Introduction

La modestie du caractère et la douceur du cœur sont deux grandes qualités d’un homme vertueux. Seul celui qui possède de telles qualités est capable d’accueillir toutes sortes de conseils, de préceptes moraux, d’enseignements et d’orientations vers la vérité et la bonne voie. Les pétales d’une fleur s’inclinent sous le souffle silencieux de la brise matinale ; mais un vent de tempête violent ne peut pas faire bouger le moins du monde un arbre au tronc robuste. Le regard des yeux traverse un miroir ; mais même une flèche de pierre au tranchant acéré ne peut produire aucun effet. Il en va exactement de même pour les êtres humains. L’homme au caractère doux et au cœur tendre répond à chaque appel de la vérité ; mais même les plus grands miracles ne produisent aucun effet sur l’homme au cœur dur et au tempérament rude. On peut trouver partout des exemples dispersés de telles différences. Toutefois, toute l’histoire de la propagation de l’islam regorge d’exemples de cette nature.

Nous connaissons les noms de nombreux malheureux parmi les mécréants qui, malgré mille efforts, ne se sont pas prosternés devant Allah, le Seigneur des mondes. Mais parmi les Compagnons du Prophète, il y eut des milliers de saints hommes qui, dès qu’ils entendirent l’appel à l’unicité divine, entrèrent dans l’enceinte de l’islam. Les Compagnes du Prophète, c’est-à-dire les femmes Compagnons, partagent également cet honneur avec les Compagnons.

Elles ne se contentèrent pas de partager cet honneur ; dans certains cas, elles devancèrent même les hommes. Sans aucune tentative, manœuvre ou contrainte, Khadija (qu’Allah l’agrée) embrassa l’islam et se soumit devant Allah, le Seigneur des mondes. Le Noble Messager (paix et bénédictions d’Allah sur lui) a dit :

« J’ai reçu la mission prophétique le lundi, et Khadija pria à la fin de cette même journée. ‘Ali pria le lendemain, mardi. Puis Zayd ibn Haritha et Abu Bakr rejoignirent la prière. »

Cette parole du Messager d’Allah (paix et bénédictions d’Allah sur lui) prouve que, dès le premier jour où le soleil de la mission prophétique répandit sa lumière sur l’horizon de ce monde, cette lumière pénétra le cœur rayonnant d’une femme au cœur tendre et à l’âme pure.

Au début de l’islam, il fallait davantage de courage, d’intrépidité et de force morale pour proclamer son islam que pour l’embrasser. Malgré les obstacles, les persécutions et les sévices infligés par les mécréants, les femmes Compagnons, aux côtés des hommes Compagnons, proclamèrent leur conversion à l’islam avec le plus grand courage et une fermeté absolue.

Les femmes Compagnons ne se contentèrent pas d’embrasser l’islam très facilement ; elles le propagèrent également avec beaucoup d’aisance. Il est rapporté dans le chapitre du tayammum du Sahih al-Bukhari que, lors d’une expédition, les Compagnons capturèrent une femme et la présentèrent au Messager d’Allah (paix et bénédictions d’Allah sur lui). Elle avait auprès d’elle une outre remplie d’eau. Les Compagnons l’avaient capturée parce qu’ils avaient besoin d’eau. Le Messager d’Allah (paix et bénédictions d’Allah sur lui) prit son eau, mais en paya le prix. Touchée par une telle honnêteté du Messager d’Allah (paix et bénédictions d’Allah sur lui), la femme embrassa la foi, et, sous son influence, toute sa tribu devint musulmane. Umm Shurayk (qu’Allah l’agrée) embrassa l’islam à La Mecque, au début de la mission. Après avoir embrassé l’islam, elle prit conscience qu’il était de son devoir absolu de présenter également aux autres la vérité qu’elle avait trouvée. Elle se rendit dans diverses maisons de La Mecque pour transmettre l’appel à l’islam aux femmes. Lorsque l’affaire fut connue, les cruels Qurayshites la saisirent et la remirent aux membres de sa tribu. Entre leurs mains, elle subit des persécutions indicibles. Finalement, sa tribu embrassa l’islam par son intermédiaire.

Avec les Compagnons hommes, les Compagnes subirent elles aussi des souffrances et des persécutions indescriptibles. Sumayya (qu’Allah l’agrée) embrassa l’islam. Les mécréants de La Mecque lui infligèrent toutes sortes de sévices. Ils lui faisaient revêtir une armure de fer et la laissaient debout, sous le soleil de midi, dans le sable brûlant de La Mecque. Malgré cela, elle demeurait ferme dans l’islam. Un jour, à midi, ils lui firent revêtir une armure de fer et la couchèrent à plat ventre sur le sable brûlant. À ce moment-là, le Messager (paix et bénédiction d’Allah sur lui) passait par là. S’adressant à Sumayya (qu’Allah l’agrée), il dit : « Patiente, car le Paradis sera ta demeure. » Même après toutes ces tortures, les mécréants ne furent pas rassasiés. Finalement, Abû Jahl la transperça de sa lance et la tua en martyre.

La sœur de ʿUmar (qu’Allah l’agrée) embrassa l’islam. Lorsqu’il l’apprit, il la frappa si sauvagement que tout son corps fut couvert de sang. Malgré cela, elle ne vacilla pas le moins du monde. Elle déclara franchement à ʿUmar (qu’Allah l’agrée) : « Fais ce que tu veux ; j’ai bel et bien embrassé l’islam. » Parce qu’elle avait embrassé l’islam, ʿUmar (qu’Allah l’agrée) frappait l’esclave Lubayna (qu’Allah l’agrée) jusqu’à ce que la fatigue le contraigne à s’arrêter. Il disait alors : « Je ne me suis pas arrêté par pitié ni par compassion pour toi, mais parce que je suis fatigué. » Lubayna (qu’Allah l’agrée), elle non plus, n’était pas femme à céder. Elle lui disait : « Si vous n’embrassez pas l’islam, Allah vous infligera à vous aussi un tel châtiment. » (Ansâb al-Ashrâf, 1/197 ; Ibn Hajar indique que le nom de cette Compagne était Labîba et que son surnom était Umm ʿUbayس. Al-Isâba, 4/399, 375.)

De même, ils infligeaient de sévères tortures à Zinnîra, l’esclave de sa femme. Umm Shurayk (qu’Allah l’agrée) était nourrie de pain et de miel, puis maintenue au soleil brûlant de midi, sur le sable ardent. Sa poitrine se desséchait de soif ; elle implorait une seule goutte d’eau, mais on ne lui en donnait pas.

Lorsque les Compagnons hommes embrassèrent la foi, tous leurs liens de parenté avec les mécréants furent rompus. Cela ne provoqua toutefois aucune diminution de leur force dans la foi. À cet égard, la situation des Compagnes était encore plus difficile que celle des Compagnons hommes. Bien que l’être humain dépende de l’aide et du soutien de tous ses proches et amis, toute la vie d’une femme s’organise autour de son mari. En aucune circonstance de la vie ne peut-elle avancer sans dépendre de lui. Un père peut rompre avec son fils, et un fils avec son père, puis vivre ainsi. Mais une femme, séparée de son mari, se retrouve totalement démunie. Malgré cela, les Compagnes rompirent même un lien aussi sensible et se séparèrent pour toujours de leurs maris mécréants. Ainsi, après la trêve de Hudaybiyya, lorsque ce verset fut révélé : —(Arabe***********)« Ne maintenez pas les liens conjugaux avec les femmes mécréantes » (sourate al-Mumtahana, 10), les Compagnes quittèrent leurs maris mécréants et émigrèrent à Médine. C’est pourquoi ʿAïcha (qu’Allah l’agrée) dit : (Al-Bukhârî : Kitâb al-Shurût ; mention de la trêve de Hudaybiyya, septième page.)

« Nous ne connaissons aucune femme émigrée qui, après avoir cru, soit redevenue apostate. » Il existe des cas d’apostasie chez les hommes.

Les mécréants infligeaient toutes sortes de châtiments aux Compagnes. Pourtant, jamais aucune parole relevant du polythéisme ne sortit de la bouche de l’une d’entre elles, si ce n’est la formule de l’unicité divine. Umm Shurayk (qu’Allah l’agrée) embrassa la foi. Ses proches l’emmenèrent et la firent rester debout sous un soleil accablant. Tandis qu’elle brûlait sous la chaleur du soleil, ils lui donnaient à manger avec du pain quelque chose de chaud, semblable à du miel. Ils ne lui donnaient pas d’eau. Lorsque trois jours se furent écoulés dans cet état, les injustes lui dirent : « Abandonne la religion que tu suis. » Elle avait perdu ses facultés au point de ne pas comprendre le sens de leurs paroles. Lorsqu’ils lui firent comprendre, en montrant le ciel du doigt, qu’elle devait renier l’unicité d’Allah, elle prononça ces mots : « Par Allah, je demeure toujours attachée à cette croyance. » (Tabaqât, 8/154 ; Nisâ’ hawla ar-Rasûl, 0245.)

Dans tous les pays et à toutes les époques, les femmes s’attachent généralement fermement aux anciennes coutumes, aux usages, ainsi qu’aux croyances et superstitions répandues. Or, comme les croyances polythéistes étaient établies et répandues en Arabie depuis longtemps, elles s’étaient profondément enracinées dans les cœurs. Pourtant, dès qu’elles embrassèrent l’islam, les Compagnes rejetèrent avec une grande vigueur toutes les croyances et superstitions en vigueur. Les Arabes pensaient que si quelqu’un dénonçait les défauts et les imperfections des idoles, il serait atteint d’une grave maladie. C’est pourquoi, après que Zinnîra (qu’Allah l’agrée) eut embrassé l’islam et devint aveugle, les mécréants se mirent à dire que Lât et ʿUzzâ l’avaient rendue aveugle. En entendant cela, elle déclara catégoriquement : « Lât et ʿUzzâ ne peuvent rien faire à leurs adorateurs. Tout ce qui m’est arrivé vient d’Allah. » (Usud al-Ghâba, tome 5, Zinnîra.)

À l’époque de la Jâhiliyya, les Arabes plaçaient des rasoirs sous le lit des enfants. Ils croyaient que cela les protégeait contre l’influence des esprits et des démons. Un jour, ʿAïcha (qu’Allah l’agrée) aperçut un rasoir sur la couche d’un enfant et demanda que l’on cesse cette pratique. Elle dit que le Messager d’Allah (paix et bénédiction d’Allah sur lui) n’approuvait nullement de telles superstitions. (Al-Adab al-Mufrad : chapitre sur les présages.)

En Arabie, les idoles constituaient le principal instrument et le centre du polythéisme. Chaque maison, et même chaque pièce, était ornée d’idoles. Mais après avoir embrassé l’islam, les Compagnes ont, à chaque instant et en toute occasion, manifesté leur rejet des idoles. Après avoir acquis la foi, Hind bint Utba (qu’Allah l’agrée) brisa complètement l’idole qui se trouvait dans sa maison. Puis, s’adressant à l’idole, elle dit : « Nous nous étions lourdement trompées à ton sujet. » [Tabaqat, vol. 8 (Hind bint Utba)]

Lorsque le célèbre Compagnon Abu Talha (qu’Allah l’agrée) demanda Umm Sulaym (qu’Allah l’agrée) en mariage, elle lui dit : « Abu Talha, sais-tu que le dieu que tu adores est une idole faite de bois ? L’arbre était né dans la terre, puis tel esclave abyssin l’a coupé et en a fait une idole. » Abu Talha répondit : « Je le sais. » Umm Sulaym lui dit : « Alors, n’as-tu pas honte de l’adorer ? » Tant qu’Abu Talha n’eut pas abandonné l’idolâtrie et prononcé la parole de l’unicité divine, Umm Sulaym (qu’Allah l’agrée) refusa de l’épouser. [Tabaqat, vol. 8 (Umm Sulaym)]

Ces femmes remarquables des débuts de l’islam élevèrent leurs enfants de manière si exemplaire que le monde entier observe leurs réalisations avec étonnement et émerveillement. Elles contribuèrent à répandre l’islam dans le monde entier et offrirent, dans les domaines de l’établissement du califat, de l’administration de l’État, de l’instauration de la justice sociale et de la mise en place d’un système économique équilibré — en somme, dans les domaines individuel, social et étatique — des exemples qui émerveillent encore les gens aujourd’hui. Citons notamment Asma bint Abu Bakr et son fils Abd Allah ibn az-Zubayr, Fatima bint Asad et son fils Ali (qu’Allah l’agrée), an-Nawwar bint Malik et son fils Zayd ibn Thabit, Safiyya bint Abd al-Muttalib et son fils Ja‘far, Umm Ayman et son fils Usama (qu’Allah les agrée), ainsi que beaucoup d’autres.

Ces femmes éminentes assumèrent également, à cette époque, la responsabilité d’ordonner le bien et d’interdire le mal (ordonner les bonnes actions et interdire les mauvaises).

Dans le domaine de l’instruction également, les femmes ne furent en rien en retard sur les hommes. On trouve les noms d’innombrables Compagnons érudits ; parallèlement, le nombre de femmes érudites n’était pas moindre. Parmi les sept Compagnons ayant rapporté le plus grand nombre de hadiths, la septième était une femme : la Mère des croyants Aïcha (qu’Allah l’agrée). Dans l’explication et l’analyse du Coran, ainsi que dans la déduction des règles de la charia et l’exercice de l’ijtihad, les femmes firent preuve d’une compétence égale à celle des hommes.

L’islam a ordonné de traiter équitablement toutes les catégories de la société ; les hommes ne furent pas les seuls à chercher à mettre ce principe en pratique. Les femmes aussi s’y employèrent. Lors de la bataille d’Uhud, la tante de Hamza (qu’Allah l’agrée) apporta deux pièces de tissu pour servir de linceul à son frère. Elle vit, près du corps de Hamza (qu’Allah l’agrée), le cadavre nu d’un autre homme des Ansar. La valeur que l’islam avait insufflée à Safiyya ne lui permit pas de négliger le corps nu de cet Ansari. Elle décida de donner l’une des pièces de tissu pour servir de linceul à cet Ansari. Mais laquelle donnerait-elle ? Elle le détermina par tirage au sort. Ainsi devint-elle un symbole d’équité et d’égalité. [Al-Mufassal fi Ahkam al-Mar’a wa al-Bayt al-Muslim, 4/3358, 359 ; Al-Isti‘ab, 4/335]

Les hommes seuls ont-ils sacrifié tous leurs biens au service de l’islam ? Non, il n’en fut pas ainsi. Nous connaissons les dons d’Abu Bakr (qu’Allah l’agrée), d’Uthman (qu’Allah l’agrée) et d’autres encore. Mais comment pourrions-nous oublier les immenses richesses que la Mère des croyants Khadija (qu’Allah l’agrée) remit entre les mains du Messager d’Allah (qu’Allah le bénisse et le salue) ? Un jour, à Médine, le Messager (qu’Allah le bénisse et le salue) parla de l’importance de la charité lors d’un rassemblement organisé à l’occasion de l’Aïd. Des femmes assistaient également à cette assemblée. Elles retirèrent les bracelets qu’elles portaient aux poignets, leurs boucles d’oreilles, leurs colliers et leurs bagues, et les remirent entre les mains du Noble Messager (qu’Allah le bénisse et le salue). Asma (qu’Allah l’agrée) ne possédait qu’une seule esclave. Elle la vendit et donna tout l’argent au service d’Allah. La Mère des croyants Zaynab bint Jahsh (qu’Allah l’agrée) tannait elle-même les peaux et distribuait aux pauvres et aux nécessiteux le produit de leur vente.

On voit également un certain nombre de femmes Compagnes présentes sur les champs de bataille. Elles participèrent aux combats de manière directe comme indirecte.

Safiyya, quant à elle, trancha la tête d’un Juif et la jeta au loin. Le nom d’Umm Sulaym figure également parmi ces héroïnes. Lors de la bataille de Hunayn, Umm Sulaym se tenait un poignard à la main. Le Messager (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui) lui demanda : « Que vas-tu faire de ce poignard ? » Elle répondit : « Éliminer les ennemis. »

L’îthâr, c’est-à-dire le fait de donner la priorité aux besoins d’autrui sur les siens, est reconnu par les hommes de toutes les époques comme la plus haute vertu morale. Il n’est pas si facile d’acquérir cette qualité. Nous constatons qu’elle s’est largement développée chez les Compagnons. À l’instant ultime de leur vie, l’un d’eux, au lieu de boire lui-même une gorgée d’eau, fait signe de la donner à un frère blessé qui se trouve à ses côtés ; celui-ci fait à son tour signe de la donner à un autre. Ainsi, le verre d’eau passe entre trois hommes et, lorsqu’il revient au premier, on constate qu’il n’est plus en vie. Les deux suivants connaissent successivement le même sort. Chacun des trois a donné la priorité à la vie d’autrui plutôt qu’à la sienne. Tel est un aperçu de la vie des Compagnons masculins.

Les femmes Compagnes, elles non plus, n’étaient pas en reste dans ce domaine. Cette qualité s’était largement développée chez elles aussi. Un jour, Aïcha jeûnait. Il n’y avait dans la maison qu’un morceau de pain pour rompre le jeûne. Avant le moment de l’iftâr, une femme nécessiteuse vint demander quelque chose à manger. Aïcha demanda à la servante de lui donner le morceau de pain. La servante dit : « Comment allez-vous rompre le jeûne ? » Elle répondit : « Donne-lui le morceau de pain ; nous penserons à l’iftâr plus tard. »

Un jour, le Messager (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui) dit : « Celui qui accueillera cet homme comme hôte cette nuit, Allah se montrera miséricordieux envers lui. » Abû Talha l’emmena chez lui. Ce jour-là, il n’y avait dans la maison aucun surplus de nourriture en dehors de celle destinée aux jeunes enfants. Son épouse, Umm Sulaym, endormit donc les enfants en les apaisant. Puis elle présenta au convive le peu de nourriture qu’ils avaient. Sous un prétexte, ils éteignirent la lampe et s’assirent sans manger, tandis que l’hôte mangeait à sa faim sans s’en rendre compte.

Ces femmes Compagnes ne craignaient ni les regards menaçants ni les intimidations lorsqu’elles disaient la vérité. Lorsque Mu‘âwiya, fondateur du califat omeyyade, vint rendre visite à Aïcha, elle le réprimanda pour certains de ses actes. Lorsque Hajjâj ibn Yûsuf, le tyran qui avait fait tuer ‘Abdullâh ibn az-Zubayr, vint voir Asmâ’, elle le réprimanda en des termes très durs. Elle alla même jusqu’à le qualifier de menteur et de Dajjâl. Un soir, le puissant calife omeyyade ‘Abd al-Malik maudit l’un de ses serviteurs pour une faute. Or, cette nuit-là, la célèbre Compagne Umm ad-Dardâ’ se trouvait dans le palais du calife. Le matin, elle le convoqua et lui dit : « La nuit dernière, tu as maudit ton serviteur. Pourtant, le Messager (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui) a sévèrement interdit de maudire qui que ce soit. » Le calife eut honte.

Si l’on examine ainsi les différents aspects de leur vie, il apparaît clairement que les femmes Compagnes ont progressé à égalité avec les hommes dans tous les domaines de l’existence. Dans Récits de la vie des Compagnons du Messager, tome VI, nous avons essayé de présenter ces différents aspects de leur vie.

Nous devons garder à l’esprit que, parmi les nobles Compagnons, hommes et femmes sans distinction, beaucoup n’ont connu qu’une vie islamique très brève. La plus grande partie de leur existence s’est déroulée à l’époque de la Jâhiliyya. C’est pourquoi nous ne possédons pas l’histoire complète de leur vie. Même pour ‘Umar, héros extraordinaire de l’histoire de l’humanité, nous ne disposons pas d’un tableau complet de sa vie préislamique, hormis quelques épisodes. Il est donc aisé d’imaginer dans quelle mesure il est possible de connaître la vie préislamique des autres.

En réalité, nous n’avons pas pu rédiger l’histoire complète de la vie des femmes Compagnes, car nous ne disposons pas des informations nécessaires. Ce que nous avons accompli peut être considéré comme une esquisse de certains aspects de leur vie. Toutefois, ces esquisses sont comme autant d’éclairs de lumière. Notre effort vise à permettre aux femmes musulmanes, à travers les générations, de prendre la vie des femmes Compagnes comme modèle et de les suivre. Si les lecteurs et les lectrices tirent le moindre profit de cet ouvrage, notre labeur aura porté ses fruits.

Une autre chose qu’il faut absolument mentionner est que le projet d’écrire La vie des Compagnons du Messager appartient en réalité au professeur A. K. M. Nazir Ahmad, directeur du Centre islamique du Bangladesh. Il m’a encouragé à écrire sur ce sujet il y a plusieurs années. Depuis que j’ai commencé, il n’a cessé de m’apporter son aide de diverses manières à chacune des étapes de mon travail. Je prie Allah Tout-Puissant de lui accorder la meilleure récompense.

Enfin, je demande humblement aux lectrices et aux lecteurs de bien vouloir informer l’auteur s’ils constatent la moindre erreur ou imperfection. Qu’Allah Tout-Puissant nous accorde à tous la capacité d’accomplir des œuvres conformes à Sa volonté ! Âmîn !

23 décembre 2004

Muhammad Abdul Mabud

Professeur

arabe, Université de Dacca

Zaynab bint Rasulillah ((ﷺ))


La fille de Muhammad, le Messager d’Allah, que les bénédictions et la paix d’Allah soient sur lui, Sayyida Zaynab (qu’Allah l’agrée), qui obtint le martyre dans la voie d’Allah. Umm al-Mu’minîn, Hazrat ‘Aïcha (qu’Allah l’agrée), a rapporté à son sujet cette parole du Messager d’Allah (ﷺ) : [Hayatus Sahaba, 1/372](Arabe*******)

« Elle était ma meilleure fille. C’est parce qu’elle m’aimait qu’elle a dû souffrir. »

La vénérable mère de Hadrat Zaynab (qu’Allah l’agrée) était l’Oum al-Mouminine Hadrat Khadija al-Kubra (qu’Allah l’agrée), qui eut l’insigne honneur d’être la première à croire à la mission prophétique de Muhammad (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui). Sa grandeur et son rang étaient si considérables que, parmi les communautés antérieures, seule Marie (qu’Allah l’agrée) pouvait lui être comparée pour avoir eu l’insigne honneur d’être la première à croire à la mission prophétique. Sa grandeur et son rang étaient si éminents que, parmi les communautés antérieures, seule Hadrat Marie (qu’Allah l’agrée) pouvait lui être comparée.

L’imam adh-Dhahabi dit : [Siyar A‘lam an-Nubala, 2/246](Arabe*******)

« Zaynab était la fille du Messager d’Allah (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui) et l’aînée de ses nobles sœurs émigrées. »

Abou ‘Amr dit qu’il n’existe aucune divergence sur le fait que Zaynab (qu’Allah l’agrée) était l’aînée des filles de son père. Ceux qui soutiennent un avis différent se trompent. Il n’y a aucune raison d’accorder de l’importance à leur affirmation. La divergence porte toutefois sur la question de savoir si, parmi les fils et les filles du Messager d’Allah (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui), Zaynab fut le premier enfant ou si ce fut Qasim. Selon un groupe de généalogistes, al-Qasim fut le premier et Zaynab la deuxième. Ibn al-Kalbi a dit que Zaynab (qu’Allah l’agrée) fut le premier enfant. Selon Ibn Sa‘d, Zaynab (qu’Allah l’agrée) était l’aînée des filles. [Tabaqat, 8/30] Ibn Hicham a établi l’ordre des enfants du Messager d’Allah (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui) de la manière suivante : [As-Sirat an-Nabawiyya, 1/190](Arabe*********)

Le fils aîné du Messager d’Allah (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui) était al-Qasim, puis venaient successivement at-Tayyib et at-Tahir. Quant à sa fille aînée, c’était Ruqayya, suivie successivement de Zaynab, Oumm Koulthoum et Fatima. »

Hadrat Zaynab (qu’Allah l’agrée) naquit dix ans avant que son père, Muhammad (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui), ne reçût la mission prophétique. À cette époque, le Messager d’Allah (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui) avait trente ans et sa mère, Hadrat Khadija (qu’Allah l’agrée), quarante-cinq ans. On ne dispose que de très peu d’informations sur l’enfance de Hadrat Zaynab (qu’Allah l’agrée). Cette période de sa vie est demeurée entièrement obscure. Tout ce que l’on sait de sa vie commence au moment de son mariage.

Parmi les filles du Messager d’Allah (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui), Hadrat Zaynab (qu’Allah l’agrée) fut la première à se marier, alors qu’elle était encore jeune. À cette époque, son père, Muhammad (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui), n’était pas encore devenu prophète. [5] L’imam adh-Dhahabi n’a pas accepté cet avis. Il dit : [Tabaqat, 8/30-31]

Ibn Sa‘d a mentionné qu’Abû al-‘Âs épousa Zaynab avant le début de la prophétie. C’est une affirmation irréaliste.

Quoi qu’il en soit, son époux Abû al-‘Âs ibn al-Rabî‘ ibn ‘Abd al-‘Uzzâ était le cousin maternel de Zaynab. Il était le fils de Hâla bint Khuwaylid, la sœur germaine de sa mère, Khadîja — qu’Allah l’agrée. [Siyar a‘lâm al-nubalâ’, 2/246]

Parmi les nombreux cadeaux que ses parents lui offrirent lors de son mariage se trouvait également un collier de cornaline yéménite. Ce collier lui avait été offert par sa mère Khadîja — qu’Allah l’agrée. [Tabaqât, 8/31]

Son père, Muhammad — que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui — reçut la révélation et devint prophète. Sa fille Zaynab — qu’Allah l’agrée — embrassa l’islam avec sa mère. À cette époque, son époux Abû al-‘Âs n’avait pas encore embrassé l’islam. Le Messager d’Allah — que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui — émigra à Médine. Plus tard, Zaynab — qu’Allah l’agrée — émigra à Médine, laissant son époux à La Mecque alors qu’il était encore polythéiste. [Ibid., 8/32]

Le Messager d’Allah — que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui — louait souvent la relation profonde et le comportement courtois de Zaynab — qu’Allah l’agrée — et d’Abû al-‘Âs. [Sunan Abî Dâwûd, 1/222]

Puisque Abû al-‘Âs demeurait attaché au polythéisme, il aurait été conforme aux prescriptions de l’islam de séparer les époux. Cependant, à cette époque, le Messager — que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui — était sans pouvoir à La Mecque. La puissance musulmane n’était pas encore solidement établie. De plus, le flot des persécutions et des injustices infligées par les mécréants se déchaînait avec violence. Par ailleurs, la diffusion et l’expansion de l’islam progressaient lentement et n’en étaient qu’à leurs débuts. Pour toutes ces raisons, le Messager — que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui — jugea préférable de ne pas séparer les époux.

Abû al-‘Âs aimait énormément son épouse Zaynab — qu’Allah l’agrée — et la respectait également. Mais il refusa catégoriquement d’abandonner la religion de ses ancêtres pour adopter la nouvelle religion de son épouse bien-aimée. Cette situation se poursuivit. Entre-temps, un grave conflit et une violente confrontation commencèrent entre le Messager d’Allah — que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui — et les Qurayshites. Les Qurayshites se dirent entre eux :

« Malheur à vous ! En épousant les filles de Muhammad, vous vous êtes chargés vous-mêmes de ses soucis. Si vous lui renvoyiez toutes ces filles, il vous laisserait tranquilles et se consacrerait à elles. » Plusieurs d’entre eux approuvèrent ces paroles en disant : « Voilà un argument vraiment excellent. » Ils se rendirent en groupe auprès d’Abû al-‘Âs et lui dirent : « Abû al-‘Âs, répudie ton épouse et renvoie-la à son père. En échange, nous te marierons à la Qurayshite de ton choix. » Abû al-‘Âs répondit : « Par Allah, non, cela n’est pas possible. Je ne peux pas abandonner mon épouse. Même si l’on me donnait toutes les femmes à sa place, cela ne me plairait pas. » C’est pourquoi le Messager — que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui — tenait leur lien de parenté en haute estime et en faisait l’éloge. [Târîkh al-Tabarî, 3/136 ; Ibn Hishâm, as-Sîra, 1/652]

Hadrat Zaynab (qu’Allah l’agrée) aimait profondément son époux Abû al-‘Âs. L’ampleur de son amour et de son dévouement envers son mari apparaît clairement dans le récit suivant :

La treizième année de la mission prophétique, le Messager d’Allah (paix et bénédictions d’Allah sur lui) émigra de La Mecque à Médine. Hadrat Zaynab (qu’Allah l’agrée) resta à La Mecque avec son époux. [Ansâb al-Ashrâf-1/269] Un conflit militaire éclata entre les Qurayshites et les musulmans de Médine. Les Qurayshites se rassemblèrent à Badr afin de combattre les musulmans. Malgré sa profonde réticence, Abû al-‘Âs partit à Badr avec les Qurayshites. En effet, compte tenu de la position qu’il occupait parmi eux, il ne pouvait faire autrement. À Badr, les Qurayshites subirent une défaite écrasante. Plusieurs de leurs chefs furent tués, un grand nombre de combattants furent faits prisonniers, tandis que les autres s’enfuirent pour sauver leur vie. Quel cruel retournement du destin ! Parmi ces prisonniers se trouvait également Abû al-‘Âs, le gendre du Messager d’Allah (paix et bénédictions d’Allah sur lui) et l’époux de Hadrat Zaynab (qu’Allah l’agrée). Ibn Ishâq rapporte que Hadrat ‘Abdullah ibn az-Zubayr ibn an-Nu‘mân (qu’Allah l’agrée) le fit prisonnier. Selon al-Wâqidî, il fut toutefois capturé par Hadrat Khirâsh ibn as-Simmah (qu’Allah l’agrée). [Al-Isâbah fî Tamyîz as-Sahâbah-4/122]

Selon le rang social des prisonniers et leur richesse ou leur pauvreté, une rançon de mille à quatre mille dirhams fut fixée. Les représentants des prisonniers se mirent à parcourir sans relâche le trajet entre La Mecque et Médine, portant les rançons exigées. Hadrat Zaynab (qu’Allah l’agrée), fille du Prophète, envoya à Médine quelqu’un avec la rançon de son époux Abû al-‘Âs. Selon al-Wâqidî, c’est son frère ‘Amr ibn ar-Rabî‘ qui vint à Médine avec la rançon d’Abû al-‘Âs. Au lieu de dirhams, Hadrat Zaynab envoya un collier en guise de rançon. Sa mère, Hadrat Khadîdjah (qu’Allah l’agrée), le lui avait offert lors de son mariage. Dès que le noble Messager d’Allah (paix et bénédictions d’Allah sur lui) aperçut le collier, il fut accablé de tristesse et couvrit son visage attristé d’un mince morceau de tissu. Le souvenir de son épouse bien-aimée, promise au Paradis, et de sa fille tant chérie surgit dans son esprit.

Peu après, le noble Messager d’Allah (paix et bénédictions d’Allah sur lui) s’adressa aux Compagnons : « Zaynab a envoyé ce collier comme rançon pour son époux. Si vous le souhaitez, vous pouvez libérer son prisonnier et lui rendre également le collier. » Les Compagnons acceptèrent. Ils libérèrent Abû al-‘Âs et lui rendirent en même temps le collier qui avait servi à payer sa rançon. Toutefois, le Messager d’Allah (paix et bénédictions d’Allah sur lui) obtint d’Abû al-‘Âs la promesse qu’à son retour à La Mecque, il enverrait sans délai Zaynab à Médine.

Le Messager d’Allah (paix et bénédictions d’Allah sur lui) envoya Hadrat Zayd ibn Hârithah (qu’Allah l’agrée) avec Abû al-‘Âs afin de venir chercher Zaynab (qu’Allah l’agrée). Il lui demanda d’attendre en un lieu appelé Batn, ou Jâj, puis, lorsque Zaynab (qu’Allah l’agrée) y arriverait depuis La Mecque, de l’emmener avec lui à Médine. Abû al-‘Âs arriva à La Mecque et Zaynab (qu’Allah l’agrée) était occupée à préparer son voyage, lorsqu’une femme nommée Hind bint ‘Utbah se présenta. Voyant les préparatifs, elle lui dit : « Fille de Muhammad, vas-tu rejoindre ton père ? » Zaynab (qu’Allah l’agrée) répondit : « Pour le moment, ce n’est pas mon intention, mais à l’avenir, Allah décidera comme Il le voudra. » Ayant compris la situation, Hind lui dit : « Ma sœur, pourquoi le cacher ? Si tu pars réellement et qu’il te faut quelque chose pour la route, dis-le-moi sans hésiter ; je suis prête à te servir. »

L’influence empoisonnée de l’hostilité entre les femmes ne s’était pas encore répandue comme elle l’avait fait parmi les hommes. C’est pourquoi Hadrat Zaynab (qu’Allah l’agrée) dit : « Ce que Hind avait dit venait du fond du cœur. Autrement dit, si j’avais eu besoin de quelque chose, elle aurait certainement veillé à me le procurer. Mais, compte tenu de la situation de l’époque, je refusai. » [Târîkh at-Tabarî-1/1247 ; Ibn Hishâm-1/653-654]

Les ouvrages de la Sîrah rapportent différentes versions de la manière dont Hadrat Zaynab (qu’Allah l’agrée) se rendit de La Mecque à Médine. Nous en mentionnerons ici quelques-unes :

Ibn Ishâq rapporte qu’une fois les préparatifs du voyage achevés, le beau-frère de Zaynab (qu’Allah l’agrée), Kinânah ibn ar-Rabî‘, amena un chameau et le fit tenir debout. Zaynab monta dans le howdah placé sur le dos du chameau. Kinânah suspendit son arc à son épaule, prit son carquois à la main et quitta La Mecque en faisant avancer le chameau en plein jour. Un grand tumulte éclata parmi les Qurayshites. Ils les poursuivirent et les rattrapèrent tous deux dans la vallée de Dhû Tuwâ, non loin de La Mecque. Furieux de leur comportement, Kinânah prit son arc sur son épaule, étala son carquois devant lui et déclara : « Si l’un de vous tente de s’approcher de Zaynab, sa poitrine deviendra la cible de mes flèches. » Kinânah était un archer habile. Les flèches qu’il décochait manquaient rarement leur cible. En entendant cette menace, Abû Sufyân ibn Harb s’avança quelque peu vers lui et dit :

« Ne braque pas sur nous la flèche que tu tiens tendue, neveu. Nous voulons simplement te parler. » Kinana abaissa sa flèche et dit : « Que voulez-vous dire ? Parlez. » Abû Sufyân dit :

« Ce que tu as fait n’est pas correct. Tu es sorti en plein jour, au vu de tous, en emmenant Zaynab, tandis que nous restions là à regarder. Toute l’Arabie sait quel malheur nous avons subi à Badr et quel désastre le père de Zaynab nous a infligé. Si tu emmènes ainsi sa fille au vu de tous, nous passerons tous pour des lâches et cet acte sera considéré comme une humiliation pour nous. Ramène aujourd’hui Zaynab chez elle. Qu’elle reste quelque temps auprès de son mari. Puis, lorsque les gens commenceront à dire que nous avons empêché Zaynab de quitter La Mecque, emmène-la secrètement auprès de son père. » (Al-Bidâya, 3/330 ; Ibn Hishâm, 1/654-655)

Kinana suivit les paroles d’Abû Sufyân et retourna à La Mecque avec Zaynab. Lorsque l’affaire fut connue de tous, il sortit de nouveau de La Mecque avec Zaynab, dans l’obscurité d’une nuit, et, conformément aux instructions de son frère, la remit à l’endroit convenu entre les mains du représentant de son père. Zaynab (r.a.) arriva à Médine avec Hadrat Zayd ibn Hâritha (r.a.). (At-Tabarî, 1/1249 ; az-Zurqânî, Sharh al-Mawâhib, 3/223)

At-Tabarânî rapporte, d’après ‘Urwa ibn az-Zubayr, qu’un homme sortit de La Mecque avec Zaynab, la fille du Messager de Dieu (s.a.w.). Deux hommes de Quraysh [l’un d’eux était Habbâr ibn al-Aswad. Il était le fils du cousin paternel de Hadrat Khadîdja (r.a.), et était donc le cousin maternel de Zaynab. Le second était Nâfi‘ ibn ‘Abd Qays ou Khâlid ibn ‘Abd Qays] s’avancèrent vers elle. Le comportement inutilement excessif de ces hommes irrita profondément le Messager (s.a.w.). Il donna donc l’ordre suivant :

« Si vous mettez la main sur Habbâr ibn al-Aswad et sur l’homme qui s’est avancé avec lui vers Zaynab, je les ferai brûler vifs. » Mais le lendemain, il dit de nouveau :

« Je vous avais dit que, si vous pouviez capturer ces deux hommes, vous les brûleriez vifs. Mais, après réflexion, j’ai compris que nul ne doit châtier quelqu’un par le feu, si ce n’est Dieu seul. Si vous les capturez donc, tuez-les. » Par la suite, ils embrassèrent l’islam et le Messager (s.a.w.) leur pardonna. (Al-Bukhârî, Kitâb al-Jihâd, chapitre : Bâb lâ yu‘adhdhab bi‘adhâbillâh ; Al-Isâba : Habbâr ibn al-Aswad, vol. 3 ; Ansâb al-Ashrâf, 1/357, 398 ; Siyar A‘lâm an-Nubalâ’, 2/247 ; Ibn Hishâm, 1/657) Ils les poursuivirent et les rattrapèrent. Ils maîtrisèrent le compagnon de Zaynab (r.a.) et firent tomber Zaynab (r.a.) du dos de son chameau. Lorsqu’elle fut projetée sur une pierre, son corps

se déchira et se mit à saigner. Dans cet état, ils emmenèrent Zaynab (r.a.) à La Mecque auprès d’Abû Sufyân. Abû Sufyân la confia aux filles des Banû Hâshim. Elle émigra ensuite à Médine. En raison de la blessure qu’elle avait reçue en tombant du dos du chameau, elle ressentit des douleurs à cet endroit jusqu’à la fin de sa vie et mourut finalement de cette blessure. C’est pourquoi on la considérait comme une martyre. (Hayât as-Sahâba, 1/371)

Hadrat ‘Â’ima (r.a.) rapporte que Zaynab, la fille du Messager de Dieu (s.a.w.), quitta La Mecque pour Médine avec Kinana. Les habitants de La Mecque les poursuivirent. Habbâr ibn al-Aswad fut le premier à rattraper Zaynab. Il transperça de sa flèche le chameau de Zaynab, qui tomba et fut blessée. Elle était enceinte. À la suite de cette blessure, elle perdit l’enfant qu’elle portait. Ensuite, les Banû Hâshim et les Banû Umayya commencèrent à se disputer à son sujet. Finalement, elle alla vivre auprès de Hind bint ‘Utba. Hind lui disait souvent : « Ce malheur t’est arrivé à cause de ton père. » (Ibn Hishâm, 1/654)

Un jour, le Messager d’Allah (paix et bénédictions d’Allah sur lui) dit à Zayd ibn Haritha : « Peux-tu aller chercher Zaynab ? » Zayd accepta. Le vénérable Messager d’Allah (paix et bénédictions d’Allah sur lui) lui donna une bague et lui dit : « Emporte-la et rends-toi auprès de Zaynab. » Muni de la bague, Zayd prit la route de La Mecque. À la périphérie de La Mecque, il vit un berger qui faisait paître des chèvres. Il lui demanda : « De qui es-tu le berger ? » Il répondit : « D’Abû al-‘Âs. » Il lui demanda encore : « À qui sont ces chèvres ? » Il répondit : « À Zaynab, fille de Muhammad. » Zayd marcha quelque temps avec le berger, puis lui dit : « Si je te donne quelque chose, pourras-tu le remettre à Zaynab ? » Le berger accepta. Zayd lui donna la bague, et le berger la remit à Zaynab.

Zaynab demanda au berger : « Qui t’a donné ceci ? » Il répondit : « Un homme. » Elle lui demanda encore : « Où l’as-tu laissé ? » Il répondit : « À tel endroit. » Zaynab garda le silence. Dans l’obscurité de la nuit, elle se rendit discrètement à cet endroit. Zayd lui dit : « Monte derrière mon chameau et assieds-toi devant moi. » Zaynab répondit : « Non, asseyez-vous vous-même devant. » Ainsi, Zaynab s’assit derrière Zayd et arriva à Médine. Le vénérable Messager d’Allah (paix et bénédictions d’Allah sur lui) disait souvent : « Ma meilleure fille a beaucoup souffert pour moi. » Hayât al-Sahâba, 1/371-372. Dans les ouvrages de sîra, l’arrivée du vénérable Zaynab (qu’Allah l’agrée) de La Mecque à Médine est rapportée de plusieurs manières différentes selon les sources.

Comme leurs relations à tous deux étaient particulièrement bonnes, Abû al-‘Âs resta très affligé la plupart du temps après le départ de la vénérable Zaynab (qu’Allah l’agrée) pour Médine. Un jour, alors qu’il voyageait en Syrie, il se souvint de Zaynab et récita les deux vers suivants : Tabakât, 8/32 ; Ansâb al-Ashrâf, 1/398.

« Lorsque je franchis l’endroit appelé ‘Arim, je me souvins de Zaynab. Je dis : qu’Allah maintienne en vie celui qui réside dans le Sanctuaire. Qu’Allah accorde une bonne récompense à la fille de Muhammad. Et tout époux loue ce qu’il connaît le mieux. »

Le Coran a mentionné la qualité particulière des Qurayshites de La Mecque : leurs caravanes commerciales se rendent au Yémen en hiver et au Shâm en été. Cette qualité s’était pleinement développée chez Abû al-‘Âs. Sa caravane commerciale circulait constamment entre La Mecque et le Shâm. Elle comptait au moins cent chameaux et deux cents hommes. En raison de son intelligence commerciale, de son honnêteté et de sa fidélité, les gens lui confiaient leurs marchandises en toute confiance. Ibn Ishâq dit : « Par sa richesse, sa fidélité et son activité commerciale, il était l’un des rares notables de La Mecque. » Al-Isâba, 4/122.

Après sa séparation d’avec son épouse Zaynab (qu’Allah l’agrée), Abû al-‘Âs continua de vivre à La Mecque. La sixième année de l’Hégire

Au mois de Jumâdâ al-Awwal de cette année-là, il se rendit en Syrie à la tête d’une caravane commerciale qurayshite de cent soixante-dix chameaux. Alors que la caravane revenait à La Mecque après le voyage commercial et se trouvait dans les environs de Médine, le Messager d’Allah (paix et bénédictions d’Allah sur lui) en fut informé. Il envoya Zayd ibn Haritha (qu’Allah l’agrée) avec une troupe de cent soixante-dix hommes pour intercepter la caravane. Les deux groupes se rencontrèrent en un lieu appelé ‘Îs. L’armée musulmane captura tous les hommes de la caravane qurayshite ainsi que ses marchandises, puis les emmena à Médine. Toutefois, elle ne déploya pas de grands efforts pour capturer Abû al-‘Âs, qui parvint à s’enfuir. Ansâb al-Ashrâf, 1/377, 399-400 ; Tabakât, 8/33 ; Siyar A‘lâm al-Nubalâ’, 2/259.

Selon Mûsâ ibn ‘Uqba, toutefois, Abû Basîr et ses hommes attaquèrent la caravane d’Abû al-‘Âs. Il convient de préciser qu’Abû Basîr et plusieurs autres personnes embrassèrent l’islam après la trêve de Hudaybiyya. Cependant, conformément aux conditions de la trêve, les habitants de Médine déclarèrent ne pas pouvoir leur accorder l’asile. Ils s’enfuirent donc de La Mecque et s’installèrent dans une région située sur le littoral de la mer Rouge. Organisés en groupe, ils se mirent à attaquer par surprise les caravanes commerciales mecquoises et à les piller. Ils devinrent un véritable fléau pour les Qurayshites. Par crainte d’eux, le commerce des Qurayshites fut sur le point de cesser. Finalement, les Qurayshites de La Mecque furent contraints de demander au Messager d’Allah (paix et bénédictions d’Allah sur lui) de les faire revenir à Médine. Al-Isâba, 4/122.

Quoi qu’il en soit, voyant ce qu’était devenue sa caravane, Abû al-ʿÂs, au lieu de se rendre à La Mecque, entra secrètement à Médine dans l’obscurité de la nuit, terrorisé, et alla directement trouver Zaynab (qu’Allah l’agrée) pour lui demander protection. Zaynab lui garantit sa sécurité. Personne n’en sut rien. [Ansâb al-Ashrâf, 1/377, 399]

La nuit passa. Le vénérable Messager d’Allah (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui) se rendit à la mosquée pour la prière. Debout dans le mihrab, il prononça « Allahu akbar » et commença la prière par le takbîr d’ouverture. Les fidèles derrière lui avaient également achevé le takbîr d’ouverture. C’est alors que la voix de Zaynab s’éleva depuis le rang des femmes, derrière eux : « Ô gens ! Je suis Zaynab, la fille de Muhammad (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui). J’ai accordé ma protection à Abû al-ʿÂs ; accordez-lui donc vous aussi votre protection. »

Après avoir terminé la prière, le Messager d’Allah (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui) se tourna vers les gens et demanda : « Avez-vous entendu ce que j’ai entendu ? »

Les gens répondirent : « Oui, ô Messager d’Allah ! » Le Messager d’Allah (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui) dit : « Par Celui entre les mains duquel se trouve ma vie, je ne savais absolument rien de cette affaire. Quelle chose étonnante ! Même le membre le plus faible des musulmans peut accorder sa protection à un ennemi. Il lui a accordé sa protection au nom de tous les musulmans. » [Ibid., 1/399-400 ; Tabaqât, 8/33]

Ensuite, le Messager (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui) rentra chez lui et dit à sa fille : « Tu assureras à Abû al-ʿÂs un hébergement honorable. Mais sache que tu ne lui es plus licite tant qu’il restera polythéiste. » Zaynab (qu’Allah l’agrée) demanda à son père de libérer les membres de la caravane d’Abû al-ʿÂs ainsi que leurs biens.

Le Messager d’Allah (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui) convoqua les hommes de l’expédition qui avaient capturé les chameaux et les hommes de la caravane d’Abû al-ʿÂs. Il leur dit : « Vous connaissez le lien qui m’unit à Abû al-ʿÂs. Vous avez saisi ses marchandises. Je serais heureux que, par bonté envers lui, vous lui rendiez ses biens. Si vous n’y consentez pas, je n’y vois aucun inconvénient : vous pouvez les garder comme une grâce d’Allah. Vous êtes ceux qui ont le plus de droit sur ces biens. » Ils répondirent : « Ô Messager d’Allah ! Nous lui rendons tout. » [Ibn Hishâm, 1/658 ; Tabaqât, 8/33]

Abû al-ʿÂs partit avec eux pour reprendre possession de ses biens. En chemin, ils lui dirent : « Écoute, Abû al-ʿÂs, tu es un homme honorable parmi les Quraysh. De plus, tu es le cousin du Messager d’Allah (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui) et l’époux de sa fille. Fais donc ceci : embrasse l’islam et reste à Médine avec ces biens des habitants de La Mecque. Tu y vivras très confortablement. » — « Commencerais-je la vie de ma nouvelle religion par une trahison ? » [Ibid.]

Abû al-ʿÂs ramena sa caravane à La Mecque. Après avoir remis à chacun ses biens, il dit : « Ô membres de la tribu des Quraysh, avez-vous encore quelque chose à réclamer de moi ? » Ils répondirent : « Non. Qu’Allah te récompense par le meilleur bien. Nous t’avons trouvé être un homme qui tient admirablement ses promesses. »

Abû al-Âs dit : « J’ai pleinement acquitté ce qui vous était dû. À présent, je proclame : Ashhadu an lâ ilâha illallâhu wa anna Muhammadan ‘abduhu wa rasûluhu — j’atteste qu’il n’y a de divinité qu’Allah et que Muhammad est Son serviteur et Son Messager. Durant mon séjour à Médine, j’aurais pu faire cette proclamation. Mais je ne l’ai pas faite, de peur que vous ne pensiez que j’avais agi ainsi dans le but de m’approprier vos biens. Maintenant qu’Allah m’a accordé la capacité de restituer à chacun d’entre vous ses biens et que je me suis acquitté de ma responsabilité, je proclame mon entrée dans l’islam. »

C’est l’événement du mois de Muharram de la septième année de l’Hégire. Ensuite, Abû al-Âs (qu’Allah l’agrée) émigra de sa terre natale, La Mecque, et se présenta auprès du Messager d’Allah (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui) à Médine. [référence précitée]

Le Noble Messager d’Allah (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui) accueillit Abû al-Âs (qu’Allah l’agrée) avec honneur et lui remit également son épouse Zaynab (qu’Allah l’agrée), en se fondant sur leur premier contrat de mariage. [Siyar A‘lâm an-Nubalâ, 2/249 ; Al-Isâba, 4/312]

Zaynab (qu’Allah l’agrée) avait laissé à La Mecque son époux Abû al-Âs alors qu’il était encore polythéiste. Il est donc naturel de considérer que leur mariage avait été dissous. Plus tard, lorsque Abû al-Âs embrassa l’islam et se rendit à Médine, le Messager (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui) rendit Zaynab à son époux. La question est maintenant de savoir s’il la lui restitua sur la base du premier contrat de mariage ou si un nouveau contrat fut conclu. Deux versions sont rapportées à ce sujet. Ibn ‘Abbâs (qu’Allah l’agrée) dit : [Ibn Hishâm, 1/658-659 ; Tirmidhî, 1143 ; Ibn Mâjah, 2009 ; Siyar A‘lâm an-Nubalâ, 2/249] :

« Le Messager d’Allah (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui) rendit sa fille à Abû al-Âs, après de nombreuses années, sur la base du premier mariage, et ne fixa aucune nouvelle dot. »

L’imam Cha‘bî dit : [Tabaqât, 8/32]

« Zaynab embrassa l’islam et émigra également. Puis Abû al-Âs embrassa l’islam. Le Messager (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui) ne prononça pas leur séparation. »

Il a été dit que la raison en était que le verset suivant de la sourate Al-Mumtahanah n’avait pas encore été révélé : [sourate Al-Mumtahanah, 10]

Hazrat Qatâda a également tenu des propos similaires. Il dit : (Arabe========)

« C’est après cet événement que fut révélée la sourate al-Barâ’a. Ensuite, si une épouse embrassait l’islam avant son mari, celui-ci ne conservait aucun droit sur elle sans la conclusion d’un nouvel ‘aqd. »

Mais auparavant, les femmes musulmanes retournaient auprès de leur mari après la conversion de celui-ci à l’islam, sans qu’un nouvel ‘aqd soit nécessaire.

Cependant, une autre narration rapporte : (Arabe=====)

« Le Prophète (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui) rendit Zaynab à Abû al-‘Âs sur la base d’un nouveau mariage et d’un nouveau mahr. » L’imam Ahmad dit : « C’est un hadith faible. »

Bien que, du point de vue de la chaîne de transmission, la narration d’Ibn ‘Abbâs (qu’Allah l’agrée) soit préférable à l’autre narration, les jurisconsultes ont retenu la narration relative à la conclusion d’un nouvel ‘aqd. Ils ont retenu la narration d’Ibn ‘Abbâs (qu’Allah l’agrée), bien qu’elle soit préférable à l’autre, mais ont suivi la narration relative à la conclusion d’un nouvel ‘aqd. Ils ont expliqué la narration d’Ibn ‘Abbâs (qu’Allah l’agrée) en disant que, puisque le mahr et les autres conditions étaient restés inchangés lors du second ‘aqd, il l’avait décrit comme le premier ‘aqd. Sinon, dans une séparation de cette nature, un nouvel ‘aqd est indispensable. L’imam Suhaylî a également exprimé cet avis.

Hazrat Zaynab (qu’Allah l’agrée) aimait profondément à la fois son père, le Messager d’Allah (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui), et son époux, Abû al-‘Âs (qu’Allah l’agrée). Elle aimait porter de beaux vêtements de qualité. Un jour, Hazrat Anas (qu’Allah l’agrée) la vit vêtue d’un châle de soie. La bordure du châle était de couleur jaune.

Hazrat Zaynab (qu’Allah l’agrée) eut deux enfants d’Abû al-‘Âs (qu’Allah l’agrée) : un garçon et une fille. Le garçon, ‘Alî, naquit à La Mecque avant l’Hégire. Le Messager d’Allah (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui) le prit sous sa responsabilité et l’éleva. Le jour de la conquête de La Mecque, lorsque le Messager d’Allah (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui) entra dans la ville, ‘Alî était monté derrière son grand-père maternel sur son chameau. Il mourut avant d’atteindre la puberté, du vivant de son père, Abû al-‘Âs (qu’Allah l’agrée). [Al-A‘lâm, 3/36]

Cependant, un récit d’Ibn ‘Asākir indique que ‘Alī resta en vie jusqu’à la bataille de Yarmūk et y mourut en martyr. Sa fille Umāma vécut longtemps. [Al-Iṣāba, 4/312]

Ḥaḍrat Zaynab (qu’Allah l’agrée) ne vécut pas longtemps après avoir retrouvé son mari Abū al-‘Āṣ (qu’Allah l’agrée). Après avoir passé un an, ou un peu plus, avec son mari à Médine, elle y mourut au début de la huitième année de l’Hégire. [Ṭabaqāt, 8/34 ; al-A‘lām, 3/67] Ibn ‘Abd al-Barr a écrit ce qui suit au sujet de la cause et des circonstances de sa mort : [Al-Istī‘āb (en marge d’al-Iṣāba), 4/312]

« La cause de la mort de Ḥaḍrat Zaynab (qu’Allah l’agrée) fut que, lorsqu’elle quitta La Mecque pour se rendre auprès de son père, le Messager d’Allah (paix et bénédictions d’Allah sur lui), Ḥabbār ibn al-Aswad et un autre homme l’attaquèrent. L’un d’eux la jeta sur une pierre. Elle fit alors une fausse couche et saigna, puis souffrit d’une maladie pendant longtemps. Elle mourut finalement au cours de la huitième année de l’Hégire. »

Ḥaḍrat Umm Ayman (qu’Allah l’agrée), Ḥaḍrat Sawda (qu’Allah l’agrée), Ḥaḍrat Umm Salama (qu’Allah l’agrée) et Ḥaḍrat Umm ‘Atiyya (qu’Allah l’agrée) lavèrent le corps de Ḥaḍrat Zaynab (qu’Allah l’agrée). [Ansāb al-Ashrāf, 1/400] Le Messager d’Allah (paix et bénédictions d’Allah sur lui) dirigea la prière funéraire pour elle, puis descendit lui-même dans la tombe et y déposa de ses propres mains sa fille bien-aimée. À ce moment-là, son noble visage paraissait très affligé et accablé de tristesse. Il invoqua Allah en sa faveur en disant : « Ô Allah ! Résous les difficultés de Zaynab (qu’Allah l’agrée) et transforme l’étroitesse de sa tombe en ampleur. » [Usd al-Ghāba, 5/468 ; Ṭabaqāt, 8/34]

Ḥaḍrat Umm ‘Atiyya (qu’Allah l’agrée) dit : « J’ai participé au lavage rituel de Zaynab, fille du Messager d’Allah (paix et bénédictions d’Allah sur lui). Le Messager d’Allah (paix et bénédictions d’Allah sur lui) nous en indiquait lui-même les règles et la manière. Il dit : “Lavez d’abord chacun de ses membres trois ou cinq fois, puis appliquez du camphre.” » [Ṭabaqāt, 8/34 ; Siyar A‘lām al-Nubalā’, 2/250] Un récit mentionne également sept lavages. En réalité, l’objectif était la purification et la propreté : si elles étaient obtenues après trois lavages, il n’était pas nécessaire de laver davantage ; sinon, il fallait laver cinq ou sept fois. Umm ‘Atiyya dit encore : [même source]

Alors que nous lavions Zaynab, le Messager (paix et bénédictions d’Allah sur lui) nous dit : « Commencez le lavage par son côté droit et par les parties lavées lors des ablutions. »

Le noble Messager d’Allah (paix et bénédictions d’Allah sur lui) dit également à Umm ‘Atiyya (qu’Allah l’agrée) de l’informer lorsque le lavage serait terminé. Ainsi, une fois le lavage achevé, on l’en informa. Il donna alors un de ses vêtements, un izār, et dit : « Placez-le comme pièce symbolique parmi les étoffes du linceul. » [Al-Bukhārī : Bāb ghusl al-mayyit ; Siyar A‘lām al-Nubalā’, 2/252] Le Messager ordonna qu’elle soit enterrée auprès de ‘Uthmān ibn Maẓ‘ūn (qu’Allah l’agrée), mort avant elle. [Ansāb al-Ashrāf, 1/212]

Peu de temps après la mort de Ḥaḍrat Zaynab (qu’Allah l’agrée), son mari Abū al-‘Āṣ (qu’Allah l’agrée) mourut également. [Usd al-Ghāba, 5/468] Al-Balādhurī dit qu’après avoir embrassé l’islam, il ne participa à aucune expédition militaire avec le Messager d’Allah (paix et bénédictions d’Allah sur lui) et mourut en l’an 12 de l’Hégire. Ḥaḍrat al-Zubayr ibn al-‘Awwām (qu’Allah l’agrée) était son cousin maternel. Avant sa mort, il le désigna comme exécuteur testamentaire. [Ansāb al-Ashrāf, 1/400]

Ruqayya, fille de l’Envoyé de Dieu (paix et bénédictions de Dieu sur lui)


Ruqayya (que Dieu l’agrée) était la deuxième fille de l’Envoyé de Dieu (paix et bénédictions de Dieu sur lui) et de Khadija (que Dieu l’agrée). Elle naquit à La Mecque sept ans avant que son père Muhammad (paix et bénédictions de Dieu sur lui) ne reçût la mission prophétique. Al-Zubayr et son oncle Mus‘ab, qui était un expert en généalogie, estimaient que Ruqayya (que Dieu l’agrée) était la fille cadette de l’Envoyé de Dieu (paix et bénédictions de Dieu sur lui). Al-Jurjani a soutenu cet avis. Toutefois, selon la majorité, Zaynab (que Dieu l’agrée) était l’aînée et Ruqayya la deuxième. Selon Ibn Hisham, Ruqayya était l’aînée des filles. [Sîrat Ibn Hisham, 1/190]

Selon un récit compilé par Muhammad ibn Ishaq, Zaynab (que Dieu l’agrée) naquit lorsque l’Envoyé de Dieu (paix et bénédictions de Dieu sur lui) avait trente ans, tandis que Ruqayya (que Dieu l’agrée) naquit lorsqu’il en avait trente-trois. [Al-Istî‘âb (notes marginales d’al-Isâba), 4/299] Quoi qu’il en soit, les spécialistes de la sîra ont conclu que Ruqayya (que Dieu l’agrée) était la deuxième fille de l’Envoyé de Dieu (paix et bénédictions de Dieu sur lui).

Avant que l’Envoyé de Dieu (paix et bénédictions de Dieu sur lui) ne reçût la mission prophétique, Ruqayya (que Dieu l’agrée) épousa pour la première fois ‘Utba, fils d’Abû Lahab, à La Mecque. [Tabaqât d’Ibn Sa‘d, 8/36] L’Envoyé de Dieu (paix et bénédictions de Dieu sur lui) reçut alors la mission prophétique. Lorsque son conflit avec les Qurayshites atteignit son paroxysme, ceux-ci employèrent tous les moyens pour faire souffrir le Messager de Dieu. Méprisant toute morale et toute éthique, ils décidèrent de faire pression sur les maris des filles mariées de Muhammad, ou de les séduire, afin qu’ils répudient leurs épouses et les renvoient ensuite chez leur père. Ainsi, au moins, la douleur et l’inquiétude de Muhammad s’accroîtraient et il serait absorbé par ses propres soucis.

Telles furent leurs pensées, tels furent leurs actes. Ils se rendirent d’abord auprès d’Abû al-‘Âs ibn al-Rabî‘, le mari de la fille aînée de l’Envoyé de Dieu (paix et bénédictions de Dieu sur lui). Ils lui demandèrent instamment de répudier son épouse Zaynab, fille de Muhammad, et de la renvoyer chez son père. Mais il leur répondit clairement « non », en pleine face. La réponse ne suffit pas à arrêter les dirigeants qurayshites éhontés. Ils allèrent trouver ‘Utba ibn Abî Lahab, le mari de Ruqayya (que Dieu l’agrée), et firent pression sur lui pour qu’il répudie son épouse. Ils lui promirent également de lui donner pour femme la plus belle femme de la tribu des Qurayshites, quelle qu’elle fût. Sans scrupules, ‘Utba accepta leur proposition. En échange de Ruqayya, il exprima le souhait d’épouser une fille de Sa‘îd ibn al-‘Âs [Ansâb al-Ashrâf, 1/401], ou, selon un autre avis, d’Abân ibn Sa‘îd ibn al-‘Âs. Les dirigeants qurayshites acceptèrent avec joie sa demande. Ils n’avaient aucune raison de la refuser. Leur objectif principal était de torturer Muhammad (paix et bénédictions de Dieu sur lui), physiquement et moralement, de quelque manière que ce soit et dans la mesure du possible. La moindre souffrance de Muhammad (paix et bénédictions de Dieu sur lui) leur procurait une satisfaction profonde. Le misérable ‘Utba répudia son épouse, la noble Ruqayya (que Dieu l’agrée). [Sîrat Ibn Hisham, 1/652]

Un autre récit rapporte toutefois que, lorsque la sourate « al-Lahab » — (arabe====) — fut révélée pour condamner les parents de ‘Utba, Abû Lahab et son épouse Umm Jamîl, la porteuse de fagots, furieux, dirent à leur fils ‘Utba : « Si tu ne répudies pas Ruqayya, la fille de Muhammad, et ne la renvoies pas, nous n’aurons plus aucun lien avec toi. » Obéissant à ses parents, leur fils répudia son épouse Ruqayya pour leur faire plaisir. [Al-Fath al-Rabbânî ma‘a Bulûgh al-Amânî, 22/99 (hadith n° 893)] Il convient de préciser que ‘Utba et Ruqayya avaient seulement conclu le contrat de mariage. La répudiation eut lieu avant qu’ils ne vivent ensemble en tant qu’époux. [Tabaqât, /36]

Le second mariage de Ruqayya (que Dieu l’agrée)

‘Uthmân (que Dieu l’agrée) raconte au sujet de sa conversion à l’islam et de son mariage : « J’étais assis dans l’enceinte de la noble Kaaba avec quelques amis. À ce moment-là, quelqu’un vint m’annoncer que l’Envoyé de Dieu (paix et bénédictions de Dieu sur lui) avait marié sa fille Ruqayya à ‘Utba ibn Abî Lahab. Comme Ruqayya (que Dieu l’agrée) se distinguait par sa beauté, son charme et ses qualités remarquables, je ressentais pour elle une certaine inclination. En apprenant la nouvelle de son mariage, je fus quelque peu troublé. Je me levai donc et rentrai directement chez moi. Ma tante Sa‘da vivait alors dans notre maison. Elle était aussi une kâhina, c’est-à-dire une devineresse. [Dans l’histoire de l’Arabie préislamique, on trouve les noms de nombreux kâhins et kâhinas. Ils proféraient généralement, en termes énigmatiques et sous forme d’énigmes, des prédictions mêlant vérités et demi-vérités.] Dès qu’elle me vit, elle se mit soudain à prononcer les paroles suivantes : (arabe========) »

‘Ô ‘Uthmân, réjouis-toi ! Que la paix soit sur toi trois fois, puis encore trois fois, puis encore trois fois, et enfin une dernière fois. Cela fait au total dix salutations. Par la volonté d’Allah, tu connaîtras le bien et la prospérité et tu seras éloigné du mal. Par Allah, tu as épousé une belle jeune fille chaste et vertueuse, semblable à un bouton de fleur. Tu es vierge et tu as obtenu une épouse vierge.’

Ses paroles me plongèrent dans un profond étonnement. Je lui demandai : « Ma tante, que dites-vous donc ? » Elle répondit : (arabe=====)

‘‘Uthmân, ‘Uthmân, ô ‘Uthmân ! Tu es doué de beauté, et une affaire importante t’attend. Voici un prophète, qui possède des preuves et des arguments. Il est le véritable et véridique Messager. Le Coran lui a été révélé. Suis-le et ne te laisse pas tromper par les idoles.’

Cette fois encore, je ne dis rien. Je la priai de m’expliquer ses paroles plus clairement. Elle dit alors : (arabe======)

‘Muhammad ibn ‘Abdillah, qui est le Messager d’Allah, a apporté le Coran. Il appelle à Allah. Sa lampe est la véritable lampe, et sa religion est la voie du succès. Lorsque les combats et les massacres commenceront, que les épées seront dégainées et que les lances seront lancées, les cris et le vacarme ne procureront aucun bien.’

Ses paroles m’impressionnèrent profondément. Je me mis à réfléchir à ce que je devais faire à l’avenir. J’allais souvent m’asseoir auprès d’Abû Bakr. Deux jours plus tard, lorsque je me rendis chez lui, il n’y avait personne. Me voyant assis, préoccupé, il me demanda : « Pourquoi sembles-tu si inquiet aujourd’hui ? » C’était mon ami intime ; je lui rapportai donc l’essentiel des paroles de ma tante. Après m’avoir écouté, il dit : « ‘Uthmân, tu es un homme intelligent. Si tu ne parviens pas à distinguer le vrai du faux, ce serait vraiment étonnant. Les idoles que les gens de ton peuple adorent ne sont-elles pas faites de pierre ? Elles n’entendent rien, ne voient rien et ne sont capables de causer ni bien ni mal. » ‘Uthmân dit : « Tout ce que vous avez dit est entièrement vrai. »

Abû Bakr dit : « Ce que ta tante a dit est vrai. Muhammad ibn ‘Abdillah est le Messager d’Allah. Allah l’a envoyé pour transmettre Sa parole aux hommes. Si tu vas le voir et écoutes attentivement ce qu’il dit, quel mal y a-t-il à cela ? » Après ses paroles, je me rendis auprès du Messager d’Allah. Selon une autre version, lorsque le Messager entendit parler de leur conversation, il se rendit lui-même auprès de ‘Uthmân. Le Messager dit : « Écoute, ‘Uthmân, Allah t’appelle vers le Paradis ; réponds donc à Son appel. Je suis le Messager d’Allah ; j’ai été envoyé à vous, ainsi qu’à l’ensemble des créatures. »

Allah seul sait quelle force se trouvait dans ces paroles ! Je perdis le contrôle de moi-même. Spontanément, la profession de foi sortit de ma bouche : Achhadu an lâ ilâha illâ Allâh wa achhadu anna Muhammadan rasûl Allâh. [Al-Isâba, 4/327-328]

Après cet événement, le contrat de mariage de la vénérable Ruqayya avec le vénérable ‘Uthmân fut conclu à La Mecque même.

La vénérable Ruqayya embrassa l’islam avec sa mère, la Mère des croyants, la vénérable Khadîja, et sa sœur aînée, la vénérable Zaynab. [Siyar A‘lâm an-Nubalâ’, 2/251] Lorsque les autres femmes prêtèrent serment d’allégeance au Messager d’Allah, elle lui prêta elle aussi serment d’allégeance. [Tabaqât, 8/36]

Durant la cinquième année de la mission prophétique, elle émigra en Abyssinie avec son époux, le vénérable ‘Uthmân. La vénérable Asmâ’ bint Abî Bakr a rapporté que le Messager d’Allah et Abû Bakr séjournaient dans la grotte de Hirâ’, tandis qu’elle leur apportait à tous deux de la nourriture. Un jour, lorsque le vénérable ‘Uthmân demanda au Messager d’Allah la permission d’émigrer, celui-ci l’autorisa à se rendre en Abyssinie. Ils quittèrent alors La Mecque, mari et femme, et se dirigèrent vers l’Abyssinie. Puis, lorsqu’elle leur apporta de nouveau de la nourriture, le Messager d’Allah demanda : « ‘Uthmân et Ruqayya sont-ils partis ? » Elle répondit : « Oui, ils sont partis. » Il dit alors, de manière à ce que son père Abû Bakr l’entende :

« Ils sont assurément les deux premiers émigrants après Ibrâhîm et Loth. » [Ansâb al-Ashrâf, 1/199. Il est rapporté d’après Qatâda que le Messager d’Allah a dit : « ‘Uthmân ibn ‘Affân est le premier à avoir émigré vers Allah Tout-Puissant avec sa famille. » (Hayât as-Sahâba, 1/346).]

Après avoir séjourné quelque temps en Abyssinie, ils revinrent à La Mecque. Les agissements malveillants des mécréants mecquois s’étaient alors tellement intensifiés qu’il était devenu impossible d’y vivre. Ils ne jugèrent donc pas convenable d’y rester et retournèrent en Abyssinie.

Il est rapporté d’après le vénérable Anas que le vénérable ‘Uthmân ibn ‘Affân partit vers l’Abyssinie avec son épouse Ruqayya. La nouvelle de leur départ tarda à parvenir au Messager d’Allah. Entre-temps, une femme qurayshite vint de l’Abyssinie à La Mecque. Elle dit : « Muhammad, j’ai vu votre gendre partir avec son épouse. » Le Messager d’Allah lui demanda : « Dans quel état les as-tu vus ? » Elle répondit : « Je l’ai vu faire monter son épouse sur un âne chétif et la conduire en le poussant. » Le Messager d’Allah fit alors cette remarque :

« Qu’Allah les accompagne. Après Loth, ‘Uthmân est le premier homme à avoir émigré avec son épouse. » [Al-Bidâya, 3/66 ; Siyar A‘lâm an-Nubalâ’, 2/251]

Après avoir séjourné assez longtemps en Abyssinie pour la deuxième fois, ils revinrent à La Mecque. Après y être restés quelque temps, ils émigrèrent de nouveau, définitivement, vers Médine avec leur famille. [Tabaqât, 8/36]

Lors du second séjour en Abyssinie, naquit ‘Abdullah, le fils de Hadrat Ruqayya (qu’Allah l’agrée). C’est du nom de cet ‘Abdullah que Hadrat ‘Uthman reçut la kunya d’Abu ‘Abdillah. Auparavant, lors de la première Hégire en Abyssinie, un enfant qu’elle portait avait perdu la vie. [Précédemment, Usud al-Ghaba, 5/356] Qatada dit que Ruqayya (qu’Allah l’agrée) n’eut aucun enfant de ‘Uthman (qu’Allah l’agrée). Ibn Hajar dit qu’il ne s’agit là que d’une opinion de Qatada, que personne d’autre que lui n’a soutenue. [Al-Isti‘ab, 4/300] Toutefois, après ‘Abdullah, Hadrat Ruqayya (qu’Allah l’agrée) n’eut plus d’enfant. [Tabaqat, 8/36]

Alors que ‘Abdullah n’avait que six ans, un jour, soudainement, un coq lui donna un coup de bec à l’un des yeux. Son visage enfla et le poison se répandit dans tout son corps. Il mourut des suites de cet accident au mois de Jumada al-Awwal de la quatrième année de l’Hégire. [Siyar A‘lam al-Nubala, 2/251] Le Messager (paix et bénédictions d’Allah sur lui) dirigea la prière funéraire sur lui, et Hadrat ‘Uthman (qu’Allah l’agrée) descendit dans la tombe pour procéder à son inhumation.

Après son arrivée à Médine, Hadrat Ruqayya (qu’Allah l’agrée) tomba malade et resta alitée durant la deuxième année de l’Hégire. C’était à l’époque de la bataille de Badr. Hadrat le Noble Messager (paix et bénédictions d’Allah sur lui) était occupé à préparer la guerre. Il laissa ‘Uthman (qu’Allah l’agrée) à Médine pour soigner son épouse malade et partit lui-même pour Badr. Hadrat Ruqayya décéda au mois béni de Ramadan, un an et sept mois après l’Hégire. Usama ibn Zayd (qu’Allah l’agrée) dit : « Au moment même où nous achevions d’enterrer Ruqayya, la fille du Messager d’Allah (paix et bénédictions d’Allah sur lui), et de niveler la terre sur sa tombe, mon père, Zayd ibn Haritha, arriva avec la bonne nouvelle de la victoire de Badr. Le Messager (paix et bénédictions d’Allah sur lui) m’avait laissé à Médine avec ‘Uthman. » [Sira d’Ibn Hisham, 1/642-643 ; Ansab al-Ashraf, 1/294, 475]

Selon une autre narration, alors qu’ils étaient occupés à l’inhumation de Ruqayya (qu’Allah l’agrée), ‘Uthman (qu’Allah l’agrée) entendit au loin des takbirs et demanda à Usama (qu’Allah l’agrée) ce que cela signifiait. Ils regardèrent alors et virent Zayd ibn Haritha (qu’Allah l’agrée) monté sur la chamelle du Messager d’Allah (paix et bénédictions d’Allah sur lui), annonçant la nouvelle de la mort des chefs qurayshites de La Mecque à Badr. [Al-Isaba, 4/305]

Parce qu’il devait rester auprès de son épouse malade, Hadrat ‘Uthman (qu’Allah l’agrée) ne put participer à une guerre aussi importante que Badr. Toutefois, le Messager (paix et bénédictions d’Allah sur lui) le considéra comme ayant pris part à Badr et lui attribua une part du butin. ‘Uthman (qu’Allah l’agrée) demanda ce qu’il en serait de la récompense du jihad. Le Messager (paix et bénédictions d’Allah sur lui) répondit : « Tu recevras également la récompense. » [Ansab al-Ashraf, 1/289 ; Sira d’Ibn Hisham, 1/678]

Ibn ‘Abbas rapporte qu’après la mort de Ruqayya, le Messager (paix et bénédictions d’Allah sur lui) dit : [Al-Isaba, 4/304]

« Rejoins notre prédécesseur, ‘Uthman ibn Maz‘un. » [‘Uthman ibn Maz‘un (qu’Allah l’agrée) était l’oncle maternel de Hadrat Hafsa (qu’Allah l’agrée), Mère des croyants. Il émigra deux fois en Abyssinie, puis émigra finalement à Médine. Cette narration indique qu’il mourut avant Hadrat Ruqayya. Selon le récit d’al-Baladhuri, il revint à Médine au mois de Dhu al-Hijja de la deuxième année de l’Hégire et mourut trois mois après son émigration. (La vie des Compagnons du Messager, 2/27) Tous sont unanimes à dire que Hadrat Ruqayya mourut au moment de la bataille de Badr. La question reste donc obscure.] Les femmes se mirent à pleurer. À ce moment-là, ‘Umar (qu’Allah l’agrée) arriva et leva le fouet qu’il tenait à la main, s’apprêtant à les frapper. Le Messager (paix et bénédictions d’Allah sur lui) retint son fouet de la main et dit : « Laisse-les. Elles pleurent. Ce qui sort du cœur et des yeux vient d’Allah et de Sa grâce, tandis que les gestes qui émanent des mains et de la bouche viennent de Satan. » Fatima (qu’Allah l’agrée) était assise près de la tombe, aux côtés du Messager d’Allah (paix et bénédictions d’Allah sur lui). Le Messager (paix et bénédictions d’Allah sur lui) essuyait les larmes de ses yeux avec le pan de son vêtement. [Siyar al-Nubala, 2/262 ; Tabaqat, 8/37] Au sujet de la narration précitée, Ibn Sa‘d dit que, selon tous les narrateurs, l’opinion la plus exacte est que le Messager (paix et bénédictions d’Allah sur lui) se trouvait à Badr au moment de la mort et de l’inhumation de Ruqayya. Il est possible que cet événement ait eu lieu lors de la mort d’une autre fille du Messager d’Allah (paix et bénédictions d’Allah sur lui). Et si cet événement concernait la mort de Ruqayya, il est possible que le Messager (paix et bénédictions d’Allah sur lui) se soit rendu auprès de la tombe après son retour de Badr, au moment où les femmes s’y étaient également rassemblées. [Une narration du Musnad de l’imam Ahmad rapporte que le Messager (paix et bénédictions d’Allah sur lui) se rendit auprès de la tombe après son retour de Badr, alors que les femmes s’y étaient également rassemblées. [Tabaqat, 8/37]] Une narration du Musnad de l’imam Ahmad rapporte qu’en raison de la réticence du Messager (paix et bénédictions d’Allah sur lui), Abu Talha (qu’Allah l’agrée) descendit dans la tombe et y déposa Ruqayya à la place de ‘Uthman (qu’Allah l’agrée). Là encore, la même question se pose : comment cela aurait-il été possible, puisque le Messager (paix et bénédictions d’Allah sur lui) se trouvait alors à Badr ? C’est pourquoi les spécialistes du hadith ont dit qu’il s’agissait de l’inhumation d’Umm Kulthum (qu’Allah l’agrée). De plus, une autre narration mentionne le nom d’Umm Kulthum. [Al-Fath al-Rabbani ma‘a Bulugh al-Amani, 22/199]

Il convient de préciser qu’Umm Kulthum (qu’Allah l’agrée) était la troisième fille du Messager d’Allah (paix et bénédictions d’Allah sur lui). Après la mort de Ruqayya (qu’Allah l’agrée), ‘Uthman (qu’Allah l’agrée) l’épousa. Elle mourut quelques temps plus tard.

Hazrat Ruqayya (qu’Allah l’agrée) était dotée d’une très grande beauté. Dans l’ouvrage Durar al-Manthûr, on lit : « Elle était d’une beauté exceptionnelle. Lorsqu’elle résidait en Abyssinie, un groupe de vauriens de l’endroit resta stupéfait devant sa beauté. Ce groupe la harcela fortement. Elle les maudit, et ils furent anéantis. » [Durar al-Manthûr, p. 207 ; Sahabiyyat, p. 128]

La mort prématurée de son épouse bien-aimée et compagne dans les épreuves comme dans les joies causa à Hazrat ‘Uthman (qu’Allah l’agrée) une profonde douleur. Il existait entre eux une grande affection et une parfaite harmonie. Les gens disaient, et cette expression était devenue proverbiale, que

« Parmi les couples que les gens avaient vus, Ruqayya et son mari ‘Uthman étaient les meilleurs. » [Al-Isâba, 4/305] Divers récits rapportent que Ruqayya était une épouse aimante et entièrement dévouée à son mari. Au cours de leur brève vie conjugale, ils ne furent jamais séparés. Ils affrontèrent ensemble toutes les épreuves et toutes les difficultés. De même qu’elle s’efforçait, en servant son mari, d’alléger toutes ses souffrances, son époux ‘Uthman veillait constamment à rendre la vie de son épouse plus facile. Un jour, le Messager (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui) se rendit chez ‘Uthman (qu’Allah l’agrée) et vit Ruqayya lui laver la tête. Il dit :

« Ma fille ! Traite bien Abû ‘Abdillah (‘Uthman), car parmi mes Compagnons, c’est celui dont le caractère ressemble le plus au mien. »

Abû Hurayra (qu’Allah l’agrée) raconte : Un jour, je me rendis chez Ruqayya, la fille du Messager d’Allah (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui) et l’épouse de ‘Uthman, et je la vis avec un peigne à la main. Elle me dit : « Le Messager d’Allah (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui) vient tout juste de sortir de chez moi. Il m’a vue en train de peigner les cheveux de ‘Uthman. » [Hayât al-Sahâba, 2/542]

Umm Kulthum fille de l’Envoyé d’Allah ((ﷺ))


Hazrat Umm Kulthum (qu’Allah l’agrée) était la troisième fille du noble Messager (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui). Les spécialistes de la biographie prophétique divergent toutefois quelque peu sur ce point. L’imam al-Dhahabî la classe au quatrième rang parmi les enfants du Messager d’Allah (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui). [Siyar a‘lâm al-nubalâ’, 2/252] Al-Zubayr ibn Bakkâr affirme qu’Umm Kulthum était plus âgée que Ruqayya et Fâtima (qu’Allah les agrée). Cependant, la majorité des biographes s’opposent à cet avis. L’opinion correcte et digne de confiance est que Hazrat Umm Kulthum (qu’Allah l’agrée) était plus jeune que Hazrat Ruqayya (qu’Allah l’agrée). [Sîrat Ibn Hishâm, 1/190] Al-Tabarî a indiqué l’ordre de naissance des filles du Messager d’Allah (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui) comme suit :

« Zaynab, Ruqayya, Umm Kulthum et Fâtima naquirent. »

Hadrat Ruqayya (r.a.) était l’épouse de Hadrat ‘Uthmân (r.a.). Lorsqu’elle décéda durant la deuxième année de l’Hégire, le Messager (s.a.w.) maria Umm Kulthûm (r.a.) à ‘Uthmân (r.a.). [Tabaqât, 8/35] Si Umm Kulthûm avait été plus âgée que Ruqayya, c’est elle qui aurait épousé ‘Uthmân en premier, et non Ruqayya. En effet, dans toutes les sociétés et civilisations, on arrange d’abord le mariage de la fille aînée. C’est à la fois une exigence de la raison et de la nature.

Les ouvrages de sîra et d’histoire ne mentionnent pas l’année de naissance de Hadrat Umm Kulthûm (r.a.). On peut toutefois supposer qu’elle naquit six ans avant que le Messager d’Allah (s.a.w.) ne reçût la mission prophétique. En effet, il est presque unanimement admis que Ruqayya naquit sept ans avant la mission prophétique et Hadrat Fâtima (r.a.) cinq ans avant celle-ci. Il est également établi qu’Umm Kulthûm (r.a.) était plus jeune que Ruqayya et plus âgée que Fâtima. Il faut donc nécessairement considérer que son année de naissance se situe entre celles de ses deux sœurs. C’est ainsi qu’elle serait née six ans avant le début de la mission prophétique. [Sahâbiyyât, 129]

Comme pour beaucoup d’autres personnes, l’enfance de Hadrat Umm Kulthûm (r.a.) est également demeurée plongée dans les ténèbres de l’ignorance. L’époque de l’Arabie était telle qu’aucune biographie complète n’a été conservée. C’est pourquoi le récit de sa vie n’est rapporté qu’à partir de son mariage.

Avant que le Messager d’Allah (s.a.w.) ne reçût la mission prophétique, il maria Ruqayya au fils d’Abû Lahab, ‘Utba, et Umm Kulthûm à son second fils, ‘Utaiba. Après le début de la mission prophétique du Messager d’Allah (s.a.w.), lorsque la sourate al-Lahab fut révélée pour condamner Abû Lahab et son épouse, Abû Lahab — ou, selon une autre version, son épouse — dit à ses deux fils : « Si vous ne répudiez pas et ne renvoyez pas ses filles [de Muhammad (s.a.w.)], vivre avec vous et vous fréquenter me sera interdit. » [Tabaqât, 8/37] Nous avons mentionné dans la biographie de Hadrat Ruqayya (r.a.) que, sous l’effet de ces paroles de leurs parents et de la pression sociale, ‘Utba répudia son épouse Ruqayya. De même, ‘Utaiba répudia son épouse Umm Kulthûm afin d’obéir à l’ordre de ses parents. Ainsi, la période et la cause de leurs deux répudiations furent identiques. [Usd al-Ghâba, 5/12] Les deux sœurs furent certes mariées, mais la séparation eut lieu avant même qu’elles ne rejoignent le foyer de leurs époux.

Lorsque Ruqayya (r.a.) décéda durant la deuxième année de l’Hégire, Hadrat ‘Uthmân (r.a.) devint très triste et accablé par le chagrin d’avoir perdu son épouse. Voyant son état, le Messager (s.a.w.) lui dit un jour : « ‘Uthmân, je te vois très affligé. Quelle en est la raison ? » ‘Uthmân (r.a.) répondit : « Comment pourrais-je ne pas être accablé ? Un malheur s’est abattu sur moi, tel qu’il n’en est probablement jamais arrivé à personne. La fille du Messager d’Allah (s.a.w.) est décédée. Cela m’a brisé le dos. Le lien de parenté qui m’unissait au Messager d’Allah (s.a.w.) est rompu. Que puis-je faire à présent ? » Avant même qu’il eût achevé ses paroles, le Messager (s.a.w.) lui dit : « Jibrîl (a.s.) m’a transmis l’ordre d’Allah de te marier également Umm Kulthûm, selon la même dot que Ruqayya. » [Ibid., 5/613] Ensuite, durant le mois de Rabî‘ al-Awwal de la troisième année de l’Hégire, le Messager (s.a.w.) conclut le contrat de mariage de Hadrat Umm Kulthûm avec Hadrat ‘Uthmân (r.a.). [Tabaqât, 8/37] Deux mois après le contrat, durant le mois de Jumâdâ ath-Thâniya, elle rejoignit le foyer de son époux. Hadrat Umm Kulthûm n’eut aucun enfant. [Ibid.]

Selon un récit, après le décès de Ruqayya (r.a.), ‘Umar ibn al-Khattâb (r.a.) proposa sa fille Hafsa (r.a.) en mariage à ‘Uthmân (r.a.). Celui-ci resta silencieux sans donner de réponse. Lorsque le Messager (s.a.w.) l’apprit, il dit à ‘Umar : « Je chercherai pour Hafsa un époux meilleur que ‘Uthmân, et pour ‘Uthmân une épouse meilleure que Hafsa. » Puis il épousa Hafsa et maria Umm Kulthûm à ‘Uthmân. [Ibid., 8/38]

Hadrat Umm Kulthûm (r.a.) embrassa l’islam avec sa mère, la Mère des croyants, Hadrat Khadîja (r.a.). Par la suite, elle prêta allégeance au Messager d’Allah (s.a.w.) avec ses autres sœurs. [Ibid., 8/37] Après l’émigration du Messager d’Allah (s.a.w.) à Médine, elle émigra à son tour à Médine avec les autres membres de sa famille. [Siyar A‘lâm an-Nubalâ’, 2/252 ; Hayât as-Sahâba, 1/369]

Après le décès de Hadrat Umm Kulthûm (r.a.), le Messager (s.a.w.) dit : « Si j’avais eu dix filles, je les aurais toutes mariées successivement à ‘Uthmân (r.a.). » [al-Istî‘âb, 793] Dans une autre version, au lieu de dix filles, il est question de cent filles. Après avoir vécu six ans avec son époux ‘Uthmân (r.a.), Hadrat Umm Kulthûm (r.a.) décéda durant le mois de Sha‘bân de la neuvième année de l’Hégire. [Siyar A‘lâm an-Nubalâ’, 2/253] Des femmes ansârites lui firent les ablutions funéraires. Umm ‘Atiyya en faisait partie. Le Messager (s.a.w.) dirigea la prière funéraire. Hadrat Abû Talha, ‘Alî ibn Abî Tâlib, Fadl ibn ‘Abbâs et Usâma ibn Zayd (r.a.) descendirent le corps dans la tombe. [Tabaqât, 8/38-39]

Il est rapporté qu’Anas (qu’Allah l’agrée) vit Umm Kulthûm (qu’Allah l’agrée) portant un châle en soie brodé de rayures.[Bukhârî : Bâb al-harîr li-n-nisâ ; Abû Dâwûd (2058) ; Nasâ’î, 8/197 ; Ibn Mâjah (3598) ; Tabaqât, 8/38]

Après avoir répudié son épouse Umm Kulthûm (qu’Allah l’agrée), sous la pression de son père, Abû Lahab — la flamme de l’Enfer — et de sa mère, Umm Jamîl, la porteuse de bois, le misérable ‘Utayba se rendit auprès du Messager d’Allah (paix et bénédictions d’Allah sur lui) et se comporta avec une extrême insolence. S’adressant au Messager (paix et bénédictions d’Allah sur lui), il dit : « Je renie votre religion ; selon une autre version : j’ai répudié votre fille. Vous ne viendrez plus chez moi, et moi non plus je ne viendrai chez vous. » Sur ces mots, il se jeta obstinément sur le Messager d’Allah (paix et bénédictions d’Allah sur lui), si bien qu’il lui déchira sa tunique. Il partit ensuite en direction du Shâm. Irrité par un comportement aussi bestial, le Messager (paix et bénédictions d’Allah sur lui) proféra cette imprécation : « Je demande à Allah de faire triompher l’un de Ses chiens sur lui. »

‘Utayba partit vers le Shâm avec une caravane commerciale des Quraysh. Alors qu’ils passaient la nuit dans un lieu appelé ‘Az-Zarqâ’, un loup se mit à rôder près de leur campement. En le voyant, ‘Utayba se rappela l’imprécation du Messager d’Allah (paix et bénédictions d’Allah sur lui) et se mit à craindre pour sa vie. Il répétait : « Maudite soit ma mère ! Comme l’a dit Muhammad, ce loup va me dévorer. » Quoi qu’il en soit, les membres de la caravane le firent dormir au milieu d’eux, puis s’endormirent. Le loup franchit tous les autres, emporta ‘Utayba du centre, puis le tua en le mordant et en le lacérant jusqu’à le couvrir de sang.

Fâtima, fille du Messager d’Allah (paix et bénédictions d’Allah sur lui)


Naissance et ascendance paternelle et maternelle

Fâtima (qu’Allah l’agrée) naquit à Umm al-Qurâ, c’est-à-dire dans la ville de La Mecque, cinq ans avant que le noble Messager d’Allah (paix et bénédictions d’Allah sur lui) ne reçût la mission prophétique. Son père était Sayyid al-Kawnayn, le Messager du Seigneur des mondes, Abû al-Qâsim Muhammad ibn ‘Abd Allah ibn ‘Abd al-Muttalib, et sa mère était la dirigeante des femmes du monde, la première musulmane et la Mère des croyants, Khadîja bint Khuwaylid (qu’Allah l’agrée). Lorsque Fâtima naquit, les Quraysh de La Mecque étaient en train de restaurer la noble Ka‘ba ; cet événement eut lieu cinq ans avant que le Messager d’Allah (paix et bénédictions d’Allah sur lui) ne reçût la mission prophétique. Ses illustres père et mère furent extrêmement heureux de sa naissance.[Siyar a‘lâm an-nubalâ’, 2/119] Fâtima était leur plus jeune fille. Bien que sa mère Khadîja (qu’Allah l’agrée) eût pris des nourrices pour ses autres enfants, elle ne confia pas Fâtima à une nourrice. Elle allaita elle-même sa fille cadette, qu’elle chérissait tant. Ainsi, Fâtima (qu’Allah l’agrée) grandit et fut élevée dans une demeure d’une pureté immaculée, sous la protection de ses illustres parents, et fut baignée dans le flot limpide de la prophétie.

Les raisons de son excellence

Les raisons de la grandeur, de la dignité, de la noblesse et de l’excellence de Fâtima (qu’Allah l’agrée) peuvent être résumées comme suit :

1. Son père est le meilleur descendant de Hadrat Adam, le père originel de l’humanité : notre grand Prophète Muhammad, la miséricorde pour les mondes — qu’Allah lui accorde Ses bénédictions et Sa paix.

2. Sa mère est la dirigeante des femmes du monde, la première à embrasser l’islam, l’Umm al-Mu’minîn Khadîja bint Khuwaylid — qu’Allah l’agrée.

3. Son époux est le dirigeant de ce monde et de l’au-delà, l’Amîr al-Mu’minîn Hadrat ‘Alî — qu’Allah l’agrée.

4. Ses deux fils, al-Hasan et al-Husayn — qu’Allah les agrée — sont les deux grands dirigeants de la jeunesse du Paradis et les deux parfums du Messager d’Allah.

5. L’un de ses grands-pères est Hadrat Hamza — qu’Allah l’agrée —, le grand dirigeant des martyrs.

6. Un autre de ses grands-pères est Hadrat al-‘Abbâs ibn ‘Abd al-Muttalib — qu’Allah l’agrée —, le protecteur de l’honneur et de la dignité de ses voisins, celui qui dépensait ses biens pour les gens dans l’épreuve, qui donnait des vêtements aux personnes nues et de la nourriture à celles qui étaient affamées et accablées par la faim.

7. L’un de ses oncles est Hadrat Ja‘far ibn Abî Tâlib — qu’Allah l’agrée —, le grand dirigeant martyr et commandant militaire.

Existe-t-il, parmi les femmes du monde, quelqu’un d’autre qui possède de tels titres de gloire ?

Conversion à l’islam

Après que la Révélation eut été descendue sur le vénérable Messager d’Allah, l’Mère des croyants, Khadîdja (qu’Allah l’agrée), fut la toute première à croire en lui et à reconnaître la véracité de sa mission prophétique. Parmi les premières femmes à avoir cru au Messager d’Allah (paix et bénédictions d’Allah sur lui) figuraient ses filles, chastes et purifiées. Elles étaient : Zaynab, Ruqayya, Umm Kulthûm et Fâtima (qu’Allah les agrée). Elles crurent à la prophétie et à la mission de leur père aux côtés de leur illustre mère, Khadîdja (qu’Allah l’agrée).

Ibn Ishâq a rapporté, d’après ‘Â’icha (qu’Allah l’agrée), qu’elle a dit : Lorsque Allah honora Son Prophète en lui conférant la mission prophétique, Khadîdja et ses filles embrassèrent l’islam. Ainsi, les filles du Messager d’Allah (paix et bénédictions d’Allah sur lui) entrèrent dès les premiers temps dans le domaine de l’islam avec leur mère et crurent en la mission de leur père. Avant même l’avènement de la prophétie, elles étaient parées de hautes qualités morales. Après l’islam, celles-ci devinrent encore plus belles et plus harmonieuses.

L’imam az-Zurqânî a évoqué ainsi, dans son ouvrage Sharh al-Mawâhib, la conversion à l’islam de Fâtima et de ses sœurs dès les premiers temps : « Il n’est pas nécessaire de mentionner ses filles. En effet, il ne fait aucun doute qu’avant la prophétie elles suivaient fermement la vie et la conduite de leur père et s’y attachaient solidement. » Ailleurs, az-Zurqânî s’est exprimé ainsi au sujet de l’antériorité des filles du Prophète dans l’acceptation de l’islam : En somme, aucune preuve n’est nécessaire pour établir qu’elles embrassèrent l’islam très tôt. Ayant grandi dans le sein de la paternité la plus véridique et la plus noble, et de la maternité la meilleure et la plus affectueuse, elles reçurent de leur père les plus excellentes qualités morales et de leur mère une intelligence à laquelle aucune femme, dans le passé comme dans l’avenir, ne saurait être comparée. Ainsi, l’islam de la famille du Prophète — de ses épouses et de ses filles — était un islam conforme à la nature originelle, nourri par la foi et la prophétie. Elles grandirent dans la grandeur, la dignité et les nobles qualités morales. [Tarâjim Sayyidât Bayt an-Nubuwwa, p. 592]

Le soutien de leur père durant l’enfance et l’adolescence

La Révélation descendit sur le vénérable Messager d’Allah (paix et bénédictions d’Allah sur lui). Conformément à l’ordre d’Allah, Seigneur des mondes, il se mit à appeler les hommes à l’islam et se consacra entièrement à sa propagation et à sa diffusion. Pour cela, il commença à ne tenir compte ni des peines et des souffrances, ni des épreuves et des calamités, ni des persécutions et des sévices, ni des dénégations, des fausses accusations et des excès auxquels il était confronté. À un certain moment, les Qurayshites se livrèrent à une hostilité et à des excès extrêmes envers le Messager d’Allah (paix et bénédictions d’Allah sur lui). Ils se mirent à le railler et à inciter les gens contre lui. Fâtima (qu’Allah l’agrée) traversait alors les premières années de sa vie. Malgré son jeune âge, elle comprenait que son père vivait une période difficile de son existence. Elle l’accompagnait souvent dans ses déplacements aux alentours. Un jour, elle vit le scélérat ‘Uqba ibn Abî Mu‘ayt infliger à son père un traitement si abject qu’elle ne put jamais l’oublier. Cet ‘Uqba était présenté comme appartenant à la tribu qurayshite de La Mecque. En réalité, son ascendance était obscure. Il grandit comme un pécheur et un vaurien des plus méprisables. Pour dissimuler cette souillure de sa naissance, il s’empressait constamment de commettre toutes sortes de méfaits afin de gagner la faveur des dirigeants qurayshites.

