Paroles de l’éditeur
« Bible, Coran et science » est un ouvrage célèbre dans le monde entier. Il a été écrit par le célèbre chirurgien, scientifique et chercheur français, le Dr Maurice Bucaille. Son livre, rédigé en français et intitulé « La Bible, le Coran et la science », a attiré immédiatement l’attention du public cultivé lorsqu’il a été publié pour la première fois à Paris, en mai 1976. Il a été traduit dans de nombreuses langues du monde, notamment en anglais et en arabe.
Le Saint Coran est la clé du salut et du bien-être de l’humanité dans ce monde et dans l’au-delà, ainsi que l’unique Livre céleste exempt d’erreur. Pourtant, à travers les âges, on a tenté de nier cette vérité. Ces tentatives ont principalement été menées par des érudits juifs et chrétiens, ainsi que par des scientifiques.
Dans cet ouvrage, il a magnifiquement mis en évidence la concordance entre les connaissances issues des recherches scientifiques modernes et les récits de la Bible. À l’ère de l’extrême essor de la science, cet ouvrage est d’une grande utilité pour ceux qui souhaitent découvrir la vérité véritable ; c’est pourquoi il fait l’objet de nombreuses discussions et de nombreux éloges dans le monde entier. Lorsque l’éminent journaliste et chroniqueur M. Osman Gani a traduit cet extraordinaire ouvrage en bengali, il a d’abord été publié en feuilleton pendant plusieurs années dans le mensuel Prithibi. Récemment, lors d’une réunion de prière organisée à l’occasion du deuxième anniversaire du décès d’Osman Gani, les personnes présentes ont insisté sur l’importance de publier l’ouvrage sous forme de livre. Elles ont déclaré que sa publication pourrait être une cause de salut dans l’au-delà pour le défunt et qu’il pourrait continuer, après sa mort, à recevoir la récompense d’une aumône perpétuelle.
Considérant cet aspect, lorsque les enfants dignes et la famille du défunt ont accepté avec joie la publication de l’ouvrage, l’Académie du Coran a décidé de le publier.
L’Académie du Coran est une organisation missionnaire créée dans le but de diffuser et de promouvoir les enseignements et le message du Coran, et de les répandre largement parmi les populations. Sa tâche principale consiste à mener des recherches centrées sur le Coran, puis à publier et à diffuser les fruits de ces recherches. Avec notre collaboration, ont déjà été publiés le « DICTIONARY OF THE HOLY QURAN », « Le dictionnaire du Coran », écrit par Hafiz Munir Uddin Ahmed, directeur de l’Académie du Coran de Londres, le « Dictionnaire thématique du Coran », écrit par Asad bin Hafiz, directeur de l’Académie du Coran de Dacca, ainsi que l’extraordinaire récit coranique « Tu es beau, ô Très-Pur », écrit par Ata Sarkar.
L’Académie du Coran de Dacca poursuit ses activités avec le projet d’entreprendre un travail encore plus vaste sur le Coran. Entre-temps, avec la collaboration de l’Académie du Coran de Londres et sous notre supervision, la traduction de l’exégèse mondialement célèbre « Fi Zilalil Quran » a commencé.
Nous prions chacun de demander à Allah d’accomplir tous nos nobles desseins et d’accorder à l’auteur, au traducteur et à l’éditeur de cet ouvrage le salut dans l’au-delà. Qu’Allah accorde à chacun d’entre nous la capacité de connaître et de comprendre Sa Parole, puis d’agir conformément à celle-ci.
Amen.
Introduction
Les trois religions monothéistes possèdent chacune leur propre livre. Qu’il s’agisse des juifs, des chrétiens ou des musulmans, ce livre constitue le fondement de leur foi. Pour tous, leur livre respectif est la forme écrite de la Parole céleste. Cette Parole est parvenue directement d’Allah au prophète Ibrahim et au prophète Moussa. Quant au prophète Issa et au prophète Muhammad (paix et bénédiction sur lui), elle leur est parvenue par l’intermédiaire d’un autre. Le prophète Issa a dit qu’il avait parlé au nom de son père. Quant à la Parole proclamée par le prophète Muhammad (paix et bénédiction sur lui), il l’a reçue d’Allah par l’intermédiaire de l’ange Djibril.
Si l’on en juge d’après les données historiques, on constate que l’Ancien Testament, les Évangiles et le Coran appartiennent à une même catégorie, c’est-à-dire celle des recueils écrits de la Parole céleste. Les musulmans croient à cette doctrine. Mais les habitants de l’Occident, principalement influencés par les juifs et les chrétiens, ne veulent pas reconnaître au Coran la dignité de la Parole céleste.
Si l’on considère l’attitude qu’adoptent les fidèles d’une religion à l’égard des livres des deux autres religions, on peut probablement trouver une explication à cette position de l’Occident.
Le livre céleste des juifs est la Bible hébraïque. Elle diffère de l’Ancien Testament des chrétiens en ceci que l’Ancien Testament contient plusieurs chapitres qui ne figuraient pas dans la Bible hébraïque. Cette différence ne crée toutefois pas de difficulté notable dans la pratique, car les juifs ne reconnaissent aucun livre révélé après leur propre Livre.
Les chrétiens ont certes accepté la Bible hébraïque comme leur propre livre, mais ils y ont également ajouté d’autres éléments. Cependant, ils n’ont pas accepté tous les écrits rédigés et publiés dans le but de transmettre les paroles du prophète Issa. Les prêtres chrétiens ont rejeté de nombreux ouvrages écrits sur la vie et l’enseignement du prophète Issa. Dans le Nouveau Testament, ils n’ont conservé qu’un très petit nombre d’écrits. Parmi eux, les quatre Évangiles canoniques sont les plus importants. Les chrétiens ne reconnaissent aucune Parole céleste postérieure au prophète Issa et à ses compagnons. Ils ne reconnaissent donc pas non plus le Coran comme un livre céleste.
Le Coran a été révélé six cents ans après le prophète Issa. Ce Livre reprend de nombreuses informations de la Bible hébraïque et des Évangiles. En effet, le Coran contient de nombreuses citations de la Torah et des Évangiles. (Par Torah, on entend les cinq premiers livres de la Bible, c’est-à-dire le Pentateuque du prophète Moussa : la Genèse, l’Exode, le Lévitique, les Nombres et le Deutéronome.) Le Coran lui-même ordonne aux musulmans de croire à tous les Livres célestes antérieurs au Coran (sourate 4, verset 136). En outre, la Parole céleste accorde une importance particulière au rôle de prophètes tels que Noé, Ibrahim et Moussa. Une dignité particulière est également accordée au prophète Issa. En effet, le Coran et les Évangiles décrivent sa naissance comme un événement surnaturel. Sa mère, Maryam, bénéficie elle aussi d’une dignité particulière. Le fait que la sourate n° 11 du Coran porte son nom en donne une indication.
Les habitants de l’Occident ne sont généralement pas informés de toutes ces données concernant l’islam. Si l’on considère la manière dont, depuis plusieurs générations, ils ont reçu leur éducation religieuse et ont été maintenus dans l’ignorance au sujet de l’islam, cette situation ne paraît nullement anormale. Dans leur ignorance, l’emploi — même à l’époque actuelle — d’expressions telles que « religion mahométane » et « nation mahométane » joue un rôle considérable. En employant ces termes et ces tournures, ils se sont forgé l’idée fausse que cette croyance religieuse avait été instituée par un homme nommé Muhammad et qu’Allah n’y jouait aucun rôle, au sens chrétien du terme. De nombreux intellectuels et érudits occidentaux souhaitent aujourd’hui connaître les doctrines philosophiques, sociales et politiques de l’islam, mais ils ne s’informent nullement sur la Parole céleste de l’islam elle-même. Pourtant, c’est cette Parole qu’ils devraient chercher à connaître en premier lieu.
Beaucoup ne peuvent même pas imaginer avec quel mépris les musulmans sont considérés dans certains milieux chrétiens. J’en ai fait personnellement l’expérience. Un jour, j’ai voulu faire une analyse comparative de récits relatés dans la Bible et dans le Coran sur un même sujet. Mais mes auditeurs ne voulaient accepter aucun récit coranique comme base, même pour une discussion provisoire. Selon eux, citer quoi que ce soit du Coran revenait précisément à introduire le diable dans la discussion.
Cependant, des signes de changement apparaissent actuellement au plus haut niveau du monde chrétien. À la lumière des sujets abordés lors du deuxième concile du Vatican, le dicastère du Vatican pour les non-chrétiens a publié en français un ouvrage intitulé « Orientations pour un dialogue entre chrétiens et musulmans » — fondements du dialogue entre chrétiens et musulmans. Éditeur : Ankara, Rome, troisième édition, 1970. Cet ouvrage laisse entrevoir des changements de grande portée dans la doctrine officielle des chrétiens.
Le document a rejeté l’idée dépassée selon laquelle les chrétiens auraient à l’égard des musulmans « une hostilité et une aversion injustifiées, déformées par un préjugé hérité depuis l’Antiquité », et il a « reconnu les injustices passées commises envers les musulmans », en déclarant que la mentalité occidentale formée par l’enseignement chrétien en était responsable. Critiquant les fausses conceptions que les chrétiens entretenaient jusqu’alors au sujet du fatalisme, du légalisme, du fanatisme et d’autres traits prétendument propres aux musulmans, l’ouvrage a particulièrement insisté sur la foi en l’unicité d’Allah. Il a rappelé qu’en mars 1969, lors d’une conférence officielle, les auditeurs avaient été extrêmement étonnés lorsque le cardinal König, s’étant rendu à l’université musulmane Al-Azhar, avait proclamé avec force cette unicité dans sa célèbre mosquée. Il a également rappelé qu’à la fin du jeûne du mois de Ramadan, en 1967, le bureau du Vatican avait appelé les chrétiens à adresser leurs vœux aux musulmans « avec un sentiment religieux sincère ».
Après ces premiers efforts en faveur de relations étroites entre la Curie catholique romaine et l’islam, quelques autres mesures furent prises, et ces relations furent approfondies par des échanges de vues et des contacts entre les deux parties. Bien que ces événements fussent extrêmement importants, ils ne bénéficièrent guère d’une couverture médiatique. Pourtant, ils s’étaient produits en Occident, où les moyens de communication tels que les journaux, la radio et la télévision ne manquent nullement.
Le 24 avril 197, le cardinal Pignedoli, président du dicastère du Vatican pour les non-chrétiens, se rendit en Arabie saoudite dans le cadre d’une visite officielle et rencontra le roi Fayçal. Pourtant, cette nouvelle importante ne reçut aucune attention dans les pages des journaux. Le quotidien français Le Monde ne rapporta cette information que très brièvement, en quelques lignes, le 25 avril 1974. Si l’on considère cependant ce qui s’était produit lors de cette rencontre, on comprend combien la nouvelle était importante. À cette occasion, le cardinal remit au roi Fayçal un message de Sa Sainteté le pape Paul VI. Dans ce message, Sa Sainteté, « profondément convaincu de l’unité du monde islamique et du monde chrétien dans l’adoration du Dieu unique, exprima son profond respect à Sa Majesté le roi Fayçal, en tant que chef du monde islamique ».
Six mois plus tard, en octobre 1974, une délégation des oulémas les plus éminents d’Arabie saoudite se rendit au Vatican dans le cadre d’une visite officielle et rencontra le pape. Une réunion de dialogue entre chrétiens et musulmans s’y tint alors sur « les droits culturels de l’être humain en islam ». Le 26 octobre 1974, le journal du Vatican, L’Osservatore Romano, publia en première page un compte rendu très détaillé de cette réunion. Le même jour, sur cette même page, le compte rendu de la cérémonie de clôture de la réunion des évêques tenue à Rome fut publié en caractères beaucoup plus petits.
Par la suite, le Conseil œcuménique des Églises de Genève, ainsi que l’évêque de Strasbourg, Son Excellence Lord Elchinger, accueillirent les oulémas saoudiens. Lord Elchinger les invita à accomplir la prière de midi à l’intérieur même de la cathédrale, en sa présence. La nouvelle fut certes publiée, mais probablement comme un événement inhabituel, et non en raison de sa profonde signification religieuse. Les personnes auxquelles j’ai posé des questions à ce sujet ont déclaré qu’elles n’étaient pas conscientes de la signification religieuse de l’événement.
L’ouverture d’esprit et l’attitude du pape Paul VI à l’égard de l’islam resteront assurément un chapitre important dans les relations entre les deux religions. Il a lui-même déclaré avoir été « animé d’une profonde conviction en faveur de l’unité des mondes islamique et chrétien dans l’adoration d’un Allah unique ». Il est nécessaire de rappeler une nouvelle fois ce sentiment du chef de l’Église catholique à l’égard des musulmans. Ayant été élevés dans un climat d’hostilité ouverte, de nombreux chrétiens s’opposent par principe à toute discussion sur l’islam. Le document du Vatican a exprimé ses regrets à ce sujet. C’est pourquoi ils demeurent totalement ignorants de ce qu’est réellement l’islam et continuent de nourrir, comme auparavant, une conception entièrement erronée de l’islam en tant que Parole céleste.
Cependant, lorsqu’il s’agit d’examiner les caractéristiques de la Parole céleste d’une religion monothéiste, il est nécessaire de les comparer aux caractéristiques correspondantes des deux autres religions. Une considération globale d’une question vaut certainement mieux qu’un examen partial. C’est pourquoi cet ouvrage proposera une étude comparative de certains sujets exposés dans les Écritures célestes des trois religions, puis présentera, en regard, les données découvertes par la science du XXᵉ siècle. Il faut comprendre à ce propos qu’en raison de leurs relations étroites, les trois religions ont aujourd’hui un besoin particulier de s’unir. Car elles sont toutes trois également confrontées à l’assaut du matérialisme. L’idée que la religion n’entretient aucune relation harmonieuse avec la science est largement répandue, notamment dans les milieux scientifiques, aussi bien dans les pays islamiques que dans les pays influencés par le judaïsme et le christianisme. Pour examiner cette question dans son ensemble, une longue discussion serait nécessaire.
Dans cet ouvrage, je souhaite aborder un seul aspect de la question : examiner les Écritures célestes des trois religions à la lumière des connaissances fondées sur la science moderne.
Mais avant d’entreprendre ce travail, il est nécessaire de soulever une question fondamentale : dans quelle mesure la forme actuelle de la Parole céleste est-elle authentique et véritable ? Pour répondre à cette question
il est nécessaire d’examiner attentivement le contexte et les circonstances dans lesquels cette Parole a été mise par écrit, ainsi que la manière dont elle nous est parvenue, par sa transmission et sa diffusion.
En Occident, l’examen critique de la Parole céleste n’a commencé que récemment. Pendant des centaines d’années, les gens ont accepté la Bible, l’Ancien Testament et le Nouveau Testament, telle qu’ils l’avaient reçue. Par la suite, ils n’ont fait que défendre cette Bible, car ils considéraient la moindre critique comme un péché. Les prêtres avaient notamment l’avantage d’avoir lu la Bible entière et d’en avoir une connaissance approfondie. Mais la plupart des gens ordinaires ne faisaient qu’aller à l’église écouter la lecture de certains passages.
Au niveau des spécialistes, la critique du texte original a conduit à la découverte et à la divulgation de graves problèmes. Il faut donc souvent éprouver de la déception en lisant certaines critiques dites savantes. On constate en effet que, confronté à un véritable problème dans l’interprétation du texte original, le critique a cité une phrase ou un paragraphe dont il ressort clairement qu’il a tenté de dissimuler le véritable problème. Dans ces conditions, lorsqu’on applique un jugement objectif et une réflexion rationnelle, on constate que les improbabilités et les contradictions subsistent comme auparavant. Pourtant, les efforts visant à faire passer de telles phrases ou de tels paragraphes de la Bible pour exacts ne manquent pas.
Ces efforts peuvent devenir très préjudiciables à la foi en Allah des personnes réfléchies et rationnelles. L’expérience montre cependant que, même si certains parviennent à déceler ces improbabilités et ces contradictions, la majorité des chrétiens n’appliquent ni leur raison ni leur sens de la cohérence aux questions religieuses.
Certains hadiths de l’islam peuvent être comparés aux Évangiles. La compilation des paroles et des actes de Hazrat Muhammad (paix et bénédiction sur lui) est appelée hadith. L’Évangile n’est rien d’autre que les hadiths de Jésus. Certains hadiths ont été écrits plusieurs années après le décès de Hazrat Muhammad (paix et bénédiction sur lui). De même, les Évangiles ont été écrits plusieurs années après le décès de Jésus. Dans les deux cas, des témoignages humains concernant les événements du passé existent. Il y a toutefois une différence en ce qui concerne les Évangiles. Nous verrons que les auteurs des quatre Évangiles canoniques n’étaient pas des témoins oculaires des événements qu’ils relatent. Il en va de même pour certains hadiths mentionnés dans la dernière partie de ce livre.
Mais la similitude s’arrête là. En effet, la question de l’authenticité de certains hadiths a déjà été discutée et l’est encore aujourd’hui. En revanche, pour la plupart des Évangiles, une décision définitive a été prise dès les débuts de l’histoire de l’Église. Selon cette décision, seuls quatre Évangiles furent déclarés canoniques, c’est-à-dire officiels. Bien que ces quatre Évangiles présentent des divergences sur de nombreux points, cela n’empêcha pas l’adoption de cette décision. Après celle-ci, l’ordre fut donné de dissimuler tous les autres Évangiles. C’est pourquoi on les appela « apocryphes », c’est-à-dire non authentiques.
Une autre différence fondamentale entre les écrits chrétiens et islamiques est la suivante : dans le christianisme, il n’existe aucun Livre révélé et écrit. Le Coran de l’islam est à la fois révélé et écrit.
Le Coran est la Parole révélée descendue sur Hazrat Muhammad (paix et bénédiction sur lui) par l’intermédiaire de l’ange Gabriel. Cette Parole fut mise par écrit immédiatement après sa révélation, mémorisée par les musulmans, puis récitée dans la prière, en particulier durant les prières du mois de Ramadan. Muhammad (paix et bénédiction sur lui) divisa et ordonna lui-même cette Parole en différentes sourates ; après son décès, elle fut compilée sous la forme d’un Livre, sous le règne du calife Uthman, dans un délai de douze à vingt-quatre ans. Le Coran que nous lisons aujourd’hui est cet ouvrage compilé. [En réalité, quelques informations ont été quelque peu déformées ici. Après la bataille de Yamama, qui eut lieu en l’an 12 de l’Hégire (633 apr. J.-C.), le Coran fut compilé sous forme de livre sur ordre du calife Abu Bakr (que Dieu l’agrée). Durant son règne, Uthman (que Dieu l’agrée) fit produire de nombreux exemplaires de cette compilation et les envoya dans différentes régions — le traducteur.]
En revanche, les écrits chrétiens sont une compilation de récits indirects provenant de diverses personnes. Ils ne contiennent le récit d’aucun homme ayant vu de ses propres yeux les événements de la vie de Jésus. Pourtant, beaucoup de chrétiens le pensent. La question de l’authenticité des écrits chrétiens et islamiques a donc été tranchée de cette manière.
La question de la confrontation entre les récits des Livres révélés et les données scientifiques a toujours fourni matière à réflexion.
On considérait autrefois que, pour accepter un Livre révélé comme véridique, il fallait qu’il soit compatible avec les données scientifiques. Saint Augustin établit officiellement ce principe dans sa 82e lettre. Nous citerons plus loin un passage de cette lettre. Avec les progrès des découvertes scientifiques, il devint toutefois manifeste qu’il existait des divergences entre la Bible et la science. On décida alors de ne plus effectuer de telles comparaisons. Il en résulta une situation qui nous oblige aujourd’hui à reconnaître que la Bible et la science se contredisent. Nous ne pouvons certes accepter une Parole révélée dont les récits seraient erronés et mensongers. Il n’existe qu’un seul moyen de résoudre cette incompatibilité : ne pas tenir pour vraie la partie qui contient des affirmations contraires aux données scientifiques. Mais cette solution ne fut pas adoptée. Au contraire, on proclama avec force que la Bible était la vérité. Les spécialistes ecclésiastiques adoptèrent ainsi une position qui n’est nullement acceptable pour les scientifiques.
Fidèle au principe énoncé par saint Augustin au sujet de la Bible, l’islam a toujours considéré que les récits du Coran étaient entièrement compatibles avec les données scientifiques. Ces derniers temps, la Révélation islamique a été examinée de manière approfondie. Toutefois, aucune modification de ce principe ne s’est révélée nécessaire. Nous verrons plus loin que le Coran contient de nombreux récits relatifs à des sujets liés à la science. La Bible en contient également, mais ces sujets sont beaucoup moins nombreux. Ces quelques sujets bibliques sont en contradiction avec les données scientifiques. En revanche, les sujets plus nombreux abordés dans le Coran sont compatibles avec les données scientifiques. De ce point de vue, aucune comparaison n’est possible entre ces deux Livres. Nos recherches ont fait ressortir cette vérité fondamentale : aucune donnée coranique ne peut être rejetée du point de vue scientifique. Mais nous verrons, dans la dernière partie de ce livre, que cela ne vaut pas pour les hadiths. Il a déjà été dit que le hadith est une compilation des paroles et des actes du prophète Muhammad (paix et bénédiction sur lui), et qu’il est entièrement différent de la Révélation du Coran. Certains récits de hadiths ne sont pas acceptables du point de vue scientifique. Pour déterminer leur authenticité, le Coran lui-même a établi le principe consistant à appliquer les données et le raisonnement scientifiques ; c’est sur la base de ce principe que ces hadiths ont été examinés.
Il est nécessaire d’expliquer un peu plus la question de savoir dans quelle mesure les récits de certains Livres célestes sont acceptables ou inacceptables du point de vue scientifique. Il faut d’abord souligner avec insistance que, par données scientifiques, on entend ici uniquement les données scientifiques qui ont été démontrées et acceptées de manière exacte et précise. Si l’on garde ce principe à l’esprit, on verra que toutes les théories qui étaient autrefois nécessaires pour éclairer un sujet ou un objet, mais qui ne présentent plus la même nécessité en raison des progrès de la recherche scientifique, ont été totalement écartées de nos considérations actuelles. Je n’utiliserai ici que les données qui sont au-dessus de toute controverse et de tout désaccord. Bien que les découvertes scientifiques ne permettent parfois d’obtenir que des données incomplètes, ces données incomplètes seront néanmoins considérées comme universellement admises, de sorte qu’il n’y aura plus aucun risque d’erreur.
On peut dire, à titre d’exemple, que les scientifiques ne peuvent même pas donner une date approximative de l’apparition de l’homme dans le monde. Ils ont cependant découvert des vestiges de l’activité humaine que nous pouvons sans aucun doute considérer comme datant de dix mille ans avant la naissance de Jésus. Nous ne pouvons donc pas considérer le récit de la Bible à ce sujet comme conforme aux données scientifiques. En effet, les dates et la généalogie données dans le chapitre de la Bible intitulé Genèse situent l’apparition de l’homme dans le monde, c’est-à-dire la création d’Adam, environ trente-sept siècles avant la naissance de Jésus. La science pourra peut-être nous fournir à l’avenir des données encore plus précises et exactes que nos calculs actuels. Mais nous sommes certains d’une chose : jamais la science ne nous dira que l’homme est apparu dans le monde pour la première fois il y a 4 376 ans. C’est pourtant exactement ce qu’affirme le calendrier hébraïque de 1975. Il apparaît donc que les données de la Bible concernant l’apparition de l’homme dans le monde sont totalement erronées.
Toutes les questions proprement religieuses ont été exclues de cette confrontation avec la science. On peut dire, par exemple, que la science n’explique pas comment ni par quel processus Allah s’est manifesté à Moïse. Il en va de même du mystère de la naissance de Jésus sans père biologique. Aucun Livre céleste ne fournit non plus d’explication matérielle de ces questions. Dans cet ouvrage, seuls sont examinés les phénomènes naturels extraordinaires qui sont décrits dans les Livres célestes et auxquels ceux-ci donnent des explications, petites ou grandes. Si l’on garde cela à l’esprit, on remarque très facilement que le Coran contient une abondance d’informations sur un sujet particulier, tandis que les deux autres Livres contiennent très peu d’informations sur ce même sujet.
J’ai d’abord examiné la Révélation coranique avec un esprit totalement impartial et sans aucune idée préconçue, en observant la concordance entre les récits du Coran et les données de la science moderne. Après avoir lu une traduction du Coran, j’avais appris que cet ouvrage mentionnait diverses sortes de phénomènes naturels et de faits, mais je n’en avais alors aucune connaissance détaillée. Puis, lorsque j’ai commencé à lire et à examiner le Coran dans sa langue arabe originale, j’ai entrepris d’établir une liste de tous ces phénomènes et de ces faits. Une fois cette liste établie, l’examen des témoignages et des preuves m’a contraint à reconnaître qu’il n’existe dans le Coran aucun récit qui puisse être contredit du point de vue scientifique moderne.
En conservant la même attitude impartiale, j’ai procédé à un examen du même genre de l’Ancien Testament et des Évangiles. Dans le cas de l’Ancien Testament, avant même d’avoir achevé le premier livre, la Genèse, j’ai constaté qu’il contenait des récits totalement opposés aux données démontrées de la science moderne.
Dès que je me suis penché sur les Évangiles, je me suis trouvé confronté à un problème grave. Dès la première page figure la généalogie de Jésus. Or, à ce sujet, le récit de Matthieu présente des divergences manifestes avec celui de Luc. Un autre problème est que le récit de Luc concernant la première apparition de l’homme dans le monde est totalement contraire aux données scientifiques modernes.
Cependant, il me semble que ces divergences, ces invraisemblances et ces incohérences ne révèlent aucune absence de foi en Allah. Elles ne font qu’indiquer l’irresponsabilité des hommes. Personne ne peut plus dire aujourd’hui ce que contenait le texte original. De même, il est désormais impossible de savoir comment il a été remanié sur la base de l’imagination ou comment la Révélation a été corrigée à leur insu. Mais ce qui apparaît maintenant très clairement, c’est que lorsque nous prenons conscience de ces divergences et de ces contradictions de la Bible, les spécialistes font soit semblant de ne pas les avoir remarquées, soit tentent, par des jeux de mots, d’en donner une explication arbitraire. Lors de l’examen des Évangiles écrits par Jean et Matthieu, je présenterai un exemple de cette habile rhétorique des spécialistes. Ils dissimulent les invraisemblances et les contradictions derrière le mot « problème ». Ils réussissent généralement à faire disparaître ce « problème ». C’est pourquoi beaucoup de chrétiens ignorent totalement ces graves défauts de l’Ancien Testament et des Évangiles. Dans les premier et deuxième chapitres de cet ouvrage, le lecteur trouvera des exemples précis de cette situation.
Le troisième chapitre présente un exemple de l’application naturelle de la science à la Révélation. L’application des connaissances séculières modernes a permis de mieux comprendre le sens de certains versets du Coran. Le sens de ces versets n’était pas incompréhensible jusqu’alors, mais il demeurait mystérieux. Il n’y a d’ailleurs là rien d’étonnant. Car, dans l’islam, la religion et la science ont toujours été considérées comme sœurs. Dès ses débuts, l’islam a ordonné l’étude des sciences, et c’est en obéissant à cet ordre que la science connut, à l’âge d’or de la civilisation islamique, un essor considérable dont le monde occidental bénéficia particulièrement avant la Renaissance. Les éclaircissements apportés par les connaissances scientifiques modernes à certains versets du Coran ont ouvert un vaste horizon de compréhension et d’entente dans la confrontation entre la Révélation et la science. Faute des connaissances nécessaires à leur interprétation, ces versets étaient auparavant obscurs et incompréhensibles.
L’Ancien Testament : limites générales
Qui est l’auteur de l’Ancien Testament ? En réponse à cette question, la plupart des lecteurs de l’Ancien Testament diront probablement ce qu’ils ont lu dans la préface de la Bible. Ils diront peut-être que, bien que le texte ait été écrit par des hommes sous l’inspiration du Saint-Esprit (Jibrîl), son véritable auteur est Allah.
L’auteur de la préface de la Bible s’arrête parfois à cette seule affirmation. Il ne laisse ainsi place à aucune autre question. Il lui arrive aussi de dire que des écrits humains ont peut-être été ajoutés ultérieurement au texte original. Mais, pour autant, la « vérité » fondamentale d’aucun passage controversé n’aurait été modifiée. Et l’on insiste tout particulièrement sur ce mot de « vérité ». Les autorités ecclésiastiques ont assumé cette responsabilité, car elles seules, avec l’aide du Saint-Esprit, peuvent guider les chrétiens croyants sur la véritable voie. Après les assemblées des conciles chrétiens au IVe siècle, les autorités ecclésiastiques publièrent la liste des livres sacrés, et cette liste fut approuvée par le concile de Florence (1441), le concile de Trente (1546) et le premier concile du Vatican (1870). Ces livres approuvés sont aujourd’hui connus sous le nom de canon. Après de nombreuses recherches et révisions, le deuxième concile du Vatican a publié récemment une importante déclaration sur la révélation. Ce travail a nécessité trois années (1962-1965) de concentration et d’efforts. La plupart des lecteurs, en découvrant cette déclaration au début des éditions modernes de la Bible, en ont été rassurés. Après avoir lu l’exposé des garanties données depuis plusieurs siècles quant à l’authenticité de la Bible, ils se sont sentis confortés et satisfaits. L’idée qu’une quelconque question puisse être soulevée à ce sujet ne leur est absolument pas venue à l’esprit.
Il existe de nombreux écrits de prêtres qui ne sont généralement pas publiés pour le grand public. Leur lecture permet de comprendre que la question de l’authenticité des différents livres de la Bible est en réalité bien plus complexe qu’elle ne le paraît à première vue. On peut citer, à titre d’exemple, la traduction française moderne de la Bible. Cette traduction a été réalisée sous la supervision de l’École biblique de Jérusalem et publiée en plusieurs volumes (éditions Cerf, Paris). Son examen fait apparaître une différence manifeste dans le style d’exposition. Il est évident que, tout comme le Nouveau Testament, l’Ancien Testament comporte lui aussi certaines questions controversées que les commentateurs n’ont, pour la plupart, pas dissimulées.
On trouve des informations encore plus précises dans l’ouvrage du professeur Edmond Jacob. Le titre de cet ouvrage est The Old Testament (en français, L’Ancien Testament, publié par les Presses universitaires de France, Paris). Cet ouvrage, concis mais d’une grande impartialité, présente une excellente approche analytique.
Edmond Jacob affirme que beaucoup ignorent qu’à l’origine il n’existait pas un seul exemplaire de la Bible, mais plusieurs, dont les textes différaient. Au IIIe siècle avant la naissance du Christ, il existait en hébreu au moins trois ouvrages distincts. Le premier fut appelé plus tard le texte massorétique, le deuxième fut partiellement traduit en grec, et le troisième fut connu sous le nom de texte samaritain. Au Ier siècle avant la naissance du Christ, une tendance nette apparut en faveur de l’adoption d’un seul ouvrage, fondé sur le troisième et le remplaçant. Mais cette tendance ne se concrétisa qu’un siècle après la naissance du Christ : c’est alors qu’un texte unique de la Bible fut définitivement établi.
Si nous possédions ces trois textes, il serait facile de les comparer et nous pourrions parvenir à une idée de ce qu’étaient le texte ancien ou le texte original. Mais, malheureusement, nous ne disposons pas d’une telle possibilité. La situation est donc la suivante : à l’exception des manuscrits de la mer Morte — écrits découverts dans les grottes de Qumrân, datant d’une période antérieure au christianisme et proche de l’époque de Jésus —, des Dix Commandements du IIe siècle après la naissance du Christ, écrits sur des feuilles d’arbre et présentant une version différente du texte original, ainsi que de quelques écrits fragmentaires du Ve siècle après la naissance du Christ (la gueniza du Caire), le plus ancien texte hébreu de la Bible que l’on ait retrouvé date des siècles postérieurs à la naissance du Christ.
La Septante est probablement la première traduction en grec. Les Juifs la composèrent à Alexandrie au IIIe siècle avant la naissance du Christ. C’est sur cette œuvre que le Nouveau Testament fut élaboré. Jusqu’au VIIe siècle après la naissance du Christ, cette œuvre fut considérée comme authentique. Le texte grec original généralement utilisé dans le monde chrétien a été établi à partir des manuscrits appelés Codex Vaticanus, conservé dans la Cité du Vatican, et Codex Sinaiticus, conservé au British Museum de Londres. Ces deux manuscrits datent du IVe siècle après la naissance du Christ.
À ce propos, on peut également mentionner les versions araméenne et syriaque (Peshitta). Elles sont toutefois incomplètes.
À partir de toutes ces versions différentes, les spécialistes ont réussi à préparer un ouvrage « intermédiaire ». On peut le considérer comme un compromis entre les différentes versions. Il existe également des Bibles bilingues et trilingues, dans lesquelles le grec, le latin, l’hébreu, le syriaque, l’araméen et même l’arabe ont été utilisés. La célèbre Bible de Walton (Londres, 1657) est un ouvrage de ce genre. Pour être complet, il convient de mentionner encore un point. Les Églises chrétiennes de confessions différentes ne suivent pas le même ouvrage et n’adoptent pas non plus la même approche pour traduire dans une même langue. Cela s’explique par le fait que des conceptions différentes ont été retenues dans les diverses Bibles et qu’elles ont influencé différents groupes ecclésiaux. Toutefois, l’ouvrage auquel travaillent actuellement des spécialistes catholiques et protestants sous le titre The Ecumenical Translation of the Old Testament peut être considéré comme un ouvrage unique et harmonisé. (Note du traducteur anglais : il a été publié en décembre 1975. Éditeurs : Le Cerf et Les Belles Lettres, Paris.)
Il apparaît donc que l’intervention humaine joue un rôle considérable dans le cas de l’Ancien Testament. Les changements et les corrections qui se sont naturellement produits d’une version à l’autre et d’une traduction à l’autre permettent aisément de supposer que, durant les plus de deux mille dernières années, le texte original de l’Ancien Testament a été modifié de multiples façons.
Les sources de la Bible
Avant d’être compilée sous forme de livre, la Bible circulait de bouche à oreille parmi les hommes sous la forme de traditions populaires, et l’on en trouvait également des versions chantées. Comme toutes les conceptions anciennes, ces traditions populaires reposaient entièrement sur la mémoire.
Edmond Jacob a écrit : « À la première époque, tous les peuples ont chanté. Comme partout ailleurs, en Israël aussi la poésie a précédé la prose. On y a chanté longtemps, et on y a bien chanté. Le peuple d’Israël a chanté, avec une profonde émotion, des chants de joie et de douleur au sujet des événements de son histoire. À ses yeux, chaque événement avait une signification. C’est pourquoi il les a également exprimés sous diverses formes par le chant. Il chantait pour différentes raisons, et Edmond Jacob en a également mentionné un grand nombre. La Bible fait elle aussi mention de nombreux chants : chants des repas, chants de la moisson, chants de travail, chants du puits (Livre des Nombres, 21 et 17), chants de mariage et chants funèbres. Il existe également de nombreux chants de guerre, parmi lesquels le chant de Déborah est particulièrement remarquable (Juges, 5, 1-32). Car ce chant célèbre la victoire dirigée et ordonnée par Yahvé lui-même (Livre des Nombres, 10 et 35) : “Lorsque les forces alliées se mirent en marche, Moïse dit : Ô Yahvé ! Réveillez-vous ! Que vos ennemis soient dispersés, et que ceux qui vous haïssent s’enfuient dès qu’ils vous aperçoivent.” »
Il y a également les exhortations et les proverbes (le Livre des Proverbes, les proverbes des livres historiques et les maximes), les bénédictions et les malédictions, ainsi que les prescriptions des prophètes aux hommes après avoir reçu la révélation.
Jacob a dit que toutes ces paroles et ces histoires se sont transmises soit de famille en famille, soit dans les lieux de culte, comme récits de l’histoire du peuple choisi par Allah. Puis l’histoire s’est rapidement transformée en tradition, comme ce fut le cas pour la parabole de Jotham (Juges, 9, 7-12). Dans cette parabole, « les arbres s’avancèrent pour se choisir un roi et l’oindre, puis ils demandèrent successivement à l’olivier, au figuier, à la vigne et au gattilier de régner sur eux ». À propos de ce récit, Jacob a remarqué : « Dans leur désir de bien raconter les histoires, les conteurs ne se sont pas préoccupés de l’étrangeté des sujets ni de l’invraisemblance des époques. » Pour cette raison, il est parvenu à la conclusion suivante : « Dans l’Ancien Testament, le récit concernant Moïse et les chefs permet peut-être d’obtenir une chronologie approximative des événements historiques. En racontant les récits primitifs, les conteurs ont peut-être, grâce au charme et à l’imagination, rendu les récits des origines de l’homme et de la création du monde suffisamment plausibles, même aux yeux de nombreux penseurs réfléchis. »
Il est raisonnable de croire que l’écriture s’est répandue pour conserver et transmettre les traditions lorsque les Juifs se sont installés en Canaan, vers la fin du treizième siècle avant la naissance du Christ. Pourtant, dans le domaine de la rédaction et de la conservation de la Loi, auquel on aurait alors dû accorder la plus grande permanence, l’exactitude n’était pas parfaite. En effet, les Dix Commandements eux-mêmes, que l’on considère comme écrits de la propre main d’Allah, apparaissent sous deux formes différentes dans deux passages de l’Ancien Testament : l’Exode (20, 1-21) et le Deutéronome (5, 1-30). Le contenu essentiel est peut-être le même, mais les différences de vocabulaire, de style et de tournures sont très évidentes. À cette époque, on attachait une grande importance à la conservation écrite de la correspondance, des traités, des listes de noms de personnages éminents (juges et hauts fonctionnaires municipaux), des généalogies, ainsi que des listes de butins et de biens offerts en tribut. Des bureaux furent établis pour conserver tous ces documents. Par la suite, des livres furent composés à partir de ces documents, et certains d’entre eux nous sont même parvenus. Un examen approfondi montre que chaque livre emploie plusieurs types de composition et de style. Il semble que des écrits de différents auteurs aient été réunis dans un même livre. Les spécialistes et les chercheurs pourront sans doute apporter des éclaircissements à ce sujet.
Bien que l’Ancien Testament repose à l’origine sur des traditions fondamentales, son récit manque de cohérence. Une partie n’a pas de rapport avec l’autre. On peut donc comparer le processus de composition de cet ouvrage avec les premiers processus de création de la littérature ancienne d’autres époques et d’autres régions.
À titre d’exemple, on peut considérer le processus de formation de la littérature française à l’époque de la dynastie franque. Les guerres, en particulier celles menées pour défendre la religion chrétienne, l’héroïsme et la bravoure des héros, ainsi que d’autres événements sensationnels, étaient encore conservés dans ces traditions orales. Même plusieurs siècles après les événements, ces traditions ont inspiré les poètes, les écrivains et les historiens. Ainsi, à partir du XIe siècle, on commença à composer des poèmes et des épopées fondés sur ces récits mêlant réalité et imagination. Parmi eux, La Chanson de Roland est la plus célèbre. Lorsque l’empereur Charlemagne revint de son expédition en Espagne, Roland (La Chanson de Roland) était le commandant de son arrière-garde. Cette épopée raconte sa vie, son héroïsme et son sacrifice. L’épisode du sacrifice n’est nullement imaginaire. Il s’est produit le 15 août 778, lors de l’attaque menée par la tribu montagnarde des Basques. Vous ne serez donc pas disposé à considérer la description qu’en donne le poème comme une histoire pure et exacte.
Il semble que le processus de composition de la Bible se soit déroulé exactement de la même manière. Ceux qui ne reconnaissent pas l’existence d’Allah considèrent la Bible entière comme une compilation de légendes et de récits imaginaires. Mais nous ne sommes pas d’accord avec eux. Il est tout à fait possible de croire à la réalité de la Création, à la révélation des Dix Commandements à Moïse par Allah, ainsi qu’aux interventions invisibles dans les affaires humaines, comme à l’époque de Salomon. Cela ne signifie toutefois pas que notre foi doive être absolue en tout point. Nous pouvons assurément admettre que ce que nous recevons par l’intermédiaire de la Bible n’est qu’un résumé des événements originels et que tous les détails qu’elle contient doivent être soumis à un examen critique et rigoureux. En effet, lorsque les traditions orales originelles ont pris une forme écrite, il était fort probable que l’imagination et les embellissements humains s’y soient introduits.
Les différents livres de l’Ancien Testament
L’Ancien Testament est une compilation d’écrits de longueurs, de formes et de genres variés. Fondés sur des traditions orales, ils ont été rédigés dans différentes langues pendant plus de neuf cents ans. Ensuite, à différentes époques, parfois longtemps après, beaucoup de ces écrits ont été révisés et complétés à la suite de certains événements ou pour répondre à des besoins particuliers.
Cette vaste œuvre fut probablement composée au début du règne de la dynastie israélite, au XIe siècle avant la naissance du Christ. À cette époque, de nombreux membres de la famille royale étaient écrivains. Ils étaient instruits et savants, et leur rôle ne se limitait pas à l’écriture. Le premier des écrits incomplets mentionnés au chapitre précédent fut probablement composé durant cette période. Il existait alors une raison particulière de leur donner une forme écrite. On accordait à cette époque une importance particulière à la conservation de nombreux chants, récits poétiques, exhortations de Jacob et de Moïse, des Dix Commandements et des édits royaux instituant des pratiques religieuses. On en retrouve aujourd’hui la trace dans les différents livres de l’Ancien Testament. Un peu plus tard, probablement au Xe siècle avant la naissance du Christ, fut composé l’ouvrage yahviste du Pentateuque. Il reçut ce nom parce qu’Allah y est désigné sous le nom de Yahvé. Cet ouvrage constitue la source principale des cinq premiers livres attribués à Moïse. Par la suite, on lui adjoignit un écrit appelé élohiste, ainsi que sa version sacerdotale. Comme Allah y est désigné sous le nom d’Élohim, cet écrit fut appelé élohiste. Quant à leur version, elle fut appelée sacerdotale d’après les prédicateurs nommés sacerdotes du Temple de Jérusalem. Cet écrit yahviste primitif, provenant du royaume méridional de Juda, retrace l’histoire depuis les origines du monde jusqu’à la mort de Jacob.
C’est au VIIIe siècle avant la naissance du Christ qu’apparurent les prophètes écrivains. Deux d’entre eux, Amos et Osée, appartenaient à Israël, et un autre, Michée, à Juda.
En 721 avant J.-C., la chute de Samarie entraîna la disparition du royaume d’Israël, et l’héritage religieux passa entre les mains du royaume de Juda. C’est à partir de cette époque que commença la conservation des légendes religieuses. C’est également à cette époque que les écrits yahvistes et élohistes furent réunis et transformés en un seul ouvrage appelé la Torah. Le Deutéronome fut aussi rédigé à cette époque.
Dans la seconde moitié du VIIe siècle avant J.-C., sous le règne de Josias, le prophète Jérémie apparut, mais le récit de ses paroles et de ses actions ne fut mis par écrit qu’un siècle plus tard.
Les livres de Jéconias, de Nahum et d’Habacuc furent rédigés avant la première déportation à Babylone, en 589 avant J.-C. Après cette période, Ézéchiel continua à proclamer ses prophéties. La seconde déportation commença en 587 avant J.-C., au moment de la chute de Jérusalem, et se poursuivit jusqu’en 538 avant J.-C.
Ézéchiel était un prophète célèbre. Mais son livre n’était pas organisé, de son vivant, sous la forme dans laquelle il nous est actuellement parvenu. Les scribes qui l’organisèrent ainsi après sa mort furent considérés comme ses successeurs spirituels. Ces scribes préparèrent une troisième version de la Genèse, connue sous le nom de version sacerdotale. Cette version contient le récit d’un chapitre de la Genèse, c’est-à-dire la période allant des origines du monde jusqu’à la mort de Jacob. Ainsi, une troisième rédaction s’inséra dans le texte original des écrits yahvistes et élohistes de la Torah. Nous verrons plus tard une caractéristique stratégique de cette troisième rédaction dans plusieurs livres écrits deux à quatre siècles auparavant. C’est également à cette époque que les Lamentations furent publiées.
En 538 avant J.-C., la déportation prit fin sur l’ordre de Cyrus. Les Juifs retournèrent en Palestine et le Temple de Jérusalem fut reconstruit. Le travail des prophètes et des prédicateurs recommença donc. C’est à cette époque que furent rédigés les livres d’Aggée, de Zacharie, de Malachie et de Daniel, ainsi que le troisième livre d’Isaïe et le livre de Baruch en grec.
En réalité, les principaux livres religieux furent rédigés après la période des déportations. Les Proverbes furent composés vers 480 avant J.-C., Job au Ve siècle, et au IIIe siècle l’Ecclésiaste ou Qohélet, le Cantique des cantiques, les premier et deuxième livres des Chroniques, ainsi qu’Esdras et Néhémie. De même, l’Ecclésiastique ou Siracide fut écrit au IIe siècle avant J.-C., et le Livre de la Sagesse ainsi que les premier et deuxième livres des Maccabées au Ier siècle. Mais il est difficile de déterminer quand furent écrits les livres de Ruth, d’Esther et de Jonas. Il faut en dire autant des livres de la Torah et de Judith. Puisque les écrits de l’Ancien Testament furent organisés sous forme de livres seulement un siècle avant la naissance du Christ, il faut admettre que les textes concernés ont pu être modifiés et complétés après les dates indiquées ici. En effet, un siècle avant la naissance du Christ, la plupart de ces écrits n’avaient encore revêtu aucune forme exacte ou précise.
Ainsi, depuis les temps originels jusqu’à l’apparition du christianisme, les Juifs ont considéré l’Ancien Testament comme leur monument religieux et littéraire. Les différents livres, chapitres et sections de cet ouvrage furent rédigés, achevés et révisés entre le Xe et le Ier siècle avant J.-C. Ce n’est pas une opinion personnelle. J’ai recueilli ces informations ainsi que le récit de l’enquête historique dans un ouvrage fiable, universellement reconnu. Il s’agit de l’article intitulé « La Bible », rédigé par le professeur J. P. Samdrol, de la faculté dominicaine du Saulchoir, dans l’Encyclopædia Universalis (Paris, 1974, tome III, p. 246-253). Ces informations ont été établies comme vraies et exactes par des spécialistes hautement qualifiés. Il est donc nécessaire de garder ces informations à l’esprit pour comprendre et appréhender le contenu de l’Ancien Testament.
Il y a de bonnes raisons de croire que les écrits de l’Ancien Testament contenaient une révélation. Mais dans l’état où nous avons reçu cet ouvrage, il est permis de douter que cette révélation y subsiste encore. Car nous avons déjà vu que le récit original a été remanié à de nombreuses reprises et que de nombreux rédacteurs sont intervenus. On peut donc facilement supposer qu’ils n’ont conservé, selon leur propre milieu, leurs circonstances et leurs préférences, que ce qu’ils jugeaient bon, et que c’est seulement cette partie qui nous est parvenue.
Si l’on compare toutes ces données objectives aux informations fournies dans les introductions des différentes éditions actuellement diffusées de la Bible, on constatera que les faits réels et la vérité y ont été présentés d’une manière totalement différente. Les événements historiques liés à la composition de divers livres ont été passés entièrement sous silence. Les éléments susceptibles de créer la confusion en raison de leur ambiguïté ont été laissés exactement tels quels. Afin de donner la fausse impression que le mensonge est la vérité, les informations ont été réduites au minimum. Ainsi, dans la plupart des introductions de la Bible, la vérité et la réalité ont été dissimulées pour présenter une image différente. Dans le cas des livres qui ont été remaniés à plusieurs reprises, comme le Pentateuque, on ne le dit pas directement : on se contente d’affirmer que certains détails ont été ajoutés ultérieurement. Pourtant, là où une longue explication serait réellement nécessaire, même des questions extrêmement importantes sont passées sous silence. Il est vraiment regrettable que les Bibles imprimées et diffusées en très grand nombre pour le public contiennent de telles informations erronées et inexactes.
La Torah ou le Pentateuque
Le nom Torah est sémitique. En grec, on l’appelle Pentateuque, c’est-à-dire un ouvrage composé de cinq parties. Ces cinq parties sont la Genèse, l’Exode, le Lévitique, les Nombres et le Deutéronome. Dans la collection des vingt-neuf livres de l’Ancien Testament, le contenu principal est constitué de ces cinq livres.
Ce livre relate la période allant du commencement de la création du monde jusqu’à l’entrée des Juifs en Canaan. On peut rappeler qu’après l’exil des Juifs en Égypte, ou plus exactement après la mort de Moïse, il leur avait été promis que ce pays leur serait donné. Du début à la fin du livre, diverses prescriptions destinées à la vie religieuse et sociale des Juifs sont données parallèlement au récit de différents événements. C’est pourquoi ce livre est également appelé la Loi ou la Torah.
Dans les religions juive et chrétienne, Moïse a été considéré pendant de nombreux siècles comme l’auteur de la Torah. Cette conception repose probablement sur le fait qu’Allah dit à Moïse : « Écris cet événement — la défaite d’Amaleq — dans le livre, afin d’en conserver le souvenir. » (Exode 17, 14). Ou encore, dans le récit de la sortie des Juifs d’Égypte, il est dit : « Moïse écrivit les noms des lieux où ils partirent. » (Nombres 33, 2), et : « Moïse écrivit cette loi. » (Deutéronome 31, 9). Depuis le premier siècle avant notre ère, Moïse est considéré comme l’auteur de la Torah. Flavius Josèphe et Philon d’Alexandrie partageaient également cette conception.
Aujourd’hui, cette conception a cependant été complètement abandonnée et tous sont parvenus à un accord sur ce point. Pourtant, le Nouveau Testament présente encore Moïse comme l’auteur. Dans sa Lettre aux Romains (10, 5), citant le Lévitique, Paul dit : « Moïse écrit que l’homme qui pratique la justice prescrite par la Loi », etc. Dans son Évangile (5, 46-47), Jean fait dire à Jésus : « Si vous croyiez Moïse, vous me croiriez aussi, car il a écrit à mon sujet. Mais si vous ne croyez pas à ses écrits, comment croirez-vous à mes paroles ? » On trouve ici des indices de modifications dans la traduction et dans l’expression de la pensée. En effet, dans le texte grec original, le mot « episteuete » est employé, ce qui signifie que la parole est rapportée comme ayant été prononcée au nom de Jésus. Pourtant, le texte donne ici l’impression qu’il l’a dite lui-même. C’est totalement erroné. Voici comment je l’explique.
J’ai emprunté le cadre et l’exemple de cette explication au père de Vaux, directeur de l’École biblique de Jérusalem. Dans l’introduction de la traduction française de la Genèse qu’il a réalisée en 1962, il donne une présentation précieuse et raisonnée du Pentateuque. Il n’a pas accepté l’identification faite par les évangélistes de Moïse comme auteur de la Torah ; il a au contraire soutenu la thèse opposée. Il nous a rappelé que « la coutume juive suivie par Jésus et ses compagnons » était admise jusqu’à la fin du Moyen Âge. Le seul à s’être vivement opposé à cette doctrine fut Abenezra, au XIIe siècle. Puis, au XVIe siècle, Carlstadt fit remarquer qu’il n’était probablement pas possible que Moïse eût écrit dans le Deutéronome (34, 15-12) le récit de sa propre mort. Il cita également les écrits de plusieurs critiques qui refusaient d’admettre que la Torah, même en partie, fût l’œuvre de Moïse. Toutefois, le rôle du père Richard Simon, de l’Oratoire, fut probablement le plus important dans cette affaire. Dans son ouvrage intitulé Histoire critique du Vieux Testament (Histoire critique du Vieux Testament, 1678), il exposa en détail les incohérences de la chronologie des événements de la Torah, les nombreuses répétitions d’un même sujet, les discordances du récit et la diversité des styles rédactionnels. Après la publication de cet ouvrage, une situation embarrassante se créa partout. Mais au début du XVIIIe siècle, le raisonnement de Richard Simon ne fut plus guère suivi dans aucun ouvrage historique. À propos des événements anciens, on continua alors à dire : « Moïse a écrit. » Nous avons vu un peu plus tôt que Jésus lui-même, dans le Nouveau Testament, avait confirmé que Moïse avait écrit la Torah. Une ancienne légende s’en trouva ainsi renforcée. On peut aisément imaginer combien il était difficile de s’y opposer dans ces conditions. Cependant, le médecin de Louis XV, Jean Astruc, a probablement avancé l’argument le plus solide.
En 1753, il publia un ouvrage intitulé « Conjectures sur les écrits originaux dont il paraît que Moïse s’est servi pour composer le livre de la Genèse » (Conjectures sur les mémoires originaux dont il paraît que Moïse s’est servi pour composer le livre de la Genèse). Il y montra en détail que le Pentateuque, ou Torah, est un ensemble de textes recueillis auprès de nombreuses sources. Beaucoup avaient peut-être déjà remarqué ce fait avant lui, mais il fut le premier à avoir le courage de le rendre public. Il cita des passages pour montrer que deux textes se trouvent côte à côte dans la Genèse, l’un désignant Allah sous le nom de Yahvé et l’autre sous celui d’Élohim. Ces deux textes ne peuvent donc provenir d’une seule et même source. Eichhorn (1780-1783) découvrit des faits du même genre concernant les quatre autres livres. Puis Ilgen (1798) remarqua que le texte décrit par Astruc, dans lequel Allah est appelé Élohim, était en réalité divisé en deux parties. Ainsi, les fondements du Pentateuque furent littéralement mis en pièces.
Au XIXe siècle, des recherches plus approfondies furent menées sur les sources. En 1854, quatre sources au total furent reconnues. Il s’agissait de la version yahviste, de la version élohiste, du Deutéronome et de la version sacerdotale. Il devint même possible d’en déterminer la période :
(1) La version yahviste est considérée comme datant du IXe siècle avant J.-C. (écrite en Juda).
(2) La version élohiste est probablement d’une période quelque peu postérieure (écrite en Israël).
(3) Concernant le Deutéronome, certains le datent du VIIIe siècle avant J.-C. (E. Jacob), tandis que d’autres le situent à l’époque de Josias (le père de Vaux).
(4) La version sacerdotale daterait de la période de l’exil au VIe siècle avant J.-C., ou d’une période postérieure.
On voit donc que la période de composition des écrits du Pentateuque s’étend sur au moins trois siècles. Mais le problème est en réalité encore plus complexe. En 1941, E. Lods constata que la version yahviste comportait trois sources. De même, la version élohiste en comportait quatre, le Deutéronome six et la version sacerdotale neuf. Et cela sans même tenir compte de ce que le père de Vaux a indiqué, à savoir que les œuvres de huit auteurs différents y avaient été incorporées. Plus récemment, on a estimé que la plupart des lois ou prescriptions du Pentateuque se retrouvaient ailleurs, en dehors de la Bible, et qu’elles appartenaient à une époque encore antérieure. En outre, les récits relatés dans le Pentateuque appartiennent en réalité à une époque beaucoup plus ancienne et à un contexte différent de ceux auxquels on suppose que les documents du Pentateuque, c’est-à-dire ses écrits, se rattachent. On s’est donc intéressé à la manière dont les légendes avaient été formées. Autrement dit, le problème est devenu si complexe qu’il est difficile d’en retrouver le début et la fin.
La multiplicité des sources a entraîné non seulement des différences, mais aussi des répétitions. Le père de Vaux a montré, à titre d’exemple, qu’il existait des différences et des incohérences entre les divers récits concernant le Déluge, l’enlèvement de Joseph et ses activités en Égypte. En outre, une même personne a été désignée par des noms différents et des récits contradictoires ont été donnés au sujet d’événements importants.
Ainsi, bien que le Pentateuque soit une collection de diverses sources et légendes, ses auteurs ont réussi à les rassembler et à les mettre en forme avec une compétence générale. Tantôt ils ont placé deux récits côte à côte, tantôt ils ont fusionné deux récits pour les présenter comme un seul. Malgré cela, les invraisemblances et les contradictions subsistent. C’est pourquoi l’époque moderne a ressenti la nécessité d’examiner en profondeur et objectivement les sources originelles.
Si l’on examine la composition originale du Pentateuque ou de la Torah, on peut très aisément la reconnaître comme une œuvre humaine. Ce livre a été constitué à partir de récits oraux, de légendes et d’écrits conservés de génération en génération au cours des différentes périodes de l’histoire du peuple juif. Le récit commence, au début du Xe siècle avant J.-C., par une tradition yahviste qui décrit le destin propre d’Israël. Ce destin consiste, selon les termes du père de Vaux, à « retourner à la place exacte qui lui revient dans le grand dessein d’Allah pour l’humanité ». Il s’achève au VIe siècle avant J.-C. par une tradition sacerdotale, où les dates et les généalogies sont indiquées avec une précision absolue. Nous verrons au chapitre suivant que les récits de la tradition sacerdotale concernant l’arrivée de l’être humain dans le monde, sa place au cours de l’évolution du temps et le processus de la création sont entièrement erronés au regard des données scientifiques modernes. Il est manifeste que cet état de choses est dû aux remaniements apportés au texte original.
Le père de Vaux a écrit : « Dans les récits de cette tradition, la question de la légitimité juridique occupe une place prépondérante. Ainsi, le repos du dimanche après l’achèvement de la création, l’alliance avec Noé, l’alliance et la circoncision d’Abraham, l’achat de la grotte de Makpéla, grâce auquel les prêtres obtinrent des terres en Canaan. » Il faut garder à l’esprit que cette tradition s’étend de l’exil à Babylone jusqu’au retour en Palestine, en 538 avant J.-C. Ainsi, un problème entièrement politique s’est également mêlé au problème religieux.
Dans le cas de la Genèse, il est désormais établi et reconnu que le contenu du livre a été recueilli à partir de trois sources. Dans son étude analytique de sa traduction, le père de Vaux a fourni une liste indiquant quels passages de la Genèse ont été rédigés à partir de quelle source. Sur la base de cette preuve, on peut déterminer avec une assez grande exactitude quelle part du contenu de chaque source se trouve dans chaque chapitre. À titre d’exemple, dans les onze premiers chapitres de la Genèse, le récit de la cosmologie, du Déluge et de la période allant du Déluge à l’époque d’Abraham montre qu’une partie est tirée de la tradition yahviste et la partie suivante de la tradition sacerdotale. Cette situation se retrouve du début à la fin de l’ensemble du récit. Ces onze premiers chapitres ne contiennent aucun élément de la tradition élohiste. Toutefois, il apparaît très clairement que les récits yahviste et sacerdotal ont été mêlés l’un à l’autre. Dans les cinq premiers chapitres, le récit de la cosmologie et celui qui va jusqu’à l’époque de Noé montrent qu’ils ont été disposés successivement, du début à la fin, un passage yahviste étant suivi d’un passage sacerdotal. Dans le récit du Déluge, surtout aux chapitres sept et huit, cette disposition a été appliquée encore plus fréquemment ; autrement dit, un court passage d’un récit est suivi d’un court passage de l’autre, et cette disposition se remarque même à l’intérieur des phrases. On constate à un endroit que le récit a ainsi changé dix-sept fois sur un total de cent lignes. C’est pourquoi, lorsque nous lisons la Genèse, l’invraisemblance et les contradictions internes apparaissent de manière flagrante. Le tableau ci-dessous est à remarquer à ce propos.
Fin des récits yahviste et sacerdotal dans les chapitres 1 à 11 de la Genèse.
* Le premier chiffre est le numéro du chapitre.
* Le deuxième chiffre entre parenthèses est le numéro de la colonne. Comme les colonnes ont parfois été divisées en deux, elles sont indiquées par a et b.
* Y désigne le récit yahviste et S le récit sacerdotal.
* Exemple : la première ligne du tableau indique que le contenu allant de la colonne 1 du chapitre 1 à la colonne 4-a du chapitre 2 de la Bible actuellement en usage est tiré du récit sacerdotal.
Chapitre — colonne à — chapitre — colonne — source
1 — (1) — 2 (4a) — S
2 — (4b) — 4 — (26) — Y
5 — (1) — 5 — (32) — S
6 — (1) — 6 — (8) — Y
6 — (9) — 6 — (22) — S
7 — (1) — 7 — (5) — Y
7 — (6) — — — S
7 — (7) — 7 — (10) — I
7 — (11) — – — – — S
7 — (12) — – — – — I
7 — (13) — 7 — (16-a) — S
7 — (16-b) — 7 — (17) — I
7 — (18) — 7 — (21) — S
7 — (22) — 7 — (23) — I
7 — (24) — 8 — (2-a) — S
8 — (2-kh) — – — – — i
8 — (3) — 8 — (4) — s
8 — (6) — 8 — (12) — i
8 — (13-k) — – — – — s
8 — (13-kh) — – — – — i
8 — (14) — 8 — (19) — s
8 — (20) — 8 — (22) — i
9 — (1) — 9 — (17) — s
9 — (18) — 9 — (27) — I
9 — (28) — 10 — (7) — S
10 — (8) — 10 — (19) — I
10 — (20) — 10 — (23) — S
10 — (24) — 10 — (30) — I
10 — (31) — 10 — (32) — S
11 — (1) — 11 — (9) — I
11 — (10) — 11 — (32) — S
Le tableau permet de comprendre très facilement comment les hommes ont eux-mêmes organisé la Bible.
Les livres historiques
Dans ces livres, nous trouvons l’histoire du peuple juif. Cette histoire s’étend depuis le moment de son entrée dans la Terre promise jusqu’à son exil à Babylone. Il entra très probablement dans la Terre promise vers la fin du XIIIe siècle et fut exilé à Babylone au VIe siècle avant J.-C.
L’accent est mis ici sur ce que l’on appelle les « événements nationaux », lesquels sont présentés comme l’accomplissement de la promesse d’Allah. Toutefois, l’exactitude et la vérité historiques ont été négligées dans le récit. C’est en gardant cela à l’esprit que E. Jacob a déclaré que, concernant la destruction prétendue d’Aï et de Jéricho, le thème principal du Livre des Juges est le système de défense du peuple élu contre les ennemis environnants et le soutien d’Allah qui lui est accordé. Le père et A. Lefèvre-Crampon ont déclaré très objectivement, dans l’introduction à la Bible, que ce livre a été remanié à plusieurs reprises. La preuve en est fournie par les nombreuses préfaces de l’ouvrage original et par l’ajout de divers appendices. Le récit de Ruth a également été ajouté au récit original.
Le Livre de Samuel et les deux Livres des Rois sont essentiellement des ouvrages biographiques consacrés à Samuel, Saül, David et Salomon. Leur valeur historique est sujette à discussion. Dans son examen historique, Jacob a relevé d’innombrables erreurs dans ces livres, car il existe plusieurs récits contradictoires d’un même événement. Les prophètes Élie, Élisée et Isaïe y sont également mentionnés. Ainsi, l’histoire s’est mêlée à la légende. D’autres critiques, comme le père Lefabure, estiment cependant que ces livres possèdent une valeur historique fondamentale.
Les Livres des Chroniques I et II et le Livre d’Uzair (Livre de Néhémie) ont été rédigés au IVe siècle avant J.-C. par un seul et même auteur, appelé le Chroniqueur. Il a exposé l’histoire de la création jusqu’à cette époque, bien que sa généalogie ne remonte que jusqu’à David. En réalité, il a tiré ses informations du Livre de Samuel. E. Jacob a déclaré : « Il a copié mot pour mot, sans prêter attention aux incohérences. » Il a toutefois fourni certaines informations nouvelles qui ont été confirmées par les preuves archéologiques. E. Jacob a déclaré : « L’auteur a parfois écrit l’histoire en fonction des besoins de la religion. Bien que le roi Manassé fût un impie et un tyran, il régna longtemps dans la paix et la prospérité. Pour expliquer ce fait, il a dit que le roi s’était converti pendant le temps qu’il avait passé en Assyrie (Chroniques II, 33, 11). Pourtant, aucun livre biblique ou extrabiblique ne fait la moindre mention de cet événement. » Les Livres d’Uzair et de Néhémie ont eux aussi fait l’objet de vives critiques. Il a été dit que ces deux livres sont remplis de sujets obscurs et incompréhensibles. L’époque dont ils relatent les événements — le IVe siècle avant J.-C. — n’est elle-même pas bien connue, et il n’existe pratiquement aucun document extrabiblique concernant cette période.
Le Livre de Tobit, le Livre de Judith et le Livre d’Esther sont également considérés comme des livres historiques. Pourtant, l’histoire y est profondément bafouée. Les noms de personnes et de lieux ont été modifiés pour les besoins de la religion, et des personnages ainsi que des événements ont été inventés. En réalité, ce sont des récits imaginaires, à caractère moral, mêlant faussetés historiques et invraisemblances.
Les Livres des Maccabées sont cependant d’une nature quelque peu différente. Les événements qui y sont rapportés datent du IIe siècle avant J.-C. Il s’agit du récit le plus exact des événements de cette époque. C’est pourquoi ces livres sont très importants.
Ainsi, il apparaît que les livres classés sous le nom de livres historiques n’ont absolument rien en commun les uns avec les autres. Dans certains livres, l’histoire est certes rapportée avec exactitude, mais dans d’autres, elle est racontée au gré de la fantaisie.
Les livres des prophètes
Sous ce titre, nous trouvons le récit de l’enseignement de ces prophètes qui, dans l’Ancien Testament, ont été classés séparément des grands prophètes tels que Moïse, Samuel, Élie et Élisée. L’enseignement de ces grands prophètes se trouve dans d’autres livres.
Les livres des prophètes relatent des événements allant du VIIIe au IIe siècle avant J.-C.
Au VIIIe siècle avant J.-C., on trouve les livres des prophètes Amos, Osée, Isaïe et Michée. Le livre du prophète Amos est célèbre pour sa condamnation de l’injustice sociale. Osée est connu pour sa dépravation religieuse. Ayant été contraint d’épouser une servante de la communauté des adorateurs de la nature, c’est-à-dire une prostituée sacrée, il tomba malade et souffrit de douleurs physiques. Pour expliquer cet événement, il a été dit que cette situation était comparable à celle d’Allah : lorsque le peuple est pécheur, Il en souffre, mais Il continue néanmoins à l’aimer. Isaïe est une figure de l’histoire politique. Les rois et les souverains sollicitaient ses conseils et agissaient en conséquence. Il menait une vie d’un faste extrême. Outre ses propres activités de prédication, ses disciples publièrent jusqu’au IIIe siècle avant J.-C. les réponses qu’il avait données à diverses questions. Son enseignement appelle à protester contre l’injustice et à craindre le jugement d’Allah. Il a également relaté la libération des Juifs après leur départ d’Égypte et leur retour en Palestine. Dans le cas du deuxième et du troisième Isaïe, il est presque évident que leur activité prophétique était motivée par des objectifs politiques. L’enseignement de Michée, contemporain d’Isaïe, était également à peu près du même genre.
Au VIIe siècle avant J.-C., Sophonie, Jérémie, Nahum et Habacuc se firent connaître par leurs activités de prédication religieuse. Jérémie fut martyrisé, et Baruch rassembla et réunit son enseignement et ses paroles. Baruch est probablement aussi l’auteur des Lamentations.
Au début du VIe siècle avant J.-C., pendant l’exil des Juifs à Babylone, l’activité des prophètes s’intensifia particulièrement. Ézéchiel y joua le rôle le plus important. Il réconfortait ses coreligionnaires et leur annonçait un message d’espoir. Le livre d’Abdias décrit la misère et la détresse de Jérusalem vaincue.
Après la fin de l’exil, en 538 avant J.-C., l’activité des prophètes Aggée et Zacharie commença. Ils demandèrent la reconstruction du Temple. Après l’achèvement de cette reconstruction, certains écrits furent publiés sous le nom de Malachie. Ces écrits consistaient essentiellement en des explications et des analyses de sujets spirituels.
Bien qu’il n’y ait aucun passage notable à son sujet dans l’Ancien Testament, on ne trouve aucune raison valable pour expliquer comment le Livre de Jonas a été inclus parmi les livres des prophètes. L’enseignement principal que l’on trouve dans le Livre de Jonas est la nécessité de se soumettre à la volonté d’Allah.
Le Livre de Daniel est écrit en trois langues : l’hébreu, le grec et l’araméen. Les critiques chrétiens estiment que, si on l’examine d’un point de vue historique, ce livre contient certes un message évangélique, mais que celui-ci est désordonné et contradictoire. Ce livre daterait probablement de l’époque des Maccabées, au IIe siècle avant J.-C. E. Jacob estime que l’auteur voulait préserver la foi de ses compatriotes en leur affirmant que le jour du salut était très proche.
Livres de poésie et de sagesse
Les livres classés sous cette rubrique présentent des preuves d’une remarquable cohérence littéraire.
Parmi eux, les Psaumes sont les plus remarquables et constituent également le plus grand exemple de la poésie hébraïque. La plupart des psaumes ont été composés par David. Les autres sont l’œuvre de divers prêtres. Ces chants, utilisés dans la prière et le culte, traitent de la louange, de la méditation, de l’adoration et de la supplication.
Le Livre de Job (du prophète Ayyoub), composé entre 400 et 500 avant J.-C., est un ouvrage remarquable par sa sagesse et son contenu.
Le livre intitulé Lamentations, composé après la chute de Jérusalem, au début du VIe siècle avant J.-C., a probablement été écrit par Jérémie.
Il convient en outre de mentionner à nouveau le nom de quelques livres. Le Cantique des cantiques est un recueil de chants allégoriques sur l’amour divin ; le Livre des Proverbes est une compilation des paroles de Salomon et d’autres sages de sa cour ; et l’Ecclésiaste, ou Qohélet, est un recueil d’écrits sur la valeur des plaisirs terrestres et de la sagesse.
Ainsi, il apparaît que l’on a rassemblé, mélangé et fusionné en un seul ouvrage les écrits composés par différents auteurs, à partir de différentes sources et sur différents sujets, pendant au moins sept siècles. Dans ces conditions, comment une partie de cet ouvrage pourrait-elle compléter l’autre, et comment a-t-il pu être considéré, pendant des siècles, comme complet et autosuffisant ? Mais, plus important encore, au nom de quel raisonnement considère-t-on cet ouvrage comme « le livre de la révélation des Juifs et des chrétiens » ? Il existe certes quelques divergences à ce sujet entre certaines communautés, mais le désaccord sur le fond n’est pas particulièrement marqué. Comme il exprimait la notion de réalités invisibles, cet ouvrage était appelé en grec « canon ».
La collecte de ces écrits n’a toutefois pas commencé à l’époque chrétienne, mais à l’époque juive. Les premiers travaux ont probablement débuté dès le VIIe siècle avant notre ère. Au premier stade de cette compilation, certains ouvrages furent sélectionnés. Les ouvrages restants furent ajoutés par la suite. Il convient cependant de remarquer que les cinq livres de la Torah ou du Pentateuque ont toujours occupé la première place. Une fois que les annonces des prophètes — les prédictions de châtiments correspondant aux mauvaises actions — se furent réalisées, plus rien ne s’opposa à l’inclusion de leurs enseignements dans l’ouvrage principal. Il en allait de même pour leurs messages d’espoir. Au IIe siècle avant notre ère, le « canon » des prophètes avait pris une forme bien définie.
Parce qu’ils étaient utilisés dans le culte, d’autres ouvrages, tels que les Psaumes (chants de prière), furent intégrés à des ouvrages comme les Lamentations, le Livre de la Sagesse et le Livre de Job.
À ses débuts, le christianisme était mêlé au judaïsme. Nous verrons plus tard que des auteurs érudits modernes, tels que le cardinal Daniélou, ont mené des recherches approfondies à ce sujet. Avant de prendre une forme nouvelle sous l’influence de saint Paul, le christianisme acceptait sans réserve l’héritage de l’Ancien Testament. Les auteurs des Évangiles suivaient strictement la tradition de l’Ancien Testament. Mais, même si les Évangiles furent ensuite révisés après le rejet des apocryphes (récits religieux légendaires), l’Ancien Testament ne fit pas l’objet de révisions comparables. Presque tout y fut conservé.
