La réalité de la foi
La nécessité de la connaissance pour devenir musulman
Chaque musulman sait parfaitement que, dans ce monde, l’islam est l’un des plus grands bienfaits d’Allah. Allah Très-Haut l’a créé comme membre de la communauté de Hazrat Muhammad Mustafa — que les bénédictions et la paix d’Allah soient sur lui — et lui a accordé un bienfait aussi immense que l’islam ; c’est pourquoi chaque musulman rend grâce à Allah. Bien plus, Allah Très-Haut Lui-même a déclaré que l’islam est le plus grand et le meilleur bienfait accordé aux hommes. Il a dit :
الْيَوْمَ أَكْمَلْتُ لَكُمْ دِينَكُمْ وَأَتْمَمْتُ عَلَيْكُمْ نِعْمَتِي وَرَضِيتُ لَكُمُ الْإِسْلَامَ دِينًا ۚ
« Aujourd’hui, J’ai parachevé pour vous les prescriptions de votre soumission (code de vie), J’ai parachevé Mon bienfait envers vous et J’ai agréé l’islam comme code de vie pour vous. » (Sourate Al-Mâ’idah : 3)
Il est du devoir absolu des musulmans de s’acquitter du droit du bienfait qu’Allah Très-Haut leur a accordé. Car celui qui ne s’acquitte pas du droit du bienfait d’autrui est profondément ingrat. Et la plus grande ingratitude consiste à oublier cet immense bienfait qu’Allah Très-Haut a accordé aux hommes. Si vous me demandez maintenant comment il est possible de s’acquitter du droit du bienfait d’Allah Très-Haut, je vous répondrai que, puisqu’Allah Très-Haut vous a créés membres de la communauté de Hazrat Muhammad Mustafa — que les bénédictions et la paix d’Allah soient sur lui —, vous ne pourrez vous acquitter du droit de ce bienfait qu’en devenant pleinement et sincèrement ses disciples. Puisque Allah Très-Haut vous a créés membres de la nation musulmane, vous devez être de vrais musulmans pour vous acquitter du droit de ce bienfait et de cette miséricorde. En dehors de cela, vous ne pouvez en aucune manière ni par aucun moyen vous acquitter du « droit » de cette immense faveur. Et si vous ne pouvez pas ou ne voulez pas vous acquitter de ce « droit », vous serez de grands coupables en raison de cette ingratitude. Qu’Allah nous protège tous de ce grand péché. Amîn.
Si, ensuite, vous me demandez comment devenir un musulman accompli, la réponse sera très vaste et longue. Dans ce livre, je vais progressivement exposer en détail chacune de ses parties. Je commencerai par évoquer une chose qui est nécessaire avant toute autre pour devenir musulman et que l’on peut appeler la première étape sur le chemin menant à l’islam.
Réfléchissez un instant avec attention au sens du mot « musulman », que vous employez constamment. L’être humain vient-il au monde en ayant déjà apporté avec lui la religion de l’islam du sein de sa mère ? Suffit-il d’être le fils ou le petit-fils d’un musulman pour devenir musulman ? De même qu’un fils de brahmane est brahmane, qu’un fils de Chaudhuri est Chaudhuri et qu’un fils de Shudra est Shudra, suffit-il d’être le fils d’une personne portant le nom de musulman pour être musulman ? « Musulman » est-il le nom d’une lignée ou d’une classe ? De même qu’une personne née parmi les Anglais est anglaise et qu’une personne née dans la lignée des Chaudhuri est Chaudhuri, les musulmans sont-ils eux aussi appelés « musulmans » simplement parce qu’ils sont nés dans la lignée d’une nation appelée « musulmane » ? En réponse à toutes ces questions, ne direz-vous pas : « Non, on ne l’appelle pas musulman pour cette raison. » Personne ne naît musulman du sein de sa mère ; on devient musulman en embrassant l’islam, et en abandonnant l’islam, on cesse d’être musulman : on est complètement exclu de la société musulmane. Quel que soit l’homme — qu’il soit brahmane ou Pathan, Anglais ou Américain, Bengali ou Abyssin — dès qu’il embrasse l’islam, il est considéré comme musulman. En revanche, celui qui est né dans la société « musulmane » mais ne respecte pas les règles, les lois et les prescriptions de l’islam ne peut être considéré comme musulman ; qu’il soit le fils d’un Sayyid ou celui d’un Pathan n’y change rien.
La réponse à mes questions précédentes a permis de comprendre que la grande grâce d’Allah le Très-Haut, la grâce d’être musulman dont vous bénéficiez, n’est pas une chose innée : vous ne l’obtenez pas dès votre naissance du sein de votre mère, et ce n’est pas non plus une chose qui resterait constamment attachée à vous d’elle-même, que vous y prêtiez attention ou non durant toute votre vie. C’est une grâce que l’on acquiert par l’effort ; pour l’obtenir, vous devez réellement vous efforcer. Ce n’est qu’en la gagnant par vos efforts et votre persévérance que vous pouvez la posséder. Mais si vous n’y prêtez absolument aucune attention, vous serez privé de sa beauté — qu’Allah nous en préserve.
Il est donc établi que c’est en embrassant l’islam que l’homme devient musulman. Mais que signifie embrasser l’islam ? Faut-il considérer comme musulman quiconque se contentera de crier : « Je suis musulman » ou « Je suis devenu musulman » ? Ou bien suffit-il, comme les brahmanes adorateurs d’idoles qui récitent sans les comprendre certaines formules sanskrites, de prononcer oralement quelques mots en arabe sans les comprendre pour devenir musulman ? Est-ce là le sens d’embrasser l’islam ? En réponse à cette question, ne direz-vous pas que ce n’est pas cela ? Embrasser l’islam signifie comprendre l’enseignement, la formation et le système apportés par Hazrat Muhammad Mustafa (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui), y croire sincèrement comme à la vérité, les adopter comme l’unique vocation et le modèle de sa vie, puis agir conformément à cet enseignement ; voilà ce que signifie embrasser l’islam. Celui qui n’agit pas ainsi ne peut donc pas être musulman. Votre réponse révèle que, premièrement, embrasser l’islam consiste à le connaître et à le comprendre, puis, après l’avoir compris, à le mettre en pratique. Quelqu’un peut devenir brahmane sans rien connaître, parce qu’il est né dans une famille brahmane ; il restera donc brahmane. De même, quelqu’un peut être chaudhury sans rien connaître, puisqu’il est né du père qui portait ce titre : il restera chaudhury. Mais nul ne peut devenir musulman sans connaître l’islam ; car on ne devient pas musulman simplement parce qu’on est né d’un père musulman : on ne devient musulman qu’en connaissant l’islam, en le comprenant, en y croyant et en agissant selon lui. Réfléchissez : comment serait-il possible de croire en l’enseignement et au système de vie de Hazrat Muhammad Mustafa (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui) et d’agir conformément à eux sans les connaître ? Et comment l’homme pourrait-il devenir musulman sans connaître, sans comprendre et sans croire ? Il apparaît donc qu’il est absolument impossible de devenir musulman et de le rester dans l’ignorance. Tous ceux qui sont nés dans une famille musulmane, qui se présentent sous le nom de musulmans et se proclament musulmans, ne sont pas en réalité musulmans. Seul est véritablement musulman celui qui sait ce qu’est l’islam et qui, après l’avoir compris, y a cru comme à la vérité. La différence entre le mécréant et le musulman ne réside pas dans leurs noms. Ainsi, on ne peut pas dire que l’un est hindou parce qu’il s’appelle Ramprasad, et que l’autre est musulman parce qu’il s’appelle Abdullah. De même, la véritable différence entre le mécréant et le musulman ne réside pas seulement dans leurs vêtements. On ne peut donc pas considérer l’un comme hindou parce qu’il porte un dhoti, et l’autre comme musulman parce qu’il porte un pyjama ou un lungi. La véritable différence entre le musulman et le mécréant réside plutôt dans la différence de leur savoir, de leur connaissance. Un homme est mécréant parce qu’il ne sait pas quel rapport il entretient avec son Créateur ni quelle est la véritable voie de vie conforme à Ses commandements. Mais si la situation d’un enfant musulman est également ainsi, en quoi pourra-t-on le distinguer du mécréant ? Et comment pourrez-vous, en les différenciant, appeler l’un mécréant et l’autre musulman ? Il faut réfléchir à ces paroles avec une attention particulière et avec calme. L’acquisition et la préservation de la grande grâce pour laquelle vous remerciez Allah le Très-Haut dépendent entièrement de la connaissance. Sans connaissance, l’homme ne peut l’obtenir ; et même s’il en acquiert une petite part, il lui est très difficile de la conserver. La crainte de la perdre à tout moment ainsi qu’une inquiétude persistante restent enracinées dans son esprit. Si une catégorie de gens se considère musulmane alors qu’elle ne l’est pas, c’est uniquement à cause de son ignorance. Celui qui ne sait absolument pas quelle est la différence entre l’islam et la mécréance, ni entre l’islam et l’associationnisme, ressemble à un voyageur sur une route plongée dans les ténèbres : tandis qu’il avance sur la ligne droite, il ne saura pas quand ses deux pieds glisseront d’eux-mêmes ou dévieront vers une autre voie. En chemin, il ne se rendra même pas compte du moment où il se sera écarté de la voie droite. Il se peut même qu’en cours de route un Satan trompeur vienne lui dire : « Mon ami, tu t’es égaré dans les ténèbres ; viens avec moi, je te conduirai à ta destination. » Le pauvre voyageur des ténèbres, incapable de voir de ses propres yeux la voie droite et correcte, remettra, par ignorance, sa main entre les mains d’un imposteur et commencera à le suivre ; celui-ci l’égarera et l’entraînera on ne sait où, sans qu’il soit possible de savoir où cela finira. S’il s’est exposé à un si grand danger, c’est précisément parce qu’il n’a pas de lumière avec lui et qu’il ne peut voir, reconnaître et suivre lui-même les repères du chemin. Mais s’il possède une lumière, il ne perdra pas sa route, et personne ne pourra non plus l’égarer ni l’entraîner sur une mauvaise voie. Vous pouvez donc comprendre combien il est dangereux pour un musulman d’ignorer l’islam et de ne pas connaître correctement les prescriptions exposées par le Noble Coran ainsi que l’enseignement donné par Hazrat Muhammad Mustafa (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui) ! À cause de cette ignorance, il peut lui-même s’égarer, et un autre imposteur peut également le conduire au malheur. Mais s’il possède la lumière de la connaissance, il pourra voir la voie droite de l’islam dans chaque domaine et à chaque étape de sa vie. À chaque pas, il pourra reconnaître et éviter les voies tortueuses et les actes illicites qui se présenteront à lui : mécréance, égarement, péché, zina, actes haram et autres. Et si quelqu’un cherche à l’égarer, il pourra le reconnaître après avoir entendu seulement quelques-unes de ses paroles. Il comprendra clairement que cet homme est un égaré et qu’il ne faut en aucun cas le suivre.
Le savoir, ou connaissance, dont je viens de parler est précisément ce dont dépendent entièrement le fait que vous soyez musulmans et le restiez, ainsi que celui de vos enfants et de vos descendants. Ce n’est pas une chose ordinaire que l’on puisse négliger. Le cultivateur ne se montre pas paresseux dans le travail de ses champs ; il ne néglige ni de les arroser ni de protéger ses récoltes, et il ne manque pas de donner de l’herbe et du fourrage à ses bœufs et à ses veaux. Car s’il se montre négligent dans ces domaines, il risque de mourir de faim et même de perdre la vie. Mais puisque le fait de devenir musulman et de le rester dépend de la connaissance, pourquoi l’homme se montre-t-il si négligent pour l’acquérir ? N’y a-t-il pas à craindre que cette négligence ne fasse perdre une grâce aussi chère et précieuse que la foi ? La foi n’est-elle pas plus chère que la vie elle-même ? Les musulmans ne peuvent-ils pas consacrer à la sauvegarde de leur foi même le dixième du temps et des efforts qu’ils consacrent à préserver leur vie ?
Je ne dis pas que chacun d’entre vous deviendra un mollah, qu’après avoir lu de grands livres et consacré dix ou douze années de sa vie uniquement aux études, il deviendra un grand ‘allâma. Pour être musulman, il n’est pas nécessaire d’étudier autant ni d’obtenir un quelconque diplôme prestigieux. Je veux seulement dire que, sur les vingt-quatre heures du jour et de la nuit, vous consacriez une seule heure à l’apprentissage du dîn — c’est-à-dire des connaissances islamiques. À tout le moins, chaque musulman, enfant, jeune ou âgé, doit acquérir suffisamment de savoir pour connaître le but de la révélation du Noble Coran, le comprendre correctement et en saisir profondément le sens. Il pourra également connaître convenablement les injustes superstitions que le Prophète Muhammad Mustafa — que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui — est venu abolir, ainsi que ce qu’il est venu établir à leur place, et il pourra se familiariser avec les règles particulières qu’Allah Très-Haut a prescrites pour la vie humaine. Il ne faut pas beaucoup de temps pour acquérir ce minimum de savoir ; et si la foi est réellement précieuse aux yeux de quelqu’un, lui consacrer une heure seulement ne lui sera nullement difficile.
La différence particulière entre le musulman et le mécréant
Tout musulman sait certainement que la dignité et l’honneur du musulman sont bien supérieurs à ceux des mécréants. Allah Très-Haut aime le musulman et déteste le mécréant. Les péchés du musulman seront pardonnés, tandis qu’aucun pardon n’est accordé aux crimes du mécréant. Le musulman ira au Paradis et le mécréant ira en Enfer. Mais il est nécessaire de réfléchir un peu plus profondément à la raison pour laquelle il existe une différence aussi considérable entre le musulman et le mécréant.
Les mécréants sont, tout comme les musulmans, les descendants du Prophète Adam — que la paix soit sur lui. De même que les musulmans sont des êtres humains, les mécréants le sont aussi. Comme les musulmans, ils ont des mains et des pieds, des yeux et des oreilles. Eux aussi respirent l’air de cette terre, vivent sur ce sol et se nourrissent. Ils naissent et meurent comme les musulmans. Le même Allah qui a créé les musulmans les a également créés. Alors, pourquoi la position des musulmans serait-elle élevée et la leur basse ? Pourquoi les musulmans iraient-ils au Paradis tandis qu’eux seraient précipités en Enfer ? Il faut examiner cette question avec une attention particulière. Certains musulmans portent des noms tels qu’Abdullah, Abdur Rahman ou d’autres noms semblables ; ils sont donc musulmans. D’autres portent des noms comme Dinanath, Tara Singh, Robertson, etc. ; ils sont donc mécréants. Ou bien les musulmans se font circoncire, tandis qu’eux ne le font pas ; les musulmans mangent de la viande de bœuf, tandis qu’eux n’en mangent pas : une différence aussi considérable entre les êtres humains ne peut pas reposer uniquement sur cela. Puisque c’est Allah Très-Haut qui a créé tous les êtres humains et qui subvient aux besoins de chacun, Il ne peut jamais commettre une injustice aussi énorme. Il est donc absolument impossible qu’Il établisse une différence aussi considérable entre les hommes pour des raisons aussi insignifiantes et qu’Il précipite sans raison en Enfer une catégorie d’êtres humains qu’Il a Lui-même créés.
S’il n’en est réellement pas ainsi, il faut donc réfléchir pour déterminer où réside la véritable différence entre les deux. En réalité, la différence véritable entre eux se réduit à la mécréance et à l’islam. L’islam signifie obéir à Allah Très-Haut, tandis que la mécréance signifie nier Allah, Lui désobéir et être rebelle à Son égard. Le musulman et le mécréant sont tous deux des êtres humains, tous deux des créatures d’Allah Très-Haut et des serviteurs soumis à Son ordre. Mais l’un est supérieur à l’autre parce qu’il reconnaît son véritable Maître, obéit à Ses ordres et craint les conséquences douloureuses de Lui désobéir. L’autre, en revanche, ne reconnaît pas son Maître, ne craint pas les conséquences douloureuses de Lui désobéir et n’obéit pas à Ses ordres ; c’est pour cette raison qu’il tombe dans la perdition. C’est pour cette raison qu’Il est mécontent des musulmans, qu’Il a promis de faire entrer le musulman au Paradis et qu’Il a menacé de précipiter le mécréant en Enfer.
Il ressort de cela que le musulman ne se distingue du mécréant que sur la base de deux choses : premièrement, le savoir ; deuxièmement, les actes. Autrement dit, tout musulman doit d’abord savoir qui est son véritable Maître, ce qui Le satisfait et ce qui Lui déplaît. Après avoir appris tout cela en détail, il doit se rendre entièrement soumis à son véritable Maître, suivre Sa volonté et abandonner son indépendance ainsi que son arbitraire. Si son cœur désire quelque chose qui va à l’encontre de la volonté du « Maître », il n’écoutera pas son propre cœur, mais le « Maître ». Si une action lui paraît bonne, mais que le Maître ne la considère pas comme bonne, il devra la considérer comme mauvaise. À l’inverse, si une action lui paraît très mauvaise, mais que le « Maître » la considère comme bonne, et si une action lui semble nuisible alors que le « Maître » lui ordonne de l’accomplir, il devra nécessairement l’accomplir, quels que soient les dommages causés à sa vie et à ses biens. De même, si une action lui paraît avantageuse, mais que le « Maître » lui interdit de l’accomplir, il ne l’accomplira jamais, même s’il pouvait ainsi acquérir toutes les richesses du monde. C’est précisément pour ce savoir et ces actes que le musulman est un serviteur aimé d’Allah Très-Haut. Sa miséricorde se déverse sur lui et Allah Très-Haut lui accorde l’honneur. Quant au mécréant, il ne sait rien de ces choses ; et, faute de savoir, ses actes ne peuvent pas être conformes à cela, car il est totalement ignorant au sujet d’Allah Très-Haut et Lui désobéit. Il sera donc privé de la grâce d’Allah Très-Haut.
La conclusion de cette discussion est donc la suivante : celui qui se présente comme musulman, tout en étant aussi ignorant et aussi désobéissant à Allah Très-Haut qu’un mécréant, ne peut en aucune manière être supérieur au mécréant en raison des seules différences de nom, de vêtement et de nourriture ; et, pour aucune raison, il ne pourra être digne de la miséricorde d’Allah Très-Haut ici-bas et dans l’au-delà.
L’islam n’est pas le nom d’une nation, d’une lignée ou d’une communauté. Le père ne peut donc pas le transmettre automatiquement à son fils, ni le fils à son petit-fils. Même si le fils d’un brahmane est ignorant et dépourvu de moralité, il jouit du rang d’un brahmane et est considéré comme appartenant à une haute lignée pour la seule raison qu’il est le fils d’un brahmane. Quant au fils d’un chamâr, même s’il est instruit et vertueux, il demeure bas et méprisable, parce qu’il est né dans la maison d’une caste inférieure telle que celle des chamârs. Mais, en islam, ces distinctions de lignée ou de tribu n’ont pas la moindre place. Allah Très-Haut a clairement déclaré dans Son Livre sacré, le Coran :
اِنَّ اَكۡرَمَكُمۡ عِنۡدَ اللّٰهِ اَتۡقٰٮكُمۡؕ
« Parmi vous, celui qui craint le plus Allah Ta‘ala et qui observe le mieux Ses commandements est le plus honoré auprès de Lui. »
Hadrat Ibrâhîm, que la paix soit sur lui, était né dans la maison d’un idolâtre ; mais il reconnut Allah Ta‘ala et observa Ses commandements. C’est pourquoi Allah Ta‘ala fit de lui le guide ou l’imam de tous les mondes. Le fils de Hadrat Nûh, que la paix soit sur lui, était né dans la maison d’un prophète ; mais, n’ayant pas reconnu Allah Ta‘ala, il Lui désobéit. C’est pourquoi il ne fut nullement tenu compte de la noblesse de sa lignée. Au contraire, le châtiment qui lui fut infligé peut servir de leçon au monde entier. Comprenez donc bien que, auprès d’Allah Ta‘ala, les différences qui existent entre les êtres humains sont uniquement dues à l’ilm et à l’amal, à la connaissance et aux œuvres. Dans ce monde et dans l’au-delà, seuls ceux qui Le reconnaissent conformément aux prescriptions qu’Il a données et qui les suivent peuvent obtenir Sa faveur.
Mais ceux qui ne possèdent pas cette qualité, qu’ils s’appellent Abdullah ou Abdur Rahman, Dinanath ou Tarasingh, ne présentent aucune différence aux yeux d’Allah Ta‘ala : aucun d’entre eux ne peut prétendre avoir droit à la faveur d’Allah Ta‘ala.
Les musulmans se considèrent comme musulmans et croient que la rahmat d’Allah Ta‘ala descend sur les musulmans. Mais ouvrez un peu les yeux et regardez : la faveur d’Allah Ta‘ala descend-elle réellement sur eux ? La question de l’au-delà sera laissée pour plus tard ; il est indispensable de considérer un instant la situation misérable dans laquelle se trouvent les musulmans en ce monde.
Si le musulman était réellement un serviteur bien-aimé d’Allah Ta‘ala, pourquoi ces bien-aimés d’Allah seraient-ils humiliés et déshonorés de tant de manières en ce monde ? Allah serait-Il injuste — qu’Allah nous en préserve ! Si le musulman connaissait le « haqq » d’Allah Ta‘ala et observait Ses commandements, pourquoi ferait-Il de Ses serviteurs désobéissants les maîtres du sort des musulmans ? Et pour quelle raison leur infligerait-Il un châtiment en échange de leur obéissance ? Allah Ta‘ala n’est assurément pas injuste, et l’humiliation et le châtiment ne sont pas la récompense de l’obéissance envers Lui. Si l’on croit fermement cela, il faut bien reconnaître qu’il y a quelque défaut dans la prétention des musulmans à être musulmans. Leur nom est certes inscrit comme musulman dans les registres de l’État ; mais le jugement, devant la cour d’Allah Ta‘ala, ne sera pas rendu selon le certificat de cette administration. Allah Ta‘ala possède Ses propres registres, qui sont entièrement différents. Il est donc nécessaire de vérifier si, dans Ses registres, le nom des musulmans est inscrit sur la liste de Ses serviteurs obéissants ou sur celle des désobéissants. Allah Ta‘ala a envoyé aux musulmans un Livre afin qu’en le lisant ils puissent reconnaître le véritable « Maître » ; mais les musulmans ont-ils fait le moindre effort pour connaître ce qui y est écrit ? Allah Ta‘ala leur a envoyé un prophète, qui leur a enseigné les moyens et les règles pour être musulmans ; mais se sont-ils jamais souciés de savoir quel enseignement Son prophète a apporté au monde ? Allah Ta‘ala leur a indiqué le chemin permettant d’obtenir l’honneur en ce monde et dans l’au-delà ; mais suivent-ils ce chemin ? Allah Ta‘ala leur a expliqué, une à une, les actions qui déshonorent et humilient l’être humain en ce monde et dans l’au-delà ; mais le musulman a-t-il abandonné ces actions ? Quelle réponse peut-on donner à ces questions ? Si l’on reconnaît que, de même que les musulmans n’ont fait aucun effort pour acquérir une connaissance du Livre d’Allah Ta‘ala, ils n’ont pas davantage suivi, même d’un pas, le chemin qu’Il leur a montré, comment sont-ils donc devenus musulmans et comment peuvent-ils prétendre à une récompense ? Ils obtiennent un résultat à la mesure du type de musulman qu’ils prétendent être, et c’est une récompense du même ordre qu’ils recevront également dans l’au-delà.
J’ai dit dès le début qu’entre le musulman et le kafir, il n’existe aucune différence autre que l’ilm et l’amal — la connaissance et les œuvres. Si l’ilm et l’amal d’une personne sont semblables à ceux d’un kafir et qu’elle se présente malgré tout comme musulmane, il faut comprendre qu’il n’y a personne de plus menteur qu’elle. Le kafir ne lit pas le Saint Coran et ne sait pas ce qui y est écrit. Mais si tel est également l’état du musulman, de quel droit se dira-t-il musulman ? Le Prophète Mustafa, que la bénédiction et la paix d’Allah soient sur lui, a transmis aux habitants du monde un enseignement et leur a montré la voie droite permettant d’obtenir la proximité d’Allah Ta‘ala ; les kafirs n’en savent absolument rien. Si le musulman est lui aussi ignorant de la même manière, comment peut-on l’appeler « musulman » ? Le kafir ne se conforme pas à la volonté d’Allah : il suit sa propre volonté. Si le musulman est lui aussi soumis à un tel arbitraire, s’il est pareillement indifférent et insouciant à l’égard d’Allah et devient l’esclave obéissant de ses propres passions, de quel droit peut-il se dire « musulman », c’est-à-dire « celui qui observe les commandements d’Allah » ? Le kafir ne fait pas de distinction entre le halal et le haram. Dans toute chose où il voit un profit ou un plaisir, il agit sans scrupule, que cette chose soit halal ou haram aux yeux d’Allah Ta‘ala. Si le musulman adopte lui aussi ce principe, où se trouve la différence entre lui et le kafir ? En somme, si le musulman est aussi ignorant de l’islam que le kafir et si les actes et la conduite du kafir et du musulman sont identiques, pourquoi seuls les musulmans seraient-ils honorés en ce monde, à la place des kafirs ? Pour quelle raison les musulmans ne subiraient-ils pas, comme les kafirs, un châtiment dans l’au-delà ? C’est une question si grave qu’il nous faut y réfléchir avec calme.
Il ne faut pas croire que je compte les musulmans parmi les mécréants, car cela ne serait jamais convenable. Moi-même, je réfléchis profondément à cette question et je souhaite que chacun des membres de notre communauté y réfléchisse. Pourquoi sommes-nous privés de la miséricorde d’Allah le Très-Haut ? Pourquoi tant de malheurs s’abattent-ils sur nous de toutes parts ? Pourquoi ceux que nous considérons comme des « mécréants », c’est-à-dire des serviteurs désobéissants à Allah, triomphent-ils de nous en tous domaines ? Et pourquoi nous qui prétendons obéir aux commandements d’Allah sommes-nous vaincus partout ? Plus je réfléchis à la cause de tout cela, plus je suis convaincu qu’il ne reste aujourd’hui entre nous et les mécréants qu’une différence de nom. En pratique, nous ne sommes nullement en arrière d’eux pour ce qui est de l’indifférence envers Allah le Très-Haut, de l’absence de crainte envers Lui et de la désobéissance à Ses commandements. Il existe certes quelques différences entre eux et nous, mais nous ne pouvons espérer aucune récompense ni aucune rétribution pour ces différences ; au contraire, elles nous rendent dignes d’un châtiment plus sévère. En effet, nous savons que le Coran est le Livre d’Allah le Très-Haut, et pourtant nous le traitons exactement comme les mécréants. Nous savons que Muhammad Mustafa — qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix — est le véritable, le meilleur et le dernier des prophètes, et pourtant nous avons abandonné son imitation comme les mécréants. Nous savons qu’Allah le Très-Haut a maudit les menteurs, qu’Il a déclaré que les corrupteurs et ceux qui leur versent des pots-de-vin iraient certainement tous deux en enfer, et qu’Il a qualifié d’abjects pécheurs ceux qui prennent ou donnent de l’usure. Il a comparé les semeurs de discorde et les médisants à ceux qui mangent la chair de leur propre frère, et Il a menacé d’un châtiment sévère ceux qui se livrent à l’obscénité et à l’impudeur. Pourtant, même après avoir connu toutes ces choses, nous continuons à les pratiquer avec la même insouciance que les mécréants. On dirait qu’il n’y a absolument aucune crainte d’Allah parmi nous. Ainsi, même si, comparés aux mécréants, nous sommes dans une certaine mesure « musulmans », nous n’en voyons aucun reflet dans notre vie ; nous ne faisons au contraire que subir des châtiments, de toutes sortes et de toutes parts. La victoire des mécréants sur nous et nos défaites constantes sont le châtiment de cette faute. Un bienfait immense, l’islam, nous a été accordé, et pourtant nous ne l’avons nullement apprécié. Quel crime pourrait être plus grand que celui-là ?
Je n’ai pas dit tout ce qui précède dans le but de réprimander qui que ce soit, et ce n’est pas non plus pour réprimander que j’ai pris la plume. Mon véritable objectif est que nous cherchions à récupérer tout ce que nous avons perdu. On ne songe à retrouver une chose perdue que lorsque l’on sait et comprend avec certitude ce que l’on a perdu et combien cette chose était précieuse. C’est pourquoi je m’efforce d’alerter les musulmans : si leur conscience se réveille et qu’ils comprennent qu’ils ont en réalité perdu une chose extrêmement précieuse, ils chercheront à la retrouver.
J’ai dit dans le premier article que, pour qu’un musulman devienne véritablement musulman, il lui faut avant toute chose une authentique instruction islamique et une connaissance véritable de l’islam. Quel est l’enseignement du saint Coran ? Quelle est la voie montrée par le noble Messager ? Qu’est-ce que l’islam ? Sur quel point réside la véritable différence entre la mécréance et l’islam ? Il est indispensable que chaque musulman connaisse clairement ces choses. Sans cette connaissance, nul ne peut être musulman. Mais, chose regrettable, ils ne font aucun effort pour acquérir ce savoir. Cela montre qu’ils n’ont pas encore compris de quel immense bienfait et de quelle miséricorde ils sont privés. Tant que l’enfant ne pleure pas, sa mère ne lui donne pas de lait ; dès qu’une personne assoiffée ressent la soif, elle cherche elle-même de l’eau, et Allah lui en procure. Si les musulmans eux-mêmes n’éprouvent pas de soif, il ne leur sert à rien qu’un puits rempli d’eau soit placé près de leur bouche. Il leur appartient de comprendre combien il est grave et désastreux de rester ignorants au sujet de l’islam. Le Livre d’Allah le Très-Haut se trouve pourtant entre leurs mains, mais ils ignorent ce qu’ils demandent à Allah le Très-Haut dans la prière : pourrait-il y avoir plus grand malheur ? Ils ne connaissent même pas le sens de la « kalima » par laquelle ils entrent dans l’islam. Ils ignorent également quelles responsabilités s’imposent à eux dès qu’ils récitent cette kalima. En vérité, pour un musulman, rien ne peut être plus dommageable ni plus malheureux que cela. Tout le monde sait quelles sont les conséquences de la destruction des champs et des exploitations agricoles. Lorsque les récoltes sont détruites, nul ne doute qu’il faudra mourir de faim. Mais ils ne parviennent pas à mesurer combien les conséquences de l’ignorance de l’islam sont terribles et effrayantes. Lorsqu’ils comprendront ce dommage, ils s’efforceront eux-mêmes de se préserver de ses effets dévastateurs ; alors, si Allah le veut, des mesures seront également prises pour les sauver de ce mal.
Sujet de réflexion
Dans le monde actuel, les musulmans sont les seuls à posséder la Parole d’Allah le Très-Haut dans son état entièrement intact et inchangé. Les paroles du Coran qui furent révélées au prophète d’Allah sont encore aujourd’hui exactement les mêmes. Sous ce rapport, il ne fait aucun doute que les musulmans du monde sont une nation privilégiée. Mais ces mêmes musulmans du monde sont aussi les seuls malheureux : alors que la Parole sainte d’Allah le Très-Haut se trouve parmi eux dans son état originel, ils sont privés de ses bénédictions et de ses bienfaits inépuisables.
Le noble Coran leur a été révélé afin qu’ils le lisent, le comprennent et agissent conformément à ses enseignements. Il est venu leur donner force et honneur. Il est venu faire d’eux les véritables « califes » d’Allah sur la terre. L’histoire témoigne que, tant qu’ils ont suivi la guidance du Coran, celui-ci les a maintenus au rang des plus grands dirigeants du monde. Mais aujourd’hui, ils n’utilisent plus le Coran que pour chasser les djinns et les démons. Ils écrivent ses versets, les portent autour du cou, les écrivent puis les dissolvent dans l’eau pour la boire, et les récitent sans les comprendre dans le seul but d’accumuler des mérites ; ils ne demandent plus au Coran de les guider. Ils ne lui demandent pas quelle doit être leur croyance religieuse. Ils ont cessé de demander au Coran quelles doivent être leurs actions, quel doit être leur caractère, comment ils doivent vivre dans ce monde, comment ils doivent mener leurs transactions, selon quelles règles ils doivent se lier d’amitié avec les hommes ou leur être hostiles, quels sont leurs devoirs envers les autres serviteurs d’Allah et envers eux-mêmes, et comment ils doivent s’en acquitter, à qui ils doivent obéir ici-bas et à qui ils doivent désobéir, avec qui ils doivent entretenir des relations et avec qui ils ne le doivent pas, qui sont leurs alliés et qui sont leurs ennemis, par quoi ils obtiendront honneur et réussite, par quelles actions ils acquerront des richesses, et ce qui pourrait causer leur échec et leur perte. Aujourd’hui, les musulmans ont cessé de demander au Coran les réponses à toutes ces questions. Ils demandent désormais conseil à des mécréants, à des polythéistes, à des égarés, à des gens égoïstes et au démon qui est leur propre âme charnelle ; puis ils agissent conformément aux conseils de ces derniers. Le résultat qui devait découler du fait d’abandonner Allah pour suivre les commandements d’autrui s’est donc produit. Ils en subissent aujourd’hui les conséquences jusque dans leur chair, dans les différents pays du monde et dans les diverses régions de chaque pays. Le noble Coran est la source de tout bien : le bien que les gens lui demanderont, de quelque nature et de quelque ampleur qu’il soit, c’est précisément ce qu’il leur accordera. S’ils lui demandent de chasser les djinns et les démons, de soigner le rhume et la toux, de leur faire gagner des procès, de leur procurer un emploi, ainsi que toutes sortes de petites choses méprisables de ce genre, il les leur accordera. Mais s’ils désirent obtenir la royauté du monde, ainsi que la direction et l’autorité sur l’univers entier, il le leur accordera également. Et même s’ils souhaitent parvenir jusqu’au Trône d’Allah, le Coran les y conduira. Tout dépend en réalité de la capacité du réceptacle qui le reçoit. Aujourd’hui, ils ne prennent que deux gouttes d’eau auprès d’un immense océan, alors que cet océan pourrait leur donner de grands fleuves.
La manière incohérente dont nos frères musulmans traitent le saint Livre d’Allah est tellement risible que, s’ils voyaient eux-mêmes quelqu’un agir de cette façon dans quelque affaire de ce monde, ils ne manqueraient pas de se moquer de lui ; bien plus, ils le prendraient pour un fou. Si quelqu’un se procurait auprès d’un médecin une ordonnance, l’enveloppait dans un tissu et la suspendait à son cou, ou bien la lavait dans l’eau pour la boire, que lui diriez-vous ? Ne ririez-vous pas en voyant ce qu’il fait et ne le jugeriez-vous pas parfaitement idiot ? Pourtant, c’est exactement de cette manière que vous traitez, jour et nuit sous vos yeux, l’incomparable ordonnance que le plus grand des médecins vous a prescrite pour soigner vos maladies et vous guérir. Mais cela ne fait naître chez personne la moindre envie de rire. Personne ne réfléchit au fait qu’une ordonnance n’est pas destinée à être suspendue au cou ou lavée pour être bue : elle est écrite afin que, conformément à ses prescriptions, on prépare le remède et qu’on l’utilise.
Si une personne malade se mettait à lire un ouvrage de médecine ou de pharmacopée en pensant que toutes ses maladies disparaîtraient d’elles-mêmes après l’avoir lu, que lui diriez-vous ? Ne diriez-vous pas qu’elle a perdu la raison et qu’il faut l’envoyer dans un asile ? Mais hélas ! Vous traitez exactement de la même manière le grand Livre qu’Allah Ta‘âlâ, l’unique Grand Médecin, a envoyé pour soigner vos maladies. Vous le lisez en pensant que sa seule lecture suffira à faire disparaître toutes les maladies, sans qu’il soit aucunement nécessaire d’agir conformément à ses prescriptions. Et vous ne voyez pas non plus la nécessité de renoncer aux choses qu’il considère nuisibles et auxquelles il ordonne de renoncer. Alors, pourquoi n’exprimez-vous pas à votre propre sujet le même jugement que vous portez sur celui qui estime que, pour guérir, il suffit de lire un livre ?
Si vous receviez une lettre rédigée dans une langue que vous ne connaissez pas, vous vous précipiteriez aussitôt chez quelqu’un qui connaît cette langue afin d’en comprendre le sens. Tant que vous ne l’auriez pas compris, vous n’auriez pas le moindre repos. Vous vous agitez ainsi pour une lettre concernant vos affaires ordinaires, alors qu’elle ne vous apportera peut-être qu’un bénéfice de quelques pièces, et pas davantage. Mais la lettre qui vous est parvenue de la part d’Allah, le Maître de l’ensemble des mondes, et qui contient tout votre bien dans ce monde et dans l’au-delà, vous la laissez de côté avec indifférence : aucun désir ni aucune inquiétude de comprendre son sens ne s’éveille en vous. N’est-ce pas véritablement étonnant ? Je ne dis pas cela pour plaisanter ou me divertir. Si vous y réfléchissez, votre propre cœur vous dira que la plus grande injustice commise dans le monde est celle qui est faite à l’égard de ce grand Livre d’Allah. Et cette injustice n’est commise que par ceux qui prétendent croire en ce Livre et proclament être prêts à donner leur vie pour lui. Quant aux conséquences de l’injustice envers la Parole d’Allah, tout le monde les connaît. Comprenez-le bien : la Parole d’Allah n’est pas venue aux hommes afin qu’après l’avoir reçue, ils demeurent dans le malheur, la tristesse et les épreuves. Le Noble Coran est la seule source du bonheur et de la réussite ; il ne peut en aucune façon être une cause de malheur et d’abaissement. Allah Ta‘âlâ l’a Lui-même déclaré :
طه (١) مَآ أَنزَلۡنَا عَلَيۡكَ ٱلۡقُرۡءَانَ لِتَشۡقَىٰٓ (٢)
« Tâ-Hâ — Ô Prophète ! Nous n’avons pas fait descendre le Coran sur toi afin que, malgré cela, tu sois malheureux. » (Sourate Tâ-Hâ : 1-2)
Il ne peut en aucune façon en résulter que les hommes voient leur sort s’assombrir et deviennent les plus vils de tous. Il est absolument inconcevable qu’une nation possède la Parole d’Allah tout en étant humiliée et avilie, soumise à autrui, méprisée et piétinée, enchaînée dans les liens de l’esclavage, ayant toute son autorité remise entre les mains d’autrui, et chassée et maltraitée par d’autres comme des bêtes. Une telle situation douloureuse ne peut toucher une nation qu’à partir du moment où elle commence à faire injustice à la Parole d’Allah. Vous ne connaissez que trop bien la situation des Enfants d’Israël. La Torah et l’Évangile leur avaient été révélés, et il leur avait été dit :
٦٦ وَلَوْ أَنَّهُمْ أَقَامُوا التَّوْرَاةَ وَالْإِنْجِيلَ وَمَا أُنْزِلَ إِلَيْهِمْ مِنْ رَبِّهِمْ لَأَكَلُوا مِنْ فَوْقِهِمْ وَمِنْ تَحْتِ أَرْجُلِهِمْ ۚ مِنْهُمْ أُمَّةٌ
« S’ils avaient suivi la Torah, l’Évangile et les autres Livres qui leur avaient été révélés, des subsistances seraient descendues sur eux du ciel et la nourriture aurait jailli de la terre. » (Al-Mâ’idah : 66)
Mais ils avaient fait subir une injustice à ces paroles d’Allah le Très-Haut, et il en résulta :
وَضُرِبَتْ عَلَيْهِمُ الذِّلَّةُ وَالْمَسْكَنَةُ وَبَاءُوا بِغَضَبٍ مِنَ اللَّهِ ۗ ذَٰلِكَ بِأَنَّهُمْ كَانُوا يَكْفُرُونَ بِآيَاتِ اللَّهِ وَيَقْتُلُونَ النَّبِيِّينَ بِغَيْرِ الْحَقِّ ۗ ذَٰلِكَ بِمَا عَصَوْا وَكَانُوا يَعْتَدُونَ
« L’avilissement et la dépendance furent imposés sur eux, et ils furent encerclés par la colère d’Allah. Cela parce qu’ils avaient commencé à désobéir à la parole d’Allah et à tuer injustement les prophètes. Et aussi parce qu’ils désobéissaient à Allah et transgressaient les limites qu’Allah le Très-Haut leur avait fixées. » (Sourate Al-Baqara : 61)
Par conséquent, lorsqu’une nation qui détient le Livre d’Allah est malgré tout humiliée, piétinée, soumise aux autres et impuissante face à eux dans le monde, vous devez être certains qu’elle fait assurément subir une injustice à la parole d’Allah. Il ne peut y avoir d’autre cause fondamentale à la tempête de malheurs et d’épreuves qui s’abat sur elle. Elle doit cesser de faire subir une injustice à la parole d’Allah et s’efforcer de lui rendre pleinement son droit. Si vous ne renoncez pas à ce grand péché, votre état d’abaissement ne changera en aucune façon. (Vous pourrez bien ouvrir des collèges dans chaque village, faire de chacun de vos enfants un diplômé et les voir devenir millionnaires en pratiquant l’usure comme les Juifs : en réalité, tout cela ne produira absolument rien.)
Chaque musulman doit avant tout savoir qui est appelé musulman et quelle est la signification du mot musulman. En effet, si une personne ne sait pas ce qu’est l’humanité ni quelle différence existe entre l’être humain et l’animal, elle commencera à agir comme une bête et ne comprendra pas la valeur de son humanité. De même, si quelqu’un ne sait pas ce que signifie être musulman ni comment distinguer le musulman du non-musulman, il commencera à agir comme un non-musulman et sera incapable de préserver le moindre honneur de son identité musulmane. Ainsi, chaque musulman, et chaque enfant de musulman, doit comprendre parfaitement ce que signifie être musulman, alors même qu’il se considère lui-même comme tel. Quels changements et quelles différences se produisent chez une personne lorsqu’elle devient musulmane ? Quels devoirs et quelles responsabilités lui incombent ? Dans quelles limites de l’islam une personne peut-elle rester musulmane, et quelle limite suffit-elle à franchir pour être exclue de l’islam ? Si elle ignore ces choses, elle ne pourra pas rester musulmane, quelle que soit l’ampleur de ses déclarations par la bouche.
L’islam signifie obéir à Allah et suivre Ses commandements. Se remettre entre les mains d’Allah le Très-Haut, voilà ce qu’est l’islam. Renoncer volontairement à sa liberté et à son indépendance devant Allah, voilà ce qu’est l’islam. Reconnaître humblement la royauté et l’obéissance dues à Allah, voilà ce qu’est l’islam. Celui qui remet toutes ses affaires entre les mains d’Allah est musulman. En revanche, celui qui règle toutes ses affaires selon sa propre volonté ou les confie à quelqu’un d’autre qu’Allah n’est pas musulman. Se remettre entre les mains d’Allah signifie que l’être humain accepte pleinement la guidance et les règles de la voie droite qu’Il a envoyées par l’intermédiaire de Son Livre et de Son Prophète, sans pouvoir y formuler la moindre objection. Dans chaque aspect et chaque action de la vie, il doit suivre uniquement les règles du saint Coran et du hadith. Seul est musulman celui qui laisse derrière lui sa propre raison, les coutumes du monde et toute chose autre qu’Allah, puis cherche la direction uniquement auprès du Livre d’Allah et du hadith de Son Messager dans chaque affaire ; qui demande ce qu’il doit faire et ce qu’il ne doit pas faire, puis accepte sans objection toute règle qu’il y trouve et rejette tout ce qui lui est contraire. Car il s’est entièrement remis entre les mains d’Allah. C’est en se remettant ainsi entre les mains d’Allah que l’être humain peut devenir musulman. À l’inverse, celui qui ne s’appuie nullement sur le saint Coran et le hadith, mais fait ce que lui dicte son inclination, suit les règles transmises par ses ancêtres, ou fait simplement ce qui se pratique dans le monde ; celui qui, après avoir appris la règle du saint Coran et du hadith concernant une affaire, dit : « Ma raison ne veut pas l’accepter, je ne l’accepte donc pas », ou bien : « Depuis l’époque de mes ancêtres, la règle contraire est en vigueur, je ne la suivrai donc pas » ; ou encore : « La coutume du monde lui est contraire, je suivrai donc cette coutume » : une telle personne n’est en aucune façon musulmane. Si elle se présente comme musulmane, elle est sans aucun doute menteuse.
Lorsque vous récitez la formule « La ilaha illallah Muhammadur Rasulullah » et reconnaissez que vous êtes musulman, vous reconnaissez également par là que la loi d’Allah est votre unique loi et qu’Allah le Très-Haut est votre Seigneur et Celui qui vous commande. Vous devez alors obéir uniquement à Allah. Seule sera reconnue comme véritable règle, à vos yeux, celle qui est tirée du Livre d’Allah et obtenue par l’intermédiaire de Son Messager. Cela signifie qu’en devenant musulman, vous avez renoncé à votre liberté devant Allah.
Dès lors, vous ne pouvez plus avoir d’opinion personnelle indépendante ; les diverses coutumes du monde ni les usages familiaux ne peuvent avoir la moindre importance ; et vous ne pouvez désormais opposer à la parole d’Allah et à la Sunna de Son Messager ce qu’aurait dit tel ou tel honorable ou tel ou tel pieux personnage. Votre unique tâche consiste désormais à soumettre chacune de vos affaires au saint Coran et au hadith. Tout ce qui ne leur correspond pas, vous devez le retirer et le rejeter au loin, quelle qu’en soit la coutume. Se dire musulman puis, en écartant le saint Coran et le hadith, suivre sa propre opinion, les coutumes du monde ou les paroles et les actes d’un être humain, sont des choses totalement contradictoires. De même qu’un aveugle ne peut se prétendre voyant et qu’un homme sans nez ne peut se prétendre pourvu d’un nez, celui qui ne règle pas toutes ses actions conformément au saint Coran et au hadith, mais les abandonne pour suivre sa propre raison, les coutumes du monde ou les paroles et les actes d’une personne particulière, ne peut en aucune façon se dire musulman.
Si quelqu’un ne souhaite pas rester musulman, nul ne peut l’y contraindre. Chaque être humain est libre d’adopter la religion de son choix et de porter le nom qu’il veut. Mais lorsqu’une personne se présente comme musulmane, elle doit très bien comprendre qu’elle ne peut le rester que tant qu’elle demeure dans les limites de l’islam. Accepter la Parole d’Allah et les hadiths de Son Messager comme l’unique critère de la vérité et du bien, et considérer comme nul et faux tout ce qui leur est contraire : telle est la limite de l’islam. Celui qui reste dans cette limite est musulman ; celui qui la transgresse sort de l’islam et s’en éloigne. Si, malgré cela, il continue à se considérer et à se proclamer musulman, il ne fait aucun doute qu’il se trompe lui-même tout autant qu’il trompe le monde.
وَمَنْ لَمْ يَحْكُمْ بِمَا أَنْزَلَ اللَّهُ فَأُولَٰئِكَ هُمُ الْكَافِرُونَ
« Ceux qui ne jugent pas d’après ce qu’Allah a révélé sont des mécréants. » — (Sourate al-Mâ’idah : 44)
Le sens de la Kalima Tayyiba
Vous savez que l’être humain entre dans les limites de l’islam en récitant une kalima. Cette kalima n’est ni longue ni compliquée : elle ne comporte que quelques mots. لا اله الإ الله محمد رسول الله— il suffit d’en prononcer quelques mots pour que l’être humain soit complètement transformé. Si un mécréant la récite, il devient musulman. Auparavant, il était impur ; désormais, il est pur. Auparavant, il pouvait être frappé par la colère d’Allah ; désormais, il devient un serviteur aimé d’Allah. Auparavant, il était digne d’entrer en Enfer ; désormais, les portes du Paradis s’ouvrent pour lui.
Ce n’est pas tout : cette « kalima » établit également une immense différence entre les êtres humains. Ceux qui récitent cette « kalima » constituent une seule ummah, tandis que ceux qui la rejettent forment une nation distincte. Si le père récite la « kalima » et que le fils la rejette, le père ne sera plus considéré comme son père, ni le fils comme son fils ; ce fils ne recevra aucune part des biens de son père, et même sa mère et sa sœur répugneront à le regarder. En revanche, si un non-musulman récite la kalima et épouse la fille de cette famille, lui et ses enfants hériteront des biens de cette maison. Mais l’enfant issu de ses propres entrailles deviendra complètement étranger pour la seule raison qu’il aura rejeté cette kalima. On comprend ainsi que cette kalima est une chose qui transforme les étrangers en proches et les réunit, tandis qu’elle rend étrangers les proches et rompt leurs relations mutuelles.
Réfléchissez un instant : quelle est la véritable raison d’une si grande différence entre les êtres humains ? Que contient donc la « kalima », sinon quelques lettres ? Kaf, lam, mim, alif, sin, et quelques lettres semblables : rien de plus. En réunissant ces lettres et en les prononçant, l’être humain se transforme-t-il à ce point comme par l’effet d’un enchantement ? Une si grande différence entre les personnes peut-elle résulter de ces seules paroles ? Si vous réfléchissez quelque peu, vous comprendrez — votre raison et votre conscience vous le diront — qu’une action aussi considérable ne peut absolument pas résulter du simple fait de réunir quelques lettres et de les prononcer. Les polythéistes idolâtres pensent, eux, qu’il suffit de réciter une formule magique pour faire trembler les montagnes, fendre la terre et faire jaillir l’eau de celle-ci ! Que quelqu’un connaisse ou non le sens de cette formule, cela n’aurait, selon eux, aucune incidence. Car ils croient de toute leur âme que toute la puissance réside dans les lettres elles-mêmes. Dès qu’elles sont prononcées, les portes de tous les mystères s’ouvriraient donc. Mais l’islam n’accorde absolument aucune valeur à une telle conception. La chose essentielle ici est le sens ; tout effet ou toute influence que les mots peuvent avoir provient précisément de leur sens. Si les mots n’ont aucun sens, s’ils ne s’enracinent pas au plus profond du cœur et ne provoquent donc aucun changement dans les pensées, les croyances, le caractère et les actes de l’être humain, leur simple prononciation ne sert à rien.
Je veux vous expliquer cela par un exemple simple. Supposez que vous souffriez d’un froid terrible. Si vous vous mettez alors à crier « couverture et matelas ! couverture et matelas ! », le froid ne diminuera pas le moins du monde. Même si vous passez toute la nuit assis à répéter « couverture et matelas » comme mille tasbih, cela ne produira aucun résultat. En revanche, si vous vous procurez une couverture et un matelas et les mettez sur vous, le froid cessera certainement. De même, supposez que vous ayez soif. Si vous passez du matin au soir à crier « eau ! eau ! », votre soif ne sera pas étanchée. Mais si vous prenez un verre d’eau et le buvez, votre poitrine sera certainement soulagée. Supposez encore que vous soyez malade. Si vous commencez à réciter des tasbih en répétant « médicament ! médicament ! », votre maladie ne disparaîtra pas. En revanche, si vous achetez le bon médicament et le prenez, vous guérirez. Il en va exactement de même pour la kalima. Le simple fait de prononcer six ou sept mots ne peut produire une si grande différence : celui qui était mécréant deviendrait entièrement musulman, celui qui était impur deviendrait pur, l’ennemi deviendrait soudain un ami et celui qui était destiné à l’Enfer deviendrait soudain destiné au Paradis. Il n’existe qu’un seul moyen pour qu’une telle différence s’établisse entre les êtres humains. Il faut d’abord comprendre le sens de ces mots, puis s’efforcer de faire en sorte que ce sens s’enracine au plus profond du cœur. Lorsque vous les prononcerez ainsi après en avoir connu et compris le sens, vous comprendrez alors quelle parole immense vous aurez reconnue devant votre Seigneur, et quelle grande responsabilité vous sera échue de ce fait. Lorsque vous réciterez la kalima en ayant compris ces choses, elle établira sa pleine domination sur vos pensées et sur toute votre vie. Dès lors, aucune parole contraire à cette kalima ne pourra trouver la moindre place dans votre esprit et votre cœur. Vous devrez garder pour toujours à l’esprit que tout ce qui est contraire à cette kalima est faux, et que cette kalima seule est la vérité. Dans toutes les affaires et tous les actes de votre vie, cette kalima sera l’unique commandement. Après avoir récité cette kalima, vous ne pourrez plus agir librement comme les mécréants, en faisant tout ce que vous voulez. Vous devrez désormais suivre les commandements de cette kalima : accomplir ce qu’elle ordonne et vous abstenir de ce qu’elle interdit. C’est ainsi que la récitation de la kalima peut produire entre les êtres humains la différence mentionnée précédemment.
Nous allons maintenant examiner le sens de la « kalima », ce que l’on reconnaît en la récitant et à quelle loi l’homme est tenu de se conformer dès lors qu’il l’a reconnue, ainsi que d’autres questions de ce genre.
Sens de la kalima : « Il n’y a pas de divinité en dehors d’Allah ; Muhammad, qu’Allah le bénisse et le salue, est le Messager d’Allah, c’est-à-dire Son envoyé. » Le mot « ilah » qui figure dans la kalima désigne le Maître, le Créateur, Celui qui établit les lois pour les hommes, Celui qui entend et exauce leurs invocations, et qui est le seul digne d’être adoré. Lorsque vous récitez « La ilaha illa Allah », cela signifie que vous reconnaissez d’abord que ce monde n’a pas pu être créé sans Allah, qu’il existe nécessairement un Créateur, et que ce Créateur n’est pas multiple, mais unique. Nul autre que Lui ne possède nulle part la divinité ni la souveraineté. Deuxièmement, en récitant la kalima, vous reconnaissez que cet Allah unique est le Maître des hommes et de l’univers entier. Vous et tout ce qui vous appartient, comme toute chose dans le monde, Lui appartenez. Il est le Créateur, Il est Celui qui pourvoit aux besoins ; la vie et la mort surviennent selon Son commandement. Le bonheur et l’épreuve viennent de Lui. Tout ce que l’homme reçoit, il le reçoit de Lui ; en réalité, Il est le Donateur de toute chose. Et ce que l’homme perd, c’est en réalité Lui qui le lui retire. Il ne faut craindre que Lui, et c’est devant Lui seul qu’il faut s’incliner. Il est obligatoire de n’adorer et de ne servir que Lui. En dehors de Lui, nous n’avons aucun maître, propriétaire ni législateur. Notre devoir véritable et unique est d’obéir à Son commandement et d’agir uniquement conformément à Sa loi.
لا اله الإ الله
En récitant la kalima, vous faites cette promesse à Allah, et le monde entier devient témoin de cet engagement fondamental. Si vous agissez contrairement à cette promesse, votre langue, vos mains et vos pieds, chacun de vos poils, ainsi que chaque atome du ciel et de la terre devant lesquels vous l’avez faite, témoigneront contre vous devant le tribunal d’Allah. Vous vous y trouverez totalement démuni. Vous ne trouverez nulle part un seul témoin pour établir votre défense. Aucun avocat ni aucun juriste ne s’y trouvera pour vous défendre. Bien plus, les avocats et les juristes eux-mêmes, qui jouent sur les subtilités de la loi dans les tribunaux de ce monde, se retrouveront tous là-bas dans une situation aussi démunie que la vôtre. Dans ce tribunal, vous ne pourrez pas vous sauver en produisant de faux témoins, de faux documents ou en faisant présenter par un avocat une défense mensongère. Vous pouvez dissimuler vos crimes aux yeux de la police de ce monde, mais il est impossible de les cacher aux yeux de la police d’Allah. La police de ce monde peut accepter des pots-de-vin ; la police d’Allah n’en accepte jamais. Les témoins de ce monde peuvent mentir, mais les témoins d’Allah sont tous véridiques : ils ne mentent pas. Les juges de ce monde peuvent commettre l’injustice, mais Allah, exalté soit-Il, n’est pas injuste. De plus, il sera absolument impossible de s’évader de la prison dans laquelle Allah enfermera les pécheurs. Il ne fait donc aucun doute que faire à Allah une fausse promesse est une grande sottise et la plus extrême des folies. Lorsque vous faites une promesse devant Allah, faites-la après l’avoir mûrement réfléchie et efforcez-vous de la tenir ; sinon, personne ne vous oblige à faire une promesse du bout des lèvres. Car une simple reconnaissance verbale n’a absolument aucune valeur.
Après avoir dit « La ilaha illa Allah », il faut dire : « Muhammad est le Messager d’Allah ». Cela signifie que vous reconnaissez qu’Allah n’a transmis Sa loi aux hommes que par l’intermédiaire de Muhammad, qu’Allah le bénisse et le salue. Après avoir reconnu Allah comme notre Maître, notre Propriétaire et notre Roi, il était indispensable de savoir quelles sont la loi et les commandements de ce Roi des deux mondes. Par quelles actions Lui plairons-nous, et par lesquelles Lui déplairons-nous ? En suivant quelle loi nous pardonnera-t-Il, et en suivant quelle loi nous punira-t-Il ? Pour nous permettre de le savoir, Allah, exalté soit-Il, a désigné Muhammad, qu’Allah le bénisse et le salue, comme Son messager. Par son intermédiaire, Il nous a envoyé Son Livre, et Muhammad, qu’Allah le bénisse et le salue, nous a montré concrètement comment vivre conformément au commandement d’Allah.
Ainsi, lorsque vous dites : « Muhammad est le Messager d’Allah », vous reconnaissez par là même que vous suivrez la loi et la règle enseignées par Muhammad, qu’Allah le bénisse et le salue, et que vous piétinerez toute loi qui leur serait contraire. Après avoir pris cet engagement, si vous abandonnez précisément la loi prêchée par Muhammad, qu’Allah le bénisse et le salue, pour suivre les lois de ce monde, il n’y a personne de plus grand menteur et de plus perfide que vous. Car c’est en reconnaissant la loi prêchée par Muhammad, qu’Allah le bénisse et le salue, comme la seule vraie loi, et en vous engageant à la suivre, que vous êtes entrés dans les limites de l’islam. C’est en reconnaissant cela que vous êtes devenus les frères des musulmans. C’est pour cette raison que vous avez hérité d’un père musulman, que vos enfants ont pu être légitimement considérés comme vos enfants. C’est pour cette raison que les musulmans vous ont aidés, vous ont donné la zakat et ont assumé la responsabilité de protéger vos vies, vos biens et votre honneur. Malgré tout cela, si vous rompez votre promesse, quelle trahison plus grave pourrait-il y avoir au monde ? Si vous connaissez le sens deلا اله الإ الله محمد رسول الله et que vous le reconnaissez en toute connaissance de cause, alors il est de votre devoir, en toutes circonstances, de suivre la loi d’Allah. Même si la loi d’Allah n’est pas en vigueur, vous devez la mettre en vigueur. À propos de celui qui pense que la police, l’armée, les tribunaux et les prisons d’Allah n’existent nulle part, et qu’il est donc facile de transgresser Sa loi, tandis que la police, l’armée, les tribunaux et les prisons du gouvernement sont présents partout, rendant très difficile la violation de ses lois, je déclare clairement qu’un tel homme a récitéلا اله الإ الله محمد رسول الله la kalima dans le mensonge. Il ne fait aucun doute qu’il trompe ainsi son Allah, l’univers entier, tous les musulmans et sa propre conscience.
J’ai précédemment exposé le sens de la kalima tayyiba. Je vous invite maintenant à réfléchir à cette question sous un autre angle.
Vous reconnaissez qu’Allah Ta‘ala est le Maître de vous-mêmes et de toute chose. Mais qu’est-ce que cela signifie ? Cela signifie que votre vie, vos biens et votre propre corps appartiennent à Allah. Vos mains, vos oreilles et aucun des membres de votre corps ne vous appartiennent en propre. Les terres que vous cultivez, les animaux auxquels vous faites accomplir des tâches, les biens que vous utilisez constamment : rien de tout cela ne vous appartient ; vous les avez reçus comme des biens appartenant à Allah Ta‘ala et comme des dons d’Allah. Après avoir reconnu cela, de quel droit pourriez-vous dire : « Ma vie, mon âme, mon corps, mes biens, telle chose est à moi, et telle autre chose est à moi » ? Après avoir déclaré qu’un autre est le propriétaire d’une chose, prétendre ensuite que cette chose est à soi est totalement absurde. Si vous considérez réellement Allah comme le Maître de toutes les choses du monde, alors deux conséquences s’imposent naturellement à vous. La première est la suivante : puisque seul Allah est le Maître et qu’Il vous a confié Ses biens en dépôt, vous devez utiliser ces biens conformément aux ordres de ce Maître. Si vous les employez pour agir contre Sa volonté, vous trahissez certainement le dépôt qui vous a été confié. Vous n’avez même pas le droit d’utiliser vos mains et vos pieds pour faire ce qui est contraire à la volonté de ce Maître. Vous ne pouvez pas non plus regarder avec vos yeux ce qu’Il a interdit, car cela est contraire à Sa volonté. Vous n’avez absolument aucun droit d’utiliser vos terres et vos biens fonciers contre les prescriptions du Maître. La femme et les enfants que vous revendiquez comme les vôtres vous ont été donnés par Allah Ta‘ala ; c’est pour cela qu’ils vous sont devenus proches. Vous devez donc vous comporter avec eux non pas selon votre propre volonté, mais conformément aux ordres du Maître. Si vous agissez contrairement à Sa volonté, vous méritez d’être qualifiés de brigands. Lorsque vous dérobez le bien d’autrui ou occupez par la force le terrain d’autrui, vous qualifiez cet homme de traître ; de même, si vous considérez comme vôtres les biens donnés par Allah et les utilisez selon votre propre volonté ou selon celle de quelqu’un d’autre qu’Allah, vous serez vous aussi coupables du crime de trahison. Même si le fait d’agir conformément à la volonté du Maître vous cause un dommage, même si vous y perdez la vie, vous vous brisez les mains ou les pieds, vos enfants subissent une perte, ou vos biens et vos terres sont ruinés, vous ne devez vous en soucier aucunement. Si le propriétaire d’une chose souhaite qu’elle soit amoindrie ou endommagée, Il en a le droit. En revanche, si vous agissez contre la volonté du Maître et qu’une chose en subit un dommage, vous serez sans aucun doute les coupables, car vous aurez détérioré le bien d’autrui. Vous ne pouvez même pas utiliser votre propre vie selon votre bon vouloir. Si vous sacrifiez votre vie conformément à la volonté du Maître, vous aurez accompli le droit du Maître ; mais donner votre vie dans une action contraire à Sa volonté serait une très grande trahison.
La deuxième chose est la suivante : si vous utilisez pour l’œuvre du Maître toute chose qu’Il vous a donnée, vous ne faites par là aucune faveur à qui que ce soit, pas même au Maître. Si, dans cette voie, vous donnez quelque chose, rendez quelque service ou sacrifiez ce qui vous est cher, jusqu’à votre vie, ce n’est en rien une faveur de votre part envers qui que ce soit. Vous ne faites qu’acquitter ainsi le droit que le Maître avait sur vous. Il n’y a là rien qui mérite fierté ou orgueil, ni rien qui vaille des éloges ou des compliments. Souvenez-vous qu’un musulman qui dépense quelque chose dans la voie du Maître ou accomplit la moindre de Ses œuvres n’en éprouve aucune fierté ; au contraire, il adopte l’humilité et la modestie. La fierté et l’orgueil anéantissent les bonnes œuvres. Celui qui espère recevoir des éloges et accomplit une bonne action uniquement dans ce but cherche à en obtenir la récompense dès ici-bas, et c’est donc ici-bas qu’il l’aura obtenue. Voyez la grâce d’Allah Ta‘ala, le Maître de l’univers : Il accepte de nous Ses propres biens et dit : « Je vous achète cette chose et Je vous en donnerai le prix. » Allahu Akbar ! La générosité et la grâce d’Allah ont-elles donc une quelconque limite ? Il est dit dans le Noble Coran :
إِنَّ اللَّهَ اشْتَرَىٰ مِنَ الْمُؤْمِنِينَ أَنْفُسَهُمْ وَأَمْوَالَهُمْ بِأَنَّ لَهُمُ الْجَنَّةَ ۚ
« Allah Ta‘ala a acheté aux croyants leur vie et leurs biens, et en échange Il leur a destiné le Paradis. » (Sourate At-Tawbah : 111)
Voilà comment le Maître agit envers vous ! Mais examinez donc un instant la manière dont vous, vous agissez envers Lui. Le Maître vous a donné une chose, puis Il vous l’a achetée au prix convenu ; et vous, vous revendez cette chose à autrui, pour un prix très faible et méprisable. Celui à qui vous la vendez utilise ces biens pour agir contre la volonté du Maître, tandis que vous accomplissez son œuvre en le considérant comme votre pourvoyeur. En réalité, vous n’avez aucun droit de vendre ainsi les forces de votre corps. Quelle corruption pourrait être plus grande que de vendre aux forces rebelles à Allah tout ce qu’elles souhaitent acheter ? Revendre à quelqu’un d’autre une chose déjà vendue est un délit au regard de la loi comme de la morale. Dans ce monde, vous pourriez être poursuivis pour fraude à cause de cela. Pensez-vous qu’aucune affaire de ce genre ne sera jugée devant le tribunal d’Allah ?
La parole pure et la parole impure
J’ai déjà expliqué la signification de la Kalima Tayyiba ; je souhaite ici vous l’expliquer encore un peu afin que vous la compreniez. Car cette Kalima est le fondement même de l’islam : c’est par elle que l’être humain entre dans l’islam, et nul ne peut rester musulman sans bien la comprendre et sans former sa vie conformément à elle. Allah Ta‘ala a présenté cette Kalima dans le Noble Coran de la manière suivante :
أَلَمْ تَرَ كَيْفَ ضَرَبَ اللَّهُ مَثَلًا كَلِمَةً طَيِّبَةً كَشَجَرَةٍ طَيِّبَةٍ أَصْلُهَا ثَابِتٌ وَفَرْعُهَا فِي السَّمَاءِ
٢٥ تُؤْتِي أُكُلَهَا كُلَّ حِينٍ بِإِذْنِ رَبِّهَا ۗ وَيَضْرِبُ اللَّهُ الْأَمْثَالَ لِلنَّاسِ لَعَلَّهُمْ يَتَذَكَّرُونَ
٢٦ وَمَثَلُ كَلِمَةٍ خَبِيثَةٍ كَشَجَرَةٍ خَبِيثَةٍ اجْتُثَّتْ مِنْ فَوْقِ الْأَرْضِ مَا لَهَا مِنْ قَرَارٍ
٢٧ يُثَبِّتُ اللَّهُ الَّذِينَ آمَنُوا بِالْقَوْلِ الثَّابِتِ فِي الْحَيَاةِ الدُّنْيَا وَفِي الْآخِرَةِ ۖ وَيُضِلُّ اللَّهُ الظَّالِمِينَ ۚ وَيَفْعَلُ اللَّهُ مَا يَشَاءُ
« L’exemple de la Kalima Tayyiba est celui d’un arbre de bonne espèce, dont les racines sont solidement ancrées dans les profondeurs de la terre. Ses branches s’étendent dans l’espace céleste et, par la permission d’Allah, il produit sans cesse fruit après fruit. Allah propose de tels exemples afin que les hommes en tirent une exhortation. À l’opposé se trouve la Kalima Khabîtha, c’est-à-dire la mauvaise croyance et la parole mensongère. Son exemple est celui des petites mauvaises herbes et des plantes parasites des forêts et des jungles. Elles poussent tout à fait à la surface du sol et sont arrachées à la moindre traction, car leurs racines ne peuvent pas s’enfoncer solidement dans la terre. Allah affermit les croyants, ici-bas et dans l’au-delà, par cette parole ferme, et Il égare les injustes. Allah fait ce qu’Il veut. » — Sourate Ibrâhîm : 24-27
Allah a donné par cela un exemple incomparable, dont vous pouvez tirer une grande leçon si vous y réfléchissez quelque peu. Regardez : les racines d’un manguier sont profondément ancrées dans la terre, il s’élève très haut, ses nombreuses branches s’étendent de tous côtés et il porte chaque année d’excellents fruits en abondance. Mais comment cela s’est-il produit ? Parce que sa graine était très vigoureuse, elle avait pleinement le droit de devenir un arbre aussi grand. Et ce droit était si réel que, lorsqu’elle a fait valoir son droit, la terre, l’eau, l’air, la chaleur du jour et la fraîcheur de la nuit, toutes ces choses ont répondu à sa demande. Tout ce que la graine de mangue a demandé, chacun le lui a donné. C’est ainsi que, par la force de son droit, elle a pu devenir un arbre aussi grand. Puis, en produisant des fruits doux et sucrés, elle a prouvé qu’elle avait réellement le droit de devenir un tel arbre. Même si toutes les forces du ciel et de la terre s’étaient réunies pour l’aider, elles n’auraient commis aucune injustice ; au contraire, c’était leur devoir d’agir ainsi. Car la terre, l’eau, l’air et les autres éléments naturels renferment la capacité de nourrir les plantes et de les faire grandir afin qu’ils profitent ainsi aux arbres de bonne espèce.
En outre, il existe dans les forêts et les jungles quantité de petites plantes qui sont apparues d’elles-mêmes. Quelle force possèdent-elles ? Un petit enfant peut arracher leur maigre racine. Ou bien elles sont si tendres et si faibles qu’une simple rafale de vent les fait se courber. Elles sont couvertes d’épines, qui transpercent dès qu’on les touche. Si on les met en bouche, elles la blessent. Chaque jour, combien de ces plantes naissent et combien sont arrachées : Allah seul le sait. Pourquoi sont-elles dans cet état ? Parce qu’elles n’ont pas la force du manguier. Lorsque de bons arbres ne poussent pas sur une terre, celle-ci reste inutilisée et tombe dans un profond désespoir. Elle accueille donc, malgré elle, ces mauvaises herbes et ces plantes parasites dans son sein. L’eau leur apporte un peu d’aide et l’air leur donne une part de sa force ; mais rien, dans le ciel ou sur la terre, ne veut reconnaître le moindre droit à ces plantes parasites. C’est pourquoi la terre ne leur permet pas d’étendre leurs racines dans ses profondeurs, et l’eau ne leur apporte pas beaucoup d’aide. L’air non plus ne leur donne pas généreusement son souffle. Après cette lutte, lorsqu’elles parviennent à relever un peu la tête, elles deviennent si amères et si toxiques qu’il est évident que les forces du ciel et de la terre n’existent pas, à l’origine, pour faire pousser ces mauvaises herbes. Que ces plantes aient reçu une petite part de force du sein de la nature est déjà, pour elles, une immense faveur du destin.
Gardez ces deux exemples à l’esprit, puis réfléchissez attentivement à la différence entre la Kalima Tayyiba et la Kalima Khabîtha.
Qu’est-ce que la Kalima Tayyiba ? C’est une parole vraie, une parole si vraie qu’il n’en existe pas une seule qui soit plus vraie dans ce monde. Allah seul est le Dieu de tout l’univers, et chaque chose dans les cieux et sur la terre témoigne de la vérité de cette parole. Parmi toutes ces choses répandues de tous côtés — les hommes, les animaux, les arbres, les pierres, les grains de sable, les sources qui coulent, le soleil éclatant — laquelle Allah n’a-t-Il pas créée ? Quelqu’un d’autre qu’Allah les a-t-il créées ? Vivent-elles grâce à la faveur de quelqu’un d’autre que Sa miséricorde et Sa bonté ? Quelqu’un d’autre qu’Allah peut-il donner la vie ou la mort à une seule de ces choses ? Puisque tout l’univers est la création d’Allah, puisque tout ce qui existe subsiste par Sa miséricorde et que Lui seul en est le Maître et le Commandeur, dès que vous direz qu’il n’existe sur cette terre aucune souveraineté ni aucune divinité en dehors d’Allah l’Unique, chaque chose dans les cieux et sur la terre s’écriera aussitôt : « Tu as dit la vérité ; nous témoignons tous de la vérité de tes paroles. » Lorsque vous vous prosternerez devant cet Allah, chaque chose de l’univers se prosternera avec vous devant Lui. Car toutes ces choses n’adorent également que Lui. Lorsque vous commencerez à suivre Sa voie, vous ne serez pas seul : les innombrables « armées » de l’univers entier se mettront à marcher avec vous. Car, du soleil dans le ciel jusqu’à la plus petite particule de la terre, tout suit constamment la voie qu’Il lui a prescrite. Lorsque vous vous en remettrez à Allah l’Unique, votre confiance reposera sur une force immense, Lui qui est le seul Maître de toutes les forces et de toutes les richesses des cieux et de la terre. En résumé, si vous gardez également cette vérité profonde à l’esprit et la mettez en pratique, vous comprendrez parfaitement que, pour celui qui croit à la Kalima Tayyiba et façonne sa vie selon cet idéal, toutes les forces des cieux et de la terre seront mises à son service pour l’aider. De la vie présente jusqu’à l’au-delà, il ne cessera de progresser. Aucun de ses efforts ne sera vain et aucun de ses objectifs ne pourra rester inaccompli. C’est ce qu’Allah a déclaré dans le verset cité. Il a dit : « Cette parole est semblable à un arbre dont les racines sont solidement ancrées dans les profondeurs de la terre et dont les branches s’étendent dans l’espace céleste. Et il produit constamment des fruits par la permission d’Allah. »
Il présente une doctrine totalement opposée à la « Kalima Khabîtha ». La Kalima Khabîtha signifie : il n’existe aucune divinité ni aucun Créateur de ce monde, ou bien il existe plusieurs divinités dans ce monde. Il vous suffira d’y réfléchir un instant pour comprendre qu’il ne peut y avoir de mensonge ni de propos plus dépourvu de fondement. Chaque chose dans les cieux et sur la terre s’écrie : « Tu es un menteur ; Allah existe assurément. C’est Lui qui nous a créés, nous et vous. C’est également Lui qui vous a donné cette langue avec laquelle vous proférez un mensonge aussi énorme. » Le polythéiste affirme qu’Allah n’est pas unique et qu’Il a de nombreuses divinités associées. Elles aussi accordent la subsistance ; elles aussi sont vos maîtres ; elles aussi peuvent faire et défaire votre destinée. Elles ont également le pouvoir de vous être utiles ou de vous nuire. Elles peuvent elles aussi entendre vos invocations et exaucer vos souhaits. Il faut les craindre et se comporter en conséquence. On peut placer sa confiance en elles. Leur commandement s’exerce également dans la gestion du monde. Il est obligatoire d’obéir à leurs ordres comme à ceux d’Allah. Voilà tout ce qu’est la Kalima Khabîtha. En réponse à ces propos, chaque chose dans les cieux et sur la terre s’écrie : « Tu es un menteur ; chacune de tes paroles est absolument contraire à la vérité. » Réfléchissez maintenant : comment celui qui adopte cette parole et construit sa vie selon elle pourrait-il progresser dans ce monde et dans l’au-delà ? Par grâce, Allah a accordé à ces gens un délai et un répit, et leur a également promis leur subsistance. Les forces des cieux et de la terre les entretiendront donc dans une certaine mesure, comme elles entretiennent les mauvaises herbes et les plantes parasites dans les forêts et les jungles. Mais aucune chose sur terre ne les aidera avec empressement ni ne les soutiendra de toutes ses forces. Ils ne pourront vivre que quelque temps, exactement comme la végétation sauvage ; pas davantage.