Un jour, ‘Uqba était assis à une réunion des Qurayshites idolâtres et dépravés de La Mecque. Quelques dirigeants qurayshites dirent : « Voici Muhammad qui est prosterné. Parmi ceux qui sont présents, lequel peut emporter ces entrailles putréfiées de chameau et les déposer sur son dos ? » Le misérable ‘Uqba s’empressa de proposer de commettre cette ignominie et dit : « J’y vais. » Il se dirigea alors rapidement vers les entrailles pourries, les souleva et les jeta sur le dos de Muhammad (paix et bénédictions d’Allah sur lui), qui était prosterné. De loin, les dirigeants qurayshites éclatèrent de rire en voyant la scène. Le vénérable Messager d’Allah (paix et bénédictions d’Allah sur lui) ne se releva pas de sa prosternation. Aussitôt, la nouvelle parvint à la maison aux oreilles de Fâtima (qu’Allah l’agrée). Elle accourut et, avec une profonde tendresse, retira de ses propres mains les immondices du dos de son père. Elle apporta de l’eau et nettoya les souillures qui avaient atteint son corps. Puis elle s’avança vers cette bande de pécheurs et leur adressa des paroles très sévères. [Al-Bidâya wa-n-Nihâya, 3/44 ; Hayât as-Sahâba, 1/271]

Après avoir terminé la prière, le Messager (paix et bénédictions d’Allah sur lui) leva ses deux mains et invoqua : (Arabe =======)

« Ô Allah ! Saisis Shayba ibn Rabî‘a ! Ô Allah ! Attrape Abû Jahl ibn Hishâm ! Ô Allah ! Occupe-toi de ‘Uqba ibn Abî Mu‘ayt ! Ô Allah ! Règle le compte d’Umayya ibn Khalaf ! »

En voyant le Messager d’Allah (ﷺ) lever les mains et invoquer ainsi, les rires des scélérats cessèrent. Ils furent saisis de peur et d’inquiétude. Allah exauça l’invocation de Son Prophète bien-aimé. Les quatre criminels mentionnés furent tous tués à Badr. [Al-Bayhaqî, Dalâ’il an-Nubuwwa, 2/278, 280 ; Al-Bidâya wa an-Nihâya, 3/44] Il est à noter que ‘Uqba fut fait prisonnier par les musulmans à Badr. Le Messager (ﷺ) ordonna de le tuer. Il dit alors : « Muhammad ! Y aura-t-il des gâteaux pour mes petites filles ? » Il répondit : « L’Enfer. » Puis il demanda : « Vas-tu me tuer alors que je suis Qurayshite ? » Il répondit : « Oui. » Ensuite, il se tourna vers ses Compagnons et leur dit : « Savez-vous comment cet homme s’est comporté avec moi ? Un jour, je me prosternai derrière le Maqâm Ibrâhîm. Il s’approcha alors, posa son pied sur ma nuque et appuya si violemment que mes deux yeux faillirent sortir de leurs orbites. Une autre fois, alors que j’étais prosterné, il apporta d’où je ne sais où des excréments de chèvre et les déversa sur ma tête. Fâtima accourut, les retira et me lava la tête. » C’est ainsi que la vie de l’impie ‘Uqba prit fin aux mains des musulmans. [Al-Bidâya wa an-Nihâya, 3/44 ; Hayât as-Sahâba, 1/271 ; Nisâ’ Mubashsharât bi-l-Janna, 206]

Alors qu’elle était encore adolescente, Fâtima se rendit un jour dans l’enceinte de la Ka‘ba en tenant la main de son père. Elle vit que, dès que son père s’était approché de la Pierre Noire, un groupe de polythéistes l’encerclait tous ensemble en disant : « N’êtes-vous pas celui qui tient de tels propos ? » Puis ils se mirent à énumérer leurs accusations une à une : « Vous insultez nos ancêtres, vous dénoncez les défauts de nos divinités et vous considérez les gens intelligents et perspicaces comme des ignorants et des sots. »

Il répondit : « Oui, c’est bien moi. »

À la vue de ce qui se produisit ensuite, la jeune Fâtima faillit cesser de respirer. Paralysée de peur, elle vit l’un d’eux enrouler le manteau de son père autour de son cou et se mettre à le tirer violemment. Abû Bakr (رضي الله عنه) se tenait devant eux et disait d’une voix extrêmement indignée : « Allez-vous tuer un homme uniquement parce qu’il dit : “Allah est mon Seigneur et mon Maître” ? »

Ces hommes le fixèrent d’un regard de feu. Ils le saisirent par la barbe, puis lui fendirent la tête et la firent saigner. [Ibn Hishâm, As-Sîra an-Nabawiyya, 1/310]

Ainsi, ce jour-là, Abû Bakr (رضي الله عنه) risqua sa propre vie pour arracher Muhammad (ﷺ) aux mains des scélérats. Une fois libéré, celui-ci prit le chemin de sa maison. La jeune Fâtima marcha derrière son père. En chemin, tous ceux qu’ils rencontrèrent, hommes libres ou esclaves, leur lancèrent diverses remarques obscènes et leur causèrent une grande peine. Le Messager (ﷺ) se rendit directement chez lui et s’allongea sur son lit, complètement anéanti. La jeune Fâtima assista à toute cette scène. [Tarâjim Sayyidât Bayt an-Nubuwwa, 592]

Fâtima dans Shi‘b Abî Tâlib

Les Quraychites adoptèrent une nouvelle méthode pour persécuter le Messager d’Allah (ﷺ). Cette fois, leurs persécutions s’étendirent également aux Banû Hâchim et aux Banû ʿAbd al-Muttalib. Les polythéistes de La Mecque prirent la ferme décision de les boycotter : cesser avec eux toute transaction, toute conversation et toute fréquentation jusqu’à ce que le Messager d’Allah se soumette à leurs exigences. À l’exception d’Abû Rahab, les Banû Hâchim et les Banû ʿAbd al-Muttalib se réfugièrent à la périphérie de La Mecque, dans le « Shiʿb Abî Tâlib ». Ils y furent assiégés. La vie sous le siège devint bientôt terrifiante. Même depuis l’extérieur du « Shiʿb », on entendait alors les lamentations et les pleurs des femmes et des enfants affamés. Fâtima (رضي الله عنها) figurait parmi les assiégés. Ce siège eut de graves effets sur sa santé. La malnutrition dont elle souffrit ici, elle en porta les séquelles toute sa vie. Le siège dura près de trois ans. [Nisâʾ Mubashshirât bi-l-Jannah, p. 206]

Alors qu’elle cherchait à oublier les peines et les souffrances de la vie sous le siège, elle fut confrontée à une autre grande épreuve. Sa tendre mère, Khadîja (رضي الله عنها), qui les avait tous protégés et qui, avec la plus grande discrétion, assumait toutes les responsabilités de la noble maison prophétique, décéda. Elle sembla ainsi confier à sa fille Fâtima toutes les responsabilités du Messager d’Allah (ﷺ). Fâtima se tint aux côtés de son père avec une très grande confiance et une grande fermeté. Elle reçut de lui toujours davantage d’affection et de tendresse. Jusqu’à l’émigration à Médine, elle continua à contribuer aux activités missionnaires de son père à La Mecque. C’est pour cette raison qu’elle reçut le surnom d’« Umm Abîhâ » (la mère de son père). [Ibid., p. 207 ; Usud al-Ghâba, 5/250 ; al-Isâba, 4/450]

L’émigration et Fâtima

La nuit où le Messager (ﷺ) émigra à Médine, Fâtima (رضي الله عنها) fut témoin de très près du rôle audacieux joué par ʿAlî (رضي الله عنه). Au péril de sa vie, ʿAlî s’allongea dans le lit du Messager (ﷺ) afin de tromper les impies Quraychites. Fâtima se trouvait elle aussi dans la maison cette nuit terrible. Elle rejeta avec une grande intrépidité toutes les pressions des Quraychites. Ensuite, après être resté trois jours à La Mecque, ʿAlî restitua à leurs propriétaires les biens et les dépôts confiés au Messager d’Allah (ﷺ), puis partit pour Médine.

Fâtima et sa sœur Umm Kulthûm restèrent à La Mecque. Après s’être quelque peu établi à Médine, le Messager (ﷺ) envoya un Compagnon chercher les membres de sa famille. Cela se produisit durant la treizième année de la mission prophétique. Fâtima, alors âgée de dix-huit ans, arriva à Médine et y vit les émigrés trouver la paix et la sécurité. Au milieu de la solitude d’une terre étrangère, des liens de fraternité avaient été établis. Le Messager lui-même avait pris ʿAlî (رضي الله عنه) pour frère dans la religion. [Ibn Hishâm, 2/150 ; al-Istîʿâb, 3/198]

Le mariage

Fâtima (رضي الله عنها) épousa ʿAlî (رضي الله عنه) après la bataille de Badr, durant la deuxième année de l’Hégire. Les spécialistes de la sîra présentent quelques divergences concernant l’année et la date exactes du mariage, ainsi que l’âge de Fâtima et de ʿAlî (رضي الله عنهما) au moment de celui-ci. Selon un avis, le mariage eut lieu après la bataille d’Uhud. Il a également été rapporté que le mariage de ʿAlî et de Fâtima eut lieu quatre mois après que le Messager (ﷺ) eut fait entrer ʿÂïcha (رضي الله عنها) chez lui, et que leur nuit de noces eut lieu neuf mois après le mariage. Fâtima (رضي الله عنها) avait alors quinze ans et cinq mois et demi, tandis que ʿAlî (رضي الله عنه) avait vingt et un ans et cinq mois. [Aʿlâm an-Nisâʾ, 4/109] Ibn ʿAbd al-Barr, dans son ouvrage al-Istîʿâb, et Ibn Saʿd, dans son ouvrage at-Tabaqât, mentionnent que ʿAlî (رضي الله عنه) épousa Fâtima (رضي الله عنها) au mois de Rajab, cinq mois après l’arrivée du Messager d’Allah (ﷺ) à Médine, et que leur nuit de noces eut lieu après le retour de la bataille de Badr. Fâtima avait alors dix-huit ans. Dans le Târîkh de Tabarî, il est dit que leur nuit de noces eut lieu au mois de Dhû al-Hijja, vingt-deux mois après l’Hégire, durant la deuxième année de l’Hégire. Au moment du mariage, ʿAlî (رضي الله عنه) était de quatre ans l’aîné de Fâtima. [Ibid. ; at-Tabaqât, 8/11 ; Nisâʾ Mubashshirât bi-l-Jannah, p. 208]

Des Compagnons de haut rang, tels qu’Abû Bakr (رضي الله عنه) et ʿUmar (رضي الله عنه), souhaitaient eux aussi épouser Fâtima (رضي الله عنها). Ils firent une demande au Messager d’Allah (ﷺ), mais celui-ci la refusa avec beaucoup d’humilité et de douceur. Il est rapporté dans le Mustadrak d’al-Hâkim et les Sunan d’an-Nasâʾî qu’Abû Bakr et ʿUmar (رضي الله عنهما) demandèrent Fâtima en mariage. Le Messager (ﷺ) leur répondit : « Elle est encore jeune. » Selon un récit, Abû Bakr fit sa demande et le Messager (ﷺ) lui dit : « Abû Bakr ! Attends à son sujet la décision d’Allah. » Abû Bakr (رضي الله عنه) rapporta ces paroles à ʿUmar (رضي الله عنه), qui lui dit : « Il a donc refusé votre demande. » Puis Abû Bakr dit à ʿUmar (رضي الله عنه) : « À présent, demandez vous-même Fâtima en mariage au Messager d’Allah (ﷺ). » ʿUmar (رضي الله عنه) fit sa demande. Le Messager (ﷺ) lui répondit exactement comme il avait répondu à Abû Bakr. Lorsque ʿUmar (رضي الله عنه) rapporta ces paroles à Abû Bakr, celui-ci fit remarquer : « ʿUmar, il a également refusé votre demande. » Alors ʿUmar (رضي الله عنه) dit à ʿAlî (رضي الله عنه) : « C’est vous qui êtes le prétendant convenable pour Fâtima. » ʿAlî (رضي الله عنه) répondit : « Je ne possède rien d’autre, parmi mes biens, qu’une armure. » Plusieurs récits relatent la manière dont le mariage de ʿAlî et de Fâtima eut lieu. Ils sont assez proches les uns des autres. Nous en rapportons ici quelques-uns.

Selon un récit rapporté dans les ouvrages de Tabaqāt d’Ibn Sa‘d et d’Usud al-Ghāba, ‘Alī (qu’Allah l’agrée), suivant le conseil de ‘Umar, se rendit auprès du Messager d’Allah (s.a.w.) pour demander la main de Fātima. Le Messager (s.a.w.) prit aussitôt lui-même l’initiative de proposer à ‘Alī (qu’Allah l’agrée) de lui donner Fātima en mariage. Le Messager (s.a.w.) maria aussitôt Fātima à ‘Alī (qu’Allah l’agrée). Lorsque la nouvelle parvint aux oreilles de Fātima, elle se mit à pleurer. Puis le Messager (s.a.w.) se rendit auprès de Fātima et lui dit : « Fātima ! Je t’ai mariée à l’homme le plus savant, le plus perspicace et le premier à avoir embrassé l’islam. » Selon un autre récit, après la demande de ‘Alī (qu’Allah l’agrée), le Messager (s.a.w.) dit : « Fātima ! ‘Alī pense à toi. » Fātima garda le silence, sans donner de réponse. Le Messager (s.a.w.) conclut alors le mariage.

Un autre récit est le suivant : certains Ansār de Médine dirent à ‘Alī : « Fātima est là pour toi. » Après cela, ‘Alī se rendit auprès du Messager d’Allah (s.a.w.). Le Messager (s.a.w.) dit : « Que veut le fils d’Abū Tālib ? » ‘Alī parla de Fātima. Le Messager d’Allah (s.a.w.) dit : « Marhaban wa ahlan » — bienvenue dans la famille. Il ne dit rien de plus. ‘Alī se leva et alla retrouver le groupe d’Ansār qui l’attendait. Ils lui demandèrent : « Quelles sont les nouvelles ? » ‘Alī répondit : « Je ne sais pas. Il ne m’a rien dit d’autre que “Marhaban wa ahlan”. » Ils dirent : « N’est-ce pas suffisant que le Messager d’Allah (s.a.w.) vous ait dit cela ? Il vous a souhaité la bienvenue comme membre de sa famille. » Voici le récit de ‘Alī (qu’Allah l’agrée) sur la manière dont son mariage avec Fātima eut lieu : une demande en mariage pour Fātima parvint au Messager d’Allah (s.a.w.). Alors l’une de mes servantes me dit : « Savez-vous qu’une demande en mariage pour Fātima est parvenue au Messager d’Allah (s.a.w.) ? »

Je répondis : « Non. »

Elle dit : « Si, une demande est bien arrivée. Pourquoi ne vous rendez-vous pas auprès du Messager d’Allah (s.a.w.) ? Si vous y allez, le Messager d’Allah (s.a.w.) vous la donnera certainement en mariage. »

Je répondis : « Ai-je seulement quelque chose qui me permette de me marier ? »

Elle dit : « Si vous vous rendez auprès du Messager d’Allah (s.a.w.), il vous la donnera certainement en mariage. »

‘Alī (qu’Allah l’agrée) dit : « Par Allah ! Elle ne cessa ainsi de me donner espoir et confiance. Finalement, je me rendis un jour auprès du Messager d’Allah (s.a.w.). Après m’être assis devant lui, je devins comme muet. En raison de sa grandeur, de la gravité qui émanait de lui et du sentiment de crainte qu’il inspirait, je ne pus prononcer un seul mot. À un moment, il m’interrogea lui-même : “Pour quelle raison es-tu venu ? As-tu un besoin ?” » ‘Alī (qu’Allah l’agrée) dit : « Je gardai le silence. » Le Messager (s.a.w.) dit : « Tu es certainement venu demander Fātima en mariage, n’est-ce pas ? »

Je répondis : « Oui. » Il dit : « Possèdes-tu quelque chose avec quoi tu pourrais la prendre légalement pour épouse ? » Je répondis : « Par Allah, ô Messager d’Allah ! Non. » Il dit : « Qu’as-tu fait de la cuirasse que je t’avais donnée ? »

Je dis : « Je l’ai avec moi. Par Celui qui tient la vie de ‘Alî entre Ses mains, ce n’est qu’une armure hutamiyya. Elle ne vaut même pas quatre dirhams. »

Le Messager (s) dit : « Je te donne Fâtima en mariage en échange de celle-ci. Envoie-la-lui et rends-la ainsi licite pour toi. »

‘Alî (r) dit : « Tel fut le mahr de Fâtima, fille du Messager d’Allah (s). » [Dalâ’il an-Nubuwwah, 3/160 ; Usud al-Ghâbah, 5/250 ; Al-Bidâyah wa an-Nihâyah, 3/346 ; At-Tabaqât, 8/12]

‘Alî (r) rentra rapidement chez lui et rapporta l’armure. Le Messager (s) lui dit de la vendre afin d’acheter les articles nécessaires à la toilette de la mariée. [Sahîh al-Bukhârî, Kitâb al-Buyû‘ ; Sunan an-Nasâ’î, Kitâb an-Nikâh ; Musnad Ahmad, 1/93, 104, 108] ‘Uthmân ibn ‘Affân (r) acheta l’armure pour quatre cent soixante-dix (470) dirhams. Cet argent fut remis au Messager d’Allah (s). Il demanda à Bilâl (r) d’en acheter du parfum et des fragrances, et de remettre le reste à Umm Salamah (r), afin qu’elle puisse acheter avec cela les articles nécessaires à la toilette de la mariée.

Lorsque tout fut réglé, le Messager (s) fit appeler les Compagnons. Lorsqu’ils furent présents, il annonça qu’il avait donné sa fille Fâtima en mariage à ‘Alî (r), en échange de quatre cents mithqâl d’argent. Puis, conformément à la coutume arabe, le Messager (s), du côté de la mariée, et le marié ‘Alî (r) prononcèrent chacun un bref sermon. Ensuite, un récipient rempli de dattes fut présenté aux Compagnons honorables présents. [Tarâjim Sayyidât Bayt an-Nubuwwah, 607]

Sermon du Messager d’Allah (s) prononcé lors du mariage de Fâtima et de ‘Alî (r) : [Jamh arat khutab al-‘Arab, 3/344] (Arabe==========)

« Toute louange revient à Allah, qui est digne de louange en raison de Ses dons et de Sa grâce, qui est adoré en raison de Sa force et de Sa puissance, qui inspire la crainte en raison de Son châtiment et auprès de qui l’on espère tout ce qu’Il détient. Il met en œuvre Son commandement dans les cieux et sur la terre. Par Sa force et Sa puissance, Il a créé cet univers, puis Il a distingué ses créatures par les prescriptions et les interdictions, les a fortifiées par la religion et les a honorées par Son Prophète Muhammad (s). Ensuite, Allah le Très-Haut a fait du mariage un moyen de préserver les générations futures et une obligation incontournable. Par lui, Il a relié les liens du sang les uns aux autres. Il a décrété ce système pour les créatures. »

« Celui dont le nom est infiniment béni et dont le rappel est sublime a dit : “C’est Lui qui a créé l’homme à partir de l’eau, puis lui a établi une parenté de sang et une alliance matrimoniale. Ton Seigneur est capable de toute chose.” Ainsi, le commandement d’Allah s’achemine vers son terme ultime. Chaque terme ultime a un délai fixé, et chaque délai fixé a une échéance. “Allah efface ce qu’Il veut et maintient ce qu’Il veut, et la Mère du Livre est auprès de Lui.” »

Ensuite, mon Seigneur m’a ordonné de marier Fâtima à Ali. Je l’ai donc mariée à lui pour quatre cents mithqals d’argent, à condition qu’Ali en soit satisfait.

Après le sermon du Messager d’Allah, conformément à la coutume des Arabes de l’époque, le marié Ali prononça un bref sermon. Il commença par louer et glorifier Allah, puis adressa ses prières et ses salutations au Messager. Ensuite, il dit : [ouvrage cité, 3/345]

« Notre présente assemblée est une chose qu’Allah a décrétée et qu’Il a agréée. Et le mariage est une chose qu’Allah a ordonnée et au sujet de laquelle Il a accordé Sa permission. Voici que Muhammad, qu’Allah lui accorde Ses bénédictions et Sa paix, m’a marié à sa fille Fâtima en échange d’une dot de quatre cent quatre-vingts dirhams. J’ai accepté cela. Demandez-lui donc ; Allah suffit comme témoin. »

C’est ainsi que, de manière très simple et sans apparat, le mariage béni d’Ali avec Fâtima az-Zahrâ, la fille du Prophète, fut célébré. En d’autres termes, la plus grande et la plus glorieuse union conjugale de la longue histoire de l’islam fut établie.

La vie conjugale

Ce mariage eut lieu au mois de Rajab, après leur arrivée à Médine. Puis, durant la deuxième année de l’Hégire, après la bataille de Badr, Ali (qu’Allah l’agrée) parvint à louer une maison pour y emmener son épouse. Cette maison ne comportait aucune trace de richesse ou de luxe. Elle était extrêmement simple. Il n’y avait ni meubles précieux, ni lit, ni tapis, ni matelas, ni rien de ce genre. Ali ne possédait qu’une peau de mouton : il l’étendait pour dormir la nuit et, durant la journée, elle servait de récipient en peau. Ils n’avaient aucun serviteur. [A‘lâm an-nisâ’, 4/109 ; Tabaqât, 8/13 ; Sahâbiyyât, 148] Asmâ bint ‘Umays (qu’Allah l’agrée), qui avait été témoin du mariage d’Ali et de Fâtima ainsi que de l’aménagement de leur chambre nuptiale, a dit qu’ils ne possédaient rien d’autre qu’un coussin et une literie remplis de fibres de palmier. On dit également qu’à cette époque, aucun banquet de mariage ne fut meilleur que celui d’Ali (qu’Allah l’agrée). On peut se faire une idée de ce banquet grâce au récit suivant : Ali (qu’Allah l’agrée) apporta de l’orge après avoir mis l’une de ses armures en gage auprès d’un Juif. [Tabaqât, 8/23] Il n’est nullement difficile d’imaginer, à partir de ce récit, quel fut le repas de leur nuit nuptiale.

Cependant, les Banû ‘Abd al-Muttalib organisèrent à l’occasion de ce mariage un banquet si somptueux qu’ils n’en auraient jamais célébré de semblable auparavant. Selon les récits des Sahîhayn et d’al-Isâbah, Hamza (qu’Allah l’agrée), qui était l’oncle de Muhammad (qu’Allah lui accorde Ses bénédictions et Sa paix) et d’Ali, égorgea deux chameaux âgés et en fit manger les proches et les membres de la famille. [Tarâjim Bayt an-Nubuwwah, 607]

Une fois les formalités du mariage achevées, les proches et les invités présents prirent congé l’un après l’autre, après avoir souhaité bonheur et prospérité aux nouveaux époux. Le Messager appela Umm Salama (qu’Allah l’agrée) et lui demanda d’accompagner la mariée chez Ali. Il leur dit également d’y attendre son arrivée à lui, le Messager d’Allah, qu’Allah lui accorde Ses bénédictions et Sa paix.

Bilal (qu’Allah l’agrée) fit l’appel à la prière de ‘Ishâ’. Le Messager (paix et bénédictions d’Allah sur lui) dirigea la prière en assemblée dans la mosquée. Puis il se rendit chez ‘Alî (qu’Allah l’agrée). Il demanda qu’on apporte un peu d’eau. Lorsque l’eau fut apportée, il récita quelques versets du Coran et souffla dessus. Il demanda qu’une partie de cette eau soit donnée aux deux époux. Avec le reste, le Messager (paix et bénédictions d’Allah sur lui) fit ses ablutions dans un récipient placé au-dessous. Puis il aspergea de cette eau la tête de chacun d’eux. Ensuite, il se leva pour partir en récitant cette invocation : [A‘lâm an-nisâ’, 4/109] (arabe========)

« Ô Allah ! Bénis-les tous les deux. Ô Allah ! Accorde-leur à tous les deux le bien. Ô Allah ! Accorde la prospérité à leur descendance. »

Selon une autre narration, au moment de partir, il dit à sa fille : « Fâtima ! Je n’ai commis aucune négligence en te mariant au meilleur membre de ma famille. » [Ṭabaqât, 8/15, 28]

Fâtima ne put retenir ses larmes. Son père resta silencieux pendant quelque temps. Puis, afin d’alléger l’atmosphère, il dit à sa fille avec une profonde émotion : « Je te confie à l’homme qui possède la foi la plus solide, la connaissance la plus vaste, la meilleure moralité et les sentiments les plus nobles. » [Tarâjimu sayyidât bayt an-nubuwwah, 608]

Face à la dure réalité de la pauvreté

Dans la maison conjugale où Fâtima se rendit depuis la demeure de son père, il n’y avait aucune abondance. Il serait plutôt juste de dire que ce qui s’y trouvait relevait de la dure réalité de la pauvreté. À cet égard, la situation financière des maris de ses autres sœurs était comparativement bien meilleure. Zaynab épousa Abû al-‘Âs (qu’Allah l’agrée). Quant à ses deux autres sœurs, elles épousèrent les deux fils de ‘Abd al-‘Uzzâ ibn ‘Abd al-Muttalib, un homme très riche de La Mecque. Après leur séparation en raison de l’islam, chacune d’elles épousa successivement ‘Uthmân ibn ‘Affân (qu’Allah l’agrée). Or ‘Uthmân (qu’Allah l’agrée) était un homme fortuné. Comparé à eux, ‘Alî (qu’Allah l’agrée) était un homme extrêmement pauvre. Il ne possédait rien qu’il eût acquis lui-même et n’avait rien reçu non plus par héritage. Son père était l’homme le plus honorable de La Mecque, mais il ne possédait pas une grande richesse. Il avait en outre beaucoup d’enfants. Aussi, afin d’alléger sa charge, Muhammad (paix et bénédictions d’Allah sur lui) et son oncle ‘Abbâs assumèrent la responsabilité d’élever deux de ses fils. C’est ainsi que ‘Alî (qu’Allah l’agrée) fut rattaché à la famille de Muhammad (paix et bénédictions d’Allah sur lui).

Une question peut se poser ici : pourquoi un jeune homme intelligent, issu d’une noble famille de La Mecque comme ‘Alî (qu’Allah l’agrée), demeura-t-il dans une pauvreté aussi extrême ? La réponse se trouve dans la vie même de ‘Alî (qu’Allah l’agrée). Muhammad (paix et bénédictions d’Allah sur lui) devint Messager. Parmi les adolescents, ‘Alî (qu’Allah l’agrée) fut le premier à croire en lui. Selon le récit d’Ibn Ishâq, il avait alors dix ans. [Ibid., 612] À partir de ce moment, il fut lié à la vie du Prophète Muhammad (paix et bénédictions d’Allah sur lui). Alors que le Prophète (paix et bénédictions d’Allah sur lui) affrontait les réalités les plus difficiles, où ‘Alî (qu’Allah l’agrée), dont la vie avait commencé de cette manière, aurait-il trouvé l’occasion de s’engager dans une activité professionnelle ? Plusieurs années furent consacrées à lutter contre les Qurayshites de La Mecque. Il se rendit à Médine les mains complètement vides. Là, dans un nouvel endroit, il s’engagea d’une nouvelle manière dans l’œuvre de prédication. Entre-temps, la bataille de Badr survint. Il partit au combat. Après la bataille, le Messager (paix et bénédictions d’Allah sur lui) lui donna une armure comme part du butin. Ce fut la première fois qu’il devint propriétaire d’un bien.

Fâtima savait que ‘Alî (qu’Allah l’agrée) était un homme extrêmement pauvre. Ainsi, si le récit d’al-Balâdhurî est authentique, lorsque le Messager (paix et bénédictions d’Allah sur lui) lui parla de la demande en mariage de ‘Alî, Fâtima mentionna la pauvreté de ce dernier. Le Messager lui répondit :

« Il sera un dirigeant ici-bas et, dans l’au-delà, il sera l’un des hommes véridiques. Parmi les Compagnons, il est le plus savant. Il est également très perspicace. De plus, il a été le premier à embrasser l’islam. » [Même source ; Hayât as-Sahâba, 3/256]

Ce récit peut également être authentique. En effet, il n’est nullement étonnant que la pauvreté et le dénuement soient pris en considération à un tel moment du mariage.

Fâtima (qu’Allah l’agrée) entra au foyer conjugal à l’âge de dix-huit ans. Tous les historiens ont rapporté que ce foyer ne possédait absolument aucune richesse ni aucun bien. Elle y trouva un coussin de cuir rempli de fibres de palmier, une couche, une paire de meules, deux outres, deux récipients pour l’eau ainsi que du parfum et des fragrances. En raison de sa pauvreté, son mari ne pouvait lui fournir aucun serviteur ni aucune servante pour l’aider dans les tâches domestiques ou pour accomplir les travaux les plus pénibles. Fâtima (qu’Allah l’agrée) accomplissait seule toutes sortes de tâches. À force de faire tourner la meule, ses mains se couvrirent de callosités ; à force de transporter des outres remplies d’eau, son dos se marqua ; et à force de balayer la maison, ses vêtements se salissaient. [Tabakât, 8/159 ; Al-Isâba, 4/450] ‘Alî (qu’Allah l’agrée) ne pouvait accepter de la voir ainsi travailler. Mais il ne pouvait pas faire grand-chose. Dans la mesure du possible, il l’aidait lui-même dans ses tâches. Il veillait constamment à la santé de Fâtima, car les diverses épreuves qu’elle avait subies durant la période mecquoise et la malnutrition dont elle avait souffert l’avaient laissée très affaiblie. À force de travailler ainsi tous les deux, à l’intérieur comme à l’extérieur, ils finirent par être très fatigués. Un jour, ‘Alî (qu’Allah l’agrée) dit à sa mère, Fâtima bint Asad ibn Hâshim : « Aide la fille du Messager d’Allah (paix et bénédiction d’Allah sur lui) à aller chercher l’eau et à accomplir les autres tâches extérieures ; en retour, Fâtima t’aidera à moudre le blé et à faire le pain à la maison. » À cette époque, le père de Fâtima, le Messager d’Allah (paix et bénédiction d’Allah sur lui), revint à Médine d’une expédition, victorieux, avec un important butin de guerre et des prisonniers. Un jour, ‘Alî (qu’Allah l’agrée) dit : « Fâtima ! Je suis profondément peiné de te voir souffrir ainsi. Allah, exalté soit-Il, nous a accordé plusieurs prisonniers de guerre. Si tu allais auprès de ton père lui demander un esclave prisonnier pour te servir ? » Fâtima, épuisée, tout en écartant la meule qui se trouvait devant elle, répondit : « J’irai, si Allah le veut. » Puis, après s’être reposée un peu dans la cour de la maison, elle se couvrit le corps et la tête d’un voile et se dirigea à pas lents vers la demeure paternelle. En la voyant, son père lui demanda d’une voix douce : « Ma fille, pourquoi es-tu venue ? » Fâtima répondit : « Je suis venue vous saluer. » Par pudeur, elle ne put lui exprimer ce qu’elle avait dans le cœur. Elle retourna chez elle et raconta cela à son mari. ‘Alî (qu’Allah l’agrée) accompagna alors Fâtima auprès du Messager d’Allah (paix et bénédiction d’Allah sur lui). Devant son père, Fâtima baissa pudiquement les yeux et lui exposa cette fois son besoin. Son père lui dit : « Par Allah, je ne vous donnerai pas même un seul esclave. Les gens d’As-Suffa souffrent terriblement de la faim. Je ne parviens à rien faire pour eux. Je vendrai ces biens et consacrerai leur prix à leurs besoins. »

Après avoir entendu cela, les deux époux remercièrent leur père et retournèrent chez eux. Mais le père aimant ne put rester parfaitement en paix après les avoir renvoyés les mains vides. Toute la journée, le visage de sa fille bien-aimée, épuisée par le travail, resta présent dans son esprit.

Le soir arriva. Il faisait également un froid intense. ‘Alî et Fâtima tentaient de dormir, allongés sur une couche dure. Mais pouvait-on dormir par un froid pareil ? C’est alors qu’on frappa à la porte. Dès qu’ils l’ouvrirent, ils virent leur père, Muhammad al-Mustafâ (paix et bénédiction d’Allah sur lui), debout devant eux. Il constata que, dans ce froid rigoureux, la couverture dont les époux se couvraient pour essayer de dormir était si petite qu’ils ne pouvaient y rester tous deux qu’en se recroquevillant. Lorsqu’ils la tiraient vers la tête, leurs pieds en sortaient ; lorsqu’ils la ramenaient vers les pieds, leur tête n’était plus couverte. Ils s’empressèrent d’accueillir ce noble visiteur. Il leur dit de ne pas se déranger et de rester dans la position où ils se trouvaient. Il comprit profondément leur situation, avec tout son cœur, puis leur dit d’une voix douce : « Voulez-vous que je vous enseigne quelque chose de meilleur que ce que vous m’avez demandé ? »

Tous deux s’écrièrent en même temps : « Enseignez-le-nous, ô Messager d’Allah ! »

Il dit : « Jibrîl m’a enseigné ces paroles : après chaque prière, vous direz tous deux dix fois : Subhân Allah, dix fois : Al-hamdulillâh, et dix fois : Allâhu akbar. Et, la nuit, lorsque vous irez vous coucher, vous direz trente-trois fois : Subhân Allah, trente-trois fois : Al-hamdulillâh, et trente-quatre fois : Allâhu akbar. » Après avoir dit cela, il partit rapidement, les laissant seuls. [Ce hadith est rapporté dans Sahîh al-Bukhârî et Sahîh Muslim. Voir également Tabakât, 8/25 ; A‘lâm an-nisâ’, 4/111.]

Même un tiers de siècle après cet événement, on entendit l’imam ‘Alî (qu’Allah l’agrée) évoquer ces paroles que le Messager d’Allah (paix et bénédiction d’Allah sur lui) lui avait enseignées. Il disait : « On entendit évoquer ces paroles que le Messager d’Allah (paix et bénédiction d’Allah sur lui) avait enseignées. » Il disait : « Depuis que le Messager d’Allah (paix et bénédiction d’Allah sur lui) nous a enseigné ces paroles, je ne les ai pas délaissées un seul jour jusqu’à aujourd’hui. » Un Irakien lui demanda un jour : « Même durant la nuit terrible de la bataille de Siffîn ? » Il répondit avec insistance : « Même durant la nuit de Siffîn. » [Sahîh Muslim ; Ad-du‘â, vol. 4, hadith n° 2091 ; Tabakât, 8/19]

On peut mentionner à ce propos un autre événement. Un jour, Ali (r.a.) se trouva dans une grande pauvreté et une profonde détresse. Il dit à son épouse Fâtima (r.a.) : « Il serait bon que tu ailles auprès du Prophète (s.a.s.) lui demander quelque chose et que tu nous le rapportes. » Fâtima (r.a.) y alla. Umm Ayman (r.a.) se trouvait alors auprès du Prophète (s.a.s.). Fâtima frappa à la porte. Le Prophète (s.a.s.) dit à Umm Ayman : « C’est certainement Fâtima qui frappe de la main. Elle est venue nous voir à un moment où elle n’a pas l’habitude de venir. » Fâtima (r.a.) entra et dit : « Ô Messager d’Allah ! La nourriture des anges consiste en tasbîh, tahlîl et tahmîd. Mais qu’en est-il de notre nourriture ? » Il répondit : « Par Celui qui m’a envoyé avec la vérité, le feu ne brûle pas depuis trente jours dans la cuisine de la famille de Muhammad. Des chèvres viennent de m’être apportées ; si tu le souhaites, je peux t’en donner cinq. Et si tu le préfères, je peux, à la place, t’enseigner cinq paroles que Jibrîl m’a enseignées. »

Fâtima (r.a.) dit : « Enseignez-moi plutôt ces cinq paroles que Jibrîl vous a enseignées. » Le Prophète (s.a.s.) dit : « Dis : (ARABE========) »

Après avoir appris ces cinq paroles, Fâtima (r.a.) retourna auprès de Ali (r.a.). En la voyant, Ali (r.a.) lui demanda : « Quelles nouvelles ? » Fâtima répondit : « Je suis partie de chez toi dans l’espoir d’obtenir les biens de ce monde, mais je reviens avec ceux de l’au-delà. » Ali (r.a.) dit : « Ce jour est le meilleur de toute ta vie. » (Kanz al-‘Ummâl-1/302 ; Hayât as-Sahâba-1/43)

De petites querelles conjugales

Depuis son adolescence, dès qu’elle eut acquis quelque intelligence et discernement, et jusqu’à ce qu’elle atteigne cet âge de la vie, Fâtima ne sut jamais ce qu’étaient les plaisirs et les réjouissances. Que son père fût près d’elle ou loin d’elle, elle ne connut jamais la joie et les divertissements ; son inquiétude et son anxiété à son sujet ne connaissaient jamais de fin. Lorsqu’il partait à la guerre, elles étaient encore cent fois plus grandes. En outre, à force de protéger son père depuis son enfance, elle avait elle-même développé un esprit combatif. Aussi, dès qu’elle en avait l’occasion, se précipitait-elle sur le champ de bataille. Lors de la bataille d’Uhud, on la vit donc bander les blessés, appliquer des remèdes sur leurs plaies et donner de l’eau aux martyrs à l’agonie. Lorsqu’elle était à la maison, elle désirait de son mari une attitude tendre et pleine d’affection. Mais, au regard de l’histoire de la vie de Ali (r.a.), quelle place y avait-il pour cette douceur ? Toute sa vie n’était qu’une lutte rude et éprouvante ; il n’était donc pas étonnant qu’il y eût en lui une certaine rudesse. Ainsi, leurs relations s’envenimaient parfois. La nouvelle en parvenait aussi aux oreilles du père. Il accourait et, avec patience, les réconciliait tous les deux.

Il est rapporté qu’un jour, au soir, on vit le Messager (s.a.s.) se diriger d’un pas pressé vers la maison de sa fille, l’inquiétude et l’anxiété se lisant sur son visage. Quelque temps plus tard, lorsqu’il en sortit, il paraissait très heureux. Les nobles Compagnons dirent : « Ô Messager d’Allah ! Nous vous avons vu entrer dans un état, et vous voilà maintenant sortir joyeux et souriant ! »

Il répondit : « Comment ne serais-je pas heureux d’avoir réconcilié les deux personnes qui me sont les plus chères ? » (Tabaqât-8/499 ; al-Isâba-4/368 ; A‘lâm an-Nisâ’-4/11)

Une autre fois, Fâtima (r.a.) fut peinée par la rudesse de Ali (r.a.). Elle dit : « Je vais me plaindre auprès du Messager d’Allah (s.a.s.). » Sur ces mots, elle sortit de la maison. Ali (r.a.) la suivit. Fâtima expliqua à son père la raison de son ressentiment envers son mari, et le noble père la réconforta en lui parlant avec beaucoup de douceur. Alors qu’Ali (r.a.) retournait chez lui avec son épouse, il dit : « Par Allah ! Je ne ferai plus jamais rien qui puisse te mécontenter. » (Tabaqât-8/26 ; al-Isâba-4/368)

L’intention de ‘Alî de contracter un second mariage du vivant de Fâtima

Même si Fâtima (qu’Allah l’agrée) ne le souhaitait pas, certains événements se produisaient qui la bouleversaient profondément. Fâtima ne pouvait absolument pas accepter que son mari épouse une autre femme et l’installe dans leur foyer comme coépouse. ‘Alî (qu’Allah l’agrée) envisagea de contracter un autre mariage. Il raisonna simplement : selon la loi de la Sharî‘a, il est permis de contracter un autre mariage. De même qu’il est permis aux autres musulmanes d’avoir quatre épouses à la fois, il n’y avait donc aucun mal à faire entrer une autre épouse dans le foyer de la fille du Prophète (paix et salut sur lui). Il pensa que Fâtima ne lui en voudrait pas particulièrement pour cela, puisque son propre foyer paternel en offrait un précédent. ‘Â’isha, Hafsa et Umm Salama (qu’Allah les agrée) vivaient bien ensemble. En outre, lorsqu’une femme de Banû Makhzûm commit un vol, ses proches demandèrent au Messager d’Allah (paix et salut sur lui), par l’intermédiaire d’Usâma ibn Zayd, que sa peine soit remise. Le Messager (paix et salut sur lui) dit alors : « Intercèdes-tu pour abolir une peine prescrite par Allah ? » Puis il prononça un discours à l’adresse des personnes présentes. Il y dit : « De nombreuses nations qui vous ont précédés furent détruites parce que, lorsqu’un personnage honorable parmi eux commettait un vol, ils le laissaient impuni ; mais lorsqu’un faible commettait un vol, ils lui appliquaient le hadd, c’est-à-dire la peine prescrite. Par Allah ! Même si Fâtima, la fille de Muhammad, commettait un vol, je lui couperais la main. » [Sahîh al-Bukhârî : al-Anbiyâ’ ; Muslim : al-Hudûd ; Tarâjim Sayyidât Bayt an-Nubuwwa, p. 618] Par ces paroles, ‘Alî parvint à la conclusion que Fâtima n’était, elle aussi, qu’une musulmane parmi les autres.

C’est sur la base d’un tel raisonnement simpliste que ‘Alî (qu’Allah l’agrée) envisagea un autre mariage, mais il n’avait même pas imaginé que ses conséquences seraient si graves. Dès qu’il fut connu qu’il allait envoyer une demande en mariage à la fille de ‘Amr ibn Hishâm ibn al-Mughîra al-Makhzûmî, Fâtima éclata de colère et d’indignation. Le Messager (paix et salut sur lui) se mit lui aussi en colère. Dès que Fâtima apprit que ‘Alî avait demandé en mariage la fille de ‘Amr ibn Hishâm, c’est-à-dire d’Abû Jahl, elle se précipita chez son père et lui dit sur un ton de reproche : « Les gens de votre communauté pensent que vous ne vous mettez pas en colère même lorsque les intérêts de votre fille sont lésés. Or voici que ‘Alî épouse maintenant la fille d’Abû Jahl. » [Nasâ’ih Mubashsharât bi-l-Janna, p. 215]

En réalité, en entendant ces paroles, le Messager (paix et salut sur lui) fut extrêmement irrité. Mais la question était assez complexe, car elle impliquait aussi le droit de ‘Alî (qu’Allah l’agrée). Même en gardant Fâtima, ‘Alî pouvait contracter plusieurs autres mariages ; Allah lui avait accordé ce droit. Comment le Messager (paix et salut sur lui) aurait-il pu s’y opposer ? D’un autre côté, l’idée de devoir faire entrer sa fille, morceau de son cœur, dans le foyer d’une coépouse était également très douloureuse. Le problème comportait donc un autre aspect : la femme que ‘Alî avait demandée en mariage était la fille d’Abû Jahl, ‘Amr ibn Hishâm. La fille du Messager d’Allah et la fille de l’ennemi d’Allah pouvaient-elles vivre ensemble dans la maison de ‘Alî, en tant que ses épouses ?

C’était cet Abû Jahl dont l’hostilité abjecte envers l’islam et les persécutions impitoyables infligées au Prophète (paix et salut sur lui) et aux musulmans n’avaient pas encore disparu de la mémoire du Prophète (paix et salut sur lui) et des musulmans. Un jour, cet ennemi d’Allah avait dit aux Qurayshites : « Ô gens de la tribu de Quraysh ! Vous voyez que cet homme, Muhammad, ne cessera pas de dénigrer nos divinités, d’insulter nos ancêtres et de traiter nos hommes intelligents d’idiots et d’insensés. Je jure par Allah que demain je m’assiérai avec une grosse pierre que je serai capable de porter. Dès qu’il se prosternera, je lui fracasserai la tête avec cette pierre. Ensuite, vous pourrez me livrer aux Banû ‘Abd Manâf ou me protéger contre eux, comme bon vous semblera. » [Ibn Hishâm, as-Sîra, 1/319 ; Tarâjim Sayyidât Bayt an-Nubuwwa, p. 619]

Lors des assemblées des Qurayshites, il se moquait du Prophète Muhammad (paix et salut sur lui) en disant : « Ô gens de la tribu de Quraysh ! Muhammad prétend que les soldats d’Allah qui vous châtieront et vous retiendront en enfer ne sont qu’au nombre de dix-neuf. Vous êtes pourtant bien plus nombreux qu’eux. Cent d’entre vous ne pourraient-ils pas en tenir un seul en échec ? » C’est alors que fut révélé ce verset du Coran :

« J’ai fait des anges les gardiens de l’Enfer, et Je n’ai mentionné leur nombre que pour éprouver les mécréants. » [Ibn Hishâm, as-Sîra, 1/333, 335]

C’était cet Abû Jahl qui, lorsque Akhnas ibn Murayq lui demanda ce qu’il avait entendu du Coran, lui répondit : « Qu’as-tu entendu ? Nous, les Banû ‘Abd Manâf et nous-mêmes, nous sommes disputé la primauté. Ils nourrissaient les gens, et nous les nourrissions aussi. Ils prenaient en charge les affaires des gens, et nous les prenions aussi en charge. Ils faisaient des dons aux gens, et nous en faisions aussi. Ainsi, lorsque nous sommes devenus égaux, comme deux chevaux dans une course, ils ont dit : “Il y a parmi nous un prophète auquel la révélation descend du ciel.” Comment pourrions-nous jamais obtenir cette distinction ? Par Allah ! Jamais je ne croirai en lui ni ne le tiendrai pour véridique. » [Tarâjim Sayyidât Bayt an-Nubuwwa, p. 620]

C’était cet Abou Jahl qui, dès qu’il apprenait qu’une personne honorable avait embrassé l’islam, la terrorisait, l’abaissait et l’humiliait. Il disait : « Tu as abandonné ton père, qui était meilleur que toi ? Nous ferons passer ton intelligence pour de la stupidité, nous établirons que tes opinions et tes décisions sont pleines d’erreurs, et nous réduirons ton honneur et ta dignité à néant. »

Et si un commerçant embrassait l’islam, il lui disait : « Par Allah ! Nous ruinerons ton commerce et nous dilapiderons tes biens. » Et si le nouveau musulman était faible, il lui infligeait des sévices corporels pour le contraindre à abandonner l’islam.

C’était cet Abou Jahl qui, pendant le blocus de la vallée d’Abou Tâlib à La Mecque, avait empêché Hakîm ibn Hizâm ibn Khuwaylid d’apporter un peu de nourriture à sa tante Khadîja (qu’Allah l’agrée). Ce maudit lui barra le chemin et lui dit : « Tu apportes de la nourriture aux Banû Hâshim ? Par Allah ! Tu ne partiras pas avec cette nourriture. Viens à La Mecque, je t’humilierai. » Il refusa de lui laisser le passage. Ce jour-là, les deux hommes se battirent violemment. C’est dans ce contexte que furent révélés les versets suivants : [sourate Ad-Dukhân, 43-46 ; Ibn Hichâm, As-Sîra, 2/22, 126, 132]

« Certes, l’arbre de Zaqqoum est la nourriture du pécheur. Il bouillonnera dans leurs ventres comme du cuivre fondu, comme de l’eau bouillante. »

Cet Abou Jahl rencontra à La Mecque une délégation chrétienne venue de Najrân. Elle était venue à La Mecque après avoir appris que Muhammad (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui) avait reçu la mission prophétique, afin d’obtenir davantage d’informations à son sujet. Après l’avoir rencontré et avoir entendu ses paroles, ses membres crurent. Dès qu’ils sortirent de l’assemblée du Messager d’Allah (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui), Abou Jahl se plaça devant eux et leur dit :

« Qu’Allah fasse échouer votre caravane ! Ceux de votre religion que vous avez laissés derrière vous vous avaient envoyés pour recueillir des informations sur cet homme. À peine vous êtes-vous assis quelque temps auprès de lui que vous avez abandonné votre religion et cru en lui ? Je ne connais aucune caravane plus stupide que la vôtre. » [Ibn Hichâm, ouvrage précité]

Peu avant l’émigration du Messager d’Allah (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui) vers Médine, cet Abou Jahl avait dit aux Quraychites de choisir dans chaque clan de Quraych un jeune homme courageux, habile et rusé, puis de remettre à chacun une épée tranchante. Ensuite, ils attaqueraient Muhammad tous ensemble et le tueraient d’un seul coup, comme un seul homme. Ainsi, la responsabilité de son sang incomberait équitablement à tous les clans de Quraych. [At-Tabaqât, 2/15, 17]

La nuit, le Messager d’Allah (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui) émigra vers Médine. Le lendemain matin, les Quraychites partirent à sa recherche. Abou Jahl était parmi eux. Ils se tinrent devant la porte de la maison d’Abou Bakr (qu’Allah l’agrée) et commencèrent à appeler à grands cris. Sa fille, Asmâ’ (qu’Allah l’agrée), sortit. Ils lui demandèrent : « Où est ton père ? » Elle répondit : « Par Allah ! Je ne sais pas où est mon père. » Alors Abou Jahl, incarnation de toute obscénité et de toute mauvaise action, leva la main et lui asséna une gifle retentissante sur la joue. La boucle d’oreille d’Asmâ’ vola au loin.

À Badr, alors que les deux camps se préparaient à engager le combat, l’armée qurayshite envoya un homme recueillir des informations sur le nombre et la puissance de l’armée ennemie. À son retour, il les mit en garde contre l’issue du combat. Hakîm ibn Hizâm ibn Khuwaylid se rendit auprès de ‘Utba ibn Rabî‘a et lui demanda de retourner avec ses hommes. ‘Utba manifesta sa réticence et l’envoya auprès d’Abû Jahl. Mais Abû Jahl ne voulut rien entendre des paroles de Hakîm, si ce n’est l’engagement dans le combat.

C’est ce même Abû Jahl qui faisait partie des sept infidèles endurcis contre lesquels le Messager (sallallahu ‘alayhi wa sallam) prononça une malédiction le jour de Badr. Il fut tué au cours de cette bataille en tant qu’infidèle maudit. Lorsque sa tête, après avoir été tranchée, fut apportée devant le Messager d’Allah (sallallahu ‘alayhi wa sallam), celui-ci loua Allah. [Référence précitée ; Tarâjimu Sayyidâti Bayt an-Nubuwwah, 612] Le Messager (sallallahu ‘alayhi wa sallam) garda auprès de lui le chameau d’Abû Jahl. Quatre ans plus tard, lorsqu’il se dirigea vers La Mecque pour accomplir la ‘umra, il emmena ce chameau avec lui comme bête sacrificielle. En chemin, les Quraysh l’empêchèrent d’avancer à Hudaybiyya, où il sacrifia le chameau. [Tabaqât, 2/69]

La fille d’un tel ennemi de l’islam pouvait-elle devenir la coépouse de Fâtima, la fille du Messager d’Allah (sallallahu ‘alayhi wa sallam) ? C’est pourquoi Allah et Son Messager (sallallahu ‘alayhi wa sallam) refusèrent cette demande. Le Messager (sallallahu ‘alayhi wa sallam), en colère, sortit de chez lui, se dirigea vers la mosquée et monta directement sur le minbar. Puis il prononça devant l’assemblée présente le discours suivant :

« Les Banû Hishâm ibn al-Mughîra me demandent la permission de marier leur fille à ‘Alî. Je ne leur donnerai pas cette permission. Je ne leur donnerai pas cette permission. Je ne leur donnerai pas cette permission. Toutefois, si ‘Alî le souhaite, il peut divorcer d’avec ma fille et épouser leur fille. En effet, ma fille est comme une partie de mon corps. Ce qui la trouble me trouble également, et ce qui lui fait du mal me fait également du mal. Je crains d’être éprouvé dans sa religion. »

Il évoqua ensuite son gendre Abû al-‘Âs. Il fit l’éloge de leur lien de parenté par alliance et dit :

« Il m’a donné sa parole et s’est montré véridique. Il s’est engagé envers moi et a tenu son engagement. Je ne peux pas rendre illicite ce qui est licite, ni rendre licite ce qui est illicite. Toutefois, la fille du Messager d’Allah et la fille de l’ennemi d’Allah ne pourront jamais cohabiter. » [Ce hadith a été rapporté dans presque tous les recueils de hadith, notamment Sahîh al-Bukhârî, Sahîh Muslim, Sunan Abî Dâwûd, Sunan Ibn Mâja, Sunan at-Tirmidhî et Musnad Ahmad (6/326, 328).]

‘Alî (qu’Allah l’agrée) se trouvait dans la mosquée. Assis en silence, il écouta les paroles de son beau-père. Puis il sortit de la mosquée et prit lentement le chemin de la maison. Lorsqu’il arriva enfin chez lui, Fâtima, accablée de chagrin et de douleur, y était assise. ‘Alî (qu’Allah l’agrée) s’assit doucement à ses côtés. Il resta longtemps silencieux, comme s’il ne parvenait pas à décider ce qu’il allait dire. Lorsqu’il vit Fâtima pleurer, il lui dit doucement, d’un ton implorant :

« Fâtima ! Je me suis trompé au sujet de ton droit. Des personnes comme toi savent pardonner. » Un long moment s’écoula sans que Fâtima ne répondît. Puis elle dit finalement : « Qu’Allah vous pardonne. » ‘Alî (qu’Allah l’agrée) se sentit alors quelque peu soulagé. Il lui raconta ensuite tout ce qui s’était passé dans la mosquée. Il lui dit également que le Messager (sallallahu ‘alayhi wa sallam) avait déclaré que la fille du Messager d’Allah et la fille de l’ennemi d’Allah ne pourraient jamais cohabiter. Les yeux de Fâtima se remplirent de larmes. Puis elle se leva pour prier. [Tarâjimu Sayyidâti Bayt an-Nubuwwah, 624]

Quand cet épisode concernant l’intention de contracter un second mariage a-t-il eu lieu ?

Une question demeure ici : quand ‘Alî (qu’Allah l’agrée) a-t-il eu l’intention de contracter ce second mariage ? Bien que l’important sermon susmentionné du Messager d’Allah (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui) soit rapporté dans les ouvrages d’histoire et de sîra, personne n’en a précisé la date. Pourtant, il s’agissait d’un événement extrêmement important pour la vie du Prophète (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui) et pour sa famille. C’est pourquoi certains spécialistes, après diverses analyses et réflexions, sont parvenus à la conclusion qu’il s’agissait d’un événement survenu au début de la vie conjugale de ‘Alî et Fâtima (qu’Allah les agrée). Plus précisément, il aurait peut-être eu lieu durant la deuxième année de l’hégire, avant la naissance de leur premier enfant, Hasan, au cours de la troisième année. Il ne s’agit toutefois que d’une opinion fondée sur des conjectures ; aucun document ni témoignage narratif ne l’étaye. [Référence précitée]

La naissance de Hasan et Husayn

Les nuages qui s’étaient amoncelés dans la vie de ‘Alî et Fâtima (qu’Allah les agrée) se dissipèrent, et ils sortirent victorieux d’une dure épreuve de la vie. Leur foyer, marqué par la pauvreté et les difficultés, se remplit de nouveau d’amour, d’affection et de compassion. C’est alors que, durant la troisième année de l’hégire, naquit leur premier enfant, Hasan. Le Prophète, père de Fâtima (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui), en reçut la bonne nouvelle. Il accourut aussitôt, prit dans ses deux mains l’enfant nouveau-né de sa fille bien-aimée Fâtima, lui récita l’adhân à l’oreille et se mit à l’examiner attentivement, dans les moindres détails. Toute Médine semblait plongée dans les réjouissances. Le Messager (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui) fit raser la tête de son petit-fils Hasan et distribua aux pauvres et aux nécessiteux une quantité d’argent équivalant au poids de ses cheveux en argent. Alors que Hasan n’avait guère plus d’un an, Fâtima (qu’Allah l’agrée) donna, au mois de Sha‘bân de la quatrième année de l’hégire, un autre enfant. Cet enfant fut Husayn. [Sahîh al-Bukhârî, Kitâb al-Manâqib ; Muslim, al-Fadâ’il]

Il existe une divergence concernant le nom de cette fille d’Abû Jahl. Selon l’opinion la plus répandue, elle s’appelait « Juwayriya ». Elle est également appelée al-‘Awrâ’, al-Hanqâ’, Jahdam et Jamîla. Après avoir embrassé l’islam, elle prêta serment d’allégeance au Messager d’Allah (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui) et conserva en mémoire certains de ses hadiths. [A‘lâm al-Nisâ’, 4/112 ; note n° 1]

‘Alî (qu’Allah l’agrée) retira sa demande en mariage, et ‘Uttâb ibn Usayd épousa la fille d’Abû Jahl.

Après cet événement, Fâtima (qu’Allah l’agrée) demeura l’unique épouse de ‘Alî (qu’Allah l’agrée) jusqu’au dernier jour de sa vie. Il ne prit pas de seconde épouse jusqu’à la mort de Fâtima (qu’Allah l’agrée). Fâtima fut la mère de quatre enfants : Hasan, Husayn, Umm Kulthûm et Zaynab. Elle berçait le jeune Hasan sur ses deux mains en récitant le vers suivant : [Référence précitée, 4/113] (Arabe=======)

« Mon enfant ressemble au Prophète, et non à ‘Alî. »

La tendresse et l’affection du Messager d’Allah (s.a.w.) envers Hasan et Husayn

Ces deux petits-fils très aimés du noble Messager d’Allah (s.a.w.) apportaient la sérénité à son cœur et remplissaient également les deux bras de leur mère, az-Zahra. Après le décès de Khadija (qu’Allah l’agrée), le Messager (s.a.w.) accorda à plusieurs femmes le statut d’épouses, mais aucune d’elles ne put lui donner d’enfant. Le manque d’un fils qu’il ressentait fut comblé lorsqu’il eut ces deux petits-fils. Il acquit la certitude que, par leur intermédiaire, sa descendance pourrait subsister sur cette terre. C’est pourquoi son affection paternelle se porta également sur eux. Il n’est donc pas étonnant qu’il les ait tous deux appelés ses fils. Il est rapporté d’Anas ibn Malik que le Messager (s.a.w.) disait à Fatima (qu’Allah l’agrée) : « Appelle mes deux fils. » Lorsqu’ils s’approchaient, il respirait le parfum de leur corps et les étreignait. [Tarajimu Sayyidati Bayt an-Nubuwwah, p. 626] Le vénérable Usama ibn Zayd (qu’Allah l’agrée) a dit : « Un jour, pour une affaire quelconque, je frappai à la porte de la maison du Messager d’Allah (s.a.w.). Il sortit en enveloppant quelque chose dans son manteau. Je ne compris pas ce qui était enveloppé dans ce manteau. Lorsque j’eus terminé mon affaire, je demandai : “Ô Messager d’Allah ! Qu’avez-vous enveloppé dans votre manteau ?”

Lorsqu’il écarta le manteau, je vis Hasan et Husayn. Puis il dit : « Ceux-ci sont tous deux mon fils et ma fille. Ô Allah ! Je les aime tous deux ; aime-les donc, Toi aussi, et aime également ceux qui les aiment. » [Siyar A‘lam an-Nubala’, 3/251]

Allah, Seigneur des mondes, a accordé une immense grâce à Fatima az-Zahra. Par son intermédiaire, Il a préservé la descendance de Son bien-aimé Prophète Mustafa (s.a.w.). De même, en faisant naître de l’union d’Ali (qu’Allah l’agrée) la descendance du dernier Prophète, Allah l’a également honoré d’une dignité et d’un rang éternels. Par les liens du sang, Ali (qu’Allah l’agrée) était le gendre le plus proche du Messager d’Allah (s.a.w.). Un sang hachémite pur coulait dans ses veines. La généalogie du Messager (s.a.w.) et celle d’Ali (qu’Allah l’agrée) se rejoignaient en Abd al-Muttalib. Tous deux étaient ses descendants. Par la suite, Muhammad (s.a.w.) éleva avec une affection paternelle Ali, le fils de cet oncle paternel qui lui était semblable à un père, puis lui confia sa fille, morceau de son cœur, en mariage. Ainsi, la place et le rang d’Ali (qu’Allah l’agrée) auprès du Messager d’Allah (s.a.w.) étaient très élevés. Il est rapporté d’Ali (qu’Allah l’agrée) : « Un jour, je demandai au Messager d’Allah (s.a.w.) : “Entre Fatima et moi, lequel de nous deux vous est le plus cher ?” Il répondit : “Fatima m’est plus chère que toi, et toi, tu es à mes yeux plus honorable qu’elle.” »

Cette réponse fait clairement apparaître la place et le rang de Fatima et d’Ali (qu’Allah les agrée) auprès du Messager d’Allah (s.a.w.). C’est pourquoi, dès qu’il en trouvait l’occasion au milieu de ses innombrables occupations, il se précipitait vers la demeure de ce couple qui lui était le plus cher et prenait dans ses bras ses deux petits-fils adorés pour les caresser avec tendresse. Un jour, en se rendant chez eux, il les trouva endormis, tandis que le petit Hasan s’était mis à pleurer pour avoir à manger. Il ne voulut pas troubler leur sommeil à tous deux. Il prit Hasan dans ses bras, se rendit auprès d’une chèvre attachée dans la cour de la maison, puis la trait lui-même et fit boire son lait à Hasan, ce qui l’apaisa.

Voici encore un autre événement. Un jour, le Messager (s.a.w.) passait rapidement devant la maison de Fatima et d’Ali (qu’Allah les agrée) pour se rendre quelque part. À ce moment-là, le cri de Husayn parvint à ses oreilles. Il entra dans la maison et dit à sa fille sur un ton de reproche : « Ne sais-tu donc pas que ses pleurs me font souffrir ? » [Tarajimu Sayyidati Bayt an-Nubuwwah, p. 627]

La naissance des filles Zaynab et Umm Kulthum

Puis le nombre d’enfants de ce couple continua d’augmenter. La cinquième année de l’Hégire, Fatima (qu’Allah l’agrée) devint mère d’une première fille. Son grand-père, le Messager (s.a.w.), lui donna le nom de « Zaynab ». Il convient de préciser que l’une des sœurs germaines de Fatima portait également le nom de « Zaynab » et était décédée après l’émigration à Médine. Le souvenir de cette Zaynab demeurait présent dans le cœur de son père et de sa sœur. C’est en mémoire de cette tante maternelle que la fille de Fatima reçut ce nom. Deux ans plus tard, Fatima (qu’Allah l’agrée) devint mère d’une seconde fille. Le Messager (s.a.w.) lui donna également le nom de sa propre fille décédée, Umm Kulthum. Ainsi, par l’intermédiaire de ses filles, Fatima (qu’Allah l’agrée) conserva vivant le souvenir de ses deux sœurs décédées. Le Messager (s.a.w.) quitta ce monde pour rejoindre Allah, Seigneur des mondes, alors que ces quatre enfants de Fatima (qu’Allah l’agrée) étaient encore en vie.

Tous les enfants de Fâtima (qu’Allah l’agrée) étaient des morceaux du cœur du noble Messager d’Allah (paix et bénédiction d’Allah sur lui), mais c’est surtout en Hasan et Husayn qu’il semblait retrouver ses fils disparus. Il leur vouait donc une affection particulière. Un jour, il portait l’un d’eux sur ses épaules et se promenait au marché de Médine. Lorsque vint l’heure de la prière, il entra dans la mosquée, l’installa avec beaucoup de tendresse sur le côté, puis se leva pour diriger la prière. Cependant, il resta si longtemps prosterné que les fidèles derrière lui en furent stupéfaits. Après la prière, quelqu’un demanda : « Ô Messager d’Allah ! Vous êtes resté si longtemps prosterné que nous avons pensé qu’il était arrivé quelque chose ou qu’une révélation était descendue. » Il répondit : « Non, rien de tel ne s’est produit. En réalité, mon fils était monté sur mon dos. Je voulais qu’il puisse satisfaire son désir ; je ne me suis donc pas hâté.[]

Un jour, le Messager d’Allah (paix et bénédiction d’Allah sur lui) était assis sur la chaire et prononçait un sermon. C’est alors qu’il vit les deux frères, Hasan et Husayn, avancer en trébuchant, vêtus de vêtements rouges. Il interrompit son sermon, descendit de la chaire, les prit tous deux dans ses bras et les fit asseoir devant lui. Puis il s’adressa à l’assemblée présente en disant : « Allah a dit en toute vérité : [sourate at-Taghâbun, 15] (Arabe=========)

« Vos biens et vos enfants ne sont qu’une épreuve. »

J’ai vu cet enfant marcher et tomber. Ne pouvant supporter cette scène, j’ai interrompu mon discours et je les ai pris dans mes bras.

Un autre jour, on vit les mains du Messager d’Allah (paix et bénédiction d’Allah sur lui) posées sur les deux épaules de l’enfant Husayn, tandis que ses deux pieds reposaient sur ceux du Messager. Il le tenait fermement en lui disant : « Grimpe plus haut. » Husayn monta peu à peu et finit par poser les pieds sur la poitrine de son grand-père. Alors il lui dit : « Ouvre la bouche. » Il ouvrit la bouche. Après lui avoir embrassé la bouche, il dit : « Ô Allah ! Je l’aime et lui aussi m’aime. Aime ceux qui l’aiment. » [Muslim, al-Fadâ’il]

Un jour, le Messager d’Allah (paix et bénédiction d’Allah sur lui) se rendait quelque part avec plusieurs Compagnons pour prendre part à une invitation. En chemin, il vit Husayn jouer avec des enfants de son âge. Le Messager d’Allah tendit les deux mains et s’avança pour le saisir. Pour éviter d’être attrapé par son grand-père, l’enfant s’enfuyait tantôt d’un côté, tantôt de l’autre. Le Messager d’Allah s’avança vers lui en riant et se plaça devant lui. Finalement, il le saisit, l’assit sur l’un de ses bras, plaça l’autre main sous son menton et l’embrassa. Puis il dit : « Husayn est une partie de moi, et je suis une partie de Husayn. » [Tarâjimu sayyidât bayt an-nubuwwah, 630]

Abû Sufyân à la porte de la maison de Fâtima

Le temps passa. Les ténèbres de toute l’Arabie étaient sur le point d’être dissipées par la lumière de l’islam. Un jour, le Messager d’Allah (paix et bénédiction d’Allah sur lui) se mit à préparer l’expédition contre La Mecque. Une vaste mobilisation eut lieu à Médine. Hommes et femmes allaient tous participer à cette expédition. La nouvelle parvint à temps à La Mecque. Les cœurs des Quraychites polythéistes se mirent à trembler. Ils pensèrent que cette fois, il n’y avait plus d’échappatoire. Après mûre réflexion, ils envoyèrent Abû Sufyân ibn Harb à Médine afin de dissuader les habitants de Médine de revenir sur leur décision. En effet, sa fille Umm Habîba Ramla (qu’Allah l’agrée) avait déjà embrassé l’islam, et le Messager d’Allah (paix et bénédiction d’Allah sur lui) lui avait accordé le statut d’épouse. C’était donc par son intermédiaire que cette démarche pourrait aboutir.

ʿAlî et Fâtima décidèrent de participer à cette expédition. Un soir, avant le départ, ils se préparaient au voyage. De nombreux souvenirs surgissaient dans leur esprit. De temps à autre, ils les évoquaient. La Mecque qu’ils avaient laissée derrière eux huit ans auparavant était-elle toujours la même ? Alors, les images de sa mère Khadîdja (ra) et de son père Abû Tâlib apparaissaient dans leur mémoire. C’est dans cet état d’émotion intense que, soudain, on frappa à la porte. ʿAlî (ra) s’avança vers la porte pour voir qui pouvait être ce visiteur à une heure si tardive. Fâtima, elle aussi, regardait dans cette direction. Dès qu’ils ouvrirent la porte, ils virent Abû Sufyân ibn Harb debout devant eux. C’était ce même Abû Sufyân, porte-étendard de l’armée idolâtre de La Mecque et époux de Hind, celle qui avait ouvert la poitrine de Hamza (ra), le martyr d’Uhud, en avait arraché le foie et l’avait mâché.

Abû Sufyân se mit à leur expliquer comment et pourquoi il était venu à Médine. Il dit que les habitants de La Mecque l’avaient envoyé auprès de Muhammad (saw) afin de conclure avec lui un accord pour se protéger de son attaque. Il était entré à Médine en dissimulant son identité et s’était rendu directement chez sa propre fille, la Mère des croyants, Umm Habîba Ramlah (ra). Lorsqu’il s’apprêta à s’asseoir sur le lit du Messager d’Allah (saw), sa propre fille l’en empêcha. En effet, il était idolâtre et impur ; il n’avait pas qualité pour s’asseoir sur le lit sacré du Messager d’Allah (saw). Sa fille replia le lit. Il lui exposa sa requête, mais n’obtint aucune réponse de sa part. Abû Bakr (ra) lui réserva le même accueil. Il se rendit ensuite auprès de ʿUmar (ra). Après avoir entendu sa requête, celui-ci lui dit : « Veux-tu que j’intercède pour toi auprès du Messager d’Allah (saw) ? Par Allah ! Même si je ne trouvais rien d’autre que quelques plantes poussant sur le sol, je m’en servirais pour vous combattre. » [Ibn Hichâm, As-Sîra, 4/38]

Après avoir dit cela, Abû Sufyân resta silencieux un instant, puis, après avoir dégluti, il s’adressa à ʿAlî (ra) : « Ô ʿAlî ! Tu es le plus bienveillant de tous envers les membres de ma communauté. Je suis venu te demander une faveur. Je ne veux pas repartir de chez toi aussi désespéré que je l’ai été de chez les autres. Intercède donc pour moi auprès du Messager d’Allah (saw). »

ʿAlî (ra) répondit : « Abû Sufyân, malheur à toi ! Par Allah ! Le Messager (saw) a déjà pris une décision à ce sujet. Nous ne pouvons rien dire là-dessus. »

Abû Sufyân se tourna alors vers Fâtima, qui se tenait silencieusement à côté, et, désignant Hasan, qui venait de se réveiller sur le lit voisin et s’avançait vers sa mère, il lui dit : « Ô fille de Muhammad ! Ne pourrais-tu pas demander à ton fils de se tenir parmi les gens et de proclamer la sécurité pour les membres de sa tribu, afin de devenir pour toujours le chef de toute l’Arabie ? »

Fâtima répondit : « Mon petit garçon n’a pas encore l’âge de se tenir parmi les gens pour proclamer la sécurité de quiconque, et nul ne peut accorder la sécurité à qui que ce soit en passant outre au Messager d’Allah (saw). »

Abû Sufyân se leva pour partir, accablé. Arrivé à la porte, il s’arrêta un instant. Puis, d’une voix extrêmement douce, il dit : « Abû al-Hasan (ʿAlî) ! J’ai l’impression que la situation est devenue extrêmement difficile pour moi. Donne-moi donc un conseil. »

ʿAlî (ra) répondit : « Je ne connais aucun conseil qui puisse vous être utile. Toutefois, vous êtes le chef de la tribu de Kinâna (une branche de la tribu de Quraych). Tenez-vous vous-même au milieu de l’assemblée et demandez la sécurité. Puis retournez dans votre patrie. »

Abû Sufyân demanda : « Cela me sera-t-il utile en quoi que ce soit ? » ‘Alî resta silencieux un moment, puis répondit : « Par Allah ! Je ne le pense pas. Mais je ne vois pour vous aucune autre solution. »

Abû Sufyân repartit, décidé à suivre le conseil de ‘Alî. Quant à ce couple, il ferma la porte de sa maison et se mit à réfléchir à la puissance infinie du Très-Haut, Allah, Seigneur des mondes. Ils pensèrent à La Mecque, Umm al-Qurâ, à la Ka‘ba, aux demeures des Quraychites, et à bien d’autres choses. [Tarâjimu Sayyidâtî Bayt an-Nubuwwah, 633]

Fâtima lors de l’expédition pour la conquête de La Mecque (qu’Allah l’agrée)

Le Messager partit de Médine en direction de La Mecque, accompagné de dix mille musulmans. Huit ans auparavant, il avait quitté La Mecque pour émigrer à Médine, dans l’obscurité de la nuit, avec pour seul compagnon Abû Bakr as-Siddîq (qu’Allah l’agrée). Avec les autres membres de la famille du Prophète, Fâtima rejoignit également cette caravane afin d’être témoin de cette grande victoire et de ce retour glorieux. Huit ans auparavant, elle avait quitté La Mecque un jour avec sa sœur aînée Umm Kulthûm pour se rendre à Médine. Ses deux autres sœurs, Ruqayya et Zaynab, avaient elles aussi émigré. Mais aujourd’hui, elles ne se trouvaient pas dans cette caravane victorieuse. Elles reposaient pour toujours dans la terre de Médine et ne reviendraient plus jamais à La Mecque. Tout en se remémorant les souvenirs du passé, Fâtima avançait avec la caravane. Celle-ci finit par atteindre Marr az-Zahrân et y établit son camp. À la tombée du jour, Abû Sufyân ibn Harb, le chef de l’armée idolâtre de La Mecque, arriva au premier poste de garde. Il attendit toute la nuit devant la porte du Messager d’Allah afin de connaître sa décision au sujet des habitants de La Mecque. À l’aube, il se présenta devant le Messager d’Allah (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui) et annonça son entrée dans l’islam. Puis il repartit de là et prit directement la route de La Mecque. Arrivé à La Mecque, il se tint au sommet d’une colline et proclama à voix haute : « Ô gens de la tribu des Quraych ! Muhammad arrive avec une armée immense, telle que vous n’en avez jamais connu de pareille. Celui qui entrera dans la maison d’Abû Sufyân sera en sécurité ; celui qui fermera la porte de sa maison et y restera sera en sécurité ; et celui qui entrera dans la mosquée sera en sécurité. »

En entendant cette proclamation, les habitants de La Mecque entrèrent dans leurs maisons respectives et dans la Mosquée sacrée. À Dhû Tuwâ, le Messager, monté sur sa monture, divisa l’armée en plusieurs groupes et désigna pour chacun un chef ainsi qu’un porte-étendard. Sa‘d ibn ‘Ubâda al-Ansârî (qu’Allah l’agrée) était le porte-étendard. Il dit de nouveau à ‘Alî (qu’Allah l’agrée) : « Cet étendard avait été porté à Khaybar et lors de la bataille des Banû Qurayza par le Messager d’Allah, et lors de la bataille d’Uhud par les Émigrés. » [at-Tabaqât, II/27, 77]

Le jour de la conquête de La Mecque, le Messager (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui) y entra par la route d’Adhâkhir et descendit dans les hauteurs de la ville. Une tente fut dressée pour lui non loin de la tombe de la Mère des croyants, Khadîja (qu’Allah l’agrée). Sa fille Fâtima az-Zahrâ était également avec lui. Le jour où Fâtima (qu’Allah l’agrée) quittait La Mecque pour Médine, al-Huwayrith ibn Nuqaydh l’avait jetée de sa monture, mettant sa vie en danger. Ce souvenir assombrissait la joie qu’elle éprouvait à retrouver sa patrie après tant d’années. Le Messager, lui non plus, ne l’avait pas oublié. Après avoir divisé l’armée en plusieurs groupes et désigné un responsable pour chacun, il ordonna de les tuer même s’ils trouvaient refuge sous le voile de la Ka‘ba. Al-Huwayrith ibn Nuqaydh figurait parmi eux. La responsabilité de le tuer fut confiée à ‘Alî (qu’Allah l’agrée), l’époux de Fâtima (qu’Allah l’agrée). [Tarâjimu Sayyidâtî Bayt an-Nubuwwah, 635]

Umm Hânî bint Abî Tâlib, cousine du Messager d’Allah (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui) et épouse de Hubayra ibn Abî Wahb de La Mecque, a rapporté : « Après que le Messager d’Allah (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui) fut descendu dans les hauteurs de La Mecque, deux hommes des Banû Makhzûm, al-Hârith ibn Hishâm et Zuhayr ibn Abî Umayya ibn al-Mughîra, s’enfuirent et trouvèrent refuge dans ma maison. Mon frère ‘Alî ibn Abî Tâlib (qu’Allah l’agrée) vint me rendre visite. En les voyant, il entra dans une grande colère et jura par Allah : “Je vais absolument les tuer.” Voyant que la situation devenait critique, je fermai rapidement la porte et me précipitai auprès du Messager d’Allah (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui). À mon arrivée, je le trouvai en train de faire ses grandes ablutions avec un grand récipient d’eau, tandis que Fâtima se tenait devant lui pour le dissimuler avec un vêtement. Après ses ablutions, le Messager accomplit huit rak‘a de la prière de la matinée, puis se tourna vers moi et dit : “Umm Hânî, pourquoi es-tu venue ?” Je lui racontai ce qui s’était passé dans ma maison. Il dit : “J’accorde moi aussi ma protection à ceux auxquels tu as accordé refuge. J’accorde également ma protection à ceux auxquels tu as promis la sécurité. ‘Alî ne les tuera pas.” [Source précitée ; Sahîh Muslim : prière du voyageur]

On sait également comment se passa la première nuit de Fâtima (qu’Allah l’agrée) à La Mecque. Elle fut profondément émue. Le souvenir de sa mère bien-aimée et de ses deux sœurs, Zaynab et Ruqayya, se présentait à son esprit. Elle se remémorait la conduite cruelle que les habitants de La Mecque avaient eue envers son père, ainsi que bien des souvenirs de son enfance et de son adolescence à La Mecque. Toute la nuit, elle ne put fermer les yeux un seul instant. À l’aube, la voix de Bilâl retentit depuis la Mosquée sacrée, annonçant l’appel à la prière de l’aube. Alors que ‘Alî (qu’Allah l’agrée) se levait de son lit pour se préparer à aller prier, il lui demanda : « Mère de Hasan, tu n’as pas dormi ? » Elle répondit d’une voix profondément émue : « Je veux rester parfaitement éveillée afin de savourer ce retour victorieux. Si je m’endors, je risque de croire que toute cette affaire n’était qu’un rêve. »

Ensuite, elle se leva pour prier. Après la prière, elle dormit un peu. À son réveil, elle eut le désir de se rendre dans la maison où elle était née, cette maison qui avait été le terrain de jeu de son enfance et de sa jeunesse ainsi que de celles de son époux, Ali. Mais après leur émigration, cette maison passa sous la possession de Aqil ibn Abi Talib. Un jour, durant la conquête de La Mecque, Usama ibn Zayd demanda au Messager d’Allah, qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix : « Dans quelle maison descendrez-vous à La Mecque ? » Il répondit : « Aqil nous a-t-il laissé quelque logement ou quelque maison ? »

Au cours de ce voyage, elle ne resta pas plus de deux mois à La Mecque. Elle y arriva pendant le mois de Ramadan de la huitième année de l’Hégire et, après avoir accompli la ‘umra vers la fin du mois de Dhou al-Qa‘da de la même année, elle retourna à Médine avec son père. Durant cette période, elle visita également la tombe de sa mère Khadija, destinée au Paradis.

Au cours de la neuvième année de l’Hégire, Umm Kulthum, la troisième fille du Messager d’Allah, qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix, et l’épouse de ‘Uthman, qu’Allah l’agrée, décéda. Au cours de la dixième année de l’Hégire, Ibrahim, le fils du Messager d’Allah, qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix, né de son épouse Maria al-Qibtiyya, quitta également ce monde. Désormais, parmi les enfants du Messager d’Allah, qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix, seule Fatima az-Zahra demeurait en vie.

Le père sur son lit de mort

Puis arriva le moment de cette immense épreuve. Au mois de Safar de la onzième année de l’Hégire, le noble père de Fatima, qu’Allah l’agrée, tomba malade. La famille du Prophète et les autres musulmans pensèrent qu’il ne s’agissait peut-être que d’une maladie bénigne et qu’il guérirait très vite. Personne n’imagina qu’il s’agissait de sa maladie finale. Le père fit appeler sa fille. Répondant aussitôt à son appel, elle se dirigea vers sa demeure. Auprès de la couche du Messager d’Allah, qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix, étaient alors assises ‘Aïcha, qu’Allah l’agrée, et les autres épouses. Voyant sa fille Fatima s’avancer d’un pas calme, posé et grave, son père l’accueillit ainsi :

« Ma fille ! Bienvenue ! » Puis il l’embrassa, la fit asseoir à ses côtés et lui dit à l’oreille que le moment de sa mort approchait. Fatima se mit à pleurer. Ses pleurs cessèrent lorsque son père lui dit de nouveau à l’oreille : [At-Tabaqat, 8/16 ; Al-Bukhari : chapitre « Les signes de la prophétie » ; Muslim : Les mérites des Compagnons ; Kanz al-‘Ummal, 13/675]

« Parmi les membres de ma famille, tu seras la première à me rejoindre. Fatima ! N’es-tu pas satisfaite d’être la dirigeante des femmes croyantes ? » Ou bien le Messager, qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix, dit-il : « N’es-tu pas satisfaite d’être la dirigeante des femmes de cette communauté ? »

Dès qu’elle entendit ces paroles, une lueur de joie apparut sur le visage de Fatima. Elle cessa de pleurer et se mit à sourire. ‘Aïcha, qu’Allah l’agrée, qui était assise tout près, fut étonnée de son comportement. Elle fit cette remarque.

« Je n’ai jamais vu une scène de joie aussi proche du chagrin qu’aujourd’hui. »

Plus tard, il demanda à Fâtima, à une certaine occasion : « Qu’est-ce que ton père t’a dit à l’oreille ? » Elle répondit : « Je ne peux pas révéler le secret du Messager d’Allah. » [Ṭabaqât, 8/16]

Voyant l’état de santé de son père, Fâtima (qu’Allah l’agrée) rentra ce jour-là chez elle. Pendant ce temps, malgré sa maladie, le Messager (qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix) continuait, selon la règle établie, à séjourner à tour de rôle dans les demeures des Mères des croyants. Le jour où il se trouvait chez Maymûna bint al-Hârith al-Hilâliyya (qu’Allah l’agrée), son état s’aggrava davantage. Il fit appeler ses autres épouses. Lorsqu’elles furent présentes, il leur demanda la permission de rester, dans cet état de maladie, dans la demeure de ‘Â’isha (qu’Allah l’agrée), et elles la lui accordèrent.

Fâtima, la fille du Prophète (qu’Allah l’agrée), continua sans cesse à soigner son père malade, allant même jusqu’à veiller la nuit à son chevet. Tout en le servant avec patience, elle invoquait avec la plus grande humilité et soumission Allah, le Seigneur des mondes, afin qu’Il rende la santé à son père. Pourtant, alors que la maladie ne cessait de s’aggraver et que l’intensité de ses souffrances augmentait, Fâtima prit de l’eau dans ses mains et en passa avec une profonde tendresse sur la tête de son père. Voyant ses souffrances, elle fut sur le point d’être étouffée par les sanglots. D’une voix faible et tremblante, elle murmura : « Père ! Je ne parviens pas à supporter vos souffrances. » Son père la regarda avec tendresse et lui répondit avec une profonde affection : « Après aujourd’hui, ton père ne connaîtra plus aucune souffrance. » [Al-Bukhârî : chapitre de sa maladie et de son décès ; Fatḥ al-Bârî, 8/105 ; Musnad Aḥmad, 3/141 ; Ṭabaqât, 2/2]

Laissant sa fille dans un océan de chagrin, le père partit rejoindre le Seigneur suprême. Ce jour-là, Fâtima (qu’Allah l’agrée) devint véritablement une orpheline malheureuse, privée de son père et de sa mère. Face à ce chagrin et à cette douleur, aucune voie de consolation ne s’ouvrait devant elle.

Après avoir perdu son père, Fâtima (qu’Allah l’agrée) fut accablée d’un immense chagrin. Dans ces circonstances, l’allégeance à Abû Bakr (qu’Allah l’agrée), en qualité de calife, fut prêtée dans la cour de Saqîfa Banû Sâ‘ida en l’espace de deux jours. Ayant quelque peu repris ses esprits malgré son bouleversement, Fâtima se rendit d’un pas lent auprès de la tombe de son père. Elle en prit une poignée de terre et la passa sur ses deux yeux baignés de larmes. Puis, tout en la respirant, elle se mit à réciter les deux vers suivants. [Siyar A‘lâm al-Nubalâ’, 2/134 ; A‘lâm al-Nisâ’, 4/114]

« Que celui qui respire le parfum de la terre de la tombe d’Ahmad ne respire plus aucun autre parfum de toute sa vie. Si les épreuves qui se sont abattues sur moi étaient tombées sur le jour, celui-ci serait devenu nuit. »

Après avoir achevé les rites funéraires et l’inhumation du noble Messager d’Allah, les Compagnons (qu’Allah les agrée) se rendirent auprès de Fâtima (qu’Allah l’agrée) pour la réconforter. Elle demanda à Anas (qu’Allah l’agrée) : « Comment vos cœurs ont-ils pu accepter de recouvrir de terre le Messager d’Allah ? » Puis, en souvenir du Messager d’Allah, elle récita les vers suivants. [Usd al-Ghâba, 5/532 ; A‘lâm al-Nisâ’, 4/113]

L’horizon du ciel est couvert de poussière, le soleil de midi s’est éclipsé et l’époque est plongée dans les ténèbres.

Après le Prophète (s.a.w.), la terre n’est pas seulement devenue triste : elle s’est déchirée sous l’intensité du chagrin.

L’Orient et l’Occident pleurent pour lui, et l’ensemble des tribus de Mudar et du Yaman se lamentent.

Les grandes montagnes et les imposants édifices pleurent pour lui.

Ô Sceau des prophètes, que la lumière d’Allah soit répandue sur vous ! Que Celui qui a fait descendre le Coran répande Sa miséricorde sur vous !

Nombreux sont ceux qui ont rapporté que les vers ci-dessus furent composés par Hadrat Fatima (r.a.), et que les vers précédemment cités furent composés par ‘Ali. [Sahabiyat-150]

Hadrat Fatima (r.a.) récita également ces deux vers, debout près de la tombe de son père : [A‘lam an-Nisa’-4/114] (arabe======)

Nous vous avons perdu comme on perd une terre et des chameaux ; après votre disparition, la Révélation et le Livre

Tu as disparu de nos yeux.

Hélas ! Si seulement nous étions morts avant ton arrivée ! Nous n’aurions pas eu à apprendre la nouvelle de ta mort, et même un tertre de terre ne se serait pas dressé entre toi et nous. Même après son mariage, Fâtima (ra) s’enquérait de toutes les affaires du foyer de son père. Il lui arrivait souvent d’intervenir dans les petites querelles, contrariétés et vexations de ses belles-mères. Ainsi, le Messager vénérable d’Allah (s) aimait profondément la Mère des croyants, ‘Â’isha. Toute la communauté des Compagnons le savait. C’est pourquoi, les jours où le Messager (s) séjournait chez ‘Â’isha (ra), ils envoyaient davantage de présents et de cadeaux. Cela irritait les autres épouses. Elles souhaitaient que le Messager (s) ordonne aux gens d’envoyer leurs présents là où il se trouvait ce jour-là. Mais personne n’avait le courage de le lui dire. C’est pourquoi elles choisirent toutes Fâtima (ra), la chair du cœur du noble Messager (s), pour faire parvenir leurs doléances au Messager d’Allah (s). Après avoir entendu Fâtima (ra), le Messager (s) lui dit : « Ma fille, ne désires-tu pas ce que je désire ? » Fâtima (ra) comprit le souhait de son père et s’en retourna. Ses belles-mères voulurent de nouveau l’envoyer, mais elle refusa. [Bukhârî : Les mérites de ‘Â’isha (ra) ; Muslim : Les mérites des Compagnons (2441) ; La vie des Compagnons du Messager, vol. 5, p. 73]

Sur le champ du jihâd

Sur le champ du jihâd, Fâtima (ra) joua un rôle éclatant. Lors de la bataille d’Uhud, le noble Messager d’Allah (s) fut blessé au corps et au visage. Le sang jaillit de son corps béni et se mit à couler. Comme rien ne parvenait à arrêter l’hémorragie, Fâtima (ra) brûla une natte de palmier et appliqua ses cendres sur la blessure. [Ansâb al-Ashrâf, 1/324] À ce propos, l’imam al-Bayhaqî rapporte : les femmes muhâjir et ansâr sortirent de chez elles en direction d’Uhud. Elles portaient sur leur dos de l’eau et de la nourriture. Fâtima bint Rasûlillâh (s) sortit également avec elles. À un moment de la bataille, voyant son père couvert de sang, elle le serra dans ses bras et se mit à essuyer le sang de son visage. C’est alors que le Messager d’Allah (s) prononça : [Al-Bayhaqî : Dalâ’il an-Nubuwwa, 3/283]

« La puissante colère d’Allah s’est abattue sur le peuple qui a ensanglanté le visage du Messager d’Allah (s). »

En décrivant le rôle de Fâtima (ra) à Uhud, le grand Compagnon Sahl ibn Sa‘d rapporte : le Messager (s) fut blessé, sa dent de devant se brisa et une épée se fracassa sur sa tête. Fâtima bint Rasûlillâh (s) se mit à laver le sang, tandis que ‘Alî (ra) versait de l’eau avec son bouclier. Lorsque Fâtima (ra) constata que plus on versait d’eau, plus le sang coulait, elle prit une natte, la brûla jusqu’à la réduire en cendres, puis les appliqua sur la blessure. Le saignement s’arrêta alors. [Al-Bidâya wa-n-Nihâya, 4/39 ; Tabaqât, 2/48 ; Bukhârî : al-Maghâzî ; Muslim : al-Hudûd wa-s-Siyar]

Lors de la bataille d’Uhud, Hamza (ra), l’oncle du Messager d’Allah (s) et le grand-père de Fâtima (ra), tomba en martyr. C’est lui qui, à l’occasion du mariage de Fâtima (ra), donna un banquet de noces et nourrit les gens. Fâtima (ra) lui vouait une profonde affection. Toute sa vie, elle visita la tombe de Hamza (ra) et, en pleurant, adressa des invocations à Allah pour lui. [Al-Bayhaqî : Dalâ’il al-Nubuwwa ; Al-Wâqidî : al-Maghâzî, 2/313]

On sait également que Fâtima (ra) participa à d’autres expéditions, notamment à celles du Fossé et de Khaybar. Après la conquête de Khaybar, le Messager (s) lui attribua 85 wasq de blé produit dans cette région. Elle accompagna également le Messager d’Allah (s) lors de la conquête de La Mecque. Pour l’expédition de Mu’ta, le Messager (s) envoya trois commandants : Zayd ibn al-Hâritha, Ja‘far ibn Abî Tâlib et ‘Abdullah ibn Rawâha (ra). Tous trois tombèrent martyrs l’un après l’autre. Lorsque la nouvelle parvint à Médine, Fâtima (ra), accablée par la mort de son cher oncle Ja‘far (ra), éclata en sanglots en criant : « Ô mon oncle ! » À ce moment-là, le Messager d’Allah (s) se rendit sur place et déclara : « Que celui qui veut pleurer pleure pour un homme tel que Ja‘far. » [Nisâ’ mubashsharât bil-Janna, p. 214]

Le rang de Hadrat Fâtima (qu’Allah l’agrée)

Sa grandeur, son rang et ses qualités sont nombreux. Il y a d’autres personnes éminentes au sein de la famille du Prophète. Mais, parmi elles, la position de Hadrat Fâtima (qu’Allah l’agrée) jouit d’un rang particulièrement éminent. La révélation du verset du Tathîr (verset de la purification) de la sourate al-Ahzâb atteste le rang et les qualités particulières de Hadrat Fâtima (qu’Allah l’agrée). [Sourate al-Ahzâb, 33] (arabe=========)

« Ô gens de la famille du Prophète ! Allah veut seulement éloigner de vous toute souillure et vous purifier pleinement. »

Umm al-Mu’minîn Hadrat ‘Â’icha (qu’Allah l’agrée) dit : [Mukhtasar Tafsîr Ibn Kathîr, 3/94] (arabe========)

« J’ai vu le Messager d’Allah (paix et bénédictions d’Allah sur lui) appeler ‘Alî, Fâtima, Hasan et Husayn (qu’Allah les agrée), puis jeter un tissu sur leurs têtes. Ensuite, il dit : Ô Allah ! Ceux-ci sont les membres de ma famille. Éloigne d’eux toute souillure et purifie-les pleinement ! »

Hadrat Anas ibn Mâlik (qu’Allah l’agrée) rapporte qu’après la révélation de ce verset, pendant six mois, lorsqu’il passait devant la porte de la maison de Fâtima (qu’Allah l’agrée) en se rendant à la prière de l’aube, le Messager (paix et bénédictions d’Allah sur lui) disait : arabe===================

« La prière ! Ô gens de la famille du Prophète, la prière ! »

Puis il récitait : [Usud al-Ghâba, biographie n° 7175 ; ad-Durr al-Manthûr, 6/605 ; Nisâ’ mubashsharât bi-l-janna, 219] arabe=============

L’imam Ahmad (qu’Allah l’agrée) a rapporté d’après Abû Hurayra (qu’Allah l’agrée) que le Prophète (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui) regarda ‘Alî, Fâtima, Hasan et Husayn (qu’Allah les agrée), puis dit : [Siyar A‘lâm an-Nubalâ’ – 2/123] Arabe================

« Je combats ceux qui vous combattent, et j’accorde la paix à ceux avec lesquels vous faites la paix et concluez une trêve. »

Une autre parole du Noble Messager d’Allah (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui) au sujet de cette famille prophétique dit : [ouvrage cité précédemment](Arabe**********)

« Quiconque nourrit de l’inimitié envers les Ahl al-Bayt, c’est-à-dire la famille du Prophète, Allah le fera entrer en Enfer. »

Au cours de la neuvième année de l’Hégire, une délégation chrétienne de Najrân vint auprès du Noble Messager d’Allah (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui) et se livra à une controverse futile au sujet de ‘Îsâ (que la paix soit sur lui). C’est alors que fut révélé le verset de la mubâhala. La mubâhala signifie que, lorsque deux parties se disputent au sujet de la vérité et du mensonge et qu’aucun accord ne peut être trouvé par l’argumentation et le débat, elles invoquent toutes ensemble Allah afin que la partie qui ment à ce sujet soit anéantie. Cette invocation est appelée mubâhala. Les parties au débat peuvent accomplir cette mubâhala en se réunissant et, afin d’en accroître la gravité, elles peuvent également réunir leurs familles. Le verset de la mubâhala est le suivant : [sourate Âl ‘Imrân, 61](Arabe*********)

« À présent que tu as reçu la connaissance, si quelqu’un te dispute à ce sujet, dis-lui : “Venez, appelons nos fils et vos fils, nos femmes et vos femmes, nous-mêmes et vous-mêmes ; puis nous prierons humblement et invoquerons la malédiction d’Allah sur les menteurs.” »

Après la révélation de ce verset, le Noble Messager d’Allah (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui) invita la délégation à la mubâhala. Il se prépara lui-même à y participer, accompagné de Fâtima, de ‘Alî, de Hasan et de Husayn (qu’Allah les agrée), et dit :(Arabe********) « Ô Allah ! Voici ma famille. Éloigne d’eux toute impureté et purifie-les parfaitement. » Après avoir répété ces paroles trois fois, il prononça : [Sahîh Muslim : Fadâ’il as-Sahâba ; Musnad, 4/107 ; Mukhtasar Tafsîr Ibn Kathîr, 1/287-289] (Arabe***********)

« Ô Allah, accorde Ta miséricorde et Ta grâce à la famille de Muhammad comme Tu les as accordées à la famille d’Ibrâhîm. Certes, Tu es Digne de louange et Glorieux. »

Un jour, le vénérable Messager d’Allah (ﷺ) dit à Fâtima (qu’Allah l’agrée) : [Tahdhîb at-Tahdhîb, 12/442 ; al-Isâba, 4/366] (Arabe********)

« Qu’Allah Très-Haut se réjouisse de ta joie et soit mécontent de ton mécontentement. »

Lorsque le Messager (ﷺ) revenait d’une expédition ou d’un voyage, il se rendait d’abord à la mosquée et y accomplissait deux unités de prière. Puis il allait chez Fâtima, la rencontrait, avant de se rendre auprès de ses épouses. [Usd al-Ghâba, 5/535]

Une fois, lorsque Fâtima (qu’Allah l’agrée) tomba malade, le Messager (ﷺ) alla lui rendre visite. Il demanda : « Ma fille, comment vas-tu ? »

Fâtima dit : « Ma fille, n’es-tu donc pas satisfaite d’être la dirigeante de toutes les femmes du monde ? »

Fâtima dit : « Père, où se situe alors le rang de Maryam, fille d’Imrân ? »

En réponse, le Messager (ﷺ) dit : « Elle était la dirigeante des femmes de son époque, tandis que toi, tu seras la dirigeante des femmes de ton époque. »

Par Allah ! Je t’ai mariée à l’un des dirigeants de ce monde et de l’au-delà.

Le vénéré et noble Messager (s.a.s.) lui —(Arabe*********)

« Les dirigeantes des femmes du Paradis sont, dans l’ordre : Maryam, Fatima bint Muhammad (s.a.s.), Khadija et Asiya, l’épouse de Pharaon. »

Un jour, le Messager (s.a.s.) traça quatre lignes sur le sol, puis demanda : « Savez-vous ce que c’est ? » Tous répondirent : « Allah et Son Messager (s.a.s.) savent mieux. » Il dit : « Fatima bint Muhammad, Khadija bint Khuwaylid, Maryam bint ‘Imran et Asiya bint Muzahim, l’épouse de Pharaon. Elles jouissent d’un mérite particulier parmi les femmes du Paradis. »

La particularité éminente attribuée à la personnalité de la vénérée Fatima (r.a.) apparaît clairement dans ce hadith du Messager (s.a.s.) : [at-Tirmidhi ; al-Manāqib](Arabe********)

« Parmi les femmes de la Terre, Maryam, Khadija, Fatima et Asiya, l’épouse de Pharaon, te suffisent comme modèles à suivre. »

Fatima (r.a.) était la fille la plus aimée et la plus chère au cœur du vénéré et noble Messager (s.a.s.). Un jour, on demanda au Messager (s.a.s.) : « Ô Messager d’Allah ! Qui est la personne que vous aimez le plus ? » Il répondit : « Fatima. » L’imam adh-Dhahabi dit :(Arabe*****)

« Parmi les femmes, la plus aimée du Messager d’Allah (s.a.s.) était Fatima (r.a.), et parmi les hommes, c’était Ali (r.a.). »

Un jour, le vénéré Ali (r.a.) demanda au Messager (s.a.s.) : « Entre Fatima et moi, lequel de nous deux aimez-vous le plus ? » Il répondit : « J’aime davantage Fatima que toi. » [Nisāʾ Mubashshirāt bi-l-Jannah, p. 216]

La bien-aimée d’Allah

Que Hadrat Fatima était également aimée d’Allah, certains événements miraculeux en apportent la preuve. On peut notamment mentionner la bénédiction et l’abondance qu’Allah accorda un jour à une petite quantité de nourriture. D’après les différentes sources qui rapportent cet événement, voici l’essentiel : un jour, une de ses voisines lui envoya en cadeau deux pains et un morceau de viande. Elle les plaça dans un plat et le couvrit. Puis elle envoya son fils appeler le Messager (s.a.s.). Le Messager (s.a.s.) arriva, et Fatima (r.a.) lui présenta le plat. Fatima (r.a.) relata ensuite l’événement en ces termes :

J’ouvris le couvercle du plat et le trouvai rempli de pain et de viande. En voyant cela, je fus stupéfaite ! Je compris que cette bénédiction venait d’Allah. Je louai Allah et invoquai la bénédiction sur Son Prophète. Puis je présentai le plat rempli de nourriture au Messager d’Allah (s.a.s.). En le voyant, il loua Allah et demanda : « Ma fille ! D’où vient cette nourriture ? »

Je répondis : « Père ! Elle vient d’Allah. Allah accorde Ses subsistances sans compter à qui Il veut. »

Le Messager (s.a.s.) dit : « Ma fille bien-aimée ! Louange à Allah, qui a fait de toi la dirigeante des femmes des enfants d’Israël. Lorsqu’Allah lui accordait une nourriture et qu’on l’interrogeait à ce sujet, elle disait : “Cela vient d’Allah. Certes, Allah accorde Ses subsistances sans compter à qui Il veut.” »

Le Prophète (s.a.s.), ‘Ali, Fatima, Hasan, Husayn et toutes les épouses du Messager d’Allah (s.a.s.) mangèrent de cette nourriture. Ils mangèrent tous à leur faim. Pourtant, la quantité de nourriture dans le plat resta inchangée. Fatima distribua cette nourriture à ses voisins. Allah y accorda une abondante bénédiction et un grand bien. [Al-Bidāya wa an-Nihāya, 6/111 ; Hayāt as-Sahāba, 3/628 ; Tafsīr Ibn Kathīr, 3/360]

Le Noble Prophète (s.a.s.) invoqua un jour Allah afin qu’Il ne laisse pas Fatima souffrir de la faim. Fatima dit : « Depuis lors, je n’ai plus jamais eu faim. » Voici comment cela s’est passé :

Un jour, le Messager (s.a.s.) se rendit chez Fatima (r.a.). Elle était alors en train de moudre du blé avec une meule à main. Elle portait un vêtement fait de poil de chameau. En voyant sa fille dans cet état, son père se mit à pleurer et dit : « Fatima ! Pour obtenir le bonheur et les jouissances de l’au-delà, avale l’amertume de ce monde. »

Fatima se leva et vint se tenir devant son père. En regardant sa fille, son père vit que son visage, privé de sang sous l’effet d’une faim intense, était devenu livide. Il dit : « Fatima ! Approche. » Fatima vint se tenir devant son père. Posant une main sur l’épaule de sa fille, son père prononça cette invocation : [A‘lam an-Nisâ’, 4/125] (Arabe*********)

« Ô Allah, Toi qui nourris les affamés et dissipes la détresse, dissipe la détresse de Fatima, fille de Muhammad. »

Dans sa manière de parler, sa démarche et sa façon de se tenir et de s’asseoir, Fatima (ra) était en tout le reflet du noble Messager d’Allah (sa). ‘Aïcha (ra) dit : (Arabe*********)

« Fatima (ra) marchait. Sa façon de marcher ne différait en rien de celle du Messager d’Allah (sa). » [Siyar a‘lâm an-nubalâ’, 2/130] Nul ne l’égalait en honnêteté et en véracité. ‘Aïcha (ra) disait : [ibid., 131] (Arabe********)

« Je n’ai vu personne de plus véridique que Fatima (ra). Toutefois, le cas de celle dont le père était le Prophète (sa) est bien entendu particulier. »

‘Aïcha (ra) dit également : [Abû Dâwûd : Bâb mâ jâ’a fil-qiyâm, 5217 ; at-Tirmidhî : Manâqib Fâtima, 3871] (Arabe**********)

« Je n’ai vu personne dont la manière de parler et les propos ressemblent davantage à ceux du Messager d’Allah (sa) que Fatima (ra). Lorsque Fatima (ra) venait auprès du Messager (sa), il se levait, l’attirait à lui, l’embrassait et lui souhaitait la bienvenue. Fatima faisait de même avec son père. » Le Messager (sa) n’aimait aucun de ses autres enfants autant qu’il aimait Fatima (ra).

