agrée) dit :

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Le Noble Prophète (paix et bénédictions d’Allah sur lui) a dit :

Quiconque dira délibérément un mensonge à mon sujet, qu’il se cherche donc une demeure en Enfer.

Ḥaḍrat Abû Hurayra (ra) dit :

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Quiconque mentira volontairement à mon sujet, qu’il fasse donc de l’Enfer sa demeure.

Ḥaḍrat Mughîra ibn Shuʿba dit :

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J’ai entendu le Messager (s) dire : Mentir à mon sujet, sous quelque forme que ce soit, n’est pas comparable au fait de mentir au sujet de quelqu’un d’autre. Que celui qui mentira volontairement à mon sujet se cherche donc une demeure en Enfer. [Ces différents hadiths sont tirés de Ṣaḥîḥ Muslim, tome 1, page 7.]

Bien que les trois hadiths précités, rapportés par différents Compagnons, présentent de légères différences de formulation, leur idée fondamentale est la même : dire quelque mensonge que ce soit au sujet du Messager (s) ou en son nom, ou encore faire passer pour une parole du Messager une invention personnelle en l’attribuant à son nom et en la présentant comme sa parole, est un très grand péché. Le Prophète honoré (s) a prononcé une sévère interdiction concernant un tel acte. Le hadith rapporté par Ḥaḍrat Mughîra (ra) nous apprend que mentir au sujet du Messager (s) n’est pas comparable au fait de mentir au sujet de quelqu’un d’autre. En effet, le Messager et sa parole constituent, immédiatement après Allah et Sa Parole, l’autorité de référence et la source de connaissance de la Loi islamique. Si le moindre mensonge s’y introduisait, c’est le fondement de toute la Loi islamique qui deviendrait faible et peu fiable. Et si le fondement de la Loi islamique s’affaiblissait, plus aucune voie de salut ne resterait ouverte aux êtres humains. À propos de ce hadith, l’ouvrage Irshâd al-Sârî, commentaire de Ṣaḥîḥ al-Bukhârî, dit :

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Ce hadith est définitif et incontestable tant du point de vue de son authenticité que de l’inattaquable solidité de sa chaîne de transmission. Un grand nombre de muhaddithûn ont qualifié ce hadith de « mutawâtir ».

Le shaykh Abû Muhammad al-Juwaynî, père de l’Imâm al-Haramayn Abû al-Ma‘âlî, a dit :

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Quiconque ment délibérément au sujet du noble Prophète deviendra kâfir.

En raison de ces sévères avertissements du noble Messager concernant la transmission des hadiths, les Compagnons (r.a.) avaient extrêmement peur de rapporter quoi que ce soit au sujet du Messager. Lorsqu’ils le faisaient, ils adoptaient une prudence et une vigilance extrêmes ; chacun vérifiait auprès d’un autre Compagnon la véracité et l’exactitude de ce qu’il savait et avait entendu maintes fois. Ils ne manquaient pas non plus de corriger immédiatement toute erreur. Par crainte de rapporter, même involontairement, un mensonge au sujet du Messager, un grand nombre de Compagnons n’osaient pas transmettre de hadiths. Et lorsqu’ils en rapportaient, ils tremblaient de peur. Ils prononçaient chaque hadith et chacune de ses paroles avec le plus grand sens des responsabilités et de la conscience.

C’est pourquoi les nobles Compagnons et les tâbi‘ûn n’acceptaient jamais un hadith à moins qu’il ne fût fiable, établi de manière irréfutable et que la continuité de la chaîne de transmission fût intacte et ininterrompue. Parmi les collecteurs de hadiths des générations ultérieures, le principe suivant fut adopté à l’unanimité :

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S’il est prouvé qu’une personne a délibérément attribué un seul hadith mensonger au Messager, elle sera déclarée fāsiq ; tous les hadiths qu’elle aura rapportés seront rejetés et aucun d’entre eux ne pourra être accepté comme preuve juridique de la Sharīʿa. Tome 1, page 8.

Après cette discussion de principe sur la prudence dans la transmission des hadiths, il est nécessaire d’éclairer cette question en mentionnant quelques faits concrets de la vie des nobles Compagnons. Nous rapportons ici quelques événements concernant certains Compagnons.

1. Zubayr, qu’Allah l’agrée, ne rapportait absolument aucun hadith. Un jour, ʿAbdullah, qu’Allah l’agrée, lui demanda : « Pourquoi ne rapportez-vous pas de hadith comme les autres Compagnons ? » Il répondit : « Bien que j’aie eu une relation particulière avec le Messager, puisque je l’ai entendu dire : “Que celui qui ment à mon sujet se prépare une demeure en Enfer”, je ne rapporte pas de hadith par crainte de cela. » Abū Dāwūd, Kitāb al-ʿIlm.

2. De nombreux Compagnons ne disaient pas, pendant plusieurs années consécutives : « Le Messager a dit. » L’imam al-Shaʿbī dit : « Je suis resté un an auprès de ʿAbdullah ibn ʿUmar, mais durant cette période il ne rapporta aucun hadith. » Sāʾir ibn Yazīd, qu’Allah l’agrée, dit : « Je suis resté longtemps en compagnie de Ṭalḥa ibn ʿAbdullah, de Saʿd, de Miqdād et de ʿAbd al-Raḥmān ibn ʿAwf, qu’Allah les agrée, mais je n’ai vu aucun d’eux rapporter un hadith. Toutefois, Ṭalḥa rapportait uniquement des hadiths concernant le jour de la bataille d’Uḥud. » Ṣaḥīḥ al-Bukhārī, tome 1, Kitāb al-Jihād, page 396.

3. Sāʾir ibn Yazīd, qu’Allah l’agrée, dit : « J’ai voyagé avec Saʿd ibn Mālik, qu’Allah l’agrée, de Médine à La Mecque, mais durant tout ce long trajet je n’ai pas entendu un seul hadith de sa bouche. » Sunan Ibn Mājah.

4. Beaucoup de gens désiraient entendre des hadiths de la bouche des nobles Compagnons, mais ceux-ci refusaient souvent de les rapporter. Un jour, des gens dirent à Zayd ibn Arqam, qu’Allah l’agrée : « Rapportez-nous des hadiths ; rapportez-en afin que nous les entendions. » Il leur répondit : « Nous sommes devenus vieux et nous avons oublié ; rapporter des hadiths est une tâche extrêmement difficile. »

5. Un jour, lorsqu’on demanda à Anas ibn Mālik, qu’Allah l’agrée, de rapporter un hadith, il répondit simplement : « In shāʾ Allāh. » Sunan al-Dārimī, page 46.

Autrement dit, il voulait éviter la responsabilité de rapporter des hadiths. Beaucoup d’autres Compagnons avaient également cette habitude. Il dit lui-même :

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Cette parole du Messager : « Que celui qui veut mentir à mon sujet se prépare une demeure en Enfer » m’interdit de rapporter beaucoup de hadiths devant vous. [Bukhari Sharif, tome 1, page 21.]

Cela ne signifie pas qu’il ne rapportait jamais de hadiths. Il en rapportait, mais il faisait preuve d’une extrême prudence à cet égard. [****************] Il est dit à son sujet :

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Lorsque Hadrat Anas (qu’Allah l’agrée) rapportait un hadith, il était extrêmement effrayé et saisi de crainte ; son cœur se mettait à trembler. C’est pourquoi, après avoir rapporté un hadith, il disait : « Le noble Messager d’Allah a dit ceci », ou bien : « exactement comme il l’a dit ». [Musnad de l’imam Ahmad, tome 5, page 140.]

Hadrat Anas (qu’Allah l’agrée) ne rapportait jamais les hadiths dont il craignait de se tromper en en comprenant le sens. En outre, il distinguait également les hadiths entendus directement du Messager. [Musnad de l’imam Ahmad, tome 5, page 140.]

6. Hadrat Ubayy ibn Ka‘b (qu’Allah l’agrée) rapportait des hadiths, mais il faisait preuve d’une prudence infinie dans cette tâche. Bien qu’il fût très cher au Messager et qu’il eût passé la majeure partie de sa vie en sa compagnie, il n’a malgré tout pas rapporté beaucoup de hadiths du Messager. Le nombre de hadiths qu’il a rapportés n’est que de 64. [****************]

7. Hadrat Abdullah ibn Umar (qu’Allah l’agrée), malgré sa grande maîtrise de la science du hadith, a rapporté ceci : parmi les Compagnons, nul n’était plus prudent que Hadrat Ibn Umar (qu’Allah l’agrée) lorsqu’il s’agissait de rapporter des hadiths. Il craignait même de rapporter un hadith en y ajoutant ou en y retranchant quoi que ce soit. [Tadhkirat al-Huffaz, tome 1, page 34.]

Abou Ja‘far, le Tabi‘î, a lui aussi fait écho à ces paroles. (Al-Mustadrak d’al-Hakim, vol. 3, p. 561.)

Sa‘îd rapporta de la bouche de son père : « Je n’ai vu personne être plus prudent qu’Ibn ‘Umar lorsqu’il s’agissait de rapporter des hadiths. »

C’est précisément en raison de cette prudence qu’il n’acceptait généralement pas de rapporter des hadiths.

8. Hazrat Abdallah ibn az-Zubayr (qu’Allah l’agrée) rapportait lui aussi très peu de hadiths et seulement à de rares occasions. Il avait adopté cette ligne de conduite en gardant à l’esprit le hadith relatif au fait de mentir au sujet du Messager (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui). Un jour, quelques personnes lui dirent : « Nous vous voyons rapporter très peu de hadiths, alors qu’Untel et Untel, ainsi que Hazrat Ibn Mas‘ûd (qu’Allah l’agrée), en rapportent un nombre considérable. En d’autres termes, malgré votre position éminente auprès du Messager, pourquoi êtes-vous tellement en retrait dans la transmission des hadiths ? » Il leur répondit :

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« Écoutez : depuis que j’ai embrassé l’islam, je ne suis jamais resté éloigné du Messager (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui). Mais je l’ai entendu dire : “Que celui qui profère un mensonge à mon sujet se prépare sa demeure en Enfer.” (Musnad de l’imam Abou Hanîfa, traduction ourdoue, p. 73 ; Sahîh al-Boukhari, vol. 1, p. 21. Dans la version d’al-Boukhari, le nom d’Abdallah ibn Mas‘ûd n’est pas mentionné ; en revanche, il figure dans la narration d’Ibn Mâjah. La narration d’al-Ismâ‘îlî mentionne également les mots : “Depuis que j’ai embrassé l’islam”, qui ne figurent pas dans celle d’al-Boukhari.) »

En réalité, cette crainte était l’unique raison pour laquelle il rapportait peu de hadiths.

 

La mise par écrit des hadiths

L’exposé détaillé du dispositif naturel de conservation des hadiths, présenté précédemment, n’en constituait pas l’unique moyen fondamental. Les hadiths ont plutôt été conservés grâce à un dispositif encore plus solide et plus fiable. Ce dispositif de conservation des hadiths est leur mise par écrit.

Une idée fausse très répandue au sujet des hadiths semble profondément ancrée dans l’esprit de beaucoup de gens. Les ennemis des hadiths la présentent comme un argument destiné à démontrer leur caractère non originel et leur manque d’authenticité. Selon eux, les hadiths n’auraient pas été consignés du vivant du Prophète (s), mais seulement un siècle après sa mort. Ils en concluent donc que les hadiths ne sont pas dignes de confiance.

Cependant, l’examen attentif de l’histoire de la conservation des hadiths prouve indubitablement que cette conception est totalement fausse ; elle n’est rien d’autre qu’une calomnie et une invention mensongère de leurs adversaires. L’histoire la réfute catégoriquement. En réalité, l’importante question de la conservation des hadiths ne pouvait rester à ce point dépourvue de fondement et de preuve. Toutes les mesures possibles nécessaires à leur conservation furent prises en temps voulu. Ils furent mémorisés et retenus, et étudiés de diverses manières ; de même, l’écriture fut utilisée et mise en œuvre en temps opportun et dans une mesure suffisante. Surtout, on ne s’appuya exclusivement sur aucune de ces méthodes et, en dépendant de l’une d’elles, on ne négligea nullement les autres. Au contraire, toutes ces méthodes furent appliquées simultanément, ou presque à la même époque, selon une succession organisée. La présente discussion sur la mise par écrit des hadiths le fera clairement apparaître aux lecteurs.

Comme je l’ai indiqué au début, dès les premières années de la prophétie, alors que le Noble Coran était révélé, le Messager vénérable (s) avait nommé de nombreux « scribes de la révélation » afin de le consigner correctement. Selon un récit, leur nombre était d’au moins quarante. Chaque fois qu’un verset ou une sourate était révélé au Prophète, celui-ci le récitait d’un côté par cœur à la communauté musulmane réunie, comme dans un discours, et le faisait en même temps consigner correctement par ces scribes de la révélation. C’était le dispositif « officiel » mis en place à l’initiative du Messager vénérable. Grâce à lui, le Noble Coran put, jusqu’à la fin de la vie du Messager, parvenir à une forme entièrement écrite et préservée.

Cependant, à cette époque, il n’y avait pas seulement un nombre déterminé de « scribes de la révélation » qui écrivaient la révélation ou le Coran, tandis qu’aucun autre Compagnon ne l’aurait écrit. Bien au contraire, outre les scribes nommés par le Messager vénérable, de nombreux autres Compagnons, présents auprès du Messager, écrivaient de leur propre initiative les versets du Coran.

Nous constatons la même chose concernant la mise par écrit des hadiths du Messager vénérable. Certains Compagnons commencèrent à écrire les hadiths avec l’autorisation du Messager, tandis que beaucoup d’autres les consignaient de leur propre initiative. Mais une difficulté apparut au début. En effet, de nombreux Compagnons commencèrent à écrire ensemble et dans un même recueil tout ce qu’ils entendaient du Messager, qu’il s’agisse de la parole d’Allah ou de ses propres paroles. Il en résulta une grave crainte de voir le Coran et les hadiths se mélanger et de rendre difficile toute distinction entre eux. On comprend aisément combien les conséquences auraient pu en être terribles. Le Prophète (s) ne pouvait en aucune manière l’approuver. En voyant les écrits de ces scribes, il manifesta un vif mécontentement. À ce sujet, un hadith rapporté par Abû Sa‘îd (ra) dit : Un jour, quelques Compagnons étaient assis et écrivaient. Ils dirent : « Nous écrivons ce que nous entendons de vous. » Il leur dit alors : « Est-ce donc un autre Livre qui est écrit en le mêlant au Livre d’Allah ? »

Cela signifie que consigner le Coran et les hadiths ensemble, sans prendre aucune disposition pour les distinguer, est aussi préjudiciable à la permanence et à l’intégrité du Coran qu’à la solidité et à la fiabilité des fondements de la religion islamique. C’est pourquoi le Messager vénérable (s) leur ordonna :

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Abandonnez cette manière d’écrire. Consignez uniquement et intégralement le Livre d’Allah. N’y mêlez absolument rien d’autre.

En conséquence, tout ce qui avait été écrit par ces Compagnons en mêlant le Coran et les hadiths fut détruit, puis le Coran commença à être consigné de manière totalement distincte.[Musnad de l’imam Ahmad, tome 1, p. 171 ; Majma‘ al-Zawā’id, tome 1, p. 152.]

Il suffit de réfléchir quelque peu à la justesse de cet acte et de cette parole du Noble Messager pour la comprendre. Si seulement un Compagnon avait écrit le Coran en le réunissant aux hadiths, cela aurait constitué, pour les générations ultérieures, un défi à l’authenticité du Noble Coran. Les hommes de ce monde n’auraient jamais pu recevoir le Noble Coran sous la forme pure, intacte, parfaitement autonome et distincte qui est la sienne aujourd’hui ; ils n’auraient pas été capables de connaître et de distinguer séparément la Parole d’Allah et le récit des paroles et des actes du Messager. C’est pourquoi, au tout début, le Noble Prophète (s) interdit aux Compagnons, en termes clairs et sévères, de consigner quoi que ce soit en dehors du Coran ; en revanche, le Noble Messager ne leur interdit nullement de le transmettre et de le rapporter oralement. La parole du Noble Prophète (s) est la suivante :

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N’écrivez aucune de mes paroles. Si quelqu’un a écrit de ma part quoi que ce soit en dehors du Coran, qu’il l’efface. En revanche, rapportez oralement mes paroles ou les paroles me concernant ; cela ne présente aucun mal. Mais même dans la transmission orale, qu’aucun mensonge, quel qu’il soit, ne soit toléré. En vérité, celui qui proférera un mensonge à mon sujet, qu’il prenne sa demeure en Enfer.[Sahîh Muslim, tome 2, p. 414, rapporté par Abû Saïd al-Khoudri : *****************************]

Voici un autre hadith rapporté par Abû Saïd :

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Nous avions demandé au Messager (s) la permission de consigner par écrit ce que nous entendions de lui (les paroles et hadiths autres que le Coran) ; mais il ne nous en donna pas la permission.[*****************]

Un hadith ayant ce même sens a également été rapporté d’après Zayd ibn Thâbit. Le voici :

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Le noble Messager nous a ordonné de ne rien écrire, hormis le Coran.

L’interdiction d’écrire quoi que ce soit en dehors du Coran et le refus d’autoriser l’écriture de cet « autre chose » revêtent une profonde signification. Il convient assurément de prêter attention à la raison fondamentale pour laquelle le noble Messager a agi de la sorte.

La première raison était la crainte qu’une situation épouvantable ne survienne si d’autres choses étaient mêlées au Coran et écrites avec lui. Jusqu’alors, les musulmans ne s’étaient généralement pas encore pleinement familiarisés avec le langage particulier du Coran, ses idées, ses paroles et la profondeur solennelle de son style. Leur regard pénétrant ainsi que leur discernement et leur intelligence ne s’étaient pas encore éveillés au point de leur permettre de distinguer le Coran de ce qui n’était pas le Coran. La deuxième raison était que cette interdiction du noble Messager s’adressait aux Compagnons dotés d’une mémoire extrêmement vive, qui pouvaient très facilement graver dans leur mémoire ce qu’ils entendaient et n’oubliaient absolument rien. En effet, si même les Compagnons de cette catégorie commençaient à prendre l’habitude de dépendre de l’écriture, il y aurait certainement lieu de craindre un affaiblissement de l’acuité de leur mémoire. Il ne pouvait en aucune manière être convenable de manifester ainsi du mépris envers ce grand bienfait d’Allah.

L’imam an-Nawawî a écrit à son sujet :

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Il fut d’abord interdit d’écrire les hadiths. Avant que le Coran ne soit connu de tous, cette interdiction s’appliquait à chacun. Il était alors interdit de conserver par écrit toute autre chose que le Coran, par crainte qu’elle ne se mêle à celui-ci et qu’il n’en résulte des doutes et des incertitudes. Puis, lorsque le Coran fut connu de tous et que l’on fut à l’abri de cette crainte, il fut permis de l’écrire.

Deuxièmement, il fut interdit d’écrire à ceux dont la mémoire était fiable, par crainte qu’ils ne se reposent uniquement sur l’écriture. Mais cette interdiction ne signifiait pas que l’écriture fût intrinsèquement illicite. Quant à ceux dont la mémoire n’était pas fiable, il leur fut permis de mettre les hadiths par écrit.[*******************]

L’imam al-Khattabi a écrit à ce sujet :

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Il semble que l’interdiction d’écrire les hadiths concernait la première époque. Par la suite, cela fut autorisé. L’interdiction portait sur le fait d’écrire les hadiths sur la même feuille en les mêlant au Coran. En effet, cela aurait entraîné un mélange du Coran et des hadiths et aurait constitué une grande source de confusion pour les lecteurs.[**********]

Il ressort de cette analyse de l’imam al-Nawawi et de l’imam al-Khattabi que, bien qu’au début il eût été interdit à tous d’écrire quoi que ce soit en dehors du Coran, il y avait des exceptions. Le Prophète (s) voulait que les Compagnons emploient pleinement leur mémoire aux fins nécessaires. C’est pourquoi il avait interdit aux personnes dotées d’une mémoire exceptionnelle de délaisser la mémorisation des hadiths pour dépendre uniquement de l’écriture. Mais il n’a pas interdit d’écrire les hadiths à ceux qui souhaitaient utiliser à la fois leur mémoire et l’écriture. Au contraire, il le leur a permis. Le hadith suivant le prouve également de manière explicite :

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Il est rapporté d’après Abdallah ibn Amr qu’il vint trouver le Messager et lui dit : « Ô Messager ! Je souhaite rapporter des hadiths. C’est pourquoi, en plus de faire appel à ma mémoire, je désire également recourir à l’écriture, si toutefois cela vous agrée. » Le Prophète (s) lui dit alors : « Si tu veux écrire mes hadiths, tu peux, en plus de les mémoriser, les mettre par écrit. »[Sunan al-Darimi, page 67.]

Bien plus, de nombreux scribes étaient constamment présents à la cour du noble Prophète (S) et écrivaient tout ce qu’ils entendaient de la bouche du Messager : c’est également un fait historique. Cela est prouvé par les paroles suivantes de Ḥaḍrat ʿAbd Allāh ibn ʿAmr :

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Nous étions plusieurs personnes occupées à écrire dans les appartements du Messager. À ce moment-là, on interrogea le noble Messager (S) : « La ville de Constantinople sera-t-elle conquise la première, ou bien Rome ? » Il répondit : « Non, c’est Constantinople, la ville d’Héraclius, qui sera conquise la première. » [Sunan al-Dārimī, p. 68.]

La première phrase de ce récit mérite particulièrement l’attention. Elle prouve que chaque fois que le noble Messager (S) siégeait en audience, des scribes s’asseyaient également autour de lui. Toutes ces preuves montrent clairement qu’au début, c’est principalement le Noble Coran qui était mis par écrit. Aucune mesure officielle ne fut prise alors pour écrire les hadiths. Ceux-ci furent généralement préservés par la mémorisation, la pratique orale, la transmission et la discussion. Après quelque temps, l’autorisation générale d’écrire les hadiths fut accordée aux Compagnons. Dès lors, pour préserver les hadiths, on fit pleinement usage, tout comme pour le Coran, de la mémoire des Compagnons, de leur pratique et de leur transmission mutuelles, ainsi que de l’écriture.

Ibn Qutayba a écrit :

Il interdit d’abord d’écrire les hadiths, puis comprit la nécessité de les préserver par écrit.

L’érudit Ibn al-Jawzī a écrit :

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Dans un premier temps, il interdit de l’écrire. Puis il en autorisa la mise par écrit.

À ce stade, il s’adressa clairement aux Compagnons en ces termes :

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Consignez par écrit la science du hadith.

Il est nécessaire de présenter un bref exposé de la question fondamentale relative à la mise par écrit de la science du hadith. Il existe également une divergence concernant la question de savoir si la consignation des hadiths par écrit était réellement permise. Selon nous, écrire les hadiths n’était pas seulement permis : c’était une œuvre extrêmement nécessaire de la religion. Le Noble Coran lui-même a donné des instructions explicites concernant l’usage de l’écriture pour toutes les affaires nécessaires et importantes. Allah le Très-Haut a dit :

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Que la transaction soit petite ou grande, ne négligez nullement de la mettre par écrit pour une durée déterminée. La consigner par écrit est plus équitable aux yeux d’Allah, plus approprié pour préserver la preuve et le meilleur moyen d’éviter le doute. Sourate al-Baqara, verset 282. Il faut garder à l’esprit que cette sourate fut révélée, après l’Hégire, dès la première période de la vie médinoise. Puisque c’est précisément à cette époque qu’il fut instamment recommandé de tout mettre par écrit, les Compagnons durent certainement aussi s’employer à consigner les hadiths. Par conséquent, le Messager éminent (s) ne l’a certainement pas interdit.

L’imam Abû Hanîfa (r), s’appuyant sur ce verset, a avancé l’argument suivant :

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Lorsque Allah a ordonné de mettre par écrit même les affaires ordinaires de transaction, par crainte qu’elles ne suscitent des doutes, et que conserver le savoir — le savoir du hadith — par mémorisation est bien plus difficile que de se rappeler les affaires de transaction, alors, par crainte de faire naître ces doutes et ces incertitudes, il est d’autant plus nécessaire et plus approprié de le mettre par écrit et de considérer cela comme licite.[*********************]

L’Allâma Abû Moulaih a dit, en se fondant sur un autre verset :

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Les gens reprochent aux traditionnistes de mettre les hadiths par écrit. Pourtant, Allah Lui-même a dit : la situation des peuples antérieurs est conservée par écrit auprès d’Allah.[***************]

Pourtant, Allah n’oublie ni ne s’égare. Dans ces conditions, comment l’être humain, qui est l’incarnation même de l’erreur, pourrait-il se passer de la nécessité d’écrire ?

Ainsi, mettre les hadiths par écrit n’a jamais été totalement interdit. Au début, cette pratique fut généralement différée, bien qu’à cette époque la permission en eût également été accordée à certaines personnes.

Le désaccord mentionné à ce stade n’a pas d’importance particulière. À l’exception de la toute première période, mettre les hadiths par écrit a toujours été pleinement permis.

Ibn al-Salah a écrit :

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Par la suite, cette divergence fut dissipée et tous les musulmans s’accordèrent sur la licéité de mettre les hadiths par écrit. En effet, s’ils n’avaient pas été consignés à cette époque, ils auraient finalement été entièrement perdus.[***************]

 

Les écrits consignés par le Prophète (s)

Au début du mouvement islamique — durant la période mecquoise — le noble Prophète (s) n’autorisa pas que l’on consignât par écrit autre chose que le Noble Coran. Ainsi, aucune preuve n’atteste qu’un hadith ait été écrit durant la vie mecquoise, avant l’Hégire. Cependant, dès le début de la vie médinoise, après l’Hégire, un immense patrimoine de hadiths commença à être consigné, parallèlement au Coran. À la lumière des preuves suivantes, on peut affirmer avec force que, durant la période médinoise — aux treizième et quatorzième années de la prophétie — lorsque la distinction entre le Coran et les hadiths devint clairement établie, une autorisation générale de mettre les hadiths par écrit fut accordée d’une part, tandis que, d’autre part, un grand nombre d’écrits consignés sur l’ordre du noble Prophète (s) lui-même se trouva accumulé entre les mains des musulmans. À ce propos, on peut signaler qu’après la mise en place à Médine d’un enseignement de la lecture et de l’écriture pour les jeunes musulmans en échange de la libération des prisonniers de guerre de Badr,[********************] il devint plus facile d’écrire les hadiths et cette pratique se répandit beaucoup plus largement. Ḥaḍrat ʿAbdullah ibn Saʿid ibn al-ʿĀṣ avait ouvert dans la mosquée du Prophète à Médine une véritable école d’enseignement de l’écriture.[*********************] En outre, un enseignement de la lecture et de l’écriture avait également été organisé dans les neuf mosquées de Médine.[*****************] Ainsi, par la suite, il ne manqua aucunement de personnes sachant lire et écrire ou capables d’écrire.

Par conséquent, le noble Prophète (s) nomma auprès de lui de nombreuses personnes pour accomplir les travaux d’écriture nécessaires, et un grand nombre de scribes — c’est-à-dire de personnes capables d’écrire — demeuraient en permanence à la cour du Messager afin d’y effectuer des travaux d’écriture de diverses natures. Pour employer un langage moderne, on peut dire qu’un secrétariat complet avait alors été établi à Médine et fonctionnait. Des personnes particulières étaient affectées à des tâches d’écriture particulières. Parmi elles, Ḥaḍrat ʿAlī (r.a.), Ḥaḍrat ʿUthmān (r.a.), Ḥaḍrat Zayd ibn Thābit (r.a.) [***************] et Ḥaḍrat Ubayy ibn Kaʿb (r.a.), entre autres Compagnons, étaient chargés de la transcription du Noble Coran. Ḥaḍrat al-Zubayr ibn al-ʿAwwām (r.a.) et Juham ibn al-Ṣalt (r.a.) étaient préposés à la tenue des comptes des biens de la zakāt et de la ṣadaqa. Ḥaḍrat ʿAbdullah ibn al-Arqam (r.a.) et al-ʿAlā ibn ʿUqba (r.a.) rédigeaient les documents relatifs aux transactions réciproques des gens ainsi qu’à leurs contrats et engagements. Ḥaḍrat Ḥudhayfa ibn al-Yamān (r.a.) consignait, après estimation, la quantité de la récolte de dattes et le montant de la zakāt qui y était fixé. Muʿayqīb ibn Abū Fāṭima al-Dawsī (r.a.) consignait le relevé des biens reçus par le noble Messager.[******************] À l’époque du noble Messager (s), des dispositions avaient également été prises pour consigner les noms et les renseignements des Compagnons qui participaient au jihād.[***************] Le scribe Ḥanẓala remplaçait à la cour chacun des scribes absents. C’est également lui qui détenait et utilisait le sceau du noble Messager (s).[***************************]

Afin de rédiger, pour les personnes parlant différentes langues, des lettres dans leurs propres langues, plusieurs Compagnons, sur l’ordre du noble Messager (s), apprirent les langues en usage dans le monde civilisé de l’époque. Ḥaḍrat Zayd ibn Thābit (r.a.) reçut l’ordre d’apprendre le syriaque et l’apprit effectivement. Lorsqu’une lettre écrite dans cette langue parvenait au Messager, il la lisait et informait le noble Messager (s) de son contenu. De nombreux ouvrages ont également été rédigés au sujet des scribes affectés à la cour du Messager.[***********************]

1. Après que le noble Prophète (s) eut émigré à Médine et commencé à y résider, l’une des premières tâches importantes qu’il accomplit fut de rédiger un long traité comportant des clauses de non-agression réciproque et d’autres conditions entre les juifs de Médine, les chrétiens des environs, ainsi que les musulmans ansār et muhājirūn de Médine. En voici le texte :

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Voici le pacte écrit conclu entre les croyants musulmans de la tribu de Quraysh et les habitants de Médine qui se joindront à eux et combattront ensemble sous l’autorité de Muhammad, prophète et messager d’Allah (s). Il est décidé qu’ils formeront une umma, c’est-à-dire une nation distincte et indépendante des autres gens.

Ce pacte est un trésor historique inestimable dans l’histoire de l’islam. Il comporte au total 52 clauses. Médine la Noble y est déclarée ḥaram pour les musulmans. (Kitāb al-Amwāl, Abū Dāwūd, p. 311.) La citation suivante prouve que le pacte avait bien été rédigé par écrit et qu’il constitue le tout premier document écrit de l’islam :

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Il est rapporté d’après Rāfiʿ ibn Khadīja (ra) qu’il a dit : Médine est un ḥaram. Le Messager éminent (s) l’a déclarée ḥaram. Nous possédons ce pacte écrit sur du cuir khawlānī.

Ce pacte écrit demeura conservé auprès de ʿAlī (ra) jusqu’à une époque ultérieure. Il a dit :

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Je ne possède aucun document écrit autre que le Livre d’Allah et cette ṣaḥīfa reçue du noble Prophète (s). Il y est écrit : Médine est un ḥaram. Ses limites s’étendent de la montagne de ʿAyr jusqu’à cet endroit. Quiconque, dans ce ḥaram, invente et introduit une innovation, ou accorde refuge à un innovateur, encourra la malédiction des anges d’Allah et de tous les hommes. Aucun paiement ni aucune compensation ne seront acceptés de sa part. La protection accordée par un musulman jouit partout du même statut. Si quelqu’un viole l’engagement donné par un musulman, il encourra lui aussi la malédiction d’Allah, des anges et de tous les hommes. Aucun paiement ni aucune compensation ne seront acceptés de sa part.

En vérité, dans l’histoire de la civilisation, ce pacte est le premier document écrit à mériter le statut de constitution et il constitue une preuve d’une importance exceptionnelle.

1. Après avoir établi l’État islamique à Médine, le Noble Messager entreprit le recensement des citoyens musulmans. À cette fin, il promulgua un décret dans les termes suivants :

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Écrivez pour moi les noms et les renseignements concernant tous ceux qui ont déclaré avoir accepté l’islam.

Le Compagnon et transmetteur de hadiths, Hadrat Hudhayfa (r.a.), rapporte :

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Nous remîmes ensuite au Messager les noms, les renseignements et l’identité de mille cinq cents personnes.

Cela aussi est un document écrit datant de la vie du Noble Messager.

3. Au mois de Safar de la troisième année de l’Hégire, le Noble Prophète (ﷺ) signa un traité de paix avec la tribu des Banû Djamra. Ce traité a également été retrouvé sous forme écrite.

Cependant, deux récits ci-dessous laissent entendre que, peu avant l’Hégire également, le Noble Prophète (ﷺ) avait émis des édits écrits dans au moins deux circonstances :

(a) Le Noble Prophète (ﷺ) envoya à Tamîm al-Dârî une autorisation écrite.

(b) Alors qu’il se rendait à Médine après l’Hégire, le Noble Prophète (ﷺ) remit à Surâqa ibn Mâlik al-Mudladjî un sauf-conduit écrit.

L’érudit Ibn Kathîr a rapporté :

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Surâqa dit : « Faites rédiger pour moi un document qui attestera de la décision de libération intervenue entre le Messager et moi. » Le Noble Prophète (ﷺ) fit alors rédiger pour moi un écrit sur un os, une feuille ou un morceau de tissu déchiré.

4. Il est rapporté d’après Abû Hurayra (qu’Allah l’agrée) que, l’année de la conquête de La Mecque (la 8e année de l’Hégire), des membres de la tribu de Khuzâʿa tuèrent un homme de la tribu de Layth. Lorsque cette nouvelle parvint au Noble Messager, il prononça un important discours alors qu’il était monté sur sa monture. Il y exposa en détail tous les commandements et règlements relatifs à l’honneur, à l’excellence et à la sainteté du territoire sacré, ainsi qu’au châtiment de l’homicide et aux dispositions concernant la diya. Lorsque le discours fut terminé, un Compagnon nommé Abû Shâh dit au Noble Messager (ﷺ) : « Ô Messager ! Faites rédiger ce discours pour moi. » La preuve qu’Abû Shâh demanda que fût mis par écrit précisément le discours prononcé par le Messager réside dans le fait que le rapporteur de ce hadith, ʿAlî ibn Muslim, demanda à l’imam al-Awzâʿî : « Est-ce bien au Noble Messager qu’Abû Shâh demanda de faire écrire ces paroles, en disant : “Ô Messager ! Faites-les écrire pour moi” ? » L’imam al-Awzâʿî répondit : « Il s’agissait bien du discours du Messager qu’il avait entendu. » Le Noble Prophète (ﷺ) accepta alors sa demande et dit à l’un de ses Compagnons : « Écris ce discours pour Abû Shâh. »

5. L’historien Hâfiz Ibn Abd al-Barr a écrit :

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Le Prophète (s) fit rédiger un document pour ʿAmr ibn Hazm et d’autres, concernant la sadaqa, le prix du sang, les obligations religieuses et la Sunna.

L’érudit al-Shawkânî a mentionné ce document en divers endroits. L’imam Mâlik (ra) en a rapporté ce qui suit :

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Il est rapporté d’après ʿAbd Allah ibn Abû Bakr ibn Hazm que le document que le Prophète (s) avait fait rédiger pour ʿAmr ibn Hazm portait ceci : « Que seul un être pur touche le Noble Coran. »

L’imam al-Bayhaqî a cité dans son ouvrage *************** le récit suivant au sujet de ce document :

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Il est rapporté d’après Abû Bakr ibn Muhammad ibn Hazm. Il dit : « Ceci est le document écrit par le Noble Prophète (s), qu’il fit rédiger lorsqu’il envoya Amr ibn Hazm au Yémen. Il l’y envoya afin d’enseigner aux habitants la compréhension approfondie de la religion islamique et la Sunna, et de percevoir d’eux la zakât. Ce document contenait également sa lettre de nomination, les engagements qui lui étaient accordés, ainsi que les dispositions relatives à l’exercice de ses responsabilités parmi les habitants de cette région. »

Au cours de la dixième année de l’Hégire, le Noble Prophète (s) nomma Amr ibn Hazm (r) gouverneur des habitants de Najrân. Alors qu’il se dirigeait vers la région de Najrân, ce document lui fut remis afin qu’il l’utilise comme code et règlement administratif.

L’imâm Abû Dâwûd a mentionné :

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Le Noble Prophète (s) conclut un traité de paix avec les habitants de Najrân et leur fit rédiger un document.

6. En outre, le Noble Prophète (s) fit rédiger et envoyer un autre « document » aux habitants du Yémen. Il s’intitulait « Kitâb al-Jirâh ». Il commençait ainsi :

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Ceci est le décret émanant d’Allah Très-Haut et de Son Messager : Ô vous qui croyez ! Tenez vos promesses et vos engagements.

Cette proclamation était écrite sur une peau de chameau. Le hâfiz Ibn Kathîr a écrit :

Cet ouvrage a été honoré, régulièrement consulté et considéré comme une source de connaissance pour toutes les questions importantes par les personnalités éminentes de l’islam, des premières générations comme des suivantes. À tel point que—

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Les Compagnons du Messager se reportaient toujours à ce document et renonçaient à leurs propres opinions et avis lorsqu’ils le comparaient à celui-ci.

7. Il avait également fait rédiger un traité de paix avec les Banû Thaqîf. Il commençait ainsi :

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Voici le traité de paix écrit par le Messager d’Allah pour la tribu de Thaqîf.

8. Le Prophète éminent avait fait rédiger un document complet concernant la sadaqa et la zakat. Son intention était de l’envoyer aux fonctionnaires responsables de l’administration des différentes régions de l’État islamique. Mais il mourut avant de l’avoir envoyé. Par la suite, ce document fut utilisé comme guide complet pour la gestion des affaires sous le califat bien guidé.

Allama al-Shawkani a cité le récit suivant au sujet de ce document :

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Le noble Prophète (s) avait fait rédiger un ouvrage concernant la sadaqa. Cependant, il mourut avant de l’envoyer à ses fonctionnaires. Après lui, Hazrat Abou Bakr le fit sortir et agit conformément à ses dispositions. Après sa mort, Hazrat Omar le fit sortir et agit de même. Après la mort de Hazrat Omar, on le retrouva consigné avec l’un de ses testaments.

L’imam Zuhri vit ce document et déclara qu’il s’agissait de l’ouvrage écrit par le noble Prophète au sujet de la sadaqa. Zuhri en avait reçu la lecture auprès de Salem ibn Abdallah et l’avait parfaitement mémorisé. Plus tard, lorsque Omar ibn Abd al-Aziz assuma la charge du califat, il l’obtint des descendants de Hazrat Abdallah ibn Omar et en fit établir une copie. (Ibid., p. 190 ; Musnad de l’imam Ahmad, vol. 2, p. 14.)

9. Le noble Prophète avait également fait rédiger un document concernant la sadaqa pour Hazrat Mu‘adh ibn Jabal. Moussa ibn Talha dit :

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Nous possédons un ouvrage de Mu‘adh ibn Jabal reçu du noble Prophète. (Mishkat, p. 159.)

En outre, de nombreux autres traités de paix ainsi que d’autres documents et pièces écrits par le noble Prophète ont été retrouvés. Du point de vue de la science du hadith, leur valeur est inestimable. Si l’on dénombrait les documents de ce genre, leur nombre dépasserait trois cents. L’ouvrage « Miftahul Aqba » mentionne les copies de trente-six lettres envoyées par le noble Prophète. Sahibzada Abdur Rahim Khan, alors ministre de l’Intérieur de l’État de Tonk, a mentionné deux cent cinquante documents écrits.

1. Le traité de Hudaybiyya. [Kitab al-Amwal : Abu Ubayd, p. 157-158 ; al-Bidaya wa-l-Nihaya, Ibn Kathir, vol. 4, p. 168 ; Sahih al-Bukhari, vol. 1, p. 371 ; vol. 2, p. 610.]

2. Les décrets écrits, adressés à différentes périodes à diverses tribus et divers clans. [Tabaqat d’Ibn Sa‘d, Kitab al-Amwal : Abu Ubayd, p. 21.]

3. Les lettres d’appel à l’islam écrites aux rois et aux chefs d’État de différents pays. [Sahih al-Bukhari, vol. 2, p. 631 ; Kitab al-Amwal : Abu Ubayd, vol. 1, p. 20-23.]

4. La lettre envoyée par le Messager à son Compagnon, Abdullah ibn Hakim. Cette lettre énonçait les règles concernant les animaux morts, entre autres. [Al-Mu‘jam al-Saghir, al-Tabarani.]

5. Le Prophète avait fait rédiger pour son Compagnon Wa’il ibn Hujr les dispositions concernant la prière, la consommation de boissons alcoolisées, l’usure, entre autres. [Ibid.]

6. Un guide écrit et envoyé par le Messager à son Compagnon Dahhak ibn Sufyan était conservé ; il y était stipulé que l’épouse devait acquitter, au nom de son mari, le prix du sang (*********). [Abu Dawud.]

7. Un document écrit et envoyé par le Prophète aux habitants du Yémen au sujet de la zakat sur les différentes récoltes. [********************]

8. Une autre lettre écrite par le Messager aux habitants du Yémen, dans laquelle il était écrit :

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Parmi les juifs et les chrétiens, ceux qui embrasseront l’islam seront comptés au nombre des croyants ; leurs droits et leurs devoirs seront les mêmes que ceux des croyants. Quant à ceux qui resteront juifs ou chrétiens, on ne cherchera pas à les empêcher de pratiquer leur religion ; toutefois, ils seront tenus de payer la jizya. [Kitab al-Amwal, Abu Ubayd, tome 1, p. 21.]

9. Un décret fut fait rédiger et envoyé à Hudhayfa ibn Ayman (r.a.). Il y était exposé le détail des obligations relatives à la zakat. [Tabaqat d’Ibn Sa‘d.]

10. Le noble Messager (s) fit rédiger les règles relatives à la zakat pour al-Ibn al-Hajari.

11. Au cours de la neuvième année de l’Hégire, il envoya Hazrat Abu Bakr Siddiq (r.a.) en le nommant amir du pèlerinage, et le noble Prophète (s) lui fit rédiger les règles et modalités du hajj. [Tafsir Ruh al-Ma‘ani, tome 10, p. 44 ******************** Sira d’Ibn Hisham, p. 556.]

12. Après la révélation de la sourate at-Tawba, au cours de la neuvième année de l’Hégire, il envoya Hazrat Ali (r.a.) de Médine à La Mecque avec un message spécial. Il lui fit rédiger l’annonce suivante afin qu’il la proclame aux gens au moment du hajj :

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Après cette année, aucun polythéiste ne pourra s’approcher de la Kaaba ; nul ne pourra en faire la circumambulation nu ; nul ne pourra entrer au Paradis hormis un croyant, et chacun sera tenu de respecter ses engagements. [Tafsir d’Abu al-Su‘ud, tome 2, p. 252, Sira d’Ibn Hisham (ourdou), p. 553.]

13. Un décret écrit fut envoyé à ʿUmar ibn Aqṣā al-Sulamī ; il contenait les règles relatives à la ṣadaqa et à la zakāt sur le bétail.

14. Un décret fut envoyé à Ghālib ibn ʿAbd Allāh ; il contenait en détail les prescriptions relatives au butin.

15. Le Messager vénéré (s) fit écrire à la délégation de Thumāma les obligations religieuses et les prescriptions relatives à la ṣadaqa.

16. Il fit écrire à Abū Rāshid al-Azdī les règles et les dispositions légales relatives à la prière.

17. Un décret écrit du Messager vénéré (s) fut envoyé à un prêtre des habitants de Najrān. Il y était question de l’islam, de l’appel à l’islam et des dispositions relatives à la jizya.

18. Un exposé sur la prière, la zakāt et le butin fut envoyé au gouverneur du Ḥaḍramawt.

19. Les dispositions relatives à la jizya et à la zakāt furent envoyées aux habitants de Dūmat al-Jandal. [Kitāb al-Amwāl d’Abū ʿUbayd, p. 195.]

20. Les prescriptions relatives à l’ʿushr furent envoyées aux habitants de Dūmat al-Jandal et de Qaṭan.

21. Les dispositions relatives à la jizya furent envoyées aux tribus de Harra et d’Adhra.

22. Des instructions concernant les animaux de la zakat furent envoyées à la tribu des Banû Nahad.

23. Les règles relatives à la jizya furent envoyées à la tribu des Banû Hanîfa.

24. Un édit fut envoyé aux habitants de « Hajar ». Il leur fut demandé de rester fermement attachés à l’islam et d’obéir au gouverneur.[Ibid., p. 200.]

25. Un traité de sauvegarde fut remis aux habitants d’« Ayla » et de « Yuhanna ». Ibn Kathîr a écrit :

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Le Messager rédigea pour eux un document. Il fut conservé auprès d’eux. Il commençait ainsi :

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Au nom d’Allah, le Clément, le Miséricordieux : ceci est une garantie accordée par Allah et Son Prophète Muhammad aux habitants de Yuhana et d’Ayla.[Kitab al-Amwal, p. 200, Nur al-Yaqin, p. 248.]

26. Les dispositions islamiques concernant l’acceptation de présents et l’usage d’objets en or furent écrites et envoyées à la tribu de Tamimdari.

28. Une invitation à l’islam ainsi que les règles relatives à l’ushr, à la zakat, etc., furent écrites et envoyées à Ja‘far et ‘Abd, gouverneurs d’Oman.

29. Les « piliers » de l’islam furent écrits pour Khalid ibn Jamad.

30. Les règles relatives à la jizya et à la zakat furent écrites pour Jurayya ibn Sayf.[Kitab al-Amwal, p. 201, ********]

31. Les règles relatives aux taxes et autres questions furent écrites pour Rabi‘a ibn Dhi-Marhab al-Hajri.

32. Les règles relatives au butin, à l’ushr et à la zakat furent écrites pour Sharhabil, Harith, Nu‘aym et les Banu ‘Abdu-Qalan.

33. Dans une ordonnance destinée à la population musulmane, le Noble Prophète (que la paix soit sur lui) avait fait rédiger les dispositions islamiques concernant la vente des fruits avant leur maturité, le prélèvement du cinquième destiné au Bayt al-Mal, la prise de leur part du butin avant ce prélèvement, et d’autres questions.

৩৪. Une déclaration fut faite rédiger à ʿAdā ibn Khālid au sujet de la nécessité de révéler les défauts des marchandises avant leur vente.

৩৫. Les règles relatives à l’aumône furent consignées par écrit pour ʿUmar (qu’Allah l’agrée).

৩৬. Toutes les prescriptions et règles relatives à la zakāt furent consignées par écrit pour Abū Bakr (qu’Allah l’agrée).

৩৭. Lorsque Tamīm al-Dārī embrassa l’islam, une parcelle de terre de son village lui fut attribuée par écrit. Après la nomination de ʿUmar (qu’Allah l’agrée) comme calife, cet acte écrit lui fut présenté, et il lui attribua cette parcelle de terre. [Kitāb al-Amwāl — Abū ʿUbayd, p. 274]

৩৮. Une parcelle de terre fut attribuée par écrit à Majjāya al-Yamanī, et un acte fut établi à cet effet. Un acte similaire fut également établi pour Abū Thaʿlaba al-Khushanī, à qui une parcelle de terre fut attribuée.

৩৯. Les règles détaillées de la zakāh furent consignées par écrit pour Muṭarrif ibn Kāhin al-Bāhilī.

৪০. Les règles relatives à la jizya furent consignées par écrit pour al-Mundhir ibn Sāwī. Une déclaration fut également faite rédiger au sujet de la position de l’islam à l’égard des adorateurs du feu. [Ibid., pp. 280 et 281 ***************]

৪১. Un décret fut fait rédiger pour les membres de la lignée de ʿAqīdar. Comme le sceau officiel prophétique du Messager (paix et bénédictions d’Allah sur lui) n’avait pas encore été fabriqué à cette époque, son empreinte fut apposée sur le document. [Al-Iṣābah, t. 1, p. 131.]

42. Le Noble Messager de Dieu (paix et bénédiction de Dieu sur lui) fit rédiger et envoyer un décret au nom de Mousaylima le Menteur (une photographie de ce décret fut publiée en 1896 dans le journal londonien Picture Magazine).

43. Hazrat Abdallah ibn Sahl (que Dieu l’agrée) fut retrouvé assassiné dans le territoire des Juifs de Khaybar. Le Noble Prophète (paix et bénédiction de Dieu sur lui) leur fit alors envoyer une lettre concernant le versement du prix du sang pour ce meurtre. [Sîrat d’Ibn Hicham (ourdou), p. 473.]

44. Il fut écrit et envoyé aux habitants du Yémen qu’il était également obligatoire de s’acquitter de la zakat sur le miel.

Al-Bayhaqî a mentionné :

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Le Noble Prophète (paix et bénédiction de Dieu sur lui) écrivit aux habitants du Yémen que la zakat serait prélevée auprès des apiculteurs. [***********]

45. Le Noble Prophète (paix et bénédiction de Dieu sur lui) envoya à Hazrat Mu‘âdh ibn Jabal (que Dieu l’agrée) une prescription concernant la zakat sur l’argent liquide et l’or :

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Le Noble Prophète (s) écrivit à Muʿâdh ibn Jabal (r.a.) qu’il prélèverait cinq dirhams sur chaque deux cents dirhams, et un demi-mithqāl sur chaque vingt mithqāls d’or, au titre de la zakat. (Premier volume, Kitāb az-Zakāt, p. 175, Dār al-Quṭnī.)

46. Au sujet d’un autre décret envoyé aux habitants du Yémen, l’imam ad-Dārimī a écrit :

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Le Noble Prophète (s) avait écrit aux habitants du Yémen que seul celui qui est rituellement pur toucherait le Noble Coran, que le divorce ne pouvait avoir lieu avant le mariage, et qu’un esclave ne pouvait être affranchi avant d’avoir été acheté. (Sunan ad-Dārimī, p. 293.)

47. Le Noble Prophète (s) avait fait rédiger et envoyer à toutes les tribus arabes un écrit exposant les règles de la diya. (Al-Bukhārī, an-Nasāʾī, Dār Quṭnī, Nayl al-Awṭār, vol. 7, p. 242.)

48. Un traité concernant le partage entre les Juifs des terres conquises de Khaybar fut rédigé. (Futūḥ al-Buldān, p. 36-42.)

49. Le Noble Prophète (s) avait envoyé une lettre à la tribu de Hamadān par l’intermédiaire de ʿAlī (r.a.). Lorsqu’on leur donna lecture de cette lettre, ils embrassèrent tous l’islam. L’érudit Ibn Kathīr a écrit :

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Ali fit lecture devant eux de la lettre du Messager honoré de Dieu (que la paix et les bénédictions de Dieu soient sur lui). Lorsqu’ils eurent tout entendu, tous les membres de la tribu de Hamdân embrassèrent ensemble l’islam.

50. Le Messager honoré de Dieu (que la paix et les bénédictions de Dieu soient sur lui) rédigea également une lettre de sauvegarde pour les habitants de Jurba et d’Adhruh.

L’érudit Ibn Kathîr a écrit :

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Le Messager honoré de Dieu (que la paix et les bénédictions de Dieu soient sur lui) rédigea une lettre de sauvegarde pour les habitants de Jurba et d’Adhruh. Après avoir écrit la formule Bismillah au début, il y fut écrit : « Ceci est le document écrit de la part du Messager de Dieu, Muhammad, pour les habitants de Jurba et d’Adhruh. Ils seront sous la protection et la pleine sécurité accordées par Dieu et Muhammad. »

51. La lettre écrite par le Messager aux rois de Himyar.

L’érudit Ibn Kathîr a écrit :

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Le noble Messager (s) leur écrivit une lettre.

52. Le noble Prophète (s) envoya une lettre à l’évêque de Najran. Elle disait :

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De la part du Messager et Prophète d’Allah, Muhammad, à l’évêque de Najran : embrasse l’islam. Je loue devant toi Allah, le Dieu d’Ibrahim, d’Isaac et de Jacob. Je vous appelle ensuite à vous libérer de la servitude des créatures pour embrasser la servitude d’Allah, à vous affranchir de l’amitié et de la protection des hommes pour vous placer sous l’amitié et la protection d’Allah. Si vous n’acceptez pas, vous serez tenus de payer la jizya. Et si vous la refusez également, je proclamerai la décision de vous combattre.

 

Le patrimoine hadithique écrit des Compagnons

Certains Compagnons savaient déjà lire et écrire à l’époque de l’ignorance et, comme je l’ai dit précédemment, nombre de jeunes Compagnons avaient reçu leur instruction auprès des habitants de La Mecque capturés lors de la bataille de Badr, qui savaient lire et écrire. Beaucoup d’entre eux furent ainsi capables de mettre personnellement par écrit les hadiths entendus du noble Prophète (s). Bien qu’au début le noble Prophète (s) eût généralement interdit à tous d’écrire les hadiths, il leur en accorda par la suite une permission générale. Plus encore, chaque fois qu’une difficulté ou un obstacle se présentait dans la voie de l’écriture des hadiths, il le levait.

Un événement particulièrement remarquable mérite d’être mentionné à ce propos. Hazrat Abdullah ibn Amr ibn al-As (ra) dit :

J’écrivais, afin de les mémoriser, chacune des paroles que j’entendais du noble Prophète (s). En voyant cela, les Compagnons de la tribu de Quraysh m’interdirent de le faire. Ils me dirent :

******************************************************

Écris-tu donc tout ce que tu entends de la bouche du Messager ? Pourtant, le Messager est un être humain : tantôt il parle dans la satisfaction, tantôt dans la colère ?

Abdullah dit : Je cessai alors d’écrire les hadiths. Puis, un jour, je mentionnai cette affaire au Messager et lui dis :

******************************************************

Ô Messager d’Allah ! Les Quraysh disent : « Tu écris toutes les paroles du Messager ? » Pourtant, il est un être humain. Comme les gens ordinaires, il lui arrive parfois d’être en colère.

Dès qu’il entendit mes paroles, le noble Messager fit signe vers ses deux lèvres et s’écria :

******************************************************

Continue d’écrire. Par Celui qui tient mon âme dans Sa main, rien ne sort de cette bouche si ce n’est la pure vérité.[Sunan al-Darimi, p. 67. Abu Dawud ; dans le récit de Musnad Ahmad et d’Al-Mustadrak d’Al-Hakim, il est mentionné après ces paroles : le Messager dit —************ « Écris donc » ; tome 1, p. 104 ; dans la citation de l’imam Ahmad, il est dit : ************************** Écris. Par Celui qui tient mon âme dans Sa main, rien ne provient de moi si ce n’est la vérité. *****************************]

Après avoir entendu cet ordre, Hazrat Abdallah demanda au Messager (s) :

******************************************************

Ô Messager ! Dois-je écrire tout ce que j’entends de vous ?

Le Messager répondit : ****** Oui ; Abdallah demanda de nouveau :

**************************- Dois-je écrire tout ce qui est dit aussi bien dans la colère que dans la satisfaction ?

Alors le Messager (s) déclara définitivement :

******************************************************

Oui, dans tous ces états, je ne dis rien d’autre que la pure vérité.[******************************************************]

Ce récit permet de comprendre clairement deux choses à la fois. Premièrement, aucune parole contraire à la vérité n’est jamais sortie ni n’a été prononcée de la bouche du Prophète. Même s’il lui était arrivé d’en dire une ou d’être sur le point de le faire, Allah, par Sa protection totale, avait préservé le Prophète de cette erreur. La citation ci-dessus prouve la fermeté incomparable et la force d’esprit du Prophète lorsqu’il s’agissait de dire la vérité.

Deuxièmement, non seulement il était parfaitement légitime de mettre les hadiths par écrit et le Messager n’en avait pas seulement donné la permission, mais il avait également ordonné clairement et sans restriction de les consigner. Cet ordre du Messager n’était limité à aucun moment ni à aucune circonstance particulière. Il avait donné d’une voix ferme la permission d’écrire toutes les paroles prononcées en tout temps et en toute circonstance.

En effet, le Noble Messager (s) devait être suivi par l’ensemble des musulmans en tout temps et en toute circonstance. Chacune de ses situations, toutes ses paroles de chaque instant et toutes ses actions étaient considérées comme l’une des sources de la charia islamique.

Le recueil de hadiths que Hazrat Abdallah ibn Amr (ra) avait constitué en consignant toutes les paroles du Messager avait été lui-même nommé par le Noble Prophète (s) « Sahîfa Ṣâdiqa » (*************). C’était l’ouvrage particulièrement cher à Hazrat Abdallah ibn Amr ibn al-‘Âs. Il dit lui-même :

******************************************************

Dans la vie, seules deux choses m’ont attiré ; l’une d’elles est « Ṣâdiqa », et la seconde est ma mâchoire inférieure. Or, « Ṣâdiqa » est un ouvrage que j’ai écrit après l’avoir entendu du Noble Prophète (s). [Sunan al-Dârimî ; page 67. – ************* Jâmi‘ bayân al-‘ilm — Ibn ‘Abd al-Barr ************] Il contenait mille hadiths recueillis. [*********************]

Après le décès de Hazrat Abdallah, cet ouvrage, le « Ṣâdiqa », passa entre les mains de son petit-fils Shu‘ayb ibn Muhammad. Son fils ‘Amr transmit aux gens, de celui-ci, les hadiths du Ṣâdiqa.

******************************************************

Dans les recueils de hadiths, tous les hadiths rapportés par ʿAmr ibn Chuʿayb, de son père, de son grand-père par transmission, ont été tirés de cette « Ṣaḥīfa Ṣādiqa » et rapportés à partir d’elle.[Tirmidhī Sharīf, *********************—Kitāb al-ʿIlm, Dārimī.]

Cette Ṣaḥīfa a été intégralement incluse dans le Musnad d’Aḥmad ibn Ḥanbal. Les quatre imams du fiqh invoquaient les hadiths de cet ouvrage comme preuves.[Zād al-Maʿād—Ibn al-Qayyim, 3e volume, p. 458.]

Ḥaḍrat Abū Hurayra (ra) a dit : Un Compagnon anṣārī s’asseyait auprès du Messager honoré (s) et écoutait ses paroles ; celles-ci lui plaisaient beaucoup et lui étaient agréables. Mais il ne parvenait pas à bien retenir les paroles. Pour ce qui était de tout mémoriser, il était quelque peu exceptionnel. Un jour, il exposa donc cette difficulté au Messager, et le Messager honoré (s) lui dit : ******************** « Fais appel à l’aide de ta main droite. » En disant cela, il lui indiquait d’écrire de sa main.[**************]

Le noble Prophète (s) ordonna de rendre tout savoir impérissable et éternel en le mettant par écrit, en particulier le savoir du hadith.

Il dit :—******************* « Mets le savoir par écrit et conserve-le. » Dans une autre transmission, il est mentionné que Ḥaḍrat ʿAbdullāh ibn ʿAmr (ra) a dit : Le noble Prophète (s) a dit :

******************************************************

Consigner et préserver le savoir du hadith ?

Nous demandâmes :

******************************************************

Comment le capturerai-je ?

Le Messager dit :

******************************************************

Écris-le. [Moustadrak, tome I, p. 106.]

Abou Toufayl Amir ibn Wathil raconte : Un jour, je me trouvais auprès de l’honorable Ali. Alors, un homme demanda à l’honorable Ali (qu’Allah l’agrée) :

******************************************************

Le Messager vous a-t-il donné quelque chose en particulier ?

En réponse, ʿAlî (qu’Allah l’agrée) dit :

******************************************************

Le Messager ne m’a rien transmis en privé qu’il n’ait également transmis à tous les autres. Toutefois, ce qui est écrit dans le fourreau de cette épée, il me l’a effectivement donné en particulier. [Jâmiʿ Bayân al-ʿIlm, t. 1, p. 72 ; Al-Mustadrak d’al-Hâkim, Sahîh Muslim, t. 2, p. 161.]

Dans une autre version, ces paroles sont rapportées ainsi. On demanda à ʿAlî (qu’Allah l’agrée) :

******************************************************

Le Messager vous a-t-il transmis secrètement quelque chose ?

En réponse, ʿAlî (qu’Allah l’agrée) dit :

******************************************************

Le Messager ne m’a rien transmis secrètement, en le cachant aux autres, si ce n’est une seule chose. Cette chose est qu’il m’a dit quatre paroles. [Jâmi‘ Bayân al-‘Ilm, tome 1, p. 72 ; Mustadrak al-Hâkim, Muslim Sharîf, tome 2, p. 161.]

Un récit similaire est également rapporté d’Abû Hudhayfa (qu’Allah l’agrée). Il dit qu’un jour, il demanda à ‘Alî (qu’Allah l’agrée) :

******************************************************

Avez-vous quelque chose d’écrit en votre possession ? Il répondit :

******************************************************

Non. Je ne possède rien d’autre que le Livre d’Allah, la compréhension accordée au musulman et ce qui est écrit dans cette sahîfa.

Hudhayfa (qu’Allah l’agrée) demanda :

******************************************************

Qu’est-il écrit dans ce feuillet ?

Hadrat Ali (ra) répondit :

******************************************************

Il y est écrit le prix du sang, la libération des captifs, et qu’un musulman ne sera pas tué pour avoir tué un mécréant. [Sahih al-Bukhari, Kitab al-Ilm, tome 1, p. 21.]

Dans la dernière partie du hadith rapporté par Abu Tufayl, il est dit ensuite que Hadrat Ali (ra) sortit un feuillet du fourreau de son épée. Les paroles suivantes y étaient écrites :

******************************************************

Quiconque égorge un animal ou une bête pour quelqu’un d’autre qu’Allah est maudit par Allah ; quiconque vole les bornes délimitant les différentes parties d’une terre ou, selon une autre version, les déplace, est frappé par la malédiction d’Allah ; et quiconque accorde refuge à quelqu’un qui dénature l’islam ou à un innovateur est maudit par Allah. [Sahih Muslim, tome 2, p. 162.]

Un hadith rapporté dans le Sahih al-Bukhari à ce sujet mérite également d’être mentionné ici. Yazid ibn Sharif dit :

******************************************************

Un jour, Ḥaḍrat ʿAlī (qu’Allah l’agrée) se tenait sur la chaire, à l’endroit appelé « ʿAjūr », et s’adressait à nous. Une épée était suspendue à son épaule, et une « ṣaḥīfa » y était également attachée. Il dit : « Par Allah, je ne possède aucun livre que l’on puisse lire, en dehors du Livre d’Allah et de ce qui est écrit dans cette ṣaḥīfa. » En disant cela, il déploya la ṣaḥīfa. J’y vis les dispositions relatives aux dents des chameaux, et il y était écrit : « Médine est un sanctuaire depuis l’endroit appelé ʿAïr jusqu’à telle montagne. Quiconque y commet une innovation ou un acte contraire à l’islam encourra la malédiction d’Allah, des anges et de tous les hommes. Allah n’acceptera de lui ni dépense ni compensation. » Il y était également écrit : « La protection accordée par tous les musulmans est une seule et même protection ; ils s’efforceront tous de la défendre. Et quiconque rompra un pacte conclu avec un musulman encourra la malédiction d’Allah, des anges et de tous les hommes. Allah n’acceptera de lui ni dépense ni rançon. »

Il y était aussi écrit : « Quiconque se réclame d’une filiation autre que celle de son père encourra la malédiction d’Allah, des anges et de tous les hommes. Aucune dépense ni compensation ne sera acceptée de sa part. » [Ṣaḥīḥ al-Bukhārī, 2e volume, p. 1084.]

Un autre hadith rapporté par Ḥudhayfa est également pertinent à ce sujet. Il dit :

******************************************************

Je demandai à Ḥaḍrat ʿAlī (qu’Allah l’agrée) : « Possédez-vous, en dehors de la révélation écrite qu’est le Livre d’Allah, une autre forme de révélation ? »

Ḥaḍrat ʿAlī lui répondit :

******************************************************

Non, par Celui qui fend les graines et crée l’être humain, je ne connais, en dehors du Coran, aucune autre chose révélée. Toutefois, je connais deux choses : la première est la compréhension qu’Allah le Très-Haut accorde à une personne à partir de ce Coran ; la seconde est ce qui est écrit dans cette sahîfa.

Hadrat Hudhayfa (qu’Allah l’agrée) demanda : « Que contient cette sahîfa ? » Hadrat ʿAlî (qu’Allah l’agrée) répondit alors : « Elle contient les règles relatives au paiement du prix du sang, à l’affranchissement des captifs, ainsi que la règle selon laquelle aucun musulman ne sera tué en représailles d’un mécréant. » [Sahîh al-Bukhârî, tome 1, Kitâb al-Jihâd, p. 428. Ce hadith permet de savoir que plusieurs hadiths étaient écrits dans cette sahîfa et qu’ils faisaient eux aussi partie de la révélation. Deuxièmement, le Coran n’est pas la seule chose reçue par révélation ; les hadiths sont également reçus par révélation.]

On trouve également mention d’une autre narration concernant ce sermon de Hadrat ʿAlî (qu’Allah l’agrée). Il dit :

******************************************************

Nous n’avons rien écrit de la part du Noble Prophète en dehors du Noble Coran et des hadiths consignés dans cette sahîfa. [Sahîh al-Bukhârî, tome 1, p. 451.]

La conclusion de tous les récits et développements mentionnés ci-dessus est que Hadrat ʿAlî (qu’Allah l’agrée) avait consigné le Noble Coran ainsi que les hadiths transmis par le Noble Prophète. En outre, il avait également constitué une compilation de hadiths. Les différents récits cités ci-dessus ont permis de savoir quel genre de hadiths y était consigné. Toutefois, le nombre de ces hadiths n’est mentionné nulle part.

Hadrat Abû Hurayra (qu’Allah l’agrée) dit :

******************************************************

Parmi les Compagnons du Messager (s), nul n’a rapporté davantage de hadiths du Messager que moi. Toutefois, Abdallah ibn Amr ibn al-As en a rapporté davantage. La raison en est qu’il consignait les hadiths par écrit, tandis que moi, je ne les écrivais pas.[Sahih al-Bukhari, 1er volume, p. 22. Sunan al-Darimi, p. 67.]

Il a déjà été établi que Abdallah ibn Amr ibn al-As (r) consignait par écrit les hadiths du Messager. Toutefois, la déclaration d’Abou Hourayra à son propre sujet s’applique à la première période de sa vie, et non à sa dernière période. En effet, au début, il ne consignait pas par écrit les hadiths du Messager et ne ressentait pas alors le besoin de les écrire. Il estimait suffisant de mémoriser ce qu’il entendait. De plus, sa mémoire était plus puissante que celle des autres. Il est dit dans un hadith au sujet de sa mémoire :

******************************************************

Il pouvait se rappeler ce que les autres ne parvenaient pas à retenir.[Sahih al-Bukhari, 1er volume, p. 22.]

Un récit concernant la remarquable mémoire d’Abou Hourayra est rapporté de sa propre bouche. Il est rapporté dans le Sahih Muslim qu’un jour, le Noble Prophète (s), s’adressant aux personnes présentes dans l’assemblée, leur dit :

******************************************************

« Que celui d’entre vous qui étendra son vêtement, écoutera ce hadith de ma bouche, puis le rapprochera de sa poitrine, sache qu’il n’oubliera jamais une seule des paroles qu’il aura entendues. »

Abou Hourayra (r) dit :

******************************************************

En entendant cela, j’étendis le manteau que je portais sur mon épaule. Lorsque le Messager eut achevé ses paroles, je plaquai le manteau contre ma poitrine. Dès lors, je n’oubliai aucun hadith que j’avais entendu du Messager.[Muslim Sharîf, 2e volume, p. 302,*************]

Malgré cette mémoire remarquable, il finit par commencer à mettre les hadiths par écrit et en consigna un très grand nombre. Le nombre de hadiths qu’il avait écrits dépassait cinq mille.[Mustadrak al-Hâkim, 3e volume, p. 511, Fath al-Bârî- ************* Jâmi‘ bayân al-‘ilm – Ibn ‘Abd al-Barr, 1er volume, p. 84.]

Un jour, Hasan ibn ‘Amr ibn Umayya al-Damrî, qui avait étudié les hadiths auprès d’Abû Hurayra, lui récita de mémoire un hadith et dit : « Je l’ai entendu de vous. » Abû Hurayra (ra) dit alors : « Si tu l’as entendu de moi, il est certainement consigné chez moi. » Puis il prit Hasan par la main, l’emmena chez lui et lui montra une immense pile de hadiths qu’il avait écrits, en disant : « Le hadith que tu as rapporté y est écrit. »

Hasan dit :

******************************************************

Il (Abû Hurayra) me montra un grand nombre de livres dans lesquels étaient écrits les hadiths du Messager.[Il est écrit à la page 184 du 1er volume de l’ouvrage Fath al-Bârî : les hadiths recueillis par Abû Hurayra s’étendaient sur un grand nombre de pages ; Ibn Wahb les avait vus.]

Près de huit cents Compagnons et tâbi‘ûn, ou davantage, ont rapporté des hadiths d’après Abû Hurayra (ra). [****************] L’ouvrage intitulé « Musnad d’Abû Hurayra » fut compilé dès l’époque des Compagnons.[*********************]

Hadrat Anas (qu’Allah l’agrée) consignait lui aussi les hadiths par écrit. Dès l’âge de dix ans, il savait lire et écrire. Son père le présenta au service du Messager et lui dit :

******************************************************

Ô Messager ! Voici mon fils, un garçon qui sait écrire.

Il passa sans interruption dix années au service du Messager. Quoi d’étonnant à ce qu’il ait consigné par écrit tout ce qu’il entendait auprès du Messager ? Saïd ibn Hilal dit :

******************************************************

Lorsque nous insistions vivement auprès d’Anas ibn Malik (qu’Allah l’agrée) pour qu’il rapporte des hadiths, il sortait un étui et disait : « Ce sont les hadiths que j’ai entendus du noble Prophète (paix et bénédictions d’Allah sur lui), puis que je lui ai lus après les avoir consignés par écrit. »

Il ressort de cela que Hadrat Anas (qu’Allah l’agrée) consignait effectivement les hadiths par écrit. Il ne se contentait pas de les écrire seul et de les entasser ; il les lisait au Messager et lui faisait corriger les erreurs et les fautes.

Il ordonnait également à ses fils de consigner les hadiths par écrit. Il disait :

******************************************************

Ô mes fils ! Consignez par écrit cette science du hadith. Sunan al-Darimi, p. 68.

Lorsqu’il fut nommé gouverneur de Bahreïn et s’y rendit, le vénérable Abou Bakr al-Siddiq lui envoya une compilation de hadiths. Au début de celle-ci, il était écrit :

******************************************************

Au nom de Dieu, le Tout Miséricordieux, le Très Miséricordieux — Voici les règles relatives à la zakat ; le Messager les a prescrites aux musulmans et Dieu a ordonné à Son Messager de les appliquer. Sahih al-Bukhari, volume 1, p. 195. Hadith n° 1567 d’Abou Dawoud.

Il ne fait aucun doute que cette compilation contient également de nombreux hadiths parmi ceux rapportés par le vénérable Anas.

Le vénérable Jabir avait lui aussi rassemblé une compilation de hadiths.

Les traditionnistes de la génération des tâbiʿûn, tels que Hasan al-Basri et Qatada, recevaient et rapportaient les hadiths à partir de cette compilation. En outre, des tâbiʿûn tels que Sulayman ibn Qays, Abou al-Zubayr, Abou Sufyan et al-Shaʿbi rapportaient eux aussi les hadiths à partir de cette compilation du vénérable Jabir. Tous les hadiths qu’Abou Sufyan a rapportés de Jabir ont été tirés de ce sahifa.

Presque tous les muhaddiths ont mentionné cette compilation de hadiths de Jâbir. Le hâfiz al-Dhahabî rapporte d’Imâm Ahmad, au sujet de Qatâda ibn Duʿâma :

******************************************************

Qatâda était l’homme doté de la mémoire la plus remarquable parmi les habitants de Bassora. Tout ce qu’il entendait, il le mémorisait. Un jour, la compilation de hadiths de Jâbir fut lue devant lui et il la mémorisa entièrement sur-le-champ.

Qatâda disait lui-même :

******************************************************

J’avais mieux mémorisé la ṣaḥîfa de Jâbir que la sourate al-Baqara.

Cela prouve que Jâbir (qu’Allah l’agrée) avait constitué une compilation de hadiths, qui, jusqu’à une époque postérieure à sa mort, était régulièrement lue par les étudiants en hadith et servait de source à la transmission des hadiths.

ʿAbd Allâh ibn Masʿûd (qu’Allah l’agrée) consignait lui aussi les hadiths par écrit. Il put ainsi constituer une compilation contenant un grand nombre de hadiths. Après sa mort, cette compilation fut conservée par ses fils. Son fils ʿAbd al-Rahmân, montrant une compilation de hadiths manuscrite, disait : « Par Dieu, ceci est la compilation de hadiths écrite de la main de mon père. »

Le vénérable Samura ibn Jundub (qu’Allah l’agrée) avait lui aussi consigné des hadiths. Après son décès, son fils Salman ibn Samura reçut cette compilation de hadiths par héritage. L’historien Ibn Sirin dit : « Le recueil de hadiths compilé par Samura contient un savoir d’une grande valeur. »

Le vénérable Abdallah ibn Abbas (qu’Allah l’agrée) avait rassemblé sous forme de livre tous les hadiths qu’il avait entendus. Des habitants de Taïf vinrent auprès de lui et, en les transcrivant au fur et à mesure de sa récitation, emportèrent une copie complète de cet ouvrage. Il diffusait également les hadiths par des lettres. [Abou Dawoud, Kitab al-Aqdiya] Après son décès, son fils Ali ibn Abdallah reçut en héritage un grand nombre de compilations de hadiths. Il est rapporté :

******************************************************

Le vénérable Ibn Abbas avait laissé un recueil de hadiths chargé sur un chameau.

Le récit suivant concernant la mise par écrit des hadiths par le vénérable Ibn Abbas est digne d’être mentionné. Al-Kattani rapporte, d’après les Tabaqat d’Ibn Saad, cette parole de Salma, l’épouse d’Abou Rafi :

******************************************************

J’ai vu Ibn Abbas prendre des tablettes d’écriture et y consigner, d’après Abou Rafi, quelque chose au sujet des actes du Messager.

Al-Kattani a également écrit :

******************************************************

Ibn Abbas venait auprès d’Abou Rafi‘. Il disait : « Qu’a fait le Noble Messager (s) tel jour ? » …………. Ibn Abbas amenait avec lui quelqu’un qui mettait par écrit ce que disait Abou Rafi‘.

On peut mesurer l’ampleur considérable des recueils de hadiths écrits de Hazrat Ibn Abbas à partir de la citation suivante. L’imam Moussa ibn Uqba dit :

******************************************************

Kuraib, le serviteur d’Abdullah ibn Abbas, nous présenta une charge de chameau composée de ses recueils de hadiths écrits.

Hazrat Mughira ibn Shu‘ba avait fait écrire un grand nombre de hadiths pour Hazrat Muawiya (ra), à la demande de celui-ci. L’imam Boukhari (r) a mentionné à ce sujet le récit suivant :

******************************************************

Warrad, le scribe de Mughira ibn Shu‘ba, dit : « Mughira ibn Shu‘ba m’a fait écrire, dans un écrit (une lettre) adressé à Muawiya (ra), de nombreux hadiths. »

Hazrat Abdullah ibn Amr ibn al-As (qu’Allah l’agrée) constitua un autre recueil de hadiths après le décès du Noble Prophète (S). Selon un récit rapporté par les historiens, c’est le Noble Prophète (S) lui-même qui lui en avait donné l’ordre. Il s’appelait « Sahifa-yi Yarmouk ».

Hazrat Sa’d ibn ‘Ubada al-Ansari avait lui aussi compilé une sahifa de hadiths. Son fils rapportait des hadiths à partir de cette « sahifa ». L’imam al-Bukhari dit :

******************************************************

Cette sahifa était en fait une partie de la sahifa d’Abdullah ibn Abi Awfa. Il écrivait lui-même les hadiths de sa propre main.

En somme, grâce à l’approbation, à l’autorisation et aux encouragements du Noble Prophète (S), les Compagnons s’étaient pleinement employés à préserver, écrire et compiler ce précieux trésor de l’islam : la science du hadith. Dans la société de cette époque, l’étude de la science du hadith n’était pas pratiquée uniquement comme un moyen d’obtenir la récompense de l’au-delà ; elle était également considérée comme une question de la plus haute importance pour acquérir un statut social, cultiver les connaissances et les sciences, et développer les talents innés. C’est pourquoi les innombrables paroles du Noble Prophète (S) furent préservées pour toujours par ses Compagnons, qu’il avait formés comme les hommes les plus dignes de confiance, les plus fiables, les plus véridiques et les plus craignant Allah.

Hazrat Abdullah ibn Amr ibn al-As dit : lorsque j’étais encore jeune, j’ai demandé aux Compagnons :

******************************************************

Comment rapportez-vous les hadiths du Messager ? Vous les avez certes entendus de lui, puisqu’il les a prononcés. Pourtant, vous étiez entièrement absorbés par les hadiths du Messager ?

En entendant cela, ils se mirent à rire. Ils dirent : « Ô fils de notre frère, tout ce que j’entendais de lui est écrit dans un livre que nous possédons. — al-Tabarani, al-Kabir et »

Cet événement prouve que, même lorsqu’Abdullah ibn Amr était encore jeune, les Compagnons écrivaient déjà les hadiths. Il s’agit des premiers temps de Médine islamique.

Anas ibn Malik entendit de Mahmoud ibn ar-Rabi‘ un long hadith rapporté par ‘Utban ibn Malik. Puis il dit :

******************************************************

Ce hadith me plut beaucoup.

Il dit alors à son fils : « Écris-le. » Il fut alors mis par écrit.

 

Classification des Compagnons transmetteurs de hadith

Fondée sur le nombre

Le nombre de ceux qui ont entendu directement des hadiths du Noble Prophète (s) et en ont transmis au moins quelques-uns de sa part n’est nullement négligeable. À ce sujet, l’imam Ali ibn Abû Zur‘a, muhaddith et spécialiste des biographies des transmetteurs de hadiths, a répondu ainsi à une question :

******************************************************

Le nombre de ceux qui, avant le décès du Noble Prophète (s), l’avaient vu de leurs propres yeux et entendu ses paroles de leurs propres oreilles, hommes et femmes confondus, dépassait probablement cent mille. Tous ont transmis des hadiths après les avoir entendus directement du Très Honorable ou les avoir reçus d’autrui.

Muhammad Abû Zahw, l’un des plus éminents spécialistes de la science du hadith à notre époque et professeur à l’université al-Azhar en Égypte, a écrit :

******************************************************

Le Noble Prophète (s) quitta ce monde en laissant près de cent quatorze mille Compagnons. Ceux-ci, après avoir entendu des hadiths du Noble Prophète (s), les ont transmis. On demande : où vivaient-ils, et comment et où avaient-ils pu entendre les hadiths ? La réponse est qu’ils étaient les habitants de La Mecque et de Médine, les habitants de la région située entre ces deux villes, les Arabes ordinaires, ainsi que ceux qui avaient assisté avec lui au pèlerinage d’adieu. Tous avaient vu le Noble Messager (s) de leurs propres yeux et avaient entendu des hadiths de sa bouche de son vivant.

Selon un récit rapporté par le muhaddith Abû Zur‘a, bien que le nombre des Compagnons — ainsi que des personnes ayant transmis au moins quelque chose du Noble Prophète (s) — fût supérieur à cent mille, al- Dhahabî estime à seulement cent cinq le nombre des Compagnons qui ont transmis un nombre régulier et dénombrable de hadiths. Ce nombre peut toutefois augmenter si l’on approfondit les recherches. Le Musnad d’Abû Dâwûd al-Tayâlisî est un ouvrage de hadith compilé vers la fin du deuxième siècle de l’Hégire ; près de deux cent cinquante Compagnons y sont cités comme transmetteurs. Dans l’ouvrage Usd al-Ghâba, le nombre des Compagnons transmetteurs de hadiths est indiqué comme étant de 7 554. Cet ouvrage affirme qu’ils ont tous transmis directement des hadiths du Messager. Mais l’érudit Ibn Hajar a contesté ce point. Il a déclaré que des personnes qui n’étaient pas des Compagnons y avaient été comptées.

Selon al-Dhahabî, parmi ces cent cinq Compagnons, vingt-huit ont transmis un grand nombre de hadiths. Selon la majorité des muhaddiths, ces vingt-huit Compagnons sont précisément ceux qui ont transmis le plus grand nombre de hadiths. À vrai dire, près de la moitié de l’immense patrimoine de hadiths a été transmise par ces vingt-huit Compagnons. Les muhaddiths ont conclu que ceux qui ont transmis moins de quarante hadiths sont des « transmetteurs de peu de hadiths ». Sur cette base, les Compagnons peuvent être répartis en quatre catégories selon qu’ils ont transmis un grand ou un petit nombre de hadiths :

a) Les Compagnons de la première catégorie : ceux qui ont rapporté mille hadiths ou davantage.

b) Les Compagnons de la deuxième catégorie : ceux dont cinq cents hadiths ou davantage ont été rapportés.

c) Les Compagnons de la troisième catégorie : ceux dont le nombre de hadiths rapportés est de quarante ou supérieur à quarante.

d) Les Compagnons de la quatrième catégorie : ceux dont le nombre de hadiths rapportés est inférieur à quarante.

Cependant, les Compagnons ayant rapporté entre moins de cinq cents et quarante hadiths sont beaucoup plus nombreux. C’est pourquoi nous pouvons à nouveau les répartir en deux niveaux. Ceux qui ont rapporté de cent à cinq cents hadiths appartiennent au premier niveau, et ceux qui en ont rapporté de quarante à cent appartiennent au deuxième.

Selon ce décompte, tous les Compagnons ayant rapporté des hadiths peuvent être répartis en cinq catégories :

1. Ceux dont le nombre de hadiths rapportés est de mille ou davantage.

2. Ceux dont le nombre de hadiths rapportés est de cinq cents ou davantage, mais inférieur à mille.

3. Ceux dont les hadiths rapportés sont au nombre de cent ou davantage, mais de moins de cinq cents.

4. Ceux dont les hadiths rapportés sont au nombre de quarante, voire davantage, mais de moins de cent.

5. Ceux dont les hadiths rapportés sont au nombre de quarante ou moins.

Première catégorie

Selon les spécialistes des hadiths à transmissions nombreuses, seuls six Compagnons peuvent être comptés dans la première catégorie. Il s’agit de : (1) Abû Hurayra (qu’Allah l’agrée), (2) Aïcha (qu’Allah l’agrée), (3) Abdallah ibn Abbâs (qu’Allah l’agrée), (4) Abdallah ibn Umar (qu’Allah l’agrée), (5) Jâbir ibn Abdallah (qu’Allah l’agrée) et (6) Anas ibn Mâlik (qu’Allah l’agrée). Le nombre de hadiths qu’ils ont rapportés dépasse le millier. Cependant, Shah Waliullah Dehlavi a compté au total huit Compagnons dans cette catégorie. Il y a ajouté Abdallah ibn Amr ibn al-Âs (qu’Allah l’agrée) et Abû Saïd al-Khudri (qu’Allah l’agrée).

L’opinion de Shah Dehlavi est contraire à celle des éminents spécialistes de la première catégorie dans la science des hadiths. L’imam Ahmad ibn Hanbal a lui aussi mentionné les six Compagnons précités comme étant les rapporteurs du plus grand nombre de hadiths.

En réalité, les muhaddiths ne comptent généralement pas Abû Saïd al-Khudri (qu’Allah l’agrée) dans cette catégorie, bien que le nombre de hadiths qu’il a rapportés dépasse le millier.

L’érudit Badr al-Dîn al-Aïnî a écrit à son sujet :

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Il a rapporté mille cent soixante-dix hadiths. Parmi ceux-ci, quarante-six sont mentionnés dans les deux recueils de Bukhari et de Muslim, tandis que seize figurent uniquement dans le Sahih de Bukhari et cinquante-deux autres dans celui de Muslim.

On ne comprend pas pourquoi Shah Waliullah (رحمه الله) a voulu classer le vénérable Abd Allah ibn Amr ibn al-As (رضي الله عنه) dans cette catégorie. En effet, selon les calculs fiables, le nombre de hadiths qu’il a rapportés n’est que de sept cents. Dans ce contexte, on peut dire que les Compagnons ayant rapporté mille hadiths ou davantage ne sont qu’au nombre de sept, et que le nombre total des hadiths qu’ils ont rapportés s’élève à quatorze mille huit cent soixante-dix.

Il paraît nécessaire de présenter ici un exposé quelque peu détaillé au sujet de ces six Compagnons. En effet, cet exposé est indispensable pour faire naître une conviction ferme et une compréhension claire au sujet des hadiths.

Le vénérable Abu Hurayra (رضي الله عنه)

Le vénérable Abu Hurayra (رضي الله عنه) embrassa l’islam au mois de Muharram de la septième année de l’Hégire, à l’époque de la bataille de Khaybar, et s’attacha aussitôt au Noble Prophète (صلى الله عليه وسلم). Depuis ce moment jusqu’au décès du Noble Prophète (صلى الله عليه وسلم), il ne quitta jamais sa cour ni sa compagnie. Son objectif essentiel était d’acquérir une connaissance exacte et détaillée de l’islam.

Ibn Abd al-Barr a écrit :

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Abû Hurayra embrassa l’islam l’année de la bataille de Khaybar. Il participa à cette bataille aux côtés du noble Messager (s). Puis il resta constamment auprès du Messager et ne le quittait jamais. Son objectif était d’acquérir la science religieuse. Il s’en contentait et cela suffisait à apaiser sa faim. Il demeurait attaché au Messager comme sa main à la sienne. Partout où celui-ci allait, Abû Hurayra (ra) allait également.