Une différence du même ordre existe également quant aux conséquences de ces deux paroles. Lorsque la « Kalima Tayyiba » portera ses fruits, ceux-ci seront très doux et savoureux. Grâce à elle, la paix s’établira sur la terre. La vérité et une justice parfaite s’instaureront partout. L’ensemble de l’humanité pourra en tirer un bénéfice extraordinaire. Mais plus la Kalima Khabîtha se développera, plus elle ne produira que des branches couvertes d’épines. Elle donnera des fruits amers et empoisonnés. Ses veines seront remplies de poison. Vous pouvez le constater de vos propres yeux. Que se passe-t-il partout où la mécréance, le polythéisme et l’athéisme sont particulièrement puissants ? Les hommes y boivent le sang des hommes. La destruction de pays entiers et de villages entiers s’y poursuit avec une grande intensité. Des gaz toxiques y sont fabriqués. Une nation s’acharne à anéantir complètement une autre nation. Les puissants ont réduit les faibles en esclavage ; afin de leur arracher leur part de pain, on ne fait qu’intimider et maintenir les faibles dans la soumission par la menace de l’armée, de la police, de la prison et de la potence, et on les contraint à supporter en silence la tyrannie des nations puissantes. En outre, l’état intérieur de ces peuples est encore plus effroyablement mauvais. Leur moralité est si hideuse que Satan lui-même en éprouve de la honte. Les hommes y commettent des actes plus vils encore que ceux des bêtes. Des mères y tuent de leurs propres mains leurs enfants, afin que ceux-ci ne fassent pas obstacle à leur bonheur et à leurs plaisirs. Des maris y poussent leurs propres épouses dans les bras d’autrui, dans le seul but de prendre la femme d’un autre dans leurs propres bras. Des clubs de nudistes ont été construits, où hommes et femmes circulent nus comme des animaux. Le riche, en percevant des intérêts, traite les pauvres comme des esclaves achetés. On dirait qu’ils ne sont nés au monde que pour les servir. En somme, à cause de cette « Kalima Khabîtha », tout y est couvert d’épines ; et les fruits qui y poussent sont terriblement amers et empoisonnés.
Après avoir expliqué ces deux exemples, Allah le Très-Haut a dit que ceux qui croiront en la « Kalima Tayyiba », Allah le Très-Haut les établira dans ce monde et dans l’au-delà au moyen d’une parole ferme ; ils seront inébranlables et impérissables. En revanche, ceux qui croiront en la « Kalima Khabîtha », Allah le Très-Haut rendra vains tous leurs projets et tous leurs efforts. Ils ne pourront jamais accomplir aucune œuvre réellement aisée. Rien de bon, même dans une infime mesure, ne pourra leur en résulter, ni dans ce monde ni dans l’au-delà.
Vous avez entendu la différence entre la « Kalima Tayyiba » et la « Kalima Khabîtha », ainsi que les conséquences de l’une et de l’autre. Vous pouvez maintenant certainement demander : nous aussi, nous acceptons la « Kalima Tayyiba » ; mais pourquoi donc ne progressons-nous pas ? Et pour quelle raison les mécréants qui croient en la Kalima Khabîtha deviennent-ils, eux, si puissants et si prospères ?
C’est à moi qu’il revient de répondre à cette question. J’y répondrai, mais j’ai déjà dit que personne ne devait se mettre en colère en entendant ma réponse. Vous examinerez seulement si ma réponse est juste ou non.
Vous prétendez avoir foi en la Kalima Tayyiba et pourtant vous ne progressez pas ; cette affirmation est d’abord mensongère. Car réciter la Kalima Tayyiba du bout des lèvres ne sert à rien : il faut la réciter avec le cœur. La réciter avec le cœur signifie changer sa foi et ses convictions. Aucune croyance ni aucune doctrine qui lui soit opposée ne doit trouver place dans le cœur de celui qui croit à la Kalima, et il ne doit jamais accomplir un acte contraire à ses prescriptions. Mais dites-moi, votre véritable état est-il réellement ainsi ? N’y a-t-il pas parmi vous des milliers de conceptions kufriques et polythéistes opposées à la Kalima Tayyiba ? La tête du musulman ne s’incline-t-elle devant personne d’autre qu’Allah ? Le musulman ne craint-il pas d’autres personnes qu’Allah ? Ne s’en remet-il pas à l’aide d’autrui ? Ne croit-il pas que quelqu’un d’autre qu’Allah est aussi un dispensateur de subsistance ? Ne croit-il pas que quelqu’un d’autre qu’Allah est aussi un dispensateur de subsistance ? N’abandonne-t-il pas la loi d’Allah pour suivre volontairement la loi d’autrui ? Ceux qui se prétendent musulmans ne déclarent-ils pas clairement au tribunal : « Nous ne voulons pas que l’affaire soit jugée selon la Sharia ; nous voulons qu’elle le soit conformément aux coutumes en vigueur dans le pays » ? N’y a-t-il pas parmi vous des gens qui, pour obtenir un petit avantage mondain, ne se soucient nullement de transgresser la loi d’Allah ? N’y a-t-il pas parmi vous des gens qui, par crainte de la colère des kafirs, sont terrifiés, mais ne craignent absolument pas le courroux d’Allah ? N’y a-t-il pas parmi vous des gens qui ne sont prêts à rien faire pour obtenir la faveur des kafirs ? N’y a-t-il pas non plus des gens qui considèrent le pouvoir des kafirs comme un « royaume », mais à qui il ne vient jamais à l’esprit que le royaume d’Allah existe quelque part ? Dites sincèrement : tout cela n’est-il pas vrai ? Si c’est effectivement vrai, de quel droit pouvez-vous dire que vous reconnaissez la Kalima Tayyiba et que, malgré cela, vous ne progressez pas ? Ayez d’abord une foi sincère et façonnez votre vie selon la Kalima Tayyiba. Ensuite, si cet arbre majestueux, aux racines solides profondément enfoncées dans la terre et aux branches déployées dans le ciel immense, ne voit pas le jour, vous pourrez alors dire qu’Allah a fait une fausse promesse (qu’Allah nous en préserve). En outre, il est totalement erroné de penser que ceux qui croient à la Kalima Khabitha progressent beaucoup dans ce monde. Ceux qui acceptent la Kalima Khabitha ne peuvent pas progresser ; ils n’y sont jamais parvenus dans le passé et n’y parviennent pas davantage aujourd’hui. En voyant leurs richesses, leur vie de bonheur, de paix et de plaisirs, leurs biens de luxe et de divertissement ainsi que leur apparat extérieur, vous avez peut-être pensé qu’ils étaient en réalité en plein progrès. Mais interrogez leur cœur et voyez combien d’entre eux vivent véritablement en paix. Ils disposent en abondance de biens de luxe et de confort ; pourtant, dans leur cœur, des météorites de feu brûlent sans cesse avec violence. C’est pourquoi ils ne peuvent trouver l’Unique Allah. Parce qu’ils désobéissent à la loi d’Allah, chacune de leurs familles se transforme en un brasier de l’Enfer. Ouvrez les journaux : une vague de suicides a déferlé en Europe et en Amérique. Combien de divorces innombrables sont prononcés jour et nuit ! Voyez comment les enfants de ces pays sont détruits et comment l’usage de médicaments fait baisser le taux des naissances. Voyez comment la vie de millions de personnes est anéantie par diverses maladies pernicieuses. Voyez comment les différentes classes de la population se disputent et se querellent pour la nourriture. Voyez comment la haine, la rancœur et l’hostilité ont déclenché des guerres entre des gens d’une même nation. Voyez combien l’avidité du luxe a rendu la vie amère. Dans ces grandes villes étincelantes du monde, que vous voyez de loin et que vous imaginez pareilles au paradis, des millions de personnes mènent-elles une vie misérable : rien que d’y penser, le corps en frissonne ! Peut-on jamais appeler cela le progrès ? Est-ce donc ce « paradis » que vous convoitez ?
Rappelez-vous qu’il est impossible que la parole d’Allah soit jamais mensongère. En vérité, en dehors de la Kalima Tayyiba, il n’existe aucune autre « kalima » qui, si elle est suivie, permette à l’être humain de trouver le bonheur dans ce monde et la paix suprême dans l’au-delà. Regardez où vous voulez, les yeux ouverts : vous ne trouverez nulle part quoi que ce soit qui contredise cette vérité.
Le but de croire en la Kalima Tayyiba
J’ai déjà exposé devant vous, dans deux articles précédents, la signification détaillée de la Kalima Tayyiba ; dans le présent article, je vais tenter d’expliquer la nécessité de croire en la Kalima Tayyiba ainsi que ses bienfaits.
Vous savez tous que, quelle que soit l’action qu’une personne entreprenne dans ce monde, elle a nécessairement un objectif à sa base, et que l’être humain agit toujours dans l’espoir d’en retirer quelque bénéfice. Personne n’accomplit une action sans but, sans raison et sans utilité. Pourquoi buvez-vous de l’eau ? Vous en buvez parce que, si elle n’étanchait pas votre soif, vous n’en boiriez certainement pas ; car il n’y aurait aucun résultat à en boire. Pourquoi mangez-vous des aliments ? Dans le but de calmer votre faim et d’accroître votre force vitale. Mais si manger et ne pas manger produisaient exactement le même résultat, vous considéreriez l’acte de manger comme une activité inutile. Lorsque vous tombez malade, vous prenez des médicaments afin que la maladie disparaisse et que vous retrouviez une santé parfaite ; mais si, après avoir pris le médicament, la maladie ne disparaissait pas et que votre état restait exactement le même qu’auparavant, vous diriez certainement que prendre ce médicament est totalement vain. Pourquoi consacrez-vous tant d’efforts à l’agriculture ? Parce que vous pouvez ainsi obtenir des céréales, des fruits et toutes sortes de légumes. Mais si, après avoir semé, aucune récolte ne poussait dans le champ, vous n’accepteriez certainement pas de vous donner tant de mal pour labourer, semer et arroser. En somme, quelle que soit l’action que vous accomplissiez dans ce monde, si son objectif est atteint, on considère qu’elle a été correctement réalisée. Et si l’objectif échoue, vous dites qu’elle n’a pas été accomplie comme il se devait.
Retenez bien cette idée profonde, puis répondez à chacune de mes questions. Voici la première : pourquoi récite-t-on la Kalima ? À cette question, vous ne pouvez répondre autre chose que ceci : le but de réciter la Kalima est d’établir par elle une distinction entre le kafir et le musulman. Mais je voudrais vous demander : que signifie établir une distinction entre le kafir et le musulman ? Cela signifie-t-il que le kafir a deux yeux et que, si le musulman récite la Kalima, il en aura quatre ? Ou bien que le kafir n’a qu’une tête et que le musulman en aura deux ? Vous direz certainement : non, il n’est pas question ici d’une différence physique. La véritable signification de cette distinction est que le destin du kafir et celui du musulman seront différents. Le destin du kafir est que, dans l’au-delà, il sera privé de la miséricorde d’Allah et que le but de sa vie échouera. Quant au destin du musulman, il pourra obtenir l’agrément d’Allah et réussira dans l’au-delà ; il y vivra dans le bonheur suprême.
En entendant votre réponse, je dirai que vous avez donné la bonne réponse. Mais dites-moi : qu’appelle-t-on l’au-delà ? Que signifie échouer ou réussir dans l’au-delà ? Et quelle est donc la portée de la réussite et du succès que l’on y obtient ? Si vous ne comprenez pas correctement ces questions, il est impossible de commencer la discussion suivante.
Vous n’avez pas besoin de répondre à cette question. Sa réponse a déjà été donnée. Il a été dit :
« La vie présente est le champ de culture de l’au-delà. »
La vie présente et l’au-delà ne sont pas deux choses distinctes. Ils sont les deux étapes d’un même chemin pour l’être humain. La vie présente est la première étape de ce chemin, et l’au-delà en est la dernière. Entre la vie présente et l’au-delà existe exactement le même rapport que celui qui existe entre labourer une terre et en obtenir une récolte. Vous labourez votre terre, puis vous y semez des graines ; si nécessaire, vous l’arrosez, et ensuite vous pouvez obtenir une récolte. Vous rapportez cette récolte chez vous et vous la consommez avec assurance durant toute l’année. Quelle que soit la chose que vous cultiviez dans votre champ, c’est elle que vous récolterez. Si vous semez du riz, vous récolterez du riz ; si vous semez du jute, vous récolterez du jute ; si vous semez du blé, vous récolterez une récolte de blé ; et si vous semez des graines de plantes épineuses, ce sont ces mêmes plantes qui pousseront dans votre champ. Mais si vous ne semez rien, rien ne poussera dans votre champ. Ensuite, les mauvais effets des erreurs que vous commettez en labourant, en semant, en arrosant selon les besoins et en prenant soin du champ, vous les découvrirez au moment de récolter. Et si vous avez accompli toutes ces tâches correctement, vous en verrez les résultats concrets au moment de la récolte. Il en va exactement de même pour la vie présente et l’au-delà. Considérez la vie présente comme un champ. L’être humain y a été envoyé afin de produire, par ses propres efforts et son labeur, une récolte pour lui-même. Du jour de sa naissance jusqu’à sa mort, du temps lui a été accordé pour cette tâche. Quelle que soit la récolte qu’il cultive pendant cette période, c’est cette même récolte qu’il pourra obtenir dans la vie de l’au-delà après sa mort ; et sa vie dans l’au-delà dépendra entièrement de la récolte qu’il y trouvera. Si quelqu’un cultive durant toute sa vie présente une bonne récolte, l’arrose selon les besoins et en prend aussi très bien soin, alors, dès qu’il entrera dans la vie de l’au-delà, il verra, en récompense de son labeur, un jardin verdoyant rempli de fruits et de fleurs. Dans cette vie de l’au-delà, il n’aura plus aucun effort à fournir ; au contraire, il jouira paisiblement et confortablement de l’abondance des fruits du jardin qu’il aura créé par son travail durant toute sa vie présente. C’est cela qu’on appelle le Paradis. S’il parvient à l’obtenir, il faudra comprendre qu’il aura réussi et triomphé dans l’au-delà.
Mais celui qui, durant sa vie présente, ne sème que des épines et les graines de fruits amers et toxiques n’en récoltera que cela dans la vie de l’au-delà. Là-bas, il n’aura plus ni la possibilité ni le temps de détruire sa mauvaise récolte pour en produire une bonne, ni de remplacer cette stupidité par une conduite intelligente. Il devra passer toute sa vie dans l’au-delà avec cette mauvaise récolte, car c’est la seule qu’il aura cultivée dans la vie présente. Les épines qu’il avait plantées deviendront, dans l’au-delà, la couche sur laquelle il sera couché. Et les fruits amers et toxiques qu’il avait cultivés, c’est cela qu’il devra y subir. Voilà ce que signifie échouer et être privé de réussite dans l’au-delà.
C’est ainsi que je viens d’expliquer l’au-delà, et c’est également ce qui est établi par le Coran et les hadiths. Cette explication permet de savoir sans aucun doute que la réussite ou l’échec de l’être humain dans la vie de l’au-delà, ainsi que le caractère bon ou mauvais de son destin, ne sont en réalité que le résultat de la bonté ou de la corruption de sa connaissance et de ses œuvres, de son savoir et de ses actes dans la vie présente. Il n’y a aucun doute à ce sujet.
Dès que vous aurez compris cela, vous pourrez aussi comprendre très facilement que la différence entre le destin du musulman et celui du mécréant ne peut exister sans raison. En réalité, la différence des destinées n’est que le résultat de la différence de leurs commencements. Si, dans la vie présente, il n’existe aucune différence entre le savoir et les actes du musulman et ceux du mécréant, aucune différence ne pourra non plus exister entre leurs destinées dans l’au-delà. Il est absolument impossible qu’un homme ait, dans la vie présente, un savoir et des actes identiques à ceux d’un mécréant, tout en échappant dans l’au-delà au destin malheureux de ce dernier.
La question fondamentale se pose de nouveau : quel est donc le but de réciter la kalima ? Au début, vous aviez répondu à cette question que le seul but de réciter la kalima était que le destin du mécréant et celui du musulman soient différents. Après avoir entendu l’explication que je vous ai donnée du destin et de l’au-delà, vous devez réfléchir encore un peu à votre réponse et dire maintenant que le but de réciter la kalima est de façonner le savoir et les actes de l’homme dans la vie présente de telle manière que son destin soit bon dans l’au-delà. L’au-delà enseigne à l’être humain comment créer, dans la vie présente, ce jardin de fruits. Si l’homme ne reconnaît pas cette kalima, il ne pourra absolument pas connaître la manière de planter ce jardin. Comment pourrait-il alors le créer, et de quels fruits jouirait-il dans l’au-delà ? Si l’homme ne récite cette kalima que de sa bouche, mais que son savoir soit celui d’une personne qui ne la récite pas et que ses actes et sa conduite soient ceux d’un mécréant, sa conscience lui dira qu’il n’y a aucun avantage à réciter ainsi la kalima. Il n’y a aucune raison pour que le destin d’une telle personne soit meilleur que celui d’un mécréant. En récitant seulement la kalima avec sa bouche, elle n’a accordé aucune faveur à Allah. Par conséquent, aucun être humain ne peut obtenir dans l’au-delà un jardin verdoyant et fleuri, rempli de fruits, s’il n’apprend pas la manière de créer un jardin, n’en crée pas un et ne cultive durant toute sa vie que des épines. Imaginer une telle chose n’est rien d’autre qu’une illusion impossible. J’ai déjà montré, par plusieurs exemples, que l’acte dont l’accomplissement et la non-accomplissement produisent le même résultat n’a aucune valeur et est totalement dépourvu de sens. Le médicament après lequel l’état du malade reste exactement le même qu’avant qu’il ne le prenne n’est en réalité pas un médicament. De même, si le savoir et les actes de celui qui récite la kalima restent exactement semblables à ceux des gens qui ne la récitent pas, une telle récitation de la kalima est totalement dépourvue de sens. Si, dès la vie présente, il n’existe aucune différence entre la manière de vivre réelle du mécréant et celle du musulman, pourquoi leurs destinées seraient-elles différentes dans l’au-delà ?
Nous allons maintenant examiner quel type de savoir la kalima tayyiba enseigne à l’être humain et quelle différence devrait nécessairement apparaître, après l’acquisition de ce savoir, dans les actes quotidiens du musulman et du mécréant.
Voyez : cette kalima vous apprend tout d’abord que vous êtes le serviteur d’Allah et le serviteur de nul autre. Lorsque vous avez compris cela, vous avez automatiquement compris aussi que, puisque vous êtes le serviteur de quelqu’un, vous devez agir dans la vie présente conformément à Sa volonté. Car si vous allez ou agissez à l’encontre de Sa volonté, ce sera une rébellion contre votre Maître.
Ainsi, cette kalima vous enseigne que le vénérable Muhammad — que la bénédiction et la paix d’Allah soient sur lui — est le Messager d’Allah. Dès que vous avez appris cela, vous avez également compris que vous devez agir exactement selon la voie que le Messager d’Allah a indiquée : au lieu de cultiver des épines et des fruits vénéneux dans le champ de ce monde, il faut y aménager des jardins de fleurs et de fruits doux. Si vous suivez cette voie, vous pourrez obtenir exactement la récolte voulue dans l’au-delà. Mais si vous agissez de la manière opposée, vous cultiverez des épines dans ce monde et, dans l’au-delà, vous ne récolterez précisément que des épines, rien d’autre.
Après avoir acquis cette connaissance, vous devez également organiser votre vie quotidienne en conséquence. Si vous croyez fermement qu’un jour vous devrez mourir, qu’après votre mort vous devrez vivre une vie d’une autre nature et que, dans cette vie aussi, vous devrez subsister grâce à la récolte acquise dans ce monde, alors il vous sera absolument impossible de suivre une autre voie que les règles et les prescriptions présentées par le vénérable Muhammad — que la bénédiction et la paix d’Allah soient sur lui. Pourquoi cultivez-vous la terre en ce monde ? C’est parce que vous êtes profondément convaincu que, sans culture, vous n’obtiendrez pas de récolte, et que, sans récolte, vous mourrez de faim. Si vous ne le croyiez pas, si vous pensiez que la récolte pousserait même sans cultiver la terre ou que vous pourriez vivre sans récolte, vous ne vous donneriez certainement pas tant de peine pour la cultiver. Réfléchissez maintenant à votre propre situation. Sachez que l’homme qui reconnaît verbalement Allah comme son Seigneur, le vénérable Muhammad — que la bénédiction et la paix d’Allah soient sur lui — comme le Messager d’Allah, et qui prétend croire en l’au-delà, mais dont les actes et les occupations quotidiennes suivent une voie totalement contraire au Coran d’Allah et aux hadiths du Messager — que la paix soit sur lui — a en réalité une foi extrêmement faible. S’il croyait avec autant de certitude aux conséquences douloureuses du fait de ne pas préparer une récolte pour l’au-delà qu’il croit aux mauvaises conséquences de ne pas travailler son propre champ, il ne pourrait jamais faire preuve d’une telle négligence dans les œuvres destinées à l’au-delà. Personne ne cultive sciemment des graines d’épines pour son avenir. Seul celui qui ne croit pas que planter des épines en fera naître d’autres et que ces épines le feront souffrir peut cultiver des épines ; nul autre ne le peut. Vous ne pouvez jamais prendre sciemment dans votre main une braise ardente, car vous savez avec certitude qu’elle vous brûlera la main. Mais un enfant inconscient met la main dans le feu, parce qu’il ignore totalement combien ses conséquences seront douloureuses.
La réalité de l’islam
Qui appelle-t-on musulman ?
Je vais mentionner ici les qualités nécessaires au musulman. Autrement dit, j’examinerai particulièrement quelles sont les conditions minimales pour être musulman et quelles qualités minimales une personne doit posséder pour pouvoir être appelée musulmane.
Pour bien comprendre cela, vous devez tout d’abord acquérir une connaissance correcte et complète du kufr et de l’islam. Sachez en substance à ce sujet que le refus d’obéir aux commandements d’Allah est appelé « kufr » ou mécréance ; quant au fait de suivre uniquement les commandements d’Allah et de désobéir à toute règle, toute loi ou tout ordre qui serait contraire au noble Coran donné par Allah, c’est cela qui est appelé islam. La différence entre l’islam et le « kufr » est exposée en termes parfaitement clairs dans le verset suivant du Noble Coran :وَمَنْ لَّمْ يَحْكُمْ بِمَا أَنْزَلَ اللهُ فَأُولَئِكَ هُمُ الْكَفِرُونَ – المائدة : ٤٤
« Ceux qui ne jugent pas conformément à ce qu’Allah a révélé, ceux-là sont les mécréants. »
Il n’est pas question ici de juger et de trancher, conformément au Coran et aux hadiths, uniquement les affaires présentées devant les tribunaux civils et pénaux. Il est plutôt question du jugement que chaque personne porte lors de chacun des actes de sa vie. Dans chaque situation, cette question se pose à vous : faut-il faire cette chose ou non ? Dois-je accomplir telle action de cette manière, ou d’une autre manière ? À ce moment-là, deux types de règles se présentent généralement à vous. D’un côté, les règles que vous indiquent le Coran d’Allah et les hadiths du Messager. De l’autre, les règles imposées par votre nafs, les coutumes transmises par vos ancêtres, ou les lois établies par les hommes. Dans ces circonstances, celui qui décide d’agir en adoptant d’autres voies et en abandonnant les règles données par Allah emprunte en réalité la voie du kufr. S’il prend cette décision pour toute sa vie et ne suit en aucun acte les règles données par Allah, il est totalement mécréant. S’il suit la guidance d’Allah dans certaines affaires, mais accomplit les autres selon les injonctions de son nafs, les coutumes de ses ancêtres ou les lois établies par les hommes, il s’enfoncera dans le kufr exactement dans la mesure où il désobéira à la loi d’Allah. Ainsi, certains sont mécréants à moitié, d’autres au quart. Chez certains, il y a un dixième de kufr, et chez d’autres un vingtième. En bref, dans la mesure où l’on s’oppose à la loi d’Allah, dans cette même mesure on commet le kufr : il n’y a aucun doute à cela. En réalité, l’islam consiste à être exclusivement le serviteur d’Allah le Très-Haut et à n’obéir à personne d’autre — ni à son nafs, ni à ses ancêtres, ni à son clan et sa tribu, ni à un mawlavi, ni à un pir, ni à un zamindar, ni à un percepteur, ni à un juge ou à un magistrat, et ainsi de suite. Ne devenir l’esclave de personne en dehors d’Allah et n’accepter la servitude envers personne d’autre : telle est la conduite du musulman. Il est dit dans le Noble Coran :
قُلْ يَأَهْلَ الْكِتَبِ تَعَالَوْا إِلَى كَلِمَةٍ سَوَاءٍ بَيْنَنَا وَبَيْنَكُمْ أَلَّا نَعْبُدَ إِلَّا اللَّهَ ولا نُشْرِكَ بِهِ شَيْئًا ولا يَتَّخِذَ بَعْضُنَا بَعْضًا أَرْبَابًا مِّنْ دُونِ اللَّهِ ، فَإِنْ
تَوَلَّوْا فَقُولُوا اشْهَدُوا بِأَنَّا مُسْلِمُونَ – ال عمران : ٦٤
« Ô Prophète, dis aux gens du Livre : Venez, rassemblons-nous autour d’une parole commune entre nous et vous (c’est-à-dire : ce que vos prophètes ont dit, je le dis également puisque je suis le Prophète d’Allah). La voici : (1) nous n’adorerons personne en dehors d’Allah ; (2) nous ne Lui associerons personne dans Sa divinité ; et (3) nul parmi nous ne prendra personne d’autre qu’Allah pour protecteur et maître. S’ils n’acceptent pas ces trois points, dites-leur clairement : Soyez témoins que nous sommes musulmans — c’est-à-dire que nous acceptons pleinement ces trois points. » — Sourate Âl ‘Imrân, 3:64
Il est dit ailleurs :
افغيْرَ بِيْنِ اللهِ يَبْغُونَ وَلَهُ أَسْلَمَ مَنْ فِي السَّمَوتِ وَالْأَرْضِ طَوْعًا
وكرها والَيْه يُرْجَعُونَ – ال عمران : ۸۳
« Voulez-vous donc obéir à quelqu’un d’autre qu’Allah ? Pourtant, tout ce qui se trouve dans les cieux et sur la terre Lui obéit, de gré ou de force, et tous retourneront auprès de Lui. »
Ces deux versets disent la même chose. À savoir que la vraie religion consiste à obéir à Allah et à mettre en pratique Ses commandements. Le sens de l’adoration d’Allah ne se limite pas au fait de se prosterner devant Lui cinq fois par jour et par nuit, comme si toutes les obligations de l’adoration étaient ainsi accomplies. Au contraire, c’est le fait d’obéir en permanence, de jour comme de nuit, aux commandements d’Allah seul qui constitue véritablement l’adoration. S’abstenir de ce qu’Il a interdit et accomplir pleinement ce qu’Il a ordonné, voilà ce qu’est l’adoration. C’est pourquoi, dans chaque acte et pour chaque commandement, il faut se conformer uniquement à ce qu’Allah ordonne. Il ne faut tenir compte ni de ce que disent notre cœur, notre conscience et notre raison, ni de ce que nos ancêtres ont dit ou fait, ni de l’opinion de notre famille, de notre lignée et de nos proches, ni de ce que disent Monsieur le Maulvi Sahib et Monsieur le Pir Sahib Qibla, ni du commandement de telle personne ou de l’opinion de telle autre ; on ne doit absolument pas s’en préoccuper. Si, en abandonnant le commandement d’Allah, on obéit au commandement de l’un d’entre eux, on commettra l’associationnisme envers Allah et l’on accordera à celui dont on suit le commandement un respect semblable à celui dû à Allah. En effet, le pouvoir de commander appartient exclusivement à Allah :إن الحُكْمُ الأل « L’être humain ne peut obéir au commandement de personne d’autre qu’Allah. » Seul Celui qui l’a créé et par la grâce de qui il vit peut recevoir l’adoration et la dévotion de l’être humain. Tout ce qui se trouve dans les cieux et sur la terre obéit à Son commandement. Une pierre n’agit pas selon le commandement d’une autre pierre, un arbre n’obéit pas à un autre arbre et aucun animal ne se soumet au commandement d’un autre animal. Mais l’être humain est-il devenu plus vil que les animaux, les arbres et les pierres, au point que ceux-ci n’obéiraient qu’à Allah, tandis que l’être humain commencerait à suivre les directives d’autres hommes en abandonnant Allah ? C’est précisément ce qui est exposé clairement dans les trois versets coraniques mentionnés. D’où viennent cette incroyance et cet égarement, et comment pénètrent-ils dans l’être humain ? C’est ce sujet que nous allons maintenant examiner. Le Coran affirme clairement à ce propos que le sentiment de désobéir à Allah pénètre dans l’être humain par trois voies.
La première voie est le désir propre au nafs de l’être humain :
ومَنْ أَضَلُّ مِمَّنِ اتَّبَعَ هَيْهُ بِغَيْرِ هُدًى مِّنَ اللَّهِ إِنَّ اللَّهَ لا يَهْدِي
القوم الظَّلِمِينَ – القصص : ٥٠
« Qui est plus égaré que celui qui suit les désirs de son nafs au lieu de suivre la règle donnée par Allah ? Allah ne guide jamais vers le droit chemin les gens injustes de cette sorte. »
Cela signifie que, parmi toutes les choses susceptibles d’égarer l’être humain, son nafs est la principale force qui le détourne du droit chemin. Pour celui qui devient l’esclave de ses propres désirs, il est absolument impossible de devenir le serviteur d’Allah. En effet, il ne recherchera que les activités qui lui rapportent de l’argent, celles qui lui procurent renommée et considération, les choses qui lui donnent le plus de plaisir et de délice, et les activités qui lui apportent le plus de confort et de bonheur ; et partout où il verra ces avantages, il s’efforcera de toutes ses forces de ne faire que ces activités. Même si Allah lui a interdit de les accomplir, il n’en tiendra aucun compte. Et il ne se préparera jamais à accomplir les activités qui ne lui procurent pas ces choses. Même si Allah Ta‘ala lui en a ordonné l’accomplissement, il n’en aura pas le moindre souci. Dans ces conditions, on peut clairement dire qu’il n’a pas reconnu Allah Ta‘ala comme son Dieu ; au contraire, il a établi son nafs au rang de son unique dieu. C’est pourquoi une telle personne ne peut en aucune manière obtenir la guidance d’Allah. Le Saint Coran l’a formulé ailleurs en ces termes :
اريت مَنِ اتَّخَذَ إِلَهَهُ هَنهُ ، أَفَأَنتَ تَكُونُ عَلَيْهِ وَكِيلاً ، أَمْ تَحْسَبُ أنْ أَكْثَرَهُمْ يَسْمَعُونَ أَوْ يَعْقِلُونَ ، إِنْ هُمْ إِلَّا كَالْأَنْعَامِ بَلْ هُمْ أَضَلُّ
سبيلاً ٥ – الفرقان : ٤٤٤٣« Ô Prophète ! As-tu considéré celui qui a pris les désirs de son nafs pour son dieu ? Peux-tu être le gardien d’un tel homme ? Penses-tu que beaucoup d’entre eux écoutent et comprennent ton appel ? Jamais ! Ils sont semblables à des animaux, ou plutôt encore plus égarés. »
Il ne peut y avoir aucun doute que celui qui est esclave de son nafs est pire qu’un animal. Vous ne verrez aucun animal transgresser les limites fixées par Allah. Chaque animal ne mange que ce qu’Allah Ta‘ala lui a destiné, et il mange exactement la quantité qui lui a été prescrite. Et chaque bête accomplit le travail qui lui a été assigné. Mais l’être humain est une sorte d’animal qui, lorsqu’il devient esclave de son nafs, accomplit des actes qui feraient même peur à Satan. C’est là la première cause de l’égarement de l’être humain. La deuxième voie est la suivante : en raison de l’attachement naturel aux coutumes et traditions, aux croyances et opinions, ainsi qu’aux usages et comportements transmis par les pères et les ancêtres, l’être humain en devient l’esclave. Il les considère même comme plus dignes de respect que le commandement d’Allah. Si certains commandements d’Allah contraires à ces coutumes et traditions lui sont présentés, il s’écrie aussitôt : « Nos pères et nos ancêtres faisaient ainsi ; puis-je agir contrairement à la règle suivie depuis si longtemps dans ma famille ? » Pour celui qui est atteint à ce point par la maladie de vénérer les usages de ses ancêtres, il est tout à fait impossible de devenir un serviteur sincèrement dévoué à Allah. En réalité, ses pères, ses ancêtres et les membres de sa lignée se sont installés comme ses dieux. S’il se prétend musulman, il ne fait absolument aucun doute que cette prétention est mensongère. Le Noble Coran a sévèrement mis en garde à ce sujet et dit :
وإِذَا قِيلَ لَهُمُ اتَّبِعُوا مَا أَنْزَلَ اللهُ قَالُوا بَلْ نَتَّبِعُ مَا الْفَيْنَا عَلَيْهِ
ابانا ، أوَلَوْ كَانَ آبَاؤُهُمْ لَا يَعْقِلُونَ شَيْئًا وَلَا يَهْتَدُونَ ٥ – البقرة : ١٧٠« Lorsqu’on leur disait : “Suivez ce qu’Allah a révélé”, ils répondaient seulement : “Nous suivrons plutôt la voie sur laquelle nous avons trouvé nos pères.” Quoi donc ! Même si leurs pères ne comprenaient rien et n’étaient pas sur le droit chemin, les suivraient-ils malgré tout ? »
Il est également dit ailleurs :
وَإِذَا قِيلَ لَهُمْ تَعَالَوْا إِلَى مَا أَنْزَلَ اللهُ وَإِلَى الرَّسُولِ قَالُوا حَسْبُنَا مَا
وَجَدْنَا عَلَيْهِ آبَاءَنَا ، أَوَلَوْ كَانَ آبَاؤُهُمْ لا يَعْلَمُونَ شَيْئًا وَلَا يَهْتَدُونَ ، يَأَيُّهَا
الَّذِينَ آمَنُوا عَلَيْكُمْ أَنْفُسَكُمْ : لا يَضُرُّكُم مِّنْ ضَلَّ إِذَا اهْتَدَيْتُمْ ، إِلَى الله مَرْجِعُكُمْ جَمِيعًا فَيُنَبِّئُكُمْ بِمَا كُنتُمْ تَعْمَلُونَ ٥ – المائدة : ١٠٤-١٠٥
« Chaque fois qu’on leur disait : “Venez vers la révélation qu’Allah a envoyée et venez vers le Messager”, ils répondaient : “La voie suivie par nos ancêtres nous suffit.” Mais même si leurs ancêtres n’avaient pas connu la vérité et n’avaient pas suivi le droit chemin, devraient-ils malgré tout les suivre aveuglément ? Ô croyants ! Vous devriez réfléchir. Si vous suivez le droit chemin, l’égarement des autres ne vous nuira pas. Vous devrez tous finalement retourner auprès d’Allah. Alors Allah vous montrera la valeur, bonne ou mauvaise, de vos œuvres. » — Sourate al-Mâ’ida, 104-105
En général, les ignorants de chaque époque sont plongés dans ce genre d’égarement, et cela les empêche d’accepter l’appel du prophète d’Allah. Lorsque Moïse, que la paix soit sur lui, invita les gens de son époque à suivre la Loi d’Allah, ils dirent également :
اجِئْتَنَا لِتَلْفِتْنَا عَمَّا وَجَدْنَا عَلَيْهِ أَبَاهُ نَا – يونس : ۷۸« Es-tu venu nous détourner de la voie que suivaient nos ancêtres ? » — Sourate Yûnus, 78
Lorsque Abraham, que la paix soit sur lui, demanda aux membres de son peuple de s’abstenir du polythéisme, ceux-ci dirent également :
وَجَدَنَا آبَاءَ نَا لَهَا عَبدِينَ – الانبياء : ٥٣« Nous avons vu nos ancêtres adorer cette divinité. »
En somme, après avoir entendu l’appel de chaque prophète, les gens de son époque ont toujours dit : « Ce que vous dites est contraire aux traditions de nos ancêtres. Nous ne pouvons donc pas l’accepter. » Le Noble Coran dit :
وكَذَلِكَ مَا أَرْسَلْنَا مِنْ قَبْلِكَ فِي قَرْيَةٍ مِّنْ نُذِيرٍ إِلَّا قَالَ مُتْرَفُوهَا إِنَّا
وجَدْنَا آبَاءَنَا عَلَى أُمَّةٍ وَإِنَّا عَلَى أَثَرِهِم مُّقْتَدُونَ قُلْ أَوَلَوْ جِئْتُكُمْ بِأَهْدَى مِمَّا وَجَدتُّمْ عَلَيْهِ آبَاءَكُمْ ، قَالُوا إِنَّا بِمَا أُرْسِلْتُمْ بِهِ كُفِرُونَ فَانْتَقَمْنَا مِنْهُمْ فَانْظُرْ كَيْفَ كَانَ عَاقِبَةُ الْمُكَذِّبِينَ – الزخرف : ٢٣-٢٥
« Il arrive toujours que, chaque fois que j’ai envoyé un prophète dans un pays, les gens riches et aisés de ce pays aient aussitôt dit : “Nous avons vu nos ancêtres suivre une certaine voie, et nous suivons exactement cette même voie.” Le prophète leur dit : “Même si je vous apporte une voie meilleure que celle de vos ancêtres, continuerez-vous malgré tout à suivre leur voie ?” Ils répondirent : “Nous n’acceptons absolument pas ce que tu dis.” Lorsqu’ils donnèrent cette réponse, je leur infligeai à mon tour un châtiment sévère. Voyez donc maintenant quelle terrible fin ont connue ceux qui ont désobéi à mes commandements. » — Sourate Az-Zukhruf, 23-25
Après avoir exposé ces paroles, Allah le Très-Haut dit : soit vous suivez les coutumes de vos ancêtres, soit vous obéissez sincèrement uniquement à Mon commandement ; mais vous ne pourrez jamais observer ces deux choses simultanément. Parmi ces deux voies, vous ne pourrez en emprunter qu’une seule. Si vous voulez être musulmans, abandonnez tout et continuez à n’obéir qu’à Mon commandement :
وَإِذَا قِيلَ لَهُمُ اتَّبِعُوا مَا أَنْزَلَ اللهُ قَالُوا بَلْ نَتَّبِعُ مَا وَجَدْنَا عَلَيْهِ آبَاءَنَا ، أولَوْ كَانَ الشَّيْطَنُ يَدَعُوهُمْ إِلَى عَذَابِ السَّعِيرِ وَمَنْ يُسْلِمَ وَجْهَهُ إلى اللهِ وَهُوَ مُحْسِنٌ فَقَدِ اسْتَمْسَكَ بِالْعُرْوَةِ الْوُثْقَى ، وَإِلَى اللهِ عَاقِبَةُ الْأُمُورِ وَمَنْ كَفَرَ فَلَا يَحْزُنكَ كُفْرُهُ ، إِلَيْنَا مَرْجِعُهُمْ فَتُنَبِّئُهُمْ بِمَا عَمِلُوا – – لقمن : ۲۱-۲۳
« Lorsqu’on leur dit : “Suivez la loi qu’Allah vous a donnée”, ils répondent : “Nous ne suivrons que la voie sur laquelle nous avons vu marcher nos ancêtres.” Mais que feraient-ils si Satan les appelait vers l’Enfer ? Celui qui s’est entièrement soumis à Allah et qui est devenu vertueux s’est certes emparé d’une poignée solide. Car l’issue de toutes les affaires est entre les mains d’Allah. Quant à celui qui renie Allah, ô Prophète, tu n’as aucune raison de t’attrister à cause de son reniement. Ils retourneront tous vers Moi, puis Je leur montrerai le résultat final de toutes leurs œuvres. » — (sourate Luqman : 21-23)
C’est là la deuxième cause de l’égarement de l’être humain. Concernant ensuite la troisième voie, il est dit dans le Noble Coran que lorsque l’être humain abandonne le commandement d’Allah pour commencer à obéir aux commandements des hommes, et qu’il pense que telle personne est très riche et que ses paroles doivent certainement être vraies, ou que sa subsistance dépend de telle personne et qu’il est donc impératif d’obéir à ses ordres, ou encore que telle personne possède beaucoup de force et de pouvoir et qu’il est par conséquent obligatoire de la suivre ; ou bien qu’une telle personne le détruira par ses malédictions, ou qu’une autre l’emmènera avec elle au Paradis et qu’il faut donc considérer comme infaillible tout ce qu’elle dit ; ou encore que telle nation progresse beaucoup de nos jours et qu’il convient par conséquent de suivre ses coutumes, alors il ne peut en aucune manière agir conformément à la guidance d’Allah.
وإن تُطِيعُ أَكْثَرَ مَنْ فِي الْأَرْضِ يُضِلُّوكَ عَنْ سَبِيلِ اللَّهِ .. الانعام ١١٦« Si tu suis la majorité de ceux qui sont sur la terre, ils t’égareront du chemin d’Allah et te conduiront sur une voie erronée. »
Autrement dit, l’être humain ne peut rester sur le droit chemin que lorsque son Dieu est unique. Celui qui reconnaît des centaines et des milliers de personnes comme des « dieux », et qui tantôt suit les paroles d’un dieu, tantôt celles d’un autre, ne pourra jamais trouver le droit chemin.
Dans la discussion précédente, vous avez parfaitement compris qu’il existe trois grandes causes de l’égarement de l’être humain.
Premièrement — l’asservissement à ses passions.
Deuxièmement — l’asservissement aux coutumes et traditions des ancêtres, de la famille et de la lignée.
Troisièmement — de manière générale, l’asservissement aux hommes de ce monde, notamment aux riches, aux rois, aux dirigeants, aux chefs hypocrites et aux nations égarées de ce monde.
Ces trois grands « dieux » prétendent s’ériger en seigneurs des hommes. Celui qui veut devenir musulman doit d’abord renier ces trois « dieux » ; dès qu’il le fera, il pourra devenir véritablement musulman. Mais pour celui qui gardera ces trois sortes de divinités dans son cœur et agira selon leurs commandements, il sera extrêmement difficile de devenir le véritable serviteur d’Allah. Il pourra prier cinquante fois par jour, jeûner toute la journée pour être vu des gens et revêtir l’apparence d’un musulman, ne faisant ainsi que tromper les autres. Il pourra même se tromper lui-même en croyant être devenu un musulman sincère. Mais il ne fait aucun doute qu’il ne pourra jamais tromper Allah par de tels stratagèmes.
C’est la servitude envers ces trois « dieux » que j’ai mentionnés plus haut qui constitue le véritable shirk. Vous avez brisé les idoles de pierre ; vous avez détruit les statues et les temples bâtis de briques et de chaux ; mais vous n’avez nullement prêté attention au temple d’idoles qui se trouve dans vos propres poitrines. Pourtant, pour devenir musulman, réduire ces idoles entièrement en morceaux est la tâche la plus nécessaire et la toute première condition. Je m’adresse certes par ces paroles à tous les musulmans du monde, et je sais que la seule cause des dommages que les musulmans du monde ont subis, subissent et subiront est le culte de ces trois sortes de divinités. Mais ici, je m’adresse seulement à mes frères musulmans de ce pays : la cause profonde de votre déchéance, de vos multiples privations, de vos plaintes et de vos malheurs réside dans ces trois choses mentionnées plus haut. La servitude envers le nafs, la servitude envers les coutumes ancestrales et la servitude envers des hommes autres qu’Allah existent encore chez vous dans une très large mesure. C’est précisément cela qui, de l’intérieur, détruit complètement votre force ainsi que votre dîn et votre foi.
Parmi vous existent des distinctions entre les Ashraf et les Atraf, entre les nobles et les gens ordinaires, entre les petits et les grands. Ainsi, les membres de votre société ont été répartis en différentes classes. Or l’islam voulait faire de toutes ces classes et communautés une seule nation, des frères les uns pour les autres, et les unir comme un mur solide. La volonté d’Allah Très-Haut était que chaque brique de ce mur soit solidement scellée aux autres. Pourtant, vous conservez encore cette ancienne conception hindoue des castes. De même qu’une tribu hindoue reste séparée des autres et qu’une caste méprise les autres castes, vous agissez exactement de la même manière. Dans les affaires matrimoniales, vous ne pouvez rien faire les uns avec les autres. Vous ne pouvez pas accepter tous les musulmans comme des frères égaux. Vous vous dites frères en paroles, mais dans les faits, les distinctions entre vous demeurent exactement telles qu’elles existaient dans les pays arabes avant l’islam. Pour toutes ces raisons, vous ne pouvez pas vous unir pour former un mur solide. Tels des briques dispersées de tous côtés autour d’un mur effondré, vous demeurez chacun séparé des autres. C’est pourquoi vous ne parvenez ni à devenir une force unie ni à affronter les épreuves et les malheurs.
Si, conformément à l’enseignement manifeste de l’islam, on vous disait de réduire en pièces toutes ces divisions et ces distinctions et de vous unir les uns aux autres, vous répondriez alors à l’unisson : « Nous ne pouvons pas abolir la coutume qui nous vient de nos ancêtres. » Mais savez-vous ce qu’Allah Très-Haut répondra à cela ? Il dira : « Très bien, n’abolissez donc rien de tout cela et n’abandonnez aucune de ces pratiques non islamiques ; en conséquence, je vous mettrai moi aussi complètement en pièces, et bien que vous soyez nombreux dans le monde, je vous maintiendrai dans l’humiliation et la déchéance. »
Allah Très-Haut vous a ordonné que tous vos fils et vos filles reçoivent une part de vos biens. Mais quelle réponse avez-vous donnée ? Vous avez dit : « Selon la loi de nos ancêtres, les filles ne peuvent pas recevoir de part des biens ; seuls les fils le peuvent. Nous suivons donc la loi de nos ancêtres et nous ne pouvons pas suivre la loi d’Allah. » Réfléchissez un instant : cela s’appelle-t-il l’islam ? On vous a dit d’abandonner les lois ancestrales et les lois en vigueur dans le pays ; chacun de vous répond alors : « Lorsque tout le monde les abandonnera, je les abandonnerai moi aussi. » Car si les autres ne donnent pas à leurs filles leur part des biens, mes biens passeront dans la maison d’autrui, tandis que rien ne viendra de la maison d’autrui dans la mienne… Réfléchissez : que signifie cette réponse ? Si les autres suivent la loi d’Allah, alors vous la suivrez vous aussi : en posant une telle condition, avez-vous donc cru en la loi d’Allah ? Demain, vous pourrez également dire : « Si les autres commettent l’adultère, je le commettrai moi aussi ; s’ils volent, je volerai moi aussi. » En somme, tant que les autres n’auront pas abandonné tous les péchés, je continuerai moi aussi à commettre tous les péchés.
La réalité est que, dans cette affaire, on vous fait adorer précisément les trois divinités que nous avons mentionnées. Vous adorez le nafs, vous adorez également les coutumes de vos ancêtres et vous êtes aussi les esclaves des nations polythéistes du monde. Pourtant, tout en adorant ces trois divinités, vous revendiquez également l’islam. Je n’ai donné ici que deux exemples. Sinon, si vous ouvriez les yeux et regardiez autour de vous, vous constateriez parmi vous tant de maladies graves qu’il serait impossible de les compter toutes. En observant attentivement, vous verriez qu’ici on adore une divinité, là deux divinités, et ailleurs les trois divinités. Revendiquer l’islam tout en adorant ces trois divinités est une chose risible ; et, dans une telle situation, espérer que descende sur nous la même miséricorde infinie qu’Allah Très-Haut a promis de faire descendre sur les musulmans sincères n’est pas moins risible.
L’épreuve de la foi
Il a été dit dans l’article précédent que, selon le Coran, il existe trois causes fondamentales à l’égarement de l’être humain. Premièrement, abandonner la loi d’Allah et devenir l’esclave des désirs de son nafs ; deuxièmement, suivre les coutumes de sa propre lignée et la voie de ses ancêtres en opposition à la loi d’Allah ; et troisièmement, rejeter la voie indiquée par Allah et Son Prophète — que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui — et obéir aux hommes de ce monde, qu’il s’agisse des notables de sa propre nation ou de ceux d’une autre nation.
La véritable identité du musulman est qu’il soit totalement libéré de ces trois sortes de maladies et d’égarement. N’est musulman que celui qui n’est l’esclave de nul autre qu’Allah et ne suit nul autre que le Messager. Est musulman celui qui croit avec une parfaite sincérité que l’enseignement d’Allah et de Son Prophète est entièrement vrai et que tout ce qui lui est contraire est faux. Le bien-être et le progrès de l’être humain dans la religion et dans ce monde résident exclusivement dans le sublime enseignement d’Allah et du Messager. Celui qui pourra en être absolument convaincu cherchera, dans chacune des actions de sa vie, quel est le commandement d’Allah et quelle est la règle du Messager. Et dès qu’il les connaîtra, il inclinera immédiatement la tête devant eux. Ensuite, aussi agité que puisse être son cœur, quels que soient les efforts de sa famille pour le détourner et quelle que soit l’opposition des gens de ce monde, il ne se souciera d’aucun d’eux. Car il ne leur donnera à tous qu’une seule réponse : « Je suis le serviteur du Très-Haut Allah seul ; je ne suis le serviteur d’aucun de vous, et j’ai cru au Messager — je n’ai pas cru en vous. » Mais si quelqu’un dit : « Si tel est le commandement d’Allah et du Messager, soit ; cependant mon cœur ne l’accepte pas, ou je crains d’en subir un préjudice. C’est pourquoi je délaisserai le commandement d’Allah et du Messager pour suivre ma propre opinion », alors il ne restera dans le cœur d’une telle personne pas même la trace de la foi. Elle n’est pas croyante, mais hypocrite. Bien qu’elle prétende verbalement n’être que le serviteur d’Allah et le suiveur du Prophète, elle est en réalité l’esclave de son propre nafs et ne suit que sa propre opinion.
De même, si quelqu’un dit : « Quels que soient le commandement d’Allah et du Messager, puisque telle coutume existe depuis l’époque de mes ancêtres, comment pourrait-on l’abandonner ? Ou bien, puisque telle coutume existe depuis toujours dans ma famille ou ma tribu, comment pourrais-je aujourd’hui agir à son encontre ? », il faut également compter cette personne au nombre des hypocrites. Même si son front se couvre de marques à force de prier et même si elle prend publiquement l’apparence d’une personne pieuse, il ne fait aucun doute qu’elle est en réalité hypocrite. La raison en est que l’essence même de la religion n’a nullement pris place dans son cœur : son cœur n’accepte pas sincèrement l’islam. Le simple rukû‘ et sujûd, le jeûne et le hajj ne constituent pas à eux seuls le « dîn de l’islam ». Pas davantage le fait de donner à son apparence celle d’un musulman ne signifie-t-il que l’on pratique le « dîn ». En réalité, le « dîn », ou religion, consiste à obéir à Allah et au Messager. Celui qui refuse d’obéir à Allah et au Messager dans toutes les affaires de sa vie n’a en réalité pas même la trace du « dîn » dans son cœur. Sa prière, son jeûne et sa piété ne sont rien d’autre qu’une tromperie.
De même, si quelqu’un, se montrant indifférent à la guidance d’Allah et de Son Prophète, dit : « Puisque telle chose est très répandue chez les peuples européens ou américains et qu’ils ont progressé, nous devrions donc nous aussi l’adopter » ; ou bien : « Puisque telle nation a accompli telle chose, et que tel grand personnage a dit cela, nous devons donc nous aussi le pratiquer », il n’y a aucune raison de penser qu’une telle personne possède la foi. Si elle avait la foi, elle ne pourrait tenir de tels propos. Si vous êtes réellement musulmans et souhaitez le rester, vous devez rejeter toute parole contraire au commandement d’Allah et de Son Messager. Si quelqu’un n’en est pas capable, il ne lui sied pas de se prétendre musulman. Prétendre oralement : « Nous reconnaissons Allah et le Messager », puis, dans toutes les affaires de sa vie, suivre constamment les gens de ce monde en écartant la parole d’Allah et du Messager, ce n’est ni la foi ni l’islam : cela ne porte pas d’autre nom que l’hypocrisie.
Dans le 18e juz du Saint Coran, Allah le Très-Haut a dit en termes parfaitement clairs :
لَقَدْ أَنْزَلْنَا أيت مُبَيِّنَتِ ، وَاللهُ يَهْدِي مَنْ يُشَاءُ إِلَى صِرَاطٍ مُسْتَقِيره
وَيَقُولُونَ أَمَنَّا بِاللهِ وَبِالرَّسُولِ وَأَطَعْنَا ثُمَّ يَتَوَلَّى فَرِيقٌ مِّنْهُم مِّنْ بَعْدِ ذلك ، وَمَا أُولَئِكَ بِالْمُؤْمِنِينَ وَإِذَا دُعُوا إِلَى اللَّهِ وَرَسُولِهِ لِيَحْكُمْ
بَيْنَهُمْ إِذَا فَرِيقٌ مِّنْهُمْ مُعْرِضُونَ ، وَإِنْ يُكُنُ لَهُمُ الْحَقُّ يَأْتُوا إِلَيْهِ مُنْعِتِينَ فِي قُلُوبِهِمْ مُرَضٌ أَمِ ارْتَابُوا أَمْ يَخَافُونَ أَنْ يُحِيفُ اللَّهُ عَلَيْهِمْ وَرَسُولَهُ ، بَلْ أُولَئِكَ هُمُ الظَّلِمُونَ إِنَّمَا كَانَ قَوْلَ الْمُؤْمِنِينَ إِذَا دُعُوا إِلَى اللَّهِ وَرَسُولِهِ لِيَحْكُمَ بَيْنَهُمْ أَنْ يَقُولُوا سَمِعْنَا وَأَطَعْنَا ، أولئِكَ هُمُ الْمُفْلِحُونَ وَمَنْ يُطِعِ اللَّهَ وَرَسُولَهُ وَيَخْشَ اللَّهَ وَيَتَّقُه فَأُولَئِكَ هُمُ الْفَائِزُونَ – النور : ٥٢٤٦
« Nous avons certes révélé des versets qui établissent clairement la distinction entre la vérité et le faux. Allah guide, par ces versets, qui Il veut vers le droit chemin. Les gens disent : “Nous avons cru en Allah et en Son Messager et nous reconnaissons leur obéissance”, mais ensuite certains d’entre eux renoncent à obéir. Ceux-là ne sont pas croyants. Lorsqu’ils sont appelés à ce que leurs affaires soient jugées selon la loi d’Allah le Très-Haut, certains d’entre eux se détournent. Mais si le jugement de la loi d’Allah leur convient, alors ils l’acceptent sans hésiter. Y a-t-il une maladie dans leur cœur ? Ou bien sont-ils simplement plongés dans un doute sans fondement ? Ou craignent-ils qu’Allah et Son Messager ne leur fassent subir une injustice ? Quelle qu’en soit la raison, ce sont eux-mêmes qui se font du tort. La règle de tout croyant est que, lorsqu’il est appelé à être jugé selon la loi d’Allah, il incline la tête en disant : “Nous avons entendu et nous obéissons.” En réalité, seuls les gens de cette catégorie peuvent obtenir le salut et la réussite. Et seuls ceux qui obéissent au commandement d’Allah et de Son Messager, craignent Allah et se tiennent éloignés de Sa désobéissance réussiront et seront sauvés. » — Sourate An-Nûr, 46-52
Essayez de comprendre avec une attention particulière l’identité de la foi qui est donnée dans ces versets. En réalité, la foi consiste à se soumettre au Livre d’Allah et à la guidance du Messager. Inclinez la tête devant tout commandement qui en provient. N’écoutez aucune parole qui lui soit contraire — ni celle de votre propre cœur, ni celle de votre lignée et de votre famille, ni celle des gens de ce monde. Celui qui possède cette qualité dans son cœur sera véritablement croyant et musulman. Quant à celui qui en est dépourvu, on ne peut l’appeler autrement qu’hypocrite.
Vous avez peut-être entendu dire qu’en Arabie la consommation d’alcool était très répandue. Hommes et femmes, jeunes et vieux, étaient presque tous fous de l’alcool. Ils éprouvaient en réalité une profonde attirance pour lui. Ils avaient composé d’innombrables ghazals et chansons pour en faire l’éloge. Ils étaient même prêts à donner leur vie pour l’alcool. Vous savez aussi qu’une fois que l’on a pris l’habitude de boire, il est très difficile de s’en défaire. Les ivrognes peuvent donner leur vie pour l’alcool, mais ils ne peuvent pas y renoncer. Si un ivrogne n’en trouve pas, son état devient pire que celui d’un malade gravement atteint. Mais avez-vous jamais entendu parler de ce qui s’est produit lorsque fut révélé le verset interdisant l’alcool ? Ces mêmes Arabes, fous d’alcool et prêts à mourir pour lui, brisèrent de leurs propres mains leurs grandes jarres dès qu’ils reçurent ce commandement. L’alcool coula dans les ruelles de Médine comme l’eau de pluie. Dans une assemblée, plusieurs hommes étaient assis ensemble à boire. Lorsque le crieur du Prophète s’approcha d’eux et leur annonça que l’alcool était interdit, la main de chacun s’immobilisa là où elle se trouvait, et personne n’avança même d’un geste. Celui dont la coupe touchait ses lèvres la retira aussitôt. Plus une seule goutte d’alcool ne pénétra ensuite dans son ventre. Voilà l’identité de la véritable foi. C’est cela que l’on appelle l’obéissance à Allah et au Messager.
Vous n’ignorez pas combien le châtiment de l’adultère est sévère en islam. Il consiste en cent coups de fouet sur le dos. Rien que d’y penser, le corps humain frissonne. Et si l’adultère est commis par une personne mariée, elle est mise à mort par lapidation. Le seul fait d’entendre parler de ce châtiment terrible fait trembler de peur. Mais savez-vous quelle était la situation de ceux qui possédaient une foi sincère et qui, par erreur, avaient commis un adultère ? Un homme, trompé par Satan, commit l’adultère. Il n’y avait aucun témoin, personne pour le conduire au tribunal, ni personne pour en informer la police. Mais son cœur était animé d’une foi sincère. Cette foi lui dit : « Puisque, sans craindre la loi d’Allah, tu as satisfait le désir de ton âme, prépare-toi maintenant à recevoir le châtiment fixé par Sa loi. » Il se rendit donc lui-même auprès de Hazrat Muhammad, qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix, et déclara : « Ô Messager d’Allah ! J’ai commis l’adultère ; infligez-moi son châtiment. » Hazrat Muhammad, qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix, détourna alors le visage. L’homme se plaça de nouveau devant lui, demanda que le châtiment lui soit appliqué et dit : « Infligez-moi le châtiment approprié au péché que j’ai commis. » Voilà ce que l’on appelle la foi. Celui qui possède cette foi peut facilement supporter cent coups de fouet sur le dos découvert, et même mourir sous les coups de pierres ; mais il lui est extrêmement difficile de se présenter devant Allah après Lui avoir désobéi.
Vous savez également que, pour les gens de ce monde, leurs proches sont généralement les personnes les plus chères. Le père, le fils et le frère sont particulièrement aimés, au point que l’on est prêt à tout abandonner pour eux. Mais réfléchissez un instant aux batailles de Badr et d’Uhud : qui y combattait contre qui ? Le père était dans le camp des musulmans et le fils dans celui des mécréants ; le fils d’un côté et le père de l’autre ; un frère du côté de l’islam et l’autre du côté de l’ennemi. Les proches les plus immédiats, divisés en deux camps, combattirent les uns contre les autres. Ils combattirent comme s’ils ne se connaissaient pas. Ils ne se battaient ni pour de l’argent, ni pour des terres, ni pour une inimitié personnelle. Ils versèrent leur sang et combattirent leurs proches uniquement pour Allah et Son Messager. Ils avaient en eux une force morale si grande qu’ils pouvaient sacrifier sans hésitation, pour Allah et Son Messager, leurs pères, leurs frères, leurs fils et toute leur tribu.
Vous savez aussi que l’islam avait complètement mis fin à presque toutes les anciennes coutumes de l’Arabie. À cette époque, le plus grand rite était l’adoration des idoles. Cette pratique existait depuis des centaines d’années. Mais l’islam proclama clairement : « Abandonnez ces idoles. » La consommation d’alcool, l’adultère, le jeu, le vol et le brigandage étaient des faits quotidiens en Arabie. L’islam dit : « Il faut abandonner tout cela. » Les femmes arabes se déplaçaient tout à fait ouvertement. L’islam ordonna : « Cela ne peut continuer ainsi ; adoptez le voile. » Les filles n’avaient pas droit à une part d’héritage. L’islam proclama qu’elles en recevraient une, comme les hommes. Le fils adopté était considéré exactement comme le fils biologique. L’islam dit que cela ne pouvait être ainsi : élever l’enfant d’un autre ne le transforme pas en enfant biologique. Même si un fils adoptif divorçait de sa femme, il devenait possible de l’épouser. En somme, toutes ces anciennes coutumes furent détruites une à une.
Savez-vous comment agirent alors ceux qui avaient cru en Allah et au Messager ? Les croyants réduisirent de leurs propres mains en morceaux, une à une, les idoles que leurs ancêtres et eux-mêmes avaient adorées pendant des centaines d’années, devant lesquelles ils avaient présenté toutes sortes d’offrandes et de sacrifices, et devant lesquelles ils s’étaient prosternés en posant leur front à terre. Ils abandonnèrent toutes les traditions familiales et toutes les coutumes qui existaient depuis des siècles. Les choses qu’ils considéraient comme grandes et sacrées, ils les foulèrent aux pieds dès qu’ils reçurent le commandement d’Allah. Les choses qu’ils détestaient, ils commencèrent à les accepter avec faveur dès qu’ils reçurent le commandement d’Allah. Les choses considérées depuis toujours comme pures et sacrées, ils commencèrent, conformément à la loi d’Allah, à les considérer comme impures. Et les choses qu’ils considéraient comme impures devinrent soudainement pures. Ils abandonnèrent aussitôt les comportements mécréants dans lesquels ils trouvaient confort et plaisir, et acceptèrent avec joie les commandements de l’islam qui semblaient difficiles à observer. Voilà ce que l’on appelle la foi, et voilà ce que l’on appelle l’islam.
Mais réfléchissez : si les habitants de l’Arabie avaient alors dit, comme leurs ancêtres : « Nous n’accepterons pas telle ou telle pratique, car elle nous nuira ; nous pratiquerons certainement telle autre, car elle existe depuis l’époque de nos ancêtres ; et nous ne pouvons pas abandonner telle pratique des Romains ou des Iraniens, parce qu’elle nous plaît beaucoup », puis s’ils avaient ainsi annulé un à un les commandements de l’islam, y aurait-il aujourd’hui un seul musulman dans le monde ?
Il est dit dans le Noble Coran :
لَنْ تَنَالُوا الْبِرَّ حَتَّى تُنْفِقُوا مِمَّا تُحِبُّونَ – – ال عمران : ۹۲« Si vous ne consacrez pas à Allah les choses que vous aimez le plus, vous ne pourrez en aucune manière atteindre le véritable bien. » — Sourate Âl ‘Imrân, 92
Ce verset exprime l’essentiel de l’islam et de la foi. La véritable exigence de l’islam est que vous consacriez à Allah ce que vous aimez le plus. Dans toutes les affaires de la vie, vous constaterez que le commandement d’Allah vous appelle d’un côté, tandis que votre nafs vous appelle exactement dans la direction opposée. Allah ordonne une chose, mais votre nafs vous incite à ne pas l’accomplir, en vous faisant craindre que vous n’en subissiez de grandes difficultés ou de lourdes pertes. Allah interdit une chose, mais votre nafs, la considérant comme extrêmement agréable et bénéfique, n’est pas disposé à y renoncer. Dans chaque acte, la satisfaction d’Allah se trouve d’un côté, tandis que l’attrait des plaisirs et des avantages de ce monde vous appelle entièrement de l’autre. En bref, à chaque pas de la vie, deux voies se présentent à l’être humain : l’une est la voie de l’islam, l’autre celle de la mécréance et de l’hypocrisie. Dans ces circonstances, celui qui piétinera toute chose de ce monde et inclinera la tête uniquement devant le commandement d’Allah, il faudra considérer que lui seul a emprunté la voie de l’islam. Quant à celui qui piétinera le commandement d’Allah pour satisfaire ses propres désirs ou ceux du monde, il faudra comprendre qu’il a adopté la voie de la mécréance et de l’hypocrisie.
Les gens de notre époque ont pleinement adopté une politique opportuniste. Ils acceptent certes avec beaucoup de joie les règles simples de l’islam, mais, au moment de l’affrontement véritable entre la mécréance et l’islam, ils changent aussitôt d’attitude. Même parmi ceux qui se prétendent les plus grands défenseurs de l’islam, cette faiblesse existe. Ils crient très fort : « Islam ! Islam ! » ; lorsqu’ils font l’éloge de l’islam, leur bouche déborde de paroles, et ils accomplissent également de nombreux actes destinés à être vus des gens. Mais si, tous ensemble, on les invite à appliquer à eux-mêmes la loi complète de cet islam dont ils font tant l’éloge, ils s’écrient aussitôt : « Cette tâche n’est pas facile, elle comporte toutes sortes de difficultés » ou bien : « Cela ne peut pas se faire maintenant. » Cela signifie que, pour eux, l’islam n’est qu’un joli jouet. On peut en admirer la beauté lorsqu’on le place sur une étagère. On peut en faire abondamment l’éloge avec la bouche, mais, selon eux, prétendre l’appliquer comme une loi complète à soi-même, aux membres de sa famille, à ses proches ainsi qu’à ses propres affaires, serait un crime. Voilà la situation de ceux qui sont aujourd’hui connus comme des gens religieux ; que dire alors des autres gens de ce monde ? Souvenez-vous que c’est précisément pour cette raison que nos prières, nos jeûnes, notre récitation du Coran et notre observance apparente de la sharia n’ont plus aujourd’hui l’influence qu’ils avaient autrefois, et que nous n’en retirons aucun fruit dans notre vie réelle. Car lorsque l’âme a disparu, quel bien un corps privé d’âme peut-il encore produire ?
Le critère infaillible de l’islam
Allah Très-Haut a dit dans Son Livre sacré :
قُلْ إِن صَلاتِي وَنُسُكِي وَمَحْيَايَ وَمَمَاتِي لِلَّهِ رَبِّ الْعَلَمِينَ الأَشَرِيكَ
له ، وبذلك أمرت وأنا أول المسلمين – الانعام : ١٦٣-١٦٤
« (Ô Muhammad !) Dis : ma prière, tous mes rites d’adoration, ma vie et ma mort appartiennent entièrement à Allah, le Seigneur des mondes. Il n’a aucun associé. Voilà ce qui m’a été ordonné de dire, et je suis le premier à Lui soumettre ma tête dans l’obéissance. » — Sourate al-An‘âm, 163-164
À propos de l’explication de ce verset, le noble Prophète (paix et bénédictions sur lui) a dit :
من أَحَبُّ لِلَّهِ وَأَبْغَضَ لِلَّهِ وَأَعْطَى لِلَّهِ وَمَنَعَ لِلَّهِ فَقَدِ اسْتَكْمَلُ الْإِيْمَانَ .
« Celui qui aime pour Allah, déteste pour Allah, donne pour Allah et refuse de donner pour Allah a parachevé sa foi. Autrement dit, il est devenu un croyant à la foi parfaite. »
Il est prouvé par le verset que j’ai mentionné au début que l’islam ordonne à l’homme de consacrer exclusivement à Allah, avec une sincérité absolue, toute sa soumission et son obéissance, ainsi que sa vie et sa mort, et de ne Lui associer personne en cela. En d’autres termes, l’homme ne doit servir ni obéir à personne en dehors d’Allah seul. Sa vie et sa mort ne doivent être consacrées à personne d’autre qu’Allah.
Ce qui a été rapporté, dans l’explication de cette question, selon les paroles du noble Prophète — qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix — permet de comprendre que l’amour et l’inimitié de l’homme, ainsi que toutes les activités, affaires et transactions de sa vie matérielle, doivent être consacrés exclusivement à Allah : telle est l’exigence essentielle et absolue de la foi. Sinon, loin de pouvoir atteindre un rang élevé, la foi elle-même ne peut parvenir à sa perfection. La foi de l’homme restera imparfaite dans la mesure exacte où cette consécration sera imparfaite. À l’inverse, plus l’homme pourra se soumettre à Allah avec un cœur pleinement consacré, plus sa foi sera parfaite.
La plupart des gens pensent que se consacrer entièrement à Allah n’est nécessaire que pour atteindre un rang ou une dignité élevés, et qu’un tel degré d’élévation intérieure n’est pas une condition indispensable de la foi et de l’islam. Autrement dit, ils pensent que même sans cet état d’esprit, une personne peut être croyante et musulmane. Mais cette conception est fondamentalement erronée. Elle provient du fait que les gens ordinaires ne font aucune distinction entre l’islam juridique et formel, et l’islam véritable tel qu’il est reconnu auprès d’Allah.
Dans l’islam conforme au droit religieux et dans l’islam juridique, on ne prend pas en considération l’état véritable du cœur de l’homme — et il n’est d’ailleurs pas possible de l’observer. On s’attache plutôt à la présence de certains signes extérieurs indispensables, qui constituent la preuve concrète de sa profession de foi. Si quelqu’un affirme verbalement croire en Allah, au Messager, au Coran, à l’au-delà et aux autres vérités essentielles, puis remplit les conditions indispensables qui constituent la preuve concrète de cette profession de foi, il sera considéré comme appartenant aux limites de l’islam. On traitera avec lui dans toutes les affaires en le considérant comme musulman. Mais, en réalité, ces dispositions sont limitées à la vie d’ici-bas ; elles fournissent seulement, du point de vue matériel, les fondements juridiques et civilisationnels nécessaires à la société musulmane. Tous ceux qui entreront dans la société musulmane par une telle profession de foi seront considérés comme musulmans. Aucun d’eux ne pourra être déclaré mécréant. Ils jouiront les uns envers les autres des droits moraux et sociaux reconnus par la Loi religieuse ; ils pourront contracter mariage entre eux, l’héritage sera réparti entre eux et d’autres relations sociales pourront être établies.
Mais le salut de l’homme dans l’au-delà, le fait d’y être considéré comme musulman et croyant, et son admission parmi les serviteurs aimés d’Allah, ne sont pas possibles par cette seule reconnaissance juridique et verbale. Il faut nécessairement, en plus de cette reconnaissance intérieure, tourner son cœur vers Allah et se remettre entièrement à Lui avec un désir et un enthousiasme sincères. Ici-bas, la valeur de la profession de foi verbale ne se manifeste que devant le juge et parmi les gens ordinaires ou les musulmans, car ceux-ci ne peuvent voir que l’apparence extérieure. Allah, en revanche, voit le cœur de l’homme, son état réel et ses dispositions intérieures. Allah mesure la foi de l’homme. Auprès d’Allah, l’homme sera précisément évalué selon ce critère : a-t-il consacré sa vie et sa mort, toute sa gratitude, son amitié, son obéissance, sa servitude et l’ensemble de ses activités à Allah, ou à quelqu’un d’autre ? Si cet examen prouve qu’il a consacré tout cela à Allah seul, il sera considéré comme musulman et croyant ; mais s’il l’a consacré à quelqu’un d’autre, il ne sera considéré ni comme musulman ni comme croyant. Selon ce critère, celui qui se révélera le plus immature et le moins achevé aura une foi et un islam tout aussi immatures et incomplets. Même s’il est considéré ici-bas comme un musulman éminent et qu’on lui accorde dans ce monde une dignité incomparable, il n’aura aucune importance auprès d’Allah. La valeur de l’homme auprès d’Allah sera déterminée uniquement par ceci : a-t-il employé tout ce qu’Allah lui a donné pour Allah, dans la voie qu’Il a indiquée ? Si vous l’avez fait, vous recevrez exactement le rang dû à un serviteur obéissant et à un ami digne de cette proximité. Mais si vous écartez quelque chose du service d’Allah et ne l’employez pas dans la voie qu’Il a indiquée, votre affirmation de vous dire musulman — c’est-à-dire votre déclaration verbale selon laquelle vous vous êtes entièrement soumis à Allah — sera entièrement démontrée fausse. Il se peut que cette fausse déclaration permette de tromper les gens d’ici-bas : abusés par vos paroles, ils pourront vous admettre dans la société musulmane et vous accorder tous les avantages réservés aux musulmans. Mais Allah ne sera jamais trompé par cela et ne vous comptera pas parmi Ses amis fidèles et obéissants.
Si l’on réfléchit profondément à l’explication donnée de cette différence entre l’islam juridique et l’islam véritable, on comprend que ses conséquences ne seront pas différentes seulement dans l’au-delà ; elles doivent nécessairement produire ici-bas aussi des effets différents. C’est pourquoi tous les musulmans qui ont vécu dans le monde et tous ceux qui y vivent aujourd’hui peuvent être répartis dans les deux catégories mentionnées ci-dessus.
On trouve une première catégorie de musulmans qui reconnaissent Allah et le Messager et acceptent l’islam uniquement comme une religion ; mais ils n’accordent à cette religion qu’une place limitée, celle d’une partie ou d’un domaine de leur vie globale, et rien de plus. Ainsi, dans cette partie particulière de leur vie, la foi en l’islam est établie pleinement. Les rites du culte et de la dévotion sont accomplis comme il se doit. Ils récitent le tasbîh et pratiquent le dhikr et les invocations. Ils observent aussi la piété dans leur alimentation et leur boisson, ainsi que dans certaines affaires sociales ; presque tout ce qui est requis au titre de la pratique religieuse est accompli. Mais, en dehors de cette partie et de ce domaine, aucune place n’est accordée aux actes musulmans dans les autres aspects de la vie. Là, leur amour s’adresse à eux-mêmes, à leurs propres intérêts, à leur pays et à leur peuple, ou à quelque autre chose ; et lorsqu’ils éprouvent de l’hostilité ou combattent, ils le font également pour un intérêt matériel de ce genre. Leurs échanges, leurs affaires, leurs relations, leurs enfants, leur lignée et leur famille, leur pays et leur société, ainsi que leur comportement envers les autres, tout cela se déroule sous un angle purement matériel, en excluant totalement la religion de l’islam. Qu’ils soient propriétaires fonciers, commerçants, gouvernants ou soldats, chacun agit comme un professionnel indépendant, et non comme un musulman. Dans ce domaine, ils n’accordent pas la moindre place à leur qualité de musulmans. Même si leur qualité de musulmans exerce une influence partielle sur les activités civilisationnelles, éducatives et politiques auxquelles ils participent collectivement, aucun véritable lien n’est établi entre ces activités et l’islam.
