Note de l’éditeur
L’ouvrage La beauté artistique du Coran a été publié une première fois par les Éditions Adhunik en 1997, puis une deuxième édition en 2001. Il y a environ trois mois, le traducteur nous a apporté l’ouvrage afin que nous en publiions la troisième édition. Ayant obtenu les droits de traduction auprès du traducteur, nous en publions la troisième édition.
Tout comme l’auteur sera récompensé par le Très-Haut pour avoir présenté ce Coran révélé par Allah dans un style d’écriture incomparable, il restera également immortel aux yeux de la nation musulmane contemporaine. De même, son traducteur demeurera lié par les liens de la gratitude pour avoir offert cet ouvrage remarquable aux locuteurs du bengali.
Les Éditions Khayrun demeurent liées par les liens de la gratitude pour avoir offert cet ouvrage.
En publiant cet ouvrage, les Éditions Khairun continuent de tenir leur promesse faite à la nation de lui offrir de bons ouvrages.
L’éditeur
Brève biographie de l’auteur
Nom et ascendance : son nom est Sayyid. Qutb est le nom de famille de sa lignée. Ses ancêtres vinrent de la péninsule Arabique et commencèrent à s’établir dans un lieu appelé Mûsâ, dans le nord de l’Égypte. Son père s’appelait Hadji Ibrahim Qutb. Sa mère s’appelait Fatima Hussein Othman. C’était une femme extrêmement pieuse et craignant Allah. Sayyid Qutb naquit le vendredi 20 janvier 1906 dans la maison de ses parents. Il était l’aîné. Le cadet était Muhammad Qutb. Venaient ensuite trois sœurs : Hamida Qutb, Amina Qutb ; le nom de la troisième sœur n’est pas connu.
Parcours scolaire : conformément au souhait de sa mère, il mémorisa le Noble Coran (ḥifẓ) dès son enfance. Il fut ensuite inscrit à l’école primaire du village. À cette époque, une loi stipulait que quiconque souhaitait faire étudier son enfant à l’université al-Azhar, en Égypte, devait d’abord lui faire mémoriser le Coran. Comme ses parents désiraient ardemment envoyer leur fils aîné, Sayyed, à al-Azhar, ils en firent un ḥāfiẓ du Coran. Plus tard, son père, Moussa, quitta le village et s’installa à Helwan, dans la banlieue du Caire, où il l’inscrivit à la madrasa Tadjhiziyyat Dar al-Ouloum. Cette madrasa n’accueillait que ceux qui souhaitaient, après y avoir obtenu leur diplôme, s’inscrire à l’Université du Caire. En 1929, il en sortit brillamment et s’inscrivit à Dar al-Ouloum du Caire, aujourd’hui appelée Université du Caire. Il obtint dans cette université une licence en 1933 ainsi qu’un diplôme d’enseignement. Ce diplôme prouvait alors que ce jeune homme était extrêmement doué.
Vie professionnelle : après avoir obtenu son diplôme universitaire, il y fut nommé professeur. Après avoir enseigné avec succès pendant quelque temps, il fut nommé inspecteur des écoles au ministère de l’Éducation. C’était un poste très prestigieux en Égypte. En 1949, le ministère de l’Éducation l’envoya en Amérique afin qu’il y obtienne un diplôme supérieur de recherche en sciences de l’éducation. Après deux années d’études et de recherches, il retourna dans son pays en 1951. Durant son séjour en Amérique, il observa la situation déplorable de la société matérialiste et acquit la ferme conviction que seul l’islam pouvait, au sens propre, conduire la société humaine vers le bien-être.
Après son retour au pays, il entreprit une étude et des recherches approfondies sur l’islam. De ces recherches sont nés « La représentation de la Résurrection dans le Coran » et « La beauté artistique du Noble Coran ».
Adhésion au mouvement islamique : dès son retour d’Amérique, après avoir examiné les objectifs, les buts et le programme du mouvement islamique appelé « Ikhwan al-Mouslimoun », il en devint membre, les trouvant conformes à ses aspirations. En juillet 1952, il fut élu membre du comité central de travail de l’Ikhwan al-Mouslimoun. À partir de ce moment, il se consacra entièrement au mouvement islamique. En 1954, un périodique de l’Ikhwan fut publié sous la direction de Sayyed Qutb. Mais deux mois plus tard seulement, le gouvernement du colonel Nasser le fit fermer.
Arrestation et châtiments : l’arrestation et la torture des dirigeants et des militants de l’Ikhwan commencèrent. Sayyed Qutb figurait parmi les personnes arrêtées. Il fut détenu dans différentes prisons et soumis à des tortures inhumaines. L’un de ses collègues, M. Youssouf al-Aẓm, a écrit : « Un véritable amoncellement de tortures fut infligé. On le brûlait au fer, on lançait des chiens contre lui pour le mettre en pièces, et on lui versait parfois de l’eau extrêmement chaude, parfois de l’eau extrêmement froide, sur la tête. Il était également torturé à coups de pied, de poing et de bâton, mais il demeurait ferme et intrépide dans sa foi et sa certitude. » — (Le martyr Sayyed Qutb, p. 30)
Le 13 juillet 1955, une parodie de procès fut organisée et il fut condamné à quinze ans de travaux forcés. Les tortures l’avaient rendu si malade et si faible qu’il ne pouvait même pas comparaître devant le tribunal. Après une année de travaux forcés, le gouvernement de Nasser lui proposa de le libérer s’il présentait des excuses par l’intermédiaire de la presse. La réponse que cet homme croyant fit à cette proposition restera, à travers les âges, un phare pour les militants des mouvements islamiques. Il déclara :
Je m’étonne de cette proposition pour la simple raison que je ne comprends pas comment un tyran peut demander à un opprimé de présenter des excuses. Par Allah ! Même si quelques mots d’excuse pouvaient me sauver de la pendaison, je ne serais pas disposé à les prononcer. Je veux parvenir auprès d’Allah de telle manière qu’Il soit satisfait de moi et que je sois satisfait de Lui.
Libération de prison : au milieu de l’année 1964, le président irakien Abd as-Salam Arif se rendit en Égypte et recommanda la libération de Sayyed Qutb. Il fut donc libéré de prison, puis placé en résidence surveillée. Durant les dix longues années passées en prison, il rédigea l’exégèse coranique mondialement connue « Fi zilal al-Qur’an ».
Deuxième arrestation et martyre :
Avant même qu’une année ne se soit écoulée, il fut de nouveau arrêté, accusé d’avoir tenté de s’emparer du pouvoir. Vingt mille personnes furent arrêtées avec lui, dont quatre de ses frères et sœurs ; parmi elles se trouvaient près de sept cents femmes.
Après un simulacre de procès, il fut condamné à la pendaison avec deux de ses compagnons, et la sentence fut exécutée le lundi 29 août 1966. (Nous appartenons à Allah et c’est à Lui que nous retournons.)
Œuvres de Sayyid Qutb
(a) Études et recherches :
(1) Fî zilâl al-Qur’ân (6 volumes)
(2) At-Taswîr al-fannî fî zilâl al-Qur’ân (La beauté artistique du Coran)
(3) Machâhid al-qiyâma fî al-Qur’ân (La représentation coranique de la Résurrection)
(4) Al-ʿAdālat al-Ijtimāʿiyya fī al-Islām (L’islam et la justice sociale)
(5) As-Salām al-ʿĀlamī wa-l-Islām (La paix mondiale et l’islam)
(6) Dirāsāt islāmiyya (Écrits islamiques)
(7) Maʿrifat al-Islām wa-r-Risāliyya (Le conflit entre l’islam et le capitalisme)
(8) Naḥwa mujtamaʿ islāmī (Le modèle social de l’islam)
(9) Muʿallim fī ṭ-Ṭarīq (Le cours de la révolution sociale islamique)
(10) Hādhā ad-Dīn (L’islam, un système de vie)
(b) Poésie et poèmes
1. Kafilatur Raqiq (poésie)
2. Hulmul Fajri (poésie)
3. Al-Shatiyyul Majhul (poésie)
(c) Romans :
1. Ashwak (Les épines)
2. Tiflun Minal Qariya (Le garçon du village)
3. Madinatul Mashur (La ville magique)
(d) Pour les enfants et les adolescents :
1. Qiṣaṣ ad-dīniyya (Récits des prophètes)
(e) Autres :
1. Mouhimmat ach-chāʿir fī al-ḥayāt (La véritable mission du poète dans la vie)
2. Al-aṭyāf al-arbaʿa (Les réflexions de quatre frères et sœurs)
3. Amrīkā allatī raʾaytuhā (L’Amérique telle que je l’ai vue)
4. Kitāb wa chakhṣiyyāt (Ouvrages et personnalités)
5. An-naqd al-adabī, uṣūluhu wa manāhijuhu (Principes et méthodes de la critique littéraire)
Au nom d’Allah, le Tout Miséricordieux, le Très Miséricordieux
Dédicace
Ma vénérable mère ! Je dédie cet ouvrage à votre nom.
Ma chère mère ! Un souvenir brille encore dans ma mémoire : chaque fois que venait le mois de Ramadan, un qari venait chez nous réciter le Coran. Et vous l’écoutiez avec ravissement, des heures durant, derrière le rideau, l’oreille tendue. Lorsque je me mettais à pousser des cris enfantins, vous me faisiez signe de me taire. Alors, moi aussi, je me joignais à vous pour écouter le Coran, bien que je ne fusse pas encore capable de le comprendre. Mais les paroles de la récitation s’imprimaient profondément dans mon esprit. Puis, lorsque j’appris à marcher en vous tenant la main, vous m’inscrivîtes à l’école primaire du village. Votre plus grand désir était qu’Allah ouvre mon cœur afin que je mémorise Sa Parole. Certes, Allah m’a accordé le don d’une voix mélodieuse, afin que je puisse souvent réciter devant vous, assis à vos côtés. J’ai mémorisé le Coran tout entier. Une part de votre fierté s’était accomplie.
Ma chère mère ! Aujourd’hui, vous êtes hors de portée de mes mains et de mes yeux. Mais votre image demeure toujours intacte dans ma mémoire. Je n’ai pas oublié la manière dont, à la maison, assise près du poste de radio, vous écoutiez la récitation du qari. Le souvenir de la beauté et de la pureté que votre visage revêtait pendant cette écoute, ainsi que de l’effet qu’elle produisait sur votre cœur et votre esprit, demeure encore vivant dans ma mémoire.
Ô toi qui m’as donné naissance ! Cet enfant innocent qui était le tien est aujourd’hui un jeune homme. Je dédie aujourd’hui à ton nom le fruit de tes efforts. Puisse Allah faire descendre sur ta tombe une paix semblable à la rosée du matin et préserver également ton fils.
Votre fils
Sayyid Qutb
Note du traducteur
Voulez-vous comprendre le Coran ? Reconnaissez-vous que le Coran est un miracle vivant et une source de pouvoir hypnotique ? Vous lisez bien le Coran, mais il ne parvient pas à vous captiver entièrement : pourquoi donc ? Ce Coran renferme des récits qui surpassent les contes merveilleux, des images qu’aucun artiste n’a jamais pu peindre jusqu’à ce jour, ainsi que des mélodies et des accents de douleur qui enveloppent tout l’univers de la musique. Avez-vous découvert tout cela ? Sinon, lisez cet ouvrage de Sayyid Qutb sur le Noble Coran. Il vous guidera vers un nouvel horizon et ouvrira devant vous les portes de tous les mystères du Coran. Vous vous perdrez dans l’infini du Coran, dans ses profondeurs insondables. Aucune force ne pourra vous arracher à cette cité enchantée des profondeurs.
Sayyid Qutb était un chercheur et un penseur islamique ; c’est ainsi que le monde musulman le connaissait. Mais combien savent qu’il était un écrivain de premier rang de la littérature arabe moderne et un conteur immortel ? De plus, il excellait dans les domaines de l’art, des beaux-arts, des arts décoratifs et de l’artisanat. C’est pourquoi il a étudié le Noble Coran sous différents angles. Durant ses années d’emprisonnement, il a consacré des heures et des jours entiers à l’étude de ce Coran. Il était d’une part hafiz du Coran, et d’autre part l’arabe était sa langue maternelle ; ces deux aspects l’ont aidé dans son travail de recherche. Il a lui-même déclaré :
À mon avis, c’est une immense faveur d’Allah Très-Haut envers un humble serviteur. Lorsque j’ai commencé à réfléchir au Noble Coran, Il a ouvert pour moi toutes les portes de Sa miséricorde et m’a rapproché à ce point de l’esprit du Noble Coran qu’il me semble que le Coran lui-même a ouvert pour moi toutes les portes de ses vérités et de ses mystères. — Extrait de l’introduction originale de Fî zilâl al-Qur’ân
Cet ouvrage précieux est imprégné de littérature dans chacune de ses pages ; c’est un enchaînement de paroles sans fil apparent. La langue en est si élevée et si riche que, par trois fois déjà, j’ai envisagé de traduire cet ouvrage avant d’y renoncer. Je n’en ai pas eu le courage. Pourtant, je n’ai pas non plus réussi à résister au désir de le traduire. Finalement, pour la quatrième fois, après avoir humblement imploré la grâce du Très-Haut et sollicité Sa miséricorde, je me suis attelé à cette noble tâche. Même si le travail avançait à la vitesse d’une fourmi, il s’est achevé sous la caresse de la miséricorde du Tout-Miséricordieux. Je ne prétends pas avoir entièrement préservé le haut niveau littéraire de l’ouvrage ; toutefois, je n’ai volontairement commis aucune négligence en présentant fidèlement devant vous ce que l’auteur a voulu exprimer. Il n’en demeure pas moins que je ne suis tout d’abord nullement un grand alim. Ensuite, je ne possède pour ainsi dire aucune connaissance de la littérature arabe moderne ; de surcroît, je suis un homme faible, dont les erreurs et les fautes sont les compagnes quotidiennes. Il se peut donc qu’en accomplissant ce travail j’aie commis quelque erreur dont je n’ai pas encore conscience. Si un serviteur d’Allah venait à relever une erreur ou une faute de ce genre, je lui serais reconnaissant de me la signaler ; je m’efforcerais alors de la corriger lors d’une prochaine révision, incha Allah.
Enfin, je prie humblement dans la cour divine afin qu’Il accorde à l’auteur de cet ouvrage un rang élevé au Paradis. Puisse Allah pardonner également à cet indigne traducteur, à l’éditeur et aux lecteurs, et leur accorder la grâce de rejoindre l’auteur au Paradis. Je L’implore en outre de nous ouvrir, comme Il l’a fait pour l’auteur, les portes de tous les mystères de Son Noble Coran. Amîn.
Respectueusement
Muhammad Khalilur Rahman Mumin
Table des matières
Sujet
Paroles de l’auteur
Comment ai-je découvert le Coran ?
Premier chapitre
Le pouvoir envoûtant du Coran
La conversion de ʿUmar (qu’Allah l’agrée) à l’islam
L’histoire de Walîd ibn al-Mughîra
La source du pouvoir envoûtant du Coran
La force motrice fondamentale de l’adhésion à l’islam
D’où vient le pouvoir fascinant du Coran ?
Deuxième chapitre
L’étude et l’exégèse du Coran
L’exégèse à l’époque des Compagnons et des Tabi’in
Troisième chapitre
L’image artistique
Exprimer une idée dans un langage compréhensible
Représentation psychologique
Représentation humaine
Représentation des catastrophes survenues
Représentation d’événements métaphoriques
1. Le récit des propriétaires du jardin
2. Le récit des propriétaires de deux jardins
Représentation d’événements réels
1. Hadrat Ibrâhîm (paix sur lui) et Hadrat Ismâ‘îl (paix sur lui)
2. Le déluge de Noé (paix sur lui)
La scène de la Résurrection
Les scènes de paix et de châtiment
Quatrième chapitre
Imagination et mise en forme
Cinquième chapitre
La composition artistique du Coran
Les formes de la composition artistique
Sixième chapitre
La mélodie et le rythme du Coran
Premier état
Deuxième état
Les pauses en fin de phrase et la rime
Septième chapitre
Les éléments de l’image coranique
Une subtilité de la composition artistique
Durée de la représentation coranique
Représentation longue
Chapitre huit
Thème : objectif et finalité des récits relatés dans le Coran
1. Reconnaissance de la révélation et de la mission prophétique
2. Une religion unique et commune
3. La foi en Allah
4. Tous les prophètes et messagers ont transmis le même appel
5. Le lien entre la religion de chaque prophète et messager
6. Le succès des prophètes et messagers et la destruction des menteurs
7. La véracité des bonnes nouvelles et des avertissements
8. La description des bienfaits accordés aux prophètes et messagers
9. Mettre en garde les enfants d’Adam contre l’hostilité de Satan
10. Quelques autres raisons encore
Neuvième chapitre
La preuve que les récits du Coran suivent les objectifs religieux
La concision et le développement des récits
Description de la conclusion et de l’issue
La fusion du religieux et de l’artistique dans le récit
La forme artistique du récit
Dixième chapitre
Les caractéristiques artistiques du récit
1. La diversité de la narration
2. Le dénouement soudain du mystère
3. Une pause entre les changements de scène
4. La mise en scène à travers les événements
La représentation des émotions et des sentiments
L’empreinte de la personnalité dans le récit
1. Un dirigeant de nature vive
2. Une personnalité au cœur tendre et tolérante
3. Hazrat Joseph (paix sur lui)
4. Hazrat Adam (paix sur lui)
5. Le récit de Hazrat Salomon (paix sur lui)
Onzième chapitre
La nature humaine
1. La nature humaine
2. Le croyant à la foi fragile
3. L’individu rusé et opportuniste
4. Le peureux et le lâche
5. L’individu qui suscite les rires et les plaisanteries
6. Humain seulement par l’apparence
7. En quête de louanges
8. Opportuniste
9. Arrogant singulier
10. Craintif et éhonté
11. Hypocrite faible
12. Celui qui invoque des excuses et des objections
13. Escroc stupide
14. Fauteur de troubles
15. Égaré par les séductions de la vie terrestre
16. Les gens entêtés et au caractère rigide
17. Un groupe de despotes
18. Vrai ou faux, ils se disputeront de toute façon
19. Avare
20. Contradiction entre l’intérieur et l’extérieur
21. Celui qui se repent alors qu’il est à l’agonie
22. Les gens peu intelligents
23. Le véritable croyant
24. Pauvre, mais satisfait de peu
25. Celui qui craint Allah
26. Le véritable serviteur d’Allah
27. Généreux et libéral
28. Patient
29. Celui qui donne la préférence à son autre frère
30. Celui qui maîtrise sa colère et pardonne aux autres
Douze chapitres
Un raisonnement fondé sur la sagesse
L’expression simple et directe du Coran
La question du tawḥīd (monothéisme)
La résurrection après la mort
Le style narratif du Coran
Conclusion]
Une autre caractéristique du style narratif du Coran
Annexe 1
Annexe 2
La chronologie de la révélation des sourates du Coran
Paroles de l’auteur
Comment ai-je découvert le Coran ?
Avant de commencer le livre que vous avez actuellement entre les mains, il est nécessaire de raconter un événement qui lui est lié. Tant que ce livre était conservé dans ma mémoire, sans avoir de forme ni de structure précises, il n’était guère nécessaire de raconter cet événement. Lorsqu’il est arrivé sur la table de l’imprimerie pour prendre existence, l’événement ne pouvait plus rester limité à mon for intérieur. Il est désormais nécessaire de le rendre public.
J’étais alors tout petit. Je venais à peine de commencer à lire le Coran, mais sa signification et son interprétation dépassaient mes capacités. De plus, il m’était impossible de contenir dans les limites de mes connaissances la grandeur de son contenu. Pourtant, je ressentais pour lui une attraction intense. Pendant la récitation, de nombreux événements étonnants apparaissaient furtivement sur l’écran de mon esprit. Ces images étaient simples et dépourvues de couleurs. Je les imaginais néanmoins encore et encore avec un vif intérêt. Cela se poursuivit longtemps et me procurait de la joie.
Parmi ces images simples, l’une de celles qui s’étaient profondément gravées dans mon esprit apparaissait devant moi dès que je récitais le verset suivant.
(Arabe**********)
Il est, parmi les hommes, des gens qui adorent Allah en se tenant sur le bord. S’ils aperçoivent quelque intérêt terrestre, ils s’y inclinent ; mais s’ils sont plongés dans une épreuve ou une calamité, ils détournent leur visage. En vérité, ils sont perdants ici-bas et dans l’au-delà. (Sourate al-Hajj : 11)
Si je présentais cette image fantaisiste à quelqu’un, il ne devrait pas en rire. Dès que j’entendais ce verset, une image de ce genre surgissait dans le miroir de ma mémoire. À cette époque, je vivais dans un village. Je voyais un homme prier, debout sur une butte au milieu de la vallée, près du village ; mais il ne parvenait pas à rester au sommet étroit de cette butte, qui ne cessait de trembler violemment. Elle pouvait s’effondrer à tout moment. Je regardais cette scène de loin, émerveillé et ému au plus profond de moi-même.
Parmi toutes ces images imaginaires qui flottaient dans mon esprit, l’une d’elles apparaissait à la récitation du verset suivant. Le voici :
(Arabe**************)
Et récite-leur le récit de celui à qui Nous avions donné Nos signes, mais qui s’en détourna et les délaissa. Satan le poursuivit alors, et il devint du nombre des perdants. Si Nous l’avions voulu, Nous l’aurions élevé en dignité, mais il s’attacha à la terre et se consacra à satisfaire les désirs de son nafs. Son cas est semblable à celui d’un chien : si tu l’attaques, il tire la langue et halète ; et si tu le laisses, il tire encore la langue. (Sourate al-A‘raf : 175-176)
Je ne comprenais ni le sens ni la portée de ce verset. Mais dès que je le récitais, une image apparaissait dans le miroir de mon esprit. Je voyais un homme s’approcher de moi, la bouche grande ouverte, la langue tirée, en haletant. Je le fixais sans ciller. Je ne comprenais pourtant pas pourquoi il agissait ainsi. Je n’osais toutefois pas m’approcher de lui. J’aimais beaucoup ces milliers d’images de ce genre. Ainsi, je ressentais une attirance intense pour la récitation du Coran et je parcourais les confins de mon imagination à la recherche de ces images.
Cette période s’écoula avec mes douces rêveries et mes puérilités. À présent, au fil du temps, je me suis quelque peu trouvé confronté au savoir et à la réalité. J’ai essayé de comprendre certains ouvrages de tafsir par mes propres efforts et avec l’aide de mes enseignants. Mais il est profondément regrettable que, lors de la belle, douce et majestueuse récitation du Coran, je ne prête aucune attention à ce que je faisais durant mon enfance. Le Coran d’aujourd’hui serait-il donc différent de celui de mon enfance ? N’existe-t-il entre eux aucun lien ? Peut-être n’était-ce que la magie d’une interprétation fabriquée de toutes pièces.
Après avoir consulté plusieurs exégèses du Coran, j’eus le sentiment qu’il subsistait quelque part une lacune. Je me consacrai alors à essayer de comprendre le Coran directement à partir du Coran lui-même. Aussi étonnant que cela puisse paraître, c’est à ce moment-là que je découvris ce Coran si cher et si magnifique. Cette image séduisante et ravissante apparut de nouveau devant moi. La seule différence était qu’elle n’était plus aussi simple qu’auparavant : elle avait quelque peu changé, sous l’effet d’une compréhension plus mûre. Je compris alors qu’il ne s’agissait pas d’une image, mais d’une parabole. Elle n’avait été décrite que pour faciliter la compréhension du Coran. En réalité, elle n’était pas le reflet d’un événement réel. Cela ne signifie pas pour autant qu’elle fût irréelle.
Louange à Allah ! Je commençai alors à étudier avec une pleine attention. Soudain, l’idée me vint de présenter au public les images que je voyais, afin qu’il puisse en tirer quelque profit. C’est ainsi qu’en 1939, dans la revue intitulée « Al-Muqtataf », fut publiée une étude sur « Quelques images du Coran et leur beauté artistique ».
J’y démontrai que les images qu’Allah, Seigneur des mondes, a tracées dans le Coran ne sauraient être reproduites par aucune caméra en couleurs ni par le pinceau d’aucun artiste. C’est une image fascinante et énigmatique. J’y déclarai également qu’il était possible de consacrer un ouvrage indépendant à ce sujet.
Puis quelques années s’écoulèrent. Entre-temps, les images coraniques commencèrent à exercer sur mon esprit une influence considérable. Je continuai à découvrir partout leur beauté artistique. Je pensai alors à développer cette étude de manière complète et dans une vaste perspective, sur un sujet auquel personne n’avait encore pris la plume. Dans ce but, je me concentrai profondément sur l’étude du Coran et tentai d’en rassembler les images subtiles. Malgré cela, il arrivait parfois que l’avancement du travail ralentît.
Finalement, j’entrepris cette compilation au nom d’Allah. Mon travail consistait à rassembler les images artistiques du Coran et à mettre en lumière son style de composition ainsi que sa beauté artistique. Je n’avais nullement l’intention d’en faire une analyse lexicale ni une étude juridique islamique.
Alors que j’avançais, un nouveau mystère se révéla à moi. Je remarquai que les images tracées par le Coran n’étaient pas distinctes des autres développements et parties du texte. Elles n’occupaient pas non plus une place à part. Bien au contraire, tout le mode d’exposition du Coran constitue le fondement artistique des scènes et des images. Seules les prescriptions de la Loi islamique font exception. Je me concentrai alors moins sur le rassemblement des images que sur la découverte de leur véritable finalité et de leur principe, puis je décidai d’exposer ce principe et d’en donner l’explication, ce que personne n’avait encore abordé jusqu’alors.
Lorsque la compilation fut achevée, j’eus le sentiment que le Coran était apparu dans mon esprit sous une forme nouvelle. Je découvris un Coran tel que je n’en avais encore jamais rencontré. Auparavant déjà, le Coran m’apparaissait magnifique, mais cette beauté se présentait de façon fragmentaire et dispersée. À présent, sa beauté tout entière semblait se révéler sous une forme continue. C’était comme si elle reposait sur un fondement particulier, au sein duquel existaient des relations étonnantes et rares, que je n’avais jamais pu appréhender, dont je n’avais jamais rêvé et que nul autre n’avait même jamais imaginées.
Si Allah m’accorde la réussite dans la présentation de ces scènes et images du Coran, de manière à satisfaire pleinement les exigences de mes réflexions et de ma pensée, ce sera la mesure du succès complet de cet ouvrage.
Premier chapitre
La force envoûtante du Coran
À la veille de la révélation du Coran, le Coran lui-même avait ensorcelé les Arabes par sa force envoûtante. Ceux dont Allah avait ouvert le cœur à l’islam, ainsi que ceux dont les esprits et les yeux avaient été voilés, furent eux aussi touchés par l’influence envoûtante de ce Coran, bien qu’ils n’en aient tiré aucun profit. Cependant, certaines personnalités, comme l’épouse honorée du Prophète éminent, Khadija (qu’Allah l’agrée), et son esclave affranchi, Zayd (qu’Allah l’agrée), furent parmi les premiers à embrasser l’islam. En dehors de ces personnes, le Messager (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui) ne possédait pas encore une puissance et une autorité telles que les premiers convertis auraient embrassé l’islam, subjugués par son pouvoir et sa force. Au contraire, à la base de leur conversion se trouvait l’attraction magique du Coran.
Le récit de la conversion à l’islam de ʿUmar (qu’Allah l’agrée) et celui de l’influence exercée sur al-Walid ibn al-Mughira confirment tous deux l’affirmation précédente et prouvent que la force envoûtante du Coran était extrêmement puissante. Elle influençait non seulement les croyants, mais aussi les mécréants.
La conversion de ʿUmar (qu’Allah l’agrée) à l’islam
À propos de la conversion de ʿUmar (qu’Allah l’agrée) à l’islam, ʿAta et Mujahid rapportent, selon une transmission qu’Ibn Ishaq a compilée d’après ʿAbd Allah ibn Abi Najih, que ʿUmar (qu’Allah l’agrée) dit :
Ce jour-là encore, j’étais très éloigné de l’islam et je demeurais plongé dans la consommation de vin. Nous avions un lieu de réunion où les Qurayshites se rassemblaient. Ce jour-là, je partis à leur recherche, mais je ne trouvai personne à cet endroit. Je pensai me rendre chez tel marchand de vin ; peut-être les y trouverais-je. Mais là non plus, je ne trouvai aucun d’entre eux. Je décidai alors d’aller accomplir le tawaf à la Mosquée sacrée. Je m’y rendis et vis Muhammad (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui) occupé à prier. Il priait en direction du Sham (la Syrie). La Kaaba se trouvait entre lui et le Sham. Il se tenait entre l’Angle noir et l’Angle yéménite pour accomplir la prière. En le voyant, je pensai : « Cette nuit, je l’écouterai discrètement ; je vais entendre ce qu’il récite. » Puis je me dis que, si je m’approchais pour écouter, je serais découvert. Je vins donc du côté du Hatim et restai silencieusement debout sous le voile de la Kaaba. Entre lui et moi, il n’y avait aucun écran, sinon le voile de la Kaaba. Lorsque j’entendis la récitation du noble Prophète (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui), un changement profond se produisit en moi. Je me mis à pleurer et, finalement, j’eus la grâce d’embrasser l’islam.
Dans une autre narration d’Ibn Ishaq, il est rapporté qu’un jour, ʿUmar (qu’Allah l’agrée) partit, l’épée dégainée, avec l’intention de tuer le noble Messager (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui). Au pied du mont Safa, le noble Prophète (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui) vivait dans une maison avec quelques Compagnons. Il s’y trouvait environ quarante hommes et femmes. En chemin, il rencontra Nuʿaym ibn ʿAbd Allah, qui lui demanda : « ʿUmar, où vas-tu ? » ʿUmar lui révéla son intention. Nuʿaym lui dit : « Laisse donc l’hostilité envers les Banou ʿAbd Manaf pour plus tard ; commence par t’occuper de ta propre sœur Fatima et de ton beau-frère Saʿid ibn Zayd. Ils sont devenus musulmans. » ʿUmar (qu’Allah l’agrée) se rendit alors chez eux et vit Khabbab (qu’Allah l’agrée) leur enseigner le Coran.
ʿUmar (que Dieu l’agrée) entra directement dans la maison et saisit son beau-frère Saʿīd. Il frappa sa propre sœur Fāṭima à la tête et la fit saigner. Après quelques échanges houleux, il demanda à voir ce qu’ils récitaient. On lui récita alors un passage de la sourate Ṭā-Hā. Lorsqu’il en entendit quelques versets, il déclara : « Quelles paroles magnifiques ! » Puis il se rendit auprès du noble Messager (que Dieu le bénisse et lui accorde la paix), embrassa l’islam et fut ainsi honoré. (Sīrat Ibn Hishām)
L’essentiel de tous les récits à ce sujet est le même : Ḥaḍrat ʿUmar (que Dieu l’agrée) se réfugia sous l’égide de l’islam après avoir lu ou entendu une partie du Coran. Nous entendons ou rapportons cet événement, mais personne n’attire l’attention sur le fait que la cause profonde de la transformation de Ḥaḍrat ʿUmar (que Dieu l’agrée) fut le pouvoir d’attraction et la force hypnotique irrésistible du Noble Coran.
L’histoire de Walīd ibn al-Mughīra
Walīd ibn al-Mughīra avait été profondément influencé après avoir entendu quelques passages du Noble Coran. En voyant cela, les Quraychites commencèrent à dire entre eux qu’il était devenu musulman. Walīd était un homme noble et respecté parmi les Quraychites. Abū Jahl fut envoyé auprès de lui afin qu’il proclame sa haine et son aversion pour le Coran, pour que les Quraychites soient influencés par ses paroles. Walīd se mit à dire : « Que pourrais-je dire au sujet du Coran ? Par Dieu ! Je connais mieux que vous la poésie et les œuvres poétiques, mais rien de ce que j’ai entendu du Coran auprès de Muḥammad ne leur ressemble. Par Dieu ! Ce qui lui est révélé est extrêmement merveilleux et captivant, et il est révélé dans une langue éloquente. Il réduit en pièces tout ce qui se présente devant lui. Il est venu pour triompher, non pour être vaincu. »
Après avoir entendu cela, Abū Jahl dit : « Tant que tu ne mépriseras pas le Coran, ton peuple restera mécontent de toi. » Walīd répondit : « Accorde-moi un peu de temps pour réfléchir. » Puis il déclara : « Ce n’est que de la magie manifeste. Ne voyez-vous pas quiconque entre en contact avec elle est séparé de sa famille et de ses amis ? » [Des récits détaillés à ce sujet figurent dans la Sīrat Ibn Hishām et le Tafsīr d’Ibn Kathīr. — L’auteur.]
À ce propos, le Noble Coran dit :
(Arabe**************)
Il a réfléchi et arrêté sa décision. Qu’il périsse ! Comme il a arrêté sa décision ! Encore une fois, qu’il périsse ! Comme il a arrêté sa décision ! Puis il a regardé, froncé les sourcils et crispé le visage. Ensuite, il a tourné le dos et s’est enflé d’orgueil, disant : « Ce n’est là que de la magie transmise de génération en génération. » (Sourate al-Muddaththir : 18-24)
Voilà la déclaration de cet homme qui nourrissait de l’hostilité envers l’islam. Lorsqu’ils parvenaient auprès de Muhammad (que la paix et les bénédictions de Dieu soient sur lui), leurs cœurs et leurs têtes s’inclinaient à leur insu ; mais lorsqu’ils retournaient auprès de leurs amis et de leurs proches, la rébellion relevait la tête afin de préserver leur honneur et leur prestige. Cela prouve à quel point le pouvoir d’attraction du Coran est intense, au point même de surpasser la magie.
Réfléchissez à présent : le Noble Coran exerça son influence à la fois sur le vénérable Omar (que Dieu l’agrée) et sur Walid ibn al-Mughira. Pourtant, leurs comportements étaient aussi différents que le ciel et la terre. Parce qu’Omar (que Dieu l’agrée) craignait Dieu, Dieu ouvrit son cœur à l’islam. En revanche, l’orgueil, l’arrogance et l’attrait du pouvoir éloignèrent Walid ibn al-Mughira de l’islam.
Les citations des paroles des mécréants rapportées dans le Noble Coran constituent elles aussi une preuve de la force envoûtante du Coran.
(Arabe***********)
N’écoutez pas le Coran et faites du vacarme pendant sa récitation ; peut-être triompherez-vous ainsi. (Sourate Ha-Mîm Sajda : 26)
On trouve ici aussi une manifestation de la force envoûtante du Noble Coran. Ils craignaient que, si l’on permettait de l’écouter convenablement ou si on l’écoutait, son influence s’exerçât nécessairement sur l’auditeur et qu’il en devînt un adepte. C’est pourquoi il convenait de faire du vacarme, afin que personne ne puisse être captivé par l’écoute du Coran, matin et soir. Pourtant, le Coran les attirait eux aussi constamment. Mais seuls ceux qui possédaient, ne serait-ce qu’une infime part, la crainte de Dieu furent capables de sortir des limites de la Jâhiliya. S’ils n’avaient pas été influencés par lui, ou s’ils n’avaient pas craint de l’être, pourquoi auraient-ils déployé tant d’efforts inutiles contre le Coran ? Cela prouve combien l’attraction de ce Coran est intense et irrésistible.
Le Noble Coran rapporte avec éloquence les paroles des mécréants de Quraych, paroles par lesquelles ils se détournaient du Coran.
(Arabe***********)
Ils disent : « Ce ne sont que des légendes des anciens, qu’il a écrites. On les lui enseigne matin et soir. » (Sourate al-Furqân : 5)
(Arabe************)
(Après avoir entendu la parole d’Allah, ils disent 🙂 « Si nous le voulions, nous pourrions en dire autant. Ce ne sont rien d’autre que des récits des temps anciens. »
(Arabe************)
(Ce Coran) n’est qu’un songe confus. Bien plus, il l’a forgé de toutes pièces ; (non,) c’est un poète. (Sourate al-Anbiyâ : 5)
(Arabe*********)
Ô Messager, dis-leur : (Si vous êtes véridiques, apportez donc) dix sourates semblables à celles-ci.
(Arabe***********)
(Ou bien) apportez donc une seule sourate semblable à celle-ci. (Sourate Al-Baqara : 23)
Mais ils n’ont pas été capables de produire une seule sourate pour relever ce défi, alors produire dix sourates était encore bien plus hors de leur portée. À vrai dire, ils n’ont même pas accepté ce défi. Certes, après le décès du Noble Prophète (S), quelques misérables ont prétendu à la prophétie, mais leur fin ne fut pas heureuse. Personne n’a accordé la moindre importance à leurs absurdités.
À l’approche de l’appel à l’islam lancé par le Messager (S), l’influence du Coran s’exerça avec une grande intensité sur ceux qui, parmi les adeptes des prophètes précédents, étaient véritablement des savants et des hommes pieux. Ils eurent ainsi la chance de trouver place sous l’ombre du Coran. Au sujet de ces bienheureux, il est dit :
(Arabe************)
Vous trouverez que les Juifs et les polythéistes sont, parmi tous les hommes, les plus hostiles aux musulmans. Et vous trouverez que ceux qui se disent chrétiens sont les plus proches des musulmans par leur amitié. Cela s’explique par le fait qu’il y a parmi les chrétiens des savants et des dévots qui ne s’enorgueillissent pas. Dès qu’ils entendent ce qui a été révélé au Messager, vous voyez leurs yeux se remplir de larmes, car ils ont reconnu la vérité. Ils disent aussi : « Ô notre Seigneur, nous sommes devenus musulmans ; inscris-nous donc au nombre des soumis. » (Sourate Al-Ma’idah : 82-83)
Le tableau d’un ardent désir de connaître qui a été présenté est né uniquement de l’écoute du Coran. Bien plus, en entendant le Coran, des larmes ont coulé de leurs yeux à leur insu. Ils ont ainsi pu se trouver face à la vérité. Il ne fait aucun doute que l’appel à la vérité et l’enseignement que le Coran veut transmettre seraient absolument impossibles sans son propre effet. Il est dit ailleurs dans le Coran :
(Arabe*************)
Ceux qui étaient déjà savants, lorsque le Coran leur est récité, tombent prosternés, le front contre terre. Et ils disent : « Gloire et grandeur à notre Seigneur ! La promesse de notre Seigneur sera assurément accomplie. » (Sourate Bani Isra’il : 107-108)
La scène de la crainte d’Allah à l’écoute du Coran est également dépeinte dans le verset suivant :
(Arabe**********)
Allah a fait descendre la plus belle des paroles — c’est-à-dire le Coran —, un Livre cohérent et maintes fois récité. Ceux qui craignent leur Seigneur en ont la chair qui frissonne. Puis leur peau et leur cœur s’adoucissent au souvenir d’Allah. (Sourate az-Zumar : 23)
Il ressort clairement des versets précédents que le Coran renferme une puissance qui ne manque pas d’influencer quiconque le lit ou l’écoute. Il bouleverse les cœurs et fait monter les larmes aux yeux. Dès que celui qui désire embrasser la foi entend le Coran, il incline la tête en signe de soumission. Même celui qui est plongé dans la mécréance et l’obstination est touché par le Coran s’il l’entend ; mais il le rejette en le prenant pour de la magie. Il interdit aux gens de l’écouter. Pourtant, il n’ose pas défier ce Coran.
La source de la puissance envoûtante du Coran
La question est maintenant de savoir comment le Coran a vaincu les Arabes et comment il a exercé une influence si puissante sur les croyants comme sur les mécréants.
Les penseurs qui ont acquis une compétence particulière dans la compréhension du Coran et qui ont écrit sur ses caractéristiques ont tenté, dans la mesure de leurs capacités, de répondre à cette question. Certains savants ont abordé le sujet sous un autre angle, sans parler de la cohérence et des liens entre les thèmes coraniques. Le Coran a également annoncé certains événements qui se sont produits dans les années suivantes. En outre, il a apporté des éclaircissements sur l’univers et la création de l’être humain, entre autres. La question est donc la suivante : ces caractéristiques ont été abondamment décrites dans le Coran et témoignent de sa grandeur et de sa supériorité. Mais que dire de ces petites sourates dans lesquelles aucune prescription de la loi religieuse n’est exposée ? Ou dans lesquelles aucune description du monde invisible n’est présentée et aucune connaissance du monde terrestre n’est dispensée ? Bien que ces petites sourates ne traitent pas collectivement de tous les sujets — comme le font de nombreuses sourates du Coran —, elles ont pourtant subjugué les Arabes aux débuts de la révélation du Coran. C’est par elles que furent suscités le bouleversement de leur univers intellectuel et leur ardente attirance pour sa beauté. Il faut reconnaître que l’effet envoûtant de ces petites sourates était si intense et irrésistible que celui qui les écoutait ne pouvait qu’en être fasciné. Par l’effet de ses propres caractéristiques, le Coran a été capable d’attirer les mécréants et les croyants dans sa sphère d’influence. Le Coran est le principal facteur qui a contribué au bonheur de ceux qui ont embrassé l’islam. Il est impossible de nier qu’une petite sourate du Coran, ou même une partie de l’une d’elles, a changé le cours de leur vie.
Certes, après l’achèvement de l’islam, certaines pratiques, certains comportements et certaines activités extérieures, en plus du Coran, ont contribué à l’adhésion à l’islam de ceux qui l’ont embrassé. Mais, derrière la foi des croyants privilégiés des premières générations, le seul élément à l’œuvre n’était rien d’autre que le Coran.
La force motrice fondamentale de l’adhésion à l’islam
Après que l’islam eut atteint son plein développement et sa perfection, les gens embrassèrent l’islam, influencés de diverses manières. Par exemple :
(1) Certaines personnes embrassèrent l’islam, influencées par la pratique et le caractère du noble Messager (que la paix soit sur lui) et de ses nobles Compagnons.
(2) Ceux qui avaient auparavant embrassé l’islam accordaient la priorité à la religion par-dessus toute chose et enduraient toutes sortes de peines, de souffrances et de persécutions pour la seule satisfaction d’Allah ; certaines personnes, touchées par cette attitude, devinrent musulmanes.
(3) Certaines personnes embrassèrent l’islam en réfléchissant à ceci : Muhammad (que la paix soit sur lui) et ses compagnons étaient peu nombreux, mais aucune superpuissance ne pouvait les vaincre ; cela ne pouvait en aucune façon être possible sans l’aide et la protection d’Allah.
(4) Certaines personnes embrassèrent l’islam lorsque l’islam fut établi en tant qu’État et que sa justice et son équité furent mises en œuvre, chose qu’elles n’avaient jamais vue auparavant.
Les gens embrassèrent l’islam pour bien d’autres raisons de ce genre. Mais l’une des principales était l’appel saisissant et l’attraction envoûtante du Coran. Ceux-ci contribuèrent à eux seuls de manière décisive aux débuts de l’islam.
Où se trouve la source du pouvoir envoûtant du Coran ?
Il convient de réfléchir à ceci : jusqu’alors, la charia n’était pas complète, aucune information sur le monde invisible n’avait été donnée, rien de vraiment substantiel n’avait été dit au sujet de la vie et du monde, le Coran n’avait encore fourni aucune directive pratique, et seule une très petite partie du Coran était alors disponible pour la mission d’appel à l’islam. Pourtant, il y avait là une source de magie et de pouvoir hypnotique. Sous son influence, ils furent contraints de dire :(Arabe***************)
Ce n’est rien d’autre qu’une magie transmise de génération en génération.
L’épisode de Walid ibn al-Mughira, qui voulut embrasser l’islam mais ne le fit pas, est relaté dans la sourate Al-Muddaththir. Dans l’ordre chronologique de la révélation, cette sourate occupe la troisième place. Les sourates Al-‘Alaq et Al-Muzzammil furent révélées avant elle. En observant attentivement, nous verrons comment ces sourates influencèrent Walid ibn al-Mughira : quelle magie contenait-elle donc, pour le plonger dans le désarroi ?
Lorsque nous étudions ces petites sourates révélées à La Mecque, nous n’y trouvons pas la moindre indication d’une loi de la charia ni d’une quelconque question terrestre. Certes, la sourate Al-‘Alaq évoque très brièvement le mystère de la création de l’être humain. Il y est dit que l’homme a été créé à partir d’un caillot de sang. Des prophéties concernant les années suivantes y sont également formulées. Ainsi, la sourate Ar-Rum prophétise la victoire sur les Perses. La question est maintenant la suivante : où se trouve, dans le Coran, ce que Walid, après une profonde réflexion, qualifia de magie ?
La réponse est que la partie du Coran que Walid qualifia de magie était assurément étrangère aux prescriptions de la charia et à toute connaissance terrestre. Elle ne traitait d’aucun sujet sur lequel il aurait pu formuler quelque remarque. Il est toutefois vrai que, sans même s’efforcer d’acquérir la croyance islamique et la spiritualité, il fut capable d’en saisir les subtils mystères.
Venons-en maintenant à la sourate Al-‘Alaq, la toute première révélée, et réfléchissons-y quelque peu. Si l’on examine attentivement ses quinze premiers versets, on constate que ses mots ressemblent à ceux qu’employaient les poètes et les écrivains de l’époque de la Jâhiliyya, mots que tous les Arabes connaissaient ; pourtant, leurs écrits étaient souvent constitués d’un assemblage de mots et de phrases dépourvus de cohérence. Bien souvent, leurs compositions ne présentaient ni rime ni lien avec le sujet. Mais en est-il de même pour la sourate Al-‘Alaq ?
Certes non. On y trouve plutôt une merveilleuse harmonie et une remarquable richesse de sens. Chaque énoncé est l’incarnation d’une littérature élevée. Et pourtant, il s’agit de versets révélés tout au début. Il y est dit : « Lis ». Mais cette lecture doit se faire au nom d’Allah, le Saint et l’Honorable. Le mot « Iqra », ou « lis », désigne la récitation ou l’étude du Coran. Il est nécessaire de mentionner le nom d’Allah, car c’est par Son propre nom qu’Il appelle les hommes. L’un des noms attributifs d’Allah est « Rabb », qui signifie le Seigneur nourricier. C’est pourquoi Il a ordonné de lire afin de recevoir éducation et formation. Voici ces paroles dans la langue d’Allah :
(Arabe***********)
Lis au nom de ton Seigneur qui t’a créé.
C’était le début de la prédication islamique. C’est pourquoi, pour expliquer le terme Rabb, on a choisi un mot associé au commencement de la vie. Autrement dit, Il est alors un « Rabb »,(Arabe*****)qui a créé.
(Arabe***********)Il a créé l’être humain à partir de l’« alaq ». Autrement dit, Il a fait commencer la vie humaine à partir d’un caillot de sang coagulé. Quelle origine infime et ordinaire !
Mais Allah, en plus d’être Rabb, c’est-à-dire le Seigneur, est également Khaliq, le Créateur, et infiniment miséricordieux. C’est pourquoi Il transforme progressivement cette petite masse de chair en un être humain pleinement accompli. Sa nature est telle que, lorsqu’on lui enseigne quelque chose, il est capable de l’apprendre. C’est pourquoi il est dit :
(Arabe*************)
Récite le Coran, ton Seigneur est infiniment miséricordieux. Il a enseigné par le moyen du calame. Il a enseigné à l’être humain ce qu’il ne savait pas. (Sourate al-‘Alaq : 305)
Voyez avec quelle beauté un verset décrit le processus qui conduit l’être humain de ses débuts à son plein accomplissement. Les étapes intermédiaires entre la naissance et la mort sont énoncées successivement. Ainsi, la pensée et l’instinct naturel de l’être humain répondent à cet appel.
La raison et la conscience exigeaient précisément de réfléchir à cette question : qu’était-il et où en est-il arrivé aujourd’hui ? Mais, malheureusement, cela ne se produit même pas.
(Arabe************)
En vérité, l’être humain transgresse, parce qu’il se croit exempt de tout besoin (c’est-à-dire qu’il a oublié son commencement et sa fin). (Al-‘Alaq : 6-7)
Parce qu’il a oublié cela sous l’emprise de l’orgueil et de la vanité, il est averti par des paroles mêlant avertissement et blâme :
(Arabe***********)
Il ne fait aucun doute qu’ils seront ramenés vers ton Seigneur. (Sourate Al-‘Alaq : 8)
Alors que le thème de la rébellion et de l’arrogance de l’être humain est abordé, il est décrit dans toute son ampleur. Ils ne se révoltent pas seulement eux-mêmes, mais s’efforcent également de rendre les autres rebelles.(Arabe***********)
As-tu vu celui qui interdit à un serviteur d’Allah de prier lorsqu’il se tient debout pour la prière ? (Sourate Al-‘Alaq : 9-10)
Empêcher quelqu’un d’accomplir la prière est une action extrêmement répréhensible. Cette action répréhensible devient d’autant plus grave lorsque celui qui prie demeure ferme sur le chemin de la guidée et s’efforce d’éveiller chez autrui la crainte d’Allah.
(Arabe***********)
As-tu vu s’il est dans la bonne voie ou s’il exhorte à la crainte d’Allah ? (Sourate al-‘Alaq : 13)
Réfléchissez : l’être humain est inattentif à tout. Il ne sait même pas comment il est né ni où sera sa fin.
(Arabe************)
As-tu vu s’il traite cela de mensonge et tourne le dos ? Ne sait-il pas qu’Allah voit tout ? (Sourate al-‘Alaq : 13-14)
Puis ils furent avertis :(Arabe*************)
Jamais ! S’il ne cesse pas, Nous le traînerons assurément par sa touffe de cheveux — la touffe d’un menteur pécheur. (Al-‘Alaq : 15-16)
Les mots ont été choisis ici de telle manière qu’ils expriment eux-mêmes leur dureté. Si, à la place du premier terme, on avait employé un synonyme, le sens n’aurait pas exprimé une dureté aussi grande que celle rendue par le terme en question. Ce mot donne l’impression qu’un homme, debout en un lieu élevé, tient fermement quelqu’un par une poignée de cheveux, tandis que celui-ci descend rapidement vers le bas. La portée de ce mot est de jeter à terre un rebelle ou un orgueilleux depuis un lieu élevé, en le saisissant par les cheveux du front, puis en le traînant violemment. Pendant qu’il est ainsi traîné, il ne cesse naturellement de crier et de demander de l’aide à ses compagnons. Comme Allah Lui-même l’a dit :(Arabe*********)— Qu’il appelle donc ses compagnons. Et(Arabe*******)j’appellerai les gardiens de l’Enfer.
En entendant cela, les auditeurs s’imaginent que, ce jour-là, un affrontement éclatera peut-être entre les gardiens de la Géhenne et les compagnons de cet homme. C’est une scène imaginaire qui envahit le monde de l’imagination. Le Messager, demeurant ferme dans sa position, continue de s’acquitter de la mission de la prophétie. Il ne se soucie nullement que quelqu’un rejette sa mission prophétique et se détourne. Il est dit :
(Arabe*************)
Ne te laisse jamais influencer par ses paroles ; prosterne-toi et rapproche-toi de Moi. (Sourate al-‘Alaq : 19)
Tel fut le début vigoureux de l’appel islamique. Bien que les phrases de cette sourate puissent sembler désordonnées à première vue, elles sont structurées et étroitement liées entre elles. C’est la première sourate du Coran dont le style descriptif fait apparaître clairement l’harmonie interne. Considérons maintenant la deuxième sourate selon l’ordre de la révélation, connue sous le nom de sourate al-Muzzammil. Il est toutefois possible que les premiers versets de la sourate al-Qalam aient été révélés auparavant. Quoi qu’il en soit, après avoir entendu les quelques versets suivants de la sourate al-Muzzammil, Walid qualifia le Coran de magie :
(Arabe****************)
Le jour où la terre et les montagnes trembleront, et où les montagnes deviendront des amas de sable mouvant. Nous vous avons envoyé un Messager pour témoigner contre vous, comme Nous avions envoyé un Messager à Pharaon. Mais Pharaon désobéit au Messager, et Nous le saisîmes alors d’une terrible manière. Comment donc vous préserverez-vous, si vous mécroyez en un jour qui fera de l’enfant un vieillard ? Ce jour-là, le ciel se fendra. Sa promesse s’accomplira certainement. (Sourate al-Muzzammil : 14-18)
Ces versets présentent une scène terrifiante de la Résurrection. Il s’agit d’une scène si effroyable qu’elle englobera non seulement les êtres humains, mais toute la création. Parmi les créatures, la terre et les montagnes sont les plus solides et les plus lourdes. Ce jour-là, elles trembleront et seront réduites en morceaux, et nul ne sera saisi sans faute. Seuls ceux auprès desquels un Messager est venu et auxquels son appel est parvenu seront saisis. De plus, toutes les preuves auront été pleinement établies.
Il est dit aux mécréants de La Mecque : le Messager qui vous a été envoyé n’est ni un messager nouveau ni le premier ; c’est un messager semblable à ceux qui furent envoyés à Pharaon et à d’autres hommes comme lui. Votre prestige, votre puissance et votre autorité ne sont certainement pas supérieurs à ceux de Pharaon. Pourtant, Pharaon lui-même a été frappé d’un terrible châtiment. Voulez-vous donc, vous aussi, être plongés dans un châtiment semblable ? Lorsque le terme de ce monde arrivera à son terme, comment, vous qui persistez dans la mécréance, échapperez-vous à la saisie d’Allah ? Pourtant, devant l’horreur de ce jour, même les enfants deviendront vieux d’inquiétude. Le ciel se fendra, la terre et les montagnes trembleront. Aucune créature ne restera à l’abri de l’horreur de cette scène épouvantable. Lorsque cette image de la catastrophe se reflète dans l’imagination, nul ne peut rester insensible. Le cœur humain lui-même témoigne que la promesse d’Allah est une promesse destinée à s’accomplir, qui ne laisse place à aucun doute quant à sa réalisation. La sagesse consiste donc à revenir à temps dans la voie d’Allah. Il est bien plus facile de suivre la voie d’Allah que de s’engager sur le chemin de cette terrible catastrophe.
L’histoire de la conversion de Ḥazrat ʿUmar (qu’Allah l’agrée) à l’islam a déjà été rapportée. Il y a été montré qu’après avoir lu ou entendu quelques versets du début de la sourate Ṭā-Hā, il fut attiré vers l’islam. Dans l’ordre de la révélation, la sourate Ṭā-Hā était la 45ᵉ sourate. Voici, dans l’ordre, les sourates révélées avant elle :
(1) Sourate al-ʿAlaq
(2) Sourate al-Muzzammil
(3) Sourate al-Muddaththir
(4) Sourate al-Qalam
(5) Sourate al-Fātiḥa
(6) Sourate al-Lahab
(7) Sourate at-Takwīr
(8) Sourate Al-A‘la
(9) Sourate Al-Layl
(10) Sourate Al-Fajr
(11) Sourate Ad-Duha
(12) Sourate Al-Inshirah
(13) Sourate Al-Asr
(14) Sourate Al-Adiyat
(15) Sourate Al-Kawthar
(16) Sourate At-Takāthur
(17) Sourate Al-Māʿūn
(18) Sourate Al-Kāfirūn
(19) Sourate Al-Fīl
(20) Sourate Al-Falaq
(21) Sourate An-Nās
(22) Sourate Al-Ikhlāṣ
(23) Sourate An-Najm
(24) Sourate ‘Abasa
(25) Sourate Al-Qadr
(26) Sourate Ach-Chams
(27) Sourate Al-Burûj
(28) Sourate At-Tîn
(29) Sourate Quraych
(30) Sourate Al-Qâri‘a
(31) Sourate Al-Qiyâma
(32) Sourate Al-Humaza
(33) Sourate Al-Mursalât
(34) Sourate -Qâf
(35) Sourate Al-Balad
(36) Sourate At-Târiq
(37) Sourate Al-Qamar
(39) Sourate Al-A‘râf
(40) Sourate Al-Jinn
(41) Sourate Yâ-Sîn
(42) Sourate Al-Furqân
(43) Sourate Al-Fâtir
(44) Sourate Al-Maryam
(45) Sourate At-Tâ-Hâ[Pour la liste des autres sourates selon l’ordre de leur révélation, voir l’appendice 2. — Le traducteur]
Toutes les sourates mentionnées ci-dessus ont été révélées à La Mecque. Toutefois, certains versets de ces sourates ont été révélés à Médine. Examinons à présent d’un regard général les sourates citées ; il ne nous est pas possible de les analyser ici de la même manière que nous avons étudié l’épisode de Walîd. Nous voulons seulement évoquer brièvement le charme qui se trouve dans ces sourates et sous l’influence duquel les générations précédentes embrassèrent l’islam. À cette époque, l’islam n’avait certes pas gagné en puissance du fait de la conversion de ‘Umar (qu’Allah l’agrée), et il n’était pas non plus victorieux.
Lorsque nous réfléchissons profondément à ces sourates, il devient clair que la plupart des caractéristiques mentionnées par les spécialistes pour expliquer la dignité et la grandeur du Coran sont absentes des sourates étudiées. Même si l’on admet que la sourate Al-Fâtir décrit le mystère de la création de l’être humain et qu’une discussion analogue figure également dans la sourate At-Târiq, il faut néanmoins reconnaître qu’aucune question terrestre n’y est abordée et qu’on n’y trouve pas la moindre trace d’une prescription de la charia. Or il est établi que, dans les autres sourates, à l’exclusion de celles que nous étudions, ces questions sont traitées de manière belle et attrayante, qu’il s’agisse de sourates mecquoises ou médinoises.
Nous voulons, ne serait-ce que pour un temps, nous élever au-dessus du lieu, de l’époque et du support (en ce qui concerne la pureté de la religion du Noble Coran, ainsi que le but et l’importance de l’appel à l’islam), afin de tenter de saisir cette beauté artistique et ce mystère du Noble Coran qui possèdent le statut d’un principe fondamental, et qui sont aussi éternels et perpétuels que le Coran lui-même. Cette beauté artistique rend le Noble Coran indépendant de toute autre chose. Ainsi, l’importance et le but religieux parviennent à leur accomplissement et s’acheminent vers la destination ultime.
Voyons maintenant sous quel angle l’humanité a considéré jusqu’à présent la beauté artistique du Coran.
Deuxième chapitre
Étude et exégèse du Coran
À l’époque de la révélation du Coran, les mécréants et les polythéistes qui vivaient en Arabie, attirés par sa beauté artistique, qualifiaient parfois ce Coran de poésie et parfois de magie. Cependant, nous ne pouvons pas affirmer avec certitude quelle était, à leurs yeux, la mesure de la beauté artistique. Nous savons en revanche très bien qu’ils avaient été profondément influencés par le Coran. Il ne fait aucun doute qu’au moment de sa révélation, il a agi comme une magie sur les deux groupes, les croyants comme les mécréants. Certains, influencés par cette magie, devinrent musulmans. D’autres, bien qu’emprisonnés dans ses sortilèges, réussirent à lui échapper. Puis les deux groupes exprimèrent leurs réactions. Mais personne ne put dire clairement quelle partie du Coran les avait soumis à son influence magique. Dans une tradition rapportée d’après ʿUmar (qu’Allah l’agrée), on lit : « Lorsque j’entendis le Coran, un changement s’opéra en moi ; je me mis à pleurer et embrassai l’islam. » Une autre tradition rapportée d’après ʿUmar (qu’Allah l’agrée) dit : « Je déclarai : comme ces paroles sont importantes, et comme leur grandeur est immense ! »
Al-Walîd ibn al-Mughîra a renié à la fois le Coran et le Messager (paix et bénédiction d’Allah sur lui). De plus, il nourrissait une profonde hostilité envers le Messager (paix et bénédiction d’Allah sur lui). Les paroles suivantes sortirent également de sa bouche :
Par Allah ! Le Coran possède une douceur véritable. On dirait une parole éternelle. Il triomphe de toute chose. Rien de plus élevé et de plus noble ne saurait être meilleur que lui.
Al-Walîd ibn al-Mughîra a également dit :
Le Coran exerce une influence magique. Ne voyez-vous pas comment il sépare un homme de ses proches et de ses compagnons ?
Le Coran lui-même témoigne de la réaction qui se produit chez les croyants après la récitation de cette Parole :
(Arabe*************)
À son écoute — c’est-à-dire lors de la récitation du Coran — la peau de ceux qui craignent leur Seigneur se hérisse, et leur corps comme leur cœur s’unissent dans le souvenir d’Allah. (Sourate az-Zumar : 23)
Au sujet de ceux qui sont issus des gens du Livre et qui sont croyants, il est dit :
(Arabe**********)
Lorsque le Coran est récité devant ceux qui ont reçu auparavant la connaissance, ils tombent prosternés, le front contre terre, et disent : « Gloire et grandeur à notre Seigneur ! La promesse de notre Seigneur s’accomplira certainement. » Ils tombent face contre terre en pleurant, et leur humilité s’accroît encore. (Sourate Banî Israël : 107-109)
En revanche, les mécréants quraychites, demeurant fermes dans leur mécréance et leur entêtement, disaient :
(Arabe**********)
Et ils disent : « Ce ne sont que des contes des temps anciens, qu’on lui récite matin et soir. » (Sourate Al-Furqân : 5)
Il y avait à La Mecque un vaurien nommé Nadr ibn al-Hârith. Lorsque le Messager (s) récitait le Coran aux gens dans la mosquée, il se mit à raconter en arabe des contes et légendes persans. Son objectif était d’empêcher les gens d’écouter le Coran. Mais ce souhait ne se réalisa pas. Pourtant, les Qurayshites mécréants ne cessèrent pas cette pratique ; au contraire, ils dirent :
(Arabe************)
N’écoutez pas ce Coran ; lorsqu’il est récité, faites du vacarme, afin que vous puissiez peut-être l’emporter. »
Ils tenaient et adoptaient constamment de tels propos et de tels agissements à l’égard du Coran. Mais une question demeure encore aujourd’hui : comment la beauté artistique du Coran se manifeste-t-elle ? Tout ce que les mécréants ont eu l’occasion d’entendre du Coran, du fait qu’ils étaient arabophones, a suffi à influencer leur cœur et leur esprit. Ensuite, ils ont répondu « Labbaïk » et embrassé l’islam ; sinon, ils lui ont tourné le dos et se sont enfuis. Il convient de préciser qu’une telle réaction est naturelle lorsqu’il s’agit de l’art.
L’exégèse à l’époque des Compagnons et des Tâbi‘în
Si nous considérons la période qui suivit la révélation du Coran, nous constatons que les nobles Compagnons ont expliqué, au moyen de diverses transmissions, de nombreux passages du Coran, conformément à ce qui avait été directement rapporté par le Messager (s) au sujet de son contenu et de son énoncé. Beaucoup d’entre eux n’expliquèrent certains versets qu’avec une grande appréhension. D’autres, considérant l’interprétation du Coran comme un péché, s’abstinrent de toute explication et analyse. Il est même rapporté au sujet de Saïd ibn al-Musayyib (qu’Allah lui fasse miséricorde) que, lorsqu’on lui demandait l’explication d’un passage du Coran, il disait : « Je ne veux rien dire au sujet de l’exégèse du Coran. »
Muhammad ibn Sîrîn (qu’Allah lui fasse miséricorde) rapporte : « Ayant interrogé ‘Ubayda (qu’Allah l’agrée) au sujet du Coran, il me répondit : “Craignez Allah et suivez le droit chemin. Ceux qui seront sauvés sont ceux qui cherchent à savoir dans quel but le Coran a été révélé.” »
Hicham ibn Urwa ibn Zubayr (que Dieu l’agrée) dit : Je n’ai jamais entendu mon père expliquer le Coran. [Fazlur Islam – Dr Ahmad Amin.]
Il ressort de la discussion précédente que la plupart des Compagnons n’étaient nullement intéressés par l’explication et l’analyse du Coran. C’est pourquoi, de leur temps, l’exégèse coranique n’atteignit pas le niveau souhaité.
Lorsque vint, après l’époque des Compagnons, celle des tabi‘in, l’explication et l’analyse du Coran connurent un certain élargissement. Toutefois, leur méthode consistait à expliquer un verset au moyen d’une phrase ou d’un mot similaire, afin d’en faire comprendre approximativement le sens. Par exemple :(Arabe**********) – ils expliquaient ce verset de la manière suivante (Arabe**********): c’est-à-dire : ne sois pas de ceux qui nourrissent l’intention de commettre un péché. De même, ils ont expliqué (Arabe**********)- de la façon suivante : à l’époque de la Jâhiliya, lorsqu’une personne souhaitait entreprendre un voyage, elle tirait au sort au moyen de deux flèches. Sur l’une était inscrit (***) – fais-le, et sur l’autre (***) – ne le fais pas. Les gens tiraient une flèche les yeux fermés et agissaient conformément à son indication. Dans ce verset, Dieu a interdit cette pratique. Certains ont également rapporté la circonstance de la révélation ou le contexte de ce verset. Bien plus, il était devenu courant chez eux de rapporter, dans leurs exégèses, certains récits juifs et chrétiens.
Vers la fin du IIe siècle de l’Hégire, la science de l’exégèse connut un vaste développement. Mais, au lieu de faire de la beauté artistique du Coran son objet d’étude, elle accorda une place prépondérante à l’histoire, à la grammaire, à la philosophie et à la logique. Ainsi, ils laissèrent échapper l’occasion qui s’offrait à eux d’identifier la beauté artistique du Coran.
Parmi les exégètes des époques ultérieures, l’érudit Zamakhshari parvint à saisir quelque peu la dimension artistique du Coran. Il fit donc quelques progrès dans ce domaine. Ainsi, à propos de (Arabe**********)- lorsque la colère de Moïse (que la paix soit sur lui) se fut apaisée, il écrivit dans l’explication de ce verset : « Il est probable que Moïse se fût mis en colère contre tous les actes qu’ils avaient commis durant son absence. S’adressant à son peuple, il leur dit : “Qu’est-ce que vous faites donc ?” Sur ces mots, il jeta les tables écrites de la Torah et se mit à tirer son frère par la barbe vers lui. »
On peut néanmoins dire que Zamakhshari ne réussit pas pleinement dans cette entreprise, car on perçoit rarement de la profondeur dans sa description et sa présentation.
Pour expliquer convenablement ce verset, il faut recourir à l’imagination. On peut concevoir (***) (la colère) comme un être humain, qui parle puis se tait. Il incite certes Moïse (que la paix soit sur lui), mais demeure lui-même dans les coulisses. Il semble que la véritable beauté se limite précisément à imaginer ((***) (que Dieu l’agrée) sous une forme humaine. Zamakhshari avait certes cette intuition, mais il ne put l’exprimer. Tout ce qu’il a dit reste enfermé dans les limites de son époque.
Zamakhshari a expliqué ainsi la sourate Al-Fatiha : « Lorsque le serviteur, en louant son Créateur et son Protecteur, dit (***) , il comprend que toute louange Lui appartient exclusivement. Puis, se tournant vers cet Être, il dit (******) , c’est-à-dire : le Seigneur-Maître de tous les mondes. Rien n’échappe à Sa propriété ni à Sa seigneurie. Puis il dit : (******) , Celui qui accorde Sa grâce aux petits et aux grands, ainsi qu’à toutes les nations et toutes les espèces. De cette manière, cette personne acquiert l’inspiration de se tourner vers Dieu. »
Lorsqu’il s’écrie (Arabe**********)— Il est certes le Maître du Jour du Jugement. Parvenu à ce point, ému, il se remet entièrement à cet Être et, n’ayant recours qu’à Lui pour obtenir aide et assistance, il s’écrie : (Arabe**********)— Je n’adore que Toi et ne demande de l’aide qu’auprès de Toi.
L’étude de la sourate Al-Fātiḥa fait apparaître une remarquable tentative de donner corps à une composition artistique. Cette sourate compte parmi les premières sourates dans lesquelles fut adopté le style visant à créer, dans le Noble Coran, une continuité dans le rythme et dans l’agencement des thèmes.
De nombreux commentateurs ont tenté d’analyser les passages du Noble Coran où l’on trouve ce type de rythme et d’agencement. Mais ils n’y sont nullement parvenus. Tout ce qu’ils ont fait, en réalité, c’est simplement relever les endroits où apparaissaient un agencement similaire et une certaine ressemblance. Ils n’ont toutefois pu énoncer aucun principe en la matière. Certes, même pour parvenir à ce résultat limité, ils ont dû se donner beaucoup de mal.
Restaient les savants qui débattaient de la balāgha et du caractère miraculeux du Coran. On pouvait espérer qu’ils iraient plus loin que les commentateurs et seraient capables d’expliquer la composition artistique du Noble Coran ainsi que sa beauté. Mais ils se sont contentés de s’absorber dans d’inutiles controverses.
Ainsi, ils débattaient pour savoir si la balāgha (l’agencement rhétorique) se trouvait dans les mots ou dans le sens. Parmi eux se trouvaient certains savants qui maîtrisaient parfaitement les règles et principes fondamentaux de la rhétorique. C’est en s’appuyant sur ces principes qu’ils ont tenté de décrire la beauté artistique du Coran. Parfois même, cela a dépassé les limites de la patience.
Considérez à présent la description de la beauté d’une infime partie du Noble Coran. Il y est dit :
(Arabe*************)
Ah ! si tu voyais les coupables se tenir, tête inclinée, devant leur Seigneur. (Sourate as-Sajda : 12)
Ce verset est une représentation vivante de la manière dont les négateurs de l’islam seront ressuscités, le Jour de la Résurrection, dans un état d’extrême humiliation et d’avilissement. Dès que l’on récite ce verset, l’image d’un criminel apparaît devant les yeux : il se tient la tête baissée, dans une condition des plus viles et des plus abjectes. Devant qui se tient-il ? Devant Allah, le Seigneur des mondes Lui-même. Ce n’est pas une simple imagination, mais comme une réalité visible et tangible. Réfléchissez maintenant un instant : concernant tous les versets de ce genre, la rhétorique ne donne qu’une seule explication. Elle affirme que, dans ce verset, le mot (***) (tu verras) est une forme d’adresse. L’adresse s’adresse généralement à une personne déterminée. Mais il arrive aussi qu’elle s’adresse à une personne indéterminée. On peut dire, par exemple : « Untel est très mauvais. Si tu le respectes, il t’humiliera. Et si tu te comportes bien avec lui, il te traitera avec impolitesse. »
Pour ce genre de dialogue, aucune personne déterminée ne peut être désignée. L’objectif n’est pas de dire : « Si tu agis ainsi, il agira lui aussi ainsi. » Il s’agit plutôt de signifier que, si l’on se comporte de cette manière avec lui, on recevra nécessairement une réponse de ce genre. Le mot est employé sous la forme d’une adresse précisément parce qu’il ne désigne pas une personne déterminée. Le Noble Coran contient d’innombrables exemples de ce type. Dans ce verset également,(Arabe**********)il a été présenté sous forme d’adresse afin d’exprimer la généralité. Il apparaît clairement que la situation des criminels sera extrêmement déplorable. C’est une vérité si évidente qu’elle ne laisse place à aucun doute. C’est pourquoi, pour contempler cette situation terrifiante, aucune personne précise n’a été désignée. Au contraire, quiconque est concerné par cette scène est inclus dans l’adresse.
Dans les versets suivants, l’image vivante que le contenu fait apparaître a été rendue complexe par les grands spécialistes de la rhétorique (balâgha), de la même manière qu’ils ont expliqué les versets précédents. Finalement, les experts de la balâgha achèvent leur propos en déclarant que ce verset évoque le destin tragique des criminels, lequel y est exprimé avec la plus grande force d’expression.
On peut également garder à l’esprit leur point de vue concernant l’interprétation d’autres versets du Noble Coran. On peut, par exemple, examiner l’interprétation des versets qui décrivent la Résurrection, le Paradis et l’Enfer. Il est dit :
(Arabe**********)
On soufflera dans la Trompe, et tous ceux qui se trouvent dans les cieux et sur la terre s’évanouiront, sauf ceux qu’Allah voudra épargner. Puis on y soufflera de nouveau ; aussitôt, ils se tiendront debout et regarderont.
(Arabe***********)
Le jour où Je mettrai les montagnes en mouvement, tu verras la terre comme une plaine entièrement ouverte. Puis Je les rassemblerai tous, sans en laisser aucun, ni parmi les premiers ni parmi les derniers. (Sourate Al-Kahf, 47)
(Arabe**************)
Les habitants de l’Enfer appelleront les habitants du Paradis et leur diront : « Donnez-nous un peu de nourriture ou de boisson parmi ce qu’Allah vous a accordé. » Les habitants du Paradis répondront :
« Allah a interdit ces deux choses aux mécréants. » (Sourate al-A‘râf : 5)
Dans les versets précédents apparaissent plusieurs tableaux complets, extrêmement bouleversants et poignants. L’œil les voit, l’oreille les entend et ils produisent leur effet au plus profond du cœur. Mais chose étonnante, les spécialistes de la rhétorique se contentent de dire que des événements futurs ont été exprimés au moyen de termes du passé, afin de montrer qu’ils se sont déjà produits.