Il écoutait attentivement et mémorisait tout ce que le noble Messager (s) disait habituellement, tout ce qu’il répondait aux questions des gens, tout ce qu’il enseignait sur les différents aspects de l’islam et du Coran, les explications et commentaires des versets coraniques, ainsi que les sermons et discours qu’il prononçait sur divers sujets, car il était constamment présent auprès du Messager. Il les conservait également lui-même. Beaucoup d’autres Compagnons étaient occupés par diverses activités familiales, sociales et économiques, telles que le commerce et l’agriculture, et ne pouvaient donc pas passer beaucoup de temps auprès du Messager. Mais Ḥazrat Abû Hurayra n’avait aucune occupation de ce genre. C’est pourquoi il eut davantage que les autres l’occasion d’entendre des hadiths. Il n’est donc nullement surprenant qu’il ait rapporté un si grand nombre de hadiths. Dans ces circonstances, Ḥazrat Abû Hurayra (ra) a lui-même dit :

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La plupart du temps, mes frères muhâjirûn étaient occupés à leurs affaires commerciales dans les marchés, tandis que je restais attaché au Messager. Je n’avais aucune occupation à l’extérieur. Ainsi, lorsqu’ils étaient absents de l’assemblée du Messager, j’y étais présent. Lorsqu’ils oubliaient quelque chose, je m’en souvenais.

Quant à mes frères ansâr, ils étaient occupés à administrer leurs biens. Mais moi, j’étais un homme démuni et pauvre parmi les gens de la Suffa. Ainsi, même lorsqu’ils oubliaient quelque chose, je m’en souvenais.

Le nombre total des hadiths rapportés par Ḥazrat Abû Hurayra (ra) est de 5 347. Parmi eux, 325 hadiths sont mentionnés à la fois dans les deux recueils de Bukhârî et de Muslim ; 79 sont cités exclusivement dans le Sahîh de Bukhârî et 93 exclusivement dans le Sahîh de Muslim.

L’imâm Bukhârî et Badruddîn ‘Aynî ont écrit :

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Plus de huit cents Compagnons et tâbi‘îs ont rapporté des hadiths de lui.

L’analyse personnelle susmentionnée de Hadrat Abû Hurayra permet de comprendre en détail comment il a pu rapporter un si grand nombre de hadiths, bien davantage que les autres Compagnons. En outre, ses paroles suivantes donnent une idée parfaitement claire de cette question. Il a lui-même dit :

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Si Allah Très-Haut n’avait pas révélé ces deux versets dans Son Livre, je n’aurais jamais rapporté aucun hadith. Allah y dit : « Ceux qui cachent les preuves évidentes et les indications de bonne direction que Nous avons révélées, ceux-là, Allah les maudit, et les maudissent aussi tous ceux qui maudissent. » [Ṣaḥîḥ Muslim, t. II, p. 302 ; Ṣaḥîḥ al-Bukhârî, t. I, p. 22.]

Hadrat Abû Hurayra est resté continuellement auprès du Messager durant environ trois ans, plus ou moins, écoutant les hadiths et les gardant en mémoire. C’est grâce à cela qu’il lui a été possible de rapporter un nombre de hadiths bien supérieur à celui des autres Compagnons. Allah Très-Haut lui avait notamment accordé une mémoire si prodigieuse qu’il n’oubliait jamais rien de ce qu’il entendait. Cette mémoire incomparable avait toutefois été acquise grâce à la prière du noble Messager et à une méthode particulière. La réputation du très grand nombre de hadiths qu’il avait retenus et de sa mémoire incomparable était alors universellement connue et reconnue dans la société. Les propos cités ci-dessous l’établissent sans aucun doute.

Hadrat Ubayy ibn Ka‘b (r.a.) dit :

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Abû Hurayra était très audacieux lorsqu’il s’agissait de poser des questions au Messager. Il lui demandait des explications sur des sujets au sujet desquels aucun autre Compagnon ne l’interrogeait.

Abû ‘Âmir dit : J’étais auprès de Talha. Un homme vint le trouver et lui dit : « Ô Abû Muhammad ! Jusqu’à présent, nous n’avons pas réussi à comprendre si c’est Abû Hurayra ou vous qui êtes le plus grand mémorisateur des hadiths du Messager. » Talha (r.a.) répondit alors : « Il connaît beaucoup de choses qui échappent à notre connaissance. La raison en est que nous étions des gens aisés, que nous avions des maisons, des épouses et des familles, et que nous étions principalement occupés par cela. Nous ne nous présentions auprès du Messager (s.) que le matin et le soir, puis nous repartions nous consacrer à nos propres affaires. Abû Hurayra (r.a.), quant à lui, était pauvre ; il ne possédait ni terres ni famille. C’est pourquoi il restait constamment auprès du Messager, main dans la sienne. Nous sommes tous convaincus qu’il a entendu davantage de hadiths que nous tous. Aucun d’entre nous ne l’a accusé d’avoir rapporté un hadith qu’il n’aurait pas entendu du Messager. »

Un jour, ‘Â’isha (r.a.) l’appela et lui demanda : « Quel genre de hadiths rapportes-tu ? Pourtant, tu as entendu les mêmes paroles que moi et vu les mêmes actes du Messager (s.) ! » Abû Hurayra (r.a.) lui répondit : « Mère ! Vous étiez certes occupée à vous parer pour le Messager ; par Dieu, rien venant du Messager ne pouvait détourner mon regard. »

Un jour, comme une certaine affaire était devenue insupportable à Abû Hurayra (r.a.) devant le gouverneur omeyyade Marwân, il déclara avec colère : « Les gens disent qu’Abû Hurayra (r.a.) rapporte un grand nombre de hadiths, alors qu’il n’est arrivé à Médine que quelques jours avant le décès du Noble Prophète (s.).

Abû Hurayra (r.a.) répondit : « Lorsque je suis arrivé à Médine, j’avais un peu plus de trente ans. Ensuite, je suis resté auprès du Messager jusqu’à son décès. Je l’accompagnais jusque dans les appartements de ses épouses, je le servais, je participais à ses combats et à son jihâd, et j’accomplissais le pèlerinage avec lui. C’est pourquoi j’ai pu connaître davantage de hadiths que les autres. Par Dieu, ceux qui avaient fréquenté le Messager (s.) avant moi reconnaissaient eux aussi ma présence constante auprès de lui et me demandaient des hadiths. ‘Umar (r.a.), ‘Uthmân (r.a.), Talha (r.a.) et Zubayr (r.a.) comptaient notamment parmi eux. » Talha ibn ‘Ubayd Allâh dit :

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Il ne fait aucun doute que nous n’avons pas pu entendre tous les hadiths qu’Abû Hurayra a entendus du Messager (s.).

Un jour, Ibn ‘Umar (r.a.) dit à Abû Hurayra (r.a.) :

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Tu restais davantage que nous en compagnie du Messager (s) ; c’est pourquoi tu as pu connaître et mémoriser ses hadiths mieux que nous.[***********]

L’imam Dhahabi a écrit que c’est précisément ce que le calife Umar Faruq (qu’Allah l’agrée) dit un jour à Abu Hurayra (qu’Allah l’agrée).[***********]

De nombreux érudits parmi les tabi‘in ont témoigné de la mémoire aiguë d’Abu Hurayra (qu’Allah l’agrée). Nous rapportons ici les propos de quelques-uns d’entre eux :

Abu Salih dit :

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Parmi les compagnons du Noble Prophète (s), Abu Hurayra (qu’Allah l’agrée) possédait la mémoire la plus remarquable et était un très grand hafiz des hadiths.[*************]

Sa‘id ibn Abi al-Hasan a dit :

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Parmi les Compagnons, nul ne rapporta plus de hadiths que Abû Hurayra (r.a.).

L’imam al-Bukhârî (r.a.) écrivit au sujet d’Abû Hurayra (r.a.) :

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Près de huit cents érudits rapportèrent des hadiths de lui. Parmi les rapporteurs de hadiths de son époque, il était le plus grand hafiz du hadith.

Badr al-Dîn al-‘Aynî écrivit :

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Tous les spécialistes de la science du hadith sont unanimes à reconnaître qu’Abû Hurayra (r.a.) fut celui qui rapporta le plus de hadiths parmi les Compagnons.

L’imam al-Shâfi‘î (r.) a dit :

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Abû Hurayra (qu’Allah l’agrée) était, parmi tous les transmetteurs de hadith de son époque, celui qui possédait la mémoire la plus remarquable et qui était le plus grand hafiz du hadith.

Le muhaddith al-Hâkim a dit :

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Abû Hurayra (qu’Allah l’agrée) était, parmi les compagnons du Messager (paix et bénédiction de Dieu sur lui), celui qui possédait la mémoire la plus remarquable et qui était le plus grand hafiz du hadith. Il demeura avec le Messager (paix et bénédiction de Dieu sur lui) beaucoup plus longtemps que les autres. En effet, ses besoins matériels étaient satisfaits. Sa main demeurait dans la main du Messager (paix et bénédiction de Dieu sur lui) ; partout où celui-ci allait, il allait également. Cette situation se poursuivit jusqu’au décès du Messager. C’est pour cette raison qu’Abû Hurayra (qu’Allah l’agrée) transmit beaucoup plus de hadiths que les autres.

L’imam al-Hâfiz Bâqî ibn Makhlad al-Andalusî a écrit dans son Musnad :

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Il existe cinq mille trois cent soixante-quatorze hadiths transmis par Abû Hurayra. Aucun autre compagnon n’en a transmis un nombre égal ou même proche.

En somme, quatre raisons principales expliquent le grand nombre de hadiths qu’il a rapportés. Les voici :

1. Après avoir embrassé l’islam, il resta constamment auprès du Messager (s).

2. Son ardent désir d’apprendre les hadiths et de les mémoriser, ainsi que son souci de ne rien oublier de ce qu’il avait entendu.

3. La fréquentation des grands Compagnons et la possibilité d’apprendre les hadiths auprès d’eux. Ainsi, sa connaissance des hadiths atteignit sa plénitude et il put rassembler les hadiths de toutes les époques, antérieures comme postérieures.

4. Le fait d’avoir vécu longtemps après le décès du Noble Prophète (s), de disposer pendant près de 74 ans de l’occasion de transmettre les hadiths et de ne pas accepter les obligations liées à une quelconque fonction importante de l’État.

Pour toutes ces raisons, Abû Hurayra (r.a.) était le grand mémorisateur des hadiths, le plus savant en matière de hadiths parmi les Compagnons et celui qui en avait rapporté le plus grand nombre. Les hadiths que les Compagnons rapportaient séparément se trouvaient réunis auprès d’Abû Hurayra (r.a.). C’est pourquoi tous l’interrogeaient et se reposaient sur lui. Abdallah ibn Umar a dit :

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Abû Hurayra (r.a.) mémorisait les hadiths du Messager (s) pour les musulmans.

La discussion détaillée qui précède démontre de manière irréfutable que le vénérable Abû Hurayra (que Dieu l’agrée) était un très grand savant du hadith ; il est donc naturel que le nombre des hadiths qu’il a rapportés soit supérieur à celui rapporté par les autres, et que ses hadiths soient en tous points dignes de confiance et fiables. Malgré cela, il faut s’étonner de l’audace de ceux qui ont critiqué le grand nombre de hadiths rapportés par le vénérable Abû Hurayra.

Le vénérable Aïcha (que Dieu l’agrée)

Umm al-Mu’minîn, le vénérable Aïcha (que Dieu l’agrée), passa neuf longues années consécutives aux côtés du Prophète en tant qu’épouse du Prophète universel. Or ces quelques années de la vie du Messager furent précisément la période la plus riche en événements et celle où le système de vie islamique fut pleinement établi. Le Prophète éminent (s) mourut alors que le vénérable Aïcha était âgée de dix-huit ans. Elle vécut ensuite encore près de trente-neuf ans. Ainsi, d’une part, elle put recueillir auprès du Prophète éminent (s) un grand nombre de hadiths et, d’autre part, elle put tout aussi efficacement les transmettre. De nombreux Compagnons du Prophète éminent (s), ainsi que de nombreux tâbi‘ûn des générations suivantes, purent écouter des hadiths auprès d’elle et les rapporter par son isnâd.

L’érudit Badr al-Dîn al-‘Aynî a écrit :

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Le vénérable Aïcha (que Dieu l’agrée) était une grande compagne versée dans le fiqh et l’une des six personnes parmi les Compagnons ayant rapporté le plus grand nombre de hadiths du Messager (s). Deux mille deux cent dix hadiths ont été rapportés selon son isnâd. Parmi eux, cent soixante-quatorze hadiths sont mentionnés simultanément dans les deux ouvrages de Boukhari et de Muslim. En outre, cinquante-quatre hadiths sont cités séparément dans le Sahih de Boukhari, et cinquante-huit autres dans le Sahih de Muslim.

Le vénérable Anas (que Dieu l’agrée)

Il a déjà été dit que le vénérable Anas (que Dieu l’agrée) fut au service du Prophète éminent (s) pendant dix longues années. En restant auprès du noble Messager (s), il eut l’occasion d’entendre nombre de ses paroles et d’observer nombre de ses actes. Il était l’un des quelques Compagnons qui adoptaient une méthode particulière dans la transmission des hadiths. Il rendit d’éminents services à la science du hadith. On peut dire que toute sa vie fut consacrée à la transmission des hadiths. Après le décès du Messager (s), alors que les autres Compagnons étaient plongés dans les guerres et les conflits, il continua néanmoins sans relâche à s’occuper de la transmission des hadiths. À la fin de sa vie, la mosquée جامع de Bassora fut le centre de sa transmission des hadiths.

À ses assemblées consacrées à la transmission des hadiths, les étudiants désireux d’en apprendre, venus de La Mecque, de Médine, de Bassora, de Koufa et de Syrie, participaient avec un vif empressement.

Le nombre des hadiths qu’il a rapportés se compte par milliers. Selon les paroles de l’érudit Badr al-Dîn al-‘Aynî :

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Il a rapporté du Noble Prophète (s) deux mille deux cent quatre-vingt-six hadiths.

Parmi eux, 83 hadiths sont mentionnés dans le Sahîh al-Bukhârî et 91 autres dans le Sahîh Muslim. De plus, 168 hadiths sont cités dans les deux ouvrages, celui d’al-Bukhârî et celui de Muslim. Parmi les Compagnons décédés à Bassora, il fut le dernier à mourir. Il vécut près d’un siècle.

Abdullah ibn Umar (ra)

Abdullah ibn Umar (ra) devint Compagnon auprès du Messager (s) alors qu’il était encore très jeune. En raison de son jeune âge, il fut privé de la possibilité de participer à la bataille de Badr. Mais il prit directement part à tous les événements qui suivirent. Ainsi, parmi les Compagnons qui accompagnèrent le Noble Prophète (s) et rapportèrent ses hadiths, il occupa une position particulièrement éminente. Le nombre total des hadiths qu’il a rapportés est de 1 630. Parmi eux, 173 sont cités dans les deux ouvrages, celui d’al-Bukhârî et celui de Muslim. En outre, 81 hadiths sont mentionnés dans le Sahîh al-Bukhârî et 31 dans le Sahîh Muslim. L’érudit Badr al-Dîn al-‘Aynî a écrit :

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Après Abû Hurayra, il est, parmi les Compagnons, celui qui a rapporté le plus grand nombre de hadiths.

Hadrat ‘Abd Allâh ibn ‘Abbâs (r.a.)

La tante maternelle de Hadrat ‘Abd Allâh ibn ‘Abbâs était l’une des Mères des croyants, Hadrat Maymûna (r.a.). Hadrat ‘Abd Allâh séjournait habituellement dans la maison de sa tante maternelle. Il le faisait parce qu’il désirait ardemment voir de ses propres yeux les actes de dévotion et de prière nocturnes du Noble Prophète (s.a.s.). Le Noble Prophète (s.a.s.) pria pour lui en disant :

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« Ô Allâh, rends Ibn ‘Abbâs particulièrement versé dans la religion de l’islam et fais-lui connaître les vérités profondes de cette matière. »

Dès lors, est-il étonnant qu’il ait pu recueillir un nombre considérable de hadiths ? L’érudit Badr al-Dîn al-‘Aynî a écrit :

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Ibn ‘Abbâs (r.a.) a rapporté du Noble Prophète (s.a.s.) mille six cent soixante hadiths. Parmi eux, 95 sont mentionnés dans les ouvrages de Bukhârî et de Muslim. De plus, 120 hadiths figurent uniquement dans Bukhârî et 49 uniquement dans Muslim. Parmi les Compagnons et les tâbi‘în, nombreux furent ceux qui rapportèrent des hadiths de lui. Tous le tenaient pour un grand connaisseur des hadiths.

Hazrat Jabir ibn Abdallah (رض)

Hazrat Jabir ibn Abdallah (رض) était particulièrement versé dans la science du hadith. Il consacra toute sa vie à l’étude du hadith. L’apprentissage, la pratique et la transmission du hadith constituaient le but de sa vie. À cette fin, il voyagea pendant de nombreuses années sur les routes les plus difficiles de régions très éloignées. À son sujet, le compilateur de l’ouvrage Mishkat a écrit :

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Il était l’un des Compagnons les plus éminents. Il comptait parmi les Compagnons qui ont rapporté un grand nombre de hadiths.[****************]

Il rapporta des hadiths directement du Noble Prophète (ص), tout comme il en rapporta par l’intermédiaire des Compagnons. Lorsque Hazrat Abdallah fut martyrisé à la bataille d’Uhud, Hazrat Jabir s’attacha de manière permanente au Messager d’Allah (ص). Il vécut longtemps. En voyageant dans les grandes villes et les cités du monde musulman, il eut l’occasion de rencontrer de nombreux Compagnons rapporteurs de hadiths. Il établit pendant longtemps un « halaqa » (cercle) à la mosquée du Prophète pour l’enseignement du hadith. Il vécut encore 64 ans après le décès du Messager (ص). Il consacra cette longue vie à la transmission du hadith. Le nombre total de hadiths qu’il a rapportés s’élève à 1540. Parmi eux, Boukhari et Muslim en ont mentionné conjointement soixante. Boukhari en a mentionné séparément 26, et Muslim 26 autres indépendamment.[*******************]

Deuxième catégorie

Dans la deuxième catégorie, les Compagnons dont les noms peuvent être mentionnés comme rapporteurs de cinq cents hadiths ou de plus de cinq cents hadiths ne sont qu’au nombre de quatre. Voici leurs noms et une brève présentation :

1. Hazrat Abdallah ibn Mas‘ud (رض) :Il embrassa l’islam à La Mecque dès les débuts de la prédication islamique et participa à presque toutes les batailles aux côtés du Messager (ص). Il était chargé de garder les chaussures du Messager (ص). Il aidait le Messager (ص) à revêtir ses vêtements.

Allama Badr al-Din al-Ayni a écrit à son sujet :

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Il a rapporté 848 hadiths du Messager. Parmi eux, 64 sont rapportés dans les deux recueils de Bukhari et de Muslim. En outre, 21 autres sont mentionnés dans le Sahih de Bukhari et 35 autres dans celui de Muslim.

2. Hazrat Abdullah ibn Amr ibn al-As (qu’Allah l’agrée) :Allama Badr al-Din al-Ayni a écrit à son sujet :

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C’était un très grand savant et il se consacrait avec beaucoup d’assiduité aux actes de dévotion. Il détenait davantage de hadiths que Hazrat Abu Hurayra (qu’Allah l’agrée), car il écrivait les hadiths, tandis que Hazrat Abu Hurayra (qu’Allah l’agrée) ne les écrivait pas au début. Malgré cela, le nombre de hadiths rapportés par sa chaîne de transmission est bien inférieur à celui des hadiths rapportés par la chaîne de transmission d’Abu Hurayra.

Il avait l’habitude de mettre les hadiths par écrit. Mujahid raconte : Ayant vu chez Abdullah un recueil de hadiths, je lui demandai : « Qu’est-ce que c’est ? » Il répondit :

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Son nom est Sadiqa. Les hadiths que j’ai entendus du Messager (s) y sont consignés. En entendant ces hadiths, aucune personne ne se trouve entre le Messager (s) et moi.[***************]

3. Hazrat Ali (ra) :quatrième calife parmi les Califes bien guidés. Il fut le premier parmi les hommes à embrasser l’islam et, à cette époque, il demeurait auprès du Messager en qualité de Compagnon. Il était le cousin paternel et le gendre du noble Messager (s). Il fut également le premier calife issu de la lignée des Banû Hâshim.[*****************]

L’érudit Badruddin Ayni a écrit à son sujet :

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Au total, 586 hadiths ont été rapportés du Messager (s) par sa chaîne de transmission. Parmi eux, Bukhari et Muslim en ont chacun mentionné vingt dans leurs propres ouvrages. En outre, Bukhari en a mentionné neuf et Muslim quinze autres.[************]

4. Hazrat Umar ibn al-Khattab (ra) :  deuxième calife parmi les Califes bien guidés. Il embrassa l’islam dès la sixième année de la mission prophétique. À la suite de sa conversion à l’islam, celui-ci acquit une grande force à La Mecque. Il consacra toute sa vie à l’islam.[*************] Selon un décompte, le nombre total de hadiths qu’il a rapportés s’élève à 539.[************]

Troisième partie

Dans la troisième catégorie, 26 Compagnons sont recensés. Leurs noms et une brève présentation sont donnés ci-dessous :

1. Oumm al-Mu’’minîn, le vénérable Oumm Salama (ra) :le nombre des hadiths qu’elle a rapportés est de 157. Parmi eux, deux sont cités à la fois dans les ouvrages de Boukhari et de Muslim. L’auteur du Mishkat a écrit à son sujet :

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Parmi ceux qui ont rapporté des hadiths d’après elle figurent le vénérable Ibn Abbas (ra), Aïcha (ra), sa propre fille Zaynab, son fils Omar et Ibn al-Musayyib.

En outre, un grand nombre de compagnons et de tabi‘is ont également rapporté des hadiths d’après elle.[******************]

2. Le vénérable Abou Moussa al-Ach‘ari’ (ra) : L’érudit Badr al-Din al-Ayni a écrit à son sujet :

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Le nombre de hadiths qu’il a rapportés est de trois cent soixante. Parmi eux, cinquante hadiths sont cités à la fois dans les ouvrages de Boukhari et de Muslim. En outre, quatre hadiths sont cités séparément dans le Sahih de Boukhari et quinze autres dans le Sahih de Muslim. Anas ibn Malik (ra), Tariq ibn Chihab et un grand nombre d’autres tabi‘is ont rapporté des hadiths d’après lui. Il était considéré comme l’un des spécialistes parmi les compagnons.[**********]

3. Le vénérable Bara’ ibn Azib (ra) : Badr al-Din al-Ayni a écrit :

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Trois cent cinq hadiths ont été rapportés du Messager par sa chaîne de transmission. Parmi eux, 22 hadiths sont cités dans les deux ouvrages de Boukhari et de Muslim, quinze uniquement dans le Sahih de Boukhari et six uniquement dans le Sahih de Muslim.[*****************]

4. Abû Dharr al-Ghifârî (qu’Allah l’agrée) : Il dit lui-même :

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Je suis le quatrième parmi les quatre premières personnes à avoir embrassé l’islam.[ঐ]

L’érudit Badr al-Dîn al-‘Aynî a mentionné :

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Par sa chaîne de transmission, 281 hadiths ont été rapportés du Messager. Parmi eux, douze hadiths sont cités dans les deux ouvrages de Boukhari et de Muslim ; deux uniquement dans le Sahih de Boukhari et dix-sept uniquement dans le Sahih de Muslim. De nombreux Compagnons ont également rapporté des hadiths de lui.[***********] Des tabi‘ûn ont également rapporté des hadiths de lui.[**********]

Hadrat Sa’d ibn Abi Waqqas (qu’Allah l’agrée) :Il est l’un des dix Compagnons auxquels fut annoncée la bonne nouvelle du Paradis durant leur vie. Il embrassa l’islam à l’âge de quatorze ou dix-sept ans. Il fut le premier à tirer des flèches dans le djihad pour la cause de la religion d’Allah. À son sujet, l’érudit Badr ad-Din al-‘Ayni a écrit :

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Le nombre total de hadiths qu’il a rapportés du Messager s’élève à deux cent soixante-dix. Parmi eux, al-Bukhari et Muslim en ont tous deux mentionné quinze. En outre, al-Bukhari en a rapporté cinq séparément, et Muslim dix-huit.

6. Hadrat Sahl ibn Sa’d al-Ansari (qu’Allah l’agrée) :Le Messager vénéré (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui) décéda alors qu’il avait quinze ans, et il fut le dernier de tous les Compagnons à mourir à Médine. Après la mort de tous les Compagnons, il fut le seul à être encore en vie ; c’est pourquoi tous se tournaient vers lui pour la science du hadith. Le nombre total de hadiths qu’il a rapportés s’élève à 188. Parmi eux, 28 hadiths sont mentionnés à la fois dans les ouvrages d’al-Bukhari et de Muslim.

7. Hadrat ‘Ubada ibn as-Samit (qu’Allah l’agrée) :Il était l’un de ceux qui, parmi les habitants de Médine, entendirent l’appel de l’islam venu de La Mecque et participèrent à l’allégeance d’al-‘Aqaba célébrée lors du pèlerinage pendant trois années consécutives.

L’érudit Badr ad-Din al-‘Ayni a écrit :

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Le nombre de hadiths qu’il a rapportés du Messager est de 181. Parmi eux, six hadiths sont mentionnés dans les ouvrages d’al-Bukhari et de Muslim. En outre, al-Bukhari en a mentionné deux autres, et Muslim également deux autres.

8. Hazrat Abû al-Dardâ (qu’Allah l’agrée) :C’était un Compagnon éminent et très honoré. Sa connaissance, son intelligence, sa sagacité et sa parfaite maîtrise de la science du hadith étaient bien connues. Un jour, Hazrat Abû Dharr al-Ghifârî (qu’Allah l’agrée) s’adressa à lui en ces termes :

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Sur terre et sous le ciel, il n’existe aujourd’hui aucun savant plus éminent que toi, ô Abû al-Dardâ.

9. Hazrat Abû Qatâdah al-Ansârî (qu’Allah l’agrée) :Il observait une extrême prudence dans la transmission des hadiths. Il commença à suivre ce principe après avoir entendu les sévères paroles concernant l’attribution de mensonges au Messager. Ibid., tome 8, page 92. Malgré cela, le nombre de hadiths qu’il a rapportés s’élève à 100.

10. Hazrat Ubay ibn Ka‘b (qu’Allah l’agrée) :Chaque instant de sa vie fut consacré au service de la science du hadith. Khatîb al-‘Umarî a écrit :

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Il était le scribe de la révélation pour le Noble Prophète (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui). À l’époque du Messager, il fut l’un de ceux qui mémorisèrent entièrement le Noble Coran. De nombreuses personnes ont rapporté des hadiths par son intermédiaire.

11. Hazrat Mu‘âdh ibn Jabal (qu’Allah l’agrée) :Il fut l’un des sept hommes présents lors de la seconde allégeance d‘Aqabah. Il participa à la bataille de Badr ainsi qu’à toutes les autres batailles. Le Noble Prophète (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui) l’envoya dans la province du Yémen en qualité de juge et d’enseignant de l’islam.

Hazrat Ibn Masud a dit :

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Mu‘adh était le maître enseignant de tout bien et était obéissant à Allah et au Messager. [Même ouvrage, p. 341.]

À son sujet, le Noble Prophète lui-même (s) a dit :

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Mu‘adh connaît mieux que quiconque ce qui concerne le licite et l’illicite. [**************]

Il a également dit :

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Au Jour de la Résurrection, Muʿâdh se présentera comme l’imam des savants.

Des Compagnons tels que ʿAbd Allâh ibn ʿAmr, Ibn ʿAbbâs, Ibn Abî Awfâ, Anas ibn Mâlik, Abû Umâma, Abû Qatâda, Abû Thaʿlaba, ʿAbd al-Rahmân ibn Samura et Jâbir ibn Samura ont rapporté des hadiths de lui.

12. Le vénérable Nuʿmân ibn Bashîr (qu’Allah l’agrée) :Il fut le premier enfant né parmi les Ansâr après l’Hégire. L’érudit Badr al-Dîn al-ʿAynî a écrit :

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Cent quatorze hadiths ont été rapportés selon sa chaîne de transmission.

13. Le vénérable Abû Bakrata (qu’Allah l’agrée) :Il vint rejoindre le Messager après la conquête de Tâ’if. À son sujet, Badr al-Dîn al-ʿAynî a écrit :

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Parmi les Compagnons, il était particulièrement versé dans la connaissance. Il comptait parmi les hommes les plus pieux. Il s’efforçait constamment de toutes ses forces dans les actes d’adoration.

Al-ʿAynī a également écrit :

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Selon sa chaîne de transmission, 133 hadiths au total ont été rapportés du Prophète (paix et bénédiction de Dieu sur lui). Parmi eux, 8 hadiths sont mentionnés à la fois dans les ouvrages d’al-Bukhārī et de Muslim, 5 autres dans le Ṣaḥīḥ d’al-Bukhārī et 1 autre dans le Ṣaḥīḥ de Muslim.

14. Ḥaḍrat Jarīr ibn ʿAbd Allāh (que Dieu l’agrée) :Il embrassa l’islam l’année même où le Messager de Dieu (paix et bénédiction de Dieu sur lui) décéda. Il dit lui-même :

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J’ai embrassé l’islam quarante jours avant la mort du Messager de Dieu.

L’érudit Badr al-Dīn al-ʿAynī a écrit :

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Les hadiths qu’il a rapportés sont au nombre de cent. Parmi eux, al-Bukhari et Muslim en ont tous deux mentionné huit, tandis qu’al-Bukhari et Muslim en ont mentionné six séparément. Il est mentionné dans le commentaire al-Nawawi du Sahih de Muslim que les hadiths qu’il a rapportés sont au nombre de deux cents. Parmi eux, al-Bukhari n’en a mentionné qu’un seul. Certains ont dit : six.[************]

15. Hadrat Abû Ayyûb al-Ansârî (r.a.) :C’était un compagnon extrêmement éminent. Il avait participé au second serment d’al-‘Aqaba et à la bataille de Badr. Lorsque le Messager honoré arriva à Médine, il séjourna d’abord chez lui. ‘Allâma Badruddîn al-‘Aynî a écrit :

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Le nombre de hadiths qu’il a rapportés est de cent cinquante. Parmi eux, sept hadiths sont mentionnés dans les deux recueils, ceux d’al-Bukhari et de Muslim. En plus de ceux-là, un autre hadith figure dans le recueil d’al-Bukhari.[**********]

16. Hadrat ‘Uthmân ibn ‘Affân (r.a.) :Il était le troisième calife parmi les califes bien guidés, l’émir des croyants. Il avait épousé successivement les deux filles du Messager. Badruddîn al-‘Aynî a écrit à son sujet :

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Il a rapporté 146 hadiths du Messager. Al-Bukhari en a mentionné onze dans son propre recueil.[***********]

17. Hadrat Mughîra ibn Shu’ba (r.a.) :Il occupait une place éminente parmi les compagnons par son savoir. Les recueils de hadiths mentionnent 133 hadiths qu’il a rapportés. En outre, un autre hadith est mentionné dans le recueil d’al-Bukhari et deux autres dans celui de Muslim.[***********]

18. Ḥaḍrat ʿImrān ibn Ḥusayn (qu’Allah l’agrée) :Khaṭīb al-ʿUmarī a écrit :

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Il était un éminent érudit parmi les Compagnons et comptait parmi les jurisconsultes.

19. Ḥaḍrat Usāma ibn Zayd (qu’Allah l’agrée) :Il était le fils adoptif du Noble Prophète (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui). Il occupait une place éminente dans le savoir islamique. Au moment du décès du Messager, il n’avait que dix-huit ou vingt ans. Pourtant, un grand nombre de paroles du Noble Messager (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui) étaient préservées dans sa mémoire. Sa conduite et son caractère constituaient également pour tous un modèle digne d’être suivi.

Un grand nombre de hadiths furent rapportés et transmis par son intermédiaire. Le nombre total des hadiths qu’il a rapportés s’élève à 128. Parmi ceux-ci, 15 sont cités dans le Ṣaḥīḥ de Bukhārī et le Ṣaḥīḥ de Muslim. En outre, deux autres hadiths sont mentionnés uniquement dans le Ṣaḥīḥ de Bukhārī et deux autres uniquement dans le Ṣaḥīḥ de Muslim.

20. Ḥaḍrat Thawbān (qu’Allah l’agrée) :Il était l’esclave du Noble Messager (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui) et appartenait à sa maison. Il restait constamment auprès du Noble Messager (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui). Tout en mémorisant et en gardant les hadiths en mémoire, il s’acquittait également pleinement de la responsabilité de les transmettre.

21. Ḥaḍrat Burayda ibn al-Ḥuṣayb (qu’Allah l’agrée) :Il jouissait d’un rang particulièrement éminent parmi les Compagnons. Il avait mémorisé un grand nombre de hadiths du Messager. Le nombre total des hadiths qu’il a rapportés est de 164. Parmi ceux-ci, un seul est mentionné à la fois dans le Ṣaḥīḥ de Bukhārī et le Ṣaḥīḥ de Muslim. En outre, deux autres hadiths sont cités uniquement dans le Ṣaḥīḥ de Bukhārī et onze uniquement dans le Ṣaḥīḥ de Muslim. Tous les hadiths qu’il a rapportés avaient été directement entendus du Messager.

22. Ḥaḍrat Abū Masʿūd ʿUqba ibn ʿAmr (qu’Allah l’agrée) :Il embrassa l’islam lors de la seconde allégeance d’al-ʿAqaba. Il était un prédicateur zélé de la religion islamique. Il participa à toutes les batailles. Il se consacrait également avec beaucoup d’attention à la transmission des hadiths. Les ouvrages de hadith mentionnent 102 hadiths qu’il a rapportés.

23. Hadrat Jarir ibn Abdallah (qu’Allah l’agrée) :Il embrassa l’islam environ quarante jours avant le décès du Messager. Le nombre de hadiths qu’il a rapportés s’élève à cent. Parmi eux, huit hadiths sont mentionnés dans les deux recueils de Boukhari et de Muslim. En outre, un hadith est mentionné séparément dans le Sahih de Boukhari, tandis que six hadiths sont mentionnés dans le Sahih de Muslim. Toutefois, il est dit dans le commentaire de Muslim par al-Nawawi que deux cents hadiths ont été rapportés de Hadrat Jarir. Parmi eux, un figure dans le Sahih de Boukhari et neuf dans le Sahih de Muslim.

24. Hadrat Samura ibn Jundub al-Fazari (qu’Allah l’agrée) :Le compilateur du Mishkat a dit à son sujet :

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Il était un hafiz du hadith et comptait parmi ceux qui avaient rapporté le plus grand nombre de hadiths du Messager. De nombreuses personnes ont également rapporté des hadiths de lui.

L’érudit Badr al-Din al-Ayni a écrit :

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Un total de cent vingt-trois hadiths a été rapporté de lui. Parmi ceux-ci, quatre seulement sont cités dans le Sahih de Boukhari.

25. Hadrat Jabir ibn Samura (qu’Allah l’agrée) :Il était le neveu maternel de Hadrat Sa’d ibn Abi Waqqas. Il résidait dans la ville de Koufa, où il mourut en l’an 74 de l’Hégire. De nombreuses personnes ont également rapporté des hadiths de lui.

26. Hazrat Abû Bakr as-Siddîq (qu’Allah l’agrée) :Il fut le premier calife parmi les califes bien guidés. Il fut l’ami et le compagnon du Noble Prophète (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui) durant toute sa vie. Depuis l’époque de l’Ignorance jusqu’à l’établissement de la société islamique, il ne se sépara jamais du Noble Messager (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui) pour une durée appréciable, en aucune circonstance. À son sujet, à son sujet, le compilateur du Mishkât a écrit :

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De nombreux Compagnons et tâbi‘în ont rapporté des hadiths de lui. Toutefois, comme il ne vécut que peu de temps après le décès du Messager, très peu de hadiths furent rapportés de lui.[**************

Pour une discussion détaillée de la transmission des hadiths par Hazrat Abû Bakr, voir dans cet ouvrage la section « Les califes bien guidés et la compilation des recueils de hadith ».]

Chacun des Compagnons mentionnés ci-dessus a rapporté cent hadiths ou davantage, et le nombre total des hadiths rapportés par eux tous s’élève à 4 556.

Quatrième catégorie

Les Compagnons transmetteurs de hadiths de la quatrième catégorie sont au nombre de 33. Chacun d’eux a rapporté entre quarante et cent hadiths. Voici la liste complète de leurs noms :

(1) Hazrat Abdallah ibn Abî Awfâ (2) Hazrat Zayd ibn Thâbit (3) Hazrat Zayd ibn Arqam (4) Hazrat Ka‘b ibn Aslamî (5) Hazrat Zayd ibn Khâlid al-Juhanî (6) Hazrat Abû Talha Zayd ibn Sahl (7) Hazrat Râfi‘ ibn Khadîj (8) Hazrat Salama ibn al-Akwa‘ (9) Hazrat Abû Râfi‘ le Copte (10) Hazrat Awf ibn Mâlik al-Ashja‘î (11) Hazrat Adî ibn Hâtim (12) Hazrat Abd ar-Rahmân ibn Awf (13) la Mère des croyants, Hazrat Umm Habîba (14) Hazrat Ammâr ibn Yâsir (15) Hazrat Salmân le Perse (16) la Mère des croyants, Hazrat Hafsa (17) Hazrat Burayra ibn Mutayrim al-Qubshî (18) Hazrat Asmâ bint Abî Bakr (19) Hazrat Wâsila ibn al-Asqa‘ al-Kinânî (20) Hazrat Uqba ibn Âmir al-Juhanî (21) Hazrat Fudâla ibn Ubayda al-Ansârî (22) Hazrat Umar ibn Utba (23) Hazrat Ka‘b ibn Amr al-Ansârî (24) Hazrat Fudâla ibn Ubayd al-Aslamî (25) la Mère des croyants, Hazrat Maymûna (26) Hazrat Umm Hânî (27) Hazrat Abû Hudhayfa ibn Mughaffal (28) Hazrat Bilâl ibn Rabâh at-Tamîmî (29) Hazrat Abdallah ibn Mughaffal (30) Hazrat Miqdâd ibn Asad al-Kûfî (31) Hazrat Umm Atîyya al-Ansâriyya (32) Hazrat Hakîm ibn Hajar al-Asadî et (33) Hazrat Salma ibn Hanîf al-Ansârî (qu’Allah les agrée).

Cinquième partie

Les Compagnons de la cinquième partie sont au nombre de cinquante-cinq. Quarante hadiths ou moins ont été rapportés de chacun d’eux. Nous allons ici mentionner les noms des quarante rapporteurs de hadiths relativement les plus nombreux de cette catégorie. Les voici :

(1) Hazrat Zubayr ibn al-Awwam (2) Hazrat Fatima bint Qays (3) Hazrat Khabbab ibn al-Aratt (4) Hazrat Iyad ibn Himad al-Tamimi (5) Hazrat Malik ibn Rabi’a al-Sa’idi (6) Hazrat Abdallah ibn Salam (7) Hazrat Umm Qays bint Mihsan (8) Hazrat Fadl ibn Abbas (9) Hazrat Amir ibn Rabi’a (10) Hazrat Rabi’ bint Mu’awwidh (11) Hazrat Usayd ibn Hudayr al-Ashhali (12) Hazrat Khalid ibn al-Walid (13) Hazrat Umar ibn al-Harith (14) Hazrat Khawla bint Hakim (15) Hazrat Thabit ibn al-Dahhak (16) Hazrat Urwa ibn Abi Zayd al-Asadi (17) Hazrat Muawiya ibn Hakim al-Sulami (18) Hazrat Yamra bint Safwan (19) Hazrat Urwa ibn Mudarris (20) Hazrat Mujamma ibn Yazid (21) Hazrat Salim ibn Qays (22) Hazrat Qatada ibn Luqman (23) Hazrat Qubaysa ibn Mukhariq al-Amiri (24) Hazrat Asim ibn Adi (25) Hazrat Salma ibn Nu’aym al-Ashja’i (26) Hazrat Malik ibn Sa’sa’a (27) Hazrat Mihjan ibn al-Adra (28) Hazrat Sa’ib ibn Falah (29) Hazrat Khufaf al-Ghifari (30) Hazrat Dhu’fajr l’Abyssin (31) Hazrat Malik ibn Hubayra (32) Hazrat Zayd ibn Haritha (33) Hazrat Thabit ibn Adiyya (34) Hazrat Ka’b ibn Iyad al-Ash’ari (35) Hazrat Kulthum ibn Husayn al-Ghifari (36) Hazrat Dihya al-Kalbi (37) Hazrat Judana bint Wahb (38) Hazrat Malik ibn Yasir (39) Hazrat Abdallah ibn Jamra et (40) Hazrat Kulthum ibn Alqama (ra).

Les quinze Compagnons restants étaient jeunes. Le nombre de hadiths rapportés par eux est très faible et insignifiant.

Le nombre total des Compagnons dont les noms ont été mentionnés ci-dessus à différents niveaux s’élève à cent cinq. Il ne fait aucun doute que l’immense et sublime trésor de hadiths, pilier lumineux, impérissable et inextinguible, dont la communauté musulmane dispose, est le fruit de leur dévouement sans limites, de leurs efforts ininterrompus, de leur pratique assidue, de leur labeur infatigable, de leur foi inébranlable en Allah et de leur éternel souci du bien de l’humanité.

 

La raison de la différence dans le nombre de hadiths rapportés

Il est apparu dans la discussion précédente qu’il existe une grande différence numérique entre les Compagnons concernant la transmission des hadiths. Bien qu’ils fussent tous les Compagnons du même Prophète, certains ont rapporté un très grand nombre de hadiths, tandis que d’autres n’en ont rapporté qu’un nombre infime. Il est particulièrement nécessaire que nous sachions quelle est la cause de cette grande différence dans la transmission des hadiths.

Tant que le Prophète noble (s) était vivant parmi les Compagnons, il s’employait généralement à enseigner à chacun d’eux la religion de l’islam, le Livre d’Allah et la sagesse. À cette époque, il n’y avait aucune possibilité de diffuser une parole mensongère au nom du Messager, pas plus qu’il n’existait la moindre occasion de rejeter ou d’écarter une parole du Messager en disant : « Ce n’est pas la parole du Messager. » Les hypocrites n’avaient pas non plus véritablement la possibilité d’interpréter faussement une parole du Messager et de créer ainsi la confusion au sujet de la religion islamique. En effet, dès qu’un tel événement se produisait, les nobles Compagnons pouvaient interroger le Messager et obtenir de lui des éclaircissements parfaitement clairs sur toute l’affaire. L’histoire, et en particulier les hadiths nobles, en contient d’innombrables exemples. Un jour, Hazrat Umar al-Faruq (ra) vit Hazrat Hisham ibn Hakim réciter la sourate al-Furqan d’une manière nouvelle. Il en fut extrêmement étonné, l’arrêta et l’amena auprès du Messager. Après avoir écouté la récitation de Hazrat Hisham, le Prophète noble (s) déclara que cette manière de la réciter était également licite. Le doute qui occupait l’esprit de Hazrat Umar fut alors dissipé. On peut donc dire que, de son vivant, le noble Messager était celui qui réglait toutes les divergences entre les nobles Compagnons. Dès qu’un doute, même infime, ou une confusion apparaissait sur une question, ils en obtenaient directement la dissipation par l’intermédiaire du Messager.

Mais après le décès du Noble Prophète (s), cette situation connut un changement considérable. D’une part, le lien permettant d’accéder à la connaissance de la Révélation fut rompu ; d’autre part, d’innombrables nouveaux musulmans apostasièrent et se préparèrent à abandonner la religion de l’islam. Dans une telle situation, quelques hypocrites relevèrent également la tête dans le but de tirer profit de l’eau trouble. S’ils tentèrent alors de faire courir quelque mensonge au nom du Messager, cela n’a absolument rien d’étrange ni de surprenant.

Mais le premier calife, Hazrat Abû Bakr (r), organisa une résistance énergique face à cela. D’une part, il écrasa de toute sa force les apostats et ceux qui refusaient de s’acquitter de la zakat ; d’autre part, il érigea avec la même vigueur un mur de résistance infranchissable face à la propagation des mensonges des menteurs. Après lui, Hazrat ‘Umar al-Fârûq (r) prit lui aussi les mesures appropriées à cet effet. Il se montra extrêmement rigoureux en matière de transmission des hadiths. Un grand nombre de Compagnons, portant dans leur cœur un immense trésor de hadiths, restaient vigilants tels des gardiens infatigables. Craignant que la transmission d’un hadith ne le fasse tomber entre les mains des hypocrites, qui pourraient en faire un jouet et lui donner une forme dénaturée, ils cessèrent presque totalement, de manière générale, de transmettre les hadiths. Chez certains, cette crainte devint si forte qu’ils redoutaient de commettre une erreur en transmettant trop de hadiths, ou que les musulmans ordinaires, s’ils se consacraient entièrement à l’étude des hadiths, ne négligent la Parole propre d’Allah, le Noble Coran. Pour ces raisons également, les nobles Compagnons cessèrent temporairement, de façon presque générale, de diffuser et de transmettre les hadiths. Ce n’est que lorsque, dans les affaires quotidiennes telles que le règlement des questions de la Loi religieuse, la gouvernance de l’État ou l’administration de la justice, il devenait indispensable de recourir aux hadiths, qu’ils se les transmettaient les uns aux autres.

À ce stade, nous pouvons mentionner tout particulièrement quelques Compagnons et comprendre ainsi la raison pour laquelle, bien qu’ils connussent un grand nombre de hadiths, ils en transmirent relativement peu.

Hazrat Abû Bakr al-Siddîq (r), compagnon du Noble Prophète (s) durant toute sa vie, ainsi que les Compagnons hautement honorés tels que Hazrat Abû ‘Ubayda, Hazrat al-‘Abbâs ibn ‘Abd al-Muttalib et Hazrat ‘Imrân ibn Husayn, connaissaient un grand nombre de hadiths, mais très peu de hadiths furent transmis de leur part. Hazrat Sa‘îd ibn Zayd était l’un des dix Compagnons à qui avait été annoncée la bonne nouvelle du Paradis ; pourtant, il ne transmit que deux ou trois hadiths. Hazrat Ubay ibn ‘Umâra ne transmit qu’un seul hadith.

Certains Compagnons furent tellement absorbés par l’exercice de la responsabilité du califat après le décès du Messager qu’ils ne purent trouver ni l’occasion ni le temps de transmettre des hadiths. Les quatre nobles Compagnons des Califes bien guidés, ainsi que Hazrat Talha et Hazrat Zubayr (r), constituent des exemples concrets de cette situation.

La situation d’un grand nombre de Compagnons était exactement l’inverse. Ils disposaient de beaucoup de temps libre. Ils n’avaient aucune occupation susceptible de faire obstacle à la transmission des hadiths. Ils furent donc en mesure d’en transmettre un grand nombre, comme Hazrat Abû Hurayra (r), Hazrat ‘Â’isha (r) et Hazrat ‘Abdullah ibn ‘Umar (r).

Certains Compagnons avaient eu davantage l’occasion de se trouver auprès du Noble Prophète (s) et de rester en sa compagnie. Parce qu’ils étaient avec lui partout, au pays comme à l’étranger, chez eux comme en voyage, il leur avait été d’une part facile de recueillir un plus grand nombre de hadiths ; d’autre part, après son décès, ils avaient également eu l’occasion de les transmettre pleinement à autrui. Les noms de Compagnons tels que Hazrat ‘Abdullah ibn Mas‘ûd (r), Hazrat Abû Hurayra (r), Hazrat Jâbir ibn ‘Abdullah (r), Hazrat Anas ibn Mâlik (r) et Hazrat ‘Abdullah ibn ‘Umar (r) sont particulièrement dignes d’être mentionnés à cet égard. Certains Compagnons moururent du vivant du Noble Messager (s), ou immédiatement après son décès ; ils n’eurent donc aucunement l’occasion, durant leur vie, de transmettre des hadiths à autrui. De ceux qui n’avaient pas eu souvent l’occasion de rencontrer le Messager ou de rester constamment auprès de lui, très peu de hadiths furent également transmis.

Après la disparition du Noble Messager (s), de nouvelles situations apparurent sans cesse dans la société islamique. Il devint alors nécessaire pour les musulmans de connaître la parole du Messager concernant les questions en cause. Les Compagnons encore en vie furent donc contraints, à cette époque, de transmettre un plus grand nombre de hadiths. Par la suite, un vif désir d’acquérir la science des hadiths naquit parmi les musulmans. Ils adressaient de diverses manières aux Compagnons des demandes instantes afin d’entendre les hadiths du Messager. Pour cette raison également, les Compagnons se préparèrent à leur exposer la science des hadiths qu’ils avaient préservée et à la leur enseigner. Cette raison aussi permit qu’un grand nombre de hadiths fussent transmis de la part de nombreux Compagnons.

À la fin du califat bien guidé, diverses fitna apparurent dans la société musulmane. Les chiites et les kharijites, deux sectes hérétiques, commencèrent durablement à s’imposer. À cette époque, ils tentèrent également de faire passer certaines paroles pour des hadiths du Messager. C’est pourquoi certains Compagnons du Messager furent contraints d’adopter une rigueur accrue dans la transmission des hadiths, allant jusqu’à en transmettre moins, même lorsqu’il s’agissait de hadiths authentiques. C’est précisément pour cette raison que très peu de hadiths ont pu être rapportés d’Abû Bakr — non, du quatrième calife, ʿAlî (ra).

Les différences de mémoire, ainsi que le fait d’avoir écrit ou non les hadiths, constituent également l’une des principales causes des écarts dans le nombre de hadiths transmis. Ceux qui avaient pu mémoriser un grand nombre de hadiths ou les consigner par écrit — comme Abû Hurayra (ra) et ʿAbd Allâh ibn ʿAmr (ra) — furent en mesure d’en transmettre davantage que les autres Compagnons. Ces diverses raisons sont à l’origine des différences dans le nombre de hadiths rapportés par les nombreux Compagnons d’un même Messager. Aussi étonnante que puisse être cette situation, on peut assurément affirmer qu’elle n’a rien d’anormal. [Voir les pages 66, 67, 147 et 148 de l’ouvrage écrit par Muhammad Abû Zahû, ***************.]

 

Les efforts des tâbiʿûn dans l’étude des hadiths

Après le décès du Prophète (s), s’ouvrit l’époque des Compagnons. De même que les nobles Compagnons avaient acquis une compétence particulière en apprenant auprès du Prophète les enseignements du Coran et des hadiths, ainsi que les savoirs islamiques, ils enseignèrent à leur tour le Coran, les hadiths et les connaissances islamiques aux tâbiʿûn, les gens de la génération suivante. Du vivant du Prophète (s), celui-ci occupait, dans le domaine du savoir islamique, une position éminente ; après sa disparition, les nobles Compagnons (ra) furent investis d’une position similaire, lourde de responsabilités. Par leurs efforts individuels et collectifs, ils s’attachèrent eux aussi à imprégner les musulmans de l’époque des tâbiʿûn du savoir islamique et à les rendre plus compétents dans la connaissance du Coran et des hadiths. De même que le Prophète (s) avait établi à Médine, dès les premiers temps, un vaste centre de savoir, la plupart des Compagnons fondèrent par la suite, chacun dans son propre cadre et à titre personnel, un cercle de connaissance ; les musulmans de l’époque des tâbiʿûn acquirent auprès d’eux la connaissance du Coran et des hadiths. Mais qui est le tâbiʿî ? Une discussion fondamentale à ce sujet doit nécessairement trouver sa place ici. L’historien al-Khatîb al-Baghdâdî a écrit à ce propos :

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Le tâbiʿî est celui qui a vécu en compagnie d’un Compagnon.

Selon cette définition, une simple rencontre avec un Compagnon ne suffit pas pour être considéré comme tâbiʿî ; il est au contraire nécessaire d’avoir passé quelque temps avec lui. Cependant, l’avis de la majorité des traditionnistes est différent. Selon eux :

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Le « tâbi‘î » est celui qui a rencontré un Compagnon, même s’il n’est pas resté en sa compagnie.

À ce sujet, Ibn Hibban a posé comme condition que, lors de sa rencontre avec un Compagnon, le tâbi‘î ait atteint la maturité intellectuelle et soit capable de discerner le bien du mal. Il a dit :

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S’il était encore jeune au moment de la rencontre et incapable de préserver et de retenir pleinement ce qu’il avait entendu, sa simple rencontre avec le Compagnon n’a aucune valeur.

Le rang éminent des tâbi‘în après les Compagnons est également mentionné de manière particulière dans le Noble Coran. Il y est dit :

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Et les premiers parmi les Émigrés et les Ansar à avoir devancé les autres dans l’acceptation de l’islam, ainsi que ceux qui les ont suivis avec un dévouement sincère et satisfaction, Allah est satisfait d’eux et ils sont satisfaits de Lui. Et Il a préparé pour eux des jardins sous lesquels coulent des ruisseaux. Sourate At-Tawra, 2e rukū‘, verset 100.

Dans ce verset coranique, les tâbi‘în sont mentionnés juste après les Compagnons émigrés et ansar. De même qu’ils sont subordonnés aux nobles Compagnons en matière de foi et d’œuvres, ils leur succèdent également dans l’ordre du temps. C’est pourquoi, dans la terminologie courante, ils sont appelés « tâbi‘în » (les suivants ou les successeurs).

Les Tâbi‘ûn sont également mentionnés dans les hadiths avec une considération particulière. Le noble Messager (s) a dit :

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Les gens de mon époque (les Compagnons) sont les meilleurs de ma communauté. Après eux viennent ceux qui les ont rencontrés (les Tâbi‘ûn), puis ceux qui ont rencontré ces derniers (les Tâbi‘ al-Tâbi‘în). Muslim Sharîf, Kitâb al-Fadâ’il, p. 309.

En vérité, la communauté musulmane de l’époque postérieure aux Compagnons — les Tâbi‘ûn — fut, dans l’ensemble, le reflet même des Compagnons. D’une part, ils acquirent auprès des Compagnons du Messager toute la connaissance relative au Coran et à la Sunna ; d’autre part, ils en assurèrent largement la diffusion dans toutes les régions et jusque dans les moindres recoins de la vaste société musulmane de leur époque. Ce furent eux, en pratique, qui servirent d’intermédiaires pour recevoir le savoir islamique des Compagnons et le transmettre aux musulmans des générations ultérieures. Tâbi‘ûn, ouvrage de Shah Mu‘înuddîn, introduction, p. 2-3.

Ces Tâbi‘ûn étaient nombreux — il est même impossible d’en déterminer le nombre avec exactitude. En effet, après le décès du noble Prophète (s), les nobles Compagnons se dispersèrent dans différentes régions du monde et —

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Quiconque a rencontré ne serait-ce qu’un seul des Compagnons est un Tâbi‘î.

Pour cette raison, il est véritablement impossible de déterminer combien de Tâbi‘ûn il y eut dans l’ensemble du monde musulman en particulier, et dans le monde entier en général. Toutefois, dans l’histoire de la compilation des hadiths, seuls sont dignes de mention les Tâbi‘ûn qui, d’une manière ou d’une autre, furent liés à l’étude des hadiths, à leur mémorisation et à leur mise par écrit au cours de l’époque postérieure au noble Prophète (s). Dans notre exposé sur les efforts des Tâbi‘ûn dans le domaine des hadiths, nous ne parlerons que des Tâbi‘ûn éminents de cette catégorie.

La méthode progressive d’enseignement du hadith à l’époque des Tabi‘ûn est attestée par le passage suivant :

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La méthode d’apprentissage de la science du hadith consistait d’abord à l’écouter, puis à lui accorder toute son attention, ensuite à le mémoriser, après quoi on commençait à le mettre en pratique et, enfin, on entreprenait concrètement de le diffuser.

En fait, c’est exactement selon cette méthode et cet ordre que les nobles Compagnons (qu’Allah les agrée) enseignaient le hadith à leurs disciples et qu’après le décès du Noble Prophète (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui), ils érigeaient, au cœur de la société islamique, des phares destinés à diffuser la connaissance. Ainsi, à cette époque, un grand nombre de personnes eurent l’occasion d’étudier le hadith et de façonner leur vie conformément à ses enseignements. Ils se consacrèrent avec le plus grand zèle et le plus grand enthousiasme à toutes les activités liées à la mémorisation des hadiths, à leur mise par écrit et à la compilation d’ouvrages de hadith. Dans ces différents domaines, ils acquirent également une parfaite maîtrise, ainsi que compétence, renom et célébrité.

Les différents aspects de l’étude du hadith à l’époque des Tabi‘ûn sont ici examinés séparément.

La mémorisation des hadiths

À l’instar des nobles Compagnons, les Tabi‘ûn firent également preuve d’un plein dynamisme, d’un grand enthousiasme, d’un intérêt infini et d’un profond dévouement pour apprendre et mémoriser les hadiths. Pour eux, après le Noble Coran, le hadith constituait la deuxième source de connaissance. Là où ils apprenaient dans le Coran les principes fondamentaux et les prescriptions de l’islam, ils acquéraient par le hadith une connaissance détaillée et des informations précises sur l’islam.

Au début de l’époque des Tabi‘ûn, les musulmans accordèrent la plus grande importance à la mémorisation des hadiths. Chaque hadith qu’ils entendaient, ils le mémorisaient. Jusqu’à cette époque, on dépendait entièrement de la mémoire naturelle du peuple arabe ; pour maîtriser quelque chose, leur habitude et leur pratique constantes consistaient d’abord à le mémoriser. En particulier, l’art de l’écriture n’avait pas encore connu parmi eux un développement, une diffusion et une popularité généralisés.

Cependant, cela ne signifie pas que les hadiths n’étaient absolument jamais écrits et que tous se reposaient uniquement sur la mémorisation. En réalité, la plupart des gens de cette époque étaient habitués à mémoriser. Même lorsqu’une personne écrivait, elle le faisait dans le seul but de mémoriser ; on peut dire qu’il n’existait alors aucune pratique consistant à écrire simplement quelque chose pour le conserver sans le mémoriser. La situation réelle concernant cette pratique apparaît clairement dans la parole d’Imam Malik citée ci-dessous. Il dit :

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Les gens de cette époque n’étaient généralement pas habitués à écrire ; ils étaient plutôt habitués à mémoriser. Même lorsqu’ils écrivaient quelque chose, c’était uniquement dans le but de le mémoriser, puis ils l’effaçaient une fois qu’ils l’avaient mémorisé.

Il est rapporté au sujet du tabi‘i Muhammad ibn Sirin que leur méthode d’apprentissage des hadiths consistait d’abord à les écrire et à les mémoriser, puis, une fois mémorisés, à détruire ce qui avait été écrit.

L’historien Ibn Asakir a clairement mis en évidence l’importance accordée à la mémorisation des hadiths à cette époque en citant une parole du traditionniste Ismaïl ibn Ubayda. Le traditionniste Ismaïl disait :

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De même que nous mémorisons le Coran, nous devons mémoriser les hadiths exactement de la même manière.

L’historien Al-Dhahabi a écrit au sujet du célèbre hafiz de hadith Ibn Khuzayma :

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De même qu’un récitant du Coran mémorise les sourates du Coran, Ibn Khuzayma mémorisait les hadiths relatifs au fiqh.

Le tābiʿī Khālid al-Hadhdhā a dit : « Je commençais par mettre par écrit les hadiths longs et, lorsque je les avais mémorisés, je les effaçais. »

Dans la biographie du tābiʿī Ismāʿīl ibn Yūnus, l’historien al-Dhahabī a écrit qu’il disait :

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« Je mémorisais les hadiths rapportés par Abū Isḥāq exactement comme je mémorisais les sourates du Coran. »

Dans le récit consacré à la vie du tābiʿī Shahr ibn Hawshab, il est écrit qu’Aḥmad ibn ʿAbd al-Ḥamīd ibn ʿAbd al-Raḥmān avait rassemblé auprès de lui tous les hadiths rapportés par Shahr, et

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Il mémorisait les hadiths d’une telle manière qu’on aurait cru qu’il récitait une sourate du Coran.

Le célèbre muhaddith Abû Dâwûd al-Tayâlisî, compilateur d’un ouvrage de type Musnad, affirmait :

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Je peux réciter de mémoire, avec aisance, trente mille hadiths ; ce n’est toutefois pas une parole dictée par l’orgueil.

Le célèbre tâbi‘î Qatâdah récita de mémoire au muhaddith Saïd ibn Arârah la sourate al-Baqara du début à la fin, sans commettre la moindre erreur. Puis il dit :

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Le recueil de hadiths compilé par Hazrat Jâbir est davantage présent dans ma mémoire que la sourate al-Baqara.

On peut comprendre comment l’enseignement des hadiths était dispensé à cette époque grâce au récit suivant.

Urwa ibn al-Zubayr était le neveu et l’élève de Aïcha (qu’Allah l’agrée). Son fils Hicham ibn Urwa rapporte que mon père m’enseignait les hadiths, à moi et à mes autres frères. Puis il nous demandait de les lui réciter et disait :

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Récitez-moi encore et encore ce que vous avez appris.

Puis il dit :

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Mon père était extrêmement étonné et heureux de constater ma capacité à mémoriser.

Ibrâhîm al-Nakha‘î, un tâbi‘î, disait à titre de conseil à ses étudiants en hadith :

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Lorsque tu entendras un hadith, rapporte-le ensuite à autrui.

Il est rapporté qu’Imam Ibn Shihab al-Zuhri, célèbre collecteur de hadiths de l’époque des tabi‘is, faisait ses ablutions après la prière de ‘isha, puis s’asseyait pour mémoriser les hadiths et en discuter. Il demeurait dans la même assemblée jusqu’à la prière de fajr, consacrant ainsi toute la nuit à l’étude des hadiths. (Sunan al-Darimi, p. 79.)

Cet Imam al-Zuhri a dit :

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Lorsque je demandais un hadith à ‘Ubayd Allah ibn ‘Abd Allah, il commençait à le rapporter d’une telle manière qu’il me semblait voir jaillir une mer. (Sunan al-Darimi, p. 80.)

En réalité, jusqu’à la fin du premier siècle de l’Hégire environ, les savants musulmans du monde arabe ne prêtaient généralement guère attention au fait de mettre les choses par écrit ; pour eux, il était plus facile de les mémoriser plutôt que de les consigner.

Dans un tel contexte, on ne peut imaginer que tous les tabi‘is spécialistes des hadiths de cette époque aient consigné les hadiths à grande échelle. C’est pourquoi, au premier siècle de l’Hégire, les personnes qui mémorisaient les hadiths étaient beaucoup plus nombreuses que celles qui les écrivaient. Les ouvrages biographiques mentionnent les noms d’innombrables érudits de cette époque qui avaient entièrement mémorisé un grand nombre de hadiths — de vastes recueils de hadiths — et qui pouvaient les réciter de mémoire de telle sorte qu’aucune erreur ne s’y remarquait.

La mise par écrit des hadiths

De même que les nobles Compagnons ne se sont pas contentés de mémoriser les hadiths afin de les préserver, beaucoup d’entre eux ont également ressenti la nécessité de les mettre par écrit. De même, les tabi‘ûn n’ont pas considéré que la simple mémorisation des hadiths suffisait à s’acquitter de la responsabilité de leur préservation ; parmi eux se trouvaient aussi des hommes qui avaient pleinement pris conscience de l’importance de les consigner par écrit. En un mot, si, à l’époque des Compagnons comme à celle des tabi‘ûn, la seule mémorisation des hadiths avait été jugée suffisante et si personne n’avait prêté attention à leur consignation, une grande partie des hadiths du Messager aurait risqué de disparaître. C’est pourquoi il faut considérer comme une grâce infinie d’Allah envers la communauté musulmane que, parallèlement à la mémorisation, certains hommes éminents de ces deux générations aient également veillé à mettre les hadiths par écrit.

En réalité, nombreux furent les tabi‘ûn qui, après avoir entendu et appris les hadiths auprès des Compagnons, les consignèrent et les compilèrent avec toute la prudence, l’attention et la concentration requises. Le récit suivant en fournira la preuve concrète.

1. Bashîr ibn Nuhaïk, un tabi‘î, était un disciple de hadith d’Abû Hurayra. Il dit : « Tous les hadiths que j’entendais d’Abû Hurayra, je les consignais par écrit. Finalement, au moment de prendre congé de lui, je me présentai devant lui, lui soumis l’ensemble des hadiths écrits et les lui lus du début à la fin. Je lui dis : ********************* “Voici l’ensemble des hadiths que j’ai entendus de vous.” En réponse, Abû Hurayra (qu’Allah l’agrée) dit : “Oui, c’est exact.” » [Sunan al-Dârimî, p. 68.]

2. Un autre disciple d’Abû Hurayra était Hammâm ibn Munabbih al-Yamânî. Lui aussi mit en ordre sous forme écrite les hadiths qu’il avait entendus. Cette compilation est connue sous le nom de « Sahîfa de Hammâm ibn Munabbih ». Elle contient environ cent quarante hadiths. Le manuscrit de cet ouvrage est encore conservé dans les bibliothèques de Damas et de Berlin. Le célèbre chercheur et spécialiste des investigations du sous-continent, le docteur Hamîdullah, le découvrit pour la première fois en 1933. Exactement vingt ans plus tard, en 1953, il le publia en quatre livraisons dans la revue ʿAbrî de Damas ****************. Il ressort également d’une déclaration du docteur Hamîdullah qu’un autre manuscrit d’un ouvrage de hadith, compilé par Ma‘mar ibn Râshid, disciple de Hammâm ibn Munabbih, se trouve encore dans la bibliothèque de l’université d’Ankara, en Turquie.

On a également retrouvé un ouvrage de hadith compilé par ‘Abd al-Razzâq ibn Hammâm al-San‘ânî al-Yamânî (125-211 H.), disciple de Ma‘mar ibn Râshid et maître de l’imam Ahmad ibn Hanbal. Il est connu sous le nom de « Musannaf de ‘Abd al-Razzâq ».

Ces compilations de hadiths constituent, d’une part, des témoignages vivants de la compilation des hadiths datant de l’époque de la vie du noble Prophète (paix sur lui) et de celle du califat bien guidé, ainsi que les sources premières des ouvrages les plus anciens. [Tous ces renseignements sont tirés de l’introduction à la « Sahîfa de Hammâm ibn Munabbih », éditée par le Dr Hamîdullah.]

3. Le tabi‘î Sa‘îd ibn Jubayr dit :

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Je tenais à entendre des hadiths d’Ibn ʿUmar et d’Ibn ʿAbbās pendant la nuit, et je les consignais tout en étant assis sur ma monture. [Sunan al-Dārimī, p. 68.]

Une autre de ses déclarations nous apprend qu’une nuit, il cheminait avec Ibn ʿAbbās sur la route de La Mecque. À ce moment-là, Ibn ʿAbbās rapportait des hadiths et lui les consignait par écrit. Ils continuèrent ainsi jusqu’au matin. [Ibid.]

4. Au sujet du tābiʿī Sufyān ibn ʿUyayna, Mubārak ibn Saʿīd rapporte :

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Sufyān ibn ʿUyayna écoutait les hadiths pendant la nuit et les écrivait sur un mur ; le matin, il en faisait une copie, puis effaçait ce qu’il avait écrit. [Sunan al-Dārimī.]

5. Un jour, une question concernant l’istinjāʾ avec de l’eau fut posée devant Ḥujr ibn ʿAdī. Il dit : « Apportez mon recueil de ṣaḥīfa. »

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Lorsqu’on l’eut apporté, il se mit à le lire en disant « Bismillāh », puis il déclara : « J’ai entendu ceci de ʿAlī ibn Abī Ṭālib. Il disait : “La purification constitue la moitié de la foi.” » [Ṭabaqāt d’Ibn Saʿd, tome 6, p. 454.]

Il est ainsi prouvé qu’une compilation écrite de hadiths provenant de Hadrat Ali se trouvait en possession de Hujr ibn Adi ; chaque fois qu’on l’interrogeait sur un sujet, il l’ouvrait, y lisait les hadiths et donnait la réponse en se fondant sur eux.

6. Abd al-A‘la ibn Amir conservait lui aussi une compilation écrite de hadiths. À son sujet, il est rapporté :

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Tous les hadiths qu’Abd al-A‘la rapporta d’Ibn al-Hanafiyya constituaient en réalité un recueil qui se trouvait sous forme de livre écrit. Il l’avait reçu de lui, mais n’avait pas entendu les hadiths de sa propre bouche. [Tabaqat d’Ibn Sa‘d, tome 6, page 94.]

7. L’imam Baqir possédait lui aussi une compilation écrite de hadiths. Hadrat Ja‘far al-Sadiq dit : « Tous les hadiths que je rapporte au nom de mon père, ************** je les ai trouvés consignés dans la compilation qu’il avait lui-même réunie, et c’est de là que je les ai tirés. » [Tahdhib al-Tahdhib, tome 2, page 104.]

8. Sous le règne de Hadrat Muawiya, plusieurs compilations furent constituées à partir des hadiths rapportés par Hadrat Ibn Abbas (qu’Allah l’agrée). Marwan ibn al-Hakam compila les hadiths rapportés par Hadrat Zayd ibn Thabit. [Sunan al-Darimi.]

En vérité, les tabi‘in recueillaient les hadiths auprès des Compagnons de diverses manières. Pour connaître les hadiths auprès d’un Compagnon éloigné, ils correspondaient également avec lui et apprenaient les hadiths du Messager par l’intermédiaire de ces lettres. Le hadith suivant, rapporté par Hadrat Sa‘d ibn Abi Waqqas (qu’Allah l’agrée), en fournit une preuve évidente. Amir al-Zuhri al-Qurashi (mort en 104 de l’Hégire) dit :

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J’avais envoyé une lettre à Ḥazrat Jâbir (que Dieu l’agrée) par l’intermédiaire de mon esclave Nâfiʿ. J’y avais écrit : « Écrivez-moi et envoyez-moi toute chose que vous avez entendue de la bouche du Messager. » En réponse, il (Jâbir) m’écrivit : « Le vendredi soir où al-Aslamî fut lapidé, j’ai entendu le Noble Messager dire : “La religion de l’islam demeurera établie jusqu’au Jour de la Résurrection” ; ou bien il a dit : “La religion de l’islam demeurera établie jusqu’à ce que douze califes de la tribu des Quraych soient nommés pour vous.” » [Ṣaḥîḥ Muslim, tome 2, Kitâb al-Imâra, p. 119.]

10. Raja ibn Ḥayât rapporte que le calife Hichâm ibn ʿAbd al-Malik interrogea au sujet d’un hadith et ordonna à l’un de ses fonctionnaires de me l’écrire et de le lui envoyer. Mais—

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Si ce hadith n’avait pas été consigné par écrit auprès de moi, je l’aurais oublié. [Sunan al-Dârimî, p. 69.]

11. Les savants du hadith parmi les tâbiʿûn se communiquaient les hadiths par correspondance. Yazîd ibn Abî Ḥabîb dit :

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Le tâbiʿî ʿAtâ m’écrivit qu’il avait entendu Ḥazrat Jâbir ibn ʿAbd Allâh (que Dieu l’agrée) dire : « J’ai entendu le Noble Messager (que la paix et les bénédictions de Dieu soient sur lui) dire, le jour de la conquête de La Mecque (alors qu’il se trouvait à La Mecque) : “Certes, Dieu et Son Messager ont interdit la vente et l’achat du vin, de la bête morte, du porc et des idoles.” » [*******************]

Les tâbiʿûn faisaient eux aussi preuve de la plus grande précaution dans la consignation des hadiths ; ils ne les écrivaient pas auprès de n’importe qui. Le tâbiʿî Yaḥyâ ibn Maʿîn dit :

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Le célèbre muhaddith Abd al-Razzâq me dit : « Écris au moins un hadith venant de moi, même si tu ne prends aucun livre. »

Il était certes un grand hafiz du hadith. Mais à cette époque, à la fin de sa vie, il était devenu aveugle. C’est pourquoi je ne consentis pas à prendre par écrit un quelconque hadith de sa part, car je craignais qu’il n’eût oublié ses hadiths et je craignais également qu’il ne dise une chose en voulant en dire une autre. Je lui déclarai donc clairement : *************** « Non, je n’écouterai ni n’écrirai pas même une seule lettre de votre bouche. » [Musnad de l’imam Ahmad, tome 1, p. 174.]

La compilation des hadiths des Ahl al-Bayt

L’imam Zayd, petit-fils de l’imam Husayn et fils d’Alî ibn al-Husayn, naquit à Médine la Pure, à une date de l’an 80 de l’Hégire. Il recueillit auprès des membres des Ahl al-Bayt tout le savoir relatif à la Sunna et au hadith. Le nom de son recueil de hadiths était **************. Un grand nombre de hadiths y avait été compilé. La plupart de ces hadiths étaient rapportés du Prophète — que la paix et les bénédictions de Dieu soient sur lui — par l’intermédiaire de Hadrat Alî — que Dieu l’agrée. La chaîne de transmission de certains hadiths remontait jusqu’à Hadrat Alî — que Dieu l’agrée — et était devenue ***********. Outre l’imam Husayn et Hadrat Alî — que Dieu les agrée — un grand nombre de hadiths lui furent rapportés par de nombreuses autres chaînes de transmission. Son père, Alî ibn al-Husayn, rapporta des hadiths d’un grand nombre de tâbi‘ûn. L’imam Zayd reçut ces récits de son frère aîné, l’imam Muhammad al-Bâqir. En effet, son père, Alî ibn al-Husayn, mourut en l’an 94, alors qu’il n’était encore qu’un garçon âgé de quatorze ans. L’imam Abû Hanîfa — que Dieu lui fasse miséricorde — ainsi que d’autres imams du fiqh reçurent des hadiths de lui et en rapportèrent. [**********************]

 

Quelques célèbres muhaddiths parmi les tâbi‘ûn

Après l’exposé général qui précède, nous présenterons ici une étude particulière et concise de quelques éminents spécialistes du hadith de l’époque des tâbi‘ûn. Cette étude permettra de mieux comprendre quelle œuvre immense et noble fut l’étude du hadith à l’époque des tâbi‘ûn, ainsi que le genre de personnes dotées de compétences et de talents qu’elle forma.

Au cours de la période allant du premier siècle de l’Hégire à la première moitié du deuxième siècle de l’Hégire, plusieurs personnes acquérirent une grande célébrité dans les différentes villes et régions du monde musulman. Leurs noms, avec la mention de leur lieu, ainsi que l’année de leur décès, sont indiqués ci-dessous :

Médine : (1) Saïd ibn al-Musayyib — mort en 93 H. (2) Urwa ibn az-Zubayr — mort en 94 H. (3) Abou Bakr ibn Abd ar-Rahman ibn al-Harith — mort en 94 H. (4) Obeïdullah ibn Outba — mort en 99 H. (5) Salim ibn Abdallah ibn Omar — mort en 106 H. (6) Souleymane ibn Yassar — mort en 93 H. (7) Qasim ibn Mohammed ibn Abou Bakr — mort en 112 H. (8) Nafi, affranchi d’Ibn Omar — mort en 117 H. (9) Ibn Chihab az-Zouhri — mort en 124 H. (10) Abou az-Zinad — mort en 130 H.

La Mecque : (1) Ikrima, affranchi d’Ibn Abbas — mort en 105 H. (2) Ata ibn Abou Riba — mort en 115 H. (3) Abou Zoubaïr Mohammed ibn Mouslim — mort en 128 H.

Koufa : (1) Ach-Chaabi Amir ibn Charahil — mort en 104 H. (2) Ibrahim an-Nakhai — mort en 96 H. (3) Alqama ibn Qays ibn Aboul-Hassan al-Basri — mort en 110 H.

Bassora : (1) Al-Hassan ibn Aboul-Hassan al-Basri — mort en 110 H. (2) Mohammed ibn Sirin — mort en 110 H. (3) Qatada ibn Diama ad-Dawsi — mort en 117 H.

Syrie : (1) Omar ibn Abd al-Aziz — mort en 101 H. (2) Makhoul — mort en 118 H. (3) Qoubayça ibn Zouaïb — mort en 86 H. (4) Kaab al-Ahbar — mort en 32 H.

Égypte : (1) Abou al-Khayr Marsad ibn Abdallah al-Ijli — mort en 90 H. et (2) Yazid ibn Abou Habib — mort en 128 H.

Yémen : (1) Taous ibn Kaïsan al-Yamani al-Himyari — mort en 106 H. (2) Wahb ibn Mounabbih — mort en 110 H. [Cette liste complète des tâbiʿûn est tirée de la page 173 de l’ouvrage composé par Mohammed Abou Zahou, professeur à l’université al-Azhar.]

Les ouvrages consacrés à « Asmāʾ al-rijāl » contiennent des exposés détaillés à leur sujet. Ici, seuls quelques-uns d’entre eux font l’objet d’un exposé quelque peu détaillé.

Ibn Shihâb Zuhri

(son véritable nom était Muhammad ibn Muslim)

L’imam Zuhri était un muhaddith renommé dans la science du hadîth. Il a rapporté des hadîths d’illustres Compagnons, notamment Hadrat Anas ibn Mâlik, Sahl ibn Sa‘d, Sâ’ib ibn Yazîd, Shubayb Abû Jamîla, ‘Abd al-Rahmân ibn Sa‘d, Rabî‘a ibn ‘Utâd, Mahmûd ibn al-Rabî‘ et Abû al-Tufayl. Par ailleurs, un grand nombre de Tâbi‘în ont rapporté des hadîths de lui.

Dans la science du hadîth, il était un imam unanimement reconnu. Les hadîths qu’il rapportait constituaient la preuve concrète de sa mémoire extraordinaire.

‘Amr ibn Dînâr a dit à son sujet :

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Je n’ai vu personne dont l’autorité en matière de hadîth soit plus fiable et plus irréfutable que celle de l’imam Zuhri.

En vérité, Allah lui avait accordé une mémoire incommensurable. Selon le récit de l’imam al-Bukhârî :

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Il mémorisa entièrement le Noble Coran en seulement quatre-vingts nuits.

Il donna lui-même la preuve de sa mémoire en disant :

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Après avoir mémorisé quelque chose, je ne l’ai jamais oublié.

Sur l’ordre de ‘Umar ibn ‘Abd al-‘Azîz, il fut le premier à recueillir et à consigner par écrit les hadiths du Messager (S). Constatant l’ampleur de son travail de collecte des hadiths, l’imam Shâfi‘î dit :

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Sans l’imam Zuhri, les hadiths de Médine auraient sans aucun doute disparu.

Il mourut en l’an 124 de l’hégire dans un village de Syrie nommé Shaghbad, et y fut enterré. Il avait recueilli les traditions du Messager (hadiths) disponibles dans toute la région du Hedjaz.

Ikrima, mawla d’Ibn Abbas

Il était l’esclave affranchi du vénérable Ibn Abbas. C’est le vénérable Ibn Abbas lui-même qui lui enseigna le Coran et les hadiths. Ikrima déclara lui-même :

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Ibn Abbas lui enseignait le Coran et les hadiths en le gardant prisonnier, les pieds entravés.

En plus du vénérable Ibn Abbas, Ikrima rapporta également des hadiths d’après des Compagnons tels que Hasan ibn Ali, Abou Qatada, Ibn Omar, Abou Hourayra, Abou Saïd al-Khoudri, Mouawia et Ibn Amr ibn al-As. De nombreux tabi‘un rapportèrent aussi des hadiths d’après lui. On demanda au tabi‘i Saïd ibn al-Mousayyib : « Y a-t-il quelqu’un de plus savant que vous en matière de hadiths ? » Il répondit : « Oui, il y a Ikrima. »

Saïd ibn al-Mousayyib

Il naquit au cours de la deuxième ou de la quatrième année du califat du vénérable Omar al-Farouq. À cette époque, l’âge d’or du noble Messager était déjà révolu ; pourtant, le printemps de l’islam régnait partout. À l’exception de deux ou quatre d’entre eux, presque tous les principaux Compagnons étaient encore en vie. Et c’étaient eux les véritables héritiers de la « science de la mission prophétique ». Ibn al-Mousayyib avait une soif de connaissance insatiable. Il recueillit auprès des Compagnons le nectar de la connaissance du Coran et des hadiths. Le vénérable Abou Hourayra était son beau-père. Grâce à ce lien, il lui était facile d’acquérir en grande quantité la connaissance des hadiths auprès du vénérable Abou Hourayra. C’est pourquoi la plupart des hadiths qu’il rapporta étaient en réalité rapportés par le vénérable Abou Hourayra. En outre, sa mémoire naturelle était si vive et si puissante que tout ce qu’il entendait une seule fois s’imprimait et demeurait pour toujours dans sa mémoire. Pour toutes ces raisons, sa connaissance des hadiths devint extrêmement profonde et étendue.

Ubaydullah ibn Abdallah

Il était le petit-fils d’Utba, le frère du célèbre Compagnon Hazrat Abdallah ibn Mas‘ud. Sa maison et sa famille étaient un centre du savoir islamique. Élevé dans cet environnement, il acquit un savoir immense. Ibn Sa‘d a écrit à son sujet :

******************************************************

Il était un narrateur de nombreux hadiths et un narrateur digne de confiance.[*********************]

L’imam Zuhri a dit : « J’ai recueilli presque tout le savoir auprès de presque tous les spécialistes du hadith de mon époque. Mais le savoir d’Ubaydullah était une mer infinie et insondable ; chaque fois que je venais auprès de lui, j’avais l’occasion d’acquérir un savoir entièrement nouveau. »[*******************] Cela démontre clairement la profondeur, l’étendue et la vaste portée de son savoir.

Urwa ibn az-Zubayr

Urwa avait acquis une connaissance approfondie et une grande maîtrise aussi bien du hadith que du fiqh. L’érudit Ibn Sa‘d a écrit :

******************************************************

Il était un grand narrateur de hadiths, particulièrement compétent en science du fiqh et jouissant d’un rang éminent. Il était préservé de toutes les épreuves, extrêmement ferme et digne de confiance.[***************]

Son père, son frère, sa mère, sa tante maternelle et tous ses proches parents étaient particulièrement versés dans la science des hadiths. ‘Urwa recueillit des hadiths auprès de chacun d’eux.[*************************] Toutefois, il parvint à recueillir presque intégralement les hadiths rapportés par ʿAïcha. Il se rendait fréquemment auprès d’elle, et ʿAïcha était la plus éminente de tous les savants du hadith.[ঐ] ‘Urwa a lui-même déclaré : peu avant le décès de ʿAïcha, j’avais réussi à recueillir l’ensemble de son savoir en matière de hadiths et à le préserver intégralement.[ঐ] En plus de ceux de ʿAïcha, ‘Urwa recueillit une grande quantité de hadiths auprès de nombreux autres Compagnons éminents.[ঐ]

Salim ibn Abd Allah

Salim fut l’un des principaux tabi‘ûn de Médine. Il réunissait à la fois le savoir et la pratique. C’est principalement auprès de ʿAbd Allah ibn ʿUmar qu’il recueillit ses hadiths. En outre, il acquit la science des hadiths auprès d’Abu Hurayra, d’Abu Ayyub al-Ansari et de ʿAïcha al-Siddiqa.[*********************] L’érudit Ibn Sa‘d le mentionne comme « un grand narrateur de hadiths et un homme de rang éminent ».[*****************]

Sulayman ibn Yasar

Il était l’esclave de l’Um al-Mu’minin Maymuna. De ce fait, il eut une grande occasion de se rendre auprès de ʿAïcha et d’autres Compagnons et d’acquérir la science des hadiths. Il put ainsi être compté parmi les principaux savants de Médine.[********************] L’imam al-Nawawi a écrit que son mérite et sa prééminence scientifique étaient reconnus par tous.[ঐ পৃষ্ঠা ২৩৫।]

ʿAta ibn Abu Rabah

Il était un esclave abyssin. Mais, par son savoir et sa pratique, sa piété et son scrupule religieux, il était considéré comme faisant partie des tabi‘ûn de noble ascendance.[********************] Il avait acquis une compétence particulière dans les sciences religieuses essentielles, telles que le Coran, les hadiths et le fiqh. Voici les termes d’Ibn Sa‘d :

******************************************************

Il possédait une connaissance du fiqh et rapportait beaucoup de hadiths. Il enseignait le Coran aux gens.

Il était un hafiz de hadiths renommé. L’historien al-Dhahabi le comptait parmi les hafiz de hadiths de première catégorie. Il recueillit un grand nombre de hadiths auprès de célèbres Compagnons, notamment le vénérable Abd Allah ibn Abbas, Abd Allah ibn Umar, Abd Allah ibn Amr, Ibn al-Zubayr, Mu‘awiya, Usama ibn Zayd, Jabir ibn Abd Allah, Zayd ibn Arqam, Abd Allah ibn Sa’ib, Rafi‘ ibn Khadij, Abu Darda, Abu Sa‘id al-Khudri, Abu Hurayra et la vénérable Aïcha (RA).

Il témoignait aux hadiths un respect et une vénération immenses. Il n’aimait ni ne tolérait absolument que l’on parle d’autre chose au milieu de la transmission d’un hadith.

L’imam Baqir encourageait les gens en leur disant : « Recueillez autant de hadiths que vous le pouvez auprès de ‘Ata. »

Ibrahim al-Nakha‘i

Il était l’un des plus éminents tabi‘un de la ville de Koufa. Il avait été élevé dans un environnement empreint de pureté, de science et de pratique religieuse. Son oncle paternel Alqama et son oncle maternel al-Aswad étaient tous deux de célèbres muhaddiths de Koufa. Il eut ainsi également l’occasion de se rendre auprès de la vénérable Aïcha (RA) pour la servir et d’assister à ses assemblées.

C’est ainsi qu’Ibrahim put acquérir une compétence remarquable dans la science des hadiths. Selon l’imam al-Nawawi, concernant sa fiabilité, son rang et sa connaissance du fiqh

Tous sont unanimes : il était un hâfiz du hadith. L’historien al-Dhahabî l’a classé parmi les hâfiz du hadith du deuxième rang.

Al-Hasan al-Basrî

Lorsque Hasan al-Basrî naquit, un grand nombre de Compagnons étaient encore en vie sur terre. À cette époque, partout, l’atmosphère résonnait de l’appel à la science du Message.

Ibn Saʿd a écrit à son sujet :

******************************************************

Hasan al-Basrî possédait de nombreuses qualités et vertus. C’était un très grand savant, de haute dignité, un juriste, préservé de la fitna, un grand dévot et un homme très pieux ; il était doté de savoir, s’exprimait dans une langue correcte, parlait avec douceur, et était beau et affable. Il possédait en particulier une profonde maîtrise de la science du hadith.