On trouve une deuxième catégorie de musulmans : ceux qui soumettent à l’islam leur personnalité tout entière et l’ensemble de leur être. Dans tous les domaines de leur vie, ils accomplissent leurs devoirs en tant que musulmans. Qu’ils soient pères musulmans, enfants musulmans, épouses musulmanes, commerçants, propriétaires terriens, ouvriers ou employés — quoi qu’ils soient — leur vie est partout conduite en tant que musulmans. Leurs dispositions intérieures, leurs espoirs et leurs aspirations, leurs pensées et leurs convictions, leurs avis et leurs décisions, leur haine et leur amour, leurs goûts et leurs aversions, tout cela suit l’idéal islamique. L’islam exerce une domination complète sur leur esprit et leur intelligence, sur leurs yeux et leurs oreilles, sur leur ventre et leurs parties intimes, ainsi que sur leurs mains, leurs pieds et tous les membres de leur corps. Leur affection, leur amour et leur hostilité ne franchissent pas les limites de l’islam. S’ils établissent une relation avec quelqu’un, ils le font pour l’islam ; s’ils combattent quelqu’un, ils le combattent pour l’islam ; s’ils donnent quelque chose à quelqu’un, ils ne le font que parce que l’islam le prescrit. À l’inverse, s’ils cessent de donner quelque chose à quelqu’un, ils le font exactement conformément à la prescription de l’islam. Cette règle de conduite ne s’applique pas seulement à leur vie individuelle : leur vie collective aussi sera établie et organisée entièrement et en tous points sur le fondement de l’islam. Collectivement, leur être tout entier sera consacré et voué à l’islam. Leur caractère national, leur rôle et leurs activités seront fondés et dirigés selon les principes fondamentaux de l’islam.
Ces deux catégories de musulmans sont, en réalité, totalement opposées l’une à l’autre. Du point de vue de la loi, elles appartiennent toutes deux à la même communauté, c’est-à-dire à la même nation, et le mot « musulman » s’applique de la même manière aux deux ; mais, dans la réalité, elles sont entièrement distinctes. Aucun exploit de la première catégorie n’a été considéré comme remarquable ou glorieux dans l’histoire de l’islam. Ils n’ont accompli aucune œuvre capable d’étendre une influence glorieuse de l’islam dans l’histoire du monde. Le monde n’a jamais ressenti la moindre importance de musulmans de ce genre. En réalité, le recul de l’islam a été rendu possible par ces musulmans et précisément à cause d’eux. C’est parce qu’ils étaient nombreux dans la société musulmane que la domination de la mécréance sur la vie humaine a pu s’établir et que les musulmans ont pu se satisfaire de la possibilité de mener une vie religieuse très limitée. En réalité, Allah n’a jamais voulu des musulmans de cette sorte. Il n’a pas envoyé les prophètes sur terre pour fabriquer de tels musulmans et n’a pas révélé les Livres pour les former. Même si de tels musulmans n’avaient pas existé dans le monde, aucune absence particulièrement importante n’aurait été ressentie ; il n’aurait pas non plus été nécessaire de maintenir cette longue succession de révélations. En vérité, les musulmans qu’Allah a envoyés les prophètes et révélé les Livres pour former, ceux qui ont accompli des œuvres précieuses et remarquables du point de vue de l’islam et qui en sont encore capables, sont uniquement les musulmans de la deuxième catégorie.
Cela n’est pas vrai uniquement pour l’islam. Aucun idéal de ce monde ne peut voir son étendard élevé par des gens qui limitent leurs principes et leur idéal à une simple reconnaissance verbale, les considèrent comme une annexe de leur vie et consacrent leur vie et leur mort à autre chose. On peut encore en trouver la preuve concrète à notre époque. Les véritables adeptes sincères d’un idéal ne peuvent être que ceux qui se soumettent corps et âme à son suivi et à son service, qui consacrent à cette cause leur personnalité tout entière et qui n’aiment rien de ce qu’ils possèdent — pas même leur propre vie ou leurs enfants — davantage qu’ils n’aiment cet idéal. En réalité, c’est par de tels hommes qu’un idéal particulier peut s’établir et se répandre dans le monde. C’est pourquoi tout idéal attend des hommes de cette sorte.
Il existe toutefois une différence entre l’islam et les autres idéaux. Les autres idéaux exigent eux aussi de l’homme une soumission, une sincérité absolue et une obéissance de la forme mentionnée ; mais, en réalité, ils n’ont aucun droit à les exiger. Ce n’est qu’une revendication injuste qu’ils imposent à l’homme. En revanche, l’exigence de l’islam envers l’homme est éternelle et naturelle. Lorsqu’un idéal demande à l’homme de consacrer sa vie entière et sa personnalité complète, il ne peut en réalité sacrifier quelque chose qui lui appartient pour l’une des raisons invoquées par cet idéal. Mais puisque l’islam réclame à l’homme une soumission totale et une sincérité absolue envers Allah, il est précisément naturel que l’homme se consacre à cette cause. Tout ce qui se trouve dans les cieux et sur la terre appartient à Allah. L’homme lui-même est une créature d’Allah. Tout ce qui se trouve auprès de l’homme et en lui appartient à Allah. Les choses avec lesquelles l’homme agit dans ce monde appartiennent également à Allah. Il est donc raisonnable, du point de vue de la connaissance, de la raison et de la justice, que ce qui appartient à Allah soit consacré dans la voie d’Allah. Le sacrifice que l’homme accomplit pour autrui, ou pour son propre intérêt et les choses qu’il désire, n’est au fond rien d’autre qu’une trahison et un usage injuste. En revanche, si l’on agit conformément au commandement d’Allah, cela ne sera certainement pas une trahison, car tout ce qui est consacré à Allah sert en réalité à s’acquitter du droit d’Allah.
Mais les musulmans doivent tirer un enseignement des activités de ceux qui sacrifient tout ce qu’ils possèdent à des doctrines et à des idéaux vains, ainsi qu’à des divinités et des maîtres qu’ils ont eux-mêmes imaginés, et qui donnent pour cela des exemples historiques de constance et de fermeté. Lorsque l’homme peut manifester tant de sincérité et de dévouement pour le faux, quel sujet de regret si, pour la vérité, il ne consent même pas au millième de ce sacrifice !
À la lumière de la juste mesure de la foi et de l’islam que l’on découvre dans les versets et les hadiths mentionnés, chacun de nous doit procéder à son propre examen. Si vous prétendez avoir accepté l’islam et avoir embrassé la foi, il convient de vérifier avec une attention aiguë si votre vie et votre mort sont consacrées à Allah seul. Vous devez examiner tout particulièrement si vous vivez uniquement pour Allah, si toutes les capacités de votre esprit et de votre intelligence, la force de votre corps et de votre âme, votre temps et votre travail sont consacrés uniquement à accomplir la volonté d’Allah et à assumer les responsabilités de la communauté musulmane. Vous devez aussi examiner attentivement si votre adoration et votre obéissance sont réservées à Allah seul, et si votre vie est totalement libérée de la servitude envers votre âme charnelle, votre famille, votre tribu, vos amis, votre société et votre gouvernement. Il faut également observer avec une attention particulière si vos goûts et vos aversions sont déterminés conformément à la volonté d’Allah. Examinez encore ceci : aimez-vous et chérissez-vous ceux que vous aimez uniquement pour Allah ? Haïssez-vous ceux que vous détestez pour Allah ? Votre intérêt personnel n’intervient-il pas dans cette haine et cet amour ? Le fait de donner ou de ne pas donner se fait-il également pour Allah seul ? Tout ce que vous donnez dans ce monde, y compris ce qui concerne votre ventre et votre cœur, le donnez-vous en désirant obtenir uniquement l’agrément d’Allah ? À l’inverse, votre refus de donner se fait-il lui aussi uniquement pour Allah ? Ne donnez-vous pas parce qu’Allah l’a interdit ? Et en ne donnant pas, recherchez-vous uniquement la satisfaction d’Allah ?
Si vous constatez en vous cet état d’esprit consistant à tout consacrer à Allah, rendez grâce à Allah, car Allah a véritablement rendu votre foi parfaite. Mais si vous ressentez en vous une quelconque insuffisance sur ce point, empressez-vous dès maintenant de la faire disparaître et consacrez-y tous vos efforts et toutes vos activités. Car votre réussite dans la vie présente et votre salut dans l’au-delà dépendent de la correction de cette insuffisance. Même si vous acquérez dans ce monde un immense trésor, cela ne pourra combler ce manque. Mais si vous parvenez à le combler, même si vous n’obtenez rien dans ce monde, vous ne serez en réalité nullement perdant.
Il faut se rappeler que cette mesure du Coran et des hadiths n’a pas été établie afin d’évaluer les autres et de les déclarer croyants ou hypocrites, musulmans ou mécréants. Elle a été établie en réalité afin de se sauver soi-même et de connaître ses propres défauts ici-bas pour les corriger avant de comparaître devant le tribunal de l’au-delà. Il n’est pas nécessaire de vous préoccuper de ce que les muftis et les juges de ce monde pensent de vous ; vous devez vous demander quelle place Allah — le Juge suprême, l’Unique Connaisseur de toute chose cachée et apparente — vous accorde. Vous ne devez pas vous installer dans la certitude simplement parce que vous êtes inscrit comme musulman dans les registres du recensement de ce monde. Il est de votre devoir de rester attentif au rang qui vous est accordé dans le registre d’Allah. Même si le monde entier vous délivre un certificat de foi et d’islam, cela ne vous sera en réalité d’aucun profit. Le véritable succès de votre vie consiste à être compté auprès de Celui entre les mains duquel se trouve le jugement, Allah, parmi les croyants plutôt que parmi les hypocrites, et parmi les serviteurs obéissants plutôt que parmi les désobéissants.
Pourquoi faut-il observer les commandements d’Allah ?
Dans plusieurs articles précédents, je vous ai répété à maintes reprises que l’islam consiste à obéir aux commandements d’Allah et de Son Messager, et que nul ne peut devenir musulman tant qu’il n’a pas renoncé à suivre ses propres désirs, les superstitions de ses ancêtres, les rois et souverains de ce monde ainsi que les ordres des hommes, pour obéir exclusivement à Allah et à Son Messager.
Mais pourquoi insiste-t-on autant sur l’observance des commandements d’Allah et de Son Messager ? C’est précisément cette question que je vais examiner ici en détail. Quelqu’un pourrait demander : quel besoin avons-nous d’obéir à Allah ? Est-Il dépendant de notre obéissance ? Est-ce pour cette raison qu’Allah exige de nous que nous observions les commandements qui viennent de Lui et de Son Messager ? Allah est-Il avide de domination comme les rois et souverains de ce monde, qui désirent ardemment exercer leur autorité ? De même que les peuples de ce monde disent : « Reconnaissez ma souveraineté », Allah dit-Il lui aussi : « Reconnaissez ma souveraineté » ? C’est à cette question que je veux maintenant répondre.
En réalité, Allah le Très-Haut ne demande pas aux hommes de Lui obéir dans Son propre intérêt, mais pour le bien et le salut des hommes eux-mêmes. Allah n’est pas comme les rois et souverains de ce monde : les rois et les fonctionnaires de ce monde n’exercent leur autorité sur les gens que dans leur propre intérêt et cherchent à les réduire en esclavage de leur volonté. Mais Allah le Très-Haut n’a aucun intérêt personnel ; Il est exempt de toute bassesse liée aux intérêts matériels. Allah n’a nul besoin de vous prendre votre argent. Il n’a nul besoin de construire des palais, d’acheter des voitures, ni d’acquérir votre argent, vos biens de luxe ou les objets de votre confort et de vos plaisirs. Il est pur ; Il n’a besoin de personne et ne dépend de personne. Tout ce qui existe dans le monde Lui appartient, et Il est l’unique Possesseur de toutes les richesses. Il vous ordonne de suivre Ses commandements et de Lui obéir uniquement pour votre bonheur et votre bien-être : c’est votre bien qu’Il veut.
Il a créé l’homme comme l’« Ashraful Makhluqat », la plus noble de Ses créatures. Il n’aime nullement que cette créature éminente, cette immense création qu’est l’homme, serve Satan, devienne l’esclave d’un autre homme ou s’incline devant les choses insignifiantes et viles de ce monde. Il ne Lui plaît pas non plus que ceux à qui Il a confié le rôle de Ses représentants sur terre errent dans les ténèbres de l’ignorance et, vivant comme des animaux selon leurs désirs, deviennent les plus vils des êtres.
C’est pourquoi Il a dit aux hommes : « Ô hommes ! Suivez Mes commandements à Moi ; conformez-vous uniquement à Mes directives ; obéissez uniquement à Moi. Acceptez la lumière de la connaissance que J’ai envoyée vers vous par l’intermédiaire de Mon Prophète ; alors vous pourrez trouver le droit chemin. En suivant ce chemin droit, vous pourrez obtenir l’honneur partout, en ce monde comme dans l’au-delà. »
لا إِكْرَاهَ فِي الدِّين بعد قد تبينَ الرُّشْدُ مِنَ الْغَيِّ ، فَمَنْ يُكْفُرُ بِالطَّاغُوتِ وَيُؤْمِنُ بِاللَّهِ فَقَدِ اسْتَمْسَكَ بِالْعُرْوَةِ الْوُثْقَى وَلَا انفِصَامَ لَهَا ، وَاللَّهُ سَمِيعٌ عَلِيمٌ ، اللهُ وَلِيُّ الَّذِينَ آمَنُوا يُخْرِجُهُم مِّنَ الظُّلُمَاتِ إِلَى النُّورِ وَالَّذِينَ كَفَرُوا أَوْلِيتُهُمُ الطَّاغُوتُ يُخْرِجُونَهُم مِّنَ النُّورِ إِلَى الظلمت ، أُولَئِكَ أَصْحَبُ النَّارِ هُمْ فِيهَا خَلِدُونَ – البقرة : ٢٥٦-٢٥٧« Il n’y a aucune contrainte en religion. La voie droite de la guidance a été clairement distinguée de la voie tortueuse de l’égarement. Désormais, ceux d’entre vous qui renient les fausses divinités et ceux qui égarent les hommes, et qui croient uniquement en Allah, auront saisi l’anse la plus solide, qui ne se rompra jamais. Allah entend toute chose et sait toute chose. Allah le Très-Haut est le Protecteur de ceux qui ont cru : Il les fait sortir des ténèbres pour les conduire vers la lumière la plus éclatante. Quant à ceux qui renient Allah, leurs fausses divinités et leurs chefs égarés prennent en charge leur protection. Ceux-ci les font sortir de la lumière et les plongent dans les ténèbres de l’égarement. Ils entreront en Enfer et y demeureront éternellement. » — Sourate Al-Baqara, 256-257
Pourquoi l’être humain est-il plongé dans les ténèbres lorsqu’il obéit aux ordres d’autres fausses divinités au lieu d’obéir à Allah, et pourquoi ne peut-il trouver un chemin lumineux qu’en obéissant uniquement à Allah ? Il vous est indispensable d’y réfléchir. Vous voyez que, dans ce monde, votre vie est liée à d’innombrables sortes de relations. Votre première relation est celle que vous entretenez avec votre corps. Vos mains, vos pieds, vos oreilles, vos yeux, votre langue, votre cœur, votre cerveau et votre estomac : Allah vous les a tous donnés pour vous servir. Mais c’est à vous de décider comment vous vous en servirez. Que donnerez-vous à manger à votre estomac et que ne lui donnerez-vous pas ? Que ferez-vous avec vos mains et que ne ferez-vous pas ? Sur quels chemins dirigerez-vous vos deux pieds et sur quels chemins ne les dirigerez-vous pas ? Quelles tâches ferez-vous accomplir à vos yeux et à vos oreilles, et quelles tâches ne leur ferez-vous pas accomplir ? Quelles pensées garderez-vous à l’esprit et lesquelles n’y garderez-vous pas ? À quelles choses réfléchirez-vous avec votre cœur et votre cerveau, et auxquelles ne réfléchirez-vous pas ? Vous devez déterminer tout cela après l’avoir examiné sous tous ses aspects. Tous ces membres sont vos serviteurs. Vous pouvez leur faire accomplir de bonnes actions comme vous pouvez leur faire accomplir des péchés. En exécutant vos ordres, ils peuvent vous élever au rang d’être humain de la plus haute dignité ; mais ils peuvent aussi faire de vous un être plus vil et plus méprisable qu’un animal.
Ensuite vient votre relation la plus proche : celle que vous entretenez avec les membres de votre foyer — vos père et mère, vos frères et sœurs, votre épouse, vos fils et vos filles, ainsi que tous vos autres proches —, relation que vous devez maintenir à tout moment, jour et nuit. Mais vous devez déterminer, après mûre réflexion, quelle attitude adopter envers eux. Vous devez bien savoir quels sont leurs droits sur vous et quels droits vous avez sur eux. Souvenez-vous que votre bonheur, votre tranquillité et votre réussite dans ce monde et dans l’au-delà dépendent précisément de la correction de votre comportement envers eux. Si vous vous comportez mal avec eux, vous transformerez ce monde même en enfer pour vous. Et pas seulement ce monde : dans l’au-delà également, vous devrez rendre à Allah des comptes très sévères.
Vient ensuite la question de vos relations avec les innombrables autres habitants de ce monde. Beaucoup sont vos voisins ; nombreux sont vos amis ; certains sont vos ennemis. Beaucoup vous servent, et vous servez beaucoup d’autres. Vous recevez quelque chose de certaines personnes et vous donnez quelque chose à d’autres. Quelqu’un vous fait confiance et vous confie la responsabilité de ses affaires ; de même, vous faites confiance à quelqu’un et lui confiez la responsabilité des vôtres. Quelqu’un est votre juge, tandis que vous êtes le juge d’un autre. Vous donnez des ordres à certains, tandis que quelqu’un vous en donne. En bref, vous devez entretenir, jour et nuit, une relation quelconque avec un si grand nombre de personnes que vous ne pourriez en achever le compte. Vous devez préserver toutes ces relations avec le plus grand soin. Votre bonheur et votre tranquillité dans ce monde, vos goûts et vos dégoûts, votre joie, votre réussite, votre honneur, votre respectabilité et votre bonne réputation dépendent entièrement de cela. Si vous les préservez correctement, vous pouvez obtenir dans ce monde bonheur, tranquillité, joie et gloire ; sinon, vous ne le pourrez pas. De même, si, dans l’au-delà, vous pouvez vous présenter devant Allah sans être reconnu coupable d’avoir usurpé le droit de qui que ce soit, vous pourrez obtenir Son honneur. C’est pourquoi vous devez vous présenter devant Allah de telle manière que vous n’ayez lésé les droits de personne, n’ayez opprimé personne, que personne ne porte plainte contre vous, que vous ne soyez responsable de la destruction de la vie de personne et que vous n’ayez injustement porté atteinte à la vie, aux biens ou à l’honneur de quiconque. Vous devez donc maintenant décider comment entretenir correctement vos relations avec cette multitude de personnes et, après avoir pris connaissance des causes susceptibles de les rompre, de les détériorer ou de les rendre amères, vous devez vous en préserver.
Réfléchissez maintenant à la mesure dans laquelle il vous est nécessaire d’acquérir, à chaque étape de votre vie, la lumière éclatante de la connaissance afin de maintenir des relations correctes avec votre corps, les membres de votre famille et tous les autres habitants du monde. À chaque étape, vous devez savoir : qu’est-ce qui est faux ? Qu’est-ce que la justice et qu’est-ce que l’oppression ? Quels droits les autres ont-ils sur vous, et quels droits avez-vous sur eux ? Dans quelles actions de la vie trouverez-vous un bénéfice véritable, et dans lesquelles risquez-vous de subir une perte réelle ? ………… Mais où pouvez-vous acquérir la connaissance de toutes ces choses ? Si vous cherchez cette réponse auprès de vos propres désirs, vous ne la trouverez pas. Car vos désirs sont eux-mêmes ignorants et insensés ; ils ne connaissent rien en dehors de leur intérêt personnel et de leurs passions mauvaises. Ils vous diront : « Bois de l’alcool, commets la fornication, gagne de l’argent par des moyens illicites. » Car ces actes procurent beaucoup de plaisir. Ils vous diront : « Mange les droits de tout le monde et ne donne à personne ce qui lui revient. » Car cela apporte profit et confort. Si vous abandonnez les rênes de votre vie à un être aussi ignorant et insensé — si vous ne faites que ce que vos désirs vous dictent —, cela vous conduira au sommet de la déchéance. Vous finirez même par devenir un être égoïste, mesquin, vil et pécheur. Ainsi, votre religion et votre vie mondaine seront toutes deux anéanties.
La deuxième possibilité consiste à ne pas écouter les désirs de votre âme, mais à dépendre entièrement d’autres êtres humains semblables à vous et à agir, dans chaque affaire, selon leurs paroles. Vous les suivrez aveuglément là où ils vous conduiront. Si vous empruntez cette voie, il est fort à craindre qu’un égoïste ne vienne vous diriger selon sa propre volonté et vous utiliser pour servir ses intérêts. Ou bien un ignorant égaré pourrait vous entraîner, vous aussi, sur le chemin de l’égarement. Ou encore un oppresseur pourrait vous prendre comme instrument et vous faire opprimer autrui par votre intermédiaire. En somme, même en suivant les autres, vous ne pouvez obtenir cette lumière indispensable de la connaissance qui vous permettrait de distinguer le vrai du faux, de savoir ce qui est juste et ce qui est injuste, et de diriger votre vie sur le droit chemin.
Il ne reste alors qu’une seule source auprès de laquelle vous pouvez acquérir cette lumière de la connaissance qui vous est absolument nécessaire : Allah, le Créateur de l’univers tout entier, qui vous a créés vous-mêmes. Allah sait toute chose, voit toute chose et connaît et comprend parfaitement la nature de chaque chose. Lui seul peut vous dire dans quelle chose se trouve votre véritable bien et dans quelle chose peut se trouver votre véritable dommage ; lui seul peut vous dire quelles actions vous devez accomplir et lesquelles vous ne devez pas accomplir. Allah n’a besoin de rien, Il n’a aucun intérêt personnel et ne dépend de personne. Rien ne Lui est nécessaire. Il ne vous trompera pas — qu’Allah nous en préserve — pour obtenir de vous un avantage quelconque pour Lui-même. Car Il est pur et parfaitement saint, Il est le Maître de toute chose ; dans tous les conseils qu’Il vous donnera, il n’y a pas la moindre trace d’un intérêt personnel, et ces conseils ne visent que votre propre bien. De plus, Allah est un juge équitable et Il ne fait jamais subir d’injustice à personne. Tous Ses conseils seront donc nécessairement impartiaux, justes et bénéfiques. Si vous suivez Ses ordres, vous ne risquez de commettre aucune oppression envers vous-même ni envers autrui.
Le bénéfice de la lumière reçue d’Allah dépend entièrement de deux choses. Premièrement, vous devez avoir une foi véritable en Allah et en le Prophète par l’intermédiaire duquel Il a envoyé cette lumière. Vous devez croire fermement que la loi et les enseignements apportés par le Messager d’Allah sont entièrement vrais ; même si vous ne percevez pas leur véritable utilité, vous devez néanmoins le croire. Deuxièmement, après avoir acquis la foi, vous devez suivre cette loi d’Allah dans chacune des actions de votre vie. Car, après avoir cru en elle, si vous ne la suivez pas effectivement, vous ne pourrez tirer le moindre bénéfice de cette lumière. Supposez qu’une personne vous dise : « Telle chose est un poison ; elle tue les êtres vivants. Ne la mangez donc pas. » Vous lui répondez : « Oui, mon frère, ce que tu dis est tout à fait vrai ; il n’y a pas le moindre doute que c’est un poison et qu’il détruit la vie. » Mais, tout en connaissant et en croyant cette vérité et en la reconnaissant verbalement, vous la mangez. Alors l’effet réel du poison se produira nécessairement. Que vous le mangiez en sachant ce qu’il est ou sans le savoir, le résultat sera le même. Même si vous l’aviez mangé sans le savoir, le résultat aurait été identique à celui de l’avoir mangé en connaissance de cause. En pratique, il n’y a donc aucune différence entre savoir et ne pas savoir. De même, vous ne pouvez obtenir le véritable fruit et le bénéfice de savoir et de reconnaître une vérité qu’en agissant conformément à cette vérité dès que vous la connaissez et la reconnaissez. Vous ne devez pas vous contenter de reconnaître verbalement comme vraie l’action qui vous a été ordonnée ; vous devez plutôt la mettre en pratique. Et pour l’action qui vous a été interdite, il ne suffit pas d’accepter verbalement l’idée de s’en détourner ; vous devez, dans toutes vos activités et toutes vos affaires, vous tenir à l’écart de cette action interdite. C’est pourquoi Allah a dit à maintes reprises :
أَطِيعُوا اللَّهَ وَأَطِيعُوا الرَّسُول – النساء : ٥٩
« Obéissez à Allah et au Messager. » (Sourate An-Nisâ : 59)
وإِن تُطِيعُوهُ تَهْتَدُوا — النور : ٥٤
« Si vous suivez le Messager, vous trouverez alors le droit chemin. » — Sourate An-Nûr : 54
فَلْيَحْذَرِ الَّذِينَ يُخَالِفُونَ عَنْ أَمْرِهِ أَنْ تُصِيبَهُمْ فِتْنَةٌ – النور : ٦٣
« Ceux qui s’opposent aux ordres de Mon Messager devraient craindre qu’un malheur ne les atteigne. » — Sourate An-Nûr : 63
Je vous répète souvent que l’obéissance ne doit être vouée qu’à Allah et à Son Messager. Cela ne signifie pas qu’il ne faille en aucun cas obéir aux ordres d’un être humain. Cela signifie en réalité que vous ne devez suivre personne aveuglément. Vous devez toujours examiner avec attention si ce que vous demande de faire la personne qui vous donne un ordre est conforme à l’ordre d’Allah et du Messager, ou bien contraire à celui-ci. Si c’est conforme, il est évidemment obligatoire de l’accepter. En effet, en agissant conformément à cet ordre, vous n’obéissez pas réellement à l’ordre de cette personne elle-même : vous obéissez à Allah et au Messager d’Allah. Mais si elle donne un ordre contraire à celui d’Allah et du Messager, rejetez-le à son visage, quelle que soit cette personne. Car il est absolument illicite d’obéir à l’ordre de quiconque autre qu’Allah et Son Messager.
Vous pouvez aisément comprendre qu’Allah le Très-Haut ne vient pas Lui-même devant les hommes pour leur donner Ses ordres ; tous les commandements et toutes les prescriptions qu’Il devait donner, Il les a transmis par l’intermédiaire de Son Messager. Notre bien-aimé Prophète a lui aussi quitté ce monde il y a près de quatorze siècles. Tous les commandements et toutes les prescriptions qu’Allah le Très-Haut lui avait donnés sont désormais contenus dans le Noble Coran et le Hadith. Mais le Noble Coran n’est pas une chose qui puisse venir elle-même devant vous, vous parler d’Allah, vous donner Ses ordres et vous détourner des voies interdites par Allah. Ce sont des êtres humains qui vous guideront conformément au Coran et au Hadith. Il n’y a donc aucun moyen de se passer de suivre des êtres humains. Toutefois, votre devoir indispensable est de ne suivre aucun être humain aveuglément. Vous devez seulement vérifier avec vigilance si ces gens vous dirigent conformément au Noble Coran et au Hadith. S’ils vous conduisent conformément au Coran et au Hadith, vous devez les suivre ; mais s’ils vous conduisent dans la direction opposée, il est manifestement illicite de les suivre.
La religion et la charia
Lorsque vous parlez de religion, vous entendez souvent deux mots, que vous employez vous-mêmes fréquemment. L’un de ces deux mots est dîn ; le second est charia. Pourtant, bien peu de gens connaissent véritablement le sens et la portée de ces deux mots. Si ceux qui ne savent ni lire ni écrire n’en connaissent pas le sens, ce n’est pas une faute ; mais il est regrettable que des gens très instruits — et même de nombreux maulvis — ne soient nullement au fait du sens exact de ces deux mots ni de la différence qui les distingue. Parce qu’ils n’en connaissent pas bien le sens, on confond souvent complètement le dîn avec la charia, et la charia avec le dîn. Cela entraîne toutes sortes de malentendus. Dans cet article, je vais vous exposer en termes très simples le sens de ces deux mots.
Dîn (دین) peut avoir plusieurs sens. Premièrement : la force, l’autorité, le gouvernement, la royauté, la domination et le pouvoir de gouverner. Deuxièmement : exactement le contraire, à savoir l’humilité, l’obéissance, la servitude, la soumission et l’esclavage. Troisièmement : demander des comptes, rendre un jugement et accorder la rétribution de toutes les actions. Dans le Noble Coran, le mot « dîn » (دین) est employé dans ces trois sens :
إِنَّ الدِّينَ عِنْدَ اللهِ الْإِسْلَام تن – ال عمران : ۱۹
Cela signifie que le seul dîn agréé par Allah est celui dans lequel l’homme ne reconnaît de puissance qu’à Allah le Très-Haut et ne s’incline devant nul autre que Lui. Il ne reconnaît qu’Allah comme Maître, Propriétaire, Roi et Souverain suprême, et ne devient le serviteur, l’esclave, l’obéissant, le soumis ou le sujet de nul autre que Lui. Il ne considère qu’Allah comme Celui qui demandera les comptes et accordera la juste rétribution de toutes les actions ; il ne se soucie pas de devoir rendre des comptes à qui que ce soit d’autre, n’espère recevoir de rétribution de personne d’autre et ne craint la punition de personne. Le nom de ce dîn est l’Islam. Si une personne abandonne cette croyance, considère quelqu’un d’autre qu’Allah comme le véritable puissant, le législateur, le véritable roi et propriétaire, ainsi que comme celui qui rétribue réellement les actes, puis s’incline humblement devant lui, le sert et devient son esclave, agit conformément à ses ordres, espère sa récompense et craint son châtiment, alors il faut considérer ce dîn comme faux. Allah n’acceptera jamais un tel dîn, car il est totalement contraire à la vérité véritable. Dans l’univers entier, nul autre qu’Allah n’est véritablement puissant et honoré. Ici-bas, nul autre qu’Allah ne possède domination ni royauté. L’homme n’a pas été créé pour servir ni devenir l’esclave de quiconque autre qu’Allah. Nul, en dehors du véritable Propriétaire, ne possède le pouvoir de rétribuer les actes.
C’est également ce qui est dit dans un autre verset, de la manière suivante :
وَمَنْ يُبْتَغِ غَيْرَ الْإِسْلامِ دِينًا فَلَنْ يُقْبَلَ مِنْهُ – – ال عمران : ٨٥
Cela signifie qu’Allah le Très-Haut n’acceptera jamais le dîn de celui qui, abandonnant la domination et la souveraineté d’Allah, reconnaît quelqu’un d’autre comme son propriétaire et son législateur, accepte de le servir et de devenir son esclave, et le considère comme celui qui rétribue les actes. Car :
وَمَا أُمِرُوا إِلَّا لِيَعْبُدُوا اللَّهَ مُخْلِصِينَ لَهُ الدِّينَ حُنَفَاءَ – البيئة : .
« Allah a créé l’être humain comme Son propre serviteur, et il ne lui a pas été ordonné de servir qui que ce soit d’autre que Lui. Son seul devoir obligatoire est donc de se détourner de toutes les autres directions et de consacrer exclusivement à Allah son dîn, c’est-à-dire son obéissance et sa soumission, de L’adorer en se tournant entièrement vers Lui et de ne craindre que Son pouvoir de demander des comptes. » — Sourate al-Bayyina : 45
أفغير دينِ اللهِ يَبْغُونَ وَلَهُ أَسْلَمَ مَن فِي السَّمَوتِ وَالْأَرْضِ طَوْعًا وَكَرْها
وإِلَيْهِ يُرْجَعُونَ – ال عمران : ۸۳
« L’être humain veut-il servir quelqu’un d’autre qu’Allah et lui obéir ? Pourtant, en réalité, tout ce qui se trouve dans les cieux et sur la terre est entièrement au service d’Allah le Très-Haut et Lui obéit ; et toutes ces choses devront retourner auprès de nul autre qu’Allah pour rendre compte de leurs actes. Malgré cela, l’être humain veut-il adopter, à l’encontre de tout ce qui se trouve dans les cieux et sur la terre, une voie autre que l’obéissance à Allah ? » — Sourate Âl ʿImrân : 83
هُوَ الَّذِي أَرْسَلَ رَسُولَهُ بِالْهُدَى وَدِينِ الْحَقِّ لِيُظْهِرَهُ عَلَى الدِّينِ كُلِّهِ .
ولو كَرِهَ الْمُشْرِكُونَ ٥ – الصف : ٩
« Allah le Très-Haut a envoyé Son prophète avec le système de vie islamique et le système d’obéissance à la vérité afin qu’il détruise la divinité et la domination de tous les “faux dieux” du monde et qu’il libère les êtres humains de telle manière qu’ils ne deviennent les serviteurs de personne d’autre qu’Allah, quels que soient les cris que poussent les mécréants et les polythéistes sous l’effet de leur ignorance, et quelle que soit leur aversion pour cela. » — Sourate as-Saff : 9
وَقَاتِلُوهُمْ حَتَّى لا تَكُونَ فِتْنَةٌ وَيَكُونَ الدِّينُ كُلُّهُ لِلَّهِ – – الانفال : ٣٩
« Combattez-les afin que la domination de tout autre qu’Allah soit définitivement éliminée du monde et que seule la loi d’Allah y soit établie. Que tous reconnaissent la royauté d’Allah et que les êtres humains n’adorent que Lui. » — Sourate al-Anfâl : 39
J’espère que l’explication ci-dessus a clairement fait comprendre au lecteur le sens du mot « dîn ». En bref, il consiste à reconnaître Allah comme le Propriétaire, le Maître et le Législateur ; à Le servir, L’adorer et Lui obéir ; à craindre qu’Il demande des comptes et inflige Son châtiment ; et à n’espérer la récompense qu’auprès de Lui.
Cependant, puisque l’ordre d’Allah parvient aux êtres humains par l’intermédiaire de Son Livre et de Son Messager, reconnaître le Messager comme le Messager d’Allah et le Livre comme le Livre d’Allah, puis les suivre dans la pratique, fait également partie du « dîn ». Allah a dit :
يبَنِي آدَمَ إِمَّا يَأْتِيَنَّكُمْ رَسُلٌ مِّنْكُمْ يَقُصُّونَ عَلَيْكُمُ ايْتِي، فَمَنِ اتَّقَى وأصلح فَلَا خَوْفٌ عَلَيْهِمْ وَلَا هُمْ يَحْزَنُونَ ٥ – الاعراق: ٣٥
« Ô enfants d’Adam ! Lorsque Mon prophète viendra vous apporter les prescriptions, ceux qui suivront ces prescriptions, mèneront une vie exemplaire et accompliront leurs affaires conformément à celles-ci n’auront aucune raison de craindre. » — Sourate al-Aʿrâf : 35
Il ressort de cela qu’Allah n’envoie pas directement Ses prescriptions à chaque être humain ; Il les transmet plutôt par l’intermédiaire de Ses prophètes. Ainsi, celui qui reconnaît Allah comme le Législateur ne peut obéir à l’ordre d’Allah qu’en obéissant aux ordres des prophètes et en se conformant aux prescriptions qu’ils ont transmises. C’est ce qu’on appelle le « dîn ».
Ensuite, je parlerai de la définition de la charia. Le mot « charia » signifie : voie et règle. Lorsqu’un homme reconnaît qu’Allah est le Législateur et Lui voue son adoration, et qu’il reconnaît également que le Messager est venu de la part d’Allah en qualité de législateur autorisé par Lui et que le Livre a été révélé de Sa part, c’est alors qu’il entre dans la religion. La manière selon laquelle il doit ensuite adorer Allah et la voie qu’il doit suivre pour Lui obéir portent le nom de charia. Allah Très-Haut a envoyé cette voie et cette méthode d’action par l’intermédiaire de Son Messager. C’est le Prophète qui a enseigné selon quelles règles il fallait adorer le Maître, comment se purifier, quelle est la voie de la bonté et de la piété, comment s’acquitter des droits d’autrui, comment mener ses affaires et son travail, et comment vivre. La différence entre la religion et la charia est que la religion a toujours été une, elle est une aujourd’hui et restera toujours la même ; tandis que plusieurs charias sont apparues dans le monde et que beaucoup d’entre elles ont changé. Toutefois, ces changements de la charia n’ont jamais entraîné de changement dans la religion. La religion de Noé, paix sur lui, était la même que celle d’Abraham, paix sur lui, et que celle de Moïse, paix sur lui. La religion de Shuʿayb, de Salih et de Hud, paix sur eux, était également la même, tout comme celle du dernier Prophète, Muhammad, qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix. Cependant, il existait certaines différences dans la charia de chacun de ces prophètes. Les règles de la prière et du jeûne variaient d’une charia à l’autre. Les prescriptions concernant l’illicite et le licite, les règles de purification, le mariage et le divorce, ainsi que les lois relatives au partage des biens, différaient également selon les charias. Malgré cela, ils étaient tous musulmans. Les communautés de Noé, d’Abraham et de Moïse, paix sur eux, étaient elles aussi musulmanes, et nous sommes musulmans également, car leur religion à tous était une. Il apparaît ainsi que, même si les prescriptions de la charia diffèrent, la religion reste une et ne subit aucune différence, quels que soient les procédés et les méthodes par lesquels on agit conformément à la religion.
Pour vous faire comprendre cette différence, voici un exemple. Supposez qu’un maître ait un grand nombre de serviteurs. Celui qui ne reconnaît pas ce maître comme son maître et ne croit même pas devoir lui obéir est manifestement désobéissant et ne compte pas parmi les serviteurs. Quant à ceux qui le reconnaissent comme leur maître, croient devoir exécuter ses ordres et craignent de lui désobéir, ils comptent tous parmi ses serviteurs. Les façons de servir et de se mettre au service peuvent être différentes, mais, fondamentalement, ils sont tous également les serviteurs du même maître ; cela ne fait aucun doute. Si le maître donne à un serviteur une règle de service et à un autre une règle différente, aucun d’eux ne peut dire : « Je suis le serviteur du maître, mais cette autre personne n’est pas son serviteur. » De même, si chaque serviteur comprend différemment le sens et le but de l’ordre du maître et que tous deux exécutent cet ordre selon leur propre compréhension, ils sont égaux en ce qui concerne le service. Il se peut certes que l’un ait mal compris le sens de l’ordre du maître et que l’autre l’ait correctement compris. Mais puisqu’ils ont tous deux agi conformément à l’ordre, aucun ne peut accuser l’autre de désobéissance ou de s’être écarté du service du maître.
Cet exemple vous permet de comprendre très clairement la différence entre la religion et la charia. Avant le Prophète Muhammad, qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix, Allah Très-Haut avait envoyé différentes charias par l’intermédiaire de différents prophètes. À l’un, Il avait prescrit une manière de servir, et à l’autre une autre manière. Tous ceux qui ont agi conformément au commandement d’Allah en suivant ces règles étaient musulmans, même si leurs règles de service étaient différentes. Puis, lorsque le Prophète Muhammad, qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix, vint en ce monde, Allah Très-Haut, le Maître de tous, ordonna : « J’abroge désormais toutes les règles précédentes. À l’avenir, celui qui veut Me servir devra agir exactement selon la règle que Je proclamerai par l’intermédiaire de Mon dernier Prophète. » Après cela, personne n’a plus le droit de servir selon une règle antérieure. En effet, si quelqu’un refuse cette nouvelle règle et continue de suivre l’ancienne, il faut dire qu’en réalité il n’obéit pas à l’ordre du maître, mais qu’il ne suit que sa propre volonté. Il est donc désormais renvoyé du service. En termes religieux, cela signifie qu’il est devenu mécréant.
Cela s’applique à ceux qui veulent encore suivre les anciens prophètes. En revanche, la seconde partie de l’exemple donné s’applique parfaitement aux disciples du Prophète Muhammad, qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix. Ceux qui reconnaissent comme la charia d’Allah la charia qu’Allah Très-Haut nous a envoyée par l’intermédiaire de Muhammad, qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix, et qui considèrent qu’il est obligatoire de la suivre, sont tous musulmans. Si l’un comprend cette charia d’une manière et un autre d’une autre manière, et que tous deux agissent selon leur propre compréhension, quelles que soient leurs différences dans leurs actes extérieurs, aucun d’eux ne sera exclu du service. En effet, chacun est profondément convaincu que la règle selon laquelle il agit est celle qu’Allah a donnée, et c’est avec cette conviction qu’il la suit. Comment un serviteur pourrait-il donc dire : « Je suis le seul véritable serviteur, et telle personne ne l’est pas » ? Même s’il veut en dire davantage, il ne peut tout au plus dire : « J’ai compris correctement le sens de l’ordre du maître, tandis que cette personne ne l’a pas compris correctement. » Mais cela ne lui donne aucun droit de renvoyer l’autre du service ni de le considérer comme renvoyé. Si quelqu’un ose néanmoins aller jusque-là, il usurpe sans aucun droit la position du véritable maître. Le sens de ses paroles devient : « De même que tu es obligé d’obéir à l’ordre de ton maître, tu es pareillement obligé d’obéir à mon ordre. Si tu n’obéis pas à mon ordre, je te renverrai du service du maître par mon propre pouvoir. » Réfléchissez un instant : quelle insolence extraordinaire que de tenir de tels propos ! C’est pourquoi le Prophète Muhammad, qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix, a dit que celui qui traite injustement un musulman de mécréant voit cette accusation retomber sur lui-même. En effet, Allah Très-Haut a fait du musulman un serviteur soumis à Son ordre. Mais cet homme dit en réalité : « Non, sois soumis à ma compréhension et à mon opinion. » Cela signifie : « Allah n’est pas le seul à être ta divinité ; moi aussi, je suis une petite divinité pour toi, et si tu n’obéis pas à mon ordre, je te chasserai, par mon propre pouvoir, du service d’Allah — qu’Allah Très-Haut le chasse ou non. » Ceux qui tiennent de tels propos, que leurs paroles rendent ou non un autre musulman mécréant, s’exposent eux-mêmes au danger de la mécréance. J’espère que vous avez maintenant bien compris la différence entre la religion et la charia. Vous avez également compris que, même si les formes extérieures de l’adoration diffèrent, il n’y a aucune différence dans la religion fondamentale. La condition est toutefois que, quelle que soit la manière dont une personne agit, elle le fasse avec une intention sincère et en gardant à l’esprit que la règle selon laquelle elle agit est bien celle d’Allah et de Son Messager.
Je vais maintenant vous expliquer combien de torts notre communauté musulmane subit parce qu’elle ne comprend pas cette différence entre le dîn et la sharî‘a. Parmi les musulmans, il existe diverses manières d’accomplir la prière. Les uns joignent les mains sur la poitrine, tandis que les autres les joignent au-dessus du nombril. Les uns récitent la sourate al-Hamd en suivant l’imam comme ma’mûm, tandis que les autres ne la récitent pas ; les uns disent « Âmîn » à voix haute, tandis que les autres le disent intérieurement. Chacun suit la manière qu’il a adoptée en pensant qu’il s’agit de la pratique du Prophète Muhammad — qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix. Ainsi, malgré la diversité des formes extérieures de la prière, ils sont tous également des disciples du Prophète Muhammad — qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix. Mais certains injustes ont pris les divergences concernant ces détails de la sharî‘a pour des divergences touchant au dîn véritable ; c’est pourquoi ils ont constitué des groupes séparés et construit des mosquées distinctes. Un groupe insulte l’autre, le chasse de la mosquée à coups de violence, intente des procès contre lui et, de cette manière, met en pièces la communauté du Prophète Muhammad — qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix.
Même cela ne suffit pas à apaiser le cœur de ces démons : pour des questions insignifiantes et de petits détails, ils continuent de qualifier les uns les autres de mécréants, de pervers et d’égarés. Un homme déduit les commandements d’Allah du Coran et du hadith selon sa propre compréhension. Mais il ne se contente pas d’agir conformément à ce qu’il a compris ; au contraire, il veut imposer de force son opinion aux autres. Si quelqu’un refuse de l’accepter, il commence à le considérer comme mécréant et exclu du dîn d’Allah.
Parmi les musulmans, les divers groupes dont vous entendez les noms — hanafites, chaféites, ahl al-hadîth, etc. — croient tous que le noble Coran et le hadith sont les derniers Livres révélés, et chacun en tire les lois et les règles selon sa conscience et sa raison. Il se peut que la conclusion de l’un soit juste et correcte, et celle de l’autre erronée. Moi aussi, je suis une certaine règle et je la considère comme correcte. Je discute également avec ceux qui la contredisent : j’essaie de leur faire comprendre ce que j’ai compris comme étant correct, et je veux aussi leur montrer les défauts de ce que je considère comme erroné. Mais qu’une conclusion soit fausse est une chose ; être exclu du dîn en est une tout autre. Chaque musulman a le droit d’accomplir les actes de la sharî‘a selon sa propre conscience. Si dix musulmans agissent selon dix règles différentes, tant qu’ils observent la sharî‘a, ils restent tous musulmans et sont comptés comme membres d’une seule et même communauté ; il n’y a aucune raison pour qu’ils forment des groupes et des factions distincts. Mais ceux qui ne comprennent pas cette vérité profonde se querellent pour des motifs très insignifiants. Un groupe se dispute avec l’autre, sépare ses prières et ses mosquées, cesse définitivement avec l’autre groupe les mariages, les relations amicales et les rapports sociaux, puis constitue un groupe à part avec ceux qui partagent son opinion. On dirait qu’ils appartiennent à la communauté d’un autre prophète.
Vous pouvez imaginer l’immense dommage que ces divisions ont causé aux musulmans. On dit que les musulmans forment un seul groupe, une seule communauté. Dans ce sous-continent, ils sont au nombre de 80 millions. [Note : cette conférence fut prononcée à Pathankot (à Dâr al-Islâm) en 1937-1938.]
Si un groupe aussi nombreux était réellement uni et œuvrait dans une parfaite unité à faire triompher la Parole d’Allah, aucune puissance au monde ne pourrait le considérer comme faible. Mais, en réalité, c’est précisément à cause de ces divisions que cette communauté s’est fragmentée en une multitude de petits groupes. Le cœur de chacun est rempli de rancœur et de mépris envers les autres. Même dans les moments de grands périls, ils ne parviennent pas à s’unir pour faire face au danger. Le musulman d’un groupe considère le musulman d’un autre groupe comme un ennemi exactement comme un juif considère un chrétien comme son ennemi, voire davantage. Il est même arrivé qu’un groupe de musulmans s’allie aux mécréants et conspire avec eux pour vaincre un autre groupe de musulmans. Dans ces conditions, si les musulmans du monde sont faibles, il n’y a rien d’étonnant à cela. C’est le fruit de leurs propres actes. Le châtiment qu’Allah a mentionné dans le Noble Coran s’est abattu sur eux :
أن يَلْبِسَكُمْ شِيَعًا وَيُذِيقَ بَعْضَكُم بَأْس بعض – – الانعام : ٦٥« Allah peut aussi vous infliger un châtiment qui vous divisera en différents groupes et vous fera vous entretuer. » — Sourate al-An‘âm, 6:65
Le châtiment évoqué plus haut se manifeste très largement dans cette région. Ici, il existe d’innombrables groupes de musulmans ; même les groupes de savants religieux sont impossibles à dénombrer. C’est pourquoi les musulmans et les savants de cette région ne disposent d’aucune force. Si vous désirez réellement le bien, brisez ces différents groupes qui existent parmi vous et parmi les savants. Constituez-vous en une seule communauté, comme des frères les uns pour les autres. Dans la sharî‘a islamique, il n’y a aucune place pour la constitution de groupes séparés tels que les hanafites, les chaféites, les ahl al-hadîth, etc. De telles divisions ne naissent que de l’ignorance. Sinon, Allah n’a créé qu’un seul groupe, et ce seul groupe est celui des musulmans.
La réalité de la prière et du jeûne
‘Ibâdat
Dans le dernier article de l’ouvrage « La réalité de l’islam », le sens véritable et l’explication des deux termes dîn et sharî‘a ont été exposés. Ici, je vais vous présenter en détail le sens du terme ‘ibâdat. Les musulmans ordinaires emploient souvent ce mot, mais beaucoup n’en connaissent pas le sens véritable. Allah Tout-Puissant a dit dans le Noble Coran :
وَمَا خَلَقْتُ الْجِنَّ وَالْإِنسَ إِلَّا لِيَعْبُدُونِ
« Je n’ai créé les djinns et les êtres humains que pour qu’ils M’adorent exclusivement. » (Sourate adh-Dhâriyât, 51:56)
Il est donc indubitablement établi que la naissance de l’être humain, ainsi que le but et la finalité de sa vie, ne consistent en rien d’autre que dans l’adoration et la servitude envers Allah le Très-Haut. Vous pouvez maintenant comprendre aisément combien il nous est important de connaître le véritable sens du mot « ʿibâda ». Si vous n’en connaissez pas le sens, vous ne pourrez en aucun cas, jamais, atteindre le noble objectif pour lequel vous avez été créés. Or toute chose qui n’atteint pas sa finalité demeure vaine et infructueuse.
Lorsqu’un médecin ne parvient pas à guérir son patient, on dit qu’il a échoué dans son traitement ; lorsqu’un agriculteur ne réussit pas à produire une bonne récolte, son échec dans son activité agricole est clairement démontré. De même, si vous ne pouvez pas atteindre le but de votre vie, c’est-à-dire pratiquer l’adoration, il faudra dire que votre vie a échoué. C’est pourquoi j’espère que vous vous appliquerez particulièrement à connaître le véritable sens et la portée de cette « ʿibâda », et que vous les ancrerez profondément dans vos cœurs et vos esprits. Car la réussite ou l’échec de la vie humaine en dépend entièrement.
Le mot « ʿibâda » est dérivé de l’arabe « ʿabd («},{عْبُدُ) ». « ʿAbd » signifie esclave et serviteur. Le sens du mot « ʿibâda » sera donc servir en esclave et se soumettre. Lorsqu’une personne est l’esclave d’un autre et qu’elle lui est réellement entièrement soumise, se comportant avec lui exactement comme un serviteur, cela s’appelle la servitude et l’adoration. En revanche, si quelqu’un est au service d’un maître et reçoit de lui l’intégralité de son salaire, mais ne travaille pourtant pas comme un véritable serviteur, il faudra dire qu’il a désobéi et s’est rebellé. En réalité, il convient plutôt d’appeler cela de l’ingratitude. Vous devez donc commencer par savoir comment agir comme un « serviteur » devant votre maître et comment lui témoigner votre obéissance.
Le serviteur ou domestique doit d’abord reconnaître son maître comme son « Seigneur » et considérer que son devoir est d’obéir à Celui qui est son propriétaire, qui lui accorde sa subsistance quotidienne et qui assure sa protection et son entretien. Nul autre que Lui n’a le droit de recevoir mon obéissance. Le deuxième devoir du serviteur est d’obéir en tout temps à son maître, d’exécuter ses ordres, de ne jamais cesser de le suivre, même un instant, de ne laisser dans son cœur aucune pensée dirigée contre lui et de n’obéir aux ordres de personne d’autre. Un esclave reste toujours un esclave ; il n’a pas le droit de dire : « J’obéirai à tel ordre de mon maître, mais pas à tel autre. » Il ne peut pas non plus dire : « J’ai été l’esclave de mon maître pendant une période déterminée, mais le reste du temps je suis totalement affranchi et libéré de sa servitude. »
Le troisième devoir du serviteur consiste à manifester respect et révérence envers son maître et à observer les convenances en sa présence. Il est absolument indispensable de se présenter ponctuellement au moment que le maître a fixé pour manifester le respect et la déférence, et de prouver son engagement et sa sincère dévotion en reconnaissant l’obéissance et la servitude dues au maître.
En arabe, l’acte accompli par la combinaison de ces trois éléments est précisément appelé « ʿibâda » : premièrement, reconnaître la servitude envers le maître ; deuxièmement, lui obéir ; et troisièmement, préserver le respect et la révérence qui lui sont dus.
Allah le Très-Haut a dit :
وَمَا خَلَقْتُ الْجِنَّ وَالْإِنسَ إِلَّا لِيَعْبُدُونِ
Son sens véritable est le suivant : Allah a créé les djinns et l’humanité dans un seul but : qu’ils se soumettent exclusivement à Allah et à nul autre, qu’ils n’obéissent qu’aux commandements d’Allah et ne suivent les ordres de personne d’autre, et qu’ils ne s’inclinent devant nul autre que Lui pour Lui témoigner honneur et révérence. C’est par ce terme à la signification vaste, « ‘ibâdah », qu’Allah a désigné ces trois choses. Tel est le sens des versets dans lesquels Allah ordonne la ‘ibâdah. Le résumé de tout l’enseignement de notre dernier Prophète et des nobles prophètes qui l’ont précédé est le suivant :
« N’adorez personne d’autre qu’Allah », c’est-à-dire qu’il n’existe dans le monde entier qu’un seul roi digne de recevoir la soumission et l’obéissance : Allah ; il n’existe qu’une seule loi ou législation à suivre : le système de vie donné par Allah ; et il n’existe qu’un seul Être qui puisse être adoré, vénéré et invoqué. Cet Être est Allah seul.
يَا قَوْمِ اعْبُدُوا اللَّهَ مَا لَكُمْ مِنْ إِلَٰهٍ غَيْرُهُ
Gardez à l’esprit ce sens du mot « ‘ibâdah » et continuez à répondre à mes questions. Que diriez-vous d’un serviteur qui, au lieu d’accomplir les devoirs que son maître lui a prescrits, resterait simplement debout devant lui, les mains jointes, en répétant son nom des centaines de milliers de fois ? Son maître lui ordonne de restituer aux autres ce qui leur est dû. Mais lui reste simplement là, s’incline devant son maître, le salue dix fois, puis se tient de nouveau les mains jointes. Son maître lui ordonne de cesser les actes nuisibles. Mais lui ne bouge pas d’un pouce et se contente de se prosterner. Son maître lui ordonne de couper la main du voleur. Mais lui reste debout et répète ou proclame vingt fois d’une voix mélodieuse : « Coupez la main du voleur », sans jamais essayer d’établir le système de justice qui permettrait de couper la main du voleur. Que penseriez-vous d’un tel serviteur ? Pourriez-vous dire qu’il sert et adore véritablement son maître ? Je ne sais pas ce que vous diriez si l’un de vos serviteurs agissait ainsi, mais il est étonnant que le serviteur d’Allah qui se comporte de cette manière, vous l’appeliez « grand adorateur » — un homme pieux et vénérable. Du matin au soir, ces gens lisent dans le Noble Coran des centaines de commandements d’Allah, mais ils ne font pas le moindre effort pour les appliquer et les traduire en actes. Au contraire, ils enchaînent les prières surérogatoires, récitent des milliers de grains de chapelet au nom d’Allah et récitent le Coran Majîd d’une voix douce. Vous voyez ces actes et, émerveillés, vous dites : « Oh ! Quel grand adorateur et quel grand ascète ! » La cause profonde de cette conception erronée est que vous ne connaissez aucunement le véritable sens du mot « ‘ibâdah ».
Prenez encore l’exemple d’un autre serviteur. Jour et nuit, il ne fait que travailler pour autrui, écouter et exécuter les ordres des autres, se conformer à leurs lois et s’opposer à tous les ordres et commandements de son véritable maître, quels qu’ils soient. Mais au moment de le saluer, il se présente devant son véritable maître et se contente de répéter son nom. Que feriez-vous si l’un de vos serviteurs agissait ainsi ? Ne lui jetteriez-vous pas son salut au visage ? Lorsqu’il vous appellerait verbalement son maître, ne lui diriez-vous pas : « Tu es un parfait menteur et un traître ; tu manges mon salaire tout en servant autrui, tu m’appelles ton maître, mais en réalité tu ne fais que travailler pour les autres » ? Il n’est difficile à personne de comprendre qu’il s’agit là d’une simple question de bon sens. Mais quelle chose étonnante ! Vous considérez comme une ‘ibâdah les prières, les jeûnes, la récitation du tasbîh, la récitation du Coran, le hajj, la zakât, etc., de ceux qui transgressent jour et nuit la loi d’Allah, agissent conformément aux ordres des mécréants et des polythéistes et ne tiennent aucun compte de la loi d’Allah dans leur vie réelle. La cause profonde de cette conception erronée est encore l’ignorance du véritable sens du mot « ‘ibâdah ».
Prenez encore l’exemple d’un serviteur. Le maître a prescrit à ses serviteurs un certain type de vêtement ; celui-ci porte exactement ce vêtement, en respectant les mesures, et se présente devant son maître avec beaucoup de politesse et de soin. Dès qu’il entend un ordre, il incline la tête et l’accepte sans réserve, comme si nul serviteur n’était plus obéissant que lui. Au moment du salut, il s’avance au milieu de tous et démontre sa supériorité et son zèle sur tous les autres serviteurs dans la répétition du nom de son maître. Mais, d’un autre côté, cet homme sert les ennemis et les rebelles de son maître, participe à toutes leurs conspirations contre lui et les aide dans tous leurs efforts pour effacer jusqu’au nom de son maître de la surface de la terre. Dans l’obscurité de la nuit, il creuse un tunnel sous la maison de son maître, puis, à l’aube, il se présente devant lui, les mains jointes, comme le serviteur le plus obéissant. Que diriez-vous d’un tel serviteur ? Vous n’hésiteriez certainement pas à le qualifier d’hypocrite, de rebelle et d’ingrat. Mais lorsque l’un des serviteurs d’Allah se comporte de cette manière ridicule, comment l’appelez-vous ? Vous appelez l’un « pîr sahib », l’autre « Hazrat Maulana », un autre encore « grand homme accompli », « pieux », et ainsi de suite. C’est parce que, voyant leur longue barbe taillée selon la mesure, leur pantalon s’arrêtant cinq centimètres au-dessus des chevilles, la marque noire de la prière sur leur front, leurs longues prières et leurs chapelets aux grosses perles, vous vous laissez tromper et les considérez comme de grands hommes religieux et de grands adorateurs. Cette erreur vient uniquement du fait qu’une définition fausse de la ‘ibâdah et de la piété s’est profondément enracinée dans vos esprits.
Vous pensez peut-être que se tenir debout, les mains jointes, face à la qibla, s’incliner en posant les mains sur les genoux, poser la tête au sol pour se prosterner et prononcer quelques paroles déterminées — que ces seuls actes constituent la véritable ‘ibâdah. Vous pensez peut-être que la ‘ibâdah consiste à s’abstenir de manger et de boire, chaque jour du matin au soir, depuis le premier jour de Ramadan jusqu’à l’apparition du croissant de Shawwâl. Vous pensez peut-être aussi que la ‘ibâdah consiste à réciter quelques sections du Noble Coran, ou encore à se rendre à La Mecque et à accomplir les circumambulations autour de la Kaaba. En somme, vous avez pris ces formes extérieures pour la ‘ibâdah et vous pensez que, dès lors que vous accomplissez les actes susmentionnés en respectant ces formes extérieures, vous avez accompli la ‘ibâdah et
وَمَا خَلَقْتُ الْجِنَّ وَالْإِنسَ إِلَّا لِيَعْبُدُونِen avez réalisé le but. Ainsi, dans les autres domaines de la vie, il peut être totalement libre et agir selon ses propres désirs et caprices.
Mais la réalité est que l’adoration pour laquelle Allah Ta‘ala vous a créés et qu’Il vous a ordonné d’accomplir est une chose tout à fait différente. Cette adoration consiste à reconnaître l’obéissance à Allah à chaque instant de votre vie et à refuser catégoriquement de suivre tout ce qui, dans ce monde, est contraire à la loi d’Allah. Chacune de vos actions et chacun de vos mouvements doivent rester dans les limites fixées par Allah. Toute la vie que vous mènerez de cette manière sera considérée comme une adoration. Dans une telle vie, votre sommeil et votre éveil, votre nourriture et votre boisson, vos déplacements, vos paroles et même vos discussions seront considérés comme une adoration. Même vos relations avec votre épouse et votre affection envers vos enfants feront partie de l’adoration. Les activités que vous appelez « affaires mondaines » peuvent elles aussi devenir une « adoration » et une « pratique religieuse », si vous accomplissez toute chose dans les limites fixées par Allah et conformément à Ses prescriptions, en veillant à chaque instant à distinguer ce qui est permis et ce qui est interdit par Allah, ce qui est halal et ce qui est haram, ce qui est obligatoire et ce qui est défendu, ce qui Lui plaît et ce qui Lui déplaît. Ainsi, par exemple, vous sortez pour gagner votre subsistance et votre argent. Sur ce chemin, d’innombrables moyens faciles de gagner de l’argent haram se présenteront à vous. Si, craignant Allah, vous ne saisissez pas ces occasions et ne gagnez que des revenus et une subsistance halal, tout le temps consacré à cette activité sera une adoration. Si vous rapportez chez vous l’argent ainsi acquis licitement, que vous le consommez vous-même et pourvoyez à la nourriture de votre famille, et que, de plus, vous vous acquittez des droits des autres ayants droit désignés par Allah, vous obtiendrez une récompense immense pour toutes ces actions. Si, en chemin, vous retirez une épine de la route en pensant qu’un serviteur d’Allah pourrait en souffrir, cela aussi sera compté comme une adoration. Si vous soignez une personne malade, aidez quelqu’un à se déplacer ou portez secours à une personne en détresse, cela aussi sera une adoration. Lorsque vous parlez, si vous évitez le mensonge, la médisance, la calomnie, les propos obscènes et toute parole susceptible de blesser autrui, et si, par crainte d’Allah, vous ne dites que la vérité, tout le temps consacré à cette activité sera du temps passé dans l’adoration.
Ainsi, vivre selon la loi d’Allah depuis l’âge de raison jusqu’à la mort et mener sa vie conformément aux prescriptions qu’Il a fixées, voilà ce que signifie adorer Allah. Cette adoration n’a pas de moment déterminé. Elle doit être permanente ; elle n’a pas de forme extérieure déterminée, mais chacune de vos actions, sous quelque forme qu’elle se présente, doit être une adoration d’Allah. Vous ne pouvez pas dire : « À tel moment je suis le serviteur d’Allah, et à tel autre moment je ne le suis pas. » Vous ne pouvez pas non plus dire : « Tel moment est consacré à l’adoration d’Allah, et à tel autre moment je n’ai pas à adorer Allah. » Grâce à cette explication, vous avez bien compris le sens du mot adoration : adorer, c’est vivre dans la servitude et l’obéissance à Allah à chaque instant et dans toutes les circonstances. Vous pouvez alors demander : que faut-il dire de la prière, du jeûne, du hajj, de la zakat et des autres actes de ce genre ? Je répondrai qu’ils sont bien des adorations. Ces adorations vous ont été rendues obligatoires uniquement afin que vous atteigniez, par leur moyen, le grand objectif principal de votre vie : adorer Allah à chaque instant et dans toutes les situations. La prière vous rappelle cinq fois par jour que vous êtes le serviteur d’Allah Ta‘ala et que votre devoir est de Le servir. Le jeûne vous prépare, une fois par an pendant tout un mois, à cette servitude. La zakat vous rappelle sans cesse que les biens que vous avez gagnés sont un don d’Allah et que vous ne pouvez pas les dépenser uniquement selon vos désirs ; vous devez plutôt vous en servir pour vous acquitter du droit de votre Maître. Le hajj imprime dans le cœur humain une représentation si forte de l’amour d’Allah, de l’affection pour Lui et du sentiment de Sa grandeur que, une fois gravée, elle ne peut plus s’effacer de l’esprit durant toute la vie. Après l’accomplissement de ces diverses adorations, si toute votre vie devient apte à se transformer en adoration d’Allah, alors votre prière sera véritablement une prière, votre jeûne sera un jeûne authentique, votre zakat sera une zakat véritable et votre hajj sera un hajj réel : il n’y a aucun doute à cela. Mais si cet objectif n’est pas atteint, le simple fait d’accomplir les inclinaisons et les prosternations, de rester affamé et de jeûner, d’accomplir les rites du hajj et de dépenser de l’argent au nom de la zakat ne vous apportera aucun bénéfice. Les adorations extérieures et rituelles peuvent être comparées au corps humain. S’il possède une âme et peut se déplacer ou agir, il est sans aucun doute le corps d’un être humain vivant ; sinon, ce n’est qu’un corps sans vie. Les yeux, les oreilles, les mains et les pieds d’un cadavre sont tous présents, mais comme il n’a pas d’âme, vous l’enterrez dans un trou de terre. De même, même si les piliers et les règles de la prière sont accomplis correctement, ou si les conditions du jeûne sont observées comme il se doit, si la crainte d’Allah, Son amour et le désir de Le servir et de Lui obéir ne sont pas présents dans le cœur, alors, puisque c’est précisément pour cela que ces obligations vous ont été imposées, cette pratique restera elle aussi une chose sans vie et dépourvue de sens : il n’y a aucun doute à cela.
Dans le prochain article, j’expliquerai en détail comment et de quelle manière les diverses adorations qui vous ont été rendues obligatoires vous préparent à cette adoration véritable et suprême, ainsi que les effets et les conséquences qu’elles auront dans votre vie si vous les accomplissez en les comprenant pleinement — incha’Allah.
La prière
Dans l’article précédent, j’ai expliqué le sens véritable de l’adoration. C’est pour cette adoration qu’Allah Ta‘ala a créé l’être humain et les djinns. Afin de préparer l’être humain à devenir un serviteur sincère d’Allah Ta‘ala, l’islam a rendu obligatoires plusieurs adorations déterminées. Je souhaite donc cette fois-ci parler brièvement uniquement de la prière.
Vous avez appris dans l’article précédent que le sens véritable de l’« adoration » est de servir et de se soumettre. Puisque vous avez été créés uniquement pour servir, vous ne pouvez donc jamais, dans aucune circonstance, vous affranchir de la servitude envers Allah. De même que vous ne pouvez pas dire : « Je suis le serviteur d’Allah pendant tant de minutes ou tant d’heures, mais je ne le suis pas le reste du temps », vous ne pouvez pas non plus dire : « Je consacrerai telle durée à l’adoration d’Allah et, le reste du temps, je serai entièrement libre et ferai ce qui me plaît. » Puisque vous êtes nés comme esclaves et serviteurs d’Allah, il est absolument nécessaire que vous consacriez votre vie uniquement à Sa servitude et à Son service ; vous ne pouvez vous affranchir de Son adoration et de Sa servitude ne serait-ce qu’un seul instant de votre vie.
Je vous ai déjà dit que renoncer aux activités de ce monde, s’asseoir dans un coin et répéter « Allahou, Allahou » ne constitue pas l’adoration. Au contraire, l’adoration consiste à accomplir toute activité que vous entreprenez en ce monde conformément à la loi et aux prescriptions d’Allah. Votre sommeil et votre repos, votre éveil, votre nourriture et votre boisson, vos déplacements — bref, toute chose — doivent être accomplis selon la loi et les prescriptions d’Allah. Vous devez vous comporter avec votre épouse et vos enfants, vos frères et sœurs ainsi qu’avec vos proches exactement comme Allah l’a ordonné. Même lorsque vous plaisantez et conversez avec vos amis, vous devez garder à l’esprit que nous ne sommes pas affranchis des liens de la servitude envers Allah. Lors de vos activités professionnelles et de vos échanges d’argent, vous devez également observer, dans chacune de vos actions et chacune de vos paroles, les prescriptions et les interdits d’Allah, et ne jamais dépasser les limites fixées par Allah. S’il devient très facile de commettre un péché dans l’obscurité de la nuit et que vous pensez que personne ne pourra vous voir, vous devez alors encore vous rappeler que, que quelqu’un vous voie ou non, Allah le Très-Haut voit toute chose, et que la crainte d’Allah doit être profondément enracinée en vous, non la crainte des hommes. Même assis au fond d’une forêt, si vous avez envie de commettre un péché et pensez que ni la police ni personne d’autre ne pourra vous voir, vous vous abstiendrez encore de ce péché par crainte d’Allah seul. Lorsque vous pouvez obtenir de grands avantages par le mensonge, la corruption, la trahison, l’oppression et l’exploitation, et que personne ne se trouve là pour vous en empêcher, vous craindrez néanmoins Allah et, par peur de susciter Son mécontentement, vous vous abstiendrez de rechercher ces avantages. À l’inverse, même si le respect de l’honnêteté et de la justice devait vous causer de terribles pertes, vous n’hésiterez pas le moins du monde à les accepter dans l’espoir d’obtenir uniquement l’agrément d’Allah. Ainsi, on ne peut pas appeler « adoration » le fait d’abandonner la vaste activité de ce monde pour s’asseoir dans un coin de la maison ou de la mosquée et réciter le tasbih. En réalité, l’adoration consiste à se trouver pris dans le dédale de ce monde tout en vivant conformément aux prescriptions d’Allah. On ne peut pas appeler dhikr d’Allah le simple fait de prononcer de la bouche les mots « Allahou, Allahou ». Le véritable dhikr d’Allah consiste à ne pas L’oublier alors qu’on est pris dans les filets difficiles des activités et des soucis de ce monde. Ne pas oublier Allah tout en étant engagé dans les choses qui font oublier Allah aux hommes, se souvenir de Lui lorsque l’occasion se présente de violer la loi d’Allah dans la vie terrestre pour satisfaire l’avidité de réaliser de grands intérêts ou pour échapper à d’énormes pertes, et continuer fermement à suivre Sa loi : voilà le véritable « dhikrullah », ou rappel d’Allah. Le verset suivant du Coran fait allusion à ce dhikr :
فَإِذا قُضِيَتِ الصَّلاةُ فَانتَشِروا فِي الأَرضِ وَابتَغوا مِن فَضلِ اللَّهِ وَاذكُرُوا اللَّهَ كَثيرًا لَعَلَّكُم تُفلِحونَ
« Lorsque la prière est pleinement accomplie, dispersez-vous à travers la terre ; recherchez les bienfaits d’Allah pour gagner votre subsistance et, au cours de cette entreprise, invoquez abondamment Allah. Alors, peut-être réussirez-vous. »
(Al-Jumu‘a : 10)
Gardez à l’esprit cette signification de l’« adoration » et réfléchissez profondément aux choses indispensables pour accomplir correctement cette immense et suprême « adoration », ainsi qu’à la manière dont la prière fait naître ces choses chez l’être humain. Pour être un véritable « serviteur » d’Allah, il est nécessaire de se rappeler sans cesse que vous êtes le serviteur d’Allah et que votre tâche consiste à adorer cet Allah en tout temps et en toute circonstance. Il est nécessaire de vous le rappeler constamment parce qu’un « Satan » demeure toujours présent dans l’esprit de l’homme ; il cherche sans cesse à faire de l’homme son propre « esclave ».
Pour déchirer les filets de la tentation de Satan et de ce dédale, il est absolument indispensable de rappeler chaque jour, à maintes reprises, à l’être humain : « Tu es seulement le serviteur d’Allah le Très-Haut ; en dehors de Lui, tu n’es le serviteur de personne — ni de Satan ni d’aucun être humain. » C’est précisément ce sentiment que la prière éveille dans le cœur de l’homme. Dès que vous vous réveillez le matin, elle vous le rappelle en premier lieu, avant toute activité ; pendant la journée, lorsque vous êtes occupé à diverses tâches, elle vous le rappelle encore trois fois ; et lorsque survient l’heure du sommeil, elle le répète une dernière fois. Rappeler ainsi constamment à l’homme qu’il est le « serviteur » d’Allah constitue le premier bienfait de la prière. C’est pourquoi le Noble Coran a désigné la prière par le terme de « dhikr », c’est-à-dire qu’elle sert à se souvenir d’Allah.
Ensuite, vous devrez, à chaque étape de votre vie, observer les prescriptions et les interdits d’Allah. Il est donc souhaitable que le sens du devoir et la conscience de la responsabilité restent constamment éveillés en vous, et il vous faut également acquérir l’habitude de les mettre en pratique. Celui qui ne sait pas ce qu’est le « devoir » ne pourra jamais observer les prescriptions d’Allah. En revanche, même celui qui connaît le sens du devoir, s’il ne possède pas, faute d’une formation appropriée, l’initiative et l’ardeur nécessaires pour l’accomplir, ne pourra en aucun cas inspirer la confiance qu’il respectera avec un dévouement sincère et une fermeté inébranlable les centaines de milliers de lois et de prescriptions qui lui seront imposées vingt-quatre heures sur vingt-quatre.
Ceux qui travaillent dans la police ou dans l’armée savent avec quelle rigueur le sens du devoir et la formation à son accomplissement correct sont inculqués dans ces deux services. Le clairon retentit plusieurs fois au cours de la journée et de la nuit. On ordonne aux soldats de se rassembler en un lieu déterminé et on leur fait exécuter des exercices de marche en formation. Tout cela n’a lieu que pour les habituer à accomplir leur devoir. C’est pourquoi ceux qui se révèlent incapables, inactifs et inaptes dans ces domaines, ceux qui restent chez eux même après avoir entendu le son du « clairon », ou ceux qui ne répondent pas aux ordres pendant les exercices de marche en formation, sont renvoyés en premier. De même, la prière fait retentir cinq fois par jour et par nuit le « clairon » ; dès qu’ils entendent ce « clairon », les soldats d’Allah doivent accourir et prouver qu’ils sont prêts à obéir au commandement d’Allah en toutes circonstances. Ceux qui restent assis après avoir entendu ce « clairon » et qui ne sont pas prêts à bouger ne serait-ce que d’un pas de l’endroit où ils se trouvent ne connaissent pas le sens du « devoir » ; ou bien, tout en comprenant ce qu’est le devoir, ils ne sont tout simplement pas dignes d’être intégrés dans l’armée d’Allah.
C’est pourquoi le Prophète (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui) a dit : « J’ai envie de mettre le feu aux maisons de ceux qui, bien qu’ayant entendu l’appel à la prière, ne sortent pas de chez eux. » C’est également pour cette raison que, dans les hadiths, l’accomplissement de la prière a été désigné comme le principal signe distinctif entre la mécréance et l’islam. À l’époque du Prophète (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui) et de ses Compagnons, celui qui ne se présentait pas à la prière en assemblée n’était même pas considéré comme musulman. Même les hypocrites qui devaient être reconnus comme musulmans étaient contraints de participer à la prière en assemblée. C’est pourquoi le Coran ne reproche pas aux hypocrites de ne pas prier ; il dit plutôt qu’ils ne se tiennent pas debout pour la prière avec un intérêt sincère et une véritable ferveur, mais qu’ils y prennent part avec la plus grande négligence, sans volonté et avec indifférence.