Parmi les savants qui ont exposé la rhétorique et le caractère miraculeux du Coran, il y eut un prédécesseur de l’illustre al-Zamakhsharî, qui fit preuve d’une grande compétence et d’une grande réussite dans ces domaines. On peut le considérer comme un spécialiste faisant autorité en la matière. Il s’agit de ‘Abd al-Qâhir al-Jurjânî. Il ne fait certes aucun doute que son ouvrage Dalâ’il al-I‘jâz est un livre important sur cette question. Mais il est regrettable que l’ensemble de l’ouvrage soit rempli de développements portant sur les mots et les sens du Coran, ce qui rend très difficile son assimilation par le grand public. Il reste toutefois possible d’affirmer qu’il est supérieur à tous les savants qui ont écrit sur ce sujet. Même à notre époque, personne n’a pu l’égaler dans ce domaine.
Nous avons présenté des exemples des progrès accomplis par ‘Abd al-Qâhir al-Jurjânî dans ses recherches sur la beauté artistique du Coran, bien que le lecteur doive faire preuve d’une grande patience et de beaucoup de persévérance pour en tirer profit. En effet, lorsque la logique et la théologie étaient étudiées dans le cadre de la littérature, c’est cette méthode d’explication et d’exposition qui était suivie. ‘Abd al-Qâhir al-Jurjânî a écrit :
« La description du beau et du laid dans un passage cité n’est possible que lorsque l’on possède une connaissance véritable de la construction et du rythme de la phrase. Vous savez que, lorsque les gens récitent ce verset :(Arabe**********)— la vieillesse a marqué ma tête (sourate Maryam : 4) —, la beauté de cette partie dépendrait uniquement de la citation. Rien d’autre ne serait nécessaire. Or, la réalité n’est pas ainsi. La réaction que ce verset provoque chez l’auditeur dès qu’il l’entend ne dépend pas uniquement de la citation. La véritable raison est la suivante : lorsqu’un nom est placé comme sujet dans une phrase, il doit normalement recevoir la désinence du nominatif. Mais, en réalité, ce n’est pas le sujet. Si, après ce nom, on introduit un autre nom qui lui est lié, c’est ce dernier qui devient le véritable sujet du verbe. Autrement dit, le verbe est rattaché au premier nom en raison du second nom, ce qui crée une harmonie entre les deux noms. Par exemple :
(Arabe*************)
Il existe beaucoup d’autres phrases de ce genre dans lesquelles le verbe est attribué non pas à l’agent véritable, mais à sa cause. En effet, nous savons parfaitement que (****) est l’agent véritable du verbe (****), bien que, extérieurement, (****) semble en être l’agent. De même, dans un autre exemple, l’agent véritable de (****) est (***), celui du verbe (***) est (***), et l’agent véritable de (****) est (****). Dans toutes ces phrases, le verbe a été attribué à un nom qui, en réalité, n’en est pas l’agent. La beauté qui se manifeste dans les exemples cités n’a été rendue possible que parce que le verbe a été attribué à un nom qui, en apparence, n’en est pas l’agent. Si, au lieu de cela, on l’avait attribué à l’agent véritable, on aurait dit : “(Arabe**********) alors la beauté véritable aurait disparu. Si l’on demande quelle est la raison de cette disparition de la beauté, la réponse est : “(Arabe**********) la beauté générale présente dans la phrase ne se trouve pas dans la phrase (****). Le sens de la première phrase est que toute la tête est devenue blanche et qu’il n’en reste aucune partie qui ne soit blanche. En revanche, ce sens ne se comprend pas dans la seconde phrase : elle indique qu’une partie de sa tête est devenue blanche, mais non la tête entière. De même, si l’on disait : “(Arabe**********) on comprendrait que la maison entière a brûlé. Une partie de la maison a pris feu. Cette phrase n’exprime ni que toute la maison a pris feu ni qu’elle a entièrement brûlé et été réduite en cendres. Un autre exemple tiré du Noble Coran est le verset suivant.
(Arabe**********)
Nous avons fendu la terre et fait jaillir des sources.
Dans ce verset, (****) est en réalité le complément d’objet du mot (***), mais, en apparence, le mot (***) a été placé comme complément d’objet de (***). De même, dans le verset mentionné précédemment, (***) a été désigné comme le sujet de (***). Ce type de modification produit généralement une portée globale ; de même, une telle portée est également mise en évidence dans cette phrase. On comprend que la terre entière a été fendue et que des sources ont été créées en tous lieux. On pourrait formuler la phrase ainsi : (***) ou encore ainsi : “(Arabe**********) mais l’objectif ne serait alors pas pleinement atteint. L’objectif véritable est de faire comprendre que des sources jaillissent en divers endroits de la terre. (Dalā’il al-I‘jāz, al-Jurjānī)
Qu’Allah le Très-Haut fasse miséricorde à ‘Abd al-Qāhir al-Jurjānī. Il ne fait aucun doute qu’il a pu saisir le sens véritable, mais il n’a pas pu tout exprimer par les mots.(Arabe**********) et (Arabe**********)la beauté artistique contenue dans les deux phrases se réduit, du point de vue de la science du kalām, à ce qu’il a écrit. Mais il existe aussi un autre aspect de la beauté artistique : celui de susciter rapidement une agitation dans le monde de la pensée, ce qui est exprimé par le mot (***). En apparence, les cheveux blancs ont été rattachés à la tête, et ils s’étendront sur toute la tête. De même, dans le fait de (***), ou de fendre, il y a une notion de rapidité, qui ébranle profondément la pensée et la conscience humaines et produit son effet sur elles.
Il est clair comme le jour que, pour provoquer une agitation dans le monde de la pensée,(Arabe**********)la phrase est plus éloquente et plus forte. En effet, les cheveux blancs ont été rattachés à la jeunesse, alors qu’en réalité on ne trouve pas la jeunesse en elle. C’est là que réside la source essentielle de la beauté. La phrase (***) en fournit une preuve ; la beauté qu’elle renferme est semblable à celle du verset coranique mentionné précédemment. À vrai dire, deux sortes de beauté apparaissent dans ce verset.
Premièrement, celle que l’on obtient en rattachant la jeunesse aux cheveux blancs.
Deuxièmement, celle que l’on obtient en rattachant les cheveux blancs à la tête.
Ces deux sortes de beauté se complètent l’une l’autre. Il est impossible de faire pleinement ressortir la beauté des versets en négligeant l’une d’elles.
ʿAbd al-Qāhir al-Jurjānī (رحمه الله) s’est arrêté ici même. Il n’a pas pu aller plus loin. À première vue, il semble que son objectif se limitait à cela. Car on ne trouve rien de plus dans son exposé. Chaque époque possède son propre style dans la langue et la littérature. Nous ne pouvons pas espérer qu’il dépasse le style de son époque.
À vrai dire, jusqu’à présent, les services rendus par les oulémas dans le domaine de l’exégèse et du caractère miraculeux du Coran sont restés dans des limites déterminées. Ils n’ont pas pu aller plus loin. L’étude et l’évaluation de la langue et de la littérature arabes anciennes comportaient certains aspects, et toute œuvre était évaluée à cette lumière. On n’est pas allé plus loin au point d’examiner l’ensemble de la question pour en discerner les caractéristiques et la singularité. Il en allait de même pour la balāgha coranique. Au lieu d’en faire l’objet d’une discussion globale, on l’a abordée sous l’angle de l’examen de ses éléments particuliers. Ainsi, les oulémas attachés à la balāgha ont fait de tous les mots, des rythmes et des procédés de composition du Coran les objets de la balāgha. Puis ils se sont efforcés de toutes leurs forces de démontrer que l’ensemble du Coran est rempli de balāgha et de faṣāḥa.
Les éminents oulémas qui se consacraient à l’étude de la balāgha du Saint Coran ne se sont même pas approchés de ses caractéristiques générales. Certes, ils ont tenté d’en déterminer la beauté artistique de manière fragmentaire. Mais cela n’a abouti à rien. Comme je l’ai déjà expliqué, les efforts de ces oulémas attachés à la balāgha étaient tout à fait élémentaires et incomplets.
La dernière remarque à ce sujet est la suivante : il est regrettable que les savants de la balāgha n’aient pu atteindre, dans la littérature arabe comme dans le Saint Coran, le degré où apparaissent les caractéristiques générales. En effet, l’identification et la description des importantes caractéristiques artistiques du Saint Coran restent encore enveloppées de mystère. Il a donc été jugé indispensable d’adopter une nouvelle méthode pour l’enseignement et l’étude de ce Livre miraculeux, de traiter la question à partir de principes généraux afin d’attirer l’attention sur sa beauté artistique, et de proposer des explications et des analyses du miracle qui soient tirées des thèmes propres au Saint Coran.
Il convient de retenir ceci : les caractéristiques dont ce Livre sublime est porteur ne sont pas limitées à une partie déterminée ; elles s’étendent au contraire uniformément à l’ensemble du Livre. La manière d’exposer tous les objectifs et toutes les finalités est également une et identique. Que le but soit d’annoncer une bonne nouvelle, d’avertir du châtiment d’Allah, de raconter un événement passé, de rapporter une chose appelée à se produire dans l’avenir, de rassurer quelqu’un par une parole réconfortante, d’appeler à embrasser la foi, de donner des directives sur la vie ici-bas, de représenter une chose afin de la rendre compréhensible, de décrire un objet perceptible par les sens, de présenter un exemple concret du monde intérieur, ou de décrire une réalité suprasensible, il n’existe, dans tous les cas, aucune différence fondamentale entre la description et le mode d’expression.
Il existe un fil conducteur dans toutes les descriptions du Saint Coran. C’est précisément pour en démontrer l’existence que nous avons écrit ce livre. J’ai appelé ce fil conducteur « l’image artistique ».
Troisième chapitre
L’image artistique
L’image est une caractéristique particulière du Noble Coran. Elle constitue un moyen d’inscrire les desseins du Coran dans le cœur. Par l’image, une représentation imaginée de réalités inexprimées et difficiles à comprendre se reflète dans le miroir de l’esprit. Ces images soigneusement représentées influent sur la vie et les actes, car ce qui était imaginé devient alors présent sous sa forme véritable devant les yeux. L’homme mort se transforme en homme vivant et se tient devant nos yeux.
Dans l’image, les descriptions, les témoignages et les événements apparaissent devant les yeux sous une forme visuelle, ce qui insuffle vie et dynamisme aux actes et aux comportements. Si l’on y ajoute des dialogues et des paroles, elle se manifeste comme un acteur vivant. Tout cela se reflète sur l’écran ou le rideau placé sur la scène. L’auditeur ou le lecteur est si absorbé qu’il en vient, ne serait-ce qu’un instant, à oublier qu’il s’agit de la récitation de la Parole d’Allah, où de tels exemples sont donnés uniquement pour être compris profondément. Il voit plutôt alors tous les événements de ses propres yeux. Les scènes changent l’une après l’autre. Il lui semble que ce ne sont pas de simples images, mais le reflet même de la vie.
Lorsque sont représentées les pensées secrètes de l’esprit, les états psychologiques et les mouvements de l’être humain, ils ne sont exprimés qu’au moyen de quelques phrases inanimées. Elles ne sont revêtues d’aucune couleur, et aucun mot ni aucune phrase ne sort de leur bouche. Pourtant, il ne nous est pas difficile de saisir le caractère miraculeux et saisissant du Noble Coran. Le Coran est riche en représentations réussies et en comparaisons de toutes sortes. Partout où se présente un objectif tel que ceux que nous avons évoqués un peu plus tôt, il en expose la description à sa manière, dans le style coranique : qu’il s’agisse de récits anciens, d’exemples humains, de la récapitulation d’événements survenus, de la représentation des scènes de la Résurrection, de la description visuelle de la paix du Paradis et du châtiment de l’Enfer, ou encore de récits de débats, et ainsi de suite. Cette démarche n’a pas été adoptée uniquement pour rendre le style du Coran plus attrayant. Il s’agit d’une méthode particulière et spécifique du Coran, que nous pouvons appeler la méthode de la représentation.
Nous tenterons d’examiner en détail la portée de l’image, afin de comprendre quelles sont les limites et l’étendue de l’image artistique dans le Noble Coran. Une image peut être peinte à l’aide de couleurs et de pinceaux, mais elle peut aussi être tracée au moyen de la pensée et de la méditation. Une représentation peut également être pleinement réalisée par les mélodies de la musique. Il arrive aussi que des phrases, des mots, le style de la récitation et les éléments connexes soient utilisés comme matériaux de l’image. Lorsque de telles images apparaissent devant nous, nous les goûtons avec nos yeux et nos oreilles, ainsi qu’avec notre pensée, notre conscience, notre esprit et notre intellect réunis.
Il faut garder à l’esprit que les images coraniques n’ont pas été dessinées au moyen d’esquisses et de couleurs ; elles l’ont été au moyen de la vie et du monde des êtres humains. Ce sont des images qui émanent de la conscience et du sentiment. Les significations deviennent les couleurs de l’image et se reflètent dans l’esprit de l’être humain.
Nous allons maintenant en présenter quelques exemples.
Exprimer la pensée dans une langue compréhensible
1. Il s’agissait de faire comprendre que, le Jour de la Résurrection, aucune plainte ni aucune requête des mécréants ne seront acceptées auprès d’Allah et qu’ils ne pourront pas entrer au Paradis. Leur acceptation et leur entrée au Paradis ne sont rien d’autre qu’un vain espoir. Quelle magnifique image a été peinte pour le faire comprendre !
(Arabe**************)
Ceux qui ont traité Nos signes de mensonges et s’en sont enorgueillis, les portes du ciel ne leur seront pas ouvertes et ils n’entreront pas au Paradis tant que le chameau ne passera pas par le chas de l’aiguille. (Sourate Al-A‘râf : 40)
Dès qu’il lit ou entend ce verset, deux images apparaissent devant le lecteur : l’une, celle de l’ouverture des portes du ciel, et l’autre, celle d’un chameau corpulent qui s’efforce de passer par le chas d’une aiguille. Une question complexe et difficile à concevoir est présentée sous la forme d’une image familière afin de la rendre compréhensible. Elle ne fait pas seulement naître une idée dans l’esprit de l’être humain ; elle s’y manifeste plutôt sous la forme d’une image réelle et concrète.
2. Allah veut faire comprendre que, le Jour de la Résurrection, Il anéantira les bonnes œuvres des mécréants d’une telle manière qu’il semblera qu’elles n’aient jamais existé. Une magnifique image de cette idée est peinte dans le passage suivant :
(Arabe***********)
Je considérerai leurs œuvres, puis Je les réduirai en poussière dispersée. (Sourate Al-Furqân : 23)
Après avoir lu ce verset, lorsque le lecteur pense à la poussière dispersée, l’image de la vanité de leurs œuvres apparaît dans son esprit.
3. Un autre tableau de ce genre est également présenté dans le verset suivant :
(Arabe**************)
Ceux qui ne croient pas en l’existence de leur Seigneur, leurs œuvres sont à l’image de cendres sur lesquelles souffle un vent violent, en un jour de tempête de poussière. Ils ne pourront rien tirer de ce qu’ils auront acquis. (Sourate Ibrâhîm : 18)
L’exemple du jour de la tempête de poussière dépeint une scène poignante : chacun peut voir par l’imagination une violente bourrasque tout bouleverser et emporter les choses dans toutes les directions, si bien qu’il devient impossible de les réunir, malgré cent tentatives. De même, les œuvres des mécréants seront vaines et réduites à néant.
Allah le Très-Haut veut dire que si quelqu’un fait un don à une personne, puis tente quelque temps après de l’humilier en le lui rappelant, son don devient vain. Le verset suivant en présente une image vivante et concrète :
(Arabe************)
Ô vous qui croyez ! N’annulez pas vos aumônes en rappelant vos faveurs et en causant du tort, à l’image de celui qui dépense ses biens par ostentation et ne croit ni en Allah ni au Jour dernier. Son exemple est celui d’une pierre lisse recouverte d’un peu de terre, puis qu’une pluie torrentielle lave et laisse à découvert. Ils n’obtiendront aucune récompense de ce qu’ils auront acquis. (Sourate Al-Baqara : 264)
Ce verset présente une image à deux aspects. Le premier est celui d’une pierre nue, simplement recouverte d’une fine couche de terre, qu’une pluie torrentielle lave et laisse propre. Ils n’obtiendront aucune récompense de ce qu’ils auront acquis. (Sourate Al-Baqara : 264)
Dans ce verset, une image à double aspect est peinte. La première représente une pierre nue, simplement recouverte d’une fine couche de terre, mais que la pluie lave et nettoie dès qu’elle tombe, de sorte que la pierre demeure avec son apparence de pierre. Cette image s’applique à ceux qui donnent en aumône puis s’en vantent. Il est ensuite dit que ceux qui donnent uniquement pour obtenir l’agrément d’Allah sont semblables à un jardin, où aucune pluie, qu’elle soit abondante ou légère, ne se perd. Il se pare de fleurs et de fruits. Même s’il ne tombe aucune pluie, il produira néanmoins des fruits.
Je ne veux pas dire ici dans quelle mesure les deux images précédentes concordent quant au lieu et au temps, ni de quel vêtement de beauté leur ressemblance a été revêtue. Je ne veux pas non plus dire que la fine couche de terre sur la pierre désigne l’homme qui fait l’aumône puis fait souffrir celui qui la reçoit, c’est-à-dire que cette aumône ne fait que recouvrir temporairement leur aspect hideux, avant que cet aspect ne réapparaisse bientôt, complètement dévoilé.
Je veux parler des éléments constitutifs de l’image. D’ailleurs, un chapitre distinct a été consacré dans cet ouvrage à l’examen de cette question.
5. Une autre image relative à ce sujet est la suivante :
(Arabe***********)
Ce qu’ils dépensent au cours de la vie présente ressemble à un vent impétueux chargé d’un froid glacial, qui atteint la récolte de gens qui se sont fait du tort à eux-mêmes, puis la détruit. (Sourate Âl ʿImrân : 117)
Ce verset dépeint un champ balayé par une tempête de neige, dont tous les fruits et toutes les récoltes ont été détruits. Tout le labeur et tous les efforts du propriétaire du champ ont été vains. Malgré tant de travail, il n’a pu rentrer sa récolte. C’est exactement ce qui arrive à ceux qui, tout en étant attachés à la mécréance, donnent dans la voie d’Allah dans l’espoir d’en recevoir une récompense : leur mécréance réduit à néant leurs bonnes œuvres.
Dans cette scène, le mot « Ṣirrun » a été choisi avec tant de précision et a porté la scène jusqu’à la limite extrême de la beauté. On croirait que de petites boules de froid sont en train de détruire le champ de céréales. Ce mot a insufflé vie à toute l’image. Nous avons consacré un chapitre distinct à l’étude de ce genre de choix des mots.
6. Allah le Très-Haut veut faire comprendre que, si quelqu’un L’invoque, Il répond à son invocation et exauce ses souhaits. Mais si quelqu’un invoque une autre divinité en dehors de Lui, celle-ci n’entend même pas son appel et ne peut exaucer aucun de ses souhaits. Car elle ne possède pas toute chose. À ce sujet, le verset suivant offre une image d’une grande beauté.
(Arabe**************)
L’appel de la vérité n’appartient qu’à Lui. Ceux qu’ils invoquent en dehors de Lui ne peuvent rien leur apporter. Ils ressemblent à quelqu’un qui tend ses deux mains vers l’eau pour qu’elle atteigne sa bouche, mais elle ne l’atteindra jamais. Les appels des mécréants sont tous vains. (Sourate ar-Ra‘d : 14)
C’est une image extrêmement saisissante, qui attire les gens vers elle. Il est impossible de peindre par les mots une image plus captivante. Regardez comme elle est claire : un homme se tient près de l’eau, les deux mains tendues vers elle, l’appelant à entrer dans sa bouche ; pourtant, jamais cette eau ne pénétrera dans sa bouche.
7. Il s’agit de ceux qui sont adorés en dehors d’Allah : ils n’entendent rien, ne voient rien et sont privés de raison, de discernement et de force. Aussi l’adoration de ceux qui les servent est-elle nécessairement vouée à l’échec. La manière choisie pour l’exprimer est si poignante qu’il serait impossible de la représenter autrement.
(Arabe*************)
Les mécréants ressemblent à quelqu’un qui appelle des animaux n’entendant que des cris. Ils sont muets, sourds et aveugles ; ils ne comprennent rien. (Sourate al-Baqara : 171)
Les divinités que les mécréants invoquent sont totalement incapables de répondre à leur invocation. Elles ne peuvent ni en mesurer la portée ni en comprendre le but. C’est une parabole. Ce verset dépeint un peuple qui invoque bel et bien ses divinités, mais dont les idoles d’argile ne comprennent absolument rien à la signification ni au but de cette invocation. Elles sont si indifférentes qu’elles ne savent même pas si leur appel est parvenu à qui de droit ni si elles ont reçu une quelconque réponse.
8. L’objectif ici est de montrer que ceux que l’on invoque et que l’on adore en dehors d’Allah sont extrêmement faibles. Dès lors, comment ceux qui sont eux-mêmes si faibles pourraient-ils protéger autrui ? C’est ce que ce verset dépeint avec éloquence :
(Arabe*****************)
Ceux qui prennent pour protecteurs d’autres qu’Allah ressemblent à l’araignée : elle se construit une maison, mais la plus fragile de toutes les maisons est assurément la maison de l’araignée. (Sourate Al-‘Ankabût : 41)
Le verset indique que ceux qui considèrent autre qu’Allah comme leur seigneur cherchent refuge dans une demeure fragile, semblable à la maison de l’araignée. Celle-ci est détruite au moindre choc. Aussi étonnant que cela puisse paraître, même après une illustration aussi évidente, cela ne suscite chez eux aucune réaction : ils restent plongés dans l’ignorance et l’orgueil.
9. Ce que l’on veut montrer ici, c’est que les polythéistes se sont engagés dans une œuvre vaine, dépourvue de toute stabilité. Ils sont comparés à un objet flottant, mais qui a même du mal à rester à la surface.
(Arabe************)
Quiconque associe des associés à Allah est semblable à celui qui tombe du ciel ; puis les oiseaux le happent, ou bien le vent l’emporte et le rejette en un lieu lointain. (Sourate Al-Hajj : 31)
Ce verset dépeint la triste condition des polythéistes. Comme à leur insu, ils semblent chuter du ciel en un instant ; mais avant même de toucher le sol, un oiseau carnivore les saisit de ses serres et les emporte, ou bien le vent les emporte vers un lieu si éloigné qu’il leur est désormais impossible de revenir.
10. Avant l’avènement de l’islam, Allah avait donné aux gens du Livre les Écritures célestes. Ils avaient déclaré et juré croire en Allah. Mais ils n’ont pas pu s’élever au-dessus de quelques intérêts terrestres insignifiants. Ils ont donc eux-mêmes rompu leur engagement. C’est pourquoi ce verset noble dépeint l’ampleur des souffrances et de l’humiliation qu’ils subiront au Jour de la Résurrection.
(Arabe************)
Ceux qui vendent à vil prix le pacte et le serment qu’ils ont conclus au nom d’Allah n’auront aucune part dans l’au-delà. Au Jour de la Résurrection, Allah ne leur parlera pas, ne les regardera pas et ne les purifiera même pas. En vérité, un châtiment douloureux leur est réservé. (Sourate Âl ‘Imrân : 77)
Il est question ici du triste sort des gens du Livre. Toutefois, au lieu de mentionner directement ce dont ils seront privés, certains signes sont évoqués, de sorte que l’on comprend spontanément de quoi il s’agit. Il est dit, par exemple, qu’Allah ne leur parlera pas, ne les regardera pas et ne les purifiera pas. Par ces paroles, Allah veut faire comprendre qu’ils seront jetés dans la Jahannam et privés du Paradis et de son bonheur éternel.
Portrait psychologique
1. Le verset suivant est présenté pour montrer dans quelle détresse sombre celui qui choisit une vie de polythéisme au lieu du tawhid. Il dépeint concrètement comment son cœur se divise entre plusieurs divinités, quel est son état psychologique et comment son cœur demeure hésitant entre la guidance et l’égarement :
(Arabe************)
Dis : « Invoquerons-nous, en dehors d’Allah, des êtres qui ne peuvent ni nous être utiles ni nous nuire en quoi que ce soit ? Retournerons-nous sur nos pas après qu’Allah nous a guidés, à l’image de celui que Satan a égaré dans une contrée déserte et qui erre, désemparé ? Ses compagnons l’appellent pourtant vers le chemin en lui disant : “Viens avec nous !” » (Sourate al-An‘âm : 71)
Dans ce verset est dépeint l’homme que Satan a égaré. Ses compagnons l’appellent vers la guidée, mais, pris dans les rets de l’égarement, il ne parvient pas à décider à qui répondre et vers quelle direction avancer : vers ses compagnons ou vers Satan.
2. Allah Tout-Puissant veut décrire la situation de ceux qui, après avoir été guidés sur le chemin d’Allah, s’efforcent sans relâche de s’enfuir très loin. C’est comme s’ils cherchaient à se laisser emporter par le courant de la perdition. Entre-temps, les désirs et les convoitises humaines les ont accaparés. Le savoir comme l’ignorance sont pour eux une cause d’humiliation. Ils ne trouvent pas la paix à cause de leur ignorance, et leur savoir ne les conduit non plus vers aucun bien. Cette image est rendue avec quelle beauté dans les quelques phrases qui suivent !
(Arabe************)
Expose-leur le récit de celui auquel J’avais accordé Nos signes — la guidée — mais qui s’en détourna et s’en éloigna. Satan s’attacha à lui, et il s’égara. Si Nous l’avions voulu, Nous l’aurions élevé en rang grâce à ces signes. Mais il s’attacha à la terre et suivit ses passions. Son exemple est celui du chien : si tu le poursuis, il halète, et si tu le laisses tranquille, il halète encore. (Sourate Al-A‘râf : 175-176)
Cette image est la représentation concrète de l’humiliation et de l’abaissement. C’est une scène extrêmement saisissante, éternellement lumineuse. C’est une image qui révèle elle-même son intention et son objectif. Ici, l’importance religieuse et l’importance du sujet se fondent en une seule réalité. On retrouve cette harmonie dans toutes les images tracées par le Coran.
3. Cette fois, Allah Tout-Puissant veut faire comprendre le cas d’un homme dont la foi est fragile et n’est pas profondément enracinée dans le cœur. Il manque de conviction ferme. Bien qu’il soit croyant, il n’accepte pas de supporter l’oppression et les persécutions sur le chemin de la foi. Il veut préserver sa foi tout en demeurant à l’abri de toute difficulté. Sa croyance n’a pas acquis une fermeté suffisante pour qu’il reste inébranlable face à quelque risque que ce soit. Tel est le portrait d’un homme ballotté entre le gain et la perte :
(Arabe************)
Parmi les hommes, il en est qui adorent Allah tout en étant pris dans le doute et l’hésitation. S’ils obtiennent un bien, ils demeurent attachés à l’adoration ; mais s’ils sont touchés par une épreuve, ils retournent à leur état antérieur. Ils perdent ici-bas et dans l’au-delà. Voilà la perte manifeste. (Sourate Al-Hajj : 11)
Le terme harfayn, c’est-à-dire une limite périphérique, suffit à faire apparaître l’image sous nos yeux. On y voit une personne à la foi faible accomplir son acte de dévotion d’une manière qui démontre, par cet acte même, qu’elle n’est pas digne d’adorer en demeurant ferme et inébranlable sur le droit chemin. Cette image se reflète dans l’esprit humain d’une façon impossible à décrire avec des mots.
Lorsque j’étais à l’école primaire, chaque fois que, en récitant le Coran, j’atteignais ce passage, une image vivante apparaissait dans le miroir de mon esprit ; je ne l’ai pas oubliée jusqu’à aujourd’hui.
Il n’y a pas beaucoup de différence entre l’image de ce jour-là et mon sentiment d’aujourd’hui. À l’époque, je la considérais simplement comme une image, tandis qu’aujourd’hui, il me semble que ce n’est qu’une métaphore. Ce n’est pas une image réelle.
Je pense que le Coran a exposé son propos d’une manière si miraculeuse que chaque lecteur, instruit ou illettré, est capable de le comprendre, et qu’il apparaît à chacun comme une image vivante.
4. Voici comment sont représentés les musulmans qui, avant d’embrasser l’islam, se tenaient au bord de la fosse de la Géhenne :
(Arabe**************)
Saisissez-vous tous fermement à la corde d’Allah et ne vous divisez pas. Souvenez-vous aussi du bienfait qu’Allah a récemment établi parmi vous : par Sa grâce, vous êtes désormais frères les uns des autres. Vous vous trouviez au bord d’une fosse de feu, et Il vous en a sauvés. (Sourate Âl-ʿImrân : 103)
L’image montre que vous vous trouviez au bord d’une fosse de feu, où le moindre faux pas aurait provoqué une terrible catastrophe. Autrement dit, si vous n’aviez pas embrassé l’islam, la Géhenne vous aurait été inévitable.
Il n’est pas question ici de l’acceptabilité ni de la véracité de la parabole. Ce qui importe ici, c’est l’image des musulmans qui se révèle dans le monde intérieur : on a l’impression qu’ils étaient auparavant sur le point de tomber inéluctablement dans une caverne de feu. Un artiste aurait-il pu, avec ses couleurs et ses pinceaux, peindre une image mentale aussi parfaite et immobile ? Pourtant, le Coran a peint, en quelques mots et sans couleurs, pinceaux ni toile, une image aussi belle que parfaite.
Dans cette image, nous voyons un trou enflammé, quelques personnes assises à côté, et l’espace qui les sépare représente la vie d’ici-bas. Après qu’elles sont devenues musulmanes, un immense mur s’est dressé entre elles et ce trou, si bien qu’il ne leur est plus possible de le franchir et d’y tomber.
5. Nous voyons une autre image de ce genre : celle de l’homme qui n’a pas fondé toutes ses œuvres sur la taqwa, mais sur autre chose :
(Arabe**********)
Celui qui a fondé son édifice sur la crainte d’Allah et Sa satisfaction a-t-il mieux agi que celui qui a fondé son édifice au bord d’un précipice sur le point de s’effondrer, et qui l’emporte avec lui dans le feu de l’Enfer ? (sourate At-Tawba : 109)
Cette image de l’instant précédant la chute dans l’Enfer est admirablement présentée dans ce verset. Il y est dit :(Arabe*****) c’est-à-dire que cet édifice tombe avec lui dans l’Enfer. La durée de la vie d’ici-bas est ici considérée comme si insignifiante qu’il n’a même pas été jugé nécessaire d’y faire allusion. Ici, un terme aurait pu être employé à la place d’un autre, mais cela n’a pas été fait. En effet, lorsqu’on veut exprimer quelque chose dont la réalisation connaît un léger délai, on emploie le premier terme, tandis que le second indique que l’édifice est déjà en train de tomber. Dans un très court instant, il disparaîtra dans l’Enfer. La distance entre l’Enfer et l’édifice qui tombe représente la vie d’ici-bas, qui se rapproche progressivement de l’Enfer.
Image humaine
Le Coran a présenté, en plus des images psychologiques de l’être humain, celles de ses états humains. Nous avons déjà abordé précédemment(Arabe*******) à propos de celui qui adore Allah en étant pris dans le doute et l’hésitation. Voici encore quelques exemples à ce sujet :
1. Les versets suivants brossent un tableau saisissant de l’inutilité de réfuter les débats futiles et les arguments spécieux, même en présentant des preuves justes et solides.
(Arabe*************)
Si Nous leur ouvrions une porte du ciel et qu’ils y montaient durant toute la journée, ils diraient tout de même : « Notre vue a été troublée, ou plutôt nous sommes ensorcelés. »
Il est dit ailleurs :
(Arabe**********)
Si Nous leur avions fait descendre un écrit sur une feuille qu’ils auraient ensuite touchée de leurs mains, ils auraient tout de même dit : « Ce n’est rien d’autre qu’une magie manifeste. » (Sourate al-An‘âm : 7)
2. Ce qui est mis en évidence ici, c’est que l’être humain ne connaît son Seigneur que lorsqu’il est frappé par l’épreuve et la souffrance. Lorsque les jours heureux arrivent, il oublie Celui qui l’a sauvé. Au lieu de présenter ces idées sous la forme d’un simple récit, elles sont exposées dans un tableau saisissant. Au fil de changements semblables à ceux d’un film, l’image d’un homme qui représente la majorité des êtres humains apparaît en lui.
(Arabe************)
C’est Lui qui vous fait voyager sur mer et sur terre. Lorsque vous montez à bord d’un navire et qu’il vogue avec ses passagers grâce à un vent favorable, ils s’en réjouissent. Puis, soudain, le navire est pris dans un vent violent, tandis que les vagues affluent de toutes parts, l’une après l’autre. Ils comprennent qu’ils sont encerclés. Alors, ils invoquent Allah, Lui vouant un culte exclusif : « Si Tu nous sauves de ce péril, nous Te serons certainement reconnaissants. » Mais lorsqu’Il les sauve, les voilà qui se livrent aussitôt à l’injustice et à la corruption sur terre. (Sourate Yûnus : 22-13)
C’est ainsi que cette scène a été présentée comme une image vivante et en mouvement. Le navire oscille au gré des vagues, tantôt en haut, tantôt en bas. On a l’impression qu’il s’enfonce sous l’eau. Les passagers sont parvenus au seuil de la mort, et la peur de mourir les envahit. Dans cette situation, ils invoquent Allah de toutes leurs forces. En arrivant à la fin du verset, le lecteur est comme envoûté. Toute la scène devient vivante et se met à bouger devant ses yeux. Nous pouvons dire que ce verset a parfaitement réussi à nous transmettre son message de la meilleure manière.
3. Il s’agit de décrire la situation d’une personne dont l’apparence extérieure est extrêmement séduisante et envoûtante, mais dont l’intériorité est profondément laide et dangereuse. Voyez avec quelle beauté cette image est peinte.
(Arabe************)
Ceux qui croient disent : « Pourquoi donc aucune sourate n’est-elle révélée ? » Puis, lorsqu’une sourate sans ambiguïté est révélée et que le combat y est mentionné, tu vois ceux dont le cœur est malade te regarder comme des gens frappés d’évanouissement par la peur de la mort. (Sourate Muhammad : 20)
Est-il possible de faire comprendre, à l’aide d’une image, l’état de l’être humain au moment de la mort ? Pourtant, cette scène s’épanouit avec tant de beauté dans le verset cité plus haut. En même temps apparaît l’image poignante de leurs visages humiliés.
4. Souvent, l’aspect humain de l’être humain est représenté à travers un événement ordinaire. Mais, dépassant cet événement particulier, il se révèle comme une image éternelle.
(Arabe***********)
Après Moïse, n’as-tu pas vu un groupe des Enfants d’Israël ? Lorsqu’ils dirent à leur prophète : « Désigne-nous un roi afin que, sous sa direction, nous combattions dans le sentier d’Allah. » Le prophète leur dit : « Ne pourrait-on pas craindre que, lorsque le combat vous sera prescrit, vous ne combattiez pas ? » Ils répondirent : « Pourquoi ne combattrions-nous pas dans le sentier d’Allah, alors que nous avons été chassés de nos maisons et séparés de nos enfants ? » Mais lorsque le combat leur fut prescrit, ils tournèrent tous le dos, à l’exception d’un petit nombre. Et Allah connaît parfaitement les injustes. (Sourate al-Baqara : 246)
On comprend clairement ici que, lorsque les Enfants d’Israël vivaient dans le confort et l’aisance, ils faisaient étalage d’une fausse bravoure. Dès que l’ordre de mener le jihâd fut donné, le ballon de leur bravoure se dégonfla et leur lâcheté apparut au grand jour. Ce n’est pas un événement qui ne se serait produit qu’une seule fois. Au-delà des limites du temps et de l’espace, de tels événements se reproduisent sans cesse. De telles personnes ont existé, existent et existeront au sein de la société humaine.
Jusqu’à présent, je n’ai exposé que des exemples où ne sont pas seulement présentées des images d’états psychologiques et humains, mais où ces images sont rendues vivantes et animées. Je voudrais maintenant présenter quelques exemples dans lesquels le Coran peint des tableaux vivants et saisissants d’événements qui se sont produits, de proverbes et de récits divers. Il convient de préciser qu’ils ne sont pas isolés les uns des autres ; au contraire, ils entretiennent entre eux un lien étroit.
Le tableau d’un désastre survenu
1. Réfléchissez à l’image que le Coran a peinte de la défaite des mécréants lors de la bataille des Coalisés : on a l’impression que tout le champ de bataille se trouve sous nos yeux. Les activités qui s’y déroulaient apparaissent vivantes et animées devant nous. La perception et l’imagination se mêlent et se confondent. En regardant cette image, on croit que la bataille se déroule sous nos yeux et qu’aucune de ses scènes ne nous échappe. C’est au moyen des expressions suivantes que cette image a été peinte.
(Arabe************)
Ô croyants ! Souvenez-vous de la faveur d’Allah envers vous. Lorsque les armées ennemies vous avaient encerclés, Nous envoyâmes contre elles un vent violent et des armées que vous ne voyiez pas. Allah voit parfaitement ce que vous faites. Lorsqu’elles s’approchèrent de vous par les hauteurs et par les bas-fonds, votre regard se troublait, vos cœurs remontaient à vos gorges et vous commenciez à nourrir de mauvaises pensées au sujet d’Allah. C’est alors que les croyants furent mis à l’épreuve et violemment ébranlés. Les hypocrites et ceux dont le cœur était malade se mirent à dire : « La promesse d’Allah et du Messager n’est qu’une tromperie. » Un groupe dit : « Ô habitants de Yathrib ! Ce n’est pas un endroit où l’on peut rester ; retournez donc chez vous. » Un autre groupe demanda la permission au Prophète en disant : « Nos maisons sont sans défense. » En réalité, elles ne l’étaient pas : ils ne cherchaient qu’à fuir. (Sourate al-Ahzab : 9-13)
Réfléchissez à la précision du tableau qui est peint des souffrances physiques et psychologiques, ainsi que des événements manifestes et cachés du champ de bataille. Cette image flotte devant les yeux. Les soldats ennemis ont encerclé les musulmans de toutes parts, qui, désorientés, ne peuvent que regarder les yeux écarquillés. Leurs jambes sont même sur le point de se dérober sous eux. Pendant ce temps, les hypocrites s’emploient à provoquer le désastre. Ils se mirent à dire : « La promesse que le Messager vous a faite jusqu’à présent n’est qu’un ballon de mensonge. Vous ne pourrez pas leur tenir tête et rester dans le champ de bataille. Partez tant qu’il en est encore temps. » Certains, prétendant que leurs maisons étaient sans défense, se mirent à chercher une occasion de fuir.
À vrai dire, aucun aspect du champ de bataille n’a été laissé de côté dans cette représentation. La scène entière du combat est placée sous nos yeux, exactement comme si nous la voyions. C’était un événement réel, qui s’était effectivement produit. Pourtant, l’image coranique de cet épisode singulier de la défaite des mécréants peut varier dans certains détails, tout en demeurant intemporelle et éternelle. Partout où deux groupes s’affrontent et où l’un des deux est vaincu, cette image revient se former devant les yeux.
2. Une autre scène, semblable à celle qui vient d’être évoquée, est dépeinte dans l’événement suivant. Comme la précédente, elle est intemporelle et éternelle, et il est impossible de la considérer comme un épisode isolé. Réfléchissez-y.
(Arabe**********)
Et Allah a réalisé Sa promesse lorsque, par Sa permission, vous les tuiez, jusqu’au moment où vous avez perdu courage, vous vous êtes disputés au sujet de la décision à prendre et vous avez désobéi après qu’Il vous eut montré ce que vous aimiez. Parmi vous, certains désiraient les biens de ce monde et d’autres l’au-delà. Puis Il vous a détournés d’eux afin de vous mettre à l’épreuve. Mais Il vous a pardonné, car Allah est plein de grâce envers les croyants. Vous remontiez sans vous retourner vers personne, tandis que le Messager vous appelait par-derrière. Alors le chagrin vous a frappés, chagrin après chagrin, afin que vous ne vous affligiez ni pour ce qui vous avait échappé ni pour ce qui vous arrivait. Allah est parfaitement informé de ce que vous faites. Puis, après le chagrin, Il a fait descendre sur vous une sécurité semblable à une somnolence : certains d’entre vous s’assoupissaient, tandis que d’autres, soucieux de leur propre sort, nourrissaient au sujet d’Allah des pensées fausses, dignes des ignorants. Ils disaient : « Avons-nous donc quelque pouvoir en cette affaire ? » Dis : « Toute l’affaire appartient à Allah. » Ils cachent en eux ce qu’ils ne te manifestent pas. Ils disent : « Si nous avions eu quelque pouvoir en cette affaire, nous n’aurions pas été tués ici. » (Sourate Âl ‘Imrân, 152-154)
En lisant ces versets, j’ai l’impression de voir de mes propres yeux ces hommes, cette époque et tout ce qui s’est passé sur le champ de bataille. (Cette scène est tirée du champ de bataille d’Uhud — note du traducteur.)
La représentation d’événements allégoriques
1. L’histoire des propriétaires du jardin
Je vais maintenant présenter la scène d’événements allégoriques telle qu’elle a été peinte dans le Noble Coran.
Nous nous trouvons maintenant devant les propriétaires du verger. Ce verger n’existe pas dans l’au-delà, mais bien dans ce monde. Ses propriétaires réfléchissent pendant la nuit. Les pauvres et les nécessiteux mangeaient les fruits de ce verger. Mais ses propriétaires veulent les en priver afin d’en tirer seuls profit. Voyons maintenant quelle sera l’issue.
(Arabe**********)
Nous les avons éprouvés comme Nous avions éprouvé les propriétaires du verger, lorsqu’ils jurèrent de récolter ses fruits, mais ils ne dirent pas : « Si Dieu le veut. » (Sourate Al-Qalam : 17-18)
Durant la nuit, ils décidèrent de récolter les fruits dès l’aube et de n’en réserver aucune part aux pauvres et aux nécessiteux. À présent, jetons un regard dans l’obscurité de la nuit pour voir ce qui s’y passe. Rien que l’obscurité. Le drame de la vie y est comme suspendu. Soudain, dans les ténèbres de la nuit, on perçoit quelque mouvement, mais sans forme ni contour : une sorte de chose immatérielle.
(Arabe*************)
Puis une catastrophe venue de ton Seigneur s’abattit sur le verger, tandis qu’ils dormaient. Au matin, tout ce qu’il contenait était devenu semblable à de la paille et des brindilles éparses.
Tout cela se produisit à leur insu. Au matin, ils s’appelèrent les uns les autres en disant : « Allons récolter les fruits. » Ils ne savaient pourtant pas quel terrible désastre s’était abattu durant la nuit sur leur verger.
(Arabe********)
Au matin, ils s’appelèrent les uns les autres et dirent : « Si vous voulez récolter les fruits, dépêchons-nous d’aller au jardin. » Puis ils se mirent en route en parlant à voix basse : « Que nul pauvre ne puisse entrer dans le jardin aujourd’hui. » (Sourate Al-Qalam : 21-24)
À présent, les spectateurs devraient garder le silence un moment. Que personne ne dise ce qui est arrivé à leur jardin. Il ne serait pas convenable non plus que quelqu’un, amusé, éclate de rire. Spectateurs, attendez un peu et voyez quelle grande tromperie les attend. Ils parlent à voix basse afin qu’aucun pauvre n’apprenne la nouvelle en les entendant. Spectateurs ! Combien de temps encore retiendrez-vous votre rire ? À présent, riez. Riez de bon cœur. Une grande plaisanterie est en train de leur arriver :
(Arabe***************)
Ils se mirent à avancer en sautillant, dans l’excès de leur joie.
Certes, ils sont capables de priver les autres, mais ils ne sont pas capables de se protéger eux-mêmes contre la privation.
Soudain, en voyant l’état dévasté du jardin, ils poussèrent des cris. Les spectateurs peuvent rire à leur guise devant cette scène.
(Arabe**********)
Lorsqu’ils virent leur jardin, ils se mirent à dire : « Nous nous sommes certainement trompés de chemin et sommes partis ailleurs. »
En voyant l’état du jardin, ils ne purent le croire et dirent :
Ce n’est pas notre jardin, celui qui était rempli de fruits. Nous avons certainement perdu notre chemin et sommes partis ailleurs.
(Arabe***********)
À moins que notre sort ne soit ruiné. (Sourate Al-Qalam : 27)
(Arabe*********)
Le meilleur d’entre eux dit : « Ne vous avais-je pas dit : pourquoi ne glorifiez-vous pas encore la pureté d’Allah ? » Ils dirent : « Nous proclamons la pureté de notre Seigneur. Nous étions certainement injustes. » (Sourate Al-Qalam : 28-29)
Mais à quoi sert le repentir une fois le temps écoulé ? C’est une habitude : lorsqu’un malheur survient, les gens se querellent entre eux et tentent de se rejeter la faute les uns sur les autres. De même, ils commencèrent eux aussi à agir ainsi.
(Arabe*********)
Ensuite, ils commencèrent à se blâmer mutuellement. (Sourate Al-Qalam : 30)
Puis ils prirent une décision.
(Arabe***********)
Ils dirent : « Malheur à nous ! Nous étions des transgresseurs. Il est possible que notre Seigneur nous donne en échange un jardin meilleur encore. C’est auprès de notre Seigneur que nous plaçons nos espoirs. » (Sourate Al-Qalam : 21-22)
2. L’histoire du propriétaire des deux jardins
À présent, je vais vous raconter l’histoire d’un autre propriétaire de jardins. Toutefois, il ne possédait pas un seul jardin, mais deux. Et ces jardins n’étaient en rien inférieurs à celui dont vous venez d’entendre le récit. Une autre personne était également liée à cette histoire. Elle ne possédait aucun jardin, mais son cœur resplendissait de la lumière de la foi. Tous deux dévoilaient leurs pensées. Le propriétaire des deux jardins y est présenté comme le symbole de celui qui, ébloui par ses richesses et dominé par l’orgueil, a oublié la puissance entre les mains de laquelle se trouvent sa vie, sa mort et tous ses biens. Cela tient au fait qu’il jouit actuellement d’un grand prestige, de richesses abondantes et d’une puissance considérable. En revanche, son compagnon, qui se souvient toujours d’Allah, sollicite auprès de Lui aide et soutien, et se préserve en toute circonstance de la mécréance et de la corruption.
(Arabe**********)
Expose-leur l’histoire de deux hommes. Nous avions donné à l’un d’eux deux jardins de vignes, entourés de palmiers, et Nous avions placé entre eux des champs cultivés. Les deux jardins produisaient des fruits ; ils ne manquaient de rien, et Nous avions fait jaillir entre eux une rivière. (Sourate Al-Kahf : 32-36)
De ce verset surgissent deux scènes de jardins, abondamment irrigués, fertiles et verdoyants. Voilà la première scène. La seconde est la suivante :
(Arabe**********)
Il recueillit les fruits. Puis, un jour, au cours de la conversation, il dit à son compagnon : « Je ne pense pas que ce jardin périra un jour. Et je ne pense pas non plus que l’Heure adviendra. Si jamais je suis ramené auprès de mon Seigneur, j’y trouverai certainement quelque chose de meilleur encore que ceci. » (Sourate Al-Kahf : 34)
Leur conversation laisse comprendre qu’à ce moment-là, ils se dirigeaient tous deux vers ce jardin en discutant. Ils s’en approchèrent. Car il est dit ensuite :
(Arabe***********)
Ayant été injuste envers lui-même, il entra dans son jardin et dit :
« Je ne pense pas que ce jardin périra jamais. Et je ne pense pas non plus que l’Heure adviendra. Si jamais je suis ramené auprès de mon Seigneur, j’y trouverai certainement quelque chose de meilleur encore que ceci. » (Sourate Al-Kahf : 35-36)
Nous voyons que cet homme était parvenu au comble de l’arrogance et de la présomption. Réfléchissez à la réaction que ses paroles avaient suscitée chez son pauvre compagnon. Il ne possédait pas de jardin, ni d’abondantes richesses. Il n’avait même pas deux hommes pour prendre le bâton en son nom. Certes, bien qu’il ne possédât rien d’autre, il avait le bien précieux de la foi, grâce auquel il ne se considérait pas comme inférieur. Il n’oubliait jamais l’honneur et la majesté de son Seigneur. C’est pourquoi il rappela au propriétaire du jardin, son compagnon : réfléchis et considère de quelle vile substance tu as été créé. Il ne sied donc pas que tu sois orgueilleux.
(Arabe***********)
Son compagnon lui dit : « Est-ce que tu renies Celui qui t’a créé de terre, puis de sperme, et qui t’a ensuite formé en être humain complet ? Mais moi, je dis seulement ceci : Allah est mon Seigneur, et je n’associe personne à mon Seigneur. Si tu me considères comme inférieur à toi en biens et en enfants, pourquoi, en entrant dans ton jardin, n’as-tu pas dit : Mâ shâ Allah, lâ quwwata illâ billâh (Ce qu’Allah veut arrive ; il n’y a de force qu’en Allah) ? J’espère que mon Seigneur me donnera quelque chose de meilleur que ton jardin et qu’Il enverra sur ton jardin un feu venu du ciel, si bien qu’au matin il ne restera plus qu’un terrain nu. Ou bien son eau s’asséchera au matin, et tu ne pourras plus la retrouver. » (Sourate Al-Kahf : 38-41)
Ici s’achève la scène des deux compagnons. L’un d’eux fanfaronne, le cou dressé comme un coq. Dans son orgueil pour ses jardins, ses pieds semblent ne plus vouloir toucher le sol. L’autre, en revanche, est croyant et considère la foi comme la plus grande des richesses. Il conseilla son compagnon et lui expliqua ce qu’il convenait de faire après avoir reçu tant de bienfaits. Il semble que son compagnon n’ait prêté aucune attention à ses paroles. Il est naturel que l’autre compagnon se soit mis en colère devant son arrogance. Finalement, accablé de tristesse, il alla même jusqu’à formuler une malédiction, puis ils se séparèrent dans la colère. Voyons maintenant ce qui se passa ensuite. Il est dit :
(Arabe***********)
Puis tous ses fruits furent détruits, et il se mit, au matin, à se tordre les mains de regret pour tout ce qu’il y avait dépensé. Le jardin avait été entièrement consumé par le feu. Il disait : « Malheur à moi ! Si seulement je n’avais associé personne à mon Seigneur ! » (Sourate Al-Kahf : 42)
En vérité, Allah avait accepté l’invocation de cet homme croyant. Nous avons vu le triste état du compagnon de cet homme croyant et ses remords. À quoi servent les regrets ou le repentir une fois le jardin détruit ? Il exprima sa tristesse en disant qu’il n’aurait pas dû associer quelqu’un à Allah. Achevons cette scène de tristesse et d’istighfâr. Le rideau tombe et la scène s’achève.
La représentation d’événements réels
Jusqu’à présent, nous avons présenté la représentation d’événements allégoriques. Nous allons maintenant examiner quelques événements réels.
1. Le prophète Abraham (que la paix soit sur lui) et le prophète Ismaïl (que la paix soit sur lui) : Nous allons maintenant présenter le récit imagé du prophète Abraham (que la paix soit sur lui). Il construisait alors la Kaaba avec son fils Ismaïl (que la paix soit sur lui). On a l’impression que cet événement ne remonte pas à des centaines d’années : nous assistons en ce moment même à la construction de la Kaaba par le père et le fils, ainsi qu’à leurs invocations.
(Arabe***********)
Rappelle-toi lorsque Abraham et Ismaïl élevaient les fondations de la Kaaba et qu’ils implorèrent : « Ô notre Seigneur ! Accepte notre œuvre. Tu es certes Celui qui entend tout et qui sait tout. Seigneur ! Fais de nous deux des êtres soumis à Ta volonté, et suscite parmi notre descendance une communauté qui Te sera soumise. Enseigne-nous les rites du pèlerinage et pardonne-nous. Tu es certes Celui qui accueille le repentir, le Très Miséricordieux. Ô notre Seigneur ! Suscite parmi eux un Messager issu d’eux-mêmes, qui leur récitera Tes versets, leur enseignera le Livre et la sagesse, et les purifiera. Tu es certes le Tout-Puissant, le Très Sage. »
L’invocation s’achève, et le rideau tombe sur la scène.
Le retour du récit à l’invocation constitue un changement tout à fait étonnant. En réalité, c’est ce changement qui a donné vie à toute la scène et l’a fait apparaître sous nos yeux. Le récit dit :
(Arabe*********)
Lorsque Abraham et Ismaïl élevaient les fondations de la Maison d’Allah.
Le retour du récit à l’invocation constitue un changement tout à fait étonnant. En réalité, c’est ce changement qui a donné vie à toute la scène et l’a fait apparaître sous nos yeux. Le récit dit :
(Arabe***********)
Lorsque Abraham et Ismaël élevaient les fondations de la Maison d’Allah.
À la suite de ce récit, le rideau se lève. La scène, c’est-à-dire la Kaaba, apparaît sous les yeux d’Abraham et d’Ismaël (paix sur eux). Le père et le fils sont tous deux absorbés dans une longue prière.
L’aspect de la beauté artistique et du caractère miraculeux réside ici dans le fait que, dès le début du récit, on passe directement à la prière. Il n’y a pas ici un seul mot qui permette de comprendre que le père et le fils ont interrompu, ne serait-ce qu’un instant, les travaux de construction pour faire cette prière. Si l’on considère que l’événement est encore en cours et qu’il n’est pas achevé, son caractère miraculeux s’en trouve davantage renforcé. Si l’on avait commencé ainsi : « Lorsque Abraham et Ismaël édifiaient les murs de la Kaaba, ils faisaient cette prière », ces paroles n’auraient produit aucun effet de surprise. Cela aurait constitué un événement tout à fait conventionnel. Mais la manière dont l’événement est relaté dans le Coran ne présente pas seulement un événement. C’est une scène vivante et en mouvement, comme si elle était encore représentée aujourd’hui sur la scène. Celle-ci n’est vide à aucun moment. Toute la scène, en mouvement, surgit devant nos yeux. Le souffle de vie insufflé à cette image n’a été possible que grâce à l’omission délibérée d’un seul mot : « ils prièrent ». C’est là toute la particularité du Coran.
2. Le déluge du prophète Noé (paix sur lui) : Nous allons maintenant présenter la scène du déluge du prophète Noé (paix sur lui), où il est dit :
(Arabe***********)
Et l’arche les emportait au milieu de vagues semblables à des montagnes. (Sourate Hûd : 42)
En ce moment dangereux, l’instinct paternel du prophète Noé (paix sur lui) s’étant réveillé, il est profondément bouleversé. Car son fils rejette désormais toute chose. Il voit clairement que son fils, avec les mécréants, trouvera lui aussi la mort dans les flots. Noé (paix sur lui) succomba à la faiblesse humaine. L’homme en Noé prit le dessus sur le prophète. Il appela alors son fils avec la plus grande insistance et supplication.
(Arabe***********)
Noé appela son fils, qui s’était éloigné. Il lui dit : « Mon fils ! Monte avec nous et ne reste pas avec les mécréants. » (Sourate Hûd : 42)
Mais le fils rebelle ne prêta aucune attention aux innombrables supplications de son père. Enflé d’orgueil à cause de sa jeunesse, de sa force et de ses capacités.
(Arabe***********)
Il dit : « Je vais bientôt me réfugier sur une montagne qui me protégera de l’eau. » (Sourate Hûd : 43)
Le père lui lança, le cœur bouleversé, un ultime appel :
(Arabe***********)
Noé dit : « Aujourd’hui, il n’y a aucun protecteur contre le commandement d’Allah, si ce n’est celui à qui Il fera miséricorde. » (Sourate Hûd : 43)
Puis une vague arriva et emporta tout avec elle.
(Arabe***********)
À ce moment-là, une vague s’interposa entre eux deux, et il fut alors englouti. (Sourate Hûd : 43)
Quelle scène profondément tragique ! La peur coupe le souffle aux auditeurs. La barque avance au milieu de vagues hautes comme des montagnes. Le vénérable Noé (paix sur lui), bouleversé, appelle son fils. Mais celui-ci rejette son appel, affichant fièrement sa force et ses capacités. Alors qu’ils échangeaient ces paroles, une vague surgit soudain et ravagea tout. La vue de cette scène fait naître chez l’être humain l’état qui s’était installé entre le père et le fils, c’est-à-dire entre Noé (paix sur lui) et son enfant. Et elle ne manque pas d’émouvoir et d’attrister non seulement les êtres humains, mais aussi les autres créatures.
La représentation du Jour de la Résurrection
Nous commencerons par décrire les scènes du Jour de la Résurrection, puis nous examinerons les représentations de la félicité et du châtiment exposées dans le Noble Coran. En effet, leur lien avec la représentation artistique est extrêmement profond.
1. En décrivant le Jour de la Résurrection, Allah, Seigneur des mondes, dit :
(Arabe***********)
Le jour où l’appelant appellera et les dirigera vers une issue détestable. Alors, ils sortiront des tombes, les yeux baissés, tels des sauterelles dispersées. Ils accourront vers l’appelant. Les mécréants diront : « Voilà un jour difficile. » (Sourate Al-Qamar : 6-8)
C’est l’une des scènes de la Résurrection. Elle est brève, certes, mais suffisamment puissante pour émouvoir le cœur. Quelle merveilleuse représentation de la scène à travers la comparaison avec les sauterelles ! Lorsqu’elles volent, les sauterelles paraissent dispersées et désordonnées. De même, lorsque les hommes sortiront des tombes et se précipiteront vers l’appelant, ils courront, privés de tout sens de l’orientation. On aura l’impression de voir des sauterelles dispersées voler çà et là. Mais ils ne sauront ni où ils vont ni pourquoi ils y vont. Ils seront appelés vers une chose détestable. Leurs yeux seront baissés. Voilà le dernier signe, par lequel la scène atteint sa plénitude.
En voyant les circonstances environnantes, les mécréants diront : « Quel jour terriblement difficile ! » En quelques phrases brèves, toute la scène est évoquée avec quelle beauté ! Une vaste plaine surgit dans l’esprit de l’auditeur ; on dirait que tous se précipitent ensemble, sortant des tombes. Toutes les têtes sont baissées. Les visages sont bouleversés par la peur. C’est comme une image vivante et en mouvement.
2. Il s’agit de la deuxième scène parmi les scènes de la Résurrection. Cette scène évoque la fuite des hommes ainsi que leur état de frayeur et de désarroi. Mais elle est encore plus poignante et terrifiante que la scène précédente.
(Arabe***********)
Ne pense jamais qu’Allah soit inattentif à ce que font les injustes. Il ne leur accorde un délai que jusqu’au jour où les yeux, de peur, sortiront de leurs orbites. Les hommes courront, haletants, le cœur effrayé et bouleversé, vers le lieu du rassemblement. Leur regard ne se détournera pas d’eux, et leurs cœurs s’envoleront de terreur. (Sourate Ibrâhîm : 42-43)
Quatre états sont évoqués ici, qui se produiront successivement. Ce sont quatre scènes d’un même événement, présentées tour à tour. Des têtes inclinées par la peur, la honte et l’humiliation. À cela s’ajoute l’inquiétude, tandis que l’angoisse, sous l’ombre de la peur, envahit le cœur et l’âme. Cette image est montrée aux vivants, et ceux qui y sont représentés sont eux aussi des êtres humains. Une relation humaine étroite existe entre les personnages de l’image et les spectateurs-auditeurs. Leurs sentiments sont même identiques et communs. On dirait que l’inquiétude et l’angoisse d’un groupe se transmettent à l’autre et envahissent son esprit et son cœur. Le lecteur a l’impression que cet état lui arrive à lui-même.
3. Puis une autre image de peur et de terreur est présentée. Cette image est encore plus terrifiante que la précédente. Les mots semblent incapables de décrire pleinement cette situation effroyable. Nous avons exposé cette scène épouvantable afin qu’elle puisse exprimer elle-même sa propre réalité.
(Arabe***********)
Ô hommes, craignez votre Seigneur. Certes, le tremblement de l’Heure sera une chose terrifiante. Le jour où vous le verrez, toute femme qui allaite délaissera l’enfant qu’elle nourrit au sein, et toute femme enceinte avortera sous l’effet de la peur. Tu verras les gens comme s’ils étaient ivres, alors qu’ils ne le seront pas. Mais le châtiment d’Allah sera si terrible. (Sourate al-Hajj : 1-2)
Cette épouvante rendra les gens si désemparés que la mère qui allaite oubliera même l’enfant qu’elle nourrit. La femme enceinte verra tout, mais personne ne sera là pour prêter attention à elle. Elle s’agitera certes, mais elle ne ressentira même pas cette agitation. Aussi fera-t-elle une fausse couche de peur et d’épouvante. Les gens se mettront certes à courir dans tous les sens, mais on aura l’impression que leurs pieds sont rivés au sol. Ils verront tout s’accomplir, mais les événements se dérouleront si rapidement qu’ils ne pourront rien comprendre. Leur raison et leur intelligence disparaîtront. À les voir, on les croira ivres. Pourtant, ils ne seront pas ivres ; incapables de déterminer ce qu’ils doivent faire, ils se comporteront ainsi. Ce ne sont là que les effets les plus infimes du châtiment d’Allah. On aura l’impression que les gens voient ces événements se dérouler sous leurs yeux. Leur esprit cherchera à les concevoir, mais l’épouvante terrifiante leur fera tout oublier. C’est pourquoi elle ne pourra pas s’imprimer durablement dans leur monde intérieur.
4. Trois scènes terrifiantes de la Résurrection ont été présentées précédemment ; leur image, devenue vivante, se profile sous les yeux. Mais il existe aussi des scènes qui ne font qu’ébranler les sentiments :
(Arabe***********)
Ce jour-là, chacun n’aura qu’une seule préoccupation, qui l’accaparera entièrement.
(Arabe***********)
Ce jour-là, l’ami le plus intime ne demandera même pas des nouvelles de son autre ami.
Quelle image concise, mais combien saisissante, de l’inquiétude et de l’angoisse pourrait-on donner de plus frappante que celle-ci ? Dans le cœur, il n’y a plus de place pour rien d’autre que l’inquiétude et l’angoisse. L’angoisse accapare tellement le cœur et l’esprit qu’elle ne lui laisse même pas le loisir de penser à autre chose.
5. Une autre scène de la survenue de la Résurrection et du rassemblement, après leur sortie des tombes, dans la plaine du Rassemblement. Ces scènes sont quelque peu développées. Pourtant, une brève pause est perceptible entre chacune d’elles.
(Arabe***********)
Ils n’attendent qu’un cri terrifiant qui les frappera alors qu’ils se querelleront. Ils ne pourront alors même pas faire leurs dernières volontés, ni retourner auprès de leurs familles. (Sourate Yâ-Sîn : 49-50)
Il est ici question du premier souffle dans la Trompe. Dès le premier cri, la catastrophe commencera. Elle surviendra si rapidement qu’ils n’auront même pas le temps de faire leurs dernières volontés. Les habitants des tombes se lèveront de leurs tombes. Que se passera-t-il ensuite ? Il est dit :
(Arabe***********)
On soufflera dans la Trompe, et aussitôt ils sortiront de leurs tombes et se précipiteront vers leur Seigneur. Ils diront : « Hélas pour nous ! Qui nous a réveillés de notre sommeil ? Le Tout Miséricordieux, Allah, avait pourtant promis cela, et les messagers ont dit vrai. » (Yâ-Sîn : 51-52)
Il est ici question du second souffle. Au premier souffle, tout sera détruit. Après le second souffle, tous se lèveront de leurs tombes, désemparés et bouleversés. Étonnés, les croyants se demanderont les uns aux autres : « Qui nous a réveillés d’un sommeil si paisible ? » Puis, en voyant leur environnement et la situation, ils concluront eux-mêmes et diront : « La promesse que le Seigneur Miséricordieux nous avait faite, ainsi que la nouvelle que les prophètes et les messagers nous avaient annoncée, s’est aujourd’hui réalisée. »
(Arabe***********)
Ce ne sera qu’un cri terrible. À cet instant même, ils seront tous amenés devant Moi. Ce jour-là, nul ne sera lésé ; vous ne serez rétribués que pour ce que vous faisiez. (Yâ-Sîn : 53-54)
Ce sera le dernier souffle, comme si les hommes se tenaient debout devant Allah. Ce jour-là, les hommes y seront rassemblés selon leurs œuvres. Cette scène s’achève pour l’instant ici.
Désormais, quiconque récitera le Coran verra lui-même ces scènes. Il aura l’impression que ces paroles lui sont directement adressées : « Ce jour-là, nul ne sera lésé ; vous ne serez rétribués que pour ce que vous ferez. »
6. Le Jour de la Résurrection, lorsque tous les hommes seront rassemblés et devront rendre des comptes devant Allah, nous voyons un groupe de gens qui, sur terre, étaient voisins les uns des autres, mais dont les relations n’étaient pas bonnes. Ils étaient remplis d’orgueil et de vanité. Ils traitaient leur voisin d’égaré et faisaient souffrir nombre de croyants parmi eux. Lorsque les croyants revendiquaient le droit d’être au Paradis, ils se mettaient à les railler et à se moquer d’eux. Ce jour-là, ils seront introduits en Enfer par groupes. Dès qu’un groupe y entrera, on informera ses membres au sujet d’un autre groupe.
(Arabe***********)
Voici un groupe qui entre avec vous. (Sourate Sâd : 59)
En réponse, il sera dit : (Arabe***********)
Il n’y aura pour eux aucun souhait de bienvenue, car ils entreront en Enfer. (Sourate Ṣād : 59)
Celui qu’il insultait restera-t-il silencieux en entendant cela ? Certes non. Il dira alors :
(Arabe***********)
Ils diront : Il n’y a pas non plus de souhait de bienvenue pour vous. C’est vous qui nous avez exposés à cette calamité. Quelle détestable demeure ! (Sourate Ṣād : 60)
Puis ils s’écrieront d’une seule voix :(Arabe***********)
Ils diront : Ô notre Seigneur ! Infligez le double du châtiment à celui qui nous y a conduits. (Sourate Ṣād : 61)
Que se passera-t-il ensuite ? Ils ne verront pas là les croyants qu’ils raillaient et tourmentaient sur terre pour soulager leur ressentiment. Comment se fait-il qu’ils ne soient pas aujourd’hui avec eux en Enfer ?
(Arabe***********)
Et ils diront : « Qu’avons-nous donc ? Nous ne voyons pas ceux que nous considérions comme mauvais. Les prenions-nous pour objets de moquerie à tort, ou bien nos yeux se trompent-ils ? » À ce sujet, la querelle des habitants de l’Enfer est inévitable. (Sourate Ṣād : 62-64)
La querelle des habitants de l’Enfer nous est présentée comme si chacun de nous en était témoin. Chaque être humain pense que sa propre image y est représentée. Il s’efforce donc de se libérer de cette situation misérable. Et grâce à cet effort, il lui sera peut-être possible d’échapper à cette situation.
Scènes de paix et de châtiment
Dans les discussions précédentes, nous avons observé les scènes de la tombe, de la Résurrection et du rassemblement. À présent, nous allons contempler quelques scènes de la paix du Paradis et du châtiment de l’Enfer.
1. Il est dit au sujet des habitants de l’Enfer :
(Arabe************)
Les mécréants seront conduits par groupes vers l’Enfer. Lorsqu’ils y arriveront, ses portes seront ouvertes, et les gardiens de l’Enfer leur diront : « Des prophètes et des messagers issus des vôtres ne sont-ils pas venus à vous, vous récitant les versets de votre Seigneur et vous avertissant de la rencontre de ce jour ? » Ils répondront : « Si. » Mais le châtiment sera devenu inéluctable pour les mécréants. Puis il leur sera dit : « Entrez par les portes de l’Enfer, pour y demeurer éternellement. » Quel détestable séjour que celui des orgueilleux !
Il est dit au sujet des habitants du Paradis :
(Arabe**********)
Ceux qui craignaient leur Seigneur seront conduits vers le Paradis par groupes. Lorsqu’ils y entreront par ses portes grandes ouvertes, les gardiens du Paradis leur diront : « Paix sur vous ! Soyez heureux et entrez dans ce Paradis pour y demeurer éternellement. » Ils diront : « Louange à Allah, qui a tenu Sa promesse envers nous et nous a fait hériter de cette demeure. Nous séjournerons dans le Paradis où nous voudrons. » (Voyez) comme la récompense de ceux qui œuvrent est excellente ! (Sourate az-Zumar : 73-64)
La scène s’achève avec le verset suivant :
(Arabe*************)
Tu vois les anges entourer le Trône et proclamer la sainteté de leur Seigneur. La justice sera rendue entre eux tous. Il sera dit : « Louange à Allah, le Seigneur des mondes. »
Ces tableaux sont si nets qu’ils ne laissent place à aucune explication particulière. Mais venez, suivons les damnés de l’Enfer et les habitants du Paradis afin de connaître certains de leurs états.
2. À propos des damnés de l’Enfer, il est dit :
(Arabe***********)
L’arbre de Zaqqoum sera certainement la nourriture des pécheurs. Il bouillonnera dans leurs ventres comme du cuivre fondu, tout comme l’eau bout. (Il sera dit 🙂 Saisissez-le et traînez-le au milieu de la Géhenne, puis versez sur sa tête le châtiment de l’eau bouillante. (Il sera encore dit 🙂 Goûte ! Toi qui étais si honoré et si noble… Vous étiez pourtant dans le doute à ce sujet.
Aussitôt, il est question des habitants du Paradis en ces termes :
(Arabe*************)
Certes, les pieux seront dans un lieu sûr, parmi des sources et des jardins. Ils porteront des vêtements de soie fine et épaisse et seront assis face à face. Il en sera ainsi. Et Nous les unirons à des houris aux beaux yeux. Là, ils demanderont paisiblement toutes sortes de fruits. Ils n’y goûteront aucune mort, hormis la première mort, et ils seront préservés du châtiment de la Géhenne. (Sourate Ad-Dukhân : 51-56)
3. Nous avons achevé les scènes de la Résurrection à un endroit où figuraient deux tableaux opposés. Ici encore, voici plusieurs tableaux du même genre :
(Arabe************)
Les habitants du Paradis appelleront les habitants de la Géhenne : Nous avons trouvé vraie la promesse que notre Seigneur nous avait faite. Avez-vous donc, vous aussi, trouvé vraie la promesse de votre Seigneur ? Ils répondront : Oui. Alors un crieur annoncera, debout entre eux : Que la malédiction d’Allah soit sur les injustes, qui détournaient les gens du chemin d’Allah et y recherchaient la déviation, et qui ne croyaient pas à l’Au-delà.
(Arabe***********)
Entre les deux, il y aura une muraille, et sur les hauteurs d’Al-A‘râf se trouveront de nombreux hommes. Ils reconnaîtront chacun à ses signes. Ils appelleront les gens du Paradis et leur diront : « Que la paix soit sur vous ! » Ils n’y seront pas encore entrés, mais ils en auront le désir. Lorsque leurs regards se porteront sur les gens de l’Enfer, ils diront : « Ô notre Seigneur, ne nous place pas avec les injustes ! » (Sourate Al-A‘râf, 46-47).
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Les gens d’Al-A‘râf appelleront ceux qu’ils reconnaîtront à leurs signes et leur diront : « Votre groupe et votre arrogance ne vous ont été d’aucune utilité. Est-ce bien ceux au sujet desquels vous juriez qu’Allah ne leur accorderait aucune miséricorde ? » Il sera dit : « Entrez au Paradis ! Vous n’aurez aucune crainte et vous ne serez jamais affligés. » Les gens de l’Enfer appelleront les gens du Paradis et leur diront : « Répandez sur nous un peu de nourriture et de boisson, ou donnez-nous de ce qu’Allah vous a accordé comme subsistance. » Ils répondront : « Allah a interdit tout cela aux mécréants. »
Dans les passages cités ci-dessus apparaissent plusieurs scènes qui se succèdent devant nos yeux.
À la lecture de ces versets, il semble que nous nous tenions devant les gens du Paradis et ceux de l’Enfer. Les gens du Paradis s’adressent aux gens de l’Enfer en disant : « Nous avons trouvé véridique la promesse que notre Seigneur nous avait faite. Avez-vous, vous aussi, trouvé véridique la promesse qu’Il vous avait faite ? » La raillerie adressée aux gens de l’Enfer à travers cette question est manifeste. Mais le plus étonnant est qu’ils ne pourront pas la nier ; ils seront au contraire contraints de la reconnaître. Alors, un héraut se tiendra entre les deux groupes et proclamera : « La malédiction d’Allah soit sur les injustes ! »
Puis nous nous retrouvons devant les gens d’Al-A‘râf et nous les voyons situés entre le Paradis et l’Enfer : un groupe d’hommes rassemblés sur une haute muraille, d’où l’on peut voir à la fois le Paradis et l’Enfer. Dès qu’ils aperçoivent les gens du Paradis, ils les saluent et les accueillent ; mais lorsque leurs regards se portent sur les gens de l’Enfer, ils les réprimandent et les blâment aussitôt, en leur disant : « N’étiez-vous pas ceux qui, sur terre, juriez au sujet des gens du Paradis qu’Allah ne leur accorderait aucune miséricorde ? Regardez donc où ils se trouvent aujourd’hui : dans le Paradis, avec quelle splendeur, quel honneur et quelle dignité ! »
Puis nous voyons les gens de l’Enfer implorer de la nourriture et de la boisson. Allah a placé toutes les délices devant les gens du Paradis, mais ceux-ci les congédient en leur disant simplement : « Allah a interdit aux mécréants la nourriture et la boisson du Paradis, toutes deux. »
Voilà la scène de la Résurrection, la scène de la félicité et du châtiment du Paradis et de l’Enfer. La question qui se pose maintenant est la suivante : lorsque les lecteurs lisent ces versets, pensent-ils que ces événements auront lieu dans l’avenir ? Ou bien ont-ils le sentiment qu’ils se déroulent en ce moment même, sous leurs yeux ?