Selon les termes du hâfiz al-Dhahabî, il était un très grand érudit, une mer de savoir. Il rapporta des hadiths d’éminents Compagnons tels que ʿUthmân, ʿAlî, Abû Mûsâ al-Ashʿarî, ʿAbd Allâh ibn ʿUmar, ʿAbd Allâh ibn ʿAbbâs et Anas ibn Mâlik.

Yahyâ ibn Saʿîd

Il était l’un des plus éminents tabi‘ûn. Le hafiz al-Dhahabi le mentionne sous les titres d’imam, de « cheikh de l’islam » et autres appellations.

Bien qu’il appartînt à la dernière période de l’époque des Compagnons, il acquit néanmoins pleinement le savoir auprès de tous les Compagnons encore en vie à cette époque ; il entendit des hadiths de la bouche de personnalités telles qu’Anas ibn Malik, Qasim ibn Muhammad, Amr ibn Salama ibn Abd al-Rahman, Urwa ibn al-Zubayr et Sulayman ibn Yasar, ainsi que d’autres Compagnons et éminents tabi‘ûn.

Il devint ainsi un grand hafiz du hadith. L’érudit Ibn Saad a écrit à son sujet :

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Il était extrêmement fiable et digne de confiance, rapportait un grand nombre de hadiths, et jouissait d’une autorité incontestable et solidement établie.

Ibn al-Mubarak le comptait parmi les meilleurs hafiz du hadith. Abu Hatim le considérait comme un spécialiste du hadith du même rang que l’imam Zuhri. En réalité, hormis l’imam Zuhri, celui qui, par des efforts inlassables, rassembla et préserva les hadiths dispersés de Médine était Yahya ibn Said. Yazid ibn Harun rapporte que Yahya ibn Said avait mémorisé trois mille hadiths qu’il avait lui-même rapportés.

 

Encouragement à écrire les hadiths

Les spécialistes du hadith parmi les tabi‘ûn recommandaient vivement à leurs étudiants d’écrire les hadiths qu’ils apprenaient auprès d’eux. Lorsque Abd al-Rahman ibn Harmalata, étudiant en hadith de Said ibn al-Musayyab, se plaignit auprès de lui de la faiblesse de sa mémoire, celui-ci lui conseilla de mettre par écrit tous les hadiths. Al-Shabi, quant à lui, répétait à ses étudiants le hadith prononcé par le Noble Messager et abondamment rapporté par les Compagnons et les tabi‘ûn. Ce hadith est le suivant :

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L’écriture sert à préserver le savoir du hadith.

Il expliquait et analysait de manière particulièrement détaillée les avantages de mettre les hadiths par écrit. Il disait :

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Vous devez écrire immédiatement les hadiths que vous entendez de moi ; ne vous en abstenez pas, même s’il vous faut les écrire sur un mur.

Il est rapporté qu’il consignait lui-même par écrit certains hadiths particuliers. C’est pourquoi, après sa mort, on trouva un ouvrage compilant des hadiths relatifs notamment aux règles successorales.

Mujahid ibn Jubayr (mort en 103 H) entrait dans sa chambre avec des gens et leur présentait ses propres compilations de hadiths. Ils en copiaient les hadiths. — Sunan al-Darimi, p. 128.

Ata ibn Abi Rabah (mort en 114 H) écrivait lui-même les hadiths et conseillait aux autres d’en faire autant.

À quiconque l’interrogeait au sujet de l’écriture des hadiths, Qatâda ibn Di‘âma répondait sans hésitation et en termes énergiques :

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Qui t’interdit de l’écrire ? Le Très-Haut Lui-même a déclaré que toute chose est consignée par écrit, en disant : « La connaissance de la Résurrection est écrite auprès de mon Seigneur ; pourtant, Il ne s’égare ni n’oublie. » Ce verset est le 52e verset de la sourate Tâ-Hâ.

‘Umar ibn ‘Abd al-‘Azîz

(né en 61 H., mort en 101 H.)

‘Umar ibn ‘Abd al-‘Azîz, qui était un tābi‘î, possédait une compétence particulière dans la science des hadiths. Tout d’abord, à Médine, auprès du muhaddith Sâlih ibn Kaysân, il bénéficia pleinement de l’occasion d’établir des relations et de se livrer à l’étude et aux discussions réciproques concernant les hadiths et les sciences religieuses ; il acquit ainsi une connaissance et une maîtrise exceptionnelles des hadiths. Il dit lui-même : « Lorsque je quittai Médine, il n’y avait personne de plus savant que moi en matière de hadiths. »

Le hâfiz al-Dhahabî écrivit à son sujet :

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Umar ibn Abd al-Aziz était un imam, un jurisconsulte, un mujtahid, un éminent spécialiste de la Sunna et du hadith, un homme de très grande dignité, un expert reconnu du hadith, un rapporteur de hadiths accepté et digne de confiance, un hafiz du hadith, un homme qui observait les commandements d’Allah, humble et dévoué à Allah.

Umar ibn Abd al-Aziz a rapporté un grand nombre de hadiths. Il a étudié et rapporté des hadiths auprès des muhaddithun suivants, parmi les Compagnons et les tabi‘un :

(1) Uqba ibn Amir (2) Yusuf ibn Abd Allah (3) Tamim al-Dari (ra) (4) Anas ibn Malik (ra) (5) Salim ibn Abd Allah ibn Umar (6) Mu‘awiya ibn Abi Sufyan (ra) (7) Aïcha (ra) (8) Asma bint Umayya (9) Khawla (10) Saïd ibn al-Musayyib (11) Abd Allah ibn Qaruz (12) Aban ibn Uthman (13) Abu Bakr ibn Abd al-Rahman ibn al-Harith ibn Hisham (14) Urwa ibn al-Zubayr (15) Muhammad ibn Abd Allah ibn Rawfal (16) Abu Burda (17) Abu Salama (18) Saïd ibn Khalid (19) Amir ibn Sa‘d (20) Yahya ibn al-Qasim (21) Qays ibn al-Harith (22) Abd al-Aziz (le père d’Umar) (23) Abd Allah ibn Mawhab (24) Ubada ibn Abd Allah (25) Ibn Shihab al-Zuhri (26) Rabi‘ ibn Sabura (27) Muhammad ibn Thabit ibn Shurahbil, ainsi qu’auprès de nombreux autres muhaddithun. — Introduction du Musnad d’Umar ibn Abd al-Aziz, édité par A. H. Hale.

Aucun autre tabi‘i ne connaissait par cœur autant de hadiths marfu‘. Ayyub al-Sakhtiyani disait :

« De tous ceux que j’ai rencontrés, je n’ai vu personne rapporter davantage de hadiths du noble Messager qu’Umar ibn Abd al-Aziz.

L’imam Makhul

L’imam Makhul commença sa vie comme esclave. Malgré cette condition, il se consacra à l’étude du savoir religieux. Dès qu’il eut recouvré sa liberté, il partit voyager à travers tout le monde musulman. Il se rendit dans chacun des centres de l’État islamique et y acquit tout le savoir du hadith qu’il lui était possible de recueillir. Il commença par assimiler les connaissances de l’Égypte. Il ne quitta pas l’Égypte avant d’en avoir épuisé l’étude.

Ensuite, il se rendit à Médine, puis partit pour l’Irak. Après avoir recueilli tout le patrimoine du hadith dans ces deux régions, il se dirigea vers la Syrie. Il étudia le hadith auprès de chacun des spécialistes syriens de son époque. En bref, dans le but d’étudier et de recueillir les hadiths, il parcourut les moindres recoins de tous les centres du monde musulman. Il dit lui-même : « À la recherche du savoir du hadith, j’ai parcouru le monde entier.

Il apprit les hadiths auprès de plusieurs Compagnons. Il s’agissait de : (1) Hadrat Anas (qu’Allah l’agrée), (2) Hadrat Abû Hinddârî (qu’Allah l’agrée), (3) Hadrat Wâsila ibn al-Asqa (qu’Allah l’agrée), (4) Hadrat Abû Imâm (qu’Allah l’agrée), (5) Hadrat Abd al-Rahmân ibn Ghanam (qu’Allah l’agrée), (6) Hadrat Abû Jandal ibn Suhayl (qu’Allah l’agrée).

En outre, il apprit également les hadiths auprès de célèbres tabi‘ûn, tels que Sa‘îd ibn al-Musayyib, Masrûq, Zubayr ibn Nufayr, Qarîb Abû Muslim, ‘Urwa ibn al-Zubayr et Mughîra ibn Kathîr.

Selon le récit de l’historien Ibn Sa‘d, il mourut en l’an 112, 113 ou 118 de l’hégire. La date de sa naissance est totalement inconnue. Il rédigea deux ouvrages sur les hadiths et le fiqh. Pourtant, jusqu’à cette époque, le travail de rédaction d’ouvrages n’avait même pas commencé.

L’imâm Sha‘bî

L’imâm Sha‘bî était le plus éminent spécialiste des hadiths parmi les tabi‘ûn de son époque. Lorsqu’il atteignit l’âge adulte, un grand nombre de Compagnons étaient encore en vie et présents dans la ville de Kûfa. Il leur rendait régulièrement visite. Au cours de sa vie, il eut la chance de rencontrer près de cinq cents Compagnons. Parmi eux, il étudia véritablement les hadiths auprès de quarante-huit Compagnons. Il demeura successivement pendant dix mois au service de Hadrat Abdullâh ibn Umar, auprès duquel il acquit une connaissance profonde et étendue des hadiths.

Pour apprendre et recueillir les hadiths, il dut consentir à des efforts et à des souffrances extrêmes. Lorsqu’on lui demanda comment il avait maîtrisé cet océan de connaissances en matière de hadiths, il répondit : « En abandonnant toute autre préoccupation, en parcourant des contrées lointaines, en dépensant mes forces comme un âne et en supportant de me lever à l’aube comme un corbeau. » L’étendue et la profondeur de ses connaissances des hadiths sont attestées par l’une de ses propres paroles. Il dit :

Pendant vingt ans, je n’ai entendu de personne un hadith au sujet duquel je n’étais pas mieux informé que le rapporteur même de ce hadith.

Il ne fut pas seulement le maître de l’imâm Abû Hanîfa ; selon le hâfiz al-Dhahabî, il fut son principal maître.

 

L’expédition à la recherche des hadiths

Pour apprendre les hadiths et les recueillir et les compiler, renoncer à toute préoccupation concernant leur foyer et leur prospérité familiale, puis parcourir, dans leur propre pays comme à l’étranger, de longues routes difficiles et montagneuses, constituait pour nombre de penseurs musulmans un pieux engagement. Le Coran et les hadiths ont vivement encouragé cette œuvre. La récompense immense qui lui est attachée a également été proclamée en termes parfaitement clairs. Voyager à l’étranger pour acquérir la connaissance relative à la religion, revenir ensuite dans son propre pays après y avoir recueilli ce précieux savoir et appeler les populations de son pays à adopter l’idéal de vie islamique constituent en vérité une grande et noble responsabilité de la nation musulmane. En lisant les récits étonnants des efforts inlassables déployés à cet égard par les Compagnons vénérables, les tâbi‘ûn et les chercheurs du savoir des générations postérieures, on a l’impression qu’ils se sont lancés dans cette entreprise en la considérant comme un engagement pieux, indispensable, et comme un devoir. D’un côté, le Noble Coran a rapporté le récit du voyage du prophète Moïse jusqu’à « Majma‘ al-Bahrayn » (le confluent des deux mers) dans le but d’acquérir le savoir ; de l’autre, il a formulé l’exhortation suivante concernant le voyage à l’étranger afin d’acquérir la connaissance et la compréhension de la religion :

******************************************************

Il n’est certes pas nécessaire que tous les croyants sortent ensemble de leurs foyers ; mais pourquoi quelques personnes de chaque groupe et de chaque communauté ne sortiraient-elles pas de chez elles afin d’acquérir une connaissance exacte et une compréhension profonde de la religion, pour revenir ensuite auprès des leurs et les avertir au sujet d’Allah ? Ainsi, on peut espérer qu’ils deviendront vigilants et commenceront à observer la crainte révérencielle. [Sourate at-Tawbah, 15e rukū‘, verset 122.]

On trouve un certain nombre de hadiths qui appuient cette directive explicite du Coran. À ce propos, le hadith rapporté par Hazrat Abû Hurayra et cité ci-dessous est le premier à retenir l’attention.

Le noble Messager (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui) a dit :

******************************************************

Quiconque parcourt ne serait-ce qu’une partie du chemin dans le but de rechercher le savoir, Allah lui facilitera en retour le chemin menant au Paradis. [Al-Bukhârî, tome 1, page 16.]

Il a été rapporté d’après Anas (r.a.) que le Noble Prophète (s) a dit :

******************************************************

Celui qui sort de chez lui dans le but d’acquérir la science, son voyage sera un voyage dans le sentier d’Allah jusqu’à son retour chez lui.[Tirmidhî, ******************** Sunan ad-Dârimî.]

Il va sans dire que, dans tous les hadiths de cette section, la science islamique pour laquelle il est recommandé de partir peut être la science relative au Coran et aux hadiths, et en particulier la science du hadith.

(a)

L’époque des Compagnons

Du vivant même du Noble Prophète (s), les différentes tribus d’Arabie venaient se rassembler auprès de lui depuis des contrées lointaines, recueillaient les connaissances et informations nécessaires, puis retournaient dans leurs pays respectifs. Cela était également vrai, individuellement, pour les Compagnons qui venaient de près ou de loin.

Hadrat ‘Uqbah ibn al-Hârith (r.a.) vint à Médine depuis un lieu éloigné afin de connaître la décision concernant une affaire relative à son mariage. Après avoir appris auprès du Hadrat la décision de la Loi sacrée, il repartit vers sa demeure et, conformément à cette décision, se sépara de sa mère de lait qu’il avait prise pour épouse.[Bukhârî Sharîf, tome 1, page 19.] Dans l’histoire des débuts de l’islam, le nombre de faits de ce genre est incalculable. En effet, à cette époque, les musulmans vivant dans des contrées éloignées n’avaient aucun autre moyen de connaître l’islam.

Certes, les gens de la Suffa demeuraient en permanence presque vingt-quatre heures sur vingt-quatre auprès du Messager et restaient toujours désireux et empressés d’acquérir le savoir auprès du Messager (que la paix et les bénédictions de Dieu soient sur lui). Après le décès du Noble Prophète (que la paix et les bénédictions de Dieu soient sur lui), nombre de ses Compagnons se dispersèrent et se répartirent dans les différents centres du monde musulman. C’est pourquoi il devint nécessaire de voyager à l’étranger et de parcourir les contrées lointaines à la recherche des hadiths. Depuis l’époque des Compagnons jusqu’aux générations musulmanes ultérieures, les musulmans durent endurer d’immenses difficultés et entreprendre des voyages à l’étranger pour chaque hadith. Ce lieu devint le centre vital de l’enseignement des hadiths.[********************]

Il est mentionné dans le Sahih al-Bukhari que Jabir ibn Abdallah (que Dieu l’agrée) parcourut une distance d’un mois de voyage afin d’entendre un hadith d’Abdallah ibn Unays. Il avait appris qu’Abdallah ibn Unays (que Dieu l’agrée), qui résidait dans la lointaine Syrie, connaissait un hadith du Noble Messager que nul autre ne détenait. Dès qu’il reçut cette information, il acheta un chameau et partit en direction de la Syrie. Après avoir parcouru un mois de voyage, il arriva en un lieu déterminé de la campagne syrienne et rencontra Abdallah ibn Unays. S’adressant à lui, il dit :

******************************************************

« Un hadith m’est parvenu de ta part, que tu as entendu du Messager. J’ai craint de mourir avant de l’entendre de tes propres lèvres et de mes propres oreilles ; c’est par crainte de cela que je me suis présenté sans délai auprès de toi. »[********************]

Alors Abdallah ibn Unays (que Dieu l’agrée) récita de mémoire le hadith demandé. Le hadith est le suivant :

******************************************************

J’ai entendu le Noble Messager (que la paix et les bénédictions de Dieu soient sur lui) dire qu’Allah réunira les serviteurs sur le lieu du rassemblement et s’adressera à eux d’une voix que les personnes proches comme celles qui seront éloignées entendront de manière égale. Allah proclamera : « Je suis le Maître, je suis le Roi, je suis le Bienfaiteur. »[Sahih al-Bukhari, tome 2 – *************************** page 1114. Dans l’ouvrage Tadhkirat al-Huffaz, un hadith relatif au qisas est mentionné à ce propos, tome 1, page 43.]

Alors que Muslimah ibn Makhlad (que Dieu l’agrée) résidait en Égypte, Jabir ibn Abdallah (que Dieu l’agrée) se rendit auprès de lui au prix de grandes difficultés afin d’apprendre un hadith relatif au « qisas », et lui dit : « C’est animé du désir ardent d’apprendre ce hadith que je suis venu auprès de vous, et je souhaite le connaître avant que l’un de nous deux ne meure.[********************]

Un Compagnon s’était rendu en Égypte, venant d’une contrée éloignée, auprès de Fudala ibn Ubayd (qu’Allah l’agrée). Fudala l’accueillit avec les plus grands égards. Il lui dit : « Je ne suis pas venu auprès de vous uniquement pour vous rendre visite. Je suis venu avec un objectif particulier. Vous et moi avions entendu ensemble un hadith du Messager bien-aimé d’Allah ; vous devez probablement vous en souvenir très bien. Je suis venu ici précisément pour l’entendre de nouveau de votre bouche. »

Fudala lui récita alors le hadith qu’il souhaitait entendre, puis, l’ayant appris, ce Compagnon retourna dans son pays. [Dârimi, Abû Dâwûd, Musnad d’Ahmad, tome VI, p. 22.]

Sous le règne de Mu‘âwiya, Abû Ayyûb al-Ansârî (qu’Allah l’agrée) se rendit de Médine auprès de ‘Uqba ibn ‘Âmir al-Juhanî (qu’Allah l’agrée), qui résidait dans un village isolé d’Égypte, dans le seul but d’entendre un hadith. Ayant appris la nouvelle, ‘Uqba sortit et serra le vénérable Ayyûb (qu’Allah l’agrée) contre sa poitrine. Il lui demanda :

« Abû Ayyûb ! Pour quelle raison êtes-vous venu de si loin jusqu’à moi ? » Abû Ayyûb (qu’Allah l’agrée) répondit alors :

******************************************************

« J’avais entendu du Messager d’Allah un hadith au sujet du satr du croyant — c’est-à-dire le fait de garder secrètes certaines choses —, mais à présent, en dehors de toi et de moi, plus personne au monde parmi ceux qui l’avaient entendu n’est encore en vie. C’est pourquoi, désireux de l’entendre de nouveau de ta bouche, je suis venu de si loin. »

‘Uqba lui récita alors le hadith dans les termes suivants :

******************************************************

Quiconque, en ce monde, dissimulera une action honteuse et humiliante d’un croyant, Allah dissimulera — c’est-à-dire pardonnera — ses péchés au Jour de la Résurrection.

Après avoir entendu le hadith demandé, Hadrat Abû Ayyûb dit : ******************** « Tu as dit juste, tu as dit vrai. » Puis il monta sur un chameau et partit vers Médine avec une telle rapidité que Muslimah ibn Makhlad, alors gouverneur de l’Égypte, avait beau avoir préparé de nombreux cadeaux pour lui, il ne put les lui remettre ; car il ne voulut pas même retarder son départ un seul instant.[Bayhaqî, Ibn Mâjah, Jâmi‘ Bayân al-‘Ilm, Musnad Ahmad, vol. 4, p. ******************** Al-Hadîth al-Muhaddithûn, p. 110.]

Un jour, le Noble Prophète (s) rapporta un hadith. Hadrat Sâ’ib ibn Khallâd et Hadrat ‘Uqbah ibn ‘Âmir, présents à l’assemblée, l’entendirent également. Par la suite, un certain oubli survint dans l’esprit de Hadrat Sâ’ib au sujet de ce hadith, et un doute naquit quant à sa formulation. Mais, estimant qu’il ne convenait en aucune manière de nourrir le moindre doute dans son cœur au sujet d’un hadith, il se rendit auprès de Hadrat ‘Uqbah, qui se trouvait en Égypte, afin de réentendre le hadith et de dissiper son erreur et son doute. Il se présenta d’abord auprès de Muslim ibn Makhlad, gouverneur de l’Égypte. Celui-ci, heureux de l’accueillir comme hôte, le reçut avec une grande satisfaction. Mais Hadrat Sâ’ib dit : « Je ne suis pas disposé à m’attarder où que ce soit ; il est indispensable que je rencontre ‘Uqbah sans délai. » Il se rendit ensuite auprès de ‘Uqbah et compara le hadith avec celui qui avait été conservé. Après s’être assuré avec certitude de son exactitude et de son authenticité, il trouva l’apaisement.[********************]

Lorsque les Compagnons divergeaient au sujet de l’explication et de la signification d’un verset du Noble Coran, ils voyageaient également dans des contrées lointaines afin d’en obtenir la résolution auprès d’un spécialiste. Hadrat Sa‘îd ibn Jubayr (r) dit :

******************************************************

Les habitants de Koufa divergeaient au sujet du verset coranique : « Quiconque tuera volontairement un croyant, sa demeure sera l’Enfer. » Je me rendis donc auprès d’Ibn ‘Abbâs et l’interrogeai à ce sujet. Il dit : « C’est le dernier verset à avoir été révélé. Rien n’a pu l’abroger ni l’annuler. »[********************]

Hadrat Abû al-Dardâ’ (r) dit :

******************************************************

Si un verset du Coran m’était difficile à comprendre, quand bien même il m’aurait fallu me rendre auprès d’un homme résidant à cinq nuits de marche de La Mecque pour en obtenir l’explication, je m’y serais rendu.[********************]

L’un des Compagnons s’efforça d’apprendre et de recueillir les hadiths du Messager auprès d’un autre Compagnon résidant en un lieu éloigné, même par voie de correspondance.

Hazrat Mu‘awiya envoya de Damas une lettre à Hazrat Mughira, à Koufa. Il y écrivit :

******************************************************

Écrivez-moi et envoyez-moi tout ce que vous avez entendu du Messager.

Hazrat Mughira lui écrivit alors : Le Noble Prophète (s) récitait l’invocation suivante après chaque prière :

******************************************************

Nul n’est digne d’adoration en dehors d’Allah ; Il est Un et unique. La souveraineté et la royauté n’appartiennent qu’à Lui ; à Lui seul revient toute louange, et Il est tout-puissant. Ô Allah ! Nul ne peut donner ce que Tu donnes. Aucun simple effort ne peut produire le contraire de cela. Il lui écrivit également ceci :

******************************************************

Le Noble Prophète (s) interdisait de se livrer à des disputes inutiles et dénuées de sens, de poser sans cesse des questions en grand nombre et de dilapider les biens. Il interdisait également de rompre les liens avec sa mère ou de la maltraiter, ainsi que de tuer secrètement les filles. (Tous ces détails sont mentionnés dans le Sahih al-Bukhari, tome 2, p. 1083, et tome 7, p. 958.)

Durant leurs califats respectifs, les califes bien guidés écrivaient et envoyaient les hadiths nécessaires aux responsables de différentes régions, dans l’exercice de leurs fonctions califales.

Abû ‘Uthmân dit :

******************************************************

Nous étions stationnés avec le commandant ‘Utba ibn Farqad en Azerbaïdjan. C’est alors que la lettre de ‘Umar al-Fârûq nous parvint, adressée à ‘Utba. Elle disait : Le Noble Prophète (s) a dit que seul peut porter un vêtement de soie l’homme qui n’aura aucune part dans l’au-delà. (Sahih al-Bukhari, tome 2, p. 867.)

Lorsque cela était nécessaire, les Compagnons écrivaient eux-mêmes les hadiths du Messager (s) et se les envoyaient les uns aux autres. Quand ‘Umar ibn ‘Ubaydullah se rendit à Harûrâ’, le vénérable ‘Abdullah ibn Abî Awfâ (ra) lui écrivit :

******************************************************

Le noble Messager (S) attendait avec impatience, un jour de sa vie, l’affrontement avec l’armée ennemie. Finalement, lorsque le soleil commença à décliner, il se tint debout devant ses compagnons et dit : « Ô gens ! Ne souhaitez pas affronter et rencontrer l’ennemi ; demandez plutôt à Allah la paix et la sécurité. Mais si vous rencontrez malgré tout l’ennemi, poursuivez le combat avec une patience infinie. Sachez que le Paradis se trouve à l’ombre des épées. » Puis le noble Prophète (S) se leva et récita l’invocation suivante :

Ô Allah ! Toi qui as fait descendre le Livre, qui diriges les nuages et qui vaincs les armées ennemies ! Fais-les subir la défaite et écrase-les, et accorde-nous la victoire sur eux. [Sahih Muslim, 2e tome, ******************** page 84.]

Les nobles Compagnons (qu’Allah les agrée) s’interrogeaient mutuellement au sujet des hadiths afin d’en vérifier l’authenticité. Le vénérable Abdullah ibn Amr (qu’Allah l’agrée) vint une fois à La Mecque à l’occasion du pèlerinage. Alors, un hadith de sa part parvint à Aïcha (qu’Allah l’agrée). Lorsque, l’année suivante, le vénérable Abdullah vint de nouveau accomplir le pèlerinage, Aïcha (qu’Allah l’agrée) dit à son neveu Urwa :

******************************************************

« Ô fils de ma sœur ! Va trouver Abdullah et vérifie pour moi auprès de lui le récit que tu m’avais rapporté de sa part. »

Urwa dit : « Je me rendis auprès du vénérable Abdullah et lui demandai de me raconter de nouveau ce hadith. Il le rapporta cette fois exactement de la même manière que l’année précédente. Lorsque je revins auprès de Aïcha et le lui révélai, elle en fut très étonnée et dit :

******************************************************

« Par Allah, Abdullah ibn Amr s’en est souvenu correctement. » [Sahih al-Bukhari, 2e tome, page 1086.]

On comprend également très clairement, d’après la déclaration suivante de Ḥaḍrat Ibn ʿAbbās, les voyages à l’étranger que les Compagnons entreprenaient pour obtenir des hadiths, ainsi que les grandes peines et l’endurance qu’ils supportaient pour les apprendre. Il dit :

******************************************************

Lorsqu’un hadith rapporté par une autre personne nous parvenait, j’aurais très facilement pu envoyer quelqu’un la chercher et lui demander de venir me rapporter ce hadith. Mais, au lieu de cela, j’allais moi-même auprès d’elle et je m’étendais devant sa maison. Lorsqu’elle sortait de chez elle, elle me rapportait alors ce hadith.

Cela montre que les Compagnons ne se contentaient pas d’entendre de la bouche des gens un hadith rapporté par un autre Compagnon, et ne l’acceptaient pas immédiatement comme étant incontestable. Au contraire, ils s’efforçaient de l’entendre directement de la bouche de celui qui l’avait rapporté à l’origine. C’est pourquoi ils se rendaient devant la maison du rapporteur. Cependant, ils n’aimaient pas le faire appeler pour le faire sortir de chez lui ; ils attendaient plutôt qu’il sorte lui-même. On peut mesurer la longueur de cette attente au fait que ceux qui attendaient finissaient, à force d’attendre, par se fatiguer et s’allongeaient, épuisés, devant la maison. Cette endurance des Compagnons, destinée à obtenir les hadiths avec exactitude, est véritablement étonnante.

(b)

L’époque des Tabi‘ûn

Un bref exposé de l’expédition de collecte des hadiths à l’époque des Compagnons a été présenté ci-dessus. On peut très facilement se faire une idée générale de l’ensemble des travaux accomplis durant cette phase de la collecte des hadiths à partir de l’exposé succinct qui précède. En un mot, on peut dire que l’expédition de collecte des hadiths n’a fait que commencer à l’époque des Compagnons, tandis qu’à l’époque des Tabi‘ûn elle fut menée de manière plus développée et sur une base beaucoup plus vaste. En particulier, les rapporteurs de hadiths de l’époque des Tabi‘ûn ne se contentaient pas d’entendre les hadiths auprès d’une seule personne ou auprès des Compagnons résidant dans leur propre ville. C’est pourquoi ils furent obligés de voyager vers de nombreuses villes, agglomérations et régions, proches ou éloignées. Ils eurent ainsi l’occasion d’entendre un même hadith auprès d’un grand nombre de rapporteurs originels, ainsi que d’entendre et de recueillir un grand nombre de hadiths auprès de nombreux rapporteurs. Il en résulta dans leur esprit une conviction ferme au sujet des hadiths.

Le récit présenté ci-dessous permettra de comprendre clairement les travaux accomplis à cette époque.

Saïd ibn al-Musayyib dit :

******************************************************

Dans le seul but d’obtenir un hadith, je voyageais durant plusieurs jours et plusieurs nuits consécutifs.[********************]

Al-Cha‘bi, un tabi‘i résidant dans la ville de Koufa, rapporta un jour un long hadith au sujet de la récompense réservée à celui qui enseigne la science religieuse à ses enfants et à ses esclaves et les forme à avoir un bon caractère. Après avoir achevé le récit de ce hadith, il s’adressa à ses élèves en ces termes :

******************************************************

Accueillez bien ce hadith ; vous n’avez rien eu à donner en échange (vous n’avez eu à supporter aucune difficulté). Pourtant, il fut un temps où chacun devait voyager jusqu’à Médine depuis Fâ pour quelques paroles encore moins nombreuses que celles-ci.[******************** Le hadith original est cité dans le Kitab al-‘Ilm du premier volume de l’ouvrage de Boukhari.]

Busr ibn Abdallah al-Hadrami dit :

******************************************************

Même s’il nous fallait parcourir différentes villes pour un seul hadith, nous le faisions. [********************]

Voici le récit détaillé des efforts déployés par quelques célèbres tabi‘î pour recueillir les hadiths :

Le célèbre tabi‘î ‘Ubaydullah ibn ‘Adî apprit que le vénérable ‘Alî (qu’Allah l’agrée) détenait un hadith qu’il n’avait lui-même jamais pu trouver ni apprendre de qui que ce fût, malgré ses recherches. Il pensa alors que, s’il ne l’apprenait pas sans délai et ne le faisait pas connaître au public, toute la communauté risquait d’en être privée. C’est pourquoi il partit très rapidement pour l’Irak, afin de rencontrer le vénérable ‘Alî (qu’Allah l’agrée). [********************]

Le tabi‘î Kathîr ibn Qays raconte : Nous étions assis avec le vénérable Abû al-Dardâ’ (qu’Allah l’agrée) dans la mosquée جامع de Damas. Sur ces entrefaites, un homme se présenta devant lui et dit : « Ô Abû al-Dardâ’ ! J’ai entendu dire que vous rapportez, de la part du Messager, un hadith particulier. Je suis venu de Médine uniquement pour entendre ce hadith, parcourant pour cela cette longue distance. » Le vénérable Abû al-Dardâ’ (qu’Allah l’agrée) lui demanda : « Vous n’êtes pas venu ici dans quelque autre but, pour une affaire commerciale ou quelque activité de commerce ? » L’étranger répondit : « Non, je ne suis venu pour aucun autre motif. » Alors le vénérable Abû al-Dardâ’ (qu’Allah l’agrée) lui rapporta le hadith suivant :

******************************************************

J’ai entendu le noble Messager d’Allah (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui) dire : « Celui qui suit un chemin à la recherche du savoir, Allah lui aplanira et lui facilitera l’un des innombrables chemins du Paradis. En vérité, les anges étendent leurs ailes par satisfaction envers celui qui recherche le savoir, et tout ce qui se trouve dans les cieux et sur la terre — jusqu’aux poissons au fond des eaux — demande à Allah de pardonner les péchés de celui qui recherche le savoir. En outre, la supériorité du savant sur l’adorateur est comparable à la supériorité de la lune sur l’ensemble des étoiles. Les savants sont les héritiers des prophètes. Les prophètes ne laissent jamais l’argent et les biens comme héritage ; ils ne laissent que le savoir et la connaissance. Ainsi, celui qui les reçoit obtient sa part — ou, selon une autre formulation, il reçoit une part pleine et abondante. [Ce hadith est rapporté dans des recueils authentiques tels que le Musnad d’Ahmad, les Sunan d’Abû Dâwûd, de Tirmidhî et d’Ibn Mâjah, entre autres. Bien que leurs termes et leur formulation diffèrent quelque peu, la version citée ici est celle rapportée dans les Sunan d’al-Dârimî.]»

Une parole de Basr ibn ‘Ubaydullah mérite d’être mentionnée ici. Il dit : « J’ai parcouru et cherché dans d’innombrables villes et cités pour un seul hadith. [Dârimî, p. 74.]

Le tabi‘î Abû al-‘Âliya raconte :

******************************************************

Nous entendions, alors que nous séjournions à Bassora, les hadiths rapportés par les Compagnons résidant à Médine, par l’intermédiaire d’autres personnes ; mais nous n’éprouvions aucune tranquillité avant de les avoir entendus directement de la bouche du Compagnon qui les rapportait et qui résidait à Médine, et nous ne les rapportions pas non plus à autrui. Dārimī, p. 74.

Abū Qilāba (ʿAbd Allāh ibn Zayd al-Juramī al-Baṣrī) dit :

******************************************************

Je suis resté trois jours — ou trois mois, ou trois ans — à Médine, dans l’attente qu’un homme qui détenait un hadith vienne, afin que je l’entende de sa bouche.

Le traditionniste tābiʿī Makḥūl (Abū ʿAbd Allāh ibn Abī Muslim) voyagea d’Égypte au Ḥijāz, du Ḥijāz en Iraq, puis de l’Iraq en Syrie, pour un seul hadith ; c’est là qu’il entendit finalement le hadith recherché.

En somme, grâce aux efforts des chercheurs de hadith de l’époque des tābiʿūn, à leurs rencontres mutuelles et à leurs voyages incessants de pays en pays pour recueillir les hadiths, la diffusion et la propagation d’un grand nombre de hadiths devinrent possibles. Les Compagnons s’étaient dispersés dans les différentes villes et régions du monde musulman ; chacun d’eux, demeurant dans son propre lieu, y diffusait les hadiths et les enseignait. Leurs disciples, les tābiʿūn, se déplaçaient de ville en ville et de pays en pays afin de recueillir les hadiths, apprenant et collectant différents hadiths auprès de différents Compagnons ; ou bien ils entendaient le même hadith auprès de plusieurs Compagnons. Ainsi, le patrimoine des hadiths prit dans son ensemble une ampleur et une abondance considérables.

On peut en donner l’exemple suivant : ʿAmr ibn al-ʿĀṣ (qu’Allah l’agrée) résidait en Égypte et y exposait aux habitants les paroles, les actes et les approbations du Messager. Il rapportait également les décisions judiciaires rendues à l’époque du Noble Messager et des califes bien guidés. Ainsi, seuls les habitants de la région pouvaient bénéficier de ces précieux trésors du savoir islamique. Mais à l’époque des tābiʿūn, lorsque ces habitants de l’Égypte commencèrent eux-mêmes à se rendre à Damas, Kūfa, Bassora, Médine et dans les autres centres du hadith ainsi que dans les lieux de résidence des Compagnons pour y recueillir les hadiths, leur connaissance des hadiths devint extrêmement vaste et étendue. Les tābiʿūn qui auparavant ne rapportaient un hadith que par l’intermédiaire d’un seul Compagnon furent désormais capables de le rapporter selon diverses chaînes de transmission. Si l’on examine, du point de vue de la science du hadith, les voyages de ces tābiʿūn à travers les pays proches et lointains, on en comprend aisément l’importance. En vérité, si cette entreprise de collecte des hadiths n’avait pas été menée à l’époque des tābiʿūn, de nombreux hadiths auraient sans aucun doute disparu dans les profondeurs insondables de l’oubli et seraient restés hors de la portée des connaissances du commun des gens.

Il convient de mentionner à ce propos que cette campagne de collecte des hadiths menée par les tabi‘is a exercé une influence particulière sur la compilation des recueils de hadiths ultérieurs. En effet, les compilateurs de recueils de hadiths qui se sont contentés de rassembler les hadiths diffusés dans leur propre ville, sans se rendre dans d’autres centres de hadiths ni voyager de pays en pays pour en recueillir, n’ont vu la moindre valeur reconnue à leurs compilations par la société. De plus, on leur a dit :

******************************************************

Il s’est égaré loin de la véritable voie de la guidance et est incapable de démontrer la validité de la voie de la guidance et de la vérité.

Le célèbre tabi‘i Yahya ibn Ma‘in a dit :

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On ne peut espérer la véritable guidance de quatre catégories de personnes. Les voici : le gardien d’une compétence artistique subtile, le porte-parole du juge, le fils d’un adepte de l’innovation religieuse, et celui qui ne voyage pas à l’étranger à la recherche des hadiths, mais ne compile que ceux qu’il trouve dans sa propre ville.

Pourtant, les moyens de transport et les itinéraires de voyage de cette époque étaient extrêmement difficiles, impraticables et dangereux. Ils devaient, montés à cheval ou à dos de chameau, traverser de vastes déserts, des régions montagneuses et des pistes forestières éloignées et difficiles d’accès ; leurs voyages se poursuivaient nuit après nuit, mois après mois et année après année. Il est facile d’imaginer combien ces efforts étaient pénibles. Mais ces épreuves et ces souffrances leur paraissaient tout à fait insignifiantes. Après avoir enduré des peines aussi inhumaines, les trésors de hadiths qu’ils acquéraient faisaient jaillir dans leur cœur un flot de joie pure, et c’est par cela que leur vie trouvait son accomplissement et son succès. En vérité, c’était une contribution extraordinaire et bienfaisante de leur part envers l’ensemble des musulmans du monde. Les musulmans du monde entier ne pourront jamais oublier cette contribution.

(c)

L’époque des tābiʿ al-tābiʿīn

L’entreprise de collecte des hadiths, commencée à l’époque des tābiʿīn, se poursuivit sans interruption pendant les deux ou trois siècles suivants. À l’époque des tābiʿ al-tābiʿīn, sa nécessité n’avait nullement diminué, pas plus que cette entreprise ne s’était en rien affaiblie ou interrompue. Nous constatons au contraire qu’au cours de la période des tābiʿ al-tābiʿīn, elle prit une ampleur encore plus grande qu’auparavant. Après les tābiʿīn, la communauté des tābiʿ al-tābiʿīn, formés et éduqués par eux, assuma pleinement sur ses épaules cette noble mission et entreprit de s’acquitter de cette difficile responsabilité en tenant compte des circonstances et des besoins de son époque. Comme leurs prédécesseurs, ils durent eux aussi endurer d’immenses peines et difficultés sur cette voie.

Il est difficile de déterminer l’époque des tābiʿ al-tābiʿīn d’après les dates et les années, tout comme il est difficile de fixer celle des tābiʿīn. Il est réellement impossible de dire avec précision quand et en quelle année leur époque commença, et quand elle prit fin. Certains faits et certains indices permettent d’affirmer que l’époque des tābiʿīn avait commencé dès l’époque du Prophète éminent (s). En effet, on trouve à cette époque quelques hommes éminents qui, bien qu’ils n’aient pu contempler de leurs propres yeux le visage béni du Messager éminent, acceptèrent avec une sincérité véritable l’appel de l’islam dès qu’il parvint à leurs oreilles. On peut mentionner à ce propos le nom d’Uwaïs al-Qaranī et celui d’Aṣḥama, le roi d’Abyssinie. On peut donc dire que, pendant près d’un siècle, l’époque des Compagnons et celle des tābiʿīn se déroulèrent simultanément, côte à côte. Mais à la fin du premier siècle de l’Hégire, cette époque prit également fin. Alors commença aussitôt l’époque des hommes formés, instruits et préparés par les tābiʿīn, c’est-à-dire l’époque des tābiʿ al-tābiʿīn. Toutefois, l’époque des tābiʿīn n’était pas encore achevée. Elle se poursuivit au contraire parallèlement à celle des tābiʿ al-tābiʿīn, et les deux se déroulèrent simultanément pendant près de trois quarts de siècle.

De même, il est difficile de déterminer, sur la base des dates et des années, quand l’époque des tābiʿ al-tābiʿīn commença exactement et quand elle prit fin. Toutefois, en se fondant sur les dates de naissance de certains tābiʿ al-tābiʿīn et les années de décès de certains tābiʿīn, on peut dire que cette époque commença dès la fin du premier siècle de l’Hégire. À titre d’exemple, l’imam Shuʿba naquit en l’an 80 de l’Hégire, et l’imam Abū Ḥanīfa naquit également cette année-là. Pourtant, tous les biographes classent l’imam Shuʿba parmi les tābiʿ al-tābiʿīn et l’imam Abū Ḥanīfa parmi les tābiʿīn. Malgré cela, la vérité est que l’époque proprement dite des tābiʿ al-tābiʿīn commença au premier quart du IIe siècle de l’Hégire et prit fin au premier quart du IIIe siècle. En effet, nombreux furent les tābiʿīn qui moururent entre 164 et 174 de l’Hégire. En d’autres termes, l’époque des tābiʿ al-tābiʿīn s’étendit du règne du deuxième calife omeyyade, al-Walīd, jusqu’à celui du dixième calife abbasside, al-Mutawakkil.

Comme je l’ai déjà dit, l’étude, la transmission et la collecte des hadiths se poursuivirent durant cette époque de manière encore plus vaste et plus approfondie qu’auparavant. Parmi ceux qui, à cette époque, acquirent la plus grande maîtrise et la plus grande renommée dans la science du hadith, les personnes suivantes méritent une mention particulière :

(1) l’imam Abū Ḥanīfa ; (2) l’imam Mālik ; (3) l’imam Abū Yūsuf ; (4) l’imam Muḥammad al-Shaybānī ; (5) l’imam al-Awzāʿī ; (6) l’imam Ibn Jurayj ; (7) l’imam Isḥāq ibn Rāhwayh ; (8) l’imam Sufyān ibn ʿUyayna ; (9) ʿAbd Allāh ibn al-Mubārak ; (10) l’imam Shuʿba ; (11) Musʿir ibn Qudām ; (12) ʿAbd Allāh ibn Wahb ; (13) Yaḥyā ibn Maʿīn ; (14) ʿAlī ibn al-Madīnī ; (15) l’imam al-Layth ibn Saʿd ; (16) Ḥaḍrat Fuḍayl ibn ʿIyāḍ ; et (17) Yaḥyā ibn Ādam (r).

Nous présenterons ici brièvement l’étude et l’entreprise de collecte des hadiths de quelques-uns des principaux personnages parmi eux.

L’imam Abū Ḥanīfa (r)

De nombreux désaccords sont apparus quant à savoir si l’imam Abû Hanîfa (r) était un tābiʿī ou un tābiʿ al-tābiʿīn. Puisque l’imam Abû Hanîfa n’a rapporté de hadith d’aucun Compagnon — les hadiths dont certains milieux ont diffusé l’idée qu’il les aurait rapportés étant non authentifiés et n’ayant pas résisté à l’examen critique de la science du hadith — certains historiens ont même refusé de le considérer comme un « tābiʿī ». Toutefois, sur la base de preuves historiques irréfutables, on peut affirmer avec force que l’imam Abû Hanîfa (r) a rencontré des Compagnons. En effet, l’imam Abû Hanîfa naquit à Koufa en l’an 80 de l’Hégire. [********************] À cette époque, le Compagnon du Prophète, le vénérable ʿAbd Allâh ibn Abî Awfâ (r.a.), était encore vivant dans cette ville. Il mourut en l’an 81 de l’Hégire ou après. Selon le récit d’Ibn ʿAbd al-Barr, il mourut en l’an 87 de l’Hégire. [********************] L’historien Ibn Saʿd a écrit : l’imam Abû Hanîfa (r) vit le vénérable Anas ibn Mâlik (r.a.). En effet, celui-ci mourut à Bassora en l’an 91 de l’Hégire, ou, selon Ibn ʿAbd al-Barr, en l’an 99 de l’Hégire.[********************]

En outre, le vénérable Sahl ibn Saʿd al-Sâʿidî résidait à Médine, tandis que le vénérable Abû al-Tufayl ʿÂmir ibn Wâthila résidait à La Mecque. Il n’est donc pas possible de considérer comme impossible que l’imam Abû Hanîfa ait rencontré un Compagnon.[********************]

L’érudit Ibn Hajar al-Makkî, auteur du commentaire du Mishkât Sharîf, a écrit en se fondant sur une fatwa rendue par le hâfiz Ibn Hajar al-ʿAsqalânî :

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Lorsque l’imam Abû Hanîfa naquit à Koufa en l’an 80 de l’Hégire, il eut l’occasion d’y voir un groupe de Compagnons qui y résidaient. En revanche, ses contemporains, les imams al-Awzâʿî de Syrie, Hammâd ibn Salama et Hammâd ibn Zayd de Bassora, Sufyân al-Thawrî de Koufa, Mâlik de Médine et al-Layth ibn Saʿd d’Égypte, entre autres, n’obtinrent pas cet honneur. (Aucun d’eux n’était tābiʿī).[********************]

Ibn Hajar al-Makkî a écrit dans son commentaire du Mishkât :

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L’imam suprême Abû Hanîfa rencontra huit Compagnons. Parmi eux, les vénérables Anas ibn Mâlik, ʿAbd Allâh ibn Abî Awfâ, Sahl ibn Saʿd et Abû al-Tufayl (r.a.) sont particulièrement dignes d’être mentionnés.[********************]

L’Allama Alâ’ al-Dîn a écrit dans la préface de l’ouvrage « Dur al-Mukhtâr » :

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En raison de son âge, il a rencontré près d’une vingtaine de Compagnons.[********************]

Citant l’ouvrage « Munyat al-Muftî », il a également écrit :

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Il est établi comme un fait avéré que l’imam Abû Hanîfa a entendu des hadiths de sept Compagnons.[********************]

Sur la base de toutes ces citations, on peut dire que l’imam Abû Hanîfa (r) était un tâbi‘î.

L’Allama Ibn Âbidîn a écrit :

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À tous égards, l’imam Abû Hanîfa était un tâbi‘î. Le muhaddith adh-Dhahabî et le muhaddith al-‘Asqalânî l’ont affirmé avec la plus grande assurance.

Toutefois, le célèbre muhaddith de notre époque, l’Allâma Shâh Anwâr Kashmîrî (r), est d’un avis différent. Il a déclaré :

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Il était tâbi‘î du point de vue de la rencontre, mais tâbi‘ at-tâbi‘în du point de vue de la transmission des hadîths.

Lorsque l’imam Abû Hanîfa entreprit d’étudier les hadîths, l’ensemble du monde musulman résonnait de leur étude. Dans chaque ville et chaque localité, de grands cercles consacrés à la transmission des hadîths avaient été établis. Près de dix mille Compagnons s’étaient dispersés partout, et le nombre de ceux qui étudiaient les hadîths auprès d’eux atteignait plusieurs centaines de milliers. Les villes où résidaient des Compagnons ou des tâbi‘în étaient appelées dâr al-‘ulûm (écoles).

À cette époque, l’imam Abû Hanîfa (r) commença par étudier les hadîths dans la ville de Koufa auprès de grands savants tâbi‘în spécialisés dans les hadîths. L’imam ach-Châfi‘î a écrit : « L’imam Abû Hanîfa a étudié les hadîths auprès de 93 muhaddiths de la ville de Koufa. Selon le récit de l’imam az-Zuhrî, il apparaît que les maîtres en hadîths de l’imam Abû Hanîfa, dans la ville de Koufa, étaient au nombre de 29. La plupart d’entre eux étaient de grands tâbi‘în. Parmi eux, il convient de mentionner tout particulièrement les grands muhaddiths comme l’imam Cha‘bî, Salama ibn Kuhayl, Muhârib ibn Disâr, Abû Ishâq as-Sabî‘î, ‘Awn ibn ‘Abd Allâh, Sammâk ibn Harb, ‘Amr ibn Mubrâ, Mansûr ibn Mu‘tamir, al-A‘mash, Ibrâhîm ibn Muhammad, ‘Adî ibn Marsad et d’autres encore. L’imam Abû Hanîfa (r) étudia et recueillit auprès d’eux un grand nombre de hadîths. »

Ensuite, il se rendit à Bassora afin d’y étudier et d’y recueillir davantage de hadîths. À cette époque, la ville de Bassora était entièrement imprégnée de la connaissance des hadîths enseignés par de grands muhaddiths tâbi‘în tels que l’imam Hasan al-Basrî, Chu‘ba et Qatâda.

Après cela, il se rendit à La Mecque et à Médine. À cette époque, l’enseignement du hadith y était largement dispensé. Plusieurs grands tabi‘un, élevés et instruits au contact et sous la supervision attentive des Compagnons, y avaient établi indépendamment de nombreux centres d’enseignement du hadith. ‘Ata ibn Abi Rabah et ‘Ikrima comptaient parmi les éminents savants de ce groupe. À ce propos, le muhaddith al-Dhahabi a écrit :

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L’imam Abu Hanifa étudia et reçut des hadiths à La Mecque auprès de ‘Ata ibn Abi Rabah.

À Médine, l’imam Baqir résidait alors. L’imam Abu Hanifa se rendit également auprès de lui, uniquement dans le but d’étudier les hadiths.

En somme, Abu Hafs al-Kabir affirme que l’imam Abu Hanifa étudia les hadiths auprès d’environ quatre mille muhaddiths au total, appartenant aux centres du hadith établis dans les divers pays de l’immense monde musulman de l’époque. Même si cette affirmation ne résiste pas pleinement à l’examen critique de la science du hadith et ne peut être considérée comme absolument exacte, on peut néanmoins affirmer avec force que le nombre de ses maîtres en hadith était considérable. Après avoir mentionné les noms des maîtres de l’imam Abu Hanifa dans son ouvrage Tadhkirat al-Huffaz, l’imam al-Dhahabi écrit :

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En outre, un très grand nombre d’autres muhaddiths furent également ses maîtres.

Le hafiz Muhammad ibn Yusuf al-Salihi al-Shafi‘i dit :

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L’imam Abou Hanifa était compté parmi les grands hafiz et maîtres du hadith. S’il n’avait pas accordé une très grande attention au hadith et n’en avait pas acquis une compréhension approfondie, il lui aurait été absolument impossible d’en déduire les questions de fiqh.

Le cheikh de l’islam Yazid ibn Haroun dit :

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L’imam Abou Hanifa était extrêmement pieux, un ascète aux qualités de pureté et de probité, un savant, un homme véridique et le plus grand hafiz du hadith de tous ses contemporains. Le manuscrit de cet ouvrage est conservé à la bibliothèque de la Majlis-e Ilmi, à Karachi.

Yahya ibn Saïd al-Qattan a dit :

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Par Allah, Abou Hanifa est, parmi l’actuelle communauté musulmane, celui qui possède la connaissance la plus vaste et la plus approfondie du Livre d’Allah, des hadiths du Messager et de la Sunna.

Chaque fois que l’on interrogeait le muhaddith Yahya ibn Mu‘in au sujet de l’imam Abou Hanifa, il disait :

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Il était extrêmement digne de confiance, fiable et exempt d’erreurs. Je n’ai jamais entendu dire que quiconque l’ait jugé « faible » ou inacceptable en matière de hadith.

Il disait également :

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Abou Hanifa était un muhaddith pieux, fiable, véridique et digne de confiance. Personne ne l’a accusé d’avoir rapporté des mensonges. Il était fermement attaché à la religion d’Allah et parfaitement véridique dans la transmission des hadiths.

L’imam Ibn Ayyoub de Balkh a dit à juste titre :

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Le véritable savoir religieux est parvenu d’Allah à Muhammad (paix et bénédiction sur lui). Après lui, ses Compagnons l’ont reçu. Des Compagnons, ce sont les tabi‘ûn qui l’ont acquis. Puis, des tabi‘ûn, il s’est concentré et a atteint sa pleine maturité chez l’imam Abû Hanîfa.

Le hâfiz Abû Nu‘aym al-Isfahânî a rapporté, d’après Yahyâ ibn Nasr ibn Hâjib :

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Je me rendis auprès d’Abû Hanîfa dans une pièce remplie de livres. Je demandai : « De quoi parlent ces livres ? » Il répondit : « Ce sont tous des ouvrages de hadith. Je n’en ai rapporté qu’une petite partie, dont les gens tirent pourtant grand profit. »

Une autre parole de Yahyâ ibn Ma‘în mérite également d’être mentionnée. Il a dit :

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Abû Hanîfa était un muhaddith tout à fait digne de confiance. Il ne rapportait que les hadiths qu’il avait mémorisés et soigneusement préservés. Il ne rapportait jamais ce qu’il n’avait pas mémorisé.

Deuxièmement, bien qu’il portât en lui un immense trésor de hadiths, il en rapportait peu le texte littéral et ne tenait guère d’assemblées spécialement consacrées à leur enseignement. Il s’était plutôt entièrement consacré à mettre au jour les significations profondes des hadiths et à en tirer les règles et questions juridiques nécessaires à la vie pratique des musulmans.

Mais cela ne signifie pas qu’il avait cessé de rechercher et de recueillir les hadiths. Bien au contraire, il s’était toujours appliqué avec assiduité à découvrir sans cesse de nouveaux hadiths afin d’enrichir davantage ses connaissances. L’imam Nasr ibn Muhammad al-Marwazi était l’un des élèves éminents et célèbres de l’imam Abou Hanifa. Il a dit :

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Je n’ai vu personne de plus enthousiaste et de plus attentif que l’imam Abou Hanifa dans la recherche des hadiths. Un jour, Yahya ibn Saïd al-Ansari, Hicham ibn Ourwa et Saïd ibn Abou Arouba arrivèrent. L’imam Abou Hanifa nous dit alors : « Allez voir si ces hommes possèdent quelque trésor de hadith que je puisse entendre et recueillir d’eux. »

Un autre disciple de l’imam al-A‘zam était le muhaddith Abd al-Aziz ibn Abou Rajama. Lui aussi rapporta à peu près les mêmes paroles. Il a dit :

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Lorsqu’un muhaddith arriva à Koufa, l’imam Abou Hanifa dit à ses élèves et compagnons : « Allez le voir et vérifiez s’il possède quelque hadith que nous n’ayons pas. »

Abd al-Aziz dit : « Une autre fois, lorsqu’un muhaddith arriva, l’imam Abou Hanifa envoya ses élèves auprès de lui en leur donnant la même consigne. »

Ces deux récits démontrent clairement l’intérêt que l’imam Abou Hanifa portait à la recherche des hadiths. Ainsi, seul un ignorant pourrait prétendre qu’il était négligent à l’égard des hadiths.

L’accusation selon laquelle il délaissait les hadiths et rendait ses avis sur les questions religieuses en s’appuyant uniquement sur le qiyâs et l’usage de la raison est totalement fausse. La méthode qu’il suivait pour rendre ses avis sur ces questions est établie de manière claire et irréfutable par la déclaration suivante. Il a lui-même dit à son propre sujet :

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Je prends d’abord le Livre d’Allah comme fondement. Lorsque j’y trouve une décision concernant la question en cause, je rends mon avis conformément à celle-ci. Si je ne l’y trouve pas, j’accepte ensuite la Sunna du Messager et les récits authentiques de ses actes, transmis par l’intermédiaire de personnes dignes de confiance. Mais si je ne trouve pas non plus la réponse dans le Livre d’Allah et dans la Sunna du Messager, je délaisse alors toute autre opinion.

La preuve qu’il acceptait les hadiths et les mettait en pratique conformément aux hadiths authentifiés, même lorsqu’ils étaient contraires au qiyâs et à la raison commune, réside dans le fait qu’il jugeait licite de déterminer les obligations par tirage au sort, bien que cela ressemble extérieurement à un jeu de hasard.

Il a dit :

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Selon le qiyâs, le tirage au sort ne devrait pas être licite. Mais, puisque la licéité de celui-ci est établie par un hadith et par la Sunna, je délaisse le qiyâs et m’y conforme.

Les conditions strictes et les précautions rigoureuses qu’il imposait pour accepter les hadiths étaient en réalité indispensables pour préserver la religion d’Allah. En effet, à l’époque de l’imam Abû Hanîfa, diverses croyances erronées ainsi que de faux hadiths forgés arbitrairement par une certaine catégorie de personnes s’étaient largement répandus. S’il n’avait pas fait preuve d’une vigilance particulière à cette époque, s’il avait accepté indistinctement toutes les paroles présentées comme des hadiths, qu’elles fussent exactes ou erronées, la religion d’Allah n’aurait pu être préservée dans son authenticité. En réalité, cela fut le fruit de sa taqwâ incomparable, ainsi que de sa foi sincère et authentique et de son amour profond pour la religion ; il ne peut subsister le moindre doute à ce sujet.

Les conditions posées par l’imam Abû Hanîfa pour l’acceptation des hadiths

La plupart des conditions que l’imam Abû Hanîfa (que Dieu lui fasse miséricorde) a posées pour l’acceptation des hadiths sont celles qu’ont posées les muhaddiths en général. Cependant, il en a lui-même ajouté certaines, pour des raisons particulières et dans des circonstances particulières. Nous allons mentionner ici quelques-unes de ces conditions :

1. Si, après avoir rapporté un hadith, le transmetteur l’oublie, l’imam Abû Hanîfa et ses disciples refusent de l’accepter, même si les muhaddiths ordinaires le considèrent comme acceptable.

2. Seul le hadith que le transmetteur rapporte conformément à sa propre mémoire et à ses facultés de mémorisation est acceptable.

3. Chez l’imam Abû Hanîfa, n’est pas acceptable le hadith rapporté par des personnes chargées de faire porter la voix lors des assemblées de célèbres muhaddiths, où se réunissaient un grand nombre d’auditeurs en raison de l’affluence, lorsque ce hadith, entendu par ces personnes, est ensuite rapporté comme ayant été entendu directement du muhaddith lui-même. Les célèbres muhaddiths tels que le hâfiz Abû Nu‘aym, Fadl ibn ‘Aqîn et Ibn Qudâma partageaient également cette opinion. Selon le hâfiz Ibn Hajar al-Makkî, bien que cette position soit conforme à la raison, elle est aussi facile à appliquer que l’opinion des muhaddiths ordinaires.

4. L’imam Abû Hanîfa n’approuve pas le hadith rapporté par un transmetteur qui l’a trouvé écrit dans son propre cahier, mais ne se souvient pas l’avoir entendu de l’un de ses maîtres muhaddiths. Selon les autres muhaddiths, cela ne présente aucun défaut.

Les muhaddiths de Kûfa considéraient comme permis de rapporter le sens fondamental d’un hadith dans leurs propres termes. C’était d’ailleurs la pratique généralement répandue à cette époque. Ceux qui transmettaient les termes originaux des hadiths n’étaient pas nombreux. Le risque de divergences et de modifications dans la transmission des hadiths était donc pleinement présent. De ce fait, l’imam Abû Hanîfa fut contraint d’adopter une politique de grande rigueur dans l’acceptation des hadiths. Il est établi de manière irréfutable qu’après toutes ces précautions, il compila un ouvrage de hadiths. Muhammad ibn Mahmûd al-Khawârizmî avait rassemblé quinze Musnads de l’imam Abû Hanîfa, c’est-à-dire des recueils de hadiths.

L’imam Mâlik ibn Anas (que Dieu lui fasse miséricorde)

L’imam Mâlik était le plus éminent traditionniste de Médine, la Cité du Messager. Il naquit à Médine en l’an 93 de l’Hégire. [******************** Cependant, l’historien Yâfi‘î indique l’an 94 de l’Hégire comme année de sa naissance dans son ouvrage « Tabaqât al-fuqahâ ».] À cette époque, toute la ville de Médine retentissait de la mélodieuse voix de l’étude et de l’enseignement du hadith. Après le décès du Prophète — que la paix et les bénédictions de Dieu soient sur lui —, les Compagnons s’étaient certes dispersés dans des contrées lointaines ; mais même après avoir extrait l’or d’une mine, celle-ci demeure une mine d’or, et la quantité qui y subsiste ne peut en aucune façon être négligeable. Tous les plus éminents Compagnons résidaient dans cette ville. Du vivant du Prophète, puis pendant vingt-quatre ou vingt-cinq ans après sa mort, cette ville fut le centre du gouvernement islamique. C’est là que toutes les lois et règles de l’islam étaient étudiées, enseignées et mises en application, avant d’être ensuite diffusées dans les autres centres du monde musulman. C’est dans cette ville que furent établis les centres d’enseignement du hadith de grands Compagnons tels qu’Abû Bakr al-Siddîq, ‘Umar al-Fârûq, ‘Â’isha, ‘Abd Allâh ibn ‘Umar, Ibn ‘Abbâs, Abû Hurayra et Zayd ibn Thâbit. Ainsi, des centaines de milliers d’habitants de cette ville purent acquérir une maîtrise particulière de la science de la Révélation et de la Sunna ; ils en devinrent, par la suite, les véritables héritiers.

Lorsque l’imam Mâlik s’intéressa à l’étude du hadith, les grands « rois » de la science du hadith résidaient à Médine. Les éminents élèves de ‘Â’isha, notamment son neveu Qâsim ibn Muhammad ibn Abî Bakr, son neveu par sa sœur ‘Urwa ibn al-Zubayr, ainsi que Nâfi‘ et ‘Abd Allâh ibn Dînâr, élèves de ‘Abd Allâh ibn ‘Umar, ses deux esclaves et Sâlim ibn ‘Abd Allâh, entre autres tâbi‘ûn, s’y trouvaient encore. Zayd ibn Thâbit était parti de Médine, mais son fils Khârija ibn Zayd avait hérité de sa science du hadith et résidait à Médine. Sa‘îd ibn al-Musayyib, le gendre d’Abû Hurayra, avait profondément assimilé l’immense océan de connaissances de celui-ci en matière de hadith. Lui aussi résidait dans cette Médine. Bien que ‘Abd Allâh ibn ‘Abbâs eût principalement propagé sa science du hadith hors de Médine, à La Mecque, à Kûfa et à Bassora, le tâbi‘î Sa‘îd ibn al-Musayyib, qui résidait à Médine, avait acquis auprès de lui un grand nombre de hadiths.

En outre, plusieurs autres tâbi‘ûn éminents résidaient à Médine à cette époque. Il s’agissait de Hishâm ibn ‘Urwa, Muhammad ibn al-Munkadir, ‘Ubayd Allâh ibn ‘Utba ibn Mas‘ûd, Muhammad ibn Shihâb al-Zuhrî, ‘Âmir ibn ‘Abd Allâh, Ja‘far al-Sâdiq, Rabî‘a al-Râ’î, Abû Suhayl et Sulaymân ibn Yasâr. Ces tâbi‘ûn étaient de ceux au sein desquels la connaissance du hadith et de l’exégèse avait été nourrie, cultivée et progressivement développée.

Le grand-père, l’oncle et le père de l’imam Mâlik étaient tous de grands traditionnistes. On peut donc dire que, dans sa propre maison et sa famille, toute l’atmosphère était imprégnée de la science du hadith. C’est pourquoi il commença à étudier le hadith dès son enfance. Il commença vraisemblablement par l’étudier auprès de son oncle Abû Suhayl. Puis il se rendit auprès de Nâfi‘ pour apprendre le hadith. Tant que Nâfi‘ resta en vie, l’imam Mâlik continua à se rendre auprès de lui pour son enseignement du hadith. Ensuite, il étudia le hadith auprès de presque tous les tâbi‘ûn spécialistes du hadith mentionnés plus haut et résidant à Médine. Selon Shâh Walî Allâh al-Dihlawî, le nombre total de ses maîtres était de 75. Selon une autre version, il était de 94. [********************]

Cependant, l’érudit Jalâl al-Dîn al-Suyûtî a écrit :

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L’imam Mâlik reçut des hadiths de neuf cents traditionnistes. Parmi eux, trois cents étaient des tâbi‘ûn et six cents des tâbi‘ al-tâbi‘în. [********************]

Il trouva tous ces maîtres à Médine la Bénie. C’est pourquoi il ne jugea pas nécessaire de quitter Médine pour étudier le hadith.

L’imam Mālik n’acceptait pas les hadiths de n’importe quel transmetteur. Il examinait avec une grande attention et un discernement minutieux les personnes qu’il choisirait comme maîtres en hadith, les sélectionnant avec soin. À ce sujet, répondant à une question de son cher disciple Ḥabīb, il déclara lui-même :

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Ô Ḥabīb ! Dans cette même mosquée — la mosquée du Prophète — j’ai rencontré soixante-dix muhaddiths qui avaient rencontré et fréquenté les Compagnons du noble Messager et qui rapportaient également des hadiths des Tābiʿūn. (C’est auprès d’eux que j’ai appris et reçu les hadiths.) Et je n’ai accepté les hadiths qu’auprès de personnes qui en étaient dignes ; je ne les ai jamais acceptés auprès de personnes qui ne l’étaient pas.

Le récit suivant permet de comprendre clairement quel genre d’hommes étaient ses maîtres et auprès de qui il n’acceptait pas de hadiths. Il est rapporté :

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L’imam Mālik avait soigneusement sélectionné tous ceux qui furent ses maîtres dans l’étude des hadiths ; il les avait choisis pour leur piété, leur intelligence, leur connaissance du fiqh, ainsi que pour leur respect du droit et des conditions de la transmission des hadiths. À leur sujet, son cœur était rempli d’une confiance sincère et d’une totale assurance. En outre, il n’accepta pas de hadiths auprès de nombreuses personnes pieuses et vertueuses, car elles ne connaissaient pas correctement les règles convenables de la transmission des hadiths.

L’importance de l’imam Mālik en tant que muhaddith se comprend clairement à travers les déclarations suivantes, prononcées à son sujet par d’autres éminents spécialistes du hadith.

L’imam al-Shāfiʿī déclara à son sujet :

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L’imam Malik fut une preuve particulièrement irréfutable d’Allah pour les générations venues après les Tabi‘in.

Le muhaddith al-Nasa’i a dit :

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À mon avis, à l’époque qui suivit celle des Tabi‘in, nul ne fut plus savant que Malik.

L’imam Abou Youssouf (r)

Bien que l’imam Abou Youssouf (r) fût réputé comme un éminent spécialiste et imam du fiqh, il n’était nullement inférieur à quiconque dans le domaine de la connaissance du hadith. Allah lui avait accordé une mémoire exceptionnelle. Chaque fois qu’il entendait un hadith de la bouche d’un maître du hadith, il le mémorisait aussitôt. Il pouvait même écouter cinquante ou soixante hadiths avec leurs chaînes complètes de transmission au cours d’une seule séance, puis les réciter de mémoire dès la première audition. L’imam al-Dhahabi le comptait parmi les grands hafiz du hadith. Le hafiz Ibn Hajar al-‘Asqalani a rapporté qu’un jour, il tomba malade et souffrit d’une affection. Dans cet état, le grand hafiz du hadith Sufyan ibn ‘Uyayna lui récita quarante hadiths. Il les mémorisa immédiatement et, après le départ de Sufyan, les récita tous de mémoire aux autres personnes présentes auprès de lui. Tous les assistants en furent frappés de stupeur et d’étonnement.

Dans le but d’étudier le hadith, il acheva sa formation auprès des muhaddiths de Koufa, sa ville natale, puis se rendit à Médine, où il entendit dans son intégralité le « Muwatta », compilé par l’imam Malik, de la bouche d’Asad ibn al-Furat al-Saqalabi, l’un de ses élèves.

L’imam Abû Yûsuf n’écrivait jamais les hadiths qu’il entendait de ses maîtres pour les étudier ; au contraire, il les mémorisait intégralement dès la première écoute. Quant à ses condisciples, ils mettaient par écrit les hadiths entendus, les recopiant à plusieurs reprises. Bien plus, il leur arrivait souvent de devoir écouter ces hadiths écrits récités par l’imam Abû Yûsuf afin de les corriger et de les rectifier.

Il était un imam dans le domaine du hadith et dans les autres sciences qui s’y rapportent.

Son intérêt, son enthousiasme et son ardeur pour l’étude du hadith étaient si intenses que, d’une part, il assistait aux séances de l’imam Abû Hanîfa pour acquérir des connaissances en fiqh ; et, dès qu’il en sortait, il se rendait auprès d’un muhaddith afin d’étudier le hadith. Ce n’est qu’au prix d’une pratique inlassable et d’efforts infatigables qu’il devint ainsi un éminent spécialiste de la science du hadith. Cette discussion est tirée d’un ouvrage écrit par Mawlânâ Mujîbullâh Nadwî.

L’imam Muhammad al-Shaybânî (r)

L’imam Muhammad al-Shaybânî était le deuxième principal disciple de l’imam Abû Hanîfa. Le contact avec l’imam Abû Hanîfa et l’imam Abû Yûsuf éveilla en lui le désir d’étudier le hadith. Dans ce but, il se rendit à Médine, située à plusieurs centaines de miles de Wâsit, en Irak, son lieu de naissance, et se présenta auprès de l’imam Mâlik, le plus éminent spécialiste du hadith de son époque. Il demeura consécutivement trois années à Médine et assista régulièrement aux séances où l’imam Mâlik enseignait le hadith. Il entendit au moins sept cents hadiths dans ces séances. Il a lui-même déclaré :

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Je suis demeuré auprès de l’imam Mâlik pendant trois ans ou davantage, et j’ai étudié auprès de lui sept cents hadiths.

Après avoir étudié le hadith auprès de spécialistes aussi mondialement célèbres et éminents que les imams Abû Hanîfa, Abû Yûsuf et Mâlik, il n’était nullement nécessaire d’en étudier auprès d’un autre spécialiste. Mais la soif ardente d’étudier le hadith qui s’était éveillée dans le cœur de l’imam Muhammad ne pouvait être étanchée ; il ne put donc en aucune façon se satisfaire ni trouver le repos sans assister aux séances des autres grands spécialistes du hadith de son époque et étudier auprès d’eux.

Allama Zahid al-Kawthari mentionne que l’imam Muhammad eut soixante-dix maîtres auprès desquels il étudia le hadith. Ces maîtres étaient dispersés dans diverses contrées, notamment Koufa, Médine, La Mecque, Bassora, Wasit, la Syrie, le Khorassan et le Yamama.

Sa mémoire était si remarquable que, sur l’ordre de l’imam Abou Hanifa, il commença à mémoriser le Noble Coran et en acheva la mémorisation en une seule semaine. (Ibid.) On peut aisément se rendre compte, à partir de cela, de la grandeur de son érudition dans la science du hadith. En effet, il est naturel qu’une personne douée d’une mémoire aussi exceptionnelle, lorsqu’elle entreprend d’étudier le hadith, grave pour toujours dans son esprit tout hadith qu’elle entend de son maître.

L’imam Awzaï (que Dieu lui fasse miséricorde)

L’imam Awzaï était l’un des grands traditionnistes de l’époque des tābiʿ al-tābiʿīn. Il étudia d’abord le hadith auprès du traditionniste Yahya ibn Kathir, qui résidait au Yamama. Puis il se rendit dans la lointaine ville de Bassora afin d’étudier le hadith auprès des célèbres traditionnistes Muhammad ibn Sirin et Hasan al-Basri. Cependant, lorsqu’il atteignit Bassora après avoir parcouru cette longue route difficile, il apprit que l’imam Hasan al-Basri était décédé et que l’imam Ibn Sirin était alité, à l’agonie. On imagine aisément le coup que cet échec porta à son cœur.

L’imam Awzaï entendit le hadith auprès d’un très grand nombre de tābiʿīn.

L’historien et hafiz Ibn Kathir écrit :

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Il avait rencontré et fréquenté directement un grand nombre de tābiʿīn.

Les biographes ont mentionné que l’imam al-Awzāʿī a étudié les hadiths auprès des tābiʿūn et des tābiʿ al-tābiʿīn suivants :

(1) ʿAṭāʾ ibn Abī Rabāḥ, (2) Qatāda, (3) Nāfiʿ, le mawla d’Ibn ʿUmar, (4) l’imam al-Zuhrī, (5) Muḥammad ibn Ibrāhīm, (6) Shaddād ibn Abī ʿUmāra, (7) Qāsim ibn Mukhaimirah et (8) Rabīʿa ibn Yazīd, entre autres.

Al-Awzāʿī lui-même a dit : après avoir achevé l’audition des hadiths auprès de l’imam al-Zuhrī et de Yaḥyā ibn Kathīr, tous deux me donnèrent leurs propres recueils de hadiths compilés et dirent :

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« Rapporte ces hadiths de ma part et, par mon intermédiaire, à d’autres. »[********************]

L’imam Ibn Jurayj (r)

Lorsque Ibn Jurayj naquit (en l’an 80 de l’Hégire), un grand nombre de Compagnons étaient encore en vie. S’il avait pu entrer en contact avec eux dès le début, il aurait été compté parmi les tābiʿūn. Mais il ne put acquérir le savoir auprès d’eux. C’est pourquoi il est compté parmi les tābiʿ al-tābiʿīn.

À cette époque, à La Mecque, ʿAṭāʾ ibn Abī Rabāḥ, éminent disciple de ʿAbd Allāh ibn ʿAbbās (rāḍiya Allāhu ʿanhu), enseignait les hadiths. Après avoir acquis l’instruction élémentaire nécessaire, Ibn Jurayj étudia les hadiths auprès de lui pendant dix-sept années consécutives.

Par la suite, il étudia le hadith auprès de presque tous les imams du hadith les plus réputés du monde musulman. À l’instar de ʿAtâ ibn Abî Rabâh, il resta également longtemps au service de ʿAmr ibn Dînâr, auprès duquel il étudia et recueillit des hadiths. Pour toutes ces raisons, l’imam Ibn Jurayj acquit une position éminente dans la connaissance du hadith. Les hadiths qu’il rapporta furent acceptés par les plus grands savants du hadith. Le recueil de hadiths qu’il avait constitué se trouvait auprès de lui sous forme écrite.

Sufyân ibn ʿUyayna (r)

Sufyân était un éminent savant de son époque dans la science du hadith. Dès son enfance, sa remarquable mémoire s’était manifestée spontanément. Il a lui-même déclaré :

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Je n’ai jamais rien écrit, mais chaque fois que j’écrivais quelque chose, je le mémorisais aussitôt.

Il étudia et recueillit des hadiths auprès de plusieurs centaines de tabiʿûn et de leurs successeurs. Parmi ses maîtres en hadith, plus de quatre-vingts étaient des tabiʿûn. Parmi eux figuraient notamment l’imam al-Zuhrî, l’imam Shuʿba, Musayib ibn Qudâm, ʿAmr ibn Dîsâr, Abû Ishâq al-Sabîʿî, Muhammad ibn ʿAqaba, Humayd, Ziyâd ibn ʿAlâqa et Sâlih ibn Kaysân, éminents savants. Pour étudier le hadith, il voyagea à Kûfa, La Mecque, Médine et dans d’autres centres du savoir.

Le célèbre spécialiste du hadith ʿAlî ibn al-Madînî a déclaré à son sujet :

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Parmi les élèves de l’imam al-Zuhrî, nul n’était plus digne de confiance qu’Ibn ʿUyayna.

Des traditionnistes éminents tels qu’al-Aʿmash, al-Thawrî, Ibn Jurayj, Shuʿba, ʿAqî, Ibn al-Mubârak, Saʿîd al-Qattân, al-Shâfiʿî et Ahmad ibn Hanbal ont étudié et reçu les hadiths auprès de lui. Il naquit en l’an 107 de l’hégire et mourut en 198.

ʿAbd Allâh ibn al-Mubârak (r)

Après avoir reçu son instruction élémentaire, Ibn al-Mubârak partit voyager à l’étranger pour étudier les hadiths. Dans ce but, il parcourut les différentes villes et contrées de Syrie, du Hijaz, du Yémen, d’Égypte, de Koufa et de Bassora ; partout où et auprès de quiconque il trouvait l’occasion d’étudier les hadiths, il les étudiait effectivement auprès de cette personne. Tous reconnaissaient qu’il était un grand voyageur parti à la recherche des hadiths. Selon l’imam Ahmad ibn Hanbal, à cette époque, personne d’autre ne voyageait aussi loin pour les hadiths.

Abû Usâma a dit :

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Je n’ai vu personne rechercher les hadiths de pays en pays davantage qu’Ibn al-Mubârak.

Il est nécessaire de garder à l’esprit qu’à cette époque, les voyages à l’étranger n’étaient nullement aussi faciles qu’ils le sont à l’ère moderne. Il fallait marcher à pied, ou monter sur le dos d’un chameau ou d’un âne, et avancer pendant des mois pour parvenir d’un lieu à un autre. Il nous est aujourd’hui impossible de concevoir à quel point les déplacements étaient pénibles en ces temps-là.

On peut comprendre auprès de combien de maîtres Ibn al-Mubarak a appris et recueilli des hadiths à partir de la déclaration suivante qu’il a lui-même faite :

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J’ai appris et recueilli des hadiths auprès de quatre mille maîtres, et j’ai transmis à d’autres les hadiths rapportés par mille d’entre eux.

Il a lui-même enseigné à un grand nombre de personnes cette immense collection de hadiths acquise au prix d’efforts considérables. L’imam al-Dhahabî a écrit :

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Le nombre de personnes du monde islamique qui ont appris les hadiths auprès de lui est si élevé qu’il est absolument impossible de le déterminer.

Il jouissait du rang d’un grand imam dans la science du hadith. L’étude des hadiths était pour lui une occupation de vingt-quatre heures sur vingt-quatre. Selon lui, lorsqu’on étudie les hadiths, c’est comme si l’on entrait véritablement en contact avec le noble Messager (s) et que l’on bénéficiait de sa compagnie. De grands savants, parmi lesquels Yahyâ ibn Ma‘în, ont déclaré : le nombre de hadiths rapportés par Ibn al-Mubarak devait s’élever à vingt ou vingt et un mille.

L’imam Shu‘ba (r)

L’imam Shu‘ba a rencontré les deux Compagnons, Anas ibn Malik (r) et ‘Amr ibn Muslim (r). C’est pourquoi, bien qu’il appartînt à la génération des tabi‘in, les biographes l’ont compté parmi les tabi‘ al-tabi‘in. Il naquit dans une ville appelée Wasit, située entre Koufa et Bassora. Dès qu’il eut achevé son instruction élémentaire, il se consacra à l’étude de la science du hadith. Par la suite, il acquit dans ce domaine une maîtrise exceptionnelle. Il entendit et recueillit les hadiths auprès de presque tous les grands spécialistes du hadith de son époque. Les biographes ordinaires ont écrit qu’environ quatre cents tabi‘in figuraient parmi ses maîtres en hadith. Hafiz Ibn Hajar al-‘Asqalani a écrit qu’il avait entendu et transmis des hadiths de trois cents spécialistes du hadith de Koufa.

Ces maîtres ne résidaient pas dans une ou deux villes seulement ; ils étaient dispersés sur des millions de kilomètres carrés à travers le monde musulman. À cela s’ajoutaient la rudesse et l’impraticabilité des voies de communication de cette époque. Il fallait souvent parcourir mille miles à pied, à dos de chameau ou à cheval, pour un seul hadith. Il faut également souligner son extraordinaire acuité de mémoire. Après avoir entendu un hadith, il ne l’écrivait généralement pas ; au contraire, il mémorisait immédiatement de longs hadiths. Grâce à cela, il put, en très peu de temps, imprimer et conserver dans sa mémoire un grand nombre de hadiths.

Les grands spécialistes du hadith de son époque et des générations suivantes ont reconnu sans réserve son savoir exceptionnel dans la science du hadith.

L’imam Layth ibn Sa‘d (r) (né en 94 de l’hégire, mort en 165 de l’hégire)********************]

L’imam Layth appartenait à la génération des tabi‘ al-tabi‘in. Dès qu’il eut achevé son instruction élémentaire, il se consacra à l’étude des hadiths. Il se rendit auprès de Nafi‘, le célèbre tabi‘i formé et éduqué tout particulièrement par ‘Abdullah ibn ‘Umar, afin d’étudier les hadiths. Il consigna dans un recueil tous les hadiths qu’il avait entendus et recueillis auprès de lui. En outre, il entendit et recueillit des hadiths auprès de tabi‘in tels que l’imam Zuhri, Sa‘id al-Muqburi, ‘Abdullah ibn Abi Mulayka, Yahya al-Ansari et Abu Zubayr. Après avoir mentionné les noms de quelques-uns des maîtres éminents de l’imam Layth, l’imam Nawawi écrivit :

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En plus de ceux-là, il étudia et entendit les hadiths auprès d’un si grand nombre d’imams du hadith qu’il est impossible d’en déterminer le nombre exact.

L’imam Sufyan al-Thawri (r) (né en 97 de l’hégire, mort en 161 de l’hégire)********************]

Sufyân al-Thawrî était l’un des plus éminents savants de la connaissance du hadith à l’époque des tâbi‘ al-tâbi‘în. Il reçut son instruction primaire auprès de son père. Ensuite, il écouta les hadiths auprès de tous les muhaddiths de la ville de Koufa. À cette époque, des muhaddiths tels qu’al-A‘mash et Abû Ishâq avaient établi à Koufa une institution où l’on dispensait régulièrement des cours de hadith.

Yahyâ ibn Ma‘în a dit :

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Sufyân connaît mieux que quiconque les hadiths rapportés par al-A‘mash.[********************]

À cette époque, le hadith n’ayant pas encore été compilé dans des ouvrages destinés au grand public, une grande partie des hadiths était imprimée dans la mémoire des muhaddiths et conservée selon leurs propres méthodes. C’est pourquoi l’étudiant devait voyager dans des contrées lointaines pour étudier le hadith. Sufyân dut lui aussi parcourir des pays éloignés pour apprendre le hadith et, à cette fin, franchir des centaines, voire des milliers de milles.

Après avoir achevé son étude du hadith auprès des maîtres de Koufa, il se rendit à Bassora et au Hijaz. Dans ces deux villes, il écouta et recueillit les hadiths auprès d’un grand nombre de muhaddiths. Après avoir mentionné les noms de ses maîtres réputés de Koufa, de Bassora et du Hijaz, le hâfiz Ibn Hajar a écrit :

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Il étudia le hadith auprès d’un grand nombre de maîtres de Koufa. De même, il écouta les hadiths auprès de nombreux maîtres de Bassora et tira également grand profit des diverses assemblées d’étude du hadith du Hijaz.[********************]

Abd al-Rahman ibn Mahdi, imam du hadith. Il a dit :

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Je n’ai jamais vu personne qui ait mémorisé davantage de hadiths que Sufyan al-Thawri.[********************]

Lorsque, au IIe siècle de l’Hégire, les hadiths jusque-là dispersés furent méthodiquement réunis sous forme d’ouvrages, il devint très facile de les mémoriser avec des millions de chaînes de transmission ; mais auparavant, lorsqu’ils étaient dispersés, retenir dans sa mémoire deux ou quatre mille hadiths et les préserver était une tâche extrêmement difficile. C’est pourquoi on ne trouve nulle part d’exemple d’un imam du hadith de l’époque des tâbi’ al-tâbi’în ayant mémorisé plus de dix mille hadiths. À cet égard également, le mérite et l’exceptionnelle compétence de Sufyan al-Thawri sont remarquables. Le nombre des hadiths qu’il avait rapportés et conservés dans sa mémoire s’élevait à trente mille.[********************] Abu Asim a dit :

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L’imam al-Thawri était le plus grand maître de la science du hadith.[********************]

En somme, à cette époque, la science du hadith n’était pas organisée de manière systématique. Elle était plutôt dispersée dans presque toutes les régions du monde musulman. La raison en était, comme cela a été dit précédemment, que les nobles Compagnons étaient les premiers dépositaires et transmetteurs des hadiths. Ils n’avaient pas passé leur vie dans le retrait d’une mosquée ou d’une khanqah. Ils avaient au contraire vécu comme de véritables mujâhidîn. Pour le jihâd, la da‘wa islamique et l’accomplissement d’autres devoirs religieux, ils s’étaient dispersés dans presque tous les pays et toutes les contrées du monde musulman. Partout où ils arrivaient, les habitants apprenaient auprès d’eux les connaissances islamiques, notamment la science du hadith. Ils recueillaient les informations relatives aux paroles, aux actes et au caractère du Noble Prophète (s), puis les conservaient dans leur mémoire. À cette époque, pour ceux dont le seul objectif était de mener une vie islamique, il suffisait d’acquérir une connaissance générale de l’islam et de suivre la vie concrète d’un quelconque Compagnon. Mais après les Compagnons, les grands hommes qui s’étaient engagés dans la tâche ardue de recueillir et de compiler les perles dispersées de la connaissance du Messager, et qui avaient assumé la responsabilité de préserver de la destruction ce trésor inestimable de la science islamique, n’avaient d’autre choix que de traverser pays après pays, de vastes sous-continents, d’immenses mers, d’interminables déserts brûlants, ainsi que des chemins hérissés de montagnes, de forêts denses et d’obstacles infranchissables. De plus, pour les pieux collectionneurs de hadiths de cette époque, cette tâche était particulièrement chère à leur cœur.

Un homme posa une question urgente au célèbre muhaddith Khalaf ibn Ayyub, de la ville de Balkh. Il répondit : « Je l’ignore, mais on peut en obtenir la réponse exacte auprès de Hasan ibn Ziyad, qui réside à Koufa. » En entendant le nom de Koufa, le questionneur dit : …………….. Koufa ! Mais c’est très loin ! En l’entendant, Khalaf ibn Ayyub dit :

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Pour celui que la préoccupation de la religion s’est emparée, même une ville aussi éloignée que Koufa lui paraîtra toute proche.

C’est pourquoi, à cette époque, si quelqu’un déclarait être incapable de parcourir la longue distance nécessaire pour acquérir le savoir, il était contraint de subir, dans la société, une humiliation et des reproches sévères. L’imam Yahya ibn Mu‘in, spécialiste du hadith et célèbre critique de cette discipline, dit :

Vous ne pouvez espérer aucun bien d’un muhaddith qui se contente d’étudier et de recueillir les hadiths dans sa propre ville et qui n’est pas disposé à supporter les difficultés d’un voyage à l’étranger.

On ne peut négliger la valeur concrète du bienfait inhérent aux voyages à l’étranger entrepris pour étudier et recueillir les hadiths. L’importance de ce bienfait peut être comprise à partir des paroles suivantes d’Ibrahim ibn Adham. Il dit :

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Grâce aux voyages effectués dans ce but, à travers leur pays et à l’étranger, par les étudiants et les collecteurs de hadiths, Allah protège cette communauté de nombreux dangers et calamités.