(Arabe)
Ces propos prouvent sans aucun doute qu’il n’est pas permis de considérer comme « musulman » celui qui ne prie pas. En effet, l’islam n’est pas une religion fondée sur la seule croyance, où il suffirait de croire intérieurement à « quelques paroles » pour avoir accompli son devoir. C’est au contraire une religion entièrement pratique et concrète. Elle est si concrète qu’il devient obligatoire d’agir selon l’islam à chaque instant et de lutter sans relâche contre la mécréance et la perversité. Pour mener une vie aussi intensément active, il est indispensable que chaque musulman soit constamment prêt à observer les prescriptions d’Allah. Celui qui n’est pas ainsi disposé est totalement inactif au regard de l’islam. C’est précisément pour cette raison que cinq prières quotidiennes ont été rendues obligatoires. Ces cinq prières ont été instituées afin de vérifier concrètement et de prouver si les musulmans sont réellement musulmans et s’ils sont prêts, dans leur vie pratique, à obéir aux commandements d’Allah. Si, en entendant le clairon de la parade d’Allah, un musulman ne répondait pas même le moins du monde, il serait clairement prouvé qu’il n’est pas prêt à mener sa vie conformément aux prescriptions de l’islam. S’il croit ensuite en Allah et en Son Messager, cette croyance serait alors totalement dépourvue de sens. C’est pourquoi il est dit dans le Coran :
وَاستَعينوا بِالصَّبرِ وَالصَّلاةِ ۚ وَإِنَّها لَكَبيرَةٌ إِلّا عَلَى الخاشِعينَ
En d’autres termes, seule la catégorie de personnes qui n’est pas prête à reconnaître la servitude et l’obéissance envers Allah trouve la prière difficile. Et il est ainsi démontré que ceux pour qui la prière est une tâche difficile ne sont pas prêts à vivre en reconnaissant la servitude et l’obéissance envers Allah.
Troisièmement : la crainte d’Allah. Il est absolument nécessaire que cette crainte demeure constamment éveillée dans le cœur de chaque musulman. Un musulman ne peut jamais agir conformément à l’islam s’il n’est pas fermement convaincu qu’Allah le voit en tout temps et en tout lieu et qu’Il est parfaitement informé de tous ses mouvements. Allah le voit même dans l’obscurité ; même lorsqu’il est complètement seul, Allah est avec lui. Il est possible de se dissimuler au monde entier, mais il est absolument impossible de se cacher au regard d’Allah. L’être humain peut échapper à toutes sortes de châtiments et de sanctions dans ce monde, mais nul ne peut échapper au châtiment et à la rétribution d’Allah. C’est cette conviction ferme qui empêche l’homme de transgresser les prescriptions d’Allah. C’est grâce à elle que l’homme est contraint de respecter, dans tous les actes de sa vie, les limites du licite et de l’illicite fixées par Allah. Si cette conviction s’affaiblit, un musulman ne peut en aucune manière mener une vie de musulman véritable. C’est afin de rappeler cette conviction à maintes reprises et de l’enraciner profondément dans l’esprit humain par un rappel constant qu’Allah a rendu obligatoires les cinq prières quotidiennes. Dans le Coran, Allah Lui-même a déclaré la portée et la particularité de la prière :إِنَّ الصَّلاةَ تَنهىٰ عَنِ الفَحشاءِ وَالمُنكَرِ ۗ
« La prière détourne certainement l’homme du péché, de l’injustice, de l’obscénité et des actes éhontés. »
Vous pouvez comprendre vous-même la vérité de cette affirmation en y réfléchissant : lorsque vous allez prier, vous vous rendez à la prière en état de pureté et après avoir accompli les ablutions. Si votre corps était impur et que vous vous présentiez à la prière sans avoir effectué le bain rituel, ou si vous alliez prier avec des vêtements impurs, ou encore si, alors que vous n’aviez pas vos ablutions, vous disiez : « Je viens de faire mes ablutions », personne au monde ne pourrait vous prendre sur le fait. Pourtant, vous ne faites jamais cela.
Mais pourquoi donc ? Parce que vous croyez sans aucun doute qu’il est impossible de cacher un péché au regard d’Allah. Même si vous ne récitez pas les invocations et les sourates qui doivent être récitées à voix basse pendant la prière, personne ne peut le savoir. Pourtant, vous ne vous abstenez pas de les réciter pour cette raison, car Allah entend toute chose et Il est tout près de vous. De même, vous accomplissez la prière lorsque vous allez dans une forêt profonde, vous priez dans l’obscurité de la nuit et vous priez également lorsque vous êtes absolument seul dans votre maison. Or, à ces moments-là, personne ne peut vous voir et personne ne sait si vous avez prié ou non. Quelle en est la raison ? C’est que, même secrètement et à l’abri du regard de tous, vous craignez de transgresser le commandement d’Allah et vous croyez sans aucun doute qu’il est impossible de cacher une faute au regard d’Allah. Vous pouvez ainsi comprendre comment la prière maintient Allah éveillé dans l’esprit humain, et comment elle y enracine très fermement la conviction qu’Allah est présent et observateur, omniscient et Connaisseur des cœurs. En vérité, si cette crainte et cette conviction ferme ne sont pas profondément enracinées et constamment éveillées dans votre esprit, comment pourriez-vous consacrer, jour et nuit, les vingt-quatre heures à l’adoration et au service d’Allah ? Si cette crainte n’existe pas en vous, comment pourriez-vous, dans les innombrables activités du jour et de la nuit, rester fermement sur le chemin de la justice et du bien en craignant Allah, et vous tenir éloigné de toute forme de péché et de désobéissance ?
Quatrièmement, il vous est indispensable de connaître parfaitement la loi d’Allah afin de pouvoir L’adorer. Car si vous ne connaissez pas la loi, comment pourriez-vous la suivre ? C’est précisément la prière qui répond à ce besoin. C’est pour cette raison qu’il a été prescrit de réciter des versets du Noble Coran pendant la prière. Grâce à cela, vous pouvez vous familiariser jour et nuit avec la loi et les commandements d’Allah. La règle du « khutba » avant la prière du vendredi a également été établie dans ce but : elle vous permet de connaître les prescriptions de l’islam. Un autre avantage de la prière en assemblée et de la prière du vendredi est que, pour cette occasion, les savants et les ignorants doivent se réunir fréquemment en un même lieu, ce qui offre à chacun une occasion exceptionnelle de connaître les commandements d’Allah. Pourtant, vous ne cherchez pas à connaître les commandements d’Allah à partir de ce que vous récitez pendant la prière ; le sermon du vendredi est prononcé de telle manière que, même après l’avoir entendu maintes fois, vous n’acquérez aucune connaissance de l’islam ; et, bien que vous vous réunissiez pour prier en assemblée, ni les savants n’enseignent quoi que ce soit aux ignorants, ni les ignorants ne demandent quoi que ce soit aux savants. Comment qualifier cela, sinon de malheur ? La prière vous offre une pleine occasion d’apprendre à cet égard. Si vous n’en tirez pas profit, quelle faute la prière a-t-elle commise ?
Cinquièmement, dans ce vaste champ d’action qu’est la vie, le musulman ne peut rester isolé. Au contraire, il est de leur devoir à tous de rester unis et organisés, d’observer collectivement les commandements d’Allah, de construire leur vie conformément à Ses prescriptions et de s’entraider afin d’instaurer la loi d’Allah dans le monde. Vous savez que, dans ce domaine de la vie, se trouvent d’un côté les musulmans — serviteurs obéissant aux ordres d’Allah — et de l’autre les groupes de rebelles à Allah et de mécréants. Jour et nuit, un conflit et une lutte incessants se poursuivent entre l’obéissance aux ordres d’Allah et la rébellion contre Lui. Les mécréants transgressent la loi d’Allah et, en opposition à celle-ci, instaurent dans le monde la loi de Satan. Face à eux, un musulman isolé ne peut jamais remporter la victoire. Il est donc du devoir des serviteurs d’Allah de s’unir, de faire face aux ennemis d’Allah grâce à la force de leur unité commune et de s’efforcer d’instaurer la loi d’Allah dans le monde. Or, rien en dehors de la prière ne peut former cette immense force unificatrice. Les prières en assemblée des cinq offices quotidiens, la grande assemblée hebdomadaire de la prière du vendredi, puis l’immense rassemblement annuel des deux prières de l’Aïd — tout cela forme les musulmans comme un mur solidement construit et éveille entre eux cette unité de pensée, de sentiment, d’opinion et d’action qui est absolument indispensable pour faire des musulmans des auxiliaires les uns des autres dans leurs activités quotidiennes.
Que récitez-vous dans la prière ?
Nous avons déjà exposé en détail comment la prière prépare l’être humain à adorer Allah, à reconnaître Sa servitude et à Lui obéir. Après avoir lu tout ce qui a été écrit à ce sujet, vous avez clairement compris que, si une personne accomplit régulièrement la prière en la considérant comme un commandement d’Allah et une obligation, alors, même si elle ne comprend aucun sens des invocations et des sourates récitées pendant la prière, celle-ci maintiendra sans aucun doute constamment éveillées dans son esprit la crainte d’Allah, la conscience de Sa présence et de Son observation, ainsi que la conviction qu’elle comparaîtra un jour devant Son tribunal. Elle se dira toujours qu’elle n’est la servante de personne en dehors d’Allah — qu’Allah seul est son véritable roi et son Seigneur. Il en résultera chez elle l’habitude d’accomplir son devoir, et elle sera en toute circonstance prête à suivre les commandements d’Allah. La prière fait également naître chez l’être humain les qualités et attributs indispensables pour vivre toute son existence sous l’autorité du service d’Allah et transformer sa vie entière en adoration. J’espère que vous avez également bien compris, grâce à l’article précédent, comment ces bienfaits peuvent être obtenus par la prière.
Il faut maintenant comprendre que, si l’on peut obtenir de si grands bienfaits en accomplissant la prière sans comprendre le sens de ses invocations et de ses sourates, quel changement considérable peut s’opérer dans la foi, les convictions, la pensée, les habitudes et le caractère d’une personne qui prie en comprenant parfaitement ce qu’elle récite et en l’assimilant et le ressentant de tout son cœur et de tout son esprit ; et selon quel idéal toute sa vie peut être façonnée. C’est précisément ce sujet que je vais tenter d’examiner ici de manière détaillée.
Réfléchissez tout d’abord à l’adhan. Que vous dit-on cinq fois par jour pour vous appeler ? On vous dit :
ٱللهُ أَكْبَر — « Allah est le plus grand, Allah est plus grand que tous. »
أَشْهَدُ أَنْ لاَ إِلَـٰهَ إِلَّا ٱللهُ – « J’atteste qu’il n’y a aucune divinité digne d’adoration en dehors d’Allah. Nul autre qu’Allah ne mérite d’être adoré. »
أَشْهَدُ أَنَّ مُحَمَّدًا رُسُولُ ٱلله – « J’atteste que Muhammad est le Messager envoyé par Allah. »
حَيَّ عَلَىٰ ٱلصَّلاة – « Venez à la prière. »
حَيَّ عَلَىٰ ٱلْفَلاَح – « Venez à ce qui procure le succès et le bonheur. »
الله أكبر – « Allah est le plus grand, Allah est le plus grand. »
لا إله إلا الله – « Il n’y a aucune divinité en dehors d’Allah. »
Réfléchissez à la puissance de cet appel. Chaque jour, cet appel vous rappelle cinq fois ceci : « Tous ceux qui, sur terre, se prétendent aussi puissants qu’Allah sont des menteurs. Il n’y a, dans les cieux et sur la terre, qu’Un seul détenteur de la divinité et de la souveraineté, et Lui seul mérite d’être adoré. Venez, adorons-Le tous ensemble. C’est dans l’adoration que réside le véritable bien de ce monde et de l’au-delà pour nous tous. »
Qui pourrait rester assis, immobile, après avoir entendu cette voix qui touche le cœur ? Celui qui possède ne serait-ce qu’un atome de foi ne peut en aucune manière rester immobile après avoir entendu un témoignage aussi courageux et un appel aussi clair ; il ne peut absolument pas non plus s’abstenir de se présenter devant le véritable Seigneur et Maître, puis de s’incliner devant Lui.
À peine avez-vous entendu cet appel que vous vous levez et vous demandez tout d’abord : suis-je en état de pureté ou d’impureté ? Mes vêtements sont-ils purs ? Ai-je mes ablutions ou non ? En d’autres termes, vous ressentez clairement que le fait de vous présenter devant la cour du Roi des deux mondes est entièrement différent de toutes les autres affaires terrestres. Les autres activités peuvent être accomplies dans toutes les circonstances, mais dans cette cour majestueuse, la pureté du corps et des vêtements ne suffit pas ; une pureté supplémentaire et particulière, c’est-à-dire les ablutions, est absolument indispensable. Se présenter ici sans cette pureté constitue une grave impolitesse. C’est avec ce sentiment que vous pensez d’abord à vous purifier, puis vous commencez vos ablutions. Pendant ces ablutions, si vous récitez, en lavant chacun de vos membres et après avoir terminé, les invocations enseignées par le vénéré Prophète Muhammad — que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui — et si vous vous souvenez convenablement d’Allah, alors ce ne sont pas seulement vos membres qui seront lavés : votre cœur aussi sera purifié. Après avoir terminé les ablutions, vous devez réciter l’invocation suivante :
اللَّهُمَّ اجْعَلْنِي مِنَ التَّوَّابِينَ وَاجْعَلْنِي مِنَ الْمُتَطَهِّرِينَ” “أَشْهَدُ أَنْ لَا إِلَهَ إلَّا اللهُ وَحْدَهُ لَا شَرِيكَ لَهُ، وَأَشْهَدُ أَنَّ مُحَمَّداً عَبْدُهُ وَرَسُولُهُ « Je témoigne qu’il n’y a aucune divinité digne d’adoration en dehors d’Allah, l’Unique, sans associé, et je témoigne également que le vénéré Muhammad — que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui — est Son serviteur et Son Messager. Ô Allah, fais-moi compter parmi ceux qui se repentent et fais de moi l’un de ceux qui recherchent la pureté. »
Ensuite, vous vous tenez debout pour la prière. Votre visage est tourné vers la Qibla sacrée. Pur et parfaitement purifié, vous vous présentez devant la cour du Roi de l’univers entier.
Les tout premiers mots qui sortent de votre bouche sont : ٱللهُ أَكْبَر« Allah est le plus grand. »
Après avoir prononcé dans votre cœur et avec votre bouche cet immense engagement, vous levez les deux mains jusqu’aux oreilles, en signe de rupture avec le monde et tout ce qu’il contient, puis vous vous tenez debout, les mains liées, devant votre Roi. Ensuite, avec la plus profonde humilité, vous implorez :
سبحانك اللهم و بحمدك، وتبارك اسمك، و تعالى جدك، ولا إله غيرك
« Ô Allah ! Je proclame Ta pureté ; avec Ta louange, la bénédiction et la majesté de Ton nom sont véritablement incomparables. Tu es le plus grand, et Ton honneur est supérieur à celui de tous. Nul n’est digne d’adoration en dehors de Toi. »
أعوذ بالله من الشيطان الرجيم
« Je cherche refuge auprès d’Allah contre Satan, le maudit et le banni. »
بسم الله الرحمن الرحيم
« Je commence au nom d’Allah, le Clément et le Miséricordieux. »
الحمد لله رب العالمين
— « À Allah, Seigneur de tous les mondes, reviennent toutes les louanges et tous les éloges. »
الرحمن الرحيم
— Il est infiniment miséricordieux et bienveillant.
مالك يوم الدين
-Il est l’Unique Maître du Jour du Jugement. Le jour où toutes les œuvres des hommes seront jugées et où chacun devra subir les conséquences de ses actes.
إياك نعبدوإياك نستعين
-Ô Maître ! Nous n’adorons que Toi et ne demandons de l’aide qu’à Toi.
اهدنا الصراط المستقيم
-Guide-nous vers le chemin facile, droit et juste.
صراط الذين أنعمت عليهم
-Le chemin de ceux qui ont reçu Ta grâce et Ta récompense.
غير المغضوب عليهم ولأ الضا لين
— et non de ceux qui sont réprouvés ni des égarés.
— Ô Allah ! Accepte notre invocation et exauce nos souhaits.
Ensuite, il faut réciter quelques versets du Noble Coran. Chaque verset du Coran est rempli de douceur et de bienfaits. Il contient de précieux conseils, des enseignements et un appel vers le droit chemin. La sourate Al-Fatiha demande d’être guidé vers le chemin facile et droit ; elle expose précisément la guidance et les caractéristiques de ce chemin droit. À titre d’exemple, nous mentionnons ici quelques sourates :
وَالعَصرِ إِنَّ الإِنسانَ لَفي خُسرٍ إِلَّا الَّذينَ آمَنوا وَعَمِلُوا الصّالِحاتِ وَتَواصَوا بِالحَقِّ وَتَواصَوا بِالصَّبرِ
« Par le Temps ! L’humanité entière est vouée à la perdition, sauf ceux qui ont la foi et accomplissent de bonnes œuvres conformément aux exigences de leur foi, qui se conseillent mutuellement de suivre la vérité et qui s’exhortent à y demeurer fermes et solidement attachés — ceux-là seuls peuvent échapper à la voie de la perdition. »
Cette petite sourate nous enseigne que l’être humain ne peut échapper à la perdition et à l’échec que d’une seule manière. Il ne suffit pas de croire sincèrement en Allah et d’agir conformément aux prescriptions qu’Il a données ; il est également indispensable qu’existe un groupe bien organisé de croyants et de gens vertueux, qui s’appellent mutuellement, ainsi que l’ensemble de l’humanité, à suivre la vérité et la justice, et qui s’entraident et se soutiennent afin de rester fermement attachés à la religion islamique d’Allah dans toutes les épreuves et les difficultés.
Ou encore une autre sourate, par exemple :
أَرَأَيْتَ الَّذِي يُكَذِّبُ بِالدِّينِ
فَذَٰلِكَ الَّذِي يَدُعُّ الْيَتِيمَ
وَلَا يَحُضُّ عَلَىٰ طَعَامِ الْمِسْكِينِ
فَوَيْلٌ لِّلْمُصَلِّينَ
الَّذِينَ هُمْ عَن صَلَاتِهِمْ سَاهُونَ الَّذِينَ هُمْ يُرَاءُونَ
وَيَمْنَعُونَ الْمَاعُونَ
« As-tu vu quel genre de personne est celle qui ne croit pas au Jour du Jugement, au Jour de la Résurrection ? C’est précisément ce genre de personne qui repousse l’orphelin et qui non seulement ne donne pas elle-même à manger au pauvre indigent, mais ne se donne même pas la moindre peine d’encourager les autres à le faire. Malheur donc à ces prieurs qui sont négligents dans leur prière (parce qu’ils ne croient pas à l’au-delà) : même lorsqu’ils prient, ils ne le font que pour être vus des gens, et leur cœur est si étroit qu’ils répugnent à donner aux nécessiteux même les choses les plus modestes et les plus insignifiantes. »
L’enseignement essentiel de cette sourate est que croire à l’au-delà est l’âme même de l’islam. (Sans cette croyance, les actes de l’islam deviennent aussi dépourvus de sens qu’un corps sans vie.) En outre, aucun être humain ne peut suivre le chemin facile et droit qu’Allah a montré. Une autre sourate :
وَيْلٌ لِّكُلِّ هُمَزَةٍ لُّمَزَةٍ
الَّذِي جَمَعَ مَالًا وَعَدَّدَهُ
يَحْسَبُ أَنَّ مَالَهُ أَخْلَدَهُ
كَلَّا ۖ لَيُنبَذَنَّ فِي الْحُطَمَةِ
وَمَا أَدْرَاكَ مَا الْحُطَمَةُ
نَارُ اللَّهِ الْمُوقَدَةُ
الَّتِي تَطَّلِعُ عَلَى الْأَفْئِدَةِ
إِنَّهَا عَلَيْهِم مُّؤْصَدَةٌ
فِي عَمَدٍ مُّمَدَّدَةٍ
« Malheur à tous ceux dont l’habitude est de rechercher les défauts d’autrui et de les humilier par des paroles méprisantes. Ils ne font qu’amasser de l’argent et des biens et les compter encore et encore (pour voir à quel point ils augmentent). Ils pensent que leurs richesses resteront éternellement auprès d’eux. Mais non, jamais ! Un jour, ils mourront certainement et seront jetés dans la Géhenne appelée al-Hutama. Et qui te fera savoir ce qu’est al-Hutama ? C’est un brasier allumé par Allah, dont les flammes dévorantes consument jusqu’aux entrailles. Ce sont des flammes semblables à de grandes colonnes très élevées qui les encercleront. »
Ainsi, les sourates et les versets du Noble Coran qui sont récités dans la prière contiennent tous quelque enseignement précieux et quelque exhortation. Ils expliquent clairement à l’être humain qu’il doit agir ici-bas conformément au commandement d’Allah qui lui est destiné. Après avoir récité ces versets de guidance et d’exhortation, vous dites « Allahu akbar » et vous vous inclinez en rukū‘. Les mains posées sur les genoux, vous inclinez la tête devant Allah, le Seigneur des mondes, et vous répétez :
« Gloire à mon Seigneur, le Très Saint et le Très Grand. » Puis vous vous redressez et dites : (Arabe***) « Allah entend celui qui Le loue. » Ensuite, en disant « Allahu akbar », vous vous prosternez, le front contre le sol, et dites : (Arabe***) « Je proclame la pureté d’Allah, le Grand et le Très-Haut. » Puis vous relevez la tête et vous asseyez avec révérence pour réciter :
Puis :التحيات لله والصلوات والطيبات، السلام عليك أيها النبي ورحمة لله
وبركاته، السلام علينا و على عباد الله الصالحين، أشهد أن لا إله إلا الله، وأشهد أن محمدا عبده و رسوله.
« Toutes nos salutations et nos révérences, toutes nos prières et toutes les formes de pureté sont exclusivement destinées à Allah le Très-Haut. »
— Ô Prophète ! Que la paix soit sur vous, et qu’Allah répande sur vous Sa miséricorde et Ses bienfaits.
— Qu’Allah répande Sa miséricorde sur nous et sur les pieux serviteurs d’Allah.
-Je témoigne qu’il n’y a d’autre seigneur ni divinité digne d’adoration qu’Allah. Je témoigne également que le vénérable Muhammad, qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix, est le serviteur et le Messager d’Allah. »
Ainsi, lorsque vous prononcez le témoignage de foi, vous devez lever l’index. En effet, par ce signe du doigt, vous proclamez votre croyance et votre foi au cours même de la prière ; et lorsque vous prononcez les paroles de ce témoignage, vous devez y prêter une attention particulière et vous y concentrer profondément. Ensuite, vous devez réciter la prière de bénédiction suivante :
اللهم صل على محمد وعلى آل محمد، كما صليت على إبراهيم وعلى آل إبراهيم، وبارك على محمد وعلى آل محمد، كما باركت على إبراهيم
وعلى آل إبراهيم، في العالمين إنك حميد مجيد.
« Ô Allah ! Accorde Ta grâce et Ta miséricorde à notre maître et guide, le vénéré Muhammad — qu’Allah lui accorde Ses bénédictions et Sa paix — ainsi qu’à ses descendants, comme Tu les as accordées au vénéré Abraham — que la paix soit sur lui — et à ses descendants. Certes, Tu es le Détenteur des qualités les plus excellentes et Tu es Majestueux. Ô Allah ! Répands Tes bénédictions sur notre maître et guide, le vénéré Muhammad — qu’Allah lui accorde Ses bénédictions et Sa paix — ainsi que sur ses descendants, comme Tu les as répandues sur le vénéré Abraham — que la paix soit sur lui — et sur ses descendants. Certes, Tu possèdes les qualités les plus nobles et Tu es Majestueux. »
Après avoir récité le Durood, invoquez Allah de la manière suivante :
اللهم إني أعوذ بك من عذاب جهنم، و من عذاب القبر، و من فتنة المحيا و الممات، و من فتنة المسيح الدجال، رب اغفر لي و لوالدي رب ارحمهما كما ربياني صغيرا.
« Ô Allah ! Je cherche refuge auprès de Toi afin d’être préservé du châtiment de la Géhenne. Je cherche refuge auprès de Toi contre le châtiment de la tombe. Je cherche refuge auprès de Toi contre le mal de cet égareur, le Dajjâl, qui se répandra sur la terre. Je cherche refuge auprès de Toi contre les maux de la vie et de la mort. Ô Allah ! Je cherche également refuge auprès de Toi contre les mauvaises actions et les dettes. »
Après avoir récité cette invocation, la prière est achevée. Prenant congé de la cour du Seigneur des mondes, on se tourne d’abord vers la droite puis vers la gauche et, priant pour la miséricorde et la paix en faveur de toutes les personnes présentes ainsi que de toute chose dans le monde, on dit :
السَّلاَمُ عَلَيْكُمْ وَرَحْمَةُ اللهِ
« Que la paix et la miséricorde d’Allah soient sur vous. » C’est comme une bonne nouvelle : après la prière, vous revenez de la cour d’Allah en emportant cette bénédiction. C’est ainsi que vous accomplissez la prière, en vous levant très tôt, avant de commencer toutes vos activités mondaines. Puis vous vous consacrez durant de nombreuses heures aux diverses occupations de ce monde. Peu après midi, vous vous présentez de nouveau devant Allah et accomplissez la prière ; quelques heures plus tard, vous accomplissez encore cette prière au troisième moment de la journée. Après avoir travaillé de nouveau pendant quelques heures, dès le coucher du soleil, vous vous présentez devant Allah et accomplissez cette prière. Puis, une fois les activités mondaines terminées, vous vous présentez une dernière fois devant Allah, avant de dormir. Les trois dernières rak‘a de cette dernière prière sont appelées la « prière du witr ». Lors de sa troisième rak‘a, vous prenez devant Allah un engagement important. Cet engagement s’appelle le « do‘â al-qunût ». Par cette invocation, celui qui prie prête devant Allah, avec la plus grande humilité et soumission, le serment de Lui obéir et de Le servir. Il promet de suivre fidèlement Ses commandements. Écoutez attentivement ce que vous dites dans cet engagement :
اللهم إنا نستعينك ونستغفرك ونؤمن بك ونتوكل عليك ونثني عليك الخير ونشكرك ولا نكفرك ونخلع ونترك من يفجرك
اللهم إياك نعبد ولك نصلي ونسجد وإليك نسعى ونحفد ونرجو رحمتك ونخشى عذابك إن عذابك بالكفار ملحق
« Ô Allah ! Nous implorons Ton aide. Nous Te demandons pardon pour nos péchés. Nous avons foi en Toi. Nous ne plaçons notre confiance qu’en Toi. Nous Te louons pour toute forme de bien et de bonté. Nous Te rendons grâce et nous ne nions pas Tes bienfaits. Nous Te promettons de n’entretenir aucun lien avec ceux qui Te désobéissent et de les abandonner. Ô Allah ! Nous reconnaissons que nous ne servons que Toi. Nous ne prions que pour Toi, nous ne nous prosternons que devant Toi, et tous nos efforts, tous nos sacrifices et toutes nos souffrances ne sont consentis que pour obtenir Ton agrément. Nous supportons les épreuves dans l’espoir de recevoir Ta miséricorde, et nous craignons Ton châtiment. Assurément, seuls les mécréants seront précipités dans Ton châtiment. »
Réfléchissez un instant : celui qui entend chaque jour cinq fois l’appel à la prière et comprend quelles paroles grandioses y sont proclamées, et par lequel il est appelé à se présenter devant le plus grand et le plus majestueux des rois ; celui qui, chaque fois qu’il entend l’appel, en prend conscience intérieurement, abandonne toutes ses occupations et se présente devant la cour du Maître et Seigneur de l’univers ; celui qui, avant chaque prière, fait ses ablutions et purifie son corps et son esprit, puis récite attentivement, dans ses prières répétées, les sourates et les invocations comme cela a été indiqué : comment la crainte d’Allah pourrait-elle ne pas s’éveiller dans son cœur et son esprit ? Comment pourrait-il ne pas éprouver de honte à désobéir aux commandements d’Allah ? Son âme ne tremblerait-elle pas certainement à l’idée de se présenter encore et encore devant Allah avec les marques noires du péché et de l’injustice ? Après avoir déclaré dans la prière qu’il sert Allah et Lui obéit, et après avoir reconnu à maintes reprises qu’Allah est le Maître du Jour du jugement, quel être humain pourrait retourner à ses occupations dans le monde extérieur pour mentir, trahir, s’approprier injustement les droits d’autrui, donner ou recevoir des pots-de-vin, donner ou prendre des intérêts, faire injustement du mal à autrui, ou commettre l’impudicité, l’adultère et autres injustices ? Et après avoir commis ces actes, pourrait-il avoir l’audace de se présenter de nouveau devant Allah et de les reconnaître de sa bouche ? En toute connaissance de cause, vous reconnaissez chaque jour d’innombrables fois devant Allah : « Ô Allah ! Je ne sers que Toi et je ne demande de l’aide qu’à Toi. » Après l’avoir reconnu, comment vous serait-il possible de servir quelqu’un d’autre qu’Allah et d’adresser vos prières à quelqu’un d’autre ? Si, après l’avoir reconnu, vous agissez à son encontre, votre cœur vous réprimandera lorsque vous vous présenterez de nouveau devant Allah et, accablé de honte, votre tête s’inclinera. Si vous recommencez à agir ainsi, votre honte grandira encore et votre conscience vous tourmentera davantage. Il est absolument impossible que, malgré l’accomplissement de la prière cinq fois par jour durant toute votre vie, vos actes et votre caractère ne se réforment pas et qu’un changement radical ne s’opère pas dans votre vie. C’est pourquoi, au sujet de ce bienfait de la prière, Allah le Très-Haut a dit :
إِنَّ الصَّلاةَ تَنهىٰ عَنِ الفَحشاءِ وَالمُنكَرِ
« Certes, la prière détourne l’être humain de l’impudeur, de l’obscénité et de toutes sortes de péchés. »
Mais malgré l’existence d’un moyen aussi considérable pour réformer l’esprit et le caractère de l’être humain, et malgré l’accomplissement des cinq prières quotidiennes, si le caractère de quelqu’un ne s’améliore pas, s’il ne s’abstient pas de la voie du péché, il faut comprendre que c’est son propre naturel qui est mauvais. La prière n’y est pour rien. L’eau et le savon nettoient certes la saleté des vêtements ; mais s’ils ne parviennent pas à enlever la saleté du charbon, on ne peut en blâmer ni l’eau ni le savon : c’est le charbon qui est fautif.
Mais il est particulièrement regrettable que nous ne comprenions pas du tout ce que nous récitons dans la prière, ou que nous le récitions sans même le comprendre. C’est une très grande lacune dans notre prière. Il suffit de consacrer un peu de temps à cet apprentissage pour la combler : vous pouvez aisément apprendre, dans votre langue maternelle, le sens et la portée des invocations et des sourates de la prière. Je pense que cela vous sera très bénéfique.
La prière en assemblée
Dans les articles précédents, je n’ai parlé que des caractéristiques et des bienfaits de la prière. Vous avez certainement compris par là quelle adoration importante elle constitue. Vous avez également compris comment cette prière fait naître chez l’être humain un état d’adoration qui s’étend à toute sa vie et comment elle le rend apte à s’acquitter du dû de cette adoration. Je vais maintenant vous parler des bienfaits de l’accomplissement de la prière en assemblée. Vous comprendrez ainsi parfaitement comment Allah, par Sa bonté et Sa grâce, a rassemblé toutes sortes de bienfaits dans cette même chose. La seule prière n’était déjà pas peu de chose pour nous ; mais, en ordonnant en plus d’accomplir la prière en assemblée, Allah l’a transformée en un réservoir de bienfaits doubles et lui a conféré une force extraordinaire, incomparable pour produire un changement radical chez l’être humain.
Comme je l’ai déjà dit, considérer à tout moment de sa vie que l’on est le serviteur d’Allah, demeurer soumis à son Maître comme un esclave obéissant et être toujours prêt à exécuter Ses ordres, voilà ce qu’est l’adoration ; et la prière prépare précisément l’être humain à cette adoration. La prière fait naître en lui toutes les qualités nécessaires à une telle adoration : le sentiment d’être un serviteur, la foi en Allah, en Son Messager et en Son Livre, une conviction ferme en l’Au-delà, la crainte d’Allah, la reconnaissance d’Allah comme « Celui qui connaît l’invisible », le fait de Le ressentir constamment auprès de soi, la disposition permanente à se préparer à exécuter les ordres d’Allah et une connaissance approfondie de Ses commandements. La prière fait naître en l’être humain de nombreuses qualités de ce genre et le façonne en véritable serviteur d’Allah.
Il vous suffit de réfléchir un instant pour comprendre que, si doué de qualités qu’un être humain puisse être lui-même, il ne pourra jamais s’acquitter pleinement du « droit » dû à l’adoration d’Allah tant que les autres êtres humains ne lui apporteront pas leur coopération et leur soutien. Si ceux avec qui il vit jour et nuit et avec lesquels il travaille constamment ne l’aident pas à obéir à Allah, il lui est absolument impossible d’être capable d’exécuter les commandements d’Allah.
L’être humain n’est pas venu au monde seul. Et seul, il ne peut rien accomplir. Il est lié de multiples façons à ses voisins, à ses collègues ainsi qu’à ses compagnons et partenaires sur le chemin de la vie. Les commandements et prescriptions d’Allah ne s’adressent pas non plus à un être humain isolé, mais à l’ensemble des êtres humains ; ils viennent d’Allah précisément afin de maintenir correctement toutes les relations de la vie. Si, dans l’exécution des commandements d’Allah, tous s’entraident et coopèrent les uns avec les autres, alors seulement ils peuvent devenir ensemble des exécutants des commandements d’Allah. En revanche, si tous commencent collectivement à désobéir à Allah, ou si leurs relations mutuelles sont telles qu’ils ne coopèrent pas les uns avec les autres pour obéir aux ordres d’Allah, il devient absolument impossible pour un seul homme d’observer correctement et régulièrement les commandements d’Allah et d’agir conformément à Sa loi.
Si vous récitez le Coran avec un objectif précis, vous apprendrez qu’Allah ne vous a pas seulement ordonné, à vous-mêmes, de vous soumettre à Lui, de Lui obéir et de suivre Ses commandements. Il vous a également ordonné de soumettre le monde entier à Allah et de le rendre obéissant à Allah, d’appliquer la loi d’Allah dans le monde. Partout où s’applique la loi de Satan, vous devez y mettre fin et établir à sa place l’autorité de la loi d’Allah, l’Unique, sans associé. La tâche immense qu’Allah vous a ordonné d’accomplir ne peut en aucune façon être menée à bien par un seul homme. Même si des millions de musulmans croyaient à cette doctrine, s’ils restaient dispersés et sans aucun lien ni aucune relation entre eux, ils ne pourraient jamais vaincre la force de Satan, organisée et solidement établie. C’est pourquoi il est indispensable que les musulmans s’unissent, s’entraident, se soutiennent mutuellement et luttent ensemble pour atteindre un même objectif.
En examinant la question un peu plus profondément, il devient également clair que, pour atteindre un objectif aussi immense, il ne suffit pas que les musulmans se réunissent et s’unissent. Ils doivent se réunir selon une méthode correcte, c’est-à-dire former une communauté musulmane de telle manière que des relations justes s’établissent entre eux et qu’aucun défaut ni aucune lacune n’entache ces relations. Une parfaite unité de leurs opinions, de leurs buts, de leurs objectifs et de leur ligne d’action doit exister. Il leur faut un émir et un dirigeant, et ils doivent avoir l’habitude et le désir d’agir suivant les indications de ce dirigeant. Ils doivent comprendre clairement qu’ils doivent obéir aux ordres du dirigeant, jusqu’à quel point ils doivent le faire et dans quelles circonstances il est permis de s’opposer à lui. Gardez ces paroles à l’esprit et réfléchissez à la manière dont, lorsqu’ils prient en assemblée, ces idées importantes s’éveillent dans l’esprit des fidèles.
Dès qu’ils entendent l’adhan, les musulmans reçoivent l’ordre de laisser toutes leurs occupations et de se rendre à la mosquée. Ainsi, le fait que les musulmans abandonnent immédiatement leurs activités au son de l’adhan et avancent tous vers le même centre (la mosquée) rappelle une immense armée. Dès que retentit le clairon dans un camp militaire, chaque soldat comprend que le commandant appelle tout le monde. À ce moment, une même pensée naît dans tous les esprits : le devoir et la responsabilité d’obéir aux instructions du commandant. Dès qu’ils en prennent conscience, tous accomplissent la même action : où qu’ils se trouvent, dès qu’ils entendent cet appel, ils se mettent à courir vers le lieu indiqué. Pourquoi cette méthode est-elle adoptée pour les soldats ? Premièrement, afin que chaque soldat prenne individuellement l’habitude d’obéir aux ordres et de se tenir constamment prêt à les exécuter. Deuxièmement, afin qu’un groupe puissant se forme grâce à l’union de tous ces soldats obéissants et qu’ils prennent l’habitude de se rassembler au même moment et au même endroit sur l’ordre du commandant. Cette habitude est nécessaire pour que, si un événement soudain survient, tous les soldats puissent, à cet appel, se présenter au même endroit et agir. Même si chaque soldat est personnellement très courageux, sa bravoure n’a aucune valeur s’il ne peut pas se présenter immédiatement et combattre lorsqu’on l’appelle au moment de l’action. Si, dès qu’ils sont appelés, les soldats ne se rassemblent pas mais partent chacun de leur côté selon leur propre volonté, un groupe discipliné de cinquante soldats ennemis peut anéantir mille soldats aussi valeureux.
C’est exactement selon cette règle qu’il a été ordonné aux musulmans, dès qu’ils entendent l’adhan, de quitter leurs occupations et de se présenter à la mosquée la plus proche, afin que tous les musulmans puissent former ensemble une armée d’Allah. Ainsi, on leur fait prendre l’habitude de se présenter cinq fois par jour dès qu’ils entendent l’adhan, car le devoir de ces soldats d’Allah est bien plus grand et bien plus rigoureux que celui de toutes les autres armées du monde. Il peut arriver que les autres armées n’aient à combattre qu’après une longue période, et elles reçoivent longtemps à l’avance un entraînement en prévision du moment où la guerre éclatera. Mais cette armée d’Allah doit combattre à chaque instant les forces sataniques et se tenir prête à chaque instant à obéir aux ordres du commandant. C’est pourquoi, cinq fois par jour et par nuit, au son du clairon divin — l’adhan — les musulmans doivent se précipiter vers le camp d’Allah, la mosquée. Il faut reconnaître que, compte tenu de leurs responsabilités et de leurs devoirs, c’est une grande faveur qui leur a été accordée.
Jusqu’à présent, nous n’avons parlé que de la beauté et de la raison d’être de l’adhan. En l’entendant, tous les musulmans se rendent à la mosquée. Le simple fait de se rassembler possède déjà une grande beauté et une grande utilité. En se réunissant ici, les musulmans peuvent se voir les uns les autres, faire connaissance et apprendre à se connaître.
Mais en vertu de quel lien vous réunissez-vous et faites-vous connaissance les uns avec les autres ? En vertu du fait que vous êtes les serviteurs d’un seul Allah, les disciples d’un seul Messager, que le même Coran est pour vous tous le Livre et la règle de vie, et que l’objectif de votre existence à tous est le même. Vous vous êtes réunis à la mosquée pour atteindre ce même objectif et, après être repartis d’ici, chacun de vous s’efforcera encore d’atteindre ce même objectif. En vérité, une telle connaissance et une telle compagnie éveillent naturellement en vous l’idée que vous appartenez tous à une même nation et que vous êtes les soldats d’une même armée. Vous êtes frères les uns pour les autres. Dans le monde, le but et l’objectif de votre vie sont les mêmes ; vous partagez tous les uns avec les autres profits et pertes, et vos vies sont profondément liées les unes aux autres.
Lorsque vous vous regarderez les uns les autres, faites-le avec un regard ouvert, généreux, les yeux et le cœur grands ouverts. Ne regardez personne comme le fait un ennemi ; regardez-vous exactement comme un ami regarde son ami et comme un frère regarde son frère. En vous regardant ainsi, si vous voyez un frère vêtu de vêtements vieux et déchirés, si vous en voyez un très préoccupé, en difficulté ou affamé, ou un autre infirme, paralysé ou aveugle, la compassion et la miséricorde naîtront spontanément dans votre cœur. Vous qui êtes riches ressentirez la souffrance des pauvres, des faibles et des démunis ; les mendiants et les nécessiteux oseront aller trouver les riches pour leur exposer leur situation. Si vous apprenez qu’une personne n’a pas pu venir à la mosquée parce qu’elle est malade ou en difficulté, vous aurez envie d’aller lui rendre visite. Si vous apprenez la mort de quelqu’un, vous pourrez vous rendre à la prière funéraire et présenter vos condoléances à sa famille endeuillée. C’est précisément cette attitude qui fera naître entre vous un amour et une compassion profonds.
Réfléchissez encore un peu : le lieu où vous vous réunissez est un endroit sacré et pur. Vous vous y rassemblez avec un objectif sublime. Des voleurs, des brigands, des buveurs et des joueurs se réunissent eux aussi en un même lieu ; mais leurs cœurs sont tous remplis de mauvaises intentions. On ne peut toutefois comparer votre rassemblement au leur. Car ici, seuls les serviteurs sincères d’Allah se réunissent : votre assemblée destinée à adorer Allah se tient dans la maison d’Allah. Vous vous y rassemblez tous pour reconnaître sincèrement, devant Allah, votre soumission et votre servitude. Dans ces circonstances, les croyants éprouvent spontanément de la honte pour leurs propres péchés. D’autre part, si une personne a commis un péché devant quelqu’un d’autre et que cette personne se présente à la mosquée, le seul fait de sa présence suffit à faire mourir de honte le pécheur. De plus, si les musulmans ont aussi à cœur de se conseiller mutuellement et cherchent, avec tendresse, amour et compassion, comment corriger les défauts de chacun, alors il ne fait aucun doute que la miséricorde et les bénédictions infinies d’Allah descendront sur leur assemblée. Ainsi, grâce à la possibilité de prier en assemblée, un musulman pourra corriger les défauts d’un autre musulman, et chacun pourra combler les besoins de l’autre. Peu à peu, c’est donc toute la société qui pourra devenir vertueuse et pieuse.
Une immense bénédiction réside déjà dans le simple fait de se réunir à la mosquée. Réfléchissez ensuite à l’infinie utilité et aux bénédictions de la prière accomplie en assemblée. Tous les fidèles se tiennent debout, sur une même rangée, à égalité. Aucun n’est plus grand, aucun n’est plus petit, aucun n’est supérieur, aucun n’est inférieur : devant Allah, dans la présence d’Allah, tous les êtres humains sont parfaitement égaux. Si l’un touche l’autre ou le frôle, aucun d’eux ne devient impur. Il n’y a ici aucune place pour l’intouchabilité. Ils sont tous purs et sacrés, car ils sont tous des êtres humains et tous les serviteurs d’un Allah unique, les adeptes d’une même religion, l’islam. Parmi ces fidèles, il n’existe absolument aucune différence de lignée, de famille, de tribu, de pays ou de langue. Individuellement, l’un peut être sayyid, l’autre pathan, l’autre encore Khan Sahib, Houladar ou Chowdhury Sahib. L’un peut être habitant d’un pays et l’autre d’un autre pays. L’un parle une langue et l’autre exprime ses pensées dans une autre. Pourtant, malgré ces différences individuelles, ils se tiennent tous sur une même rangée et adorent Allah ensemble. Cela signifie qu’ils appartiennent tous à une seule nation. Ici, les distinctions de lignée, de tribu, de pays, de région et de nationalité sont entièrement illusoires. Le lien le plus important entre les êtres humains est la servitude envers Allah, l’adoration d’Allah. Puisque vous êtes tous unis sur ce point, aucune raison ne peut justifier que vous soyez différents et séparés dans les autres domaines.
Lorsque vous vous tenez en rang, épaule contre épaule, on dirait une immense armée debout devant le roi pour accomplir son devoir. Le fait de se tenir en rang et de se lever et de s’asseoir tous ensemble fait naître chez les fidèles un profond sentiment d’unité. Ainsi, par la prière, on habitue tous les fidèles à servir Allah : leurs mains se lèvent ensemble et leurs pieds avancent au même moment. Il apparaît alors clairement que les fidèles ne sont pas vingt ou cent individus : réunis, ils sont devenus un seul être humain indivisible.
Que fait-on après s’être réuni en assemblée et s’être mis en rang ? Tous les fidèles adressent à Allah la même requête, dans la même langue :اِيَّاكَ وَاِيَّاكَ نَسْتَعِيْنُÔ Allah, nous n’adorons que Toi et ne demandons de l’aide qu’à Toi.اِهْدِنَا الصِّرَاظَ الْمُسْتَقِيْمَÔ Allah, montre-nous le chemin facile et droit.رَبِّنَا لَكَ الْحَمْدُÔ Allah ! Toute louange et toute reconnaissance T’appartiennent exclusivement.اَلسَّلاَمُ عَلَيْنَا وَعَلى عِبَادِ اللهِ الصَّالِحِيْنَ ـQue la paix soit sur nous ainsi que sur les pieux serviteurs d’Allah. Puis, à la fin de la prière, ils se saluent mutuellement en disant :اَلسَّلاَمُ عَلَيْكُمْ وَرَحْمَةُ اللهِ ـCela signifie que chacun des fidèles souhaite le bien à tous les autres et que tous, ensemble, demandent au même Maître le bien-être de chacun. Aucun fidèle n’est seul ; aucun ne souhaite le bien uniquement pour lui-même. Au contraire, tous prient ainsi : « Ô Allah ! Que Ta grâce et Ton bienfait soient accordés à chacun d’entre nous ; donne à tous la capacité de suivre le même chemin facile et droit ; que la paix soit sur chacun. » De cette manière, la prière unit les cœurs de tous les fidèles, éveille en eux les mêmes idées et la même manière de penser, et fait naître entre eux un amour profond, l’unité et le désir du bien.
Mais souvenez-vous qu’il n’est pas possible de prier en assemblée sans imam. Même lorsqu’ils ne sont que deux, l’un doit être l’imam et l’autre le ma’mum. Une fois l’assemblée commencée, il est strictement interdit de s’en séparer pour prier seul. Il est au contraire ordonné que celui qui arrive après le début de l’assemblée se tienne derrière cet imam, en le suivant. Ces actes ne se limitent pas à la prière ; ils enseignent en réalité une grande leçon : pour vivre en musulman, il faut rester organisé en assemblée de cette manière. Si aucun de vous n’est imam, votre assemblée ne peut même pas se constituer. Et si, après la formation de l’assemblée, vous vous en tenez à l’écart, votre vie n’est absolument pas une vie islamique ; elle n’a véritablement aucun rapport avec la vie musulmane.
Ce n’est pas tout. La prière en assemblée crée une relation extrêmement solide entre l’imam et les ma’mum ; grâce à elle, chaque musulman peut comprendre, dans la grande mosquée qu’est le monde, au-delà de cette petite mosquée, quelle est la dignité de l’« imam », quels sont ses devoirs et quels sont ses « droits ». Comment devez-vous suivre l’imam de cette « grande mosquée » ? Que ferez-vous s’il commet une erreur ? Jusqu’à quel point tolérerez-vous son erreur ? Quand pourrez-vous la lui signaler et exiger qu’il la corrige ? Et dans quelles circonstances pourrez-vous destituer l’imam ? Toutes ces questions
Chaque musulman reçoit, dans une certaine mesure, cet enseignement en priant en assemblée à la mosquée. En un mot, les règles de fonctionnement d’un petit État sont enseignées et mises en pratique cinq fois par jour à la mosquée.
Il n’est pas possible de développer ces points ici. Je vais simplement exposer brièvement quelques éléments nécessaires.
La charia ordonne que, parmi les membres de la société, celui qui est le plus pieux, qui possède le plus de savoir, qui sait mieux que tous lire et comprendre le Noble Coran et qui a atteint l’âge convenable soit précisément choisi comme imam pour diriger la prière. Cette disposition enseigne clairement quelles qualités doivent absolument posséder ceux qui seront les dirigeants de la nation dans l’exercice de leurs fonctions.
La charia a ordonné qu’il soit incorrect de nommer imam une personne que la majorité des membres de la communauté ne consent pas à choisir comme imam. Le désaccord d’un petit nombre ne doit pas être pris en considération, car il est impossible de trouver une personne qui ne suscite jamais aucune opposition. Mais si la majorité de la communauté n’apprécie pas une personne, celle-ci ne peut en aucun cas être nommée imam. Cette règle enseigne comment choisir l’imam ou le dirigeant de la nation.
La charia a établi que l’imam de la prière doit être une personne qui dirige la prière en tenant compte de la situation de tous les fidèles. En effet, parmi les fidèles peuvent se trouver de nombreux malades, vieillards, personnes souffrantes et faibles. Dans ces conditions, si l’on récite de longues récitations pendant la prière et que l’on prolonge les inclinaisons et les prosternations en ne tenant compte que des jeunes, des personnes robustes et de celles qui disposent de temps libre, cela peut causer beaucoup de peine et de difficultés aux autres. L’imam doit donc se rappeler qu’il y a parmi les fidèles de nombreux vieillards, des personnes malades et faibles, ainsi que beaucoup de gens qui souhaitent accomplir rapidement la prière et retourner à leurs occupations. Le vénérable Prophète (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui) faisait preuve d’une grande compassion à cet égard. Même lorsqu’il entendait un enfant pleurer pendant qu’il dirigeait la prière, il abrégeait considérablement celle-ci. En effet, si la mère (ou le père) de l’enfant participait à cette prière en assemblée, cela pouvait lui causer de la peine et ainsi perturber sa prière. Cette règle enseigne aux dirigeants de la nation que, puisqu’il a été nommé « dirigeant », il doit, dans chacune de ses actions, tenir compte de toutes les catégories de la nation. La charia dispose également que, si l’imam se trouve, au moment de diriger la prière, dans une situation où il n’est plus capable de la diriger, il doit immédiatement se retirer et faire nommer un autre imam ; s’il ne peut pas faire diriger la prière par une autre personne, il doit immédiatement se retirer et faire nommer un autre imam. On en déduit que, lorsque le dirigeant de la nation devient incapable d’accomplir son devoir, il doit lui-même démissionner et prendre les dispositions nécessaires pour qu’une autre personne compétente soit nommée à sa place. Cela lui est obligatoire. Il ne doit éprouver aucune honte à agir ainsi, et ce n’est pas non plus de l’égoïsme.
La charia ordonne que les fidèles soient obligés de suivre tout ce que fait l’imam. Il leur est absolument interdit d’accomplir un geste avant que l’imam ne l’accomplisse. Il est même rapporté dans un hadith que « quiconque s’incline ou se prosterne avant l’imam sera relevé le Jour de la Résurrection sous la forme d’un âne ». C’est ici que la nation musulmane reçoit l’enseignement qu’il est obligatoire de suivre son dirigeant.
Si l’imam commet une erreur pendant la prière, par exemple s’il s’assoit au moment où il devrait se tenir debout, ou s’il se tient debout au moment où il devrait s’asseoir, les fidèles doivent obligatoirement lui signaler son erreur en disant « Subhanallah ». « Subhanallah » signifie : « Allah est exempt de toute imperfection et Il est sublime. » Le sens du fait de dire « Subhanallah » pour signaler l’erreur de l’imam est le suivant : seul Allah est exempt de toute erreur et de tout défaut ; toi, tu es un être humain, et il n’est nullement impossible que tu commettes une erreur. Telle est la règle établie par l’islam pour signaler l’erreur de l’imam.
Selon cette règle, chaque fois que l’erreur de l’imam est signalée, celui-ci doit corriger sa propre erreur sans laisser place à la moindre honte ou gêne. Toutefois, même après que son erreur lui a été signalée, si l’imam demeure certain de ne pas avoir commis d’erreur et considère avoir agi correctement, il doit achever la prière comme il le croit juste. Dans ce cas, les membres de l’assemblée sont tenus de le suivre, même s’ils considèrent que l’imam s’est trompé. Après la fin de la prière, tous les fidèles ont le droit de démontrer son erreur à l’imam et d’exiger qu’il dirige de nouveau la prière.
Les membres de l’assemblée doivent se comporter ainsi avec l’imam uniquement lorsqu’il s’agit de petites erreurs. Mais si l’imam commence à diriger la prière d’une manière contraire à la Sunna du Prophète, s’il récite sciemment et incorrectement le Noble Coran pendant la prière, ou s’il commet, en dirigeant la prière, un acte de mécréance, d’associationnisme ou un péché manifeste, alors il est obligatoire pour chaque fidèle d’abandonner la prière et de délaisser cet imam.
Les orientations de la charia concernant la prière enseignent admirablement à la société musulmane comment elle doit se comporter avec ses dirigeants dans la vie nationale.
Grâce à ce qui vient d’être dit ici sur les mérites et les bienfaits de la prière en assemblée, vous avez clairement compris que cet unique acte d’adoration prescrit par Allah — qui ne doit être accompli que quelques minutes, cinq fois par jour et par nuit — renferme pour les musulmans d’immenses bienfaits en ce monde et dans l’au-delà. On comprend ainsi que cette seule chose peut véritablement rendre le musulman heureux, et comment elle le prépare à servir Allah et à exercer le leadership dans le monde. Vous pouvez maintenant vous demander : si la prière est remplie de tous les bienfaits, où sont donc passés, à notre époque, tous ces bienfaits ? La réponse à cette question sera donnée dans l’article suivant, incha Allah.
Pourquoi ne recueille-t-on pas les fruits de la prière ?
Dans les articles précédents, j’ai exposé de diverses manières les bienfaits et les avantages que procure la prière. Je vais tenter ici de répondre à la question de savoir pourquoi, de nos jours, les gens ne parviennent pas à tirer de cette prière les mêmes bienfaits. Pourquoi les musulmans sont-ils aujourd’hui si humiliés et si faibles malgré l’accomplissement de la prière ? Pourquoi leur caractère ne s’améliore-t-il pas ? Pourquoi ne se transforment-ils pas en une armée d’Allah, invincible et toute-puissante ? Pourquoi sont-ils, dans le monde, si impuissants et méprisés face aux mécréants ? C’est véritablement une question difficile.
On pourrait donner à cette question la réponse concise suivante : en réalité, les musulmans n’accomplissent même pas la prière ; et lorsqu’ils l’accomplissent, ils ne le font pas exactement de la manière et selon les règles qu’Allah et Son Messager ont prescrites. Par conséquent, les musulmans d’aujourd’hui ne peuvent espérer tirer de leur prière actuelle les bienfaits de cette prière qui peut conduire le croyant au sommet de la perfection. Mais je sais que cette réponse aussi concise ne vous satisfera pas. Il est donc nécessaire d’y répondre avec un peu plus de détails.
Voici une horloge murale suspendue dans la mosquée. Vous savez qu’elle contient de nombreuses pièces, reliées les unes aux autres. Lorsqu’on la remonte, chaque pièce commence à jouer son propre rôle et, au même moment, le résultat du travail des mécanismes intérieurs se manifeste sur les aiguilles extérieures. Autrement dit, les deux aiguilles tournent, transformant seconde après seconde en minutes, puis minute après minute en heures. Réfléchissez maintenant à la fonction pour laquelle une horloge est fabriquée. Tout le monde sait que son unique fonction est d’indiquer correctement l’heure. C’est pourquoi toutes les petites pièces capables d’indiquer l’heure exacte ont été réunies en elle. Elles ont ensuite été assemblées les unes aux autres, afin qu’elles fonctionnent toutes comme il se doit et que chaque pièce accomplisse exactement le travail nécessaire pour indiquer l’heure correctement — ni davantage ni moins. On a également prévu de la remonter régulièrement, car si on ne la remonte pas, ses mécanismes s’arrêteront et elle ne pourra pas fonctionner correctement. Après un certain temps, on la remonte donc pour la remettre en marche, et toutes ses pièces commencent alors à fonctionner. Lorsqu’elles sont correctement assemblées et que l’horloge est remontée, elle peut remplir la fonction pour laquelle elle a été fabriquée. Mais si elle n’est pas remontée correctement, elle ne pourra pas indiquer l’heure convenablement. Si on la remonte, mais pas selon les règles, elle s’arrêtera ou, même si elle continue de fonctionner, n’indiquera pas l’heure correctement. Si l’on retire certaines de ses pièces avant de la remonter, le remontage ne produira aucun résultat. Et si l’on retire l’une de ses pièces, qu’on la remplace par une pièce de machine à coudre Singer, puis qu’on la remonte, elle ne pourra toujours pas indiquer l’heure ; d’un autre côté, elle ne pourra pas non plus servir à coudre des vêtements. Si toutes ses pièces sont placées à l’intérieur, séparées les unes des autres, elle ne fonctionnera pas, même si on la remonte. À première vue, on devra certes dire que toutes les pièces de l’horloge se trouvent bien à l’intérieur. Mais le simple fait que les pièces soient présentes ne suffit pas à permettre d’atteindre sa fonction, car elles ne sont pas reliées entre elles et n’ont pas été correctement disposées selon leur ordre et leur organisation. Elles ne peuvent donc pas fonctionner ensemble. Dans toutes les situations qui viennent d’être décrites, bien que l’horloge ne fonctionne pas et que son remontage soit inutile, les personnes extérieures qui la voient ne s’en rendront pas compte : elles ne comprendront pas que ce n’est pas réellement une horloge ou qu’elle n’est pas remontée comme il faut. Elles diront qu’elle ressemble exactement à une horloge et espéreront donc obtenir d’elle le résultat que l’on attend d’une horloge. Ainsi, lorsqu’elles vous verront de loin la remonter correctement, elles espéreront naturellement obtenir d’elle tous les bienfaits qu’une horloge peut procurer. Mais lorsque son véritable état intérieur n’est pas celui d’une horloge, que changera le fait qu’elle en ait l’apparence extérieure ? Il lui est absolument impossible de remplir la fonction d’une véritable horloge.
Grâce à l’exemple de l’horloge que je viens de vous présenter, vous avez clairement compris toute la question. Considérez l’islam comme cette horloge : de même que la fonction d’une horloge est d’indiquer correctement l’heure, la fonction de l’islam est que l’être humain vive dans ce monde en tant que calife d’Allah et soldat d’Allah. Il se conformera lui-même aux commandements d’Allah et conduira également les autres sous l’autorité de la loi d’Allah.
Le Coran dit clairement à ce sujet :
كُنْتُمْ خَيْرَ اُمَّةٍ اُخْرِجََتْ لِلنَّاسِ تَأْمُرُوْنَ بِالْمَعْرُوْفِ وَ تَنْهَوْنَ عِنْ الْمُنْكَرِ وَتُؤْمِنُوْنَ بِاللهِ ط ـ عمران:
Vous êtes la meilleure communauté qui ait été suscitée pour le bien de l’humanité entière. Votre mission est d’ordonner à tous les hommes ce qui est juste, de les détourner de toute mauvaise action et de croire fermement en Allah. Sourate Al-Imran : 110
وَكَذَلِكَ جَعَلْنَكُمْ وَّسَطًا لَتِكُوْنُوْا شُهَدَا ءَ عَلَى النَّاسِ ـ
C’est ainsi que Nous avons fait de vous la meilleure communauté, afin que vous puissiez témoigner au sujet de tous les hommes.
Sourate Al-Baqara : 143
وَعَدَ اللهُ الَّذِيْنَ امَنُوْا مِنْكُمْ وَعَمِلُوْا الصلِحتِ لَيَسْتَخْلِفَنَّهُمْ فِيْ الاَرْضِ النُوْر: 55
Allah a promis à ceux d’entre vous qui croient et accomplissent de bonnes œuvres qu’Il fera certainement d’eux Ses lieutenants sur la terre. Sourate An-Nur : 55
وَقَاتِلُوْهُمْ حَتّى لاَتَكُوْنَ فِتْنَةٌ وَّيَكُوْنَ الدِّيْنُ كُلُّهُ لِلَّهِ ـ
Combattez-les jusqu’à ce qu’il n’y ait plus de fitna et que la religion soit entièrement consacrée à Allah. Sourate Al-Anfal : 39” Pour réaliser cet objectif, de nombreux mécanismes ont été réunis dans l’islam, à l’image des rouages d’une horloge. Ils sont indispensables à la réalisation de l’objectif véritable de l’islam et sont également interdépendants. Les croyances fondamentales de l’islam, les doctrines, les règles de conduite morale, les activités et les transactions, les règles des échanges, les droits d’Allah, les droits des hommes, ses propres droits et les droits relatifs à toutes les autres choses avec lesquelles l’être humain est en relation dans ce monde, les règles du gain et de la dépense, les règles et méthodes de la guerre et du djihad, les règles de la paix et des accords, les dispositions et méthodes de gouvernement de l’État, ainsi que les règles de vie sous l’autorité d’un État islamique : toutes ces choses sont des composantes de l’islam, ses petits rouages. Elles ont été reliées les unes aux autres, comme les rouages d’une horloge, de telle manière qu’il suffit de la remonter pour qu’elles se mettent toutes à fonctionner correctement. Grâce à leur fonctionnement conjoint, l’objectif véritable de l’islam — sa prééminence et sa domination, ainsi que l’établissement de la loi d’Allah dans le monde — se réalise de manière aussi harmonieuse et régulière que l’aiguille extérieure d’une horloge indique correctement l’heure lorsque ses mécanismes fonctionnent. Pour relier entre elles les différentes parties d’une horloge, on utilise plusieurs plaques et petites tiges de fer. De même, afin de maintenir les différentes obligations de l’islam liées les unes aux autres et d’en assurer l’organisation harmonieuse, un système de communauté a été institué. Cette communauté musulmane aura un dirigeant possédant une connaissance correcte de l’islam, une intelligence éclairée et les qualités de taqwa et de piété. Les membres de la communauté lui obéiront et agiront conformément à ses directives. Avec l’aide de leur force collective, le dirigeant fera appliquer la loi islamique parmi les gens et les empêchera de s’y opposer. Ainsi, lorsque toutes les composantes de l’islam seront reliées entre elles et qu’une organisation harmonieuse aura été établie, il devient nécessaire de les remonter afin de leur donner l’impulsion et de les faire fonctionner correctement. En réalité, dans le système de vie islamique, la prière joue le rôle de cette clé. Il faut accomplir cette opération de remontage cinq fois par jour et par nuit. Ensuite, il est également nécessaire de nettoyer cette horloge. C’est pourquoi le jeûne a été rendu obligatoire. Il accomplit cette fonction une fois par an, pendant trente jours. Il est indispensable de mettre de l’huile dans cette horloge ; cette lubrification est assurée par le paiement annuel de la zakat. Cette huile n’est pas importée de l’extérieur : une partie de cette horloge la produit et la rend apte à faire fonctionner les autres parties sèches. L’horloge doit aussi être révisée de temps à autre ; l’accomplissement du pèlerinage une fois dans la vie permet d’effectuer cette révision complète.
Vous pouvez maintenant tous comprendre que donner cette impulsion, nettoyer, huiler et réviser la montre ne peuvent être véritablement utiles que lorsque seules les pièces de la montre sont reliées et correctement agencées entre elles, comme l’a disposé son fabricant. Ce n’est que dans cet état qu’en lui donnant une impulsion elle peut fonctionner correctement et indiquer l’heure comme il se doit. En y réfléchissant un peu, vous comprendrez que, sous ce rapport, la situation actuelle de l’islam est particulièrement mauvaise. Tout d’abord, la communauté grâce à laquelle toutes les composantes de l’islam avaient été reliées entre elles n’existe plus. Toutes les parties se sont donc séparées les unes des autres. La force de l’unité a disparu. Désormais, chacun fait ce qui lui plaît. Il n’y a personne pour l’en empêcher ni personne pour lui montrer le droit chemin. Si cela lui plaît, il suit les lois de l’islam ; sinon, il abandonne l’islam et suit une autre voie. Les musulmans d’aujourd’hui ne se sont pas arrêtés là. Ils ont au contraire retiré de cette montre plusieurs de ses pièces et y ont ajouté, selon leurs propres désirs, de nombreux éléments qui ne peuvent en aucun cas en faire partie. L’un y a introduit des pièces de machine à coudre Singer, un autre y a fixé une pièce de moulin à farine, tandis que d’autres encore ont cherché certaines pièces d’automobile selon leur goût et les y ont assemblées. Ainsi, d’un côté, ils se disent musulmans, et de l’autre ils pratiquent l’usure, ont souscrit une assurance-vie auprès d’une compagnie d’assurances, intentent de fausses poursuites devant des tribunaux fondés sur le droit anglais, servent les mécréants en leur obéissant, transforment leurs filles, leurs sœurs et leurs épouses en mems, donnent à leurs enfants une éducation matérialiste, les font imiter Marx et Lénine tout en leur faisant accepter, d’un autre côté, les principes de la Grande-Bretagne et de l’Amérique. En somme, ce sont les musulmans eux-mêmes qui ont apporté d’innombrables éléments contraires à l’islam et les ont assemblés à cette montre de l’islam.
Après avoir accompli toutes ces actions indésirables, si quelqu’un espère qu’il suffira de donner une impulsion pour que la montre fonctionne correctement, qu’elle atteigne par là le but pour lequel elle a été fabriquée, et qu’il puisse également obtenir d’elle les résultats qui devraient découler de son nettoyage, de son huilage et de sa révision, que peut-on dire de lui sinon qu’il est parfaitement idiot ? Il suffit de réfléchir un peu profondément pour comprendre aisément qu’étant donné l’état actuel de cette montre — c’est-à-dire de l’islam — même si l’on passe toute sa vie à lui donner des impulsions, à la nettoyer et à l’huiler, son objectif véritable ne pourra en aucun cas être atteint. Aussi, tant que les pièces des autres machines n’en auront pas été retirées et que ses pièces originelles n’auront pas été correctement remises en place, comme elles l’avaient été lors de la fabrication initiale de la montre, il n’y a aucun espoir d’atteindre par elle son véritable objectif.
Il est indispensable de bien comprendre cette question. C’est la raison pour laquelle les prières, le jeûne, le pèlerinage et la zakât des musulmans sont totalement dépourvus d’efficacité. Tout d’abord, très peu d’entre eux accomplissent régulièrement la prière, observent le jeûne, acquittent la zakât et accomplissent le pèlerinage. La rupture du lien communautaire et de la discipline a rendu chaque membre de la société complètement individualiste. Personne ne demande si quelqu’un accomplit ou non ces obligations de l’islam. Ensuite, même ceux qui les accomplissent, comment les accomplissent-ils ? Aujourd’hui, la prière en assemblée n’est presque plus pratiquée. Et même lorsqu’une assemblée est organisée quelque part, on nomme imam dans la mosquée un homme qui n’est capable d’accomplir aucune autre tâche dans le monde — il n’en a pas la compétence. La plupart des imams des mosquées sont choisis parmi des gens qui vivent du pain de la mosquée, qui considèrent l’accomplissement des obligations religieuses comme un moyen de gagner leur vie, qui sont arriérés dans le savoir et la connaissance, dépourvus de force morale et très peu avancés sur le plan du caractère. Or, l’institution de cet imam avait été établie précisément dans le but de faire de tous les musulmans de véritables califes d’Allah et des soldatsd’Allah dans le monde. Ainsi, l’état actuel de la prière, du jeûne, de la zakât et du pèlerinage est indescriptible.
Malgré tout cela, certains pourront dire qu’aujourd’hui beaucoup de musulmans accomplissent les obligations et remplissent chacun convenablement ses devoirs. Mais, comme on l’a dit plus haut, après avoir retiré certaines pièces de la montre et y avoir fixé à leur place plusieurs pièces d’autres machines, lui donner ou non une impulsion, la nettoyer ou non, l’huiler ou non, revient au même : tout cela est absolument vain et dénué de sens. Vue de loin, elle semblera bien être une montre. Quiconque la regardera de l’extérieur dira certainement : « Voilà l’islam, et vous êtes des musulmans. » Lorsque vous donnez une impulsion à cette montre ou que vous la nettoyez, les gens, en vous observant de loin, pensent que vous lui donnez correctement son impulsion et que vous la nettoyez comme il faut. Personne ne peut dire que ceci n’est pas la prière ou que ceci n’est pas le jeûne ; mais comment ceux qui la regardent de l’extérieur pourraient-ils comprendre ce qu’elle contient intérieurement ?
Pourquoi les activités religieuses des musulmans sont-elles aujourd’hui privées d’efficacité ? J’ai exposé clairement devant vous leur cause fondamentale. Je vous ai également expliqué pourquoi les musulmans, malgré leurs prières et leur jeûne, ne parviennent pas à devenir les soldats d’Allah ; pourquoi, au contraire, ils deviennent les serviteurs des mécréants, les suivent aveuglément et subissent toutes sortes d’oppressions. Si vous ne m’en voulez pas, je peux vous dire quelque chose d’encore plus douloureux. Il ne fait certes aucun doute que les musulmans éprouvent de la tristesse et de la peine devant leur situation actuelle. Mais il est également vrai que, parmi les musulmans d’aujourd’hui, neuf cent quatre-vingt-dix-neuf sur mille, et même davantage, ne veulent absolument pas essayer de remédier à cette situation. Les mécanismes intérieurs de cette « montre » de l’islam se sont désunis, et chacun y a fixé, selon son propre désir, une nouvelle pièce. Aujourd’hui, les musulmans refusent totalement de la réparer, c’est-à-dire d’en retirer les pièces des autres machines et d’en disposer correctement les pièces originelles. Même lorsqu’un homme veut le faire, ils ne peuvent pas le tolérer. En effet, lorsque les éléments des autres machines seront retirés de la montre, chacun verra disparaître la chose qui lui est chère. Mais on ne peut pas retirer les choses chères aux autres tout en laissant en place la pièce extérieure que l’on y a soi-même fixée. Ils craignent également que, lorsque ses pièces originelles seront correctement disposées et solidement attachées, ils ne se retrouvent eux-mêmes emprisonnés avec elles. Car si tous sont solidement attachés, il est évidemment impossible d’en laisser un seul libre et sans entrave. Ils ne sont pas capables de supporter volontairement une chose aussi pénible. C’est pourquoi ils souhaitent que cette montre reste suspendue telle quelle et que les gens, en la voyant de loin, continuent à la prendre pour une montre et à être trompés. En revanche, ceux qui aiment énormément cette montre défectueuse s’occupent de lui donner très fréquemment des impulsions et de la nettoyer. Mais ils ne se résoudront jamais, même par inadvertance, à en remettre correctement les pièces en place et à en retirer les éléments des autres machines : c’est véritablement une chose affligeante.
Si je pouvais approuver une telle opinion de votre part, il n’y aurait rien à redire. Mais je ne le peux pas. Il m’est impossible de parler contre la vérité que j’ai découverte. Je peux certainement affirmer que, dans les conditions actuelles, même si l’on accomplit, en plus des cinq prières quotidiennes, les prières de tahajjud, d’ishraq, de duha et d’autres prières encore, même si l’on récite chaque jour cinq heures durant le Noble Coran, et même si, en dehors du mois de Ramadan, on jeûne pendant cinq mois et demi sur les onze mois restants de l’année, aucun résultat ne sera obtenu. En revanche, après avoir remis dans l’horloge ses mécanismes véritables et les avoir correctement disposés, il suffira de lui donner un léger coup de remontage pour qu’elle continue à fonctionner et indique correctement l’heure. Alors, même un simple nettoyage et quelques gouttes d’huile permettront d’obtenir de grands bénéfices. Sinon, on aura beau remonter cette horloge toute sa vie, elle ne fonctionnera jamais et son objectif véritable ne sera pas atteint.
Le jeûne
Après la prière, le jeûne du mois de Ramadan est l’adoration qu’Allah Très-Haut a prescrite aux musulmans. Le jeûne consiste à s’abstenir de manger, de boire et d’avoir des rapports conjugaux du matin jusqu’au soir. À l’instar de la prière, ce jeûne a été prescrit depuis des temps immémoriaux dans la loi religieuse de tous les prophètes. Les communautés de tous les prophètes précédents jeûnaient de la même manière que jeûnent les membres de la communauté du dernier prophète, Muhammad, qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix. Il existe toutefois des différences, dans les lois religieuses des différents prophètes, concernant les prescriptions du jeûne, le nombre de jours de jeûne, ainsi que sa période et sa durée. Nous constatons aujourd’hui que, dans toutes les religions, la pratique du jeûne existe encore sous une forme ou une autre. Il ne fait toutefois aucun doute qu’ils y ont ajouté de nombreuses choses selon leur propre volonté et en ont déformé la forme de diverses manières. Allah a déclaré dans le Majîd :
يَآيُّهَا الذِّيْنَ اَمَنُوْا كُتِبَ عَلَيْكُمْ كَمَا كُتِبَ عَلَى الَّذِيْنَ مِنْ قَبْلِكُمْ لَعَلَّكُمْ تَتَّكُوْنَ ـ
Ô vous qui croyez ! Le jeûne vous a été prescrit comme il l’a été à ceux qui vous ont précédés. Sourate Al-Baqara : 183
Ce verset prouve que toutes les lois religieuses révélées par Allah dans le monde comportaient des règles relatives au jeûne. Il convient de réfléchir à ceci : quelle réalité le jeûne renferme-t-il donc, pour qu’Allah Très-Haut l’ait prescrit dans les lois religieuses de toutes les époques ?
J’ai déjà dit à plusieurs reprises que le véritable objectif de l’islam est de transformer la vie entière de l’être humain en adoration, c’est-à-dire en servitude envers Allah. L’être humain est par nature le serviteur d’Allah, et la servitude envers Allah correspond à sa disposition naturelle. Il ne convient donc pas qu’il abandonne, ne serait-ce qu’un instant, la servitude envers Allah, que ce soit dans ses pensées ou dans ses actes. Dans chaque acte de sa vie et à tout moment, il devrait réfléchir à ce qui plaît à Allah et à ce qui Lui déplaît. Ensuite, chaque fois qu’il espère obtenir l’agrément d’Allah par une voie ou une action, il devrait s’y engager ; et il devrait s’éloigner de la voie où se trouve Son mécontentement, tout comme chacun se tient éloigné du feu. Suivre le chemin qu’Allah aime et ne pas suivre celui qu’Il n’aime pas, tel est le devoir de l’être humain. Lorsque toute la vie de l’être humain sera ainsi façonnée, il sera prouvé qu’il se consacre véritablement à la servitude envers Allah et وَمَا خَلَقْتُ الْجِنَّ وَالاِنْسَ اِلاَّ لِيْعْبُدُوْنَ ـ (الذريتa créé les hommes et les djinns uniquement pour qu’ils M’adorent. Conformément à cette déclaration d’Allah, il aura pu réaliser le but de sa naissance.