Par Allah ! Chaque fois que j’ai lu ces versets, je me suis perdu. J’ai complètement oublié que je voyais ces événements sous le couvert d’un sujet coranique. Au contraire, j’ai eu l’impression d’assister de mes propres yeux au déroulement de tous ces événements, comme à une scène non imaginaire, mais réellement visible. À vrai dire, ce n’est rien d’autre qu’une technique miraculeuse et un talent artistique extraordinaires du Noble Coran.
Je voulais mettre fin ici à cette discussion. Mais le fait est que, parmi les buts et les objectifs pour lesquels le Noble Coran a été révélé, il en est un qui semble, à première vue, faire exception au procédé de la représentation imagée. Il s’agit du fait que le Coran appelle les gens à la religion au moyen du raisonnement et de l’argumentation.
On peut laisser de côté la nature du Noble Coran et les moyens de la représentation imagée, et adopter des moyens cognitifs. Pourtant, même pour atteindre cet objectif, le Noble Coran a employé la méthode de la représentation imagée. Cela montre que cette méthode prédomine sur les autres méthodes du Coran. C’est précisément de ce sujet que je veux parler dans ce chapitre. Je l’examinerai brièvement, avec des exemples, si Allah le veut. Vous trouverez une étude détaillée à la fin de l’ouvrage, dans un chapitre distinct.
4. Parmi les scènes naturelles, la scène immuable et éternelle est celle du ciel, toujours visible. Le Noble Coran attire l’attention de l’homme vers le ciel en maints endroits et lui dit : regarde, c’est une preuve éclatante de la puissance d’Allah. Il est dit :
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C’est Allah qui envoie les vents, puis ceux-ci mettent les nuages en mouvement. Ensuite, Il les déploie dans le ciel comme Il le veut et les dispose en couches. Puis tu vois la pluie tomber de ces nuages. Il la fait parvenir à ceux de Ses serviteurs qu’Il veut, et voilà qu’ils se réjouissent. Alors qu’auparavant, avant que cette pluie ne tombe sur eux, ils étaient désespérés. Regarde donc les effets de la miséricorde d’Allah : comment Il redonne vie à la terre morte. Certes, Il fera revivre les morts et Il est pleinement capable de toute chose. (Sourate Ar-Rûm : 48-50)
Observez comment la puissance d’Allah est à l’œuvre : le vent qui souffle, puis qui se charge de vapeur d’eau, avant de se transformer en nuages, et enfin la pluie qui tombe des nuages. Et cette pluie devient une source de joie pour les gens ordinaires. Son objectif est de redonner vie à la terre morte et desséchée et de la rendre verdoyante. Lorsque ces scènes se succèdent dans l’esprit, elles ne peuvent manquer d’influencer l’inconscient de l’homme. Finalement, il parvient à la conclusion que
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Certes, c’est Lui qui ressuscite les morts et qui est capable de toute chose.
5. La portée de la quatrième scène était vaste, tandis que la cinquième scène est liée à la terre. Ces deux scènes sont entièrement différentes. Réfléchissez donc :
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N’as-tu pas vu qu’Allah fait descendre du ciel une eau, puis qu’Il la fait couler dans des sources sur la terre, grâce à laquelle Il fait pousser des cultures aux couleurs variées ? Puis celles-ci se dessèchent, et tu les vois jaunies. Ensuite, Allah les réduit en débris secs. Il y a certes là un rappel pour les doués d’intelligence. (Az-Zumar : 21)
C’est une représentation de la terre. Cette représentation décrit les différents états de la terre. Chaque état donne à l’être humain l’occasion de le voir et d’y réfléchir. Regardez : la pluie tombe du ciel. Grâce à cette pluie, la terre se couvre de fruits et de cultures aux couleurs variées. Puis ces cultures mûrissent et prennent une couleur brune. Finalement, elles se transforment en débris secs et se mêlent à la terre. Dans ce verset, la manière et l’emplacement où le mot « thumma » est employé offrent aux yeux et à l’esprit toute latitude pour réfléchir, avant même que le deuxième état n’apparaisse devant les yeux. On y trouve l’agencement et la présentation nécessaires pour placer une scène sous les yeux de l’être humain. (Une discussion détaillée à ce sujet viendra plus loin, si Allah le veut.)
6. Certaines scènes sont véritablement vivantes. Regardez : l’oiseau replie ses pattes et vole dans le ciel en s’appuyant uniquement sur ses ailes. Puis, au moment d’atterrir, il se pose sur ses pattes. Il est dit :
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N’observent-ils donc pas les oiseaux au-dessus d’eux, déployant et repliant leurs ailes en plein vol ? C’est le Tout Miséricordieux, Allah, qui les maintient. Certes, Il voit parfaitement toute chose. (Sourate Al-Mulk : 19)
Ce verset présente deux scènes. Premièrement, l’oiseau vole dans le ciel en déployant ses ailes et, pendant son vol, il replie ses pattes. Deuxièmement, au moment d’atterrir, il déploie à l’avance ses deux pattes afin de s’y appuyer pour se tenir debout. L’être humain voit constamment cette scène, mais il n’y prête jamais attention. Le Coran lui a montré, comme en lui mettant le doigt sous les yeux, un signe de la puissance d’Allah.
7. Une autre scène se reproduit sans cesse sur la terre, mais l’être humain ne la regarde pas les yeux ouverts et ne ressent pas le besoin de l’observer. S’il réfléchissait à son mystère, de nouveaux horizons de connaissance s’ouvriraient devant lui. Il s’agit de l’ombre des corps matériels, qui paraît immobile à première vue, mais qui, en réalité, se déplace subtilement. Il est dit :
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Ne vois-tu pas comment ton Seigneur étend l’ombre ? S’Il le voulait, Il pourrait la maintenir immobile. Ensuite, J’ai fait du soleil son indicateur. Puis Je la ramène progressivement vers Moi. (Sourate al-Furqân : 45-46)
Les deux versets mentionnés ébranlent l’univers de la pensée humaine. Ils attirent le cœur et l’esprit. Le monde ne manque pas de scènes de ce genre, qui s’offrent à nos yeux à chaque instant. Mais lorsque l’attention est attirée vers leur signification profonde, elles apparaissent alors comme une réalité nouvelle. Cela n’est possible que lorsqu’une scène est observée simultanément par les yeux, le cœur et le cerveau.
8. Il existe dans le monde bien des choses considérées comme instructives. Mais ce qui touche le plus profondément la sensibilité humaine, ce sont les vestiges de la destruction d’un peuple. L’œil les perçoit extérieurement, tandis que l’œil du cœur les observe attentivement. C’est pourquoi le Coran a attiré l’attention des hommes sur ce point sensible afin d’influencer leur pensée et leur conscience quant au sort des criminels. Il est dit :
(Arabe**********)
Ne parcourent-ils pas la terre et ne voient-ils pas quel a été le sort de ceux qui les ont précédés ? Ceux-ci étaient plus puissants qu’eux, ils cultivaient la terre et en tiraient des récoltes plus abondantes qu’eux. Les Messagers leur apportèrent des signes manifestes. En vérité, Allah ne leur a fait aucun tort ; mais ils se sont fait tort à eux-mêmes. (Ar-Rûm : 9)
L’exposé qui précède prouve que le Coran a adopté la méthode de la représentation et de la visualisation comme un style. C’est pourquoi cette méthode de représentation revêt une importance fondamentale. Elle est liée à l’ensemble des thèmes et des objectifs. Il s’agit d’une caractéristique indispensable du Coran, que les spécialistes du Coran retrouvent à travers toutes ses pages.
Quatrième chapitre
L’imagination et la représentation
Nous disons que, par la visualisation et la représentation, le Coran expose son message selon un style qui lui est propre. C’est là le fondement, ou la base, de son mode d’expression. Cela ne signifie pas pour autant que l’importance du vaste contenu ait pris fin, ni que nous lui ayons pleinement rendu justice. Bien au contraire, l’importance du contenu demeure encore aujourd’hui pleinement présente dans sa spécificité. Tout en gardant cela à l’esprit, nous ressentons la nécessité de consacrer un chapitre distinct à cette question.
On pourrait demander : sur quelle base ces images sont-elles fondées ? Nous en avons donné un aperçu au début du chapitre précédent. Nous y avons dit que cette méthode est parfois employée pour détourner le regard du monde de la pensée vers le monde réel, c’est-à-dire pour transformer une réalité imaginée en objet de perception sensorielle. De même, la nature de l’être humain et la nature elle-même sont présentées sous forme d’images compréhensibles. Il arrive souvent qu’une réalité relevant de la sensation soit exprimée sous la forme d’une image imaginée. Puis, afin de donner du mouvement à cette image, on y fait naître une activité organique. Elle vient ainsi bouleverser le monde de la pensée. Alors, l’objet qui échappe aux sens apparaît devant les yeux comme une image vivante et mobile, qu’il s’agisse de la représentation d’un accident ou d’une scène ordinaire ou événementielle. Si, en plus de la vie et du mouvement, on lui donne la parole, tous les éléments de l’imagination s’y trouvent réunis et il ne reste plus rien à ajouter. Tous les exemples et toutes les comparaisons que j’ai présentés dans l’exposé précédent attestent la vérité de cette affirmation. Certes, le but de leur étude dans ce chapitre était d’expliquer comment le Coran recourt à la méthode de la représentation pour exposer son message. Mais, dans le présent chapitre, nous ne considérerons pas comme suffisante la simple citation des comparaisons précédentes. La raison en est que le Coran est à notre disposition, riche de nouveaux exemples et de nouvelles comparaisons. Nous en sélectionnerons quelques-unes qui indiqueront pleinement le sujet précis : les règles et les principes de la représentation de l’imagination et de la perception.
Le Takhayyul ou l’imagination
Parmi les images coraniques, rares sont celles qui se présentent à nous dans le silence et le mutisme. La plupart renferment une stimulation manifeste ou cachée. C’est cette stimulation qui fait naître le frémissement de la vie et les met en mouvement. Il faut garder à l’esprit que le fait d’ébranler la pensée ne se trouve pas seulement dans certaines scènes d’accidents, de la Résurrection, ou de la félicité et du châtiment ; il se trouve aussi là où on ne s’y attendrait pas.
Nous voulons expliquer quelle est la nature et la forme de cette agitation. Il convient de noter que c’est précisément grâce à ce type de frémissement vital que les objets manifestes paraissent vivants. Même la vie invisible pour l’être humain n’échappe pas à cette stimulation. Nous appellerons cette stimulation le « Takhayyul hissî », ou perception imaginée. Cette stimulation est présente dans chaque image coranique. Ce frémissement de la vie est présent dans chacune d’elles de telle manière qu’on y perçoit les différents courants et aspects de la vie.
Le tajsîm ou la représentation
Dans le Coran, on trouve un autre élément lié à la figuration, et la représentation peut être considérée comme le fondement du tajsîm. Le Coran est allé très loin dans ce domaine. Il insiste même sur la nécessité de mettre ouvertement en évidence des sujets qui devraient être maintenus à l’écart de son courant principal. Il arrive aussi qu’ils soient présentés sous une forme corporelle, comme l’Essence et les Attributs d’Allah (Son être et Ses qualités). Ce qui s’impose incontestablement à nous est donc le suivant : le Coran a donné la priorité au style de la représentation sur les autres procédés. Mais il a également averti que la méthode de la représentation peut parfois entraîner des conséquences dangereuses. Je vais maintenant tenter d’éclaircir cette question à l’aide d’exemples.
La personnification : 1. Il existe un type d’imagination que nous pouvons appeler tashkhîs, ou personnification. Le tashkhîs consiste à donner la vie à ce qui en est dépourvu. Ainsi, un paysage naturel ou tout autre objet inanimé est présenté sous une forme vivante et intelligible. Souvent, cette vie est développée jusqu’à lui donner une apparence humaine, avec même des éléments extérieurs et des sentiments. Les objets sans vie se voient attribuer des intérêts, des élans et une animation humains. Grâce à cela, ils s’approchent des hommes et interagissent avec eux. Ils apparaissent devant eux sous diverses couleurs et différents vêtements. L’homme est alors contraint de les considérer comme vivants. Il lui semble qu’il les voit de ses propres yeux et les perçoit par ses sens. En observant leur sensibilité subtile et leur activité, l’homme en est même effrayé et bouleversé. Ainsi, dans un verset, le matin est représenté comme vivant et respirant.(Arabe****)— Par le matin, lorsqu’il respire. (At-Takwîr : 18)
À la récitation de ce verset, on en vient à concevoir que le moment du « matin » est une chose vivante, puisqu’il respire. Au point que, lorsqu’il respire, ses dents semblent même devenir visibles. Cette vie ne paraît pas être seulement celle du « matin », mais celle de l’ensemble de l’univers et de la nature. Ainsi, il est dit que la nuit court très vivement derrière le jour pour le rattraper, mais qu’elle n’y parvient pas. Il est dit :
(Arabe*********)
Il revêt la nuit du jour. Dans cet état, le jour vient en courant derrière la nuit. (Sourate Al-A‘râf : 54)
De même que la course réciproque de la nuit et du jour n’a pas de fin, la faculté de penser de l’homme court elle aussi, dans la même mesure, derrière eux. Voyez encore : il est question du déplacement de la nuit.
(Arabe*******)
Et par la nuit lorsqu’elle s’en va. (Sourate al-Fajr : 4)
À peine le verset est-il récité que le lecteur voit apparaître sous ses yeux la nuit, telle une chose, qui ne cesse de voyager sur les chemins sans limites de la terre. Une image très familière. Regardez encore : la terre et le ciel sont considérés comme doués d’intelligence, on s’adresse à eux et, aussitôt, ils répondent :
(Arabe*********)
Puis Il se tourna vers le ciel, qui était fumée ; ensuite, Il lui dit, ainsi qu’à la terre : « Venez tous deux, de gré ou de force. » Ils dirent : « Nous venons de plein gré. »
Imaginez, avec les yeux de l’imagination, que le ciel et la terre sont appelés. Ils répondent à cet appel. Regardez la lune, le soleil, la nuit et le jour, chacun se déplaçant sur sa propre trajectoire et selon son propre mouvement. Mais—
(Arabe*************)
Le soleil ne peut rattraper la lune, et la nuit ne devance pas le jour. (Sourate Yâ-Sîn : 40)
Allah, le Tout-Puissant, a déterminé cette alternance de la nuit et du jour, afin que jamais la nuit seule, ni le jour seul, ne se prolonge sans interruption. Regardez la terre. Une terre morte. La pluie y tombe. Et aussitôt elle reprend vie et se réveille.
(Arabe***********)
Tu vois la terre desséchée et désolée ; puis, lorsque J’y fais descendre la pluie, elle devient fraîche⁸ et se gonfle, produisant toutes sortes de belles plantes. (Sourate Al-Hajj : 5)
Il est dit ailleurs :
(Arabe*******)
Un autre de Ses signes est que tu vois la terre désolée et stérile. Lorsque J’y fais descendre la pluie, elle se couvre de fleurs et de fruits. (Sourate Fussilat : 39)
Ainsi, la terre morte et désolée retrouve une nouvelle vie en un instant.
La scène de l’Enfer : voici l’Enfer. Quel Enfer ? Une chose destructrice et extrêmement douloureuse, dont personne ne peut sortir vivant. Là, il ne sera même pas possible de faire le moindre mouvement. Ceux qui, sur terre, étaient appelés vers la guidance, mais s’en détournaient, s’y trouveront. Ce qui est étonnant, c’est qu’à présent, dès qu’ils seront appelés vers l’Enfer, ils viendront et se présenteront. C’est cet Enfer qui, à la vue des criminels, s’embrasera de colère et continuera à gronder et à rugir terriblement. Les quelques versets suivants en donnent un aperçu :
(Arabe***********)
Ce jour-là, Je demanderai à la Géhenne : « Es-tu pleine ? » Elle répondra : « Y en a-t-il encore ? » (sourate Qaf : 30)
(Arabe**********)
Lorsque la Géhenne les verra de loin, ils entendront son grondement et ses rugissements. (sourate Al-Furqan : 12)
(Arabe************)
Lorsqu’ils y seront jetés, ils en entendront le grondement furieux. La Géhenne éclatera de rage. (sourate Al-Mulk : 7-8)
(Arabe************)
Non, jamais ! C’est certes un feu flamboyant, qui brûle la peau. Il appellera celui qui tournait le dos à la vérité et s’en détournait, qui amassait des richesses et les thésaurisait.
Voici ce qu’il en est de l’ombre sous laquelle les criminels viendront chercher refuge :
(Arabe*******)
L’ombre des volutes de fumée, qui n’est ni fraîche ni réconfortante. (Sourate Al-Waqi’a : 43-44)
Sous cette ombre, les damnés suffoqueront et seront désorientés. Cette ombre ne leur procurera ni fraîcheur ni réconfort. Elle n’aura même pas une apparence agréable.
Et observez le déplacement de l’air chargé d’eau de pluie :
(Arabe**********)
Je dirige des vents chargés d’eau et fais tomber la pluie du ciel. (Sourate Al-Hijr : 22)
Les vents sont décrits comme étant (***) (enceints de pluie), et la vie est ainsi insufflée en eux. On dirait que les vents sont fécondés par l’eau, puis qu’ils se libèrent de leur grossesse en faisant tomber la pluie.
Il est également dit :
(Arabe**********)
Lorsque la colère de Moïse se fut apaisée, il prit les tablettes.
(Arabe**********)
Puis, lorsque l’effroi d’Abraham se fut dissipé et que la bonne nouvelle lui fut parvenue, il se mit à discuter avec Moi au sujet du peuple de Lot.
Voyez : dans les deux versets précédents, il est question de la colère qui s’intensifie puis s’apaise, de la peur qui se dissipe et de la bonne nouvelle qui va et vient. On dirait des êtres vivants, en lesquels on perçoit une réaction vitale.
2. Une autre forme du takhyîl, ou représentation imaginaire, consiste à se présenter devant nous sous la forme d’une image en mouvement, par laquelle un état ou une signification est exprimé. C’est, par exemple, l’image de l’homme qui adore Allah en se tenant dans une position marginale : lorsque sa situation lui paraît favorable, il est satisfait, mais s’il est plongé dans une épreuve, il s’éloigne de l’islam. Ou encore l’image des musulmans, avant leur conversion à l’islam, qui se tenaient au bord d’une fosse de feu. Ou bien l’exemple de l’homme qui établit les fondations de sa maison au bord d’une fosse qui le précipitera, avec son édifice, dans le feu de la Géhenne. Ce sont toutes des images débordantes de vie et de mouvement. La dernière image a atteint le sommet de la perfection ; j’en ai parlé dans le chapitre consacré à l’« image artistique ».
L’image d’un chameau bien en chair qui tente de passer par le chas d’une aiguille constitue un autre exemple de takhyîl. Elle est évoquée à propos des mécréants, qui ne seront en aucun cas pardonnés et ne pourront pas non plus entrer au Paradis. Face à un tel exemple animé du châtiment, la faculté de réflexion reste stupéfaite. En effet, tant que la pensée lui demeure soumise, son mouvement ne peut atteindre son plein développement, et même après avoir pris une forme concrète, il ne peut se maintenir longtemps. Il est dit :
(Arabe**********)
Dis : si la mer était une encre pour écrire les paroles de mon Seigneur, elle s’épuiserait avant que ne s’épuisent les paroles de mon Seigneur, quand bien même Nous lui en apporterions une autre semblable en renfort. (Sourate al-Kahf : 109)
L’image toujours en mouvement qui envahit l’univers de la pensée à la lecture de ce verset est la suivante : les louanges d’Allah sont écrites avec l’eau de la mer, mais elles ne s’achèvent pas et ne pourront jamais s’achever. C’est une image dynamique et ininterrompue. L’eau de la mer s’épuise, mais il n’est pas possible d’achever l’écriture des louanges d’Allah. C’est ainsi que cette dynamique atteint sa plénitude.
L’image qui se dessine dans l’esprit à partir des versets suivants correspond également à l’image évoquée ci-dessus.
(Arabe**********)
Celui qui sera éloigné de l’Enfer et admis au Paradis aura certes réussi. (Sourate Âl ʿImrân : 185)
(Arabe**********)
Une telle longévité ne pourra pas les préserver du châtiment. (Sourate al-Baqara : 96)
Dans ce verset, c’est le mot *** lui-même qui fait ressentir le mouvement, lequel se manifeste dans l’imagination sous la forme d’une image en mouvement. C’est un point important, que nous comprendrons clairement en avançant un peu plus loin.
De cette dynamique surgit aux yeux de l’imagination l’image d’un homme debout au bord d’une fosse de feu, dont les flammes dévorantes se sont avancées jusqu’à lui.
3. Le takhayyul, ou imagination, possède également une forme qui crée du mouvement dans l’imagination. Ce mouvement est suscité chez l’être humain par certains mots. En voici un exemple :
(Arabe**********)
Je me tournerai vers leurs œuvres, puis Je les réduirai en poussière dispersée. (Sourate Al-Furqân : 23)
Nous avons déjà expliqué, dans le chapitre « L’image artistique », que transformer les œuvres en poussière signifie anéantir leurs actes. C’est une image perceptible par les sens. Nous allons maintenant examiner la portée du terme qaddimnā. Ce terme indique que leurs bonnes œuvres seront présentées devant eux avant d’être détruites. Si le terme qaddimnā était supprimé de la phrase, le fil de la pensée serait rompu. Du même coup, toute la beauté qui lui est liée disparaîtrait, bien que le mouvement des particules de poussière se poursuive encore. Le verset suivant constitue également un bel exemple.
(Arabe**********)
Dis : invoquerais-je, en dehors d’Allah, quelque chose qui ne peut ni nous être utile ni nous nuire ? Reviendrions-nous en arrière ? (Sourate Al-Anʿâm : 71)
Dans ce verset, l’expression décrit sous une forme perceptible par les sens ce qui est imperceptible : le fait de se détourner de la religion. Ainsi, cela se présente devant nous sous une forme sensible. Le verset suivant en offre également un exemple :
(Arabe**********)
Et ne suivez pas les pas de Satan. Il est assurément votre ennemi déclaré. (Sourate al-Baqara : 168)
L’intention était de dire : « Ne suivez pas Satan. » Mais les deux expressions « ne suivez pas » et « les pas » ont servi à peindre le mouvement de Satan. On a l’impression que Satan marche en tête et que les hommes — ceux qui le suivent — avancent derrière lui en suivant les traces de ses pas. Quelle image saisissante ! Satan est une force maléfique qui avait fait sortir du Paradis Adam, le père de l’humanité — que la paix soit sur lui. Pourtant, les hommes le suivent encore.
Voici un autre verset du même genre :
(Arabe**********)
Raconte-leur l’histoire de celui à qui J’avais donné Nos signes, mais qui s’en était détourné. Satan s’est alors mis à sa poursuite, et il est devenu du nombre des égarés. (Sourate al-A‘raf : 175)
Il existe une légère différence entre ce verset et le précédent. Dans celui-ci, Satan est placé derrière l’homme égaré. Dans le verset précédent, il est interdit de suivre Satan ; ici, c’est Satan lui-même qui poursuit l’homme.
Le verset suivant se rapporte également à ce sujet :
(Arabe**********)
(Ô serviteur) Ne poursuis pas ce dont tu n’as aucune connaissance. (Sourate Banî Isrâ’îl : 36)
Ici, la connaissance est imaginée comme une matière dotée d’un corps.
4. Une autre forme d’imagination consiste en une succession rapide de scènes visuelles. Nous avons déjà présenté des exemples de ce genre. Il s’agit de l’agitation des polythéistes, au sujet desquels le verset suivant dit :
(Arabe**********)
Quiconque associe des partenaires à Allah est comme s’il tombait du ciel ; puis un oiseau mangeur de charogne le happait, ou bien le vent l’emportait et le rejetait en un lieu éloigné. (Sourate Al-Hajj : 31)
Le verset suivant contient également une similitude :
(Arabe**********)
Celui qui pense qu’Allah ne l’aidera jamais, ni dans ce monde ni dans l’au-delà, qu’il tende donc une corde jusqu’au ciel, puis qu’il la coupe et voie si sa ruse peut dissiper sa colère. (Sourate al-Hajj : 15)
Une image étonnante est présentée dans ce verset. Celui qui nourrit la mauvaise opinion qu’Allah n’aidera pas Son Prophète ne fait que s’accabler inutilement le cœur. Celui qui ne peut pas faire preuve de patience dans cette situation ou qui n’est pas disposé à attendre l’accomplissement de la promesse d’Allah devrait transformer cette situation pour lui donner l’issue souhaitée. En réalité, de même qu’il est impossible de tendre une corde jusqu’au ciel et d’y monter, il lui est tout aussi impossible de modifier sa situation. S’il fixe une corde au ciel, tente d’y monter, échoue, la rompt et tombe à terre, il aura peut-être alors l’occasion d’y réfléchir quelque peu.
Le verset suivant présente également une déclaration de ce genre :
(Arabe**********)
Et si leur mépris t’est pénible, cherche donc un tunnel dans la terre ou dresse une échelle vers le ciel ; si tu peux leur apporter un signe, apporte-le. (Sourate al-An‘am : 35)
Le mépris que les mécréants manifestaient envers l’appel du Noble Messager lui était extrêmement pénible. Il aurait voulu pouvoir leur apporter et leur montrer un miracle approprié ; peut-être auraient-ils alors cru et suivi le droit chemin. Ce verset a été révélé en s’adressant directement au Noble Prophète. C’est pourquoi, eu égard à son honneur et à sa dignité, son attention y est attirée dans une langue extrêmement décente et raffinée, avec une subtile pointe d’humour. C’est un exemple remarquable d’image imaginaire, où la beauté artistique est pleinement présente.
5. Un autre style de l’imagination consiste à présenter les objets inanimés comme s’ils étaient animés.(Arabe**********)
Avec la vieillesse, ma tête est devenue blanche. (Sourate Maryam : 4)
Dans ce verset, les cheveux blancs sont comparés à un feu ardent. Les cheveux blancs sont imaginés comme atteignant l’état où la paille sèche s’enflamme au contact de la flamme. C’est pour cette raison que le verset acquiert sa beauté, comme nous l’avons expliqué précédemment.
La représentation : dans le chapitre précédent, nous avons présenté plusieurs exemples de représentation. La phrase métaphorique est employée afin de transformer son état intérieur en une forme déterminée. Cela est également lié au tajsîm, ou représentation. Nous présentons ci-dessous quelques exemples.
(Arabe**********)
Les œuvres de ceux qui ne croient pas en l’Essence de leur Seigneur sont semblables à des cendres sur lesquelles souffle un vent violent, un jour de tempête de poussière. (Sourate Ibrâhîm : 18)
(Arabe**********)
Ô vous qui croyez ! N’annulez pas vos aumônes en rappelant vos largesses et en causant du tort, à l’image de celui qui dépense ses biens pour être vu des gens et qui ne croit ni en Allah ni au Jour dernier. Son exemple est celui d’une pierre lisse sur laquelle se trouvait un peu de terre.
(Arabe**********)
L’exemple de ceux qui dépensent leurs biens dans le sentier d’Allah, recherchant Sa satisfaction et affermissant leur âme, est celui d’un jardin situé sur une hauteur. (Sourate Al-Baqara : 265)
(Arabe**********)
Ne vois-tu pas comment Allah propose une parabole : une bonne parole est pareille à un arbre. Ses racines sont fermes et ses branches s’étendent jusqu’au ciel. Il produit sans cesse ses fruits, par la permission de son Seigneur. Allah propose des exemples aux hommes afin qu’ils réfléchissent. Quant à l’exemple d’une mauvaise parole, c’est celui d’un mauvais arbre, arraché de la surface de la terre, qui n’a aucune stabilité. (Sourate Ibrâhîm : 24-16)
Il faut retenir que, selon nous, la figuration ne consiste pas simplement à comparer une chose à un objet intelligible. En effet, il est très courant de comparer un sujet suprasensible à un objet sensible. Pour nous, la figuration consiste à donner une forme et une réalité concrètes à un sujet suprasensible, non pas seulement au moyen de la comparaison et de la parabole, mais par le déroulement même des événements. Par exemple :
(Arabe**********)
Le jour où chacun verra devant ses yeux ce qu’il aura fait de bien, ainsi que ce qu’il aura fait de mal, ils souhaiteront qu’il y ait entre eux et ces œuvres une distance considérable. (Sourate Âl ‘Imrân : 30)
(Arabe**********)
Ils trouveront leurs œuvres présentées devant eux. Ton Seigneur ne fera tort à personne. (Sourate al-Kahf : 49)
(Arabe**********)
Vous trouverez auprès d’Allah les bonnes œuvres que vous aurez envoyées auparavant pour vous-mêmes. (Sourate al-Baqara : 110)
Les exemples précédents montrent que les œuvres sont des choses invisibles et dépourvues de forme. Mais ce jour-là, elles seront présentées sous une forme compréhensible. C’est cela qu’on appelle la représentation, ou tajsîm. Il semble que l’œuvre se présentera alors devant l’être humain sous une forme humaine. On comprend également que les œuvres accomplies dans ce monde restent confiées à Allah et qu’au Jour de la Résurrection, elles seront rendues aux serviteurs après avoir reçu une forme.
Ce jour-là, le péché sera transformé en un fardeau d’une immense taille. Il est dit :
(Arabe**********)Ce jour-là, ils porteront sur leur dos le fardeau de leurs péchés. (Sourate al-An‘âm : 31)
(Arabe**********)Ce jour-là, nul ne portera le fardeau d’un autre. (Sourate al-An‘âm : 164)
Les réalités invisibles sont également exprimées sous une forme concrète dans les versets suivants. Par exemple :
(Arabe**********)Et prenez des provisions avec vous. En vérité, la meilleure provision est la taqwa. (Sourate al-Baqara : 197)
Dans ce verset, la taqwa est appelée une provision.
(Arabe**********)Nous avons adopté la couleur d’Allah. Qui donc peut avoir une couleur meilleure que celle d’Allah ? (Sourate al-Baqara : 138)
Dans ce verset, la religion d’Allah est désignée comme une couleur.
(Arabe**********)
Ô vous qui croyez ! Entrez pleinement dans l’islam.
Dans ce verset, l’islam est présenté sous la forme de quelque chose dans lequel on peut entrer.
(Arabe**********)
Abandonnez les péchés manifestes et cachés. (Al-An‘âm : 120)
Dans ce verset, les péchés sont mis en relation avec ce qui est manifeste et ce qui est caché.
La restriction, la détresse, le chagrin, l’inquiétude et l’abattement employés au sens métaphorique sont des réalités abstraites et suprasensibles ; pourtant, les versets suivants les présentent de manière concrète :
(Arabe**********)
Quant aux trois autres qui étaient restés en arrière, la terre, malgré son immensité, devint étroite pour eux, leur vie devint insupportable et ils comprirent qu’il n’existait aucun refuge en dehors d’Allah. (Sourate At-Tawbah : 118)
Il est dit que la terre était devenue étroite pour eux. Cette étroitesse est ainsi mise en relation avec la terre. L’étroitesse et l’abattement sont des réalités abstraites et suprasensibles, mais ce verset les présente de manière concrète. La situation des Compagnons qui n’avaient pas participé à la bataille aux côtés du Prophète éminent (S) est ainsi rendue concrète. Parce qu’ils étaient restés en arrière, ils étaient si honteux, repentants et bouleversés qu’ils ne disposaient d’aucun refuge. Ils ne ressentirent pas le moindre soulagement, même pour un court instant, jusqu’à ce que leur repentir fût accepté auprès d’Allah.
Voici un autre verset du même genre :
(Arabe**********)
Avertis-les du Jour imminent, lorsque les âmes leur remonteront à la gorge et qu’ils seront sur le point d’étouffer. Les pécheurs n’auront ni ami ni intercesseur dont l’intercession puisse être acceptée. (Sourate Al-Mu’min : 18)
Ce verset donne l’impression que, sous l’effet de la détresse, l’âme quittera son emplacement originel et remontera jusqu’à la gorge.
(Arabe**********)
Puis, lorsque l’âme de quelqu’un remonte à la gorge et que vous regardez.
Ce verset montre que le rūḥ est une matière corporelle qui se meut et atteint la gorge.
(Arabe**********)
Cependant, ceux qui se joignent à un peuple avec lequel vous avez conclu un pacte, ou qui viennent à vous parce que leur cœur répugne à vous combattre ou à combattre leur propre peuple.
Autrement dit, à cause de cette perplexité et de cette incertitude, ils se trouvent dans une situation critique et ne parviennent pas à décider s’ils combattront leur propre peuple à vos côtés, ou s’ils s’uniront à leur peuple pour vous combattre.
3. Le Coran veut décrire les états intellectuels et suprasensibles des mécréants. Les mécréants entendent certes le Coran, mais ils ne peuvent en tirer aucun bienfait. On dirait qu’ils ne l’ont pas entendu. Le Coran présente cette réalité suprasensible de telle manière qu’il semble exister entre les mécréants et le Coran une barrière qui les empêche de suivre la voie du Coran. En voici quelques exemples :
(Arabe**********)
On les a certes éloignés du lieu d’écoute. (Sourate Ach-Chu‘arâ : 22)
(Arabe**********)
J’ai placé des voiles sur leurs cœurs afin qu’ils ne le comprennent pas, et J’ai mis une lourdeur dans leurs oreilles. (Sourate Al-An‘âm : 25)
(Arabe**********)
Ne méditent-ils donc pas sur le Coran, ou leurs cœurs sont-ils verrouillés ? (Sourate Muhammad : 24)
(Arabe**********)
Nous avons mis à leur cou des carcans jusqu’aux mentons, si bien que leurs têtes sont dressées. Nous avons placé devant eux une muraille et derrière eux une muraille, puis Nous les avons recouverts ; ainsi, ils ne voient pas. (Sourate Yâ-Sîn : 8-9)
(Arabe**********)
Allah a scellé leurs cœurs et leurs oreilles, et a couvert leurs yeux d’un voile. (Sourate al-Baqara : 7)
(Arabe**********)
Ceux dont les yeux sont voilés à l’égard de Mon rappel ne sont pas capables d’entendre. (Sourate al-Kahf : 101)
L’obstacle imperceptible qui a empêché les mécréants de s’engager sur la voie du Coran s’est matérialisé devant nous. Il semble être comme un mur. C’est ainsi qu’a été adopté un style de description produisant un impact extrêmement puissant.
4. Souvent, la description d’une chose est présentée d’une manière sensible, mais sa formulation est telle que, dès la première interpellation, on y perçoit l’empreinte de la vigueur et de la plénitude. Par exemple :(Arabe**********)
Le jour où le châtiment les enveloppera par-dessus leurs têtes et par-dessous leurs pieds. (Sourate al-‘Ankabut : 55)
Cela signifie que le châtiment les encerclera de toutes parts. La raison pour laquelle il est dit « d’en haut et d’en bas », plutôt que « de toutes parts », est que cette expression produit un effet plus puissant que le terme « de toutes parts ».
(Arabe**********)
Lorsqu’ils s’étaient approchés de vous, par les hauteurs et par les basses terres. (Sourate Al-Ahzab : 10)
(Arabe**********)
S’ils avaient pleinement observé la Torah, l’Évangile et ce qui leur a été révélé de la part de leur Seigneur, ils auraient pu manger de ce qui se trouve au-dessus d’eux et sous leurs pieds. (Sourate Al-Ma’idah : 66)
(Arabe**********)
Leurs visages semblent avoir été recouverts de morceaux de la nuit obscure. (Sourate Yunus : 27)
Il semble que la noirceur que revêtiront les visages des mécréants ne soit pas une simple couche de couleur ; ce sont plutôt des morceaux de la nuit noire qui auront recouvert leurs visages.
5. Une autre méthode de la tajsîm, ou représentation, consiste à décrire une réalité suprasensible en la rattachant à une réalité sensible. Ainsi, dans ce verset, le châtiment est associé à ce qui est fort, et, dans le verset suivant, le jour est qualifié de lourd.
(Arabe**********)Derrière eux se trouve également un châtiment sévère. (Sourate Ibrahim : 17)
(Arabe**********) Ils laissent derrière eux le jour pesant. (Sourate Ad-Dahr : 27)
Dans le premier verset, le châtiment est qualifié par un adjectif que l’on peut rendre par long, large et épais. Autrement dit, le terme « dur » s’emploie précisément pour les objets.
Dans le deuxième verset, le jour n’est pas présenté comme une durée, mais comme un objet dense, épais et pesant.
6. Voici quelques exemples où des réalités suprasensibles sont décrites en les associant à des réalités perceptibles par les sens :
(Arabe**********) Allah n’a placé deux cœurs dans le ventre d’aucun homme. (Sourate Al-Ahzab : 4)
(Arabe**********) Ne soyez pas comme cette femme qui filait laborieusement un fil, puis le déchirait en morceaux. (Sourate An-Nahl : 92)
(Arabe**********)
Que nul ne médit d’autrui. L’un de vous aimerait-il manger la chair de son frère mort ? (Sourate Al-Hujurat : 12)
Le premier verset explique qu’il est impossible de faire coexister dans un même cœur des choses de nature contradictoire. Le deuxième verset explique que promettre puis manquer à sa promesse est un acte aussi vain que celui d’une vieille femme qui file elle-même un fil avant de le défaire. Le troisième verset s’efforce de susciter l’aversion envers la médisance. Il est dit que le médisant dévore morceau par morceau la chair de son frère mort, car celui qui est absent est comparé à un mort. Ainsi, discuter des défauts d’une personne en son absence, ce n’est pas simplement parler de ses défauts : c’est comme déchirer sa chair morceau par morceau et la dévorer.
7. La méthode de représentation revêt une portée générale. Ainsi, il est dit que, le Jour du Jugement dernier, les œuvres recevront une forme et seront pesées. Il est dit :
(Arabe**********)Je placerai les balances de la justice au Jour de la Résurrection. (Sourate Al-Anbiyâ : 47)
(Arabe**********)
Ainsi, celui dont la balance sera lourde mènera une vie heureuse, tandis que celui dont la balance sera légère aura pour demeure Hawiya. (Sourate Al-Qâri‘a : 6-9)
(Arabe**********)
Si une œuvre ne représente que le poids d’une graine de moutarde, Je la ferai comparaître, et Je suis suffisant pour en demander compte. (Sourate Al-Anbiyâ : 47)
(Arabe**********)La moindre injustice, fût-elle du poids d’un fil, ne leur sera pas infligée. (Sourate An-Nisâ : 49)
(Arabe**********)Ils ne subiront pas la moindre injustice, fût-elle du poids d’un grain de sésame. (Sourate An-Nisâ : 124)
Dans les versets précédents, les œuvres et la Mîzân ont été désignées comme des objets corporels.
La réunion conjointe de l’imagination et de la figuration
Il arrive souvent que, dans un même verset du Coran, l’imagination et la figuration se trouvent réunies. L’objet suprasensible se détache alors de son origine. Il apparaît sous la forme d’un objet corporel et perceptible par les sens, et un mouvement imaginaire lui est également insufflé. Nous en avons déjà présenté des exemples. Mais nous voulons donner encore quelques nouveaux exemples de cette règle, afin de disposer de plusieurs exemples pour chaque règle. Il est dit :
(Arabe**********)
Bien plutôt, Je lance la vérité contre le mensonge, puis elle lui fracasse la tête. (Sourate Al-Anbiyâ : 18)
(Arabe**********)Il jeta la terreur dans leurs cœurs. (Sourate Al-Ahzâb : 26)
(Arabe**********)J’ai répandu entre eux la haine jusqu’au Jour de la Résurrection. (Sourate Al-Mâ’ida : 64)
(Arabe**********)Puis Allah fit descendre, de Sa part, la sérénité sur Son Messager et les croyants. (Sourate At-Tawbah : 26)
(Arabe**********)Incline-toi devant eux avec humilité et douceur. (Sourate Banî Isrâ’îl : 24)
Relisez plusieurs fois les versets mentionnés et réfléchissez-y. Dans le premier verset, on a l’impression que la vérité est une sorte de projectile lancé par le vent qui, en s’abattant sur le faux, le réduit en pièces. Dans le deuxième verset, la peur est présentée comme une matière dure qui peut être lancée de loin et introduite dans le cœur. Du troisième verset, on croit comprendre que la haine et l’hostilité sont une matière solide qui peut être jetée entre deux groupes. Le quatrième verset permet de comprendre que la consolation est une sorte de matière qui passait sur le noble Messager (que la paix soit sur lui) et les croyants ; quant au cinquième verset, il semble que des bras aient été placés pour exprimer l’humilité et la douceur, et qu’ils restent constamment inclinés devant eux.
Dans tous les exemples précédents, l’imagination et la représentation sont réunies. En effet, ces exemples présentent des choses immatérielles sous une forme matérielle et leur confèrent un mouvement imaginé. Considérez encore quelques exemples.
(Arabe**********)
Oui, celui qui a commis un péché et que son péché a enveloppé. (Sourate Al-Baqara : 81)
(Arabe**********)
Sachez qu’ils sont déjà tombés dans la fitna, et certes, l’Enfer cerne ces mécréants. (Sourate At-Tawbah : 49)
Dans le premier verset, le péché est présenté comme une matière solide, et l’expression indiquant qu’il est de nouveau entouré permet d’en comprendre le mouvement. Le deuxième verset donne l’impression que la fitna est un trou, dans lequel les mécréants sont tombés.
(Arabe**********)Ne mêlez pas la vérité au mensonge. (sourate al-Baqara : 42)
Proclame-leur donc le commandement que tu as reçu d’Allah. (sourate al-Hijr : 94)
Le premier verset permet de comprendre que la vérité et le mensonge sont deux matières solides, dont l’une recouvre l’autre. Dans le deuxième verset, l’emploi du mot (***) (fendre) donne l’impression que le commandement d’Allah est une matière que l’on peut fendre et qui peut être mêlée à une autre matière.
(Arabe**********)
Allah est le Protecteur de ceux qui ont cru. Il les fait sortir des ténèbres vers la lumière. Quant à ceux qui mécroient, leurs protecteurs sont les taghût. Ils les font sortir de la lumière et les conduisent vers les ténèbres. (sourate al-Baqara : 257)
(Arabe**********)
Et celui qui renie le taghût et croit en Allah saisit une poignée qui ne se rompra jamais. (sourate al-Baqara : 256)
Dans le premier verset, la guidance est comparée à la lumière et le péché aux ténèbres ; l’expression « faire sortir » vise à mettre la pensée en mouvement. Dans le deuxième verset, la foi est comparée à une matière solide qui ne risque ni de se briser ni de se déchirer.
Dans les exemples mentionnés, lorsque les réalités suprasensibles sont séparées de leur origine et présentées sous une forme concrète et dynamique, leur sens devient pleinement manifeste et accapare complètement notre esprit.
Dans les passages du Noble Coran où sont décrits l’Essence et les attributs d’Allah, ainsi que dans ceux où l’intention est exprimée clairement, une image concrète est également tracée selon le même style. Par exemple :
(Arabe**********)La main d’Allah est au-dessus de leurs mains. (Sourate al-Fath : 10)
(Arabe**********)Son Trône était alors sur l’eau. (Sourate Hûd : 7)
(Arabe**********)Son Siège (Sa puissance) s’étend sur les cieux et la terre. (Sourate al-Baqara : 225)
(Arabe**********)Puis Il se tint au-dessus du Trône. (Sourate al-A‘râf : 54)
(Arabe**********)Puis Il se tourna vers le ciel, qui était alors une fumée. (Sourate Hâ-Mîm as-Sajda : 11)
(Arabe**********)
Le jour de la Résurrection, la terre entière sera dans le creux de Sa main, et les cieux seront pliés dans Sa main droite. (sourate az-Zumar : 67)
(Arabe**********)
Ô Prophète ! Lorsque tu lançais les cailloux, ce n’est pas toi qui les lançais, mais c’est Allah qui les a lancés. (sourate al-Anfāl : 17)
(Arabe**********)Allah restreint et étend. (sourate al-Baqara : 245)
(Arabe**********)Et ton Seigneur et les anges viendront, rang après rang. (sourate al-Fajr : 22)
(Arabe**********)
Les Juifs disent : « La main d’Allah est fermée. » Que leurs mains soient fermées ! Ils sont maudits pour avoir dit cela. Bien au contraire, Ses deux mains sont largement ouvertes. (sourate al-Mā’ida : 64)
(Arabe**********)
Lorsque Allah dit : « Ô Jésus ! Je te ferai parvenir au terme de ton séjour terrestre et Je t’élèverai vers Moi. » (Sourate Âl ʿImrân : 55)
C’était bien là le fond de la question, comme nous l’avons exposé plus haut. Mais les controverses sur l’emploi de la langue et des phrases ainsi que sur leur portée sont devenues une mode ; des divergences sont donc également apparues au sujet des termes susmentionnés. Pourtant, il n’y avait ici aucune place pour de telles controverses. En effet, ces phrases adoptent un style de présentation qui est propre au style général du Coran. Autrement dit, le sens originel y est présenté selon les procédés du tajsîm et du takhyîl. C’est un style qui ne comporte ni lourdeur ni détour.
Chapitre cinq
La composition artistique du Coran
Lorsque nous disons que, parmi les éléments coraniques, la méthode de représentation occupe le rang de principe fondamental ou de base, et que l’imagination et la mise en forme en constituent les exemples les plus éclatants, la question n’est pas pour autant épuisée. Il ne suffit pas de l’affirmer pour rendre pleinement justice à la description des spécificités du Coran, ni pour faire apparaître toutes les caractéristiques de sa mise en scène. À vrai dire, outre la représentation, l’imagination et la mise en forme, le Coran comporte de nombreux aspects ornementaux. Tant qu’on n’aura pas pénétré dans cette forêt, on pourra parler de la composition artistique du Coran, qui joue un rôle important dans la mise en scène.
Les formes de la composition artistique
La composition artistique comporte plusieurs niveaux. Certains aspects artistiques et ornementaux de la composition ont été analysés par les spécialistes. Mais il en est aussi certains auxquels ils n’ont même pas touché.
1. Un type de composition lié à l’agencement de l’expression. Il consiste, par exemple, à organiser certains mots appropriés selon une méthode déterminée. Grâce à cela, la phrase atteint le seuil de la perfection dans son expression et son raffinement. Tant de choses ont été écrites à ce sujet qu’il n’est pas nécessaire d’y ajouter quoi que ce soit.
2. Un autre rapport de la composition concerne la mélodie et le rythme. Ceux-ci naissent du choix judicieux des mots et de leur agencement selon une méthode particulière. Cette méthode est pleinement visible dans le Coran et s’y trouve intimement intégrée à sa structure artistique. Pourtant, les anciens savants n’ont pas pu dépasser les apparences de la mélodie et du rythme. Ils ne savaient même pas combien il existe de mélodies, de rythmes et de mesures en musique, ni selon quelles modalités et à quels endroits ils sont employés.
3. L’un des aspects rhétoriques de la composition du Coran que les spécialistes de la rhétorique ont pu découvrir est que la fin des versets coraniques, ou la conclusion du discours, est formulée en harmonie avec le contenu. Ainsi, les versets qui décrivent l’Essence et les attributs d’Allah se terminent par : (Arabe**********)la formule. De même, lorsque l’on traite d’un mystère caché, le passage se termine par : (Arabe**********)cette formule. Une autre méthode consiste d’abord à introduire l’ism mawṣūl (le terme relatif), puis à conduire la phrase vers son accomplissement sans ṣilah (proposition relative). Ensuite, le jazā’ ou la conséquence est mentionné. Par exemple :
(Arabe**********)
Les portes du ciel ne leur seront pas ouvertes, et ils n’entreront pas au Paradis, tant que le chameau ne passera pas par le chas de l’aiguille, à ceux qui ont traité Nos signes de mensonges et s’en sont détournés avec arrogance. (Sourate Al-A‘râf : 40)
De même, là où il est question d’enseignement et d’éducation, le terme « Rabb » est employé. Ainsi :
(Arabe**********)
Lis au nom de ton Rabb, qui t’a créé. Il a créé l’être humain d’un caillot de sang. Lis, ton Rabb est infiniment miséricordieux, Lui qui a enseigné par la plume. Il a enseigné à l’être humain ce qu’il ne savait pas. (Sourate Al-‘Alaq : 1-5)
Là où il est question de la souveraineté, de la grandeur et du prestige d’Allah, le mot (**) a été employé. Ainsi :
(Arabe**********)
Certes, Allah seul détient la connaissance de l’Heure. C’est Lui qui fait tomber la pluie et Il sait ce qui se trouve dans les matrices. (sourate Luqmân : 34)
De même, le mot (***) a été employé de diverses manières selon les lieux et les circonstances. Parfois, le mot « Allah » est mentionné une seule fois, puis seuls des pronoms sont utilisés dans les versets suivants. Ailleurs, il apparaît au début de la phrase, parfois à la fin, et parfois le mot « Allah » et le pronom qui le remplace sont employés conjointement. En de nombreux endroits, il est utilisé pour introduire une question, et en d’autres pour une description affirmative. Pour beaucoup de spécialistes de la rhétorique, cela constitue un exemple éminent de procédé stylistique.
4. Il existe une continuité sémantique entre le contenu et l’objectif des différents versets du Coran. De même, le lien qui se crée lorsqu’un objectif se transforme en un autre constitue une forme de composition artistique. Toutefois, le Coran n’est pas limité par les principes que les spécialistes de la rhétorique énoncent au sujet de la composition artistique.
5. Le plus haut degré de composition artistique dont les spécialistes de la rhétorique aient jusqu’à présent pris connaissance est peut-être la composition naturelle du Coran, que l’on observe dans l’enchaînement de l’exposé de certains versets. Ainsi, à propos de la sourate al-Fâtiha, nous avons cité, dans le chapitre « Étude et exégèse du Coran », un passage de l’ouvrage d’al-Zamakhsharî. Les savants qui étudient la balâgha coranique continuent jusqu’à présent de considérer comme la meilleure expression de la composition artistique les caractéristiques définies par les spécialistes de la rhétorique. Chose étonnante, ils n’ont même pas atteint l’autre aspect de la composition artistique. Dans leur démarche, ils se sont surtout contentés d’essayer de dire quelque chose sur la mélodie et le rythme du Coran. Ils ont peut-être pensé qu’il ne restait aucune autre caractéristique du Coran. En réalité, ce n’est là qu’une caractéristique parmi d’autres des particularités coraniques. Mais ils s’en sont satisfaits et se sont arrêtés là.
En effet, les savants de la balâgha n’étaient pas conscients du fait que le propos exposé dans le Coran au moyen de la représentation et de la mise en scène constitue son élément fondamental. C’est pourquoi ils n’ont pas pu mettre pleinement en lumière la question de la composition artistique. C’est précisément pour présenter nos nouvelles réflexions et recherches sur ce sujet que ce livre a été écrit. Notre objectif n’est pas de nous quereller ni de polémiquer au sujet des anciennes questions. Nous voulons tenter de comprendre, sous un angle nouveau, tout ce qui a été écrit sur l’aspect rhétorique du Coran, et poursuivre l’effort pour aller plus loin que nos prédécesseurs là où ils se sont arrêtés. Car les possibilités sont vastes. À ce sujet, nous considérons comme suffisants les exemples que nous avons étudiés au début dans l’exégèse de la sourate al-ʿAlaq et dans le chapitre « La source du pouvoir fascinant du Coran ». Ces exemples montrent qu’il existe amplement matière à étudier, sous un angle nouveau, les liens entre les idées et le processus de composition extérieure dans le Coran.
Nous voulons simplement signaler qu’il existe un lien spirituel invisible entre les événements relatés dans le Coran et les différents lieux qui leur sont associés. En même temps, le Coran prend en considération l’objectif religieux, le contenu et l’aspect artistique de ces événements. Des exemples de ce type de concordance seront mentionnés sous le titre « Thème : les événements relatés dans le Coran ». On retrouve également une telle concordance dans les scènes de la Résurrection, les scènes de paix et de châtiment, ainsi que dans les scènes de dialogue entre les habitants du Paradis et ceux de l’Enfer, qui figurent parmi les événements relatés dans le Coran. Dans l’exposé de tous ces éléments, une continuité ou un lien a également été pris en considération. Cela ne signifie toutefois pas que l’objectif principal, pour lequel l’événement a été évoqué, ait été directement abordé.
L’essentiel est que le sens, la portée, le but et la finalité du Noble Coran sont extrêmement subtils, profonds et élevés. Mais la beauté profonde de son expression et de son explication s’étend bien au-delà de ce que la représentation peut rendre. Il ne nous est pas possible d’abandonner la voie simple et plane de l’exposé pour conduire d’un seul coup la plume jusqu’au sommet le plus élevé de ce sujet. C’est pourquoi nous avancerons progressivement, en essayant de gravir ce sommet étape par étape.
[5.1] Le Noble Coran comporte certains passages où le propos est présenté sous forme de représentation imagée ; on y trouve une parfaite concordance entre le propos et la situation. Ainsi, ce style de description sensible, ou le sens lexical, contribue à compléter les traits de l’image. Il s’agit d’un tournant qui établit, dans l’expression, un lien entre l’explication et l’image, à partir duquel se séparent la voie d’une description de style simple et celle d’un art de composition de haut niveau. Ainsi, il est dit dans le verset suivant :
(Arabe**********)
Certes, les pires de toutes les créatures auprès d’Allah sont les muets et les sourds qui ne comprennent pas. (Sourate Al-Anfal : 22)
Le terme (****) est employé pour désigner les animaux en général. Toutefois, il sert souvent aussi à désigner les êtres humains. En effet, le terme (****) désigne toutes les créatures qui se déplacent à la surface de la terre ; puisque l’être humain se déplace lui aussi à sa surface, ce terme peut également lui être appliqué. Mais la raison n’est pas tenue de comprendre le terme (***) dans le sens d’« êtres humains ». Cela est contraire à la normalité. Ici, l’emploi du terme (***) pour désigner les êtres humains indique que leur caractère et leur comportement révèlent une mentalité animale, laquelle fait obstacle à leur accès à la voie de la bonne direction. Ainsi, l’image de leur insouciance et de leur bestialité s’en trouve pleinement achevée. Le terme (***) (« ils ne comprennent pas ») rend ce point encore plus clair.
Il est dit dans un autre verset :
(Arabe**********)
Quant à ceux qui sont mécréants, ils se livrent aux plaisirs et mangent comme mangent les quadrupèdes ; leur demeure sera l’Enfer. (Sourate Muhammad : 12)
Dans ce verset, les mécréants sont comparés aux animaux, ce qui donne lieu à une représentation remarquable. En effet, durant les quelques jours de leur vie terrestre, ils se divertissent intensément et cherchent de diverses manières à profiter des plaisirs et des amusements de ce monde. Mais ils restent totalement insouciants du châtiment de l’au-delà qui les attend. Une telle attitude ne sied qu’aux animaux. Ceux-ci sont absorbés par la nourriture, la boisson et les divertissements, sans jamais penser que le couteau du boucher les attend. Leur unique occupation semble être de manger, de boire et de se divertir.
Voyez encore un autre exemple :
(Arabe**********)
Vos femmes sont pour vous un champ de labour. Allez donc à votre champ comme vous le voudrez. (Sourate al-Baqara : 223)
Ce verset présente plusieurs correspondances, certaines cachées et d’autres manifestes. La relation délicate entre l’époux et l’épouse y est exposée avec beaucoup de finesse et d’attrait. La comparaison la plus remarquable consiste à assimiler la relation conjugale à celle d’un cultivateur avec sa terre. De même que la terre sert à produire les récoltes, l’épouse est un champ pour la procréation. De même que les récoltes de la terre remplissent le grenier, la procréation par l’épouse conduit la lignée familiale vers son accomplissement. En quelques mots, l’ensemble du but et de l’objectif est présenté avec justesse et beauté.
[5.2] Il arrive souvent qu’un seul mot — et non une phrase entière — ne porte pas seulement le signe d’une réalisation partielle de l’image, mais fasse apparaître l’image dans son intégralité. Dans la méthode de représentation imagée, cette correspondance est plus forte encore que la précédente. Elle est presque proche de la perfection. Son importance tient au fait qu’un seul mot, sans phrase complète, peut suffire à faire surgir une image. Dès que ce mot est entendu, une image entière se dessine dans le miroir de l’esprit.
(Arabe**********)
Ô vous qui croyez ! Qu’avez-vous donc ? Lorsqu’on vous dit de partir dans le sentier d’Allah, vous vous accrochez à la terre. (Sourate at-Tawba : 38)
Lors de la récitation de ce verset, dès que le mot (***) parvient à l’oreille, l’image d’un objet lourd surgit dans l’esprit. On a l’impression qu’une personne essaie à plusieurs reprises de soulever un objet particulièrement lourd, mais qu’elle n’y parvient pas en raison de son poids. On dirait que le mot pèse plusieurs tonnes. Si, dans le verset, on avait employé (***) — bien que les deux mots aient essentiellement le même sens — il n’aurait pas donné une impression de lourdeur aussi intense que le mot précédent. L’objectif aurait été manqué. Mais le mot employé est si parfaitement choisi que, dès qu’il l’entend, l’auditeur voit se dessiner dans son imagination l’image d’un fardeau extrêmement lourd et difficile à porter.
Un autre verset de ce genre est le suivant :
(Arabe**********)
Et parmi vous, il y en a qui tarderont délibérément. (Sourate An-Nisâ’, 72)
Dès la lecture de ce verset, une impression de lenteur se fait sentir ; en particulier, dès que le mot (***) est récité ou entendu, une image apparaît devant les yeux. C’est comme si leur langue se paralysait lorsqu’ils tentaient de prononcer cette parole. Ce n’est qu’au prix de grandes difficultés et après un long délai qu’ils finissent par y parvenir.
Dans le Coran, les propos du prophète Noé (paix sur lui) sont rapportés ainsi :
(Arabe**********)
(Noé dit 🙂 Ô mon peuple, voyez donc : si je m’appuie sur une preuve évidente venant de mon Seigneur, et s’Il m’a accordé une miséricorde venant de Lui, mais que celle-ci vous reste invisible, pourrais-je vous l’imposer contre votre volonté ? (Sourate Hûd, 28)
Dès que le mot (*****) de ce verset est récité, une image d’aversion et d’insistance se dessine dans le miroir de l’esprit. Toute sa conscience et sa faculté de parler s’entrelacent de telle manière, comme (****), ou comme agit celui qui déteste la chose qu’il abhorre. La relation étroite qui apparaît entre le mot et le sens dans ce verset constitue l’une des applications les plus puissantes de la balāgha et de la fasāha, que les exégètes des époques anciennes et contemporaines ont qualifiée de caractéristique majeure du Noble Coran.
Il est dit ailleurs :
(Arabe**********)
Quant à ceux qui sont mécréants, ils auront le feu de la Géhenne. Il ne leur sera pas ordonné de mourir, de sorte qu’ils meurent, et leur châtiment ne leur sera pas allégé. C’est ainsi que Je châtie les ingrats. Là, ils crieront désespérément : « Ô notre Seigneur ! Fais-nous sortir d’ici ; nous accomplirons de bonnes œuvres et nous ne recommencerons plus ce que nous faisions auparavant. » (Sourate Fâtir : 36-37)
Dès que l’on entend le mot (****) dans ce verset, on a l’impression que les damnés de la Géhenne poussent des cris, dont l’écho retentit et se répercute de toutes parts. En même temps, une autre image surgit : personne n’entend leurs cris déchirants et personne ne vient leur porter secours ni remédier à leur situation à cause de ces cris désespérés. Cette image permet de comprendre à quel point l’intensité du châtiment est terrifiante.
Lorsqu’un seul mot fait apparaître clairement tout le contenu d’une phrase, il s’agit de (***) ou de la forme ultime de la composition (artistique). Par exemple :
(Arabe**********)De nature dure et, de surcroît, infâme. (Sourate al-Qalam : 13)
Dans ce verset, le mot (***) suffit à peindre pleinement la dureté de caractère et la cruauté.
Voici un autre verset noble :
(Arabe**********)Mais une si longue vie ne pourra pas les préserver du châtiment. (Sourate Al-Baqara : 96)
Dans ce verset, le terme qui en est le sujet a peint un tableau complet et vivant. Dès que ces quelques mots sont prononcés, ce tableau apparaît devant les yeux.
Le verset suivant en offre également un excellent exemple :
(Arabe**********)
Puis ils seront précipités en Enfer, la tête la première, eux et les égarés — c’est-à-dire les idoles et les idolâtres — ainsi que toutes les troupes d’Iblis. (Sourate Ach-Chu‘arâ : 94-95)
Dans ce verset, le terme employé représente le bruit de la chute en Enfer.
Il convient de préciser que, dans ces deux versets, le sens littéral des deux termes suffit à faire apparaître toute la scène devant les yeux. Il ne s’agit pas d’une impression créée par l’emploi particulier que le Coran en fait. En réalité, les termes qui viennent d’être mentionnés sont employés dans un contexte coranique précis, et chacun d’eux n’y apparaît qu’une seule fois. On peut assurément dire que l’emploi de ces deux termes, aux endroits concernés, compte sans aucun doute parmi les descriptions les plus remarquables de la représentation imagée.
Parmi les synonymes qualificatifs employés dans le Noble Coran pour désigner la Résurrection figurent également les deux termes (***) (qui assourdit) et (***) (qui s’étend sur toute chose). Le terme (***) renferme une telle intensité de grondement et de dureté qu’en l’entendant, on a l’impression que ce grondement va faire éclater les oreilles. Ce mot fend l’air, atteint le conduit auditif et rend sourd. De même, le terme (****) semble évoquer quelque chose qui se déplace à une vitesse fulgurante. Il recouvre toute chose à la vitesse d’une tempête et l’engloutit. Voici un autre verset :
(Arabe**********)Par l’aube, lorsqu’elle respire (c’est-à-dire lorsqu’elle s’illumine). (Sourate At-Takwir : 18)
Je suis resté stupéfait devant le choix d’un mot aussi délicat et harmonieux que (***), et en réfléchissant à ses synonymes possibles, je suis demeuré sans voix. Vous aussi, vous serez émerveillé par le caractère miraculeux du Coran et devrez reconnaître que le choix du mot juste au moment approprié rehausse la beauté et le caractère miraculeux du Noble Coran. Il est dit ailleurs :
(Arabe**********)
Lorsqu’Il étendit sur vous, de Sa part, le voile du sommeil afin de vous apaiser. (Sourate Al-Anfal : 11)
Dans ce verset, le sommeil est désigné par le terme (****) (somnolence), ce qui en exprime l’effet profond. On dirait que le sommeil est une couverture fine et délicate qui enveloppe avec beaucoup de confort et de douceur. Le terme (***) donne l’impression qu’une paix et une sécurité universelles recouvrent le monde entier.
Nous trouvons également une représentation par les mots et la prononciation dans la dernière sourate du Noble Coran, la sourate An-Nas. Réfléchissez-y :
(Arabe**********)
Dis : « Je cherche refuge auprès du Seigneur des hommes, du véritable Roi des hommes, du Dieu des hommes, contre le mal du mauvais insinuateur qui se dérobe dès que le nom d’Allah est mentionné, celui qui insuffle de mauvaises pensées dans les cœurs des hommes, qu’il soit du nombre des hommes ou des djinns. » (Sourate An-Nas : 1-6)
Récitez cette sourate à plusieurs reprises et constatez que votre voix produira une véritable insinuation, exactement semblable à celle décrite dans la sourate. Elle se manifeste particulièrement lors de la récitation des versets suivants.
(Arabe**********)
Observez encore un autre exemple. Il est dit :
(Arabe**********)
Quelle parole terriblement grave sort de leur bouche ! Ils ne disent rien d’autre que des mensonges. (Sourate Al-Kahf : 5)
Ce verset est également en harmonie avec le sujet examiné. Il présente toutefois une légère différence. Il y est question d’une faute : Allah aurait un enfant. Ce verset réfute cette parole extrêmement mensongère par tous les moyens possibles. Ainsi, dans un premier temps, le sujet est laissé implicite. Ensuite, le mot suivant, pris comme complément explicatif et comme indéfini, produit une intensité extrême de répugnance. Puis, le terme qui suit montre que ces paroles sont sorties de la bouche involontairement et par ignorance. Le dégoût et la bassesse suscités par l’expression sont ainsi maintenus. Lorsqu’on prononce ce mot, la bouche s’entrouvre légèrement, puis se referme aussitôt que l’on prononce son m final. Pourtant, à ce moment-là, l’air continue de sortir de la gorge et remplit la bouche.
Il existe un type de mot qui représente certes son contenu, mais non en faisant parvenir sa signification et son timbre à l’oreille. L’image qu’il forme se limite à cette ombre qui se crée dans le monde de la pensée. Il faut noter que les mots et la parole possèdent leur propre ombre ou reflet, qui devient perceptible lorsque l’attention de l’homme se porte sur eux. Le verset suivant en offre un exemple :
(Arabe**********)
Raconte-leur le récit de celui à qui J’avais donné Nos signes, mais qui s’en détourna et s’en dépouilla. (Sourate Al-A‘râf : 175)
Dans ce verset, le mot « fan-salakha » laisse entendre comment cet homme s’est détaché des signes qui lui avaient été donnés. Le verset suivant en offre également un excellent exemple :(Arabe**********)
Puis, au matin, il entra dans la ville, craintif et sur ses gardes. (Sourate Al-Qasas : 18)
Dans ce verset, le mot employé fait apparaître l’image de la peur et de l’appréhension du prophète Moïse (sur lui la paix). Il faut également garder à l’esprit que Moïse (sur lui la paix) a considéré la ville, désignée par l’expression « fil-madînati », comme le lieu où sa peur se manifestait, alors qu’elle est généralement un lieu de paix et de sécurité. Bien que le terme « yattaraqqabu » désigne précisément les lieux où la peur se dissimule, un lieu de paix et de sécurité est ici présenté sous une image effrayante.
Nous avons déjà présenté des exemples de ce genre dans le chapitre « Imagination et représentation » ; eux aussi s’accordent pleinement avec ce qui précède.
Il arrive parfois qu’un même mot réunisse à la fois le son et l’effet produit. Par exemple :
(Arabe**********)Le jour où ils seront poussés vers le feu de la Géhenne. (Sourate At-Tûr : 13)
Dans ce verset, le mot (***) crée, avec son son et son effet, l’image de sa signification. Il convient ici de réfléchir au fait que le mot (***) signifie donner une forte poussée. Lorsqu’une personne est poussée très violemment, le son (***) (« oh ! ») lui échappe involontairement de la bouche. Ce son est parfaitement en harmonie avec le mot (***). Observez également le verset suivant :
(Arabe**********)Saisissez-le et traînez-le au milieu de la Géhenne. (Sourate Ad-Dukhân : 47)
Dans ce verset, dès que le son du mot (****) pénètre dans l’oreille, il provoque une agitation dans le monde de la pensée et fait surgir devant les yeux une image vivante.
Dans ce chapitre, nous pouvons mentionner les mots dont nous avons dit que le son lui-même attire l’attention vers leur sens littéral. Par exemple, (****) (somnolence), (***) (inspirer), (****) (Résurrection). Ces mots produisent, en même temps que leur son, une ombre. Mais il est extrêmement difficile de déterminer les limites de la subtile différence qui existe entre leur son et leur ombre. Lorsque le mot dessine l’image de son sens et de sa signification, sonorité et idée se fondent l’une dans l’autre. Il ne s’oriente pas seulement vers le sens, mais aussi vers la pensée et l’image. Et c’est précisément là que se trouve notre objectif.
[5.3] Parmi les méthodes de visualisation employées par le Coran pour exposer son propos figure également le taqābul, ou opposition. Lorsque le Coran veut dessiner une image subtile au moyen des mots, il suit le plus souvent la méthode du taqābul. Par exemple :
(Arabe**********)
Parmi Ses signes figurent la création des cieux et de la terre, ainsi que les êtres vivants qu’Il a dispersés entre eux. Et Il est capable de les réunir quand Il le veut. (Sourate Ach-Chûrâ : 29)
Dans ce verset, les deux mots (***) (dispersés) et (***) (réunir) relèvent du taqābul, ou opposition. En employant ensemble, dans un même verset, ces deux mots orientés en sens contraires, une image complète a été peinte. Celle-ci apparaît successivement dans le monde de la pensée, telle une série d’images. Bien que les deux mots soient de sens opposé, ils s’accordent néanmoins harmonieusement.
Dans le verset suivant, deux images opposées de la vie et de la mort sont réunies.
(Arabe**********)
Cela ne leur a-t-il donc pas ouvert les yeux ? J’ai anéanti avant eux nombre de peuples dans les demeures desquels ils circulent. Il y a assurément là des signes. N’écoutent-ils donc pas ? N’observent-ils pas que Je fais couler l’eau sur une terre aride et que J’y fais pousser des cultures dont ils se nourrissent, eux et leurs bestiaux ? Pourquoi ne prêtent-ils pas attention à cela ? (Sourate As-Sajda : 26-27)
Voyez combien ce verset met en évidence la différence entre la vie et la mort. Il est d’abord question de ces gens qui, autrefois, se déplaçaient sur la terre. Aujourd’hui, ils sont morts et ont été anéantis. Leur terre d’habitation est dévastée. Puis, en un clin d’œil, une tout autre image apparaît : celle de la terre morte rendue verte, luxuriante et parée. Ici, le taqābul, ou opposition, ne s’établit pas fondamentalement entre deux états, mais entre la vie et la mort.
On trouve abondamment des images de ce genre de « taqābul » (opposition) dans les passages qui évoquent la paix et le châtiment de la vie de l’au-delà. Nous en présentons ci-dessous quelques exemples.
(Arabe**********)
Non ! Lorsque la terre sera réduite en poussière et que ton Seigneur apparaîtra, que les anges se tiendront en rangs et que l’Enfer sera présenté, ce jour-là, l’homme se souviendra. Mais à quoi lui servira ce souvenir ? Il dira : « Hélas ! Si seulement j’avais envoyé quelque chose à l’avance pour cette vie ! » Ce jour-là, nul ne châtiera comme Lui et nul n’enchaînera comme Lui. (Sourate Al-Fajr : 30)
Même dans une situation aussi terrifiante, un croyant sera appelé par des paroles empreintes de compassion et de tendresse : « Ô âme apaisée, retourne vers ton Seigneur. » Ce retour témoigne de l’amour profond et de la satisfaction qui unissent ce serviteur et son Seigneur. Cela signifie que chacun manifeste son amour envers l’autre. Les marques d’affection et d’amour que l’on trouve dans ces paroles donnent l’impression que toute l’atmosphère est liée par les liens de l’affection. Il est ensuite dit :(Arabe**********)« Entre en relation avec Mes serviteurs particuliers et lie-toi d’amitié avec eux. »(Arabe**********)« Puis entre dans Mon Paradis. » La description de l’Enfer avait enveloppé toute l’atmosphère d’une image de peur et d’angoisse. Ici, on trouve une image tout à fait opposée, remplie d’amour et d’affection.
L’exemple précédent était une représentation contrastée entre le mécréant et le croyant. Je présente maintenant une représentation contrastée du châtiment des gens de l’Enfer et des bienfaits des gens du Paradis.
(Arabe**********)
Le récit de l’Événement qui enveloppe tout t’est-il parvenu ? Ce jour-là, bien des visages seront humiliés, accablés et épuisés. Ils entreront dans un feu ardent. Ils seront abreuvés d’une source bouillante, et ils n’auront pour nourriture que des buissons épineux. Cela ne les nourrira pas et ne leur apaisera pas la faim. Ce jour-là, bien des visages seront également radieux, satisfaits de leurs œuvres. Ils seront dans un Jardin élevé, où ils n’entendront aucune parole futile. On y trouvera une source jaillissante, des sièges surélevés et richement ornés, des coupes disposées à portée de main, des tapis alignés et des moquettes largement étendues.
Les versets précédents offrent une belle représentation contrastée du châtiment et des bienfaits. Le Coran contient de nombreux exemples de ce genre.