En vérité, l’ampleur et l’intensité de l’entreprise de collecte des hadiths, telles que nous les observons depuis l’époque des Compagnons jusqu’à celle des tabi‘in, puis des muhaddiths des générations suivantes, font apparaître très clairement l’importance de ces voyages à l’étranger. Quant aux grands hommes qui ont concrètement mené cette entreprise, ils éveillent en nous une vénération et une gratitude infinies. S’ils ne s’étaient pas lancés dans cette entreprise avec une résolution acharnée, afin d’obtenir l’agrément d’Allah et de préserver le hadith, l’un des fondements les plus éminents de la religion, il ne fait aucun doute que la communauté musulmane aurait été privée pour toujours d’une immense partie de la Sunna du Noble Messager (s).

 

Compilation des ouvrages de hadith

Il est établi par l’exposé précédent que, durant la première période, les hadiths du noble Messager d’Allah (paix et bénédictions sur lui) ne purent être compilés sous forme d’ouvrage. L’érudit Ibn Hajar al-Asqalani a écrit :

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Les hadiths du noble Prophète (paix et bénédictions sur lui) n’étaient ni compilés sous forme d’ouvrage ni organisés de manière systématique à l’époque de ses Compagnons et de ses éminents tabi‘un.

Plusieurs raisons logiques expliquent pourquoi les ouvrages de hadith ne furent pas compilés dès la première période de l’islam. Premièrement, comme cela a été exposé en détail précédemment, les nobles Compagnons possédaient une mémoire extrêmement vive : tout ce qu’ils entendaient du Messager leur était aussitôt mémorisé, et ils ne ressentaient généralement et naturellement aucun besoin de le mettre par écrit.

Deuxièmement, beaucoup d’entre eux ne savaient pas écrire. À cette époque, l’écriture n’était pas aussi répandue qu’elle le devint plus tard et n’avait pas encore acquis une popularité générale.

Troisièmement, puisque le noble Prophète (paix et bénédictions sur lui) avait lui-même interdit, durant la première période, de mettre les hadiths par écrit, tous les Compagnons ne purent porter leur attention sur la compilation des ouvrages de hadith.

Ce qu’a écrit à ce sujet l’érudit Anwar Shah Kashmiri mérite d’être relevé ici :

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Bien que, extérieurement, la collecte et la compilation des hadiths du vivant même du Noble Prophète (s) eussent été une chose préférable, il semble que ce ne fût pas la volonté d’Allah que les hadiths fussent compilés à l’instar du Coran et conservés exactement comme lui.[Fayz-ul-Bari, Sharh de Bukhari, tome 1, p. 208.]

Tout cela concernait les dispositions particulières et les soins apportés en vue de compiler les ouvrages de hadiths. Autrement, s’agissant de préserver les hadiths et de les protéger contre leur disparition, aucune importance moindre, même infime, ne leur fut jamais accordée depuis l’époque du Noble Messager jusqu’à celle des Compagnons et des tabi‘in.

C’est pourquoi nous constatons que, dès que la crainte de voir les hadiths se mêler au Coran eut disparu, les nobles Compagnons s’attachèrent à les mettre par écrit ; de même, dès l’époque des Compagnons, le travail de compilation des hadiths et de leur organisation complète sous forme d’ouvrage fut également mené à son plein achèvement.

Cependant, à l’époque des Compagnons, la nécessité pratique de compiler les hadiths sous forme d’ouvrages n’était généralement pas ressentie. En effet, les Compagnons eux-mêmes étaient alors les dépositaires des hadiths du Messager. Dès qu’une question se posait, les gens se rendaient auprès des Compagnons, s’informaient du sujet concerné, réglaient toutes leurs affaires et pouvaient également apprendre sans aucun doute auprès d’eux quel était le décret du Noble Messager à ce propos. Mais lorsque les Compagnons commencèrent à quitter ce monde l’un après l’autre, les musulmans ordinaires, tout comme les Compagnons qui demeuraient les dépositaires des hadiths, commencèrent à ressentir vivement la nécessité de compiler ceux-ci et de les préserver pour toujours.

L’importance qu’avait la présence des nobles Compagnons à l’époque des tabi‘in apparaît clairement dans la parole suivante d’un tabi‘i nommé Muraïk, prononcée après le décès de Hazrat Anas (r.a.). Il dit :

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Aujourd’hui, la moitié du savoir — le hadith — a quitté ce monde.

Lorsqu’on lui demanda la signification de ces paroles, il répondit :

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À l’époque des Compagnons, lorsqu’une personne animée de mauvaises intentions nous contredisait ou exprimait un désaccord au sujet d’un hadith, nous lui disions : « Allons voir celui qui a lui-même entendu ce hadith du Messager, et vérifions-en l’authenticité auprès de lui. »

C’est pourquoi, avant même que ne commence la disparition finale de la génération des Compagnons, la nécessité de rassembler les hadiths, de les consigner dans des ouvrages et de prendre des dispositions pour les préserver à jamais commença à être ressentie de manière générale et avec une grande intensité. Il est indispensable de présenter ensemble cette étape de la période postérieure à la prophétie. Nous exposerons d’abord ici un bref aperçu de l’époque des Califes bien guidés. Ensuite sera consignée l’histoire détaillée des périodes ultérieures.

 

Les Califes bien guidés et la compilation des recueils de hadiths

Après le décès du Prophète béni, les Califes bien guidés assumèrent la responsabilité de diriger le système de vie islamique, de soutenir l’État islamique et de prendre en charge toutes les activités religieuses. Durant cette période, ils ne négligèrent en rien leurs efforts et leurs soins à l’égard de la deuxième composante indispensable de l’islam, la science du hadith. Nous allons maintenant exposer séparément les services rendus par chacun des califes dans le domaine des hadiths.

Le vénérable Abû Bakr as-Siddîq

Le premier calife, le vénérable Abû Bakr as-Siddîq, avait lui-même préparé un recueil de cinq cents hadiths. Toutefois, vers la fin de sa vie, il le détruisit lui-même. Les spécialistes du hadith et les historiens ont indiqué à ce sujet qu’après avoir compilé ces hadiths, il ne connut absolument aucun soulagement. Plusieurs sortes de craintes naquirent dans son esprit. Il fut particulièrement préoccupé par le fait que, si une seule parole — ne serait-ce qu’un seul mot — de ses hadiths compilés s’écartait ne serait-ce que légèrement de la parole originelle du Messager béni, alors, conformément à la sévère mise en garde du Messager, il deviendrait le combustible de l’Enfer.

Deuxièmement, la crainte lui vint également à l’esprit que, si les musulmans venaient à accorder à son recueil de hadiths une importance égale à celle du Coran, ou à lui accorder une importance supérieure à celle des hadiths rapportés et compilés par les autres Compagnons, cela constituerait aussi une cause de grand préjudice pour les musulmans. Cela pourrait entraver le vaste travail et les progrès dans le domaine de la compilation des hadiths. C’est en raison de toutes ces considérations qu’il le détruisit. Cependant, l’érudit al-Dhahabî n’a pas reconnu comme authentique le récit selon lequel Abû Bakr aurait détruit son propre recueil de hadiths.

Quelque profond et subtil que soit l’examen auquel nous soumettions cette affaire, nous ne pouvons y voir autre chose que le résultat d’un état psychologique et mental particulier.

Malgré cela, Abû Bakr (qu’Allah l’agrée) n’interdit pas la compilation des hadiths. Bien au contraire, il en rapporta lui-même un certain nombre. Selon l’imâm al-Suyûtî, le nombre de hadiths qu’il rapporta s’élève à 142. Il indiqua également dans quels recueils de hadiths ces hadiths avaient été mentionnés. Le nombre si limité de hadiths qu’il rapporta avait également des raisons suffisantes. L’imâm al-Suyûtî écrit à ce sujet :

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La raison pour laquelle il rapporta peu de hadiths est qu’il mourut avant que ne commencent la diffusion des hadiths et le travail consistant, pour les tâbi‘în, à les écouter, les apprendre et les préserver.

En analysant les raisons pour lesquelles peu de hadiths furent rapportés d’après Abû Bakr (qu’Allah l’agrée), l’imâm al-Suyûtî écrit ailleurs dans l’ouvrage précité :

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Très peu de hadiths munis d’une chaîne de transmission complète furent rapportés d’après Abû Bakr (qu’Allah l’agrée). En effet, après son décès, sa durée de vie fut très courte et sa mort survint rapidement. S’il avait vécu longtemps, de nombreux hadiths auraient été rapportés de lui. Tant qu’il vécut, aucun des Compagnons ne ressentit le besoin de rapporter des hadiths de lui, car ils avaient participé de manière égale à toutes les affaires. Ils ne rapportaient de lui que ce qu’ils ignoraient.

Shah Waliullah Dehlavi a également écrit à ce sujet :

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Les Compagnons n’avaient pas besoin de rapporter un très grand nombre de hadiths par l’intermédiaire de Hazrat Abû Bakr. En effet, ils en avaient eux-mêmes entendu la plupart de la bouche du Messager. [********************]

En outre, Hazrat Abû Bakr (r.a.) ne vécut que deux ans et demi après la disparition du Prophète. Ces deux années et demie s’écoulèrent dans l’accomplissement de la lourde responsabilité de son califat et au milieu de tempêtes et d’épreuves extrêmement défavorables. Par conséquent, durant cette période, il ne disposa pas non plus du temps libre continu ni des conditions favorables à la transmission des hadiths dont bénéficièrent d’autres éminents Compagnons à la longue vie.

En outre, sa tâche principale durant cette période consistait à s’acquitter de toutes ses responsabilités en consultant les musulmans. Parce que le califat islamique était véritablement démocratique et fondé sur la consultation, chaque question sociale, étatique ou d’ordre général était traitée après consultation des éminents Compagnons, et l’on agissait en tranchant ou en décidant sur la question concernée à la lumière du Coran et des hadiths.

Hazrat Abû Bakr as-Siddîq (r.a.) accordait au hadith une importance immédiatement après le Noble Coran dans l’accomplissement de toutes les affaires du califat. Dans le discours qu’il prononça dès son élection comme calife, il proclama également l’importance du hadith immédiatement après le Coran. Il dit :

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Ô gens ! J’ai été chargé de la responsabilité de gouverner votre État, alors que je ne suis pas le meilleur d’entre vous. Cependant, le Coran a été révélé et le Noble Prophète (s.) a établi sa Sunna et son modèle. Il nous a enseigné ces deux choses, et nous les avons apprises. [********************]

Dans l’exercice du califat également, de manière concrète, il tirait, après le Coran, ses directives et ses décisions de la source que constitue le hadith. Cette règle qu’il suivait est clairement mentionnée dans les ouvrages faisant autorité. Il y est dit :

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Lorsqu’une question nécessitant un arbitrage se présentait à Abû Bakr, il consultait d’abord le Livre d’Allah. S’il y trouvait une base pour trancher, il rendait son jugement entre les gens sur cette base. Et s’il ne trouvait rien dans le Coran, mais qu’il connaissait une sunna du Messager concernant la question, il rendait son jugement sur cette base. Sunan al-Dârimî, p. 23

Après le décès du Prophète, Abû Bakr (qu’Allah l’agrée) régla presque toutes les questions générales au sujet desquelles des divergences étaient apparues, en présentant un hadith du Messager de Dieu, et le hadith qu’il présentait mettait fin à toutes les divergences relatives à la question concernée. Après le décès du Prophète, la première question complexe qui se posa entre les Compagnons à la Saqîfa des Banû Sâ‘ida fut : qui deviendrait le calife ? La situation était devenue telle qu’il semblait alors impossible de parvenir à un accord sur cette question. Abû Bakr (qu’Allah l’agrée) se leva alors, présenta un hadith du Messager de Dieu (paix et bénédiction sur lui) et dit :

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L’imam et le calife doivent être choisis parmi les Quraychites.

Ainsi, la succession du Messager restera elle aussi limitée à cette lignée quraychite.

Dès qu’ils entendirent ce hadith, tous les Compagnons présents en reconnurent la véracité. Ensuite, l’élection du calife fut menée à bien sans contestation.

Lorsque la question du lieu où le Prophète vénéré (s) devait être enterré suscita une divergence d’opinions, Hazrat Abû Bakr as-Siddîq (r) rapporta un hadith :

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J’ai entendu une parole du Messager, que je n’ai pas oubliée. Il avait dit : « Allah reprend l’âme de Son prophète à l’endroit où il convient de l’enterrer. »

Puis il dit :******************************************************

« Enterrez donc, vous aussi, le noble Messager (s) à l’endroit même où il se trouvait sur son lit de mort. » [Shamâ’il at-Tirmidhî, p. 30 ******************** Muwatta’ Mâlik, p. 80.]

Hazrat ‘Â’isha (r) réclama au premier calife, Hazrat Abû Bakr, une part des biens du Prophète vénéré. Hazrat Abû Bakr (r) rapporta alors le hadith suivant. Il dit :

******************************************************

« J’ai entendu le noble Messager (s) dire : “Nous ne faisons de personne l’héritier de biens. Tout ce que nous laissons est donné dans le sentier d’Allah. Ainsi, les descendants de Muhammad vivront des ressources du Bayt al-Mâl.” »

Alors, Abû Bakr (qu’Allah l’agrée) dit :

******************************************************

Par Allah, je mettrai en pratique chacune des actions que j’ai vues le Messager accomplir, sans en délaisser une seule.

L’effet immédiat de la transmission de ce hadith se manifesta si rapidement que le narrateur du hadith dit à la fin :

******************************************************

Ensuite, Fâtima renonça à sa revendication de l’héritage et, jusqu’à sa mort, elle ne reparla plus de cette question. [Sahîh al-Bukhârî, tome II, p. 995-996.]

En revanche, lorsqu’il apprit, sur la base d’un hadith du Messager, que la grand-mère avait droit à une part d’héritage, il ne tarda pas le moins du monde à statuer en sa faveur conformément au hadith. Lorsque la grand-mère revendiqua d’abord son héritage, il dit :

******************************************************

Aucune part d’héritage ne t’est prescrite dans le Livre d’Allah. Je ne sais pas non plus qu’une part t’ait été prescrite dans la tradition du Messager (hadith). Va donc, je vais interroger les gens à ce sujet, puis je t’en informerai.

Un jour, il interrogea ensuite les Compagnons à ce sujet. Alors Hadrat Al-Mughîra ibn Shu‘ba se leva et dit :

******************************************************

J’étais présent auprès du Messager : il a attribué à la grand-mère un sixième de la succession. Je l’ai vu de mes propres yeux.

Afin de s’assurer de l’authenticité de ce hadith rapporté au sujet de la pratique de Hadrat Abû Bakr (qu’Allah l’agrée) et d’en renforcer la valeur probante, il demanda :

******************************************************

Y a-t-il quelqu’un d’autre qui puisse témoigner de ce que tu affirmes ?

Alors Hadrat Muhammad ibn Muslim se leva, rendit témoignage et confirma les propos d’Al-Mughîra. Ensuite, Hadrat Abû Bakr (qu’Allah l’agrée) l’accepta sans la moindre hésitation.

Il est toutefois vrai que le vénérable Abû Bakr (ra) se montrait particulièrement strict en matière de transmission des hadiths. Lorsqu’un hadith du Messager était établi sur la base d’une preuve particulière et irréfutable, il s’inclinait devant lui. L’événement relatif à l’héritage de la grand-mère, mentionné à l’instant, le montre clairement. En outre, tant qu’il n’était pas absolument certain et convaincu de l’authenticité d’un hadith, il n’était pas disposé à l’accepter.[********************]

Le hafiz al-Dhahabî a écrit :

******************************************************

Abû Bakr fut le tout premier à faire preuve d’une grande prudence dans l’acceptation des hadiths.[********************]

Lorsque le vénérable Abû Bakr al-Siddîq (ra) nomma le vénérable Anas (ra) gouverneur de Bahreïn et l’y envoya, il rédigea un document détaillé concernant les règles et prescriptions de la zakat et le lui remit pour qu’il l’emporte avec lui. Au début de ce document détaillé, il était écrit :

******************************************************

Au nom d’Allah, le Clément, le Miséricordieux. Ceci est le document concernant l’obligation de la zakat. Le Noble Messager (s) l’a rendue obligatoire pour les musulmans, et Allah a donné cet ordre à Son Messager.[********************]

Le vénérable Umar al-Fârûq (ra)

Le deuxième calife, Hazrat Umar al-Farouq (ra), a lui-même rapporté des hadiths. À ses yeux, après le Noble Coran, la Sunna, c’est-à-dire les hadiths du Messager, occupait la place fondamentale dans la religion islamique. Il a rassemblé et consigné un grand nombre de hadiths, puis les a envoyés aux gouverneurs de rang supérieur et inférieur des différentes provinces de l’État islamique, en leur ordonnant de les diffuser largement auprès de toute la population.

Afin de développer davantage l’enseignement de la science du hadith, il établit de nombreuses madrasas dans différentes régions. Il envoya des Compagnons éminents dans diverses contrées pour y enseigner les hadiths. À cette époque, il envoya Hazrat Abdallah ibn Mughaffal, Hazrat Imran ibn Husayn (ra) et Hazrat Maqil ibn Yasar (ra) dans la province de Bassora, et Hazrat Ubada ibn Samit ainsi que Hazrat Abu al-Darda (ra) en Syrie. [********************] C’est également dans ce but qu’il envoya Arjan ibn Abu Halaka en Égypte. [********************]

Hazrat Abu Musa al-Achari (ra), nommé gouverneur de Koufa, s’y rendit et s’adressa aux musulmans de la ville en ces termes :

******************************************************

Hazrat Umar (ra) m’a envoyé auprès de vous afin que je vous enseigne le Livre d’Allah ainsi que la Sunna et les hadiths de votre Prophète. [********************]

Il envoya également Hazrat Abdallah ibn Masud (ra) à Koufa comme enseignant des hadiths et du Coran, et ordonna aux habitants de Koufa d’apprendre les hadiths auprès de lui. [********************]

L’érudit Khazri a écrit :

******************************************************

Hazrat Abd Allah ibn Mas‘ud demeura à Koufa. Les habitants de cette ville apprenaient auprès de lui les hadiths du Messager (paix et salut sur lui). Il était leur enseignant et leur juge.

Hazrat ‘Umar (qu’Allah l’agrée) adoptait, concernant l’acceptation des hadiths, une politique très stricte, à l’instar du premier calife. Pour établir l’authenticité d’un hadith rapporté par Hazrat Abû Mûsâ al-Ash‘arî (qu’Allah l’agrée), il lui ordonna avec fermeté. Il lui dit :

******************************************************

Présente une preuve, sinon je t’infligerai un châtiment sévère.

Plus tard, lorsqu’un autre Compagnon fut présenté comme témoin à l’appui de ses propos, il fut rassuré.

L’érudit al-Dhahabî a écrit à son sujet :

******************************************************

En matière de transmission des hadiths, il a établi pour les traditionnistes la règle consistant à adopter une méthode ferme et rigoureuse.

Ḥaḍrat Abû Mûsâ présenta un autre Compagnon comme témoin à l’appui du hadith qu’il avait rapporté. Aussitôt après, Ḥaḍrat ʿUmar (qu’Allah l’agrée) l’accepta. Il est ainsi démontré que :

******************************************************

Lorsqu’un hadith est rapporté par au moins deux transmetteurs dignes de confiance, il acquiert davantage d’autorité et de force, et mérite davantage la priorité qu’un hadith rapporté par une seule personne. Cela constitue également un encouragement suffisant pour obtenir de nombreuses chaînes de transmission de ce hadith. Il peut ainsi passer du degré de la « simple présomption » au degré d’un ʿilm certain, c’est-à-dire d’une connaissance exacte et fiable.

Lorsque Ḥaḍrat Ubayy ibn Kaʿb rapporta un hadith, Ḥaḍrat ʿUmar (qu’Allah l’agrée) lui dit :

******************************************************

Vous devez absolument fournir la preuve de l’authenticité du hadith que vous avez rapporté.

Lorsque Ḥaḍrat Ubayy présenta comme témoins plusieurs Compagnons parmi les Ansâr, le calife dit :

******************************************************

Je n’ai nourri aucun doute à votre égard ; c’est uniquement afin d’établir solidement le hadith sur la base d’une preuve irréfutable que je vous avais demandé d’en fournir une.

C’est à l’époque de ʿUmar al-Fârûq que l’on entreprit, au niveau officiel, de rassembler et de mettre par écrit les hadiths dispersés, et que la question de leur organisation systématique fut soulevée pour la première fois. ʿUmar (qu’Allah l’agrée) avait lui-même exprimé le souhait d’accomplir cette immense tâche et avait consulté à ce sujet les autres Compagnons. Les musulmans lui avaient conseillé de la mener à bien. Mais, par la suite, le doute et l’hésitation surgirent dans son propre esprit quant à l’opportunité de cette entreprise. Pendant près d’un mois, il réfléchit longuement et accomplit l’istikhâra. Finalement, il dit un jour lui-même :

******************************************************

Vous savez que je vous avais parlé de mettre par écrit et de rassembler les hadiths. Mais il m’est ensuite venu à l’esprit que les gens des Écritures qui vous ont précédés avaient eux aussi rassemblé de cette manière les paroles de leur prophète ; ils s’y attachèrent alors et abandonnèrent le Livre d’Allah. Par Allah, je ne mêlerai rien au Livre d’Allah. Il renonça ensuite à son projet de rassembler les hadiths.

En effet, en possession d’un ouvrage de hadiths organisé et compilé, les gens pourraient être tellement absorbés par celui-ci qu’ils en viendraient à oublier même le Noble Coran ; son importance diminuerait à leurs yeux et ils voudraient se conduire en se fondant uniquement sur les hadiths. C’est par crainte de cette seule éventualité que ʿUmar al-Fârûq (qu’Allah l’agrée) ne se chargea pas lui-même de mettre les hadiths par écrit et de les compiler. Autrement, il n’aurait certainement pas considéré cette entreprise comme illicite. Il suffit d’examiner cette crainte à la lumière de la situation ultérieure pour comprendre dans quelle mesure elle était fondée. C’est précisément grâce à cette forme de précaution que la communauté musulmane a appris aujourd’hui à accorder au Noble Coran la première place et aux hadiths la deuxième. Si une telle précaution n’avait pas été prise, le Noble Coran aurait perdu, aux yeux des musulmans eux-mêmes, sa place première et prééminente, devenant secondaire, comme les Écritures des autres communautés religieuses le sont devenues à leurs yeux.

ʿUthmân (qu’Allah l’agrée)

ʿUthmân (qu’Allah l’agrée) a lui-même rapporté des hadiths ; toutefois, seul un très petit nombre de hadiths a été rapporté de lui. À propos de la raison de cette faible quantité, il a lui-même déclaré :

******************************************************

Le fait que je ne sois pas, parmi les Compagnons du Messager, celui qui a conservé le plus grand nombre de hadiths ne m’a pas empêché de rapporter les hadiths du Messager. La raison pour laquelle je m’abstenais plutôt de rapporter des hadiths est que j’ai moi-même entendu le noble Messager (S) dire — et j’en témoigne — que quiconque lui attribue ce qu’il n’a pas dit doit chercher son refuge en Enfer.

Hazrat Ali (r.a.)

Hazrat Ali (r.a.) était l’un des quelques Compagnons qui avaient eux-mêmes mis par écrit les hadiths entendus auprès du Messager. Il avait entendu du Messager puis écrit plusieurs hadiths concernant l’explication et l’analyse du Coran. Il avait donné à cette compilation de hadiths le nom de « Sahifa ». Après l’avoir pliée, il la conservait soigneusement dans le fourreau de son épée. Elle contenait plusieurs hadiths relatifs aux prescriptions et aux règles pratiques de la vie quotidienne. [Sahih al-Bukhari, Kitab al-‘Ilm et Kitab al-I‘tisam, Musnad Ahmad, tome 1, p. 709.]

Plus tard, il envoya cette Sahifa à Hazrat Uthman, en tant que document écrit contenant des hadiths. Son fils, Muhammad ibn al-Hanafiyya, dit :

******************************************************

Mon père m’envoya en me disant : « Va auprès du calife Uthman (r.a.) avec ce livre. Il contient les prescriptions du noble Messager concernant l’aumône et la zakat. »

Il ressort de l’exposé ci-dessus qu’à l’époque des califes bien guidés, les hadiths furent diffusés, l’enseignement en fut pleinement assuré et ils obtinrent, dans l’administration de l’État ainsi que dans la pratique judiciaire, le statut de l’un des fondements du droit. Ils furent également écrits et rassemblés par diverses personnes, de manière fragmentaire. Toutefois, les hadiths ne furent pas compilés comme il se devait sous forme d’ouvrage. Jusque-là, de nombreux Tabi‘in les avaient appris et recueillis auprès des Compagnons, puis les avaient largement diffusés parmi la population. Mais, à cette époque, aucun ouvrage n’avait été composé par quiconque selon les règles requises pour compiler les hadiths ; l’histoire n’en fournit aucun exemple. C’est ainsi qu’environ un siècle s’écoula dans l’histoire islamique. Une exception survint à la fin du premier siècle de l’Hégire, lorsqu’une mesure révolutionnaire fut prise en matière de compilation des hadiths.

Hazrat Umar ibn Abd al-Aziz (r.a.) et la compilation des hadiths

Hadrat Umar ibn Abd al-Aziz (r) fut choisi comme calife en l’an 99 de l’Hégire. Dès qu’il assuma la responsabilité du califat, il ressentit vivement la nécessité de compiler l’immense patrimoine dispersé des hadiths. Il comprit clairement que le hadith constituait un patrimoine indispensable pour vivre selon l’islam et administrer le califat. Si l’on ne procédait pas sans délai à sa compilation et à la mise en place de mesures efficaces pour le préserver intégralement, toute la communauté risquait d’en être privée. Presque tous les Compagnons honorables avaient quitté ce monde. La plupart des tabi‘un qui avaient reçu leur enseignement les avaient eux aussi rejoints. Rien ne garantissait que ceux qui étaient encore en vie vivraient longtemps. Il était donc absolument nécessaire de recueillir et de compiler sans délai ce patrimoine immense, puis de l’organiser de manière méthodique.

Il envoya ensuite au centre de l’État islamique un décret rédigé dans les termes suivants :

******************************************************

Portez sans délai votre attention aux hadiths du Noble Messager et commencez à les recueillir et à les compiler.

Il envoya également un décret au gouverneur et juge de Médine, Abû Bakr ibn Muhammad ibn Hazm, en ces termes :

******************************************************

Portez votre attention aux hadiths du Messager, à sa Sunna, aux paroles de Hadrat Umar, ainsi qu’à tout ce qui pourrait s’y apparenter, et consignez-les pour moi. Je crains en effet la disparition des détenteurs de la science du hadith et l’extinction du patrimoine des hadiths.

******************************************************

Et que rien d’autre que les hadiths du Messager ne soit accepté. Que les gens diffusent largement cette science du hadith. Que des assemblées soient organisées pour enseigner les hadiths, afin que ceux qui ne savent pas puissent les apprendre. Car la science périt dès qu’elle est tenue secrète.[******************** Sahih al-Bukhari, tome 1, p. 20.]

L’imam al-Darimi a rapporté cette parole, par l’intermédiaire d’Abdullah ibn Dinar, dans les termes suivants :

******************************************************

Écris-moi et envoie-moi les hadiths du Messager qui sont établis et authentifiés auprès de toi, ainsi que les hadiths de Hazrat Umar. Je crains en effet que la science du hadith ne soit perdue et que les savants du hadith ne disparaissent.[********************]

L’historien Ibn Sa’d a également mentionné une autre partie du décret d’Umar ibn Abd al-Aziz. Le passage qu’il a cité est le suivant :

******************************************************

Umar ibn Abd al-Aziz avait envoyé à Abu Bakr ibn Hazm l’ordre de mettre également par écrit les hadiths rapportés par Umra et de les lui envoyer.[********************]

Il ressort également du récit d’Ibn Sa’d qu’Umar ibn Abd al-Aziz avait ordonné de mettre par écrit et d’envoyer les hadiths rapportés par Hazrat Aïcha (qu’Allah l’agrée). C’est aussi pour cette raison qu’il avait insisté pour que les hadiths rapportés par Umra bint Abd al-Rahman soient rassemblés, consignés par écrit et envoyés. En effet, les prescriptions et les règles indispensables aux croyances et à la vie pratique des musulmans sont particulièrement exposées dans les hadiths rapportés par Hazrat Aïcha (qu’Allah l’agrée).[********************] Or cette Umra avait été élevée auprès de Hazrat Aïcha (qu’Allah l’agrée) et avait reçu d’elle un enseignement complet des hadiths. Umar ibn Abd al-Aziz a lui-même dit à son sujet :

******************************************************

Il ne reste personne de plus érudit qu’Umra au sujet des hadiths rapportés par ʿAïcha.

L’imam al-Zuhrî a également dit à son sujet :

******************************************************

Je l’ai trouvée semblable à une mer inépuisable de science du hadith.

L’imam Mâlik a dit qu’Umar ibn Abd al-Azîz avait ordonné à Abû Bakr ibn Hazm de mettre par écrit et d’envoyer également les hadiths rapportés par Qâsim ibn Muhammad, en même temps que ceux rapportés par Umra bint Abd al-Rahmân.

Qui était ce Qâsim ? L’imam al-Bukhârî a écrit à son sujet :

******************************************************

À la mort de son père, il fut élevé sur les genoux de sa tante paternelle, ʿÂ’isha, et acquit auprès d’elle une connaissance approfondie de la religion.

Ibn Ḥibbân écrivit au sujet de ce Qâsim :

******************************************************

Le tâbiʿî Qâsim était, parmi les gens de son époque, le meilleur et le plus éminent en matière de connaissance des hadiths et de la religion.

Il a été dit précédemment au sujet d’Abû Bakr ibn Ḥazm qu’il était gouverneur de Médine. Il devait également s’acquitter de la fonction de juge. Il était alors l’un des principaux faqîhs de Médine. Il possédait une compétence incomparable en droit islamique. Il avait auparavant transcrit et conservé auprès de lui tous les hadiths rapportés par ʿÂ’isha à la susmentionnée ʿUmra bint ʿAbd ar-Raḥmân. ʿUmra était sa tante maternelle.

Le qâdî Abû Bakr avait, sur ordre du calife ʿUmar ibn ʿAbd al-ʿAzîz, rassemblé un grand nombre de hadiths et compilé plusieurs volumes de recueils de hadiths. Cependant, il ne lui fut pas possible de les faire parvenir au Dâr al-Khilâfa avant le décès du calife. À ce sujet, l’érudit as-Suyûṭî rapporte, en citant l’ouvrage at-Tamhîd d’Ibn ʿAbd al-Barr :

******************************************************

Ibn Ḥazm compila plusieurs volumes de hadiths, mais mourut avant de pouvoir les envoyer au calife ʿUmar ibn ʿAbd al-ʿAzîz.

Mais quel fut ensuite le sort de ces recueils de hadiths ? À ce sujet, l’imam Mâlik a dit : Lorsque j’interrogeai à propos de ces livres de hadiths Abdallah, fils du qadi Abû Bakr, il me répondit : ******************** Ils ont tous été détruits.[********************] Mais cela n’est pas crédible. En effet, il n’est pas concevable que, du seul fait du décès du calife, les recueils de hadiths constitués sous administration officielle aient été détruits et qu’aucune mesure n’ait été prise pour les conserver. Ils étaient certainement conservés auprès du peuple, et, par la suite, les hadiths furent diffusés parmi les gens sur cette base.

Certaines traditions rapportent que le calife Umar ibn Abd al-Azîz avait ordonné à Sâlim ibn Abdallah, en plus d’Abû Bakr ibn Hazm à Médine, de rassembler les hadiths et de les lui envoyer. L’érudit as-Suyûtî a écrit, d’après l’imam az-Zuhrî :

******************************************************

Umar ibn Abd al-Azîz avait ordonné à Sâlim ibn Abdallah de lui écrire et de lui envoyer les règles relatives à la zakât et à l’aumône de Umar.[********************]

L’imam as-Suyûtî écrivit ensuite au sujet de Sâlim :

******************************************************

Sâlim lui écrivit et lui envoya intégralement ce qui lui avait été demandé. En outre, il lui écrivit également ceci : « Si Umar (qu’Allah l’agrée), durant son règne, accomplissait une œuvre similaire parmi les gens de son époque, alors vous serez considéré et reconnu auprès d’Allah comme un homme meilleur que Umar al-Fârûq. »[********************]

À ce sujet, Muhammad ibn Abd ar-Rahmân al-Ansârî dit :

******************************************************

Lorsque ʿUmar ibn ʿAbd al-ʿAzīz fut choisi comme calife, il envoya à Médine des instructions insistantes afin que l’on rassemble les documents écrits du Noble Messager et de ʿUmar concernant notamment la zakāt. Plus tard, on retrouva auprès des descendants de ʿAmr ibn Ḥazm les documents écrits du Noble Messager, et auprès des descendants de ʿUmar des documents écrits similaires du Noble Messager.

ʿUmar ibn ʿAbd al-ʿAzīz avait spécialement chargé l’imam al-Zuhrī de la compilation des hadiths.

Au sujet de l’imam al-Zuhrī, ʿUmar ibn ʿAbd al-ʿAzīz lui-même déclara :

******************************************************

Parmi les savants des générations passées, il n’en est resté en vie aucun qui fût plus éminent qu’al-Zuhrī en matière de Sunna et de hadith.

À ce sujet, l’imam Ibn Shihāb al-Zuhrī lui-même dit :

******************************************************

Umar ibn Abd al-Aziz nous ordonna de recueillir et de compiler les hadiths. Ayant reçu cet ordre, nous rédigeâmes un volumineux ouvrage de hadiths et le lui envoyâmes. Ensuite, il envoya lui-même un exemplaire à chacune des provinces de son royaume.

Il ressort de ceci, sans aucun doute, que le corpus des hadiths recueillis n’a nullement été perdu.

L’imam Malik (qu’Allah l’agrée) a dit :

******************************************************

Le premier à compiler les hadiths fut Ibn Shihab al-Zuhri.

Un autre éminent érudit, l’imam Abd al-Aziz al-Darawardi, a également soutenu cette affirmation. Il a dit :

******************************************************

Le premier à compiler les hadiths et à les mettre par écrit fut Ibn Shihab al-Zuhri.

L’imam al-Zuhrî revendiqua lui-même cet honneur en ces termes :

******************************************************

Avant moi, personne n’avait compilé la science du hadith.

Umar ibn Abd al-Azîz ne se contenta pas d’ordonner la collecte et la consignation par écrit des hadiths ; il envoya également des décrets explicites afin que leur enseignement à grande échelle fût organisé partout.

Un décret fut envoyé à un autre gouverneur dans les termes suivants :

******************************************************

Ordonnez aux spécialistes du hadith et aux savants de dispenser l’enseignement des hadiths dans chaque mosquée et de les diffuser largement. En effet, la connaissance des hadiths est sur le point de disparaître presque entièrement.

À la lumière des citations précédentes et des preuves et documents historiques, il ne fait aucun doute que le décret d’Umar ibn Abd al-Azîz relatif à la collecte des hadiths ne fut pas envoyé en un seul lieu, mais qu’il le fut dans toutes les régions de l’État islamique ; grâce à lui, la campagne de collecte et de compilation des hadiths commença partout de manière organisée. Cette campagne eut inévitablement pour résultat la compilation des hadiths dans toutes les régions. Presque tous les spécialistes du hadith encore en vie à cette époque se consacrèrent à cette noble œuvre de compilation, et l’immense richesse qu’ils rassemblèrent fut considérée et conservée au sein de la communauté musulmane comme un trésor inestimable pour tous les temps.

Il est rapporté qu’Omar ibn Abd al-Aziz (r) ne s’est pas contenté d’ordonner aux autres de le faire : il avait lui-même commencé à écrire les hadiths.

Abou Qilaba, un célèbre tâbi‘î et transmetteur de hadiths de Hadrat Anas, a dit :

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Un jour, lorsque Omar ibn Abd al-Aziz vint à la mosquée pour la prière de zuhr, nous vîmes quelques feuilles dans sa main. Plus tard, lorsqu’il sortit pour la prière de ‘asr, nous vîmes qu’il avait encore ces mêmes feuilles avec lui. Je lui demandai : « Ô Commandeur des croyants ! Qu’est-ce que cet écrit ? » Il répondit : « Awn ibn Abd Allah m’a rapporté un hadith ; il m’a beaucoup plu et je l’ai écrit. Ce hadith s’y trouve également. »

Parmi les éminents savants qui, après l’imam Zuhri, œuvrèrent à la compilation des hadiths et à la rédaction d’ouvrages dans les différents centres de l’État islamique, il convient de mentionner les suivants :

À La Mecque : Ibn Jurayj (150 H) ; à Médine : Ibn Ishaq (151 H) et l’imam Malik (179 H) ; à Bassora : Rabi‘ ibn Subayh (160 H), Sa‘id ibn Abi Aruba (156 H) et Hammad ibn Salama (176 H) ; à Koufa : Sufyan al-Thawri (161 H) ; en Syrie : l’imam Awza‘i (156 H) ; à Wasit : Hushaym (188 H) ; au Yémen : Ma‘mar (153 H) ; et au Khorassan : Jarir ibn Abd al-Hamid (188 H) et Abd Allah ibn al-Mubarak (r) (181 H).

Les dates de décès mentionnées auprès de chacun des noms ci-dessus permettent de comprendre clairement qu’ils étaient tous contemporains, appartenaient presque à la même époque et qu’ils recueillirent les hadiths du Messager honoré (s) et les compilèrent dans des ouvrages, tout en résidant à la même période en des lieux différents. Il est donc impossible d’affirmer avec certitude lequel d’entre eux accomplit cette œuvre le premier. Toutefois, l’érudit Ibn Hajar al-Asqalani a établi un ordre de priorité entre eux. Il a dit :

******************************************************

Les premiers à entreprendre la collecte et la compilation des hadiths furent Rubay ibn Subayh, Sa‘d ibn Abî ‘Arûba et quelques autres. Ils consignaientséparément dans des ouvrages chacun des chapitres des hadiths.

À cette étape, le nom de l’imam Makḥûl mérite également d’être mentionné. En effet, avant que le travail de rédaction d’ouvrages ne commence à grande échelle, il rédigea un ouvrage de hadiths intitulé « Kitâb al-Sunan ».

À Koufa, l’imam al-Cha‘bî fut le premier à entreprendre de rassembler au même endroit les hadiths portant sur un même sujet. Au départ, il n’était pas favorable à la mise par écrit des hadiths ni à la rédaction d’ouvrages de hadiths ; mais, dès qu’il reçut l’ordre du calife des musulmans, ‘Umar ibn ‘Abd al-‘Azîz, il commença à rédiger un ouvrage de hadiths. En effet, il était le juge nommé par ‘Umar ibn ‘Abd al-‘Azîz dans la province de Koufa.

L’érudit al-Suyûtî rapporte, en citant Ibn Ḥajar al-‘Asqalânî :

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Le premier à compiler ensemble les hadiths portant sur un même sujet fut l’imam al-Cha‘bî. Il est en effet rapporté à son sujet qu’il écrivit ensemble un grand nombre de hadiths sous le titre : « Voici un grand chapitre sur le divorce ».

L’imam al-Cha‘bî naquit en l’an 22 de l’Hégire, sous le califat de ‘Umar ibn al-Khaṭṭâb, et mourut en l’an 104 de l’Hégire. L’imam Makḥûl mourut en l’an 134. Quant à l’imam al-Zuhrî, il mourut également en l’an 123, 124 ou 125 de l’Hégire. Sur la base de ces calculs, on peut dire que l’imam Makḥûl fut le premier dans la rédaction d’ouvrages de hadiths.

Mais, après un examen approfondi, il faut retenir la conclusion suivante : les premiers à avoir entrepris la collecte et la compilation des hadiths furent les spécialistes du hadith de Médine — notamment Abû Bakr ibn Ḥazm, Sâlim et l’imam al-Zuhrî. Quant à la rédaction d’ouvrages de hadiths organisés par chapitres, elle fut réalisée par les traditionnistes de Koufa — l’imam al-Cha‘bî et d’autres.

‘Umar ibn ‘Abd al-‘Aziz, le « calife bien guidé » de la dynastie omeyyade, ne vécut pas longtemps après avoir promulgué le décret ordonnant la collecte et la compilation des hadiths. Mais, grâce à ce décret, le courant de collecte et de compilation des hadiths qui s’était alors soulevé se poursuivit pendant plusieurs siècles. Les savants et spécialistes du hadith qui vinrent après l’imam al-Zuhri se consacrèrent pleinement à cette œuvre. Dès lors, celle-ci se poursuivit avec un élan accru.

 

La compilation des hadiths au deuxième siècle de l’hégire

‘Umar ibn ‘Abd al-‘Aziz mourut le 25 rajab de l’an 101 de l’hégire. Son califat dura deux ans et cinq mois. Les recueils de hadiths compilés par l’imam al-Sha‘bi, l’imam al-Zuhri, l’imam Makhul al-Dimachqi et le qadi Abu Bakr ibn Hazm constituent les contributions impérissables de son règne. La compilation de ces recueils fut achevée dès le premier siècle de l’hégire.

Bien que le travail accompli à ce stade du premier siècle de l’hégire ne fût ni très important par son ampleur ni considérable par son volume, il est incontestable qu’il ouvrit la voie à la compilation des recueils de hadiths. Ainsi, dès le début du deuxième siècle de l’hégire, cette œuvre commença à être menée avec toute l’importance qui lui était due. À cette époque, les recueils de hadiths eurent l’occasion d’inclure non seulement les hadiths relatifs aux paroles et aux actes du Messager (s), mais aussi les paroles et les fatwas des Compagnons, les diverses fatwas des Successeurs fondées sur le Coran et les hadiths, ainsi que leurs propos et leurs exhortations concernant les questions importantes de la religion.

Kitab al-Athar

Les recueils de hadiths compilés par les traditionnistes de l’époque des Successeurs ne parvinrent pas aux étudiants du hadith des générations suivantes en conservant une existence indépendante. À cet égard, on ne peut mentionner qu’un seul ouvrage encore présent parmi nous : le « Kitab al-Athar ». Nommé directeur de la célèbre institution d’enseignement de la grande mosquée de Koufa, fondée à l’époque de ‘Abd Allah ibn Mas‘ud (r), l’imam Abu Hanifa (r) établit d’une part les fondements de l’« ilm al-fiqh » ; d’autre part, il composa également un recueil des hadiths du Messager (s) relatifs aux commandements et aux interdictions, en les réunissant avec des hadiths compilés selon des sources fiables. Cet ouvrage est précisément appelé le « Kitab al-Athar ». Il n’existe probablement dans le monde musulman aucun recueil de hadiths plus ancien que celui-ci. Ou plutôt, on peut dire que, parmi les recueils de hadiths actuellement conservés par la communauté musulmane, celui-ci est le plus ancien. Avant Abu Hanifa, les collecteurs de hadiths s’étaient contentés de recueillir et de compiler les hadiths de manière rudimentaire. Aucun recueil de hadiths n’avait été composé selon une véritable méthode de rédaction d’ouvrage. Certes, l’imam al-Sha‘bi avait rassemblé en un même lieu les hadiths portant sur un même sujet et leur avait donné la forme d’un ouvrage ; mais celui-ci se limitait à quelques chapitres, et il ne lui avait pas été possible d’aller plus loin. Cette œuvre ne put ensuite progresser davantage. C’est pourquoi, jusqu’à cette époque, la tâche consistant à organiser systématiquement les hadiths en sections (kitab) et en chapitres (bab), conformément aux principes et à la méthode de composition d’un ouvrage, était restée inachevée. En composant le « Kitab al-Athar », l’imam Abu Hanifa (r) s’acquitta de cette responsabilité avec une compétence et un savoir remarquables. Le hafiz al-Suyuti a écrit au sujet de l’imam Abu Hanifa (r) :

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L’un des mérites particuliers de l’imam Abu Hanifa (r), dans lequel il est sans égal, est qu’il fut le premier à systématiser la science de la Loi religieuse et à la compiler sous forme de chapitres. L’imam Malik (r) le suivit dans la composition de son « Muwatta ». Toutefois, dans la rédaction d’un ouvrage de cette nature, personne ne put devancer l’imam Abu Hanifa (r) sur le plan chronologique.

Au sujet du « Kitab al-Athar » compilé par l’imam Abû Hanîfa (r), le hafiz Ibn Hajar al-‘Asqalânî a écrit :

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Il existe un ouvrage de hadiths distinct rapporté par l’imam Abû Hanîfa (r). Il s’agit du « Kitab al-Athar », que Muhammad ibn Hasan a rapporté d’après eux.[********************]

L’imam ‘Alâ’ al-Dîn « al-Kâshânî » a mentionné cet ouvrage ******************** comme étant le « Kitab al-Athar » compilé par l’imam Abû Hanîfa (r).[********************]

Pour composer l’ouvrage de hadiths intitulé « Kitab al-Athar », l’imam Abû Hanîfa (r) a largement recueilli les hadiths, puis les a triés et sélectionnés. Sadr al-A’imma Muwaffaq ibn Ahmad al-Makkî a écrit dans son ouvrage :

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L’imam Abû Hanîfa (r) composa cet ouvrage du « Kitab al-Athar » après avoir trié et sélectionné parmi quarante mille hadiths.[******************** Le nombre de hadiths mentionné ici ne désigne pas le nombre de hadiths distincts ; il s’agit plutôt du nombre de chaînes de transmission des hadiths, car un même hadith peut avoir de nombreuses chaînes de transmission.]

Tous les spécialistes des hadiths ont reconnu cette prudence exceptionnelle dont il faisait preuve dans la sélection et l’acceptation des hadiths. L’imam Wakî‘ (r) a dit :

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En matière d’acceptation des hadiths, nul n’a fait preuve d’une prudence comparable à celle dont l’imam Abû Hanîfa (r) a fait preuve. [Ibid., il convient ici de préciser que l’imam du hadith Yahyâ ibn Saʿîd al-Qaṭṭân était versé dans la science de la vérification, de l’examen, de la sélection et du tri des hadiths. Il a dit :

****************************************************** Par Dieu, il était reconnu par la communauté musulmane comme le plus grand savant concernant l’ensemble des connaissances reçues d’Allah et du Messager. ]

C’est précisément pour cette raison, semble-t-il, que les muhaddiths, en critiquant l’imam Abû Hanîfa (r), l’ont qualifié de ******************** « homme extrêmement strict et rigoureux dans la transmission des hadiths », et c’est également pour cette raison que le nombre de hadiths qu’il a transmis n’a pu être très élevé. L’historien, l’Allâma Ibn Khaldûn, en exposa la raison en ces termes :

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Si le nombre de hadiths transmis par l’imam Abû Hanîfa (r) est relativement réduit, c’est parce qu’il imposait des conditions morales strictes pour l’acceptation et la transmission des hadiths. [********************]

Il convient ici de citer une parole de l’imam Abû Hanîfa (r) lui-même au sujet de l’immensité des hadiths qu’il avait rassemblés et du fait qu’il n’en avait transmis qu’une petite partie. Il a dit :

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Je possède plusieurs coffres remplis de recueils écrits de hadiths. Mais je n’en ai publié et rapporté qu’un très petit nombre, de nature à être utile dans la vie pratique des gens.

Comme pour les autres recueils de hadiths, il existe des « nuskhah » (copies) du Kitâb al-Âthâr. C’est pourquoi celui-ci est devenu célèbre sous le nom de chacun des étudiants qui en a transmis une copie. En réalité, l’ouvrage original n’est qu’un seul recueil de hadiths compilé par l’imam Abû Hanîfa. Parmi les personnes qui ont diffusé ces « nuskhah », on peut notamment citer les suivantes :

1. L’imam Zufar ibn al-Hudhayl : les ouvrages faisant autorité rapportent à ce sujet :

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Ahmad ibn Bakr a rapporté le Kitâb al-Âthâr compilé par Abû Hanîfa, d’après Abû Wahb, qui était l’élève de Zufar ibn al-Hudhayl.

2. L’imam Abû Yûsuf ibn Abî Yûsuf : il est rapporté à son sujet :

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Il rapporta de l’imam Abû Hanîfa, par l’intermédiaire de son père, le Kitâb al-Âthâr compilé par ce dernier. C’est un ouvrage de très grande ampleur. Le qadi Athar Mubârakpûrî (rédacteur en chef de la revue Al-Balâgh, publiée par Boï) a écrit : « Les étudiants de l’imam Abû Hanîfa ont transmis son Kitâb al-Âthâr à d’autres personnes, et, au moment de le transmettre, ils y ont eux-mêmes ajouté de nombreux hadiths. C’est pourquoi l’ouvrage original est devenu connu du public sous les noms de différents étudiants. En réalité, l’ouvrage original est le recueil de hadiths compilé par l’imam Abû Hanîfa (r). »

3. Imam Muhammad ibn Hasan al-Shaybânî : c’est sa compilation qui est célèbre, et c’est elle qui, à l’heure actuelle, est connue par erreur comme le « Kitâb al-Âthâr » compilé par l’imam Muhammad (r).

4. Imam Hasan ibn Ziyâd al-Lu’lu’î : Ibn Hajar al-‘Asqalânî (r) a écrit à ce sujet en évoquant Muhammad ibn Ibrâhîm :

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Muhammad ibn Ibrâhîm a rapporté le « Kitâb al-Âthâr » de l’imam Abû Hanîfa (r) par l’intermédiaire de Muhammad ibn Shujâ, selon la chaîne de transmission de son maître Hasan ibn Ziyâd.

Le Muwatta de l’imam Mâlik

Après le « Kitâb al-Âthâr » compilé par l’imam Abû Hanîfa (r), nous trouvons, parmi les recueils de hadiths compilés ensuite, le « Muwatta » compilé par l’imam Mâlik (r).

Une différence majeure entre le « Kitâb al-Âthâr » et le « Muwatta de l’imam Mâlik » est que le premier recueil contient les hadiths rapportés par les transmetteurs de hadiths du Hijâz, d’Irak, de Syrie et des autres régions du monde musulman ; tandis que le « Muwatta de l’imam Mâlik » ne contient que les hadiths rapportés par les muhaddiths résidant à Médine. En effet, comme nous l’avons vu dans l’exposé précédent consacré à l’imam Mâlik (r), celui-ci ne s’est jamais rendu hors de Médine pour recueillir des hadiths.

Le « Muwatta » est organisé de telle manière que sont d’abord mentionnés les hadiths relatant les paroles ou les actes du noble Messager (s). Ensuite y sont insérés les paroles des Compagnons ainsi que les fatwas des tâbi‘ûn fondées sur le Coran et les hadiths.

L’imam Malik (qu’Allah lui fasse miséricorde) compila ce recueil de hadiths sur l’ordre du calife abbasside al-Mansour. Un auteur égyptien contemporain nommé Muhammad Abou Zahou a écrit :

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Le calife abbasside Abou Ja‘far al-Mansour convoqua l’imam Malik (qu’Allah lui fasse miséricorde) et lui dit de compiler les hadiths qu’il considérait comme établis et authentiques, de les réunir dans un ouvrage et de le destiner à être appliqué dans la vie pratique des gens. Il composa ensuite cet ouvrage et lui donna le nom d’al-Muwatta.

L’imam Malik (qu’Allah lui fasse miséricorde) consacra à la composition de cet ouvrage un labeur immense, une patience inaltérable et une persévérance inlassable. L’imam al-Suyuti rapporte, d’après Ibn al-Hubab :

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L’imam Malik (qu’Allah lui fasse miséricorde) rapporta d’abord cent mille récits. À partir de ceux-ci, il compila l’ouvrage al-Muwatta, comprenant dix mille hadiths. Ensuite, il ne cessa de le vérifier à la lumière du Coran et de la Sunna. Il l’examina également à partir des traditions des Compagnons et d’autres récits. Finalement, il n’y inséra que cinq cents hadiths.

L’imam al-Suyuti a également cité le récit suivant, d’après Atiq ibn Yaqub :

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L’imam Malik composa le « Muwatta » en réunissant près de dix mille hadiths. Ensuite, chaque année, il continuait à l’examiner, à le vérifier et à en retirer des hadiths. Finalement, il atteignit sa forme actuelle et sa pleine maturité.

Il fallut à l’imam Malik pas moins de quarante années pour achever définitivement la rédaction de cet ouvrage. À ce sujet, il est rapporté que :

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Les traditionnistes ont dit que l’imam Malik consacra quarante années entières à la rédaction de cet ouvrage. Durant cette longue période, il ne cessa de l’examiner et de l’épurer, s’appliquant à le structurer harmonieusement, à le rendre exempt d’erreurs et à en ordonner le contenu.

À propos du nom donné à cet ouvrage, l’imam Malik lui-même a dit :

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J’ai présenté ce livre à soixante-dix juristes résidant à Médine. Chacun d’eux m’a conseillé à son sujet. C’est pourquoi je l’ai nommé « Muwatta ».

Il ressort de la citation de l’imam Suyuti, mentionnée plus haut d’après Ibn al-Hubab, que l’imam Malik avait sélectionné, parmi dix mille hadiths, seulement cinq cents hadiths pour les conserver dans son ouvrage. Cependant, cette citation ne permet pas de savoir combien de hadiths furent finalement inclus au total dans le « Muwatta ». La citation suivante de l’imam Suyuti à ce sujet permet d’en connaître le nombre exact. Il l’a rapportée d’après Abu Bakr al-Abhari :

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Dans le Muwaṭṭaʾ, le nombre total de hadiths rapportés du Messager vénéré, des nobles Compagnons et des Tābiʿūn est de mille sept cent vingt.

Parmi eux, seuls trois cents hadiths possèdent une chaîne de transmission authentiquement établie ; il y a 222 hadiths « mursal », 616 « mawqūf » et 285 paroles des Tābiʿūn. L’imam Ḥazm (que Dieu lui fasse miséricorde) dit :

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J’ai compté les hadiths du Muwaṭṭaʾ. J’y ai trouvé un peu plus de cinq cents hadiths « musnad » et près de trois cents hadiths « mursal ». En outre, il s’y trouve environ soixante-dix hadiths dont l’application avait été délaissée par l’imam Mālik (que Dieu lui fasse miséricorde).

Les copies du Muwaṭṭaʾ sont innombrables. Parmi elles, trois cents copies sont particulièrement célèbres. Le nombre de hadiths inclus dans ces copies diffère considérablement : certaines en contiennent relativement davantage, tandis que d’autres en contiennent moins. L’imam Suyūṭī a mentionné tout particulièrement trois de ces copies. Les voici :

1. La copie établie par Yaḥyā ibn Yaḥyā al-Laythī al-Andalusī : il avait directement entendu de l’imam Mālik (que Dieu lui fasse miséricorde) l’intégralité du Muwaṭṭaʾ, à l’exception des trois derniers chapitres.

2. Celle établie par Abū Muṣʿib Aḥmad ibn Abī Bakr al-Qāsim : il était juge de Médine, et c’est sa copie qui fut présentée en dernier à l’imam Mālik (que Dieu lui fasse miséricorde). Elle contient environ cent hadiths de plus que les autres copies.

3. Ouvrage de l’imam Muhammad ibn al-Hasan al-Shaybani : de même qu’il avait étudié la science du fiqh auprès de l’imam Abû Hanîfa (qu’Allah lui fasse miséricorde), il avait également étudié et reçu les hadiths auprès de l’imam Mâlik (qu’Allah lui fasse miséricorde).
Près d’un millier de personnes ont rapporté l’ouvrage al-Muwatta après l’avoir entendu de l’imam Mâlik (qu’Allah lui fasse miséricorde). Cela prouve qu’à cette époque, l’ouvrage al-Muwatta jouissait d’une considération tout à fait légitime dans la société islamique. Le peuple l’avait accueilli avec faveur, et des foules venues de l’ensemble du monde musulman s’étaient rassemblées auprès de l’imam Mâlik (qu’Allah lui fasse miséricorde), habitant de Médine, afin d’entendre directement l’ouvrage du début à la fin. C’est pourquoi de nombreux muhaddiths estiment que la prophétie suivante du Noble Prophète (paix et bénédictions d’Allah sur lui), citée dans le Jâmi‘ at-Tirmidhî, s’est véritablement réalisée au sujet de l’imam Mâlik (qu’Allah lui fasse miséricorde). Voici le hadith : le Noble Prophète (paix et bénédictions d’Allah sur lui) a dit :

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Le moment n’est pas loin où les gens voyageront dans des contrées lointaines, montés sur des chameaux, afin d’acquérir la science ; pourtant, ils ne trouveront nulle part quelqu’un de plus savant que le savant résidant à Médine.

Les célèbres muhaddiths, notamment Ibn ‘Uyayna et ‘Abd ar-Razzâq, ont unanimement déclaré que le « savant » mentionné dans ce hadith était l’imam Mâlik (qu’Allah lui fasse miséricorde). Rapporté dans le Jâmi‘ at-Tirmidhî, d’après Abû Hurayra.

L’imam ash-Shâfi‘î (qu’Allah lui fasse miséricorde) avait une très haute opinion d’al-Muwatta de l’imam Mâlik (qu’Allah lui fasse miséricorde) et le considérait comme un ouvrage absolument exceptionnel. La déclaration suivante de sa part à ce sujet est universellement connue. Il a dit :

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Après le Livre d’Allah, il n’existe sur terre aucun ouvrage plus authentique que le recueil de hadiths compilé par l’imam Mâlik (qu’Allah lui fasse miséricorde).

Sa déclaration est également rapportée dans les termes suivants :

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Jamais, sur terre, aucun autre ouvrage n’a été composé qui soit plus proche du Coran que le livre de l’imam Malik (r).

Le célèbre muhaddith Abû Zurʿa des générations suivantes a dit au sujet du Muwaṭṭaʾ de Malik (r) :

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Aucun autre ouvrage n’a bénéficié d’un tel degré de confiance et de fiabilité.

Ce recueil de hadiths compilé par l’imam Malik avait acquis une telle popularité que, lorsque le calife abbasside al-Mansur se rendit à Médine à l’occasion du Hajj, il dit à l’imam Malik :

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J’ai décidé de faire réaliser d’innombrables copies du recueil de hadiths que vous avez compilé, d’en envoyer un exemplaire dans chaque ville et localité musulmane et d’ordonner à tous de pratiquer conformément à celui-ci. Je leur dirai également de ne prêter attention à aucun autre ouvrage et de le délaisser.

Après avoir entendu cela, il était naturel qu’une vague de joie et d’enthousiasme envahisse le cœur de l’imam Malik (r). Mais l’imam Malik (r) ne put nullement l’approuver ni l’accepter. Il déclara clairement :

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Vous ne devez pas agir ainsi. En effet, de nombreuses prescriptions de la charia sont déjà parvenues aux gens. Ils ont entendu de nombreux hadiths, en ont également transmis beaucoup, et ils ont accepté ce qu’ils avaient reçu en premier, puis ont commencé à agir en conséquence. Laissez donc les habitants de chaque ville et de chaque région agir conformément à ce qu’ils ont adopté pour eux-mêmes.

Par la suite, le calife Hârûn al-Rachîd voulut lui aussi prendre une mesure particulière concernant le Muwatta de Malik (r). Il avait l’intention de le suspendre à la Kaaba et d’ordonner au peuple d’agir conformément à son contenu. Mais lorsqu’il en fit part à l’imam Malik (r), celui-ci dit :

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Non, vous ne devez pas agir ainsi. En effet, les Compagnons du Messager avaient des divergences sur des questions de détail, et ils s’étaient dispersés dans différentes villes et régions. Pourtant, ils étaient tous guidés sur la bonne voie.

Il est tout à fait naturel qu’il y ait des divergences sur les questions de détail de l’immense et vaste système de vie de l’islam. Il ne saurait en aucune manière être convenable d’en barrer la voie, de tenter de faire de tous les hommes les adeptes d’une opinion particulière et déterminée, et d’utiliser à cette fin le pouvoir royal. Au contraire, le principe de l’islam consiste à reconnaître comme vraies et correctes toutes les opinions fondées sur les prescriptions islamiques — aussi contradictoires puissent-elles sembler extérieurement —, même lorsqu’il s’agit de questions de détail. Cette affirmation est également attestée par les propos précités de l’imam Malik (r). Il ne fait aucun doute que ce principe de l’imam Malik (r) était extrêmement rationnel et juste. L’imam Ibn Abd al-Barr (r), considérant ce principe, a dit :

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Pour les gens avisés, c’est sans aucun doute un principe des plus équitables.

Pour ceux qui, au sujet des menus détails du fiqh, se sont engagés dans un fanatisme excessif et qui, concernant ces questions secondaires, s’obstinent à imposer de force leur opinion particulière aux autres, l’attitude susmentionnée de l’imam Mâlik (r) contient une leçon particulièrement édifiante.

Le Jâmiʿ de Sufyân al-Thawrî (r)

C’est précisément à cette époque que l’imam Sufyân al-Thawrî (r) composa son recueil de hadiths, intitulé « al-Jâmiʿ ». Sufyân al-Thawrî (r) assistait régulièrement aux assemblées d’enseignement dirigées par l’imam Abû Hanîfa (r) et rapportait des hadiths par son intermédiaire. Toutefois, il reçut le fiqh d’Alî ibn Mas-har, l’un des éminents disciples de l’imam Abû Hanîfa. Alî ibn Mas-har était un savant éminent et très compétent, tant en fiqh qu’en hadith. Les spécialistes ont écrit à son sujet :

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Il maîtrisait parfaitement aussi bien le hadith que le fiqh.

L’imam al-Thawrî composa son ouvrage Jâmiʿ avec son aide et sa collaboration. L’imam Yazîd ibn Hârûn a dit :

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Sufyân al-Thawrî recevait le fiqh de l’imam Abû Hanîfa (que Dieu lui fasse miséricorde) auprès de ʿAlî ibn Mashar ; c’est avec son aide et en s’entretenant avec lui qu’il rédigea son ouvrage de hadith intitulé « al-Jâmiʿ ».

À une époque, ce « al-Jâmiʿ » de Sufyân al-Thawrî jouissait auprès des spécialistes du hadith d’une grande estime et était très largement étudié. Parmi les ouvrages de hadith que l’imam al-Bukhârî (que Dieu lui fasse miséricorde) étudia au tout début figurait précisément ce « al-Jâmiʿ ».

On posa la question à l’imam Ishâq ibn Râhwayh (que Dieu lui fasse miséricorde) :

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Lequel des deux ouvrages est le meilleur : le « Muwaṭṭaʾ » de l’imam Mâlik ou le « al-Jâmiʿ » de Sufyân al-Thawrî ?

Dans sa réponse, il avait certes déclaré que le « Muwaṭṭaʾ de l’imam Mâlik » était le meilleur ouvrage. Mais l’imam Abû Dâwûd al-Sijistânî, l’auteur des Sunan, était d’un avis différent. Il déclara :

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De tous les ouvrages que les gens ont composés jusqu’à cette époque, le « al-Jâmiʿ » de Sufyân al-Thawrî est le meilleur.

Il n’a été présenté ci-dessus qu’un bref aperçu de quelques-uns des ouvrages de hadith les plus remarquables compilés jusqu’à cette époque. Cependant, l’histoire détaillée de ce siècle prouve que seuls ces quelques ouvrages n’ont pas été compilés durant cette période. Bien au contraire, plusieurs autres ouvrages de hadith furent également compilés. Toutefois, ils ne sont pas mentionnés en détail, car ils furent compilés directement et principalement à partir de l’aide fournie par les ouvrages précités.

Deux muhaddiths d’une profonde érudition apparurent à cette époque. Il est remarquable que tous deux s’appelaient Abû Hafs et qu’ils étaient père et fils. Comme le père et le fils portaient le même nom, on désignait le père sous le nom d’Abû Hafs al-Kabîr (le grand) et le fils sous celui d’Abû Hafs al-Saghîr (le petit), afin de les distinguer. La contribution de ces deux hommes à la diffusion et à l’expansion de la science du hadith à cette époque est inoubliable. Ils comptaient parmi les principaux muhaddiths de Boukhara, et c’est grâce à leurs efforts que la science du hadith se répandit largement dans toutes les régions de Boukhara ; son étude, son enseignement et sa discussion commencèrent dans chaque foyer. Le hâfiz al-Sam‘ânî a écrit au sujet d’Abû Hafs al-Kabîr :

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Un si grand nombre de personnes rapportèrent des hadiths de lui qu’il est impossible de les dénombrer.

En fait, ses étudiants s’étaient dispersés dans chaque village de Boukhara. Même dans le village appelé Khâizâkhîj, un grand nombre de ses étudiants se consacraient à l’étude de la science du hadith.

L’imam Abû Hafs étudia la science du hadith et le fiqh auprès de l’imam Abû Yûsuf et de l’imam Muhammad. Le hâfiz al-Dhahabî a écrit :

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L’imam Abû Hafs al-Kabîr comptait parmi les principaux élèves de l’imam Muhammad et fut le dernier pilier de la direction des savants hanafites de Boukhara.

Dans l’histoire de l’islam, il s’agit d’une période au cours de laquelle la rédaction d’ouvrages fut entreprise à grande échelle dans les divers domaines importants du savoir islamique : l’exégèse, le hadith, le fiqh et l’histoire. L’historien al-Suyûtî a écrit : « À cette époque, d’innombrables personnes formées et initiées auprès de l’imam Abû Hanîfa et de l’imam Mâlik, portant en elles un immense trésor de connaissances islamiques, établirent des centres en différents lieux du monde musulman et se consacrèrent à leur enseignement et à leur diffusion à grande échelle. » Le récit suivant de Hâfiz ‘Abd al-Qâdir al-Qurashî permet de se faire une idée claire du nombre réel des étudiants de l’imam Abû Hanîfa. Il a écrit :

******************************************************

Près de quatre mille personnes ont rapporté et diffusé, de la part de l’imam Abû Hanîfa, ses opinions relatives au hadith et au fiqh.[********************]

L’imam Hâjaj al-Dîn Ibn al-Bazzâz al-Kurdârî a présenté une longue liste des nombreux étudiants de l’imam Abû Hanîfa, dispersés dans toutes les régions du monde musulman. Il a inscrit les paroles suivantes en tête de cette liste :

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Ces hommes dispersés de ville en ville dans les régions de l’Est et de l’Ouest, qui ont rapporté le hadith et le fiqh de l’imam Abû Hanîfa.

Puis il a indiqué le nom de presque toutes les provinces, villes, cités et villages importants du monde musulman de cette époque, et a présenté un exposé détaillé des étudiants de l’imam Abû Hanîfa qui y étaient chargés de diffuser le hadith et le fiqh.[********************]

Au sujet des savants qui, après avoir reçu de l’imam Abû Hanîfa l’enseignement du hadith et du fiqh, rédigèrent des ouvrages de manière indépendante et personnelle, l’imam al-Tahâwî a écrit :

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Les étudiants de l’imam Abû Hanîfa qui se consacrèrent à la rédaction d’ouvrages étaient au nombre de quarante. Parmi les dix de la première génération, on peut notamment citer : l’imam Abû Yûsuf, Zufar, l’imam Dâwûd al-Tâ’î, l’imam Asad ibn ‘Amr, l’imam Yûsuf ibn Khâlid al-Simti et l’imam Yahyâ ibn Zakariyyâ ibn Abî Zâ’ida. Ce dernier travailla pendant trente ans comme scribe des personnes mentionnées précédemment.

Ils étaient tous de célèbres muhaddiths. L’imam Hasan ibn Ziyâd était lui aussi l’un des plus éminents spécialistes du hadith de cette génération. Il recueillit des hadiths auprès d’Ibn Jurayj. Il dit lui-même :

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« J’avais transcrit douze mille hadiths auprès d’Ibn Jurayj. Ces hadiths sont extrêmement nécessaires aux jurisconsultes. »

En somme, immédiatement après l’imam al-Zuhrî, un flot impétueux de compilation des hadiths et de rédaction d’ouvrages de hadith se répandit en débordant largement de toutes parts. Cette activité commença dans presque toutes les villes du monde musulman. Les autres auteurs de cette époque furent notamment :

À La Mecque : Ibn Jurayj (150 H) et Ibn Ishâq (152 H) ; à Médine : Sa‘îd ibn Abî ‘Arûba (156 H), Rabî‘ ibn Dubay (160 H) et Mâlik ibn Anas (179 H) ; à Bassora : Hammâd ibn Salama (176 H) et Ibn ‘Arûba ; à Koufa : Sufyân al-Thawrî (161 H) ; en Syrie : Abû ‘Amr al-Awzâ‘î (156 H) ; à Wâsit : Hushaym (188 H) ; al-Layth et Ibn Lahî‘a ; au Khurâsân : ‘Abd Allâh ibn al-Mubârak (181 H) ; au Yémen : Ma‘mar (153 H) ; et à Rayy : Jarîr ibn ‘Abd al-Hamîd (188 H). Tous se consacrèrent, chacun en son lieu, à la collecte et à la compilation des hadiths.

Ils appartenaient tous à peu près à la même époque et étaient contemporains ; ils furent les plus éminents spécialistes du hadith du deuxième siècle de l’Hégire. C’est grâce à leurs efforts inlassables, à leurs recherches sincères et profondément dévouées, ainsi qu’à leurs travaux minutieux de vérification et d’examen, que fut édifié l’immense édifice de la science du fiqh selon la perspective de l’école hanafite.

De même, les étudiants de l’imam Mālik (r.) se dispersèrent à travers l’Orient et l’Occident du monde musulman. Combien étaient ceux qui avaient étudié le hadith auprès de lui et qui s’étaient consacrés à sa transmission et à son enseignement ? Al-Khatīb al-Baghdādī donne le nombre de transmetteurs comme étant de 93 ; mais le hafiz Qādī ‘Iyād a écrit qu’ils étaient plus de mille trois cents.

Parmi les étudiants de l’imam Mālik (r.), ‘Abd Allāh ibn Wahb (m. 195 H), ‘Abd al-Rahmān ibn al-Qāsim (m. 191 H) et Ashhab (m. 204 H) étaient des auteurs très compétents et de haut niveau. Le hafiz al-Dhahabī a dit qu’Ibn Wahb rapportait de mémoire cent mille hadiths. Dans les ouvrages qu’il compila, cent vingt mille hadiths sont cités. Ibn al-Qāsim était lui aussi un hafiz du hadith et était considéré comme le principal parmi ceux qui avaient transmis et diffusé le fiqh de l’imam Mālik (r.).

La longue discussion qui précède démontre clairement qu’avant même l’achèvement du deuxième siècle de l’Hégire, d’innombrables compilations de hadiths avaient été préparées et diffusées partout. Dans le même temps, les étudiants de l’imam Abū Hanīfa (r.) et de l’imam Mālik (r.), portant en eux une immense richesse de connaissances hadithiques, s’étaient dispersés dans les différents centres du monde musulman. Ils s’étaient consacrés à leur transmission et à leur enseignement.

 

L’étude du hadith au troisième siècle de l’Hégire

Au troisième siècle de l’Hégire, la science du hadith connut un développement, un progrès, une expansion et une ampleur bien supérieurs à ceux de la période précédente. Le hadith s’établit alors au rang d’une science complète. Chacune de ses branches se constitua de manière complète et indépendante.

Les muhaddiths et les transmetteurs de hadith de ce siècle parcoururent mers et terres à la recherche des hadiths ; ils explorèrent minutieusement chaque centre du monde musulman. Ils atteignirent chaque ville et chaque village afin de rassembler les hadiths dispersés. Ils classèrent et ordonnèrent séparément les hadiths pourvus d’une chaîne complète de transmission. Ils accordèrent une importance totale à la continuité de la chaîne et de la source de transmission, ainsi qu’à son authenticité. C’est à cette fin que les Asmā’ al-Rijāl furent compilées et rédigées comme une branche indépendante du savoir. La théorie subtile de l’examen et de la vérification des hadiths, de leur tri et de la détermination de leur authenticité ou de leur fausseté se développa en une science indépendante. Les célèbres Sihāh Sitta — les six ouvrages de hadith authentiques — furent également compilés au cours de ce siècle.

Au cours de ce siècle, d’une part, on assista à des innovations remarquables dans la collecte et la compilation des hadiths, la rédaction d’ouvrages et la production des connaissances nécessaires relatives au hadith ; d’autre part, on observa parmi les musulmans un enthousiasme infatigable et un immense intérêt pour l’étude et la pratique du hadith. Devant chaque enseignant du hadith, des dizaines de milliers d’étudiants se rassemblaient et prenaient place afin d’étudier les hadiths. Après avoir mentionné les noms de cent trente muhaddiths du huitième niveau, le hafiz al-Dhahabī a écrit :

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Je n’ai pas mentionné une importante assemblée de hâfiz du hadith, de même niveau qu’eux. À cette époque, lors de chaque séance d’enseignement du hadith, dix mille encriers, voire davantage, se réunissaient. Les gens mettaient par écrit les hadiths du noble Messager (s) et leur accordaient toute leur attention, avec un tel respect. Parmi eux, deux cents étaient des imams du hadith. Ils étaient certes qualifiés pour émettre des fatwas sur la base du hadith, et ils commencèrent également à en émettre publiquement.

Les dix mille étudiants mentionnés dans la citation ci-dessus ne pouvaient concerner qu’un centre d’enseignement du hadith très ordinaire et de niveau élémentaire. En effet, il est rapporté que les assemblées d’enseignement des grands imams et hâfiz éminents du hadith réunissaient des effectifs bien plus importants, pouvant atteindre cent mille étudiants. Plus de trente mille étudiants se rassemblaient à l’assemblée d’enseignement du hadith de l’imam hâfiz Abû al-Hasan ‘Alî ibn ‘Âsim al-Wâsitî, élève de l’imam Abû Hanîfa (r).

On rapporte un épisode concernant les études du hadith de Hasan ibn ‘Âsim. Son père lui donna cent mille pièces de monnaie et lui dit :

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Pars à l’étranger pour étudier le hadith ; je ne veux pas revoir ton visage avant que tu ne sois revenu après avoir étudié au moins cent mille hadiths.

Il partit alors à l’étranger et acquit une telle maîtrise dans l’étude du hadith qu’il finit par revenir auprès de son père, après avoir reçu, en témoignage de son expertise du hadith, des titres tels que « Musnad al-‘Irâq » et « al-Imâm al-Hâfiz ». Il avait également étudié le hadith auprès de l’imam Abû Hanîfa (r).

Son fils, l’imam Abû Husayn ‘Âsim ibn ‘Alî al-Wâsitî (mort en 212 de l’Hégire), fut le maître de l’imam al-Bukhârî. Des hadiths transmis par lui sont cités dans le Sahîh al-Bukhârî. À son sujet, le hâfiz al-Dhahabî écrivit :

Il arriva à Bagdad et commença à faire écrire les hadiths. Une foule immense d’étudiants se pressa alors auprès de lui.

Abû al-Husayn ibn al-Mubârak (r.) dit : Plus de cent mille personnes se rassemblaient dans l’assemblée de son cours. Un homme nommé Hârûn montait au sommet d’un palmier et se chargeait de faire parvenir sa voix à de très grandes distances. En estimant le nombre de personnes présentes à cette assemblée, on constata qu’il ne pouvait être inférieur à cent vingt mille.

Yazîd ibn Hârûn était un autre disciple de l’imam suprême Abû Hanîfa. C’était un spécialiste du hadith et un hafiz d’un très grand nombre de hadiths. Il enseignait le hadith à Bagdad. Soixante-dix mille étudiants se réunissaient à son assemblée de cours.

Le célèbre « hafiz du hadith » de Bagdad, Sulaymân ibn Harb (m. 224 H.). Quarante mille étudiants assistaient à son assemblée de cours. Une haute chaire avait été construite près du palais du roi Ma’mûn. Sulaymân s’y asseyait et y enseignait le hadith. Outre le roi et les dignitaires, une foule immense assistait également à l’assemblée.

Lorsque le hafiz Abû Muslim al-Qâdî (m. 292 H.), l’auteur des Sunan, tenait à la place Gaman de Bagdad une assemblée pour faire écrire le hadith, une foule si immense s’y rassemblait qu’il fallait affecter sept personnes à transmettre, en s’entraidant, les paroles prononcées par Abû Muslim aux personnes très éloignées. Une fois, après la fin de l’assemblée, on compta les personnes venues uniquement pour écrire avec encriers et calames : elles étaient au moins quarante mille. Quant à celles qui étaient présentes seulement pour écouter, leur nombre était incalculable.

Au moins trente mille personnes assistèrent à l’assemblée de cours de hadith que le hafiz Ja‘far al-Faryâbî (m. 301 H.) tint sur la grande route al-Manâr de Bagdad.

Lorsque l’imam Muhammad al-Shaybânî enseignait le hadith dans la ville de Kûfa, les grandes routes de la ville se trouvaient bloquées par la foule.

Le hafiz Abû Bakr ibn Abî Shayba, maître de l’imam Ibn Mâja, et son frère ‘Uthmân ibn Abî Shayba étaient tous deux d’éminents muhaddiths. Au moins trente mille personnes se rassemblaient également à leurs cours de hadith.

En vérité, les événements historiques mentionnés précédemment permettent de comprendre clairement l’enthousiasme immense et la soif ardente qui animaient la population musulmane au IIIe siècle de l’Hégire pour l’apprentissage du hadith. De plus, il est impossible de déterminer le nombre exact des personnes qui, à cette époque, maîtrisaient le hadith, le diffusaient et l’enseignaient dans le monde musulman. L’imam Abû Dâwûd al-Sijistânî a écrit : « Le hafiz Ibn Ibrâhîm al-Farâhîdî (m. 222 H.), l’un des plus éminents muhaddiths du IIIe siècle, a entendu et consigné des hadiths auprès d’environ mille muhaddiths ; pourtant, il n’eut nul besoin de voyager à l’étranger en dehors de sa propre ville pour cela. »

Pour cette raison, le nombre de maîtres des muhaddithûn de cette époque était immense et considérable. Chacun des muhaddithûn avait plus d’un millier de maîtres. Certains avaient même eu l’occasion d’apprendre et de recevoir les hadiths auprès de quatre mille maîtres. L’imam Abdallah ibn Mubarak lui-même a dit : « J’ai appris les hadiths auprès de quatre mille muhaddithûn. Parmi eux, je n’ai rapporté des hadiths avec la chaîne de transmission que de mille muhaddithûn. »

Après avoir évoqué, dans son ouvrage Tadhkirat al-Huffâz, cent six hafiz du hadith du neuvième niveau, l’hafiz Shams al-Din al-Dhahabi a écrit :

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À cette époque et aux alentours, il y avait un grand nombre d’imams experts dans les hadiths du Messager béni de Dieu (s). Je n’ai même pas pu en mentionner ici le dixième. La plupart d’entre eux sont mentionnés dans l’ouvrage d’histoire que j’ai écrit.

L’imam al-Bukhari fut lui aussi le plus éminent muhaddith de ce troisième siècle. Il a écrit :

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J’ai entendu et écrit des hadiths auprès de mille quatre-vingts maîtres. Chacun d’eux était un grand muhaddith.

 

Les villes riches en hadiths du troisième siècle

Au troisième siècle de l’Hégire, la science du hadith connut un essor extraordinaire. À cette époque, l’étude et l’enseignement du hadith étaient largement pratiqués dans presque toutes les grandes villes du monde musulman, jusque dans les villages éloignés des villes. Parmi elles, certaines villes étaient les plus grands centres du hadith. Un grand nombre de traditionnistes y transmettaient localement les hadiths, tandis que les traditionnistes à la recherche et à la collecte des hadiths venaient dans ces villes pour les entendre et les consigner par écrit. À cette époque, le nombre des villes et localités parcourues par les traditionnistes dans le but de recueillir les hadiths devait être d’au moins cinquante. Le hafiz al-Dhahabi a consacré un ouvrage indépendant aux noms et à la description de ces villes et localités. Il s’intitule :

********************- Les villes riches en hadiths.

Parmi ces centres du hadith, certaines villes revêtaient une importance particulière. L’imam Ibn Taymiyya, après avoir mentionné leurs noms et leurs caractéristiques, a écrit :

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Parmi ces centres du hadith, certaines villes revêtaient une importance particulière. L’imam Ibn Taymiyya, après avoir mentionné leurs noms et leurs caractéristiques, a écrit :

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La Mecque-Médine, Koufa-Bassora et la Syrie — ces cinq villes sont le berceau des sciences et du savoir islamiques ; c’est de ces villes que jaillirent les flots de la connaissance transmise par le Prophète, concernant la foi, le Coran et la science de la charia.********************

Nous souhaitons ici présenter une description de ces cinq villes.

Médine

Médine était le centre de la dernière partie de la vie active du Prophète de l’humanité, la demeure de l’Hégire ; l’honneur d’être la source et le foyer du savoir prophétique était réservé à cette seule ville. C’est pourquoi cette ville était également appelée Dār al-Sunna, et nul doute que ce nom lui convenait parfaitement. [********************] Depuis l’époque du Noble Prophète (s) jusqu’au califat de ʿAlī (r.a.), elle fut le centre du savoir et de l’action pour l’ensemble du monde musulman. Par la suite, elle conserva cette dignité jusqu’à l’époque de l’imam Mālik (r). Jusqu’à cette période, les habitants de cette ville furent Nāfiʿ, Ibrāhīm ibn Saʿd, Sulaymān ibn Bilāl et Ismāʿīl ibn Jaʿfar. [********************] Après eux vinrent le ḥāfiẓ Abū Muṣʿab al-Zuhrī, le ḥāfiẓ Ibrāhīm ibn al-Mundhir et le ḥāfiẓ Isḥāq ibn Mūsā al-Anṣārī.

À propos du ḥāfiẓ Abū Muṣʿab al-Zuhrī, le ḥāfiẓ al-Dhahabī a écrit :

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C’était un transmetteur de hadith digne de confiance et fiable, un maître du hadith pour les habitants de Médine, un juge et un muḥaddith. [********************]

Il naquit en l’an 150 de l’Hégire et mourut en l’an 242. Il fut le maître des cinq autres auteurs des Ṣiḥāḥ al-sitta, à l’exception de l’imam al-Nasāʾī.

À propos du ḥāfiẓ Ibrāhīm, al-Dhahabī a écrit :

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Imam du hadith, grand traditionniste et rapporteur de hadiths digne de confiance.

Il fut le maître de l’imam al-Bukhari et de l’imam al-Nasa’i. Il mourut à Médine en l’an 236 de l’Hégire. Au sujet du hafiz Ishaq, al-Dhahabi a dit :

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Jurisconsulte, hafiz du hadith et rapporteur de hadiths digne de confiance.

Il fut le maître en hadith des imams Muslim, al-Tirmidhi, al-Nasa’i et Ibn Majah. Il mourut en l’an 244.

Tous trois étaient de grands hafiz et maîtres du hadith. Outre eux, Bakr ibn Abd al-Wahhab al-Madani (m. en 250 de l’Hégire), Hasan ibn Dawud (m. en 247 de l’Hégire) et Muhammad ibn Ubayd al-Madani furent également des traditionnistes remarquables.

La Mecque

C’est dans cette ville que la révélation commença à être descendue sur le noble Messager (s). C’est également là qu’il fut établi comme prophète et messager. Ensuite, le noble Prophète (s) passa dans cette même ville treize longues années, au milieu d’une lutte et de conflits éprouvants. À l’époque des Compagnons, l’étude du hadith y était relativement peu développée. À la fin de l’époque des Compagnons, puis à l’époque des tabi‘in et des tabi‘ al-tabi‘in, cette ville devint le lieu de résidence de traditionnistes éminents. Mujahid, ‘Ata, Sa‘id ibn Jubayr et Ibn Abi Mulayka y résidèrent et s’y consacrèrent à l’enseignement du hadith. Plus tard, d’éminents traditionnistes tels qu’Abd Allah ibn Abi Najih, Ibn al-Qasim, Hanzala ibn Uyayna, Abu Sufyan, Ibn Jurayj, Muslim al-Zanji, Fudayl ibn Uyayna, Abu Abd al-Rahman al-Muqri, al-Azraqi, al-Humaydi et Sa‘id ibn Mansur y vécurent.

Au troisième siècle de l’Hégire, bien que l’étude du hadith dans la ville de La Mecque ne fût pas aussi répandue qu’à Médine, il ne fait aucun doute que la lampe du hadith y demeurait encore allumée. À cette époque, plusieurs muhaddiths y vivaient et se consacraient à l’enseignement et à la diffusion du hadith. Les voici :

1. Le hâfiz Halwânî, l’imam Abû Muhammad Hasan ibn Alî ibn Muhammad al-Khallâl. Il passa les dernières années de sa vie à La Mecque. Il devint célèbre sous le nom de « muhaddith de La Mecque ». Le hâfiz al-Dhahabî a écrit à son sujet :

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Il compila des ouvrages de hadith et consentit pour cela à de nombreuses peines et à beaucoup d’efforts.

Ibn Adî a mentionné qu’il avait compilé un ouvrage de hadith intitulé « Kitâb al-Sunan ». Il mourut en l’an 242 de l’Hégire.[********************]

2. Le hâfiz Zubayr ibn Bakkâr — Abû Abd Allâh ibn Abû Bakr al-Qurashî. Le hâfiz al-Dhahabî a commencé son exposé à son sujet en disant :

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Imam du hadith, hâfiz, spécialiste de la généalogie et juge de La Mecque.

Il était le maître de l’imam Ibn Mājah. Il mourut à La Mecque même en 256 de l’Hégire.[********************]

3. Le ḥāfiẓ Salām ibn Shubayb — Abū ʿAbd al-Raḥmān al-Ḥujūrī al-Masmaʿī. Il était originaire de Nishapur. Plus tard, il s’installa définitivement à La Mecque. Abū Nuʿaym al-Iṣfahānī dit à son sujet :

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Il était l’un des rapporteurs de hadith les plus fiables ; de nombreux imams et des hommes des premières générations rapportèrent des hadiths de lui.

Al-Ḥākim écrivit :

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Il était le muḥaddith des habitants de La Mecque, et tous étaient unanimes quant à sa probité et à la profondeur de son savoir.