Avant la fin du Moyen Âge, personne, du moins dans les pays occidentaux, n’avait le courage de s’opposer à cette étrange compilation. Pas une seule personne. Entre la fin du Moyen Âge et le début de l’époque moderne, on vit quelques critiques élever la voix, mais les autorités ecclésiastiques les réduisirent toujours au silence. Aujourd’hui, les ouvrages critiques ne manquent certes pas, mais bien que les spécialistes de la religion aient mené des recherches approfondies sur de nombreuses questions, ils se sont abstenus d’examiner en profondeur les sujets qu’ils qualifient d’« embarrassants ». Ils ne se sont même pas montrés désireux de les examiner à la lumière des connaissances modernes. Lorsque les récits bibliques présentent des similitudes avec les données historiques, ils ont déployé de grands efforts pour démontrer et établir ces similitudes ; en revanche, ils ont soigneusement évité de comparer les récits bibliques aux données scientifiques modernes. Ils ont compris qu’une telle comparaison amènerait les gens ordinaires à douter de la véracité des écritures juives et chrétiennes et à soulever des questions. Or, ces écritures sont restées jusqu’ici au-dessus de tout doute et de toute question.
L’Ancien Testament et la science : quelques faits établis
L’Ancien Testament et les Évangiles contiennent certains éléments qui sont en contradiction avec les données acquises par les connaissances modernes. Lorsque cette contradiction concerne la science, on constate que les questions en jeu sont très importantes.
Nous avons déjà vu que la Bible contient de nombreuses informations historiques erronées. Nous avons également cité quelques-unes de ces erreurs relevées par des spécialistes juifs et chrétiens. Pour des raisons tout à fait naturelles, ils ont minimisé ces erreurs. Car il leur a semblé naturel que les auteurs religieux aient présenté les faits historiques conformément à leur religion et qu’ils aient écrit l’histoire uniquement pour répondre aux besoins de celle-ci. Nous verrons plus tard que, dans l’Évangile écrit par Matthieu (Matthew), la vérité a été déformée de la même manière et qu’une explication du même type a été fournie afin de faire accepter cette déformation comme la vérité. Mais aucune des deux parties ne peut accepter ce procédé.
Si l’on examine le texte à la lumière de la raison, on y découvrira de nombreuses contradictions et invraisemblances. Lorsque différents auteurs utilisent différentes sources pour relater un événement, il est tout à fait normal que le même événement soit décrit de différentes manières. Mais ce n’est pas la seule raison : certains spécialistes ont également montré du doigt que le même événement avait fait l’objet de plusieurs versions, que des ajouts avaient été insérés ultérieurement dans le récit original et qu’une explication avait d’abord été rédigée, avant que le récit original ne soit préparé pour l’étayer. À titre d’exemple, en ce qui concerne la Torah, le père de Vaux a mentionné de nombreuses incohérences et contradictions de ce genre dans l’introduction à sa traduction de la Genèse (p. 13-14). Nous en présenterons plus loin quelques exemples. Toutefois, après avoir lu le récit original, si le lecteur estime que ce qu’il vient de lire n’est absolument pas crédible, on ne pourra sans doute pas lui en faire grand reproche. Pour le moment, nous allons présenter quelques exemples :
Dans la Genèse (6,3), il est dit que, juste avant le Déluge, Dieu décida que la durée de la vie humaine serait désormais limitée à cent vingt ans : « Sa vie sera de cent vingt ans. » Mais plus loin, dans cette même Genèse (11,11 ; 10,32), on constate que les dix descendants de Noé vécurent entre 148 et 600 ans (voir, dans la liste ajoutée ultérieurement, les durées de vie des dix descendants de Noé jusqu’à Abraham). La contradiction entre ces deux récits est très manifeste. Mais quelle en est la cause ? Elle tient au fait que le premier récit (Genèse 6,3) est tiré de l’ouvrage yahviste du Xe siècle avant notre ère, tandis que le second récit (Genèse 11,10-32) provient de la version sacerdotale du VIe siècle avant notre ère. C’est cette version qui constitue la source principale de la généalogie. Dans cette généalogie, la vie de chaque prophète est certes exprimée par un nombre précis, mais, si l’on considère l’ensemble, la chose semble invraisemblable.
C’est précisément dans cette Genèse que nous trouvons le meilleur exemple d’incompatibilité avec la science moderne. Cette incompatibilité concerne les trois points importants suivants :
(1) La création du monde et ses différentes étapes.
(2) La date de la création du monde et celle de l’apparition de l’être humain sur Terre.
(3) Le récit du Déluge.
Nous allons maintenant examiner successivement ces trois points.
La création du monde
Le père de Vaux a signalé qu’au tout début de la Genèse, deux récits parallèles de la création du monde se trouvent côte à côte. Nous allons maintenant examiner successivement si ces deux récits sont conformes aux données scientifiques modernes.
Le premier récit
Ce premier récit se trouve au premier chapitre de la Genèse et dans le premier verset du deuxième chapitre. Si on l’examine d’un point de vue scientifique, il apparaît aisément qu’il est difficile de trouver ailleurs un tel ensemble d’erreurs et de contrevérités. Il est donc nécessaire d’examiner séparément chacun des paragraphes. La citation donnée ici est tirée de la Revised Standard Version de la Bible (Revised Standard Version, publiée par W. M. Collins and Sons pour le compte de la British and Foreign Bible Society, 1952).
Chapitre premier, versets 1-2 :
« Au commencement, Dieu créa les cieux et la terre. La terre était informe et vide, les ténèbres couvraient l’abîme, et l’Esprit de Dieu planait au-dessus des eaux. »
Il est possible d’admettre que ce que nous appelons aujourd’hui l’Univers était plongé dans les ténèbres avant la création du monde. Mais mentionner l’existence de l’eau à cette époque n’est qu’une pure fiction. Nous verrons plus loin qu’au stade initial de la formation de l’Univers, il existe de nombreuses indications de la présence de gaz ou de fumée. La présence d’eau y est totalement erronée.
Versets 3-5 :
« Puis Dieu dit : Que la lumière soit ! Et la lumière fut. Dieu vit que la lumière était bonne ; et Dieu sépara la lumière des ténèbres. Il y eut un soir et il y eut un matin : ce fut le premier jour. »
La lumière qui se propage dans le firmament est le résultat des interactions complexes entre les étoiles. Nous examinerons cette question en détail plus loin. Selon la Bible elle-même, les étoiles n’étaient pas encore formées à ce stade de la création. En fait, aucune mention des « lumières » n’est faite avant le verset 14. C’est dans ce verset qu’il est question de la création de la lumière le quatrième jour — « pour séparer le jour de la nuit » et « pour donner de la lumière à la terre ». Cette description est exacte. Mais puisque la cause de la lumière n’a été créée que trois jours plus tard, il est illogique de mentionner la lumière dès le premier jour. En outre, la mention du soir et du matin dès le premier jour de la création relève également de l’imagination ; car la notion de soir et de matin ne peut être envisagée qu’après la création de la Terre et après que celle-ci a effectué une rotation complète sur elle-même à la lumière de son propre astre, le Soleil.
Versets 6-8 :
« Puis Dieu dit : Qu’il y ait une étendue au milieu des eaux, et qu’elle sépare les eaux d’avec les eaux. Dieu fit l’étendue, et il sépara les eaux qui sont au-dessous de l’étendue d’avec les eaux qui sont au-dessus de l’étendue. Et cela fut ainsi. Dieu appela l’étendue ciel. Ainsi, il y eut un soir, et il y eut un matin : ce fut le deuxième jour. »
Ici aussi, on retrouve ce récit concernant l’eau, et il est décrit que le ciel a séparé les eaux en deux. C’est précisément en raison de cette séparation qu’il a été possible, lors du récit du Déluge, d’affirmer que les eaux supérieures avaient franchi le ciel et étaient tombées sur la terre.
Mais l’idée d’une telle séparation des eaux en deux n’est pas acceptable pour des raisons scientifiques.
Versets 9-13 :
« Puis Dieu dit : Que les eaux qui sont au-dessous du ciel se rassemblent en un seul lieu, et que la terre ferme paraisse. Et cela fut ainsi. Dieu appela la terre ferme terre, et il appela l’amas des eaux mers. Dieu vit que cela était bon. Puis Dieu dit : Que la terre produise de la verdure, de l’herbe portant de la semence, des arbres fruitiers donnant du fruit selon leur espèce et ayant en eux leur semence sur la terre. Et cela fut ainsi. La terre produisit de la verdure, de l’herbe portant de la semence selon son espèce, et des arbres donnant du fruit et ayant en eux leur semence selon leur espèce. Dieu vit que cela était bon. Ainsi, il y eut un soir, et il y eut un matin : ce fut le troisième jour. »
L’idée que, lorsque la Terre était submergée, les terres aient progressivement émergé est scientifiquement acceptable. Mais l’idée qu’avant la création du Soleil ait existé un système organisé de plantes grimpantes, d’arbustes et d’arbres, ainsi qu’un processus de reproduction par les graines, ne peut absolument pas être considérée comme rationnelle ; pour la même raison, l’évolution du système du jour et de la nuit n’est pas non plus acceptable. Il convient de noter que, selon la Genèse elle-même, le Soleil n’a pas été créé avant le quatrième jour.
Versets 14-19 :
« Puis Dieu dit : Que des luminaires soient dans l’étendue du firmament, afin de séparer le jour de la nuit ; qu’ils servent de signes pour les temps, pour les saisons, pour les jours et pour les années, et qu’ils servent de luminaires dans l’étendue du firmament pour éclairer la terre. Et il en fut ainsi. Dieu fit les deux grands luminaires : le plus grand luminaire pour dominer sur le jour, et le plus petit pour dominer sur la nuit ; il fit aussi les étoiles. Dieu les plaça dans l’étendue du firmament pour éclairer la terre, pour dominer sur le jour et sur la nuit, et pour séparer la lumière des ténèbres. Dieu vit que cela était bon. Ainsi, il y eut un soir, et il y eut un matin : ce fut le quatrième jour. »
Bien que cette description soit globalement acceptable, elle comporte une grande incohérence. Nous savons que la Terre et la Lune se sont formées à partir de fragments de leur astre originel, le Soleil. Par conséquent, l’idée que le Soleil et la Lune auraient été créés après la formation de la Terre est totalement contraire à l’opinion universellement reconnue et largement admise concernant la formation du système solaire.
Versets 20-23 :
« Puis Dieu dit : Que les eaux produisent en abondance des êtres vivants de toutes sortes, et que des oiseaux volent au-dessus de la terre, dans l’étendue du firmament. Alors Dieu créa les grands animaux marins et tous les êtres vivants de toutes sortes dont les eaux foisonnent, ainsi que les oiseaux de toutes sortes. Dieu vit que cela était bon. Dieu les bénit en disant : Soyez féconds, multipliez-vous, remplissez les eaux des mers, et que les oiseaux se multiplient sur la terre. Ainsi, il y eut un soir, et il y eut un matin : ce fut le cinquième jour. » Ce paragraphe contient certaines affirmations qui ne sont pas acceptables. Il est dit que le monde animal a commencé avec l’apparition des êtres marins et des oiseaux ailés. Et cela se serait produit le cinquième jour. Mais le verset suivant affirme que le monde animal a commencé sur la terre le jour suivant, c’est-à-dire le sixième jour. Nous citerons dans un instant le verset concernant le sixième jour. Il est exact que la vie a commencé dans la mer et que c’est de là que la vie s’est répandue sur la terre, mais nous traiterons cette question plus tard. Pour le moment, nous voulons nous limiter au contenu du verset. On considère généralement que les oiseaux sont issus d’une espèce de reptiles de la deuxième ère, parmi les animaux vivant sur la terre ferme. Cette hypothèse est jugée possible en raison de certaines caractéristiques physiques communes aux deux espèces. Or, dans la Bible, l’apparition des êtres vivants terrestres est mentionnée le sixième jour, après celle des oiseaux. Par conséquent, cette succession de l’apparition d’autres êtres vivants terrestres après les oiseaux ne peut être acceptable.
Versets 24-31 :
« Et Dieu dit : Que la terre produise des êtres vivants de toutes sortes : des animaux domestiques, des reptiles et des animaux sauvages, chacun selon son espèce. Et il en fut ainsi. Dieu fit les animaux sauvages selon leur espèce, les animaux domestiques selon leur espèce, et tous les reptiles terrestres selon leur espèce. Dieu vit que cela était bon. Puis Dieu dit : Faisons l’homme à notre image, selon notre ressemblance, et qu’il domine sur les poissons de la mer, sur les oiseaux du ciel, sur les animaux, sur toute la terre et sur tous les reptiles qui rampent sur la terre. Dieu créa l’homme à son image ; il le créa à l’image de Dieu ; il créa l’homme et la femme. Dieu les bénit et leur dit : Soyez féconds, multipliez-vous, remplissez la terre et soumettez-la ; dominez sur les poissons de la mer, sur les oiseaux du ciel et sur tous les êtres vivants qui se meuvent sur la terre. Dieu dit encore : Voici, je vous donne toute plante portant sa semence, qui est sur toute la surface de la terre, et tout arbre portant des fruits et produisant de la semence : ce sera votre nourriture. Et à tous les animaux de la terre, à tous les oiseaux du ciel et à tous les êtres qui rampent sur la terre, à tout ce qui a souffle de vie, je donne toute herbe verte pour nourriture. Et il en fut ainsi. Dieu vit tout ce qu’il avait fait, et voici, cela était très bon. Ainsi, il y eut un soir, et il y eut un matin : ce fut le sixième jour. »
La description de la création s’achève ici. L’auteur a donné ici la liste des êtres vivants dont il n’avait pas été question auparavant, ainsi que la description de la nourriture de l’homme et des animaux.
Nous avons déjà mentionné qu’il était erroné de dire que les autres animaux étaient apparus avant les oiseaux. En revanche, il est exact de dire que les humains sont apparus après les autres animaux. Après le premier chapitre de la Bible, le récit de la création s’achève ainsi dans les trois premiers versets du deuxième chapitre :
Chapitre 2 : verset 13
« Ainsi furent achevés les cieux et la terre, ainsi que toute leur armée. Dieu acheva au septième jour l’œuvre qu’il avait faite, et il se reposa, au septième jour, de toute l’œuvre qu’il avait faite. Dieu bénit le septième jour et le sanctifia, parce qu’en ce jour il se reposa de toute l’œuvre qu’il avait créée et faite. » Il est maintenant nécessaire d’examiner quelque peu cette question.
Conformément à une tradition de traduction, le mot hébreu « Shabbath » est rendu par « Il se reposa ». C’est également le cas ici. Mais, en réalité, le repos de Dieu n’est qu’une légende.
Le récit cité ici est tiré de la version sacerdotale de la Bible. Cette version a été écrite au VIe siècle avant notre ère. Mais la version yahviste, rédigée plusieurs siècles auparavant, ne fait aucune mention du repos de Dieu. Ceux qui ont écrit au sujet du jour du repos ont affirmé, dans le but d’inspirer foi et respect aux gens du peuple, que Dieu lui-même avait observé ce jour le premier. En outre, ils ont décrit avec beaucoup de détails et dans un ordre successif l’œuvre de création des six autres jours. Mais si l’on examine la question à la lumière des informations découvertes par la science au sujet de la création, on constate que cet ordre n’est nullement exact, mais qu’il est purement arbitraire.
L’idée selon laquelle les étapes successives de la création auraient pu être limitées à la durée d’une seule semaine n’est pas acceptable du point de vue scientifique. Car nous savons aujourd’hui avec certitude que la formation des corps célestes et de la Terre s’est accomplie progressivement, sur de nombreux jours, c’est-à-dire sur de très longues périodes. (Nous examinerons plus tard le récit du Coran à ce sujet.) Même si, sans mentionner le jour du repos, le récit de la création s’achevait avec le récit du sixième jour, et même s’il était possible de considérer les jours non comme des jours réels ou littéraux, mais comme de longues périodes, à l’instar du récit coranique, le récit biblique ne pourrait pas davantage être accepté du point de vue scientifique, en raison de l’impossibilité de l’ordre des événements. Ce récit est imaginaire et fabriqué de toutes pièces. Il n’a pas été rédigé et déformé dans le but de révéler la vérité, mais dans quelque autre but.
Le deuxième récit
Immédiatement après la fin du premier récit, le deuxième récit de la création commence dans la Genèse, ou Livre de la Genèse, sans commentaire ni passage intermédiaire. Ici, il n’y a toutefois pas lieu de soulever le même type d’objection. Il faut néanmoins se rappeler que ce récit est encore plus ancien de trois siècles et très bref. Il accorde davantage de temps à la création de l’être humain et de l’environnement qui lui est adapté qu’à la création de la Terre et des cieux.
Chapitre 2 : versets 4-7
« Le jour où Yahvé Dieu fit la terre et les cieux, il n’y avait encore sur la terre aucune plante des champs, et aucune herbe des champs n’avait poussé. Car Yahvé Dieu n’avait pas fait pleuvoir sur la terre, et il n’y avait pas d’homme pour cultiver le sol. Cependant, une inondation monta de la terre et arrosa toute la surface du sol. Alors Yahvé Dieu forma l’homme de la poussière du sol et insuffla dans ses narines un souffle de vie ; et l’homme devint un être vivant. »
Dans la Bible actuelle, on trouve ce récit yahviste. Le récit sacerdotal y a été ajouté plus tard. Toutefois, la question demeure de savoir si le récit était à l’origine aussi bref. Personne ne peut dire avec certitude s’il a été abrégé et raccourci au fil du temps. On ne sait pas davantage avec certitude si ce que l’on possède aujourd’hui est bien le récit originel.
Ce récit ne donne aucune description détaillée de la création de la terre et des cieux. Il dit seulement que, lorsque Dieu créa l’homme, il n’y avait pas de végétation sur la terre — il n’avait pas non plus plu à ce moment-là — bien que l’eau remontée du sol eût arrosé toute la surface de la terre. Il est dit ensuite que, au moment même de la création de l’homme, « Dieu planta un jardin ». Ainsi, l’homme et les arbres et les plantes ont été créés en même temps. Nous ignorons toutefois combien de centaines de millions d’années se sont écoulées entre ces deux créations.
Quoi qu’il en soit, c’est la seule objection que l’on puisse soulever contre ce récit. Le récit sacerdotal mentionne que l’homme et la terre ont été créés au cours de la même semaine, mais le récit yahviste ne dit rien de tel. Il n’y a donc guère de raison de formuler une objection particulièrement grave contre ce récit.
Date de la création de la terre et de l’apparition de l’homme sur celle-ci
Dans le calendrier juif établi sur la base des informations rapportées dans l’Ancien Testament, ces deux dates sont indiquées avec précision. Selon ce calcul, la seconde moitié de l’année 1975 de l’ère chrétienne a marqué le début de la 5 736e année de la terre. Autrement dit, en 1975, l’âge de la terre atteignait 5 736 ans. L’homme a été créé quelques jours après la création de la terre. Son âge serait donc également le même.
Une légère correction semble nécessaire à ce propos. Dans l’Antiquité, on comptait le temps sur la base de l’année lunaire, tandis qu’aujourd’hui, dans le monde occidental, on le compte sur la base de l’année solaire. Cette correction est nécessaire pour rendre le calcul exact ; toutefois, si elle n’est pas effectuée, l’écart n’est que de trois pour cent. Nous négligeons donc cet écart afin de simplifier le calcul. Si, sur un calcul de mille ans, il y a une différence de trente ans dans un sens ou dans l’autre, notre thèse principale ne devrait guère être faussée. Ainsi, sur la base du calcul hébreu, nous pouvons dire avec une approximation raisonnable que la terre a été créée environ trente-sept siècles avant la naissance du Christ.
Mais que dit la science moderne à ce sujet ? Il est difficile de donner une réponse directe à cette question. On peut toutefois trouver certaines informations concernant la formation du système solaire. Il est également possible d’aboutir à une estimation raisonnable à ce sujet. On considère que quatre milliards cinq cents millions d’années se sont écoulées depuis la formation du système solaire jusqu’à nos jours. Il est donc facile de déterminer la différence entre cette estimation universellement admise et celle fournie dans l’Ancien Testament. Nous examinerons cette question en détail un peu plus loin. Avant cela, nous allons apporter quelques éclaircissements sur la méthode permettant d’obtenir des calculs à partir de la Bible.
On obtient ce calcul en examinant attentivement le récit biblique. Dans la Genèse, c’est-à-dire le Livre de la Genèse, on trouve des informations précises sur le temps écoulé entre Adam et Abraham. Mais pour la période suivante, c’est-à-dire entre Abraham et le commencement du christianisme, les informations disponibles sont insuffisantes. D’autres informations sont donc nécessaires pour les compléter.
D’Adam à Abraham
Dans les chapitres 4, 5, 11, 21 et 25 de la Genèse, la généalogie précise de tous les ancêtres d’Abraham jusqu’à Adam est donnée. L’âge de chacun au moment de la naissance de son fils, ainsi que la durée de sa vie, sont également indiqués. Il est donc facile de déterminer combien d’années après la création d’Adam chacun est né ou mort. Toutes les informations utilisées dans le tableau ci-dessous sont tirées de la version sacerdotale de la Genèse, et ces informations ne se trouvent que dans la Bible. Ce calcul montre qu’Abraham est né 1 948 ans après Adam.
Généalogie d’Abraham
—- Date de naissance après la création d’Adam — Durée de vie — Date de décès après la création d’Adam
1) Adam — – 930 — 930
Seth — 130 — 912 — 1042
Énos — 235 — 905 — 1140
Qénân — 325 — 910 — 1235
Mahaléel — 395 — 895 — 1290
Jéred — 460 — 962 — 1422
Énoch — 622 — 365 — 987
Mathusalem — 687 — 969 — 1656
Lémek — 874 — 777 — 1651
10) Noé — 1056 — 950 — 2006
Sem — 1556 — 600 — 2156
Arphaxad — 1658 — 438 — 2096
Shélah — 1693 — 433 — 2122
Héber — 1723 — 464 — 2187
Péleg — 1757 — 239 — 1996
Réou — 1787 — 239 — 2026
Seroug — 1819 — 230 — 2049
Nahor — 1849 — 148 — 1997
Térah — 1878 — 205 — 2983
20) Abraham — 1948 — 175 — 2123
D’Abraham à Jésus
La Bible ne fournit aucune donnée numérique pour cette période. Nous devons donc chercher une autre source pour déterminer la durée allant d’Abraham à Jésus. À l’heure actuelle, on considère généralement qu’Abraham a vécu environ dix-huit siècles avant Jésus. Si l’on fait le calcul sur la base de la durée entre Abraham et Adam donnée dans la Genèse, on constate qu’Adam aurait vécu environ trente-huit siècles avant Jésus. Ce calcul est manifestement erroné, et cette erreur provient du calcul biblique de la période allant d’Adam à Abraham. Pourtant, le calendrier juif repose encore sur ce calcul. En nous fondant sur l’incompatibilité entre l’estimation des prêtres juifs du VIe siècle avant notre ère et les données modernes, nous pouvons très facilement affronter les gardiens traditionnels de la vérité biblique. Pourtant, pendant de nombreux siècles, c’est sur la base de ce calcul qu’a été déterminée la date des événements anciens de la vie de Jésus.
Avant le début de l’époque moderne, chaque édition de la Bible était précédée d’une introduction. Celle-ci expliquait la chronologie des événements depuis la création du monde jusqu’à la date de rédaction de l’édition en question. Les dates variaient considérablement d’une édition à l’autre. Ainsi, dans l’édition de la Vulgate clémentine de 1621, l’époque d’Abraham était située encore plus tôt, et la création du monde était approximativement fixée au quarantième siècle avant notre ère. En revanche, dans la Bible de Walton, écrite en plusieurs langues au XVIIe siècle, l’époque des ancêtres d’Abraham était présentée sous une forme analogue à la généalogie exposée ici. Presque tous les calculs concordent avec cette généalogie. Les éditeurs modernes de la Bible ont toutefois cessé de fournir ces calculs et ces introductions. Ils ont compris que les découvertes scientifiques modernes avaient établi que la création du monde remontait à une époque beaucoup plus ancienne ; par conséquent, ces anciens calculs ne seraient plus acceptables pour personne. Ils auraient dû dire clairement aux lecteurs que le récit biblique était devenu caduc et qu’il ne contenait pas la vérité réelle. Mais ils ne l’ont pas dit. Au contraire, par des jeux de langage, ils ont créé un voile mystérieux, grâce auquel le récit biblique, sans aucune modification, pourrait continuer à être accepté partout tel qu’il est.
C’est pourquoi la généalogie présentée dans la tradition sacerdotale est encore acceptée, bien qu’au XXe siècle ce calcul fondé sur des récits fabuleux ne puisse nullement être considéré comme recevable. Sur la base des données fournies par les découvertes scientifiques modernes, il n’est pas possible de déterminer une date précise de l’apparition de l’être humain sur Terre. On ne peut obtenir que quelques indications. Nous pouvons toutefois tenir pour presque certain que l’être humain est apparu après un certain temps suivant la création de la Terre. Il convient de mentionner qu’il existe, ou a pu exister, d’autres êtres ayant une morphologie semblable à celle de l’être humain. Mais ce sont ses capacités fonctionnelles et intellectuelles qui distinguent l’être humain de ces êtres. Les ossements humains les plus anciens découverts jusqu’à présent permettent d’estimer que l’apparition de l’être humain remonte à des centaines de milliers d’années.
Cette estimation repose sur la découverte la plus récente d’ossements humains de la préhistoire. Dans le langage des spécialistes, cet être humain est appelé homme de Cro-Magnon. Il est vrai que des ossements très anciens d’êtres ayant une morphologie semblable à celle de l’être humain ont également été découverts en divers endroits du monde, et qu’ils remontent manifestement à une époque encore plus ancienne. Mais il est permis de douter qu’il s’agisse réellement d’ossements humains.
Il ne fait toutefois aucun doute que les données scientifiques indiquent une époque bien antérieure à celle mentionnée dans la Genèse pour l’apparition de l’être humain. Il apparaît donc qu’il existe une différence et une contradiction manifestes entre la Bible et la science moderne.
Le déluge et l’inondation
Les chapitres 6, 7 et 8 de la Genèse relatent le déluge. Il s’agit en réalité de deux récits, mais au lieu de les présenter côte à côte, on les a fondus pour en faire un seul récit. Cette fusion a été réalisée de telle manière qu’en apparence, du point de vue de la succession et de la cohérence, il semble naturel de n’y voir qu’un seul récit. Ces trois chapitres contiennent de nettes contradictions entre eux. La raison en est toujours la même : le contenu a été tiré de deux sources. L’une est la version yahviste et l’autre la version sacerdotale.
Des paragraphes ou des phrases tirés des récits de ces deux versions ont été insérés les uns après les autres de telle manière que, dans les quelque cent lignes de la traduction anglaise, on peut relever au moins dix-sept changements de source.
Quoi qu’il en soit, le récit peut être résumé ainsi : comme la dépravation des hommes était devenue sans limites, Allah décida de les détruire avec les autres êtres vivants. Il avertit Noé et lui ordonna de construire une arche. Il lui ordonna d’y faire monter, avec les autres êtres vivants, sa femme, ses trois fils et leurs femmes. C’est à partir de là que les deux récits diffèrent. Dans l’un d’eux, le récit sacerdotal, il est dit que Noé devait prendre une paire d’animaux de chaque espèce. Mais dans le paragraphe immédiatement suivant, le récit yahviste dit qu’il devait prendre sept mâles et sept femelles de chaque espèce d’animaux prétendument « purs », ainsi qu’un mâle et une femelle de chaque espèce d’animaux « impurs ». Il est cependant dit par la suite que Noé n’emporta en réalité qu’une paire d’animaux de chaque espèce. Des spécialistes tels que le père de Vaux estiment que ce paragraphe est une forme déformée du récit yahviste.
Le paragraphe yahviste indique que le déluge fut provoqué par la pluie. En revanche, le paragraphe sacerdotal parle de la pluie et des eaux qui montaient du sol.
Toute la terre, jusqu’au sommet des montagnes, avait été submergée. Tous les êtres vivants étaient morts. Au bout d’un an, lorsque les eaux se furent retirées, l’arche s’échoua sur le mont Ararat et Noé en descendit.
Il est à noter qu’il existe également une divergence concernant la durée du déluge. Le récit yahviste parle de quarante jours, tandis que le récit sacerdotal en compte cent cinquante.
Le récit yahviste ne dit rien de la période de la vie de Noé durant laquelle le déluge eut lieu. En revanche, le récit sacerdotal indique que Noé avait alors six cents ans. Ce récit donne également la généalogie de Noé, en établissant sa relation avec Adam et Abraham. Si l’on fait le calcul à partir des informations fournies dans la Genèse, on constate que Noé naquit 1 056 ans après Adam (voir la généalogie). Le déluge eut donc lieu 1 656 ans après la création d’Adam. En ce qui concerne sa relation avec Abraham, la Genèse dit que le déluge eut lieu 292 ans avant la naissance de ce dernier.
Selon la Genèse, le déluge avait anéanti toute l’humanité ainsi que toutes les autres créatures de la terre. Par la suite, les trois fils de Noé et leurs épouses repeuplèrent le monde. Autrement dit, l’humanité fut reconstituée. Ainsi, lorsque Abraham naquit près de trois siècles plus tard, l’humanité s’était déjà reconstituée en différentes communautés. Mais comment cette reconstitution avait-elle pu être possible en si peu de temps ? Cette seule question suffit à faire disparaître toute possibilité de considérer ce récit comme véridique.
De plus, ce récit ne concorde aucunement avec les connaissances historiques modernes. On situe la naissance d’Abraham entre 1800 et 1875 avant J.-C. Or, si le déluge avait eu lieu trois cents ans avant sa naissance, celle-ci aurait dû se situer entre le XXIe et le XXIIe siècle avant J.-C.
Les connaissances historiques modernes nous apprennent qu’à cette époque, la civilisation s’était développée dans plusieurs régions du monde, et que ses vestiges sont encore visibles aujourd’hui.
En Égypte, cette ancienne civilisation est antérieure au Moyen Empire, vers 2100 avant J.-C. Cette période correspond approximativement à la Première Période intermédiaire, qui précéda la XIe dynastie. À Babylone, c’était alors l’époque de la troisième dynastie d’Ur. Nous savons avec certitude que le cours de cette civilisation n’a subi aucune interruption et que l’humanité entière n’a pas été anéantie. Pourtant, c’est précisément ce qu’affirme la Bible.
Nous ne pouvons donc pas admettre que ces trois récits bibliques soient véridiques. Si nous les examinons impartialement, nous n’avons d’autre choix que de reconnaître que le texte biblique qui se trouve aujourd’hui devant nous n’a aucun rapport avec la réalité. Dans ces conditions, nous devons nous demander à nous-mêmes s’il est réellement possible qu’Allah ait révélé autre chose que la vérité. Il est également inconcevable de penser que ce qu’Allah a fait connaître aux hommes soit non seulement irréel, mais aussi contradictoire. Nous sommes donc naturellement parvenus à la conclusion que le texte originel de la Bible a été altéré, et que cette altération est l’œuvre des hommes. Elle s’est produite lors de la transmission orale, d’une génération à l’autre, ou après la mise par écrit, au cours de copies ou de révisions. Lorsqu’on sait qu’en l’espace d’environ trois cents ans un ouvrage tel que la Genèse a été remanié et révisé au moins deux fois, il n’est sans doute pas étonnant que ce Livre contienne des éléments irréels et invraisemblables. Si ces éléments nous apparaissent aujourd’hui, c’est parce que les recherches et les investigations modernes nous permettent de connaître au moins une partie de la vérité, sinon dans sa totalité, et de la confronter aux récits anciens. Il n’existe aucune autre explication raisonnable, et il ne peut probablement y en avoir, que de rendre les hommes responsables des erreurs de la Bible. Pourtant, il est étonnant de constater que la majorité des commentateurs juifs et chrétiens refusent d’accepter cet argument. Ils ont leurs propres arguments et leurs propres explications à ce sujet. Il est nécessaire de les examiner attentivement.
Les explications des commentateurs chrétiens au sujet des erreurs de la Bible
Lorsqu’on examine les diverses déclarations et explications des commentateurs chrétiens concernant les erreurs, les invraisemblances et les contradictions que l’analyse des données scientifiques permet de relever dans la Bible, on ne peut qu’être stupéfait. Certains commentateurs reconnaissent certaines erreurs et tentent de résoudre quelques problèmes complexes. D’autres, en revanche, évitent les erreurs et soutiennent le contenu du texte originel. Ils déploient un réseau d’arguments absurdes, espérant peut-être que les gens oublieront facilement ce qui n’est pas rationnellement acceptable.
Le père de Vaux a certes reconnu, dans la préface de sa traduction de la Genèse, l’existence de telles affirmations controversées, mais au lieu d’en expliquer l’illégitimité, il en a expliqué la légitimité. Il ne s’est toutefois pas montré favorable à une reconstitution rationnelle des récits anciens. Selon lui, le fait que le souvenir d’un ou de deux effroyables déluges survenus dans la vallée du Tigre et de l’Euphrate se soit transmis au fil du temps de bouche en bouche, jusqu’à prendre la forme d’un déluge universel et à être ainsi consigné dans la Bible, n’a pas d’importance en soi. La véritable signification de cet événement réside dans la justice d’Allah envers la méchanceté des hommes et dans Sa miséricorde envers les gens vertueux. L’auteur biblique de cet événement a magnifiquement mis en lumière cette signification.
C’est ainsi que l’on a établi la légitimité de revêtir une légende populaire d’une sainteté céleste. Sous prétexte que l’auteur a utilisé une légende pour expliquer son enseignement religieux au moyen d’exemples, cette légende a également été présentée comme faisant partie des croyances humaines. Si l’on accepte comme valable ce genre de raisonnement, on peut très facilement faire passer n’importe quelle impossibilité pour une possibilité dans un ouvrage réputé sacré et contenant la parole d’Allah. Et si l’on admet que la parole d’Allah a ainsi subi une intervention humaine, on trouve alors une justification cohérente à toutes les interventions et modifications humaines dans le texte de la Bible. Si la présence d’un objectif religieux suffit à rendre licite la modification même du texte original, alors il n’y a plus rien à dire. Nous avons déjà vu comment les auteurs sacerdotaux du VIe siècle ont modifié le texte original à leur guise. Il ne reste donc plus aucun moyen de les critiquer.
De nombreux commentateurs chrétiens expliquent les erreurs, les invraisemblances et les contradictions du récit biblique en affirmant que les auteurs de la Bible ont exprimé leurs idées dans des contextes sociaux issus de cultures ou de mentalités différentes ; il n’est donc pas anormal qu’il y ait des divergences. C’est de cette explication qu’est née l’expression « styles littéraires » de diverses sortes. Autrement dit, on a trouvé une panacée à tous les problèmes. Lorsqu’une incohérence est relevée entre deux textes, on l’explique précisément par leurs contextes sociaux différents et leurs styles différents. Tout le monde n’accepte certes pas cet argument. Mais son emploi et son application n’ont pourtant pas cessé. Nous verrons plus tard que, dans le cas du Nouveau Testament, ce même argument a été appliqué pour expliquer des contradictions manifestes. Une autre méthode est employée pour rendre acceptable un point qui ne résiste pas à la raison. On introduit, autour du sujet principal, toutes sortes de considérations justificatives ou explicatives. L’attention du lecteur est ainsi détournée du sujet essentiel.
Le cardinal Daniélou a précisément adopté cette méthode en discutant du Déluge. Dans un article intitulé « Le jugement du baptême par le déluge », publié dans la revue « Le Dieu vivant », sous le titre français « Dieu vivant » (n° 38, 1974, p. 95-112), il dit : « La plus ancienne légende de l’Église affirme que, dans la signification religieuse du Déluge, se trouvent l’image de Jésus et celle de l’Église. C’est un événement particulièrement significatif, qui constitue un jugement porté sur l’ensemble de l’humanité. » Puis, citant l’« Oxygène », il déclare dans son ouvrage intitulé « Homélie sur Ézéchiel » : « Le naufrage du monde entier est sauvé au sommet. » Ensuite, expliquant la signification du chiffre huit, il dit : « Huit personnes sont sauvées au sommet de la montagne : Noé, sa femme, ses trois fils et leurs femmes. C’est pourquoi le chiffre huit est très important. » Appliquant à son propre propos l’argument avancé par Justin dans son ouvrage intitulé « Dialogue », il dit : « Huit personnes sont sauvées au sommet de la montagne. Ces huit personnes ne sont en réalité que le symbole de Jésus, qui ressuscita d’entre les morts le huitième jour. Noé est l’image de Jésus. Il est aussi le premier ancêtre après le Déluge. Ce que Jésus a accompli en réalité, Noé ne l’avait fait qu’annoncer auparavant. » En établissant cette comparaison, il ajoute également que l’arche de Noé
était en bois, et que la croix de Jésus était en bois. C’est, paraît-il, en raison de la très grande importance de cette ressemblance et de cette correspondance que la valeur religieuse du Déluge s’est trouvée particulièrement accrue. En d’autres termes, le cardinal voulait dire que ce qui n’a aucun rapport ou aucune ressemblance avec Jésus n’a absolument aucune importance.
On pourrait beaucoup dire au sujet de ce genre de comparaisons apologétiques. Mais nous devons nous rappeler que cette comparaison n’est qu’un commentaire, et qui plus est, à propos d’un événement qui ne se trouve même pas établi comme universel sur la base de la Bible. Et si nous le tenons aussi pour exact du point de vue chronologique, nous ne pouvons tout au plus parvenir qu’au Moyen Âge ; or le Moyen Âge est une époque où aucune discussion autre qu’une discussion favorable à la Bible n’était possible.
Heureusement, une attitude rationnelle avait été adoptée et exprimée avant cette époque interdite. On peut à cet égard citer saint Augustin. Sa pensée était manifestement très avancée par rapport à son époque. À cette époque, sous les Pères de l’Église, des problèmes avaient certainement surgi dans les discussions concernant le texte original de la Bible. Car saint Augustin mentionne ce genre de problèmes dans sa 82e lettre.
Il a dit : « J’ai le plus profond respect pour les livres canoniques et je n’ai absolument aucun doute que, lorsqu’ils écrivaient, les auteurs ont écrit correctement et n’ont commis aucune erreur. Mais lorsque je trouve dans ces livres un récit qui est contraire à la réalité, je ne doute plus que soit ma copie comporte une erreur, soit le traducteur n’a pas correctement traduit l’original, soit encore que je n’ai pas moi-même bien compris la chose. »
Saint Augustin ne pouvait même pas imaginer qu’il puisse y avoir une erreur dans les livres sacrés. Il a affirmé avec insistance que les livres sacrés étaient exempts d’erreurs. Mais face à un récit contraire à la vérité et à la réalité, parmi toutes les causes possibles d’erreur qu’il mentionne, il ne fait aucune allusion à une erreur de l’auteur original. Telle est l’attitude d’un croyant curieux. Si l’on examinait avec un esprit aussi investigateur que le sien les problèmes qui se posaient, à son époque, entre la Bible et la science, la plupart de ces problèmes se résoudraient très facilement.
En revanche, les spécialistes de l’époque actuelle ne veulent même pas reconnaître qu’il y a des erreurs dans la Bible. Ils n’accordent absolument aucun crédit à cette accusation et défendent de toutes leurs forces ce qui se trouve dans la Bible. Bien que le récit biblique soit manifestement contraire à l’histoire et à la science, le père de Vaux a expliqué, dans l’introduction de la Genèse, pourquoi il est nécessaire de le soutenir. « La règle que l’on suit actuellement pour étudier l’histoire
conformément à cette règle, il a demandé que l’on ne lise pas l’histoire racontée dans la Bible. Autrement dit, selon lui, l’histoire pourrait être écrite selon des procédés différents. Tout le monde reconnaît que, lorsqu’un récit erroné est donné dans l’histoire, celle-ci devient un roman historique. Dans ce cas, la vérité ou les faits ne constituent jamais le principal objet d’examen. Pourtant, les commentateurs ne veulent toujours pas confronter le récit biblique à quelque donnée géologique, paléontologique ou préhistorique que ce soit. Ils disent : « Il n’est pas nécessaire que la Bible concorde avec les données ou les principes de l’une quelconque de ces disciplines. Celui qui chercherait une concordance établirait une confrontation irréaliste et une comparaison artificielle. »
(Introduction de la Genèse, p. 35). Il est évident que cette remarque a été faite en gardant à l’esprit les éléments de la Genèse qui sont contraires à la vérité scientifique, en particulier le contenu des onze premiers chapitres. Mais lorsque certains récits de cette même Bible ont été confirmés comme vrais par les recherches modernes, le père de Vaux ne s’est pas fait attendre pour exprimer sa joie. « Ceux qui avaient douté de la véracité de ces récits peuvent maintenant constater qu’ils ont reçu le soutien des données de l’histoire et de l’archéologie ancienne. » (Introduction de la Genèse, p. 34).
Autrement dit, si la science apporte son soutien à la Bible, celui-ci peut être accepté comme une preuve valide ; mais si ce soutien n’est pas trouvé, aucune comparaison ne peut être faite. Telle est la logique suivie par les commentateurs et les spécialistes.
Les théologiens modernes ont toutefois découvert un moyen de résoudre ce problème insoluble. Ils ont entrepris de modifier la conception même de la vérité éternelle. Cette nouvelle théorie est exposée dans l’ouvrage intitulé « Quelle est la vérité de la Bible ? » (Quelle est la vérité de la Bible), écrit par les théologiens et Lorez, publié à Paris en 1972 par Le Centurion. Il n’est pas possible d’en donner ici une description détaillée dans le cadre limité de la présente discussion. Il suffira probablement de rapporter ici la seule conclusion formulée par cette nouvelle théorie au sujet de la science : « Le deuxième concile du Vatican s’est abstenu de fixer des règles permettant de déterminer la véracité ou la fausseté des récits bibliques. Si l’on examine les questions fondamentales, on constatera qu’il est impossible d’établir de telles règles. En effet, la méthode scientifique qui permettrait de déterminer la véracité des récits bibliques ne peut pas déterminer la validité ou l’invalidité [de cette méthode]. »
Il est évident que l’Église n’est pas en mesure de se prononcer sur la validité de la « méthode scientifique » en tant que moyen de parvenir à la vérité. Mais telle n’est pas la question ici. La question porte sur des faits établis, et non sur une théorie ou une méthode. Selon la Bible, la Terre aurait été créée il y a trente-sept ou trente-huit siècles. Or, il n’est pas nécessaire d’être très savant à notre époque pour savoir que cela n’est absolument pas vrai. Nous savons qu’à cette époque l’être humain n’était pas encore apparu et que le calcul établi sur la base de la généalogie biblique s’est révélé, de manière incontestable, erroné. L’auteur Lorez en est certainement informé. C’est précisément pour éviter d’affronter le problème fondamental qu’il a formulé cette remarque évasive au sujet de la science.
Le fait que les spécialistes chrétiens formulent des remarques aussi diverses pour faire face aux informations erronées de la Bible, pourtant réfutées scientifiquement, prouve à lui seul que cette question leur est véritablement inconfortable ; il prouve également que ces informations de la Bible sont l’œuvre des hommes et ne constituent pas une révélation.
Ce malaise du monde chrétien s’est manifesté de la manière la plus évidente au deuxième concile du Vatican (1962-1965). Après de longues années de discussions et cinq projets successifs, ils sont finalement parvenus à se mettre d’accord sur une déclaration concernant la Révélation. Dans l’introduction du document conciliaire n° 4 consacré à la Révélation, publié à Paris en 1966 par Le Centurion, Sa Grâce Weber a déclaré : « La situation douloureuse qui avait presque englouti le Concile prit finalement fin de cette manière. »
Dans ce document, l’incomplétude de l’Ancien Testament (chapitre 4, page 53) et ses incohérences sont ouvertement reconnues : « Avant que Jésus-Christ n’établisse le salut, les livres de l’Ancien Testament jouaient un rôle important dans la condition humaine. C’est grâce à ces livres que tous ont appris qui est Allah et qui est l’être humain, ainsi que la manière dont Allah agit envers les hommes par Sa justice et Sa miséricorde. Bien que ces livres contiennent certains éléments incomplets et dépassés, ils demeurent les véritables instruments et preuves de l’enseignement céleste. »
Les éléments auxquels les qualificatifs « incomplet » et « dépassé » ont été appliqués sont manifestement sujets à critique, et ces passages pourraient même un jour être supprimés. Quoi qu’il advienne à l’avenir, le principe fondamental a désormais été clairement reconnu et proclamé.
Le commentaire cité plus haut fait partie de la déclaration générale approuvée par le Concile du Vatican. La déclaration a été adoptée par 2 344 voix, contre seulement 6. Il n’est pourtant probablement pas possible de dire qu’elle a été approuvée à l’unanimité absolue. En réalité, en interprétant cette déclaration approuvée, Sa Grâce Weber a formulé un commentaire qui en a modifié le texte même. Il a dit : « Certains livres de la Bible juive ne peuvent être acceptés que provisoirement, et ces livres contiennent certains éléments incomplets. »
Là où le document original disait « dépassé », l’interprétation dit « acceptable provisoirement » ; mais ces deux expressions ont-elles réellement le même sens ? De plus, en employant le mot « juive », Weber a voulu donner l’impression que le document original critiquait précisément la Bible hébraïque. Or le mot « juive » n’est absolument pas employé dans le document original. En réalité, le livre critiqué par le Concile comme étant en partie incomplet et dépassé est l’Ancien Testament des chrétiens eux-mêmes.
Conclusion
La Bible devrait être examinée exactement telle qu’elle se présente. Si l’on est conscient de cette évolution et de ces transformations successives, il devient possible d’admettre que l’Ancien Testament puisse contenir plusieurs récits d’un même événement, ainsi que des contradictions, des erreurs historiques, des invraisemblances et des discordances avec des données scientifiques établies. Il est tout à fait normal qu’un ouvrage ancien composé par des hommes contienne de telles erreurs. On trouvera ces mêmes erreurs dans n’importe quel autre ouvrage écrit à la même époque et dans le même contexte.
À une époque où il était à peine possible de soulever une question fondée sur des données scientifiques et où le seul moyen de discerner les invraisemblances et les contradictions était le raisonnement personnel, saint Augustin avait compris qu’Allah ne pouvait enseigner aux hommes quoi que ce soit qui ne soit pas conforme à la réalité. Il établit donc le principe selon lequel on ne peut prétendre qu’une chose contraire à la vérité vient d’Allah. Et, sur la base de ce principe, il était favorable à ce que tout ce qui devait être écarté le soit de la Bible.
Par la suite, lorsque certains passages de la Bible furent reconnus comme incompatibles avec les connaissances modernes, cette attitude ne fut pourtant plus suivie. Le refus d’accepter simplement la vérité s’est progressivement renforcé au point que d’innombrables livres ont été écrits pour justifier le maintien dans la Bible de ces passages incompatibles avec la vérité et la réalité.
Le deuxième concile du Vatican a toutefois considérablement atténué la rigueur de cette attitude intransigeante. En effet, à propos de certains livres de l’Ancien Testament, il a exprimé des doutes en déclarant que ces livres contenaient certains éléments « incomplets et obsolètes ». La question qui se pose maintenant est de savoir si cette opinion restera une simple opinion ou si des mesures seront prises pour retirer ces passages de la Bible. En réalité, tant qu’ils ne seront pas supprimés, ces passages continueront d’être considérés comme « le véhicule et la preuve de l’enseignement venu d’Allah ».
Les Évangiles : sources et histoire
En lisant les Évangiles, de nombreux lecteurs se sentent embarrassés, voire honteux, en découvrant le sens de certains récits. Ils se trouvent dans la même situation lorsqu’ils lisent, dans les différents Évangiles, des récits divergents d’un même événement. C’est ce que commente le père Roget dans son ouvrage intitulé Initiation aux Évangiles (Initiation aux Évangiles ; éditeur : Éditions du Seuil, Paris, 1973). Il a pris conscience de l’inquiétude et de la préoccupation des chrétiens ordinaires à ce sujet en répondant, pendant de nombreuses années, aux lettres des lecteurs d’un hebdomadaire catholique. Ces lecteurs appartenaient à diverses classes sociales et possédaient des niveaux d’instruction et de fortune variés. Il a constaté que les passages ou les sujets dont ils demandaient l’explication, sans être contradictoires, ridicules ou scandaleux, étaient néanmoins obscurs, vagues et incompréhensibles. Si un chrétien lit attentivement l’intégralité des Évangiles, il n’a véritablement d’autre choix que d’en être profondément affligé et inquiet.
Le livre du père Roget a été publié en 1973. Son commentaire est donc très récent. Jusqu’à il y a peu de temps encore, la plupart des chrétiens ne connaissaient de l’Évangile que les passages que les prêtres lisaient ou expliquaient lors du culte à l’église ou d’une cérémonie religieuse. À l’exception des protestants, les autres chrétiens ne lisaient généralement jamais l’intégralité des Évangiles. Les manuels religieux ne contenaient que des extraits. Le texte intégral n’y était jamais reproduit. Dans une école catholique romaine, j’ai vu des livres de Virgile et de Platon, mais je n’y ai pas trouvé le Nouveau Testament. Une version grecque du Nouveau Testament aurait également pu être très utile. Mais j’ai compris beaucoup plus tard pourquoi cet ouvrage, ou toute autre œuvre relative à la religion chrétienne, n’y avait pas été conservé. Si ces livres avaient été présents, nous, les élèves, aurions peut-être posé des questions auxquelles les enseignants auraient réellement été embarrassés de répondre.
C’est à partir de ce constat que les autorités ecclésiastiques ont averti à l’avance les lecteurs de la Bible chrétienne. Selon les termes du père Roget : « La plupart des chrétiens doivent être formés à la manière de lire les Évangiles. » Que l’on soit ou non d’accord avec son explication, il faut néanmoins reconnaître une chose : il a au moins affronté cette situation délicate. Toutefois, on n’a pas tenté d’expliquer de cette manière un très grand nombre de révélations.
Dans les introductions des Bibles imprimées en vue d’une large diffusion, on ne laisse jamais entendre qu’il puisse y avoir matière à douter du texte original du récit, de son authenticité ou de la personnalité de son auteur. À propos des auteurs originaux dont on ne sait absolument rien, ou dont il est impossible de savoir quoi que ce soit, ces introductions fournissent de nombreuses informations « exactes et détaillées ». Souvent, de simples conjectures sont présentées comme des faits établis. Ou bien l’on affirme que tel prêtre a été témoin oculaire de tel événement, alors que les spécialistes ont dit exactement le contraire. Ils présentent comme très courte la période comprise entre la fin de la prédication de Jésus et l’apparition des récits concernés. Ils cherchent à donner l’impression que l’ensemble des récits bibliques a été rédigé par un seul auteur, qui les aurait recueillis de la bouche d’un témoin oculaire et auditif contemporain de Jésus-Christ. Pourtant, les spécialistes ont affirmé qu’il ne fait aucun doute que le texte original a été remanié à de nombreuses reprises. Certes, certaines introductions mentionnent les difficultés que pose l’explication de deux ou trois passages, mais le dédain avec lequel on tente d’éluder ces problèmes ne fait que renforcer les doutes du lecteur attentif. À ce type d’introduction sont annexés des compléments, notamment des notes. Dans ces notes, on tente de dissimuler toutes sortes d’invraisemblances, de contradictions et d’erreurs manifestes sous des explications habiles. Mais pour les lecteurs attentifs et désireux de chercher, qui veulent découvrir la vérité, rien ne reste caché.
Je vais maintenant aborder un sujet qui étonnera encore davantage le lecteur. Ceux qui ne sont notamment pas informés de ce genre de problèmes en seront véritablement stupéfaits.
Matthieu et Jean ne disent rien de l’ascension de Jésus. Luc, en revanche, affirme dans son Évangile que l’ascension a eu lieu le jour même de la résurrection. Mais dans l’ouvrage intitulé Actes des Apôtres, il est dit qu’elle a eu lieu quarante jours plus tard. Or, ce qui est amusant, c’est que Luc est précisément connu comme l’auteur de cet ouvrage. Marc mentionne bien l’ascension, mais n’en indique ni le jour ni le moment. Son récit n’est donc plus considéré comme exact. Dans ces conditions, il apparaît clairement qu’il n’est possible de tenir l’événement de l’ascension de Jésus pour exact sur la base d’aucun livre religieux. Pourtant, les commentateurs religieux ne veulent accorder aucune importance à cette absence de fondement.
A. Tricot ne fait aucune mention de l’Ascension dans son ouvrage intitulé « Little Dictionary of the New Testament » (Petit dictionnaire du Nouveau Testament, Desclée & Cie, Paris, 1960). Pourtant, ce livre a été écrit et publié précisément en vue d’une large diffusion. En revanche, les pères Benoit et Boismard, enseignants à l’École biblique de Jérusalem, ont déclaré aux pages 451-452 du deuxième tome de leur ouvrage intitulé « The Synopsis of the Four Gospels » (Synopsis des quatre Évangiles, Éditions du Cerf, Paris, 1972) qu’il n’était sans doute pas si facile de comprendre ce que signifie réellement l’expression « procédé littéraire » lorsqu’il s’agit des divergences entre le récit de l’Évangile de Luc et celui des Actes des Apôtres.
Il ne fait apparemment plus aucun doute que le père Roset n’a pas compris cela et n’a pas non plus accepté cet argument. Mais l’explication qu’il a lui-même donnée est exactement du même genre. Dans son ouvrage intitulé « Initiation to the Gospel » (1973, p. 187), il a écrit : « Comme pour bien d’autres événements, si, dans ce cas également, on ne tient compte de la signification religieuse du récit biblique que pour l’accepter au sens littéral, aucune explication ne pourra être trouvée. Il ne s’agit pas, en réalité, d’exprimer un événement réel au moyen d’un symbole incohérent. Nous devons nous tourner vers l’intention religieuse de ceux qui nous ont révélé ce mystère. En tant qu’êtres incarnés, ils nous ont transmis ces événements mystérieux exactement sous la forme que nos sentiments et nos facultés de compréhension nous permettent d’accepter. »
Mais comment peut-on accepter cette explication ? Certes, si l’on peut adopter l’attitude consistant à tout accepter sans condition et sans poser de questions, il ne subsiste probablement plus aucun problème.
Un autre point remarquable du commentaire du père Roset est qu’il a reconnu l’existence de « bien d’autres événements » de ce genre. Il est donc nécessaire d’examiner la question en profondeur, objectivement et dans son ensemble. Il semble raisonnable et pertinent de prendre en considération les circonstances qui prévalaient au moment de la rédaction des Évangiles, et surtout le contexte religieux de cette époque, afin d’y rechercher l’explication et la solution. La tradition orale primitive a un jour pris une forme écrite, puis elle s’est transformée au fil des siècles et, en parvenant jusqu’à notre époque, elle a subi de nombreuses modifications. Si l’on garde cela à l’esprit, il y a probablement moins de raisons de s’étonner devant des récits incompréhensibles, obscurs, contradictoires ou ridicules. On peut dire la même chose des récits qui paraissent incompatibles avec les vérités scientifiques établies de notre époque. Il ressort clairement de cet enchaînement logique que la rédaction originale, comme ses remaniements, a été l’œuvre d’êtres humains.
Depuis quelques décennies, les recherches sur les écrits religieux, et en particulier les recherches objectives, attirent l’attention de tous, et le changement qu’elles ont apporté aux conceptions religieuses se laisse également observer clairement. Le père Kannengiesser, professeur à l’Institut catholique de Paris, a déclaré dans son ouvrage intitulé « Foi en la résurrection, résurrection de la foi » (Beauchesne, Paris, 1974) : « Les croyants ne sont guère informés de la révolution survenue dans le processus d’interprétation de la Bible après le pontificat du pape Pie XII. » Pie XII fut pape de 1939 à 1959. Ainsi, la « révolution » évoquée par l’auteur est un événement très récent, et, sous son influence, certains spécialistes ont même commencé à l’enseigner de cette manière aux chrétiens ordinaires. Le père Kannengiesser a déclaré : « Avec l’arrivée de cette révolution dans le processus d’interprétation, la tradition ancienne, jusque-là tenue pour certaine, a commencé à être abandonnée. »
Il a mis en garde en déclarant : « Les informations données dans les Évangiles au sujet de Jésus ne doivent pas être acceptées au sens littéral. Car elles ont en réalité été rédigées à l’occasion de certains événements, pour le soutenir ou s’y opposer, et leurs auteurs n’ont fait qu’écrire les légendes de leurs propres communautés au sujet de Jésus. » Au sujet de la résurrection de Jésus, il a insisté sur le fait qu’aucun des auteurs des Évangiles n’a prétendu : « J’ai vu cet événement de mes propres yeux. » Il a ajouté qu’il en allait de même pour le reste de la vie publique de Jésus. En effet, les récits évangéliques montrent qu’à l’exception de Judas Iscariote, aucun des apôtres n’a cessé de l’accompagner depuis le début de sa prédication jusqu’au dernier jour de sa vie.
Nous avons maintenant parcouru un long chemin depuis la doctrine ancienne qui avait été soutenue et approuvée au deuxième concile du Vatican, il y a seulement dix ans. Certes, cette même doctrine ancienne continue d’être propagée dans de nombreux ouvrages modernes. Pourtant, la vérité se fraye peu à peu un chemin.
Mais mettre cette vérité en lumière n’est pas une tâche facile. Car l’obstacle constitué par la doctrine défendue et soutenue avec vigueur depuis l’Antiquité n’est pas négligeable. Pour surmonter cet obstacle, il faudra couper la racine elle-même. Autrement dit, il faudra avant tout examiner les signes de l’apparition du christianisme.
Repères historiques : le judéo-christianisme et saint Paul
La plupart des chrétiens croient que ce sont ceux qui étaient directement liés à la vie de Jésus qui ont écrit les Évangiles. Ces écrits constituent donc une preuve irréfutable de sa vie et de son enseignement. Il n’y a là aucune raison de douter. Dès lors, après avoir acquis cette certitude quant à leur caractère originel et authentique, il ne reste plus aucune possibilité de discuter de l’enseignement de Jésus. De plus, puisque l’Église est chargée d’édicter et d’appliquer les commandements donnés par Jésus lui-même, on ne peut non plus nourrir le moindre doute sur sa légitimité en tant qu’institution. Les éditions populaires des Évangiles publiées récemment diffusent précisément ce genre d’idées sous la forme d’introductions ou de commentaires.
On présente toujours comme une preuve allant de soi l’affirmation selon laquelle les auteurs des Évangiles étaient des témoins oculaires. Autrement dit, on ne considère pas qu’il soit nécessaire d’établir la véracité de cette affirmation par des témoignages, des preuves et des informations. En outre, au milieu du IIe siècle, saint Justin qualifia les Évangiles de « mémoires des apôtres ». Il devient alors extrêmement difficile d’exprimer le moindre doute au sujet de ces auteurs apostoliques. On dit de Matthieu qu’il était un personnage connu, fonctionnaire des douanes à Capharnaüm, et qu’il maîtrisait l’araméen et le grec. Marc est facilement identifié comme un compagnon de Pierre et, manifestement, il était lui aussi un témoin oculaire. Luc était médecin et Paul a beaucoup parlé de lui. On dispose donc de renseignements détaillés à son sujet. Puis vient Jean. Il était le fils de Zébédée, pêcheur sur la mer de Galilée, et le compagnon constant de Jésus.
Les recherches menées récemment sur la situation à l’époque de l’apparition du christianisme montrent qu’il était alors absolument impossible de présenter des informations avec un tel luxe de détails. Nous verrons dans un instant qui étaient réellement les auteurs des Évangiles et quel genre de personnes ils étaient. Il faut toutefois préciser d’emblée que les événements postérieurs au début de la prédication de Jésus ne se sont pas déroulés comme on l’a prétendu ; ce n’est pas le voyage de Pierre à Rome qui a jeté les fondements de l’Église. Au contraire, depuis le départ de Jésus de ce monde jusqu’à la seconde moitié du IIe siècle, deux groupes se sont affrontés et divisés. L’un était favorable au christianisme de Paul, l’autre au judéo-christianisme. Avec le temps, le christianisme de Paul l’emporta et le judéo-christianisme disparut.
De nombreux ouvrages ont été consacrés aux découvertes récentes concernant les origines du christianisme. Parmi leurs auteurs, le nom du cardinal Daniélou mérite une mention particulière. En décembre 1967, un important article de sa plume fut publié dans une revue française intitulée Études. L’article avait pour titre « Une nouvelle représentation des origines du christianisme : le judéo-christianisme ». Dans cet article, il a montré, en réexaminant l’histoire, que la toile de fond des Évangiles présentée dans les ouvrages et brochures populaires est totalement différente de la réalité. Nous exposons ici les principaux points de son article.
Après le départ de Jésus de ce monde, le petit groupe des apôtres forma une secte juive et resta fidèle au culte pratiqué dans le Temple
». Plus tard, lorsque les adorateurs de la nature se convertirent, on élabora pour eux « un rite particulier » en y incorporant certains éléments de leurs anciennes pratiques cultuelles. Puis, lors du concile de Jérusalem, en l’an 49, ils furent dispensés de la circoncision et de plusieurs autres pratiques juives. Mais « de nombreux judéo-chrétiens refusèrent d’accepter cette dispense ». Ce groupe était totalement distinct de celui de Paul, et les deux groupes s’opposaient au sujet des païens convertis au christianisme (l’incident d’Antioche en l’an 49). Paul soutenait que même pour les Juifs, la circoncision, le sabbat et les rites du culte du Temple étaient extrêmement archaïques et réactionnaires. Il fallait libérer le christianisme de cette allégeance politique et religieuse au judaïsme afin de le rendre accessible aux gens de la bonne société.
Pour les judéo-chrétiens qui étaient des « Juifs fidèles », il était un traître. Dans leurs documents, il est désigné comme « l’ennemi », et il lui est reproché d’avoir suivi une « politique à double face ». Jusqu’en l’an 70, les judéo-chrétiens constituaient la majorité au sein de l’Église, et Paul était un personnage totalement isolé. Le dirigeant était Jacques, un parent de Jésus ; Pierre l’accompagnait au début, ainsi que Jean. Jacques était le porte-parole du groupe judéo-chrétien, qui, face au christianisme de Paul, restait délibérément fidèle au judaïsme. La famille de Jésus jouait un rôle important dans l’Église judéo-chrétienne de Jérusalem. Après Jacques, le dirigeant fut Siméon, fils de Cléopas, lequel était le neveu de Jésus.
Le cardinal Daniélou a cité plusieurs passages de divers écrits judéo-chrétiens dans lesquels une opinion sur Jésus est exprimée. Ces écrits sont l’Évangile des Hébreux (provenant de la communauté judéo-chrétienne d’Égypte), les Homélies et les Reconnaissances écrites par Clément, les Hypotyposeis, la Deuxième Apocalypse de Jacques et l’Évangile de Thomas. (Il convient de préciser ici que tous ces écrits furent ensuite considérés comme apocryphes. Autrement dit, après la victoire de Paul, l’Église qui fut établie les dissimula. Puis, après des suppressions et des remaniements, seuls quatre Évangiles canoniques furent conservés.) Le cardinal Daniélou a déclaré : « Les plus anciens livres du christianisme sont l’œuvre des judéo-chrétiens. » Il en a également donné une description détaillée.
« Durant les cent premières années de l’Église, ce ne fut pas seulement à Jérusalem et en Palestine, mais partout, que la religion judéo-chrétienne prédomina. Cette situation subsista jusqu’à la victoire de Paul. Telle est la cause et l’explication des conflits auxquels Paul fait allusion dans ses lettres. » En Galatie, à Corinthe, à Colosses, à Rome et à Antioche, partout, Paul dut affronter l’opposition.
Que la côte syro-palestinienne, de Gaza à Antioche, était sous l’influence de la religion judéo-chrétienne, « les écrits des apôtres et de Clément en témoignent ». On trouve également l’indice de cette influence en Asie Mineure dans les lettres de Paul adressées aux Galates et aux Colossiens. Les écrits de Papias attestent la présence de cette influence en Phrygie. Quant à la Grèce, et notamment à la région d’Apollos, on en trouve le témoignage dans une lettre de Paul lui-même, sa première lettre aux Corinthiens. La lettre de Clément et le récit du Pasteur d’Hermas montrent que Rome était « un centre important » de la religion judéo-chrétienne. Chez Suétone et Tacite, le terme chrétien désignait une secte des Juifs. Le cardinal Daniélou estime que la religion judéo-chrétienne fut également prêchée en Afrique dès les débuts. L’Évangile des Hébreux et les écrits de Clément semblent aller dans ce sens.
Pour comprendre correctement le contexte dans lequel furent rédigés les Évangiles, c’est-à-dire la Bible, c’est-à-dire le Nouveau Testament, il est particulièrement nécessaire de connaître ces informations sur le conflit entre les deux communautés. Après que les écrits originaux eurent été profondément remaniés, la version de la Bible que nous voyons aujourd’hui apparut après la guerre juive de 70 apr. J.-C. et la chute de Jérusalem, lorsque les chrétiens prirent de l’ascendant. Le cardinal Daniélou a expliqué l’événement de la manière suivante : « Après que la position des Juifs eut été abaissée, les chrétiens adoptèrent une politique consistant à s’éloigner de leurs contacts avec eux. Puis les chrétiens grecs prirent la prééminence ; Paul triompha après sa mort, et, en se séparant du judaïsme sur les plans politique et social, le christianisme devint une troisième nation. Néanmoins, jusqu’à la révolte juive de 140 apr. J.-C., le judéo-christianisme réussit à conserver sa prééminence sur le plan culturel. »
Les Évangiles de Marc, de Matthieu, de Luc et de Jean apparurent entre 70 et 110 apr. J.-C. Ils ne furent toutefois pas les premiers textes religieux écrits, car les lettres de Paul avaient été rédigées bien auparavant. O. Cullmann estime que Paul écrivit probablement aux Thessaloniciens vers l’an 50. Il disparut vraisemblablement quelques années avant l’achèvement de la rédaction de l’Évangile de Marc.
Dans le christianisme, Paul est la personnalité la plus controversée. La famille de Jésus et les apôtres partisans de Jacques, qui résidaient à Jérusalem, le considéraient comme un traître à la pensée de Jésus. C’est Paul qui inventa le christianisme, en écartant ceux que Jésus avait choisis et attirés auprès de lui pour prêcher la religion. Il n’avait jamais vu Jésus de son vivant ; pourtant, il parvint à légitimer sa prédication en affirmant qu’un jour, alors qu’il se rendait à Damas, Jésus ressuscité lui était apparu sur la route. On peut légitimement se demander ce que serait devenu le christianisme sans Paul, et imaginer de nombreuses réponses à cette question. Mais, à propos des Évangiles, on peut au moins affirmer avec insistance que ces écrits n’auraient jamais vu le jour si une telle situation conflictuelle ne s’était pas créée entre plusieurs communautés. Ces écrits furent produits au moment du vif désaccord et des affrontements entre les deux parties. Le père Kannengiesser a donc qualifié l’Évangile d’« œuvre de guerre ». À cette époque, on prépara une compilation en sélectionnant parmi les nombreux écrits sur Jésus produits par les deux camps. À cette époque, le christianisme de Paul triompha et, par conséquent, les écrits se constituèrent autour de lui. Ces écrits furent appelés le « canon » et reconnus par l’Église. Tous les autres écrits furent alors dénoncés comme peu fiables et rejetés.
Ainsi, la religion judéo-chrétienne disparut. Elle n’exerce désormais plus aucune influence nulle part. Toutefois, le terme « judaïstique » désigne encore cette religion. En décrivant cette disparition, le cardinal Daniélou a déclaré : « Lorsque l’Église se fut libérée de tout contact juif, la religion judéo-chrétienne se trouva complètement isolée et disparut rapidement en Occident. En Orient, on en trouve toutefois de faibles traces aux IIIe et IVe siècles, notamment en Palestine, en Arabie, en Transjordanie, en Syrie et en Mésopotamie. Toutes les autres régions rejoignirent l’Église principale, bien que leur culture fût fortement marquée par l’influence sémitique. Cette influence est encore visible dans les Églises d’Éthiopie et de Chaldée. »
Les quatre Évangiles : origines et histoire
Aucun écrit de la période primitive du christianisme ne fait mention des Évangiles. La première mention apparaît longtemps après la publication des écrits de Paul. Ce n’est qu’après le milieu du IIe siècle, c’est-à-dire après l’an 140, que l’on commence à avoir connaissance d’un recueil d’écrits religieux. Pourtant, on affirme : « Dès le début du IIe siècle, de nombreux auteurs chrétiens ont déclaré connaître plusieurs lettres de Paul. » Cette remarque figure dans l’introduction du livre intitulé La Traduction œcuménique de la Bible – Nouveau Testament, publié à Paris en 1972. Il convient de préciser que cet ouvrage est le fruit de l’effort collectif de plus d’une centaine de spécialistes catholiques et protestants.
Bien que la rédaction de l’Évangile qui fut ultérieurement accepté comme canonique, c’est-à-dire officiel, ait été achevée au début du IIe siècle, il resta longtemps inconnu de tous. La Traduction œcuménique indique que, vers le milieu du IIe siècle, certains récits rapportés dans cet Évangile commencèrent à être cités ailleurs. Toutefois, il est impossible de déterminer avec certitude si ces récits étaient cités à partir de l’ouvrage original ou si les auteurs les tiraient du souvenir de traditions transmises oralement.
L’introduction de cette traduction de la Bible affirme : « Aucun recueil de ce genre ne peut être identifié avant l’an 140. » Cette remarque est exactement contraire à ce que Tricot a déclaré dans l’introduction de sa traduction du Nouveau Testament (1960). Il a dit : « Dès le début du IIe siècle, les gens employaient le mot “Évangile”, qui désignait alors l’ouvrage que saint Justin, vers l’an 150, appelait “les Mémoires des Apôtres” (les paroles des apôtres). » Malheureusement, c’est précisément ce genre d’affirmations et de remarques qui a créé dans l’esprit du grand public des idées erronées sur l’époque et la date de composition des Évangiles.
Il existe bien d’autres idées erronées. Il est tout à fait inexact d’affirmer que les quatre Évangiles existaient dès l’origine sous leur forme complète. En réalité, les Évangiles n’atteignirent leur forme définitive que plus d’un siècle après Jésus. Selon la Traduction œcuménique, les Évangiles furent achevés vers l’an 170 et reçurent le statut de textes officiels.
Saint Justin a désigné les auteurs des Évangiles comme des apôtres (sahaba). Mais son opinion n’est absolument pas acceptable. Car, comme nous le verrons dans un instant, aucun des auteurs n’était un apôtre.
Tricot affirmait que les Évangiles de Matthieu, de Marc et de Luc avaient été écrits avant l’an 70. Mais cette affirmation n’est acceptable, peut-être, que dans le cas de Marc. Comme beaucoup d’autres auteurs, il a lui aussi présenté les auteurs des Évangiles comme des compagnons de Jésus. C’est pourquoi il a fixé la période probable de rédaction des Évangiles de manière à la rapprocher de l’époque de la vie de Jésus. À propos de Jean, Tricot a déclaré qu’il était resté en vie jusqu’à l’an 100 et que les chrétiens étaient habitués à le voir présent auprès de Jésus lors de diverses cérémonies religieuses. Cependant, il est difficile de prouver que l’Évangile diffusé sous son nom est réellement de sa main. Comme beaucoup d’autres commentateurs, Tricot pense également que Jean, ainsi que Matthieu, était lui-même le témoin le mieux placé des événements qu’il a rapportés. Mais la majorité des critiques ne l’admettent pas. Ils ne reconnaissent même pas en lui l’auteur du quatrième Évangile. Mais si l’on ne peut raisonnablement accepter les quatre Évangiles comme les « mémoires » des compagnons de Jésus, d’où viennent donc ces ouvrages ?