[5.4] Les exemples précédents étaient deux représentations contrastées. Mais nous allons maintenant présenter des exemples qui sont certes contrastés, mais dont l’un appartient au passé et l’autre au présent. Le passé est transporté dans le présent par l’imagination, afin de peindre le contraste entre ces deux états. Par exemple :
(Arabe**********)
Il a créé l’être humain d’une goutte de sperme. Pourtant, le voilà devenu un disputeur déclaré. (Sourate an-Nahl : 4)
L’état qui se présente actuellement à nous est celui d’un individu ouvertement querelleur, tandis que dans le passé il n’était qu’une simple goutte de sperme. C’est l’immense écart entre ces deux états qui est visé ici. C’est pourquoi l’état intermédiaire entre eux a été omis. On pourrait exprimer l’idée ainsi : si tel a été le commencement de l’être humain, il ne lui convient pas de se quereller. Voici un autre exemple similaire :
(Arabe**********)
Laisse-Moi les démentis fortunés et accorde-leur un court délai. Certes, J’ai auprès de Moi des chaînes, une fournaise, une nourriture qui obstrue la gorge et un châtiment douloureux. (Sourate al-Muzzammil : 11-13)
Ici encore, une opposition apparaît entre deux états. Le premier est présent actuellement, à savoir l’orgueil de la richesse et de l’opulence. L’autre état est absent du présent et limité au seul royaume de l’imagination. Il n’a aucune existence réelle. Cet exemple révèle à la fois une importance artistique et religieuse. Observez les versets suivants :
(Arabe**********)
Malheur à tout diffamateur et calomniateur, qui amasse des richesses et les compte avec soin, pensant que ses biens resteront éternellement avec lui. Non ! Il sera certainement jeté dans al-Hutama. Et qui te fera comprendre ce qu’est al-Hutama ? C’est le feu attisé d’Allah, qui monte jusqu’aux cœurs. Il sera refermé sur eux, attachés à de longues colonnes. (Sourate al-Humaza : 1-9)
Cette sourate décrit deux états opposés. L’un est celui de la vie présente, et l’autre celui de l’au-delà. Certains hommes arrogants et orgueilleux, absorbés par les richesses et l’opulence de ce monde, ont oublié l’au-delà et se livrent aux divertissements et aux plaisirs de la vie terrestre. Mais, à l’autre extrémité de la voie qu’ils suivent, l’Enfer les attend. Un Enfer qui broie toute chose et dont le feu atteint les cœurs : ces mêmes cœurs aujourd’hui enivrés d’orgueil et d’arrogance. Ils y seront ligotés de telle manière qu’ils ne pourront ni en sortir de leur propre gré, ni être libérés par qui que ce soit.
Le verset suivant dit :
(Arabe*********)
Les gens de la gauche — oh, quelle sera leur situation ! Ils seront dans une vapeur brûlante et une eau bouillante, à l’ombre d’une fumée épaisse, qui ne sera ni fraîche ni agréable. Auparavant, ils vivaient dans l’aisance. (Sourate Al-Wâqiʿa : 41-45)
Deux situations sont ici présentées face à face. La première est la situation actuelle des damnés : vapeur brûlante, eau bouillante et ombre de fumée, qui n’est une ombre que de nom. Cette situation pénible est présentée en contraste avec leur situation antérieure, c’est-à-dire leur bonheur et leur aisance.
Il y a une réflexion subtile à faire au sujet de la situation décrite plus haut et des autres situations qui s’y rapportent. Les personnes évoquées dans ce verset sont bel et bien vivantes et se déplacent sur la terre. Elles jouissent de tous les plaisirs et de toute l’aisance de ce monde : cette situation existe actuellement. Quant aux souffrances qui les attendent dans l’au-delà, elles appartiennent à l’avenir. Pourtant, le Coran a fait surgir cette situation future dans le présent. Le lecteur a l’impression qu’après avoir achevé leurs affaires terrestres, ils sont déjà entrés dans la situation qui leur a été préparée. Tous les plaisirs et toutes les jouissances qu’ils connaissaient sont derrière eux. Ils font face à un châtiment terrible. Dans ces circonstances, on leur rappelle ce qu’ils ont laissé derrière eux, ces plaisirs passés.
Cela peut sembler être une manière de penser étonnante. Mais qu’importe ? Le Coran présente son discours de cette façon en de nombreux endroits. Cette description coranique possède à la fois une portée artistique et religieuse. Celui qui explore l’art estime qu’il ne s’agit pas simplement de lancer une comparaison ; c’est plutôt un événement qui dépasse les limites de la sensation et de la compréhension, qui se déroule sous nos yeux et qui est en train de se produire.
Les chercheurs religieux estiment qu’il faut avoir une conviction si ferme (yaqîn) au sujet des événements qui se produiront en Enfer qu’ils semblent se dérouler dès maintenant. Cela relève de la perception. Et cette conviction ferme prépare l’être humain à accepter l’appel à la foi.
Le verset suivant est également lié à l’exemple précédent.
(Arabe*********)
Saisissez-le et traînez-le jusqu’en Enfer. Puis versez sur sa tête le châtiment de l’eau bouillante. Goûte donc ! Toi qui étais puissant et noble ! (Sourate Ad-Dukhân : 47-49)
Le verset suivant présente également une image opposée :
(Arabe*********)
Jamais ! Lorsque l’âme atteindra la gorge et qu’il sera dit : « Qui pratiquera l’exorcisme ? » Il pensera que le moment de la séparation est arrivé, et qu’une jambe s’enlacera à l’autre. Ce jour-là, tout sera présenté à ton Seigneur. Il n’a pas cru et n’a pas accompli la prière. Mais il a traité cela de mensonge et a tourné le dos. Puis il est retourné auprès des siens, plein d’arrogance. (Sourate Al-Qiyâmah : 26-33)
Ces versets présentent deux images opposées de deux états. Le premier est celui de ce qui s’est passé dans le passé. On a l’impression que le monde entier de la création a perdu toute sa beauté et s’est éteint. Il fut un temps où le défunt n’accomplissait pas la prière et n’acceptait pas la véracité du Coran. Un état — c’est-à-dire le moment de la mort — se présente à ses yeux. Pourtant, il reste impassible. Le moment de la mort est arrivé ; il est si bouleversé par la peur que ses deux jambes tremblent violemment. Son âme est arrivée jusqu’à sa gorge, et quelqu’un demande : « N’y a-t-il donc aucun exorciste capable de le sauver de cette épreuve ? » De la même manière qu’on a recours à l’exorcisme pour se libérer de l’emprise des djinns et des esprits.
Le mourant pense qu’aujourd’hui est le jour où il sera séparé de sa famille et de ses proches. Les souvenirs des jours passés refont surface dans son cœur. Il se voit tourner le dos avec arrogance à l’appel du Noble Prophète (paix et bénédiction sur lui), puis retourner auprès des siens, considérant son appel comme mensonger. Ces deux images apparaissent devant ses yeux. Mais cela ne lui sera d’aucun profit, car ses jambes sont désormais enchevêtrées l’une dans l’autre. Il n’y a plus de temps. À présent commence le voyage du retour vers le Seigneur.
Sixième chapitre
La mélodie et le rythme dans le Noble Coran
Après avoir seulement jeté un bref regard sur ce que d’autres auteurs ont écrit au sujet des rimes et des ressemblances entre les mots du Noble Coran, je souhaite examiner l’aspect de la composition artistique du Noble Coran qui n’a pas encore été étudié en détail et qui est également lié au sujet de cet ouvrage, en particulier la similitude des sonorités du Noble Coran.
J’ai déjà indiqué que le Noble Coran possède une musicalité et un rythme (une similitude dans la prononciation des mots), qui revêtent plusieurs formes et variétés. Ceux-ci jouent un rôle essentiel dans la présentation de son message. Puisque tout le Coran est rythmé, la musicalité et la cadence y sont présentes partout. On constate que les différentes lettres d’un même mot, ainsi que le verset et son dernier mot, suivent les règles de la rythmique, que le verset soit court ou long. Je voudrais examiner les passages où apparaît cette harmonie entre les derniers mots des phrases. Il est dit dans le Noble Coran :
(Arabe*********)
Je ne lui ai pas enseigné la poésie, et cela ne lui convenait pas. Ce n’est qu’un rappel et un Coran clair, qui lui a été révélé. (Sourate Yâ-Sîn : 69)
Cette parole est la réponse à l’accusation des mécréants rapportée dans la sourate al-Anbiyâ’ :
(Arabe*********)(Ils disaient 🙂 « Il l’a forgé, ou plutôt, c’est un poète. » (Sourate al-Anbiyâ’ : 5)
Le Coran a dit vrai : il n’est pas de la poésie. Mais la question est la suivante : les Arabes qui le qualifiaient de poème ou de poésie étaient-ils fous, ou bien ignoraient-ils la poésie ? Certainement pas. Puisqu’ils l’ont qualifié de poésie, il devait nécessairement en posséder les caractéristiques, dont le charme magique les avait eux-mêmes subjugués. Ils connaissaient la similitude des sonorités du Coran et sa beauté ; ils ont donc compris qu’il s’agissait d’une œuvre poétique. Même si nous l’examinons uniquement du point de vue du mètre et de la rime, nous comprenons que ses caractéristiques fondamentales y sont présentes.
En outre, le Coran a admirablement assimilé à la fois la prose et la poésie. Le Noble Coran est indépendant du mètre (****) et de la rime (****), et il n’est soumis à aucune obligation de faire rimer ses passages. Pourtant, la musicalité et le rythme y sont présents. Il n’a pas davantage conservé la nécessité de la rime finale dans les versets. En même temps, il possède les caractéristiques de la poésie que nous avons évoquées plus haut. De ce point de vue, on peut dire que le Coran présente à la fois les caractéristiques de la prose et celles de la poésie. (Le Dr Tâ-Hâ Husayn a écrit : « Le Coran n’est ni poésie ni prose ; le Coran est simplement le Coran. Certes, il semble comporter un mètre et une rime, mais cela se limite uniquement à son aspect extérieur apparent. Du point de vue de la littérature arabe, nul doute que le Coran est une prose d’un niveau exceptionnel et supérieur. Deuxièmement, la forme en prose du Coran est entièrement originale et singulière ; il est impossible d’en proposer une comparaison ou un exemple. » — L’auteur.)
À vrai dire, lorsque l’être humain récite le Coran, il perçoit dans la prononciation extérieure le mètre et la rime ; cela apparaît particulièrement dans les sourates composées de petits versets, ou dans les passages où une scène est présentée. Cela existe également dans les sourates aux longs versets, mais de manière moins évidente. Considérez l’exemple suivant, où la musicalité, le rythme et le mètre se reflètent pleinement.
(Arabe*********)
Par l’étoile lorsqu’elle disparaît à l’horizon ! Votre compagnon ne s’est pas égaré et n’a pas été induit en erreur ; il ne parle pas non plus sous l’effet de la passion. Ce n’est qu’une révélation qui lui est révélée. Un ange puissant la lui enseigne, doué d’une force innée ; il apparut sous sa forme véritable à l’horizon suprême. (Sourate An-Najm : 1-5)
(Arabe*********)
Puis il s’approcha et se rapprocha encore, de sorte qu’il ne resta entre eux que la distance de deux arcs, ou moins encore. Alors Il révéla à Son serviteur ce qu’Il lui révéla. Le cœur du Messager n’a pas démenti ce qu’il avait vu. Allez-vous donc lui disputer ce qu’il a vu ? (Sourate An-Najm : 8-12)
(Arabe*********)
Il l’a certes vu une autre fois, près du Sidrat al-Muntaha, auprès duquel se trouve le Jardin du Refuge, lorsque le lotus était enveloppé de ce qui l’enveloppait. Sa vue ne s’est pas égarée et elle n’a pas outrepassé les limites. Il a certes contemplé certains des plus grands signes de son Seigneur. (Sourate An-Najm : 13-18)
(Arabe*********)Avez-vous considéré Al-Lat et Al-‘Uzza, ainsi que Manat, la troisième autre idole ? (Sourate An-Najm : 19-20)
(Arabe*********)Auriez-vous donc des fils, tandis qu’Il aurait des filles ? (Sourate An-Najm : 21)
(Arabe*********)Une telle répartition est vraiment une répartition des plus incohérentes. (Sourate An-Najm : 22)
Les dernières lettres des versets mentionnés présentent une métrique presque similaire. Cependant, elle diffère quelque peu de la métrique de la poésie arabe. À la fin de tous les versets, la rime est du même type. Grâce à la métrique et à la rime, une harmonie s’établit entre chaque verset et les autres. Il en résulte la diffusion d’une merveilleuse mélodie. Cette harmonie et cette similitude ont une autre cause, qui n’est toutefois pas aussi manifeste que la métrique et la rime. Elles naissent de l’emploi de mots isolés, de l’agencement des lettres et de la disposition des mots dans la phrase. Leur perception et leur appréciation dépendent de l’étendue de la sensibilité de chacun, de sa conscience religieuse et de son goût pour la mélodie et la musique. C’est pourquoi l’on peut distinguer la sonorité mélodieuse de l’interlude de sa sonorité dissonante ; la simple présence d’une rime en fin de phrase ne suffit pas à la qualifier de mélodie ou de rythme.
Comme les versets mentionnés sont courts, la durée des ondes mélodiques qu’ils produisent n’est pas non plus très longue. Cependant, le rythme et la métrique de tous les versets sont identiques ; il existe donc une harmonie entre eux tous. Rien n’oblige que la dernière lettre de ces versets soit toujours la même.
Ainsi, dans la littérature moderne, lorsqu’on écrit une histoire ou un roman, on ne prête pas attention à ces éléments ; en revanche, dans la mélodie et le rythme coraniques, chacun d’eux a été pris en considération. De nombreux versets montrent clairement que cela a été fait de manière entièrement intentionnelle et planifiée afin d’assurer la rime en fin de phrase. Observez par exemple le verset suivant.
(Arabe*********)S’il avait été formulé comme ci-dessous au lieu d’être formulé de cette manière :
(Arabe*********)La rime finale aurait alors été différente et le rythme aurait été rompu. De même, le verset suivant :
(Arabe*********)S’il avait été mentionné de la manière suivante au lieu d’être mentionné ainsi :
(Arabe*********)La concordance rythmique n’aurait pas été obtenue. C’est le mot « Iḏan » (***) qui a complété cette harmonie.
Cela ne signifie pas pour autant que les deux mots « al-ukhrā » et « īdhān » n’ont été employés que pour leur rime et qu’ils seraient superflus. En réalité, ces deux mots ne sont pas superflus ; ils ont été employés en raison d’une subtile nécessité inhérente à la composition poétique. C’est là une autre caractéristique artistique du Coran. Des mots de ce genre ont été choisis dans le Coran pour une signification particulière, tout en jouant simultanément un rôle important dans le maintien de la mesure de la mélodie et du rythme.
Comme nous l’avons expliqué, lors de la récitation d’un verset coranique avec un autre, on remarque une certaine harmonie rythmique, et une rime apparaît à la fin. En outre, à de nombreux endroits, les mots ont été choisis de telle manière que la beauté disparaîtrait si l’on avançait ou reculait ne serait-ce qu’un seul mot.
Premier cas : le premier cas constitue un exemple de modification de la forme naturelle d’un mot. Voici une parole du prophète Abraham — que la paix soit sur lui — que le Coran a reproduite textuellement :
(Arabe*********)
(Abraham — que la paix soit sur lui — dit 🙂 Avez-vous réfléchi à ceux que vous adorez, vous et vos ancêtres ? Ils sont tous mes ennemis, à l’exception du Seigneur des mondes, qui m’a créé et m’a guidé, qui me nourrit et m’abreuve, et qui me guérit lorsque je tombe malade. J’espère que c’est Lui qui me pardonnera mes fautes au Jour du Jugement. (Sourate Ach-Chu‘arâ : 75-82)
Dans les versets cités, le yā’ du locuteur a été supprimé à la fin des mots « yahdīnī », « yaskīnī », « yashfīnī » et « yuḥyīnī », afin de préserver la rime en nūn, comme dans les deux mots « ta‘budūna » et « al-aqdamūna ».
De même, le yā’ a été supprimé dans les versets suivants :
(Arabe*********)
Par l’aube, par les dix nuits, par le pair et l’impair, et par la nuit lorsqu’elle s’écoule. Il y a là un serment pour l’homme doué d’intelligence. (Sourate Al-Fajr : 1-5)
Dans le verset cité, le « yā » du mot « yasrī » a été supprimé afin qu’il rime avec les mots « al-fajrī », « ‘ashrīn » et « wal-witrī ».
Les versets suivants peuvent également être mentionnés ici à titre d’exemple.
(Arabe*********)
Détourne-toi donc d’eux. Le jour où l’appelant appellera à une chose terrible, ils sortiront des tombes, les yeux baissés, tels des sauterelles dispersées. Ils accourront vers l’appelant. Les mécréants diront : « Voilà un jour difficile. »
Dans ce verset, si le « yā » n’avait pas été supprimé à la fin du mot « ad-dā‘ī », on aurait eu l’impression que le rythme de ce vers était rompu. Et cette faute n’aurait échappé à personne. Observez de même le verset suivant :
(Arabe*********)
(Moïse dit 🙂 C’est précisément l’endroit que nous cherchions. Puis ils revinrent sur leurs pas. (Sourate Al-Kahf : 64)
Si, dans ce verset, le mot (***) avait été écrit ainsi (***) , la continuité de la rime aurait été rompue.
De même, si, dans les versets suivants, la lettre « yāʾ » originelle et le « yāʾ » de la première personne (***) étaient privés, à leur terminaison, du « hāʾ » marquant la pause (**), la rime serait certainement rompue.
(Arabe*********)
Quant à celui dont la balance sera légère, son refuge sera Hawiya. Et qui te fera savoir ce que c’est ? C’est un feu ardent. (Sourate Al-Qāriʿa : 8-11)
Observez également le verset suivant :
(Arabe*********)
Quant à celui à qui son registre sera remis dans la main droite, il dira : « Prenez, lisez mon registre ! Je savais que j’aurais à rendre des comptes. » Il vivra alors dans l’aisance et le bonheur. (Sourate Al-Ḥāqqa : 19-21)
Deuxième cas : l’état ordinaire des mots n’a certes subi aucune modification, mais leur agencement subtil les a rendus mélodieux. Si le moindre changement était apporté à cet agencement, il ne resterait plus rien de la rime. La musicalité s’en trouverait détruite.
(Arabe*********)
Ceci est le récit de la miséricorde de ton Seigneur envers Son serviteur Zacharie. Lorsqu’il invoqua secrètement son Seigneur et dit : « Ô mon Seigneur ! Mes os se sont affaiblis sous le poids de l’âge. Mes cheveux sont devenus blancs de vieillesse, mais je n’ai jamais été déçu en T’invoquant. » (sourate Maryam : 2-4)
Si, dans le verset précédent, on ne changeait que le mot « minnî » pour le placer avant le mot « al-ʿaẓm » et qu’on formulait ainsi :(Arabe********)on comprendrait clairement qu’il ne resterait plus rien de la cadence dans cette phrase. C’est uniquement pour préserver la rime et le mètre que le mot « minnî » a été placé à l’endroit qui lui convient. Voyez maintenant comme la rime est admirable. Au début de la phrase, il est dit :(Arabe********)puis il est aussitôt dit :(Arabe********)
Il convient de rappeler à ce propos que la mélodie et la cadence à l’intérieur des versets sont si subtiles qu’elles peuvent seulement être ressenties, mais non exprimées. Nous avons déjà abordé quelque peu cette question. Pour percevoir ce type de mélodie et de rythme, qui se limite à des groupes de mots isolés ou à la disposition d’une même phrase, il n’existe qu’un seul moyen : la connaissance et la sagesse accordées par Allah ; aucun autre moyen ne le permet.
L’analyse qui précède indique précisément que le style d’expression d’al-Qurʾân repose sur une mélodie et une cadence. Mais celles-ci doivent être mesurées avec une extrême précision. Elles sont si sensibles que la moindre dérogation à la disposition ordinaire des mots entraîne une rupture de cadence. Pourtant, il ne s’agit ni de poésie ni d’un poème. Il n’est même pas tenu de respecter les règles et les principes de la poésie. Cependant, les gens le voient agencé et ordonné d’une telle manière qu’ils ne savent que dire de lui, sinon l’appeler poésie.
Pauses finales et rimes finales
De même qu’il existe plusieurs types de mélodies et de cadences, il existe plusieurs types de pauses finales et de rimes finales. La question est maintenant de savoir si ces types de pauses finales et de rimes finales obéissent à des règles et à des principes. Et s’ils s’articulent autour d’un objectif déterminé.
La réponse est la suivante : puisqu’il a été établi qu’il existe dans al-Qurʾân une mélodie et une cadence, nous tenterons donc de répondre à cette question conformément aux règles de la mélodie et de la cadence. Les formes des pauses finales et des rimes finales varient d’une sourate à l’autre. Il arrive souvent que plusieurs règles soient appliquées dans une même sourate. Les différences entre les pauses finales des différentes sourates dépendent de la longueur des phrases, qu’elles soient courtes, longues ou moyennes. Leur forme est comparable à celle des vers d’un poème, où, dans une même strophe, certaines lignes sont courtes et d’autres longues. En définitive, on peut dire que les pauses finales des sourates courtes sont également brèves. Dans les versets de longueur moyenne, la pause est moyenne, tandis que dans les versets longs, elle est relativement longue. Si nous considérons les rimes finales, nous constatons que, dans les sourates courtes, les exemples sont assez proches de la cadence. Dans les sourates longues, en revanche, cette proximité est moindre. Parmi les rimes finales que l’on trouve dans les sourates d’al-Qurʾân et qui sont très fréquemment employées figurent le « nûn », le « mîm », ainsi que le « wâw » ou le « yâ » qui les précède. L’objectif est ici encore de créer de la variété, comme dans la mélodie et la cadence.
Il reste maintenant une question : pourquoi a-t-on créé une différence entre les pauses et les rimes finales des phrases décrivant une même situation ? La réponse est que le phénomène dont nous trouvons des exemples dans la plupart des passages du Coran n’a pas pour seul objectif de produire de la diversité ; il répond aussi à certaines finalités et nécessités. En de nombreux endroits, nous pouvons percevoir la raison de cette diversité, tandis qu’en d’autres, nous sommes incapables de la comprendre. Là où nous échouons, nous nous efforçons vainement, en nous conformant aux usages établis, d’affirmer que cette méthode n’est qu’une méthode parmi d’autres, comparable à la représentation, à l’imagination et à la mise en scène.
La sourate Maryam est l’un des passages où nous pouvons comprendre le secret des pauses et des rimes finales. Réfléchissez : cette sourate commence par le récit de Zacharie (paix sur lui) et de Jean (paix sur lui). Puis le récit de Marie et de Jésus (paix sur lui) y est associé. Dans cette sourate, les pauses et les rimes finales se présentent comme suit. Voici ce qui est exposé au début de la sourate :
(Arabe********)
C’est le récit de la miséricorde de ton Seigneur envers Son serviteur Zacharie, lorsqu’il invoqua son Seigneur en secret. Il dit : « Ô mon Seigneur ! Mes os se sont affaiblis avec l’âge, mes cheveux ont blanchi sous l’effet de la vieillesse, ô mon Seigneur. En T’invoquant, je n’ai jamais été déçu. » (Sourate Maryam : 2-3)
Puis le récit de Marie commence ainsi :
(Arabe********)
Voici comment est relatée l’histoire de Marie : elle se retira de sa famille en un lieu situé à l’est. Puis elle se voila afin de se dissimuler à leurs regards. Marie dit : « Je cherche auprès de toi refuge dans le Tout Miséricordieux, si tu crains Dieu. » (Sourate Maryam : 16-18)
Le récit de Zacharie (paix sur lui) et celui de Marie (paix sur elle) s’achèvent tous deux par la même lettre, la lettre précédant la dernière, le rāʾ (****). En revanche, là où s’achève le récit de Jésus (paix sur lui), on observe une certaine exception à cette méthode.
(Arabe********)
(L’enfant dit 🙂 Je suis certes le serviteur d’Allah. Il m’a donné le Livre et m’a fait prophète. Il m’a béni où que je sois. Il m’a ordonné, tant que je serai vivant, d’accomplir la prière et de verser la zakat, et d’être bon envers ma mère. Il ne m’a fait ni arrogant ni malheureux. Que la paix soit sur moi le jour où je suis né, le jour où je mourrai et le jour où je serai ressuscité. (Sourate Maryam : 30-33)
(Arabe********)
Tel est Jésus, fils de Marie : la parole de vérité au sujet de laquelle les gens doutent. Il ne convient pas à Allah de S’attribuer un enfant. Gloire et pureté à Lui ! Lorsqu’Il décide d’une chose, Il lui dit : « Sois ! », et elle est aussitôt. Il dit encore : « Certes, Allah est mon Seigneur et votre Seigneur. Adorez-Le donc : voilà le droit chemin. » Puis les groupes parmi eux adoptèrent chacun une voie différente. Malheur donc aux mécréants lors de l’avènement du Jour suprême. (Sourate Maryam : 34-37)
Examinez les versets ci-dessus : vous constaterez que la pause à la fin du dernier verset a changé et s’est allongée. De même, la structure de la rime finale a manifestement changé. La dernière lettre est tantôt un « nûn », tantôt un « mîm », précédé d’un « waw » ou d’un « yâ ». On dirait qu’un événement a été raconté précédemment et que sa conclusion est maintenant exposée, conclusion tirée du récit lui-même.
Nous présentons encore une preuve pour établir la véracité de ce propos : là où l’événement s’achève, les pauses finales et la rime reviennent à leur première forme. Cela afin que s’ouvrent de nouveau les horizons de récits nouveaux. Il est dit :
(Arabe********)
Puis les groupes parmi eux adoptèrent chacun une voie différente. Malheur donc aux mécréants lors de l’avènement du Jour suprême. Quel jour merveilleux ce sera pour eux : ils entendront et verront clairement, le jour où ils viendront à Nous. Mais aujourd’hui, les injustes sont dans un égarement manifeste. Avertis-les du Jour du regret, lorsque toute affaire aura été tranchée. Ils sont maintenant dans l’insouciance et ne peuvent croire. (Sourate Maryam : 37-39)
(Arabe********)
Je serai le propriétaire ultime de la terre et de tout ce qu’elle contient, et c’est vers Moi qu’ils seront tous ramenés. Raconte dans ce Livre l’histoire d’Abraham. Il était certes un prophète véridique. Lorsqu’il dit à son père : « Ô mon père, pourquoi adores-tu ce qui n’entend ni ne voit et ne peut en rien te servir ? Ô mon père, un savoir m’est parvenu qui ne t’est pas parvenu ; suis-moi donc, je te guiderai sur une voie droite. Ô mon père, je crains qu’un châtiment du Tout Miséricordieux ne te touche, et que tu ne deviennes alors le compagnon de Satan. »
La sourate an-Naba’ commence par l’emploi de la rime finale en « nûn » (**) et en « mîm » (**). Ainsi :
(Arabe********)
Sur quoi s’interrogent-ils les uns les autres ? Sur la grande nouvelle au sujet de laquelle ils sont en désaccord. Eh bien, ils sauront bientôt ! Encore une fois, ils sauront bientôt ! (Sourate an-Naba’ : 1-5)
Lorsque cette description s’achève et qu’un discours de style polémique commence à sa place, la structure change soudainement. Ainsi :
(Arabe********)
N’avons-Nous pas fait de la terre une couche et des montagnes des piquets ? Nous vous avons créés par couples. Nous avons fait de votre sommeil un repos, de la nuit un vêtement et du jour un temps pour gagner votre subsistance.
Dans l’ensemble de la sourate Âl ʿImrân, on observe des rimes finales en « nûn » et en « mîm », ce qui constitue une pratique générale du Coran. Lorsque la sourate s’est approchée de sa conclusion et qu’il a été question de la prière d’un groupe de croyants, le style des rimes finales a également changé. Ainsi :
(Arabe********)
(Les croyants disent 🙂 Seigneur ! Tu n’as pas créé tout cela en vain. Gloire à Toi ! Préserve-nous du châtiment de l’Enfer. Seigneur ! Certes, celui que Tu introduis en Enfer, Tu le couvres d’ignominie. Et les injustes n’auront aucun secours. (Sourate Âl ʿImrân : 191-192)
Cette variation des pauses en fin de phrase et des rimes finales s’observe en de nombreux endroits du Coran. Mais nous ne pouvons pas expliquer partout le secret et le but de ces changements. J’ai indiqué les quelques formes de variation que je connaissais. À mon avis, ce qui a été exposé sur ce sujet est suffisant.
Il reste un point : les règles de la musicalité et du rythme du Coran se modifient avec les changements du sujet traité et du lieu. Nous pouvons néanmoins affirmer avec force que la musicalité et le rythme coraniques sont soumis à une règle particulière. Ils correspondent toujours à la phrase et à son étendue. C’est une règle qui ne souffre aucune exception. Pour distinguer et analyser les types de musicalité et de rythme, il est indispensable de connaître leurs règles et leur terminologie propres. Sans cela, il n’est pas possible d’en parler. Malheureusement, les lecteurs manquent de connaissances terminologiques dans ce domaine, tout comme moi. Mais je pense que notre objectif sera atteint si nous présentons les formes de la musicalité et du rythme ainsi que quelques explications fondamentales à leur sujet.
Dans la sourate An-Nâziʿât, on trouve deux principes de musicalité et de rythme. Le premier apparaît dans les versets suivants. Cette partie de la sourate est composée de plusieurs phrases très courtes. Ces phrases décrivent le déroulement de la mort et de la Résurrection, avec une action rapide et énergique.
Il est dit :
(Arabe********)
Par ceux qui arrachent les âmes avec vigueur, par ceux qui les détachent doucement, par ceux qui voguent rapidement, par ceux qui s’élancent avec célérité et par ceux qui exécutent tout ordre ! L’Heure viendra certainement. Le jour où le premier tremblement secouera la terre, suivi du second, de nombreux cœurs seront alors craintifs et bouleversés. (Sourate an-Nâzi‘ât : 1-8)
(Arabe********)
Leurs regards seront abaissés. Ils diront : « Serons-nous ramenés sur nos pas, même après être devenus des ossements désagrégés ? Ce serait alors un retour catastrophique. » (Sourate an-Nâzi‘ât : 9-11)
(Arabe********)Ce ne sera donc qu’un seul grand cri ; alors, les voilà présents dans la plaine. (Sourate an-Nâzi‘ât : 13-14)
Le deuxième type de mélodie et de rythme se trouve dans les versets suivants. Ces versets sont lents, posés et d’une longueur moyenne. Ils ressemblent à ceux dans lesquels un événement est raconté. Ces quelques versets ne constituent qu’une partie des passages consacrés à Moïse (paix sur lui). Il est dit :
(Arabe********)
Le récit de Moïse t’est-il parvenu ? Lorsque son Seigneur l’appela dans la vallée de Tûr et lui dit : « Va auprès de Pharaon, car il a vraiment transgressé. Puis dis-lui : “Désires-tu te purifier ? Je te guiderai vers ton Seigneur afin que tu Le craignes.” » (Sourate an-Nâzi‘ât : 15-19)
J’ai exposé plus haut deux types de mélodie et de rythme. Il me semble inutile de détailler leurs différences et leurs règles. La différence entre eux est évidente. De plus, le domaine auquel ils s’appliquent est également identique. Dans les deux cas, la mélodie et le rythme resplendissent par leur singularité.
Abordons à présent quelque peu le troisième type de mélodie et de rythme. Ce type de mélodie et de rythme se retrouve notamment dans les paroles des invocations, où les émotions du cœur sont exprimées sur un ton doux. Certes, ces versets sont quelque peu longs. Ainsi :
(Arabe********)
(Ils disent 🙂 Ô notre Seigneur ! Tu n’as pas créé tout cela en vain. Gloire à Toi ! Préserve-nous du châtiment de l’Enfer. Ô notre Seigneur ! Celui que Tu fais entrer en Enfer, Tu le couvres certainement d’opprobre. Et les injustes n’auront aucun secours. Ô notre Seigneur ! Nous avons assurément entendu un appelant appeler à la foi : « Croyez en votre Seigneur ! » Nous avons donc cru. Ô Seigneur ! Pardonne-nous tous nos péchés, efface toutes nos fautes et fais-nous mourir avec les vertueux. Ô notre Seigneur ! Accorde-nous ce que Tu nous as promis par l’intermédiaire de Tes messagers et ne nous couvre pas d’opprobre au Jour de la Résurrection. Certes, Tu ne manques pas à Ta promesse.
Une autre invocation dit :
(Arabe********)
Ô notre Seigneur ! Tu sais ce que nous dissimulons et ce que nous manifestons. Rien n’est caché à Allah, ni sur la terre ni dans le ciel. Louange à Allah, qui m’a accordé Ismaël et Isaac malgré ma vieillesse. Certes, mon Seigneur entend les invocations. Ô mon Seigneur, fais de moi quelqu’un qui accomplit la prière, ainsi que de ma descendance. Ô notre Seigneur ! Pardonne-moi, pardonne à mes père et mère, ainsi qu’à tous les croyants, le jour où les comptes seront établis. (Sourate Ibrâhîm : 38-40)
Ce type-ci est exceptionnel par rapport aux deux précédents types de mélodie et de rythme. Pour le démontrer, il n’est pas nécessaire de maîtriser les règles de la mélodie et du rythme ni leur terminologie. C’est une résonance jaillie du cœur, qui a pris dans l’invocation la forme de vagues mélodiques ascendantes et descendantes.
J’oserai aborder un autre type de mélodie et de rythme. Les vagues ondoyantes de ce type de mélodie et de rythme, ainsi que leurs ondulations musicales, sont très longues. Sa nature est entièrement différente de celle exposée plus haut. Je peux affirmer en toute confiance que la différence entre celui-ci et la mélodie et le rythme étudiés précédemment est aussi évidente que la lumière du jour.
La nature de la mélodie et du rythme dont je veux parler ici comporte, avec les vagues successives, de la profondeur et de l’ampleur. Elle recèle en outre de la peur et de l’épouvante, car cette mélodie et ce rythme sont ceux de la tempête et de l’inondation. Considérez ceci :
(Arabe*********)
Et l’arche les emporta au milieu de vagues hautes comme des montagnes. Noé appela son fils, qui s’était tenu à l’écart, et lui dit : « Ô mon fils ! Monte avec nous et ne reste pas avec les mécréants. » Il répondit : « Je vais bientôt me réfugier sur une montagne qui me protégera de l’eau. » Noé dit : « Aujourd’hui, nul ne protège du commandement d’Allah, sauf celui à qui Il fait miséricorde. » Puis une vague s’interposa entre eux deux, et il fut alors englouti. (Sourate Hûd : 42-43)
Pour créer une profonde ressemblance avec la situation terrifiante engendrée par la tempête et l’inondation, les vagues mélodiques évoquées dans ce verset sont longues comme les vagues et perpétuellement oscillantes, tantôt hautes, tantôt basses. La succession des mots dans ce verset compose une image qui s’accorde parfaitement avec la scène épouvantable entourée par la tempête et le déluge.
Avec un peu plus d’audace, nous allons examiner une autre forme rythmée des vagues mélodiques. Toutefois, elle ne pourra pas retenir autant l’attention ni attirer autant les regards que l’exemple précédent. Il est dit :
(Arabe*********)
Ô âme apaisée, retourne vers ton Seigneur, satisfaite et agréée. Entre donc parmi Mes serviteurs et entre dans Mon Paradis. (Sourate al-Fajr : 27-30)
Lorsque le récitant récite ces versets à voix haute, on ressent leur douce vague mélodique. La vague mélodique présente dans ces versets ressemble à une vague qui augmente progressivement jusqu’à atteindre son point culminant. La vague mélodique de ces versets, dans ses deux états — doux et intense —, s’accorde parfaitement avec la paix et la sécurité. Lorsque le son du premier alif de « yâ » atteint un volume élevé et que « ayyû » est prononcé à une voix relativement plus basse, on observe une certaine vague mélodique ; mais cette seule constatation ne permet pas de percevoir la beauté de cette vague mélodique. En effet, l’équilibre ne se crée alors que dans la mesure (***), et non entre les hauteurs de ton. La mélodie musicale s’en trouve donc nécessairement influencée. Aucun effet ne se produit sur l’âme qui reçoit ; le rapport de l’âme réceptive à cette caractéristique se limite en réalité au ton et à la sonorité des mots. Seul peut la découvrir celui qui récite le Coran les yeux et les oreilles ouverts, en faisant appel à ses cinq sens.
Nous tirons ici le rideau sur ce sujet, afin de ne plus avoir à nous débattre dans l’océan insondable des vagues mélodiques et rythmiques.
Septième chapitre
Les éléments de l’imagerie coranique
Nous allons maintenant examiner un autre aspect de la composition artistique que l’on observe dans la méthode de représentation du Coran. Il ne fait aucun doute que le Coran décrit divers événements sous forme de scènes et d’images. Nous voulons donc dire que, lorsque les éléments suivants se trouvent réunis dans ces images, leur composition artistique devient empreinte de beauté.
1. Que l’image possède un thème.
2. Que le lieu, le temps et les personnages correspondent à l’image.
3. Que toutes les parties de l’image soient harmonieuses entre elles.
4. Que chaque partie du papier ou du morceau de tissu sur lequel l’image sera dessinée soit divisée proportionnellement aux différentes parties de l’image.
Nous avons déjà donné quelques indications à ce sujet dans le chapitre « L’image artistique », où nous avons présenté l’image de ceux qui dépensent leurs richesses pour la gloire et la renommée, ainsi que celle de la pierre recouverte d’une fine couche de terre. À côté de l’image de ces gens, nous avons également tenté de peindre celle de ceux qui donnent leurs biens uniquement pour obtenir l’agrément d’Allah. Nous avons aussi montré l’image du jardin situé sur une colline. Nous y avons expliqué quel équilibre se trouve dans les différentes parties de ces images et dans leurs éléments accessoires.
Nous voulons maintenant examiner un aspect de la composition artistique du Coran : ses moyens et ses procédés de composition. Autrement dit, cela sera comme la clé de cette serrure.
À nos yeux, la composition du Coran se présente comme suit :
Premièrement : le point essentiel à cet égard est l’« unité de composition » (l’unité de l’image). Même une personne possédant quelques notions élémentaires de peinture peut comprendre ce qu’est l’« unité de composition ». Contentons-nous de dire qu’il s’agit de l’une des règles fondamentales et essentielles de l’art pictural : faire en sorte qu’une partie n’entre pas en contradiction avec une autre.
Deuxièmement : le deuxième point nécessaire consiste à répartir, selon les besoins de l’image, ses différentes parties sur le papier ou le morceau de tissu sur lequel elle est peinte, afin qu’aucune difficulté ne surgisse dans sa réalisation.
Troisièmement : le troisième élément est la couleur, par laquelle l’image prend forme, la beauté se révèle pleinement et la pensée s’unit au sujet.
L’harmonie et la convenance entre les formes obtenues par la couleur sont d’une importance considérable, comme c’est le cas dans les représentations cinématographiques et théâtrales. La base de l’image coranique repose également sur ce même principe. Bien qu’elle soit composée uniquement de mots ou d’ensembles de lettres, sans aucun autre élément pictural, l’éclat et le caractère miraculeux de l’image coranique dépassent ceux des images peintes sur une toile à l’aide de couleurs et de pinceaux.
1. Parlons de la sourate al-Falaq, l’une des courtes sourates du Coran, que certains considèrent comme une sourate relative aux sortilèges des magiciens. On peut se demander : quand cette sourate est-elle récitée ? Il apparaît naturellement qu’elle est récitée au moment où l’on cherche refuge. C’est alors que surgissent la peur, la crainte de la réprobation des détracteurs ou une inquiétude inconnue. Écoutez et réfléchissez :
(Arabe**********)
Je cherche refuge auprès du Seigneur de l’aube, contre le mal de ce qu’Il a créé, contre le mal de la nuit obscure lorsqu’elle survient, contre le mal des magiciennes qui soufflent sur les nœuds, et contre le mal de l’envieux lorsqu’il envie. (sourate Al-Falaq : 1-5)
Réfléchissez un instant : qu’est-ce que le « falaq » (***) ? Qu’est-ce qui rend nécessaire de demander refuge auprès de son Seigneur ? Parmi ses nombreuses significations, nous avons retenu celle d’« aube », car seule l’aube déchire les ténèbres. Il convient donc ici de retenir le sens d’aube. En effet, on trouve ici une description d’un genre particulier, dont nous comprendrons la pertinence en poursuivant notre analyse.
Dans cette sourate, on demande refuge auprès du Seigneur de l’aube contre l’ensemble de la création. Dans l’expression « mâ khalaqa » (****), la lettre « mâ » (**) a le sens d’un pronom relatif, c’est-à-dire l’ensemble de la création. On a l’impression que toute la création est plongée dans les profondeurs des ténèbres. (***) — « Lorsque l’obscurité de la nuit recouvre toute chose, une situation répugnante se manifeste. »
(Arabe*******)— Le fait que les magiciennes soufflent sur les nœuds rend toute l’atmosphère encore plus terrifiante. En effet, la magie par le souffle s’accomplit la plupart du temps dans l’obscurité de la nuit.(Arabe*******)La « hasad », ou envie, est une action secrète qui se dissimule dans les recoins obscurs du cœur humain. En ce sens, l’envie est elle aussi une action nuisible et terrifiante. Ici, les ténèbres, la peur et l’épouvante sont présentes à profusion. Celui qui demande refuge veut se mettre sous la protection d’Allah contre toutes ces ténèbres.
La question se pose maintenant : Allah est le Seigneur de toute chose ; pourquoi est-il alors pertinent de dire précisément « Rabb al-Falaq », le Seigneur de l’aube ? La réponse est que cette formulation a été choisie pour créer la beauté et l’harmonie avec le lieu et le moment. Selon le sens commun, il aurait fallu demander refuge contre les ténèbres auprès de « Rabb an-Nûr », le Seigneur de la lumière. Mais cette idée n’est pas juste, car ce qui est dépeint ici est une image sensible et mystérieuse, qui se dissipe au contact de la lumière. La lumière rend toute chose claire. Si, à la place des ténèbres, on avait employé le mot « nûr », la lumière, (***) cela n’aurait pas convenu aux deux notions de souffler sur les nœuds et d’envie. C’est pourquoi le mot « falaq » a été utilisé à sa place, afin de créer une harmonie. Il renvoie en quelque sorte à la lumière : le moment du « falaq » précède la clarté éclatante de l’aube, lorsque règne une atmosphère mêlée de lumière et d’obscurité. Ce moment est à la fois indistinct et captivant.
On peut se demander : de quels éléments cette image est-elle composée ?
La réponse est que, si l’on observe les deux termes « falaq » (***) et « al-ghâsiq » (***), on constate qu’il s’agit de deux images naturelles ; et si (***)
Si l’on réfléchit à (****) et (****), on constate que ces deux groupes sont des êtres humains créés par Allah.
Si l’on considère séparément les deux mots « Falaq » et « Ghasiqin », deux images distinctes apparaissent. Du point de vue du temps, l’un est l’opposé de l’autre : « Falaq » signifie l’aube, tandis que « Ghasiqin » signifie la nuit. De même, les deux mots « an-Naffathat » (***) et « al-Hasid » (***) désignent deux groupes de sexes opposés parmi les êtres humains. On constate que tous les éléments de l’image ont été disposés successivement sur la toile. Sur le tableau, ou la toile, ils se font face. Jusqu’à leurs couleurs et leurs manières, toutes les parties sont une et identiques. Dans toutes les parties, la peur et l’effroi constituent le thème central. Les ténèbres ont tout englouti. Le thème principal de l’image, ses différentes parties et ses couleurs, tout est concentré autour d’un même centre.
Cette analyse ne recourt à aucune méthode conventionnelle, et la beauté incomparable qui se dégage de cette image n’est pas appelée à pâlir au fil du temps. Car il ne s’agit pas ici simplement de quelques mots ni de contrastes entre des idées. La toile de l’image, l’étendue et les limites de l’espace, sa cohérence et sa continuité, ainsi que le thème de l’image, sont des éléments essentiels à sa représentation. Lorsque les seuls mots et la description accomplissent tous ces objectifs, ils prennent la forme d’une image véritablement miraculeuse.
2. Le Noble Coran qualifie, à un endroit, la terre inculte et desséchée de « hamidatun » (***) (morte et gisant à terre), et, à un autre endroit, de « khashiʿatan » (***) (inclinée). Beaucoup pensent que deux mots distincts ont été employés uniquement pour donner plus de douceur à la langue. Voyons maintenant dans quel contexte ces deux mots ont été employés.
Le mot « hamidatan » (***) apparaît dans le verset suivant :
(Arabe*******)
(Ô gens ! Si vous avez des doutes au sujet de la Résurrection, alors réfléchissez : Nous vous avons créés de terre, puis d’une goutte de sperme, puis d’un caillot de sang, puis d’une masse de chair, formée ou informe, afin de vous l’expliquer. Nous déposons dans les matrices ce que Nous voulons pour un terme fixé, puis Nous vous en faisons sortir à l’état de nourrisson. Ensuite, vous atteignez votre pleine maturité. Certains d’entre vous meurent, tandis que Nous en ramenons d’autres jusqu’à l’âge décrépit, de sorte qu’après avoir su, ils ne savent plus rien. Tu vois la terre morte ; puis, lorsque Nous y faisons descendre la pluie, elle se ranime, se gonfle et fait pousser toutes sortes de plantes magnifiques. (Sourate al-Hajj : 5)
Le mot « khashiʿatan » (***) a été employé dans le verset suivant :
(Arabe*******)
Parmi Ses signes figurent le jour, la nuit, le soleil et la lune. Ne vous prosternez ni devant le soleil ni devant la lune, mais prosternez-vous devant Allah, qui les a créés, si c’est Lui que vous adorez sincèrement. Puis, s’ils s’enorgueillissent, ceux qui sont auprès de ton Seigneur Le glorifient nuit et jour sans jamais se lasser. Parmi Ses signes, il y a aussi que tu vois la terre humblement étendue, desséchée. Puis, lorsque J’y faisons descendre la pluie, elle se ranime et se gonfle. (Sourate Fussilat : 37-39)
Dans les deux versets précités, la différence entre les deux termes « hamidatān » (***) et « khāshiʿatān » (***) apparaît clairement. Le premier verset traite de la vie, de sa transformation et de la résurrection. C’est pourquoi la terre y est qualifiée de « hamidatān », c’est-à-dire morte, en accord avec ces notions. De même qu’Il ressuscitera les hommes, Il fait revivre la terre ; elle se gonfle alors et se pare de fleurs et de fruits.
En revanche, le deuxième verset évoque l’adoration, l’obéissance empreinte d’humilité et la prosternation ; la terre y est donc décrite comme « khāshiʿatān », c’est-à-dire inclinant humblement la tête. Autrement dit, dépendante de l’eau, la terre attend, le visage tourné vers le bas, l’eau d’Allah ; lorsqu’elle la reçoit, elle se gonfle et s’épanouit. Après cela, il n’est pas question de produire des fruits et des récoltes comme dans le verset précédent. En effet, associer la production de fruits et de récoltes à l’adoration et à la prosternation serait inapproprié et incohérent. Ainsi, dans ce verset, les deux termes (*****) (fraîche et gonflée) ne sont pas employés dans le sens qu’ils avaient dans le verset précédent. Ils sont utilisés uniquement pour montrer le mouvement de la terre. Car auparavant, celle-ci était tombée à genoux. Ici, un mouvement est introduit dans cet état. En effet, dans cette scène, tous changent d’état par le mouvement de l’adoration ; il n’était donc pas possible que la terre demeure immobile. C’est pourquoi, dans cette scène animée, un mouvement est également attribué à la terre, avec les adorateurs. Car si tout est en mouvement dans le tableau, pourquoi la terre resterait-elle immobile ? C’est là une beauté d’une extrême subtilité, qui submerge la pensée et la conscience du spectateur.
Les termes « humūd » (***) et « khushūʿ » (***) sont synonymes quant à leur sens. Dans le sens même de ces deux termes se trouve de nouveau l’indication d’un retour à la vie. Il n’aurait pas été nécessaire de les employer simplement pour apporter une nouveauté à l’expression. Mais puisque le Coran veut, en même temps que son discours, laisser une empreinte non seulement dans le monde de la pensée, mais aussi dans le miroir du cœur, cette méthode a été suivie, afin qu’un lien relie l’ensemble du discours et que tous ses éléments concourent à parachever un tableau.
Dans les versets mentionnés, la diversité des termes constitue une preuve irréfutable de leur unité : la méthode de représentation du Coran est l’un des fondements essentiels de l’analyse descriptive. En outre, le Coran ne se contente pas d’énoncer un sens intelligible ; il présente également, avec ce sens, une image vivante. C’est pourquoi on observe de subtiles différences dans le choix des termes coraniques selon le lieu, le moment et le contexte.
Voyons maintenant quelle distinction existe entre ces deux tableaux et leurs éléments. La particularité du premier tableau est qu’il décrit certains éléments qui n’existaient pas, leur donnant vie par une forme et une apparence. Autrement dit, il y fait naître le frémissement de la vie et les rend visibles. L’un de ses éléments est le sperme, qui franchit différentes étapes jusqu’à parvenir à un certain stade. Un autre est la terre morte, qui reprend vie au contact de la pluie. Peu à peu, elle se remplit de fruits et de récoltes. En vérité, l’état et l’environnement créés par l’ensemble de ces éléments sont ceux de la vie.
Le deuxième tableau présente certains éléments naturels. On peut également dire que plusieurs scènes naturelles y sont exposées. Ses éléments sont la nuit, le jour, la lune, le soleil et la terre, qui inclinent leur tête dans la soumission devant Allah. Sur la terre apparaissent deux groupes vivants, de nature différente mais semblables en apparence. L’un est la société humaine, insouciante de l’adoration d’Allah. L’autre est constitué des anges, constamment occupés à adorer Allah nuit et jour. De l’ensemble de ces éléments se dégage l’image de l’adoration. Dans la vaste toile de ce tableau, chaque élément a été intégré à sa juste place.
3. En divers endroits du Coran, les bienfaits accordés aux êtres humains sont décrits de différentes manières. Cependant, chaque exposé en donne une présentation générale, dans laquelle on observe une certaine particularité. Nous en mentionnerons deux à titre d’exemple. Les voici :
(3. a)
(Arabe*******)
Allah a fait de vos maisons un lieu de séjour et vous a fourni, avec les peaux des bestiaux, des tentes que vous trouvez légères à porter pendant vos voyages comme lors de vos séjours. De leur laine, du poil de chameau et du poil de chèvre, vous fabriquez de nombreux meubles et objets d’usage pour un temps déterminé. Allah vous a procuré, avec ce qu’Il a créé, des ombrages ; dans les montagnes, Il vous a aménagé des abris ; et Il vous a donné des vêtements qui vous protègent de la chaleur et des vêtements qui vous protègent dans les combats. Ainsi parachève-t-Il Son bienfait envers vous, afin que vous vous soumettiez. (Sourate An-Nahl : 80-81)
(Arabe*******)
Il y a pour vous, dans les bestiaux, matière à réflexion. Nous vous faisons boire un lait extrait de ce qui se trouve dans leurs ventres, entre les excréments et le sang, un lait agréable à boire. Des palmiers et des vignes, vous tirez une boisson enivrante et une excellente nourriture. Il y a certes là un signe pour un peuple doué de raison. Ton Seigneur a révélé aux abeilles : « Établissez vos demeures dans les montagnes, les arbres et les treillages élevés. Puis mangez de tous les fruits et suivez les voies ouvertes de votre Seigneur. » De leurs ventres sort une boisson de couleurs variées, dans laquelle se trouve une guérison pour les hommes. Il y a certes là un signe pour ceux qui réfléchissent. (Sourate An-Nahl : 66-69)
Nous avons cité ci-dessus, dans les parties « a » et « b », deux sortes de versets. Dans les deux sortes de versets, on rappelle ces bienfaits qu’Allah a accordés à Ses serviteurs. Nous allons maintenant voir s’il existe une différence entre ces deux sortes de versets et, dans l’affirmative, de quelle nature elle est.
Dans les premiers versets (3. a), sont décrits des objets dans lesquels l’être humain trouve refuge, ou dont il apprécie l’ombre, ou qu’il porte pour couvrir sa pudeur. Tels sont les maisons, les ombrages, les vêtements et autres objets de ce genre. Tel est donc le thème principal des versets précités. Dans cette scène, la description des bestiaux présente également une particularité remarquable. Ainsi, l’être humain fait avec leur peau des tentes facilement transportables. Avec leur laine, il fabrique des couvertures et d’autres vêtements. En somme, cette scène décrit les lieux, les couvertures et les ombrages.
Dans ces quelques versets (3.b), la fabrication de boissons est décrite : les boissons enivrantes (fabriquées à partir de fruits), le lait, le miel (produit par les abeilles), ainsi que les animaux dont l’homme obtient des boissons.
En réalité, c’est une image d’une extrême finesse qui est présentée ci-dessus. Ce n’est pas une image ordinaire, mais une image extraordinaire. Voyez : les boissons enivrantes sont fabriquées à partir de fruits, mais leur forme et leur nature sont totalement différentes de celles de ces fruits. De même, le miel est recueilli des fleurs, mais il ne leur ressemble en rien. Le lait naît entre le fumier et le sang, mais sa nature et ses qualités n’ont pas le moindre rapport avec le fumier et le sang. Toutes ces boissons sont produites à partir d’autres éléments. Si l’on y réfléchit, toute la scène semble animée d’un souffle de vie.
Dans chacun des éléments de l’image subtile de la singularité qui se dégage des versets cités, il existe une ressemblance et une harmonie entre les uns et les autres. D’un côté, la beauté s’y épanouit ; de l’autre, le spectacle est également étonnant. Les exemples de ce genre ne sont pas rares dans le Coran. Nous en présentons ci-dessous un autre, qui illustre pleinement ce sujet.
(Arabe**********)
Ceux qui te prêtent serment d’allégeance ne font en réalité que prêter serment d’allégeance à Allah ; ceux qui te prêtent serment d’allégeance ne font en réalité que prêter serment d’allégeance à Allah. La main d’Allah est au-dessus de leurs mains. Quiconque viole donc son serment ne le fait qu’à son propre détriment ; et quiconque tient la promesse qu’il a faite à Allah, Allah lui accordera bientôt une immense récompense. (Sourate Al-Fath : 10)
L’image peinte dans ce verset est celle d’un serment prêté main dans la main. À ce propos, il est dit : (Arabe**********)— « La main d’Allah est au-dessus de leurs mains. » Ici, une vérification et une mise à l’épreuve ont lieu à un moment particulier. Pourtant, c’est le procédé figuratif de l’expression « yadullahi » (« la main d’Allah ») qui a été employé. L’objectif est d’assurer la pertinence et l’harmonie de la phrase. Chez les savants de la rhétorique, ce procédé porte le nom technique de « murāʿāt al-naẓīr », ou comparaison qui attire l’attention. Mais les savants de la rhétorique ne s’attachent qu’à la situation apparente. L’image leur reste donc cachée ; quant à nous, au-delà de leur terminologie, nous percevons dans cette représentation visuelle la pleine union du rythme, de la composition et du thème. Cette union a été créée afin que les différentes parties de l’image s’accordent avec l’ensemble de la scène.
Mais il faut se rappeler que, dans cette représentation visuelle, le Coran ne s’est pas contenté de recourir à des relations subtiles entre les éléments ; souvent, il a aussi rapproché, par l’imagination, des relations éloignées. Nous parlons essentiellement le langage de l’illustration et de la représentation visuelle. En effet, avant même de présenter notre propos, nous nous trouvons face à une image — celle qui a été exposée dans le verset précédent. Malgré la distance qui les sépare, le ciel et la terre sont souvent présentés ensemble. En de nombreux endroits, des paysages naturels et des êtres vivants sont réunis dans un même espace. Cela se produit précisément lorsque le tableau offre une possibilité d’ampleur et d’étendue. Il est dit :
(Arabe**********)
Ne regardent-ils donc pas les chameaux, comment ils ont été créés ? Et les montagnes, comment elles ont été dressées ? Et la terre, vois comment elle a été aplatie ? (Al-Ghâshiya : 17-20)
Voyez comment le pinceau de l’artiste a disposé avec tant de beauté, dans un même tableau, la terre, le ciel, les chameaux et les montagnes. Une image aux horizons étendus sur une petite surface. Les choses qu’il s’agit ici de décrire sont immenses ; leur aspect, totalement impressionnant, s’impose spontanément à l’esprit dès qu’on les contemple. L’image présentée ici s’étend du ciel jusqu’à la terre. D’un autre côté, les immenses montagnes qui s’élèvent jusqu’au ciel et les chameaux aux hautes bosses ont tous été parfaitement disposés sur une petite toile. Cela n’est possible pour personne, hormis un artiste de grande envergure. Seul un grand artiste peut créer une telle composition, avec une telle finesse.
Deuxièmement, ce que seul l’œil de l’artiste peut voir, c’est le ciel d’un côté de la toile entière, la terre de l’autre, et, au milieu, d’immenses montagnes ; parmi elles, un être vivant, le chameau, qui parcourt un désert s’étendant jusqu’à l’horizon, tandis que les montagnes l’encerclent de toutes parts.
4. À quelques différences près, les versets suivants se rapportent également au sujet précédent.
(Arabe**********)
Certes, J’ai créé dans le ciel des forteresses et Je l’ai embelli pour ceux qui le contemplent. J’ai préservé le ciel de tout démon banni. Mais celui qui surprend une écoute furtive et s’enfuit, un météore flamboyant le poursuit. J’ai étendu la surface de la terre, y ai placé des montagnes et y ai fait pousser chaque chose avec une parfaite mesure. J’y ai créé pour vous les moyens de subsistance, ainsi que pour ceux dont vous n’êtes pas les pourvoyeurs.
Ce verset indique qu’il y a dans le ciel de grandes forteresses et des météores, lesquels sont lancés contre les démons rebelles. De solides montagnes ont été dressées sur la terre étendue, et diverses plantes y ont été produites, avec une organisation et une justesse parfaites. C’est pourquoi le mot « mawzûn » (***) a été employé. Les mots « bahîj » (****) ou « latîf » (***) n’ont pas été employés. Les créations nécessaires à la subsistance sont désignées par le pluriel abondant « maʿâyish ». Il est également dit qu’il y a sur la terre des êtres vivants que les hommes n’entretiennent pas. Mais cette précision est laissée sous-entendue.
En observant attentivement, on comprend que la scène et l’image présentées dans ces versets sont d’une ampleur immense et d’un poids considérable. Tout y est assemblé de manière à susciter une perception sensible et à exprimer une signification profonde, comme si, dans un livre de très grand format, toutes les formes étaient cousues et réunies sur un même ruban.
5. Souvent, pour donner à l’image davantage d’ampleur et d’étendue, on dispose la largeur de la toile dans le sens vertical, vers le haut et vers le bas. Malgré cela, il devient difficile d’y inclure tous les éléments de la scène. On utilise donc toute la surface de la toile pour peindre l’image. Le verset suivant en offre un exemple :
(Arabe**********)
Certes, Allah détient seul la connaissance de l’Heure. C’est Lui qui fait tomber la pluie et qui sait ce que renferment les matrices. Nul ne sait ce qu’il acquerra demain, et nul ne sait en quel lieu il mourra. Allah est Omniscient et parfaitement informé de toute chose. (Sourate Luqman : 34)
Voyez comme, dans ce verset, la toile ou le tableau s’étend au-delà de toute mesure. Il englobe l’espace et le temps, le présent et l’avenir, les nouvelles du monde invisible, la Résurrection, la pluie, l’embryon caché dans la matrice, et bien d’autres choses encore. Il y est également question de la subsistance qui sera acquise dans l’avenir. Le moment de l’acquérir n’est pourtant pas très éloigné : il est juste sous nos yeux. La scène de la mort — quand elle surviendra et où auront lieu l’ensevelissement et le linceul — englobe tout le reste.
Cette image s’étend largement à la fois dans le temps et dans l’espace. Ses limites et tout ce qui l’entoure se sont perdus derrière le voile de l’invisible. Tout cela donne l’impression de se tenir devant une petite étagère dont la porte est fermée. Si une ouverture aussi fine qu’un trou d’aiguille apparaissait, on verrait que ce qui est très éloigné est tout proche, tandis que ce qui est proche se tient juste derrière, sans aucun espace entre les deux. Autrement dit, ces choses se trouvent certes à l’extrême limite de la distance, mais l’invisible lui-même finit, à un moment donné, par apparaître lumineux sous les yeux. Alors tout semble être présent simultanément sur une même plateforme.
Un aspect subtil de la composition artistique
Nous allons maintenant examiner un autre aspect de la cohérence et de la composition artistiques que l’on trouve dans les scènes coraniques. Jusqu’à présent, notre discussion de la composition artistique et de son harmonie portait sur des images et des scènes visibles ; il s’agissait en outre d’une composition artistique complète, perceptible dans une partie de l’image ou dans l’image entière. Mais le caractère miraculeux et la grandeur du Coran ne peuvent s’arrêter là. Souvent, ils se manifestent sous la forme d’une image encadrée ou d’une scène en mouvement. Parfois encore, toutes les choses se fondent et se confondent pour créer la magie d’une seule mélodie, qui enveloppe tout ce qui l’entoure. Le résultat qui en découle apparaît clairement dans l’exemple suivant, à savoir :
(Arabe**********)
Par le matin, et par la nuit lorsqu’elle devient profonde. Ton Seigneur ne t’a ni abandonné ni pris en aversion. Certes, la vie dernière sera meilleure pour toi que la première. Ton Seigneur te donnera bientôt, et alors tu seras satisfait. Ne t’a-t-Il pas trouvé orphelin, puis ne t’a-t-Il pas accueilli ? Il t’a trouvé égaré, puis Il t’a guidé. Il t’a trouvé démuni, puis Il t’a enrichi. Alors, ne maltraite pas l’orphelin, ne rabroue pas le mendiant et proclame les bienfaits de ton Seigneur. (Sourate Ad-Duha : 1-11)
Dans les versets mentionnés se manifeste une atmosphère où se mêlent la grâce et la compassion, l’inquiétude et l’impuissance. Ainsi : (Arabe**********) Jusqu’à ce verset, la mélodie de miséricorde et de générosité, de tristesse et de désespoir, produit une résonance semblable au fracas dévastateur des cordes délicates de la harpe du cœur. Une combinaison de tons doux et plaintifs, appropriés à la présentation du message, y a été composée, tandis que la complainte douloureuse de l’inquiétude continue d’y retentir. Cette mélodie est enveloppée par le milieu du jour (***) et par la nuit qui déploie son rideau noir. Le milieu du jour est le moment le plus favorable entre la nuit et le jour. Quant à la nuit, elle a été choisie comme symbole de la tristesse et de la douleur. De même que la nuit recouvre toute chose d’un léger voile d’obscurité, un voile subtil de douleur appelé orphelinat et pauvreté a recouvert le Noble Messager (paix et salut sur lui). Puis ce voile se retire peu à peu, et l’aube du bonheur, de plus en plus éclatante, parvient au milieu du jour.
(Arabe**********)
Ton Seigneur ne t’a pas abandonné. Il ne t’a pas non plus pris en aversion. La vie dernière est meilleure que la première. Bientôt, ton Seigneur te donnera ce qui te réjouira.
Cette bonne nouvelle est annoncée. Ainsi, l’image atteint sa pleine perfection dans son atmosphère, son contexte, ses couleurs, son style ainsi que dans ses comparaisons et ses projections.
b. Écoutez maintenant une autre mélodie. Son contexte et son image sont tous deux d’une nature différente.
(Arabe**********)
Par les chevaux qui courent à perdre haleine, par ceux qui font jaillir des étincelles sous leurs sabots, par ceux qui attaquent à l’aube et soulèvent alors des nuages de poussière, puis pénètrent au cœur des rangs ennemis. L’être humain est certes ingrat envers son Seigneur, et il en témoigne lui-même. Il est assurément passionné par l’amour des richesses. Ne sait-il donc pas que, lorsque ce qui est dans les tombes sera ressuscité et que ce qui est dans les cœurs sera dévoilé, ce jour-là leur Seigneur sera parfaitement informé de ce qu’ils auront fait ? (Sourate Al-Adiyat : 1-11)
Le ton et le rythme de cette sourate ressemblent à ceux de la sourate an-Nâziʿât. Toutefois, la dureté et l’acuité y sont bien plus marquées que dans an-Nâziʿât. On y relève également de la rudesse, de la peur, de la colère et du tumulte. Cette sourate est en parfaite harmonie avec le lieu, le moment et les personnages. Lorsque le mort se lèvera de sa tombe, un grand tumulte éclatera, et tout ce qui était caché dans son cœur sera rendu manifeste et exposé. Une certaine dureté a ainsi été créée, en parfaite adéquation avec l’atmosphère d’ingratitude, d’arrogance et d’étroitesse d’esprit. Dès que la nécessité d’un cadre harmonieux pour cette beauté d’ensemble se fait sentir, un environnement tumultueux de cette nature est adopté : il est composé de la poussière soulevée par les sabots des chevaux rapides et de leurs hennissements. Ceux-ci fondent au matin sur l’ennemi. L’image et son cadre, comme le cadre et l’image, se sont merveilleusement fondus l’un dans l’autre. Ainsi, l’ensemble de la scène s’est embelli dans chacune de ses parties.
Nous avons précédemment examiné deux cadres de l’image. Tous deux sont distincts et de nature différente. Pourtant, la couleur et le style de ces deux images présentent une certaine similitude. Le cadre n’est pas toujours limité à une seule couleur et à un seul style ; il peut revêtir des formes et des couleurs diverses, et l’image qui s’y trouve présente alors une diversité correspondante. Par exemple :
(Arabe**********)
Par la nuit lorsqu’elle enveloppe toute chose, par le jour lorsqu’il resplendit, et par Celui qui a créé l’homme et la femme ! Certes, vos efforts sont divergents. Celui qui donne, fait preuve de piété et tient pour vraie la plus excellente des choses, Nous lui faciliterons la voie du bonheur. Quant à celui qui est avare, se montre insouciant et traite de mensonge la plus excellente des choses, Nous lui faciliterons la voie de la difficulté. Lorsque sa perte surviendra, ses biens ne lui seront d’aucune utilité. Il Nous incombe de guider ; à Nous appartiennent la vie présente et la vie future. Je vous ai donc avertis d’un feu ardent, dans lequel n’entrera que le plus malheureux, celui qui dément et se détourne. En sera préservé le pieux, qui donne de ses biens afin de se purifier et qui n’a envers personne de bienfait à rétribuer, cherchant seulement la satisfaction de son Seigneur, le Très-Haut. Il sera bientôt satisfait. (Sourate al-Layl, 1-21)
L’image peinte dans cette sourate contient à la fois le blanc et le noir, c’est-à-dire le péché et la vertu. On y trouve : « celui qui donne et fait preuve de piété ». De même, il est dit parallèlement : « celui qui est avare et se montre insouciant ». De même encore : « Nous lui faciliterons la voie du bonheur » ; puis il est dit :(Arabe**********)« Malheureux est celui qui dément et se détourne », et, parallèlement, il est dit :(Arabe**********)« Le pieux qui donne de ses biens afin de se purifier. » C’est ainsi que le cadre de l’ensemble de l’image a été choisi entre le blanc et le noir.
D’un côté, il est dit : « Par la nuit lorsqu’elle enveloppe toute chose. » De même, il est dit : « Par le jour lorsqu’il resplendit de lumière. » Ici, le mot « yagshâ » a été choisi avec « al-Layl », alors que, dans la sourate ad-Duhâ, c’est le mot « sajâ » qui a été employé. Cela vise probablement à rendre clairement perceptible la position opposée de la nuit et du jour. De même, l’homme et la femme sont de la même espèce, mais opposés l’un à l’autre. On peut donc dire que ce cadre est entièrement au service de l’image.
Le ton et le rythme que l’on trouve dans la sourate al-Layl sont bien plus élaborés que ceux de la sourate ad-Duhâ. Cependant, leur résonance ne comporte ni cruauté ni douleur profonde de l’âme. C’est ce qu’exigent la description et le cadre. Cette unité et cette harmonie sont, sans conteste, remarquables.
La durée de permanence de l’image coranique
Nous allons maintenant examiner un autre aspect de la cohérence artistique que l’on trouve dans le Coran.
En ce qui concerne les scènes et les images du Coran, il ne suffit pas de dire qu’en harmonisant les différentes parties et les couleurs de l’image et de la scène, puis en créant un rythme musical et prosodique conforme au contexte ou au thème principal, tout serait accompli. Il faut plutôt aller un peu plus loin, en s’efforçant de conférer à la scène une pleine qualité artistique, un attrait et une originalité. En effet, il est indispensable de fixer le temps afin de maintenir cette scène dans l’univers de l’imagination. Ce qui est étonnant, c’est que le Noble Coran a également satisfait à cette exigence avec une grande beauté et une parfaite justesse.
Certaines scènes présentées par le Coran disparaissent en un clin d’œil, sans laisser le moindre temps pour y réfléchir. Certaines images durent si longtemps que le lecteur pense que cette scène ne disparaîtra jamais de sa vue. Certaines images sont en mouvement, tandis que d’autres sont immobiles. On les trouve à l’intérieur de la scène. En outre, l’objectif général du Coran s’y reflète également de manière harmonieuse. La durée ou la brièveté d’une scène est réalisée d’une manière particulière. Tous les moyens et procédés qu’elle contient concourent à parachever son intention et son objectif.
Nous abordons maintenant ce nouveau domaine et allons en présenter successivement les exemples :
1. Le Coran veut présenter aux hommes la scène de la brièveté de la durée de ce monde, qui les rend insouciants de la vie de l’au-delà. Il a présenté cette scène ainsi :
(Arabe**********)
Propose-leur la parabole de la vie d’ici-bas : elle est semblable à une eau que Nous faisons descendre du ciel. Puis, grâce à elle, germent de la terre des plantes grimpantes et des herbes. Ensuite, elles se dessèchent et deviennent une paille que les vents dispersent. Allah est capable de toute chose. (Sourate Al-Kahf : 45)
Trois éléments sont mentionnés ici : 1. l’eau qui tombe du ciel ; 2. le développement de la fertilité grâce au mélange de l’eau et de la terre ; et 3. le dessèchement de tout cela, qui s’envole dans le vent comme de la paille.
Ces trois phrases concises disent simplement que, dans les trois scènes, la vie terrestre est déjà achevée. Ah ! Comme la vie est brève !
L’évolution entière de la végétation est décrite de manière concise. Aucun aspect n’a été laissé de côté. Certes, le deuxième état n’est pas mentionné. L’eau est d’abord évoquée : elle rend les cultures productives. Puis, à un moment donné, les cultures mûrissent et se dessèchent, si bien que les brins de paille s’envolent dans le vent. On pourrait alors se demander : hormis le deuxième état de la végétation, qu’est-ce qui a été omis ?
Tous les éléments d’une description claire, d’un temps de contemplation et d’une harmonie esthétique sont ici réunis. Le mode d’exposition est si limpide et si puissant qu’il ne reste rien de ce qu’il fallait faire comprendre pour atteindre l’objectif religieux. Le temps de contemplation a conduit cette image à sa plénitude ; elle dépasse les limites de l’harmonie esthétique et aiguise la faculté de réflexion.
Pour décrire cette scène de manière concise, on a eu recours à la fois à la disposition des mots et aux procédés artistiques. Ainsi, dans le mot « fa-khtalata », le « fa » qui le suit exprime la succession des événements. Cette particule présente toute la scène avec plénitude et rapidité. Ce « fa » laisse entendre que l’eau tombée ne se mêle pas en réalité à la terre elle-même, mais aux plantes grimpantes et à la végétation qui en sont issues. La scène est présentée de telle manière qu’elle établit la rapidité recherchée.
2. Un autre exemple presque semblable est le verset suivant. Le sens, l’objectif, ainsi que la manière et le procédé employés pour attirer l’attention sont les mêmes, mais ils sont présentés dans un style quelque peu différent.
(Arabe**********)
Sachez que la vie terrestre n’est rien d’autre que jeu, divertissement, apparat, rivalité orgueilleuse entre vous et abondance de biens et d’enfants. Elle est semblable à une pluie dont les cultures verdoyantes réjouissent les cultivateurs ; puis elles se dessèchent, et tu les vois jaunir, avant qu’elles ne deviennent des brins de paille.
L’image du monde périssable peinte dans ce verset ressemble à celle du verset précédent. Certains pourraient penser qu’il n’existe aucune différence entre ces deux images. En réalité, une nuance subtile les distingue. Les mécréants accordent leur préférence à la vie terrestre parce qu’ils y trouvent une atmosphère semblable à celle des jeux et des plaisanteries, ainsi que tous les moyens du plaisir et de la réjouissance à portée de main, accessibles au prix d’un peu d’effort. Ils peuvent rivaliser entre eux par leurs richesses et leurs effectifs. Allah dit : ce à quoi les mécréants s’adonnent et la vie qu’ils imaginent pouvoir savourer longuement sont en réalité très brefs et voués à la destruction. Ainsi, la pluie rend la terre fertile et produit diverses sortes de fruits ; les cultivateurs s’en réjouissent, mais ces plantes finissent par se dessécher après un certain temps et s’envolent dans le vent comme des brins de paille. Il en va exactement de même pour la vie terrestre.
Parmi les versets du Coran qui paraissent semblables, il existe des différences subtiles, semblables à celle évoquée plus haut. Une différence se manifeste entre deux versets qui se ressemblent en apparence. Cette différence peut certes être ordinaire, mais elle peut aussi être importante. Ces versets servent à la prédication tout en étant également porteurs de beauté et d’élégance artistiques. De plus, ces différences subtiles y engendrent une nouveauté et constituent aussi une forme particulière.