Il mourut en l’an 246 de l’Hégire.[********************]

4. Le hafiz Ya’qub ibn Humayd — il résida d’abord à Médine, puis s’installa à La Mecque. Le hafiz al-Dhahabi a écrit à son sujet :

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Imam du hadith, muhaddith éminent, savant de Médine, résidant à La Mecque.

L’imam al-Bukhari fut son élève. Il mourut en l’an 241 de l’Hégire.

Ces quatre hommes étaient des hafiz du hadith. En outre, il y avait de nombreux shaykhs, enseignants du hadith.

Koufa

L’historien Ibn Sa’d a écrit, à propos des caractéristiques de Koufa en matière de science du hadith :

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Trois cents Compagnons ayant prêté serment d’allégeance jusqu’à la mort sous l’Arbre, ainsi que soixante-dix Compagnons parmi ceux qui avaient participé à la bataille de Badr, résidaient dans cette ville de Koufa.

Mais le hafiz Abou Bishr al-Doulabi l’a rapporté de Qatada par une chaîne digne de confiance :

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Mille cinquante Compagnons du Noble Prophète (s) arrivèrent à Koufa. En outre, vingt-quatre Compagnons parmi ceux qui avaient participé à la bataille de Badr y arrivèrent également.

Dans cette ville, l’enseignement et l’étude du hadith étaient largement pratiqués. Ibn Sirin, un tabi‘i, dit :

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Lorsque j’arrivai à Koufa, quatre mille étudiants en hadith y étaient engagés dans l’étude.

La compilation des hadiths par chapitres commença pour la première fois dans cette ville. La première collection de hadiths sahih y fut mise par écrit. Comme l’imam Abou Hanifa (r) était lui-même originaire de cette ville, le fiqh fondé sur le hadith y naquit et s’y développa dans son environnement. Le hafiz Abou Bakr ibn Abou Chayba résidait dans cette ville. Le hafiz al-Dhahabi a écrit à son sujet :

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Abû Bakr était un hafiz du hadith, incomparable, sans pareil, un narrateur de hadiths digne de confiance et un homme doté d’une compétence exceptionnelle.[********************]

L’imam al-Bukhârî, l’imam Muslim, l’imam Abû Dâwûd et Ibn Mâjah furent ses éminents élèves et disciples. Leurs ouvrages de hadiths contiennent un grand nombre de hadiths qu’ils avaient reçus de lui.[********************] L’imam Abû Zur‘ah a dit à son sujet :

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Je n’ai vu personne qui eût mémorisé davantage de hadiths qu’Ibn Abî Shaybah.[********************]

Il mourut en l’an 235 de l’hégire. Il laissa en souvenir plusieurs ouvrages qu’il avait compilés.

Le shaykh al-islâm al-Ashajj Abû Sa‘d ‘Abd Allâh vivait également dans cette ville. C’est auprès de lui qu’Abû Bakr ibn Abî Dâwûd écrivit trente mille hadiths en un seul mois. L’imam Ibn Mâjah cita lui aussi dans son ouvrage de nombreux hadiths qu’il avait reçus de lui. L’érudit al-Dhahabî a écrit à son sujet :

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Al-Ashajj, imam du hadith, chef des musulmans, hafiz du hadith, plus éminent muhaddith de Koufa, auteur de commentaires du Coran et d’autres ouvrages.

Tous les auteurs des Sihah al-Sittah furent ses élèves dans le domaine du hadith. Il mourut en l’an 247 de l’Hégire, à l’âge de plus de quatre-vingt-dix ans.[********************]

Le hafiz du hadith Uthman ibn Abu Shaybah était lui aussi originaire de cette ville. Il était le frère aîné d’Abu Bakr ibn Abu Shaybah, mentionné plus haut. Le hafiz al-Dhahabi écrivit à son sujet :

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Il était, comme son frère Abu Bakr, un éminent spécialiste du hadith et un imam du hadith.[********************]

Le hafiz Muhammad ibn Abdallah ibn Numayr, surnommé « la Perle de l’Irak » (le joyau de l’Irak), était lui aussi habitant de Koufa. Ali ibn al-Husayn ibn al-Zunayd déclara :

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« Il réunissait le savoir, l’intelligence, la Sunna et la piété ; je n’ai vu personne qui lui fût comparable dans la ville de Koufa.[********************]

L’imam al-Bukhari, l’imam Muslim, l’imam Abu Dawud, Ibn Majah et plusieurs autres auteurs des Sihah furent ses élèves. Dans le Sahih de Muslim, 536 hadiths sont cités par son intermédiaire. De nombreux hadiths furent également recueillis et cités auprès de lui dans l’ouvrage d’Ibn Majah.

Abu Kuraib, le muhaddith de Koufa, était un célèbre hafiz du hadith de la ville de Koufa. Tous les muhaddiths qui composèrent les Sihah Sittah furent ses élèves. Ibn Uqdah était un spécialiste de la science du hadith. Il a dit : trois cent mille hadiths furent transmis à Koufa par Abu Kuraib. À lui seul, Musra ibn Ishaq reçut cent mille hadiths de lui. Soixante-quinze hadiths furent retenus dans le Sahih de Bukhari par son intermédiaire, et cinq cents dans le Sahih de Muslim. Il mourut en 243 de l’Hégire, à l’âge d’environ 87 ans.

Hannad, le shaykh de Koufa, était lui aussi un grand muhaddith de Koufa. Le hafiz al-Dhahabi le loua grandement et reconnut sa supériorité dans la science du hadith et la taqwa. Tous les auteurs des Sihah Sittah étudièrent le hadith auprès de lui. Il mourut en 243, à l’âge de 91 ans.

Le hafiz Walid ibn Shuja était un célèbre muhaddith de Koufa. L’imam Muslim, Abu Dawud, al-Tirmidhi et Ibn Majah furent ses élèves. Yahya ibn Mu’in a dit : il possédait cent mille hadiths transmis par des chaînes de narrateurs fiables. Le hafiz al-Dhahabi le qualifia de « grand hafiz du hadith et muhaddith épris de vérité ». Il mourut en 243 de l’Hégire.

Le hafiz Harun ibn Ishaq al-Hamdani était l’un des muhaddiths de Koufa. Il fut le maître de l’imam Bukhari, d’al-Tirmidhi, d’al-Nasa’i, d’Ibn Majah et de plusieurs autres auteurs d’ouvrages. Il mourut en 258.

Outre ces quelques muhaddiths éminents et célèbres, de nombreux dépositaires, enseignants et transmetteurs possédant la connaissance du hadith résidaient à Koufa au troisième siècle. De nombreux hadiths furent recueillis auprès d’eux dans certains ouvrages des Sihah Sittah, en particulier dans le Sahih d’Ibn Majah.

Bassora

Jusqu’au troisième siècle de l’Hégire, cette ville était considérée comme un centre des sciences et du savoir islamiques. Au début, le vénérable Abu Musa al-Ash’ari, le vénérable Imran ibn Husayn, le vénérable Ibn Abbas et de nombreux autres Compagnons y résidaient. Enfin, le vénérable Anas (qu’Allah l’agrée) vint lui aussi s’y installer. Parmi les tabi’un, Hasan al-Basri, Ibn Sirin et Abul Aliya, puis Qatada, Ayyub, Thabit al-Bunani, Yunus et Ibn Awn, et après eux Hammad ibn Salama, Hammad ibn Zayd ainsi que les muhaddiths qui furent leurs élèves, passèrent leur vie dans cette ville.

Dans la ville de Bassora, le nombre de traditionnistes réunis était si grand que le hafiz Muslim ibn Ibrahim al-Basri dit :

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J’ai écrit des hadiths auprès de huit cents maîtres du hadith, sans avoir eu à traverser un seul pont pour cela.

Jusqu’au troisième siècle, parmi les hafiz et les maîtres du hadith qui vivaient à Bassora, voici les noms et une brève présentation de quelques-uns des plus éminents :

1. Le hafiz Tahhan — Hasan ibn Mudrak ibn Bashir al-Sadusi. Il fut le maître des imams al-Bukhari, al-Nasaï et Ibn Majah. Ibn Adi a dit à son sujet :

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Il était l’un des éminents hafiz du hadith de la ville de Bassora.

2. Le hafiz Zayd ibn Akhzam — Abu Talib al-Taï al-Basri. À l’exception de l’imam Muslim, il fut le maître de tous les autres traditionnistes auteurs des Sahih al-Sitta. Le hafiz al-Dhahabi le décrivit comme « un hafiz et un imam du hadith ».

3. Le hafiz Abbas al-Anbari. L’érudit al-Dhahabi le mentionne comme un hafiz et un imam de hadith réputé. Les compilateurs des Sahih Sitta ont reçu des hadiths de lui et les ont cités dans leurs ouvrages respectifs.

4. Le hafiz Abbas al-Buhrani ibn Yazid ibn Abu Habib al-Basri. Le hafiz al-Dhahabi le mentionne et affirme qu’il possédait les chaînes de transmission les plus élevées du hadith ainsi qu’une profonde connaissance du hadith. De célèbres muhaddiths, tels que le faqih Ibn al-Jarrah, Ibn Yahya ibn Sa’id al-Qattan, Sufyan ibn Uyayna et Abd al-Razzaq, ont entendu des hadiths de lui. Lorsqu’il vint de Buhran à Hamadan, il transmit des hadiths tirés de ses nombreuses propres compilations de hadiths. Il enseignait le hadith dans des villes telles que Hamadan, Bagdad et Ispahan. Il mourut en l’an 258 de l’Hégire.

5. Le hafiz Bidya Abdallah ibn Ishaq Abu Muhammad al-Jawhari. Il était un célèbre disciple de l’imam Abu Hanifa. Les imams Abu Dawud, al-Tirmidhi, al-Nasa’i et Ibn Majah ont tous étudié le hadith auprès de lui. Il était un hafiz de hadith renommé. Il mourut en l’an 258 de l’Hégire.

6. Le hafiz Aqaba ibn Mukarram ibn Aflah était un célèbre hafiz de hadith. L’imam Muslim, Abu Dawud, al-Tirmidhi et Ibn Majah furent ses élèves les plus célèbres en matière de hadith. Il mourut en l’an 243.

7. Le hafiz Umar ibn Shibah ibn Ubaydah al-Basri. Selon al-Dhahabi, il était un grand hafiz de hadith, un grand savant, ainsi qu’un transmetteur de hadith digne de confiance et fiable. Ibn Majah fut son éminent disciple en matière de hadith. Il mourut en l’an 262, à l’âge de 89 ans.

8. Le hafiz Ammar ibn Ali al-Fallas. Le hafiz al-Dhahabi écrit à son sujet qu’il était un grand hafiz de hadith et un transmetteur fiable. Tous les muhaddiths compilateurs des Sahih Sitta furent ses élèves en matière de hadith. Il mourut en l’an 249.

9. L’imam Abu Bakr Muhammad ibn Bashshar ibn Uthman al-Basri. Tous les muhaddiths compilateurs des Sahih Sitta furent ses élèves. Il mourut en l’an 252. Deux cent cinq hadiths ont été rapportés de lui dans le Sahih de Boukhari, et 406 dans le Sahih de Muslim.

10. Le hafiz Muhammad ibn al-Muthanna. Il était un grand hafiz de hadith. Le hafiz al-Dhahabi le mentionne comme un hafiz de hadith faisant autorité de manière incontestable et comme un muhaddith de Bassora. Il fut le maître de tous les muhaddiths des ouvrages des Sahih Sitta. Le Sahih de Boukhari contient 103 hadiths rapportés par lui, et le Sahih de Muslim en contient 700. De nombreux hadiths ont été recueillis auprès de lui dans l’ouvrage d’Ibn Majah.

11. Le hafiz Muhammad Buh­rani, Abu Abdallah ibn Maʿmar al-Basri. Il était un hafiz renommé du hadith et un transmetteur digne de confiance. Tous les compilateurs des Ṣiḥāḥ al-Sitta avaient reçu des hadiths de lui.

12. Le hafiz Nasr ibn al-, Abu ʿAmr al-Azdi al-Basri. Il fut le maître de tous les compilateurs des Ṣiḥāḥ al-Sitta. Lorsque le calife al-Mustaʿin billah voulut le nommer juge, il adressa à Allah une supplication d’une voix implorante :

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Ô Allah ! S’il y a pour moi quelque bien auprès de Toi, fais-moi rejoindre Ta présence.

Allah exauça sa prière. Après avoir invoqué Allah, il s’endormit et ne se réveilla pas. Cet événement eut lieu au mois de Rabīʿ al-Awwal de l’an 250 de l’hégire.

13. Le hafiz Yaḥyā ibn Ḥakīm, Abu Saʿid al-Basri. De nombreux hadiths rapportés par lui sont cités dans le Ṣaḥīḥ d’Ibn Mājah. Abu Dawud, al-Nasaï et Ibn Mājah furent tous trois ses élèves. Il fut qualifié de hafiz du hadith fiable et scrupuleux.

Au cours de ce siècle, outre ceux-ci, de nombreux autres célèbres traditionnistes résidaient encore dans la ville de Bassora.

Bagdad

Sous le règne des souverains abbassides, la ville de Bagdad était le principal centre de la civilisation, de la culture et des sciences des musulmans. Le hafiz Nishapouri a écrit au sujet de cette ville :

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Cette ville était un centre du hadith et des sciences ; un grand nombre de muhaddiths et de savants érudits y résidaient.[********************]

On ne sait pas qu’un quelconque Compagnon soit mort à Bagdad. Cependant, un grand groupe de tabi‘in et de tabi‘ al-tabi‘in y résidèrent, et c’est dans cette ville qu’ils rendirent leur dernier souffle.[********************] Plusieurs grands spécialistes du hadith résidaient dans cette ville ; l’imam Abou Youssouf (r.) était l’un d’entre eux. L’imam Ahmad ibn Hanbal (r.) commença par apprendre le hadith auprès de lui.[********************]

L’imam Asad ibn Amr était également un grand spécialiste du hadith et résidait dans cette ville. On a dit à son sujet :******************************************************

« Parmi les habitants de Rayy, après l’imam Abou Hanifa (r.), nul ne possédait davantage de hadiths que l’imam Asad.[********************]

À Bagdad, l’enseignement et l’étude du hadith étaient très répandus. Des milliers d’étudiants se réunissaient devant chaque muhaddith afin d’apprendre le hadith.

L’imam Ahmad ibn Hanbal (r.) était lui-même un habitant de cette ville.[********************] L’imam Abou Thawr (mort en 240 H), l’imam Dawoud al-Zahiri (mort en 270 H) et l’imam Muhammad ibn Jarir al-Tabari (mort en 310 H) étaient également originaires de Bagdad. Le célèbre tafsir de l’imam al-Tabari fut rédigé dans cette ville même.[********************]

Damas

Damas était la capitale des califes omeyyades, une ville civilisée de Syrie. À une certaine époque, dix mille Compagnons résidaient en Syrie. L’historien Ibn Asakir a écrit :

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En Syrie, il y avait dix mille personnes dont les yeux avaient été honorés par la vision du noble Messager (s).

Il a été mentionné précédemment qu’au cours de son califat, le vénérable Umar al-Faruq (ra) avait envoyé en Syrie le vénérable Mu’adh ibn Jabal, Ubadah ibn al-Samit et plusieurs autres éminents Compagnons, afin d’y diffuser largement le Coran et les hadiths et de les enseigner. C’est d’abord auprès d’eux que les habitants de Syrie apprirent le Coran et les hadiths, et-

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C’est par leur intermédiaire et grâce à leur chaîne de transmission que la science du Coran et des hadiths parvint à l’ensemble des musulmans.

Sous le règne du calife omeyyade Abd al-Malik, l’étude approfondie des sciences islamiques était pratiquée à Damas. À l’époque des tabi’un et des tabi al-tabi’in également, de nombreux traditionnistes et jurisconsultes y étaient présents. Après avoir mentionné ce fait, al-Hafiz al-Dhahabi a écrit :

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Damas était un centre du Coran, du hadith et du fiqh. Toutefois, aux quatrième et cinquième siècles de l’hégire, l’étude du hadith y déclina considérablement.

Le célèbre muhaddith et juriste, l’imam al-Awzaï, était originaire de cette ville. Deux célèbres muhaddiths, Hisham et Dahim, y vivaient et dispensaient largement des cours de hadith. L’imam Ibn Majah assista à ces cours et recueillit auprès d’eux un grand nombre de hadiths. Les imams al-Bukhari, Abu Dawud et al-Nasaï furent également ses élèves. Le hafiz Dahim mourut en 245 de l’hégire, tandis que Hisham mourut à Damas.

L’étude du hadith en Afrique

L’Égypte

À cette époque, l’Égypte occupait une place particulièrement importante pour l’étude et la diffusion de l’enseignement du hadith. Au moins trois cents Compagnons y arrivèrent. Le hafiz al-Dhahabi a écrit :

Un grand groupe des nobles Compagnons y arriva et s’y installa durablement. À l’époque des Tabi‘in, l’étude du hadith y prit naissance. Plus tard, à l’époque d’Amr ibn al-Harith, de Yahya ibn Ayyub, de Hayat ibn Shurayh, d’al-Layth ibn Sa‘d et d’Ibn Lahi‘a, l’étude du hadith prit une ampleur encore plus grande. Elle se poursuivit jusqu’à l’époque d’Ibn Wahb, de l’imam al-Shafi‘i, d’Ibn al-Qasim et de leurs disciples.

Après son accession au califat, Hazrat Umar ibn Abd al-Aziz nomma Yazid ibn Abi Habib en Égypte pour y rendre des fatwas fondées sur le hadith. Ce fut lui qui familiarisa les habitants avec le hadith et le fiqh, et les forma dans ces disciplines. Le hafiz Jalal al-Din al-Suyuti a écrit au sujet de Yazid ibn Abi Habib :

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Il fut le premier, en Égypte, à faire connaître et à diffuser les hadiths, ainsi qu’à enseigner les questions relatives au halal et au haram. Avant lui, les habitants de cette région ne rapportaient et ne commentaient que les hadiths exhortant à se préoccuper de l’Au-delà et ceux qui concernaient les guerres et les fitna.

À cette époque, plusieurs éminents muhaddiths vivaient en Égypte. Nous allons mentionner ici les noms et une brève présentation de certains d’entre eux :

1. Harmala (né en 162 H., mort en 243 H.). Le hafiz al-Dhahabi a écrit qu’il avait rapporté près de cent mille hadiths d’après Abdallah ibn Wahb. L’imam Muslim et Ibn Majah furent ses élèves. L’érudit Taj al-Din al-Subki a écrit :

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Il était un éminent spécialiste du hadith et un imam de très haut rang.

2. Rabi al-Muradi. Il était un grand muhaddith d’Égypte (né en 174 H., mort en 270 H.). Le hafiz al-Dhahabi a écrit à son sujet :

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Il était un hafiz du hadith, un imam et le plus éminent muhaddith de la région d’Égypte.

L’imam Abou Dâwoud, al-Nasaï et Ibn Mâjah furent ses élèves. Al-Khalîlî a écrit à son sujet :

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C’était un rapporteur de hadith digne de confiance et un muhaddith unanimement reconnu.

3. Le hafiz Muhammad ibn Rimâh ibn Muhâjir. Il était un grand hafiz du hadith. L’imam Muslim et Ibn Mâjah furent ses élèves en science du hadith. Ibn Yûnus a dit à son sujet :

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Un rapporteur de hadith digne de confiance et un muhaddith de renom.

L’imam al-Bukhârî a recueilli des hadiths auprès de lui. Le Sahîh Muslim contient 161 hadiths rapportés par lui. De nombreux hadiths rapportés par lui sont également cités dans le Sunan d’Ibn Mâjah.

4. Le hafiz Yahya ibn Sarih al-Qurashi. C’était un grand hafiz du hadith.

En outre, l’enseignement et l’étude du hadith se poursuivaient largement en Égypte et dans d’autres régions d’Afrique. Presque partout, des muhaddiths compétents et érudits s’employaient à cette noble mission.

 

Quelques éminents muhaddiths du troisième siècle de l’hégire

Au troisième siècle apparurent plusieurs muhaddiths d’une immense érudition, jouissant d’une très grande renommée dans l’ensemble du monde musulman. Après avoir traité des lieux et des villes riches en hadiths, il est absolument nécessaire d’examiner séparément ces éminents spécialistes du hadith. Autrement, il serait impossible d’acquérir une idée claire et complète de la vaste diffusion du hadith et de son remarquable épanouissement au cours de ce siècle. À ce stade, les muhaddiths dont les noms méritent particulièrement d’être mentionnés sont les suivants : (1) Ali ibn al-Madîni, (2) Yahya ibn Ma‘în, (3) Abû Zur‘a al-Râzî, (4) Abû Hâtim al-Râzî, (5) Muhammad ibn Jarîr al-Tabarî, (6) Ibn Khuzayma, (7) Muhammad ibn Sa‘d, (8) Ishâq ibn Râhawayh, (9) l’imam Ahmad ibn Hanbal (que Dieu lui fasse miséricorde).

Ali ibn al-Madîni (que Dieu lui fasse miséricorde)

Ali ibn al-Madîni était un grand muhaddith. La liste de ses maîtres en matière d’étude du hadith est longue. Il suffit de la consulter pour comprendre aisément qu’il parcourut de nombreux pays, animé d’un enthousiasme infatigable pour l’étude du hadith. Il parcourut La Mecque, Médine, Bagdad, Koufa et d’autres centres du hadith ainsi que des villes riches en hadiths, où il écouta et recueillit les hadiths du Messager. Il passa précisément trois années consécutives au Yémen dans ce but. Toutefois, durant son séjour au Yémen, il n’était pas un étudiant débutant en hadith ; bien avant cela, il avait déjà assimilé en lui-même un immense trésor de hadiths. Il reçut des hadiths de grands muhaddiths tels qu’Abd Allah ibn Ja‘far, Hammâd ibn Zayd, Abû Dâwûd al-Tayâlisî et Sa‘îd ibn Âmir.

Il se montrait extrêmement prudent dans la réception des hadiths. Il avait recueilli trente mille hadiths par l’intermédiaire d’un transmetteur nommé Ubbâd ibn Suhayb ; mais, lorsqu’il eut ensuite des doutes au sujet de sa véracité et de sa fiabilité, il les rejeta tous et n’en tint aucun compte.

C’était un auteur d’une grande compétence ; il rédigea de nombreux ouvrages sur les divers aspects de la science du hadith. Avant lui, aucun autre muhaddith n’avait composé d’ouvrage sur ces sujets.

Il naquit dans la ville de Bassora en l’an 161 de l’Hégire et mourut en l’an 234 de l’Hégire.

Yahya ibn Maïn (puisse Dieu lui faire miséricorde)

Yahya ibn Maïn était une personnalité exceptionnelle dans la science du hadith. Dès qu’il eut achevé son instruction élémentaire, il se consacra à l’étude du hadith et, à cette fin, il sacrifia sans réserve toute sa personne et tous ses biens. Il dépensa à cet effet les cent mille pièces de monnaie qu’il avait reçues de son père. Finalement, il devint si pauvre et démuni qu’il lui était même impossible de se procurer des chaussures. Il étudia le hadith auprès des éminents traditionnistes suivants : (a) Abd al-Salam ibn Harb, (b) Abd Allah ibn al-Mubarak, (c) Yahya ibn Saïd al-Qattan, (d) Waki ibn al-Jarrah, (e) Abd al-Rahman ibn Mahdi, (f) Sufyan ibn Uyayna, (g) Hisham ibn Yusuf, et bien d’autres.

Yahya ibn Maïn ne se contentait pas d’écouter les hadiths ; il les mettait aussitôt par écrit. Ali ibn al-Madini dit : « Nul n’a écrit autant de hadiths qu’Ibn Maïn. » Ibn Maïn dit lui-même :

« J’ai écouté et consigné de ma propre main des centaines de milliers de hadiths. » Il ne se contentait pas de les consigner : après avoir écrit chaque hadith, il l’examinait et l’étudiait attentivement, et en vérifiait et éprouvait l’authenticité.

L’imam Ahmad ibn Hanbal (puisse Dieu lui faire miséricorde) dit :

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Ce que Yahya ibn Maïn ne considère pas comme un hadith n’est en réalité pas un hadith.

Il mourut en 233 de l’hégire à Médine la Noble. Sa contribution remarquable à la science de la critique des hadiths sera examinée plus loin.

Abû Zurʿa al-Râzî (r)

Abû Zurʿa était un célèbre hafiz des hadiths. À l’exception de l’imam Abû Dâwûd, les cinq autres traditionnistes des Sihâh al-Sitta furent tous ses disciples. Le hafiz Dhahabî a écrit à son sujet :

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Abû Zurʿa était sans égal par sa mémoire, son talent et ses facultés intellectuelles, son savoir islamique, son observance religieuse et la rectitude de ses pratiques.

Pour acquérir la science des hadiths, Abû Zurʿa parcourut La Mecque, Médine, l’Irak, la Syrie, al-Jazîra, le Khurâsân et l’Égypte. Il avait écrit des hadiths comportant cent mille chaînes de transmission. Voici le témoignage des traditionnistes et des historiens à son sujet :

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Il avait mémorisé sept cent mille hadiths.

Abû Zur‘a naquit en l’an 200 de l’Hégire et mourut en l’an 264 de l’Hégire.

Abû Hâtim ar-Râzî (r)

L’imam Abû Hâtim ar-Râzî était un spécialiste exceptionnel du hadith. Il était un muhaddith d’un rang comparable à celui de l’imam al-Bukhârî. Il naquit en l’an 195 de l’Hégire et, dès l’an 209, partit voyager à l’étranger afin d’étudier et de recueillir des hadiths. Il consacra de longues années à ce voyage. Il se rendit à pied de Bahreïn en Égypte, d’Égypte à Ramla, de Ramla à Damas, puis de là à Tarsous. Ensuite, après être retourné à Homs, il arriva à La Mecque. De là, il repartit et atteignit l’Irak. Lorsqu’il acheva ce long voyage, il n’avait que vingt ans. Il dit un jour à son fils ‘Abd ar-Rahmân :

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Ô mon cher fils ! À la recherche du hadith, j’ai parcouru à pied plus de mille farsakhs.

Après être arrivé en Irak, il séjourna huit mois dans la ville de Bassora. Là, en raison d’une pauvreté financière extrême, il fut même contraint de vendre ses propres vêtements et effets vestimentaires. Finalement, il fut contraint de rester à jeun. Mais, malgré les tourments de cette pauvreté rigoureuse et de cette indigence accablante, il poursuivit sans relâche son étude du hadith. En vérité, c’est en endurant de telles épreuves qu’il étudia la science du hadith et qu’il parvint finalement à acquérir le rang d’un hafiz renommé du hadith et d’un imam d’une compétence exceptionnelle.

Muhammad ibn Jarîr at-Tabarî (r)

Ibn Jarîr était un célèbre spécialiste du hadith et l’auteur d’un commentaire exégétique du Noble Coran. Il naquit en l’an 224 de l’Hégire. Il est considéré comme un muhaddith d’un rang comparable à celui des imams at-Tirmidhî et an-Nasâ’î. Il recueillit et étudia un grand nombre de hadiths auprès des maîtres des imams al-Bukhârî et Muslim. De grands muhaddiths étudièrent et reçurent également des hadiths auprès de lui. Parmi eux, on peut citer les muhaddiths Ahmad ibn Kâmil, Muhammad ibn ‘Abdullah ach-Châfi‘î et Makhlad ibn Ja‘far. Ibn Jarîr rédigea de nombreux ouvrages précieux et considérables sur le tafsir, le hadith et divers sujets de l’islam. Ibn Kathîr a mentionné qu’il avait compilé un ouvrage de hadith. Il mourut en l’an 310 de l’Hégire.

Ibn Khuzayma (r)

Son nom complet était Muhammad ibn Abû Bakr ibn Khuzayma al-Nîsâbûrî. Il était un grand imam du hadith. Dans le but d’étudier le hadith, il voyagea à Rayy, Bagdad, Basra, Koufa, en Syrie, dans la Jazîra, en Égypte, à Wâsit et dans plusieurs autres régions, et il reçut des hadiths de nombreux éminents spécialistes du hadith. Parmi ses maîtres, on peut notamment citer Ishâq ibn Râhawayh et Muhammad ibn Humayd al-Râzî.

Il était particulièrement enthousiaste et résolu à étudier le hadith. L’imam al-Dâraqutnî a dit à son sujet :

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Ibn Khuzayma était un imam du hadith reconnu et un transmetteur fiable de hadiths. On ne lui trouve aucun égal.

Il rédigea un grand nombre d’ouvrages sur le hadith et les questions religieuses. Il mourut en l’an 311 de l’Hégire.

Muhammad ibn Sa‘d (r)

Bien qu’Ibn Sa‘d soit surtout connu comme un grand historien et biographe, il était également un éminent muhaddith du troisième siècle de l’Hégire. Il naquit dans la ville de Basra en l’an 168 de l’Hégire. Il reçut des hadiths auprès des grands spécialistes du hadith de Basra. Ensuite, il voyagea à Koufa, Wâsit, Bagdad, La Mecque et Médine, en Syrie, au Yémen, en Égypte et dans les autres grandes villes du monde musulman, où il rassembla et étudia un grand nombre de hadiths. De nombreux muhaddiths renommés étudièrent et rapportèrent également des hadiths auprès de lui. Il a été dit à son sujet :

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Il possédait un immense savoir. Il était l’auteur de nombreux ouvrages. Ses ouvrages portaient notamment sur le hadith et le fiqh.

Ibn Sa’d était un muhaddith particulièrement estimé des transmetteurs de hadiths. Il ne s’était impliqué dans aucune des dissensions de la société de son époque. Il lui fut ainsi possible de diffuser et de développer le savoir, ainsi que de préserver le savoir ancien pour les générations humaines ultérieures.

Ishaq ibn Rahwayh (r)

Ishaq était l’un des plus éminents muhaddiths de l’époque des tabi’ al-tabi’in. Il se rendit d’abord auprès d’Abdullah ibn al-Mubarak afin d’étudier les hadiths. Mais son jeune âge constitua un obstacle sur cette voie. Il partit alors à la recherche des autres centres d’étude du hadith. Ces centres étaient éloignés les uns des autres de centaines de milliers de miles. Ibn Rahwayh entreprit de parcourir ces voies difficiles et étudia et recueillit les hadiths auprès de grands érudits du hadith. Parmi les provinces du monde musulman où se trouvaient ces centres du hadith, on peut citer l’Irak, le Hijaz, le Yémen, La Mecque et la Syrie. Dans chacune de ces villes, il existait des centaines de centres d’enseignement du hadith. L’imam Ishaq se rendit dans presque chacun d’entre eux, où il étudia et recueillit le patrimoine des hadiths.

Sa mémoire exceptionnelle et extrêmement vive rendit ces efforts et cette quête deux fois plus efficaces et bénéfiques. Il connaissait par cœur un nombre incalculable de hadiths. Il récitait de mémoire plusieurs milliers de hadiths à ses étudiants et les leur dictait afin qu’ils les écrivent. C’est pourquoi il n’avait jamais besoin de consulter un livre. Il a lui-même déclaré :

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Tout ce que j’entends, je le mémorise immédiatement, et ce que j’ai mémorisé, je ne l’oublie jamais.

Il naquit en 161 de l’Hégire et mourut à Nichapour en 238 de l’Hégire, à l’âge de 77 ans.

L’imam Ahmad ibn Hanbal (r.)

L’imam Ahmad ibn Hanbal (r.) était un muhaddith extrêmement compétent et exceptionnellement érudit dans la science du hadith. Il naquit à Bagdad en 164 de l’Hégire. Il commença d’abord à assister aux séances de l’imam Abou Youssouf. Puis, en 187 de l’Hégire, il se consacra pleinement à l’étude du hadith. Dans le but d’étudier le hadith, il parcourut toutes les villes et toutes les régions du monde musulman.

Il commença par étudier le hadith auprès des muhaddiths de Bagdad. À cette étape, son maître en hadith fut Houshaym ibn Bachir ibn Abou Hazim (mort en 183 de l’Hégire). Il resta auprès de lui quatre années consécutives, de l’âge de 16 ans à celui de 20 ans (179-183 de l’Hégire). Durant cette période, il entendit également un nombre considérable de hadiths d’un autre muhaddith de Bagdad, Oumayr ibn Abdallah ibn Khalid. Il est aussi mentionné qu’il étudia le hadith auprès de deux autres muhaddiths, nommés Abdurrahman ibn Mahdi et Abou Bakr ibn Ayyach.

En 186 de l’Hégire, il entreprit des voyages à l’étranger dans le but d’étudier le hadith. Il se rendit d’abord à Bassora, puis au Hedjaz. Dans ce même but, il se rendit également au Yémen et dans la ville de Koufa. Il séjourna cinq fois successivement à Bassora. À certaines occasions, il y resta trois mois consécutifs. Il se rendit cinq fois au Hedjaz. L’unique objectif de tous ces voyages à l’étranger était pour lui d’étudier et de recueillir les hadiths. En réalité, c’est auprès des plus grands muhaddiths de son époque qu’il étudia et recueillit les hadiths.

Dès le début de sa quête d’étude et de collecte des hadiths, l’imam Ahmad suivait un principe : écrire le hadith au fur et à mesure qu’il l’entendait. Il ne se reposait pas exclusivement sur son extraordinaire mémoire. Au contraire, sa règle constante était de mettre par écrit tout ce qu’il entendait.

Il avait entièrement mémorisé les hadiths qu’il avait entendus ; néanmoins, il ne rapportait jamais un hadith sans consulter son propre manuscrit. Lorsque quelqu’un l’interrogeait au sujet d’un hadith, bien qu’il s’en souvînt et le connût par cœur, il ouvrait son livre pour le rechercher, puis le lisait et le faisait entendre à l’assistance. Lorsqu’il faisait écrire un hadith à quelqu’un, il lui disait, une fois celui-ci écrit : « Lis-moi ce que tu as écrit. » Son objectif était d’éviter toute différence dans le texte et les termes du hadith.

Les grands muhaddiths de cette époque reçurent des hadiths de lui. Parmi eux, il convient de mentionner tout particulièrement l’imam Boukhari, l’imam Muslim, l’imam Chafiï et Abdurrazzaq Aki, entre autres. L’imam Chafiï dépendait entièrement de l’imam Ahmad pour déterminer l’authenticité des hadiths. Il lui disait notamment :

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Ô Abû Abdallah ! Chaque fois qu’un hadith authentique parviendra à votre connaissance, vous devrez absolument m’en informer. J’établirai mon école juridique de fiqh sur cette base.

L’imam Ahmad mourut à Bagdad en l’an 231 de l’hégire.

 

La compilation des Musnads

Dès la première moitié du IIIe siècle de l’hégire, on commença à compiler des recueils de hadiths appelés Musnad. Quel type d’ouvrage appelle-t-on un « Musnad » ?

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Le muhaddith mentionne séparément, à propos de chaque Compagnon, tous les hadiths qui lui sont attribués, sans faire de distinction entre ceux qui sont authentiques et ceux qui ne le sont pas ; de plus, les sujets des hadiths sont entièrement différents. C’est ce genre d’ouvrage que l’on appelle un Musnad.

À titre d’exemple, le muhaddith mentionne le nom de Ḥazrat Abû Bakr (qu’Allah l’agrée). Ensuite, tous les hadiths rapportés de lui sur des sujets divers et parvenus jusqu’à ce muhaddith à travers différentes chaînes de transmission sont consignés en un seul endroit. Puis vient le nom de Ḥazrat ʿUmar (qu’Allah l’agrée), et tous les hadiths rapportés de lui sont consignés en un lieu distinct et séparé. Ainsi, après le nom de chacun des Compagnons, tous les hadiths rapportés par lui et reçus sous forme d’ouvrage par différentes chaînes de transmission sont rassemblés en un seul endroit. Au début du IIIe siècle, on observe une tendance à compiler ce type de recueils de hadiths. À cette période, on trouve mention des Musnads suivants : (1) le Musnad d’Ubaydullâh ibn Mûsâ (mort en 213 de l’hégire), (2) le Musnad al-Ḥumaydî (mort en 219 de l’hégire), (3) le Musnad de Musaddad ibn Masarhad (mort en 228 de l’hégire), (4) le Musnad d’Isḥâq ibn Râhawayh (mort en 238 de l’hégire), (5) le Musnad de ʿUthmân ibn Abî Shaybah (mort en 239 de l’hégire), (6) le Musnad de l’imam Aḥmad ibn Ḥanbal (mort en 231 de l’hégire), (7) le Musnad d’Ibn Ḥumayd (mort en 249 de l’hégire), (8) al-Musnad al-Kabîr de Yaʿqûb ibn Shaybah (mort en 262 de l’hégire), (9) le Musnad de Muḥammad ibn al-Mahdî (mort en 276 de l’hégire), (10) al-Musnad al-Kabîr de Baqî ibn Makhlad al-Qurṭubî (mort en 272 de l’hégire), (11) le Musnad d’Abû Dâwûd al-Ṭayâlisî (mort en 204 de l’hégire).

Cependant, cette méthode de composition des recueils de hadiths n’est pas exempte de défauts. Elle rend difficile de se faire une idée claire de l’authenticité des hadiths, de la fiabilité de la chaîne de transmission et de leur valeur. Malgré cela, on ne peut nier que la composition de recueils de hadiths selon cette méthode comporte certainement certains avantages. Premièrement, elle permet d’étudier séparément les hadiths du Messager éminent (s) des autres récits. Deuxièmement, elle permet de savoir clairement combien de personnes ont rapporté des hadiths d’un même Compagnon. Il est également possible qu’une chaîne particulière d’un hadith soit faible, tandis qu’une autre chaîne de transmission du même hadith soit irréprochable et recevable. En conséquence, le hadith rapporté par cette chaîne faible peut, lorsqu’il est corroboré par une chaîne fiable, être considéré comme authentique et recevable.

Il ne faut toutefois pas penser que les traditionnistes auteurs de musnads aient attribué au nom des Compagnons, tels des aveugles ou des ramasseurs de bois dans l’obscurité, tout ce qu’ils avaient trouvé sous le nom de hadith. Une telle conception est en réalité infondée et inappropriée. En effet, ils ont vérifié et examiné avec le plus grand soin l’authenticité de chaque hadith. À cette fin, ils ont mené des recherches et des observations approfondies. Dans ce but, ils ont voyagé de pays en pays, et leur vie entière s’est déroulée dans la tâche difficile, voire extrêmement rigoureuse, de recueillir les hadiths, de les vérifier, de les examiner et de les trier. Nombreux sont les auteurs de musnads qui n’ont accepté aucun hadith sans vérifier correctement le hadith original et sa chaîne de transmission. Dans beaucoup de musnads, les hadiths de chaque Compagnon ont également été réunis selon la méthode de composition du fiqh. À cet égard, il convient de mentionner Al-Musnad al-Kabīr, composé par Baqī ibn Makhlad. Certains ont aussi organisé chaque hadith en mentionnant les différentes chaînes de transmission et les différents rapporteurs.

À ce propos, l’érudit Ibn Hajar al-ʿAsqalānī a écrit au sujet de la composition de divers ouvrages :

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Finalement, certains imams du hadith décidèrent de compiler dans des ouvrages distincts uniquement les hadiths relatifs au Noble Prophète (s). À cette époque, ʿUbayd Allāh ibn Mūsā al-ʿAbsī al-Kūfī, Musaddad ibn Musarhad al-Baṣrī, Asad ibn Mūsā al-Umawī et Nuʿaym ibn Ḥammād al-Khuzāʿī, qui résidait en Égypte, composèrent chacun un musnad. Les imams du hadith des générations suivantes suivirent eux aussi leurs traces. On ne trouvera aucun imam parmi les mémorisateurs de hadiths qui n’ait pas compilé les hadiths qu’il avait recueillis selon la méthode de composition des ouvrages intitulés « musnad ». L’imam Aḥmad ibn Ḥanbal, Isḥāq ibn Rāhawayh, ʿUthmān ibn Abī Shaybah et d’autres grands traditionnistes semblables adoptèrent également cette méthode. Certains compilateurs de hadiths composèrent leurs ouvrages en suivant à la fois l’ajout de chapitres et la méthode du musnad, comme Abū Bakr ibn Abī Shaybah.

Comme cela a été dit précédemment, il existe une certaine différence entre la composition d’un ouvrage par chapitres et la composition d’un recueil de hadiths selon la méthode du musnad. Composer par chapitres consiste à classer les hadiths selon leur contenu, en rassemblant dans chaque chapitre les hadiths relatifs à un même sujet. Ainsi, les hadiths relatifs à la prière sont réunis dans un chapitre, ceux relatifs au jeûne dans le chapitre du jeûne, et les hadiths concernant la taqwā et la piété dans un chapitre distinct. En revanche, la méthode du musnad consiste à réunir tous les hadiths rapportés par chaque Compagnon, quel que soit leur contenu : qu’ils concernent la prière, le jeûne ou la taqwā et la piété. Ainsi, la méthode de composition d’un musnad consiste à inscrire sous le titre « Musnad d’Abū Bakr al-Ṣiddīq » tous les hadiths rapportés d’Abū Bakr al-Ṣiddīq (r), quel qu’en soit le sujet. Si l’on examine la différence entre ces deux méthodes sous l’angle de la fiabilité et de la valeur probante, une distinction manifeste apparaîtra également entre elles. Dans les recueils composés par chapitres figurent d’abord les récits qui sont importants du point de vue de la croyance ou de la pratique. C’est pourquoi leurs auteurs réunissent dans le chapitre concerné les hadiths dignes d’être cités comme preuves et arguments généraux, quel que soit le Compagnon qui les a rapportés. Quant aux auteurs de musnads, leur seule tâche consiste à recueillir, intégrer et réunir toutes sortes de hadiths. Pour cette raison, ils rassemblent les hadiths sans examiner si le hadith original est authentique ou non authentique.

Afin de montrer la différence entre la méthode par chapitres et celle du musnad, le célèbre traditionniste al-Ḥākim al-Nīsābūrī a exposé la manière d’insérer les hadiths et d’en déterminer les titres selon chacune de ces deux méthodes. Il a écrit : « Lorsque les hadiths sont recueillis selon la méthode du musnad, le titre est le suivant : »

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Mention de tous les hadiths rapportés par Abû Bakr al-Siddîq d’après le noble Prophète (s).

Et tous les hadiths rapportés par Abû Bakr y seront cités.

Le deuxième titre sera ensuite :

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Mention des hadiths que Qays ibn Abî Hâzim a rapportés d’Abû Bakr (r.a.).

Ici, l’auteur doit mentionner tous les hadiths rapportés d’Abû Bakr (r.a.) par l’intermédiaire de Qays. Il n’est pas nécessaire de déterminer s’ils sont authentiques ou faibles.

En revanche, lorsque le recueil de hadiths est organisé par chapitres, le titre de chaque chapitre est déterminé en fonction de son contenu. Ainsi, le titre serait alors :

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La mention de ce qui a été authentiquement établi et rapporté du Prophète concernant la purification rituelle, la prière ou toute autre question relative au culte.

À propos de cette distinction, Ibn Hajar al-‘Asqalani a écrit ailleurs :

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En ce qui concerne la composition des recueils de hadiths, la méthode consiste à n’y mentionner que les récits propres à servir de preuve ou d’argument. En revanche, ceux qui composent des musnads suivent une méthode différente, car leur objectif principal est simplement de rassembler les récits de hadiths.

Les ouvrages de musnad sont essentiellement une immense accumulation de hadiths rapportés par diverses chaînes de transmission. Il est très facile d’y acquérir une connaissance de l’authenticité ou de la faiblesse des hadiths. Le but même de la composition de tels ouvrages est de rassembler tous les hadiths rapportés par chaque chaîne, afin qu’aucun récit rapporté ne demeure non compilé. Lorsque tous les hadiths rapportés, authentiques ou non, sont réunis et compilés en un seul endroit, tout critique versé dans la science du hadith et doté d’un jugement subtil peut examiner et éprouver chaque récit à la pierre de touche de la critique, déterminer quels hadiths sont authentiques et lesquels ne le sont pas, et juger quelles chaînes sont irréprochables et lesquelles sont déficientes. Il devient même possible et facile, sur la base de ces ouvrages de « musnad », de déterminer combien de fois chaque hadith a été rapporté, par quelles chaînes, avec quels termes il a été rapporté dans chacune d’elles, ainsi que la situation de chaque chaîne.

Le traditionniste al-Hakim al-Nishapuri a écrit :

Dans l’Islam, les ouvrages de musnad qui ont été compilés ne contiennent que les hadiths rapportés par les Compagnons. Leurs chaînes de transmission sont fiables et exemptes de défauts. C’est le cas, par exemple, du Musnad de ‘Ubayd Allah ibn Musa et du Musnad d’Abu Dawud Sulayman ibn Dawud al-Tayalisi. En réalité, ces deux traditionnistes furent les premiers, dans l’Islam, à commencer la composition de musnads selon les noms des transmetteurs. Selon certains, le premier musnad fut composé par Dawud al-Tayalisi. Après eux, Ahmad ibn Hanbal, Ishaq ibn Ibrahim al-Hanzali, Abu Khaythama, Zuhayr ibn Harb et ‘Ubayd Allah ibn ‘Umar al-Qawariri composèrent leurs musnads. Par la suite, la composition de musnads selon les noms des transmetteurs se développa considérablement. Dans cette manière de compiler les hadiths, aucune distinction ne fut établie entre les chaînes de hadiths défectueuses et celles qui étaient exemptes de défauts.

Al-Hakim s’est exprimé en termes extrêmement sévères au sujet des ouvrages de Musnad. Il a formulé une telle opinion à propos de tous les ouvrages de Musnad. Il ne fait certes aucun doute que la majorité de ces ouvrages sont de ce niveau, mais ils ne sont pas tous coupables de ce défaut. Il est incontestable que certains auteurs de Musnad ont fait preuve d’une grande prudence dans le choix des hadiths qu’ils ont intégrés à leurs ouvrages. C’est ainsi que l’érudit al-Suyuti a écrit à propos d’Ishaq ibn Rahwayh :

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Comme l’a mentionné Abu Zur‘a al-Razi, parmi les hadiths rapportés par les Compagnons, Ishaq ne citait au nom de chaque Compagnon que ceux qui étaient excellents et recevables.

Le Musannaf d’Abu Bakr ibn Shayba

À cet égard, les ouvrages de hadith de l’imam Abu Bakr ibn Shayba méritent une mention particulière. Son Musnad et son Musannaf sont des ouvrages de hadith célèbres du troisième siècle de l’Hégire. Les traditionnistes ont unanimement déclaré que le Musannaf était un ouvrage sans égal. À leurs yeux, il constitue également un sujet de gloire. Le hafiz Ibn Kathir est allé jusqu’à dire :

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Le Musannaf est un ouvrage tel que personne n’en a jamais compilé de semblable, ni avant ni après lui.

Le hafiz Ibn Hazm al-Andalusi l’a déclaré plus important et plus éminent encore que le Muwatta de l’imam Malik. En réalité, dans les trois ouvrages célèbres parmi les six livres canoniques — le Sahih Muslim, les Sunan d’Abu Dawud et les Sunan d’Ibn Majah — davantage de hadiths ont été tirés du Musannaf d’Abu Bakr ibn Shayba que du Muwatta.

Dans cet ouvrage, seuls les hadiths relatifs aux ahkâm ont été retenus, c’est-à-dire ceux dont on peut déduire quelque question de fiqh. Toutefois, aucune école juridique particulière ne leur a été préférée, pas plus qu’une importance accrue n’a été accordée à l’une d’entre elles. Bien au contraire, tous les hadiths trouvés auprès des rapporteurs du Hedjaz et de l’Irak ont été intégrés à cet ouvrage selon un principe de parfaite impartialité. Ainsi, chaque juriste peut, en s’appuyant sur cet ouvrage, adopter son opinion de manière impartiale et indépendante et réunir les fondements ou les preuves scripturaires qui l’étayent.

Une autre particularité de cet ouvrage est que, parallèlement à chaque hadith prophétique, les paroles et les fatwas des Compagnons et des tâbi‘ûn y sont également citées. Il est ainsi facile de savoir quelle était l’opinion des Compagnons et des tâbi‘ûn au sujet de chaque hadith. L’auteur du Kashf al-zunûn a écrit à propos de cet ouvrage :

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C’est un ouvrage considérable. Les fatwas des tâbi‘ûn, les paroles des Compagnons et les hadiths du Messager (s) y ont été consignés avec leurs chaînes de transmission, conformément à la méthode des traditionnistes, et ses chapitres et sections ont été organisés selon la méthode de composition des ouvrages de fiqh.

Lorsque Bâqî ibn Makhlad, éminent disciple d’Ibn Abî Shayba et shaykh al-Islâm, se rendit en Andalousie avec cet ouvrage, certains milieux s’y opposèrent ; toutefois, le gouverneur de la région, Muhammad ibn ‘Abd al-Rahmân, en écouta la lecture intégrale et ordonna au responsable de la bibliothèque royale :

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C’est un ouvrage si important que notre bibliothèque en a particulièrement besoin. Prenez donc les dispositions nécessaires pour en faire réaliser une copie.

Le Musnad de l’imam Ahmad

Le recueil de hadiths compilé par l’imam Ahmad ibn Hanbal (رحمه الله), le Musnad d’Ahmad, est un ouvrage immense, remarquable et incomparable de ce siècle. Ce ne serait pas une exagération de le qualifier d’encyclopédie de la science du hadith. Les traditionnistes de toutes les générations, antérieures comme postérieures, ont reconnu à haute voix sa valeur et son importance exceptionnelles. Ils ont dit :

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Le Musnad d’Ahmad est, après ceux d’al-Bukhari et de Muslim, l’ouvrage de hadith le plus complet et le plus authentique. Tous les hadiths nécessaires à la vie pratique du musulman, concernant la religion et les affaires de ce monde, ont été réunis et consignés dans ce vaste ouvrage.[********************]

L’imam Ahmad (رحمه الله) parvint à préparer cet ouvrage après de longues années d’efforts inlassables, d’une immense assiduité et d’un profond dévouement. Dès l’époque où il étudiait les hadiths, il commença à les mettre par écrit au fur et à mesure qu’il les mémorisait. En termes d’âge, il entreprit ce travail alors qu’il n’avait que seize ans.[********************] Par la suite, il se consacra exclusivement à cette tâche durant toute sa vie. Le but de son existence était de faire de ce recueil de hadiths un ouvrage aussi vaste que possible et une source de tous les hadiths nécessaires. Il consignait les hadiths sur des pages séparées. Finalement, ceux-ci formèrent le manuscrit d’un ouvrage immense.

Cependant, sa vie prit fin avant que le souhait suprême et l’œuvre de l’imam Ahmad ne fussent achevés. Dès qu’il entendit les pas de la mort approcher, la première chose qu’il fit fut de réunir ses enfants et les membres de sa famille, de leur faire entendre la lecture de bout en bout de ce vaste recueil de hadiths, puis de le faire mettre par écrit de manière distincte et soignée. Mais l’imam Ahmad (رحمه الله) ne put ni sélectionner et trier les hadiths compilés au fruit de toute sa vie, ni les organiser et les structurer sous la forme d’un ouvrage.[********************]

Shah ʿAbd al-ʿAziz Muhaddith Dihlawi a écrit :

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Bien que le Musnad d’Ahmad soit le recueil de hadiths compilé par cet illustre et vénérable imam, deux personnes y ont ultérieurement ajouté de nombreux hadiths. La première fut son fils ʿAbdullah, et la seconde fut Abū Bakr al-Qaṭīʿī, le transmetteur de cet ouvrage par l’intermédiaire de ʿAbdullah.[********************]

Au sujet du nombre total de hadiths réunis dans cet ouvrage, les historiens spécialistes du hadith ont écrit :

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À l’origine, trente mille hadiths ont été réunis dans le Musnad d’Ahmad. Puis, grâce aux ajouts de son fils, leur nombre a finalement atteint quarante mille hadiths.

Certains ont dit que le nombre total de ses hadiths était de quarante mille, mais qu’en excluant les répétitions, il s’élevait à trente mille.

L’imam Ahmad a compilé cet ouvrage exactement selon la méthode du musnad. Il a mentionné le nom de chaque Compagnon, puis a cité successivement tous les hadiths du Prophète éminent ﷺ rapportés par ce Compagnon. Après avoir achevé la mention de ces hadiths, il citait un autre Compagnon ainsi que les hadiths rapportés par celui-ci. Il ne l’a pas organisé par thèmes. Ainsi, on y trouvera, immédiatement après un hadith cité au sujet des hudud, un hadith relatif au culte et à la crainte de l’au-delà.

Dans cet ouvrage, seuls dix-huit musnads sont mentionnés. Il commence par le musnad des dix Compagnons à qui l’annonce du Paradis a été faite. En deuxième position vient le musnad des Ahl al-Bayt, en troisième celui d’Abdullah ibn Mas‘ud, en quatrième celui d’Abdullah ibn Umar, en cinquième ceux d’Abdullah ibn Amr et d’Abu Marmasa, en sixième celui de ‘Abbas, en septième celui d’Abu Hurayra, en huitième celui d’Anas ibn Malik, en neuvième celui d’Abu Sa‘id al-Khudri, en dixième celui de Jabir ibn Abdullah, en onzième celui des Compagnons mecquois, en douzième celui des Compagnons médinois, en treizième celui des Compagnons résidant à al-Suffa, en quatorzième celui des Compagnons résidant à Bassora, en quinzième celui des Compagnons résidant en Syrie, en seizième celui des Ansar et en dix-septième celui de ‘Aïcha. Dans l’ensemble, le Musnad est divisé en cent soixante-douze parties.

L’imam Ahmad souhaitait organiser cet ouvrage comme un recueil incomparable de hadiths authentiques. Son désir le plus ardent était qu’en cas de désaccord entre les spécialistes du hadith au sujet d’un hadith, cet ouvrage puisse en être l’arbitre définitif et constituer un document fiable concernant les chaînes de transmission des hadiths.

Abdullah, le fils de l’imam Ahmad, lui demanda :

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Pourquoi désapprouvez-vous la composition d’ouvrages, alors que vous-même avez composé un ouvrage de type Musnad ?

L’imam Ahmad répondit :

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J’ai composé cet ouvrage comme un « imam », afin que, lorsque les gens divergeraient au sujet d’une sunna ou d’un hadith du Messager vénéré de Dieu (s), ils puissent y trouver une décision définitive.

Le neveu de l’imam Ahmad, Hanbal ibn Ishaq, a dit :

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Mon honorable oncle, l’imam Ahmad (r), nous a réunis, moi-même et ses deux fils Salih et Abdallah, puis nous a lu intégralement cet ouvrage Musnad en notre présence. À part nous, personne n’a pu entendre l’intégralité de l’ouvrage de sa bouche. Il nous a dit : « J’ai sélectionné, compilé et composé cet ouvrage à partir de plus de sept cent cinquante mille récits de hadiths. Lorsqu’une divergence surgira parmi les musulmans au sujet d’un hadith du Messager vénéré de Dieu (s), tournez-vous vers ce livre pour trouver ce hadith, c’est-à-dire cherchez-le et recherchez-le dans cet ouvrage. Si vous l’y trouvez, c’est bien ; mais si vous ne l’y trouvez pas, vous ne pourrez pas le considérer comme un hadith authentique ou établi. »

La déclaration de l’imam Ahmad ibn Hanbal, qui figure à la fin de la longue citation ci-dessus, mérite d’être analysée. L’imam al-Dhahabi a dit à ce propos, en l’expliquant :

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La parole de l’imam Ahmad doit être comprise dans le cadre de la situation générale. Sinon, dans les recueils de Muslim, d’al-Bukhari, dans les différents Sunan et dans d’autres ouvrages de type juz’, nous trouvons de nombreux hadiths authentiques qui ne figurent pas dans le Musnad.

Le hafiz Shams al-Din al-Jazari a écrit :

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Par ces paroles, l’imam Ahmad (que Dieu lui fasse miséricorde) voulait seulement faire allusion aux fondements des hadiths. Et c’est exact. En effet, il n’existe probablement aucun hadith dont le « fondement » ne soit mentionné dans ce Musnad.

Le recueil de hadiths compilé par l’imam Ahmad aurait pu atteindre cette haute dignité ; mais, comme il n’a pas pu achever lui-même entièrement son travail de compilation, de nombreux hadiths authentiques ainsi que les traditions rapportées par un grand nombre de Compagnons n’ont pu y être inclus. Le hafiz Ibn Kathir a écrit à ce sujet :

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Bien que ce Musnad compilé par l’imam Ahmad soit inégalé et sans rival par l’abondance de ses chaînes de transmission et l’excellence de sa composition, un grand nombre de hadiths en ont été entièrement omis. On dit même qu’aucun hadith rapporté par près de deux cents Compagnons n’y a été cité, alors que des hadiths rapportés par eux sont cités dans les ouvrages d’al-Bukhari et de Muslim.

Malgré tout cela, les particularités du Musnad d’Ahmad ne peuvent en aucune façon être niées. Il est unanimement admis qu’il ne contient pas un seul hadith inventé de toutes pièces, composé de sa propre initiative ou dépourvu de fondement. L’imam Ibn Taymiyya a écrit qu’il n’y avait dans le Musnad aucun hadith de cette sorte. En outre, il n’existe pas de deuxième recueil d’une telle ampleur de hadiths authentiques. Le hafiz Nur al-Din al-Haythami a écrit :

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En matière de hadiths authentiques, le Musnad d’Ahmad est plus authentique que les autres ouvrages de hadith.

L’imam Ahmad a compilé les hadiths après les avoir évalués selon ses propres critères. Les traditionnistes ont dit :

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L’imam Ahmad avait décidé de n’accepter dans son ouvrage, conformément à ses propres conditions, rien d’autre que des hadiths particulièrement authentiques.

Comme je l’ai déjà dit, l’imam Ahmad ne put achever entièrement cet ouvrage de son vivant. C’est pourquoi on y trouve de nombreux hadiths ajoutés par Abdullah, le fils de l’imam, ainsi que par le hafiz Abu Bakr al-Qati‘i.

L’érudit Ahmadul Banna a procédé à l’édition complète de cet immense ouvrage et l’a réorganisé selon ses chapitres et son contenu. Récemment, ses 21 volumes de grande ampleur ont été publiés en Égypte sous le titre « Fath al-Rabbani », accompagnés de son propre commentaire détaillé, inclus sous le titre « Sharh Bulugh al-Amani ». À notre avis, il constitue actuellement un immense trésor de hadiths sans égal.

Ahmadul Banna a écrit au sujet des hadiths du Musnad :

Après avoir vérifié et examiné les hadiths du « Musnad », j’ai constaté qu’il en comprend au total six catégories. Premièrement, les hadiths rapportés par Abu Abd al-Rahman Abdallah ibn l’imam Ahmad, qu’il a entendus directement de l’imam lui-même. C’est essentiellement cela qui constitue le Musnad d’Ahmad, et cela représente les trois quarts de l’ouvrage actuel.

Deuxièmement, les hadiths qu’Abdallah a entendus de l’imam Ahmad et d’autres traditionnistes. Ils sont en nombre très limité.

Troisièmement, les hadiths qu’Abdallah a entendus de traditionnistes autres que son père ; ils sont connus sous le nom de « Zawa’id Abdallah », ou « ajouts d’Abdallah ». Ces hadiths sont très nombreux.

Quatrièmement, les hadiths qu’Abdallah a lui-même récités devant son père et qu’il lui a fait entendre, sans toutefois les avoir entendus de son père ; ils sont également peu nombreux.

Cinquièmement, les hadiths qu’Abdallah n’a pas récités à son père et qu’il n’a pas non plus entendus de lui, mais qu’il a trouvés dans le livre de son père, écrits de la main de celui-ci ; ils sont également peu nombreux.

Sixièmement, les hadiths rapportés par le célèbre et unanimement reconnu traditionniste, le hafiz Abu Bakr al-Qat‘i, d’après des traditionnistes autres qu’Abdallah et son père, l’imam Ahmad ; ils sont les moins nombreux de tous.

 

L’étape finale de la compilation des hadiths

Il est apparu clairement aux lecteurs, à la lumière de l’exposé précédent, qu’au IIIe siècle de l’Hégire, l’étude, la diffusion, la compilation et la rédaction d’ouvrages consacrés aux hadiths avaient connu un progrès, un développement, une expansion et une perfection considérables. Chacune de leurs branches s’était établie avec une dignité indépendante et une pleine autonomie. Au cours de ce siècle, les traditionnistes et les transmetteurs de hadiths s’étaient consacrés à l’enseignement et à l’étude des hadiths sur une base bien plus vaste qu’auparavant. Les collecteurs de hadiths avaient parcouru tous les centres du monde musulman à la recherche de hadiths et, se rendant en chaque lieu, avaient recueilli et compilé les hadiths dispersés. Ils avaient rassemblé ces hadiths collectés et composé un grand nombre d’ouvrages précieux et volumineux.

À cette époque, une situation apparut dans la société musulmane, rendant absolument nécessaire la création d’une discipline autonome appelée science des hadiths. Dans la terminologie de la science des hadiths, elle est désignée par ******************** « science de l’examen et de la critique des hadiths ». Il est indispensable d’examiner en détail la situation susmentionnée afin de se faire une idée claire de la branche consacrée à l’examen et à la critique des hadiths.

La société musulmane au IIIe siècle

En un mot, il faut qualifier la société musulmane du IIIe siècle de profondément marquée par de multiples courants de pensée hostiles à l’islam ainsi que par les troubles et les dissensions. Dès les premiers temps des califes bien guidés, les coups violents qui s’abattaient sans cesse sur l’islam pouvaient être qualifiés, dans la terminologie militaire, d’« agressions extérieures ». On peut notamment compter parmi eux les attaques survenues à l’époque de ʿUthmân (ra) et de ʿAlî (ra). Mais l’islam repoussa toutes ces agressions extérieures grâce à sa force et à sa solidité intrinsèques. Plus tard, on tenta de réduire en pièces le califat islamique et d’effacer jusqu’à la moindre trace de l’islam dans le déluge submergeant de la Jâhiliyya. Cependant, grâce aux efforts infatigables, au dévouement et à l’application des tâbiʿûn sincères de la période postérieure aux Compagnons, l’islam parvint à maintenir solides et inébranlables ses fondements idéologiques. Ayant échoué à l’anéantir par des attaques extérieures, les ennemis de l’islam mobilisèrent toutes leurs forces afin de provoquer, au moyen de conspirations secrètes menées de l’intérieur, une catastrophe extrême. À cette étape, les ennemis de l’islam se mirent à répandre sans aucune retenue, parmi l’ensemble des musulmans, toutes sortes de pensées, d’opinions, de croyances et de convictions au nom de l’islam ; si bien que celui-ci se trouva sur le point de s’éteindre définitivement de l’intérieur, tel une lampe privée d’huile.

Parmi les pensées et doctrines erronées qui apparurent alors dans la société musulmane, la première fut la tendance puissante à un rationalisme et à un raisonnement débridés. On commença à peser et à vérifier jusque les croyances fondamentales de l’islam à la mesure de la raison. Tout ce qui ne passait pas l’épreuve de la raison et de la conscience humaines, étroites et limitées, se trouvait rejeté. Ainsi, plusieurs croyances fondamentales de l’islam, sur lesquelles repose l’édifice de l’islam, commencèrent à être explicitement refusées et abandonnées.

Ensuite, une violente agitation de discussions et de controverses se déchaîna dans la société musulmane autour de la question de savoir si le Coran était « créé » (makhlûq) ou « non créé » (ghayr makhlûq, éternel et incréé). Il en résulta que la tendance à suivre avec dévotion les prescriptions explicites du Coran disparut ; les gens commencèrent à s’égarer et à tomber dans l’égarement en se laissant prendre à cette controverse totalement inutile et vaine.

Vers la fin de l’époque abbasside, l’athéisme commença à se répandre dans la société musulmane comme doctrine et croyance. Les athées de cette époque prétendaient certes publiquement être musulmans, mais intérieurement ils rejetaient complètement l’ensemble du dîn. Les ouvrages grecs de philosophie et de sciences de cette époque furent traduits en arabe, puis commencèrent à être largement lus et étudiés dans la société musulmane. Ainsi, les idées d’athéisme et d’irréligion commencèrent à être acceptées par le peuple comme une doctrine fondée sur la science.

À cette époque, les récits et légendes infondés des temps anciens commencèrent également à se répandre largement parmi la population musulmane. On s’efforçait par tous les moyens de donner aux récits forgés de toutes pièces une apparence séduisante afin de les rendre plus attrayants aux yeux du peuple. On n’hésitait pas à leur donner la forme et le style narratif des hadiths et à les faire passer pour des paroles du Messager. Ainsi, les musulmans ordinaires détournèrent leur regard du Coran et des hadiths du Messager pour le fixer entièrement dans la direction opposée. En réalité, tous ces faits constituaient une fitna extrêmement grave pour l’islam, et la tendance généralisée à forger des hadiths en était la manifestation concrète.

À chacune des étapes des fitna susmentionnées, il est particulièrement étonnant de constater que des efforts acharnés furent déployés pour obtenir l’appui des hadiths du Messager. Mais lorsqu’aucun soutien, même infime, ne fut trouvé dans les véritables hadiths du Messager pour aucune de ces fitna, tous ceux qui les portaient — ou presque tous — inventèrent eux-mêmes des paroles, leur adjoignirent une chaîne de transmission (isnād) au nom du Messager et les présentèrent de telle manière que chacun les crût sorties de la bouche du Messager, ou du moins qu’il n’y eût aucune raison manifeste d’en douter sous cet angle. Dans cette situation, la nécessité impérative de peser et de vérifier chaque hadith à la pierre de touche de la critique apparut, et la science de la critique des hadiths fut pleinement appliquée comme moyen efficace et fiable pour examiner chaque parole rapportée sous le nom de hadith et déterminer laquelle était réellement une parole du Messager et laquelle ne l’était pas. [******************** En s’inspirant de l’exposé allant de la page 342 à la page 361 de l’ouvrage.] Ainsi, cette attaque venue de l’intérieur et visant à anéantir l’islam finit par subir un échec total. Il est facile de concevoir que si, à cette époque, on n’avait pas accordé une telle importance à la vérification et à l’examen des hadiths, l’amoncellement des hadiths mensongers aurait complètement submergé l’esprit musulman et l’aurait totalement égaré ; cela ne fait pas l’ombre d’un doute. Chaque fois que, durant les fitna susmentionnées, le regard des musulmans commença à se détourner du Coran et des hadiths, on vit alors apparaître dans la société de grands hommes qui, avec une force considérable, prirent des mesures pour préserver les hadiths, rejetèrent les débris accumulés et établirent au grand jour les véritables hadiths du Messager ; ils illuminèrent ainsi le monde intérieur des musulmans de l’éclat impérissable de ses véritables hadiths. Les vastes efforts déployés à cet égard par les autorités comme par les particuliers resteront éternellement lumineux dans l’histoire du savoir, de la science et de la culture.

Après le califat bien guidé, lorsque ʿUmar ibn ʿAbd al-ʿAzīz, issu de la dynastie omeyyade, fut choisi comme calife, il prit au niveau gouvernemental de vastes mesures pour recueillir et compiler les hadiths ; un exposé détaillé de cette question a déjà été présenté. Il convient de réaffirmer ici que, si ces mesures de collecte et de préservation des hadiths n’avaient pas été prises, un grand nombre de hadiths du noble Messager auraient disparu de la surface de la terre.

Même à l’époque des Abbassides, alors que les nuées d’un immense danger s’amoncelaient sur les hadiths, un calife — en réalité un roi — entreprit encore de les préserver et d’en assurer la transmission correcte. Il s’agissait d’al-Mutawakkil ʿalā Allāh (232 de l’Hégire). Il était naturellement attaché à la Sunna du Messager. Dès qu’il prit en charge la direction de l’État, il envoya des instructions dans tout le monde musulman afin que soient prises des mesures pour préserver les hadiths et en assurer largement l’enseignement. Le plus éminent spécialiste des hadiths de cette époque, Abū Bakr ibn Shayba, commença à enseigner les hadiths à la mosquée Jāmiʿ al-Rasāfa. Près de trente mille personnes venues de différentes régions du monde musulman se réunirent alors auprès de lui pour étudier les hadiths. D’autre part, son propre frère, ʿUthmān ibn Abū Bakr, commença à enseigner les hadiths à la mosquée Jāmiʿ al-Manṣūr, et un nombre comparable d’étudiants en hadith se rassembla également devant lui.

En voyant les efforts sincères d’al-Mutawakkil en faveur de l’enseignement et de la préservation des hadiths, le cœur de toute la population musulmane déborda de prières ferventes adressées à Allah en sa faveur ; les gens se mirent à le louer avec éloquence et tous continuèrent à lui témoigner un profond respect et une grande considération. À cette époque, la parole suivante du peuple devint même une expression courante :

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Il n’y eut que trois califes : Abū Bakr, pour avoir réprimé et tué les apostats ; ʿUmar ibn ʿAbd al-ʿAzīz, pour avoir mis fin à l’injustice et à la tyrannie ; et al-Mutawakkil, pour avoir revitalisé les hadiths et la Sunna, et réprimé et anéanti les adeptes des doctrines vaines. [********************]

D’autre part, après la collecte, la compilation, le tri et la sélection des hadiths, le travail de composition d’ouvrages de haute qualité réunissant des hadiths entièrement authentiques fut également mené à bien au cours de ce siècle avec une importance, un prestige, une ampleur et une profondeur remarquables. Par la grâce d’Allah, plusieurs hommes dotés du talent et de la compétence indispensables à cette tâche immense et ardue apparurent. Ce sont les six auteurs des six ouvrages de hadith les plus authentiques, les six plus éminents spécialistes des hadiths :

1. Imam Boukhari, 2. Imam Mouslim, 3. Imam Nasaï, 4. Imam Tirmidhi, 5. Imam Abou Dawoud et 6. Imam Ibn Majah. Les recueils de hadiths compilés par chacun d’eux constituent chacun une merveille dans l’histoire du savoir et de la culture.

Nous commencerons ici par présenter brièvement la biographie de chacun de ces spécialistes du hadith, puis nous exposerons séparément une présentation détaillée de leurs recueils de hadiths. Cette étude permettra de comprendre clairement le degré d’excellence atteint par le hadith au cours de ce siècle.

 

Les six plus grandes figures de la science du hadith

Imam Boukhari (que Dieu lui fasse miséricorde)

Le nom complet de l’Imam Boukhari (que Dieu lui fasse miséricorde) était Abou Abdallah Muhammad ibn Ismaïl ibn Ibrahim. Il naquit un vendredi, le 13 chawwal de l’an 194 de l’Hégire, dans la ville de Boukhara, peuplée de musulmans et berceau de la culture et de la civilisation islamiques. Son père quitta ce monde alors qu’il était encore dans sa petite enfance. Il fut élevé dans les bras affectueux de sa mère. Alors qu’il fréquentait le maktab pour y recevoir son instruction élémentaire, le désir ardent d’étudier les hadiths s’éveilla en lui. À ce sujet, l’Imam Boukhari (que Dieu lui fasse miséricorde) a lui-même déclaré :

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Alors que j’étais occupé par les études élémentaires au maktab, je reçus l’inspiration quant à la nécessité de mémoriser les hadiths.

Lorsqu’on lui demanda quel âge il avait à cette époque, il répondit : « Dix ans, ou moins encore. »

À l’âge de onze ans, le talent extraordinaire de l’imam al-Bukhari en matière de transmission des hadiths se manifesta spontanément. Un événement de cette époque mérite d’être mentionné. À ce moment-là, on diffusait publiquement un hadith selon la chaîne de transmission suivante : Sufyan le rapportait d’Abu al-Zubayr, et Abu al-Zubayr d’Ibrahim. Dès qu’il entendit cette chaîne auprès du traditionniste Dakhili, il s’écria :

Cette chaîne n’est pas correcte, car Abu al-Zubayr n’a absolument rapporté aucun hadith d’Ibrahim.

Le traditionniste Dakhili resta stupéfait devant l’audace de cet enfant de onze ans. Il le réprimanda. Alors l’imam al-Bukhari dit :

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Si vous avez l’ouvrage original auprès de vous, ouvrez-le donc et vérifiez la véracité de mes propos.
# La ville de Boukhara est située dans la République d’Ouzbékistan. À l’heure actuelle, cette ville fait partie de l’empire russe d’Asie centrale. Elle est considérée comme une ville importante de la région de Mā warāʾ al-nahr, sur les rives du fleuve Jayhun, à 300 kilomètres de Samarcande, en Iran.

L’imam al-Bukhari dit : « Ici, dans cette chaîne, c’est Abu al-Zubayr qui est mentionné par erreur ; en réalité, la chaîne de transmission doit être formulée ainsi : “Zubayr ibn Adi rapporte d’Ibrahim.” »

Le traditionniste Dakhili ouvrit alors l’ouvrage original et constata que l’enfant Abu Abdallah avait raison : c’était bien ainsi que cela y était écrit.

Lorsque l’imam al-Bukhari eut dépassé l’âge de seize ans, il mémorisa intégralement les recueils de hadiths compilés par Abdallah ibn al-Mubarak et l’imam Waki‘.

Après cela, l’imam al-Bukhari partit accomplir le pèlerinage avec sa mère et son frère. Auparavant, il avait achevé d’entendre les hadiths de tous les muhaddiths résidant à Boukhara. Ce voyage eut lieu en l’an 210 de l’Hégire.[********************] Après être arrivé pour le pèlerinage, il demeura consécutivement six années au Hijaz. Durant cette période, tout en se consacrant largement à l’étude des hadiths, il s’adonna également pleinement à l’écriture et à la composition d’ouvrages. L’imam al-Bukhari a lui-même parlé de ses travaux d’écriture et de composition durant cette période :

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Alors que j’avais dépassé l’âge de dix-huit ans, je composai un ouvrage sur les jugements et décisions des Compagnons et des tabi‘in. Ensuite, assis près de la tombe du noble Messager de Dieu (que la paix et les bénédictions de Dieu soient sur lui), à Médine, je rédigeai l’ouvrage « al-Tarikh al-Kabir ». Je poursuivais ce travail d’écriture durant les nuits éclairées par la lune.[********************]

Dans le but d’étudier et de recueillir les hadiths, l’imam al-Bukhari parcourut de nombreux pays et de nombreuses villes. En arrivant dans chaque ville, il maîtrisait tous les hadiths qu’il était possible d’y trouver. Puis il repartait vers une autre ville. Ainsi, dans l’immense empire islamique, il n’y eut pratiquement aucune ville importante où il ne se rendit pas pour recueillir des hadiths. À ce sujet, l’érudit al-Dhahabi mentionne les villes de Bagdad, La Mecque, Bassora, Koufa, Ascalon, Homs, Damas, entre autres, et indique également le nom de chaque muhaddith auprès duquel l’imam al-Bukhari étudia et recueillit des hadiths dans chacune de ces villes.[********************]

Cependant, il semble que cette liste ne soit pas exhaustive. L’érudit al-Khatib al-Baghdadi a résumé en ces termes les voyages de l’imam al-Bukhari dans ces pays :

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À la recherche de la science des hadiths, il se rendit auprès de tous les muhaddiths de toutes les villes.[********************]

Afin de donner une idée générale de ses voyages, il a lui-même déclaré :

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Je me suis rendu deux fois en Syrie, en Égypte et en Jazîra. Je suis allé quatre fois à Bassora. Je suis demeuré continuellement six années au Hijaz. Quant au nombre de fois où je me suis rendu à Koufa et à Bagdad et où j’ai assisté aux séances des muhaddiths, je serais incapable de le compter.

L’imam al-Bukhari (r) se rendit un jour à Samarcande. Près de quatre cents muhaddiths se réunirent alors devant lui. Ils avaient déjà entendu parler de sa renommée pour sa connaissance profonde et étendue des hadiths. C’est pourquoi ils voulurent mettre l’imam al-Bukhari à l’épreuve. À cette fin, ils détachèrent les formulations principales de certains hadiths de leurs chaînes de transmission et les rattachèrent aux chaînes d’autres hadiths, tout en intervertissant les chaînes elles-mêmes. Puis ils les récitèrent devant l’imam al-Bukhari (r) et lui demandèrent d’en vérifier l’authenticité et l’exactitude. Tous ces hadiths étaient pour l’imam al-Bukhari (r) clairs comme un miroir. Il ne lui fut donc nullement difficile, et cela ne lui prit pas le moindre temps, de discerner où le texte principal et sa chaîne de transmission avaient été altérés. Il commença à lire les hadiths un à un et à en relever les défauts, puis, finalement, il reconstitua chacun d’eux sous sa forme originale, avec sa propre chaîne de transmission, et le présenta aux muhaddiths réunis. Ceux-ci ne purent qu’admettre que la réponse de l’imam al-Bukhari (r) était parfaitement exacte. Les historiens ont écrit qu’une question semblable fut également posée à l’imam al-Bukhari à Bagdad et que, finalement, après avoir entendu sa réponse, les muhaddiths furent contraints de reconnaître sa supériorité.

On a dit, en évoquant la mémoire pénétrante de l’imam al-Bukhari :

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Il ne lisait un livre qu’une seule fois et, après l’avoir vu une seule fois, il le mémorisait entièrement.

L’immensité, l’étendue et la profondeur de sa connaissance des hadiths apparaissent clairement dans la reconnaissance sincère que lui accordèrent les muhaddiths du monde entier. Nous allons ici citer les paroles de quelques-uns d’entre eux :

Ibn Khuzayma (r) a dit :

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Sous le ciel, je n’ai vu personne de plus grand savant et de plus grand hafiz des hadiths du Messager que Muhammad ibn Ismaïl al-Bukhari.

Un jour, l’imam Muslim se rendit auprès de l’imam al-Bukhari et lui embrassa la joue. Il dit :

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Permettez-moi d’embrasser vos deux pieds, ô maître des maîtres, le plus éminent des muhaddiths et le « médecin des maladies du hadith ».

L’imam al-Bukhari était un homme extrêmement courtois, courageux et d’une nature pure. Il était très vigilant et profondément conscient de sa dignité. Il ne s’approchait jamais des cours des rois et des souverains ; au contraire, il s’efforçait de s’en tenir à des centaines de lieues.

À cette époque, le gouverneur de Boukhara était Khalid ibn Ahmad al-Dhuhli. Il fit transmettre à l’imam al-Bukhari, par l’intermédiaire d’un émissaire, l’ordre suivant :

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Venez auprès de moi avec vos recueils de hadiths et vos ouvrages historiques ; je souhaite les entendre de votre bouche.

L’imam al-Bukhari (que Dieu lui fasse miséricorde) refusa clairement d’obéir à cet ordre et fit transmettre au messager :

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Transmets au roi ceci de ma part : je ne peux pas humilier le hadith ni le porter dans les cours des rois et des souverains. S’il a besoin de cet enseignement, qu’il se rende auprès de moi à la mosquée ou chez moi. Et si ma proposition ne lui plaît pas, que puis-je y faire ? Il est le roi……….

Ibn Hajar al-Asqalani a dit :

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Ce fut la cause de la distance et de l’inimitié qui s’installèrent entre l’imam al-Bukhari et le roi.[********************]

Cependant, l’imam al-Hakim a mentionné une autre cause de cette inimitié. Il a dit :

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La raison pour laquelle Abou Abdallah quitta la ville de Boukhara fut que le roi Khalid ibn Ahmad lui avait ordonné de se présenter au palais royal pour y enseigner à ses enfants les livres d’histoire et de hadiths. Mais l’imam al-Boukhari avait refusé d’obéir à cet ordre et avait fait répondre : « Il ne saurait en aucune façon être convenable que je fasse écouter ce livre à certaines personnes en particulier et que je refuse de le faire écouter à d’autres. »

Par la suite, l’imam al-Boukhari (r) se rendit dans la ville de Khartank, située près de Samarcande, et implora ardemment Allah de le protéger de cette terrible épreuve qui frappait la religion de l’islam. À cette époque, dans l’invocation qu’il récitait après la prière durant la nuit, il disait :

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« Ô Allah ! Cette vaste terre est devenue étroite pour moi ; fais donc maintenant que je retourne auprès de Toi. »

L’imam al-Boukhari mourut dans cette ville de Khartank, le 30 rajab de l’an 256 de l’Hégire, à l’âge de 62 ans.

L’imam al-Boukhari (r) a quitté ce monde ; mais il a laissé derrière lui, à l’intention de l’ensemble des musulmans, plusieurs ouvrages précieux et considérables, qui constituent des sources fondamentales du savoir islamique. Parmi ses ouvrages d’une immense valeur, deux sont célèbres et éminents. Le premier est le « Sahih al-Boukhari », une compilation de hadiths, et l’autre est le « Tarikh al-Kabir ».

L’imam Muslim (r)

Le nom complet de l’imam Muslim (r) était Abû al-Husayn Muslim ibn al-Hajjâj al-Qushayrî al-Nîsâbûrî. Il naquit en l’an 204 de l’Hégire à Nishapour, au Khorassan. Dès son enfance, il se consacra à l’étude des hadiths. Dans le but d’étudier les hadiths, il se rendit dans tous les grands centres du monde musulman. Il se rendit notamment en Iraq, au Hijaz, en Syrie et en Égypte, où il étudia et recueillit les hadiths auprès des grands maîtres et muhaddiths qui y résidaient.

Lorsque l’imam Bukhârî (r) arriva à Nishapour, l’imam Muslim (r) s’attacha à lui. Il prit lui aussi une part considérable de son immense savoir en matière de hadiths. Lorsqu’une campagne hostile à l’imam Bukhârî (r) commença à se développer dans cette ville, l’imam Muslim s’efforça d’y résister. Un jour, un incident se produisit. Il assistait, avec d’autres étudiants, à l’assemblée de son maître en hadith, Muhammad ibn Yahyâ al-Dhuhlî. Le muhaddith al-Dhuhlî déclara soudain :

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Que celui qui, sur une question particulière, partage l’opinion de l’imam Bukhârî et accepte son avis quitte mon assemblée.

Dès qu’il entendit cela, l’imam Muslim se leva et, de retour chez lui, renvoya à ce maître les écrits contenant les hadiths qu’il avait entendus et reçus de lui. Par la suite, il renonça complètement à rapporter des hadiths par l’intermédiaire d’al-Dhuhlî.

L’imam Muslim possédait un savoir immense et considérable au sujet des hadiths. Les spécialistes du hadith sont unanimement d’accord sur le fait qu’il était un imam du hadith. Les grands muhaddiths de son époque étudièrent et reçurent les hadiths auprès de lui. À cet égard, il convient de mentionner en particulier Abû Hâtim al-Râzî, Mûsâ ibn Hârûn, Ahmad ibn Salama, Yahyâ ibn Sa‘îd, Muhammad ibn Makhlad et l’imam Tirmidhî. Ils étaient unanimes quant à la grandeur et à l’excellence de l’imam Muslim. Tous reconnaissaient sa très haute dignité et son rang éminent dans le domaine du hadith. En outre, ses ouvrages d’une grande valeur et la profondeur de son érudition en apportent une preuve irréfutable. Parmi ceux-ci, il convient de citer en particulier son Sahîh Muslim, al-Musnad al-Kabîr et al-Jâmi‘ al-Kabîr. L’imam Muslim mourut à Nishapour en l’an 261 de l’Hégire, à l’âge de cinquante-sept ans.

L’imam Nasâ’î (r)

Le nom complet de l’imam Nasâ’î (r) était Abd al-Rahmân Ahmad ibn Shu‘ayb ibn ‘Alî ibn Bahr ibn Mânnân ibn Dînâr al-Nasâ’î. Il naquit en l’an 215 de l’Hégire dans la ville de Nasâ, au Khorassan.

L’imam al-Nasaï (r) était un grand mémorisateur du hadith. À l’âge de quinze ans seulement, il entreprit un voyage à l’étranger afin d’étudier et de recueillir les hadiths. Il se rendit d’abord auprès de Qutayba ibn Saïd al-Balkhi, auprès duquel il étudia et recueillit des hadiths pendant un an et deux mois. Ensuite, il partit pour l’Égypte, où il séjourna longtemps. Durant cette période, il acheva la rédaction de plusieurs ouvrages. Ces ouvrages acquirent une grande notoriété parmi la population. C’est également à cette époque que les gens commencèrent à écouter les hadiths auprès de lui.

Après avoir quitté l’Égypte, il arriva à Damas en l’an 302 de l’Hégire. C’est là qu’il acheva la rédaction d’un ouvrage à la gloire de l’imam Ali et de la famille du Messager. Il avait constaté que, sous l’influence de la domination omeyyade, la population avait commencé à nourrir de mauvaises opinions à l’égard de l’imam Ali (ra) et de la famille du Messager (s). Afin de faire disparaître cette tendance ou d’en réduire la virulence, il commença à lire son ouvrage dans la mosquée جامع de Damas. Alors, un homme se leva et lui demanda : « Avez-vous écrit quelque chose à la gloire de Muawiya ? » L’imam al-Nasaï répondit : « Il lui suffit de s’en tirer sans blâme. Qu’y a-t-il à louer chez lui ? »

À peine eut-il prononcé ces paroles que des voix s’élevèrent de toutes parts : « Cet homme est chiite, cet homme est chiite ! » Sur ces mots, ils se mirent à le frapper sans merci. L’imam al-Nasaï fut grièvement blessé et se retrouva dans un état très pénible. Il dit : « Conduisez-moi à La Mecque, afin que je puisse y rendre mon dernier souffle. » Lorsqu’on l’eut conduit à La Mecque, il y mourut en l’an 303 de l’Hégire, à l’âge de 89 ans, et fut enterré entre Safa et Marwa.

L’imam al-Nasaï rédigea de nombreux ouvrages précieux sur le hadith et les disciplines du hadith. Parmi ses ouvrages célèbres figurent les Sunan al-Kubra et les Sunan al-Sughra, également appelées al-Mujtaba, entre autres.

L’imam Abou Dawoud (r)

Le nom complet de l’imam Abou Dawoud est Souleyman ibn al-Achath ibn Ishaq al-Asadi al-Sijistani. Il naquit en l’an 202 de l’Hégire (819 apr. J.-C.) dans un lieu appelé Sistan, près de Kandahar et de Chicht.