Elle a dit (Arabe*********)

« Fatima est une partie de mon corps. Quiconque lui déplaît me déplaît. »

L’imam as-Suhayli a dit, sur la base de ce hadith, que quiconque insulte Fatima (qu’Allah l’agrée) devient mécréant. Il a assimilé son mécontentement à celui du Messager d’Allah (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui). Et quiconque met le Messager (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui) en colère devient mécréant. [A‘lâm an-Nisâ’, 4/125, note 2]

Ibn al-Jawzi a dit que Fatima (qu’Allah l’agrée) avait surpassé toutes les autres filles du Messager d’Allah (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui), et qu’Aïcha (qu’Allah l’agrée) avait surpassé toutes les autres épouses, en honneur et en rang. [Ibid., 4/126]

Abou Hourayra (qu’Allah l’agrée) a rapporté que le Messager (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui) a dit : « Allah a permis à un ange de venir à ma rencontre. Il m’a annoncé cette bonne nouvelle : Fatima sera la dirigeante de toutes les femmes de ma communauté, et Hassan et Hussein seront les dirigeants des habitants du Paradis. » [Ibid., 4/127] À une autre occasion, il dit à ‘Ali (qu’Allah l’agrée) : « Fatima est une partie de mon corps. Ne fais donc rien qui puisse lui déplaire. »

L’amour de Fatima (qu’Allah l’agrée) pour son père

De même que le noble Messager d’Allah (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui) aimait profondément sa fille Fatima (qu’Allah l’agrée), Fatima aimait également son père avec une grande intensité. Lorsqu’il revenait d’un voyage, son premier geste était d’aller à la mosquée pour y accomplir la prière. Ensuite, il se rendait chez sa fille Fatima, la visitait, puis rentrait chez lui. Telle était son habitude. Un jour, de retour d’un voyage, le Messager (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui) se rendit chez Fatima. Fatima (qu’Allah l’agrée) serra son père dans ses bras et l’embrassa sur le visage et les yeux. Puis, en regardant le visage de son père, elle se mit à pleurer. Le Messager (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui) lui demanda : « Pourquoi pleures-tu ? » Fatima (qu’Allah l’agrée) répondit : « Ô Messager d’Allah ! Votre visage est devenu pâle, et vos vêtements sont devenus sales et souillés. C’est en voyant cela que je pleure. » Le Messager (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui) dit : « Fatima, ne pleure pas. Allah a envoyé ton père chargé d’une mission : il la fera parvenir à chaque maison des villes et des villages de la terre, que ce soit avec honneur ou avec humiliation. » [Kanz al-‘Ummâl, 1/77 ; Hayât as-Sahâba, 1/65]

Les réprimandes et les avertissements du Messager d’Allah (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui)

Bien qu’elle fût très chère au noble Messager d’Allah (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui), il n’hésitait pas à la réprimander si elle manifestait le moindre intérêt pour les plaisirs et les richesses de ce monde. Le Messager (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui) n’aimait ni le faste ni les ornements mondains. Il ne pouvait donc pas aimer pour autrui ce qu’il n’aimait pas pour lui-même. Un jour, son époux ‘Ali (qu’Allah l’agrée) offrit à Fatima (qu’Allah l’agrée) un collier en or. Elle le portait autour du cou. Sur ces entrefaites, le Messager d’Allah (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui) arriva et aperçut le collier. Il dit : « Fatima ! Veux-tu que les gens disent que la fille du Messager d’Allah (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui) porte au cou un collier de feu ? » Comprenant le mécontentement de son père, Fatima vendit le collier et utilisa l’argent pour acheter un esclave, qu’elle affranchit. Lorsque le Messager (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui) l’apprit, il dit : [At-Targhîb wa at-Tarhîb, 1/557 ; Musnad, 5/278-279 ; Nisâ’ Howladar ar-Rasûl, 149](Arabe*******)

« Toute louange revient à Allah, qui a sauvé Fatima du feu de l’Enfer. »

Voici un autre récit. Le Messager (paix et bénédiction d’Allah sur lui) revint d’une expédition. Comme à son habitude, il allait se rendre chez Fatima (qu’Allah l’agrée). Pour accueillir son père, Fatima (qu’Allah l’agrée) suspendit un rideau à la porte de la maison et passa à chacun de ses deux fils, Hassan et Husayn (qu’Allah les agrée), un bracelet en argent. Elle pensa que leur grand-père maternel, le Messager (paix et bénédiction d’Allah sur lui), en serait heureux. Mais le résultat fut tout autre. Le Messager (paix et bénédiction d’Allah sur lui) repartit sans entrer dans la maison. Sa fille avisée, Fatima (qu’Allah l’agrée), comprit pourquoi son père était reparti sans entrer. Aussitôt, elle retira le rideau, le déchira et ôta les bracelets des poignets de ses deux fils. Ceux-ci se rendirent en pleurant auprès de leur grand-père maternel. Alors le Messager éminent d’Allah (paix et bénédiction d’Allah sur lui) prononça ces paroles : « Ils sont membres de ma famille. Je ne veux pas qu’ils soient parés des ornements de ce monde. » [Sahabiyat, p. 147]

Un jour, le Messager (paix et bénédiction d’Allah sur lui) dit à Fatima, à ‘Ali, à Hassan et à Husayn (qu’Allah les agrée) : « Ceux contre qui vous combattez, je les combattrai également ; ceux avec qui vous êtes en paix et avez conclu une trêve, je serai également en paix avec eux et conclurai une trêve avec eux. En d’autres termes, ceux envers lesquels vous êtes mécontents, je serai moi aussi mécontent envers eux, et ceux dont vous êtes satisfaits, j’en serai moi aussi satisfait. »

Le Messager (paix et bénédiction d’Allah sur lui) expliquait toujours clairement à sa fille bien-aimée Fatima (qu’Allah l’agrée) que le fait d’être la fille d’un prophète ne permettrait pas d’obtenir le salut dans l’au-delà. Là-bas, le seul moyen d’obtenir le salut serait constitué par les œuvres, la piété et la crainte révérencielle d’Allah. Un jour, il dit dans un sermon : [Bukhari, 6/16 (exégèse de la sourate Ach-Chu‘ara) ; Nisa’ Hawalar Rasul, p. 149](Arabe********)

« Ô gens de la tribu de Quraysh ! Rachetez vos propres personnes. Je ne pourrai rien faire pour vous auprès d’Allah… Ô Fatima, fille de Muhammad ! Demande-moi ce que tu veux de mes biens ; cependant, je ne pourrai rien faire pour toi auprès d’Allah. »

Il dit également :(Arabe**********)

« Ô Fatima, fille de Muhammad, sauve-toi toi-même du feu de l’Enfer. Je ne suis capable de rien faire pour toi, ni te procurer un avantage ni te causer un tort, auprès d’Allah. »

Lorsqu’une femme de la tribu des Makhzum commit un vol, les membres de sa tribu tentèrent d’obtenir l’annulation de sa peine en intercédant par l’intermédiaire d’Oussama ibn Zayd (qu’Allah l’agrée), qui était apprécié du Messager (paix et bénédiction d’Allah sur lui). Alors le Messager (paix et bénédiction d’Allah sur lui) dit : [Bukhari : Al-Hudud ; Muslim : Babu Qat‘ as-Sariq (1688)](Arabe**********)

« Par Allah ! Même si Fâtima, fille de Muhammad, commettait un vol, je lui couperais la main. »

La revendication de l’héritage de son père

Le noble Messager d’Allah (s.a.s.) décéda. La question de son héritage se posa. Fâtima se rendit directement auprès du calife Abû Bakr (qu’Allah l’agrée) et lui demanda de répartir l’héritage de son père. Abû Bakr (qu’Allah l’agrée) lui rapporta ce hadith du Messager d’Allah (s.a.s.) :(Arabe*********)

« Tout ce que nous laissons est une aumône ; il n’y a pas d’héritage à en tirer. » Puis il dit : « Comment pourrais-je alors le répartir ? » À cette réponse, Fâtima (qu’Allah l’agrée) fut quelque peu contrariée. [Muslim : Kitâb al-jihâd wa-s-siyar (1759) ; al-Bukhârî : 6/139, 141 ; 7/259, Kitâb al-maghâzî, chapitre : Le hadith des Banû an-Nadîr ; at-Tabâqât, 8/18 ; Siyar a‘lâm an-nubalâ’, 2/120] Fâtima (qu’Allah l’agrée) retourna chez elle et tomba malade. Il est également rapporté qu’elle fut peinée par cette réponse d’Abû Bakr (qu’Allah l’agrée) et qu’elle lui en voulut tellement qu’elle ne lui parla plus jusqu’à sa mort. Cependant, selon un récit rapporté par l’imâm ash-Sha‘bî (qu’Allah lui fasse miséricorde), lorsque Fâtima (qu’Allah l’agrée) tomba malade, Abû Bakr (qu’Allah l’agrée) se rendit chez elle et demanda la permission de la rencontrer. ‘Alî (qu’Allah l’agrée) alla trouver Fâtima (qu’Allah l’agrée) et lui dit : « Abû Bakr souhaite te rencontrer. » Fâtima (qu’Allah l’agrée) demanda à ‘Alî (qu’Allah l’agrée) : « Es-tu d’accord pour que je lui permette de me rencontrer ? » ‘Alî (qu’Allah l’agrée) répondit : « Oui. » Fâtima lui en donna l’autorisation. Abû Bakr (qu’Allah l’agrée) entra dans la maison et, après l’avoir saluée et s’être enquis de sa santé, dit : « Par Allah ! Je pourrais renoncer à mes biens, à ma famille et à ma tribu pour obtenir la satisfaction d’Allah, du Messager d’Allah (s.a.s.) et de vous, les gens de la Maison, c’est-à-dire les membres de la famille du Prophète. » En entendant ces paroles d’Abû Bakr (qu’Allah l’agrée), toute la peine qui accablait le cœur de Fâtima (qu’Allah l’agrée) disparut. Elle se réjouit. [at-Tabâqât, 8/27] Après avoir mentionné cette information, l’imâm adh-Dhahabî (qu’Allah lui fasse miséricorde) a commenté que Fâtima (qu’Allah l’agrée) connaissait la sunna selon laquelle une femme doit obtenir l’autorisation de son mari lorsqu’elle reçoit un homme étranger dans le domicile conjugal. Cet événement le montre. [Siyar a‘lâm an-nubalâ’, 2/121] Ce récit montre que, même si Fâtima (qu’Allah l’agrée) avait auparavant éprouvé un certain mécontentement dans son cœur, celui-ci disparut par la suite. Il est également rapporté que, peu avant sa mort, Fâtima (qu’Allah l’agrée) recommanda à l’épouse d’Abû Bakr (qu’Allah l’agrée) de lui donner le bain rituel après sa mort. [Nisâ’ mubashsharât bi-l-janna, p. 224 ; note n° 1]

La mort

De même que les trois autres sœurs de Fâtima (qu’Allah l’agrée) moururent dans leur jeunesse, elle quitta également ce monde huit mois — selon une autre opinion, soixante-dix jours — après le décès du noble Messager d’Allah (s.a.s.). Certains ont également dit qu’elle mourut deux, quatre ou huit mois après le décès du Messager d’Allah (s.a.s.). Cependant, il est exact qu’elle mourut après le décès du noble Messager d’Allah (s.a.s.). La prophétie du Messager d’Allah (s.a.s.) — « Tu seras la première de ma famille à me rejoindre » — se réalisa. Si l’on situe la naissance de Fâtima (qu’Allah l’agrée) cinq ans avant le début de la mission prophétique, elle avait vingt-neuf ans au moment de sa mort. Certains ont dit qu’elle était née un an après le début de la mission prophétique ; selon cette opinion, elle n’aurait pas eu vingt-neuf ans. Toutefois, la majorité des spécialistes de la sîra estiment que Fâtima (qu’Allah l’agrée) avait vingt-neuf ans au moment de sa mort ; sa naissance aurait donc eu lieu cinq ans avant le début de la mission prophétique. [Siyar a‘lâm an-nubalâ’, 2/127]

Al-Wâqidî a déclaré que Fâtima (qu’Allah l’agrée) mourut le 3 Ramadan de l’an 11 de l’Hégire. Al-‘Abbâs (qu’Allah l’agrée) dirigea la prière funéraire. ‘Alî, Fadl et al-‘Abbâs (qu’Allah les agréé) descendirent dans la tombe et accomplirent l’inhumation. Conformément à ses dernières volontés, elle fut inhumée de nuit. Il est également rapporté que ‘Alî ou, selon une autre opinion, Abû Bakr (qu’Allah les agréé) dirigea la prière funéraire. Son époux ‘Alî (qu’Allah l’agrée) et Asmâ’ bint ‘Umays (qu’Allah l’agrée) lui donnèrent le bain rituel. [Al-Istî‘âb, 4/367-368 ; Ansâb al-ashrâf, 1/402, 405]

On ne dispose pas de beaucoup d’informations au sujet de la maladie qui précéda la mort de Fâtima (qu’Allah l’agrée). Aucun récit ne rapporte qu’elle aurait souffert d’une maladie grave et serait restée alitée quelque temps. Umm Salama (qu’Allah l’agrée) dit : « Au moment du décès de Fâtima (qu’Allah l’agrée), ‘Alî (qu’Allah l’agrée) n’était pas auprès d’elle. Elle me fit appeler et me dit : “Préparez de l’eau pour mon bain rituel. Sortez des vêtements propres et neufs, je vais les porter.” Je préparai l’eau et sortis des vêtements neufs. Elle prit parfaitement son bain rituel et revêtit les vêtements neufs. Puis elle dit : “Préparez mon lit, je vais me reposer.” Je préparai le lit. Elle s’y allongea, tournée vers la qibla. Puis elle me dit : “Le moment de mon départ est très proche. Je me suis lavée ; il n’est pas nécessaire de me laver une seconde fois. Il n’est pas non plus nécessaire de retirer mes vêtements.” Ensuite, elle rendit l’âme. »

Lorsque ‘Alî (qu’Allah l’agrée) rentra chez lui, je lui racontai tous ces événements. Il considéra que les ablutions funéraires qu’elle avait reçues suffisaient et l’inhuma dans cet état. [A‘lâm an-nisâ’, 4/131] On rapporte également un récit similaire d’Umm Râfi‘. Selon certains récits, c’est ‘Alî qui lui fit les ablutions funéraires, tandis que selon une autre opinion, ce fut Abû Bakr (qu’Allah les agrée tous deux). [At-Tabaqât, 8/17, 8 ; Siyar a‘lâm an-nubalâ’, 2/129]

Très peu de personnes eurent l’occasion de participer à sa prière funéraire. En effet, elle mourut durant la nuit et ‘Alî (qu’Allah l’agrée), conformément aux dernières volontés de Fâtima, l’inhuma cette même nuit. De tels récits apparaissent à divers endroits des Tabaqât. ‘Â’icha (qu’Allah l’agrée) dit que Fâtima vécut six mois après le Prophète (paix et bénédictions d’Allah sur lui) et qu’elle fut inhumée durant la nuit. [Siyar a‘lâm an-nubalâ’, 2/129]

La pudeur et la modestie comptaient parmi les traits essentiels du caractère de Fâtima (qu’Allah l’agrée). Lorsque sa mort approcha, elle dit à Asmâ’ bint ‘Umays (qu’Allah l’agrée) : « Je n’aime pas que les dépouilles des femmes soient transportées au cimetière découvertes. Cela expose leur intimité. Aucune différence n’est faite entre les dépouilles des femmes et celles des hommes. Le fait que les hommes transportent les dépouilles des femmes découvertes est une pratique répréhensible. » Asmâ’ bint ‘Umays (qu’Allah l’agrée) répondit : « Ô fille du Messager d’Allah ! J’ai vu en Abyssinie une bonne méthode. Si vous m’y autorisez, je peux vous la montrer. » Sur ces mots, elle apporta quelques branches de palmier et tendit un tissu au-dessus, de manière à former un écran. Cette méthode plut beaucoup à Fâtima (qu’Allah l’agrée), qui en fut très heureuse.

La dépouille de Fâtima (qu’Allah l’agrée) fut transportée jusqu’à la tombe derrière un écran. Ce fut la première dépouille à être ainsi transportée en islam. Après elle, la dépouille de la Mère des croyants, Zaynab bint Jahsh, fut également portée de cette manière jusqu’à la tombe.

Lorsque ‘Alî (qu’Allah l’agrée) eut achevé les rites funéraires et l’inhumation de son épouse Fâtima (qu’Allah l’agrée) et qu’il rentra chez lui, il paraissait très triste et accablé de douleur. En proie au chagrin, il répétait sans cesse les vers suivants : [A‘lâm an-nisâ’, 4/131](Arabe*****)

« Je vois que les maux de ce monde se sont largement installés en moi. Et l’homme de ce monde demeure malade jusqu’à sa mort.

Après chaque rencontre entre ceux qui s’aiment vient une séparation. Sans séparation, le temps des retrouvailles serait bien court.

La séparation de Fâtima d’avec Ahmad (paix et bénédictions d’Allah sur lui) prouve qu’aucun lien ne dure éternellement. »

Le vénérable ‘Alî (qu’Allah l’agrée) se rendait chaque jour sur la tombe de Fâtima (qu’Allah l’agrée), évoquait ses souvenirs en pleurant, et récitait les deux vers suivants : (Arabe*********)

« Que m’est-il arrivé ? Je viens saluer la tombe, mais la tombe de ma bien-aimée ne répond à aucune de mes questions.

Ô tombe ! Que t’arrive-t-il pour que tu ne répondes pas à l’appel de celui qui t’appelle ?

Es-tu donc devenue lasse de l’amour de ton bien-aimé ?

Le lieu de l’inhumation

Al-Wâqidî rapporte : « Je demandai à ‘Abd ar-Rahmân ibn Abî al-Mawâlâ : “La plupart des gens disent que la tombe de Fâtima (qu’Allah l’agrée) se trouve au cimetière d’al-Baqî‘. Qu’en pensez-vous ?” Il répondit : “Elle n’a pas été inhumée à al-Baqî‘. Elle a été enterrée dans un coin de la maison de ‘Aqîl. Il y avait environ sept coudées entre sa tombe et la route.” [Sahâbiyât, p. 153]

Transmission de hadiths

Fâtima (qu’Allah l’agrée) a rapporté dix-huit hadiths du Messager d’Allah (paix et bénédictions d’Allah sur lui). Parmi eux, l’un est muttafaq ‘alayh, c’est-à-dire qu’al-Bukhârî et Muslim l’ont recueilli selon la chaîne de transmission de ‘Â’isha (qu’Allah l’agrée). L’imam Abû Dâwûd, Ibn Mâjah et at-Tirmidhî ont également recueilli, chacun dans sa propre compilation, les hadiths rapportés par Fâtima (qu’Allah l’agrée). Ceux qui ont rapporté des hadiths de Fâtima (qu’Allah l’agrée) sont : ses deux fils, les morceaux de son cœur, Hasan et Husayn ; son époux ‘Alî ibn Abî Tâlib ; la Mère des croyants ‘Â’isha ; Salmâ, Umm Râfi‘ ; Anas ibn Mâlik ; Umm Salama ; Fâtima bint al-Husayn (qu’Allah les agrée), ainsi que beaucoup d’autres. Ibn al-Jawzî dit : “Nous ne savons pas qu’une autre fille du Messager d’Allah ait rapporté un quelconque hadith du Messager d’Allah, en dehors de Fâtima (qu’Allah l’agrée).” [Siyar a‘lâm an-nubalâ’, 2/119 ; A‘lâm an-nisâ’, p. 128, note n° 1]

Umm al-Fadl bint al-Harith (qu’Allah l’agrée)


Umm al-Fadl Lubaba al-Kubra, qui n’est connue que sous le nom d’Umm al-Fadl. Selon la coutume arabe, elle prit son surnom du nom de son fils aîné, al-Fadl ibn Abbas. Son père était al-Harith ibn Huzn al-Hilali et sa mère Hind bint Awf al-Kinaniyya. Cette Hind était également connue sous le nom de Khawla. [Tabaqat, 8/277 ; al-Isi‘ab, 4/398] Le vénérable oncle paternel du Messager d’Allah, Abbas ibn Abd al-Muttalib (qu’Allah l’agrée), l’épousa. Ainsi, Umm al-Fadl était l’une des fières tantes paternelles du Messager d’Allah. Les enfants d’Abbas étaient : al-Fadl, Abdullah, Ubaydullah, Ma‘bad, Qutham, Abd al-Rahman et Umm Habiba. L’imam al-Dhahabi a dit : « Elle était la mère de six fils éminents d’Abbas. » [Siyar a‘lam al-nubala, 2/314 ; Ansab al-ashraf, 1/447] Le poète arabe Abdullah ibn Yazid al-Hilali a dit : « Aucune femme noble de l’Arabie n’a jamais mis au monde des enfants comparables aux six enfants issus d’Umm al-Fadl. » [Tabaqat, 8/277 ; al-Isti‘ab, avec les annotations d’al-Isaba, 4/399]

Elle avait de nombreux frères et sœurs germains, utérins et consanguins, dont plusieurs sont devenus célèbres dans l’histoire à divers titres. Ainsi, Maymuna bint al-Harith, connue sous le nom de Lubaba al-Sughra, était la fière mère du célèbre Compagnon et chef militaire Khalid ibn al-Walid (qu’Allah l’agrée). ‘Azza bint al-Harith et Huzayla bint al-Harith étaient ses demi-sœurs. Quant à Mahmiya ibn Jaza‘a al-Zubaydi, Sulma, Asma et Salama, ils étaient tous ses frères et sœurs utérins. [Usd al-ghaba, 5/539] Il apparaît donc qu’elle était la sœur germaine de la Mère des croyants Maymuna et la tante maternelle du commandant Khalid ibn al-Walid. Sa sœur Salama était l’épouse de Hamza (qu’Allah l’agrée), tandis qu’Asma était l’épouse du célèbre commandant, Compagnon martyr et frère de ‘Ali, Ja‘far ibn Abi Talib (qu’Allah les agrée tous deux). Après le martyre de Ja‘far, le premier calife, Abu Bakr al-Siddiq (qu’Allah l’agrée), devint son deuxième époux. Après le décès d’Abu Bakr (qu’Allah l’agrée), ‘Ali (qu’Allah l’agrée) devint son troisième époux. La mère d’Umm al-Fadl eut la chance de voir les meilleurs fils des familles les plus nobles de l’Arabie de l’époque devenir les époux de ses filles. Aucune autre femme ne l’égala dans cette fortune. [Tabaqat, 8/278 ; al-Isi‘ab, 4/399]

Elle embrassa l’islam au début de la prédication islamique à La Mecque. Il est rapporté qu’elle fut la première femme mecquoise à se convertir après Khadija (qu’Allah l’agrée). [Tabaqat, 8/277] Cependant, l’ouvrage al-Isaba rapporte également qu’elle se convertit avant l’Hégire. [Siyar a‘lam al-nubala, 2/315] Les traditionnistes ont toutefois déclaré cette version faible et la première correcte. [Sahabiyyat, p. 174] L’imam al-Dhahabi la compte parmi les premiers musulmans. [Siyar a‘lam al-nubala, 2/315]

Abu Rafi‘, le serviteur du Messager d’Allah, a dit : « J’étais l’esclave d’Abbas. L’islam entra dans notre famille. Abbas et Umm al-Fadl embrassèrent l’islam. » [Hayat al-sahaba, 34/530, 11 ; Tabaqat, 8/278] L’avis correct est donc qu’Abbas embrassa l’islam dès les premiers temps et le garda secret.

Bien qu’elle eût embrassé l’islam aux premiers temps à La Mecque, elle resta attachée au sol mecquois malgré d’innombrables difficultés, jusqu’à l’émigration de son époux Abbas (qu’Allah l’agrée) à Médine. Abbas (qu’Allah l’agrée) annonça son islam très tardivement et émigra à Médine tout à la fin. C’est alors qu’Umm al-Fadl (qu’Allah l’agrée) émigra avec ses enfants à Médine. C’est pourquoi, par la suite, son fils Abdullah ibn Abbas (qu’Allah l’agrée) récitait le verset 75 de la sourate al-Nisa et disait : « Ma mère et moi sommes, parmi les femmes et les enfants faibles pour lesquels ce verset ordonne de combattre, ces femmes et ces enfants. » [Sahih al-Bukhari, Kitab al-tafsir, sourate al-Nisa] Le sens du verset est le suivant : « Et qu’avez-vous à ne pas combattre dans le sentier d’Allah, en faveur des hommes, des femmes et des enfants faibles qui disent : “Seigneur ! Fais-nous sortir de cette cité dont les habitants sont injustes !” » Il ressort d’un hadith qu’ils embrassèrent l’islam avant Abbas (qu’Allah l’agrée), mais furent incapables d’émigrer. C’est ce qu’a dit l’imam al-Dhahabi. [Siyar a‘lam al-nubala, 2/315]

Le Messager d’Allah (paix et bénédiction d’Allah sur lui) déclara croyantes Umm al-Fadl ainsi que ses autres sœurs. Un jour, les noms de Maymuna, Umm al-Fadl, Lubaba al-Sughra, Huzayla, ‘Azza, Asma et Salma furent mentionnés devant le Messager d’Allah (paix et bénédiction d’Allah sur lui). Il dit : « Toutes ces sœurs sont croyantes. » [Tabaqat, 8/278 ; al-Isti‘ab, 4/401] Certains événements de la vie du Messager d’Allah montrent qu’il aimait sa tante Umm al-Fadl et lui accordait également une grande importance. Sa tante, elle aussi, lui témoignait beaucoup d’affection. Le Messager d’Allah (paix et bénédiction d’Allah sur lui) se rendait souvent chez elle pour lui rendre visite et s’y reposait quelque temps à midi. [Tabaqat, 8/277 ; Usd al-ghaba, 5/539]

Al-Ajlah l’a rapporté d’après Zayd ibn ‘Ali ibn Husayn. Après avoir reçu la mission prophétique, le Messager d’Allah (paix et bénédiction d’Allah sur lui) ne posa la tête sur les genoux d’aucune femme autre qu’Umm al-Fadl, et il ne lui était d’ailleurs pas permis de le faire. Umm al-Fadl posait la tête du Messager d’Allah sur ses genoux, la nettoyait et lui appliquait du khôl aux yeux. Un jour, alors qu’elle lui appliquait du khôl, une larme tomba soudain de ses yeux sur la joue du Messager d’Allah (paix et bénédiction d’Allah sur lui). Il releva la tête et demanda : « Que se passe-t-il ? » Umm al-Fadl répondit : « Qu’Allah vous accorde la mort. Si cette direction et ce pouvoir restent parmi nous ou passent à d’autres, puissions-nous savoir qui, parmi nous, vous succédera. » Le Messager d’Allah (paix et bénédiction d’Allah sur lui) dit : « Après moi, vous serez sans pouvoir et faibles. » [Tabaqat, 8/278] Selon le récit de l’imam Ahmad, cet événement eut lieu durant la maladie qui précéda la mort du Messager d’Allah. [Hayat al-sahaba, 2/337]

Lors du pèlerinage d’Adieu, Umm al-Fadl accomplit également le pèlerinage avec l’Envoyé d’Allah (paix et salut sur lui). Le jour du séjour à ‘Arafat, les Compagnons étaient dans le doute quant au fait que l’Envoyé d’Allah (paix et salut sur lui) fût ou non en état de jeûne. À un moment donné, ils exposèrent ce doute à Umm al-Fadl. Afin de s’en assurer, Umm al-Fadl présenta une coupe de lait à l’Envoyé d’Allah (paix et salut sur lui), qui la but. Ainsi, tous leurs doutes et leurs hésitations furent dissipés. [Ṭabaqāt-8/279]

Un jour, Umm al-Fadl (qu’Allah l’agrée) dit à l’Envoyé d’Allah (paix et salut sur lui) : « J’ai vu en rêve qu’une partie de votre corps se trouvait dans ma maison. » L’Envoyé d’Allah (paix et salut sur lui) répondit : « L’interprétation de ce rêve sera bonne, si Allah le veut. Fāṭima aura un fils et vous l’allaiterez. Vous serez ainsi chargée de ses soins. » Conformément à cette prophétie, Fāṭima donna naissance à al-Ḥusayn (qu’Allah l’agrée), et Umm al-Fadl l’allaita effectivement. Un jour, elle amena al-Ḥusayn dans ses bras auprès de l’Envoyé d’Allah (paix et salut sur lui). Le petit al-Ḥusayn urina sur les genoux de son grand-père. Umm al-Fadl le réprimanda en disant : « Tu as uriné sur les genoux de l’Envoyé d’Allah (paix et salut sur lui) ! » L’Envoyé d’Allah (paix et salut sur lui) dit : « En réprimandant l’enfant, vous me causez de la peine. » Puis on nettoya l’urine avec de l’eau. [Référence précédente]

Umm al-Fadl (qu’Allah l’agrée) a rapporté trente hadiths de l’Envoyé d’Allah (paix et salut sur lui). L’imam al-Dhahabī l’a mentionné d’après le Musnad de Baqī ibn Mukhallad. Parmi eux, un seul hadith est muttafaq ‘alayh ; l’imam al-Bukhārī en a rapporté un, et l’imam Muslim en a rapporté trois à titre exclusif. [Siyar a‘lām al-nubalā’-2/315 ; voir al-Bukhārī-2/204, 4/206 ; Muslim, hadiths nos 462, 1123, 1451]

Parmi ceux qui ont rapporté des hadiths d’Umm al-Fadl, les plus éminents sont : ‘Abdullah, Tammām, Anas ibn Mālik, ‘Abdullah ibn al-Ḥārith, ‘Umayr, Kurayb et Fābūs. [Usd al-ghāba-5/540]

Umm al-Fadl (qu’Allah l’agrée) était une ‘ābida de haut rang, une femme détachée des biens de ce monde. Elle avait pour habitude de jeûner chaque lundi et chaque mercredi. C’est ce qu’a rapporté son fils éminent, le grand Compagnon ‘Abdullah ibn ‘Abbās (qu’Allah l’agrée). [Ṭabaqāt-8/278 ; Siyar al-ṣaḥābiyyāt-117] Elle mourut sous le califat du troisième calife, ‘Uthmān (qu’Allah l’agrée). Son époux, al-‘Abbās (qu’Allah l’agrée), était alors encore en vie. ‘Uthmān (qu’Allah l’agrée) dirigea la prière funéraire. [Siyar a‘lām al-nubalā’-2/315 ; Siyar al-ṣaḥābiyyāt-117]

Ṣafiyya (qu’Allah l’agrée), fille de ‘Abd al-Muṭṭalib


La noble Ṣafiyya (qu’Allah l’agrée) et le noble Envoyé d’Allah (paix et salut sur lui) avaient la même ascendance et les mêmes ancêtres. En effet, Ṣafiyya (qu’Allah l’agrée) était la fille de ‘Abd al-Muṭṭalib et la tante paternelle de l’Envoyé d’Allah (paix et salut sur lui). D’autre part, Hāla bint Wahab, la demi-sœur de la mère de l’Envoyé d’Allah (paix et salut sur lui), était la mère de Ṣafiyya. Ainsi, de ce point de vue, la mère de Ṣafiyya était la tante maternelle de l’Envoyé d’Allah (paix et salut sur lui). [Usd al-ghāba-5/892 ; al-Iṣāba-4/348] Le maître des martyrs d’Uḥud, Ḥamza (qu’Allah l’agrée), était son frère. Ils étaient tous deux issus de la même mère. [Tahdhīb al-asmā’ wa-l-lughāt-1/349]

À l’époque préislamique, elle épousa Ḥārith ibn Ḥarb, le frère d’Abū Sufyān ibn Ḥarb. Elle lui donna un fils. Après la mort de Ḥārith, elle épousa en secondes noces ‘Awwām ibn Khuwaylid et devint la mère de trois fils : al-Zubayr, Sā’ib et ‘Abd al-Ka‘ba. [Ṭabaqāt-8/42] Il convient de préciser que cet ‘Awwām était le frère de la Mère des croyants, la vénérable Khadīja al-Kubrā (qu’Allah l’agrée). Il apparaît donc qu’elle était la mère comblée d’al-Zubayr ibn al-‘Awwām, l’un des membres des ‘Ashara Mubashshara, et la grand-mère du célèbre Compagnon ‘Abdullah ibn al-Zubayr, voix contestataire contre l’oppression et les persécutions, qui fut martyrisé aux mains des troupes du tyrannique Yazīd.

Hadrat Safiyya (qu’Allah l’agrée) embrassa l’islam. Les spécialistes de la sîra divergent au sujet de la conversion à l’islam des tantes paternelles du Messager d’Allah (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui). Ils sont unanimes uniquement concernant sa conversion à elle. Ibn Sa‘d a également rapporté la conversion d’Arwâ, de ‘Âtika et d’autres tantes paternelles. Mais la vérité est que, hormis Safiyya, aucune d’entre elles n’embrassa l’islam. C’est également ce qu’a affirmé Ibn al-Athîr. [Usd al-Ghâba, 5/492 ; Tahdhîb al-Asmâ’ wa al-Lughât, 1/349.] Concernant son émigration, on sait seulement qu’elle émigra à Médine avec son époux, ‘Awwâm. Ibn Sa‘d a simplement dit : [Tabaqât, 8](Arabe*****)« Elle émigra à Médine. »

Hadrat ‘Â’isha (qu’Allah l’agrée) rapporte que, lorsque ce verset fut révélé au Messager d’Allah (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui) à La Mecque,(Arabe*******) [sourate ach-Chu‘arâ’, 214], il se leva et s’adressa ainsi à eux : [Siyar A‘lâm an-Nubalâ’, 2/271]

— « Ô Fâtima, fille de Muhammad ; ô Safiyya, fille de ‘Abd al-Muttalib ; ô descendants de ‘Abd al-Muttalib, je ne pourrai rien faire pour vous auprès d’Allah. Demandez de mes biens ce que vous voulez. »

Elle participa à plusieurs expéditions militaires. Lors de la bataille d’Uhud, les femmes furent laissées en sécurité dans la forteresse de Fâri‘, appartenant au poète Hassân ibn Thâbit (qu’Allah l’agrée). Cette forteresse de Fâri‘ était également appelée la forteresse de ‘Utum. Hassân était avec elles. Hadrat Safiyya faisait partie de ces femmes. Un jour, elle vit un Juif rôder autour de la forteresse. Elle s’inquiéta, car s’il découvrait où se trouvaient les femmes, un grave danger pourrait survenir. En effet, le Messager (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui) se trouvait alors sur le champ de bataille avec son armée. Consciente de la gravité du danger, Hadrat Safiyya (qu’Allah l’agrée) dit à Hassân : « Tue ce Juif, sinon il révélera notre position aux autres Juifs. » Hassân (qu’Allah l’agrée) répondit : « Vous savez bien que je n’en suis pas capable. Si j’en avais le courage, je serais auprès du Messager d’Allah (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui). » Safiyya prit alors elle-même un pieu de la tente, se jeta sur le Juif et le tua. Puis elle dit à Hassân (qu’Allah l’agrée) : « Va maintenant prendre ses affaires. Puisque je suis une femme et lui un homme, je ne peux pas m’en charger. C’est à toi de le faire. » Hassân répondit : « Ces affaires ne sont pas nécessaires. » [Tabaqât, 8/41 ; Kanz al-‘Ummâl, 7/99 ; Sîrat Ibn Hishâm, 2/228 ; al-Aghânî, 4/164 ; al-Bidâya, 4/108]

Selon un autre récit, après avoir tué l’homme, Safiyya (qu’Allah l’agrée) lui trancha la tête et dit à Hassân : « Tiens, va la jeter parmi les Juifs au pied de la forteresse. » Il répondit : « Ce n’est pas mon rôle. » Safiyya lança alors elle-même la tête parmi les Juifs, qui se dispersèrent de terreur. Par la suite, Safiyya (qu’Allah l’agrée) disait :(Arabe*********)

« Je suis la première femme à avoir tué un homme. » C’est ‘Urwa qui a rapporté ces paroles. [La bataille d’Uhud eut lieu avant la bataille du Fossé. Hadrat Safiyya participa également à cette bataille d’Uhud et y donna un exemple éclatant de courage. À un moment de la bataille, les musulmans furent dispersés par l’attaque de l’armée qurayshite et se mirent à fuir. Il s’agissait en réalité d’une sorte de défaite. Hadrat Safiyya (qu’Allah l’agrée), tenant une lance à la main, frappait les soldats qui fuyaient du champ de bataille et qu’elle trouvait sur son chemin, tout en criant d’une voix énergique : « Vous fuyez en abandonnant le Messager d’Allah (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui) ? » Le Messager d’Allah (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui) la vit dans cet état. Il dit à Zubayr de veiller à ce qu’elle ne voie pas le corps de Hamza, car les Qurayshites traitaient les corps de manière inhumaine : ils les mutilaient en les découpant. Craignant qu’elle ne perde son sang-froid à la vue de l’état effroyable du corps de son frère, le Messager (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui) donna cette instruction à Zubayr. Conformément à l’ordre du Messager d’Allah (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui), Zubayr (qu’Allah l’agrée) s’approcha de sa mère et lui dit : « Mère, le Messager (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui) vous demande de retourner. » Elle répondit : « J’ai appris que le corps de mon frère a été mutilé. Allah sait que je désapprouve profondément un tel traitement de son corps ; néanmoins, je serai certainement patiente. Si Allah le veut, je me maîtriserai. » Zubayr (qu’Allah l’agrée) rapporta ces paroles de sa mère au Messager (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui). Celui-ci autorisa alors Safiyya (qu’Allah l’agrée) à se rendre auprès du corps de son frère. Hadrat Safiyya se rendit auprès de lui et vit les morceaux de son corps. Elle se maîtrisa parfaitement. Elle se contenta de prononcer : « Inna lillahi wa inna ilayhi raji‘un », puis continua à invoquer Allah pour son pardon. Après son départ, le Messager (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui) ordonna d’ensevelir le corps de Hadrat Hamza (qu’Allah l’agrée). [Tabaqât, 8/42 ; Usd al-Ghâba, 5/492]

Le Messager (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui) dit ce jour-là : « Si je n’avais pas craint la peine de Safiyya et si je n’avais pas redouté que cela ne devienne une coutume après moi, j’aurais laissé le corps de Hamza ainsi sur le champ de bataille, où les animaux et les oiseaux l’auraient dévoré. » [Sîrat Ibn Hishâm, 2/95]

Pour assurer la subsistance de Hadrat Safiyya (qu’Allah l’agrée), le Messager (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui) lui attribua, après la conquête de Khaybar, quarante wasq de céréales par an provenant des récoltes qui y étaient produites. [Tabaqât, 8/41]

Sous le califat de Hadrat ‘Umar (qu’Allah l’agrée), elle s’éteignit à Médine en l’an 20 de l’Hégire, à l’âge de 73 ans. Elle fut enterrée dans le cimetière de Baqî‘, dans la cour de Mughîra ibn Shu‘ba, près du lieu des ablutions. Certains ont affirmé que plusieurs récits avaient été rapportés d’elle. [Ibid., 8/42 ; Tahdhîb al-Asmâ’ wa-l-Lughât, 1/349 ; al-Istî‘âb (en marge d’al-Isâba), 4/345] Cette affirmation n’est pas exacte.

Talent poétique

Hadrat Safiyya (qu’Allah l’agrée) était une poétesse et une femme éloquente de la branche hachimite de la tribu de Quraysh. Elle acquit également une grande renommée pour le jihâd et les autres œuvres pieuses. Elle maîtrisait fort bien la langue arabe. Des vers jaillissaient spontanément de ses lèvres. Ces vers étaient d’une pensée remarquable, clairs et fluides ; ils étaient empreints d’émotions et de sentiments doux, sincères et justes, ainsi que d’un courage et d’une bravoure admirables. Il est rapporté que, lorsqu’elle berçait son jeune enfant az-Zubayr dans ses bras, des vers exprimant la bravoure jaillissaient librement de ses lèvres. [Siyar A‘lâm an-Nubalâ’, 1/45]

Dans les ouvrages d’histoire et de sîra (biographie), parmi les poèmes conservés de Hadrat Safiyya (qu’Allah l’agrée), il ne fait aucun doute qu’elle était une grande poétesse arabe. Son talent était particulièrement remarquable dans la composition des élégies. C’est pourquoi beaucoup lui ont donné le titre de(Arabe****) ou de « la Khansâ de la lignée de Quraysh ». [Nisâ’ min ‘Asr an-Nubuwwa, 419]

L’érudit as-Suyûtî a dit dans son ouvrage ad-Durr al-Manthûr : [ad-Durar al-Manthûr, 261]

« C’était une poétesse à la langue pure et éloquente. Par ses paroles, ses actes, son honneur, sa dignité et la noblesse de son ascendance, elle jouissait d’un statut éminent auprès de l’ensemble des Arabes. »

Après la mort de ‘Abd al-Muttalib, Safiyya (qu’Allah l’agrée) réunit ses sœurs et les filles des Banû Hâshim et organisa une sorte de cérémonie funèbre. Lors de cette cérémonie, de nombreuses femmes récitèrent des élégies qu’elles avaient elles-mêmes composées. Cette élégie a été compilée dans divers ouvrages. [Voir : Sîrat Ibn Hishâm, 1/169-174]

Voici deux de ses vers : (Arabe*************************)

Pour un homme des hautes terres, au son des lamentations nocturnes

je me réveillai

puis les larmes coulèrent le long de mes deux joues

et tombèrent comme roulent les perles depuis un lieu en pente.

Après le décès du Messager d’Allah (ﷺ), elle composa une élégie funèbre. Certaines de ses parties se trouvent dans divers ouvrages. En voici quelques vers : [Siyar A‘lām an-Nubalā’, 2/271 ; voir : Hayāt as-Sahāba, 3/347-348](Arabe*****)

« Ô mes yeux ! En matière de larmes et de veilles nocturnes,

faites preuve de générosité. Pleurez le meilleur des morts,

pleurez pour celui qui s’en est allé. »

Avec une douleur et une affliction intenses, en souvenir de Muhammad al-Mustafa,

lamente-toi. La douleur qui, dans le cœur, se

mêle et se fond en une seule masse l’a rendu semblable à quelqu’un qui se tient assis, adossé,

comme une personne malade.

Ma vie était en danger—

lorsque sa mort prédestinée survint,

laquelle est consignée dans un Livre très vénérable.

Il était doux envers les gens,

Le Miséricordieux et le meilleur des guides.

Qu’Allah lui accorde Sa miséricorde en toute circonstance, dans la vie comme dans la mort.

Et qu’en ce jour éternel, Allah lui accorde le Paradis. »

Voici quelques vers d’une autre élégie composée en mémoire du noble Messager (paix et bénédictions d’Allah sur lui) : [Shāʿirāt al-ʿArab, 202-205](Arabe**********)

« Ô Messager d’Allah ! Vous étiez notre espoir et notre soutien. Vous nous traitiez avec bonté et n’étiez pas dur.

Vous étiez miséricordieux, un guide et un enseignant. Aujourd’hui, pour vous, que ma mère, ma tante maternelle, mon oncle paternel, mon oncle maternel, ainsi que ma vie et mes biens, soient tous sacrifiés.

Si le Seigneur de l’humanité avait fait vivre éternellement notre Prophète, nous aurions été comblés de bonheur. Mais Son décret était déjà arrêté.

Que le salut d’Allah soit sur vous, en hommage à votre dignité ! Et qu’avec un cœur satisfait, vous entriez dans le Paradis éternel. »

Lorsque, lors de la bataille d’Uhud, les soldats musulmans, en proie au désarroi, furent dispersés loin du Messager d’Allah (saw), nous avons déjà évoqué le courage dont fit preuve Safiyya. À cette occasion, elle composa également un poème en mémoire de Hamza (RA). Elle y dépeint une scène ; voici l’un de ses vers : [Al-Isâba-4/349] (Arabe*******)

« Et un jour est venu pour vous — un jour dont le soleil s’est assombri, alors qu’il était lumineux. »

Umm Ayman Baraka (RA)


Umm Ayman était l’esclave affranchie du Messager d’Allah (saw). Son nom véritable était Baraka. Elle était d’origine abyssinienne. Son père s’appelait Tha‘laba ibn ‘Amr. Elle était, selon une autre version, l’esclave de ‘Abdullah, le père honoré du Messager d’Allah (saw), ou de sa mère Âmina. [Ansâb al-Ashrâf-1/96] Le Messager (saw) la libéra de l’esclavage par voie successorale. [Siyar a‘lâm an-nubalâ’-2/223] Elle était la nourrice du Messager d’Allah (saw). Elle comptait parmi ceux qui l’élevèrent en le portant dans leurs bras et sur leurs genoux. [Ansâb al-Ashrâf-1/96, 476] Le Messager d’Allah (saw) possédait sept chèvres, dont Umm Ayman s’occupait. [Ibid., 1/513]

Lorsque le Messager d’Allah (saw) eut six ans, sa mère Âmina l’emmena à Médine pour visiter la tombe de son époux. ‘Abd al-Muttalib et Umm Ayman l’accompagnaient durant ce voyage. [Ibid., 1/94]

‘Ubayd ibn ‘Amr al-Khazrajî quitta Yathrib et vint s’installer à La Mecque. Là, il rejoignit la famille d’Umm Ayman (RA). Al-Balâdhurî rapporte que le mariage d’Ubayd avec Umm Ayman eut lieu à l’époque antéislamique. Elle passa de nombreuses années veuve dans la maison du Messager d’Allah (saw). Un jour, à La Mecque, le Messager (saw) dit à ses Compagnons : « Si l’un de vous souhaite épouser une femme destinée au Paradis, qu’il épouse Umm Ayman. » Lorsque Zayd ibn Hâritha, le fils adoptif du Messager d’Allah (saw) et celui qui lui était particulièrement cher, exprima le désir de l’épouser, le Messager (saw) prit lui-même l’initiative et le maria à Ayman. C’est dans la maison de Zayd que naquit le célèbre commandant militaire Usâma. Selon la coutume arabe, elle prit la kunya Umm Ayman d’après le nom d’Ayman, le fils de son premier mari, et devint célèbre dans l’histoire sous ce nom. Son véritable nom était Barakât. Cet Ayman embrassa l’islam et tomba en martyr lors de la bataille de Hunayn. [Ibid., 1/472-473 ; Tabaqât-8/224 ; Siyar a‘lâm an-nubalâ’-2/224]

Umm Ayman (RA) embrassa l’islam dès les débuts de l’islam. Elle comptait parmi ceux qui eurent l’honneur d’émigrer à la fois en Abyssinie et à Médine. Elle émigra d’abord en Abyssinie. Puis, après être revenue à La Mecque, elle émigra de nouveau à Médine avec son époux, Zayd ibn Hâritha. [Siyar as-sahâbiyyât-111 ; Ansâb al-Ashrâf-1/320] Elle participa aux batailles d’Uhud et de Khaybar. À Uhud, elle était chargée de donner à boire aux combattants et de soigner les blessés.

Al-Balâdhurî rapporte : la nourrice du Messager d’Allah (saw), Umm Ayman (RA), donnait à boire aux combattants musulmans avec les femmes ansarites durant la bataille d’Uhud. Hibân ibn al-‘Ariqa lui décocha une flèche. La flèche atteignit le pan de son vêtement, découvrant une partie de son corps. En voyant cela, le tireur éclata de rire. Alors le Messager (saw) remit la flèche à Sa‘d ibn Abî Waqqâs et lui dit : « Tire-la. » Sa‘d décocha la flèche, qui atteignit Hibân au corps. Aussitôt, celui-ci s’effondra au sol et mourut. En voyant cela, le Messager (saw) rit si fort que ses dents apparurent. [Ibid., 1/320]

Al-Hārith ibn Hātib, Thaʿlaba ibn Hātib, Sawād ibn Ghaziyya, Saʿd ibn ʿUthmān et quelques autres s’enfuirent du champ de bataille d’Uhud. Umm Ayman les réprimanda très sévèrement. Elle se mit à leur jeter de la poussière au visage et leur répétait : « Allez-vous-en, il y a un rouet : filez du fil. » [Ibid., 1/326]

Umm Ayman (qu’Allah l’agrée) resta toute sa vie attachée à la famille du Messager d’Allah (paix et salut sur lui). C’est avec les membres de sa famille qu’elle émigra à Médine. [Al-Iṣāba, 4/450 ; Al-Istīʿāb, 4/450 ; Ḥayāt al-Ṣaḥāba, 1/369] Lors du mariage de ʿAlī et de Fāṭima, nous voyons également Umm Ayman au premier rang. Le Messager (paix et salut sur lui) conduisit sa fille bien-aimée Fāṭima chez son époux et, dès le lendemain matin, se hâta chez son gendre pour leur rendre visite. Il frappa à la porte. La maison de mariage était pleine de femmes. Dès qu’elles comprirent que le Messager d’Allah (paix et salut sur lui) était là, elles devinrent toutes très vigilantes. Lorsque Umm Ayman ouvrit la porte, le Messager (paix et salut sur lui) lui dit : « Appelle mon frère. » Il convient de préciser que son gendre ʿAlī (qu’Allah l’agrée) était le cousin paternel du Messager d’Allah (paix et salut sur lui). Umm Ayman (qu’Allah l’agrée) avait passé la nuit chez ʿAlī. Elle dit au Messager d’Allah (paix et salut sur lui) : « Ô Messager d’Allah ! Pourquoi appelles-tu ʿAlī ton frère ? N’est-il pas le mari de ta fille ? » [Ḥayāt al-Ṣaḥāba, 2/668]

Lorsque Zaynab, la fille du Messager d’Allah (paix et salut sur lui), mourut au cours de la huitième année de l’Hégire, elle participa à ses côtés aux rites funéraires avec les autres femmes. Auparavant, lorsque Ruqayya, la fille du Messager d’Allah (paix et salut sur lui), mourut au moment de la bataille de Badr, c’est également Umm Ayman qui lui fit la toilette mortuaire. Al-Kalbī rapporte : « Lorsque la Mère des croyants Khadīja (qu’Allah l’agrée) mourut, Umm Ayman et Umm al-Faḍl lui firent la toilette mortuaire. » [Ansāb al-Ashrāf, 1/400, 401, 406]

Le noble Messager d’Allah (paix et salut sur lui) témoignait à Ayman beaucoup d’estime et de respect. Il l’appelait parfois même « mère ». Il disait également : « Le dernier membre de cette famille. » [Ṭabaqāt, 8/223 ; al-Ḥākim, 4/63] Umm Ayman (qu’Allah l’agrée) était une personne quelque peu simple d’esprit. Le Messager (paix et salut sur lui) plaisantait parfois avec elle. Un jour, Umm Ayman (qu’Allah l’agrée) vint trouver le Messager d’Allah (paix et salut sur lui) et lui dit : « Ô Messager d’Allah ! Fais en sorte qu’on me procure une monture. » Le Messager (paix et salut sur lui) répondit : « Je te ferai monter sur le petit d’une chamelle. » Umm Ayman dit : « Mais le petit ne pourra pas porter mon poids. » Le Messager (paix et salut sur lui) répondit : « Je te ferai monter sur le petit. » En réalité, le Messager (paix et salut sur lui) plaisantait un peu avec elle. Il est rapporté dans les hadiths que le Messager (paix et salut sur lui) ne plaisantait jamais sans raison. Même dans ses plaisanteries se trouvait une vérité. C’était le cas ici, car tout chameau, petit ou grand, est le petit d’une chamelle. [Al-Bidāya, 6/46 ; Al-Ādāb al-Mufrad de al-Bukhārī, 41 ; Siyar Aʿlām al-Nubalāʾ, 2/225]

Umm Ayman (qu’Allah l’agrée) ne parvenait pas à prononcer tous les sons des lettres arabes. [Ṭabaqāt, 8/225] Abū Jaʿfar al-Bāqir rapporte qu’un jour, Umm Ayman (qu’Allah l’agrée) se rendit auprès du Messager d’Allah (paix et salut sur lui) et, en le saluant, prononça ceci :(Arabe*****) « Salāmu lā ʿalaykum ». Dès lors, le Messager (paix et salut sur lui) ne lui permit de dire que(Arabe***) « as-salāmu ». [Ibid. ; Siyar Aʿlām al-Nubalāʾ, 2/225]

Lorsque le Messager d’Allah (paix et salut sur lui) mourut, Umm Ayman fut profondément attristée et se mit à pleurer. Les gens lui dirent : « Vous pleurez ? » Elle répondit : « Par Allah, je savais qu’il mourrait. Mais je pleure parce qu’à partir d’aujourd’hui, la révélation cessera de nous parvenir du ciel. » Il est également rapporté d’Anas (qu’Allah l’agrée) que, comme le Messager d’Allah (paix et salut sur lui) rendait parfois visite à Umm Ayman, Abū Bakr et ʿUmar dirent : « Allons, nous aussi, lui rendre visite. » Lorsqu’ils arrivèrent tous deux auprès d’Umm Ayman, elle se mit à pleurer. Ils lui dirent : « Pourquoi pleurez-vous ? Ce qui se trouve auprès d’Allah est meilleur pour Son Messager (paix et salut sur lui). » Umm Ayman répondit : « Je ne pleure pas parce que j’ignore cela. Je pleure parce que la révélation a cessé de parvenir du ciel. » En entendant ces paroles, Abū Bakr et ʿUmar (qu’Allah les agrée tous deux) se mirent eux aussi à pleurer. [Ṣaḥīḥ Muslim ; Faḍāʾil al-Ṣaḥāba, 2454 ; Ibn Māja, al-Janāʾiz, 1635 ; Kanz al-ʿUmmāl, 4/48 ; Al-Bidāya, 5/274] De même, lorsque le deuxième calife, ʿUmar, fut martyrisé, elle se mit à dire en pleurant : « Aujourd’hui, l’islam est devenu faible. » [Siyar Aʿlām al-Nubalāʾ, 2/227]

Après l’émigration du Messager d’Allah (paix et salut sur lui) à Médine, les Ansār lui cédèrent spontanément une grande partie de leurs palmeraies. Plus tard, lorsque les tribus juives de Médine, Banū Qurayẓa et Banū Naḍīr, furent expulsées de la ville et que tous leurs biens passèrent aux mains des musulmans, il commença à restituer ces vergers aux Ansār. Ḥaḍrat Anas (qu’Allah l’agrée) en possédait également une partie. Le Messager (paix et salut sur lui) avait donné ce verger à Umm Ayman. Lorsque Ḥaḍrat Anas (qu’Allah l’agrée) se rendit auprès d’Umm Ayman pour reprendre ce verger, elle refusa de le restituer. Par la suite, au lieu de ce verger, le Messager (paix et salut sur lui) lui donna dix fois davantage. [Ṣaḥīḥ al-Bukhārī, al-Maghāzī, 7/316 ; Muslim, al-Jihād wa al-Siyar, 2/341]

Un jour, le Messager d’Allah (paix et salut sur lui) se rendit chez Umm Ayman. Celle-ci lui offrit une boisson. Le Messager (paix et salut sur lui) jeûnait. C’est pourquoi il hésita à boire. Umm Ayman manifesta alors un grand mécontentement. [Muslim, 2/341] Il est probable qu’elle ignorait que le Messager d’Allah (paix et salut sur lui) jeûnait. Quant à lui, il ne jugea probablement pas nécessaire de le lui faire savoir.

Hazrat Ummu Ayman (qu’Allah l’agrée) a également rapporté des hadiths du Messager d’Allah (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui). Cinq hadiths sont rapportés par son intermédiaire. [Siyar A‘lām an-Nubalā’, 2/227] Parmi ceux qui ont rapporté des hadiths par son intermédiaire, Anas ibn Mālik, Hanash ibn ‘Abdillah as-San‘ānī et Abū Yazīd sont particulièrement dignes d’être mentionnés. [Sahabiyāt, 200]

Il a déjà été mentionné qu’elle avait deux fils : Ayman, du côté de son premier mari, et Usāma, du côté de son second mari. Tous deux étaient des Compagnons. Usāma était un Compagnon de très grand mérite et était particulièrement aimé du Messager d’Allah (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui). Ayman avait un fils nommé Hajjāj ibn Ayman. Un jour, celui-ci entra dans la mosquée, accomplit sommairement l’inclinaison et la prosternation, puis termina très rapidement sa prière. Le vénérable ‘Abdullah ibn ‘Umar (qu’Allah l’agrée) était assis à côté de lui. Il appela Ibn Ayman (qu’Allah l’agrée) et lui demanda : « Penses-tu que ta prière est valide ? Ta prière ne l’est pas. Va la refaire. » Après le départ d’Ibn Ayman, Ibn ‘Umar (qu’Allah l’agrée) demanda aux gens : « Qui est cet homme ? » Ils répondirent : « Hajjāj ibn Ayman, le petit-fils d’Ummu Ayman. » Ibn ‘Umar (qu’Allah l’agrée) fit alors remarquer : « Lorsque le Messager d’Allah (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui) le voyait, il lui témoignait de l’affection. » [Tabaqāt, 8/225 ; Siyar A‘lām an-Nubalā’, 2/226]

Hazrat Ummu Ayman (qu’Allah l’agrée) mourut sous le califat de Hazrat ‘Uthmān (qu’Allah l’agrée). Quant à ce qu’a rapporté Ibn al-Athīr, à savoir qu’elle serait morte cinq ou six mois après le décès du Messager d’Allah (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui), cela n’est pas exact. [Tabaqāt, 8/227 ; Sahabiyāt, 200]

Divers ouvrages de sīra rapportent un événement miraculeux lié à Ummu Ayman (qu’Allah l’agrée). Alors qu’elle émigrait, le soir la surprit en chemin à un endroit, et elle fut accablée par la soif. Il n’y avait d’eau nulle part aux alentours. À ce moment-là, un seau d’eau suspendu à une corde blanche descendit du ciel et s’arrêta devant elle. Elle en but à satiété. Dès lors, elle ne souffrit plus jamais de la soif de toute sa vie. Elle disait : « Même pendant les après-midis de grande chaleur, alors que je jeûne, je n’ai pas soif. » [Tabaqāt, 8/224 ; Hayāt as-Sahāba, 3/618]

At-Tabarānī a rapporté ce récit. Un jour, un groupe de gens de la tribu d’al-Ghifār vint à Médine auprès du Messager d’Allah (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui) dans l’intention d’embrasser l’islam. Jahjah al-Ghifārī se trouvait parmi eux. Ils accomplirent la prière avec le Messager d’Allah (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui) dans la mosquée. Après les salutations finales de la prière, le Messager (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui) annonça : « Que chacun des fidèles emmène avec lui l’hôte qui se trouve à ses côtés. » Jahjah al-Ghifārī raconte : « Tout le monde partit. Dans la mosquée, il ne resta plus que moi et le Messager d’Allah (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui). J’étais un homme grand et corpulent. Le Messager (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui) m’emmena chez lui, puis fit traire pour moi une chèvre. Je bus tout son lait d’une seule gorgée. Ensuite, il fit apporter un plat cuisiné dans une marmite, que je dévorai également. Voyant cela, Ummu Ayman (qu’Allah l’agrée) fit remarquer : « Qu’Allah affame cette nuit celui qui a laissé le Messager d’Allah (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui) sans nourriture ! » Le Messager d’Allah (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui) dit : « Ummu Ayman, taisez-vous. Il a consommé sa subsistance, tandis que notre subsistance incombe à Allah. »

Le matin venu, tous les membres du groupe se réunirent le lendemain. Chacun se mit à parler de son repas. Jahjah raconta lui aussi son expérience. La journée s’écoula. Ils accomplirent la prière du maghrib avec le Messager d’Allah (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui). Comme la veille, le Messager (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui) fit la même annonce. Chacun repartit en emmenant son hôte. Jahjah raconte : « Ce jour-là encore, le Messager d’Allah (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui) et moi restâmes seuls. En réalité, personne ne souhaitait m’emmener en voyant ma forte corpulence. Le Messager d’Allah (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui) m’emmena chez lui, puis fit traire une chèvre et apporta le lait. Je le bus et fus rassasié. Voyant mon état ce jour-là, Ummu Ayman (qu’Allah l’agrée) s’exclama avec étonnement : « Ô Messager d’Allah ! N’est-ce pas le même hôte que celui d’hier ? » Il répondit : « Si, c’est bien le même hôte. Cependant, cette nuit, il a mangé comme mange le croyant : avec un seul intestin. » [Kanz al-‘Ummāl, 1/93 ; al-Isāba, 1/253 ; Hayāt as-Sahāba, 2/197-198]

Hazrat Ummu Ayman (qu’Allah l’agrée) préparait la nourriture du Messager d’Allah (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui). Un jour, elle tamisa de la farine et prépara avec cette farine tamisée du pain pour le Messager d’Allah (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui). En voyant le pain, le Messager (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui) demanda : « Qu’est-ce que c’est ? » Ummu Ayman répondit : « Dans notre pays, nous préparons ce genre de pain. C’est pourquoi j’ai voulu vous en faire manger. » Il convient de préciser que le pays natal d’Ummu Ayman (qu’Allah l’agrée) était l’Abyssinie. Le Messager (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui) dit : « Mélangez ces pains avec le son qui a été retiré en les tamisant, puis pétrissez le tout et reformez une boule de pâte. » [At-Targhīb wa at-Tarhīb, 5/154 ; Hayāt as-Sahāba, 2/273]

Ummu Hānī bint Abī Tālib (qu’Allah l’agrée)


Dans l’histoire, elle est célèbre sous le surnom d’Umm Hânî. Son véritable nom était Fâkhita, ou, selon une autre opinion, Hind. Elle était la fille de l’oncle paternel respecté du noble Messager d’Allah, Abû Tâlib, et de sa vénérable tante Fâtima bint Asad. Elle était la sœur germaine de ‘Aqîl, Ja‘far, Tâlib et ‘Alî (r.a.). [Sîrat Ibn Hichâm, 2/420 ; A‘lâm an-Nisâ’, 4/14 ; al-Isâ‘âb, 2/772.] On ne sait pas grand-chose de son enfance et de son adolescence. On trouve toutefois quelques récits au sujet de son mariage. Ainsi, avant que le Messager (s.a.s.) ne reçût la révélation, il envoya une proposition de mariage à son oncle Abû Tâlib pour Umm Hânî. Au même moment, Hubayra ibn ‘Amr ibn ‘Â’idh al-Makhzûmî en envoya également une. Son oncle accepta la proposition de Hubayra et maria Umm Hânî à celui-ci. Le Prophète (s.a.s.) dit : « Ô mon cousin ! Nous avions avec elle un lien de parenté par alliance, et les personnes honorables sont faites pour les personnes honorables. » [A‘lâm an-Nisâ’, 4/14.] Voilà tout ce qui est rapporté. On ne trouve aucun autre détail dans les récits. Toutefois, on sait de diverses manières qu’elle avait épousé Hubayra ibn ‘Amr. [Usd al-Ghâba, 5/624.]

Les récits divergent quelque peu quant au moment où Umm Hânî embrassa l’islam. L’imam adh-Dhahabî dit : [Siyar A‘lâm an-Nubalâ’, 2/312.](Arabe*******)

« Elle embrassa l’islam tardivement. Elle se convertit le jour de la conquête de La Mecque. »

Cependant, parmi les récits rapportés au sujet du Messager d’Allah (s.a.s.), on trouve dans plusieurs ouvrages un récit transmis par Umm Hânî (r.a.). Il en ressort que le Mi‘râj du Messager d’Allah (s.a.s.) eut lieu depuis la maison d’Umm Hânî et qu’elle était alors musulmane. Cela se produisit avant l’Hégire. Elle dit : « L’Isrâ’ du Messager d’Allah (s.a.s.), c’est-à-dire son voyage nocturne de La Mecque à Bayt al-Maqdis, eut lieu depuis ma maison. Cette nuit-là, après avoir accompli la prière de ‘Ichâ’, il dormit chez moi. Nous nous endormîmes également. Peu avant l’aube, il nous réveilla. Puis il dit : “Umm Hânî ! Tu as vu que, la nuit dernière, j’ai accompli la prière de ‘Ichâ’ dans cette vallée. Ensuite, je me suis rendu à Bayt al-Maqdis et j’y ai accompli la prière. Et maintenant, j’ai accompli avec vous la prière de l’aube, comme vous avez pu le voir.” Puis il se leva pour sortir. Je saisis alors un pan de son manteau, si bien qu’une partie de son ventre apparut. Il semblait alors recouvert d’un tissu de lin égyptien plissé. Je dis : “Ô Prophète d’Allah ! Ne racontez cela à personne d’autre. Ils ne croiront pas une telle chose et vous feront du mal.” Il dit : “Par Allah ! Je le leur raconterai certainement.” »

Je dis à mon esclave abyssinienne : « Suis le Messager d’Allah (s.a.s.) et écoute ce qu’il dit aux gens et ce que les gens lui disent. » Le Messager d’Allah (s.a.s.) sortit et raconta aux gens ce qui s’était passé. En l’entendant, les gens furent stupéfaits. Ils dirent : « Muhammad ! Quelle preuve as-tu à l’appui de cette affirmation ? Nous n’avons jamais entendu une chose pareille. » Il répondit : « Je suis passé près de la caravane de telle tribu, dans telle vallée. Ils avaient perdu un chameau et je leur ai indiqué où il se trouvait. Je me dirigeais alors vers le Châm. Ensuite, à Dajnan, j’ai rencontré la caravane de telle tribu. Lorsque je suis passé près d’eux, ils dormaient. Un de leurs récipients d’eau était recouvert de quelque chose. J’ai bu de l’eau du récipient, puis je l’ai recouvert comme il l’était. La preuve de mon affirmation est que cette caravane se trouve actuellement sur la route allant d’al-Baydâ’ au col de Tan‘îm. À son avant-garde se trouve un chameau gris. » Les gens se précipitèrent aussitôt vers Tan‘îm et les trouvèrent. Ils les interrogèrent au sujet de l’eau du récipient qui avait été recouvert, et ceux-ci en confirmèrent la véracité. Quant à la caravane dont le chameau avait été perdu, lorsqu’elle revint à La Mecque, les gens l’interrogèrent également, et ses membres reconnurent eux aussi que cela était vrai. [Sîrat Ibn Hichâm, 1/402-403 ; Ibn Kathîr, as-Sîra an-Nabawiyya, 1/295.]

Le jour de la conquête de La Mecque, Umm Hânî apparaît sur la scène de l’histoire. Plusieurs événements la concernant sont rapportés dans les ouvrages de sîra et d’histoire. Ce jour-là, elle embrassa notamment l’islam, tandis que son mari s’enfuit de La Mecque en direction de Najrân. [Ansâb al-Ashrâf, 1/362.] Ayant appris que son épouse Umm Hânî avait embrassé l’islam, il composa un poème pour la blâmer. Une partie de ce poème se trouve dans plusieurs ouvrages de sîra. [Sîrat Ibn Hichâm, 2/420 ; Usd al-Ghâba, 5/628 ; Ibn Durayd, al-Ishtiqâq, 152.] Dans les vers suivants, il explique à son épouse la raison pour laquelle il s’est enfui de La Mecque. [A‘lâm an-Nisâ’, 4/14.](Arabe********)

« Par ta vie, je ne me suis pas enfui en tournant le dos à Muhammad et à ses compagnons par lâcheté ou par peur d’être tué. J’ai plutôt réfléchi profondément à ma situation et compris que, dans cette guerre, mes flèches et mon épée ne suffiraient pas. Je suis resté ferme dans ma décision. Mais lorsque j’ai craint que ma position ne devienne intenable, je suis revenu, comme le tigre revient auprès de ses petits. »

Beaucoup ont dit que ce retour constituait un retour vers l’islam, mais cela est inexact. En effet, il mourut en demeurant fermement attaché à la mécréance.

Ce jour de la conquête de La Mecque, elle se rendit au lieu où se trouvait le Messager d’Allah (s.a.s.) et le vit faire ses ablutions puis accomplir huit rak‘as de la prière de duha. Ce jour-là, elle accorda l’asile à deux membres de sa famille dans sa maison et, lorsqu’elle en informa le Messager d’Allah (s.a.s.), il leur accorda lui aussi sa protection. Voici les récits concernant ces événements.

Le jour de la conquête de La Mecque, al-Harith ibn Hisham trouva refuge dans la maison d’Ummu Hani. À ce moment-là, son frère ‘Ali (r.a.) s’y rendit. Elle informa ‘Ali (r.a.) de la situation d’al-Harith. Aussitôt, ‘Ali (r.a.) saisit son épée dans l’intention de le tuer. Ummu Hani lui dit : « Mon frère ! Je lui ai accordé ma protection. » Mais ‘Ali (r.a.) ne tint pas compte de ses paroles. Alors Ummu Hani se jeta sur lui, lui saisit fermement les deux mains et dit : « Par Allah, tu ne peux pas le tuer. Je lui ai accordé l’asile. » ‘Ali (r.a.) ne put avancer d’un seul pas. Il tenta de se dégager de son étreinte, mais n’y parvint pas.

À ce moment-là, le Prophète (s.a.s.) arriva. Ummu Hani (r.a.) dit : « Ô Messager d’Allah ! J’ai accordé l’asile à untel, mais ‘Ali veut le tuer. » Le Messager (s.a.s.) dit : « Celui à qui tu as accordé ta protection, nous lui accordons également la nôtre. Ne te mets pas en colère contre ‘Ali, car lorsqu’il se met en colère, Allah se met en colère. Laisse-le. » Ummu Hani relâcha ‘Ali. Le Messager (s.a.s.) dit : « Une femme t’a vaincu. » ‘Ali dit : « Par Allah, ô Messager d’Allah ! Je n’ai même pas pu soulever mes pieds du sol. » Le Messager (s.a.s.) se mit à rire.[Ibid., 4/15 ; Musnad Ahmad, 5/242]

Ibn Hisham rapporte ainsi cet événement dans sa Sîra : Ummu Hani a dit : « Lorsque le Messager d’Allah (s.a.s.) descendit dans les hauteurs de La Mecque, deux hommes de la tribu de mon beau-père, les Banû Makhzûm, al-Harith ibn Hisham et ‘Abdullah ibn Abi Rabi‘a, s’enfuirent et trouvèrent refuge dans ma maison. À ce moment-là, mon frère ‘Ali arriva et voulut les tuer. Je fermai la porte et courus rejoindre le Messager d’Allah (s.a.s.) dans les hauteurs de La Mecque. Il m’accueillit et me dit : “Ummu Hani, dans quel but es-tu venue ?” Je l’informai alors au sujet de ces deux hommes et de ‘Ali. Il dit : “Nous accordons également notre protection à ceux auxquels tu as accordé la tienne. Par conséquent, il ne les tuera pas.” »[Sîrat Ibn Hisham, 2/411 ; Hayât as-Sahâba, 1/182 ; 3/145-146]

Ummu Hani a dit : « Le jour de la conquête de La Mecque, je me rendis auprès du Messager d’Allah (s.a.s.). Je le vis faire ses ablutions, tandis que Fatima le dissimulait derrière un tissu. Je le saluai. Il demanda : “Qui es-tu ?” Je répondis : “Ummu Hani, la fille d’Abu Talib.” Il dit : “Ummu Hani ! Bienvenue à toi !” Après avoir terminé ses ablutions, il se leva pour prier. Il accomplit huit rak‘as, vêtu d’un seul tissu qu’il avait enroulé autour de lui. Je dis ensuite : “Ô Messager d’Allah ! Mon frère ‘Ali s’apprête à tuer un homme auquel j’ai accordé l’asile.” Il dit : “Ummu Hani ! Celui à qui tu as accordé ta protection, nous lui accordons également la nôtre.” C’était la prière de duha.[Sahih al-Bukhari, 3/43 ; Bâb salât al-fajr fi-s-safar, 6/195-196 ; Kitâb al-Maghâzî ; Bâb manzil an-nabî yawma al-fath ; Sahih Muslim (336), Bâb salât al-musâfirîn wa qasrihâ ; Bâb istihbâb salât ad-duhâ ; al-Muwatta’, 1/152 ; Bâb salât ad-duhâ]

Ummu Hani (r.a.) éprouvait un profond respect et une grande vénération pour le noble Messager d’Allah (s.a.s.). Pendant la période de la conquête de La Mecque, le Messager (s.a.s.) se rendit un jour chez elle. Lorsqu’Ummu Hani (r.a.) lui servit un sirop, il en but un peu puis le lui tendit. Ummu Hani observait ce jour-là un jeûne surérogatoire. Elle rompit son jeûne et but le reste du sirop après que le Messager d’Allah (s.a.s.) y eut bu. Lorsque le Messager (s.a.s.) lui demanda pourquoi elle avait rompu son jeûne de cette manière, elle répondit : « Je ne peux renoncer à l’occasion de boire dans le même récipient que vous. » Le Messager (s.a.s.) l’aimait beaucoup. Un jour, il lui dit : « Ummu Hani, accepte cette chèvre. C’est une chose emplie de bénédictions. »[Musnad Ahmad, 6/343]

Le mari d’Ummu Hani (r.a.), Hubayra, resta attaché à la mécréance et mourut dans cet état. Après qu’Ummu Hani eut embrassé l’islam, les liens conjugaux furent dissous en raison de la religion. Ensuite, le Messager (s.a.s.) lui proposa de l’épouser. Ummu Hani répondit : « Par Allah, je vous aimais déjà à l’époque de l’Ignorance. Maintenant, à l’époque de l’islam, cet amour est devenu encore plus profond. Cependant, je suis à présent une femme éprouvée. J’ai beaucoup de jeunes enfants et je crains qu’ils ne vous causent du tort. » Le Messager (s.a.s.) dit : « Parmi les femmes qui montent les montures, les femmes de Quraysh sont les meilleures. Elles sont les plus tendres envers leurs enfants et les plus soucieuses des droits de leurs maris. »[Sîrat Ibn Hisham, 2/420 ; Ansâb al-Ashrâf, 1/459]

Selon une autre version, elle aurait également dit : « Ô Messager d’Allah ! Vous m’êtes plus cher que mes oreilles et mes yeux. Le droit du mari est une chose considérable. Si je me consacre à mon mari, je devrai sacrifier beaucoup de choses pour moi-même et pour mes enfants. Et si je me consacre à mes enfants, le droit de mon mari sera négligé. » Après avoir entendu ces paroles, le Messager (s.a.s.) dit : « Parmi les femmes qui montent les chameaux, les femmes de Quraysh sont les meilleures. Elles sont à la fois les plus tendres envers leurs jeunes enfants et les plus soucieuses des droits de leurs maris. » Après cela, le Messager ne reparla plus de cette question.[Al-‘Iqd al-Farîd, 6/89 ; Siyar a‘lâm an-nubalâ’, 2/314 ; Ansâb, 1/459 ; A‘lâm an-nisâ’, 4/16]

Umm Hânî a un jour rapporté : ‘Ammâr ibn Yâsir, son père Yâsir et son frère ‘Abdallah donnèrent. [Musnad Ahmad, 6/343]

Umm Hânî a rapporté que ‘Ammâr ibn Yâsir, son père Yâsir, son frère ‘Abdallah ibn Yâsir et leur mère Sumayya étaient châtiés parce qu’ils demeuraient dans le sentier d’Allah. Un jour, alors que le Messager (S.A.S.) passait près d’eux, il dit : « Ô famille de Yâsir ! Soyez patients. Votre demeure est le Paradis. » Puis Yâsir mourut sous la torture. Sumayya insulta Abû Jahl en termes très durs. Lorsqu’Abû Jahl lui porta un coup de lance aux parties génitales, elle mourut à son tour. Quant à ‘Abdallah, lorsqu’on lui décocha une flèche, il s’effondra également, succombant à ses blessures. [Ansâb al-Ashrâf, 1/160]

De même, Umm Hânî (R.A.) a donné une brève description de l’apparence du Messager d’Allah (S.A.S.), tel qu’elle l’avait vu. Elle a dit : « Je n’ai vu les dents de personne qui fussent plus belles que celles du Messager d’Allah (S.A.S.). En voyant le ventre du Messager d’Allah (S.A.S.), on aurait dit une feuille pliée. Le jour de la conquête de La Mecque, j’ai vu les cheveux du Messager d’Allah (S.A.S.) séparés en quatre mèches. » [Ibid., 1/393] Umm Hânî (R.A.) a également rapporté la revendication de l’héritage paternel de Fâtima, la fille du Prophète, auprès du premier calife, Abû Bakr (R.A.), après le décès du noble Messager d’Allah (S.A.S.). [Ibid., 1/393]

Umm Hânî (R.A.) a rapporté quarante-six hadiths du Messager d’Allah (S.A.S.), lesquels sont recueillis dans divers ouvrages de hadiths. [Al-Bukhârî, 6/195-196 : Bâb Amân an-Nisâ’ wa Zawjâtihinna ; Muslim (336), Bâb Istihbâb Salât ad-Duhâ] Parmi les principaux rapporteurs ayant transmis des hadiths par son intermédiaire figurent : Jâ‘da, Yahyâ, Hârûn, Abû Murra, Abû Sâlih, ‘Abdallah ibn ‘Ayyâsh, ‘Abdallah ibn al-Hârith ibn Nawfal, ‘Abd ar-Rahmân ibn Abî Laylâ, Sha‘bî, ‘Atâ’, Kurayb, Mujâhid, ‘Urwa ibn az-Zubayr, Muhammad ibn ‘Uqba, entre autres. [Siyar A‘lâm an-Nubalâ’, 2/312 ; A‘lâm an-Nisâ’, 4/16]

La date exacte du décès d’Umm Hânî (R.A.) n’est pas connue. Toutefois, d’après le récit rapporté dans l’ouvrage « Al-Isâba fî Tamyîz as-Sahâba », elle était encore en vie après la mort de ‘Alî (R.A.). [Siyar A‘lâm an-Nubalâ’, 2/313] Quelques-uns de ses enfants s’appelaient : ‘Amr, Hânî, Yûsuf et Jâ‘da. Ils étaient tous les neveux maternels de ‘Alî (R.A.). ‘Alî (R.A.) nomma Jâ‘da gouverneur du Khurâsân. [Ibid., 2/312-313 ; Sahâbiyât, 229]

Umm Hânî (R.A.) jouit notamment de la grande distinction que le noble Messager d’Allah (S.A.S.) lui demanda de la nourriture, en mangea et la loua. Un jour, le Messager (S.A.S.) dit à Umm Hânî : « As-tu quelque chose à manger ? »

Umm Hânî : « Je n’ai rien d’autre que quelques morceaux de pain sec. J’ai honte de vous les servir. »

Le Messager (S.A.S.) dit : « Apporte-les-moi donc. »

Umm Hânî les présenta. Le Messager (que Dieu le bénisse et le salue) les découpa en morceaux et les mélangea avec de l’eau salée. Puis il demanda : « Y a-t-il un accompagnement ? » Umm Hânî répondit : « Ô Messager de Dieu ! Je n’ai rien d’autre que du vinaigre. » Le Messager demanda qu’on apporte le vinaigre. Il le mélangea aux morceaux de pain et les mangea. Puis, après avoir loué Dieu, il dit : « Quel excellent accompagnement que le vinaigre ! Ô Umm Hânî, une maison où il y a du vinaigre ne connaît pas la pauvreté. » [As-Sîra al-Halabiyya, 3/42 ; Nisâ’ min ‘asr an-nubuwwa, p. 398]

Halîma as-Sa‘diyya (qu’Allah l’agrée)


À l’époque de la Jâhiliyya, il était d’usage chez les Arabes nobles que, lorsqu’un enfant naissait, ils le confient à une nourrice d’une autre tribu. Ils pensaient que cela lui conférait noblesse et pureté de langue. Les notables de La Mecque envoyaient leurs enfants auprès des Bédouins vivant dans le désert. Là, ceux-ci passaient l’âge de l’allaitement auprès de nourrices bédouines. Ils choisissaient pour leurs enfants des nourrices naturellement intelligentes et raffinées. Lors de cette sélection, ils privilégiaient la haute moralité des nourrices, leur constitution physique robuste, leur langue pure et éloquente, ainsi que leur honneur et leur statut social. Toute femme possédant ces qualités réussissait dans la profession de nourrice.

Les mères nourrices venaient du désert dans les différentes villes et localités à la recherche d’enfants à allaiter. Elles recueillaient des nourrissons contre rémunération, puis retournaient au désert. En plus de les allaiter, elles initiaient les enfants aux jeux des Bédouins, aux techniques d’installation des tentes, aux bonnes manières et à une langue pure et éloquente. Il disait en effet : « Je suis né dans la tribu de Quraych et j’ai été allaité et élevé chez les Banû Sa‘d. » [Sîrat Ibn Hichâm, 1/167] Il disait à ses Compagnons : « Je suis, parmi vous, celui qui parle la langue la plus pure et la plus éloquente, car je suis issu de la tribu de Quraych et j’ai été allaité et élevé chez les Banû Sa‘d. » Un jour, Abû Bakr as-Siddîq (qu’Allah l’agrée) lui dit : « Ô Messager de Dieu ! Je n’ai jamais vu personne parler avec plus de pureté et d’éloquence que vous. » Il répondit : « Qu’est-ce qui m’en aurait empêché ? Je suis issu de la tribu de Quraych et j’ai été allaité chez les Banû Sa‘d. » [Ibn Kathîr, As-Sîra an-nabawiyya, 1/115 ; As-Sîra al-Halabiyya, 1/146]

La Halîma as-Sa‘diyya (qu’Allah l’agrée) dont nous parlons était la nourrice, c’est-à-dire la mère de lait, fortunée du Messager de Dieu (que Dieu le bénisse et le salue), au sein de la tribu des Banû Sa‘d. Pour la présenter, le poète Cheikh Yûsuf an-Nabhânî (que Dieu lui fasse miséricorde) a dit : [Cité dans l’ouvrage Nisâ’ min ‘asr an-nubuwwa, d’après le livre de an-Nabhânî, Hujjat Allâh ‘alâ al-‘âlamîn, p. 11](Arabe********)

« Celle qui l’allaita fut Halîma, la femme comblée de bonheur, issue d’une tribu illustre, remarquable parmi les tribus. »

Elle disposait de peu de nourriture. Puis elle devint la plus aisée des habitants de la ville.

Elle était une femme fortunée ; par la bénédiction de sa fortune, elle devint celle qui rendit un autre fortuné. » [Sîrat Ibn Hichâm, 1/160]

Cette femme fortunée était Halîma bint «Abdallah ibn al-Hârith al-Sa‘diyya (qu’Allah l’agrée), la nourrice du Messager d’Allah (paix et bénédictions d’Allah sur lui). Son époux s’appelait al-Hârith ibn «Abd al-«Uzzâ ibn Rifâ‘a al-Sa‘dî. Leurs enfants étaient : «Abdallah, Unaysa et Khuzayma, ou, selon une autre version, Huzâfa. Cette dernière est également connue sous le nom d’al-Shaymâ’. Tous étaient les enfants d’al-Hârith et les frères et sœurs de lait du Messager d’Allah (paix et bénédictions d’Allah sur lui). Le Messager d’Allah (paix et bénédictions d’Allah sur lui) et «Abdallah furent allaités en même temps. Il convient de préciser que cet al-Hârith avait pour surnoms Zuwayb et Abû Kabsha. [Référence précédente ; Ansâb al-Ashrâf, 1/90-91]

Halîma fut la nourrice et la mère de lait d’Abû Sufyân ibn al-Hârith ibn «Abd al-Muttalib, le cousin paternel du Messager d’Allah (paix et bénédictions d’Allah sur lui). Une femme de la tribu des Banû Sa‘d fut la nourrice et la mère de lait de Hamza ibn «Abd al-Muttalib, l’oncle du Messager d’Allah (paix et bénédictions d’Allah sur lui). Lorsque le Messager d’Allah (paix et bénédictions d’Allah sur lui) se trouvait auprès de Halîma, la mère de lait de Hamza (qu’Allah l’agrée) l’allaita un jour de son propre sein. Par ailleurs, avant d’aller chez Halîma, le Messager d’Allah (paix et bénédictions d’Allah sur lui) avait été allaité quelque temps par Thuwayba, l’esclave d’Abû Lahab. Thuwayba avait également allaité Hamza pendant un certain temps. Hamza était donc le frère de lait du Messager d’Allah (paix et bénédictions d’Allah sur lui) par deux voies : par les Banû Sa‘d et par Thuwayba. [Rijâl al-Mubashshirûn bi-l-Janna, 1/7, 2/189 ; Nisâ’ min ‘Asr al-Nubuwwa, p. 11 ; Sîrat Ibn Hishâm, 1/161 ; note n° 6]

Halîma avait allaité le Messager d’Allah (paix et bénédictions d’Allah sur lui). C’est pourquoi elle devint, en Arabie, la nourrice la plus célèbre. Elle a relaté comment elle avait recueilli le Messager d’Allah (paix et bénédictions d’Allah sur lui) alors qu’il était encore un nourrisson allaité. Elle dit : C’était une année de sécheresse et de famine. Avec dix autres femmes des Banû Sa‘d, je partis à la recherche d’un nourrisson à allaiter, montée sur une ânesse blanche et chétive. Nous avions aussi avec nous une vieille chamelle. Par Allah ! Pas une seule goutte de lait ne sortait de ses mamelles. À cause des pleurs de nos enfants, torturés par la faim, nous ne pouvions pas dormir la nuit. Mon sein et le lait de notre chamelle ne suffisaient pas à rassasier mon fils «Abdallah. Toutefois, nous espérions la pluie et l’aisance. Finalement, nous arrivâmes à La Mecque. Le Messager d’Allah (paix et bénédictions d’Allah sur lui), encore enfant, fut présenté à chacune d’entre nous. Lorsqu’on apprit qu’il était orphelin, personne ne voulut le prendre, car nous espérions obtenir quelque chose de ses parents. Nous nous disions : « L’enfant est orphelin. Que peuvent bien donner sa mère et son grand-père ? » C’est pourquoi nous le refusâmes. Entre-temps, toutes les femmes du groupe, sauf moi, avaient trouvé un nourrisson à allaiter. Lorsque nous décidâmes de retourner dans notre tribu, je dis à mon mari : « Par Allah ! Je n’aime pas du tout que les autres repartent avec un nourrisson et que, moi, je reparte les mains vides. Je vais aller voir cet orphelin hachémite et je le prendrai avec moi. » Il me répondit : « Oui, fais-le. Il se peut qu’Allah ait placé en lui une bénédiction et une prospérité pour nous. » Je me rendis alors chez lui et l’emmenai. [Ansâb al-Ashrâf, 1/93-94]

Une autre version rapporte que Halîma dit : Lorsque je me présentai, «Abd al-Muttalib m’accueillit et me demanda : « Qui es-tu ? » Je répondis : « Une femme des Banû Sa‘d. » Il demanda : « Quel est ton nom ? » Je répondis : « Halîma. »

«Abd al-Muttalib sourit légèrement et dit : « Bravo ! Bravo ! La félicité et l’intelligence ! » Il prononça ces paroles en faisant allusion aux deux mots Sa‘d (« félicité ») et hilm (« intelligence ») contenus dans les noms de «Abd al-Muttalib et de Halîma. Il conduisit Halîma chez Âmina, la mère du Prophète (paix et bénédictions d’Allah sur lui). C’est auprès d’elle que Halîma reçut l’enfant Muhammad. Dès le début, Halîma comprit de diverses manières que la chance lui souriait. Ainsi, certaines versions rapportent que lorsqu’elle se rendit auprès du Prophète (paix et bénédictions d’Allah sur lui) avec «Abd al-Muttalib, celui-ci entendit une voix invisible réciter les vers suivants : [Nisâ’ min ‘Asr al-Nubuwwa, p. 12](Arabe*******************)

« Certes, Muhammad, le fils d’Âmina, est parfaitement digne de confiance, le meilleur de toutes les créatures et le meilleur d’entre elles.

Nul autre que Halîma ne l’allaitera. Combien il est digne de confiance envers les pieux !

Il est exempt de tout défaut obscène et pur de tout péché et de toute souillure. »

Tu ne le confieras à personne d’autre qu’à elle. Cet ordre et cette décision émanent de l’Être Tout-Puissant. »

Dès qu’Halîma accepta le Prophète (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui), la bénédiction et la prospérité descendirent sur elle et son époux. Dès qu’elle prit l’enfant Muhammad (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui) dans ses bras et le serra contre sa poitrine, son sein desséché se remplit de lait. Il en but à satiété. Puis Halîma donna le sein à son propre enfant, ‘Abdullah, qui en but lui aussi à satiété. Ensuite, les deux enfants s’endormirent.

Halîma et son époux étaient tous deux accablés par la faim et la soif, car leur chamelle était à sec. Où auraient-ils pu trouver de la nourriture ou du lait ? Mais soudain, leur situation changea. Halîma elle-même raconte à ce sujet : « Mon époux alla voir notre chamelle et constata que ses mamelles étaient pleines de lait. Il la trait et nous en bûmes tous deux à satiété ; nous passâmes cette nuit dans un bonheur extrême. Au matin, mon époux me dit : Par Allah, Halîma ! Sache que tu as recueilli un enfant béni.

Je répondis : Par Allah, je l’espère. Puis nous partîmes pour retourner dans notre village. Je montai sur mon ânesse, avec l’enfant Muhammad (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui). Quelle merveille ! Elle se mit à avancer si rapidement qu’aucun des autres ânes de notre groupe ne pouvait la rattraper. À un moment, mes compagnes me dirent : Fille de Juwayb ! Dis-nous donc, est-ce bien ton ânesse sur laquelle tu étais montée en partant ? Je répondis : Oui, c’est bien elle. Elles dirent : Par Allah, il y a donc là quelque chose d’extraordinaire. [Sîrat Ibn Hishâm, 1/164 ; Usd al-Ghâba, 5/427 ; Al-Bidâya wa-n-Nihâya, 3/255]

La caravane arriva au village des Banû Sa‘d. Cette année-là, la pénurie et la pauvreté y étaient partout manifestes. Halîma commença à constater la bénédiction et le bienfait apportés par cet enfant orphelin. La bénédiction et la prospérité se manifestèrent en toutes choses. Ses chèvres et ses moutons allaient paître dans les pâturages desséchés avec ceux des autres ; lorsqu’ils revenaient, leurs mamelles étaient pleines de lait, tandis que ceux des autres revenaient dans le même état qu’au départ. Aussi les gens de sa tribu dirent-ils à leurs bergers respectifs : « Qu’avez-vous donc ? Ne pouvez-vous pas faire paître vos troupeaux là où le berger de la fille d’Abû Juwayb fait paître les siens ? » Mais, même après l’avoir fait, ils constatèrent que cela ne leur servait à rien.

Deux années s’écoulèrent ainsi pour Halîma. Chaque jour, elle voyait de nouvelles bénédictions et prospérités venant d’Allah. Entre-temps, la période d’allaitement du Prophète (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui) arriva à son terme.

Le Prophète (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui) grandit d’une manière que l’on ne voit habituellement pas chez les autres enfants. Halîma estima qu’il était désormais préférable de l’emmener à La Mecque auprès de sa mère. Bien que le bien et les bénédictions qu’elle avait observés chez cet enfant durant ces deux années lui donnassent naturellement envie de le garder encore quelque temps auprès d’elle, elle l’emmena néanmoins à La Mecque.

Sa mère, Âmina, fut extrêmement heureuse de retrouver son enfant bien-aimé, surtout lorsqu’elle vit qu’il avait grandi comme un enfant de quatre ans, alors qu’il n’avait pas encore atteint l’âge de deux ans. Halîma demanda à Âmina de lui laisser encore quelque temps l’enfant au village. Sa mère accepta. Halîma retourna au village avec l’enfant, le cœur joyeux. L’enfant lui-même fut très heureux de retrouver la nature rurale. Ainsi, le Prophète (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui) retourna une deuxième fois chez les Banû Sa‘d. C’est là que se produisit le merveilleux événement de l’ouverture de sa poitrine, lorsqu’il avait quatre ou cinq ans.

L’imam Muslim a rapporté, avec sa propre chaîne de transmission, d’après Anas ibn Mâlik (qu’Allah l’agrée) : « Un jour, alors que le Messager d’Allah (qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix) jouait avec d’autres enfants, Jibrîl (que la paix soit sur lui) vint à lui. Il le saisit, le coucha sur le dos à même le sol et lui ouvrit la poitrine. Puis il en sortit le cœur (qalb), en retira un caillot de sang et dit : “Voici la part de Satan qui est en toi.” Ensuite, il le lava avec de l’eau de Zamzam dans un bassin d’or, puis le remit à sa place. Les compagnons de jeu, ayant vu cette scène, coururent chez sa nourrice, sa mère de lait, Halîma, et lui dirent : “Muhammad a été tué !” Tout le monde accourut et le trouva le visage livide. » [Sahîh Muslim, 1/101 ; Ibn Kathîr, as-Sîra, 1/13 ; as-Sîra al-Halabiyya, 1/150 ; al-Bayhaqî, Dalâ’il an-nubuwwa, 1/135]

Après cet événement, Halîma fut prise d’inquiétude. Elle rendit le Prophète (qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix) à sa mère.

Ibn Ishâq dit : « Certains savants m’ont rapporté que la raison pour laquelle Halîma rendit l’enfant Muhammad à sa mère fut la suivante : après le sevrage, lorsqu’elle emmena Muhammad une deuxième fois, des chrétiens d’Abyssinie le virent, cherchèrent à connaître son identité et l’observèrent attentivement. Puis ils voulurent l’emmener dans leur pays, auprès de leur roi. Ils dirent : “Cet enfant accomplira de grandes choses à l’avenir. Nous en voyons les signes en lui.” Halîma craignit qu’ils ne le volent et ne l’emportent. Elle le rendit donc à sa mère. » [Sîrat Ibn Hishâm, 1/167] Il resta élevé dans l’affection de sa mère jusqu’à l’âge de six ans. Puis sa mère décéda.