Il a également été dit précédemment que le véritable objectif des actes d’adoration connus sous les noms de prière, jeûne, pèlerinage et zakat, qui ont été prescrits aux êtres humains, est de les préparer à cette adoration véritable. Le fait de les avoir rendus obligatoires ne signifie pas qu’il suffise de prier cinq fois par jour et par nuit, de supporter pendant les trente jours du mois de Ramadan les souffrances de la faim et de la soif de l’aube au coucher du soleil, de verser la zakat une fois par an lorsqu’on est riche et d’accomplir le pèlerinage une fois dans sa vie pour que le devoir de l’être humain envers Allah soit entièrement rempli, après quoi il pourrait jouir d’une liberté totale et faire tout ce qu’il veut. Au contraire, le véritable objectif de rendre ces adorations obligatoires est de former correctement l’être humain par leur intermédiaire et de rendre toute sa vie digne de la servitude envers Allah. Il faut maintenant examiner, en gardant cet objectif à l’esprit, comment le jeûne prépare l’être humain à cette adoration véritable.
Les autres actes de culte que le jeûne nécessitent, pour être accomplis, une manifestation extérieure sous une forme ou une autre. Pendant la prière, celui qui prie doit se lever, s’asseoir, s’incliner et se prosterner. Les autres peuvent le voir. Pour accomplir le hajj, il faut entreprendre un long voyage, et ce voyage se fait avec des milliers de personnes. En ce qui concerne l’acquittement de la zakat, au moins deux personnes doivent le savoir : l’une la donne et l’autre la reçoit. Aucun de ces actes de culte ne peut rester caché à tout le monde. Dès qu’on les accomplit, les autres peuvent le savoir. Mais, en dehors d’Allah et de celui qui jeûne, personne ne peut savoir si quelqu’un jeûne réellement. Si une personne prend le repas avant l’aube devant tout le monde, rompt le jeûne avec tous au moment de l’iftar, puis mange ou boit secrètement pendant la journée, nul autre qu’Allah ne peut le savoir. Il est vrai qu’aux yeux de tous elle passera publiquement pour une personne qui jeûne ; mais en réalité, elle ne jeûne pas du tout.
Réfléchissez à cet aspect du jeûne. Quelle est donc la force de la foi de celui qui jeûne véritablement, qui ne mange ni ne boit rien en cachette, qui, lorsque la soif, sous une chaleur accablante, lui brûle les entrailles au point de les faire presque éclater, ne boit pas même une goutte d’eau, et qui, alors que la faim insupportable fait apparaître des étoiles devant ses yeux, ne désire pourtant rien manger ? Avec quelle fermeté croit-il qu’Allah est Celui qui connaît l’invisible ? Avec quelle certitude sait-il que, même si ses actes sont inconnus des gens de ce monde, rien n’en est inconnu au Maître de l’univers ! Combien intense est la crainte d’Allah dans son cœur : malgré des souffrances insupportables, c’est uniquement par crainte d’Allah qu’il ne fait rien qui puisse rompre son jeûne. Combien ferme est sa croyance au jugement de l’au-delà ! En l’espace d’un mois, il jeûne au moins trois cent soixante heures. Durant cette longue période, aucun doute concernant l’au-delà ne s’éveille jamais dans son esprit. S’il avait le moindre doute quant à l’existence de l’au-delà, ou s’il était partagé sur la question de savoir s’il y aurait là-bas un châtiment ou une récompense, il ne pourrait en aucun cas achever son jeûne. Une fois un tel doute installé, l’être humain ne peut pas, au seul motif qu’il s’agit d’un ordre d’Allah, rester fermement résolu à s’abstenir de manger et de boire.
Ainsi, chaque année, Allah soumet pendant un mois la foi des musulmans à une épreuve continue. Plus une personne devient forte dans cette épreuve, plus sa foi s’affermit. En réalité, c’est une épreuve après l’épreuve, un entraînement après l’entraînement. Lorsqu’un dépôt est confié à quelqu’un, sa foi est soumise à une grande épreuve. S’il réussit cette épreuve et ne trahit pas le dépôt, sa capacité à en porter la charge augmente encore. Peu à peu, il devient toujours plus digne de confiance. De même, Allah soumet continuellement, durant tout un mois, la foi des musulmans à une épreuve difficile, pendant douze à quatorze heures chaque jour. Lorsqu’une personne réussit pleinement cette épreuve, l’aptitude à s’abstenir des autres péchés par crainte d’Allah s’éveille davantage en elle. Elle considère alors Allah comme Celui qui connaît l’invisible et ne peut enfreindre Sa loi, même en secret. Dans chacun de ses actes, elle se rappellera le Jour de la Résurrection, où tout sera dévoilé et où, en toute impartialité, chaque bonne action recevra une bonne récompense et chaque mauvaise action une mauvaise conséquence. Cela est dit dans le verset suivant du Noble Coran :
يَآيُّهَا الَّذِيْنَ اَمَنُوْا كُتِبَ عَلَيْكُوْمُ الصِّيِامُ كَمَا كُتِبَ عَلى الَّذِيْنَ مِنْ قِبْلِكُمْ لَعَلَّكُمْ تَتَّقُوْنَ ـ (البقرة: 183)
Ô vous qui croyez ! Le jeûne vous a été prescrit comme il l’a été à ceux qui vous ont précédés. Sourate Al-Baqara : 183
Une autre caractéristique du jeûne est qu’il oblige le musulman à observer continuellement les prescriptions de la Charia pendant une longue période. Une seule prière ne prend que quelques minutes. La zakat ne doit être acquittée qu’une fois par an. Le hajj demande certes beaucoup de temps, mais l’occasion ne se présente qu’une seule fois dans toute la vie. Et encore, elle ne concerne pas tous les musulmans : seuls les plus fortunés en ont la possibilité. Mais le jeûne est entièrement différent de ces actes de culte : chaque année, pendant un mois entier, il habitue chaque musulman capable de le faire à appliquer la Charia islamique, de jour comme de nuit. Il faut se lever à la fin de la nuit pour prendre le repas d’avant l’aube ; il faut cesser toute nourriture et toute boisson avant une heure déterminée ; durant toute la journée, certaines choses sont absolument interdites ; le soir, il faut rompre le jeûne à l’heure fixée — ni un peu avant ni un peu après. Après l’iftar, il est permis de manger, de boire et de se reposer. Mais aussitôt après, il faut courir accomplir la prière des tarawih. Ainsi, chaque année, le musulman est entièrement soumis à une loi ferme. Puis il est libéré pendant onze mois pour agir dans le domaine de la vie. L’entraînement reçu durant ce mois doit se refléter dans ses activités au cours des onze mois suivants ; et si quelque chose demeure encore incomplet, cela doit être achevé l’année suivante.
Si l’on organisait cet entraînement séparément pour chaque individu de la société musulmane, il ne serait nullement efficace. On ne fait jamais défiler les soldats un par un ; on fait défiler toute l’armée réunie en même temps. Tous doivent se lever à la même heure en entendant le son du clairon et se mettre à l’ouvrage qui leur est prescrit conformément à cet appel. Ainsi, les soldats prennent l’habitude d’agir en groupe. En même temps, chacun aide les autres dans leur entraînement. Si l’entraînement de l’un demeure incomplet, le deuxième le complète, et si celui du deuxième est incomplet, le troisième l’achève. C’est précisément pour cette raison que l’islam a fixé le mois de Ramadan pour l’observance du jeûne. Il a été ordonné à l’ensemble des musulmans de commencer tous ensemble à jeûner durant cette période. En réalité, cet ordre a transformé le culte individuel en un culte collectif. De même que multiplier un nombre par cent mille donne un nombre immense, le progrès moral et spirituel obtenu par des millions de personnes jeûnant ensemble peut être des centaines de millions de fois supérieur à celui obtenu par chaque individu jeûnant séparément. Le mois de Ramadan illumine tout l’environnement d’un élan sacré de bonté et de piété. Dans toute la vie nationale, la récolte fraîche et verdoyante de la taqwa et de la piété s’accroît. Chacun ne s’efforce pas seulement de se préserver du péché ; si une faiblesse existe en lui, tous ses frères qui jeûnent lui apportent leur aide et leur soutien. Toute personne éprouve de la honte à commettre un péché en jeûnant ; au contraire, le désir d’accomplir de bonnes actions et des œuvres méritoires s’éveille dans le cœur de chacun. Lorsque cela est possible, on offre un repas au pauvre, on donne des vêtements à celui qui est nu et l’on aide celui qui est dans le malheur. Si l’on voit une bonne œuvre s’accomplir quelque part, on y participe. Et si un péché est commis ouvertement quelque part, on s’efforce d’y mettre fin. Ainsi se crée de tous côtés une belle atmosphère de bonté et de taqwa. Commence alors une saison favorable à l’accroissement de toutes les formes de vertu et de bonnes actions. En vérité, toutes les récoltes de ce monde portent leurs fruits à une saison déterminée. À ce moment-là, on ne voit de tous côtés que le spectacle magnifique de cette récolte. C’est pourquoi le dernier Prophète (paix et bénédictions sur lui) a dit :
كُلُّ عَمَلٍ اِبنِ ادَمَ يُضُاعَفُ الْحَسَنَةَ بِعَشَرِ اَمْثَالِهَا اِلى سَبْعِ مَائَةِ ضِعْفٍ ـ قَالَ اللهُ تَعَالى الصَّوْمُ اِلاَّ الصَّوْمُ فَانَّهُ لِىْ وَاَنَا اَجْرِى بِه ـ
La récompense de chacune des œuvres de l’homme est augmentée d’une manière ou d’une autre auprès d’Allah ; grâce à une bonne action, elle peut être multipliée de dix jusqu’à sept cents fois. Mais Allah dit que le jeûne ne sera pas compté parmi celles-ci, car il est observé exclusivement pour Moi. Et c’est Moi qui en accorderai la récompense.
Ce hadith nous apprend clairement que la récompense de la bonne action accomplie par une personne augmente considérablement selon son intention, mais que cette augmentation a une limite déterminée. En revanche, aucune limite finale n’est fixée à l’augmentation de la récompense du jeûne. Puisque le mois de Ramadan est la saison de la bénédiction, du bien et de la multiplication des bonnes actions, durant cette saison, ce n’est pas seulement un musulman, mais des centaines de millions de musulmans qui arrosent ensemble le jardin des bonnes œuvres. C’est pourquoi il peut produire des fruits innombrables. Plus les bonnes œuvres seront accomplies avec de bonnes intentions durant ce mois, plus le jeûneur en retirera de bénédictions et s’efforcera d’en faire bénéficier son frère jeûneur ; et plus l’influence de ce mois demeurera sur le jeûneur pendant les onze mois suivants, plus il en retirera de bienfaits. Elle continuera ainsi à se multiplier, sans aucune limite finale ni borne. Si maintenant les musulmans eux-mêmes la restreignent, c’est une autre question.
En entendant parler de ces bienfaits étonnants et de ces bénédictions du jeûne, chacun peut se demander : où sont-ils passés aujourd’hui ? Aujourd’hui, les musulmans jeûnent et prient. Mais pourquoi ne bénéficient-ils absolument pas des bienfaits que l’on attribue au jeûne ? J’en ai déjà indiqué une raison. C’est qu’après avoir séparé les différentes parties de l’ensemble des prescriptions de l’islam et y avoir introduit de nombreux éléments étrangers, on ne peut plus espérer en obtenir le véritable résultat. La deuxième raison est que la conception que les musulmans actuels se font de l’adoration a complètement changé. Ils pensent désormais que l’adoration consiste simplement à ne rien manger ni boire du matin au soir. On considère qu’une personne a accompli pleinement son adoration dès lors qu’elle fait cela. De même, dans les autres adorations, on considère que seules la forme extérieure et les cérémonies constituent l’adoration. C’est pourquoi l’esprit véritable de l’adoration, qui devrait se manifester spontanément dans chacune des œuvres des musulmans, fait défaut à 99 % des musulmans, voire davantage. C’est précisément pour cette raison que les adorations ne peuvent produire pleinement leurs effets. Car, en islam, tout dépend de l’intention, de la raison et de la sincérité. Ces questions seront examinées en détail dans l’article suivant, si Allah le veut.
Le but véritable du jeûne
Quelle que soit l’action accomplie par l’homme, elle comporte nécessairement deux éléments : d’une part, son objectif, c’est-à-dire la raison pour laquelle elle est accomplie ; d’autre part, le moyen adopté pour atteindre cet objectif. Prenons l’exemple du fait de manger du riz. Le but de manger du riz est de rester en vie et de conserver sa force physique. Pour atteindre cet objectif, il faut en faire une bouchée, la porter à la bouche, la mâcher et l’avaler. C’est la méthode la plus efficace et la plus appropriée pour atteindre le but de manger. Ainsi, si l’acte de manger est accompli, cette méthode — qui sert à atteindre le but pour lequel on mange — n’est pas la chose essentielle. Si maintenant une personne prend une poignée de terre, de cendre ou de sable, la met dans sa bouche, la mâche et l’avale, que pourra-t-on dire d’elle ? Il faudra bien dire qu’elle a perdu la raison. Mais pourquoi ? Parce que le simple respect de ces quatre règles de l’alimentation ne permet pas d’atteindre le but de manger. De même, une personne qui vomit immédiatement après avoir mangé du riz se plaint ensuite de ne ressentir aucun des bienfaits attribués au fait de manger : au contraire, dit-elle, je m’affaiblis progressivement et la mort s’approche de moi. Cette personne insensée accuse l’acte de manger d’être responsable de sa faiblesse, alors qu’en réalité celle-ci n’est que le résultat de sa propre sottise. Elle imagine sottement qu’il suffit d’accomplir les quelques règles qui permettent de manger pour obtenir la force vitale. C’est pourquoi elle pense qu’il ne sert à rien de garder le riz dans son estomac et qu’il vaut mieux le rejeter. Ainsi, l’estomac sera allégé. Les règles extérieures de l’alimentation auront pourtant été respectées. Cette personne insensée entretient une conception erronée et agit effectivement de cette manière. Elle devra donc subir elle-même les conséquences de sa souffrance. Elle aurait dû savoir que tant que le riz ne sera pas arrivé dans l’estomac, digéré, transformé en sang et diffusé dans tout le corps, il sera absolument impossible d’acquérir de la force vitale. Les règles extérieures de l’alimentation sont certes indispensables, car sans elles le riz ne peut en aucune façon pénétrer dans l’estomac. Mais le simple accomplissement de ces cérémonies extérieures ne permet pas d’atteindre le véritable but de l’alimentation. Ces cérémonies extérieures ne possèdent aucune magie qui, une fois achevées, ferait circuler le sang dans ses veines et ses artères par un procédé miraculeux. La formation du sang ne peut se produire que conformément aux règles qu’Allah Très-Haut a établies à cette fin. Si l’on transgresse ces règles, la destruction est inévitable.
Il suffit de réfléchir quelque peu à l’exemple que je viens d’exposer en détail pour comprendre aisément la raison pour laquelle les adorations des musulmans sont aujourd’hui devenues stériles. Comme je l’ai déjà dit à plusieurs reprises, les musulmans d’aujourd’hui considèrent les piliers de la prière et du jeûne — leurs actes intérieurs indispensables — ainsi que leurs cérémonies extérieures comme constituant l’adoration véritable. Pourtant, rien ne saurait être plus erroné. Ils pensent que celui qui accomplit correctement ces cérémonies a parfaitement accompli l’adoration d’Allah. On peut les comparer à celui qui façonne une bouchée de riz, la met dans sa bouche, la mâche et l’avale, puis pense que ces quatre actes constituent à eux seuls le fait de manger et permettent d’en obtenir le but. Qu’il mange ainsi de la terre ou du sable, ou qu’il le vomisse ensuite, cela ne change rien à ses yeux. Je voudrais demander ceci : si les musulmans ne souffraient pas de cette erreur, comment le jeûneur pourrait-il mentir et comment pourrait-il médire des autres ? Comment pourraient-ils se quereller à tout propos ? Comment des insultes et des paroles obscènes pourraient-elles sortir de leur bouche ? Comment pourraient-ils usurper les droits d’autrui ? Comment pourraient-ils manger des choses illicites et en faire manger à d’autres, tout en prétendant adorer Allah ? Ceux qui mangent du sable ou de la terre et pensent ainsi avoir accompli l’acte de manger sont exactement comme eux.
Il faut tout particulièrement réfléchir à ceci : pourquoi, après avoir adoré Allah pendant les 360 heures de tout le mois de Ramadan, lorsque les musulmans cessent cette pratique, tous les effets de cette immense adoration disparaissent-ils complètement dès le premier jour de Shawwal ? Tout ce que les hindous font lors de leurs foires et de leurs fêtes, les musulmans le font exactement lors de la fête de l’Aïd. Dans les zones urbaines notamment, un déferlement d’adultère, de danses, de musique, de consommation d’alcool et de jeux d’argent commence le jour de l’Aïd. On voit même certaines personnes jeûner pendant la journée, puis boire de l’alcool et commettre la fornication toute la nuit. Grâce à la faveur d’Allah, le musulman ordinaire ne s’est pas encore égaré à ce point ; mais il faut se demander combien de personnes conservent l’influence de la piété et de la scrupuleuse observance religieuse après la fin du Ramadan. Combien de personnes craignent de transgresser la loi d’Allah ? Combien participent aux bonnes œuvres ? Combien se débarrassent de leur égoïsme ?
Réfléchissez : quelle peut en être la véritable raison ? Je veux l’affirmer avec fermeté : l’unique raison est que la conception que les musulmans se font du sens de l’adoration et de tout ce qui s’y rapporte est totalement erronée. Ils pensent que le jeûne consiste à ne rien manger ni boire du matin jusqu’au soir, et que c’est cela, en soi, l’adoration. C’est pourquoi on constate que les musulmans accordent au jeûne un très grand respect et l’observent avec beaucoup de soin ; la crainte d’Allah est si forte en eux qu’ils s’éloignent de tout ce qui risque de rompre leur jeûne. Même lorsque leur vie est en danger, personne n’accepte de rompre son jeûne. Pourtant, les musulmans savent que rester simplement affamé et assoiffé n’est pas l’adoration véritable : ce n’est qu’une pratique extérieure de l’adoration. Le but de cette pratique est seulement d’éveiller dans le cœur des musulmans la crainte et l’amour d’Allah. Il s’agit de faire naître en eux une force telle qu’ils renoncent, par crainte du mécontentement d’Allah, même à de grands avantages lucratifs, en se faisant violence. Et qu’ils puissent aussi, dans les situations les plus périlleuses, se jeter courageusement dans l’action, poussés uniquement par l’espoir d’obtenir la satisfaction d’Allah. Cette force ne peut naître chez les musulmans que lorsqu’ils comprennent le véritable but du jeûne, qu’ils détournent leur cœur des désirs du nafs pendant tout le mois de Ramadan sous l’effet de la crainte et de l’amour d’Allah, et qu’ils se préparent à obtenir la satisfaction d’Allah. Mais, malheureusement, la société musulmane actuelle perd, dès la fin du Ramadan, cette habitude et les qualités acquises grâce à elle, comme quelqu’un qui vomirait immédiatement après avoir mangé du riz. De plus, beaucoup de musulmans rejettent, dès qu’ils rompent le jeûne, toute la piété et la taqwâ observées durant la journée. Dans ces conditions, chacun peut comprendre que le véritable but du jeûne ne peut en aucune manière être atteint. Le jeûne n’est pas une magie : le simple accomplissement de sa pratique extérieure ne permet pas d’atteindre un objectif important. On ne peut tirer du riz une force physique tant qu’il n’est pas digéré dans l’estomac, transformé en sang et distribué dans toutes les veines du corps. De même, le jeûne ne peut procurer aucune force morale et spirituelle tant que le jeûneur n’en a pas bien compris le véritable but, que ce but n’est pas gravé dans son cœur et son esprit, et qu’il n’influence pas entièrement toutes ses pensées, ses désirs et ses actes.
C’est pourquoi, après avoir prescrit le jeûne, Allah — exalté soit-Il — a dit :لَعَلَّكُمْ تَتَّقُوْنَ ـCela signifie : « Le jeûne vous a été prescrit afin que vous puissiez devenir pieux et craindre Allah. » Allah — glorifié soit-Il — n’a pas dit que, par le jeûne, vous deviendriez certainement pieux et empreints de taqwâ. En effet, les bienfaits que l’on peut tirer du jeûne dépendent entièrement de l’intention, des aspirations et de l’ardeur du jeûneur. Celui qui en comprendra le but et s’efforcera d’atteindre, grâce à lui, l’objectif essentiel deviendra assurément plus ou moins pieux. Mais celui qui n’en connaîtra même pas le but et ne s’efforcera pas de l’atteindre ne peut espérer tirer aucun bénéfice du jeûne.
Le Noble Prophète — qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix — a indiqué de diverses manières le véritable but du jeûne et a expliqué que rester affamé et assoiffé sans en connaître le but n’a aucune valeur. Il a dit :
مَنْ لَّمْ يَدْعْ قَوْلَ الزُّوْرِ وَالْعَمَلَ بِه فَلَيْسَ لِلَّهِ حَاجَةٌ فِيْ اَنْ يَّدْعَ طَعَامَهُ وَشَرَابَه ـ
Allah n’a nul besoin que celui qui ne renonce ni aux paroles mensongères ni aux actes mensongers renonce seulement à manger et à boire.
Dans un autre hadith, le Messager béni — qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix — a dit :
كَمْ مِنْ صَائِمٍ لَيْسَ لَهُ مِنْ صِيْامِه اِلاَّ الظَّمَاءُوَكُمْ مِنْ قَائِمٍ لَيْسَ لَهُ مِنْ قِيَامِه اِلاَّ السَّهَرُ ـ
Nombreux sont les jeûneurs qui n’obtiennent de leur jeûne rien d’autre que la faim et la soif. De même, nombreux sont ceux qui veillent la nuit dans l’adoration sans en retirer autre chose que cette veille. Le sens de ces deux hadiths est parfaitement clair. Ils montrent clairement que rester simplement affamé et assoiffé n’est pas l’adoration : ce n’est qu’un moyen de parvenir à l’adoration véritable. L’adoration véritable consiste à s’abstenir, par crainte d’Allah, de commettre le péché de transgresser Sa loi, à accomplir avec un ardent dévouement, par amour pour Allah, les œuvres qui procurent Sa satisfaction et permettent, autant que possible, de détruire son ego. Celui qui est incapable d’accomplir cette adoration ne tire aucun profit de se torturer l’estomac en restant affamé et assoiffé, ni de jeûner douze ou quatorze heures. Allah — exalté soit-Il — n’a pas demandé à l’être humain de renoncer à manger et à boire pour cette seule raison. Au sujet du but du jeûne, le Noble Prophète — qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix — a dit :
مَنْ صَامَ رَمَضَانَ اِيْمَانًا وَّاِحْتِسَابًا غُفِرِلَه مَاتَقَدَّمَ مِنْ ذَنْبِهِ ـ
Celui qui jeûnera avec foi et en espérant la récompense verra ses péchés et fautes passés pardonnés. La foi — c’est-à-dire qu’il doit garder à l’esprit la conception et la croyance qu’un croyant doit avoir au sujet d’Allah — et l’ehtisab signifie que le musulman réfléchit constamment par lui-même, porte un regard attentif sur ses actes et se demande s’il n’agit pas contrairement à la volonté d’Allah. Celui qui observera le jeûne complet du Ramadan avec ces deux éléments pourra obtenir le pardon de tous ses péchés et fautes passés. Même s’il avait auparavant été un serviteur désobéissant et rebelle à Allah, le fait de jeûner ainsi prouvera qu’il est désormais pleinement revenu vers Allah, le véritable Maître. Il est mentionné dans un hadith :
اَلتَّائِبُ مِنَ الذَّنْبِ كَمَنْ لاَذَنْبَ لَهُ ـ
Celui qui se repent de ses péchés devient entièrement innocent.
Il est dit dans un autre hadith :
اَلصِّيَامُ جُنَّةٌ وَاِذَاكَانَ يَوْمِ اَحَدِكُمْ فَلآ يَرْفُثُ وَلاَ يَصْخَبُ فَانْ سَابَّهُ اَحَدٌ اَوْقَاتَلَهُ فَلَيْقُلْ اِنِّيْ اِمْرُءٌ صَائِمٌ ـ
Le jeûne est tel un bouclier (de même qu’un bouclier protège contre l’attaque d’un ennemi, le jeûne est un bouclier qui protège des ruses de Satan). Celui qui jeûne doit donc (il convient qu’il utilise ce bouclier) se tenir à l’écart des troubles et des querelles. Même si quelqu’un l’insulte ou se dispute avec lui, il doit lui dire clairement : « Frère, je jeûne ; tu ne peux pas espérer que je m’associe à toi dans cette mauvaise action. »
Dans plusieurs autres hadiths, le Dernier Prophète, qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix, a dit qu’il convient, tout en jeûnant, d’accomplir autant de bonnes œuvres que possible et de participer à toute bonne action. En particulier, durant le jeûne, le cœur du jeûneur doit être rempli d’une grande compassion envers ses autres frères. En effet, parce qu’il est lui-même affamé et assoiffé, il peut très bien ressentir comment les pauvres serviteurs d’Allah passent leurs journées dans la souffrance et la pauvreté. Le vénérable Ibn Abbas, qu’Allah l’agrée, était au Ramadan plus généreux et plus compatissant qu’en toute autre période. À cette époque, aucun demandeur ne pouvait être renvoyé de sa porte les mains vides. Aucun prisonnier ne restait non plus détenu durant cette période. Il est dit dans un hadith :
مَنْ فَطَّرَ فِيْهِ صائِمًا كَانَ لَه مَغْفِرَةٌ لِذُوْنُوْبِه وَعَتْقُ رَقَبَتِه مِنَ النَّارِ وَكَانَ لَه مِثْلَ اَجَرِه مِنْ غِيْرَ اِنْ يَّنْتَقَصَ مِنْ اَجْرِه شَئٌ ـ
Durant le mois de Ramadan, celui qui fera rompre le jeûne à une personne qui jeûne verra cet acte devenir une cause du pardon de ses péchés et de sa délivrance du feu de la Géhenne. Il recevra exactement la même récompense que celle obtenue par cette personne pour son jeûne, sans que la récompense de cette dernière soit diminuée le moins du monde.
Le jeûne et la maîtrise de soi
Le jeûne possède d’innombrables bienfaits moraux et spirituels. L’un d’eux consiste à développer en l’être humain la force de se maîtriser. Pour comprendre pleinement comment le jeûne éveille cette force de maîtrise de soi chez l’être humain, il est d’abord indispensable d’en connaître le sens. Il est également essentiel de savoir quelle forme de maîtrise de soi l’islam préconise et comment le jeûne développe cette force chez l’être humain.
La maîtrise de soi apparaît lorsque le « khudî » de l’être humain, c’est-à-dire sa conscience de soi, parvient à soumettre entièrement son corps et ses autres forces, et à placer tous les désirs, passions et élans de l’esprit sous l’autorité de ses propres décisions, afin qu’ils les suivent. Dans un État, le principal gouvernant jouit d’une certaine dignité ; de même, dans l’ensemble de l’être humain, le khudî possède exactement cette dignité, tandis que les autres membres en sont les instruments. Les forces physiques et cérébrales de l’être humain servent le khudî. Le nafs, ou l’instinct, ne peut que présenter au khudî une demande fondée sur ses désirs ; il n’a aucun autre pouvoir d’action. Le droit de décider en dernier ressort à quelles fins ces armes et ces forces seront employées, et si la demande du nafs sera acceptée ou non, appartient exclusivement au khudî. Or, si un khudî est faible, s’il n’a pas le pouvoir de gouverner à sa volonté le royaume du corps, et si la demande du nafs équivaut à un ordre, ce khudî est profondément impuissant, vaincu et inactif. Le khudî de l’être humain qui ne peut maîtriser son cheval, mais devient lui-même soumis à celui-ci, est tout aussi incapable. Un être humain aussi faible ne peut jamais mener une vie réussie en ce monde. Tous ceux qui, dans l’histoire de l’humanité, ont laissé derrière eux une influence et une mémoire éclatantes ont soumis et rendu obéissante, fût-ce par la force, l’ensemble de leurs forces intérieures. Ils ne sont jamais devenus les esclaves de la convoitise et de l’avidité du nafs, ni les serviteurs de leurs émotions et de leurs élans ; ils en sont toujours restés les maîtres et les guides. Leurs désirs étaient extrêmement fermes et leur résolution, inébranlable.
Mais il existe une différence abyssale entre le « khudî » qui se prend lui-même pour Dieu et celui qui demeure serviteur d’Allah et obéit à Ses commandements. Un khudî obéissant est absolument indispensable pour mener une vie réussie. En revanche, si un khudî qui nie le Créateur, ne reconnaît ni la soumission ni l’obéissance au Maître de l’univers, se rebelle contre Lui, refuse toute loi morale supérieure et ne craint pas d’avoir à rendre des comptes devant Celui qui demande des comptes, parvient à s’emparer de toutes les forces de son corps et de son esprit et devient un khudî extrêmement puissant, il peut engendrer de grands fauteurs de cataclysmes tels que les Pharaons, Nimrod, Hitler et Mussolini de ce monde. Une telle maîtrise de soi ne saurait toutefois être digne d’éloge. L’islam ne soutient nullement ce genre de maîtrise de soi. L’islam soutient au contraire le khudî qui, en premier lieu, s’incline humblement devant Allah, baisse la tête dans l’obéissance, fait de la recherche de Son agrément et de l’obéissance à Sa loi sa tâche principale, et se considère responsable devant Lui. L’islam soutient ce khudî. Un tel khudî obéissant doit précisément faire de cette obéissance sa tâche principale et se considérer responsable devant Lui ; c’est ce khudî que l’islam soutient. C’est ce khudî obéissant et fidèle qui établira son autorité sur son propre corps et sur l’ensemble de ses forces, ainsi que sa domination sur son esprit et ses désirs, afin de pouvoir s’élever dans le monde comme une immense force destinée à le réformer et à y apporter des améliorations.
Telle est en réalité, du point de vue de l’islam, l’essence même de la maîtrise de soi. Nous allons maintenant examiner comment le jeûne crée chez l’être humain une force aussi puissante de maîtrise de soi. Si l’on examine attentivement toutes les revendications du nafs et du corps, on constate clairement que trois d’entre elles sont fondamentales. Ce sont en fait les revendications les plus puissantes. La première est celle de satisfaire la faim. La deuxième est celle de la satisfaction sexuelle, qui constitue le seul moyen d’assurer la continuité de la descendance humaine et, par conséquent, de l’humanité. La troisième est celle de la paix et du repos, indispensables pour éveiller et fortifier de nouveau la puissance d’action. Si ces trois revendications humaines restent chacune dans ses limites propres, elles seront sans aucun doute conformes à la tendance inhérente à la nature universelle. Mais, pour le nafs et le corps, ces mêmes choses constituent de grands pièges. À la moindre négligence, à la moindre occasion, ces trois pièges capturent le khudî de l’être humain et en font leur esclave, leur serviteur soumis. Chacune de ces revendications s’étend alors et devient une longue liste de revendications innombrables. Lorsqu’un khudî faible est vaincu par ces revendications, celle de la nourriture le transforme en esclave de son ventre, le désir sexuel le rabaisse au-dessous même de l’animal, et l’amour du repos du corps paralyse sa volonté. Dès lors, il n’est plus le maître ou le guide de son nafs et de son corps ; il devient au contraire leur esclave soumis, et sa seule tâche consiste à suivre leurs injonctions, qu’elles soient bonnes ou mauvaises, raisonnables ou déraisonnables.
Le jeûne maîtrise ces trois convoitises et ces trois désirs du nafs, les soumet à une discipline, et habitue le khudî à exercer sur eux son influence et sa domination. À celui qui croit en Allah, le jeûne s’adresse ainsi : « Allah t’a interdit, ou rendu illicite, de manger et de boire durant toute cette journée ; pendant ce temps, il ne t’est même pas permis de consommer une nourriture pure ni aucune nourriture ou boisson acquise par des moyens licites. »
Il dit : Aujourd’hui, ton Maître, Allah le Très-Haut, a imposé des restrictions à la satisfaction de tes désirs sexuels. De l’aube véritable jusqu’au coucher du soleil, Il t’a interdit de satisfaire les désirs et les passions du nafs, même par des moyens parfaitement licites. Il t’ordonne également qu’après avoir enduré toute la journée une faim et une soif accablantes, lorsque tu rompras le jeûne, tu te lèves au lieu de te reposer dans ton épuisement et que tu accomplisses davantage d’adoration que les autres jours.
C’est précisément en cela que réside la satisfaction de ton Rabb al-‘Âlamîn. Le jeûne lui fait également savoir qu’après avoir achevé une prière comportant de nombreuses rak‘ât, lorsqu’il se reposera, il ne devra pas dormir inconscient jusqu’au matin. Même si cela déroge à l’habitude, qu’il se réveille durant la dernière partie de la nuit pour prendre le suhoûr et qu’il fortifie son corps par la nourriture avant que la clarté de l’aube véritable ne paraisse. Le khudî lui fait entendre toutes ces prescriptions et ces règles du jeûne, puis lui confie entièrement la responsabilité de les mettre en pratique. Aucun policier, aucun agent du CID ni aucune force susceptible d’exercer une influence n’est placé derrière lui. S’il mange en secret ou satisfait ses désirs sexuels, nul autre qu’Allah ne peut le voir. S’il recourt à quelque ruse conforme à la charia pour éviter d’accomplir la prière des tarawih, aucune force terrestre ne peut l’en empêcher. Tout dépend de sa propre volonté. Si le khudî du croyant est réellement soumis et obéissant à Allah, et si sa volonté possède la capacité de maîtriser le nafs, alors il enchaînera lui-même, dans les liens solides des règles extraordinaires établies par le jeûne, son désir intense de manger, ses désirs et passions sexuels ainsi que son amour du repos.
Il ne s’agit pas seulement d’un exercice d’une journée : une seule journée ne suffit nullement pour un tel entraînement. Pendant trente longues journées, de manière continue et ininterrompue, l’être humain doit faire passer son khudî par un tel entraînement et une telle discipline. Une fois par an, ce programme est établi pour 720 heures entières : se réveiller durant la dernière partie de la nuit pour prendre le suhoûr, puis cesser de manger et de boire dès que commence la blancheur de l’aube. S’abstenir de toute nourriture et de toute boisson durant toute la journée. Rompre le jeûne à l’heure prescrite, immédiatement après le coucher du soleil. Puis consacrer une partie de la nuit à la prière des tarawih, une prière qui n’est habituellement pas accomplie. Après quelques heures de repos, reprendre l’activité selon le programme établi. Ainsi, pendant tout un mois, le nafs est continuellement soumis à un lien rigoureux et indissoluble qui enchaîne ses trois revendications et passions les plus grandes et les plus puissantes. Il en résulte une force immense au sein du khudî, qui devient capable d’exercer, conformément à la volonté d’Allah, son autorité sur son propre nafs et sur son corps. De plus, ce programme n’est pas accompli une seule fois au cours de la vie. De la puberté jusqu’à la mort, un long mois de chaque année est consacré à cette tâche. Ainsi, les liens du khudî sur le nafs se renouvellent et se renforcent sans cesse.
Le but essentiel d’un tel système éducatif n’est pas seulement que le khudî du croyant maîtrise sa faim, sa soif, son instinct sexuel et son désir de repos, ni que cela ne se produise que durant le mois de Ramadan. En affrontant les trois armes les plus importantes, les plus puissantes et les plus aiguisées de l’être humain, son khudî discipline et soumet à des règles toutes les autres émotions, inclinations du cœur et formes de convoitise. Il en naît une force nouvelle qui, non seulement durant le mois de Ramadan, mais aussi pendant les onze mois suivants, demeure vigoureuse et aiguisée et agit efficacement. Durant cette période, il peut consacrer son corps et toutes ses forces à chacune des œuvres prescrites par Allah ; il peut s’efforcer d’accomplir toute bonne œuvre qui procure la satisfaction d’Allah, il peut s’efforcer d’accomplir toute bonne œuvre qui procure la satisfaction d’Allah, il peut s’opposer à tout péché interdit et réprouvé par Allah et maintenir toutes ses convoitises, ses émotions et ses inclinations du cœur dans les limites fixées par Allah. Il ne l’abandonne pas aux mains de son nafs, afin que celui-ci ne puisse pas l’entraîner où bon lui semble.
Il garde lui-même entre ses mains les rênes de la souveraineté. Il satisfait les désirs du nafs exactement selon les règles et de la manière qu’Allah le Très-Haut a autorisées, au moment et dans la mesure qu’Il a permis. Sa volonté ne s’affaiblit pas au point qu’il soit incapable d’accomplir une obligation, alors même qu’il la reconnaît comme telle et souhaite l’accomplir. C’est uniquement pour cette raison qu’il s’établit comme un souverain extrêmement puissant sur le royaume du corps. En vérité, créer cette force dans l’être humain, dans son khudî, est le véritable objectif du jeûne. Celui qui, tout en jeûnant, n’acquiert pas cette force ne fait que s’épuiser et s’affliger par la faim et la soif. Son jeûne et son abstention de nourriture et de boisson sont totalement vains.
Le Coran et le hadith l’expriment tous deux clairement. Il est dit dans le Coran que le jeûne vous a été prescrit précisément afin de faire naître en vous la taqwâ. Le Prophète éminent, que la bénédiction et la paix d’Allah soient sur lui, a dit : Celui qui ne renonce pas au mensonge et aux actes mensongers, Allah n’a nul besoin qu’il renonce à manger et à boire. Il a également dit que nombreux sont les jeûneurs qui ne retirent de leur jeûne rien d’autre que la fatigue de la faim et de la soif.
La réalité de la zakat
L’importance de la zakat
Après la prière, le pilier le plus important de l’islam est la zakat. Comme le jeûne est généralement mentionné juste après la prière, beaucoup en sont venus à croire que le jeûne occupait la deuxième place après celle-ci. Mais il ressort du Kalām sacré qu’après la prière, c’est la zakat qui constitue l’œuvre la plus importante. Ces deux éléments sont les principaux piliers de l’islam ; s’ils sont détruits, le palais de l’islam s’effondre également en poussière.
La « zakat » signifie la purification et la propreté. Le fait de distribuer aux pauvres, aux nécessiteux et aux personnes dans le besoin une part déterminée de ses biens est appelé « zakat ». En effet, cela purifie l’ensemble des biens et, par la même occasion, l’âme de leur propriétaire. Celui qui ne dépense pas, pour les serviteurs d’Allah, la part déterminée des richesses qu’Allah lui a accordées voit tous ses biens devenir impurs ; de même, son esprit et son âme sont nécessairement souillés. Car son cœur ne contient pas la moindre trace de gratitude. Son cœur est si étroit, si égoïste et si avide d’argent qu’il répugne même à exprimer sa reconnaissance envers Allah, qui lui a généreusement accordé des richesses dépassant ses besoins. Peut-on penser qu’une telle personne puisse accomplir sincèrement, en ce monde, une œuvre pour Allah, ou qu’elle puisse être prête à consentir quelque sacrifice ou renoncement pour préserver sa religion et sa foi ? On peut donc affirmer sans le moindre doute que le cœur de celui qui ne s’acquitte pas de la zakat est impur et que, par la même occasion, les biens qu’il a accumulés sont eux aussi impurs.
En prescrivant la zakat comme obligation, Allah le Très-Haut a soumis chaque être humain à une épreuve difficile. Celui qui, de son plein gré, prélève sur ses richesses excédant ses besoins la part fixée par Allah et aide autant que possible les serviteurs d’Allah est précisément celui qui est apte à œuvrer pour Allah ; lui seul mérite d’être compté parmi les croyants. En revanche, celui dont le cœur est si étroit qu’il n’est pas prêt à consentir ne serait-ce qu’un tel sacrifice pour Allah ne peut accomplir aucune œuvre pour Allah ; il ne mérite pas d’être compté parmi la communauté islamique. En réalité, on peut le comparer à un organe pourri du corps humain ; plus tôt on coupe et sépare un organe pourri, plus cela est bénéfique aux autres parties du corps. Sinon, la putréfaction commencera à gagner tout le corps. C’est pourquoi, après le décès de Hazrat Muhammad (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui), lorsqu’une tribu arabe refusa de s’acquitter de la zakat, Hazrat Abu Bakr as-Siddiq, qu’Allah l’agrée, alors premier calife, déclara la guerre contre eux, exactement comme on la mène contre les mécréants. Pourtant, ils accomplissaient la prière et possédaient la foi en Allah et en Son Messager. Cela prouve de manière irréfutable que, si une personne ne s’acquitte pas de la zakat, aucune de ses œuvres — prière, jeûne, etc. — ne peut être acceptée par Allah, et que la prétention d’une telle personne à être croyante n’a absolument aucune valeur.
Le Noble Coran permet de savoir avec certitude que, depuis les temps anciens, l’ordre strict d’accomplir la prière et de s’acquitter de la zakat avait été donné de manière égale à toutes les communautés de chaque prophète ; dans aucun domaine de la religion islamique, à l’époque d’aucun prophète, aucun musulman n’a été dispensé de la prière et de la zakat. Après avoir évoqué Hazrat Ibrahim, que la paix soit sur lui, et les prophètes issus de sa descendance, il est dit dans le Saint Coran :
وَجَعَلْنَاهُمْ أَئِمَّةً يَهْدُونَ بِأَمْرِنَا وَأَوْحَيْنَا إِلَيْهِمْ فِعْلَ الْخَيْرَاتِ وَإِقَامَ الصَّلَاةِ وَإِيتَاءَ الزَّكَاةِ ۖ وَكَانُوا لَنَا عَابِدِينَ
Nous avons fait d’eux des guides pour les hommes ; ils les dirigeaient et les guidaient selon Nos commandements. Par la révélation, Nous leur avons ordonné de faire le bien, d’accomplir la prière et de s’acquitter de la zakat ; et ils Nous adoraient sincèrement et obéissaient à Nos commandements. Sourate Al-Anbiya : 73
Au sujet de Hazrat Ismaïl, que la paix soit sur lui, il est dit :
وَكَانَ يَأْمُرُ أَهْلَهُ بِالصَّلَاةِ ص وَالزَّكَاةِ وَكَانَ عِندَ رَبِّهِ مَرْضِيًّا
« Il ordonnait à ses gens d’accomplir la prière et de s’acquitter de la zakat, et il jouissait d’un rang éminent auprès d’Allah. » Sourate Maryam : 55
Hazrat Moussa, que la paix soit sur lui, avait invoqué pour lui-même : « Ô Allah ! Accorde-moi le bien dans ce monde et accorde-moi également le bien dans l’au-delà. » En réponse, Allah avait dit dans la sourate Al-A‘raf, au verset 156 :
عَذَابِي أُصِيبُ بِهِ مَنْ أَشَاءُ ۖ وَرَحْمَتِي وَسِعَتْ كُلَّ شَيْءٍ ۚ فَسَأَكْتُبُهَا لِلَّذِينَ يَتَّقُونَ وَيُؤْتُونَ الزَّكَاةَ وَالَّذِينَ هُم بِآيَاتِنَا يُؤْمِنُونَ
« Je châtierai qui Je voudrai. Bien que Ma miséricorde s’étende à toute chose, Je la réserverai toutefois à ceux qui Me craindront, s’acquitteront de la zakat et croiront en Mes signes. » Sourate Al-A‘raf : 156
Les gens du peuple de Hazrat Moussa, que la paix soit sur lui, avaient le cœur extrêmement étroit. Ils n’hésitaient pas à risquer leur vie pour acquérir des richesses. Les Juifs de notre époque en sont l’exemple concret. C’est pourquoi Allah Tout-Puissant déclara clairement, en réponse à la prière de cet illustre et noble prophète, que si sa communauté s’acquittait comme il se doit de la zakat, elle pourrait obtenir Sa miséricorde ; sinon, qu’elle sache clairement qu’elle serait certainement privée de Sa miséricorde et que Son châtiment l’encerclerait. Même après Hazrat Moussa (que la paix soit sur lui), les enfants d’Israël furent maintes fois avertis à ce sujet. On leur fit maintes fois prendre l’engagement de n’adorer nul autre qu’Allah et d’accomplir régulièrement la prière et de s’acquitter de la zakat. (Sourate Al-Baqara, section : 10.) Finalement, un avertissement explicite leur fut adressé en ces termes :
وَقَالَ اللهُ اِنِّي مَعَكُمْ لَئِنْ اَقَمْتُمُ الصًّلوةَ وَاتَيْتُمْ الزَّكوةَ وَامْنْتُمْ بِرُسُلِىِ وَعَزَّرتُمُوْهُمْ وَاَقْرَضْتُمْ اللهَ قَرْضًا حَسَنًا لاَّكَفِّرَنَّ عَنْكُمْ سَيَّاتِكُمْ ـ المائِدة : ١٢
Allah dit : « Ô peuple d’Israël ! Si vous accomplissez la prière, continuez à vous acquitter de la zakat, croyez en Mes messagers, les soutenez et accordez à Allah un prêt généreux, alors Je serai avec vous et J’effacerai vos fautes et vos manquements (sinon, vous ne pouvez espérer obtenir la moindre miséricorde). » Sourate Al-Ma’ida : 12
Avant le Noble Messager, Hazrat Issa, que la paix soit sur lui, était le dernier prophète. Allah Tout-Puissant lui avait également prescrit simultanément la prière et la zakat. Il est dit dans la sourate Maryam :
وَّجَعَلّنِى مُبرَكًا اَيْنَا مَاكُنْتُ وَاَوْضنِى بَالصَّلوةِ وَالزَّكوْةِ مَادُمْتُ حَيًا ـ مريم : ٣١
« Allah m’a honoré et m’a ordonné de prier et de verser la zakat où que je sois et aussi longtemps que je vivrai. » Sourate Maryam : 31
Il est donc indubitable que la religion de l’islam, à l’époque de chaque prophète, reposait sur ces deux piliers que sont la prière et la zakat. Aucun peuple croyant en Allah n’a jamais été dispensé de ces deux devoirs.
Il est digne d’être médité de quelle manière, dans la charia présentée par le noble Messager (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui), ces deux obligations ont été rendues liées l’une à l’autre et indissociables. Le tout premier verset mentionné dans le Noble Coran est le suivant :
ذَلِكَ الْكِتبُ لاَرَيْبَ فِيْهِ هُدًى لِّلْمُتَّقِيْنَ ـ الَّذِيْنَ يُؤِْنُوْنَ بِالْغِيْبِ وَيُقِيْمُوْنَ الصَّلوةَ وَمِمَّا رَزَقْنَهُمْ يُنْفِقُوْنَ ـ البقرة :
٢ -٣
« Ce Coran est le Livre d’Allah ; il n’y a place pour aucun doute en lui. Il guide vers le droit et juste chemin de la vie terrestre les pieux, ceux qui craignent Allah. Les pieux sont ceux qui croient à l’invisible, accomplissent la prière et dépensent une partie de la subsistance que Nous leur avons accordée. » Sourate Al-Baqara : 2-3
Puis il est dit :
أُوْلَـٰٓٮِٕكَ عَلى هُدًى مِّنْ رَّبِهِمْ وَاُولئِكَ هُمُ الْمُفْلِحُوْنَ ـ البقرة : ٥
« En vérité, ceux-là ont reçu la guidée de leur Seigneur, et ce sont eux qui réussiront. » Sourate al-Baqara : 5
Autrement dit, ceux qui n’ont pas la foi et n’accomplissent pas la prière ni ne s’acquittent de la zakat sont privés non seulement de la guidée d’Allah, mais le bien-être et la réussite ne leur seront pas accordés. Puis, en poursuivant la lecture de la sourate al-Baqara, avancez encore ; quelques pages plus loin, il est ordonné :
وَأَقِيمُوا الصَّلَاةَ وَآتُوا الزَّكَاةَ وَارْكَعُوا مَعَ الرَّاكِعِينَ ـ البقرة : ٤٣
« Accomplissez la prière, acquittez-vous de la zakat et inclinez-vous avec ceux qui s’inclinent (accomplissez la prière en assemblée). » Sourate al-Baqara : 43
Puis, en avançant encore quelque peu, il est dit dans cette sourate :
لَيْسَ الْبِرَّ اَنْ تُوْلُّوْا وَجُوْهَكُمْ الْمَشْرِقِ وَالْمَغْرِبِ وَلكِنَّ البِرَّ مَنْ امَنَ بِاللهِ وَالْيُوْمِ الاخِرِ وَالْمَلئِكَةِ وَالْكِتبِ وَالنَّبِيْنَ وَاَتَى الْمَالَ عَلى حُبِّه ذَوِى الْقُرْبى وَالْيَتمى وَالْمَّسْكِيْنَ وَاَبْنَ السَّآئِلِيْنَ وَفِى ارِّقَابِ وَاَقامَ الصَّلوةَ وَاَتَى الزَّكوةَ وَالْمُؤْفُوْنَ بَعَهْدِهِمْ اِذَا عَهدُوْا الرِّقَابِ وَاَقَامَ الصَّلوَةَ وَاَتَى الزَّكوَةَ وَالْمُؤْفُوْنَ بَعَهْدِهِمْ اِذَا عَهدُوْا وَالصَّبِرِيْنَ فِى الْبَاسَآءِ وَالضَّرَّاءِ وَحَيْنَ الْبَاسِ اُوْلئِكَ الَّذِيْنَ صَدَقُوْا وَاُوْلئِكَ هُمْ الْمُتَّقُوْنَ ـ البقرة : ٧ ١٧
« Ce n’est pas faire le bien que de se tourner vers l’est ou l’ouest ; mais celui qui croit en Allah, au Jour dernier, aux anges, aux Livres célestes et aux prophètes, qui, par amour pour Allah, donne de ses biens à ses proches nécessiteux, aux orphelins, aux indigents, aux voyageurs et aux mendiants, qui aide les autres à se libérer de leurs dettes, de l’esclavage ou de la captivité, qui accomplit la prière et s’acquitte de la zakat, ceux-là seuls peuvent obtenir le bien. Et ceux qui tiennent leurs promesses, qui font preuve de patience dans l’épreuve, les pertes et les guerres, et qui restent fermement attachés à la voie véridique d’Allah, ceux-là sont les vertueux. Ce sont eux les véritables musulmans, les muttaqî et les pieux. » Sourate al-Baqara : 177
Ensuite, il convient également de prêter attention à ce qui est dit à ce sujet dans la sourate al-Mâ’idah :
اِنَّمَا وَلَيُّكُمُ اللهُ وَرَسُوْلُهُ وَالَّذِيْنَ امَنُوْا الَّذِيْنَ يُقِيْمُوْنَ الصَّلوةَ وَيُؤْتُوْنَ الزَّكوةَ وَهُمْ رِكِعُوْنَ ـ وَمَنْ يَّتَوَلَّ اللهَ وَرَسُوْلَهُ وَالَّذِيْنَ امَنُوْا فِانَّ حِزْبَ اللهِ هُمُ الْغلِبُوْنَ ـ المائِدَة : ٥٥-٥٦
« Musulmans ! Vos véritables amis et protecteurs ne sont autres qu’Allah, Son Messager et les croyants. Par croyants, on entend ceux qui accomplissent la prière, s’acquittent de la zakat et s’inclinent devant Allah. Ainsi, ceux qui prennent Allah, le Messager et les croyants pour amis seront considérés comme appartenant au parti d’Allah, et c’est le parti d’Allah qui remportera assurément la victoire. » — Sourate al-Mâ’idah : 55-56
Ce verset énonce un principe fondamental important. Premièrement, il ressort de ce verset que sont musulmans ceux qui accomplissent la prière et s’acquittent de la zakat. La prétention à être croyant de celui qui ne s’acquitte pas correctement de ces deux piliers de l’islam est essentiellement mensongère. Deuxièmement, ce verset prouve également qu’Allah, le Messager et les croyants appartiennent à un même parti. Les croyants doivent donc rompre toutes leurs autres formes de relations et rejoindre ce parti. Si un musulman prend pour ami une personne extérieure à ce parti — qu’elle soit son père, son frère, son fils, son voisin, son compatriote ou qui que ce soit d’autre — et noue avec elle des liens d’amour et de sympathie, il ne peut absolument pas espérer qu’Allah Très-Haut se montrera compatissant envers lui. Enfin, ce verset nous apprend aussi que les croyants ne peuvent triompher en ce monde que lorsqu’ils prennent sincèrement Allah, le Messager et les croyants seuls pour protecteurs, amis, soutiens et compagnons.
Un peu plus loin, dans la sourate at-Tawbah, Allah Très-Haut ordonne aux musulmans de combattre les mécréants et les polythéistes, puis leur donne, dans plusieurs rukû consécutifs, des directives concernant cette guerre. À ce propos, il est dit :
فَاِنْ تَابُوْا وَاَقَامُوْا الصَّلوةَ وَاتَوُا الزَّكوةَ فَاِخْوَانَكُمْ فِىْ الدِّيْنِ ـ
« S’ils se repentent de la mécréance et du polythéisme, embrassent sincèrement la foi, accomplissent la prière et s’acquittent de la zakat, ils deviendront vos frères dans la religion. » — Sourate at-Tawbah : 11
Autrement dit, il ne suffit pas de se repentir seulement de la mécréance et du polythéisme et de déclarer avoir embrassé la foi ; pour prouver qu’une personne s’est repentie de la mécréance et du polythéisme et qu’elle a réellement embrassé la foi, il est également indispensable qu’elle accomplisse régulièrement la prière et s’acquitte de la zakat. Ainsi, si, par de tels actes concrets, ils manifestent cette réalité, ils sont certainement vos « frères dans la religion » ; sinon, loin de les considérer comme des frères, il ne sera même pas possible de cesser de les combattre. Cette sourate précise encore davantage :
وَالْمُؤْمِنُوْنَ وَالْمُؤْمِنتُ بَعْضُهُمْ اَوْلِيْآَءُ بَعْضٍ يَامُوْرُونَ بِامُرُوْنَ بَالْمَعْرُوْفِ وَيَنْهَوْنَ عَنِ الْمُنْكَرِ وَيُقِيْمُوْنَ الصَّلوةَ وَيُؤْتُوْنَ الزَّكوةَ وَيُطِيْعُوْنَ اللهَ وَرَسُوْلَهُ اُوْلئِكَ سَيَرْحَمُهُمُ اللهُ ـ التوبية : ٧١
« Les hommes croyants et les femmes croyantes sont en réalité amis et soutiens les uns des autres. Leur identité et leur caractéristique sont qu’ils ordonnent le bien, empêchent le mal et le péché, accomplissent la prière, acquittent la zakât et suivent les prescriptions d’Allah et de Son Messager. En vérité, c’est à eux qu’Allah accordera Sa miséricorde. » Sourate At-Tawbah : 71
Autrement dit, tant qu’une personne n’aura pas embrassé la foi et accompli effectivement la prière et la zakât, elle ne pourra pas être considérée comme un frère religieux des musulmans. En réalité, c’est de l’union de ces trois choses — la foi, la prière et la zakât — que se constitue la communauté des croyants. Ceux qui accomplissent correctement ces actes appartiennent à cette communauté bénie, et c’est entre eux que s’établiront des relations d’amitié, d’affection et de compassion. Quant à ceux qui n’accomplissent pas ces trois actes, ils n’appartiennent pas à cette communauté. Même s’ils portent un nom musulman, ils ne peuvent être intégrés à la communauté islamique. Si l’on noue alors avec eux des relations d’amitié, d’amour et d’affection, on enfreindra la loi d’Allah et l’on désorganisera ainsi le parti d’Allah. Comment ces gens pourraient-ils donc espérer rester victorieux en ce monde ?
En avançant encore, on trouve dans la sourate Al-Hajj qu’Allah Tout-Puissant a dit :
وَلَيَنْصُرَنَّ اللهُ مَنْ يَّنْصُرُهُ اِنَّ اللهَ لَقَوِي عَزِيْزٌ ـ اَلَّذِيْنَ اِنْ مَّكَّنّهُمْ فِى الاَرْضِ اَقَامُوْا الصَّلوةَ وَاَتَوُا الزَّكوةَ وَاَمَرُوْنَ بِالْمَعْرُوْفِ وَنَهَوْا عَنِ الْمُنْكَرِۗ وَلِلهِ عَاقِبَةُ الاُمُوْرِ ـ الحج ـ ٤٠-٤١
« Celui qui aidera Allah, Allah l’aidera certainement. Allah Tout-Puissant est très fort et pleinement victorieux. (Seuls peuvent aider Allah) ceux auxquels Nous accordons le pouvoir sur terre : ils établissent le système social de l’accomplissement de la prière, acquittent la zakât de manière générale, ordonnent aux gens le bien et les empêchent de commettre le mal et l’injustice. En vérité, l’issue de toute chose dépend d’Allah. » — Sourate Al-Hajj : 40-41
Dans ce verset, les musulmans ont reçu exactement la même directive que celle qui avait été donnée auparavant aux enfants d’Israël. Il avait été dit précédemment aux enfants d’Israël que, tant qu’ils accompliraient la prière, acquitteraient la zakât et continueraient à soutenir l’action des prophètes, c’est-à-dire à faire appliquer la loi d’Allah, Allah resterait leur allié et leur soutien. Mais dès qu’ils abandonneraient ces actes, Allah cesserait de leur accorder tout soutien. C’est précisément la même chose qui est dite aux musulmans dans ce verset. Allah leur a clairement annoncé que, s’ils acquièrent la puissance dans le monde, établissent un système social pour l’accomplissement de la prière et une organisation générale pour l’acquittement de la zakât, tout en propageant le bien et en combattant le mal, Allah les soutiendra. En vérité, nul ne peut être un soutien plus puissant qu’Allah. Mais si les musulmans abandonnent la prière et la zakât, puis, après avoir acquis la puissance dans le monde, propagent le mal au lieu du bien, s’efforcent de fermer la voie du bien au lieu d’éradiquer l’injustice, commencent à établir leur propre domination au lieu de faire triompher la parole d’Allah et considèrent que l’unique but du pouvoir consiste à lever des impôts pour se créer un paradis sur terre, alors le soutien d’Allah ne leur sera jamais accordé. Satan deviendra ensuite leur soutien. Il est étonnant de constater quelle grande leçon cela constitue ! Les enfants d’Israël avaient considéré cette parole donnée par Allah comme infondée et simplement verbale. C’est pourquoi, pour avoir agi à son encontre, ils doivent maintenant errer à travers le monde, humiliés et déshonorés. Ils sont expulsés de divers endroits et ne parviennent nulle part à trouver un refuge permanent. Ils constituent la communauté la plus riche du monde : des dizaines de milliards sont entassés dans leurs trésors, mais cet argent ne leur est d’aucune utilité. En adoptant, à la place de la prière, les mauvaises actions et, à la place de la zakât, la méthode maudite de l’usure, ils deviennent eux-mêmes maudits auprès d’Allah d’un côté, tandis que, de l’autre, ils répandent cette malédiction dans toutes les régions du monde tels des rats porteurs de la peste. Les musulmans ont reçu le même commandement. Mais, sans y prêter attention, ils sont devenus négligents dans l’accomplissement de la prière et le paiement de la zakât, et ont oublié d’assumer leur responsabilité de propager la vérité et de combattre le mensonge et l’injustice en usant de la force accordée par Allah. Ils en ont également subi les conséquences amères de diverses manières. Ils ont été privés du pouvoir d’État, le plus élevé et le plus puissant du monde. À travers le monde entier, ils sont victimes de l’oppression de toutes les forces tyranniques. Ils sont faibles et vaincus. Vous avez vu les conséquences néfastes de l’abandon de la prière et de la zakât. À présent, un groupe de ces gens (parmi les enfants d’Israël) s’est formé et est déterminé à introduire chez les musulmans l’impudeur, l’obscénité, l’absence de voile et les actes répugnants. Ils disent aux musulmans : « Si vous voulez mettre fin à vos difficultés financières, ouvrez des banques et des compagnies d’assurance, et mangez de l’usure à satiété. » Mais la vérité est que, si les musulmans se livrent eux aussi à ces pratiques, ils seront précipités, comme les Juifs, dans une terrible épreuve d’humiliation extrême et seront maudits d’une malédiction éternelle.
Qu’est-ce que la zakât, et quelle grande force Allah Tout-Puissant y a-t-Il placée ? Bien que les musulmans la considèrent comme une chose tout à fait ordinaire, je traiterai en détail, dans les articles suivants, des immenses bénéfices qu’elle recèle. Dans cet article, je veux seulement dire ceci : la prière et la zakât sont des éléments absolument fondamentaux de l’islam. Leur importance est si grande en islam que, là où elles sont absentes, quels que soient les autres éléments présents, il est certain que l’islam lui-même n’est pas présent. Pourtant, de nombreux musulmans veulent aujourd’hui être considérés comme musulmans sans accomplir la prière ni acquitter la zakât, et certains de leurs prétendus guides religieux leur ont même donné des assurances à ce sujet. Mais le Coran s’oppose avec force à leurs prétentions. Si une personne récite la profession de foi, mais n’accomplit ni la prière ni la zakât pour en prouver la véracité, alors, du point de vue du Coran, sa récitation de cette profession de foi est totalement dépourvue de sens. C’est pour cette raison que le vénérable Abou Bakr, qu’Allah l’agrée, considéra comme mécréants ceux qui refusaient de payer la zakât et prit les armes contre eux. Les Compagnons avaient alors commencé à se demander s’il était permis de mener le jihâd contre ceux qui reconnaissaient Allah et Son Messager et accomplissaient également la prière. Mais lorsque le vénérable Abou Bakr, qu’Allah Tout-Puissant avait honoré d’un rang proche de celui de la prophétie, déclara fermement : « Par Allah, si quelqu’un refuse aujourd’hui de donner, au sujet de la zakât, ne serait-ce que la corde avec laquelle on attachait le chameau qu’ils donnaient du vivant du noble Messager, je prendrai les armes contre lui », tous les Compagnons finirent par comprendre la justesse de cette position et déclarèrent unanimement qu’il était obligatoire de mener le jihâd contre ceux qui ne paieraient pas la zakât. Le Noble Coran a déclaré en termes parfaitement clairs que ne pas donner la zakât est seulement l’œuvre des mécréants polythéistes qui ne croient pas à l’au-delà :
وَوَيْلٌ لِّلْمُشْرِكِيْنَ ـ الًّذِيْنَ لاَيُؤْتُوْنَ الزَّكوَةَ وَهُمْ بِالاخِرَةِ هُمْ كفِرُوْنَ ـ
« Ceux des associateurs qui ne s’acquittent pas de la zakât et nient l’au-delà : leur ruine est inévitable. » — Sourate Hâ-Mîm as-Sajda : 6-7
L’essence de la zakât
Il a été dit précédemment qu’après la prière, le pilier le plus important de l’islam est la zakât. Son importance est telle que, de même que celui qui nie la prière devient mécréant, celui qui refuse de s’acquitter de la zakât ne devient pas seulement mécréant : tous les nobles Compagnons, unanimement, lui ont même fait la guerre sainte.
Je vais ici tenter d’exposer la véritable nature de la zakât ainsi que sa sagesse profonde. Cette étude montrera clairement ce qu’est fondamentalement la zakât et pourquoi l’islam lui accorde une si grande importance.
Beaucoup de gens parmi nous nouent des relations d’amitié avec n’importe qui. Pourtant, lorsqu’ils reconnaissent quelqu’un comme leur ami, ils sont souvent réellement trompés dans cette relation. Par la suite, ils doivent éprouver une grande tristesse et de grands regrets. En réalité, les gens intelligents examinent et mettent soigneusement à l’épreuve ceux qu’ils fréquentent ; après cette épreuve, ils n’établissent des liens d’amitié qu’avec ceux qu’ils estiment être de bonnes personnes, dignes de confiance, sincères et fiables, et ils rompent leurs relations avec les autres.
Allah Tout-Puissant est le plus sage et le plus savant de tous. Comment pourrait-on espérer qu’Il fasse de n’importe qui Son ami, l’intègre à Son parti et lui accorde auprès de Lui l’honneur et le rang de proximité ? Lorsqu’une personne raisonnable n’accepte pas de se lier d’amitié avec quelqu’un sans l’avoir éprouvé et examiné, comment Allah Tout-Puissant, qui possède exclusivement toute connaissance et toute intelligence, pourrait-Il reconnaître quelqu’un comme Son ami sans l’avoir soigneusement examiné et éprouvé ? Les centaines de millions d’êtres humains dispersés de par le monde, parmi lesquels se trouvent toutes sortes de personnes, bonnes ou mauvaises, ne peuvent pas tous être intégrés indistinctement et sans exception au parti d’Allah. C’est pourquoi Allah Tout-Puissant veut examiner, selon des critères précis et à travers des situations et des épreuves particulières, ceux qu’Il souhaite établir comme Ses lieutenants sur terre et auxquels Il veut accorder Sa proximité dans l’au-delà. Seuls ceux qui réussiront convenablement cette épreuve pourront être comptés parmi le parti d’Allah ; ceux qui n’y parviendront pas s’en éloigneront eux-mêmes et sauront clairement qu’ils n’ont pas été capables de prouver qu’ils méritaient d’être admis au parti d’Allah. Quelle est donc cette pierre de touche au moyen de laquelle les hommes sont éprouvés ? Puisqu’Allah Lui-même est le plus savant et le plus intelligent de tous, Il veut d’abord mettre à l’épreuve l’intelligence et le savoir de l’homme. Il observe tout particulièrement s’il possède une certaine intelligence ou s’il est totalement dénué de raison. En effet, les insensés ne peuvent jamais devenir les amis des gens intelligents et savants. (Quant aux ignorants et aux insensés, ils ne peuvent en aucune manière et à aucun moment être les amis d’Allah.) Celui qui, en observant les signes de l’existence d’Allah, comprend qu’Il est son Maître et son Créateur, qu’en dehors de Lui il n’existe aucun dieu, aucun Seigneur, aucun être qui entende les prières ni aucun autre secoureur ; celui qui, en considérant la Parole d’Allah, peut reconnaître qu’elle est bien la Parole d’Allah et croit fermement qu’elle ne peut être la parole de personne d’autre ; celui qui saisit correctement les différences fondamentales entre la vie, les actes et l’enseignement des vrais prophètes et ceux des faux prophètes, qui sait reconnaître, parmi ceux qui prétendent à la prophétie, le véritable prophète comme un prophète envoyé par Allah et un guide vers le chemin de la vérité, et qui sait identifier le faux prophète comme un dajjâl et un imposteur : seul cet homme possède l’aptitude à réussir cette épreuve. Allah Tout-Puissant le choisit parmi des centaines de millions de personnes et le compte au nombre des candidats élus de Son parti. Quant à ceux qui échouent à la première épreuve, Il les abandonne.
Les candidats qui réussissent cette première épreuve doivent ensuite affronter une deuxième épreuve. Lors de cette seconde épreuve, on examine, en même temps que l’intelligence de l’homme, la force de son caractère moral. Il s’agit de déterminer s’il possède l’aptitude et la force nécessaires pour reconnaître les œuvres de vérité et de vertu, les accepter et agir en conséquence, ainsi que pour reconnaître les œuvres injustes et pécheresses, puis les abandonner. On vérifie si cet individu n’est pas l’esclave de ses passions, l’imitateur aveugle de ses ancêtres, ni le serviteur des coutumes familiales et des usages courants de ce monde. Ne possède-t-il pas la faiblesse de continuer à commettre un acte tout en sachant qu’il est contraire à la loi d’Allah et en le considérant comme mauvais ? À l’inverse, on vérifie également s’il possède le courage moral d’accepter une chose lorsqu’il sait qu’elle est agréée par Allah et vraie. Ceux qui échouent aussi à cette épreuve ne sont pas intégrés au parti d’Allah. Seuls peuvent appartenir au parti d’Allah ceux au sujet desquels Allah Tout-Puissant a dit :
فَمَنْ يَّكْفُرْ بِالطَّاغُوْتِ وَيُؤْمِنْ بِاللهِ فَقَدِ اسْتَمْسَكَ بِالْعُرُوةِ الْوُثقى لاَ اَنْفِصَامَ لَهَا ـ
Autrement dit, ceux qui abandonnent courageusement les lois et les voies contraires aux prescriptions d’Allah ainsi que leurs législateurs, qui ne se soucient de personne à ce sujet et qui se préparent sans crainte à vivre uniquement conformément aux prescriptions données par Allah, sans accorder la moindre importance au fait que cela plaise ou déplaise à qui que ce soit, se sont fermement attachés à une chaîne solide qui ne se rompra jamais.
Ceux qui réussissent cette épreuve doivent se préparer à la troisième. Une première épreuve porte sur la disposition à suivre Allah et à Lui obéir. À ce moment-là, il est ordonné : chaque fois qu’un ordre émanant de Moi vous sera donné, vous devrez aussitôt quitter votre sommeil et vous présenter devant Moi ; vous devrez abandonner vos activités, vos intérêts personnels et ce qui vous plaît, renoncer à la joie et au plaisir, venir et accomplir convenablement le devoir qui vous aura été fixé. Qu’il fasse chaud, froid ou quoi que ce soit d’autre, vous devrez, en tout temps, répondre à l’appel dès que vous l’entendrez ; vous devrez, en supportant toutes les peines et toutes les souffrances, vous présenter devant Moi et accomplir votre devoir. De même, lorsque Je vous ordonnerai de vous abstenir de boire et de manger du matin au soir et vous interdirai de satisfaire les désirs du nafs, vous devrez observer pleinement cet ordre, quelles que soient les souffrances insupportables causées par la faim et la soif, et quelle que soit la quantité de boissons douces et d’aliments délicieux entassés devant vous. À ceux qui échouent à cette épreuve, il est également dit : « Vous ne pouvez pas accomplir Mon œuvre. » Et seuls ceux qui réussissent aussi la troisième épreuve sont sélectionnés. Car on peut espérer qu’eux seuls seront capables d’observer convenablement, en secret comme au grand jour, les prescriptions qui seront révélées de la part d’Allah, dans toutes les situations, qu’il s’agisse de leurs intérêts et de leurs gains, du bonheur ou des peines et des difficultés.
Ensuite vient la quatrième épreuve : sacrifier les biens matériels de l’homme. Même ceux qui avaient réussi la troisième épreuve ne s’étaient pas encore montrés dignes d’être nommés définitivement au service d’Allah. Car leur cœur était petit, étroit, dépourvu de courage et de vigueur, et vil. On trouve certes d’innombrables personnes qui, en paroles, proclament hautement leur amitié et leur amour ; mais il reste encore à vérifier si elles sont prêtes à dépenser l’argent de leur poche pour un ami. Elles ne ressemblent pas à ces gens qui répètent avec ferveur « mère, mère » et qui ne reculent même pas devant une querelle pour cette mère, mais qui, lorsque celle-ci entre dans un champ sous l’apparence d’un animal, la chassent avec un bâton et la frappent jusqu’à lui arracher la peau. Même une personne douée d’un peu de bon sens ne peut accepter comme ami un individu aussi égoïste, adorateur de l’argent et étroit d’esprit. Et même une personne au cœur très généreux ne serait pas disposée à accorder la moindre considération à un tel individu. Alors, comment celui qui n’est pas prêt à dépenser dans la voie d’Allah les biens que le Très-Haut lui a donnés pourrait-il le faire ? Et comment Allah, si intelligent et si sage, pourrait-Il intégrer dans Son groupe un individu dont l’amitié et l’amour ne sont que des paroles creuses et sur lequel on ne peut compter le moins du monde pour aucune tâche ? C’est pourquoi il est aussi clairement dit à ceux qui échouent à cette quatrième épreuve : « Vous n’avez aucune place dans le groupe d’Allah ; vous êtes également incapables. Vous n’êtes pas aptes à assumer l’immense responsabilité confiée au calife d’Allah. » Seuls peuvent être admis dans ce groupe ceux qui, par amour pour Allah, sont capables de sacrifier d’un cœur sincère l’amour de leur vie et de leur personne, de leurs biens, de leurs enfants, de leur lignée et de leur famille, de leur pays et de toute chose :
لَنْ تَنَالُوْا الْبِرَّ حَتّى تُنْفِقُوْا مِمَّا تُحِبُّوْنَ ـ ال عمران : ٩٢
« Vous n’atteindrez jamais le plus haut degré de piété et de noblesse tant que vous ne dépenserez pas, pour Allah, ce que vous aimez le plus. » — Sourate Al ‘Imran, 92
Dans le groupe d’Allah, les gens étroits d’esprit n’ont absolument aucune place ; seuls les êtres généreux, au cœur noble et élevé, peuvent rejoindre ce groupe.
وَمَنْ يُّوْقَ شُحَّ نَفْسِه فَأُوْلئِكَ هُمُ الْمُفْلِحُوْنَ ـ التغابن : ١٦
« Seuls ceux qui ont pu surmonter l’étroitesse d’esprit et l’avarice peuvent obtenir le bien-être intégral. » — Sourate At-Taghabun : 16
Ne peuvent être admises dans le parti d’Allah que les personnes qui, même si quelqu’un leur manifeste de l’hostilité, les afflige, leur cause du tort ou leur brise le cœur en morceaux, ne refuseront pas, uniquement dans le but d’obtenir l’agrément d’Allah, de leur donner la nourriture nécessaire et les vêtements qu’ils portent, et n’hésiteront pas non plus à les aider dans les moments de danger :
وَلاَ يَاتَلِ اُوْلُوْا الْفَضْلِ مِنْكُمْ وَالسَّعَةِ اَنْ يُّؤْتُوْا اُوْْلِى الْقُرْبى وَالْمَسكِيْنَ وَالْمُهجِرِيْنَ فِى سَبِيْلِ اللهِ وَلْيَعْفُوا وَاْيَصْفَحُوْا اَلاَ تَحِبُّوْنَ اَنْ يَّغْفِرَ اللهُ لَكُمْ وَ اللهُ غَفُوْرٌ رَّحِيْمٌ ـ النور : ٢٢
« Que ceux d’entre vous qui jouissent de grandeur et de moyens ne cessent pas d’aider leurs proches, leurs parents, les pauvres et les nécessiteux, ainsi que ceux qui ont émigré dans le chemin d’Allah (par irritation à leur égard pour une faute quelconque). Il vaut plutôt mieux leur pardonner. N’aimez-vous pas qu’Allah vous pardonne ? Or Allah est certes le plus grand Pardonneur et le plus Miséricordieux. »¹ — Sourate An-Nur : 22
Ce groupe a besoin de personnes qui dépensent exclusivement pour Allah, en choisissant les meilleures choses parmi les biens qu’Allah leur a accordés :
يَآ يُّهَا الَّذِيْنَ امَنُوْا اَنْفِقُوْا مِنْ طَيِّبتِ مَاكَسَبْتُمْ وَمِمَّا اَخْرَجْنَا لَكُمْ مِّنْ الاَرْضِ وَلاَ تَيْمَّمُوْا الْخَبِيْثَ مِنْهُ تُنْفِقُوْنَ ـ الرقرة : ٢٦٧
« Ô vous qui croyez ! Dépensez, dans le chemin d’Allah, les meilleures choses provenant des biens que vous avez acquis vous-mêmes et de la subsistance que Je vous ai accordée de la terre. Ne dépensez pas dans ce chemin des choses mauvaises. » — (Sourate Al-Baqara : 267)
1. Lorsqu’un homme cher à Hazrat Abou Bakr — qu’Allah l’agrée — participa à la propagation de calomnies concernant la moralité de sa fille, Hazrat Aïcha — qu’Allah l’agrée —, Hazrat Abou Bakr — qu’Allah l’agrée —, mécontent de lui, cessa de lui apporter son aide financière. C’est alors que ce verset fut révélé. Dès sa révélation, il trembla, pris de crainte, et dit : « Je demande pardon à Allah. » Il rétablit aussitôt son aide financière à cet homme.