Dans l’ouvrage intitulé Le Nouveau Testament (Presses Universitaires de France, Paris, 1967), l’auteur Cullmann a déclaré : « L’ancienne communauté chrétienne a mis par écrit des récits transmis oralement, et les évangélistes ont agencé ces récits selon leurs propres croyances et leurs propres intentions. Ils ont établi des liens entre le récit des événements et les paroles, et ont tenté de remédier aux incohérences en leur apportant une certaine cohérence. En ajoutant des expressions telles que “ensuite”, “lorsqu’il”, et ainsi de suite, ils ont établi un rapport entre deux paroles de Jésus et montré l’ordre et la continuité des événements. En d’autres termes, les Évangiles de Marc, de Matthieu et de Luc — ces trois ouvrages étant connus sous le nom d’Évangiles synoptiques — ne sont pas fondés sur l’histoire et ne constituent, du point de vue de leur structure, que de purs essais littéraires. »
Il a également déclaré : « Il convient de souligner tout particulièrement à ce propos que, lorsque les récits transmis oralement sur la vie et l’activité de Jésus furent mis par écrit pour la première fois, les auteurs avaient davantage à l’esprit les nécessités de la prédication, du culte et de l’enseignement que celles de la rédaction d’une biographie, et qu’ils rédigèrent tous les récits en conséquence. Ils tirèrent de la vie de Jésus des exemples à l’appui de la croyance qu’ils prêchaient. En réalité, leurs propres enseignements constituaient l’essentiel. Ils empruntèrent à la vie de Jésus des exemples comme éléments auxiliaires. Il leur arriva aussi de citer les paroles de Jésus, mais toujours dans le même but. En d’autres termes, leur objectif principal n’était ni d’écrire une biographie ni de rédiger une histoire, mais de faire œuvre de propagande religieuse. »
Les commentateurs de l’« Ecumenical Translation of the Bible » ont eux aussi dit exactement la même chose en relatant l’histoire de la composition des Évangiles. Les récits transmis oralement se sont mêlés aux discours des disciples de Jésus, et c’est ce contenu mêlé qui a été consigné dans les Évangiles. Puisque les Évangiles ont été écrits par différents auteurs, il est tout naturel que des points de vue différents s’y reflètent et que les œuvres de chacun rapportent des légendes de nature différente.
Dans le domaine de l’interprétation du Nouveau Testament, plus d’une centaine de spécialistes, catholiques et protestants, ont adopté collectivement cette opinion. Il convient de noter que la décision prise par le deuxième concile du Vatican au sujet de la Bible entre 1962 et 1965 est profondément incompatible avec cette opinion. Nous avons déjà mentionné, lors de notre discussion de l’Ancien Testament, le document de ce concile. Au sujet de l’Ancien Testament, le concile a déclaré que cet ouvrage contient « des éléments incomplets et obsolètes ». Mais il n’a exprimé aucun doute de ce genre à propos des Évangiles. Au contraire, il a déclaré : « Personne ne peut ignorer cette vérité : parmi tous les écrits religieux, y compris le Nouveau Testament, la place des Évangiles est supérieure à celle de tous les autres. Car les Évangiles représentent les témoignages éminents concernant la vie et l’enseignement de notre Sauveur. L’Église a toujours affirmé, et affirme encore, en tout domaine, que les quatre Évangiles proviennent des compagnons de Jésus. Ce qu’ils prêchaient sur l’ordre même de Jésus, ils l’ont écrit exactement sous l’inspiration de l’Esprit Saint, et leurs écrits constituent le fondement de la foi. Ces écrits sont les Évangiles écrits par Matthieu, Marc, Luc et Jean. Notre Sainte Mère l’Église approuve sans hésitation ces quatre Évangiles et déclare encore aujourd’hui, comme auparavant, qu’ils sont authentiques du point de vue historique et qu’ils rapportent avec une fidélité extrême tout ce que le Fils de Dieu, Jésus, avait fait et enseigné jusqu’à son ascension au ciel, pour le salut éternel de l’humanité. Afin que nous puissions toujours obtenir des informations vraies et sincères sur la vie de Jésus, les saints auteurs ont écrit les Évangiles exactement de cette manière. »
Cette déclaration ne laisse place ni à l’hésitation ni au doute. Elle affirme avec insistance que la vie, les actes et l’enseignement de Jésus sont fidèlement reflétés dans les Évangiles.
Il apparaît donc que l’opinion officielle du concile du Vatican ne concorde nullement avec celles des auteurs dont nous avons cité plus haut les déclarations. Il convient notamment de rappeler une fois encore, à ce propos, ce qu’a dit le père Kannengisser. Selon lui, les paroles des Évangiles « ne doivent pas être prises au sens littéral ; elles ont été composées en fonction d’une occasion particulière » et ne sont que « des écrits de temps de guerre ». Quant aux auteurs des Évangiles, ils « se sont bornés à mettre par écrit les légendes de leurs propres communautés au sujet de Jésus ».
Il convient également de rappeler à ce propos les commentaires écrits dans le livre « Ecumenical Translation of the Bible ». Les Évangiles ont été composés de manière à convenir à différents milieux, à répondre aux besoins de l’Église et à expliquer certains énoncés des livres religieux. Dans certains cas, ils ont été rédigés pour corriger des erreurs et, dans d’autres, pour répondre aux adversaires. Les auteurs évangélistes ont choisi, dans les récits transmis oralement, les éléments qui leur convenaient à chacun et les ont ainsi composés.
Nous nous trouvons donc en présence de deux opinions contradictoires. D’un côté, il y a l’opinion du concile du Vatican, et de l’autre, l’opinion récente des spécialistes. Le concile affirme que les Évangiles rapportent fidèlement les actes et les paroles de Jésus. Mais il est absolument impossible de concilier cette affirmation avec les contradictions internes, les invraisemblances, les impossibilités naturelles et les propos contraires aux faits établis que l’on trouve dans ces mêmes Évangiles.
En revanche, si l’on admet que les auteurs ont choisi des éléments parmi les légendes et composé les Évangiles conformément à leurs propres points de vue, ou si l’on considère ces écrits comme ayant été rédigés à l’occasion d’événements particuliers ou en temps de guerre, les causes des contradictions et des invraisemblances qu’ils contiennent deviennent facilement compréhensibles. En réalité, le fait que les Évangiles soient l’œuvre d’hommes et qu’ils aient été composés dans les circonstances décrites constitue la preuve la plus importante de ces erreurs. On peut supposer que les auteurs étaient très sincères ; mais ils ont tout écrit sans soupçonner qu’une information ou un récit puisse être erroné. On peut donc considérer que leurs récits ont été influencés par la rivalité entre les communautés de leur époque. Et l’on ne trouve aucune concordance entre leurs récits et ceux des autres auteurs. En réalité, ils ont présenté l’histoire de la vie de Jésus selon un point de vue totalement différent de celui de leurs adversaires.
Nous avons déjà montré que, du point de vue historique, c’est l’opinion moderne des spécialistes au sujet des Évangiles qui est exacte. Le témoignage des Évangiles eux-mêmes vient à l’appui de cette affirmation.
L’Évangile de Matthieu (l’Évangile selon Matthieu)
Le Nouveau Testament commence par l’Évangile de Matthieu. Trois autres Évangiles viennent après lui. L’Évangile de Matthieu est en réalité une sorte de prolongement de l’Ancien Testament. À ce titre, la place qui lui a été attribuée est tout à fait appropriée. » Les commentateurs de l’ouvrage « Traduction œcuménique de la Bible » ont remarqué que cet Évangile a été écrit précisément pour démontrer que « Jésus a accompli l’histoire d’Israël ». C’est pourquoi Matthieu a fréquemment cité l’Ancien Testament. Ces citations montrent que Jésus s’est comporté comme le Sauveur (Messie-Masih) que les Juifs attendaient.
Cet Évangile commence par la généalogie de Jésus. (Nous montrerons plus tard que cette généalogie est contraire à celle rapportée par Luc.) Matthieu fait remonter la lignée de Jésus, par David, jusqu’à Abraham. Nous signalerons un peu plus loin l’erreur que contient le récit original. La plupart des commentateurs passent toutefois silencieusement cette erreur sous silence. Malgré cela, le but manifeste de Matthieu était d’emblée d’établir l’orientation fondamentale de son œuvre en faisant remonter la généalogie jusqu’à Abraham. Dans le même but, il a constamment présenté l’attitude de Jésus à l’égard de la loi juive. Les principes fondamentaux de la loi juive (le culte, le jeûne et l’aumône) y sont décrits brièvement.
Jésus dispense principalement son enseignement à son propre peuple. Il parle ainsi aux douze apôtres : « N’allez pas sur le chemin des autres nations et n’entrez dans aucune ville des Samaritains ; allez plutôt vers les brebis perdues de la maison d’Israël » (Matthieu 10, 4-6). » (La Torah, ou Pentateuque, était le livre religieux des Samaritains. Ils observaient la plupart des rites juifs et espéraient la venue du Sauveur. Mais ils avaient construit un temple rival de celui de Jérusalem.) » Je n’ai été envoyé qu’aux brebis perdues de la maison d’Israël. » (Matthieu 15, 24). » Mais aussitôt après, dans la dernière partie de son Évangile, Matthieu élargit à toutes les nations la mission des premiers disciples de Jésus. Il fait ainsi proclamer par Jésus cet ordre : « Allez donc, faites de toutes les nations des disciples » (Matthieu 28, 19). Cependant, la première cible reste bien la maison d’Israël. À propos de cet Évangile, Tricot dit : « Sous l’enveloppe grecque, les os et la chair de ce livre sont juifs, et son esprit l’est aussi ; l’atmosphère de l’ensemble du livre est également juive, et ses signes manifestes s’y trouvent eux aussi. »
Sur la seule base de ces preuves et de ces remarques, on peut dire que l’Évangile de Matthieu, comme les autres, a été composé sur le fondement des légendes de la communauté chrétienne. O. Cullmann a déclaré que cette communauté « essayait de sortir de la religion juive, tout en s’efforçant simultanément de préserver la continuité de l’Ancien Testament. Le message fondamental et l’atmosphère générale de cet Évangile laissent entrevoir une tentative de maintenir un tel équilibre. »
On trouve en outre dans le texte original un message politique. Du fait de l’occupation romaine, la Palestine souhaitait naturellement devenir indépendante et, pour cela, elle implorait l’aide d’Allah. Se considérant comme le peuple choisi par Allah parmi toutes les nations, elle espérait qu’Allah, en tant que Tout-Puissant, pourrait lui venir directement en aide. Car par le passé, Il lui avait apporté une telle aide à de nombreuses reprises.
Examinons maintenant l’identité de Matthieu. Quel genre d’homme était-il ? Il faut tout d’abord dire franchement qu’il n’est plus aujourd’hui reconnu comme l’un des compagnons de Jésus. Pourtant, Tricot l’a encore présenté comme tel dans son commentaire de sa traduction du Nouveau Testament (1960). Il a dit : « Lorsque Jésus l’appela pour devenir l’un de ses derniers disciples, Matthieu, alias Lévi, était employé comme agent des douanes au bureau des douanes ou poste de péage de Capharnaüm. » Les Pères de l’Église Origène, Jérôme et Épiphane partageaient également cette opinion. Mais cette opinion n’est plus considérée comme exacte aujourd’hui. Car il n’existe aucun désaccord sur un point : Matthieu « a certes écrit pour des lecteurs de langue grecque, mais il connaissait les rites juifs et la langue araméenne ».
Les commentateurs de la Traduction œcuménique pensent probablement que l’origine de cet Évangile s’explique ainsi : « On admet généralement que cet Évangile a été écrit en Syrie, probablement à Antioche, ou en Phénicie, car de nombreux Juifs y vivaient. » (Il convient de noter que la communauté judéo-chrétienne à laquelle appartenait Matthieu aurait également pu résider à Alexandrie. Comme beaucoup d’autres commentateurs, Cullmann mentionne aussi cette possibilité.) « À Jamnia, une assemblée de la synagogue s’est tenue en l’an 80 ; nous avons relevé les signes d’un débat de ce genre contre la synagogue et le judaïsme rigide des Pharisiens. » Dans ces circonstances, nombreux sont les auteurs qui pensent que le premier Évangile a été rédigé entre 80 et 90, voire un peu auparavant. Il est impossible d’en dire quoi que ce soit avec certitude. Puisque nous ne connaissons pas les véritables noms des auteurs, les seuls indices dont nous disposons sont ceux que fournit l’Évangile lui-même — de même que nous devons identifier notre auteur à partir de son profil professionnel. Nous apprenons qu’il est très instruit en matière d’écrits et de traditions juifs. Il connaît et respecte les chefs religieux de son peuple, mais les défie vigoureusement. Il est très habile dans la prédication et dans l’art de rendre Jésus compréhensible au peuple. En outre, il insiste beaucoup pour que son enseignement se reflète dans la vie concrète des hommes. Cette description donne l’image d’un homme qui était un Juif instruit, mais qui devint ensuite chrétien ; d’un maître de maison « qui tire de son trésor des choses nouvelles et des choses anciennes » (Matthieu 13, 52). Cette description ne correspond guère à cet agent des douanes, ni à celui que Marc et Luc appellent Lévi et qui était l’un des douze apôtres.
Tout le monde s’accorde à dire que Matthieu, tout comme Marc et Luc, a écrit son Évangile en utilisant les mêmes sources et le même contenu. Nous verrons un peu plus loin que son récit diffère quelque peu sur plusieurs points importants. Malgré cela, Cullmann estime que Matthieu a largement puisé dans l’Évangile de Marc, bien que Marc n’ait nullement été un disciple de Jésus.
Matthieu a également remanié le texte originel de l’Ancien Testament. Nous constaterons ces remaniements en comparant la généalogie qu’il donne au début de son Évangile avec le récit de l’Ancien Testament. Il a rapporté dans son ouvrage des faits qui sont « littéralement incroyables ». Le père Kanengiser a employé cette expression à propos du rôle des gardes lors de la résurrection de Jésus. Mentionnant l’invraisemblance du récit de la présence de gardes militaires au tombeau de Jésus, il a déclaré : « Ces gardes d’un tel genre, au lieu d’informer leurs supérieurs, ont informé les grands prêtres, et ces prêtres leur ont donné de l’argent pour dire des mensonges. » Il ne convient toutefois pas de ricaner avec mépris au sujet de Matthieu, car son dessein était sérieux et important. Il a inséré dans son livre, à sa manière, des éléments de la légende. La scène ainsi créée ne pouvait donc convenir qu’à un film américain intitulé “Jésus-Christ Superstar”.
Il convient de préciser que l’auteur de cette remarque est un éminent théologien et professeur à l’Institut catholique de Paris.
Le récit que Matthieu donne des événements entourant la mort de Jésus fournit un autre exemple de son imagination féconde.
« Et voici que le voile du temple se déchira en deux, de haut en bas, la terre trembla, les rochers se fendirent, les tombeaux s’ouvrirent, et les corps de nombreux saints qui dormaient ressuscitèrent ; puis, après sa résurrection, ils sortirent des tombeaux, entrèrent dans la ville sainte et apparurent à beaucoup de gens. »
Cet événement rapporté par Matthieu (27, 51-53) n’est mentionné dans aucun autre Évangile. Il est réellement difficile de comprendre comment les corps des saints devinrent vivants au moment de la mort de Jésus (selon les autres Évangiles, cet événement se produisit à la veille du sabbat), puis sortirent des tombeaux après sa résurrection (selon les autres Évangiles, cet événement eut lieu le lendemain du sabbat). Mais ce n’est pas tout. C’est probablement dans l’Évangile de Matthieu que l’on trouve l’invraisemblance la plus remarquable. Parmi les paroles que les évangélistes attribuent à Jésus, ce récit de Matthieu est le plus difficile à expliquer. Au sujet du signe de Jonas, il a dit au chapitre 12, versets 38-40 : « Alors que Jésus était avec les scribes et les Pharisiens, ceux-ci lui dirent : Maître, nous désirons voir de vous un signe. Il leur répondit : Une génération mauvaise et adultère recherche un signe, mais il ne lui sera donné d’autre signe que celui du prophète Jonas. Car, de même que Jonas fut trois jours et trois nuits dans le ventre du grand poisson, de même le Fils de l’homme sera trois jours et trois nuits dans le sein de la terre. »
Il apparaît donc que Jésus a dit qu’il resterait trois jours et trois nuits sous la terre. C’est pourquoi Matthieu, comme Luc et Marc, situe la mort et l’ensevelissement de Jésus à la veille du sabbat. Ainsi, la durée du séjour de Jésus dans le tombeau peut bien être de trois jours, mais elle n’est pas de trois nuits : elle est en réalité de deux nuits. Matthieu mentionne certes cette question dans un autre passage (16, 1-4), mais il n’y indique aucune durée précise. Luc ne mentionne pas non plus de durée (11, 29-32). Nous verrons plus loin que, dans le récit de Marc (8, 11-12), Jésus aurait dit qu’aucun signe ne serait donné à cette génération.
Les commentateurs des Évangiles passent constamment cette question sous silence. Pourtant, le père Roset, mentionnant cette invraisemblance, a déclaré que Jésus n’était resté dans le tombeau que trois jours — un jour entier et deux nuits. Il l’a toutefois expliqué en disant qu’en réalité, « ce n’est qu’une manière particulière de parler, mais le sens véritable est trois jours ». On ne peut probablement pas s’attendre à ce que les commentateurs avancent un raisonnement aussi dépourvu de sens. Leur attitude est véritablement regrettable. S’ils avaient dit que cette contradiction était due à une erreur de l’auteur ou du copiste, cela aurait été moralement plus satisfaisant et plus acceptable.
Mais, outre toutes ces incohérences et ces invraisemblances, l’Évangile de Matthieu présente une caractéristique particulièrement remarquable. Cette caractéristique est la suivante : la communauté judéo-chrétienne se détache de la religion juive originelle, tout en demeurant fidèle à l’Ancien Testament ; partout dans l’ouvrage, cette conception et cette tonalité sont les plus dominantes. Cette caractéristique est très importante du point de vue de l’histoire de la communauté judéo-chrétienne.
L’Évangile de Marc (l’Évangile écrit par Marc)
Parmi les quatre Évangiles, celui-ci est à la fois le plus court et le plus ancien. Mais cet ouvrage n’a pas été écrit par un apôtre. Tout au plus, son auteur était peut-être le disciple d’un apôtre.
Cullmann a déclaré qu’il ne considérait pas Marc comme un disciple de Jésus. Toutefois, à l’intention de ceux qui doutent que la rédaction de cet Évangile puisse être attribuée à Marc, il a fait remarquer que, si Matthieu et Luc avaient su que cet ouvrage « n’avait pas été rédigé sur la base de l’enseignement d’un apôtre », ils ne l’auraient pas utilisé comme ils l’ont fait. Mais cet argument ne permet pas d’aboutir à une conclusion définitive. Pour étayer ses propres doutes, Cullmann a déclaré qu’il citait fréquemment le propos d’un certain « Jean surnommé Marc » dans le Nouveau Testament. Cependant, aucune de ces citations ne mentionne le nom d’un auteur d’Évangile, et le texte original de l’œuvre de Marc ne mentionne non plus le nom d’un auteur.
Faute d’informations sur cette question, les commentateurs ont introduit toutes sortes de détails qui semblent manifestement superflus. L’Évangile de Marc contient le récit suivant : « Et un jeune homme le suivait, enveloppé d’un drap sur son corps nu ; ils le saisirent, mais lui, laissant le drap, s’enfuit tout nu. » (Marc 14, 51-52). Les commentateurs ont supposé que, puisque l’Évangile de Marc est le seul à rapporter cet événement, le jeune homme devait être Marc lui-même, ce disciple fidèle qui avait tenté de suivre son maître. (Traduction œcuménique.) Selon d’autres commentateurs, cet épisode constitue un « souvenir personnel, une preuve de véracité, une signature anonyme et la preuve qu’il était témoin oculaire ».
Cullmann estime que « de nombreux mots et phrases viennent appuyer l’hypothèse selon laquelle l’auteur était d’origine juive ». Mais les mots et les phrases latins employés dans l’ouvrage permettent de supposer qu’il a rédigé cet Évangile à Rome. Il s’adressait aux chrétiens qui ne vivaient pas en Palestine et expliquait soigneusement les mots araméens employés.
L’idée que Marc avait été le compagnon de Pierre à Rome est répandue depuis longtemps. Le dernier paragraphe de la première lettre de Pierre constitue le fondement de cette idée (à condition, bien sûr, de considérer cette lettre comme écrite par Pierre). Pierre écrivait : « La communauté qui est à Babylone, élue comme vous, vous salue, ainsi que Marc, mon fils. » Dans le commentaire de la Traduction œcuménique, il est dit : « Par Babylone, il faut probablement entendre Rome. » À partir de cette supposition, les commentateurs ont conclu que, puisque Marc était censé avoir été à Rome avec Pierre, il devait être l’auteur. Autrement dit, une supposition fondée sur une autre supposition. C’est exactement le même type d’argument qui a été employé par Papias, évêque de Hiérapolis, lorsqu’en 150 il affirma que Marc était l’auteur de cet Évangile et le désigna comme « l’interprète de Pierre » et, peut-être, comme « le collaborateur de Paul » !
Si l’on en juge de ce point de vue, la rédaction de l’Évangile de Marc est postérieure à la mort de Pierre, c’est-à-dire, selon la Traduction œcuménique, entre 65 et 70, et, selon Cullmann, en 70.
Dans le texte original, on trouve pourtant une grande confusion. Nulle part dans le récit l’ordre chronologique des événements n’est respecté. Dès le début du récit (1, 16-20), Marc parle de ces quatre pêcheurs qui, à la seule parole de Jésus, abandonnèrent tout pour devenir ses compagnons. Ils ne connaissaient pas Jésus, mais dès qu’il leur dit : « Je ferai de vous des pêcheurs d’hommes », ils le suivirent aussitôt. Marc ne semble pas avoir songé que chaque événement devait être vraisemblable.
Selon le père Roset, Marc est un « écrivain désordonné », le « plus faible des quatre, l’écrivain le plus médiocre ». Il ne sait même pas comment raconter un événement. Pour étayer ce jugement, le père Roset a cité le récit du choix des douze apôtres. Voici ce récit : « Puis il monta sur la montagne, et il appela auprès de lui ceux qu’il voulut ; et ils vinrent à lui. Il en désigna douze pour être avec lui, pour les envoyer prêcher et pour leur donner le pouvoir de chasser les démons. Il désigna donc les douze et donna à Simon le nom de Pierre » (Marc 3, 13-16).
Le père Roset estime qu’il n’est absolument pas possible de choisir des compagnons de cette manière.
Il a déjà été mentionné qu’au sujet du signe de Jonas, Marc a dit exactement le contraire de Matthieu et de Luc. À propos du signe à montrer aux gens pendant la prédication de Jésus (la preuve de la prophétie), Marc rapporte un récit qui n’est absolument pas crédible. Il dit : « Les Pharisiens sortirent et se mirent à discuter avec lui ; ils lui demandèrent, pour le mettre à l’épreuve, un signe venant du ciel. Jésus, poussant en son esprit un profond soupir, dit : Pourquoi cette génération demande-t-elle un signe ? Je vous le dis en vérité, aucun signe ne sera donné à cette génération. Puis il les quitta, remonta dans la barque et passa sur l’autre rive. » (Marc 8, 11-13)
On trouve ici, de la part de Jésus lui-même, la confirmation de sa résolution de ne rien faire qui puisse paraître surnaturel. Les commentateurs de la Traduction œcuménique en ont donc exprimé leur étonnement. En effet, alors que Luc dit que Jésus montrera un seul signe (le signe de Jonas, comme le dit aussi Matthieu), Marc affirme qu’aucun signe ne sera montré. Luc donne toutefois un récit plus détaillé et dit que Jésus « accomplit lui-même certains événements surnaturels comme signes » (Luc 7, 22 et 11, 20).
L’ensemble de l’Évangile de Marc est reconnu par l’Église comme original et authentique. Pourtant, les commentateurs modernes estiment que le dernier chapitre (16, 19-20) a été ajouté ultérieurement. Les commentateurs de la Traduction œcuménique se sont montrés particulièrement loquaces à ce sujet.
Aucun des deux manuscrits complets des Évangiles datant du IVe siècle, connus sous les noms de Codex Vaticanus et de Codex Sinaiticus, ne contient ce dernier chapitre. Cullmann a déclaré : « Plus tard, cette conclusion a été ajoutée dans certains manuscrits grecs et dans quelques autres versions, et son contenu a été emprunté aux autres Évangiles. » En réalité, on trouve plusieurs formes de cette conclusion ajoutée. Il existe une version longue et une version courte, et les deux ont été incluses dans la Revised Standard Version de la Bible, publiée en 1952. Certaines des versions longues contiennent encore quelques éléments supplémentaires.
Le père Kannengiesser a déclaré à ce sujet : « Lorsque le livre est officiellement tombé entre les mains de la communauté qui avait attesté l’authenticité de l’Évangile de Marc, les derniers versets en avaient été supprimés. Matthieu, Luc et Jean n’avaient pas vu ces versets. Mais tous avaient senti qu’il manquait quelque chose, qui aurait dû être là, et que le vide devait être comblé. Bien plus tard, lorsque les écrits du même genre que ceux de Matthieu, de Luc et de Jean furent répandus partout, on composa un dernier chapitre approprié pour l’Évangile de Marc, en recueillant à cette fin des éléments dans les autres Évangiles. Mais le fait que cet ajout ne s’accorde pas avec l’original se constate aisément à la lecture des versets 9 à 20 du chapitre 16 de l’Évangile de Marc. Cet épisode permet de se faire une idée claire de la liberté avec laquelle on est intervenu dans les écrits des Évangiles jusqu’à la première moitié du IIe siècle. »
On trouve ici l’aveu sincère d’un célèbre théologien lui-même que les hommes ont modifié les livres religieux.
L’Évangile de Luc (l’Évangile selon Luc)
Selon Cullmann, Luc est un « historien », tandis que le père Kannengisser estime qu’il est un « véritable romancier ». Dans le prologue adressé à Théophile, Luc dit qu’à la suite de ceux qui ont précédemment écrit des récits sur Jésus, il va lui aussi rédiger un récit sur le même sujet et qu’à cette fin il utilisera les informations et les témoignages des témoins oculaires ainsi que les informations prêchées par les apôtres. Autrement dit, il n’est pas lui-même un témoin oculaire. On peut donc s’attendre à ce que le récit soit soigneusement conçu, ordonné et structuré. Il a rédigé ainsi l’introduction de ce récit :
« Beaucoup ont entrepris de rassembler et de mettre par écrit les événements qui se sont déroulés dans notre histoire religieuse, ainsi que toutes les informations et tous les récits qui nous sont parvenus par l’intermédiaire des témoins oculaires et des prédicateurs. Pour ma part, puisque je me suis informé avec soin de toutes ces choses depuis le commencement, j’ai pensé qu’il serait bon de vous en écrire moi-même le récit dans l’ordre et de manière structurée, afin que vous puissiez connaître la vérité sur les choses dont vous avez été instruit. »
Dès la première phrase de cette introduction, la différence entre Marc et Luc apparaît. L’Évangile de Luc est une œuvre littéraire remarquable, écrite en grec classique et exempte de toute matière grossière.
Luc s’était converti au christianisme en tant qu’homme instruit et appartenant à l’élite. Son point de vue sur les Juifs est très clair. Cullmann a montré que Luc a supprimé la plupart des passages de Marc concernant les Juifs, qu’il a accentué leur incrédulité envers Jésus et qu’il a présenté Jésus comme entretenant de bonnes relations avec les Samaritains, qu’il n’aimait pourtant pas. Matthieu, en revanche, dit que Jésus recommandait constamment aux apôtres de se tenir éloignés des Samaritains. Le fait que les auteurs des Évangiles aient placé dans la bouche de Jésus des paroles conformes à leurs propres attitudes personnelles en est un exemple parmi d’innombrables autres. Ils l’ont peut-être fait en toute bonne foi. Après avoir établi que les Évangiles sont des « écrits de temps de guerre » ou des « écrits composés à l’occasion d’un événement particulier », peut-on encore le nier ? La comparaison du ton et de la voix des Évangiles de Luc et de Matthieu rendra cette affirmation encore plus claire.
Mais qui était réellement Luc ? On a tenté de démontrer que le médecin du même nom dont Paul parle dans plusieurs de ses lettres et Luc, l’auteur de l’Évangile, étaient une seule et même personne. Les commentateurs de la Traduction œcuménique pensent que « plusieurs commentateurs estiment que la profession de médecin de l’auteur de l’Évangile est établie par la langue précise et exacte avec laquelle il a décrit les personnes malades ». Cette remarque est exagérée et superflue. Luc n’a en réalité fourni aucune « description » de ce genre. « La langue qu’il employait était celle des personnes instruites de la société de son époque. » Il y avait un compagnon de voyage de Paul nommé Luc, mais était-ce bien cette personne ? C’est ce que pense Cullmann.
On peut estimer la date de l’Évangile de Luc à partir de plusieurs faits : Luc s’est aidé des Évangiles de Marc et de Matthieu. D’après le récit de la Traduction œcuménique, il semble qu’il ait probablement été témoin du siège et de la destruction de Jérusalem par l’armée de Titus en l’an 70. Il a vraisemblablement écrit son Évangile après cette période. Certains affirment toutefois qu’il a été écrit plus tôt.
Les différents récits de Luc ne concordent nullement avec ceux de ses prédécesseurs. Une idée générale à ce sujet a déjà été donnée. La Traduction œcuménique fournit, à partir de la page 181 et sur plusieurs pages successives, des exemples de ces divergences. De son côté, Cullmann a cité, à la page 18 de son ouvrage intitulé « Le Nouveau Testament », plusieurs récits tirés de l’Évangile de Luc qui ne se trouvent dans aucun autre Évangile, et qui ne concernent pas des détails insignifiants.
Le récit de l’enfance de Jésus constitue un thème particulier des Évangiles. Matthieu l’a présenté d’une manière différente de Luc, tandis que Marc ne fait même aucune mention de l’enfance de Jésus.
Matthieu et Luc ont donné deux généalogies différentes de Jésus. Du point de vue de la logique et de la science, les divergences et les impossibilités de ces deux généalogies sont si nombreuses qu’un chapitre distinct de cet ouvrage leur est consacré en détail. Il est facile de comprendre pourquoi Matthieu, écrivant à l’intention des Juifs, commence la généalogie à partir d’Abraham et y inclut David ; de même, il est aisé de comprendre pourquoi Luc, en tant qu’érudit converti au christianisme, fait commencer sa généalogie bien plus tôt. Nous verrons un peu plus loin qu’à partir de David, ces généalogies se contredisent.
Matthieu, Marc et Luc ont rapporté de manière différente de nombreux épisodes de l’enseignement et de la prédication de Jésus. Même au sujet de l’Eucharistie, cet événement si important du christianisme (le repas de la fête de la Pâque — le dernier repas de pain et de vin pris par Jésus avec ses disciples), le récit de Luc ne concorde pas avec ceux de Matthieu et de Marc. (Il n’est pas possible de le comparer au récit de Jean, car celui-ci ne fait aucune mention de l’instauration de l’Eucharistie comme rite religieux lors du repas pascal.) Le père Roset affirme, à la page 75 de son ouvrage intitulé « Initiation aux Évangiles », que le langage employé dans le récit de l’instauration de l’Eucharistie (22, 19-24) est totalement différent de celui de Matthieu (26, 26-29) et de Marc (14, 22-24), alors que les formulations de Matthieu et de Marc sont presque identiques. En revanche, les particularités du vocabulaire de Luc ressemblent beaucoup à celles de saint Paul (Première épître aux Corinthiens 11, 23-25).
Nous avons déjà vu que ce que Luc dit dans son Évangile au sujet de la résurrection de Jésus est précisément contraire à ce qu’il dit dans les Actes des Apôtres. Il est reconnu et admis comme l’auteur de cet ouvrage, qui constitue une partie inséparable du Nouveau Testament. Dans l’Évangile, il dit que l’événement de la résurrection a eu lieu le jour de Pâques, mais dans les Actes, comme nous l’avons déjà vu, il a fallu découvrir toutes sortes d’explications pour le moins étranges.
Parmi les commentateurs de la Traduction œcuménique, tous ceux qui ont voulu être objectifs ont été contraints de reconnaître que, fondamentalement, « l’objectif principal de Luc n’était pas de rédiger un récit exact et conforme à la réalité ». En comparant le récit de Luc dans les Actes avec celui de Paul au sujet de la résurrection de Jésus d’entre les morts, le père Kannengisser a déclaré : « Parmi les quatre évangélistes, Luc est le plus sensible et le plus littéraire. Il possède toutes les qualités d’un véritable romancier. »
L’Évangile de Jean (l’Évangile écrit par Jean)
L’Évangile de Jean est totalement différent des trois autres Évangiles. Cette différence est si forte et si manifeste que le commentaire du père Roset sur l’Évangile de Jean, après ses remarques sur les trois autres Évangiles dans son ouvrage « Initiation aux Évangiles », produit chez le lecteur un choc immédiat. Il dit : « C’est un monde à part. » C’est effectivement le cas. Par le choix des sujets, la manière de les ordonner, le style des récits et des dialogues, cet ouvrage est singulier. Son style, sa géographie et la chronologie des événements le sont également. Selon Cullmann, il est aussi différent et particulier du point de vue religieux. Jean a rapporté les paroles de Jésus d’une manière différente de celle des autres. Le père Roset a observé que, dans les autres Évangiles, les paroles de Jésus « semblent être celles d’une conversation orale, vivante et réelle », tandis que, dans l’Évangile de Jean, l’ensemble paraît être formulé dans un langage contemplatif, et cette tonalité est si marquée que, parfois, « on se demande » si ce sont vraiment les paroles de Jésus, ou si Jean n’a pas, à son insu, développé la conception de Jésus à partir de ses propres pensées et de sa propre conscience.
Mais qui était Jean ? Qui était-il ? La réponse à cette question est très controversée. Beaucoup de gens ont donné des réponses différentes à ce sujet. Le père Roset et A. Tricot appartiennent à un courant qui n’émet aucun doute sur l’identité de Jean. Ils affirment que l’Évangile de Jean est l’œuvre d’un témoin oculaire, que Jean était le fils de Zébédée et le frère de Jacques. De nombreuses informations le concernant sont bien connues et ont été publiées dans de nombreux ouvrages largement diffusés. Selon les spécialistes des portraits, Jean apparaît auprès de Jésus dans presque tous les portraits, par exemple au moment de la Cène. Puisque Jean était une personnalité bien connue, on ne peut probablement même pas imaginer que cet Évangile ne soit pas de lui.
Même si ce quatrième Évangile a été écrit si tardivement, ce retard ne peut probablement pas constituer un argument particulièrement sérieux contre Jean. Cet ouvrage a probablement été rédigé vers la fin du premier siècle, après la disparition de Jésus. Si l’on suppose qu’il a été écrit soixante ans après la disparition de Jésus, cela est tout à fait compatible avec le fait que Jean était encore jeune à l’époque de Jésus et qu’il ait vécu jusqu’à l’âge de cent ans.
Dans son étude sur la résurrection de Jésus d’entre les morts, le père Kanengisser est parvenu à la conclusion que, parmi les auteurs du Nouveau Testament, personne, à l’exception de Paul, ne peut prétendre avoir vu cet événement de ses propres yeux. Pourtant, Jean semble dire que Jésus apparut une première fois à l’assemblée de quelques apôtres, à l’exception de Thomas — probablement Jean compris — (20, 19-24), puis, huit jours plus tard, à tous les apôtres réunis (20, 25-29).
Mais Cullmann n’a pas pu accepter comme véridique cet événement dans son ouvrage intitulé Le Nouveau Testament.
L’ouvrage Traduction œcuménique affirme que la majorité des commentateurs ne sont pas disposés à accepter que cet Évangile ait été écrit par Jean. Bien entendu, cette possibilité — qu’il ne soit pas de Jean — ne peut être totalement écartée. En effet, tous les indices donnent à penser que le texte de cet Évangile tel que nous le lisons aujourd’hui est probablement l’œuvre de plusieurs auteurs. L’ouvrage affirme également : « La forme sous laquelle nous voyons aujourd’hui cet Évangile a probablement été diffusée par les disciples de l’auteur, qui y ont eux-mêmes ajouté le chapitre 21 et, très probablement, certaines notes (4, 2 et 4, 1 ; 4, 44 ; 7, 37e ; 11, 2 ; 19, 35). Tous s’accordent à dire, au sujet de l’histoire de la femme adultère (8, 2-11), que l’origine de cet épisode est inconnue et qu’il a été inséré ultérieurement. Malgré cela, les autorités ecclésiastiques ont reconnu cet épisode comme faisant partie du texte original. » Cullmann estime que le verset 19, 35 figure dans l’ouvrage comme le témoignage d’un témoin oculaire. Dans tout l’Évangile, c’est l’unique signature explicite, bien que les commentateurs pensent qu’elle y a été insérée ultérieurement.
Cullmann estime que l’ajout ultérieur est très manifeste dans le cas de cet Évangile, comme le montre le chapitre 21. Ce chapitre est probablement « l’œuvre d’un disciple, qui a peut-être aussi apporté de petites modifications au texte original ».
Il n’est pas nécessaire de donner ici le détail de toutes les hypothèses formulées par les spécialistes au sujet de l’auteur de cet Évangile. En effet, les commentaires des éminents auteurs chrétiens cités plus haut suffisent à démontrer l’obscurité et l’incertitude qui entourent cette question.
De nombreuses questions ont été soulevées au sujet de la valeur historique des différents récits rapportés par Jean. Les différences entre ces récits et ceux des trois autres Évangiles sont très nettes. Cullmann a proposé une explication de ces différences. Par comparaison avec les trois autres évangélistes, il a discerné chez Jean une perspective religieuse particulière, et c’est à partir de cette perspective que Jean a choisi ses récits, ses paroles et sa manière de raconter. Son récit s’en est trouvé plus long, et il a fait dire à Jésus, en tant que personnage historique, ce que le Saint-Esprit lui-même lui avait révélé. C’est pour cette raison que son récit est différent.
On peut supposer que, ayant écrit son Évangile en dernier, Jean a choisi les récits qui servaient à soutenir ses propres conceptions. Il n’est pas nécessaire de s’étonner que certains récits des autres Évangiles ne se trouvent pas dans celui de Jean. Quelques exemples de récits de ce genre sont mentionnés à la page 282 de l’ouvrage La Traduction œcuménique. En revanche, il semble étrange que certains événements ne soient pas mentionnés du tout. Ainsi, l’institution de l’Eucharistie n’est absolument pas relatée. Pourtant, cette cérémonie est un élément fondamental du christianisme et constitue le fondement des assemblées religieuses. Pour un penseur éminent comme Jean, qui a accordé tant d’importance à la méditation, il est inconcevable qu’il n’ait pas mentionné cet événement. Mais le fait est qu’il a limité son récit de la Cène à la scène du lavement des pieds des disciples, à l’annonce de la trahison de Judas et au récit du reniement de Pierre.
En revanche, l’Évangile de Jean contient de nombreux récits qui ne figurent pas dans les trois autres Évangiles. Cela est indiqué à la page 283 de l’ouvrage La Traduction œcuménique. On peut probablement supposer, dans ce cas, que les autres ne considéraient pas ces récits comme importants, tandis que Jean les jugeait importants. Mais ce qui est étonnant, c’est que, dans le récit de Jean (21, 1-14), Jésus, ressuscité d’entre les morts, apparaît à ses disciples sur les rives de la mer de Tibériade. Cet épisode n’est rien d’autre qu’une copie exacte du récit de Luc sur la pêche miraculeuse, bien que Jean y ait ajouté de nombreux détails. Le récit de Luc (5, 1-11) précise toutefois que la pêche eut lieu du vivant de Jésus. Ce récit laisse entendre que Jean était présent sur les lieux, et la tradition veut qu’il fût alors prédicateur. Puisque le récit de Jean se trouve au chapitre 21 de son Évangile, chapitre dont on reconnaît qu’il a été ajouté ultérieurement, on peut aisément supposer que c’est parce que le nom de Jean figurait dans l’Évangile de Luc que cet épisode a été introduit plus tard dans celui de Jean ; autrement dit, pour relater longtemps après un événement de la vie de Jésus, un auteur d’Évangile n’a pas hésité à modifier même la formulation de son récit.
L’Évangile de Jean diffère encore des trois autres Évangiles sur un autre point : la durée de la prédication de Jésus. Matthieu, Marc et Luc disent que Jésus prêcha pendant un an. Jean dit deux ans. Kwo-Man a particulièrement relevé cette différence. Les commentateurs de la Traduction œcuménique l’expliquent ainsi : « Les trois premiers disent que Jésus resta longtemps en Galilée ; puis il partit en direction de la Judée, et beaucoup de temps s’écoula en chemin. Finalement, il ne séjourna que peu de temps à Jérusalem. Jean, en revanche, dit que Jésus se rendait fréquemment d’une région à l’autre. Ensuite, il resta longtemps en Judée, en particulier à Jérusalem (1, 19-51 ; 2, 13-3, 36 ; 5, 1-47 ; 14, 20-31). Il mentionne également plusieurs célébrations de la Pâque (fête juive de la boisson et du repas ; anniversaire de l’événement au cours duquel les anges détruisirent les localités d’Égypte, mais épargnèrent les maisons des Juifs). Ainsi, selon lui, la durée de la prédication de Jésus fut de plus de deux ans. »
Dans ces conditions, à qui devons-nous croire ? À Matthieu, Marc et Luc ? Ou à Jean ?
Les sources des Évangiles
La présentation générale des Évangiles qui vient d’être faite, et surtout l’examen du texte, donnent l’impression que ces ouvrages sont « incohérents et dépourvus de continuité » et manifestement « inconciliables et contradictoires ». Tel est le jugement des commentateurs de l’ouvrage La Traduction œcuménique de la Bible. Il est très important de citer ces éminents spécialistes, car le sujet est si sensible qu’une évaluation objective de leur part pourrait provoquer de graves réactions. Nous avons déjà vu comment certaines conceptions de l’histoire religieuse contemporaine de la rédaction des Évangiles permettent de répondre aux questions que les caractéristiques embarrassantes de la littérature évangélique peuvent susciter chez le lecteur réfléchi. Il est maintenant nécessaire de savoir ce que disent les ouvrages de notre époque, en particulier ce qu’ils disent des sources utilisées par les évangélistes au moment de rédiger les Évangiles. On peut également chercher à savoir si l’histoire postérieure à l’achèvement de ces écrits permet de répondre aux diverses questions soulevées aujourd’hui.
À l’époque des Pères de l’Église, la question des sources était acceptée de manière très simple. Aux débuts du christianisme, par source, on entendait uniquement le manuscrit complet de l’Évangile écrit par Matthieu. La question prit la forme d’un problème à propos de Marc et de Luc. Il n’y avait aucun problème concernant Jean, car on le considérait comme un auteur d’un genre différent. À propos de Marc, reconnu comme le deuxième auteur des Évangiles, saint Augustin a déclaré qu’il s’était contenté, inspiré par l’œuvre de Matthieu, d’en rédiger un résumé. Quant à Luc, le troisième auteur, son opinion était qu’il avait recueilli des informations dans les ouvrages de Matthieu et de Marc, tous deux. Nous avons déjà mentionné que l’introduction de Luc elle-même semble confirmer cette opinion.
Autrement dit, les ressemblances et les similitudes entre les récits des différents Évangiles avaient été remarquées même par les lecteurs de cette époque, comme nous le sommes aujourd’hui. À l’époque moderne, les commentateurs de la Traduction œcuménique ont effectué des vérifications et établi le décompte suivant :
1) Les trois Évangiles contiennent 330 versets communs……
2) Matthieu et Marc contiennent 178 versets communs……
3) Marc et Luc contiennent 100 versets communs……
4) Matthieu et Luc contiennent 230 versets communs……
Par ailleurs, chaque Évangile contient certains versets qui ne se trouvent dans aucun autre Évangile. Le nombre de ces versets est de 330 pour Matthieu, 53 pour Marc et 500 pour Luc.
Depuis l’époque des Pères de l’Église jusqu’à la fin du XVIIIe siècle, pendant quinze cents ans, personne ne s’était préoccupé de la source des Évangiles. Tous acceptaient les traditions et les légendes comme étant la vérité. Après la découverte de toutes ces données à l’époque moderne, une nouvelle compréhension a commencé à se développer, et il est devenu possible de déterminer comment un évangéliste, prenant des informations à un autre évangéliste, a composé son propre récit selon ses opinions personnelles. À cet égard, une importance particulière a été accordée à la collecte des informations nécessaires à la composition du récit. Ces informations provenaient d’une part des traditions orales de la communauté concernée et, d’autre part, de documents araméens écrits. Il n’est pas possible de savoir si ces documents étaient facilement accessibles sous une forme réunie. Il est toutefois certain que chaque évangéliste n’en a utilisé que les parties qui répondaient à ses propres besoins.
Au cours des cent dernières années, des recherches encore plus approfondies ont été menées sur cette question, et elles ont donné naissance à plusieurs théories. Ces théories sont vastes et détaillées, et peuvent prendre une forme toujours plus complexe. La première théorie est connue sous le nom de « théorie des deux sources de Holtzmann » (1863). Cullmann et les commentateurs de la Traduction œcuménique ont expliqué que cette théorie affirme que Matthieu et Luc ont peut-être été inspirés, d’une part, par Marc et qu’ils ont peut-être utilisé, d’autre part, un document commun qui a par la suite disparu. En outre, chacun d’eux avait peut-être aussi ses propres sources distinctes. On peut tirer de cet exposé le tableau suivant :
Cullmann a formulé à ce sujet le commentaire suivant :
1) L’ouvrage que Matthieu et Luc ont utilisé pour leur rédaction n’était probablement pas l’Évangile de Marc, mais pouvait être une œuvre antérieure.
2) Une importance suffisante n’a pas été accordée ici à la tradition orale. Pourtant, c’est à cette question qu’il aurait fallu accorder le plus d’importance, car le récit des paroles et des activités de Jésus pendant trente ou quarante ans n’a été conservé que dans cette tradition orale, et chacun des évangélistes n’était que le porte-parole des communautés chrétiennes qui avaient consigné cette tradition par écrit. C’est ainsi que nous pouvons probablement parvenir à la conclusion suivante : les Évangiles que nous avons aujourd’hui reflètent tout ce que les diverses anciennes communautés chrétiennes savaient de la vie et de la prédication de Jésus. Leurs croyances et leurs conceptions religieuses s’y reflètent également. Et les évangélistes étaient les porte-parole de ces sociétés.
Récemment, en examinant le texte et en recherchant les sources des Évangiles, on a découvert un processus encore plus complexe de formation de ce texte. Dans l’ouvrage intitulé « Synopsis des quatre Évangiles » (1972-1973), écrit par deux professeurs de l’École biblique de Jérusalem, le Père Benoît et le Père Boismard, il est affirmé avec une insistance particulière que, parallèlement à l’évolution progressive des récits et des traditions, l’évolution du texte s’est également opérée par étapes successives. Dans l’introduction qu’il a rédigée pour la partie écrite par le Père Boismard, le Père Benoît décrit les résultats de cette évolution. Il dit : « En raison de la longue évolution de la tradition, l’usage des mots et le style narratif qu’elle a pris aujourd’hui ne sont manifestement pas ceux de l’original, et cela pour des raisons compréhensibles. Certains lecteurs seront peut-être surpris ou embarrassés d’apprendre que certaines paroles de Jésus, certaines paraboles ou certaines prophéties concernant son propre destin ne furent pas prononcées par lui exactement sous la forme dans laquelle nous les lisons aujourd’hui. Ceux qui nous les ont transmises les ont modifiées ou transformées à leur manière. Pour ceux qui ne sont pas familiarisés avec ce genre d’enquête historique, cette vérité peut sembler surprenante, voire même scandaleuse. »
Le Père Boismard a expliqué, au moyen d’un tableau complexe, les remaniements et les transformations du texte originel. Ce tableau provient de la prétendue « théorie des deux sources » et a été élaboré sur la base de l’examen des différents textes et de leur comparaison. Le sujet étant extrêmement complexe, il n’est pas possible d’en donner ici un résumé. Les lecteurs curieux peuvent consulter l’ouvrage original publié à Paris par Les Éditions du Cerf, intitulé « Synopsis des quatre Évangiles ».
Les quatre types de documents originels ont été désignés par les lettres A, B, C et D, en les considérant comme les symboles des sources premières des Évangiles.
A — Le document A provient d’une source judéo-chrétienne. Matthieu et Marc ont été inspirés par ce document.
B — Le document B est une réinterprétation du document A. Cette réinterprétation a été réalisée à l’usage des Églises où coexistaient les anciens cultes idolâtres et le culte chrétien. Tous les évangélistes, à l’exception de Matthieu, ont été inspirés par ce document.
C — Le document C est la source d’inspiration de Marc, de Luc et de Jean.
d- Le document représente la plupart des sources utilisées par Matthieu et Luc. C’est le document commun de la « théorie des deux sources ».
Mais le texte des Évangiles tel que nous le connaissons aujourd’hui n’a pas été directement rédigé sur la base de l’un de ces quatre documents fondamentaux. Il y eut entre-temps un texte ou une version intermédiaire, connus sous les noms de Matthieu intermédiaire ou secondaire, Marc intermédiaire ou secondaire, Luc intermédiaire ou secondaire et Jean intermédiaire ou secondaire. Les versions définitives des quatre Évangiles furent élaborées à partir de ces quatre documents intermédiaires, qui inspirèrent également la rédaction d’autres Évangiles analogues. Les rapports complexes qui existent entre un document et plusieurs autres sont présentés un peu plus loin dans un tableau. Les résultats de cette recherche sur les Saintes Écritures revêtent une importance particulière. Cette recherche montre que, de même que le texte des Évangiles possède une « histoire », il comporte aussi, pour reprendre les termes du père Boismard, un « récit de l’histoire de sa formation ». Autrement dit, une version intermédiaire avait également été élaborée avant la version définitive. Un épisode bien connu de la vie de Jésus, celui de la pêche miraculeuse, est présenté dans l’Évangile de Luc comme ayant eu lieu de son vivant. Cette incohérence est manifestement considérable. Mais si l’on se souvient qu’il y eut recours à différentes sources et élaboration de différentes versions, on peut peut-être en trouver une explication cohérente. Il nous faut donc parvenir à la conclusion que, lorsque nous lisons les Évangiles, nous n’avons aucune certitude de lire les paroles mêmes de Jésus. Même si le père Benoît l’a exprimé de manière quelque peu détournée, c’est exactement ce qu’il a voulu dire. Il a à la fois mis le lecteur en garde et l’a rassuré : « Même si le lecteur doit renoncer à l’espoir d’entendre directement les paroles prononcées par Jésus lui-même, il doit néanmoins savoir qu’il entend la parole de l’Église et avoir la conviction que l’Église est l’interprète, porte-parole célestement désigné du Seigneur Jésus. Il doit également savoir que le Seigneur Jésus nous a parlé sur cette terre il y a bien longtemps et qu’à présent il nous parle dans sa gloire et sa majesté. »
Comment concilier cette déclaration officielle selon laquelle le texte de la Bible ne contient pas les propres paroles de Jésus avec la déclaration contradictoire du deuxième concile du Vatican ? Le Concile a déclaré : « L’Église affirme et approuve sans réserve, à propos de ces quatre Évangiles, que ces livres sont historiquement authentiques et véridiques ; et que tout ce que Jésus, le Fils de Dieu, a fait, dit et enseigné durant sa vie terrestre pour le salut éternel et la rédemption des hommes, jusqu’à son ascension au ciel, y est rapporté de manière exacte et fidèle. »
De toute évidence, l’ouvrage de l’École biblique de Jérusalem (Synopsis des quatre Évangiles) nie directement la véracité de cette déclaration.
Père M.-E. Boismard
Synopsis des quatre Évangiles
Tableau général
Documents a, b, c, d = documents fondamentaux utilisés dans la compilation du texte
Version secondaire = version secondaire du texte
Histoire du texte
Il serait erroné de penser qu’après leur rédaction, les Évangiles étaient devenus les écritures fondamentales de la nouvelle religion chrétienne et qu’on les citait comme l’Ancien Testament. Car, à cette époque, le principal véhicule et la principale source des paroles de Jésus et de l’enseignement des apôtres étaient la tradition orale. Quant aux lettres de Paul, elles circulaient depuis longtemps sous forme écrite. Ces lettres avaient été rédigées plusieurs décennies avant les Évangiles.
Nous avons déjà vu qu’aucune preuve ne permet d’établir l’existence d’une compilation des écrits évangéliques avant l’an 140. Certains commentateurs continuent pourtant d’écrire le contraire. Nous avons également vu qu’avant 170, les Évangiles n’avaient pas encore acquis le statut d’écrits sacrés.
Aux débuts du christianisme, de nombreux écrits concernant Jésus circulaient. Mais, par la suite, ils ne furent pas conservés, car on ne les jugeait ni exacts ni authentiques ; et, sur ordre de l’Église, tous les écrits de cette nature furent dissimulés. C’est pourquoi on les a appelés « apocryphes ». Bien qu’ils aient été cachés ou écartés, certains écrits furent soigneusement conservés. En effet, selon les commentateurs de la traduction œcuménique, « ils étaient généralement considérés comme importants et précieux ». La même opinion était également partagée au sujet de la lettre de Barnabé ; mais d’autres écrits furent « impitoyablement supprimés », si bien qu’il n’en subsiste aujourd’hui que des fragments. Ces écrits furent retirés aux yeux des chrétiens croyants parce qu’on les considérait comme porteurs d’erreurs. Pourtant, d’après ce que l’on peut savoir grâce aux citations de l’Église, il apparaît que la Bible des Nazaréens, la Bible des Hébreux et la Bible des Égyptiens étaient étroitement conformes à la Bible originelle. On peut en dire autant de la Bible de Thomas et de la Bible de Barnabé.
Certains des écrits dissimulés contiennent des récits détaillés et imaginaires de certains événements. Ce ne sont que des légendes populaires. Les auteurs ont donné ces récits extravagants avec une grande satisfaction. On trouve d’ailleurs des légendes de ce genre dans toutes les autres Bibles. À ce propos, on peut se rappeler le récit imaginaire de Matthieu concernant les événements prétendument survenus au moment de la mort de Jésus. En réalité, tous les écrits des débuts du christianisme présentent une certaine futilité et une certaine recherche du sensationnel. Il convient de reconnaître honnêtement ce fait.
Lorsque l’Église fut devenue solidement organisée, les autorités procédèrent à une certaine sélection parmi les nombreux écrits relatifs à Jésus. Une centaine de Bibles furent probablement rejetées, et quatre seulement furent conservées. Ces quatre Bibles sont désormais considérées comme « canoniques », ou reconnues.
Au milieu du IIe siècle, Marcion de Sinope exerça une forte pression sur les autorités religieuses afin qu’elles prennent une décision à ce sujet. Il était un ennemi acharné des Juifs et considérait alors comme caduques l’ensemble de l’Ancien Testament, tous les écrits liés à l’Ancien Testament rédigés après l’avènement de Jésus, ainsi que tous les écrits fondés sur la tradition judéo-chrétienne. Il ne reconnaissait comme authentique que l’Évangile de Luc. Car il estimait que Luc était le seul porte-parole de Paul et de ses écrits.
C’est pourquoi l’Église déclara Marcion hérétique. Elle approuva toutefois, en plus des Évangiles de Matthieu, Marc, Luc et Jean, les lettres de Paul. D’autres écrits, tels que les Actes des Apôtres, furent également ajoutés à cette liste. Cependant, cette liste ne fut jamais considérée comme définitive, car elle fut constamment modifiée pendant les premiers siècles. Certains écrits qui furent ensuite rejetés avaient autrefois été inclus dans la liste approuvée ; inversement, certains écrits qui font aujourd’hui partie du Nouveau Testament approuvé étaient alors considérés comme rejetés. Cette incertitude persista jusqu’au concile d’Hippone, en 393, et au concile de Carthage, en 397. Ces quatre Évangiles, toutefois, avaient toujours fait partie de la liste approuvée.
Le père Boismard a déploré la disparition d’un grand nombre d’écrits, pourtant importants sur le plan historique, parce qu’ils avaient été déclarés rejetés par l’Église. Nous souhaitons nous aussi partager sa tristesse. Il a cependant essayé de corriger quelque peu cette précipitation de l’Église. Dans son ouvrage intitulé « Synopsis des quatre Évangiles », il a inclus, à côté des quatre Évangiles reconnus, quelques passages de ces écrits rejetés. Il précise que ces ouvrages étaient encore disponibles dans diverses bibliothèques jusqu’à la fin du IVe siècle.
Les différents ouvrages et écrits de ce siècle furent rigoureusement organisés et classés. Les plus anciens manuscrits des Évangiles datent également de cette époque. Des écrits antérieurs, il ne nous est parvenu que les papyrus du IIIe siècle et une petite partie d’un autre ouvrage du IIe siècle. Les deux plus anciens manuscrits écrits en grec sur de l’écorce furent composés au IVe siècle. L’un d’eux est le « Codex Vaticanus ». Cet ouvrage est aujourd’hui conservé à la bibliothèque du Vatican ; on ne sait toutefois absolument pas où ni comment il fut découvert. L’autre est le « Codex Sinaiticus ». Ce manuscrit fut découvert au mont Sinaï et est aujourd’hui conservé au British Museum de Londres. Il contient deux écrits déclarés rejetés par l’Église.
L’ouvrage de la Traduction œcuménique mentionne qu’il existerait encore, en divers endroits du monde, environ deux cent cinquante manuscrits supplémentaires, écrits sur de l’écorce, dont le plus récent aurait été composé au XIe siècle. Cependant, les copies du Nouveau Testament qui nous sont parvenues ne sont pas toutes identiques. Elles présentent, quant au contenu, de nombreuses différences importantes, et ces différences sont nombreuses. Dans certains cas, elles sont grammaticales, lexicales ou liées à l’ordre des mots. Ailleurs, elles sont devenues si considérables que le sens de tout un paragraphe s’en trouve modifié. Quiconque souhaite voir des exemples de ces différences peut consulter l’ouvrage intitulé « Novum Testamentum Graece » (Nestle-Aland, United Bible Societies, Londres, 1971). Cet ouvrage contient le texte grec dit « intermédiaire », ainsi que des exemples des différences entre toutes les versions, avec leurs notes et leurs remarques marginales.
Quelle que soit l’ancienneté ou la réputation d’un manuscrit, l’exactitude de son texte reste toujours controversée. Le Codex Vaticanus en fournit un excellent exemple. Une édition en fac-similé de cet ouvrage fut publiée en 1965 sous la direction du Vatican, et les éditeurs ont indiqué dans leur introduction : « Quelques siècles après la copie de ce manuscrit (que l’on pense avoir été copié au Xe ou au XIe siècle), un scribe repassa la plume sur le texte afin de le rendre plus lisible ; mais il ne repassa pas sur les passages qu’il jugeait erronés. » Par conséquent, bien que la couleur des passages qui n’ont pas été repassés soit très pâle, le texte en reste vaguement lisible. Rien ne permet toutefois d’affirmer que le travail consistant à repasser à l’encre sur le texte original pour le rendre lisible a été effectué avec une grande fidélité. Les éditeurs ont déclaré : « Il n’a pas encore été possible d’identifier précisément ceux qui, pendant plusieurs siècles, ont corrigé ce manuscrit ou en ont écrit les notes marginales. Il ne fait cependant aucun doute que certaines corrections ont été apportées lors du repassage à l’encre. » Divers ouvrages religieux présentent ce texte comme ayant été copié au IVe siècle. Mais une enquête menée au Vatican même permet de comprendre qu’au cours des siècles suivants, ce texte a été modifié à différentes époques par différentes mains.
Certains pourront peut-être dire qu’il suffit de comparer les différents textes pour déterminer lequel est exact et lequel ne l’est pas. Oui, c’est juste ; mais lorsque le sens même des différents textes devient différent, comment choisir celui qui doit servir de référence comme texte originel et authentique pour la comparaison ? De plus, on sait désormais qu’une correction effectuée autrefois par un scribe qui repassa la plume sur le texte d’un autre est aujourd’hui considérée comme exacte. Nous verrons plus loin comment, dans un paragraphe écrit par Jean, l’emploi d’un seul mot concernant le « Paraclet » a complètement modifié sa signification et sa portée du point de vue religieux. (Paraclet est un mot grec qui signifie notamment consolateur, très digne de louange et porteur de la vérité. Dans la Bible, ce mot annonce la venue du dernier prophète, Muhammad, que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui. Jean 16:13. La Bible contient ailleurs des indications encore plus explicites. — Le traducteur bengali.)
À propos des différences entre les divers textes, Cullmann a écrit dans son ouvrage intitulé « Le Nouveau Testament » : « Les différences que l’on observe dans les textes ultérieurs sont parfois dues à l’inattention. Le copiste a peut-être omis un mot, l’a écrit deux fois au lieu d’une, ou, lorsqu’un même mot apparaissait deux fois dans une phrase, a peut-être entièrement omis le passage situé entre ces deux occurrences. Tout cela a pu se produire par erreur. Dans certains cas, il a peut-être aussi apporté des corrections intentionnellement, ou les a effectuées afin d’harmoniser le texte avec un autre, dans le but conscient de réduire les différences. Plus tard, lorsque les écrits du Nouveau Testament commencèrent progressivement à se distinguer de la littérature chrétienne ancienne et à être considérés comme sacrés, les copistes devinrent eux aussi plus prudents. Au lieu de commettre des erreurs ou d’exercer leur propre réflexion comme leurs prédécesseurs, ils se mirent à copier le texte sacré mot pour mot, conservant ainsi exactement les différences antérieures. En outre, certains copistes écrivaient dans la marge des notes destinées à expliquer un paragraphe difficile. Un copiste ultérieur pouvait penser que cette note avait été écrite en dehors du texte par erreur ; il l’intégrait alors au texte. Par ce processus, le nouveau texte devenait en réalité encore plus difficile à comprendre. »
Les copistes de certains manuscrits ont profondément remanié le texte. Les traductions latines, comme la « Vulgate » de Jérôme, datant du VIe siècle, ou la « Vetus Itala », encore antérieure, sont-elles plus fiables que les traductions syriaque et copte ? Ces traductions ont peut-être été réalisées à partir des manuscrits mentionnés plus haut, qui ont ensuite disparu. Nous ne savons rien avec certitude.
Ces différentes versions du texte peuvent être réparties en plusieurs catégories distinctes sur la base de certaines caractéristiques communes. Selon Cullmann, ces catégories sont les suivantes :
Première catégorie : le texte dit syriaque. La plupart des anciens manuscrits grecs pourraient avoir été établis sur la base de cette recension. Grâce à l’imprimerie, ce texte s’est largement répandu dans toute l’Europe à partir du XVIe siècle. Cependant, les spécialistes affirment que c’est probablement la recension la plus médiocre.
Deuxième catégorie : le texte dit occidental. Cette catégorie comprend l’ancienne version latine ainsi que le Codex Bezae Cantabrigiensis, en grec et en latin. Selon les commentateurs de la Traduction œcuménique, une caractéristique manifeste de cette recension est de fournir des explications, d’exprimer le même sens au moyen de termes différents, de donner des informations ou des chiffres erronés et de tenter de concilier les contradictions.
Troisième catégorie : le texte dit neutre. Le Codex Vaticanus et le Codex Sinaiticus appartiennent à cette catégorie. On dit que cette recension présente un degré considérable de pureté et d’exactitude. Les éditions modernes du Nouveau Testament suivent principalement cette recension, bien que, selon la Traduction œcuménique, elle comporte elle aussi de nombreuses erreurs. À cet égard, la seule chose que les critiques modernes puissent faire est, selon la Traduction œcuménique, de s’efforcer de reconstituer « une recension qui puisse au moins se rapprocher de l’original. Mais, quoi qu’il en soit, il n’existe aucun moyen de retrouver cet original. »
Les quatre Évangiles et la science moderne
Il y a très peu d’événements dans les quatre Évangiles qui puissent résister à la confrontation avec les données scientifiques modernes.
Considérons d’abord les miracles. Il existe de nombreux récits de ce genre, mais il n’est évidemment possible de formuler aucun commentaire scientifique sur un miracle. Il existe deux sortes de miracles. La première concerne les êtres humains, en particulier la guérison des malades — par exemple la guérison des fous, des aveugles, des paralysés et des lépreux, ainsi que la résurrection de Lazare. La seconde concerne le comportement des choses selon des modalités contraires aux lois naturelles — comme Jésus marchant sur l’eau ou l’eau se transformant en vin. Parfois, toutefois, des événements parfaitement naturels ont été considérés sous un angle inhabituel. L’intervalle de temps était en effet très court : ainsi, la cessation immédiate d’une tempête, le dessèchement et le dépérissement soudains d’un figuier, ou encore la prise simultanée d’une quantité considérable de poissons, donnant l’impression que tous les poissons de la mer s’étaient rassemblés à l’avance à l’endroit où le filet devait être jeté.
Puisqu’Allah est tout-puissant, Il peut aisément produire tous ces événements, et il n’y a là rien d’étonnant. Ce qui paraît difficile ou impossible aux êtres humains ne l’est nullement pour Allah. Mais cela ne signifie pas que celui qui croit en Allah puisse ignorer les lois de la nature. Il n’existe aucune contradiction entre croire au pouvoir miraculeux d’Allah et croire aux lois naturelles. Car ces deux réalités ne sont en fait que des manifestations différentes d’une seule et même puissance suprême.
Je suis personnellement disposé à croire que Jésus a guéri un lépreux. Mais je suis incapable d’accepter qu’un texte relatant qu’il n’y aurait eu que vingt générations entre le premier homme et Abraham soit déclaré exact et inspiré par Allah. C’est précisément ce qu’a affirmé Luc dans son Évangile (3, 23-28). Nous expliquerons bientôt pourquoi le récit de Luc et celui de l’Ancien Testament sur le même sujet ne sont que de pures inventions humaines.
La Bible donne, au sujet de la naissance de Jésus, le même récit que le Coran. La loi naturelle générale qui s’applique à toute l’humanité ne s’est pas appliquée à la conception de Jésus dans le sein maternel. L’événement s’est produit en dehors du cadre de cette loi naturelle. Il n’a pas été nécessaire que l’ovule formé dans l’ovaire de sa mère s’unisse à un spermatozoïde. Or, selon la loi naturelle ordinaire, la naissance d’un enfant n’est possible qu’après l’union de l’ovule maternel avec un spermatozoïde mâle. Toutefois, dans certains cas, la reproduction normale d’un être vivant peut se produire sans intervention masculine ; en termes scientifiques, ce processus est appelé « parthénogenèse ». On observe parfois ce processus chez certains insectes, invertébrés et oiseaux. De tels phénomènes sont cependant rares et exceptionnels. Des expériences menées sur certains mammifères, notamment des lapines, ont montré qu’en l’absence d’intervention masculine, un embryon très rudimentaire pouvait se former à partir d’un ovule. Mais cela s’arrête là. Il n’a pas été possible d’aller plus loin et, qu’il s’agisse d’un processus naturel ou d’une expérience de laboratoire, aucun cas de naissance complète sans intervention masculine n’est encore connu. Le cas de Jésus est absolument unique. Marie était une mère vierge. Sa chasteté était restée intacte et elle n’eut aucun autre enfant que Jésus. Jésus constitue donc une exception aux lois de la biologie.
La Bible mentionne parfois les frères et les sœurs de Jésus (Matthieu 13, 46-50 et 54-58 ; Marc 6, 1-6 ; Jean 7, 3 et 2, 12). Les deux mots grecs employés sont « adelphoi » et « adelphai », et ils signifient frères et sœurs germains. Le mot sémitique original signifie « parents », et il a probablement été employé au sens de cousins et autres parents. La traduction grecque est manifestement erronée.
La généalogie de Jésus
Les deux généalogies qui figurent dans les Évangiles de Matthieu et de Luc soulèvent de nombreuses questions quant à la véracité de leur contenu et à leur conformité aux données scientifiques. Autrement dit, il existe de graves raisons de douter de l’exactitude de ces deux généalogies. Les commentateurs chrétiens sont très embarrassés par cette question, car ils ne veulent absolument pas admettre que ces généalogies sont en réalité le fruit de l’imagination humaine. Les auteurs du récit sacerdotal de la Genèse, au VIe siècle avant J.-C., avaient élaboré, en faisant appel à leur imagination, une généalogie des premiers hommes. Matthieu et Luc ont largement puisé dans cette généalogie et ont composé la leur en la mêlant au récit de l’Ancien Testament.
Il faut d’abord comprendre clairement que, dans le cas de Jésus, une généalogie masculine n’a absolument aucune valeur. En effet, il n’avait pas de père. Par conséquent, si quelqu’un veut établir sa généalogie, il doit en réalité établir celle de sa mère, Marie.
La généalogie rapportée par Matthieu est citée ci-dessous d’après la Revised Standard Version révisée de la Bible, publiée en 1952. Il est important de noter que cette généalogie se trouve au tout début de l’Évangile de Matthieu :
Généalogie de Jésus-Christ, fils de David, fils d’Abraham
Abraham —- était le père d’Isaac
Isaac —- était le père de Jacob
Jacob —- était le père de Juda et de ses frères
Juda —- était le père de Pérets et de Zérah, nés de Tamar
Pérets —- était le père de Hetsrôn
Hetsrôn —- était le père de Ram
Ram —- était le père d’Amminadab
Amminadab —- était le père de Nahshôn
Nahshon —- était le père de Salmon
Salmon —- était le père de Boaz, né de Rahab
Boaz —- était le père d’Obed, né de Ruth
Obed —- était le père de Jessé
Jessé —- était le père du roi David
David —- était le père de Salomon, né de la femme d’Urie
Salomon —- était le père de Roboam
Roboam —- était le père d’Abija
Abija —- était le père d’Asa
Asa —- était le père de Josaphat
Joram —- était le père d’Ozias
Ozias —- était le père de Jotham
Jotham —- était le père d’Achaz
Achaz —- était le père d’Ézéchias
Ézéchias —- était le père de Manassé
Manassé —- était le père d’Amos
Amos était le père de Josias
Josias était le père de Jéconias et de ses frères
Cette situation existait au moment de la déportation à Babylone. Après la déportation :
Jéconias était le père de Salathiel
Salathiel était le père de Zorobabel
Zorobabel était le père d’Abiud
Abiud était le père d’Éliakim
Éliakim était le père d’Azor
Azor —- fut le père de Sadok
Sadok —- fut le père d’Achim
Achim —- fut le père d’Élioud
Élioud —- fut le père d’Éléazar
Éléazar —- fut le père de Mathan
Mathan —- fut le père de Jacob
Jacob —- fut le père de Joseph, et ce Joseph était l’époux de Marie ; Jésus naquit du sein de Marie et fut appelé le Christ.
Ainsi, d’Abraham à David, quatorze générations ; de David jusqu’à la déportation à Babylone, quatorze générations ; et de la déportation à Babylone jusqu’au Christ, quatorze générations (Matthieu 1, 1-77). La généalogie donnée par Luc (2, 23-38) diffère de celle de Matthieu. Son texte est cité d’après la Bible, version standard révisée :
« Et Jésus lui-même, lorsqu’il commença son ministère, avait environ trente ans ; il était, comme on le supposait, fils de Joseph (Yusuf), celui-ci était fils d’Héli, celui-ci était fils de Matthat, celui-ci était fils de Lévi, celui-ci était fils de Melchi, celui-ci était fils de Jannaï, celui-ci était fils de Joseph, celui-ci était fils de Mattathias, celui-ci était fils d’Amos, celui-ci était fils de Nahum, celui-ci était fils d’Esli, celui-ci était fils de Naggai, celui-ci était fils de Maath, celui-ci était fils de Mattathias, celui-ci était fils de Semeï, celui-ci était fils de Josech, celui-ci était fils de Joda, celui-ci était fils de Joanan, celui-ci était fils de Rhésa, celui-ci était fils de Zorobabel, celui-ci était fils de Salathiel, celui-ci était fils de Néri, celui-ci était fils de Melchi, celui-ci était fils d’Addi, celui-ci était fils de Cosam, celui-ci était fils d’Elmadam, celui-ci était fils d’Er, celui-ci était fils de Jésus, celui-ci était fils d’Éliézer, celui-ci était fils de Matthat, celui-ci était fils de Lévi, celui-ci était fils de Siméon, celui-ci était fils de Juda, celui-ci était fils de Joseph, celui-ci était fils de Jonam, celui-ci était fils d’Éliakim, celui-ci était fils de Méléa, celui-ci était fils de Menna, celui-ci était fils de Mattatha, celui-ci était fils de Nathan, celui-ci était fils de David, celui-ci était fils d’Isaï, celui-ci était fils d’Obed, celui-ci était fils de Booz, celui-ci était fils de Salmon, celui-ci était fils de Nahshon, celui-ci était fils d’Amminadab, celui-ci était fils d’Admin, celui-ci était fils d’Arni, celui-ci était fils d’Hézron, celui-ci était fils de Pérets, celui-ci était fils de Juda, celui-ci était fils de Jacob, celui-ci était fils d’Isaac, celui-ci était fils d’Abraham, celui-ci était fils de Térah, celui-ci était fils de Nahor, celui-ci était fils de Serug, celui-ci était fils de Reu, celui-ci était fils de Péleg, celui-ci était fils d’Éber, celui-ci était fils de Schélach, celui-ci était fils de Caïnan, celui-ci était fils d’Arphaxad, celui-ci était fils de Sem, celui-ci était fils de Noé, celui-ci était fils de Lamech, celui-ci était fils de Mathusalem, celui-ci était fils d’Hénoc, celui-ci était fils de Jared, celui-ci était fils de Mahalalel, celui-ci était fils de Caïnan, celui-ci était fils d’Énos, celui-ci était fils de Seth, celui-ci était fils d’Adam, celui-ci était fils de Dieu. »
Cette généalogie sera mieux comprise si on la divise en deux parties et qu’on la présente sous forme de deux listes distinctes. La première liste va jusqu’à David, et la seconde concerne la période postérieure à David.