Selon un récit, lorsque Halîma ramenait pour la dernière fois l’enfant Muhammad (qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix) à sa mère, elle le perdit après être arrivée sur les hauteurs de La Mecque. Plus tard, Waraqa ibn Nawfal et un autre homme de la tribu de Quraysh le trouvèrent. Ils l’amenèrent tous deux auprès de ʿAbd al-Muttalib et lui dirent : « Voici votre fils. Nous l’avons vu errer çà et là sur les hauteurs de La Mecque. Lorsque nous lui avons demandé qui il était, il a répondu : “Je suis Muhammad ibn ʿAbd Allah ibn ʿAbd al-Muttalib.” C’est pourquoi nous vous l’avons amené. » [Ibn Kathîr, as-Sîra, 1/15] Puis ʿAbd al-Muttalib le porta sur ses épaules et fit les circumambulations autour de la Kaaba en récitant un poème. L’un de ses vers est le suivant : [Sîrat Ibn Hishâm, 1/167](Arabe********)

« Pour lui, je demande la protection d’Allah, le Créateur des hommes, contre toute créature qui se déplace à l’aide de ses jambes et de ses plantes de pieds. »

Après avoir rendu le Prophète (qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix) à sa mère, Halîma retourna dans son pays. De nombreuses années passèrent. Entre-temps, le Prophète (qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix) devint adulte et se maria. Mais il n’oublia jamais sa mère de lait, Halîma. Il parlait souvent à son épouse Khadîja (qu’Allah l’agrée) de son affection, de sa tendresse et des soins qu’elle lui avait prodigués. Khadîja (qu’Allah l’agrée) ressentit elle aussi le désir de voir un peu Halîma. Un jour, en période de disette, celle-ci vint lui rendre visite. Le Messager (qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix) l’accueillit chez lui avec tous les égards et la traita avec honneur. Halîma lui parla de la sécheresse, de la mort des animaux et de la grande misère qui sévissait. Le Messager (qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix) s’entretint avec Khadîja (qu’Allah l’agrée) de la manière de l’aider. Khadîja (qu’Allah l’agrée) lui donna, avec le plus grand respect, quarante chèvres ainsi qu’un chameau pour transporter l’eau et se déplacer. Lors de ce voyage, Halîma emporta de nombreux présents et cadeaux pour les membres de sa famille. [Ansâb al-Ashrâf, 1/95 ; Nisâ’ mubashshirât bi-l-janna, 1/32]

Lorsque Allah le Très-Haut choisit Muhammad (qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix) comme prophète et messager pour l’humanité et lui ordonna d’appeler les hommes vers Allah, Halîma accepta l’islam. [As-Sîra al-Halabiyya, 1/32] Son mari et ses enfants — ʿAbd Allah, ash-Shaymâ’ et Unaysa — embrassèrent eux aussi tous l’islam. L’auteur d’As-Sîra al-Halabiyya dit : « La majorité des savants ne nourrit aucun doute quant à sa conversion à l’islam. Ibn Hibbân a rapporté un hadith authentique qui prouve sa conversion. Hâfiz Mughultâ’î a consacré un ouvrage à la conversion de Halîma, intitulé : “At-Tuhfa al-Jasîma fî Islâm Halîma.” » [Nisâ’ min ʿasr an-nubuwwa, p. 15]

Le Prophète (qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix) était un homme doux et compatissant. Il n’aimait pas seulement les gens qui l’entouraient : il aimait tout le monde, proches et éloignés, et leur envoyait des cadeaux. Sa mère de lait, Halîma, ne pouvait naturellement pas être exclue de cette attention. Toute sa vie, le Prophète (qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix) garda en mémoire l’affection et la tendresse de Halîma. Sa mère Halîma occupait une place profonde dans son cœur. Ainsi, même après l’âge de quarante ans, on l’entendait l’appeler « mère, mère » ; on le voyait retirer son propre manteau, l’étendre pour lui offrir un siège, et l’écouter attentivement parler de ce qui allait bien ou mal, ainsi que de ses besoins et de ses plaintes. On le voyait aussi lui parler avec le visage souriant et le cœur joyeux, tel un fils entièrement dévoué à sa mère. [Al-Isâba, 4/274]

Le qadi ‘Iyâd a mentionné dans son ouvrage « Ash-Shifâ », à propos de la place occupée par Halîma et ses proches auprès du Messager de Dieu (que Dieu le bénisse et lui accorde la paix), qu’Abû Tufayl a dit : « Durant mon adolescence, j’ai vu un jour le Prophète (que Dieu le bénisse et lui accorde la paix) distribuer de la viande à Ji‘râna[« Ji‘râna » se trouve sur la route de Tâ’if et de La Mecque, mais non à proximité de La Mecque. (Tahdhîb al-Asmâ’ wa-l-Lughât, 3/59)]. À ce moment-là, une femme bédouine arriva et s’approcha tout près du Prophète (que Dieu le bénisse et lui accorde la paix). Le Prophète (que Dieu le bénisse et lui accorde la paix) étendit son manteau et l’invita à s’asseoir. La femme s’assit. Je demandai aux gens : “Qui est cette femme ?” Ils répondirent : “C’est la mère du Messager de Dieu (que Dieu le bénisse et lui accorde la paix), celle qui l’a allaité.”[‘Âlam an-Nisâ’, 1/290]

‘Umar ibn as-Sâ’ib a rapporté : « Un jour, le Messager de Dieu (que Dieu le bénisse et lui accorde la paix) était assis. Son père de lait arriva alors. Il étendit un pan de son propre vêtement et s’assit dessus. Peu après, ‘Abdullah ibn al-Hârith, le frère de lait du Messager de Dieu (que Dieu le bénisse et lui accorde la paix), arriva. Le Messager (que Dieu le bénisse et lui accorde la paix) se leva, le fit asseoir devant lui. »[at-Tabaqât, 1/114 ; al-Isî‘âb, 4/262 ; Ash-Shifâ, 1/260 ; Usud al-Ghâba, 5/428]

Al-Balâdhurî a rapporté : « Le Messager (que Dieu le bénisse et lui accorde la paix) portait dans ses bras sa sœur de lait ash-Shaymâ’, avec sa mère Halîma, et jouait avec elle. Cette ash-Shaymâ’ fut capturée par l’armée musulmane lors de la bataille de Hunayn. On la traita durement. Elle dit alors : “Ô gens ! Sachez que je suis la sœur de votre Prophète.” Lorsqu’elle fut amenée auprès du Messager de Dieu (que Dieu le bénisse et lui accorde la paix), elle dit : “Je suis votre sœur. Je vous portais dans mes bras avec ma mère et vous me mordiez.” Le Messager (que Dieu le bénisse et lui accorde la paix) la reconnut, étendit son manteau et l’invita à s’asseoir. Il la libéra en lui offrant de nombreux présents, notamment un esclave et une esclave.[Ansâb al-Ashrâf, 1/93]

Concernant la mort de Halîma — qu’Allah l’agrée —, le shaykh Ahmad Zaynî Dahlân a dit qu’elle embrassa l’islam, émigra, mourut à Médine et fut enterrée au cimetière d’al-Baqî‘. Sa tombe y est connue.[Nisâ’ min ‘Asr an-Nubuwwa, p. 17] Toutefois, un récit d’al-Balâdhurî laisse comprendre qu’elle n’émigra pas à Médine et qu’elle mourut avant la conquête de La Mecque. Le récit est le suivant : le jour de la conquête de La Mecque, alors que le Messager de Dieu (que Dieu le bénisse et lui accorde la paix) se trouvait dans la vallée d’al-Abtah, la sœur de Halîma vint auprès de lui, accompagnée de la sœur de son mari. Elle offrit au Messager un récipient de fromage et un récipient de beurre clarifié. Le Messager (que Dieu le bénisse et lui accorde la paix) lui demanda des nouvelles de Halîma. Elle lui annonça sa mort. Les deux yeux du Messager (que Dieu le bénisse et lui accorde la paix) se remplirent alors de larmes. Puis le Messager (que Dieu le bénisse et lui accorde la paix) s’enquit de leur situation. Elles lui parlèrent de leur besoin et de leur pauvreté. Le Messager (que Dieu le bénisse et lui accorde la paix) ordonna de lui donner des vêtements, une bête de somme et deux cents dirhams. Au moment de partir, elle dit au Prophète (que Dieu le bénisse et lui accorde la paix) : “Vous êtes un excellent responsable, aussi bien dans votre jeunesse que dans votre maturité.”[Ansâb al-Ashrâf, p. 91 ; Dalâ’il an-Nubuwwa, 1/133] Elle rapporta des hadiths du Messager de Dieu (que Dieu le bénisse et lui accorde la paix), et ‘Abdullah ibn Ja‘far — qu’Allah l’agrée — en rapporta d’elle.[al-Isî‘âb, 4/262]

Ash-Shaymâ’ bint al-Hârith as-Sa‘diyya — qu’Allah l’agrée —


Le véritable nom d’ash-Shaymâ’ était Hudhâfa, ou, selon une autre opinion, Jadhdhâma. Ses surnoms étaient ash-Shaymâ’ et ash-Shammâ’. C’était une femme bédouine des Banû Sa‘d. Dans sa tribu, elle était connue uniquement par ses surnoms.[Al-Bayhaqî, Dalâ’il an-Nubuwwa, 1/132] Il est probable qu’elle reçut ce nom en raison du grand nombre de grains de beauté qu’elle avait sur le corps.[Nisâ’ min ‘Asr an-Nubuwwa, p. 337, note 2 ; al-Isâba, 4/335] Il convient de signaler qu’il n’y eut aucune autre Compagne portant le nom d’ash-Shaymâ’. Son père était al-Hârith ibn ‘Abd al-‘Uzzâ ibn Rifâ‘a as-Sa‘dî, et sa mère était la nourrice du Prophète, la vénérable Halîma as-Sa‘diyya — qu’Allah l’agrée. Le principal trait qui la distingue est qu’elle était la sœur de lait du Prophète (que Dieu le bénisse et lui accorde la paix). Il convient de préciser que les enfants de Halîma — ‘Abdullah, Unaysa et ash-Shaymâ’ — étaient tous les trois les frères et sœurs de lait du Messager de Dieu (que Dieu le bénisse et lui accorde la paix). Ash-Shaymâ’ aida grandement sa mère Halîma à élever le jeune Muhammad (que Dieu le bénisse et lui accorde la paix).

Après avoir allaité et élevé le jeune Muhammad (que Dieu le bénisse et lui accorde la paix) pendant deux ans, Halîma — qu’Allah l’agrée — retourna une nouvelle fois dans sa tribu avec son enfant de lait Muhammad (que Dieu le bénisse et lui accorde la paix), avec l’accord de sa mère. À cette époque, il avait appris à marcher et à jouer avec ses frères et sœurs de lait. Comme tous les autres garçons et filles bédouins, les enfants de Halîma faisaient paître les chèvres et les moutons dans les pâturages situés autour de leur village ; ils emmenaient parfois avec eux leur jeune frère de lait Muhammad (que Dieu le bénisse et lui accorde la paix). À cette époque, ash-Shaymâ’ veillait sur lui. Lorsque le chemin était long ou que la chaleur du soleil était intense, elle le prenait dans ses bras. Parfois, elle le reposait à terre. D’autres fois, elle s’asseyait avec lui à l’ombre et, le soulevant des deux mains, le balançait en chantant d’une voix mélodieuse les deux vers suivants :[Op. cit., 4/336 ; Ahmad Zaynî Dahlân, as-Sîra an-Nabawiyya, 4/366](Arabe****)

« Ô notre Seigneur ! Garde Muhammad pour nous

Gardez-le en vie, afin que nous puissions le voir devenir un jeune homme.

Ensuite, permettez-nous de le voir devenir un chef honoré devant lequel s’inclinera la tête de tout ennemi nourrissant de la haine à son égard.

Ô Allah ! Accordez-lui un honneur et une dignité éternels.’

Dans certaines versions, le premier vers est rapporté ainsi :[ Nisa’ min ‘Asr an-Nubuwwah-338](Arabe********)

‘Ô notre Seigneur ! Garde en vie mon frère Muhammad.’

Quelles admirables invocations, dont chaque parole fut exaucée auprès d’Allah, le Très-Haut.

Tous les membres de la famille d’Ash-Shaymā’, petits et grands, étaient témoins du bien et de la bénédiction qui résidaient dans le jeune Muhammad (s.a.s.). C’est pourquoi un profond attachement et un grand amour pour lui s’étaient développés chez tous. Chaque fois que la mère Halima voulait l’emmener çà et là, elle avertissait à plusieurs reprises Ash-Shaymā’ de ne pas laisser Muhammad (s.a.s.) disparaître de sa vue. Cela ne la rassurait pourtant pas. Entre ses occupations, elle courait régulièrement voir où se trouvait Muhammad (s.a.s.) et ce qu’il faisait.

Un jour, à midi, épuisée par la chaleur accablante, la mère Halima se reposait. Peu après, elle se rendit compte qu’Ash-Shaymā’ et Muhammad n’étaient nulle part aux alentours. Où étaient-ils allés sous ce soleil brûlant ? Elle fut prise d’inquiétude et partit à leur recherche. Elle vit Ash-Shaymā’, non loin de la maison, faire danser Muhammad dans ses bras tout en chantant cette chanson :(Arabe*****)

« C’est mon frère, bien que ma mère ne l’ait pas mis au monde. Il n’est pas non plus de la lignée de mon père ni de celle de mon oncle paternel. Ô Allah, accorde-lui la prospérité. »

La mère Halîma dit sur un ton de reproche : « Ash-Shaymâ’, tu joues avec lui sous ce soleil ? » Ash-Shaymâ’ répondit : « Mère, le soleil ne touche pas le corps de mon frère. Je vois un nuage lui faire de l’ombre au-dessus de la tête. Lorsqu’il s’arrête, le nuage s’arrête ; lorsqu’il marche, le nuage marche aussi. » C’est ainsi qu’ils arrivèrent auprès d’elle. Elle fixa le visage de l’enfant avec étonnement et demanda :

« Est-ce exact ? » Ash-Shaymâ’ répondit : « Par Allah, c’est vrai ! Par Allah, c’est vrai ! » [As-Sîra al-Halabiyya, 1/167-168]

Le noble Messager d’Allah (paix et salut sur lui) passa cinq années auprès de la mère Halîma, dans le village des Banû Sa‘d. Tout en grandissant dans l’air pur et la lumière limpide du désert, il acquit également leur langue arabe parfaitement pure ainsi que leur éloquence. Plus tard, il le reconnaissait ouvertement. Il disait :Arabe********)

« Je suis le plus pur et le plus éloquent d’entre vous, car je suis issu des Quraysh et j’ai grandi en étant allaité chez les Banû Sa‘d. » Il n’oublia jamais, durant toute sa vie, le souvenir de ces cinq premières années. Il garda toute sa vie en mémoire les soins, l’affection et la tendresse de la mère Halîma, de sa sœur de lait Ash-Shaymâ’ et des autres membres de leur famille.

Le temps passa, et le petit Muhammad de cette époque grandit. Un jour, il reçut la mission prophétique. Il émigra à Médine. Il se trouva engagé dans des guerres et des affrontements avec ses adversaires. Lorsque l’armée musulmane remporta la victoire lors de la bataille de Hawâzin, Ash-Shaymâ’ fut capturée par les forces musulmanes avec de nombreux autres hommes et femmes des Banû Sa‘d. Au moment de sa capture, elle dit aux combattants musulmans : « Par Allah, vous saurez que je suis la sœur de lait de votre chef. » Mais, ne la croyant pas, ils la présentèrent au Messager d’Allah (paix et salut sur lui). Ash-Shaymâ’ dit : « Ô Messager d’Allah, je suis votre sœur de lait. » Le Messager (paix et salut sur lui) demanda : « Peux-tu présenter une preuve ou un signe à l’appui de ta prétention ? » Elle répondit : « Un jour, je vous portais sur mon dos et vous m’avez mordue. Voici la marque de cette morsure. » [Ibn Hazm, Jamharat Ansâb al-‘Arab, 1/265] Le Messager (paix et salut sur lui) reconnut la marque. Il étendit un manteau, l’y fit asseoir et s’enquit de son état. Puis il lui dit : « Si tu le souhaites, tu peux rester auprès de moi, entourée d’affection, de soins et d’honneur ; et si tu le souhaites, tu peux retourner auprès de ta tribu. » Ash-Shaymâ’ répondit : « Je souhaite retourner auprès de ma tribu. » Elle embrassa alors l’islam et déclara croire en la mission du Messager d’Allah (paix et salut sur lui). Le Messager (paix et salut sur lui) la renvoya auprès de sa tribu, en lui offrant un esclave nommé Makhûl, une esclave, de nombreuses chèvres, des moutons et des chameaux. [Usud al-Ghâba, 5/489 ; Al-Bidâya wa an-Nihâya, 3/363 ; Târîkh at-Tabarî, 2/171 ; Ansâb al-Ashrâf, 1/93 ; A‘lâm an-Nisâ’, 2/317 ; Al-A‘lâm, 3/184] Ibn al-Kalbî rapporte qu’Ash-Shaymâ’ vint auprès du Messager d’Allah (paix et salut sur lui) à la tête d’une délégation et lui montra, comme preuve de son identité, la marque des dents du Messager d’Allah (paix et salut sur lui) sur son corps, datant de son enfance. [Ansâb al-Ashrâf, 1/93]

Le grand Prophète de l’humanité ne manifesta pas seulement sa générosité envers sa sœur de lait Ash-Shaymâ’ ; son pardon et sa générosité s’étendirent à l’ensemble des Banû Sa‘d. Il convient de préciser que les Banû Sa‘d constituaient une branche de la vaste tribu de Hawâzin. Lorsque la tribu de Hawâzin fut vaincue à la bataille de Hunayn, durant la huitième année de l’Hégire, ses biens tombèrent entre les mains des musulmans comme butin de guerre, et ses femmes et ses enfants furent faits prisonniers. Une délégation de la tribu de Hawâzin se rendit alors auprès du Messager d’Allah (paix et salut sur lui), annonça sa soumission et son entrée dans l’islam. L’oncle de lait du Messager d’Allah (paix et salut sur lui) faisait également partie de cette délégation. Ils implorèrent le pardon, demandèrent la libération des prisonniers et réclamèrent la restitution des biens saisis. Le porte-parole de cette délégation, Zuhayr ibn Surad, se leva et prononça un discours. En voici un extrait :(Arabe****)

« Ô Messager d’Allah ! Parmi ces prisonniers se trouvent aussi vos tantes qui vous ont élevé, vos tantes paternelles et maternelles, ainsi que celles qui vous ont porté dans leurs bras et sur leur dos et ont pris soin de vous. Nous vous avons élevé dans nos bras et sur nos dos, et nous vous avons fait boire le lait de nos seins. ….. Je vous ai vu alors que vous étiez un nourrisson allaité. Jamais je n’ai vu de nourrisson allaité meilleur que vous. Je vous ai vu lorsque vous aviez été sevré. Jamais je n’ai vu un enfant sevré meilleur que vous. Puis je vous ai vu devenu jeune homme. Jamais je n’ai vu de jeune homme meilleur que vous. En vous, les qualités de bien et de bonté ont atteint leur perfection. Malgré tout, nous sommes votre origine, vos racines et votre tribu. Faites donc preuve de bonté et de bienveillance envers nous ; Allah fera preuve de bienveillance envers vous. » Puis il récita les vers suivants :(Arabe*********)

« Ô Messager d’Allah ! Traitez-nous avec miséricorde et bonté. Vous êtes celui auprès de qui nous plaçons nos espoirs et dont nous attendons la faveur.

Accordez votre faveur à ces femmes dont vous avez tété le lait, lorsque votre bouche s’est emplie de leur lait pur et limpide.

Pardonnez à ces mères dont vous avez tété le lait. Certes, la qualité du pardon sied à toute la création. »

Après avoir entendu cette description séduisante et cette poésie suave, le Noble Messager d’Allah (paix et bénédiction d’Allah sur lui) dit : « Tout ce qui appartient à Banû ‘Abd al-Muttalib et à moi-même est à votre disposition. »

Les Quraysh s’écrièrent : « Tout ce que nous possédons est pour Allah et Son Messager. »

Ibn Kathîr rapporte qu’ensuite le Messager d’Allah (paix et bénédiction d’Allah sur lui) libéra honorablement tous les membres de la tribu de son père de lait. [Al-Bidâya wa-n-Nihâya, 4/363-364 ; Târîkh at-Tabarî, 2/173 ; ‘Uyûn al-Athar, 2/223 ; As-Sîra al-Halabiyya, 1/170]

On ne connaît rien d’autre de la vie de Hadrat ach-Chaymâ’ (qu’Allah l’agrée). Le moment et le lieu de son décès sont également demeurés totalement inconnus. Az-Ziriklî affirme qu’elle est morte après l’an 8 de l’Hégire, correspondant à l’an 630 de l’ère chrétienne. [Al-A‘lâm, 3/184]

Asmâ’ bint Abû Bakr (qu’Allah l’agrée)


Le vénérable Abû Bakr as-Siddîq (qu’Allah l’agrée), l’ami intime du Noble Messager durant sa vie et son premier calife après sa mort, était le père de la vénérable Asmâ’ (qu’Allah l’agrée). Sa mère était Qutayla bint ‘Abd al-‘Uzzâ. Cet ‘Abd al-‘Uzzâ était un illustre et honorable chef de la tribu de Quraysh. Abû Quhâfa, ou Abû ‘Atîq, le vénérable père d’Abû Bakr (qu’Allah l’agrée), était son grand-père. ‘Abdullâh ibn Abî Bakr était son frère germain, et la Mère des croyants, la vénérable ‘Â’isha (qu’Allah l’agrée), sa demi-sœur. Son époux était az-Zubayr ibn al-‘Awwâm (qu’Allah l’agrée), le hawârî du Messager d’Allah (qu’Allah le bénisse et le salue), c’est-à-dire son jeune auxiliaire particulier, et son fils était le vénérable ‘Abdullâh ibn az-Zubayr (qu’Allah l’agrée), martyr sur la voie de la vérité et de la justice. Elle naquit à La Mecque vingt-sept ans avant l’Hégire. À cette époque, son père, le vénérable Abû Bakr as-Siddîq (qu’Allah l’agrée), avait un peu plus de vingt ans. [At-Tabaqât d’Ibn Sa‘d, 8/449 ; Usud al-Ghâba, 5/372 ; Siyar A‘lâm an-Nubalâ’, 2/297] Telle est la brève présentation de la vénérable Asmâ’ bint Abî Bakr. Elle a encore d’autres titres de distinction. Son époux, az-Zubayr ibn ‘Awwâm (qu’Allah l’agrée), comptait parmi les dix personnes auxquelles fut annoncée de leur vivant la bonne nouvelle du Paradis, tandis que sa belle-mère était la vénérable Safiyya bint ‘Abd al-Muttalib (qu’Allah l’agrée), tante paternelle mahram du Messager d’Allah (qu’Allah le bénisse et le salue). Il convient de signaler qu’elle était l’aînée des enfants d’Abû Bakr as-Siddîq (qu’Allah l’agrée) et avait un peu plus de dix ans de plus que ‘Â’isha (qu’Allah l’agrée). [Siyar A‘lâm an-Nubalâ’, 2/288] Cette Compagne possédait un rang et une noblesse éminents tant par sa lignée que par son islam. Du côté de sa lignée, elle était issue du clan Taym de la tribu qurayshite de La Mecque. D’autre part, son père, son grand-père, sa sœur, sa belle-mère et son fils étaient tous des Compagnons éminents du Messager d’Allah. Pour un musulman, pourrait-il exister honneur, dignité et gloire plus grands que cela ?

Après que le Noble Messager (qu’Allah le bénisse et le salue) eut commencé à appeler à l’islam et à le prêcher à La Mecque, ses adversaires idolâtres de cette ville commencèrent à le maltraiter et à le persécuter. L’intensité de ces persécutions ne cessait de croître. Finalement, ils décidèrent de tuer le Messager. Il décida alors de quitter La Mecque. Jusqu’à cette époque, Abû Bakr (qu’Allah l’agrée) comptait parmi ceux qui avaient embrassé l’islam à La Mecque. Il était un proche extrêmement fidèle du Messager d’Allah (qu’Allah le bénisse et le salue). Une nuit, à l’insu de tous et discrètement, le Messager (qu’Allah le bénisse et le salue) quitta La Mecque en compagnie d’Abû Bakr (qu’Allah l’agrée) et se réfugia dans une grotte du mont Thawr, à la périphérie de La Mecque. C’est pourquoi Abû Bakr (qu’Allah l’agrée) fut appelé « Rafîq al-Ghâr », l’ami de la grotte. Les idolâtres mecquois allèrent jusqu’à l’entrée de la grotte dans leur recherche, mais Allah protégea Son Prophète bien-aimé (qu’Allah le bénisse et le salue) par un dispositif particulier. À cette époque, la vénérable Asmâ’ (qu’Allah l’agrée) comptait parmi ceux qui maintenaient secrètement le contact avec eux et les aidaient. Chaque nuit, dans l’obscurité, elle se rendait seule à la grotte depuis sa maison, apportait de la nourriture aux deux hommes, puis revenait après les avoir fait manger.

Le frère de la vénérable Asmâ’, ‘Abdullâh (qu’Allah l’agrée), qui n’avait pas encore embrassé l’islam à cette époque, parcourait toute la journée les différents endroits de La Mecque pour se renseigner sur les projets et les intentions des idolâtres, puis venait en informer le Messager d’Allah (qu’Allah le bénisse et le salue) dans l’obscurité de la nuit. Le nom du fidèle berger d’Abû Bakr as-Siddîq (qu’Allah l’agrée) était ‘Âmir. Il faisait paître ses chèvres dans les environs du mont Thawr, puis conduisait le troupeau jusqu’à l’entrée de la grotte et leur apportait du lait après les avoir traites. Le passage de ce troupeau de chèvres effaçait les traces des allées et venues d’Asmâ’ (qu’Allah l’agrée) et de ‘Abdullâh (qu’Allah l’agrée). Les idolâtres ne purent donc en aucune manière les retrouver.

Lorsque les idolâtres mecquois, malgré tous leurs efforts, ne parvinrent pas à les retrouver, ils annoncèrent qu’une récompense de cent chameaux serait accordée à quiconque les localiserait. Dans ces circonstances, la troisième nuit, lorsque la vénérable Asmâ’ leur apporta de la nourriture, le Messager (qu’Allah le bénisse et le salue) lui dit : « En retournant, tu diras à ‘Alî (qu’Allah l’agrée) de venir ici demain soir avec trois chameaux et un guide. » Conformément à ses instructions, ‘Alî (qu’Allah l’agrée) se présenta avec trois chameaux et un guide. La vénérable Asmâ’ (qu’Allah l’agrée) arriva également avec les provisions nécessaires pour deux ou trois jours. Le Messager (qu’Allah le bénisse et le salue) ordonna de se préparer à partir rapidement. Il fallut attacher les ballots de provisions et l’ouverture de l’outre. Dans la précipitation, on ne trouva aucune corde à portée de main. Asmâ’ (qu’Allah l’agrée) retira alors son « nitâq », ou ceinture, et le déchira en deux morceaux. Elle utilisa l’un pour attacher les provisions et l’autre pour fermer l’ouverture de l’outre. En voyant cela, le Messager prononça ces paroles :(Arabe**********)

« Qu’Allah te donne au Paradis deux nitâq en échange de ce seul nitâq. »

C’est ainsi qu’elle reçut le titre de « Dhât an-Nitâqayn » — celle qui possède deux ceintures. [At-Tabaqât, 8/450 ; Al-Istî‘âb, 4/229 ; Usud al-Ghâba, 5/372 (6698) ; Al-Bayhaqî, Dalâ’il an-Nubuwwa, 2/472 ; Tahdhîb al-Asmâ’ wa-l-Lughât, 2/597] Allah agréa ce titre prononcé par la bouche bénie du Messager d’Allah (qu’Allah le bénisse et le salue). C’est pourquoi, près de quinze siècles plus tard, elle demeure connue dans le monde entier sous ce titre.

Plusieurs autres avis ont été rapportés au sujet de la raison pour laquelle Asmâ’ reçut le titre de « Dhât an-Nitâqayn ». Certains ont dit qu’elle attachait une ceinture par-dessus une autre, et qu’elle reçut ainsi ce titre. D’autres ont dit qu’elle possédait deux nitâq, ou ceintures : elle en attachait un autour de sa taille, et utilisait l’autre pour attacher la nourriture nécessaire au Messager d’Allah (qu’Allah le bénisse et le salue) et la transporter jusqu’à la grotte. C’est pour cette raison qu’elle reçut ce titre. Il convient de signaler que le port d’une ceinture est une pratique courante chez les femmes arabes. [Nisâ’ min ‘Asr an-Nubuwwa, p. 238, note 1]

Ibn Hajar (qu’Allah lui fasse miséricorde) dit qu’elle déchira son nitâq en deux morceaux. Avec l’un, elle attacha les provisions du Messager d’Allah (qu’Allah le bénisse et le salue) et d’Abû Bakr (qu’Allah l’agrée), tandis qu’elle utilisa l’autre pour remplacer sa propre ceinture. C’est à partir de là qu’elle fut appelée « Dhât an-Nitâq », ou « Dhât an-Nitâqayn », c’est-à-dire celle qui possède une ceinture ou deux ceintures. [Banât as-Sahâba, p. 50]

Il existe une divergence dans les récits quant au lieu où eut lieu cet épisode du « nitaq » : dans la grotte du mont Thawr, ou dans la maison d’Abû Bakr, au moment où le Messager (s.a.w.) et Abû Bakr (r.a.) quittaient La Mecque. Un récit rapporté par l’imâm al-Bukhârî ainsi que dans la Sîra d’Ibn Ishâq laisse comprendre qu’il s’est produit au moment où ils sortaient de nuit de la maison d’Abû Bakr, à La Mecque.

Il est ainsi rapporté que lorsque Allah autorisa les musulmans de La Mecque à émigrer de La Mecque vers Médine, les musulmans opprimés et persécutés de La Mecque commencèrent à la quitter par groupes pour se rendre à Médine. Lorsque les polythéistes commencèrent à s’y opposer, les musulmans se mirent à quitter La Mecque secrètement, seuls ou en petits groupes. Tous avaient pris conscience de l’immense mérite de la Hijra et semblaient dès lors entrer en compétition les uns avec les autres pour obtenir cette heureuse occasion. Un jour, Abû Bakr (r.a.) se rendit auprès du noble Prophète (s.a.w.) et lui demanda la permission d’émigrer. Le Prophète (s.a.w.) dit :(Arabe***** )– Ne vous hâtez pas tant ; Allah vous donnera un compagnon. » Abû Bakr (r.a.) comprit que le compagnon de son voyage serait le Prophète (s.a.w.) lui-même. Le cœur et l’esprit d’Abû Bakr (r.a.) furent remplis de joie. Pouvait-il exister une joie plus grande que celle de devenir le compagnon de voyage du Messager d’Allah (s.a.w.) vers Médine, la demeure de la Hijra ?

Après avoir entendu ces paroles pleines de sens du Messager d’Allah (s.a.w.), Abû Bakr (r.a.) en informa ses deux filles, Asmâ’ et ‘Â’isha (r.a.). Elles furent elles aussi comblées de joie en apprenant que leur père serait le compagnon de voyage du Messager d’Allah (s.a.w.) pour la Hijra. Dès lors, elles passèrent leur temps à attendre ce moment béni.

Puis, un jour, Allah autorisa Son Prophète à émigrer vers Médine. À l’heure précise de midi, le Prophète (s.a.w.) se dirigea vers la maison d’Abû Bakr (r.a.), échappant aux regards de tous les gardes des polythéistes qurayshites. Asmâ’ (r.a.), qui se trouvait à l’intérieur de la maison, l’aperçut la première et courut auprès de son père en disant : « Père ! Voici le Messager d’Allah (s.a.w.) qui vient vers notre maison, le visage et la tête couverts. Il ne vient jamais à une telle heure. » Abû Bakr (r.a.) répondit : « Que mes père et mère soient sacrifiés pour lui ! Par Allah, il n’est certainement pas venu à cette heure-ci, sauf pour une affaire particulièrement importante. »

Abû Bakr se précipita pour accueillir le Prophète (s.a.w.). Celui-ci demanda la permission d’entrer dans la maison. Après qu’Abû Bakr (r.a.) lui eut donné la permission, il entra. Il dit à Abû Bakr (r.a.) : « Veuillez faire sortir un instant ceux qui se trouvent autour de vous. » Asmâ’ et ‘Â’isha étaient présentes. Abû Bakr (r.a.) dit : « Ô Messager d’Allah ! Ce sont mes deux filles. »

Le Prophète (s.a.w.) dit : « La permission de sortir — c’est-à-dire d’accomplir la Hijra — m’a été accordée. » Sous l’effet d’une joie immense, Abû Bakr (r.a.) se mit à pleurer. Il dit : « Ô Messager d’Allah ! Aurai-je le bonheur de vous accompagner ? » Il répondit : « Oui. » ‘Â’isha (r.a.) dit : « Par Allah ! Avant ce jour, je n’aurais jamais imaginé que quelqu’un puisse pleurer d’une joie aussi intense. Ce jour-là, j’ai vu Abû Bakr pleurer. » [Musnad Ahmad, 6/348 ; Sahîh al-Bukhârî, hadith n° 3905 ; at-Tabaqât, 8/25]

‘Â’isha (r.a.) a également rapporté au sujet de l’événement du « Dhât an-Nitâq » : « Nous, les deux sœurs, préparions les provisions dont ils avaient besoin. Nous avons placé leurs effets nécessaires dans une besace en cuir. Puis Asmâ’ coupa son nitaq et s’en servit pour attacher l’ouverture de la besace. C’est ainsi qu’elle reçut le surnom de “Dhât an-Nitâq”. » [Sahîh al-Bukhârî, hadith n° 3905]

Le récit ci-dessus permet de comprendre que l’événement au cours duquel Asmâ’ (r.a.) déchira son nitaq en deux et reçut le surnom de « Dhât an-Nitâqayn » eut lieu dans la maison d’Abû Bakr (r.a.), lorsque le Messager d’Allah (s.a.w.) et Abû Bakr (r.a.) partirent en direction du mont Thawr.

‘Abdullah ibn az-Zubayr (qu’Allah l’agrée), fils d’Asmâ, entra par la suite en conflit avec les califes omeyyades et prit part aux combats. Les habitants du Châm le tournaient alors en dérision en le traitant de fils de « Dhât an-Nitâqayn ». Lorsqu’Asmâ l’apprit, elle demanda à son fils : « Se moquent-ils de toi ? » Il répondit : « Oui. » Asmâ (qu’Allah l’agrée) dit : « Par Allah ! Ce qu’ils disent est vrai. » Puis, lorsque Hajjâj ibn Yûsuf vint lui rendre visite, elle lui dit : « Comment osez-vous tenter d’humilier ‘Abdullah en le traitant de “Dhât an-Nitâqayn” ? Oui, je n’avais qu’un seul nitâq, comme les femmes doivent en avoir un. Et avec l’autre nitâq, j’avais attaché les provisions du Messager d’Allah (qu’Allah le bénisse et le salue). [A‘lâm an-Nisâ’, 1/47]

Mariage et conversion à l’islam

Asmâ (qu’Allah l’agrée) était l’aînée des enfants d’Abû Bakr (qu’Allah l’agrée). Au début de la prédication islamique à La Mecque, Abû Bakr (qu’Allah l’agrée) fut le premier homme à embrasser l’islam. Il est donc naturel qu’il ait présenté l’islam aux membres de sa famille et qu’ils aient accepté son appel. On peut ainsi considérer qu’Asmâ (qu’Allah l’agrée) fut la première parmi les enfants des Compagnons à embrasser l’islam. Puisqu’elle était née vingt-sept ans avant l’Hégire, elle devait alors être au milieu de sa deuxième décennie. Elle n’était encore qu’une adolescente. L’imam an-Nawawî (qu’Allah l’agrée) dit : [Tahdhîb al-Asmâ’ wa-l-Lughât, 2/597 ; Banât as-Sahâbah, 40](Arabe*******)

« Asmâ (qu’Allah l’agrée) embrassa l’islam très tôt, après dix-sept personnes. » Ibn ‘Abd al-Barr (qu’Allah l’agrée) dit : [Al-Istî‘âb, 12/196]

‘(Arabe*****)— Sa conversion eut lieu très tôt à La Mecque. » Ibn ‘Asâkir a mentionné qu’Asmâ (qu’Allah l’agrée) avait dix ans de plus que ‘Â’ishah (qu’Allah l’agrée). Puis, en évoquant la conversion des Muhâjirûn à l’islam, il dit : [Târîkh Madînat Dimashq, « Biographies des femmes », 10]

(Arabe********)

« Ensuite, certaines personnes des tribus arabes embrassèrent l’islam. Parmi elles se trouvait Asmâ bint Abî Bakr (qu’Allah l’agrée). Elle était alors encore très jeune. Quant à l’ordre des premières femmes à avoir embrassé l’islam, il est le suivant : Khadîjah, Umm Ayman al-Habashiyyah, Umm al-Fadl, l’épouse de ‘Abbâs, puis Fâtimah bint Khattâb, la sœur de ‘Umar (qu’Allah l’agrée). [Banât as-Sahâbah, 41]

À une époque où la prédication de l’islam se répandait rapidement à La Mecque, où les persécutions et les sévices infligés par les Qurayshites polythéistes s’intensifiaient, et où, sur ordre du Messager d’Allah (qu’Allah le bénisse et le salue), les musulmans persécutés émigraient un à un de La Mecque, az-Zubayr ibn al-‘Awwâm (qu’Allah l’agrée), cousin paternel du noble Messager d’Allah (qu’Allah le bénisse et le salue), demanda Asmâ (qu’Allah l’agrée) en mariage.

Parmi les jeunes qui, au début de l’islam, répondirent à l’appel d’Abû Bakr (qu’Allah l’agrée) et embrassèrent l’islam, az-Zubayr était l’un des premiers. Après sa conversion, il se consacra au service de l’islam, comme les autres musulmans de la première époque, et supporta avec le sourire les diverses persécutions et violences infligées par les polythéistes adverses. C’est ainsi qu’il acquit la réputation d’être un compagnon intime et un cavalier du Messager d’Allah (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui).

Az-Zubayr (qu’Allah l’agrée) était un jeune homme courageux. Il donnait la priorité à la religion sur la vie de ce monde et à la vie future sur la vie terrestre. Pourtant, lorsqu’il proposa une alliance matrimoniale à une famille noble et fortunée comme celle d’Abû Bakr (qu’Allah l’agrée), il ne possédait, parmi ses biens, rien d’autre qu’un seul cheval. La famille d’Abû Bakr (qu’Allah l’agrée) accepta sa proposition, et le mariage d’Asmâ’ et d’az-Zubayr fut célébré.

L’ingéniosité et la ruse d’Asmâ’

Lorsque le vénérable Abû Bakr as-Siddîq (qu’Allah l’agrée) embrassa l’islam, il possédait alors près de cent mille dirhams. Après sa conversion, il remit tous ses biens au Messager d’Allah (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui) afin de contribuer à la propagation et au développement de l’islam et d’aider les nouveaux musulmans. C’est pourquoi, au moment de l’Hégire, il partit en emportant tout l’argent qu’il possédait — environ mille cinq cents, ou, selon une autre version, environ cinq ou six mille — et laissa ses enfants ainsi que les membres de sa famille sous la protection d’Allah. Après avoir fait ses adieux au Messager (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui) et à Abû Bakr (qu’Allah l’agrée) depuis le mont Thawr, Asmâ’ (qu’Allah l’agrée) retourna chez elle. Le père d’Abû Bakr (qu’Allah l’agrée), Abû Quhâfa, le grand-père d’Asmâ’, qui n’avait pas encore embrassé l’islam, était devenu très faible sous le poids de l’âge et avait perdu la vue. Ayant appris le matin, par les gens, la disparition de son fils, il se rendit chez lui et se mit à dire avec une grande tristesse : « Hélas ! Abû Bakr est lui-même parti et a emporté tous ses biens, laissant ses enfants dans le malheur. » Le vénérable Asmâ’ (qu’Allah l’agrée) s’écria aussitôt : « Non, grand-père, il nous a laissé beaucoup d’argent. »

Sur ces mots, afin de réconforter le vieillard, Asmâ’ (qu’Allah l’agrée) remplit de pierres une bourse, en noua l’ouverture et la plaça à l’endroit où Abû Bakr (qu’Allah l’agrée) conservait son argent épargné. Elle la recouvrit ensuite d’un morceau de tissu. Puis elle prit son grand-père par la main, le conduisit près de cette réserve d’argent et fit passer sa main sur la bourse remplie de pierres. Pensant qu’une somme considérable était déposée dans le coffre, le vieillard fut rassuré. Asmâ’ (qu’Allah l’agrée) a dit : « Je n’ai fait cela que pour le réconforter. Par Allah ! Il ne nous avait rien laissé. » [Al-Fath ar-Rabbânî (commentaire du Musnad), 20/282 ; Sîrat Ibn Hishâm, 1/448 ; Nihâyat al-Abîr, 16/332]

La gifle d’Abû Jahl, le Pharaon de cette communauté

Lorsque, au matin, la nouvelle se répandit dans les ruelles de La Mecque que Muhammad (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui) et Abû Bakr (qu’Allah l’agrée) avaient quitté La Mecque dans l’obscurité de la nuit, les polythéistes semblèrent perdre la raison. Abû Jahl, le Pharaon de cette communauté, et les autres chefs polythéistes de La Mecque se mirent à fouiller minutieusement les maisons des Banû Hâshim et de leurs tribus alliées, situées dans les parties élevées et basses de La Mecque. Sous la direction du scélérat maudit Abû Jahl, un groupe de Quraysh encercla la maison d’Abû Bakr (qu’Allah l’agrée). Abû Jahl, qui dirigeait le groupe, s’avança et frappa à la porte. Dans la maison, il n’y avait alors personne, hormis Asmâ’, sa sœur ‘Â’isha et la mère de celle-ci, Umm Rûmân (qu’Allah les agrée toutes deux). Asmâ’ (qu’Allah l’agrée) raconte : « J’ouvris la porte et allai à leur rencontre. Ils dirent : “Fille d’Abû Bakr, où est ton père ?”

Je répondis : « Par Allah ! Je ne sais pas où est mon père. » Aussitôt, Abû Jahl leva une main. C’était un homme vil et malfaisant. Il me gifla violemment au visage, si bien que ma boucle d’oreille fut projetée au loin. [Târîkh Madînat Dimashq (biographies des femmes), p. 3]

On peut quelque peu mesurer, à travers cet événement, à quel point Abû Jahl était un vil pécheur et un scélérat. À l’époque où cet événement eut lieu, aucun homme ne se trouvait dans la maison concernée. Asmâ’ (qu’Allah l’agrée) était alors enceinte, et son illustre époux, az-Zubayr ibn al-‘Awwâm (qu’Allah l’agrée), était absent. Il avait émigré à Médine avant cet événement. [Banât as-Sahâba, p. 53] Ce az-Zubayr (qu’Allah l’agrée) était l’un des plus grands guerriers cavaliers de l’Arabie de son époque. En sa présence, aucun scélérat de La Mecque n’aurait osé regarder sa femme en levant les yeux, encore moins lever la main sur elle.

L’émigration et le premier enfant des Émigrés

Après que le noble Prophète (paix et salut sur lui) et Abû Bakr as-Siddîq (qu’Allah l’agrée) furent arrivés à Médine et se furent quelque peu stabilisés, une fois les premières difficultés de leur nouveau lieu surmontées, ils décidèrent d’organiser l’arrivée des femmes depuis La Mecque. Il convient de préciser que l’époux d’Asmâ’, az-Zubayr (qu’Allah l’agrée), était arrivé à Médine avant le Prophète (paix et salut sur lui). Le Prophète (paix et salut sur lui) envoya à La Mecque Zayd ibn Hâritha (qu’Allah l’agrée) et son serviteur Râfi‘. De son côté, Abû Bakr (qu’Allah l’agrée) envoya un homme.

‘Abdallah, le fils d’Abû Bakr (qu’Allah l’agrée), prit la route de Médine avec sa mère, ses deux sœurs Asmâ’ et ‘Â’isha, ainsi que quelques femmes de la famille. Asmâ’ (qu’Allah l’agrée) était alors sur le point d’accoucher. Après être arrivée à Qubâ, un faubourg de Médine, elle donna naissance à l’enfant qu’elle portait, ‘Abdallah. [at-Tabaqât, 8/123 ; Usd al-Ghâba, 5/392]

Voici le récit qu’Asmâ’ (qu’Allah l’agrée) fit à ce sujet :

« J’étais alors enceinte à terme. Dans cet état, j’arrivai à Médine et m’installai à Qubâ. Puis je donnai naissance à ‘Abdallah. Je l’emportai et le déposai dans les bras du Messager d’Allah (paix et salut sur lui). Il fit apporter une datte, la mâcha, puis en mit la salive dans sa bouche. Ainsi, après sa naissance, la première chose qui entra dans son ventre fut la salive du Messager d’Allah (paix et salut sur lui).

Le Messager (paix et salut sur lui) invoqua également Allah en faveur de sa prospérité et de son bien-être. [Sahîh al-Bukhârî, 1/555] Il fut le premier enfant à naître dans les foyers des Émigrés à Médine. Comme aucun couple d’Émigrés à Médine n’avait encore eu d’enfant, les gens disaient que les Juifs les avaient ensorcelés et qu’ils n’auraient donc pas d’enfants. Lorsque ‘Abdallah vint au monde, réduisant à néant les propos des ennemis, une vague de joie submergea les Émigrés. Ils protestèrent contre la propagande mensongère des Juifs en poussant des takbîr. [Sahîh al-Bukhârî, hadiths n° 3909 et 5467 ; at-Tabarî, Târîkh al-Umam wa-l-Mulûk, 2.10 ; plus tard, lorsque ‘Abdallah (qu’Allah l’agrée) tomba en martyr sous les coups de l’armée d’al-Hajjâj, les habitants du Shâm poussèrent des takbîr de joie en apprenant la nouvelle. En entendant ces takbîr, le célèbre Compagnon ‘Abdallah ibn ‘Umar (qu’Allah l’agrée) demanda : « Pourquoi ces takbîr ? » On lui répondit : « Les habitants du Shâm poussent des takbîr de joie après avoir appris la mort de ‘Abdallah (qu’Allah l’agrée). » Il dit : « Ceux qui avaient poussé des takbîr en apprenant sa naissance étaient meilleurs que ceux qui poussent aujourd’hui des takbîr en apprenant sa mort. » (Al-‘Iqd al-Farîd, 4/419 ; Wafayât al-A‘yân, 3/73, 75)] Le Messager (paix et salut sur lui) ordonna au grand-père maternel de l’enfant, Abû Bakr (qu’Allah l’agrée), de lui réciter l’adhân dans les deux oreilles. Il le fit. Le Messager (paix et salut sur lui) donna à l’enfant le nom de ‘Abdallah et lui attribua comme kunya, ou surnom, le nom de son grand-père maternel : Abû Bakr. Plus tard, ‘Abdallah ibn az-Zubayr (qu’Allah l’agrée) disait avec une certaine fierté : «(Arabe******)« J’ai émigré alors que j’étais encore dans le ventre de ma mère. » Il disait également : « Ma mère a émigré alors qu’elle me portait dans son ventre. Toutes les fatigues et les souffrances de la faim qu’elle a endurées, je les ai moi aussi endurées. » [Al-Isâba, 5/229 ; Nasab Quraysh, p. 237]

Asmâ’ (qu’Allah l’agrée) éleva son fils ‘Abdallah avec toute l’affection et la tendresse de son cœur, afin qu’il devienne plus tard l’un des meilleurs fils de l’islam. Le rêve d’Asmâ’ (qu’Allah l’agrée) se réalisa. Ce fils d’Asmâ’ (qu’Allah l’agrée) parvint à inscrire son nom dans la liste de ceux qui ont donné leur vie pour établir la vérité et la beauté sur cette terre. Elle berçait l’enfant dans ses bras et récitait des vers en le comparant à une épée blanche et étincelante. Voici quelques lignes de ce poème : [Anbâ’ Nujabâ’ al-Abnâ’, p. 85 ; A‘lâm an-Nisâ’, 1/49 ; Banât as-Sahâba, p. 55]

(Arabe*******)

« Entre son père, le Messager d’Allah (paix et bénédictions d’Allah sur lui), et son grand-père maternel, Abû Bakr as-Siddîq (qu’Allah l’agrée), il sera blanc et lumineux comme une épée tranchante et étincelante. »

Telle est mon opinion à son sujet. Et bien des opinions se réalisent dans la réalité. Allah est digne de gloire et Il est Celui qui accorde le pouvoir.

Il le rendra si habile dans l’art de l’éloquence qu’il réduira au silence les plus grands orateurs et dissipera les difficultés des faibles et des démunis. Lorsque des sourcils pousseront près des pupilles et que les chevaux courront séparément ou en groupes. »

De l’union de Hadrat az-Zubayr ibn al-‘Awwâm (qu’Allah l’agrée) et d’Asmâ sont nés les fils ‘Abdullah, al-Mundhir, ‘Urwah, ‘Âsim et al-Muhâjir, ainsi que les filles Khadîjat al-Kubrâ, Umm al-Hasan et ‘Â’ishah. [Hilyat al-Awliyâ’, 2/255.]

Une foi profondément enracinée

Après avoir adopté la vie islamique, sa foi s’enracina si profondément dans son cœur qu’elle ne fit pas le moindre compromis avec le polythéisme et la mécréance. Elle rompit même ses relations avec ses proches non musulmans les plus intimes, par crainte qu’ils ne fussent une cause du mécontentement d’Allah et de Son Messager (paix et bénédictions d’Allah sur lui). Lorsque le père d’Asmâ (qu’Allah l’agrée) divorça d’avec sa mère, leurs relations furent rompues dès cette époque de l’Ignorance. Toute la famille d’Asmâ devint une famille islamique. Un jour, lorsque la mère d’Asmâ (qu’Allah l’agrée) vint rendre visite à sa fille, celle-ci demanda au Messager d’Allah (paix et bénédictions d’Allah sur lui) si elle devait maintenir de bonnes relations avec sa mère polythéiste. C’est alors que fut révélée cette ayah : [sourate al-Mumtahanah, 8](Arabe********)

Le Messager (paix et bénédictions d’Allah sur lui) lui ordonna alors de bien traiter sa mère polythéiste et lui dit : « Oui, maintiens de bonnes relations avec ta mère. » [Tafsîr al-Qurtubî, 10/239 ; Musnad Ahmad, 6/344, 347, 355] ‘Âmir ibn ‘Abdillah rapporta, d’après son père ‘Abdullah ibn az-Zubayr (qu’Allah l’agrée) : un jour, Qutaylah bint ‘Abd al-‘Uzzâ vint chez sa fille Asmâ, apportant en cadeau des raisins secs, du beurre clarifié, du fromage et d’autres choses. Asmâ (qu’Allah l’agrée) refusa de les accepter. Elle ne lui permit même pas d’entrer dans la maison. ‘Â’ishah (qu’Allah l’agrée) informa le Messager (paix et bénédictions d’Allah sur lui) de l’affaire et lui demanda son avis. C’est alors que fut révélée la sourate al-Mumtahanah, mentionnée ci-dessus. Asmâ (qu’Allah l’agrée) accueillit alors sa mère avec affection, la fit entrer et l’installa dans la maison, puis accepta ses cadeaux. [Musnad Ahmad, 6/344 ; ad-Durr al-Manthûr, 8/131]

Hazrat Asmā (qu’Allah l’agrée) était une personne extrêmement humble et dépourvue d’orgueil. Elle n’éprouvait aucune honte à accomplir elle-même toutes les tâches du foyer. Hazrat Asmā (qu’Allah l’agrée) nous a elle-même raconté ainsi la situation financière précaire et la grande pauvreté du foyer de son époux, Hazrat Az-Zubayr (qu’Allah l’agrée), ainsi que la manière dont elle assumait elle-même toutes les responsabilités et tous les devoirs de ce foyer :

Lorsque j’épousai Az-Zubayr ibn al-‘Awwām, il ne possédait absolument rien en biens et en richesses. Il n’avait pas non plus d’esclave pour effectuer les travaux physiques. C’était un homme extrêmement pauvre et démuni. Il ne possédait qu’un cheval et un chameau. Je m’occupais moi-même de ces animaux. À trois farsakhs du centre de Médine, le Messager de Dieu (paix et bénédiction de Dieu sur lui) avait donné à Az-Zubayr une parcelle de palmeraie. Je ramassais les noyaux de dattes qui s’y trouvaient, les mettais dans un sac, puis les rapportais à la maison sur ma tête. Ensuite, je les broyais de mes propres mains et les donnais à manger au chameau et au cheval. Je tirais de l’eau du puits à l’aide d’un seau, la versais dans une outre et la rapportais à la maison. En outre, j’accomplissais moi-même toutes les tâches du foyer. Comme je ne savais pas bien faire le pain, je pétrissais la pâte et la laissais en boule. Les épouses des Ansars habitaient juste à côté de notre maison. Elles étaient très simples et naturelles. Elles nous aimaient énormément. Elles étaient très heureuses de pouvoir aider autrui dans ses tâches. Elles faisaient mon pain et le cuisaient pour moi. Chaque jour, je devais faire face à toutes ces réalités.

Un jour, comme d’habitude, je revenais de la palmeraie en portant sur la tête une charge de noyaux de dattes, lorsqu’en chemin je rencontrai le Messager de Dieu (paix et bénédiction de Dieu sur lui). Plusieurs Compagnons l’accompagnaient. Le Messager (paix et bénédiction de Dieu sur lui) fit agenouiller son chameau et m’invita à m’asseoir derrière lui. Je fus gênée en pensant à l’honneur et à la dignité de mon époux Az-Zubayr. Comprenant ma gêne, il poursuivit son chemin. De retour à la maison, j’en informai Az-Zubayr. Il fit cette remarque : « Dieu sait que le fait que tu rapportes ainsi une charge sur ta tête m’est plus pénible que si tu étais montée derrière le Messager sur sa monture. » Quelque temps après cet événement, mon père Abū Bakr (qu’Allah l’agrée) m’envoya une esclave. Celle-ci me libéra de la garde du cheval et je fus, dans une certaine mesure, délivrée de toutes ces difficultés. [At-Tabaqāt, 8/250 ; Siyar a‘lām an-nubalā’, 2/290 ; Musnad Ahmad, 6/352]

En raison de la pauvreté et de la précarité, elle était extrêmement économe lorsqu’il s’agissait d’assurer les dépenses du foyer. Elle dépensait chaque chose avec mesure, selon les besoins. Lorsque le Messager (paix et bénédiction de Dieu sur lui) en fut informé, il lui interdit de dépenser avec une telle parcimonie. Il lui dit : « Ne dépense pas ainsi avec mesure ; sinon, Dieu ne t’accordera que cette même quantité. » Après cela, elle abandonna cette habitude.

À une période de sa vie, Hazrat Asmā (qu’Allah l’agrée) devint propriétaire de grandes richesses. Cependant, cette abondance ne put en aucune manière influencer son mode de vie simple et dépouillé. Jusqu’à la fin de sa vie, elle porta des vêtements grossiers et vécut dans un total détachement des plaisirs matériels, se contentant de pain sec pour se nourrir. Après la conquête de l’Irak, lorsque son fils Munḏir rentra chez lui, il rapporta plusieurs vêtements féminins de qualité supérieure, fins, doux et ornés de motifs, et les remit à sa mère. À cette époque, Hazrat Asmā (qu’Allah l’agrée) avait perdu la vue en raison de son âge. Elle passa donc les mains sur les vêtements afin d’en évaluer la qualité. Lorsqu’elle comprit qu’ils étaient d’une qualité exceptionnelle, elle refusa de les porter. Quand Munḏir lui apporta des vêtements grossiers, elle les accepta avec joie. Puis elle dit : « Mon fils, fais-moi porter uniquement des vêtements grossiers. » [At-Tabaqāt, 8/250]

Générosité

L’une des principales caractéristiques du caractère de Hazrat Asmā (qu’Allah l’agrée) était sa générosité. Elle avait acquis cette qualité grâce à sa foi ferme en Dieu et à la tradition familiale. Les trois filles de son père Abū Bakr (qu’Allah l’agrée) — Asmā, ‘Ā’isha et Umm Kulthūm (qu’Allah les agrée toutes) — avaient pleinement hérité de sa générosité. Cette qualité s’épanouit pleinement en elles. Bien plus, de leur temps, elles devinrent des modèles en la matière. Hazrat ‘Abd Allāh ibn az-Zubayr (qu’Allah l’agrée) décrit ainsi la générosité de sa mère et de sa tante : [Tārīkh al-islām wa ṭabaqāt al-mashāhīr wa-l-a‘lām, 3/135 ; Siyar a‘lām an-nubalā’, 2/292](Arabe********)

« Je n’ai jamais vu de femme plus généreuse que ma mère Asmā et ma tante ‘Ā’isha (qu’Allah les agrée toutes deux). Il y avait toutefois une différence entre leur manière de donner. Ma tante ‘Ā’isha avait pour habitude de réunir d’abord diverses choses. Lorsqu’elle voyait qu’une quantité suffisante s’était accumulée, elle distribuait soudainement tout, un jour donné. Ma mère Asmā (qu’Allah l’agrée), en revanche, avait une autre habitude : elle ne conservait jamais aucune chose chez elle jusqu’au lendemain. »

Il est probable qu’Asmâ’ (qu’Allah l’agrée) suivait, en matière de générosité, les recommandations que le Messager d’Allah (paix et bénédictions d’Allah sur lui) lui avait adressées. Il lui interdit de thésauriser quoi que ce soit et de dépenser en comptant chaque chose, en lui disant : « Si tu agis ainsi, Allah agira de même envers toi. La source de ta subsistance se tarira. » Le Messager (paix et bénédictions d’Allah sur lui) a dit : [Sahîh al-Bukhârî, Fî al-hiba (2590, 2591), Fî az-zakât (1433, 1434)](Arabe*******)

« Ô Asmâ’ ! Ne fais pas les comptes ; sinon Allah fera aussi les comptes avec toi en matière de dons. »

Asmâ’ (qu’Allah l’agrée) dit : « Après cette recommandation du Messager d’Allah (paix et bénédictions d’Allah sur lui), je n’ai plus compté ce que je dépensais ni ce qui me revenait. Tout ce que j’ai dépensé, Allah me l’a remplacé. » [Târîkh madînat Dimashq (Tarâjim an-nisâ’), 19 ; Nisâ’ min ‘asr an-nubuwwah, 357]

Elle recommandait ainsi à ses fils et à ses filles : « Les richesses sont destinées à aider les autres et à leur être utiles, non à être thésaurisées. Si tu ne dépenses pas tes biens pour les serviteurs d’Allah et que tu te montres avare, Allah te privera également de Sa grâce. Tout ce que tu donneras ou dépenseras constituera en réalité ton épargne ; cette épargne ne diminuera jamais et ne sera jamais perdue. » [Târîkh madînat Dimashq, 16 ; Tabaqât, 8/357]

Chaque fois qu’Asmâ’ (qu’Allah l’agrée) tombait malade, elle affranchissait tous les esclaves qui lui appartenaient. [Tabaqât, 8/283] À sa mort, la Mère des croyants ‘Â’isha (qu’Allah l’agrée) laissa une parcelle de terrain qu’Asmâ’ (qu’Allah l’agrée) reçut en héritage. Elle vendit cette parcelle pour cent mille dirhams et distribua tout l’argent à ses proches et à sa famille. [Sahîh al-Bukhârî, Bâb hibati al-wâhid lil-jamâ‘ah]

Le mari d’Asmâ’ (qu’Allah l’agrée), Zubayr (qu’Allah l’agrée), était un homme au caractère plutôt rude. C’est pourquoi Asmâ’ (qu’Allah l’agrée) demanda un jour au Messager (paix et bénédictions d’Allah sur lui) : « Puis-je donner quelque chose aux pauvres et aux nécessiteux sans la permission de mon mari, en prenant sur ses biens ? » Il répondit : « Oui, tu le peux. » [Musnad, 6/353]

Un jour, la mère d’Asmâ’ (qu’Allah l’agrée) vint la trouver à Médine et lui demanda une aide financière. Comme elle en avait l’habitude, elle se précipita auprès du Messager (paix et bénédictions d’Allah sur lui) et lui demanda : « Ma mère est une mushrika (polythéiste) et elle me demande une aide financière. Puis-je l’aider ? » Le Messager (paix et bénédictions d’Allah sur lui) répondit : « C’est ta mère. » [Sahâbiyyât, 160] C’est-à-dire : « Tu peux donc l’aider. » Muhammad ibn al-Munkadir (mort en 130 de l’hégire), qui était un éminent tâbi‘î, dit : « Asmâ’ était une femme généreuse et bienfaisante. » [Tabaqât, 8/353]

Malentendu avec sa belle-mère

La belle-mère d’Asmâ (qu’Allah l’agrée) était Safiyya bint ‘Abd al-Muttalib (qu’Allah l’agrée), la tante paternelle de l’Envoyé d’Allah (paix et bénédictions d’Allah sur lui). Elle était l’une des plus éminentes poétesses. Elle s’était également distinguée par sa bravoure et son courage dans la vie islamique. Cependant, son caractère était quelque peu rude. Lorsqu’elle se mettait en colère, elle dépassait souvent toute mesure. C’est pourquoi des malentendus survenaient parfois entre elle et sa belle-fille Asmâ (qu’Allah l’agrée). Cela provoquait aussi des brouilles et des ressentiments entre la mère et son fils. Ibn ‘Asâkir a rapporté un épisode de ce genre par la voie de ‘Urwa ibn az-Zubayr. Un jour, à propos d’une affaire concernant Asmâ, une vive discussion eut lieu entre Safiyya et son fils az-Zubayr. Khadîja, la petite fille d’Asmâ et d’az-Zubayr, restait toujours auprès de sa grand-mère. Elle entendit la conversation de son père et de sa grand-mère, puis alla dire à sa mère : « Maman, pourquoi as-tu grondé grand-mère ? Elle s’en est plainte à papa. » L’affaire fut bientôt connue. Safiyya fut extrêmement mécontente de son fils, pensant qu’il avait rapporté à sa femme ce qu’elle avait dit. Elle le réprimanda pour cela. Az-Zubayr (qu’Allah l’agrée) dit à sa mère : « Maman, je ne le lui ai pas dit. » Sa colère s’accrut encore. Elle pensa que son fils lui cachait la vérité. En réalité, az-Zubayr lui-même ignorait de qui Asmâ avait appris la chose. Sous l’emprise de la colère, Safiyya (qu’Allah l’agrée) récita alors plusieurs vers accusateurs à l’adresse de son fils. Finalement, la vérité fut établie. Az-Zubayr (qu’Allah l’agrée) dit : « Maman, c’est Khadîja qui a raconté cela à Asmâ. » Safiyya répondit : « Vraiment ? Qu’elle ne remette plus jamais les pieds dans ma maison. » [Târîkh madînat Dimashq (Tarâjim an-nisâ’), p. 17-18.] Il convient de signaler que Safiyya (qu’Allah l’agrée) aimait beaucoup les enfants d’Asmâ et d’az-Zubayr (qu’Allah les agrée tous deux). Elle prenait notamment ‘Abd Allah ibn az-Zubayr dans ses bras, le berçait et récitait des vers de poésie sur un ton mélodieux. [Banât as-sahâba, p. 62, note 1]

La crainte révérencielle d’Allah et le savoir

De même que le fait de tout sacrifier dans la voie d’Allah, la générosité et la noblesse morale avaient embelli son caractère, le savoir, la crainte révérencielle d’Allah, l’intelligence et la maîtrise du fiqh ennoblissaient davantage encore sa personne. On constate qu’elle partageait pleinement les activités de l’Envoyé d’Allah (paix et bénédictions d’Allah sur lui), notamment la transmission de ses hadiths, la participation au jihâd et d’autres tâches de cette nature. Elle s’adonnait à l’adoration avec humilité et modestie, et récitait le Coran avec une profonde concentration. Lorsqu’elle récitait un verset particulier, elle le répétait maintes fois, le cœur bouleversé. Son mari a raconté : « Un jour, j’entrai chez Asmâ (qu’Allah l’agrée) et la trouvai debout en prière, récitant ce verset [sourate At-Tûr, 27](Arabe*****)

« Puis Allah nous a comblés de Ses bienfaits et nous a protégés du châtiment du Feu. »

Elle le récita, puis prononça : « Je cherche refuge auprès d’Allah. » Je restai debout, tandis qu’elle pleurait et répétait : « Je cherche refuge auprès d’Allah. » Après être resté longtemps debout, j’allai au marché. Une fois mes affaires terminées, je revins sur place et constatai qu’elle pleurait encore et répétait : « Je cherche refuge auprès d’Allah. » [Hilyat al-awliyâ’, 2/55 ; ad-Durr al-manthûr, 7/635]

Ibn al-Jawzî (qu’Allah lui fasse miséricorde) a mentionné qu’à cette époque apparut un groupe de récitants et d’auditeurs du Coran qui adoptaient des comportements inhabituels pendant la récitation ou l’écoute du Coran : s’évanouir, déchirer leurs vêtements en les tirant, se gifler la tête et le visage, etc. Ils pensaient qu’ainsi ils recherchaient la protection et le refuge d’Allah. Ils pensaient également que les Compagnons de l’Envoyé d’Allah (paix et bénédictions d’Allah sur lui), dont les cœurs étaient les plus purs et les œuvres les plus vertueuses, agissaient de la sorte, et qu’ils ne faisaient que les imiter. [Al-Qussâm wa-l-mudhakkirîn, p. 40] Le célèbre hâfiz de Koufa, Husayn ibn ‘Abd ar-Rahmân as-Sulamî (m. 136 de l’hégire), rapporte : « Je demandai un jour à Asmâ bint Abî Bakr (qu’Allah l’agrée) pourquoi les Compagnons de l’Envoyé d’Allah (paix et bénédictions d’Allah sur lui) agissaient ainsi lors de la récitation du Coran. Elle répondit : “Allah les a décrits en disant que leurs yeux sont remplis de larmes et que leur peau frissonne.” Je lui dis : “Ici, il y a des gens qui s’évanouissent lorsqu’on récite le Coran devant eux.” Asmâ (qu’Allah l’agrée) répondit :(Arabe******)

« Je cherche refuge auprès d’Allah contre Satan, le banni. » [Al-Bahr al-muhît, 9/196 ; Târîkh madînat Dimashq (Tarâjim an-nisâ’), 20]

En réalité, Asmâ (qu’Allah l’agrée) faisait allusion à deux versets du Coran qui décrivent l’état des nobles Compagnons lors de la récitation coranique. Ces deux versets sont les suivants : [sourate al-Mâ’ida, 83](Arabe******)

« Lorsque ceux-ci entendent ce qui a été révélé au Messager, tu vois leurs yeux déborder de larmes en raison de la vérité qu’ils reconnaissent. »

(Arabe*****************)

« Allah a fait descendre le meilleur des récits : un Livre parfaitement cohérent et maintes fois répété. Ceux qui craignent leur Seigneur en ont la peau hérissée ; puis leur corps et leur cœur s’adoucissent et s’inclinent vers le rappel d’Allah. » [Sourate az-Zumar, 23]

Les Compagnons honorables (ra) étaient les hommes les plus pieux et les plus vertueux de cette communauté. Ils reçurent directement la connaissance authentique de l’islam auprès du noble Messager d’Allah (saw). Ainsi, il n’est en aucune façon permis de pratiquer, au nom de l’adoration, ce qu’ils ne pratiquaient pas eux-mêmes. C’est ce que Hazrat Asmâ’ (ra) voulut faire comprendre en récitant « A‘ûdhubillâh ». Elle voulut également faire comprendre que ce que font ces gens relève en réalité de l’œuvre de Satan. La sincérité et la loyauté étaient naturelles chez Hazrat Asmâ’ (ra). Elle éprouvait de la compassion envers l’ensemble de l’humanité. Un jour, le noble Messager d’Allah (saw) accomplissait la prière de l’éclipse solaire. La prière était très longue. Asmâ’ (ra) prit peur et, gagnée par la fatigue, se mit à regarder autour d’elle. Soudain, son regard tomba sur deux femmes qui se tenaient debout non loin d’elle. L’une de ces deux femmes était quelque peu corpulente, tandis que l’autre était plutôt menue et faible. En les voyant rester debout dans leur prière, elle reprit courage et force. Elle renonça à partir et se dit intérieurement qu’elle devait rester debout plus longtemps qu’elles. [Musnad Ahmad, 3/349] Elle joignit l’acte à la parole et resta immobile jusqu’à la fin de la prière. Celle-ci dura plusieurs heures. Elle resta fermement debout, mais finit par ne plus pouvoir se maîtriser. Elle fut sur le point de perdre connaissance et il fallut lui asperger la tête d’eau. [Sahîh al-Bukhârî, 1/144]

À cette époque, Hazrat Asmâ’ (ra) était une source de connaissances diverses. Elle était également une interprète des rêves compétente. Al-Wâqidî a dit : [Tahdhîb al-Asmâ’ wa-l-Lughât, 2/598]

(Arabe***************)

« Sa‘îd ibn al-Musayyib (rah) était l’un des plus éminents interprètes des rêves. Il acquit cette connaissance auprès d’Asmâ’ bint Abî Bakr. Quant à Asmâ’, elle l’acquit de son père, Abû Bakr (ra). »

Hazrat Asmâ’ (ra) comptait de nombreux admirateurs et disciples. Ils venaient lui rendre visite avec dévotion et respect. Sa pureté et sa sainteté étaient largement réputées. Les gens venaient lui demander de faire des invocations en leur faveur. En particulier, dans les moments d’épreuve et de malheur, ils venaient lui demander de prier pour eux. Lorsqu’une femme atteinte de fièvre venait auprès d’elle, elle lui aspergeait la poitrine d’eau et disait : « Le Messager d’Allah (saw) a dit : la fièvre est le feu de la Géhenne ; refroidissez-le donc avec de l’eau. » [Sahîh Muslim, Kitâb as-Salâm, 2211 ; al-Bukhârî, Kitâb at-Tibb, 5724]

À la mort de l’Umm al-Mu’minîn ʿÂ’isha (qu’Allah l’agrée), elle remit à Asmâ’ (qu’Allah l’agrée) un manteau du noble Messager d’Allah (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui). Lorsque quelqu’un de la famille d’Asmâ’ (qu’Allah l’agrée) tombait malade, elle lui faisait boire l’eau ayant servi à laver ce manteau.[Muslim, Fil-Libâni wa-z-Zînati (2069) ; Tabaqât, 1/454 ; Musnad, 6/348]

Asmâ’ (qu’Allah l’agrée) accomplit le pèlerinage à plusieurs reprises. La première fois, elle l’accomplit avec le noble Messager d’Allah (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui).

Mémorisation et transmission des hadiths

Dans la mémorisation et la transmission des hadiths du noble Messager d’Allah (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui), Asmâ’ (qu’Allah l’agrée) a surpassé nombre de filles des nobles Compagnons (qu’Allah les agrée). Toutefois, elle occupait la deuxième place parmi les femmes de la famille d’Abû Bakr (qu’Allah l’agrée). En ce domaine, ʿÂ’isha (qu’Allah l’agrée) l’a surpassée. Les Compagnons, hommes ou femmes, dont moins de cent hadiths ont été rapportés sont appelés les « Ashâbul-ʿAshara ».

[Parmi les femmes Compagnons considérées comme faisant partie des « Ashâbul ‘Ashara », on compte notamment :

1. Asmâ’ bint Yazîd (qu’Allah l’agrée). Nombre de hadiths rapportés : 81

2. Maymûna bint al-Hârith, Mère des croyants (qu’Allah l’agrée). Nombre de hadiths rapportés : 76

3. Umm Habîba, Mère des croyants (qu’Allah l’agrée). Nombre de hadiths rapportés : 60

4. Asmâ bint Umays (r.a.). Nombre de hadiths rapportés : 65

5. Asmâ bint Abî Bakr (r.a.). Nombre de hadiths rapportés : 58

6. Umm Hânî bint Abî Tâlib (r.a.). Nombre de hadiths rapportés : 46

7. Fâtima bint Qays (r.a.). Nombre de hadiths rapportés : 34

8/ Umm al-Fadl bint al-Hârith (r.a.). Nombre de hadiths rapportés : 30

9. Umm Qays bint Mihsan (r.a.). Nombre de hadiths rapportés : 24

10. al-Rubayyi‘ bint Mu‘awwidh (r.a.). Nombre de hadiths rapportés : 21

(Banât al-Sahâba-p, 65 ; note-1]

Son époux az-Zubayr (qu’Allah l’agrée) appartenait lui aussi à cette catégorie de rapporteurs. Toutefois, elle a rapporté vingt hadiths de plus que son époux. Alors qu’elle en a rapporté cinquante-huit — ou, selon une autre opinion, cinquante-six — le nombre de hadiths rapportés par son époux s’élève à trente-huit.

Les hadiths rapportés par Asmā’ (qu’Allah l’agrée) ont été compilés dans divers ouvrages des Sunan et des Musnad, notamment dans les deux Sahih. Quatorze hadiths ont été compilés dans le Sahih al-Bukhari et le Sahih Muslim. En outre, al-Bukhari en a compilé quatre de manière indépendante, et Muslim également quatre.[A‘lām an-Nisā’ – 1/49 ; al-Isābah – 4/230 ; Banāt as-Sahābah – 65, 66]

Parmi les personnes ayant rapporté des hadiths d’après Asmā’ (qu’Allah l’agrée), les plus remarquables sont notamment ses deux fils, ‘Abdullah et ‘Urwah, son petit-fils ‘Abdullah ibn ‘Urwah, son affranchi ‘Abdullah ibn Qaysān, Ibn ‘Abbās, Muhammad ibn al-Munkadir, Wahb ibn Qaysān et bien d’autres. Parmi les femmes : Fātimah bint Shaybah, Umm Kulthūm, l’affranchie d’al-Hajābah, et bien d’autres.[Siyar a‘lām an-nubalā’ – 2/292 ; Tahdhīb al-Asmā’ wa-l-Lughāt – 2/597 ; Tahdhīb at-Tahdhīb – 10/451]

Asmā’ (qu’Allah l’agrée) possédait également un talent poétique. Elle était en outre une femme éloquente. Les élégies qu’elle composa après le martyre de son époux az-Zubayr (qu’Allah l’agrée) et de son fils ‘Abdullah (qu’Allah l’agrée) sont mentionnées dans divers ouvrages.[A‘lām an-Nisā’ – 1/49]

Divorce

Dans plusieurs ouvrages de sîrah, le divorce d’Asmā’ (qu’Allah l’agrée), prononcé par az-Zubayr (qu’Allah l’agrée), est brièvement mentionné. Toutefois, aucun de ces ouvrages n’en indique la raison. Ibn al-Athīr a cependant avancé deux raisons possibles. La première est qu’Asmā’ (qu’Allah l’agrée) avait atteint un âge avancé et que sa vue commençait à baisser en raison de son âge.[Usd al-ghābah – 5/393 ;] C’est pourquoi az-Zubayr (qu’Allah l’agrée) aurait voulu l’éloigner de lui. La seconde est que, pour une raison quelconque, une amertume serait née dans leur relation et qu’elle aurait atteint le stade du divorce, c’est-à-dire de la rupture des liens. La première raison n’est absolument pas plausible. Étant donné le rang d’az-Zubayr (qu’Allah l’agrée), peut-on imaginer qu’il ait abandonné son épouse, mère de nombreux enfants, à cause de son âge avancé ? Et cela alors même qu’elle était devenue aveugle ? La seconde raison avancée est en revanche raisonnable. Il est possible qu’un divorce ait été prononcé pour cette raison. Az-Zubayr (qu’Allah l’agrée) avait un caractère quelque peu rude et sévère. Leur relation se dégrada donc, jusqu’à aboutir à la séparation. Un autre récit d’Ibn al-Athīr vient corroborer ce point. Un jour, à la suite d’une parole quelconque, az-Zubayr (qu’Allah l’agrée) se mit dans une grande colère contre son épouse Asmā’ (qu’Allah l’agrée). La situation alla même jusqu’aux coups. Asmā’ (qu’Allah l’agrée) appela son fils ‘Abdullah (qu’Allah l’agrée) à l’aide. En le voyant venir, az-Zubayr (qu’Allah l’agrée) lui dit : « Si tu viens ici, je divorcerai de ta mère. » ‘Abdullah (qu’Allah l’agrée) répondit : « Faites-vous donc de ma mère l’objet de votre serment ? » Puis il arracha de force sa mère aux mains de son père. Asmā’ se sépara alors de lui.[Siyar a‘lām an-nubalā’ – 2/292 ; Tārīkh al-Islām wa Tabaqāt al-Mashāhīr wa-l-A‘lām – 3/134] « Prends Hishām ibn ‘Urwah auprès de toi. »[Tabaqāt – 8/253 ; Usd al-ghābah – 5/393] Quoi qu’il en soit, après le divorce, Asmā’ (qu’Allah l’agrée) alla vivre auprès de son fils ‘Abdullah (qu’Allah l’agrée) et y demeura. ‘Abdullah (qu’Allah l’agrée), fils obéissant et dévoué, servit sa mère jusqu’à la fin de sa vie. La satisfaction de sa mère constituait l’unique objectif de sa vie.

D’autres récits nous apprennent également qu’az-Zubayr (qu’Allah l’agrée) se montrait dur envers Asmā’ (qu’Allah l’agrée). Ainsi, un jour, Asmā’ (qu’Allah l’agrée) se rendit auprès de son père Abū Bakr (qu’Allah l’agrée) et se plaignit de la rudesse d’az-Zubayr (qu’Allah l’agrée) à son égard. Après l’avoir écoutée, Abū Bakr (qu’Allah l’agrée) commença par faire l’éloge d’az-Zubayr (qu’Allah l’agrée) et témoigna de ses aptitudes dans divers domaines. Puis il lui donna ce conseil : « Ma fille, sois patiente. Lorsqu’une femme a un époux vertueux qui meurt avant elle, et qu’elle ne se remarie pas, ils seront réunis de nouveau au Paradis. »[A‘lām an-Nisā’ – 2/48 ; Banāt as-Sahābah – 59]

Bravoure et courage, patience et fermeté

Depuis les temps anciens, la bravoure et le courage sont des traits et des qualités particuliers des Arabes. C’est pourquoi Ḥaḍrat Asmā’ (qu’Allah l’agrée) s’est acquis la renommée non seulement pour sa générosité, mais aussi comme une femme courageuse et héroïque. À l’époque de Sa‘īd ibn al-‘Āṣ (qu’Allah l’agrée), lorsque la sécurité et l’ordre se dégradèrent à Médine et que l’anarchie se répandit largement dans la ville, Ḥaḍrat Asmā’ (qu’Allah l’agrée) dormait en plaçant un poignard tranchant sous son oreiller. Lorsque les gens lui en demandèrent la raison, elle répondit : « Si un voleur, un bandit ou un malfaiteur entre dans la maison et m’attaque, je lui éventrerai le ventre. » [Nisā’ Ḥawlā ar-Rasūl, p. 184] Elle était avec az-Zubayr (qu’Allah l’agrée) et assista à la célèbre bataille de Yarmouk. [Banāt aṣ-Ṣaḥābah, p. 69.]

Lorsque ‘Abdullāh (qu’Allah l’agrée), le fils de Ḥaḍrat Asmā’ (qu’Allah l’agrée), atteignit l’âge de la pleine maturité, les habitants du Hedjaz, de l’Égypte, de l’Irak, du Khorassan et de la plupart des régions de Syrie se soulevèrent contre les califes omeyyades, le reconnurent comme calife et lui prêtèrent allégeance. Avant sa mort, Ḥaḍrat Mu‘āwiyah (qu’Allah l’agrée), fondateur du califat omeyyade, désigna son fils Yazīd comme héritier du califat et établit ainsi la première monarchie de l’histoire islamique. Mais le peuple des différentes régions du califat islamique ne pouvait accepter que Yazīd accède au pouvoir de cette manière monarchique ni son mode de vie contraire à l’islam. Ḥaḍrat ‘Abdullāh (qu’Allah l’agrée) refusa lui aussi de prêter allégeance à Yazīd. Il déclara La Mecque capitale du califat islamique et s’y installa. Des gens vinrent de toutes parts, en groupes, pour lui prêter allégeance. Il continua à gouverner les territoires sous son contrôle. Lorsque ‘Abd al-Malik ibn Marwān prit la direction du califat, son vizir, al-Ḥajjāj ibn Yūsuf, décida de s’opposer à Ḥaḍrat ‘Abdullāh (qu’Allah l’agrée). À la tête d’une immense armée, il assiégea La Mecque le premier jour de Dhū al-Ḥijjah de l’an 72 de l’Hégire. La Mecque fut complètement coupée de toutes les communications avec l’extérieur. Les combats entre les deux camps se poursuivirent pendant six mois sans interruption. En raison du long siège, les conditions de vie des habitants de La Mecque devinrent très difficiles. Le nombre des partisans de Ḥaḍrat ‘Abdullāh (qu’Allah l’agrée) diminuait de jour en jour. Ne voyant aucune possibilité de victoire, ils commencèrent à l’abandonner. Avec les quelques derniers compagnons qui lui restaient, il s’installa dans le Sanctuaire sacré de la Kaaba. Peu avant l’affrontement final avec l’armée omeyyade, il alla rendre une dernière visite à sa mère, Asmā’ (qu’Allah l’agrée). Ḥaḍrat Asmā’ (qu’Allah l’agrée) était alors accablée par le poids de la vieillesse et aveugle. L’histoire n’a pas pu conserver de nombreux éléments de la vie riche en événements de Ḥaḍrat Asmā’ (qu’Allah l’agrée). Cependant, l’intelligence pénétrante, la fermeté de caractère, la solidité de la foi, le sacrifice suprême, la confiance totale en Allah et la fidélité inébranlable à la vérité dont elle fit preuve lors de cette dernière rencontre entre la mère et le fils resteront à jamais gravés dans l’histoire. Voici le dialogue qui eut lieu entre eux :

‘Abdullāh : Mère, que la paix, la miséricorde d’Allah et Ses bénédictions soient sur vous.

Asmā’ : ‘Abdullāh ! Et que la paix soit sur toi. Les catapultes de l’armée d’al-Ḥajjāj lancent des pierres sur tes troupes stationnées dans le Sanctuaire sacré, faisant trembler les maisons de La Mecque. Dans un moment aussi critique, pour quelle raison es-tu venu ?

‘Abdullāh : Je suis venu vous demander conseil.

Asmā’ : Un conseil ! À quel sujet ?

‘Abdullāh : Par peur d’al-Ḥajjāj ou attirés par ses promesses, mes compagnons m’ont abandonné au moment du danger ; même mes enfants et les membres de ma famille m’ont délaissé. Il ne reste maintenant auprès de moi qu’un petit nombre d’hommes. Aussi grands que soient leur patience et leur courage, ils ne pourront en aucun cas tenir plus d’une ou deux heures. D’autre part, les Omeyyades ont envoyé une proposition : si je reconnais Malik ibn Marwān comme calife, dépose les armes et lui prête allégeance, ils me donneront tout ce que je demanderai en biens et en jouissances terrestres. Dans ces circonstances, quel conseil me donnez-vous ?

Asmā’ (qu’Allah l’agrée) dit d’une voix un peu plus forte : La décision t’appartient entièrement. Et tu te connais mieux que quiconque. Si tu es fermement convaincu d’être dans le vrai et d’appeler les gens vers la vérité, alors reste ferme comme ceux qui, demeurés inébranlables sous ton étendard, ont atteint le martyre. Mais si tu désires les plaisirs et les richesses de ce monde, tu es alors le plus vil des hommes. Tu te détruis toi-même ainsi que tes hommes. Combats en homme et, par peur de la mort, ne supporte aucune humiliation. Il vaut bien mieux mourir frappé par l’épée avec honneur que vivre dans l’humiliation ! Je serai heureuse si tu meurs en martyr. Mais si tu convoites ce monde éphémère, qui donc serait plus vil que toi ? Si tu penses être devenu seul et n’avoir d’autre choix que de te rendre, une telle conduite ne convient pas à un homme honorable. Combien de temps vivras-tu ? Meurs en laissant une bonne réputation et une renommée honorable. Alors je trouverai du réconfort.

Abdullah : Alors, aujourd’hui, je serai certainement tué.

Asma’ : Plutôt que de te rendre volontairement à Al-Hajjaj et de laisser les jeunes de Banu Umayya jouer avec ta tête, il vaut mieux être tué en combattant.

Abdullah : Mère, je n’ai pas peur d’être tué. Ce qui me fait peur, c’est qu’ils me châtient de diverses manières. Ils me couperont les mains et les pieds, me mutileront et me défigureront en séparant mes membres.

Asma’ : Mon fils ! Après la mort, l’être humain n’a plus rien à craindre. Lorsqu’on dépouille de sa peau une chèvre égorgée, elle ne ressent aucune douleur.

En entendant ces paroles de sa mère, le visage de ‘Abdullah s’illumina davantage. Il dit : Ma mère bienfaisante, que votre éminente dignité soit encore davantage bénie. En cette heure critique, je suis venu auprès de vous uniquement pour entendre ces paroles de votre bouche. Allah sait que je n’ai pas eu peur et que je n’ai pas faibli. Il en est témoin : si je lutte, ce n’est ni par convoitise ni par amour des plaisirs, des richesses, des honneurs et du prestige de ce monde. C’est plutôt en raison de ma haine et de mon profond dégoût pour le fait de déclarer licite ce qui est illicite. Je vais maintenant accomplir ce que vous avez approuvé. Si je tombe en martyr, ne vous affligez pas pour moi et remettez tout ce qui vous concerne entre les mains d’Allah.

Asma’ : Si tu étais tué dans le mensonge et l’injustice, j’en serais affligée.

Abdullah : Mère, soyez certaine que votre fils n’a jamais commis d’injustice, d’acte obscène ou indécent, n’a jamais transgressé la loi d’Allah, trahi la confiance de personne, ni opprimé un musulman ou un dhimmi. Pour lui, rien en ce monde n’est meilleur que l’agrément d’Allah. Je ne cherche pas, par ces paroles, à me déclarer pur et innocent, car Allah sait mieux que quiconque ce qu’il en est de moi. Puis il leva le visage vers le ciel et dit avec une profonde humilité : Ô mon Seigneur, Tu sais parfaitement que tout ce que j’ai dit à ma mère, je ne l’ai dit que pour la réconforter, afin qu’elle ne souffre pas en me voyant dans cet état.

Asma’ dit : – (Arabe****************)

« Louange à Allah, qui t’a affermi dans l’œuvre qui Lui plaît et qui me plaît. » Mon fils ! J’espère que ma patience à ton sujet sera une patience incomparable. Si tu es tué sous mes yeux, ce sera pour moi une occasion d’obtenir une récompense ; si tu es victorieux, ce sera pour moi un sujet de joie. Maintenant, avance au nom d’Allah. Mon fils ! Approche-toi un peu de moi : que je respire une dernière fois l’odeur de ton corps et que je te touche encore un peu. Car c’est notre dernière rencontre dans ce monde, pour toi comme pour moi.

‘Abdullah se pencha et couvrit de baisers les mains et les pieds de sa mère, tandis que celle-ci posait son nez et sa bouche sur la tête, le visage et les épaules de son fils, les respirait et les embrassait ; puis elle caressa tendrement son corps de ses deux mains. Au moment de lui dire adieu, alors qu’elle allait le serrer contre sa poitrine, elle le repoussa de nouveau en disant : « ‘Abdullah ! Qu’est-ce que tu portes donc ? »

— Maman, c’est mon armure.

— Mon fils, ce n’est pas la tenue de ceux qui aspirent au martyre.

— Maman, j’ai revêtu ce vêtement pour te réjouir et apporter la sérénité à ton cœur. [As’hâb ar-Rassoul : récits de la vie, 1/211-212]

— Enlève-le. Ce sera ce qui convient le mieux à ta prestance, à ton courage et à tes attaques. De plus, cela te facilitera l’action, les mouvements et les déplacements. À la place, porte un pantalon long. Ainsi, même si tu es jeté à terre, ton ‘awra restera couverte.

Conformément aux paroles de sa mère, ‘Abdullah ôta son armure, enfila un pantalon et partit vers le Sanctuaire sacré pour prendre part au combat, en disant : « Maman, n’oublie pas de faire des invocations pour moi, aussi bien avant qu’après ma mort. »

— Je n’oublierai jamais de faire des invocations auprès d’Allah. Certains combattent pour le mensonge, mais ton combat est pour la vérité. Puis elle leva les deux mains vers le ciel et fit cette invocation : « Ô Allah, accorde-lui Ta miséricorde pour ses longues adorations et ses pleurs à voix haute, tandis qu’il veillait la nuit, quand les gens étaient plongés dans un profond sommeil, inconscients dans l’obscurité de la nuit. Ô Allah, fais-lui miséricorde pour la faim et la soif qu’il endurait à midi, alors qu’il jeûnait à La Mecque et à Médine. Ô Allah ! Accorde-lui Ta compassion pour sa bonté envers ses parents. Ô Allah, je Te le confie. Je suis satisfaite de toute décision que Tu prendras à son sujet. En retour, accorde-moi la récompense réservée aux patients. »

Les paroles de la mère, Asma (qu’Allah l’agrée), apportèrent la sérénité au cœur de ‘Abdullah (qu’Allah l’agrée). Il partit et combattit avec une patience extrême, jusqu’à tomber en martyr. Avant sa mort, les deux vers suivants sortaient de ses lèvres : [Hayatus-Sahaba-1/574 ; Banat as-Sahaba-70](Arabe***************)

« Ma mère Asma ! Ne pleure pas pour moi lorsque je serai tué. Il ne me reste rien si ce n’est ma noblesse et ma piété. Il me reste aussi une épée tranchante, à force de frapper avec elle, ma main droite s’est affaiblie. »

Ce jour-là, avant même le coucher du soleil, ‘Abdullah (qu’Allah l’agrée) rejoignit son Seigneur. Après l’avoir tué, al-Hajjaj fit suspendre son corps. Sa mère Asma (qu’Allah l’agrée) vint voir le corps de son fils, accompagnée de sa servante. Elle vit le corps suspendu, la tête en bas. Se tenant près de lui, elle dit avec un calme et une fermeté extrêmes : « Le moment n’est-il pas encore venu pour ce cavalier de l’islam de descendre de sa monture ? » Pour l’éloigner afin de disperser la foule, al-Hajjaj envoya des hommes. Elle refusa de partir. Il fit de nouveau transmettre par des émissaires que, si elle ne partait pas immédiatement, on la traînerait par une poignée de ses cheveux. Asma (qu’Allah l’agrée) ne fut pas effrayée par al-Hajjaj et ne prêta nullement attention à ses menaces.

Dire la vérité était le trait le plus éclatant du caractère d’Asma (qu’Allah l’agrée). Elle proclama la vérité d’une voix très ferme devant un tyran meurtrier tel qu’al-Hajjaj. Face à lui, elle lui donna une réponse cinglante et réduisit son arrogance à néant. Après le martyre de ‘Abdullah (qu’Allah l’agrée), al-Hajjaj se rendit auprès d’Asma (qu’Allah l’agrée) et lui dit : « Ton fils a commis un acte contraire à la religion dans la Maison d’Allah et a prêché l’athéisme. C’est pourquoi Allah lui a fait goûter un châtiment sévère. »

Asma (qu’Allah l’agrée) répondit d’une voix ferme : « Tu es un menteur. Mon fils n’était pas athée. Il jeûnait et était un fils obéissant et soumis à ses parents. Cependant, j’ai entendu de la bouche du noble Prophète (qu’Allah l’agrée) qu’un menteur imposteur et un tyran apparaîtraient au sein de la tribu de Thaqif. Le menteur, al-Mukhtar ath-Thaqafi, je l’ai déjà vu. Quant au tyran, c’est toi : je te vois à présent. » En entendant ces paroles d’Asma (qu’Allah l’agrée), al-Hajjaj entra dans une violente agitation et se leva de l’endroit où il était assis. Mais, ayant perdu le courage de dire quoi que ce soit, il resta silencieux, debout. [Sahih Muslim, Fada’il as-Sahaba, hadith n° 2545 ; Tabaqat-8/254 ; Musnad Ahmad-6/351 ; Siyar A‘lam an-Nubala-2/296]

Une autre narration rapporte qu’al-Hajjaj dit à Asma (qu’Allah l’agrée) : « Dis-moi donc : comment ai-je traité ‘Abdullah, l’ennemi d’Allah ? » Asma répondit : « Tu as détruit sa vie d’ici-bas, tandis que lui a détruit ta vie dernière. J’ai entendu dire que tu t’étais moqué de lui en l’appelant le fils de la femme aux deux ceintures, Dhat an-Nitaqayn. Par Allah, c’est bien moi qui suis Dhat an-Nitaqayn. Avec l’une de mes ceintures, j’ai attaché la nourriture du Messager d’Allah (qu’Allah l’agrée) et d’Abu Bakr (qu’Allah l’agrée), et l’autre ceinture se trouve encore autour de ma taille. » [Tabaqat-8/254 ; Tarikh al-Islam wa Tabaqat al-Mashahir wal-A‘lam-3/136] Il est également rapporté qu’al-Hajjaj vint auprès d’Asma (qu’Allah l’agrée) et lui dit : « Mère, le commandeur des croyants m’a chargé de prendre de tes nouvelles. As-tu besoin de quelque chose ? » Asma (qu’Allah l’agrée) répondit très durement : « Je ne suis pas ta mère. Je suis la mère de l’homme suspendu au gibet à l’entrée de la route. Je n’ai besoin de rien. » [Siyar A‘lam an-Nubala-2/294]

Un jour, après le martyre de ‘Abdullah (qu’Allah l’agrée), on dit à ‘Abdullah ibn ‘Umar (qu’Allah l’agrée) : « Asma (qu’Allah l’agrée) est assise dans un coin de la mosquée. » Il se pencha légèrement vers elle et lui dit : « Ce corps sans vie n’est rien. L’âme est déjà parvenue auprès d’Allah. Craignez Allah et faites preuve de patience. » Asma répondit : « Qu’est-ce qui m’en a empêchée ? La tête du prophète Yahya ibn Zakariya (qu’Allah l’agrée) avait elle aussi été offerte à une prostituée des Enfants d’Israël. » [Ouvrage précité-2/295 ; Tahdhib al-Asma’ wal-Lughat-2/330]

Il convient de préciser que, lorsque le souverain de Palestine, Hérode, voulut épouser sa tante Hérodias, Yahya s’y opposa, car le mariage entre une tante et son neveu n’était pas permis dans leur religion. Mais la fille d’Hérodias et sa mère y consentirent. Elles posèrent à Hérode la condition suivante : « Si tu peux couper la tête de Yahya et l’apporter devant moi sur un plat, ce mariage aura lieu. » Il le fit. Asma (qu’Allah l’agrée) faisait allusion à cet événement. [Siyar A‘lam an-Nubala’-2/295 ; note 1 ; Qasas al-Anbiya-369]

Pendant plusieurs jours, alors que le corps de Hadrat ‘Abdullah demeurait suspendu, Hadrat Asmâ’ (qu’Allah l’agrée) invoquait Allah en disant : « Ô Allah ! Ne fais pas que je meure avant d’avoir pris en charge la toilette funéraire, le linceul et l’inhumation de ‘Abdullah. » Après que le corps eut été descendu, Asmâ’ (qu’Allah l’agrée) le réclama et, au prix de grandes difficultés, le lava avec de l’eau de Zamzam. [Zâd al-Ma‘âd-1/140 ; Târîkh al-Islâm wa Tabaqât al-Mashâhîr wa al-A‘lâm 1/503 ; al-Fâkihî rapporte : « Par recherche de bénédiction, les habitants de La Mecque lavaient leurs morts avec l’eau de Zamzam. » (Nisâ’ Mubashsharât fî al-Jannah-266)] La chair s’était décomposée et détachée. Malgré cet état de son propre fils, Asmâ’ (qu’Allah l’agrée) ne s’effondra nullement. Elle fit preuve de patience et remercia Allah.

Ibn Mulayka rapporte : « Je faisais partie de ceux à qui incomba la toilette funéraire. Nous saisissions un membre, et il se détachait dans nos mains. Après l’avoir lavé, nous le déposions sur le linceul, puis nous saisissions un autre membre. C’est ainsi que nous achevâmes sa toilette. Ensuite, sa mère Asmâ’ se leva et accomplit la prière funéraire. Elle l’inhuma au cimetière al-Mu‘allâ de La Mecque. » [A‘lâm an-Nisâ’-1/52 ; Banât as-Sahâbah-71]

Hadrat ‘Abdullah ibn az-Zubayr (qu’Allah l’agrée) connut le martyre le mardi 17 Jumâdâ al-Awwal de l’an 73 de l’Hégire. Quelques jours plus tard, à La Mecque, Hadrat Asmâ’ (qu’Allah l’agrée) quitta elle aussi ce monde. Elle était alors âgée de cent ans. Parmi les Compagnons hommes et femmes ayant émigré, elle fut la dernière à mourir. [Siyar A‘lâm an-Nubalâ’-2/296 ; A‘lâm an-Nisâ’-1/52, 53] Au cours de cette longue vie, aucune de ses dents ne tomba et elle ne connut pas même la moindre altération de ses facultés mentales. Elle fut inhumée à La Mecque, juste à côté de son fils ‘Abdullah (qu’Allah l’agrée). [Banât as-Sahâbah-72]

Avant sa mort, elle recommanda ceci : « Vous parfumerez mes vêtements en les exposant à la fumée de bois odorant, puis vous parfumerez mon corps. Ne mettez aucun parfum sur mon linceul, ne suivez pas le convoi funèbre avec du feu et ne m’inhumez pas pendant la nuit. » [Tahdhîb al-Asmâ’ wa al-Lughât-2/598]

Umm Sulaym bintMilhân (qu’Allah l’agrée)


Son surnom était Umm Sulaym. Il existe de nombreuses divergences concernant son nom véritable : Sahlah, Rumaylah, Mulaykah, al-Ghumaysâ’ et ar-Rumaysâ’. C’était une éminente Compagne ansarite de Banû Najjâr. Elle était la mère fière du célèbre Compagnon Anas, le serviteur très aimé du Messager d’Allah (qu’Allah le bénisse et le salue). Son père s’appelait Milhân ibn Khâlid et sa mère Mulaykah bint Mâlik ibn ‘Adî ibn Zayd ibn Manât. Selon une autre narration, elle s’appelait ‘Unaykah. [Al-Isâbah-4/461, 462 ; Tabaqât-3/504] Hadrat Harâm ibn Milhân, l’un des Compagnons martyrisés lors du célèbre événement de Bi’r Ma‘ûnah, était son frère. [Hayât as-Sahâbah (arabe)-1/528] Dans les ouvrages historiques, elle est connue sous le nom d’Umm Sulaym.