Il faut ici des hommes à l’âme noble qui, malgré les conditions insupportables de leurs propres privations, de leur pauvreté et de leur dénuement, et bien qu’ils aient eux-mêmes des besoins indispensables, ne considèrent pas comme vain de dépenser de l’argent dans la voie d’Allah. Au contraire, ils croiront fermement que tout ce qui est dépensé dans la voie d’Allah, Il en accordera la meilleure récompense ici-bas et dans l’au-delà. C’est pourquoi ils ne dépensent que dans le but d’obtenir l’agrément d’Allah. Que leur générosité soit connue dans le monde ou non, que quelqu’un les remercie pour leur don ou non, cela ne les préoccupe nullement :
وَمَا تُنْفِقُوْا مِنْ خَيْرٍ فَلاَنْفُسِكُمْ وَمَا تُنْفِقُوْنَ اِلاَّ ابْتِغَاءَ وَجْهِ اللهِ وَمَا تُنْفِقُوْا مِنْ خَيْرٍ يُّوْفَّ اِلَيْكُمْ وَاَنْتُمْ لاَتُظْلَمُوْنَ ـ البقرة : ٢٧٢
« Tout ce que vous dépenserez dans la voie d’Allah contribuera à votre propre bien — à condition que, par cette dépense, vous ne cherchiez la satisfaction de personne d’autre qu’Allah. Ainsi, vous recevrez la pleine récompense de tout ce que vous donnerez pour le bien. Et, de ce point de vue, vous ne subirez pas la moindre injustice. » — Sourate Al-Baqara : 272
Il faut, dans le groupe d’Allah, des gens de cette nature calme, qui, même devenus riches et plongés dans le bonheur, n’oublient pas Allah. Même au milieu du bonheur et des plaisirs, dans de grands palais, ils n’oublieront pas Allah :
يَآيُّهَا الَّذِيْنَ امَنُوْا لاَتُلْهِكُمْ وَلاَ اَوْلاَدُكُمْ عَنْ ذِكْرِ اللهِ وَمَنْ يَّفْعَلِ ذلِكَ فَاوُلئِكَ هُمُ الْخسِرِوْنَ المنفقون : ٩
« Ô vous qui croyez ! Que vos biens et vos enfants ne vous détournent jamais de l’évocation d’Allah. Ceux qui, à cause de cela, oublient Allah sont véritablement les grands perdants. » — Sourate Al-Munafiqun : 9
Il est indispensable que les qualités décrites plus haut soient présentes chez les membres du groupe d’Allah. Sans cela, nul ne peut être compté parmi les amis d’Allah. En vérité, c’est une épreuve très dure et amère, non seulement pour le caractère moral de l’homme, mais aussi pour sa foi. Celui qui hésite à dépenser dans la voie d’Allah, qui considère une telle dépense comme une amende imposée à ses dépens, qui cherche à s’y soustraire par la ruse et la tromperie, ou qui, même après avoir dépensé quelque chose, veut apaiser son ego en faisant étalage de sa bienveillance envers les gens ou souhaite faire proclamer sa générosité dans le monde, de telles personnes ne peuvent en réalité avoir la moindre foi en Allah et en l’au-delà. Elles pensent que tout ce qu’elles ont fait pour Allah a été totalement vain. Elles considèrent leur propre bonheur et leur tranquillité, leur confort et leurs plaisirs, leurs intérêts personnels et leur renommée comme plus chers qu’Allah et que Son agrément. Pour elles, ce monde est toute la réalité. Même lorsqu’elles dépensent leur argent, il est indispensable qu’elles obtiennent ici-bas considération et renommée en échange. Car ce n’est qu’ainsi qu’elles peuvent recevoir ici même la contrepartie de leur argent. Sinon, si elles ont dépensé de l’argent sans que personne sache qu’untel a donné telle somme pour une bonne œuvre, tout cela devient dénué de sens. Le Noble Coran a clairement établi que de telles personnes ne peuvent servir à aucune œuvre d’Allah. Même si elles se proclament croyantes, elles ne le sont nullement ; elles sont au contraire des hypocrites manifestes. Les versets suivants en sont la preuve :
يَآيُّهَا الَّذِيْنَ امَنُوْا صَدْقتِكُمْ بَالْمَنَ وَالاَذي كَالَّذِى يُنْفِقُ مَالَهُ رِئَآ ءَ النَّاسِ وَلاَ يُؤْمِنُ بِاللهِ وَالْيُوْمِ الاخِرِ ـ البقرة : ٢٦٤
« Ô vous qui croyez ! Ne rendez pas vos aumônes vaines en faisant valoir votre faveur envers autrui ou en lui causant du tort, à l’instar de celui qui dépense son argent uniquement pour être vu des autres ou pour s’acheter une bonne réputation, et qui ne croit pas le moins du monde en Allah ni au Jour dernier. »
وَاَلَّذِيْنَ يَكْنِزُوْنَ الذَّهَبَ وَالْفِضَّةَ وَلاَيُنْفِقُوْنَهَا فِىْ سَبِيْلِ اللهِ فِبَشّرِهُمْ بِعَذَابِ اَلِيْمٍ ـ التوبة : ٣٤
« Annonce une terrible punition à ceux qui amassent l’or et l’argent et ne les dépensent pas dans la voie d’Allah. » — Sourate At-Tawba : 34.
لاَيَسْتَاْذِنُكَ الَّذِيْنَ يُؤْمِنُوْنَ بِاللهِ وَالْيَوْمِ الاخِرِ اَنْ يُّجَاهِدُوْنا يَاَمْوَالِهِمْ وَاَنْفٌسِهِمْ وَاللهُ عَلَيْمٌ بِالْمُتَّقِيْنَ ـ اِنَّمَا يَسْتَاذِنُكَ الَّذِيْنَ لاَيُؤْمِنُوْنَ بِاللهِ وَالْيَوْمِ الاخِرِ وَارْتَابَتْ قُلُبُهُمْ فَهُمْ فِىْ رَيْبِهِمْ يَتَرَدَّدُوْنَ ـ
« Ô Prophète ! Ceux qui croient en Allah et au Jour dernier ne demanderont jamais la permission de se soustraire au devoir de participer au jihad avec leurs personnes et leurs biens. Allah connaît parfaitement Ses serviteurs véritablement pieux. En revanche, ceux qui n’ont absolument aucune foi en Allah ni au Jour dernier peuvent présenter des excuses : le doute s’est solidement enraciné dans leur cœur et, plongés dans leur doute, ils hésitent. » — Sourate At-Tawba : 44-45
وَمَا مَنَعَهَمْ اَنْ تُقْبَلَ مِنْهُمْ نَفَقّهُمْ اِلاَّ اَنَّهُمْ كَفَرُوْا بِاللهِ وَرَسُوْلِه وَلاَ يَاتُوْنَ الصَّلوةَ اِلاَّ وُهُمْ كُسَالى وَلاَ يُنْفِقُوْنَ اِلاَّ وَهُمْ كرِهُوْنَ ـ
« Leurs dons dans la voie d’Allah ne peuvent être agréés pour la seule raison qu’en réalité ils ne croient ni en Allah ni au Messager ; ils viennent certes à la prière, mais à contrecœur, et ils donnent également de leur argent, mais avec une profonde répugnance. » — Sourate At-Tawba : 54
اَلْمُنفِقُوْنَ وَالْمُنفِقّتُ بَعْضُهُمْ مِّنْ بَعْضٍ يَامُرُوْنَ بِالْمُنْكَرِ وَيَنْهَوْنَ عَنِ الْمَعْرُوْفِ وَيقْبِضُوْنَ اَيْدِيْهِمْ نَسُوْا اللهَ فَنَسِيْهُمْ اِنَّ الْمُنفِقِيْنَ هُمْ الْفسِقُوْنَ ـ التوبة : ٦٧
« Les hommes hypocrites et les femmes hypocrites appartiennent tous au même groupe et s’entraident les uns les autres. Tous ordonnent le mal et s’efforcent d’éradiquer le bien et la vérité. Tous ont oublié Allah ; Il les a donc oubliés. Il ne fait aucun doute que ces hypocrites sont des fâsiq (des transgresseurs des limites fixées par Allah). » — Sourate At-Tawbah : 67
وَمَنْ الاَعْرَابِ مَنْ يَّتَّخِذُ مَايُنْفِقُ نَغْرَمًا ـ التوْبة : ٩٨
« Beaucoup de ces Arabes (hypocrites), même lorsqu’ils dépensent quelque chose dans la voie d’Allah, le font à contrecœur, comme s’ils s’acquittaient d’une amende. »
هآَ نْتُمْ هؤْلاَءٍ تُدْعَوْنَ لِتُنْفِقُوْا فِىْ سَبِيْلِ اللهِ فِمِنْكُمْ مَّنْ يَّبْخَلُ وَمَنْ يَّبْخَلْ فَانِّمَا يَبْخَلُ عَنْ نَّفْسِه وَاللهُ الْغَنِىُّ وَاَنْتُمْ الفُقَرَآءُ وَاِنْ تَتَوْلَّوْا يَسْتَبْدِلْ قَوْمًا غَيْرَكُمْ تُمَّ لاَيَكَوْنُوْا اَمْثَالَكُمْ ـ محمد : ٣٨
« Sachez que votre situation s’est tellement dégradée que, lorsqu’on vous demande de dépenser quelque chose dans la voie d’Allah, vous n’y êtes nullement disposés ; au contraire, beaucoup d’entre vous se mettent alors à lésiner. Pourtant, celui qui se montre avare dans ces œuvres ne fait que se nuire à lui-même par cette avarice. En réalité, Allah seul est riche, tandis que vous êtes tous pauvres et dépendants de Lui. Si vous n’êtes absolument pas disposés à dépenser vos biens dans la voie d’Allah, alors, en conséquence inévitable de cette faute, Allah Tout-Puissant établira à votre place un autre peuple. Celui-ci ne sera certainement pas avare comme vous. » — Sourate Muhammad : 38
En somme, la zakât est l’un des piliers de l’islam, et elle en constitue l’essence même. C’est une grave erreur de la considérer comme une taxe gouvernementale ordinaire. Car, en réalité, elle est l’âme de l’islam, sa force vitale. Le principal objectif de l’obligation de la zakât est de mettre la foi à l’épreuve. De même qu’une personne obtient un diplôme après avoir passé des examens successifs, Allah a fixé plusieurs épreuves afin de vérifier la foi des êtres humains ; chacun doit affronter ces épreuves. Lorsqu’une personne réussit une telle épreuve, y compris la quatrième — c’est-à-dire l’épreuve du don matériel —, elle devient alors un musulman véritable. Mais il faut se rappeler que ce n’est certainement pas la dernière épreuve.
Vient ensuite l’épreuve de la vie. J’en parlerai également plus tard. Mais parmi les différentes épreuves d’entrée fixées pour pénétrer dans les limites de l’islam — autrement dit, pour rejoindre le parti d’Allah —, la zakât est la dernière. Aujourd’hui, beaucoup répètent que les musulmans ont déjà entendu bien des sermons sur la dépense et le don d’argent, et qu’en cette période difficile de pénurie et de pauvreté, il faudrait plutôt leur prêcher de gagner et d’épargner quelque peu ; mais ils ne comprennent pas que la chose à laquelle ils font la moue est précisément cette essence vitale de l’islam. Et c’est l’absence de cette essence qui a conduit les musulmans jusqu’au degré ultime de la déchéance morale et financière. Ce n’est pas cette essence vitale qui les a déchus ; leur déchéance générale s’est produite uniquement parce que cette essence vitale est sortie de leur corps.
La place de la zakât dans la vie sociale
À divers endroits du Noble Coran, l’expression « infâq fî sabîlillâh » (dépenser dans la voie d’Allah) est employée pour expliquer la zakât, la sadaqa et autres œuvres similaires. Il est également dit à certains endroits que tout ce que vous dépensez dans la voie d’Allah sera conservé auprès d’Allah comme un qard hasan (un prêt). En un mot, cela revient précisément à prêter à Allah, et Allah devient débiteur envers les hommes. Il est aussi dit en de nombreux endroits qu’Allah se charge de vous rétribuer pour tout ce que vous donnez dans Sa voie : Il ne vous en rendra pas seulement l’équivalent, mais vous en accordera bien davantage.
Les paroles précitées du Noble Coran méritent véritablement réflexion. Le Maître des cieux et de la terre peut-Il jamais être dans le besoin ? Le Très Saint et Sublime Allah pourrait-Il avoir besoin d’emprunter de l’argent aux hommes ? Allah, le Souverain absolu et l’unique détenteur de trésors aux richesses innombrables, demanderait-Il aux hommes de lui prêter ce dont Il aurait besoin ? Jamais, cela est impossible. C’est par Ses dons que les êtres vivants et toutes les choses de ce monde subsistent ; c’est par les moyens de subsistance qu’Il accorde que les hommes vivent. Tout ce que possèdent les riches et les pauvres de ce monde est Son don. Du pauvre démuni au multimillionnaire, chacun dépend de Sa grâce. Mais Lui ne dépend de personne. Il n’a nul besoin d’emprunter aux hommes ni de tendre la main devant eux pour Lui-même. En réalité, c’est pour le bien des hommes et afin que les dépenses servent leurs intérêts qu’Il ordonne de dépenser. Il considère ces dépenses comme faites dans Sa voie ou comme un prêt. En vérité, cela constitue aussi une manifestation concrète de Sa sollicitude pour le bien des hommes ; c’est également une forme particulière de Sa grande grâce. Il dit : « Vous qui apportez une aide financière à certaines personnes de votre société, d’où pourraient-elles vous en donner la contrepartie ? C’est Moi qui en accorderai la récompense. Tout ce que vous donnerez aux orphelins, aux veuves, aux démunis, aux personnes frappées par le malheur et aux voyageurs sans ressources, inscrivez-le à Mon nom ; n’en réclamez pas le remboursement auprès d’eux, mais auprès de Moi. Je le rembourserai. Prêtez à vos frères pauvres, mais ne leur prenez pas d’intérêts et ne les mettez pas mal à l’aise ni dans l’embarras en les pressant. S’ils sont incapables de rembourser leur dette, ne les envoyez pas en prison civile pour cela, ne saisissez ni leurs vêtements ni le mobilier de leur maison, et ne chassez pas leurs enfants démunis de leur foyer pour les laisser sans abri. Car ce n’est pas à eux, mais à Moi, qu’incombe la responsabilité du remboursement de vos prêts. S’ils remboursent le capital, J’en percevrai les intérêts à leur place ; et s’ils ne peuvent même pas rembourser le capital, Je rembourserai le capital et les intérêts. Ainsi, bien que le bénéfice des dépenses que vous engagerez pour le bien des hommes dans vos œuvres de bien-être social vous revienne à vous-mêmes, cette faveur M’est accordée ; c’est Moi qui vous la rendrai avec son profit, en vous en faisant le compte complet. »
C’est ici que se manifeste pleinement la grâce du seul Allah Très-Haut, le Miséricordieux et le Souverain absolu : tout ce que possède l’humanité est Son don ; vous ne le recevez ni d’un autre lieu ni de quelqu’un d’autre. Vous puisez dans Ses trésors, mais tout ce que vous donnez, vous ne le donnez pas à Lui : vous le donnez à vos proches, à vos parents, à vos frères, à vos amis et aux membres de votre propre peuple. Ou bien vous le dépensez dans des œuvres de bien-être social, dont vous finissez vous-mêmes par recueillir les fruits. Mais observez l’infinie générosité de ce Donateur sublime : au sujet de tous ces dons, Il dit qu’ils Lui sont prêtés, qu’ils sont dépensés dans Sa voie, qu’ils Lui sont donnés — et que c’est Lui qui vous en accordera le fruit. En vérité, cette apothéose incomparable de la générosité ne sied qu’à Allah Très-Haut ; aucun être humain ne pourrait même l’imaginer.
Il convient de se demander pourquoi Allah Très-Haut a choisi cette méthode pour insuffler aux hommes la source de la générosité et de la libéralité. Plus on réfléchit à cette question, plus on saisit clairement le courant spirituel pur qui se trouve au cœur de l’enseignement élevé de l’islam ; le cœur s’écrie d’une voix exaltée : « Un enseignement aussi incomparable ne peut venir de nul autre qu’Allah. »
Tout le monde sait que l’être humain naît naturellement quelque peu injuste et ignorant. Sa vision est extrêmement étroite ; elle ne porte pas très loin. Son cœur est très petit et il accueille fort peu de conceptions vastes et élevées. L’homme est terriblement égoïste, mais même au sujet de cet égoïsme, il ne peut concevoir dans son esprit une vision large et étendue. L’homme veut tout obtenir immédiatement :خَلَقَ الاِنْسَانَ مِنْ عَجَلٍ ـIl s’efforce d’obtenir aussi vite que possible le fruit et l’issue de chaque action. Le résultat qui se présente immédiatement à lui et qu’il peut voir de ses propres yeux est, pour lui, le seul résultat et la seule conséquence. Sa vision n’atteint nullement les conséquences à long terme. De plus, il est incapable même de ressentir les effets qui se manifestent sous une forme très vaste et dont l’action s’étend très loin. C’est là, en vérité, une faiblesse naturelle de l’être humain. À cause de cette faiblesse, il ne voit rien d’autre que son intérêt personnel. Et encore, son attention se porte uniquement sur les intérêts de petite portée qu’il peut obtenir très rapidement. Il dit : « Ce que j’ai gagné ou ce que j’ai reçu en héritage de mes pères et de mes grands-pères m’appartient exclusivement ; personne d’autre n’y possède la moindre part ni le moindre droit. Je ne le dépenserai donc que pour mes propres besoins, selon ma volonté et pour mon confort et mes plaisirs. Ou bien je ne l’investirai que dans les activités dont le résultat me reviendra immédiatement. Si je dépense de l’argent, il faut absolument qu’en échange mon honneur et ma considération augmentent ou que j’obtienne un titre. Il faut que les gens s’inclinent devant moi et que mon nom soit sur toutes les lèvres. Si je n’obtiens rien de tout cela, pourquoi dépenserais-je mon argent ? Si un pauvre malheureux ou un orphelin indigent de notre voisinage meurt de faim, pourquoi lui procurerais-je de la nourriture ? C’était à son père de laisser quelque chose pour son propre enfant. Si une veuve de mon quartier passe ses journées dans la souffrance, qu’est-ce que cela peut me faire ? C’était à son mari de penser à elle. Si un voyageur se retrouve sans ressources, quel lien pourrais-je avoir avec lui ? Il a commis une grande sottise en quittant son foyer sans préparer les moyens de son voyage. Si quelqu’un d’autre tombe dans la détresse, que pourrais-je avoir à faire pour lui ? Allah Très-Haut lui a donné, comme à moi, des mains et des pieds. C’est à lui qu’il incombe de gagner de quoi subvenir à ses besoins. Pourquoi l’aiderais-je ? Et si, exceptionnellement, je lui donne quelque argent, ce sera uniquement comme un prêt, et je recouvrerai certainement, avec le capital, ses intérêts. Après tout, cet argent n’a pas été gagné sans effort. S’il était resté entre mes mains, j’aurais pu l’employer à tant de choses : construire des bâtiments, acheter une automobile ou l’investir dans une autre activité lucrative. S’il peut tirer profit de mon argent, pourquoi ne pourrais-je pas, moi aussi, tirer quelque profit de mon argent ? Pourquoi ne pourrais-je pas en percevoir ma part ? »
En raison d’une telle mentalité égoïste, l’homme devient d’abord un démon de la richesse. S’il dépense son argent, ce sera uniquement dans son intérêt personnel. Là où il ne discernera aucun avantage pour lui-même, il ne dépensera pas même un sou. Même s’il aide un pauvre, cette aide ne lui sera en réalité d’aucun secours ; au contraire, il l’exploitera davantage et lui fera rembourser bien plus qu’il ne lui aura donné. S’il fait quelque aumône à un miséreux, il lui rappellera tellement sa propre bienveillance et l’accablera à ce point qu’il ne lui laissera même plus le moindre sentiment de dignité. Lorsqu’un homme de cette nature participera à une œuvre nationale, il songera avant tout à son propre intérêt. Dans les entreprises où il n’aura aucune possibilité d’en tirer un avantage personnel, il ne sera pas disposé à donner même un sou.
Avez-vous réfléchi à la gravité des conséquences d’une telle mentalité ? Elle ne fera pas seulement voler en éclats toute la vie sociale ; il ne fait aucun doute qu’en fin de compte, la situation de l’individu lui-même deviendra extrêmement périlleuse. Mais, parce que leur vision est très étroite et qu’ils sont profondément ignorants, ils espèrent encore en tirer leur propre avantage. Dès qu’une telle mentalité avide de profit devient active chez les hommes, l’ensemble des richesses nationales se concentre entre les mains d’un très petit nombre de personnes, tandis qu’une multitude de gens se trouvent réduits à l’impuissance et au dénuement. Les riches, forts de leur argent, extorquent encore davantage de richesses, et la vie des pauvres se dégrade progressivement. Dans une société où la pauvreté devient une situation générale, la santé et la cohésion sociales s’effondrent ; diverses maladies incurables s’attaquent au corps social, qui perd ainsi sa capacité de travailler et de produire. L’ignorance et l’absence d’instruction y progressent, et la santé morale s’écroule. Pour satisfaire leurs besoins, les gens sont contraints de devenir criminels et, finalement, ils n’hésitent même plus à se livrer au pillage. Un désordre généralisé s’installe dans la société : les riches commencent à être tués par les pauvres, leurs maisons sont pillées et incendiées, et ils sont voués à une destruction définitive.
Selon les spécialistes des sciences sociales, le bien-être personnel de chaque individu est intimement lié au bien-être général de la société. Si l’argent qu’un homme possède est dépensé pour aider un autre frère, cet argent, en circulant, reviendra entre ses mains en apportant des bienfaits sans précédent. En revanche, s’il le conserve auprès de lui sous l’effet d’une vision extrêmement étroite, ou le dépense à des fins purement personnelles, cet argent finira par se perdre. Prenons un exemple : si vous prenez soin d’un enfant orphelin, lui donnez une éducation appropriée et le rendez capable de gagner sa vie, la richesse sociale s’en trouvera accrue. Vous pourrez vous aussi en bénéficier, car vous êtes également membre de cette société. Il se peut que vous ne sachiez même pas, par aucun calcul, quelle somme vous aurez gagnée grâce aux aptitudes particulières de cet orphelin. Mais si, dès le départ, vous refusez de l’élever et de l’instruire, en disant : « Pourquoi devrais-je l’aider ? Son père aurait dû prendre quelques dispositions pour lui », alors il errera comme un être égaré, vagabondera sans but et sans foyer, deviendra inutile et n’acquerra aucune aptitude lui permettant d’accroître la richesse sociale. Bien plus, devenant porté au crime, il finira par être prêt à s’introduire lui-même dans votre maison pour y commettre un cambriolage. Cela signifie qu’en transformant un membre de la société en individu inutile et criminel, vous nuirez non seulement à lui, mais aussi à vous-même. Si, à la lumière de ce seul exemple, nous élargissons notre regard, nous verrons clairement que l’argent dépensé de manière désintéressée par une personne pour le bien général de la société sort certes, en apparence, de sa propre poche ; mais, une fois mis en circulation, il ne cesse de croître et de prospérer, avant de revenir finalement dans sa poche sous d’innombrables formes de bienfaits et d’avantages. Quant à celui dont l’argent, en apparence, reste dans son propre coffre ou s’accroît grâce aux intérêts, il dilapide en réalité ses biens par sa propre sottise et prépare sa propre ruine.
Allah le Très-Haut a énoncé cette vérité dans le verset suivant :
يَمۡحَقُ ٱللَّهُ ٱلرِّبَوٰاْ وَيُرۡبِى ٱلصَّدَقَـٰتِۗ ـ البقرة : (٢٧٦)
« Allah anéantit l’usure et fait fructifier les aumônes. »
وَمَا اتَيْتُمْ مِّنْ رٍّبًا لِّيَرۡبُوَاْ فِىٓ أَمۡوَٲلِ ٱلنَّاسِ فَلَا يَرۡبُواْ عِندَ ٱللَّهِ وَمَآ ءَاتَيۡتُم مِّن زَكوْةٍ تُرِيْدُوْنَ وَجْهَ اللهِ فَاُوْلئِكَ هُمُ الْمُضْعِفُوْنَ ـ الروم : ٣٩
« L’argent que vous donnez à usure afin d’accroître les biens des hommes n’accroît en rien les biens auprès d’Allah ; mais la zakat que vous acquittez, recherchant uniquement l’agrément d’Allah, celle-là sera certainement multipliée. » — Sourate Ar-Rûm, 39
Mais l’étroitesse de vue et l’extrême ignorance de l’être humain sont devenues de grands obstacles à la compréhension de cette profonde vérité et à sa mise en pratique. Ces gens sont esclaves de leurs sens. L’argent qui se trouve dans leur poche, ils peuvent le toucher et comprendre qu’il existe réellement. Ils ne doutent pas non plus de l’augmentation progressive de la somme inscrite dans leurs livres de comptes ; mais ils ne comprennent ni ne voient aucunement que l’argent qui les quitte puisse augmenter et revenir entre leurs mains. Ils comprennent seulement : « Tant d’argent est sorti de mes mains, et il est parti pour toujours. »
L’être humain n’a pas encore réussi à se libérer de ce lien de l’ignorance par sa propre intelligence ou par ses efforts. Telle est la situation dans le monde entier. D’un côté, dans le monde des capitalistes, toutes les activités reposent sur le système de l’intérêt et, malgré l’abondance des richesses, la souffrance, la pauvreté, le dénuement et les privations y augmentent progressivement. De l’autre côté, un groupe opposé à ces derniers est devenu de plus en plus puissant. Le feu de la haine brûle avec fureur dans son cœur. Il est déterminé non seulement à piller les trésors des capitalistes, mais aussi à réduire en poussière tout l’édifice de la civilisation et de la culture humaines.
L’être humain n’a pas pu résoudre ce problème. C’est Allah Ta‘âlâ, le Créateur de l’humanité, le Majestueux et le Glorieux, qui en a apporté la solution correcte. Le Livre qu’Il a révélé, contenant la solution correcte à tous les autres problèmes de l’être humain, s’appelle le Coran Majîd. Pour résoudre ce problème, l’être humain doit croire en Allah et en l’Au-delà. L’être humain doit croire en Allah et en l’Au-delà. Si l’homme parvient à croire en Allah et prend la connaissance certaine que le véritable Propriétaire de tous les trésors des cieux et de la terre est Allah Ta‘âlâ, que la gestion de toutes les affaires humaines dépend entièrement d’Allah et que, auprès de Lui, le compte de chaque atome est tenu, et que la récompense ou le châtiment des bonnes ou des mauvaises actions de l’homme lui seront accordés dans l’Au-delà exactement en conséquence, alors il devient très facile pour lui de dépenser et d’utiliser ses biens conformément aux commandements d’Allah, de s’en remettre à Allah plutôt qu’à sa propre vision limitée, et de Lui abandonner le gain et la perte. Tout ce qu’il dépensera avec une telle foi le sera exclusivement pour Allah. Cela sera également inscrit de manière appropriée dans le registre d’Allah. Même si aucun être humain dans ce monde n’est informé de cette dépense, Allah Ta‘âlâ en est parfaitement informé. Et même si les gens de ce monde ne lui expriment aucune gratitude, puisque Allah Lui-même a promis de le récompenser, il n’y a pas le moindre doute que cette promesse sera tenue, que ce soit dans l’Au-delà ou dans ce monde et dans l’Au-delà à la fois.
Instruction générale concernant les dépenses dans la voie d’Allah
Allah Ta‘âlâ a établi dans la charia islamique la règle suivante : Il édicte d’abord une prescription générale concernant les bonnes et vertueuses actions, afin que l’être humain puisse adopter globalement, dans sa vie, une conduite bonne et bénéfique. Ensuite, une méthode particulière est indiquée pour accomplir cette bonne action. Il est du devoir de chacun d’observer correctement cette méthode particulière. On peut prendre comme exemple le rappel d’Allah : c’est une œuvre extrêmement bonne, et même la meilleure des œuvres. Plus encore, elle est en réalité la source fondamentale de toutes les bonnes actions. C’est pourquoi il a été ordonné de se souvenir d’Allah en tout temps et en toute circonstance, et de ne jamais L’oublier, ne serait-ce qu’un instant :
فَاذْكُرُوْا اللهَ قِيْمًا وَّقُعُوْدُا وَّعَلى جُنُوْبِكُمْ ـ النساء : ١٠٣
« Souvenez-vous d’Allah debout, assis et couché (en tout temps et en toute circonstance). » Sourate An-Nisâ’ : 103
وَاَذْكُرُوْا اللهَ كَثِيْرَ لَّعَلَّكُمْ تُفْلِحُوْنَ ـ الانفال : ٤٥
« Souvenez-vous très souvent de Lui, car c’est en cela que réside, espère-t-on, votre bien. » — Sourate Al-Anfâl : 45
اِنِّ فِىْ خَلْقِ السَّموتِ وَالاَرْضِ وَاَخْتِلاَفِ الَّيْلِ وَالنَّهَارِ لاَيْتٍ لاَوْلِىْ الاَلْبَابِ ـ الَّذِيْنَ يَذْكُرُوْنَ اللهَ قِيْمَامًا وَّقُعُوْادًا وَّعَلى جُنُوْبِهِمْ وَيَتَفَكَّرُوْنَ فِىْ خَلْقِ السَّموتِ وَالاْرْضِ رَبُّنَا مَا خَلَقْتَ هَذَا بَاطِلاً ـ
« Il y a certes, dans la création des cieux et de la terre et dans l’alternance de la nuit et du jour, de nombreux signes (de l’existence d’Allah), pour les gens doués d’intelligence : ceux qui se souviennent d’Allah debout, assis et couchés, et qui réfléchissent à la création des cieux et de la terre et aux mystères de leur structure, et qui (après avoir profondément réfléchi et compris la grandeur de chaque chose) s’écrient : Seigneur ! Tu n’as pas créé tout cela en vain. » — Sourate Âl ‘Imrân : 190-191
وَلاَ تَطِعْ مَنْ اَغْفَلْنَا قَلْبَه عَنْ ذِكْرِنَا وَاتَّبَعَ هَوَٮٰهُ وَكَانَ اَمْرَهُ فُرُطًا ـ الكهاف : ٢٨
« N’obéissez ni ne suivez pas ceux dont le cœur est dépourvu du souvenir d’Allah, qui suivent leurs propres passions et qui transgressent les limites prescrites dans chacun de leurs actes. » — (Sourate Al-Kahf : 28)
Ces versets, ainsi que de nombreux autres versets semblables, donnent clairement l’instruction suivante : Ô hommes ! Souvenez-vous d’Allah en tout temps et en toute circonstance. En effet, c’est précisément le souvenir d’Allah qui rend toutes les actions et les activités de l’être humain justes et belles. Chaque fois qu’il L’oubliera, quelle que soit l’action qu’il accomplira, les passions (les désirs du nafs) et les tromperies de Satan le vaincront. Il en résultera inévitablement qu’il s’écartera du droit chemin et commencera à transgresser les limites dans sa manière de vivre.
C’était là une instruction générale concernant le souvenir d’Allah. Ensuite, un moyen particulier de se souvenir d’Allah a été prescrit. C’est pourquoi il a été rendu obligatoire de faire la prière cinq fois par jour et par nuit, en accomplissant plusieurs rak‘ât à chaque fois. Une de ces prières ne dure jamais plus de cinq à sept minutes. Le fait de rendre obligatoire le souvenir d’Allah pendant cinq minutes à un moment, puis cinq minutes à un autre, signifie que le musulman doit au moins se consacrer entièrement au souvenir d’Allah pendant ce laps de temps. Ensuite, il poursuivra ses activités habituelles tout en continuant à se souvenir d’Allah dans cet état.
Il en va exactement ainsi de la zakât en Islam. Ici aussi, il existe une prescription particulière et une prescription générale. D’une part, il est dit en termes parfaitement clairs : éloignez-vous de l’avarice et de l’étroitesse d’esprit, car elles sont à l’origine de tous les maux et la source de toutes les calamités. Revêtez la couleur d’Allah dans votre vie morale, car Il déverse à chaque instant Ses bienfaits et Sa miséricorde sans limites sur l’ensemble de la création, bien que personne n’ait envers Lui un droit ou une revendication particulière. Il est également dit : dépensez dans la voie d’Allah tout ce que vous pouvez et autant que vous le pouvez ; après avoir satisfait vos propres besoins, gardez ce que vous pouvez conserver en surplus et donnez autant que possible pour répondre aux besoins des autres serviteurs d’Allah qui sont démunis. N’hésitez pas le moins du monde à lutter de votre personne et de vos biens pour servir la religion et établir la Parole d’Allah. Si tu aimes Allah, alors consacre-Lui l’amour que tu portes aux richesses et aux biens.
Ceci est une injonction générale concernant le don de biens dans la voie d’Allah. Mais il y a également cette directive particulière : si une telle quantité de biens est accumulée chez vous, vous devrez impérativement en dépenser au moins une telle quantité dans la voie d’Allah. Si vos champs produisent une telle quantité de récolte, vous devrez impérativement en donner une telle quantité dans la voie d’Allah. De même que le fait de rendre obligatoires seulement quelques rak‘ats de prière ne signifie pas qu’en accomplissant uniquement ces rak‘ats, vous aurez rempli votre devoir de vous souvenir d’Allah et que vous pourrez ensuite oublier Allah à tout autre moment, de même, le fait d’avoir rendu obligatoire le don d’une quantité déterminée de biens dans la voie d’Allah ne signifie pas que seuls ceux qui possèdent cette quantité de biens sont tenus de dépenser dans la voie d’Allah, tandis que ceux qui en possèdent moins pourraient garder leurs poings fermés. Cela ne signifie même pas que les riches pourront se libérer de leur obligation en dépensant dans la voie d’Allah uniquement la quantité de biens correspondant à la zakat qui leur incombe, puis chasser un nécessiteux qui viendrait à eux, ou dire, lorsqu’ils seront appelés à participer à une œuvre islamique d’envergure : « Seule la zakat m’était obligatoire, et je l’ai acquittée. Désormais, je ne vous dois plus rien. » En réalité, tel n’est absolument pas le sens de l’obligation de la zakat. La véritable signification de cette obligation est que chaque personne riche est tenue de dépenser au moins cette quantité déterminée de biens dans la voie d’Allah. Et si elle a la capacité d’en dépenser davantage, elle doit également le faire.
L’injonction générale de dépenser des biens dans la voie d’Allah, ainsi que son explication, sont exposées ici :
Le Noble Coran expose clairement la sagesse inhérente à toute œuvre qu’il ordonne. C’est l’une des principales caractéristiques du Noble Coran. Grâce à cela, l’être humain peut comprendre correctement l’objectif essentiel et la logique des commandements d’Allah.
Le verset qui apparaît au début du Noble Coran est le suivant :
ذَلِكَ الْكِتبُ لاَرَيْبَ فِيْه هُدًى لِّلْمُتَّقِيْنَ ـ الَّذِيْنَ يُؤْمِنُوْنَ بِالْغَيْبِ وَيُقِيْمُوْنَ الصَّلوةَ وَمِمَّا رَزَقْنهُمْ يُنْفِقُوْنَ ـ البقرة : ٢-٣
« Voici le Livre d’Allah, le Coran, dans lequel il n’y a aucun doute. Il guide vers le droit chemin les pieux sincères, ceux qui croient à l’invisible, accomplissent la prière et dépensent, dans Ma voie, de ce que Je leur ai accordé comme subsistance. » — Sourate Al-Baqara : 2-3
Ce verset énonce un principe fondamental. Pour suivre le droit chemin dans la vie terrestre, trois choses sont indispensables. Premièrement, l’iman bil-ghayb, c’est-à-dire croire à l’invisible ; deuxièmement, accomplir la prière ; et troisièmement, dépenser dans la voie d’Allah une partie de la subsistance qu’Allah Très-Haut a accordée. Il est dit ailleurs :
لَنْ تَنَالُوْا الْبِرَّ حَتّى تُنْفِقُوْنَ مِمَّا تَحِبُّوْنَ ـ ال عمران : ٩٢
« Vous ne pourrez en aucune façon atteindre le haut degré de piété tant que vous ne dépenserez pas généreusement, dans la voie d’Allah, les choses que vous aimez. »
Il est également dit :
اَلْشَّيْطنُ يَعِدُكُمْ الْفَقْرَ وَيَامُرُكُمْ بِالْفَحْشَآَءِ ـ البقرة : ٢٦٨
« Lorsque vous dépensez votre argent, Satan vous fait craindre de devenir pauvres et vous incite à commettre une action honteuse : l’avarice. »
Il est ensuite énoncé :
وَاَنْفِقُوْا فِىْ سَبِيْلِ اللهِ وَلاَ تُلْقُوْا بِاَيْدِيْكُمْ اِلَى التَّهْلُكَةِ ـ ١٩٥
« Dépensez dans la voie d’Allah et ne vous précipitez pas vous-mêmes vers la destruction de vos propres mains (c’est le fait de ne pas dépenser dans la voie d’Allah qui revient à se précipiter soi-même vers la destruction). » — Sourate Al-Baqara : 195
Enfin, il est dit :
وَمَنْ يُّوْقَ شُحَّ نَفْسِه فَاُوْلَئْكَ هُمُ الْمُفْلِحُوْنَ ـ الحشر : ٩
« Ceux qui sauront se préserver de l’étroitesse du cœur obtiendront le bonheur suprême. » — Sourate al-Hashr : 9
Il ressort clairement des versets mentionnés qu’il n’existe dans le monde que deux voies pour mener sa vie. L’une est la voie d’Allah, au terme de laquelle se trouvent le bonheur, la paix éternelle et le bien suprême. Sur cette voie, il est naturel que le cœur de l’être humain soit généreux et ouvert. Quelle que soit la quantité de subsistance qu’Allah lui a accordée, grande ou petite, il pourvoira à tous ses besoins, aidera autant que possible ses autres frères et dépensera également pour exalter la parole d’Allah, c’est-à-dire pour établir la religion islamique d’Allah. L’autre est la voie de Satan. En apparence, l’être humain semble trouver beaucoup de joie et de bonheur sur cette voie. Mais en réalité, il n’y a sur cette voie rien d’autre que la ruine et la dévastation. Sur cette voie, il cherche naturellement à exploiter et à accumuler les richesses, et il n’hésite pas à consacrer son cœur et son âme à l’argent. Il n’est pas non plus disposé à le dépenser. S’il lui arrive effectivement de dépenser, ce n’est que pour satisfaire ses propres besoins et les désirs de son âme.
Les règles et les méthodes prescrites aux voyageurs de la voie d’Allah pour dépenser leurs biens dans le chemin d’Allah sont exposées ici successivement :
Premièrement : la toute première règle est de dépenser uniquement pour obtenir l’agrément d’Allah, et non pour témoigner de la bienveillance à quelqu’un ou pour acquérir un nom et une renommée dans ce monde.
وَمَا تُنْفِقُوْنَ اِلاَّ اِبْتِغَاءَ وَجْهِ اللهِ ـ البقرة : ٢٧٢
« Dans tout ce que vous dépensez, que votre seul objectif soit d’obtenir l’agrément d’Allah. »
يَآ يُّهَا الَّذِيْنَ امَنُوْا لاَتُبْطِلُوْا صَدَقتِكُمْ بِالْمَنِّ وَاَلاَذى كَالَّذِيْ يُنْفِقُ مَالَهُ وِئَآءَ النَّاسِ وَلاَيُؤْمِنُ بِاللهِ وَالْيُوْمِ الاخِرِ فَمَثَلُه’ كَمَثَلِ صَفْوَانٍ عَلَيْهِ تُرَابٌ فَاصَابَه وَابِلٌ فَتَرَكَاهُ صَلْدًا البقرة : ٢٦٤
« Ô croyants ! Ne rendez pas vaines vos aumônes en les rappelant avec insistance et en blessant autrui, comme celui qui dépense pour être vu des gens et qui ne croit ni en Allah ni au Jour dernier. Son aumône ressemble à une fine couche de terre déposée sur un rocher : si une forte pluie tombe dessus, elle emporte toute la terre et laisse le rocher parfaitement nu et propre. » — Sourate Al-Baqara : 264
Deux : Lorsque vous faites un don à quelqu’un, vous ne devez pas lui rappeler votre faveur ni rien faire qui puisse lui causer la moindre peine :
اَلَّذِيْنَ يُنْفِقُوْنَ اَمْوَالَهُمْ فِىْ سَبِيْلِ اللهِ ثُمَّ لاَيُتْبِعُوْنَ مَآاَنْفَقُوْا مَنَّا وَّلاَ اَذّى لَّهُمْ اَجْرَهُمْ عِنْدَ رَبَّهِمْ وَلاَ خَوْفٌ عَلَيْهِمْ وَلاَهُمْ يَحْزَنُوْنَ ـ قَوْلٌ مَعْرُوْفٌ وَّمَغْفِرَةٌ خَيْرٌ مِنْ صَدَقَةَ يَّتْبَعُهَآ اّذّى : البقرة : ١٦٢-١٦٣
« Ceux qui dépensent dans le chemin d’Allah, puis ne rappellent pas leur faveur et ne causent de peine à personne, auront auprès d’Allah une immense récompense et n’auront à craindre ni peur ni dommage. Mais plutôt que de faire un don suivi d’une blessure, il vaut mieux renvoyer le demandeur avec douceur en lui disant : “Frère, pardonne-moi.” » — Sourate Al-Baqara : 262-263
Trois : Il faut toujours donner de bonnes choses dans le chemin d’Allah. Il ne faut pas choisir soigneusement uniquement ce qui est mauvais. Ceux qui recherchent des vêtements déchirés pour les donner aux pauvres et offrent une nourriture de qualité inférieure à un indigent pour le nourrir recevront d’Allah un résultat tout aussi mauvais :
يَآيُّهَا الَّذِيْنَ امَنُوْا مِنْ طَيِّبَةُ مِنْ طَيّبِتِ مَاكَسَبَتُمْ وَمِمَّآ اَخْرَجْنَا لَكُمْ مِّنْ الاَرْضِ وَلاَ تَيْمَّمُوْا الْخَبِيْثَ مِنْهُ تُنْفِقُوْنَ ـ البقرة : ١٦٧
« Ô croyants ! Dépensez dans le chemin d’Allah les meilleures choses parmi ce que vous avez acquis et ce que Nous avons fait sortir et produit pour vous du sein de la terre ; ne recherchez pas les biens de mauvaise qualité pour les dépenser dans le chemin d’Allah. » — Sourate Al-Baqara : 267
Quatre : Dans la mesure du possible, il faut dépenser secrètement dans le chemin d’Allah, sans laisser la moindre place au désir de se faire voir des gens. Il n’y a certes aucun mal à dépenser publiquement, mais il est néanmoins préférable de le faire secrètement.
اِنْ تُبْدُوْا الصَّدَقتِ فَنْعِمًا هِىَ وَاِنْ تُخْفُوْنَ وَتُؤْتُوْهَا الْفُقَرَاءَ فُهُمْ خَيْرَ لَّكُمْ وَيُكَفِّرُ عَنْكُمْ مِنْ سَيَّاتِكُمْ ـ البقرة: ١٧١
« Dépenser ouvertement est une bonne chose ; mais faire l’aumône aux pauvres en secret est meilleur pour vous, et cela effacera vos péchés. » — Sourate Al-Baqara : 271
Cinq : Il ne faut jamais remettre des biens dépassant leurs besoins à des gens insensés et ignorants. En effet, il est à craindre qu’après avoir reçu beaucoup d’argent, ils ne s’égarent et ne dilapident leurs biens entre leurs mains. La volonté d’Allah est que l’on pourvoie à la nourriture et aux vêtements de tous les êtres humains, aussi grands pécheurs et rebelles à Allah soient-ils. Mais on ne peut donner à personne ne serait-ce qu’un sou pour boire de l’alcool, consommer du cannabis ou de l’opium, ou jouer aux jeux de hasard.
وَلاَ تُؤْتُوْا السُّفَهَآَءَ اَمْوَالَكُمْ الَّتِىْ جَعَلَ اللهُ لَكُمْ قِيْمًا وَّارزٌقُوْهُمْ فِيْهَا وَاكْسُوْهُمْ ـ النساء : ٥
« Allah Très-Haut a fait de vos biens un moyen de subsistance ; ne les confiez donc jamais aux mains d’ignorants et d’insensés. Toutefois, vous devez certainement subvenir grâce à eux à leur nourriture et à leur habillement. »
Six : Si vous prêtez de l’argent à quelqu’un pour lui permettre de satisfaire un besoin, ne le harcelez pas en le relançant sans cesse. Il faut lui accorder suffisamment de temps pour rembourser. Et s’il est établi sans aucun doute qu’il est incapable de rendre la somme, et que le créancier a les moyens de lui faire grâce, il est préférable de lui remettre la dette :
وَاِنْ كَانَ ذُوْ عَسْرَةً فَنَظِرَةٌ اِلى مَيْسَرَةٍ وَاَنْ تَصَدَّقُوْا خَيْرَ لٌكُمْ اِنْ كُنْتُمْ تَعْلَمُوْنَ ـ البقرة : ٢٨٠
« Si le débiteur est dans la gêne, accordez-lui un délai jusqu’à ce qu’il soit dans l’aisance. Mais lui remettre sa dette est encore meilleur pour vous, si seulement vous comprenez le bénéfice que cela comporte. » — Sourate Al-Baqara : 280
Sept : Il existe également une limite aux dons faits aux gens. Cette limite ne doit jamais être dépassée. Allah Ta‘ala n’a pas ordonné de donner aux autres en se privant soi-même et en privant ses propres enfants ; telle n’est pas non plus Son intention. La volonté d’Allah est que l’on dépense d’abord tout ce qui est nécessaire pour mener une vie simple et ordinaire, puis que l’on dépense dans la voie d’Allah ce qui reste en surplus :
وَيَسْئَلُوْنَكَ مَاذَا يُنْفِقُوْنَ قُلِ الْعَفْوَ ـ البقرة : ٢١٩
« Ils demandent : “Que devons-nous dépenser ?” Dis-leur : “Dépensez ce qui dépasse vos besoins.” » — Sourate al-Baqara : 219
وَاَلَّذِيْنَ اِذَا اَنْفَقُوْآ لَمْ يُسْرِفُوْا وَلَمْ يُقتُرُوْا وَكَانَ بَيْنَ ذَلِكَ قَوَامًا ـ الفرقان : ٦٧
« Les serviteurs vertueux d’Allah sont ceux qui dépensent, mais sans gaspiller et sans faire preuve non plus d’une trop grande avarice. Leur conduite se situe plutôt entre ces deux extrêmes. » Sourate al-Furqân : 67
وَلاَ تَجْعَلْ يَدَكَ مَغْلُوْلَةً اِلى عُنُقِكَ وَلاَ تَبْسُطْهَا كُلَّ الْبَسْطِ فَتَقْعُدَ مَلُوْمًا مَّحْسُوْرًا ـ بنى اسرايل : 29
« Ne garde pas ta main, lorsqu’il s’agit de donner, attachée à ton cou, et ne l’étends pas non plus entièrement, car tu te retrouverais alors blâmé et accablé de regrets auprès des gens. » Sourate Banî Isrâ’îl : 29
Huit : Qui sont les bénéficiaires dignes de ces dons ? Il est finalement indispensable de le savoir également. Allah Ta‘ala en a présenté une liste complète dans Sa Parole sacrée. Cette liste permet de comprendre clairement qui peut bénéficier de votre aide et à qui, parmi vos revenus, un droit a été attribué par Allah.
وَاتِ ذَا الْقُرْبى حَقَّهُ وَالْمِسْكِيْنَ وَابْنَ السَّبِيْلِ ـ بنى اسرائيل : ٢٦
« Donne aux proches parents pauvres ce qui leur revient, ainsi qu’au nécessiteux et au voyageur démuni. » — Sourate al-Isrâ’ : 26
وَاتِ الْماَلَ عَلى جُيَِه ذَوِى الْقُرْبى وَالْيَتَمى وَالْمَسْكِيْنَ وَابْنَ السَّبِيْلِ وَالسًَّآئِلِيْنَ وَفِىْ الرِّقَابِ ـ البقرة : ١٧٧
« Ceux qui, par désir d’obtenir Sa satisfaction, donnent de leurs biens à leurs proches, aux orphelins, aux nécessiteux, aux voyageurs et aux mendiants, et pour l’affranchissement des esclaves et des captifs, ceux-là sont chers à Allah. » — Sourate al-Baqara : 177
وَّبِالْوَالِدَيْنِ اَحْسَانًا وَّبِذِى القُرْبى وَالْيَتمى وَالْمَسكِيْنَ وَالْجَارِذِى الْقُرْبِى وَالْجَارِ الْجُنُبِ وَالصَّاحِبِ بِالْجَنْبِ وَابْنِ السَّبِيْلِ وَمَا مَلَكَتْ اَيْمَانُكُمْ ـ النساء : ٣٦
« Traitez convenablement vos père et mère, vos proches, les orphelins, les nécessiteux, vos voisins apparentés et vos voisins non apparentés, votre compagnon de route, le voyageur et vos esclaves et servantes. » — Sourate an-Nisâ’ : 36
وَيُطْعِمُوْنَ الطّعَامَ عَلى حُبِّه مِسْكِيْنًا وَّيَتِيْمًا اِنَّمَا نُطْعِمُكُمْ لِوَجْه الله لاَنُرِيْدُ مِنْكُمْ جَزَآءً وَّلاَ شُكُوْرًا ـ اِنَّا نَخَافُ مِنْ رَّبِّنَا يُوْمًا عَبُوْسًا قَمْطَرِيْرًا ـ الدهر : ٨ – ١٠
« Les pieux serviteurs d’Allah donnent à manger aux orphelins, aux nécessiteux et aux captifs, recherchant la satisfaction et l’amour d’Allah. Ils disent : “Nous ne vous nourrissons que pour Allah. Nous ne vous demandons de rétribution ni de gratitude. Nous craignons seulement, auprès d’Allah, le jour où une terrible épreuve fera devenir les visages mornes et plissera les fronts.” » — Sourate ad-Dahr : 8-10
وَفِىْ اَمْوَالِهِمْ حَقٌ لِّلْسَّآئِلِ وَالْمَحْرُوْمِ ـ الذّريت : ١٩
« Et, dans ses biens, le demandeur et le démuni ont un droit. »
لِلْفُقَرَآءِ الَّذِيْنَ اُحْصِرُوْا فِىْ سَبِيْلِ اللهِ لاَيَسْتَطِيْعُوْنَ ضَرْبًا فِىْ الاَرْضِ يَحْسَبُهُمُ الْجَاهِلُ اَغْنِيَآءَ مِنَ التَّعَفُّفْ تَعْرِفُهُمْ بِسْيْمهُمْ لاَيَسْئَلُوْنَ النَّاسَ اِلْحَافًأ وَمَا تُنْفِقُوْا مِنْ خِيْرِ فَاِنَّ اللهَ بِه عَلِيْمٌ ـ
« Les aumônes sont destinées à ceux qui, constamment occupés à l’œuvre d’Allah, ne peuvent exercer un travail pour gagner leur subsistance. En voyant leur dignité, seuls les ignorants les prennent pour des riches. Mais, rien qu’à leur apparence et à leur tenue, vous pouvez comprendre combien ils souffrent. C’est à vous de prendre l’initiative et de leur faire aumône. Car ils ne sont pas de ceux qui s’agrippent aux gens pour demander de l’aide. Tout ce que vous leur donnerez discrètement, Allah le saura certainement et Il vous en accordera assurément la récompense en retour. » Sourate Al-Baqara : 273
Les règles du paiement de la zakat
Dans l’article précédent, les prescriptions générales relatives aux dépenses dans la voie d’Allah ont été exposées. Nous allons maintenant examiner en détail toutes les prescriptions concernant la zakat.
Dans le Noble Coran, Allah le Très-Haut a donné, en trois endroits, des prescriptions différentes concernant la zakat. Il est dit dans la sourate Al-Baqara :
اِنْفِقُوْا مِنْ طَيِّبتِ مَاكَسَبْتُمْ وَمِمَّا اَخْرَجْنَا لَكُمْ مِنَ الارْضِ ـ
« Dépensez dans le chemin d’Allah une partie des biens licites que vous avez acquis vous-mêmes et des récoltes que Je vous ai données de la terre. » — Sourate Al-Baqara : 267.
Il est également dit à ce sujet dans la sourate Al-An‘am : C’est Moi qui ai créé pour vous, sur la terre, des jardins et des champs cultivés. Ainsi : 141
كَلُوْ مِنْ ثَمَرِه اَثْمَرَ وَاتُوْا حَقَّه يَوْمَ حَصَادِه ـ الانعَام ـ ١٤١
« Lorsqu’ils produisent des fruits ou des récoltes, mangez-en et, le jour de la récolte, acquittez-en le droit dû à Allah. » — Sourate Al-An‘am : 141
Ces deux versets parlent de la zakat sur les récoltes de la terre. Selon les jurisconsultes hanafites, toutes les sortes de céréales, de légumes et de fruits, à l’exception des ressources naturelles telles que le bois, l’herbe et le bambou, comportent un droit dû à Allah, qui doit absolument être acquitté. Il est dit clairement dans le hadith que, pour les récoltes arrosées par la pluie ou par l’eau des rivières et de la mer, le droit dû à Allah est égal au dixième de la récolte totale ; quant aux terres que l’homme doit irriguer par des moyens artificiels, la part d’Allah y est fixée au vingtième de la récolte totale. Ces deux parts doivent obligatoirement être acquittées dès la récolte.
Puis, il est dit dans la sourate At-Tawba :
وَالَّذِيْنَ يَكْنِزُوْنَ الْذِّهَبَ وَالْفِصَّةَ وَلاَ يُنْفِقُوْنَهَا فِىْ سَبِيْلِ اللهِ فَبَشِّرْهُمْ بِعَذَابٍ اَلَيْمٍ ـ يَّوْمَ يَحْمى عَلَيْهَا فِىْ نَارِ جَهَنَّمَ فَتُكْوْى بِهَا جِبَاهُهُمْ وَجُنُوْبُهُمْ وَظُهُوْرُهُمْ هَذّا مَاكَنَزْتُمْ لاَنْفُسِكُمْ فَذُوْقُوْا مَا كُنْتُمْ تَكْنِزُوْنَ ـ التوبة : ٣٤-٣٥
« Annonce un châtiment douloureux à ceux qui amassent l’or et l’argent et n’en dépensent rien dans le chemin d’Allah. Informe-les du châtiment du jour où l’or et l’argent seront portés à incandescence dans le feu, puis qu’ils en seront marqués au front, sur les flancs et sur le dos. Il leur sera alors dit : “Voilà ce que vous aviez amassé pour vous-mêmes. Goûtez donc ce que vous amassiez.” » — Sourate At-Tawba : 34-35
Ensuite, il est dit :
اِنًَّمَا الصَّدَقتُ لِلْفُقََرَآءِ وَالْمَسْكِيْنَ وَالْعمِلِيْنَ عَلَيْهَا وَالْمُؤْلَّفَةِ قُلُوْبُهُمْ وَفِىْ الرَّقَابِ وَالْغَارِمِيْنَ وَفِىْ سَبِيْلِ اللهِ وَاَبْنِ السَّبيْلِ فَرِيْضضةٌ مِّنْ اللهِ ـ التوبة : ٦٠
« La zakat est une obligation prescrite par Allah. Elle doit être versée aux pauvres, aux nécessiteux et aux fonctionnaires chargés de la collecter ; elle doit également être dépensée pour gagner le cœur des gens d’une autre religion, pour libérer ceux qui sont liés par les chaînes de l’esclavage, pour rembourser les dettes des débiteurs, dans les œuvres d’intérêt général prescrites par Allah et pour venir en aide aux voyageurs sans ressources. » — Sourate At-Tawbah : 60
Ensuite, Allah a dit :
خَذُ مِنْ اَمْوَالِهِمْ صَدَقَةً تَطَهِّرُهُمْ وَتُزْكِّهِمْ : التورة : ١٠٣
« Prélève la zakat sur leurs biens, par laquelle tu les purifieras et les rendras purs. » Sourate At-Tawbah : 103
Il ressort de ces trois versets que les biens qui sont thésaurisés et dont la quantité augmente deviennent impurs si l’on n’en dépense pas une part dans la voie d’Allah ; le seul moyen de les purifier consiste à en distribuer la part due à Allah parmi les personnes qui y ont droit. Il est rapporté dans le hadith que, lorsque la nouvelle de ce châtiment concernant ceux qui thésaurisent l’or et l’argent se répandit, la population musulmane fut saisie d’une grande peur et d’une profonde inquiétude. En effet, d’après ce verset, elle pensait qu’il était injuste de garder ne serait-ce qu’un seul sou et qu’il fallait tout dépenser. Finalement, Umar al-Faruq (qu’Allah l’agrée) se rendit auprès du Noble Prophète, qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix, et lui fit part de l’inquiétude des musulmans. Le Messager d’Allah (qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix) répondit : « Allah ne vous a imposé la zakat que pour que, lorsque vous l’aurez acquittée, le reste de vos biens devienne pur et licite pour vous. » Un hadith similaire est également rapporté d’Abu Saïd al-Khudri (qu’Allah l’agrée). Le Saint Prophète (qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix) a dit : « Lorsque tu as prélevé la zakat sur tes biens, tu as accompli ce qui était obligatoire pour toi. »
Du verset mentionné, on ne peut connaître que l’obligation de la zakat sur l’or et l’argent ; mais il ressort du hadith qu’il faut également acquitter la zakat sur les marchandises commerciales, les chameaux, les bovins et les chèvres. La zakat devient obligatoire à partir de cinquante-deux tolas et demi d’argent et de sept tolas et demi d’or. Il faut donner la zakat pour quarante chèvres et pour trente bovins ; elle devient également obligatoire lorsque la valeur des marchandises commerciales atteint la valeur de cinquante-deux tolas et demi d’argent. Autrement dit, celui qui possède cette quantité déterminée et chez qui une année entière s’est écoulée doit en verser un quarantième au titre de la zakat. Les imams du madhhab hanafite ont dit que, même si le seuil déterminé rendant obligatoire la zakat sur l’or et celui sur l’argent ne sont pas atteints séparément, la zakat doit néanmoins être acquittée si leur valeur totale atteint le montant du nisab.
Selon Hazrat Umar et Ibn Masud, s’acquitter de la zakat sur les bijoux en or et en argent est obligatoire. L’imam Abou Hanifa, que la miséricorde d’Allah soit sur lui, a également adopté cet avis. Il est rapporté dans un hadith que le Messager d’Allah, paix et bénédictions d’Allah sur lui, ayant vu des bracelets en or aux mains de deux femmes, leur demanda si elles s’acquittaient de la zakat. L’une d’elles répondit que non. Le Prophète, paix et bénédictions d’Allah sur lui, lui dit : « Si tu ne t’acquittes pas de la zakat aujourd’hui, accepteras-tu que l’on te mette des bracelets de feu aux mains le Jour de la Résurrection ? » Il est rapporté d’Oumm Salama, qu’Allah l’agrée, qu’elle possédait un type de bijou en or appelé « pajeb ». Elle demanda au Saint Prophète, paix et bénédictions d’Allah sur lui : « Cela est-il considéré comme un trésor accumulé ? » Le Prophète, paix et bénédictions d’Allah sur lui, répondit : « Si la zakat devient obligatoire sur sa valeur et qu’elle en est acquittée, ce n’est pas une accumulation interdite. » Ces deux hadiths montrent que la zakat est obligatoire sur les bijoux en or et en argent, tout comme elle l’est sur l’or et l’argent détenus en réserve. Toutefois, la zakat n’est pas due pour les diamants et les pierres précieuses, ni pour les ornements d’une bague.
Le Noble Coran mentionne huit catégories de personnes ayant droit à la zakat. En voici la description :
Le pauvre : ceux qui possèdent quelques biens, mais qui ne suffisent pas à couvrir tous leurs besoins, ceux qui vivent dans une grande précarité et qui, de plus, ne peuvent demander quoi que ce soit à personne, sont les pauvres. L’imam Zuhri, l’imam Abou Hanifa, Ibn Abbas, Hasan al-Basri, Abou al-Hasan al-Karkhi et d’autres jurisconsultes les ont désignés comme les faqirs, c’est-à-dire les pauvres.
Le nécessiteux : ceux dont la situation est encore plus difficile, qui sont contraints de tendre la main aux autres et qui ne peuvent même pas se procurer leur nourriture quotidienne, sont les nécessiteux. Hazrat Umar, qu’Allah l’agrée, comptait également parmi les nécessiteux ceux qui étaient aptes au travail mais passaient leurs journées sans emploi.
Les employés chargés de la zakat : les employés que l’État islamique nomme pour collecter la zakat recevront eux aussi leur salaire sur les fonds de la zakat.
Ceux dont il faut gagner les cœurs : cette catégorie comprend ceux auxquels il est nécessaire de donner de l’argent pour soutenir l’islam ou pour faire cesser leur opposition à l’islam. Elle comprend également les nouveaux musulmans qu’il est absolument nécessaire de tirer de leurs difficultés. Si les nouveaux musulmans, après avoir rompu avec leur peuple non musulman et rejoint les musulmans, se retrouvent sans emploi ou dans la gêne financière, les aider est un devoir national des musulmans. Il convient de leur donner la zakat même s’ils sont riches. Cela renforcera leur confiance en l’islam. Après la victoire de la bataille de Hunayn, le Saint Prophète, paix et bénédictions d’Allah sur lui, distribua aux nouveaux musulmans une grande partie du butin. Ainsi, chaque personne reçut cent chameaux. Lorsque les Ansar s’en plaignirent, le Saint Prophète, paix et bénédictions d’Allah sur lui, dit : « Comme ils ont récemment embrassé l’islam, je veux les réjouir. » Sur la base de ce hadith, l’imam Zuhri a déclaré que les juifs et les chrétiens qui deviennent musulmans, ou les adeptes d’une autre religion qui embrassent l’islam, doivent recevoir la zakat même s’ils sont riches.¹
La libération des esclaves et des prisonniers : celui qui est retenu dans les chaînes de l’esclavage et souhaite être libéré peut lui aussi recevoir des fonds de la zakat. Avec cet argent, il se libérera lui-même de la servitude envers son maître. L’esclavage n’existe pas à l’époque actuelle. Je pense donc que les personnes contraintes de rester emprisonnées parce qu’elles sont incapables de payer une amende peuvent être libérées grâce aux fonds de la zakat ; si cela est fait, cela relève également de cette catégorie.
Le remboursement des dettes des débiteurs : les personnes endettées ou qui ne disposent pas des moyens de rembourser leur dette peuvent elles aussi être libérées du poids de celle-ci grâce à l’argent de la zakat. Mais cela ne signifie pas qu’une personne possédant mille taka et ayant une dette de cent taka puisse recevoir la zakat : il ne faut en aucun cas la lui donner. En revanche, si une personne ne possède pas, après le remboursement de sa dette, la somme à partir de laquelle la zakat deviendrait obligatoire, on peut lui donner la zakat. Les jurisconsultes ont également affirmé qu’il est répréhensible de donner la zakat à ceux qui se sont endettés à cause du gaspillage, du luxe ou de mauvaises actions. En effet, dans ce cas, leur donner la zakat les conduirait à gaspiller davantage leurs biens et, comptant sur la zakat pour rembourser leurs dettes, ils contracteraient encore plus de dettes.
Dans la voie d’Allah : l’expression « dans la voie d’Allah » a une portée très large. L’argent de la zakat peut être dépensé pour toutes les bonnes œuvres des musulmans. Mais elle désigne particulièrement l’aide apportée à ceux qui combattent dans la voie d’Allah. Le Prophète — que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui — a dit qu’il n’est pas permis à une personne riche de recevoir la zakat ; toutefois, si cette même personne riche est contrainte d’accepter une aide pour le jihad, elle peut également recevoir de la zakat. En effet, un homme peut être riche, mais il peut ne pas être en mesure de couvrir seul, avec ses propres moyens, les dépenses considérables nécessaires au jihad. Il est donc permis de l’aider, pour cette activité, avec l’argent de la zakat.
1. Il n’est pas possible de donner ici une description détaillée du droit islamique sur cette question. À ce sujet, voir le commentaire de la sourate At-Tawba dans Tafhîm al-Qur’ân.
Le voyageur-expatrié : quels que soient les biens que le voyageur ou l’expatrié possède dans son propre pays, s’il se trouve dans le besoin en cours de route ou dans son pays d’accueil, il faut lui donner de l’argent de la zakat.
La question est maintenant de savoir à qui, parmi les huit catégories de personnes mentionnées ci-dessus, il convient de donner la zakat dans quelles circonstances, et dans quelles circonstances il faut s’en abstenir. C’est ce qui va être examiné ici :
Premièrement : nul ne peut donner la zakat à son propre père ou à son fils ; le mari ne peut pas la donner à son épouse, ni l’épouse à son mari. Les spécialistes de la loi islamique sont parfaitement unanimes sur ce point. Certains jurisconsultes ont également déclaré que tu ne peux pas donner la zakat aux proches parents dont l’entretien est à ta charge et qui sont, selon la charia, tes héritiers ; en revanche, tes parents plus éloignés peuvent avoir droit à ta zakat. Leur droit sera même reconnu comme prioritaire par rapport à celui des autres personnes. Mais l’imam Al-Awzâ‘î a dit qu’il ne faut pas rechercher uniquement ses propres proches lorsqu’on veut donner la zakat.
Deuxièmement : seuls les musulmans peuvent recevoir la zakat. Les non-musulmans ne peuvent pas la recevoir. Dans un hadith définissant la zakat, il est dit : تُؤْخَذُ مِنْ اَغْنِيَاءَ كُمْ وَتُرَدُّ عَلى فُقَرَاءَ كُمْ ـLa zakat sera prélevée sur vos riches et distribuée à vos pauvres. Il faut naturellement accorder les dons et aumônes ordinaires aux pauvres non musulmans. Bien plus, lorsqu’il s’agit de dons ordinaires, il n’est nullement convenable de faire une distinction entre musulmans et non-musulmans, en donnant aux premiers et en refusant aux seconds.
Troisièmement : l’imam Abû Hanîfa, l’imam Abû Yûsuf et l’imam Muhammad — que la paix soit sur lui — disent que la zakat de chaque région doit être distribuée uniquement aux pauvres de cette région. Il n’est pas correct d’envoyer l’argent de la zakat d’une région à une autre. Toutefois, s’il ne se trouve dans une région personne qui soit en mesure de recevoir la zakat, ou si une catastrophe survient dans une autre région et rend absolument nécessaire l’envoi de fonds de la zakat depuis une région éloignée — par exemple une inondation, une famine, etc. —, il n’est pas répréhensible de distribuer la zakat en conséquence. L’opinion de l’imam Mâlik et de l’imam Sufyân ath-Thawrî est à peu près la même. Mais il faut se rappeler que l’envoi de la zakat d’une région à une autre n’est pas absolument incongru ni illicite.
Quatrièmement : selon certaines personnes, celui qui dispose de quoi manger deux fois par jour ne devrait pas recevoir la zakat. D’autres ont dit que celui qui possède dix takas en réserve ne devrait pas la recevoir ; selon un autre avis, cette limite est de douze takas et demi. Mais l’imam Abû Hanîfa et les autres savants de l’école hanafite ont déclaré que celui qui possède moins de cinquante takas en biens liquides peut recevoir la zakat. Les biens de la maison, ainsi que le cheval et le serviteur, ne sont pas comptés dans ce calcul. Autrement dit, même s’il possède ces biens, celui dont la fortune est inférieure à cinquante takas peut recevoir la zakat. Dans cette question, il y a d’une part la règle juridique et d’autre part le degré de mérite. Ces deux notions sont différentes.
Au sujet du degré de mérite, le Messager vénéré (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui) a dit : « Celui qui dispose de sa nourriture du matin et du soir, puis demande l’aumône aux gens, amasse en réalité du feu pour lui-même. » Dans un autre hadith, le noble Prophète (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui) a dit : « Il m’est préférable de gagner sa subsistance, même en coupant du bois, plutôt que de tendre la main pour mendier auprès des gens. » Un troisième hadith rapporte que celui qui possède de quoi se nourrir ou qui est capable de gagner sa vie ne devrait pas recevoir la zakat. C’est là l’enseignement du Messager vénéré, destiné à éveiller chez les gens le sens de l’honneur ; ce n’est pas une loi. Une limite extrême de la loi a été indiquée, et il a été précisé jusqu’à quel point une personne peut recevoir la zakat. Dans un hadith, le noble Messager (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui) a dit :
لِلسَّائِلِ حَقٌ وَاِنْ جَاءَ عَلَى الْفَرَسِ ـ
« Même si le mendiant vient à cheval, il faut lui donner l’aumône. »
Un homme demanda au Messager vénéré : « Si je possède dix taka, serai-je compté parmi les misérables ? » Le Messager répondit : « Oui. » Un jour, deux hommes demandèrent la zakat au Messager vénéré. Le noble Messager (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui) les observa d’un regard perçant et dit : « Si vous voulez la recevoir, je vous la donnerai certes ; mais, en réalité, les riches et les personnes capables n’y ont aucune part. » Ces hadiths montrent clairement que ceux qui ne possèdent pas la somme minimale rendant la zakat obligatoire sont eux aussi comptés parmi les pauvres, et qu’il est permis de leur donner la zakat. Il va sans dire que les véritables ayants droit à la zakat ne peuvent être que les personnes réellement nécessiteuses.
Les règles essentielles de la zakat ont été exposées ici ; toutefois, je considère comme particulièrement nécessaire d’attirer l’attention des lecteurs sur un point extrêmement important à ce sujet. Car les musulmans d’aujourd’hui ont oublié ce que je veux dire : toutes les œuvres de l’islam doivent être accomplies de manière collective et en communauté. L’islam ne soutient pas l’isolement individuel. Si un musulman qui se trouve loin d’une mosquée prie seul, sa prière sera certes valide ; mais la loi islamique prescrit d’accomplir la prière avec l’assemblée : il est conforme à l’esprit de la Loi que les musulmans prient avec la communauté. Le Noble Coran y fait allusion en ces termes :
خُذْ مِنْ اَمْوَالِهِمْ صَدَقَةٌ تُطَهِّرُ هُمْ وَتُزَكِّيْهِمْ بِهَا : التوبة : 103
C’est-à-dire qu’Allah Très-Haut a ordonné au noble Messager d’Allah (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui) de collecter la zakat auprès des musulmans. Il n’a pas été demandé aux musulmans de s’acquitter de la zakat séparément et individuellement. En outre, le fait qu’une part des fonds de la zakat soit réservée aux agents chargés de sa collecte signifie que l’imam des musulmans, ou le chef de l’État, la collectera auprès de tous et la dépensera de manière collective. Le noble Prophète (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui) a dit :
اُمِرْتُ اَنْ اَخَذَ الصَّدَقَةَ مِنْ اغْنِيْاَءِ كُمْ وَاَرُدُّهَا فِىْ فُقَرَاءِ كُمْ ـ
C’est-à-dire que j’ai reçu l’ordre de prélever la zakat auprès de vos riches et de la distribuer à vos pauvres. Cette méthode de collecte de la zakat était également appliquée à l’époque du Prophète éminent (paix et bénédictions d’Allah sur lui) et des califes bien guidés. Les responsables de l’État islamique percevaient toute la zakat, qui était ensuite régulièrement distribuée par le gouvernement central.
La réalité du Hajj
Les origines du Hajj
En arabe, « Hajj » signifie avoir l’intention d’effectuer une visite. Comme les musulmans viennent de toutes les régions du monde vers un centre déterminé afin de visiter la Kaaba, cette pratique a été appelée « Hajj ». L’histoire de l’origine du Hajj, de la manière et de l’époque où il a commencé, est extrêmement captivante et instructive. Si le lecteur étudie cette histoire avec une profonde attention, il lui sera facile de comprendre les bienfaits du Hajj.
Qu’il soit musulman ou chrétien, nul n’ignore le nom du vénérable Ibrahim, que la paix soit sur lui. Plus des deux tiers de la population mondiale le reconnaissent comme un « chef ». Les trois éminents prophètes, Moïse, Jésus et Muhammad, que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur eux, sont issus de sa descendance, et la lumière de la vérité s’est répandue dans le monde entier depuis le flambeau lumineux qu’il avait allumé. Il naquit en Irak il y a plus de quatre mille ans. À cette époque, les hommes du monde entier avaient oublié Allah. Pas un seul être humain sur terre ne connaissait son véritable Maître et Seigneur, ni ne baissait la tête devant Lui dans un esprit de servitude et d’obéissance. Bien que le peuple au sein duquel il était né fût le peuple le plus avancé du monde d’alors, il était aussi à l’avant-garde dans l’égarement. Jamais une créature ne peut être une divinité ou un objet d’adoration. Malgré leurs progrès extrêmes dans les sciences, les connaissances et les arts, ces gens ne parvenaient pas à comprendre cette vérité simple. Ils adoraient donc les astres du ciel ainsi que des idoles fabriquées en terre ou en pierre. L’astrologie, la consultation des présages pour connaître le bien et le mal, la prétention de révéler l’invisible, la pratique de la magie, les invocations, les amulettes et les incantations étaient très répandues. Comme chez les pandits et les brahmanes hindous d’aujourd’hui, il existait alors dans la société une classe de prêtres et d’idolâtres. Ils entretenaient les temples, accomplissaient les rites d’adoration au nom d’autrui, célébraient des cérémonies particulières dans les moments de malheur ou de joie, et trompaient les gens en prétendant connaître l’invisible. Le peuple les considérait comme les arbitres du destin. Il se conformait à leurs moindres signes et, dans un silence soumis, satisfaisait aveuglément leurs désirs. Car il croyait que ces prêtres détenaient une autorité sur les divinités. S’ils étaient satisfaits, les faveurs des dieux se déverseraient sur nous ; sinon, nous serions anéantis. Ce groupe de prêtres entretenait des relations secrètes avec les rois et les souverains de l’époque. Rois et prêtres s’entraidaient pour maintenir le peuple dans une servitude absolue. D’un côté, le gouvernement protégeait les prêtres ; de l’autre, ceux-ci enracinaient dans l’esprit du peuple l’idée que les rois et les souverains comptaient eux aussi parmi les « dieux » : ils étaient les propriétaires absolus du pays et de leurs sujets, leur parole était la loi et ils avaient le droit de disposer à leur guise de la vie et des biens de leurs sujets. Bien plus, tous les rites de servitude étaient accomplis devant les rois et les souverains, y compris le fait de se prosterner devant eux, afin que l’empreinte de leur domination s’inscrive durablement dans l’esprit et le cœur de leurs sujets.