3. Dans les deux exemples précédents, nous avons vu que la description avait été abrégée par la suppression de la deuxième étape. Je vais maintenant présenter un exemple où le temps de la vie terrestre est également exposé de manière concise, comme dans l’exemple précédent. Toutefois, cette concision est encore plus grande que dans l’exemple précédent. Ici, les deux étapes de la vie terrestre — son début et sa fin — sont réunies en un seul instant. Il est ainsi montré combien est longue la période qui s’étend du début à la fin de la vie terrestre. Il est dit :
(Arabe**********)
La course aux richesses vous distrait, jusqu’à ce que vous visitiez les tombes. (sourate At-Takâthur : 1-2)
L’image présentée dans ce verset est celle des limites de la vie : elle commence par la recherche des biens et de l’abondance et s’achève avec la tombe. Comment serait-il possible de représenter, par la description ou la réflexion, une image plus concise et plus limitée de la fin de la vie ? Un autre aspect de cette image est que le temps qui s’écoule du début à la fin de la vie terrestre s’achève lui aussi dans l’occupation par les divertissements et les amusements du monde. L’emploi du mot « hatta » (***) montre où se situe la limite au terme de cette longue durée. Même en un temps si bref, l’être humain se laisse absorber par des activités inutiles, alors qu’il sait que sa vie est extrêmement courte. Deux versets concis ont ainsi exprimé l’objectif tout entier d’une manière belle et efficace.
4. Le verset suivant traite également d’un sujet de ce genre, mais son objectif est différent.
(Arabe**********)
Comment pouvez-vous nier Allah ? Vous étiez sans vie, puis Il vous a donné la vie. Ensuite, Il vous fera mourir, puis vous fera revivre. Enfin, c’est vers Lui que vous serez ramenés. (sourate Al-Baqara : 28)
Dans les quatre parties d’un même verset, quatre états de la création sont décrits. Le premier est l’état antérieur à la création ; le deuxième concerne la vie et les déplacements dans le monde après la création ; le troisième est l’état où l’on doit nécessairement quitter cette terre un jour ; et le quatrième est l’existence d’une autre vie après la vie terrestre, où tous devront comparaître.
L’état antérieur à la vie terrestre est appelé azal. L’état et la situation qui suivent l’acquisition de l’existence ont été déterminés ; ils sont appelés hayat, c’est-à-dire la vie. Puis vient la mort, et après la mort commencera la vie de l’Au-delà. Pour être concis, ces quatre états ont été exprimés en seulement quatre mots. Pourtant, la pensée les conçoit comme une très longue durée, alors que, pour la Toute-Puissance immense, cette longue durée n’est pas plus qu’un battement de paupière. La Grande Puissance dit simplement à une chose : « Sois ! », et aussitôt elle est. Il présente cette rapidité avec encore plus d’éclat, en particulier lorsqu’il fait entrer cette longue durée dans le laps de temps d’un battement de paupière. Comment pourrait-on alors nier Allah ? Et comment pourrait-on Lui désobéir ? N’est-ce pas Lui qui, depuis le commencement, est le Maître de tout ce qui vous concerne ? Et qui le demeurera jusqu’à la fin ? C’est vers Lui que vous retournerez.
Dans le verset suivant, la concision est menée à son accomplissement :
(Arabe**********)
C’est Lui qui a créé pour vous tout ce qui est sur la terre, puis Il S’est tourné vers le ciel et en a créé sept cieux superposés. (Sourate Al-Baqara : 29)
Ainsi, en un seul instant, Il a créé tout ce qui est sur la terre. Puis, Se tournant vers les cieux, Il les a créés et agencés en sept niveaux en un instant. Dans les versets du Saint Coran où ce sujet est évoqué, la création des cieux et de la terre est décrite en détail.
5. Jusqu’à présent, la concision était utilisée dans ces tableaux. Dans certains d’entre eux, elle résultait de la suppression des états intermédiaires ; dans d’autres, elle consistait à faire entrer un état dans un autre. Nous allons maintenant présenter un exemple de concision où l’artiste de la nature déploie, dans son œuvre d’une grande maîtrise, un art remarquable, réalisé à l’aide d’un pinceau extrêmement puissant. Par les touches dispersées de ce pinceau apparaît une image inoubliable et lumineuse qui, lorsqu’on la regarde, donne l’impression que rien n’avait jamais existé ici. Dès que l’imagination porte son regard sur cette toile, elle a le sentiment qu’il n’y avait rien en cet endroit.
(Arabe**********)
Quiconque associe à Allah une autre divinité est pareil à celui qui tombe du ciel ; puis un oiseau mangeur de charogne le saisit et l’emporte, ou bien le vent l’emporte et le précipite en un lieu éloigné. (Al-Hajj : 31)
Avec quelle rapidité cela se produit : être précipité de la terre, aussitôt saisi et emporté par un oiseau carnassier, ou bien être emporté par le vent et rejeté au loin. Alors une telle image demeure devant les yeux, comme si rien n’avait jamais existé ici.
Réfléchissez un instant : quel secret se cache dans la rapidité avec laquelle il est saisi et emporté ? Le secret est que nul ne doit penser que les polythéistes possèdent un quelconque refuge ou une quelconque stabilité. Pourtant, un lieu leur a été accordé sur terre pour un bref moment. Quelle est leur ascendance, de quelle grandeur et de quel faste disposent-ils, quelle est l’étendue des branches de leur tribu et de leurs effectifs : rien de tout cela n’a la moindre importance. Ils viennent d’un lieu inconnu et, en un clin d’œil, repartent vers un autre lieu inconnu. Il ne leur est pas destiné de s’établir dans la vie terrestre.
Nous allons maintenant présenter quelques tableaux développés.
Tableaux développés
1. Nous avons évoqué le verset où il est dit que l’eau de pluie tombe du ciel. Puis diverses plantes germent de la terre. À un certain stade, elles mûrissent, se dessèchent et se transforment en chaume, que le vent emporte. Toute la scène a été présentée en un clin d’œil. Nous allons maintenant voir comment, en de nombreux endroits, des scènes de ce genre sont décrites avec beaucoup de lenteur et de détail. Il est dit :
(a)
(Arabe************)
C’est Lui, Allah, qui envoie les vents, lesquels font se déplacer les nuages. Puis Il les étend dans le ciel comme Il le veut et les dispose en couches. Ensuite, tu vois la pluie sortir de leur sein. Il la fait parvenir à ceux de Ses serviteurs qu’Il veut, et voilà qu’ils se réjouissent. (Sourate Ar-Rûm : 48)
Ce verset relève de la première étape, celle où il est question de l’eau de pluie qui atteint la terre. Ainsi, les nuages de pluie flottent dans le ciel, portés par le vent. Lorsque Allah le veut, Il les alourdit, et la pluie descend sur la terre. Les hommes, d’abord désespérés, se réjouissent ensuite en voyant la pluie. Voyons maintenant ce qui se passe après la chute de la pluie.
(b)
(Arabe************)
N’as-tu pas vu qu’Allah fait descendre du ciel une eau grâce à laquelle Il fait pousser des cultures aux couleurs variées ? Puis elles se dessèchent, et tu les vois jaunir. Ensuite, Allah les réduit en débris. Il y a certainement là un rappel pour les doués d’intelligence. (Sourate Az-Zumar : 21)
Voyez : ici, tout se déroule lentement et progressivement. L’eau tombe du ciel, mais les pousses ne germent pas aussitôt sur la terre. Au contraire, cette eau s’écoule dans les rivières ou les sources. « Puis la récolte en est produite. » Elle change alors de couleurs. Or le changement de couleur exige du temps. Ensuite, elle se met à ondoyer, puis, à un certain stade, elle mûrit et prend une teinte jaune. Il est évident que cet état survient après qu’un certain temps s’est écoulé, comme l’indique le mot « thumma ». L’expression « puis elle est réduite en fragments » montre également que cette réduction en fragments s’effectue elle aussi progressivement. Le mot employé ici est au présent ou au futur. Ailleurs, il est dit : « elle a été réduite en fragments » et « elle est réduite en fragments », ce qui signifie qu’elle se désagrège d’elle-même, sans l’intervention de personne. Ici, il est dit qu’elle est réduite en fragments et demeure dans cet état. Mais ailleurs, il est dit : « le vent l’emporte ». Ensuite, il n’en subsiste plus aucune trace.
Le secret de cette lenteur et de cette durée réside dans le fait que ce verset évoque les bienfaits accordés par Allah. C’est pourquoi leur description se fait progressivement, afin que les spectateurs puissent contempler cette scène avec calme, en tirer profit et ne conserver aucun désir inassouvi. C’est pour cette seule raison que la scène est prolongée.
2. Voici une autre scène, où le Prophète éminent, qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix, ainsi que ses Compagnons, sont comparés à un champ et à une récolte :
(Arabe************)
Dans la Torah, leur état est ainsi décrit, et dans l’Évangile, leur état est comparé à celui d’une jeune pousse dont sort un bourgeon. Puis elle se fortifie et s’affermit, se dressant solidement sur sa tige, réjouissant le cultivateur, afin qu’Allah exaspère par eux les mécréants. (Sourate Al-Fath : 29)
La récolte du champ évoqué dans ce verset ne se dessèche pas, ne se disperse pas et ne s’envole pas au gré du vent. Elle demeure au contraire ferme et inébranlable. Cette image est éternelle. Elle ne disparaît jamais de l’esprit ni de la pensée. C’est une image qui exerce une influence durable sur le monde de l’esprit et de la pensée.
Il convient ici de réfléchir à un point : l’image est certes une image prolongée, mais ses premières étapes se déroulent rapidement. Ainsi, dès que la graine est semée dans un champ, elle germe et devient très vite un arbre immense. Cela ne prend pas beaucoup de temps. Puis, à un certain stade, elle se stabilise et se dresse sur sa propre tige. Tel fut l’état initial des musulmans. Premièrement, ils n’ont pas tardé à embrasser l’islam. Deuxièmement, ils demeurèrent établis dans cet état. Une fois leur état parvenu à sa pleine maturité, aucun changement ne s’y produisit plus.
3. Nous avons précédemment mentionné une scène dans laquelle toute la vie de l’être humain — c’est-à-dire du début à la fin — était présentée sous la forme d’une image qui s’achevait en un clin d’œil. Nous allons maintenant voir une autre scène, qui ne concerne pas toute la vie, mais seulement une période particulière de celle-ci, bien plus longue par sa durée. Il est dit :
(Arabe************)
Nous avons créé l’être humain à partir d’une essence d’argile. Puis Nous l’avons placé sous la forme d’une goutte de sperme dans un lieu sûr et protégé. Ensuite, Nous avons transformé la goutte de sperme en adhérence, puis l’adhérence en une masse de chair ; de cette masse de chair, Nous avons créé les os, puis Nous avons revêtu les os de chair. Enfin, Nous l’avons fait surgir sous une forme nouvelle. Béni soit donc Allah, le meilleur des créateurs.
Voyez combien est longue l’évocation d’un seul chapitre de la vie humaine. Ici, la période allant de la conception jusqu’avant l’accouchement est mise en lumière. L’enseignement et l’exhortation qui s’en dégagent suffisent à toucher la conscience de chacun. On peut donc dire que cette longueur n’est pas ici répréhensible.
4. Parmi les scènes représentées de manière durable figurent notamment celles du Jour de la Résurrection et du châtiment de l’Enfer. Lorsque l’événement est déterminé et qu’il devient nécessaire d’en présenter une image, il est représenté au moyen d’une image durable, afin qu’elle puisse influencer la conscience et la pensée de chacun, et que l’empreinte de son issue terrifiante puisse marquer les consciences.
Divers procédés et moyens sont employés pour prolonger certaines scènes. J’en présente ci-dessous quelques exemples. Si je n’avais pas craint d’accroître le volume de l’ouvrage, j’y aurais consacré un chapitre distinct.
[4.1] Il arrive souvent qu’une scène soit présentée avec des termes et dans un style qui donnent une impression de répétition, afin de la déployer dans la durée. Par exemple :
(Arabe************)
Ceux qui renient Mes signes, Je les ferai bientôt brûler dans le Feu. Chaque fois que leur peau sera consumée par le feu, Nous la remplacerons par une autre peau, afin qu’ils éprouvent pleinement le châtiment. (Sourate an-Nisâ’ : 56)
Cette révélation présente une scène terrifiante. L’œil de l’imagination contemple cette scène encore et encore, et se trouve envahi par la peur et l’effroi. Lorsque l’angoisse et l’inquiétude s’intensifient, la scène se répète sans cesse. En effet, lorsque l’âme tente de transgresser les limites, cette image effrayante l’en empêche et l’encourage à obéir à Allah.
[4.2] Il arrive souvent que la longueur soit créée par la disposition et l’agencement des mots. Ainsi, un événement est d’abord relaté, puis certains de ses éléments sont exposés en détail. Il est dit :
(Arabe************)
Et annonce à ceux qui thésaurisent l’or et l’argent sans les dépenser dans le chemin d’Allah un châtiment douloureux. Le jour où ils seront chauffés au feu de l’Enfer, leurs fronts, leurs flancs et leurs dos en seront marqués au fer. Et il leur sera dit : « Voilà ce que vous thésaurisiez ; goûtez donc aujourd’hui le châtiment de ce que vous amassiez. » (At-Tawbah : 34-35)
Tout d’abord, (******) — « annonce-leur un châtiment douloureux » — présente une évocation générale du châtiment. La continuité de la description est interrompue pendant un bref instant, afin que l’auditeur puisse se préparer mentalement à entendre le récit détaillé du châtiment. Puis la nature et les modalités de ce châtiment sont décrites en détail. Pour attirer l’attention sur l’abondance de l’or et de l’argent, des termes au pluriel ont été employés au lieu du duel. Leur abondance est ainsi mise en évidence. De même, au lieu de (***), il est dit (****). Voyez : après avoir chauffé l’or et l’argent au feu, ils ne fondent pas ; c’est avec eux que commence un châtiment douloureux. D’abord, ils sont appliqués sur le front. Le marquage du front est achevé. À présent, les deux bras sont amenés devant eux, et le marquage est également terminé. Vous pensez peut-être que le châtiment s’arrête là. Attendez. La scène ne s’achève pas ici. Voici maintenant que, dans l’univers de l’imagination, plusieurs groupes sont successivement soumis au châtiment, qui se répète encore et encore. Et il est dit :
(Arabe************)« Vous aviez thésaurisé tout cela. Goûtez donc aujourd’hui le châtiment de ce que vous amassiez. » (Sourate At-Tawbah : 25)
[4.3] Souvent, une scène s’allonge en raison de la description détaillée de la succession des événements et de leur nombre. De plus, les termes employés donnent eux aussi une impression de répétition. Ainsi dans ce noble verset :
(Arabe************)
Ces deux groupes adverses se disputent au sujet de leur Seigneur. Ainsi, des vêtements de feu ont été préparés pour les mécréants. De l’eau bouillante sera versée sur leur tête ; elle fera fondre ce qui est dans leur ventre ainsi que leur peau. Ils auront en outre des marteaux de fer. Chaque fois que, accablés par la souffrance, ils voudront sortir de l’Enfer, ils y seront ramenés. Il leur sera dit : « Goûtez au supplice de la brûlure. » (Sourate Al-Hajj : 19-22)
C’est une scène terrifiante qui est décrite dans ce verset, pleine de tumulte et de répétitions. D’un côté, des vêtements de feu ; de l’autre, de l’eau bouillante qui bouillonne et sera versée sur leurs têtes, faisant fondre tout ce qui se trouve dans leur ventre ainsi que leur peau. Si, accablé, quelqu’un tente de s’enfuir, il est aussitôt frappé avec des marteaux de fer, ramené à sa condition première, et il lui est dit : « Goûte au supplice de la brûlure. » Cette image se reflète encore et encore dans le miroir de l’imagination. Les mécréants, en particulier, cherchent à sortir, puis ils sont frappés et refoulés à l’intérieur. La scène semble se dérouler sous les yeux mêmes des auditeurs et des lecteurs.
[4.4] Souvent, pour prolonger une scène, toute l’action qu’elle contient est comme suspendue. Imaginez, par exemple, un injuste debout sur le lieu de la Résurrection. Complètement seul. Il exprime sans cesse sa honte et son regret. En le voyant, vous aurez presque envie de lui dire : « Allons, mon frère, ça suffit ! À quoi bon continuer à exprimer ta honte et ton regret ? » Le temps réel de la scène est très court, mais vous aurez l’impression qu’elle dure longtemps. Ainsi :
(Arabe************)
L’injuste se mordra les deux mains ce jour-là et dira : « Quel malheur pour moi ! Si seulement j’avais suivi le chemin avec le Messager ! Hélas ! Si seulement je n’avais pas pris untel pour ami ! Il m’a détourné du Rappel après qu’il me fut parvenu ; et Satan trompe l’être humain au moment opportun. » (Sourate al-Furqân : 27-29)
Le verset cité décrit le repentir d’un mécréant au sujet de ses actes passés. En même temps, une mélodie de douleur, semblable à une plainte, y retentit avec une telle intensité que la scène se prolonge d’elle-même. Ses paroles sont peu nombreuses, et non abondantes. Pourtant, lorsqu’elles s’interrompent et font naître la durée de l’état de haine, de ressentiment et de tristesse, personne ne peut rester en dehors de leur champ d’influence. C’était précisément là leur intention et leur objectif. Il convient de rappeler que le lieu et le moment de l’aveu du crime par le coupable se sont fondus dans la douleur et la honte. Imaginez qu’on demande à un groupe de criminels :
(Arabe************)Pourquoi êtes-vous tombés dans la Géhenne ? (Sourate al-Muddaththir : 42)
Ils répondront :(Arabe************)
Ils diront : « Nous ne faisions pas la prière, nous ne nourrissions pas les nécessiteux, nous nous livrions aux critiques avec ceux qui critiquaient, et nous démentions le Jour de la Rétribution, jusqu’à ce que la certitude nous atteigne à ce sujet (c’est-à-dire jusqu’à notre mort). » (Sourate al-Muddaththir : 43-47)
Les criminels auraient pu se contenter de dire : « Nous étions mécréants et nous traitions cela de mensonge. » Mais le fait de prolonger ainsi le moment de l’aveu du crime crée également une certaine beauté.
[4.5] Il arrive aussi souvent que tous les procédés mentionnés précédemment soient employés pour prolonger une scène : par exemple, en recourant à l’agencement et à la rime des mots, ou encore à une description détaillée de l’événement, voire parfois en immobilisant la scène. Observez les exemples suivants :
(Arabe************)
Lorsque l’on soufflera dans la Trompe d’un seul souffle, la terre et les montagnes seront soulevées puis réduites en poussière. Ce jour-là, l’Heure surviendra. Ce jour-là, le ciel se fendra et se dispersera, les anges se tiendront sur ses confins, et huit anges porteront au-dessus d’eux le Trône de ton Seigneur. Ce jour-là, vous serez présentés, et rien de vous ne restera caché. (Sourate Al-Haqqah : 13-18)
(Arabe************)
Quant à celui à qui son registre sera remis dans la main droite, il dira : « Tenez, lisez mon registre ! Je savais que j’aurais à rendre des comptes. » Il jouira alors d’une vie heureuse dans un Jardin élevé, dont les fruits seront à portée de main. « Mangez et buvez avec délectation, en récompense de ce que vous avez envoyé auparavant. »
(Arabe************)
Quant à celui à qui son registre sera remis dans la main gauche, il dira : « Malheur à moi ! Si seulement on ne m’avait pas remis mon registre ! Si seulement je n’avais pas connu mon compte ! Si seulement ma mort avait été définitive ! Ma richesse ne m’a servi à rien, et mon pouvoir a disparu. » Il sera dit aux anges : « Saisissez-le et mettez-lui un carcan au cou. Puis jetez-le dans la Fournaise. Ensuite, enchaînez-le avec une chaîne de soixante-dix coudées. » Il ne croyait certes pas en Allah, le Très-Haut, et n’encourageait pas à nourrir l’indigent. Il n’aura donc aujourd’hui ici aucun ami intime, ni d’autre nourriture que du pus issu des plaies. Nul ne le mangera si ce n’est les pécheurs. (Sourate Al-Haqqah : 25-27)
Plusieurs procédés ont été employés ici pour présenter la scène mentionnée : la description et l’explication ont été prolongées, et la résonance mélodique se poursuit également assez longuement. Certaines parties de la scène ont été immobilisées au lieu d’être rendues dynamiques. Une harmonie se remarque aussi dans les couleurs de l’ensemble de la scène. La description de la chaîne de soixante-dix coudées élargit la réflexion. En vérité, tout cela exige de la longueur.
5. Lorsque des sujets opposés sont abordés, comme la comparaison entre la vie terrestre et la vie de l’au-delà, ces scènes sont présentées de manière développée. En voici quelques exemples dans les versets suivants :
(Arabe************)
Certes, le registre des œuvres des gens vertueux se trouve dans l’Illiyyûn. Et qui te fera savoir ce qu’est l’Illiyyûn ? C’est un registre écrit, auquel assistent les anges rapprochés d’Allah. Certes, les gens vertueux seront dans une félicité parfaite, installés sur des trônes, contemplant. Tu verras sur leurs visages les signes du bien-être. On leur fera boire une boisson pure, scellée. Son sceau sera de musc. C’est en cela que les concurrents doivent se concurrencer. Son mélange sera l’eau de Tasnîm, une source dont boiront les rapprochés. (Sourate Al-Mutaffifîn : 18-28)
(Arabe************)
Les criminels se moquaient des croyants et, lorsqu’ils passaient près d’eux, ils se faisaient des signes en clignant des yeux. Lorsqu’ils retournaient auprès de leurs familles, ils y retournaient en plaisantant et en riant. Et lorsqu’ils voyaient les croyants, ils disaient : « Ceux-là sont certainement égarés. » Pourtant, ils n’avaient pas été envoyés pour les surveiller. Aujourd’hui, ce sont les croyants qui se moquent des mécréants.
Dans les versets mentionnés, deux scènes d’une grande longueur sont présentées. Dans la première, les personnes rapprochées d’Allah sont plongées dans la jouissance de diverses faveurs ; dans la seconde, il est montré comment les mécréants se comportaient envers les croyants dans ce monde. Se moquer des croyants et plaisanter à leurs dépens était devenu pour eux une véritable obsession. Les deux scènes sont longues, en particulier la seconde. Sa dernière partie est particulièrement émouvante. C’est précisément ce que l’on cherche principalement à faire comprendre ici.
6. Dans les passages du Noble Coran où sont dépeints les croyants et leurs bonnes œuvres, la scène est très longue. Cette longueur exerce une influence profonde sur la conscience. Dans tous ces versets, ceux qui les contemplent sont invités à s’associer aux croyants dans l’adoration représentée par la scène. De tels exemples sont nombreux dans le Noble Coran. Nous n’en avons présenté ici qu’un seul.
(Arabe**********)
Certes, dans la création des cieux et de la terre et dans l’alternance de la nuit et du jour, il y a des signes pour les doués d’intelligence : ceux qui se souviennent d’Allah debout, assis et couchés, et qui méditent sur la création des cieux et de la terre. (Ils disent 🙂 « Notre Seigneur ! Tu n’as pas créé tout cela en vain. Gloire à Toi ! Préserve-nous du feu de l’Enfer. Ô notre Seigneur ! Celui que Tu fais entrer dans l’Enfer, Tu le couvres certes d’opprobre. Et les injustes n’auront aucun secours. Ô notre Seigneur ! Nous avons certainement entendu un prédicateur appeler à la foi en disant : “Croyez en votre Seigneur !” et nous avons cru. Ô notre Seigneur ! Pardonne-nous donc tous nos péchés, efface toutes nos fautes et fais-nous mourir avec les gens vertueux. Ô notre Seigneur ! Accorde-nous ce que Tu nous as promis par l’intermédiaire de Tes messagers et ne nous couvre pas d’humiliation le Jour de la Résurrection. Certes, Tu ne manques jamais à Ta promesse. » (Âl ‘Imrân : 190-195)
(Arabe**********)
Puis leur Seigneur exauça leur invocation en disant : « Je ne laisse jamais perdre l’œuvre d’aucun d’entre vous, qu’il s’agisse d’un homme ou d’une femme. Vous êtes issus les uns des autres. » Ceux qui ont émigré, qui ont été expulsés de leurs foyers, qui ont été persécutés sur Mon chemin, qui ont combattu et qui ont été tués, Je bannirai certainement leurs mauvaises actions et Je les ferai entrer dans des jardins sous lesquels coulent des rivières. Telle est la récompense venant d’Allah, et auprès d’Allah se trouve la meilleure des récompenses. (Sourate Âl ‘Imrân : 195)
Quelle personne, le cœur rempli de recueillement, pourrait voir cette scène si profondément saisissante sans en être émue, puis, rejoignant le rang de ces savants, ne lèverait pas les mains vers le Seigneur Très-Haut comme eux et ne s’élèverait pas au sommet de l’humilité et de la soumission ? Cela est d’autant plus vrai lorsque sont décrits en détail les sacrifices des croyants et qu’il est question de l’attente des bienfaits de l’au-delà. Le Dieu Très-Miséricordieux ne peut qu’exaucer la prière d’une telle personne. Il lui accordera certainement les biens qu’Il a promis de donner aux croyants.
Chaque fois que le Coran est étudié avec une attention et un intérêt complets, on y découvre d’innombrables scènes vivantes de cette nature. Lorsqu’un lecteur du Coran l’étudie avec une analyse minutieuse, de nouvelles portes de la connaissance et du mystère s’ouvrent devant lui : l’harmonie entre les mots et les significations, la beauté du rythme et de la composition, la description séduisante et son effet envoûtant, les liens et l’agencement des thèmes, la finesse de la présentation du discours et son style, la représentation artistique des événements, la mélodie enchanteresse, ainsi que les formes et les méthodes toujours nouvelles de présentation des relations entre les différentes parties. C’est la réunion de tous ces éléments qui a donné à la nature miraculeuse et au caractère mystérieux du Coran leur pleine expression.
Huitième chapitre
Thème : les récits relatés dans le Coran
Il convient de garder à l’esprit que le récit d’histoires et de contes n’est pas l’objectif premier du Coran. Certes, il y adopte les thèmes et le style indispensables à l’écriture des histoires et des romans. Il nous est nécessaire de suivre cet aspect artistique propre à l’écriture des histoires et des romans. Mais, ici, la question est quelque peu différente. Les événements constituent l’un des moyens accessoires que le Coran a employés pour atteindre ses objectifs religieux. Le but principal du Coran est l’appel à la religion, et la représentation narrative n’est qu’un moyen de transmettre cet appel aux hommes dans un langage qui touche leur cœur. C’est dans le même but qu’il a présenté une représentation de la Résurrection et de la récompense dans l’au-delà, qu’il a exposé la réalité de la résurrection après la mort et qu’il a donné des exemples et des paraboles pour expliquer et détailler la charia. La représentation narrative a donc été présentée exactement dans ce même but : transmettre l’appel religieux aux hommes d’une manière qui touche leur cœur.
À vrai dire, les événements relatés dans le Coran et leur contenu ont, par leur style propre et avec une parfaite précision, conduit l’objectif religieux à son plein accomplissement. (Nous en exposerons plus loin les formes et les exemples.) Toutefois, être soumis à un objectif religieux ne signifie pas que l’aspect artistique soit totalement négligé lors de la présentation des événements. Bien au contraire, tout en réalisant pleinement l’objectif religieux, les événements possèdent également des caractéristiques artistiques. En réalité, la représentation constitue l’un des éléments essentiels de la description et de la présentation coraniques. C’est une caractéristique indispensable de la narration.
Nous avons dit précédemment que chaque règle du Saint Coran concourt à ses objectifs et à ses finalités religieuses et artistiques. Chaque image et chaque scène présentées dans le Saint Coran réunissent ces deux qualités. Nous avons également dit que la beauté artistique du Saint Coran est utilisée pour exercer une influence sur l’univers intérieur de l’être humain, car le sentiment religieux qui y réside est exprimé dans le langage de la beauté artistique. Il convient de souligner que la religion et l’art se complètent mutuellement et qu’ils ont leur siège au plus profond de l’âme humaine. C’est pourquoi la conscience humaine ne les accueille que lorsque la beauté artistique atteint son sommet et que, simultanément, le cœur et l’esprit sont prêts à répondre à l’appel de cette harmonie esthétique.
Dans le chapitre consacré à la « représentation artistique », nous avons présenté deux exemples de représentations narratives. La nature y a peint avec son pinceau des tableaux extrêmement émouvants, auxquels l’être humain ne peut rester insensible. Nous avions alors promis d’en proposer une analyse détaillée. Nous allons maintenant tenter de tenir cette promesse, si Dieu le veut.
Objectifs et finalités des récits rapportés dans le Saint Coran
Nous avons précédemment dit que les différents récits sont rapportés dans le Saint Coran dans le seul but de mener la finalité religieuse à son plein accomplissement. C’est précisément pour atteindre cet objectif religieux que ces récits sont exposés : reconnaître la Révélation et la mission prophétique, affirmer l’Unicité divine, montrer que la religion de tous les prophètes est une et que la manière de se comporter avec eux est identique et uniforme, manifester la puissance divine, montrer les conséquences du bien et du mal, appeler à la patience et à la constance, ainsi qu’au rejet du polythéisme et de la mécréance. Pour conduire ces objectifs, et bien d’autres encore, à leur accomplissement, le Coran a recours à la représentation narrative.
1. La reconnaissance de la Révélation et de la mission prophétique : Nous examinerons les objectifs et les finalités des récits rapportés dans le Saint Coran, non pas pour en embrasser toute l’étendue et toute la portée, mais parce que l’un des objectifs majeurs de ces récits est d’établir la Révélation et la mission prophétique, et d’en démontrer la nécessité et l’importance.
Il convient de rappeler que le Noble Prophète (s) ne savait ni lire ni écrire au sens courant du terme. Il n’avait même aucun lien avec un savant juif ou chrétien qui aurait pu lui permettre de rapporter, par l’intermédiaire du Coran, de tels récits. Il en a rapporté certains avec beaucoup de détails, tandis que d’autres ne le sont que partiellement, comme les récits du prophète Abraham (a), du prophète Joseph (a) et du prophète Moïse (a). Le fait que le Coran rapporte ces récits prouve qu’ils lui ont été communiqués par la Révélation. Le Coran l’affirme d’ailleurs clairement, comme il est dit dès le début de la sourate Yûsuf :
(Arabe**********) J’ai fait descendre ce Coran en langue arabe afin que vous puissiez comprendre. (Sourate Yûsuf : 2)
(Arabe**********)
Nous te racontons le plus beau des récits, en te révélant ce Coran. Certes, tu étais auparavant du nombre des ignorants. (Sourate Yûsuf : 3)
Avant de relater le récit de Moïse (paix sur lui) dans la sourate Al-Qasas, il est dit :
(Arabe**********)Je te raconte en toute vérité le récit de Moïse et de Pharaon, à l’intention d’un peuple croyant. (Sourate Al-Qasas : 3)
Là où ce récit s’achève, il est dit :
(Arabe**********)
Lorsque Nous avons prescrit à Moïse, tu n’étais pas sur le versant occidental et tu n’en étais pas témoin. Mais Nous avons créé de nombreuses générations, et de longues époques se sont écoulées pour elles. Tu n’étais pas non plus parmi les habitants de Madyan lorsque Nos versets leur étaient récités. Mais c’est Nous qui envoyions les messagers. Et lorsque Nous avons appelé Moïse, tu n’étais pas au flanc du mont Tûr. Mais cela est une miséricorde de ton Seigneur, afin que tu avertisses un peuple auquel aucun avertisseur n’était venu avant toi, afin qu’ils se souviennent. (Sourate Al-Qasas : 44-46)
En relatant le récit de Maryam (paix sur elle) dans la sourate Âl ‘Imrân, il est dit :
(Arabe**********)
Voilà une information de l’Invisible que Nous te révélons. Tu n’étais pas présent lorsqu’ils tiraient au sort pour savoir qui prendrait en charge Marie, et tu n’étais pas davantage présent lorsqu’ils se disputaient. (Sourate Âl ‘Imrân : 44)
Avant de relater l’histoire du prophète Adam (que la paix soit sur lui), il est dit dans la sourate Sâd :
(Arabe**********)Dis : « Ceci est une nouvelle immense, dont vous vous détournez. Je n’avais aucune connaissance du monde supérieur lorsque les anges discutaient. Il ne m’est révélé que ceci : je suis seulement un avertisseur explicite. » (Sourate Sâd : 67-71)
Après avoir relaté l’histoire de Noé (que la paix soit sur lui) dans la sourate Hûd, il est dit :
(Arabe**********)
Voilà une information de l’Invisible que Nous te révélons. Auparavant, ni toi ni ton peuple n’en aviez connaissance. (Sourate Hûd : 49)
2. Une religion unique et commune : Le Coran affirme clairement que toutes les religions proviennent d’Allah. Les croyants forment une seule communauté ou un seul groupe, et Allah est le Seigneur de tous. De nombreux passages du Coran relatent les histoires de différents prophètes. Montrer que la religion de tous les prophètes est également une et la même constitue aussi un objectif de l’appel de l’islam. C’est pourquoi les récits des prophètes sont rapportés à différents endroits du Coran, avec de légères variantes, afin que les hommes comprennent que tous les prophètes et messagers avaient été envoyés avec la même mission. Nous en donnons ci-dessous quelques exemples. Il est dit :
(Arabe**********)
Nous avons donné à Moïse et à Aaron le Livre du discernement, une lumière et un rappel pour les pieux, ceux qui craignent leur Seigneur sans Le voir et qui sont appréhensifs à l’idée de l’Heure. (Sourate al-Anbiyâ : 48-49)
(Arabe**********)
Ceci est un rappel béni que Nous avons fait descendre. Allez-vous cependant le nier ? Nous avions auparavant accordé à Abraham sa droiture et Nous le connaissions bien. Lorsqu’il demanda à son père et à son peuple : « Que sont donc ces statues devant lesquelles vous vous consacrez au culte ? » (Sourate al-Anbiyâ : 51-52)
(Arabe**********)
Nous le sauvâmes, lui et Lot, et les conduisîmes vers la terre où Nous avons placé une bénédiction pour les mondes. Nous lui accordâmes Isaac et, en surcroît, Jacob, et Nous rendîmes chacun d’eux vertueux. Nous en fîmes des guides qui guidaient selon Notre ordre. Nous leur révélâmes de faire le bien, d’accomplir la prière et de s’acquitter de la zakat. Ils étaient assidus dans Notre adoration. (Sourate al-Anbiyâ : 71-73)
(Arabe**********)
Et Nous accordâmes à Lot sagesse et savoir. Nous le sauvâmes de la cité dont les habitants se livraient à des actes immondes. C’était un peuple mauvais et désobéissant. Nous l’admîmes dans Notre miséricorde. Il était certes au nombre des vertueux.
(Arabe**********)
Et rappelle-toi Noé, lorsqu’il M’avait invoqué auparavant et que J’avais exaucé son invocation. Puis Nous l’avions sauvé, lui et sa famille, de la grande détresse. Nous l’avions secouru contre le peuple qui reniait Nos signes. C’était assurément un peuple pervers ; c’est pourquoi Nous les noyâmes tous. (Sourate Al-Anbiyâ : 76-77)
(Arabe**********)
Et rappelle-toi David et Salomon, lorsqu’ils rendaient un jugement au sujet d’un champ de céréales dans lequel, durant la nuit, les moutons de certaines personnes s’étaient introduits. Nous étions témoins de leur jugement. Puis Nous fîmes comprendre à Salomon la juste décision, et Nous accordâmes à tous deux sagesse et savoir. Nous soumîmes les montagnes et les oiseaux à David : ils proclamaient Sa pureté et Sa gloire. C’est Nous qui avions fait cela. Nous lui apprîmes à fabriquer des armures pour vous protéger au combat. Serez-vous donc reconnaissants ? (Sourate Al-Anbiyâ : 78-80)
(Arabe**********)
Et Nous soumîmes à Salomon le vent impétueux. Il soufflait, sur son ordre, vers la contrée que Nous avions bénie. Nous sommes parfaitement informés de toute chose. Et Nous lui soumîmes certains démons qui plongeaient pour lui et accomplissaient encore bien d’autres tâches. Nous les tenions sous contrôle. (Sourate Al-Anbiyâ : 81-82)
(Arabe**********)
Et rappelle-toi Job, lorsqu’il implora son Seigneur en disant : « Le malheur m’a atteint, et Tu es le plus miséricordieux des miséricordieux. » Nous exauçâmes son invocation, éloignâmes de lui son malheur, lui rendîmes sa famille et lui en accordâmes autant en plus, par miséricorde de Notre part. Voilà certes un rappel pour les adorateurs. (Sourate Al-Anbiyâ : 83-84)
(Arabe**********)
Et rappelle-toi Ismaël, Idrīs et Dhū al-Kifl : chacun d’eux était patient. Nous les avons inclus dans Notre miséricorde. Ils étaient tous vertueux. (Sourate al-Anbiyā’ : 85-86)
(Arabe**********)
Et rappelle-toi l’homme au poisson, lorsqu’il partit en colère, pensant que Nous ne pourrions pas le saisir. Puis, dans les ténèbres, il implora : « Il n’y a de divinité que Toi. Gloire à Toi ! J’étais certes du nombre des injustes. » Alors Nous exauçâmes son invocation et le délivrâmes de l’affliction. C’est ainsi que Nous délivrons les croyants. (Sourate al-Anbiyā’ : 87-88)
(Arabe**********)
Et rappelle-toi Zacharie, lorsqu’il invoqua son Seigneur : « Ô mon Seigneur, ne me laisse pas seul, alors que Tu es le meilleur des héritiers. » Nous exauçâmes alors son invocation, lui accordâmes Jean et rendîmes son épouse apte à concevoir. Ils s’empressaient de faire le bien, Nous invoquaient avec espoir et crainte, et étaient humbles devant Nous.
(Arabe**********)
Et rappelle-toi celle qui préserva sa chasteté — c’est-à-dire Marie —. Nous insufflâmes alors en elle de Notre Esprit et fîmes d’elle et de son fils un signe pour les croyants. (Sourate al-Anbiyā’ : 91)
(Arabe**********)Certes, tous ceux-là adhèrent à votre religion, à une seule et même religion, et Je suis votre Seigneur. Adorez-Moi donc.
Tel est le véritable objectif de la narration des récits dans le Coran. Tous les autres objectifs, quels qu’ils soient, ne sont que secondaires et non essentiels.
3. La foi en Allah : L’objectif de la narration des récits dans le Coran n’est pas seulement de démontrer que toutes les religions proviennent d’Allah, l’Unique, sans associé ; il est aussi de démontrer que le fondement de toutes ces religions est le même. En réunissant les récits de tous les prophètes, on comprend que leur toute première prédication était la foi en Allah. Ainsi, il est dit dans la sourate Al-A‘râf :
(Arabe**********)
Nous avons certes envoyé Noé à son peuple. Il dit : « Ô mon peuple ! Adorez Allah ; vous n’avez pas d’autre divinité que Lui. Je crains pour vous le châtiment d’un jour terrible. » (Sourate Al-A‘râf : 59)
(Arabe********)
Nous avons envoyé à la nation des ‘Âd leur frère Hûd. Il dit : « Ô mon peuple ! Adorez Allah ; vous n’avez pas d’autre divinité que Lui. Ne craindrez-vous donc pas ? »
(Arabe**********)
Nous avons envoyé aux Thamûd leur frère Sâlih. Il dit : « Ô mon peuple ! Adorez Allah ; vous n’avez pas d’autre divinité que Lui. Une preuve évidente vous est venue de la part de votre Seigneur. »
(Arabe***********)
J’ai envoyé à la population de Madyan leur frère Shuʿayb. Il leur dit : « Ô mon peuple ! Adorez Allah ; vous n’avez pas d’autre divinité que Lui. » (Sourate al-Aʿrâf : 85)
Il ne fait aucun doute que le tawhîd est le fondement, ou la base, des croyances islamiques. Tous les nobles prophètes étaient chargés de transmettre le tawhîd. Puisque leur objectif à tous était le même, une concordance apparaît également dans leurs récits.
4. Tous les prophètes et messagers ont appelé à la foi selon la même méthode : La discussion précédente permet également de comprendre que la méthode d’appel de chaque prophète était une et identique. De même, l’attitude adoptée à leur égard par leurs peuples respectifs était presque toujours la même. En effet, la religion de tous les prophètes était révélée par Allah, le Très-Haut, et le fondement de toutes les religions était également le même. C’est pourquoi les récits des prophètes sont, dans la plupart des passages, présentés ensemble, et que le récit d’activités similaires de leur part est répété à maintes reprises. Ainsi, il est dit dans la sourate Hûd :
(Arabe**********)
Nous avions certes envoyé Noé à son peuple. Il dit à ce peuple : « Je suis pour vous un avertisseur explicite. Vous n’adorerez nul autre qu’Allah, car je crains pour vous le châtiment d’un jour douloureux. » Alors les notables incrédules et les dirigeants de la société parmi son peuple dirent : « Nous ne voyons en toi qu’un être humain semblable à nous. Nous ne voyons personne te suivre, hormis ceux d’entre nous qui sont démunis et dépourvus de raison. Nous ne vous reconnaissons d’ailleurs aucune supériorité sur nous ; au contraire, nous vous considérons comme un menteur. »
Noé (paix sur lui) dit :(Arabe***********)
« Ô mon peuple ! Je ne vous demande aucune richesse en échange. Je ne demande ma récompense qu’à Allah seul. » (Sourate Hûd : 29)
Le peuple de Noé (que la paix soit sur lui) dit :
(Arabe***********)
Ô Noé ! Tu as discuté avec nous et multiplié les disputes. Apporte-nous donc maintenant le châtiment dont tu nous menaces, si tu es véridique. (Sourate Hûd : 32)
(Arabe***********)
Et aux ‘Âd, Nous avons envoyé leur frère Hûd. Il dit : « Ô mon peuple ! Adorez Allah ; vous n’avez aucune divinité en dehors de Lui. Vous ne faites tous que mentir. Ô mon peuple ! Je ne vous demande aucune rétribution ; ma rétribution n’incombe qu’à Celui qui m’a créé. Ne comprendrez-vous donc pas ? Ô mon peuple ! Demandez pardon à votre Seigneur, puis repentez-vous auprès de Lui. Il fera descendre du ciel sur vous une pluie abondante et ajoutera force à votre force. Ne soyez pas comme les criminels. » Ils dirent : « Ô Hûd ! Tu ne nous as apporté aucune preuve ; nous ne pouvons donc pas abandonner nos divinités sur ta parole, et nous ne pouvons pas non plus croire en toi. Nous pensons plutôt qu’une de nos divinités t’a frappé de quelque mal. » Hûd dit : « Je prends Allah à témoin, et soyez vous aussi témoins que je désavoue ceux que vous Lui associez, en dehors de Lui. Concertez-vous tous contre moi, puis ne m’accordez aucun délai. » (Hûd : 50-55)
(Arabe***********)
Et aux Thamûd, Nous avons envoyé leur frère Sâlih. Il dit : « Ô mon peuple ! Adorez Allah ; vous n’avez aucune divinité en dehors de Lui. Il vous a créés de la terre et vous y a établis. Demandez-Lui donc pardon, puis revenez à Lui. Mon Seigneur est proche et Il exauce, sans aucun doute. » Ils dirent : « Ô Sâlih ! Nous avions auparavant placé de grands espoirs en toi. Nous interdis-tu d’adorer ce qu’adoraient nos ancêtres ? Nous éprouvons pourtant un doute profond au sujet de ce à quoi tu nous appelles, au point que nos cœurs ne l’acceptent nullement. » (Sourate Hûd : 61-62)
5. Le lien entre la religion de tous les prophètes et messagers : Un autre objectif de la narration des récits dans le Coran est de montrer que la religion du noble Prophète (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui) et celle de tous les prophètes antérieurs, notamment Abraham (que la paix soit sur lui), sont liées par un même fil. Il s’agit en particulier de démontrer que le lien religieux entre les enfants d’Israël et la communauté de Muhammad est plus étroit que celui qui les unit à la religion des autres prophètes. C’est pourquoi, dans les passages du Coran où sont relatés les récits d’Abraham (que la paix soit sur lui) et de Jésus (que la paix soit sur lui), il y est fait allusion à ce lien. Par exemple :
(Arabe***********)Cela est écrit dans les Livres antérieurs, notamment dans le Livre d’Abraham et de Moïse. (Sourate Al-A‘la : 18-19)
(Arabe***********)
Ne lui a-t-on pas annoncé ce qui se trouve dans le Livre de Moïse et dans le Livre d’Abraham, qui s’est pleinement acquitté de sa charge ? Il y est écrit qu’aucune personne ne portera le péché d’une autre. (An-Najm : 36-38)
(Arabe***********)
Certes, ceux qui, parmi les hommes, ont suivi Abraham, ainsi que ce Prophète et ceux qui ont cru en ce Prophète, sont les plus proches d’Abraham. Et Allah est l’ami des croyants. (Sourate Âl ‘Imrân : 68)
(Arabe***********)Votre père, Abraham. C’est lui qui vous a donné le nom de musulmans. (Sourate Al-Hajj : 78)
(Arabe***********)
J’ai envoyé à leur suite Jésus, fils de Marie. Il confirmait la Torah antérieure. Je lui ai donné l’Évangile. Celui-ci contient une guidance et une lumière. Il confirme la Torah, le Livre antérieur, il guide et constitue une guidance et une exhortation pour ceux qui craignent Allah. Les gens de l’Évangile doivent juger selon ce qu’Allah y a révélé. Ceux qui ne jugent pas d’après ce qu’Allah a révélé sont des pervers. Et Nous avons fait descendre sur toi le Livre de vérité, confirmant les Livres révélés antérieurement et veillant à leur préservation. (Sourate Al-Mâ’ida : 46-48)
6. Le succès des prophètes et messagers et la destruction des menteurs : un autre objectif de la narration des récits dans le Noble Coran est de mettre en évidence le succès des honorables prophètes et la destruction des menteurs, afin que cela soit une consolation pour le noble Prophète (s), ainsi qu’une consolation et un modèle pour ceux qui appellent les gens à la voie de la foi. Il est dit :
(Arabe***********)
Je t’ai relaté tous les récits des prophètes et des messagers, par lesquels J’ai affermi ton cœur. Ainsi sont venus à toi la vérité suprême, une exhortation et un rappel pour les croyants. (Sourate Hûd : 120)
Partout où le Noble Coran évoque les prophètes et leur succès, il mentionne aussitôt après le sort de ces mécréants polythéistes qui traitaient les prophètes de menteurs. Par exemple :
(Arabe***********)
J’avais envoyé Noé à son peuple. Il demeura parmi eux neuf cent cinquante ans. Puis le Déluge les détruisit, car ils étaient pécheurs. Ensuite, Je sauvai Noé et les passagers de l’arche, et Je fis de l’arche un signe pour les mondes.
(Arabe***********)
Souviens-toi d’Abraham, lorsqu’il dit à son peuple : « Adorez Allah et craignez-Le. Cela est meilleur pour vous, si vous comprenez. » (Sourate Al-‘Ankabût : 16)
(Arabe***********)
J’ai envoyé Lot. Lorsqu’il dit à son peuple : « Vous commettez une turpitude qu’aucun peuple avant vous n’a commise sur terre. Vous livrez-vous à l’homosexualité, pratiquez-vous le brigandage et commettez-vous des actes répréhensibles dans vos assemblées ? » En réponse, son peuple se contenta de dire : « Fais venir sur nous le châtiment d’Allah, si tu es véridique. »….. Lorsque les anges envoyés parvinrent auprès de Lot, celui-ci fut affligé à cause d’eux et son cœur se resserra. Ils dirent : « N’ayez pas peur et ne vous affligez pas ; nous vous sauverons, vous et votre famille, à l’exception de votre épouse. Elle fera partie de ceux qui seront anéantis. Nous allons faire descendre du ciel un châtiment sur les habitants de cette cité, en raison de leur perversité. Nous y avons laissé un signe évident pour les gens doués d’intelligence. »
(Arabe***********)
J’ai envoyé aux habitants de Madyan leur frère Shuʿayb. Il dit : « Ô mon peuple ! Adorez Allah, espérez le Jour dernier et ne semez pas la corruption sur terre. » Mais ils le traitèrent de menteur. Alors le tremblement de terre les saisit, et ils restèrent étendus, face contre terre, dans leurs demeures. (Al-ʿAnkabût : 36-37)
(Arabe***********)
J’ai anéanti les peuples de ʿÂd et de Thamûd. La vue de leurs habitations vous a déjà fait connaître leur situation. Satan avait embelli leurs œuvres à leurs yeux et les avait empêchés de suivre le droit chemin, alors qu’ils étaient clairvoyants. J’ai anéanti Qaroun, Pharaon et Hâmân. Moïse leur était venu avec des preuves évidentes, mais ils s’enorgueillissaient ; ils ne purent pourtant pas l’emporter. J’ai saisi chacun d’eux pour son péché. À certains, J’ai envoyé un vent violent chargé de pierres ; certains furent frappés par le tonnerre ; certains, Je les ai fait engloutir par la terre ; et certains, Je les ai noyés. Allah ne leur faisait pas subir d’injustice ; mais ils se faisaient eux-mêmes injustice. (Sourate Al-ʿAnkabût : 38-40)
7. La véracité de la bonne nouvelle et de l’avertissement : Une autre raison pour laquelle le Coran relate les événements est d’annoncer aux croyants la bonne nouvelle du Paradis et de ses bienfaits, d’en démontrer la véracité, d’avertir les mécréants au sujet de l’Enfer et de ses souffrances, et d’en démontrer la véracité. Ainsi :
Il est dit :
(Arabe***********)(Ô Prophète !) annonce à Mes serviteurs que Je suis certes très Pardonneur et Miséricordieux. Et Mon châtiment est certes très douloureux. (Sourate al-Hijr : 49-50)
Immédiatement après ce verset, l’événement relatif à la véracité du pardon et du châtiment est relaté :
(Arabe***********)
Raconte-leur l’histoire des hôtes d’Abraham. Lorsqu’ils arrivèrent chez lui et dirent : « Paix ! », il dit : « Nous avons peur de vous. » Ils dirent : « N’ayez pas peur. Nous vous annonçons la bonne nouvelle d’un garçon savant. » (Al-Hijr : 51-53)
Puis le flot de la miséricorde d’Allah se manifeste :
(Arabe***********)
Puis, lorsque les envoyés arrivèrent chez Loth, celui-ci dit : « Vous êtes des gens inconnus. » Ils dirent : « Non, au contraire, nous sommes venus vers toi avec ce au sujet de quoi ils disputaient. Nous t’avons apporté la vérité et nous sommes véridiques. Pars donc avec toute ta famille à la fin de la nuit, et ne les suis pas. Que nul d’entre vous ne se retourne pour regarder derrière lui. Allez là où il vous a été ordonné d’aller. » Et Je fis savoir à Loth qu’au matin ils seraient anéantis jusqu’au dernier. (Sourate al-Hijr : 61-66)
Dans les versets précités, il est question de la miséricorde accordée au prophète Loth (paix sur lui) et de la destruction de son peuple. En avançant quelque peu dans cette même sourate, il est dit :
(Arabe***********)
Certes, les habitants d’al-Hijr ont traité les prophètes de menteurs. Je leur avais donné Mes signes, mais ils s’en détournèrent. Ils creusaient paisiblement des maisons dans les montagnes. Puis, un matin, un cri les frappa ; alors tout ce qu’ils avaient acquis ne leur fut d’aucune utilité. (Sourate al-Hijr : 80-84)
Ces versets exposent le châtiment douloureux infligé aux menteurs. Ils démontrent également que la promesse d’Allah est vraie et qu’elle s’accomplit. Ces récits sont en outre présentés tels qu’ils se sont réellement déroulés.
8. La description des bienfaits accordés aux prophètes et aux messagers : Le Coran rapporte également des récits afin de décrire les faveurs et les bienfaits accordés aux prophètes et aux messagers. Il en est ainsi des récits de David (paix sur lui), de Salomon (paix sur lui), de Job (paix sur lui), d’Abraham (paix sur lui), de Marie et de Jésus (paix sur lui). Tous ces récits sont exposés en différents endroits du Coran et dans cette sourate. L’objectif premier est de décrire les bienfaits et les faveurs ; la mention de certaines de leurs actions y apparaît naturellement en complément.
9. Avertir les descendants d’Adam de l’hostilité de Satan : L’un des objectifs des récits rapportés dans le Noble Coran est de faire comprendre que Satan est l’ennemi de tous les êtres humains qui sont venus et viendront sur terre, depuis Adam (paix sur lui) jusqu’au Jour de la Résurrection. À chaque instant et à chaque pas, Satan s’efforce d’égarer l’être humain. Jamais il ne souhaite son bien. C’est une preuve éclatante que, dans le récit d’Adam (paix sur lui), la malfaisance de Satan est mentionnée en différents endroits.
10. Quelques autres raisons : Outre les raisons susmentionnées, le Coran rapporte divers événements et récits pour les quelques raisons suivantes, notamment :
[10.1] Manifester la puissance d’Allah : par exemple, le récit de la naissance d’Adam et de Jésus (paix sur lui), le récit d’Abraham (paix sur lui) et des oiseaux, ainsi que le récit de l’homme [‘Uzayr (paix sur lui)] qui fut ramené à la vie cent ans après sa mort. Il existe encore d’autres récits de ce genre.
[10.2] Décrire les conséquences des bonnes et bénéfiques actions ainsi que celles des mauvaises et nuisibles actions, comme le récit des deux fils d’Adam (paix sur lui), le récit des deux propriétaires de jardins, le récit des enfants d’Israël, le récit des gens de la Fosse, et d’autres encore.
[01.3] L’être humain est naturellement pressé et s’efforce d’obtenir rapidement ce qu’il désire. C’est pourquoi il s’efforce d’acquérir ce qu’il peut obtenir immédiatement ou ce qui est concret. Pourtant, Allah leur a enseigné l’importance d’attendre et de faire preuve de patience en vue du véritable bien. C’est pourquoi le Coran relate diverses histoires concernant les conséquences de la précipitation de l’être humain et de la patience d’Allah. C’est notamment le cas de l’histoire du prophète Moïse (sur lui la paix) et d’un serviteur d’Allah, Khidr, dont nous parlerons plus loin. Le Coran a relaté de nombreux récits de ce type, qui ont pleinement atteint son objectif.
Neuvième chapitre
La preuve que les récits du Coran servent les objectifs religieux
1. Nous avons déjà dit que tous les récits relatés dans le Coran complètent les objectifs et les finalités religieuses. La preuve que ces récits sont au service de la religion se trouve également dans les histoires elles-mêmes. Je voudrais exposer ci-dessous quelques-unes des preuves les plus importantes. La première preuve que ces récits complètent les objectifs religieux est la répétition d’un même récit en plusieurs endroits, sous une forme détaillée ou abrégée.
Mais il est intéressant de remarquer que le récit entier n’y est pas rapporté : seules certaines parties du récit sont mentionnées. Ce sont surtout les parties qui contiennent des exhortations et des enseignements qui sont rapportées. Il est rare que le récit entier soit rapporté d’un seul tenant alors qu’il contient des exhortations et des enseignements. Même dans ce cas, cela se fait en tenant compte de raisons particulières, de l’enchaînement et de l’utilité. J’ai d’ailleurs donné des indications à ce sujet au moment de raconter les récits.
Lorsque le lecteur lit les différentes parties répétées d’un récit et prête attention à ce qui les précède et à ce qui les suit, il constate que le récit tout entier est cohérent. Il comprend que la partie retenue à tel endroit et la manière dont elle y est rapportée sont appropriées. Il n’oublie pas que le Coran est essentiellement un livre de prédication. C’est pourquoi chaque partie du récit est rapportée à l’endroit où elle se trouve en parfaite harmonie avec le sujet de la prédication. La cohérence du récit constitue également l’un des objectifs du Coran. Il en est toujours ainsi. Toutefois, on ne constate pas que la perspective artistique du récit en soit affectée.
Il existe également une règle méthodique pour présenter à plusieurs reprises les différentes parties d’un même récit. Il suffit de comparer les sourates et les parties des récits selon l’ordre chronologique de la révélation des sourates du Coran pour que cela devienne évident. La plupart des récits commencent par une simple allusion. Puis, progressivement, ils sont conduits vers leur accomplissement. Lorsque le lecteur atteint l’endroit où le récit s’achève, l’image complète apparaît devant lui.
Nous pouvons prendre comme exemple l’histoire du prophète Moïse (sur lui la paix). En effet, parmi tous les récits répétés dans le Coran, celui-ci est celui qui est rapporté le plus souvent. Leur nombre doit être d’environ trente occurrences. Nous en examinerons quelques passages importants et indiquerons également les endroits où seule une allusion à l’histoire de Moïse est faite, sans qu’aucun détail ne soit rapporté. Nous l’étudierons selon l’ordre chronologique de la révélation des sourates.
[1.1] La sourate Al-A‘la, qui occupe le 8ᵉ rang dans l’ordre de la révélation, contient une brève allusion à l’histoire de Moïse (paix sur lui). Il est dit :(Arabe***********)]
Cela est écrit dans les Écritures antérieures, dans les livres d’Abraham et de Moïse.
Une allusion similaire et conjointe est également faite dans la sourate An-Najm, qui est la 23ᵉ sourate selon l’ordre de la révélation.
[1.2] La sourate Al-Fajr, la 10ᵉ sourate selon l’ordre de la révélation, mentionne Pharaon, mais pas Moïse (paix sur lui). Les peuples de ‘Âd et de Thamûd y sont également évoqués. Il est dit :
(Arabe***********)
ainsi que Pharaon, le maître des nombreux pieux. Ceux-ci avaient transgressé sur la terre et y avaient semé une grande corruption. Alors ton Seigneur leur infligea le châtiment.
Une description allusive de ce genre est également donnée dans la sourate Al-Burûj, qui occupe le vingt-septième rang dans l’ordre de la révélation.
[1.3] La sourate Al-A‘râf occupe le trente-neuvième rang dans l’ordre de la révélation. Cette sourate évoque plusieurs prophètes et messagers, parmi lesquels l’histoire de Moïse (paix sur lui) est relatée avec un certain degré de détail. Elle parle de prophètes qui se heurtèrent à des obstacles en appelant leurs peuples à l’islam ; tous leurs peuples traitèrent leurs propres prophètes de menteurs et furent finalement anéantis par le châtiment d’Allah.
Dans la sourate al-A‘râf, le récit commence par l’envoi de Moïse et d’Aaron (paix sur eux) auprès de Pharaon en tant que prophètes. Il y est ensuite question du miracle du bâton et de la main rendue lumineuse, puis du rassemblement des magiciens et de la démonstration de leur magie contre Moïse (paix sur lui). Moïse (paix sur lui) remporta la victoire sur eux, les magiciens embrassèrent la foi, puis la persécution des enfants d’Israël par Pharaon est relatée. Il est ensuite mentionné par quelles calamités Pharaon et son peuple furent éprouvés : notamment par les sauterelles, les poux, les grenouilles et le sang. Chaque fois, ils furent délivrés après avoir demandé à Moïse (paix sur lui) d’invoquer Dieu. La persécution des enfants d’Israël recommença, puis ceux-ci quittèrent l’Égypte sous la direction de Moïse (paix sur lui). Ils lui dirent ensuite : « De même que les Égyptiens ont de nombreuses divinités, nous devrions nous aussi en avoir. » Puis Moïse (paix sur lui) se rendit au mont Tûr ; après trente nuits, il rencontra Allah, qui porta la durée à quarante nuits. Lorsque les quarante nuits furent écoulées, Moïse (paix sur lui) demanda à voir Allah ; la montagne fut réduite en fragments et Moïse (paix sur lui) s’évanouit, puis reprit connaissance. De retour auprès de son peuple, il le trouva en train de fabriquer un veau et de l’adorer ; il réprimanda son frère. Ensuite, soixante-dix hommes furent éprouvés à nouveau au sujet de la vision d’Allah. Lorsqu’ils insistèrent pour rencontrer Allah dans la plaine du Tûr, la montagne du Tûr fut élevée au-dessus d’eux. Puis ils furent comblés de la miséricorde d’Allah, et il leur fut annoncé que seuls ceux qui obéissent au Prophète bénéficieraient de la miséricorde d’Allah.
[1.4] Ensuite, dans l’ordre de la révélation, certains récits communs sont rapportés dans la 42e sourate, la sourate al-Furqân, et dans la 44e sourate, la sourate Maryam. Ces récits traitent de la mission des prophètes et du destin de ceux qui les ont traités de menteurs.
[1.5] Dans la 45e sourate selon l’ordre de la révélation, la sourate Tâ-Hâ, le récit est également exposé avec un certain détail. Dans la sourate al-A‘râf, le récit de Moïse (paix sur lui) commençait par sa prophétie et sa mission prophétique. Autrement dit, ce récit concernait les événements postérieurs à sa vocation prophétique, tandis que la sourate Tâ-Hâ commence par les événements antérieurs à celle-ci, avec l’apparition d’une lumière au pied du mont Tûr. Il est dit :
(Arabe***********)
Le récit de Moïse t’est-il parvenu ? Lorsqu’il aperçut un feu, il dit à sa famille : « Restez ici ; j’ai aperçu un feu. Peut-être vous en rapporterai-je un tison, ou trouverai-je auprès du feu quelque indication sur le chemin. » Lorsqu’il y parvint, une voix l’appela : « Ô Moïse ! Je suis véritablement ton Seigneur. Enlève donc tes sandales, car tu te trouves dans la vallée sacrée de Tuwâ. Je t’ai choisi ; écoute donc ce qui t’est révélé. » (Sourate Tâ-Hâ : 9-13)
Lorsque Moïse (paix sur lui) reçut l’ordre d’appeler Pharaon à la foi, il implora Allah : « Fais de mon frère Aaron mon auxiliaire, afin qu’il soit pour moi une source de courage et de force. » Allah rappelle à Moïse (paix sur lui) les bienfaits qu’Il lui a accordés et la grâce dont Il l’a comblé : l’épisode de son enfance et celui où sa mère lui fut rendue. La suite du récit est rapportée de manière semblable à celle de la sourate al-A‘râf. Toutefois, le châtiment des sauterelles, des poux, des grenouilles et du sang n’y est pas mentionné. De même, la promesse faite par Pharaon aux enfants d’Israël et sa violation ne sont pas relatées. En revanche, un autre épisode est introduit dans la sourate Tâ-Hâ : le récit détaillé d’un homme nommé al-Sâmirî, qui fabriqua un veau.
[1.6] La sourate al-Shu‘arâ’ est la 46e sourate selon l’ordre de la révélation. Cette sourate relate également la mission prophétique de Moïse (paix sur lui), puis l’épisode du départ des enfants d’Israël d’Égypte. Toutefois, deux éléments nouveaux y sont mentionnés.
Premièrement : Moïse (paix sur lui) tua un Copte. Il quitta ensuite l’Égypte, craignant d’être arrêté. Lorsqu’il fut de nouveau envoyé auprès de Pharaon, celui-ci lui rappela qu’il l’avait élevé durant son enfance ainsi que le meurtre du Copte.
Deuxièmement : il est question de la mer qui se divise en deux, laissant apparaître un chemin au fond, ainsi que des sujets de discussion entre Moïse (paix sur lui) et Pharaon. La description par Moïse (paix sur lui) des attributs d’Allah et le dialogue qu’il eut avec les magiciens sont présentés sous un angle nouveau.
[1.7] La 48e sourate dans l’ordre de la révélation est la sourate An-Naml. Cette sourate relate certains événements concernant ceux qui traitèrent les prophètes et les messagers de menteurs, ainsi que le sort qui leur fut réservé.
[1.8] La sourate Al-Qasas est la 49e sourate dans l’ordre de la révélation. Elle commence par le récit de la naissance de Moïse (paix sur lui). Moïse (paix sur lui) naquit à l’époque où Pharaon exerçait une tyrannie absolue ; le nouveau-né fut placé dans un coffre et abandonné sur le fleuve, puis un proche de Pharaon trouva et récupéra le coffre. La sœur de Moïse (paix sur lui) partit recueillir des informations, puis indiqua à Pharaon l’existence d’une nourrice, grâce à laquelle Moïse (paix sur lui) eut la possibilité d’être élevé auprès de sa mère.
Devenu adulte, Moïse (paix sur lui) tua un Égyptien. Lorsqu’il voulut en tuer un autre, celui-ci le menaça en lui rappelant le meurtre précédent. Un homme accourut ensuite pour l’informer que son meurtre se répandait dans la ville. Il quitta alors l’Égypte pour se rendre à Madyan. Là, il rencontra la fille de Shu‘ayb (paix sur lui) et fit boire ses chèvres. De retour chez elles, elles racontèrent les faits à leur père. Moïse (paix sur lui) travailla ensuite auprès de Shu‘ayb (paix sur lui) pendant une période déterminée. À la condition convenue, il épousa sa fille, puis retourna dans son pays avec sa famille. En chemin, alors qu’il partit à la recherche d’un feu — ce qui est également relaté dans la sourate Tâ-Hâ — il reçut la prophétie.
Cependant, la sourate Al-Qasas mentionne un aspect nouveau : la réaction moqueuse de Pharaon après que l’appel lui eut été adressé :
(Arabe***********)
Pharaon dit : « Ô Hâmân ! Fais cuire des briques, puis construis-moi un palais afin que je puisse apercevoir le dieu de Moïse. » (Sourate Al-Qasas, 38)
[1.9] La sourate Al-Isrâ’ (Banî Isrâ’îl) est la cinquantième dans l’ordre de la révélation. Elle évoque brièvement l’ensevelissement aquatique de Pharaon et le passage des Enfants d’Israël à travers la mer.
[1.10] Sourate Yûnus, cinquante et unième dans l’ordre de révélation. Elle expose les conséquences du fait de traiter les prophètes et les messagers de menteurs. Parmi ces récits figure également, de manière concise, celui de Moïse (paix sur lui). Y sont brièvement évoqués les magiciens, le passage des Enfants d’Israël à travers la mer et la noyade de Pharaon. Puis la parole suivante y a été ajoutée, alors qu’elle n’est mentionnée nulle part ailleurs.
(Arabe***********)
Lorsqu’ils commencèrent à se noyer, il dit : « Je crois maintenant qu’il n’y a de divinité que Celui en qui les Enfants d’Israël ont cru, et je fais moi aussi partie de ceux qui Lui sont soumis. » « C’est seulement maintenant que tu le dis ? Alors qu’auparavant tu désobéissais et que tu faisais partie des égarés ! Aujourd’hui, Nous allons préserver ton corps afin que tu sois un signe pour ceux qui viendront après toi. » (Sourate Yûnus : 90-92)
[1.11] Sourate Hûd, cinquante-deuxième dans l’ordre de révélation. En relatant dans cette sourate la destruction des menteurs, le récit de Moïse (paix sur lui) y est également évoqué à un moment donné.
[1.12] Sourate Al-Mu’min, soixantième dans l’ordre de révélation. Cette sourate mentionne également le dialogue entre Moïse (paix sur lui) et Pharaon. Toutefois, la parole suivante y est ajoutée, alors qu’elle n’est mentionnée nulle part ailleurs.
(Arabe***********)
(À un moment du débat) Pharaon dit : « Laissez-moi tuer Moïse ; qu’il invoque donc son Seigneur. » (Sourate Al-Mu’min : 26)
Il est ensuite question d’un dignitaire de Pharaon qui avait certes cru, mais qui le dissimulait. Il dit aux gens : « Ne tuez pas Moïse (paix sur lui) ; il se peut que sa voie soit la bonne. » Cette parole n’est également rapportée que dans cette sourate.
[1.13] Dans la sourate Fussilat (la sourate Ha-Mîm as-Sajda), la soixante et unième selon l’ordre de révélation, il est fait une brève allusion à l’histoire du prophète Moïse (paix sur lui). De même, la sourate Az-Zukhruf (la soixante-troisième selon l’ordre de révélation) évoque brièvement cet épisode. Toutefois, elle rapporte aussi les quelques paroles suivantes, qui ne sont mentionnées nulle part ailleurs, si ce n’est dans la sourate Az-Zukhruf. Pharaon dit :
(Arabe*********)
« Ne suis-je pas le souverain de l’Égypte ? Ces fleuves ne coulent-ils pas au-dessous de moi ? Ne voyez-vous pas ? Je suis meilleur que celui-ci, qui est méprisable et qui est à peine capable de s’exprimer clairement. » (Sourate Az-Zukhruf : 51-52)
[1.14] Dans la sourate Adh-Dhâriyât (la soixante-septième selon l’ordre de révélation), il est brièvement question de l’envoi du prophète Moïse (paix sur lui) auprès de Pharaon en qualité de messager, du fait que Pharaon le traita de menteur et de la destruction de Pharaon.
[1.15] La sourate Al-Kahf (la soixante-neuvième selon l’ordre de révélation) relate que le prophète Moïse (paix sur lui) rencontra et accompagna un homme auquel Allah avait accordé une connaissance particulière. Moïse (paix sur lui) lui demanda de lui permettre de rester à ses côtés afin de pouvoir en tirer quelque profit. Il lui répondit : « Vous ne pourrez pas faire preuve de patience. » Moïse (paix sur lui) promit de faire preuve de patience et de constance, puis l’accompagna, mais il ne put rester longtemps avec lui en gardant patience. En effet, il vit se produire certains événements dont il ne parvint pas à comprendre la véritable signification. La séparation entre eux devint donc inévitable. Cet épisode n’est relaté qu’à un seul endroit dans le Coran.
[1.16] Dans les deux sourates nommées Ibrâhîm (la soixante-douzième selon l’ordre de révélation) et Al-Anbiyâ’ (la soixante-treizième), il n’est fait allusion à cet épisode qu’à deux endroits. Dans la seconde sourate, l’élément important de cette allusion est que la Torah y est appelée « Furqân » (ce qui distingue le vrai du faux).
[1.17] La sourate Al-Baqara (la quatre-vingt-septième selon l’ordre de révélation) expose les bienfaits qu’Allah avait accordés aux Enfants d’Israël ainsi que leur ingratitude envers Lui. L’épisode y est rapporté de manière assez détaillée. Dans cette sourate, l’histoire de Moïse (paix sur lui) est mentionnée à plusieurs reprises. Il y est notamment question de la manne et des cailles qui leur avaient été accordées, ainsi que du fait que les Enfants d’Israël demandèrent d’autres aliments en échange. Ailleurs, l’épisode du sacrifice de la vache est relaté. L’ordre était simplement de sacrifier une vache, mais ils le compliquèrent en posant diverses questions. À ce sujet, il est dit :
(Arabe**********)Puis ils l’égorgèrent, alors qu’ils étaient sur le point de ne pas le faire. (Sourate Al-Baqara : 71)
L’épisode du sacrifice de la vache est entièrement nouveau dans cette sourate ; il n’avait été relaté auparavant dans aucune autre sourate.
[1.18] Dans la sourate An-Nisâ’ (quatre-vingt-douzième dans l’ordre de la révélation), il est dit que les Enfants d’Israël exigèrent obstinément de voir Allah sans aucun voile intermédiaire.
[1.19] En relatant l’histoire des Enfants d’Israël, la sourate Al-Mâ’idah (centième dans l’ordre de la révélation) dit :
(Arabe**********)
Ils dirent : « Ô Moïse ! Il s’y trouve un peuple puissant et redoutable. Nous n’y entrerons jamais tant qu’ils n’en seront pas sortis. S’ils en sortent, alors nous y entrerons certainement. » (sourate Al-Mâ’idah : 22)
Un peu plus loin, il est dit :
(Arabe**********)
Ils dirent : « Ô Moïse ! Nous n’y entrerons jamais de toute notre vie tant qu’ils y resteront. Va donc, toi et ton Seigneur, et combattez tous deux ; nous, nous resterons assis ici. » Moïse dit : « Seigneur ! Je n’ai de pouvoir que sur moi-même et sur mon frère. » Allah dit alors : « Ce pays leur sera interdit pendant quarante ans. Ils erreront sur la terre, désorientés. Ne t’afflige donc pas pour le peuple désobéissant. »
Ensuite, ils furent abandonnés dans une région désertique, où ils finirent par s’établir. Après cela, rien de plus ne fut dit au sujet de Moïse (A.S.) et des enfants d’Israël. Il fut toutefois mentionné que les enfants d’Israël nourrissaient de l’hostilité envers Jésus (A.S.).
C’est uniquement le récit de Moïse (A.S.) qui est le plus abondamment rapporté dans le Coran. La discussion précédente nous a permis de comprendre en quoi consiste cette répétition. À l’exception de six passages, le récit est exposé partout ailleurs de manière très concise ou seulement par allusion. Toutefois, chaque fois que le même événement est répété, une idée nouvelle y est nécessairement apportée. Si, en lisant le Coran, un lecteur n’y découvre pas cette nouveauté, en quoi le Coran serait-il fautif ?
2. Une autre preuve que les récits du Coran sont subordonnés à un objectif religieux est que, partout où une partie du récit est rapportée — sans répétition —, elle suffit exactement à atteindre cet objectif. Seule la partie qui est en rapport avec le sujet est exposée. Ainsi, il arrive que la première partie du récit soit évoquée, ailleurs sa conclusion, et parfois seulement la portion liée à l’enseignement et à l’exhortation. Car le but du Coran n’est pas de raconter l’histoire, mais de dispenser un enseignement à la lumière de l’histoire. Voici quelques exemples :
[2.1] Il arrive souvent qu’en racontant un événement, on rapporte la naissance du protagoniste. C’est parce que le récit de cette naissance renferme de nombreux enseignements. Tel est le cas du récit de la naissance d’Adam (A.S.). La naissance d’Adam (A.S.) manifeste pleinement la puissance et la miséricorde d’Allah. De même, le récit d’Iblis qui l’accompagne poursuit également un objectif religieux.