Au début de sa vie, à l’époque antéislamique, elle épousa Mâlik ibn an-Nadr. Dix ans avant l’émigration du Messager d’Allah (qu’Allah le bénisse et le salue) à Médine, elle lui donna un fils, Anas. Elle fut l’une des premières parmi les Ansar à embrasser l’islam. Parce qu’elle avait embrassé l’islam, son mari Mâlik rompit avec elle, l’abandonna avec son enfant et partit à l’étranger. [Al-Isâbah-4/461] Anas rapporte à ce sujet : « Un jour, Umm Sulaym se rendit auprès de son mari Mâlik et lui dit : “Je viens de t’apporter aujourd’hui une nouvelle qui ne te plaira pas.” Mâlik répondit : “Tu ne cesses de m’apporter les nouvelles déplaisantes de cet homme du désert.” En réfutant les paroles de son mari, elle lui dit : “Oui, c’est un homme du désert, mais Allah l’a choisi et en a fait un prophète.” Mâlik demanda : “Quelle est donc cette nouvelle que tu m’apportes aujourd’hui ? Dis-le-moi.” Elle répondit : “Le vin a été déclaré interdit.” Mâlik dit : “Notre relation s’arrête ici.” Puis il quitta son foyer, sa femme et son fils, et partit en Syrie, où il mourut dans le polythéisme. [Hayât as-Sahâbah-2/590 ; Al-Isâbah-4/461 ; Târîkh Ibn ‘Asâkir-6/5]

Le récit ci-dessus laisse comprendre que sa séparation d’avec Mâlik eut lieu bien après l’arrivée du Messager d’Allah (qu’Allah le bénisse et le salue) à Médine, au moment où le vin fut déclaré interdit. En revanche, les récits relatifs à son second mariage avec Hadrat Abû Talhah (qu’Allah l’agrée) laissent comprendre que leur séparation eut lieu avant l’arrivée du Messager d’Allah (qu’Allah le bénisse et le salue) à Médine. Certains récits indiquent même qu’elle prit Abû Talhah pour second mari avant l’arrivée du Messager d’Allah (qu’Allah le bénisse et le salue) à Médine. D’autres rapportent qu’Abû Talhah embrassa l’islam à Médine entre les mains mêmes du Messager d’Allah (qu’Allah le bénisse et le salue), après quoi Umm Sulaym l’épousa. On trouve ainsi diverses versions. Il est toutefois établi qu’Umm Sulaym embrassa l’islam avant l’arrivée du Messager d’Allah (qu’Allah le bénisse et le salue) à Médine. Je rapporte ci-dessous un ou deux récits concernant son second mariage avec Abû Talhah. Anas rapporte : avant qu’Abû Talhah n’embrasse l’islam, il demanda Umm Sulaym en mariage. Celle-ci lui répondit : « Abû Talhah, ne sais-tu pas que la divinité que tu adores est faite de terre ? » Il répondit : « C’est exact. » Umm Sulaym reprit : « N’as-tu pas honte d’adorer un arbre ? Si tu embrasses l’islam, je n’aurai aucune objection à t’épouser. Et, dans ce cas, je ne demanderai pas d’autre dot que ton islam. » Abû Talhah partit en disant : « Je vais y réfléchir. » Puis, après quelque temps, il revint et récita : « J’atteste qu’il n’y a de divinité qu’Allah et que Muhammad est le Messager d’Allah. »

Puis Umm Sulaym appela son fils Anas et lui dit : « Anas, occupe-toi du mariage d’Abou Talha. » Anas maria sa mère à Abou Talha. Cet événement a été rapporté dans plusieurs ouvrages avec différentes chaînes de transmission. [Hayât as-Sahâba, 1/196 ; al-Isâba, 4/461 ; at-Tabaqât, 3/504 ; Târîkh Ibn ‘Asâkir, 6/5]

Selon une autre narration, Anas dit : lorsqu’Abou Talha demanda Umm Sulaym en mariage, elle lui dit : « J’ai cru en cet homme et j’ai déclaré qu’il était le Messager d’Allah. Si vous devenez son disciple, je pourrai vous épouser. » Abou Talha répondit : « Eh bien, j’adopte moi aussi ta religion. » Umm Sulaym l’épousa ensuite. L’Islam d’Abou Talha constitua la dot de ce mariage. Il est également rapporté dans cette chaîne qu’Abou Talha ayant fait sa demande, Umm Sulaym lui dit : « Je ne me remarierai pas avant qu’Anas ait atteint la maturité et soit capable de s’asseoir dans diverses assemblées. » Anas dit : « Qu’Allah récompense ma mère de ma part. Elle m’a élevé de la meilleure manière. » En entendant les paroles d’Umm Sulaym, Abou Talha dit : « Anas s’est déjà assis dans les assemblées et a également parlé. » Anas maria alors sa mère.

Selon une autre narration, après qu’Umm Sulaym eut refusé sa demande en mariage, Abou Talha lui dit : « Par Allah, ce n’est peut-être pas là ce que tu penses réellement. » Elle lui demanda en retour : « Désires-tu obtenir de l’or et de l’argent ? » Umm Sulaym déclara alors : « Je vous prends, vous et le Prophète d’Allah, à témoin et je proclame que si vous embrassez l’Islam, j’accepte de vous épouser en échange de votre conversion. » À ces mots, Abou Talha demanda : « Qui peut m’aider en cela ? » Umm Sulaym dit à son fils Anas : « Anas, accompagne ton oncle. » Il se leva. Anas raconte : « Abou Talha posa sa main sur mon épaule et nous partîmes ainsi. Lorsque nous approchâmes du Messager d’Allah (ﷺ), celui-ci, ayant entendu notre conversation, s’écria : “Voici Abou Talha, dont l’honneur et la gloire de l’Islam brillent entre les deux yeux !” Abou Talha salua le Prophète (ﷺ) et dit : “J’atteste qu’il n’y a de divinité qu’Allah et que Muhammad est Son serviteur et Son Messager.” Le Messager (ﷺ) le maria ensuite à Umm Sulaym en échange de son entrée dans l’Islam.

Du premier mari d’Umm Sulaym naquit Anas, et de son second mari, Abou Talha, naquirent deux fils : (1) Abou ‘Umayr et (2) ‘Abdallah. Abou ‘Umayr mourut durant son enfance. La descendance se perpétua par les deux autres.

La patience dont Umm Sulaym fit preuve à la mort d’Abou ‘Umayr est riche d’enseignements pour l’humanité. Lorsqu’Abou ‘Umayr mourut, il venait tout juste d’apprendre à marcher. Quand il avançait à petits pas, ses parents le regardaient sans détourner les yeux. C’est alors qu’Allah Tout-Puissant le rappela de ce monde. Le garçon était très aimé d’Abou Talha.

Abou Talha était sorti pour une affaire, laissant à la maison son fils malade. Entre-temps, l’enfant mourut. Umm Sulaym demanda aux autres habitants de la maison de ne rien dire. Abou Talha revint et s’enquit de l’état de son fils malade. Umm Sulaym répondit : « Il est dans un meilleur état que celui où il se trouvait. » Sur la foi des paroles de son épouse, Abou Talha pensa que son fils allait mieux. Il mangea et but comme à son habitude, puis alla se coucher. Umm Sulaym acheva également ses tâches, se para, se parfuma et alla se coucher. Les époux eurent une profonde intimité. Ensuite, Umm Sulaym annonça à son mari la mort de leur fils en ces termes : « Abou Talha, si quelqu’un déposait un objet chez toi, puis venait le reprendre, refuserais-tu de le lui rendre ? » Abou Talha répondit : « Jamais. » Umm Sulaym dit : « Eh bien, je te demande d’être patient au sujet de ton fils. Il a quitté ce monde. » Abou Talha demanda : « Où est-il maintenant ? » Elle répondit : « Là, dans la pièce retirée. » Abou Talha y entra, souleva le tissu qui recouvrait le visage de l’enfant et prononça : « Nous appartenons à Allah et c’est vers Lui que nous retournons. » Selon une autre narration, Umm Sulaym enterra l’enfant décédé avant même le retour d’Abou Talha.

Puis Abou Talha se rendit auprès du Messager d’Allah (ﷺ) et lui parla de la mort de son fils ainsi que de l’attitude d’Umm Sulaym. Après avoir tout entendu, le Messager (ﷺ) déclara : « Allah Très-Haut a béni cette nuit pour vous deux. Par Celui qui m’a envoyé avec la vérité, Allah a placé dans son sein un dhikr. C’est grâce à cela qu’elle a pu faire preuve d’une si grande patience à la mort de son fils. » [Hayât as-Sahâba, 2/590 ; Muslim, 2/342 ; al-Isâba, 4/461] Cette nuit-là, de leur union naquit un fils. Il s’agissait de ‘Abdallah ibn Talha. Allah lui accorda une nombreuse descendance. [al-Isâba, 4/461 ; voir : La vie des Compagnons du Messager, vol. 3, p. 115] Selon une autre narration, le Messager (ﷺ) invoqua ce jour-là en faveur de ce couple en disant : « Ô Allah, accorde bénédiction et bien à la nuit de ces deux personnes. »

Puis Umm Sulaym accoucha. Ayant appris la nouvelle, le Messager (ﷺ) dit à Anas : « Va dire à ta mère de ne rien donner à l’enfant après lui avoir coupé le cordon ombilical et avant de me l’envoyer. » Anas raconte : « Ma mère me remit le garçon et je l’apportai devant le Messager d’Allah (ﷺ). » Le Messager (ﷺ) demanda ensuite à Anas d’apporter trois dattes ‘ajwa. Lorsqu’Anas les apporta, il en retira les noyaux, les mit dans sa bouche et les mâcha soigneusement. Puis il ouvrit la bouche du nouveau-né et y introduisit une partie de la datte. L’enfant se mit à bouger la bouche et à la téter. Voyant cela, le Messager (ﷺ) déclara : « Mes Ansar aiment les dattes. » Puis il remit l’enfant à Anas et lui dit : « Emmène-le auprès de ta mère. » Le Messager (ﷺ) donna à l’enfant le nom de ‘Abdallah et invoqua en sa faveur en demandant qu’Allah fasse de lui un homme pieux et craignant. Un homme parmi les Ansar dit : « J’ai vu neuf fils de ce ‘Abdallah, et ils étaient tous de grands récitateurs du Coran. » [Hayât as-Sahâba, 2/590-591 ; Târîkh Ibn ‘Asâkir, 6/6]

Peu après l’arrivée du Messager d’Allah (paix et bénédictions d’Allah sur lui) à Médine, Umm Sulaym prit le jeune Anas par la main, l’amena auprès du Messager d’Allah (paix et bénédictions d’Allah sur lui) et dit : « Ô Messager d’Allah ! Voici Anas. Il te servira. » Anas n’était alors qu’un garçon de dix ans. À partir de ce moment et jusqu’au décès du Messager d’Allah (paix et bénédictions d’Allah sur lui), Anas le servit. C’est pourquoi il acquit la célébrité sous le nom de « Khâdim an-Nabî » (le serviteur du Prophète). [Al-Isâba-4/462] Selon une autre narration, elle ajouta : « Ô Messager d’Allah ! Invoque donc Allah en sa faveur. » Le Messager (paix et bénédictions d’Allah sur lui) invoqua effectivement Allah en sa faveur. [Muslim-2/944 ; Bukhârî-2/302] Selon une narration, la réunion au cours de laquelle le Noble Messager d’Allah (paix et bénédictions d’Allah sur lui) établit les liens de fraternité entre les Muhâjirûn et les Ansâr eut lieu dans la maison d’Umm Sulaym. Umm Sulaym se rendait avec un grand intérêt aux grandes batailles, accompagnant Umm Sulaym et quelques autres femmes ansârites. Elles donnaient à boire aux soldats et soignaient les blessés. [Muslim-2/103 ; Hayât as-Sahâba-1/592-593] At-Tirmidhî a également rapporté ce hadith. Lors de la bataille d’Uhud, alors même que l’armée musulmane subissait un revers, elle s’acquitta de sa responsabilité avec un courage remarquable. Anas (qu’Allah l’agrée) dit : « J’ai vu ‘Â’isha et Umm Sulaym apporter de l’eau dans des outres et en faire boire les blessés. Lorsque les outres étaient vides, elles les remplissaient de nouveau et leur donnaient à boire. » [Bukhârî, Kitâb al-Maghâzî-2/581]

Elle participa également à la bataille de Khaybar, durant la septième année de l’Hégire. À Khaybar, ou sur le chemin du retour, eurent lieu le mariage béni et la consommation du mariage du Noble Messager d’Allah (paix et bénédictions d’Allah sur lui) avec Safiyya (qu’Allah l’agrée). Ce fut elle qui coiffa et para Safiyya avant de la présenter au Messager d’Allah (paix et bénédictions d’Allah sur lui). [Sahîh Muslim-1/546 ; Sîrat Ibn Hishâm-2/340 ; Al-Isâba-4/462]

Il est rapporté d’après ‘Abdullah ibn Abî Bakr (qu’Allah l’agrée) qu’au cours de la bataille de Hunayn, Umm Sulaym se tenait debout, un poignard à la main. À un moment donné, au milieu de la bataille, elle apparut au regard du Messager d’Allah (paix et bénédictions d’Allah sur lui). Elle se tenait alors aux côtés de son époux Abû Talha, une étoffe enroulée autour de la taille. ‘Abdullah ibn Abî Talha était contre son ventre. Le chameau d’Abû Talha se trouvait avec eux. Pour le maîtriser, ils tenaient ses crins et ses rênes. Le Messager (paix et bénédictions d’Allah sur lui) l’appela : « Umm Sulaym ? » Elle répondit : « Oui, ô Messager d’Allah ! Que mes père et mère soient sacrifiés pour toi ! De même que tu tues ceux qui te combattent, je tuerai ceux qui s’enfuient du champ de bataille en t’abandonnant. Ils méritent en effet d’être tués. » Après avoir entendu ses paroles, le Messager (paix et bénédictions d’Allah sur lui) dit : « Umm Sulaym ! Allah ne suffit-Il pas en cette affaire ? » Umm Sulaym tenait alors un poignard à la main. En le montrant, Abû Talha demanda : « Umm Sulaym, pourquoi as-tu ce poignard à la main ? » Elle répondit : « Si un polythéiste tombe à ma portée, je lui ouvrirai le ventre avec ce poignard. » En entendant cela, Abû Talha dit : « Ô Messager d’Allah ! As-tu entendu ce que dit Umm Sulaym ar-Rumaysâ’ ? » Le Messager (paix et bénédictions d’Allah sur lui) sourit doucement. [Muslim-2/]

Au cours de la cinquième année de l’Hégire, le mariage du Messager d’Allah (paix et bénédictions d’Allah sur lui) avec la Mère des croyants, Zaynab (qu’Allah l’agrée), fut célébré. À cette occasion, Umm Sulaym confectionna de ses propres mains un magnifique vêtement de laine brodé et l’envoya par l’intermédiaire de son fils Anas. Elle insista également auprès d’Anas pour qu’il dise au Messager (paix et bénédictions d’Allah sur lui) d’accepter ce petit cadeau de sa part.

Umm Sulaym préparait parfois de la nourriture pour le Messager d’Allah (paix et bénédictions d’Allah sur lui) et la lui envoyait. Lorsqu’elle préparait quelque chose de bon chez elle, elle en envoyait également une part au Messager d’Allah (paix et bénédictions d’Allah sur lui). Abû Hâtim rapporte que, à l’occasion de la première union du Messager d’Allah (paix et bénédictions d’Allah sur lui) avec l’une de ses épouses, Umm Sulaym prépara du hayṣ, une sorte de nourriture faite de dattes, d’aqît et de graisse, qu’elle versa dans un récipient de cuivre ou de bois. Puis elle appela son fils Anas et lui dit : « Emporte ceci au Messager d’Allah (paix et bénédictions d’Allah sur lui) et dis-lui que c’est un modeste cadeau de notre part. » Anas dit : « À cette époque, les gens souffraient d’une grande pénurie alimentaire. Je pris le récipient, me rendis auprès du Messager d’Allah et lui dis : “Ô Messager d’Allah ! Umm Sulaym te l’a envoyé. Elle te salue également et dit que c’est un modeste cadeau de notre part.” Le Messager (paix et bénédictions d’Allah sur lui) regarda le récipient et dit : “Pose-le dans un coin de la maison et appelle untel et untel.” Il cita les noms de nombreuses personnes. Il ajouta : “Tout musulman que tu rencontreras en chemin, amène-le avec toi.” Anas dit : “J’invitai ceux dont il avait cité les noms, ainsi que tous les musulmans que je rencontrai sur le chemin. À mon retour, je vis que toute la maison du Messager d’Allah (paix et bénédictions d’Allah sur lui), la Suffa et les chambres, était remplie de monde.”

Le narrateur demanda à Anas combien ils étaient ; il répondit : « Environ trois cents. » Anas dit : « Le Messager (paix et bénédictions d’Allah sur lui) me demanda d’apporter le récipient de nourriture. Je le lui apportai. Il posa la main dessus et invoqua Allah. Puis il dit : “Asseyez-vous par groupes de dix, dites bismillah et que chacun mange devant lui.” Tous mangèrent à leur faim, conformément aux instructions du Messager d’Allah. Ensuite, il me dit : “Soulève le récipient.” Anas dit : “Je m’avançai et soulevai le récipient. Je regardai à l’intérieur, mais je ne saurais dire s’il contenait davantage lorsque je l’avais posé ou lorsque je le soulevai.” [Hayât as-Sahâba-2/660-661]

Anas rapporta également de sa mère l’événement suivant. Sa mère possédait une chèvre. Elle transforma son lait en beurre clarifié et le conserva dans un récipient en peau. Un jour, elle remit le récipient à Rabîba et lui dit : « Porte-le au Messager d’Allah (paix et bénédictions d’Allah sur lui) ; il le mangera comme accompagnement. » Rabîba le prit et se rendit auprès du Messager d’Allah. Elle lui dit : « Ô Messager d’Allah ! Umm Sulaym t’a envoyé une outre, ou un récipient, de beurre clarifié. » Le Messager (paix et bénédictions d’Allah sur lui) dit aux gens : « Versez le beurre clarifié, puis rendez-lui le récipient. » Le récipient vide lui fut rendu. Elle le suspendit à un poteau. Lorsqu’Umm Sulaym rentra chez elle, elle vit le beurre clarifié déborder du récipient. Elle dit : « J’ai pourtant exécuté tes instructions. Si tu ne me crois pas, viens avec moi et interroge le Messager d’Allah. » Umm Sulaym se rendit auprès du Messager d’Allah avec Rabîba et lui dit : « Ô Messager d’Allah ! Je t’avais envoyé par son intermédiaire un récipient de beurre clarifié. » Le Messager (paix et bénédictions d’Allah sur lui) répondit : « Oui, elle me l’a bien remis. » Umm Sulaym dit alors : « Par Celui qui t’a envoyé avec la vérité et la vraie religion, le récipient est toujours rempli de beurre clarifié et celui-ci déborde. » En entendant cela, le Messager (paix et bénédictions d’Allah sur lui) dit : « Umm Sulaym ! »

« Qu’Allah te nourrisse de la même manière que tu as nourri Son Prophète ! En es-tu donc étonnée ? Mange-en toi-même et nourris-en les autres. » Umm Sulaym dit : « Je rentrai chez moi, le répartis dans plusieurs verres, et nous en mangeâmes pendant un ou deux mois. » [Al-Bidâya-6/102 ; Hayât as-Sahâba-2/635]

L’imam Muslim a également rapporté un événement. Anas raconte : Un jour, Abou Talha dit à ma mère, Oummou Soulaym : « Aujourd’hui, il m’a semblé entendre la voix du Messager d’Allah (s.a.s.) quelque peu affaiblie. J’ai pensé qu’il devait avoir faim. As-tu quelque chose à manger ? » Ma mère répondit : « Oui. » Elle enveloppa quelques morceaux de pain dans mon vêtement et m’envoya auprès du Messager d’Allah (s.a.s.). Dès qu’il me vit, le Prophète (s.a.s.) demanda : « Abou Talha t’a envoyé ? » Je répondis : « Oui. » Il demanda : « Avec de la nourriture ? » Je répondis : « Oui. » Le Messager (s.a.s.) dit à ceux qui l’accompagnaient : « Levez-vous. » Ils se levèrent et je marchai devant eux. En voyant tout ce monde, Abou Talha appela sa femme et lui dit : « Oummou Soulaym, regarde : le Messager (s.a.s.) est venu avec des gens. Nous n’avons pas assez de nourriture pour les faire manger tous. » Oummou Soulaym répondit : « Allah et Son Messager (s.a.s.) le savent mieux. » Abou Talha fit asseoir les invités. Le Messager (s.a.s.) entra dans la maison et dit : « Apportez ce qu’il y a. » La petite quantité de nourriture fut donc servie. Il dit : « Faites entrer d’abord dix personnes. » Dix hommes entrèrent, mangèrent à leur faim, puis sortirent. Ensuite, dix autres entrèrent. Ainsi, soixante-dix ou quatre-vingts personnes au total mangèrent à leur faim de cette nourriture.[Bukhari-2/342 ; Muslim-2/178 ; Al-Bidaya-9/105 ; Hayat as-Sahaba-2/193-194]

Elle aimait le Noble Prophète d’un amour sans limites. Le Noble Prophète, lui aussi, se rendait souvent chez Oummou Soulaym et s’y reposait à midi. À cette occasion, Oummou Soulaym recueillait la sueur du Messager d’Allah (s.a.s.) ainsi que les poils qui tombaient de son corps.[Bukhari-2/929]

Anas (r.a.) raconte : Un jour, à midi, le Messager (s.a.s.) vint chez nous se reposer et se mit à transpirer. Ma mère apporta une bouteille et commença à y recueillir cette sueur. Le Messager (s.a.s.) se réveilla et demanda : « Oummou Soulaym, que fais-tu donc ? » Ma mère répondit : « Cette sueur est pour nous un parfum. » Anas disait : « De toute ma vie, je n’ai jamais senti de musc ou d’ambre plus parfumé que la sueur du Messager d’Allah (s.a.s.). »[Tarikh Ibn ‘Asakir-3/144, 145] Anas raconte également : Ma mère Oummou Soulaym avait, de la part d’Abou Talha, un petit garçon nommé Abou ‘Oumayr. Lorsque le Messager (s.a.s.) venait chez nous, il plaisantait un peu avec lui. Un jour, il vit Abou ‘Oumayr assis, l’air attristé. Le Messager (s.a.s.) lui dit : « Abou ‘Oumayr, pourquoi es-tu assis avec un visage si renfrogné ? » Ma mère répondit : « Son petit compagnon de jeu, le Noughayr, est mort. » Dès lors, lorsqu’il le voyait, le Messager (s.a.s.) lui disait en vers :

« Yā Abā ‘Umayr, mā fa‘ala an-nughayr » — Ô Abou ‘Oumayr, qu’est-il arrivé à ton Noughayr ? Il est à noter que le Noughayr est un petit oiseau, semblable à un moineau au bec rouge.[Précédemment cité, 3/139 ; Hayat as-Sahaba-2/570, 571 ; Tabaqat-3/506]

Anas (r.a.) raconte : En dehors des maisons de ses épouses, le Messager (s.a.s.) ne se rendait nulle part aussi souvent que chez Oummou Soulaym. Un jour, on lui demanda pourquoi, et il répondit : « J’ai de la compassion pour elle. Son père et son frère ont été martyrisés alors qu’ils étaient avec moi. »[Muslim-2/341 ; Al-Isaba-4/461] Ibn Hajar dit : La raison pour laquelle le Messager d’Allah (s.a.s.) entrait chez Oummou Haram et chez sa sœur Oummou Soulaym est qu’elles habitaient dans la même maison et qu’Oummou Soulaym participait au jihâd avec le Messager d’Allah (s.a.s.).[Al-Isaba-4/461]

Oummou Soulaym était la tante maternelle du Messager d’Allah (s.a.s.). La lignée de Salma bint ‘Amr, mère du grand-père du Messager d’Allah (s.a.s.), ‘Abd al-Muttalib, rejoint celle de la mère d’Anas à ‘Amir ibn Ghanam.[Usd al-Ghaba-1/127 ; Asahhus-Siyar-606] Elle aimait le Messager (s.a.s.) de tout son cœur et lui vouait vénération et respect. Le Messager, lui non plus, ne l’a jamais oubliée. Il a également annoncé à cette femme honorable la bonne nouvelle du Paradis.[Daira-e-Ma‘arif-e-Islamiyya (ourdou)-3/402]

Oummou Soulaym jouissait d’un grand honneur et d’un haut rang. Le Messager (s.a.s.) a dit : « Je suis entré au Paradis et j’y ai entendu la voix d’une femme. J’ai demandé : “Qui est cette femme ?” On m’a répondu : “C’est Ghumaysa bint Milhan, la mère d’Anas.” »[Muslim-2/342]

Oummou Soulaym a rapporté de nombreux hadiths du Messager d’Allah (s.a.s.). Anas ibn Malik, Ibn ‘Abbas, Zayd ibn Thabit, Abou Salama ibn ‘Abd ar-Rahman et de nombreux autres Compagnons ont rapporté des hadiths d’après elle. Les gens l’interrogeaient sur les questions religieuses urgentes. Un jour, un différend survint entre ‘Abdullah ibn ‘Abbas et Zayd ibn Thabit, et tous deux la choisirent comme arbitre.[Musnad-6/431 ; Al-Isaba-4/362]

Elle n’hésitait pas à interroger le Messager d’Allah (ﷺ) lorsqu’elle voulait connaître une question religieuse. ‘Aïcha (qu’Allah l’agrée) a dit : « Comme les femmes des Ansar sont excellentes ! La pudeur ne les empêchait pas de poser des questions sur la religion ni de chercher à la connaître. » L’imam Ahmad rapporte d’après Umm Sulaym qu’elle a dit : « Je me trouvais auprès d’Umm Salama, l’épouse du Messager d’Allah (ﷺ). Je demandai : “Ô Messager d’Allah ! Si une femme voit en rêve qu’elle a des rapports avec son mari, doit-elle accomplir le ghusl ?” En entendant cette question, Umm Salama s’exclama : “Umm Sulaym, que tes mains soient couvertes de poussière ! Tu as fait honte à toutes les femmes devant le Messager d’Allah (ﷺ).” Sulaym répondit : “Allah n’a pas honte de dire la vérité. Il vaut mieux interroger le Messager d’Allah (ﷺ) que de rester dans l’ignorance au sujet d’une question.” Le Messager (ﷺ) répondit : “Umm Sulaym, que tes mains soient couvertes de poussière ! Elle devra accomplir le ghusl si, à son réveil, elle constate la présence d’un liquide.” Umm Sulaym demanda encore : “Ô Messager d’Allah ! Les femmes ont-elles elles aussi un liquide ?” Le Prophète (ﷺ) répondit : “S’il n’y avait pas de liquide, comment l’enfant pourrait-il lui ressembler ? Elles sont comme les hommes.” [Hayatus-Sahaba, 3/221-222]

Anas (qu’Allah l’agrée) rapporte : « Un jour, ma mère m’emmena auprès du Messager d’Allah (ﷺ) et lui dit : “Ô Messager d’Allah ! Invoquez donc Allah en faveur de ce jeune serviteur qui est le vôtre.” Le Messager (ﷺ) fit cette invocation : “Ô Allah ! Accorde-lui l’abondance dans ses biens et sa descendance, prolonge sa vie et pardonne-lui ses péchés.” » À la fin de sa vie, Anas disait : « J’ai moi-même enterré quatre-vingt-dix-huit — ou, selon une autre version, cent deux — de mes enfants et descendants. Mon jardin produit des fleurs deux fois par an. J’ai vécu si longtemps que j’en suis venu à éprouver de l’aversion pour la vie. Quant à la quatrième demande, c’est-à-dire le pardon de mes péchés, je l’espère encore. » [Ibid., 3/347, 633]

Chaque jour, Anas (qu’Allah l’agrée) servait le Messager d’Allah (ﷺ), puis rentrait chez lui à midi. Un jour, alors qu’il se dirigeait vers sa maison à midi, il vit en chemin des garçons de son âge qui jouaient. Le jeu lui plut et il s’arrêta pour les regarder. Quelque temps plus tard, il vit le Messager (ﷺ) venir vers eux. Celui-ci arriva, prit Anas par la main et l’envoya accomplir une tâche. Lorsque Anas revint, le Messager (ﷺ) se dirigea vers sa maison. Comme Anas tardait à rentrer, sa mère, Umm Sulaym, lui demanda pourquoi il avait mis si longtemps. Il répondit : “J’ai été envoyé accomplir une tâche secrète par le Messager d’Allah (ﷺ), c’est pourquoi j’ai tardé à revenir.” Sa mère pensa que son fils cachait peut-être la vérité et demanda : “Quelle tâche ?” Anas répondit : “C’est un secret ; je ne peux le révéler à personne.” Sa mère dit : “Alors garde-le secret et ne le révèle à personne.” [Al-Fath ar-Rabbani, 22/204 ; Hayatus-Sahaba, 1/343 ; 2/503] Anas (qu’Allah l’agrée) garda ce secret toute sa vie.

Ainsi, de nombreux épisodes de la vie d’Umm Sulaym sont dispersés dans divers ouvrages ; ils sont très instructifs. Aucune information fiable ne permet de déterminer l’année de sa mort.

Umm Harâm bint Milhân ((qu’Allah l’agrée))


Le véritable nom d’Umm Harâm (qu’Allah l’agrée) n’est pas connu. Il s’agit de son surnom, sous lequel elle est devenue célèbre dans l’histoire. Elle était la fille de Milhân ibn Khâlid, de la branche des Najjâr, issue de la célèbre tribu médinoise des Khazraj. Du côté maternel, elle était la sœur d’Umm Sulaym (qu’Allah l’agrée) et la tante maternelle du célèbre Compagnon Anas ibn Mâlik, qui servait le Messager d’Allah ﷺ. Par allaitement, elle était également la tante maternelle du noble Messager d’Allah ﷺ. [As-Sîra al-Halabiyya, 3/73]

La famille de Milhân, du clan des Najjâr de Médine, était une famille extrêmement bénie. Dès les débuts de la prédication islamique à Médine, ses membres trouvèrent refuge sous l’égide de l’islam. L’amour profond d’Allah et de Son Messager ﷺ s’enracina au plus profond de leurs cœurs. Hommes et femmes de cette famille apportèrent tous une contribution remarquable à des œuvres de bien, telles que le jihâd, la recherche du savoir, le sacrifice de leur vie au service de l’islam et la générosité. Les deux fils de Milhân, Harâm et Sulaym (qu’Allah les agrée), combattirent à Badr et à Uhud. Tous deux comptèrent parmi les membres de l’expédition de Bi’r Ma‘ûna et y subirent le martyre. L’un des plus grands mérites de la vie de Harâm ibn Milhân (qu’Allah l’agrée) est d’avoir réussi à faire de son meurtrier, Jabbâr ibn Sulaymî,(Arabe**************)

un musulman. L’événement se résume ainsi : lorsque Jabbâr ibn Sulaymî tira une flèche en direction de Harâm, celle-ci lui transperça la poitrine, et il tomba à terre en prononçant à haute voix «(Arabe *****)la phrase dont le sens est : « Par le Seigneur de la Ka‘ba, j’ai réussi ! C’est-à-dire que j’ai réussi en obtenant le martyre. » Lorsque le meurtrier Jabbâr comprit le sens de ce terme, il fut profondément touché. Il se repentit et entra dans l’islam. Les dernières paroles prononcées par Harâm ibn Milhân (qu’Allah l’agrée) devinrent la cause de la conversion à l’islam de Jabbâr ibn Sulaymî (qu’Allah l’agrée). [Al-Bukhârî : chapitre de Bi’r ar-Rajî‘ ; Nisâmin Athar an-Nubuwwa, 42]

Parmi les nobles femmes de Médine qui, au contact du vénérable Messager de Dieu (paix et bénédictions sur lui), embellirent davantage encore leur caractère, figuraient les deux filles de Milhân, Umm Sulaym et Umm Harâm. Seul l’auteur d’At-Tahdhîb mentionne que le premier mari d’Umm Harâm (r.a.) était ‘Amr ibn Qays al-Ansârî [At-Tahdhîb, 12/46]. Toutefois, la plupart des ouvrages indiquent comme son époux le célèbre Compagnon ‘Ubâda ibn as-Sâmit (r.a.). Selon Ibn Sa‘d, ‘Ubâda ibn as-Sâmit était son premier mari et son second mari était ‘Amr ibn Qays [At-Tabaqât, 8/268]. Cependant, les ouvrages biographiques fiables établissent que ‘Ubâda ibn as-Sâmit (r.a.) fut son dernier mari [Sahâbiyât, 210]. Ce ‘Ubâda (r.a.) était un grand Compagnon ansârî de la première génération, membre d’al-‘Aqaba, naqîb, combattant courageux à Badr, Uhud et al-Khandaq, et participant à tous les événements importants, notamment à Bay‘at ar-Ridwân. Il mourut à Ramla, en Palestine, en l’an 34 de l’Hégire [Tahdhîb al-Asmâ’ wa-l-Lughât, 1/256-257 ; Al-A‘lâm, 3/258].

La mosquée que le vénérable Messager de Dieu (paix et bénédictions sur lui) fit édifier à deux miles du centre de Médine (Mu‘jam al-Buldân, 4/302), sur les fondements de la taqwâ et de la crainte révérencielle de Dieu, est la mosquée de Qubâ. Le verset suivant fut révélé à son sujet : [Sourate At-Tawba, 108 ; As-Sîra al-Halabiyya, 3/73](Arabe***********)« La mosquée dont les fondations ont été établies dès le premier jour sur la taqwâ est plus digne que tu y accomplisses ta prière. »

Cette mosquée revêt une importance immense dans l’histoire de l’islam. Le vénérable Ibn ‘Umar (r.a.) rapporte : « Le Messager de Dieu (paix et bénédictions sur lui) se rendait dans cette mosquée tantôt monté, tantôt à pied, et y accomplissait deux rak‘ât de prière » [Sahîh Muslim, 4/127]. La famille d’Umm Harâm résidait à proximité de cette sainte mosquée de Qubâ. Le Messager (paix et bénédictions sur lui) accordait à la vénérable Harâm (r.a.) beaucoup d’estime et d’importance. Il se rendait parfois chez elle et s’y reposait également à midi [Usd al-Ghâba, 5/574 ; Al-Istî‘âb, 4/424 ; Adh-Dhahabî, Târîkh, 3/317 ; Al-Isâba, 4/441]. Il y accomplissait aussi parfois la prière. Le vénérable Anas (r.a.) rapporte : « Un jour, le Prophète (paix et bénédictions sur lui) vint chez nous. Il n’y avait alors dans la maison que moi, ma mère (Umm Sulaym) et ma tante maternelle Umm Harâm. Il nous dit : “Venez, je vais accomplir la prière avec vous.” Ce n’était pas l’heure d’une prière prescrite. Il pria avec nous, puis invoqua Dieu en demandant tous les biens de ce monde et de l’au-delà pour l’ensemble de notre famille » [Sahîh Muslim, 2/128]. Une fois, lorsque le Messager (paix et bénédictions sur lui) vint chez Umm Harâm (r.a.), elle prépara un repas et le lui servit. Après avoir mangé, il se reposa un peu, tandis qu’Umm Harâm (r.a.) lui peignait les cheveux et commençait à y chercher des poux. Dans cet état, le Messager (paix et bénédictions sur lui) s’assoupit légèrement. Peu après, il se réveilla en souriant doucement et annonça à Umm Harâm (r.a.) la bonne nouvelle de son martyre. À partir de ce jour, elle fut appelée « Ash-Shahîda » (la femme martyre). L’autre femme à qui le Messager (paix et bénédictions sur lui) annonça la bonne nouvelle du martyre fut Umm Waraqa al-Ansâriyya (r.a.). Il convient de préciser que la mère du grand-père du Messager de Dieu (paix et bénédictions sur lui), ‘Abd al-Muttalib, était une fille des Banû Najjâr. Ainsi, parce qu’Umm Harâm (r.a.) était apparentée au Messager de Dieu (paix et bénédictions sur lui) comme une tante maternelle, elle était mahram pour lui. Elle pouvait donc lui toucher la tête et lui retirer les poux [Nisâ’ min ‘Asr an-Nubuwwa, 44].

L’imam At-Tirmidhî a compilé le récit d’Anas ibn Mâlik (r.a.). Il rapporte : « Le Messager de Dieu (paix et bénédictions sur lui) se rendait chez Umm Harâm, qui lui servait à manger. Umm Harâm était l’épouse de ‘Ubâda ibn as-Sâmit. Un jour, le Messager (paix et bénédictions sur lui) vint chez elle. Elle lui servit à manger, puis commença à lui peigner les cheveux et à y chercher des poux. Le Messager (paix et bénédictions sur lui) s’endormit. Peu après, il se réveilla en souriant doucement. Umm Harâm lui demanda : “Ô Messager de Dieu, pourquoi as-tu souri ?” Il répondit : “Pendant mon sommeil, on m’a montré certains membres de ma communauté embarqués sur des navires pour traverser la mer et combattre dans le sentier de Dieu.” Umm Harâm demanda humblement : “Ô Messager de Dieu, invoque Dieu afin qu’Il m’inclue moi aussi parmi eux.” »

Puis le Messager (paix et bénédictions sur lui) posa sa tête et se rendormit. Quelque temps après, il se réveilla en souriant doucement. Umm Harâm lui demanda de nouveau : « Ô Messager de Dieu, pourquoi souris-tu ? » Le Messager (paix et bénédictions sur lui) lui répéta ce qu’il avait dit précédemment. Umm Harâm lui adressa la même demande qu’auparavant. Cette fois, le Messager (paix et bénédictions sur lui) dit :(Arabe**********)« Tu feras partie du premier groupe. »

Le temps passa. Le Messager de Dieu (paix et bénédictions sur lui) mourut. Les premier et deuxième califes, Abû Bakr et ‘Umar (r.a.), quittèrent à leur tour ce monde. Les frontières du califat islamique s’étendirent considérablement. Le troisième calife, le vénérable ‘Uthmân (r.a.), était assis sur le trône du califat. Le gouverneur de Syrie, le vénérable Mu‘âwiya ibn Abî Sufyân (r.a.), demanda au calife l’autorisation de lancer une expédition contre l’île de Chypre. Il faut préciser qu’à cette époque, Chypre était une île sous domination romaine byzantine. Jusqu’alors, les musulmans ne possédaient ni flotte ni expérience des expéditions maritimes. En réponse à la demande de l’émir Mu‘âwiya (r.a.), le vénérable ‘Uthmân (r.a.) convoqua donc une réunion du conseil consultatif. Après de longues discussions et délibérations, il fut décidé de constituer une flotte et de lancer une expédition maritime contre Chypre. C’était la première expédition maritime des musulmans. Une grande prudence fut donc observée.

Conformément à la décision du conseil consultatif, le vénérable ‘Uthmân (r.a.) ordonna, en l’an 27 de l’Hégire, de traverser la mer et de lancer une expédition contre Chypre. Le vénérable Mu‘âwiya (r.a.) constitua une flotte. Il y intégra de nombreux Compagnons de haut rang, tels que les vénérables Abû Dharr al-Ghifârî (r.a.), Abû ad-Dardâ’ (r.a.) et ‘Ubâda ibn as-Sâmit (r.a.).

Le jour où le Messager (paix et bénédictions sur lui) annonça à Umm Harâm qu’elle participerait à une expédition navale, et le jour où elle entendit de la bouche du Messager de Dieu (paix et bénédictions sur lui) ces paroles :(Arabe***********)« La première armée de ma communauté à combattre par mer s’assurera le Paradis. Umm Harâm, tu seras toi aussi parmi eux. » [Al-Bukhârî : Al-Jihâd ; Hilyat al-Awliyâ’ wa Tabaqât al-Mashâhîr wa-l-A‘lâm, 2/61 ; Târîkh Dimashq, 486 [Tarâjim an-Nisâ’]]

Depuis ce jour, Hadrat Umm Harâm (r.a.) attendait une telle expédition navale. Après une longue attente, l’occasion se présenta enfin. Elle partit au combat avec son époux, ‘Ubâda ibn as-Sâmit (r.a.). Après avoir traversé une mer agitée par les vagues, l’armée musulmane débarqua à Chypre, repoussa l’armée romaine et y déploya l’étendard de l’islam. En réalité, Chypre fut conquise non par la guerre, mais uniquement par un traité de paix.

Après la conquête de Chypre, alors que l’armée se préparait à regagner le continent, Umm Harâm (r.a.) tomba un jour en essayant de monter sur une monture. Elle fut grièvement blessée et mourut sur place des suites de ses blessures. Elle fut enterrée sur l’île maritime de Chypre même. [Sunan at-Tirmidhî, hadith n° 1645 ; Dalâ’il an-Nubuwwa, 2/712 ; Nasab Quraysh, 124-125]

Hishâm ibn al-Ghâz a dit : « La tombe d’Umm Harâm bint Milhân se trouve à Chypre. Les habitants disent : “C’est la tombe d’une femme vertueuse.” » [Târîkh Dimashq, 496 (biographies des femmes)] Il a également dit : « En l’an 91 de l’Hégire, j’ai vu sa tombe sur le littoral de la mer de Bâqâqîs et je me suis tenu à ses côtés. » Aujourd’hui encore, d’innombrables personnes venues de différents continents s’y rassemblent. [Nisâ’ min ‘Asr an-Nubuwwa, 47]

Hadrat Umm Harâm (r.a.) fut la première femme combattante navale de l’histoire de l’islam. Elle fut la première femme parmi les Compagnons à servir dans la marine et à traverser la mer Blanche à des fins militaires.

Transmission des hadiths

Hadrat Umm Harâm (r.a.) a transmis des hadiths du Messager d’Allah (s.a.w.). Cinq hadiths au total ont été rapportés d’elle. Ces hadiths ont été transmis par de nombreux Compagnons et Tâbi‘în de haut rang, tels qu’Anas ibn Mâlik (r.a.), ‘Amr ibn al-Aswad (r.a.), ‘Ubâda ibn as-Sâmit (r.a.), ‘Atâ ibn Yasâr, Ya‘lâ ibn Shaddâd ibn Aws (r.a.) et d’autres personnalités.

Elle laissa trois fils : Qays, ‘Abdullâh et Muhammad. Les deux premiers étaient issus de son premier époux, et le dernier de ‘Ubâda ibn as-Sâmit (r.a.). [Tabaqât, 8/318 ; al-Isâba, 4/442]

Fâtima bint Qays al-–Fihriyya ((r.a.))


Le père de Fatima (qu’Allah l’agrée) était Qays ibn Khalid, et sa mère, Umayma bint Rabî‘a. Son frère était Dahhak ibn Qays. Fatima avait dix ans de plus que Dahhak. La mère de Fatima, Umayma, était issue des Banû Kinana. Elle épousa d’abord Abû ‘Amr Hafs ibn al-Mughîra. [Al-Istî‘âb, 4/383 (en marge d’Al-Isâba) ; At-Tabaqât, 8/273] Elle embrassa l’islam au début de la prédication islamique à La Mecque et, lorsque les femmes commencèrent à émigrer de La Mecque, elle émigra elle aussi. [Usud al-Ghâba, 5/526]

La dixième année de l’Hégire, une armée fut envoyée vers le Yémen sous le commandement de ‘Alî (qu’Allah l’agrée). Le mari de Fatima, Abû ‘Amr, en faisait également partie. ‘Amr avait déjà répudié Fatima deux fois ; au moment de son départ de Médine, il lui fit parvenir la nouvelle de la troisième répudiation par l’intermédiaire de ‘Ayyâsh ibn Rabî‘a (qu’Allah l’agrée), leur représentant matrimonial. Il lui envoya également cinq sâ‘ de céréales et cinq sâ‘ de dattes pour sa subsistance. Lorsque Fatima demanda à ‘Ayyâsh de lui assurer sa pension et un logement, celui-ci lui répondit : « Ton mari n’a envoyé que ces dattes et ces céréales. Nous n’avons rien d’autre. Et ce qui t’a été donné ne l’a été que par faveur et compassion. Sinon, tu n’as aucun autre droit auprès de nous. »

Fatima ne put accepter les paroles de ‘Ayyâsh. Elle rassembla ses vêtements et se rendit directement auprès du Messager d’Allah (paix et bénédictions d’Allah sur lui). Khâlid ibn al-Walîd et plusieurs autres personnes étaient présents. Fatima relata toute son histoire. Le Messager (paix et bénédictions d’Allah sur lui) lui demanda : « Combien de fois Abû ‘Amr t’a-t-il répudiée ? » Elle répondit : « Trois fois. » Le Messager (paix et bénédictions d’Allah sur lui) dit : « Dans ce cas, Abû ‘Amr n’est plus tenu de subvenir à ta nourriture et à ton logement. Réside maintenant chez Shurayk jusqu’à la fin de ta période de viduité (‘idda). » Mais des proches de cette femme se trouvaient dans la maison d’Umm Shurayk. Il dit donc de nouveau : « Ibn Maktûm est un homme aveugle, et c’est ton cousin. Il vaut donc mieux que tu accomplisses ta période de viduité chez lui. »

Conformément aux instructions du Messager d’Allah (paix et bénédictions d’Allah sur lui), Fatima alla vivre chez Ibn Maktûm. Après l’achèvement de sa période de viduité, des demandes en mariage lui parvinrent de toutes parts. Parmi elles figuraient celles de Mu‘âwiya ibn Abî Sufyân, d’Abû Jahm et d’Usâma ibn Zayd. Fatima (qu’Allah l’agrée) consulta le Messager d’Allah (paix et bénédictions d’Allah sur lui) à ce sujet. Le Messager (paix et bénédictions d’Allah sur lui) dit : « Mu‘âwiya est un homme sans ressources ; il ne possède pas grand-chose. Quant à Abû Jahm, c’est un homme querelleur et rude de caractère. Usâma ibn Zayd est meilleur que ces deux hommes. Épouse-le. » Fatima pensait que le Messager (paix et bénédictions d’Allah sur lui) lui accorderait lui-même le statut d’épouse. C’est pourquoi elle hésitait à épouser Usâma. Voyant son état, le Messager (paix et bénédictions d’Allah sur lui) lui demanda : « Qu’est-ce qui t’empêche de l’épouser ? Obéis à Allah et à Son Messager (paix et bénédictions d’Allah sur lui). Cela sera bénéfique pour toi. » Sur ces paroles du Messager d’Allah (paix et bénédictions d’Allah sur lui), Fatima (qu’Allah l’agrée) épousa Usâma ibn Zayd. Fatima (qu’Allah l’agrée) disait par la suite : « Après ce mariage, je devins l’objet de la jalousie des gens. » [Sahîh Muslim, 1/483 ; Musnad, 6/411-414 ; At-Tabaqât, 8/274-275]

Après la mort du calife ‘Umar (qu’Allah l’agrée), en l’an 23 de l’Hégire, les réunions du conseil de consultation (shûrâ) se tenaient dans la maison de Fatima (qu’Allah l’agrée). [Al-Istî‘âb, 4/383 ; Usud al-Ghâba, 5/527] En l’an 54 de l’Hégire, son mari Usâma (qu’Allah l’agrée) mourut. Elle fut profondément accablée par la douleur de cette séparation. Veuve, elle passa le reste de sa vie dans la famille de son frère Dahhak. Plus tard, lorsque Yazîd ibn Mu‘âwiya (qu’Allah l’agrée), durant son califat, nomma Dahhak ibn Qays gouverneur de l’Irak, Fatima le rejoignit à Koufa et y demeura. [Usud al-Ghâba, 5/526] L’année de sa mort n’est pas connue avec certitude. Elle était toutefois encore en vie durant le califat de ‘Abdullah ibn az-Zubayr (qu’Allah l’agrée). [Sahîh Muslim, 1/485]

C’était une femme d’une grande beauté. [Al-Isâba, 4/384] Elle était également une femme accomplie, douée d’une intelligence pénétrante, d’une grande sagacité, d’un goût culturel raffiné, ainsi que d’un jugement et d’une réflexion justes. [Usud al-Ghâba, 5/526]

La fille de Sa‘îd ibn Zayd était l’épouse de ‘Abdullah ibn ‘Amr ibn ‘Uthmân. Fatima (qu’Allah l’agrée) était la tante maternelle de cette jeune femme. ‘Abdullah répudia sa femme par trois fois. Fatima demanda à la jeune femme de venir auprès d’elle. Lorsque Marwân l’apprit, il envoya Qubaysa auprès d’elle. Qubaysa vint trouver Fatima et lui dit : « Comment pouvez-vous faire sortir une femme de chez elle avant l’achèvement de sa période de viduité ? » Elle répondit : « C’est parce que le Messager (paix et bénédictions d’Allah sur lui) m’en avait donné précisément l’ordre. » Elle raconta ensuite les événements de sa propre vie et récita à l’appui le verset suivant du Coran. (Arabe**********)[Sourate At-Talâq, versets 1-2] Après en avoir récité cette partie, elle dit : « Jusqu’ici, cela concerne le cas de la répudiation révocable, c’est-à-dire la répudiation permettant le retour. » Puis vient immédiatement : (Arabe*********)« Lorsque vous répudiez vos femmes, répudiez-les en tenant compte de leur période de viduité et comptez-en la durée. Craignez Allah, votre Seigneur. Ne les faites pas sortir de leurs maisons, et qu’elles n’en sortent pas, à moins qu’elles ne commettent une turpitude manifeste. Puis, lorsqu’elles atteignent le terme de leur période de viduité, retenez-les convenablement ou séparez-vous d’elles convenablement. »

Sur la base de ce dernier verset, après une triple répudiation, aucune possibilité ne subsiste en aucune circonstance. Elle dit ensuite : « Puisque, selon nous, il ne convient pas de verser une pension à une femme dans cette situation, sauf si elle est enceinte, il n’y a donc aucune raison de la retenir. » [Sahîh al-Bukhârî, 9/421-422 ; Sahîh Muslim, chapitre du divorce, hadith n° 1480 ; Abû Dâwûd, hadith sur le divorce n° 2284 ; At-Tirmidhî, chapitre du mariage, hadith n° 1135 ; Al-Muwatta de l’imam Mâlik, 1/98 ; Musnad, 6/415-416]

Fâtima bint Qays (qu’Allah l’agrée) a rapporté plusieurs hadiths du Messager d’Allah (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui). Parmi les personnes les plus éminentes qui les ont entendus d’elle et les ont rapportés figurent : Qâsim ibn Muhammad, Abû Bakr ibn Abû Jahm, Abû Salama, Sa‘îd ibn al-Musayyib, ‘Urwa, ‘Abdullah ibn ‘Abdullah, Aswad, Sulaymân ibn Yasâr, ‘Abdullah al-Bâhî, Muhammad ibn ‘Abd ar-Rahmân ibn Thawbân, ash-Sha‘bî, ‘Abd ar-Rahmân ibn ‘Âsim et Tamîm. [Siyar a‘lâm an-nubalâ-2/319 ; al-Istî‘âb-4/383 ; Sahâbiyyât-180]

Fâtima (qu’Allah l’agrée) était une femme extrêmement raffinée, élégante et d’un naturel courtois. Le célèbre imam tabi‘î ash-Sha‘bî fut son disciple. Un jour, il vint lui rendre visite. Fâtima lui donna des dattes à manger et lui prépara une boisson de sattu. [Sahîh Muslim-1/484]

Fâtima bint Khattâb ((qu’Allah l’agrée))


Le père de Fâtima (qu’Allah l’agrée) était al-Khattâb ibn Nufayl, issu du clan des ‘Adî de la tribu qurayshite de La Mecque. Sa mère, Hantama bint Hâshim ibn al-Mughîra, était issue du clan des Makhzûm de la tribu qurayshite. [Ibn Sa‘d, Tabaqât-8/267 ; al-Isâba-4/370] La plus grande distinction de Fâtima (qu’Allah l’agrée) est d’être la sœur germaine de ‘Umar ibn al-Khattâb (qu’Allah l’agrée) et l’épouse de Sa‘îd ibn Zayd (qu’Allah l’agrée). Son surnom était Umm Jamîl. [Usd al-ghâba-5/519 ; al-Istî‘âb-4/370] Au début de l’islam à La Mecque, Fâtima (qu’Allah l’agrée) et son époux comptèrent parmi le petit nombre d’hommes et de femmes qui embrassèrent l’islam avant que le Messager d’Allah (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui) ne s’installe dans la demeure d’al-Arqam ibn Abî al-Arqam (qu’Allah l’agrée). [Tabaqât-8/267 ; Nisâ min ‘asr an-nubuwwa-462]

Fâtima était une femme d’une intelligence pénétrante, clairvoyante, au caractère limpide et au cœur pur. Sa foi était si solide qu’aucune trace de doute ou d’hésitation n’y avait la moindre place. Il est rapporté qu’après Khadîja (qu’Allah l’agrée), les premières femmes à embrasser l’islam furent, dans l’ordre, Umm al-Fadl, l’épouse d’al-‘Abbâs ibn ‘Abd al-Muttalib (qu’Allah l’agrée), Asmâ’, la fille d’Abû Bakr (qu’Allah l’agrée), et Fâtima, la fille de Khattâb (qu’Allah l’agrée). [As-Sîra al-halabiyya-1/445] Après avoir mentionné les noms de huit personnes ayant embrassé l’islam au début de la période mecquoise, Ibn Hishâm évoque dix hommes et femmes qui l’embrassèrent ; parmi eux figurent Sa‘îd ibn Zayd et son épouse Fâtima (qu’Allah les agrée). [Sîrat Ibn Hishâm-1/252-254]

Les polythéistes qurayshites de La Mecque persécutaient les musulmans de diverses manières. ‘Umar ibn al-Khattâb (qu’Allah l’agrée) persécuta également sa sœur Fâtima (qu’Allah l’agrée) parce qu’elle avait embrassé l’islam. Il persécutait aussi les autres musulmans. Mais sa sœur Fâtima fit naître en lui le remords et l’attira vers l’islam.

Avant l’avènement de l’islam, Fâtima (qu’Allah l’agrée) épousa Sa‘îd ibn Zayd ibn ‘Amr ibn Nufayl, de la tribu qurayshite de La Mecque. Sa‘îd émigra à Médine et participa avec le Messager d’Allah (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui) à toutes les expéditions, notamment à Badr. Il fut l’un des dix heureux hommes auxquels le Messager d’Allah (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui) annonça le Paradis. Il mourut à Médine en l’an 51 de l’Hégire. [Al-A‘lâm-3/146 ; Siyar a‘lâm an-nubalâ-1/124] Il est rapporté que les deux époux embrassèrent l’islam ensemble. Il est également rapporté que Fâtima devint musulmane avant son époux. [Al-Istî‘âb, annotation marginale d’al-Isâba-4/383]

La conversion de Fâtima et de ‘Umar (qu’Allah les agrée)

Les sources anciennes fiables rapportent, à travers différents récits, le détail de la conversion de ʿUmar (qu’Allah l’agrée) à l’islam. Nous en présentons ici l’essentiel.

ʿUmar était célèbre pour son tempérament rude, son caractère sévère et son hostilité extrême envers le Messager d’Allah (paix et bénédiction d’Allah sur lui). Un jour, il sortit de chez lui avec une épée suspendue à l’épaule, dans l’intention de tuer le Messager d’Allah (paix et bénédiction d’Allah sur lui).

En chemin, il rencontra Nuʿaym ibn ʿAbdillah an-Nahhâm. Celui-ci lui demanda : « ʿUmar ! Où vas-tu ? » ʿUmar répondit : « Je vais tuer Muhammad. » Nuʿaym : « Si tu tues Muhammad, Banû Hâshim et Banû Zuhra te laisseront-ils en paix ? » ʿUmar : « J’ai l’impression que toi aussi, tu as abandonné la religion de tes ancêtres et que tu es devenu un infidèle. » Nuʿaym : « ʿUmar ! Veux-tu que je t’annonce quelque chose d’étonnant ? Ta sœur et son mari ont tous deux embrassé l’islam et abandonné la religion que tu suis. » En entendant cela, ʿUmar (qu’Allah l’agrée), fou de colère et d’indignation, prit le chemin de la maison de sa sœur et de son beau-frère. Khabbâb ibn al-Aratt (qu’Allah l’agrée) s’y trouvait alors. Il avait avec lui un livret sur lequel était écrite la sourate Tâ-Hâ, et il enseignait cette sourate aux deux époux. Lorsqu’ils sentirent la présence de ʿUmar (qu’Allah l’agrée), Khabbâb (qu’Allah l’agrée) se cacha dans un coin de la maison et Fâtima dissimula le livret. En s’approchant de la maison, ʿUmar (qu’Allah l’agrée) avait entendu Khabbâb leur enseigner le Coran. Dès qu’il entra, il demanda donc : « Quelle est cette voix bourdonnante que j’ai entendue chez vous ? » Ils répondirent : « Nous parlions entre nous. » ʿUmar dit : « Vous êtes probablement devenus apostats. J’ai appris que vous aviez adopté la religion de Muhammad. » Son beau-frère Saʿîd (qu’Allah l’agrée) répondit : « ʿUmar ! Que feras-tu si la vérité se trouve ailleurs que dans ta propre religion ? » Cette fois, ʿUmar (qu’Allah l’agrée) ne put plus se maîtriser. Il se jeta sur Saʿîd, le roua de coups, le fit tomber à terre et le piétina des deux pieds. Fâtima écarta ʿUmar, qui était monté sur son mari. Mais ʿUmar (qu’Allah l’agrée) frappa si violemment Fâtima (qu’Allah l’agrée) au visage que celui-ci fut couvert de sang. Alors Fâtima dit : « ʿUmar ! La vérité se trouve ailleurs que dans ta religion. J’atteste qu’il n’y a pas de divinité en dehors d’Allah, et j’atteste aussi que Muhammad (paix et bénédiction d’Allah sur lui) est le Messager d’Allah. J’ai déjà embrassé l’islam. Désormais, par crainte de toi, je n’ai aucune possibilité de l’abandonner. »

En voyant le visage ensanglanté de sa sœur, ʿUmar (qu’Allah l’agrée) fut bouleversé. Il eut honte et éprouva des remords. Il dit : « Très bien, donnez-moi donc un instant le livret que vous lisiez ; je vais le lire. » ʿUmar savait lire et écrire. Sa sœur désirait ardemment voir son frère embrasser l’islam. Elle lui dit : « Tu es un homme impur, et seuls les êtres purs peuvent le toucher. Va te laver, puis reviens. » Tel un jeune garçon docile, ʿUmar se leva, fit ses ablutions majeures, puis revint, prit le livret et récita :(Arabe*********)— Au nom d’Allah, le Tout Miséricordieux, le Très Miséricordieux — Après avoir lu jusque-là, il s’exclama : « Quels noms sublimes et purs ! » Puis il récita :(Arabe *********)jusqu’à ce verset : [sourate Tâ-Hâ, 14](Arabe******)« Je suis Allah. Il n’y a pas de divinité en dehors de Moi. Adore-Moi donc et accomplis la prière pour M’évoquer. »

Puis, le cœur rempli de joie, il s’écria : « Quelle parole merveilleuse et majestueuse ! Où est Muhammad ? Conduisez-moi auprès de lui. »

En entendant l’appel de ʿUmar (qu’Allah l’agrée), Khabbâb ibn al-Aratt (qu’Allah l’agrée) accourut auprès de lui et lui dit : « ʿUmar ! Bonne nouvelle pour toi ! J’espère que, dans ton cas, l’invocation que le Messager d’Allah (paix et bénédiction d’Allah sur lui) a faite jeudi dernier a été exaucée. Cette invocation était la suivante :(Arabe**************)« Ô Allah ! Renforce l’islam par ʿUmar ibn al-Khattâb ou par Abû Jahl ibn Hishâm. » Khabbâb (qu’Allah l’agrée) l’informa également que le Messager d’Allah (paix et bénédiction d’Allah sur lui) se trouvait alors dans la maison d’al-Arqam, au pied du mont as-Safâ.

Ensuite, ʿUmar (qu’Allah l’agrée) se rendit à la maison d’al-Arqam (qu’Allah l’agrée), près du mont as-Safâ, et proclama son entrée dans l’islam devant le Messager d’Allah (paix et bénédiction d’Allah sur lui). [Pour le récit détaillé de cet événement, voir : Sîrat Ibn Hishâm, 1/343-345 ; at-Tabaqât, 3/267-268 ; Usud al-Ghâba, 4/52-53 ; Sifat as-Safwa, 1/269-271 ; Aʿlâm an-Nisâʾ, 4/50 ; adh-Dhahabî, Târîkh, 1/174-175]

Fâtima (qu’Allah l’agrée) fut extrêmement heureuse d’avoir réussi à faire entrer son frère dans l’islam, malgré les coups qu’elle avait reçus de sa main. Lorsque l’ordre d’émigrer de La Mecque à Médine fut donné, Fâtima et son mari Saʿîd ibn Zayd (qu’Allah l’agrée) partirent pour Médine avec les premiers émigrants. [Al-Istîʿâb, 2/553] Là-bas, elle participa autant que possible, avec les autres musulmanes, à la construction de la société islamique.

Ibn al-Jawzî (qu’Allah lui fasse miséricorde) a dit que Fâtima (qu’Allah l’agrée) avait rapporté des hadiths du Messager d’Allah (qu’Allah le bénisse et le salue). Toutefois, il n’est pas possible d’en déterminer le nombre. Aucun hadith rapporté par elle ne figure dans les recueils authentiques de hadiths. [Nisâ min Âthâr an-Nubuwwah, p. 468] Ibn Hajar (qu’Allah lui fasse miséricorde) a rapporté ce hadith d’elle. (Arabe****************)[Al-Isâbah, 4/381]

« J’ai entendu le Messager d’Allah (qu’Allah le bénisse et le salue) dire : “Tant que l’amour de ce monde ne se manifestera pas parmi les membres de ma communauté sous l’influence de savants pervers, d’ignorants et de dirigeants tyranniques, ils demeureront dans le bien et la prospérité. Mais lorsque l’amour de ce monde se manifestera parmi eux, je crains qu’Allah ne fasse alors s’abattre sur eux un châtiment généralisé.” »

Dans l’ouvrage « Ad-Durr al-Manthûr », sa grandeur et son mérite sont décrits ainsi : (Arabe*******) [Ad-Durr al-Manthûr, p. 364]

« C’était une femme d’une grande éloquence, érudite et intelligente. À sa mort, elle laissa quatre fils. Elle aimait le bien et la prospérité, détestait le mal et le malheur, ordonnait le bien et interdisait le mal. »

Elle mourut sous le califat de ‘Umar (qu’Allah l’agrée). À sa mort, elle laissa quatre fils : ‘Abdullah, ‘Abd ar-Rahmân, Azîyâd et Aswad. [Référence précitée]

Fâtima bint al-–Asad ((qu’Allah l’agrée))


C’était une illustre Compagne qui protégeait le Messager d’Allah (qu’Allah le bénisse et le salue) comme la poitrine d’un homme protège son cœur et les paupières protègent les yeux. Elle aimait le Messager d’Allah (qu’Allah le bénisse et le salue) comme une mère affectueuse aime son enfant unique. Son nom figure parmi ceux des illustres femmes dont la contribution à l’histoire des débuts de l’islam a été inscrite en lettres d’or. Elle jouissait d’une grande noblesse et d’un immense mérite. Après la mort de ‘Abd al-Muttalib, le grand-père de notre Prophète bien-aimé Muhammad (qu’Allah le bénisse et le salue), elle eut l’honneur de prendre en charge son éducation. Elle était la fière mère de ‘Alî ibn Abî Tâlib (qu’Allah l’agrée), quatrième calife de l’islam et l’un des plus éminents Compagnons, vaillants cavaliers et soldats du Messager d’Allah (qu’Allah le bénisse et le salue). Elle était la grand-mère de Hasan et Husayn (qu’Allah les agrée), les deux chefs des jeunes gens du Paradis. Elle était la mère de Ja‘far at-Tayyâr (qu’Allah l’agrée), l’un des trois martyrs de la grande bataille de Mu’tah. Par-dessus tout, elle était la belle-mère de Fâtima az-Zahrâ (qu’Allah l’agrée), la fille bien-aimée du Messager d’Allah (qu’Allah le bénisse et le salue) et la mère de Hasan et Husayn (qu’Allah les agrée). L’imam Shams ad-Dîn adh-Dhahabî (qu’Allah lui fasse miséricorde) l’a présentée en ces termes : (Arabe*************) [Siyar A‘lâm an-Nubalâ’, 2/118]

Le père de Fâtima s’appelait Asad. Son grand-père était Hâshim et son arrière-grand-père ‘Abd Manâf ibn Qusayy. Elle était issue de la branche hâshimite de la tribu de Quraysh et était la mère de ‘Alî ibn Abî Tâlib. Sa généalogie rejoint celle du Messager d’Allah (qu’Allah le bénisse et le salue) à Hâshim, son grand-père. ‘Abd al-Muttalib, le grand-père du Messager d’Allah (qu’Allah le bénisse et le salue), était à la fois son beau-père et son oncle. Elle fut l’une des femmes qui émigrèrent de La Mecque à Médine au début de l’islam.

Lorsque Abd al-Muttalib, le grand-père du Messager d’Allah (s.a.s.), comprit que la fin de sa vie approchait, il appela son fils Abû Tâlib et lui confia la charge d’élever et d’entretenir son neveu orphelin, Muhammad ibn Abdillah. Il souhaitait que son petit-fils orphelin grandisse sous la surveillance directe d’Abû Tâlib et de son épouse, Fâtima bint Asad. Il leur recommanda de prendre particulièrement soin de Muhammad. Dès lors, le jeune Muhammad fut intégré au foyer de son oncle et de sa tante, Abû Tâlib et Fâtima (qu’Allah l’agrée). Fâtima se consacra, avec son époux, à veiller sur Muhammad et à l’élever. Après l’arrivée du jeune Muhammad dans leur famille, elle remarqua que lorsque ses enfants mangeaient avec lui, leur nourriture était abondamment bénie. Abû Tâlib avait beaucoup d’enfants et était très pauvre. La nourriture préparée à chaque repas pour sa famille ne suffisait pas à rassasier tout le monde, qu’ils la mangent ensemble ou séparément. Mais lorsque Muhammad mangeait avec eux, chacun avait le ventre plein. C’est pourquoi, lorsque les enfants s’asseyaient pour manger, Abû Tâlib disait : « Attendez un peu, que mon fils Muhammad arrive. » Il venait, mangeait avec eux et leur nourriture leur suffisait. S’il buvait le premier dans un bol de lait, ils étaient tous rassasiés, alors que l’un d’eux aurait pu boire à lui seul tout le bol. Abû Tâlib lui disait donc : « Tu es vraiment un garçon béni. »

Habituellement, les enfants et les adolescents sont ébouriffés et couverts de poussière, mais Muhammad (s.a.s.) était toujours bien soigné, les cheveux huilés et les yeux soulignés de khôl. [Sîrat Ibn Hishâm, 1/120] Fâtima bint Asad observait tout cela, et son affection pour Muhammad (s.a.s.) ne cessait de croître. Elle prenait encore davantage soin de lui. Ainsi, de son enfance jusqu’à sa jeunesse, c’est-à-dire jusqu’à son mariage avec Khadîdja (qu’Allah l’agrée), elle l’éleva avec une tendresse et une affection plus grandes encore que celles qu’elle accordait à ses propres enfants. Elle le protégeait comme si elle le dissimulait sous le pan de son vêtement contre tout mal et tout préjudice. C’est pourquoi, toute sa vie durant, le Prophète (s.a.s.) vit en sa tante Fâtima bint Asad le reflet de sa propre mère, Âmina bint Wahb. Il la considérait comme sa seconde mère après sa mère biologique.

Fâtima bint Asad (qu’Allah l’agrée) écoutait attentivement tout ce que les gens disaient au sujet de Muhammad (s.a.s.), en particulier ce que son époux Abû Tâlib répétait souvent : [As-Sîra al-Halabiyya, 1/189 ; Nisâ’un mubashsharât bil-janna, p. 41] « Mon neveu deviendra un homme de grande distinction. » Elle entendit également de la bouche de son époux le récit des événements miraculeux qui s’étaient produits autour du jeune Muhammad (s.a.s.) lors de son voyage en Syrie. Elle entendit en outre le récit de Maisara, l’esclave de Khadîdja, qui avait été témoin de ces faits lors de son voyage en Syrie avec Muhammad (s.a.s.), alors jeune homme. Tout ce qu’elle avait elle-même observé chez Muhammad (s.a.s.), ainsi que tout ce qu’elle avait entendu dire de lui par les autres, l’impressionna et la fascina à tel point qu’elle n’hésita pas le moins du monde à confier son fils bien-aimé, Ali, à ses soins.

Elle avait vu de très près en Muhammad (s.a.s.) l’image d’un père tendre et affectueux. Elle avait remarqué, dès la naissance d’Ali, l’intérêt et l’enthousiasme extraordinaires que Muhammad (s.a.s.) lui portait. Il est rapporté qu’elle disait : « Après la naissance d’Ali, Muhammad prit un peu de salive de sa propre bouche et la lui mit dans la bouche. Puis Ali s’endormit en la léchant. Le lendemain matin, nous envoyâmes chercher une nourrice pour Ali, mais il n’accepta le sein d’aucune d’elles. J’appelai Muhammad. Il mit un peu de lait sur sa langue, et Ali s’endormit en la léchant. Cela continua ainsi aussi longtemps qu’Allah le voulut. » [As-Sîra al-Halabiyya, 1/432 ; référence précédente] En voyant et en entendant tout cela, l’affection, la vénération et le respect de Fâtima bint Asad pour Muhammad ne cessaient de croître. Elle exhorta son fils Ali à devenir le compagnon permanent de Muhammad (s.a.s.).

Au début, lorsque le Messager (s.a.s.) accomplissait la prière dans l’enceinte de la Kaaba, les Qurayshites n’y accordaient pas beaucoup d’importance. Mais lorsqu’il se mit à prier régulièrement, Ali et Zayd montaient la garde pour le protéger. Par la suite, chaque fois que le Messager (s.a.s.) sortait de chez lui, ces deux hommes restaient constamment à ses côtés. Un jour, Ali (qu’Allah l’agrée) sortit de la maison avec le Messager d’Allah (s.a.s.), et Abû Tâlib ne le trouva pas lorsqu’il l’appela. Fâtima, la mère d’Ali, lui dit : « Je l’ai vu partir avec Muhammad. » En les recherchant, Abû Tâlib les trouva dans le ravin d’Abû Tâlib : Muhammad (s.a.s.) se tenait debout en prière, tandis qu’Ali (qu’Allah l’agrée) montait la garde pour le protéger. [Ansâb al-Ashrâf, 1/111]

Muhammad (s.a.s.) reçut la mission prophétique. Il reçut l’ordre d’appeler à l’islam les membres de sa tribu ainsi que ses proches et ses amis. Allah révéla : (Arabe *******)[Sourate Ach-Chu‘arâ’, 26:214] « Avertis tes proches parents. »

Le Prophète (s.a.s.) exécuta l’ordre de son Seigneur. Il appela ses proches à rechercher le bien de ce monde et de l’au-delà. Il les exhorta à croire en Allah et en Son Messager. Parmi le petit nombre de femmes qui, aux tout premiers débuts de l’islam, crurent en Allah et en Son Messager et embrassèrent l’islam, Fâtima bint Asad occupait une place éminente. Ce jour-là, bien que son époux Abû Tâlib fût incapable de répondre favorablement à l’appel de son neveu Muhammad (s.a.s.), leur jeune fils Ali (qu’Allah l’agrée) crut en Allah et en Son Messager.

C’est à partir de là que commença la deuxième période de la vie de cette noble Compagne, Fâtima bint Asad (qu’Allah l’agrée). Les Qurayshites s’acharnèrent de toutes leurs forces contre Muhammad et sa religion, l’islam. Ils entrèrent en conflit avec les Banû Hâshim. Lorsqu’ils virent qu’Abû Tâlib et son épouse soutenaient Muhammad (s.a.s.) et lui accordaient leur protection, ils exigèrent qu’il leur soit livré. Mais l’oncle et la tante restèrent fermement aux côtés de leur neveu Muhammad (s.a.s.). Ils ne cédèrent à aucune pression et rejetèrent catégoriquement leur demande de leur livrer Muhammad (s.a.s.). Dès lors, ils se montrèrent vindicatifs envers ceux qui, après avoir cru, étaient devenus les disciples de Muhammad (s.a.s.).

Lorsque le Prophète (ﷺ) vit que les Quraychites dépassaient toute mesure dans les persécutions et les sévices infligés à ses compagnons, il leur permit d’émigrer en Abyssinie. Parmi le groupe de musulmans qui émigra le premier en Abyssinie afin d’échapper aux persécutions des Quraychites se trouvaient Ja‘far ibn Abî Tâlib (qu’Allah l’agrée), le fils chéri de Fâtima bint Asad, ainsi que son épouse Asmâ bint ‘Umays (qu’Allah l’agrée). Au moment du départ, ce fils de Fâtima (qu’Allah l’agrée) ressemblait au Noble Prophète (ﷺ) par son apparence, ses manières et son comportement. Les cinq hommes parmi les Quraychites que les gens considéraient comme ressemblant au Messager d’Allah (ﷺ) étaient : Ja‘far ibn Abî Tâlib, Qutham ibn al-‘Abbâs, as-Sâ’ib ibn ‘Ubayd ibn ‘Abd Yazîd ibn Hâshim ibn ‘Abd al-Muttalib, Abû Sufyân ibn al-Hârith ibn ‘Abd al-Muttalib et al-Hasan ibn ‘Alî ibn Abî Tâlib (qu’Allah les agrée). [Nisâ’ûn mubashshirât bil-jannah, p. 42]

Lorsque les Quraychites virent que la situation leur échappait peu à peu, ils décidèrent de maintenir dans la vallée de Shi‘b Abî Tâlib, en état de siège, tous les membres de Banû Hâshim et de Banû ‘Abd al-Muttalib, hommes et femmes, enfants, jeunes et vieillards. Fâtima bint Asad (qu’Allah l’agrée) accepta ce blocus avec les autres femmes, dans l’espoir d’obtenir l’agrément d’Allah. Comme les autres, elle affronta pendant trois années de vie recluse une faim et une pénurie sans limites, et ne survécut qu’en mangeant des feuilles d’arbres. Finalement, au bout de trois ans, durant la dixième année de la mission prophétique, le siège fut levé. Fâtima (qu’Allah l’agrée) retrouva alors, avec les autres musulmans, la liberté. Durant ces trois années, les femmes firent preuve d’une patience et d’une endurance extrêmes.

Après leur libération de Shi‘b Abî Tâlib, durant la dixième année de la mission prophétique, deux personnes très proches du Messager d’Allah (ﷺ) moururent à quelques jours d’intervalle. Tout d’abord, son épouse bien-aimée, la Mère des croyants Khadîja bint Khuwaylid (qu’Allah l’agrée), puis son oncle Abû Tâlib quittèrent ce monde. Jusqu’alors, tous deux avaient été comme un bouclier dans la vie du Messager d’Allah (ﷺ). Après leur disparition, les Quraychites tyranniques commencèrent à infliger avec encore plus de vigueur et d’acharnement des injustices et des persécutions au Prophète (ﷺ) et à ses compagnons. Finalement, Allah Tout-Puissant permit au Noble Prophète (ﷺ) et aux musulmans d’émigrer à Médine.

Le Messager (ﷺ) et ses compagnons émigrèrent à Médine. Fâtima bint Asad (qu’Allah l’agrée) quitta elle aussi La Mecque avec les autres et se rendit à Médine. Az-Zubayr ibn Bakkâr dit à propos de sa conversion à l’islam et de son émigration :(Arabe*****************) [Al-Istî‘âb, 4/370] « Elle embrassa l’islam et émigra vers Allah et Son Messager. »

Son rang et son mérite

L’un des plus éminents imams parmi les tâbi‘ûn, ach-Cha‘bî (qu’Allah lui fasse miséricorde), dit à propos de sa conversion à l’islam et de son émigration :(Arabe*****************) [Usud al-Ghâba, n° 7168 ; al-Isâba, 4/380] « Fâtima bint Asad ibn Hâshim, la mère de ‘Alî ibn Abî Tâlib (qu’Allah l’agrée), embrassa l’islam et émigra à Médine. »

Concernant le rang et l’importance de Fâtima bint Asad (qu’Allah l’agrée) auprès du Messager d’Allah (ﷺ), Ibn Sa‘d dit :(Arabe***********) [At-Tabaqât, 8/222 ; Sifat as-Safwa, 2/54 ; al-Isâba, 4/380] « Fâtima bint Asad embrassa l’islam. C’était une femme vertueuse. Le Messager d’Allah (ﷺ) lui rendait visite et se reposait à midi dans sa demeure. »

En raison de sa sincérité et de sa piété, le Messager (ﷺ) lui vouait une affection et une vénération extrêmes. En retour des soins qu’elle lui avait prodigués, de l’enseignement des bonnes manières et du comportement qu’elle lui avait dispensé, ainsi que de sa bienveillance envers lui, le Messager (ﷺ) se montrait toujours bon envers elle. Son fils ‘Alî (qu’Allah l’agrée) épousa Fâtima (qu’Allah l’agrée), la fille du Messager d’Allah. Elle s’imposa alors comme une mère affectueuse et une belle-mère exemplaire. Leur vie n’était certes pas une vie d’aisance et de richesse. Ils devaient tout faire eux-mêmes. Après avoir fait entrer chez lui Fâtima (qu’Allah l’agrée), la fille du Prophète, ‘Alî (qu’Allah l’agrée) dit à sa mère : « Je m’occuperai d’aider Fâtima bint le Messager d’Allah à aller chercher l’eau et à se déplacer lorsqu’elle en aura besoin, tandis que vous l’aiderez aux tâches ménagères, à moudre le blé et à pétrir la farine. » [Sifat as-Safwa, 2/54 ; adh-Dhahabî, Târîkh al-Islâm, 3/621 ; Usud al-Ghâba, 5/517]

En raison de la vénération et du profond respect que le Messager d’Allah (s.a.s.) vouait à Fâtima bint Asad, il lui envoyait parfois divers cadeaux et présents. Jâ‘da ibn Hubayra rapporte d’après ‘Alî. Il dit : « Un jour, le Messager (s.a.s.) nous envoya une paire de vêtements neufs d’une qualité exceptionnelle. Il fit également transmettre ce message : “Faites de ces deux pièces des voiles de niqâb et répartissez-les entre les Fâtima.” » Je les découpai en quatre morceaux. J’en donnai un à Fâtima bint Rasûlillâh, un à Fâtima bint Asad et un autre à Fâtima bint Hamza (r.a.). Toutefois, il ne précisa pas à qui il donna le quatrième morceau. Ibn Hajar (rah.) a dit qu’il l’avait probablement donné à Fâtima bint Shayba, l’épouse de ‘Aqîl ibn Abî Tâlib. [Usud al-Ghâba, 5/517 ; al-Isâba, 4/380] Il convient de noter qu’il y eut vingt-quatre femmes Compagnes portant le nom de Fâtima. [Nisâ’un min ‘asr an-nubuwwa, p. 22 ; Nisâ’un mubashsharât bil-janna, p. 44]

Ibn al-Athîr a dit que Fâtima bint Asad fut la première femme hachémite à donner naissance à un enfant issu de la lignée hachémite. [Al-Istî‘âb, 2/774 ; Siyar a‘lâm an-nubalâ’, 2/118] Elle fut la première Hachémite dont le sein donna naissance à un calife. Puis al-Hasan ibn ‘Alî (r.a.) naquit de Fâtima, fille du Messager d’Allah (s.a.s.). Ensuite, de Zubayda, l’épouse du calife Hârûn ar-Rashîd, naquit le calife al-Amîn. [Nisâ’un mubashsharât bil-janna, p. 45]

Fâtima bint Asad (r.a.) occupait également une place éminente dans le cœur des nobles Compagnons, en particulier parmi les poètes Compagnons. Après que Ja‘far ibn Abî Tâlib (r.a.) fut tombé en martyr à Mu’ta, le poète Hassân ibn Thâbit (r.a.) composa en sa mémoire un poème dans lequel il fit également un magnifique éloge de sa mère Fâtima. [Sîrat Ibn Hishâm, 2/151]

De même, le poète al-Hajjâj ibn ‘Alât as-Sulamî fit également l’éloge de sa mère en louant la bravoure et le courage de ‘Alî (r.a.) lors de la bataille d’Uhud. [Al-Bidâya wa an-nihâya, 7/336 ; Nisâ’un mubashsharât bil-janna, p. 45]

Beaucoup pensent qu’elle mourut avant l’Hégire. Mais cela n’est pas exact. L’imam as-Samhûdî (rah.) mentionne dans son ouvrage « Al-Wafâ bi akhbâr Dâr al-Mustafâ » qu’elle mourut à Médine et fut enterrée dans le cimetière d’ar-Rawhâ. [Al-Isâba, 4/380]

Fâtima bint Asad (r.a.) occupait une place particulière dans le cœur du Noble Prophète (s.a.s.). C’est pourquoi, même après sa mort, le Messager (s.a.s.) n’oublia pas de lui témoigner son respect. Il la revêtit de sa propre tunique comme linceul, descendit dans sa tombe, s’y allongea à ses côtés et fit son éloge en rappelant ses bonnes actions. [Usud al-Ghâba, 5/517] As-Samhûdî rapporte que le Messager d’Allah (s.a.s.) ne descendit dans aucune tombe en dehors de cinq. Parmi ces cinq tombes, trois étaient celles de femmes et deux celles d’hommes. L’une se trouvait à La Mecque et quatre à Médine. Celles de Médine étaient : 1. la tombe du fils de Khadîja (r.a.), qui avait vécu dans la maison du Messager d’Allah (s.a.s.) et sous sa protection ; 2. la tombe de ‘Abdullah al-Muzanî (r.a.), connu sous le nom de « Dhû al-Bijâdayn » (l’homme aux deux étoffes) ; 3. la tombe d’Umm Rûmân (r.a.), la mère de la Mère des croyants ‘Â’isha (r.a.) ; 4. la tombe de Fâtima bint Asad (r.a.). [Wafâ’ al-wafâ, 3/897 ; Nisâ’un min ‘asr an-nubuwwa, p. 23]

La mort de Fâtima bint Asad (r.a.) laissa une profonde empreinte de douleur dans le cœur du Messager (s.a.s.) et des Compagnons. Le Messager (s.a.s.) invoqua Allah en sa faveur, fit son éloge et la revêtit de sa propre tunique comme linceul. Jâbir ibn ‘Abdullah (r.a.) dit : « Nous étions assis avec le Messager d’Allah (s.a.s.) lorsqu’un homme vint et annonça : “Ô Messager d’Allah ! La mère de ‘Alî, de Ja‘far et de ‘Aqîl est morte.” Le Messager d’Allah (s.a.s.) dit : “Venez tous auprès de ma mère.” Nous nous levâmes et marchâmes dans un tel silence que l’on aurait dit qu’un oiseau était posé sur la tête de chacun de nous. Arrivé à la porte de la maison, le Messager (s.a.s.) ôta sa tunique, la remit aux membres de la famille et leur dit : “Lorsqu’elle aura été lavée, placez-la sous son linceul.” »

Lorsque les gens sortirent avec le corps pour l’inhumation, le Messager (s.a.s.) prit un moment la civière sur son épaule, marcha ensuite devant elle, puis passa derrière. C’est ainsi qu’il arriva jusqu’à la tombe. Il y descendit, s’y allongea et s’y roula, puis remonta. Il dit ensuite : « Au nom d’Allah et par le nom d’Allah, descendez-la dans la tombe. » Après l’inhumation, il se tint debout et dit : « Ô ma mère et celle qui m’a élevé ! Qu’Allah vous récompense par le bien. Vous fûtes pour moi une mère remarquable et une éducatrice remarquable. » Jâbir dit : « Nous demandâmes : “Ô Messager d’Allah ! Vous avez accompli ici deux gestes que nous ne vous avions jamais vu accomplir auparavant.” Il demanda : “Quels sont ces deux gestes ?” Nous répondîmes : “Vous avez ôté votre tunique et vous vous êtes roulé dans la tombe.” Il dit : “Concernant la tunique, j’ai souhaité que le feu de l’Enfer ne la touche jamais, si Allah le veut. Quant au fait que je me sois roulé dans la tombe, j’ai souhaité qu’Allah l’élargisse pour elle.” [Kanz al-‘ummâl, 13/636 ; Siyar a‘lâm an-nubalâ’, 2/118] »

Dans une autre narration, il est rapporté que le Prophète (s.a.s.) s’allongea à plat dans la tombe de Fâtima bint Asad. Puis il récita cette invocation :(Arabe****************)« Ô Allah, Celui qui donne la vie et la mort, le Vivant qui ne meurt pas ! Pardonne à ma mère Fâtima bint Asad et enseigne-lui ses arguments. Par le mérite de Ton Prophète et des prophètes qui m’ont précédé, élargis sa tombe. Tu es le plus Miséricordieux des miséricordieux. »

Puis il prononça quatre fois le takbîr. Le Messager (s.a.s.), al-‘Abbâs et Abû Bakr as-Siddîq (r.a.) descendirent le corps dans la tombe. [Nisâ’un Mubashsharât bil-Jannah, p. 47]

Hadrat ‘Abdullah ibn ‘Abbâs (r.a.) rapporte : « Lorsque Fâtima (r.a.), la mère de ‘Alî (r.a.), mourut, le Prophète (s.a.s.) lui fit revêtir l’une de ses propres chemises et s’allongea auprès d’elle. Les gens dirent : “Ô Messager d’Allah (s.a.s.), nous ne vous avons jamais vu agir ainsi auparavant.” Il répondit : “Après Abû Tâlib, personne ne m’a témoigné plus de bienveillance qu’elle. Je lui ai fait revêtir ma chemise afin qu’elle soit vêtue des habits du Paradis, et je me suis allongé auprès d’elle afin que son épreuve lui soit rendue facile.” [A‘lâm an-Nisâ’, 4/33 ; Siyar A‘lâm an-Nubalâ’, 2/118]

Cette narration montre que Fâtima bint Asad (r.a.) entrera assurément au Paradis. L’imam al-Qurtubî a dit qu’Allah Tout-Puissant avait accordé à Son Prophète Muhammad (s.a.s.) la particularité de ne pas subir la pression de la tombe. Puisqu’il s’était allongé dans la tombe de Fâtima bint Asad, celle-ci fut, par sa bénédiction, épargnée de la pression de la tombe. [As-Sîrat al-Halabiyya, 2/673]

Hadrat Anas ibn Mâlik (r.a.) a dit : « Lorsque Fâtima bint Asad (r.a.), la mère de ‘Alî (r.a.), mourut, le Messager (s.a.s.) se rendit chez elle et, se tenant près de sa tête, dit : “Ô ma mère, qu’Allah vous fasse miséricorde ! Après ma mère, vous me rassasiiez alors que vous-même aviez faim, vous m’habilliez alors que vous n’aviez pas de quoi vous vêtir, et vous me nourrissiez de bonnes choses sans en manger vous-même. Par cela, vous espériez obtenir l’agrément d’Allah et la récompense de l’au-delà.” [Majma‘ az-Zawâ’id, 9/256 ; Nisâ’un Mubashsharât bil-Jannah, p. 48]

Hadrat le Noble Messager (s.a.s.) était si magnanime qu’il n’oubliait jamais la moindre marque de bonté ou de faveur dont quelqu’un faisait preuve à son égard. Il exprimait toujours sa gratitude envers cette personne par ses paroles et ses actes. Comment aurait-il donc pu oublier Fâtima bint Asad (r.a.), qui avait tenu le rôle d’une mère dans la vie du Prophète (s.a.s.), avait émigré pour Allah et Son Messager, et s’était souciée de son bien-être durant toute sa vie ? Il se comporta envers elle comme il convenait de le faire.

Quarante-six hadiths ont été rapportés de Fâtima bint Asad (r.a.) d’après le Messager d’Allah (s.a.s.). Parmi eux, l’un est muttafaqun ‘alayh, c’est-à-dire qu’il est rapporté avec la même chaîne de transmission par al-Bukhârî et Muslim. [A‘lâm an-Nisâ’, 4/33]

Ses fils étaient : Tâlib, ‘Aqîl, Ja‘far et ‘Alî (r.a.), et ses filles étaient : Hammâd et Rîta. [Tabaqât, 8/161]

Sumayya bint Khubbat ((qu’Allah l’agrée))


Sainte Sumayya, la première martyre de l’islam, était une Compagne. On ne dispose pas de beaucoup d’informations sur sa généalogie. Ibn Sa‘d a indiqué que le nom de son père était « Khubbat » [at-Tabaqât, 8/267], tandis qu’al-Balâdhurî a rapporté « Khayyât » [Ansâb al-achrâf, 1/157]. Elle était la mère du célèbre Compagnon martyr ‘Ammâr ibn Yâsir (qu’Allah l’agrée) et l’esclave d’Abû Hudhayfa ibn al-Mughîra al-Makhzûmî, à La Mecque. [At-Tabaqât, 8/268]

Un groupe de généalogistes, dont al-Wâqidî, a rapporté que Yâsir, le père de ‘Ammâr (qu’Allah l’agrée), était issu de la branche ‘Ansî de la tribu yéménite de Madhhij. Son fils ‘Ammâr, quant à lui, était le mawla affranchi des Banû Makhzûm de La Mecque. Yâsir était venu à La Mecque avec ses deux frères, al-Hârith et Mâlik, à la recherche de leur quatrième frère disparu. Al-Hârith et Mâlik retournèrent dans leur patrie, au Yémen, mais Yâsir resta à La Mecque. Conformément à la coutume mecquoise, il conclut un pacte de protection et d’alliance avec Abû Hudhayfa ibn al-Mughîra al-Makhzûmî et continua d’y vivre. Abû Hudhayfa maria son esclave Sumayya à Yâsir, et leur fils ‘Ammâr naquit. Abû Hudhayfa affranchit ‘Ammâr et le garda auprès de lui. Tant qu’Abû Hudhayfa vécut, ‘Ammâr demeura à ses côtés. [Sîrat Ibn Hichâm, 1/261, note 4 ; Ansâb al-achrâf, 1/157] Il convient de préciser que cet Abû Hudhayfa était l’oncle du scélérat Abû Jahl. [Al-A‘lâm, 3/140] Lorsque la vieillesse affaiblit Sainte Sumayya (qu’Allah l’agrée), la prédication islamique commença à La Mecque. Dès les débuts, elle embrassa secrètement l’islam avec son mari Yâsir et leur fils ‘Ammâr. Quelque temps plus tard, ils proclamèrent publiquement leur foi. À La Mecque, ils n’avaient aucun parent ni ami capable de les protéger contre la cruauté des Quraychites. Ceux-ci ne manquèrent donc pas de leur infliger les pires sévices.

L’imam Ahmad et Ibn Mâjah ont rapporté qu’Abdullah ibn Mas‘ûd (qu’Allah l’agrée) a dit : « Les sept premières personnes à avoir proclamé leur islam furent le Messager d’Allah (paix et bénédictions d’Allah sur lui), Abû Bakr, ‘Ammâr, la mère de ‘Ammâr, Sumayya, Suhayb, Bilâl et al-Miqdâd (qu’Allah les agrée). Allah accorda au Messager d’Allah (paix et bénédictions d’Allah sur lui) la protection de son oncle, et à Abû Bakr celle de sa tribu. Quant aux autres, les polythéistes leur faisaient revêtir des armures de fer et les maintenaient debout sous un soleil brûlant. » [Al-Bidâya, 3/28 ; Kanz al-‘ummâl, 7/14 ; Al-Isâba, 4/335 ; Hayât as-sahâba, 1/288]

Jâbir (qu’Allah l’agrée) rapporte qu’un jour, tandis que les polythéistes torturaient ‘Ammâr et sa famille, le Messager d’Allah (paix et bénédictions d’Allah sur lui) passa par là. Voyant leur situation, il dit : « Ô famille de Yâsir ! Réjouissez-vous, car la promesse du Paradis vous est faite. » [Hayât as-sahâba, 1/291]

Abdullah ibn Ja‘far (qu’Allah l’agrée) rapporte que, voyant leur situation désespérée, le Messager (paix et bénédictions d’Allah sur lui) dit : « Ô famille de Yâsir, soyez patients. Le Paradis vous est destiné. » [Sîrat Ibn Hichâm, 1/320 ; Ansâb al-achrâf, 1/160 ; Hayât as-sahâba, 1/291] Dans le récit d’Ibn ‘Abbâs (qu’Allah l’agrée), il est également rapporté qu’Abû Jahl tua Sumayya (qu’Allah l’agrée) d’un coup de lance. Yâsir mourut sous les tortures et les persécutions, tandis qu’Abdullah ibn Yâsir fut atteint par une flèche et en mourut.

‘Uthmân (qu’Allah l’agrée) raconte : « Un jour, je marchais avec le Messager d’Allah (paix et bénédictions d’Allah sur lui) dans la vallée d’al-Bathâ’. Je vis alors le père de ‘Ammâr apercevoir le Messager et s’exclamer : “Ô Messager d’Allah ! Le sort est-il donc ainsi ?” Le Messager d’Allah répondit : “Ô famille de Yâsir ! Soyez patients. Ô Allah, pardonne à la famille de Yâsir.” » [At-Tabaqât, 3/177 ; Kanz al-‘ummâl, 7/72]

Après avoir subi ce supplice toute la journée, ils étaient libérés le soir. Un soir, après avoir enduré les tortures, Sainte Sumayya rentra chez elle comme à son habitude. Le scélérat Abû Jahl se mit à l’insulter dans des termes obscènes. Puis sa bestialité dépassa toute limite. Il lança une lance contre Sumayya, qui la transperça aux parties génitales ; c’est ainsi qu’elle obtint le martyre. [At-Tabaqât, 8/265 ; Al-Bidâya, 3/59 ; Sifat as-safwa, 2/32] Nous sommes à Allah et c’est vers Lui que nous retournerons.

La douleur d’Ammar fut sans limite devant la mort si démunie de sa mère. Il se rendit auprès du Messager de Dieu (que Dieu le bénisse et le salue) et dit : « Ô Messager de Dieu ! L’injustice et la persécution ont désormais dépassé toute mesure. » Le Messager (que Dieu le bénisse et le salue) lui recommanda la patience, puis dit : « Ô Dieu, n’inflige à aucun membre de la famille de Yassir le châtiment du feu de l’Enfer. » [Sîrat Ibn Hichâm-1/319 ; note-5]

Le martyre de Soumayya eut lieu avant l’Hégire. C’est pourquoi elle fut la première martyre de l’islam. Le vénérable Mujâhid (que Dieu lui fasse miséricorde) dit : « La première martyre de l’islam fut Soumayya, la mère d’Ammar. » [Tabaqât-8/265 ; Al-Bidâya-3/59 ; Sifat as-Safwa-2/32]

Lorsque l’infâme Abou Jahl fut tué lors de la bataille de Badr, le Messager (que Dieu le bénisse et le salue) dit à Ammar : « Dieu a tué le meurtrier de ta mère. » [Al-Isâba-4/335] Le martyre de la vénérable Soumayya eut lieu en 615 de l’ère chrétienne. [Al-A‘lâm-3/140]

Oumm Oumar ((qu’Allah l’agrée))


Une femme ansarite de Médine. Elle est connue dans l’histoire sous le surnom d’Oumm Oumar. Son véritable nom était Nousayba. Son père s’appelait Ka‘b ibn Amr. Elle était issue de la branche des Najjâr, du célèbre clan médinois des Khazraj. [Siyar A‘lâm an-Nubalâ-2/278] Elle naquit à Médine environ quarante ans avant l’Hégire du Messager de Dieu (que Dieu le bénisse et le salue) vers Médine. [Sahâbiyât-204] Elle était la sœur du célèbre compagnon ayant participé à Badr, Abdallah ibn Ka‘b al-Mâzinî. [Siyar A‘lâm an-Nubalâ-2/278]

Le premier mariage d’Oumm Oumar fut avec Zayd ibn Âsim ibn Amr. Ce Zayd était son cousin paternel. Après sa mort, elle épousa en secondes noces Ghâziya ibn Amr. Elle fut la mère de quatre enfants au total : Abdallah et Habîb de son premier mariage, et Tamîm et Khawla du second. [Tabaqât-8/412 ; Al-Isâba-4/479]

Aux tout premiers débuts de l’islam, le noble Messager de Dieu (que Dieu le bénisse et le salue) appelait à l’islam à La Mecque et dans les localités environnantes, tout en se heurtant chaque jour à une opposition toujours plus acharnée. Bien que le désespoir et l’angoisse surgissent parfois dans son cœur, il poursuivait son activité de prédication, plaçant une confiance totale dans la miséricorde, l’aide et le soutien de Dieu. Dans ce contexte de la vie mecquoise du Messager de Dieu (que Dieu le bénisse et le salue), six hommes de Yathrib vinrent à La Mecque, le rencontrèrent, écoutèrent ses paroles, embrassèrent l’islam et retournèrent à Yathrib. L’année suivante, durant la saison du pèlerinage, ils se rendirent à La Mecque avec six autres hommes, rencontrèrent secrètement le Messager de Dieu (que Dieu le bénisse et le salue) et lui prêtèrent serment d’allégeance. Ce serment est appelé le premier serment d’Aqaba. Dans le but de prêcher et de répandre l’islam à Yathrib, c’est-à-dire à Médine, et à leur demande, le Messager (que Dieu le bénisse et le salue) leur envoya à Médine Mous‘ab ibn Oumayr (qu’Allah l’agrée) en qualité de prédicateur. Durant l’année qui suivit, ce petit groupe se consacra largement à la propagation de l’islam à Médine. Il œuvra avec tant de sincérité qu’en une seule année l’appel à l’islam parvint dans chaque maison de Médine. Pendant cette période, de nombreux dirigeants éminents de Médine ainsi que des hommes et des femmes issus de familles nobles acceptèrent l’appel de l’islam. Il en résulta que, lors de la saison du pèlerinage suivante, Mous‘ab se rendit à La Mecque à la tête d’un vaste groupe de soixante-treize personnes — ou soixante-quinze selon une autre version — et rencontra secrètement le Messager de Dieu (que Dieu le bénisse et le salue) à Aqaba. C’est là qu’eut lieu le deuxième serment d’Aqaba. Parmi les hommes et les femmes de Médine qui embrassèrent l’islam grâce à la prédication de Mous‘ab avant l’Hégire du Messager de Dieu (que Dieu le bénisse et le salue) vers Médine, Oumm Oumar (qu’Allah l’agrée) était l’une d’eux. Et elle ne fut pas la seule : durant cette période, toute sa famille embrassa l’islam. Elle fut ainsi l’une des premières femmes musulmanes ansarites. [Sahâbiyât-204]

Le grand événement de la vie d’Oumm Oumar fut sa participation au serment d’allégeance d’Aqaba. Soixante-quinze musulmans participèrent au deuxième serment d’Aqaba. Parmi eux se trouvaient deux femmes. Oumm Oumar (qu’Allah l’agrée) était l’une d’elles. La seconde était Oumm Manî (qu’Allah l’agrée). [Sîrat Ibn Hichâm-1/441] À la fin de l’allégeance des hommes, le mari d’Oumm Oumar, le vénérable Ghâziya ibn Amr, appela les deux femmes et les présenta devant le Messager de Dieu (que Dieu le bénisse et le salue), en disant : « Ô Messager de Dieu ! Ces deux femmes sont elles aussi venues avec nous afin de prêter serment d’allégeance. » Il dit : « J’accepte leur allégeance sur le même engagement que celui sur lequel j’ai accepté la vôtre. Il n’est pas nécessaire de se serrer la main. Je ne serre pas la main aux femmes. » [Ansâb al-Achrâf-1/250 ; Al-Isâba-4/479 ; Sîrat Ibn Hichâm-1/466]

La bataille d’Uhud eut lieu durant la deuxième année de l’Hégire. Umm Umara (qu’Allah l’agrée) y prit part. Au cours de cette bataille, de nombreux musulmans furent martyrisés, parmi lesquels le vénérable oncle du Messager d’Allah, Hamza (qu’Allah l’agrée). Al-Waqidi dit : [Siyar A‘lam an-Nubala-2/278] Umm Umara participa à Uhud avec son mari Ghaziyya ibn Amr et ses deux fils issus de son premier mariage, Abdullah et Habib [dans certains récits, « Khubayb » remplace « Habib »]. À l’origine, elle s’y était rendue avec une vieille outre afin de donner à boire aux combattants. Mais, à un moment donné, elle se trouva directement engagée dans les affrontements. Elle fit preuve d’une remarquable habileté au combat. Son corps fut meurtri par douze coups portés par l’ennemi — treize selon certaines versions. [Tabaqat-8/412 ; Siyar A‘lam an-Nubala-2/279] Certains récits rapportent qu’au cours de cette bataille, elle blessa douze soldats polythéistes à l’aide de flèches et de lances. [Ansab al-Ashraf-1/325]

À un moment de la bataille d’Uhud, la contre-attaque de l’armée ennemie brisa le moral de l’armée musulmane. À l’exception d’une poignée de moudjahidines intrépides, tous abandonnèrent le Messager d’Allah (paix et bénédictions d’Allah sur lui) et se dispersèrent hors du champ de bataille. Parmi les quelques moudjahidines qui, au péril de leur vie, assurèrent la protection du Messager d’Allah (paix et bénédictions d’Allah sur lui), se trouvaient Umm Umara, son mari Ghaziyya et ses deux fils, Abdullah et Habib.