Avant David
Récit de Matthieu —————————– Récit de Luc
—– ——- —————————– 1) Adam
—– ——- —————————– 2) Seth
—– ——- —————————– 3) Énos
—– ——- —————————– 4) Caïnan
—– ——- —————————– 5) Mahalalel
—– ——- —————————– 6) Jared
—– ——- —————————– 7) Énoch
—– ——- —————————– 8) Mathusalem
—– ——- —————————– 9) Lamech
—– ——- —————————– 10) Noé
—– ——- —————————– 11) Sem
—– ——- —————————– 12) Arphaxad
—– ——- —————————– 13) Qénân
—– ——- —————————– 14) Shélah
—– ——- —————————– 15) Éber
—– ——- —————————– 16) Péleg
—– ——- —————————– 17) Réou
—– ——- —————————– 18) Seroug
Matthieu, avant Abraham, ——————19) Nahor
n’a mentionné aucun nom. ————– 20) Térah
1) Abraham ——————————– 21) Abraham
2) Isaac ——————————– 22) Isaac
3) Jacob ——————————– 23) Jacob
4) Juda ——————————– 24) Juda
5) Pérets ——————————– 25) Pérets
6) Hetsron —————————— 26) Hetsron
7) Ram ———————————— 27) Arni
8) Amminadab ————————— 28) Admin
9) Nahshôn —————————— 29) Amminadab
10) Salmon —————————— 30) Nahshôn
11) Booz ——————————- 31) Sala
12) Obed ——————————– 32) Booz
13) Jessé ——————————– 33) Obed
14) David ——————————– 35) David
Après David
Récit de Matthieu —————————— Récit de Luc
14) David ——————————– 35) David
15) Salomon —————————– 36) Nathan
16) Roboam ———————— 37) Mattatha
17) Abiya ————————- 38) Menna
18) Asa —————————– 39) Méléa
19) Josaphat ——————– 40) Éliakim
20) Joram ————————— 41) Jonam
21) Ozias —————————- 42) Joseph
22) Jotham —————————- 43) Juda
23) Achaz —————————– 44) Syméon
24) Ézéchias ————————- 45) Lévi
25) Manassé ————————— 46) Mattath
26) Amos —————————– 47) Jorim
27) Josias —————————– 48) Éliézer
28) Jéconias ————————- 49) Josué
Exil à Babylone ———————– 50) Er
29) Salathiel ————————- 51) Elmadam
30) Zorobabel ———————– 52) Cosam
31) Abiud —————————– 53) Addi
32) Eliakim ————————- 54) Melchi
33) Azor —————————- 55) Néri
34) Sadok —————————— 56) Salathiel
35) Achim ——————————- 57) Zorobabel
36) Eliud —————————– 58) Rhésa
37) Éléazar ————————– 59) Joanan
38) Maon ——————————— 60) Joda
39) Jacob —————————— 61) Joseph
40) Joseph —————————– 62) Sémeïn
41) Jésus ———————————- 63) Mattathias
——————————————— 64) Maath
——————————————— 65) Naggai
——————————————— 66) Esli
——————————————— 67) Nahum
——————————————— 68) Amos
——————————————— 69) Mattathias
——————————————— 70) Joseph
——————————————— 71) Jannaï
——————————————— 72) Melchi
——————————————— 73) Lévi
——————————————— 74) Mattath
——————————————— 75) Héli
——————————————— 76) Joseph
——————————————— 77) Jésus
Différences de concordance avec l’Ancien Testament dans le manuscrit
En plus des différences d’orthographe, les points suivants des deux Évangiles méritent d’être relevés :
L’Évangile de Matthieu
Le très important manuscrit du sixième siècle appelé Codex Bezae Cantabrigiensis, rédigé en grec et en latin, ne contient aucune généalogie. La généalogie a certes disparu du manuscrit grec, mais elle a également largement disparu du manuscrit latin. Les premières pages ont probablement été perdues.
Il est particulièrement remarquable de voir comment Matthieu a déformé l’Ancien Testament sur ce point. Pour offrir une démonstration spectaculaire des nombres, il a commencé à apparier les noms mentionnés dans la généalogie, mais, comme nous l’avons déjà vu, il ne l’a finalement pas achevée.
Évangile de Luc
Avant Abraham, Luc mentionne 20 noms, mais l’Ancien Testament n’en mentionne que 19 (voir la liste des descendants d’Adam donnée précédemment). Après le nom d’Arphaxad (n° 12), Luc a ajouté le nom de Caïnan (n° 13), alors que la Genèse ne le mentionne pas comme le fils d’Arphaxad.
D’Abraham à David — Les manuscrits mentionnent, pour cette période, de 14 à 16 noms.
De David à Jésus
C’est dans le Codex Bezae Cantabrigiensis que l’on trouve l’exemple le plus remarquable de cette différence. Elle s’explique par le fait que Luc a pris des informations dans la généalogie de Matthieu et a lui-même composé une généalogie fantaisiste, à laquelle les copistes ont ajouté cinq noms supplémentaires. Mais, malheureusement, la généalogie de l’Évangile de Matthieu a disparu de ce manuscrit. Il n’est donc plus possible de procéder à une comparaison.
Critique des Évangiles
Les deux généalogies qui se trouvent devant nous ont une caractéristique commune : toutes deux passent par Abraham et David. Pour examiner cette question, nous diviserons la généalogie en trois parties : (1) d’Adam à Abraham ; (2) d’Abraham à David ; (3) de David à Jésus.
(1) D’Adam à Abraham
Matthieu a commencé sa généalogie à Abraham. Il n’existe donc ici aucun récit de sa part. Seul Luc a donné les noms de vingt ancêtres d’Abraham jusqu’à Adam. Pourtant, comme nous l’avons déjà vu, seuls dix-neuf noms figurent dans la Genèse (chapitres 4, 5 et 11).
Mais est-il crédible que seuls dix-neuf ou vingt ancêtres aient existé avant Abraham ? Cette question a été examinée dans l’étude de l’Ancien Testament. Si l’on considère la liste des descendants d’Adam donnée dans la Genèse et la durée indiquée dans la Bible, on constate qu’environ dix-neuf siècles se sont écoulés entre la première apparition de l’être humain sur la terre et la naissance d’Abraham. On admet actuellement qu’Abraham vivait en 1850 avant J.-C. et, sur cette base, les données de l’Ancien Testament montrent que la première apparition de l’être humain sur la terre aurait eu lieu approximativement au trente-huitième siècle avant J.-C. Nous avons déjà examiné l’argument historique décisif qui permet de conclure qu’il a dit une contrevérité manifeste en reproduisant ce calcul.
Tout le monde reconnaît aujourd’hui que les données de l’Ancien Testament ne sont plus acceptables. Lors du deuxième concile du Vatican, ce genre de données a été déclaré « désuet ». Il est très important de constater que l’Évangile a utilisé précisément ces données scientifiquement incohérentes, et cet argument peut être opposé à ceux qui défendent l’exactitude historique des récits évangéliques.
Les commentateurs n’ont pas tardé à redouter ce danger. Ils cherchent donc à s’en sortir en affirmant que cette généalogie n’est pas complète et que Luc a omis certains noms. Ils prétendent qu’il a délibérément omis des noms, car son « seul objectif était d’établir une ligne généalogique approximative comportant les caractéristiques essentielles, sur la base de la réalité historique » (A. Tricot, Little Dictionary of the New Testament, Paris). Mais rien dans l’Évangile ne permet réellement de l’affirmer. En effet, l’Évangile dit que A était le père de B, ou que B était le fils de A. En particulier, pour la période antérieure à Abraham, Luc s’est fondé sur l’Ancien Testament, où le récit est présenté ainsi : lorsque A eut atteint l’âge de p ans, il devint le père de B ; lorsque B eut atteint l’âge de d ans, il devint le père de G. Il n’est donc pas possible qu’il y ait des lacunes.
À la lumière de toutes les informations recueillies à l’époque actuelle, la généalogie de Jésus avant Abraham, rapportée par Luc, ne peut en aucun cas être considérée comme acceptable.
(2) D’Abraham à David
Pour cette période, les deux généalogies concordent presque, à l’exception de quelques noms. Les noms qui ne concordent pas peuvent facilement s’expliquer par des erreurs de copiste.
Mais faut-il pour autant considérer que les évangélistes Matthieu et Luc ont donné un récit exact ?
Selon les calculs des historiens, David était un homme de l’époque de 1000 avant J.-C., tandis qu’Abraham vivait vers 1800-1850 avant J.-C. Or, si l’on accepte comme exact le récit de Matthieu ou de Luc, il faut admettre que quatorze à seize générations se sont succédé en l’espace d’environ huit cents ans. Mais est-ce crédible ? Dans le récit évangélique concernant cette période, les limites du possible et du crédible sont presque dépassées.
(3) La période postérieure à David
Lorsqu’on cherche à établir la généalogie de David à Joseph, c’est-à-dire jusqu’à Jésus, on constate que le récit de Luc ne correspond nullement à celui de Matthieu.
Laissons pour l’instant de côté la falsification manifeste qui a été commise, dans le cas de Luc, dans le Codex Bezae Cantabrigiensis, et comparons ce qui est dit dans les deux manuscrits les plus réputés, le Codex Vaticanus et le Codex Sinaiticus.
Dans la généalogie de Luc, on trouve au total 42 noms après David (n° 35) et jusqu’à Jésus (n° 77). En revanche, dans la généalogie de Matthieu, on trouve au total 27 noms de David (n° 14) à Jésus (n° 41). Les noms des différents ancêtres de Jésus donnés après David sont différents dans les deux récits. De plus, les noms rapportés eux-mêmes ne sont pas les mêmes dans les deux récits. Mais ce n’est pas tout.
Matthieu nous a dit qu’il avait découvert comment les quatorze noms de la généalogie d’Abraham à Jésus étaient divisés en trois groupes. Le premier groupe va d’Abraham à David, le deuxième de David à la déportation à Babylone, et le troisième de la déportation à Jésus. Il est vrai que les deux premiers groupes de son récit comptent chacun quatorze noms, mais le troisième n’en compte que treize, et non quatorze. Dans la liste qu’il donne, on constate que le nom de Salathiel porte le numéro 29, tandis que celui de Jésus porte le numéro 41. On ne trouve aucun texte de son récit où le troisième groupe comporte quatorze noms.
Pour porter à quatorze le nombre des noms dans son deuxième groupe, Matthieu a largement remanié la généalogie du Testament ancien. Les noms des six descendants de David (du n° 15 au n° 20) correspondent au récit du Testament ancien, mais il a dissimulé, dans le livre des Chroniques, les noms des trois descendants de Joram (n° 20), à savoir Achazia, Joas et Amatsia. Ailleurs, Matthieu dit que Jéconias (n° 28) est le fils de Josias, mais on voit dans le deuxième livre des Rois du Testament ancien qu’il y a encore quelqu’un entre Josias et Jéconias, et que son nom est Éliakim.
On voit donc que Matthieu a remanié la généalogie rapportée dans le Testament ancien afin de présenter une liste artificielle de quatorze noms pour la période allant de David à la déportation à Babylone. En outre, il manque également un nom dans le troisième groupe de Matthieu. Autrement dit, aucune des versions actuellement en usage de la Bible ne comporte exactement quatorze noms. On pourrait tenter d’expliquer l’absence d’un nom par une erreur d’un ancien copiste, mais ce n’est en réalité pas le point essentiel. Le point essentiel est qu’aucun commentateur n’a dit mot à ce sujet et qu’ils ont gardé le silence. Quelle pourrait être l’explication de ce silence ? W. Trilling, dans son ouvrage intitulé « The Gospel According to Matthew » (éditeur : Desclée, Paris), a réduit à néant cette pieuse conspiration du silence en écrivant une seule phrase. La question est très importante, car plusieurs commentateurs de cet évangile, notamment la Traduction œcuménique et le cardinal Daniélou, ont particulièrement insisté sur la grande portée symbolique du calcul 3×14 de Matthieu. Cela signifie que cette portée était si importante pour Matthieu qu’il n’a pas hésité à dissimuler les noms rapportés dans le Testament ancien afin de parvenir à ce calcul.
Il ne fait aucun doute que les commentateurs peuvent inventer toutes sortes de prétextes pour justifier cette démarche de Matthieu. Mais comment peuvent-ils éviter cette vérité : en dissimulant les noms, Matthieu a anéanti précisément l’objectif essentiel qu’il voulait démontrer ?
Exposé et commentaires des spécialistes modernes
Le cardinal Daniélou a déclaré dans son ouvrage intitulé « Les Évangiles de l’enfance » (Éditions du Seuil, Paris) que la « construction numérique » de Matthieu revêt une importance symbolique particulière, car c’est précisément par cette proposition que la filiation de Jésus a été démontrée, et que Luc a également soutenu ce point. Selon lui, Matthieu et Luc sont en réalité des historiens : ils ont achevé une « recherche historique » et ont « recueilli cette généalogie dans les documents familiaux de Jésus ».
Il convient de préciser qu’aucune trace des documents familiaux de Jésus n’a jamais été retrouvée. L’auteur affirme avoir appris l’existence de ces documents dans l’Histoire ecclésiastique écrite par Eusèbe Pamphile. Pourtant, il y aurait beaucoup à dire sur les compétences et la fiabilité de Pamphile lui-même. En outre, pourquoi les documents familiaux de Jésus contiendraient-ils deux généalogies différentes ? Est-ce parce que deux prétendus « historiens » ont donné deux généalogies différentes qu’il a fallu découvrir dans ces documents deux généalogies distinctes ?
Le cardinal Daniélou s’en est pris avec véhémence à tous ceux qui ont critiqué son point de vue : « En interprétant les Évangiles, de nombreux spécialistes ont perdu leur chemin en raison de leur mentalité occidentale, de leur ignorance de la religion judéo-chrétienne et de leur absence de perspective sémitique. Ils ont projeté dans cette interprétation leurs propres points de vue, influencés par Platon, Descartes, Hegel et Heidegger. Il est donc facile de comprendre qu’ils aient mélangé toutes sortes d’éléments. » Pourtant, quel rapport les philosophes tels que Platon, Descartes, Hegel ou Heidegger pourraient-ils avoir avec l’adoption d’une attitude critique à l’égard de cette généalogie fictive ?
En cherchant le sens de la proposition 3×14 de Matthieu, l’auteur a formulé une proposition extravagante et l’a analysée. On peut citer ici ses propres paroles : « En réalité, il est question ici des dix semaines générales de la révélation juive. Il faut soustraire les trois premières semaines pour la période allant d’Adam à Abraham ; il restera alors sept semaines d’années ; les six premières de ces semaines seront six fois sept, ce qui correspond aux trois groupes de quatorze ; et la septième semaine restante a commencé à l’époque de Jésus, car avec Jésus a commencé le septième âge du monde. » Une telle interprétation est manifestement indigne de tout commentaire.
Les commentateurs de la Traduction œcuménique — Nouveau Testament ont eux aussi proposé une interprétation numérologique du même genre, tout aussi risible. Ils ont expliqué ainsi la proposition 3×14 de Matthieu :
(a) Le nombre 14 pourrait être la somme numérique des consonnes du nom hébreu David : D = 4 et V = 6 ; ainsi, 4 + 6 + 4 = 14.
(b) 3X14=16X7, et Jésus apparaît à la fin de la sixième semaine de l’histoire sacrée qui a commencé avec l’apparition d’Abraham.
Dans le cas de Luc, cet ouvrage donne 77 noms d’Adam à Jésus, et le chiffre 7 y est de nouveau introduit de la manière suivante : 77 est divisé par 7, soit 7X11=77. Il est évident que les 77 noms, à travers lesquels a été créée une différence numérique par l’ajout ou la soustraction de certains mots, sont entièrement artificiels et imaginaires. Il convient toutefois de remarquer que ce jeu de chiffres s’accorde assez bien avec la proposition.
Sur la base des deux généalogies de Jésus que l’on trouve dans les Évangiles, les commentateurs chrétiens ont déployé des trésors d’ingéniosité, à l’image de l’imagination de Matthieu et de Luc.
Contradictions et invraisemblances dans les récits
Dans chacun des quatre Évangiles figurent de nombreux récits d’événements qui se trouvent soit dans un seul Évangile, soit dans plusieurs, soit dans tous les Évangiles. Lorsqu’un tel événement n’est rapporté que dans un seul Évangile, de graves problèmes se posent. Il arrive qu’un événement extrêmement important ne soit relaté que dans un seul Évangile. On peut citer, à titre d’exemple, l’ascension de Jésus au ciel le jour de sa résurrection. Ailleurs, divers événements sont relatés de manières très différentes dans deux Évangiles ou davantage. Les chrétiens passent généralement outre à ces contradictions ; mais s’ils découvrent parfois une telle différence entre plusieurs Évangiles, ils en sont véritablement stupéfaits. La raison de leur étonnement est qu’on leur a longtemps assuré que les auteurs du Nouveau Testament avaient vu de leurs propres yeux chacun des événements qu’ils ont rapportés.
Quelques exemples de telles invraisemblances et contradictions ont déjà été mentionnés. Cependant, c’est dans les récits des dernières années de Jésus, et surtout dans les événements qui ont suivi ses souffrances, que l’on trouve le plus d’exemples de divergences et de contradictions.
Le récit des souffrances
Le père Roset lui-même a remarqué que l’événement de la Pâque (fête commémorant la libération des Juifs de l’esclavage en Égypte) est mentionné, dans les différents Évangiles, comme ayant eu lieu à des moments différents relativement au dernier repas de Jésus avec ses disciples. Jean dit que le dernier repas a eu lieu « avant la fête de la Pâque », tandis que les trois autres évangélistes disent que le repas a eu lieu pendant cette fête. Cette différence fait apparaître une invraisemblance manifeste : du fait de son rapport avec la fête de la Pâque, le repas lui-même devient impossible. Pour ceux qui connaissent l’importance de la Pâque dans l’histoire juive et celle du repas d’adieu de Jésus à ses disciples dans l’histoire chrétienne, comment est-il possible de croire que les évangélistes aient complètement oublié l’ordre de ces deux événements ?
De même, chacun des évangélistes a rapporté différemment le récit de la Passion (les souffrances et la crucifixion de Jésus). Le récit de Jean, en particulier, est entièrement différent de ceux des trois autres. En outre, le récit que Jean donne du dernier repas et de la Passion est très long : il fait presque le double de ceux de Marc et de Luc, et environ une fois et demie celui de Matthieu. Dans l’Évangile de Jean, quatre chapitres (14-17) sont consacrés à un long discours de Jésus à ses disciples. Dans ce discours, il dit qu’il leur adresse ses dernières recommandations et leur transmet ses dernières volontés religieuses. Mais ce discours n’a pas même la moindre trace dans les trois autres Évangiles. En revanche, Jean ne fait aucune mention du récit que Matthieu, Luc et Marc donnent de la prière de Jésus dans le jardin de Gethsémani.
Le récit de l’Eucharistie est absent de l’œuvre de Jean
En lisant le récit de la Passion dans l’œuvre de Jean, ce qui frappe le plus le lecteur, c’est qu’il n’y est absolument pas fait mention de l’Eucharistie (le fait de s’unir à Jésus en mangeant le pain consacré et en buvant le vin) célébrée par Jésus et ses disciples lors du dernier repas.
Il est probablement impossible de trouver un seul chrétien qui ne connaisse pas la représentation peinte de la Cène. On y voit Jésus assis à table avec ses disciples pour la dernière fois. Presque tous les artistes célèbres du monde ont peint cette scène, et l’on y voit Jean assis juste à côté de Jésus. Il est à noter que nous avons pris l’habitude de considérer ce même Jean comme l’auteur de l’Évangile connu sous ce nom.
Bien que cela puisse paraître étonnant à beaucoup, il est vrai que la plupart des spécialistes ne considèrent pas Jean comme l’auteur du quatrième Évangile. Et cet Évangile ne contient aucune mention de l’Eucharistie. Pourtant, cet événement au cours duquel le pain et le vin consacrés deviennent le corps et le sang de Jésus constitue une partie indispensable du culte chrétien. Les autres évangélistes y ont fait référence, chacun à sa manière ; mais Jean n’en dit rien. Dans les récits des quatre évangélistes, seuls deux éléments concordent : le reniement de Pierre et l’annonce de la trahison d’un apôtre (seuls Matthieu et Jean mentionnent le nom de Judas Iscariote). En revanche, c’est uniquement dans le récit de Jean que l’on trouve que Jésus a lavé les pieds de ses disciples avant ce repas.
Mais pourquoi l’Eucharistie n’est-elle pas mentionnée dans l’œuvre de Jean ? Si l’on réfléchit de manière impartiale, la première réponse qui vient à l’esprit est la suivante : si le récit des trois autres œuvres est vrai, il est possible que cette partie de l’œuvre de Jean ait disparu. Mais les commentateurs chrétiens ne sont pas parvenus à une telle conclusion. On peut examiner certaines de leurs opinions à ce sujet.
A. Tricot a écrit, dans son ouvrage intitulé Le Petit Dictionnaire du Testament, sous la rubrique « La Cène » : « Jésus a pris son dernier repas avec les douze disciples et c’est alors qu’il a institué le rite de l’Eucharistie. Les trois premiers Évangiles (Matthieu, Marc et Luc) en donnent le récit, et le quatrième Évangile (Jean) en fournit un exposé détaillé. » Mais, sous la rubrique « Eucharistie », il écrit : « Les trois premiers Évangiles donnent un récit succinct de l’institution de ce rite ; celui-ci constitue une partie importante de l’enseignement religieux du prophète. Dans le cadre du récit du discours de Jésus sur le “pain de vie”, Jean (6, 32-58) a ajouté beaucoup d’informations et de détails à ce récit succinct. » Or, chose étonnante, il ne mentionne nullement que Jean ne donne aucun récit de l’institution de l’Eucharistie. Les nombreuses informations et les détails dont il parle n’ont aucun rapport avec l’institution de l’Eucharistie, car Jean a essentiellement raconté l’épisode où Jésus lave les pieds de ses disciples. La référence faite par le commentateur Tricot au « pain de vie » concerne une affaire totalement distincte. Elle n’a aucun rapport avec la Cène. Après leur fuite d’Égypte sous la direction de Moïse, alors que les Juifs séjournaient dans une contrée déserte, Jésus s’est simplement référé dans son discours à la nourriture appelée manne qu’ils recevaient chaque jour de la part d’Allah ; et cette référence n’est rapportée que dans l’œuvre de Jean. En parlant du pain, Jésus a également fait incidemment référence à l’Eucharistie ; Jean rapporte aussi cette référence dans le paragraphe suivant, mais les trois autres œuvres n’en font aucune mention.
Ainsi, il apparaît que Jean n’a rien dit de ce que les trois autres ont rapporté ; et, inversement, ceux-ci n’ont rien dit de ce que Jean a rapporté (la prophétie attribuée à Jésus). Voilà qui est pour le moins étonnant !
Les commentateurs de la traduction œcuménique de la Bible du Nouveau Testament ont reconnu l’absence de récit concernant l’Eucharistie dans l’ouvrage de Jean. Ils disent : « Le grand public ne s’intéresse guère aux légendes ou aux coutumes de l’ancien Israël. C’est probablement pour cette raison qu’il n’a pas décrit l’institution de l’Eucharistie. » Comment peut-on accepter un tel argument ? Jean peut ne pas s’intéresser aux anciennes coutumes des Juifs, mais comment pourrait-il passer sous silence une cérémonie aussi importante de la nouvelle religion chrétienne ?
Les spécialistes chrétiens sont si embarrassés à ce sujet qu’ils cherchent à découvrir, dans l’œuvre de Jean, un épisode de la vie de Jésus où l’on pourrait trouver le récit ou l’allusion à un événement analogue à l’Eucharistie. On peut citer, par exemple, Oscar Cullmann. Dans son ouvrage intitulé « Le Nouveau Testament », il dit : « La transformation de l’eau en vin et le fait de nourrir cinq mille personnes avec cinq pains constituent une préfiguration de la Cène, c’est-à-dire de la cérémonie de l’Eucharistie. » On se souviendra que, lorsqu’il y eut une pénurie de vin lors d’une fête de mariage à Cana, Jésus transforma l’eau en vin. Dans son ouvrage (2, 1-12), Jean présente cet événement comme le premier miracle de Jésus ; parmi les quatre évangélistes, il est le seul à le mentionner. Les cinq pains d’orge se multiplièrent miraculeusement au point de suffire aisément à nourrir cinq mille personnes. En relatant ces deux événements, Jean n’a formulé aucune remarque particulière, et l’allusion à un événement analogue que les spécialistes modernes prétendent y avoir trouvée peut tout au plus être qualifiée d’extension démesurée de leur imagination. Cullmann a également avancé d’autres arguments du même genre. Il a dit que, dans le fait que Jésus guérisse un paralytique et un aveugle, « il y a une prophétie du baptême », et que, dans « l’eau et le sang qui sortirent d’un côté de son corps après la mort de Jésus, il y a la preuve que le baptême et l’Eucharistie sont enracinés dans un même lien ». Que peut-on encore dire de ce genre d’arguments ?
Le père Rosset, dans son ouvrage intitulé « Initiation à l’Évangile », a exposé ainsi un autre argument étrange d’Oscar Cullmann : « Certains théologiens, comme Oscar Cullmann, considèrent le lavement des pieds des disciples par Jésus, avant la Cène, comme le symbole de l’institution de l’Eucharistie. »
Lorsqu’on constate jusqu’à quel niveau les théologiens sont descendus et quels arguments ils ont avancés pour rendre facilement acceptable aux chrétiens ordinaires l’absence de toute mention de l’Eucharistie dans l’ouvrage de Jean, on ne peut qu’être véritablement stupéfait.
L’apparition de Jésus après sa mort
On a déjà mentionné, à titre d’exemple, la débauche d’imagination dont fait preuve le récit, dans l’ouvrage de Matthieu, d’un prétendu événement miraculeux survenu au moment de la mort de Jésus. Les quatre auteurs des Évangiles ont donné quatre récits différents, c’est-à-dire contradictoires, des événements qui suivirent la résurrection de Jésus après sa sortie du tombeau. Le père Rosset a cité, à la page 182 de son ouvrage « Initiation à l’Évangile », quelques exemples de ces récits contradictoires et même ridicules.
Il a dit : « Le nombre des femmes qui s’étaient rassemblées au tombeau est donné de trois façons différentes dans les trois premiers Évangiles. Dans l’Évangile de Jean, il n’est question que d’une seule femme, Marie-Madeleine. Mais il parle ensuite au pluriel : “Nous ne savons pas où on l’a mis au tombeau” — il semble donc qu’elle n’était pas seule. Dans l’ouvrage de Matthieu, un ange annonce aux femmes qu’elles verront Jésus en Galilée. Mais, peu après, Jésus leur apparaît à côté de son tombeau. Luc, ayant probablement deviné cette contradiction, modifie légèrement le récit dans son propre ouvrage. L’ange dit : “Souvenez-vous de ce qu’il vous disait lorsque vous étiez encore en Galilée…” En réalité, Luc parle de trois apparitions de Jésus. Jean en mentionne également trois : deux fois dans une chambre à l’étage, à Jérusalem, à une semaine d’intervalle, et une fois au bord du lac de Galilée. Matthieu ne parle que d’une seule apparition en Galilée. »
Le père Rosset a exclu de son examen le récit correspondant de Marc, car il pense que ce passage est « probablement l’œuvre de quelqu’un d’autre ».
Toutes ces informations prouvent que l’affirmation, rapportée dans la première lettre de Paul aux Corinthiens (15, 5-7), selon laquelle Jésus serait apparu à plus de cinq mille personnes, à Jacques, à tous les apôtres et à Paul lui-même, ne repose absolument sur aucun fondement.
Dans ces conditions, il est étonnant que le père Roguet, dans ce même ouvrage, ait vivement critiqué les descriptions pompeuses d’une imagination puérile que l’on trouve dans certains écrits au sujet de la résurrection de Jésus. Pourtant, cette remarque s’applique surtout à Matthieu et à Paul, car leurs affirmations sur ce sujet contredisent totalement celles des autres apôtres.
En outre, le récit que Luc donne dans les Actes des Apôtres au sujet de l’apparition de Jésus à Paul présente d’importantes divergences avec le propre récit de Paul sur cette question. Constatant cette situation, le père Kanengisser a affirmé avec insistance, dans son ouvrage Faith in the Resurrection, Resurrection of Faith (1974), que Paul était « le seul témoin direct de la résurrection de Jésus », qu’aucun autre auteur du Nouveau Testament ne pouvait revendiquer cet honneur et que, par ses écrits, sa parole nous était parvenue directement. Pourtant, il n’a jamais mentionné avoir rencontré personnellement Jésus ressuscité. Certes, il a abordé cette question à trois reprises, avec beaucoup de prudence, mais il n’en a jamais donné le moindre récit détaillé.
La contradiction entre les récits des Évangiles et celui de Paul, qui était pourtant un témoin direct mais n’a rien dit clairement, est donc manifestement flagrante et évidente.
Oscar Cullmann a lui aussi relevé, dans son ouvrage Le Nouveau Testament, une contradiction entre les récits de Luc et de Matthieu. Luc dit que Jésus apparut en Judée, tandis que Matthieu affirme que ce fut en Galilée.
À ce propos, on peut également relever une contradiction entre les récits de Jean et de Luc. Jean dit (21, 1-14) que Jésus, après être sorti du tombeau, apparut à des pêcheurs sur les rives de la mer de Tibériade ; ils réussirent alors à prendre tant de poissons qu’il leur était difficile de les transporter. Ce récit n’est en réalité rien d’autre que la répétition de celui d’une pêche miraculeuse au même endroit, que Luc rapporte (5, 1-11) comme un événement survenu du vivant de Jésus.
Commentant ces apparitions de Jésus, le père Roguet a déclaré dans son ouvrage, pour rassurer les lecteurs, que le caractère « incohérent, obscur et désordonné » des événements inspire plutôt la foi. Car toutes ces informations prouvent précisément qu’il n’y avait aucune collusion entre les évangélistes à ce sujet ; sinon, ils auraient certainement donné ensemble un seul et même récit. Mais était-il réellement possible qu’ils se soient concertés ? Cet argument est vraiment étrange. En réalité, ils ont peut-être simplement consigné les légendes en usage dans leurs propres communautés, et toutes ces légendes comportaient, à leur insu, une part d’imagination. L’ampleur des contradictions et des invraisemblances dans le récit des événements ne laisse d’autre choix que d’aboutir à cette conclusion.
L’ascension de Jésus
Il existe encore des contradictions, jusque dans la toute dernière partie du récit. En effet, ni Jean ni Matthieu n’ont mentionné l’ascension de Jésus au ciel ; seuls Marc et Luc l’ont mentionnée.
Marc dit (16, 19) que Jésus « fut élevé au ciel et s’assit à la droite de Dieu », mais il ne précise pas combien de temps après l’événement de la sortie de Jésus du tombeau l’ascension eut lieu. Il est à noter que cette phrase figure dans le dernier paragraphe de la Bible de Marc. Le père Rosette estime que ce passage est « apocryphe », mais, selon l’Église, il est parfaitement authentique.
Vient ensuite le récit de Luc. Luc est le seul à avoir donné un récit cohérent de l’ascension (24, 51). Il dit : « Il se sépara d’eux et fut emporté au ciel. » Par « eux », il faut entendre ici les onze apôtres, puisque Judas, le douzième apôtre, était déjà mort. L’ascension est mentionnée après le récit de la sortie du tombeau et des apparitions aux apôtres ; il semble donc que la sortie du tombeau et l’ascension au ciel aient eu lieu le même jour. Dans les Actes des Apôtres, Luc (que tous considèrent comme l’auteur) a décrit ainsi l’apparition de Jésus aux apôtres entre la Passion et l’ascension : « Après avoir souffert, il se présenta à eux vivant, ce qui fut établi par de nombreuses preuves. Il leur apparut ainsi pendant quarante jours et leur parla du royaume de Dieu » (chapitre 1, 3).
C’est sur la base de ce récit que la fête de l’Ascension est célébrée quarante jours après Pâques, la fête de la résurrection de Jésus d’entre les morts. Il apparaît donc que la date de cette fête est en contradiction directe avec le récit de l’Évangile de Luc. Aucun autre Évangile n’a justifié cette date d’une autre manière.
Tout chrétien conscient de cette incohérence en éprouve de la gêne. L’ouvrage intitulé « Traduction œcuménique » a certes abordé cette question, mais n’a fourni aucune explication. Il s’est contenté de dire que ces quarante jours pouvaient peut-être avoir un rapport avec la mission de Jésus.
Cependant, les commentateurs qui veulent tout expliquer et concilier toutes les incohérences ont donné à ce sujet des explications pour le moins étranges.
On trouve une explication étrange de ce genre dans l’ouvrage « La Synopsis des quatre Évangiles », édité en 1972 par l’École biblique de Jérusalem (tome II, p. 451). En critiquant le terme « ascension », on y lit : « En réalité, aucune ascension au sens corporel n’a eu lieu, car Dieu ne se trouve ni en bas ni en haut. » Il est très difficile de comprendre le sens de cette remarque. En effet, si Luc n’a pas voulu dire une montée vers les hauteurs célestes, qu’a-t-il donc voulu dire ? Ailleurs dans cet ouvrage, on lit : « Le récit des Actes des Apôtres selon lequel l’ascension a eu lieu quarante jours après la résurrection constitue un procédé littéraire ; ce procédé a été employé pour faire comprendre avec insistance que la présence de Jésus dans le monde avait pris fin. Dans l’Évangile de Luc, il est toutefois indiqué que l’ascension a eu lieu le soir du dimanche de Pâques. En effet, dans le récit des différents événements qui suivirent la découverte du tombeau vide, le matin du jour de la résurrection, Luc n’a ménagé aucun intervalle entre les deux événements. Il s’agit nécessairement d’un procédé littéraire. Ce procédé a été employé afin de laisser s’écouler un certain temps entre la résurrection de Jésus et ses apparitions aux disciples. »
La signification réelle de cette explication n’est manifestement pas claire. Il n’est toutefois probablement pas très difficile de comprendre que le commentateur a tissé tout un réseau de paroles pour tenter de se sortir lui-même d’une situation embarrassante et inconfortable. Dans l’explication qu’il a donnée à ce sujet dans son ouvrage, la propre difficulté du père Rosette apparaît encore plus nettement. Il a parlé de l’ascension non pas une fois, mais deux fois : du point de vue de Jésus, la résurrection et l’ascension constituent certes deux parties d’un même événement, mais, du point de vue des disciples, l’ascension n’a pas eu lieu avant que ne prennent fin ses apparitions auprès d’eux. Ce n’est qu’après les avoir incités à commencer l’œuvre de l’Église qu’il acheva ses apparitions auprès d’eux et monta au ciel.
Mettant en garde les lecteurs incapables de saisir le sens ou la portée de ce raisonnement profond (qui n’a aucun fondement scripturaire), le père Rosette a déclaré : « Comme dans bien d’autres cas, si l’on néglige ici la portée religieuse et que l’on prenne le récit biblique au sens littéral, le problème semblera insoluble. Il ne s’agit pas ici de représenter un événement réel au moyen de symboles incohérents. Ce qui s’est produit, c’est que les auteurs religieux ont révélé le mystère par l’intermédiaire de sujets et d’objets du même genre que ceux que nous sommes capables de comprendre avec les sentiments et l’intelligence de notre vie terrestre ; il est donc nécessaire de toujours garder à l’esprit leur objectif religieux et spirituel. »
En réalité, pour expliquer des choses qui ne peuvent l’être, les commentateurs déploient ce genre de réseau de phrases dépourvues de sens. Bien entendu, lorsqu’il s’agit de soutenir quelque chose qui ne peut être défendu, ils n’ont pas d’autre moyen.
Le dernier entretien de Jésus et le Paraclet dans l’Évangile de Jean
Jean est le seul à avoir mentionné le dernier entretien de Jésus avec ses disciples. L’événement a eu lieu après le dernier repas et avant l’arrestation de Jésus. Il s’est achevé par un long discours de Jésus. Le récit de cet événement et de ce discours s’étend sur quatre chapitres de l’Évangile de Jean (14-17). Aucun autre Évangile n’en fait la moindre mention. Les sujets exposés dans ces quatre chapitres revêtent une grande importance et une grande portée pour la conduite future et la vision du monde des chrétiens. L’événement est relaté dans une atmosphère solennelle et sacrée, propre aux adieux d’un maître hautement vénéré à ses disciples.
Pourtant, cette scène d’adieu émouvante, qui témoigne de la spiritualité de Jésus, est totalement absente des livres de Matthieu, de Marc et de Luc. Quelle pourrait être l’explication possible de cette absence ? On peut se demander si ce récit figurait à l’origine dans ces trois premiers Évangiles. A-t-il ensuite été supprimé ? Pourquoi ? Il n’existe aucune réponse à ces questions. On ne trouve de réponse nulle part. La question demeure véritablement mystérieuse et incompréhensible.
Les principaux sujets de cet événement, exposés dans le discours de Jésus, sont l’état futur de l’humanité décrit par Jésus, son vif désir de s’adresser à l’assemblée des disciples, la présentation de la vérité à l’ensemble de l’humanité par leur intermédiaire, ainsi que la révélation de l’identité du guide que les hommes devraient impérativement suivre après leur départ du monde, et l’énoncé clair de ses propres instructions et recommandations à ce sujet. Dans l’Évangile de Jean, ce guide est appelé en grec « Parakletos » ; en anglais, on l’appelle « Paraclet ». Les passages correspondants de cet Évangile sont les suivants :
« Si vous m’aimez, vous observerez tous mes commandements. Et moi, je prierai le Père, et il vous donnera un autre aide (Paraclet). » (14, 15-16) Mais que signifie le mot « Paraclet » ? Dans le texte actuellement en usage de l’Évangile de Jean, le terme est expliqué de la manière suivante :
« Mais cet aide, l’Esprit saint, que le Père enverra en mon nom, vous enseignera toutes choses et vous rappellera tout ce que je vous ai dit. » (14-26)
« Il témoignera à mon sujet. » (15-26)
« Lorsque l’Esprit de vérité viendra, il vous guidera et vous conduira dans toute la vérité ; car il ne parlera pas de son propre chef ; mais tout ce qu’il entendra, il le dira, et il vous annoncera aussi les événements à venir. Il me glorifiera. » (16, 13-14)
Les quatre chapitres de Jean (14-17) n’ont pas été cités intégralement ici. Toutefois, dans ce qui a été cité, l’idée principale est exprimée correctement.
Il convient de remarquer que, dans le texte, « Paraclet » et « Saint-Esprit » sont employés dans le même sens. Cela n’est pas facile à voir, notamment parce que ce sont généralement les sous-titres du texte qui sont utilisés dans les traductions et que les commentateurs s’efforcent de reprendre dans leurs ouvrages les conceptions anciennes. Toutefois, si quelqu’un éprouve le moindre doute en cherchant à en comprendre le sens, il peut consulter l’explication de n’importe quel autre spécialiste. A. Tricot explique ainsi le mot « Paraclet » dans son ouvrage Little Dictionary of the New Testament :
« Ce mot est traduit du grec et Jean est le seul à avoir employé ce nom ou ce titre dans le Nouveau Testament. Dans le récit du discours de Jésus après la dernière Cène, il l’a employé quatre fois (14, 16 et 26 ; 15, 26 et 16, 7). Il l’a employé une autre fois dans sa première épître (2, 1). Dans l’Évangile, le mot est appliqué au Saint-Esprit, et dans l’épître, à Jésus. Le mot Paraclet était courant parmi les Juifs grecs au premier siècle après la naissance du Christ. Il signifie avocat, défenseur, intercesseur, médiateur. Jésus a prophétisé que le Père et le Fils enverraient l’Esprit. Cet Esprit assumera le rôle d’avocat que le Fils avait exercé, durant sa vie mortelle, au bénéfice de ses disciples. Il intercédera à la place de Jésus en tant que Paraclet ou puissant médiateur. »
Selon ce commentateur, il apparaît donc qu’après le départ de Jésus de ce monde, ce Saint-Esprit sera le dernier guide de l’humanité. Cette opinion concorde-t-elle avec le texte de Jean ? Il est nécessaire de poser cette question, car la cause produit un effet. Si l’on juge sur la base de cet argument, on constate que les paroles suivantes ne conviennent pas exactement au sujet du Saint-Esprit : « Il ne parlera pas de son propre chef, mais tout ce qu’il entendra, il le dira, et il vous annoncera les événements à venir. » Il est inconcevable que le Saint-Esprit ait la capacité de parler et d’entendre. Cette question devrait être soulevée dans l’intérêt de la logique et de la cohérence, mais, à ma connaissance, aucun commentateur ne l’a soulevée ni examinée.
Pour acquérir une idée juste à ce sujet, il est nécessaire d’examiner le texte grec original. Car tous reconnaissent que Jean a écrit en grec, et non dans une autre langue. J’ai lu la Bible grecque intitulée Novum Testamentum Graece (Nestle et Aland, United Bible Societies, Londres, 1971).
Pour critiquer le texte, il faut commencer par rechercher les variantes. Parmi tous les manuscrits connus de l’Évangile de Jean, on ne trouve une variante susceptible de modifier le sens de la phrase qu’au paragraphe 14, 26 de la célèbre version palimpseste écrite en syriaque. (Ce manuscrit a été écrit au IVe ou au Ve siècle et découvert en 1812 au mont Sinaï par Agnes S. Lewis. Un autre texte avait été écrit par-dessus le premier, et c’est après avoir effacé ce second texte que l’original fut retrouvé. C’est pourquoi le manuscrit a été appelé palimpseste.) Ici, il n’est pas dit « Saint-Esprit », mais simplement « Esprit ». Le copiste a-t-il omis le mot « saint » par erreur, ou ne l’a-t-il pas écrit intentionnellement, ayant remarqué le caractère ridicule de l’idée que le Saint-Esprit puisse parler et entendre ? Ce manuscrit présente encore quelques autres variantes, mais elles sont essentiellement grammaticales et n’entraînent aucune modification du sens ; il n’est donc pas nécessaire de les examiner davantage. Ce qui est important ici, c’est que le sens donné aux verbes « parler » et « entendre » dans ce passage est exactement celui qu’on leur donne aussi dans tous les autres manuscrits de l’Évangile de Jean.
Le verbe « entendre » est la traduction du verbe grec « akouō », qui signifie « percevoir un son » ; c’est de ce mot que vient le terme « acoustique » (science des sons).
Le verbe « parler » est la traduction du verbe grec « laleō » ; au sens général, il signifie émettre un son, et au sens particulier, parler. Ce mot est employé fréquemment dans le texte grec des Évangiles et chaque fois que Jésus a fait une déclaration importante au cours de sa prédication. Il apparaît donc que ce terme particulier n’est pas employé lorsqu’on parle sous l’inspiration de l’Esprit Saint, mais plutôt dans le cas ordinaire de la parole humaine naturelle. En grec, ce mot s’emploie pour l’émission d’un son dans un sens purement occasionnel.
Ainsi, les deux verbes « akouō » et « laleō » ne peuvent être employés que pour les êtres vivants qui possèdent les organes permettant de parler et d’entendre. Ils ne peuvent absolument pas s’appliquer à l’Esprit Saint.
C’est pourquoi le passage du manuscrit grec de l’Évangile de Jean où figurent les deux mots « Esprit Saint » (14, 26) est totalement incompréhensible : « mais cet auxiliaire » ne peut absolument pas s’appliquer à l’Esprit Saint.
Si l’on retire les deux mots « Esprit Saint », le sens de l’ensemble du texte devient clair et compréhensible. Jean a d’ailleurs exprimé une idée aussi claire dans sa première épître, où il entend par Paraclet Jésus, et où ce Paraclet est l’intercesseur auprès de Dieu (dans de nombreuses traductions et de nombreux commentaires des Évangiles, notamment les traductions et commentaires anciens, le mot Paraclet a été traduit par « consolateur » ; mais cette traduction est totalement erronée). Selon Jean, Jésus dit (14, 16) : « Et moi, je prierai le Père, et il vous donnera un autre Paraclet », c’est-à-dire qu’il affirme que, de même que lui-même avait été, durant sa vie terrestre, l’intercesseur des hommes auprès de Dieu, de même « un autre » intercesseur sera envoyé.
Ainsi, à la lumière de la raison et de la cohérence, il apparaît que le Paraclet décrit par Jean est un homme tout comme Jésus, et qu’il possède la capacité de parler et d’entendre. La prophétie de Jésus signifie donc que Dieu enverra plus tard un autre homme dans le monde, et que celui-ci remplira le rôle décrit par Jean ; autrement dit, si l’on donne aux termes employés pour désigner un prophète leur sens exact, telle est l’interprétation raisonnable de sa déclaration.
Les deux mots « Esprit Saint » que l’on trouve dans le texte actuel ont probablement été ajoutés délibérément par la suite. Cette disposition aurait été prise dans le but de modifier le sens originel, qui annonçait la venue d’un autre prophète après Jésus. En effet, lorsque l’Église chrétienne fut constituée, l’un de ses enseignements était que Jésus était le dernier prophète et qu’aucun prophète ne viendrait après lui.
Conclusion
Les quatre Évangiles sont historiquement exacts, originels et authentiques, et ce que Jésus a fait ainsi que l’enseignement qu’il a dispensé nous ont été fidèlement transmis par leur intermédiaire. Cette conception traditionaliste des chrétiens a également été soutenue par le plus récent concile du Vatican. Pourtant, les informations consignées dans cet ouvrage et les opinions citées de théologiens chrétiens éminents réfutent directement cette prétention à l’exactitude et à l’authenticité.
Plusieurs sortes d’arguments peuvent être avancées à ce sujet.
Les récits de plusieurs Évangiles sur un même sujet se contredisent, et deux récits contradictoires ne peuvent être crédibles. En outre, de nombreux chrétiens ne remarquent pas les affirmations ou les invraisemblances et incohérences qui contredisent les faits réels établis par les connaissances modernes. Lorsqu’ils les rencontrent par hasard, ils s’en étonnent, car leur esprit a été préalablement influencé par les interprétations imaginaires, mystérieuses et poétiques des prêtres et des commentateurs. Plusieurs exemples des réseaux de phrases inutiles que les commentateurs tissent pour expliquer certains sujets qualifiés d’« embarrassants » ont déjà été mentionnés. De plus, les Évangiles contiennent certains passages reconnus comme apocryphes, mais que l’Église proclame authentiques.
Selon le père Kannengiesser, la critique moderne des textes a fait apparaître des informations « révolutionnaires pour la méthode de présentation religieuse de la Bible » ; il n’est donc plus nécessaire de prendre au sens littéral les informations et les événements concernant Jésus rapportés dans les Évangiles, car ces récits ont été composés en fonction de circonstances particulières ; autrement dit, ce sont des « écrits de circonstance ». Les recherches modernes ont permis de connaître en détail l’histoire du judéo-christianisme ainsi que les haines et les hostilités entre les différentes communautés. Les récits des événements composés sur cet arrière-plan sont donc extrêmement gênants pour le lecteur moderne. Bien que de nombreux chrétiens pensent encore que les évangélistes, auteurs des Évangiles, aient été témoins oculaires des événements qu’ils relatent, cette idée s’est désormais révélée totalement infondée. Les recherches menées à l’École biblique de Jérusalem par les pères Benoit et Boismard ont clairement démontré que les Évangiles ont été écrits, remaniés et corrigés à plusieurs reprises. De plus, les deux pères ont averti les lecteurs de ne pas espérer trouver dans les Évangiles une quelconque parole de Jésus de manière exacte ou directe.
Il est toutefois impossible de nier que les Évangiles possèdent un caractère historique. À travers les récits concernant Jésus, ces ouvrages nous permettent de connaître l’identité et le caractère de leurs auteurs ; nous pouvons apprendre qu’ils étaient les porte-parole des traditions et des légendes de leurs propres communautés chrétiennes primitives, et surtout connaître les conflits et les oppositions entre Paul et les communautés judéo-chrétiennes. L’ouvrage du cardinal Daniélou constitue une source fiable sur toutes ces questions.
Pourquoi s’étonner que certains évangélistes aient déformé certains événements de la vie de Jésus pour soutenir leur propre doctrine ? Pourquoi s’étonner qu’ils aient omis certains événements ? Et pourquoi s’étonner que certains des événements rapportés soient entièrement imaginaires ?
Toutes ces questions font naître en nous un intérêt naturel pour comparer les Évangiles à la poésie narrative du Moyen Âge. La comparaison avec le poème intitulé « La Chanson de Roland » serait sans doute la plus pertinente. Ce poème relate à la lumière de l’imagination un événement réel, et il est le plus célèbre des poèmes de ce genre. Voici l’événement : alors que Roland commandait l’arrière-garde du roi Charlemagne, il fut soudain attaqué par l’ennemi dans un défilé montagneux. Selon les historiens, l’événement eut lieu le 15 août 778 (Éginhard) et ne revêtait pas une grande importance. Mais le récit poétique a élevé ce modeste événement au rang d’un épisode glorieux de la guerre sainte et du plus haut degré de perfection de la stratégie militaire. Le poème fait certes largement appel à l’imagination, mais cela n’a pas rendu l’événement réel mensonger. Car il est vrai que Charlemagne dut livrer de nombreuses guerres pour défendre son pays contre les attaques ennemies, et que l’événement concernant Roland en constituait un épisode.
On peut dire la même chose des Évangiles. L’imagination de Matthieu, les contradictions entre les différents Évangiles, les invraisemblances, les discordances avec les données scientifiques modernes, les déformations répétées du texte, et autres éléments prouvent que la Bible contient de nombreux passages et chapitres dont l’unique fondement est l’imagination humaine. Cela ne rend pourtant pas mensongère la mission de Jésus. Il n’existe absolument aucun doute concernant la mission de Jésus. Le doute porte sur sa forme et sur son déroulement.
Le Coran et la science moderne
Introduction
La relation entre le Coran et la science est étonnante dans la logique qui va de la cause à l’effet, surtout lorsqu’on constate qu’il s’agit d’une relation de concordance et non de contradiction. De nos jours, beaucoup pensent que la confrontation entre les livres religieux et les conceptions séculières de la science constitue un véritable labyrinthe. À quelques exceptions près, la plupart des scientifiques de notre époque sont enfermés dans les limites du matérialisme. Ils ne voient dans la religion rien d’autre qu’une légende et, à l’égard des questions religieuses, ils restent soit indifférents, soit nourrissent une hostilité ouverte. De plus, en Occident, lorsqu’on discute de religion et de science, on ne mentionne que le judaïsme et le christianisme ; personne ne songe jamais à l’islam. En réalité, des idées si largement erronées sur l’islam ont été diffusées à partir d’informations fausses qu’il est véritablement difficile d’y acquérir une connaissance exacte de l’islam authentique.
Avant d’entreprendre une quelconque étude comparative de l’islam et de la science, il est particulièrement nécessaire de donner une brève présentation de l’islam. En effet, cette religion est très peu connue en Occident.
En Occident, on formule à propos de l’islam diverses affirmations et remarques erronées, tantôt par ignorance, tantôt dans le but de le discréditer. Parmi ces affirmations, celles qui portent sur les faits sont les plus graves ; car une erreur de conception peut peut-être être pardonnée, mais présenter des informations fabriquées à la place des faits réels devient impardonnable. De nombreux érudits occidentaux ont inclus dans leurs ouvrages des mensonges si manifestes qu’on ne peut les lire sans en être profondément révolté. J’en citerai un exemple, tiré du sixième volume de l’« Encyclopædia Universalis ». Dans l’article intitulé « Évangile », l’auteur, comparant la Bible au Coran, déclare : « Dans le cas de la Bible, les évangélistes n’ont pas prétendu, comme cela a été fait dans le cas du Coran, qu’ils ne faisaient que transmettre l’autobiographie que Dieu aurait miraculeusement dictée au Prophète. » Or le Coran n’est pas une autobiographie. Si l’auteur avait seulement consulté la plus médiocre des traductions du Coran, il aurait compris que le Coran est en réalité un livre d’enseignement, un livre de guidance. Mais il ne l’a pas fait et a proféré ce mensonge sans savoir ni s’informer. Pourtant, il est un éminent professeur de la faculté jésuite de théologie de Lyon. C’est ce genre de fausses affirmations qui a engendré des idées erronées sur le Coran et l’islam.
Entre-temps, un nouvel espoir est toutefois apparu. En effet, les différentes religions ne sont plus aussi repliées sur elles-mêmes qu’autrefois. Elles s’efforcent de parvenir à une entente mutuelle. Nous serons tous, je l’espère, heureux d’apprendre que les catholiques romains cherchent à établir des contacts avec les musulmans au plus haut niveau de leurs institutions religieuses. Ils s’efforcent également de dissiper l’ignorance au sujet de l’islam et de corriger les idées erronées au sein de leur propre communauté.
J’ai mentionné dans l’introduction de cet ouvrage le profond changement intervenu au cours des dernières années, ainsi qu’une brochure publiée par le Bureau du Vatican pour les affaires non chrétiennes, intitulée « Orientations pour un dialogue entre chrétiens et musulmans ». Cette brochure est un document extrêmement important, puisqu’elle expose une nouvelle approche de l’islam. La troisième édition de cette brochure, publiée en 1970, appelait à « corriger notre attitude envers l’islam et à examiner objectivement nos préjugés ». On y lit : « Nous devons, dans un premier temps, nous engager à modifier progressivement le regard que portent nos frères chrétiens. Cette première étape est la plus importante. Il faut faire disparaître l’image ancienne, déformée par la haine et la condamnation, que nous avons reçue en héritage du passé ; et nous devons reconnaître l’injustice que nous avons commise autrefois envers les musulmans. Il faut également reconnaître que l’Occident, formé par l’enseignement chrétien, est responsable de cette injustice. »
À cet égard, on peut rappeler qu’il fut un temps où les dirigeants du plus haut niveau de l’Église catholique accordaient volontiers leur soutien à toute opposition ou hostilité envers l’islam, quelle qu’en fût la forme, même lorsqu’elle venait des ennemis déclarés et connus de l’Église. On peut citer, à titre d’exemple, le pape Benoît XIV, connu comme le plus éminent prélat du XVIIIe siècle. Lorsque Voltaire lui dédia son ouvrage intitulé « Mahomet ou le fanatisme » (en français, « Mahomet ou le fanatisme », 1941), le pape lui envoya sans hésitation sa bénédiction, alors que cette œuvre était une tragédie d’une très médiocre qualité, pleine de railleries et de sarcasmes, qu’aurait pu composer sur n’importe quel sujet tout individu habile, capable de tenir une plume et mû par de mauvaises intentions. La pièce ne connut guère de succès sur scène ; néanmoins, les spectateurs chrétiens l’applaudirent avec enthousiasme et, pour cette seule raison, elle finit par être incluse dans les recueils de tragédies françaises.
Cet ouvrage du Vatican compte au total 150 pages ; il y réfute les anciennes doctrines chrétiennes sur l’islam et expose la vérité authentique.
Sous le titre « L’effort pour nous libérer de nos pires haines et préjugés », les auteurs ont déclaré à l’adresse des chrétiens : « Dans ce domaine également, nous devons nous soumettre afin de purifier entièrement notre point de vue. En particulier, nous devons examiner les “conclusions préconçues” qui sont souvent adoptées, avec une extrême légèreté, au sujet de l’islam. Nous devons veiller à ne nourrir, jusque dans le tréfonds de notre cœur, aucune conception de cette nature ; les musulmans sincères considèrent nos conceptions de ce genre comme trompeuses. »
Un exemple de ce genre de conception est que les chrétiens emploient toujours le mot « Allah » pour désigner le « Dieu » des musulmans, comme s’ils voulaient dire que le Dieu auquel croient les musulmans est une entité entièrement différente du Dieu des chrétiens. En arabe, le mot Allah signifie la divinité, l’Être céleste. Le sens de ce mot arabe peut être exprimé par le seul mot « Dieu », c’est-à-dire le Dieu unique et sans pareil. Celui que les musulmans appellent Allah n’est autre que le Dieu de Moïse et de Jésus.
Dans le document préparé par l’Office du Vatican pour les affaires non chrétiennes, ce point fondamental est souligné en ces termes : « Il est totalement déraisonnable de soutenir qu’Allah n’est pas réellement Dieu. Pourtant, certains milieux occidentaux le pensent. Les documents des conciles chrétiens ont réfuté cette conception erronée et en ont exposé la véritable signification au moment approprié. On peut citer une opinion de Lumen Gentium — nom d’un document élaboré lors du deuxième concile du Vatican (1962-1965) — comme le meilleur exemple et la meilleure explication de la croyance des musulmans en Dieu. Cette opinion dit : “Les musulmans professent la foi d’Abraham et adorent avec nous ce Dieu unique et miséricordieux, qui est le seul juge du Jour dernier.” »
Il est donc facile de comprendre pourquoi les musulmans protestent contre l’emploi du mot « Allah » au lieu de « Dieu » dans les différentes langues européennes. C’est pour la même raison que des savants musulmans ont loué D. Masson pour avoir employé le mot Dieu au lieu du mot « Allah » dans sa traduction française du Coran.
Ce document du Vatican affirme : « Les chrétiens arabophones ne disposent que d’un seul mot pour désigner Dieu, et c’est Allah. »
Musulmans et chrétiens adorent un seul et même Dieu.
Ce document examine ensuite de manière objective les autres conceptions erronées relatives à l’islam.
Une conception erronée selon laquelle l’islam serait fataliste est largement répandue. Le document réfute cette conception et, en citant le Coran, montre que l’être humain possède une responsabilité personnelle et qu’il sera jugé en fonction de ses actes. Il réfute également l’idée répandue selon laquelle les principes islamiques autoriseraient à contraindre quelqu’un à embrasser l’islam par la force, et affirme que croire à un tel principe est lui-même contraire à l’islam. À ce propos, les deux versets suivants du Coran sont cités, et il est précisé qu’il existe en Occident beaucoup de confusion au sujet de ces deux versets :
« Il n’y a aucune contrainte en religion » — sourate Al-Baqara, verset 256.
« (Allah) ne vous a imposé aucune rigueur en matière de religion. » — sourate Al-Hajj, verset 78.
Réfutant l’idée selon laquelle l’islam serait une religion de la peur, le document affirme que l’islam est en réalité une religion d’amour. Aimer son prochain sur la base de la foi en Allah est l’enseignement de l’islam. Au sujet de l’idée des juifs et des chrétiens selon laquelle l’islam serait dépourvu de morale et fondé sur le fanatisme religieux, le document du Vatican affirme que cette idée est totalement dépourvue de fondement et fausse : « Lorsque le christianisme a acquis une importance politique dans l’histoire, il n’a jamais été plus dogmatique que ne l’était l’islam. » À ce propos, il est montré, en citant le Coran, qu’en Occident le mot « djihad » est mal traduit : « En arabe, l’expression est al-jihad fi sabilillah, c’est-à-dire l’effort accompli dans la voie d’Allah. Cet effort vise à propager l’islam et à le défendre contre ceux qui l’attaquent. Ce djihad n’est pas le « herem » de la Bible ; il n’est pas mené dans un but de destruction, mais pour établir, dans de nouveaux pays, les droits d’Allah et ceux des êtres humains. Il est vrai que la force et l’effusion de sang ont été employées dans le passé lors du djihad, mais cela ne s’est pas produit à cause du djihad : c’était conforme aux règles générales de la guerre. En outre, durant les croisades, les musulmans n’ont pas été les seuls à commettre d’odieux massacres. »
Il convient de signaler que les traducteurs du Coran, y compris ceux qui sont célèbres dans ce domaine, ont inséré dans leurs traductions, sans renoncer à leurs habitudes et à leurs tendances profanes, bien des éléments qui ne figurent pas dans le texte arabe original. Même sans modifier le texte original, on peut souvent lui donner un titre tel que le sens général du passage s’en trouve modifié. On peut citer, à titre d’exemple, la célèbre traduction de R. Blachère (éditeurs Maisonneuve et Larose, Paris, 1966). À la page 115, il a ajouté un titre (« Le devoir de la guerre sainte ») qui ne figure pas dans le Coran. Sous ce titre, il a placé en tête un paragraphe qui appelle certes à prendre les armes, mais le caractère suggéré par le titre ne se trouve nulle part dans le passage. Ainsi, celui qui ne lira que cette traduction sans consulter l’arabe original ne pourra peut-être pas être sévèrement blâmé s’il en conclut que les musulmans sont toujours obligés de mener une guerre sainte.
Le document du Vatican apporte également une autre réfutation importante. En Occident, on considère généralement que l’islam est une religion qui maintient toujours les musulmans enfermés dans les limites du Moyen Âge et les rend incapables de suivre les progrès de l’ère scientifique moderne. En comparant cette situation à celle des pays chrétiens, le document affirme : « Dans l’expansion traditionnelle de la pensée musulmane, nous voyons pourtant l’évolution d’une société progressiste. »
Je suis certain que le soutien du Vatican à l’islam étonnera beaucoup de croyants, qu’ils soient musulmans, juifs ou chrétiens. Car on n’avait jamais vu auparavant au Vatican une telle attitude, témoignant de loyauté et d’ouverture d’esprit. L’attitude passée avait toujours été hostile et empreinte d’hostilité. Cependant, très peu de gens en Occident sont informés de cette nouvelle approche des plus hautes autorités de l’Église catholique.
Ceux qui en étaient informés n’ont toutefois pas été le moins du monde surpris par les étapes suivantes. Ainsi, le président de l’Office for Non-Christian Affairs du Vatican se rendit officiellement en Arabie saoudite, où il rencontra le roi Fayçal ; ensuite, une délégation d’oulémas saoudiens se rendit au Vatican, et le pape Paul VI en personne leur offrit officiellement une réception. Ces deux événements eurent lieu en 1967. Si l’on garde à l’esprit ce contexte, il devient facile de comprendre la portée spirituelle d’un autre événement important. L’évêque de Strasbourg, Mgr Elchinger, reçut les oulémas dans sa cathédrale et les invita à y accomplir leur prière. Les oulémas acceptèrent cette invitation et, en leur honneur, l’autel de prière de l’église fut placé devant eux, orienté vers la Kaaba, dans la direction de la qibla. Ainsi, les représentants des plus hauts niveaux des mondes musulman et chrétien ont accepté d’engager un dialogue. Car ils croient au même Allah, l’Unique, et respectent leurs divergences mutuelles. Dans ces circonstances, il est naturel de comparer les révélations des deux parties sur toutes les autres questions, l’une avec l’autre. Une tâche pertinente de cette comparaison consiste à vérifier, à la lumière des données et des connaissances scientifiques modernes, la véracité des récits contenus dans les livres des deux parties, c’est-à-dire le Coran et la Bible.
Les relations entre la religion et la science ont changé selon les pays et les époques. Cependant, aucun principe d’une religion monothéiste ne s’est jamais opposé à la science. Il est toutefois vrai que certaines autorités religieuses ont souvent mis les scientifiques en difficulté. Dans le monde chrétien, pendant de nombreux siècles, les autorités religieuses se sont opposées au progrès scientifique par la seule force, sans tenir compte du message véritable de la Révélation. Nous sommes également informés des sévères mesures punitives qui furent prises contre les scientifiques. Il n’est plus ignoré de personne que ceux qui refusaient de changer de point de vue, d’interrompre leurs recherches et de demander pardon étaient brûlés vifs, et que, par crainte de ce sort, de nombreux scientifiques fuyaient pour se réfugier dans un exil clandestin. On peut citer à cet égard le cas de Galilée. Pour avoir accepté comme vraie la découverte de Copernic concernant la rotation de la Terre, les autorités de l’Église lui infligèrent une lourde peine. Elles avaient manifestement pris cette mesure sur la base d’une interprétation erronée de la Bible, car elles ne purent utiliser directement contre Galilée aucun verset biblique.
(Note du traducteur bengali — Les autorités catholiques romaines du Vatican ont récemment réhabilité Galilée, après 350 ans, en déclarant : « Le tribunal qui avait condamné Galilée s’était trompé. » Le scientifique italien Galilée fut condamné par l’Église catholique romaine en 1633, à l’âge de 69 ans, pour avoir soutenu par écrit et avec insistance l’opinion de Copernic selon laquelle le Soleil ne tourne pas autour de la Terre, mais que la Terre tourne autour du Soleil. Il purgea ensuite une peine de neuf ans d’assignation à résidence. En 1980, le pape Jean-Paul II constitua une commission composée de scientifiques, d’historiens et de théologiens afin de réexaminer les témoignages et les preuves de ce procès. Sur la base des recommandations de la commission, le verdict officiel de réhabilitation a récemment été publié [hebdomadaire Time, 12 mars 1984].
La conception de l’islam à l’égard des scientifiques est cependant tout à fait différente. Un hadith donne à ce sujet une instruction claire : « Va jusqu’en Chine pour acquérir le savoir. » Un autre hadith affirme que rechercher le savoir est un devoir absolu pour tout homme et toute femme.
Nous verrons un peu plus loin dans cette discussion que le Coran lui-même appelle à l’étude de la science. En outre, les remarques et les descriptions détaillées de nature explicative que contient le Coran au sujet de divers phénomènes naturels se sont révélées conformes aux données scientifiques modernes. Les livres de la Révélation des juifs et des chrétiens ne contiennent aucun sujet ni exemple de ce genre.
Certes, dans l’histoire de l’islam, certains croyants ont aussi entretenu une conception différente, c’est-à-dire défavorable, de la science. Il est vrai qu’à certaines époques la responsabilité d’acquérir et de transmettre le savoir a été négligée. Il est également vrai que, comme ailleurs, on a parfois tenté d’entraver le progrès scientifique dans le monde musulman. Il faut néanmoins se rappeler qu’à l’âge d’or de l’islam, du VIIIe au XIIe siècle, alors que des interdictions scientifiques étaient en vigueur dans le monde chrétien, de nombreuses recherches et découvertes scientifiques étaient menées dans les universités islamiques. On y conservait également les importantes richesses culturelles et scientifiques de cette époque. La bibliothèque du calife à Cordoue comptait quatre cent mille ouvrages. Averroès y enseignait, et l’on y dispensait également un enseignement des sciences grecques, indiennes et persanes. C’est pourquoi les étudiants et les savants de toute l’Europe se rendaient alors à Cordoue, exactement comme tout le monde va aujourd’hui aux États-Unis pour achever sa formation. Les Arabes servaient alors de relais aux civilisations et aux cultures des pays qu’ils avaient conquis, et c’est grâce à leur attitude savante et humaine que nous avons reçu par leur intermédiaire d’innombrables manuscrits anciens. Nous sommes en outre particulièrement redevables aux Arabes pour les mathématiques — l’algèbre est leur invention —, l’astronomie, la physique — notamment l’optique et la science de la lumière —, la géologie, la botanique, la médecine — notamment grâce à Avicenne —, et d’autres disciplines. C’est dans les universités islamiques du Moyen Âge que la science et l’étude scientifique acquirent pour la première fois un caractère et un statut internationaux. Les hommes de cette époque étaient beaucoup plus imprégnés d’inspiration religieuse qu’aujourd’hui ; pourtant, cela ne les empêcha pas d’être à la fois croyants et scientifiques dans le monde islamique. La science était alors l’alliée de la religion, et il n’aurait jamais été raisonnable de modifier cette situation.
Pour le monde chrétien, le Moyen Âge fut une époque d’enfermement et de dévotion rigide aux formalités religieuses. Il faut toutefois insister sur un point : si le rythme de la recherche scientifique s’était alors ralenti, ce ne fut pas à cause de la Révélation judéo-chrétienne, mais à cause de ceux qui se prétendaient les serviteurs de cette Révélation. Après la Renaissance, cette situation changea, et les scientifiques, sous l’effet de leur réaction naturelle, commencèrent à se venger de leurs anciens ennemis. Cette vengeance se poursuit encore et, aujourd’hui, elle a atteint en Occident un point tel que, dans les milieux scientifiques, quiconque parle d’Allah est presque regardé avec suspicion. Cette attitude influence particulièrement tous les jeunes ayant reçu une formation universitaire, y compris les musulmans.
Puisque les scientifiques éminents adoptent des positions extrêmes, il ne faut sans doute pas s’attendre à ce que leurs jeunes disciples en adoptent de très différentes. Depuis quelques années, un médecin scientifique lauréat du prix Nobel tente de convaincre tout le monde que la matière vivante, ou les êtres vivants, peuvent apparaître fortuitement à partir de certains éléments fondamentaux. Il a également écrit un livre à ce sujet. Il affirme que, sous l’influence de l’environnement et des circonstances, des animaux bien constitués et organisés se forment à partir de cet organisme originel et qu’ils finissent par se transformer en l’être humain, organisme complexe.
La nouveauté de ces connaissances scientifiques modernes sur la création de la vie peut certainement conduire les esprits réfléchis à la conclusion opposée. Plus on étudie les lois et les mécanismes de la création et de la conservation de la vie, plus ils semblent complexes, et plus le champ des connaissances s’élargit, plus le savant est porté à l’admiration. Il peut comprendre que, dans cette longue et délicate succession de réactions, la probabilité que quelque chose se produise par hasard est extrêmement faible. Plus il découvre des informations et des processus d’une extrême subtilité, plus ses arguments en faveur de l’existence d’un Créateur se renforcent. Mais il existe aussi des gens qui, au lieu d’incliner la tête avec émerveillement et respect, se dressent avec orgueil et défi. À la parole d’Allah, ils plissent le nez ; considérant cette idée comme un obstacle, ils la rejettent avec mépris, exactement comme ils méprisent et ignorent un quelconque contretemps qui vient interrompre un moment de divertissement. C’est le reflet de la victoire de la société matérialiste dans le monde occidental.
Aujourd’hui, nombre de scientifiques modernes sont les porteurs et les propagateurs de cette pensée déformée et corrompue. Quelle force spirituelle pourrait être employée pour leur faire face et les corriger ?
Le judaïsme et le christianisme reconnaissent presque ouvertement qu’ils sont incapables de repousser la vague de matérialisme et d’athéisme qui déferle actuellement sur l’Occident. Ces deux religions sont désormais totalement impuissantes face à cette vague, et leur capacité de résistance diminue encore davantage d’une décennie à l’autre. La vague est progressivement devenue dévastatrice partout. Aujourd’hui, pour un matérialiste athée, le christianisme traditionnel n’est autre qu’un système élaboré au cours des deux derniers millénaires dans le seul but de maintenir le pouvoir et l’autorité d’une poignée de personnes sur la majorité. Il ne pense même pas que le langage du judaïsme et du christianisme ait le moindre rapport avec le sien. En effet, les récits formulés dans ce langage contiennent, face aux données scientifiques modernes, tant d’invraisemblances, de contradictions internes et d’incohérences qu’il ne les juge absolument pas dignes d’être pris en considération ; pourtant, la plupart des théologiens demandent d’accepter globalement ces récits comme des vérités allant de soi.
Si l’on parle de l’islam à un matérialiste athée, il répond par un sourire suffisant, comme s’il savait tout. Pourtant, il n’a absolument aucune conception correcte de l’islam. Comme la plupart des intellectuels occidentaux de toutes confessions, l’idée qu’il se fait de l’islam est fausse et trompeuse.
Cette situation a naturellement des raisons légitimes. Si l’on met de côté les signes d’une nouvelle perspective apparus récemment dans les hautes sphères catholiques, c’est généralement une condamnation de l’islam qui est diffusée en Occident. Ceux qui ont réussi à acquérir une connaissance approfondie de l’islam y savent à quel point son histoire, ses principes et ses objectifs ont été présentés de manière déformée. En outre, les ouvrages sur l’islam publiés dans les langues européennes, à quelques exceptions près, ne sont pas très accessibles au lecteur ordinaire.