On peut également mentionner le récit de la naissance de Jésus (A.S.). Cet événement est exposé en détail dans le Coran, car la naissance de Jésus (A.S.) est un événement exceptionnel, un immense miracle. Son récit de naissance était contraire à toutes les raisonnements et à toutes les discussions. Tous les détails accessoires concernant Jésus (A.S.), avant et après l’avènement de l’islam, y sont présentés. Le récit de Marie (A.S.) est également remarquable. Elle avait été consacrée au nom d’Allah. Marie (A.S.) était élevée sous la tutelle de Zacharie (A.S.) et, dès son enfance, elle recevait d’Allah une excellente subsistance. Un jour, il trouva auprès de Marie (A.S.) quantité de fruits et de nourriture. Il est dit :
(Arabe**********)
Chaque fois que Zacharie entrait dans le mihrab, il y trouvait auprès d’elle des provisions. Un jour, il demanda : « Ô Marie ! D’où tiens-tu cela ? » Elle répondit : « Cela vient d’Allah. » (Sourate Âl ‘Imrân : 37)
Tout le récit de cet événement est exposé. Le récit de la naissance de Jésus (A.S.) y est même évoqué. Les épisodes importants de la vie de Jésus (A.S.) y sont également rapportés. De même, le récit de la naissance de Moïse (A.S.) est relaté dans le Coran. Cela s’explique par plusieurs aspects et raisons :
a. Moïse (paix sur lui) naquit à l’époque où Pharaon faisait subir aux Enfants d’Israël une implacable oppression.
b. Pharaon ne laissait en vie aucun garçon parmi les Enfants d’Israël.
c. Allah Très-Haut sauva miraculeusement Moïse (paix sur lui) et fit en sorte qu’il soit élevé dans la maison de Pharaon.
À la lumière des informations précédentes, on comprend que le récit de la naissance de Moïse (paix sur lui) revêt une importance considérable. Allah montra que celui qu’Il avait destiné à la prophétie fut conduit jusqu’à cette destinée, et que personne ne put lui faire de mal. Outre le récit de sa naissance, d’autres événements importants de sa vie sont également mentionnés. De même, le récit de la naissance d’Ismaël (paix sur lui) et d’Isaac (paix sur lui) est rapporté dans le Coran, car leur naissance est elle aussi liée à des exhortations et à des enseignements. Ismaël (paix sur lui) naquit à l’époque où Ibrahim (paix sur lui) était devenu âgé, et c’est avec son aide qu’il construisit la Kaaba. Isaac (paix sur lui) naquit alors que la vieillesse s’était pleinement manifestée. De même, Yahya (paix sur lui) naquit dans la vieillesse avancée de Zakariya (paix sur lui), dont les cheveux étaient alors devenus blancs.
[2.2] Nous trouvons également dans le Coran certains récits où est décrite la situation postérieure à la naissance, sans que le récit de la naissance soit rapporté. C’est le cas, par exemple, du récit de Joseph (paix sur lui), qui commence par des événements de son enfance. Durant celle-ci, il fit un rêve qui était le reflet du reste de sa vie. Il vit en rêve onze étoiles, ainsi que la lune et le soleil. Son père, sage, en comprit la signification et se mit à veiller sur lui avec encore plus d’attention qu’auparavant. Ses frères commencèrent à brûler et à se consumer dans le feu de la jalousie. Puis les événements suivirent leur cours.
Le récit d’Ibrahim (paix sur lui) commence également par son enfance.
Un jour, durant son enfance, il leva les yeux vers le ciel et, voyant une étoile, pensa que c’était peut-être son Seigneur. Lorsqu’elle disparut, il dit : « Je n’aime pas ce qui disparaît. » La lune apparut ; il pensa alors qu’elle était bien plus grande et que c’était donc son Seigneur. À la fin de la nuit, lorsque la lune se coucha et que le soleil se leva en illuminant la terre entière, il dit : « Celui-ci est le plus grand et le plus lumineux ; il est donc nécessairement la divinité. » Mais lorsque, à la fin du jour, le soleil se coucha, il se tourna vers le véritable Allah, Celui qui ne peut être vu, mais seulement ressenti. Puis il appela son peuple et son père à adorer cette divinité, mais ils rejetèrent son appel.
Un jour, Ibrahim (paix sur lui) profita de leur inattention pour briser les idoles qu’ils adoraient. Les gens dirent : « Personne d’autre que ce jeune homme nommé Ibrahim n’a pu faire cela. » Ils décidèrent alors de le brûler dans le feu. Mais Allah le sauva. Il est dit :
(Arabe**********)
J’ai ordonné : « Ô feu, deviens fraîcheur, une fraîcheur qui soit propice à Abraham. » (Sourate Al-Anbiyâ : 69)
Le récit de Hadrat Dâwûd (paix sur lui) commence également par son enfance. Il devint célèbre après avoir tué un roi tyrannique nommé Jâlût, ce qui fut entièrement dû à la puissance d’Allah. Voilà donc comment commence le récit de Hadrat Dâwûd (paix sur lui). Le récit de Hadrat Sulaymân (paix sur lui) commence à l’époque de sa jeunesse, lorsqu’il rendit un jugement différent de celui de son père Dâwûd (paix sur lui). Il est dit :
(Arabe**********)
Lorsque des moutons s’y étaient introduits, leur jugement était sous Ma surveillance. (Sourate Al-Anbiyâ : 78)
[2.3] Le Noble Coran relate certains récits dont seule la dernière partie est exposée. C’est le cas, par exemple, de ceux de Hadrat Nûh (paix sur lui), de Hadrat Hûd (paix sur lui), de Hadrat Sâlih (paix sur lui), de Hadrat Lût (paix sur lui), de Hadrat Shuʿayb (paix sur lui) et d’autres nobles prophètes. À leur sujet, aucune discussion supplémentaire n’est présentée en dehors de la partie mentionnée, car c’est précisément cette partie de leur récit qui est importante et qui contient les enseignements et les exhortations.
La concision et l’étendue des récits
Jusqu’à présent, notre discussion s’est limitée à la question de savoir par quel point de départ les récits ont été exposés. Nous allons maintenant examiner le fait que certains récits du Noble Coran sont longs et détaillés, tandis que d’autres sont concis, mais que leur portée éducative est très étendue. Nous en présentons ci-dessous quelques exemples.
1. L’histoire de Hadrat Moïse (paix sur lui) était très importante. C’est pourquoi le Coran l’a relatée de bout en bout. Le récit commence par la naissance de Moïse (paix sur lui) et s’achève avec son installation permanente près de la Terre sainte. Là, son peuple reçut l’ordre de demeurer pendant quarante ans, en conséquence des excès des Enfants d’Israël. Cette histoire est rapportée en détail parce que chacune de ses parties met en lumière des enseignements et des exhortations religieuses. En outre, elle est parfaitement conforme à l’appel coranique ainsi qu’à ses buts et objectifs.
L’histoire de Jésus (paix sur lui) est également rapportée en détail, bien que certaines parties intermédiaires aient été abrégées. Sa naissance et ses miracles sont exposés en détail, de même que l’aide que lui apportèrent les apôtres, la tentative des Juifs de le crucifier après l’avoir traité de menteur, puis son élévation au ciel sur l’ordre d’Allah. Le Coran rapporte aussi les divisions et les dissensions des Enfants d’Israël après son élévation. Il y est également dit qu’au Jour de la Résurrection, Jésus (paix sur lui) sera interrogé sur la raison pour laquelle lui et Marie ont été considérés comme les égaux d’Allah. Hadrat Jésus (paix sur lui) répondra :
Je ne leur ai prêché que le monothéisme pur. Puis il remettra toute la nation entre les mains d’Allah et dira : Si Tu le veux, pardonne-leur, ou châtie-les.
L’histoire de Hadrat Joseph (paix sur lui) est rapportée d’un seul tenant et dans l’ordre chronologique : le complot de ses frères, sa vente comme esclave en Égypte, sa prise en charge par Aziz, le gouverneur d’Égypte, la séduction tentée par l’épouse de celui-ci, les souffrances insupportables de la prison, l’interprétation des rêves de deux prisonniers, l’interprétation du rêve du roi et sa libération de prison, la prise en charge du ministère de l’Alimentation en Égypte, l’arrivée de ses frères en Égypte, sa rencontre avec Benjamin, la rétention de Benjamin, la venue de ses parents en Égypte, puis la décision de s’y installer avec toute sa famille, qui clôt le récit. Deux objectifs sous-tendent le récit de cette histoire : premièrement, la reconnaissance de la révélation et de la mission prophétique ; deuxièmement, d’importants enseignements religieux.
L’histoire de Hadrat Abraham (paix sur lui) commence par le récit de sa foi durant son enfance. Viennent ensuite sa controverse avec son père et son peuple, la destruction des idoles, l’émigration, la naissance d’Ismaël et d’Isaac, l’ordre reçu en rêve de sacrifier son fils, la construction de la Kaaba et l’annonce du pèlerinage, sa demande à Allah de lui montrer comment les morts sont rendus à la vie afin d’apaiser son cœur, puis la résurrection de quatre oiseaux après qu’il les eut égorgés sur l’ordre d’Allah et en eut mélangé les chairs.
L’histoire de Hadrat Salomon (paix sur lui) est également rapportée en détail dans le Coran. Le récit de son jugement concernant un champ, de l’administration de son royaume, de l’épreuve au moyen de chevaux magnifiques, de la soumission des djinns et du vent à son autorité, ainsi que des événements liés à la huppe, à la fourmi et à la reine Bilqis, est exposé ; enfin, l’histoire s’achève par le récit de sa mort, lorsqu’il resta debout, appuyé sur son bâton, tandis que les djinns n’en savaient rien. Tout le récit est rempli d’enseignements et d’exhortations importants.
2. Certains récits du Coran concernent une période déterminée de la vie. C’est le cas de l’histoire de Hadrat Noé (paix sur lui), qui se limite au récit de sa prophétie et de sa mission : l’appel à la religion, le rejet par son peuple, la construction de l’arche, le déluge et la noyade de son fils — même le fils d’un prophète ne fut pas sauvé du châtiment d’Allah sans œuvres pieuses. De même, sont relatés la création de Hadrat Adam (paix sur lui), son envoi du Paradis sur la terre, l’acceptation de son repentir, et d’autres événements. La naissance de Marie (paix sur elle) et de Jésus (paix sur lui) est également rapportée. Toutefois, ces récits ne sont pas aussi détaillés que ceux mentionnés précédemment. On peut néanmoins les qualifier de récits détaillés. L’histoire de Hadrat David (paix sur lui) est elle aussi assez importante. Elle n’est cependant pas aussi détaillée que celle de Hadrat Salomon (paix sur lui). Pourtant, l’histoire de Hadrat David (paix sur lui) est rapportée en plusieurs parties.
3. Certains récits du Coran sont rapportés brièvement, comme ceux des prophètes Hadrat Houd (paix sur lui), Hadrat Salih (paix sur lui), Hadrat Loth (paix sur lui), Hadrat Shuʿayb (paix sur lui), entre autres. Seuls les événements liés à leur mission et à leur prophétie sont exposés de manière concise. La naissance d’Ismaël, son sacrifice et la construction de la Kaaba par le père et le fils sont mentionnés brièvement. Certains éléments concernant Hadrat Jacob (paix sur lui) apparaissent dans l’histoire de Hadrat Joseph (paix sur lui). Ailleurs, le récit des dernières volontés de Jacob au moment de sa mort est rapporté. Cette partie est importante parce qu’elle expose le monothéisme, celui qu’il recommanda dans ses dernières volontés.
4. Certains récits sont rapportés de manière très concise. C’est le cas, par exemple, du récit du prophète Zacharie (paix sur lui), qui se limite à la naissance du prophète Jean (paix sur lui) et à la tutelle de Marie (paix sur elle). Le récit du prophète Job (paix sur lui) se limite à la maladie, à sa supplication auprès d’Allah et à sa délivrance. Le récit du prophète Jonas (paix sur lui) se limite aux épisodes allant de son appel adressé à son peuple, puis de son rejet par celui-ci et de sa tentative de quitter son pays, jusqu’au fait qu’il fut avalé par le poisson, qu’il fut délivré de son ventre dans une contrée déserte, et que son peuple embrassa l’islam.
5. Pour certains récits, il a été jugé suffisant de donner seulement une indication, sans les rapporter en détail. C’est le cas, entre autres, du prophète Idris (paix sur lui), du prophète al-Yasa‘ et de Dhul-Kifl. Il est seulement indiqué qu’ils comptaient parmi les prophètes. Rien de plus.
6. Certains récits sont liés à d’autres événements distincts. C’est le cas des Gens de la Fosse, des Gens de la Caverne, de l’histoire des deux fils d’Adam (paix sur lui), de l’histoire des deux propriétaires de jardins, de l’histoire des propriétaires du jardin, et d’autres encore. Certains de ces récits ont déjà été évoqués, et d’autres le seront par la suite. Nous souhaitons maintenant clore ce sujet ici. Notre objectif était simplement de dire que le Coran n’a rapporté de chaque événement que la partie qui se rapporte à l’objectif religieux. Cet objectif a été atteint.
Exposé de la conclusion et de l’issue
Une autre preuve que les récits rapportés par le Coran suivent un objectif religieux est que, parallèlement au récit des événements, certaines orientations religieuses ainsi que l’issue de ces récits sont également exposées. Cela est parfois présenté au début du récit, parfois à la fin, et parfois en même temps que le récit principal.
Le récit est parfois précédé de l’exposé d’un événement instructif, puis il commence. Nous avons déjà examiné deux exemples de ce genre. Cela comporte toutefois deux aspects :
1. Présenter, au cours du récit de l’événement, la preuve de la révélation et de la mission prophétique. Autrement dit, il est précisé que cet événement a été reçu par révélation. C’est le cas, par exemple, des récits du prophète Joseph (paix sur lui) et du prophète Adam (paix sur lui). Partout où ces récits sont rapportés, la révélation est d’abord reconnue.
2. L’événement est d’abord évoqué, puis sa véracité est établie par le récit de l’événement. Par exemple :
(Arabe**********)
Annonce à Mes serviteurs que Je suis certes le Très Pardonneur, le Très Miséricordieux. Mais Mon châtiment est assurément très douloureux. (Sourate al-Hijr : 49-50)
Dans ce verset, après avoir mentionné la miséricorde et le châtiment, le récit complet est exposé comme preuve de la miséricorde et du châtiment.
Nous avons également mentionné deux récits dans lesquels l’objectif est exposé à la fin du récit. Cela a également deux raisons :
1. Prouver que tous les récits ont été communiqués par révélation, et les présenter de telle manière que le récit lui-même en fournisse la preuve. Ainsi, dans la sourate al-Qasas, après le récit de Moïse (paix sur lui), le propos principal est exposé. De même, dans la sourate Hûd, le propos essentiel est présenté après le récit de Noé (paix sur lui).
2. Prouver qu’Allah — à Dieu ne plaise — n’est pas injuste et qu’Il n’a pas châtié une communauté sans lui avoir envoyé un prophète ou un messager. Ainsi, après avoir relaté les récits des prophètes et des messagers dans la sourate al-Ankabût, il est dit :
(Arabe**********)
« J’ai saisi chacun d’eux pour son péché. À certains, J’ai envoyé un vent violent chargé de pierres ; certains furent frappés par la foudre ; certains, Je les ai fait engloutir par la terre ; et certains, Je les ai noyés. Allah ne leur a nullement fait injustice ; mais ils se sont fait injustice à eux-mêmes. » (Sourate al-Ankabût : 40)
À vrai dire, quiconque réfléchira à ces récits du Coran pourra en comprendre les secrets et sera capable de saisir que le Coran expose, avec chaque événement, ses conséquences et les enseignements qu’il comporte.
Nous allons maintenant examiner quelques exemples ou récits dans lesquels, parallèlement à la narration des événements, l’attention est également attirée sur les enseignements à en tirer.
1. Il est dit dans le Coran :
(Arabe**********)
« N’as-tu pas vu celui qui, passant près d’une cité dont les maisons étaient détruites et effondrées sur leurs fondations, dit : “Comment Allah la fera-t-Il revivre après sa mort ?” Allah le fit alors mourir pendant cent ans, puis le ressuscita. Il lui demanda : “Combien de temps es-tu resté ainsi ?” Il répondit : “Je suis resté un jour, ou une partie d’un jour.” Allah dit : “Non, tu es resté mort pendant cent ans. Regarde ta nourriture et ta boisson : elles ne se sont pas altérées. Et regarde ton âne. Nous voulons faire de toi un signe pour les hommes. Regarde comment Nous rassemblons ses os, puis les revêtons de chair.” Lorsque cela lui apparut clairement, il dit : “Je sais qu’Allah est certes capable de toute chose.” » (Sourate al-Baqara : 259)
Voyez comment Allah, exalté soit-Il, a exprimé le but au cours même du récit, par le verset (*****) : « Nous voulons faire de toi un signe pour les hommes », puis, à la fin du récit,(Arabe**********)l’enseignement véritable a été mis en évidence par ces paroles : « Je sais qu’Allah est certes capable de toute chose. »
2. Dans le récit du prophète Sulayman (sur lui la paix) et de la reine Bilqis, il est dit par la voix de la huppe :
(Arabe**********)
J’ai vu une femme régner sur le peuple de Saba. Tout lui a été donné et elle possède un trône immense. J’ai vu qu’elle et son peuple se prosternaient devant le soleil au lieu d’Allah. Satan leur a rendu leurs œuvres séduisantes et les a détournés du droit chemin. Ils ne sont donc pas dans la bonne voie. Pourquoi ne se prosternent-ils pas devant Allah, qui connaît les secrets des cieux et de la terre, et qui sait ce que vous manifestez et ce que vous dissimulez ? Il n’y a de divinité qu’Allah ; Il est le Seigneur du Trône immense. (Sourate An-Naml : 23-26)
Toutes ces paroles ont été prononcées par la huppe dans le récit de l’événement. Le but est que les gens soient touchés en entendant les paroles de la huppe.
3. Dans le récit du prophète Joseph (paix sur lui), lorsque le prophète Joseph (paix sur lui) interpréta le rêve des deux compagnons du roi, il dit :
(Arabe**********)
« Cette connaissance, mon Seigneur me l’a enseignée. J’ai abandonné la religion des gens qui ne croient pas en Allah et qui ne croient pas non plus à l’au-delà. » (Sourate Joseph : 37)
(Arabe**********)
« Je suis la religion de mes ancêtres Abraham, Isaac et Jacob. Il ne nous convient pas d’associer quoi que ce soit à Allah. C’est là une grâce d’Allah envers nous et envers tous les autres hommes. Mais la plupart des gens ne reconnaissent pas cette grâce. » (Sourate Joseph : 38)
Le but principal est de présenter, parallèlement au récit, des enseignements éducatifs sous différents angles. Cependant, ils ont été si intimement intégrés au récit qu’il semble que ces paroles en fassent elles aussi partie. Les lecteurs du récit rencontrent partout ce genre de passages au fil des événements.
Deuxièmement, peu importe que son style soit ainsi ou quelque peu différent ; une chose peut toutefois être affirmée avec certitude : cet aspect constitue le but et l’objectif fondamentaux de la narration. À vrai dire, sans objectif ni finalité religieuse, la question même de la narration d’histoires dans le Coran ne se poserait pas.
La combinaison du religieux et de l’artistique dans la narration
Nous avons déjà expliqué que le fait que la narration soit au service d’objectifs religieux ne signifie pas qu’elle fasse obstacle à ses caractéristiques artistiques. Nous voulons maintenant dire que, parce qu’elle est au service des objectifs religieux, cette caractéristique est considérée, dans le domaine artistique, comme le fondement même du récit. On trouve également la confirmation de cette idée dans ce que nous avons dit au début de ce chapitre, à savoir :
Le Coran a utilisé la beauté artistique comme moyen d’influencer la conscience. En d’autres termes, il a employé les procédés de la beauté artistique afin d’influencer la conscience religieuse. Nous examinerons ci-dessous les particularités artistiques des événements sous le titre « La forme artistique du récit ».
La forme artistique du récit
1. L’un des objectifs de la narration des différents récits dans le Noble Coran est de mettre en lumière la religion, les prophètes et les messagers, leur unité, ainsi que le comportement identique et commun des mécréants et des polythéistes envers chacun des prophètes et messagers, entre autres aspects. Cette question a d’ailleurs déjà été abordée dans le chapitre précédent.
Le point qui ressort clairement des récits du Coran est que la religion de chaque prophète et messager était la même, et que chacun d’eux a appelé à cette même religion. De même, les peuples de chaque prophète qui ont rejeté l’unique religion semblent être liés par un même fil. Chaque fois que les prophètes sont venus, ils ont dû affronter ce groupe. Ces récits se répètent en divers endroits du Coran. Pourtant, même dans cette répétition, une certaine beauté artistique se dégage. À les observer attentivement, on a l’impression qu’il ne s’agit pas de prophètes différents, mais d’un seul prophète, ni de peuples différents, mais d’un seul et même peuple. De même, malgré la longue durée et la diversité des circonstances, ceux qui les ont rejetés semblent tous posséder la même mentalité. Chaque prophète est venu, a appelé à la profession de foi, puis a quitté ce monde. Quant aux hommes égarés, ils les ont toujours traités de menteurs et se sont moqués d’eux. Considérez les versets suivants :
(Arabe**********)
J’ai envoyé Noé auprès de son peuple. Il dit : « Ô mon peuple ! Adorez Allah ; il n’y a pour vous aucune divinité en dehors de Lui. Je crains pour vous le châtiment d’un jour terrible. » Les notables de son peuple dirent : « Nous te voyons manifestement égaré. » Il dit : « Ô mon peuple ! Je ne suis nullement égaré ; je vous transmets plutôt les conseils du Seigneur des mondes. Je sais, de la part d’Allah, ce que vous ne savez pas. Vous étonnez-vous qu’un rappel provenant de votre Seigneur vous soit venu par l’intermédiaire d’un homme issu de vous, afin qu’il vous avertisse, que vous adoptiez la piété et que vous receviez la miséricorde ? » Puis ils le traitèrent de menteur. Alors Je le sauvai, ainsi que ceux qui étaient avec lui dans l’arche, et Je noyai ceux qui traitaient Nos signes de mensonges. Certes, ils étaient aveugles. (Sourate Al-A‘râf : 59-64)
(Arabe**********)
Nous avons envoyé à la tribu des ‘Âd leur frère Hûd. Il dit : « Ô mon peuple ! Adorez Allah. Vous n’avez aucune divinité en dehors de Lui. » Les dirigeants de son peuple dirent : « Nous te considérons comme un insensé et nous te tenons pour un menteur. » Il dit : « Ô mon peuple ! Je ne suis nullement insensé ; je suis plutôt un messager du Seigneur des mondes. Je vous transmets les messages de votre Seigneur et je suis pour vous un conseiller sincère et digne de confiance. Vous étonnez-vous qu’un rappel provenant de votre Seigneur vous soit venu par l’intermédiaire d’un homme issu de vous, afin qu’il vous avertisse ? Souvenez-vous du moment où Il vous a établis comme successeurs après le peuple de Noé et où Il vous a donné une stature plus imposante. Souvenez-vous des bienfaits d’Allah afin de connaître la réussite. »
Ils dirent : « Es-tu venu à nous pour que nous adorions Allah seul et que nous abandonnions ce que nos pères adoraient ? Apporte-nous donc ce dont tu nous menaces, si tu es véridique. » Il dit : « Le châtiment et la colère de votre Seigneur sont déjà tombés sur vous. Discutez-vous avec moi au sujet de noms que vous et vos pères avez inventés ? Allah n’a fait descendre sur eux aucune preuve. Attendez donc ; moi aussi, j’attends avec vous. » Puis, par Notre grâce, Nous le sauvâmes, lui et ceux qui l’accompagnaient, et Nous exterminâmes ceux qui traitaient Nos signes de mensonges, car ils n’étaient pas croyants. (Sourate Al-A‘râf : 65-72)
(Arabe**********)
Nous avons envoyé aux Thamûd leur frère Sâlih. Il dit : « Ô mon peuple ! Adorez Allah ; vous n’avez aucune divinité en dehors de Lui. Une preuve vous est certes venue de la part de votre Seigneur. Voici la chamelle d’Allah. Laissez-la donc paître sur la terre d’Allah et ne lui faites aucun mal. Sinon, un châtiment douloureux vous saisira. Souvenez-vous qu’Il vous a établis après le peuple des ‘Âd et vous a installés sur la terre. Vous construisez des palais dans ses plaines et vous taillez des demeures dans les montagnes. Reconnaissez donc les bienfaits d’Allah et ne semez pas la corruption sur la terre. » Les notables arrogants de son peuple demandèrent aux croyants pauvres : « Croyez-vous que Sâlih soit envoyé par son Seigneur ? » Ils répondirent : « Nous croyons certes au message qu’il a apporté. » Les orgueilleux dirent : « Nous ne croyons pas à ce en quoi vous croyez. » Puis ils tuèrent la chamelle et désobéirent à l’ordre de leur Seigneur. Ils dirent encore : « Ô Sâlih ! Fais donc venir le châtiment dont tu nous menaces, si tu es un messager. » Alors le tremblement de terre les saisit, et au matin ils gisaient, face contre terre, dans leurs demeures. (Sourate Al-A‘râf : 73-78)
Partout où une telle scène se répète dans le Coran, elle rejoint l’histoire de tous les prophètes et messagers. Cette situation s’est reproduite à l’époque de chaque prophète, jusqu’à parvenir finalement à Muhammad (paix sur lui). Aux yeux de l’imagination, cette scène se déploie devant nous : il présente aux infidèles l’appel à la profession de foi exactement comme l’ont présenté les prophètes et messagers du passé. De leur côté, les infidèles lui infligent exactement le même traitement que celui qui avait été réservé auparavant aux prophètes et aux messagers. Une réflexion approfondie sur la continuité de tous ces récits des prophètes et des messagers permet d’y discerner une beauté et une harmonie sans limites.
2. Une autre conséquence du fait que le récit se met au service d’une finalité religieuse est que l’événement n’est présenté que dans la mesure où cela correspond à cette finalité. À cet égard, le Coran a adopté une méthode particulière, qui peut être considérée comme une règle spécifique. Ainsi, après que les événements ont été relatés selon l’ordre de la révélation des sourates, la sourate où le récit reçoit son dernier épisode voit s’accomplir pleinement, en même temps que la finalité religieuse, son aspect artistique. On constate également qu’un récit est parfois achevé du point de vue artistique, sans que sa finalité religieuse y soit exposée.
Nous l’avons vu dans le récit du prophète Moïse, dont le dernier épisode est relaté dans la sourate al-Mâ’idah. Il y est question des diverses faveurs qu’Allah avait accordées aux enfants d’Israël à différentes époques. Pourtant, malgré tant de bienfaits, ils n’éprouvaient pas la moindre gratitude. Bien qu’Allah leur eût ordonné d’y entrer, ils refusèrent de pénétrer dans la Terre sainte. Ils furent donc exilés dans le désert de Tîh et soumis à un châtiment tel que seule la mort constituait un moyen d’en sortir.
Il y avait ici un objectif religieux. En faisant tomber le rideau sur l’épisode dans le décor du désert de Tîh, on a atteint un degré supérieur de beauté artistique. Si ce récit s’était achevé ailleurs que dans le décor du désert de Tîh, il n’aurait pas produit un effet aussi saisissant.
Cherchons maintenant cette même ligne directrice dans quelques autres récits.
[2.1] Les récits du prophète Abraham sont relatés dans le Coran en près de vingt endroits. Le dernier épisode en est rapporté dans la sourate al-Hajj. Le récit s’achève ainsi :
(Arabe**********)
Lorsque Nous indiquâmes à Abraham l’emplacement de la Maison, Nous lui dîmes : « Ne M’associe rien et purifie Ma Maison pour ceux qui accomplissent les tournées rituelles, ceux qui s’y tiennent debout en prière, ainsi que ceux qui s’inclinent et se prosternent. Et proclame aux hommes le pèlerinage : ils viendront à toi à pied et sur des chameaux amaigris, venant de contrées lointaines. » (Sourate al-Hajj, 26-27)
D’un point de vue religieux, on constate que les rites du pèlerinage dans la religion d’Abraham étaient les mêmes que ceux qui ont été rendus obligatoires par la loi religieuse du Prophète. C’est précisément leur mention qui est visée ici. De même, vers la fin de la sourate al-Hajj (cent troisième dans l’ordre de la révélation), il est dit au sujet du prophète Abraham :
(Arabe**********)
Demeurez fermes dans la religion de votre père Abraham. C’est lui qui vous a nommés musulmans auparavant (et dans ce Coran également). (Sourate al-Hajj : 78)
Si l’on considère la chose d’un point de vue purement artistique, on constatera qu’il n’existait aucune scène meilleure que celle où et de la manière dont l’histoire du prophète Abraham (paix sur lui) a été achevée. Il n’existait aucune scène meilleure que celle où cette histoire a été achevée. Il n’existait aucune scène meilleure que celle où cette histoire a été achevée. C’est là qu’elle pouvait être achevée, tout en permettant à l’objectif religieux d’être pleinement atteint. Certes, elle aurait également pu s’achever au moment où, après la construction de la Kaaba, l’appel au pèlerinage était lancé aux gens, ou lorsque, avant la construction de la Kaaba, le cher enfant Ismaël (paix sur lui) était laissé dans une vallée déserte. Mais alors, l’objectif religieux n’aurait pas été pleinement atteint.
Considérez l’histoire du prophète Jésus (paix sur lui), qui est relatée en huit endroits du Coran. Son dernier passage est rapporté dans la sourate al-Maïda (112e dans l’ordre de la révélation). Il y est dit :
(Arabe**********)
Lorsque Dieu dira : « Ô Jésus, fils de Marie ! Est-ce toi qui as dit aux gens : “Prenez-moi, ainsi que ma mère, pour divinités en dehors de Dieu” ? » Jésus répondra : « Gloire à Vous ! Il ne me sied pas de dire ce que je n’ai pas le droit de dire. Si je l’avais dit, Vous le sauriez certainement. Vous savez ce qui est dans mon âme, tandis que je ne sais pas ce qui est en Vous. Certes, Vous êtes le Connaisseur de l’invisible. Je ne leur ai rien dit si ce n’est ce que Vous m’aviez ordonné de leur dire : “Adorez Dieu, qui est mon Seigneur et votre Seigneur.” Je fus témoin de leurs actes aussi longtemps que je demeurai parmi eux. Mais depuis que Vous m’avez rappelé à Vous, c’est Vous qui les observez. Vous êtes Témoin de toute chose. Si Vous les châtiez, ils sont certes Vos serviteurs ; et si Vous leur pardonnez, Vous êtes certes le Tout-Puissant, le Sage par excellence. » (Sourate al-Maïda : 116-118)
Voyez : la conclusion de l’histoire du prophète Jésus (paix sur lui) a elle aussi été façonnée par la combinaison des dimensions religieuse et artistique.
D’une part, l’objectif religieux a été atteint ; d’autre part, la beauté artistique a également atteint sa plénitude. La naissance de Jésus (paix sur lui) constitue précisément l’exception : elle est miraculeuse. Au dernier moment de cette complexité, il se tient devant le Créateur, reconnaît sa propre servitude, témoigne de ce qui a été dit à son peuple et, finalement, remet cette affaire entre les mains de Dieu, le Tout-Puissant et l’Omniscient.
Là où cette histoire s’est achevée, l’exigence artistique voulait également qu’elle s’achève précisément là. Il n’existait aucun meilleur endroit pour achever cette histoire.
[2.3] Le récit du prophète Adam (paix sur lui) s’achève, dans tous les passages du Coran où il est rapporté, par la description de son envoi sur la terre. Il y est seulement ajouté qu’il demanda pardon pour sa faute et qu’Allah lui pardonna. Puis le Coran garde le silence — bien qu’un récit plus détaillé soit rapporté dans la Torah — car le prophète Adam (paix sur lui) fut envoyé sur la terre comme conséquence du fait qu’il avait suivi le conseil de son ancien ennemi, Satan, et désobéi au commandement d’Allah. C’est là que l’objectif religieux est pleinement atteint.
D’un point de vue artistique, on constate qu’à chaque point final est présent ce que recherche un artiste. Pour un artiste, il suffit de savoir que le prophète Adam (paix sur lui) a été expulsé du Paradis à cause de sa faute. Ensuite, la pensée humaine est entièrement libre à ce sujet. Elle peut se demander : où le prophète Adam et Hawwa ont-ils erré de manière maladroite ? Comment se déroulaient leur mode de vie et leurs transactions économiques ? Ce sont là toutes sortes de questions imaginaires. Si ces éléments avaient été abordés dans le récit, sa beauté artistique aurait diminué. Ainsi, là où le récit s’achève, sa beauté artistique n’a subi aucun amoindrissement.
[2.4] Le récit du prophète Sulayman (paix sur lui) est rapporté au total en trois endroits dans le Coran. La dernière sourate où ce récit est exposé est la sourate al-Anbiya (soixante-treizième dans l’ordre de la révélation). Dans cette sourate, la dernière partie du récit est rapportée ainsi :
(Arabe**********)
Et rappelle-toi David et Salomon, lorsqu’ils rendaient un jugement au sujet d’un champ dans lequel, de nuit, des moutons s’étaient introduits. Nous étions témoins de leur jugement. Nous fîmes alors comprendre à Salomon la décision juste, et Nous donnâmes à tous deux le jugement et la science. Nous soumîmes les montagnes et les oiseaux à David : ils glorifiaient Allah. C’est Nous qui l’avons fait. Et Nous lui apprîmes à fabriquer des cuirasses pour vous protéger de vos combats. Serez-vous donc reconnaissants ? Et Nous soumîmes le vent à Salomon : il soufflait, sur son ordre, vers la terre que Nous avions bénie. Et Nous sommes parfaitement informés de toute chose. Et parmi les démons, Nous en soumîmes certains à son service : ils plongeaient pour lui et accomplissaient d’autres tâches encore. Et c’est Nous qui les maintenions sous contrôle. (Sourate al-Anbiya : 78-82)
Le récit du prophète Sulayman (paix sur lui) présente davantage de contenu et d’objectifs. Il comporte également une sagesse et une profondeur religieuses. Pourtant, en apparence, on a l’impression qu’à la fin du récit il n’existe aucune harmonie entre l’objectif religieux et l’exigence artistique. L’exigence artistique aurait voulu que le récit du prophète Sulayman (paix sur lui) s’achève dans la scène où sa mort est décrite et où, même après sa mort, il demeurait debout, appuyé sur son bâton.
Cette scène convenait sans aucun doute à la conclusion du récit. Dans la vie du prophète Sulayman (paix sur lui), tant l’administration que la sagesse avaient atteint leur plein accomplissement d’un point de vue artistique. Le prophète Sulayman (paix sur lui) était à la fois un juge et un homme sage. Dans l’exemple rapporté par le Coran se manifestent la sagesse et la clairvoyance accordées par Allah. D’autre part, l’aspect administratif de son vaste empire est également présent. En réalité, le récit s’achève par une conclusion qui récapitule l’essentiel de toute une vie. Le verset en question évoque les activités de l’enfance, de l’adolescence et de la jeunesse, et le récit se conclut en réunissant tout autour d’un même point central.
[2.5] Dans de nombreux passages du Coran, les récits de différents prophètes et messagers sont rapportés de manière concise ; leur conclusion répond également à l’exigence artistique, tout en faisant apparaître l’objectif religieux. Il est dit :
(Arabe**********)
S’ils te traitent de menteur, qu’ils le fassent ! Avant eux, les peuples de Noé, de ‘Âd, de Thamûd, d’Abraham et de Lot, les habitants de Madyan ainsi que le peuple de Moïse les avaient également traités de menteurs. Malgré cela, J’ai accordé un délai aux mécréants. Puis Je les ai saisis. Vois donc quelle terrible conséquence eut leur refus de croire en Moi. (Sourate al-Hajj : 42-43)
Il ne fait aucun doute que, dans cette conclusion, l’objectif religieux et la beauté artistique se sont pleinement épanouis, et que le récit s’est achevé au moment opportun.
[2.6] Le récit de Joseph (paix sur lui) forme, du début à la fin, une trame autonome. Il commence par le rêve de Joseph (paix sur lui) et s’achève par sa réalisation. La conclusion du récit intervient lorsque les frères de Joseph (paix sur lui) se présentent devant lui, la tête humblement inclinée, et que ses père et mère reviennent auprès de lui pour leurs retrouvailles. Ce récit n’a pas été répété, car l’objectif religieux de sa narration ayant été pleinement atteint, cette histoire n’a pas été reprise ailleurs.
3. Parmi les objectifs religieux de la narration des récits figurait également l’exigence qu’ils soient adaptés au lieu, à l’époque et aux personnes concernées, où qu’ils soient racontés. Sous cet angle, cela représente pleinement la même couleur et le même art que ceux dont nous avons parlé précédemment dans un chapitre. Dans ce chapitre, nous avons décrit en détail les différentes couleurs et situations des tableaux coraniques.
Nous avons étudié, sous le titre « La conformité des récits coraniques aux objectifs religieux », les rapports et la cohérence que l’on peut trouver entre les éléments relatés dans les récits, et nous y avons également donné comme exemple le verset suivant :
(Arabe************)
Annonce à Mes serviteurs que Je suis certes le Tout-Pardonneur, le Très-Miséricordieux, et que Mon châtiment est certes un châtiment douloureux. (Sourate al-Hijr : 49-50)
Ensuite, un récit a été rapporté dans lequel la véracité de l’affirmation précédente est démontrée. Nous allons maintenant présenter quelques autres exemples où l’objectif religieux et la composition artistique se complètent mutuellement.
[3.1] Dans la sourate Al-A‘râf, le récit de Hadrat Adam (paix sur lui) est rapporté en ces termes :
(Arabe************)
Nous vous avons certes créés, puis Nous vous avons donné une forme. Ensuite, Nous avons dit aux anges : « Prosternez-vous devant Adam. » Tous se prosternèrent, sauf Iblîs, qui ne fut pas au nombre de ceux qui se prosternèrent. Allah dit : « Qu’est-ce qui t’a empêché de te prosterner lorsque Je te l’ai ordonné ? » Il répondit : « Je suis meilleur que lui. Tu m’as créé de feu, tandis que Tu l’as créé d’argile. » Allah dit : « Descends d’ici ! Tu n’as pas à t’enorgueillir en ce lieu. Sors donc ! Tu es au nombre des êtres vils et méprisables. » Il dit : « Accorde-moi un délai jusqu’au Jour de la Résurrection. » Allah dit : « Tu es de ceux auxquels un délai est accordé. » Il dit : « Puisque Tu m’as égaré, je resterai certainement à les guetter sur Ton droit chemin. Ensuite, je viendrai à eux par-devant eux, par-derrière eux, par leur droite et par leur gauche. Et Tu ne trouveras pas la plupart d’entre eux reconnaissants. » Allah dit : « Sors d’ici, méprisé et humilié. Quiconque, parmi eux, te suivra, Je remplirai certainement l’Enfer avec vous tous. Ô Adam ! Habite le Paradis, toi et ton épouse, et mangez-y de ce que vous voudrez. Mais ne vous approchez pas de cet arbre, sinon vous serez du nombre des injustes. » Puis Satan les incita tous deux à la faute, afin de leur dévoiler ce qui leur était caché de leurs corps. Il leur dit : « Votre Seigneur ne vous a interdit cet arbre que pour vous empêcher de devenir des anges ou des êtres immortels. » Et il leur jura : « Je suis certes pour vous un conseiller sincère. » Ainsi, par la tromperie, il les amena à son dessein. Puis, lorsqu’ils eurent goûté de l’arbre, leur nudité leur apparut et ils se mirent à se couvrir de feuilles du Paradis. Leur Seigneur les appela : « Ne vous avais-Je pas interdit cet arbre et ne vous avais-Je pas dit que Satan est pour vous un ennemi déclaré ? » Ils dirent tous deux : « Ô notre Seigneur ! Nous nous sommes fait du tort à nous-mêmes. Si Tu ne nous pardonnes pas et ne nous fais pas miséricorde, nous serons certainement perdus. » Allah dit : « Descendez ! Vous serez ennemis les uns des autres. Vous aurez sur la terre un lieu de séjour et une jouissance pour un temps déterminé. » Il dit encore : « Vous y vivrez, vous y mourrez et c’est de là que vous serez ressuscités. » (Sourate Al-A‘râf : 11-25)
Ensuite, le propos se poursuit de manière cohérente. Les enfants d’Adam sont exhortés à se préserver de la tromperie de Satan en ces termes : « Ô enfants d’Adam ! Que Satan ne vous séduise pas, comme il a fait sortir du Paradis vos père et mère, Adam et Hawwâ. »
Il a été dit aux hommes de se tenir également en garde contre les choses permises et de ne pas déclarer illicite ce qu’Allah a rendu licite. Obéissez aux prophètes et aux messagers envoyés par Allah. À ce propos, il est dit : « Nous avons fait des démons les alliés de ceux qui ne croient pas. » Puis la scène de la Résurrection est présentée. Ceux qui avaient suivi la guidance envoyée par Allah se tiennent devant Allah. De même, ceux qui avaient suivi Satan se tiennent eux aussi devant Allah pour rendre des comptes. Le récit s’achève ainsi : un groupe entre au Paradis et un autre dans l’Enfer. Plus loin, il est dit que les gens des hauteurs appelleront les autres : « Entrez directement au Paradis, sans crainte ni affliction. » D’un autre côté, les anges appelleront : « Voici le Paradis qui vous a été donné en récompense de vos bonnes œuvres. » C’est ce dont nous avons parlé dans le chapitre consacré à la « représentation artistique ».
En réalité, c’est parce qu’il a suivi Satan qu’il a été expulsé du Paradis, et c’est parce qu’il ne suit pas Satan qu’il y sera admis. Leur retour ressemble à celui d’une personne qui a quitté sa maison puis y est revenue après quelque temps. La beauté artistique réside ici précisément dans la « sortie et l’entrée ». Le véritable lieu de cette discussion est celui où nous avons traité de la « composition artistique ».
Nous achevons ici cette discussion, dans l’espoir que les lecteurs pourront, à sa lumière, examiner d’autres récits.
Chapitre dix
Les caractéristiques artistiques des récits
Je voudrais maintenant décrire les caractéristiques artistiques générales grâce auxquelles l’objectif religieux d’un récit s’accomplit par la voie de la beauté et de l’harmonie artistiques, tandis que cette beauté et cette harmonie rendent le récit plus influent sur l’esprit, le cœur et la pensée. Ainsi, l’esprit humain se trouve très facilement disposé à l’accepter. Pour ce type de narration, quatre principes artistiques ont été retenus. Les voici :
1. Variété de la narration : la première forme de particularité artistique consiste en une différence méthodologique dans la manière de raconter les récits. En examinant les événements relatés dans le Coran, nous constatons qu’ils se présentent sous quatre formes. Nous allons les étudier successivement ci-dessous.
[1.1] Ainsi, le récit des Gens de la Caverne commence dans le Coran de la manière suivante :
(Arabe************)
Penses-tu que les gens de la Caverne et de l’Inscription constituaient quelque chose d’étonnant parmi Nos signes ? Lorsque les jeunes gens se réfugièrent dans la caverne de la montagne, ils implorèrent : « Seigneur, accorde-nous une miséricorde venant de Toi et assure-nous une issue favorable dans notre affaire. » Alors Nous les plongeâmes dans le sommeil, en leur couvrant les oreilles, durant plusieurs années. Puis Nous les ressuscitâmes afin de savoir lequel des deux groupes saurait le mieux déterminer la durée de leur séjour. (Sourate al-Kahf : 9-12)
Voilà le résumé de l’événement. Ensuite commence le récit détaillé : leurs consultations mutuelles avant d’entrer dans la caverne, les circonstances de leur entrée, leur sommeil et leur réveil, l’envoi de l’un d’eux pour acheter de la nourriture, les discussions et les chuchotements à son sujet dans la ville, son retour, la mort des Gens de la Caverne, la construction d’un monument au-dessus de leurs tombes, les divergences d’opinion des gens à ce sujet, et autres détails. Le récit est ainsi résumé au début de telle manière que le lecteur, dès qu’il le lit, éprouve un ardent désir de connaître la suite.
[1.2] Il arrive souvent que la conclusion ou l’issue d’un événement soit exposée, puis que l’événement tout entier soit raconté en détail. L’exemple en est le récit du prophète Moïse (paix sur lui), rapporté dans la sourate Al-Qasas. Il commence ainsi :
(Arabe************)
Je te récite en toute vérité le récit de Moïse et de Pharaon, à l’intention des croyants. Pharaon s’était montré arrogant sur la terre et avait divisé ses habitants en factions, affaiblissant l’une d’entre elles. Il massacrait leurs fils et laissait vivre leurs femmes. Il était certes au nombre des corrupteurs. Nous voulions favoriser ceux qui avaient été opprimés sur terre, en faire des dirigeants, des héritiers et les établir au pouvoir sur cette terre, afin de montrer à Pharaon, à Hâmân et à leurs armées ce qu’ils redoutaient de la part de ce groupe opprimé. (Sourate Al-Qasas : 2-6)
Ensuite, le récit du prophète Moïse (paix sur lui) est exposé en détail : sa naissance, son éducation, son allaitement, son entrée dans l’âge adulte, son exil après avoir tué un Copte, etc. Puis commencent les événements suivants, qui avaient été évoqués au début. Le récit est entamé de telle manière que l’impatience du lecteur s’accroît. Dans l’excès de son intérêt, une question surgit dans son esprit : qu’a donc fait Moïse (paix sur lui) dans de telles circonstances ?
Il en va de même pour le récit du prophète Joseph (paix sur lui). Le récit commence par un songe. Après l’avoir vu, il le raconte à son père. Celui-ci comprend que ce songe annonce l’établissement de Joseph et la renommée qu’il acquerra sur terre. Le récit commence ainsi :
(Arabe************)
Lorsque Joseph dit à son père : « Ô mon père ! J’ai vu en songe onze étoiles, ainsi que la lune et le soleil, se prosterner devant moi. » Son père lui dit : « Ô mon fils ! Ne raconte pas ce songe à tes frères, car ils trameraient un complot contre toi. Satan est certes pour l’homme un ennemi déclaré. Ainsi ton Seigneur te choisira, t’enseignera l’interprétation profonde des paroles et parfera Sa grâce envers toi et envers la famille de Jacob, comme Il l’a auparavant parachevée envers tes ancêtres Abraham et Isaac. Ton Seigneur est certes Omniscient et Sage. » (Sourate Joseph : 4-6)
C’est alors que le récit commence véritablement. Il n’est rien d’autre que la réalisation de son songe, que son père Jacob (paix sur lui) avait déjà comprise. Le récit s’achève par l’accomplissement complet du songe. Après cette belle conclusion, le Coran garde le silence. Il ne dit rien des propos rapportés dans la Torah à ce sujet.
[1.3] Il arrive souvent que les récits commencent directement, sans introduction ni résumé, puis s’achèvent brusquement. Ainsi, dans le récit de la naissance de Jésus (a.s.), l’histoire de Marie (a.s.) est rapportée sans introduction. De même, au cours du récit du prophète Salomon (a.s.) et de la reine Bilqis, le récit de la huppe et de la fourmi intervient soudainement.
[1.4] On constate également que le récit est parfois présenté avec une touche d’imagination. L’histoire commence et son déroulement se poursuit ; puis, à un moment donné, certaines paroles sont prononcées par la bouche du héros. Ainsi, dans le chapitre « Le tableau artistique », nous avons présenté des scènes du récit des prophètes Abraham (a.s.) et Ismaël (a.s.), où il est dit :
(Arabe************)
« Souvenez-vous du moment où Abraham et Ismaël élevaient les fondations de la Kaaba et disaient : “Seigneur, accepte cela de notre part. Certes, Tu es Celui qui entend tout et l’Omniscient.” » (Sourate al-Baqara : 127)
C’est une scène de grande envergure. De nombreux exemples et illustrations de ce genre se trouvent dans les récits rapportés par le Coran.
2. La révélation soudaine du mystère : Le deuxième type consiste en ce que le mystère d’un événement se trouve soudainement dévoilé.
[2.1] Il arrive souvent que le mystère de l’événement demeure inconnu aussi bien du lecteur que du héros. Mais, à un certain moment du récit, il apparaît soudainement au lecteur. L’exemple en est le récit du prophète Moïse (a.s.), lorsqu’il se rendit auprès d’un homme vertueux et savant, récit rapporté dans la sourate al-Kahf :
(Arabe************)
Lorsque Moïse dit à son jeune compagnon : « Je ne m’arrêterai pas avant d’avoir atteint la jonction des deux mers, quand bien même je devrais poursuivre ma marche durant des années. » Puis, lorsqu’ils atteignirent la jonction des deux mers, ils oublièrent leur poisson. Celui-ci se fraya un passage dans la mer et y disparut. Après avoir dépassé cet endroit, Moïse dit à son compagnon : « Apporte-nous notre repas. Nous avons éprouvé de la fatigue au cours de ce voyage. » Il répondit : « Avez-vous remarqué ? Lorsque nous nous sommes reposés près du rocher, j’ai oublié le poisson. Seul Satan m’a fait oublier de m’en souvenir. Il s’est frayé d’une manière étonnante un chemin dans la mer. » Moïse dit : « C’est précisément ce que nous cherchions. » Ils revinrent donc sur leurs pas. Puis ils rencontrèrent l’un de Nos serviteurs, auquel Nous avions accordé une miséricorde venant de Nous et enseigné une connaissance particulière venant de Nous. Moïse lui dit : « Puis-je te suivre, à condition que tu m’enseignes une partie de la science de la bonne direction qui t’a été enseignée ? » Il répondit : « Tu ne pourras jamais patienter avec moi. Comment pourrais-tu patienter face à ce que tu ne comprends pas ? » Moïse dit : « Si Allah le veut, tu me trouveras patient et je ne désobéirai à aucun de tes ordres. » Il dit : « Si tu me suis, ne m’interroge sur rien jusqu’à ce que je t’en donne moi-même l’explication. » Ils se mirent ensuite en route. Puis, lorsqu’ils montèrent à bord d’un bateau, il y fit une brèche. Moïse dit : « Est-ce pour noyer ses passagers que tu y as pratiqué une brèche ? Tu as certes commis une chose grave. » Il répondit : « Ne t’avais-je pas dit que tu ne pourrais jamais patienter avec moi ? » Moïse dit : « Ne me blâme pas pour mon oubli. » Puis ils repartirent. Enfin, ils rencontrèrent un jeune garçon, et il le tua. Moïse dit : « As-tu tué une âme innocente, sans qu’il y ait eu meurtre en retour ? Tu as certes commis une chose profondément injuste. » Il répondit : « Ne t’avais-je pas dit que tu ne pourrais pas patienter avec moi ? » Moïse dit : « Si, après cela, je t’interroge encore sur quoi que ce soit, alors ne me garde plus auprès de toi. Tu as désormais toute excuse de ma part. » Ils poursuivirent leur route. Lorsqu’ils arrivèrent auprès des habitants d’une cité et leur demandèrent de la nourriture, ceux-ci refusèrent de les accueillir. Puis ils y demandèrent de la nourriture ; ils refusèrent de leur offrir l’hospitalité. Ils y trouvèrent ensuite un mur sur le point de s’écrouler, et il le redressa. Moïse dit : « Si tu l’avais voulu, tu aurais pu leur réclamer un salaire pour cela. » Il répondit : « Voici venu le moment de notre séparation, toi et moi. Je vais maintenant t’expliquer ce que tu n’as pas pu supporter avec patience. » (Sourate al-Kahf : 60-78)
Nous ne parvenons pas à percer le mystère des éléments contenus dans les versets précités, qui ont suscité en nous tant d’interrogations. Face à ce mystère, nous restons aussi démunis que le héros de l’événement, le vénérable Moïse. Nous ignorons également qui est celui qui accomplit ces événements extraordinaires. Même le Coran n’a pas jugé nécessaire de révéler son nom. Et pourquoi aurait-il été nécessaire de le révéler ? Cet homme n’a accompli toutes ces œuvres que par le pouvoir d’Allah et sur Son ordre. Allah ne fera pas aboutir cette affaire de la manière dont nous l’imaginons à partir de ce qui s’est déroulé sous nos yeux et que nous avons observé. En effet, Son regard est fixé sur des objectifs lointains, là où le nôtre ne peut parvenir. De même, le fait que son nom ne soit pas mentionné s’accorde parfaitement avec le caractère mystérieux de l’événement.
Il ne fait aucun doute qu’un voile invisible de l’inconnu enveloppait l’événement dès son commencement. L’impatience de Moïse à rencontrer le serviteur pieux, sa marche à sa recherche, l’oubli de son jeune compagnon concernant le poisson qui était parti près du rocher, leur retour au rocher afin de réparer cette erreur, puis la rencontre avec le serviteur pieux : s’ils n’étaient pas revenus, ils ne l’auraient jamais rencontré. L’événement qui se produisit demeura lui aussi enveloppé de mystère. On ne connut même pas le nom de celui qui l’avait accompli.
À peine le nœud du mystère commence-t-il à se défaire. Moïse va maintenant comprendre pourquoi ces événements ont été amenés à se produire. Au même moment, cela deviendra également clair pour nous. Il est dit :
(Arabe**********)
Quant au bateau, il appartenait à des gens pauvres qui travaillaient en mer pour gagner leur subsistance. J’ai voulu le rendre défectueux, car derrière eux se trouvait un roi qui s’emparait de force de tout bateau. Quant au garçon, ses parents étaient croyants. Nous avons craint qu’il ne les accable par sa rébellion et sa mécréance. Nous avons donc voulu que leur Seigneur leur donne en échange un enfant meilleur que lui, plus pur et plus proche d’eux par l’affection. Quant au mur, il appartenait à deux jeunes orphelins de la ville. Un trésor leur appartenant se trouvait dessous, et leur père était un homme vertueux. Ton Seigneur a donc voulu, par miséricorde, qu’ils atteignent leur maturité et qu’ils extraient eux-mêmes leur trésor. Je n’ai pas fait cela de ma propre initiative. Voilà l’explication de ce que tu n’as pu supporter avec patience. (Sourate al-Kahf : 79-82)
Après que le dévoilement des mystères de la découverte et des prodiges accomplis par le serviteur pieux eut dissipé quelque peu la confusion du lecteur, celui-ci se demande : qui est-il ? Aucune réponse ne lui est donnée. Le mystère demeure un mystère. Il était mystérieux au début, et il le reste encore. Dans cet événement s’est manifestée une sagesse extrêmement puissante, dont nous n’avons perçu qu’une faible lueur ; puis elle a disparu pour toujours à nos regards.
[2.2] Il arrive aussi souvent que le mystère de l’événement soit clair pour les spectateurs, alors qu’il demeure inconnu au héros. Celui-ci poursuit néanmoins son action. Les spectateurs, eux, savent comment et pourquoi les choses se produisent. Ce genre de situation survient surtout lorsque quelque chose est dit à quelqu’un sur le ton de la plaisanterie ou de la raillerie. Dès le début, les spectateurs voient leurs agissements et s’en amusent. Nous avons déjà raconté l’histoire des propriétaires du jardin. Cet événement en est un exemple remarquable. Il est dit :
(Arabe**********)
Lorsqu’ils jurèrent de récolter les fruits du jardin au matin, ils ne dirent pas : « Inchallah ». Puis un malheur venant de ton Seigneur s’abattit sur le jardin tandis qu’ils dormaient. Au matin, il ne resta plus qu’une végétation fauchée et réduite en paille.
Nous connaissons donc l’événement, mais les propriétaires du jardin n’en savent encore rien. Voici ce qui est dit :
(Arabe**********)
Au matin, ils s’appelèrent les uns les autres : « Si vous voulez récolter les fruits, partons tôt au champ. » Puis ils se mirent en route en chuchotant : « Que nul nécessiteux ne puisse aujourd’hui entrer auprès de vous dans le jardin. » Ils partirent de bon matin, marchant d’un pas vif et résolu. (Sourate Al-Qalam : 21-25)
Nous, spectateurs, sourions en les voyant se diriger vers le jardin tout en chuchotant. Pendant ce temps, le jardin a été complètement ravagé. Alors que nous rions aux éclats, ce n’est qu’alors que le mystère commence à se dévoiler pour eux.
(Arabe**********)
Puis, lorsqu’ils virent le jardin, ils dirent : « Nous nous sommes trompés de chemin, ou plutôt, nous avons été privés de notre bien. » (Sourate Al-Qalam : 26-17)
C’est assurément un châtiment approprié pour ceux qui veulent priver les nécessiteux.
[2.3] Il arrive souvent que les spectateurs ne soient informés que partiellement d’un événement, tandis que sa véritable nature reste encore cachée à leurs yeux, et qu’un aspect de cet événement demeure inconnu aussi bien des spectateurs que du protagoniste. L’exemple en est le trône de l’impératrice Bilqîs, qui fut apporté en un clin d’œil. Nous savons également que cela se produisit en présence même de Hazrat Salomon (A). Mais la reine Bilqîs n’en savait absolument rien. Lorsqu’on lui demanda : « Est-ce là votre trône ? », elle répondit : « On dirait bien que c’est le même. » C’est un mystère dont nous étions informés dès le début. En revanche, concernant le palais de verre, nous étions, tout comme Bilqîs, dans l’ignorance. C’est au moment même où Bilqîs releva son vêtement au-dessus de ses chevilles pour franchir le bassin d’eau que, comme elle, nous comprîmes également la situation. Hazrat Salomon (A), voyant cela, dit : « Ce n’est pas un bassin d’eau. C’est un palais dont le sol a été aménagé ainsi avec du verre. » [Nous le décrirons plus en détail par la suite.]
[2.4] Il arrive souvent qu’un événement, qui n’a rien de mystérieux mais qui est tout à fait simple, ne soit pas clairement perceptible au début, puis qu’il devienne soudain plus éclatant, surprenant à la fois le lecteur et le protagoniste. C’est le cas de l’histoire de Hazrat Marie (A). Hazrat Marie (A) s’en allait seule, séparée de sa famille et de ses proches. C’est alors que Gabriel (A) apparut sous une forme humaine. Hazrat Marie (A) dit : « Si vous êtes un homme de bien, je cherche refuge auprès d’Allah contre vous. » Dès que nous entendons le récit, nous comprenons qu’il s’agit de Gabriel (A). Mais peu après, lorsqu’il se présenta, il dit : « Je suis un messager envoyé par ton Seigneur pour t’annoncer la bonne nouvelle d’un fils vertueux. » Puis, soudain, l’événement se présente à nous : accablée par les douleurs de l’enfantement, Marie (A) se réfugia sous un palmier et dit : « Hélas ! Si seulement j’étais morte avant cela et si j’étais tombée dans un oubli total ! » Alors l’ange l’appela d’en dessous : « Ne t’afflige pas. Ton Seigneur a fait couler sous toi une source. » Jusqu’à la fin du verset.
3. L’intervalle entre les scènes : la troisième caractéristique artistique du récit consiste en de subtiles interruptions entre les événements relatés. De même qu’au théâtre et au cinéma, de nos jours, on baisse le rideau pendant l’entracte afin de distinguer une scène de la suivante, il existe une interruption de ce genre entre tous les récits rapportés dans le Coran. Il est facile de la repérer dans les récits que nous avons mentionnés précédemment. Nous allons maintenant prendre comme exemple l’histoire de Hazrat Joseph (A). Cette histoire s’achève en vingt-huit scènes au total. Toutefois, au lieu de les examiner toutes, nous en étudierons quelques-unes en particulier.
Les frères de Hazrat Joseph (A) vinrent le trouver pendant la famine afin de se procurer des rations. Il exerçait alors la fonction de ministre chargé des vivres. Il ordonna à ses frères, lorsqu’ils reviendraient, d’amener avec eux leur frère germain. Malgré le refus de Hazrat Jacob (A), ils se rendirent en Égypte avec Benjamin pour y obtenir des rations. Au moment de mesurer le grain, Hazrat Joseph (A) dissimula une coupe dans le sac de son frère. Puis il le fit accuser de vol et le garda ainsi habilement auprès de lui. Les frères se concertèrent alors et demandèrent que quelqu’un d’autre soit retenu à sa place, mais il rejeta fermement leur demande. Il est dit :
(Arabe**********)
Lorsqu’ils eurent perdu tout espoir auprès de lui, ils se réunirent en un lieu pour se concerter. Leur frère aîné dit : « Ne savez-vous pas que votre père vous a fait jurer par Allah et que, précédemment déjà, vous avez manqué à votre devoir envers Joseph ? Je ne quitterai donc nullement ce pays jusqu’à ce que mon père m’y autorise ou qu’Allah décide quelque chose en ma faveur. Il est le meilleur des arbitres. Retournez auprès de votre père et dites-lui : “Ô notre père, ton fils a volé.” Nous ne témoignons que de ce que nous savons, et nous ne connaissions pas l’invisible. Interroge les habitants de la cité où nous étions, ainsi que la caravane avec laquelle nous sommes venus. Nous disons certainement la vérité. » (Sourate Joseph : 80-82)
Le rideau tomba. Nous allons maintenant retrouver les frères de Hazrat Joseph (A) dans une autre scène. Mais ce ne sera pas dans une ville d’Égypte. Nous les retrouverons alors qu’ils se tiennent devant leur père et s’affairent à rendre compte de la situation. Le rideau se leva. Nous voyons alors leur père, Hazrat Jacob (A), formuler le commentaire suivant.
(Arabe**********)
Jacob dit : « Ce n’est rien de tout cela. Vous n’avez apporté qu’une histoire inventée. La patience est donc préférable. Il se peut qu’Allah me les ramène tous ensemble. Il est Omniscient et Sage. » (Sourate Yusuf : 83)
Le rideau tomba. À présent, nous allons voir le prophète Joseph (paix sur lui) et ses frères dans une autre scène. On y verra Jacob (paix sur lui), profondément absorbé dans ses pensées. En voyant l’état de leur père, ses fils étaient bouleversés. Le rideau se leva.
(Arabe**********)Il se détourna d’eux et dit : « Hélas, Joseph ! » Ses yeux se voilèrent de chagrin et il était accablé par une douleur insupportable. Ils dirent : « Par Allah ! Vous ne cesserez de vous souvenir de Joseph jusqu’à ce que vous soyez mourant ou que vous mouriez. » Il dit : « Je ne me plains de ma souffrance et de mon chagrin qu’à Allah, et je sais d’Allah ce que vous ne savez pas. Mes fils ! Allez rechercher Joseph et son frère, et ne désespérez pas de la miséricorde d’Allah. Seuls les mécréants désespèrent de la miséricorde d’Allah. » (Sourate Yusuf : 84-87)
À présent, le rideau va de nouveau tomber. Les frères de Joseph (paix sur lui) partirent. Nous ne savons rien de ce qui se passa ensuite. Lorsque le rideau se leva de nouveau, nous les entendons arriver auprès du prophète Joseph (paix sur lui), en Égypte, et lui dire :
(Arabe**********)
Lorsqu’ils arrivèrent auprès de Joseph, ils dirent : « Ô gouverneur ! Nous-mêmes et nos familles avons été frappés par l’adversité, et nous n’avons apporté qu’un capital insuffisant. Accorde-nous donc notre pleine mesure et fais-nous la charité. Allah récompense les bienfaisants. » (Sourate Yusuf : 88)
Les récits des Compagnons de la Caverne, de Maryam (paix sur elle) et de Salomon (paix sur lui) sont également rapportés selon ce même style. Nous en parlerons davantage plus loin, si Allah le veut.
4. La représentation d’une scène par l’intermédiaire des événements : Nous avons précédemment examiné trois caractéristiques artistiques du récit. Nous allons maintenant étudier comment les événements servent à représenter une scène. Ce procédé est lié au chapitre « L’image artistique » du présent ouvrage. Nous y avons expliqué que, bien que les événements relatés dans le Coran appartiennent au passé, lorsque les lecteurs les lisent ou que les auditeurs les entendent, toute la scène se présente à eux comme si elle prenait vie. Ils ont l’impression que l’événement se déroule actuellement sous leurs yeux.
Ce que nous voulons dire à présent, c’est que les scènes ou les tableaux peints au moyen des événements revêtent des styles variés. Ainsi, une image peut prendre vie et apparaître avec éclat grâce aux événements ; ou bien cette image peut exprimer des émotions et des sentiments, ou encore laisser apparaître l’empreinte d’une personnalité. Il arrive parfois qu’un événement ou un récit réunisse deux caractéristiques, mais que l’une d’elles soit plus marquante que l’autre. L’événement est alors désigné par cette caractéristique. Ces beautés artistiques se manifestent dans toutes les scènes du récit. Plutôt que de les examiner uniquement en paroles, nous voulons les expliquer par des exemples.
Nous avons déjà relaté l’histoire des propriétaires du jardin. Nous en avons même vu la représentation. Nous avons vu le vénérable Ibrâhîm (paix sur lui) et le vénérable Ismâ‘îl (paix sur lui) debout devant la Kaaba. Nous avons vu le vénérable Nûh (paix sur lui) et son fils au moment du Déluge. Ces tableaux sont toujours vivants, éternels. Le lecteur ou l’auditeur de ces récits a l’impression que l’événement se déroule sous ses yeux. Nous allons maintenant présenter quelques autres exemples.
Lorsque les Gens de la Caverne sortirent du groupe des polythéistes pour emprunter la voie de l’unicité divine, ils se concertèrent entre eux. Le Coran nous a rapporté cette scène. Chaque fois que nous la lisons ou que nous l’entendons, nous avons l’impression qu’ils se concertent sous nos yeux et que nous entendons même leurs paroles.
(Arabe**********)
Nous te racontons leur récit en toute vérité. C’étaient quelques jeunes gens. Nous avons accru leur guidée et affermi leurs cœurs lorsqu’ils se levèrent. Ils dirent : « Notre Seigneur est le Seigneur des cieux et de la terre. Jamais nous n’invoquerons d’autre divinité que Lui ; autrement, nous proférerions une énormité. Notre peuple a adopté des divinités en dehors de Lui. Pourquoi n’apportent-ils pas une preuve évidente à leur sujet ? Qui donc est plus injuste que celui qui forge un mensonge au sujet d’Allah ? Lorsque vous vous serez séparés d’eux et de ce qu’ils adorent en dehors d’Allah, réfugiez-vous dans la caverne. Votre Seigneur répandra sur vous Sa miséricorde et disposera vos affaires de manière favorable. » (Sourate al-Kahf : 13-16)
Ici, la scène s’achève et le rideau tombe. Comme dans les salles de cinéma et les théâtres du vingtième siècle, une pause intervient ici entre deux scènes. Lorsque le rideau se lèvera, nous verrons qu’après leur concertation, ils sont entrés les uns après les autres dans la caverne. Nous les voyons de nos propres yeux y pénétrer. Cela ne fait aucun doute. Une conviction aussi ferme naît en nous. Telle est également l’exigence du récit et de l’explication coraniques.
(Arabe**********)
Tu verras le soleil, lorsqu’il se lève, s’écarter de leur caverne vers la droite et, lorsqu’il se couche, s’écarter d’eux vers la gauche, tandis qu’ils se trouvent dans son vaste espace.
Voilà ce que signifie rendre une chose présente sous nos yeux. De nos jours, au théâtre, on utilise la dispersion de la lumière pour rendre la scène distincte ; ici également, c’est la lumière du soleil qui produit cet effet. Le mouvement du soleil a donné vie à cette scène. Pourtant, ni lorsque le soleil se lève ni lorsqu’il se couche, sa lumière ne pénètre à aucun moment dans la caverne. Durant toute la journée, un jeu d’ombre et de lumière s’y déroule. C’est ce que le mot « tazāwaru » exprime. L’image est présentée avec quelle simplicité ! Que de difficultés aurait-on rencontrées pour montrer cette scène sur un écran de cinéma !
Venez voir les Compagnons de la Caverne. Il est dit :(Arabe**********)— « Ils se trouvent dans le vaste espace de la caverne » : cette expression est un ajout incomparable, qui n’est en rien inférieur à un miracle. Ces quelques mots rendent toute la scène vivante et animée sous nos yeux. On dirait qu’ils bougent devant nous.
(Arabe**********)
Tu les croirais éveillés, alors qu’ils dorment. Nous les faisons se tourner tantôt sur le côté droit, tantôt sur le côté gauche. Leur chien, les deux pattes avant étendues, se tenait à l’entrée de la caverne. Si tu les avais aperçus, tu te serais retourné pour fuir et tu aurais été terrifié à leur vue. (Sourate al-Kahf : 18)
L’image dessinée par ces quelques mots est absolument vivante et en mouvement.
Soudain, la vie se mit à palpiter parmi les Compagnons de la Caverne. Voyons maintenant ce qui se passe :
(Arabe**********)
C’est ainsi que Je les réveillai afin qu’ils s’interrogent les uns les autres. L’un d’eux demanda : « Combien de temps êtes-vous restés ? » Certains répondirent : « Un jour, ou un peu moins. » D’autres dirent : « Votre Seigneur sait mieux combien de temps vous êtes restés. » À présent, envoyez l’un d’entre vous en ville avec cette monnaie ; qu’il voie quelle nourriture est licite, puis qu’il vous en rapporte quelque provision. Qu’il s’y rende avec discrétion et ne révèle à personne votre présence. S’ils découvrent votre existence, ils vous lapideront ou vous ramèneront de force à leur religion ; alors vous ne réussirez jamais. (Sourate al-Kahf : 19-20)
C’est la troisième scène, ou la fin de la deuxième. À présent, ils sont tous réveillés. Leur première question est de savoir combien de temps ils ont dormi. La réponse fut : un jour, ou moins. Pourtant, nous savons qu’ils sont restés longtemps dans la caverne. Nous l’avons appris du résumé de l’événement. Ils avaient faim et ne s’attardèrent donc pas beaucoup sur cette question. Alors le croyant qui avait dit :(Arabe**********)— « Votre Seigneur sait mieux combien de temps vous avez dormi » — donna à l’un d’eux l’ordre d’acheter de la nourriture, en l’avertissant de plusieurs choses. Il lui dit qu’il devait se rendre en ville avec la plus grande discrétion, ne révéler à personne l’existence de cet endroit et acheter une nourriture bonne et licite. Si quelqu’un découvrait leur présence, les gens pourraient les tuer ou les ramener de force à la religion de leurs ancêtres. Ce sont les habitants de la caverne — les Gens de la Caverne — qui parlèrent ainsi. Nous savons que plusieurs centaines d’années s’étaient écoulées. Il ne restait plus personne qui puisse les condamner à mort en les lapidant ou les ramener à la religion ancestrale, car tous avaient embrassé l’islam. Observons, dans la scène suivante, les actes de leur émissaire.
Où se trouve la scène suivante ? Il faut ici réfléchir attentivement. Nous savons que les gens avaient découvert leur histoire. Mais ceux que les croyants avaient alors redoutés comme des mécréants n’étaient en réalité plus des mécréants ni des polythéistes. À cette époque, tous étaient devenus croyants.
(Arabe**********)
C’est ainsi que Nous révélâmes leur histoire, afin que les gens sachent que la promesse d’Allah est véridique et qu’il n’y a aucun doute sur l’avènement de l’Heure. (Sourate al-Kahf : 21)
Arrivé à ce point, l’objectif religieux du récit apparaît clairement. En même temps, son aspect artistique atteint sa plénitude. La question qui tournoie désormais dans notre esprit est la suivante : qu’est-il arrivé à celui qui fut envoyé en ville ? Et que fit-il lorsque les gens découvrirent son secret ?
Ici encore intervient une pause subtile. Puis on comprend que la mort les emporta. Alors les gens se tinrent à l’extérieur de la caverne et commencèrent à débattre de la raison pour laquelle ils étaient restés fermes dans leur religion.
(Arabe**********)
Lorsqu’ils se disputèrent au sujet de leur affaire, certains dirent : « Élevez une construction au-dessus d’eux. Leur Seigneur connaît mieux leur situation. » Ceux dont l’avis l’emporta dans cette affaire dirent : « Nous construirons certainement une mosquée à leur emplacement. » (Sourate al-Kahf : 21)
Nouvelle pause. Celui qui le souhaite peut maintenant imaginer la construction d’une mosquée au-dessus de leur tombeau. Pendant ce temps, les gens commencèrent à se disputer sur différentes questions. Certains débattaient du nombre qu’ils étaient, tandis que d’autres se demandaient combien de temps ils avaient dormi.
(Arabe**********)
Se fondant sur des conjectures au sujet de ce qui leur était inconnu, ils diront alors : « Ils étaient trois, le quatrième étant leur chien. » D’autres diront : « Ils étaient cinq, leur chien étant le sixième. » D’autres encore diront : « Ils étaient sept, et leur chien était le huitième. » (Sourate al-Kahf : 22)
Lorsque l’objectif religieux eut été atteint après avoir rendu la vie aux Gens de la Caverne, ils furent de nouveau replongés dans le mystère :
(Arabe**********)
Dis : « Mon Seigneur connaît mieux leur nombre. Peu de gens connaissent leur histoire. Ne discute à leur sujet que d’une manière apparente et ne demande à personne ce qu’il en est d’eux. »
Après avoir mené le récit à son terme, le Coran en expose l’objectif religieux. Il attire l’attention des hommes sur la manifestation de la puissance d’Allah qui s’est produite après qu’Il eut rendu la vie aux Gens de la Caverne, en disant :
(Arabe**********)
Ne dis jamais, à propos de quelque chose : « Je le ferai demain », sans ajouter : « Si Allah le veut » (Inchâ Allah). Et lorsque tu oublies, rappelle-toi ton Seigneur et dis : « J’espère que mon Seigneur me guidera vers ce qui est plus proche de la vérité. » (Sourate Al-Kahf : 23-24)
Ici, une parole particulière est adressée au noble Messager d’Allah — qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix. Nous n’avons pas besoin d’entrer dans cette discussion. Il suffit de comprendre que, tout comme le Coran explicite l’objectif religieux en même temps qu’il relate l’événement, il le fait également ici. Quelle meilleure occasion pouvait-il y avoir de prodiguer un enseignement éducatif ?