C’est dans un tel environnement et au sein d’une famille de ce peuple que naquit le vénérable Ibrahim, que la paix soit sur lui. Plus remarquable encore : la famille dans laquelle il naquit était précisément une famille de prêtres professionnels et héréditaires. Son père et ses ancêtres étaient les pandits et prêtres brahmanes de leur peuple. Ainsi, le vénérable Ibrahim, que la paix soit sur lui, reçut exactement l’éducation et la formation qu’un enfant brahmane pouvait recevoir. Dès son enfance, il entendait ce genre de discours. Parmi ses frères et sœurs, il voyait le faste et les manières aisées des pirs et de leurs descendants. Le siège hautement honorifique de la prêtrise du temple local l’attendait. S’il s’y était installé, il aurait pu devenir sans difficulté le « chef du peuple ». Les présents, les prestations obligatoires et les offrandes qui affluaient de toutes parts pour l’ensemble de sa famille étaient également à sa disposition. Selon leurs habitudes ancestrales, les habitants du pays étaient prêts à venir s’asseoir devant lui, les mains jointes, et à incliner la tête avec dévotion et respect. En feignant de connaître l’invisible afin de prétendre avoir accès aux divinités, il aurait pu réduire en esclavage obéissant tout le monde, du simple cultivateur au roi de l’époque. Dans ces ténèbres, où ne se trouvait nulle part un seul homme doué d’une connaissance véritable et attaché à la vérité, il était tout aussi impossible pour lui d’accéder à la lumière de la vérité que, pour un homme ordinaire, de piétiner de si grands intérêts personnels et familiaux et de se jeter, pour la seule vérité, au-devant des dangers qui menaçaient le monde entier.
Mais le vénérable Ibrahim, que la paix soit sur lui, n’était pas un homme ordinaire. Il avait été créé d’une « matière particulière ». Dès qu’il eut atteint la maturité intellectuelle, il commença à réfléchir : la lune, le soleil et les étoiles suivent, tels de simples esclaves, la loi de leur lever et de leur coucher ; les idoles sont façonnées par les hommes eux-mêmes dans la pierre ; le roi du pays est un homme ordinaire comme nous : comment pourraient-ils être des seigneurs ? Pourquoi l’homme baisserait-il la tête devant des choses incapables de bouger, ne serait-ce qu’un peu, par leur propre volonté, incapables de se venir en aide et n’ayant pas le moindre pouvoir sur la vie et la mort ? Pourquoi l’homme les servirait-il et les adorerait-il ? Pourquoi encore les servirait-il pour obtenir les biens nécessaires ? Parmi tout ce que nous voyons dans les cieux et sur la terre, parmi toutes les choses que nous connaissons d’une manière ou d’une autre, il n’en est pas une seule qui soit indépendante, autonome ou éternelle. Puisqu’elles sont toutes dans cet état, comment pourraient-elles être les « seigneurs » ou les maîtres des hommes ? Puisqu’aucune d’elles ne m’a créé, puisque le pouvoir sur ma vie, ma mort, mon profit et ma perte n’est entre les mains d’aucune d’elles, puisque les clés de ma subsistance et de mes moyens d’existence ne sont entre les mains d’aucune d’elles, pourquoi reconnaîtrais-je l’une d’elles comme mon « Seigneur » ? Et pourquoi me prosternerais-je devant elle pour la servir et l’adorer ? En vérité, seul Celui qui a tout créé, dont tous dépendent et entre les mains duquel se trouvent les sources de la vie, de la mort, du profit et de la perte de tous, peut être mon « Seigneur ». Après avoir réfléchi à ces questions, le vénérable Ibrahim (que la paix soit sur lui) décida de ne pas adorer les idoles vénérées par son peuple, mais de les abandonner ; dès qu’il eut pris cette décision, il proclama d’une voix retentissante :
إِنِّي بَرِيءٌ مِمَّا تُشْرِكُونَ
« Je n’ai aucun lien avec ceux que vous associez à Allah. » — Sourate al-An‘âm : 78
إِنِّي وَجَّهْتُ وَجْهِيَ لِلَّذِي فَطَرَ السَّمَاوَاتِ وَالْأَرْضَ حَنِيفًا وَمَا أَنَا مِنَ الْمُشْرِكِينَ
« Détournant mon visage de toutes les directions, je me consacre exclusivement, pour l’adoration et la dévotion, à cet Être sublime qui a créé les cieux et la terre, et je ne fais pas partie des polythéistes. » — Sourate al-An‘âm : 79
Après cette déclaration révolutionnaire, une montagne d’épreuves et de malheurs s’abattit sur Ibrâhîm, que la paix soit sur lui. Son père lui dit : « Je vais t’abandonner et te chasser de la maison. » Toute la nation s’écria : « Aucun d’entre nous ne t’accordera refuge. » Les autorités locales se dressèrent également contre lui, et une plainte fut déposée devant le roi. Mais Ibrâhîm, que la paix soit sur lui, bien que seul et isolé, se tint la tête haute devant tous pour défendre la vérité. Il dit à son père avec le plus grand respect : « Vous ne savez absolument rien de la connaissance que j’ai acquise. Par conséquent, je ne vous obéirai pas ; au contraire, c’est vous tous qui devriez écouter ce que j’ai à dire. »
En réponse aux menaces de son peuple, il brisa de ses propres mains toutes les idoles et démontra ainsi que celles que vous adorez ne possèdent aucun pouvoir. Dans l’audience publique du roi, il déclara clairement : « Tu n’es pas mon Seigneur ; mon Seigneur est Celui entre les mains duquel se trouvent la vie et la mort de toi, de moi et de nous tous, et aux règles rigoureuses duquel la lune et le soleil sont entièrement soumis. » Finalement, la cour royale décida de brûler Ibrâhîm, que la paix soit sur lui, vif et de le réduire en cendres. Mais le cœur d’Ibrâhîm, que la paix soit sur lui, était plus ferme qu’une montagne, et il ne plaçait sa confiance qu’en Allah. Il se prépara donc sans la moindre hésitation à subir ce terrible châtiment. Puis, lorsqu’Allah le Très-Haut le délivra du brasier des mécréants, il abandonna sa patrie, son peuple, ses proches et tous ses biens, et se mit à parcourir les routes et les pays, accompagné seulement de son épouse et de son neveu. Un siège de sacerdoce l’attendait chez lui : en l’occupant, il aurait pu devenir le guide spirituel de toute la nation et en faire un bien héréditaire. Pourtant, il préféra accepter pour lui-même et pour sa descendance les souffrances atroces de l’exil et du dénuement. Car il lui était absolument impossible de tolérer que les habitants du monde vivent heureux en étant enchaînés à la servitude d’innombrables « faux seigneurs ». Au contraire, il accepta de servir l’unique véritable Seigneur et se mit à appeler le monde entier à cette voie ; pour ce « crime », il ne put vivre paisiblement nulle part.
Après avoir quitté sa patrie, Ibrâhîm (que la paix soit sur lui) se mit à parcourir la Syrie, la Palestine, l’Égypte et les pays arabes. Au cours de ces voyages, d’innombrables épreuves s’abattirent sur lui ; il n’avait avec lui ni richesses ni argent. Même à l’étranger, il ne se préoccupa nullement de gagner sa vie. Jour et nuit, il ne pensait qu’à une seule chose : comment libérer les habitants du monde des chaînes de la servitude envers d’innombrables seigneurs et les transformer en serviteurs de l’unique Allah. Lorsque son père et son propre peuple ne purent absolument plus supporter cet homme accablé par cette préoccupation, qui donc pouvait encore le tolérer ? Quel peuple allait l’accueillir avec affection et honneurs ? Partout, les prêtres des mêmes temples et les rois qui se prétendaient des divinités se dressaient fièrement, tandis que partout vivaient des masses ignorantes et stupides, prises dans les filets de la servitude envers ces « fausses divinités ». Comment un homme qui n’était prêt à servir personne d’autre que son Seigneur pouvait-il vivre paisiblement parmi eux ? Il disait également aux autres : « Vous n’avez, en dehors d’Allah, aucun maître, aucun seigneur ni aucun souverain. Brisez tous les trônes de la seigneurie et de la divinité, et vivez uniquement comme les serviteurs d’Allah. » C’est précisément pour cette raison qu’Ibrâhîm, que la paix soit sur lui, ne put vivre paisiblement nulle part. Pendant des années, il erra comme un voyageur égaré, se rendant tantôt dans les contrées de Canaan, tantôt en Égypte, tantôt dans les déserts d’Arabie. C’est ainsi que toute sa jeunesse s’écoula et que ses cheveux noirs devinrent blancs.
Vers la fin de sa vie, alors qu’il ne lui restait que quatre ans avant d’atteindre l’âge de quatre-vingt-dix ans et qu’il n’espérait plus avoir d’enfant, Allah le Très-Haut lui en accorda un. Pourtant, ce serviteur d’Allah ne se mit pas à penser, même un instant : « Ma vie s’est écoulée sans soutien ; maintenant, au moins, rendons mes fils capables de gagner leur subsistance. » Non, cette pensée ne lui vint pas à l’esprit. Au contraire, une seule préoccupation habitait le cœur de ce père âgé : après sa mort, il y aurait un besoin pressant de personnes capables de poursuivre la mission à laquelle il avait consacré sa vie et de diffuser son appel dans toutes les directions. C’est pour cette raison qu’il avait demandé un enfant à Allah. Et lorsque Allah le lui accorda, il s’efforça de l’éduquer afin qu’il puisse poursuivre son œuvre après sa mort. La vie de cet homme accompli était l’idéal d’une vie véritablement musulmane. Dès le début de sa jeunesse, dès qu’il eut atteint la maturité intellectuelle et reconnu son Seigneur, Allah lui dit :أَسْلِمْ— accepte l’islam, soumets-toi volontairement à Moi et reconnais Ma servitude. Il répondit alors en termes clairs :أَسْلَمْتُ لِرَبِّ الْعَالَمِينَ— J’ai accepté l’islam. Je me suis consacré au Seigneur de l’univers et je me suis remis entre Ses mains. Tout au long de sa vie, cet homme sincère démontra pleinement, sous tous les aspects, la vérité de cette parole et de cet engagement. Pour le Seigneur de l’univers, il abandonna la religion ancestrale de plusieurs centaines d’années, ainsi que tous ses rites, ses pratiques et ses croyances. Il renonça à tous les avantages qu’il aurait pu obtenir en occupant le siège du sacerdoce. Il abandonna sa lignée, sa famille, son peuple et sa patrie. Au mépris de sa propre vie, il s’élança au cœur du feu. Il endura les souffrances de l’émigration et de l’exil, parcourut pays après pays et consacra chaque instant de sa vie au service et à l’obéissance du Seigneur de l’univers ainsi qu’à la diffusion de Sa religion, l’islam. Lorsqu’il eut un enfant dans sa vieillesse, il lui assigna également cette religion et cette mission. Mais après toutes ces épreuves difficiles, il en restait encore une dernière, plus dure que toutes les autres. Tant qu’il ne l’aurait pas réussie, il ne pouvait être établi si Ibrâhîm, que la paix soit sur lui, aimait le Seigneur de l’univers plus que toute autre chose. Cette épreuve extrêmement rigoureuse se présenta à lui. Il fut mis à l’épreuve pour savoir s’il pouvait sacrifier pour Allah son fils unique, cet enfant qui lui avait été accordé dans sa vieillesse après qu’il eut perdu tout espoir. Ibrâhîm, que la paix soit sur lui, réussit également cette épreuve. Dès qu’il reçut l’ordre d’Allah, il se prépara à égorger son propre fils de ses propres mains. Alors il fut proclamé définitivement qu’il avait prouvé la véracité de sa prétention à être un véritable musulman. Allah accepta également son sacrifice et lui fit savoir qu’il pouvait désormais être établi imam, ou chef, de l’ensemble du monde : il en était maintenant pleinement digne. C’est précisément ce qui est dit dans le verset suivant du Noble Coran :
وَإِذِ ابْتَلَى إِبْرَاهِيمَ رَبُّهُ بِكَلِمَاتٍ فَأَتَمَّهُنَّ قَالَ إِنِّي جَاعِلُكَ لِلنَّاسِ إِمَامًا قَالَ وَمِنْ ذُرِّيَّتِي قَالَ لَا يَنَالُ عَهْدِي الظَّالِمِينَ
« Et lorsque le Seigneur d’Ibrahim le soumit à plusieurs épreuves et qu’il les surmonta avec succès, Il lui annonça : “Je fais de toi l’imam, le guide éminent de l’ensemble des hommes.” Il demanda : “Et cette promesse s’applique-t-elle également à ma descendance ?” Allah le Très-Haut répondit : “Mon engagement ne concerne pas les injustes.” » — Sourate Al-Baqara, 124
Ainsi, le prophète Ibrahim, que la paix soit sur lui, fut investi de la direction du monde et nommé « dirigeant » du mouvement universel de l’islam. Pour étendre davantage ce mouvement et pour que certains de ses compagnons assument des responsabilités dans différentes régions et y œuvrent en tant que ses représentants, leur présence devint absolument nécessaire. À cet égard, trois personnes œuvrèrent comme le « bras droit » du prophète Ibrahim, que la paix soit sur lui. Le premier était son neveu, le prophète Lut, que la paix soit sur lui ; le deuxième, son fils aîné, le prophète Ismail, que la paix soit sur lui, qui, ayant appris qu’Allah désirait sa vie, se prépara avec une joie et un enthousiasme extrêmes à être sacrifié ; et le troisième était son fils cadet, le prophète Ishaq, que la paix soit sur lui.
Il installa son neveu dans la région de « Sadum » (Transjordanie). Le peuple le plus vil et le plus débauché de l’époque y vivait. Sa mission consistait, d’une part, à réformer la moralité de ce peuple et, d’autre part, à transmettre l’appel de l’islam jusque dans les régions éloignées. Les caravanes de commerçants d’Iran, d’Irak et d’Égypte traversaient cette région. Il lui était donc particulièrement avantageux, depuis cet endroit, de mener efficacement la propagation de l’islam dans les deux directions.
Il installa son fils cadet, le prophète Ishaq, que la paix soit sur lui, dans la région de Canaan ou de Palestine. Celle-ci se trouve entre la Syrie et l’Égypte ; de plus, étant située sur le littoral, il était facile, depuis cette région, de faire parvenir le message de l’islam jusqu’aux autres pays. C’est depuis cette région que le mouvement islamique atteignit l’Égypte par l’intermédiaire du fils du prophète Ishaq, que la paix soit sur lui, le prophète Yaqub, que la paix soit sur lui, dont le nom était Israël, puis de son petit-fils, le prophète Yusuf, que la paix soit sur lui.
Il installa son fils aîné, le prophète Ismail, que la paix soit sur lui, dans la ville de La Mecque, au Hedjaz, et resta lui-même longtemps auprès de lui, diffusant l’enseignement de l’islam dans les moindres recoins de l’Arabie. Puis, c’est ici même que le père et le fils fondèrent ensemble le centre mondialement célèbre du mouvement islamique : la Kaaba. Allah le Très-Haut avait Lui-même désigné ce centre et fixé Lui-même le lieu où il devait être édifié. La Kaaba n’est pas simplement un lieu de culte comme une mosquée ordinaire ; dès le premier jour, elle fut destinée à être le centre de propagation du mouvement universel de la religion islamique. L’objectif de la construction de cette Maison sacrée était que tous les croyants en l’unicité d’Allah, venus des régions lointaines du monde, s’y réunissent, adorent collectivement l’Unique Allah, puis repartent dans leurs pays respectifs en emportant le message révolutionnaire de l’islam. Cette assemblée mondiale des musulmans est appelée le « Hajj ». Le Coran expose en détail comment ce centre de culte fut fondé, avec quelles nobles aspirations et quelles invocations le père et le fils construisirent cet édifice, et comment le « Hajj » commença :
إِنَّ أَوَّلَ بَيْتٍ وُضِعَ لِلنَّاسِ لَلَّذِي بِبَكَّةَ مُبَارَكًا وَهُدًى لِلْعَالَمِينَ – فِيهِ آَيَاتٌ بَيِّنَاتٌ مَقَامُ إِبْرَاهِيمَ وَمَنْ دَخَلَهُ كَانَ آَمِنًا
« Il ne fait aucun doute que la première Maison consacrée aux hommes est celle de La Mecque. Elle est très sainte, bénie et constitue un centre de guidance pour l’ensemble du monde. Elle contient des signes manifestes d’Allah, notamment le مقام d’Ibrahim, et quiconque y entre y sera en sécurité. » — Sourate Al Imran, 96-97
أَوَلَمْ يَرَوْا أَنَّا جَعَلْنَا حَرَمًا آَمِنًا وَيُتَخَطَّفُ النَّاسُ مِنْ حَوْلِهِمْ
« Ne voient-ils pas comment Nous avons fait du sanctuaire sacré un lieu exempt de danger et paisible pour les hommes, tandis que tout autour, les gens étaient pillés et détroussés ? » — Sourate al-‘Ankabût : 67
C’est-à-dire qu’alors que tout autour de l’Arabie déferlait un flot de troubles, tels que les pillages, les violences et les guerres, la paix régnait toujours dans ce sanctuaire. Même si un Bédouin intrépide y voyait, à l’intérieur de ses limites, le meurtrier de son père, il n’aurait pas osé, bien qu’assis là, le toucher ne serait-ce que du bout du doigt.
وَإِذْ جَعَلْنَا الْبَيْتَ مَثَابَةً لِلنَّاسِ وَأَمْنًا وَاتَّخِذُوا مِنْ مَقَامِ إِبْرَاهِيمَ مُصَلًّى وَعَهِدْنَا إِلَى إِبْرَاهِيمَ وَإِسْمَاعِيلَ أَنْ طَهِّرَا بَيْتِيَ لِلطَّائِفِينَ وَالْعَاكِفِينَ وَالرُّكَّعِ السُّجُودِ – وَإِذْ قَالَ إِبْرَاهِيمُ رَبِّ اجْعَلْ هَذَا بَلَدًا آَمِنًا وَارْزُقْ أَهْلَهُ مِنَ الثَّمَرَاتِ مَنْ آَمَنَ مِنْهُمْ بِاللَّهِ وَالْيَوْمِ الْآَخِرِ
« Et souvenez-vous lorsque Nous avons fait de cette Maison un centre pour les gens et un lieu de refuge sûr, et que Nous avons ordonné de prendre le lieu de prière d’Ibrahim pour musalla (tapis de prière), et Nous avons ordonné à Ibrahim et à Ismaïl de garder Ma Maison pure et propre pour ceux qui accomplissent les circumambulations, ceux qui y séjournent et ceux qui prient. Puis, lorsqu’Ibrahim implora : “Seigneur, fais de cette ville une cité paisible et accorde ses fruits comme moyens de subsistance à ceux de ses habitants qui croient en Allah et au Jour dernier.” » — Sourate al-Baqara : 125-126
وَإِذْ يَرْفَعُ إِبْرَاهِيمُ الْقَوَاعِدَ مِنَ الْبَيْتِ وَإِسْمَاعِيلُ رَبَّنَا تَقَبَّلْ مِنَّا إِنَّكَ أَنْتَ السَّمِيعُ الْعَلِيمُ – رَبَّنَا وَاجْعَلْنَا مُسْلِمَيْنِ لَكَ وَمِنْ ذُرِّيَّتِنَا أُمَّةً مُسْلِمَةً لَكَ وَأَرِنَا مَنَاسِكَنَا وَتُبْ عَلَيْنَا إِنَّكَ أَنْتَ التَّوَّابُ الرَّحِيمُ – رَبَّنَا وَابْعَثْ فِيهِمْ رَسُولًا مِنْهُمْ يَتْلُو عَلَيْهِمْ آَيَاتِكَ وَيُعَلِّمُهُمُ الْكِتَابَ وَالْحِكْمَةَ وَيُزَكِّيهِمْ إِنَّكَ أَنْتَ الْعَزِيزُ الْحَكِيمُ
« Et souvenez-vous lorsqu’Ibrahim et Ismaïl élevaient les fondations de cette Maison en implorant : “Seigneur, accepte de nous cette œuvre ; Tu es Celui qui entend tout et qui sait tout. Seigneur, fais de nous deux des musulmans, c’est-à-dire soumis à Toi, et suscite de notre descendance une communauté qui Te sera exclusivement soumise. Enseigne-nous les rites de Ton adoration et accueille-nous dans Ta miséricorde ; Tu es certes Celui qui pardonne abondamment et qui est très miséricordieux. Seigneur, envoie-leur un Messager issu d’eux-mêmes, qui leur récitera Tes versets, leur enseignera le Livre et la sagesse, et les purifiera. Tu es certes le Tout-Puissant et le Sage.” » — Sourate al-Baqara : 127-129
وَإِذْ قَالَ إِبْرَاهِيمُ رَبِّ اجْعَلْ هَذَا الْبَلَدَ آَمِنًا وَاجْنُبْنِي وَبَنِيَّ أَنْ نَعْبُدَ الْأَصْنَامَ – رَبِّ إِنَّهُنَّ أَضْلَلْنَ كَثِيرًا مِنَ النَّاسِ فَمَنْ تَبِعَنِي فَإِنَّهُ مِنِّي وَمَنْ عَصَانِي فَإِنَّكَ غَفُورٌ رَحِيمٌ – رَبَّنَا إِنِّي أَسْكَنْتُ مِنْ ذُرِّيَّتِي بِوَادٍ غَيْرِ ذِي زَرْعٍ عِنْدَ بَيْتِكَ الْمُحَرَّمِ رَبَّنَا لِيُقِيمُوا الصَّلَاةَ فَاجْعَلْ أَفْئِدَةً مِنَ النَّاسِ تَهْوِي إِلَيْهِمْ وَارْزُقْهُمْ مِنَ الثَّمَرَاتِ لَعَلَّهُمْ يَشْكُرُونَ
« Et rappelle-toi lorsqu’Ibrahim pria : “Ô Allah, rends cette cité sûre et préserve-moi, ainsi que mes enfants, du shirk de l’idolâtrie. Ô Allah, ces idoles ont égaré un grand nombre de gens. Ainsi, quiconque suivra ma voie sera des miens ; quant à celui qui s’en écartera, Tu es certes Très Pardonneur et Très Miséricordieux. Ô notre Seigneur, j’ai établi une partie de ma descendance près de Ta Maison sacrée, dans cette vallée aride, afin qu’ils y accomplissent la prière. Ô Allah, fais donc que le cœur des gens incline vers eux et accorde-leur des moyens de subsistance, afin qu’ils Te soient reconnaissants.” » — Sourate Ibrahim, 35-37
وَإِذْ بَوَّأْنَا لِإِبْرَاهِيمَ مَكَانَ الْبَيْتِ أَنْ لَا تُشْرِكْ بِي شَيْئًا وَطَهِّرْ بَيْتِيَ لِلطَّائِفِينَ وَالْقَائِمِينَ وَالرُّكَّعِ السُّجُودِ – وَأَذِّنْ فِي النَّاسِ بِالْحَجِّ يَأْتُوكَ رِجَالًا وَعَلَى كُلِّ ضَامِرٍ يَأْتِينَ مِنْ كُلِّ فَجٍّ عَمِيقٍ – لِيَشْهَدُوا مَنَافِعَ لَهُمْ وَيَذْكُرُوا اسْمَ اللَّهِ فِي أَيَّامٍ مَعْلُومَاتٍ عَلَى مَا رَزَقَهُمْ مِنْ بَهِيمَةِ الْأَنْعَامِ فَكُلُوا مِنْهَا وَأَطْعِمُوا الْبَائِسَ الْفَقِيرَ
« Et rappelle-toi lorsque Nous indiquâmes à Ibrahim l’emplacement de cette Maison : “Ne M’associe rien et purifie Ma Maison pour ceux qui accomplissent le tawaf et la prière. Et proclame publiquement aux gens l’obligation du Hajj : ils viendront à toi à pied ou montés sur des chameaux amaigris, venant de contrées lointaines. Qu’ils viennent afin de voir les bienfaits religieux et mondains qui leur sont destinés, et qu’ils sacrifient, au nom d’Allah, les bêtes qu’Il leur a accordées durant des jours déterminés ; mangez-en vous-mêmes et nourrissez-en les pauvres et les nécessiteux.” » — Sourate al-Hajj, 26-28
Telle est l’histoire des origines du Hajj. Il a été établi comme le cinquième pilier de l’islam. On comprend ainsi que la Mecque était le siège principal du prophète chargé de conduire dans le monde le mouvement islamique universel. La Kaaba sacrée en était le centre principal, d’où l’islam se diffusait vers les régions lointaines du monde. Tous ceux qui, où qu’ils vivent et quelle que soit leur nation, souhaitent adorer l’Unique Allah et Lui obéir dans leur vie pratique doivent se rassembler chaque année en un centre déterminé ; c’est pourquoi le rite du Hajj a été institué. Il montre clairement que, de même que la roue tourne autour de son axe, la vie des musulmans gravite autour de son propre centre : telle est la manifestation extérieure du profond mystère du Hajj.
L’histoire du Hajj
J’ai exposé dans l’article précédent comment et dans quel but le Hajj avait commencé. Il y a également été dit que le prophète Ibrahim, que la paix soit sur lui, avait établi à la Mecque le centre du mouvement islamique et y avait installé son fils aîné, le prophète Ismaïl, que la paix soit sur lui, afin qu’il poursuive ce mouvement après lui. Allah le Très-Haut sait combien de temps les descendants d’Ismaïl, que la paix soit sur lui, suivirent la voie de la religion islamique. Mais il ne fait aucun doute qu’en l’espace de quelques siècles, ils avaient oublié l’enseignement et la voie montrée par les grands hommes qui les avaient précédés et qu’à l’instar des autres peuples « jahili », ils avaient instauré toutes sortes d’égarements et de pratiques pécheresses. Dans cette Kaaba autour de laquelle avait autrefois commencé l’appel et la prédication à l’adoration de l’Unique Allah, des centaines d’idoles furent installées. On alla même jusqu’à fabriquer et placer dans la Kaaba les statues d’Ibrahim et d’Ismaïl, que la paix soit sur eux, bien que toute leur vie eût été consacrée à combattre l’idolâtrie et à y mettre fin. Ils adoraient également les astres et les planètes, tels que la lune, Mercure, Vénus et Saturne. Ils adoraient aussi les fantômes, les esprits, les anges et les « âmes » de leurs ancêtres morts. Leur ignorance avait atteint un tel degré que, lorsqu’ils sortaient de chez eux, s’ils ne trouvaient pas l’idole de leur clan, ils se mettaient à adorer toute pierre colorée qu’ils apercevaient en chemin. S’ils ne trouvaient pas de pierre, ils façonnaient une statue avec un mélange d’eau et de terre, puis il leur suffisait d’asperger cette masse inerte de lait de chèvre pour qu’elle devînt, selon eux, une divinité, qu’ils se mettaient à adorer. Le sacerdoce et le culte des idoles contre lesquels leur « père », le prophète Ibrahim, que la paix soit sur lui, avait combattu dans toute l’Irak, avaient de nouveau pénétré dans leurs foyers. Ils avaient transformé la Kaaba en repaire d’idolâtrie et s’en étaient eux-mêmes faits les prêtres. Ils avaient assimilé le Hajj à un pèlerinage et, depuis la Kaaba, centre de la prédication du tawhid, ils avaient commencé à prêcher l’idolâtrie. En usant de toutes sortes de ruses et de procédés propres aux adorateurs, ils percevaient auprès des gens venus de diverses régions d’Arabie des offrandes votives, des dons et des cadeaux. Ainsi, toute l’œuvre grandiose commencée par Ibrahim et Ismaïl, que la paix soit sur eux, fut anéantie.
On peut clairement mesurer l’extrême déchéance qu’avait atteinte le Hajj durant cette sombre époque de jahiliya à partir d’un fait. Une foire annuelle se tenait à la Mecque ; les poètes ou les conteurs des grandes familles et tribus arabes faisaient retentir les airs de leurs louanges à la renommée, à la bravoure, à la puissance, à l’honneur et à la générosité de leurs tribus, et se livraient à une véritable compétition pour manifester leur gloire et leur orgueil réciproques. Ils en venaient même à calomnier les autres. Ils rivalisaient également en courtoisie et en générosité. Chaque chef de tribu faisait installer de grandes marmites et égorgeait chameau après chameau afin d’établir sa supériorité et d’humilier les autres. À l’origine de ce gaspillage et de cette prodigalité, ils n’avaient qu’un seul objectif : s’ils faisaient preuve de générosité à cette occasion, leur renommée se répandrait dans toute l’Arabie par l’intermédiaire des visiteurs de la foire, et l’on commencerait, dans chaque foyer, à parler du nombre de chameaux égorgés par tel chef de tribu et du nombre de personnes qu’il avait nourries. Dans ces assemblées, des spectacles de danse et de chant, la consommation d’alcool, l’adultère et toutes sortes d’actes éhontés étaient accomplis avec un faste particulier. Il est douteux que quiconque ait songé à servir l’Unique Allah durant ces festivités. On accomplissait le tawaf autour de la Kaaba, mais la manière de le faire était devenue dévoyée. Hommes et femmes tournaient ensemble entièrement nus, en disant : “Nous nous présenterons devant Allah dans l’état où notre mère nous a mis au monde.” Il est vrai qu’on pratiquait l’« adoration » dans la mosquée établie par le prophète Ibrahim, que la paix soit sur lui ; mais comment ? On frappait très fort des mains, on jouait de la flûte et l’on soufflait dans les cors. Il n’est pas vrai non plus qu’on n’y invoquait jamais le nom d’Allah. Mais de quelle manière ? Ils disaient :
لَبَّيْكَ اللّٰهُمَّ لَبَّيْكَ لاَ شَرِيْكَ لَكَ إِلاَّ شَرِيْكاً هُوَ لَكَ تَمْلِيْكُهُ وَمَا مَلَكَ
« Me voici, ô mon Dieu, me voici ! Tu n’as aucun associé, sauf celui qui t’appartient ; tu es son maître ainsi que le maître de ce qu’il possède. »
On y accomplissait également des sacrifices au nom d’Allah. Mais leur manière de faire était des plus viles et arrogantes. Ils enduisaient les murs de la Kaaba du sang des animaux sacrifiés et en déposaient la viande devant sa porte. Car, selon leur croyance, Allah acceptait d’eux ce sang et cette viande — à Dieu ne plaise. Dès l’époque du prophète Ibrahim, que la paix soit sur lui, l’effusion de sang avait été interdite durant les quatre mois du Hajj, et toutes sortes de guerres et de conflits avaient été prohibés pendant cette période. Les générations suivantes respectèrent dans une certaine mesure cette interdiction ; mais lorsqu’elles désiraient faire la guerre, elles considéraient comme « licites » les mois sacrés d’une année et accomplissaient leur « rattrapage » l’année suivante.
Par ailleurs, d’autres personnes, qui étaient attachées à leur propre religion, avaient elles aussi instauré, par pure ignorance, un grand nombre de pratiques étonnantes. Certains partaient pour le Hajj sans prendre aucune provision et passaient leurs journées à mendier en chemin. À leurs yeux, c’était une œuvre extrêmement méritoire. Ils disaient : « Nous plaçons notre confiance en Allah et nous nous rendons auprès de la Maison d’Allah pour en accomplir la circumambulation ; pourquoi aurions-nous besoin d’emporter des biens de ce monde ? » On considérait généralement comme illicite de faire du commerce ou de travailler pour gagner sa vie pendant le voyage du Hajj. Beaucoup cessaient même de manger et de boire pendant le Hajj, et considéraient également cela comme un acte d’adoration. Certains, lorsqu’ils partaient pour le Hajj, cessaient jusqu’à parler. Cela s’appelait le « Hajj muṣmit », ou le « Hajj muet ». Il est impossible de dénombrer toutes les pratiques erronées et les coutumes mauvaises qui furent ainsi instaurées. Je ne veux pas perdre mon temps à en donner le détail.
Un tel état de profonde obscurité dura plus ou moins deux mille ans. Durant cette longue période, aucun prophète n’apparut en Arabie et aucun enseignement authentique d’un prophète ne parvint dans ce pays. Enfin, le moment où l’invocation du prophète Ibrahim, que la paix soit sur lui, allait être exaucée approcha. Lorsqu’il fonda la Kaaba, il invoqua Allah en ces termes : « Ô Allah, suscite dans ce pays un prophète issu de ce peuple, qui leur récitera Ta Parole, leur enseignera le savoir et la sagesse et réformera leur moralité. » Cette invocation fut agréée par Allah. Ainsi apparut, parmi ses descendants, un homme accompli, dont le noble nom était Muhammad ibn Abdallah, que les bénédictions et la paix d’Allah soient sur lui.
De même que le prophète Ibrahim, que la paix soit sur lui, était né dans une famille de polythéistes et de prêtres, cet « homme accompli », le prophète Muhammad, que les bénédictions et la paix d’Allah soient sur lui, naquit lui aussi dans une famille qui, depuis des siècles, exerçait la charge sacerdotale de la Kaaba. De même que le prophète Ibrahim, que la paix soit sur lui, avait porté seul un coup à la tradition sacerdotale de sa propre lignée, le dernier Prophète, Muhammad, que les bénédictions et la paix d’Allah soient sur lui, porta lui aussi un coup terrible au sacerdoce et au prétendu savoir de sa propre famille. Bien plus, son coup le déracina entièrement. De même que le prophète Ibrahim, que la paix soit sur lui, s’était efforcé de détruire les doctrines vaines et toutes les fausses divinités, et d’établir la souveraineté du Dieu unique, le dernier Prophète, Muhammad, que les bénédictions et la paix d’Allah soient sur lui, fit de même. Il établit pleinement la religion authentique et pure de l’islam prêchée par le prophète Ibrahim, que la paix soit sur lui. Lorsque, après vingt et une années d’efforts, son œuvre atteignit son plein accomplissement, il annonça, sur l’ordre d’Allah le Très-Haut, qu’il faisait de la Kaaba le centre des croyants en l’Unicité divine dans le monde entier, et il appela les gens à venir s’y rassembler pour accomplir le Hajj depuis toutes les régions du monde :
وَلِلَّهِ عَلَى النَّاسِ حِجُّ الْبَيْتِ مَنِ اسْتَطَاعَ إِلَيْهِ سَبِيلًا وَمَنْ كَفَرَ فَإِنَّ اللَّهَ غَنِيٌّ عَنِ الْعَالَمِينَ
« C’est un droit dû à Allah par les hommes : ceux qui en ont les moyens doivent se rendre à cette Maison pour y accomplir le Hajj. Quant à ceux qui mécroient — c’est-à-dire ceux qui, malgré leurs moyens, ne viennent pas accomplir le Hajj — qu’ils sachent qu’Allah Se suffit à Lui-même, sans avoir besoin des mondes. » — Sourate Al-Imran, 97
Ainsi, avec le rétablissement du Hajj sous sa forme nouvelle, toutes les superstitions qui avaient cours durant les deux mille ans de l’époque de l’Ignorance furent complètement abolies. Les idoles de la Kaaba furent brisées. Le culte des idoles qui y était pratiqué en dehors d’Allah fut entièrement supprimé. Les foires, ainsi que toutes sortes de divertissements et de festivités, furent interdits. La manière correcte et naturelle d’adorer Allah fut instaurée. Allah ordonna :
وَاذْكُرُوهُ كَمَا هَدَاكُمْ وَإِنْ كُنْتُمْ مِنْ قَبْلِهِ لَمِنَ الضَّالِّينَ
« Souvenez-vous d’Allah (et adorez-Le) de la manière qu’Allah vous a enseignée, même si auparavant vous étiez égarés (c’est-à-dire que vous ne connaissiez pas la manière correcte de vous souvenir d’Allah et de L’adorer). » — Sourate al-Baqara : 198
Toutes les actions injustes et vaines furent strictement interdites :
فَلَا رَفَثَ وَلَا فُسُوقَ وَلَا جِدَالَ فِي الْحَجِّ
— (Sourate al-Baqara : 197)
« Pendant le pèlerinage, aucune obscénité, aucune désobéissance à Allah, aucune action impie, aucune dispute, querelle, guerre ou hostilité ne sont permises. »
La compétition en poésie et en éloquence, la vantardise et l’orgueil au sujet des actes des ancêtres, ainsi que la divulgation des défauts d’autrui et les insultes furent également interdits :
فَإِذَا قَضَيْتُمْ مَنَاسِكَكُمْ فَاذْكُرُوا اللَّهَ كَذِكْرِكُمْ آَبَاءَكُمْ أَوْ أَشَدَّ ذِكْرًا
« Lorsque les rites du pèlerinage seront achevés, souvenez-vous d’Allah comme vous vous souveniez de vos ancêtres, ou avec une ferveur encore plus grande. » Sourate al-Baqara : 200
Toutes les largesses et générosités dont on se glorifiait uniquement pour être vu des gens ou pour acquérir la célébrité furent abolies ; à leur place, la pratique du sacrifice des animaux, telle qu’elle existait à l’époque de Hadrat Ibrahim, fut instaurée. Ainsi, même les pèlerins pauvres avaient l’occasion de manger de la viande du sacrifice.
كُلُوا وَاشْرَبُوا وَلَا تُسْرِفُوا ۚ إِنَّهُ لَا يُحِبُّ الْمُسْرِفِينَ
« Mangez et buvez, mais ne gaspillez pas, car Allah n’aime pas les gaspilleurs. » — Sourate Al-A‘râf : 31
فَاذْكُرُوا اسْمَ اللَّهِ عَلَيْهَا صَوَافَّ ۖ فَإِذَا وَجَبَتْ
جُنُوبُهَا فَكُلُوا مِنْهَا وَأَطْعِمُوا الْقَانِعَ وَالْمُعْتَرَّ« Égorgez ces animaux exclusivement pour Allah et en prononçant Son nom. Après leur égorgement, lorsque leur vie s’est complètement éteinte, mangez-en vous-mêmes et donnez-en aussi au nécessiteux patient et au demandeur indigent. » — Sourate Al-Hajj : 36
La mauvaise coutume consistant à frotter le sang des animaux sacrifiés sur les murs de la Kaaba et à y jeter leur viande fut abolie. Il fut clairement déclaré :لَن يَنَالَ اللَّهَ لُحُومُهَا وَلَا دِمَاؤُهَا وَلَٰكِن يَنَالُهُ
التَّقْوَىٰ مِنكُمْ ۚ« Ni le sang ni la viande de ces animaux ne parviennent à Allah ; seuls votre piété et votre scrupule religieux parviennent à Allah. » Sourate Al-Hajj : 37
Il devint totalement interdit d’accomplir le tawaf nu, et il fut dit :
قُلْ مَنْ حَرَّمَ زِينَةَ اللَّهِ الَّتِي أَخْرَجَ لِعِبَادِهِ
« Ô Prophète ! Dis-leur : qui a interdit les parures — c’est-à-dire les vêtements — qu’Allah a choisies pour Ses serviteurs ? » — Sourate Al-A‘râf : 32
قُلْ إِنَّ اللَّهَ لَا يَأْمُرُ بِالْفَحْشَاءِ« Ô Prophète ! Dis : Allah n’ordonne jamais l’indécence. » — Sourate Al-A‘râf : 28
يَا بَنِي آدَمَ خُذُوا زِينَتَكُمْ عِندَ كُلِّ مَسْجِدٍ« Ô enfants d’Adam ! Revêtez votre parure lors de toute adoration (portez des vêtements). » Sourate Al-A‘râf : 31
Il fut strictement interdit de modifier les mois fixés du hajj et de considérer comme licite, pour faire la guerre, un mois interdit :إِنَّمَا النَّسِيءُ زِيَادَةٌ فِي الْكُفْرِ ۖ يُضَلُّ بِهِ الَّذِينَ كَفَرُوا يُحِلُّونَهُ عَامًا وَيُحَرِّمُونَهُ عَامًا لِّيُوَاطِئُواعِدَّةَ مَا حَرَّمَ اللَّهُ فَيُحِلُّوا مَا حَرَّمَ اللَّهُ ۚ
« Le nasî accroît la mécréance (en ajoutant l’insolence à la mécréance). Les mécréants s’égarent ainsi davantage : une année, ils déclarent un mois licite, puis l’année suivante ils en déclarent un autre interdit, afin de faire coïncider le nombre des mois qu’Allah a interdits. Mais, en agissant ainsi, ils rendent licite ce qu’Allah a interdit. » Sourate At-Tawba : 37
Il fut interdit de partir pour le hajj sans provisions, et il fut clairement déclaré :
وَتَزَوَّدُوا فَإِنَّ خَيْرَ الزَّادِ التَّقْوَىٰ ۚ
« Prenez assurément des provisions lorsque vous partez pour le hajj. Car (ne pas prendre de provisions pour le voyage d’ici-bas ne signifie pas que l’on ne doit pas prendre de provisions pour l’au-delà) la meilleure provision pour l’au-delà est la taqwâ. » Sourate Al-Baqara : 197
On considérait comme une faute grave de commercer ou de gagner sa subsistance par quelque autre moyen pendant le hajj, et l’on tenait pour une grande œuvre méritoire le fait de ne rien faire de tout cela. Allah le Très-Haut révéla alors ce verset pour réfuter cette conception erronée :
لَيْسَ عَلَيْكُمْ جُنَاحٌ أَن تَبْتَغُوا فَضْلًا مِّن رَّبِّكُمْ ۚ
« Il n’y a aucun péché à ce que vous recherchiez une grâce de votre Seigneur en faisant du commerce (pendant votre départ pour le hajj). » — Sourate Al-Baqara, 198
On empêcha également les gens de pratiquer le « hajj silencieux » et le « hajj de la faim et de la soif ». Bien plus, après avoir éliminé les innombrables superstitions de l’époque de l’ignorance, la taqwâ, la crainte d’Allah, la pureté et la simplicité furent proclamées comme les commandements complets destinés à l’humanité. Il fut ordonné aux pèlerins, lorsqu’ils quittaient leur foyer, de se libérer de toute attache terrestre, de renoncer aux désirs et aux convoitises de leur nafs, de s’abstenir également de relations conjugales durant le voyage vers le hajj, et de se tenir à l’écart des comportements odieux tels que les insultes, la médisance et les propos obscènes. Sur chacune des routes menant à la Kaaba, un lieu précis fut désigné. Avant de franchir ce lieu et de poursuivre leur marche vers la Kaaba, ils revêtiraient l’ihram et des vêtements de pauvres. Ainsi, riches et pauvres deviendraient égaux, les distinctions entre peuples, tribus et autres groupes disparaîtraient, et tous, vêtus de la même manière — comme de parfaits démunis — se présenteraient avec humilité et soumission devant l’Allah unique. Après avoir revêtu l’ihram, il était interdit non seulement de verser le sang humain, mais même de chasser les animaux. Afin qu’aucune guerre ni aucun conflit n’éclate entre les hommes, ces quatre mois furent déclarés « interdits ». Ainsi, toutes les routes menant à la Kaaba seraient sûres et les pèlerins n’auraient à craindre aucun danger sur leur chemin. Animés de ces sentiments sacrés, ils entreraient dans le Sanctuaire sacré, non pour se divertir par des spectacles, des danses, des chants, des foires ou des jeux. Ici, à chaque pas, il faut se consacrer au souvenir d’Allah, à l’invocation de Son nom, à la prière, à l’adoration, au sacrifice et à la circumambulation de la Kaaba (tawâf). Et une seule voix s’élève ici, retentissant le long de chaque mur du Sanctuaire sacré et sur chaque sentier escarpé ou descendant de la montagne :
« Me voici à Ton appel, ô Allah ! Me voici, je suis venu ; Tu n’as aucun associé, je suis venu auprès de Toi seul. Toute louange et toute glorification T’appartiennent exclusivement. Tous les bienfaits sont Ton don ; la royauté et la souveraineté T’appartiennent entièrement. Tu es Unique : nul ne T’est associé. »
À propos d’un hajj aussi pur, sincère et empreint d’un dévouement absolu, le Prophète de toute l’humanité a dit :
« Celui qui accomplit sincèrement le Hajj pour Allah et s’abstient de toute forme de désir et de perversité à cet égard revient aussi innocent qu’un nouveau-né. »
Ensuite, avant de décrire les bienfaits et l’efficacité du Hajj, il est nécessaire d’expliquer de quelle nature est l’obligation du Hajj. Allah dit dans le Noble Coran :
وَلِلَّهِ عَلَى النَّاسِ حِجُّ الْبَيْتِ مَنِ اسْتَطَاعَ إِلَيْهِ سَبِيلًا ۚ وَمَن كَفَرَ فَإِنَّ اللَّهَ غَنِيٌّ عَنِ الْعَالَمِينَ« Celui qui en a les moyens pour parvenir jusqu’à la Maison d’Allah a, de la part d’Allah, l’obligation impérative et prescrite d’accomplir le Hajj. Pourtant, quiconque le renie est un mécréant, et Allah Se suffit à Lui-même, sans avoir besoin des mondes. » — Sourate Al-Imran, 97
C’est dans ce verset même que le fait de ne pas accomplir le Hajj malgré la capacité de le faire est clairement qualifié de mécréance. Parmi les paroles du Noble Prophète concernant cette explication, deux hadiths ont été rapportés :
مَنْ مَلَكَ زَادًا وَرَاحِلَةً تُبَلِّغُهُ إِلَى بَيْتِ اللَّهِ وَلَمْ يَحُجَّ فَلَا عَلَيْهِ أَنْ يَمُوتَ يَهُودِيًّا أَوْ نَصْرَانِيًّا
« Si celui qui dispose des provisions et d’une monture nécessaires pour parvenir jusqu’à la Maison d’Allah n’accomplit pas le Hajj, sa mort dans cet état sera considérée comme semblable à celle d’un Juif ou d’un chrétien. » [Tirmidhi]
مَنْ لَمْ يَمْنَعْهُ مِنَ الْحَجِّ حَاجَةٌ ظَاهِرَةٌ أَوْ سُلْطَانٌ جَائِرٌ أَوْ مَرَضٌ حَابِسٌ فَمَاتَ وَلَمْ يَحُجَّ فَلْيَمُتْ إِنْ شَاءَ يَهُودِيًّا وَإِنْ شَاءَ نَصْرَانِيًّا
« Celui qui ne rencontre aucune difficulté apparente, dont le chemin n’est pas bloqué par un roi tyrannique et qu’aucune maladie ne rend incapable, mais qui meurt malgré cela sans avoir accompli le Hajj, peut mourir en tant que Juif ou chrétien. » [Darimi]
Hazrat Umar Faruq, qu’Allah l’agrée, l’a expliqué en disant :
« Il faut imposer la jizya à ceux qui, bien qu’en ayant les moyens, n’accomplissent pas le Hajj ; car ils ne sont pas musulmans, ils ne sont pas musulmans. »
À partir de l’injonction précitée d’Allah le Très-Haut et de cette explication du Noble Messager, qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix, ainsi que de son calife, chacun peut comprendre que l’accomplissement du Hajj n’est pas une obligation mineure. Il n’a pas été laissé au libre choix des musulmans de l’accomplir ou non. En vérité, tout musulman qui dispose des moyens financiers de se rendre à la Kaaba et d’en revenir, et qui n’est pas physiquement incapable, a le devoir absolu d’accomplir le Hajj une fois dans sa vie. Il n’y a aucun moyen d’y échapper sans l’accomplir. Où qu’il vive dans le monde, et quelles que soient les lourdes responsabilités qui lui incombent à l’égard de ses enfants, de son commerce ou de son emploi, si, malgré ses moyens, un musulman cherche à éviter le Hajj et le reporte continuellement d’année en année sous prétexte de ses innombrables occupations, sans l’accomplir en temps voulu, alors il est permis de douter qu’il ait la foi. Quant à ceux auxquels, durant toute leur vie, ne vient même pas à l’esprit le devoir d’accomplir le Hajj, qui parcourent le monde et les différents pays, traversant les environs du Hedjaz lors de leurs voyages en Europe ou en Amérique, alors que la Kaaba ne se trouve qu’à quelques heures de route, sans que l’idée d’accomplir le Hajj ne leur vienne pourtant à l’esprit, ceux-là ne sont absolument pas musulmans ; ils n’ont aucun droit de se prétendre musulmans, et même s’ils le revendiquent, cette revendication sera mensongère. Quant à ceux qui les considèrent comme musulmans, ils sont ignorants et incultes au sujet des prescriptions du Coran. Il se peut que ces gens éprouvent de la compassion pour la nation musulmane ; mais cela n’a aucune valeur. Car il est établi que leur cœur et leur esprit ne renferment ni soumission à Allah ni foi en Ses prescriptions.
Les particularités du Hajj
Dans le passage du Noble Coran où est mentionné l’ordre donné à Hazrat Ibrahim, que la paix soit sur lui, d’adresser un appel général au Hajj, sa première raison est exposée ainsi :
« Que les hommes viennent voir quels bienfaits sont cachés pour eux dans l’accomplissement du Hajj ; c’est-à-dire qu’en venant au moment du Hajj et en se rassemblant à la Noble Kaaba, ils constateront de leurs propres yeux qu’il constitue réellement un bien pour eux. En effet, les hommes peuvent comprendre les bienfaits qui y sont cachés en les voyant de leurs propres yeux. On rapporte que Hazrat l’imam Abu Hanifa, qu’Allah lui fasse miséricorde, ne comprit pas exactement, avant d’avoir accompli le Hajj, laquelle des adorations islamiques était la meilleure ; mais dès qu’il eut accompli le Hajj et constaté les bienfaits qu’il renfermait dans son cœur, il s’exclama d’une voix claire : “Le Hajj est la meilleure adoration.” »
Nous allons exposer ici brièvement les particularités et les bienfaits du Hajj. Les gens voyagent généralement de deux manières dans le monde. Un type de voyage est entrepris pour gagner sa subsistance, et l’autre pour le plaisir, la distraction et le repos. Dans ces deux types de voyages, ce sont l’intérêt personnel et les penchants de l’homme qui le poussent à partir. Il quitte son foyer pour ses propres raisons et s’éloigne de ses enfants, de sa famille et de ses proches pour quelque objectif terrestre qui lui est propre. Et, lors d’un tel voyage, tout l’argent qu’il dépense l’est uniquement pour atteindre son propre objectif. Ainsi, dans ces voyages, l’homme n’a en réalité rien à sacrifier ni à abandonner. Mais le voyage entrepris à l’occasion du Hajj est entièrement différent des voyages mentionnés. Il n’est accompli ni pour un intérêt personnel ni pour satisfaire les désirs de ses penchants ; il est en réalité accompli exclusivement pour Allah le Très-Haut, avec l’intention de réaliser l’objectif fixé par Allah. C’est pourquoi, tant que l’amour et la crainte d’Allah ne se seront pas éveillés dans le cœur de l’homme et qu’il ne considérera pas l’obligation prescrite par Allah comme une véritable obligation, il ne pourra en aucune façon se décider à entreprendre ce voyage. Ainsi, celui qui quitte pour une longue période son foyer et ses proches, qui accepte la perte de son commerce, dépense son argent et endure les difficultés du voyage pour partir accomplir le Hajj, prouve par ce départ même que son cœur renferme la crainte et l’amour d’Allah. Il considère l’obligation d’Allah comme une obligation et est mentalement si bien préparé que, s’il devenait un jour nécessaire de partir dans la voie d’Allah, il pourrait sans difficulté quitter son foyer, endurer les épreuves et sacrifier ses biens ainsi que tout son confort pour obtenir la satisfaction d’Allah.
Lorsqu’avec cette intention sacrée il se prépare à partir pour le voyage du Hajj, sa disposition et sa nature deviennent entièrement différentes. Dans son cœur, l’élan de l’amour d’Allah s’éveille véritablement et spontanément. En réalité, il devient comme fou d’impatience pour se diriger vers ce lieu ; dès lors, rien d’autre que des pensées pieuses et pures ne peut s’éveiller dans son esprit.
Il se repent de tous les péchés qu’il a commis auparavant, demande pardon à chacun pour ses fautes et ses manquements, et s’acquitte des droits d’autrui qu’il n’avait pas encore remplis, car il n’aime nullement se présenter devant Allah avec le poids des dettes. Son cœur se purifie de toute pensée pécheresse et injuste. Naturellement, son esprit s’oriente désormais vers le bien et, à mesure qu’il avance après s’être mis en route, des vagues de sainteté et de vertu se répandent toujours davantage dans son cœur et son âme. Il veille constamment à ce qu’aucun de ses actes ne blesse qui que ce soit, et il ne cesse de réfléchir aux moyens de rendre à chacun autant de service qu’il le peut. Par nature, il s’abstient des propos obscènes et futiles, de l’impudence, de la tromperie et de la fraude, des querelles et des conflits, ainsi que de toute chose semblable. Car il se rend au « Haram Sharif » d’Allah ; comment pourrait-il ne pas avoir honte d’avancer sur cette route en commettant des injustices ? Son voyage lui-même est un acte d’adoration : quelle place la tyrannie et le péché pourraient-ils avoir dans une telle œuvre de dévotion ? Il apparaît donc que ce voyage est entièrement différent de toutes les autres sortes de voyages. Il ne cesse de purifier et de sanctifier l’âme humaine. À vrai dire, c’est une vaste formation réformatrice que tout musulman accomplissant le hajj doit suivre et franchir.
Après avoir parcouru une partie du voyage, on arrive devant un lieu où tout musulman se rendant à La Mecque est obligé de revêtir l’« ihram ». Sans cela, personne ne peut poursuivre sa route. Qu’est-ce donc que cet « ihram » ? Rien d’autre qu’un pagne non cousu, un drap et des chaussures sans couture. Cela signifie que, quoi que tu aies été jusqu’alors, tu dois maintenant te présenter devant Allah vêtu comme un fakir. Ne cherche pas seulement à être un fakir extérieurement ; efforce-toi de l’être aussi véritablement dans ton cœur. Dépose tous les vêtements colorés ou somptueux, et revêts un habit simple, digne d’un derviche. Ne porte pas de chaussettes, garde les pieds nus, n’utilise aucun parfum, ne te coupe pas les cheveux et renonce à toute parure et à tout apparat. Abstienstoi des rapports conjugaux, ne fais rien qui excite la passion sexuelle et ne chasse pas. N’aide pas non plus un chasseur dans son activité de chasse. Lorsque tu adopteras un tel aspect dans ta vie extérieure, il laissera aussi une empreinte profonde sur ton esprit ; intérieurement, ton cœur deviendra véritablement celui d’un fakir. L’orgueil et la vanité disparaîtront, tandis que s’épanouiront la modestie du pauvre et l’amour de la paix. Les souillures dont ton âme avait été marquée par son immersion dans les plaisirs et les jouissances terrestres seront effacées, et le sentiment sacré de servir Allah ennoblira tous les aspects de ta vie, intérieurs comme extérieurs.
Dès qu’il revêt l’« ihram », le pèlerin doit réciter à maintes reprises une invocation particulière : après chaque prière, à chaque montée et descente du chemin, lorsqu’il rejoint la caravane et chaque jour au réveil. Cette invocation est la suivante :
لَبَّيْكَ اللَّهُمَّ لَبَّيْكَ لَبَّيْكَ لَا شَرِيكَ لَكَ لَبَّيْكَ إِنَّ الْحَمْدَ وَالنِّعْمَةَ لَكَ وَالْمُلْكَ لَا شَرِيكَ لَكَ
En vérité, cette invocation est récitée en réponse à l’appel universel que le vénérable Ibrahim, que la paix soit sur lui, lança il y a quatre mille cinq cents ans sur ordre d’Allah pour accomplir le hajj. Il y a quatre mille cinq cents ans, cet appelant d’Allah cria : « Serviteurs d’Allah ! Venez vers la Maison d’Allah, accourez de tous les coins de la terre. Venez à pied ou montez sur vos montures. » En réponse à cet appel, jusqu’à ce jour, chaque voyageur du « Haram Sharif » s’écrie à haute voix : « Me voici, ô Allah, me voici ! Tu n’as aucun associé ; je ne suis venu qu’en réponse à Ton appel. Toute louange et toute gloire sont Ton don ; nul ne T’est associé en quoi que ce soit. »
Ainsi, par chacune des invocations « Labbayk », le pèlerin établit un lien intime avec le mouvement islamique transmis depuis les œuvres du vénérable Ibrahim, que la paix soit sur lui, et du vénérable Ismaël, que la paix soit sur lui. La distance de quatre mille cinq cents ans s’efface et les époques se confondent. Il semble que, d’un côté, Ibrahim, que la paix soit sur lui, appelle au nom d’Allah, tandis que, de l’autre, chaque pèlerin lui répond et avance en continuant de répondre. Plus il progresse, plus jaillissent avec force dans son cœur et son âme des flots d’enthousiasme, d’ardeur et de spiritualité. À chaque montée et descente du chemin, l’appel d’Allah résonne à ses oreilles, et il avance en y répondant. Caravane après caravane arrive, et chacun, comme un amoureux fou, entendant ce message, s’écrie : « Me voici, je suis présent ! » Chaque nouvelle aube lui apporte le message de l’Ami et, dès qu’il ouvre les yeux à la lumière du matin, il continue de proclamer : « Me voici, ô Allah, je suis présent ! » En somme, la répétition de cette invocation, le vêtement pauvre de l’ihram, l’état de voyage et le sentiment de se rapprocher de la Kaaba à chaque étape créent une atmosphère telle que le pèlerin s’absorbe dans un amour profond touchant les abîmes de son être pour Allah ; en dehors du souvenir de cet unique Ami, plus rien n’existe dans sa vie.
Dans cet état, le pèlerin arrive à La Mecque et, dès son arrivée, se précipite directement vers le véritable but. Il embrasse le sanctuaire de l’Ami. Puis il fait le tour du centre de sa croyance, de sa foi, de sa doctrine, de sa religion et de sa foi, et embrasse à chaque fois le sanctuaire.¹ Chaque tawaf commence et s’achève par le baiser de la Pierre noire² de la Kaaba. Ensuite, il doit accomplir deux rak‘ats de prière au « Maqam Ibrahim ». En sortant de là, il gravit le mont Safa et, lorsque de cet endroit son regard se porte sur la Kaaba, il s’écrie à haute voix :
لَا إِلَهَ إِلَّا اللَّهُ وَلَا نَعْبُدُ إِلَّا إِيَّاهُ مُخْلِصِينَ لَهُ الدِّينَ وَلَوْ كَرِهَ الْكَافِرُونَ
« Il n’y a aucune divinité en dehors d’Allah ; nous ne servons personne d’autre. Nous ne reconnaissons avec une totale sincérité que l’obéissance à Allah — quand bien même cela serait insupportable aux mécréants. »
Ensuite, il faut courir entre les deux monts de Safa et de Marwa. Par cela, le pèlerin prouve qu’il sera toujours prêt à courir ainsi afin de se rapprocher d’Allah et d’obtenir Sa satisfaction. Durant cette course également, il ne cesse de prononcer :
أَللَّهُمَّ اسْتَعْمَلْنِيْ بِسُنَّةِ نَبِيِّكَ وَتَوَفَّنِيْ عَلَى مِلَّتِهِ وَأَعِذْنِيْ من مُّضِلاَّتِ الْفِتَنِ
« Ô Allah ! Accorde-moi la capacité d’agir conformément à l’exemple et aux usages de Ton Prophète. Fais que ma mort survienne sur la voie de Ton Prophète et protège-moi des épreuves qui égarent du droit chemin. »
1. Il faut embrasser la Pierre noire, le Hajar al-Aswad, placée dans la Kaaba sacrée, et embrasser ainsi cette Maison. Beaucoup d’ignorants reprochent à ce baiser de constituer lui aussi une forme d’idolâtrie. Pourtant, ce n’est rien d’autre que le fait d’embrasser la demeure de l’Ami. Lors du tawaf autour de la Kaaba sacrée, la Pierre noire est embrassée à la fin de chaque tour, ou du moins on la montre du doigt. Cela n’a pas le moindre rapport avec l’adoration de cette pierre noire. À ce sujet, une parole très connue de Umar al-Faruq (qu’Allah l’agrée) rapporte qu’en s’adressant à cette pierre, il dit : « Je sais que tu n’es qu’une pierre. Si le noble Messager d’Allah (paix et bénédictions d’Allah sur lui) ne t’avait pas embrassée, je ne t’aurais certainement pas embrassée. »
2. La coutume d’embrasser le lieu sacré de la Kaaba, cœur des musulmans, fut instituée à la fois par le prophète Ibrahim (paix sur lui) et par le dernier Prophète, Muhammad (paix et bénédictions d’Allah sur lui). C’est pourquoi cette pierre fut précisément désignée et fit l’objet d’une invocation. En dehors de cela, cette pierre noire ne possède aucune autre particularité qui justifierait qu’on l’embrasse. — Le traducteur
Parfois, on récite cette invocation :
اغْفِرْ وَأَرْحَمْ وَتَجَا وَزَعَمَّا تَعْلَمُ إِنَّكَ أَنْتَ الْأَعَزُّ الْأَكْمُ رَب« Ô Seigneur ! Pardonne et fais miséricorde ; pardonne les fautes dont Tu as connaissance. Ta puissance est la plus grande et Ta miséricorde est incomparable. »
Ensuite, le pèlerin doit devenir comme un soldat d’Allah. C’est pourquoi il doit vivre au camp pendant cinq ou six jours. Il doit passer une journée dans le camp de Mina, puis séjourner le lendemain à Arafat et écouter les instructions du commandant dans son khutba. La nuit, il doit se rendre à Muzdalifa et y établir son camp. À la fin de la journée, il doit retourner à Mina et y lancer des cailloux pour accomplir la lapidation. Les troupes et les soldats du roi Abraha étaient venus jusque-là pour détruire la Kaaba. À chaque lancer de pierre, le soldat d’Allah s’écrie :
اَللهُ أَكْبَرْ رَغَماً لِلشَّيْطَانِ وَحِزْبِهِ
« Allah est grand. Que les visages de Satan et de ses adeptes soient couverts de poussière. » Et- أَللَّهُمَّ تَصْدِيْقاً بِكِتَابِكَ وَإِتِّبَاعاً لِسُنَّةِ نَبِيِّكَ« Ô Allah ! Accorde-nous la capacité d’attester la véracité de Ton Livre et de suivre les commandements de Ton Prophète. »
Le fait de lapider les stèles signifie déclarer : Ô Allah ! Quiconque s’efforcera de détruire Ta religion, l’islam, ou de réduire Ta voix au silence, je combattrai ainsi contre lui afin d’élever et d’établir Ta parole. Ensuite, le sacrifice est accompli en ce lieu même. Il constitue la preuve concrète et active du désir et de la volonté de sacrifier sa vie dans la voie d’Allah. Puis on se dirige de là vers la Ka‘ba, comme si les moudjahidines de l’islam, après avoir accompli leur devoir, retournaient victorieusement vers le quartier général. Après le tawaf et l’accomplissement de deux rak‘at de prière, on sort de l’ihram. Les actes qui étaient devenus interdits en raison de l’ihram redeviennent alors licites, et la vie du pèlerin reprend son cours normal. Après le début de cette vie, il doit de nouveau aller à Mina y établir son campement et, le lendemain, lapider encore une fois les trois stèles de pierre avec des cailloux. Cela est appelé « jamarat » dans la terminologie islamique. Ce n’est qu’un symbole de la retraite et de la défaite de l’armée d’Abraha, le roi qui avait attaqué La Mecque. C’est précisément durant la période du pèlerinage, l’année de la naissance du noble Messager, qu’Abraha était venu avec l’intention de détruire la Maison d’Allah. Des oiseaux célestes envoyés par Allah les anéantirent en leur lançant des cailloux. Après avoir de nouveau lapidé ces stèles le troisième jour, le pèlerin retourne à La Mecque et accomplit sept fois le tawaf autour de la Maison de la Ka‘ba, centre de sa religion. Ce tawaf est appelé le tawaf d’adieu. Dès qu’il est accompli, les rites du hajj prennent fin.
De l’intention d’accomplir le hajj, puis des préparatifs et des provisions nécessaires, jusqu’au retour dans son propre foyer, il est très facile de comprendre, à la lumière de l’exposé détaillé qui précède, quelle immense et profonde disposition spirituelle s’accumule dans l’esprit et le cœur du pèlerin pendant près de trois mois. Dès le début, cette œuvre exige le sacrifice de son temps, le sacrifice de son argent, l’abandon du confort et de la tranquillité, ainsi que la rupture d’innombrables liens et relations terrestres. Le pèlerin doit sacrifier nombre de ses propres désirs, souhaits et plaisirs. Et tout cela, il doit l’accomplir uniquement pour Allah : aucun intérêt personnel ne peut y trouver place. Ensuite, au cours de ce voyage, à mesure que grandissent la taqwa et la piété, ainsi que le souvenir d’Allah et l’ardeur du cœur tourné vers Allah, cette disposition exerce sur l’âme humaine une influence durable qui persiste longtemps. En posant le pied dans le Haram Sharif, le pèlerin découvre à chaque pas des témoignages manifestes des œuvres passées de ces grands hommes qui, dans leur adoration et leur obéissance à Allah, ont sacrifié tout ce qu’ils possédaient pour établir la religion de l’islam ; qui ont combattu le monde entier, supporté sans faiblir toutes sortes de souffrances et d’humiliations, subi l’exil et enduré d’innombrables injustices, sans jamais ressentir la moindre lassitude avant d’avoir établi la religion d’Allah. Ils ont écrasé la tête de toutes les forces du « faux » qui contraignaient les hommes à servir quelqu’un d’autre qu’Allah l’Unique, et ont élevé bien haut l’étendard de la religion de l’islam.
En contemplant ces signes manifestes et ces témoignages bénis, le croyant en Allah peut recevoir un enseignement profondément émouvant : celui d’un ardent désir, du courage et du jihâd dans la voie d’Allah. Il ne peut recevoir un tel enseignement d’aucune autre chose. Le tawaf autour de la Ka‘ba établit entre le pèlerin et le centre de la religion de l’islam un lien étroit. Les autres rites du hajj façonnent la vie du pèlerin en lui dispensant une formation militaire. Si l’on considère tout cela conjointement avec la prière, le jeûne et la zakat, il apparaîtra clairement que l’islam, par tous ces moyens, forme l’homme en vue d’un immense objectif. C’est pour cette raison que le hajj a été rendu obligatoire pour tout musulman capable de se rendre jusqu’à La Mecque. L’objectif est que, chaque année, un nombre toujours plus grand de musulmans viennent dans ce centre vital de l’islam, y reçoivent une formation, puis retournent vers leurs domaines d’action respectifs.
Si l’on ne prend pas ensuite en considération un autre aspect, on ne pourra pas pleinement comprendre les bienfaits et la sagesse du hajj. Aucun musulman n’accomplit jamais le hajj seul. Une date d’accomplissement du hajj a été fixée pour l’ensemble des musulmans du monde. Des milliers et des millions de musulmans se rassemblent et accomplissent le hajj au même moment. Ce qui précède permet seulement de comprendre dans quelle mesure le hajj accompli individuellement peut influencer un musulman. Vous apprendrez en détail, dans l’article suivant, comment le fait d’avoir fixé une période du hajj pour les musulmans du monde a multiplié ses bienfaits des centaines de milliers de fois : offrir, par une seule œuvre, non pas deux résultats, mais la possibilité d’en obtenir plusieurs milliers, voilà un exploit incomparable propre à l’islam. La prière accomplie individuellement a elle aussi des bienfaits considérables. Mais en imposant de se joindre à la congrégation et de prier derrière l’imam, et en prescrivant l’accomplissement en congrégation de la prière du vendredi et des deux prières des fêtes, ses bienfaits ont été multipliés à l’infini. Le jeûne pratiqué individuellement ne contribuait pas peu à former l’esprit et le caractère des jeûneurs. Mais en désignant un mois pour le jeûne de tous les musulmans, ses bienfaits ont été accrus à un point impossible à dénombrer. La zakat acquittée individuellement par chaque personne n’est pas non plus dépourvue d’utilité ; mais en organisant son versement par l’intermédiaire du Bayt al-Mal, ses bienfaits ont été tellement amplifiés qu’il est impossible d’en concevoir pleinement la portée avant l’établissement d’un État islamique. En effet, c’est sous l’autorité de l’État islamique que la zakat de tous les musulmans est déposée au Bayt al-Mal, puis distribuée de manière organisée entre les ayants droit. La société en retire ainsi un bienfait extraordinaire pour les personnes démunies. Il en va de même pour le hajj. Même accompli individuellement, il peut provoquer une immense révolution dans la vie de milliers de personnes. Mais en instituant le rassemblement des musulmans du monde entier pour accomplir le hajj, on leur a ouvert la possibilité d’en tirer des bienfaits illimités.
Le congrès mondial du hajj
Les musulmans auxquels le pèlerinage est obligatoire, c’est-à-dire ceux qui sont en mesure de se rendre jusqu’à la Kaaba Sharif, ne sont pas seulement une ou deux personnes. Dans chaque région, leur nombre n’est nullement négligeable. On peut dire qu’ils sont plusieurs milliers dans chaque ville et jusqu’à plusieurs centaines de milliers dans chaque pays. Chaque année, la plupart d’entre eux quittent leur foyer avec l’intention d’accomplir le pèlerinage. Dans les régions du monde où vivent des musulmans, il est vraiment remarquable d’observer comment, à l’approche de la saison du pèlerinage, une nouvelle conscience de la vie islamique s’éveille. À partir de près de Ramadan et jusqu’au mois de Dhul-Qa‘da, des centaines de personnes se préparent au départ pour le pèlerinage depuis différents endroits. De l’autre côté, depuis la fin du mois de Muharram jusqu’à Safar, Rabi al-Awwal et même Rabi al-Thani, le retour des pèlerins se poursuit. Durant ces six mois, toutes les communautés musulmanes sont comme animées d’une atmosphère religieuse. Ceux qui partent au pèlerinage et en reviennent sont naturellement plongés dans cette atmosphère religieuse ; mais ceux qui ne partent pas eux-mêmes en retirent aussi quelque peu la joie : ils accompagnent les pèlerins à leur départ, les voient quitter chaque station, les accueillent à leur retour et écoutent de leur bouche le récit détaillé du pèlerinage.
Lorsqu’un pèlerin forme l’intention d’accomplir le pèlerinage, la crainte d’Allah, la piété, le repentir et la demande de pardon, ainsi que les dispositions d’un caractère noble et pur, s’éveillent en lui. Il prend congé de ses chers parents, de ses amis, de ses collègues et de toutes les personnes qui lui sont liées. Il commence à régler définitivement toutes ses affaires. On a alors l’impression qu’il n’est plus l’homme qu’il était auparavant et que l’attachement de son cœur à Allah a purifié son âme. On peut ainsi mesurer la profondeur de l’influence qu’un tel changement chez chaque pèlerin exerce sur son entourage. Si, chaque année, ne serait-ce qu’une moyenne de cent mille personnes accomplissent ce pèlerinage depuis les différents centres du monde, leur mouvement et leurs activités ne peuvent manquer d’influencer le caractère de plusieurs centaines de milliers d’autres personnes. Puis, partout où passe la caravane des pèlerins, combien de cœurs se remplissent d’une atmosphère merveilleuse en les voyant, en les rencontrant et en entendant leur appel « Labbaïka » ! Combien de personnes tournent leur regard vers la Maison d’Allah ! Et combien d’âmes assoupies s’éveillent, encouragées à accomplir le pèlerinage ! Lorsque ces personnes retournent ensuite vers leurs propres pays, dans les différentes régions du monde, en y diffusant l’atmosphère vivifiante du pèlerinage, et que des foules viennent les rencontrer et écouter d’elles le récit de la Maison d’Allah, l’esprit islamique s’éveille dans le cœur d’innombrables personnes et dans d’innombrables milieux.
C’est pourquoi je veux dire que, de même que le mois de Ramadan est pour l’ensemble des musulmans du monde la saison de la taqwa et de la piété, les mois du pèlerinage sont également la saison du renouveau islamique mondial. Le Dieu Très-Haut et Sage a établi ce système afin que le mouvement islamique mondial ne s’affaiblisse pas. Il a placé la Kaaba sacrée au centre du monde, comme le cœur dans le corps humain. Quelle que soit la maladie dont souffre le corps, tant que les battements du cœur ne s’arrêtent pas et que la circulation du sang dans tout le corps ne cesse pas, l’homme ne meurt pas ; de même, tant que ce rassemblement du pèlerinage subsistera, le mouvement islamique continuera lui aussi.
Il suffit de fermer un instant les yeux et de réfléchir pour que vous compreniez clairement ceci : d’innombrables personnes venues des régions les plus lointaines de la terre, bien que différentes par leurs traits, leur teint, leur langue et leurs vêtements, dès qu’elles s’approchent du centre, se rendent au lieu désigné, retirent leurs propres vêtements et revêtent toutes le même « uniforme » simple. Après avoir revêtu cet « uniforme » de l ihram, il apparaît clairement que ces millions de soldats venus des milliers de nations du monde constituent l’armée d’un seul Allah Très-Haut, Roi du monde et Souverain suprême de la terre et des cieux. Ils sont recrutés parmi les milliers de nations et de peuples du monde. Ils appartiennent tous à l’armée du même roi. Ils portent tous la marque de l’obéissance et de la servitude envers le même souverain ; tous sont liés les uns aux autres par le lien de l’obéissance au même roi et se hâtent vers la même capitale pour se présenter devant le Grand Souverain. Lorsque ces soldats, revêtus du même « uniforme », franchissent le miqat et avancent, la même clameur s’élève de toutes les voix et emplit le ciel et l’air :لبيك اللهم لبيك لبيك لا شريك لك لبيك إن الحمد والنعمة لك والملك،
Les voix qui la prononcent sont différentes, mais la clameur est la même sur toutes les lèvres. Plus on s’approche du centre, plus les différences s’estompent. Les caravanes de différents pays se rejoignent et tous, réunis, prient de la même manière ; leurs vêtements sont les mêmes, leur imam est le même, tous prient avec les mêmes mouvements et dans la même langue. Tous se lèvent et s’assoient au signal d’un même « Allahu Akbar », accomplissent le rukū‘ et la prosternation, et lisent et écoutent tous le Coran dans la même langue arabe. Ainsi, les distinctions artificielles de langue, de nation, de pays, de lignée et de tribu qui séparent les millions de personnes réunies sont brisées et abolies. Une immense assemblée de croyants en Allah se forme, composée de l’humanité entière. Puis cette immense assemblée internationale continue sa marche en répétant d’une même voix « Labbaïka, Labbaïka ». Lorsque cette clameur s’élève à chaque montée et à chaque descente du chemin, lorsqu’elle résonne à l’heure de la prière et à l’aube, et lorsqu’elle retentit au moment où les caravanes se rencontrent, une atmosphère extraordinaire se crée tout autour. Dans cette atmosphère, l’homme s’oublie lui-même ; il se trouve enivré d’un état d’esprit inconcevable et, attiré par l’appel de « Labbaïka », il s’élance dans un monde spirituel. Puis, arrivés à la Kaaba, les foules venues des différents centres du monde tournent autour du point central désigné, toutes vêtues de la même manière ; tous courent ensemble entre les monts Safa et Marwa ; tous se rendent à Mina, y vivent sous les tentes et y écoutent le sermon (khutba) prononcé par la voix d’un imam ; puis ils passent la nuit sous les tentes à Muzdalifa, retournent tous vers Mina, lapident ensemble les stèles à Aqaba, accomplissent tous le sacrifice et prient réunis dans le même centre. L’atmosphère sacrée et l’état d’esprit spirituel qui naissent de toutes ces actions n’ont d’équivalent dans aucune autre religion ni dans aucun autre système de vie au monde.