Si l’on juge les choses sous cet angle, on comprendra qu’il est très important de présenter correctement et de manière intelligible le contenu du Coran. Mais, malheureusement, certains versets du Coran, en particulier ceux qui contiennent des données scientifiques, ont été si faiblement traduits et si maladroitement expliqués que les scientifiques les critiquent, en apparence avec raison. Pourtant, le Coran ne mérite nullement ces critiques. Il est désormais nécessaire d’accorder une attention particulière à cette question. En effet, des erreurs de traduction ou des confusions dans l’interprétation — les deux étant souvent étroitement liées — qui n’auraient peut-être étonné personne il y a un ou deux siècles rendent aujourd’hui les scientifiques modernes directement hostiles. Si, en raison de la faiblesse de la traduction, le contenu devient inacceptable du point de vue scientifique, aucun scientifique ne consentira à l’examiner avec sérieux et application. Un excellent exemple de ce genre d’erreur sera présenté dans le chapitre consacré à la naissance de l’être humain.
Mais pourquoi de telles erreurs subsistent-elles dans les traductions ? L’une des raisons est probablement que les traducteurs modernes adoptent les explications des anciens commentateurs sans les examiner ni les juger. Lorsqu’un mot arabe possède plusieurs sens, les anciens commentateurs en ont peut-être choisi un seul, et c’est ce qui a peut-être rendu leurs explications inadaptées. Toutefois, on ne peut probablement pas leur en faire trop grief. En effet, le sens de certains mots, devenu aujourd’hui très facile à comprendre grâce aux découvertes scientifiques modernes, ne l’était pas autant dans l’Antiquité. Il est donc devenu nécessaire de corriger maintenant les traductions et les interprétations. Dans le passé, cette correction n’a jamais été possible, car les connaissances et les informations dont nous disposons aujourd’hui n’avaient pas encore été découvertes. Cette question des traductions et des interprétations ne s’applique toutefois qu’au Coran. Elle n’a aucune pertinence dans le cas de la Bible.
La caractéristique précise de l’examen scientifique du Coran m’avait d’abord beaucoup étonné. Jamais auparavant je n’aurais imaginé que ce texte, compilé il y a près de quatorze siècles, puisse contenir des descriptions de sujets aussi variés et être en même temps aussi parfaitement conforme aux données scientifiques modernes. Au début, je n’avais absolument aucune foi en l’islam. Cependant, j’ai commencé à examiner le texte coranique avec un esprit ouvert et une attitude totalement impartiale. Si une influence a exercé une action sur moi, c’était celle de l’éducation reçue dans ma jeunesse. Les gens ne disaient pas « musulman », mais « mahométan ». On voulait ainsi faire comprendre que, puisque cette religion avait été fondée par un homme, elle ne pouvait avoir absolument aucune valeur en ce qui concerne Dieu. Comme beaucoup d’Occidentaux, j’ai peut-être moi aussi été alors victime de cette fausse conception de l’islam. Cette fausse conception est aujourd’hui si largement répandue en Occident que je suis véritablement étonné de voir quelqu’un, hormis les spécialistes, parler correctement de l’islam. Je reconnais donc qu’avant de parvenir à une conception différente de celle qui était répandue en Occident, j’étais totalement ignorant de l’islam.
J’ai compris que la conception occidentale était fausse à travers certaines circonstances exceptionnelles. J’ai d’abord eu en Arabie saoudite un aperçu du fait que cette conception pouvait être erronée.
Ma dette de gratitude envers feu le roi Fayçal est immense, et je salue sa mémoire avec le plus profond respect. Je chéris encore le souvenir du rare honneur qu’il m’avait accordé en me permettant d’entendre ses propos sur l’islam, ainsi que la possibilité qui m’avait été donnée de lui poser des questions sur certains problèmes liés à l’interprétation du Coran à la lumière de la science moderne. J’ai eu la rare occasion de recueillir de nombreuses informations précieuses de sa bouche même et auprès de ses compagnons.
Après avoir pris conscience de l’immense fossé entre la réalité de l’islam et la conception qu’en avait l’Occident, j’ai particulièrement ressenti la nécessité d’apprendre l’arabe. En effet, l’arabe n’est pas ma langue maternelle, alors que c’est la langue de l’ouvrage fondamental de la religion qui fait l’objet d’une méprise aussi profonde. Mon premier objectif était de lire le Coran dans sa langue originale et d’analyser chaque phrase à la lumière des explications données par les différents commentateurs. Mon deuxième objectif était d’examiner tout particulièrement les descriptions de divers phénomènes naturels présentes dans le Coran. Ces descriptions comportent en effet de nombreux détails qui, lorsqu’on les lit en arabe, apparaissent dès la première lecture comme exacts et précis et qui m’ont semblé, dès l’abord, parfaitement conformes aux faits modernes. J’ai alors pensé en outre qu’il était absolument impossible qu’un homme de l’époque de Muhammad (paix et bénédictions d’Allah sur lui) ait pu connaître ces informations. Par la suite, j’ai lu plusieurs ouvrages d’auteurs musulmans consacrés aux données scientifiques du Coran et j’en ai tiré grand profit. Cependant, je n’ai pas encore appris qu’une quelconque recherche ait été menée à ce sujet en Occident.
Ce qui frappe d’abord le premier lecteur du texte coranique, c’est que cet ouvrage traite de nombreux sujets : la création, l’astronomie, l’explication de certains aspects de la Terre, le monde animal, le monde végétal, la reproduction humaine, etc. Dans tous ces domaines, j’ai trouvé de nombreuses erreurs dans la Bible, mais je n’ai découvert aucune erreur dans le Coran. Je me suis donc arrêté et me suis demandé : si le Coran est l’œuvre d’un homme, comment lui a-t-il été possible, au septième siècle, de consigner des informations que nous constatons aujourd’hui conformes aux données scientifiques modernes ? De plus, il n’existe absolument aucun doute que le texte coranique dont nous disposons aujourd’hui est bien celui de cette époque (j’examinerai cette question en détail dans un chapitre ultérieur). Quelle explication humaine pourrait-on donc donner à ce sujet ? Je pense qu’il n’y en a aucune et qu’il ne peut y en avoir.
Il me semble impossible que, du point de vue de la raison et de l’intelligence humaines, un habitant de la péninsule Arabique contemporain du règne de Dagobert, roi de France (629-639), ait possédé, dans certains domaines, des connaissances scientifiques considérées encore au XXe siècle comme ayant au moins mille ans d’avance.
Le Coran a été révélé pendant environ vingt ans, autour du début de l’ère hégirienne (622 de l’ère chrétienne). Il est désormais établi que, durant plusieurs siècles jusqu’à cette époque, aucun progrès n’avait été accompli dans le domaine des connaissances scientifiques, et que ce n’est qu’après l’achèvement de la révélation du Coran que commença la période d’activité de la civilisation islamique, notamment dans le domaine de la recherche scientifique. Ceux qui l’ignorent tiennent de nombreux propos invraisemblables et ridicules. J’en ai moi-même entendu plusieurs fois un exemple. Le voici : si le Coran contient des descriptions étonnantes de nature scientifique, c’est parce que les savants arabes étaient très compétents et en avance sur leur temps, et que Muhammad (paix et bénédictions d’Allah sur lui) aurait été influencé par eux. Quiconque possède la moindre connaissance de l’histoire de l’islam comprendra que cette remarque n’est pas seulement ridicule, mais relève aussi de la pure fantaisie. Ils savent en effet que le Moyen Âge du progrès culturel et scientifique dans le monde arabe avait commencé après Muhammad (paix et bénédictions d’Allah sur lui). En outre, ce genre de remarque est incohérent et dépourvu de fondement pour une autre raison : les données scientifiques auxquelles le Coran fait allusion ou qu’il décrit de manière précise et explicite n’ont été confirmées que par les recherches de l’époque moderne.
C’est pourquoi, durant des siècles, les commentateurs du Coran, y compris ceux de la glorieuse époque de la civilisation islamique, ont nécessairement commis des erreurs dans l’interprétation de certains versets. Il leur était manifestement impossible d’en saisir alors le véritable sens. Ce n’est que beaucoup plus tard, à une époque presque contemporaine de la nôtre, qu’il est devenu possible de traduire et d’interpréter correctement ces versets. Autrement dit, la seule connaissance de la langue ne suffit pas pour comprendre correctement les versets du Coran. Il faut également posséder des connaissances suffisantes dans les différentes branches de la science. En réalité, pour comprendre le Coran, il est nécessaire de connaître des domaines très divers ; on pourrait même dire qu’il faut disposer à portée de main d’un réservoir de connaissances comparable à une encyclopédie. Au fil de cette étude, en examinant différents sujets, nous verrons que diverses connaissances et données scientifiques deviennent indispensables pour comprendre la portée de certains versets.
Cependant, le but du Coran n’est pas d’expliquer les lois qui régissent et ordonnent l’univers. Son objectif principal est entièrement religieux. C’est la description de la souveraineté d’Allah qui incite l’être humain à réfléchir au mystère de la création. Cette description s’accompagne de références à des phénomènes observables par l’homme et à des lois qu’il peut comprendre. Car Allah est l’unique Régisseur et Ordonnateur de l’univers, qui comprend l’être humain et la nature. Une partie de cette affirmation peut probablement être comprise aisément, mais la compréhension de l’autre partie exige nécessairement des connaissances scientifiques. C’est pourquoi, autrefois, l’homme ne pouvait tirer de certains versets qu’un sens apparent ; et, les connaissances nécessaires pour le conduire à une conclusion erronée n’ayant pas encore été découvertes, il ne lui était pas possible de les connaître.
Beaucoup ont estimé que le nombre de versets qu’il était nécessaire d’examiner pour leur contenu scientifique était réduit. Ceux qui s’étaient penchés sur cette question avant moi l’ont probablement pensé. Pour ma part, j’ai certes retenu un nombre un peu inférieur de versets à celui choisi par ces auteurs musulmans. Mais j’en ai sélectionné certains qui n’avaient pas été auparavant considérés comme particulièrement importants du point de vue scientifique. C’est du moins ce qu’il m’a semblé. Si j’ai choisi par erreur un verset retenu par des auteurs précédents, j’espère qu’ils ne m’en tiendront pas rigueur. J’ai certes rencontré, dans certains ouvrages, des interprétations scientifiques du Coran, mais elles ne m’ont pas paru tout à fait exactes. J’ai essayé de donner ma propre interprétation de ces versets avec un esprit ouvert et une conscience nette.
De même, j’ai recherché dans le Coran des sujets qui soient compréhensibles pour l’être humain, mais qui ne soient pas étayés par les données scientifiques modernes. Il me semble avoir trouvé dans le Coran un passage qui évoque la présence, dans l’univers, d’autres planètes semblables à notre Terre. De nombreux scientifiques reconnaissent certes la possibilité d’une telle existence, mais aucune donnée scientifique permettant d’affirmer quoi que ce soit avec certitude n’a encore été découverte. Il subsiste encore une large place pour le doute ; néanmoins, je considère qu’il est de mon devoir de mentionner cette question.
Si ce livre avait été écrit trente ans plus tôt, il aurait fallu mentionner une autre information annoncée par le Coran. Il s’agit d’une question d’astronomie : la conquête de l’espace par l’être humain. À cette époque, après les premiers essais de missiles à longue portée, on pouvait à peu près prévoir que l’être humain disposerait un jour des moyens et des instruments nécessaires pour se rendre physiquement depuis la Terre dans l’espace et y mener des explorations. On savait également alors qu’un verset du Coran annonçait que l’être humain conquérirait un jour l’espace. Cette prédiction s’est désormais révélée vraie.
Dans la confrontation actuelle entre les textes religieux et la science, les affirmations de la Bible et du Coran sont toutes deux examinées à la lumière des vérités établies par les méthodes scientifiques. Toutefois, la vérité scientifique doit, dans ce cas, être établie de manière parfaitement solide et cohérente, sans laisser la moindre place au doute. Ceux qui ne reconnaissent pas la nécessité de recourir à la science pour comprendre le sens des textes religieux estiment qu’il est impossible à la science de former une conception rationnelle et valable permettant de comparer ces textes aux descriptions religieuses, et que cela s’applique de la même manière à la Bible et au Coran. Mais nous avons déjà vu que les affirmations de la Bible ne résistent pas à la confrontation avec les vérités scientifiques, tandis que celles du Coran leur correspondent exactement. Ils disent que la science change progressivement : ce qui est accepté comme vrai aujourd’hui peut être rejeté quelque temps plus tard. Cela est peut-être exact ; cette question mérite également d’être examinée.
Les théories changent, mais la vérité ne change pas. Face aux textes religieux, nous parlons de vérité, non de théorie. Une théorie n’est qu’une hypothèse, tandis que la vérité est une conclusion vérifiée et démontrée. La théorie a pour objectif de rendre compréhensible un phénomène ou un fait qui ne l’est pas facilement. Ainsi, après la découverte de nouvelles informations concernant ce phénomène ou ce fait, l’ancienne théorie peut être corrigée ou abandonnée au profit d’une nouvelle. Mais lorsque la vérité a été vérifiée, démontrée et établie par l’expérimentation, elle ne change plus. Et sa définition devient plus aisée qu’auparavant. Il est désormais démontré et établi que la Terre tourne autour du Soleil et que la Lune tourne autour de la Terre. Cette vérité ne changera plus, même si, à l’avenir, ces orbites pourront peut-être être déterminées avec une précision accrue.
Un physicien musulman a attiré mon attention sur un verset du Coran en affirmant que ce verset annonçait la notion d’antimatière. Mais je n’ai pas pu être d’accord avec lui. Car toute théorie est susceptible de changer, et la théorie de l’antimatière demeure encore controversée. En revanche, le verset du Coran qui décrit la création de la vie à partir de l’eau mérite une attention approfondie. Nous ne pourrons peut-être jamais démontrer cette description par une preuve expérimentale directe, mais de nombreux arguments plaident en sa faveur. Dans le cas d’un phénomène observable tel que l’embryon humain, en revanche, la comparaison entre les différentes étapes de son développement décrites dans le Coran et les données de l’embryologie moderne fait apparaître une concordance et une harmonie parfaites.
Cette confrontation du Coran avec la science a également été menée sur la base de deux autres comparaisons. La première consiste à comparer les données fournies par la Bible aux connaissances scientifiques, et la seconde à comparer les données du Coran, livre de la révélation, avec les informations des hadiths concernant les actes et les paroles de Muhammad (S.).
Dans la dernière partie de cette discussion, les résultats d’une comparaison entre les descriptions de la Bible et du Coran concernant un événement particulier sont présentés. On y montre également dans quelle situation ces deux descriptions se trouvent après un examen et une critique fondés sur la science. À titre d’exemple, la création de l’univers et le Déluge ont été examinés, et l’incompatibilité de la description biblique avec les données scientifiques a été mise en évidence. On a également exposé la parfaite concordance que présente, sur le même sujet, la description coranique avec les données scientifiques. Nous pourrons ainsi comprendre correctement, à l’époque actuelle, quelle description est acceptable et quelle autre ne l’est pas.
Cette question est particulièrement importante, car, en Occident, les juifs, les chrétiens et les athées affirment unanimement, sans apporter le moindre témoignage ni la moindre preuve, que Muhammad a écrit lui-même le Coran en imitant la Bible, ou qu’il l’a fait écrire par quelqu’un d’autre. Ils affirment également que les récits d’histoire religieuse présents dans le Coran ne sont que des répétitions des récits bibliques. Une telle affirmation témoigne d’une extrême sottise. Ce serait tout aussi insensé que d’affirmer que Jésus, en prêchant sa religion, s’était inspiré de l’Ancien Testament pour tromper ses contemporains ; pourtant, nous avons déjà vu que l’Évangile de Matthieu a été entièrement rédigé dans la continuité de l’Ancien Testament. Mais quel théologien pourrait imaginer que, pour cette raison, Jésus devrait être privé de son statut de prophète d’Allah ? Or c’est exactement ainsi que Muhammad (S.) est jugé en Occident. On dit : « Il n’a rien fait d’autre que copier la Bible. » Cette remarque peut, au mieux, être qualifiée de jugement de charlatan. Car ceux qui la formulent ne voient pas, ou ne veulent pas voir, que la Bible et le Coran donnent des descriptions différentes d’un même événement ; il ne peut donc aucunement être question de copie. Ils ne souhaitent naturellement pas examiner cette différence et supposent que les deux livres présentent des descriptions identiques. Il n’y aurait alors aucune nécessité de les confronter à la science. Nous reviendrons plus en détail sur cette question lors de l’examen de la création de l’univers et du Déluge.
La relation de Jésus avec les Évangiles est exactement du même ordre que celle de Muhammad (s.) avec les hadiths. Dans les deux cas, il s’agit seulement de récits des paroles et des actes des deux prophètes. Dans les deux cas, les auteurs n’étaient pas des témoins oculaires. Toutefois, dans le cas des hadiths, il y eut aussi de nombreux auteurs qui avaient été témoins oculaires. Même ceux qui ont compilé les hadiths longtemps après la vie de Muhammad (s.) sont considérés comme extrêmement fiables. Ni les hadiths ni les Évangiles ne sont des livres de révélation. Ils ne sont pas la parole d’Allah, mais seulement les paroles du prophète. Dans ces ouvrages largement lus, on trouve certains récits qui sont erronés du point de vue scientifique, notamment en ce qui concerne les remèdes aux maladies. Nous avons écarté de notre examen toute question religieuse, car nous n’avons pas abordé cette question dans l’ouvrage sous l’angle des hadiths. L’authenticité et la fiabilité de nombreux hadiths sont douteuses, et les spécialistes musulmans eux-mêmes en ont discuté. Dans cet ouvrage, il est fait mention du contenu scientifique de certains hadiths, car le Coran ne contient aucun récit scientifique qui ne soit accepté par les spécialistes. Nous verrons que sa différence avec les hadiths est assez frappante.
Face à cet argument, rien de ce que peuvent dire ceux qui prétendent que Muhammad (s.) est l’auteur du Coran ne peut rester acceptable. Comment un homme illettré aurait-il pu être, au regard de la qualité littéraire, l’auteur le plus important de tout le monde littéraire arabe ? Et comment aurait-il pu, à cette époque, énoncer des vérités scientifiques qu’aucun autre être humain n’était alors capable de découvrir ? Et cela sans commettre la moindre erreur ?
Les différents courants d’idées de cet ouvrage ont été élaborés dans une perspective purement scientifique. Il en ressort qu’il est impossible d’imaginer qu’un homme du VIIe siècle ait exposé dans le Coran, sur divers sujets, des faits qui n’appartenaient pas aux connaissances de son époque et dont la véracité n’a été découverte que plusieurs siècles plus tard. C’est pourquoi, pour ma part du moins, je pense qu’aucune interprétation humaine du Coran n’est possible.
L’authenticité du Coran : comment il a été écrit
Parce qu’il n’existe aucun désaccord concernant l’authenticité du Coran, cet ouvrage occupe une place unique et particulière parmi les livres de révélation. L’Ancien Testament ne possède pas cette caractéristique, pas plus que le Nouveau Testament. Nous avons exposé dans les deux premiers chapitres comment ces deux ouvrages ont été remaniés au fil du temps avant de parvenir à leur forme actuelle. Il n’en fut pas ainsi pour le Coran, car il fut mis par écrit du vivant de Muhammad (s.). Nous décrirons un peu plus loin comment il fut écrit, c’est-à-dire quelle fut la procédure suivie.
Il convient de préciser à ce propos que la différence entre le Coran et la Bible n’est en aucune manière essentiellement liée à la question de la date de révélation de ces deux ouvrages. Certains soulèvent certes ce genre de question, mais ils ne prennent pas en considération les conditions et le contexte de l’époque où les ouvrages judéo-chrétiens et le Coran furent écrits. Ils affirment qu’un ouvrage du VIIe siècle avait davantage de chances de parvenir jusqu’à nous sans modifications qu’un ouvrage vieux de quinze siècles. Cela est exact, mais ce n’est pas une raison suffisante. On invoque cette affirmation comme excuse pour expliquer les remaniements subis par les ouvrages judéo-chrétiens ; mais elle ne reconnaît nullement le fait qu’il n’y avait absolument aucun risque que le texte du Coran fût modifié par les hommes.
Dans le cas de l’Ancien Testament, puisque de nombreux auteurs ont raconté la même histoire et que certains ouvrages ont été révisés à maintes reprises depuis l’époque antérieure à l’ère chrétienne, cela a engendré autant de causes d’erreurs et de contradictions. Quant au Nouveau Testament, c’est-à-dire aux Évangiles, personne ne peut prétendre que les paroles de Jésus ou le récit de ses actes y sont consignés de manière exacte et conforme à la réalité. En outre, nous avons déjà vu qu’aucune des différentes versions du texte, préparées successivement à diverses époques, n’était authentique, et qu’aucun de leurs auteurs n’était un témoin oculaire.
Il est nécessaire de bien comprendre à ce propos la différence entre le Coran et les hadiths. Le Coran est le livre de la révélation mise par écrit, tandis que les hadiths sont une compilation des paroles et des actes de Muhammad (s.). Quelques-uns de ses compagnons commencèrent à consigner ces récits dès la mort du Prophète. Mais ces récits furent également écrits plus tard. Certains récits furent toutefois écrits du vivant du Prophète par lui-même et par ses compagnons. Dans le domaine de la transmission orale ou de la mémoire, il est naturel que tout être humain puisse commettre des erreurs. C’est pourquoi tous les écrits de ce genre n’ont été retenus qu’après un examen critique et une vérification rigoureux. Cependant, comme pour les récits bibliques, l’authenticité des différents hadiths peut elle aussi être plus ou moins établie. Il convient néanmoins de souligner qu’aucun récit biblique n’a été écrit du vivant de Jésus ; tous l’ont été bien plus tard. Les hadiths n’ont pas non plus été compilés du vivant de Muhammad (s.) ; toutefois, leur compilation commença immédiatement après sa mort.
Dans le cas du Coran, la situation était cependant tout à fait différente. Dès qu’une révélation descendait, le Prophète et ses compagnons la mémorisaient, tandis que ses disciples et les scribes désignés l’écrivaient. Ainsi, le Coran a commencé par deux caractéristiques : sa mémorisation et sa mise par écrit ; toutes deux constituent des preuves de son authenticité. La Bible ne présente pas de telles caractéristiques ni de preuves de son authenticité. Ce processus de mémorisation et de mise par écrit du Coran s’est poursuivi jusqu’à la mort de Muhammad (s.). À cette époque, alors que beaucoup ne savaient pas lire et écrire, c’est-à-dire ne pouvaient pas écrire, tous pouvaient mémoriser et réciter. Il existait donc un avantage exceptionnel : lors de la compilation écrite de la révélation, il était possible de la confronter aux récitations de plusieurs personnes.
La révélation coranique fut descendue sur Muhammad (s.) par l’intermédiaire de l’ange Gabriel. Cette révélation s’est poursuivie pendant plus de vingt ans. Les premiers versets révélés furent quelques versets de la sourate 96 (Al-‘Alaq), puis aucune autre révélation ne descendit pendant trois ans. Après ces trois années, les révélations recommencèrent et se poursuivirent durant vingt longues années, jusqu’à la mort du Prophète en 632 de l’ère chrétienne. Les dix premières années de ces vingt années précédèrent l’Hégire — le départ de Muhammad (s.) de La Mecque pour Médine en 622 de l’ère chrétienne — et les dix suivantes lui furent postérieures.
La première révélation était la suivante (sourate 96, Al-‘Alaq, versets 1-5) :
« Lis, au nom de ton Seigneur qui a créé — qui a créé l’homme d’un caillot de sang.
Lis, et ton Seigneur est le Très Généreux, celui qui a enseigné par le calame — qui a enseigné à l’homme ce qu’il ne savait pas. »
Cette révélation submergea complètement Muhammad (s.). Nous expliquerons plus tard cette révélation en tenant particulièrement compte du fait qu’il ne savait ni écrire ni lire.
Le professeur Hamidullah indique dans l’introduction de sa traduction française du Coran que l’un des thèmes de cette première révélation est « l’éloge du calame comme moyen de connaissance pour l’homme » et que « c’est pourquoi le Prophète s’employait à préserver le Coran sous forme écrite ».
Le texte même du Coran fournit officiellement la preuve que, avant l’Hégire de Muhammad (s.) de La Mecque à Médine, les révélations descendues jusqu’à cette époque avaient déjà été mises par écrit. Nous allons maintenant pouvoir constater que le Coran est véritablement authentique à cet égard. En effet, le fait que les premières révélations avaient été mises par écrit est mentionné dans une révélation ultérieure. Nous savons que Muhammad (s.) et ses compagnons avaient l’habitude de mémoriser le texte de la révélation, c’est-à-dire de le réciter de mémoire. Ainsi, lorsque une révélation ultérieure mentionnait que les révélations précédentes avaient été mises par écrit, il était très facile d’en vérifier l’authenticité. Il suffisait d’interroger ceux qui avaient été chargés de mettre le Coran par écrit pour obtenir cette preuve.
Le fait que les révélations descendues jusqu’à cette époque avaient été mises par écrit avant l’Hégire est mentionné dans quatre sourates de cette période.
– Sourate ʿAbasa (80: 11-16) : « Une telle attitude est inconvenante ; ceci est un rappel. Que celui qui le veut s’en souvienne. Il se trouve dans des écrits sacrés, sublimes et élevés en dignité, consignés par des scribes nobles et purs. »
Allama Yusuf Ali a déclaré, dans son commentaire de la traduction du Coran publiée en 1934, que lorsque cette sourate fut révélée, quarante-deux ou quarante-cinq sourates — sur les cent quatorze au total — avaient déjà été mises par écrit et que les musulmans les conservaient à La Mecque.
– Sourate al-Burûj (85: 21-22) : « C’est en vérité un Coran glorieux, consigné sur une Tablette préservée. » – Sourate al-Wâqiʿa (56: 77-80) : « C’est assurément un Coran glorieux, qui se trouve
dans un Livre préservé ; seuls les êtres purifiés le toucheront. Il est descendu de la part du Seigneur des mondes. »
– Sourate al-Furqân (25: 5) : « Ils disent : “Ce ne sont que des récits des anciens, qu’il s’est fait écrire ; on les lui récite matin et soir.” »
Il est ici fait mention des accusations des ennemis du Prophète. Ils le considéraient comme un imposteur. Ils répandaient le bruit que des récits anciens lui étaient racontés et qu’il les faisait mettre par écrit. Il apparaît donc que même les ennemis de Muhammad (que la paix et les bénédictions de Dieu soient sur lui) ont mentionné que des documents écrits étaient préparés.
Dans une sourate révélée après l’Hégire, il est fait pour la dernière fois mention de pages écrites contenant les enseignements célestes.
—Sourate al-Bayyina (98:2-3) : « Un Messager venant d’Allah, qui récite des feuillets purifiés contenant des prescriptions droites. »
Ainsi, le Coran lui-même prouve qu’il avait été mis par écrit du vivant du Prophète. Il est de notoriété publique que plusieurs de ses compagnons étaient des kâtib, ou scribes, et que le nom de Zayd ibn Thâbit est le plus célèbre d’entre eux.
Dans la préface de sa traduction française du Coran (1971), le professeur Hamidullah, à propos du décès du Prophète
a donné une belle description de la situation qui prévalait au moment où le texte du Coran fut mis par écrit. Il a déclaré : « Tous les spécialistes sont unanimes à dire que, chaque fois qu’une révélation était descendue, le Prophète Muhammad (que la paix soit sur lui) appelait l’un de ses compagnons sachant lire et écrire et la lui faisait mettre par écrit ; il lui indiquait également à quel endroit cette nouvelle révélation devait être insérée dans la succession des révélations précédentes. […] Une fois l’écriture achevée, il demandait au scribe de la lui lire et corrigeait toute erreur qui s’y était glissée. […] Un autre récit rapporte que, chaque année, au mois de Ramadan, le Prophète récitait à l’ange Gabriel l’ensemble des révélations descendues jusqu’alors… Durant le Ramadan qui précéda sa mort, Gabriel lui fit réciter le Coran tout entier deux fois… Il est universellement reconnu qu’en plus de la récitation du Coran lors des cinq prières quotidiennes, les musulmans, depuis l’époque même de Muhammad (que la paix soit sur lui), ont pris l’habitude de réciter le Coran tout entier au mois de Ramadan avec une attention particulière. Plusieurs spécialistes ont indiqué que Zayd, le scribe de Muhammad (que la paix soit sur lui), était personnellement présent lors de la compilation définitive du texte révélé. D’autres sources mentionnent également la présence de nombreuses autres personnalités éminentes. »
À l’origine, le Coran fut écrit sur divers supports. On utilisa notamment du cuir, des planchettes de bois, des omoplates de chameaux, des pierres et toutes sortes d’autres matériaux. Parallèlement, Muhammad (que la paix soit sur lui) demandait à ses compagnons de mémoriser le Coran, ce qu’ils faisaient. Ainsi, beaucoup mémorisèrent alors le Coran tout entier et furent connus sous le nom de hâfiz ; ils diffusèrent le message coranique dans différents pays. Au fil du temps, la conservation du Coran sous ces deux formes, écrite et mémorisée, s’est révélée extrêmement précieuse et importante.
Peu après la mort du Prophète Muhammad (que la paix soit sur lui), en 632 de l’ère chrétienne, le premier calife de l’islam, Abû Bakr, demanda à Zayd ibn Thâbit, l’ancien scribe en chef du Prophète, d’en faire une copie en un seul volume. Sous la supervision de ‘Umar, le futur deuxième calife, Zayd commença à recueillir les éléments à Médine. Il rassembla le texte coranique écrit sur divers supports détenus par différentes personnes, puis, après avoir consulté les hâfiz et comparé ces textes avec les passages qu’ils avaient mémorisés, il prépara un exemplaire complet. C’est ainsi qu’une compilation exacte et totalement fiable fut établie.
Selon les spécialistes, le calife ‘Umar, devenu calife en 634 après Abû Bakr, fit ensuite établir et conserver un exemplaire unique du Coran tout entier. Avant sa mort, il remit ce volume à sa fille Hafsa, veuve du Prophète.
Le troisième calife, ‘Uthmân, exerça le pouvoir de 644 à 655 de l’ère chrétienne. Afin d’améliorer et d’harmoniser davantage la compilation, il forma une commission composée de spécialistes. Cette commission entreprit ses travaux à partir de la compilation établie sous le règne d’Abû Bakr et alors conservée sous la garde de Hafsa. Ses membres écoutèrent les récitations des hâfiz et recueillirent leurs témoignages. Ils procédèrent ainsi à un examen et à une vérification minutieux afin de s’assurer de l’authenticité de plusieurs passages. La plus grande rigueur fut observée et, au moindre doute, aucun passage n’était accepté comme authentique et exact tant que les témoignages de tous les témoins ne concordaient pas. Il est universellement reconnu que, dans certains versets du Coran, certaines prescriptions ont été abrogées par d’autres versets. Si l’on se souvient que la mission prophétique de Muhammad (que la paix soit sur lui) s’est étendue sur plus de vingt ans, on comprend aisément cette situation. La commission acheva son travail en classant les sourates dans l’ordre exact que le Prophète Muhammad (que la paix soit sur lui) suivait lorsqu’il récitait l’intégralité du Coran au mois de Ramadan.
À l’époque des trois premiers califes, et particulièrement sous ʿUthmân, certains se demandent peut-être pourquoi la nécessité de rassembler et de compiler le Coran s’est fait sentir. Mais la réponse à cette question est très simple. Dans les premières décennies qui suivirent la mort du Prophète, l’islam s’étendit rapidement, et les peuples parmi lesquels cette expansion se produisit n’avaient pas l’arabe pour langue maternelle. Il était donc nécessaire de garantir que le texte de la langue originale demeure correct et exact avant qu’il ne soit traduit dans d’autres langues. Tel était le but et l’objectif de la commission d’ʿUthmân.
Le calife ʿUthmân envoya ainsi des exemplaires du Coran compilé dans les différents centres de l’État islamique ; c’est pourquoi le professeur Hamidullah a déclaré que ce Coran de la compilation ʿuthmânienne se trouve encore dans les anciennes collections de Tachkent et d’Istanbul. Tous les exemplaires les plus anciens du Coran que l’on retrouve aujourd’hui en divers endroits du monde islamique sont du même type, à l’exception de quelques erreurs mineures de copie. Il en va de même pour les exemplaires du Coran conservés en différents endroits d’Europe. (Les spécialistes pensent que le fragment de Coran ancien conservé à la Bibliothèque nationale de Paris date des VIIIe et IXe siècles de l’ère chrétienne, c’est-à-dire des IIe et IIIe siècles de l’hégire.) Quoi qu’il en soit, l’essentiel est que tous les exemplaires anciens du Coran retrouvés jusqu’à présent sont du même type. Il existe peut-être ici ou là de légères différences, mais le sens général de son texte n’est nullement modifié. Si l’on constate qu’un passage peut donner lieu à plusieurs interprétations, cela tient probablement au fait que le mode de rédaction du Coran est plus simple que celui de la rédaction contemporaine. On peut citer, à titre d’exemple, l’absence des signes indiquant la vocalisation et la prononciation (kasra, fatḥa, ḍamma, etc.), qui permet de considérer un verbe comme transitif ou comme intransitif ; de même, un genre peut être compris comme masculin ou comme féminin. Mais puisque le contexte de la phrase en clarifie le sens, cette difficulté n’en est en réalité aucune.
Les 114 sourates du Coran sont disposées selon leur longueur, les plus longues précédant les plus courtes ; mais cette règle connaît également des exceptions. Bien que l’ordre chronologique de la révélation soit respecté dans la plupart des cas, ce n’est pas le cas partout. De nombreux récits portant sur un même sujet apparaissent à différents endroits du texte, ce qui donne l’impression de répétitions. On constate souvent que, dans un même paragraphe, un sujet est exposé en détail, alors qu’il est présenté de manière incomplète dans un autre paragraphe. Comme beaucoup de sujets exposés dans le Coran, diverses informations concernant les sciences modernes sont dispersées dans tout l’ouvrage. Aucune classification n’est établie.
La création des cieux et de la Terre
Ressemblances et différences avec le récit de la Bible
Alors que l’Ancien Testament contient, en un seul endroit, un long récit unique de la création de l’univers, le Coran ne contient aucun récit unique de ce genre. Au lieu d’un récit continu unique, on trouve dans différentes parties du Coran de nombreux passages qui mettent en lumière certains aspects de la création et fournissent diverses informations sur les événements ultérieurs de son évolution. Ces informations sont tantôt détaillées, tantôt brèves. Pour acquérir une idée claire de la manière dont ces événements sont décrits, il est nécessaire de rassembler et de réunir des versets provenant d’un grand nombre de sourates.
Cette situation ne concerne pas uniquement la création de l’univers. Le Coran contient de nombreux sujets importants dont différentes informations et différents aspects sont exposés en divers endroits. On peut citer, à titre d’exemple, divers sujets relatifs à la Terre ou aux cieux, ainsi que diverses questions concernant l’humanité, qui peuvent intéresser ou intriguer les scientifiques. Pour chacun de ces sujets, on s’est efforcé, au prix d’un travail considérable, de rassembler les versets.
De nombreux commentateurs européens estiment que les récits coranique et biblique de la création sont du même type, et c’est pourquoi ils les citent côte à côte. Mais je considère cette opinion comme totalement erronée. Les deux récits présentent en effet de nombreuses différences manifestes. Le Coran contient des descriptions de nombreux sujets qui ne sont nullement dépourvus d’importance du point de vue scientifique, mais il contient des descriptions de nombreux sujets qui ne sont nullement dépourvus d’importance du point de vue scientifique, sans aucun équivalent dans la Bible. La Bible contient, elle aussi, des descriptions dont le Coran n’a aucun équivalent.
La similitude apparente des deux récits est bien connue de tous. Dès le premier regard, cette similitude montre que, dans les deux cas, la création est présentée comme ayant été accomplie en six étapes. La Bible parle de six jours, et le Coran parle également de six jours. Mais en réalité, la question n’est pas aussi simple ; elle est assez complexe. Il est donc nécessaire de l’examiner quelque peu.
Les six périodes de la création
Selon le récit biblique, la création fut achevée en six jours, et le septième fut le sabbat, c’est-à-dire le jour du repos. Ces sept jours correspondent aux sept jours de la semaine. Cette description biblique ne comporte aucune ambiguïté. Le récit mentionné ici appartient à la version sacerdotale de la Bible, dont il a déjà été question. Le récit de la version yahviste a maintenant été résumé en quelques lignes seulement. Il ne mérite donc guère d’être pris en considération dans ce contexte. Comme les prêtres du VIe siècle avant J.-C. suivaient ce récit, le peuple fut encouragé à observer le sabbat. De même que Dieu s’était reposé le septième jour après avoir travaillé six jours, on attendait des Juifs qu’ils se reposent eux aussi le jour du sabbat (le mot hébreu sabbat signifie repos).
Dans l’explication donnée par la Bible, le mot « jour » signifie ce qu’un habitant du monde entend par le temps compris entre deux levers ou deux couchers du soleil. Si le mot jour est pris dans ce sens, alors, à une époque où la Terre n’était pas encore créée, où le Soleil ne l’était pas non plus et où la Terre n’avait encore aucune possibilité de tourner sur elle-même ou autour du Soleil, d’où pouvait venir ce « jour » ? Comment pouvait-on même mesurer les jours ? Ainsi, face aux exigences de la raison et de la cohérence, le récit biblique ne peut absolument pas être accepté. Au début même de cet ouvrage, que
cette improbabilité a été examinée.
Si l’on compare la plupart des traductions du Coran, on constate que, comme la Bible, le Coran affirme également que la création s’est accomplie en six jours. On ne peut sans doute pas trop reprocher aux traducteurs d’avoir retenu le sens très courant du terme arabe correspondant. Le verset 54 de la sourate 7 (Al-A’raf) du Coran est généralement traduit ainsi :
« Allah, votre Seigneur, est Celui qui a créé les cieux et la Terre en six jours. »
Dans un très petit nombre de traductions et de commentaires du Coran, on trouve l’idée que le mot « jour » doit en réalité être compris comme « période ». On dit également parfois que le mot « jours » a été employé dans le texte coranique précisément pour éviter un affrontement direct avec la croyance alors largement répandue parmi les Juifs et les chrétiens.
Sans rejeter ce point de vue, nous pouvons probablement chercher la solution du problème dans le Coran lui-même et, plus généralement, examiner le sens et la portée de ce mot dans la langue courante de l’époque. Le mot que de nombreux traducteurs ont traduit, et traduisent encore, par « jour » est, en arabe, « yawm », au pluriel « ayyām ».
Le sens courant du mot est « jour ». Mais il convient de préciser qu’en ce sens, il désigne plutôt la période allant du lever au coucher du soleil d’un jour que celle allant du coucher du soleil d’un jour au coucher du soleil du lendemain. Le pluriel ayyām ne signifie pas seulement « jours » ; il peut aussi désigner une « très longue période ». Il désigne une période indéterminée, mais toujours longue. On trouve ailleurs dans le Coran un exemple de cette signification de « durée de temps » que comporte le mot. Voir le verset 5 de la sourate 32 (As-Sajda) :
« … un jour (yawm) dont la durée sera, selon votre calcul, égale à mille ans. »
Il est remarquable que le verset immédiatement précédent mentionne lui aussi que la création fut achevée en six périodes.
Voir également le verset 4 de la sourate 70 (Al-Maʿārij) :
« … un jour (yawm) égal à cinquante mille années terrestres. » Les premiers commentateurs avaient compris que « yawm » désignait une durée entièrement différente de ce que signifie « jour » ; mais ils ne possédaient pas les connaissances que nous avons aujourd’hui sur la durée des différentes étapes du processus de formation de l’Univers. On peut citer, à titre d’exemple, que, dans le sens astronomique du mot « jour », fondé sur la rotation de la Terre, Abū as-Suʿūd ne pouvait posséder cette connaissance au XVIe siècle ; il pensait néanmoins que la durée de la création était divisée en plusieurs périodes, mais que ces périodes ne correspondaient pas à ce que signifie le mot « jour ». La durée de la création était plutôt divisée en différents « événements » — nauba en arabe —.
Les commentateurs modernes partagent également ce même avis. Dans son commentaire (1934), Yusuf Ali a souligné avec insistance, à propos de l’interprétation de chaque verset relatif aux différentes étapes de la création, qu’il n’est pas exact d’expliquer le sens du mot « yawm » par « jour » ; son véritable sens est « une très longue période, ou des âges, voire même des siècles ou des millénaires ».
On peut donc dire que, selon le Coran, six très longues périodes se sont écoulées pour l’œuvre de la création. Même si l’être humain doté des connaissances scientifiques modernes n’est pas en mesure d’établir quelles furent les six étapes franchies au cours du processus complexe de création et de formation de l’Univers, il est absolument certain que ce processus a comporté plusieurs périodes de temps extrêmement longues ; il serait donc ridicule de supposer que ces périodes correspondent au sens que nous donnons au mot « jour ».
Dans l’un des plus longs passages du Coran consacrés à la création, un événement concernant le ciel est exposé parallèlement à plusieurs événements concernant la Terre. Il est dit dans les versets 9 à 12 de la sourate 41 (Hâ’ Mîm as-Sadjda) : (Allah dit au Messager)
« Dis : Niez-vous Celui qui a créé la Terre en deux jours et Lui donnez-vous des égaux ? Il est le Seigneur des mondes. »
« Il y a établi des montagnes fermement ancrées, y a répandu la bénédiction et y a réparti les subsistances en quatre jours, de manière égale pour tous ceux qui les recherchent. Puis Il S’est tourné vers le ciel, qui n’était alors qu’une fumée. Ensuite, Il lui dit ainsi qu’à la Terre : “Soumettez-vous toutes deux à Mon ordre, de gré ou de force.” Elles répondirent : “Nous nous soumettons de plein gré.” »
Puis Il les transforma en sept cieux en deux jours et révéla à chaque ciel sa fonction. Il orna le ciel le plus proche de luminaires et le protégea. Tel est l’ordre établi par Allah, le Tout-Puissant, l’Omniscient. »
Il est nécessaire d’examiner en détail les différents sujets mentionnés dans ces quatre versets. Il convient notamment d’étudier la nature initialement vaporeuse des corps célestes ainsi que la signification symbolique du nombre sept appliqué aux cieux. Nous pourrons comprendre le sens profond et la portée de ce nombre. Le dialogue d’Allah avec le ciel et la Terre est lui aussi de nature symbolique.
Il s’agit ici, bien entendu, de montrer que, une fois le ciel et la Terre formés, ils se sont soumis au commandement d’Allah.
Les critiques ont toutefois relevé ici une contradiction avec les six périodes de la création. Ils disent que les deux périodes consacrées à la création de la Terre, les quatre périodes consacrées à la répartition des subsistances pour ses habitants et les deux périodes consacrées à la création des cieux donnent au total huit périodes. Ainsi, les six périodes dont il a été question précédemment
semblent clairement contredites.
Mais ce passage incite l’être humain à prendre conscience de la souveraineté d’Allah, et il se divise en réalité en deux parties. La première parle de la Terre et la seconde des cieux. Ces deux parties sont reliées par le mot arabe « thumma ». Ce mot peut signifier « de plus », « en outre » ou « ensuite ». Il peut donc indiquer soit la succession des événements rapportés, soit l’ordre dans lequel l’être humain les comprend. De même, il peut simplement décrire les événements sans viser à donner une quelconque idée de succession. Quoi qu’il en soit, cela peut très facilement s’accorder avec les deux périodes consacrées à la création des cieux. Nous verrons bientôt comment le processus de la création du monde est présenté dans le Coran, et nous constaterons également, en l’examinant et en le comparant, que ce processus s’applique conjointement à la création des cieux et de la Terre et qu’il est conforme à la science moderne. Nous pourrons alors comprendre correctement à quel point il est logique de concevoir les événements décrits dans ces quatre versets comme s’étant produits simultanément.
Il n’y a donc aucune contradiction entre le récit de la création du monde en six périodes, rapporté ailleurs dans le Coran, et le récit cité ici.
Le Coran n’établit aucun ordre de succession dans la création de la Terre et des cieux
Les deux sourates du Coran citées plus haut évoquent la création. Le verset 54 de la sourate al-A‘râf parle de la création des cieux et de la Terre, tandis que les versets 9 à 12 de la sourate Hâmîm as-Sadjda parlent de la création de la Terre, des cieux et de la Terre. Il apparaît donc que le Coran n’établit aucun ordre de succession concernant la question de savoir lequel des cieux et de la Terre a été créé en premier.
Le nombre de sourates où la Terre est mentionnée en premier est très faible : seulement deux. Le verset 29 de la sourate al-Baqara et le verset 4 de la sourate Tâ-Hâ disent : « Celui qui a créé la Terre et les cieux élevés. » En revanche, les sourates où les cieux sont mentionnés en premier sont beaucoup plus nombreuses : neuf au total. Il s’agit du verset 54 de la sourate al-A‘râf, du verset 3 de la sourate Yûnus, du verset 7 de la sourate Hûd, du verset 59 de la sourate al-Furqân, du verset 4 de la sourate as-Sadjda, du verset 38 de la sourate Qâf, du verset 4 de la sourate al-Hadîd, des versets 27 à 33 de la sourate an-Nâzi‘ât et des versets 5 à 10 de la sourate ach-Chams.
En réalité, à l’exception de la sourate an-Nâzi‘ât, aucun ordre de succession précis n’est donné ailleurs. Dans les autres passages, les deux éléments sont reliés par le mot « wa », c’est-à-dire « et », ou par le mot « thumma », qui signifie « en outre » ou « de plus ». Il peut donc s’agir d’un simple lien, mais aussi d’une succession.
Il me semble qu’une seule sourate du Coran décrit un ordre de succession précis entre les différents événements de la création. Les versets 27 à 33 de la sourate an-Nâzi‘ât disent :
« Votre création est-elle plus difficile, ou celle du ciel ? C’est Lui qui l’a construit ; Il l’a élevé et l’a harmonieusement ordonné.
Il assombrit la nuit et fait apparaître la lumière du soleil durant le jour ; puis Il étend la terre ; Il en fait surgir ses sources et ses pâturages, et Il y enfonce fermement les montagnes ; tout cela est destiné à votre jouissance ainsi qu’à celle de vos bestiaux. »
Cette description des bienfaits d’Allah pour l’être humain dans le monde terrestre est formulée dans un langage adapté aux agriculteurs et aux bédouins de la péninsule Arabique. Mais auparavant, il est invité à réfléchir à la création des cieux. Après l’achèvement de l’alternance de la nuit et du jour, l’étape où Allah étendit et rendit fertile la terre a été placée très exactement dans la chronologie. Il est donc question ici de deux catégories d’événements : l’une concerne les cieux et l’autre le monde terrestre, et leur place dans la chronologie a été déterminée. La manière dont le sujet est présenté ici laisse comprendre que la terre existait nécessairement avant d’être étendue ; ainsi, lorsque Allah créa les cieux, la terre existait déjà. En outre, l’extension des cieux et de la terre ainsi que leur interconnexion donnent également l’idée de leur coexistence. Il n’est donc pas nécessaire de rechercher une signification particulière dans le fait que les versets coraniques mentionnent la création préalable de la terre ou celle préalable des cieux. À moins qu’elle ne soit clairement énoncée, la chronologie de la création ne saurait être influencée par la position des mots.
Le processus fondamental de formation des corps célestes et la formation des planètes et des satellites qui en résulte
Une brève description du processus fondamental de la création des corps célestes est donnée dans deux versets du Coran.
Sourate Al-Anbiyâ, verset 30 : « Puis Il se tourna vers le ciel, qui était alors une masse de fumée. Ensuite, Il lui dit, ainsi qu’à la terre : “Soumettez-vous toutes deux à Mon ordre, de gré ou de force.” Elles dirent : “Nous nous soumettons avec obéissance.” »
Nous examinerons plus tard, avec les autres problèmes biologiques mentionnés dans le Coran, l’apparition de la vie dans l’eau. Pour le moment, il est nécessaire de retenir les deux points suivants :
(a) La description de la présence d’une masse de fumée composée de particules petites et fines ; le mot arabe « dukhân » désigne précisément une telle matière. La fumée est généralement constituée d’une substance en phase gazeuse. Des particules fines y restent en suspension dans un état relativement stable. Selon la température, plus élevée ou plus basse, ces particules peuvent être à l’état solide, voire liquide.
(b) La mention du processus par lequel les éléments d’une masse de fumée unique, d’abord réunis — en arabe « râtq » —, furent ensuite séparés — en arabe « fatq ». Il convient de souligner que le mot arabe « fatq » signifie broyer, désunir et séparer, tandis que « râtq » signifie unir ou dissoudre plusieurs éléments afin de constituer une matière unique.
Dans d’autres versets du Coran, à propos des planètes et des satellites, on trouve l’idée qu’un objet primordial est divisé en plusieurs parties. Dès le début du Coran, juste après la formule inaugurale « Au nom d’Allah, le Tout Miséricordieux, le Très Miséricordieux », il est dit, dans le premier verset de la première sourate : « Louange à Allah, Seigneur des mondes. »
Le mot « mondes » est mentionné de nombreuses fois dans le Coran. De même, les cieux y sont mentionnés au pluriel, non seulement en raison de leur multiplicité, mais aussi à cause du nombre symbolique 7.
Ce nombre (7) est utilisé 24 fois dans le Coran pour exprimer différentes quantités numériques. Il porte souvent le sens de « nombreux » ; nous ignorons pourquoi. On sait que les Grecs et les Romains utilisaient le nombre 7 pour exprimer un pluriel indéfini. Dans le Coran, le nombre 7 désigne les cieux eux-mêmes (samāwāt). Il arrive même que ce nombre à lui seul désigne les cieux. Les sept voies des cieux sont mentionnées une fois :
« C’est Lui qui a créé pour vous tout ce qui est sur la terre ; puis Il S’est tourné vers le ciel et en a agencé sept cieux. Et Il est parfaitement informé de toute chose. » (Sourate Al-Baqara, verset 29)
« Nous avons créé au-dessus de vous sept voies, et Nous ne sommes pas inattentifs à la création. » (Sourate Al-Mu’minûn, verset 17)
« C’est Lui qui a créé sept cieux superposés. Tu ne verras aucune discordance dans la création du Tout Miséricordieux. Regarde encore : y vois-tu la moindre imperfection ? » (Sourate Al-Mulk, verset 3)
« N’avez-vous pas observé comment Allah a créé sept cieux superposés et y a établi la lune comme lumière et le soleil comme lampe ? » (Sourate Nûh, versets 15-16)
(Il convient de noter que, dans la Bible, la lune et le soleil sont tous deux appelés « lumière ». Mais dans le Coran, la lune est appelée lumière (nūr), tandis que le soleil est appelé dans ce verset une lampe qui donne de la lumière (sirāj). Nous verrons plus tard que d’autres qualificatifs sont également employés à propos du soleil.)
« J’ai édifié au-dessus de vous les sept cieux solidement établis et créé une lampe éclatante. » (Sourate An-Naba, versets 12-13)
Ici, par la lampe éclatante, il faut entendre le soleil. Les commentateurs du Coran sont unanimes à considérer que le nombre 7 ne signifie rien d’autre que le pluriel. On constate également que, dans les autres écrits datant de l’époque de Muhammad (s.), le nombre 7 servait à exprimer le pluriel. En outre, on retrouve le même sens dans les hadiths écrits à partir du premier siècle qui suivit son époque.
Il y a donc aussi de nombreux cieux et de nombreuses terres. Le lecteur du Coran peut dès lors s’étonner qu’il puisse exister d’autres terres semblables à la nôtre. Jusqu’à notre époque, cette vérité n’a certes pas encore été démontrée par l’homme, mais le verset 12 de la sourate 65 (At-Talaq) en donne l’annonce suivante :
« C’est Allah qui a créé les sept cieux, et autant de terres. Son commandement descend à travers tous les niveaux des cieux et de la terre, afin que vous sachiez qu’Allah est omnipotent et que toute chose relève de Sa connaissance. »
Puisque nous avons déjà vu que le nombre 7 exprime un pluriel indéfini ou une grande quantité, il est possible de conclure que, selon la description du Coran, il existe dans l’univers de nombreuses autres terres semblables à la nôtre.
Le lecteur du vingtième siècle sera également étonné de constater que le Coran mentionne trois catégories d’êtres créés : (1) les êtres des cieux, (2) les êtres de la terre et (3) les êtres de l’espace situé entre les cieux et la terre.
À ce propos, les versets suivants du Coran méritent attention :
« À Lui appartient tout ce qui est dans les cieux, sur la terre, entre les deux et sous le sol. » (Sourate Ta-Ha, verset 6).
« Il a créé les cieux, la terre et tout ce qui se trouve entre eux en six jours. » (sourate Al-Furqân, verset 9)
« Allah a créé les cieux, la terre et tout ce qui se trouve entre eux en six jours. » (sourate As-Sajda, verset 4)
« Nous avons créé les cieux, la terre et tout ce qui se trouve entre eux en six jours, et aucune fatigue ne Nous a touché. » (sourate Qâf, verset 38)
Le fait que l’œuvre de création n’ait pas fatigué Allah peut être considéré comme une réponse à un récit biblique. Ce récit rapporte qu’après avoir travaillé six jours, Allah se reposa le septième jour.
Outre les versets mentionnés ci-dessus, les versets suivants font également mention de « tout ce qui se trouve entre les cieux et la terre » : sourate 21 (Al-Anbiyâ), verset 16 ; sourate 44 (Ad-Dukhân), versets 7 et 38 ; sourate 78 (An-Naba), verset 37 ; sourate 15 (Al-Hijr), verset 85 ; sourate 46 (Al-Ahqâf), verset 3 ; et sourate 43 (Az-Zukhruf), verset 85.
Il est très difficile d’imaginer des objets créés en dehors des cieux et de la terre. Pour comprendre le sens de ces versets, il est nécessaire de progresser du simple au complexe : il faut d’abord prendre connaissance de ce que l’être humain a pu déterminer au sujet des objets situés au-delà du système solaire, puis connaître également la conception à laquelle la science moderne est parvenue concernant la structure de l’univers. Nous examinerons cette question plus tard.
Avant d’aborder les questions purement scientifiques, on peut examiner une nouvelle fois les informations que le Coran donne au sujet de la création. Les versets cités plus haut nous apprennent ce qui suit :
1) La création s’est généralement étendue sur six périodes.
2) La mise en relation des cieux et de la Terre aux différentes étapes de leur création.
3) La création de l’univers à partir d’une masse de fumée primordiale après sa fragmentation.
4) La multiplicité des cieux et des terres.
5) L’existence d’objets créés dans l’espace situé entre les cieux et la Terre.
Quelques données de la science moderne sur la structure de l’univers
Le système solaire
La Terre et les planètes qui tournent autour du Soleil constituent un ensemble si vaste et si bien ordonné qu’il paraît immense à l’échelle humaine. Pourtant, la Terre se trouve à environ 93 millions de miles du Soleil. Selon les mesures humaines, cette distance est sans aucun doute très grande, mais elle est bien moindre que celle de la planète la plus éloignée du Soleil, Pluton. La distance entre le Soleil et Pluton est de 3 milliards 672 millions de miles, soit environ 40 fois la distance entre le Soleil et la Terre. Si l’on double cette distance, on peut se faire une idée de la taille maximale du système solaire. La lumière du Soleil met environ 6 heures pour atteindre Pluton, alors que sa vitesse est de 186 000 miles par seconde. Ainsi, la lumière des étoiles situées aux confins du système solaire que nous connaissons met des milliards d’années à nous parvenir.
Les étoiles
Notre Terre n’est qu’un satellite du Soleil. Le Soleil et les différentes planètes qui gravitent autour de lui sont extrêmement petits, par leur taille et leur nature, dans le royaume de milliards d’étoiles. Pendant les nuits d’été, tout l’espace semble rempli d’étoiles, et cet ensemble d’étoiles est appelé la « Voie lactée ». Cette Voie lactée est immense et gigantesque. Si l’on mesurait la vitesse de la lumière en heures dans le système solaire, il faudrait environ 90 000 ans à la lumière pour aller d’une extrémité à l’autre de l’amas d’étoiles le plus dense de tout le royaume stellaire. Le royaume stellaire auquel appartient notre Terre est certes incroyablement gigantesque, mais il ne constitue pourtant qu’une partie infime de l’espace céleste. En outre, il existe, au-delà de notre royaume stellaire, de nombreux amas d’étoiles semblables à la Voie lactée. Grâce aux progrès de l’astronomie, ce n’est qu’il y a un peu plus de cinquante ans, après la construction de télescopes aussi précis et puissants que celui du mont Wilson, aux États-Unis, qu’il est devenu possible de découvrir ces amas d’étoiles. Ils sont en très grand nombre et situés à des distances si considérables qu’il a fallu définir une unité spéciale appelée « année-lumière » pour mesurer ces distances. La distance parcourue en 326 ans à une vitesse de 186 000 miles par seconde est appelée une année-lumière.
Formation et évolution des étoiles, des amas d’étoiles et des systèmes planétaires
Qu’y avait-il à l’origine à l’endroit qu’occupe actuellement le royaume stellaire ? La science moderne n’a aucune réponse à cette question. On peut peut-être parler d’une certaine durée dans le processus d’évolution de l’Univers. Mais il n’existe aucun moyen de dire combien de temps cette durée s’est située dans notre époque actuelle.
La plus ancienne information que la science moderne permette d’obtenir est que l’Univers s’est formé à partir d’une masse de vapeur. Cette masse de vapeur, composée principalement d’hydrogène et d’une certaine quantité d’hélium, tournait lentement. Plus tard, elle s’est fragmentée en un grand nombre de morceaux gigantesques. Les physiciens ont estimé que chacun de ces morceaux avait un volume égal à 300 000 fois le volume actuel du Soleil, lui-même 300 000 fois celui de la Terre. C’est à partir de ces morceaux que les amas d’étoiles se sont formés.
Ensuite, les fragments se fragmentèrent à leur tour et donnèrent naissance à chacune des étoiles. Les fragments tournaient à une vitesse toujours croissante. À un moment donné, le processus de refroidissement commença, et ils furent soumis à l’influence de la pression, du magnétisme gravitationnel et de l’énergie de rayonnement. Sous l’effet de la contraction et de la transformation de l’énergie de rotation en énergie thermique, les étoiles devinrent lumineuses. Puis, lorsque commencèrent à agir la chaleur et l’énergie nucléaire, des molécules lourdes se formèrent par l’assemblage de molécules légères. Ainsi débuta le processus d’évolution : à partir de l’hydrogène se formèrent l’hélium, puis le carbone et l’oxygène, et finalement les métaux et les scories métalliques. De cette manière, on découvrit que les étoiles possédaient leur propre processus de naissance, et l’astronomie moderne les classe selon le stade actuel de leur évolution. Les étoiles connaissent également la mort. Après avoir atteint le stade final de leur évolution, on a observé que de nombreuses étoiles avaient subi des explosions internes, et qu’elles étaient ainsi devenues, en réalité, des « cadavres ».
Il a déjà été dit que la masse de vapeur primitive, en se séparant et en se dissociant, donna naissance aux différentes planètes, et notamment à la Terre. Depuis plus de vingt-cinq ans, aucun désaccord ne s’est plus manifesté sur un point : le Soleil s’est condensé à l’intérieur d’un fragment unique de la masse de vapeur, tandis que les autres planètes se sont condensées dans les fragments de masse gazeuse qui l’entouraient. Il est nécessaire d’insister fortement sur un point, qui est très important pour le sujet traité : dans le processus de formation d’un astre comme le Soleil ou d’un corps non lumineux comme la Terre, il n’existe aucun ordre chronologique ni aucune question d’antériorité ou de postériorité. Il y a une égalité et une simultanéité dans leur origine et leur développement.
La science tente de fournir quelques informations sur l’époque à laquelle tous ces événements se sont produits. On estime l’âge de notre royaume stellaire à dix mille crores d’années, et l’on affirme que le système solaire s’est formé cinq mille crores d’années plus tard. Selon les examens radiologiques effectués par les spécialistes, la Terre et le Soleil se sont formés il y a quatre mille cinq cents crores d’années. On constate donc que les astrophysiciens ont réussi à acquérir des connaissances très avancées concernant le processus général de formation du système céleste. Le résumé de ces connaissances est le suivant : une masse de vapeur en rotation s’est densifiée et contractée, puis, en se fragmentant, a formé le Soleil et les différentes planètes, qui ont pris leurs positions respectives. La Terre, ce monde céleste, en faisait partie. Concernant la Lune, tous admettent aujourd’hui cette possibilité : lorsque le mouvement de rotation s’est progressivement ralenti, la Lune s’est peu à peu séparée de la Terre. Les connaissances que les savants ont pu acquérir sur le processus de formation de la masse de vapeur primitive et des innombrables royaumes stellaires qui en sont issus, répartis en différentes catégories, ne laissent désormais plus de place au doute quant à la possibilité de l’existence de plusieurs mondes. Cela ne signifie toutefois pas qu’il soit certain ou prouvé qu’il existe d’autres Terres semblables à la nôtre.
L’idée de plusieurs mondes
Pourtant, les astrophysiciens compétents pensent qu’il est très probable qu’il existe d’autres planètes semblables à la Terre. Cependant, si l’on considère l’état général du système stellaire, on estime qu’il ne peut pas y exister un environnement analogue à celui de la Terre. Ainsi, pour rechercher une autre Terre, il faudra la chercher en dehors du système solaire, et les raisons suivantes font penser qu’il est très probable qu’il existe d’autres Terres ailleurs.
Les scientifiques pensent qu’au moins la moitié des cent milliards d’étoiles de notre galaxie possèdent un système planétaire semblable à celui du Soleil. Ces cinquante milliards d’étoiles tournent effectivement lentement comme le Soleil, et cette caractéristique laisse penser que chacune d’elles possède plusieurs satellites qui lui sont propres. Les étoiles sont situées si loin de la Terre qu’il est impossible de voir leurs satellites. Cependant, comme les trajectoires des étoiles sont quelque peu courbes et ondulatoires, on estime qu’il est très probable qu’elles possèdent des satellites. L’étoile de Barnard possède au moins un satellite compagnon, beaucoup plus grand que Jupiter, et pourrait même en posséder deux. À ce sujet, P. Guérin a écrit : « Tous les témoignages et toutes les preuves indiquent que les systèmes planétaires sont largement répandus dans l’ensemble de l’Univers. Ils n’existent pas seulement dans le système solaire et sur la Terre. » Et, par conséquent, naturellement, « la vie est répandue partout dans l’Univers, tout comme sur les planètes qui abritent la vie, en particulier dans les régions où existent des conditions matérielles et chimiques favorables au développement de la vie. »
La matière interstellaire
Nous avons déjà vu que la vapeur primordiale, en se condensant et en se fragmentant, a donné naissance aux étoiles, aux planètes et aux satellites. Mais la vapeur qui était ensuite « restée » occupe aujourd’hui l’espace entre les différentes étoiles. La lumière des étoiles se réfléchit donc sur elle. On sait qu’une partie de cette vapeur est également noire et relativement peu dense, et qu’elle entrave les travaux de relevé des astronomes. Cette matière subsiste comme un lien entre les différents ensembles d’étoiles. Lorsque l’on considère les distances immenses qui séparent ces ensembles, il semble que, bien que cette matière soit relativement peu dense, sa quantité totale soit probablement beaucoup plus importante que celle de l’ensemble des étoiles. Cet ouvrage a accordé une grande importance à la situation de cette matière et a déclaré que la conception de l’évolution de l’Univers pourrait être considérablement modifiée par cette seule « matière ».
Nous pouvons maintenant examiner, à la lumière de ces données scientifiques modernes, la conception coranique de la création du monde.
Face aux données du Coran
Nous examinerons les informations relatives à la création que le Coran fournit dans cinq domaines.
1) Selon le Coran, les œuvres accomplies durant les six périodes de la création des cieux et de la Terre sont les suivantes : la formation des corps célestes et de la Terre, ainsi que les événements décrits dans le Coran concernant la Terre jusqu’à ce qu’elle devienne habitable pour l’être humain, nourriture comprise, se sont déroulés en quatre périodes. Ces quatre périodes correspondent aux quatre périodes géologiques de la science moderne. Et nous savons que l’installation de l’être humain a commencé durant la dernière période. Toutefois, cette division des périodes par la science n’est qu’une simple hypothèse. Personne ne peut en fournir les informations exactes.
Il convient de remarquer que, dans la sourate Ḥā-Mīm as-Sajda du Coran (versets 9 à 12), il est mentionné que la formation du cosmos et de la Terre s’est faite en deux étapes. Prenons maintenant comme exemple le Soleil et la Terre, son satellite (car c’est le seul exemple que nous puissions comprendre) : la science nous apprend que le Soleil et la Terre se sont formés par la condensation, puis la séparation, de la vapeur primordiale. C’est exactement ce que dit le Coran. Il y est clairement affirmé que le Soleil et la Terre se sont formés après que la « fumée » s’est constituée, puis s’est séparée. Il apparaît donc qu’en matière de faits, il existe une parfaite concordance entre le Coran et la science.
2) La science moderne parle d’un lien entre les deux étapes de la formation d’une étoile, comme le Soleil, et de son satellite, comme la Terre. Le verset du Coran que nous avons examiné mentionne précisément ce lien de manière explicite.
3) La « fumée » dont le Coran mentionne l’existence au stade initial de la création de l’univers est manifestement la « vapeur primordiale » de la science moderne.
4) La science moderne confirme sans réserve la mention coranique de l’existence de plusieurs cieux. Cette confirmation se trouve dans l’opinion des astrophysiciens concernant le grand nombre d’étoiles et leur multitude. En revanche, le Coran donne à penser qu’il existe de nombreuses autres terres semblables à la nôtre, du moins sous certains aspects, mais la science moderne n’a pas encore pu établir la véracité de cette idée. Les spécialistes estiment toutefois que l’existence de plusieurs terres est très probable.
5) Le Coran mentionne, dans l’espace situé entre les « cieux » et la « Terre », l’existence d’une « création intermédiaire ». La science moderne reconnaît l’existence d’un « pont de matière inconnue » au-delà du cosmos organisé. Certes, il n’a pas été possible d’établir pleinement par des données scientifiques tous les éléments présentés dans le récit coranique, mais les données du Coran concernant la création de l’univers ne sont nullement en contradiction avec les connaissances modernes. Il est particulièrement nécessaire d’insister sur ce point du Coran, car les informations que contient l’Ancien Testament actuel sur le même sujet ne sont nullement acceptables du point de vue scientifique. Le récit de la version sacerdotale de la Bible sur ce même sujet a été rédigé par les prêtres eux-mêmes pendant l’exil à Babylone, et son objectif principal était de donner une apparence de légitimité à leurs doctrines religieuses. Le récit de la version yahviste est si bref et si obscur qu’il ne se prête nullement à un examen scientifique. Il est nécessaire de souligner et de rappeler une fois encore l’énorme différence entre les récits du Coran et de la Bible. Depuis les débuts de l’islam, on porte en effet contre Muhammad (que la paix soit sur lui) l’accusation infondée d’avoir copié le récit biblique ; cette accusation est entièrement fausse et dépourvue de fondement. Comment un homme ayant vécu il y a quatorze siècles aurait-il pu, en écartant les informations erronées du point de vue scientifique, corriger le récit de son époque ? Et comment aurait-il pu, par ses propres efforts, y ajouter des informations et des descriptions dont la véracité ne pouvait être établie et démontrée que par la science moderne ? L’accusation d’avoir copié ou corrigé la Bible est donc totalement dénuée de raison. Le récit coranique de la création est entièrement différent de celui de la Bible.
Réponse à quelques objections
Cependant, il n’existe aucun désaccord quant aux ressemblances entre le Coran et la Bible dans d’autres domaines, notamment dans les récits de l’histoire religieuse. Un fait particulièrement remarquable et curieux à cet égard est que, malgré la concordance entre de nombreuses informations et enseignements de l’Ancien Testament, personne ne les accuse d’avoir été copiés. Pourtant, c’est précisément en raison de ces ressemblances qu’en Occident Muhammad (que la paix soit sur lui) est qualifié d’imposteur — à Dieu ne plaise —, et que l’on affirme qu’en dépit d’avoir copié la Bible, il a fait passer cet enseignement copié pour une révélation. L’accusation selon laquelle il aurait reçu son enseignement de prêtres chrétiens et aurait fait passer cette même chose pour une révélation est tout aussi dénuée de fondement. Je prie ceux qui portent cette accusation de relire le livre d’Alfred Blachère, Le Problème de Mahomet (Le Problème de Mahomet, Presses universitaires de France, Paris, 1952). Il a qualifié toutes ces accusations de « contes absurdes ».
On laisse également entendre que certains autres récits du Coran ressemblent à de nombreuses croyances antérieures de la Bible.
On cherche généralement dans les textes religieux des confirmations aux récits relatifs à la création. On peut citer, à titre d’exemple, la croyance répandue chez les Polynésiens selon laquelle les eaux primordiales étaient plongées dans les ténèbres et se séparèrent après l’apparition de la lumière. C’est ainsi que le ciel et la terre furent formés. Ce récit est parfois comparé au récit de la création rapporté dans la Bible. Il existe certes une ressemblance entre les deux, mais cela ne suffit nullement à justifier l’accusation selon laquelle le récit biblique aurait été écrit en copiant cette légende.
De même, il serait infondé d’affirmer que, puisque l’idée coranique de la séparation initiale des éléments primordiaux de l’univers, idée que la science moderne confirme, se retrouve sous diverses formes dans différentes légendes, elle aurait été copiée de ces légendes puis insérée dans le Coran. Il est néanmoins possible d’examiner attentivement ces légendes et ces récits mythologiques. On y trouve souvent une idée première qui paraît raisonnable et qui, si l’on écarte les descriptions extravagantes, semble conforme à ce que nous savons aujourd’hui — ou croyons savoir — être vrai. Cette idée est que, à l’origine, le ciel et la terre étaient réunis, puis se séparèrent. Mais lorsque, au Japon, on ajoute à cette idée un œuf contenant une semence et entouré de chaos, l’ensemble perd toute importance. Dans d’autres pays, on ajoute un jeune arbre à la place de l’œuf. Celui-ci grandit peu à peu et, simultanément, le ciel se sépare de la terre et s’élève au-dessus d’elle. Ici encore, ce sont ces détails imaginaires et développés qui caractérisent la légende. L’idée fondamentale, toutefois, se retrouve partout.
C’est précisément pour montrer comment l’imagination humaine a créé des ornements et des embellissements, ainsi que la différence fondamentale qui existe avec le récit coranique
que ces légendes ont été mentionnées ici. Le récit coranique ne contient aucun détail extravagant ; son langage et son choix de termes sont mesurés et conformes aux données scientifiques modernes. Aucune explication humaine ne permet de rendre compte de la manière dont une description aussi exacte de la création a pu parvenir au Coran quatorze siècles auparavant.
L’astronomie dans le Coran
Le Coran fournit de nombreuses indications et réflexions au sujet des cieux. Dans notre étude de la création, nous avons déjà vu qu’il mentionne plusieurs cieux et plusieurs terres, ainsi qu’une « création intermédiaire » située entre les cieux et la terre. La science moderne a établi l’existence de cette « création intermédiaire ». Les versets relatifs à la création donnent également une idée générale de ce qui existe dans les cieux, c’est-à-dire au-delà de la terre.
En dehors des versets spécifiquement consacrés à la création, le Coran contient encore près de quarante versets comportant des données astronomiques. Ils orientent la réflexion et la compréhension au sujet des objets qui composent l’univers. Dans quelques versets, il n’est toutefois question de rien d’autre que d’un appel à prendre conscience de la grandeur du Créateur, qui a organisé les étoiles et les systèmes planétaires. Quoi qu’il en soit, nous savons que les étoiles et les systèmes planétaires se trouvent dans un état d’équilibre parfait, et Newton a expliqué en détail, dans sa loi de l’« attraction mutuelle » des planètes, que cet état est stable et solidement établi.
Les premiers versets que nous citerons ne contiennent pas beaucoup d’informations susceptibles de faire l’objet d’une analyse scientifique ; cette citation est néanmoins nécessaire pour attirer l’attention sur la toute-puissance d’Allah. Elle est également nécessaire pour comprendre la description réaliste que le Coran a donnée, il y a quinze siècles, de l’organisation de l’univers.