Afin d’étudier les hadiths, il parcourut les célèbres centres du hadith, notamment l’Égypte, la Syrie, le Hijaz, l’Irak et le Khorassan, et étudia et recueillit les hadiths auprès des éminents traditionnistes de son époque. L’imam Ahmad ibn Hanbal, Othman ibn Abou Chayba, Qutayba ibn Saïd et d’autres éminents traditionnistes de leur époque furent ses maîtres dans les sciences du hadith.

Tous les éminents savants de son époque ont proclamé d’une voix unanime l’étendue exceptionnelle de ses connaissances et sa profonde maîtrise du hadith, et ont loué la puissance de sa mémoire. De même, sa profonde piété et son scrupule religieux furent unanimement reconnus.

L’imam al-Hakim a dit :

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L’imam Abou Dawoud était, à son époque, le plus éminent muhaddith parmi les spécialistes du hadith. Sa prééminence était absolue et incontestée. Il entendit des hadiths en Égypte, au Hijaz, à Koufa, à Bassora et au Khorassan.

L’imam Tirmidhi et l’imam Nasa’i furent ses disciples dans le domaine du hadith. Il est étonnant de constater que l’imam Ahmad ibn Hanbal fut, d’une part, le maître de l’imam Abou Dawoud et que, d’autre part, certains maîtres de l’imam Ahmad rapportèrent des hadiths d’après Abou Dawoud. L’imam Ahmad lui-même reçut et rapporta certains hadiths d’après l’imam Abou Dawoud.

Il mourut à Bassora, le 16 chawwal de l’an 275 de l’Hégire.

L’imam Tirmidhi (r)

Le nom complet de l’imam Tirmidhi était al-Imam al-Hafiz Abou ‘Isa Muhammad ibn ‘Isa ibn Sawrata ibn Moussa ibn Jahkus al-Sulami al-Tirmidhi. Il naquit en l’an 209 de l’Hégire dans l’ancienne ville appelée Tirmidh, située sur les rives du fleuve Jihoun. Il possédait des connaissances immenses dans le domaine du hadith. Les hadiths qu’il rapporta sont considérés comme entièrement fiables, dignes de confiance et constituant des preuves irréfutables. Il entendit et reçut des hadiths auprès des grands spécialistes de son époque. Qutayba ibn Sa’id, Ishaq ibn Moussa, Mahmoud ibn Ghalin, Sa’id ibn Abd al-Rahman, Muhammad ibn Bishar, Ali ibn Hajar, Ahmad ibn Muni, Muhammad ibn al-Muthanna, Sufyan ibn Uqay et Muhammad ibn Isma’il al-Bukhari, entre autres, furent les maîtres de l’imam Tirmidhi.

L’imam Bukhari prononça à son sujet de nombreux éloges. Les spécialistes du hadith le qualifièrent de successeur de l’imam Bukhari. L’imam Bukhari lui-même reçut et rapporta des hadiths d’après lui.

L’imam al-Tirmidhi voyagea jusqu’aux célèbres centres du hadith du monde musulman, où il écouta et recueillit des hadiths. Pendant des années, il parcourut Koufa, Bassora, Rayy, le Khourassan, l’Irak et le Hijaz afin de recueillir des hadiths.

L’imam al-Tirmidhi possédait une mémoire remarquablement vive. Il lui suffisait d’entendre une fois un hadith pour pouvoir en mémoriser un grand nombre. Il avait entendu plusieurs fragments de hadiths rapportés par un certain muhaddith, mais il ne l’avait jamais rencontré et n’avait pas eu la possibilité de les entendre de sa bouche. Il brûlait donc intérieurement du désir de retrouver ce muhaddith. Un jour, il le rencontra en chemin et lui exprima le souhait d’entendre le hadith dans son intégralité. À sa demande, le muhaddith récita de mémoire l’ensemble du hadith, debout au milieu du chemin. L’imam al-Tirmidhi mémorisa aussitôt ces hadiths, qu’il n’avait jamais entendus auparavant. Malgré cela, après cette seule écoute, il les retint entièrement, puis les récita immédiatement devant le maître qui se tenait en face de lui. Il n’y avait pas la moindre erreur dans un seul de ses mots.

L’imam al-Tirmidhi rédigea de nombreux ouvrages précieux. Al-Jamiʿ al-Tirmidhi, Kitab al-Asami, al-Kuna, al-Shama’il al-Tirmidhi, al-Tawarikh et Kitab al-Zuhd comptent parmi ses ouvrages qui firent époque.

Vers la fin de sa vie, l’imam al-Tirmidhi perdit la vue. Il mourut dans la ville de Tirmidh, en l’an 279 de l’Hégire, à l’âge de soixante-dix ans.

L’imam Ibn Majah (que Dieu lui fasse miséricorde)

Le nom complet de l’imam Ibn Majah était Abu ʿAbd Allah Muhammad ibn Yazid ibn ʿAbd Allah ibn Majah al-Qazwini. Il était un éminent savant du hadith, de l’exégèse et de l’histoire.

Il naquit en l’an 209 de l’Hégire (828 apr. J.-C.) dans un lieu appelé Qazwin. Depuis la conquête de cette ville sous le règne du troisième calife, ʿUthman (que Dieu l’agrée), elle était considérée comme un centre des sciences et du savoir islamiques. Dès le début du IIIe siècle de l’Hégire, elle connut un essor particulier dans l’étude de la science du hadith. Ibn Majah bénéficia ainsi, dès son enfance, d’une occasion exceptionnelle d’étudier le hadith. À cette époque, plusieurs grands muhaddiths dispensaient des cours de hadith dans la ville de Qazwin. Parmi eux, il étudia et reçut des hadiths auprès de grands muhaddiths tels que ʿAli ibn Muhammad Abu al-Hasan al-Tanafisi (mort en 233 de l’Hégire), ʿAmr ibn Rafiʿ Abu Hajar al-Bidhli (mort en 238 de l’Hégire), Ismaʿil ibn Tawbah Abu Sahl al-Qazwini (mort en 247 de l’Hégire), Harun ibn Musa ibn Hayyan al-Tamimi (mort en 288 de l’Hégire) et Muhammad ibn Abu Khalid Abu Bakr al-Qazwini.

Il se rendit ensuite à Médine, La Mecque, Koufa, Bassora, Bagdad, Wasit, Damas, Homs, Misr, Tinnis, Ispahan, Nishapur et dans d’autres centres du hadith, où il étudia et recueillit des hadiths. Ses maîtres en hadith étaient innombrables. Un grand nombre d’étudiants du hadith reçurent également des hadiths de sa part.

Il a composé de nombreux ouvrages. Il a également rédigé un vaste ouvrage de tafsîr du Noble Coran fondé sur les hadiths. Le « Tarikh-e Malih » est un autre de ses ouvrages remarquables. Il y traite en détail de l’histoire allant de l’époque des Compagnons jusqu’à l’époque de l’auteur. Dans le domaine du hadith, son ouvrage « As-Sunan » est très célèbre et constitue un volumineux livre appartenant aux six recueils canoniques. Il mourut en l’an 273 de l’Hégire (886 de l’ère chrétienne), un lundi, à l’âge de 64 ans.[********************]

 

Les six éminents recueils de hadiths

Au cours de la première moitié du IIIe siècle de l’Hégire, lorsque les hadiths dispersés à travers le monde musulman et conservés en divers lieux furent rassemblés et consignés sous forme de « musnad », les muhaddiths des générations suivantes entreprirent de vérifier les hadiths, de les trier et de composer, sous une forme abrégée, des ouvrages ne contenant que des hadiths authentiques. C’est grâce à cette initiative que, vers le milieu et durant la seconde moitié de ce siècle, six recueils de hadiths authentiques, très célèbres, furent présentés au public. Nous souhaitons exposer ici l’histoire de la compilation de ces six recueils de hadiths, ainsi que la présentation et les particularités de chacun d’eux.

Sahih al-Bukhari

Parmi ces six recueils de hadiths les plus authentiques, le premier à être remarquable, le plus célèbre et celui qui contient le plus grand nombre de hadiths authentiques est le « Sahih al-Bukhari », compilé par l’imam al-Bukhari. L’imam al-Bukhari reçut l’inspiration de composer cet ouvrage lors de l’assemblée de son éminent maître, Ishaq ibn Rahwayh.[********************] Il a lui-même déclaré :

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J’étais présent auprès d’Ishaq ibn Rahwayh. Quelqu’un parmi les personnes présentes à son assemblée dit : « Si quelqu’un composait un ouvrage réunissant les hadiths authentiques et les sunnas rapportés du Messager (s), ouvrage qui serait concis et atteindrait le plus haut degré d’authenticité, ce serait véritablement excellent et cela faciliterait également aux pratiquants l’observance de la Loi religieuse. Ainsi, ils n’auraient pas à dépendre des mujtahids. »[********************]

Dès qu’il entendit ces paroles, le désir de composer un tel recueil de hadiths s’éveilla dans le cœur de l’imam al-Bukhari (r). Les paroles susmentionnées, bien qu’elles fussent d’ordre général et adressées indistinctement à toutes les personnes présentes à l’assemblée, éveillèrent le désir de les mettre en pratique dans le cœur de celui à qui Allah Tout-Puissant avait destiné, dans le décret de son destin, l’honneur de composer un recueil de hadiths incomparable tel que le Bukhari Sharif.

L’imam al-Bukhari (r) dit :

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Cette parole s’imprima dans mon cœur et, sans tarder, je me mis à rédiger cet ouvrage.

Une autre raison ayant incité l’imam al-Bukhari à rédiger son ouvrage a également été rapportée de lui. Il a dit :

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Je vis en rêve le noble Messager. Je vis que je me tenais devant lui, tenant à la main un éventail avec lequel je l’éventais et repoussais les attaques des mouches. Ensuite, je voulus demander l’interprétation de ce rêve à un interprète. Celui-ci me dit : « Tu repousseras tous les mensonges attribués au Messager. » En vérité, ce rêve et cette interprétation m’incitèrent à rédiger cet immense ouvrage contenant des hadiths authentiques. Je voulus demander l’interprétation de ce rêve à un interprète. Celui-ci me dit : « Tu repousseras tous les mensonges attribués au Messager. » En vérité, ce rêve et cette interprétation m’incitèrent à rédiger cet immense ouvrage contenant des hadiths authentiques.

Bien que deux raisons différentes soient mentionnées, de deux manières différentes, dans deux récits concernant l’origine de son incitation à rédiger cet ouvrage, il n’existe aucune contradiction fondamentale entre elles. Il est très possible qu’après avoir quitté l’assemblée d’Ishaq ibn Rahwayh avec l’inspiration et le désir de rédiger un ouvrage de hadiths, l’imam al-Bukhari ait également fait ce bon rêve, en accord avec cette inspiration et à son appui. Ce rêve lui indiqua également qu’il avait reçu, auprès du Messager, l’approbation de son projet de rédiger un ouvrage réunissant des hadiths authentiques et que son œuvre constituerait en réalité une défense du noble Messager contre les violentes attaques dirigées contre lui.

L’imam al-Bukhari tira largement profit des vastes ouvrages de hadiths qui avaient auparavant été composés dans les différents domaines et selon les diverses méthodes. Puis, confrontant les hadiths qu’il avait lui-même rassemblés aux critères rigoureux qu’il avait établis, il rédigea un immense et précieux ouvrage de hadiths.

Dans les recueils de hadiths antérieurs avaient été insérés des hadiths de différentes qualités, tels que des hadiths sahih, hasan et da’if. Pour un lecteur ordinaire, il était très difficile d’en extraire uniquement les hadiths sahih ; cela n’était possible que pour des personnes particulièrement compétentes et versées dans la science du hadith. De même, réunir tous les hadiths relatifs aux prescriptions précises de la charia sur un sujet donné était une tâche extrêmement ardue. En effet, les recueils antérieurs avaient pour seul objectif de rassembler les hadiths du noble Messager (s) et de les préserver de la destruction. C’est pourquoi on ne s’était guère préoccupé d’ordonner en un même endroit les hadiths portant sur un même sujet. Il n’y avait donc aucun moyen, en les lisant, de connaître en détail les enseignements du Messager concernant la charia. L’ensemble de ces raisons incita l’imam al-Bukhari, face aux nouveaux besoins, à entreprendre la composition d’un recueil de hadiths d’un genre nouveau.

L’imam al-Bukhari commença la rédaction de ce recueil de hadiths assis à l’intérieur du « Bayt al-Haram », la Maison d’Allah. Il acheva ensuite l’ajout de ses différents chapitres et de la « Tarjamat al-Bab » à Médine, assis dans la mosquée du Prophète, entre le minbar et le noble mausolée du Messager.

Lorsqu’il écrivit les hadiths, l’imam al-Bukhari (r) adopta une méthode sans précédent et remarquable. Il déclara lui-même :

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Avant d’écrire chaque hadith dans ce recueil authentique, je faisais les grandes ablutions et accomplissais deux unités de prière surérogatoire ; en dehors de cela, je n’y ai écrit aucun hadith.

Il observa cette pratique consistant à faire les grandes ablutions et à accomplir deux unités de prière surérogatoire avant d’écrire chaque hadith, aussi bien à La Mecque qu’à Médine. Avant d’écrire chaque hadith, il prenait à son sujet toutes les précautions possibles. Sans être fermement certain que le hadith était véritablement un hadith du Messager, il n’en cita aucun dans ce recueil. Il déclara lui-même à ce propos :

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Je n’ai ajouté dans ce recueil aucun hadith sans m’être informé à son sujet auprès d’Allah par l’istikhara, sans avoir accompli une prière surérogatoire et sans être fermement et indubitablement convaincu de son authenticité.

En vérité, il apparaît clairement, à partir de tout ce qui précède, combien le processus de composition de ce recueil de hadiths par l’imam al-Bukhari fut une entreprise difficile, exigeant une rigueur et une ascèse extrêmes. Il suffit d’y réfléchir un instant pour saisir l’immense vérité qu’il recèle. Un labeur exceptionnel et une persévérance infatigable de cette nature se poursuivirent sans interruption pendant seize longues années. À ce sujet, l’imam al-Bukhari a lui-même déclaré :

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« J’ai achevé la composition de ce recueil au terme de seize années entières. »

L’imam al-Bukhari (qu’Allah lui fasse miséricorde) entreprit la composition du Sahih al-Bukhari en ayant devant lui un total de six cent mille hadiths. Il a déclaré :

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« J’ai composé ce recueil de al-Bukhari à partir d’environ six cent mille hadiths. »

Parmi ces six cent mille hadiths, l’imam al-Bukhari en connaissait parfaitement par cœur cent mille authentiques. L’imam al-Bukhari (qu’Allah lui fasse miséricorde) a déclaré :

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Je pouvais réciter de mémoire cent mille hadiths.

Il va sans dire qu’il ne s’agit pas du nombre total de tous les hadiths sahih, et que l’imam al-Bukhari n’avait pas seulement ces cent mille hadiths en mémoire : il en connaissait encore bien davantage. Toutefois, parmi les hadiths qu’il connaissait par cœur, le nombre des seuls hadiths sahih s’élevait à cent mille. Il avait également mémorisé près de deux cent mille hadiths non authentiques.

On peut se faire une idée parfaitement claire, à partir des propos suivants de l’imam al-Bukhari, de la question de savoir si, au moment de composer ce recueil de hadiths, il disposait d’un certain nombre de hadiths rassemblés et s’il avait inclus dans son ouvrage al-Bukhari tous les hadiths sahih. Il a dit :

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Je n’ai inclus dans mon recueil de hadiths que des hadiths sahih et authentiques. En outre, j’ai laissé de côté de nombreux autres hadiths sahih. Craignant que l’ouvrage ne devienne trop long et trop volumineux, je ne les y ai pas inclus.

Une autre parole de l’imam al-Bukhari à ce sujet mérite également d’être mentionnée. Il a dit :

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Je n’ai inclus dans cet ouvrage que des hadiths sahih. Quant à ceux que j’ai laissés de côté, ils sont bien plus nombreux que les hadiths inclus. Je ne l’ai fait que par crainte que l’ouvrage ne prenne une trop grande ampleur.

Ainsi, le livre que l’imam al-Bukhari a méthodiquement organisé et présenté au monde a été intitulé :

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Une compilation concise et complète de hadiths dotés de chaînes de transmission irréprochables concernant tous les faits et actes, la Sunna et les circonstances contemporaines du Noble Messager (s).

L’imam a établi ce livre comme une preuve irréfutable dans l’affaire qui me lie à Allah.

Toute personne ayant lu le Sahih al-Bukhari peut comprendre combien cette déclaration de l’imam al-Bukhari (r) est vraie et que ce livre de hadiths est un pilier impérissable de la religion de l’islam.

Le nombre total des hadiths cités plusieurs fois dans le Sahih al-Bukhari est de neuf mille quatre-vingt-deux (9 082). Si l’on exclut les hadiths muʿallaq et les mutābiʿāt, leur nombre s’élève à sept mille trois cent quatre-vingt-dix-sept (7 397). Et si l’on fait le compte en excluant les hadiths mentionnés plusieurs fois, le nombre total est de deux mille six cent deux (2 602). Selon un autre décompte, le nombre de hadiths à ce stade est de deux mille sept cent soixante et un (2 761).

Cependant, l’Allama Badr al-Din al-Ayni (r) a écrit ce qui suit au sujet du nombre de hadiths du Sahih al-Bukhari :

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Le nombre total des hadiths munis d’une chaîne de transmission intégrés au Sahîh al-Bukhârî s’élève à sept mille deux cent soixante-quinze (7 275). Ce chiffre inclut les hadiths répétés. Si l’on exclut ceux-ci, le nombre est d’environ quatre mille hadiths.

La principale raison de cette différence dans le décompte est la suivante : bien que la rédaction de cet ouvrage inestimable de l’imam al-Bukhârî ait été achevée en l’espace de seize ans, les modifications, augmentations, ajouts et suppressions s’y poursuivirent encore longtemps. C’est pourquoi, puisque différents élèves l’entendirent de l’imam al-Bukhârî à différentes époques, le nombre de hadiths conservés dans les exemplaires qu’ils détenaient différa. Au premier stade, les élèves n’avaient par écrit que les hadiths qui y avaient été ajoutés jusque-là. Par la suite, des modifications y furent apportées : l’auteur retira certains hadiths de sa compilation initiale et en y intégra beaucoup de nouveaux. Ainsi, ceux qui l’entendirent à cette étape reçurent, par rapport aux précédents, un plus grand nombre de hadiths, y compris les hadiths nouvellement ajoutés.

La question apparaîtra plus clairement encore dans l’exposé qui suit. Des centaines de milliers de personnes entendirent ce recueil de hadiths de l’imam al-Bukhârî. Mais les élèves de l’imam al-Bukhârî par l’intermédiaire desquels s’est principalement perpétuée la chaîne de transmission de cet ouvrage sont au nombre de quatre.

1. Ibrâhîm ibn Ma‘qil ibn al-Hajjâj al-Nasafî (mort en 294 de l’Hégire)

2. Hammâd ibn Shâkir al-Nasafî (mort en 311 de l’Hégire)

3. Muhammad ibn Yûsuf al-Firabrî (mort en 320 de l’Hégire)

4. Abû Talha Mansûr ibn Muhammad ibn ‘Alî ibn Karîma al-Bazdûwî (mort en 329 de l’Hégire)

Al-Firabrî entendit le Sahîh al-Bukhârî de l’imam al-Bukhârî à deux reprises. Une première fois, en 248 de l’Hégire, dans un lieu appelé Fربر, lorsque l’imam al-Bukhârî s’y rendit. Puis une seconde fois, en 252 de l’Hégire, lorsqu’il se rendit lui-même à Boukhara.

La version de Sahih al-Bukhari rapportée par Hammād ibn Shākir contient deux cents hadiths de plus que celle rapportée par al-Farabari. Elle en contient trois cents de plus que la version rapportée par Ibrāhīm ibn Ma‘qil. Il est ainsi clairement établi que l’imam al-Bukhari a progressivement augmenté le nombre de hadiths dans son ouvrage et que la version rapportée par ses élèves de la première période contenait moins de hadiths que celle rapportée par les élèves des périodes ultérieures.

Après avoir achevé la composition de son ouvrage, l’imam al-Bukhari le soumit aux autres grands traditionnistes de son époque. Parmi eux figuraient notamment ‘Ali ibn al-Madini, Ahmad ibn Hanbal et Yahya ibn Ma‘in (r). Chacun d’eux, après avoir examiné l’ouvrage,

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l’apprécia grandement, le déclara excellent et attesta explicitement qu’il s’agissait d’un ouvrage authentique.

Les savants et les traditionnistes de chaque époque ont formulé de nombreuses déclarations pour proclamer la supériorité et les particularités de Sahih al-Bukhari. Mawlana Ahmad ‘Ali a cité ce qui suit :

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Tous les savants du hadith sont parfaitement unanimes sur le fait que, parmi les recueils de hadiths, les ouvrages les plus authentiques sont ceux d’al-Bukhari et de Muslim. Selon la majorité, parmi ces deux ouvrages, Sahih al-Bukhari est le plus authentique et celui qui apporte le plus de bienfaits au public.

À ce propos, la déclaration suivante est également très répandue et sur toutes les lèvres :

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Après le Livre d’Allah, le recueil le plus authentique sous le ciel est le Sahih al-Bukhari.

L’imam al-Nasa’i a dit :

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Parmi tous ces recueils de hadiths, il n’en est aucun de meilleur que le recueil d’al-Bukhari.

La communauté musulmane a accordé à ce recueil une importance extraordinaire et incomparable. Les érudits musulmans lui ont consacré un grand nombre d’imposants commentaires. L’auteur du Kashf al-Zunun a dit que le nombre de ses commentaires s’élevait à quatre-vingt-deux. Parmi eux, les meilleurs sont le Fath al-Bari, le commentaire d’al-Qastallani et l’Umdat al-Qari.

Le Sahih Muslim

Le recueil de hadiths authentiques de l’imam Muslim est le Sahih Muslim. L’imam Muslim a composé ce recueil après avoir examiné, sélectionné et retenu des hadiths parmi les trois cent mille qu’il avait entendus directement de ses maîtres.

Après avoir achevé la composition de son recueil de hadiths, il le soumit à l’éminent mémorisateur de hadiths de son époque, l’imam Abū Zurʿa. L’imam Muslim lui-même a déclaré :

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J’ai soumis ce recueil à l’imam Abū Zurʿa al-Rāzī. J’ai abandonné chacun des hadiths dont il m’a signalé que la chaîne de transmission comportait un défaut — je les ai retirés du recueil — et j’y ai inclus chacun des hadiths au sujet desquels il a estimé qu’ils étaient authentiques et exempts de toute imperfection.

Il en ressort que l’imam Muslim n’a pas inclus de hadith dans son recueil en se fondant uniquement sur son propre savoir, son intelligence et son jugement ; au contraire, il a également demandé l’avis d’autres traditionnistes contemporains au sujet de l’authenticité de chaque hadith, et il n’a consigné dans son précieux recueil que les hadiths dont les traditionnistes contemporains avaient unanimement reconnu l’authenticité. Sa propre déclaration à ce sujet sera la plus probante. Il a dit :

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Je n’ai pas inclus dans ce recueil uniquement les hadiths que je jugeais authentiques. J’y ai plutôt inclus exclusivement les hadiths dont les traditionnistes s’accordaient sur l’authenticité.

C’est ainsi qu’après quinze longues années d’efforts inlassables, de recherches et d’examen minutieux, une compilation méthodiquement organisée des hadiths authentiques fut constituée.

Ce recueil contient au total douze mille hadiths. Les hadiths cités à plusieurs reprises y sont également compris. Si l’on exclut ces répétitions, le nombre total de hadiths s’élève à environ quatre mille.

Au sujet de l’authenticité des hadiths inclus dans ce recueil de hadiths, l’imam Muslim (r) a lui-même affirmé :

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Même si les muhaddiths continuaient à écrire des hadiths pendant deux cents ans, ils devraient néanmoins nécessairement s’appuyer sur ce recueil authentique doté de chaînes de transmission.

L’affirmation de l’imam Muslim n’est pas mensongère ; elle s’est révélée aux muhaddiths des générations suivantes comme une vérité réelle. Plus de onze siècles se sont écoulés à présent, mais il n’a pas été possible de composer un recueil d’une valeur égale à celle du Sahih Muslim, ni d’une valeur supérieure. Aujourd’hui encore, sa beauté et son authenticité demeurent intactes et dispensent à l’humanité entière la lumière d’un savoir pur et limpide. Le hafiz Muslim ibn Qurtubi a écrit au sujet du Sahih Muslim :

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Personne n’a pu composer en Islam un autre ouvrage pareil.

De plus, selon plusieurs muhaddiths éminents des générations suivantes, le Sahih Muslim est plus authentique et supérieur au Sahih Bukhari.

Le qadi Iyad était un grand muhaddith. Il a rapporté que plusieurs de ses maîtres en matière de hadith — dont l’un était un très grand muhaddith — donnaient la préférence au Sahih Muslim plutôt qu’au Sahih Bukhari.

Ḥāfiẓ Ibn Mandah a dit :

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J’ai entendu Abū ʿAlī al-Nīsābūrī — dont je n’ai jamais vu de plus grand ḥāfiẓ du hadith — dire : « Sous le ciel, je n’ai vu aucun livre plus authentique que le recueil de hadith de l’imam Muslim. »

Cette citation prouve également que telle était l’opinion de Ḥāfiẓ Ibn Mandah. Quant à la nature du muḥaddith qu’était Abū ʿAlī, elle ressort clairement de la notice biographique que lui a consacrée al-Ḥākim al-Nīsābūrī, l’auteur du Mustadrak. À propos d’Abū ʿAlī, il a dit :

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Dans la mémorisation des recueils de hadith, la maîtrise vigilante de leur contenu, l’examen du hadith et la composition d’ouvrages de hadith, il était sans égal et incontesté parmi les hommes de son époque.

De nombreux étudiants ont entendu de lui ce recueil de hadith compilé par l’imam Muslim et l’ont également transmis par son intermédiaire. Toutefois, celui par l’intermédiaire duquel la chaîne de transmission de ce recueil s’est perpétuée partout — particulièrement à cette fin — jusqu’à l’époque récente est le célèbre muḥaddith, le shaykh Abū Isḥāq Ibrāhīm ibn Muḥammad ibn Sufyān al-Nīsābūrī. Il mourut en l’an 308 de l’Hégire.

À ce sujet, l’imam al-Nawawī a écrit :

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La transmission de cet ouvrage depuis l’imam Muslim, par une chaîne de transmetteurs ininterrompue, ne repose, à cette fin et à l’époque récente, que sur la narration d’Abou Ishaq Ibrahim ibn Muhammad ibn Soufyan. Une relation particulière s’était établie entre cet Ibrahim ibn Soufyan et l’imam Muslim. Il demeurait constamment auprès de l’imam Muslim et étudiait les hadiths auprès de lui.

Un autre disciple de l’imam Muslim était Abou Muhammad Ahmad ibn Ali Qalansi. Le Sahih Muslim a également été transmis par sa chaîne de transmission ; toutefois, cette chaîne n’était pas complète et ne put se perpétuer très longtemps.

Les Sunan de Nasaï

L’imam Nasaï composa d’abord un ouvrage de hadith intitulé « Sunan al-Koubra ». Il y réunit des hadiths de deux sortes : authentiques et exempts de défauts. Il en confectionna ensuite une version abrégée, qu’il intitula « as-Sunan as-Soughra ». Elle porte également le nom d’« al-Moujtaba », le recueil sélectionné.

Dans ce dernier recueil, l’imam Nasaï suivit la méthode de composition adoptée par les imams Boukhari et Muslim. Les méthodes instaurées par ces deux derniers ont été réunies dans l’ouvrage de l’imam Nasaï. Le hafiz Abou Abdallah Ibn Roushaïd (mort en 721 de l’Hégire) a dit :

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Parmi tous les ouvrages de hadith composés dans le genre des Sunan, celui-ci a été élaboré selon une méthode tout à fait originale. Du point de vue de l’ajout et de l’organisation, c’est également un excellent ouvrage. Il réunit les méthodes de composition de Boukhari et de Muslim. Les ʿilal des hadiths y sont également exposées dans une section particulière.

Au sujet de l’authenticité de cet ouvrage, l’imam al-Nasaï lui-même a dit :

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« Tous les hadiths cités dans cet ouvrage intitulé al-Mujtaba — la “Compilation des hadiths” — sont authentiques. Toutefois, le hâfiz al-Dhahabî est d’un avis différent à ce sujet. Il a dit : “Cet al-Mujtaba n’est pas l’œuvre de l’imam al-Nasaï, mais celle de son disciple Ibn Samâlî.” »

En réalité, presque tous les grands muhaddiths estiment, au sujet des hadiths rapportés par l’imam al-Nasaï, que ceux-ci sont plus fiables quant à leur authenticité que les hadiths rapportés par d’autres.

Le hâfiz imam Abû al-Hasan al-Muzaffarî (mort en 403 H.) a dit :

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Chaque fois que tu examineras attentivement les hadiths rapportés par les muhaddiths, tu comprendras que les hadiths rapportés par l’imam al-Nasaï sont plus proches de l’authenticité que ceux rapportés par les autres.

Bien que de nombreux disciples aient reçu cet ouvrage de l’imam al-Nasaï, dix grands muhaddiths en ont transmis la chaîne de narration de manière continue.

Bien que de nombreux élèves aient entendu cet ouvrage de l’imam al-Nasa’i, dix grands muhaddiths en ont transmis la chaîne de narration continue.

Jalal al-Din al-Suyuti (m. 911 H.) et Muhammad ibn Abd al-Hadi al-Samadi (m. 1138 H.) ont écrit des commentaires sur cet ouvrage de l’imam al-Nasa’i. Le titre du commentaire écrit par al-Suyuti est—

Sunan Abi Dawud

L’imam Abu Dawud a compilé cet ouvrage après avoir trié, sélectionné et choisi parmi cinq cent mille hadiths. Il contient au total quatre mille huit cents hadiths. Tous ces hadiths concernent les ahkam, et la plupart sont des hadiths de rang mashhur. À ce sujet, voici sa propre déclaration :

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J’avais mis par écrit cinq cent mille hadiths du noble Messager (s). Parmi eux, j’ai sélectionné les hadiths retenus et les ai inclus dans cet ouvrage.

Il est indispensable de garder à l’esprit que l’imam Abu Dawud a sélectionné les hadiths selon une perspective juridique. Après l’imam al-Bukhari, il possédait, davantage que les autres auteurs des Sihah Sitta, une vision plus vaste et plus éclairée de la jurisprudence. C’est pourquoi, bien que son ouvrage soit fondamentalement une compilation de hadiths, il a été en pratique organisé selon la méthode de la jurisprudence ; toutes les questions juridiques y sont traitées, et les juristes de son époque comme des époques ultérieures ont tous tiré des arguments et des preuves des hadiths qu’il avait compilés. C’est pour cette raison que les juristes estiment :

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Pour un mujtahid, après le Livre d’Allah, le noble Coran, ce recueil, le Sunan d’Abû Dâwûd, suffit pour déduire les questions de fiqh.[********************]

C’est précisément sous l’angle du fiqh qu’il en a déterminé les chapitres, et il y a mentionné des propositions qui sont démontrées par les hadiths cités ci-dessous, et qu’un quelconque faqîh a adoptées à partir de ces hadiths. Ainsi, ce livre a acquis une très grande popularité et une grande renommée auprès des spécialistes du fiqh.[********************]

C’est en tenant compte de cette particularité que l’imam et hafiz Abû Ja‘far Ibn Zubayr al-Gharnâtî (m. 708 de l’Hégire), évoquant les six recueils canoniques, a déclaré au sujet du Sunan d’Abû Dâwûd :

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En raison de la compilation complète et exhaustive des hadiths relatifs au fiqh, le Sunan d’Abû Dâwûd possède une particularité qu’aucun autre ouvrage des six recueils canoniques ne possède.[********************]

Concernant l’importance et la valeur pratiques du Sunan d’Abû Dâwûd, l’imam al-Ghazâlî a également déclaré en termes clairs : « Parmi les recueils de hadiths, celui-ci suffit à un mujtahid ».[********************]

Le muhaddith Zakariyyâ Sâjî a déclaré :

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Le fondement de l’islam est le Livre d’Allah, et le commandement de l’islam est le Sunan d’Abû Dâwûd.

L’imam Abû Dâwûd acheva la compilation de cet ouvrage dans sa jeunesse. L’étendue de la maîtrise qu’il avait alors acquise dans la science du hadith apparaît clairement dans les propos suivants d’Ibrâhîm al-Harbî. Il dit :

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Lorsque l’imam Abû Dâwûd compila cet ouvrage, le hadith lui fut rendu doux et facile, tout comme le fer avait été rendu doux pour le prophète Dâwûd.

Après avoir achevé la compilation de l’ouvrage, il le présenta à son maître en hadith, l’imam Ahmad ibn Hanbal. L’imam Ahmad l’apprécia beaucoup et en fit l’éloge comme étant un excellent ouvrage de hadith.

Il fut ensuite présenté au grand public. Allah le Très-Haut lui accorda une telle popularité et une telle considération auprès des gens qu’aucun autre ouvrage des six livres canoniques ne put en obtenir autant. Faisant allusion à cela, le disciple de l’imam Abû Dâwûd, le hâfiz Muhammad ibn Makhlâs al-Duwârî (mort en 331 de l’Hégire), dit :

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Lorsque l’imam Abû Dâwûd eut achevé la rédaction du Sunan et l’eut lu aux gens, afin qu’ils l’entendent, il devint aussitôt, aux yeux des traditionnistes, un ouvrage sacré à suivre, à l’instar du Noble Coran.

Concernant les hadiths réunis dans cet ouvrage, l’imam Abû Dâwûd lui-même a déclaré :

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Je n’y ai cité aucun hadith unanimement rejeté par les gens.

Son ouvrage a été transmis de l’imam Abû Dâwûd par une chaîne ininterrompue de transmission, au moyen d’environ neuf ou dix éminents traditionnistes.

En l’an 275 de l’Hégire, l’imam Abû Dâwûd fit une dernière fois mettre cet ouvrage par écrit par ses élèves et, cette même année, le vendredi 16 shawwâl, il partit vers la demeure éternelle.

Jâmiʿ at-Tirmidhî

Le recueil de hadiths de l’imam at-Tirmidhî est connu sous le nom de « Jâmiʿ at-Tirmidhî ». Il est également appelé « Sunan

». Cependant, c’est le premier nom que la majorité des spécialistes du hadith ont retenu.

L’imam at-Tirmidhî a composé son ouvrage selon la méthode de rédaction suivie par l’imam Abû Dâwûd et l’imam al-Bukhârî. Tout d’abord, il y a organisé des chapitres correspondant aux différentes sections du fiqh, dans lesquels il a rassemblé les hadiths répondant aux besoins pratiques. Toutefois, il n’a pas rempli l’ensemble de l’ouvrage uniquement de hadiths relatifs aux besoins pratiques ; il y a également ajouté, à l’instar du Sahîh al-Bukhârî, des hadiths appartenant à d’autres chapitres. Ainsi, l’ouvrage est devenu une synthèse remarquable et un recueil d’une grande ampleur. C’est pourquoi le nom de « Jâmi‘ at-Tirmidhî » lui convient parfaitement. Les hadiths indispensables concernant divers sujets y ont été admirablement classés. C’est pour cette raison que le hâfiz Abû Ja‘far Ibn az-Zubay (m. 708 de l’Hégire), évoquant les Six recueils canoniques, a dit :

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L’imam at-Tirmidhî est incontestablement distingué par le fait d’avoir composé cet ouvrage en réunissant des hadiths traitant de sujets divers.********************

Après avoir achevé la composition de cet ouvrage, l’imam at-Tirmidhî le soumit, afin de le faire vérifier, aux spécialistes du hadith du monde musulman de son époque. À ce propos, il a lui-même dit :

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Après avoir achevé la composition de cet ouvrage de hadiths munis de leurs chaînes de transmission, je le présentai aux spécialistes du hadith du Hijaz. Après l’avoir examiné, ils l’apprécièrent beaucoup et exprimèrent leur satisfaction. Ensuite, je le présentai aux spécialistes du hadith du Khorasan. Eux aussi l’apprécièrent grandement et exprimèrent leur satisfaction.********************

L’imam at-Tirmidhî a lui-même formulé une affirmation très importante au sujet de cet ouvrage. Il a dit :

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Quiconque possédera cet ouvrage chez lui pourra considérer que le Noble Prophète lui-même (que la paix et les bénédictions de Dieu soient sur lui) y réside et y parle en personne.

Telle est en vérité la juste position des ouvrages de hadiths, en particulier des recueils de hadiths authentiques. Cela n’est pas seulement vrai du Tirmidhî Sharîf : c’est une vérité applicable et incontestable pour tous les recueils de hadiths authentiques.

Le Tirmidhî Sharîf est un ouvrage de hadiths agréable à lire et facile à comprendre pour le lecteur ordinaire. Le Shaykh al-Islâm, le hâfiz et imam Abû Ismâ‘îl ‘Abd Allâh al-Ansârî (décédé en 481 H.) a déclaré, au cours d’un exposé consacré au Tirmidhî Sharîf :

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À mes yeux, le Tirmidhî Sharîf est plus utile dans la pratique que les deux ouvrages de Bukhârî et de Muslim. En effet, Bukhârî et Muslim sont des recueils de hadiths dont nul, hormis les savants particulièrement versés dans ce domaine, ne peut tirer profit. En revanche, chacun peut tirer profit de l’ouvrage de l’imam Abû ‘Îsâ al-Tirmidhî.

Bien que de nombreuses personnes aient entendu cet ouvrage de l’imam al-Tirmidhî, sa chaîne de transmission s’est perpétuée de manière ininterrompue et continue par l’intermédiaire de six grands maîtres du hadith.

Un exposé détaillé des cinq principaux recueils de hadiths a été présenté plus haut. Les grands savants spécialistes du hadith du monde entier ont proclamé sans réserve et d’une voix unanime la supériorité et la particularité de ces cinq recueils, et aucune divergence n’est apparue sur ce point. Le hâfiz Abû Tâhir al-Silafî (décédé en 576 H.) a déclaré :

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Tous les savants spécialistes du hadith d’Orient et d’Occident sont pleinement d’accord sur l’authenticité de ces cinq ouvrages.

Quel est le sixième ouvrage ?

Cependant, les traditionnistes sont en désaccord sur l’ouvrage qui occupe le sixième rang après ces cinq ouvrages. Les traditionnistes des premières générations ainsi que nombre de spécialistes du hadith des générations tardives ont considéré uniquement les cinq ouvrages précités comme les principaux recueils de hadith. Mais certains traditionnistes des générations tardives (les muta’akhkhirîn) ont exprimé une opinion contraire. Il existe également une divergence considérable quant au sixième ouvrage parmi ces six recueils. Selon les uns, le sixième ouvrage des Sihâh sitta est le Sunan d’Ibn Mâjah, tandis que selon les autres, c’est le Muwatta’ de l’imam Mâlik. Toutefois, aux yeux des spécialistes du hadith de cette période, Ibn Mâjah est bien supérieur au Muwatta’ et davantage adapté à l’usage du grand public. C’est donc lui qui constitue le sixième ouvrage des Sihâh sitta. Le hâfiz Abû al-Fadl ibn Tâhir al-Maqdisî (m. 507 de l’Hégire) fut le premier à désigner Ibn Mâjah comme le sixième ouvrage des Sihâh sitta. Ensuite, le hâfiz Abd al-Ghanî al-Maqdisî adopta également cette opinion. Le traditionniste Abû al-Hasan al-Sindî a écrit :

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La majorité des traditionnistes des générations tardives est d’avis que le Sunan d’Ibn Mâjah est précisément le sixième ouvrage des Sihâh sitta.

Certains traditionnistes considèrent le Sunan d’al-Dârimî comme un recueil de hadiths supérieur et exempt de défauts, comparé au Sunan d’Ibn Mâjah. Ils l’ont proposé comme sixième ouvrage des Sihâh sitta. Mais aucune de ces opinions n’est acceptable. Le Sunan d’Ibn Mâjah est supérieur à tous égards au Muwatta’ et au Sunan d’al-Dârimî. C’est pourquoi le Sunan d’Ibn Mâjah est celui qui mérite d’être retenu comme sixième ouvrage. L’historien Ibn Khallikân (m. 681 de l’Hégire), évoquant Ibn Mâjah, a écrit :

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Son recueil de hadiths fait partie des Sihâh sitta.

Les Sunan d’Ibn Mâjah

Les Sunan d’Ibn Mâjah sont un ouvrage de hadith particulièrement précieux. Lorsque l’imam Ibn Mâjah eut achevé sa compilation et la présenta à son maître, l’imam Abû Zur‘a, celui-ci, après l’avoir examinée, dit :

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Je pense que, si ce livre parvient entre les mains des gens, tous les recueils de hadith composés jusqu’à notre époque, ou la plupart d’entre eux, deviendront inutiles.

En vérité, cette prédiction de l’imam Abû Zur‘a s’est révélée juste et véridique. Cet ouvrage jouit d’un rang éminent parmi tous les recueils des Sihâh al-Sitta à deux égards. Premièrement, par sa composition, son agencement, sa présentation et son élégance. Les hadiths y sont disposés selon une méthode particulière et classés par chapitres, sans aucune répétition. On ne trouve cette beauté dans aucun autre ouvrage. De ce point de vue, il a éclipsé presque tous les recueils de hadith antérieurs quant à leur popularité. Le muhaddith Shah ‘Abd al-‘Azîz Dihlawî (r) a vivement loué l’ouvrage d’Ibn Mâjah. Il a dit :

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En réalité, la beauté de son agencement, la mention successive des hadiths sans répétition, ainsi que la concision et les autres particularités que l’on trouve dans ce livre sont rares dans tout autre ouvrage.

Le hâfiz Ibn Kathîr a écrit au sujet de l’ouvrage composé par Ibn Mâjah :

******************************************************

C’est un ouvrage extrêmement bénéfique, dont les chapitres ont été agencés de manière très belle et solide du point de vue du fiqh.

Le hâfiz Ibn Hajar al-‘Asqalânî a dit :

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Le Sunan de l’imam Ibn Mâjah est un ouvrage excellent, qui contient une très vaste compilation de hadiths.

La deuxième particularité de cet ouvrage est qu’il rapporte des hadiths qui ne figurent dans aucun autre des six recueils canoniques. C’est pourquoi sa valeur pratique est bien supérieure à celle des autres ouvrages. ‘Allâmah Abû al-Hasan al-Sindî a dit :

******************************************************

L’auteur de cet ouvrage y a suivi la méthode de Mu‘âdh ibn Jabal. Dans bon nombre de chapitres, il a cité des hadiths que l’on ne trouve pas dans les cinq autres célèbres recueils authentiques.

« Suivre la méthode de Mu‘âdh » signifie que Hazrat Mu‘âdh (qu’Allah l’agrée) rapportait souvent des hadiths que les autres Compagnons n’avaient pas entendus. L’imam Ibn Mâjah a rapporté seul dans son ouvrage, par comparaison avec les autres ouvrages, un grand nombre de hadiths de ce genre. L’érudit Abû al-Hasan al-Sindî dit : – ******************** « Hazrat Mu‘âdh agissait ainsi dans le but d’apporter davantage de bienfaits aux gens ». [********************]

La parole de l’imam muhaddith Abû Zur‘a au sujet des Sunan d’Ibn Mâjah a été mentionnée dès le début de la discussion sur cette question. Il ne fait aucun doute qu’Abû Zur‘a appréciait beaucoup cet ouvrage ; toutefois, il a également indiqué clairement les défauts qu’il y avait relevés. À ce sujet, sa parole est citée en ces termes :

******************************************************

L’imam Abû Zur‘a a dit : J’ai étudié le recueil de hadiths d’Abû ‘Abd Allâh Ibn Mâjah. Mais je n’y ai trouvé que très peu de hadiths comportant quelque défaut. En dehors de cela, je n’y ai trouvé aucun autre défaut. Ensuite, à ce propos, il mentionna environ dix hadiths. [********************]

(Bien que les spécialistes de la science du hadith aient soulevé des objections concernant la chaîne de transmission de cette parole.)

Quoi qu’il en soit, l’imam Ibn Mâjah acheva la composition de cet ouvrage après un effort et un examen extrêmement poussés. Il sélectionna quatre mille hadiths parmi des centaines de milliers de hadiths et les répartit en différents chapitres. Toutefois, comme il contient davantage de hadiths faibles que les cinq autres ouvrages des Sahîh Sitta, il occupe la dernière place parmi les six recueils de hadiths. Le muhaddith al-Sindî a dit :

******************************************************

Quoi qu’il en soit, du point de vue du mérite et de la considération, l’ouvrage d’Ibn Mâjah se situe même en dessous des cinq autres ouvrages. [********************]

Il est même considéré comme venant après les ouvrages d’Abû Dâwûd et les Sunan d’an-Nasâ’î. L’érudit Muhammad ibn Ibrâhîm a dit :

******************************************************

Les Sunan d’Ibn Mâjah doivent être considérés comme venant après ceux d’Abû Dâwûd et les Sunan d’an-Nasâ’î.

Cela ne signifie toutefois pas que chacun des hadiths cités dans les cinq autres recueils de hadiths soit, pris individuellement, supérieur et plus authentique que chacun des hadiths rapportés par Ibn Mâjah. En effet, l’ouvrage d’Ibn Mâjah contient également des hadiths plus authentiques que ceux du Sahîh al-Bukhârî.

Les Sunan d’Ibn Mâjah comprennent au total 32 sections, 1 500 chapitres et 4 000 hadiths cités.

Dans l’ouvrage d’Ibn Mâjah, quatre grands traditionnistes ont principalement rapporté les hadiths par l’intermédiaire d’une chaîne successive de transmission. Les voici :

1. Abû al-Hasan ibn Qattân

2. Sulaymân ibn Yazîd

3. Abou Ja‘far Muhammad ibn ‘Issa

4. Abou Bakr Hamid al-Azhari.

 

La science du hadith au quatrième siècle

Au quatrième siècle de l’Hégire, la science du hadith atteint sa pleine maturité. Les travaux et les progrès accomplis dans la science du hadith au troisième siècle dépassent tout ce qui avait été réalisé auparavant. C’est également au cours de ce siècle qu’apparaissent de nombreux grands muhaddiths, hafiz du hadith et imams de la science du hadith. Les six ouvrages de hadith sahih mondialement célèbres sont également compilés au cours de ce siècle, et presque tous les hadiths sahih sont réunis dans ces ouvrages. De nombreux ouvrages, contenant des exposés détaillés et minutieux sur la chaîne de transmission de chaque hadith, ainsi que sur la biographie et le caractère de chacun des rapporteurs mentionnés dans cette chaîne, sont rédigés au cours de ce siècle. Ainsi, la science du hadith se constitue pleinement en une science autonome et complète.

Au quatrième siècle, les travaux du siècle précédent se poursuivent. Cela ne signifie toutefois pas qu’aucun travail indépendant n’ait été accompli durant ce siècle dans la compilation des ouvrages de hadith. À cette étape, presque tout ce qui est réalisé consiste simplement à composer de nouveaux ouvrages de hadith à partir des hadiths reçus et conservés auprès des spécialistes du hadith des générations précédentes. En outre, le travail de distinction entre les hadiths sahih et les hadiths da‘if est également effectué avec une vigilance particulière.

De nombreux muhaddiths de ce siècle rassemblent les hadiths conservés de manière fragmentaire et dispersée dans les ouvrages de leurs prédécesseurs. Les longues chaînes de transmission y sont abrégées. Leur organisation et leur mise en forme sont réalisées avec une entière maîtrise. Le travail de presque tous ces savants s’effectue sur la base de celui des muhaddiths qui les ont précédés.

Cependant, quelques grands muhaddiths apparaissent malgré tout au cours de ce siècle ; ils composent indépendamment des ouvrages de hadith distincts, selon la méthode de leurs prédécesseurs. Ils possèdent une profonde érudition dans la transmission des hadiths et la recherche des chaînes de transmission. Une brève présentation les concernant va être donnée ici :

Le muhaddith al-Hakim al-Nishapuri (r)

Le muhaddith al-Hakim al-Nishapuri était l’un des plus éminents spécialistes du hadith du IVe siècle de l’Hégire. Après la composition des ouvrages de l’imam al-Bukhari et de l’imam Muslim, il rassembla principalement les hadiths sahih restants et rédigea, sur cette base, un ouvrage indépendant. Celui-ci s’intitule « al-Mustadrak ».

Il est universellement reconnu que les deux recueils de hadith composés par l’imam al-Bukhari et l’imam Muslim sont les plus authentiques dans le domaine de la science du hadith. Cela ne signifie toutefois pas que tous les hadiths sahih aient été inclus dans ces deux ouvrages et qu’il ne soit resté aucun hadith sahih en dehors d’eux. En réalité, les hadiths cités dans ces deux ouvrages sont authentiques, mais il en est également resté beaucoup d’autres, extérieurs à ceux-ci, qui sont authentiques au même degré que les hadiths qu’ils contiennent. De nombreux autres hadiths satisfaisaient aux conditions que les deux imams susmentionnés avaient imposées pour accepter un hadith comme authentique, ainsi qu’aux critères qu’ils avaient établis pour sélectionner les hadiths sahih, mais étaient restés à l’extérieur. Ils ne furent pas inclus uniquement par crainte que le volume des deux ouvrages ne devienne démesurément considérable. L’imam al-Hakim rechercha ces hadiths, les évalua à la balance de la critique et composa, en les réunissant, l’ouvrage dont il est ici question, intitulé « al-Mustadrak ».[********************]

En outre, l’imam al-Hakim rédigea plusieurs autres ouvrages précieux sur le hadith. L’ensemble de ses ouvrages compte mille cinq cents volumes. Il se rendit deux fois en Irak et au Hijaz à la recherche de hadiths. Au cours de ces voyages, il s’entretint au sujet de nombreux hadiths. Il mourut en l’an 405 de l’Hégire.[********************]

L’imam al-Daraqutni (r)

Le nom complet d’al-Daraqutni était Ali ibn Umar ibn Ahmad. Il était un hafiz et un imam du hadith, sans égal à son époque. Il entendit et recueillit un très grand nombre de hadiths auprès de nombreux maîtres, puis rédigea, sur cette base, de nombreux ouvrages de grande valeur. Il possédait notamment une compétence exceptionnelle dans la vérification et l’examen des hadiths. Son ouvrage « al-Ilzamat » est, à l’instar d’al-Mustadrak, un remarquable recueil de hadiths. Il composa également un autre ouvrage intitulé « Kitab al-Sunan ».

Il naquit en l’an 306 de l’Hégire dans le célèbre quartier de « Dar al-Qutn », à Bagdad. Dans le but d’étudier le hadith, il se rendit auprès de tous les grands muhaddiths de Bagdad, puis parcourut, à cette même fin, Koufa, Bassora, la Syrie, Wasit, l’Égypte et d’autres centres du hadith. Dès son enfance, il acquit une renommée particulière pour sa mémoire et sa faculté de compréhension exceptionnelles. Il mourut à Bagdad même en l’an 385 de l’Hégire.[********************]

Ibn Hibban (r)

Son nom complet était Muhammad ibn Hibban Ahmad ibn Hibban Abu Hatim al-Busti. Il était un grand hafiz du hadith. Il parcourut les principaux centres du hadith de son époque et entendit des hadiths auprès d’un grand nombre de muhaddiths. L’historien Ibn al-Sam‘ani a dit :

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Abû Hâtim Ibn Hibban était le plus éminent de son époque dans la connaissance des hadiths. Dans le but d’entendre et de recueillir des hadiths, il parcourut la longue route allant de Chach jusqu’à Alexandrie.

Al-Khatîb al-Baghdâdî a écrit à son sujet :

******************************************************

Il était un transmetteur de hadiths extrêmement fiable et digne de confiance. Il possédait également un grand nombre d’ouvrages de hadiths.

Au sujet de sa quête des hadiths, il a lui-même déclaré :

******************************************************

J’ai parcouru la longue route de Chach jusqu’à Alexandrie et j’ai probablement entendu et recueilli des hadiths auprès d’environ mille maîtres.

Selon l’opinion de presque tous les traditionnistes de ce siècle, parmi ceux qui, après al-Bukhari et Muslim, composèrent des ouvrages rassemblant des hadiths authentiques, s’il faut mentionner d’abord le nom d’Ibn Khuzayma, il faut alors mentionner Ibn Hibban immédiatement après lui.[ ক. ********************]

Ibn Hibban mourut en l’an 354 de l’Hégire.[********************]

L’imam al-Tabarani (r)

Le nom complet de l’imam al-Tabarani est Abou al-Qasim Sulayman ibn Ahmad al-Tabarani. Il compila en trois parties un recueil de hadiths intitulé « al-Mu‘jam ». Les titres de chaque partie sont respectivement :

1. ********************

2. ********************

3. ********************

Dans la première partie, il inséra les hadiths reçus par les chaînes de transmission des Compagnons autres qu’Abou Hurayra. Il rassembla les musnads d’Abou Hurayra dans un volume distinct. Dans ce volume d’al-Mu‘jam, il réunit environ vingt mille cinq cents hadiths (musnads). Il y adopta l’ordre alphabétique des noms des Compagnons.

Dans l’ouvrage de la troisième partie, il a rassemblé les hadiths reçus de près de deux mille maîtres, selon des chaînes de transmission portant le nom de chacun d’eux. On dit qu’il contient des hadiths rapportés par près de trente mille chaînes de transmission et qu’il est divisé en six volumes distincts.

L’ouvrage de la deuxième partie est complet en un seul volume. Il rassemble près de quinze cents hadiths reçus de mille maîtres.[********************]

L’imam al-Tahawi (r)

Le nom complet de l’imam al-Tahawi était Abou Ja‘far Ahmad ibn Muhammad al-Tahawi. Il était l’un des principaux muhaddiths de ce siècle. Il naquit en 228 de l’hégire, dans un village appelé « Taha », en Égypte.[********************] À cette époque, certaines personnes hostiles à la religion commencèrent à exprimer des doutes au sujet des commandements et des prescriptions de l’islam. Elles prétendaient que les commandements et les interdits de l’islam se contredisaient entre eux. C’est pourquoi les amis de l’imam al-Tahawi lui demandèrent de composer un ouvrage de hadiths dont on pourrait tirer, de manière irréfutable, l’ensemble des commandements, des interdits et des règles pratiques de l’islam. L’imam al-Tahawi composa alors un ouvrage de hadiths tout à fait exceptionnel.[********************]

Il mourut en 321 de l’hégire, à l’âge de plus de quatre-vingts ans.[********************]

Les autres muhaddiths de ce siècle

Outre ceux-là, plusieurs autres éminents muhaddiths naquirent au cours de ce siècle. Parmi eux, Qasim ibn Asbag (m. 340 de l’hégire) et Ibn al-Sakan (m. 353 de l’hégire) méritent une mention particulière. À eux deux, ils composèrent deux ouvrages de hadiths intitulés « Sahih al-Muntaqa ».[********************]

 

La composition d’ouvrages de hadiths après le quatrième siècle

Une brève présentation des muhaddiths et des auteurs d’ouvrages de hadith du quatrième siècle a déjà été exposée. Presque tous étaient véritablement des muhaddiths. Ils rédigeaient des ouvrages de hadith en réunissant les hadiths qu’ils avaient entendus auprès des maîtres réputés dont ils avaient recueilli les traditions. Dans la rédaction de leurs ouvrages, ils suivirent pleinement les méthodes et les procédés adoptés par les auteurs d’ouvrages de hadith du troisième siècle. C’est ainsi que s’écoulèrent les jours d’or du quatrième siècle.

Cependant, les muhaddiths qui, au siècle suivant, acquirent dans l’histoire une importance et une considération notables n’étaient pas des esprits de la même envergure que leurs prédécesseurs. En particulier, nul ne fut désormais capable de composer un ouvrage original comparable à ceux rédigés par les premiers. Pourtant, leur compétence en matière de hadith, l’étendue et la profondeur de leurs connaissances, ainsi que la finesse et l’ampleur de leur regard, n’étaient nullement négligeables. Même s’ils ne furent pas capables de composer originellement un ouvrage de hadith, les muhaddiths de ce siècle réussirent à introduire de nouvelles méthodes de rédaction en prenant pour base les ouvrages originaux de leurs prédécesseurs. Ils purent réunir les hadiths de différents ouvrages, les organiser de manière méthodique et présenter à la société un grand nombre d’ouvrages novateurs. Nous présentons ici une brève étude de quelques recueils de hadith célèbres de cette période.

Réunion des hadiths d’al-Bukhari et de Muslim

De nombreux muhaddiths ont composé des ouvrages indépendants en sélectionnant des hadiths du Sahih al-Bukhari et du Sahih Muslim et en les réunissant. Un muhaddith nommé Ismaïl ibn Ahmad, connu sous le nom d’Ibn al-Furat (mort en 414 de l’Hégire), composa un ouvrage de ce genre. Muhammad ibn Nasr al-Humaydi al-Andalusi (mort en 488 de l’Hégire) rédigea un autre ouvrage de hadith. Les muhaddiths Husayn ibn Masud al-Baghawi (mort en 516 de l’Hégire), Muhammad ibn Abd al-Haqq al-Ishbili (mort en 582 de l’Hégire) et Ahmad ibn Muhammad al-Qurtubi (mort en 642 de l’Hégire), entre autres, compilèrent également un ouvrage de hadith de ce type.

Réunion des hadiths des six recueils canoniques

La rédaction d’ouvrages indépendants constitués exclusivement de hadiths tirés des six recueils canoniques se développa également beaucoup durant cette période. Ces ouvrages sont généralement connus sous le nom de versions abrégées du « Tajrid al-Sihah al-Sitta ». Nous mentionnons ici les noms de quelques auteurs de ce type d’ouvrages :

1. Ahmad ibn Ruzayn ibn Murabiyyat al-Abdari al-Saraqusti (mort en 535 de l’Hégire). Le nom de son recueil de hadiths était Tajrid al-Sihah. Son ouvrage n’était ni élégamment présenté ni organisé de manière systématique. De nombreux hadiths des six recueils canoniques en avaient été omis. Plus tard, Mubarak ibn Muhammad, connu sous le nom d’Ibn al-Athir al-Jazari (mort en 606 de l’Hégire), se chargea de l’éditer et de l’organiser. Il le structura soigneusement en chapitres et en sections, et y ajouta les hadiths qui n’y avaient pas été inclus à l’origine. Les mots difficiles et peu connus y furent également expliqués. L’ouvrage devint ainsi un livre précieux et facile à comprendre. Il fut imprimé et publié en Égypte. Il est divisé en dix volumes. Le célèbre muhaddith de la mosquée al-Azhar, le shaykh Abd Rabbihi ibn Sulayman, en rédigea un commentaire, auquel il donna également un nom.

2. Abd al-Rahman ibn Abd Allah al-Ishbili, connu sous le nom d’Ibn Kharrat (mort en 582 de l’Hégire), composa également un ouvrage réunissant les six recueils canoniques.

Collecte et compilation de hadiths provenant de différents ouvrages

À cette époque, on s’employa également largement à composer des ouvrages indépendants de hadiths en recueillant des hadiths dans divers recueils. Nous allons mentionner le nom et la description de quelques-uns de ces ouvrages.

1. Masabih al-Sunna — Cet ouvrage a été compilé par l’imam Husayn ibn Mas‘ud al-Baghawi (mort en 526 de l’Hégire). On y rassembla d’abord des hadiths sahih, hasan, etc. Les savants des générations suivantes manifestèrent un intérêt et une considération particuliers pour ce recueil de hadiths. Muhammad ibn ‘Abd Allah al-Khatib l’organisa de manière systématique. Le nom du Compagnon qui rapportait originellement le hadith, ainsi que celui de l’ouvrage d’où il avait été recueilli, y furent également indiqués. À l’origine, seuls deux niveaux étaient insérés dans chaque chapitre ; mais on y ajouta ensuite des hadiths d’un troisième niveau. Cela eut lieu en 737 de l’Hégire. Finalement, l’ouvrage fut appelé Mishkat al-Masabih. De nombreux muhaddiths en rédigèrent de vastes commentaires.

2. Jami‘ al-Masanid wa al-Alqab — Ce recueil de hadiths fut compilé par Abou al-Faraj ‘Abd ibn ‘Ali al-Jawzi (mort en 597 de l’Hégire). Des hadiths furent recueillis dans les ouvrages de Bukhari, Muslim, le Musnad d’Ahmad et Tirmidhi.

3. Bahr al-Asanid — Cet ouvrage fut compilé par l’imam hafiz al-Hasan ibn Ahmad al-Samarqandi (mort en 491 de l’Hégire). Il contient cent mille hadiths. On dit à son sujet :

******************************************************

L’islam n’en offre aucun exemple comparable.

Compilation de hadiths relatifs aux prescriptions et aux exhortations

À cette époque, divers recueils de hadiths furent également composés en rassemblant, à partir de différents recueils, des hadiths relatifs aux ahkâm ainsi qu’aux exhortations et conseils pieux. Parmi eux, les ouvrages suivants méritent d’être mentionnés :

1. Muntaqā al-Akhbār fī al-Aḥkām —ouvrage compilé par le hâfiz Majd al-Dîn Abû al-Barakât Abd al-Salâm ibn Abd Allâh ibn Abû al-Qâsim al-Harrânî. Il est connu sous le nom d’Ibn Taymiyya. Il est indispensable de préciser qu’il ne s’agit pas du célèbre mujaddid Ibn Taymiyya : il était le grand-père paternel de ce dernier. L’auteur de cet ouvrage, Ibn Taymiyya, était lui aussi un grand mujtahid. Il naquit en 590 de l’Hégire et mourut en 652 de l’Hégire.

Cet ouvrage rassemble et intègre des hadiths tirés de recueils authentiques et universellement reconnus, tels que ceux d’al-Bukhârî, Muslim, Abû Dâwûd, al-Nasâ’î, al-Tirmidhî, Ibn Mâjah et Sunan Ahmad. Le muhaddith yéménite Muhammad ibn Alî al-Shawkânî (mort en 1250 de l’Hégire) en rédigea un commentaire en neuf volumes, intitulé Nayl al-Awtâr.

2. As-Sunan al-Kubrâ, compilé par l’imam Ahmad ibn Husayn al-Bayhaqî(mort en 458 de l’Hégire). Selon Ibn Salâh, aucun autre ouvrage n’a rassemblé les preuves tirées des hadiths avec une portée et une ampleur comparables. Aucun hadith nécessaire n’y a été omis. L’imam al-Bayhaqî a également compilé un autre recueil de hadiths, dont le nom est . Il est dit :

******************************************************

Aucun autre ouvrage de ce genre n’a été composé dans l’islam.

3. Al-Ahkâm al-Sughrâ — ouvrage compilé par le hâfiz Abû Muhammad Abd al-Haqq al-Ishbîlî(connu sous le nom d’Ibn Kharrât). Il mourut en 582 de l’Hégire. On y a rassemblé, d’une part, les hadiths relatifs à la vie pratique du musulman ainsi qu’aux commandements et aux interdits, et, d’autre part, des hadiths d’exhortation et de conseil, ainsi que des hadiths mettant en garde au sujet de l’au-delà.

4. Umdat al-Ahkâm — ouvrage compilé par l’imam et hâfiz Abd al-Ghanî ibn Abd al-Wâhid al-Maqdisî al-Dimashqî(mort en 600 de l’Hégire). Cet ouvrage rassemble tous les hadiths relatifs aux ahkâm qui ont été cités à la fois dans les recueils d’al-Bukhârî et de Muslim.

5. At-Targhîb wa at-Tarhîb — compilé par le hafiz Abd al-Azîz ibn Abd al-Qawî ibn Abd Allah al-Mundhirî (mort en 656 de l’Hégire). Du point de vue de la collecte des hadiths et de l’évaluation de leur valeur, cet ouvrage est excellent.

 

La science du hadith aux VIIe et VIIIe siècles de l’Hégire

La discussion précédente s’étend sur près de six cent cinquante ans. Vers la fin du VIIe siècle de l’Hégire, une violente tempête de destruction et de désastre s’abattit sur le monde musulman. En 658 de l’Hégire, les Tatars perpétrèrent une destruction dévastatrice dans une vaste région d’Asie centrale peuplée de musulmans. À cette époque, ils détruisirent Alep et avancèrent vers Damas. En Égypte, le pouvoir ayyoubide existait encore, mais il était lui aussi devenu presque aussi terne qu’une lampe privée d’huile. L’autorité des Mamelouks devint partout prépondérante et puissante. La domination turque commença à s’établir sur le monde musulman au VIIe siècle. D’autre part, dans l’ensemble du Maghreb (l’Afrique du Nord-Ouest), le pouvoir des populations berbères maghrébines s’installa.

En un mot, à cette époque, le crépuscule de la civilisation régnait sur l’ensemble du monde musulman. Les musulmans s’affaiblirent sous tous les rapports : caractère, foi, courage et vaillance. Leur intense haine réciproque, leurs divergences d’opinion et leur abattement les avaient rendus totalement inanimés et presque moribonds. On ne relevait nulle part chez les musulmans aucune inclination à voyager d’un pays à l’autre ni à se lier par une profonde unité avec les vastes populations musulmanes. Même les voyages entrepris par les musulmans à la recherche des hadiths, qui constituaient une particularité et un sujet de fierté, avaient disparu à cette époque : les liens intellectuels entre les centres de savoir et les savants et muhaddiths établis au loin les uns des autres s’étaient complètement rompus.

Dans ce contexte, il est naturel que la pensée et l’intelligence des musulmans aient commencé à s’émousser ; les chercheurs de savoir ne déployaient aucune activité pour acquérir des connaissances en profitant de l’occasion de voyager au loin. En conséquence, la continuité de la collecte et de la transmission des hadiths commença à se rompre. Désormais, l’étude du hadith se limita à demander au maître l’autorisation de transmettre les hadiths et à en prendre par écrit un certain nombre auprès de lui. L’isnad du hadith se transforma alors uniquement en un moyen d’obtenir une « bénédiction ».

Mais ce n’est pas là l’unique conclusion, ni la conclusion définitive. On trouve encore à cette époque quelques savants énergiques qui s’efforcèrent de ranimer l’activité ancienne et traditionnelle de recherche et de collecte des hadiths. Ils parcoururent des centres éloignés et commencèrent à s’asseoir devant les muhaddiths afin de prendre par écrit les hadiths auprès d’eux. Dans la terminologie de la science du hadith, cet enseignement des hadiths est appelé « imlâ’ » (********************). Le muhaddith s’asseyait dans une partie de la mosquée, un jour déterminé de la semaine ; les étudiants en hadith s’asseyaient tout autour de lui. Le muhaddith récitait les hadiths à voix haute et les étudiants les transcrivaient chacun sur ses propres feuilles. Parmi les muhaddiths de cette période, il convient de mentionner al-Hafiz Abû al-Fadl Zayn ad-Dîn Abd ar-Rahîm ibn al-Husayn al-Irâqî. Il était à la fois l’imam du hadith de son époque et l’auteur de nombreux ouvrages précieux. Il tint plus de quatre cents assemblées pour faire écrire les hadiths. Son disciple Ibn Hajar a dit :

******************************************************

Il commença à faire écrire les hadiths en 796 de l’Hégire. Ainsi, après que l’étude des hadiths du Messager eut cessé, il la ranima. À cette fin, il tint plus de quatre cents assemblées et, dans la plupart de ces séances, il fit écrire, en s’appuyant uniquement sur sa mémoire, des hadiths ordonnés, préservés et porteurs de bienfaits. [********************]

Il mourut en l’an 806 de l’hégire.

À cette époque, le deuxième grand érudit remarquable fut Shihabuddin Abou’l-Fadl Ahmad ibn Ali ibn Muhammad ibn Hajar al-Asqalani. Il n’était pas seulement hafiz du hadith ; parmi les hafiz du hadith de ce siècle, il était le plus éminent. En ce siècle, nul autre muhaddith ne lui était comparable. Il mourut en l’an 852 de l’hégire. Les muhaddithin ont dit à son sujet :

******************************************************

Avec lui prit globalement fin la pratique des voyages à travers les pays pour recueillir les hadiths et la prééminence de l’étude du hadith dans le monde. À son époque, nul autre que lui ne devint hafiz du hadith. Il rédigea un grand nombre d’ouvrages et fit écrire des hadiths lors de plus de mille assemblées.[********************]

L’ouvrage le plus célèbre de Hafiz Ibn Hajar al-Asqalani est le commentaire du Sahih al-Bukhari, intitulé « Fath al-Bari ». Il est divisé en dix vastes volumes. Son introduction fut publiée comme un ouvrage indépendant, sous le titre : ********************.[********************]

Il a également composé un recueil de hadiths qui lui est propre. Il s’agit de ********************. C’est un recueil particulier de hadiths portant sur les ahkam.

Cet ouvrage aussi fut particulièrement apprécié par les savants.[********************]

L’imam Sakhawi, élève d’Ibn Hajar, fut lui aussi un talent remarquable de cette période. Dans son célèbre ouvrage « Fath al-Mughith », il écrit :******************************************************

J’ai écrit des hadiths à La Mecque la Noble. J’ai également accompli ce travail dans de nombreux endroits du Caire, et le nombre des assemblées où j’ai fait écrire des hadiths jusqu’à présent doit être d’environ six cents. ……….. Or, le fondement de toute œuvre est l’intention.

Cependant, cette méthode de faire dicter les hadiths — l’imlâ’ — ne put elle non plus rester en usage très longtemps. Les savants du hadith des époques ultérieures se consacrèrent surtout aux recueils de hadiths compilés par leurs prédécesseurs. Ils s’attachèrent notamment à en extraire des hadiths, à en rédiger des versions abrégées et à composer des commentaires de recueils de hadiths. Cette activité resta elle aussi limitée à quelques villes seulement du monde musulman, et un très petit nombre de personnes s’y consacrèrent.

 

L’étude des hadiths dans différents pays

Aux VIIe, VIIIe siècles et durant les siècles suivants, l’étude, l’enseignement et la diffusion des hadiths se poursuivirent dans diverses régions du monde musulman. À cette époque, c’est dans les pays du Maghreb — en Afrique du Nord-Ouest — que leur expansion fut la plus importante. Par la suite, l’ampleur de l’étude des hadiths se manifesta dans deux grands pays musulmans : l’un était l’Égypte et l’autre l’Hindoustan, c’est-à-dire l’Inde. La chute du califat abbasside à la suite de l’invasion tatare de Bagdad fut, du point de vue de la pensée musulmane et des sciences islamiques, un événement tragique. Les Tatars emportèrent des millions de livres des bibliothèques islamiques de Bagdad, les jetèrent dans le Tigre et construisirent sur le fleuve un pont avec ces monceaux de livres, afin que leurs armées puissent le franchir aisément. C’est alors que le centre d’où rayonnaient le savoir et les sciences fut transféré de Bagdad vers d’autres lieux. L’Égypte fut d’abord favorisée par la grâce de s’enrichir des connaissances et des sciences islamiques — en particulier de la science du hadith — et de s’épanouir pleinement. La pratique et la diffusion des hadiths qui se développèrent alors en Égypte peuvent sans difficulté être comparées à celles du IIIe siècle de l’Hégire. Mais, par la suite, même ici, cet astre puissant de l’étude des hadiths se mit à décliner. L’étude des hadiths se dirigea ensuite vers d’autres pays. On constate que le soleil de la science du hadith, après s’être couché en Égypte, se leva et resplendit dans le ciel de l’Inde. C’est alors qu’en Inde commença véritablement l’âge d’or de l’étude des hadiths. (Pour un exposé détaillé, voir dans le présent ouvrage le chapitre intitulé « La science du hadith au Pakistan et en Inde ».)

On ne peut toutefois pas dire qu’à cette époque de déclin de l’Égypte, l’étude des hadiths y avait complètement disparu. Bien au contraire, l’histoire nous présente des exemples de services considérables et inoubliables rendus à la science du hadith durant cette même période. L’Égypte était alors gouvernée par les Mamelouks. Parmi ces souverains mamelouks, beaucoup sont restés célèbres dans les pages de l’histoire pour leur goût du savoir. Nombre de rois prirent place comme étudiants devant les savants du hadith de leur temps. Ils prodiguèrent les trésors royaux afin d’édifier de grandes institutions destinées à l’enseignement des hadiths.

À cette époque encore, plusieurs imams du hadith étaient présents en Égypte. Ils avaient mémorisé les hadiths avec leurs chaînes complètes et authentiques de transmission. Les assoiffés de savoir apprenaient les hadiths auprès d’eux, et les gens se pressaient devant eux afin de les entendre réciter.

Parmi eux, les savants du hadith suivants sont particulièrement remarquables :

1. Zâhir Barqûq 2. l’imam Akmal al-Dîn al-Bâbartî 3. Ibn Abû al-Majd 4. al-Mu’ayyad 5. Chams al-Dîn al-Dayârî al-Muhaddith.

 

Annexe 1

Dans les pages précédentes, le nombre des hadiths et la longue histoire de la compilation des hadiths ont été exposés en détail. Les lecteurs ont été familiarisés avec l’immense et remarquable activité de conservation des hadiths, de leur compilation et de la rédaction d’ouvrages de hadiths aux différentes étapes de cette histoire. Dans les discussions précédentes, nous nous sommes également familiarisés avec la rédaction d’ouvrages de hadiths de diverses sortes à différents stades. Nous présentons ici un exposé distinct sur les différentes méthodes et catégories de rédaction des ouvrages de hadiths.

Il existe différentes formes et méthodes (Technique) de rédaction des ouvrages de hadiths. Les ouvrages rédigés selon ces différentes formes portent eux aussi des noms différents. Les voici :

1. ‘al-Jâmiʿ’– : les ouvrages de hadiths dans lesquels sont réunis, en différents chapitres, tous les genres de hadiths concernant les croyances, les règles et prescriptions (les commandements et interdictions ainsi que les règles pratiques de la Loi islamique), la bonté et la compassion, les convenances relatives à la nourriture et à la boisson, les voyages à l’étranger et le séjour en un lieu, l’exégèse du Coran, l’histoire, la guerre et la trêve, l’envoi de troupes contre les ennemis, les troubles et les calamités, ainsi que les éloges et les mérites, sont appelés ouvrages al-Jâmiʿ. Parmi les six recueils authentiques, les deux ouvrages suivants appartiennent à cette catégorie :

(a) al-Jâmiʿ al-Sahîh de Boukhari et (b) al-Jâmiʿ de Tirmidhi. Sahîh Muslim n’appartient pas à cette catégorie, car il ne contient pas de hadiths relatifs au tafsîl et aux qirâ’ât.²

2. ‘al-Musnad’ (********************)- : les ouvrages dans lesquels les hadiths rapportés par les Compagnons sont compilés successivement selon l’ordre alphabétique de leurs noms, mais ne sont pas organisés selon la méthode de rédaction du fiqh, sont appelés « al-Musnad » ou « al-Masânîd ». Par exemple, tous les hadiths rapportés par le vénérable Abû Bakr al-Siddîq sont consignés ensemble, quel que soit leur contenu, puis les hadiths rapportés par un autre Compagnon sont réunis en un même endroit.

Sa compilation peut se faire de deux manières : selon l’ordre alphabétique, par exemple en plaçant d’abord les hadiths rapportés par le vénérable Abû Bakr, puis ceux rapportés par le vénérable Usâma ibn Zayd.

Ou bien les hadiths peuvent être classés selon le rang ou la noblesse généalogique du Compagnon rapporteur. Ainsi, on mentionne d’abord, dans l’ordre, les hadiths rapportés par les califes bien guidés, puis ceux des autres Compagnons.

Le recueil de hadiths compilé par l’imam Ahmad ibn Hanbal étant organisé selon cette méthode, il est appelé « al-Musnad ».

3. As-Sunan (********************) —Les recueils de hadiths dans lesquels sont réunis uniquement les hadiths relatifs aux prescriptions et aux règles de la charia, ainsi qu’aux principes, commandements et interdictions nécessaires à la vie pratique, et qui sont organisés en différents chapitres et sections à l’instar des ouvrages de fiqh, sont appelés « Sunan ». Tels sont les Sunan d’Abû Dâwûd, les Sunan d’an-Nasâ’î et les Sunan d’Ibn Mâjah. Le Tirmidhî Sharîf appartient également, sous un certain rapport, à la catégorie des « Sunan ».

4. ‘Al-Mu’’jam’ (********************)-— Les recueils de hadiths dans lesquels les hadiths reçus de chacun des maîtres du hadith sont classés successivement selon la méthode du musnad constituent des ouvrages d’al-Mu’jam. Tels sont les trois ouvrages compilés par at-Tabarânî.

5. ‘Al-Juz’’ (********************)- — Les recueils de hadiths dans lesquels sont insérés les hadiths rapportés par un seul transmetteur, qu’il s’agisse d’un Compagnon ou d’un maître ayant vécu après lui. Par exemple : ****************************************************** .[********************]

Cependant, selon certains autres spécialistes de la science du hadith, on ne l’appelle pas ainsi, mais « al-Mufrad ». Selon eux, ******************** désigne les ouvrages dans lesquels sont réunis les hadiths relatifs à un même sujet. Tels sont, par exemple, les ouvrages compilés par l’imam al-Bukhârî : ******************** et ******************** .[********************]

6. ‘Al-Gharîb’ (********************)-a — Si un maître du hadith fait écrire certains hadiths à un seul de ses nombreux élèves et ne les transmet à aucun autre, le recueil de ces hadiths est appelé « al-Gharîba ».[********************]

7. Al-Mustakhrajât (********************) — Le livre dans lequel sont compilés les hadiths mentionnés dans un ouvrage (ou une partie de ceux-ci), avec leur matn, le texte du hadith original, et leur propre chaîne de transmission, est appelé al-Mustakhraj. De nombreux ouvrages de ce genre ont été composés. Beaucoup ont compilé de cette manière et selon cette méthode les hadiths du Sahîh al-Bukhârî dans des ouvrages distincts. Parmi les plus remarquables figurent al-Ismâ‘îlî, al-Barkânî, Ibn Ahmad al-Ghatrîfî, Abû ‘Abd Allâh ibn Abî Dhahl et Abû Bakr ibn Mardawayh. [********************] De même, les hadiths du Sahîh Muslim ont été compilés de cette manière. Parmi les hadithologues qui s’en sont chargés figurent notamment le hâfiz Ya‘qûb ibn Ishâq al-Isfarâ’înî, Abû Ja‘far ibn Hamdân, Abû Bakr Muhammad ibn Rajâ’ an-Nîsâbûrî, Abû Bakr al-Jawqî, Abû Hâmid ash-Shâ’îkî et Abû al-Walîd Hasan ibn Muhammad al-Qurashî.

Et les traditionnistes tels qu’Abû Nuʿaym al-Isfahânî, Abû ʿAbd Allâh ibn al-Aḥjam, Abû Dharr al-Harawî et Abû Muḥammad al-Khallâl ont compilé ensemble les hadiths des deux ouvrages, celui de Bukhârî et celui de Muslim.

Cependant, l’ouvrage « Al-Mustakhraj » de Ḥâfiẓ Yaʿqûb, mentionné ci-dessus, était à la fois complet, authentique et digne de confiance. Il se trouvait encore récemment dans une bibliothèque d’Allemagne.[********************]

8. ‘Al-Mustadrak’ (********************)।Les hadiths qui n’ont pas été inclus dans un ouvrage particulier de hadiths, mais qui satisfont pleinement aux conditions suivies par l’auteur de cet ouvrage, sont réunis dans un livre appelé « Al-Mustadrak ». Tel est, par exemple, « Al-Mustadrak », compilé par l’imam Ḥâfiẓ.[********************]

L’imam al-Ḥâkim a recueilli un grand nombre de hadiths et a composé un ouvrage indépendant en deux volumes. Il estimait que tous ces hadiths satisfaisaient pleinement aux conditions de l’imam Bukhârî pour l’acceptation des hadiths et qu’ils étaient authentiques, mais qu’ils n’avaient pas été inclus dans le Ṣaḥîḥ de Bukhârî. Toutefois, selon les spécialistes de la science du hadith, cet ouvrage contient également de nombreux hadiths faibles et forgés (********************).[********************]

En outre, Ḥâfiẓ Abû Zâʿ Abd ibn Ḥumayd ibn Muḥammad ibn ʿAbd Allâh al-Anṣârî (mort en 433 H.) a composé un autre ouvrage en recueillant des hadiths conformément aux conditions des deux auteurs, Bukhârî et Muslim.[********************]

9. ‘Kitâb al-ʿIlal’ (********************)।Lorsqu’un ouvrage rassemble des hadiths exempts de défauts et décrit en même temps les défauts ou les erreurs qu’ils contiennent, il est appelé « Kitâb al-ʿIlal ». L’imam Muslim (r) et l’imam Ḥâfiẓ Abû Yaḥyâ (r) ont composé des ouvrages de ce genre. L’imam al-Dhahabî a mentionné que le traditionniste al-Shâdhjî avait lui aussi rédigé un ouvrage important dans cette catégorie.[********************]

10. ‘Kitâb al-Aṭrâf’ (********************)-Il s’agit de mentionner une partie quelconque des hadiths à partir de laquelle on peut également comprendre leur partie restante. Un tel ouvrage est appelé « Kitâb al-Aṭrâf ». L’isnâd du hadith y est mentionné en entier. De nombreux ouvrages ont également été composés dans cette catégorie. Parmi eux, les deux ouvrages cités à la page suivante sont particulièrement remarquables :

1. « Al-Ashrâf ʿalâ Tuḥfat al-Aṭrâf ».

2. Tuhfat al-Ashrāf bi-maʿrifat al-aṭrāf.

Classification des recueils de hadiths par rang

Le seul moyen de connaître en détail les règles et prescriptions de la charia islamique, ainsi que les commandements et les interdits de l’islam, est le hadith du Messager. Et le seul moyen de connaître les hadiths du Messager consiste également à examiner et à vérifier les récits qui remontent au Messager, qu’ils proviennent directement de lui, d’un Compagnon ou d’un tābiʿī. Il faut toutefois rester pleinement attentif à l’authenticité, à l’exactitude et au caractère irréfutable de la chaîne de transmission. Il ne peut y avoir d’autre moyen que d’étudier les chaînes de transmission des hadiths du Messager, de les examiner et de vérifier les recueils de hadiths compilés à l’époque actuelle. En effet, il est absolument impossible, de nos jours, de découvrir un hadith du Messager qui n’aurait auparavant été compilé dans aucun recueil de hadiths, tout en en obtenant la chaîne de transmission de manière sûre et fiable.

Dès lors, pour obtenir toutes les sortes de hadiths et leurs chaînes de transmission, les gens de notre époque doivent nécessairement se tourner uniquement vers les recueils de hadiths compilés et préservés, et dépendre exclusivement d’eux. C’est pourquoi nous devons acquérir une connaissance détaillée et complète des recueils de hadiths. Nous devons connaître leur catégorie, leur rang et leur statut.

Les recueils de hadiths sont classés en quatre catégories selon leur notoriété et leur authenticité, car les hadiths eux-mêmes présentent des degrés différents. Le degré le plus élevé appartient aux hadiths transmis avec une chaîne de narration entièrement ininterrompue et au sujet desquels l’ensemble de la communauté musulmane est unanime quant à leur acceptation et à la pratique conforme à leur enseignement.

Viennent ensuite les hadiths transmis et reçus par différentes voies, sans qu’aucun doute ni aucune incertitude ne les ait jamais effleurés, et sur lesquels l’ensemble des juristes ont fondé leur pratique. À tout le moins, les spécialistes du hadith de La Mecque et de Médine n’ont exprimé aucune divergence à leur sujet. En effet, ces deux villes furent les centres de la vie et de l’activité des califes bien guidés, ainsi que les lieux de rassemblement de tous les savants du hadith des différentes contrées. Ils s’y rendaient constamment, et les muḥaddiths des générations successives y circulaient sans interruption. Pour cette raison, on ne peut en aucune manière supposer que ces hadiths comportent un quelconque défaut apparent ou une erreur. Ces hadiths ont toujours été célèbres et suivis dans l’ensemble du monde musulman, et ils ont également été transmis par un grand nombre de personnes parmi les Compagnons et les tābiʿūn.

Viennent ensuite les hadiths dont l’authenticité est établie et dont la chaîne de transmission est excellente et irréprochable, comme l’ont attesté les spécialistes du hadith. Ils n’ont pas non plus été délaissés. Au contraire, ils ont toujours été effectivement suivis, avant comme après leur compilation dans les recueils. Les imams du hadith avaient commencé à les transmettre bien auparavant. Les juristes ont élaboré leur fiqh sur cette base et leur ont accordé une pleine confiance.

Les recueils du premier degré

Les ouvrages de hadith qui possèdent ces deux types de qualités constituent les ouvrages du premier degré. C’est ainsi que sera déterminé successivement le rang des ouvrages de hadith.

Lorsqu’on examine et vérifie les ouvrages de hadith sous cet angle, il apparaît clairement que, parmi tous les ouvrages de hadith, seuls trois livres peuvent être classés dans ce degré. Ce sont, dans l’ordre : (a) le Muwattaʾ de l’imam Mâlik, (b) le Sahîh de Bukhârî et (c) le Sahîh de Muslim. [Toutes ces affirmations sont tirées de ********************.]