Avant cette phase critique du champ de bataille, alors que l’armée musulmane affrontait l’ennemi avec une grande vigueur et était sur le point de remporter la victoire, Umm Umara (qu’Allah l’agrée) ne restait pas les bras croisés. Elle remplissait son outre d’eau et en donnait à boire aux moudjahidines. C’est alors qu’elle vit tout le monde fuir le champ de bataille. Seule une poignée de moudjahidines se tenait auprès du Messager d’Allah (paix et bénédictions d’Allah sur lui). Elle s’avança elle aussi et se tint fermement à ses côtés, au péril de sa vie. Son mari et ses deux fils vinrent également prendre position auprès d’elle. D’un côté, elle repoussait les attaques des mécréants contre le Messager d’Allah (paix et bénédictions d’Allah sur lui) ; de l’autre, elle lança contre eux de violentes attaques et en terrassa un grand nombre.

Umm Umara a décrit ainsi cette phase terrible de la bataille d’Uhud : « Je vis les gens fuir en abandonnant le Messager d’Allah (paix et bénédictions d’Allah sur lui). Nous n’étions qu’une poignée — pas même dix — auprès du Messager d’Allah (paix et bénédictions d’Allah sur lui). Mes deux fils, mon mari et moi nous tenions à ses côtés pour le protéger. Les autres moudjahidines passaient alors près du Messager d’Allah (paix et bénédictions d’Allah sur lui), en pleine défaite. Le Messager (paix et bénédictions d’Allah sur lui) vit que je n’avais pas de bouclier à la main. Il aperçut un homme qui fuyait et qui avait un bouclier. Il lui dit : “Ô toi, lance ton bouclier vers quelqu’un qui combat.” L’homme lança son bouclier, que je ramassai. Je continuai à protéger le Messager d’Allah (paix et bénédictions d’Allah sur lui) avec ce bouclier. Ce jour-là, les cavaliers nous causèrent beaucoup de difficultés. S’ils avaient été des fantassins comme nous, nous aurions pu infliger de lourdes pertes à l’ennemi. »

Elle a également dit : « Un cavalier s’avançait vers nous et me frappait de son épée, mais je détournais ses coups avec le bouclier. Il ne parvenait à rien contre moi. Puis, dès qu’il s’apprêtait à repartir en se retournant, je frappais de mon épée les pattes arrière de son cheval. Le cheval tombait à terre avec son cavalier. C’est alors que le Messager (paix et bénédictions d’Allah sur lui) appelait mon fils : “Ô fils d’Umm Umara ! Aide ta mère.” Il accourait et m’aidait. Ainsi, je l’envoyais vers la demeure de la mort. » [Tabaqat-8/413 ; Siyar A‘lam an-Nubala-2/279]

Le fils d’Umm Umara a rapporté : « J’ai participé à la bataille d’Uhud. Lorsque les moudjahidines musulmans se séparèrent du Messager d’Allah (paix et bénédictions d’Allah sur lui), ma mère et moi nous nous rendîmes auprès de lui et commençâmes à le protéger contre les attaques des mécréants. À ce moment-là, le Messager (paix et bénédictions d’Allah sur lui) me demanda : “Es-tu le fils d’Umm Umara ?” Je répondis : “Oui.” Il dit : “Lance quelque chose contre les ennemis.” Je lançai une pierre sur un homme qui se trouvait devant moi. Il était à cheval. La pierre atteignit l’un des yeux du cheval. Celui-ci, se débattant, tomba à terre avec son cavalier. Je me mis alors à lancer des pierres sur l’homme. En voyant cela, le Messager (paix et bénédictions d’Allah sur lui) se mit à sourire doucement. » [Siyar A‘lam an-Nubala-2/280]

Le jour d’Uhud, Umm Umara (qu’Allah l’agrée) prit une apparence terrifiante. Le grand-père de Damra ibn Sa‘id, qui était un combattant d’Uhud, a dit qu’elle avait ce jour-là noué un tissu autour de sa taille et lancé de furieuses attaques contre les ennemis. Au cours de cette bataille, treize parties de son corps furent grièvement blessées. [Tabaqat-8/413]

À ce moment-là, un coup porté par un mécréant brisa une dent du noble Messager d’Allah. Le scélérat Ibn Qami’a porta un coup d’épée en visant le Messager d’Allah (paix et bénédictions d’Allah sur lui), mais le coup dévia. Aussitôt, Umara (qu’Allah l’agrée) se retourna. Elle se jeta sur le monstre Ibn Qami’a. Mais comme tout son corps était couvert d’une armure, son attaque ne fut guère efficace. Il porta alors un coup en visant Umm Umara, qui atteignit son épaule. Elle fut grièvement blessée. [Ibid.-8/424 ; Ibn Hisham-2/81-82]

Ibn Qami’a, lui, s’enfuit en sauvant sa vie. Mais la blessure d’Umm Umara était extrêmement grave. Tout son corps fut couvert de sang. Son fils Abdallah rapporte : « Ce jour-là, ma mère fut grièvement blessée. Le sang ne cessait de couler. » Le Messager (s.a.s.) lui dit : « Fais poser un bandage sur ta blessure. » Selon une autre narration, lorsque le Messager (s.a.s.) la vit blessée, il appela son fils Abdallah et lui dit : « Occupe-toi de ta mère, occupe-toi de ta mère. Pose un bandage sur sa blessure. Ô Allah ! Fais-les tous devenir mes compagnons au Paradis. » [Siyar a‘lam an-nubala, 2/281] Umm Umara dit : « Je ne me soucie nullement des souffrances et des épreuves qui m’arrivent en ce monde. » [Tabaqat, 8/414-415] Ce jour-là, le Messager (s.a.s.) resta lui-même debout pendant qu’on bandait sa blessure. À cette occasion, il cita les noms de plusieurs Compagnons courageux et déclara : « L’action d’Umm Umara aujourd’hui a été bien plus importante que la leur. » Ensuite, sa blessure fut soignée pendant près d’une année. [Ibid., 8/412 ; Siyar a‘lam an-nubala, 2/279]

Lors de cette violente attaque à Uhud, Abdallah, le fils d’Umm Umara, fut lui aussi grièvement blessé. Abdallah rapporte : « Ce jour-là, je fus grièvement blessé. Le sang ne cessait de couler. » Voyant cela, le Messager (s.a.s.) dit : « Pose un bandage sur ta blessure. » Peu après, ma mère accourut vers moi avec plusieurs bandages à la main et banda ma blessure. Le Messager (s.a.s.) se tenait alors juste à côté. Après avoir terminé le bandage, ma mère me dit : « Mon fils, lève-toi. Frappe au cou les soldats ennemis. » Le Messager (s.a.s.) dit alors : « Ô Umm Umara, où trouve-t-on quelqu’un qui possède autant de force et de capacité que toi ? »

Abdallah rapporte encore : « À ce moment-là, on aperçut non loin de nous le soldat ennemi qui m’avait blessé. Le Messager (s.a.s.) dit à ma mère : “C’est l’homme qui a blessé ton fils.” Ma mère répondit : “Je vais l’affronter et lui briser les tibias.” Sur ces mots, elle le frappa et le renversa. En voyant cela, le Messager (s.a.s.) rit, et je vis ses incisives. Puis il dit : “Umm Umara, tu as obtenu vengeance.” Ensuite, tous deux, nous le frappâmes coup sur coup et l’envoyâmes vers sa demeure en Enfer. Le Messager (s.a.s.) dit alors : “Umm Umara, louange à Allah qui t’a guérie.” » [Ibid.]

La bataille d’Uhud prit fin. Les moudjahidines commencèrent à rentrer chez eux. Le Messager (s.a.s.) ne rentra pas avant d’avoir envoyé Abdallah ibn Ka‘b al-Mazini s’enquérir de l’état d’Umm Umara.

Quelques jours après la fin de la bataille d’Uhud, le Messager d’Allah (s.a.s.) ordonna aux moudjahidines de Médine de se mettre en route vers Hamra al-Asad [un endroit situé à huit miles sur la gauche de la route, en allant de Médine vers Dhul-Hulayfa]. Umm Umara se prépara à y aller en s’enveloppant d’un morceau de tissu. Mais elle en fut incapable à cause du saignement de sa blessure. [Tabaqat, 8/413]

En dehors d’Uhud, elle participa encore à de nombreuses batailles. Selon le récit d’Ibn Sa‘d, elle participa aux batailles et expéditions d’Uhud, de Hudaybiya, de Khaybar, à l’accomplissement de la ‘umra de compensation, ainsi qu’à celles de Hunayn et de Yamama. Selon al-Hakim et Ibn al-Mundhir, elle participa également à Badr. Toutefois, l’imam adh-Dhahabi affirme que sa participation à Badr n’est pas établie. [Siyar a‘lam an-nubala, 2/278-282] Cependant, hormis la bataille de Yamama, on ne dispose d’aucun récit détaillé de sa participation aux autres batailles et expéditions. La sœur d’Umm Umara participa également aux combats à ses côtés. [Ibn Hicham, 1/466]

Après le décès du Messager d’Allah (s.a.s.), Mousaylima al-Kadhdhab, habitant de Yamama et son chef, apostasia. C’était un homme tyrannique et cruel. Sa tribu comptait près de quarante mille hommes capables de combattre. Ils le soutenaient tous. Enivré par sa puissance, il se proclama prophète et força tous ses partisans à le reconnaître. Il infligeait également toutes sortes de persécutions à ceux qui refusaient d’accepter sa fausse prétention à la prophétie. Habib ibn Zayd, le fils d’Umm Umara, fut capturé par Mousaylima alors qu’il se rendait d’Oman à Médine. Mousaylima lui demanda : « Ne témoignes-tu pas que Muhammad est le Messager d’Allah ? » Habib répondit : « Oui, j’en témoigne. » Mousaylima dit alors : « Non, tu dois dire que Mousaylima est le Messager d’Allah. » Habib rejeta fermement cette prétention. Le faux prétendant à la prophétie, Mousaylima, lui trancha une main. Puis il lui demanda de nouveau la même reconnaissance. Habib refusa comme précédemment. Le cruel Mousaylima lui coupa alors la seconde main. En somme, le scélérat Mousaylima resta attaché à sa prétention, tandis que Habib demeura ferme dans sa foi inébranlable. Le tyran Mousaylima lui arracha les membres du corps un à un. Ce serviteur d’Allah jugea facile de donner sa vie, mais ne considéra pas acceptable de s’écarter de sa foi ne serait-ce que de l’épaisseur d’un cheveu. Lorsqu’Umm Umara apprit cet événement, elle raffermit son cœur et décida intérieurement que, si jamais l’armée musulmane lançait une expédition contre ce faux prophète, elle y participerait elle aussi et, si Allah le voulait, enverrait de ses propres mains cet injuste vers sa demeure en Enfer. [Ibid. ; Sahabiyyat, 207 ; Siyar a‘lam an-nubala, 2/281]

La conduite arrogante et les excès de Mousaylima parvinrent aux oreilles du calife Abu Bakr (r.a.). Afin d’extirper la racine de cette apostasie, il envoya Khalid ibn al-Walid (r.a.) avec quatre mille soldats. Umm Umara considéra cette expédition comme une occasion en or de mettre sa décision à exécution. Elle demanda au calife l’autorisation d’y participer, et le calife la lui accorda. Umm Umara se rendit à Yamama avec l’armée de Khalid ibn al-Walid (r.a.). Une bataille acharnée eut lieu. Douze cents moudjahidines tombèrent en martyrs. D’après les historiens, huit ou neuf mille soldats de Mousaylima furent tués. Finalement, l’armée musulmane remporta la victoire en tuant Mousaylima.

Une bataille acharnée fait rage. Ummu Umara (qu’Allah l’agrée) attend l’occasion favorable. Son seul objectif est Musaylima al-Kadhdhab, l’impitoyable meurtrier de son fils. À un moment donné, brandissant une lance d’une main et maniant son sabre de l’autre, elle se fraye un chemin à travers les rangs ennemis et parvient jusqu’à Musaylima. Pour arriver jusque-là, elle a été blessée en onze endroits par des lances et des coups d’épée. Bien plus, l’un de ses bras a été tranché. Même cela n’a pas ébranlé sa résolution. Elle n’a pas perdu le moins du monde patience. Elle avança encore d’un pas. Alors qu’elle s’apprêtait à frapper Musaylima de son épée, deux coups d’épée s’abattirent soudain simultanément sur lui. Il fut tailladé et tomba de la selle de son cheval. Elle regarda avec étonnement et vit son fils Abdallah debout à ses côtés. Elle lui demanda : « Est-ce toi qui l’as tué ? » Abdallah répondit : « L’un des coups est de moi et l’autre de Wahshi. Je ne sais pas lequel de nos coups l’a tué. » Ummu Umara fut folle de joie et accomplit aussitôt une prosternation de reconnaissance. [Ibn Hicham-1/466 ; Sahabiyyat-208]

Les blessures d’Ummu Umara (qu’Allah l’agrée) étaient très graves. L’un de ses bras avait également été sectionné. Elle en était devenue très faible. Le commandant de l’armée, Khâlid ibn al-Walîd, admirait grandement sa bravoure et son courage. Il lui témoignait aussi beaucoup de respect. Sous sa propre supervision, il veilla à ce qu’elle reçoive les soins et le traitement nécessaires. Il resta constamment attentif afin qu’aucune négligence ne survienne dans son traitement. C’est pourquoi, une fois rétablie, elle lui exprima sa gratitude toute sa vie. Pour le louer, elle disait : « C’est un dirigeant compatissant, noble et humble. Il m’a soignée et traitée avec beaucoup de sincérité. » Après son retour à Médine, le calife Abou Bakr (qu’Allah l’agrée) allait souvent lui rendre visite. [Tabakât-8/416]

Ummu Umara (qu’Allah l’agrée) était une guerrière héroïque. Nous avons été témoins, sur différents champs de bataille, de manifestations étonnantes de sa bravoure et de son courage. La figure martiale que nous voyons chez elle lors des batailles d’Uhud et de Yamama trouve peu d’équivalents dans l’histoire du monde. Le noble Messager d’Allah (ﷺ) était la personne qu’elle aimait le plus. Elle en a donné la preuve sur le champ de bataille d’Uhud. Le Messager (ﷺ) se rendait parfois chez elle. Un jour, il vint la voir. Elle lui servit à manger. Le Messager lui demanda de manger également avec lui. Ummu Umara répondit : « Je jeûne. » Le Messager (ﷺ) dit : « Lorsque l’on mange en présence d’une personne qui jeûne, les anges invoquent Allah en sa faveur. » [référence précédente ; Musnad Ahmad-6/439 ; Tirmidhi-785 ; Ibn Maja-1748]

Le calife Umar (qu’Allah l’agrée) veillait lui aussi attentivement à l’honneur et au statut d’Ummu Umara (qu’Allah l’agrée). Durant son califat, des étoffes arrivèrent un jour parmi le butin. L’une d’elles était particulièrement belle et coûteuse. Certains proposèrent de la donner à l’épouse d’Abdallah (qu’Allah l’agrée), le fils du calife. D’autres suggérèrent de la donner à Kulthum bint Ali (qu’Allah l’agrée), l’épouse du calife. Le calife n’écouta personne. Il dit : « Je considère qu’Ummu Umara est la plus digne de cette étoffe. C’est à elle que je la donnerai. Car, le jour d’Uhud, j’ai entendu le Messager d’Allah (ﷺ) dire à son sujet : “De quelque côté que je regardais, je ne voyais qu’Ummu Umara en train de combattre.” » Il lui fit ensuite envoyer l’étoffe. [Tabakât-8/415 ; Siyar A‘lâm an-Nubalâ-2/281 ; Ansâb al-Ashrâf-1/326]

Plusieurs hadiths du Messager d’Allah (ﷺ) ont été rapportés par son intermédiaire. Ces hadiths ont été rapportés d’après elle par Ubbad ibn Tamim ibn Zayd, Harith ibn Abdallah ibn Ka‘b, Ikrima et Layla. [Al-Isaba-4/480]

L’année du décès d’Ummu Umara (qu’Allah l’agrée) n’est pas connue avec exactitude. Il est certain qu’elle était encore en vie jusqu’à la bataille contre Musaylima. Mais personne n’a pu dire avec certitude combien de temps elle vécut ensuite.

Ummu Umara (qu’Allah l’agrée) assistait toujours aux assemblées du Messager (ﷺ) et écoutait attentivement ses paroles. Ainsi, sa foi se raffermissait chaque jour et son savoir s’accroissait. Un jour, elle dit au Messager d’Allah : « Je constate que tout est présenté pour les hommes, tandis que rien n’est mentionné pour les femmes. » Elle demandait donc que, tout comme le Coran parle des hommes, il parle également des femmes. C’est dans ce contexte que fut révélé le trente-cinquième verset de la sourate al-Ahzab. [Tirmidhi-4/116 ; référence précédente-4/479]

Ummu Waraq ibn Nawfal ((qu’Allah l’agrée))


Il existe en ce monde beaucoup de femmes que les vicissitudes du temps ont dissimulées et au sujet desquelles l’histoire est également restée silencieuse. Malgré cela, Allah le Très-Haut a fait naître dans leur vie certains événements grâce auxquels leur biographie a été révélée. Et lorsque la poussière et les débris accumulés sur leur souvenir et leur mémoire ont été débarrassés, leurs portraits sont devenus éclatants et lumineux. L’une d’elles est Umm Waraqah al-Ansariyya (ra). C’est sous ce surnom qu’Umm Waraqah est devenue célèbre dans l’histoire. Son véritable nom n’est mentionné dans aucun des dictionnaires biographiques des Compagnons. Le Messager d’Allah (saw) lui donna le titre d’« ash-Shahida » (la femme martyre). [Al-Isaba-4/481] Sa généalogie est la suivante : Umm Waraqah bint Abd Allah ibn al-Harith ibn Uwaymir ibn Nawfal. Toutefois, dans l’ouvrage « Usud al-Ghaba », Uwaymir est remplacé par Umayr. Du fait de son rattachement à un ancêtre de sa lignée nommé « Nawfal », elle devint connue sous le nom d’Umm Waraqah bint Nawfal. [Usud al-Ghaba-5/626 ; Tahdhib at-Tahdhib-12/482] L’année de sa naissance et celle de sa mort ne sont pas connues avec précision. Cependant, il est à peu près unanimement admis qu’elle mourut sous le califat de Umar ibn al-Khattab (ra). On peut en conclure qu’elle connut aussi bien la vie du Messager d’Allah (saw) que toute la durée du califat d’Abu Bakr (ra), ainsi qu’une partie du califat de Umar (ra). Elle serait probablement morte en martyre en l’an 22 de l’Hégire. [Tabaqat-9/165 ; Nisa’ Ra’idat, p. 108]

Umm Waraqah était une femme ansarie. Elle faisait partie des femmes qui, peu après l’Hégire du Messager d’Allah (saw) à Médine, crurent en sa mission et lui prêtèrent serment d’allégeance. [A‘la an-Nisa’-5/284 ; Tabaqat-8/457] Elle embrassa l’islam de la plus belle manière et acquit une connaissance approfondie de la religion d’Allah. Elle étudia le Coran et en mémorisa la majeure partie. Selon un récit, elle en rassembla l’intégralité. [Al-Isaba-4/505] Il est rapporté que lorsque Abu Bakr (ra) rassembla et compila le Coran, il s’appuya également sur la collection d’Umm Waraqah. Elle conservait des suhuf (fascicules) sur lesquels étaient écrites certaines sourates du Coran. [Nisa’ Ra’idat-108] Même si elle ne possédait pas le Coran entier, elle en avait conservé par écrit la plus grande partie. C’était une croyante douée d’une mémoire exceptionnelle et experte dans les prescriptions de la religion. Le Messager (saw) se rendait parfois chez elle. Elle faisait partie du petit nombre de femmes chez lesquelles le Messager (saw) se rendait pour leur rendre visite. Le Messager (saw) n’accordait pas cette considération à ses richesses ni à son rang élevé dans la société ; il se rendait auprès d’elle en raison de sa foi en Allah, de la fermeté de sa croyance, de sa maîtrise des prescriptions religieuses et de sa dévotion. La deuxième année de l’Hégire, le Messager (saw) décida de combattre les polythéistes mecquois à Badr. La nouvelle parvint à Umm Waraqah. Elle insista pour prendre part à la bataille. Les diverses responsabilités du foyer et les devoirs liés à l’éducation des enfants ne purent la détourner du devoir du « jihad fi sabilillah » (jihad dans le sentier d’Allah). Elle se précipita auprès du Messager d’Allah (saw) et lui demanda la permission de participer à la bataille. Elle expliqua son intention en disant qu’elle panserait les blessés, soignerait les malades, veillerait à ce qu’ils disposent de nourriture et de boisson et répondrait aux besoins des combattants pendant la bataille. Elle y jouerait des rôles dont l’importance ne serait en rien inférieure à celle du rôle des combattants. Peut-être Allah le Très-Haut lui accorderait-Il aussi le martyre en sortant avec eux pour cette expédition. Dans le récit d’Al-Isaba, ses paroles sont rapportées ainsi : [Al-Isaba-4/505]

Ô Messager d’Allah ! Si vous m’en donniez la permission, je vous accompagnerais à la guerre. Je soignerais vos malades et donnerais des médicaments à vos blessés. Ainsi, Allah le Très-Haut pourrait également m’accorder le martyre. Le Messager (saw) répondit : « Ô Umm Waraqah ! Reste chez toi. Allah organisera certainement ton martyre chez toi. » Selon une autre version, on trouve les paroles : « Allah t’accordera le martyre. » [Tabaqat-8/457 ; Al-Isti‘ab-4/481 ; Sunan Abi Dawud-1/97 ; As-Sira al-Halabiyya-2/357] C’est essentiellement à partir de ce jour que le Messager (saw) la qualifia de martyre. Il l’emmenait parfois chez elle avec des Compagnons pour lui rendre visite. Il disait :(Arabe**********) [Abu Nu‘aym, Hilyat al-Awliya-2/63 ; Usud al-Ghaba-5/626 (7718)]

« Venez avec moi, allons rendre visite à cette femme martyre. » Par ces paroles, le Messager (saw) indiquait que cette femme deviendrait martyre.

L’histoire de l’islam nous apprend qu’Umm Waraqah fut la première dans plusieurs domaines. Par exemple :

1. Elle fut la première femme dans la demeure de laquelle on organisa l’appel à la prière.

2. À Médine, elle fut la première à établir la prière en assemblée des femmes et à diriger cette assemblée en tant qu’imam.

3. Elle fut la première femme de l’islam à laquelle le Messager (saw) décerna le titre d’« ash-Shahida ».

4. Dans l’histoire de l’islam, elle est la première femme pour le meurtre de laquelle un esclave et une esclave furent exécutés par pendaison. [Nisâ’ Râdiyât-1/110]

Umm Waraqa demanda au Messager d’Allah (s.a.s.) la permission d’établir dans sa propre maison un lieu de prière et de nommer un muezzin chargé de lancer l’appel à la prière à chaque heure de prière. Le Messager (s.a.s.) désigna un muezzin pour lancer l’appel à la prière dans sa maison. Il lançait l’appel à chaque heure de prière. Cette disposition resta en vigueur jusqu’à la mort d’Umm Waraqa. [Abû Dâwûd-1/97 ; Nisâ’ min Âthâr an-Nubuwwa-297] Elle fut la première femme à bénéficier de cet honneur et de cette gloire. Un témoin oculaire a rapporté : « J’ai vu le muezzin d’Umm Waraqa. C’était un homme très âgé. Il s’appelait ‘Abd ar-Rahmân. » [Nisâ’ mubashshirât bi-l-jinna-293]

Le Messager (s.a.s.) connaissait son intelligence pénétrante, sa mémoire remarquable et sa profonde connaissance des prescriptions et des règles de la religion. C’est pourquoi, après l’appel du muezzin, il autorisa Umm Waraqa à établir la prière en assemblée dans sa propre maison avec les filles de son voisinage et à la diriger en tant qu’imâm. Cette disposition resta en vigueur sous le califat de ‘Umar ibn al-Khattâb (r.a.), c’est-à-dire jusqu’au jour de la mort d’Umm Waraqa. Dans l’histoire de l’islam, elle fut la première femme dans la maison de laquelle une mosquée fut établie pour les femmes. [Référence précédente ; Sahâbiyyât-216]

Umm Waraqa (r.a.) prit de l’âge. Ses fils et ses filles grandirent. Ses filles se marièrent et, l’une après l’autre, partirent vivre chez leur mari. Ses fils aussi furent contraints de s’éloigner de leur mère en raison de leurs propres responsabilités. La maison d’Umm Waraqa était désormais presque entièrement vide.

Elle prit à son service un esclave et une esclave pour s’occuper d’elle et de sa maison. Elle les traitait avec beaucoup de bonté. Elle leur promit qu’après sa mort, ils seraient naturellement affranchis, c’est-à-dire libérés de l’esclavage. Ces deux esclaves ne virent bientôt aucun signe annonçant la mort d’Umm Waraqa. Leur impatience finit par l’emporter. En l’absence des membres de sa famille, ils complotèrent de la tuer dans la maison vide. Une nuit, profitant d’une occasion favorable, ils l’étouffèrent avec un tissu enroulé autour d’elle, puis s’enfuirent, se croyant libérés de l’esclavage.

‘Umar ibn al-Khattâb (r.a.) entendait chaque jour les sons de l’appel à la prière provenant de la maison d’Umm Waraqa (r.a.), ainsi que l’agitation et les préparatifs de la prière en assemblée des femmes. Un jour, il dit : « Tiens, depuis hier, je n’entends plus la récitation du Coran de ma tante Umm Waraqa. Que lui est-il arrivé ? » Il envoya quelqu’un prendre de ses nouvelles. L’homme revint et dit que la maison était fermée de l’extérieur et que, malgré ses coups à la porte, aucune réponse ne venait de l’intérieur. ‘Umar (r.a.) eut des soupçons. Il se rendit alors lui-même sur place. Ne voyant personne dans la maison, il entra. À peine entré, il vit son corps étendu sur le sol, enveloppé dans un drap. Il s’écria d’une voix forte : « Allâhu akbar ! » Puis il déclara : « Lorsque le Messager (s.a.s.) lui donna le titre d’“ash-Shahîda”, il avait dit vrai. » [Al-Isâba, 4/505]

Puis ‘Umar (r.a.) monta en chaire dans la mosquée et annonça qu’Umm Waraqa était morte en martyre. Ses deux esclaves l’avaient étouffée et s’étaient enfuis. Il ordonna de les rechercher, de les retrouver et de les amener. En un instant, la foule se dispersa dans toutes les directions à leur recherche. Ils furent capturés alors qu’ils tentaient de fuir et présentés à Médine au calife ‘Umar (r.a.). Ils furent interrogés. Ils cherchèrent d’abord à nier leur implication dans le meurtre, mais finirent par avouer qu’ils l’avaient tuée ensemble. ‘Umar (r.a.) répéta alors ses paroles précédentes et dit : « Le Messager d’Allah (s.a.s.) a dit vrai lorsqu’il disait : »(Arabe*****************)« Venez avec moi, allons voir cette martyre. » Ainsi, Umm Waraqa (r.a.) devint la première femme de l’islam à être honorée du titre d’« ash-Shahîda ».

Le châtiment des deux esclaves était inévitable. ‘Umar ibn al-Khattâb (r.a.) ordonna qu’ils soient tués par pendaison. Ils furent exécutés par pendaison. Ces deux esclaves furent les deux premières personnes pendues à Médine ; quant à Umm Waraqa, elle fut la première femme de l’islam pour le meurtre de laquelle un esclave et une esclave furent condamnés à mort par pendaison. [Abû Dâwûd, 1/97 ; Tabaqât, 8/457 ; Al-Istî‘âb, 4/482]

Parce qu’elle avait profondément compris la signification de la religion et qu’elle avait pris sur elle la responsabilité d’instruire ses voisines ainsi que les femmes qui venaient la voir, Ummu Waraqah (r.a.) devint l’une des dirigeantes des femmes musulmanes. Le désir de participer au jihâd, qu’elle exprima au Messager d’Allah (s.a.s.) dans l’espoir d’obtenir le martyre, accrut cent fois sa grandeur et son rang.

La mort d’Ummu Waraqah (r.a.) contient une leçon pour toute personne qui dépend entièrement de ses esclaves et de ses serviteurs, surtout lorsque ceux-ci sont non musulmans. On connaît dans le monde de nombreux esclaves et serviteurs qui ont causé bien des malheurs dans la vie de leurs maîtres. Chez presque tous les peuples et toutes les communautés du monde, on entend ce conseil : méfie-toi du mal de celui à qui tu as fait du bien. Ummu Waraqah avait bien traité ses esclaves et leur avait promis la liberté ; pourtant, ce furent eux qui, en conséquence, lui ôtèrent la vie. Cet événement offre une immense leçon et un grand avertissement aux femmes musulmanes de l’époque moderne.

Ummu Waraqah (r.a.) a rapporté des hadiths du Messager d’Allah (s.a.s.), et ses petits-fils en ont rapporté d’elle. [Nisâ’ Râ’idât, 113]

Ummu Hakîm bint al–Hârith ((r.a.))


Après que le Noble Messager d’Allah (s.a.s.) eut reçu la mission prophétique, il appela pendant plus de vingt ans les Arabes à l’islam, d’abord à La Mecque puis à Médine, et en particulier les habitants de La Mecque. Il les invita à la vérité, à la beauté et au bien, mais les habitants de La Mecque se comportèrent comme des aveugles et des sourds. Leur attitude fut la suivante :(Arabe***********) [Sourate Hâ-Mîm as-Sajdah, 5]

« Ils disent : “Nos cœurs sont recouverts d’un voile qui nous empêche de comprendre ce vers quoi tu nous appelles, nos oreilles sont atteintes de surdité, et un écran nous sépare de toi et de nous. Fais donc ce que tu as à faire, et nous ferons ce que nous avons à faire.” »

Ils rendirent l’amour et l’affection par l’hostilité, et le bien et les bienfaits par le mal et le tort ; telle fut leur attitude :(Arabe ***************) [Sourate al-Qamar, 3]

« Ils rejettent la vérité et suivent leurs propres passions, et toute affaire atteindra son terme. »

Ils rompirent tous leurs liens avec le noble Messager de Dieu (paix et bénédictions sur lui) et le chassèrent de La Mecque. Cela ne leur suffit pourtant pas. Ils engagèrent à maintes reprises le combat et fondirent sur lui. Ils saisirent toutes les occasions possibles pour éteindre la lumière de l’islam.

Puis Allah, Seigneur des mondes, leur accorda la victoire. La conquête de La Mecque eut lieu. Lorsque le vaste monde devint trop étroit pour eux et qu’ils ne virent plus que des ténèbres tout autour d’eux, le Messager d’Allah (paix et bénédictions sur lui) leur témoigna sa grande magnanimité. Il leur pardonna toutes leurs actions passées. Les habitants de La Mecque embrassèrent volontairement l’islam, groupe après groupe. Ummu Hakîm, son père, sa mère et son mari embrassèrent tous l’islam le jour de la conquête de La Mecque. Il convient de préciser que tous les quatre avaient été de farouches ennemis de l’islam et du Messager d’Allah (paix et bénédictions sur lui). Depuis les débuts de l’islam jusqu’au moment précédant leur conversion, leur hostilité, durant vingt ans, avait dépassé toute mesure.

Ummu Hakîm était issue de la branche al-Makhzûmî de la tribu quraychite de La Mecque. Ummu Hakîm était son surnom ; son véritable nom s’est perdu derrière celui-ci et n’est plus connu. La famille d’Ummu Hakîm constituait l’un des principaux foyers d’honneur, de prestige et de direction au sein des Quraychites. Son père, al-Hârith ibn Hichâm ibn al-Mughîra al-Makhzûmî, était le frère de l’infâme Abû Jahl. Il embrassa l’islam le jour de la conquête de La Mecque. C’était un homme courtois et influent. Afin de l’affermir dans l’islam, le Messager (paix et bénédictions sur lui) lui donna cent chameaux provenant du butin de la bataille de Hunayn. Il devint un bon musulman. Plus tard, il se rendit en Syrie en tant que mujâhid et y mourut après avoir contracté la maladie de ‘Âûn. [Al-Dhahabî, Târîkh al-Islâm, 2/183-184]

Sa mère, Fâtima bint al-Walîd ibn al-Mughîra al-Makhzûmiyya, était la sœur du célèbre commandant Khâlid ibn al-Walîd (qu’Allah l’agrée). Elle embrassa l’islam le jour de la conquête de La Mecque. Elle rapporta un hadith du Messager d’Allah (paix et bénédictions sur lui). Elle accompagna également son époux al-Hârith dans son expédition en Syrie. Elle eut d’al-Hârith un fils, ‘Abd al-Rahmân, et une fille, Ummu Hakîm. [Târîkh Dimachq, biographies des femmes, 305-307]

Le mari d’Ummu Hakîm, ‘Ikrima ibn Abî Jahl al-Makhzûmî, était l’un des plus grands chefs de La Mecque païenne. Après la conquête de La Mecque, il se rendit auprès du Messager d’Allah (paix et bénédictions sur lui), proclama son adhésion à l’islam et devint par la suite un excellent musulman. Il partit en expédition en Syrie et tomba en martyr, en l’an 13 de l’Hégire, lors de la bataille d’Ajnâdayn — selon un autre avis, à celle de Yarmûk. L’oncle maternel d’Ummu Hakîm était Sayf Allâh, Khâlid ibn al-Walîd (qu’Allah l’agrée).

C’est dans une telle famille et un tel environnement qu’Ummu Hakîm grandit. Elle épousa son cousin ‘Ikrima. Le Prophète (paix et bénédictions sur lui) se manifesta comme Messager à La Mecque. Dès le jour où il appela les habitants de La Mecque à l’islam, cette famille se dressa comme un adversaire acharné du Prophète (paix et bénédictions sur lui) et de l’islam. Jusqu’à la conquête de La Mecque, les membres de cette famille jouèrent un rôle de premier plan dans toutes les conspirations ourdies pour contenir l’islam et dans toutes les guerres menées pour l’éradiquer totalement. Lors de la bataille d’Uhud, al-Hârith, son épouse Fâtima, ‘Ikrima, son épouse Ummu Hakîm et Khâlid ibn al-Walîd participèrent aux côtés de l’armée quraychite.

Ils ne laissèrent passer aucune occasion de s’opposer à l’islam et de nuire aux musulmans. Le mari d’Ummu Hakîm, ‘Ikrima, comptait même parmi ceux que le noble Messager de Dieu (paix et bénédictions sur lui) avait déclarés grands criminels et qu’il avait ordonné de tuer, même s’ils étaient trouvés sous les tentures de la Kaaba.

L’attitude adoptée par le noble Messager de Dieu (paix et bénédictions sur lui) après la conquête de La Mecque demeure, dans l’histoire de l’humanité, un modèle absolument unique. Ce jour-là, sa miséricorde et sa compassion enveloppèrent amis et ennemis, croyants et incroyants. Ceux qui avaient longtemps nourri à son égard une haine aveugle et une profonde hostilité trouvèrent ce jour-là, dans l’ampleur de son pardon et de sa compassion, une paix profonde pour leurs cœurs de pierre. En un instant, leurs cœurs s’éveillèrent ; rompant les chaînes de l’égarement, ils se livrèrent à la lumière tels des papillons. Ummu Hakîm profita elle-même de cette possibilité de pardon en faveur de son mari. Avec d’autres femmes de la tribu des Quraychites, telles que Fâtima bint al-Walîd, Hind bint ‘Utba et Fâkhita bint al-Walîd, elle se rendit auprès du Messager d’Allah (paix et bénédictions sur lui), proclama son adhésion à l’islam et lui prêta serment d’allégeance. Depuis sa conversion à l’islam, le Messager (paix et bénédictions sur lui) la considérait avec un grand respect. C’est pourquoi elle obtint une position particulièrement distinguée parmi les femmes.

Le mari d’Umm Hakîm, Ikrima, était un ennemi acharné de l’islam et, aux yeux du Prophète, un grand criminel. C’est pourquoi le Messager (paix et bénédiction d’Allah sur lui) ordonna sa mise à mort. Après la conquête de La Mecque, il s’enfuit au Yémen, craignant pour sa vie. Grâce aux efforts de son épouse Umm Hakîm, il revint à La Mecque et embrassa l’islam. Après sa conversion, Umm Hakîm (qu’Allah l’agrée) se leva et dit : « Ô Messager d’Allah ! Craignant que vous ne tuiez Ikrima, il s’est enfui vers le Yémen. Accordez-lui votre protection ; Allah vous accordera Sa protection. » Le Messager (paix et bénédiction d’Allah sur lui) répondit : « Il est en sécurité. »

À cet instant, Umm Hakîm partit à la recherche de son mari Ikrima. Elle emmena avec elle un esclave romain. Ils poursuivirent leur chemin tous les deux. En route, l’esclave conçut de mauvaises intentions à l’égard de sa maîtresse. Il voulut abuser d’elle, mais elle ne cessa de gagner du temps par toutes sortes de ruses. Ils arrivèrent ainsi auprès d’une tribu arabe. Umm Hakîm sollicita leur aide, et ils lui en promirent. Elle leur confia l’esclave, puis reprit seule sa route. Finalement, elle retrouva Ikrima sur le rivage, dans la région de Tihama. Il parlait alors à un passeur pour qu’il le fasse traverser, tandis que celui-ci lui disait :

— Sois sincère.

Ikrima demanda : « Comment pourrais-je être sincère ? »

Le passeur lui dit : « Dis :(Arabe ************)

« J’atteste qu’il n’y a d’autre divinité ni d’autre objet d’adoration qu’Allah seul, et que Muhammad est le Messager d’Allah. »

Ikrima répondit : « C’est précisément pour cette raison que je me suis enfui. »

Au cours même de leur conversation, Umm Hakîm arriva. Elle s’adressa à son mari en ces termes : « Ô mon cousin ! Je viens de chez le meilleur, le plus éminent et le plus pur des hommes. Je lui ai demandé de vous accorder l’amân (la sécurité), et il vous l’a accordé. Alors, ne vous précipitez pas davantage vers votre propre perte. »

Ikrima demanda : « C’est toi-même qui lui as parlé ? » Elle répondit : « Oui, c’est moi-même qui lui ai parlé, et il t’a accordé l’amān. » Elle ne cessa de lui rappeler qu’il bénéficiait de l’amān. Finalement rassuré, il repartit avec son épouse. [A‘lām an-Nisā’, 1/281]

En chemin, Ummu Hakîm informa son mari des mauvaises intentions de son esclave. Sur le chemin du retour, avant même d’embrasser l’islam, Ikrima tua l’esclave. En cours de route, ils passèrent la nuit dans une maison. Ikrima voulut avoir un rapport intime avec son épouse. Celle-ci refusa catégoriquement en disant : « Je suis une femme musulmane, tandis que toi, tu es encore un polythéiste. » En entendant les paroles de son épouse, Ikrima fut stupéfait. Il dit : « L’obstacle qui se dresse entre notre union est donc une affaire très grave. »

Lorsqu’Ikrima approcha ainsi de La Mecque, le Messager (s.a.s.) dit à ses Compagnons : « Très bientôt, Ikrima va abandonner la mécréance et venir vers vous en tant que croyant. Ne dites pas de mal de son père. Insulter un mort attriste les vivants et cela ne lui parvient pas. »

Peu après, Ikrima se présenta auprès du Messager d’Allah (s.a.s.) avec son épouse Ummu Hakîm. Dès qu’il le vit, le Messager (s.a.s.) se leva avec joie et s’avança vers lui sans même envelopper ses épaules de son manteau. Puis le Messager (s.a.s.) s’assit. Ikrima, debout devant lui, dit :

« Ô Muhammad ! Ummu Hakîm m’a dit que tu m’avais accordé l’amān. » Le Prophète répondit : « Elle a dit vrai. Tu es en sécurité. » Ikrima dit : « Muhammad, à quoi appelles-tu ? »

Le Messager (s.a.s.) dit : « Je t’appelle à témoigner qu’il n’y a aucune divinité en dehors d’Allah et que moi, Muhammad, je suis le serviteur et le Messager d’Allah. Ensuite, tu accompliras la prière et tu t’acquitteras de la zakât. » Il lui exposa ainsi tous les piliers de l’islam.

Ikrima dit : « Par Allah ! Tu n’appelles qu’à la vérité et tu parles du bien. » Puis il se mit à dire :

« Même avant cet appel, tu étais parmi nous le plus véridique et le plus vertueux. » Puis, en disant : « Ashhadu an lā ilāha illallāhu wa ashhadu annaka ‘abduhu wa rasūluhu », il tendit la main vers le Messager d’Allah (s.a.s.).

Le Messager d’Allah ( صلى الله عليه وسلم ) dit : « Dis : “Je prends Allah à témoin et je prends tous ceux qui sont présents à témoin que je suis musulman, moudjahid et mouhाजir.” »

Ikrima prononça donc ces paroles. Puis le Messager d’Allah ( صلى الله عليه وسلم ) lui dit : « Si tu me demandes aujourd’hui quelque chose que je ne donne à personne d’autre, je te le donnerai. »

Ikrima dit : « Je souhaite que tu demandes à Allah de me pardonner toute l’hostilité que j’ai manifestée envers toi, toutes les batailles où je t’ai affronté et toutes les paroles que j’ai prononcées contre toi, devant toi ou derrière ton dos. »

Le Messager d’Allah ( صلى الله عليه وسلم ) fit cette invocation pour lui : « Ô Allah ! Pardonne-lui toute l’hostilité qu’il a manifestée envers moi et tous les déplacements qu’il a effectués pour se rendre sur les champs de bataille afin d’éteindre Ta lumière. Pardonne-lui également toutes les paroles diffamatoires qu’il a prononcées contre moi, en ma présence ou à mon insu. »

Le visage d’Ikrima rayonna de joie. Il dit : « Ô Messager d’Allah, par Allah ! Tout ce que j’ai dépensé pour faire obstacle au chemin d’Allah, j’en dépenserai le double dans le chemin d’Allah, et pour chaque bataille que j’ai menée afin de faire obstacle au chemin d’Allah, j’en mènerai le double dans le chemin d’Allah. » [At-Tabari, Tarikh, 2/160 ; Al-Bidaya wa an-Nihaya, 4/297 ; Al-A‘lam, 2/269 ; Usud al-Ghaba, 5/577 ; La vie des Compagnons du Messager, 1/205-208]

Dès ce jour, il rejoignit la caravane des combattants œuvrant à l’établissement de la religion d’Allah sur la terre d’Allah et accomplit pleinement l’engagement pris envers le Messager d’Allah ( صلى الله عليه وسلم ) en tombant en martyr lors de la bataille de Yarmouk.

Umm Hakim se rendit en Syrie avec son époux Ikrima pour combattre les Romains. À Yarmouk, les armées romaine et musulmane se firent face, et une bataille acharnée eut lieu. Au cours de cette bataille, les femmes quraychites manièrent l’épée avec une telle bravoure qu’elles surpassèrent même les combattants masculins. Umm Hakim était l’une d’elles. Lors de cette bataille de Yarmouk, Umm Hakim perdit son époux : Ikrima tomba en martyr. [Siyar a‘lam an-nubala, 1/324 ; Al-Isaba, 4/426] Après avoir observé une période de viduité de quatre mois et dix jours, elle reçut des propositions de mariage de nombreux hommes. Yazid ibn Abi Sufyan en faisait partie. Décevant tous les autres prétendants, elle accepta la proposition de Khalid ibn Sa‘id ibn al-As. Le mariage fut célébré avec une dot de quatre cents dinars. Bien que le contrat de mariage fût conclu, les préparatifs de la bataille de Marj as-Saffar, qui devait se dérouler au sud de Damas, commencèrent avant même la nuit de noces. Les soldats musulmans partirent pour cette région. Hadrat Khalid souhaita consommer son mariage avec son épouse avant de partir au combat. Son épouse, Umm Hakim, lui dit : « Il convient d’attendre que ce rassemblement des forces ennemies soit écrasé. »

Khalid dit : « Mon cœur me dit que je tomberai en martyr dans cette bataille. » Umm Hakim ne s’y opposa plus. À Marj as-Saffar, leur nuit de noces eut lieu dans une tente dressée près d’un pont, où ils passèrent la nuit.

Par la suite, ce pont fut appelé « Qantarat Umm Hakîm », le pont d’Umm Hakîm. Le matin, un banquet de noces eut également lieu. À peine le banquet terminé, la guerre contre les Romains éclata. Khâlid (ra) se lança contre l’armée ennemie et, combattant en héros, mourut en martyr. Umm Hakîm (ra) portait encore sa tenue de jeune mariée : du henné sur les mains et du parfum sur le corps. Elle arracha un pieu de la tente où elle avait passé sa nuit de noces et le prit en main. À côté de cette tente, elle engagea le combat contre les soldats romains et, avec ce pieu, en tua sept ce jour-là. [Al-Istî‘âb-4/425 ; Târîkh Dimashq-506 ; Usud al-Ghâba-5/577 ; A‘lâm an-Nisâ-1/281 ; Al-Isâba-4/426]

Umm Hakîm (ra), devenue de nouveau veuve, retourna à Médine. Le calife ‘Umar (ra) l’épousa, et c’est là qu’elle lui donna une fille, Fâtima bint ‘Umar. Cette Fâtima épousa le fils de Zayd ibn al-Khattâb, l’oncle paternel de son père. [At-Tabarî, Târîkh-2/564 ; Adh-Dhahabî, Târîkh-3/274 ; Nasab Quraysh-303]

À la lumière de divers événements, il apparaît qu’Umm Hakîm (ra) mourut du vivant de son époux ‘Umar (ra), pendant même son califat. L’érudit az-Ziriklî indique avec précision qu’elle mourut en l’an 14 de l’Hégire. [Nisâ min Athar an-Nubuwwah-489]

Umâma bint Abîl ‘Âs ((ra))


La principale qualité d’Umâma (ra) est d’être la petite-fille du noble Messager de Dieu (saw). Son père était Abû al-‘Âs (ra) ibn ar-Rabî‘ et sa mère Zaynab (ra), fille du Messager de Dieu (saw). Umâma naquit à La Mecque du vivant de son grand-père maternel. Bien avant sa naissance, sa grand-mère maternelle, la Mère des croyants Khadîja al-Kubrâ (ra), était décédée. La grand-mère paternelle d’Umâma était Hâla bint Khuwaylid, la sœur cadette de Khadîja (ra). Sa mère mourut en l’an 8 de l’Hégire et son père en l’an 12. [Tarâjim Sayyidât Bayt an-Nubuwwah-536-537]

Son grand-père, le noble Messager de Dieu (saw), aimait énormément la petite Umâma. Il la gardait constamment auprès de lui, même pendant la prière. Il arrivait parfois que le Messager (saw) la fasse asseoir sur ses épaules et se mette à prier. Lorsqu’il s’inclinait, il la déposait de ses épaules. Puis, en se prosternant, il la plaçait sur sa tête et, en se relevant de la prosternation, la reprenait sur ses épaules. C’est ainsi qu’il achevait sa prière. Ce comportement permet de mesurer quelque peu l’intensité de son affection pour Umâma.

Le Compagnon du Messager de Dieu, Abû Qatâda (ra), raconte : « Un jour, après que Bilâl eut lancé l’appel à la prière, nous attendions la prière de zuhr — ou, selon une autre version, celle de ‘asr — lorsque le Messager (saw) arriva parmi nous en portant Umâma bint Abî al-‘Âs sur ses épaules. Le Messager (saw) se leva pour prier et nous nous levâmes également derrière lui. Umâma était toujours assise de la même manière sur les épaules de son grand-père. »

Lorsque le Messager (saw) s’inclinait, il la déposait de ses épaules et la posait à terre. Après avoir achevé l’inclinaison et la prosternation, lorsqu’il se relevait, il la prenait de nouveau et la plaçait sur ses épaules. Il faisait ainsi à chaque rak‘a et achevait sa prière. [Sunan an-Nasâ’î-2/45, 3/10 ; Tabaqât-8/232 ; Al-Isâba-4/236 ; Hayât as-Sahâba-2/482]

Umm al-Mu’minîn ‘Aïcha (r.a.) a rapporté : le Négus d’Abyssinie envoya au Messager d’Allah (s.a.w.) des bijoux en or en cadeau, parmi lesquels se trouvait également une bague en or. Le Prophète (s.a.w.) la donna à Umâma.[Nisâ min ‘Asr an-Nubuwwah-289]

L’intensité de l’affection du Messager d’Allah (s.a.w.) pour Umâma peut également être devinée à travers un autre événement. Un jour, un collier en or serti de perles parvint au Messager d’Allah (s.a.w.). Il entra chez lui, le collier à la main, le montra à ses épouses et dit : « Regardez donc, qu’en pensez-vous ? » Elles répondirent toutes : « Il est magnifique ! Nous n’avons jamais vu de collier plus beau auparavant. » Le Messager (s.a.w.) dit : « Je le mettrai au cou de celle qui m’est la plus chère parmi les membres de ma famille. » ‘Aïcha (r.a.) pensa en elle-même : « Qui sait s’il ne va pas le mettre au cou d’une autre épouse plutôt qu’au mien ? » Les autres épouses pensèrent elles aussi qu’il reviendrait peut-être à ‘Aïcha (r.a.). Pendant ce temps, la petite Umâma jouait par terre non loin de son grand-père et de ses grands-mères. Le Messager (s.a.w.) s’avança et lui passa le collier autour du cou.[Al-Istî‘âb-4/238 ; Usud al-Ghâba-5/400 ; As-Sîra al-Halabiyya-2/452 ; Durr as-Sahâba fî Manâqib al-Qarâba wa-s-Sahâba-535 ; A‘lâm an-Nisâ-1/77]

Le père de la vénérable Umâma, Abû al-‘Âs ibn ar-Rabî‘ (r.a.), mourut en l’an 12 de l’Hégire. Avant sa mort, il avait exprimé le souhait de marier Umâma à son cousin maternel, Az-Zubayr ibn al-‘Awwâm. Entre-temps, la tante maternelle d’Umâma, la vénérable Fâtima (r.a.), mourut également. Avant sa mort, elle demanda à son époux ‘Alî de l’épouser après elle. Puis Umâma atteignit l’âge du mariage. Az-Zubayr ibn al-‘Awwâm (r.a.) entreprit de réaliser le dernier souhait de la vénérable Fâtima (r.a.). C’est par sa médiation que le mariage d’Umâma (r.a.) avec ‘Alî (r.a.) fut célébré. C’était sous le califat de l’Émir des croyants, ‘Umar (r.a.).

Elle vécut maritalement avec ‘Alî (r.a.) jusqu’à l’an 40 de l’Hégire. Durant cette période, diverses tempêtes et épreuves traversèrent la vie de ‘Alî (r.a.). Finalement, en l’an 40 de l’Hégire, il fut grièvement blessé par un assassin. Il rendit son dernier souffle des suites de cette blessure. Avant sa mort, il dit à son épouse Umâma : « Après moi, si tu ressens le besoin d’un homme, tu peux épouser al-Mughîra ibn Nawfal. » Il dit également à al-Mughîra qu’après sa mort, il devait épouser Umâma. Il craignait qu’après sa mort, Mu‘âwiya (r.a.) ne demande Umâma en mariage. Cette crainte se réalisa. Il mourut. Umâma acheva sa période de ‘idda, c’est-à-dire le délai d’attente prescrit. Le vénérable Mu‘âwiya (r.a.) ne tarda nullement. Il écrivit à Marwân : « Envoie de ma part une demande en mariage à Umâma et dépense à cette occasion mille dinars. » La nouvelle parvint aux oreilles d’Umâma (r.a.). Elle dit aussitôt par l’intermédiaire de quelqu’un à al-Mughîra : « Si vous me désirez, venez rapidement. » Il se présenta, et le mariage fut conclu par la médiation du vénérable al-Hasan ibn ‘Alî (r.a.).[Al-Isâba-4/237] Elle mourut alors qu’elle était l’épouse de cet al-Mughîra, sous le califat de Mu‘âwiya (r.a.). Umâma (r.a.) n’eut pas d’enfant dans la maison de ‘Alî (r.a.). Cependant, elle eut un fils dans la maison d’al-Mughîra et le nomma Yahyâ. C’est pourquoi la kunya d’al-Mughîra devint Abû Yahyâ.[Même source ; Usud al-Ghâba-5/400 ; A‘lâm an-Nisâ-1/77] Toutefois, certains ont affirmé qu’elle n’eut pas non plus d’enfant dans la maison d’al-Mughîra. Ils disent qu’entre les filles du Messager d’Allah (s.a.w.), seule Fâtima (r.a.) eut une descendance qui se perpétua. Il est possible qu’elle ait donné à al-Mughîra un enfant nommé Yahyâ, mais que celui-ci soit mort en bas âge. Avec la mort d’Umâma s’éteignit la descendance de Zaynab (r.a.), fille du Prophète, car son fils ‘Alî était mort avant elle.[Tarâjim Sayyidât Banât an-Nubuwwah-538 ; Nisâ min ‘Asr an-Nubuwwah-280]

Khawla bint Hakîm ((r.a.))


La vénérable Khawla (r.a.) était la fille de Hakîm ibn Umayya, de la tribu mecquoise des Banû Sulaym. Sa kunya était Umm Surayk.[At-Tabaqât-8/158 ; Al-Istî‘âb-4/281 ; Usud al-Ghâba-5/444 ; Tahdhîb at-Tahdhîb-12/415] Son identité la plus éminente est d’avoir été l’épouse du célèbre Compagnon ‘Uthmân ibn Maz‘ûn (r.a.). Ce ‘Uthmân (r.a.) comptait parmi les dirigeants les plus éminents des Muhâjirûn qui émigrèrent à Médine. Il mourut à Médine après la bataille de Badr. Le Messager (s.a.w.) dirigea la prière funéraire sur lui et l’inhuma dans le cimetière d’al-Baqî‘, à Médine. Il fut le premier Compagnon à être enterré dans le cimetière d’al-Baqî‘. Khawla (r.a.) était apparentée au Messager de Dieu (s.a.w.) par sa tante maternelle.[Musnad Ahmad-6/409]

À l’époque des débuts de la prédication islamique à La Mecque, elle fut l’une des quelques femmes et hommes qui embrassèrent l’islam les premiers. Elle épousa ‘Uthman ibn Maz‘un (qu’Allah l’agrée) avant même d’embrasser l’islam. Il est probable que les deux époux aient embrassé l’islam en même temps. Après avoir embrassé l’islam, elle goûta pleinement à la douceur de la foi, et la lumière de la vérité déchira tous les voiles qui couvraient ses yeux. Elle se rapprocha du Messager d’Allah (que Dieu le bénisse et lui accorde la paix) et se consacra à son service. Le fait d’être sa parente rendait cette tâche encore plus facile. À La Mecque, elle s’enquérait chaque jour de la maison du Messager d’Allah (que Dieu le bénisse et lui accorde la paix), ainsi que de toutes ses affaires, de ses difficultés comme de ses facilités. Après s’être rendue à Médine, elle poursuivit cette activité jusqu’à la fin de sa vie. Sa participation à plusieurs événements majeurs de la vie du Messager d’Allah (que Dieu le bénisse et lui accorde la paix) lui conféra une distinction particulière. Ibn ‘Abd al-Barr (qu’Allah lui fasse miséricorde), en la présentant, a dit : (Arabe*****************)« C’était une femme vertueuse et douée de qualités. » Le calife ‘Umar ibn ‘Abd al-‘Aziz (qu’Allah lui fasse miséricorde) la qualifia lui aussi de femme vertueuse. En rapportant un épisode, il la mentionna ainsi : (Arabe**************)[Al-Isaba, 4/293]

« Khawla bint Hakim, l’épouse de ‘Uthman ibn Maz‘un, a été considérée comme une femme vertueuse. »

Ainsi, de nombreux spécialistes de la sîra l’ont également décrite comme une femme vertueuse.

Khadija (qu’Allah l’agrée) était la première épouse et l’épouse bien-aimée du noble Messager d’Allah (que Dieu le bénisse et lui accorde la paix). Durant toute la vie mecquoise du Messager d’Allah (que Dieu le bénisse et lui accorde la paix), elle fut sa compagne inséparable dans toutes les épreuves. À chaque moment de crise, elle réconfortait son époux, lui témoignait sa compassion et l’aidait, en restant à ses côtés, à surmonter tous les obstacles. Après la disparition d’une épouse et amie aussi intime, le Messager (que Dieu le bénisse et lui accorde la paix) devint profondément accablé et affligé. De plus, Khadija était la mère des enfants du Messager d’Allah et s’occupait du foyer. En son absence, il devint difficile d’élever les enfants privés de leur mère et de tenir la maison. En outre, les vexations et les persécutions des polythéistes s’intensifièrent. L’état du Messager d’Allah (que Dieu le bénisse et lui accorde la paix) préoccupait profondément ses Compagnons.

À une telle période difficile de la vie du noble Messager d’Allah (que Dieu le bénisse et lui accorde la paix), Khawla vint un jour le voir et, le trouvant accablé, lui dit spontanément : « Ô Messager d’Allah ! J’ai l’impression que, depuis la disparition de Khadija, vous êtes affligé et ressentez son absence. » Le Messager (que Dieu le bénisse et lui accorde la paix) répondit : « Oui, c’est exact. Elle était la mère de mes enfants et la maîtresse de la maison. » Au cours de leur conversation, Khawla finit par lui dire avec le plus grand respect : « Ô Messager d’Allah ! Vous devriez vous remarier. » Le Messager (que Dieu le bénisse et lui accorde la paix) demanda : « Qui est la candidate ? » Khawla répondit : « Il y a aussi bien une veuve qu’une vierge. Nous pouvons parler de celle qui vous plaira. » Il demanda de nouveau : « Qui est la candidate ? » Khawla répondit : « La veuve est Sawda bint Zam‘a, et la vierge est Aïcha, la fille d’Abou Bakr. » Le Messager (que Dieu le bénisse et lui accorde la paix) dit : « Oui, les femmes sont plus aptes à entreprendre cette démarche. [Tabaqat, 8/57 ; Sîrat Aïcha, p. 24] Va donc présenter ma proposition à toutes deux. »

Les sources divergent quelque peu quant à savoir si, après avoir obtenu l’accord du Messager d’Allah (que Dieu le bénisse et lui accorde la paix), Khawla se rendit d’abord chez Aïcha ou chez Sawda. Quoi qu’il en soit, elle se rendit chez Sawda et, dès qu’elle la vit, s’exclama : « Quel bien et quelle prospérité Allah a-t-Il donc accordés en toi ? » Sawda demanda : « Pourquoi dis-tu cela ? » Elle répondit : « Le Messager d’Allah (que Dieu le bénisse et lui accorde la paix) m’a envoyée te demander en mariage. » Sawda dit : « Je voudrais que tu en parles à mon père. »

Le père de Sawda (qu’Allah l’agrée) était alors à l’extrémité de sa vie. Il s’était entièrement retiré de toute activité mondaine. Khawla se présenta devant lui et le salua selon la coutume de l’époque de l’Ignorance en disant : « ‘An‘im sabahan » (« Bonjour »).

Le vieillard demanda : « Qui es-tu ? » Khawla répondit : « Je suis Khawla bint Hakim. » Le vieillard lui souhaita la bienvenue et la fit asseoir près de lui. Khawla lui présenta la proposition de mariage en ces termes : « Muhammad ibn ‘Abd Allah ibn ‘Abd al-Muttalib a demandé Sawda en mariage. » Le vieillard dit : « C’est un parti très noble. Qu’en dit ton amie Sawda ? » Khawla répondit : « Elle est d’accord. » Le vieillard demanda qu’on appelle Sawda. Lorsqu’elle se présenta, il lui dit : « Ma fille ! Cette jeune femme (Khawla) dit que Muhammad ibn ‘Abd Allah l’a envoyée te demander en mariage. C’est un noble prétendant. Je souhaite te marier avec lui ; es-tu d’accord ? » Sawda répondit : « Oui, je suis d’accord. » Alors le vieillard dit à Khawla : « Va chercher Muhammad et amène-le ici. » Le Messager (que Dieu le bénisse et lui accorde la paix) se présenta en tenue de marié, et le père de Sawda la lui donna en mariage. [Al-Tabari, Tarikh, 2/211 ; Al-Bidaya wa an-Nihaya, 2/130 ; Adh-Dhahabi, Tarikh, 1/166 ; Ansab al-Ashraf, 1/408 ; Musnad Ahmad, 6/210 ; Tabaqat, 8/53]

Après avoir obtenu l’accord du Noble Messager d’Allah (qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix), Khawla se rendit chez Abû Bakr et rencontra Umm Rûmân, la mère de ‘Â’isha (qu’Allah l’agrée), à qui elle dit : « Umm Rûmân ! Quel bien et quelle prospérité Allah a-t-Il donc accordés à votre maison ? » Elle répondit : « Pourquoi dis-tu cela ? » Khawla dit : « Le Messager d’Allah m’a envoyée vous proposer le mariage de ‘Â’isha. » Umm Rûmân répondit : « Attends un peu ; Abû Bakr ne va pas tarder à rentrer. » Abû Bakr revint chez lui et Khawla lui soumit la proposition. Il convient de préciser que, selon la coutume des Arabes de la période antéislamique, ils ne considéraient pas comme licite le mariage avec les filles de leurs frères germains ; de même, ils ne jugeaient pas convenable d’épouser les filles de leurs demi-frères, de leurs cousins ou de leurs frères adoptifs. En entendant cette proposition, Abû Bakr dit donc : « Khawla ! ‘Â’isha est la nièce du Messager d’Allah. Comment ce mariage pourrait-il donc avoir lieu ? » Khawla revint alors auprès du Messager d’Allah et l’interrogea à ce sujet. Le Messager (qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix) répondit : « Abû Bakr est mon frère en religion. Le mariage avec les filles de tels frères est permis. » Abû Bakr accepta la proposition et dit à Khawla d’amener le Messager d’Allah. Khawla l’accompagna donc auprès d’Abû Bakr, et le mariage fut conclu. [Sahîh al-Bukhârî, Bâb tazwîj as-sighâr min al-kibâr ; Ibn Kathîr, As-Sîra an-Nabawiyya, 1/316 ; La vie des Compagnons du Messager, 5/56]

Le mari de Khawla, ‘Uthmân ibn Maz‘ûn (qu’Allah l’agrée), fut l’un des premiers musulmans de La Mecque. Il subit de nombreuses persécutions de la part des polythéistes. Il émigra également en Abyssinie, puis revint à La Mecque quelque temps plus tard. On ne trouve aucune mention d’une émigration de Khawla en Abyssinie. Si le mariage de Khawla avec ‘Uthmân ibn Maz‘ûn (qu’Allah l’agrée) eut lieu dès les débuts de l’islam, elle dut elle aussi, en tant que membre de la famille de ‘Uthmân, être écrasée sous le poids des persécutions et des sévices infligés par les Qurayshites. Mais on ne dispose d’aucune information à ce sujet. On sait toutefois qu’elle émigra avec son mari à Médine.

‘Uthmân ibn Maz‘ûn (qu’Allah l’agrée) était profondément porté par nature vers le monachisme et l’ascétisme. L’adoration et les veillées nocturnes étaient ses activités préférées. Il priait toute la nuit et jeûnait également la plupart des jours de l’année. Il avait réservé une pièce de sa maison à l’adoration, où il se consacrait à la retraite spirituelle jour et nuit. À un moment donné, il en vint à se désintéresser totalement de son épouse et de ses enfants. Khawla (qu’Allah l’agrée) avait l’habitude de se rendre dans les appartements du Prophète et de prendre des nouvelles de ses épouses. Un jour, elle s’y rendit. Les épouses du Prophète (qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix), voyant ses vêtements négligés, lui demandèrent : « Pourquoi es-tu dans cet état ? Ton mari est pourtant un homme fortuné parmi les Qurayshites. » Elle répondit : « Quelle relation ai-je avec lui ? Il jeûne le jour et prie la nuit. » Les épouses en informèrent le Messager d’Allah. Celui-ci se rendit aussitôt chez ‘Uthmân ibn Maz‘ûn et lui dit : « Ô ‘Uthmân ! Ma vie ne constitue-t-elle pas pour toi un modèle ? » ‘Uthmân répondit : « Que mon père et ma mère soient sacrifiés pour toi ! Pourquoi dis-tu cela ? » Le Messager (qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix) dit : « Tu jeûnes durant le jour et tu passes toute la nuit debout en prière. » Il répondit : « Oui, c’est bien ce que je fais. » Le Prophète lui dit alors : « Ne fais plus cela. Ton œil a un droit sur toi, ton corps a un droit sur toi et ta famille a un droit sur toi. Prie, repose-toi, jeûne et romps ton jeûne. » Après cette recommandation, son épouse Khawla se rendit de nouveau un jour dans les appartements du Prophète. Ce jour-là, elle était parée comme une jeune mariée, et un parfum se dégageait de son corps. [Siyar a‘lâm an-nubalâ’, 1/157-158 ; Nisâ’ min ‘asr an-nubuwwa, 16]

Khawla (qu’Allah l’agrée) était une femme éloquente. Elle s’exprimait dans une langue pure et limpide. Elle possédait une grande délicatesse de sentiments et d’émotions. Il est également attesté qu’elle composait de la poésie. Après la mort de son mari, ‘Uthmân (qu’Allah l’agrée), elle composa une élégie funèbre dont voici quelques vers :(Arabe *****************) [Nisâ’ min ‘asr an-nubuwwa, 169 ; Hayât as-sahâba, 2/611]

« Ô mes yeux ! Versez sans cesse des larmes

sur le grand malheur qui a frappé ‘Uthmân ibn Maz‘ûn.

Pour celui qui passait ses nuits à rechercher l’agrément de son Créateur,

bonne nouvelle à ce mort qui a été enseveli. »

Pour lui, Baqî a offert une demeure, et les arbres ont dispensé leur ombre,

sa terre s’est illuminée après être restée une terre pierreuse,

accablant le cœur d’une douleur dont la fin ne viendra qu’avec la mort.

Les veines de mes larmes s’épuiseront à force de pleurer pour lui. »

Après être devenue veuve durant la deuxième année de l’Hégire, Khawla (qu’Allah l’agrée) ne se remaria pas. Elle demeura constamment accablée de tristesse. Les récits des recueils de hadiths et de la Sîra nous apprennent que plusieurs femmes s’étaient spontanément proposées au Prophète (paix et bénédictions d’Allah sur lui) en vue du mariage. Aïcha (qu’Allah l’agrée) dit que Khawla était l’une d’elles. Urwa ibn az-Zubayr (qu’Allah l’agrée) rapporte : « Nous disions entre nous que Khawla s’était elle-même proposée au Messager d’Allah (paix et bénédictions d’Allah sur lui). » C’était une femme vertueuse. Ibn Abbas (qu’Allah l’agrée) dit qu’il n’accepta aucune des femmes qui s’étaient offertes au Messager d’Allah (paix et bénédictions d’Allah sur lui), bien qu’Allah Très-Haut eût donné au Prophète (paix et bénédictions d’Allah sur lui) le choix d’accepter une telle femme. Cette faculté ne lui avait été accordée qu’à lui seul. Allah dit :(Arabe *****************)[Sourate al-Ahzab, 50]

« Toute femme croyante qui s’offre au Prophète et que le Prophète désire épouser lui est également licite. » [Tafsîr al-Qurtubî et Tafsîr Ibn Kathîr — sourate al-Ahzab, versets 50-51 ; Al-Bidâya wa an-Nihâya, 5/259 ; at-Tabaqât, 8/158 ; al-Bayhaqî, Dalâ’il an-Nubuwwa, 7/287]

Dans le verset précité, Allah, Seigneur des mondes, a qualifié ces femmes de croyantes. C’est pour elles un immense motif de fierté, d’honneur et de réussite. Khawla (qu’Allah l’agrée) a elle aussi été honorée de cette fierté et de cet honneur.

Elle eut également l’honneur de participer au jihâd aux côtés du Messager d’Allah (paix et bénédictions d’Allah sur lui). Elle prit part à l’expédition de Taïf. À cette occasion, elle demanda au Messager d’Allah (paix et bénédictions d’Allah sur lui) : « Ô Messager d’Allah ! Si Taïf est conquise, me donnerez-vous les bijoux de Bâdiya bint Ghailân ou de Fâri‘a bint ‘Aqîl ? » Il convient de préciser que les bijoux de ces deux femmes étaient les plus beaux et les plus précieux parmi ceux des femmes de la tribu des Thaqîf. Le Messager (paix et bénédictions d’Allah sur lui) lui répondit : « Je n’ai pas encore reçu de permission à leur sujet et je ne pense pas que nous les vaincrons dès maintenant. » Khawla (qu’Allah l’agrée) sortit de chez le Messager d’Allah (paix et bénédictions d’Allah sur lui) et rapporta ces paroles à Umar ibn al-Khattab (qu’Allah l’agrée). Umar (qu’Allah l’agrée) se rendit auprès du Messager d’Allah (paix et bénédictions d’Allah sur lui) et lui dit : « Ô Messager d’Allah ! Quelle est cette parole que Khawla a rapportée et qu’elle pense que vous avez prononcée ? » Le Messager (paix et bénédictions d’Allah sur lui) répondit : « C’est bien ce que j’ai dit. » Umar (qu’Allah l’agrée) demanda : « Dois-je annoncer le départ ? » Le Messager (paix et bénédictions d’Allah sur lui) répondit : « Oui, annonce-le. » Umar annonça le départ. [Ibn Hichâm, as-Sîra, 2/484 ; Usd al-Ghâba, 5/444 ; al-Isâba, 4/291 ; as-Sîra al-Halabiyya, 3/81-82]

Hazrat Khawla (r.a.) avait également mémorisé certains hadiths du noble Messager d’Allah (s.a.w.). Au total, quinze (15) hadiths ont été rapportés par son intermédiaire. L’imam Muslim, at-Tirmidhi, an-Nasaï et Ibn Maja les ont cités dans leurs recueils. Hazrat Sa‘d ibn Abi Waqqas (r.a.), Sa‘id ibn al-Musayyib, Bishr ibn Sa‘id, ‘Urwa (r.h.) et bien d’autres ont rapporté des hadiths d’après elle.[Nisa’min Asr an-Nubuwah-170 ; Sahabiyyah-251]

Khawla bint Tha‘laba ((r.a.))


Le père de Hazrat Khawla (r.a.) s’appelait Tha‘laba ibn Asram. Ibn Hajar a indiqué que le nom de son père était Malik et celui de son grand-père Tha‘laba.[Al-Isaba-4/289] Elle était issue des Banu ‘Awf de la tribu médinoise des Khazraj. Certains ont dit que son nom était Khuwaila plutôt que Khawla.[Tabaqat-8/387 ; Tahdhib at-Tahdhib-12/414 ; Usd al-Ghaba-5/442] Elle embrassa l’islam au début de la propagation de l’islam à Médine. Après l’arrivée du Messager d’Allah (s.a.w.) à Médine, elle lui prêta serment d’allégeance. Sa famille était une famille islamique. Ses trois frères, Bahhath, ‘Abdullah et Yazid (r.a.), étaient tous de célèbres Compagnons ansarites. Ils avaient embrassé l’islam au tout début de sa propagation à Médine. Son mari était Aws ibn as-Samit (r.a.), frère de ‘Ubada ibn as-Samit (r.a.), le chef de la tribu médinoise des Khazraj. Cet Aws (r.a.) participa aux côtés du Messager d’Allah (s.a.w.) à toutes les batailles, notamment Badr, Uhud et al-Khandaq. C’était un poète. Il mourut à Ramallah, en Palestine, en l’an 32 de l’Hégire, à l’âge de 72 ans.[Tabaqat-3/547 ; Tahdhib al-Asma wa al-Lughat-1/129]

‘Abdullah ibn ‘Abbas (r.a.) rapporte que, à l’époque islamique, le cas de zihar fut commis pour la première fois par Aws ibn as-Samit.[Ibn Qutayba, Al-Ma‘arif-255] Or, son épouse était Khawla bint Tha‘laba (r.a.).

Il arrivait souvent chez les Arabes de la période préislamique que, lorsqu’une légère mésentente ou une dispute survenait entre les époux, le mari, pris de colère, dise : (Arabe **********)— Le sens littéral de cette phrase est : « Tu es pour moi comme le dos de ma mère. » Le sens manifeste de ces paroles est qu’il ne considère désormais plus sa propre épouse comme son épouse, mais la compte parmi les femmes qui lui sont interdites. En terminologie juridique islamique, le fait de prononcer une telle parole est appelé « zihar »Arabe******) . En arabe, Arabe****)le mot (Arabe******)est dérivé de . Son sens courant est une monture, c’est-à-dire ce sur quoi l’on monte. En arabe, l’animal de monture est appelé « zahr », car on monte sur son dos. Les Arabes de la période préislamique disaient, dans l’intention de rendre leur épouse illicite pour eux : « Te faire de ma femme une monture est pour moi aussi illicite que de faire de ma mère une monture. » C’est pourquoi, dans leur terminologie, le fait de prononcer une telle phrase ou expression était appelé « zihar ». Chez les Arabes de la période préislamique, une telle phrase était considérée comme équivalant à l’annonce d’une rupture plus forte que le divorce lui-même. En effet, pour eux, cela signifiait que le mari ne rompait pas seulement le lien conjugal avec son épouse, mais la rendait également illicite pour lui comme sa mère. Ainsi, dans la société arabe, il existait encore un moyen de reprendre son épouse après un divorce, mais après avoir prononcé le « zihar », aucune voie ne restait ouverte.[Tafhim al-Qur’an, Tafsir, sourate al-Mujadala-16/183]

Les traditionnistes ont rapporté, par diverses chaînes de transmetteurs, le récit détaillé du zihar de Hazrat Aws. Le résumé et l’essentiel de ces récits sont qu’en vieillissant, Aws (r.a.) était devenu quelque peu irritable. Selon certains récits, il était même tombé dans un état de folie. Pour décrire cela, les transmetteurs du hadith ont employé l’expression suivante : (Arabe************) . En arabe, ce (Arabe******)mot ne signifie pas exactement la folie ; il désigne plutôt un état semblable à ce que nous voulons exprimer lorsque nous disons : « Untel est devenu fou de colère. » En raison de cet état de caractère et d’humeur, il avait déjà prononcé plusieurs fois le zihar à l’encontre de son épouse. Mais après avoir embrassé l’islam, il recommença à agir ainsi à la suite d’une dispute avec elle.

Ensuite, son épouse Khawla (r.a.) se rendit auprès du noble Messager d’Allah (s.a.w.) et, après lui avoir exposé toute l’affaire, lui demanda : Ô Messager d’Allah ! Dans ces circonstances, existe-t-il un moyen de préserver ma vie et celle de mes enfants d’une terrible épreuve ?

Les différents transmetteurs ont rapporté en des termes variés ce que le noble Prophète (s.a.w.) lui répondit. Selon certains récits, sa réponse fut : « Jusqu’à présent, aucun ordre ne m’a été donné à ce sujet. » Dans un autre récit, il aurait dit : « Je pense que tu es devenue illicite pour ton mari. » Selon un autre encore, il lui dit : « Tu es devenue illicite pour lui. » En entendant ces réponses, Hazrat Khawla se mit à pleurer, à se lamenter et à implorer avec une grande intensité.

Elle continua à dire au Prophète (paix et bénédictions d’Allah sur lui) : « Il n’a pourtant pas prononcé le mot “répudiation”. Indiquez-moi donc une solution qui puisse préserver mes enfants et la vie de mon mari âgé d’un terrible malheur. » Mais chaque fois, le Noble Prophète (paix et bénédictions d’Allah sur lui) continuait de lui donner une réponse identique et de même nature. Finalement, Khawla (qu’Allah l’agrée) leva les mains et se mit à invoquer : « Ô Allah ! Je Te fais part de ma grande souffrance et de la douleur intense que me cause la séparation d’avec mon mari. Ô Allah ! Fais sortir de la bouche de Ton Prophète (paix et bénédictions d’Allah sur lui) une parole qui soit bénéfique pour nous. » Aïcha (qu’Allah l’agrée) raconte : « Alors se produisit une scène telle que moi-même et tous ceux qui étaient présents éclatâmes en sanglots devant les supplications poignantes et les plaintes déchirantes de Khawla. »

À ce moment-là, l’état de révélation de la Révélation au Noble Messager (paix et bénédictions d’Allah sur lui) apparut. Aïcha (qu’Allah l’agrée) dit joyeusement à Khawla (qu’Allah l’agrée) : « Khawla, Allah va très bientôt rendre Sa décision au sujet de ton affaire. » Ce fut pour elle un moment extrêmement difficile. Ballottée entre l’espoir et le désespoir, elle devint très anxieuse. Elle en vint à craindre qu’un ordre de séparation ne soit révélé et que, de chagrin, elle n’en perde la vie. Mais lorsqu’elle regarda le visage souriant du Messager d’Allah (paix et bénédictions d’Allah sur lui), elle reprit espoir. Sous l’effet de sa joie, elle se leva. Alors le Messager (paix et bénédictions d’Allah sur lui) dit : « Khouwaila ! Allah a révélé une révélation à ton sujet et au sujet de ton compagnon. » Puis il récita :(Arabe ********************)[Sourate Al-Mujâdala, 1-4]

« Allah a certes entendu la parole de celle qui discutait avec toi au sujet de son époux et qui se plaignait à Allah. Allah entendait votre conversation à tous deux. Allah est certes Celui qui entend tout et qui voit tout. Ceux d’entre vous qui répudient leurs femmes en les assimilant à leurs mères, celles-ci ne sont nullement leurs mères. Leurs mères ne sont que celles qui les ont enfantés. Ils prononcent certes une parole blâmable et mensongère. Allah est certes Pardonneur et Indulgent. Ceux qui assimilent leurs femmes à leurs mères, puis reviennent sur ce qu’ils ont dit, devront affranchir un esclave avant d’avoir de nouveau des rapports l’un avec l’autre. Voilà ce qui vous est prescrit. Allah est parfaitement informé de ce que vous faites. Celui qui n’en a pas les moyens devra jeûner consécutivement deux mois avant d’avoir de nouveau des rapports l’un avec l’autre. Et celui qui n’en est pas capable devra nourrir soixante nécessiteux. Il en est ainsi afin que vous croyiez en Allah et en Son Messager. Telles sont les limites fixées par Allah. Et les mécréants subiront un châtiment douloureux. »

Après la révélation de ces versets, le Messager (paix et bénédictions d’Allah sur lui) dit à Khawla : « Demande à ton mari d’affranchir un esclave. » Khawla répondit : « Ô Messager d’Allah ! Il n’a pas les moyens d’affranchir un esclave. » Le Prophète (paix et bénédictions d’Allah sur lui) dit : « Il devra alors jeûner consécutivement deux mois. » Khawla répondit : « Mais il est vieux ; comment pourrait-il jeûner ? S’il ne mange et ne boit pas deux ou trois fois par jour, sa vue commence à baisser. » Le Prophète (paix et bénédictions d’Allah sur lui) dit : « Il devra alors nourrir soixante nécessiteux. »

Khawla dit : « Il n’en a pas les moyens financiers. Toutefois, cela pourrait être fait si vous l’aidiez. » Alors le Noble Prophète (paix et bénédictions d’Allah sur lui) donna la quantité de nourriture nécessaire pour nourrir soixante nécessiteux deux fois par jour. Selon certains récits, Khawla (qu’Allah l’agrée) donna elle-même à son mari, sur ses propres biens, une quantité exactement équivalente à celle que le Noble Prophète (paix et bénédictions d’Allah sur lui) lui avait donnée, afin qu’il acquitte son expiation. [Al-Isâba, 4/290]

L’épouse, Khawla, était donc partie auprès du Messager d’Allah (paix et bénédictions d’Allah sur lui) afin de connaître la décision concernant le zihâr. De son côté, son mari Aws (qu’Allah l’agrée) se tenait anxieusement à la porte de la maison, attendant son retour. Sa poitrine tremblait d’hésitation et d’inquiétude ; il se demandait quelle décision elle allait rapporter. À un moment, apercevant Khawla au loin, il lui cria avec agitation : « Khawla, qu’est-ce qui s’est passé ? »

Khawla répondit : « Tout va bien. Tu es fortuné. » Puis elle lui rapporta la décision du Messager d’Allah (paix et bénédictions d’Allah sur lui) et il acquitta cette expiation. [At-Tabaqât, 8/379-380 ; Sajarât adh-Dhahab, 1/138-139 ; Ansâb al-Ashrâf, 1/251 ; Tafhîm al-Qur’ân, 16/185-186]

Allah Très-Haut honora Khawla (qu’Allah l’agrée) en révélant, en réponse à sa plainte, les versets susmentionnés de la sourate Al-Mujâdala. Il n’y exposa pas seulement la règle du zihâr et les dispositions destinées à la soulager de sa souffrance et de sa peine ; pour la réconforter, Il dit dès le début : « J’ai entendu la parole de celle qui discutait avec toi au sujet de son époux. » Aïcha As-Siddîqa (qu’Allah l’agrée) dit : « Gloire à Celui qui entend toutes les voix et les supplications de chacun. Lorsque Khawla bint Tha‘laba se plaignait auprès du Messager d’Allah (paix et bénédictions d’Allah sur lui) au sujet de son mari, j’étais présente. Pourtant, bien que je fusse si proche, je ne pouvais entendre certaines de ses paroles. Mais Allah Très-Haut les a toutes entendues. » [Tafsîr Al-Qurtubî et Tafsîr Ibn Kathîr, commentaire de la sourate Al-Mujâdala, versets 1-4] Après la révélation de ces versets, Khawla (qu’Allah l’agrée) fut appelée « Al-Mujâdila » — celle qui discute.

Khawla était l’une des femmes les plus éloquentes parmi les Ansar. Elle excellait à exprimer des paroles décisives dans une langue ornée et d’une manière remarquable. À ce propos, on peut présenter ici quelques exemples du langage et de la manière dont elle exposa sa plainte contre son mari devant le Messager d’Allah (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui). Elle dit :(Arabe*************************) [Nisâ min athâr an-nubuwwah-405 ; Hayât as-Sahâba-3/31]

« Ô Messager d’Allah ! Il a joui de mes biens et a consumé ma jeunesse en en profitant. J’ai étendu mon ventre pour lui. Mais maintenant que j’ai vieilli et que je ne peux plus avoir d’enfants, il a pratiqué le zihâr à mon égard. »

C’est un récit concis, mais qui possède une véritable beauté artistique et le pouvoir de retenir l’attention. Le fait que sa plainte ait été entendue et acceptée par Allah, et qu’un décret favorable ait été promulgué sans délai par Lui, lui valut une considération et un rang particuliers dans la société des Compagnons. Il est rapporté dans un hadith transmis par Ibn Abî Hâtim et al-Bayhaqî que ‘Umar (qu’Allah l’agrée) se rendait un jour quelque part avec plusieurs de ses compagnons. En chemin, une femme lui barra la route. ‘Umar resta debout, baissa la tête et l’écouta longuement. Il demeura debout jusqu’à ce qu’elle eût terminé. L’un de ses compagnons s’écria : « Vous faites attendre ici les notables de Quraysh à cause de cette vieille femme ! » ‘Umar (qu’Allah l’agrée) répondit : « Savez-vous qui est cette femme ? C’est Khawla bint Tha‘laba. C’est une femme dont la plainte a été entendue au-dessus du septième ciel. Par Allah ! Même si elle m’avait retenu debout jusqu’à la nuit, je serais resté debout. Je ne lui aurais demandé la permission de partir que pour l’accomplissement de la prière. » [Tafhîm al-Qur’ân-16/182]

Ibn ‘Abd al-Barr a rapporté dans son ouvrage « al-Istî‘âb » un récit de Qatâda (qu’Allah lui fasse miséricorde). Lorsque cette femme, Khawla, rencontra ‘Umar (qu’Allah l’agrée) en chemin, elle le salua. Après lui avoir rendu son salut, elle se mit à dire : « Eh bien, ô ‘Umar ! Il fut un temps où je t’ai vu au marché de ‘Ukâz. À cette époque, tout le monde t’appelait ‘Umayr ; tu faisais paître les chèvres, un bâton à la main. Puis, peu de temps après, les gens commencèrent à t’appeler ‘Umar. Quelque temps plus tard, on se mit à t’appeler « Commandeur des croyants ». Je te le dis : crains quelque peu Allah dans ta conduite envers le peuple. Souviens-toi que celui qui craint la malédiction d’Allah voit même l’étranger devenir pour lui comme un proche parent. Quant à celui qui craint la mort, il risque de perdre précisément la chose qu’il cherche à protéger. »

En entendant cela, Jarûd al-‘Abdî, compagnon de ‘Umar (qu’Allah l’agrée), lui dit : « Femme, tu tiens des propos fort irrespectueux envers le Commandeur des croyants ! »

‘Umar (qu’Allah l’agrée) dit : « Laisse-la parler. Sais-tu qui elle est ? Ses paroles ont été entendues au-dessus du septième ciel ; ‘Umar doit donc certainement les entendre. » [Izâlat al-Khafâ-1/51 ; al-Istî‘âb-4/283 ; al-Isâba-4/283 ; Kanz al-‘Ummâl-1/385 ; Hayât as-Sahâba-2/436]

Telle est Khawla bint Tha‘laba (qu’Allah l’agrée), une femme ansarite croyante au sujet de laquelle des versets du Coran furent révélés. Par son intermédiaire, une disposition importante de la Loi islamique fut instituée et l’honneur et la dignité des femmes musulmanes furent rehaussés.

L’année et la date exactes de sa mort ne sont pas connues. Toutefois, divers événements indiquent qu’elle vécut durant la majeure partie du califat bien guidé et qu’elle mourut au cours de cette période.

Hawa bint Yazid (qu’Allah l’agrée)


Le père de Hawa s’appelait Yazid ibn Sinan. Elle était issue de la tribu médinoise des Banu Abd al-Ashhal. Elle était l’épouse de Qays ibn Khutaym de Médine. Le grand Compagnon ansarite Sa‘d ibn Mu‘adh (qu’Allah l’agrée) était le frère germain de sa mère, Aqrab bint Mu‘adh. Ainsi, le célèbre Compagnon Sa‘d était l’oncle maternel de Hawa. Le grand Compagnon ayant participé à la bataille de Badr, Rafi‘ ibn Yazid (qu’Allah l’agrée), était son frère germain. Hawa embrassa l’islam avant l’émigration du Messager d’Allah (paix et bénédictions d’Allah sur lui) vers Médine, au début de la prédication de l’islam à Médine. Elle faisait partie des femmes que le Messager (paix et bénédictions d’Allah sur lui) considérait avec honneur et respect. Hawa aurait embrassé l’islam entre la première et la deuxième allégeance d’al-‘Aqaba. [Al-Isaba, 4/277 ; Nisa min Athar an-Nubuwwah, 91]

Hawa faisait partie des quelques femmes de Médine qui se présentèrent les premières devant le Messager d’Allah (paix et bénédictions d’Allah sur lui) et lui prêtèrent allégeance. Une femme de la tribu des Banu Abd al-Ashhal, Umm ‘Amir, a rapporté : « Un jour, entre le maghrib et le ‘isha, Laila bint al-Hutaym, Hawa bint Yazid et moi-même — toutes trois entièrement couvertes par nos voiles — nous nous présentâmes devant le Messager d’Allah (paix et bénédictions d’Allah sur lui). Nous le saluâmes. Il nous demanda qui nous étions. Nous nous présentâmes. Après nous avoir souhaité la bienvenue, il nous demanda : “Pour quelle raison êtes-vous venues ?” »

Nous répondîmes : « Ô Messager d’Allah ! Nous sommes venues auprès de vous pour vous prêter le serment d’allégeance à l’islam. Nous avons cru en vous et attesté que ce que vous avez apporté est la vérité. »

Le Messager (paix et bénédictions d’Allah sur lui) dit : « Toute louange revient à Allah, qui vous a guidées vers l’islam. J’accepte votre allégeance. » Umm ‘Amir dit : « Je m’avançai ensuite un peu vers le Messager d’Allah. Il dit alors : “Je ne serre pas la main des femmes. Ce que je dis à mille femmes, je le dis aussi à une seule.” »

Umm ‘Amir dit : « Nous fûmes les premières à prêter allégeance au Messager d’Allah (paix et bénédictions d’Allah sur lui). » [Tabaqat, 8/12 ; Al-Isaba, 4/276]

Hawa faisait partie de celles qui subirent l’injustice et les persécutions à cause de l’islam. Son mari, Qays ibn Khutaym, était un poète renommé de la tribu des Aws, à Médine. Bien qu’il demeurât attaché au polythéisme, son épouse embrassa l’islam à son insu. Lorsqu’il l’apprit, il commença à la persécuter afin de l’empêcher de pratiquer l’islam. Il se moquait d’elle et la tournait en dérision ; lorsqu’elle se prosternait pendant la prière, il la jetait à terre. [Al-Isaba, 4/276] Hawa supportait silencieusement toutes ces persécutions. À cette époque, le Messager (paix et bénédictions d’Allah sur lui) se trouvait à La Mecque. Il s’informait de la situation à Médine par la bouche des musulmans qui se rendaient de Médine à La Mecque. C’est par eux qu’il apprit les persécutions infligées à Hawa. Quelque temps avant sa mort, Qays se rendit à la foire de Dhu al-Majaz, à La Mecque. Lorsque le Messager (paix et bénédictions d’Allah sur lui) l’apprit, il se rendit auprès de lui. En voyant le Messager, Qays manifesta sa joie et lui témoigna beaucoup d’honneur et d’hospitalité. Le Messager (paix et bénédictions d’Allah sur lui) l’invita à embrasser l’islam. Qays demanda un délai, disant qu’il retournerait à Médine et réfléchirait encore un peu. Le Messager accepta. Puis il changea de sujet et dit : « Ton épouse Hawa bint Yazid a embrassé l’islam. Tu lui as fait subir diverses souffrances. Je veux que désormais tu ne lui fasses plus aucun mal. Crains Allah et souviens-toi de ma recommandation à son sujet. » [Tabaqat, 3/324 ; 8/23 ; A‘lam an-Nisa, 1/304]

Qays dit : « Ô Abu al-Qasim ! Par égard pour vous, je ne lui ferai plus aucun mal. » Après avoir donné sa parole au Messager (paix et bénédictions d’Allah sur lui), il retourna à Médine. Il dit à son épouse : « Ton ami est venu me voir et m’a demandé de ne te faire subir aucune sorte de souffrance. Ainsi, à partir de maintenant, je ne te dirai plus rien. Tu peux pratiquer librement ta religion. » [Ibn Sallam, Tabaqat ash-Shu‘ara, 192-193]

Dans un autre récit, il dit à son épouse : « Pratique ta religion comme tu le souhaites. Je ne t’en empêcherai plus en aucune manière. Par Dieu ! Je n’ai jamais vu un homme au visage et à la prestance plus beaux que lui. » [Al-Bayhaqî, Dalâ’il an-nubuwwa, 2/456 ; A‘lâm an-nisâ’, 1/304]

Après cela, Hawwa (r.a.) révéla à son mari tout ce qu’elle lui avait caché au sujet de l’islam. Elle se mit à pratiquer ouvertement l’islam. Qays ne l’en empêcha plus du tout. Lorsque ses voisins et ses amis lui disaient : « Tu demeures fermement attaché à la religion polythéiste, tandis que ton épouse est devenue une adepte de Muhammad (s.a.w.) », il répondait : « J’ai promis à Muhammad de ne plus lui causer le moindre tort, et je tiendrai la promesse que je lui ai faite. » Lorsque le respect de cet engagement par Qays et le fait qu’il n’infligeait aucun mauvais traitement à son épouse furent portés à la connaissance du Messager d’Allah (s.a.w.), il déclara : (Arabe*********)— autrement dit, l’homme aux sourcils, l’un touffu et l’autre peu fourni, a tenu sa promesse. [Usd al-ghâba, 5/431 ; Nisâ’ min ‘asr an-nubuwwa, 94]

Ainsi, Hawwa put mener tranquillement une vie islamique. Entre-temps, le Messager (s.a.w.) émigra à Médine. Dès la première période, Hawwa se rendit auprès du Messager d’Allah (s.a.w.) avec quelques autres femmes ansarites et lui prêta serment d’allégeance.

Qays n’embrassa pas l’islam. Cependant, ses deux fils, Yazîd et Thâbit, nés de Hawwa (r.a.), embrassèrent tous deux l’islam et eurent l’honneur de devenir des Compagnons du Messager d’Allah (s.a.w.). Lors de la bataille d’Uhud, Yazîd combattit aux côtés du Messager d’Allah (s.a.w.) et reçut des blessures en douze endroits du corps. Ce jour-là, il se livra à un combat acharné devant le Messager d’Allah (s.a.w.), l’épée à la main. Le Messager (s.a.w.) s’adressait alors à lui en l’appelant « Jâsir » et lui donnait des ordres en ces termes : (Arabe ************)— Ô Jâsir ! Avance ! Jâsir ! Recule !

Ce Yazîd tomba en martyr lors de la bataille de Jâsir, menée sous le commandement d’Abû ‘Ubayda (r.a.). [Ibid.] Quant à Thâbit, Ibn ‘Abd al-Barr a dit dans son ouvrage Al-Istî‘âb qu’il est compté parmi les Compagnons. Il mourut durant le califat de Mu‘âwiya (r.a.). [Nisâ min Athar an-Nubuwwah, p. 92]

Il convient de préciser que les deux sœurs de Qays ibn Khutaym, Layla et Lubna, embrassèrent l’islam et prêtèrent serment d’allégeance au Messager d’Allah (s.a.w.). On ne dispose d’aucune information sur la fin de la vie de Hawwa. L’histoire reste silencieuse quant au moment, au lieu et aux circonstances de sa mort. Cependant, toutes les sources historiques affirment qu’elle parvint à devenir une bonne musulmane. [Al-Isâba, 4276]

Shifâ bint ‘Abdillah ((r.a.))