Enfin, l’information exacte concernant la durée de leur séjour dans la caverne est donnée ; c’est également notre position dans cette affaire. Il reste la question de leur nombre. Aujourd’hui encore, celui-ci demeure un mystère, tout comme les Gens de la Caverne eux-mêmes.
(Arabe**********)Trois cents ans, auxquels s’ajoutent neuf années, se sont écoulés pour eux dans la caverne. (Sourate Al-Kahf : 25)
L’enseignement religieux caché derrière cet événement est exprimé dans les paroles suivantes :
(Arabe**********)
Dis : « Allah sait mieux combien de temps ils y sont restés. À Lui appartient la connaissance de l’invisible des cieux et de la terre. Comme Il voit et entend admirablement ! Ils n’ont, en dehors de Lui, aucun protecteur, et Il n’associe personne à Son autorité. Récite ce qui t’a été révélé du Livre de ton Seigneur. Nul ne peut modifier Ses paroles, et tu ne trouveras, en dehors de Lui, aucun refuge. » (Sourate Al-Kahf : 26-27)
J’ai essayé d’examiner toutes les caractéristiques du récit, puis je vous les ai présentées. En un mot, il ne fait aucun doute que le Coran présente les événements d’une manière telle que, dès qu’il lit, tout surgit devant les yeux du lecteur comme une image. C’est là sa caractéristique la plus remarquable, et elle exerce une influence sur toutes les autres caractéristiques.
La représentation des émotions et des sentiments
Nous allons maintenant examiner un autre aspect de la mise en scène du récit : l’expression imagée des émotions et des inclinations de l’âme.
Nous avons précédemment relaté l’épisode de la conversation entre les deux propriétaires des jardins et leur compagnon. De même, nous avons raconté l’épisode de Moïse (paix sur lui) et d’un homme vertueux. Dans ces deux épisodes, il y a certes une représentation des émotions et des sentiments ; mais ils présentent également les portraits des personnalités, donnant vie à toutes ces scènes et les faisant apparaître devant les yeux. Je vais maintenant vous présenter un autre épisode de ce genre : celui qui eut lieu lorsque Maryam (paix sur elle) donna naissance à Jésus (paix sur lui). Il est dit :
(Arabe**********)
Mentionne dans ce Livre Marie, lorsqu’elle se sépara des membres de sa famille et se retira en un lieu situé à l’est. Puis elle se dissimula derrière un voile afin de se cacher d’eux. (Sourate Maryam : 16-17)
Maryam (paix sur elle) se plaisait dans la solitude et la retraite. Un jour, alors qu’elle se dirigeait, l’esprit absorbé, vers la salle de bain, elle y aperçut un jeune homme. Saisie par la soudaineté de l’événement, elle demeura désemparée ; son univers imaginaire changea en un instant.
(Arabe**********)
Puis Nous lui envoyâmes Notre Esprit, qui se manifesta devant elle sous la forme d’un homme accompli. Maryam dit : « Je cherche refuge auprès du Tout Miséricordieux contre toi, si tu es pieux. » (Sourate Maryam : 17-18)
Ces paroles ressemblent à celles d’une jeune vierge assise seule dans un lieu retiré, lorsqu’un homme surgit soudainement devant elle et l’effraie ; ne voyant aucune autre issue, elle tente alors de faire naître en lui la crainte d’Allah.
Bien que nous comprenions que ce visiteur n’était pas un jeune homme, mais l’ange Gabriel lui-même, Maryam, quant à elle, pensait avoir affaire à un jeune homme inconnu. Réfléchissez : pourquoi un jeune homme inconnu se serait-il rendu auprès d’une jeune vierge aussi chaste, issue d’une famille éminente, dont toute la conduite était strictement conforme à la religion, et dont le tuteur était le vénérable Zakariya (paix sur lui) ? Sa mère l’avait consacrée à la religion. Voilà la première partie.
(Arabe**********)
Il dit : « Je suis le messager de ton Seigneur, venu t’accorder un fils pur. » (Sourate Maryam : 19)
Il est facile d’imaginer l’état d’esprit et les sentiments d’une jeune vierge pudique qu’un homme serait venu effrayer en profitant de sa solitude. Bien qu’il affirmât être le messager d’Allah, c’est-à-dire un ange, elle ne parvint pas à le croire pleinement. Une seule pensée ne cessait de hanter son esprit : profitant peut-être de sa naïveté, il voulait porter atteinte à sa virginité. Sinon, pourquoi lui annoncerait-il la naissance d’un enfant d’une manière dont on n’avait jamais connu d’exemple jusqu’alors ? Voilà la deuxième partie.
À présent, Maryam assume le rôle d’une jeune fille courageuse qui, sans se laisser effrayer par le danger, lui fait face avec bravoure.
(Arabe**********)
Elle s’écria : « Comment pourrais-je avoir un fils alors qu’aucun homme ne m’a touchée ? Et je n’ai jamais été une femme débauchée ! » (Sourate Maryam : 20)
Maryam (A) prononça ces quelques mots, le cœur accablé d’une immense douleur. Maryam (A) et le jeune homme en question se tenaient toujours seuls l’un en face de l’autre. Entre-temps, Maryam (A) avait certes compris la raison de la venue de l’étranger. Mais elle ne parvenait absolument pas à comprendre comment cela pouvait être possible. Une seule chose la réconfortait : les paroles de cet homme — « Je suis le messager de ton Seigneur ». Pourtant, il lui semblait aussi qu’il pouvait s’agir de la tromperie d’un imposteur, comme nous l’avons évoqué au début. Ce n’était pas une affaire de pudeur ou de honte. Il fallait que les choses soient expliquées plus clairement. Gabriel (A) dit donc :
(Arabe**********)
Il dit : « C’est ainsi que cela se fera. Ton Seigneur a dit : “Cela M’est très facile. Nous ferons de lui un signe pour les hommes et une miséricorde de Notre part.” C’est une affaire déjà décrétée. » (Sourate Maryam : 21)
Qu’est-ce qui lui arriva ? S’ouvre ici une longue pause artistique. Mais, durant cet instant de pause, une seule question résonne sans cesse dans l’esprit des lecteurs : qu’est-il arrivé à Maryam (A) ? De nouveau, le décor du récit change. Cette fois encore, nous voyons Maryam (A) préoccupée par une autre affaire, plus encore que précédemment.
(Arabe**********)
Puis elle conçut l’enfant. Ensuite, elle se retira dans un lieu éloigné. Les douleurs de l’accouchement la contraignirent à chercher refuge au pied d’un palmier. Elle dit : « Ah ! Si seulement j’étais morte avant cela et avais été oubliée de la mémoire des hommes ! » (Sourate Maryam : 23)
C’est la troisième partie.
Au début, Hazrat Maryam (paix sur elle) n’avait devant elle que sa propre personne. Elle avait été élevée dans un environnement pur et immaculé. Mais finalement, elle se trouva face à une situation entièrement nouvelle. Son comportement était désormais différent. Elle était alors humiliée et déshonorée par son peuple, et elle souffrait non seulement moralement, mais aussi physiquement. En effet, les douleurs de l’accouchement l’avaient contrainte à se réfugier sous un palmier. Elle était seule ici. Il n’y avait personne d’autre auprès d’elle. De plus, elle subissait toutes les difficultés auxquelles est confrontée une femme enceinte de son premier enfant, sans même savoir que faire dans une telle situation. Il n’y avait personne pour lui apporter la moindre aide. Elle s’écria donc avec regret : « Hélas ! Si seulement j’étais morte avant cela et complètement oubliée des hommes ! » Ces paroles nous permettent de comprendre ses souffrances physiques et morales ainsi que sa détresse. Nous voyons dans quel terrible malheur elle était plongée. Il est dit :
(Arabe**********)Puis l’ange l’appela d’en bas : « Ne t’afflige pas. Ton Seigneur a fait couler un ruisseau sous tes pieds. Secoue vers toi le tronc du palmier : des dattes mûres tomberont sur toi. Mange, bois et réjouis-toi. Si tu rencontres quelqu’un parmi les hommes, dis-lui : “J’ai voué un jeûne à Allah. Aujourd’hui, je ne parlerai donc à aucun être humain.” » (Sourate Maryam : 24-26)
C’est la quatrième partie.
Cet événement est si étonnant et si troublant que, devant sa soudaineté, nous sommes prêts à nous enfuir en courant [et non Maryam (paix sur elle)]. La naissance soudaine de l’enfant, la voix de l’ange venant d’en bas, cet enfant qui est pour Maryam (paix sur elle) une source de souffrance et de reproches, puis la mise à disposition immédiate de nourriture et de boisson : tout cela est sans aucun doute extraordinaire.
Nous pensons que Hazrat Maryam (paix sur elle) a elle aussi été profondément étonnée. Avec son corps affaibli, elle secoua une branche de palmier, en recueillit des dattes fraîches et mûres, puis les mangea. Après avoir repris un peu de forces, elle se mit en route vers sa demeure. Mais il lui restait encore à franchir un autre obstacle intérieur.
(Arabe**********)Puis elle revint auprès de son peuple avec son enfant. (Sourate Maryam : 27)
À présent que Maryam (paix sur elle) avait retrouvé la paix intérieure, il lui fallait faire porter à d’autres le poids de ses inquiétudes, de son chagrin et de ses souffrances.
(Arabe**********)
Ils dirent : « Ô Marie ! Tu as commis une chose inouïe. Ô sœur d’Aaron ! Ton père n’était pas un homme mauvais et ta mère n’était pas une femme débauchée. » (Sourate Marie : 27-28)
Les gens de sa tribu se mirent à lui faire des reproches. Ils s’adressaient à elle sur un ton moqueur en l’appelant « sœur d’Aaron », et disaient : « Tu es la fille d’une noble famille, dans laquelle un événement pareil ne s’était jamais produit auparavant. De plus, ni ton père ni ta mère n’étaient ainsi. Comment as-tu pu couvrir ton lignage d’infamie ? »
Marie (paix sur elle), le cœur accablé, resta silencieuse, puis désigna l’enfant et dit : « Ne m’interrogez pas ; interrogez-le, vous obtiendrez votre réponse. » Il semble que Marie (paix sur elle) ait eu la conviction qu’un miracle s’accomplirait par son enfant. C’est pourquoi elle le désigna. En entendant cela, les gens, stupéfaits, se mirent à la blâmer encore davantage. Ils étaient abasourdis : une jeune fille vierge avait conçu un enfant et se réjouissait de cet enfant. Puis, avec une profonde assurance, le fait de leur désigner l’enfant avec mépris les conduisit au comble de la stupéfaction.
(Arabe**********)Ils dirent : « Comment pourrions-nous parler à un enfant au berceau ? »
Alors, miraculeusement, Jésus (paix sur lui) prit la parole :
(Arabe**********)
L’enfant déclara : « Je suis le serviteur de Dieu. Il m’a donné le Livre et a fait de moi un prophète. Il m’a béni où que je sois. Il m’a ordonné, aussi longtemps que je vivrai, d’accomplir la prière et de m’acquitter de la zakat, ainsi que d’être obéissant envers ma mère. Il ne m’a fait ni insolent ni malheureux. Que la paix soit sur moi le jour où je suis né, le jour où je mourrai et le jour où je serai ressuscité et relevé. » (Sourate Marie : 30-33)
Si nous n’avions pas entendu cette histoire quelques instants auparavant, nous aurions été bouleversés en l’entendant et nous n’aurions pas pu dormir la nuit, accablés d’inquiétude. L’angoisse aurait marqué nos visages. Mais nous connaissions déjà cette histoire. Ainsi, tandis que, accablés de tristesse, nous laissions nos larmes tomber goutte à goutte, nous avions aussi envie d’applaudir sous l’effet d’une joie débordante. C’est alors que le rideau tomba. La scène devint telle que, devant le caractère poignant de l’événement, les larmes coulaient de nos yeux goutte à goutte, tandis que nous applaudissions de joie. Une voix, ébranlant nos cœurs ravis, se fit entendre. Le présentateur annonçait :
(Arabe**********)
Voici Jésus, fils de Marie : la parole de vérité au sujet de laquelle les gens doutent. Il ne sied pas à Allah de prendre un enfant. Gloire à Lui, Il est plein de majesté. Lorsqu’Il décide d’une chose, Il dit : « Sois ! » et elle est aussitôt. (L’enfant dit encore 🙂 « Certes, Allah est mon Seigneur et le vôtre. Adorez-Le donc ; voilà le droit chemin. » (Sourate Maryam : 34-36)
À ce stade, le but et l’objectif de la religion, ainsi que la scène et l’image de l’événement, ont tous deux atteint leur pleine expression et, sans aucun doute, on peut dire qu’il s’agit de la représentation la plus remarquable des émotions et des sentiments. Cette teinte imprègne tout l’événement, si bien que les autres caractéristiques se sont estompées.
L’empreinte de la personnalité dans le récit
Nous abordons maintenant le troisième type de mise en scène dans le Coran. Il s’agit de l’un des autres types de représentation, mais nous tentons de le décrire séparément. Celui-ci est lié à la personnalité.
L’empreinte de la personnalité apparaît également pleinement dans les deux récits mentionnés précédemment : celui des deux propriétaires de jardins et de leur compagnon, et celui du prophète Moïse (que la paix soit sur lui) et d’un homme vertueux. L’événement est lié à la personnalité. Ainsi, la révélation de la personnalité dans le récit constitue un art d’un très haut niveau. Le but et l’objectif de l’ensemble du récit sont liés à la personnalité, qu’il s’agisse d’un événement lié au Coran ou aux arts.
Bien que le Coran ne rapporte différents événements et récits que pour appeler à la religion, l’objectif principal de tout événement ou récit est donc l’appel à la religion. Toutefois, la représentation de la personnalité ne peut être dissociée de cet objectif. Cette caractéristique est présente dans tous les récits coraniques. La personne y est présentée comme une figure humaine exemplaire. Le Coran évoque certaines personnes et personnalités qui, dépassant les limites de leur individualité, apparaissent comme des figures exemplaires. Nous examinerons ci-dessous quelques récits à ce propos.
1. Un chef au tempérament impulsif
À titre d’exemple, nous pouvons évoquer Moïse (paix sur lui). C’était un dirigeant au tempérament impétueux.
Le prophète Moïse (paix sur lui) avait été élevé dans le palais de Pharaon et était parvenu à l’âge adulte. Il possédait une constitution robuste et vigoureuse.
(Arabe**********)
Un jour, il entra dans la ville alors que ses habitants n’en avaient pas conscience. Il y vit deux hommes se battre. L’un appartenait à son propre peuple et l’autre au peuple ennemi. Celui qui appartenait à son peuple lui demanda alors de l’aider contre l’homme du peuple ennemi. Moïse lui asséna un coup de poing, qui causa la mort de l’homme. (Sourate Al-Qasas : 15)
Deux choses sont devenues évidentes dans cet événement. Premièrement : l’attachement de Moïse (paix sur lui) à son peuple. Deuxièmement : son tempérament impétueux. En effet, lorsqu’un homme de son peuple lui demanda de l’aide, il prit aussitôt sa défense, lui donna un coup de poing et mit ainsi fin à ses jours. Puis, honteux, il dit :
(Arabe**********)
Moïse dit : « Ceci est l’œuvre de Satan. Il est certainement un ennemi déclaré et un égareur. » Il ajouta : « Ô mon Seigneur ! Je me suis certainement fait du tort à moi-même. Pardonne-moi donc. » Alors Allah lui pardonna. Il est certainement Pardonneur et Miséricordieux. Il dit : « Ô mon Seigneur ! En raison des bienfaits dont Tu m’as comblé, je ne serai plus jamais un soutien pour les criminels. » (Sourate Al-Qasas : 15-18)
Puis il est dit :
(Arabe**********)Puis, au matin, il se retrouva dans la ville, craintif et aux aguets. (Sourate Al-Qasas : 18)
Ce verset présente une scène très familière. Lorsqu’une personne est prise de panique, elle regarde de tous côtés et se met en chemin, car elle ne veut plus jamais se retrouver dans une telle situation. Tel est l’état des personnes au tempérament impulsif.
Moïse (paix sur lui) avait promis de ne plus aider personne en difficulté. Voyons dans quelle mesure il resta ferme dans cette décision. Soudain, il vit ceci :
(Arabe**********)
Soudain, il vit que l’homme qui lui avait demandé de l’aide la veille criait encore pour implorer son secours. Moïse lui dit : « Tu es certes un homme manifestement égaré. » (Sourate Al-Qasas : 18)
Mais il oublia sa promesse. Il s’avança vers lui et voulut répéter ce qui s’était passé précédemment, car il était d’un tempérament impulsif. Il oublia ainsi qu’après s’être senti honteux d’un tel acte, il avait demandé pardon dans la cour divine. Lorsqu’on lui rappela son crime passé, il prit peur.
(Arabe**********)
Puis, lorsque Moïse voulut maîtriser l’ennemi des deux hommes, celui-ci dit : « Veux-tu me tuer comme tu as tué un homme hier ? Tu ne veux donc être qu’un tyran sur terre, et non un réformateur. » (Sourate Al-Qasas : 19)
À ce moment-là, un homme vint lui conseiller de fuir la ville. Nous savons qu’il quitta effectivement le pays conformément à ce conseil. Laissons-le pour l’instant. Retrouvons-le après dix années. Durant ce long intervalle, son tempérament avait-il acquis une quelconque stabilité ? Avait-il pu devenir calme et maître de lui-même ?
Certes non. Aucun changement fondamental ne s’était produit dans son tempérament et sa nature. Lorsque retentit une voix depuis le côté droit du mont Ṭūr : « Jette ton bâton », il le jeta. Mais lorsque le bâton se transforma en serpent rampant, il prit la fuite à toute vitesse en le voyant. Il ne se retourna même pas une seule fois. Même à un âge mûr, il ne parvint pas à abandonner son ancienne habitude. — Certes, dans une telle situation, tout le monde aurait couru ; mais lui courut le premier. Il ne s’arrêta pas un seul instant pour essayer de voir ce qui se passait là-bas.
Il vainquit les magiciens, délivra les Enfants d’Israël de la persécution de Pharaon, leur fit traverser la mer, puis arriva au mont Ṭūr au moment fixé afin de recevoir la grâce de la prophétie. Pourtant, arrivé au mont Ṭūr, il adressa à Allah une étrange requête :
(Arabe**********)
Moïse dit : « Seigneur, montre-Toi à moi ; je Te verrai. » Allah dit : « Tu ne Me verras jamais. Regarde la montagne : si elle demeure à sa place, alors tu Me verras toi aussi. » (Sourate al-Aʿrāf : 143)
Ce qui se produisit ensuite, aucun être humain sur terre n’est capable de le concevoir — pas même Moïse.
(Arabe**********)
Puis, lorsque son Seigneur manifesta Sa lumière sur la montagne, celle-ci s’effondra aussitôt, et Moïse resta évanoui. Lorsqu’il reprit connaissance, il dit : « Ô Seigneur ! Ta personne est sainte ; je me repens auprès de Toi et je suis le premier à croire. » (Sourate al-Aʿrāf : 143)
Moïse agit donc comme agit une personne de nature turbulente.
Ce n’est pas tout. Lorsqu’il revint et vit que son peuple adorait un veau, alors qu’il tenait dans ses mains les tablettes de la Torah que le Seigneur lui avait données, il les jeta violemment à terre, sans réfléchir, puis saisit son frère par la barbe et se mit à le tirer et à le malmener. Il ne consentit même pas à écouter ses paroles. Celui-ci lui dit donc :
(Arabe**********)
Ô fils de ma mère ! Ne me tire pas par la barbe ni par les cheveux de la tête. J’ai craint que tu ne dises : « Tu as semé la discorde parmi les enfants d’Israël et tu n’as pas tenu compte de ma parole. » (Sourate Tâ-Hâ : 94)
Lorsqu’il apprit qu’un homme nommé as-Sâmirî avait organisé le culte du veau, toute sa colère se concentra sur lui. Il s’adressa à as-Sâmirî et déclara d’une voix tonitruante :
(Arabe**********)
Moïse dit : « Va-t’en ! Tu seras voué à ce châtiment toute ta vie, et tu diras : “Ne me touchez pas.” Un rendez-vous fixé t’est promis, et il ne sera pas manqué. Regarde ton dieu que tu as constamment adoré. Nous le brûlerons, puis nous disperserons ses cendres dans la mer. » (Sourate Tâ-Hâ : 97)
Le vénérable Moïse avait fait tout cela sous l’emprise de la colère. Accordons-lui encore quelques années de répit.
Le peuple de Moïse (paix sur lui) se trouve dans le désert de Tîh. Nous pensons que lorsqu’il se sépara de son peuple, il était déjà entré dans la maturité. Il rencontra un homme pieux et exprima le désir de profiter de sa compagnie. Nous savons qu’il ne put pas davantage faire preuve de patience en sa compagnie. Quoi qu’il en soit, l’homme pieux finit par se séparer de lui après lui avoir expliqué les raisons de ses actes.
Telle était la personnalité de Moïse (paix sur lui), présentée tout au long du récit comme une figure exemplaire.
2. Un cœur tendre — une personnalité indulgente
La personnalité du prophète Abraham (paix sur lui) était totalement opposée à celle du prophète Moïse (paix sur lui). Abraham (paix sur lui) était un exemple éclatant d’une personnalité au cœur tendre et équilibrée. Il est dit :
(Arabe**********)Certes, Abraham était vraiment un homme très tendre et indulgent. (Sourate At-Tawba : 114)
Dès son enfance, alors qu’il s’efforçait de rechercher Allah, il avait profondément réfléchi de la manière suivante. Il est dit :
(Arabe**********)
Lorsque la nuit l’enveloppa de ses ténèbres, il aperçut une étoile. Il dit : « Voici mon Seigneur. » Puis, lorsqu’elle disparut, il dit : « Je n’aime pas ceux qui disparaissent. » Ensuite, lorsqu’il vit la lune resplendissante, il dit : « Voilà mon Seigneur. » Puis, lorsqu’elle disparut, il dit : « Si mon Seigneur ne me guide pas, je serai certainement du nombre des égarés. » Puis, lorsqu’il vit le soleil, encore plus éclatant, il dit : « Voici mon Seigneur, il est plus grand. » Lorsqu’il disparut à son tour, il dit : « Ô mon peuple, je désavoue tout ce que vous Lui associez. Je tourne entièrement mon visage vers Celui qui a créé les cieux et la terre, et je ne suis pas du nombre des associateurs. » Son peuple engagea alors une discussion avec lui. Il dit : « Discutez-vous avec moi au sujet de l’unicité d’Allah, alors qu’Il m’a guidé ? Je ne crains pas ceux que vous Lui associez, sauf si mon Seigneur veut m’infliger quelque mal. Mon Seigneur embrasse toute chose de Sa science. Ne réfléchissez-vous donc pas ? » (Sourate Al-An‘âm : 76-81)
Lorsque le prophète Abraham (paix sur lui) eut cru en l’unicité d’Allah, il invita tout d’abord son père au tawhid, sur un ton extrêmement doux et avec beaucoup d’affection :
(Arabe**********)
Lorsqu’il dit à son père : « Ô mon père ! Pourquoi adores-tu ce qui n’entend ni ne voit et ne t’est d’aucune utilité ? Ô mon père ! J’ai reçu un savoir que tu n’as pas reçu. Suis-moi donc, je te montrerai le droit chemin. Père ! Ne suis pas Satan, car Satan désobéit au Miséricordieux. Ô mon père ! Un châtiment du Miséricordieux te touchera, puis tu deviendras le compagnon de Satan. » (Sourate Maryam : 42-35)
Mais le père d’Abraham (paix sur lui) rejeta son appel et lui répondit sur un ton menaçant :
(Arabe**********)
Il dit : « Ô Abraham ! Te détournes-tu de mes divinités ? Si tu ne cesses pas, je te lapiderai certainement. Éloigne-toi de moi pour toujours. »
Mais même face à la dureté de son père, il ne renonça ni à sa patience ni à sa tolérance, et ne se montra pas insolent. Au contraire, il répondit avec politesse et douceur :
(Arabe**********)
Ibrâhîm dit : « Que la paix soit sur toi. Je demanderai pardon pour toi à mon Seigneur. Certes, Il est Miséricordieux envers moi. Je vous abandonne, vous et ceux que vous adorez en dehors d’Allah. J’adorerai mon Seigneur ; j’espère ne pas être privé de l’adorer. » (Sourate Maryam : 47-48)
Puis le prophète Ibrâhîm (sur lui la paix) détruisit les idoles. C’était probablement la seule action qu’il accomplit avec fermeté. Ce fut grâce à la puissance incomparable d’Allah qu’il put détruire les idoles. Il pensait que lorsque son peuple les verrait brisées et dispersées, il serait obligé de se dire que les idoles ne pouvaient jamais bouger, même sous l’effet de leurs propres malheurs et souffrances. Quelqu’un les avait donc nécessairement détruites. Il pensait qu’ainsi son peuple croirait. Ils se dirent certainement en eux-mêmes :
(Arabe**********)Puis ils réfléchirent et dirent : « Ô gens ! C’est vous qui êtes injustes. » (Sourate Al-Anbiyâ’ : 64)
Lorsque son peuple décida de le brûler vif, Allah dit :
(Arabe**********)« Je dis : Ô feu ! Sois fraîcheur et sécurité pour Ibrâhîm. » (Sourate Al-Anbiyâ’ : 69)
Puis le prophète Ibrâhîm (sur lui la paix) émigra avec les croyants. Parmi eux se trouvait également son neveu, le prophète Lût (sur lui la paix). Ensuite, dans sa vieillesse, Allah lui accorda un fils nommé Ismâ‘îl. Mais les événements prirent une autre tournure : il fut contraint de laisser ailleurs sa femme et son fils. Le Noble Coran reste silencieux quant à la raison. Plaçant toute sa confiance en Allah, il les laissa dans une terre déserte. Alors, d’une voix extrêmement humble et implorante, il adressa cette supplication à Allah :
(Arabe**********)
« Ô mon Seigneur ! J’ai établi l’un de mes enfants dans une vallée dépourvue de cultures, près de Ta Maison sacrée. Ô mon Seigneur ! Afin qu’ils y accomplissent la prière. Fais que certains cœurs parmi les gens se prennent d’affection pour eux et accorde-leur des fruits comme subsistance. Peut-être seront-ils reconnaissants. » (Sourate Ibrâhîm : 37)
Le prophète Ismaïl (paix sur lui) n’était pas encore entré dans l’âge adulte ; il n’était encore qu’un adolescent. Dans ces circonstances, le prophète Ibrahim (paix sur lui) vit en rêve qu’il égorgeait Ismaïl (paix sur lui). À son réveil, il se prépara à subir cette épreuve de la foi. Alors, par miséricorde envers lui, Allah lui accorda, à la place d’Ismaïl (paix sur lui), le « grand sacrifice », c’est-à-dire une immense offrande sacrificielle.
En vérité, tous les événements et récits rapportés au sujet du prophète Ibrahim (paix sur lui) ne laissent apparaître qu’une seule chose : c’était un homme d’une grande douceur et d’une nature patiente et indulgente. Le Coran lui-même en témoigne :
(Arabe**********)Certes, Ibrahim était très patient, tendre de cœur et tourné vers Allah (sourate Hûd : 75).
3. Le prophète Youssouf (paix sur lui)
Le prophète Youssouf (paix sur lui) était l’incarnation d’une personnalité savante et érudite.
Voyez : la femme de l’Aziz le tentait de commettre un acte immoral et le menaçait également parce qu’il refusait de lui obéir. Mais il la repoussa avec fermeté. Il vivait dans la maison de l’Aziz et considérait donc chacun avec honneur et respect. Il s’efforçait constamment d’éviter toute parole susceptible de déshonorer ou de ternir sa réputation.
Il est dit :
(Arabe**********)
La femme l’avait certes désiré, et lui aussi l’aurait désirée, n’eût été qu’il avait vu un signe de son Seigneur. C’est ainsi que Nous écartâmes de lui le mal et la turpitude. Il était certes l’un de Nos serviteurs élus. (sourate Yûsuf : 24)
Avancez un peu pour voir le vrai visage de la femme :
(Arabe**********)
Tous deux coururent vers la porte, et la femme déchira la chemise de Yûsuf par-derrière. (sourate Yûsuf : 25)
Soudain, il entendit cette voix, celle que l’épouse redoutait.
(Arabe**********)Et tous deux trouvèrent le mari de la femme près de la porte.
Ici, la femme révéla sa vraie nature. Elle calomnia Yûsuf :
(Arabe**********)La femme dit : Celui qui a l’intention de commettre une mauvaise action avec ta famille.
Comme la femme était follement amoureuse de Joseph (paix sur lui), elle ne voulait pas qu’il soit sévèrement puni. Elle-même suggéra donc une peine plus légère, en disant :
(Arabe**********)Envoyez-le en prison ou infligez-lui un châtiment douloureux (quelle autre peine pourrait-on lui infliger ?). (Sourate Youssouf : 25)
Il déclara la vérité avec courtoisie.
(Arabe**********)Elle dit : C’est lui qui m’a incitée à ne pas me maîtriser. (Sourate Youssouf : 26)
Il le démontra. Fait remarquable, l’un des proches de cette femme se présenta lui-même comme témoin.
(Arabe**********)
Un membre de la famille de la femme témoigna : si sa chemise est déchirée à l’avant, alors la femme dit vrai et lui ment ; mais si sa chemise est déchirée à l’arrière, alors la femme ment et lui dit vrai. (Sourate Youssouf : 26-27)
Ainsi, la véracité de Joseph (paix sur lui) fut établie.
L’affaire se répandit parmi toutes les femmes de la ville. L’épouse du dignitaire en fut profondément honteuse. Un jour, elle invita toutes les femmes de la ville. Lorsqu’elles prirent les couteaux pour manger — il convient de préciser qu’en Égypte, à cette époque, il était d’usage de couper les aliments avec un couteau en mangeant — Joseph (A) fut présenté devant elles. Les femmes le regardèrent, fascinées. En voulant couper leur nourriture avec leurs couteaux tout en le regardant, elles se blessèrent chacune à la main.
(Arabe**********)
Lorsqu’elles le virent, elles furent stupéfaites et se coupèrent les mains. Elles dirent : « Cet homme ne peut pas être un être humain ! Ce doit être un ange noble. » (Sourate Yûsuf : 31)
Elles étaient toutes des femmes, et l’épouse du dignitaire était parmi elles. Elle savait parfaitement à quel point ces femmes avaient été éblouies.
(Arabe**********)Après avoir vu ces signes, ils jugèrent convenable de le garder quelque temps en prison. (Sourate Yûsuf : 35)
Ensuite, nous voyons que le prophète Joseph (A), en prison, interpréta le rêve des deux serviteurs du roi. À propos de l’un d’eux, il pensa qu’il serait libéré et reprendrait son service auprès du roi ; il lui dit alors : « Mentionne-moi auprès du roi. » Mais, une fois sorti, celui-ci l’oublia. Ainsi, le prophète Joseph (A) dut encore subir les souffrances de la prison pendant plusieurs années. Lorsque le roi fit un rêve et se trouva très préoccupé d’en connaître l’interprétation, personne ne put lui en donner l’interprétation exacte. Alors cet homme se souvint de Joseph (A) et raconta toute l’affaire au roi. Celui-ci le fit ensuite sortir de prison afin qu’il lui interprète son rêve.
Ici se manifeste l’intelligence du prophète Joseph (A). Il avait dû subir les tourments de la prison alors qu’il était innocent. Même en entendant l’appel à la libération, il craignait qu’on ne le renvoie en prison, une nouvelle fois, par suspicion. C’est pourquoi il cherchait une occasion de faire établir la vérité sur cette affaire. Il fit donc transmettre ce message à l’émissaire.
(Arabe**********)
Il dit : « Retourne auprès de ton maître et demande-lui quelle a été la situation des femmes qui se sont coupé les mains. Mon Seigneur connaît parfaitement leurs ruses. » (Sourate Yûsuf : 50)
Le roi interrogea ces femmes sur toute l’affaire. Elles racontèrent tout. L’épouse de l’Aziz elle-même reconnut sa chasteté. Il est naturellement compréhensible qu’à cette époque cette femme eût vieilli. Nous pensons que, lorsque cet événement se produisit, elle avait quarante ans ou un peu plus. Elle avait alors atteint un âge mûr ; il ne lui était donc plus possible de se livrer à quelque autre mauvaise action. C’est pourquoi elle avoua sans détour :
(Arabe**********)
L’épouse de l’Aziz dit : « À présent, la vérité est apparue. C’est moi qui ai tenté de le séduire, et lui est véridique. » (Sourate Yûsuf : 51)
Il ressort clairement de la discussion précédente que le prophète Yûsuf (que la paix soit sur lui) était extrêmement sage et raisonnable. Faire chaque pas avec prudence était l’un de ses principaux traits de caractère. C’est pourquoi il est dit :
(Arabe**********)
« Cela afin que l’Aziz sache que je ne l’ai pas trahi en secret. En outre, Allah ne fait pas aboutir la ruse des traîtres. Je ne prétends pas être innocent. Certes, l’âme humaine incite fortement au mal. » (Sourate Yûsuf : 52-53)
Lorsque le prophète Yûsuf (que la paix soit sur lui) vit que le roi avait été influencé par ses paroles et qu’il était heureux d’avoir appris l’interprétation du rêve, celui-ci alla même jusqu’à déclarer :
(Arabe**********)Certes, tu as désormais acquis auprès de moi le rang d’homme digne de confiance. (Sourate Yûsuf : 54)
Profitant de cette occasion, il dit au roi :
(Arabe**********)
Confie-moi la charge des trésors du pays. Je suis un gardien digne de confiance et expérimenté. (Sourate Yûsuf : 55)
C’est ainsi qu’il tira pleinement parti de l’occasion. Il démontra ses compétences en administrant convenablement le pays aussi bien dans l’aisance que durant la famine. Il exerça cette responsabilité pendant quatorze ans. Durant cette période, il ne fut pas seulement le ministre de l’Alimentation de l’Égypte ; il se considérait également comme responsable des États et des régions environnants, car eux aussi avaient été frappés par la famine. Ils furent donc contraints de venir se procurer de la nourriture en Égypte pendant sept ans.
Lorsque ses frères vinrent en Égypte pour recevoir leur ration, il les reconnut, mais eux ne le reconnurent pas. Il leur imposa la condition que, s’ils ne ramenaient pas leur frère la fois suivante, aucune ration ne leur serait délivrée. Lorsqu’ils revinrent avec leur frère Benjamin, il fit placer une coupe royale parmi leurs bagages afin de le retenir, puis annonça qu’une coupe avait été volée au palais royal. « Gens de la caravane, vous êtes des voleurs ! » Ils nièrent avoir commis le vol et proposèrent de fouiller leurs affaires. Ils dirent également : « Arrêtez et retenez celui chez qui la coupe disparue sera retrouvée. » On voit ici la perspicacité de Yûsuf (paix sur lui).
(Arabe**********)
Puis il commença à fouiller leurs sacs avant celui de son propre frère. Enfin, il fit sortir la coupe du sac de son propre frère. (Sourate Yûsuf : 76)
Les frères de Joseph (paix sur lui) repartirent dans leur pays en laissant Benjamin, puis revinrent. C’est alors que Joseph (paix sur lui) leur révéla son identité. Auparavant, il les avait quelque peu égarés afin de leur donner une leçon.
Ici, la personnalité de Joseph (paix sur lui) est présentée sous un jour particulièrement éclatant. Le savoir et la sagesse, la réflexion posée et la rationalité, entre autres, étaient les traits caractéristiques de sa personnalité.
4. Adam (paix sur lui)
Nous voulions examiner en détail les personnalités d’Adam et d’Iblis. Mais, au lieu de cela, nous allons les présenter brièvement et conjointement, car j’espère exposer cet épisode en détail ailleurs.
À vrai dire, le Coran présente Adam (paix sur lui) comme le modèle d’un être humain en qui sont réunies toutes les qualités et caractéristiques humaines. Parmi ces caractéristiques, il en est une qui apparaît au début de la vie d’Adam (paix sur lui) et que l’on retrouve encore aujourd’hui chez l’être humain. Il s’agit de la faiblesse humaine, dont Iblis avait tiré parti. C’est pourquoi Adam et Hawwa avaient tous deux cru aux paroles d’Iblis.
(Arabe**********)
Iblis dit : « Ô Adam ! Veux-tu que je te montre l’arbre de la vie éternelle et un royaume impérissable ? » (Sourate Taha : 120)
C’est pourquoi l’être humain aspire depuis toujours à une vie qui n’ait pas de fin. Lorsqu’il cherche à l’obtenir conformément aux conseils de Satan, la distinction entre le licite et l’illicite devient secondaire à ses yeux. L’être humain veut parfois continuer à vivre sur terre à travers ses descendants ; parfois, il veut vivre parmi les fils de son imagination, qu’il crée en leur transmettant ses convictions, ses croyances et ses conceptions. Mais l’islam a montré la véritable voie de la vie. C’est pourquoi il est demandé à l’être humain de croire à une autre vie après la mort. De ce point de vue, l’islam est le garant d’une vie éternelle. Reste la personnalité d’Iblis. Sa personnalité est celle de Satan. Voilà tout ! Cela suffit pour Iblis.
5. Le prophète Salomon (que la paix soit sur lui)
Je vais maintenant parler d’un événement dans lequel l’épanouissement de la personnalité atteint son plein degré. Cet épanouissement dépasse même ce que nous pouvons concevoir. Parallèlement, la beauté artistique et l’objectif religieux y sont également pleinement présents. Il s’agit de l’histoire du prophète Salomon (que la paix soit sur lui) et de Bilqis.
Dans cet événement, les personnalités des deux protagonistes sont toutes deux remarquables. Nous y voyons la personnalité d’un homme et, parallèlement, celle d’une femme, ainsi que la personnalité d’un roi et celle d’une reine. Voyons maintenant comment leurs personnalités respectives sont présentées.
(Arabe***********)
Salomon s’enquit des oiseaux, puis dit : « Qu’y a-t-il ? Je ne vois pas la huppe ; serait-elle absente ? Je lui infligerai certainement un châtiment sévère, ou bien je la mettrai à mort, à moins qu’elle ne fournisse une raison valable. » (Sourate An-Naml : 20-21)
C’est la première scène. On y voit un dirigeant sage, qui est en outre un prophète, ainsi qu’une personnalité avisée. Le roi s’enquiert de ses sujets et se met en colère en constatant qu’un de ses sujets est absent sans autorisation. Pourtant, ce n’est pas un roi tyrannique. Il arrive souvent qu’une absence ait une raison légitime ; si une telle raison valable existe, il n’y a rien à redire. Sinon, c’est une faute. C’est pourquoi je le punirai ou le mettrai à mort.
(Arabe***********)
Peu après, la huppe arriva et dit : « J’ai appris ce que vous ne savez pas. Je vous rapporte de Saba une nouvelle certaine. J’ai vu une femme régner sur le peuple de Saba. Tout lui a été accordé et elle possède un trône immense. Je l’ai vue, ainsi que son peuple, se prosterner devant le soleil au lieu d’Allah. Satan leur a embelli cette action et les a détournés du droit chemin ; ils ne trouvent donc pas la bonne voie. Pourquoi ne se prosternent-ils pas devant Allah, qui fait apparaître ce qui est caché dans les cieux et sur la terre, et qui sait ce que vous dissimulez et ce que vous divulguez ? Il n’y a aucune divinité en dehors d’Allah ; Il est le Seigneur du Trône immense. » (An-Naml : 22-26)
La huppe était absente ; avec son arrivée commence le deuxième tableau. Elle savait que le roi était très puissant et que son châtiment était très sévère. Elle a donc commencé son discours en des termes qui, pensait-elle, attireraient l’attention du roi et lui éviteraient de subir la peine due à son absence. Elle commença son discours en disant :
(Arabe************)
Je vous apporte une nouvelle dont vous n’avez pas connaissance. Il s’agit d’une information certaine au sujet de Saba.
Si un simple sujet disait au roi : « Je connais une nouvelle dont vous n’êtes pas informé », y aurait-il un roi qui pourrait s’empêcher de l’écouter ? Lorsque la huppe vit que le roi l’écoutait attentivement, elle se mit à relater l’événement en détail. Puis, étonnée par le comportement du peuple de Bilqis, elle dit :
(Arabe***********)
(Je ne comprends pas) pourquoi ils ne se prosternent pas devant Allah, qui connaît tout ce qui est caché dans les cieux et sur la terre ? (Sourate an-Naml : 25)
Ici, la huppe est coupable. Le roi n’avait encore pris aucune décision à son sujet. Elle attira donc habilement l’attention du roi sur le fait que seul Allah est le Maître du Trône grandiose. Sulayman (paix sur lui) dit :
(Arabe************)
Maintenant, je verrai si tu dis vrai ou si tu mens. Prends cette lettre et jette-la devant eux. Puis éloigne-toi et observe quelle sera leur réponse. (Sourate An-Naml : 27-28)
C’est l’épisode final de la deuxième scène. Un roi sage et juste apparaît dans cet épisode. Même après l’annonce d’une nouvelle aussi importante, il n’a pas pardonné le crime d’avoir été absent de l’armée. Il a donc cherché à vérifier la véracité de l’affaire. Un prophète et un roi juste ont tous deux pris la décision qui s’imposait. Nous ne sommes que de simples spectateurs de cette scène. Nous ne savons pas encore ce qu’il a écrit dans la lettre. Nous n’avons aucun moyen de le savoir avant que la lettre ne parvienne à la reine. Lorsqu’elle la reçoit, elle nous le révèle. C’est alors que commence la troisième scène.
(Arabe***********)
La reine dit : « Ô membres du conseil, une noble lettre m’a été remise. Elle vient de Salomon et voici ce qu’elle dit : “Au nom d’Allah, le Tout Miséricordieux, le Très Miséricordieux. Ne vous montrez pas arrogants envers moi et venez à moi en vous soumettant.” » (Sourate An-Naml : 29-31)
La reine attira l’attention des membres du conseil afin de les consulter au sujet de la lettre et leur dit :
(Arabe************)
La reine dit : « Ô membres du conseil ! Donnez-moi votre avis sur mon affaire. Je ne prends jamais de décision concernant quoi que ce soit sans vous avoir auprès de moi. » (Sourate An-Naml : 32)
Partout et en tout temps, les gens de l’armée ont pour habitude de faire constamment étalage de leur bravoure et de leur vaillance. En effet, sans faire montre de leur courage, ils n’auraient aucun moyen de gagner leur subsistance. Ils disent également que tout le pouvoir et toute l’autorité appartiennent au roi : « Nous sommes prêts à obéir à tout ordre qui nous sera donné. » Selon leur habitude ancestrale, ils s’écrièrent :
(Arabe***********)
Ils dirent : « Nous sommes puissants et de vaillants guerriers. À présent, c’est à vous de prendre la décision. Réfléchissez donc à ce que vous allez nous ordonner. » (Sourate an-Naml : 33)
C’est ici que se manifesta la féminité de Bilqis. Les femmes cherchent généralement à éviter le tumulte, les troubles et les conflits, qu’elles n’apprécient pas. La nature des femmes les pousse à essayer d’obtenir ce qu’elles veulent par la ruse plutôt que par la force. Mais c’est également une de leurs particularités : même sans dispute ni querelle, elles considèrent l’homme comme un adversaire.
(Arabe**********)
Elle dit : « Lorsque les rois entrent dans une cité, ils la saccagent et humilient ses notables. C’est ce qu’ils feront. Je vais lui envoyer quelques présents et voir quelle réponse les envoyés rapporteront. » (Sourate an-Naml : 34-35)
Le rideau tombe ici sur la scène. Après l’entrée des envoyés auprès de Salomon, le rideau se lève de nouveau.
(Arabe**********)
Puis, lorsqu’ils se présentèrent devant Salomon, celui-ci dit : « Voulez-vous donc m’aider avec des richesses ? Ce qu’Allah m’a accordé est meilleur que ce qu’Il vous a donné. Gardez plutôt vos présents et réjouissez-vous-en. Retournez auprès des leurs : nous marcherons bientôt contre eux avec une armée à laquelle ils ne pourront résister. Nous les humilierons certainement et les chasserons de ce pays, avilis. » (Sourate an-Naml : 365-37)
Il le renvoya avec les cadeaux et les présents que le messager lui avait apportés. Laissons-le repartir.
Sulaymân (paix sur lui) n’est pas seulement un prophète ou un roi : c’est aussi un homme vaillant. Fort de son expérience royale, il avait compris qu’avec la fermeté dont le cadeau de la reine avait été renvoyé, une confrontation décisive avec elle aurait lieu.
L’envoi du cadeau de la reine montre qu’elle s’efforçait d’éviter l’hostilité. Elle l’avait envoyé afin qu’une trêve puisse être conclue. De son côté, le roi, Sulaymân, croyait qu’elle accepterait l’appel. C’est alors que s’éveilla en Hazrat Sulaymân (paix sur lui) cette virilité qui cherche à prendre l’ascendant sur la femme par sa propre force et sa propre stratégie.
Hazrat Sulaymân (paix sur lui) voulait faire apporter le trône de la reine avant son arrivée et souhaitait lui construire un palais de verre, mais le récit ne donne aucune description claire de cet événement. Pour des spectateurs comme nous, cela resta un mystère. Lorsque la reine arriva auprès de Hazrat Sulaymân (paix sur lui), nous découvrons la deuxième scène du palais :
(Arabe**********)
Sulaymân dit : « Ô notables ! Qui m’apportera son trône avant qu’ils ne viennent à moi soumis ? » Un djinn géant dit : « Je te l’apporterai avant que tu ne te lèves de ta place, et j’en suis capable et digne de confiance. » (Sourate An-Naml : 38-39)
Mais l’objectif religieux n’est pas compatible avec les capacités des djinns. Voyant Sulaymân (paix sur lui) garder le silence, un croyant qui connaissait bien le Livre d’Allah dit : « Je suis à votre service. » Certes, son pouvoir était supérieur à celui de ce djinn.
(Arabe*********)
Celui qui détenait la connaissance du Livre dit : « Je vous l’apporterai avant même que votre regard ne se détourne. » (Sourate An-Naml : 40)
Ici, une brève pause. Juste le temps de fermer les yeux une fois, puis de les rouvrir. Ensuite, la scène recommence.
(Arabe*********)
Puis, lorsque Sulayman le vit placé devant lui, il dit : « C’est une faveur de mon Seigneur, afin qu’Il me mette à l’épreuve : serai-je reconnaissant ou ingrat ? Celui qui se montre reconnaissant le fait dans son propre intérêt ; et que celui qui est ingrat sache que mon Seigneur Se suffit à Lui-même et qu’Il est Généreux. » (An-Naml : 40)
Le prophète qui se trouvait au cœur de Sulayman (paix sur lui) s’éveilla alors, par la grâce d’Allah. Cette grâce se manifesta par l’intermédiaire de l’un de Ses serviteurs, qui fit apparaître le trône de la reine en un seul instant. C’est pourquoi Sulayman (paix sur lui), le cœur serein, ne cesse de rendre grâce à Allah, afin que son objectif religieux soit pleinement atteint.
Un instant plus tard, la virilité de Sulayman (paix sur lui) s’éveilla de nouveau.
(Arabe*********)
Il dit : « Modifiez l’apparence de son trône. Nous verrons si elle le reconnaît ou si elle fait partie de ceux qui sont dépourvus de discernement. » (Sourate An-Naml : 41)
Voici maintenant la scène de l’accueil de l’impératrice. Les spectateurs retiennent leur souffle dans l’attente de l’arrivée de l’impératrice.
(Arabe*********)
Lorsque l’impératrice arriva, on lui demanda : « Votre trône est-il ainsi ? » Elle répondit : « Il me semble que c’est bien lui. »
Que se passa-t-il ensuite ? Il semble que l’impératrice n’avait pas encore embrassé l’islam.
(Arabe*********)
Il lui demanda de ne pas adorer, en dehors d’Allah, celui qu’elle adorait. Elle appartenait certainement auparavant au peuple des mécréants. (Sourate An-Naml, 43)
C’est ici que s’acheva la deuxième scène de l’impératrice et des spectateurs, parmi lesquels je me trouvais également.
(Arabe*********)
On lui dit : « Entrez dans ce palais. » Lorsqu’elle le regarda, elle le prit pour un bassin d’eau limpide. Elle releva le pan de son vêtement au-dessus de ses pieds. Salomon dit : « Ce n’est qu’un palais construit en cristal transparent. » Bilqis dit : « Ô mon Seigneur ! Je me suis certes fait du tort à moi-même. Je me soumets avec Salomon à Allah, le Seigneur des mondes. » (Sourate An-Naml : 44)
À la lumière de cet événement, il apparaît que Bilqis était une femme pleinement accomplie. Étant une femme, elle s’efforçait de résoudre les problèmes par des moyens pacifiques, en évitant les troubles et la discorde. Il est également intéressant de constater qu’elle ne s’est pas laissé séduire d’emblée : elle a observé. Mais elle demeura ce qu’elle était. Dans la deuxième scène, elle réfléchit à la situation qui avait été créée pour elle et à ce qu’elle devait comprendre : Sulayman [que la paix soit sur lui] lui témoignait de l’honneur et lui avait réservé un accueil des plus généreux en son honneur. Elle se remit donc entre ses mains. Elle reconnut sa soumission devant sa magnificence, sa grandeur et sa bravoure. Bien qu’elle sût que toutes ces dispositions avaient été prises pour elle, elle adopta néanmoins une prudence féminine, ce comportement féminin qui avait été accordé à Hawwa [que la paix soit sur elle]. Le rideau tombe.
Ces événements ne présentent aucune lacune, ni sur le plan religieux ni sur le plan artistique. Rien n’y manque qui puisse être ajouté. Il ne s’agit pas non plus d’une simple histoire ou d’un roman sans aucun rapport avec la perspective artistique. C’est un récit fondé sur une base religieuse.
Les développements qui y sont consacrés aux émotions, aux sentiments et à leurs effets, sous le titre « La nature humaine », sont agencés dans un style remarquable, tout à fait plaisant.
Je conclus ici l’exposé que j’ai consacré aux récits coraniques. Si quelqu’un souhaite ensuite aller plus loin, cet exposé lui servira de guide.
Chapitre onze
La nature humaine
Parallèlement à la description de divers sujets religieux, le Coran présente également une esquisse concise des différents tempéraments et traits de caractère humains. Ce qui est étonnant, c’est qu’en une ou deux phrases, la nature humaine est dévoilée de telle manière qu’elle semble apparaître devant nous, vivante et en mouvement.
Il s’agit peut-être d’une représentation de la véritable nature de tous les êtres humains. L’être humain y est dépeint à travers certaines caractéristiques et certains traits qui se manifestent le plus fréquemment dans le monde. Ces traits humains sont permanents. Aucune nation ni aucune tribu n’échappe à ces caractéristiques — chacun doit nécessairement en posséder l’une ou l’autre.
Ces versets furent certes révélés dans le contexte d’une situation particulière, mais ils présentent des portraits vivants et réalistes de l’être humain, dont le contenu est miraculeux et intemporel. En effet, ces portraits se répètent, au fil des lieux et des époques, siècle après siècle, et demeurent toujours vivants, animés et incarnés.
Nous présentons maintenant brièvement quelques exemples, tels qu’ils sont exposés dans le Coran. Nous avons certes déjà présenté certains exemples de ce genre sous le titre « La représentation artistique ». C’est bien dans ce chapitre qu’ils auraient dû trouver leur place. Toutefois, comme ils s’accordent avec les événements ou les récits, nous souhaitons les examiner dans le présent chapitre.
1. La nature humaine
Le verset suivant dépeint une scène qui concerne l’ensemble des êtres humains. Il est dit :
Lorsque l’être humain est plongé dans une épreuve ou une calamité, il ne cesse de M’invoquer dans toutes les situations, debout, couché ou assis. Puis, lorsque Je dissipe son malheur, il se comporte comme s’il ne M’avait jamais invoqué lorsqu’il était frappé par l’épreuve. (Sourate Yûnus : 12)
Dans l’exemple succinct qui vient d’être cité se trouvent réunis tous les éléments de la vérité, de la beauté et de la beauté artistique. En réalité, telle est la nature et telle est la condition de l’être humain. La fitra de l’être humain veut que, lorsqu’il est éprouvé et parvient au seuil entre la vie et la mort, il se mette à invoquer le nom d’Allah, le Tout-Puissant et l’Omnipotent, d’une manière telle qu’il semble n’y avoir de remède à son malheur auprès de nul autre que Lui. Dès que l’épreuve et la calamité disparaissent, il s’écarte du chemin de la vérité et de la beauté et reprend sa conduite habituelle. Il s’imagine qu’aucun malheur ne l’a jamais frappé. Il ne trouve même pas le temps de se retourner un instant pour regarder en arrière. Sa situation douloureuse est rendue avec une maîtrise artistique remarquable de la manière suivante :
(Arabe*********)
Alors, dans toutes les positions — couchés, assis ou debout — ils M’implorent avec agitation. (Sourate Yûnus, 12)
Puis, lorsque l’épreuve est écartée, une représentation artistique de leur comportement est présentée ainsi :
(Arabe*********)Lorsque l’épreuve est écartée, ils se comportent comme s’ils ne M’avaient jamais imploré. (Sourate Yûnus, 12)
Ces deux tableaux montrent que, lorsque l’être humain tombe dans les épreuves et les malheurs, le cours de sa vie s’arrête. Parfois, cet obstacle se prolonge. Mais lorsque les épreuves et les malheurs s’éloignent, la barque de la vie se remet à avancer, comme si elle n’avait jamais rencontré d’obstacle.
Le Coran présente des scènes de ce genre d’une manière très attrayante. Bien que leurs formes diffèrent, leur caractère fondamental reste le même. Elles se rejoignent toutes en un même point central. Ainsi :(Arabe*********)
Lorsque Nous comblons l’être humain de bienfaits, il se détourne et s’éloigne avec orgueil ; mais lorsqu’un malheur le touche, il sombre dans le plus profond désespoir. (Sourate Banî Isrâ’îl, 83)
(Arabe*********)
Et si Nous faisons goûter à l’être humain une part de Notre miséricorde, puis la lui retirons, il devient désespéré et ingrat. Mais si, après qu’un malheur l’a frappé, Nous lui faisons goûter le bonheur, il dit : « Mon malheur s’est dissipé. » Alors il s’enivre de joie et se montre arrogant. (Sourate Hûd, 9-10)
(Arabe*********)
L’être humain a certes été créé impatient. Lorsque le malheur le touche, il se lamente ; et lorsqu’il reçoit un bienfait, il devient avare. (Sourate al-Ma‘ârij, 19-21)
De tels versets sont nombreux dans le Coran. Leur objectif est de présenter à l’être humain, sous différents angles, ses traits de caractère permanents. Mais toutes ces activités de la vie humaine se rejoignent finalement en une seule tendance : celle de poursuivre sans relâche la recherche de la supériorité par la puissance et l’ostentation. Lorsqu’il s’implique entièrement dans cette situation, il consacre sa vie précieuse à cette tâche. Et si un malheur ou une épreuve survient et fait obstacle à ses espoirs, il n’hésite pas non plus à battre en retraite.
2. Le croyant à la foi fragile
Il existe parmi les êtres humains une catégorie dont la foi est très fragile. Ces gens ne peuvent pas rester fermes dans leur foi. Ils demeurent sur la voie de la foi tant qu’ils peuvent en tirer profit dans la sécurité et sans difficulté. Mais si une épreuve quelconque ou une difficulté leur est imposée, ils n’hésitent pas à abandonner immédiatement la foi.
(Arabe*********)
Parmi les êtres humains, certains adorent Allah en étant pris dans le doute et l’hésitation. S’ils reçoivent un bienfait, ils restent fermes dans l’adoration ; mais s’ils sont soumis à une épreuve, ils retournent à leur état antérieur. Ils sont perdants ici-bas et dans l’au-delà. Voilà assurément une chose manifeste. (Sourate al-Hajj, 11)
(Arabe*********)
Certains disent : « Nous croyons en Allah. » Mais lorsqu’ils sont persécutés dans le chemin d’Allah, ils considèrent la persécution des hommes comme le châtiment d’Allah. Puis, lorsque vient un secours de la part de ton Seigneur, ils disent : « Nous étions pourtant avec vous. » Allah n’est-Il pas parfaitement informé de ce qui se trouve dans le cœur des croyants ? (Sourate Al-‘Ankabût : 10)
3. Les opportunistes de nature rusée
Il est des gens qui sont opportunistes et rusés par nature. Ils accomplissent eux-mêmes une œuvre fondée sur la vérité et en tirent profit ; mais dès qu’une autre personne accomplit cette même œuvre, ils la nient.
(Arabe*********)
Lorsqu’un Livre venant d’Allah leur parvint, confirmant ce qu’ils avaient déjà, alors qu’ils avaient toujours souhaité triompher des mécréants, lorsqu’advint ce qu’ils reconnaissaient, ils le renièrent sciemment. Que la malédiction d’Allah soit donc sur les mécréants ! (Sourate Al-Baqara : 89)
Lorsqu’ils sont appelés vers Allah et Son Messager afin qu’ils tranchent entre eux, une partie d’entre eux se détourne. Mais si la vérité est en leur faveur, ils accourent humblement auprès du Messager. (Sourate An-Nûr : 48-49)
4. Les lâches et les poltrons
Il est aussi des gens qui regardent la vérité avec haine et mépris, et qui ne veulent pas la connaître. Ainsi, d’un côté, leur entêtement et leur obstination les éloignent de la vérité et, de l’autre, la lâcheté s’empare d’eux. C’est pourquoi ils ne trouvent jamais le courage d’affronter la vérité.
(Arabe*********)
Ils se disputaient avec toi, même après que la vérité et la justice leur furent apparues clairement, comme s’ils étaient conduits vers la mort et la voyaient de leurs propres yeux. (Sourate Al-Anfal : 6)
5. Les gens qui provoquent le rire et la plaisanterie
Certaines personnes ont une nature étrange. Elles tentent de fuir la vérité sans réfléchir aux conséquences.
(Arabe*********)
Qu’ont-ils donc à se détourner du rappel ? Comme des ânes sauvages effarouchés, fuyant à cause du vacarme. (Al-Muddaththir : 49-51)
6. Des hommes seulement par leur apparence
C’est comme une matière inerte en mouvement, dont la vue fait rire les gens.
(Arabe*********)
Quand tu les vois, leur apparence te plaît énormément. Et s’ils parlent, tu écoutes leurs paroles. Mais ils sont comme des bûches adossées à un mur. (Sourate Al-Munâfiqûn : 4)
C’est un portrait extrêmement saisissant des hypocrites, une plaisanterie teintée de douleur.
7. En quête d’éloges
Ils ne font rien eux-mêmes, mais souhaitent que les gens les louent pour ce qu’ils n’ont pas fait.
(Arabe*********) et ils souhaitent que les gens les louent pour ce qu’ils n’ont pas fait. (Sourate Âl ‘Imrân : 188)
À chaque époque et en tout lieu, on constate la présence de gens de ce genre.
8. Opportuniste
Il y a des gens qui rejoignent un groupe lorsqu’ils y trouvent leur intérêt, puis rallient un autre groupe dès qu’ils y rencontrent des difficultés.
(Arabe*********)
Ce sont des gens qui restent constamment aux aguets, attendant de voir si vous connaîtrez le bien ou le malheur. Si, par la volonté d’Allah, vous remportez la victoire, ils disent : « N’étions-nous pas avec vous ? » En revanche, si les mécréants remportent une victoire partielle, ils leur disent : « Ne vous avons-nous pas encerclés et protégés des musulmans ? »
9. L’arrogant singulier
Les deux versets suivants brossent le portrait d’un arrogant d’une nature singulière. Ces deux versets sont également mentionnés sous le titre « Image artistique ».
(Arabe*********)
Même si Je leur ouvrais une porte du ciel et qu’ils y montaient durant toute la journée, ils diraient néanmoins : « Notre vue a été troublée, ou bien nous sommes devenus ensorcelés. » (Sourate Al-Hijr, 14-15)
(Arabe*********)
Si Nous leur avions fait descendre un écrit sur une feuille, puis qu’ils l’avaient touché de leurs mains, les mécréants auraient tout de même dit : « Ce n’est rien d’autre qu’une magie manifeste. » (Sourate Al-An‘âm : 7)
10. Le lâche éhonté
L’exemple d’une personne qui est peureuse tout en étant éhontée ou impudente est présenté ainsi :
(Arabe*********)
Et si tu pouvais voir lorsqu’ils seront placés au-dessus de l’Enfer ! Ils diront : « Si seulement nous pouvions être renvoyés sur terre, nous ne traiterions pas de mensonges les signes de notre Seigneur et nous serions du nombre des croyants. » Ce qu’ils cachaient auparavant leur apparaîtra alors. Et même s’ils étaient renvoyés, ils feraient certainement ce qui leur avait été interdit. En vérité, ils sont des menteurs. (Sourate Al-An‘âm : 27-28)
11. L’hypocrite faible
L’exemple d’un hypocrite faible est présenté ici. De même qu’il est incapable de prendre une décision par lui-même, il est également incapable d’accepter la vérité. À chaque instant, il demeure tiraillé entre le doute et l’hésitation.
(Arabe*********)
Chaque fois qu’une sourate est révélée, ils se regardent les uns les autres et se demandent mutuellement : « Un musulman vous a-t-il vus ? » Puis ils s’éclipsent. Allah a détourné leurs cœurs de la vérité. Certes, ils font partie des gens ignorants. (Sourate At-Tawbah : 127)
]Lorsque ce genre de gens s’enfuit furtivement, c’est certes un spectacle à voir.
12. Celui qui cherche des excuses
On présente ici l’exemple de gens lâches, qui rompent leurs promesses et inventent de fausses excuses.
(Arabe*********)
S’il s’était agi d’un profit immédiat et d’un voyage facile, ils t’auraient certainement accompagné. Mais lorsque le voyage leur parut long, ils jurèrent en disant : « Si nous en avions eu les moyens, nous serions certainement partis avec vous. » En vérité, ils se précipitent eux-mêmes vers leur perte. Allah sait qu’ils sont des menteurs. (Sourate At-Tawbah : 42)
13. Il existe des gens qui se livrent à la tromperie et à l’hypocrisie. Bien qu’ils se croient intelligents, ils n’ont rien dans la tête hormis du son. Ils tentent de tromper les gens, mais, par malheur, ils ne font que se tromper eux-mêmes.
(Arabe*********)
Parmi les gens, certains disent : « Nous croyons en Allah et au Jour dernier », alors qu’ils ne sont pas croyants. Ils cherchent à tromper Allah et les croyants, mais ils ne trompent qu’eux-mêmes, sans s’en rendre compte.
14. Ceux qui sèment la corruption
Il est des gens qui ne cessent de semer la corruption sans savoir ni comprendre ; mais lorsqu’on leur demande de s’en abstenir, ils s’enflamment de colère.
(Arabe*********)
Et lorsqu’on leur dit : « Ne semez pas la discorde et la corruption sur la terre », ils répondent : « Nous ne faisons que travailler à la réforme. » Sachez-le : ce sont bien eux qui sèment la corruption, mais ils n’en ont pas conscience.
15. Ceux qui sont enivrés par les séductions de la vie terrestre
Il est des gens qui accordent davantage d’importance à la vie terrestre. Où qu’ils se trouvent, leurs besoins biologiques sont pour eux primordiaux. Ils leur accordent une telle importance qu’ils sont prêts, si nécessaire, à mener une vie humiliante (mais non à risquer leur vie en protestant contre cela), ce qui est impossible à une personne éprise de liberté. Il est dit :
(Arabe*********)Tu les verras plus avides de vivre que tous les autres.
16. Les gens obstinés et à la nature stagnante
Il y a aussi des gens dont on croirait que les jambes sont faites de pierre. Ils ne font absolument aucun effort pour sortir de cet état.
(Arabe*********)
Et lorsqu’on leur dit : « Suivez ce qu’Allah a révélé », ils répondent : « Jamais ! Nous ne suivons que ce sur quoi nous avons trouvé nos ancêtres. » Même si leurs ancêtres ne savaient rien et ne connaissaient pas le droit chemin. (Sourate Al-Baqara : 170)
17. Le groupe indiscipliné
Il y a des gens qui ne suivent aucune voie déterminée et n’appartiennent à aucun groupe ni à aucune communauté. Il est dit à leur sujet :
(Arabe*********)
Quelle merveille ! Lorsqu’ils s’engagent par un pacte, une partie d’entre eux le rejette. En fait, la plupart d’entre eux ne sont pas croyants. (Sourate Al-Baqara : 100)
18. Qu’il s’agisse de vérité ou de mensonge, ils chercheront querelle
Il existe des gens qui, qu’il s’agisse de vérité ou de mensonge, qu’ils le sachent ou non, chercheront à se quereller ou à provoquer des troubles. Où que l’on rencontre de telles personnes, on ne peut s’empêcher d’en être affligé.
(Arabe*********)
Écoutez ! Auparavant, vous disputiez au sujet de ce que vous connaissiez quelque peu. Pourquoi disputez-vous maintenant au sujet de ce que vous ne connaissez absolument pas ? Allah sait parfaitement ce que vous ne savez pas. (Sourate Al-Imran : 66)
(Arabe*********)
Certains se mettent à polémiquer au sujet d’Allah sans aucune connaissance, aucune preuve ni aucun Livre lumineux. Il polémique en tournant le cou, afin d’égarer du chemin d’Allah. (Sourate Al-Hajj : 8-9)
Un portrait parfait de l’homme querelleur et arrogant est présenté ici. En proie à son orgueil, il ne cesse de discuter en tournant le cou tantôt d’un côté, tantôt de l’autre.
19. L’avare
Ceux qui ne dépensent pas au moment où cela est nécessaire sont avares. Si quelqu’un subit une perte après avoir dépensé, il rit triomphalement et dit : « Heureusement que je n’ai pas dépensé ; j’ai bien fait. Mon argent est resté intact. » Mais si un bien est obtenu dans le jihad, il le regrette et dit : « Hélas ! Si seulement j’avais moi aussi dépensé, cela aurait été préférable. »
(Arabe*********)
Il y a parmi vous des gens qui traînent les pieds et qui, lorsqu’un malheur vous atteint, disent : « Heureusement que je ne suis pas parti avec eux ; Allah m’a sauvé. » Mais si une grâce d’Allah vous atteint, ils commencent à dire comme s’il n’y avait jamais eu entre vous et eux la moindre alliance : « Hélas ! Si seulement j’avais été avec eux, j’aurais moi aussi obtenu le succès. » (Sourate Al-Baqara : 204-205)
20. La contradiction entre l’intérieur et l’extérieur
Il existe des gens dont l’extérieur ne correspond nullement à l’intérieur. Ils semblent totalement opposés, comme s’il ne s’agissait pas d’une seule personne, mais de deux.
(Arabe*********)
Il y a des gens dont les propos sur la vie de ce monde te stupéfient. Ils prennent Allah à témoin de ce que renferme leur cœur. En réalité, ce sont des querelleurs. Lorsqu’ils repartent, ils y répandent la corruption, s’efforcent de détruire les cultures et de faire périr des êtres humains. Pourtant, Allah n’aime ni la corruption ni les troubles. (Sourate Al-Baqara : 204-205)
21. Celui qui se repent au moment de l’agonie
Certaines personnes vivent toute leur vie selon leurs désirs, puis se repentent au moment même où la mort est imminente. Mais leur repentir n’est pas accepté.
(Arabe*********)
Il n’y a aucun pardon pour ceux qui persistent à commettre le mal et qui, lorsque la mort est suspendue au-dessus de leur tête, disent : « Je me repens maintenant. » Il n’y a pas non plus de repentir pour ceux qui meurent dans la mécréance. (Sourate An-Nisâ’ : 18)
22. Les gens à l’esprit borné
Certaines personnes sont si peu douées de raison qu’elles restent totalement indifférentes à ce qui est dit ou non devant elles.
(Arabe*********)
Parmi eux, certains prêtent certes l’oreille à vos paroles, mais dès qu’ils sortent, ils disent à ceux qui ont reçu le savoir : « Que vient-Il de dire à l’instant ? » (Sourate Muhammad : 16)
23. Les véritables croyants
Il est dit au sujet de telles personnes :
(Arabe*********)
On leur dit : « De nombreuses personnes se sont rassemblées pour vous affronter et ont réuni de nombreux équipements ; craignez-les. » Alors leur foi se raffermit et ils répondent : « Allah nous suffit, et quel excellent Protecteur Il est ! » (Sourate Al-Baqara : 273)
24. Pauvres, mais satisfaits de peu
Voici ce qu’Allah, le Seigneur des mondes, dit au sujet de certaines personnes :
(Arabe*********)
Les aumônes sont destinées aux pauvres qui se sont consacrés à la cause d’Allah et ne peuvent parcourir la terre à la recherche de leur subsistance. L’ignorant les croit riches parce qu’ils s’abstiennent de mendier. Tu les reconnaîtras à leurs signes : ils ne sollicitent pas les gens avec insistance pour obtenir l’aumône. (Sourate Al-Baqara : 273)
25. Ceux qui craignent Allah
Au sujet de ces gens, le commandement d’Allah est le suivant :
(Arabe*********)
Les croyants sont tels que, lorsque le nom d’Allah est mentionné devant eux, leurs cœurs sont saisis de crainte. Et lorsque Sa Parole leur est récitée, leur foi augmente. Ils placent leur confiance en leur Seigneur. (Sourate Al-Anfâl : 2)
26. Les véritables serviteurs d’Allah
(Arabe*********)
Les véritables serviteurs du Tout Miséricordieux sont ceux qui marchent humblement sur la terre et qui, lorsque les ignorants s’adressent à eux, disent : « Paix », puis s’éloignent. (Sourate Al-Furqân : 63)
27. Charitables et généreux
Le Très-Haut dit au sujet des gens généreux :
(Arabe*********)
Ils nourrissent, par amour pour Allah, les nécessiteux, les orphelins et les prisonniers, et disent : « Nous ne vous nourrissons que pour obtenir l’agrément d’Allah. Nous n’attendons de vous ni récompense ni gratitude. »
28. Les patients
Voici ce qui est annoncé au sujet de ceux qui sont patients :
(Arabe*********)
Lorsqu’une épreuve ou une calamité les frappe, ils disent : « Certes, nous appartenons à Allah et c’est vers Lui que nous retournerons. » (Sourate al-Baqara : 156)
29. Celui qui donne la préférence à son autre frère
(Arabe*********)
Ils aiment les émigrés, ne ressentent dans leur cœur aucune jalousie à l’égard de ce qui leur a été donné et leur donnent la priorité, même s’ils sont eux-mêmes dans le besoin. (Sourate al-Hachr : 9)
30. Ceux qui maîtrisent leur colère et pardonnent aux autres
Voici le commandement d’Allah concernant ceux qui maîtrisent leur colère et pardonnent :
(Arabe*********)Ils maîtrisent leur colère et pardonnent aux gens. (Sourate Âl ‘Imrân : 134)
Les caractéristiques évoquées ci-dessus se retrouvent à toutes les époques et chez tous les peuples. Le Coran les a présentées d’une manière telle que, même des centaines d’années plus tard, on a l’impression qu’ils sont tous présents devant nous.
Douzième chapitre
L’argumentation fondée sur la sagesse
De même que les autres appels ont été rejetés de diverses manières, l’appel islamique a lui aussi été rejeté. Ceux qui ont avancé des arguments et engagé des débats pour démontrer la vanité de l’appel de l’islam, l’islam les a également défiés au moyen d’arguments et de preuves. Puisque le Coran est essentiellement lié à l’appel islamique, il contient donc lui aussi des arguments et des preuves. La question est maintenant la suivante : quelle est la nature de l’argumentation coranique ? Ou quelle méthode a-t-on adoptée pour cette argumentation et ce débat, et quelles preuves et quels arguments ont été présentés à cette fin ?
Avant de répondre à cette question, nous devons voir pourquoi le Coran est venu et quel était le but de sa révélation.
Il ne fait aucun doute que le Coran est venu pour faire revivre et rétablir la plus fondamentale des croyances, celle de l’unicité divine (tawhid). Il avait pour objectif de faire revivre cette croyance au sein d’un peuple qui associait d’autres divinités à Allah. Dès lors, rien ne pouvait leur paraître plus étonnant qu’un homme affirmant qu’Allah est unique.