Dans les hadiths cités dans ces trois ouvrages, les deux tiers des transmetteurs (********************) appartiennent aux premier et deuxième degrés. Ces hadiths sont liés aux questions juridiques et pratiques. Un tiers des hadiths est rapporté par des transmetteurs du troisième degré. Aucun hadith rapporté par un transmetteur du quatrième degré n’a trouvé place dans ces trois ouvrages. Les hadiths dotés des isnads les plus authentiques, continus et ininterrompus ont été réunis précisément dans ces trois ouvrages. Les savants du monde musulman ne témoignent à aucun autre ouvrage autant d’intérêt, de respect et de vénération qu’à ces trois ouvrages. [********************]

Les ouvrages du deuxième degré

Sont classés dans ce degré les ouvrages qui, du point de vue des qualités et des caractéristiques mentionnées ci-dessus, n’égalent pas en rang al-Muwattaʾ, les ouvrages de Bukhârî et de Muslim. Ils s’en rapprochent toutefois certainement. Les auteurs de ces ouvrages étaient particulièrement réputés pour leur fiabilité irréprochable, leur probité, leur mémoire, leur exactitude dans la transmission des hadiths et leur parfaite maîtrise de toutes les subtilités de la science du hadith. Dans leurs ouvrages, ils n’ont toléré aucune négligence ni la moindre inattention. Pour accepter un hadith, ils avaient eux-mêmes fixé certaines conditions ; ils ont examiné chaque hadith à l’aune précise de ces conditions, puis l’ont retenu et consigné par écrit. Ensuite, les muhaddiths et les jurisconsultes de chaque degré ont reconnu à ces ouvrages l’importance qui leur revenait, et ils se sont largement diffusés parmi les musulmans. Des savants ont composé des ouvrages pour les expliquer.

À ce degré sont classés les trois ouvrages suivants : le Sunan d’Abû Dâwûd, le Jâmiʿ de Tirmidhî et le Sunan de Nasâʾî. L’imam Ruzayn a rassemblé ces hadiths dans son ouvrage « Tajrîd al-Sihâh », et l’imam Ibn al-Amîr dans son ouvrage « Jâmiʿ al-Usûl ».

Les muhaddiths ont également mentionné que le « Musnad » compilé par l’imam Ahmad ibn Hanbal est classé dans ce degré. [********************]

Dans les trois premiers ouvrages mentionnés, les hadiths rapportés par les transmetteurs du troisième degré représentent près de la moitié. Parmi la moitié restante, les deux tiers sont des hadiths rapportés par des personnes des premier et deuxième degrés. Un tiers est rapporté par des transmetteurs du quatrième degré. Dans les autres ouvrages, les hadiths rapportés par les transmetteurs du troisième degré représentent plus de la moitié.

Les ouvrages de la troisième catégorie

Sont considérés comme ouvrages de hadith de la troisième catégorie ceux qui furent compilés avant, pendant et après la compilation de ceux d’al-Bukhari et de Muslim. Ils contiennent toutes sortes de hadiths, notamment des hadiths sahih, hassan et da‘if. Bien que ces hadiths ne soient pas restés totalement inconnus, ils n’ont toutefois pas acquis une grande renommée ni une grande popularité auprès des savants. Les auteurs d’ouvrages de fiqh ne leur ont guère accordé d’attention. Les muhaddiths n’ont pas non plus jugé particulièrement nécessaire de discuter de leurs défauts et de leurs lacunes. Dans cette catégorie se trouvent des ouvrages pour lesquels aucun travail particulier n’a été entrepris afin d’expliquer leur langue obscure ou leurs termes difficiles à comprendre. Aucun juriste n’a jugé nécessaire de comparer les hadiths qui y étaient compilés avec les opinions des imams précédents. Aucun spécialiste de la science du hadith n’a tenté d’en exposer ni d’en faire connaître les incohérences. Aucun historien n’a apporté la moindre lumière sur la vie des transmetteurs de ces hadiths. Il n’est évidemment pas question ici des historiens des époques tardives, mais de ceux des premiers temps. Ainsi, ces ouvrages sont demeurés inédits et inconnus du public.

Les ouvrages de hadith suivants sont considérés comme appartenant à cette catégorie :

1) Le Musnad d’Abu ‘Ali ; 2) le Musannaf de ‘Abd al-Razzaq ; 3) le Musannaf de Bakr ibn Shayba ; 4) le Musnad de ‘Abd ibn Humayd ; 5) le Musnad d’al-Tayalisi ; 6) les ouvrages de l’imam al-Bayhaqi ; 7) les ouvrages de l’imam al-Tahawi ; 8) les ouvrages de l’imam al-Tabarani.

L’unique objectif fondamental de ces auteurs en composant leurs ouvrages était de rassembler les hadiths qu’ils avaient reçus. Ils n’avaient pas pour but de les organiser méthodiquement, de les présenter de manière appropriée ni de les rendre utilisables.

Plus d’un tiers des transmetteurs des hadiths cités dans ces ouvrages appartiennent à la troisième catégorie, et un tiers à la quatrième. Parmi ces ouvrages, certains sont reconnus par les muhaddiths comme étant relativement mieux établis et plus solides que les autres.

Les ouvrages de la quatrième catégorie

Sont considérés comme ouvrages de hadith de cette catégorie ceux dont les auteurs ont compilé, longtemps après, des hadiths qui n’avaient pas été inclus dans les ouvrages des première et deuxième catégories. Ils avaient plutôt été cités dans des ouvrages obscurs et anonymes. Par la suite, les auteurs d’ouvrages de cette catégorie ont reconnu la valeur de ces hadiths. Ceux-ci étaient transmis de bouche à oreille par des personnes auprès desquelles les muhaddiths et les compilateurs d’ouvrages de hadith des époques antérieures n’avaient pas été disposés à les recueillir ni à les inclure dans leurs propres ouvrages. Ou bien ils étaient transmis par des narrateurs indisciplinés ou faibles, ou encore constituaient des paroles de compagnons ou de tabi‘in ; il pouvait aussi s’agir de récits des Enfants d’Israël, de propos de philosophes ou de prédicateurs, que les transmetteurs des époques ultérieures avaient, par erreur, mêlés aux hadiths du Messager.

Le Kitâb al-Du‘afâ composé par Ibn Hibban et Kamel ibn Adi, ainsi que les ouvrages rédigés par al-Khatib Abû Nu‘aym, Ibn Asakir, Ibn al-Najjar et al-Daylami, sont classés dans cette étape. Le Musnad d’al-Khwarizmi semble également appartenir aux ouvrages de cette étape.[********************]

Les ouvrages de la cinquième étape

Ces ouvrages comportent également une cinquième étape. Sont classés dans cette étape les hadiths qui se sont transmis de bouche à oreille parmi les jurisconsultes, les soufis, les historiens et autres. Ils n’ont aucun rapport avec les hadiths des quatre étapes susmentionnées.

Les hadiths forgés par des gens impies et éloquents sont également classés dans cette étape. Ils ont ajouté à ces prétendus hadiths des chaînes de transmetteurs ou des chaînes narratives telles qu’aucune objection ne puisse être soulevée. Ils ont en outre agencé et présenté les paroles avec tant d’habileté qu’il est apparemment difficile d’affirmer catégoriquement que le Noble Messager (s) n’a pas prononcé ces paroles.

En réalité, ce sont ces gens-là qui ont créé un grave danger pour l’islam. Pourtant, l’épais nuage de ce danger n’a pas pu assombrir longtemps le ciel culturel de l’islam. Les spécialistes de la science du hadith ont vérifié et examiné ces hadiths à la pierre de touche de la critique, les ont comparés aux hadiths exprimant une pensée analogue à celle du Messager, et ont révélé de manière irréfutable le secret de leur caractère « forgé ». Ainsi, aucun hadith forgé n’a pu avoir l’occasion d’être considéré comme un hadith.[********************]

Dans l’exposé ci-dessus, aucune étape n’a été mentionnée ni déterminée pour deux célèbres recueils de hadiths. Ce sont : (a) Ibn Mâjah ; (b) les Sunan d’al-Darimi. La question de savoir à quelle étape ces deux ouvrages doivent être classés reste à examiner.

Le traditionniste Abû al-Hasan al-Sindi a écrit :

******************************************************

En somme, Ibn Mājah se situe, en termes de rang, après les cinq ouvrages principaux et à un niveau inférieur.

Le grand érudit Muḥammad ibn Ibrāhīm al-Yamānī a écrit :

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Le Sunan d’Ibn Mājah est un ouvrage d’un rang postérieur à ceux d’Abū Dāwūd et du Sunan d’al-Nasā’ī. Ses hadiths doivent être examinés et vérifiés, car il contient un hadith forgé dans le chapitre consacré aux mérites.

Ces citations prouvent qu’Ibn Mājah est un recueil de hadiths du troisième rang.

Les spécialistes du hadith ont également exprimé cette même opinion au sujet du Sunan d’al-Dārimī. Shāh ʿAbd al-ʿAzīz Muḥaddith al-Dihlawī l’a classé parmi les ouvrages du troisième rang. Shāh Walī Allāh al-Dihlawī partage également cette opinion.

La proximité du Messager dans la transmission des hadiths

Les auteurs de recueils de hadiths ont généralement recherché les chaînes de transmission qui permettaient d’établir une relation plus proche avec le Messager. Autrement dit, les traditionnistes qui compilaient des recueils de hadiths s’efforçaient tout particulièrement d’obtenir les hadiths transmis par le moins grand nombre de rapporteurs possible depuis le Messager. Ainsi, plus un hadith parvenait à l’auteur du recueil par l’intermédiaire d’un petit nombre de rapporteurs, plus son importance et son rang étaient élevés aux yeux des traditionnistes, et plus il était considéré comme digne de confiance. En effet, moins la chaîne de transmission d’un hadith compte d’intermédiaires, plus le compilateur du recueil peut être proche du noble Messager.

Deuxièmement, plus la chaîne de transmission des hadiths (********************) est courte et comporte relativement peu de transmetteurs, plus il est facile de vérifier, d’examiner et d’évaluer leur situation. Les risques d’erreurs dans la transmission des hadiths sont également d’autant plus faibles. À cet égard, l’imam Abû Hanîfa (r) occupe la toute première place parmi les auteurs de recueils de hadiths. La raison en est qu’il eut la chance de rencontrer directement au moins quatre Compagnons.

Plusieurs termes techniques sont apparus pour désigner la longueur et la brièveté des chaînes de transmission des hadiths. Nous en donnons ici une brève présentation :

1. Les hadiths qui sont parvenus du Prophète vénéré (s) jusqu’à l’auteur du recueil par l’intermédiaire d’un seul transmetteur sont appelés « wahdâniyât » (********************), c’est-à-dire des « hadiths comportant un seul transmetteur ».

Le recueil de hadiths compilé par l’imam Abû Hanîfa cite plusieurs hadiths de ce type. À titre d’exemple, nous en mentionnons ici un :

******************************************************

Abû Hanîfa a dit : j’ai entendu ‘Â’isha bint Ajrad dire : Le Prophète (s) a dit : « Les sauterelles constituent les troupes les plus nombreuses d’Allah. Pour ma part, je n’en mange pas, mais je ne les déclare pas non plus illicites. »[ Ce hadith est cité dans l’ouvrage Musnad Abû Hanîfa ********************. Il est également cité dans l’ouvrage historique de Yahyâ ibn Ma‘în. *******************

Le hadith cité est parvenu du Messager jusqu’à Abû Hanîfa par l’intermédiaire d’un seul transmetteur. Il s’agit d’une Compagnonne nommée ‘Â’isha bint Ajrad. C’est pourquoi ce hadith relève de la catégorie des « wahdâniyât », c’est-à-dire des hadiths comportant l’intermédiation d’une seule personne.

Un grand nombre de hadiths sont parvenus jusqu’à Abû Hanîfa (r) par l’intermédiaire de seulement deux niveaux de transmetteurs. Lui-même les a entendus d’autres tâbi‘ûn. Le tâbi‘î les a entendus des Compagnons. Ainsi, pour que ce hadith parvienne du Messager jusqu’au compilateur du recueil de hadiths, il n’y a eu que deux niveaux de transmetteurs. C’est pourquoi, dans la terminologie, ces hadiths sont appelés « sunâ’iyât (********************) », c’est-à-dire des hadiths comportant deux niveaux de transmetteurs. De nombreux hadiths de ce type sont cités dans le Kitâb al-Âthâr compilé par l’imam Abû Hanîfa. Les chaînes de transmission de seulement deux hadiths y sont mentionnées.

(1)

******************************************************

Abû Hanîfa dit : « Abû az-Zubayr me l’a rapporté ; lui-même le tient de Jâbir ibn Abdallah, qui l’a rapporté du Messager de Dieu (s). »………….

Dans le hadith rapporté par cette chaîne de transmission, entre l’imam Abû Hanîfa et le Messager de Dieu se trouvent comme intermédiaires Abû az-Zubayr, un tâbi‘î, et Jâbir ibn Abdallah, un Compagnon.

(2)

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Abû Hanîfa a dit : « Nâfi‘ nous a rapporté d’Ibn Umar que le Messager de Dieu (s) l’avait interdit. »………..

Dans cette chaîne de transmission, le hadith du Messager de Dieu est parvenu jusqu’à l’imam Abû Hanîfa par l’intermédiaire de seulement deux niveaux de rapporteurs : le tâbi‘î Nâfi‘ et le Compagnon Ibn Umar.

L’imam Mâlik n’étant pas un tābiʿī, il appartient à la génération qui suit celle des tābiʿūn, celle des tābiʿ al-tābiʿīn. C’est pourquoi la plupart des hadiths qu’il a compilés relèvent de la catégorie des thunāʾiyyāt. L’imam al-Shâfiʿî et l’imam Ibn Hanbal n’ont pu rencontrer aucun tābiʿī. C’est pourquoi les hadiths qu’ils ont compilés relèvent généralement de la catégorie des thulāthiyyāt, c’est-à-dire des hadiths comportant trois niveaux de transmetteurs. Dans le Sunan al-Dârimî, il se trouve quinze hadiths qu’il avait entendus par l’intermédiaire de trois niveaux de transmetteurs après le Messager.

Parmi les auteurs des Six Livres canoniques, l’imam al-Bukhârî, l’imam Ibn Mâjah, l’imam Abû Dâwûd et l’imam al-Tirmidhî ont également rencontré certains tābiʿūn ; ils ont appris, recueilli et transmis des hadiths auprès d’eux. C’est pourquoi, du point de vue de l’élévation de la chaîne de transmission, ils se situent eux aussi au même niveau que l’imam Ahmad ibn Hanbal. Bien qu’au moment du décès de l’imam al-Shâfiʿî (m. 204 de l’Hégire), l’imam al-Bukhârî n’eût que dix ans, l’imam Abû Dâwûd deux ans seulement, et qu’Ibn Mâjah ne fût pas encore né, le nombre des chaînes de hadiths comportant les trois niveaux de transmetteurs mentionnés ci-dessus dans leurs ouvrages est le suivant :

1) Ṣaḥîḥ al-Bukhârî : 22 ; 2) Sunan Ibn Mâjah : 5 ; 3) Sunan Abû Dâwûd : 1 ; 4) Jâmiʿ al-Tirmidhî : 1.

L’imam Muslim et l’imam al-Nasâʾî n’ont transmis aucun hadith directement d’un tābiʿī. C’est pourquoi tous les hadiths qu’ils ont transmis comportent quatre niveaux de transmetteurs.

La fabrication de hadiths et ses causes

La longue histoire de la compilation des hadiths qui vient d’être exposée aux lecteurs a démontré de manière irréfutable qu’à chaque étape, depuis l’apparition des hadiths jusqu’à leur compilation sous forme d’ouvrages, toutes les mesures fiables possibles ont été prises pour les préserver. Afin que les hadiths du Messager soient conservés de la meilleure manière, qu’aucun mélange ne s’y produise et qu’ils ne disparaissent pas, aucune étape n’a toléré le moindre relâchement, la moindre imprudence ou la moindre négligence dans la mise en œuvre de mesures efficaces. Malgré cela, il est impossible de nier qu’au cours de cette longue transmission des hadiths, certaines périodes se sont présentées où des gens malveillants, poussés par leurs intérêts ou par de mauvaises intentions, ont tenté de faire passer leurs propres « paroles » pour des hadiths du Messager, et où certaines de ces « paroles » ont eu l’occasion de se mêler au vaste océan des hadiths du Messager.

La manière dont un tel accident a pu se produire dans cette transmission pure et ininterrompue de la préservation des hadiths du Messager est aussi étonnante qu’elle mérite une analyse du point de vue historique.

Nous examinerons ici, de manière à la fois concise et approfondie, l’histoire de la fabrication des hadiths.

En examinant minutieusement la continuité de l’histoire, on constate que la falsification des hadiths fut d’abord entreprise par les célèbres Khâridjites. Lors de la bataille de Siffîn (36 H.), de graves divergences apparurent parmi les partisans de Hazrat Ali (r.a.) au sujet de l’accord d’arbitrage, qu’ils ne furent nullement disposés à accepter. Par la suite, ils prirent la forme d’un groupe religieux indépendant.

Les Khâridjites étaient totalement ignorants en matière de hadith. Ils n’étaient absolument pas disposés à accepter pour vrai quoi que ce soit venant d’autrui. Ils considéraient le menteur comme un kafir. Malgré cela, ils commencèrent à falsifier des hadiths et à diffuser des mensonges au nom du Prophète. Leur seul objectif, au fond, était de soutenir leurs propres opinions particulières.

L’Allama Ibn al-Jawzi a cité, dans son ouvrage intitulé Kitab al-Mawdu‘at, la déclaration suivante d’Ibn Lahia :

******************************************************

Ce hadith est l’un des fondements de la religion islamique. Veillez tout particulièrement à la personne auprès de laquelle vous recevez cet élément fondamental de la religion. Car, chaque fois que nous le voulions, nous faisions passer pour un hadith ce que nous voulions.

En d’autres termes, cet homme avait auparavant appartenu au groupe des Khâridjites et, à cette époque, il faisait passer à sa guise n’importe quelle parole pour un hadith du Prophète. Telle est l’origine de la falsification des hadiths par les Khâridjites.

Ensuite, nous voyons également la communauté chiite s’adonner à la falsification des hadiths. En réalité, ils étaient de farouches ennemis de l’islam. Dans le but malveillant de s’assurer une occasion illimitée de frapper les fondements mêmes de l’islam, ils s’étaient réfugiés dans les égarements extrêmes de la doctrine chiite. Ils tentèrent d’abord d’introduire de graves altérations et des interprétations perverses dans divers versets du Noble Coran. Mais, estimant qu’ils ne pourraient y obtenir aucun succès, ils se tournèrent vers les hadiths du Prophète et tentèrent de faire passer d’innombrables mensonges sous le nom de hadiths du Prophète. Ils forgèrent un grand nombre de hadiths afin de faire l’éloge excessif de Hazrat Ali et de rabaisser le rang de Hazrat Muawiya. Ils firent circuler en faveur de Hazrat Ali de nombreux hadiths dont certains établissaient sa prophétie et d’autres son droit au califat après le Prophète.

Parmi la communauté chiite, le plus éminent « fabricateurr de hadiths » était Mukhtar ibn Abi Ubayd. Il avait d’abord appartenu au groupe des Khâridjites. Plus tard, il rejoignit les partisans de Hazrat Abdullah ibn al-Zubayr. Finalement, il adopta entièrement la doctrine chiite et devint membre de la communauté chiite. Il falsifiait ouvertement des hadiths. Lorsqu’il rencontra à Koufa Abdullah ibn al-Zubayr, il dit à un certain muhaddith :

******************************************************

Composez pour moi, au nom du Messager, des hadiths dont il sera prouvé que lui, Mukhtar, deviendra calife immédiatement après lui.

Même ceux qui, parmi les musulmans, avaient une foi faible commencèrent à forger de nombreux hadiths au nom du Messager. Ils composèrent également de nombreux hadiths afin de rabaisser l’honneur de Hazrat Ali et de prouver la supériorité de Hazrat Abu Bakr et de Hazrat Umar.

Au cours du deuxième siècle de l’Hégire, une nouvelle fitna de fabrication de hadiths apparut. Les gens commencèrent à diffuser des récits, accompagnés de chaînes de transmission, en présentant sous la forme de hadiths des histoires, des mensonges et des légendes sans fondement. Parmi les auteurs de hadiths de cette époque, les opportunistes politiques, les conteurs d’histoires et ceux qui, secrètement, s’adonnaient à l’hérésie apparurent comme les principaux responsables. [Source de cette longue discussion : ********************]

L’examen de la continuité historique exposée ci-dessus montre que la fitna de la fabrication des hadiths dans l’islam apparut, en gros, pour trois raisons :

a) La fabrication de hadiths afin d’établir et de faire prévaloir ses propres opinions dans le domaine politique, de démontrer la justesse de l’idéologie politique que l’on suit et de la rendre acceptable aux yeux du peuple.

b) La fabrication de hadiths afin de propager l’islam parmi le peuple, de le rendre plus religieux au moyen de sermons et d’exhortations, de l’enthousiasmer davantage pour l’adoration et la dévotion, et de lui inspirer une plus grande crainte de l’au-delà.

c) Faire passer des paroles inventées sous le nom de « hadith » afin de rendre l’obtention d’intérêts personnels facile et incontestée.

Pour des raisons politiques particulières, des hadiths furent d’abord forgés autour de Hazrat Ali (ra). Prouver qu’après le Noble Prophète, lui seul avait le droit de devenir calife — et nul autre — tel était l’objectif de la fabrication de ces hadiths. Voici trois exemples de hadiths forgés de cette catégorie :

a) Lors du sermon que le Noble Prophète (s) prononça au lieu appelé « Ghadir Khumm », à son retour du pèlerinage d’Adieu, on propage qu’il aurait également dit les paroles suivantes en faisant allusion à Hazrat Ali :

(a)    ******************************************************

Cet homme même est mon héritier, mon frère ; après moi, c’est lui le calife. Écoutez donc tous sa parole et obéissez-lui.

(b)- ******************************************************

Nourrir de l’amour pour Ali est une telle vertu que, si on la possède, aucun péché ne pourra lui nuire. À l’inverse, nourrir de la haine et de l’hostilité envers Ali est un tel péché qu’aucune bonne action ne pourra lui être profitable.

******************************************************

Quiconque mourra en nourrissant de la haine envers Hazrat Ali mourra soit en juif, soit en chrétien.

Il est évident au premier regard que ces trois phrases, propagées comme des hadiths, ne peuvent en aucune manière être des hadiths du Messager ; elles ont plutôt été entièrement fabriquées dans le seul but de servir des intérêts politiques et partisans.

On ne saurait compter les centaines de hadiths que les chiites ont fabriqués et diffusés dans le but de prouver qu’Ali était l’héritier du Noble Prophète. Mais le caractère manifestement mensonger de chacune de leurs affirmations est démontré même par les hadiths authentiques rapportés d’Ali, et celles-ci sont jugées incompatibles avec la raison et le bon sens ordinaires.

À l’inverse, il ne faut pas le moindre délai pour constater que les hadiths fabriqués et diffusés afin de faire l’éloge excessif d’Abū Bakr et de ʿUmar relèvent eux aussi d’une exagération extrême.

À titre d’exemple, voici deux hadiths de cette période :

******************************************************

Lorsque je fus emmené au Miʿrāj vers les cieux, je dis : « Ô Allah ! Fais d’Ali ibn Abū Tālib le calife après moi. » Alors, le monde céleste se mit à trembler et, de toutes parts, les anges s’écrièrent d’une voix invisible : « Ô Muhammad ! Récite ce verset d’Allah — dont voici le sens : vous ne pourrez rien vouloir ; ce qu’Allah voudra, cela arrivera. Et Allah a voulu qu’après toi, Abū Bakr al-Ṣiddīq soit le calife. »

******************************************************

Sur chaque feuille de chaque arbre du Paradis, il est écrit : « Lā ilāha illā Allāh, Muhammad est le Messager d’Allah, Abū Bakr, ʿUmar al-Fārūq et ʿUthmān Dhū al-Nūrayn. »

Des hadiths ont également été forgés à la louange de Muawiya. Par exemple :

******************************************************

Lorsque vous verrez Muawiya se tenir sur mon minbar pour y prononcer le sermon, acceptez-le, car il est très digne de confiance, honnête et bien protégé.

Ainsi, de nombreuses paroles dépourvues de fondement et totalement infondées ont été diffusées parmi le peuple sous le nom de hadiths du Messager. Nous allons ici en mentionner encore trois de cette catégorie :

(a)****************************************************** – L’amour de la patrie fait partie de la foi.

(b)******************************************************- Ô Muhammad ! Si Je ne t’avais pas créé, Je n’aurais pas créé les cieux ni le monde.’

(c)******************************************************- Le soleil couchant fut ramené à son lever pour Ali ibn Abi Talib.[Ahmad ibn Hanbal a dit : ******************** ce hadith n’a aucun fondement. Ibn al-Jawzi a affirmé : ******************** « Ce n’est pas un hadith, mais une parole forgée. Toutefois, l’imam al-Suyuti et al-Tahawi ont affirmé qu’il était authentique. ********************]

Ces trois paroles ont été diffusées dans la société comme des hadiths et ont été largement propagées de bouche à oreille par les prédicateurs. Mais en réalité, ces trois paroles sont entièrement fausses et forgées.

Les mesures de prévention contre la fabrication de hadiths

Bien que les khawarij aient commencé à fabriquer des hadiths pour servir leurs propres intérêts, cette pratique ne put aller très loin. Les croyances doctrinales propres aux khawarij ne leur permirent pas de progresser davantage dans cette voie.

1. La croyance des khawarij était la suivante : quiconque ment est un mécréant ! Ainsi, chez eux, la tendance à proférer des mensonges et à fabriquer des hadiths disparut d’elle-même.

2. Les khawarij étaient des bédouins, naturellement durs et rudes. Ils n’étaient disposés à accepter aucune parole venant d’une autre nation ou tribu. C’est pourquoi les paroles des Perses et des Juifs — qui avaient principalement adopté les doctrines chiites et fabriqué des hadiths — ne purent revêtir pour eux la moindre importance.

3. Dans leur lutte contre leurs adversaires, les khawarij comptaient principalement sur leur propre bravoure, leur force et leurs armes. C’est pourquoi ils ne furent jamais disposés à recourir au mensonge ********************. De plus, puisqu’ils considéraient leurs adversaires comme des mécréants, ils ne ressentaient aucun besoin de recourir au mensonge. En effet, ils ne pensaient pas qu’il fût possible d’employer une autre arme que l’épée pour soumettre les mécréants.

C’est pour ces trois raisons que les khawarij fabriquèrent beaucoup moins de hadiths que les autres groupes séditieux et corrupteurs. Quant aux quelques hadiths qu’ils fabriquèrent, la communauté musulmane riche en connaissances islamiques fut en mesure de les reconnaître facilement et de les rejeter. Ainsi, à ce stade, la fabrication de hadiths, dans la mesure où elle eut lieu, ne se révéla pas particulièrement dangereuse.

Mais, par la suite, les hadiths fabriqués par la communauté chiite provoquèrent une situation grave au sein de la communauté musulmane. Toutefois, l’immense grâce d’Allah permit à ce stade de mettre en place des mesures efficaces pour préserver la foi et la religion des musulmans. Les khawarij, les chiites et les autres groupes et factions égarés et de nature malhonnête, qui s’employaient d’un côté à déraciner l’islam, avaient en face d’eux une communauté musulmane organisée et la masse des musulmans, dressées comme une forteresse inexpugnable. Les doctrines erronées et la propagande infondée des khawarij et des chiites ne purent les influencer le moins du monde. Au contraire, ils s’attachèrent avec la plus grande fermeté au Coran et aux hadiths authentiques. En même temps, ils se consacrèrent à l’enseignement et à la diffusion à grande échelle des hadiths véridiques et authentiques. À cette époque, un grand nombre de Compagnons étaient encore en vie ; ils étaient accompagnés d’une immense assemblée de tabi‘in, initiés au savoir islamique qu’ils avaient formés avec le plus grand soin. Tous, unis, firent échouer toutes les tentatives de fabrication de hadiths, déchirèrent tous les filets des conspirations visant à créer un labyrinthe dans les prescriptions limpides de l’islam et exposèrent au grand jour, une à une, les mensonges des menteurs.

À cette époque, la communauté musulmane devint extrêmement vigilante et consciente lorsqu’il s’agissait d’accepter une parole sous le nom de « hadith ». Elle n’était nullement disposée à accepter une parole comme un hadith au seul motif qu’elle était rapportée par une chaîne de transmission. Au contraire, elle commença à vérifier la chaîne de transmission et à enquêter minutieusement sur le caractère, la piété, le savoir, la mémoire de chacune des personnes qui y étaient mentionnées, ainsi que sur les rencontres réciproques entre les transmetteurs.

L’imam Muslim a cité, dans l’introduction de son Ṣaḥīḥ Muslim (p. 11), cette parole du tābiʿī Ibn Sīrīn :

******************************************************

Auparavant, les musulmans ne s’enquéraient pas de la chaîne de transmission des hadiths. Mais lorsque la discorde et les troubles apparurent, ils commencèrent à dire : « Nommez les transmetteurs. Ceux d’entre eux qui sont des gens de la Sunna : leurs hadiths seront acceptés ; quant à ceux qui suivent les innovations, les hadiths qu’ils rapportent seront rejetés. »

C’est ainsi que les traditionnistes tābiʿūn s’enquéraient auprès des Compagnons au sujet des transmetteurs de hadiths. L’objectif essentiel de ces interrogations était de distinguer fondamentalement le bien du mal et de ne pas accepter aveuglément toute parole.

À cette époque, l’ensemble de la société musulmane devint extrêmement stricte et inflexible concernant les hadiths. Lorsqu’un propagateur de mensonges venait s’asseoir dans la mosquée auprès des Compagnons afin d’écouter des hadiths, ceux-ci le réprimandaient sévèrement et l’expulsaient de la mosquée. Il arrivait même que l’on fasse appel à la police pour chasser ce genre d’individus.

Un jour, un conteur vint s’asseoir auprès de ʿAbd Allāh ibn ʿUmar (qu’Allah l’agrée). Celui-ci lui demanda alors de se lever et de partir. Mais l’homme refusa de partir. ʿUmar ibn ʿUmar (qu’Allah l’agrée) fit alors appeler la police et, avec son aide, le fit expulser.

De nombreux événements de ce genre sont rapportés dans les ouvrages de hadiths. Ils prouvent qu’à l’époque des Compagnons et des tābiʿūn, les personnes qui fabriquaient des hadiths étaient connues et identifiées du grand public. Ceux-ci déjouaient leurs activités sataniques ; ainsi, le peuple ne se laissait jamais prendre dans leurs filets d’égarement.

Les spécialistes du hadith de cette époque ne se contentèrent pas de démanteler les réseaux conspirateurs des menteurs et des fabricateurs de hadiths ; comme le montre la discussion précédente de cet ouvrage, ils se consacrèrent également pleinement à la collecte et à la compilation des hadiths authentiques à partir de sources fiables.

Ce n’est pas tout : c’est également à cette époque que furent établis des critères permanents pour accepter chaque hadith après l’avoir soumis à la critique, à la vérification et à l’examen. C’est ainsi que naquit la science de la critique des hadiths.

Origine de la science de la critique des hadiths

C’est précisément pour prévenir la falsification des hadiths évoquée plus haut qu’une science indépendante du hadith fut élaborée. Elle est appelée (******************************************************

) — « l’acquisition de la connaissance relative à la falsification des hadiths ». À propos de la définition de cette science, Nawab Siddiq Hasan a écrit :

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La science relative à la falsification des hadiths est une discipline grâce à laquelle il est possible de savoir et de distinguer quel hadith est apocryphe et lequel est authentifié et établi, ainsi que de connaître la situation du falsificateur : a-t-il dit vrai ou a-t-il menti ? Le but de cette connaissance particulière est d’acquérir l’aptitude et la capacité de discerner la différence entre les hadiths vrais et faux, ainsi qu’entre les transmetteurs véridiques et les transmetteurs menteurs. Son objectif et son utilité sont de permettre, grâce à elle, de se préserver de ce genre de hadiths faux et apocryphes, ou de déclarer, au moment même où l’on rapporte un hadith, qu’il est apocryphe. Il s’agit d’une connaissance extrêmement urgente et nécessaire dans le domaine des hadiths. En effet, le Noble Prophète (s) a dit : « Que celui qui m’attribue une parole mensongère se prépare une demeure en Enfer. »[********************]

Grâce à l’apparition d’une telle connaissance, il devint possible de protéger la communauté musulmane contre toutes les sortes de hadiths apocryphes. À cette étape, les éminents savants maîtrisant la science du hadith firent preuve d’un talent sans précédent, extrêmement nécessaire et remarquable. Ils élaborèrent de nombreuses règles et normes théoriques (theoritical), grâce auxquelles il est très facile de reconnaître les hadiths mawdu‘ ou apocryphes. C’est pourquoi ils en déterminèrent certains signes et indices. Pour tout hadith où ces signes seraient observés, il ne subsisterait plus aucun doute quant à son caractère apocryphe.

La seconde voie est pratique — pratique et concrète : à cette étape, ils présentèrent publiquement une description détaillée des personnes habituées à falsifier les hadiths. Ils les firent connaître en détail au peuple et exposèrent également à tous leurs « hadiths », composés selon leur propre imagination et propagés comme s’ils étaient vrais.

À cette époque, les érudits composèrent un grand nombre d’ouvrages précieux. Ces ouvrages sont connus sous le nom de « Kitāb al-Mawḍūʿāt ». D’une part, les hadiths authentiques du noble Messager d’Allah (s) furent rassemblés et soigneusement compilés dans différents genres de recueils de hadiths, tels que les Ṣaḥīḥ, les Jāmiʿ, les Sunan et les Musnad ; d’autre part, les hadiths mensongers et forgés devinrent manifestes aux savants spécialistes du hadith. Dès lors, il devint très facile de connaître les hadiths authentiques et leur degré, et de discerner s’ils étaient ṣaḥīḥ, ḥasan, ḍaʿīf ou mawḍūʿ. Cette contribution des spécialistes de la science du hadith demeurera éternellement éclatante dans l’histoire de l’étude du savoir islamique.

Quelques signes des hadiths fabriqués

J’ai déjà dit que, pour reconnaître les hadiths fabriqués, les érudits avaient établi des règles véritablement infaillibles et parfaitement fiables. En effet, ils possédaient pleinement une connaissance solide et pénétrante ainsi qu’un talent remarquable pour la critique, la vérification et l’examen des hadiths. Nous allons ici mentionner quelques-unes de ces règles :

1. On observe chez le transmetteur d’un hadith fabriqué certains signes permettant de comprendre aisément qu’il a entièrement inventé un mensonge et l’a fait passer pour un hadith du Messager.

Nous allons tenter d’éclaircir cette idée en citant ici deux exemples de hadiths fabriqués :

(a) Saïn ibn Umar al-Tamimi dit : « Je me trouvais auprès de Saïad ibn Jurayf. À ce moment-là, son fils arriva en pleurant, un livre à la main. Il lui demanda : “Qu’as-tu ?” Son fils répondit : “Le maître m’a frappé.” Alors il dit : “Aujourd’hui, je vais certainement l’humilier.” Ikrima rapporte d’Ibn Abbas cette parole du Messager :

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Les maîtres de vos garçons sont, parmi vous, les plus mauvais des hommes ; ils sont très peu compatissants envers les enfants orphelins et extrêmement durs envers les pauvres.

(b) Un homme demanda à Ma’mûn ibn Ahmad al-Harawî : « Que penses-tu de Shâfi‘î et de ses disciples khorassanais ? Il a été rapporté du Prophète (s) : »

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« Parmi les membres de ma communauté, il y aura un homme nommé Muhammad ibn Idrîs. Il sera plus nuisible à ma communauté qu’Iblîs. Parmi les membres de ma communauté, il y aura également un autre homme nommé Abû Hanîfa ; il sera pour ma communauté une lampe. »

Il n’est nullement difficile de comprendre que les rapporteurs de ces deux hadiths, poussés par leurs intérêts et leur jalousie, ont fait passer des propos mensongers pour des hadiths au nom du Messager.

2. Dans le hadith rapporté, on trouve parfois des indices qui prouvent de manière irréfutable qu’il est apocryphe. C’est notamment le cas lorsqu’un mot employé dans le sens fondamental du hadith possède une signification extrêmement ridicule, ou lorsque les mots comme le sens sont tous deux dépourvus de sérieux. On ne peut toutefois pas affirmer de manière générale qu’un hadith est apocryphe dès lors que le mot employé est simplement ridicule. En effet, il se peut que le hadith soit authentique quant à son sens fondamental, mais qu’un rapporteur ultérieur ait quelque peu modifié sa formulation et y ait introduit un mot de son choix. À l’origine, le hadith aurait pourtant bien été rapporté du Noble Messager (s). Mais si le rapporteur prétend que la langue et tous les termes du hadith ont été rapportés du Noble Messager (s), il est impossible de ne pas le traiter de menteur. En effet, le Prophète (s) était, parmi les Arabes, un homme d’une grande correction et d’une grande douceur dans le langage. Dans ce cas, si un seul mot du hadith est ridicule ou trivial, celui-ci sera assurément apocryphe et mensonger.[********************]

Voici un hadith apocryphe au sens ridicule :

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« Ne dites pas d’injures au coq, car il est mon ami. »[Bien que l’ensemble de ce hadith soit apocryphe, sa première partie est bien une parole du Messager. Abû Dâwûd l’a rapportée avec une excellente chaîne de transmission dans les termes suivants : ******************** « N’insultez pas le coq, car il réveille pour la prière. » ********************]

Qui pourrait ne pas comprendre que cela ne peut être une parole du noble Prophète (s) ?

3. L’un des signes qu’un hadith est fabriqué est qu’il soit contraire à la raison et au bon sens naturels. Si un hadith est contraire à la raison et au bon sens naturels et qu’il n’est pas possible de lui donner une signification acceptable, ou s’il est contraire au sentiment général et à l’observation, il sera lui aussi établi comme étant fabriqué. C’est le cas, par exemple, de l’annonce de la réunion de deux choses opposées, ou de toute parole niant le Créateur. En effet, aucune prescription de la charia ne peut être contraire à une raison naturelle et saine.

Voici un hadith fabriqué :

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Allah créa un cheval et le fit courir. Celui-ci transpira abondamment. Puis Il se créa Lui-même à partir de lui.

Une personne douée de raison saine pourrait-elle dire une chose aussi ridicule ?

Le deuxième est le suivant :

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« L’aubergine baijengan est un remède contre toutes sortes de maladies. »

C’est une parole totalement vaine et dépourvue de fondement. En effet, l’observation a démontré que la baijengan aggrave les maladies et les rend plus graves. Il suffit d’entendre ce hadith (?) pour que le bon sens (common sense) s’exclame qu’il est faux.[********************]

4. Si un hadith est contraire à une prescription claire du Coran, à un hadith moutawâtir ou à un consensus catégorique, il faut le considérer comme fabriqué ou mawdu‘.[********************]

C’est dans cette perspective que les hadiths qui fixent à sept mille ans la durée de vie restante du monde ont été déclarés faux. En effet, ils sont contraires au verset suivant du Coran. Allah, le Très-Haut, a dit :

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Ô Prophète ! Les gens t’interrogent au sujet du moment où l’Heure sera établie. Dis-leur : la connaissance de cela n’appartient qu’à Allah, mon Seigneur ; Lui seul la fera apparaître au moment fixé.[********************]

Le spécialiste des hadiths a déclaré le hadith cité ci-dessous vain et mawdu‘.[********************]

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L’enfant illégitime ne pourra pas entrer au paradis.

Car cela est contraire à la déclaration explicite suivante du Coran. Allah a dit :

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Nul porteur de fardeau ne portera le fardeau d’autrui (du péché).

Il en va de même pour les « hadiths » qui expriment l’idée que quiconque porte le nom d’Ahmad ou de Muhammad n’ira jamais en enfer. Car il est universellement reconnu que le simple fait de porter un nom, un surnom ou un titre ne peut jamais satisfaire à l’obligation de pratiquer la religion. Par conséquent, nul ne peut échapper à l’enfer par son seul nom, surnom ou titre. Le seul moyen d’y échapper est l’« amal as-salih » — les bonnes œuvres.

5. Les hadiths qui relatent un événement s’étant déroulé en présence d’un grand nombre de Compagnons, mais qui n’a été ni largement diffusé à l’époque des Compagnons ni rapporté par quiconque en dehors d’un petit nombre de personnes, sont indubitablement forgés. L’affirmation suivante d’un groupe de chiites constitue également un hadith forgé de cette catégorie :

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Lors du retour du pèlerinage d’adieu, en présence de plus de cent mille Compagnons à Ghadir Khumm, le noble Prophète (s) avait conféré le califat à Hazrat Ali (ra).

Il est prétendu que le Prophète (s) aurait confié le califat à Ḥaḍrat ʿAlī (r.a.), en présence d’un nombre considérable de Compagnons — plus de cent mille ; mais, de manière générale, les Compagnons n’y auraient accordé aucune importance, et, au moment de désigner le calife après le décès du Prophète, aucun d’entre eux ne s’en serait souvenu : c’est une chose impossible. Cette affirmation est donc entièrement inventée.

6. Même si une parole contraire à la raison commune et au bon sens est mentionnée dans un hadith, elle doit être considérée comme forgée. Ainsi, on trouve citée, comme étant un hadith, une parole qui dit :

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Ni l’oppression des Turcs n’est bonne, ni la justice des Arabes.

Car l’oppression et la tyrannie sont généralement condamnées, tout comme la justice est louable en toutes circonstances.

7. Si le rapporteur d’un hadith est partisan des Rāfiḍites et que ce hadith mentionne les mérites des membres de la famille du Messager, il faut comprendre qu’il est forgé. En effet, les partisans de la doctrine rāfiḍite ont généralement l’habitude de faire attribuer au Messager ce genre de propos, par des éloges infondés des membres de sa famille, ainsi que de rapporter des insultes et des calomnies contre les Compagnons. Ils éprouvent en particulier une véritable hostilité envers les deux premiers califes et les considèrent comme ayant usurpé à Ḥaḍrat ʿAlī son droit au califat.

8. Si l’événement mentionné dans un hadith est contraire à une histoire authentique, fiable et dûment établie, il faut comprendre qu’il est assurément forgé. Ainsi, il est dit dans un hadith que la jizya aurait été retirée aux habitants de Khaybar en raison du martyre de Ḥaḍrat Saʿd ibn Muʿādh. C’est contraire à l’histoire réelle. En effet, Ḥaḍrat Saʿd fut martyrisé lors de la bataille du Fossé, événement qui eut lieu avant la bataille de Khaybar. Deuxièmement, la jizya n’avait même pas été instituée à l’époque de la bataille de Khaybar ; avant la bataille de Tabūk, elle était au contraire totalement inconnue des Compagnons. Troisièmement, il y est dit que ce document aurait été écrit par Muʿāwiya ibn Abū Sufyān. Or Muʿāwiya n’embrassa l’islam qu’au moment de la conquête de La Mecque. Il n’était donc pas encore musulman lors de la bataille de Khaybar.

9. Si quelqu’un prétend avoir vécu au-delà de la durée de vie ordinaire fixée par Allah et affirme avoir rencontré une personne ayant vécu dans un passé très éloigné, il faut comprendre que cela est entièrement faux. Ainsi, Ratan Hindīs a prétendu avoir rencontré le Prophète (s), alors que cet homme aurait vécu en l’an six cents de l’Hégire. Selon la croyance des ignorants, cet homme aurait rencontré le Prophète, aurait entendu des hadiths de sa bouche et le Messager aurait prié pour qu’il jouisse d’une longue vie. En réalité, une telle prétention est totalement infondée, car la plupart des Compagnons qui avaient rencontré le Prophète avaient disparu avant l’an cinquante-neuf de l’Hégire. À cette époque, seul Ḥaḍrat Abū al-Ṭufayl était encore vivant. Lorsqu’il mourut à son tour, les gens pleurèrent en disant :

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C’est la dernière personne parmi celles qui ont rencontré le Prophète vénéré.

10. L’affirmation selon laquelle les soufis auraient reçu des hadiths du Messager par dévoilement spirituel ou par rêve, sans chaîne de transmission continue, est également totalement fausse et infondée. Tous les savants de l’islam sont parfaitement unanimes à ce sujet : aucune vérité de la Loi islamique ne peut être établie par le rêve ou le dévoilement spirituel. En effet, cela n’est absolument pas fiable. Il ne s’agit plutôt que d’une extrapolation injustifiée à partir des fondements de la Loi islamique. En dehors du Coran et des hadiths rapportés par une chaîne de transmission continue et authentique, il n’existe aucun troisième fondement de la Loi islamique ; même si quelqu’un pense qu’il en existe un, cette prétention est fausse et doit être rejetée.[La longue discussion qui précède a été tirée des pages 479 à 485 de l’ouvrage ********************, et l’ouvrage ******************** a également été consulté.]

La méthode de la critique des hadiths

En abordant l’origine de la science de la critique des hadiths, nous avons mentionné différentes méthodes permettant d’identifier les hadiths fabriqués. Dans cette situation créée par la fabrication des hadiths, un besoin pressant apparut de vérifier et d’examiner les hadiths selon des critères subtils et irréfutables, afin de déterminer clairement lesquels étaient fabriqués et lesquels étaient authentiques. C’est pourquoi on entreprit à grande échelle d’examiner minutieusement la chaîne de transmission de chaque hadith, chacune des personnes qui y étaient liées, leurs rencontres réciproques, les conditions dans lesquelles elles avaient entendu et reçu les hadiths, leur source première, et tous les autres éléments pertinents. À cette époque, les spécialistes de la communauté musulmane décidèrent à l’unanimité que seuls les hadiths authentiques et exempts d’erreur seraient acceptés, et qu’aucun autre « hadith » ne le serait. En effet, il n’est possible d’accepter un hadith et d’agir conformément à celui-ci qu’après avoir établi qu’il s’agit véritablement d’une parole du Messager et qu’il n’existe aucun doute quant à son authenticité en tant que hadith. Or cette preuve dépend de l’authenticité de sa chaîne de transmission, de la fiabilité de chaque transmetteur mentionné dans cette chaîne et du fait qu’aucun d’entre eux n’ait été discrédité par la critique. Si la chaîne de transmission du hadith franchit toutes ces épreuves, il faut, dans une deuxième étape, examiner et vérifier les qualités intrinsèques du hadith lui-même, ainsi que l’exactitude et la crédibilité de son contenu. Dans la terminologie de la science des hadiths, la première méthode est appelée la vérification de la riwāya. La seconde est appelée dirāya : elle consiste à vérifier le contenu à la pierre de touche de la raison et du bon sens.

Le travail d’examen de la chaîne de transmission

Vérifier l’authenticité ou la fausseté d’un hadith du point de vue de sa chaîne de transmission constitue une science particulière. Les spécialistes l’ont définie en ces termes :

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Cette science repose entièrement sur l’examen et l’évaluation extrêmement minutieux de la chaîne de transmission de toute parole, tout acte, toute approbation ou toute qualité attribuée au noble Messager, aux Compagnons et aux Tabi‘in.[********************]

Pour déterminer si un hadith est recevable ou non, il faut d’abord vérifier sa chaîne de transmission. À ce stade, il est indispensable d’examiner sous différents aspects chacune des personnes qui ont transmis le hadith. Quel genre d’homme est le transmetteur et quel est son caractère ? Dans quelle mesure maîtrise-t-il les connaissances et les sciences islamiques ? Quelle est l’acuité et le degré de développement de sa compréhension ? Qu’en est-il de son talent et de sa mémoire ? Sa ‘aqida, ses croyances, sa pensée et sa doctrine sont-elles correctes et conformes à l’islam, ou bien est-il adepte de l’innovation ? Possède-t-il une raison et une faculté de réflexion saines, ou souffre-t-il d’une maladie mentale ? Est-il habitué à rapporter fidèlement la vérité, ou lui arrive-t-il parfois de mentir ? Est-il pieux et vertueux, ou dépourvu de moralité et porté vers les mauvaises actions ? Voilà les principales questions que soulève la science de la critique au sujet de chaque transmetteur de hadith. Il faut en outre savoir où et auprès de qui il a entendu et étudié le hadith. A-t-il effectivement rencontré celui de qui il rapporte le hadith ? Si oui, où et quand cette rencontre a-t-elle eu lieu, et quel âge avait-il alors ? Toutes ces questions doivent également être examinées dans les moindres détails.

En réalité, il s’agit d’une science particulière, appelée : ********************. À propos de sa définition, il a été dit :

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Il s’agit d’une science dans laquelle les transmetteurs de hadith sont critiqués au moyen de termes spécifiques et où l’on établit une concordance entre eux.

C’est pourquoi il est indispensable d’acquérir une connaissance approfondie et minutieuse de la biographie détaillée de toute personne ayant transmis un hadith. Cette connaissance est appelée :

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la science et la connaissance relatives aux noms et à l’identité des personnes.

On l’a expliqué ainsi :

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C’est-à-dire la connaissance des Compagnons, des Tābiʿūn et de tous les transmetteurs mentionnés dans la chaîne de transmission du hadith. Car cette connaissance constitue la moitié de la science du hadith.

À propos de l’importance de cette connaissance, Sufyân al-Thawrî a dit :

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La chaîne de transmission et la connaissance qui s’y rapporte sont l’arme particulière des croyants ; or, s’il ne possède pas d’arme, avec quoi combattra-t-il pour affronter l’ennemi ?

L’imam al-Châfiʿî (r) a dit :

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Celui qui recherche et accepte des hadiths sans connaître la chaîne de transmission ni les connaissances qui s’y rapportent est semblable à un homme qui ramasse du bois dans l’obscurité de la nuit. Il porte un fagot de bois dans lequel se trouve pourtant un serpent venimeux. Celui-ci le mord, mais il ne s’en aperçoit même pas.

En Islam, il est extrêmement nécessaire d’examiner, de critiquer et de vérifier les transmetteurs de hadiths à tous les niveaux et à toutes les étapes, et d’accorder aux personnes fiables parmi eux l’honneur qui leur revient. Allah, exalté soit-Il, a donné une directive claire :

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Ô vous qui croyez ! Si une personne perverse vous apporte une nouvelle, vérifiez-en la véracité, de peur que, par ignorance, vous ne causiez un mal à un peuple et que vous ne veniez ensuite à le regretter.

C’est en raison de cette directive claire que les Compagnons adoptaient une rigueur et une prudence particulières lorsqu’ils acceptaient toute parole ou tout hadith. Ils n’étaient pas disposés à accepter les paroles ou les hadiths de n’importe qui sans arguments irréfutables, preuves et témoignages. Par la suite, cela posa, dans le domaine de la science du hadith, les fondements de l’apparition de la « science de la critique des hadiths ». C’est pour cette raison que fut rédigé l’« Ilm al-Asmā’ wa al-Rijāl ». Cette science est absolument indispensable pour déterminer quel hadith est recevable. À ce sujet, il a été dit :

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Le fait de parler de la critique et de l’octroi de l’honneur qui revient à chaque transmetteur de hadith est établi par le Messager éminent, par un grand nombre de Compagnons et par les Tābiʿūn. Cette pratique s’est poursuivie après eux. Tous la considéraient comme conforme à la Loi, dans le but de protéger la charia de l’Islam contre l’emprise dévastatrice du mensonge et de la falsification, et non dans le but de blesser simplement les gens ou de les déclarer coupables.

Muḥammad ibn Sīrīn, un Tābiʿī, a dit :

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Sachez assurément que cette science constitue une question fondamentale de la religion islamique. Par conséquent, examinez attentivement auprès de qui vous recevez votre religion.

À propos de l’histoire de l’apparition de la science de la critique des hadiths, il a également dit :

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Autrefois, les gens ne cherchaient pas à connaître la chaîne de transmission des hadiths ni l’identité de leurs transmetteurs. Mais lorsque la fitna éclata, ils se mirent à dire : « Donnez-nous les noms et l’identité de vos transmetteurs. Si ce sont des gens qui détiennent véritablement les hadiths, leurs hadiths seront acceptés ; mais s’ils suivent les innovations, leurs hadiths ne seront pas acceptés. »

À propos de cette science indispensable à la vérification des hadiths, lʿilm al-asmāʾ al-rijāl, le célèbre orientaliste Dr Springer a déclaré :

Jamais aucune autre nation au monde n’a créé une science biographique aussi vaste et étendue que l’asmāʾ al-rijāl des musulmans ; aujourd’hui encore, aucune autre nation de cette sorte n’existe dans le monde. C’est grâce à cette science que l’on peut aujourd’hui connaître de manière méthodique et fiable les biographies détaillées de cinq cent mille transmetteurs de hadiths. (Préface à la traduction anglaise de l’ouvrage, imprimée à Calcutta en 1853.)

Dans la critique des hadiths, les spécialistes des hadiths ont fait preuve d’une extrême vigilance. Si une personne douée d’une bonne mémoire perdait celle-ci à l’âge de soixante ans et était atteinte de la maladie de l’oubli, il était nécessairement écrit dans sa biographie : « Cette personne possédait une bonne mémoire durant la première partie de sa vie ; mais à l’âge de soixante ans, elle l’a perdue. Par conséquent, seuls les hadiths qu’elle a rapportés alors qu’elle jouissait encore de sa mémoire peuvent être acceptés ; aucun hadith qu’elle aurait rapporté après cet accident ne peut être accepté d’elle. » Dans la rédaction de cette science biographique, les auteurs n’ont manifesté aucun défaut grave tel que le parti pris, la haine ou l’hostilité, une inclination injustifiée envers quelqu’un, ou des éloges excessifs à l’égard d’une personne. Pour chaque individu, ils ont analysé les faits réels en s’appuyant sur la vérité entière. Leur regard était parfaitement impartial et exempt de toute souillure. Ils ont accordé à chacun exactement le rang et la place qui lui revenaient, sans faire preuve de la moindre parcimonie ni d’une quelconque étroitesse d’esprit. Leur regard était parfaitement impartial et exempt de toute souillure. Ils ont accordé à chacun exactement le rang et la place qui lui revenaient, sans faire preuve de la moindre parcimonie ni d’une quelconque étroitesse d’esprit.

Afin de donner ici une idée claire de la méthode de critique des hadiths, quelques exemples vont être mentionnés. (Il a naturellement déjà été question auparavant des principes.)

En évoquant le cheikh Ubad ibn Kathir, le muhaddith Cheikh Abdallah ibn Mubarak fit certes de grands éloges de sa piété et de son scrupule religieux, mais il déclara que, pour des raisons morales, les hadiths rapportés par lui ne pouvaient être acceptés.

Un homme rapporta un hadith à l’imam Abdallah ibn Hakim. L’imam lui demanda : « De qui et quand as-tu entendu ce hadith ? » Il répondit : « J’ai entendu ce hadith d’Abd ibn Humayd, en telle année. »

Alors l’imam Abdallah s’adressa aux étudiants réunis devant lui et leur dit : « Regardez : d’après cet homme, Abd ibn Humayd lui aurait rapporté ce hadith sept ans après sa mort. »

En effet, Abd ibn Humayd était mort sept ans avant l’année que cet homme avait indiquée comme étant celle où il aurait entendu le hadith de lui. Autrement dit, ce que cet homme prétendait avoir entendu de lui était entièrement faux, et le hadith était irrecevable.

Les Juifs présentèrent au calife musulman un document prétendument écrit par le Messager et affirmèrent que la jizya qui leur était imposée devait être supprimée. Le document indiquait que la jizya des Juifs habitants de Khaybar avait été gracieusement levée. Le calife et les gouverneurs n’avaient d’autre choix que de l’accepter humblement et de supprimer la jizya des Juifs. Mais lorsque les spécialistes des hadiths examinèrent le document, ils constatèrent qu’il citait le témoignage de Sa‘d ibn Mu‘adh. Or celui-ci était mort avant la bataille de Khaybar.

Deuxièmement, le nom de Mu‘awiya ibn Abi Sufyan y figurait comme celui du rédacteur de ce document, alors qu’il est de notoriété publique que Mu‘awiya n’avait pas encore embrassé l’islam jusqu’à la bataille de Khaybar.

Troisièmement, à l’époque mentionnée dans ce document, le commandement d’Allah concernant la jizya n’avait pas encore été révélé ; il ne le fut que bien plus tard. Quatrièmement, ce document prouve seulement que la jizya était levée pour les Juifs qui renonçaient à leur hostilité envers l’islam et lui manifestaient leur soumission. Mais pour ceux qui étaient consumés par leur hostilité envers l’islam, il ne pouvait absolument pas être question de supprimer la jizya.

Les traditionnistes déclarèrent, sur la base de ces arguments et de preuves irréfutables, que ce document était entièrement forgé. Il devait donc être rejeté.

Ce ne sont là que quelques exemples du fonctionnement concret de la science de la critique des hadiths. Sur la pierre de touche de cette critique et de cette vérification, les spécialistes des hadiths ont soumis chaque hadith à la critique, à la vérification et à l’examen. Cette œuvre immense et noble n’a été possible que grâce à la discipline d’Asma al-Rijal. Elle repose sur le verset précité du Noble Coran. Les Compagnons l’ont pleinement suivi. Par la suite, les traditionnistes ont distingué, grâce à ce critère, les hadiths authentiques des hadiths mensongers.

Les noms de ceux qui ont accompli, à quelque degré que ce soit, un travail dans le domaine de la critique des hadiths sont mentionnés ci-dessous dans l’ordre chronologique :

À l’époque des Compagnons : 1. Abdullah ibn Abbas (m. 68 H), 2. Ubada ibn al-Samit (m. 34 H), 3. Anas ibn Malik (m. 93 H).

À l’époque des Tabi’un : Amir al-Sha’bi (m. 104 H), Ibn Sirin (m. 160 H), Sa’id ibn al-Musayyab (m. 93 H).

Parmi les personnalités éminentes du deuxième siècle figurent l’imam Shu’ba (m. 160 H), Anas ibn Malik (m. 179 H), Ma’mar (m. 153 H), Hisham al-Dastawa’i (m. 154 H), l’imam al-Awza’i (m. 156 H), Sufyan al-Thawri (m. 161 H), Ibn al-Majishun (m. 163 H), Hammad ibn Salama (m. 167 H) et al-Layth ibn Sa’d (m. 175 H).

À l’étape suivante, les personnalités éminentes sont Abdullah ibn al-Mubarak (m. 181 H), Hushaym ibn Bashir (m. 188 H), Abu Ishaq al-Fazari (m. 185 H), al-Mu’afa ibn Imran al-Mawsili (m. 185 H), Bishr ibn al-Mufaddal (m. 196 H) et Ibn Uyayna (m. 197 H). Parmi les personnalités éminentes de leur époque figurent Ibn Ulayya (m. 193 H), Ibn Wahb (m. 197 H) et Uqayl ibn Jarrah (m. 197 H).

À cette époque apparurent deux hommes d’un talent extraordinaire. Il s’agissait de Yahya ibn Sa’id al-Qattan (m. 189 H) et d’Abd al-Rahman ibn Mahdi (m. 198 H).

Les personnalités remarquables qui leur ont succédé sont : Yazid ibn Harun (mort en 206 H.), Abu Dawud Tayalisi (mort en 204 H.), Abd al-Razzaq ibn Hammam (mort en 211 H.) et Asim Nabil ibn Makhlad (mort en 212 H.).

Après eux vinrent les auteurs d’ouvrages consacrés à la science de la critique. Parmi les principales personnalités remarquables de cette période figurent : Yahya ibn Mu‘in (mort en 233 H.), Ahmad ibn Hanbal (mort en 241 H.), Muhammad ibn Sa‘d (mort en 230 H.), Abu Khaythama Zubayr ibn Harb (mort en 234 H.), Abu Ja‘far Abdallah ibn Muhammad Nabil, Ali ibn al-Madini (mort en 234 H.), Muhammad ibn Abdallah Numayr (mort en 234 H.), Abu Bakr ibn Abi Shayba (mort en 235 H.), Abdallah ibn Amr al-Qawariyri (mort en 235 H.), Ishaq ibn Rahwayh, l’imam du Khorassan (mort en 237 H.), Abu Ja‘far Muhammad ibn Abdallah Ammar al-Mawsili (mort en 242 H.), Ahmad ibn Salih, le hafiz d’Égypte (mort en 248 H.), et Harun ibn Abdallah al-Hammal (mort en 243 H.).

Après eux vinrent Ishaq al-Kawsaj (mort en 251 H.), l’imam al-Darimi (mort en 255 H.), l’imam al-Bukhari (mort en 256 H.), le hafiz al-Ajli, l’imam Abu Zur‘a (mort en 264 H.), Abu Hatim (mort en 277 H.), l’imam Muslim (mort en 261 H.), Abu Dawud al-Sijistani (mort en 275 H.), Baqi ibn Makhlad (mort en 276 H.) et Abu Zur‘a al-Dimashqi (mort en 281 H.).

Après eux, Abd al-Rahman Yusuf al-Baghdadi fut une personnalité remarquable. Il rédigea également un ouvrage consacré à la critique des hadiths. Ibrahim ibn Ishaq al-Harbi (mort en 285 H.), Muhammad ibn Ujjah (mort en 289 H.), le hafiz Qurtuba Abu Bakr ibn Abu Asim (mort en 287 H.), Abdallah ibn Ahmad (mort en 290 H.), Salih al-Jazara (mort en 293 H.), Abu Bakr al-Bazzar (mort en 292 H.) et Muhammad ibn Nasr al-Marwazi (mort en 294 H.) furent eux aussi des personnalités remarquables de cette période.

Ainsi, à chaque époque apparurent des personnes dotées d’une compétence particulière, qui examinèrent les hadiths et en vérifièrent l’authenticité. Par conséquent, jamais un hadith entièrement forgé et mensonger ne put être connu et diffusé sous le nom de « hadith », ni se maintenir en tant que tel. Cette situation prévalut depuis l’époque des Compagnons jusqu’au VIIIe siècle de l’Hégire.

Parmi les ouvrages composés durant cette période, nous allons présenter ici brièvement quelques ouvrages remarquables :

1. Tabaqat d’Ibn Sa‘d. C’est un ouvrage d’une grande ampleur, achevé en quinze volumes.

2. L’imam al-Suyuti en a rédigé un abrégé. Il s’intitule —

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3. Le Tarikh al-Kabir, le Tarikh al-Saghir et le Tarikh al-Awsat, composés par l’imam al-Bukhari.

4. L’histoire rédigée par Ibn al-Madini, achevée en dix volumes.

5. L’ouvrage composé par Ibn Hibban, *********************, achevé en dix volumes.

6. Kitab al-Takmil — composé par l’imam Ibn Qasil. Son titre complet :

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Les deux méthodes de transmission des hadiths

Il existe deux méthodes de transmission des hadiths du Noble Prophète (s). De nombreux hadiths ont été transmis exactement de la manière et avec les mêmes termes que ceux employés par le Noble Prophète lorsqu’il les a prononcés, c’est-à-dire mot pour mot. Le transmetteur n’en a aucunement modifié la langue ni les termes. Ce type de transmission est appelé riwayat bil-lafz — transmission littérale, ou transmission avec les termes et la langue employés par le Messager.

Lorsque la déclaration fondamentale du Messager est exprimée et rapportée dans ses propres termes, cette méthode est appelée riwāya bil-maʿnā — rapport selon le sens, ou expression de l’idée essentielle dans ses propres mots. Toutefois, la condition indispensable est que les mots et le langage employés à la place de ceux utilisés par le Messager soient nécessairement porteurs et révélateurs du sens et de l’idée originels. Autrement dit, il faut exprimer dans ses propres termes ce que le Messager voulait dire, de manière que le propos essentiel soit fidèlement rendu et que l’auditeur éprouve exactement le sens et l’idée qui s’étaient éveillés dans l’esprit des premiers auditeurs lorsqu’ils l’avaient entendu du Messager. Si une quelconque différence se produit, ou si le propos originel est diminué ou augmenté, la responsabilité de la transmission ne peut être correctement assumée.

Cette dernière méthode est elle aussi pleinement conforme aux règles pour rapporter les hadiths du Messager. Selon la majorité des muhaddiths, la plupart des hadiths existants ont été rapportés de cette manière. Autrement dit, les paroles du Messager ont été rapportées dans les propres termes du transmetteur.

Un Compagnon présenta une requête au noble Prophète (s) : « Nous entendons vos hadiths, mais nous ne sommes pas capables de les rapporter mot pour mot. Que devons-nous faire maintenant ? » Le noble Prophète (s) répondit : « Tant que vous ne transformez pas le licite en illicite ni l’illicite en licite, mais que vous transmettez l’idée essentielle dans vos propres termes, il n’y a aucun mal à cela. »

Classification des transmetteurs de hadith

(qualitative)

Les transmetteurs de hadith sont, du point de vue qualitatif, divisés en quatre classes. C’est à la lumière de cette distinction entre les classes que sont déterminés le degré et la valeur des hadiths qu’ils ont rapportés.

La première classe de transmetteurs de hadith comprend ceux qui sont extrêmement pieux, respectueux de la charia, dotés d’une mémoire aiguë, versés dans les diverses sciences et disciplines de l’islam, subtils d’intelligence, judicieux, pleinement préservateurs des hadiths mémorisés et opposés aux innovations religieuses.

La deuxième classe de transmetteurs comprend ceux dont les qualités sont, à tous égards, égales à celles des transmetteurs de la première classe. Toutefois, ils leur sont inférieurs uniquement sous le rapport de la mémoire. On trouve à ce niveau deux sortes de personnes. Les unes écrivaient les hadiths et ne dépendaient donc pas entièrement de leur seule mémoire. Les autres n’écrivaient pas les hadiths. Ainsi, ayant oublié certains mots du hadith originel, elles employaient, au moment de le rapporter, des mots de sens équivalent à leur place.

Les transmetteurs de la troisième catégorie étaient ceux qui observaient la charia et étaient pieux, mais qui n’égalaient pas les transmetteurs de la deuxième catégorie en savoir, intelligence, compréhension et clairvoyance. Leur seul capital était ce qu’ils avaient conservé dans leur mémoire ; ils ne se souciaient nullement de ce qu’ils avaient oublié. Ils suppléaient les passages oubliés en faisant appel à leur imagination.

Les transmetteurs de la quatrième catégorie observaient certes la religion de l’islam et la charia, mais étaient arriérés en intelligence, discernement et prévoyance. Ils considéraient qu’il était permis de fabriquer des hadiths afin d’exhorter les gens, de leur promettre la paix dans l’au-delà et de les effrayer par le châtiment. Ces gens se répartissaient eux-mêmes en quatre niveaux. Premièrement, ceux qui n’hésitaient pas à modifier des hadiths ou à en inventer de nouveaux dans le but d’obtenir considération et prestige dans ce monde. Deuxièmement, ceux qui inséraient dans les hadiths, pour soutenir leurs propres opinions sur des questions juridiques particulières, les termes employés de manière personnelle par leur maître. Troisièmement, ceux qui, par manque de discernement, prenaient les termes explicatifs employés par leur maître pour une partie intégrante du hadith originel. Quatrièmement, les ennemis de l’islam qui, dans le but malveillant de susciter et d’alimenter les divisions, les dissensions, les ruptures et les conflits au sein de la communauté musulmane, n’éprouvaient pas la moindre crainte à fabriquer et à diffuser des hadiths.

Les conditions d’acceptation des hadiths

Les imams de la science du hadith ont fixé diverses conditions afin de déterminer quels types de hadiths doivent être acceptés et lesquels ne peuvent pas l’être, et de statuer sur cette question. Il a déjà été dit que tous les imams du hadith sont parfaitement unanimes et fermement résolus sur le fait que rien ne doit être accepté en dehors des hadiths authentiques. Cependant, chacun des imams du hadith a mené ses propres réflexions et recherches pour déterminer quelles qualités permettent de qualifier un hadith d’« authentique ». Or, ces recherches et études, ainsi que le développement de la science du hadith, ne se sont pas déroulés à la même époque ni en présence simultanée de tous les traditionnistes ; ils ont eu lieu à différentes périodes, aux divers stades de l’évolution progressive de cette science. C’est pourquoi celle-ci s’est élargie à plusieurs étapes. Il en résulte qu’en apparence, certaines divergences d’opinion semblent s’y manifester. Nous exposons ici les conditions établies par les différents imams.

L’imam suprême

Les conditions imposées par l’imam suprême Abû Hanîfa pour qu’un hadith soit authentique semblent extrêmement rigoureuses comparées à celles imposées par les autres traditionnistes. En réalité, il était effectivement d’un tempérament très strict sur ce point. Cheikh ‘Uqay, le maître de l’imam Boukhari, dit : si des conditions aussi rigoureuses que celles de l’imam suprême étaient généralement imposées, le nombre de hadiths authentiques risquerait de diminuer.

Les conditions de l’imam Abû Hanîfa sont les suivantes :

1. Le transmetteur du hadith doit nécessairement appartenir à la première catégorie de transmetteurs.

2. La transmission du hadith doit être littérale, avec la mention exacte des termes employés par le Messager (*********************). Si l’on transmet seulement le sens du hadith original ou qu’on le rapporte dans ses propres termes (*********************), il ne pourra pas être accepté.

3. Lorsque des auditeurs ont entendu le hadith de la bouche du proclamateur chargé de faire entendre clairement la voix lors d’une séance d’enseignement du hadith (*********************), ils ne peuvent pas le transmettre aux générations suivantes en disant ********************* (« Untel m’a rapporté un hadith »). (S’ils le font, ce hadith ne sera pas recevable.)

4. Lorsque des muhaddiths ont conservé par écrit leur fonds de hadiths, leur transmission orale peut être acceptée s’ils se souviennent de chaque terme du hadith. Sinon, ils doivent transmettre le hadith en gardant le texte écrit sous les yeux. (S’ils ne le font pas, ce hadith ne peut être considéré comme recevable.)

5. Jusqu’à cette époque, les hadiths dont le sens et la signification ont été transmis (*********************) sans que les termes exacts l’aient été peuvent néanmoins être acceptés comme « hadiths authentiques » si leurs transmetteurs sont versés dans le fiqh ou, à tout le moins, dignes de confiance, fiables, véridiques et avisés, et si, du point de vue de la « diraya », les propos qu’ils rapportent sont exacts.

6. Si un khabar al-wāḥid est rapporté au sujet des activités quotidiennes, des transactions et des actes de dévotion, il faut présenter, pour l’appuyer et le corroborer, une autre chaîne de transmission ou un autre isnad comme témoignage. À défaut de trouver un « témoignage » recevable, le hadith de base doit au moins être nécessairement authentique et sahih selon le critère de la diraya.

Les conditions des compilateurs des Ṣiḥāḥ al-Sitta

Les compilateurs des ouvrages des « Ṣiḥāḥ al-Sitta » ont eux aussi imposé de nombreuses conditions particulières et importantes pour l’acceptation des hadiths. Les conditions imposées par chacun sont exposées ici séparément.

L’imam al-Bukhari (qu’Allah lui fasse miséricorde)

1. La chaîne de transmission du hadith devra être successive (*********************), continue et ininterrompue (*********************). Al-Hakim Abou Abdallah al-Nisabouri (r) a écrit :

******************************************************

Le hadith sahih de première catégorie est celui qu’un Compagnon célèbre rapportera du Messager vénéré, et pour lequel il y aura au moins deux autres transmetteurs fiables. Ensuite, un tabi‘i le rapportera de ce Compagnon ; ce tabi‘i sera généralement réputé pour rapporter des hadiths directement des Compagnons, et, à ce niveau également, il y aura deux transmetteurs fiables pour ce hadith. Après cela, il sera rapporté par des tabi‘ al-tabi‘in qui seront des hafiz du hadith et extrêmement vigilants. À un certain niveau, ils seront comptés parmi les transmetteurs. Puis viendra l’un des maîtres de l’imam al-Boukhari, hafiz du hadith et réputé pour sa fidélité dans la transmission des hadiths.[*********************]

2. Le transmetteur du hadith devra avoir vécu longtemps en compagnie de ses maîtres.

3. Le transmetteur devra être compté parmi les transmetteurs de première catégorie, et être célèbre et fiable.

4. Il devra être prouvé que ceux qui rapportent le hadith l’un de l’autre se sont effectivement rencontrés.

L’imam Mouslim (r)

Le cheikh Abou Amr Ibn al-Salah a écrit :

******************************************************

L’imam Muslim a posé, pour l’acceptation des hadiths dans son ouvrage authentique, la condition que la chaîne de transmission du hadith soit nécessairement « muttaṣil », reliée et ininterrompue, qu’une personne « thiqa » rapporte d’une autre personne « thiqa », que cette situation se vérifie du début à la fin, et qu’elle soit exempte de « shādh » (irrégularité) et de « ʿilla » (défaut caché).

2. Le rapporteur du hadith et celui auprès duquel il le rapporte doivent avoir vécu à la même époque et durant la même période.

3. Aucun rapporteur du hadith ne doit être « majhūl » (inconnu). Ils doivent être connus de tous.

4. Le hadith dans sa forme originelle ne doit comporter aucun défaut.

Les conditions d’acceptation des hadiths diffèrent entre les imams al-Bukhari et Muslim. C’est pourquoi de nombreux hadiths sont authentiques selon l’imam al-Bukhari, mais ne le sont pas selon l’imam Muslim, et inversement. Ainsi, le nombre des shaykhs, ou maîtres du hadith, auprès desquels l’imam al-Bukhari a recueilli des hadiths sans que l’imam Muslim ne le fasse, et auprès desquels l’imam Muslim en a recueilli sans que l’imam al-Bukhari ne le fasse, s’élève à 625.

Les imams al-Nasa’i et Abu Dawud (r)

1. Tous les hadiths consignés dans les deux principaux ouvrages de hadiths authentiques, Sahih al-Bukhari et Sahih Muslim, sont nécessairement acceptables selon ces deux imams, du point de vue de leurs chaînes de transmission.

2. Tous les hadiths qui satisfont aux conditions appliquées pour l’acceptation des hadiths dans les deux principaux recueils de hadiths sont recevables.

3. Les hadiths qui n’ont pas été rejetés d’un commun accord et sur la base du consensus des muhaddiths, et dont la chaîne de transmission est muttasil — c’est-à-dire qu’aucun transmetteur n’y est omis dans la succession des transmissions — doivent être acceptés. Si le hadith मूल est sahih et qu’il n’est ni mursal ni munqati, il est également recevable.

4. Est également recevable tout hadith rapporté par le meilleur des transmetteurs de la quatrième catégorie de rapporteurs.

5. Lorsqu’il existe un hadith authentiquement sahih qui le corrobore, l’imam Abou Daoud accepte également des hadiths dont le transmetteur est faible, déficient ou inconnu.

Ces conditions sont pareillement admises par l’imam Nasaï et l’imam Abou Daoud. Toutefois, dans certains cas, les conditions imposées par l’imam Nasaï sont plus rigoureuses et plus strictes que celles de l’imam Abou Daoud. En matière d’acceptation des hadiths, l’imam Nasaï a fait preuve d’une plus grande prudence à l’égard des transmetteurs. Il a estimé nécessaire de s’enquérir plus soigneusement de leur situation. C’est pourquoi l’imam Nasaï n’a pas accepté les hadiths rapportés par nombre de transmetteurs auprès desquels l’imam Abou Daoud et l’imam Tirmidhi avaient recueilli des hadiths. Le hafiz Ibn Hajar al-Asqalani (r) a déclaré à ce sujet que les hadiths rapportés par ces transmetteurs sont eux aussi recevables.

******************************************************

Il existe de nombreux transmetteurs auprès desquels l’imam Abou Daoud et Tirmidhi ont recueilli des hadiths, mais l’imam Nasaï s’est abstenu d’accepter les hadiths qu’ils ont rapportés. Bien plus, l’imam Nasaï n’a pas non plus été disposé à accepter les hadiths d’un grand nombre de transmetteurs dont les hadiths ont pourtant été retenus dans les Sahih de Boukhari et de Muslim.

L’imam Tirmidhi (r)

1. Tous les hadiths cités dans les deux premiers recueils authentiques, ceux d’al-Bukhârî et de Muslim, sont acceptables.

2. Sont également acceptables tous les autres hadiths qui satisferont aux conditions fixées principalement par les traditionnistes, l’imam al-Bukhârî et l’imam Muslim, et dont l’authenticité sera établie.

3. Sont également acceptables les hadiths retenus par l’imam Abû Dâwûd et l’imam al-Nasâ’î, dont ils ont écarté les défauts et les lacunes.

4. Sont également acceptables les hadiths conformément auxquels les juristes ont pratiqué.

5. Sont également acceptables les hadiths dont le sujet principal est une prescription qui a toujours été appliquée.

6. Sont également acceptables les hadiths des transmetteurs réputés dignes de confiance qui ont fait l’objet de critiques, lorsque tout ce qui les concerne a été clairement exposé.

7. Sont également acceptables les hadiths rapportés par des transmetteurs dont les hadiths ont été critiqués, mais dont la fiabilité a été établie.

L’imam Ibn Mâjah (r)

1. Les hadiths acceptés par les cinq muhaddiths mentionnés précédemment sont également acceptables à ses yeux.

2. Les autres hadiths qui peuvent satisfaire aux conditions établies par ces cinq personnes mentionnées précédemment sont également acceptables.

3. Les hadiths sur la base desquels agissent les savants dignes de confiance et fiables sont eux aussi acceptables.

4. Les hadiths rapportés par les excellents rapporteurs du quatrième niveau sont également acceptables, après avoir été vérifiés et examinés puis établis comme authentiques.

En vérité, même les ennemis de l’islam sont contraints de reconnaître l’importance et la pertinence des conditions établies par les imams de la science du hadith ainsi que de la méthode de critique des hadiths.[*********************]

La dirāyat, ou méthode de vérification du texte même du hadith

La méthode de vérification, de pondération et d’examen des hadiths uniquement du point de vue de la chaîne de transmission a été exposée dans les pages précédentes. Sa deuxième méthode, efficace et fiable, consiste à vérifier l’exactitude du texte même du hadith (*********************). Dans la terminologie de la science du hadith, on l’appelle « dirāyat ». Cette méthode comporte plusieurs aspects. En résumé, elle consiste à examiner le hadith lui-même à la pierre de touche de la raison, sans critiquer ni vérifier les rapporteurs du hadith. Le processus de vérification de la « riwāyat », ou chaîne de transmission, se limite uniquement aux qualités personnelles, au caractère et aux relations mutuelles des rapporteurs du hadith. Mais si le sens du hadith contient une erreur, une fausseté, une invraisemblance ou quoi que ce soit de contraire au Coran et aux hadiths authentiques, cela ne peut être décelé par la vérification et l’examen selon cette méthode. Par conséquent, le seul fait qu’un hadith ait franchi avec succès la vérification selon cette méthode ne suffit pas pour qu’il soit accepté. C’est pourquoi le processus de « dirāyat » est appliqué afin de vérifier le contenu essentiel du hadith (*********************) à l’aune d’une intelligence pénétrante et du discernement. En matière de vérification et d’examen des hadiths, l’application du principe de la « dirāyat » est, tout comme celui de la « riwāyat », conforme au Coran et aux hadiths. Dieu Très-Haut lui-même a interdit de prendre une décision d’accepter ou de rejeter une « parole » en se fondant uniquement sur la « riwāyat ».

Lorsque les hypocrites de Médine répandirent des calomnies au sujet de ʿAïcha (qu’Allah l’agrée), certains musulmans furent eux aussi influencés par celles-ci. Alors Allah le Très-Haut leur adressa ces paroles :

******************************************************

Lorsque vous avez entendu cette parole, pourquoi n’avez-vous pas immédiatement dit : « Il ne nous convient absolument pas de tenir de tels propos » ? Vous auriez alors dû dire : « Allah est pur et sublime ; ce n’est rien d’autre qu’un mensonge manifeste et une calomnie énorme. » (Il est absolument impossible que cela soit vrai.)[*********************]

Autrement dit, dès que vous aviez entendu la nouvelle initiale, vous auriez dû penser qu’il s’agissait d’un mensonge complet. Il fallait donc aussitôt en interrompre la diffusion et la propagation. Cette injonction divine de réfuter comme mensonge cette « calomnie » dès qu’elle est entendue constitue précisément une directive pour appliquer la méthode de dirāya.

En vérité, dans la vérification des hadiths, la méthode de dirāya est un instrument des plus éminents et des plus aiguisés. À cette étape, les points suivants sont pris en considération :

1. Si un événement qui s’est déroulé devant des centaines ou des milliers de personnes — un événement qui, au moment où il s’est produit, n’a pu manquer d’être connu d’un grand nombre de gens — ou un événement similaire n’est rapporté que par un seul narrateur, des doutes surgiront naturellement quant à son authenticité. À moins qu’un tel événement ne soit rapporté par un grand nombre de Compagnons, le récit de cet unique narrateur ne peut en aucune manière être considéré comme un « hadith sahih » ni être accepté sans réserve.

2. Lorsqu’un événement est rapporté par des personnes qui n’avaient aucune raison d’avoir eu un contact avec l’événement lui-même ou avec le lieu où il s’est déroulé, voire pour lesquelles un tel contact était impossible, si leurs récits ne sont pas confirmés par ceux de personnes étroitement liées à l’événement et au lieu où il s’est produit, ou si ces dernières en rapportent le contraire, les hadiths rapportés par les premiers narrateurs ne pourront être acceptés comme des « hadiths sahih ». Ce sont plutôt les hadiths rapportés par les personnes ayant un lien plus étroit avec l’événement qui peuvent être acceptés. Ainsi, si un hadith concernant la vie conjugale et familiale du Prophète (s) est d’abord rapporté par une personne qui, sous aucun rapport, n’a d’expérience de la vie familiale du Prophète ou qui ne l’a pas entendu d’une personne expérimentée, son hadith ne peut être accepté. En revanche, si un tel hadith est rapporté par une personne liée d’une manière ou d’une autre à cet aspect de la vie du Messager — par exemple l’une de ses épouses ou un proche parent — ou s’il est rapporté après avoir été entendu d’une telle personne, il peut naturellement être accepté.

3. Le hadith rapporté par un narrateur qui connaît la valeur pratique des hadiths est plus acceptable que celui rapporté par un narrateur qui ne connaît pas la valeur pratique d’autres types de hadiths. Selon certains, même si un tābiʿī juriste rapporte directement un hadith du Messager sans mentionner le nom d’un Compagnon, ce hadith sera également acceptable conformément au principe susmentionné. À l’époque des Compagnons, les règles de la méthode de dirāya pour vérifier les hadiths n’avaient pas encore été exposées de manière détaillée. Toutefois, voici quelques exemples de vérification des hadiths selon cette méthode à cette époque :

1. Hadith rapporté par Abû Hurayra (qu’Allah l’agrée) :

******************************************************

J’ai entendu le Messager (s) dire : « Après avoir consommé une chose chauffée par le feu, faites les ablutions pour prier. »

En entendant ce hadith, le vénérable ʿAbdullah ibn ʿAbbas (ra) s’exclama : « Dans ce cas, même après avoir utilisé de l’eau chaude alors qu’on est en état d’ablution, il faudrait refaire les ablutions ? » [At-Tirmidhi — Kitab at-Taharah] En d’autres termes, par la méthode de la diraya, ce hadith ne peut pas être établi comme sahih.

2. Un autre hadith rapporte :

******************************************************

Le vendredi comporte un moment où, si un musulman demande à Allah un bien alors qu’il est en train de prier, Allah le lui accorde particulièrement.

Les nobles Compagnons étaient particulièrement désireux de savoir avec certitude quand se situait exactement ce moment privilégié. Le vénérable ʿAbdullah ibn Salam (ra) apprit que ce moment se trouvait précisément dans le dernier moment du vendredi. Mais, en l’entendant, le vénérable Abu Hurayra (ra) dit : « Comment cela serait-il possible ? Le Messager a dit que si quelqu’un invoque Allah alors qu’il est debout en prière, Il exaucera son invocation. Or aucune prière n’est permise au dernier moment de la journée. Il n’est donc pas raisonnable de déterminer un tel moment à partir de ce hadith. » [Abu Dawud — Kitab as-Salat]

Dans le premier hadith cité, l’exactitude du propos principal a été vérifiée sur la base de la diraya, tandis que, dans le second, c’est l’interprétation particulière du hadith qui a été vérifiée.

Hazrat Aïcha possédait une compétence et un talent particuliers pour vérifier les hadiths selon la méthode de la dirāya. Sur cette base, elle a formulé des objections concernant plusieurs hadiths, et il a été possible d’établir plusieurs principes fondamentaux de la dirāya à partir de ses objections. Par exemple :

1. Lorsqu’on cita devant elle, en l’attribuant au Messager, la parole suivante :

******************************************************

Le défunt sera châtié à cause des lamentations de sa famille pour lui.

Elle déclara alors : On ne peut pas admettre cela comme étant vrai. En effet, le Noble Coran proclame clairement :

******************************************************

Nul ne portera le fardeau du péché d’un autre.

Il en découle, comme principe de la vérification des hadiths selon la perspective de la dirāya, qu’aucun hadith contraire à une déclaration claire du Coran ne peut être accepté.

2. À l’époque des Compagnons, ce hadith se répandit parmi le peuple : durant la nuit du Mi‘râj, le Noble Prophète (s) aurait rencontré Allah directement. Ayant entendu cela, Hazrat ‘Aïcha (r) déclara : « Le narrateur de ce hadith est un menteur manifeste. » En effet, le Noble Coran affirme clairement :

******************************************************

Aucune créature ne peut appréhender Allah, tandis que Lui embrasse toute la création.

Les quelques principes fondamentaux du processus de dirâyat qui ressortent de la discussion détaillée précédente sont ici réunis :

1. Un hadith ne doit pas être contraire à une preuve coranique explicite.

2. Un hadith ne doit pas être contraire à une sunna établie par une transmission mutawâtir.

3. Un hadith ne doit pas être contraire au consensus clair et irréfutable des nobles Compagnons.

4. Un hadith ne doit pas être contraire à la raison et au bon sens manifestes.

5. Un hadith ne sera pas contraire aux principes éternellement reconnus et unanimement acceptés de la Charia.

6. Aucun hadith ne sera contraire à un hadith authentique et rigoureusement établi.

7. Le langage du hadith ne sera pas contraire aux règles de la langue arabe. En effet, le Prophète éminent (s) n’a jamais prononcé de paroles contraires aux règles de la langue arabe.

8. Un hadith ne donnera pas un sens extrêmement ridicule et portant atteinte à la dignité du Prophète.

Les ouvrages consacrés aux fondements du hadith mentionnent encore de nombreux autres principes à ce stade.