Shifâ (r.a.) était la fille d’un clan de la branche ‘Adî de la tribu qurayshite de La Mecque. Son surnom était Umm Sulaymân. Son père était ‘Abdullah ibn ‘Abd Shams, et sa mère, Fâtima bint Abî Wahab, était issue de la branche ‘Amr ibn Makhzûm du même clan. [Usd al-Ghâba, 5/486 ; Al-Isâba fî Tamyîz as-Sahâba, 4/333] Shifâ épousa Abû Huthayma ibn Hudhayfa al-‘Adawî. [At-Tabaqât, 8/268 ; Al-Istî‘âb, 4/332] Certains ont dit que son véritable nom était Layla et que le titre qui lui fut ultérieurement attribué devint connu sous le nom d’Ash-Shifâ. [Nisâ min Athar an-Nubuwwah, note n° 1, p. 159]

Elle embrassa l’islam à La Mecque même, avant l’Hégire, et fut également l’une des femmes qui émigrèrent de La Mecque à Médine lors de la première migration. [Al-Isāba-4/333] Elle comptait parmi les Compagnes qui prêtèrent serment d’allégeance au Messager d’Allah ﷺ. [Nisā min Athar an-Nubuwwa, p. 159] Elle éprouvait une profonde dévotion et un grand amour pour le noble Messager d’Allah ﷺ. Le Messager ﷺ accordait lui aussi une très grande importance à cette dévotion et à cet amour qu’elle lui portait. Il se rendait parfois chez Shifā et s’y reposait. Ḥaḍrat Shifā (qu’Allah l’agrée) réservait spécialement dans sa maison un lit et un ensemble de vêtements pour le Messager ﷺ. Il les utilisait. Après le décès de Ḥaḍrat Shifā, ses enfants conservèrent ces objets avec le plus grand soin. Cependant, le calife omeyyade Marwān ibn al-Ḥakam (décédé en 65 de l’Hégire) les leur arracha. Ainsi, la famille de Shifā en fut dépossédée. [Tahdhīb al-Asmā wa al-Lughāt-2/87; Al-Istīʿāb-4/358]

Ḥaḍrat ʿUmar (qu’Allah l’agrée) considérait Shifā avec une estime toute particulière. Il accordait une très grande importance à son opinion et lui vouait un profond respect. Il lui confia certaines responsabilités de surveillance et de gestion du marché. [Jamharat al-Ansāb al-ʿArab-1/150; Al-Isāba-4/333]

Le noble Messager d’Allah ﷺ lui donna une maison. Elle y vivait avec son fils Sulaymān. [Nisā min Athar an-Nubuwwa, p. 161]

Un jour, le calife Ḥaḍrat ʿUmar (qu’Allah l’agrée) la fit venir et lui donna un châle. Au même moment, il donna également un châle relativement meilleur à ʿĀtika bint Usayd, qui se trouvait là. Sur un ton de reproche, Shifā dit au calife : « Que votre main soit couverte de poussière ! Vous lui avez donné un châle meilleur que le mien. Pourtant, je me suis convertie à l’islam avant elle et je suis votre cousine germaine. En outre, c’est parce que vous m’avez fait appeler que je suis venue, tandis qu’elle est venue de son propre chef. » ʿUmar (qu’Allah l’agrée) répondit : « Je t’aurais donné le meilleur châle, mais puisqu’elle était arrivée, j’ai dû lui donner la priorité, car, du point de vue de la lignée, elle est plus proche du Messager d’Allah ﷺ. » [Al-Istīʿāb-4/358; Usd al-Ghāba-5/497; Ṣaḥābiyyāt, p. 240]

Shifā était également une fervente admiratrice de ʿUmar. Dès qu’elle en trouvait le temps et l’occasion, elle mettait en avant devant les gens l’exemple de ʿUmar. Ainsi, un jour, voyant quelques jeunes gens passer devant lui d’un pas extrêmement lent et en parlant à voix basse, il demanda : « Pourquoi sont-ils dans cet état ? » Les gens répondirent : « Ce sont des adorateurs, des hommes entièrement voués à l’adoration d’Allah. » Shifā, d’un ton quelque peu irrité, dit : «(Arabe***********) [Tārīkh al-Ṭabarī, 2/571 ; Ṭabaqāt, 3/290]

« Par Allah ! Lorsque ʿUmar parlait, il parlait à haute voix ; lorsqu’il marchait, il marchait rapidement ; et lorsqu’il frappait quelqu’un, il lui faisait très mal. Par Allah ! C’est lui le véritable adorateur. »

ʿUmar se rendait parfois chez Shifā pour lui rendre visite et prendre de ses nouvelles. Il s’enquérait de la santé de son mari et de ses enfants, et leur prodiguait des conseils et des orientations sur diverses questions. Shifā raconte : « Un jour, ʿUmar vint chez moi et vit deux hommes endormis. Il convient de préciser que ces deux hommes étaient son mari et son fils Sulaymān. ʿUmar demanda : “Qu’en est-il d’eux ? N’ont-ils pas accompli avec nous la prière en assemblée ce matin ?” Je répondis : “Ô Commandeur des croyants ! Ils ont accompli la prière en assemblée. Ils ont prié toute la nuit, puis ont accompli la prière de l’aube en assemblée au matin avant de s’endormir.” Il convient de préciser que nous étions alors au mois de Ramadan. ʿUmar dit : “Il m’est plus cher d’accomplir la prière de l’aube en assemblée que de prier toute la nuit puis de délaisser la prière de l’aube en assemblée.” [Kanz al-ʿUmmāl, 4/243 ; Ḥayāt al-Ṣaḥāba, 3/123]

Elle connaissait certaines pratiques de ruqya et savait écrire. À l’époque antéislamique, ces deux choses étaient tenues en très haute estime. Un jour, elle se rendit auprès du Messager d’Allah ﷺ et dit humblement : « À l’époque antéislamique, je connaissais certaines incantations de ruqya. Si vous m’y autorisez, je peux vous les réciter. » Le Messager ﷺ l’y autorisa et écouta l’incantation. Il dit : « Tu peux continuer à pratiquer la ruqya avec cette incantation. Enseigne-la également à Ḥafṣa, la Mère des croyants. »

Dans une autre version, le Messager (s.a.s.) lui dit : (Arabe**************)

« Enseigne à Hafsa la formule contre la namla, comme tu lui as enseigné l’écriture. » Ce récit permet de savoir qu’elle avait appris à Hadrat Hafsa (r.a.) à écrire. [Al-Isaba, 4/333] Il convient de signaler que, selon les médecins modernes, la « namla » est une maladie cutanée de type eczéma. [A‘lam an-Nisa, 2/201] Avec la permission du Messager d’Allah (s.a.s.), elle enseignait cette formule aux femmes. [Nisa min ‘Asr an-Nubuwwah, p. 160]

Hadrat ash-Shifa (r.a.) a rapporté directement plusieurs hadiths du Messager d’Allah (s.a.s.) ainsi que de ‘Umar (r.a.). Parmi ceux qui ont rapporté d’elle, les plus remarquables sont son fils Sulayman, ses petits-fils Abu Salama, Abu Bakr et ‘Uthman, ainsi qu’Abu Ishaq et la Mère des croyants, Hadrat Hafsa (r.a.). [Tahdhib at-Tahdhib, 12/428 ; Al-Isti‘ab, 4/333] Le nombre de hadiths qu’elle a rapportés est de douze. [Al-Isaba, 4/333]

On connaît deux de ses enfants : un fils, Sulayman, et une fille qui était l’épouse de Shurahbil ibn Hasana (r.a.). Sulayman était un homme savant, pieux et vertueux. Il jouissait d’un rang éminent parmi les érudits musulmans. [Tabaqat, 8/268]

L’année du décès de Hadrat ash-Shifa (r.a.) n’est pas connue. Toutefois, beaucoup situent sa mort vers l’an 20 de l’Hégire, sous le califat de Hadrat ‘Umar (r.a.). [A‘lam an-Nisa, 2/163]

L’un des hadiths importants rapportés par Hadrat ash-Shifa est le suivant : (Arabe************) [Usd al-Ghaba, 5/487 ; Al-Isaba, 4/333]

« On demanda au Messager d’Allah (s.a.s.) quelle était la meilleure œuvre. Il répondit : croire en Allah, lutter dans la voie d’Allah et accomplir un hajj mabrur, c’est-à-dire un pèlerinage agréé par Allah. »

At-Tabarani et al-Bayhaqi ont rapporté un hadith remarquable de Hadrat ash-Shifa (r.a.). Ash-Shifa (r.a.) raconte : Un jour, je me rendis auprès du Messager d’Allah (s.a.s.) et lui demandai une aide provenant de la sadaqa. Il ne cessait d’exprimer son impuissance, tandis que je continuais à insister. Sur ces entrefaites, l’heure de la prière arriva. Je sortis et me rendis dans la chambre de ma fille. Le mari de ma fille était Shurahbil ibn Hasana. Le voyant alors à la maison, je lui dis : « La prière est sur le point de commencer, et toi, tu es encore à la maison ? » Je me mis à le réprimander. Il me répondit : « Ma tante, ne me réprimandez pas. Je ne possède qu’un seul vêtement, et même celui-là, le Messager (s.a.s.) me l’a emprunté. » Je dis : « Voilà dans quelle situation se trouve celui que je réprimande, alors que je n’en savais absolument rien. » Shurahbil dit : « Je ne possède qu’un seul vêtement rapiécé. » [Kanz al-‘Ummal, 4/41 ; Hayat as-Sahaba, 1/326]

Hamna bint Jahsh ((r.a.))


Hamna (r.a.) était une proche parente du noble Messager d’Allah (s.a.w.). Elle était la fille de sa tante paternelle bien-aimée, Umaïma bint Abd al-Muttalib. D’un côté, elle était la cousine paternelle du Messager d’Allah (s.a.w.) et, de l’autre, sa belle-sœur. Elle était la sœur germaine de l’Omm al-Mou’minine Zaynab bint Jahsh. [Ansab al-Ashraf, 1/231 ; Nisa’oun Moubaşşarat bil-Jannah, 1/243] Le célèbre Compagnon Mus‘ab ibn Umaïr (r.a.), premier envoyé et da‘i (prédicateur de l’islam) dépêché à Médine par le Messager d’Allah, fut son premier époux. [Jamhara al-Ansab al-Arab, 1/191 ; Tabaqat, 8/241 ; al-Isti‘ab, 4/262]

L’époux de Hamna (r.a.), Mus‘ab ibn Umaïr (r.a.), était un jeune homme séduisant issu d’une famille fortunée de La Mecque. Sa mère, Khunâs bint Mâlik, possédait de grandes richesses. Il grandit dans l’abondance. Sa mère le vêtait toujours d’habits très coûteux. À La Mecque, personne n’utilisait de parfum plus précieux que le sien. Il portait des chaussures de l’Hadramawt. Plus tard, en évoquant le souvenir de Mus‘ab, le Messager (s.a.w.) disait :(Arabe*************)

« À La Mecque, je n’ai vu personne avoir une chevelure bouclée plus magnifique que celle de Mus‘ab, posséder un manteau plus doux ni mener une vie plus luxueuse que lui. »

Lorsque ce jeune homme apprit que le Messager (s.a.w.) résidait dans la demeure d’al-Arqam ibn Abî al-Arqam et appelait secrètement les gens à l’islam, il s’y rendit un jour et embrassa l’islam. Il devint alors un étudiant de la madrasa prophétique. Sous la supervision directe du Prophète (s.a.w.), il reçut instruction et formation. En très peu de temps, il gagna tellement la confiance de son maître que celui-ci l’envoya à Médine comme émissaire et da‘i. Il devint ainsi le premier émissaire et da‘i de l’histoire de l’islam. [Nisa’ min ‘Asr an-Nubuwwah, p. 50]

Hamna fut l’une des femmes qui, au début de l’islam à La Mecque, embrassèrent l’islam et eurent l’honneur de bénéficier de la compagnie du Messager d’Allah (s.a.w.). Toute la famille de Hamna était musulmane. Lorsque les persécutions des Quraychites à leur encontre devinrent intolérables à La Mecque, tous, hommes et femmes, émigrèrent à Médine. Les hommes qui émigrèrent étaient : Abdallah ibn Jahsh, son frère Abû Ahmad, ‘Ukâcha ibn Mihsan, Shuja‘, ‘Uqba, les deux fils de Wahb et Arbad ; les femmes étaient : Zaynab bint Jahsh, Oumm Habiba bint Jahsh, Joudhâma bint Jandal, Oumm Qays bint Mihsan, Oumm Habib bint Thumâma, Oumayya bint Rouqays, Sakhbara bint Ta‘mîm et Hamna bint Jahsh (r.a.). [Sîrat Ibn Hichâm, 1/472 ; Durr as-Sahâba, p. 556]

Après son arrivée à Médine, Hamna (r.a.), comme les autres femmes croyantes, se consacra à obtenir l’agrément d’Allah et de Son Messager (s.a.w.). Elle se forma davantage en acquérant des connaissances islamiques auprès du Prophète (s.a.w.) et de son époux. Elle perfectionna encore sa moralité. Ainsi, elles occupèrent une position honorable et respectée dans la société médinoise. C’est là que naquit leur fille, Zaynab bint Mus‘ab. [Tabaqat, 3/116 ; Ansab al-Ashraf, 1/437]

Lorsque, durant la vie médinoise du noble Messager (s.a.w.), commencèrent les guerres, les conflits et les affrontements avec les adversaires, le rôle de Hamna (r.a.) fut des plus louables et exemplaires. Lors de la bataille d’Uhud, Hamna (r.a.) se joignit aux combattants avec plusieurs autres musulmanes. Ce jour-là, elles jouèrent un rôle important. Le Compagnon Ka‘b ibn Mâlik (r.a.), soldat et témoin oculaire de cette bataille, dit : « Le jour de la bataille d’Uhud, j’ai vu Oumm Soulaym bint Milhân et l’Omm al-Mou’minine ‘Aïcha (r.a.) porter chacune une outre d’eau suspendue dans son dos. J’ai vu Hamna bint Jahsh donner à boire aux assoiffés et soigner les blessés. Et j’ai vu Oumm Ayman donner à boire aux blessés. » [Al-Wâqidî, al-Maghâzî, 1/249-250 ; Durr as-Sahâba, p. 556]

Lors de la bataille d’Uhud, soixante-dix combattants musulmans, dont Mus‘ab ibn ‘Umayr (r.a.), tombèrent en martyrs. Après la bataille, Hamna (r.a.) se rendit auprès du Messager d’Allah (s.a.s.). Le Messager (s.a.s.) lui dit : « Hamna ! Fais le compte. » Hamna : « De qui ? » Le Messager (s.a.s.) : « De ton oncle maternel Hamza. » Hamza : «(Arabe**********)Qu’Allah lui pardonne, lui accorde Sa miséricorde et Sa grâce, et lui donne le Paradis ! »

Le Prophète (s.a.s.) dit de nouveau : « Compte quelqu’un d’autre. »

Hamna : « De qui ? »

Le Prophète (s.a.s.) : « Ton époux, Mus‘ab ibn ‘Umayr. »

Hamna poussa un grand cri et s’écria : « Hélas, quel malheur pour moi ! »

Voyant son état, le Messager (s.a.s.) fit cette remarque : « Dans le cœur d’une femme, l’époux occupe une place que nul autre ne peut occuper. » Il fit cette remarque après avoir constaté que Hamna était restée ferme à la mort de son oncle maternel et de son frère, mais qu’elle s’était effondrée en apprenant la mort de son époux.

Le Messager (s.a.s.) demanda à Hamna : « Pourquoi as-tu réagi ainsi en apprenant la mort de ton époux ? » Hamna répondit : « J’ai pensé que ses enfants allaient devenir orphelins ; prise d’inquiétude, j’ai perdu le contrôle de moi-même. » [Sîrat Ibn Hishâm, 2/98 ; Ansâb al-Ashrâf, 1/438]

Le Messager (s.a.s.) fit une invocation pour Hamna, demandant à Allah de lui accorder, pour ses enfants, quelqu’un de meilleur en remplacement de Mus‘ab. Par la suite, Hamna (r.a.) épousa le célèbre Compagnon Talha ibn ‘Ubaydullâh (r.a.). Il convient de préciser que ce Talha était l’un des dix hommes auxquels le Paradis fut annoncé de leur vivant. De son union avec Talha, Hamna eut un fils, Muhammad ibn Talha. Il se montrait extrêmement affectueux envers les enfants de Hamna (r.a.). [Al-Isâba, 2/221 ; Ansâb al-Ashrâf, 1/88 ; Sunan Abî Dâwûd, hadith n° 1590]

Hamna (qu’Allah l’agrée) continua à participer aux expéditions militaires qui eurent lieu après la bataille d’Uhud. Elle accompagna également le Messager d’Allah (qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix) à Khaybar. Après la victoire, le Messager (qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix) lui attribua trente wasaq de la récolte qui y fut produite. [At-Tabaqât, 8/241 ; Sîrat Ibn Hichâm, 2/352]

Après la naissance de Muhammad ibn Talha, le fils de Hamna (qu’Allah l’agrée), elle le porta dans ses bras auprès du Messager d’Allah (qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix) et lui demanda : « Ô Messager d’Allah ! Donne-lui un nom. » Le Messager (qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix) lui passa la main sur la tête, le nomma Muhammad et lui donna le surnom d’Abû al-Qâsim. Râchid ibn Hafs az-Zuhrî rapporte : « Je n’ai trouvé parmi les fils des Compagnons que quatre hommes qui portaient tous le nom de Muhammad et le surnom d’Abû al-Qâsim. Les voici : 1. Muhammad ibn Abî Bakr (qu’Allah l’agrée), 2. Muhammad ibn ‘Alî ibn Abî Tâlib (qu’Allah l’agrée), 3. Muhammad ibn Sa‘d ibn Abî Waqqâs (qu’Allah l’agrée), 4. Muhammad ibn Talha (qu’Allah l’agrée). » [Al-Isâba, 3/357]

Ce Muhammad ibn Talha, fils de Hamna (qu’Allah l’agrée), devint par la suite un dévot sincère, détaché des choses de ce monde. En raison de ses prosternations fréquentes, il reçut le titre d’As-Sajjâd. Il fut martyrisé avec son père Talha lors de la bataille du Chameau, au mois de Jumâdâ al-Awwal de l’an 36 de l’Hégire. Hamna (qu’Allah l’agrée) eut également un autre fils de Talha (qu’Allah l’agrée), nommé ‘Imrân ibn Talha (qu’Allah l’agrée). [At-Tabaqât, 5/166 ; Jamharat Ansâb al-‘Arab, 1/138 ; Ansâb al-Ashrâf, 1/437]

La grandeur et le mérite de Hamna (qu’Allah l’agrée) étaient considérables. Elle rapporta des hadiths du Noble Prophète (qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix), et son fils ‘Imrân ibn Talha en rapporta d’elle. Elle était la sœur de l’Épouse du Prophète, Zaynab (qu’Allah l’agrée). Il est rapporté qu’à l’approche de la fin de sa vie, Zaynab (qu’Allah l’agrée) dit à sa sœur Hamna (qu’Allah l’agrée) : « J’ai préparé mon linceul. Après ma mort, le calife ‘Umar (qu’Allah l’agrée) pourrait envoyer mon linceul. S’il l’envoie, donne-en une partie en aumône. » Zaynab (qu’Allah l’agrée) mourut et ‘Umar (qu’Allah l’agrée) envoya cinq pièces de tissu. Elle fut enveloppée dans ces tissus, tandis que Hamna donna en aumône le tissu que Zaynab (qu’Allah l’agrée) avait préparé. [Ansâb al-Ashrâf, 1/435 ; Al-Isâba, 4/308] Cet événement indique que Hamna (qu’Allah l’agrée) était encore en vie après l’an 20 de l’Hégire, car l’Épouse du Prophète, Zaynab (qu’Allah l’agrée), mourut cette année-là. [Nisâ min ‘Asr an-Nubuwwa, p. 54] Elle quitta ce monde après avoir mené une vie louable, consacrée à l’adoration et à la dévotion, dans l’obéissance à Allah et à Son Messager (qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix).

Ceux qui furent impliqués de diverses manières dans l’affaire de la calomnie portée contre la chasteté immaculée de l’Épouse du Prophète ‘Â’icha (qu’Allah l’agrée) étaient ‘Abdullah ibn Ubayy, Zayd ibn Rifâ‘a, Mistah ibn Uthâtha, Hassân ibn Thâbit et Hamna bint Jahsh. Les deux premiers étaient des hypocrites et les trois autres des croyants. Ces trois croyants furent entraînés dans cette épreuve en raison de certaines faiblesses humaines et de leurs erreurs. [Tafhîm al-Qur’ân, vol. 3, sourate An-Nûr, p. 138 ; Hayât as-Sahâba, 1/588]

Après la révélation des versets du Coran déclarant l’innocence de ‘Â’icha (qu’Allah l’agrée), le Messager (qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix) infligea à tous ceux-là la peine prescrite pour la fausse accusation. [Al-Bidâya wa an-Nihâya, 4/160 ; Ansâb al-Ashrâf, 1/343 ; Hayât as-Sahâba, 1/590] Au sujet de la raison pour laquelle Hamna (qu’Allah l’agrée) s’était impliquée dans cet acte, ‘Â’icha (qu’Allah l’agrée) dit : « Parmi mes coépouses, à l’exception de sa sœur Zaynab, aucune ne pouvait prétendre m’égaler. C’est pourquoi, dans l’intérêt de sa sœur, elle prit le parti de mon adversaire et se trouva impliquée dans cette épreuve. » [Sîrat Ibn Hichâm, 2/300]

Al-Khansâ’ fille de ‘Amr ibn Ach–Charîd ((qu’Allah l’agrée))


Le véritable nom de Khansāʾ était Tumāḍir. En raison de son tempérament vif et alerte ainsi que de son visage séduisant, elle était appelée Khansāʾ. Khansāʾ signifie « vache sauvage » et « biche ». Finalement, son véritable nom sombra dans l’oubli et elle devint célèbre dans l’histoire sous le nom de Khansāʾ. [Sahabiyāt, p. 181] Son père s’appelait ʿAmr ibn Sharīd. Il était issu du clan Sulaym de la tribu de Qays. [Usud al-ghāba, 5/441 ; al-Iṣāba, 4/287] Les Banū Sulaym vivaient au nord du Ḥijāz et du Najd. [Dr ʿUmar Farrūkh : Tārīkh al-ādāb, 1/317]

Durayd ibn al-Ṣimma était un célèbre chef de l’Arabie ancienne. Lorsque Khansāʾ atteignit l’âge du mariage, Durayd la vit un jour appliquer avec le plus grand soin un médicament sur le corps de l’un de ses chameaux, puis se purifier elle-même. Il en fut séduit et lui fit demander sa main. Khansāʾ refusa sa proposition en disant : [Ibn Qutayba : al-Shiʿr wa-l-shuʿarāʾ, p. 160] (arabe *****).

« Veux-tu que je délaisse mes cousins comme la partie supérieure d’une flèche et le vieillard abandonné des Banū Jusham ? »

Après avoir été repoussé, Durayd récita un poème dont certains passages ont été recueillis dans divers ouvrages. En voici les deux vers : [al-Iṣāba, 4/287](Arabe*******************)

« Ô mes compagnons et amis, accueillez Tumāḍir et attendez-moi. Car votre présence est mon seul soutien. La biche a-t-elle rendu vos cœurs fous d’amour et êtes-vous tombés malades de son amour ? »

Après avoir refusé la proposition de Durayd, Khansāʾ épousa un jeune homme de sa propre tribu, Rawāḥa ibn ʿAbd al-ʿUzzā. Elle lui donna un fils, Shajara ʿAbd Allāh. Quelque temps plus tard, Rawāḥa mourut et elle épousa Mirdās ibn Abī ʿAmr. De ce second mari naquirent deux fils, Yazīd et Muʿāwiya, ainsi qu’une fille, ʿUmra. [al-Suyūṭī : al-Durr al-manthūr, p. 110 ; al-Shiʿr wa-l-shuʿarāʾ, p. 160]

Lorsque, à La Mecque, le soleil de la prophétie se leva et que ses rayons illuminèrent le monde entier, les deux yeux de Khansāʾ (qu’Allah l’agrée) se mirent à briller de l’éclat de la foi. Elle se rendit à Médine, accompagnée de quelques membres de sa tribu, auprès du Messager d’Allah (paix et bénédictions sur lui), et proclama son adhésion à l’islam. Lors de cette rencontre, elle récita au Messager d’Allah (paix et bénédictions sur lui) des poèmes de sa propre composition. Le Messager (paix et bénédictions sur lui) l’écouta réciter avec patience pendant un long moment et, émerveillé par la pureté de sa langue et la beauté de son art, manifesta le désir d’en entendre davantage. [Usud al-ghāba, 5/441 ; al-Iṣāba, 4/550]

Khansāʾ (qu’Allah l’agrée) était poétesse. Toutefois, au début de sa vie poétique, elle ne composait que de temps à autre deux ou quatre bayt (vers). Lors d’une guerre entre sa tribu et la célèbre tribu arabe des Asad, son frère germain Muʿāwiya fut tué, tandis que son demi-frère Sakhr fut grièvement blessé par une lance lancée par un homme de l’adversaire nommé Abū Thawr al-Asadī. Pendant près d’une année, elle s’efforça de le guérir, endurant des souffrances et des épreuves sans limites. Mais tous ses efforts furent vains. La blessure était très grave. Après avoir plongé sa sœur bien-aimée dans un océan de tristesse, il quitta un jour ce monde. [al-Istīʿāb (notes marginales d’al-Iṣāba), 4/296]

Khansā (qu’Allah l’agrée) aimait profondément ses deux frères défunts. Surtout en raison de la connaissance, de l’intelligence, de la patience, de la bravoure, de la générosité et du beau visage de Sakhr, celui-ci occupait une place très profonde dans le cœur de Khansā (qu’Allah l’agrée). C’est pourquoi sa mort lui causa une douleur sans limites. Dès ce jour, elle se mit à composer, en souvenir de Sakhr, d’innombrables élégies d’une incomparable beauté. [Usud al-Ghāba, 5/441] Ibn Qutayba dit : [Ash-Shiʿr wa-sh-Shuʿarāʾ, p. 161](Arabe********)

« À force de pleurer Sakhr, elle devint aveugle. »

Il y avait une raison à l’amour si profond qu’elle portait à Sakhr. Khansā (qu’Allah l’agrée) avait épousé un jeune homme distingué, mais prodigue. Celui-ci dilapida tous ses biens dans des entreprises futiles et se retrouva sans ressources. Khansā se rendit auprès de son frère Sakhr pour se plaindre de son mari. Sakhr lui remit alors la moitié de ses biens. Elle retourna avec cela auprès de son mari. En peu de temps, son mari dépensier dilapida également cette somme et se retrouva démuni. Khansā (qu’Allah l’agrée) retourna auprès de Sakhr. Cette fois encore, Sakhr divisa ses biens en deux parts égales et donna la meilleure à sa sœur. [Dr Umar Farrūkh, 1/317] Ainsi, Sakhr se fit une place profonde et durable dans le cœur de sa demi-sœur. Dans les élégies composées en souvenir de Sakhr, Khansā (qu’Allah l’agrée) a exprimé son intense douleur et sa souffrance par des paroles si émouvantes que nul ne peut les entendre ou les lire sans en être bouleversé. Les larmes coulent des yeux de toute personne qui les écoute. À propos des sentiments et des émotions qui y sont exprimés, le professeur R. A. Nicholson a déclaré :

« Il est impossible de traduire l’émotion poignante et vivante, l’énergie de la passion et la noble simplicité du style qui distinguent la poésie de Khansā. » [A Literary History of the Arabs, p. 126]

Voici quelques vers de l’une de ses élégies, afin que l’on puisse observer directement sa forme artistique, ses figures de style et son style.

(Arabe**********)

« Ô mes deux yeux, soyez généreux, ne soyez pas avares. Ne pleurerez-vous pas Sakhr le généreux ? Ne pleurerez-vous pas un homme courageux et beau comme lui ? Ne pleurerez-vous pas un jeune chef comme lui ?

Le pommeau de son épée est très long,[« Le pommeau de son épée est long » signifie qu’il était de grande taille.] le tas de cendres est immense. [Il était très hospitalier. C’est pourquoi un immense tas de cendres s’était formé dans sa demeure.] Il ne prit la tête de sa tribu que lorsqu’il était encore jeune.

Lorsque sa tribu tendait la main vers quelque acte honorable et glorieux, lui aussi s’y précipitait aussitôt. Ainsi, il s’en est allé avec honneur et bonheur.

Tu verras que l’honneur et la dignité indiquent le chemin de sa demeure. Même la plus haute dignité estime qu’il convient de le louer.

Si l’on évoque l’honneur et la noblesse, tu le verras drapé dans le manteau de la dignité. »

Selon les habitudes et les coutumes des femmes de l’Arabie ancienne, Khansâ (qu’Allah l’agrée) se rendait matin et soir auprès de la tombe de son frère, le pleurait en se souvenant de lui et récitait les élégies funèbres qu’elle avait composées. En voici quelques extraits : [Sahabiyât-184]

(Arabe*******************************)

« Chaque lever du soleil me rappelle le souvenir de Sakhr, et je me souviens de lui à chaque coucher du soleil. S’il n’y avait pas autour de moi tant de pleureuses déplorant leurs propres morts, je me serais suicidée. » [référence précédente]

(Arabe******************)

« Ô Sakhr, quand bien même tu aurais fait pleurer mes deux yeux, qu’importe ? Tu m’as pourtant fait rire pendant si longtemps.

J’ai pleuré pour toi parmi un groupe de pleureuses aux lamentations retentissantes. Pourtant, je suis plus digne de pousser de hauts cris que celles qui se lamentent.

De ton vivant, j’ai écarté par ton intermédiaire bien des épreuves et des malheurs. Qui écartera maintenant ce malheur immense ?

Alors que se lamenter pour un mort est une mauvaise action, je considère que pleurer pour toi est une très bonne action.«

En décrivant le rang et la noblesse de Sakhr, elle a dit : [Ash-Shi‘r wa ash-Shu‘arā’-162]

(Arabe**************)

« Les grands chefs suivent Sakhr. Sakhr est semblable à une montagne au sommet de laquelle brûle un feu. »

C’est-à-dire que, tout comme les Arabes trouvent leur chemin à la lumière d’un feu flamboyant au sommet d’une montagne, ils trouvent également leur chemin en suivant Sakhr. En souvenir de Sakhr, elle composa aussi l’élégie suivante : [Al-‘Iqd al-Farīd-3/268]

Arabe*****************)

Ô mes yeux, qu’ont-ils donc, ô lui, qu’a-t-il donc ? Il a trempé son vêtement de larmes. Après la mort de Sakhr, descendant d’al-Sharīd, la terre a-t-elle été soulagée de son fardeau ? (Les Arabes disent qu’un cavalier intrépide est extrêmement lourd pour la terre ; à sa mort ou lorsqu’il est tué, la terre est libérée de ce fardeau.) Puis je me suis juré de présenter mes condoléances à un homme anéanti, et, tout en pleurant, je demande : qu’a-t-il donc ?

Il a lui-même décidé de porter toutes les peines et toutes les souffrances. Ainsi, les peines les plus nobles me conviennent davantage à moi-même.

Je me conduirai selon une voie et une manière d’agir ; peut-être seront-elles contre lui, ou peut-être en sa faveur.

Un jour, on demanda à Khansāʾ : « Parlez-nous de quelques-unes des qualités de vos deux frères. » Elle répondit :(Arabe ***************)

« Par Allah, Sakhr était un bouclier des temps passés et la lame rouge empoisonnée d’une lance de cinq coudées. Par Allah, Muʿāwiya était aussi éloquent qu’efficace. »

On lui demanda encore : « Lequel des deux possédait le plus de noblesse et de gloire ? » Elle répondit :Arabe**********)

« Sakhr est la chaleur de l’hiver, tandis que Muʿāwiya est la fraîcheur du vent. » On lui demanda encore : « Pour lequel la douleur est-elle la plus intense ? » Elle répondit :Arabe***************)

« Sakhr, lui, est le frémissement du cœur, tandis que Muʿāwiya est la fièvre du corps. » Puis elle récita les deux vers suivants :(Arabe**********************)

« Tous deux étaient des lions audacieux aux griffes rouge sang, deux mers au milieu d’un cycle du temps rude et courroucé, deux lunes dans les assemblées, très élevés en honneur et en dignité, des chefs semblables à des montagnes et des hommes libres. » [référence précédente, 3/267]

Grâce à de telles élégies et remarques profondément émouvantes citées ici, Khansā (qu’Allah l’agrée) devint célèbre dans toute l’Arabie préislamique comme une compositrice d’élégies sans rivale.

Après le décès du Messager d’Allah (paix et bénédictions d’Allah sur lui), Khansā (qu’Allah l’agrée) allait parfois rendre visite à la Mère des croyants, ʿĀ’isha (qu’Allah l’agrée). Selon la coutume arabe de l’époque, elle attachait autour de sa tête un tissu noir en signe de deuil. Un jour, ʿĀ’isha (qu’Allah l’agrée) lui dit qu’il était interdit en islam d’arborer ainsi un signe de deuil. Après le décès du Messager d’Allah (paix et bénédictions d’Allah sur lui), moi non plus, je n’ai arboré aucun signe de deuil de ce genre. Khansā (qu’Allah l’agrée) répondit : « Je ne savais pas que cela était interdit. Cependant, j’ai une raison particulière d’arborer ce signe. » ʿĀ’isha (qu’Allah l’agrée) lui demanda quelle en était la raison.

Khansā (qu’Allah l’agrée) dit : « Mon père m’avait mariée à un homme qui était l’un des chefs de sa tribu, mais c’était un homme extrêmement dissipé. Il dilapida au jeu tous ses biens et les miens. Lorsque nous nous retrouvâmes complètement démunis, mon frère Sakhr partagea tous ses biens en parts égales et m’en donna la meilleure part. Mon mari la dilapida à son tour en peu de temps. Voyant ma situation malheureuse, Sakhr en fut peiné et partagea de nouveau tous ses biens en deux parts égales, me demandant de choisir la meilleure. Sa femme s’écria alors : “Tu as déjà donné une fois à Khansā la moitié de tes biens, et encore la meilleure part ; maintenant, tu lui demandes de choisir à nouveau la meilleure part. Combien de temps cela va-t-il continuer ainsi ? La situation de son mari est toujours la même qu’auparavant. Il finira par tout perdre au jeu et reviendra.” Sakhr récita alors à sa femme les deux vers suivants : [référence précédente ; al-Iṣāba, 4/296] »

(Arabe**********************)

« Par Allah, je ne lui donnerai pas la moindre part de mes biens. C’est une femme chaste et vertueuse ; le mépris et l’humiliation me suffisent. Si je meurs, elle déchirera son voile en signe de deuil pour moi et s’en fera un bandeau de deuil avec ses cheveux. » Ô Mère des croyants, c’est pourquoi je porte ce signe de deuil en sa mémoire. [al-Shiʿr wa-l-shuʿarā’, 161]

À une certaine époque du califat du deuxième calife, ʿUmar (qu’Allah l’agrée), Khansā (qu’Allah l’agrée) se rendit à la cour du calife. Elle avait alors cinquante ans et continuait encore à pleurer son frère défunt. Les larmes qui coulaient de ses deux yeux avaient laissé des traces sur ses joues. Le calife lui demanda : « Khansā, quelles sont ces marques sur ton visage ? » Elle répondit : « Ce sont les traces des longues années de larmes que j’ai versées pour mes deux frères. » Le calife dit : « Pourquoi les pleures-tu autant, alors qu’ils sont allés en Enfer ? » Khansā (qu’Allah l’agrée) répondit :(Arabe*********)[ʿUmar Farrūkh, 1/317]

« Voilà la principale raison pour laquelle je les pleure. Autrefois, je pleurais pour venger leur sang, mais maintenant je pleure à cause du feu de l’Enfer qui les attend. »

Selon le récit d’Ibn Qutayba, Khansā (qu’Allah l’agrée) : Arabe*****************)[Ash-Shiʿr wa-sh-Shuʿarāʾ, p. 161 ; Al-ʿIqd al-Farīd, 3/266]

« Auparavant, je pleurais la mort de Sakhr. Mais maintenant, je pleure en pensant au châtiment qui l’attend en Enfer. »

Après être passée de la vie de l’époque antéislamique à la vie islamique, Khansā (qu’Allah l’agrée) devint une musulmane authentique dans ses pratiques et ses traditions, ainsi que dans ses pensées et ses convictions. Elle comprit que le jihād permanent était le devoir sacré et la responsabilité d’un véritable musulman. C’est pourquoi elle n’hésita pas à sacrifier ce qu’elle avait de plus précieux.

La célèbre bataille de Qādisiyya eut lieu la seizième année de l’Hégire, sous le califat de ʿUmar (qu’Allah l’agrée). Au cours de cette bataille, l’immense armée perse affronta l’armée musulmane avec beaucoup de courage et d’habileté. D’innombrables soldats des deux camps furent tués ou blessés. Khansā (qu’Allah l’agrée) participa à cette bataille avec ses quatre fils. Le discours d’encouragement et d’exhortation qu’elle leur adressa à tous les quatre, la veille de la bataille décisive, a été conservé par l’histoire. Nous en présentons ici quelques extraits à nos lecteurs : [Khazānat al-Adab, 1/395 ; Jamharat al-Khuṭab al-ʿArab, 1/231 ; Al-Iṣāba, 4/288]

(Arabe*********************************************)

« Mes chers enfants ! Vous avez accepté l’islam avec obéissance et accompli l’Hégire de votre plein gré. Je vous conjure par le nom d’Allah, en dehors de qui il n’y a aucune divinité : vous êtes tous les fils d’un seul homme, tout comme vous êtes les enfants d’une seule femme. Je n’ai pas trahi votre père, je n’ai pas couvert de honte votre famille maternelle et je n’ai en aucune manière terni votre lignée ni votre honneur. Sachez combien Allah, le Très-Haut, a réservé une immense récompense aux musulmans qui combattent dans le jihād contre les mécréants. Sachez parfaitement que la vie éternelle de l’au-delà est meilleure que la vie éphémère de ce monde. Allah, le Seigneur des mondes, le Très-Glorieux, dit : “Ô vous qui croyez ! Soyez patients, faites preuve de fermeté dans le combat et craignez Allah, afin que vous puissiez atteindre votre objectif.” (Āl ʿImrān, 200) Demain à l’aube, vous vous lancerez avec discernement à l’assaut des ennemis pour les anéantir. Implorerez Son aide dans le combat contre les ennemis d’Allah. »

Les fils obéissants écoutèrent attentivement leur mère. La nuit s’écoula. À l’aube, ils se dirigèrent ensemble vers le champ de bataille en récitant des vers de poésie arabe. [Al-Qurṭubī et Ibn Ḥajar ont rassemblé un grand nombre de ces vers dans leurs ouvrages. (Al-Istīʿāb, 4/296 ; Al-Iṣāba, 4/288)] À un moment donné, ils combattirent tous avec une bravoure et un courage extrêmes, puis obtinrent le martyre. Il convient de s’arrêter quelque peu sur les paroles que prononça leur mère, Khansā (qu’Allah l’agrée), lorsqu’elle apprit leur martyre. Elle déclara : (Arabe***********************)[Usd al-Ghāba, 5/442 ; Jamharat al-Khuṭab al-ʿArab, 1/231]

« Louange à Allah, qui m’a honorée en leur accordant le martyre. J’espère auprès de mon Seigneur qu’Il me réunira avec eux dans l’au-delà, à l’ombre de Sa miséricorde éternelle. »

La femme qui, à l’époque de la Jâhiliyya, s’était fait connaître dans toute l’Arabie en composant des élégies funèbres et en exprimant son chagrin durant toute sa vie après la mort d’un demi-frère, est précisément celle qui, ayant appris d’un seul coup la nouvelle du martyre de ses quatre fils, exprima ainsi sa gratitude envers Allah. On ne sait pas qu’elle ait accompli quoi que ce soit pour eux : ni lamentations, ni composition d’élégies funèbres, ni port d’un quelconque signe de deuil. Quelle foi devait-on posséder pour parvenir à une telle attitude ?

Le calife ʿUmar (qu’Allah l’agrée) accordait à chacun de ses fils une allocation de cent dirhams de leur vivant. Même après leur martyre, il maintint cette allocation au nom de Khansā (qu’Allah l’agrée). Elle continua à la percevoir jusqu’à sa mort. [Al-Iṣāba, 4/288 ; Khizānat al-adab, 1/395 ; Dr ʿUmar Farrūkh, 1/318]

La place de la vénérable Khansā ((qu’Allah l’agrée)) comme poétesse


Khansā (qu’Allah l’agrée) s’est illustrée dans presque tous les domaines de la poésie arabe. Toutefois, en matière d’élégies funèbres, nul ne lui est comparable. L’érudit Ibn al-Athīr a écrit :Arabe **************) [Usud al-ghāba, 5/441]

« Les spécialistes de la métrique et de la critique poétiques arabes sont unanimes : avant et après Khansā, aucune poétesse plus éminente qu’elle n’est née. »

Jarīr, l’un des plus grands poètes arabes de l’époque omeyyade (mort en 110 de l’Hégire), fut un jour interrogé : qui est le plus grand poète des Arabes ? Il répondit :Arabe**********)[Durr al-manthūr, 110]

« Si Khansā était présente, ce serait moi. »

Bashshār ibn Burd était l’un des plus grands poètes arabes de l’époque abbasside. Il dit : « Lorsque j’examine attentivement les poèmes des poétesses, je découvre chez chacune d’elles quelque défaut ou faiblesse dans sa poésie. » On lui demanda : « En est-il de même pour la poésie de Khansā ? » Il répondit : « Elle est même supérieure aux poètes hommes. » [Ṭabaqāt al-shuʿarāʾ, 271]

Tous les poètes arabes considéraient Layla al-Ukhayliyya, de l’époque omeyyade, comme la reine des poétesses arabes, à l’exception de Khansâ (qu’Allah l’agrée). Le savant égyptien de l’époque moderne, le Dr Umar Farrukh, a évalué ainsi le talent poétique de Khansâ et la valeur de ses poèmes : [Târîkh al-Adab al-‘Arabî, 1/318]

(Arabe ******************)

« Khansâ est, dans l’ensemble, la plus éminente des poétesses arabes. Ses poèmes sont tous composés de fragments. Ils sont extrêmement purs, limpides, subtils, solidement structurés et dotés d’excellentes introductions. La poésie laudative occupe une place très réduite dans son œuvre. D’après ce que nous avons pu observer, l’élégie funèbre y tient une place beaucoup plus importante, notamment en raison de la douleur qu’elle ressentit à la mort de ses deux frères. Le sens de ses élégies est clair, subtil et doux ; elles expriment fidèlement ses émotions et ses sentiments. Malgré l’excès de douleur et de lamentation qu’elles contiennent, ainsi que l’exagération dans l’éloge de ses deux frères, elles demeurent conformes au style et à la manière des Bédouins. »

À l’époque antéislamique, il était habituel d’organiser, dans diverses régions de l’Arabie, des foires, des expositions et des assemblées. Elles avaient pour but l’échange d’idées, ainsi que la présentation et la mise en compétition des arts, de la littérature et de la culture. Des gens de toutes les catégories sociales, hommes et femmes sans distinction, y participaient. Les Arabes accouraient de contrées lointaines vers ces foires. Elles commençaient au mois de Rabî‘ al-Awwal. Le premier jour de ce mois, la première foire de l’année se tenait à Dûmat al-Jandal. Après la clôture de cette foire, ils se rendaient au marché d’al-Hijr, puis à Oman et, de là, au Hadramaout. Ensuite, ils séjournaient aux alentours de San‘â, au Yémen, tantôt dix jours, tantôt vingt. Après avoir parcouru toute l’Arabie de cette manière, ils se rendaient, à l’approche du pèlerinage, au mois de Dhû al-Qa‘da, au marché de ‘Ukâz, situé à quelques miles de La Mecque [‘Ukâz : situé entre Nakhlah et at-Tâ’if. On y tenait ordinairement un marché commercial. Ce marché fut fondé en 540 apr. J.-C. et resta en activité jusqu’à son pillage par les kharijites en l’an 129 de l’Hégire. (Drs ‘Abd al-Mun‘im Khafâjî et Salâh ad-Dîn ‘Abd at-Tawwâb : Al-Hayât al-Adabiyya fî ‘Asrâ al-Jâhiliyya wa Sadr al-Islâm, p. 28.) Après sa fermeture par crainte des kharijites, la foire de ‘Ukâz ne fut plus jamais rouverte jusqu’à aujourd’hui. Après ‘Ukâz, les anciens marchés arabes tels que Majanna et Dhû al-Majâz fermèrent eux aussi progressivement. Le dernier marché de ce genre à La Mecque fut détruit en l’an 197 de l’Hégire. (Al-Azraqî : Akhbâr Makka, p. 121-122.)] La dernière foire de l’année s’y tenait. C’était la plus grande et la plus importante des foires arabes. Les membres de toutes les tribus arabes, en particulier leurs chefs, y participaient nécessairement. Lorsqu’un chef tribal ne pouvait y prendre part pour quelque raison que ce soit, il y envoyait un représentant. Dans l’enceinte de cette foire, les Arabes prenaient des décisions définitives concernant l’élection de leurs chefs tribaux, le règlement des conflits intertribaux, la fin des meurtres et des affrontements réciproques, ainsi que d’autres questions. Lors de cette foire, la tribu mecquoise des Quraysh jouissait d’un honneur et d’un prestige supérieurs à ceux de tous les autres. Une fois toutes les questions réglées, les poètes de chaque tribu récitaient leurs propres poèmes. Ces poèmes traitaient de bravoure, de courage, de générosité, d’hospitalité, des exploits des ancêtres, de gloire, de chasse, de réjouissances et de fêtes, de meurtres et de violences, de guerres et de combats, de paix et de réconciliation, d’amour et de séparation, de deuil et d’autres sujets. C’est là que se déterminaient le rang et le prestige des poètes arabes.

La poétesse Khansâ participait elle aussi à toutes ces foires et assemblées, et ses élégies funèbres furent reconnues à ‘Ukâz comme inégalées. Lorsqu’elle arrivait montée sur son chameau, les autres poètes se rassemblaient autour d’elle. Tous attendaient avec impatience de l’entendre réciter ses poèmes. Puis, à un moment donné, elle les comblait en leur récitant ses élégies funèbres.

Dans toutes ces assemblées, un drapeau était hissé à la porte de la tente de Khansâ, en signe de son rang et de l’honneur particulier qui lui étaient accordés, et il y était écrit :(Arabe*****) cette expression. Elle signifie : « l’autrice des plus belles élégies funèbres d’Arabie ». Ibn Qutayba dit :(Arabe*******) [Ash-Shi‘r wa ash-Shu‘arâ’, p. 161 ; Sifat Jazîrat al-‘Arab, p. 263]

Elle séjournait dans ces foires saisonnières. Son palanquin était spécialement signalé. Les Arabes considéraient comme un événement particulièrement tragique la mort de son père, ‘Amr, et de ses deux frères, Sakhr et Mu‘âwiya. Elle récitait des poèmes, et les gens pleuraient. » De nombreux grands poètes naquirent dans l’Arabie antéislamique. An-Nâbigha adh-Dhubyânî (mort en 604 apr. J.-C.) fut l’un de ces grands poètes. Sa renommée poétique est encore mondiale. Son véritable nom était Ziyâd ibn Mu‘âwiya et son surnom Abû Umâma. Abû ‘Ubayda écrit à son sujet :(Arabe ***************) [Sahâbiyyât, p. 186]

« Il était l’un des poètes de premier rang, placé à la tête de tous les poètes. » On l’appelait An-Nâbigha en raison de la grande quantité de poèmes de qualité qu’il composait. À la foire de ‘Ukâz, une tente rouge était construite exclusivement pour lui. C’était un signe d’honneur et de prestige exceptionnel, que lui seul était considéré comme digne de recevoir. Il n’était permis de construire une telle tente rouge pour personne d’autre. La raison en était que seul celui qui jouissait d’une reconnaissance unanime dans le domaine de la poésie était jugé digne de cet honneur. Ibn Qutayba dit :(Arabe *****) [Ash-Shi‘r wa ash-Shu‘arâ’, p. 160]

« À Ukâz, on dressait pour An-Nâbigha une tente en cuir rouge. Les poètes venaient dans cette tente lui réciter leurs poèmes. »

À l’occasion de la foire d’Ukâz, une assemblée de poètes se tenait sous la présidence du poète An-Nâbigha. Les plus grands poètes d’Arabie y participaient et y récitaient leurs propres poèmes afin d’obtenir une reconnaissance. Un jour, lors d’une telle assemblée, les trois plus grands poètes arabes de l’époque — al-A‘châ Abû Basîr, Hassân ibn Thâbit et Khansâ — étaient présents. Al-A‘châ récita son poème le premier, puis ce fut le tour de Hassân. Khansâ récita son poème en dernier. Lorsqu’elle eut achevé sa récitation, le président, An-Nâbigha, lui dit :(Arabe ***********)

« Par Dieu ! Si Abû Basîr ne m’avait pas récité son poème un instant plus tôt, j’aurais dit que tu es la meilleure poétesse parmi les djinns et les hommes. »

En entendant cette remarque d’An-Nâbigha, le poète Hassân fut extrêmement irrité. Il réagit ainsi : « Par Dieu ! Je suis un poète plus éminent que vous, votre père et votre grand-père. » An-Nâbigha saisit la main de Hassân et lui dit : « Mon neveu, peux-tu réciter un vers meilleur que celui-ci, qui est de moi ? »(Arabe***********)

« Certes, tu es comme la nuit qui m’enveloppe, bien que j’aie pensé que la distance qui me séparait de toi était immense. » Cela signifie : tu m’entoures comme la nuit, quelle que soit la distance à laquelle je me trouve. Puis il dit à Khansâ : « Récite-le-lui. » Khansâ récita encore quelques-uns de ses vers. An-Nâbigha fit alors cette remarque :(Arabe ****)

« Par Dieu ! Je n’ai jamais vu parmi les personnes dotées de deux seins un poète meilleur que toi. » Autrement dit : je n’ai jamais vu de poétesse meilleure que toi. Aussitôt, Khansâ corrigea les paroles d’An-Nâbigha en disant :(Arabe************)

« Non, par Dieu ! Même pas parmi ceux qui possèdent deux testicules. » Autrement dit : vous n’avez vu aucun poète meilleur que moi, ni parmi les femmes ni parmi les hommes. [Abû al-Faraj al-Isfahânî : Kitâb al-Aghânî, 11/6 ; Ach-Chi‘r wa ach-Chu‘arâ, p. 160]

Certaines versions rapportent qu’en réponse à la question d’An-Nâbigha, Hassân lui récita le vers suivant :Arabe ********)

« Nous possédons de grands récipients transparents et étincelants, qui brillent au milieu de la matinée. Et nos épées sont telles que des gouttes de sang s’écoulent de leur poignée. » Dans son poème, le poète Hassân voulait évoquer son hospitalité envers ses hôtes ainsi que sa bravoure et son courage. Mais le poète an-Nâbigha — ou, selon une autre opinion, Khansâ — critiqua sévèrement le poème de Hassân, en en exposant les défauts, et rejeta sa prétention. [Qudâma ibn Ja‘far : Naqd ash-shi‘r, p. 62 ; al-Aghânî, 9/340]

En somme, par sa puissance poétique et son talent, la vénérable Khansâ occupait une place très élevée parmi les poètes arabes de second rang de son époque. Un diwan de ses poèmes fut publié pour la première fois en caractères imprimés en 1888 par une maison d’édition de Beyrouth. En 1889, ce diwan fut traduit en français. [Sahâbiyyât, p. 188]

Il existe une divergence concernant l’année de la mort de la vénérable Khansâ. Selon un avis, elle mourut au début du califat de la vénérable ‘Uthmân, en l’an 24 de l’hégire / 644-645 de l’ère chrétienne. Selon un autre avis, ce fut en l’an 42 de l’hégire / 663 de l’ère chrétienne. [Dr ‘Umar Farrûkh, 1/318]

Asmâ’ bint Yazîd al-Ansâriyya (qu’Allah l’agrée)


La vénérable Asmâ (qu’Allah l’agrée) était une Compagne ansârite. Son père était Yazîd ibn as-Sakan et sa mère, Umm Sa‘d ibn Zays ibn Mas‘ûd. Son époux était Sa‘îd ibn ‘Amâra, connu sous le nom d’Abû Sa‘îd al-Ansârî. [Siyar a‘lâm an-nubalâ’, 2/296 ; al-Isâba, 4/89] La vénérable Asmâ avait pour teknonyme Umm Salama, ou, selon une autre opinion, Umm ‘Âmir. Elle était issue de la branche des Banû ‘Abd al-Ashhal, du célèbre clan des Aws de Médine. Elle était la cousine maternelle du célèbre Compagnon Mu‘âdh ibn Jabal (qu’Allah l’agrée). [Nisâ’ min ‘asr an-nubuwwa, p. 78] Ibn Hajar la qualifie de cousine paternelle de Mu‘âdh ibn Jabal. [al-Isâba, 4/225]

On ne dispose que de peu d’informations sur la naissance et l’enfance de la vénérable Asmâ (qu’Allah l’agrée). On sait seulement, au sujet de sa conversion à l’islam, qu’elle devint musulmane après l’émigration du Messager d’Allah (paix et bénédiction d’Allah sur lui) à Médine. Elle possédait de nombreuses qualités. C’était une femme d’une grande éloquence et d’une remarquable facilité de parole. Elle était également connue pour son intelligence, sa crainte révérencielle de Dieu, sa dévotion et la transmission de hadiths. Une autre de ses grandes qualités était d’être une guerrière courageuse. Comme elle s’adressait au Messager d’Allah (paix et bénédiction d’Allah sur lui) au nom des femmes, on l’appelait leur porte-parole. Selon un récit, elle participa à la dernière allégeance d’al-‘Aqaba. [Hayât as-sahâba, 1/597 ; note 4]

Le noble Messager d’Allah (paix et bénédiction d’Allah sur lui) était arrivé à Médine. Un jour, il était assis, entouré de ses nobles Compagnons. C’est alors qu’Asmâ arriva et lui adressa le bref discours suivant :

« Ô Messager d’Allah ! Je suis venue de la part d’un groupe de femmes musulmanes afin de vous transmettre certaines de leurs paroles. Allah Très-Haut vous a envoyé comme guide pour les deux catégories, les hommes et les femmes. Nous, les femmes, avons cru en vous et nous vous avons suivi. Mais nous constatons une grande différence entre les femmes et les hommes. Nous sommes confinées entre les murs de nos demeures. Nous satisfaisons les désirs sexuels des hommes et nous portons leurs enfants. Quant à vous, les hommes, vous pouvez participer à la prière du vendredi, aux prières en assemblée et aux funérailles. Vous allez accomplir le pèlerinage. Et surtout, vous partez combattre dans le chemin d’Allah. Pendant ce temps, nous élevons vos enfants, veillons sur vos biens et filons au rouet le fil destiné à confectionner les vêtements. Notre question est donc la suivante : ne partagerons-nous pas votre récompense ? Les femmes qui sont derrière moi ont la même opinion et tiennent le même discours que moi. »

Après avoir entendu les paroles d’Asma, le Prophète (صلى الله عليه وسلم) se tourna vers les Compagnons et leur dit : « Avez-vous déjà entendu parler d’une femme désireuse de connaître une religion plus belle que celle-ci ? » Ils répondirent : « Nous n’aurions jamais imaginé qu’une femme puisse poser une telle question. » Puis le Prophète (صلى الله عليه وسلم) s’adressa à Asma et dit : « Si une femme se comporte bien envers son mari, cherche à lui plaire, lui obéit dans ce qu’il aime et ce qu’il n’aime pas, et s’acquitte des devoirs et des droits de la vie conjugale, elle recevra la même récompense que les hommes. Va et rapporte ces paroles aux autres femmes que tu as laissées derrière toi. »

Ayant entendu cette bonne nouvelle de la bouche du Messager d’Allah (صلى الله عليه وسلم), Asma repartit joyeusement en récitant : « Il n’y a de divinité qu’Allah » et « Allah est le plus grand ». [Al-Istî‘âb, 4/233 ; Usud al-Ghâba, 5/398 ; As-Sîra al-Halabiyya, 1/149. At-Tûsî a attribué cet épisode à Asma bint ‘Ubayd al-Ansâriyya. Ibn Manda et Abû Nu‘aym ont considéré Asma bint Yazîd ibn As-Sakan comme une autre femme. Ibn ‘Abd al-Barr a dit que les deux femmes mentionnées ci-dessus étaient en réalité la même et que c’était elle qui avait parlé au Messager d’Allah (صلى الله عليه وسلم). L’imam Ahmad partageait également cet avis. (A‘lâm an-Nisâ’, 1/67 ; note 1)]

Dans le groupe de femmes qu’Asma représentait se trouvait également sa tante maternelle. Celle-ci portait des bracelets et une bague en or. Le Messager (صلى الله عليه وسلم) demanda : « La zakât de ces bijoux est-elle acquittée ? » Elle répondit : « Non. » Le Messager (صلى الله عليه وسلم) dit : « Aimerais-tu qu’Allah te fasse porter des bracelets et une bague de feu ? » Asma dit alors à sa tante : « Ma tante, enlève-les. » Celle-ci retira aussitôt tous ses bijoux et les jeta. Asma dit ensuite : « Ô Messager d’Allah ! Si nous ne portons pas de bijoux, nous perdrons toute considération auprès de nos maris. » Il répondit : « Fabrique des bijoux en argent et teins-les au safran ; on y verra l’éclat de l’or. » À ce moment de la discussion, l’heure de la bay‘a arriva. Le Messager (صلى الله عليه وسلم) leur fit répéter plusieurs engagements. Asma dit alors : « Ô Messager d’Allah ! Tendez-nous une main afin que nous la touchions et concluions ainsi notre bay‘a. » Le Messager (صلى الله عليه وسلم) répondit : « Je ne serre pas la main des femmes. » [Musnad Ahmad, 6/453, 454, 458, 460, 461] Selon certaines sources, l’épisode des bijoux est également rapporté au sujet d’Asma. [Sahâbiyyât, p. 302]

Asma (qu’Allah l’agrée) se tenait toujours auprès du noble Messager d’Allah (صلى الله عليه وسلم). Un jour, le Messager (صلى الله عليه وسلم) parla devant elle de l’Antéchrist. Elle se mit à pleurer. Le Messager se leva alors et partit. À son retour, il la trouva toujours en train de pleurer. Il lui demanda : « Pourquoi pleures-tu ? » Asma répondit : « Notre situation est telle que, lorsque la servante s’assoit pour pétrir la farine, nous avons déjà faim ; avant même que son repas soit prêt, nous devenons impatients de manger. Lorsque la pénurie apparaîtra à l’époque de l’Antéchrist, comment pourrons-nous faire preuve de patience ? » Le Messager (صلى الله عليه وسلم) dit : « Ce jour-là, la récitation du tasbîh et du takbîr vous préservera de la faim. Il n’est pas nécessaire de tant pleurer et de se lamenter. Si je suis encore vivant ce jour-là, je serai un bouclier pour vous ; sinon, après moi, Allah protégera chaque musulman. » [Musnad Ahmad, 6/453]

Peu après avoir émigré de La Mecque à Médine avec les autres membres de sa famille, ‘Â’isha (qu’Allah l’agrée) quitta officiellement la maison paternelle pour rejoindre celle de son époux. Asma était également présente à cette cérémonie. Elle faisait partie de celles qui avaient paré ‘Â’isha comme une jeune mariée. Une fois la toilette terminée, on fit asseoir ‘Â’isha sur un siège et l’on envoya prévenir son époux, le Messager (صلى الله عليه وسلم). Celui-ci arriva et s’assit à côté de ‘Â’isha (qu’Allah l’agrée). Une des femmes tendit une coupe de lait au Messager d’Allah (صلى الله عليه وسلم). Il en but un peu puis la tendit à ‘Â’isha (qu’Allah l’agrée). Celle-ci baissa la tête, par pudeur. Asma lui dit alors d’un ton réprobateur : « Accepte ce que le Messager d’Allah (صلى الله عليه وسلم) te donne. » ‘Â’isha (qu’Allah l’agrée) prit la coupe de lait des mains du Messager d’Allah (صلى الله عليه وسلم), en but un peu, puis la lui rendit. Il tendit la coupe à Asma. Celle-ci la fit tourner afin de boire exactement à l’endroit où le Messager (صلى الله عليه وسلم) avait posé ses lèvres. Le Messager dit : « Donne-la aussi aux autres femmes. » Mais les autres femmes présentes répondirent : « Nous n’avons pas envie de boire maintenant. » Le Messager (صلى الله عليه وسلم) dit alors : « La faim et le mensonge à la fois ? » C’est-à-dire : « Êtes-vous en train d’associer le mensonge à la faim ? » [Référence précédente, 6/458, 461]

Parmi les héroïnes moudjahidate dont les noms sont mentionnés dans l’histoire de l’islam, celui d’Asma occupe une place éminente. Il devait en être ainsi, car elle était issue d’une famille dont tous les membres avaient sacrifié leur vie pour assurer la sécurité du Messager d’Allah. À chaque moment critique de la vie médinoise du Messager d’Allah (صلى الله عليه وسلم), notamment lors de la bataille d’Uhud, les membres de cette famille assurèrent sa protection au prix de leur vie.

Il est rapporté d’Anas ibn Mâlik (qu’Allah l’agrée) que, le jour de la bataille d’Uhud, le Messager (صلى الله عليه وسلم) se trouva séparé de l’armée principale avec neuf moudjahidines au total : sept Ansar et deux Qurayshites. À un moment donné, le Messager (صلى الله عليه وسلم) fut blessé par les coups de l’ennemi. Il dit alors à ces quelques moudjahidines qui l’accompagnaient : « Celui qui pourra les repousser loin de nous aura le Paradis. » Ou bien il dit : « Il sera mon compagnon au Paradis. »

Un homme parmi les Ansar s’avança, combattit et tomba en martyr. Le Messager (صلى الله عليه وسلم) répéta la même parole qu’auparavant. Une nouvelle fois, un Ansari s’avança, combattit et tomba en martyr. Ainsi, les sept Ansar tombèrent successivement en martyrs. [Sahîh Muslim : chapitre des expéditions d’Uhud.] Le septième était ‘Ammâra ibn Yazîd ibn As-Sakan, le frère d’Asma. Grièvement blessé par les coups de l’ennemi, il tomba ; c’est alors qu’un groupe de moudjahidines arriva. Ils repoussèrent l’armée polythéiste et délivrèrent ‘Ammâr de son emprise. Le Messager (صلى الله عليه وسلم) leur cria : « Amenez-le-moi. » Il allongea ‘Ammâr en posant sa tête sur ses pieds. Lorsqu’il mourut dans cette position, on vit que son visage reposait sur les pieds du Messager d’Allah (صلى الله عليه وسلم). Au cours de cette bataille d’Uhud, le père d’Asma, Yazîd, son autre frère, ‘Âmir, ainsi que son oncle, Ziyâd ibn As-Sakan (qu’Allah les agrée), tombèrent en martyrs. [Nisâ’ min ‘Asr an-Nubuwwa, p. 80]

Le martyre des membres de sa famille de cette manière éveilla chez Asma le désir de participer au djihad. Parmi ses engagements figurent notamment le serment d’allégeance de Ridwân, la conquête de La Mecque et l’expédition de Khaybar. Les rapporteurs sont unanimes à dire qu’Asma (r.a.) participa à la bataille de Yarmouk, qui eut lieu en l’an 15 de l’Hégire, et qu’elle tua seule neuf soldats romains en les frappant avec un piquet de tente.[Siyar A‘lâm an-Nubalâ’ -2/297 ; al-Isâba-4/229 ; A‘lâm an-Nisâ’ ; Majma‘ az-Zawâ’id-9/260 ; Hayât as-Sahâba-1/597]

Après avoir embrassé l’islam et jusqu’au décès du Messager d’Allah (s.a.w.), Asma (r.a.) passa une longue période en sa compagnie et à ses côtés. Elle demeurait constamment près de lui. Elle ne laissait échapper aucune occasion, même minime, de le servir. Elle écoutait attentivement toutes ses paroles et les retenait. Elle l’interrogeait, en toute circonstance, sur diverses questions et en obtenait les réponses. C’est pourquoi elle acquit, parmi les femmes ansarites, l’honneur d’être celle qui rapporta le plus de hadiths. Elle rapporta 81 (quatre-vingt-un) hadiths du Messager d’Allah (s.a.w.).[A‘lâm an-Nisâ’-1/67 ; Nisâ’ min ‘Asr an-Nubuwwah-80]

Ceux qui rapportèrent des hadiths d’Asma (r.a.) sont : Mahmûd ibn ‘Amr al-Ansârî (son neveu), Abû Sufyân, affranchi d’Ibn Ahmad, ‘Abd ar-Rahmân ibn Thâbit as-Sâmit al-Ansârî, Mujâhid ibn Jubayr, Muhâjir ibn Abî Muslim et Shahr ibn Hawshab.

Ses hadiths ont été compilés dans les ouvrages d’Abû Dâwûd, at-Tirmidhî, an-Nasâ’î, Ibn Mâjah et d’autres.[A‘lâm an-Nisâ’-1/67 ; Siyar as-Sahâbiyyât-166] L’imam al-Bukhârî les a également compilés dans son ouvrage Al-Adab al-Mufrad.[Nisâ’ min ‘Asr an-Nubuwwah-81]

Les hadiths rapportés par Asma (r.a.) permettent, dans une large mesure, de connaître les circonstances et les occasions de la révélation de divers versets du Coran, différentes prescriptions de la sharî‘a, les qualités du Messager d’Allah (s.a.w.), les guerres et les expéditions, sa biographie, ainsi que d’autres sujets. Ainsi, au sujet de la révélation de la sourate al-Mâ’idah, elle dit : « Je tenais la bride de la chamelle d’al-‘Adbâ’ du Messager d’Allah (s.a.w.). Le Messager (s.a.w.) était alors assis sur son dos. Dans cette situation, on aurait dit que les membres de la chamelle allaient se briser et se réduire en morceaux. »[Tafsîr Ibn Kathîr-2.2 ; Al-Bidâya wa an-Nihâya-3/22]

La tunique était le vêtement préféré du Messager (s.a.w.). Asma (r.a.) décrivit cette tunique en ces termes : « Les manches de la tunique du Messager d’Allah (s.a.w.) arrivaient jusqu’aux poignets. »[Hayât as-Sahâba-2/705]

Ce hadith également a été rapporté d’après Asma (r.a.) : le Messager d’Allah (s.a.w.) mourut alors que son armure était mise en gage auprès d’un juif en échange de nourriture. Elle rapporta aussi un hadith au sujet du fait qu’après le décès du noble Messager d’Allah (s.a.w.), Abû Dharr al-Ghifârî (r.a.) critiquerait sévèrement les dirigeants et serait, pour cette raison, chassé d’un endroit à l’autre.[Ibn Mâjah (2838) ; at-Tirmidhî-(1765) ; Hayât as-Sahâba-2/67]

Dans les ouvrages de hadith, de sîra et d’histoire, de nombreux récits portent sur la compassion, la générosité et l’altruisme des Ansars de Médine ; on y rapporte également que de nombreux miracles du Messager d’Allah (s.a.w.) se manifestèrent par sa bénédiction. Ibn ‘Asâkir rapporta dans son Târîkh, par la bouche d’Asma, un miracle du Messager d’Allah (s.a.w.). Asma dit : « Un jour, je vis le Messager d’Allah (s.a.w.) accomplir la prière du maghrib dans notre mosquée. Je rentrai chez moi, pris de la viande avec os et du pain, les plaçai devant lui et dis : “Que mes père et mère soient sacrifiés pour vous ! Mangez-en pour votre dîner.” Il appela ses compagnons et leur dit : “Commencez à manger en prononçant le nom d’Allah.” Le Messager d’Allah (s.a.w.) mangea cette petite quantité de nourriture, ses compagnons en mangèrent, ainsi que tous ceux qui étaient présents. Par Celui dans la main duquel se trouve ma vie ! Même après que quarante personnes au total eurent mangé, je vis qu’il restait encore la plus grande partie de la viande et du pain. Ensuite, le Messager (s.a.w.) but de l’eau en portant à sa bouche une outre qui nous appartenait, puis il partit. Nous conservâmes cette outre. Lorsqu’une personne tombait malade, on lui faisait boire de l’eau de cette outre, et il arrivait aussi que nous y buvions dans l’espoir d’obtenir la bénédiction. »[Nisâ’ min ‘Asr an-Nubuwwah-82]

Elle était extrêmement hospitalière. Un jour, Shah r ibn Hawshab vint chez elle. On lui servit un repas devant lui, mais il manifesta de la réticence à manger. Alors Asmā’ (r.a.) lui raconta un récit du Messager d’Allah (s.a.w.) et lui dit : « Maintenant, tu ne devrais certainement plus manifester de réticence à manger. » Shahr répondit : « Mère ! Cela ne se reproduira pas. » [Al-Istī‘āb, 3/726 ; Musnad Ahmad, 6/458]

Après le décès du Messager d’Allah (s.a.w.), Hadrat Asmā’ (r.a.) quitta Médine et se rendit en Syrie. C’est à cette époque qu’elle participa à la bataille de Yarmūk. Elle s’installa ensuite à Damas, où elle continua à rapporter des hadiths. Ibn ‘Asākir a rapporté cela par l’intermédiaire d’Abū Zur‘a.

L’année exacte du décès de Hadrat Asmā’ (r.a.) est inconnue. L’érudit adh-Dhahabī (r.h.) a dit qu’elle était encore en vie jusqu’au règne de Yazīd ibn Mu‘āwiya (r.a.). [Nisā’ min ‘Asr an-Nubuwwah, 1/83]

Il convient de noter que Yazīd mourut le 14 Rabī‘ al-Awwal de l’an 64 de l’Hégire. Adh-Dhahabī a également dit qu’Asmā’ (r.a.) vivait à Damas et que sa tombe se trouvait à Bāb as-Saghīr, à Damas. [Siyar A‘lām an-Nubalā’, 2/220, 296] Le commentaire d’Ibn Kathīr vient confirmer cette affirmation. Selon lui, elle fut enterrée à Bāb as-Saghīr, à Damas, parmi ceux qui moururent en l’an 69 de l’Hégire. D’après son propos, Hadrat Asmā’ décéda sous le califat de ‘Abd al-Malik ibn Marwān. [Nisā’ min ‘Asr an-Nubuwwah, 1/83] On ne dispose d’aucune information sur ses enfants.

Umm Rūmān bint ‘Āmir (r.a.)


Voici l’identité de Hadrat Umm Rūmān (r.a.) : Umm Rūmān bint ‘Āmir ibn ‘Uwaymir ibn ‘Abd Shams ibn ‘Itāb ibn ‘Udhayna al-Kināniyya. [Usd al-Ghāba, 5/583 ; Ansāb al-Ashrāf, 1/409 ; Siyar A‘lām an-Nubalā’, 2/135] Deux prononciations de ce nom apparaissent dans les ouvrages historiques : Umm Rūmān et Umm Rawmān. Ibn Ishāq a dit que son véritable nom était « Zaynab », tandis que d’autres ont dit « Dā‘ād ». [Al-Isāba, 4/433 ; Ar-Rawd al-Unuf, 4/12] Elle est célèbre dans l’histoire sous le surnom d’Umm Rūmān.

Dans la région d’As-Sarāt(Arabe****) [Mu‘jam al-Buldān, 3/204-205 ;], de la péninsule Arabique, Umm Rūmān naquit et grandit. Lorsqu’elle atteignit l’âge du mariage, elle eut un fils nommé ‘Abdullāh. C’était l’époque préislamique, l’époque de la Jāhiliyya. À cette époque, l’injustice et les troubles régnaient dans toute l’Arabie. On peut dire que la paix et la sécurité qui existaient dans la péninsule Arabique ne se trouvaient véritablement que dans la ville de La Mecque, Umm al-Qurā. [Sourate Ibrāhīm, 35](Arabe*********)

« Lorsque Ibrāhīm dit : “Seigneur ! Fais de cette cité une cité de paix et de sécurité…” » C’est au centre même de cette cité honorable et glorieuse que se trouvait la Maison d’Allah, le Seigneur des mondes : la Ka‘ba. À travers les âges, les gens ont voulu venir s’installer auprès de la Ka‘ba, dans cette cité de paix et de sécurité. Le mari d’Umm Rūmān, ‘Abdullāh ibn al-Hārith, rêvait lui aussi de vivre dans le voisinage de cette Ka‘ba sacrée. Pour réaliser ce rêve, il partit un jour de sa terre natale, As-Sarāt, en direction de La Mecque, accompagné de son épouse Umm Rūmān et de son fils at-Tufayl. À son arrivée à La Mecque, il conclut, conformément aux usages arabes de l’époque, un pacte avec Abū Bakr, qui en était résident. C’est ainsi qu’il commença à vivre à La Mecque avec sa famille, sous la protection d’Abū Bakr. Il mourut peu de temps après. La veuve Umm Rūmān se retrouva, avec son fils, dans une situation extrêmement démunie, loin de sa terre natale.

Au milieu de cette épreuve, Umm Rûmân entrevoit une lueur d’espoir. Leur protecteur, Abû Bakr, était un homme d’une personnalité ferme, doué de générosité et de largesse. Il était dans sa nature de se tenir aux côtés des gens dans l’adversité. Après sa conversion à l’islam, lorsque les forces polythéistes de La Mecque commencèrent à exercer des persécutions excessives contre Abû Bakr (رض), celui-ci envisagea de quitter le pays. C’est alors que les quelques paroles par lesquelles Ibn ad-Dughunna réprimanda les Quraychites exprimèrent de manière remarquable les vertus d’Abû Bakr (رض). Il dit : [Nisâ’ min ‘asr an-nubuwwah, p. 269-270](Arabe********)

« Chassez-vous du pays un homme qui vient en aide aux indigents, maintient les liens de parenté, porte le fardeau des autres, nourrit ses hôtes et secourt les gens dans l’adversité ? » Comment un tel homme pourrait-il repousser une veuve démunie et l’enfant placé sous sa protection ? Il lui tendit une main secourable. Il l’épousa et l’intégra, avec son fils, à sa propre famille. Ainsi, Umm Rûmân (رض) acquit un foyer et une vie familiale remarquables. Au cours de sa vie conjugale avec Abû Bakr (رض), elle lui donna un fils et une fille : ‘Abd ar-Rahmân et ‘Â’isha (رض). [Référence précédente ; Nisâ’ khawâlid ar-Rasûl, p. 264] Cette ‘Â’isha (رض) allait par la suite obtenir l’honneur de devenir une « Mère des croyants ».

Il ne serait pas déplacé de mentionner ici qu’à l’époque préislamique, Abû Bakr (رض) épousa Qutayla bint ‘Abd al-‘Uzzâ al-‘Âmiriyya. Elle lui donna un fils, ‘Abd Allâh, et une fille, Asmâ’ (رض). Comme Qutayla n’embrassa pas l’islam, Abû Bakr (رض) se sépara d’elle. Durant sa vie islamique, Abû Bakr épousa Asmâ’ bint ‘Umays (رض). Elle lui donna un fils, Muhammad ibn Abû Bakr (رض). Il épousa également Habîba bint Khadîja, et Abû Bakr mourut alors que leur fille Umm Kulthûm se trouvait encore dans le sein de sa mère. [Nisâ’ mubashshirât bi-l-janna, p. 84]

Adoption de l’islam

Toutes les narrations fiables confirment qu’Abû Bakr as-Siddîq (رض) fut le premier homme libre à embrasser l’islam. Celui qui consacra tous ses biens à la diffusion et à la propagation de l’islam dut naturellement, dès sa conversion, présenter l’appel à l’islam à ses proches. On sait qu’il amena sa mère, Umm al-Khayr Salmâ bint Sakhr (رض), par la main et la présenta devant le Messager d’Allah (صلى الله عليه وسلم). Le Messager (صلى الله عليه وسلم) la fit entrer dans l’islam. Il invita également son épouse Umm Rûmân à embrasser l’islam, et elle eut l’insigne honneur de faire partie du groupe des premiers convertis. ‘Â’isha (رض) dit : [Tahdhîb al-asmâ’ wa-l-lughât, 2/183]

(Arabe**********)

« Dès que j’ai commencé à connaître mon père, j’ai vu ces deux personnes avoir adopté cette religion. »

Ibn Sa‘d dit :(Arabe*********)

« Ummu Rûmân embrassa l’islam et prêta allégeance à La Mecque bien avant, puis elle émigra. » [At-Tabaqât, 8/276]

Après avoir embrassé l’islam, elle s’efforça autant que possible de se former elle-même et d’éduquer sa famille selon les enseignements de l’islam, de tout son cœur et de toute son âme. Elle contemplait la grandeur de l’islam et sa réalité incarnées dans la personne du Messager d’Allah — paix et bénédictions d’Allah sur lui. Pour les besoins de la prédication islamique, le Messager — paix et bénédictions d’Allah sur lui — se rendait à toute heure au domicile d’Abû Bakr — qu’Allah l’agrée. Toute la maisonnée d’Ummu Rûmân se réjouissait grandement de ces visites bénies du Messager d’Allah — paix et bénédictions d’Allah sur lui. Elle servait cet illustre hôte dans la mesure de ses moyens. Ummu Rûmân — qu’Allah l’agrée — avait une âme limpide et un cœur plein de tendresse, rempli d’une foi ferme. Elle possédait également une force infinie pour faire preuve de patience dans l’épreuve. Elle souffrait énormément de voir les polythéistes infliger de cruelles persécutions aux musulmans faibles de La Mecque. Elle voyait le Messager — paix et bénédictions d’Allah sur lui — enseigner la patience à ses Compagnons. Elle se réjouissait de voir son époux Abû Bakr — qu’Allah l’agrée — soutenir les musulmans des classes vulnérables et acheter des esclaves sur ses propres deniers afin de les affranchir. Elle l’encourageait dans ses œuvres généreuses.

Parallèlement aux tâches domestiques, elle s’occupait avec le plus grand soin de son fils ‘Abd ar-Rahmân et de sa fille ‘Â’isha — qu’Allah les agrée. Elle s’efforçait d’élever ses enfants dans la crainte d’Allah et l’amour d’Allah et de Son Messager. Dès le début, son cœur clairvoyant lui disait que sa fille ‘Â’isha jouerait à l’avenir un rôle particulier pour l’islam. Le Messager — paix et bénédictions d’Allah sur lui — allait et venait dans la maison le matin, à midi, le soir, à n’importe quel moment. Il donnait parfois à Ummu Rûmân des directives concernant l’accomplissement des tâches domestiques et l’éducation des enfants.

Durant son enfance, ‘Â’isha — qu’Allah l’agrée — irritait parfois sa mère. Celle-ci la punissait également. Le Messager — paix et bénédictions d’Allah sur lui — en éprouvait de la peine. Un jour, il dit à Ummu Rûmân : [référence précitée](Arabe*****)

« Ummu Rûmân ! Traitez bien ‘Â’isha et souvenez-vous de mes recommandations à son sujet. »

Un jour, le Messager — paix et bénédictions d’Allah sur lui — vint au domicile d’Abû Bakr — qu’Allah l’agrée — et vit ‘Â’isha — qu’Allah l’agrée — pleurer, appuyée contre le seuil de la porte. Il dit à Ummu Rûmân : « Vous n’avez pas accordé d’importance à mes paroles. » Ummu Rûmân répondit : « Ô Messager d’Allah ! Cette fille se plaint de moi auprès de son père. » Le Messager — paix et bénédictions d’Allah sur lui — dit : « Quoi qu’elle fasse, ne lui faites pas de peine. » [La vie des Compagnons du Messager, 5/57]

La tendresse et l’affection envers ses enfants, son amour profond et son obéissance envers son époux et, par-dessus tout, son intelligence aiguë firent d’Ummu Rûmân et de sa famille un modèle idéal. Elle ne prenait aucune décision importante sans consulter son époux. Le rôle d’Ummu Rûmân lors de la demande en mariage de sa fille ‘Â’isha — qu’Allah l’agrée — avec le Messager d’Allah — paix et bénédictions d’Allah sur lui — en est le meilleur exemple.

Trois ans avant l’Hégire, la Mère des croyants, Khadîja — qu’Allah l’agrée — décéda. Le Messager — paix et bénédictions d’Allah sur lui — fut accablé de chagrin. Un jour, le voyant affligé, Khawla bint Hakîm — qu’Allah l’agrée — l’épouse de ‘Uthmân ibn Maz‘ûn, lui dit : « Ô Messager d’Allah ! Vous devriez vous remarier. » Le Messager demanda : « Avec qui ? » Khawla répondit : « Il existe deux sortes de candidates, une veuve et une jeune fille vierge ; on peut parler de celle qui vous plaira. » Le Messager demanda encore : « Qui sont-elles ? » Khawla répondit : « La veuve est Sawda bint Zam‘a, et la jeune fille vierge est ‘Â’isha, la fille d’Abû Bakr. » Le Messager — paix et bénédictions d’Allah sur lui — dit : « Très bien. Parle-lui à son sujet. »

Après avoir obtenu l’accord du Messager d’Allah (s.a.s.), Khawla (رضي الله عنها) se rendit chez Abû Bakr et dit à Umm Rûmân (رضي الله عنها), d’une voix extrêmement émue : « Umm Rûmân ! Pour quelle raison Allah Très-Haut a-t-Il accordé tant de bien et de bénédictions (prospérité et abondance) à votre maison ? » Umm Rûmân répondit : « Pourquoi ? Que s’est-il passé, Khawla ? »

Le visage rayonnant de joie, Khawla (رضي الله عنها) répondit : « Le Messager d’Allah (s.a.s.) a parlé d’‘Â’isha (il a envoyé une demande en mariage). »

Umm Rûmân (رضي الله عنها) réfléchit un instant à quelque chose. Peu à peu, son visage se mit à rayonner. Elle dit : « Khawla ! Asseyez-vous un moment ; Abû Bakr va arriver d’un instant à l’autre. »

Abû Bakr (رضي الله عنه) arriva. Lorsqu’Umm Rûmân (رضي الله عنها) lui en informa, il dit : « Mut‘im ibn ‘Adî avait demandé ‘Â’isha en mariage pour son fils Jubayr, et je lui avais donné ma parole. Je ne peux tout de même pas manquer à mon engagement. » Abû Bakr (رضي الله عنه) se rendit auprès de Mut‘im ibn ‘Adî et lui dit : « Tu avais demandé ‘Â’isha en mariage pour ton fils. Quelle est maintenant votre décision ? Dis-le-moi. » Mut‘im consulta son épouse. À cette époque, la famille de Mut‘im n’avait pas encore embrassé l’islam. C’est pourquoi son épouse répondit : « Si cette fille entre dans notre maison, notre fils deviendra apostat. Je ne suis pas favorable à cette proposition. » Abû Bakr (رضي الله عنه) se tourna vers Mut‘im et lui demanda : « Et toi, quel est ton avis ? » Mut‘im répondit : « Mon avis est le même que le sien. » Abû Bakr (رضي الله عنه) rentra chez lui et dit à Khawla : « Amenez le Messager d’Allah (s.a.s.). » Le Messager (s.a.s.) vint, et le mariage fut célébré. [Musnad Ahmad, 6/210-211 ; Tabaqât, 8/58 ; adh-Dhahabî : Târîkh, 1/280-281 ; Siyar A‘lâm an-Nubalâ’, 2/149] ‘Atiyya (رضي الله عنه) a rapporté ce mariage de la manière suivante : « ‘Â’isha (رضي الله عنها) jouait avec d’autres fillettes. Sa servante vint la chercher, puis Abû Bakr (رضي الله عنه) arriva et la maria. On peut mesurer combien ce mariage fut dépourvu de toute cérémonie grâce à un récit de ‘Â’isha (رضي الله عنها). Elle dit : “Lorsque je me suis mariée, je ne comprenais rien. Mon mariage eut lieu. Lorsque ma mère commença à m’interdire de sortir, je compris que j’étais mariée. Ensuite, ma mère m’expliqua tout.” [Tabaqât, 8/59-60] En somme, Umm Rûmân (رضي الله عنها) éleva sa fille ‘Â’isha (رضي الله عنها) de manière à ce qu’elle devienne la future Mère des croyants, la maîtresse de la demeure prophétique et une femme digne que la révélation puisse descendre dans sa maison.

L’Hégire

Abû Bakr (رضي الله عنه) partit de nuit avec le Messager d’Allah (s.a.s.) en direction de Médine. Ils se cachèrent pendant trois jours dans la grotte du mont Thawr. L’inquiétude et l’angoisse privèrent Umm Rûmân de sommeil. D’un côté, elle se préoccupait du fait qu’Abû Bakr (رضي الله عنه) n’avait laissé aucun argent à la maison pour ses enfants ; de l’autre, elle craignait pour la sécurité du Prophète bien-aimé (s.a.s.) et de son époux. Mais, demeurant extrêmement ferme et inébranlable, elle chassa de son esprit toutes ses inquiétudes et continua d’invoquer Allah afin que le Messager d’Allah (s.a.s.) parvienne sain et sauf à Médine.

Après s’être quelque peu établi à Médine, le Messager d’Allah (s.a.s.) envoya à La Mecque Zayd ibn Hâritha (رضي الله عنه) et Râfi‘ afin d’y faire venir à Médine sa famille et ses proches. Abû Bakr (رضي الله عنه) envoya également avec eux ‘Abdullah, en lui demandant de venir à Médine avec Asmâ’, ‘Â’isha et leur mère Umm Rûmân. Lorsque tous ces gens partirent de La Mecque, Talha ibn ‘Abdullah (رضي الله عنه) les accompagna dans leur Hégire. Avec Abû Râfi‘ et Zayd ibn Hâritha (رضي الله عنهما) se trouvaient Umm Kulthûm, Fâtima, la Mère des croyants Sawda bint Zam‘a, Umm Ayman et Usâma ibn Zayd (رضي الله عنهم) ; et avec ‘Abdullah ibn Abî Bakr (رضي الله عنه) se trouvaient Umm Rûmân, Asmâ’ et ‘Â’isha (رضي الله عنهن). [Ansâb al-Ashrâf, 1/269-270]

Lorsque cette caravane, partie de La Mecque, arriva à al-Baydâ’, lieu de résidence des Banû Kinâna dans le Hijâz, le chameau sur lequel se trouvaient ‘Â’isha (رضي الله عنها) et sa mère Umm Rûmân (رضي الله عنها) devint rétif et se mit à courir à toute vitesse. À chaque instant, elles craignaient d’être précipitées à terre avec le howdah. Comme il est naturel chez les femmes, la mère ne se souciait nullement de sa propre vie ; affolée pour sa fille bien-aimée, ‘Â’isha (رضي الله عنها), elle se mit à pleurer et à crier : (Arabe******)

« Sauvez la nouvelle mariée, sauvez ma fille ! »

Aïcha (qu’Allah l’agrée) dit : « À ce moment-là, j’entendis quelqu’un dire : (arabe****) »

« Relâche les rênes du chameau. » Je relâchai les rênes. Par la volonté d’Allah, le chameau se calma et s’immobilisa. [Al-Bidâya wa-n-Nihâya, 3/211 ; Al-Istîʿâb, 4/4343]

Ils étaient en sécurité et arrivèrent également sains et saufs à Médine.

Umm Rûmân (qu’Allah l’agrée) s’installa avec ses fils et ses filles dans le quartier des Banû al-Hârith ibn Khazraj, à Médine, et y demeura sept ou huit mois. Il convient de préciser qu’Aïcha (qu’Allah l’agrée) resta auprès de sa mère. Le climat de Médine ne convenait pas à la plupart des muhâjirûn venus de La Mecque. Beaucoup d’hommes et de femmes tombèrent malades. Abû Bakr (qu’Allah l’agrée) tomba malade lui aussi. Abû Bakr (qu’Allah l’agrée) tomba malade lui aussi. Grâce aux soins inlassables de la mère et de la fille, il recouvra la santé. Après le rétablissement de son époux, Aïcha (qu’Allah l’agrée) tomba à son tour malade et dut garder le lit. Sa maladie était si grave qu’elle perdit presque tous ses cheveux. [Sahîh al-Bukhârî : chapitre de l’Hégire ; at-Tabaqât, 8/63] Elle se rétablit grâce aux soins de sa mère. Une fois délivrée de toutes ces épreuves et de ces malheurs, Umm Rûmân (qu’Allah l’agrée) dit un jour au Messager d’Allah (paix et bénédictions d’Allah sur lui) : « Ô Messager d’Allah ! Pourquoi ne faites-vous pas venir votre épouse chez vous ? Je n’ai pas actuellement les moyens de payer la dot. » Abû Bakr (qu’Allah l’agrée) dit : « Prenez mon argent. Je vous le prête. » Le Messager (paix et bénédictions d’Allah sur lui) emprunta alors à Abû Bakr (qu’Allah l’agrée) une somme équivalente à la dot et la remit à Aïcha (qu’Allah l’agrée).

Au cours de la sixième année de l’Hégire, sur le chemin du retour de la bataille de Muraysîʿ, les hypocrites ourdirent un dangereux complot visant la famille du Prophète. Lors de cette expédition, Aïcha (qu’Allah l’agrée) accompagnait le Messager d’Allah (paix et bénédictions d’Allah sur lui). Au retour, à la suite d’un incident, un groupe malveillant répandit des calomnies dans le but de ternir la réputation d’Aïcha (qu’Allah l’agrée). Pendant près d’un mois, cette fausse accusation circula dans la société médinoise. Le Prophète lui-même (paix et bénédictions d’Allah sur lui) ainsi que la famille d’Abû Bakr (qu’Allah l’agrée) se trouvèrent dans une situation extrêmement embarrassante. Lorsqu’Umm Rûmân (qu’Allah l’agrée) apprit cette calomnie visant sa fille, elle s’évanouit et tomba à terre. [Aʿlâm an-Nisâ’, 1/472] Mais elle reprit aussitôt connaissance, se ressaisit et s’en remit entièrement à Allah et à Son Messager. Au début, on cacha à Aïcha (qu’Allah l’agrée) les propos que les gens tenaient. Lorsqu’elle l’apprit par la suite, elle réprimanda vivement sa mère de lui avoir dissimulé la chose. [Nisâ Hawla ar-Rasûl, p. 267] À son retour à Médine, Aïcha (qu’Allah l’agrée) tomba légèrement malade et se rendit donc auprès de sa mère. Elle y resta ensuite pendant tout un mois, au cœur de cette terrible crise. Durant cette période, Umm Rûmân (qu’Allah l’agrée) se tint auprès de sa fille en mère exemplaire. Elle lui conseillait constamment de patienter et lui recommandait de placer sa confiance en Allah, Seigneur des mondes. Un jour, le Messager (paix et bénédictions d’Allah sur lui) se rendit chez le père d’Aïcha (qu’Allah l’agrée). Abû Bakr et Umm Rûmân (qu’Allah les agréé) pensèrent qu’une parole décisive allait peut-être être prononcée ce jour-là. Ils vinrent donc tous deux s’asseoir près de lui. Le Messager (paix et bénédictions d’Allah sur lui) dit à Aïcha (qu’Allah l’agrée) : « Aïcha, ces propos à ton sujet sont parvenus à mes oreilles. Si tu es innocente, j’espère qu’Allah le révélera et le prouvera. Mais si tu as réellement commis un péché, alors repens-toi devant Allah et demande-Lui pardon. Lorsqu’un serviteur reconnaît son péché et se repent, Allah lui pardonne. »

Aïcha (qu’Allah l’agrée) dit : « Alors, mes larmes se tarirent. Je dis à mon père : “Répondez aux paroles du noble Messager (paix et bénédictions d’Allah sur lui).” Il répondit : “Ma fille ! Je ne sais pas quoi dire au Messager d’Allah (paix et bénédictions d’Allah sur lui).” Je dis à ma mère : “Répondez au Messager d’Allah (paix et bénédictions d’Allah sur lui).” Elle répondit : “Je ne sais pas quoi dire au Messager d’Allah (paix et bénédictions d’Allah sur lui).” » [Tafsîr d’Ibn Kathîr, Tafsîr d’al-Qurtubî : sourate An-Nûr, versets 11-21 ; Bukhârî, 6/127 ; Tafsîr de la sourate An-Nûr]

Sur ces entrefaites, l’état qui accompagne la révélation de l’inspiration divine au Messager (paix et bénédictions d’Allah sur lui) se manifesta. Même par un froid intense, des gouttes de sueur se mirent à tomber de son visage béni. À cette vue, nous gardâmes tous le silence. Pour ma part, j’étais pleinement rassurée. Mais mon père Abû Bakr et ma mère Umm Rûmân étaient dans une situation des plus pénibles. Inquiets et bouleversés, ils se demandaient quelle grande vérité Allah allait révéler. Lorsque l’état lié à la révélation prit fin, le noble Messager (paix et bénédictions d’Allah sur lui) parut extrêmement heureux. La première chose qu’il dit avec le sourire fut : « Aïcha, réjouis-toi ! Allah a fait descendre une révélation déclarant ton innocence. » Puis il leur récita les versets 11 et 12 de la sourate An-Nûr. Ma mère me dit : « Lève-toi et remercie le Messager d’Allah (paix et bénédictions d’Allah sur lui). »

L’inquiétude et le trouble qui avaient envahi la famille d’Umm Rûmân (qu’Allah l’agrée) à la suite de la calomnie portée contre sa fille bien-aimée, ‘Â’isha (qu’Allah l’agrée), se dissipèrent après la révélation. L’honneur et l’importance dont cette famille jouissait déjà aux yeux des gens furent encore multipliés par cent. En tant que mère, la joie d’Umm Rûmân (qu’Allah l’agrée) ne connut aucune limite.

L’affaire concernant la Mère des croyants, ‘Â’isha (qu’Allah l’agrée), éprouva durement le corps et l’esprit de sa mère, Umm Rûmân (qu’Allah l’agrée). Après avoir surmonté cette épreuve, elle tomba elle-même malade et s’alita. Sa fille ‘Â’isha (qu’Allah l’agrée) fit tout son possible pour la guérir. Tous ses efforts furent vains. Elle décéda à Médine, au mois de Dhû al-Hijja de la sixième année de l’Hégire. [A‘lâm an-Nisâ’, 1/472]

Umm Rûmân était une femme pieuse. La satisfaction d’Allah et de Son Messager (paix et bénédictions d’Allah sur lui) était son unique aspiration. Elle assumait toutes les responsabilités du foyer de son mari, lui permettant ainsi de consacrer davantage de temps au service de l’islam. Un jour, son mari Abû Bakr (qu’Allah l’agrée) rentra chez lui avec plusieurs invités du Messager d’Allah (paix et bénédictions d’Allah sur lui). Il fallait leur servir le repas du soir. Mais un appel urgent arriva de la part du Messager d’Allah (paix et bénédictions d’Allah sur lui). Il dit à Umm Rûmân (qu’Allah l’agrée) : « Je tarderai à revenir ; vous donnerez à manger aux invités. » Comme convenu, Umm Rûmân (qu’Allah l’agrée) fit servir à temps le repas aux invités par son fils ‘Abd ar-Rahmân ; mais ceux-ci refusèrent de manger en l’absence de leur hôte. Lorsque Abû Bakr (qu’Allah l’agrée) rentra au milieu de la nuit et apprit que les invités n’avaient rien mangé, il se mit dans une grande colère contre Umm Rûmân et son fils ‘Abd ar-Rahmân. Il alla même jusqu’à vouloir frapper son fils. Finalement, il se calma grâce à l’intervention des invités. Le repas fut alors présenté devant eux. Après que tous eurent mangé à leur faim, Umm Rûmân déclara qu’il restait encore trois fois la quantité de nourriture qui avait été préparée. Abû Bakr (qu’Allah l’agrée) envoya cette nourriture à la maison du Messager d’Allah (paix et bénédictions d’Allah sur lui). (Al-Bukhârî, 1/84-85)

C’était une femme dévouée au culte (‘âbida). Son mari lui enseignait les règles et les méthodes de l’adoration. Un jour, alors qu’elle se tenait debout en prière, elle regardait de côté et à droite et à gauche. Abû Bakr (qu’Allah l’agrée), s’en apercevant, la réprimanda si sévèrement qu’elle faillit abandonner sa prière. Puis il dit : « J’ai entendu le Messager d’Allah (paix et bénédictions d’Allah sur lui) dire : [Hayât as-Sahâba, 3/137](Arabe*********)

« Lorsque l’un d’entre vous se tient debout pour prier, qu’il fixe son regard. Qu’il ne le détourne pas çà et là comme les Juifs. La fixité du regard fait partie de la perfection de la prière. »

Le noble Messager d’Allah (paix et bénédictions d’Allah sur lui) éprouvait un profond respect pour Umm Rûmân (qu’Allah l’agrée), à la fois parce qu’elle était sa belle-mère et en raison de sa contribution au service de l’islam. Ainsi, lorsque sa fille et son gendre échangeaient des paroles en sa présence, elle les écoutait en silence. De temps à autre, elle intervenait aussi pour réconcilier sa fille et son gendre lors de leurs douces querelles. Le noble Messager d’Allah (paix et bénédictions d’Allah sur lui) évoquait souvent sa première épouse, la Mère des croyants Khadîja al-Kubrâ (qu’Allah l’agrée), et parlait de ses nombreuses qualités. Cela éveillait la jalousie féminine de ‘Â’isha (qu’Allah l’agrée). Un jour, elle laissa échapper : « On dirait qu’il n’y a aucune autre femme au monde en dehors de Khadîja (qu’Allah l’agrée). » Le Messager (paix et bénédictions d’Allah sur lui) fut très contrarié par cette réaction de ‘Â’isha (qu’Allah l’agrée). Sa mère, Umm Rûmân (qu’Allah l’agrée), intervint alors. S’adressant à son gendre, elle dit : « Qu’est-ce qui vous arrive, à ‘Â’isha et à vous ? Elle est jeune ; quelqu’un comme vous peut lui pardonner. » [As-Sîra al-Halabiyya, 3/401]

La famille d’Umm Rûmân (qu’Allah l’agrée) demandait toujours au Messager d’Allah (paix et bénédictions d’Allah sur lui) de faire des invocations. Un jour, Abû Bakr (qu’Allah l’agrée) et Umm Rûmân (qu’Allah l’agrée) se rendirent auprès du Messager d’Allah (paix et bénédictions d’Allah sur lui). Il leur demanda : « Pour quelle raison êtes-vous venus ? » Ils répondirent : « Ô Messager d’Allah ! Faites devant nous une invocation demandant le pardon pour ‘Â’isha. » Le Messager (paix et bénédictions d’Allah sur lui) dit :(Arabe****)

« Ô Allah ! Pardonne à ‘Â’isha, fille d’Abû Bakr, tous ses péchés apparents et cachés, afin qu’il ne lui reste plus aucun péché. »

Après cette invocation, voyant ses beaux-parents très réjouis, le Prophète (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui) dit : « Depuis le jour où Allah m’a envoyé comme Prophète jusqu’à ce jour, cette invocation est destinée à tous les musulmans de ma communauté. » [Tuhfat as-Siddîq fî fadâ’il Abî Bakr as-Siddîq, 97 ; Siyar a‘lâm an-nubalâ’, 2/158]

À la mort de la vénérable Umm Rûmân (qu’Allah l’agrée), sa fille ‘Aïcha (qu’Allah l’agrée) et les autres membres de la famille furent accablés de chagrin, et son gendre, le Noble Messager d’Allah (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui), en fut également attristé. De son vivant, le Messager (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui) lui témoignait un profond respect ; après sa mort, il manifesta le même respect envers sa dépouille.

Il est rapporté que le Messager (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui) n’est descendu dans la tombe que de cinq personnes et les y a déposées. Parmi elles, il y avait trois femmes et deux hommes. À La Mecque, il est descendu dans la tombe de la Mère des croyants, Khadîja. À Médine, Umm Rûmân (qu’Allah l’agrée) fut l’une des quatre autres. Au cimetière d’al-Baqî‘, après avoir déposé dans la tombe la dépouille d’Umm Rûmân (qu’Allah l’agrée), le Noble Messager d’Allah (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui) fit cette invocation : [al-Istî‘âb, 4/431 ; al-Isâba, 4/433 ; Wafâ’ al-wafâ’, 3/897](Arabe*****)

« Ô Allah ! Tu sais parfaitement tout ce qu’Umm Rûmân a enduré pour obtenir Ta satisfaction et celle de Ton Messager. »

Il dit encore à ceux qui étaient présents : [at-Tabaqât, 8/277 ; Kanz al-‘ummâl, 12/146 ; Ansâb al-ashrâf, 1/420 ; ar-Rawd al-unuf, 4/21]

« Si l’un d’entre vous souhaite voir une houri aux grands yeux du Paradis, qu’il regarde Umm Rûmân. »

Puisque (Arabe*****sera nécessairement au Paradis, cette parole du Messager d’Allah (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui) permet de comprendre qu’Umm Rûmân (qu’Allah l’agrée) sera assurément admise au Paradis. Cette parole annonce donc cette heureuse nouvelle.

Un hadith du Messager d’Allah (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui) a été rapporté d’après Umm Rûmân (qu’Allah l’agrée). L’imam al-Bukhârî (qu’Allah lui fasse miséricorde) l’a recueilli.