Dans le cas de l’« autre », toutes ces informations et considérations forment un ensemble cohérent. En effet, cette question de l’organisation de l’univers ne se trouve ni dans l’Ancien Testament ni dans la Bible. Certaines notions y sont certes mentionnées, mais nous avons constaté, lors de l’examen du récit biblique de la création, qu’elles sont entièrement erronées et purement imaginaires. En revanche, le Coran expose cette question de manière approfondie et détaillée. Ce qui y est exposé est très important, mais ce qui n’y est pas exposé l’est également. On peut citer, à titre d’exemple, le fait que le Coran ne mentionne aucune des théories relatives à l’organisation des corps célestes qui étaient répandues au moment de sa révélation.
Par la suite, les savants ont établi que toutes ces théories étaient entièrement erronées. Un exemple précis à ce sujet sera présenté plus loin.
Bien que la question soit entièrement négative, il est très nécessaire de la mentionner. En effet, j’ai entendu beaucoup de ceux qui fouillent le ciel et la terre pour donner aux informations fournies par le Coran une explication humaine — et aucune autre, une explication purement humaine — dire : « Si le Coran contient des descriptions astronomiques étonnantes, c’est parce que les Arabes étaient très instruits dans ce domaine. » Mais ils ne remarquent pas que, dans les sociétés musulmanes, l’étude des sciences s’est développée généralement après la révélation du Coran, et que les connaissances scientifiques de cette époque ne suffisaient pas à un être humain pour rédiger les versets correspondants du Coran. Nous établirons plus loin, à l’aide de faits et d’exemples, la justesse de cette remarque.
Orientations générales pour réfléchir au ciel et se le représenter
« Ne regardent-ils donc pas le ciel au-dessus d’eux, comment Nous l’avons édifié et embelli, et comment il est sans fissures ? » — Sourate 50 (Qaf), verset 6 : question générale de l’être humain.
« Il a élevé les cieux sans piliers — vous les voyez… » — Sourate 13 (Ar-Ra‘d), verset 2.
« Allah a élevé les cieux sans piliers visibles. Puis Il s’est établi sur le Trône et a assujetti le soleil et la lune à une règle… »
Ces deux versets réfutent donc comme fausse la croyance répandue selon laquelle les cieux seraient posés sur des piliers et ne s’effondreraient pas ainsi sur la Terre pour la dévaster.
« Il a élevé le ciel… » Sourate 55 (Ar-Rahman), verset 7.
« Il maintient le ciel afin qu’il ne tombe pas sur la terre, sauf avec Sa permission. » — Sourate 22 (Al-Hajj), verset 65.
Il est désormais universellement reconnu que l’équilibre des différents corps célestes et de leurs satellites est déterminé et maintenu en fonction de leurs distances considérables les uns des autres, ainsi que de leur forme et de leur volume. Plus la distance est grande, plus la force de l’attraction réciproque est faible. Lorsque la distance diminue, la force d’attraction augmente.
Comme la Lune est située près de la Terre, elle exerce, conformément à la loi de l’attraction, une influence sur les eaux des mers terrestres, et ce
phénomène est connu sous le nom de marée haute et marée basse. Si deux planètes viennent à se trouver très proches l’une de l’autre, une collision devient inévitable. Mais si les collisions ne se produisent pas, c’est parce que toutes les planètes et tous les satellites sont soumis à une loi. Le fait que c’est Allah qui les a soumis à cette loi est mentionné en de nombreux endroits du Coran.
Allah a dit au Prophète : « Demande : Qui est le Seigneur des sept cieux et du Trône sublime ? » — Sourate 23 (Al-Mu’minun), verset 86.
Nous avons déjà expliqué que l’expression « sept cieux » ne désigne pas seulement sept cieux, mais un nombre indéterminé de cieux.
« Il vous a soumis tout ce qui est dans les cieux et sur la terre, par Sa grâce ; il y a là des signes pour un peuple réfléchi. » — Sourate 45 (Al-Jathiya), verset 13.
« Le soleil et la lune évoluent sur des orbites déterminées. » Sourate 25 (Ar-Rahman), verset 5.
« C’est Lui qui a créé la nuit pour le repos, ainsi que la lune et le soleil pour le calcul du temps. » Sourate 6 (Al-An‘am), verset 96.
« Il a soumis à votre service le soleil et la lune, qui suivent continuellement la même règle, et Il a également soumis à votre service la nuit et le jour. » — Sourate 14 (Ibrahim), verset 33.
Ici, un verset complète l’autre. C’est parce que les planètes et les satellites sont soumis à la même règle qu’ils parcourent régulièrement leurs orbites déterminées. Pour exprimer ce sens, le mot arabe « da’ib » a été employé ; son sens premier est « travailler avec constance et ardeur pour quelque chose ». Mais, dans l’usage qui en est fait ici, sa signification et sa portée sont : « poursuivre quelque chose avec constance, de manière immuable, conformément à un comportement déterminé ».
Sourate 36 (Yassine), verset 39 : Allah a dit : « Et pour la lune, Nous avons déterminé différentes phases, jusqu’à ce qu’elle redevienne semblable à une vieille branche de palmier desséchée et recourbée. »
En se desséchant et en se contractant, la branche de palmier prend précisément la forme d’un croissant de lune recourbé. Le sujet sera expliqué davantage par la suite.
Sourate 16 (An-Nahl), verset 12 : « C’est Lui qui a soumis à votre service la nuit, le jour, le soleil et la lune ; et les étoiles sont également soumises à Son ordre. Il y a certes en cela des signes pour les gens doués de raison. »
Le sujet est considéré sous l’angle concret du rôle important que jouent les corps célestes en facilitant les déplacements des hommes sur terre et par voie maritime, ainsi que le calcul du temps. Si l’on garde à l’esprit que les paroles du Coran s’adressent à ceux qui comprennent le langage simple de la vie quotidienne, il devient plus facile de saisir le sens de cette remarque. C’est pourquoi le verset suivant emploie des termes encore plus simples.
Sourate 6 (Al-An‘am), verset 97 : « Il a créé pour vous les étoiles afin que, grâce à elles, vous trouviez votre chemin dans les ténèbres de la terre et de la mer. Il expose en détail les signes pour les gens doués de connaissance. »
Sourate 16 (An-Nahl), verset 16 : « Et Il a créé des repères pour s’orienter, et ils se dirigent aussi grâce aux étoiles. »
Sourate 10 (Yunus), verset 5 : « C’est Lui qui a rendu le soleil resplendissant et la lune lumineuse, et qui en a déterminé les phases, afin que vous puissiez compter les années et connaître le calcul du temps. Allah n’a pas créé cela en vain. Il expose en détail tous ces signes pour les gens doués de connaissance. »
Il convient de mentionner ici que, dans la Bible, le soleil et la lune sont tous deux désignés comme des « lumières », l’un étant qualifié de « plus grand » et l’autre de « plus petit ». En revanche, dans le Coran, ce n’est pas une différence de degré, mais une différence fondamentale qui est mise en évidence par les termes « resplendissant » et « lumineux ». Cette différence peut peut-être être considérée comme une simple différence de vocabulaire, mais comment aurait-on pu expliquer, sans créer de confusion, que les deux ne sont pas une seule et même lumière ?
La nature des corps célestes : le Soleil et la Lune
Le soleil est un éclat rayonnant (diyā) et la lune une lumière (nūr). Cette traduction paraît plus exacte. Dans certaines autres traductions, les deux mots employés portent presque le même sens. Le mot « diyā » vient de la racine « ḍawā ». Dans le dictionnaire arabe-français rédigé par Kazi Mirsky, son sens est donné comme « être brillant », « être lumineux » (comme le feu). Bien entendu, le mot « lumière » est également employé. Ainsi, du point de vue du sens, la différence de nature entre le soleil et la lune ne ressort pas de manière très marquée. Toutefois, pour déterminer cette différence, nous pouvons nous référer au Coran lui-même.
Sourate 25 (Al-Furqan), verset 61 : « Que grand est Celui qui a créé le firmament, avec les constellations zodiacales, et qui y a placé le soleil et la lune lumineuse. »
Sourate 71 (Nuh), versets 15-16 : « N’avez-vous pas observé comment Allah a créé les cieux disposés en sept niveaux, et y a placé la lune comme lumière et le soleil comme lampe ? »
Sourate 78 (An-Naba), versets 12-13 : « Nous avons construit au-dessus de vous sept cieux solidement établis, et créé une lampe ardente. »
Par la lampe ardente, c’est manifestement le Soleil qui est désigné. Quant à la Lune, elle est décrite comme un astre qui donne de la lumière (munîr). Le mot munîr vient de la racine « nûr ». Il en ressort donc que la lumière (nûr) appliquée à la Lune (munîr) est une lumière donnée. Le Soleil, en revanche, est comparé à une lampe (sirâj), ou à une lampe ardente (wahhâj).
Pour n’importe quelle personne vivant à l’époque de Muhammad (s.a.s.), il était très facile de comprendre cette différence. En effet, pour les habitants du désert, l’aspect ardent et éclatant du Soleil ainsi que la lumière froide de la Lune étaient très familiers. Ainsi, la comparaison employée dans le Coran pour désigner ces deux astres est tout à fait naturelle. Il convient toutefois de remarquer que cette comparaison ne fait appel à rien qui existait à cette époque mais n’existe plus aujourd’hui. C’est pourquoi, même après tout ce temps, nous n’éprouvons aucune difficulté à la comprendre.
Nous savons que le Soleil est une étoile qui brûle intérieurement et qui, de ce fait, émet de la chaleur et de la lumière. La Lune, en revanche, ne produit aucune lumière qui lui soit propre ; elle ne fait que réfléchir la lumière reçue du Soleil, comme un corps inerte, du moins du point de vue de son enveloppe extérieure.
Il apparaît donc que ce que la science nous a appris aujourd’hui au sujet du Soleil et de la Lune ne contredit en rien le Coran.
La constellation des étoiles
Comme le Soleil, les étoiles sont des astres célestes. De nombreux phénomènes naturels se produisent dans ces astres ; parmi ceux que l’on observe facilement figure la production de lumière. Autrement dit, l’étoile produit elle-même sa propre lumière.
Le mot « étoile » apparaît treize fois dans le Coran. Le mot arabe najm, dont le pluriel est nujûm, vient d’une racine qui signifie apparaître, devenir visible. Ce mot ne comporte que la notion d’un astre céleste visible ; il n’indique pas si cet astre produit lui-même sa lumière ou s’il réfléchit la lumière d’un autre. Toutefois, pour expliquer clairement que l’astre est une étoile, le Coran emploie un terme qualificatif.
Sourate 86 (At-Târiq), versets 1-3 : « Par le ciel et par ce qui apparaît dans la nuit ! Et que sais-tu de ce qui apparaît dans la nuit ? C’est une étoile lumineuse ! »
Dans le Coran, le mot « thâqib » est employé comme qualificatif de l’étoile du soir. Il signifie « ce qui transperce quelque chose ». Il est employé ici au sens de ce qui transperce l’obscurité de la nuit. Le même mot est également utilisé pour désigner la chute des météores dans la sourate As-Saffât (sourate 37, verset 10). Il est à noter que la chute des météores se produit à la suite de phénomènes de combustion dans les étoiles.
Le système planétaire
Il est difficile de dire si, dans le Coran, les différentes planètes sont identifiées de la même manière qu’à l’époque actuelle, où elles sont désignées par des noms précis.
Les planètes n’ont pas de lumière propre ; elles gravitent autour du Soleil. La Terre est une planète de ce type. Il est possible qu’il existe des planètes ailleurs, mais toutes celles dont l’existence est connue jusqu’à présent se trouvent dans le système solaire.
Dans l’Antiquité, l’existence de planètes autres que la Terre était déjà connue des hommes. Ces cinq planètes sont Mercure (Budh), Vénus (Mars), Mars (Mars), Jupiter (Brihaspati) et Saturne (Shani). Plus récemment, trois autres planètes ont été découvertes : Uranus, Neptune et Pluton. Dans le Coran, le mot « kawkab » (au pluriel « kawâkib ») désigne le système planétaire, mais le nombre de planètes n’est pas précisé. Le rêve de Joseph (sourate 12, Yûsuf) mentionne onze planètes, mais cette description est fictive en tant que définition.
Une bonne définition du sens du mot « kawkab » semble avoir été donnée dans un verset célèbre du Coran. La nature spirituelle de la signification plus profonde de cette définition est très manifeste, et les spécialistes de la religion débattent également de cette question. Néanmoins, la description métaphorique de ce mot dans ce verset laisse penser qu’il s’agit probablement d’une « planète ».
Sourate 24 (An-Nûr), verset 35 : « Allah est la lumière des cieux et de la Terre. Sa lumière est semblable à une niche dans laquelle se trouve une lampe ; la lampe est dans un récipient de verre, et le récipient de verre est semblable à une étoile brillante. » Il s’agit ici de la projection de lumière sur un objet — le verre — qui réfléchit cette lumière et devient lui-même lumineux, tout comme la Lune est éclairée par la lumière du Soleil. Dans le Coran, on ne trouve qu’une seule description explicative du mot « kawkab ».
Le terme apparaît également dans d’autres versets. Mais, dans plusieurs d’entre eux, il est difficile de déterminer quel astre céleste il désigne. C’est le cas, par exemple, de la sourate 6 (Al-An‘am), verset 76, et de la sourate 82 (Al-Infitar), versets 1-2.
Cependant, si l’on considère la question à la lumière de la science moderne, il semble qu’au moins dans l’un des versets, l’astre mentionné fasse particulièrement allusion aux planètes que nous connaissons.
Sourate 37 (As-Saffat), verset 6 : « Nous avons embelli le ciel le plus proche de vous avec des étoiles. »
Le « ciel le plus proche de vous » mentionné dans le Coran désigne-t-il le système solaire ? Il est désormais bien connu que, parmi les objets célestes qui nous sont proches, il n’existe, en dehors des planètes, aucun objet permanent, et que, dans le système solaire, le Soleil est la seule étoile qui possède un nom propre. Par conséquent, si les planètes ne sont pas visées, il est difficile de déterminer de quoi il pourrait s’agir. La traduction proposée pour ce verset semble donc exacte, et il est vraisemblable que le Coran parle précisément de ce que nous entendons aujourd’hui par le terme de planètes.
Le ciel le plus bas
Le Coran mentionne à plusieurs reprises le ciel le plus bas. Il mentionne également les corps célestes et affirme que ceux-ci se trouvent dans le ciel le plus bas. Nous avons déjà vu que, parmi les différents corps célestes, les planètes doivent occuper la première place. Lorsque le Coran associe aux notions relatives aux objets que nous avons appris à connaître grâce aux progrès de la science moderne des descriptions naturelles d’ordre purement spirituel, nous ne parvenons pas à en saisir clairement le sens.
Ainsi, nous comprenons aisément le sens du verset cité précédemment (sourate 37, As-Saffat, verset 6 : « Nous avons embelli le ciel le plus proche de vous avec des étoiles »). Mais, dans le verset qui suit immédiatement, dans la même sourate (verset 7), il est dit : « Et Nous l’avons protégé contre tout démon rebelle. » Cette protection est également mentionnée dans la sourate Al-Anbiya (sourate 21, verset 32) : « Et Nous avons fait du ciel un toit protégé », ainsi que dans la sourate Ha-Mim As-Sajda (sourate 41, verset 12) : « Il embellit le ciel le plus proche de lampes et le rendit protégé. » Mais nous sommes ici confrontés à une signification entièrement différente.
En outre, le verset 5 de la sourate Al-Mulk (sourate 67) dit : « Nous avons embelli le ciel le plus proche avec des lampes, Nous en avons fait des projectiles contre les démons et Nous leur avons préparé le châtiment du Feu ardent. » Que peut-on entendre ici par « projectiles contre les démons » dans le ciel le plus proche ? Ces lampes sont-elles elles-mêmes les projectiles ? (Nous savons naturellement que, lorsqu’un météore atteint les couches supérieures de l’atmosphère, il se produit un phénomène lumineux qui donne l’impression qu’une étoile est projetée.)
Mais toutes ces questions dépassent probablement le cadre de notre discussion actuelle. Toutefois, elles ont été mentionnées ici en si grand nombre afin de présenter un tableau complet. Comme ces questions se trouvent encore au-delà des limites de la compréhension humaine, il ne semble guère possible d’en obtenir une explication intelligible avec leur aide.
La structure de l’univers
Les informations que le Coran fournit à ce sujet concernent principalement le système solaire. Il contient certes aussi de nombreuses mentions d’objets extérieurs au système solaire, et ces objets n’ont été découverts que très récemment. Le Coran comporte deux versets particulièrement importants concernant les orbites du Soleil et de la Lune.
Sourate 21 (Al-Anbiyâ’), verset 33 : « C’est Allah qui a créé la nuit et le jour, ainsi que le Soleil et la Lune. Chacun vogue sur son orbite. »
Une information importante est donnée ici : le Soleil et la Lune possèdent leurs propres orbites. On apprend en outre que ces deux astres se déplacent selon leur propre mouvement. Ces deux versets fournissent également une information négative. Il y est dit que le Soleil se déplace sur une orbite, mais rien n’est précisé quant à la nature de cette orbite par rapport à la Terre. À l’époque de la révélation du Coran, on pensait que le Soleil tournait et que la Terre demeurait immobile. Cette croyance prévalut depuis l’époque de Ptolémée, au IIe siècle avant J.-C., jusqu’à celle de Copernic, au XVIe siècle après J.-C. Les gens de l’époque de Muhammad (s.) partageaient eux aussi cette conception ; pourtant, le Coran n’en fait mention nulle part.
Les orbites de la Lune et du Soleil
Le mot arabe « falak » a été traduit ici par « orbite ». De nombreux traducteurs persans du Coran ont attribué à ce mot le sens de « sphère ». Sa signification première semble effectivement aller dans ce sens. Hamidullah, en revanche, l’a traduit par « orbite ».
Les traducteurs du Coran des époques anciennes ont été assez perplexes au sujet de ce mot. En effet, ils ne pouvaient concevoir que la trajectoire de la Lune et du Soleil fût circulaire. Ils ont donc imaginé pour cette trajectoire une forme probablement assez proche de la réalité, ou totalement erronée. En mentionnant les différentes interprétations du mot dans sa traduction du Coran, C. Hamza Boubekar a écrit : « une sorte d’axe semblable à une barre de fer, autour duquel tourne une roue, la sphère céleste, une orbite, les signes du zodiaque, le mouvement, une vague ». Il a toutefois également cité cette remarque du célèbre commentateur du Coran du Xe siècle, Tabari : « Lorsque nous ne savons pas, il convient de garder le silence. » Ainsi, si les hommes avaient connu ou compris la notion d’orbite à l’époque de Muhammad (s.), il n’aurait pas été si difficile alors de saisir le sens de ces deux versets du Coran. Une conception entièrement nouvelle était donc apparue dans le Coran, et sa signification exacte n’a pu être comprise que plusieurs siècles plus tard.
L’orbite de la Lune
Il est aujourd’hui largement admis que la Lune est un satellite de la Terre et qu’elle fait le tour de celle-ci en vingt-neuf jours. Cependant, son orbite n’est pas parfaitement circulaire ; l’astronomie moderne la décrit comme quelque peu elliptique. Ainsi, la distance entre la Terre et la Lune — 240 000 miles — est une distance moyenne.
Nous avons déjà relevé l’importance accordée dans le Coran à la nécessité d’observer le mouvement de la Lune pour mesurer le temps. (Sourate 10, Yunus, verset 5, déjà cité.)
À l’époque du calendrier julien, lorsque le Coran fut révélé, les habitants de cette région avaient l’habitude de mesurer le temps en fonction des mouvements de la Lune. En outre, puisque le Coran avait d’abord été révélé à leur intention, il était approprié de ne pas bouleverser leurs habitudes, en s’adressant à eux dans le langage des signes et des phénomènes du ciel et de la Terre qu’ils pouvaient comprendre. De plus, leur mesure du temps fondée sur la Lune était précise et pratique. Il est désormais universellement admis que les habitants du désert étaient très habiles à observer le ciel ; ils naviguaient en se guidant sur la position des étoiles et mesuraient le temps d’après la forme de la Lune. À cette époque, cette méthode était pour eux la plus simple et la plus fiable.
Beaucoup de gens, en dehors des spécialistes, savent qu’il existe une parfaite concordance entre les calendriers julien (solaire) et lunaire : 235 mois lunaires correspondent exactement à 19 années juliennes de 365,25 jours. Cependant, le calcul de l’année sur la base de 365 jours n’est pas non plus exact, car il doit être corrigé tous les quatre ans (année bissextile). Dans le calendrier lunaire, cette discordance apparaît tous les 19 ans — souvenons-nous des 19 années du calendrier julien ou solaire. C’est le cycle métonique, ainsi nommé d’après l’astronome grec Méton, qui découvrit au Ve siècle avant Jésus-Christ cette relation précise entre les calculs solaires et lunaires.
L’orbite du Soleil
Il est encore plus difficile de concevoir l’orbite du Soleil. En effet, nous sommes habitués à voir tout le système solaire organisé autour du Soleil. Pour comprendre le verset coranique, il nous faut recourir à notre imagination.
Notre galaxie contient d’innombrables étoiles. Dans son ensemble, elle a la forme d’un disque ; les étoiles y sont très densément concentrées au centre et plus clairsemées vers les bords. Dans ce disque, le Soleil se trouve très loin du centre. Les corps célestes tournent autour de leur propre centre. Ainsi, le Soleil tourne lui aussi en orbite autour de ce même centre. L’astronomie moderne a pu établir une description détaillée de ce processus. En 1917, un scientifique nommé Shapley a estimé que la distance entre le Soleil et le centre de la galaxie était de 10 kiloparsecs, soit autant de miles que le nombre obtenu en plaçant 17 zéros après le chiffre 2. La galaxie et le Soleil mettent environ 250 millions d’années pour accomplir une révolution autour de leur centre, et au cours de ce voyage, la vitesse du Soleil est d’environ 150 miles par seconde.
C’est précisément ce qui a été dit dans le Coran, il y a quatorze siècles, au sujet du mouvement orbital du Soleil. L’astronomie moderne est parvenue à démontrer concrètement, preuves à l’appui, l’existence de ce processus et son mécanisme détaillé ; cette réussite n’est d’ailleurs qu’une réussite parmi tant d’autres.
Le mouvement de la Lune et du Soleil dans l’espace grâce à leur propre énergie
Cette notion ne figure dans aucune des traductions du Coran réalisées par les érudits. Comme ils ne connaissaient absolument rien à l’astronomie, ils ont traduit le mot arabe concerné en retenant l’un de ses sens multiples : « nager ». C’est le cas dans toutes les traductions françaises, et il en va de même dans la traduction anglaise, par ailleurs très estimable, d’Allama Yusuf Ali (éditeur : Sheikh Muhammad Ashraf, Lahore, Pakistan). (Note du traducteur bengali : la remarque de M. Bucaille s’applique également à la traduction bengalie du Coran publiée par la Fondation islamique.)
Le verbe arabe « sāḥaba » (dans les deux versets cités, « yasbaḥūn ») exprime l’idée de se mouvoir par sa propre énergie. Tous les sens du mot permettent de comprendre que la force motrice du mouvement provient du corps même de l’objet en mouvement. Si le mouvement, c’est-à-dire le déplacement, se produit dans l’eau, il s’agit de « nager » ; s’il se produit sur la terre, il s’agit de « marcher », c’est-à-dire de se déplacer grâce à la force des jambes. Mais si le mouvement se produit dans l’espace, il ne semble guère y avoir d’autre possibilité que d’appliquer le sens premier du mot : se mouvoir par sa propre énergie. On ne peut donc probablement pas dire que la traduction soit erronée. En effet, premièrement, lorsque la Lune tourne autour de la Terre, elle tourne également sur elle-même, en environ 29 jours et demi en moyenne. C’est pourquoi la même face de la Lune nous est toujours tournée. Deuxièmement, le Soleil met environ 25 jours à effectuer une rotation sur lui-même. Cette vitesse présente certaines différences entre la région de l’équateur et les régions polaires (nous n’en examinerons pas ici l’explication détaillée), mais, dans l’ensemble, l’énergie de ce mouvement est bien produite par le corps même du Soleil.
Il apparaît donc que, par la portée sémantique du mot employé dans le Coran, c’est bien le mouvement de la Lune et du Soleil engendré par leur propre énergie qui est évoqué. Les faits découverts par la science moderne ont confirmé cette vérité. Comment un homme du VIIe siècle, si instruit fût-il pour son époque, aurait-il pu parvenir à cette conception ? Il semble qu’il n’y ait absolument aucun moyen de l’expliquer. De plus, dans le domaine de l’astronomie, on ne peut certainement pas considérer Muhammad (s.) comme un homme instruit.
Certains n’acceptent pas cet argument. Ils disent que, dans l’Antiquité, de nombreux savants ont formulé des prédictions qui se sont révélées conformes aux faits par les expériences scientifiques modernes. Ils ne se fondaient certainement pas sur des données scientifiques, mais sur des données philosophiques. À cet égard, on cite l’exemple des pythagoriciens : ils auraient vigoureusement soutenu, dès le VIe siècle avant J.-C., que la Terre tourne sur elle-même et que les planètes tournent autour du Soleil. Plus tard, les expériences scientifiques modernes ont confirmé la véracité de ces idées. De même, le penseur de génie Muhammad (s.) aurait peut-être imaginé quelque chose qui ne s’est avéré vrai que plusieurs siècles plus tard. En avançant cet argument, ils oublient toutefois de mentionner que ces rationalistes philosophes commirent également de très graves erreurs. On peut notamment rappeler que les pythagoriciens affirmaient aussi avec force que le Soleil était immobile dans l’espace, qu’il constituait le centre de l’univers et que les astres étaient eux aussi héliocentriques. Dans les écrits des philosophes de l’Antiquité, il est extrêmement courant de trouver un mélange de conceptions vraies et fausses au sujet de l’univers. Ces hommes doués ont certes légué des idées très en avance sur leur époque, mais ils nous ont également transmis de nombreuses conceptions erronées. C’est là, du point de vue scientifique rigoureux, que réside la différence entre eux et le Coran. Le Coran contient de nombreuses affirmations et descriptions concernant l’univers ; chacune d’elles s’est révélée conforme aux faits par les expériences scientifiques modernes, et aucune ne s’est révélée contraire à une donnée scientifique.
L’alternance du jour et de la nuit
À l’époque où l’on considérait la Terre comme le centre de l’univers et où l’on pensait que le Soleil tournait autour de la Terre, pourquoi n’a-t-on fait aucune mention du mouvement du Soleil en parlant de l’alternance du jour et de la nuit ? Le Coran n’aborde pas exactement cette question, mais le sujet y est décrit de la manière suivante :
Sourate 7 (Al-A‘râf), verset 54 : « C’est Lui qui enveloppe le jour de la nuit, afin que l’un poursuive rapidement l’autre… »
Sourate 36 (Yâ-Sîn), verset 37 : « Et pour eux, la nuit est un signe : Nous en retirons la lumière du jour, et les voilà plongés dans les ténèbres. »
Sourate 31 (Luqmân), verset 5 : « Ne vois-tu pas qu’Allah fait pénétrer la nuit dans le jour et le jour dans la nuit ? »
Sourate 39 (Az-Zumar), verset 5 : « Il enveloppe le jour de la nuit et enveloppe la nuit du jour. »
Le premier verset cité ne nécessite aucune explication. Le deuxième présente une image. En réalité, ce sont les troisième et quatrième versets qui fournissent des informations remarquables sur la transformation du jour en nuit et de la nuit en jour. La meilleure manière de traduire le verbe arabe « kawwara » consiste probablement à employer les mots « enrouler » ou « envelopper ». Ar-Rachid a fait de même dans la traduction française. Le sens premier de ce verbe est « enrouler » un turban autour de la tête, et cette idée se reflète dans toutes les nuances du mot.
Mais que se passe-t-il réellement dans l’espace ? Des astronautes américains ont observé ce phénomène depuis leur vaisseau spatial alors qu’ils se trouvaient sur la Lune, très loin de la Terre, et ils l’ont également photographié. Ils ont constaté que le Soleil éclaire toujours (sauf pendant les éclipses) la moitié de la surface terrestre, tandis que l’autre moitié demeure dans l’obscurité. La Terre tourne autour de son propre axe, tandis que les conditions d’éclairement restent les mêmes. Ainsi, de même que la moitié éclairée du globe effectue une rotation en vingt-quatre heures, la moitié obscure accomplit également une rotation pendant cette même durée. Cette alternance permanente du jour et de la nuit est clairement décrite dans le Coran. Comme nous connaissons aujourd’hui la rotation de la Terre et l’immobilité (relative) du Soleil, il nous est plus facile de concevoir et de comprendre ce phénomène. Ce processus perpétuel d’enroulement, ainsi que le passage d’une moitié du globe à la place de l’autre, est décrit dans le Coran comme si l’idée de la sphéricité de la Terre était alors connue ; mais, de toute évidence, cela n’est pas exact.
Outre cette conception de l’alternance du jour et de la nuit, il convient de mentionner celle de plusieurs orients et de plusieurs occidents. Comme elle repose sur une observation ordinaire, cette question est purement descriptive. Le Coran dit à ce sujet :
Sourate 70 (Al-Ma‘ârij), verset 40 : « Le Seigneur des lieux de lever et des lieux de coucher. »
Sourate 55 (Ar-Rahman), verset 17 : « Il est le Seigneur des deux levers et des deux couchers. »
Sourate 43 (Az-Zukhruf), verset 38 : « Ici, la “distance entre les deux orients” est mentionnée, et cette expression évoque l’immense distance séparant deux lieux. »
Si l’on observe attentivement le lever et le coucher du soleil, on constate que le lever et le coucher ne se produisent pas toujours exactement au même endroit. Le lieu varie selon les saisons. Les deux points extrêmes de l’horizon oriental où le soleil se lève peuvent être appelés les deux orients. Entre ces deux points, le soleil se lève et se couche en différents endroits selon les périodes de l’année. Ce phénomène est si courant qu’il est visible à l’œil nu et qu’aucune expérience scientifique n’est nécessaire pour en démontrer la réalité.
L’évolution progressive du firmament
Dans la description de la conception moderne de la création de l’Univers, il est dit que les corps célestes, les étoiles, le Soleil et les autres planètes et satellites se sont progressivement formés à partir d’une nébuleuse primitive. Selon la science moderne, cette évolution et ce développement se poursuivent encore dans le système solaire et, plus généralement, dans l’ensemble de l’Univers.
Ceux qui connaissent cette conception pourraient être intéressés à la comparer avec plusieurs versets du Coran. Ces versets mentionnent la manifestation de la souveraineté d’Allah.
Le Coran nous le rappelle à maintes reprises : « (Allah) a soumis le Soleil et la Lune à une loi ; chacun évolue jusqu’à un terme fixé. »
Cette phrase se trouve dans la sourate Ar-Ra‘d, verset 2, la sourate Luqman, verset 29, la sourate Fatir, verset 13, et la sourate Az-Zumar, verset 5.
En outre, le verset 38 de la sourate Luqman associe l’idée d’un lieu de destination à celle d’un lieu déterminé : « Le soleil se meut dans son orbite déterminée. Cela est fixé par le Tout-Puissant, l’Omniscient. »
« Orbite déterminée » est la traduction bengalie du mot arabe « mustaqarr ». Il ne fait aucun doute que ce mot renferme l’idée d’un lieu précis. Que constate-t-on maintenant lorsqu’on compare ces descriptions aux données de la science moderne ?
Le Coran mentionne une limite et un lieu de destination pour le mouvement orbital du soleil. Il est également question d’une orbite déterminée de la lune. Pour comprendre le sens de cette description, il est nécessaire de connaître, de manière générale, la conception moderne du mouvement des corps célestes, et en particulier celui du soleil. Il faut en outre connaître les orbites des astres, y compris la lune, qui suivent le mouvement du soleil.
Selon les astrophysiciens, le soleil est âgé de 450 milliards d’années. Comme pour les autres étoiles, il est possible de déterminer une étape de l’évolution progressive du soleil. Actuellement, le soleil se trouve au stade initial. La transformation des molécules d’hydrogène en molécules d’hélium est la caractéristique de ce stade. Ce stade se maintiendra encore pendant 550 milliards d’années. En effet, on estime que la durée de vie totale des étoiles de ce type est de 1 000 milliards d’années. On a observé, dans le cas d’autres étoiles de ce type, qu’une deuxième étape commence après la première. La transformation de l’hydrogène en hélium prend alors fin, l’enveloppe extérieure de l’étoile se dilate et la quantité de chaleur du soleil diminue. Au stade final, la luminosité baisse considérablement et sa densité augmente fortement. Cet état s’observe dans le cas des étoiles de type « naines blanches ».
L’estimation approximative des années donnée ci-dessus a pour objectif de fournir une idée de la durée, mais l’élément réellement important est de mettre en lumière le processus d’évolution. Sur la base des observations scientifiques modernes, il est désormais possible d’estimer que, dans 300 à 500 milliards d’années, l’état actuel du système solaire n’existera plus. À l’image du destin des autres étoiles dont le processus de rayonnement et l’évolution ont été consignés jusqu’au stade final, il est possible de prédire que le soleil aussi finira un jour par disparaître.
On peut rappeler que le verset 38 de la sourate Luqman parle du déplacement du soleil vers son propre lieu de destination.
L’astronomie moderne a pu identifier ce lieu avec précision et lui a également donné le nom d’apex solaire (Solar Apex). Le système solaire se déplace effectivement dans l’espace vers une région particulière de la constellation d’Hercule, dont la position a désormais été déterminée avec exactitude et dont la vitesse a été évaluée à environ 12 miles par seconde.
Il est nécessaire de mentionner ces données astronomiques à propos des versets coraniques cités plus haut. En effet, il apparaît que les descriptions du Coran concordent pleinement avec les données de la science moderne.
L’expansion de l’univers
La découverte la plus étonnante de la science moderne est que l’univers est en expansion constante. Cette conception est désormais prouvée et établie, bien que certaines divergences subsistent quant à la manière dont ce phénomène se produit.
Cette conception est d’abord née de la théorie de la relativité générale, puis les observations et expériences de la physique portant sur les galaxies l’ont confirmée. Chaque galaxie se déplaçant progressivement vers son propre centre, sa distance par rapport aux autres galaxies augmente. La taille de l’univers augmentera dans la même proportion. Parallèlement à ce processus d’expansion, la vitesse à laquelle les corps célestes progressent est supérieure à celle de la lumière.
On peut comparer cette conception moderne au verset 47 de la sourate Adh-Dhariyat. Dieu a dit : « J’ai édifié le ciel par Ma puissance et, certes, Je ne cesse de l’étendre. »
« Ciel » est la traduction du mot arabe « sama », qui désigne le monde situé dans les hauteurs au-dessus de la Terre. « Mûsi‘ûna » est la forme du présent, à la troisième personne du pluriel, du verbe arabe « awsa‘a ». Le mot « awsa‘a » signifie : élargir, étendre, développer, rendre vaste, agrandir. « Mûsi‘ûna » signifie : « Nous sommes en train de l’étendre. »
Certains traducteurs, n’ayant pas compris cette signification, ont proposé des traductions qui me semblent erronées ; ainsi, dans la traduction française, R. Blachère a écrit : « Nous donnons largement. » D’autres traducteurs, bien qu’ayant compris le sens, n’ont pas osé l’exprimer. Hamidullah a certes parlé de l’expansion du ciel et de l’espace cosmique, mais il y a également ajouté un point d’interrogation. Toutefois, après avoir pris connaissance des données scientifiques exactes, de nombreux traducteurs ont adopté dans leurs commentaires le sens présenté ici. C’est également ce sens qui est donné dans l’ouvrage exégétique intitulé « Al-Muntakhab », édité par le Conseil supérieur des affaires islamiques du Caire. L’expansion de l’univers y est clairement énoncée.
La conquête de l’espace
Dans cette perspective, il est nécessaire d’examiner attentivement trois versets du Coran. L’un d’eux affirme clairement quels succès l’être humain peut et pourra accomplir dans ce domaine. Les deux autres versets, à propos des incroyants de La Mecque, disent que, s’ils avaient pu monter au ciel, ils auraient été saisis d’étonnement en observant les scènes qui s’y trouvaient. Il y est question d’un phénomène que ces incroyants ne pouvaient pas comprendre.
Premièrement, le verset est le verset 33 de la sourate ar-Rahmân : « Ô communauté des djinns et des humains ! Si vous pouvez franchir les limites des cieux et de la Terre, franchissez-les donc ; mais vous ne pourrez les franchir qu’en vertu d’un pouvoir. »
Cette traduction nécessite quelques explications et analyses. Premièrement, le mot « si » indique que la réussite de la proposition dépend d’une condition possible ou impossible. Mais, en arabe, il est possible de donner à cette condition une nuance beaucoup plus précise. Pour exprimer la possibilité, on peut employer « idhâ », pour une action réalisable « in », et pour une action irréalisable « law ». Dans le verset en question, l’emploi du mot « in » indique que l’action est réalisable. Autrement dit, il est réellement possible pour l’être humain de franchir les limites des cieux et de la Terre. Le seul fait d’observer cette particularité dans l’emploi des mots suffit à démontrer que les explications purement philosophiques données par certains commentateurs sont erronées.
Deuxièmement, Allah s’adresse aux djinns et aux êtres humains, et non à des créatures imaginaires. Troisièmement, le verbe « nafadha » est suivi de la préposition « min », et il a été traduit par « franchir ». Selon le dictionnaire de Kazimirski, ce terme signifie « pénétrer à l’intérieur d’un objet et ressortir par l’autre côté » (comme une flèche qui entre par un côté d’un objet et en ressort par l’autre). Il implique donc une pénétration profonde ainsi que le fait de sortir de la zone pénétrée.
Quatrièmement, il semble que le pouvoir (sultân) nécessaire à cette entreprise humaine proviendra du Tout-Puissant lui-même. En effet, le verset suivant appelle précisément à prendre conscience de la miséricorde d’Allah.
Ainsi, ce verset contient une indication claire du fait que l’être humain conquérera un jour l’espace. Il est remarquable que le verset n’évoque pas seulement la conquête du ciel, mais aussi le franchissement de la Terre, c’est-à-dire une indication de la conquête des profondeurs terrestres.
Les deux autres versets sont les versets 14 et 15 de la sourate al-Hijr. Le contexte permet de comprendre qu’Allah y parle des mécréants de La Mecque : « Si Nous leur ouvrions une porte du ciel et qu’ils y montassent durant le jour, ils diraient néanmoins : “Nos regards ont été ensorcelés ; ou plutôt, nous sommes un peuple ensorcelé.” »
Ces paroles expriment l’étonnement devant une scène extraordinaire, une scène que l’être humain n’avait jamais même imaginée.
On peut remarquer que la phrase commence par le terme arabe « law », traduit par « si ». Cela signifie que la proposition est soumise à une condition dont l’accomplissement serait absolument impossible pour les personnes mentionnées dans le verset.
Dans les versets relatifs à la conquête de l’espace, nous avons vu qu’il est dit qu’un jour l’être humain conquérera l’espace grâce à l’intelligence et aux facultés d’invention qu’Allah lui a accordées. Mais ce verset évoque une scène que les incroyants de La Mecque ne pourront jamais voir. En revanche, d’autres pourront la voir, et le verset décrit le sentiment qui naîtra alors en eux — chez les astronautes : leur regard sera désorienté, comme dans l’ivresse ou sous l’emprise d’un sortilège.
Depuis 1961, année où, pour la première fois, des astronautes ont fait le tour de la Terre dans un engin spatial, ils ont exactement vécu cette expérience et, en la décrivant, ont précisément employé ces termes. Il est désormais universellement reconnu que, vue depuis l’espace, au-dessus de l’atmosphère terrestre, la voûte céleste n’apparaît plus bleue. En effet, c’est parce que l’atmosphère absorbe la lumière du Soleil que le ciel paraît bleu lorsqu’on le regarde depuis la surface terrestre. En s’élevant au-delà de l’atmosphère terrestre, l’être humain voit le ciel noir et, pour la même raison — l’atmosphère absorbant la lumière du Soleil —, il voit la Terre recouverte d’une teinte bleue. Comme la Lune ne possède pas d’atmosphère, le ciel noir que l’on y observe dans ces conditions est entièrement inédit et extraordinaire ; les photographies de ce spectacle sont aujourd’hui très familières aux hommes de notre époque.
Là encore, lorsqu’on compare la description du Coran aux données de la science moderne, on ne peut qu’être saisi d’émerveillement et de stupeur. Cette description coranique ne peut donc en aucune manière être celle d’un homme ayant vécu il y a quatorze siècles.
La Terre
Comme les autres sujets étudiés jusqu’ici dans cet ouvrage, les versets relatifs à la Terre sont dispersés en divers endroits du Coran. Il est difficile de les classer, et la manière dont je les ai classés ici est entièrement personnelle.
Pour en comprendre correctement le sens, on peut commencer par sélectionner les versets qui mentionnent simultanément plusieurs sujets. Ces versets ont une portée générale et invitent les êtres humains à prendre conscience de la bienveillance d’Allah à partir des exemples qui y sont exposés.
D’autres versets abordent des sujets plus précis, tels que le cycle de l’eau et la mer, la nature de la surface terrestre et le climat de la Terre.
Les versets à description générale
Dans cette catégorie de versets, il existe généralement une justification pour reconnaître la miséricorde et la munificence du Créateur envers Sa création, mais certains passages sont parfois particulièrement stimulants du point de vue de la science moderne. Cela est particulièrement significatif lorsqu’on considère les hommes de l’époque de la révélation du Coran. Par la suite, sur la base des données et des connaissances scientifiques, nombre de ces conceptions et croyances ont été démontrées fausses.
En revanche, ces versets exposent des notions simples qui étaient faciles à comprendre pour les Arabes. En effet, pour des raisons géographiques, le Coran s’adressait en premier lieu à eux. Ils étaient les habitants de La Mecque et de Médine ainsi que les Bédouins de la péninsule Arabique. Mais ces versets contiennent également des notions de portée générale, desquelles des hommes plus avancés de n’importe quel lieu et de n’importe quelle époque peuvent tirer une connaissance plus profonde ; c’est là le signe de l’universalité et de la portée internationale du Coran.
J’ai déjà dit qu’il n’existe aucune classification des versets. Nous suivons donc ici l’ordre numérique des sourates.
Sourate 2 (Al-Baqara), verset 22 : « (Allah) est Celui qui a fait pour vous de la terre un lit et du ciel un toit. Il fait descendre du ciel une eau par laquelle Il produit pour vous des fruits en subsistance. N’attribuez donc sciemment aucun égal à Allah. »
Sourate 2 (Al-Baqara), verset 164 : « Dans la création des cieux et de la terre, dans l’alternance de la nuit et du jour, dans les navires qui voguent sur la mer avec ce qui est utile aux hommes, dans l’eau qu’Allah fait descendre du ciel et par laquelle Il redonne vie à la terre après sa mort et y répand toutes sortes d’êtres vivants, dans le changement de direction des vents et dans les nuages soumis entre le ciel et la terre, il y a certes des signes pour les gens doués d’intelligence. »
Sourate 13 (Ar-Ra‘d), verset 3 : « C’est Lui qui a étendu la terre, y a placé des montagnes et des rivières, et a créé de chaque fruit deux sortes. Il couvre le jour de la nuit. Il y a certes là des signes pour un peuple qui réfléchit. »
Sourate 15 (Al-Hijr), versets 19-21 : « Nous avons étendu la terre et y avons placé des montagnes ; Nous y avons créé toute chose avec mesure, et y avons établi des moyens de subsistance pour vous ainsi que pour ceux dont vous n’êtes pas les pourvoyeurs. Il n’est rien dont les réserves ne soient auprès de Nous, et Nous ne le faisons descendre qu’en quantité déterminée. »
Sourate 20 (Taha), versets 53-54 : « (C’est Lui, Allah,) qui a fait pour vous de la terre un berceau et y a tracé pour vous des chemins. Il fait descendre du ciel une eau par laquelle Nous faisons pousser diverses sortes de plantes. Mangez-en et faites paître vos troupeaux. Il y a certes là des signes pour les doués de raison. »
Sourate 27 (An-Naml), verset 61 : « (C’est Lui, Allah) qui a rendu la terre habitable, y a fait couler des rivières et y a solidement implanté des montagnes, et a établi une barrière entre les deux mers ; y a-t-il une autre divinité avec Allah ? Pourtant, la plupart d’entre eux ne le savent pas. »
Il est ici question de la solidité générale de la couche superficielle de la Terre. Nous savons qu’au premier stade de la formation de la Terre, cette couche n’était pas solide avant de se refroidir. Aujourd’hui encore, elle n’est pas également solide partout, car il existe de nombreuses régions où les séismes sont fréquents. À propos de la barrière entre les deux mers, on peut rappeler que l’eau des grands fleuves se mêlerait à l’eau de la mer à l’embouchure des estuaires, ou bien.
Sourate 67 (Al-Mulk), verset 15 : « C’est Lui qui vous a rendu la terre praticable ; parcourez donc ses étendues et mangez de ce qu’Il vous a attribué comme subsistance ; après la Résurrection, c’est auprès de Lui que se fera le retour. »
Sourate 79 (An-Nazi‘at), versets 30-33 : « Ensuite, (Allah) étendit la terre ; Il en fit jaillir les sources et les pâturages, et y fixa solidement les montagnes ; tout cela pour votre jouissance et celle de vos bestiaux. »
Dans de nombreux versets de ce type, l’importance de l’eau et le bienfait de la présence de l’eau dans le sol, c’est-à-dire la fertilité de celui-ci, sont soulignés. Il ne fait aucun doute que, dans les pays désertiques, la survie de l’être humain dépend entièrement de l’eau. Mais, dans le Coran, l’évocation de ce sujet ne se limite pas à cette étroite portée géographique. Selon la science moderne, dans le système solaire, seule la planète Terre possède de l’eau, et c’est précisément sur cette caractéristique que le Coran insiste. Sans eau, la Terre serait devenue une planète morte, comme la Lune. Parmi les divers sujets relatifs à la Terre, le Coran mentionne d’abord l’eau. De plus, le cycle de l’eau y est décrit de manière parfaite et exacte.
Le cycle de l’eau et la mer
Si l’on nous récitait successivement les versets coraniques relatifs au rôle de l’eau dans la vie humaine, nous constaterions qu’ils contiennent des propos qui nous sont très facilement compréhensibles. En effet, à l’époque actuelle, nous sommes presque tous plus ou moins informés du cycle naturel de l’eau.
Si l’on examine les conceptions qui avaient cours dans l’Antiquité à ce sujet, on constate qu’elles reposaient essentiellement sur des suppositions et l’imagination. Bien que ces conceptions fussent répandues au moment de la révélation du Coran, elles n’y ont trouvé aucune place. Même s’il était possible de recueillir, par un raisonnement fondé sur des hypothèses, une partie des connaissances nécessaires à cette tâche, ces conceptions ne peuvent plus être acceptées à l’époque actuelle.
Il était facile de supposer que l’eau souterraine provenait de l’infiltration de l’eau venant de la surface. Dans l’Antiquité, au Ier siècle avant J.-C., le Romain Marcus Vitruvius Pollio
était partisan de cette théorie. Mais beaucoup considéraient cette idée comme une exception. Il apparaît donc que, pendant de nombreux siècles — période au cours de laquelle le Coran a été révélé —, les hommes ont eu une conception entièrement erronée du cycle de l’eau.
À ce sujet, deux spécialistes, G. Pasterny et B. Blavoux, ont présenté une excellente histoire de la question dans un article de l’Encyclopædia Universalis. Ils ont déclaré : « Au VIIe siècle avant J.-C., Thalès de Milet soutenait que l’eau de mer, poussée par les vents, se dirigeait vers les terres et que, après être tombée sur le sol, elle s’y infiltrait. Platon croyait à cette théorie et pensait que cette eau retournait à la mer par une profonde galerie souterraine (Tartare). Jusqu’au XVIIIe siècle, cette théorie compta de nombreux partisans, parmi lesquels Descartes. Aristote pensait que l’eau souterraine se transformait en vapeur, se condensait sous l’effet du froid des régions montagneuses et formait des lacs souterrains ; cette même eau s’écoulait ensuite sous forme de sources. Sénèque (Ier siècle), Volger et beaucoup d’autres défendirent cette théorie jusqu’en 1877. En 1580, Bernard Palissy élabora une conception claire du cycle de l’eau. Il affirma que l’eau souterraine provenait de l’infiltration de l’eau de pluie venant de la surface. Dès le XVIIe siècle, Mariotte et P. Perrault soutinrent et confirmèrent cette théorie. »
Mais les différents versets du Saint Coran cités ci-dessous ne présentent aucune trace des nombreuses conceptions erronées qui prévalaient à l’époque de Muhammad (paix et bénédictions d’Allah sur lui).
Sourate 50 (Qaf), versets 9-11 : « Du ciel, Nous faisons descendre une pluie bénie, grâce à laquelle Nous faisons pousser des jardins, des céréales et de hauts palmiers portant des grappes superposées, comme subsistance pour Mes serviteurs. Par la pluie, Nous redonnons vie à une terre morte ; ainsi se fera la Résurrection. »
Sourate 23 (Les Croyants), versets 18-19 : « Et Nous faisons descendre du ciel une eau en quantité mesurée, puis Nous la conservons dans la terre — et Nous sommes certes capables de la faire disparaître. Ensuite, grâce à elle, Nous créons pour vous des jardins de palmiers et de vignes, où vous trouvez des fruits abondants et dont vous mangez. »
Sourate 15 (Al-Hijr), verset 22 : « Nous envoyons les vents fécondateurs, puis Nous faisons descendre du ciel une eau que Nous vous donnons à boire ; vous n’en détenez pas les réserves. »
Ce verset peut recevoir deux interprétations possibles. L’expression « vents porteurs de pluie » ou « vents fécondateurs » peut signifier que les vents transportent les graines et le pollen de nombreuses plantes et fleurs. Elle peut aussi signifier que les vents transforment de nombreux nuages dépourvus de pluie en nuages pluvieux. Le rôle des vents est mentionné dans de nombreux cas, comme dans les versets suivants :
Sourate 35 (Fâtir), verset 9 : « Allah est Celui qui envoie les vents, lesquels meuvent les nuages. Puis Il les dirige vers une terre morte et, par eux, Il redonne vie à la terre après sa mort. C’est ainsi que se fera la Résurrection. »
Il est à remarquer que la première partie du verset est descriptive, puis, sans aucune pause intermédiaire, une proclamation directe émanant d’Allah est rapportée. Ce changement soudain de narration se rencontre fréquemment dans le Coran.
Sourate 30 (Ar-Rûm), verset 48 : « Allah est Celui qui envoie les vents, lesquels meuvent les nuages ; puis Il les étend dans le ciel comme Il le veut, les met en morceaux, et tu vois alors la pluie en sortir. Il la fait parvenir à ceux de Ses serviteurs qu’Il veut, et les voilà qui se réjouissent. »
Sourate 7 (Al-A‘râf), verset 57 : « C’est Lui qui envoie les vents comme annonciateurs de Sa miséricorde. Lorsqu’ils portent de lourds nuages, Nous les dirigeons vers une terre morte, puis Nous y faisons descendre la pluie et, par elle, Nous produisons toutes sortes de fruits. C’est ainsi que Nous faisons revivre les morts, afin que vous réfléchissiez. »
Sourate 25 (Al-Furqân), versets 48-49 : « Il est Celui qui envoie les vents comme annonciateurs de Sa miséricorde et qui fait descendre du ciel une eau pure, afin de redonner vie à une terre morte et d’abreuver une multitude d’animaux et d’êtres humains. »
Sourate 45 (Al-Jâthiya), verset 5 : « Il y a des signes, pour les gens doués de réflexion, dans l’alternance de la nuit et du jour, dans la pluie qu’Allah fait descendre du ciel et par laquelle Il redonne vie à la terre après sa mort, ainsi que dans la variation des vents. »
Il est particulièrement remarquable que l’accent soit mis ici sur la modification du cycle des pluies par les vents.
Sourate 13 (Ar-Ra‘d), verset 17 (extrait) : « Il fait descendre du ciel une pluie, et les vallées se remplissent chacune selon leur capacité ; le flot charrie les débris qui flottent à sa surface. »
Sourate 67 (Al-Mulk), verset 30 : « Dis : Que pensez-vous ? Si votre eau s’enfonçait dans la terre au point de vous devenir inaccessible, qui donc vous apporterait une eau courante ? »
Sourate 39 (Az-Zumar), verset 21 (extrait) : « Ne vois-tu pas qu’Allah fait descendre du ciel une eau, puis la fait pénétrer dans la terre sous forme de sources et produit ainsi des récoltes aux couleurs variées ? »
Sourate 36 (Yâ-Sîn), verset 34 : « Nous y avons créé des jardins de palmiers et de vignes, et nous y avons fait jaillir des sources. »
L’accent est mis, dans les trois derniers versets, sur les sources et sur le processus par lequel elles sont alimentées par l’eau de pluie. Il est nécessaire de réfléchir profondément à cette question et de se rappeler à ce propos qu’au Moyen Âge, on croyait — et des savants tels qu’Aristote le pensaient également — que l’eau des sources provenait directement du sous-sol. Le professeur M. Réméniéras, de l’École nationale supérieure d’agronomie de France, a décrit, dans son article consacré à l’hydrologie dans l’Encyclopaedia Universalis, les principales étapes du cycle de l’eau et mentionné les excellents systèmes d’irrigation de l’Antiquité, notamment au Moyen-Orient. Il a observé que, les conceptions et les théories de l’époque étant erronées, les gens du peuple s’appuyaient surtout sur leur expérience pour leurs travaux d’irrigation. Il dit : « Jusqu’à la Renaissance (1400-1600 après J.-C.), seules les théories philosophiques étaient admises. Puis, lorsque les recherches commencèrent à s’appuyer sur des observations objectives, ces théories furent abandonnées. Léonard de Vinci (1452-1519) s’opposa à la théorie d’Aristote. Dans son ouvrage intitulé “Wonderful Discourse on the Nature of Water and Fountains, Both Natural and Artificial” (Paris, 1570), Bernard Palissy exposa les faits réels concernant le cycle de l’eau et l’alimentation des sources par l’eau de pluie. »
C’est précisément ce fait — l’infiltration de l’eau de pluie dans le sous-sol, où elle alimente les sources — qui est décrit dans le verset 21 de la sourate Az-Zumar.
Le verset 43 de la sourate An-Nûr parle de la pluie et de la grêle : « Ne vois-tu pas qu’Allah pousse les nuages, puis les rassemble et les entasse en amas ? Tu vois alors la pluie sortir de leur sein. Il fait descendre, du ciel où se trouvent des masses de grêle, de la grêle dont Il atteint qui Il veut et qu’Il détourne de qui Il veut. L’éclair de ses nuages éblouit presque les regards. »
À ce propos, il convient d’accorder une attention particulière au contenu des trois versets (68-70) de la sourate Al-Wâqi‘a :
« Avez-vous réfléchi à l’eau que vous buvez ? Est-ce vous qui la faites descendre des nuages, ou est-ce Nous qui la faisons tomber ? Si Nous le voulions, Nous la rendrions salée. Pourquoi donc ne témoignez-vous pas de reconnaissance ? »
Le fait qu’Allah est tout-puissant et qu’Il peut faire tout ce qu’Il veut est également rappelé par la mention de Son pouvoir de transformer l’eau douce d’Allah en eau salée. À l’époque moderne, l’être humain est certes devenu capable de provoquer artificiellement la pluie. Dès lors, est-il possible pour quiconque de contester ou de réfuter ce que le Coran décrit au sujet de la capacité humaine à provoquer la pluie ?
La réponse à cette question est : non, ce n’est pas possible. Il faut toutefois reconnaître les limites du pouvoir humain dans ce domaine. M. A. Fassi, spécialiste de l’Office météorologique français, a écrit dans l’Encyclopédie universelle, sous le titre « Pluie » : « Il ne sera jamais possible de faire tomber la pluie d’un nuage qui n’est pas arrivé à maturité pour la pluie ou qui n’a pas acquis les caractéristiques nécessaires. » Autrement dit, si les conditions naturelles ne sont pas favorables, il ne sera jamais possible à l’être humain d’accélérer le processus de formation de la pluie au moyen des connaissances techniques. Sinon, la sécheresse ou l’absence de pluie ne pourraient jamais se produire. Or, dans la réalité, on constate que la sécheresse et l’absence de pluie surviennent très fréquemment. Ainsi, la possibilité pour l’être humain de contrôler la pluie ou le climat restera un rêve.
L’être humain ne peut pas, simplement parce qu’il le souhaite, transgresser les lois naturelles immuables qui régissent le cycle de l’eau. Selon les connaissances de l’hydrologie moderne, ces lois naturelles sont les suivantes :
Sous l’effet des calories provenant du rayonnement solaire, l’eau des mers et de la surface de la Terre s’évapore. Cette vapeur monte dans l’atmosphère, s’y condense et se transforme en nuages. Le vent emporte ces nuages sur différentes distances. Les nuages peuvent alors se disperser sans précipiter, ou se réunir à d’autres nuages et devenir encore plus denses, ou encore se disperser et produire des précipitations à une étape quelconque du cycle. Après la chute de cette pluie dans la mer — qui couvre 70 % de la surface terrestre — le cycle recommence. Lorsque la pluie tombe sur le sol, elle peut être absorbée par les plantes et contribuer ainsi à leur naissance et à leur croissance. Une partie de l’eau retourne ensuite des plantes dans l’atmosphère. L’eau restante pénètre dans le sol et, de là, retourne à la mer par le sous-sol, ou s’écoule dans les sources et les rivières.
Lorsqu’on compare les données modernes de l’hydrologie aux versets du Coran cités dans ce chapitre, on constate entre les deux une ressemblance et une concordance étonnantes.
La mer
La question de la mer est toutefois d’une nature quelque peu différente. Le Coran ne contient aucune description de la mer qui puisse être confrontée aux données scientifiques modernes. Il convient cependant de souligner avec toute l’importance nécessaire un point : parmi toutes les théories, légendes ou superstitions qui circulaient au sujet de la mer à l’époque de la révélation du Coran, aucune n’est soutenue nulle part dans le Coran.
Plusieurs versets traitent de la mer et de la navigation. Ils invitent à réfléchir afin de comprendre la toute-puissance d’Allah à partir de phénomènes généralement observables. Les quelques versets suivants peuvent être cités à titre d’exemples :
Sourate 14 (Ibrahim), verset 32 : « Il a soumis les navires à votre service afin qu’ils voguent sur la mer, conformément à Son commandement. »
Sourate 16 (An-Nahl), verset 14 : « C’est Lui qui a soumis la mer afin que vous puissiez en manger une chair fraîche, en extraire des joyaux dont vous vous parez, et voir les navires la fendre de part en part. Et cela afin que vous recherchiez de Sa grâce et que vous soyez reconnaissants. »
Sourate 31 (Luqman), verset 31 : « Ne vois-tu pas que les navires voguent sur la mer par la grâce d’Allah, afin qu’Il vous montre certains de Ses signes ? Il y a assurément en cela des signes pour tout homme patient et reconnaissant. »
Sourate 55 (Ar-Rahman), verset 24 : « Les navires qui voguent sur la mer, semblables à des montagnes, sont sous Son contrôle. »
Sourate 36 (Ya-Sin), versets 41-44 : « Il y a pour eux un signe en ce que Nous avons fait embarquer leurs ancêtres sur l’arche chargée, et Nous avons créé pour eux des véhicules semblables sur lesquels ils montent. Si Nous le voulions, Nous les noierions ; ils ne trouveraient alors aucun secours et ne seraient pas sauvés, sauf par miséricorde de Notre part et afin de leur permettre de jouir de la vie pendant quelque temps. »
Il est ici clairement question du transport d’êtres humains par navire, c’est-à-dire du fait d’avoir transporté Noé, avec les autres passagers, à bord du navire jusqu’à la terre ferme.
Un autre phénomène visible concernant la mer attire facilement l’attention en raison de sa particularité inhabituelle ; cette particularité est également observable à l’embouchure des grands fleuves et à l’entrée des mers. Le Coran en fait une mention explicite.
Cette particularité est que l’eau douce des fleuves ne se mélange pas à l’eau salée de la mer. On peut observer ce phénomène là où se rejoignent le Tigre (Dijla) et l’Euphrate (Furat). Cet estuaire est une étendue maritime particulière de plus de cent miles de longueur, appelée Chatt al-Arab. Lorsque les vagues de la mer pénètrent à l’intérieur de ce golfe, elles repoussent l’eau douce du fleuve vers les terres sèches et contribuent ainsi à l’irrigation. Pour comprendre le sens du passage coranique à ce sujet, il faut savoir que le mot arabe « bahr » désigne une grande quantité d’eau ; dans ce sens, il désigne aussi bien la mer que les grands fleuves tels que le Nil, le Tigre et l’Euphrate. Le mot anglais « sea » porte également ce sens général.
La caractéristique des eaux douces et des eaux salées qui ne se mélangent pas est décrite dans les trois versets suivants :
Sourate 25 (Furqân), verset 53 : « C’est Lui qui a fait couler les deux mers : l’eau de l’une est douce et agréable à boire, tandis que celle de l’autre est salée et amère. Il a placé entre elles une barrière et une séparation infranchissable. »
Sourate 55 (Fâtir), verset 12 : « Les deux mers ne sont pas semblables : l’eau de l’une est douce et agréable à boire, tandis que celle de l’autre est salée et amère. De chacune, vous mangez une chair fraîche et vous extrayez des joyaux dont vous vous parez. »
Sourate 55 (Rahman), versets 19, 20 et 22 : « Il a fait couler les deux mers qui se rencontrent ; mais entre elles se trouve une séparation qu’elles ne peuvent franchir. De ces deux mers sortent les perles et le corail. »
Après la description du phénomène lui-même, il est fait mention de ce que l’on obtient des deux sortes d’eau, à savoir les poissons, les perles et le corail. Le phénomène du non-mélange des eaux douces et salées ne se limite pas aux fleuves Tigre et Euphrate. Il existe également ailleurs. Bien que le Coran ne mentionne pas les noms du Tigre et de l’Euphrate, on considère généralement qu’il fait allusion à ces deux fleuves. Leurs eaux douces ne se mêlent pas aux eaux salées avant d’atteindre la haute mer, dans ses profondeurs les plus éloignées.
La surface de la Terre
La structure de la Terre est très complexe. On peut aujourd’hui estimer, de manière générale, que la Terre s’est formée à partir d’une couche extrêmement épaisse, dans des conditions de très forte chaleur. En son centre, des matières rocheuses sont encore à l’état fondu et demeurent très chaudes, tandis que la couche supérieure s’est refroidie et solidifiée. La couche supérieure, ou croûte terrestre, est très mince ; son épaisseur se mesure en milles, ou tout au plus en dizaines de milles. La distance entre le centre de la Terre et sa périphérie dépasse légèrement 3 750 milles. Ainsi, en moyenne, l’épaisseur de la croûte ne représente même pas un centième de la circonférence de la sphère. Pourtant, tous les phénomènes géologiques se sont produits sur cette croûte. Au début de ce processus, les plis apparus dans la croûte terrestre ont entraîné la formation des chaînes de montagnes. Ce processus, connu des géologues sous le nom d’« orogenèse », est très important. En effet, le même plissement qui a formé les montagnes a également provoqué l’enfoncement proportionnel de la croûte terrestre, créant ainsi une base solide pour les montagnes.
La répartition et la proportion des mers et des terres à la surface de la Terre n’ont été établies que très récemment, et nos connaissances demeurent encore incomplètes, même en ce qui concerne les périodes les plus récentes et les mieux connues. On estime généralement que les mers se sont formées il y a environ cinquante millions d’années. Au stade initial, l’ensemble des terres émergées ne formait probablement qu’un seul bloc, qui s’est ensuite fragmenté pour donner naissance aux différents continents. Certains continents, ou certaines de leurs parties — le continent de l’Atlantique Nord et certaines parties de l’Europe — se sont formés en raison de la formation de montagnes dans les régions marines.
Selon les conceptions modernes, la formation et le développement des montagnes ont joué un rôle primordial dans la formation de la terre. De la période primaire à la période quaternaire, les formations terrestres ont influé sur différents équilibres. Certaines parties de la terre se sont formées de nouveau, modifiant ainsi, au cours de millions d’années, la répartition et la proportion des mers et des terres émergées. À la suite de ces transformations, la superficie actuelle des terres émergées ne représente plus que trois dixièmes de celle des mers.
Il est désormais possible de donner, dans les grandes lignes, une description des transformations qui se sont produites au cours des derniers millions d’années.
À propos de la surface de la Terre, le Coran décrit uniquement le processus de formation des montagnes. Les versets suivants évoquent la miséricorde d’Allah envers les hommes concernant la formation de la Terre. Du point de vue scientifique, il ne semble guère y avoir autre chose à en dire.
Sourate 71 (Nûh), versets 19-20 : « Allah a fait pour vous de la terre une étendue afin que vous y circuliez par de larges chemins. »
Sourate 51 (Adh-Dhâriyât), verset 48 : « J’ai étendu la terre, et comme Je l’ai bien étendue ! » Il est question d’étendre la terre comme un tapis. Ce tapis est la croûte terrestre, une enveloppe extrêmement solide sur laquelle nous vivons. Sans cette croûte, la Terre n’aurait pu convenir à l’habitation d’aucun être vivant, car son intérieur est liquide, brûlant et destructeur pour la vie. La description coranique des montagnes et des plissements de la surface terrestre, qui les rendent fermes et solides, est très importante.
Sourate 88 (Al-Ghâshiya), versets 19-20 : « Et comment les montagnes ont-elles été dressées comme des tentes, et comment la terre a-t-elle été nivelée ? » Les versets suivants donnent une description détaillée de la manière dont les montagnes sont enracinées dans la terre.
Sourate 78 (An-Naba’), versets 6-7 : « N’avons-Nous pas fait de la terre un lit et des montagnes des piquets ? » Un piquet est un poteau enfoncé dans le sol pour y attacher les cordes tendues d’une tente (awtâd, pluriel de watad). Les géologues modernes reconnaissent que les plissements de la terre servent de fondations aux montagnes. Selon eux, la taille d’un plissement peut aller d’un à dix miles. Ces plissements renforcent également la croûte terrestre. Dans ce contexte, on peut prêter attention aux versets suivants :
Sourate 79 (An-Nâzi‘ât), verset 32 : « Et Il a solidement ancré les montagnes. »
Sourate 31 (Luqman), verset 10 : « C’est Lui qui a établi sur la terre des montagnes afin qu’elle ne vacille pas avec vous. »
La même chose est dite dans le verset 15 de la sourate An-Nahl, et la même idée est également exprimée ainsi dans le verset 31 de la sourate Al-Anbiyā’ : « Et J’ai établi sur la terre de solides montagnes afin qu’elle ne vacille pas avec eux de tous côtés. »
Ces versets expriment l’idée que la manière dont les montagnes ont été établies garantit la stabilité. Cette idée est parfaitement conforme aux connaissances géologiques modernes.
L’atmosphère terrestre
Nous avons déjà examiné les diverses descriptions du ciel dans le Coran ; nous allons maintenant examiner les versets qui traitent de certains phénomènes de l’atmosphère. Nous verrons alors qu’il n’existe absolument aucune contradiction entre les informations exposées dans ces versets et la science moderne.
L’altitude
L’être humain ressent un malaise lorsqu’il s’élève. Plus l’altitude augmente, plus le malaise s’accroît. C’est cette sensation bien connue qui est décrite dans le verset 125 de la sourate Al-An‘ām : « Si Allah veut guider quelqu’un, Il lui ouvre la poitrine à l’islam ; et s’Il veut l’égarer, Il lui rend la poitrine étroite et resserrée, comme si cette personne montait dans le ciel, au point que suivre l’islam lui devient extrêmement difficile. »
Certains commentateurs ont affirmé qu’à l’époque de Muhammad (paix et bénédiction sur lui), les Arabes ne connaissaient pas le malaise ressenti lors d’une ascension. Mais cette affirmation n’est absolument pas exacte. En effet, il existait déjà dans la région arabe des montagnes de plus de deux miles de hauteur ; il est donc invraisemblable qu’ils n’aient pas su qu’il était difficile de respirer à cette altitude. À l’époque du Prophète, la ville de Sanaa, capitale du Yémen, était habitée, et son altitude était d’environ 7 900 pieds au-dessus du niveau de la mer. Certains commentateurs ont également prétendu voir dans ce verset une prophétie de la conquête de l’espace, mais cela non plus n’est pas exact. Ce verset ne contient du moins aucune prophétie de la conquête de l’espace.
L’électricité dans l’atmosphère
Les quelques versets suivants mentionnent la présence de l’électricité dans l’atmosphère, ainsi que la foudre et la grêle qui en résultent :
Sourate 13 (ar-Ra‘d), versets 12-13 : « C’est Lui qui vous montre l’éclair, suscitant à la fois crainte et espoir, et qui forme les nuages épais. Le tonnerre proclame, avec louange, Sa gloire et Sa pureté, ainsi que les anges, par crainte. Il lance les foudres et frappe par elles qui Il veut ; pourtant, ils disputent au sujet d’Allah, alors qu’Il est redoutable en puissance. »
Sourate 24 (An-Nûr), verset 43 : « Ne vois-tu pas qu’Allah pousse les nuages, puis les réunit et ensuite les amoncelle ? Tu vois alors la pluie en sortir. Il fait descendre du ciel, de montagnes qui s’y trouvent, de la grêle ; puis, par elle, Il en détourne qui Il veut. L’éclat de l’éclair des nuages arrache presque la vue. »
Ces deux versets décrivent clairement la formation des nuages épais de pluie, ou des nuages de grêle, ainsi que leur relation réciproque avec la foudre. Les nuages inspirent confiance en raison de leur utilité, tandis que la foudre inspire la peur, car lorsqu’elle tombe, c’est par la volonté d’Allah, le Très-Puissant. La relation entre ces deux phénomènes a été établie et confirmée par les connaissances scientifiques modernes concernant la présence de l’électricité dans l’atmosphère.
L’ombre
Le fait que l’ombre existe et qu’elle puisse se déplacer s’explique aujourd’hui très facilement. Ce sujet est décrit dans les quelques versets suivants :
Sourate 16 (An-Nahl), verset 81 : « Parmi ce qu’Allah a créé, Il a établi pour vous des ombres. »
Sourate 16 (An-Nahl), verset 48 : « Ne voient-ils pas les choses qu’Allah a créées, dont les ombres s’inclinent humblement devant Allah, se penchant à droite et à gauche ? »
Ne vois-tu pas comment ton Seigneur étend l’ombre ? S’Il l’avait voulu, Il aurait pu la maintenir immobile ; mais Il a fait du soleil son indicateur. Puis Il la ramène progressivement à Lui. »
Ces versets mentionnent non seulement l’attitude humble envers Allah de toutes Ses créatures et de leurs ombres, ainsi que le fait qu’Allah peut, s’Il le veut, retirer tous les signes de Sa puissance, mais aussi le rapport entre le soleil et l’ombre. À ce propos, il convient de rappeler qu’à l’époque de Muhammad (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui), on croyait que le mouvement de l’ombre était déterminé par le déplacement du soleil d’est en ouest, et ce principe était appliqué aux cadrans solaires pour mesurer le temps entre le lever et le coucher du soleil. Sans faire la moindre mention de cette interprétation alors courante, le Coran rapporte le phénomène d’une manière telle que cette interprétation aurait été facilement acceptée pendant de nombreux siècles après Muhammad (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui), bien qu’elle se soit finalement révélée erronée. Le Coran mentionne seulement le rôle du soleil comme indicateur de l’ombre. De toute évidence, la manière dont le Coran parle de l’ombre n’est en contradiction avec aucune connaissance ni donnée moderne dans ce domaine.
Les règnes animal et végétal
Dans ce chapitre, de nombreux versets concernant l’origine de la vie ont été rassemblés. Certains versets présentant quelques caractéristiques générales et particulières des mondes végétal et animal y ont également été ajoutés. Les versets relatifs à ce sujet sont dispersés en différents endroits du Coran. J’espère que la manière dont j’ai tenté de les classer permettra d’acquérir une idée générale des informations exposées dans le Coran.