Ensuite, le fait que d’innombrables personnes venues de diverses nations du monde se réunissent en un même lieu avec tant de dévouement, de concentration et d’esprit d’unité, qu’elles accomplissent toutes leurs tâches avec des intentions et des sentiments si purs, ainsi qu’une conduite irréprochable, constitue véritablement une immense grâce pour les enfants d’Adam. Aucune religion autre que l’islam n’a pu accorder cette grâce. Le rassemblement réciproque des diverses nations du monde n’est pas une chose nouvelle : il en a toujours été ainsi. Mais leurs assemblées se tiennent soit sur les champs de bataille pour s’égorger les unes les autres, soit lors de conférences de paix pour se partager entre elles les pays vaincus, soit dans les assemblées internationales pour tisser contre chaque nation des complots de tromperie et de trahison, des réseaux d’oppression et de perfidie, soit encore dans le but de nuire aux autres afin de servir leurs propres intérêts. Le fait que l’ensemble des peuples de toutes les nations se réunissent avec un cœur limpide, une bonne moralité et des sentiments purs, avec amour, affection, dévouement et unité mentale et spirituelle ; qu’ils se rassemblent avec une concentration totale de la pensée, de l’action et de l’intention — et qu’après s’être réunis une fois, ils ne s’en tiennent pas là, mais se rassemblent chaque année au même endroit pour toujours — quelle autre religion dans le monde a-t-elle pu offrir à l’humanité une grâce aussi immense que l’islam ? Quel autre système a pu proposer un meilleur moyen d’établir la paix mondiale, de régler les conflits et les querelles entre les nations et de créer, à la place des luttes et des affrontements, une atmosphère d’amour, d’amitié et de fraternité ? L’islam ne s’est pas contenté de cela ; il a instauré bien d’autres mesures bénéfiques.
Quatre mois de l’année ont été désignés pour accomplir le hajj et la ‘umra. L’islam a ordonné que la paix soit préservée sur tout le trajet durant ces quatre mois consacrés au voyage vers la Ka‘ba. C’est une mesure permanente destinée à établir et à préserver la paix mondiale. Si l’autorité politique du monde passait aux mains de l’islam, le monde pourrait, grâce au hajj et à la ‘umra, être à jamais préservé de la guerre et des effusions de sang pendant au moins un tiers de chaque année.
L’islam a donné aux habitants du monde un sanctuaire sacré. Ce sanctuaire restera un centre de paix jusqu’au Jour de la Résurrection. Ici, loin de pouvoir tuer un être humain, il est même interdit de chasser un animal. Il n’est même pas permis d’y couper l’herbe. On ne peut pas non plus y briser la moindre épine, et si quelqu’un y laisse tomber un objet, il est interdit d’y toucher. L’islam a établi sur la terre une ville. Il n’est permis à personne d’y entrer avec une arme. Y accumuler des céréales ou d’autres biens nécessaires, provoquant ainsi une hausse des prix, constitue manifestement une rébellion contre Allah. À ceux qui y commettent des injustices envers autrui, Allah le Très-Haut a adressé cet avertissement : « Nudhīquhum min ‘adhābin alīm », ce qui signifie : « Nous leur ferons goûter un châtiment douloureux. »
L’islam a désigné un centre pour la terre entière. À propos de l’identité de ce centre, il est dit :سَوَاءً الْعَاكِفُ فِيهِ وَالْبَادِ ۚ« Tous ceux qui reconnaissent la souveraineté et la royauté d’Allah, ainsi que la prophétie et la direction de Muhammad Mustafa — qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix — et qui entreront dans la fraternité islamique, y jouiront tous de droits égaux dans ce centre de l’islam. Qu’ils soient habitants de l’Amérique ou de l’Afrique, de la Chine, du Bangladesh ou du Pakistan, s’ils sont musulmans, leur droit à La Mecque sera semblable à celui des habitants originels de La Mecque. Toute la région du Sanctuaire sacré est comme une mosquée. Le musulman qui se rend à la mosquée et s’y approprie une place en bénéficie ; personne ne peut l’en chasser ni lui demander de loyer. Mais même s’il reste assis à cette place toute sa vie, il ne peut prétendre en être propriétaire ni la vendre. Il ne peut pas non plus en réclamer un loyer. Ainsi, lorsque cette personne quittera cette place, quelqu’un d’autre pourra venir s’y installer, comme l’avait fait la personne précédente. Il en va exactement de même pour le Sanctuaire sacré. »
Le Noble Prophète — qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix — a dit : « Celui qui, en arrivant dans la ville de La Mecque, s’installe le premier dans un endroit, cet endroit lui appartiendra. » Il n’est pas permis de percevoir un loyer pour les maisons et les habitations de cette ville. ‘Umar al-Fārūq — qu’Allah l’agrée — avait interdit aux habitants de fermer les portes des cours situées devant leurs maisons, afin que les gens puissent venir y séjourner. Certains juristes ont même déclaré qu’aucun habitant n’est propriétaire des maisons de la ville de La Mecque et qu’elles ne peuvent pas non plus être réparties selon les règles de succession. Les habitants du monde peuvent-ils trouver ailleurs qu’en islam de tels avantages et cette précieuse grâce de la liberté ?
C’est à propos d’un tel hajj qu’il avait été dit : « Accomplissez-le et voyez quel immense bien il renferme pour vous. » Je n’ai pas la capacité d’énumérer tous ses bienfaits, un à un. Cependant, le peu que j’en ai exposé plus haut permettra tout de même d’en acquérir une idée claire.
Mais après avoir entendu tout cela, écoutez aussi quelque peu la peine qui habite mon propre cœur. Le musulman né dans une famille musulmane est comme un enfant venu au monde au cœur d’une mine de diamants. Lorsque cet enfant, dès l’instant de sa naissance, ne voit autour de lui que des diamants et joue avec des fragments de diamant, même un trésor aussi précieux qu’un diamant lui paraît, à ses yeux, aussi dépourvu de valeur qu’une pierre ordinaire. Telle est exactement la condition des musulmans nés dans une famille musulmane. Les précieuses bénédictions dont le monde entier est privé — et dont cette privation l’a plongé dans toutes sortes de peines et de calamités — et que l’humanité entière cherche avec ardeur, les musulmans actuels les ont obtenues gratuitement ; ils n’ont donc pas eu à fournir le moindre effort pour les rechercher, les étudier ou les trouver. Ils les ont reçues sans rien faire, uniquement parce qu’ils ont eu la chance de naître dans une famille musulmane. La formule du tawhîd, capable de résoudre convenablement tous les problèmes complexes de la vie humaine, a pénétré leurs oreilles dès leur enfance. Et, pour faire de l’être humain un véritable homme et transformer les gens en frères et en amis compatissants les uns pour les autres, la prière et le jeûne sont plus précieux encore que la pierre philosophale. Dès leur naissance, ils les ont reçus en héritage de leurs pères et de leurs grands-pères. La zakat est une institution incomparable de la société islamique : elle ne purifie pas seulement les souillures du cœur, elle assainit également le système économique du monde — système dont les hommes, privés de cette purification, se sucent mutuellement le sang. Les musulmans en sont les témoins. Pourtant, ils ont obtenu cela sans frais et sans effort. C’est exactement comme l’enfant d’un très grand médecin qui, assis chez lui, reçoit gratuitement la liste des grandes maladies, alors que les autres hommes les recherchent avec une extrême agitation. Le hajj est lui aussi une institution immense, sans égale dans le monde entier. Il ne peut exister de moyen plus puissant pour faire parvenir la voix du mouvement islamique jusque dans les moindres recoins de la terre et maintenir ce mouvement vivant à jamais. En vérité, jusqu’à présent, on n’a pu découvrir de meilleure méthode pour attirer tous les hommes du monde, depuis chaque coin de la terre, au nom de l’Unique Dieu, les rassembler en un centre déterminé et réunir d’innombrables lignées, tribus et nations en une fraternité croyante en l’Unique Dieu, animée de bonnes intentions et remplie de cordialité. Cette institution, vivante et pratiquée depuis des temps immémoriaux, les musulmans l’ont eux aussi reçue comme leur bien, sans effort et sans peine. Mais il est profondément regrettable que les musulmans n’aient pas compris la valeur de ce précieux trésor obtenu sans effort ; au contraire, ils jouent avec lui exactement comme joue avec des fragments de diamant l’enfant né dans une mine de diamants. Et ils le considèrent comme dépourvu de valeur, telle une pierre ordinaire. Par leur sottise et leur ignorance, les musulmans jouent de la manière la plus vile avec cette immense richesse et cette source de puissance. Ils la gaspillent — ils la détruisent — et la voir ainsi me brûle le cœur. Il est véritablement difficile de supporter la vue de précieux diamants anéantis entre les mains de ceux qui broient les pierres. Un poète l’a vraiment dit :
« Même si l’âne de Jésus va sur la terre de La Mecque, sache qu’il y restera un âne. »
Autrement dit, même s’il s’agit de l’âne d’un grand prophète tel que Jésus, que la paix soit sur lui, la visite de la sainte La Mecque ne peut lui être d’aucun bénéfice. Même s’il y demeure, il restera toujours un âne, exactement comme il l’était auparavant.
Qu’il s’agisse de la prière et du jeûne, ou du hajj, leur objectif est de former l’être humain. Mais ceux qui ne veulent pas comprendre leur sens et leur objectif, qui ne pensent même pas un instant à en tirer le bénéfice et le bien, et qui n’ont pas la moindre idée du fait que ces actes de dévotion puissent avoir un quelconque but ou objectif, s’ils se contentent de les imiter en suivant l’exemple des générations précédentes, ne peuvent espérer en obtenir les fruits. Or, il est regrettable qu’aujourd’hui les musulmans accomplissent généralement ces actes de dévotion de cette manière. Ils en préservent certes parfaitement la forme extérieure ; mais, faute de considérer le but et l’objectif, aucune force vitale ne s’y manifeste. Chaque année, des milliers de personnes se rendent au centre de l’islam et reviennent après avoir eu la chance d’accomplir le hajj ; pourtant, on ne voit pas le changement de caractère et de comportement qui devrait se produire chez le visiteur du Haram sacré, pas plus qu’on n’observe, après son retour du hajj, la moindre réaction dans son état d’esprit et sa moralité. De même, son caractère vertueux n’exerce aucune influence sur les habitants musulmans ou non musulmans des régions qu’il traverse pour se rendre au hajj. Au contraire, la mauvaise conduite, le mauvais caractère, les manières inconvenantes et les faiblesses morales de beaucoup d’entre eux portent atteinte à l’honneur de l’islam. C’est précisément pour ces raisons que nombre de nos jeunes musulmans demandent eux aussi : « Expliquez-nous l’utilité du hajj. » Pourtant, le hajj était une œuvre telle que, si elle était accomplie comme il se doit, même les incroyants en auraient vu ouvertement les bienfaits et auraient embrassé l’islam. Si les millions de membres d’un mouvement se rassemblaient chaque année en un même lieu depuis toutes les régions du monde, puis retournaient dans leurs propres pays et avançaient à travers différents pays et différentes villes en manifestant leur vie pure, leurs pensées pures et leur moralité pure ; si, partout où ils séjournaient ou passaient, ils mettaient en pratique, par leur comportement et leurs activités, et non seulement en paroles, tous les principes fondamentaux de leur mouvement ; et si cela se poursuivait non pas seulement pendant dix ou vingt ans, mais année après année, durant des siècles et des siècles, dites-moi donc : une telle chose pourrait-elle provenir d’une œuvre inactive ? En vérité, si le hajj était ainsi, nul n’aurait besoin de poser la moindre question sur ses bienfaits. Alors même l’aveugle pourrait en voir les bénéfices, et le sourd pourrait en entendre les bienfaits. Chaque hajj annuel transformerait des dizaines de millions de musulmans en serviteurs pieux, amènerait des milliers de non-musulmans à chercher refuge sous l’ombre de l’islam et graverait dans le cœur de millions de non-musulmans la conviction de la supériorité de l’islam. Mais hélas ! À cause de notre ignorance, quel trésor d’une si grande valeur est-il en train d’être dilapidé !
Pour tirer pleinement le grand bienfait et la profonde utilité inhérents au Hajj, il devrait exister au centre de l’islam une autorité dotée d’une grande puissance, capable de mettre efficacement cette immense force mondiale au service du bien. Il devrait y avoir ici un cœur capable, chaque année, de faire circuler du sang neuf dans tout le corps du monde. Il faudrait également un cerveau qui s’efforcerait, par l’intermédiaire de ces milliers de messagers d’Allah, de transmettre le message révolutionnaire de l’islam aux quatre coins du monde. À défaut de toute autre chose, si au moins une représentation concrète d’un mode de vie véritablement islamique existait dans cette terre centrale, les musulmans du monde entier pourraient chaque année y apprendre la vie islamique authentique et la piété, puis retourner dans leurs foyers. Mais il est profondément regrettable qu’il n’y ait rien de tel ici. Pendant de longues périodes, les ténèbres de l’ignorance se sont accumulées en Arabie. Depuis l’époque abbasside jusqu’à l’époque ottomane, tous les dirigeants incapables et incompétents, au lieu d’offrir aux habitants du centre de l’islam la possibilité de progresser, les ont poussés pendant plusieurs siècles vers la décadence. Ainsi, l’Arabie a atteint, dans tous les domaines — savoirs et sciences, moralité, civilisation et culture — le comble du déclin. C’est pourquoi le territoire d’où s’était autrefois répandue la lumière de l’islam à travers le monde entier est aujourd’hui devenu, comme à l’époque de la jâhiliya précédant l’islam, une fosse obscure. Il n’y a plus là ni connaissance de l’islam ni mode de vie islamique. Chaque année, les gens viennent de contrées lointaines au saint Haram, le cœur rempli d’espoir et de dévotion ; mais lorsqu’ils arrivent dans cette région et qu’ils ne voient autour d’eux que l’ignorance, la souillure, la cupidité, l’impudence, le culte de soi, l’immoralité, la licence et l’état cruellement dégradé du peuple, le réseau de leurs rêves, de leurs espoirs et de leurs aspirations se déchire. Aujourd’hui, beaucoup accomplissent le Hajj et en reviennent avec une foi encore plus faible, au lieu de la voir renforcée. Après Abraham et Ismaël — que la paix soit sur eux —, l’influence du sacerdotalisme et de l’idolâtrie qui s’était étendue en Arabie à l’époque de la jâhiliya, et que le dernier Prophète, le noble Messager d’Allah — que la bénédiction et la paix d’Allah soient sur lui — avait éliminée, a aujourd’hui été réintroduite avec force. Les administrateurs du Haram de la Kaaba se sont de nouveau installés comme desservants, comme autrefois. La Maison d’Allah est devenue leur propriété. Ceux qui éprouvent de la vénération pour cette Maison sont précisément leurs proies. De grands agents rémunérés sont établis dans divers pays ; ils attirent les dévots de toutes parts. Ils les encouragent à entreprendre le pèlerinage en leur récitant des versets du Coran et des enseignements des hadiths, non pas pour leur rappeler qu’Allah leur a prescrit le Hajj, mais parce que cela leur rapportera de substantiels revenus. Tout cela donne clairement l’impression qu’Allah et Son Messager auraient institué cette immense organisation uniquement pour entretenir ces prêtres « pandas » et ces intermédiaires. Puis, lorsque les gens, contraints de partir pour le Hajj, quittent leur foyer, des mercenaires religieux et des trafiquants de religion se présentent devant eux, tels des sangsues, à chaque étape, depuis le début du voyage jusqu’à leur retour après le pèlerinage. Les mu‘allim, les instructeurs du tawaf, les gardiens des clés de la Kaaba et même le gouvernement du Hedjaz participent tous à parts égales à ce commerce religieux. Toutes les cérémonies du Hajj doivent être accomplies contre paiement. Même la porte de la sainte Kaaba ne peut être ouverte à un musulman sans argent. (Nous cherchons refuge auprès d’Allah contre cela.) Ces prétendus serviteurs de l’islam et les desservants du sanctuaire central ont finalement adopté le métier des érudits-prêtres de Bénarès et de Haridwar, alors que c’est précisément l’islam qui avait autrefois déraciné ce sacerdotalisme. Là où l’accomplissement des actes de dévotion est devenu un commerce spécialisé et où le lieu du culte est devenu un moyen de gagner de l’argent, les versets d’Allah ne sont utilisés que dans le but de pousser les gens, après les avoir entendus, à accomplir le Hajj, afin de leur prendre leur argent à cette occasion. Là où il faut payer pour accomplir les actes de dévotion et où le devoir religieux devient une marchandise commerciale, comment la force vitale de l’islam pourrait-elle survivre dans le culte qui y est pratiqué ? Puisque les pèlerins ne peuvent espérer tirer de ce culte ses véritables bienfaits moraux et spirituels, alors que toutes ses pratiques sont devenues des objets d’achat et de vente, un tel espoir est absolument vain.
Je ne cherche pas, par cet exposé, à accuser qui que ce soit ; je veux seulement montrer quelles choses ont presque rendu inactive et dépourvue de sens une force aussi immense que le Hajj.
Que personne ne pense que l’islam ou les règles instituées par l’islam comportent quelque défaut. Il n’y a en réalité aucun défaut en eux ; les défauts se trouvent chez ceux qui ne suivent pas correctement l’islam dans son intégralité. Par conséquent, les musulmans actuels eux-mêmes sont responsables de cette situation. Ainsi, le système qui aurait pu les conduire vers l’idéal accompli de l’humanité, et dont l’observance aurait pu faire d’eux des dirigeants, ne produit aujourd’hui aucun bon résultat. La situation s’est même tellement dégradée que les gens commencent désormais à douter que ce système soit véritablement bénéfique à l’humanité. Si un médecin très compétent meurt en laissant une liste de remèdes infaillibles, cette liste devient parfaitement « inutile » entre les mains de ses héritiers incapables et stupides. Dès lors, non seulement la liste perd toute valeur, mais le médecin lui-même est discrédité, aussi bonne, exacte et infaillible que soit la liste originale. Pour rendre cette liste infaillible efficace, il est donc indispensable de posséder une maîtrise de la médecine. Si des gens maladroits et ignorants préparent les remèdes conformément à cette liste, non seulement ils n’apporteront aucun bienfait, mais ils risqueront fortement de causer du tort. Ainsi, les ignorants, incapables de vérifier eux-mêmes l’exactitude de la liste, finiront par penser que c’est la liste elle-même qui est erronée. Il en est exactement ainsi de l’islam face au déclin général des musulmans actuels.
La réalité du jihâd
Le but du jihâd
Il a déjà été question en détail de la prière, du jeûne, du pèlerinage et de la zakat. À ce propos, j’ai répété à maintes reprises que ces actes de dévotion ne sont pas de simples cérémonies de vénération, d’adoration et de pèlerinage, comme les pratiques religieuses des autres religions ; par conséquent, Allah le Très-Haut ne peut se réjouir de personne pour le seul fait d’accomplir ces quelques actes. En réalité, ces actes de dévotion ont été prescrits aux musulmans afin de les préparer à un objectif immense et de les rendre parfaitement aptes à une tâche de grande responsabilité. J’ai déjà expliqué en détail comment ils préparent le musulman à cet objectif immense et comment, par leur intermédiaire, il acquiert la capacité et l’aptitude nécessaires à cette grande tâche. Je vais maintenant tenter d’analyser cet objectif immense et d’en donner une description détaillée.
En bref, on peut dire que l’objectif essentiel de ces actes de dévotion est d’abolir la domination du ghayr Allah (des puissances autres qu’Allah) sur les hommes et d’établir la seule domination d’Allah ; et que le fait de s’efforcer de toutes ses forces d’atteindre cet objectif, en lui consacrant son cœur et son âme, porte le nom de djihad. Les actes de dévotion tels que la prière, le jeûne et la zakat préparent entièrement le musulman à cette tâche. Mais les musulmans ont oublié depuis des générations cet objectif sublime et cette grande tâche. L’ensemble de leurs actes de dévotion et de leur adoration s’est transformé en de simples cérémonies dépourvues de sens. C’est pourquoi je considère qu’une brève présentation du djihad ne suffit nullement à faire connaître pleinement son immense objectif et sa grande finalité intérieure. Il est donc indispensable d’examiner cette question en détail.
La cause fondamentale de tous les péchés, de tous les troubles et de toutes les souffrances qui persistent dans le monde réside dans les défauts fondamentaux de l’État et du système de gouvernement : toute la puissance et toutes les richesses sont sous le contrôle du gouvernement. C’est le gouvernement qui élabore et promulgue les lois ; tous les pouvoirs relatifs au maintien de l’ordre dans le pays, à son administration et à sa gouvernance relèvent exclusivement de ses prérogatives. La force de la police et des armées est concentrée entre ses mains. Il ne peut donc subsister aucun doute : tout le trouble et tout le péché qui existent dans le monde sont soit créés directement par le gouvernement, soit commis librement avec son aide et son soutien directs ou indirects. Car nul autre que le gouvernement ne peut disposer de la force nécessaire à la diffusion et à l’enracinement d’une quelconque chose dans le pays. Il suffit de regarder autour de soi pour constater que la fornication se pratique librement partout dans le monde : ce péché est commis ouvertement dans les immeubles et les maisons. Mais quelle en est la cause ? La seule cause en est que, aux yeux des autorités de l’État et du gouvernement, la fornication n’est pas considérée comme un délit particulièrement grave.
Bien au contraire, ils sont eux-mêmes impliqués dans cette pratique coupable et y entraînent également les autres. Sinon, si le gouvernement voulait mettre fin à ce péché, celui-ci ne pourrait pas se poursuivre aussi ouvertement. D’autre part, les activités usuraires se poursuivent sans interruption. Les riches sucent le sang encore chaud de la poitrine des pauvres et les réduisent à la misère. Mais la question est de savoir comment cela peut être possible. La seule explication est que le gouvernement lui-même pratique l’usure et aide et soutient les usuriers. Les tribunaux du gouvernement rendent des décisions en faveur des créances usuraires ; et, bénéficiant de leur soutien, de grandes banques et des prêteurs usuriers tiennent partout la tête haute. À l’heure actuelle, l’impudence et la dépravation morale augmentent de jour en jour dans les différents pays et sociétés du monde. La seule raison en est également que le gouvernement lui-même enseigne cela aux gens et façonne leur caractère en conséquence. Le gouvernement aime et approuve le modèle de caractère humain que l’on voit partout. Dans ces conditions, si l’on veut inculquer au peuple une éducation totalement différente et former un caractère moral d’un autre genre, il ne peut être possible d’y parvenir. Car les particuliers ne peuvent généralement pas réunir les moyens et les ressources absolument indispensables à cette réussite. Et même s’ils parviennent, après des efforts particuliers, à former quelques personnes de cette sorte, il leur devient difficile de rester fermement attachées à leurs propres idéaux dans le système social et étatique établi. En effet, les clés de toutes les portes donnant accès aux moyens de gagner sa vie et à toutes les façons dont ces personnes au caractère différent pourraient subsister se trouvent entre les mains du gouvernement moderne, corrompu et égaré. Dans le monde, d’innombrables meurtres, blessures et effusions de sang sont commis. L’intelligence et le savoir humains sont aujourd’hui employés à inventer les moyens de détruire l’humanité entière. Les biens indispensables obtenus au prix d’un labeur exténuant sont aujourd’hui consumés et réduits en cendres. D’innombrables vies humaines précieuses sont anéanties de manière inhumaine, comme de vulgaires récipients de terre sans valeur. Mais pourquoi cela arrive-t-il ? La seule raison en est que ceux qui, parmi les enfants de l’humanité, sont les plus diaboliques par nature et les plus dépourvus de moralité se sont aujourd’hui installés comme « dirigeants » des nations du monde et ont accaparé pour eux-mêmes la puissance souveraine de l’autorité et de la domination.
Aujourd’hui, ils détiennent collectivement le pouvoir entre leurs mains ; c’est pourquoi le monde est contraint d’aller dans la direction où ils le conduisent. Tout ce qu’ils ont fixé dans les domaines des sciences et des connaissances, des richesses, du travail et des efforts, ainsi que de l’utilisation et de l’application de la vie et des forces vitales, y est aujourd’hui entièrement consacré. Le règne de l’oppression et de l’injustice sévit aujourd’hui dans le monde. La vie des faibles est devenue extrêmement pénible. Les tribunaux d’ici ne sont plus des lieux de justice : ils se sont transformés en véritables boutiques de marchands. On ne peut aujourd’hui y acheter la « justice » qu’avec de l’argent. Des taxes sont extorquées aux gens par la force et la contrainte. Le montant de ces taxes n’est soumis à aucune limite. Et le gouvernement dépense sans discernement les richesses gagnées à la sueur et au sang des pauvres : il verse des salaires et des allocations royaux aux hauts fonctionnaires (pour offrir aux ministres et aux ambassadeurs des tea-parties et des cocktails), fait construire de vastes bâtiments, se procure des munitions et des armes pour les guerres et les combats, ainsi que pour d’innombrables activités aussi vaines que celles-ci. Une multitude de gens — usuriers et prêteurs, propriétaires fonciers, rois et membres de la noblesse portant le titre de sardar ou aspirant à l’obtenir, pirs occupant des sièges religieux et prêtres, propriétaires de sociétés cinématographiques, marchands d’alcool, éditeurs et vendeurs de livres et de revues obscènes, joueurs, et bien d’autres — détruisent aujourd’hui tout ce qui appartient aux êtres humains sans défense créés par Allah : leur vie et leurs biens, leur honneur et leur pudeur, leur caractère et leur moralité. Mais pourquoi personne ne les en empêche-t-il ? Parce que l’appareil de l’État s’est effondré. Les hommes puissants eux-mêmes se sont égarés. Non seulement ils commettent eux-mêmes l’oppression, mais ils soutiennent également les autres oppresseurs. En somme, la seule raison de toutes les oppressions commises dans les différents pays est que les gouvernements actuels les favorisent et les tolèrent en silence.
De cette longue discussion, j’espère qu’il est devenu clair que la source fondamentale de toutes les calamités est la corruption du gouvernement. La dégradation des opinions et de la pensée des hommes, la déformation de la croyance, le gaspillage des forces, des talents et des aptitudes humaines dans de mauvaises voies, l’instauration de principes et de pratiques funestes dans le commerce, la propagation de l’oppression, de l’injustice et des actes vils, ainsi que la marche progressive de l’humanité vers la destruction : tout cela a une seule cause fondamentale, à savoir que la direction et le pouvoir de la société et du gouvernement sont aujourd’hui passés entre les mains de gens iniques et dépravés. Si les clés du pouvoir et des richesses se trouvent entre les mains de gens mauvais, et si tous les moyens de subsistance sont également sous leur contrôle, non seulement ils deviendront eux-mêmes encore plus mauvais, mais ils pousseront aussi le monde entier vers une destruction toujours plus grande ; la calamité générale résultant de leur aide et de leur soutien se manifestera avec une gravité accrue. Il est absolument évident que, tant que le pouvoir restera entre leurs mains, aucune tentative, même mille fois répétée, de réforme partielle ne pourra réussir.
Après avoir compris ce principe fondamental, la question essentielle devient très facile à saisir. Pour mettre fin à la misère des hommes, les sauver de la destruction imminente et les guider vers une grande voie bénéfique, il n’existe aucune autre solution que d’organiser correctement le système de l’État et la politique d’action du gouvernement. Même un homme doué d’une intelligence ordinaire peut comprendre que, dans un pays où les habitants jouissent d’une liberté totale de commettre la fornication, mille sermons contre la fornication ne pourront jamais y mettre fin. Mais si, après s’être emparé du pouvoir de l’État, on recourt à la force pour faire cesser la fornication, le peuple lui-même sera contraint d’abandonner la voie haram et d’adopter des moyens halal. Si l’on veut mettre fin à la consommation d’alcool et de cannabis, à l’usure, aux pots-de-vin, aux films et spectacles obscènes, aux vêtements semi-nus, à l’éducation contraire à la moralité et à toutes les pratiques pécheresses de ce genre par de simples sermons et exhortations, cela ne sera jamais possible. En revanche, si l’on veut y mettre fin par l’exercice du pouvoir de l’État, on pourra facilement les faire cesser. Ceux qui exploitent le peuple et corrompent son caractère ne peuvent être empêchés par de simples paroles de poursuivre leurs activités lucratives. Mais si, après avoir acquis le pouvoir, on s’efforce de mettre fin à ces pratiques injustes, les portes de tous les péchés se fermeront très facilement.
Si l’on veut mettre fin au gaspillage du travail, des efforts, des richesses, des talents et des aptitudes des hommes et les employer dans des voies justes et saines ; si l’on veut établir la justice et l’équité en mettant fin à l’oppression ; si l’on veut sauver les hommes de la destruction du monde, de l’emprise terrifiante de la ruine et de toutes les formes d’exploitation ; si l’on veut élever les hommes déchus et établir une véritable égalité en accordant à tous les mêmes honneurs, la même éducation et la même culture, alors ce travail ne peut absolument pas être accompli par de simples sermons et exhortations verbales. En revanche, si le pouvoir de l’État est employé à cette fin, il peut être réalisé très facilement. Il n’y a donc aucun doute qu’aucune tentative de réforme sociale ne peut réussir sans l’exercice du pouvoir de l’État. Cela est aujourd’hui devenu si évident qu’il n’est pas nécessaire de réfléchir et de rechercher longuement pour le comprendre. Celui qui voudra réellement débarrasser le monde du désordre et de la corruption et qui désirera sincèrement instaurer la paix et la prospérité en mettant fin à la misère des hommes ne peut plus aujourd’hui se contenter d’être un prédicateur ou un donneur de conseils : ce serait totalement dépourvu de sens. Il doit se lever, abolir le système gouvernemental fondé sur des principes erronés, arracher le pouvoir de l’État aux mains de ceux qui suivent ces principes erronés et établir un État et un gouvernement fondés sur des principes justes et sur les principes authentiques de l’islam.
Après avoir compris cette théorie, avancez encore d’un pas. Il a déjà été démontré que la cause fondamentale de tous les maux et de tous les troubles qui se répandent dans la vie des hommes à travers le monde réside dans les erreurs de l’État et du gouvernement. Il a également été expliqué que, si l’on veut réformer les choses, il faut commencer par réformer leurs racines profondes. Mais la question est la suivante : quelle est la cause première des défauts et des fautes de l’État et du gouvernement eux-mêmes, et quelle réforme fondamentale pourrait fermer pour toujours la porte à cette calamité ?
La seule réponse est que la domination de l’homme sur l’homme constitue en réalité la cause fondamentale de toutes les calamités. Il faut donc, comme unique moyen de réforme, mettre fin à la domination de l’homme sur l’homme et instaurer la domination d’Allah. Il n’y a aucune raison de s’étonner en entendant la réponse concise à une question aussi immense. En réalité, plus on cherchera et enquêtera au sujet de cette question, plus on sera amené à considérer que cette seule proposition peut en être la réponse correcte.
Réfléchissez un peu : est-ce Allah Très-Haut, ou quelqu’un d’autre, qui a créé les hommes vivant sur la terre ? Est-ce Allah, ou quelqu’un d’autre, qui a créé l’homme qui se trouve sur cette terre ? Est-ce Allah, ou une autre puissance, qui procure à l’homme les innombrables moyens et ressources nécessaires à sa subsistance ? Une seule réponse est possible à ces questions, et aucune autre ne peut réellement l’être : Allah Très-Haut seul a créé les hommes de la terre ainsi que toutes ces choses et ces biens. En d’autres termes, cette terre appartient à Allah ; Allah est l’unique propriétaire des richesses ; l’homme n’est le sujet que d’Allah. Dans ces conditions, quel droit quelqu’un d’autre pourrait-il avoir de faire appliquer ses ordres dans le royaume d’Allah ? Comment la loi écrite par un autre qu’Allah, ou la loi écrite par les sujets eux-mêmes, pourrait-elle s’appliquer aux « sujets » d’Allah ? Le pays et le royaume appartiendraient à l’un, tandis que la loi y serait celle d’un autre. La propriété appartiendrait à l’un, tandis qu’un autre s’installerait en propriétaire. Les sujets appartiendraient à l’un, tandis que la domination et l’autorité sur eux seraient établies par un autre. Comment la raison et la conscience saines de l’homme pourraient-elles l’admettre ? Surtout, cette situation est totalement contraire à la vérité réelle. Et puisqu’elle est entièrement opposée à la vérité réelle, partout et chaque fois qu’elle s’est produite, ses conséquences ont été extrêmement graves. Les hommes qui obtiennent le droit de légiférer et de dominer sont, en raison de leur ignorance et de leur incapacité naturelles, contraints de commettre eux-mêmes de très graves erreurs. De plus, souvent poussés par leurs désirs bestiaux, ils commencent volontairement à commettre l’oppression et l’injustice. La première raison en est qu’ils ne possèdent ni les connaissances, ni l’intelligence, ni le savoir nécessaires pour élaborer des règles et des lois infaillibles permettant de résoudre correctement les problèmes humains et de diriger les affaires humaines.
Deuxièmement, c’est précisément parce qu’ils n’éprouvent absolument aucune crainte d’Allah ni aucune appréhension de devoir rendre des comptes devant Allah qu’ils deviennent de véritables bêtes sans frein ; et c’est là le plus grave. Lorsqu’un homme ne ressentira pas la moindre crainte d’Allah et ne pensera pas davantage devoir rendre des comptes devant une puissance supérieure, mais que son esprit sera rassuré par la conviction suivante : « Il n’existe nulle part aucune puissance capable de me demander des comptes », comment s’étonner que, lorsqu’un tel homme acquiert le pouvoir, il se transforme en bête féroce et déchaînée ? Il ne faut pas beaucoup d’intelligence ni de savoir pour le comprendre. Lorsque ces gens auront entre leurs mains l’autorité absolue sur la vie des hommes ainsi que sur leur subsistance et les biens indispensables à leur existence, lorsque les têtes de dizaines de millions d’hommes s’inclineront devant eux, peut-on vraiment espérer qu’ils préserveront les idéaux d’honnêteté, de justice et d’équité ? Peut-on seulement leur faire confiance pour qu’ils ne cherchent pas à usurper les droits d’autrui, à piller les richesses par des moyens illicites et à réduire les serviteurs d’Allah en esclaves de leurs instincts bestiaux ? Existe-t-il un quelconque fondement pour croire que de tels hommes resteront eux-mêmes sur la bonne voie et guideront les autres dans la voie droite ? Jamais. Cela est fondamentalement impossible et totalement contraire à la raison et à la conscience. L’expérience de milliers d’années en témoigne. Même à l’époque actuelle, il suffit d’ouvrir les yeux pour voir les preuves concrètes de tout ce que peuvent commettre, lorsqu’ils obtiennent force et pouvoir, ceux qui n’éprouvent ni crainte d’Allah ni appréhension de devoir rendre des comptes dans l’au-delà : oppression, trahison et hostilité extrême envers l’humanité. Il faut donc aujourd’hui porter un coup total aux fondements mêmes de l’organisation de l’État et du système de gouvernement. Autrement dit, il faut abolir la domination de l’homme sur l’homme et y établir exclusivement la souveraineté d’Allah le Très-Haut ainsi que Son droit de légiférer.
Dès lors, ceux qui établiront et dirigeront un gouvernement fondé sur la souveraineté d’Allah ne pourront jamais eux-mêmes s’installer comme rois suprêmes et maîtres absolus : ils devront administrer les affaires de l’État en reconnaissant Allah comme l’unique Roi et en agissant en tant que Ses représentants. Cette responsabilité est un dépôt sacré majeur confié par Allah. Ils devront toujours se rappeler qu’un jour ou l’autre, ils devront rendre compte de ce dépôt devant le Seigneur suprême, Celui qui connaît toute chose, cachée ou apparente. La loi fondamentale de l’État sera la législation donnée par Allah, car Lui seul connaît parfaitement les réalités profondes de toute chose et Lui seul est la source de tout savoir. Nul n’aura donc le pouvoir ni le droit de modifier ou d’ajouter quoi que ce soit, fût-ce d’un seul point, à Sa loi et à Ses prescriptions. Ce n’est qu’alors qu’ils pourront être préservés pour toujours des ingérences abusives de l’ignorance, de l’égoïsme et des désirs bestiaux indésirables de l’homme.
L’islam est venu dans le monde précisément pour assumer la responsabilité de cette réforme fondamentale. Il veut ainsi réformer la source même de toutes les catastrophes. À ceux qui reconnaîtront Allah comme leur Roi — non pas seulement en paroles ou dans leur imagination, mais comme le Roi véritable — et qui croiront à la législation qu’Il a envoyée dans le monde par l’intermédiaire de Son Prophète, l’islam adresse cette exigence : qu’ils s’efforcent de faire appliquer la loi et les prescriptions de leur Roi dans Son royaume. Il faudra affaiblir la puissance des sujets de ce Roi qui se sont rebellés et se sont eux-mêmes installés comme rois suprêmes, et protéger les sujets d’Allah du danger de devenir les « sujets » d’une autre puissance. Du point de vue de l’islam, il ne suffit nullement de reconnaître Allah comme Allah et Sa loi comme le code de vie ; cette reconnaissance entraîne au contraire automatiquement pour eux le devoir de se consacrer à la réforme des hommes partout où ils vivent, dans quelque pays ou royaume que se trouve leur demeure. Ils doivent remplacer le système politique erroné qui y règne par un système juste. Ils doivent retirer la législation et les responsabilités des mains des athées rebelles à Allah et de ceux qui transgressent les limites fixées par Allah, puis administrer les affaires de l’État conformément à la loi d’Allah, avec la conscience éveillée qu’ils devront rendre des comptes dans l’au-delà et en gardant à l’esprit qu’Allah est « Celui qui connaît l’invisible ». En réalité, s’efforcer et lutter dans ce but, c’est cela le jihad.
Il ne fait aucun doute que la souveraineté et le droit de gouverner l’État constituent par nature une tâche extrêmement complexe et lourde de responsabilités. Dès que le désir de les obtenir s’éveille dans le cœur de quelqu’un, la flamme dévorante de la convoitise s’y embrase naturellement. Dès que l’homme acquiert les richesses de la terre et le droit d’exercer son autorité sur les autres, ses convoitises latentes se réveillent ; il se met alors à désirer étendre une domination absolue sur les hommes. S’emparer du pouvoir de l’État n’est pas une tâche très difficile ; mais, après l’avoir obtenu, il est bien plus difficile de remplir son devoir en tant que « serviteur soumis d’Allah », sans devenir soi-même un dieu. Ainsi, si, après avoir destitué un Pharaon, tu t’installes toi-même à sa place en devenant un « Pharaon », rien n’aura réellement été gagné. C’est pourquoi, avant de faire face à cette immense épreuve du feu, l’islam considère comme indispensable de te préparer entièrement à cette tâche. Tant que tu n’auras pas extirpé de ton propre esprit et de ton cœur l’égoïsme et la vanité, tant que ton cœur et ton âme ne seront pas purifiés, tant que tu ne seras pas prêt à lutter et à œuvrer sincèrement pour obtenir l’agrément d’Allah et assurer le bien de l’humanité entière, au lieu de combattre pour tes intérêts personnels ou nationaux ; et tant qu’après avoir acquis le pouvoir d’État tu n’auras pas développé l’aptitude à gouverner conformément à la loi d’Allah, avec un désir sincère et profond, au lieu de devenir un dieu en suivant tes convoitises et tes mauvaises inclinations, nul ne peut avoir le droit de revendiquer le pouvoir d’État ni d’entreprendre de combattre les forces de la vanité dans le monde.
Le simple fait de prononcer la kalima et d’entrer dans les limites de l’islam ne te donne ni le droit ni l’autorisation d’agresser les hommes. Car tu commencerais alors toi aussi à commettre exactement les mêmes méfaits que les rebelles à Allah et les oppresseurs qui sévissent actuellement dans le monde. Au contraire, avant de t’ordonner d’assumer une responsabilité aussi immense, l’islam veut créer en toi l’aptitude à l’accomplir correctement.
En réalité, les actes de culte tels que la prière, le jeûne, le hajj et la zakat ont été prescrits dans l’islam précisément comme une préparation à cette fin. Tous les pouvoirs étatiques du monde font d’abord suivre à leurs armées, à leurs policiers et à leurs fonctionnaires de la fonction publique une formation particulière. Ce n’est qu’après avoir été reconnu apte au cours de cette formation qu’une personne est affectée à une fonction déterminée. L’islam veut lui aussi donner d’abord à ses agents une formation selon une méthode particulière. Ce n’est qu’ensuite qu’il leur confie la responsabilité du jihad et de l’établissement d’un gouvernement islamique. Il existe toutefois une différence considérable entre les deux. Dans les fonctions auxquelles les États du monde affectent leurs agents, il n’est nullement nécessaire de posséder un caractère moral irréprochable, un esprit exempt de souillure et pur, ni de nourrir la crainte d’Allah. On cherche donc seulement à les rendre compétents. Et même si, une fois devenus compétents, ils sont adultères, alcooliques, malhonnêtes ou égoïstes, cela ne constitue aucunement un motif d’objection. Mais la tâche que l’islam confie à ses agents est, de bout en bout, entièrement d’ordre moral.
Ainsi, en islam, l’importance accordée à éveiller en eux la crainte d’Allah et à purifier leur esprit et leur âme est bien plus grande que l’attention portée à les rendre « compétents ». L’islam veut susciter en eux une force telle que, lorsqu’ils se lèveront pour revendiquer l’établissement du gouvernement d’Allah sur terre, ils puissent prouver concrètement la sincérité et l’authenticité de cette revendication. Qu’ils ne combattent jamais pour acquérir leurs propres richesses, leurs terres, leur pays et leur royaume, leur honneur ou leur domination. Qu’ils combattent sincèrement pour Allah et pour les millions de serviteurs d’Allah, et que cela soit spontanément démontré par leurs actes. Lorsqu’ils seront victorieux, qu’ils ne deviennent ni orgueilleux, ni arrogants, ni rebelles à Allah ; que leur tête humble et inclinée demeure alors encore abaissée devant Allah. Lorsqu’ils seront dirigeants, qu’ils ne transforment pas les hommes en leurs esclaves serviles. Qu’ils vivent plutôt eux-mêmes comme les serviteurs d’Allah et qu’ils s’efforcent de faire de tous les autres hommes les serviteurs du seul Allah. S’ils prennent possession des trésors de l’État, qu’ils ne les dilapident pas uniquement pour remplir les poches des leurs, de leur lignée ou de leurs compatriotes. Qu’ils distribuent les trésors d’Allah parmi Ses serviteurs avec équité et justice, et qu’ils agissent en se souvenant, tels de véritables dépositaires, qu’un œil invisible les observe certainement : Quelqu’un est là-haut, à la vue duquel ils ne peuvent absolument rien cacher, et auprès de qui ils devront rendre compte de chaque sou.
En vérité, il n’est pas possible de former les hommes à cette fin par un autre moyen que ces actes d’adoration particuliers prescrits par l’islam. Et l’islam forme ainsi les hommes, en leur disant : « Vous êtes désormais, sur terre, les pieux et vertueux serviteurs d’Allah. Avancez, combattez et luttez, évincez de l’autorité de l’État les gens rebelles à Allah, et prenez en main tous les pouvoirs et tous les droits. »
Il est facile de comprendre que, là où les fonctionnaires chargés de toutes les tâches gouvernementales — armée, police, tribunaux, prisons, perception des impôts, etc. — craindront Allah et seront conscients de l’inéluctabilité du compte qu’ils devront Lui rendre dans l’au-delà, là où toutes les règles de l’administration de l’État et du gouvernement seront établies sur la base de la loi d’Allah, l’injustice et l’ignorance n’auront aucune place ; là où toutes les voies du péché et de sa pratique seront fermées en temps voulu, le gouvernement lui-même dépensera ses forces et ses ressources pour favoriser la justice, la vertu et les dispositions spirituelles empreintes de pureté. Il ne peut y avoir le moindre doute que l’humanité y connaîtra un bien-être complet. Si un tel gouvernement s’applique pendant quelque temps, avec des efforts et des soins constants, à former le caractère et la nature des gens, s’il ferme toutes les sources de l’enrichissement par des moyens illicites, du péché, de l’oppression, de l’impudence et de la dépravation morale, s’il cesse de dispenser une éducation et une formation erronées et façonne les mentalités et les idées au moyen d’un système éducatif sain et parfait, alors, sous son autorité, les hommes auront la possibilité de vivre dans une société baignée par la justice et l’équité, la paix, la sécurité, la bonne moralité et un environnement pur ; une transformation radicale de l’homme commencera alors. L’œil qui était devenu aveugle après avoir longtemps vécu sous une direction pécheresse et rebelle à Allah deviendra peu à peu, spontanément, capable de voir la vérité et attaché à la vérité. Le cœur qui, du fait d’être resté entouré de souillure morale, s’était couvert de taches et s’était terni deviendra peu à peu transparent comme un miroir, et l’aptitude à recevoir l’influence de la vérité s’éveillera.
En vérité, il sera alors facile à tous de comprendre profondément qu’Allah est véritablement l’unique Seigneur de tous, que nul autre que Lui ne mérite l’adoration, et que le Prophète par l’intermédiaire duquel ce message de vérité a été reçu est un Prophète véridique et sincère. Ce qu’il semble aujourd’hui très difficile d’expliquer trouvera alors spontanément sa place dans l’esprit de chacun. Ce que l’on ne parvient pas aujourd’hui à faire comprendre par des discours et des livres deviendra alors si simple à saisir qu’on n’y éprouvera pas la moindre difficulté. Ceux qui pourront constater directement l’immense différence entre agir selon les opinions et les voies imaginées par les hommes et agir conformément aux prescriptions établies par Allah trouveront très facile de croire à l’unicité parfaite d’Allah (tawhid) et à la véracité de Son prophète ; il leur deviendra extrêmement difficile de ne pas y croire. En vérité, après avoir reconnu la différence entre les fleurs et les épines, il est facile de cueillir les fleurs et pénible de ramasser les épines. En ces temps-là, il sera très difficile de nier la vérité de l’islam et de s’accrocher à la mécréance et au shirk. Peut-être que, même dans le pire des cas, une telle obstination ne se trouvera que chez dix personnes sur mille, pas davantage.
J’espère que, d’après la discussion précédente, les lecteurs ont clairement compris dans quel but supérieur la prière, le jeûne, le pèlerinage et la zakat ont été rendus obligatoires. Jusqu’à présent, on les a pourtant considérés comme de simples rites de dévotion, et cette conception erronée a été solidement enracinée pendant longtemps. On n’a pas enseigné jusqu’à présent qu’ils ont été prescrits précisément pour préparer à une œuvre immense et supérieure. C’est pourquoi les musulmans ont continué à accomplir ces rites de manière tout à fait dépourvue de but ; aucune idée de se préparer à l’œuvre principale ne s’est éveillée dans leur esprit. Bien que ce soit précisément pour cela que ces actes d’adoration ont été rendus obligatoires, je veux dire que, sans le désir du jihad et sans adopter le jihad comme objectif, ces actes d’adoration sont totalement dépourvus de sens. Si l’on croit pouvoir obtenir la proximité d’Allah en accomplissant de tels rites dépourvus de sens, la véracité de cette croyance sera définitivement établie au Jour du Jugement.
L’importance du jihad
Auparavant, le sens détaillé de divers termes islamiques, tels que dîn, charia et ibâdat, a été exposé dans plusieurs brochures. Ici, il suffira d’en donner brièvement une indication à propos.
Le « dîn » signifie l’obéissance,
la loi elle-même est appelée charia,
et l’ibâdat signifie adoration et servitude.
Si vous reconnaissez l’autorité de quelqu’un, que vous l’acceptez comme votre dirigeant et votre législateur, cela signifie que vous avez adopté son « dîn ». De plus, lorsque vous le reconnaissez comme votre législateur et devenez effectivement son sujet, ses ordres et ses interdits, ainsi que les règles et méthodes qu’il a établies, acquièrent pour vous le statut de loi ou de charia. Dans ces conditions, vous vivez conformément à sa « charia » : vous accomplissez tout ce qu’il exige, vous observez chacun de ses commandements, vous vous abstenez de ce qu’il a interdit et vous agissez dans les limites à l’intérieur desquelles il déclare votre action permise. Bien plus, vous réglez également vos relations réciproques, vos activités, vos liens de parenté, vos inimitiés et vos procès, bref toute chose, conformément aux règles et aux lois qu’il a fixées. Vous considérez son opinion et sa décision comme définitives et vous vous soumettez devant lui ; c’est pourquoi votre comportement peut être qualifié d’ibâdat ou de servitude envers lui.
Il ressort clairement de cette analyse que le dîn désigne fondamentalement l’État et le gouvernement, que la charia en est la loi, et que le fait de se conformer dûment à ses lois, à ses règles et à ses coutumes est appelé ibâdat. Quel que soit celui que vous acceptez comme dirigeant et comme autorité absolue de l’État, en reconnaissant votre soumission à son égard, vous appartenez en réalité à son dîn. Si ce dirigeant et cette autorité de l’État sont Allah, vous êtes soumis à Son dîn ; s’il s’agit d’un roi ou d’un monarque, c’est le « dîn » du monarque qui sera considéré comme le vôtre. Si vous accordez cette dignité à une nation particulière, vous adoptez le « dîn » de cette nation. Et si vous accordez ce droit à votre propre nation ou au peuple de votre propre pays, vous avez adopté le « dîn » du peuple. En somme, quel que soit celui auquel vous obéissez, c’est en réalité son dîn que vous continuez à pratiquer ; et quelle que soit la loi à laquelle vous vous conformez, c’est fondamentalement son ibâdat que vous accomplissez.
Après cela, il ne devrait pas être difficile de comprendre également cette vérité simple : un homme ne peut en aucune manière pratiquer deux « dîn » au cours d’une même période. Parmi plusieurs gouvernants, il n’est possible, en principe et en pratique, de suivre qu’un seul à la fois. Parmi plusieurs lois, une seule peut prendre en charge la direction de la vie d’un homme, et parmi d’innombrables divinités, il ne vous est possible de vouer l’ibâdat qu’à une seule. Si l’on demandait : « Quelle objection pourrait-il y avoir à ce que, du point de vue de la croyance, nous reconnaissions l’un comme gouvernant, que nous obéissions en pratique à un autre et que nous nous soumettions, selon la loi d’un troisième, à sa servitude ? » La réponse est que cela est possible — et, en réalité, c’est précisément ce qui se passe aujourd’hui partout. Mais sachez qu’il s’agit d’un shirk manifeste, et que tout le shirk est entièrement faux. En pratique, celui dont vous suivez la loi est, en réalité, celui dont vous pratiquez le « dîn ». Dès lors, que peut être, sinon un immense mensonge, le fait de présenter comme gouvernant celui auquel vous n’obéissez pas et de déclarer que son « dîn » est votre propre « dîn » ? Quel profit peut-il y avoir à proclamer cela de la bouche ou à le concevoir intérieurement, et quel résultat cela peut-il produire dans le monde extérieur ? Lorsque toutes les activités de votre vie transgressent les limites fixées par la charia de l’un, tandis qu’en pratique vous continuez à suivre la charia d’un autre, votre prétention à respecter cette charia ne devient-elle pas totalement dépourvue de sens ? Lorsque, dans la pratique, vous êtes dans la servitude de l’un, le fait de proclamer qu’un autre est votre divinité et d’incliner votre front devant lui ne se réduit-il pas à une affaire artificielle ? Car, en réalité, c’est son ordre que vous exécutez, de ses actes interdits que vous vous abstenez, dans les limites qu’il a fixées que vous accomplissez toutes vos actions, et les règles et méthodes qu’il a présentées que vous appliquez dans la pratique. Même vos transactions réciproques, vous les effectuez selon les règles et principes qu’il a donnés. Dans toutes vos affaires et vos activités, vous acceptez ses décisions ; vos relations mutuelles, votre organisation et la répartition de vos droits, vous les établissez également conformément aux prescriptions qu’il a données. Bien plus, conformément à ses prétentions et à ses directives, vous présentez devant lui toutes les forces de votre esprit et de votre corps, vos talents, tous les biens acquis par votre travail et, finalement, jusqu’à votre vie précieuse et votre âme.
Par conséquent, si vos actes sont contraires à votre croyance doctrinale, ce sont vos actes réels qui constitueront l’élément véritablement pris en considération. Dans ce cas, une simple croyance doctrinale n’a aucune valeur et ne peut entrer en ligne de compte. Quelle importance une telle croyance peut-elle avoir si elle n’a aucune existence dans la réalité ? Dans la pratique, si un homme suit le dîn du roi, le dîn d’Allah ne peut absolument y avoir aucune place. De même, si, dans la pratique, les actes consistent à suivre le « dîn » du peuple, ou le dîn de l’Angleterre, de l’Allemagne ou de leurs États, le dîn d’Allah ne peut là non plus y avoir la moindre place. En revanche, si vous suivez le dîn d’Allah, aucun autre dîn ne pourra y avoir de place. En un mot, il faut retenir définitivement que le shirk n’est rien d’autre qu’un mensonge pur et simple.
Une fois cette vérité comprise, vous pourrez spontanément vous rendre compte, sans longue discussion compliquée, que quel que soit le « dîn » et quel qu’en soit le type, il n’a aucune valeur sans l’État et l’autorité gouvernementale. Qu’il s’agisse du dîn populaire, du dîn royal, du dîn communiste ou du dîn d’Allah, l’établissement d’un dîn quelconque est absolument impossible sans la puissance de l’État. De même que la simple représentation imaginaire d’un palais — qui n’a aucune existence réelle — est dépourvue de sens, de même un dîn (et un système de vie) sans État ni gouvernement est totalement vain. Lorsque vous habitez un palais réellement construit, que vous en franchissez la porte pour y entrer et en sortir, et que l’ombre de son toit et de ses murs vous abrite, quel avantage pouvez-vous espérer d’une image colorée d’un palais imaginaire ? Vous devez nécessairement organiser toute votre vie selon le palais réellement construit. En outre, après avoir commencé à vivre dans un palais construit d’après une certaine image, quel résultat concret peut-on obtenir en imaginant l’image d’un autre palais ou en lui vouant une simple vénération ou croyance ? Il est facile de comprendre combien il est ridicule de garder dans son esprit un palais imaginaire tout en habitant réellement un autre palais. L’image imaginaire du palais qui se trouve dans l’esprit ne peut jamais être appelée un palais, et personne ne peut y habiter. Selon cet exemple, croire simplement en un « dîn » comme étant le véritable « dîn » n’a aucun sens. Lorsque les hommes mèneront leur vie réelle selon un « dîn », croire imaginairement en un autre « dîn » sera totalement dépourvu de sens. De même, un « dîn » imaginaire ne peut être appelé un « dîn », et, tout comme un palais imaginé, un « dîn » imaginaire ne peut être adopté par personne comme son véritable « dîn ». En réalité, le dîn appartiendra à celui dont le pouvoir sera reconnu, dont l’autorité sera établie, dont la loi sera effectivement appliquée et conformément aux dispositions duquel toutes les activités de la vie humaine seront accomplies. Par conséquent, chaque dîn revendique naturellement l’établissement de son propre État, et un dîn est précisément un dîn parce que la servitude, l’esclavage et l’observance de la loi doivent appartenir exclusivement au pouvoir qu’il cherche à établir. Voici un exemple :
Que signifie le dîn populaire ? Lorsque les habitants d’un pays deviennent eux-mêmes les détenteurs du pouvoir et de la souveraineté, que leurs propres lois sont appliquées à leur égard et que l’ensemble des habitants du pays se soumet collectivement à leur propre puissance populaire et la sert — c’est précisément ce que l’on appelle le dîn populaire ou l’État démocratique. Par conséquent, tant que les lois élaborées par le peuple ne sont pas appliquées dans l’exercice effectif du pouvoir du pays, ce dîn populaire ou cet État populaire ne peut en aucune façon être établi ; on ne peut même pas considérer qu’il l’est. Mais si, à la place du peuple, une nation étrangère ou un roi s’empare du pouvoir et de la souveraineté du pays, et que ses propres lois sont appliquées dans tout le pays, où subsistera le dîn populaire ? Si quelqu’un y croit au dîn populaire ou à l’État, quelle valeur sa foi peut-elle avoir ? Car tant que le dîn du roi ou celui d’une nation étrangère restera établi, il ne pourra pas suivre l’État populaire.
Prenons maintenant le dîn royal. Selon ce dîn, le roi est désigné comme l’autorité et le maître suprêmes ; lui obéir et lui vouer l’adoration, ainsi qu’appliquer effectivement ses lois, en constituent l’objectif essentiel. Sinon, quel avantage réel y aurait-il à reconnaître le roi comme roi et à l’accepter comme le maître suprême ? Si, dans la réalité, le dîn populaire, l’État populaire ou le gouvernement d’une nation étrangère est établi, où restera le « dîn royal » ? Et qui pourra encore le suivre ?
Il ne s’agit pas d’une époque lointaine : il suffit de réfléchir au dîn ou à l’État anglais qui existait autrefois dans ce pays pour que la question devienne parfaitement claire. Ce dîn fonctionnait parce que la loi sur le gouvernement de l’Inde et le droit civil étaient appliqués par l’intermédiaire de la puissance et de la souveraineté anglaises. Toutes les activités des habitants du pays s’accomplissaient selon les règles et les méthodes fixées par les Anglais. Tous les hommes exécutaient leurs ordres en s’y soumettant. Tant que ce dîn était établi avec une telle puissance, il n’y avait effectivement aucune place ici pour un autre dîn. Une fois le Code pénal et le Code de procédure civile abolis, et dès lors que l’application des lois anglaises ne signifiait plus, en pratique, leur servitude, où resterait l’État ou le dîn anglais ? — En réalité, la situation du dîn de l’islam est exactement la même. L’essentiel de ce dîn est que le propriétaire du monde et l’unique roi de l’humanité entière est Allah, exalté soit-Il.
Il faut donc obéir et se soumettre à Lui seul, et accomplir toutes les activités de la vie humaine conformément à la charia qu’Il a donnée. La doctrine établie par l’islam — selon laquelle l’autorité et la souveraineté suprêmes appartiennent exclusivement à Allah — n’a été présentée que pour cette raison : dans le monde, seule la loi d’Allah sera appliquée, et non celle d’un autre. Les tribunaux jugeront selon Son décret, et la police fera appliquer Son décret. Toutes les affaires réciproques des gens, leurs transactions et autres activités s’accompliront conformément à Son décret. Les impôts seront fixés selon Sa volonté, et leurs dépenses seront effectuées uniquement selon les règles qu’Il a données. La fonction publique et l’armée seront soumises à Son ordre. Tous les gens Le craindront et se comporteront avec révérence envers Lui ; l’ensemble des sujets du pays Lui obéira exclusivement. En un mot, l’être humain ne se soumettra à nul autre qu’Allah.
Il est donc évident que cet objectif ne peut en aucune façon être atteint sans l’établissement d’un gouvernement véritablement islamique. Il n’a aucune compatibilité ni aucun partage avec un autre dîn ; et la vérité est qu’aucun dîn ne peut tolérer le partage de l’autorité avec un autre dîn. Comme les autres dîns, le dîn de l’islam exige que le pouvoir et la souveraineté lui appartiennent exclusivement et que chacun des autres dîns demeure incliné et vaincu devant lui. Sinon, comment pourrait-on le suivre ? Mon dîn ne sera ni un « dîn populaire », ni un « dîn royal », ni un « dîn communiste ». Aucun autre dîn ne subsistera. À l’inverse, si un autre dîn subsiste, moi, je ne subsisterai pas. Alors, me reconnaître comme vrai uniquement par les paroles ne produira aucun résultat réel. Le Noble Coran a proclamé cette vérité à maintes reprises :
وَمَا أُمِرُوا إِلَّا لِيَعْبُدُوا اللهَ مُخْلِصِينَ لَهُ الدِّينَ حُنَفَاء« Il n’a été ordonné aux gens que ceci — et aucune autre prescription ne leur a été donnée — : se détourner de toute autre voie, établir exclusivement le dîn d’Allah et Lui vouer l’adoration avec une foi sincère. » — Sourate al-Bayyina, 5
هُوَ الَّذِي أَرْسَلَ رَسُولَهُ بِالْهُدَى وَدِينِ الْحَقِّ لِيُظْهِرَهُ عَلَى الدِّينِ كُلِّهِ .
وَلَوْ كَرِهَ الْمُشْرِكُونَ – التوبة : ٣٣« C’est Lui qui a envoyé Son Messager avec la guidée et la religion de vérité, afin de la faire prévaloir sur toute religion, même si les polythéistes le réprouvent totalement. » — Sourate at-Tawba, 33
وَقَاتِلُوهُمْ حَتَّى لَا تَكُونَ فِتْنَةٌ وَيَكُونَ الدِّينُ كُلُّهُ لِلَّهِ – الانفال : ٣٩« Combattez-les jusqu’à ce qu’il n’y ait plus de fitna et que le dîn tout entier soit établi pour Allah, exalté soit-Il. » — Sourate al-Anfal, 39
إِنِ الْحُكْمُ إِلَّا لِلَّهِ ، أَمَرَ أَلا تَعْبُدُوا إِلَّا إِيَّاهُ – – يوسف : ٤٠« Nul autre qu’Allah n’a le droit de commander. Son ordre est de n’adorer nul autre que Lui-même. » — Youssouf, 40
فَمَنْ كَانَ يَرْجُوا لِقَاءَ رَبِّهِ فَلْيَعْمَلَ عَمَلًا صَالِحًا وَلَا يُشْرِكْ بِعِبَادَةِ ربِّهِ أَحَدًا – الكهف : ١١٠« Quiconque espère rencontrer son Seigneur doit accomplir de bonnes œuvres et n’associer personne à l’adoration de son Seigneur : tel est impérativement son devoir. » — Sourate al-Kahf, 110
أَلَمْ تَرَ إِلَى الَّذِينَ يَزْعُمُونَ أَنَّهُمْ آمَنُوا بِمَا أُنْزِلَ إِلَيْكَ وَمَا أُنْزِلَ مِنْ قَبْلِكَ يُرِيدُونَ أَنْ يُتَحَاكَمُوا إِلَى الطَّاغُوتِ وَقَدْ أَمِرُوا أَنْ يَكْفُرُوا بِهِ . …. وَمَا أَرْسَلْنَا مِنْ رَّسُولٍ إِلَّا لِيُطَاعَ بِإِذْنِ اللَّهِ – – النساء : ٦٤٦٠« N’as-tu pas observé ceux qui prétendent croire en ce qui t’a été révélé ainsi qu’en ce qui a été révélé avant toi ? Ils veulent soumettre leurs différends au taghout (le pouvoir d’État et le système judiciaire rebelles à Allah), alors qu’il leur avait été ordonné de le renier et de le rejeter. […] Nous n’avons envoyé aucun Messager si ce n’est afin qu’il soit suivi, avec la permission d’Allah. » — Sourate an-Nisa, 60-64
À la lumière des explications précédentes sur l’adoration, le dîn et la charia, les lecteurs ne devraient éprouver aucune difficulté à comprendre le sens essentiel et l’esprit de ces versets du Coran.
La discussion précédente a également montré clairement pourquoi le djihad revêt une si grande importance en islam. Le « dîn » d’Allah ne peut être satisfait par le seul fait de reconnaître qu’il est vrai, comme on le fait pour les autres religions et dîns, ni par la simple pratique de rites de prière et de dévotion comme signes extérieurs de cette croyance et de cette conviction. En effet, il est absolument impossible d’obéir au dîn d’Allah et de le suivre tout en étant soumis à un autre dîn ; il est impossible de le suivre en le mélangeant à un autre dîn. Par conséquent, si vous croyez réellement que ce dîn d’Allah est le vrai dîn, il ne peut y avoir d’autre moyen que de lutter et de vous efforcer de toutes vos forces afin de l’établir dans la réalité. C’est par cet effort et cette lutte que l’islam sera établi ; autrement, il faudra donner sa vie en restant engagé dans cette entreprise. En vérité, il s’agit d’un critère éternel, par lequel peut être vérifiée la sincérité de votre foi et de votre croyance. Si votre foi en l’islam est véritable, il vous sera impossible de rester inconscient dans un sommeil paisible tout en étant soumis à un autre dîn ; il ne peut même être question de le servir ni de goûter tant soit peu aux moyens de subsistance obtenus en échange de ce service. Après avoir reconnu le dîn islamique comme l’unique vérité, même si votre vie se déroule sous l’autorité d’un autre dîn, votre lit vous paraîtra couvert d’épines, votre nourriture empoisonnée et amère, et vous ne pourrez trouver le moindre repos sans vous efforcer de toutes vos forces d’établir ce vrai dîn d’Allah. Mais si vous trouvez de la satisfaction à vivre sous l’autorité d’un autre dîn que le dîn d’Allah, et que votre cœur reste satisfait et rassuré dans cette situation, alors vous n’êtes absolument pas un croyant — quand bien même vous prieriez avec la plus grande attention, pratiqueriez la muraqaba pendant de longues heures, expliqueriez le Coran et les hadiths et diffuseriez la philosophie de l’islam ; il n’y a pourtant aucun doute que vous n’êtes pas croyant. Tel est le verdict définitif concernant celui qui, tout en croyant au dîn islamique, se satisfait d’un autre dîn. Mais que peut-on dire des hypocrites qui servent avec dévouement d’autres dîns ou s’efforcent d’établir un autre dîn, tel que la démocratie ?… La mort n’est pas loin ; lorsqu’elle surviendra, Allah Lui-même leur présentera le registre de leurs œuvres dans leur vie matérielle. En vérité, s’ils se considèrent comme musulmans, ce n’est rien d’autre que leur extrême sottise. S’ils avaient un jugement sain, ils comprendraient eux-mêmes que reconnaître et accepter un dîn comme vrai, tout en se satisfaisant dans la réalité de l’établissement d’un autre dîn, ou en y participant et en s’y efforçant, sont des actes contradictoires. Le feu et l’eau peuvent peut-être se réunir ; mais une telle conduite ne peut en aucune manière être compatible avec la foi en Allah. Il n’est pas possible de citer ici tous les versets du Noble Coran à ce sujet.
Seuls quelques versets sont cités ici :
احسب النَّاسُ أَنْ يُتْرَكُوا أَن يَقُولُوا آمَنَّا وَهُمْ لَا يُفْتَنُونَ وَلَقَدْ فتَنَّا الَّذِينَ مِنْ قَبْلِهِمْ فَلَيَعْلَمَنَّ اللَّهُ الَّذِينَ صَدَقُوا وَلَيَعْلَمَنَّ
الْكَذِبِينَ ٥ – العنكبوت : ٢-٣« Pensent-ils qu’il leur suffira de dire : “Nous avons cru”, pour être laissés tranquilles, sans être aucunement éprouvés ? Pourtant, Nous avons éprouvé ceux qui les ont précédés, afin qu’Allah distingue certainement ceux qui sont sincères et véridiques dans leur prétention à la foi de ceux qui sont menteurs. » — Sourate al-‘Ankabût : 2-3
ومِنَ النَّاسِ مَنْ يَقُولُ آمَنَّا بِاللَّهِ فَإِذَا أُوذِيَ فِي اللَّهِ جَعَلَ فِتْنَةَ النَّاسِ كَعَذَابِ اللهِ ، وَلَئِنْ جَاءَ نَصْرُ مِّن رَّبِّكَ لَيَقُولُنَّ إِنَّا كُنَّا مَعَكُمْ ، أَوَ لَيْسَ اللَّهُ بِأَعْلَمَ بِمَا فِي صُدُورِ الْعَلَمِينَ« Il est des gens qui prétendent croire en Allah ; mais dès qu’ils sont persécutés dans le chemin d’Allah, ils considèrent la persécution des hommes comme le châtiment d’Allah, tant ils en sont effrayés. Mais si une victoire et un triomphe viennent de ton Seigneur, ils s’avanceront alors en disant : “Nous étions avec vous.” Allah ne connaît-Il pas mieux ce que renferment les cœurs ? Néanmoins, Allah fera certainement apparaître quels sont les véritables croyants et quels sont les hypocrites. » — Sourate al-‘Ankabût : 10-11
مَا كَانَ اللَّهُ لِيَذَرَ الْمُؤْمِنِينَ عَلَى مَا أَنْتُمْ عَلَيْهِ حَتَّى يَمِينَ الْخَبِيثَ مِنَ
الطيب – – ال عمران : ۱۷۹« Il ne convient pas à la règle d’Allah de laisser les croyants dans leur état actuel — car, à présent, les véridiques, les menteurs, les croyants sincères et les hypocrites sont mêlés — ; Allah distinguera certainement les purs des pécheurs. » — Sourate Âl ‘Imrân : 179
أمْ حَسِبْتُمْ أَنْ تُتْرَكُوا وَلَمَّا يَعْلَمَ اللهُ الَّذِينَ جَهَدُوا مِنكُمْ وَلَمْ يَتَّخِذُوا مِنْ دُونِ اللَّهِ وَلَا رَسُولِهِ وَلَا الْمُؤْمِنِينَ وَلِيجَة – – التوبة : ١٦« Pensez-vous qu’Allah vous laissera ainsi, sans distinguer encore parmi vous ceux qui ont combattu et ceux qui n’ont pris, en dehors d’Allah, de Son Messager et des croyants, aucune relation secrète avec d’autres ? » — Sourate at-Tawba : 16
الم ترَ إِلَى الَّذِينَ تَوَلَّوْا قَوْمًا غَضِبَ اللَّهُ عَلَيْهِمْ ، مَا هُمْ مِّنْكُمْ وَلَا مِنْهُم ….. أولَئِكَ حِزب الشيطن ، أَلَا إِنَّ حِزْبَ الشَّيْطَنِ هُمُ الْخَسِرُونَ إِنَّ الَّذِينَ يُحَادُونَ اللهَ وَرَسُولَهُ أُولَئِكَ فِي الْأَذَلِّينَ ، كَتَبَ اللهُ لأَغْلِبَنَّ أَنَا وَرُسُلِي ، إِنَّ اللهَ قَوِيٌّ عَزِيزٌ – المجادلة : ١٩١٤« N’as-tu pas réfléchi au cas de ceux qui se lient d’amitié avec des gens contre lesquels Allah est courroucé ? Ils ne sont ni des vôtres ni des leurs. Ceux-là appartiennent au parti de Satan. Attention ! C’est le parti de Satan qui sera finalement perdant. Ceux qui s’opposent à Allah et à Son Messager seront assurément parmi les plus humiliés. Allah a décrété : “Je triompherai, Moi ainsi que Mes messagers.” Allah est certes Fort et Tout-Puissant. » — Sourate al-Mujâdala : 14, 19-21
Il ressort clairement des versets cités que, si une autre religion que le dîn d’Allah, l’islam, est effectivement établie quelque part, l’identité des mu’min sincères et idéalistes de ce lieu sera la suivante : ils s’efforceront d’éradiquer ce « dîn » de l’impiété et d’établir le véritable dîn d’Allah. S’ils agissent réellement ainsi, consacrent toutes leurs forces à cet objectif, vont jusqu’à sacrifier leur vie et supportent sans hésitation toutes sortes de pertes et de dommages, il ne fait aucun doute qu’ils sont de véritables croyants. Que leurs efforts aboutissent ou non est une question sans pertinence. Mais s’ils se satisfont et se rassurent de l’établissement du dîn de l’impiété, ou s’ils participent spontanément à l’œuvre visant à le maintenir victorieux et établi, alors leur prétention à être croyants est entièrement mensongère, sans le moindre doute.
De plus, Allah a également répondu, dans les versets cités, à ceux qui invoquent comme excuses les divers obstacles à l’établissement du dîn islamique. Lorsqu’un effort sera entrepris quelque part pour établir le dîn islamique, un dîn de l’impiété quelconque y sera nécessairement déjà établi avec toute sa puissance. Il détiendra toutes les formes de pouvoir et d’autorité, il aura accaparé les ressources de subsistance et son influence sera considérable dans tous les domaines de la vie humaine ; renverser un dîn aussi solidement établi pour en établir un autre ne peut, en tout état de cause, être un chemin semé de roses. Cet objectif ne pourra jamais être atteint si l’on agit dans une paix et un confort parfaits, avec des manières princières ; cela est tout simplement impossible. Il est absolument impossible de continuer à jouir d’un certain confort matériel et d’une certaine tranquillité sous le dîn de l’impiété tout en établissant parallèlement le dîn islamique. Cette œuvre immense ne pourra être accomplie que lorsque vous serez prêts à fouler aux pieds tous les droits, intérêts, plaisirs et conforts obtenus par l’intermédiaire du dîn de l’impiété, et que vous serez prêts à supporter courageusement toutes les pertes et tous les dommages auxquels vous serez confrontés dans cette entreprise. En vérité, seuls ceux qui seront prêts à consentir cet effort rigoureux pourront mener le jihâd dans la voie d’Allah. Mais de telles personnes ne constituent, dans toute société, qu’une minorité. Quant à ceux qui souhaitent suivre le dîn islamique sans être prêts à renoncer au bonheur et au confort, je ne veux faire aucune prophétie à leur sujet : qu’ils continuent tranquillement à se mettre au service de leur nafs ; lorsque les moudjahidîn de la vérité, après avoir enduré sans compter souffrances et persécutions et consenti d’immenses sacrifices sur cette voie, auront établi le dîn islamique, ils viendront alors dire : « Nous sommes pourtant des gens de votre groupe ; donnez-nous donc maintenant notre part. »
Fin