(Arabe*********)
A-t-il fait des divinités multiples une seule divinité ? Voilà assurément une chose étonnante. Certains de leurs notables partirent en disant : « Allez-vous-en et persévérez dans l’adoration de vos divinités. Voilà certainement une chose préméditée. Nous n’avons jamais entendu pareille chose de la part de nos ancêtres. Ce n’est qu’une invention. » (Sourate Ṣād : 5-7)
Aujourd’hui, lorsque nous observons les propos et les réflexions des polythéistes, cela nous fait sourire. Nous trouvons leurs paroles extrêmement stupides. Mais nous devons voir quelle était, à cette époque, la conception générale du tawhid.
Il ne fait aucun doute qu’à cette époque, la croyance en l’unicité divine était considérée comme extrêmement étrange.
Il faut également comprendre que tous les habitants d’Arabie auxquels le Coran s’adressait n’étaient pas des polythéistes. Il s’y trouvait aussi des gens appartenant aux Gens du Livre (les adeptes des Écritures antérieures). Mais ils n’acceptaient pas qu’une autre religion vienne abolir leur religion, ni qu’un Livre céleste soit révélé à un homme qui n’appartiendrait pas à leur communauté, quels que soient les principes de cette nouvelle religion et les liens qu’elle pourrait avoir avec la leur.
(Arabe*********)
Et ils priaient pour obtenir la victoire sur les premiers mécréants. Mais lorsqu’il leur parvint, celui qu’ils connaissaient parfaitement, ils le renièrent. (Sourate Al-Baqara : 89)
Il convient de réfléchir à un point : l’islam était, dans ses fondements et ses principes religieux, en accord avec les gens du Livre (car, avant sa déformation, leur religion était elle aussi l’islam). Cependant, l’islam n’était nullement disposé à tolérer l’état auquel étaient parvenues les croyances des juifs et des chrétiens à cette époque. Les juifs avaient fait d’Uzayr, que la paix soit sur lui, le fils d’Allah, tandis que les chrétiens avaient fait de Jésus, que la paix soit sur lui, le fils d’Allah. Les juifs et les chrétiens prétendaient donc être les fils d’Allah, ses plus proches et ses bien-aimés. Même s’ils devaient entrer en Enfer, disaient-ils, ce ne serait que pour quelques jours. C’est ce que le Coran lui-même a exposé en plusieurs endroits.
À la lumière de ce qui précède, on peut dire que l’appel lancé par l’islam à ranimer la croyance en l’unicité divine constituait, pour les juifs et les chrétiens, une parole sans précédent. En outre, la première revendication du Coran fut de présenter la grande croyance, c’est-à-dire la croyance en l’unicité divine, sous une forme nouvelle et de lui redonner vie.
Nous avons qualifié la croyance en l’unicité divine de plus grande croyance (bien qu’elle ne nous paraisse aujourd’hui nullement étonnante : elle va de soi), car il n’était pas chose facile pour un homme d’abandonner directement les croyances héritées de ses ancêtres. La croyance s’intègre à la nature humaine dès l’enfance, et il n’était pas facile que les innombrables événements apparents et cachés de la vie humaine effacent sa pensée et sa conscience, puis qu’il se tourne vers un Dieu unique, lequel domine toutes ses forces physiques et mentales.
À vrai dire, l’islam n’est pas la première religion à appeler à l’unicité divine. D’autres religions y ont également appelé et, à cause de cet appel, elles ont elles aussi été confrontées aux épreuves, aux malheurs et aux souffrances ; l’islam a pareillement traversé de telles souffrances. La différence est toutefois que l’unicité divine à laquelle appelle l’islam est totalement exempte de polythéisme. Elle est même pure et libre de tout soupçon de polythéisme. Il s’agit d’une unicité divine parfaitement authentique. L’islam s’oppose entièrement au moindre germe de représentation ou de matérialisation que l’on pourrait trouver dans l’être humain.
À la lumière de ce qui précède, on comprend que la toute première responsabilité du Coran consiste à faire resplendir la croyance pure et sacrée en l’unicité divine. Il faut souligner que le centre permanent de la croyance et de la conscience est le cœur et la conscience de l’être humain. Ce n’est pas seulement le lieu des croyances religieuses : toutes les croyances ont pour véritable siège le cœur humain. Le chemin le plus proche du cœur est la spontanéité de l’esprit (c’est-à-dire que le cœur accepte une idée lorsqu’elle est présentée de manière évidente et simple), tandis que le moyen le plus facile d’atteindre la conscience est la perception ou le sentiment (c’est-à-dire que la conscience est influencée par le sentiment). Dans ce domaine, l’intelligence ne constitue guère plus qu’un canal de liaison. L’intelligence est un tunnel, mais il existe bien d’autres tunnels en dehors de celui-ci. Or l’intelligence n’est ni le plus vaste ni le plus fiable de tous ces tunnels. Elle n’est pas non plus le tunnel le plus proche parmi les autres. En réalité, l’intelligence ne possède aucune particularité qui lui permettrait de séparer le cœur de la conscience.
De nos jours, certaines personnes, voyant les progrès de la science et de la technologie, accordent une importance excessive à l’intelligence et aux capacités humaines. Même quelques croyants à l’esprit obtus, entraînés dans cette tentation, tentent de soumettre les conceptions et la pensée religieuses à l’examen de raisonnements et d’arguments cérébraux ainsi qu’à la pierre de touche de la science. Ces gens commettent une grave erreur.
Ces gens accordent au savoir et à la raison humains une importance qu’ils ne méritent absolument pas. Il convient de leur accorder exactement la considération qui leur revient. Cela ne signifie pas que l’islam méprise le savoir et la raison humains. Le champ du savoir humain est très vaste ; pourtant, l’être humain ne peut en embrasser entièrement l’étendue, qu’elle soit intellectuelle ou affective. De plus, l’intelligence et la raison humaines ne constituent qu’un seul chemin parmi leurs innombrables voies souterraines. L’homme ne peut fermer ce chemin pour lui-même que lorsque son âme est frappée de faiblesse et que sa force s’est épuisée. Il est alors privé de la capacité de prendre une décision dans cette œuvre grandiose.
Il est certes vrai que l’intelligence dirige les activités et les besoins de la vie quotidienne. En outre, elle pénètre les problèmes qui, d’une manière ou d’une autre, sont liés à la vie humaine. Mais lorsqu’il est question de croyance, son statut est bien plus élevé. La pensée humaine ne peut en atteindre les limites ultimes. Seul celui qui suit la voie de la guidance et possède la clairvoyance accordée par Allah peut atteindre les sommets des croyances. En vérité, seul un être de cette nature peut illuminer son cœur et ses sentiments de la lumière de la guidance.
Dans toutes les religions, seuls ceux qui cheminent sur la voie de la guidance et de la clairvoyance ont toujours été capables de croire. Les rationalistes se livrent depuis des siècles à des débats intellectuels sur la croyance au tawhid, mais ils n’en ont rien retiré. Ce que le Noble Coran a accompli en quelques années, les érudits de la logique n’ont même pas réussi à en accomplir un millième. Voyons donc quelle voie simple et accessible à tous le Noble Coran a adoptée pour atteindre cet objectif.
L’expression simple et limpide du Noble Coran
Pour aiguiser la clairvoyance de l’être humain, le Noble Coran s’efforce constamment d’éveiller sa conscience et ses sentiments. Il va plus loin encore et cherche à influencer sa conscience morale. À cette fin, ce que le Coran veut accomplir est lié à la compréhension des scènes et à ce qui est perceptible. En d’autres termes, on pourrait aussi parler d’une œuvre artistique transformée en argumentation. Le Noble Coran s’appuie également sur ces réalités évidentes, éternelles et permanentes. Ce sont des réalités qui ouvrent les portes lumineuses de la clairvoyance, que l’être humain perçoit par son instinct naturel.
C’est pourquoi la méthode adoptée par le Noble Coran est une méthode simple : présenter une chose sous forme d’image par l’imagination et la représentation, comme nous l’avons expliqué dans le chapitre précédent. Ici, nous employons le terme « tajsîm » (représentation) dans un sens d’expression artistique, et non dans un sens religieux. En effet, l’islam est une religion pure, exempte de toute conception matérialiste ; il n’a pas besoin d’être représenté sous une forme matérielle.
La méthode par laquelle le Noble Coran présente les arguments et les preuves des opposants pour vaincre l’adversaire peut être appelée une argumentation inspirée par la sagesse. Cette argumentation est parfois exposée au moyen de mots, parfois au moyen de récits et d’histoires variés, et parfois au moyen d’images. C’est par la combinaison de tous ces éléments que le Coran a atteint son objectif. Nous avons déjà traité cette question.
En outre, la scène de la Résurrection qui est présentée, ainsi que les tableaux de la félicité et du châtiment qui sont peints, relèvent eux aussi de l’argumentation inspirée par la sagesse. Ils frappent aux portes de l’inconscient humain. Ils aiguisent la pensée et élargissent la clairvoyance. Ils tirent l’être humain de ses rêves insouciants et le conduisent dans le monde réel. Ainsi, l’esprit humain se trouve préparé à accepter la vérité et à y demeurer ferme.
En outre, en plus des images humaines et psychologiques, des récits, des scènes de la Résurrection et des tableaux du châtiment et de la félicité, le Noble Coran a adopté une autre méthode pour rendre l’appel acceptable : exposer l’argumentation inspirée par la sagesse au moyen d’images. C’est pourquoi j’ai décidé de l’inclure dans un chapitre distinct et de l’y examiner.
Cependant, l’objet de la discussion dans ce chapitre n’est pas l’argumentation ni la controverse. Nous voulons seulement examiner la forme ou la nature de ces arguments et de ces preuves. En effet, notre discussion principale porte sur la nature et la forme de l’image sur lesquelles repose le déroulement du Coran. Car le contenu de cet ouvrage se limite exclusivement à l’aspect artistique du Coran. Rien d’autre. L’étude des autres sujets du Coran ne constitue pas notre objectif.
Le problème du tawhid (unicité divine)
Nous avons déjà dit que le premier appel et la première revendication de l’islam sont le tawhid. Ceux auxquels le Coran s’adressait étaient farouchement opposés au tawhid. Ils considéraient cela comme une chose étrange. Il convient donc d’examiner comment le Coran a présenté ses arguments et ses preuves aux négateurs du tawhid.
Il ne fait aucun doute que le Coran, en présentant l’appel au tawhid dans un langage extrêmement simple et touchant, a cherché à éveiller la conscience des hommes. Le discours coranique est si évident et si clair qu’il ne comporte aucune complexité ni aucune possibilité de contre-argumentation. Il est dit :
(Arabe***********)
Ont-ils pris des idoles faites de terre pour divinités, pensant qu’elles les feraient vivre ? S’il y avait dans le ciel et sur la terre une autre divinité qu’Allah, tous deux seraient assurément détruits. Gloire donc au Seigneur du Trône, qui est exempt de ce qu’ils décrivent. Il ne sera pas interrogé sur ce qu’Il fait, tandis qu’ils seront interrogés. Ont-ils pris d’autres divinités en dehors d’Allah ? Dis : « Apportez votre preuve ! Voici le rappel de ceux qui m’accompagnent et le rappel de ceux qui m’ont précédé. » Mais la plupart d’entre eux ne connaissent pas la vérité et s’en détournent. (Sourate al-Anbiyâ : 21-24)
(Arabe***********)
Allah ne S’est pas attribué d’enfant et il n’existe aucune autre divinité avec Lui. S’il en était autrement, chaque divinité se serait séparée avec sa propre création et l’une aurait cherché à dominer l’autre. Gloire donc à Allah, qui est exempt de ce qu’ils décrivent. (Sourate al-Mu’minûn : 91)
Il existe encore bien d’autres preuves évidentes et allant de soi en faveur du tawhid. La portée de ces versets est la suivante : nous ne voyons aucun désordre ni aucune perturbation dans la terre et dans les cieux. Tout fonctionne harmonieusement. Cela montre que l’administration de ce vaste royaume est entre les mains d’un seul Être. Et Il est Allah, le Seigneur des mondes, l’Omniscient, le Très-Savant.
Le Coran a également déclaré que, s’il y avait plusieurs divinités dans les cieux et sur la terre, chacune d’elles se serait séparée avec sa propre création. Voilà qui est tout à fait risible : chaque créature chercherait refuge auprès de sa divinité, puis chaque divinité continuerait sa route séparément avec sa création. Mais on ignore où aboutirait cette marche ; nous-mêmes n’avons aucune réponse à cela. C’est pourquoi le simple fait de penser à plusieurs divinités nous fait rire : s’il y en avait plusieurs, un chaos indescriptible aurait éclaté dans les cieux et sur la terre.
Une autre question pourrait se poser : si une autre divinité existe effectivement, qu’a-t-elle fait ? Les cieux et la terre ont déjà été créés et se trouvent devant nous. Qu’a-t-elle donc créé de nouveau ?
(Arabe***********)
Dis : « Avez-vous réfléchi à ceux que vous adorez en dehors d’Allah ? Montrez-moi donc ce qu’ils ont créé sur la terre. Ou bien ont-ils une part dans la création des cieux ? Apportez-moi un Livre antérieur à celui-ci, ou quelque trace de connaissance transmise, si vous êtes véridiques. » (Sourate Al-Ahqaf : 4)
Observez également : la création d’Allah est présente en divers lieux. La manifestation de la puissance d’Allah apparaît en chaque lieu et dans chaque chose. Nos sens la voient, notre raison la reconnaît et notre intuition la ressent. Il est dit dans le Coran :
(Arabe***********)
Dis : « Louange à Allah et paix sur Ses serviteurs qu’Il a élus. Qui est meilleur : Allah ou ceux qu’ils Lui associent ? Dis : Qui a créé les cieux et la terre ? Qui a fait descendre du ciel une eau pour vous ? (C’est Moi qui la fais descendre.) Puis, par cette eau, J’ai fait pousser de magnifiques jardins. Vous n’auriez pas pu faire pousser leurs arbres. Y a-t-il donc une autre divinité créatrice avec Allah ? En vérité, ce sont des gens égarés. Dis : Qui a établi la terre comme lieu habitable, y a fait couler des rivières, y a implanté des montagnes pour la stabiliser et a placé une séparation entre les deux mers ? Y a-t-il donc une divinité avec Lui ? Pourtant, la plupart d’entre eux ne savent pas. Dis : Qui répond à l’appel de celui qui est dans la détresse lorsqu’il L’invoque, dissipe le mal et vous établit comme successeurs sur la terre ? Y a-t-il donc une divinité avec Allah ? Vous ne réfléchissez que très peu. Dis : Qui vous guide dans les ténèbres de la terre et de la mer, et qui envoie les vents annonciateurs de Sa miséricorde ? Y a-t-il donc une divinité avec Allah ? Allah est bien au-dessus de ce qu’ils Lui associent. Dis : Qui crée une première fois, puis recrée, et qui vous attribue votre subsistance venant du ciel et de la terre ? (Dis encore 🙂 Y a-t-il donc une divinité avec Allah ? Dis : “Apportez votre preuve, si vous êtes véridiques.” » (Sourate An-Naml : 59-64)
Les différents thèmes des versets mentionnés sont interdépendants et complémentaires pour renforcer et affermir la conscience du tawhid dans l’être humain. Ainsi, les scènes des cieux et de la terre, les divers événements et accidents qui surviennent dans la vie quotidienne, ainsi que les sentiments naturels qui, sous la pression des difficultés de subsistance, contraignent l’homme à se tourner vers Allah, tout cela agit conjointement sur la pensée, les sentiments, la conscience morale et la clairvoyance intérieure, et pousse l’être humain vers la conscience du tawhid. De tels versets sont innombrables dans le Coran. De même, les scènes de la Résurrection, du Paradis et de l’Enfer ne sont pas rares dans le Coran. Il n’y a pas davantage de pénurie de versets destinés à enraciner dans l’esprit et le cœur des hommes la croyance au tawhid (la conscience du tawhid). Tout cela se rattache essentiellement à l’argumentation fondée sur la sagesse et relève de ce chapitre.
La résurrection après la mort
La doctrine que l’islam a le plus de mal à faire comprendre est celle de la résurrection après la mort, de la Résurrection, du rassemblement, etc. C’est à ces Arabes qui disaient cela que l’islam s’est adressé :
(Arabe***********)
Notre vie terrestre est notre seule vie. Nous mourons ou nous vivons, tout se passe ici, et nous ne serons jamais ressuscités. (Sourate al-Mu’minûn : 37)
La résurrection était, chez les Arabes, plus étonnante encore que l’appel au tawhid. Ils traitaient de fous ceux qui acceptaient la résurrection. Selon eux, aucune personne saine d’esprit ne pouvait admettre une telle chose.
Les mécréants disaient : « Voulez-vous que nous vous indiquions un homme qui vous annonce que, lorsque vous serez entièrement désintégrés, vous serez recréés ? Forge-t-il un mensonge contre Allah, ou bien est-il fou ? » (Sourate Saba : 7-8)
Ils considéraient ainsi la résurrection et le rassemblement sous un angle particulièrement étonnant. Voyons maintenant quels arguments et quelles preuves le Coran a présentés devant eux dans une situation aussi surprenante.
Le Coran leur a présenté une conception des états apparents et cachés de la création. Il a particulièrement attiré l’attention sur le don d’une vie particulière à l’être humain, en faisant naître les pulsations de la vie sur la terre. Le propos du Coran était ici le suivant : de même qu’Allah peut commencer la création, Il peut aussi la renouveler, et Il en est capable.
(Arabe***********)Sommes-Nous donc épuisé après avoir créé pour la première fois ? Bien plutôt, ils doutent d’une nouvelle création. (Sourate Qaf : 15)
Le procédé de représentation imagée du Coran, qui constitue l’un de ses modes d’expression particuliers, a exprimé cette idée selon la similitude particulière de la vie que l’on trouve entre la terre et l’être humain.
(Arabe***********)
Que l’homme périsse ! Comme il est ingrat ! De quelle substance l’a-t-Il créé ? Il l’a créé d’une goutte de sperme, puis Il l’a parfaitement proportionné. Ensuite, Il lui a facilité le chemin, puis Il le fait mourir et le met au tombeau. Puis, lorsqu’Il le voudra, Il le ressuscitera. Mais il ne s’est jamais montré reconnaissant : il n’a pas accompli ce qu’Il lui a ordonné. Que l’homme considère sa nourriture. Nous avons fait pleuvoir abondamment l’eau, puis Nous avons fendu la terre et y avons fait pousser des céréales, des raisins, des légumes, des oliviers, des palmiers, des jardins touffus, des fruits et des pâturages, pour votre profit et celui de vos bestiaux. (Sourate Abasa : 17-32)
Il est dit ailleurs :
(Arabe***********)
Il fait sortir le vivant du mort et le mort du vivant, et Il redonne vie à la terre morte. C’est ainsi que vous serez ressuscités. Parmi Ses signes figure le fait qu’Il vous a créés de terre ; puis voilà que vous êtes des êtres humains qui se dispersent sur la terre. Un autre de Ses signes est qu’Il a créé pour vous, issus de vous-mêmes, des épouses afin que vous trouviez auprès d’elles la tranquillité, et qu’Il a établi entre vous affection et miséricorde. Il y a certes là des signes pour ceux qui réfléchissent. Parmi Ses autres signes figurent la création des cieux et de la terre, ainsi que la diversité de vos langues et de vos couleurs. Il y a certes là des signes pour les savants. Parmi Ses autres signes figurent votre sommeil, la nuit et le jour, et votre recherche de Sa grâce. Il y a certes là des signes pour ceux qui prêtent attention. Un autre de Ses signes est qu’Il fait descendre l’eau du ciel, puis, par elle, Il redonne vie à la terre morte. Il y a certes là des signes pour les gens doués d’intelligence. (Sourate Ar-Rum : 19-24)
Le Coran a présenté devant eux des images qu’ils pouvaient comprendre et qu’ils connaissaient parfaitement. Leurs sens ne cessaient d’observer ces représentations. Celles-ci attiraient constamment leur intelligence et leur raison vers l’instruction.
Ces scènes entretenaient un lien profond avec la vie et les moyens de subsistance des Arabes, ainsi qu’avec leur conscience et leurs sentiments. Elles s’étaient fondues dans leur être. Le Coran a attiré leur attention sur ces scènes d’une manière telle qu’elles semblent nouvelles. Pourtant, celui qui observe ces scènes naturelles les yeux et les oreilles ouverts y découvre certainement de la nouveauté, à condition de ne pas s’obstiner dans son entêtement. Les raisonnements produits par l’intellect n’ont aucune stabilité ; tout au plus peuvent-ils témoigner de l’ingéniosité.
L’intelligence et les sens de l’être humain désirent tous deux pénétrer jusqu’au cœur de la croyance et de la conscience. L’être humain est avide de connaître ce qui lui est inconnu. Plus une croyance demeure cachée et éloignée de la conscience et du sentiment, plus on désire parvenir jusqu’à elle. C’est pourquoi le Coran a également adopté, pour traiter de la croyance, une méthode d’expression fondée sur l’image et l’imagination.
(Arabe***********)
Ne vois-tu pas que tout ce qui est dans les cieux et sur la terre, ainsi que les oiseaux déployant leurs ailes, proclame la transcendance et la gloire d’Allah ? Chacun connaît la manière qui lui est propre de L’adorer, de proclamer Sa transcendance et Sa gloire. (Sourate An-Nûr : 41)
Les sept cieux, la terre et tout ce qui s’y trouve proclament Sa transcendance et Sa gloire. Il n’est rien qui ne proclame Sa gloire et Sa transcendance. Mais vous ne comprenez pas leur manière de Le glorifier et de proclamer Sa transcendance. (Sourate Banî Isrâ’îl : 44)
(Arabe***********)
Ceux qui portent le Trône et ceux qui l’entourent célèbrent, en Le louant, la transcendance de leur Seigneur. Ils croient en Lui et demandent pardon pour les croyants en disant : « Seigneur, Votre miséricorde et Votre science embrassent toute chose. Pardonnez donc à ceux qui se repentent et suivent Votre voie, et préservez-les du châtiment de l’Enfer. Seigneur, faites-les entrer dans les jardins éternels que Vous leur avez promis, ainsi que ceux de leurs pères, de leurs épouses et de leurs descendants qui sont vertueux. Vous êtes certes le Tout-Puissant, le Sage. Et préservez-les des mauvaises actions : celui que Vous préserverez ce jour-là des mauvaises actions, Vous lui aurez accordé Votre miséricorde. Tel est le succès immense. » (Sourate Al-Mu’min : 7-9)
Les images tracées dans ces versets suscitent dans la nature humaine une peur semblable à celle qu’éprouve une personne, effrayée et déconcertée, en voyant l’image d’une chose inconnue. Elles éveillent également en elle la curiosité envers un monde inconnu et mystérieux. C’est un monde où les anges portent le Trône tout en célébrant Ses louanges. De même, il n’existe sur terre aucune chose qui ne glorifie Allah et ne célèbre Ses louanges.
Il arrive souvent que les choses invisibles soient tout proches, mais que les limites de l’intelligence humaine empêchent de les comprendre. Pourtant, elles enveloppent la pensée et la conscience de l’être humain, et la puissance d’Allah se manifeste à travers elles. Sous leur influence, le cœur humain se met à resplendir de la lumière de la foi.
(Arabe***********)
Rien, dans les cieux ni sur la terre, n’est caché à Allah. C’est Lui qui vous a façonnés à Sa volonté dans le sein de vos mères. (Sourate Âl ʿImrân : 5-6)
Ce verset prouve qu’Allah connaît les informations relatives à tout le monde invisible. Il s’agit essentiellement d’une preuve liée à la conscience, et non d’une question relevant de l’investigation intellectuelle. Le verset suivant dépeint une image encore plus vaste et saisissante.
(Arabe***********)
C’est auprès de Lui que se trouvent les clés du monde invisible ; nul autre que Lui ne les connaît. Il sait tout ce qui se trouve sur terre et en mer. Aucune feuille ne tombe sans qu’Il le sache. Pas même un grain de céréale ne tombe dans les ténèbres de la terre sans qu’Il le sache, pas plus qu’un élément humide ou sec ne tombe quelque part sans qu’Il en soit informé. Tout est consigné dans un Livre manifeste. (Sourate al-Anʿâm : 59)
Dans le verset étudié, la puissance d’Allah est décrite avec une extrême subtilité, mais aussi avec force. Il montre l’étendue immense de Son savoir. Les meilleurs mots ont été choisis pour faire comprendre cette idée, et une image magnifique a été peinte au moyen de ces mots. Les termes de ce verset expriment l’ampleur de la science d’Allah. Plus encore, ils composent une image imaginaire étonnante. Il est dit, par exemple : « Aucune feuille ne tombe sans qu’Il le sache. Dans aucun recoin obscur de la terre ne se trouve un grain dont Il ne soit informé. En outre, Il connaît toute chose, humide ou sèche. » On croirait non pas une description, mais une image reproduite trait pour trait.
En récitant ce verset, l’homme désire parcourir toute la terre avec les yeux de l’imagination pour découvrir où se trouve cette feuille tombée. Il se met également à rechercher ce grain dissimulé dans les ténèbres de la terre. Mais nul autre qu’Allah ne peut en avoir connaissance. Lorsqu’à force de réflexion l’homme revient à lui-même, la crainte et la révérence envers Allah l’envahissent. À cet instant, il se tourne intérieurement vers la cour du Créateur Très-Haut et, avec une profonde absorption, ne cesse de reconnaître Sa science.
Telle est l’argumentation de l’Al-Qur’an, que l’on pourrait aussi appeler une représentation logique. Quel rapport pourrait-elle avoir avec les raisonnements produits par l’intellect, que nos rationalistes nous ont servis pendant des siècles ?
En de nombreux endroits, l’Al-Qur’an évite les raisonnements et les controverses produits par l’intellect. Nous en donnons un exemple. Il est dit :
(Arabe***********)
Vous et ceux que vous adorez en dehors d’Allah serez le combustible de la Géhenne. Vous y entrerez tous. (Sourate al-Anbiyâ’ : 98)
En entendant ce verset, les polythéistes arabes s’imaginèrent qu’il y avait parmi les chrétiens des gens qui considéraient Jésus comme une divinité. Jésus allait-il donc, lui aussi, entrer en Enfer ? Leur objectif était de détériorer les relations entre les musulmans et les chrétiens. C’est pourquoi ils avancèrent un raisonnement produit par l’intellect.
Le verset suivant apporte une belle réponse à ce sujet.
(Arabe***********)L’exemple qu’ils présentent devant toi, ils ne le présentent que pour polémiquer. En vérité, ce sont des gens portés à la controverse. (Sourate az-Zukhruf : 58)
Cette phrase, énoncée de manière très simple, ne recourt ici à aucune aide de la logique ou de la science du raisonnement.
Si le Coran s’exprimait dans le style des raisonnements et des controverses intellectuelles, rien n’en résulterait. Car l’objectif essentiel du Coran ne serait pas atteint de cette manière. En effet, aucune croyance ne peut être établie par la polémique ou la controverse. La foi se situe au-dessus de la controverse.
Il ne fait aucun doute que le Coran a cherché à émouvoir la conscience de l’être humain. C’est pourquoi il a adopté le procédé de la narration. De même, en présentant son message fondamental dans un style illustratif, il a atteint son objectif. Puisque le Coran porte en lui les dimensions religieuse et artistique, le style qu’il a adopté pour présenter son message se situe au sommet de la beauté et de l’harmonie.
Le mode narratif du Coran
L’essentiel de toutes les discussions précédentes est que le Coran cherche à atteindre l’objectif visé en présentant son message dans un style unique et exceptionnel. Il a adopté la même méthode même lorsqu’il présente des preuves, des arguments ou des raisonnements. En outre, par l’imagination et la représentation, il a rendu chaque événement présent comme une image. Autrement dit, le Coran présente le sens immatériel sous une forme corporelle et perceptible par les sens.
Nous voulons examiner dans quelle mesure cette méthode artistique de narration est efficace et opérante. Tel est le sujet de notre ouvrage. Les sujets traités par le Coran ne constituent pas notre objet d’étude. Dans les discussions que nous avons menées précédemment, certains de ces sujets ont été abordés uniquement pour attirer l’attention sur la manière dont le Coran présente ce sujet, ainsi que sur sa forme et sa méthode. Dans les discussions que nous avons déjà menées, certains de ces sujets ont donc été évoqués seulement dans ce but : montrer comment le Coran présente cette question, et quelles en sont la forme et la méthode.
Lorsque certains considèrent attentivement le contenu du Coran et réfléchissent à son ampleur, à son universalité et à sa grandeur, ils s’exclament : « C’est ce contenu qui constitue son caractère distinctif. Et cela suffit. » Selon eux, la narration du Coran, son mode d’approche et son analyse minutieuse sont des éléments secondaires. À leurs yeux, le caractère miraculeux du Coran réside entièrement dans son contenu. D’autres, en revanche, examinent les mots et les phrases et affirment que le caractère miraculeux du Coran est lié séparément à chacun des deux.
À ce propos, nous affirmons que le contenu visé découle du style narratif adopté par le Coran. La valeur des deux est donc égale. Nous ne souhaitons pas nous engager dans une controverse futile au sujet des mots et du sens, bien que d’éminents écrivains et linguistes se soient querellés à leur propos.
Des écrivains et des linguistes tels qu’Ibn Qutayba, Qudāma et Abū Hilāl al-ʿAskarī ont écrit sur cette question. Cependant, nous estimons que ce qu’Abd al-Qāhir al-Jurjānī a exposé à ce sujet dans son ouvrage intitulé « Dalā’il al-Iʿjāz » témoigne d’une profonde érudition et d’un grand équilibre. Il a dit : un homme de savoir ne peut même pas concevoir qu’une discussion puisse porter sur les mots pour cette seule raison. En revanche, on peut discuter du sens dans lequel un mot doit être employé. On ne peut pas non plus débattre d’un sens qui plaît en lui-même. Oui, la discussion qui peut être liée au sens porte sur la question suivante : à quel mot le sens compréhensible est-il rattaché ? Le mot représente précisément ce sens. De plus, ce sens ne peut se manifester que lorsqu’il est composé selon un rythme et une mesure particuliers ; autrement, il ne se manifeste pas. Il est impossible que la disposition des mots et le rythme soient différents tout en conservant le même sens.
Si Abd al-Qāhir al-Jurjānī avait écrit quelques lignes de manière concise dans ce but, nous les aurions reproduites textuellement. Mais, hélas, il a rempli tout son ouvrage de cette discussion. C’est pourquoi nous ne pouvons pas exposer sa pensée dans son intégralité. Nous ne pouvons même pas en citer un passage. Nous avons constaté que son matériau est très complexe.
Ce que l’on peut néanmoins affirmer avec force, c’est qu’il avait la capacité de résoudre ces questions. S’il avait avancé un peu davantage dans son étude, il aurait pu atteindre le sommet de l’art.
Nous voulons exposer le point de vue d’Abd al-Qāhir : la composition et le rythme de son œuvre constituent une grande démonstration dans la représentation du sens. Lorsque deux procédés sont employés pour faire comprendre un sens sous-jacent, deux sens différents apparaissent dans l’esprit et dans la conscience. Il semble exister entre ce sens et le mode d’expression un rapport tel qu’une fois celui-ci saisi, aucune possibilité ne subsiste de penser séparément le mot et le sens. Un sens se manifeste d’une certaine manière lorsque la composition et la rime sont semblables. Dans la mesure où un changement apparaît dans l’état des mots, un changement correspondant se produit également dans le sens. Souvent, l’aspect intellectuel n’est pas affecté, mais l’état intérieur et psychologique se transforme. Il est manifeste que le style dans lequel le discours est présenté dans l’art vise uniquement à influencer le monde intérieur. C’est pourquoi, lorsque l’effet de la phrase commence à se modifier, le sens se modifie lui aussi.
La discussion qui précède indique précisément que la méthode de représentation adoptée dans le Coran revêt une très grande importance. Il s’agit en effet d’un mode d’exposition dans lequel les sens, les objectifs et les thèmes coraniques ont reçu la forme même sous laquelle nous pouvons les voir. Et cette condition détermine leur valeur et leur dignité. Si cette condition n’avait pas existé et qu’il en avait été autrement, cela n’aurait pas eu l’importance que cela revêt aujourd’hui.
Nous voulons clarifier davantage cette question par des exemples. Bien que cet ouvrage contienne, en divers endroits, des exemples de ce genre et que nous les ayons expliqués en détail, de sorte que le style d’expression du Coran soit devenu parfaitement clair, puisque ceci est le dernier chapitre de l’ouvrage, nous présentons encore quelques exemples de discussion, comme pour ajouter une brassée de légumes à un fardeau déjà lourd. Car les exemples ne nous manquent pas.
La première caractéristique du style descriptif du Coran consiste à donner une forme imagée à ce qui échappe aux sens et à le rendre ainsi intelligible. De la même manière, le Coran présente les tableaux de la nature, l’histoire du passé, les événements et les exemples, les scènes de la Résurrection, les scènes du châtiment et de la paix, ainsi que la nature humaine, de telle sorte qu’il semble que tout cela soit présent sous nos yeux. Ainsi, le Coran fait entrer les réalités conceptuelles dans le domaine de la perception sensible. Puis, par la puissance de la pensée, il leur imprime également un mouvement. Elles paraissent alors toujours en mouvement aux yeux de l’imagination.
La question qui se pose maintenant est la suivante : pourquoi la méthode de représentation adoptée par le Coran est-elle plus importante que les autres méthodes, dans lesquelles le sens et l’état des choses sont décrits sous leur forme réelle ? De même, pourquoi un accident ou un récit sont-ils décrits dans leur état véritable ? Si l’objectif est de décrire une scène et qu’on la décrit malgré tout en quelques mots ordinaires, sans en tracer l’image dans l’imagination…
Il suffit de dire ceci au sujet de la valeur des formes et des méthodes adoptées par le Coran : d’abord, nous les voyons dans leur forme originelle, dépouillée de tout voile. Puis nous les faisons apparaître devant nous dans l’imagination sous forme de scènes. Ainsi, les deux états deviennent parfaitement clairs l’un par rapport à l’autre.
Dans le premier état, le sens s’adresse à l’intellect et aux sentiments, et leur parvient séparé de l’image qui le véhicule. Quant à la méthode figurative, le sens s’adresse aux sens et à la conscience, et parvient à l’être humain par une voie différente. C’est ainsi que la conscience se trouve influencée. Cette influence atteint l’être humain par une voie particulière. L’intellect est l’une de ces voies. On ne peut pas dire qu’il soit l’unique voie, ni qu’il n’existe aucune autre voie ou méthode en dehors de celle-ci.
Il ne fait aucun doute que le style de représentation adopté par le Coran est extrêmement saisissant.
Cette méthode est équilibrée pour transmettre tous les enseignements de la foi, mais nous voulons examiner uniquement son aspect esthétique. Il ne fait aucun doute que ce mode de description est extrêmement nécessaire du point de vue artistique. La première exigence de l’art est donc d’influencer la conscience et d’y susciter un attrait esthétique, puis de mettre cette influence à profit pour illuminer l’intériorité de la vie et nourrir la faculté de réflexion par l’intermédiaire de la scène. La phrase visée devient ainsi imagée et concrète. Nous reprenons ici l’une des comparaisons que nous avons déjà citées.
1. L’expression d’une haine intense envers la foi : le Coran aurait pu dire directement à ceux qui s’écartent de la voie de la foi que telle ou telle personne déteste la foi. Dès qu’ils auraient entendu cette phrase, l’idée de la haine se serait fermement implantée dans leur esprit, et ils auraient pu en saisir le sens avec une pleine certitude et une entière assurance. Mais l’expression de cette haine a été présentée sous forme d’une scène au moyen de la phrase suivante :
(Arabe***********)
Qu’ont-ils donc à se détourner du Rappel, comme des ânes dispersés de tous côtés, fuyant à cause du vacarme ? (Sourate Al-Muddaththir : 49-51)
Dans cette méthode descriptive, la faculté visuelle et la faculté de réflexion participent en même temps que l’intellect. Elle offre également une belle caricature de ceux qui détestent la foi. De même que les ânes sauvages, entendant un vacarme, s’agitent pour fuir et courent dans toutes les directions, les mécréants et les polythéistes tentent eux aussi de fuir lorsqu’ils entendent la parole d’Allah. La beauté artistique de cette image naît lorsque l’imagination fait apparaître devant les yeux la scène d’un troupeau d’ânes courant et fuyant à cause du vacarme, s’agitant en tous sens, tandis qu’un tigre les poursuit.
2. Il aurait suffi d’exposer simplement la faiblesse et l’impuissance des fausses divinités que les Arabes adoraient : « Ceux que vous invoquez en dehors d’Allah sont plus faibles encore que la plus insignifiante des créatures d’Allah. » Ainsi, l’idée serait parvenue directement à la pensée humaine, sans être associée à quoi que ce soit d’autre.
Mais au lieu de cela, elle a été présentée sous forme d’une image. Ainsi :
(Arabe***********)
« Ceux que vous adorez en dehors d’Allah ne pourront jamais créer une mouche, même s’ils s’unissaient tous pour cela. Et si la mouche leur dérobait quelque chose, ils ne pourraient pas davantage le lui reprendre. Le demandeur et celui auquel on demande sont tous deux faibles. » (Sourate al-Hajj : 73)
Toute la scène apparaît devant nos yeux, concrète et animée, et se manifeste en trois niveaux.
(1) Leurs fausses divinités sont incapables de créer ne serait-ce qu’une mouche.
(2) Même si elles unissaient toutes leurs efforts, elles n’y parviendraient pas.
(3) Loin de pouvoir créer quoi que ce soit, si une mouche leur dérobait quelque chose, elles seraient totalement incapables de le lui reprendre.
Voilà l’image de la faiblesse et de l’impuissance de ces fausses divinités. Cette image présente le sujet d’une manière propre à susciter dans l’esprit des hommes le mépris et la répulsion à l’égard des fausses divinités.
La question est maintenant de savoir si une exagération de la comparaison a été commise ici, et si la balâgha (l’ornement du langage) s’est confondue avec l’exagération de la comparaison. Certainement pas. Il n’y a ici aucun élément d’exagération. L’essentiel est que, même si toutes les fausses divinités tentaient de créer une mouche, elles seraient incapables de le faire. Il ne fait aucun doute que la mouche est une créature extrêmement petite et insignifiante. Mais derrière le fait de la créer se trouve [un enjeu]. Ce « miracle » est lié à la création de la vie, qu’il s’agisse de la création d’une grande créature ou d’une petite. Le miracle ne réside pas seulement dans la création de grandes créatures : même la création d’une créature des plus insignifiantes et négligeables comporte un caractère miraculeux.
La beauté artistique présente dans cette image réside en ceci : puisque ces fausses divinités ne possèdent même pas la capacité de créer une petite mouche, que pourraient-elles donc bien être capables de créer ? Leur faiblesse se manifeste ainsi d’elle-même. Il est ensuite dit que, loin d’être capables de créer quoi que ce soit, si cette petite mouche leur ravissait quelque chose, elles seraient même incapables de le récupérer. Tout cela constitue un élément de la beauté artistique.
3. Pour décrire les horreurs du Jour de la Résurrection, il aurait suffi de dire de manière générale : « Ce jour-là, l’ami oubliera son ami, et ceux que l’on suivait rejetteront leurs adeptes. » Dire les choses ainsi n’aurait certes pas produit une description entièrement dépourvue de valeur. Mais cela n’a aucun rapport avec la manière dont le Coran a peint cette scène ; celle-ci est au contraire pleine de vie.
(Arabe***********)
(Ce jour-là, les adeptes diront à leurs chefs 🙂 « Nous étions vos adeptes ; allez-vous donc nous préserver du châtiment d’Allah ? » Ils répondront : « Si Allah nous avait guidés dans le droit chemin, nous vous y aurions certainement guidés. Que nous perdions patience ou que nous patientions, cela revient au même pour nous : nous n’avons aucun moyen d’échapper. » Lorsque toute affaire aura été tranchée, Satan dira : « Certes, Allah vous avait promis la vérité, tandis que je vous avais fait une promesse ; mais aujourd’hui, je la romps. Je n’avais aucun pouvoir sur vous, si ce n’est que je vous ai appelés et que vous avez répondu à mon appel. Ne me blâmez donc pas, mais blâmez-vous vous-mêmes. Je ne peux rien vous être utile, et vous ne pouvez rien m’être utiles. Auparavant, vous m’aviez associé à Allah ; je le désavoue maintenant. En vérité, les injustes auront un châtiment douloureux. » (Sourate Ibrâhîm : 21-22)
Dans le verset précité, trois groupes sont représentés. Ils prennent forme et se présentent devant nous comme une scène imaginée devenue visible.
a. Les faibles
Ils étaient des mendiants de la miséricorde des grands de ce monde. En raison de leur faiblesse, de leur sottise et de leur dépendance, ils cherchaient constamment refuge sous les manches des chefs. Le Jour de la Résurrection, ils commenceront par implorer leurs chefs de les délivrer de cette situation. Puis ils les accuseront de les avoir égarés.
b. Les arrogants
Ce groupe, composé de chefs et de gens de la classe des émirs et des dirigeants, sera alors accablé par l’humiliation et l’opprobre. Ils verront leur destinée. En voyant leurs suiveurs, ils seront extrêmement irrités. Quant aux suiveurs, même en voyant leurs chefs humiliés et avilis, ils ne cesseront pas de leur demander leur délivrance. Pourtant, ce seront eux-mêmes qui dépendront alors d’autrui pour être délivrés. Mais personne ne viendra à leur secours. Les suiveurs continueront alors de dire : « Ces chefs nous ont égarés. » Cela ne leur sera évidemment d’aucune utilité ce jour-là. Les chefs, quant à eux, se contenteront de dire avant de se taire : « Si Allah nous avait montré le chemin de la guidée, nous aurions pu vous guider nous aussi. »
c. Satan
Iblis est l’instigateur de toutes les mauvaises actions, notamment de la tromperie, de la duperie et des agissements sataniques. Ce jour-là, il dira à ses suiveurs : « Allah vous avait fait une véritable promesse, mais la promesse que je vous avais faite était mensongère et trompeuse. » Puis il déclarera clairement : « Je ne vous ai pas forcés à vous égarer. Je vous ai seulement appelés, et vous êtes aussitôt accourus. Alors, au lieu de me blâmer aujourd’hui, blâmez-vous vous-mêmes. »
Puis il prononcera ses dernières paroles : « Je me désolidarise de toute responsabilité à l’égard de toutes les œuvres dans lesquelles vous m’avez considéré comme associé. »
La scène présentée dans l’image précédente possède un caractère singulier et absolument unique. Nous y voyons les chefs et les suiveurs ne plus se reconnaître les uns les autres. Tous reconnaissent leurs propres crimes. Pourtant, cet aveu ne leur apporte aucun bien. Bien plus, devant cette scène atroce, on s’exclame involontairement : s’il ne devait pas parler ainsi, pourquoi l’appeler encore Satan ? Cette représentation accapare tout l’esprit de l’être humain. Si ces paroles avaient été simplement énoncées de cette manière, la beauté artistique qui s’épanouit dans cette image ne se serait pas manifestée.
4. En termes généraux, il aurait suffi de dire que ce que les mécréants et les polythéistes ont accompli n’est pas acceptable. Ainsi, les mécréants qui accordent la priorité à cette pratique inacceptable vivent assurément au paradis des insensés. Ils sont victimes d’un égarement permanent, et personne ne peut les en détourner ni les guider vers le droit chemin. Leur esprit a accepté cette compréhension. Mais lorsque ces paroles sont formulées comme elles le sont dans le verset suivant, elles prennent vie et mouvement. Elles ébranlent le monde des désirs et des sentiments.
(Arabe*************)
Les œuvres de ceux qui sont mécréants sont semblables à un mirage dans le désert, que l’homme assoiffé prend pour de l’eau. Mais lorsqu’il y arrive, il ne trouve rien ; il y trouve Allah. Alors Allah lui règle son compte. Allah est prompt dans Ses comptes. Ou bien leurs œuvres sont semblables à de profondes ténèbres au sein d’une mer déchaînée, recouverte par des vagues successives et surmontée de nuages épais et noirs : ténèbres sur ténèbres. Même lorsqu’il tend la main, il ne peut presque pas la voir. Et celui qu’Allah prive de lumière ne trouve aucune lumière. (Sourate An-Nûr : 39-40)
Dans le verset évoqué, une image artistique a été peinte, qui captive totalement l’être humain. On dirait un conte merveilleux. La pensée y a déployé toute sa puissance, mais il faudrait encore un pinceau rare et une caméra d’excellence pour fournir les éléments d’une image en couleurs et la mettre en mouvement.
La question est de savoir d’où l’on pourrait tirer un pinceau et une caméra capables de rendre brillantes et éclatantes les ténèbres décrites dans ce verset. Puis l’image de cet assoiffé, qui court derrière un mirage, y parvient sans rien voir. Oui, il y trouve soudain une chose à laquelle il n’avait même pas rêvé : l’Être du Très-Haut, Allah. Alors Allah règle son compte en un clin d’œil.
Dans ce verset, nous percevons l’objectif religieux pour lequel cette scène a été présentée. Nous y découvrons également un art extrêmement moderne, présent dans cette image toujours vivante.
5. Dans les versets cités est représentée de belle manière la situation de ceux qui s’égarent après avoir reçu la guidance. Elle ressemble à l’exemple donné précédemment. Ici encore, plusieurs images vivantes apparaissent l’une après l’autre. Il est dit :
(Arabe*************)
Ce sont ceux qui ont acheté l’égarement au prix de la guidance. En réalité, leur commerce ne leur a rien rapporté et ils n’ont pas obtenu la guidance. Leur situation est semblable à celle de l’homme qui alluma un feu quelque part ; lorsque celui-ci eut éclairé tout ce qui l’entourait, Allah leur retira leur lumière et les abandonna dans les ténèbres. Ils ne voient donc rien. Ils sont sourds, muets et aveugles. Ils ne reviendront donc pas. Leur exemple est aussi celui de gens qui cheminent par une nuit d’orage, dans les ténèbres, parmi les grondements et les éclairs, tandis que tous les mécréants sont cernés par Allah. Lorsque l’éclair les illumine quelque peu, ils avancent un peu ; puis, lorsque les ténèbres reviennent, ils restent immobiles. Allah est certes capable de toute chose. (Sourate Al-Baqara : 16-20)
Dans ces quelques versets mentionnés, une scène captivante est peinte successivement. Des gens allumèrent un feu dans l’obscurité de la nuit ; ses flammes illuminèrent tout autour d’eux. Soudain, lorsque cette lumière disparut, ils sombrèrent dans des ténèbres sans limites et se mirent à avancer dans ces ténèbres mêmes. Puis commencèrent la tempête et la pluie.
D’un côté, l’obscurité impénétrable, la tempête, la pluie et les éclairs ; de l’autre, le grondement grave et menaçant des nuages, accompagné des éclats de la foudre. Désorienté par la peur, dès qu’il aperçoit le moindre éclair, il se bouche les oreilles avec ses doigts, par crainte du tonnerre. Puis l’éclair illumine les lieux pour un bref instant ; il avance de quelques pas à cette lumière, avant de s’arrêter de nouveau. Il ne parvient pas à décider ce qu’il doit faire.
Pour saisir une image aussi vivante et animée, il faudrait une caméra extrêmement coûteuse et automatique. Mais ici, ce n’est pas une caméra : l’image vivante et animée est présentée au moyen de quelques mots seulement. Y a-t-il ici quelque chose qui rende l’image vivante et animée, chose qu’une caméra pourrait réaliser mais que les mots ne pourraient pas accomplir ? Au contraire, l’être humain éprouve davantage de plaisir en contemplant une image verbale. Car sa faculté de penser agit avec elle. Il dessine l’image, puis l’efface, et la met aussi en mouvement. À ce moment, des vagues d’émotion parcourent l’être humain. Sa conscience est touchée. Son cœur se met à battre plus vite. Savez-vous pourquoi cela se produit ? Sous l’effet de quelques mots seulement.
Conclusion
En conclusion de l’examen de la méthode de représentation adoptée dans le Noble Coran, nous voudrions parler de cette force vitale qui se crée au sein des scènes et dont divers exemples ont été mentionnés dans cet ouvrage. Donner à certaines scènes le souffle de la vie et les mettre en mouvement constitue une caractéristique particulière de cette méthode.
Les images présentées dans le Noble Coran ne se bornent pas à transformer leur signification réelle en représentation visuelle ; un souffle de vie est insufflé à ces images. Il est également possible de les comparer à des êtres vivants et de les examiner par comparaison.
On peut prendre comme exemple la scène terrifiante de la Résurrection. On y voit une mère qui allaite courir en oubliant son enfant. Les femmes enceintes feront une fausse couche. Les gens, désorientés, courront en titubant comme des ivrognes ; pourtant, ils ne seront pas réellement ivres. Cet état n’est pas produit par les mots, mais par la terreur qui les saisit. Il ne naît pas des mots, mais de cette situation effroyable qui s’abat sur les êtres humains.
Ailleurs, cette scène terrifiante est peinte en ces termes : ce jour-là, les gens fuiront leur père, leur mère, leurs frères et leurs amis.
(Arabe*************)Ce jour-là, chacun aura la même préoccupation, qui le tiendra dans le désarroi. (Sourate ʿAbasa : 37)
Cette scène terrifiante de la Résurrection est présentée d’une manière qui plonge l’être humain dans le désarroi. Il n’est besoin de rien pour vérifier ou examiner les faits. Dans cette scène effroyable et épouvantable, même les choses immobiles et sans vie sont rendues vivantes, comme si elles aussi se joignaient à eux. Il est dit :
(Arabe*************)
Ce jour-là, la terre et les montagnes trembleront, et les montagnes, réduites en poussière, se transformeront en monticules de sable. (Sourate al-Muzzammil : 24)
On dirait que la terre est un être vivant qui tremblera de peur.
(Arabe*************)
Comment donc vous préserverez-vous, si vous niez le jour qui fera vieillir les enfants, le jour où le ciel se fendra ? (Sourate al-Muzzammil : 17-18)
Dans ce verset, il est d’abord question de faire vieillir les enfants, puis de voir le ciel se fendre.
Dans le récit de Noé (que la paix soit sur lui), la scène terrifiante du déluge est représentée, d’une part, à travers des éléments naturels, et, d’autre part, une scène poignante est dépeinte à travers le père et le fils. Le père monte dans l’arche et échappe au déluge, mais il est tourmenté par le sort de son fils, morceau de son cœur. Le déluge est en train d’engloutir le fils. (Le père s’écrie 🙂 « Aujourd’hui, seul sera sauvé celui à qui Allah fera miséricorde. » Pour peindre une scène terrifiante de tempête et de déluge, il est dit : une arche se mit à voguer au milieu de vagues semblables à de grandes montagnes. La séparation du père et du fils rend cette scène encore plus poignante. Cette situation douloureuse est telle que même l’horreur de la tempête et du déluge n’a pu la recouvrir.
La souffrance et la détresse des damnés de l’Enfer s’exprimeront par des cris, dont l’image est peinte dans les paroles suivantes :
(Arabe*************)
Ils crieront : « Ô Mālik ! Dis à ton Seigneur de nous faire mourir. » Il répondra : « Vous resterez ainsi. » (Sourate az-Zukhruf : 77)
(Arabe*************) et ils continueront à y pousser des cris.
La condition dans laquelle un damné de l’Enfer se trouvera, humilié et avili, au Jour de la Résurrection, n’est pas seulement exposée au moyen de quelques mots ; c’est comme si elle était exprimée par la bouche même d’un homme vivant :
(Arabe*************)
Et si tu voyais quand ils seront placés devant leur Seigneur ! Il dira : « Cela n’est-il pas la vérité ? » Ils répondront : « Si, par notre Seigneur ! » Il dira alors : « Goûtez donc aujourd’hui au châtiment pour avoir été mécréants. » (Sourate al-An‘ām : 30)
Les habitants de l’Enfer exprimeront publiquement leurs regrets et leurs remords le Jour de la Résurrection, comme une personne regrette d’avoir laissé échapper une occasion.
(Arabe*************)
Ce jour-là, les injustes se mordront les doigts en disant : « Hélas pour moi ! Si seulement j’avais suivi le chemin du Messager ! Malheur à moi ! Si seulement je n’avais pas pris un tel homme pour ami. » (Al-Furqân : 27-28)
En dépeignant la situation du croyant et celle du mécréant, l’encouragement au jihâd est formulé ainsi :
(Arabe*************)
Ne faiblissez pas dans la poursuite de l’ennemi. Si vous avez été blessés, eux aussi ont été blessés de la même manière que vous. Mais vous espérez d’Allah ce qu’ils n’espèrent pas. (Sourate An-Nisâ’ : 104)
En montrant, à travers quelques mots, la différence entre les croyants et les mécréants, une image a été tracée. Cette différence s’articule autour de la position des deux groupes et de leur destinée.
Je ne souhaite pas répéter la description des scènes que nous avons présentées dans les différents chapitres. Je pense que cette discussion suffit à exposer les types de scènes coraniques et leur force vitale. De même que le battement d’une vie se transmet à une autre vie, et qu’une impression touche un corps vivant et réel à partir d’un autre corps vivant, l’effet de l’image et de la description atteint lui aussi l’esprit de l’être humain, qui s’y fond à son tour.
Une autre caractéristique du style narratif du Coran
Les objets inanimés que le contact extraordinaire et incomparable d’Allah, le Tout-Puissant, a touchés se sont animés d’un souffle de vie. Tout objet ancien qu’Il a touché est apparu sous une forme nouvelle. Cela ne peut être rien d’autre qu’un prodige d’Allah, Seigneur des mondes, détenteur de la puissance et de l’autorité absolues. Cette création n’est en rien inférieure aux autres miracles ou manifestations de la puissance divine.
Le spectacle du matin est visible chaque jour ; dans la vie, ce matin revient sans cesse. Mais, dans la description particulière du Coran, il prend une forme vivante, que nul œil humain ne voit.
(Arabe*************)Par le matin, lorsqu’il respire (s’illumine). (Sourate At-Takwir : 18)
La nuit désigne une période déterminée du temps, mais dans la description coranique, elle semble vivante et nouvelle :
(Arabe*************)Et par la nuit lorsqu’elle s’écoule. (Sourate Al-Fajr : 4)
Selon le Coran, le jour poursuit la nuit à vive allure, afin de la rattraper :
(Arabe*************)Il fait succéder le jour à la nuit. Dans cet état, le jour court à la suite de la nuit. (Sourate Al-A‘raf : 54)
(Arabe*************)et cette ombre sera faite de fumée, qui ne sera ni fraîche ni réconfortante. (Sourate Al-Waqi’ah : 43-44)
Le mur est une matière inerte, tout comme la pierre, mais le Coran le présente comme un être vivant doué de perception et de sensibilité :
(Arabe*************)
Puis ils y trouvèrent un mur qui penchait et était sur le point de s’écrouler ; il le redressa et le remit debout. (Sourate Al-Kahf : 77)
(Arabe*************)
Ne voient-ils donc pas les oiseaux qui volent au-dessus de leurs têtes, déployant et repliant leurs ailes ? C’est Allah, le Très-Haut, qui les maintient. (Sourate Al-Mulk : 19)
Parmi les choses que le Coran dépeint figurent notamment le ciel, la terre, la lune, le soleil, les montagnes, les forêts, les terres cultivées, les terres incultes, les végétaux, etc. L’attention de l’être humain est attirée par leurs représentations vivantes. Personne ne pourra qualifier ces représentations de mortes : elles sont entièrement vivantes et en mouvement.
Telle est la manière dont le Coran décrit et présente les choses. Elle a conduit les buts et les objectifs du Coran au seuil de leur accomplissement parfait.
Annexe 1
Cet ouvrage a été publié pour la première fois il y a sept ans. Alhamdulillah ! Il a été pareillement bien accueilli par les linguistes, les hommes de lettres et les milieux religieux. Il y est clairement établi que la religion ne fait pas obstacle à la pratique des sciences et des arts lorsqu’ils abordent leur objet et leur contenu en se libérant de toutes entraves et conditions. Il apparaît également que, lorsque l’intention est sincère et exempte d’orgueil personnel et de désir d’ostentation, l’étude des arts et des sciences n’est en aucune manière incompatible avec la conscience religieuse. Cela ne signifie toutefois pas que la liberté de pensée et de point de vue exige de se couper totalement de la religion, comme le pensent certains intellectuels prétendument éclairés. En effet, ils considèrent cette question à partir de l’histoire et de la situation d’une nation particulière. De même que, dans l’Occident, une opposition et un antagonisme se sont instaurés entre la religion, la science et les arts, ils veulent créer une situation semblable dans le monde islamique. Pourtant, jamais, ne serait-ce qu’un instant, un conflit n’est apparu en islam entre la religion, la science et les arts. L’histoire en témoigne.
Il faut encore ajouter un point qu’il est particulièrement nécessaire de mentionner à présent : la méthode de représentation constitue-t-elle donc le principe majeur et fondamental du Coran ?
J’ai répondu à cette question de la manière suivante dans l’introduction de l’ouvrage intitulé « Les scènes de la Résurrection dans le Coran » :
Pour examiner et analyser cette question, il est nécessaire d’étudier et d’observer attentivement les versets du Coran. Il ne fait aucun doute que, si l’on inclut, avec les récits coraniques, les scènes de la Résurrection, les représentations allégoriques humaines et les arguments fondés sur la sagesse, les états psychologiques, la pensée et la réflexion, l’imagination et la mise en forme, ainsi que quelques exemples d’événements de la prophétie, on constatera que leur proportion est approximativement de quatre à trois. Tous les sujets susmentionnés sont présentés selon la méthode de représentation. Seuls en sont exclus les passages et les procédés où sont exposées des prescriptions de la Loi religieuse, ceux où l’on recourt à la méthode de l’argumentation et de la preuve, ainsi que les cas où une question est exposée de manière simple et directe. De telles présentations simples et directes, qui ne relèvent pas de la méthode de représentation, constituent environ un quart du Coran. Mon propos n’est donc nullement exagéré lorsque je dis : « Dans le mode d’exposition du Coran, la représentation et la mise en scène ont reçu une préférence plus grande que les autres méthodes. »
Si Allah m’accorde la réussite et que je présente les sujets suivants du Coran, les gens acquerront autant de certitude que j’en ai moi-même. Les voici :
1. Les récits de la Torah et du Coran.
2. La nature de l’être humain dans le Coran.
3. Les arguments et les preuves dans le Coran.
4. Les éléments artistiques dans le Coran.
Je suis extrêmement heureux d’avoir pu, par l’intermédiaire de cet ouvrage, tenter d’attirer, ne serait-ce qu’un peu, l’attention sur le procédé de représentation dans le Coran. C’est un résultat de cet ouvrage que la plupart des lecteurs du Coran et les enseignants des madrasas découvrent une dimension artistique même dans des passages dont la description ne se trouve pas dans mon ouvrage. Lorsqu’ils observent une beauté artistique dans un passage, ils en sont transportés de joie. De même, ils se mettent à rechercher la beauté artistique non seulement dans le Coran, mais aussi dans diverses œuvres poétiques et en prose.
Pour un écrivain, ce n’est pas chose ordinaire de voir d’autres écrivains accueillir favorablement la découverte de la beauté artistique qu’il a faite. Cette faveur m’a comblé de joie. C’est pourquoi j’adresse des milliers de remerciements à Allah, exalté soit-Il.
L’usage erroné du terme « art »
Il faut ici ajouter une autre remarque. De nos jours, le terme « art » est employé à mauvais escient, ou bien son sens et sa portée ne sont pas correctement compris. Même dans l’exégèse du Noble Coran, ce terme est interprété de manière erronée.
Je reconnais qu’il y a sept ans, lorsque j’ai donné à cet ouvrage le titre « At-Taswîr al-fannî fî al-Qur’ân » (La beauté artistique du Coran), je n’avais qu’une seule idée en tête : traiter de la beauté de la description et de l’explication, ainsi que de leur forme et de leur nature. Il ne m’est jamais venu à l’esprit que le fait de relier l’art au Coran en ferait une chose inventée, fondée sur l’imagination. En effet, la longue étude que j’ai consacrée au Coran ne permet pas d’adopter une telle signification.
Je tiens à le dire clairement et je le reconnais également : je n’ai pas accepté comme croyance religieuse une quelconque conception issue de l’intellect. Toutefois, je l’ai acceptée parce qu’il n’y avait pas d’autre possibilité. Je comprends certes que, tout en respectant la conscience et la raison humaines, ma propre conscience m’a obligé à ne pas en dépasser les limites : accepter, sur le seul fondement du savoir, une affirmation derrière laquelle il n’existe aucune preuve ni aucun argument.
Je m’étonne que le terme « art » soit employé dans un sens aussi arbitraire et nouveau, sans qu’aucune preuve véritable ne le justifie. Pourquoi en est-il ainsi ? Est-il donc impossible de décrire des événements réels selon les procédés de la science et de l’art, tout en préservant leur véracité et la validité du récit ?
Homère aurait-il donc fondé l’Iliade sur des récits imaginaires forgés de toutes pièces ?
Les conteurs, romanciers et dramaturges occidentaux ne présentent-ils donc aucune trace de vérité dans leurs œuvres artistiques ?
Certes, même un récit mensonger entretient un rapport avec l’art. Mais l’art ne s’y limite pas. Il ne fait aucun doute que la vérité et le sens profond possèdent les qualités permettant de les présenter d’une manière pleinement artistique. Il n’est pas très difficile de le comprendre. Il suffit de se libérer de la servitude intellectuelle à l’égard de l’Occident et d’examiner attentivement l’aspect pratique de l’emploi de la langue.
La liberté de pensée et de regard ne signifie pas que l’être humain puisse dire ce qu’il veut et faire tout ce qui lui plaît. Nous voulons considérer le Coran dans une perspective historique, en gardant à l’esprit la préservation de la religion. Il apparaîtra alors clairement qu’il n’existe, dans l’ensemble de la création, aucun livre contenant autant de témoignages historiques de l’histoire humaine et de matériaux d’analyse scientifique que la partie historique du Coran.
L’exactitude des énoncés du Coran
Nous ne disposons que de deux moyens pour vérifier l’exactitude des événements relatés dans le Coran. Aucun des deux n’est absolument décisif. De plus, ils ne possèdent pas la force probante que l’on trouve dans le Coran.
L’un de ces deux moyens est constitué par les données et les preuves historiques. Si le Coran est évalué non pas sous l’angle de sa sainteté religieuse, mais simplement comme un ouvrage historique, on constatera que, d’un point de vue scientifique, sa valeur est supérieure à celle de tous les livres d’histoire du monde. Le narrateur de ce livre est Muhammad ibn Abd Allah, qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix. Même ses anciens et ses nouveaux ennemis ont été contraints de reconnaître, à propos de sa personnalité, qu’il était un homme d’une très grande véracité.
Seul celui qui persiste à calomnier autrui peut le contester. La compilation et l’agencement du Noble Coran ont été réalisés avec une telle sagesse qu’ils ne laissent aucune place à la critique ni au moindre reproche. Tous ont été contraints de le reconnaître.
L’analyse scientifique que l’on trouve dans le Coran ne se rencontre aisément dans aucun autre ouvrage, qu’il s’agisse d’un livre sacré ou des autres Livres célestes de l’histoire, auxquels les vicissitudes du temps ont apporté des modifications et des ajouts. Aucun autre livre ne nous est parvenu dans l’état préservé où le Coran nous est parvenu progressivement. Quant aux ouvrages historiques, ils restent toujours sujets au doute et à l’incertitude. Parmi tous les livres d’histoire que possède l’humanité, il n’en est pas un seul dont on puisse considérer toutes les informations comme absolument certaines.
C’est pourquoi il n’est acceptable ni pour l’intelligence ni pour la raison d’évaluer la partie historique du Coran selon les critères d’une histoire ordinaire, surtout lorsqu’il s’agit d’une histoire qui n’est pas authentique.
La deuxième voie est celle de la connaissance et de la raison. Je veux affirmer clairement et sans hésitation que la connaissance et la raison humaines ne sont valables et recevables que jusqu’à une certaine limite. Je ne le dis pas sur la base de la religion, mais sur celle de la réflexion et de la recherche. Lorsque la raison et la conscience humaines prétendent avoir tout appris et qu’aucune chose ne se trouve hors de leur connaissance, elles portent elles-mêmes atteinte à leur honneur et à leur dignité. La raison elle-même ne sait pas ce qu’elle est. Comment pourrait-elle donc appréhender les réalités abstraites des représentations mentales ? Cela ne signifie pas que je nie l’importance de la raison, de la conscience et de la liberté humaines. Je veux seulement dire qu’il faut accorder à la raison et à la pensée humaines la considération qui leur revient.
Bien qu’ils vécussent dans un monde matérialiste, les groupes religieux d’Europe n’aimaient pas exprimer librement leurs opinions dans les discussions intellectuelles. Il en est résulté une hostilité entre les intellectuels et les groupes religieux. C’est pourquoi nous ne voulons pas limiter cette question à l’islam ancien. En effet, l’expression d’une telle pensée et d’une telle perspective indépendantes finirait par exercer sur les autres une influence dépourvue de toute preuve, ce que nous pouvons appeler le taqlid blâmable, ou l’imitation aveugle. Cela montre que la liberté de pensée est une voie vers l’amitié. Grâce à cette amitié, nous ne cessons d’imiter les autres comme des singes.
Il ne fait aucun doute que ceux qui réfléchissaient et enquêtaient sur « les récits du Coran et la représentation de la Résurrection qu’il a dépeinte » ont rencontré les mêmes obstacles que moi. Je me demandais si les scènes représentées dans le Coran s’étaient réellement déroulées ainsi, ou si elles avaient été exposées sous forme de paraboles.
J’y ai longuement réfléchi, mais je n’ai trouvé aucun événement historique auquel je puisse accorder une foi absolument certaine et que je puisse comparer au Coran. Je ne pouvais même pas concevoir que l’on puisse comparer un événement au Coran sur la seule base d’idées et de suppositions. À cette époque, aucun homme pieux ne m’interdisait de discuter ouvertement des questions religieuses. En revanche, je comprenais suffisamment les choses pour que personne ne puisse rejeter mes propos en les déclarant fondés sur le mensonge.
Si quelqu’un découvre une vérité que l’on puisse comparer au Coran, je suis prêt à examiner ses propos avec sérénité. Mais si, avant même de rechercher cette vérité, on déclare mon ouvrage mensonger en raison d’une perspective dépourvue de fondement, ce sera le signe d’un esprit borné, quelle que soit la valeur de mon ouvrage sur le plan religieux.
Dans la terminologie coranique, on appelle « art » la rareté de l’expression, la beauté de l’explication et de l’analyse, ainsi que la puissance de la narration. Rien de tout cela ne prétend que son fondement repose uniquement sur des pensées et des imaginations illusoires et qu’il puisse être établi sur cette base. Toutefois, cela suppose que l’individu possède la fermeté, la compréhension et la perception nécessaires.
Appendice 2
Ordre de la révélation des sourates du Coran
| Nom de la sourate | Ordre de la révélation | Ordre de compilation |
| Sourate al-ʿAlaq / sourate Iqra bi-ismi | 01 | 96 |
| Sourate Al-Muzzammil | 02 | 73 |
| Sourate Al-Muddaththir | 03 | 74 |
| Sourate Al-Qalam | 04 | 68 |
| Sourate al-Fatiha / as-Sab‘ al-Mathani | 05 | 01 |
| Sourate Lahab / sourate Masa | 06 | 111 |
| Sourate At-Takwir | 07 | 81 |
| Sourate Al-A’la | 08 | 87 |
| Sourate Al-Layl | 09 | 92 |
| Sourate Al-Fajr | 10 | 89 |
| Sourate Ad-Duha | 11 | 93 |
| Sourate Ach-Charh / Sourate Alam Nachrah / Sourate Al-Inshirah | 12 | 94 |
| Sourate Al-Ar | 13 | 103 |
| Sourate Al-ʿÂdiyât | 14 | 100 |
| Sourate Al-Kawthar | 15 | 108 |
| Sourate At-Takathur | 16 | 102 |
| Sourate Al-Ma’un | 17 | 107 |
| Sourate al-Kāfirūn | 18 | 109 |
| Sourate al-Fīl | 19 | 105 |
| Sourate al-Falaq | 20 | 113 |
| Sourate An-Nas | 21 | 114 |
| Sourate Al-Ikhlas | 22 | 112 |
| Sourate Abasa | 24 | 80 |
| Sourate Al-Qadr | 25 | ঙ97 |
| Sourate Ash-Shams | 27 | 85 |
| Sourate At-Tîn | 28 | 95 |
| Sourate Quraysh | 29 | 106 |
| Sourate Al-Qāriʿa | 30 | 101 |
| Sourate Al-Qiyamah | 31 | 75 |
| Sourate Al-Humazah | 32 | 104 |
| Sourate Al-Mursalat | 33 | 77 |
| Sourate Qaf | 34 | 50 |
| Sourate Al-Balad | 35 | 90 |
| Sourate At-Târiq | 36 | 86 |
| Sourate Al-Qamar | 37 | 54 |
| Sourate Sâd | 38 | 38 |
| Sourate Al-A‘râf | 39 | 07 |
| Sourate Al-Jinn | 40 | 72 |
| Sourate Yâ-Sîn | 41 | 36 |
| Sourate Al-Furqân | 42 | 25 |
| Sourate Fâtir | 43 | 35 |
| Sourate Maryam | 44 | 19 |
| Sourate Tâ-Hâ | 45 | 20 |
| Sourate Al-Waqi’a | 46 | 56 |
| Sourate Ash-Shu’ara | 47 | 26 |
| Sourate An-Naml | 48 | 27 |
| Sourate Al-Qasas | 49 | 28 |
| Sourate Banî Isrâ’îl / sourate Al-Isrâ | 50 | 17 |
| Sourate Yûnus | 51 | 10 |
| Sourate Hûd | 52 | 11 |
| Sourate Yûsuf | 53 | 12 |
| Sourate Al-Hijr | 54 | 15 |
| Sourate Al-An’am | 55 | 05 |
| Sourate As-Saffat | 56 | 37 |
| Sourate Luqman | 57 | 31 |
| Sourate As-Saba | 58 | 34 |
| Sourate Az-Zumar | 59 | 39 |
| Sourate Al-Mu’min / Sourate Ghafir | 60 | 40 |
| Sourate Ha-Mim as-Sajda / Sourate Fussilat | 61 | 41 |
| Sourate Ash-Shura | 62 | 42 |
| Sourate Az-Zukhruf | 63 | 43 |
| Sourate Ad-Dukhân | 64 | 44 |
| Sourate Al-Jathiya | 65 | 45 |
| Sourate Al-Ahqaf | 66 | 46 |
| Sourate Adh-Dhariyat | 67 | 51 |
| Sourate Al-Ghâchiyah | 68 | 88 |
| Sourate Al-Kahf | 69 | 18 |
| Sourate An-Nahl | 70 | 14 |
| Sourate Noé | 71 | 71 |
| Sourate Abraham | 72 | 14 |
| Sourate Al-Anbiya | 73 | 21 |
| Sourate Al-Mu’minun | 74 | 23 |
| Sourate As-Sajda | 75 | 32 |
| Sourate At-Tûr | 76 | 52 |
| Sourate Al-Mulk | 77 | 67 |
| Sourate Al-Hâqqah | 78 | 69 |
| Sourate al-Ma’arij | 79 | 70 |
| Sourate an-Naba | 80 | 78 |
| Sourate An-Nazi’at | 81 | 79 |
| Sourate Al-Infitar | 82 | 82 |
| Sourate Al-Inshiqaq | 83 | 84 |
| Sourate Ar-Rûm | 84 | 30 |
| Sourate Al-‘Ankabût | 85 | 29 |
| Sourate Al-Mutaffifîn | 86 | 83 |
| Sourate Al-Baqara | 87 | 02 |
| Sourate Al-Anfal | 88 | 08 |
| Sourate Al-Imran | 89 | 03 |
| Sourate Al-Ahzab | 90 | 33 |
| Sourate Al-Mumtahanah | 91 | 60 |
| Sourate An-Nisâ’ | 92 | 04 |
| Sourate Az-Zalzalah | 93 | 99 |
| Sourate Al-Hadîd | 94 | 57 |
| Sourate Muhammad / sourate Qitāl | 95 | 47 |
| Sourate Ar-Ra‘d | 96 | 13 |
| Sourate Ar-Rahman | 97 | 55 |
| Sourate Ad-Dahr / sourate Al-Insan | 98 | 76 |
| Sourate At-Talaq | 99 | 65 |
| Sourate al-Bayyina | 100 | 98 |
| Sourate al-Hashr | 101 | 59 |
| Sourate an-Nur | 102 | 34 |
| Sourate Al-Hajj | 103 | 22 |
| Sourate Al-Munâfiqûn | 104 | 63 |
| Sourate Al-Mujadilah | 105 | 58 |
| Sourate Al-Hujurat | 106 | 49 |
| Sourate At-Tahrim | 107 | 66 |
| Sourate At-Taghabun | 108 | 64 |
| Sourate As-Saff | 109 | 61 |
| Sourate Al-Jumu’a | 110 | 62 |
| Sourate al-Fath | 111 | 48 |
| Sourate al-Mâ’ida | 112 | 05 |
| Sourate At-Tawba / Sourate Bara’a | 113 | 09 |
| Sourate An-Nasr | 114 | 110 |