En raison de certaines difficultés inhérentes au sens des mots, l’examen du texte coranique dans ce chapitre et dans le suivant a parfois créé une situation particulièrement délicate. Toutefois, il a été possible de surmonter ce problème avec l’aide des données scientifiques modernes relatives au sujet concerné. Cette aide s’est révélée particulièrement nécessaire dans les domaines animal, humain et végétal ; sans elle, il aurait été impossible de parvenir au sens et à la portée véritables de la description coranique.
Si l’on juge les choses de ce point de vue, il apparaîtra clairement que les traductions du Coran réalisées par des érudits seront nécessairement considérées comme erronées par les scientifiques. La même remarque s’applique également aux commentaires de ceux qui ont écrit sans disposer des connaissances scientifiques nécessaires.
L’origine de la vie
L’origine de la vie a toujours suscité des questions dans l’esprit des êtres humains, concernant leur propre vie bien sûr, mais aussi les diverses formes de vie qui les entourent. Nous examinerons cette question d’un point de vue général. Comme l’apparition de l’être humain sur la Terre et l’accroissement de sa population nécessitent une longue discussion, nous les étudierons dans un chapitre ultérieur.
Là où le Coran décrit de manière générale l’origine de la vie, son exposé est très succinct. Le verset qui contient cette description traite également du processus de formation de l’Univers :
Sourate 21 (Al-Anbiya), verset 33 : « Ceux qui rejettent la vérité ne voient-ils pas que les cieux et la Terre étaient soudés l’un à l’autre, puis que Nous les avons séparés, et que Nous avons fait de l’eau toute chose vivante ? Ne croiront-ils donc pas ? »
L’idée que quelque chose puisse provenir d’une autre chose ne suscite aucun doute. À cette lumière, le sens du verset peut être que chaque être vivant a été créé en utilisant l’eau comme élément indispensable, ou bien que la vie a pris naissance dans l’eau. Ces deux interprétations sont conformes aux données de la science moderne. La vie a effectivement pris naissance dans l’eau, et l’eau constitue également le principal composant de toutes les cellules vivantes. La vie est tout simplement impossible sans eau. Lorsqu’on se demande s’il existe des êtres vivants sur une autre planète, la première question posée est : y trouve-t-on de l’eau ?
Les données modernes indiquent que les formes de vie les plus anciennes appartenaient au règne végétal. Des algues marines ont été observées avant la période cambrienne, c’est-à-dire à l’époque des terres les plus anciennes connues. Les cellules vivantes animales, c’est-à-dire celles du règne animal, sont probablement apparues quelque temps après, elles aussi dans la mer.
Le mot eau est employé comme traduction du terme arabe « ma’a » (en anglais, water). Le terme « ma’a » peut désigner l’eau du ciel, l’eau de la mer ou toute sorte de substance liquide. Dans son premier sens, l’eau est indispensable à toute vie du règne végétal.
Sourate 20 (Ta-Ha), verset 53 : « Il fait descendre du ciel l’eau, par laquelle Il fait pousser diverses espèces de plantes, par paires. »
C’est la première mention des paires dans le règne végétal ; nous examinerons cette question plus loin. Dans l’autre sens, si l’on ne précise pas de quelle sorte d’eau il s’agit et que l’on entend simplement par là une substance liquide, l’un de ses types constitue le fondement de la formation de la vie de tous les êtres vivants. Sourate 24 (An-Nur), verset 45 : « Allah a créé tout être vivant à partir de l’eau. » Nous verrons plus loin que le mot eau est également employé pour désigner le sperme.
Qu’il s’agisse de l’origine de la vie en général, de l’émergence des plantes du sol ou du sperme des animaux, toutes les descriptions que contient le Coran sont parfaitement conformes à la science moderne. Le Coran ne mentionne aucune des légendes et fables qui étaient répandues au sujet de l’origine de la vie à l’époque de sa révélation.
Le règne végétal
Il serait possible de citer intégralement tous les versets qui mentionnent la miséricorde d’Allah à propos de la production des arbres, des plantes et des lianes par la pluie. Cependant, nous n’en citerons ici que trois :
Sourate 16, An-Nahl, versets 10-11 : « C’est Lui qui fait descendre du ciel une eau dont vous tirez votre boisson et grâce à laquelle poussent les plantes où vous faites paître vos troupeaux. Par cette eau, Il fait pousser pour vous les céréales, les oliviers, les palmiers, les vignes et toutes sortes de fruits. »
Sourate 6, Al-An‘âm, verset 99 : « C’est Lui qui fait descendre du ciel une eau. Par elle, Nous faisons germer les pousses de toutes les plantes ; puis Nous en faisons sortir une verdure, dont Nous produisons des grains serrés les uns contre les autres. Et du palmier, de ses spathes, sortent des grappes pendantes. Nous faisons aussi pousser des jardins de vignes, les oliviers et les grenadiers, semblables et différents les uns des autres. Regardez leurs fruits lorsqu’ils apparaissent et mûrissent. Il y a certainement là des signes pour les croyants. »
Sourate 50, Qâf, versets 9-11 : « Du ciel, Nous faisons descendre une pluie bénie, grâce à laquelle Nous faisons pousser des jardins, des céréales et de hauts palmiers aux régimes superposés, comme subsistance pour Mes serviteurs. Par la pluie, Nous redonnons vie à une terre morte. Ainsi se fera la résurrection. »
À ces informations de caractère général s’ajoutent également des informations précises sur certains sujets dans le Coran.
L’équilibre dans le règne végétal
Sourate 15 (Al-Hijr), verset 19 : « J’ai créé chaque chose sur la terre avec une juste mesure. »
La diversité des qualités des aliments
Sourate 13 (Ar-Ra‘d), verset 4 : « Il y a sur la terre des parcelles voisines les unes des autres ; on y trouve des vignobles, des champs de céréales, des palmiers à plusieurs troncs ou à tronc unique ; ils sont arrosés par une même eau, et pourtant Nous favorisons certains de leurs fruits par rapport à d’autres. Il y a certainement là des signes pour les gens doués de raison. »
L’existence de ces versets est particulièrement remarquable, car ils exposent ici des vérités fondamentales dans un langage très simple, sans faire la moindre allusion aux légendes ou aux mythes de l’époque. Toutefois, c’est la description coranique de la reproduction dans le monde végétal qui retient tout particulièrement notre attention.
La reproduction dans le monde végétal
Dans le monde végétal, la reproduction s’effectue de deux manières : sexuée et asexuée. Seule la première peut véritablement être appelée reproduction, car elle met en œuvre un processus biologique dont le but est de faire apparaître un nouvel organisme semblable à son parent.
En revanche, la reproduction asexuée n’est qu’une multiplication numérique : une partie séparée de la plante mère se développe comme la plante mère elle-même. Guilliermond et Mangenot ont appelé ce processus une « naissance d’un type particulier ». Un exemple simple de ce processus consiste à faire une bouture : on coupe une branche de la plante, on la plante dans la terre et de nouvelles racines y poussent. Toutes les plantes ne peuvent pas être multipliées par bouturage ; certaines y sont particulièrement adaptées. Certaines plantes produisent des rejets ou des racines aériennes qui peuvent être utilisés comme des graines. Il convient de noter que les graines sont créées par le processus sexué.
Dans le monde végétal, la reproduction sexuée se produit par la fusion des parties mâles et femelles d’une même plante ou de plusieurs plantes. C’est le seul processus mentionné dans le Coran.
Sourate 20 (Taha), verset 53 : « Il fait descendre la pluie du ciel et, par elle, produit toutes sortes de plantes par paires. »
Le mot « zawj » signifie l’un des éléments d’une paire. Le pluriel de ce mot arabe est « azwaj ». Son sens premier désigne quelque chose qui s’unit à une autre chose pour former une paire. En ce sens, le mot s’emploie aussi bien pour un couple marié que pour une paire de chaussures.
Sourate 22 (Al-Hajj), verset 5 : « Tu vois la terre desséchée ; puis, lorsque Nous y faisons descendre la pluie, elle se met à remuer, se gonfle et fait pousser toutes sortes de plantes agréables à regarder, par paires. »
Sourate 31 (Luqman), verset 10 : « C’est Lui qui fait pousser sur la terre toutes sortes de plantes bénéfiques, par paires. »
Sourate 13 (Ar-Ra‘d), verset 3 : « Il a créé sur la terre tous les fruits en deux espèces, par paires. »
Nous savons que, chez les plantes de niveau supérieur, le fruit est le produit final du processus de reproduction. L’organisation de ce type de plante est très perfectionnée et complexe. L’étape qui précède le fruit est la fleur, qui possède des organes mâles et femelles. Après le dépôt du pollen sur l’organe femelle, le fruit se forme, puis, une fois mûr, il produit des graines. Ainsi, tous les fruits prouvent l’existence d’organes mâles et femelles. C’est précisément ce qui est dit dans le Coran. Il convient de remarquer que, chez certaines espèces, des fruits peuvent aussi se former à partir de fleurs stériles, sans combinaison du pollen mâle et femelle, comme chez la banane, certaines variétés d’ananas, la figue, l’orange et le raisin. Ces mêmes fruits peuvent également naître de fleurs fertiles.
Lorsque l’enveloppe extérieure de la graine, souvent très dure, s’ouvre et que la germination commence, le processus de reproduction atteint alors son stade final. L’ouverture de cette enveloppe permet aux racines de se développer ; celles-ci puisent ensuite la sève dans le sol et contribuent à la croissance d’une nouvelle plantule.
Le Coran décrit ainsi ce processus de germination :
Sourate 6 (Al-An‘âm), verset 95 : « Allah fait germer le grain et le noyau (en les ouvrant). » En mentionnant l’existence par paires dans le monde végétal, le Coran a appliqué cette notion à un domaine plus vaste et plus général.
Sourate 36 (Yâ-Sîn), verset 36 : « Gloire et pureté à Celui qui a créé par paires chacune des plantes, des êtres humains et de ce qu’ils ne connaissent pas. »
À l’époque de Muhammad (s.), il y avait peut-être, au sujet de « ce qu’ils ne connaissent pas », diverses conjectures et suppositions. Mais nous savons maintenant avec certitude que l’existence de paires se retrouve, du niveau le plus petit au plus grand, dans le monde animé comme dans le monde inanimé. Il est à remarquer que toutes ces notions coraniques sont parfaitement conformes aux connaissances et à la science modernes.
Le règne animal
Le Coran contient plusieurs sujets dont l’explication et l’analyse doivent être confrontées à la science moderne. Cependant, quiconque examine attentivement le verset cité ci-dessous ne pourra pas comprendre pleinement ce que le Coran dit réellement à ce sujet.
Dans ce verset, la création de certains éléments du règne animal est décrite afin de faire prendre conscience à l’être humain de la miséricorde d’Allah envers lui. Décrire la création de divers éléments en fonction des besoins de l’être humain est une caractéristique générale du Coran ; c’est précisément comme exemple de cette caractéristique que nous citons ici tout particulièrement ce verset. Le verset s’adresse aux habitants des régions rurales, et il n’y a pas lieu de considérer le sujet autrement que sous cet angle.
Sourate 16 (An-Nahl), versets 5-8 : « Il a créé les bestiaux ; vous en tirez des vêtements chauds et de nombreux avantages, et vous en mangez. Et lorsque, au crépuscule, vous les ramenez des pâturages à la maison, et lorsque, le matin, vous les conduisez aux pâturages, vous admirez leur beauté. Et Il a créé pour vous les chevaux, les mulets et les ânes, afin qu’ils vous servent de monture et de parure ; et Il crée bien d’autres choses que vous ne connaissez pas. » En plus de cette description générale, le Coran fournit certaines informations particulières. Ces sujets sont : (1) la reproduction dans le monde animal ; (2) l’existence de sociétés dans le monde animal ; (3) les descriptions concernant les abeilles, les araignées et les oiseaux ; (4) l’origine des éléments constitutifs du lait animal. Nous allons maintenant les examiner successivement.
1) La reproduction dans le monde animal
Le sujet est décrit très brièvement dans les versets 45 à 56 de la sourate an-Najm : « C’est Lui qui crée les deux éléments du couple, le mâle et la femelle, à partir d’une goutte de sperme émise. » Ici, le terme « couple » désigne ce qui, dans les versets relatifs au monde végétal, est décrit comme une « paire ». Nous avons déjà abordé cette question. Il convient toutefois de remarquer qu’ici le sexe des deux éléments du couple est mentionné. La description selon laquelle une petite quantité de liquide est nécessaire à la procréation est exacte, précise et pleinement digne d’éloges. C’est manifestement un mot signifiant « sperme » qui a été employé en arabe. Nous examinerons plus loin la pertinence de cette description.
2) La mention de l’existence de sociétés dans le monde animal
Sourate 6 (al-An‘âm), verset 38 : « Il n’est point de bête sur la terre ni d’oiseau volant de ses ailes qui ne forme des communautés semblables aux vôtres. Nous n’avons rien omis dans le Livre. Puis, ils seront tous rassemblés vers leur Seigneur. » Plusieurs aspects de ce verset méritent quelques commentaires. Premièrement, sa formulation semble donner une indication sur ce qu’il adviendra des animaux et des oiseaux après leur mort. Pourtant, il ne semble exister aucune indication islamique à ce sujet. Deuxièmement, il semble y être question, de manière générale, d’un destin prédéterminé (taqdîr). Nous avons déjà examiné, au début de la troisième partie de cet ouvrage, ce qu’il faut entendre par taqdîr dans le cas de l’être humain. Le taqdîr peut être conçu comme une puissance souveraine ou comme une puissance conditionnelle. Par taqdîr conditionnel, ou soumis à des conditions, nous entendons le comportement contrôlé par des caractéristiques structurelles ou fonctionnelles ; ainsi, l’animal agit dans un environnement donné selon ses sensations particulières. Ces sensations sont produites par l’environnement extérieur de son corps.
Blachère a déclaré que, selon les anciens commentateurs, ce verset fait allusion au fait que les animaux adorent Allah par des actes engendrés par une sensation intérieure. Dans son commentaire de sa traduction du Coran, le cheikh C. Boubakier Hamza a écrit : « Sous l’effet d’une sensation créée par une connaissance céleste, tous les animaux se constituent en sociétés et affirment que l’activité de chaque membre doit être dirigée dans l’intérêt de l’ensemble de la classe. »
Au cours des dernières décennies, des recherches vastes et approfondies ont été menées sur le comportement des animaux et des oiseaux ; elles ont montré qu’ils vivent effectivement en sociétés. Après l’observation prolongée du fonctionnement de certaines de ces sociétés, il a été établi qu’elles possèdent une structure et une organisation précises. Chez certaines espèces animales, il n’a été possible que très récemment de découvrir l’existence de responsables de leur organisation sociale. C’est sans aucun doute sur les abeilles que les travaux ont été les plus nombreux, et le nom de von Frisch est associé à l’étude du comportement des abeilles. Pour ces travaux, Frisch, Lorenz et Tinbergen ont reçu le prix Nobel en 1973.
3) Description des abeilles, de l’araignée et des oiseaux
Lorsque les spécialistes du système nerveux veulent présenter un exemple remarquable des mécanismes nerveux qui dirigent et contrôlent le comportement des animaux, ils citent en premier lieu les abeilles, les araignées et les oiseaux, en particulier les oiseaux migrateurs. Chez ces trois animaux, on trouve incontestablement des formes d’organisation sociale extrêmement développées. Du point de vue scientifique, la particularité révélée par la mention de ces trois animaux dans le Coran est parfaitement conforme à la réalité. Leur caractère et leur comportement sont véritablement remarquables. Nous allons maintenant examiner successivement ces trois animaux.
Les abeilles
C’est à propos des abeilles que le Coran donne la description la plus longue. Sourate 16 (An-Nahl), versets 68-69 : « Ton Seigneur a inspiré aux abeilles : “Construisez vos demeures dans les montagnes, dans les arbres et dans les constructions que les hommes édifient ; puis mangez de tous les fruits et suivez les voies que votre Seigneur vous a rendues faciles.” De leur abdomen sort une boisson aux couleurs variées, dans laquelle se trouve une guérison pour les hommes. »
[Il convient de remarquer que c’est la seule manière dont le Coran mentionne une guérison pour les hommes. Le miel est réellement bénéfique dans le cas de certaines maladies. Quoi qu’on puisse dire de contraire à ce sujet, le Coran ne mentionne nulle part ailleurs aucun autre remède contre une maladie.]
Il est difficile de déterminer ce que signifie réellement « suivre les voies du Seigneur » ; toutefois, cette injonction peut probablement être comprise dans son sens général. D’après les informations découvertes jusqu’à présent sur le comportement des abeilles, on peut seulement dire que tous leurs comportements sont contrôlés par leur système nerveux. Cela est également vrai pour les araignées et les oiseaux. La danse des abeilles est un moyen de communiquer avec les autres abeilles : elles s’indiquent ainsi à quelle distance et dans quelle direction se trouvent les fleurs d’où l’on peut recueillir du miel. En outre, les recherches de von Frisch ont également établi par quels types de mouvements corporels les informations sont échangées entre les abeilles ouvrières.
L’araignée
C’est pour montrer tout particulièrement le caractère provisoire de la demeure de l’araignée que le Coran mentionne cet animal. Rien ne peut être plus léger, plus provisoire et plus fragile que la demeure de l’araignée (sa toile). Le Coran dit que la demeure de l’araignée est aussi solide que celles de ceux qui ont pris d’autres maîtres en dehors d’Allah.
Sourate 29 (Al-Ankabut), verset 41 : « Ceux qui prennent d’autres protecteurs qu’Allah ressemblent à l’araignée qui se construit une maison ; or la plus fragile des maisons est certes la maison de l’araignée, s’ils savaient. »
Elles construisent leur demeure à l’aide d’une sorte de salive sécrétée par leurs glandes. Ce fil semblable à de la soie est extrêmement fin et léger. La toile de l’araignée est si faible et si fragile qu’il est absolument impossible à l’homme d’en fabriquer une pareille. Les spécialistes des sciences naturelles sont restés stupéfaits devant l’art étonnant et extraordinaire de cette toile. Il convient de noter que c’est la disposition variée des cellules nerveuses de l’araignée qui permet un tissage aussi géométriquement parfait.
Les oiseaux
Le Coran mentionne les oiseaux en de nombreux endroits. Il est également question des oiseaux dans les récits de la vie des prophètes Abraham, Joseph, David, Salomon et Jésus. Mais ces mentions ne présentent aucun rapport avec le sujet que nous examinons ici.
Le verset coranique suivant mentionne l’existence de communautés animales sur la terre et de communautés d’oiseaux dans le ciel. Sourate 6 (Al-An‘âm), verset 38 : « Il n’est aucune bête qui se meuve sur la terre, ni aucun oiseau qui vole de ses ailes, qui ne forme des communautés semblables aux vôtres. Nous n’avons rien omis dans le Livre. Puis, vers leur Seigneur, ils seront tous rassemblés. »
Deux autres versets mentionnent la soumission totale des oiseaux à la puissance d’Allah.
Sourate 16 (An-Nahl), verset 79 : « Ne regardent-ils donc pas les oiseaux, soumis dans l’espace du ciel ? Allah les maintient en place. »
Sourate 67 (Al-Mulk), verset 19 : « Ne regardent-ils pas les oiseaux au-dessus d’eux, déployant et repliant leurs ailes ? Nul autre que le Tout Miséricordieux ne les maintient. »
Traduire un seul mot de l’un ou l’autre de ces deux versets est une tâche très complexe. La traduction proposée ici donne l’idée qu’Allah maintient les oiseaux par Sa propre puissance. Le verbe arabe original est « amsaka », dont le sens premier est « poser la main, retenir, saisir, maintenir quelqu’un ».
Le Coran mentionne cette dépendance totale des oiseaux à l’égard du commandement d’Allah. On peut comparer cet état aux données de la science moderne, qui montrent que certaines espèces d’oiseaux suivent un itinéraire déterminé dans leurs déplacements. Ces oiseaux, même leurs petits inexpérimentés, franchissent avec une grande facilité et une parfaite précision des parcours extrêmement longs et complexes, puis reviennent à leur point de départ à une date précise. Il est donc démontré que le programme de ce voyage est préétabli dans le système nerveux de leur corps. Il ne peut y avoir aucune autre explication possible à ce phénomène. Le professeur Hamburger cite, dans son ouvrage « Pouvoir et fragilité » (« La puissance et la fragilité »), publié par Flammarion à Paris en 1972, le célèbre exemple d’un oiseau habitant la région du Pacifique, le puffin à bec grêle (mutton-bird). En six mois, cet oiseau parcourt plus de 15 500 miles et revient à son point de départ avec un retard maximal d’une semaine. Il faut bien reconnaître que les instructions complexes de ce voyage sont inscrites dans le système nerveux de l’oiseau. C’est assurément un programme de voyage, mais qui l’a donc préétabli ?
4) L’origine des constituants du lait animal
La définition donnée par le Coran à ce sujet (sourate 16, An-Nahl, verset 66) correspond exactement aux données de la science moderne. La traduction et l’explication de ce verset que j’ai présentées ici sont les miennes. En effet, même dans les traductions les plus récentes de ce verset, les traducteurs lui ont donné un sens qui, à mon avis, n’est nullement acceptable. Je vais en donner deux exemples :
Traduction de Blachère (éditeur : G.-P. Maisonneuve et Larose, Paris, 1966) : « Il y a certes, dans les bestiaux, un enseignement pour vous. Nous vous donnons à boire un lait pur, excellent pour ceux qui le boivent, provenant de ce qui se trouve entre les aliments digérés dans leur ventre et le sang. »
Traduction du professeur Hamidullah (éditeur : Club français du Livre, Paris, 1971) : « Il y a certes, dans vos bestiaux, un enseignement pour vous. Nous vous abreuvons de ce qui est dans leurs ventres, entre leurs excréments et leur sang : un lait pur, agréable à boire. »
Si l’on présentait ces deux traductions à un spécialiste de physiologie, il dirait que la question est obscure et qu’il ne parvient pas à la comprendre précisément. La raison en est que, même dans ses grandes lignes, le contenu ne correspond nullement à la conception moderne, alors que ces deux traducteurs sont des linguistes arabes très éminents. Tout le monde sait qu’un traducteur peut commettre des erreurs dans la traduction d’une description scientifique, même s’il est expert en traduction, s’il ne l’est pas dans la science concernée. À mon avis, la traduction correcte de ce verset serait la suivante : « Il y a certes, dans les bestiaux, un enseignement pour vous. Nous vous donnons à boire le lait qui se trouve dans leur corps, produit par le mélange de la matière présente dans les intestins et du sang ; ce lait est pur et agréable pour ceux qui le boivent. »
Une explication de ce verset a été donnée dans un ouvrage intitulé Muntakhab, édité par le Conseil suprême des affaires islamiques du Caire et publié en 1973 ; mon explication en est très proche. Il convient de remarquer que le Conseil suprême s’est appuyé sur la physiologie moderne pour élaborer son explication.
En ce qui concerne le choix des mots, je peux dire, à l’appui de mon interprétation, que j’ai employé l’expression « dans leur corps », tandis que Blachère et le professeur Hamidullah ont traduit « dans leur ventre ». J’ai constaté que le mot arabe « batn » peut signifier « partie centrale » ou « partie intérieure de quelque chose », mais aussi « ventre ». Dans ce contexte, ce mot n’a pas de sens anatomique précis. Toutefois, au regard du contexte, « dans leur corps » semble particulièrement approprié et cohérent.
L’idée de la « source première » des constituants du lait vient du mot arabe « min » (l’anglais from et le bengali « de »), tandis que l’idée de mélange vient du mot arabe « bayni ». Le mot « bayni » peut signifier « parmi » (l’anglais among), mais aussi « entre » (l’anglais between). Il est également employé pour exprimer l’idée de deux substances ou de deux personnes réunies.
Pour comprendre le sens de ce verset du point de vue scientifique, il est nécessaire de recourir à la physiologie. Les substances nécessaires à la nutrition générale de l’organisme proviennent des transformations chimiques qui s’accomplissent dans toute la zone ou la voie déterminée du corps pour la digestion. Ces substances proviennent elles-mêmes du contenu intérieur des intestins. Après être parvenue dans l’intestin au stade approprié du processus de transformation chimique, la matière traverse la paroi intestinale et se dirige vers les zones prévues pour la circulation. Ce déplacement ou ce flux s’effectue de deux manières : directement par les conduits appelés « vaisseaux lymphatiques », ou par la grande circulation. La matière atteint ensuite le foie et, après y avoir subi des transformations, rejoint la circulation. Ainsi, tout passe par la circulation sanguine.
Les constituants du lait sont sécrétés par les glandes mammaires. Ces constituants tirent leurs nutriments des substances issues de la digestion des aliments qui y parviennent par la circulation sanguine. Le sang agit donc comme collecteur et vecteur de ces substances, lesquelles nourrissent les glandes mammaires productrices de lait. Bien entendu, ces mêmes substances nourrissent également tous les autres organes et tissus du corps.
Le processus initial qui met tout en mouvement consiste en la rencontre, au niveau de la paroi intestinale, du contenu de l’intestin et du sang. C’est précisément cette conception qui a été découverte grâce aux examens chimiques et physiologiques du processus digestif. À l’époque du prophète Muhammad, cette question était totalement inconnue et ce n’est que récemment qu’elle est devenue compréhensible pour l’être humain. Il convient de souligner que la circulation du sang dans le corps, c’est-à-dire le fait que le sang y circule en permanence, a été découverte par Harvey près de dix siècles après la révélation du Coran.
Je considère donc qu’aucune explication humaine ne peut rendre compte de la présence de toutes ces informations dans le Coran.
La reproduction humaine
Chaque fois que la reproduction a été abordée dans les écrits les plus anciens de l’humanité, elle y a été décrite de manière erronée. Au Moyen Âge, et même à une époque plus récente, ce sujet était encore enveloppé de légendes et de superstitions. Il ne pouvait d’ailleurs en être autrement, car pour comprendre le processus complexe de la reproduction, l’être humain a d’abord dû acquérir des connaissances sur les organes du corps, inventer le microscope et découvrir les connaissances fondamentales dans diverses disciplines, notamment l’anatomie, l’embryologie et l’obstétrique.
Mais la situation est tout à fait différente en ce qui concerne le Coran. À divers endroits de cet ouvrage, le processus précis de la reproduction est mentionné, les différentes étapes du développement sont décrites correctement et pas une seule description erronée ne s’y trouve. Tout y est exposé simplement, dans un langage accessible à l’être humain, et exactement de la manière que celui-ci n’a découverte que bien plus tard.
La reproduction humaine est mentionnée dans plusieurs dizaines de versets, dans des contextes variés. Dans certains cas, une ou plusieurs étapes précises sont expliquées. Il est donc nécessaire de rassembler les versets pour comprendre l’ensemble du processus. Comme pour les autres sujets abordés dans cet ouvrage, nous avons tenté, pour ce thème également, de réunir les versets pertinents afin de les expliquer et de les analyser.
Quelques notions fondamentales
Il est nécessaire de rappeler quelques notions fondamentales avant d’aborder une discussion détaillée. À l’époque de la révélation du Coran, et durant de nombreux siècles par la suite, ces faits n’étaient pas connus des hommes.
Le processus de reproduction humaine est le même que chez tous les autres mammifères. Ce processus commence par la fécondation d’un ovule détaché de l’ovaire. Cette fécondation a lieu dans l’utérus au milieu du cycle menstruel de la femme, et elle est provoquée par le sperme de l’homme, ou, plus exactement, par un spermatozoïde. Un seul spermatozoïde suffit à cette fin. Ainsi, la fécondation ne nécessite qu’une quantité infime de sperme ou de liquide séminal, car cette quantité contient des millions de spermatozoïdes. Les testicules de l’homme produisent les spermatozoïdes, et des sécrétions provenant des glandes situées à proximité des cellules et des conduits reliés à l’urètre se mélangent également au sperme.
L’ovule fécondé se fixe en un endroit précis du sein maternel ; après sa descente dans l’utérus par la voie utérine, l’embryon se forme et prend place entre les muscles et les conduits. Si l’ovule fécondé se fixe parfois dans l’utérus au lieu de se fixer dans le sein maternel, la grossesse est entravée.
Lorsque l’embryon devient visible à l’œil nu, il ressemble à une petite masse de chair, et la forme humaine en son centre n’est pas visible au début. Les différentes étapes que l’embryon traverse progressivement pour grandir sont aujourd’hui universellement connues. Au cours de ces étapes se forment notamment les os, les muscles, les nerfs, la circulation sanguine et les viscères.
Nous allons maintenant confronter la description coranique de la reproduction humaine à tous ces faits modernes établis.
La reproduction humaine dans le Coran
Comprendre les propos du Coran sur la reproduction n’est pas une tâche très facile. La première difficulté vient du fait que la description de ce sujet est dispersée en différents endroits du Coran. J’ai déjà mentionné cette difficulté. Mais la difficulté la plus importante réside dans le problème du sens des mots, qui peut facilement égarer le lecteur désireux d’approfondir ses recherches.
En réalité, de nombreuses traductions et interprétations actuelles du Coran peuvent très facilement donner à un scientifique une idée totalement erronée sur ce sujet. On peut citer comme exemple le fait que, dans la plupart des traductions, il est dit que l’homme a été formé de « sang coagulé » ou de « sang adhérent ». Une telle description n’est absolument pas acceptable pour un scientifique spécialisé dans ce domaine. Nous verrons, dans la discussion du paragraphe consacré à la fixation de l’ovule dans le sein maternel, pourquoi d’éminents linguistes arabes ont commis de telles erreurs en raison de leur absence de formation scientifique.
On peut mesurer, à partir de cette remarque, combien la connaissance des sciences, parallèlement à la connaissance de la langue, est indispensable pour comprendre le discours du Coran sur la reproduction.
Le Coran décrit avec suffisamment d’importance les différentes étapes du développement que traverse un embryon avant d’atteindre sa maturité dans le sein maternel.
Sourate 82 (Al-Infitar), versets 6-8 : « Ô homme ! Qu’est-ce qui t’a égaré au sujet de ton Seigneur ? Celui qui t’a créé, puis t’a donné une forme harmonieuse et t’a parfaitement équilibré, Il t’a façonné selon la forme qu’Il a voulue. »
Sourate 71 (Nûh), verset 14 : « Il vous a créés par étapes successives. »
En plus de cette description générale, les points auxquels le Coran attire l’attention à propos de la reproduction peuvent être énumérés comme suit :
1) La fécondation peut être obtenue avec la plus petite quantité de sperme.
2) La composition du sperme.
3) La localisation de l’ovule fécondé.
4) Le développement progressif de l’embryon.
Nous allons maintenant examiner ces sujets successivement.
(1) La fécondation peut être réalisée avec une très faible quantité de sperme
Cette idée est mentionnée onze fois dans le Coran sous la formulation suivante. Sourate 16 (An-Nahl), verset 4 : « Il a créé l’homme à partir d’une petite quantité (de sperme). »
Faute de terme français parfaitement adéquat, le mot arabe « nutfa » a ici été traduit par « une petite quantité (de sperme) ». Le verbe dont ce mot est dérivé signifie « tomber goutte à goutte, s’égoutter », et ce terme est employé pour désigner le résidu qui reste au fond après avoir vidé un seau. Il désigne donc une petite quantité de liquide. Le liquide désigné ici est le sperme, car, dans un autre verset, ce mot est associé au sperme.
Sourate 75 (Al-Qiyâma), verset 37 : « N’était-il pas une goutte de sperme éjaculée ? » Ici, le mot arabe « manî » désigne le sperme. Dans un autre verset, il est dit que cette « simple goutte » est placée dans un réceptacle solide et sûr (en arabe, « qarâr »), et ce réceptacle est manifestement l’organe génital.
Sourate 23 (Al-Mu’minûn), verset 13 : « Puis Nous le plaçâmes (l’être humain) sous forme d’une goutte (de sperme) dans un réceptacle solide et sûr. »
À ce propos, il convient de signaler qu’il est presque impossible de traduire le mot arabe « makîn », employé pour qualifier le réceptacle solide et sûr. Ce mot exprime l’idée d’un lieu solide, sûr et honoré. Quelle que soit la manière de le formuler, il désigne le lieu où l’être humain grandit dans le sein maternel. Il faut souligner tout particulièrement la très petite quantité de sperme nécessaire au processus de fécondation, car les données de la science moderne nous ont maintenant permis de savoir exactement cela.
(2) Les composants du sperme
La langue dans laquelle le Coran décrit le liquide fécondant est particulièrement propre à éveiller la curiosité.
(a) « Sperme » — de manière précise — sourate Al-Qiyamah, verset 37.
(b) « L’être humain a été créé à partir d’un liquide éjaculé » — sourate At-Tariq, verset 6.
(c) « Un liquide méprisable » — sourate As-Sajdah, verset 8, et sourate Al-Mursalat, verset 20.
L’emploi du mot « méprisable » (en arabe, « mahîn ») pour désigner le liquide (en arabe, « amsâj ») — « Certes, J’ai créé l’être humain d’une goutte de liquide mélangé » — sourate Ad-Dahr, verset 2. De nombreux exégètes, comme le professeur Hamidullah, ont compris ce terme « mélangé » comme désignant le mélange des liquides de l’homme et de la femme. De nombreux exégètes antérieurs ont également affirmé la même chose, car il ne leur était pas possible d’acquérir une conception exacte de l’origine anatomique de la fécondation et, en particulier, de la condition biologique de la femme. Ils supposaient que le mélange désignait précisément le mélange des liquides de l’homme et de la femme.
Les auteurs modernes, à l’instar de l’exégète de l’ouvrage « Muntakhab », édité par le Conseil suprême des affaires islamiques du Caire, ont toutefois corrigé cette conception et déclaré que la « goutte de sperme » est constituée de divers éléments. L’exégète du Muntakhab n’a fourni aucune description détaillée, mais, à mon avis, ce qu’il a dit est suffisamment cohérent et objectif.
Quels sont les composants du sperme ?
Le liquide appelé sperme est constitué des sécrétions des glandes suivantes.
(a) Les testicules : le liquide sécrété à cet endroit contient des spermatozoïdes, qui sont en réalité des cellules allongées dotées d’une partie prolongée en forme de queue, et qui sont immergés dans un liquide léger.
(b) Les vésicules séminales : situées à proximité du pénis, ces poches contiennent le sperme. Elles sécrètent également leur propre liquide, mais celui-ci ne contient aucun élément contribuant à la fécondation.
(c) La glande pénienne : le liquide sécrété par cette glande donne au sperme sa consistance et son odeur.
(d) Les glandes reliées à l’urètre : les trois glandes présentes ici sont connues, d’après les noms de trois scientifiques, sous les noms de glandes de Cowper, de Méry et de Littré. Les deux premières sécrètent un liquide visqueux, tandis que la troisième sécrète un liquide de consistance boueuse ou graisseuse.
Telles sont les sources et les constituants du « liquide mélangé » mentionné dans le Coran.
Il y a certainement encore beaucoup à dire à ce sujet. Là où le Coran parle du liquide fécondant composé de différents éléments, il est également dit que la descendance humaine sera perpétuée à partir d’un élément extrait de cette substance. C’est le sens que l’on trouve dans le verset 8 de la sourate As-Sajda :
« Puis (Allah) produit sa descendance à partir de l’extrait d’un liquide méprisable. »
Le mot arabe « sulāla » a été traduit par « extrait ». La signification de ce mot est : « la meilleure partie d’une chose, prélevée d’une autre chose et provenant elle-même d’une autre ». Quelle que soit la manière de l’exprimer, ce mot désigne une partie d’un tout.
La cellule qui féconde l’ovule, c’est-à-dire celle qui permet la procréation, est de forme allongée. Son volume équivaut à un dix-millième de millimètre. Lors d’un rapport sexuel normal, l’homme produit plusieurs dizaines de millions de cellules, parmi lesquelles une seule pénètre généralement dans l’ovule. Les autres restent en chemin. Il a été constaté qu’un homme éjacule quelques centimètres cubes de sperme lors d’un rapport, et qu’un centimètre cube de sperme contient 25 millions de spermatozoïdes. Il apparaît donc que la procréation s’accomplit au moyen d’une partie infime de ce liquide, formé par un processus extrêmement complexe à partir d’éléments divers. Dans ces conditions, face à la parfaite concordance et à l’harmonie entre les données scientifiques issues des recherches modernes et la description du Coran, nous ne pouvons qu’être stupéfaits d’émerveillement.
(3) Implantation de l’ovule fécondé dans l’appareil génital féminin
Après sa fécondation, l’ovule descend dans l’utérus et s’y implante. C’est ainsi que le Coran décrit ce phénomène :
Sourate 22 (Le Pèlerinage), verset 5 : « Nous déposons dans les matrices ce que Nous voulons pour un terme fixé. » L’ovule prend une forme allongée et s’attache à la partie charnue de l’utérus, comme les racines d’un arbre dans la terre, d’où il reçoit sa nourriture. En raison de cette forme, l’ovule s’accroche littéralement à l’utérus. Ce fait n’a été découvert que récemment.
Ce phénomène d’adhérence est décrit en cinq endroits du Coran. Sourate 96 (L’Adhérence), versets 1-2 : « Lis au nom de ton Seigneur qui a créé, qui a créé l’homme d’une chose qui s’accroche. »
« Ce qui s’accroche » est la traduction du mot arabe « alaq ». C’est le sens originel de ce mot. On lui attribue aussi, par extension, le sens de « sang coagulé » ou de « caillot de sang », et ce sens est employé dans de nombreuses traductions. Mais cet usage est erroné et il est nécessaire de s’en méfier. En effet, le processus de la naissance humaine ne comporte jamais de stade de « sang coagulé » ou de « caillot de sang ». La même remarque s’applique à une autre traduction.
Cette traduction est « colle ou adhérence », et elle n’est pas davantage exacte. Le sens originel, « ce qui s’accroche », concorde parfaitement avec les données modernes vérifiées. Cette notion apparaît encore dans quatre autres versets, où est décrite l’évolution progressive jusqu’à la formation complète de la goutte de sperme. »
Sourate 22 (Al-Hajj), verset 5 : « Nous vous avons créés… à partir de ce qui s’accroche. »
Sourate 23 (Al-Mu’minûn), verset 14 : « Nous transformons la goutte de sperme en une chose qui s’accroche. »
Sourate 40 (Al-Mu’min), verset 67 : « Il vous a créés… à partir d’une goutte de sperme, puis à partir de ce qui s’accroche. »
Sourate 74 (Al-Qiyâma), versets 37-38 : « N’était-il pas une goutte de sperme éjaculée ? Puis ne devint-il pas une chose qui s’accroche ? Ensuite, Allah ne lui donna-t-Il pas une forme et ne le façonna-t-Il pas harmonieusement ? »
Le mot employé dans le Coran pour désigner l’organe où s’effectue la gestation est encore utilisé en arabe pour désigner l’utérus. Dans certaines sourates, il est également appelé « un réceptacle sûr » et il semble que ce soit bien le sein maternel qui soit désigné ; cette mention est aussi faite exactement dans ce contexte, et il semble que ce soit bien le sein maternel qui soit désigné. Pour ma part, je pense que tel est le sens de ce verset, mais je n’en donne ici aucune explication détaillée, car la discussion deviendrait trop longue. Un autre verset nécessite une interprétation très prudente. Sourate 39 (Az-Zumar), verset 6 : « Il vous crée progressivement dans les trois ténèbres du sein de vos mères. »
« Ténèbres » est la traduction du mot arabe « zulumat ». Les commentateurs modernes du Coran pensent qu’il est ici question des trois membranes qui protègent l’enfant pendant la formation de son corps. Ces trois membranes sont la paroi abdominale, l’utérus et le liquide qui entoure l’embryon.
Il n’était pas nécessaire de citer ce verset pour mon exposé principal, mais je l’ai cité afin de compléter le sujet. Je ne vois aucune raison valable de contester, du point de vue de la physiologie, l’interprétation qui en a été donnée ici ; mais est-ce bien dans ce sens précis que le Coran a prononcé ces paroles ?
(4) Le développement progressif de l’embryon dans l’utérus
La description que donne le Coran de certaines étapes du développement de l’embryon est parfaitement conforme à nos connaissances modernes, et le Coran ne contient pas une seule description qui puisse être exposée aux critiques de la science moderne. Après avoir décrit ce qui « s’attache », le Coran nous informe qu’à un certain stade l’embryon prend la forme d’une « chair mâchée ». Ensuite, les os se forment et sont recouverts de chair. Sourate 23 (Al-Mu’minûn), verset 14 : « Puis, de ce qui s’attache, Nous faisons une masse de chair mâchée, puis Nous faisons de cette masse des ossements, que Nous revêtons ensuite de chair. »
Le mot arabe « mudgha » se traduit par « chair mâchée », tandis que le mot « lahm » se traduit par chair ordinaire, ou chair non hachée. Il est nécessaire de relever cette distinction. Au début, l’embryon a la forme d’une petite masse de chair. À un certain stade de son développement, il ressemble à l’œil nu à de la chair mâchée (hachée). C’est au sein de cette chair que se forme la structure osseuse ; ces os sont ensuite recouverts de muscles, et c’est dans ce cas que le mot « lahm » est employé.
L’être humain sait désormais que, pendant le développement de l’embryon, certains de ses organes prennent une forme complète. Tel est certainement le sens du mot « mukhallaq » (doté d’une forme complète) employé dans la sourate Al-Hajj.
Sourate 22 (Al-Hajj), verset 5 : « Nous transformons le sperme en quelque chose qui s’attache… puis Nous les transformons en une masse de chair, dotée d’une forme complète ou incomplète. »
Le Coran décrit également l’apparition des organes sensoriels et des intestins situés dans l’abdomen. Sourate 32 (As-Sajda), verset 9 : « Il vous a donné l’ouïe, la vue et les entrailles. »
La formation des organes sexuels est également mentionnée. Sourate 53 (An-Najm), versets 45-46 : « C’est Lui qui crée les deux éléments du couple, l’homme et la femme, à partir d’une goutte de sperme éjaculée. »
Sourate (Fâtir), verset 11 : « Allah vous a créés de terre, puis d’une goutte de sperme, puis Il a fait de vous des couples (homme et femme). »
Sourate 5 (Al-Qiyâma), verset 39 : « Puis, n’en a-t-Il pas créé les deux éléments du couple, l’homme et la femme ? »
Comme cela a déjà été mentionné, toutes les descriptions du Coran doivent être confrontées aux faits et aux connaissances établis et reconnus de l’époque moderne. On constatera alors qu’il existe entre elles une parfaite concordance et harmonie. Il est également très important de comparer les descriptions coraniques aux conceptions qui étaient répandues parmi les hommes au moment de la révélation du Coran. On constatera ainsi combien ces conceptions étaient incompatibles et contradictoires avec les descriptions du Coran. Les hommes de cette époque ne pouvaient certainement pas interpréter et analyser le Coran comme nous pouvons le faire aujourd’hui, car ils ne disposaient d’aucun moyen d’accéder à l’aide que nous apportent aujourd’hui les connaissances modernes et la science. En réalité, ce n’est qu’au XIXe siècle que les hommes ont commencé à acquérir une compréhension quelque peu claire de ces questions.
Durant tout le Moyen Âge, diverses conceptions et théories s’étaient formées en s’appuyant sur des traditions infondées, des imaginations et des récits mythologiques, et elles subsistèrent pendant plusieurs siècles. Puis, lorsque Harvey déclara en 1651 que « toute vie provient d’abord d’un œuf », un chapitre fondamental de l’histoire de l’embryologie s’ouvrit. Bien que l’invention du microscope ait alors accéléré les progrès de la science, les hommes étaient encore engagés dans des controverses sur les rôles respectifs de l’œuf et du spermatozoïde. Le célèbre naturaliste Buffon était partisan de la théorie ovulaire, tandis que Bonnet croyait à la théorie de l’« emboîtement » des germes. Selon cette théorie, les germes de tous les êtres humains étaient emboîtés les uns dans les autres dans l’ovule d’Ève (Hawa), la mère de l’humanité. Au XVIIIe siècle, c’est cette théorie qui jouissait de la faveur générale.
C’est à une époque où ces théories extravagantes étaient encore largement répandues, plus de mille ans avant notre ère, que les hommes prirent connaissance du Coran. Il a fallu plusieurs siècles à l’humanité pour découvrir les importantes vérités fondamentales qui y sont énoncées en termes simples.
Le Coran et l’éducation sexuelle
On dit que c’est à l’époque moderne que de nombreuses découvertes ont été faites dans tous les domaines possibles. On considère également que des découvertes révolutionnaires ont été réalisées dans le domaine de l’éducation sexuelle, et que le vaste réservoir de connaissances mis à la disposition des enfants à ce sujet constitue un grand succès du monde moderne. Autrefois, on entretenait délibérément le flou sur cette question, et certains affirment que la religion en était responsable. Ils n’ont toutefois pas précisé de quelle religion il s’agissait.
Les informations exposées ci-dessus prouvent qu’il y a déjà quatorze siècles, les aspects théoriques de la procréation humaine avaient été portés à la connaissance des hommes. Comme l’anatomie et la biologie n’existaient pas encore à cette époque, seules les informations nécessaires, dans la mesure du possible, ont été fournies pour permettre une explication plus approfondie. Il faut également se rappeler à cet égard que le sujet a été exposé en termes simples, en tenant compte de la capacité de compréhension des auditeurs de l’époque.
Cependant, la réalité concrète n’a nullement été négligée. Le Coran contient de nombreuses directives concernant la vie quotidienne réelle des hommes et la manière dont ils doivent se comporter dans ces circonstances. La sexologie n’y a pas non plus été laissée de côté.
Deux versets du Coran traitent des rapports sexuels. La précision et la pudeur du langage de ces versets y sont clairement exprimées. Pourtant, les différences que l’on relève dans les diverses traductions et interprétations de ces deux versets sont véritablement étonnantes. J’ai beaucoup réfléchi à cette question et j’ai lu de nombreuses traductions. Mais finalement, c’est la traduction du docteur A. K. Gird, ancien professeur de médecine à l’Université de Beyrouth, qui m’a paru correcte ; je lui en suis donc reconnaissant. Voici sa traduction :
Sourate 86 (At-Târiq), versets 6-7 : « L’homme a été créé à partir d’un liquide éjaculé. Celui-ci est émis à la suite de la rencontre des régions sexuelles de l’homme. »
Dans le Coran, le mot « sulb » (au singulier) désigne la région sexuelle de l’homme, tandis que le mot « taraïb » (au pluriel) désigne la région sexuelle de la femme. C’est cette traduction qui me paraît la plus satisfaisante. Les traducteurs anglais et français ont traduit tout autrement : « L’homme a été créé à partir d’un liquide éjaculé, qui sort d’entre la colonne vertébrale et les côtes. » Cela semble davantage être une interprétation qu’une traduction. Toutefois, le sujet demeure incompréhensible.
Le comportement de l’homme dans ses relations intimes avec son épouse est clairement décrit. Au sujet des règles de l’épouse, Allah a donné à Son Messager l’ordre suivant :
Sourate 2 (Al-Baqara), versets 222-223 : « Ils t’interrogent au sujet des menstrues. Dis : “C’est une souillure.” Éloignez-vous donc de vos épouses durant leurs menstrues et n’ayez pas de rapports avec elles jusqu’à ce qu’elles soient purifiées. Lorsqu’elles se seront parfaitement purifiées, approchez-les de la manière dont Allah vous l’a ordonné. Allah aime ceux qui se repentent et ceux qui se purifient. »
« Vos épouses sont pour vous un champ de labour. Allez donc à votre champ de labour comme vous le souhaitez. Et faites auparavant quelque bien pour vous-mêmes. »
Le sens de la première partie du verset est très clair. Les rapports sexuels avec l’épouse sont formellement interdits à l’homme pendant ses menstrues. La deuxième partie décrit le processus de culture de la terre, ce que le cultivateur doit accomplir avant de semer. La graine germe et une nouvelle pousse apparaît. Par cette comparaison, l’importance de garder à l’esprit le but des rapports sexuels, c’est-à-dire la procréation, est soulignée. Quant à la traduction que Blachère a donnée de la dernière partie du verset, elle semble faire allusion aux préparatifs préliminaires précédant les rapports sexuels.
L’instruction donnée dans ce verset est de nature générale. La question de la contraception est parfois soulevée à ce propos. Mais elle n’est mentionnée ni dans ce verset ni nulle part ailleurs.
L’avortement n’est mentionné nulle part non plus. Si l’on comprend les versets cités plus haut, on voit clairement que l’être humain est créé à partir de l’embryon grâce au développement progressif de « ce qui s’accroche ». Ainsi, le respect et la considération absolus envers chaque être humain, que le Coran rappelle à maintes reprises, entraînent naturellement l’interdiction et la condamnation de l’avortement. Cette doctrine est aujourd’hui soutenue par toutes les religions monothéistes. Pendant le jeûne du mois de Ramadan, les rapports sexuels sont autorisés durant la nuit.
Sourate 2 (Al-Baqara), verset 187 : « Pendant les nuits du jeûne, les rapports avec vos femmes vous sont permis. Elles sont un vêtement pour vous et vous êtes un vêtement pour elles. …… Ayez donc des rapports avec elles et recherchez ce qu’Allah vous a prescrit. »
Mais pendant le pèlerinage, les rapports sexuels sont interdits à La Mecque. Sourate 2 (Al-Baqara), verset 197 : « Celui qui s’impose l’accomplissement du pèlerinage durant ces mois ne doit avoir de rapports sexuels pendant le pèlerinage. » Cette interdiction s’étend également à la chasse et aux querelles. À propos du divorce, le Coran mentionne de nouveau les menstruations.
Sourate 65 (At-Talaq), verset 4 : « Si vous avez des doutes au sujet du délai de viduité de vos femmes qui n’espèrent plus avoir leurs règles, sachez que leur délai de viduité est de trois mois ; il en est de même pour celles qui n’ont pas encore leurs règles ; quant aux femmes enceintes, leur délai de viduité prend fin avec leur accouchement. »
Le délai de viduité désigne la période d’attente qui s’écoule entre l’annonce du divorce et le moment où celui-ci devient effectif. L’expression « celles qui n’espèrent plus avoir leurs règles » désigne les femmes dont les règles ont cessé définitivement. Néanmoins, à titre de précaution, il leur est demandé d’attendre trois mois. Ensuite, elles peuvent se remarier.
Il est également demandé à celles qui n’ont pas encore eu leurs règles d’attendre trois mois, et aux femmes enceintes d’attendre jusqu’à leur accouchement. Ces dispositions sont parfaitement conformes aux principes de la physiologie moderne. Le Coran contient aussi des dispositions analogues et équitables concernant le veuvage des femmes.
Il apparaît donc que les descriptions théoriques relatives à la procréation et les directives pratiques concernant la vie sexuelle que contient le Coran ne sont contraires à aucune donnée des sciences et des connaissances modernes.
Les récits du Coran et de la Bible : caractéristiques communes
De nombreux sujets relatés dans la Bible le sont également dans le Coran. Parmi ces thèmes communs figurent tout d’abord les récits des prophètes — Noé, Abraham, Joseph, Élie, Jonas, Job et Moïse — ainsi que les récits des rois d’Israël : Saül, David et Salomon. On y trouve également des descriptions précises d’événements importants tels que la création des cieux, la création de l’être humain, le Déluge et l’Exode ; dans tous ces événements, des forces miraculeuses sont intervenues. Enfin, conformément au Nouveau Testament, on y trouve aussi les événements relatifs à Jésus et à sa mère Marie.
Si nous considérons, à la lumière des connaissances modernes que nous avons acquises de sources extérieures aux livres révélés, les sujets exposés dans ces deux livres révélés, quelle réaction cela suscite-t-il en nous ? Que constatons-nous ?
Thème général : le Coran, l’Évangile et les connaissances modernes
À propos du contenu commun au Coran et à l’Évangile, il faut tout d’abord se rappeler qu’aucun des sujets de l’Évangile qui ont été critiqués d’un point de vue scientifique au début de cet ouvrage n’est mentionné dans le Coran.
Jésus est mentionné à de nombreuses reprises dans le Coran : l’annonce faite à Marie de la naissance miraculeuse de son fils, la proclamation de cette annonce par Marie, le rang élevé de Jésus en tant que prophète, son rôle en tant que sauveur, la transmission aux hommes de la révélation qu’il a reçue, le soutien et la correction de la Torah par cette révélation, sa prédication, ses compagnons, ses califes et ses actes miraculeux, son élévation vers Allah, son rôle au Jour de la Résurrection, et bien d’autres choses.
Le Coran donne, dans les sourates Al-Imran et Marie, une longue description de la famille de Jésus. Il y est question de la naissance de sa mère Marie, de sa jeunesse et de sa maternité miraculeuse. Jésus y est toujours désigné comme « le fils de Marie », et sa généalogie n’est donnée que par la lignée maternelle. Dans ces conditions, pour une raison naturelle et logique, il n’avait pas de père au sens biologique. Nous avons déjà vu qu’à cet égard le récit du Coran diffère de ceux de Matthieu et de Luc dans l’Évangile, car ils ont donné la généalogie paternelle de Jésus et fourni deux récits différents.
Le Coran fait apparaître Jésus, dans sa généalogie maternelle, comme descendant de Noé, d’Abraham et d’Imran, le père de Marie — Imran étant le nom donné dans le Coran.
Sourate 3 (Al-Imran), versets 33-34 : « Allah a élu, au-dessus de tous les mondes, Adam, Noé, la famille d’Abraham et la famille d’Imran ; ils sont descendants les uns des autres… »
Ainsi, Jésus est, du côté de sa mère Marie et par l’intermédiaire du père de Marie, Imran, un descendant de Noé et d’Abraham. L’erreur concernant les noms des ancêtres de Jésus qui figure dans l’Évangile ne se trouve pas non plus dans le Coran. Nous avons examiné cette question en détail au début de cet ouvrage.
Toutefois, par souci d’objectivité, il convient de revenir encore une fois sur cette question. En outre, il est nécessaire de mesurer l’importance de ce point face aux affirmations infondées selon lesquelles Muhammad (paix et bénédiction sur lui) aurait lui-même écrit le Coran et aurait principalement copié la Bible à cette fin. Si Muhammad (paix et bénédiction sur lui) avait réellement écrit lui-même le Coran et copié la Bible, pourquoi n’aurait-il pas copié le récit biblique concernant les ancêtres de Jésus ? Comment aurait-il pu lui substituer un récit qui, à la lumière des connaissances modernes, est au-dessus de toute controverse ?
Il convient de remarquer à ce propos que les deux récits de l’Évangile et de l’Ancien Testament sur cette question se contredisent, et que, pour cette raison, aucun des deux ne peut être accepté.
Points communs : le Coran, l’Ancien Testament et les connaissances modernes
Certains points communs entre le Coran et l’Ancien Testament ont déjà été examinés. On peut se rappeler que, lors de l’étude de l’Ancien Testament, il a été montré, à propos de la création de la Terre, que son récit est parfaitement conforme aux données scientifiques. Puisque cette question a déjà été examinée et discutée, il n’est plus nécessaire de la répéter.
Le Coran et l’Ancien Testament contiennent tous deux des récits sur les rois d’Israël. Mais les données et les récits historiques et archéologiques concernant cette question sont si rares qu’il est absolument impossible, sur cette base, de déterminer la véracité de ces récits. Les connaissances modernes sont véritablement insuffisantes à ce sujet.
On peut dire à peu près la même chose au sujet des prophètes. Les deux ouvrages contiennent des récits à ce sujet. Mais ce n’est qu’après avoir déterminé avec précision quelle part des informations concernant le lieu, l’époque et les personnes impliquées dans ces événements nous est parvenue qu’il pourra être possible d’examiner cette question à la lumière des connaissances modernes.
Cependant, les deux ouvrages contiennent deux sujets qu’il est possible et nécessaire d’examiner à la lumière des connaissances modernes. Il s’agit du déluge à l’époque de Noé et de l’Exode à l’époque de Moïse.
Il est possible d’examiner l’événement du déluge parce que, dans l’histoire de la civilisation humaine, ce déluge n’a laissé aucune trace qui puisse être invoquée à l’appui du récit de l’Ancien Testament. En revanche, les connaissances modernes ne fournissent aucune donnée sur laquelle fonder une critique du récit coranique.
Il est également possible d’examiner l’Exode, car le récit de cet événement dans les deux livres est généralement manifestement complémentaire, et les informations fournies par les connaissances modernes corroborent toutes deux.
Le Déluge au temps de Noé : le récit de l’Ancien Testament
Au début de cet ouvrage, nous avons examiné en détail le récit du Déluge dans le cadre de notre discussion sur l’Ancien Testament, et l’on se souviendra que nous sommes parvenus à la conclusion suivante :
Il n’existe pas un, mais deux récits du Déluge, rédigés à deux époques distinctes. Le premier est le récit yahviste, datant du IXe siècle avant J.-C. Le second est le récit sacerdotal, datant du VIe siècle avant J.-C. Ce récit est appelé sacerdotal parce qu’il aurait été écrit par les prêtres de l’époque.
Ces deux récits ne peuvent pas être identifiés séparément. Ils sont mêlés l’un à l’autre. Certains paragraphes de l’un se retrouvent également dans l’autre. Le père de Vaux, professeur à l’École biblique de Jérusalem, a décrit en détail, exemples à l’appui, dans son commentaire de sa traduction de la Genèse, comment des paragraphes de l’un des récits ont été insérés littéralement dans l’autre. L’un des récits comprend au total dix paragraphes yahvistes. Il y a des paragraphes yahvistes au début et à la fin, et, au milieu, un paragraphe sacerdotal a été inséré entre deux paragraphes yahvistes. Les deux récits étant parfois contradictoires, aucun ne semblera raisonnable ni intelligible si on ne le lit pas en tenant compte de la succession des événements. Le père de Vaux lui-même a déclaré : « Dans les deux récits, le Déluge apparaît comme s’étant produit selon deux processus distincts ; sa durée est également différente, et le nombre d’animaux que Noé prit dans son arche diffère lui aussi d’un récit à l’autre. »
Si l’on examine le récit biblique du Déluge à la lumière des connaissances modernes, on constate qu’il n’est nullement acceptable pour les raisons suivantes :
(1) L’Ancien Testament décrit le Déluge comme ayant été mondial.
(2) Le récit yahviste ne mentionne aucune période concernant le Déluge ; en revanche, le récit sacerdotal en indique une, et il s’agit d’une époque où un tel cataclysme était absolument impossible.
Le raisonnement à l’appui de cette opinion est le suivant
Le récit sacerdotal affirme clairement que le Déluge eut lieu lorsque Noé avait six cents ans. Il ressort de la généalogie présentée au cinquième chapitre de la Genèse — tirée du texte sacerdotal et citée au début de cet ouvrage — que Noé naquit mille cinquante-six ans après Adam. Le Déluge aurait donc eu lieu mille six cent cinquante-cinq ans après la création d’Adam. En revanche, la généalogie d’Abraham fournie par le même texte sacerdotal de la Genèse (11, 10-32) montre qu’Abraham naquit deux cent quatre-vingt-douze ans après le Déluge. Nous apprenons de la Bible elle-même qu’Abraham vivait approximativement en 1950 avant Jésus-Christ. On peut donc établir que le Déluge eut lieu au XXIe ou au XXIIe siècle avant Jésus-Christ. Ce calcul concorde avec les données fournies par les anciennes versions de la Bible. À cette époque, les hommes ne possédaient aucune connaissance de la question, si bien qu’il était impossible de soulever un argument contraire. Tous acceptaient donc sans hésitation la chronologie donnée par la Bible. Mais maintenant qu’une conception claire de la chronologie des événements anciens est devenue largement admise, les dates imaginaires indiquées par les auteurs du texte sacerdotal de l’Ancien Testament ont perdu toute crédibilité. C’est pourquoi ces dates ont été supprimées des versions ultérieures de la Bible. Toutefois, il suffit de faire les calculs à partir des généalogies qui n’ont pas encore été supprimées pour déceler très facilement cette grave erreur. Les commentateurs modernes de la Bible n’attirent cependant pas l’attention du lecteur sur cette erreur, ou ne sont pas en mesure de le faire.
Comment peut-on aujourd’hui concevoir qu’au XXIe ou au XXIIe siècle avant Jésus-Christ se soit produit un cataclysme tel que tous les êtres vivants de la terre — à l’exception des passagers de l’arche de Noé — auraient été anéantis ? À cette époque, la civilisation humaine s’était développée dans plusieurs régions du monde, et ses vestiges sont parvenus jusqu’à nous. Par exemple, c’est à cette époque que, après l’Ancien Empire, la Première Période intermédiaire prit fin et que commença le Moyen Empire. À la lumière des connaissances historiques que nous avons acquises aujourd’hui, il paraît tout simplement ridicule d’affirmer que toute civilisation humaine aurait été détruite par ce Déluge.
Ainsi, d’un point de vue historique, on constate que le récit biblique du Déluge est totalement contraire aux connaissances modernes. En outre, le fait que le texte de la Bible a été remanié par des hommes est formellement attesté par l’existence de deux récits sur un même sujet.
Le récit coranique du Déluge
Le Coran donne un récit général du Déluge. Ce récit est entièrement différent du récit biblique et ne soulève, même du point de vue historique, aucune question ni aucune critique.
Le Coran ne présente pas de récit suivi du Déluge. Il mentionne seulement, dans différentes sourates, le châtiment infligé au peuple de Noé. Le récit le plus complet se trouve dans les versets 25 à 29 de la sourate 11 (Hûd). La sourate 71 (Noé) et les versets 105 à 155 de la sourate 26 (Les Poètes) contiennent surtout le récit des exhortations de Noé. Avant d’examiner le déroulement réel des événements, nous considérerons d’abord le Déluge décrit dans le Coran dans le contexte général de la manifestation du courroux d’Allah contre les sociétés qui désobéissent à Son commandement.
La Bible parle d’un Déluge universel comme châtiment infligé à l’ensemble de l’humanité désobéissante au commandement d’Allah. En revanche, le Coran mentionne l’envoi de châtiments particuliers contre certaines sociétés déterminées. Ainsi, il est dit dans les versets 35 à 39 de la sourate 25 (Le Discernement) : « Nous avons certes donné le Livre à Moïse et Nous avons adjoint à son frère Aaron pour l’aider. Nous leur avons dit : “Allez auprès du peuple qui a traité Nos signes de mensonge.” Puis Nous avons entièrement anéanti ce peuple. Et lorsque le peuple de Noé eut traité les messagers de menteurs, Nous le submergeâmes et en fîmes un signe pour l’humanité. Nous avons préparé un châtiment douloureux pour les transgresseurs. Nous avons anéanti les peuples de ʿÂd, de Thamûd, des gens d’Ar-Rass, ainsi que de nombreuses générations intermédiaires. Nous les avions tous avertis au moyen d’exemples, puis Nous les avons tous complètement détruits à cause de leur désobéissance. »
De même, dans les versets 59 à 93 de la sourate 7 (Al-A‘râf), il est rappelé que des châtiments furent infligés au peuple de Noé, aux peuples de ‘Ad et de Thamûd, au peuple de Lot (Sodome) et aux Madianites.
Ainsi, il apparaît que le déluge est présenté dans le Coran comme un châtiment infligé spécifiquement au peuple de Noé. C’est la première différence fondamentale entre le récit coranique et le récit biblique.
La deuxième différence fondamentale est que le Coran ne donne ni l’année ni la date du déluge, pas plus qu’il n’en indique la durée, alors que la Bible les donne.
La cause du déluge est décrite de manière à peu près similaire dans les deux ouvrages. Dans le récit sacerdotal de la Bible (Genèse 7, 11), deux causes sont présentées comme ayant agi simultanément : « Ce jour-là, toutes les sources du grand abîme jaillirent, et les fenêtres du ciel s’ouvrirent. » En revanche, les versets 11 et 12 de la sourate 54 (Al-Qamar) disent : « Nous avons ouvert les portes du ciel à une pluie abondante et fait jaillir des sources de la terre ; puis l’eau du ciel et l’eau de la terre se sont réunies selon un dessein établi. »
La description coranique des occupants de l’arche est précise. L’ordre qu’Allah donne à Noé est exécuté exactement. Cet ordre prescrit les actes suivants.
Sourate 11 (Hûd), verset 40 : « Fais-y monter un couple de chaque espèce vivante, ainsi que ta famille, à l’exception de ceux contre lesquels la décision a déjà été prononcée, et ceux qui ont cru. » Mais peu nombreux furent ceux qui crurent avec lui.
Celui qui fut exclu de la famille était l’un des fils pécheurs de Noé. Malgré la supplication de Noé, la décision d’Allah à son sujet ne fut pas modifiée (sourate Hûd, versets 45-46). Outre la famille de Noé — à l’exception de ce fils — le Coran mentionne aussi, parmi les passagers de l’arche, des personnes qui avaient cru en Allah.
La Bible ne mentionne certes aucun homme de cette sorte. En réalité, elle rapporte trois récits distincts au sujet des passagers de l’arche.
Première version — selon le texte yahviste, une distinction est établie entre les animaux et les oiseaux « purs » et « impurs ». Sept paires de chaque espèce « pure » (sept mâles et sept femelles), ainsi qu’une paire de chaque espèce « impure » (un mâle et une femelle), furent également prises dans l’arche. (Il convient de noter que, dans toutes les langues sémitiques de l’époque, « sept » signifiait généralement « beaucoup ». C’est également le sens à retenir ici.)
Deuxième version — selon le récit yahviste remanié (Genèse 7–8), qu’il s’agisse d’animaux « purs » ou « impurs », une seule paire de chaque espèce fut prise dans l’arche.
Troisième version — selon le texte sacerdotal, Noé (aucun membre de sa famille n’en était exclu) et une paire de chaque espèce se trouvaient dans l’arche.
Le récit proprement dit du Déluge se trouve dans les versets 25 à 49 de la 21e sourate du Coran (Hûd) et dans les versets 23 à 30 de la 23e sourate (Al-Mu’minûn). Le récit biblique est à peu près du même type ; il ne présente pas de différence particulièrement notable.
Dans la Bible, la montagne où l’arche de Noé prit terre est appelée mont Ararat (Genèse 8, 4), tandis que le Coran lui donne le nom de Jûdî (sourate Hûd, verset 44). Cette montagne est réputée être le sommet le plus élevé de la chaîne de l’Ararat, en Arménie, mais on ne dispose d’aucune preuve que les hommes n’en aient pas modifié le nom afin de le faire concorder avec ces deux récits. Blachère appuie cette idée en affirmant qu’il existe en Arabie une montagne appelée Jûdî. Toutefois, cette concordance des noms peut aussi être artificielle.
En conclusion, on peut dire qu’il est possible d’identifier correctement et avec précision les principales différences entre les récits biblique et coranique du Déluge. Certaines différences ne peuvent toutefois pas être vérifiées, faute de données objectives. Mais si l’on en juge à la lumière des données reconnues et universellement admises, on constate que le récit biblique est incompatible avec les découvertes et les connaissances récentes ; cela vaut tout particulièrement pour la date du Déluge et son extension géographique. En revanche, le récit coranique ne contient rien qui puisse faire l’objet d’une critique objective. Quelqu’un pourrait cependant demander s’il était possible aux hommes, dans l’intervalle entre la révélation de la Bible et celle du Coran, d’acquérir les connaissances qui leur auraient permis d’être informés avec exactitude sur cet événement. La réponse est non. En effet, depuis l’époque de l’Ancien Testament jusqu’à celle du Coran, les hommes ne disposaient, au sujet de cette histoire ancienne, d’aucune autre preuve que la Bible. Il apparaît donc que les modifications ultérieures de sens et de portée apportées au récit afin de le rendre conforme aux connaissances modernes ne sont pas l’œuvre des hommes. Il faut alors admettre une autre explication ou une autre cause à ces modifications : c’est la révélation descendue après le récit biblique.
L’Exode
L’Exode de Moïse et de ses compagnons hors d’Égypte (première étape sur la route de Canaan) est un événement d’une importance capitale. Bien que l’on prétende parfois qu’il s’agit essentiellement d’une légende, l’événement est un fait établi, qui s’inscrit dans un cadre historique connu.
Le récit de cet événement figure dans le deuxième livre du Pentateuque de l’Ancien Testament, c’est-à-dire la Torah (l’Exode). On y trouve un récit du voyage dans le désert et de l’alliance conclue avec Allah au mont Sinaï. Le Coran en donne également un récit détaillé. Dans plus de dix sourates, notamment Al-A‘râf, Yûnus, Tâ-Hâ et Ach-Chu‘arâ, sont longuement relatées les relations entre Pharaon, Moïse et son frère Aaron, ainsi que leur départ d’Égypte. Ailleurs encore, cet événement est mentionné brièvement ou à titre de rappel. À ma connaissance, le nom de Pharaon, le principal protagoniste du côté égyptien, est mentionné au total soixante-quatorze fois dans vingt-sept sourates.
En comparant les récits du Coran et de la Bible, on constate que, concernant cet événement, les deux récits présentent de nombreuses similitudes, davantage que dans le cas du Déluge. Il existe certes des divergences, mais nous verrons néanmoins que le récit biblique possède une valeur historique considérable. En effet, c’est à partir de ce récit que l’on peut identifier le Pharaon concerné, ou, pourrait-on dire, les deux Pharaons concernés. Ce processus d’identification commence avec la Bible et trouve son achèvement dans les informations rapportées par le Coran. Si l’on y ajoute les données découvertes récemment et qu’on les examine et les analyse, l’événement peut être replacé dans un contexte historique.
La grande migration selon la Bible
Le récit biblique commence par le rappel de l’entrée des Juifs en Égypte avec Jacob. Jacob y retrouve Joseph. Puis, selon l’Exode 1, 8 : « Alors s’éleva sur l’Égypte un nouveau roi, qui ne connaissait pas Joseph. »
La persécution commença alors. Pharaon ordonna d’employer les Juifs comme ouvriers aux travaux de construction dans les villes de Pithom et de Ramsès (Exode 1, 11). Et, afin d’empêcher leur population d’augmenter, il ordonna de jeter dans le fleuve chacun de leurs nouveau-nés de sexe masculin. Après la naissance de Moïse, sa mère le cacha tant bien que mal pendant les trois premiers mois, puis le déposa dans une corbeille au bord du fleuve. La fille de Pharaon aperçut par hasard l’enfant, l’emmena chez elle et confia sa garde à une servante. Cette servante était en réalité la mère de Moïse. La sœur de Moïse, cachée à distance, vit la princesse emmener son frère et, feignant de ne pas connaître l’enfant, lui proposa de trouver une bonne nourrice ; elle fit ainsi engager la mère de l’enfant pour cette tâche. L’enfant fut élevé comme l’un des fils de Pharaon et on lui donna le nom de Moïse.
Dans sa jeunesse, Moïse se rendit dans un pays appelé Madian. Il s’y maria et y vécut de nombreuses années. À ce stade, la Bible (Exode 2, 23) fournit une information importante : « Il arriva, en ces longs jours, que le roi d’Égypte mourut. »
Allah ordonna à Moïse de se rendre auprès de Pharaon et de faire sortir ses frères d’Égypte — la Bible rapporte cet ordre dans le récit du buisson ardent. Son frère Aaron l’aida à accomplir cette mission. Après son retour en Égypte, Moïse se rendit auprès de Pharaon accompagné d’Aaron. Le Pharaon sous le règne duquel Moïse était né était le successeur héritier de ce dernier.
Pharaon n’autorisa pas les Juifs qui suivaient Moïse à quitter l’Égypte. Allah révéla de nouveau un message et ordonna à Moïse de renouveler sa demande auprès de Pharaon. Selon la Bible, Moïse avait alors quatre-vingts ans. Il montra à Pharaon, par l’intermédiaire de la magie, qu’il possédait des pouvoirs miraculeux. Mais cela ne produisit aucun effet. Allah fit alors s’abattre sur l’Égypte un châtiment sous la forme de fléaux. L’eau du fleuve se transforma en sang ; des myriades de grenouilles, de moustiques et de mouches se répandirent partout dans les lieux habités ; des furoncles apparurent sur le corps des hommes et des animaux ; le bétail domestique mourut ; la grêle tomba fréquemment ; le pays fut couvert de sauterelles ; les ténèbres descendirent partout ; et les premiers-nés commencèrent à mourir. Malgré tout cela, Pharaon n’autorisa pas les Juifs à quitter l’Égypte.