Les spécialistes du hadith divergent quant à l’application des deux méthodes exposées ci-dessus — la riwāya et la dirāya — pour vérifier les hadiths et déterminer s’ils sont authentiques ou non. Certains accordent de l’importance uniquement à la méthode de la riwāya, c’est-à-dire à la vérification de l’isnād. Selon eux, dès lors que l’isnād est correct et que sa continuité, son intégrité et son authenticité ont été convenablement préservées, le hadith peut sans aucun doute être accepté. D’autres, en revanche, estiment qu’il est plus important que le contenu même du hadith soit rationnel et qu’il réussisse l’épreuve de la méthode de la dirāya, plutôt que de se borner à établir la correction de l’isnād. De ce point de vue, un hadith qui ne réussit pas correctement cette épreuve ne peut être accepté. Même si son isnād est correct et qu’il est jugé acceptable du point de vue de l’isnād, il ne peut être retenu.

Mais, du point de vue du véritable savant muḥaqqiq, chacune de ces deux méthodes, prise isolément, est déséquilibrée. La première repose exclusivement sur l’isnād : en dehors de celui-ci, rien d’autre n’y est pris en considération. Dès lors que l’isnād est correct et fiable, le hadith doit être accepté sans réserve. La seconde repose absolument sur la raison. Si, du point de vue de la raison commune et de la logique, le contenu du hadith est acceptable, il ne semble même pas nécessaire d’examiner son isnād. Pourtant, en réalité, l’isnād seul ne peut suffire à prouver qu’une parole est vraie et correcte, pas plus que la raison et l’examen logique seuls ne peuvent suffire ! Il est donc indispensable d’établir une parfaite concordance entre ces deux méthodes et d’en préserver l’équilibre.

Principes équilibrés de la critique des hadiths

Quelle peut être la méthode cohérente pour vérifier les hadiths ? Cela nécessite assurément une véritable recherche. L’opinion mûrement réfléchie à ce sujet est qu’il faut d’abord vérifier l’isnād, puis examiner le texte principal de son hadith *********************. Si l’isnād est correct et que le texte même du hadith satisfait également aux critères de la dirāya, alors ce hadith est pleinement recevable.

Il existe toutefois de nombreux hadiths dont l’isnād est irréprochable, tandis que le contenu du texte principal dépasse l’entendement commun. Dans ce cas, la seule question à examiner est de savoir s’il ne contredit pas le Coran ; le hadith ne rend-il pas illicite ce que le Coran a déclaré licite, ou ne prouve-t-il pas quelque chose qui lui soit contraire ? Car chacun sait que les hadiths relatifs au Mi‘rāj ont été rapportés par vingt-cinq Compagnons et trois cents Tābi‘ūn, bien que cet événement dépasse l’entendement commun. Malgré cela, ils doivent assurément être acceptés comme des hadiths véridiques et authentiques. En effet, il ne s’agit pas d’une chose impossible, et elle est parfaitement conforme au Coran. C’est l’explication de questions que le Coran a mentionnées de manière obscure ou générale.

De même, l’examen des termes et du langage des hadiths permet de déterminer avec certitude s’il s’agit véritablement de paroles du Messager vénéré. Si un hadith contient une terminologie qui n’était pas employée à l’époque du Messager, il ne peut pas être un hadith de celui-ci. Exemple :

a) On trouve une citation dans les livres de hadith :

******************************************************

Les qadariyya sont les adorateurs du feu de cette communauté, et les rāfidites en sont les juifs.

Son langage et ses termes prouvent clairement qu’il ne peut en aucun cas s’agir d’une parole du Messager. Deuxièmement, les mots « al-qadarī » et « rāfidite », entre autres, relèvent d’une terminologie particulière. Or ce langage n’était absolument pas en usage à l’époque du Messager vénéré ; il ne peut donc être question qu’il ait été employé par le Messager.

b) La parole suivante est également rapportée sous le nom de « hadith » :

******************************************************

Celui qui considère que le Coran est créé est un infidèle.

À l’époque abbasside, une violente controverse éclata parmi les penseurs de ce temps sur la question de savoir si le Coran était créé ou non. À l’époque du Messager éminent, une telle idée ne pouvait même pas être conçue. Il est donc impossible de croire que de telles paroles soient jamais sorties de la bouche du Messager.

La règle et la méthode qu’a exposées l’allama et muhaddith Ibn al-Jawzi concernant l’application de la méthode de la diraya lors de la vérification des hadiths sont citées ci-dessous :

******************************************************

Tout hadith que vous trouverez contraire à la raison commune ou opposé aux principes généraux, vous le considérerez comme mawdu, c’est-à-dire fabriqué. Il n’est alors nul besoin de vérifier et d’examiner ses transmetteurs. De même, sont mawdu les hadiths qui se sont révélés invalides au regard du sentiment commun et de l’observation. Est également mawdu tout hadith contraire au Coran, à un hadith mutawatir ou à un ijma irréfutable, et dont aucune interprétation n’est possible ; de même que les hadiths qui menacent d’un châtiment sévère pour des paroles ordinaires et sans importance, ou qui promettent une immense récompense pour une œuvre insignifiante : ceux-là sont également mawdu. Ce genre de hadiths se trouve généralement dans les chaînes de transmission des prédicateurs et des soufis.

En outre, il est nécessaire de vérifier les hadiths à l’aune de la psychologie. Celui qui étudiera et pratiquera les hadiths du Messager de manière vaste et ininterrompue, et les approfondira avec un regard pénétrant et subtil, verra s’épanouir dans son for intérieur une lumière intense et limpide. Il comprendra aisément quel hadith est véritablement celui du Messager et lequel ne l’est pas ; quel genre de paroles le Messager pouvait prononcer, quel genre d’actes il pouvait accomplir, quels types de paroles ou d’actes pouvaient recevoir son approbation et lesquels ne le pouvaient pas. Il ne lui sera nullement difficile d’en prendre conscience.

À ce stade, l’opinion définitive est que la décision finale concernant l’acceptabilité ou la non-acceptabilité d’un hadith doit nécessairement se fonder sur une vérification rigoureuse et extrêmement minutieuse, à la fois de la chaîne de transmission et du hadith lui-même (matn).

 

Appendice 2

Le savoir du hadith dans le sous-continent

L’arrivée des Compagnons dans le sous-continent

Les relations commerciales de ce sous-continent avec les pays arabes sont très anciennes. Il était donc tout à fait naturel que la première onde de choc de la révolution qui s’était produite, au VIe siècle de l’ère chrétienne, sur la côte occidentale de la mer d’Arabie — dans les pays arabes — atteigne ce sous-continent situé sur la côte orientale. Il est établi par des sources historiques fiables que, durant les premières années de la révolution islamique — sinon à l’époque de la mission prophétique et du premier calife, du moins sous le califat du deuxième calife, Hazrat Umar al-Faruq (qu’Allah l’agrée) — certains Compagnons du Prophète universel sont arrivés dans ce sous-continent. Les Compagnons dont l’arrivée en Inde à cette époque est attestée sont les suivants : (1) Hazrat Abdullah ibn Abdullah ibn Utban, (2) Hazrat Asim ibn Amr al-Tamimi, (3) Hazrat Suhar ibn al-Abdi, (4) Hazrat Suhayb ibn Adi et (5) Hazrat al-Hakam ibn Abil-As al-Thaqafi (qu’Allah l’agrée). [Voir Siyar al-Sahaba, tome VI.]

Par la suite, l’arrivée des Compagnons en Inde se poursuivit également sous les règnes de Hazrat Uthman, de Hazrat Ali et de l’émir Muawiya. Toutefois, l’histoire ne permet d’identifier que trois Compagnons arrivés en Inde durant cette période. Les deux Compagnons qui arrivèrent en Inde sous le califat de Hazrat Uthman furent : (1) Hazrat Ubaydullah ibn Ma‘mar al-Tamimi et (2) Hazrat Abd al-Rahman ibn Samura ibn Habir ibn Abd Shams. Quant à Hazrat Sinan ibn Salama ibn al-Muhabbik al-Hudhali, il arriva sous le règne de l’émir Muawiya. Ziyad, alors gouverneur de l’Irak, l’envoya exercer les fonctions de gouverneur de la frontière indienne.

L’arrivée des tabi‘un dans le sous-continent

L’histoire montre qu’un grand nombre de tabi‘un arrivèrent en Inde après les Compagnons. Le premier tabi‘i à arriver en Inde sous le règne de l’émir Muawiya fut Muhallab ibn Abi Sufra. En l’an 44 de l’Hégire, il y entra comme commandant militaire aux côtés du Compagnon Hazrat Abd al-Rahman ibn Samura. Après avoir franchi les frontières du Sistan et de Kaboul, il parvint jusqu’à Lahore.

La diffusion du hadith dans le sous-continent

Les nobles Compagnons furent les tout premiers vecteurs de la diffusion de la science du hadith. Ils étaient des modèles concrets et des pionniers de la propagation de la religion islamique. Partout où ils se rendirent, ils se consacrèrent à la diffusion de l’islam ainsi que du Coran et des hadiths. Il ne peut donc faire aucun doute qu’ils œuvrèrent également dans ce pays à la diffusion des hadiths, parallèlement à celle du Coran. On peut dès lors croire que, durant la première moitié du premier siècle de l’Hégire, les rayons de la science du hadith se diffusèrent dans cette région, bien qu’il n’existe aucun moyen d’en connaître l’histoire détaillée.

La science du hadith au Sind

Pendant plusieurs années consécutives, des expéditions musulmanes furent menées dans les régions frontalières de ce sous-continent. Sinan ibn Salama conquit Qusdar. Ensuite, Huri ibn Huri al-Bahili, au moyen d’une vaste campagne, fit flotter l’étendard de l’islam sur la majeure partie du Sind. [Voir al-Baladhuri, p. 439-440.]

En l’an 93 de l’Hégire, Muhammad ibn al-Qasim acheva la conquête du Sind et le transforma en une province intégrée à l’État islamique. Il établit des colonies arabes dans des localités telles que Multan, Mansura, Alor, Debal, Sindan, Qusdar et Kandabil. Cinquante mille cavaliers demeurèrent en permanence aux côtés de Muhammad ibn al-Qasim. À cette époque, de nombreux Arabes arrivèrent dans ce pays pour le commerce et la résidence permanente. Des centres d’enseignement islamique — destinés à l’enseignement du Coran et des hadiths — furent ainsi établis dans toutes les localités susmentionnées. Parmi ces Arabes se trouvaient également de nombreux mémorisateurs du Coran et des hadiths. Grâce à leurs efforts et à leurs soins, l’enseignement du Coran et des hadiths se répandit largement dans cette région. Voici les noms et les notices de quelques-uns de ceux qui, parmi eux, œuvrèrent particulièrement à la diffusion des hadiths :

1. Musa ibn Yaqub al-Thaqafi. Il fut nommé juge (qadi) au Sind. Il possédait une compétence particulière dans la science du hadith.

2. Yazid ibn Abi Kabsha al-Dimashqi (m. 97 H). Il était un tabi‘i. Il avait appris un grand nombre de hadiths auprès des Compagnons, notamment Darda Sharhabil ibn Awz et Marwan ibn al-Hakam. Il était également reconnu comme un transmetteur de hadiths fiable.

3. Mufaddal ibn Muhallab ibn Abi Safra (m. 102 H), un tabi‘i. Il joua un rôle important dans la transmission des hadiths. Il transmit des hadiths de la bouche du Compagnon Nu‘man ibn Bashir ; et ceux qui rapportèrent des hadiths de lui furent son fils Hajib, Thabit al-Bunani et Jarir ibn Hazim.

4. Abu Musa Isra’il ibn Musa al-Basri (m. 155 H), al-Siddiqi. Il vint en Inde depuis Bassora pour affaires. C’était un transmetteur de hadiths digne de confiance. Parmi ses élèves figuraient d’éminents spécialistes du hadith, tels que Sufyan al-Thawri (m. 161 H), Sufyan ibn Uyayna (m. 198 H) et Yahya ibn Sa‘id al-Qattan (m. 198 H). Ce récit démontre clairement à quel point le rang d’Abu Musa était élevé dans la science du hadith. L’imam al-Bukhari rapporta un grand nombre de hadiths par l’intermédiaire d’Abu Musa dans son recueil de hadiths.

5. Amr ibn Muslim al-Bahili vint au Sind en qualité de gouverneur provincial sous le calife Umar ibn Abd al-Aziz. Il rapporta des hadiths de Ya’la ibn Ubayd.

6. Rabi ibn Sabih al-Sa’idi al-Basri (m. 170 de l’Hégire). Il rapporta de nombreux hadiths et compila également un ouvrage de hadiths. Il arriva en Inde en 160 de l’Hégire.

La propagation des hadiths dans les colonies arabes

Debal

Dans la ville de Debal (province du Sind), sous domination arabe, l’étude et la propagation des hadiths connurent un essor particulier. Plusieurs rapporteurs de hadiths renommés y apparurent. Voici les noms et quelques informations biographiques concernant certains d’entre eux :

1. Abu Ja’far al-Debali (m. 322 de l’Hégire). Il rapporta des hadiths de Musa ibn Harun al-Bazzaz (m. 294 de l’Hégire) et de Muhammad ibn Ali al-Sayf (m. 291 de l’Hégire).

3. Ahmad ibn Abd Allah al-Dabli (m. 346 de l’Hégire). Il fut l’élève du muhaddith Abu Ja’far. Il est connu comme l’un des rapporteurs d’un très grand nombre de hadiths au IVe siècle.

4. Muhammad ibn Muhammad ibn Abd Allah al-Debali (m. 346 de l’Hégire). Il étudia les hadiths auprès du calife Abu al-Qadi (m. 305). Le célèbre érudit Hakim al-Nishapuri fut son élève.

5. Al-Hasan ibn Muhammad ibn Asad Debli (mort en 350 H.). En 340 H., il rapporta des hadiths à Damas. Sa chaîne de transmission des hadiths remontait au Compagnon Jâbir ibn Abd Allah (r.a.).

6. Khalaf ibn Muhammad Debli (mort en 360 H.). Il étudia d’abord les hadiths à Debal auprès d’Alî ibn Mûsâ Debli. Il se rendit ensuite à Bagdad, où il commença à donner des cours de hadith.

7. Ahmad ibn Muhammad ibn Hârûn Debli (mort en 370 H.). Il étudia les hadiths à Bagdad auprès de Ja‘far ibn Muhammad al-Fâryâbî. Il étudia également les hadiths dans la ville de Koufa auprès d’Ahmad ibn Sharîf.

8. Hasan ibn Hamîd Debli (mort en 407 H.). C’était un grand commerçant et, parallèlement à ses activités commerciales, il étudia les hadiths et y acquit une grande compétence. Alî ibn Muhammad ibn Sa‘îd al-Mûchilî (mort en 359 H.), Dâlâj (mort en 351 H.), Muhammad al-Naqqâsh (mort en 351 H.) et Abû Alî al-Tumârî (mort en 360 H.) furent ses maîtres. Lorsqu’il rapportait des hadiths, son cœur s’attendrissait et s’emplissait d’une telle émotion qu’il fondait en larmes.

9. Abû al-Qâsim Shu‘ayb ibn Muhammad Debli (mort en 400 H.). Il était connu sous le nom d’Abû Qatân. Il se rendit en Égypte et y fonda un cercle où il se consacra à l’enseignement des hadiths.

Al-Mansûra

Al-Mansûra était située à 47 miles au nord-est de l’actuelle Hyderabad, au Sindh. Depuis l’époque de la première domination musulmane, cette ville était imprégnée de l’esprit islamique. La plupart de ses habitants étaient attachés aux hadiths. On peut donc considérer que l’étude des hadiths y connut un essor remarquable. L’enseignement des hadiths se poursuivait dans diverses mosquées. Des spécialistes se consacrèrent à la rédaction d’ouvrages de hadith. Parmi eux, le qadi Abû al-Abbâs al-Mansûrî acquit une grande renommée comme maître de hadith et compilateur d’ouvrages.

Les noms et les notices biographiques des autres spécialistes du hadith qui vécurent dans cette ville sont mentionnés ci-dessous :

1. Ahmad Abû al-ʿAbbâs al-Mansûrî. Il étudia le hadith auprès d’Abû al-ʿAbbâs ibn Asram (m. 336 H.) à Fars, et auprès d’Ahmad Hijjânî (connu sous le nom d’Abû Rawq, m. 332 H.) à Bassora.

2. Ahmad ibn Muhammad al-Mansûrî (m. 380 H.). Il étudia le hadith à Fars et à Bassora. Au IVe siècle, il acquit une grande renommée comme muhaddith.

3. Abû ʿAbd Allâh ibn Jaʿfar Murra al-Mansûrî (m. 390 H.). Il était l’élève de Hasan ibn al-Mukarram. Il acquit une grande renommée en tant que maître d’al-Hâkim al-Nîsâbûrî.

Kasdâr

L’actuel site de Khoshdar, dans l’État de Kalat, était autrefois connu sous le nom de Kasdâr. Le tombeau de Sînân ibn Salama al-Hudhalî s’y trouve. À l’époque de la domination arabe, c’était la capitale de l’empire du Tûrân. Cette ville avait acquis une importance considérable en tant que centre commercial. Elle occupait également une place particulière dans l’étude du hadith. Voici les noms de quelques spécialistes du hadith de cette ville :

1. Jaʿfar ibn Khattâb al-Kasdârî (m. 450 H.). Il était connu sous le nom d’Abû Muhammad. Plus tard, il s’installa dans la ville de Balkh. Il était reconnu comme un transmetteur de hadith fiable (thiqah). Abû al-Futûh ʿAbd al-Ghafûr al-Kâshgharî (m. 474 H.), hafiz du hadith, rapportait des hadiths de lui. Au Ve siècle, il acquit une grande renommée comme muhaddith.

2. Sîbawayh ibn Ismâʿîl al-Kasdârî (m. 463 H.). Abû al-Qâsim ʿAlî ibn Muhammad al-Husaynî, Yahyâ ibn Ibrâhîm et Râjâ ibn ʿAbd al-Wâhid furent ses maîtres en hadith. Il se rendit à La Mecque et commença à y donner des cours de hadith. Abû al-Fityân ʿAmr ibn Hasan al-Rawwâsî (m. 503 H.) rapporta des hadiths de lui.

L’étude du hadith dans le nord de l’Inde

Jusqu’au milieu du IIe siècle de l’Hégire, le Sind était soumis au gouvernement central arabe. Après cela, des révoltes, des troubles et des bouleversements politiques apparurent dans ce pays. À cette époque, l’ensemble de la province se trouva divisé en plusieurs petits royaumes indépendants locaux. Au IIIe siècle, ces royaumes furent eux aussi détruits. Ensuite, l’influence de la secte batinie s’étendit dans cette région. Par conséquent, pendant un certain temps, ses liens avec le souverain musulman central furent rompus.

En l’an 413 de l’Hégire, le sultan Mahmoud de Ghazni attaqua le Pendjab par le col de Khyber et s’empara de Lahore. De ce fait, les relations entre les musulmans et l’Indo-Pakistan furent rétablies. Par la suite, au cours du VIIe siècle de l’Hégire, la domination musulmane s’étendit et se consolida sur l’ensemble du sous-continent. Delhi fut désignée comme capitale des musulmans. Après cela, les musulmans de régions telles que le Turkestan asiatique, le Khourassan et l’Afghanistan commencèrent à arriver en Inde par groupes entiers en passant par le col de Khyber. Les deux premiers de ces pays, le Turkestan asiatique et le Khourassan, étaient devenus au IIIe siècle de l’Hégire le berceau de la science du hadith. Les auteurs des ouvrages des Sihah Sitta étaient originaires de ces régions. L’arrivée en Inde d’un grand nombre de personnes venues de ces pays entraîna le début d’une large diffusion de l’enseignement islamique et de la science du hadith. Lahore, en particulier, devint alors un centre d’enseignement du hadith.

La science du hadith à Lahore

En parlant de la diffusion de la science du hadith à Lahore, il faut tout d’abord mentionner le cheikh Muhammad Ismaïl Lahori (décédé en 448 de l’Hégire). Il arriva en Inde depuis Boukhara en l’an 395 de l’Hégire et commença à résider à Lahore. Là, dans le cadre de la diffusion des principes islamiques, il accorda une grande importance à la science du hadith et adopta des moyens efficaces pour la diffuser largement. Ainsi, au cours du siècle suivant, d’innombrables spécialistes du hadith apparurent à Lahore.

Voici les noms et notices biographiques de quelques spécialistes du hadith qui résidaient à Lahore durant cette période :

1. Sayyid Murtaza (décédé en 589 de l’Hégire). Il était versé dans la science du hadith et rejoignit l’armée du sultan Chihab al-Din Ghori.

2. Abou al-Hassan Ali ibn Omar Lahori (décédé en 529 de l’Hégire). C’était un grand spécialiste du hadith ; il étudia le hadith auprès du hafiz du hadith Abou al-Muzaffar Saïdi.

3. Abou al-Fath Abd al-Samad ibn Abd al-Rahman Lahori (décédé en 550 de l’Hégire). Il enseignait le hadith à Samarcande.

4. Abû al-Qâsim Muhammad ibn Khalaf al-Lahorî (mort en 540 H.). Il se rendit ensuite à Isfarâïn. C’était un éminent savant spécialiste du hadith.

Les muhaddiths du sous-continent au VIIe siècle

Voici les noms et quelques informations biographiques de plusieurs muhaddiths qui vécurent en divers endroits du sous-continent au VIIe siècle de l’Hégire :

1. Shaykh Bahâ’ al-Dîn Zakariyyâ al-Multânî (mort en 666 H.). Il était un descendant du Compagnon Habbân ibn Aswad. Il étudia le hadith à La Mecque et à Médine et y acquit une grande maîtrise.

2. Qâdî Minhâj al-Sirâj al-Jûzjânî (mort en 668 H.). Il se rendit à Lakhnâwatî, au Bengale.

3. Burhân al-Dîn Mahmûd ibn Abû al-Khayr al-Asad al-Balkhî (mort en 687 H.). Il fut l’élève du muhaddith Saghânî et obtint de lui l’autorisation de transmettre le livre de hadith « Mashâyikh al-Anwâr ».

4. Kamâl al-Dîn Zâhid (mort en 684 H.). Son véritable nom était Muhammad ibn Ahmad ibn Muhammad. Il devint réputé comme professeur de hadith de Shaykh Nizâm al-Dîn Awliyâ’.

5. Râdî al-Dîn al-Badâyûnî (mort en 700 H.). Il était un muhaddith extrêmement renommé parmi ses contemporains.

6. Sharafuddin Abū Tawāma al-Bukhārī al-Ḥanbalī (m. 700 H.). Il vint de Boukhara à Delhi au début du VIIe siècle. Il se rendit ensuite à Sonargaon, au Bengale (dans le district de Dacca), où il s’installa définitivement. Il étudia l’ʿilm al-ḥadīth avec une attention particulière. Grâce à ses efforts, Sonargaon devint rapidement un grand centre d’enseignement du ḥadīth. Il est regrettable que les détails de la pratique de l’ʿilm al-ḥadīth à Sonargaon demeurent encore plongés dans l’obscurité.

L’étude du ḥadīth dans le sous-continent au VIIIe siècle

Au VIIIe siècle de l’Hégire s’ouvre une nouvelle étape dans le développement progressif de l’ʿilm al-ḥadīth dans l’Inde pakistanaise. Le souverain bahmanide du Deccan, Maḥmūd Bahmanī (780-799 H.), accorda une attention particulière à la diffusion de l’ʿilm al-ḥadīth. Il institua des bourses pour les étudiants en ḥadīth (l’historien Firišta). À cette époque, bien que l’influence de l’étude du fiqh, de la philosophie et du taṣawwuf fût perceptible presque partout en Inde, l’enseignement du ḥadīth ne fut nullement entravé à grande échelle. Au contraire, d’éminents maîtres soufis se consacrèrent à la diffusion de l’ʿilm al-ḥadīth. Surtout, sous la direction de quatre éminents maîtres soufis, les quatre centres d’enseignement du ḥadīth suivants virent le jour.

1. Sous la direction de Niẓāmuddīn Awliyāʾ, un enseignement étendu du ḥadīth commença à Delhi.

2. Sous la direction de Sharafuddīn al-Munīrī et grâce à son enseignement, l’étude du ḥadīth fut introduite dans la région du Bihar.

3. Sous la direction d’al-Hamadānī, l’enseignement du ḥadīth commença au Cachemire.

4. Sous la direction de Zakariyyā Multānī, l’ʿilm al-ḥadīth se diffusa à Multan.

De nombreux muḥaddithūn sortirent de ces centres. Voici les noms de quelques muḥaddithūn, classés selon leurs centres respectifs :

Le centre de Nizamuddin Auliya

1) Shamsuddin Muhammad ibn Yahya Udhī (mort en 747 H.)

2) Fakhruddin Jarubadi (mort en 748 H.)

3) Ziauddin ibn Mu’ayyid al-Mulk Barani

4) Muhyiddin ibn Jalaluddin ibn Qutbuddin Kashani (mort en 719 H.)

5) Nizamuddin Allani Jafarabadi (mort en 735 H.)

6) Shaykh Nasiruddin Chiragh-i Delhi (mort en 757 H.)

7) Sayyid Muhammad Gisudaraz (mort en 825 H.)

8) Cheikh Wajihuddin

9) Cadi Shihabuddin Daulatabadi (m. 849 H.)

10) Mawlana Khajegi Kurabi (m. 878 H.)

Le centre de Sharafuddin al-Maniri

1) Cheikh Muzaffar Balkhi (m. 786 H.)

2) Husayn ibn Mu’izz Bihari (m. 845 H.)

3) Ahmad Langare Darya ibn Hasan ibn Muzaffar Bihari (m. 891 H.)

Le centre d’Ali Hamdani

C’est ʿAlī Hamadānī qui apporta le premier la science du hadith au Cachemire. Il y arriva en 774 de l’Hégire. Lui et ses disciples furent les tout premiers à propager l’islam dans ce pays. Il rédigea également deux ouvrages sur le hadith. Leurs titres sont les suivants :

a) As-Sabʿīn fī faḍāʾil Amīr al-Muʾminīn

b) Al-Arbaʿīn al-Amīriyya

Le centre de Shaykh Zakariyyā à Multan

Shaykh Bahāʾ ad-Dīn Zakariyyā fut le pionnier de la diffusion de l’enseignement du hadith à Multan. Jamāl ad-Dīn Ulūchī et Makhdoom-e Jahāniyā Sayyid Jalāl ad-Dīn Bukhārī sortirent de ce centre en tant que spécialistes du hadith.

L’époque de la Renaissance de la science du hadith dans le sous-continent

Au neuvième siècle, l’époque de la Renaissance de la science du hadith débuta dans le sous-continent. Aḥmad Shāh, souverain du Gujarat, ouvrit à nouveau la voie maritime commerciale entre l’Arabie et l’Inde. De nombreux savants du hadith arrivèrent donc d’Arabie en Inde. À cette époque, le gouvernement de l’Iran voisin adopta le chiisme. C’est pourquoi une immense communauté experte en science du hadith fut contrainte d’émigrer de ce pays vers l’Inde. Ils y apportèrent avec eux une quantité considérable de richesses liées au hadith. D’autre part, un flot de spécialistes du hadith se produisit également en Égypte à cette époque, et de grands traditionnistes arrivèrent en Inde depuis ce pays. Parmi les spécialistes du hadith qui vinrent en Inde à cette époque, les deux suivants sont les premiers à être dignes de mention :

1. Badr ad-Dīn Muḥammad ibn Abī Bakr ad-Damāmīnī (m. 827 de l’Hégire). Il était professeur de hadith à la mosquée Jāmiʿ Zabīd, au Yémen. C’est là qu’il rédigea un commentaire du Ṣaḥīḥ al-Bukhārī. Il s’intitule « Maṣābīḥ al-Jāmiʿ » (*********************). Il arriva au Gujarat, en Inde, au mois de Shaʿbān de l’année 820. Il y rédigea les trois ouvrages suivants : a) Taʿlīq al-Farāʾiḍ (*********************), b) « Tuḥfat al-Gharīb, Sharḥ al-Mughnī al-Labīb », et c) « ʿAyn al-Ḥayāt fī Khulāṣat Ḥayāt al-Ḥayawān ».

2. Abû al-Futûh Nûr al-Dîn Ahmad ibn Abdallah al-Shîrâzî al-Tûsî (m. 850 H.).

Il vint probablement au Gujarat entre 814 et 844. Il fut l’élève de Majd al-Dîn Fîrûzâbâdî, de Shams al-Dîn Jazarî, de Sayyid Sharîf Jurjânî et de Bâbâ Yûsuf Haravî.

Parmi ceux qui vinrent en Inde depuis le centre d’enseignement du hadith fondé en Égypte par Ibn Hajar al-Asqalânî, les deux muhaddiths suivants sont particulièrement remarquables :

1. Yahyâ ibn Abd al-Rahmân ibn Abû al-Khayr al-Hâshimî (m. 843 H.)

2. Les muhaddiths suivants vinrent en Inde depuis le centre du hadith fondé par Khwâja Imâd Sakhâvî :

1) Abû al-Fatah al-Râzî al-Makkî (m. 886 H.)

2) Ahmad ibn Sâlih Malvî

3) Umar ibn Muhammad Dimashqî (m. 900 H.)

4) Abd al-Aziz ibn Mahmud al-Tusi (mort en 910 H.)

5) Wajih al-Din Muhammad al-Maliki (mort en 919 H.)

6) Husayn ibn Abdallah ibn Awliya al-Kirmani (mort en 930 H.)

7) Jamal al-Din Muhammad ibn Umar al-Hajrani (mort en 930 H.)

8) Rafi al-Din al-Sakavi (mort en 954 H.)

Noms des traditionnistes venus du centre fondé par Zakariya al-Ansari :

1) Abd al-Muti al-Hajrani (mort en 989 H.)

2) Shihab al-Din al-Abbasi (932 H.)

Noms des muhaddiths venus du centre fondé par Ibn Hajar al-Haytami :

1) Shaykh Ibn Abdallah Aydarusi (décédé en 991 H.)

2) Abû Sa‘âdât Muhammad al-Faqîh (décédé en 992 H.)

3) Mîr Murtadâ Sharîf Shîrâzî (décédé en 974 H.)

4) Mîr Qal‘a, muhaddith d’Akbarâbâd (décédé en 983 H.)

Mullâ Alî Qârî, l’auteur du célèbre commentaire de Mishkât Sharîf, intitulé « Mirqât », fut l’élève de ce Qal‘a.

Par la suite, des centres d’enseignement du hadith furent établis dans les lieux suivants de l’Inde pakistanaise.

1) Le Deccan — de nombreux muhaddiths y arrivèrent. (2) Le Gujarat (3) Le Malwa (4) Le Khandesh (5) Le Sind — après cinq siècles, au Xe siècle de l’Hégire, l’enseignement et la diffusion du savoir du hadith y recommencèrent. (6) Lahore — sous la direction de Mawlânâ Muhammad (décédé en 1000 H.), cette ville devint un centre d’enseignement du hadith. (7) Jhansi et Kalpi — un muhaddith bagdadien nommé Sayyid Muhammad Ibrâhîm y arriva au Xe siècle de l’Hégire et y commença à enseigner le hadith. (8) Agra — trois centres d’enseignement du hadith y furent établis simultanément : a) la madrasa de Rafî‘uddîn Safawî ; b) la madrasa de Hâjî Ibrâhîm, muhaddith d’Akbarâbâd (décédé en 1010 H.) ; et c) la madrasa de Sayyid Shâhmîr (décédé en 1000 H.). (9) Lucknow — dans la seconde moitié du Xe siècle, cette ville devint un centre d’étude de la science du hadith, lorsque Shaykh Ziyâuddîn, muhaddith venu de Médine, s’y installa et commença à y enseigner le hadith. (10) Jaunpur — le hadith y fut probablement diffusé par Muhazzab Jaunpuri, élève de l’imam al-Sakhâwî. (11) Le Bihar — au VIIIe siècle, le savoir du hadith atteignit Phulwari Sharif, au Bihar, par l’intermédiaire de Sayyid Minhâjuddîn Râstî, élève de Sharafuddîn Munîrî. Il s’y développa et y progressa au Xe siècle.

Les voyages des habitants du sous-continent à l’étranger dans le but d’étudier le hadith

Entre 820 et 992 de l’Hégire (1417-1584 de l’ère chrétienne), l’arrivée de muhaddiths étrangers dans le sous-continent donna naissance à un nouvel essor dans l’enseignement du hadith ; dès lors, les habitants de ce pays, avides de savoir et désireux de s’instruire, commencèrent à partir à l’étranger dans le noble but d’étudier le hadith. Leurs voyages ne se limitèrent pas à l’Inde : ils se rendirent jusqu’à la lointaine La Mecque et à Médine afin d’acquérir une formation supérieure dans la science du hadith. Même à cette époque, ils n’hésitèrent ni ne reculèrent le moins du monde devant les risques de traverser une mer aux vagues tumultueuses. Depuis le muhaddith de cette époque, Abd al-Awwal al-Husaynî (mort en 986 de l’Hégire), jusqu’à Shah Walî Allah Dihlawî (mort en 1172 de l’Hégire), presque tous les spécialistes du hadith entreprirent de tels voyages dans le but d’étudier le hadith.

Jamalullah Gulbagî fut le premier à entreprendre ce difficile voyage. Il étudia le hadith à La Mecque. Par la suite, bien d’autres personnes se rendirent à La Mecque et à Médine dans le but d’étudier le hadith, et ces voyages se poursuivirent sans interruption jusqu’à l’établissement des premiers centres d’enseignement du hadith en Inde, les madrasas de Deoband et de Saharanpur.

À cette époque, les personnes suivantes acquirent une maîtrise particulière de la science du hadith :

1. Abû Bakr ibn Muhammad al-Bahruzî (mort en 915 de l’Hégire). Il rédigea une traduction persane ainsi qu’un commentaire du traité « Hisn-i Hasîn », compilé par al-Jazarî. Il traduisit également en persan l’ouvrage de Qâdî Iyâd intitulé « Ayn al-Wafâ fî tarjama-yi Shifâ ».

2. Mîr Sayyid Abd al-Awwal al-Husaynî, Gujarati, Jaunpûrî (mort en 986 de l’Hégire). Il était contemporain du muhaddith Abû al-Fath. Il étudia le hadith à La Mecque et à Médine. Il consentit de grands efforts et endura de nombreuses difficultés pour acquérir une formation supérieure en hadith, et rédigea deux ouvrages intitulés « Fayz al-Bârî fî sharh al-Bukhârî » et « Muntakhab-i kitâb-i Safar al-Sa‘âdat ». Au début du règne d’Akbar, Khan-i Khânân l’invita à se rendre de Gujarat à Delhi.

3. Khwaja Mubârak ibn Makhdûm al-Râjânî Bânârasî (mort en 981 de l’Hégire). Il compila un recueil de hadith intitulé « Madârij al-Akhbâr ».

4. Shaykh Vîkârî Kâkûrî (890-981 de l’Hégire). Son véritable nom était Nizâm al-Dîn ibn Aram Sayf al-Dîn. C’était un muhaddith renommé. Il étudia et entendit des hadiths auprès de Hâfiz Saqâvî. Il consacra sa vie au service du hadith. Il connaissait par cœur l’intégralité du Sahîh al-Bukhârî.

6. Jamaluddin Muhammad ibn Tahir ibn Ali al-Fattani (décédé en 914 H.). Il était connu sous le nom de « Malik al-Muhaddithin » (le roi des traditionnistes). Il s’inscrivit au centre d’enseignement du hadith d’Ali Muttaqi, à La Mecque, en l’an 944 de l’Hégire, et y étudia le hadith pendant six longues années. Il restera à jamais dans les mémoires grâce aux ouvrages suivants.

a) Majma‘ al-Bihar al-Anwar (********************)

b) Tadhkirat al-Mawdu‘at

c) Qanun al-Mawdu‘at wa al-Da‘if

d) Asma’ al-Rijal

e) al-Mughni fi Dabt al-Rijal

7. Shaykh Tayyib Sindhi (décédé en 999 H.). Il rédigea un ouvrage intitulé Ta‘liqat Mishkat al-Masabih.

8. Shaykh Abdullah Ansari Sultanpuri (décédé en 990 H.). Sous le règne de l’empereur Akbar, il était le plus éminent savant traditionniste de l’Inde. Voici les titres de ses deux ouvrages remarquables :

9) Sharh ‘alā Shamā’il al-Nabawī Gangohī (décédé en 990 de l’hégire). Il étudia les hadiths auprès d’Ibn Hajar al-Haytamī. Sous le règne d’Akbar, il joua un rôle révolutionnaire en faveur de l’islam.

Ses ouvrages suivants sur les hadiths sont dignes de mention :

a) Sunan al-Hudā fī Mutāba‘at al-Mustafā

b) ‘Azā’if al-Yawm wa-l-Layl

10. Shaykh Wajīh al-Dīn ‘Alawī Gujarātī (décédé en 990 de l’hégire). Il rédigea au moins vingt-trois ouvrages. Sharh Jāmī, Tafsīr al-Bayḍāwī et Nuzhat al-Naẓar fī Sharh Nukhbat al-Fikar comptent parmi ses œuvres célèbres.

11. Shaykh Tāhir ibn Yūsuf Sindī Burhānpūrī (décédé en 1004 de l’hégire). Le nombre de ses ouvrages est de quatre :

a) Talkhīs Sharh Asmā’ al-Rijāl d’al-Bukhārī al-Kirmānī

b) Mulhaq Jāmi‘ al-Jawāmi‘

g) Sharḥ al-Bukhārī

d) Riyāḍ al-Sālikīn

12. Shaykh Ibn Ḥasan Sayfī al-Kashmīrī (mort en 1003 de l’Hégire). Il fut le maître de Shaykh Aḥmad Sirhindī, le Mujaddid de l’an mille. Les titres de ses ouvrages sont les suivants :

a) Sharḥ Ṣaḥīḥ al-Bukhārī

b) Tafsīr al-Qurʾān

c) Risāla-ye adhkār

d) Maghāzī al-nubuwwa.

13. Ḥājjī Muḥammad al-Kashmīrī (mort en 1006 de l’Hégire). Parmi ses ouvrages remarquables sur le hadith, on peut citer les suivants :

a) Commentaire des Shamā’il du Prophète

b) Commentaire des Mashāriq al-Anwār

c) Kitāb Khulāṣat al-Jāmiʿ fī Jamʿ al-Ḥadīth

d) Commentaire du Ḥiṣn Ḥaṣīn

15. Le shaykh Munāwar ibn ʿAbd al-Majīd ibn ʿAbd al-Shakūr Lāhūrī (mort en 1010 H.) adopta, sous le règne d’Akbar, le rôle d’un ʿālim révolutionnaire. Pour cette raison, il fut également contraint d’être emprisonné ; durant sa détention, il acheva son ouvrage intitulé « Durr al-Naẓm fī Tartīb al-Awā’il wa al-Suwar al-Karīm » et mémorisa le tafsīr de Qāḍī Shihāb al-Dīn intitulé « al-Baḥr al-Mawāʿiẓ ». Il écrivit également un commentaire des « Mashāriq al-Anwār » de Sāghānī et du « Ḥiṣn Ḥaṣīn » de Jazarī.

16. Muḥyī al-Dīn ʿAbd al-Qādir ibn Shaykh ibn ʿAbd Allāh (mort en 1037 H.). Il rédigea de nombreux ouvrages. Cinq de ses ouvrages sur le ḥadīth sont particulièrement remarquables :

a) al-Minḥ al-Bārī bi-Khatm Ṣaḥīḥ al-Bukhārī

b) ʿIqd al-Layl fī Faḍā’il al-Layāl

c) Risāla fī manāqib al-Bukhārī

d) Al-Qawl al-jāmiʿ fī bayān al-ʿilm al-nāfiʿ

e) Kitāb al-Anfus al-laṭīf fī ahl Badr al-sharīf.

17. ʿAbd al-Nabī Shattārī (m. 1039 H.). Les cinq ouvrages suivants qu’il a consacrés au hadith sont remarquables :

a) Jahriyat al-Najāt fī sharḥ al-Mishkāt (commentaire de la Mishkāt Sharīf)

b) Sharḥ Nukhbat al-Fikr

c) Sharḥ al-Ḥadīth ********************

d) Sharḥ al-Ḥadīth ********************

e) Lawāmiʿ al-anwār fī manāqib al-sādāt al-athār.

L’époque du Mujaddid Alf-e-Sani

Le nom du Mujaddid Alf-e-Sani était Shaykh Ahmad ibn Abd al-Ahad al-Faruqi al-Sirhindi (m. en 1034 H.). Il étudia le hadith auprès de Shaykh Yaqub Saifi et reçut l’autorisation d’enseigner le Sahih al-Bukhari, la Mishkat de Tabrizi et le Jami al-Saghir d’al-Suyuti. Il reçut de Qadi Bahlul Badakhshani l’autorisation de transmettre les al-Sihah al-Sittah. Il ne laissa, au sujet du hadith, aucun ouvrage hormis le « Hadith-i Arba’in ». Il dirigea un vaste mouvement de réforme et de rectification de la société musulmane sur la base du Coran et du hadith. Dans son ouvrage « Maktubat », il accorda une importance particulière à l’enseignement du Coran et du hadith. De nombreuses personnes furent ainsi encouragées et incitées à étudier la science du hadith et à y acquérir la maîtrise. Voici les noms de quelques muhaddiths de cette époque :

1. Shaykh Sa’id ibn Ahmad Sirhindi (m. en 1070 H.)

2. Farukh Shah, fils de Shaykh Sa’id (m. en 1112 H.)

3. Siraj Ahmad Mujaddidi (m. en 1230 H.). Trois de ses ouvrages sont particulièrement remarquables :

a) Traduction persane du Sahih Muslim

b) Traduction persane du Jami al-Tirmidhi

ג) Recueil des hadiths relatifs à la nourriture et aux boissons.

4. Shaykh Ma‘sûm ibn Ahmad Sirhindî (décédé en 1080 H.)

5. Khwaja Azam ibn Sayfuddîn Sirhindî (décédé en 1114 H.).

Il fut un muhaddith renommé sous le règne de l’empereur Alamgir. Il rédigea un commentaire du Sahîh al-Bukhârî intitulé « Fayz al-Bârî, sharh Sahîh al-Bukhârî ».

6. Shah Abû Sa‘îd ibn Safî al-Qadr Mujaddidî (décédé en 1250)

7. Shah Abd al-Ghanî ibn Sa‘îd Mujaddidî (décédé en 1296 H.)

Il rédigea un commentaire du recueil de hadiths d’Ibn Mâjah intitulé « Injâh al-Hâjah, sharh Ibn Mâjah ».

L’époque de Shaykh Abd al-Haqq Muhaddith Dehlavî

Le cheikh Abd al-Haqq étudia les hadiths à La Mecque auprès du cheikh Abd al-Wahhab Muttaqî (décédé en 1010 de l’Hégire) et reçut de lui une « autorisation » concernant les Sihâh Sitta. Ses ouvrages suivants sur les hadiths constituent des contributions durables et inestimables :

a) « At-Tarîq al-qawîm fî sharh Sîrat al-mustaqîm ». Commentaire persan de l’ouvrage « Safar as-Sa‘âdat ».

b) Ashrât al-luma‘ât fî al-Mishkât (commentaire persan de la Mishkât Sharîf).

c) « Lam‘ât at-tanqîh fî sharh Mishkât al-masâbîh ».

d) Al-Ikmâl fî asmâ’ ar-rijâl

e) Jâmi‘ al-barakât, muntakhab sharh al-Mishkât

f) « Mâ thabata bis-sunna fî ayyâm as-sana »

g) « Al-Hadîth al-arba‘în »

j) « Tarjumatul Ahadisil Arbain »

k) « Dasture Fayzun Nur »

10. « Zikrul Ijazatil Hadis fil Kadim al-Hadis »

Grâce à son immense dévouement à l’étude du hadith et à sa contribution inoubliable au monde des ouvrages, le shaykh Abdoul Haq Muhaddith Dehlavi inaugura une nouvelle ère dans l’enseignement du hadith dans ce pays.

L’auteur de l’ouvrage « Tarikh-e Ulama-e Hind » a écrit à son sujet :

******************************************************

C’est lui qui, le premier, sema en Inde la graine de l’ilm al-hadith.

Il dispensa durablement des dars de hadith. Parmi ses descendants, de nombreuses personnes eurent l’honneur d’être reconnues comme de grands muhaddiths. Voici quelques-uns de leurs noms :

1. Shaykh Nūr al-Ḥaqq (décédé en 1073 H.). Il acquit la science du hadith auprès de son père. Il écrivit deux ouvrages sur le hadith :

a) Taysīr al-Qārī fī sharḥ Ṣaḥīḥ al-Bukhārī

b) Sharḥ Shamā’il al-Nabī

2. Ḥāfiẓ ʿAbd al-Ṣamad Fakhr al-Dīn ibn Muḥibb Allāh (décédé en 1160 H.). Ses ouvrages sont les suivants :

a) Manbaʿ al-ʿIlm fī sharḥ Ṣaḥīḥ Muslim. À l’origine, cet ouvrage avait été rédigé par son père ; lui-même s’est contenté de l’éditer.

b) Sharḥ ʿAyn al-ʿIlm

c) Sharḥ Ḥiṣn Ḥasīn

3. Shaykh al-Islām ibn Ḥāfiẓ Fakhr al-Dīn (décédé en 1180 H.). Il écrivit trois ouvrages sur le hadith :

a) Sharḥ Ṣaḥīḥ al-Bukhārī

b) Risāla Kashf al-Ghiṭā ʿammā yalzamu lil-mawtā wa-l-aḥyāʾ (commentaire du Muwaṭṭaʾ).

Risāla Radd al-Awhām ʿan Āthār al-Imām al-Humām.

4. Salāmullāh ibn Shaykh al-Islām Muḥaddith (mort en 1229). Il est connu sous le nom de « Muḥaddith de Rampur ». Parmi ses ouvrages remarquables sur le hadith figurent les suivants

1) Al-Muḥallā bi-asrār al-Muwaṭṭaʾ.

2) Traduction persane du Ṣaḥīḥ al-Bukhārī

3) Traduction persane du Shamāʾil al-Nabī

4) Risāla fī uṣūl al-ḥadīth

5. Cheikh Saifullah ibn Nurullah bin Nur al-Haqq. Sous le règne de l’empereur Alamgir, il rédigea un ouvrage intitulé « Ashraf al-Wasā’il fī Sharḥ al-Shamā’il ».

Les disciples du cheikh Abd al-Haqq

1) Khwaja Kharend Muʿin al-Din (d. 1085 H), 2) Khwaja Haidar Patlu (d. 1057 H), 3) Baba Dayud al-Mushtaqi Kashmiri, 4) Cheikh Inayatullah, le muhaddith kashmiri (d. 1195 H) — il enseigna le hadith pendant trente-six ans. 5) Mir Sayyid Mubarak Bilgirami (d. 1115 H) — il rédigea des commentaires persans de Shamā’il al-Nabī et de Ḥisn al-Ḥaṣīn. 6) Mir Abd al-Jalil Bilgirami (d. 1138 H) — c’était un muhaddith réputé pour sa maîtrise de l’asmā’ al-rijāl. 7) Mir Azad Bilgirami (d. 1200 H) — ses ouvrages relatifs au hadith sont intitulés :

a) ʿAj Juyuddarārī, commentaire du Ṣaḥīḥ al-Bukhārī

b) Shamāmat al-ʿAnbar fī mā urīda fī al-Hind min Sayyid al-Bashar

c) Subḥat al-Murjān fī āthār Hindustān.

d) Makhḍūm Sayyād fī ḥusn khātimat al-siyāda.

Les muhaddiths suivants acquérirent leur renommée du milieu du XIe siècle jusqu’au milieu du XIIe siècle de l’Hégire :

1) Muhammad Siddiq ibn Sharif (mort en 1040 de l’Hégire), 2) Shaykh Husayn al-Husayni (mort en 1043 de l’Hégire), 3) Sayyid Ja‘far Badr-e ‘Alam (mort en 1085 de l’Hégire) — il rédigea deux ouvrages intitulés « Al-Fayz al-Tari fi Sharh Sahih al-Bukhari » et « Rawzat al-Shah », 4) Abul Majd Mahbub-e ‘Alam (mort en 1111 de l’Hégire) — il rédigea un ouvrage intitulé « Zinat al-Nukat fi Sharh al-Mishkat », 5) Shaykh Ya‘qub Banani Lahori (mort en 1098 de l’Hégire) — il rédigea les trois ouvrages suivants :

a) « Al-Khayr al-Jari fi Sharh Sahih al-Bukhari »

b) « Al-Mu‘allim fi Sharh Sahih Muslim »

c) « Kitab al-Musaffa fi Sharh al-Muwatta »

6) Mawlana Na‘im Siddiqi (mort en 1120 de l’Hégire) — il rédigea un ouvrage de commentaire du Mishkat al-Masabih, 7) Shaykh Muhammad Akram ibn ‘Abd al-Rahman (mort en 1130 de l’Hégire). 8) Shaykh Yahya ibn ‘Amir al-‘Abbasi (mort en 1114 de l’Hégire) — il rédigea notamment les ouvrages suivants : a) « I‘anat al-Qari, Sharh Mulasiat Bukhari », b) « Arba‘in », c) « Tadhkirat al-Ashab », entre autres. 9) Shaykh Muhammad Fakhr Ilahabadi (mort en 1164 de l’Hégire) — il rédigea les quatre ouvrages suivants sur le hadith : a) « Qurrat al-‘Ayn fi Ithbat Raf‘ al-Yadayn », b) « Risala-ye Najatiyya dar ‘Aqa’id-e Hadithiyya », c) « Nazm-e ‘Ibrat-e Safar al-Sa‘d », d) « Mathnawi dar Ta‘rif-e Hadith ». 10) Mawlana Amin al-Din Muhammad ‘Umari (mort en 1145 de l’Hégire), 11) Mawlana Nur al-Din ibn Salih Ahmadabadi (mort en 1155 de l’Hégire) — il rédigea un commentaire du Sahih al-Bukhari intitulé « Nur al-Qari, Sharh Sahih al-Bukhari », 12) Mirza Muhammad ibn Rustam Badakhshi (mort en 1195 de l’Hégire). Parmi ses ouvrages de hadith, on peut citer les suivants :

a) « Miftah al-Naja fi Manaqib al-Aba »

b) « Tarajim al-Huffaz »

c) « Nuzul al-Abrar bima Sahha min Manaqib Ahl al-Bayt al-Athar »

d) Tuhfatul Muhibbîn fî Manâqib Khulafâ-e-Râchidîn.

(13) Mirza Jân Jalandhari Biraki (décédé en 1100 de l’Hégire) — il rédigea un ouvrage intitulé « Najmud-Durar al-Marjân ».

(14) Muhammad Siddîq Lahori (décédé en 1193 de l’Hégire) — il rédigea un ouvrage intitulé « Izâlatul Fasadât fî Charh Manâqibis-Sâdât ».

(15) Cheikh Hâshim ibn Abd al-Ghafûr Sindhi. Il réorganisa et structura de manière nouvelle le Sahîh Bukhâri Sharîf, selon l’ordre successif des générations des Compagnons.

L’époque de Shah Waliullah Dehlavi

À l’époque de Shah Waliullah Dehlavi s’ouvrit, dans le sous-continent, la période de l’épanouissement suprême de la science du hadith. C’est alors qu’elle acquit le statut d’une science développée. Derrière cette évolution, la contribution de l’imam de son époque, Shah Waliullah, fut immense et incomparable. Il naquit le 14 Chawwâl de l’an 1114 de l’Hégire. Il mourut en 1176 de l’Hégire. Il se rendit à La Mecque et à Médine afin d’y recevoir une formation supérieure en hadith. Parmi ses ouvrages remarquables sur le hadith figurent les suivants :

a) Hujjatullâhil Bâligha

b) Arba‘în

g) Asîqat al-Akhyâr

gh) Ad-Durr as-Samîn fî Mubashsharât an-Nabiyy al-Amîn

ng) Al-Fadl al-Mubîn fî al-Musalsal min Hadîth an-Nabiyy al-Amîn

tch) Al-Irshâd ilâ Muhimmât al-Isnâd

tchh) Tarâjim al-Bukhârî

dj) Sharh Tarâjim Abwâb al-Bukhârî

jh) Musaffâ, commentaire du Muwatta’

ñ) Musawwâ, commentaire du Muwatta’

ṭ) Āṯār al-Muḥaddiṯīn.

Voici les noms des traditionnistes apparus sous l’influence de Shah Walī Allāh :

1) Qāḍī Sanāʾullāh Pānīpatī (m. 1225 H.). Il rédigea un ouvrage de hadith intitulé « al-Lubāb ».

2) Shah ʿAbd al-ʿAzīz ibn Walī Allāh Dihlawī (m. 1236 H.). Il se consacra à l’enseignement du hadith pendant près de soixante ans. Par conséquent, ses nombreux élèves furent chargés d’enseigner et de diffuser le hadith dans différentes régions de l’Inde. Quelques-uns de leurs noms sont mentionnés ici :

1) Shah Rafīʿ al-Dīn Dihlawī (m. 1249 H.) (2), Shah Muḥammad Ismāʿīl Shahīd (martyrisé en 1246 H.) (3), Shah Muḥammad Maqṣūdullāh (m. 1273 H.) (4), Munshī Ṣadr al-Dīn Dihlawī (m. 1258 H.) (5), Ḥasan ʿAlī Muḥaddiṯ Lakhnawī, (6) Ḥusayn Aḥmad (m. 1275 H.) (7), Shah Raʾūf Aḥmad Mujaddidī (m. 1249 H.) (8), Shah Faḍl al-Raḥmān Ganj Murādābādī (m. 1315 H.), (9) Khurram ʿAlī Balhārī (m. 1271 H.). Il traduisit en ourdou le « Mušāriq al-Anwār » d’al-Ṣaghānī et l’« Arbaʿīn » de Shah Walī Allāh. (10) Shah Abū Saʿīd (m. 1250 H.) (11), Muḥammad Šakūr (m. 1300 H.) (12), Shah Ẓuhūr al-Ḥaqq Phulwārī, (13) Awlād Ḥusayn, (14) Karam Allāh Muḥaddiṯ Dihlawī (m. 1258 H.) (15), ʿAlāmatullāh Badāyūnī.

Les ouvrages de Shah ʿAbd al-ʿAzīz consacrés au hadith ne sont qu’au nombre de deux. Les voici :

a) Bustān al-Muḥaddiṯīn (en persan), b) Ījāla-ye Nāfiʿa.

3) Shah Isḥāq ibn Afḍal Fārūqī Dihlawī (m. 1262) — il se consacra à l’enseignement du hadith pendant vingt ans. Ses élèves se dispersèrent dans toute l’Inde. (4) Mazhab Nānūtawī (m. 1320). (5) Aḥmad ʿAlī Sahāranpūrī (m. 1297) — il reçut une formation supérieure à La Mecque et à Médine. Il rédigea notamment les ouvrages Taʿlīqāt-e Bukhārī, Muqaddama-ye Bukhārī et une glose marginale au Sharīf de Tirmidhī. (6) Mawlānā Qāsim Nānūtawī (m. 1297) (7), Mīyā Ṣāḥib Sayyid Naẓīr Ḥusayn (m. 1320). (8) Mawlawī Nawāb Muḥammad Quṭb al-Dīn Muḥaddiṯ-i Dihlawī — il étudia la science du hadith auprès de Shah Isḥāq Dihlawī. Il se rendit ensuite à La Mecque et à Médine, où il obtint une chaîne de transmission supérieure en matière de hadith. Les deux ouvrages suivants qu’il consacra au hadith sont remarquables :

a) Mazahir-e Haqq – traduction et commentaire en ourdou du Mishkat Sharif ; b) traduction du Hisn-e Hasin.

Après Shah Ishaq Sahib, divers centres d’enseignement du hadith furent établis. Les élèves des éminents savants mentionnés précédemment commencèrent à dispenser eux-mêmes l’enseignement du hadith et à en assurer la diffusion dans diverses régions de l’Inde et du Pakistan. De nombreuses personnes étudièrent le hadith auprès de Shah Abd al-Ghani, successeur de Shah Abu Saïd Mujaddidi. Par la suite, les personnalités suivantes acquérirent la renommée de savants éminents et de spécialistes de la science du hadith.

1) Maulana Abd al-Hayy Lakhnawi (mort en 1304), Maulana Rashid Ahmad Gangohi, Maulana Qasim, Maulana Yaqub, Maulana Abd al-Haqq Ilahabadi, Shaykh Habibur Rahman Rudawlavi, Maulana Muhammad Husayn Ilahabadi, Shaykh Muhammad Masum Mujaddidi, Maulana Jafari, Maulana Alim al-Din Balkhi, Shaykh Manzur Ahmad Hindi.

Le défunt Maulana Abd al-Hayy établit un centre d’enseignement du hadith à Firangi Mahal. Ceux qui étudièrent auprès de lui acquérirent une compétence considérable dans la science du hadith. Voici les noms de quelques muhaddith parmi ceux de cette période :

(1) Maulana Zahir Ahmad « Shawq ». Il rédigea un ouvrage de hadith intitulé Asar-us-Sunan (********************). (2) Maulana Abd al-Hadi Azimabadi (3) Maulana Muhammad Husayn Ilahabadi, (4) le hafiz du hadith Maulana Idris Sasrami (5) Maulana Abd al-Ghafur Ramzanpuri (6) Maulana Abd al-Karim Panjabi (7) Shah Sulayman Phulwari – il fut autrefois directeur de la madrasa Aliya de Calcutta. (8) Maulana Abd al-Hayy (9) Maulana Abd al-Wahhab Bihari (10) Maulana Abd al-Bari – il rédigea un commentaire de l’ouvrage Asar-us-Sunan.

C’est par l’intermédiaire de Maulana Sayyid Nazir Husayn Dehlawi (mort en 1320 de l’Hégire) que la science du hadith se diffusa largement dans le sous-continent. Il était le dirigeant de la communauté des ahl al-hadith. Des centaines de milliers d’étudiants étudièrent la science du hadith auprès de lui, puis se dispersèrent dans différentes régions du sous-continent. Voici les noms de quelques muhaddith parmi ceux de cette période :

(1) Maulana Shams al-Haqq Dahanwi. Il rédigea un ouvrage intitulé Ghayat al-Maqsud. (2) Maulana Ashraf Ali. Il rédigea un ouvrage intitulé Ayn al-Ma‘bud. (3) Maulana Abd al-Rahman Mubarakpuri – il écrivit un volumineux commentaire de Tirmidhi Sharif intitulé Tuhfat al-Ahwazi. (4) Maulana Sa‘adat Husayn – il était professeur de science du hadith à la madrasa Aliya de Calcutta. (5) Maulana Amir Ali Malihabadi – il rédigea une annotation de la Hidaya (ouvrage de fiqh). (6) Maulana Jamil Ansari – il enseignait le hadith à la madrasa Aliya de Calcutta. (7) Maulana Ahmadullah (mort en 1362) – il était le shaykh al-hadith de la madrasa Rahmania de Delhi. (8) Maulana Alam Ali Naginawi ; à Rampur, de grands muhaddith apparurent dans l’enseignement du hadith, notamment Sayyid Abu Muhammad Barkat Ali Shah, Maulana Hasan Shah, Maulana Munawwar Ali et son élève Maulana Wilayat Husayn.

Les élèves de Maulana Shah Abd al-Ghani, Maulana Muhammad Qasim et Maulana Rashid Ahmad, fondèrent la madrasa de Deoband. Au cours des siècles passés, plusieurs milliers de muhaddith se sont répandus dans toutes les régions de l’Inde et du Pakistan à partir de cet établissement. Maulana Khalil Ahmad Sahib fut un éminent muhaddith de cette période. Il rédigea, sous le titre de Bazl al-Majhud, un commentaire érudit et de grande qualité des Sunan d’Abu Dawud.

Maulana Mahmudul Hasan (Shaykh al-Hind) fut pendant longtemps l’un des principaux muhaddiths de la madrasa de Deoband, et plusieurs centaines de personnes étudièrent auprès de lui l’ilm al-hadith. Maulana Anwar Shah Kashmiri fut l’un des plus éminents muhaddiths de son époque. Les discours qu’il prononça en enseignant le Sahih al-Bukhari et le Jami‘ al-Tirmidhi furent consignés par ses étudiants et publiés respectivement sous les titres « Fayz al-Bari », commentaire du Sahih al-Bukhari, et « al-‘Arf al-Shadhi », commentaire du Jami‘ al-Tirmidhi.

Après avoir étudié les hadiths auprès de Maulana Ahmad Ali Saharanpuri, de nombreuses personnes se consacrèrent à l’enseignement des hadiths au Bengale et en Assam. Parmi ses étudiants, le mufti Abdullah Tungki et Maulana Nazir Hasan Deobandi acquirent la plus grande renommée. Dans les régions du Bengale-Oriental et de l’Assam, leurs étudiants, ainsi que les maîtres particuliers de l’auteur de cet ouvrage, Maulana Muhammad Husain Silheti et Maulana Mumtazuddin, devinrent particulièrement célèbres. [On ne trouve pas, dans un très grand nombre d’ouvrages, un exposé systématique de cette période. Tous les ouvrages utilisés pour cet exposé ont été tirés des ouvrages suivants : (1) l’ouvrage de recherche de M. le Dr Ishaq, Indian’s Contribution to the Study of Hadith Literature, (2) l’ouvrage écrit par Maulana Mufti ‘Amimul Ihsan, ******************** (3)******************** (4)******************** la préface, etc., de ********************, compilé par Maulana Abdul Ghaffar Hasan. Le célèbre spécialiste du hadith de Maner, Shaykh Makhdumul Mulk, étudia auprès de lui pendant vingt-deux années entières, sans interruption, l’ilm al-hadith ainsi que diverses autres sciences. (Manaqib al-Asfiya) (Islamic Culture, vol-xxvll- No-1]

L’ilm al-hadith au Bengale

Gaur-Panduah

Alauddin Husain Shah ibn Sayyid Ashraf Makki régna sur le Bengale de 900 à 924 de l’Hégire. Il contribua le premier à l’essor de la langue et de la littérature bengalies. Bien plus, son apport à la large diffusion de l’enseignement du Coran et des hadiths dans les territoires soumis à son autorité demeure inoubliable. Il invita dans son royaume, afin qu’ils y viennent résider, des personnes versées dans les sciences islamiques, qu’elles viennent de régions lointaines ou voisines. En 907 de l’Hégire (1502 de l’ère chrétienne), il fonda à Gaur, en un lieu appelé Gurbaye Shahid (situé aujourd’hui dans le district de Malda), une madrasa de haut niveau. Il établit également un collège à Panduah. L’enseignement de l’ilm al-hadith était dispensé dans ces établissements. En 911 de l’Hégire (1503 de l’ère chrétienne), Muhammad ibn Yazdan Bakhsh, connu sous le nom de Khwajagir Shirwani, copia le Sahih al-Bukhari en trois volumes. Celui-ci est conservé à l’Oriental Library de Bakipur.

Sonargaon

Il a déjà été mentionné que le muhaddith Sharafuddin Abu Tawama al-Bukhari al-Hanbali (m. en 700 H.) arriva, au VIIe siècle, à Sonargaon, dans le district de Dacca, et y mit en place un vaste système d’enseignement des hadiths. Le lieu devint ainsi un centre de l’ilm al-hadith. Cette situation se prolongea quelque temps encore après son décès. À cette époque, cette région était sous le règne des Sayyadat (900-945 H.). De nombreux spécialistes du hadith se réunirent à Sonargaon, alors capitale du Bengale-Oriental, et beaucoup de personnes y étudièrent également l’ilm al-hadith et atteignirent un haut degré de compétence. À cette époque, la pratique de l’étude des hadiths était si répandue dans cette région que de nombreuses mosquées et khanqahs furent affectées à cette fin. Une mosquée y fut fondée grâce aux efforts du célèbre spécialiste du hadith Taqiuddin Ainuddin (929 H.). Nusrat ibn Husain Shah régnait alors. On peut donc affirmer avec force que c’est sous le règne des Sayyadat que Sonargaon devint un centre d’enseignement des hadiths. Il est probable que cette gloire se soit maintenue et soit restée intacte jusqu’à la dernière période de la domination musulmane au Bengale-Oriental. Mais, sous la domination britannique qui suivit, les rayons d’or de Sonargaon se dissipèrent complètement.

Après la création du Pakistan, l’enseignement supérieur de l’ilm al-hadith fut mis en place dans un certain nombre de grandes madrasas de l’ancien Pakistan-Oriental (l’actuel Bangladesh). Ainsi, chaque année, un nombre considérable de personnes étudièrent les hadiths et prirent connaissance de l’un des fondements les plus importants de la religion islamique. Toutefois, en raison des insuffisances du système éducatif, elles ne purent en tirer autant de profit ni atteindre une compétence comparable à celles des étudiants en hadith des époques antérieures.

La compilation des ouvrages de hadith dans le sous-continent

Il semble qu’à l’époque postérieure à l’indépendance du sous-continent, les savants aient accordé une attention particulière à la diffusion générale de l’étude de la science du hadith. Des efforts ont notamment commencé à être déployés afin de familiariser la population avec les sources et fondements essentiels de l’islam. Le travail de compilation de nouveaux recueils de hadith, ainsi que de traduction et de rédaction d’explications des hadiths en ourdou et en bengali, a également débuté. On peut espérer que ce mouvement prendra une ampleur considérable dans un avenir proche. [Écrit à partir de l’ouvrage Indian’s Contribution to the Study of Hadith Literatur du Dr Ishaq et recueilli de celui-ci.]

La science du hadith face aux savants non musulmans

Le hadith est un trésor inestimable pour les musulmans. Dès le premier chapitre de l’histoire de l’islam, une importance extrême lui a été accordée, et des dispositions appropriées pour sa préservation, sa diffusion et son enseignement ont été maintenues depuis les tout premiers temps. Après le Coran, les musulmans n’ont jamais pu oublier le statut éminent du hadith. Cependant, les savants non musulmans ont eu des réactions mitigées à son égard. Certains savants l’ont considéré avec ouverture et n’ont pas manifesté la moindre réticence à reconnaître sincèrement son importance dans le domaine des connaissances et des sciences.

Mais certains penseurs européens n’ont pas pu reconnaître l’importance du hadith. Il existe même beaucoup de gens qui, précisément parce qu’il leur était impossible d’en nier l’importance, se sont efforcés de toutes leurs forces d’y découvrir toutes sortes de défauts et de lacunes.

Dans le présent article, nous souhaitons présenter certaines déclarations de ces deux catégories de personnes. Nous exposerons en même temps notre réponse aux propos de ceux qui ont, sous un aspect ou un autre, formulé des critiques à l’égard de la science du hadith, de sa compilation et de la méthode des traditionnistes pour vérifier et examiner les hadiths.

Les savants européens en faveur du hadith

1. Le célèbre historien européen Edward Gibbon a écrit : « La biographie du fondateur de chaque nation vient parachever l’ensemble des connaissances consignées par écrit à son sujet. Les hadiths de Hazrat Muhammad constituent un enseignement complet de paroles véritablement véridiques, ainsi que le symbole concret de ses actes, de sa probité et de ses bonnes œuvres. »(********************)

2. Dans le journal égyptien « Watan », un érudit chrétien a écrit : « Si les musulmans étudient le Coran et les hadiths, ils pourront y trouver les moyens de satisfaire pleinement leurs besoins religieux et matériels.

3. Le célèbre philosophe russe Tolstoï publia dans sa propre langue une compilation de hadiths destinée à la réforme morale de son pays et de son peuple.

(******************************************************)

4. Hightinger a publié une vaste liste des règles morales en vigueur parmi les musulmans et fondées sur les hadiths. Selon lui, il ne peut exister de meilleur moyen que celui-ci pour inciter concrètement les hommes à accomplir de bonnes actions et les détourner du péché.(********************)

5. Sir William Muir a écrit :

« Au cours de la première période, quel autre sujet de conversation pouvait être plus passionnant pour les musulmans que les paroles et les actes de l’homme le plus éminent ? …………. Cet homme éminent était la seule cause de l’existence et de l’essor de cette nation conquérante du monde. C’est lui qui avait remis entre les mains des musulmans les clés de ce monde et de l’au-delà. C’est pourquoi, parmi les disciples de Hazrat Muhammad, la plupart des conversations portaient sur lui. Grâce à tous ces moyens et facteurs, la science des hadiths a connu un développement considérable. (Life of Muhammad)

On appelle hadith les paroles sorties de la bouche du Noble Messager, le récit de ses actes, ainsi que toute parole, tout acte ou tout comportement qu’il a approuvé. La fiabilité et le caractère irréfutable de ces hadiths dépendent naturellement de leur compilation en temps voulu et selon une méthode exacte. Or, à l’aide d’arguments et de preuves irréfutables, il est devenu clair et incontestable qu’en réalité les hadiths ont commencé à être consignés du vivant même du Messager, conformément à ses directives. Aucun connaisseur de l’histoire de la science des hadiths ne peut le nier. Cependant, l’attitude de certains érudits occidentaux à cet égard est décourageante. N’étant pas correctement informés de l’histoire véritable des hadiths, ils ont formulé des affirmations susceptibles de semer une extrême confusion dans l’esprit des lecteurs non avertis au sujet de leur consignation et de leur préservation, en temps voulu et selon une méthode fiable.

Les doutes d’Alfred

À ce propos, nous souhaitons citer une déclaration tirée de l’ouvrage Alfred Guillame-Fr Islam. À la page 89 de cet ouvrage, il écrit :

Nous ne savons pas exactement quand les récits des actes et des paroles du Prophète furent consignés pour la première fois ; en fait, la tradition ancienne se contredit précisément sur ce point. Certains disent que le Prophète autorisa la consignation de ses paroles ; d’autres affirment qu’il l’interdit.

Nous ne savons pas exactement quand les récits des paroles et des actes du Très Honoré furent consignés pour la première fois. En réalité, les hadiths de la première époque se contredisent sur ce point. Certains disent que le Messager avait autorisé la consignation de ses paroles. D’autres affirment au contraire qu’il l’avait interdite.

La citation reproduite contient simultanément plusieurs insinuations contestables. En disant : « Nous ne savons pas exactement quand les hadiths furent consignés », on cherche à faire naître dans l’esprit des gens des doutes quant à l’authenticité des hadiths. Deuxièmement, sans établir de véritable harmonie entre l’« interdiction » et l’« autorisation » du Messager, on suscite une extrême hésitation et un profond doute. Pourtant, l’exposé consacré à cette question dans le présent ouvrage considérable démontre que l’interdiction de consigner les hadiths, au tout début de la prédication islamique, n’avait été prononcée que pour éviter qu’une confusion entre le Coran et les hadiths ne provoque une situation grave. Mais cette interdiction fut très rapidement transformée en autorisation, et les Compagnons commencèrent à consigner les hadiths sans la moindre hésitation. Il faut également garder à l’esprit qu’au tout début, même si la consignation des hadiths avait cessé du fait de l’interdiction de les écrire en même temps que le Coran, leur transmission orale ainsi que leur étude et leur discussion réciproques ne cessèrent nullement. Car seule leur consignation écrite avait été interdite. Il n’avait pas été interdit de les transmettre oralement les uns aux autres.

En outre, deux orientalistes renommés, Goldziher et Sprenger, ont eux aussi tenté, à ce stade, de susciter le doute dans l’esprit du public. Dans le deuxième volume de son ouvrage intitulé Muhammadanische Studim, aux pages 241 à 250, Goldziher a tenté de démontrer, à l’aide de nombreux arguments, que les hadiths avaient été compilés au début du IIe siècle de l’Hégire. Pourtant, dans la première partie de ce même ouvrage, aux pages 10 à 12, il avait également écrit certaines choses qui laissent entendre que quelques recueils de hadiths — des sahîfa — avaient été constitués dès l’époque du Messager. Mais peu après, il développa de nombreuses théories destinées à faire naître des doutes et de l’incrédulité quant à l’authenticité de ces sahîfa.

Deux objectifs se cachent derrière une telle démarche. Le premier consiste à affaiblir la valeur probante des hadiths et de la Sunna en prétendant qu’ils auraient seulement été mémorisés, puis à plonger le public dans une grave confusion en affirmant que les hadiths n’auraient été consignés qu’au IIe siècle de l’Hégire. Le second consiste à rendre l’ensemble des hadiths et de la Sunna inutiles et indignes de confiance en prétendant que les compilateurs de hadiths les auraient fabriqués pour soutenir leurs propres conceptions et opinions, et dans le but de réaliser leurs desseins malveillants. Cet orientaliste n’a mené ses réflexions et ses recherches nullement dans le but de consentir les efforts nécessaires pour rassembler les preuves requises afin de faire connaître l’histoire de la compilation des hadiths. En réalité, une telle entreprise ne peut être menée que par des personnes profondément intéressées et guidées par des objectifs particuliers.

Dans son ouvrage intitulé Dao Traditious wesen dei den Arabern 1856, 1-17 Dans, Sprenger a tenté de démontrer comme fausse l’idée que les hadiths seraient parvenus fidèlement du Messager. Au sujet de la compilation des hadiths, il a tenté de démontrer que ceux-ci ne dataient pas de la vie du Messager, mais qu’ils avaient été compilés au IIe siècle de l’Hégire. En réalité, les intentions de cet orientaliste ne sont pas non plus bonnes.

Dozy a certes reconnu qu’un grand nombre de hadiths du Messager avaient été mémorisés et que c’est à partir de ceux-ci qu’ils avaient été compilés sous forme d’ouvrages. Toutefois, de nombreux hadiths fabriqués et mensongers y auraient également été inclus. De tels propos de Dozy peuvent faire naître chez beaucoup de gens des doutes quant à l’authenticité des hadiths. Pourtant, aucune bonne intention ne se dissimule derrière cette déclaration. Son objectif est au contraire de faire naître des doutes au sujet des hadiths et de la Sunna, en particulier chez ceux qui ne connaissent pas l’histoire exacte de la compilation des hadiths.

À ce stade, notre position est la suivante : pour établir la vérité de notre passé et de l’histoire primitive de la civilisation musulmane, nous ne sommes nullement disposés à prêter attention aux affirmations incohérentes et aux propos dépourvus de fondement des prétendus orientalistes. Que les savants occidentaux reconnaissent ou non que les hadiths furent consignés et rassemblés du vivant du Messager, cela ne change rien pour les musulmans. En effet, « les gens de la maison sont les mieux informés de ce qui s’y passe » : il est irréfutablement établi, par des ouvrages fiables et solidement documentés, que des hadiths furent écrits en présence même du Prophète éminent et qu’un immense patrimoine de hadiths fut rassemblé sous forme de sahîfa et de carnets de notes personnels. Il ne fait aucun doute que l’ensemble du patrimoine de hadiths compilé à cette époque fut ensuite réuni et intégré dans des ouvrages. À titre d’exemple, le Musnad de l’imam Ahmad ibn Hanbal contient intégralement les vastes recueils de hadiths, sous forme de sahîfa, compilés par Abdullah ibn Amr ibn al-As et par le vénérable Abû Hurayra.

Les orientalistes estiment que toutes les paroles et affirmations citées au sujet de l’écriture et de la compilation des hadiths, ou de l’interdiction de les écrire, furent forgées sous l’effet d’une certaine prise de position des traditionnistes et des juristes. Ceux-ci auraient composé des hadiths afin de triompher dans leurs conflits réciproques, à l’appui de leurs propres opinions et jugements.

Mais c’est une affirmation totalement fausse et trompeuse. Le principal instigateur de cette confusion fut Goldziher. En effet, l’orientaliste Sprenger, qui le précéda, découvrit en 1855 l’ouvrage écrit par al-Khatîb al-Baghdâdî ******************** et rédigea un article intitulé « L’origine et le développement de l’écriture » (origin and progress of writing). (Asiatic Sociaty of Bangal XXV, 303-329.) Dans cet article, s’appuyant sur la diffusion de l’écriture dans la société arabe et sur les preuves qui s’y rapportent, il conclut qu’un grand nombre de hadiths avaient dû être écrits et compilés à l’époque du Messager. Goldziher, quant à lui, rejeta ces informations en les considérant comme fausses et propagea l’idée que ces affirmations avaient été forgées ultérieurement par des personnes aux intérêts opposés.

En réalité, cette fausse propagande fut menée par pure malveillance et par hostilité envers le développement de la civilisation islamique. Sinon, examinée objectivement, une telle affirmation ne pourrait avoir aucun fondement. Il est indéniable qu’un grand nombre de Compagnons s’employèrent avec un soin particulier à écrire et à compiler les hadiths du vivant même du Prophète éminent. Il va sans dire qu’il n’existe aucune raison de nourrir le moindre doute à ce sujet. Il est toutefois vrai que le nombre de sahîfa écrites et compilées à cette époque n’était pas très élevé. Mais il n’y a absolument aucune raison de douter que les hadiths furent écrits et compilés.

Les propos de M. Muir

Sir William Muir a formulé, dans son ouvrage Life of Muhammad, une affirmation infondée au sujet de la méthode employée par les traditionnistes pour vérifier les hadiths. Il a déclaré :

Il est évident quel type de critique et de vérification des hadiths pratiquaient les traditionnistes. Cette méthode était si rigoureuse qu’en moyenne ils considéraient comme irrecevables quatre-vingt-dix-neuf hadiths sur cent.

En réalité, les propos de M. Muir ne reposent eux non plus sur aucun fondement sérieux. S’il avait été correctement informé de la méthode de vérification des hadiths employée par les traditionnistes, il n’aurait jamais tenu une telle affirmation. L’imam al-Bukhârî composa son Sahîh al-Bukhârî à partir des six cent mille hadiths qu’il avait recueillis, en y incluant au moins neuf mille hadiths ; c’est précisément de là que naquit l’idée évoquée plus haut par M. Muir. Mais, après avoir achevé son ouvrage, l’imam al-Bukhârî déclara que plusieurs milliers de hadiths authentiques n’avaient pu y être inclus. Cela signifie clairement que les hadiths qu’il n’intégra pas à son ouvrage ne sont pas nécessairement faibles ou irrecevables et qu’il existe encore plusieurs milliers de hadiths authentiques en dehors de ceux qui y furent inclus. M. Muir en déduisit, à tort, que l’imam al-Bukhârî considérait comme « faibles » et « irrecevables » tous les hadiths qui n’avaient pas été inclus dans son ouvrage. Si tous les hadiths écartés par l’imam al-Bukhârî avaient réellement été irrecevables, il n’aurait jamais dit qu’il restait parmi eux des « hadiths authentiques ». En réalité, tout auteur rassemble une grande quantité d’informations utiles à son ouvrage ; mais le fait de ne pas les y intégrer toutes ne signifie nullement qu’elles deviennent toutes « faibles ». Cette vérité semble être restée inconnue de M. Muir. Il ne savait apparemment pas non plus pour quelles raisons un traditionniste peut déclarer un hadith irrecevable. Chaque hadith est parvenu à l’auteur par un grand nombre de chaînes ; celui-ci a examiné et vérifié chacune d’elles avec la plus grande minutie, selon ses propres critères. Il a accepté le hadith par les chaînes qu’il a jugées fiables et a écarté celles auxquelles il ne pouvait se fier ou qui étaient superflues. Mais cela ne rend jamais irrecevable le hadith originel rapporté par différentes chaînes. En réalité, le nombre des hadiths est compté non pas du point de vue de leur matn, mais en fonction des chaînes de transmission. C’est pourquoi il est impossible d’affirmer avec certitude combien de hadiths originels l’imam al-Bukhârî avait recueillis et par combien de chaînes ils lui étaient parvenus.

Critique du Dr Sprenger

Le Dr Sprenger a vivement critiqué, en particulier, la méthode de vérification des hadiths suivie par l’imam al-Bukhari. Il a écrit dans son ouvrage Life of Muhammad :

« Les principes et méthodes qu’il (l’imam al-Bukhari) a suivis ne peuvent être qualifiés de “critique du hadith”. Il se contentait de vérifier si la continuité de la chaîne des transmetteurs était préservée et si elle ne s’était interrompue nulle part. En outre, il examinait la conduite, c’est-à-dire le caractère, des transmetteurs de hadith. En effet, son principe était de rejeter tout hadith qui n’était pas conforme à son opinion “empreinte d’animosité”. Par conséquent, le rejet d’un hadith par lui ne peut en aucune façon signifier que ce hadith était réellement inacceptable. Toutefois, son ouvrage Jami‘ se distinguait des autres ouvrages de type Musnad en ce qu’il ne suivait pas une école juridique particulière ; il reposait plutôt sur la probité des transmetteurs. »

L’examen de ces propos du Dr Sprenger montre clairement que, tout comme il ne connaît pas les termes techniques du hadith, il n’a aucune expérience des méthodes de travail et de la situation des muhaddiths. De plus, il n’a pas non plus une compréhension claire des diverses conditions de la science du hadith.

Les muhaddiths vérifient d’abord les hadiths selon le critère de la méthode de diraya. Ce principe a été tiré de la méthode qu’ils ont suivie dans le Coran, les hadiths et la pratique des nobles Compagnons. Son application est impérative pour tous. Puisqu’il s’agit précisément d’un principe général et courant, il n’était pas nécessaire pour les muhaddiths de l’exposer. En effet, chacun sait que les muhaddiths ont nécessairement vérifié et examiné les hadiths à la lumière de ces principes. Si quelqu’un a commis une erreur dans cette vérification, c’est une question entièrement distincte. Chaque muhaddith s’est consacré avec le plus grand zèle à la recherche et aux efforts nécessaires pour maintenir exacte et exempte de défauts la chaîne de transmission des hadiths qu’il avait lui-même rassemblés. Sans cela, ils n’auraient absolument pas été disposés à accepter un quelconque hadith. C’est pourquoi chaque muhaddith vérifiait, examinait et contrôlait les transmetteurs de hadith, établissait sa propre chaîne de transmission, puis acceptait sans hésitation les hadiths reçus par cette chaîne.

Il semble que le Dr Sprenger ne sache même pas exactement de quel type d’ouvrage est le Sahih al-Bukhari : un Jami‘ ou un Musnad. En effet, il a pris le Sahih al-Bukhari pour un ouvrage de type Musnad.

Le Dr Sprenger a accusé l’imam al-Bukhari de jalousie et d’animosité. C’est une affirmation totalement infondée. Il n’y a aucune raison de penser que l’imam al-Bukhari ait été animé par la jalousie et l’animosité. En réalité, il en était entièrement pur et exempt. C’est pourquoi nous constatons que, bien qu’il ne fût pas chiite, il a accepté et inclus dans son incomparable ouvrage de hadiths des hadiths rapportés par des transmetteurs chiites. De plus, il était chaféite, mais il n’a pas hésité à accepter dans son ouvrage de nombreux hadiths contraires à l’école chaféite. Il semble que le Dr Sprenger ignorait complètement tous ces faits.

Autres propos de M. Muir

À ce propos, plusieurs autres déclarations de M. Muir méritent d’être mentionnées. À un endroit de son ouvrage Life of Muhammad, il a critiqué avec sarcasme la méthode de vérification des hadiths en disant :

Pour les traditionnistes, il n’était pas jugé nécessaire, pour qu’un hadith soit accepté, de mentionner son contenu essentiel ********************. Il suffisait de mentionner les noms des transmetteurs du hadith.

Cette déclaration de M. Muir prouve également qu’il ne connaît guère la terminologie de la science du hadith ni les méthodes de vérification des hadiths. En effet, deux méthodes de vérification des hadiths, la « riwāya » et la « dirāya », sont établies et universellement connues dans le monde du hadith. Il ne saurait exister de méthode de vérification meilleure que celles-ci. Par la méthode de la « riwāya », on vérifie la chaîne de transmission du hadith, et il n’est alors nullement nécessaire d’en mentionner le texte même. En revanche, par la méthode de la « dirāya », on vérifie seulement l’exactitude du contenu essentiel ******************** du hadith ; dans ce cas, vérifier la condition des transmetteurs devient sans objet.

M. Muir a encore formulé une grave erreur. Il a affirmé qu’il n’existait, entre les traditionnistes, ni confiance ni esprit de tolérance concernant les principes et les méthodes de recherche, de vérification et d’examen des hadiths. C’est pourquoi chaque traditionniste aurait accepté ou rejeté les hadiths selon sa propre méthode. Cette affirmation au sujet des traditionnistes est infondée. Seul peut tenir de tels propos celui qui n’a pas la moindre connaissance ou le moindre respect pour les sciences islamiques, ou celui qui est résolu à combattre l’islam. M. Muir veut également qualifier de méfiance et de manque de respect mutuels les divergences d’opinions relatives au principe de l’ijtihad. Mais, en réalité, il ne s’agit nullement d’un manque de confiance. Il ne s’agit que de différences dans les principes de l’ijtihad, les opinions et les jugements de chacun. C’est pourquoi nous voyons que l’imam Muslim a critiqué certaines opinions ou méthodes de l’imam al-Bukhari, sans éprouver la moindre hésitation à le reconnaître et à lui témoigner du respect en tant que « Sayyid al-Muhaddithin », le plus éminent des traditionnistes. En réalité, c’est précisément en raison des divergences d’opinion qu’est apparue la nécessité de vérifier les chaînes ou isnads des hadiths.

Comme exemple des divergences d’opinion entre les traditionnistes, on peut citer le fait que l’imam al-Bukhari accorde une importance extrême à la nécessité d’une rencontre directe et d’une longue période de vie commune entre « celui qui a rapporté un hadith de quelqu’un » ******************** ces deux personnes. Mais l’imam Muslim estime qu’il suffit qu’ils aient été contemporains et qu’ils aient vécu à la même époque. L’imam al-Bukhari n’est disposé à accepter que les hadiths transmis par des rapporteurs au sujet de la fiabilité, de la confiance et du caractère digne de foi desquels tous sont unanimes. En revanche, l’imam al-Nasa’i acceptait également les hadiths rapportés par des personnes dont tous ne reconnaissaient pas la fiabilité. En réalité, cette situation n’est pas née d’une méfiance mutuelle ni de jalousie ou d’animosité ; elle n’est qu’une simple divergence d’opinion et de jugement, et rien d’autre. Plus tard, si les traditionnistes trouvaient une nouvelle chaîne fiable de transmission d’un hadith, ils acceptaient ce hadith conformément au principe fondamental établi par l’un des « six imams du hadith ». Cela témoigne d’une ouverture de perspective.

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