Ainsi, ils quittèrent la ville de Ramsès. Ils étaient au nombre de six cent mille, sans compter les femmes et les enfants (Exode 12:37). Nous verrons plus tard que ce nombre est certainement exagéré. « Le Pharaon attela son char et prit son peuple avec lui. Il prit six cents chars d’élite, ainsi que les officiers qui les commandaient. Ainsi, le roi d’Égypte poursuivit les enfants d’Israël, qui sortaient la main levée. » (Exode 14:6, 8.) L’armée du Pharaon atteignit le bord de la mer et rattrapa les gens de Moïse. Moïse leva son bâton, la mer se divisa en deux et il passa de l’autre côté avec son peuple sans même se mouiller les pieds. « Les Égyptiens les poursuivirent donc, et tous les chevaux du Pharaon, ses chars et ses cavaliers entrèrent à leur suite au milieu de la mer. » (Exode 14:23.) « Les eaux revinrent et couvrirent les chars et les cavaliers ; pas un seul d’entre eux ne resta. Mais les enfants d’Israël marchèrent à pied sec au milieu de la mer, et les eaux formaient pour eux une muraille à leur droite et à leur gauche. » (Exode 14:28-29)
Le récit de l’Exode est très clair. Le Pharaon se trouvait à la tête de son armée et il mourut noyé. Car le récit dit : « Pas un seul d’entre eux ne resta. » Cet événement est également relaté dans les Psaumes de la Bible : au Psaume 106, verset 11, et au Psaume 136, versets 13 à 15. On y exprime sa gratitude envers Allah, car « Il divisa la mer des Joncs et y fit passer Israël, mais précipita le Pharaon et son armée dans la mer des Joncs. » Ainsi, selon la Bible, il ne fait aucun doute que le Pharaon mourut noyé dans la mer. En revanche, la Bible ne donne aucune information sur le sort de son corps.
La grande migration décrite dans le Coran
Le récit de cette grande migration dans le Coran est, dans l’ensemble, semblable à celui de la Bible. Toutefois, le récit étant réparti entre différentes sourates, il est nécessaire de les réunir et de les lire ensemble.
Le nom du Pharaon qui régnait à l’époque de la grande migration n’est pas mentionné dans le Coran. Il est donc impossible de l’identifier. La Bible ne donne pas non plus son nom ; on sait seulement que l’un de ses ministres s’appelait Haman. Le Coran le mentionne six fois (sourate 28, Al-Qasas, versets 6, 8 et 38 ; sourate 29, Al-Ankabut, verset 39 ; et sourate 40, Al-Mumin, versets 24 et 36).
Le Pharaon persécutait les Juifs. Sourate 14 (Ibrahim), verset 6 : « Moïse dit à son peuple : “Rappelez-vous le bienfait d’Allah lorsqu’Il vous délivra d’un châtiment terrible, égorgeait vos fils et laissait vivre vos femmes.” »
Le verset 141 de la sourate Al-Araf décrit également cette persécution de la même manière. Le nom de la ville que les Juifs construisirent en Égypte lorsqu’ils y vivaient en esclaves n’est pas mentionné dans le Coran. La Bible, quant à elle, en mentionne le nom.
L’épisode où Moïse fut déposé au bord du fleuve lorsqu’il était enfant est relaté dans les versets 39-40 de la sourate Ta-Ha et les versets 7-13 de la sourate Al-Qasas. Selon le récit coranique, Moïse fut recueilli par la famille du Pharaon. Sourate 28 (Al-Qasas), versets 8-9 : « Les gens du Pharaon le recueillirent. Il devait ainsi devenir pour eux un ennemi et une source de chagrin. Le Pharaon, Haman et leurs armées étaient des criminels. La femme du Pharaon dit : “Cet enfant sera la joie de mes yeux et des tiens. Ne le tuez pas ; il pourra nous être utile, et nous pourrons même l’adopter comme enfant.” » En réalité, ils ne comprenaient pas ce que serait son destin.
Selon la légende musulmane, Asiya, l’épouse de Pharaon, éleva Moïse. D’après le récit coranique, ce ne fut pas l’épouse de Pharaon, mais les gens de sa maison qui trouvèrent Moïse au bord du fleuve.
Les versets 13 à 28 de la sourate al-Qasas relatent la jeunesse de Moïse, son séjour à Madian et son mariage. L’épisode du buisson ardent est notamment relaté dans la première partie de la sourate Taha et dans les versets 30 à 35 de la sourate al-Qasas.
Le Coran ne mentionne pas l’envoi de dix fléaux célestes sur l’Égypte (ils sont mentionnés dans la Bible) ; il fait brièvement état de cinq fléaux (l’inondation, les sauterelles, les poux, les grenouilles et le sang) (sourate al-A’raf, verset 133).
Le Coran relate l’Exode depuis l’Égypte, mais il ne contient ni les informations géographiques ni la mention d’un grand nombre de personnes que l’on trouve dans la Bible. Le récit biblique du séjour prolongé de six cent mille hommes, avec leurs familles, dans le désert ne paraît pas crédible. Dans le Coran, la mort de Pharaon, qui poursuivait les Juifs, est relatée ainsi : sourate 20 (Taha), verset 78 : « Puis Pharaon les poursuivit avec ses troupes, mais la mer les submergea complètement. Les Juifs passèrent, Pharaon mourut et son corps fut retrouvé. » La Bible ne mentionne pas cet événement important, à savoir que son corps fut retrouvé.
Sourate 10 (Yunus), versets 90 à 92 : « Nous fîmes traverser la mer aux enfants d’Israël, puis Pharaon et ses troupes les poursuivirent par hostilité et en transgressant les limites de la justice. Et lorsqu’il fut sur le point de se noyer, il dit : “Je crois qu’il n’y a de divinité que Celui en qui croient les enfants d’Israël, et je suis du nombre de ceux qui se soumettent.” »
« Maintenant, alors qu’auparavant tu avais désobéi et que tu étais du nombre des corrupteurs, aujourd’hui Je préserverai ton corps dans un lieu désert afin que tu sois un signe pour ceux qui viendront après toi. Cependant, beaucoup de gens restent indifférents à Nos signes. »
Deux points doivent être expliqués à ce sujet.
Premièrement, l’hostilité de Pharaon et sa transgression des limites de la justice doivent être comprises à la lumière des efforts déployés par Moïse pour le guider ; deuxièmement, préserver ou sauver Pharaon signifie préserver ou sauver son corps, car le Coran dit lui-même que Pharaon a été châtié. Sourate 11 (Hud), verset 98.
« Il sera à la tête de son peuple le Jour de la Résurrection et les conduira au Feu. »
À ce propos, il convient de remarquer que, dans le récit des événements susceptibles d’être vérifiés à la lumière de l’histoire, de la géographie et de l’architecture, le Coran et la Bible présentent les différences suivantes :
– Le Coran ne mentionne pas les noms des villes que les Juifs, adeptes de Moïse, avaient construites ni ceux des lieux qu’ils avaient traversés au cours de la grande migration.
– Le Coran ne mentionne la mort d’aucun Pharaon pendant le séjour de Moïse à Madian.
– Le Coran ne précise pas quel âge avait Moïse lorsqu’il tenta de guider Pharaon.
– Le Coran ne mentionne pas le nombre des adeptes de Moïse ; la Bible affirme manifestement de manière exagérée qu’il y avait six cent mille hommes, avec leurs familles, soit au total plus de deux millions d’hommes et de femmes.
– La Bible ne mentionne pas que le corps de Pharaon fut retrouvé après sa mort. Pour l’examen qui nous occupe actuellement, il convient de relever les points communs suivants dans les récits des deux Livres :
– Le Coran confirme le récit biblique de la persécution par Pharaon des Juifs adeptes de Moïse.
—Ni le Coran ni la Bible ne mentionnent le nom du roi d’Égypte.
—Le récit biblique de la mort de Pharaon au moment de l’Exode est confirmé par le Coran.
Confronter les données des Écritures aux connaissances modernes
Les récits de la Bible et du Coran concernant la durée du séjour des Enfants d’Israël en Égypte et le processus de leur départ d’Égypte fournissent certaines données qui peuvent être confrontées aux connaissances modernes. Toutefois, cette confrontation est nécessairement inégale, car certaines données soulèvent de multiples problèmes et rendent très difficile toute discussion des données restantes.
1) Examen de certaines données rapportées dans les Écritures
Les Enfants d’Israël en Égypte :
On peut dire, presque sans risque d’erreur, que, selon le récit biblique (Genèse 15, 13 et Exode 12, 40), les Juifs séjournèrent en Égypte pendant 400, c’est-à-dire 430 ans. Malgré cette légère différence entre les récits de la Genèse et de l’Exode, on peut affirmer que la durée du séjour des Juifs en Égypte commença lorsque Joseph, fils de Jacob, bien après Abraham, se rendit en Égypte avec ses frères. Il convient toutefois de noter que cette donnée ne figure que dans la Bible ; dans le Coran, seul le départ pour l’Égypte est mentionné, sans aucune date ni année, et nous ne disposons d’aucune autre preuve susceptible d’apporter des éclaircissements sur cette question.
Les commentateurs modernes, de P. Montet à Daniel-Rops, estiment que, probablement au XVIIe siècle avant notre ère, lorsque Joseph et ses frères arrivèrent en Égypte, les Hyksôs se mirent eux aussi en route vers l’Égypte et que, probablement, un souverain hyksôs les accueillit chaleureusement à Avaris, située dans la vallée du Nil.
Mais il ne fait aucun doute que cette hypothèse est totalement contraire au récit de la Bible. Car la Bible affirme (Rois I, 6, 1) que, en 171 avant J.-C., quatre cent quatre-vingts ans avant la construction du temple de Salomon,
les Juifs seraient partis d’Égypte lors de l’Exode, vers 1450 avant J.-C., et seraient entrés en Égypte entre 1880 et 1850 avant J.-C. Or, c’est précisément à cette époque qu’Abraham aurait été vivant, et d’autres informations bibliques indiquent qu’il y avait une différence de 250 ans entre son époque et celle de Joseph. Ainsi, au regard de la chronologie des événements, ce récit biblique ne peut absolument pas être accepté. Nous verrons plus tard l’explication du père de Fox à ce sujet. Quant à l’hypothèse des commentateurs modernes, son seul fondement est ce récit de la Bible (Rois I), alors que nous avons déjà constaté que ce récit n’est absolument pas recevable.
En dehors du récit scripturaire, on ne trouve guère d’autre preuve ou trace de la présence des Juifs en Égypte. Les représentations symboliques de l’Égypte ancienne mentionnent toutefois une catégorie d’ouvriers appelés Apirou, Hapirou ou Habirou, que l’on a identifiés — à tort ou à raison — comme des Hébreux, c’est-à-dire des Juifs. Parmi eux se trouvaient notamment des ouvriers du bâtiment et des ouvriers agricoles. Mais on ne dispose d’aucune indication sur leur origine. Le père de Fox a déclaré : « Ils ne sont pas des habitants du pays, ils ne prétendent pas appartenir à une quelconque classe de la société locale et ils n’ont ni les professions ni le statut des populations locales. »
Dans un document sur papyrus datant du règne du pharaon Thoutmôsis III, ils sont mentionnés comme des « ouvriers des écuries ». On sait qu’au XVe siècle avant J.-C., Amenophis II en fit capturer trois mille six cents au pays de Canaan. Le père de Fox a remarqué que beaucoup d’entre eux étaient originaires de Syrie-Palestine. Sous le règne de Séthi Ier, vers 1300 avant J.-C., les Apirou provoquèrent de graves troubles dans la région de Beth-Shéan, en Canaan. Sous le règne de Ramsès II, certains furent employés comme ouvriers dans les mines et d’autres furent chargés de transporter des pierres pour construire les hautes entrées des temples. La Bible nous apprend également qu’à la même époque ils furent employés à la construction de la ville capitale du nord de l’Égypte. Dans les écrits égyptiens, les Apirou ne sont mentionnés qu’une seule fois au XIIe siècle avant J.-C., sous le règne de Ramsès III.
Le mot Apirou n’a pas été employé uniquement en Égypte ; il est donc difficile d’affirmer qu’il désignait exclusivement les Hébreux. Il a peut-être désigné à l’origine des travailleurs forcés ou des esclaves, avant de devenir le nom d’une profession. À ce propos, on peut se rappeler un exemple de l’emploi d’un mot moderne. En français, le mot « suisse » possède plusieurs sens : un habitant de la Suisse, un soldat mercenaire de ce pays au service de l’ancien roi de France, un garde du Vatican ou un employé de l’Église chrétienne.
Quelles qu’aient été les circonstances, il ne fait aucun doute que le travail qui leur fut imposé sous le règne du pharaon Ramsès II était un travail forcé ou obligatoire. Il ne fait pas davantage de doute qu’il opprimait les Juifs. Les villes de Ramsès et de Pithom mentionnées précédemment dans le livre biblique de l’Exode se trouvaient dans la partie orientale de la vallée du Nil. Les villes actuelles de Tanis et de Qantir se trouvent dans cette même région et sont séparées d’environ quinze miles. La capitale construite par Ramsès II se trouvait également dans cette région, et c’est lui qui opprimait les Juifs.
C’est dans ce contexte et dans ces circonstances que Moïse naquit. L’épisode de son sauvetage dans les eaux du fleuve a déjà été relaté. Il porte également un nom égyptien. P. Montet a montré dans son ouvrage intitulé L’Égypte et la Bible (Dela(s)aux et Niesle, Neuchâtel, 1959) que le dictionnaire de la langue hiéroglyphique rédigé par Ranke contient aussi, dans la liste des noms courants de personnes, les noms Mesu ou Mesi. Dans le Coran, c’est toutefois le nom de Moïse qui est employé.
Les calamités en Égypte
Dans la Bible, sous le titre « Plaies », il est dit que dix sortes de fléaux furent infligés à l’Égypte par Allah, et une description détaillée de chacun d’eux est fournie. Quelques-uns de ces fléaux sont en outre décrits comme présentant des caractéristiques miraculeuses. Le Coran ne mentionne que cinq fléaux, dont la plupart sont des catastrophes naturelles : une vaste inondation, les sauterelles, les poux, les grenouilles et le sang.
La Bible décrit la rapide multiplication des grenouilles et des sauterelles. Elle raconte également que l’eau des fleuves devint du sang et que tout le pays fut inondé. Le Coran ne mentionne que le sang, sans fournir d’autre détail. Il est manifestement possible, à partir de cette seule mention du sang, d’élaborer toutes sortes de récits imaginaires. Les autres fléaux mentionnés dans la Bible sont les insectes venimeux, les essaims de mouches, les furoncles, la grêle, les ténèbres, la mort du premier-né et la mort du bétail. Comme le déclenchement de l’inondation, ces fléaux ont eux aussi commencé de diverses manières et sont décrits en différents endroits de la Bible.
La route de l’Exode
Le Coran ne donne aucune indication sur la route de l’Exode. En revanche, la Bible en fournit une description détaillée. Le père de Fox et P. Montet ont tous deux rouvert la voie à une discussion sur cette question. Le départ a probablement eu lieu dans la région de Tanis-Qantir, mais on ne trouve aucune trace de l’itinéraire restant décrit dans la Bible. De plus, il n’a pas été possible de déterminer précisément à quel endroit les eaux se seraient divisées pour permettre à Moïse et à son groupe de passer.
La division miraculeuse des eaux
Certains commentateurs pensent que la division miraculeuse des eaux pourrait avoir été provoquée par les marées, ou par une éruption dans un volcan éloigné. Les Juifs auraient pu traverser à marée basse, tandis que les Égyptiens auraient pu se noyer lors de la marée montante suivante. Mais tout cela n’est que pure supposition.
La place de l’Exode dans l’histoire des pharaons
Il est possible de déterminer avec davantage de précision à quelle période de l’histoire se situe l’Exode. L’idée selon laquelle Mérenptah, le successeur de Ramsès II, serait le pharaon de l’époque de l’Exode est soutenue depuis longtemps. Le célèbre égyptologue Maspero, qui s’est illustré au début du siècle actuel, a écrit dans son ouvrage « A Digital Guide to the Cairo Museum » (1900) : « Selon la tradition alexandrine, Mérenptah était le pharaon de l’époque de l’Exode et il se noya dans la mer Rouge. » Je n’ai pas eu accès aux documents sur lesquels Maspero fondait cette affirmation. Mais la déclaration d’un commentateur aussi éminent et célèbre que lui mérite d’être examinée avec la plus grande attention.
À l’exception de P. Montet, aucun autre égyptologue ou spécialiste de la Bible n’a véritablement mené de recherche, pour ou contre cette hypothèse. Certes, de nombreuses hypothèses ont été avancées à ce sujet au cours des dernières décennies, mais leurs auteurs n’ont même pas prêté attention à un seul aspect du récit des textes. Et par récit des textes, il ne faut pas entendre uniquement le récit biblique. En outre, les auteurs n’ont guère pris en considération le fait que toute hypothèse doit être compatible avec les données historiques et archéologiques.
Mais l’hypothèse la plus étonnante est celle formulée par de Miceli (1960). Il a déterminé avec une précision extrême le jour et la date de l’Exode, affirmant qu’il avait eu lieu le 9 avril 1495 avant J.-C. Il a calculé cette date sur la base du calendrier et a prétendu qu’à cette époque Thoutmosis II était le pharaon d’Égypte. Il serait donc le pharaon de l’époque de l’Exode. Pour étayer cette affirmation, il a déclaré que la momie de Thoutmosis II présentait sur la peau des cicatrices, et que ces cicatrices étaient celles de la lèpre. Il n’a toutefois pas expliqué comment ces lésions étaient apparues ni pourquoi elles ne pouvaient avoir une autre cause. Parmi les dix fléaux rapportés dans la Bible, l’un est constitué d’ulcères. Il a considéré ces ulcères comme des lésions lépreuses et est parvenu à cette conclusion. En particulier, la mention dans la Bible de la construction de la ville de Ramsès prouve que l’Exode n’a pas eu lieu avant qu’un Ramsès ne devienne pharaon.
De plus, on ne peut pas identifier le pharaon de l’Exode simplement en observant les marques sur la peau de Thoutmosis II. Son fils Thoutmosis III et son petit-fils Amenophis II portaient eux aussi des marques semblables, qui sont encore nettement visibles sur leurs momies conservées au musée du Caire. Les commentateurs estiment que ces marques étaient probablement dues à une maladie héréditaire. L’hypothèse de de Miceli n’est donc nullement recevable.
L’hypothèse de Daniel-Rops n’est pas davantage recevable. Dans son ouvrage intitulé « The People of the Bible » (éditeur : Desclée de Brouwer, Paris, 1970), il a déclaré qu’Amenophis II était le pharaon de l’époque de l’Exode. Son père, Thoutmosis III, était animé d’un esprit très nationaliste. Sur la base de ce prétexte, il a déclaré qu’Amenophis II était le pharaon qui opprimait les Juifs et a affirmé que sa belle-mère, la célèbre reine Hatchepsout, avait élevé l’enfant Moïse.
Le père de Fox a identifié Ramsès II comme le pharaon de l’Exode, et son raisonnement paraît en grande partie cohérent. Dans son ouvrage intitulé « The Ancient History of Israel » (éditeur : J. Gabalda et Cie, Paris, 1971), ce qu’il affirme n’est pas compatible en tous points avec le récit biblique, mais l’une des preuves qu’il apporte est très importante. Les villes de Ramsès et de Pithom ont été construites sous le règne de Ramsès II, et la Bible elle-même rapporte cette construction. On ne peut donc plus affirmer que l’Exode a eu lieu avant l’accession de Ramsès II au trône. Selon la chronologie donnée par Drioton et Vandier, la construction de ces villes eut lieu en 1301 avant J.-C., et selon la chronologie donnée par Bâton, en 1290 avant J.-C. Les deux hypothèses mentionnées plus haut sont également irrecevables pour une autre raison : selon le récit biblique, Ramsès II est précisément le pharaon qui opprimait les Juifs.
Le père de Fox estime que l’Exode a eu lieu au début ou au milieu du règne de Ramsès II. Cette datation n’est pas précise. Il semble qu’il ait fixé cette période de cette manière afin de laisser à Moïse et à ses compagnons le temps de s’établir en Canaan, et à Mérenptah celui de conclure un accord avec les Juifs. Il convient de noter qu’une inscription datant de la cinquième année de son règne révèle que le pharaon Mérenptah, monté sur le trône après la mort de son père Ramsès II, avait conclu un accord avec les Juifs et instauré la paix à la frontière. Toutefois, deux arguments solides peuvent être opposés à cette hypothèse :
(a) La Bible montre que le roi d’Égypte mourut alors que Moïse se trouvait à Madian (Exode 2, 23). Ailleurs dans la Bible, ce même roi est identifié comme celui qui fit construire les villes de Ramsès et de Pithom par le travail forcé des Juifs. Ce roi était Ramsès II. Il est donc naturel que l’Exode ait eu lieu sous le règne de son successeur. Mais le père de Fox a déclaré qu’il nourrissait des doutes sur la source de ce récit du verset 23 du deuxième chapitre de l’Exode.
(b) Il est encore plus étonnant que, bien qu’il ait été directeur de l’École biblique de Jérusalem, le père de Fox n’ait absolument pas mentionné, dans son hypothèse concernant l’Exode, deux passages importants de la Bible. Or ces deux passages affirment que le roi d’Égypte mourut en poursuivant les Juifs qui s’enfuyaient. Ce récit prouve que l’Exode ne pouvait avoir eu lieu qu’à la fin du règne d’un roi, et à aucun autre moment. Pourtant, le père de Fox a supposé qu’il avait eu lieu au début ou au milieu du règne. Il faut rappeler à ce propos qu’il ne fait absolument aucun doute que le pharaon perdit la vie en poursuivant les Juifs. La Bible elle-même en donne un récit précis.
« Alors il fit préparer son char et prit ses hommes avec lui (Exode 14, 6). (Pharaon, roi d’Égypte) » Il poursuivit les enfants d’Israël tandis qu’ils sortaient d’Égypte. (Exode 14, 8). Et « les eaux revinrent et recouvrirent les chars et les cavaliers ; de toute l’armée de Pharaon qui était entrée à leur suite dans la mer, il n’en resta pas un seul » (Exode 14, 28-29). Le livre des Psaumes (136, 15) mentionne également la mort de Pharaon et invite à louer Dieu en disant : « Il précipita Pharaon et son armée dans la mer des Joncs. »
On voit donc que deux pharaons sont morts durant la vie de Moïse. Lorsqu’il se trouvait à Madian, un pharaon mourut, tandis qu’un autre pharaon mourut noyé dans les eaux de la mer au moment de l’Exode. Il est évident qu’il s’agissait de deux pharaons distincts. Dans ces conditions, on ne peut admettre qu’il n’y ait eu qu’un seul pharaon à l’époque de Moïse. Pourtant, le père de Fox n’a parlé que d’un seul pharaon, Ramsès II. Mais puisqu’un seul pharaon ne permet pas de répondre de manière satisfaisante à toutes les questions pertinentes, l’hypothèse du père de Fox ne peut être considérée comme exacte.
3) Le pharaon de l’oppression était Ramsès II, et le pharaon de l’Exode, Mérenptah. Cette distinction est suffisamment claire. P. Montet a utilisé avec beaucoup de discernement la légende alexandrine mentionnée par Maspero. Il convient de rappeler qu’à l’âge d’or des Ptolémées, les anciens documents historiques étaient conservés à Alexandrie et qu’ils furent détruits lors de la conquête romaine. Tout le monde mesure aujourd’hui profondément l’ampleur de cette perte.
Quoi qu’il en soit, le même récit se retrouve dans des légendes islamiques et chrétiennes apparues bien plus tard. (Il est à noter que des histoires rédigées dans la première moitié du XXe siècle à des fins d’instruction religieuse, ainsi que l’histoire écrite par l’Arabe H. Lester, indiquent que l’Exode eut lieu en Égypte sous le règne de Mérenptah.) Montet a exposé la même thèse dans son ouvrage intitulé « L’Égypte et la Bible » (éd. Delachaux et Niestlé, Neuchâtel, 1959). D’autres arguments viennent l’étayer, notamment le récit coranique, bien que le célèbre archéologue Montet n’ait pas cité le Coran. Mais avant d’examiner toutes ces données, nous nous tournerons d’abord vers la Bible.
Bien que le nom du pharaon concerné ne soit pas mentionné dans l’Exode, le mot « Ramsès » y est employé. La Bible décrit sous le nom de « Ramsès » une ville construite par les Hébreux dans le cadre des travaux forcés. Nous savons désormais que ces villes se trouvaient dans la région de Tanis-Qantir, dans la vallée orientale du Nil. À l’endroit où Ramsès II édifia sa capitale septentrionale, il existait déjà auparavant quelques constructions. Mais les fouilles archéologiques menées au cours des dernières décennies ont démontré que Ramsès II transforma ce lieu en une ville importante et qu’il employa à cette fin le travail forcé des Hébreux.
À l’époque actuelle, personne ne s’étonne plus de lire le mot « Ramsès » dans la Bible. Il y a cent cinquante ans, Champollion découvrit le moyen de déchiffrer les hiéroglyphes et établit l’usage de ce mot ; depuis lors, il est devenu généralement connu de tous. Nous sommes désormais habitués à le prononcer, à le lire et à en comprendre le sens. Il faut cependant se rappeler que la signification des hiéroglyphes s’était perdue au IIIe siècle avant notre ère et que le nom n’a été conservé nulle part ailleurs que dans la Bible et dans quelques ouvrages grecs et latins. Même dans ces ouvrages, on le trouve sous des formes plus ou moins altérées. Tacite emploie ce mot sous la forme « Rhamsès » dans ses Annales. C’est uniquement dans la Bible qu’il apparaît sous sa forme exacte, « Ramsès ». L’Ancien Testament, c’est-à-dire la Torah, mentionne ce mot en cinq endroits : Genèse 47, 11 ; Exode 1, 11 et 12, 37 ; et Nombres 33, 3 et 33, 5.
En hébreu, le mot Ramsès s’écrit de deux manières : « Raïmès » et « Raïyamès » (la lettre anglaise « i » est employée comme équivalent de la lettre hébraïque « ayin »). Dans la version grecque de la Bible, le mot est écrit « Ramessè », et dans la version latine, « Ramsès ». Dans la recension clémentine française (première édition, 1621), il est également écrit « Ramsès ». C’est cette version française qui était en usage à l’époque des recherches de Champollion ; dans son ouvrage intitulé « Précis du système hiéroglyphique des anciens Égyptiens » (deuxième édition, 1828, p. 276), il mentionne l’orthographe biblique de ce mot.
On voit donc que le nom de Ramsès a été miraculeusement préservé dans les versions hébraïque, grecque et latine de la Bible. Il est toutefois étonnant que, dans les anciennes versions de la Bible, les commentateurs n’aient absolument pas compris le sens de ce mot. À titre d’exemple, le sens donné à ce mot dans la Bible clémentine française de 1621 est risible. Il y est dit que le mot Ramsès signifie « le tonnerre d’un animal féroce ».
On peut aisément tirer de la discussion qui précède les conclusions suivantes :
(a) L’Exode n’a pas eu lieu avant l’accession au trône d’Égypte d’un pharaon nommé Ramsès, et il ne pouvait en être question. Il convient de noter qu’il y eut en Égypte onze rois portant le nom de Ramsès.
(b) Moïse naquit sous le règne du pharaon qui avait construit les villes de Ramsès et de Pithom, c’est-à-dire sous le règne de Ramsès II.
(c) Ramsès II mourut pendant le séjour de Moïse à Madian, et les événements ultérieurs de la vie de Moïse se déroulèrent sous le règne de Mérenptah, le successeur de Ramsès II.
En outre, la Bible contient d’autres informations importantes qui pourraient permettre de déterminer à quel moment précis de l’histoire des pharaons l’Exode eut lieu. La Bible rapporte que Moïse, à l’âge de quatre-vingts ans, tenta de convaincre le pharaon de libérer ses frères. « Moïse avait quatre-vingts ans et Aaron quatre-vingt-trois ans lorsqu’ils parlèrent au pharaon » (Exode 7, 7). Ailleurs dans la Bible (Exode 2, 23), il est dit que le pharaon qui régnait au moment de la naissance de Moïse mourut pendant le séjour de Moïse à Madian. Il est remarquable que, dans le récit des événements ultérieurs, la Bible ne mentionne aucun changement dans le nom du roi. Ces deux récits permettent de comprendre que la durée totale des règnes des deux pharaons qui régnèrent pendant le séjour de Moïse en Égypte fut d’au moins quatre-vingts ans.
On sait avec une assez grande exactitude que le règne de Ramsès II dura soixante-sept ans. Selon les calculs de Drioton et de Vandier, cette période s’étendit de 1301 à 1235 avant J.-C., tandis que, selon les calculs de Rauton, elle s’étendit de 1290 à 1224 avant J.-C. En ce qui concerne Mérenptah, le successeur de Ramsès II, les égyptologues ne sont toutefois pas en mesure de fournir des dates exactes. Il ne fait cependant aucun doute que son règne dura au moins dix ans, car le père de Fox a indiqué que des preuves documentaires attestent une durée de dix ans. Drioton et Vandier ont proposé deux possibilités : dix ans, de 1234 à 1224 avant J.-C., ou vingt ans, de 1224 à 1204 avant J.-C. Les égyptologues ne peuvent fournir aucune indication précise sur la manière dont le règne de Mérenptah prit fin ; on peut toutefois probablement affirmer qu’après sa mort, de graves troubles intérieurs agitèrent l’Égypte pendant vingt-cinq ans.
Quoi qu’il en soit, même si l’on ne dispose d’aucune information absolument exacte sur la durée de ces règnes, on ne trouve, en dehors de Ramsès II et de Mérenptah, aucun autre couple de pharaons compatible avec le récit biblique dont la durée totale des règnes ait atteint ou dépassé quatre-vingts ans. Lorsque Moïse libéra les Hébreux, il avait quatre-vingts ans ; dans la Bible, cette donnée ne concorde qu’avec la durée cumulée des règnes de Ramsès II et de son successeur Mérenptah. Il convient de signaler à ce propos que l’on rapporte également que la durée totale des règnes de Sithos Ier et de Ramsès II fut d’environ quatre-vingts ans. Mais cette période ne peut être prise en considération dans notre raisonnement. Premièrement, le règne de Sithos Ier fut très court et ne peut donc concorder avec le long séjour de Moïse à Madian durant sa jeunesse ; deuxièmement, puisque Moïse passa ces longues années à Madian sous le règne du premier des deux pharaons de sa vie, ce premier pharaon ne peut être Sithos Ier. Les témoignages et les preuves établissent plutôt que Moïse naquit au début du règne de Ramsès II, que celui-ci mourut après avoir régné soixante-sept ans pendant le séjour de Moïse à Madian, puis que Moïse revint en Égypte après l’accession au trône de Mérenptah, fils de Ramsès II, et souleva auprès de ce nouveau pharaon la question de la libération des Hébreux. Si l’on admet que Mérenptah régna vingt ans, on peut dire que Moïse lui présenta cette demande durant la seconde moitié de son règne. Rauton a jugé cette possibilité crédible. On peut alors supposer que Moïse dirigea l’Exode vers la fin du règne de Mérenptah. Rien ne semble s’être produit contrairement à cette hypothèse, car la Bible comme le Coran nous apprennent que le pharaon fut tué alors qu’il poursuivait les Hébreux en fuite.
Le récit que donnent les Écritures de l’enfance de Moïse et de son accueil au palais du pharaon concorde parfaitement avec cette suite d’événements. Il est universellement admis que Ramsès II mourut à un âge très avancé. Il avait entre quatre-vingt-dix et cent ans au moment de sa mort. On en déduit qu’il était devenu pharaon entre l’âge de vingt-trois et trente-trois ans et qu’il avait régné pendant soixante-sept ans. Il est possible qu’il se fût marié avant de devenir pharaon. Ainsi, rien ne s’oppose à ce qu’un membre de sa famille ait recueilli Moïse, selon le Coran, ou que l’épouse du pharaon, après avoir trouvé Moïse sur les rives du Nil, ait demandé à son mari l’autorisation de garder l’enfant au palais ; on ne trouve nulle part d’information ni de récit contraire à ces événements. La Bible dit que c’est la fille du pharaon qui trouva Moïse. Vu l’âge qu’avait Ramsès II lorsqu’il devint pharaon, il n’était pas étrange qu’il eût alors une fille adolescente. Il apparaît donc qu’il n’existe aucune contradiction entre les récits du Coran et de la Bible sur ce point.
Cette proposition est entièrement conforme au récit du Coran et contredit un seul récit de la Bible. Nous avons déjà vu que ce récit est écrit au verset 1 du chapitre 6 du Premier livre des Rois : « Ce fut la quatre cent quatre-vingtième année après la sortie des enfants d’Israël du pays d’Égypte, la quatrième année du règne de Salomon sur Israël, au mois de Ziv, qui est le deuxième mois, que Salomon commença à bâtir la maison de l’Éternel. » Il convient toutefois de souligner que ce livre ne fait pas partie de la Torah. Ce récit est largement contesté et le père de Fox l’a directement rejeté, estimant que les informations historiques contenues dans cette partie de l’Ancien Testament n’étaient pas recevables.
Il convient de remarquer que, dans ce récit, la date de l’Exode est déterminée en relation avec la construction du lieu de culte de Salomon. Puisque ce récit est contesté et douteux, il ne peut être retenu comme argument contre le déroulement des événements de l’Exode exposé plus haut.
Le problème de l’inscription
Les critiques pensent avoir trouvé une objection au récit selon lequel la poursuite des Juifs aurait été le dernier acte du règne de Mérenptah. Ils soulèvent cette objection en s’appuyant sur une inscription datant de la cinquième année du règne de Mérenptah.
Cette inscription est très importante. En effet, parmi les inscriptions hiéroglyphiques, elle est le seul document où figure le mot « Israël », accompagné d’un adjectif qualificatif qui montre clairement qu’il s’applique à un « groupe humain ou une communauté ». L’inscription a été découverte dans le temple funéraire du pharaon, à Thèbes, et le récit des événements qui y sont consignés commence dès le début du règne de Mérenptah. Vers la fin du texte, après avoir mentionné les victoires remportées par le pharaon Mérenptah contre les pays voisins de l’Égypte, il est question d’une victoire particulière : « Israël est dévasté, sa descendance n’existe plus. » Sur la base de ce récit, on affirme que l’emploi du mot « Israël » signifie que les Juifs s’étaient déjà installés en Canaan, c’est-à-dire au plus tard durant la cinquième année du règne de Mérenptah. Ainsi, leur Exode d’Égypte aurait déjà été achevé.
Cette proposition n’est absolument pas recevable. Pour accepter cette objection, il faudrait admettre que les Juifs n’avaient jamais vécu auparavant en Canaan et qu’ils avaient toujours été en Égypte. Cette objection ne peut donc en aucune manière être retenue. Bien que le père de Fox fasse partie de ceux qui considèrent Ramsès II comme le pharaon de l’Exode, il a écrit dans son ouvrage intitulé « The Ancient History of Israel », à propos de l’installation des Juifs en Canaan : « La date de l’installation, dans la région de Qadesh, des communautés apparentées aux Israélites, au sud de celles-ci, ne peut être déterminée avec précision, et cette installation est antérieure à l’Exode. » Il a donc admis la possibilité que certaines personnes aient quitté l’Égypte avant Moïse et ses compagnons. Des gens appelés Apirou ou Habirou, parfois identifiés aux Israélites, vivaient en Syrie-Palestine bien avant Ramsès II et l’Exode, et nous possédons des preuves documentaires qu’Amenhotep II avait ramené en Égypte 3 600 prisonniers pour les employer comme travailleurs forcés. En outre, à l’époque de Sethos Ier, d’autres personnes de ce genre se trouvaient en Canaan et avaient semé le désordre dans la région de Beth-Shéan. P. Montet a mentionné ce sujet dans son ouvrage intitulé « Egypt and the Bible ». On peut donc supposer que Mérenptah prit des mesures sévères contre ces rebelles de la frontière et que ceux qui se trouvaient à l’intérieur du pays se regroupèrent sous la direction de Moïse, puis s’enfuirent du pays. Cette hypothèse n’est nullement incompatible avec le récit de l’inscription de la cinquième année du règne de Mérenptah. Elle ne le contredit pas non plus.
De plus, le fait que le mot « Israël » figure dans l’histoire du peuple juif n’a absolument aucun rapport avec l’idée que Moïse et ses partisans se seraient installés en Canaan. L’origine du mot Israël est la suivante :
Selon la Genèse (32, 29), Israël est le second nom de Jacob, petit-fils d’Abraham et fils d’Isaac. Les commentateurs de l’ouvrage « Traduction œcuménique de la Bible » — Ancien Testament (1975) pensent que le mot signifie probablement : « Allah s’est manifesté dans sa puissance. » Puisque ce nom avait été donné à un homme, il n’est pas étonnant que ses descendants aient été désignés par ce nom en sa mémoire.
Ainsi, le nom « Israël » était déjà en usage plusieurs centaines d’années avant Moïse. Il n’y a donc aucune raison de supposer que l’Exode eut lieu avant la cinquième année du règne de Mérenptah simplement parce que le nom figure dans une inscription datant du règne du pharaon Mérenptah.
L’inscription mentionne seulement un groupe de personnes désigné sous le nom d’« Israël ». Elle ne peut faire aucune allusion à une communauté politiquement organisée, car le royaume d’Israël ne fut nullement constitué avant le Xe siècle avant J.-C. L’inscription devait donc désigner une communauté peu nombreuse. Il convient de signaler à ce propos que le professeur, le père B. C. [B. Couroyer], de l’École biblique de Jérusalem, a déclaré dans son commentaire de sa traduction du Livre de l’Exode (Éditions du Cerf, Paris, 1968, p. 12) : « Avec les autres noms de l’inscription, le mot “pays” est employé, tandis qu’avec le nom d’Israël, c’est le terme “communauté” qui est utilisé. »
Nous savons maintenant qu’Israël est entré dans l’histoire après une période préparatoire de huit ou neuf siècles. À cette époque, de nombreuses communautés semi-nomades, notamment les Amorites et les Araméens, s’installèrent dans toute la région. C’est également à cette époque qu’apparurent Abraham, Isaac et Jacob, ainsi que de nombreux autres chefs de tribus. La tribu de Jacob prit le nom d’« Israël », qui était l’autre nom de Jacob, et cette tribu se développa plus tard en une entité politique, longtemps après le règne de Mérenptah. En effet, le royaume d’Israël subsista de 931 ou 930 à 821 avant J.-C.
4) Le récit des Écritures concernant la mort du pharaon lors de l’Exode :
La mort du pharaon au moment de l’Exode constitue un élément important des récits du Coran et de la Bible. Elle apparaît de manière remarquable dans le texte originel des deux ouvrages. Dans la Bible, elle est mentionnée non seulement dans le Pentateuque ou la Torah, mais aussi dans le livre des Psaumes, et cette question a déjà été évoquée précédemment.
Il est étonnant que les commentateurs chrétiens aient complètement passé cet événement sous silence. Le père de Vaux a affirmé que l’Exode hors d’Égypte avait eu lieu durant la première moitié ou le milieu du règne de Ramsès II. Mais il n’a apparemment pas remarqué que ce pharaon était mort précisément au moment de l’Exode. Cela prouve donc à lui seul que l’Exode eut lieu vers la fin de son règne. Pourtant, le directeur de l’École biblique de Jérusalem et auteur de l’ouvrage Ancient History of Israel ne s’est nullement soucié du fait que son affirmation est totalement incompatible avec les informations données par la Torah et les Psaumes de la Bible.
P. Montet a affirmé dans son ouvrage L’Égypte et la Bible que l’Exode avait eu lieu sous le règne de Mérenptah. Mais il n’a rien dit au sujet de la mort du pharaon qui poursuivait les Hébreux.
Cette attitude extrêmement étonnante des chrétiens est totalement opposée au point de vue des Juifs. Le psaume 136, verset 15, rend grâce à Allah parce qu’Il « précipita Pharaon et son armée dans la mer des Joncs ». Ce psaume est constamment récité dans les prières juives. Les chrétiens savent également que ce récit des Psaumes correspond parfaitement au passage de l’Exode 14, versets 28-29 : « Les eaux revinrent et couvrirent les chars et les cavaliers ; de toute l’armée de Pharaon qui était entrée derrière eux dans la mer, pas un seul ne resta. » Ils ne devraient donc avoir aucun doute sur le fait que Pharaon et son armée furent entièrement anéantis, puisque ces affirmations figurent dans leur propre Bible.
Pourtant, les commentateurs chrétiens omettent délibérément le récit de la mort de Pharaon, contrairement à toutes les preuves et à tous les témoignages. Certains d’entre eux vont même plus loin : ils mentionnent l’événement rapporté par le Coran et incitent ainsi les lecteurs à se faire des idées absurdes. Dans la traduction de la Bible approuvée et publiée par l’École biblique de Jérusalem (Le Livre de l’Exode, 1968, p. 73, Les Éditions du Cerf, Paris), le père Couroyer, dans son commentaire sur la mort de Pharaon, a écrit : « Le Coran (sourate 10, versets 90-92) mentionne cet événement (la mort de Pharaon), et une tradition populaire veut que Pharaon, englouti avec son armée (ce qui n’est aucunement mentionné dans le texte sacré), habite au fond de la mer et y règne sur les habitants, c’est-à-dire les phoques. »
Par l’expression « texte sacré », le commentateur désignait manifestement la Bible ; il a donc affirmé délibérément une contrevérité en disant que cet ouvrage ne mentionne pas l’engloutissement de Pharaon avec son armée. Deuxièmement, il a évoqué le récit coranique d’une manière qui donne l’impression qu’il est totalement contraire au récit biblique. Troisièmement, immédiatement après avoir mentionné le récit coranique, il a introduit, au nom d’une prétendue tradition populaire, une histoire absurde d’une manière propre à faire naître chez le lecteur inattentif, et surtout chez celui qui ne connaît pas le Coran, l’idée erronée que cette histoire absurde aurait un rapport avec le récit coranique. Or elle n’a absolument aucun rapport avec le contenu des versets coraniques auxquels ce commentateur faisait allusion. Les versets 90 à 92 de la sourate 10 du Coran (Yûnus) indiquent que, tandis que Pharaon et son armée les poursuivaient, les enfants d’Israël traversèrent la mer et que, au moment de sa noyade, Pharaon s’écria : « Je crois qu’il n’y a de divinité que Celui en qui croient les enfants d’Israël, et je suis du nombre des soumis. » Dieu répondit : « Maintenant ? Alors qu’auparavant tu as désobéi et que tu étais au nombre des fauteurs de troubles ! Aujourd’hui, Nous préserverons ton corps afin que tu sois un signe pour ceux qui viendront après toi. »
C’est là tout ce que la sourate dit au sujet de la mort de Pharaon. Ni cette sourate ni aucun autre passage du Coran ne contient cette histoire absurde rapportée par le commentateur biblique. Le Coran affirme clairement que le corps de Pharaon sera préservé, et cette information est très importante.
À l’époque de la révélation du Coran, les dépouilles de tous les pharaons actuellement considérés, à tort ou à raison, comme liés à l’Exode, étaient ensevelies dans les tombes de Thèbes, situées sur l’autre rive du Nil, en face de Louxor. Mais personne ne le savait alors, et ces tombes ne furent découvertes que bien plus tard, vers la fin du XIXe siècle. Comme l’indique le Coran, la dépouille du Pharaon de l’Exode a effectivement été retrouvée et, quel que soit son nom, chacun peut aujourd’hui la voir dans la salle royale des momies du musée égyptien du Caire. Ainsi, la réalité est totalement différente de l’histoire que le père Couroyer a voulu rattacher au Coran.
(5) La momie de Pharaon Merneptah :
Tous les témoignages et toutes les preuves montrent que Loret découvrit en 1898, dans la vallée des Rois, à Thèbes, la dépouille momifiée de Merneptah, fils de Ramsès II et pharaon de l’Exode, qui fut ensuite transportée au Caire. Le 8 juillet 1907, Elliot Smith retira les bandelettes de cette momie et décrivit en détail cette opération ainsi que l’examen de la dépouille dans son ouvrage intitulé The Royal Mummies (1912). Bien qu’elle fût quelque peu endommagée en certains endroits, la momie était alors conservée dans un état satisfaisant ; depuis cette époque, elle est exposée au musée du Caire, la tête et le cou découverts, le reste du corps étant couvert d’un tissu. Probablement par crainte de l’endommager, on ne permet plus d’en retirer la couverture, et le musée ne possède aucune photographie de la dépouille entière, hormis celles prises par Elliot Smith en 1912.
En juin 1975, les autorités supérieures égyptiennes eurent l’amabilité de m’autoriser à découvrir la partie couverte de la dépouille afin de l’examiner et de la photographier. Si l’on compare l’état actuel de la momie à celui d’il y a soixante ans, on comprend clairement qu’elle s’est détériorée et que certains fragments ont complètement disparu. De nombreux tissus de la dépouille momifiée ont été endommagés, ici par la main de l’homme, là sous l’effet du temps.
Depuis sa découverte, à la fin du XIXe siècle, cette détérioration est tout à fait naturelle en raison des changements intervenus dans les méthodes de conservation. Avant sa découverte, la momie était restée ensevelie pendant plus de trois mille ans dans une tombe du cimetière de Thèbes. Aujourd’hui, elle est conservée dans une simple vitrine en verre. Elle n’est donc pas protégée contre les influences et les réactions extérieures, telles que l’air et les particules fines. En outre, les fluctuations de température et les variations saisonnières de l’humidité de l’air exercent constamment leur influence sur elle. L’environnement actuel est totalement différent de celui dans lequel la momie était restée parfaitement intacte pendant près de trois mille ans. La protection assurée autrefois par les enveloppes qui l’entouraient n’existe plus. Pendant son séjour dans la tombe, il est possible que, dans l’Antiquité, des pilleurs à la recherche de trésors lui aient causé quelques dommages et qu’elle ait aussi subi des attaques d’insectes ; toutefois, à en juger par son état, il semble que la momie se trouvait alors dans un environnement bien plus favorable que celui où elle se trouve aujourd’hui.
Lors de mon voyage en juin 1975, les autorités, sur ma recommandation, organisèrent un examen spécial de la momie. Le Dr Al-Meligi et le Dr Ramsès en prirent des radiographies et consignèrent leurs conclusions sur cette base. Le Dr Mornialabi examina l’abdomen et, par une voie située près de la gorge, examina l’intérieur de la cage thoracique. Cela nous permit d’observer attentivement l’état de l’intérieur du corps et d’en prendre des photographies. En outre, le professeur Sikaldi avait également entrepris un examen médical et médico-légal général. L’ensemble de la procédure sera achevé après l’examen au microscope des fragments de revêtement tombés spontanément du corps de la momie. Le professeur Mainot et le Dr Duri procéderont à cet examen.
Au moment où cet ouvrage fut envoyé à l’imprimerie (première édition française, novembre 1975), la procédure d’examen n’était pas achevée. Il n’est donc pas possible d’en consigner ici les résultats.
Il a toutefois déjà été possible d’établir que certains os portent des traces de blessures et que, par endroits, des fragments osseux sont absents. Il n’a pas encore été possible de déterminer si cet état est antérieur ou postérieur à la mort de Pharaon. Sa mort a pu être provoquée par la noyade, conformément au récit des Écritures, ou par un traumatisme psychique fatal causé par la terreur, au moment précédant la noyade, ou encore par la combinaison de ces deux causes.
Les difficultés de conservation de la momie décrites ci-dessus, et en particulier la détérioration des os, risquent de devenir de plus en plus complexes. Si des mesures immédiates de prévention de la dégradation et de conservation améliorée ne sont pas prises, la momie ne pourra probablement pas rester intacte très longtemps. Il faut se rappeler que cette momie est le témoignage et la preuve que la mort de Pharaon et la récupération de son corps lors de l’Exode ont eu lieu par ordre d’Allah. Il est donc particulièrement nécessaire de veiller à ce que ce témoignage et cette preuve ne disparaissent pas au fil du temps.
La conservation des vestiges historiques est un devoir naturel de l’humanité. Mais, dans le cas de cette momie, ce devoir s’est révélé beaucoup plus important et plus vaste. En effet, cette momie est la présence concrète du corps d’un homme qui connaissait Moïse, qui avait rejeté sa guidance, qui l’avait poursuivi lors de sa fuite et qui avait perdu la vie au cours de cette poursuite. Or, conformément au récit du Coran, son corps fut préservé de la destruction par ordre d’Allah afin de constituer un signe pour les générations futures.
Comme la momie de Mérenptah, celle de Ramsès II, autre témoin oculaire de l’histoire de Moïse, a également été examinée récemment. Dans ce cas aussi, il est nécessaire de prendre des mesures similaires de protection et de conservation.
[Note du traducteur anglais : après avoir reçu les résultats des examens effectués au Caire en 1975, l’auteur, le Dr Maurice Bucaille, les présenta au début de 1976 lors de réunions de plusieurs sociétés savantes françaises, dont l’Académie nationale de médecine. Sur la base des informations obtenues lors de cet examen, le gouvernement égyptien décida d’envoyer en France, pour y être examinée, la momie de Ramsès II. En conséquence, la momie arriva à Paris le 26 septembre 1976.]
Ceux qui recherchent des données modernes à l’appui de la véracité du récit des Écritures pourront voir concrètement, en se rendant simplement dans la salle des momies royales du Musée égyptien du Caire, le verset du Coran concernant le corps de Pharaon.
Le Coran, les hadiths et les connaissances modernes
En islam, le Coran n’est pas l’unique source des prescriptions religieuses. Du vivant de Muhammad (que la paix et les bénédictions de Dieu soient sur lui), puis après sa mort, on a recherché dans ses paroles et ses actes des informations complémentaires à caractère normatif.
Bien que, dès l’origine, les hadiths aient eu vocation à être transmis par écrit, beaucoup nous sont également parvenus par transmission orale. Ceux qui ont rassemblé les hadiths ont enquêté en détail sur les événements passés avant de les consigner par écrit et ont travaillé avec rigueur afin d’en établir l’exactitude. Dans toutes les compilations fiables des paroles du Prophète, on trouve successivement, en commençant par le nom de celui qui avait entendu la parole concernée d’un membre de sa famille ou de l’un de ses compagnons, les noms de tous les transmetteurs suivants ; ce seul fait témoigne du dévouement, de l’honnêteté et du travail des collecteurs.
C’est ainsi que de nombreuses paroles et actions de Muhammad (que la paix et les bénédictions de Dieu soient sur lui) ont été recueillies. Elles sont connues sous le nom de hadiths. Le mot hadith signifie « parole », mais l’usage veut également que les récits de ses actions soient appelés hadiths.
Quelques compilations de ce genre furent publiées dans les décennies qui suivirent la mort de Muhammad (que la paix et les bénédictions de Dieu soient sur lui). Certaines compilations importantes ne furent publiées que deux cents ans plus tard. C’est dans les compilations appelées celles d’al-Bukhari et de Muslim que l’on trouve les informations et les récits les plus exacts et les plus fiables ; ces deux compilations furent elles aussi publiées deux cents ans après la mort de Muhammad (que la paix et les bénédictions de Dieu soient sur lui). Récemment, le docteur Muhammad Muhsin Khan, de l’Université islamique de Médine, a préparé une compilation arabe-anglaise annotée de cette collection (publiée par Sh. Str. Board Mills (Conversion) Limited et le Ta‘lim-ul-Qur’an Trust, cantonment de Gujranwala, Pakistan. Sahih al-Bukhari, première édition, 1971). Après le Coran, la compilation d’al-Bukhari est généralement considérée comme la plus fiable. Houdas et Marçais l’ont traduite en français sous le titre Les Traditions islamiques (1903-1914). Les hadiths sont ainsi devenus accessibles à ceux qui ne connaissent pas l’arabe. Il convient toutefois d’être prudent à l’égard de certaines traductions réalisées par des Européens, y compris cette traduction française. Elles contiennent en effet des erreurs et des inexactitudes qui ne sont pas dues à la traduction, mais à l’interprétation. Dans certains cas, le sens du hadith concerné a été modifié de telle manière qu’une idée absente du hadith original lui a été attribuée dans la traduction.
On observe une similitude, quant à leurs sources, entre certains hadiths et les Évangiles. Les collecteurs n’étaient pas eux-mêmes témoins des événements rapportés et n’en ont écrit le récit que longtemps après qu’ils se furent produits. Comme pour les Évangiles, tous les hadiths n’ont pas été acceptés comme exacts. Seul un petit nombre a reçu, dans l’ensemble, l’approbation des spécialistes. Ainsi, en dehors d’al-Muwatta, de Sahih Muslim et de Sahih al-Bukhari, on trouve dans un même ouvrage, à côté de hadiths reconnus comme exacts, d’autres hadiths considérés comme douteux, voire directement irrecevables.
Bien que de nombreuses questions modernes aient été soulevées au sujet des Évangiles canoniques, les autorités chrétiennes supérieures n’ont jamais mis en doute leur exactitude. En revanche, dès les premiers temps de l’islam, les spécialistes ont procédé à une critique détaillée même des hadiths considérés comme les plus exacts. Quant au texte originel servant de critère de jugement, le Coran, personne n’a jamais soulevé la moindre question à son sujet.
J’ai moi-même tenté d’approfondir l’étude de la littérature des hadiths afin de voir comment Muhammad (que la paix et les bénédictions de Dieu soient sur lui) avait exposé, en dehors de la révélation écrite, les sujets sur lesquels des explications et des informations ont été obtenues ultérieurement grâce aux progrès scientifiques. Bien que Sahih Muslim soit exact, j’ai choisi al-Bukhari, considéré comme le plus exact, pour mon étude. Je me suis toujours efforcé de garder à l’esprit que ceux qui ont recueilli les hadiths ont dû dépendre en partie des récits oraux d’autrui et qu’ils ont consigné ces récits avec les erreurs ou l’exactitude de leurs transmetteurs. Ainsi, les hadiths consignés par écrit et rapportés par de nombreuses personnes au sujet d’une même question sont, sans aucun doute, exacts. (Dans Sahih Muslim, les hadiths de première catégorie sont appelés zannî, c’est-à-dire douteux, et ceux de deuxième catégorie qâtî, c’est-à-dire exacts.)
J’ai comparé les récits des hadiths aux résultats auxquels je suis parvenu en confrontant le Coran à la science moderne. Le résultat est très décevant. Face aux données scientifiques, les récits coraniques se révèlent toujours exacts. En revanche, les récits des hadiths portant principalement sur la science apparaissent douteux lorsqu’on les confronte aux faits scientifiques. Ici, je n’ai examiné que les hadiths traitant de questions scientifiques.
Dans le cas de certains hadiths explicatifs de versets coraniques, on trouve parfois des interprétations qui ne sont absolument pas acceptables à l’époque actuelle.
Nous avons déjà relevé l’importance et la portée particulière du récit concernant le soleil dans le verset 38 de la sourate Yâ-Sîn. Ce verset dit : « Le soleil gravite dans son orbite déterminée. » Pourtant, un hadith explique cette question de la manière suivante : « Lorsque le soleil se couche, il atteint le dessous du Trône, se prosterne, demande l’autorisation de se lever de nouveau, et cette autorisation lui est accordée ; puis viendra un jour où il s’apprêtera à se prosterner… Il demandera de nouveau l’autorisation de suivre sa propre trajectoire (de se lever)… Alors, il lui sera ordonné de retourner par le chemin d’où il est venu, et il se lèvera alors à l’ouest… » (Sahih al-Bukhari, Kitab bad’ al-khalq, ou Livre du commencement de la création, tome IV, p. 283, section 54, chapitre 4, hadith n° 421). Le texte original est obscur et difficile à traduire. Cependant, le récit allégorique qu’il contient donne l’idée que le soleil tourne autour de la Terre. Cette idée est contraire aux découvertes scientifiques modernes. La fiabilité de ce hadith est donc douteuse.
Dans le même ouvrage (Sahih al-Bukhari, Kitab bad’ al-khalq, ou Livre du commencement de la création, tome IV, p. 283, section 54, chapitre 6, hadith n° 430), les étapes successives du développement de l’embryon dans le sein maternel sont exprimées en termes de durée. Quarante jours sont consacrés à la formation des éléments du corps humain, quarante jours supplémentaires au stade de « ce qui s’attache », puis une troisième période de quarante jours au stade de la « chair mâchée ». Ensuite, après que son destin a été déterminé par l’intermédiaire des anges, l’esprit lui est insufflé. Cette description du développement de l’embryon ne concorde pas avec les données scientifiques.
À part une seule remarque sur l’usage possible du miel comme auxiliaire de guérison (sans mentionner le nom de la maladie) (sourate An-Nahl, verset 69), le Coran ne donne absolument aucun conseil concernant le traitement des maladies. Les hadiths, en revanche, fournissent à ce sujet des conseils et des recommandations détaillés. Une partie entière du Sahih al-Bukhari (la section 76) est consacrée aux médicaments. Dans la traduction française de Houdas et Marçais, cette section s’étend du tome IV, pages 62 à 91, et dans l’édition bilingue arabe-anglaise du docteur Muhammad Muhsin Khan, du tome VII, pages 395 à 452. Il ne fait aucun doute que ce long exposé contient de nombreux hadiths fondés sur des conjectures. Il présente toutefois un intérêt : il donne une idée de ce qu’il était possible de penser à cette époque dans les différents domaines de la médecine. On peut y ajouter tous les hadiths relatifs à la médecine qui figurent dans les autres chapitres d’al-Bukhari.
C’est ainsi que nous trouvons des récits concernant le mauvais œil, la possession par les démons et l’exorcisme. Il est toutefois interdit d’utiliser le Coran à cette fin contre rémunération. Un hadith affirme qu’une certaine catégorie de dattes agit comme un talisman contre la magie et qu’il est possible d’employer la magie contre les serpents venimeux. Il faut cependant se rappeler à ce propos qu’à une époque où les médicaments et leur usage approprié n’étaient pas disponibles, diverses recettes traditionnelles étaient naturellement en vogue. Les saignées, les cautérisations, le rasage de la tête en cas d’infestation de poux, ainsi que l’utilisation de lait de chamelle et de diverses espèces animales et plantes étaient très répandus. Pour arrêter une hémorragie, on brûlait une natte en feuilles de palmier et on appliquait ses cendres sur la plaie. Dans les situations d’urgence, on agissait à la lumière des connaissances et de l’expérience disponibles à l’époque. Toutefois, conseiller de boire de l’urine de chameau n’était probablement pas une très bonne idée.
Il est difficile aujourd’hui d’accepter comme exactes les informations que l’on trouve dans les hadiths au sujet de diverses maladies. Voici quelques exemples :
L’origine de la fièvre : « La fièvre provient de la chaleur de l’Enfer. » Quatre récits viennent étayer cette affirmation (al-Bukhari, Kitab al-tibb, tome VII, chapitre 28, p. 416).
-Il existe un remède pour chaque maladie : « Allah n’a créé aucune maladie sans en créer également le remède » (ibid., premier chapitre, p. 395).
Cette idée est illustrée par le hadith concernant la mouche : « Si une mouche tombe dans un récipient, plongez-la entièrement, car l’une de ses ailes porte la maladie et l’autre son remède » (ibid., chapitres 15-16, p. 452-453, ainsi que Kitab al-Bad’ al-Khalq, partie 54, chapitres 15-16).
-Le regard du serpent provoque une fausse couche (et peut aussi rendre aveugle). (Ibid., Kitab al-Bad’ al-Khalq, tome IV, chapitres 13-14, p. 333-334.)
-Saignements entre deux périodes menstruelles : il est question de cela dans un hadith (ibid., Kitab al-Hayd, tome VI, partie 6, chapitres 21 et 28, p. 490). Un hadith donne une brève description de l’hémorragie et indique que le sang provient d’un vaisseau sanguin. Un autre hadith mentionne une femme qui souffrit de cette maladie pendant sept ans ; il est impossible de savoir quel raisonnement justifiait ce diagnostic. Toutefois, la cause était peut-être exacte. Cette maladie est connue sous le nom de métrorragie.
-Les maladies ne sont pas contagieuses : outre les affirmations générales formulées à ce sujet en divers endroits (ibid., Kitab al-Tibb, tome VII, partie 76, chapitres 19, 25, 30, 31, 53 et 45), plusieurs maladies précises sont mentionnées : la lèpre (p. 408), la peste (p. 418 et 422) et la gale des chameaux (p. 447). Pourtant, bien qu’il soit affirmé que les maladies ne sont pas contagieuses, il est également conseillé de ne pas se rendre dans les régions touchées par la peste et de se tenir à distance des lépreux.
Dans ces conditions, il est possible de parvenir à la conclusion qu’il existe des hadiths qui ne sont pas acceptables du point de vue scientifique. L’authenticité de hadiths de cette nature peut également être mise en doute. Il est néanmoins nécessaire de les mentionner. Comparés aux versets du Coran cités plus haut, ils ont été examinés parallèlement à ceux-ci, et l’on a constaté qu’il n’y avait pas un seul mot erroné dans les versets coraniques, ni un seul récit inexact. Cette remarque est manifestement très importante.
Il convient de rappeler à ce propos qu’après la mort du Prophète, deux sources servaient de guide pour suivre son enseignement : le Coran et les hadiths.
-La première source était le Coran. De nombreux musulmans connaissaient par cœur l’intégralité du Coran et, comme le Prophète, le récitaient d’innombrables fois. En outre, le Coran existait alors également sous forme écrite. En effet, sa transcription avait commencé du vivant du Prophète, et même avant l’Hégire (en 622 de notre ère, c’est-à-dire dix ans avant la mort du Prophète).
-La deuxième source est constituée par les hadiths. Les proches compagnons du Prophète (les Sahaba), ainsi que les autres musulmans qui avaient été témoins directs de ses actes et de ses paroles, en avaient gardé le souvenir et, lorsqu’ils propageaient le nouvel idéal, ils s’appuyaient sur leurs propres souvenirs en plus du Coran.
Après la mort du Prophète, le Coran et les hadiths furent recueillis et compilés. Les hadiths furent recueillis pour la première fois environ quarante ans après l’Hégire. Le premier recueil du Coran avait déjà été achevé sous le califat d’Abou Bakr, et plus particulièrement sous celui du calife Othman. Durant son califat, Othman — entre la douzième et la vingt-quatrième année après la mort du Prophète — publia une lecture établie du Coran.
Nous voulons insister tout particulièrement sur la différence qui existe entre le Coran et les hadiths du point de vue de leur contenu et de leurs caractéristiques littéraires, et lui accorder toute son importance. Il est même inconcevable de comparer le style du Coran à celui des hadiths. De plus, lorsqu’on examine leur contenu à la lumière des découvertes scientifiques modernes, on ne peut qu’être stupéfait par les différences et les contradictions qui les opposent. J’espère avoir été capable de démontrer que :
-D’une part, bien que les descriptions coraniques paraissent souvent très générales, elles renferment des significations et des informations qui ont été découvertes ou le seront ultérieurement par la recherche scientifique.
-D’autre part, certaines descriptions des hadiths, bien qu’elles soient parfaitement conformes aux conceptions de l’époque, se sont révélées aujourd’hui inacceptables du point de vue scientifique. Cette situation ne se rencontre pas dans le cas des hadiths relatifs aux principes et aux prescriptions islamiques, dont l’authenticité ne fait aucun doute.
À cet égard, il convient de souligner tout particulièrement que Muhammad (s.) ne considérait pas ses propres paroles exactement comme il considérait le Coran. Il déclarait que le Coran était la Parole d’Allah. Nous avons déjà vu qu’au cours de vingt longues années, il avait classé les sourates et les versets du Coran avec le plus grand soin et la plus grande attention. De son vivant, le Coran avait été mis par écrit, de nombreuses personnes l’avaient mémorisé et il était constamment récité dans la prière. En revanche, les hadiths sont essentiellement présentés comme le récit de ses actes et de ses opinions personnelles. À ce sujet, il ne donna lui-même aucune instruction : quiconque le souhaitait pouvait chercher dans ses paroles et ses actes un exemple pour sa conduite personnelle et le diffuser. Lui-même ne laissa aucune indication à ce propos.
Puisque seul un très petit nombre de hadiths reflète la pensée propre de Muhammad (s.), les autres hadiths, notamment ceux qui concernent les différents sujets mentionnés ici, reflètent clairement la pensée des gens de son époque. Il suffit de les comparer au Coran pour comprendre aisément à quel point ces hadiths suspects ou forgés en sont éloignés. Une différence devient très manifeste dans cette comparaison — si tant est qu’une démonstration soit nécessaire : les hadiths, c’est-à-dire les écrits de cette époque, contiennent de nombreuses informations et descriptions scientifiquement erronées, tandis que le Coran, livre révélé mis par écrit, ne contient aucune erreur de ce genre.
Du point de vue religieux, l’authenticité des hadiths est incontestable. Mais, dans le cas des hadiths relatifs aux affaires mondaines, il n’existe aucune autre distinction concernant le Prophète. Dans un hadith, les paroles de Muhammad (s.) sont rapportées ainsi : « Si je vous donne un commandement concernant la religion, observez-le ; mais si je vous donne un commandement selon mon propre jugement, souvenez-vous que je ne suis qu’un homme. » Al-Sarakhsi, dans son ouvrage de principes (Al-Usul), rapporte cette déclaration de la manière suivante : « Si je vous présente quelque chose concernant votre religion, agissez conformément à cela ; mais si je vous présente quelque chose concernant ce monde, vous connaissez bien mieux vos propres affaires mondaines. »
Conclusion générale
À ce stade final de cet ouvrage, une chose est devenue très claire : l’idée qui prévaut actuellement en Occident au sujet des différents livres religieux en usage n’est absolument pas conforme à la réalité. Nous avons vu dans quelles circonstances, à quelles époques et de quelle manière les récits et les matériaux de l’Ancien Testament, de l’Évangile et du Coran ont été rassemblés et consignés. Les conditions dans lesquelles ces trois livres de révélation ont été constitués sous forme d’ouvrages étaient totalement différentes les unes des autres, et cette différence a profondément influencé l’exactitude du texte ainsi que certaines de ses caractéristiques thématiques.
L’Ancien Testament contient d’innombrables œuvres littéraires écrites sur une période d’environ neuf cents ans. Les nombreux écrits fragmentaires et indépendants qui s’y trouvent ont été modifiés par des hommes au cours de différents siècles. Dans certains cas, de nouveaux écrits ont été ajoutés à certains d’entre eux. Il est donc aujourd’hui très difficile de déterminer quelle est l’origine de tel ou tel écrit.
On a tenté de transmettre aux hommes, par l’intermédiaire des Évangiles contenant le récit des paroles et des actes de Jésus, l’enseignement qu’il avait voulu laisser après avoir accompli sa mission terrestre. Mais, malheureusement, les auteurs des Évangiles n’étaient pas témoins directs des informations et des événements qu’ils ont consignés. Ils se sont simplement contentés de mettre par écrit les nouvelles et les récits qui circulaient au sujet de la vie de Jésus dans diverses communautés juives et chrétiennes, sur la base de traditions orales et de certains écrits aujourd’hui disparus. Autrement dit, ils n’ont pas recueilli directement leurs informations auprès de la source première. Ils se sont appuyés sur des récits de deuxième et de troisième ordre.
C’est à cette lumière que nous devons désormais examiner les livres religieux juifs et chrétiens et, par souci d’objectivité, nous devons rejeter entièrement les anciennes doctrines auxquelles adhèrent les spécialistes religieux juifs et chrétiens.
La multiplicité des sources a naturellement entraîné des contradictions internes et réciproques, dont nous avons déjà cité de nombreux exemples. En écrivant sur Jésus, les auteurs des Évangiles ont manifesté exactement la même tendance à l’exagération que les poètes français du Moyen Âge dans leurs poèmes narratifs. Ainsi, chaque événement a été présenté selon le point de vue propre à l’auteur concerné, et les quelques informations relatives aux connaissances modernes contenues dans les livres religieux juifs et chrétiens mentionnés doivent être examinées selon la méthode la plus rigoureuse.
Si l’on examine les choses dans ce contexte, on trouve très facilement la véritable cause des contradictions, des invraisemblances et des incohérences. Lorsque les chrétiens prennent conscience de cette situation, ils en sont très étonnés. Ils le sont encore davantage après avoir été longtemps séduits et impressionnés par les jeux de mots, les subtilités argumentatives et le langage poétique employés par les commentateurs chrétiens pour dissimuler les résultats des découvertes modernes. À cet égard, on peut citer les deux généalogies de Jésus rapportées respectivement par Matthieu et Luc. Il convient de rappeler que ces deux généalogies se contredisent et sont inacceptables du point de vue scientifique. De nombreux autres exemples de ce genre, susceptibles de surprendre les chrétiens, ont déjà été exposés. Il convient de souligner que nous avons accordé une attention particulière à l’Évangile de Jean, car il présente de nombreuses différences importantes par rapport aux trois autres Évangiles. En particulier, l’Évangile de Jean ne contient aucun récit de la cérémonie de l’Eucharistie, ce que beaucoup ignorent.
L’histoire de la révélation du Coran est totalement différente de l’histoire correspondante des deux autres livres religieux. Le Coran a été révélé sur une période d’environ vingt ans, et chaque fois que l’ange Gabriel en communiquait une partie à Muhammad, les croyants la mémorisaient aussitôt. De plus, il a été consigné du vivant même de Muhammad. La compilation définitive et finale du Coran fut achevée sous le califat d’Uthman, entre la douzième et la vingt-quatrième année après la mort du Prophète. Cette compilation fut vérifiée par ceux qui avaient mémorisé le Coran au moment de sa révélation et qui le récitaient ensuite chaque jour dans la prière. Nous savons aujourd’hui que, depuis cette époque, le Coran a été correctement conservé sans aucune altération. Son authenticité n’a jamais été mise en doute.
Le Coran commence là où s’achèvent les deux livres célestes qui l’ont précédé. Son récit ne comporte aucune contradiction interne et, contrairement à ce que l’on observe dans les Évangiles, on n’y trouve aucune trace d’intervention ou de remaniement humain dans sa transmission. Un examen objectif permet de discerner très aisément, dans l’ensemble du Coran, une caractéristique rédactionnelle unique. En outre, un examen du point de vue scientifique montre que les informations et les récits du Coran sont en parfaite concordance avec les découvertes scientifiques modernes. Qui plus est, le Coran contient des descriptions scientifiques (que nous avons déjà examinées) qu’il est impossible d’imaginer avoir été fournies par un homme de l’époque de Muhammad (paix et bénédiction sur lui). C’est pourquoi, grâce aux connaissances scientifiques modernes, nous pouvons comprendre la signification des versets du Coran qui ont pu être interprétés jusqu’à présent.
Si l’on compare les récits de la Bible et du Coran sur un même sujet, une différence fondamentale apparaît très aisément. Le récit biblique n’est nullement acceptable du point de vue scientifique, tandis que le récit coranique est en parfaite concordance avec les données scientifiques. On peut citer, à titre d’exemple, la création originelle et le Déluge. En ce qui concerne l’histoire de l’Exode, on constate toutefois une importante similitude entre les récits de la Bible et du Coran, et cette similitude concorde pleinement avec les données archéologiques modernes pour déterminer la date de l’époque de Moïse. En dehors de cette unique similitude, la Bible et le Coran présentent des différences importantes sur tous les autres points. Cette différence suffit à démontrer directement que l’accusation, formulée sans la moindre preuve, selon laquelle Muhammad (paix et bénédiction sur lui) aurait écrit le Coran en copiant la Bible est totalement infondée.
Lorsque l’on compare les descriptions scientifiques contenues dans les hadiths avec celles du Coran, la différence apparaît si nettement que la possibilité qu’ils proviennent d’une même source est immédiatement réfutée.
Ces hadiths peuvent avoir été rapportés comme étant des paroles de Muhammad (paix et bénédiction sur lui), mais il y a de sérieuses raisons de douter de la véracité de cette affirmation. On peut toutefois supposer que ce type de hadiths reflète simplement les conceptions générales de cette époque.
Si l’on juge les descriptions scientifiques du Coran à la lumière du niveau de développement des connaissances humaines atteint à l’époque de Muhammad (paix et bénédiction sur lui), il est absolument impossible de les considérer comme l’œuvre d’un être humain. Il n’est donc pas seulement raisonnable de considérer le Coran comme une révélation divine ; compte tenu de la certitude de son authenticité attestée par le Coran lui-même, et du fait que ses descriptions scientifiques ne peuvent recevoir aucune explication humaine, il est également logique d’accorder à ce livre une place d’honneur particulière.
— Fin —