Ummu ‘Atiyya bint al-Harith (ra)


Ummu ‘Atiyya (ra) était une femme ansarite. Son père s’appelait al-Harith. [Tahdhîb al-Asmâ’ wa-l-Lughât-2/364 ; Tahdhîb at-Tahdhîb-12/455 ; Usd al-Ghâba-5/603] Elle était une éminente Compagne. Ummu ‘Atiyya était son surnom, sous lequel elle est connue dans l’histoire. Son véritable nom était Nusayba bint al-Harith. [Al-Qâmûs al-Muhît, entrée « nasab »] Il convient de préciser qu’on ne trouve aucune autre femme Compagne portant à la fois le nom de Nusayba et le surnom d’Ummu ‘Atiyya.

Elle avait probablement embrassé l’islam avant l’émigration du Messager d’Allah (s) à Médine. C’est pourquoi, après son arrivée à Médine, le Messager (s) prêta serment d’allégeance aux femmes comme aux hommes. Ummu ‘Atiyya a rapporté ainsi ce serment d’allégeance :

Lorsque le Messager d’Allah (s) arriva à Médine, il réunit les femmes ansarites dans une maison. Puis il y envoya ‘Umar ibn al-Khattab (ra). Celui-ci se tint de l’autre côté de la porte et les salua ; les femmes lui rendirent son salut. Il dit ensuite : « Je suis venu auprès de vous en tant que représentant du Messager d’Allah (s). » Nous répondîmes : « Bienvenue au Messager d’Allah (s) et à son représentant. » Il dit : « Prêtez serment de ne rien associer à Allah, de ne pas voler, de ne pas commettre l’adultère, de ne pas tuer vos enfants, de ne pas lancer de fausses accusations contre autrui et de ne pas désobéir dans ce qui est convenable. »

Nous répondîmes : « Oui, nous l’acceptons. » Alors ‘Umar (ra) tendit la main depuis l’extérieur de la porte, et les femmes, à l’intérieur de la maison, tendirent chacune leur main. (En réalité, ce geste consistait à symboliser le serment d’allégeance. Aucune femme ne toucha la main de ‘Umar (ra).) Puis ‘Umar (ra) dit : « Ô Allah ! Sois témoin ! » Ummu ‘Atiyya (ra) ajoute : « Il nous fut également ordonné d’aller au lieu de prière de l’‘Îd lors des deux fêtes, avec nos femmes menstruées et nos jeunes filles ; il nous fut interdit de suivre les cortèges funèbres, et nous fûmes dispensées de la prière du vendredi. » Ce jour-là, Ummu ‘Atiyya demanda l’explication des deux expressions « lancer des accusations » et « désobéir dans ce qui est convenable ». [Hayât as-Sahâba-1/251-252]

Le noble Messager (s) avait autorisé les femmes à participer au jihâd. En réalité, de nombreuses femmes parmi les Muhâjirûn et les Ansâr, et même certaines épouses du Messager d’Allah (s), prirent part au jihâd. Ainsi, la Mère des croyants ‘Â’isha (ra) participa aux batailles d’Uhud et de Banû al-Mustaliq, tandis que la Mère des croyants Ummu Salama (ra) prit part à l’expédition de Khaybar et à la conquête de La Mecque.

Sur le champ de bataille, les femmes étaient généralement affectées à des tâches de service, comme soigner les blessés, leur administrer des médicaments, préparer la nourriture, leur donner à boire, et autres activités de ce genre. Ummu ‘Atiyya participa elle aussi aux expéditions militaires aux côtés du Messager d’Allah (s). Elle a elle-même dit : [At-Tâj al-Jâmi‘ li-l-Usûl-4/344 ; Tabaqât-8/455 ; Al-Isâba-4/455 ; Al-Isâba-4/455 ; Al-Maghâzî-2/685 ; Sîrat Ibn Hishâm-2/342](Arabe*********)

« J’ai participé à sept expéditions militaires avec le Prophète (s). Je restais dans les tentes à l’arrière, préparant leur nourriture, administrant des médicaments aux blessés et m’occupant des malades. » Lors de la bataille de Khaybar, Ummu ‘Atiyya (ra) quitta sa maison avec un groupe de vingt femmes, dans l’intention d’obtenir la récompense du jihâd.

Ḥaḍrat Umm ʿAṭiyya (qu’Allah l’agrée) entretenait des liens étroits avec la famille du Prophète. Elle avait notamment des relations très cordiales avec Ḥaḍrat ʿĀʾisha, la Mère des croyants (qu’Allah l’agrée). Elle lui offrait parfois des présents. Un jour, le Messager (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui) entra dans la chambre de ʿĀʾisha (qu’Allah l’agrée) et lui demanda : « As-tu quelque chose à manger ? » ʿĀʾisha (qu’Allah l’agrée) répondit : « Non. Toutefois, un peu de viande d’une chèvre donnée en aumône avait été envoyé à Umm ʿAṭiyya Nusayba, et elle nous en a fait parvenir une partie. » Le Messager (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui) dit : « Cela est parvenu à sa destination légitime. » [Al-Iṣāba, 4/455]

Ḥaḍrat Umm ʿAṭiyya (qu’Allah l’agrée) entretenait également des liens avec les filles du noble Messager d’Allah (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui). La preuve en est que, lorsque Ḥaḍrat Zaynab (qu’Allah l’agrée) mourut, au début de la huitième année de l’Hégire, Umm ʿAṭiyya (qu’Allah l’agrée) lui fit la toilette funéraire. Elle en a rapporté le récit comme suit : [Al-Muwaṭṭaʾ de l’imam Mālik : al-Janāʾiz ; Ṭabaqāt, 8/34-35 ; Usud al-Ghāba, 5/603 ; al-Dhahabī : Tārīkh, 2/520](Arabe********)

« Lorsque Zaynab, la fille du Messager d’Allah (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui), mourut, le Messager (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui) dit : “Lavez-la trois ou cinq fois, en nombre impair. Lors du dernier lavage, mettez du camphre ou quelque chose de semblable. Lorsque vous aurez terminé sa toilette, informez-m’en.” Quand nous eûmes terminé sa toilette, le Messager (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui) nous donna l’un de ses izār et dit : “Enveloppez-en son corps.” »

Lorsque mourut Umm Kulthūm (qu’Allah l’agrée), une autre fille du Messager d’Allah (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui), Umm ʿAṭiyya (qu’Allah l’agrée) lui fit également la toilette funéraire. [Al-Ṭabarī : Tārīkh, 2/192 ; Ibn Mājah, hadith n° 1458 ; Ṭabaqāt, 8/38 ; Al-Iṣāba, 4/466] Ainsi, à l’époque du Messager d’Allah (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui), elle ne fit qu’accomplir ses devoirs.

À l’époque du califat bien guidé, l’un des fils de Ḥaḍrat Umm ʿAṭiyya (qu’Allah l’agrée) partit à une guerre et fut ramené à Baṣra dans un état de grave maladie. Ayant appris la nouvelle, sa mère, Umm ʿAṭiyya (qu’Allah l’agrée), s’y rendit très rapidement. Mais son fils mourut la veille de son arrivée. Elle descendit au palais des Banū Khalaf, à Baṣra, et ne se rendit ensuite nulle part ailleurs. Le troisième jour après la mort de son fils, elle fit apporter du parfum, s’en parfuma le corps et dit :

 (Arabe*******)[Les deux Ṣaḥīḥ : al-Ṭalāq ; Tafsīr al-Khāzin, 1/239]

« Une femme ne doit pas observer le deuil pendant plus de trois jours pour une personne décédée autre que son mari. Pour son mari, elle observera le deuil pendant quatre mois et dix jours. »

Elle s’efforçait d’observer scrupuleusement les commandements et les interdictions du Messager d’Allah (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui). Lorsqu’il fut toujours interdit de se lamenter à la suite d’un décès, elle dit : « Les membres de telle famille sont venus pleurer auprès de moi ; en retour, je devrais moi aussi aller pleurer la mort de l’un des leurs. » En raison de ces paroles, le Messager (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui) déclara cette famille exceptée du champ d’application de l’interdiction. [Ṣaḥīḥ Muslim, 1/401 ; Musnad, /407]

Parmi les femmes ansarites douées d’une mémoire exceptionnelle, Umm ‘Atiyya (qu’Allah l’agrée) était l’une des plus remarquables. Elle avait mémorisé et rapporté un certain nombre de hadiths du Messager d’Allah (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui). L’imam an-Nawawi (qu’Allah lui fasse miséricorde) a mentionné que quarante hadiths du Messager d’Allah (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui) ont été rapportés par l’intermédiaire d’Umm ‘Atiyya (qu’Allah l’agrée). Parmi eux, six ont été rapportés conjointement par al-Bukhari et Muslim. En outre, chacun d’eux en a rapporté séparément un autre dans son propre recueil. [Tahdhîb al-Asmâ’ wa-l-Lughât, 2/364] Ses hadiths ont également été consignés dans les quatre Sunan.

Parmi les Compagnons, ainsi que de nombreux éminents tâbi‘ûn, Anas ibn Malik (qu’Allah l’agrée) a entendu ces hadiths d’elle et les a rapportés. Parmi eux figuraient notamment Hafsa bint Sirin (morte en 101 de l’Hégire), son frère Muhammad ibn Sirin, ‘Abd al-Malik ibn ‘Umayr, ‘Ali ibn al-Aqmar, Umm Shurahî (qu’Allah lui fasse miséricorde) et d’autres. [Siyar A‘lâm an-Nubalâ’, 2/318 ; Tahdhîb at-Tahdhîb, 12/455]

L’imam adh-Dhahabi a compté Umm ‘Atiyya (qu’Allah l’agrée) parmi les Compagnes jurisconsultes. Il suffit d’examiner le récit suivant qu’elle a rapporté pour en établir la véracité. Il a dit :

« Il nous a été interdit de suivre les cortèges funèbres, mais cette interdiction n’a pas été formulée avec rigueur. » Il voulait dire par là qu’il était interdit aux femmes de suivre le convoi funéraire. Toutefois, cette interdiction n’est pas aussi stricte que les autres interdictions. Elle ne relève donc pas du haram, mais plutôt du makruh. [Nisâ’ min ‘Asr an-Nubuwwa, p. 121, note 1]

Ibn ‘Abd al-Barr a considéré Umm ‘Atiyya (qu’Allah l’agrée) comme une habitante de Bassora. La célèbre tâbi‘iyya Hafsa bint Sirin (qu’Allah lui fasse miséricorde) l’a également affirmé. [Même référence] Diverses données historiques indiquent qu’après avoir quitté Médine, elle n’y est jamais retournée. Elle demeura à Bassora jusqu’à la fin de sa vie. Elle y jouit du profond respect et de l’affection des Compagnons, des tâbi‘ûn et de la population en général. Ses bonnes relations avec les ahl al-bayt, c’est-à-dire la famille du Prophète, se maintinrent toute sa vie. ‘Ali (qu’Allah l’agrée) prenait ses repas chez elle et s’y reposait. [Tabaqât, 8/456 ; al-Isâba, 4/455]

À Bassora, elle acquit la réputation d’être une Compagne jurisconsulte. Après que sa compréhension des hadiths, sa connaissance approfondie des prescriptions de la Sharî‘a et sa proximité avec le Messager d’Allah (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui) furent connues, elle devint une personne respectée par toutes les catégories de la population. Comme elle avait procédé aux ablutions funèbres des deux filles du Messager d’Allah (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui) et qu’elle en rapportait le récit, les Compagnons résidant à Bassora ainsi que des tâbi‘ûn jurisconsultes de haut rang, tels que Muhammad ibn Sirin (qu’Allah lui fasse miséricorde), venaient auprès d’elle pour apprendre les règles et les méthodes du lavage mortuaire ainsi que d’autres questions. [al-Istî‘âb, 4/452 ; al-Isâba, 4/455]

On estime qu’elle mourut à Bassora vers la fin de l’année 70 de l’Hégire. [Siyar A‘lâm an-Nubalâ’, 2/318]

Zaynab bint Abî Mu‘âwiya (qu’Allah l’agrée)


À cette époque, le nom Zaynab était très répandu en Arabie. Les ouvrages de la Sîra mentionnent de nombreuses femmes portant ce nom. Parmi les Zaynab qui, par leur foi et leurs œuvres, ont laissé leur empreinte dans les pages de l’histoire figure également notre Zaynab. Elle était la fille de la célèbre tribu des Thaqîf. Son père était ‘Abdullah Abû Mu‘âwiya ibn ‘Uttâb. Son époux était le célèbre Compagnon, le vénérable ‘Abdullah ibn Mas‘ûd (ra). [Tabaqât, 8/290 ; Al-Istî‘âb, 4/310 ; Usud al-Ghâba, 5/470 ; Tahdhîb at-Tahdhîb, 12/422]

Elle était artisane. Elle vendait les objets qu’elle fabriquait de ses propres mains et subvenait ainsi aux besoins de ses enfants et de sa famille. Elle embrassa l’islam avec les autres et prêta allégeance au Messager d’Allah (sa) avec les autres femmes. Elle participa à l’expédition de Khaybar. [Majma‘ az-Zawâ’id, 6/10]

Zaynab (ra) comptait parmi les Compagnes qui mémorisèrent et rapportèrent les hadiths du Messager d’Allah (sa). Huit hadiths sont rapportés par son intermédiaire. Elle rapporta des hadiths directement du Messager (sa), ainsi que par l’intermédiaire de son époux ‘Abdullah ibn Mas‘ûd et de ‘Umar ibn al-Khattâb (ra). [Nisâ’ min ‘Asr an-Nubuwwah, p. 72] Les personnes suivantes rapportèrent ces hadiths par son intermédiaire :

Abû ‘Ubayda, ‘Umar ibn al-Hârith, Bishr ibn Sa‘îd, ‘Ubayd ibn Sabbâq, un de ses neveux dont le nom n’est pas connu, et bien d’autres. [Al-Isâba, 4/313]

La vénérable Zaynab (ra) rapporta que le vénérable Messager d’Allah (sa) avait interdit aux femmes d’utiliser quelque parfum que ce soit lorsqu’elles sortaient de chez elles. Un jour, le Messager d’Allah (sa) lui dit : « Lorsque tu sortiras de chez toi pour accomplir la prière de ‘ishâ’, ne touche à aucun parfum. » [Tabaqât, 8/290 ; Al-Istî‘âb, 4/310 ; Al-Isâba, 4/313]

L’époux de la vénérable Zaynab (ra), le vénérable ‘Abdullah ibn Mas‘ûd (ra), était un Compagnon de très haut rang. Il suivait à la lettre les paroles et les actes du vénérable Messager d’Allah (sa). Il ne pouvait même pas concevoir la moindre modification. Il s’efforçait autant que possible de former de la même manière les membres de sa famille. En tant qu’épouse, la vénérable Zaynab (ra) apprit auprès de lui beaucoup de règles islamiques et de principes de vie.

L’imam Ahmad a recueilli un récit de la vénérable Zaynab (ra). Elle dit : « Lorsque ‘Abdullah (mon époux) rentrait chez lui après avoir terminé son travail à l’extérieur, il s’arrêtait à la porte, se raclait la gorge et toussait, afin de ne pas nous voir dans une situation qui lui déplairait. Un jour, il rentra et se racla la gorge. Une vieille femme était alors assise auprès de moi et me faisait une incantation pour me guérir de la maladie de la humra. Je la fis rapidement se cacher sous le lit. Après être entré dans la pièce et s’être assis à mes côtés, il vit un fil suspendu à mon cou. Il demanda : “Qu’est-ce que c’est ?”

Je répondis : “On a récité une incantation dessus et soufflé sur ce fil pour moi.” Il le saisit, le déchira et le réduisit en morceaux. Puis il dit : “La famille de ‘Abdullah n’a nul besoin du polythéisme. J’ai entendu le Messager d’Allah (sa) dire : les incantations, les amulettes et la sorcellerie relèvent du polythéisme.”

Je lui dis : Pourquoi dites-vous une telle chose ? À une époque, j’avais des sécrétions dans les yeux et j’allais voir tel ou tel juif. Lorsqu’il récitait une incantation sur mes yeux et soufflait dessus, ils guérissaient.

Il dit : C’est l’œuvre de Satan. Il te touchait les yeux et les piquait de la main. Lorsqu’il récitait une incantation et soufflait dessus, Satan cessait de les piquer. Il te suffit de dire ce que le Prophète (paix et bénédictions de Dieu sur lui) a dit : (Arabe****************)

« Ô Seigneur des hommes ! Éloigne cette épreuve. Tu es Celui qui accorde la guérison ; guéris-moi. Il n’y a de guérison que la Tienne. Accorde une guérison qui ne laisse aucune maladie. [Al-Bukhari ; At-Tibb, chapitre de la ruqya du Prophète ; Muslim : chapitre de la ruqya du malade ; Abou Dawoud (3883) ; Ibn Majah (3530) ; Tafsir Ibn Kathir, 4/494]

Les jurisconsultes musulmans disent que si la zakat est obligatoire pour une épouse, il convient qu’elle la donne à son mari. En effet, la charge de subvenir aux besoins de la famille n’incombe pas à l’épouse, mais au mari. Ainsi, en donnant l’argent de la zakat à son mari plutôt qu’à quelqu’un d’autre, l’épouse aura droit à une récompense plus grande.

Un événement semblable se produisit également dans la vie de Zaynab (que Dieu l’agrée). Un jour, elle entendit le Messager de Dieu (paix et bénédictions de Dieu sur lui) prononcer un sermon, exhortant les femmes à faire l’aumône et à rechercher la proximité d’Allah. De retour chez elle, elle rassembla tous ses bijoux afin de les donner en aumône. Son mari, ‘Abdullah ibn Mas‘ud (que Dieu l’agrée), lui demanda : Où vas-tu avec ces bijoux ?

Elle répondit : Par ce moyen, je veux obtenir l’agrément et la proximité d’Allah et de Son Messager (paix et bénédictions de Dieu sur lui).

Il dit : Donne-les-moi, à moi et à mes enfants ; j’en suis le plus digne. [Hilyat al-Awliya wa Tabaqat al-Asfiya, 2/69]

L’imam al-Bukhari a rapporté la suite de l’événement, d’après Abou Sa‘id al-Khudri (que Dieu l’agrée), en ces termes :

Zaynab, l’épouse d’Ibn Mas‘ûd, dit : « Ô Prophète d’Allah ! Aujourd’hui, vous avez ordonné de faire l’aumône. Je possède quelques bijoux et je souhaite en faire don. Mais Ibn Mas‘ûd, mon mari, pense que lui et son fils sont plus dignes que les autres d’en bénéficier. Le Prophète (s.a.w.) dit : “Ibn Mas‘ûd a raison. Ton mari et ton fils sont plus dignes que les autres de bénéficier de ton aumône.”

L’événement a également été rapporté d’après ‘Amr ibn al-Hârith comme suit :

Zaynab, l’épouse de ‘Abdullah ibn Mas‘ûd (r.a.), dit : Le Messager d’Allah (s.a.w.) dit :(Arabe************)

« Ô femmes ! Faites l’aumône, même si ce sont vos bijoux. »

Zaynab dit : « Après avoir entendu cela, je retournai auprès de ‘Abdullah. Je lui dis : “Tu es un homme aux ressources modestes. Le Messager d’Allah (s.a.w.) nous a ordonné de faire l’aumône. Va le voir et demande-lui s’il t’est permis de recevoir l’aumône. Si cela ne t’est pas permis, je la donnerai à d’autres.” »

J’y allai. Je vis une autre femme ansârite debout à la porte du Messager d’Allah (s.a.w.). Il convient de préciser que cette femme s’appelait également Zaynab et qu’elle était l’épouse d’Abû Mas‘ûd al-Ansârî. Son intention et la mienne étaient les mêmes. Bilâl (r.a.) sortit de l’intérieur. Nous lui dîmes : “Va un instant auprès du Messager d’Allah (s.a.w.) et dis-lui que deux femmes debout à la porte demandent s’il est permis de faire l’aumône à leur mari et à leurs jeunes enfants. Ne lui dis pas qui nous sommes.”

Bilâl (r.a.) alla auprès du Messager d’Allah (s.a.w.) et lui exposa la question. Mais le Messager d’Allah (s.a.w.) demanda : « Qui sont-elles ? » Bilâl (r.a.) répondit : « Une femme ansârite et Zaynab. »

Le Messager (s.a.w.) demanda de nouveau : « Quelle Zaynab ? » Bilâl répondit : « L’épouse de ‘Abdullah ibn Mas‘ûd. » Le Messager d’Allah (s.a.w.) dit : « Elles obtiendront deux récompenses : celle du maintien des liens de parenté et celle de l’aumône. » [Al-Bukhârî : az-Zakât, chapitre de l’aumône aux proches ; Muslim : az-Zakât, chapitre du mérite de la dépense en faveur des proches, de l’épouse et des enfants ; Usud al-Gâbah, 5/470-471 ; Al-Isâbah, 4/313]

Le mari de Zaynab, le vénérable ‘Abdullah ibn Mas‘ud, qu’Allah l’agrée, mourut en l’an 32 de l’Hégire. Dans ses dernières volontés, il légua à az-Zubayr ibn al-‘Awwam et à ‘Abdullah ibn az-Zubayr, qu’Allah les agrée, une certaine autorité pour prendre des décisions concernant la prise en charge de son épouse et de ses filles, ainsi que leur mariage. [At-Tabaqat, 3/159] On ne dispose d’aucune information précise sur le moment et le lieu du décès de Zaynab, qu’Allah l’agrée. On suppose toutefois qu’elle vécut encore quelque temps après la mort de son mari et mourut vers la fin du califat bien guidé. [Nisa’ min ‘asr an-nubuwwah, 76]

Ar-Rubayyi‘ bint Mu‘awwidh, qu’Allah l’agrée


Ar-Rubayyi‘ était issue du clan médinois des ‘Adi ibn an-Najjar. Sa famille faisait partie de ces familles ansarites qui jouèrent un rôle éminent au service de l’islam. Aux débuts de l’islam, cette famille apporta une contribution glorieuse au service du Messager d’Allah, de l’islam et des musulmans venus de La Mecque. Ses illustres membres étaient Mu‘awwidh, Iyas, ‘Aqil, Khalid et ‘Amir. Leur mère était ‘Afra’ bint ‘Ubayd al-Ansariyya an-Najjariyya, qu’Allah l’agrée. Le père de ses trois premiers enfants était al-Harith ibn Rifa‘a an-Najjari. Mais ils étaient davantage connus sous le nom de leur mère, ‘Afra’, qu’Allah l’agrée, que sous celui de leur père. Dans l’histoire, ils sont célèbres sous le nom de(Arabe***********)(les fils d’‘Afra’). Le père des quatre autres était al-Bukayr ibn ‘Abdi Yalil al-Laythi. Les sept fils d’‘Afra’, qu’Allah l’agrée, participèrent tous, aux côtés du noble Messager, que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui, à la bataille de Badr, la première bataille de l’islam. ‘Awf, l’oncle d’Ar-Rubayyi‘, était l’un des six Médinois qui se rendirent à La Mecque, rencontrèrent secrètement le Messager d’Allah, que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui, et embrassèrent l’islam les premiers. Il était également un ‘Aqabi, c’est-à-dire qu’il participa aux deux serments d’allégeance d’al-‘Aqaba. Son père, Mu‘awwidh, et son autre oncle, Mu‘adh, qu’Allah les agrée, participèrent au premier serment d’al-‘Aqaba.

Sa grand-mère, ‘Afra’ bint ‘Ubayd, embrassa l’islam dès les débuts de la diffusion du message islamique à Médine. Après l’arrivée du Messager d’Allah, que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui, à Médine, elle prêta également serment d’allégeance avec les autres femmes ansarites. Ses sept fils participèrent à la bataille de Badr sous la bannière du Messager d’Allah, que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui, et deux d’entre eux accédèrent au martyre. Existe-t-il, parmi les femmes musulmanes, quelqu’un d’autre qui ait connu une telle félicité ? La mère d’Ar-Rubayyi‘, Ummu Yazid bint Qays, était elle aussi issue du clan médinois des ‘Adi ibn an-Najjar.

Abu Jahl, surnommé le Pharaon de cette communauté, fut tué à Badr par les deux fils d’‘Afra’, et le Messager d’Allah, que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui, invoqua les bénédictions divines sur eux : [Ansab al-ashraf, 1/299 ; Ahmad Zayni Dahlân, as-Sira an-nabawiyya, 1/389](Arabe******)

« Qu’Allah accorde Sa miséricorde et Sa compassion aux deux fils d’‘Afra’ qui ont participé au meurtre d’Abu Jahl, le Pharaon de cette communauté. »

La mère d’Ar-Rubayyi‘, Ummu Yazid bint Qays, était originaire de la tribu médinoise des an-Najjar. Sa sœur était Furay‘a bint Mu‘awwidh. Elle aussi était une éminente Compagne. Parce que ses invocations étaient particulièrement exaucées auprès d’Allah,(Arabe******) on la surnommait (Mujabat ad-du‘a). [Al-Isti‘ab, 4/375]

Comme cela a déjà été mentionné, le père et les oncles d’Ar-Rubayyi‘ étaient de vaillants combattants à la bataille de Badr. Ce jour-là, ils donnèrent leur vie et inaugurèrent ainsi la série des victoires de l’islam qui allaient suivre. Ce jour-là, le vaillant soldat qurayshite Abu al-Walid — ‘Utba ibn Rabi‘a — sortit des rangs de l’armée polythéiste avec son frère Shayba et son fils al-Walid ibn ‘Utba, s’avança vers l’armée musulmane et la mit au défi de livrer un combat singulier. Aussitôt, les trois fils d’‘Afra’, Mu‘awwidh, Mu‘adh et ‘Awf, s’avancèrent vers eux en armes. Ils demandèrent : « Qui êtes-vous ? » Ils répondirent : « Nous faisons partie des Ansar. » Ils dirent : « Nous ne voulons pas vous combattre. » Le Messager, que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui, leur ordonna de retourner en arrière et ordonna à Hamza, à ‘Ali et à ‘Ubayda, qu’Allah les agrée, leurs propres membres de tribu, d’avancer. Ils s’avancèrent et, attaquant d’un seul élan, tranchèrent la tête de ces démons et la séparèrent de leurs corps.

Les membres de la famille d’ar-Rubayyi‘ se savaient que le Pharaon de cette communauté, Abû Jahl, était le principal obstacle à la propagation et à l’établissement de l’islam. C’était un être si vil qu’il faisait du mal au Messager d’Allah et l’insultait. Il persécutait les musulmans faibles et les tuait. C’est pourquoi le père d’ar-Rubayyi‘, Mu‘awwidh, et son oncle Mu‘âdh (qu’Allah les agrée) décidèrent de tuer ce misérable dès qu’ils en auraient l’occasion. Ils s’engagèrent à le tuer, ou à être eux-mêmes martyrisés. L’occasion tant attendue se présenta enfin. Les sept frères partirent pour la bataille de Badr. La suite de l’événement a été rapportée de manière remarquable par le célèbre Compagnon muhâjir, Hadrat ‘Abd ar-Rahmân ibn ‘Awf (qu’Allah l’agrée). Il dit :³ [Sahîh al-Bukhârî : Fî Fard al-Khumus (3141), Fî al-Maghâzî (3964, 3988) ; Muslim : Fî al-Jihâd (1752) ; Siyar A‘lâm an-Nubalâ-1/250 ; Banât as-Sahâbah-66](Arabe*******)

« Le jour de Badr, je me tenais dans les rangs et, regardant à droite et à gauche, je vis deux jeunes gens encore très jeunes, placés de part et d’autre de moi. Leur présence ne me semblait guère une garantie de sécurité pour moi-même. À ce moment-là, l’un d’eux me dit à voix si basse que son autre compagnon ne puisse pas l’entendre : “Oncle ! Montre-moi donc où se trouve Abû Jahl.” Je lui demandai : “Mon neveu, que vas-tu faire de lui ?” Il répondit : “J’ai fait le pacte avec Allah que, si je le vois, je le tuerai, ou je serai moi-même tué.” L’autre me dit la même chose, de la même manière. »

‘Abd ar-Rahmân ibn ‘Awf dit : « Je fus alors extrêmement heureux de me trouver entre ces deux jeunes gens ! Je leur indiquai Abû Jahl d’un geste de la main. Aussitôt, tels deux faucons, ils fondirent sur Abû Jahl et le tuèrent. C’étaient les deux fils d’‘Afrâ. »

Après avoir tué Abû Jahl, ils se jetèrent avec une grande bravoure sur l’ennemi. C’est également à Badr que le noble père d’ar-Rubayyi‘, Mu‘awwidh (qu’Allah l’agrée), fut martyrisé. [Al-Istibsâr-66] On demanda au Messager (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui), au sujet du meurtre d’Abû Jahl : « Qui d’autre était avec eux deux lorsqu’ils le tuèrent ? » Il répondit : « Les anges, ainsi que ‘Abdullah ibn Mas‘ûd, qui lui porta le dernier coup. » Après la mort d’Abû Jahl, le Messager (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui) dit : « Quelqu’un peut-il aller voir dans quel état se trouve Abû Jahl ? » Ibn Mas‘ûd (qu’Allah l’agrée) répondit : « Ô Messager d’Allah, j’y vais. » Il s’y rendit et vit que les deux fils d’‘Afrâ l’avaient si violemment frappé qu’il était complètement inerte. [‘Uyûn al-Athar-1/315 ; as-Sîrah al-Halabiyyah-2/433]

Ar-Rubayyi‘ (qu’Allah l’agrée) embrassa l’islam avant l’émigration du noble Messager (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui) à Médine. Elle était alors une adolescente. Le Messager (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui) arriva de La Mecque à Qubâ et y séjourna. Après y être resté trois jours, il se dirigea vers le centre de Médine et s’installa dans la demeure de Hadrat Abû Ayyûb al-Ansârî (qu’Allah l’agrée), près de la Mosquée du Prophète. Toute la ville de Médine l’accueillit avec joie, en dansant et en chantant. L’un des vers de leur chant d’accueil disait :

(Arabe*****)

« Nous sommes les jeunes garçons et les jeunes filles des Banû an-Najjâr. Quel bonheur ! Muhammad est notre voisin. »

Le Messager (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui) leur demanda : « M’aimez-vous ? » Ils répondirent : « Oui. » Il dit : « Allah le sait, mon cœur vous aime. » Beaucoup ont affirmé qu’ar-Rubayyi‘ faisait également partie de ces jeunes garçons et jeunes filles. [Nisâ’ min ‘Asr an-Nubuwwah-150, 151] À mesure qu’elle avançait en âge, elle s’impliqua de diverses manières dans la lutte menée par le noble Messager (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui) et dans l’effort de propagation et d’établissement de l’islam. On la voit présente dans de nombreuses circonstances. En raison des sacrifices incomparables consentis par les membres de cette famille au service de l’islam, le Messager (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui) les considérait avec une estime particulière. Ils se tenaient toujours informés des souhaits et des aversions du noble Messager d’Allah (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui), ainsi que de son bien-être et de son confort. Le Messager (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui) aimait manger de jeunes concombres avec des dattes fraîches. Ar-Rubayyi‘ dit : « Mon père, Mu‘awwidh ibn ‘Afrâ (qu’Allah l’agrée), m’envoya auprès du Messager d’Allah (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui) avec un récipient contenant un sâ‘ de dattes fraîches, sur lesquelles il avait placé quelques jeunes concombres. Il aimait les concombres. À cette époque, des bijoux étaient arrivés auprès du Messager (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui) en provenance de Bahreïn. Il en prit une poignée et me la donna. Une autre version mentionne de l’or. Puis il dit : “Orne-toi avec cela”, ou, selon une autre formulation : “Fais-en des bijoux et porte-les.” [Bukhârî, Fî al-At‘imah-9/495 ; Muslim, Fî al-Ashribah (2043) ; Tirmidhî (1845) et Ibn Mâjah (3325), Fî al-At‘imah ; Majma‘ az-Zawâ’id li-l-Haythamî-9/13] »

Lorsqu’elle atteignit l’âge du mariage, elle épousa le célèbre Compagnon émigré Ibn al-Bukayr al-Laythî, dont elle eut un fils, Muhammad ibn Iyâs. La particularité et l’honneur de ce mariage résident dans le fait que, le matin de ses noces, le Messager (s.a.w.) se rendit chez eux et s’assit sur son lit. Plus tard, dans sa vie, ar-Rubayyi‘ se remémora ce fait avec beaucoup de fierté, en ces termes : [Al-Bukhârî, Fî an-Nikâh (5147) ; Fî al-Maghâzî (4001) ; at-Tirmidhî, 1090 ; at-Tabaqât, 8/328 ; Tahdhîb al-Asmâ’ wa-l-Lughât, 2/609](Arabe******)

« Le matin de mon mariage, le Messager d’Allah (s.a.w.) vint chez nous, entra dans ma chambre et s’assit sur le lit. Nos jeunes filles frappaient le daf et chantaient des poèmes à la gloire de mes pères et de mes oncles tués lors de la bataille de Badr. L’une d’elles chanta notamment : “Parmi nous se trouve un Prophète qui connaît ce que réserve l’avenir.” Le Messager (s.a.w.) lui dit alors : “Laisse cela. Dis plutôt ce que vous disiez auparavant.” Une autre narration rapporte :

« Ne dis pas cela. Dis plutôt ce que vous disiez auparavant. » Il lui dit cela afin de l’empêcher d’attribuer au Prophète la connaissance de l’avenir.

L’imam adh-Dhahabî a rapporté cet événement en ces termes : [Siyar A‘lâm an-Nubalâ’, 3/198](Arabe*******)

« Le matin de son mariage, le Prophète (s.a.w.) alla lui rendre visite en vertu des liens de parenté qui l’unissaient à elle. »

La présence du Messager d’Allah (s.a.w.) au mariage d’ar-Rubayyi‘ visait probablement à lui témoigner, ainsi qu’à sa famille, son respect. En effet, le Messager (s.a.w.) ne pouvait ignorer les sacrifices et les renoncements consentis par cette famille pour l’islam. Pour l’islam, ses membres avaient dépensé leurs biens, combattu l’ennemi et même donné leur vie. Comment donc le Messager (s.a.w.) aurait-il pu rester éloigné, le jour de la joie de cette orpheline dont le père avait tué Abû Jahl et était tombé en martyr à Badr ?

Sur le champ de bataille, le père d’ar-Rubayyi‘ inaugura son engagement dans le jihâd en participant à la bataille de Badr ; en tant que sa fille, elle poursuivit cette tradition. Le sang de son père coulait dans ses veines. Elle possédait donc un désir irrésistible de partir au jihâd. Elle comprenait pleinement l’importance immense du jihâd. C’est pourquoi elle participa à plusieurs expéditions avec le Messager d’Allah (s.a.w.), afin d’obtenir l’agrément d’Allah. Ibn Kathîr (rahimahu Allah) dit : Elle partait au jihâd avec le Messager d’Allah (s.a.w.). Elle soignait les blessés et donnait à boire aux blessés. Elle a elle-même dit : [Sifat as-Safwa, 2/71 ; at-Tâj al-Jâmi‘ li-l-Usûl, 4/344](Arabe******)

« Nous partions au jihâd avec le Messager d’Allah (s.a.w.). Nous donnions à boire aux combattants, nous les servions et nous transportions les blessés et les morts à Médine. »

Au mois de Dhul-Qa‘da de la sixième année de l’Hégire, elle faisait partie des quatorze cents combattants musulmans avec lesquels le Messager d’Allah (s.a.s.) conclut à Hudaybiyya un traité de paix avec les polythéistes de La Mecque. Là, elle prêta également le serment d’allégeance au Messager d’Allah (s.a.s.), par lequel les croyants s’engageaient à risquer leur vie dans le combat contre les polythéistes. Ce serment est appelé Bay‘at ar-Ridwân et Bay‘at ash-Shajara. Dans l’histoire de l’Islam, ce serment revêt une importance incommensurable. Le Coran et les paroles du hadith montrent clairement qu’Allah, Seigneur des mondes, et Son Messager (s.a.s.) ont grandement agréé ce serment. Ainsi, Allah dit : [sourate Al-Fath, 10] “(Arabe*******)

« Ceux qui te prêtent serment d’allégeance ne font en réalité que prêter serment d’allégeance à Allah. La main d’Allah est au-dessus de leurs mains. Quiconque viole donc ce serment, ne le viole qu’à son propre détriment ; et quiconque remplit l’engagement qu’il a pris envers Allah, Allah lui accordera certainement une immense récompense. »

Dans ce verset, prêter serment d’allégeance en plaçant sa main dans celle du Messager d’Allah (s.a.s.) est assimilé à prêter serment d’allégeance en plaçant sa main dans celle d’Allah. Cela démontre l’immense importance de ce serment.

Le noble Messager d’Allah (s.a.s.) a dit au sujet de l’importance de ce serment : [Muslim (2496) ; Tabaqât, 2/100-101] (Arabe******)

« Aucun de ceux qui ont prêté serment d’allégeance sous l’arbre n’entrera en Enfer. »

Ce jour-là, le Messager (s.a.s.) dit aux personnes qui avaient prêté serment d’allégeance : [Bukhari : chapitre de l’expédition de la Conquête] (Arabe*****)

« Aujourd’hui, vous êtes les meilleurs des hommes parmi les habitants de la terre. »

Éloquente

La fierté d’ar-Rubayyi‘ (qu’Allah l’agrée) à l’égard de son illustre père, le meurtrier d’Abû Jahl, n’avait pas de limites. Un épisode qui lui arriva avec Asmâ’ bint Makhrama, la mère d’Abû Jahl, le prouve. Ar-Rubayyi‘ raconte :

Un jour, sous le califat de ‘Umar ibn al-Khattâb (qu’Allah l’agrée), je me rendis avec quelques femmes ansârites chez Asmâ’ bint Makhrama, la mère d’Abû Jahl. ‘Abdullâh ibn Abî Rabî‘a, le frère utérin d’Abû Jahl, était un autre de ses fils. Il envoyait du Yémen du parfum à sa mère Asmâ’, à Médine, et elle le vendait. Nous lui achetions également du parfum. Ce jour-là, elle remplit de parfum mon flacon et le pesa, comme elle avait pesé le parfum de mes compagnes. Puis elle dit : « Que chacune de vous fasse inscrire ce qu’elle me doit. » Je répondis : « Inscrivez la dette d’ar-Rubayyi‘ bint Mu‘awwidh. »

Dès qu’Asmâ’ entendit mon nom, elle s’écria : (Arabe***)— Halik. Ce mot est une imprécation, qui signifie : « Puisses-tu mourir avec une douleur à la gorge ! » Puis elle demanda : « Es-tu la fille de celle qui a tué le chef des Quraychites ? »

Je répondis : « Non pas celle qui a tué le chef, mais celle qui a tué son esclave. »

Elle dit : « Par Allah ! Je ne te vendrai rien. »

Je répondis à mon tour : « Par Allah ! Moi non plus, je ne vous achèterai plus jamais rien. Votre parfum n’a aucun arôme ! » Selon une autre version, elle aurait également dit : « À l’exception de votre parfum, je n’ai jamais senti d’odeur de pourriture dans aucun autre parfum. » Après avoir prononcé ces paroles, je me levai et partis. En réalité, je les avais dites sous le coup de l’emportement. En vérité, je n’ai jamais senti de parfum plus exquis que le sien. [Al-Maghâzî d’al-Wâqidî, 1/89 ; At-Tabaqât, 8/300-301 ; Ansâb al-Ashrâf, 1/298 ; Siyar a‘lâm an-nubalâ’, 3/199]

Transmission des hadiths

Son ardent désir ne se limitait pas à partir au jihad ; elle s’intéressait tout autant à la connaissance des différents sujets de la sharî‘a, à l’écoute des paroles du Messager d’Allah (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui) et à l’observation de ses comportements. Dans ce but, elle se rendait souvent auprès de la Mère des croyants, ‘Â’isha (qu’Allah l’agrée). C’est ainsi que plusieurs qualités et traits du Messager d’Allah (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui) nous ont été rapportés par son intermédiaire. L’imam adh-Dhahabî a dit : « Elle a connu la compagnie du Messager d’Allah (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui) et a également rapporté ses hadiths. Vingt et un hadiths du Messager d’Allah (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui) ont été rapportés par son intermédiaire. Ces hadiths ont été réunis dans les ouvrages de hadiths sahîh et les Sunan. L’un d’entre eux est muttafaq ‘alayh. » [Jawâmi‘ as-sîra an-nabawiyya, 282 ; Banât as-sahâba, 167-168]

De nombreux éminents savants tabi‘ites ont entendu des hadiths auprès d’elle et les ont également rapportés par son intermédiaire. Voici quelques-uns de ces célèbres tabi‘ites :

Sulayman ibn Yasar et Abou Salama ibn ‘Abd ar-Rahman. Ces deux hommes comptent parmi les sept éminents savants tabi‘ites de la première génération. Il y eut également Abou ‘Ubayda Muhammad ibn ‘Ammar ibn Yasir, Nafi‘, l’affranchi d’Ibn ‘Umar (r.a.), ‘Ubada ibn al-Walid ibn ‘Ubada ibn as-Samit (r.a.), Khalid ibn Dhakwan, ‘Abdullah ibn Muhammad ibn ‘Aqil, ‘Aïcha bint Anas ibn Malik, entre autres.[Al-Isti‘ab, 4/302 ; Tahdhib at-Tahdhib, 12/418 ; Siyar a‘lam an-nubala’, 3/198]

Les nobles Compagnons ont livré de merveilleuses descriptions de l’éclat et de la beauté du visage du noble Messager d’Allah (s.a.s.). Dans certaines de ces descriptions, la forme artistique incomparable de quelques phrases fascine profondément les lecteurs et les auditeurs. Ainsi, une phrase d’Abou Hurayra (r.a.) : [Musnad Ahmad, 2/350, 380 ; Bint as-Sahaba, 166 ;](Arabe*****)

« Je n’ai jamais rien vu de plus beau que le Messager d’Allah (s.a.s.). C’était comme si le soleil se déplaçait. » Pour décrire la beauté du visage du Messager d’Allah (s.a.s.), il dit : [Dala’il an-nubuwwa d’al-Bayhaqi, 1/200 ; Usud al-ghaba, 5/455 ;](Arabe****)

« Mon fils, si tu l’avais vu, tu aurais dit : “Le soleil est en train de se lever.” » Voilà en vérité une description extraordinaire.

Un jour, le Messager d’Allah (s.a.s.) fit ses ablutions dans la maison d’Ar-Rubayyi‘. Ar-Rubayyi‘ (r.a.) observa la manière dont il accomplissait ses ablutions. Par la suite, elle les rapportait, et de nombreuses personnes venaient auprès d’elle pour entendre cette narration. Un jour, ‘Abdullah ibn ‘Abbas (r.a.) vint lui demander de décrire la manière dont le Messager d’Allah (s.a.s.) accomplissait ses ablutions.[Tafsir al-Qurtubi, 6/89] Cette narration a été consignée dans différents recueils de hadiths.[Abou Dawoud : Fi at-tahara, chapitre sur la description des ablutions du Prophète (s.a.s.) ; at-Tirmidhi : at-Tahara, (33) ; Ibn Majah, (418)]

Dans ce monde, de même que la vie conjugale d’un homme et d’une femme est naturelle, les mésententes, les querelles et la séparation le sont également. Il en fut ainsi dans la vie d’Ar-Rubayyi‘ (r.a.). Après avoir vécu longtemps avec son mari, Yas ibn al-Bukayr, un tel désaccord surgit entre eux qu’il leur fut impossible de continuer à vivre ensemble. Elle a relaté l’affaire en ces termes : « Un jour, une dispute éclata entre mon cousin, c’est-à-dire mon mari, et moi. Je lui dis : “Sépare-toi de moi en prenant tout ce que je possède.” Il répondit : “D’accord, c’est ce que je vais faire.” » Ar-Rubayyi‘ (r.a.) poursuit : « Par Allah ! Il prit tout ce qui m’appartenait, jusqu’à mon lit. Je me rendis auprès de ‘Uthman (r.a.) et lui exposai toute l’affaire. Il était alors assiégé. Il dit : “Il convient de respecter les conditions.” Puis, s’adressant à Yas, il dit : “Tu pouvais prendre tout ce qu’elle possédait, même jusqu’à son ruban à cheveux.” [Al-Isaba, 4/294 ; Siyar a‘lam an-nubala’, 3/300] Cette séparation eut lieu en l’an 35 de l’Hégire.

Il est rapporté qu’Ar-Rubayyi‘ (r.a.) vécut longtemps. Toutefois, l’année exacte de son décès n’est pas connue. L’imam adh-Dhahabi (rah.) affirme qu’elle mourut après l’an 70 de l’Hégire, sous le califat de ‘Abd al-Malik ibn Marwan.[Siyar a‘lam an-nubala’, 3/300] Certaines sources mentionnent cependant son décès en l’an 45 de l’Hégire. L’érudit az-Zirikli affirme qu’elle vécut jusqu’à l’époque du califat de Mu‘awiya (r.a.).[Al-A‘lam, 3/39]

Hind bint ‘Utba


Hind est la fille de ‘Utba ibn Rabî‘a ibn ‘Abd Manâf ibn ‘Abd Shams. Sa mère est Safiyya bint Umayya ibn Hâritha al-Sulamiyya. Elle est issue de la noble famille qurayshite de La Mecque.[Ṭabaqât, 8/235 ; Tahdhîb al-Asmâ’ wa-l-Lughât, 2/35 ; Al-Iṣâba fî Tamyîz al-Ṣahâba, 4/409] Elle compte parmi les femmes qui se sont distinguées dans l’Arabie préislamique et islamique. Elle est surtout connue comme la vénérable mère de Mu‘âwiya ibn Abî Sufyân (ra), le fondateur du califat omeyyade.

Le premier mariage de Hind fut avec le jeune Qurayshite al-Fâkih ibn al-Mughîra al-Makhzûmî, mais cette union ne dura pas. Ils se séparèrent. Cette séparation est liée à une histoire étonnante, rapportée dans les sources anciennes de la littérature arabe. Voici ce qui s’est passé :

Hind épousa al-Fâkih ibn al-Mughîra, un jeune homme de la branche al-Makhzûm des Quraysh de La Mecque. Il était hospitalier. Il possédait une maison d’hôtes destinée à accueillir les visiteurs. Des gens de l’extérieur y entraient et en sortaient constamment sans permission. Un jour, al-Fâkih se reposait à midi dans cette maison avec son épouse Hind. À un moment donné, il sortit en la laissant endormie. Sur ces entrefaites, un visiteur arriva ; voyant une femme dormir, il repartit dès la porte. Sur le chemin du retour, l’homme croisa al-Fâkih, qui conçut des soupçons. Il entra dans la maison et demanda à Hind : « Qui est l’homme qui vient de sortir de chez toi ? » Hind répondit : « Je n’en sais rien. Je n’ai vu personne. » Al-Fâkih ne la crut pas et lui ordonna de retourner chez son père. L’affaire devint connue de tous. Le père de Hind, ‘Utba, dit à sa fille : « Explique-moi toute cette affaire. Si les paroles d’al-Fâkih sont vraies, je le ferai tuer par un assassin, et ton déshonneur sera ainsi effacé pour toujours. Mais s’il ment, je porterai l’affaire devant un célèbre kâhin du Yémen. » Hind répondit : « Père, il ment. »

‘Utba se rendit auprès d’al-Fâkih et lui dit : « Tu as porté une grave accusation contre ma fille. Soit tu révéleras la vérité, soit tu viendras comparaître devant le kâhin du Yémen. » Celui-ci répondit : « D’accord, qu’il en soit ainsi. » Al-Fâkih partit donc de La Mecque avec un groupe d’hommes et de femmes des Banû Makhzûm, tandis que ‘Utba partit lui aussi avec un groupe d’hommes et de femmes des Banû ‘Abd Manâf.

Lorsqu’ils approchèrent de la maison du kâhin, le visage de Hind changea et elle devint accablée. Voyant cela, son père lui dit : « Ton visage n’était pas ainsi lorsque nous avons quitté La Mecque. » Elle répondit : « Père, ce n’est pas parce que j’aurais commis une mauvaise action que mon visage a changé ainsi. Je réfléchis plutôt à ceci : celui auprès duquel vous vous rendez n’est qu’un être humain. Il peut se tromper comme il peut dire juste. Il pourrait m’accuser à tort, et cette accusation se transmettre ensuite de bouche en bouche parmi les Arabes pour toujours. » Son père dit : « Tu as raison. »

Enfin, ils arrivèrent auprès du kâhin. Les jeunes femmes se rangèrent en file. Le kâhin s’approchait de chacune d’elles, posait la main sur sa tête et disait : « Va ! Occupe-toi de tes affaires. » Puis il s’approcha de Hind, posa la main sur sa tête et dit :(Arabe****)

« Va, tu n’as commis aucune obscénité et tu n’es pas une adultère. À l’avenir, tu donneras naissance à un roi nommé Mu‘âwiya. »

Lorsque Hind sortit de chez Kahin, al-Fakih lui saisit la main ; mais Hind la retira avec force et dit à al-Fakih : « Par Allah ! Je veux que l’enfant que je porterai naisse d’un autre homme. » Par la suite, Abû Sufyân l’épousa et devint le père de Mu‘âwiya.

Il est rapporté qu’après s’être séparée d’al-Fakih, Hind dit à son père : « Père ! Tu m’avais mariée à cet homme sans même me demander mon avis. Puis ce qui devait arriver arriva. Désormais, tu ne me marieras à personne sans me décrire en détail le caractère et les qualités de cet homme. » Alors, Suhayl ibn ‘Amr et Abû Sufyân ibn Harb présentèrent ainsi leur demande en mariage :(Arabe*****)

« Ô Hind, femme parmi les femmes ! Abû Sufyân, fils de Suhayl et de Harb, est venu te demander en mariage. Ils éprouvent de l’intérêt et de la considération pour toi.

On peut vivre grâce à leur faveur et à leurs bienfaits. Ils peuvent aussi bien nuire qu’être utiles.

Tous deux sont magnanimes et généreux. Tous deux sont des héros courageux au visage rayonnant.

Je te les ai présentés. C’est à toi de choisir, car tu es une femme clairvoyante et intelligente. Ne recours ni à la ruse ni à la tromperie, car celui qui trompe sera trompé. »

Hind dit : « Père ! Je ne veux rien entendre de tout cela. Décris-moi un peu le caractère et les qualités de chacun d’eux. Je pourrai alors déterminer lequel me convient le mieux. » ‘Utba entreprit alors de décrire Suhayl et dit : « L’un est un homme de haut rang dans sa tribu et riche. Si tu lui obéis, il t’obéira ; si tu lui es hostile, il s’inclinera devant toi. Ainsi, tu exerceras sur lui ton autorité en ce qui concerne sa famille et ses biens. L’autre est connu de tous pour sa noble ascendance et la justesse de ses décisions. Il fait la grandeur et l’honneur de sa tribu. Il est extrêmement fier, très vigilant ; il ne dort pas négligemment lorsqu’il s’agit de garder ses biens et ne baisse jamais son bâton sur sa famille. » Hind dit : « Père ! Le premier sera celui qui ruinera une femme libre. Si cette femme se rebelle, elle ne se soumettra plus. Elle fera tout ce qu’elle veut sous la protection de son mari. Si le mari lui obéit, l’épouse le dirigera au moindre signe. Les membres de la famille vivront dans la crainte de cette femme. Leur situation deviendra alors très mauvaise. Si, dans ces conditions, elle donne naissance à un enfant, celui-ci sera stupide. Ne me parlez pas de cet homme et ne prononcez même pas son nom devant moi. Quant à l’autre, il est digne d’être l’époux d’une femme libre, chaste et vierge. Je ne doute pas que sa tribu ne puisse modifier sa décision et qu’aucune crainte ni menace ne soit capable de lui nuire. Un homme possédant un tel caractère et de telles qualités est digne d’être mon mari. Marie-moi donc à lui. » ‘Utba maria Hind à Abû Sufyân. Elle lui donna un fils nommé Mu‘âwiya. N’ayant pas obtenu Hind, Suhayl ibn ‘Amr en fut profondément blessé et exprima sa peine dans un poème. Il tenta également de rabaisser quelque peu Abû Sufyân. Celui-ci lui répondit dans un poème.

La suite de l’histoire est la suivante. Suhayl épousa une autre femme, qui lui donna un fils. Lorsque le garçon eut grandi, Suhayl sortit un jour se promener avec lui. En chemin, ils virent un homme monté sur une chamelle qui faisait paître des chèvres. Le garçon demanda à son père : « Père ! Ces petits sont-ils les petits du plus grand ? » En entendant sa question, le père Suhayl laissa échapper comme une réflexion à voix haute : « Qu’Allah accorde à Hind Sa miséricorde et Sa compassion. » Par cette remarque, il se souvint de la clairvoyance de Hind. [Târîkh Dimashq, notices biographiques des femmes, 440-441 ; al-‘Iqd al-Farîd, 6/89 ; as-Sîra al-Halabiyya, 6/86-78 ; Majma‘ az-Zawâ’id, 9/267-268 ;]

Ibn Sa‘d a toutefois rapporté que le premier mari de Hind était Hafs ibn al-Mughira ibn ‘Abdullah, et qu’elle lui donna un fils nommé Aban. [Tabaqat, 8/235]

Hind aimait Musafir ibn Abi ‘Amr, qui l’aimait lui aussi profondément. Musafir était le plus éminent des jeunes Quraysh par sa beauté, son talent poétique et sa générosité. Un jour, Hind lui dit : « Puisque tu es pauvre, ma famille n’acceptera pas de me marier avec toi. Va auprès d’un roi voisin, acquiers quelques richesses là-bas, puis reviens m’épouser. » Dans l’espoir d’obtenir la somme nécessaire à la dot de Hind, Musafir se rendit auprès d’An-Nu‘man ibn al-Mundhir, roi d’al-Hira. Quelque temps plus tard, Abu Sufyan ibn Harb — ou, selon une autre version, un certain homme — se rendit d’al-Hira à La Mecque. Musafir l’interrogea sur la situation à La Mecque et lui demanda s’il y avait de nouvelles informations. Abu Sufyan répondit : « Il n’y a rien de particulièrement nouveau. Toutefois, j’ai épousé Hind bint ‘Utba. » Musafir se mit alors à réciter les deux vers suivants : [A‘lam an-Nisa’, 5/242](Arabe****)

« Ô Hind, elle t’est désormais interdite, et elle est devenue la plus méprisable des choses interdites. Elle est devenue semblable à un homme vil qui dégainerait son arme et examinerait son arc et ses flèches en les retournant entre ses deux mains. »

À un moment donné, l’islam apparut à La Mecque.

Pendant les vingt années qui suivirent, Hind ne prêta aucune attention à l’appel de l’islam. Au contraire, cette longue période s’écoula dans une opposition effrénée et une hostilité démesurée envers le Messager d’Allah, l’islam et les musulmans. Elle ne laissa passer aucune occasion de manifester son hostilité. Les femmes ont naturellement de l’attachement pour l’or et les bijoux. En aucune circonstance elles ne souhaitent se dessaisir de ces deux choses. Pourtant, Hind ne ménagea nullement ces biens lorsqu’il s’agissait d’empêcher la propagation et l’expansion de l’islam. Le jour de la conquête de La Mecque, le Messager (paix et bénédictions d’Allah sur lui) déclara sûre la demeure d’Abu Sufyan. Il dit : « Quiconque cherchera refuge dans la maison d’Abu Sufyan sera en sécurité. » Après cette proclamation, lorsque Abu Sufyan voulut entrer dans sa maison, Hind le réprimanda en disant : « Qu’Allah vous fasse du mal ! Vous êtes un visiteur détestable. » [Adh-Dhahabi, Tarikh al-Islam wa Tabaqat al-Mashahir wa al-A‘lam, 3/298] En raison de son hostilité excessive, le Messager (paix et bénédictions d’Allah sur lui) avait annoncé qu’elle devait être tuée. Cette ennemie acharnée de l’islam déclara pourtant son adhésion à l’islam lors de la conquête de La Mecque.

Hind était l’une des femmes les plus belles et les plus intelligentes des Quraysh. [Référence précédente] Elle possédait également un remarquable talent poétique. En souvenir de ceux qui furent tués à Badr — notamment son père ‘Utba, son frère al-Walid ibn ‘Utba, son oncle Shayba ibn Rabi‘a et d’autres — elle composa de nombreuses élégies funèbres.

‘Umar Rida Kahhala a présenté Hind en ces termes : [A‘lam an-Nisa’, 5/242](Arabe*******)

Hind bint ‘Utba possédait la beauté, le charme, la capacité à exprimer des opinions et à prendre des décisions, l’intelligence et la sagesse, la pureté et l’élégance du langage, ainsi que des qualités en littérature et en poésie, la bravoure, le courage et le sens de l’honneur.

Il est rapporté que, lorsque le Messager (s.a.s.), chargé de prêcher l’islam, réunit les membres de la tribu de Quraysh et leur présenta l’appel à l’islam, Abû Lahab s’y opposa, refusa de l’accepter et partit. Puis il se rendit auprès de Hind bint ‘Utba et lui dit : « Fille d’‘Utba ! Je me suis séparé de Muhammad et j’ai refusé d’accepter ce qu’il prétend avoir apporté. J’ai soutenu al-Lât et al-‘Uzzâ, et c’est parce qu’il les a rejetées que je me suis irrité contre Muhammad. » Hind répondit : « Père d’‘Utba ! Qu’Allah vous récompense par le bien. » [Sîrat Ibn Hishâm, 1/654]

Hind éprouvait une haine et une hostilité profondes envers l’islam. Malgré cela, elle possédait de nombreuses qualités. L’histoire rapporte un épisode qui met clairement en évidence son sens aigu de la dignité ainsi que sa profonde compassion et sa sympathie envers les femmes. Abû al-‘Âs ibn Rabî‘ (r.a.), l’époux de Zaynab (r.a.), fille du Messager d’Allah (s.a.s.), se rendit à Badr avec l’armée qurayshite pour combattre les musulmans. Malheureusement pour lui, il fut fait prisonnier par l’armée musulmane. Après être resté à La Mecque, il fut libéré grâce aux efforts de son épouse Zaynab (r.a.) et à la générosité des musulmans, puis retourna à La Mecque. Toutefois, en quittant Médine, il avait promis au Messager d’Allah (s.a.s.) qu’une fois arrivé à La Mecque, il ramènerait Zaynab à Médine avec tous les égards. De retour à La Mecque, il demanda à son épouse Zaynab (r.a.) de se préparer au voyage. Zaynab commença à se préparer en secret. La nouvelle parvint aux oreilles de Hind. Elle se rendit secrètement auprès de Zaynab dans l’obscurité de la nuit et lui dit : « Ô fille de Muhammad ! J’ai appris que tu allais rejoindre ton père ? » Zaynab (r.a.) répondit : « Je n’ai pas encore pris de décision. » Hind pensa peut-être que Zaynab lui cachait la chose et lui dit donc : « Ma cousine, ne me le cache pas. Si tu as besoin de quelque chose qui puisse t’être utile pendant le voyage, ou si tu manques d’argent, dis-le-moi et je t’aiderai. N’aie pas honte devant moi. Les conflits et les querelles entre les hommes n’ont aucune influence sur les femmes. » Zaynab (r.a.) déclara par la suite : « J’étais convaincue qu’elle ferait ce qu’elle disait. Malgré cela, j’avais peur d’elle. C’est pourquoi j’ai nié avoir l’intention de partir. » [Référence précédente]

Un jour, Zaynab (r.a.) quitta La Mecque pour se rendre à Médine. Les Quraysh l’en empêchèrent et la renvoyèrent à La Mecque. En apprenant cela, Hind sortit de chez elle dans une fureur terrible et se rendit auprès de ces scélérats pour condamner sévèrement leur acte infâme. Elle récita également à leur intention les vers suivants : [Référence précédente, 1/656 ; Nisâ’ min ‘Asr an-Nubuwwah, 472](Arabe*****)

« En temps de trêve et de paix, tu peux te comporter comme un âne dur et obstiné ; mais sur le champ de bataille, prends l’apparence d’une femme menstruée. »

Les scélérats qurayshites amenèrent Zaynab (r.a.) à La Mecque auprès d’Abû Sufyân. Il convient de préciser que Zaynab (r.a.) était enceinte. Comme ces scélérats l’avaient jetée du dos de son chameau, elle avait également été grièvement blessée. Les filles des Banû Hâshim et des Banû Umayya commencèrent à se quereller à son sujet, chacune voulant la soigner et la choyer. Finalement, Hind la prit chez elle, la soigna et la rétablit. À cette époque, Hind lui disait souvent : « Ce malheur qui t’arrive est dû à ton père. »

Au cours de la deuxième année de l’Hégire, une immense armée d’idolâtres mecquois partit afin de permettre le passage sans encombre d’une caravane commerciale d’Abû Sufyân, qui se dirigeait de Syrie vers La Mecque, et d’anéantir les musulmans une fois pour toutes. À l’avant-garde de cette armée se trouvaient les hommes les plus éminents et les chefs choisis des Quraysh. Ils décidèrent qu’après être arrivés à Badr, ils égorgeraient des chameaux, festoieraient et boiraient du vin pour se divertir. Ensuite, ils déracineraient les musulmans afin que plus personne en Arabie n’ose jamais relever la tête contre eux.

Dans cette armée idolâtre de La Mecque se trouvaient le père, le frère, l’oncle et l’époux de Hind. Parmi eux figuraient notamment Ibn ‘Utba (r.a.) et son esclave affranchi Sâlim (r.a.). Lors de la bataille de Badr, cet Abû Hudhayfa ibn ‘Utba (r.a.) et son esclave affranchi Sâlim (r.a.) jouèrent un rôle. Lors de la bataille de Badr, Abû Hudhayfa (r.a.) joua un rôle glorieux.

Au cours de cette bataille, il défia son père ‘Utba en combat singulier. Pour condamner le comportement de son frère, Hind récita les deux vers suivants : [Siyar a‘lâm an-nubalâ’, 1/166 ; Nisâ’ min ‘asr an-nubuwwah, 472](Arabe******)

« Abû Hudhayfa, aux yeux louches, aux dents tordues et au destin maudit, est le plus vil des hommes en matière de religion. »

« Ne témoigneras-tu donc pas ta reconnaissance à ton père, qui t’a élevé depuis ton enfance et grâce auquel tu es devenu un homme accompli, sans aucune difformité ? »

Au début de la guerre, le père, le frère et l’oncle de Hind furent tués. De plus, soixante-dix soldats d’élite de l’armée polythéiste furent également tués. Les autres abandonnèrent leurs dépouilles à Badr et s’enfuirent en direction de La Mecque. À la tête de ces fuyards se trouvait Abû Sufyân, le mari de Hind. Les musulmans furent naturellement ravis de cette victoire ; de même, lorsque la nouvelle de la défaite de l’armée qurayshite parvint à La Mecque, tous ses habitants, hommes et femmes, furent stupéfaits. Au début, beaucoup ne purent croire cette nouvelle. Mais lorsque les vaincus commencèrent à rentrer à La Mecque, il ne subsista plus aucun doute quant à sa véracité. La gravité de l’événement fit l’effet d’un ciel qui s’effondrait sur la tête des Mecquois. Abû Lahab se mit au lit, accablé de chagrin, et, sept jours plus tard, il partit ainsi vers l’Enfer. Sa vie prit fin. Les femmes qurayshites observèrent pendant un mois un deuil pour leurs morts. Elles se frappaient la poitrine, s’arrachaient les cheveux et se lamentaient. Elles se rassemblaient auprès de la monture ou du cheval d’un soldat tué et se livraient à des lamentations. Aucune femme de La Mecque, à l’exception de Hind, ne s’abstint de manifester ainsi son chagrin et de se lamenter. Oui, Hind ne manifesta aucun deuil. Un jour, quelques femmes qurayshites se rendirent auprès d’elle et lui demandèrent : « N’as-tu pas versé quelques larmes pour ton père, ton frère, ton oncle et les membres de ta famille ? » Elle répondit : « Si je pleurais pour eux, cette nouvelle parviendrait à Muhammad. »

« Les femmes des Banû Khazraj s’en réjouiraient. Par Allah ! Jusqu’à ce que j’aie vengé mes morts auprès de Muhammad et de ses compagnons, les huiles et les parfums me sont interdits. Si je savais que les pleurs et les lamentations soulageraient ma peine et ma douleur, je pleurerais. Mais je sais que la douleur de mon cœur ne disparaîtra pas tant que je n’aurai pas vengé mes proches. »

Hind ne s’approcha ni des huiles ni des parfums et se tint également éloignée du lit d’Abû Sufyân. Jusqu’à la guerre d’Uhud, elle ne cessa d’exciter les Mecquois contre les musulmans. Elle composa aussi de nombreuses élégies en souvenir des morts de Badr. En voici quelques vers : Shâ‘irât al-‘Arab, 468 ; A‘lâm an-Nisâ’, 5/243.(Arabe*******)

« Je pleure la mort du chef des deux vallées d’al-Abtah, celui qui le protégeait contre les mauvaises intentions de tout rebelle. »

« Maudite sois-tu ! Sache que je pleure le vertueux ‘Utba, Shayba et son fils, le protecteur de la tribu. Tous étaient haut placés parmi les descendants de Ghâlib. Leur honneur et leur rang étaient considérables. »

À la bataille de Badr, le père de Hind, ‘Utba, son oncle Shayba et son frère furent tués. Hind se mit à composer des élégies en leur mémoire. À cette époque, al-Khansâ’ était l’une des plus grandes poétesses de l’Arabie. Au cours d’une guerre de l’époque antéislamique, ses deux frères Sakhr et Mu‘âwiya furent tués. Al-Khansâ’ les pleura et les pleura encore toute sa vie, se lamenta sur eux et composa de nombreuses élégies bouleversantes, faisant partager à toute l’Arabie son propre chagrin. C’est pourquoi, à la foire de ‘Ukâz, on distinguait spécialement le palanquin et la tente d’al-Khansâ’ en dressant un étendard devant eux. Elle disait : « Je suis la personne la plus éprouvée de toute l’Arabie. » Ayant appris cela, Hind disait : « Je suis plus éprouvée qu’al-Khansâ’. » Elle ordonna alors, elle aussi, que son palanquin soit spécialement signalé, à l’image de celui d’al-Khansâ’, puis elle se rendit à ‘Ukâz. Elle dit : « Approchez mon chameau de celui d’al-Khansâ’. » Ce qui fut fait. Lorsqu’elle s’approcha d’al-Khansâ’, celle-ci lui demanda : « Ma sœur, qui êtes-vous ? » Elle répondit : « Je suis Hind bint ‘Utba, la personne la plus éprouvée de toute l’Arabie. J’ai appris que vous vous êtes présentée aux Arabes comme la personne la plus durement frappée par le malheur. Quel est donc votre malheur ? » Elle répondit : « La mort de mon père ‘Amr et de mes frères Sakhr et Mu‘âwiya. »

Elle demanda à son tour à Hind : « Et quel est donc votre malheur ? » Elle répondit : « La mort de mon père, ‘Utba, et de mon frère, al-Walīd. » Al-Khansā’ demanda : « Y a-t-il quelqu’un d’autre ? » Puis elle récita un élégiaque en souvenir d’Abū ‘Amr, de Mu‘āwiya et de Sakhr.[A‘lām an-Nisā’ – 5/234]

Les préparatifs d’Uhud

Depuis Badr, les Quraysh ne connaissent plus la paix. Leurs femmes ne cessent de pleurer leurs fils, leurs pères, leurs époux ou leurs proches tués. Une grande douleur étreint leurs cœurs. Les polythéistes de La Mecque décidèrent alors de prendre une revanche à la mesure de Badr. Cette fois, les femmes insistèrent pour accompagner les hommes à la guerre. Safwān ibn Umayya et quelques autres cavaliers et fantassins ne voulaient toutefois pas les emmener. Hind sortit de chez elle, se plaça devant eux et dit à Safwān ibn Umayya : « Après Badr, tu avais sauvé ta vie et regagné ton épouse en toute sécurité. Eh bien, cette fois, nous irons et nous prendrons part au combat. Lorsque vous êtes partis pour Badr, vous aviez renvoyé les femmes depuis al-Juḥfa ; cette fois, personne ne pourra les faire repartir. Elles ont perdu leurs proches. »

L’armée qurayshite quitta La Mecque et se dirigea vers Médine. Quinze femmes, sous la conduite de Hind, l’accompagnèrent.[Ansāb al-Ashrāf, 1/312-313 ; Parmi les autres femmes parties de La Mecque pour Uhud figuraient notamment : Barzāz bint ‘Umūd al-Thaqafī, l’épouse de Safwān ibn Umayya ; Salāma bint Sa‘d, l’épouse de Ṭalḥa ibn Abī Ṭalḥa ; Fāṭima bint al-Walīd ibn al-Mughīra, l’épouse d’al-Ḥārith ibn Hishām ; et Hind bint Munabbih, l’épouse de ‘Amr ibn al-‘Āṣ. (Al-Wāqidī, al-Maghāzī, 1/202-203)] Le feu de la vengeance brûlait avec violence dans leurs cœurs. À Badr, Ḥamza ibn ‘Abd al-Muṭṭalib, l’oncle de Muḥammad (paix et bénédiction de Dieu sur lui), avait tué l’être le plus cher à Hind. C’est pourquoi Hind excita et encouragea l’esclave abyssin Wahshī en lui faisant plusieurs promesses. S’il parvenait à tuer Ḥamza, elle lui donnerait beaucoup d’or, de bijoux et d’argent. Il convient de préciser que Wahshī était l’esclave de Jubayr ibn Muṭ‘im.

Lorsque les deux armées se firent face sur le champ de bataille d’Uhud, elles se tinrent prêtes au combat. Les Quraysh évoquaient Badr et ceux qui y avaient été tués. Sous la conduite de Hind, les femmes qurayshites se mirent à faire le tour des soldats alignés, en frappant les tambourins et en chantant le chant suivant.[A‘lām an-Nisā’, 5/244 ; Les différentes transmissions présentent quelques variantes du chant.](Arabe***********)

« Nous sommes les filles des étoiles, à la démarche gracieuse. Si vous avancez, nous vous étreindrons contre notre sein ; mais si vous reculez, nous nous séparerons pour toujours. » De leur côté, les musulmans se souvenaient du Dieu Très-Haut, le Seigneur des mondes, et de Son secours. Le Messager de Dieu (paix et bénédiction de Dieu sur lui) affecta quelques archers habiles à un emplacement précis sur la montagne et disposa toute l’armée de telle sorte que, si personne ne commettait de faute, la victoire serait assurée, par la volonté de Dieu.

La bataille commença. Au début, la défaite de l’armée polythéiste devint inévitable. L’armée musulmane atteignit le seuil de la victoire. L’armée qurayshite se dispersa. Les femmes qurayshites étaient sur le point de devenir des prisonnières de guerre, humiliées et avilies. À un moment de la bataille, certains soldats musulmans se concentrèrent sur la collecte des biens abandonnés par l’ennemi, tandis que plusieurs archers affectés à la montagne quittèrent leur position, oubliant l’ordre du Messager de Dieu (paix et bénédiction de Dieu sur lui). En un instant, le cours de la bataille changea. L’armée polythéiste en fuite profita de cette faiblesse des musulmans. Elle fit volte-face et lança une contre-attaque. L’armée musulmane fut frappée de stupeur. Le combat reprit. La bataille prit fin après que soixante-dix (70) soldats musulmans eurent trouvé le martyre, au milieu de nombreuses victimes. Ḥamza (que Dieu l’agrée) tomba en martyr sous les coups de Wahshī.

Les Quraysh éclatèrent de joie et d’allégresse. Ils éprouvèrent une satisfaction profonde, pensant avoir obtenu une dure revanche de Badr. Hind fut la plus heureuse. La mort de Ḥamza (que Dieu l’agrée) ne lui suffit pas. Accompagnée des femmes qurayshites, elle se rua sur les soldats musulmans tués et mutila horriblement leurs corps, leur coupant notamment le nez, les oreilles, les mains, les pieds et d’autres membres.

Al-Balâdhurî, en relatant la cruauté de Hind, dit : « Wahshî tua Hamza, lui ouvrit la poitrine, en retira le foie et l’apporta à Hind. Hind mâcha ce foie avec ses dents, puis le recracha. Ensuite, elle alla elle-même mutiler le corps de Hamza (qu’Allah l’agrée). Elle lui trancha les poignets, l’estomac et les deux pieds, les séparant de son corps. Puis elle revint, ôta de ses propres membres ses bijoux d’or sertis de pierres précieuses — bracelets de cheville, collier et boucles d’oreilles — et les remit à Wahshî. Elle lui donna également les anneaux d’or qu’elle portait aux orteils. En effet, Hamza avait tué son père, Utba, lors de la bataille de Badr. [Ansâb al-Ashrâf, 1/322]

En apprenant que Hind avait mâché le foie de Hamza, le noble Messager d’Allah (paix et bénédiction d’Allah sur lui) dit : « Si Hind avait mâché et avalé le foie de Hamza, le feu de l’Enfer ne l’aurait pas touchée. Le Seigneur des mondes a interdit au feu de l’Enfer de toucher la chair de Hamza. » [Alûsî, An-Nisâ’, 5/245]

Ce fut un acte si cruel et si inhumain que le chef qurayshite Abû Sufyân refusa lui aussi d’en assumer la responsabilité. S’adressant à un musulman, il dit : « Par Allah ! Je ne suis ni heureux ni mécontent des mutilations qui vous ont été infligées. Je n’ai interdit à personne de le faire, pas plus que je ne l’ai ordonné. » Après que tout fut terminé, Hind se tint debout sur un rocher élevé et cria les vers suivants : [Adh-Dhahabî, Târîkh, 2/205] (Arabe**********)

« Nous vous avons vengé de Badr. Une bataille après l’autre, ô gens du feu. J’étais accablée de douleur pour mon père Utba, mon frère, mon oncle et les membres de mon clan. J’ai guéri mon cœur et tenu ma promesse. Ô Wahshî ! Tu as guéri mon cœur de sa maladie. »

Après avoir quelque peu compensé la défaite, l’humiliation et la honte de Badr, les Quraysh repartirent le cœur rempli de joie. Hind se mit alors à chanter : [Sîrat Ibn Hishâm, 2/168] (arabe**********)

« Je repars, mais mon cœur demeure rempli de douleurs accumulées. J’ai échoué à atteindre une partie de ce que je m’étais fixé. Toutefois, j’ai obtenu quelque chose. Mes objectifs et mon parcours ne se sont pas déroulés comme je l’espérais. »

Plusieurs années s’écoulèrent pour les Quraysh dans les conflits et les affrontements avec les habitants de Médine.

La bataille du Fossé, le traité de Hudaybiyyah et, finalement, la conquête de La Mecque. Ne voyant aucune autre solution, Abû Sufyân, l’époux de Hind et chef qurayshite, se rendit auprès du Messager d’Allah (paix et bénédiction d’Allah sur lui), la veille de son entrée à La Mecque, afin de discuter de la sécurité des habitants de la ville. C’est là qu’il embrassa l’islam, puis retourna à La Mecque et proclama : « Ô communauté des Quraysh ! Écoutez-moi bien : j’ai embrassé l’islam. Embrassez-le vous aussi, car Muhammad est venu à vous avec une puissance et une force dont vous n’avez aucune idée. » Aussitôt, Hind lui serra violemment la tête et dit : « Tu es le plus vil des chefs de la communauté. » Puis Hind exhorta les habitants de La Mecque à opposer une forte résistance et à tuer Muhammad (paix et bénédiction d’Allah sur lui). [A‘lâm an-Nisâ’, 5/245]

Conversion à l’islam et allégeance

Toutes les sources s’accordent à dire que, le jour de la conquête de La Mecque, Hind se convertit à l’islam après la conversion de son mari, Abû Sufyân. Elle devint une très bonne musulmane. En rassemblant les informations rapportées par diverses sources au sujet de sa conversion, on obtient le récit suivant :

Hind dit à Abû Sufyân : « J’ai décidé de devenir une adepte de Muhammad. »

Abû Sufyân : « Hier encore, je t’ai pourtant vue détester profondément cette religion. »

Hind : « Par Dieu ! Il m’est apparu qu’avant la nuit dernière, jamais le véritable culte de Dieu n’avait été pratiqué dans cette mosquée. Ils y sont venus uniquement pour accomplir la prière, en se tenant debout, en s’inclinant et en se prosternant. »

Abû Sufyân : « Tu as fait ce que tu avais à faire. Lorsque tu iras auprès de lui, emmène avec toi quelqu’un de ta tribu. » [Le jour de la conquête de La Mecque, le Messager (que Dieu le bénisse et lui accorde la paix) exclut six hommes et quatre femmes de l’amnistie et ordonna de les tuer dès qu’ils seraient trouvés à portée. Les hommes étaient : ‘Ikrima ibn Abî Jahl, Habbâb ibn al-Aswad, ‘Abdullah ibn Sa‘d ibn Abî Sarh, Muqayqis ibn Subâba et al-Huwayrith ibn Nuqaydh. Les femmes étaient : Hind bint ‘Utba, Sabâ, l’esclave de ‘Amr ibn Hâshim ibn ‘Abd al-Muttalib, ainsi que les deux chanteuses de Hilâl ibn ‘Abdullah, Fartâna et Arna. Ces deux chanteuses parcouraient les lieux en chantant des chansons calomnieuses contre le Messager de Dieu (que Dieu le bénisse et lui accorde la paix). (Ansâb al-Ashrâf, 1/257 ; Nisâ’ min ‘Asr an-Nubuwwa, p. 486.) Ibn Hajar mentionne, en plus de celles-ci, les noms d’autres femmes et hommes. (Fath al-Bârî, 8/11-12)]

Après cela, Hind se rendit auprès de ‘Uthmân ou, selon une autre version, auprès de ‘Umar. Quelques femmes qui s’étaient déjà converties à l’islam l’accompagnaient. ‘Uthmân (qu’Allah l’agrée) alla demander au Messager de Dieu (que Dieu le bénisse et lui accorde la paix) la permission de le rencontrer. Hind craignait que le Messager (que Dieu le bénisse et lui accorde la paix) ne la punisse pour le traitement qu’elle avait infligé à Hamza (qu’Allah l’agrée). Elle entra donc auprès du Messager (que Dieu le bénisse et lui accorde la paix), le visage et la tête couverts, déguisée en inconnue.

De nombreuses autres femmes les accompagnèrent. Leur intention était de prêter allégeance de la main du Messager de Dieu (que Dieu le bénisse et lui accorde la paix). Lorsqu’elles arrivèrent auprès du Messager de Dieu (que Dieu le bénisse et lui accorde la paix), ses deux épouses, sa fille Fâtima et de nombreuses autres femmes des Banû ‘Abd al-Muttalib étaient assises près de lui. Le visage et la tête couverts, Hind dit au Messager de Dieu (que Dieu le bénisse et lui accorde la paix) : « Je ressens aujourd’hui une grande honte et un profond repentir, car j’ai mâché le foie de Hamza (qu’Allah l’agrée) lors de la bataille d’Uhud. » C’est ainsi qu’elle parla, le visage et la tête couverts :

« Ô Messager d’Allah ! Louange à Allah, qui a fait triompher la religion qu’Il a choisie. En raison du lien de parenté qui existe entre vous et moi, j’espère que vous me traiterez avec bienveillance. À présent, je suis une femme croyante et pleine de foi » — en disant cela, elle ôta son voile et se présenta — « Ô Messager d’Allah ! Je suis Hind bint ‘Utba. » Le Messager (s.a.s.) dit : « Soyez la bienvenue. » Hind dit : « Par Allah ! Auparavant, il n’y avait pas sur terre de maison plus chère à mes yeux que la vôtre, si c’était pour vous humilier et vous déshonorer. Mais maintenant, il n’y a pour moi aucune maison plus honorée que la vôtre. » [La vie des Compagnons du Messager-1/205]

Le Messager (s.a.s.) dit : « Bien davantage encore. » Puis il leur récita le Coran et reçut leur bay‘a. Le Messager (s.a.s.) dit : « Engagez-vous à ne rien associer à Allah. »

Hind dit : « Vous nous demandez un engagement que vous ne demandez pas aux hommes. Malgré cela, nous vous en faisons la promesse. »

Le Messager (s.a.s.) dit : « Vous ne volerez pas. »

Hind dit : « Par Allah ! Il m’arrive de prendre quelque chose dans les biens d’Abou Soufyan. Je ne sais pas si cela m’est licite ou illicite. »

Abou Soufyan, assis à côté, s’écria : « Pour tout ce que tu as pris dans le passé, tu es dans le licite. » Le Messager (s.a.s.) dit : « Tu es donc Hind bint ‘Utba. »

Hind dit : « Oui, je suis Hind bint ‘Utba. Pardonnez-moi mon comportement passé. Qu’Allah vous pardonne. »

Le Messager (s.a.s.) dit : « Vous ne commettrez pas de fornication. »

Hind : Ô Messager d’Allah ! Une femme libre commet-elle la fornication ?

Le Messager (s.a.s.) : Vous ne tuerez pas vos enfants.

Hind dit : Nous les avons élevés lorsqu’ils étaient enfants. Vous avez tué leurs aînés à Badr. Vous et eux êtes donc mieux placés pour le savoir.

En entendant ses paroles, ʿUmar (qu’Allah l’agrée) se mit à rire.

Le Messager (s.a.s.) : Vous ne lancerez pas de fausses accusations contre qui que ce soit.

Hind : Accuser quelqu’un est une très mauvaise action.

Le Messager (s.a.s.) : Vous ne me désobéirez dans aucune bonne action.

Hind : Après nous être assises dans cette assemblée, désobéirions-nous encore à quelque bonne action que vous nous ordonneriez ?

Le Messager (s.a.w.) dit à ‘Umar : « Reçois l’allégeance de ces femmes et invoque Allah en Lui demandant de leur accorder Son pardon. »

‘Umar (r.a.) reçut leur allégeance. Le Messager (s.a.w.) ne serrait pas la main des femmes. Il ne touchait aucune femme, hormis celles qui lui étaient licites ou qui étaient ses mahram. De même, il ne leur permettait pas de le toucher. Lorsque Hind dit donc : « Ô Messager d’Allah ! Nous souhaitons vous toucher », il répondit : « Je ne serre pas la main des femmes. Ce que je dis à une femme est exactement le même que ce que je dis à cent femmes. »

Ensuite, le Messager (s.a.w.) maintint le mariage antérieur d’Abû Sufyân et de Hind. [Ṭabaqāt, 8/236-237 ; al-Ṭabarī, Tārīkh, 2/161-162 ; al-Istī‘āb, 4/411 ; Usud al-Ghābah, 4/4/409 ; al-Sīrah al-Ḥalabiyyah, 3/46-47. Cet épisode est également rapporté, avec quelques variantes, dans plusieurs ouvrages, notamment ceux d’al-Bukhārī, de Muslim, d’Abû Dāwûd et d’al-Nasā’ī.]

Parmi les femmes, la personnalité de Hind portait l’empreinte d’un caractère exceptionnel. Après que l’islam eut pénétré en elle, il fit disparaître toutes les souillures de son cœur, et elle apparut dans la communauté des Compagnes comme une femme incomparable. Allah Très-Haut dissipa le voile de son ignorance ainsi que toutes les faussetés et vanités qui recouvraient sa conscience et sa raison, les rendant claires et purifiées. Après avoir embrassé l’islam, elle ne s’inclina plus jamais devant aucune croyance erronée. Elle mit la croyance islamique en pratique. Avant l’islam, il y avait dans sa demeure une idole précieuse. À son retour après sa conversion, elle la brisa en menus morceaux à coups de hache, en répétant : « Nous nous étions trompés à ton sujet. » [Tahdhīb al-Asmā’ wa-l-Lughāt, 2/357 ; Ṭabaqāt, 8/237 ; Ansāb al-Ashrāf, 1/360]

Il apparaît ainsi que Hind était dotée de courtoisie et de bonnes manières. Après avoir embrassé l’islam et reconnu comme véridique la mission du Messager d’Allah (s.a.w.), elle lui envoya un présent. Le Messager (s.a.w.) invoqua Allah en sa faveur. À ce sujet, Ibn ‘Asākir rapporte qu’après sa conversion, Hind envoya au Messager d’Allah (s.a.w.), par l’intermédiaire de sa servante, deux chevreaux rôtis et une outre d’eau. Le Messager (s.a.w.) se trouvait alors dans la vallée d’al-Abṭaḥ. Quelques femmes des Banû ‘Abd al-Muṭṭalib, parmi lesquelles Umm Salamah et Maymûnah, étaient alors avec lui. Après avoir présenté les mets au Messager d’Allah (s.a.w.), la servante dit : « Ma maîtresse vous a envoyé ce présent et vous prie humblement d’excuser son incapacité, en disant : “En ce moment, nos chèvres mettent rarement bas.” » Le Messager (s.a.w.) dit : « Qu’Allah bénisse vos chèvres et en augmente le nombre. »

Lorsque la servante retourna informer Hind de l’invocation du Messager d’Allah (s.a.w.), celle-ci en fut très heureuse. Plus tard, la servante disait : « Nous avons vu le nombre de nos chèvres et de leurs petits devenir si grand que cela ne s’était jamais produit auparavant. » Hind disait : « Cela est dû à l’invocation du Messager d’Allah (s.a.w.) et à sa bénédiction. Toutes les louanges reviennent à Allah, qui nous a guidés vers l’islam. » Puis elle racontait ce rêve : « J’avais vu en rêve que je me tenais depuis toujours sous le soleil. L’ombre était tout près de moi, mais je n’arrivais pas à l’atteindre. Lorsque le Messager (s.a.w.) vint à nous, je vis que j’étais comme entrée dans l’ombre. » [Tārīkh Dimashq, Tarājim al-Nisā’, 456-457]

Les paroles pleines de sagesse de Hind

Hind a prononcé de nombreuses paroles pleines de sagesse, qui sont presque devenues des proverbes. Les mots en sont si éloquents et le sens si élevé qu’ils témoignent de son intelligence pénétrante ainsi que de ses remarquables facultés de réflexion et de méditation. Ils mettent également en évidence son expérience approfondie de la scène de la vie, sa fermeté dans ses décisions, sa clairvoyance, sa capacité à reconnaître la vérité et d’autres qualités encore. C’est pourquoi Ibn al-Athīr la présente ainsi : [Usud al-Ghābah, 5/563](Arabe********)

« Elle était une femme pleine de vitalité, dotée d’un grand sens de l’honneur, capable de prendre ses décisions de manière indépendante, et possédant intelligence et sagesse. »

Ainsi disait-elle : « La femme est une entrave. Il lui faut nécessairement un collier. Avant de le passer autour de ton cou, regarde donc attentivement qui tu es en train d’y attacher. » Elle disait également : « Les femmes sont des entraves. Tout homme doit porter une entrave à sa main. » [Al-Bayan wa at-Tabyin, 3/267 ; Al-A‘lam, 8/98]

Un événement ultérieur. Sous le califat de ‘Umar, de l’eau s’écoulait devant la porte de la maison d’Abu Sufyan (qu’Allah l’agrée), à La Mecque. Les pèlerins glissaient en passant. ‘Umar (qu’Allah l’agrée) lui demanda de faire cesser cet écoulement. Abu Sufyan (qu’Allah l’agrée) ne prêta pas attention à la demande de ‘Umar (qu’Allah l’agrée). Un jour, alors que ‘Umar (qu’Allah l’agrée) passait par là, son pied glissa précisément à l’endroit mouillé devant cette porte. Il leva le fouet qu’il tenait à la main au-dessus de la tête d’Abu Sufyan (qu’Allah l’agrée) et dit : « Ne vous avais-je pas demandé de faire cesser cet écoulement ? » Abu Sufyan porta aussitôt son index à sa bouche. Alors ‘Umar (qu’Allah l’agrée) dit : « Louange à Allah, qui m’a même permis de voir le jour où je frappais Abu Sufyan dans la vallée de Batha, à La Mecque, alors qu’il n’avait personne pour le soutenir, où je lui ordonnais quelque chose et où il m’obéissait. » En entendant cette remarque de ‘Umar, Hind s’écria : « Ô ‘Umar ! Fais son éloge. Si tu fais son éloge, tu recevras une très grande récompense. »

Lorsque le calife ‘Umar ibn al-Khattab (qu’Allah l’agrée) nomma Yazid ibn Abi Sufyan (qu’Allah l’agrée) gouverneur de Syrie, Mu‘awiya (qu’Allah l’agrée) se rendit en Syrie avec Yazid. À cette occasion, Abu Sufyan (qu’Allah l’agrée) dit un jour à Hind (qu’Allah l’agrée) : « Que penses-tu du fait que ton fils Mu‘awiya soit désormais placé sous l’autorité de mon fils Yazid ? » Hind répondit : « Si l’unité des Arabes venait à être troublée, tu verrais alors quelle serait la situation de mon fils et celle de ton fils. » Il convient de préciser que Yazid (qu’Allah l’agrée) était le fils d’une autre épouse d’Abu Sufyan (qu’Allah l’agrée). Peu de temps après, Yazid (qu’Allah l’agrée) mourut en Syrie. ‘Umar (qu’Allah l’agrée) nomma Mu‘awiya (qu’Allah l’agrée) à sa place. Après cette nomination, Hind dit à Mu‘awiya (qu’Allah l’agrée) : « Mon fils ! Par Allah, les femmes libres des Arabes ont rarement donné naissance à un fils tel que toi. Cet homme t’a élevé. Ainsi, que cela te plaise ou non, tu agiras selon sa volonté. » Les remarques et le comportement de Hind à différentes occasions montrent le profond respect qu’elle éprouvait envers ‘Umar (qu’Allah l’agrée). Elle le considérait toujours avec respect et déférence.

Un jour, Hind se rendit auprès du calife ‘Umar (qu’Allah l’agrée) et lui demanda un prêt de quatre mille dirhams du Trésor public, en disant : « Je vais faire du commerce avec cet argent et je le rembourserai progressivement. » Le calife lui accorda le prêt. Elle prit cet argent et se rendit dans la région de la tribu de Kalb, où elle se mit à acheter et à vendre. Entre-temps, elle apprit qu’Abu Sufyan et son fils ‘Amr ibn Abi Sufyan étaient venus auprès de Mu‘awiya (qu’Allah l’agrée). Elle se rendit aussitôt auprès de Mu‘awiya (qu’Allah l’agrée).

Il convient de préciser qu’une distance s’était déjà installée entre elle et Abu Sufyan (qu’Allah l’agrée).

Mu‘awiya demanda pourquoi elle était venue ainsi. Hind répondit : « Je suis venue pour te surveiller. ‘Umar n’agit que pour Allah. Or ton père est venu auprès de toi. Je crains que tu ne lui remettes tout entre les mains. Les gens ne pourront pas savoir d’où tu lui donnes toutes ces choses. Ensuite, ‘Umar t’arrêtera. » Mu‘awiya (qu’Allah l’agrée) donna à son père et à son frère cent dinars, ainsi que des vêtements et des montures. Son frère ‘Amr estima que ce don était suffisant.

Abu Sufyan dit : « Ne considère pas cela comme un grand don. Ce don n’a pas été fait à l’insu de Hind. Quant à ces beaux vêtements, c’est Hind qui les a apportés. » Ensuite, ils retournèrent tous à Médine. Quelque temps plus tard, Abu Sufyan demanda à Hind : « As-tu réalisé un bénéfice dans le commerce ? » Hind répondit : « Allah le sait mieux. J’ai quelques affaires commerciales à Médine. » Une fois arrivée à Médine, Hind vendit ses marchandises, puis se rendit auprès de ‘Umar (qu’Allah l’agrée) et l’informa de sa perte dans le commerce. ‘Umar dit : « Si l’argent qui t’a été donné m’avait appartenu, je t’en aurais dispensée. Mais cet argent appartient aux musulmans. Quant aux beaux vêtements que tu avais donnés à Abu Sufyan, il les possède encore. » Puis ‘Umar (qu’Allah l’agrée) envoya des hommes arrêter Abu Sufyan. Après avoir recouvré auprès de lui la somme due par Hind, il le libéra. ‘Umar (qu’Allah l’agrée) demanda à Abu Sufyan (qu’Allah l’agrée) : « Combien Mu‘awiya vous a-t-il donné en espèces ? » Abu Sufyan répondit : « Cent dinars. » [A‘lam an-Nisa, 5/249]

On trouve ce récit dans l’ouvrage « Al-‘Iqd al-Farîd ». Abû Sufyân, venu à Médine depuis Mu‘âwiya, se rendit auprès de ‘Umar et lui dit : « Donnez-moi quelque chose. » ‘Umar répondit : « Je n’ai pas grand-chose à vous donner. » ‘Umar remit son sceau à un homme et l’envoya auprès de Hind. Il lui dit : « Dis-lui qu’Abû Sufyân demande que tu lui fasses parvenir les deux récipients que tu as apportés. » Peu après, les deux récipients furent apportés à ‘Umar. Ils contenaient dix mille dirhams. ‘Umar envoya les récipients et les dirhams au Bayt al-Mâl. Après ‘Umar, ‘Uthmân devint calife. Il voulut restituer cet argent à Abû Sufyân, mais celui-ci refusa de le prendre, en disant : « Je ne prendrai certainement pas l’argent pour lequel ‘Umar m’a blâmé. »[Ibid.; Al-‘Iqd al-Farîd, 1/49]

Hind et Mu‘âwiya

Alors que le fils de Hind, Mu‘âwiya, était encore allaité, elle s’efforça de l’élever en lui inculquant la dignité, la générosité, la courtoisie et diverses autres qualités. Elle prenait l’enfant dans ses bras et le berçait en récitant sur un air mélodieux les vers suivants. [Nisâ’ min ‘Asr an-Nubuwwah, 480]

(Arabe***********)

« Mon fils est issu d’une noble lignée. Il est aimé et perspicace au sein de sa famille. Il n’accomplit pas d’actes obscènes et n’est pas de nature vile. Il n’est ni lâche ni poltron, et il n’est pas non plus un présage de malheur et de mal. Il est l’élite des Banû Fihr, leur chef. Il ne déçoit pas les attentes et les espoirs des gens, et il ne prend pas la fuite par peur. »

Alors que Mu‘âwiya était encore un tout petit enfant, un homme le vit un jour et déclara : « Je crois que cet enfant dirigera un jour son peuple. »[Al-‘Iqd al-Farîd, 2/287; ‘Uyûn al-Akhbâr, 1/224]

Après la mort de Yazîd ibn Abî Sufyân, beaucoup se mirent à dire : « Nous espérons que Mu‘âwiya sera le digne successeur de Yazîd. » En entendant cela, Hind fit remarquer : « Un homme comme Mu‘âwiya ne devient le successeur de personne. Par Dieu ! Quand bien même toute la terre arabe serait réunie et qu’on le jetterait en son centre, il pourrait en sortir par l’endroit de son choix. »[Al-‘Iqd al-Farîd, 3/14] Un jour, on lui dit : « Si Mu‘âwiya reste en vie, il gouvernera son peuple. » Hind répondit : « Malheur à lui s’il ne gouverne que son peuple et personne d’autre ! » Un jour, elle se rendait à Tâ’if avec le jeune Mu‘âwiya. Celui-ci était assis à l’avant du howdah, sur le dos du chameau. Un Bédouin arabe le vit et dit à Hind : « Tenez bien l’enfant avec vos deux mains et élevez-le avec soin, car il deviendra plus tard un grand dirigeant et un homme qui entretiendra les liens de parenté. » Hind contredit ses propos en disant : « Non, il deviendra plutôt un roi de haut rang et un homme généreux. »[A‘lâm an-Nisâ’, 5/250]

Le vénérable Mu‘âwiya (qu’Allah l’agrée), parlant de l’identité de sa mère, a dit : « À l’époque antéislamique, Hind était l’une des femmes les plus importantes de Quraych et, à l’époque islamique, une femme honorable et expérimentée. » Le vénérable Mu‘âwiya (qu’Allah l’agrée) était l’un des hommes les plus perspicaces, intelligents, doués et compétents d’Arabie. Il acquit davantage de ses qualités auprès de sa mère que de son père. Dans la suite de sa vie, lorsqu’il évoquait ses propres qualités, le vénérable Mu‘âwiya (qu’Allah l’agrée) les attribuait ouvertement à sa mère. En réponse aux critiques de ses adversaires, il disait souvent avec fierté : « Je suis le fils de Hind. »[Al-Bayân wa at-Tabyîn, 2/92

Hind (qu’Allah l’agrée) demeura fidèle jusqu’à sa mort à l’engagement pris envers le Messager d’Allah (paix et bénédiction d’Allah sur lui). Elle l’observa à la lettre. Elle participa à la bataille de Yarmouk et, sur le champ de bataille, exhorta les soldats à combattre les Romains. Sous le califat de ‘Umar (qu’Allah l’agrée), elle se rendit auprès de son fils Mu‘awiya (qu’Allah l’agrée).[Tarikh Dimashq, Tarajim an-Nisa’ -437 ; Al-A‘lam-8/98]

Hind (qu’Allah l’agrée) a rapporté plusieurs hadiths du Messager d’Allah (paix et bénédiction d’Allah sur lui). Mu‘awiya et la Mère des croyants, ‘A’isha (qu’Allah l’agrée), ont rapporté des hadiths par son intermédiaire. Voici l’un des hadiths rapportés d’elle : [Rapporté dans cinq des six recueils authentiques, à l’exception de celui d’at-Tirmidhi. Musnad Ahmad-6/39 ; Tabaqat-8/237 ;](Arabe********)

« Je dis au Prophète (paix et bénédiction d’Allah sur lui) : “Abu Sufyan est un homme avare. Il ne me donne rien, ni à mon fils ni à moi, si ce n’est ce que je prends à son insu dans ses biens. Est-ce un péché de ma part ?” Il répondit : “Prends de manière convenable ce qui suffit à subvenir à tes besoins et à ceux de ton fils.” »

Toutefois, Ibn al-Jawzi a déclaré dans son ouvrage Al-Mujtana que, à sa connaissance, Hind n’a rien rapporté directement du Messager d’Allah (paix et bénédiction d’Allah sur lui).[A‘lam an-Nisa-5/250]

Divers récits indiquent que Hind (qu’Allah l’agrée) mourut en l’an 14 de l’Hégire, correspondant à l’an 635 de l’ère chrétienne, sous le califat de l’émir des croyants ‘Umar (qu’Allah l’agrée). Le jour même de sa mort mourut également Abu Quhafa (qu’Allah l’agrée), père d’Abu Bakr as-Siddiq (qu’Allah l’agrée).[Usud al-Ghaba-563 ; Tahdhib al-Asma’ wa al-Lughat-2/357] Il est toutefois également rapporté qu’après la mort d’Abu Sufyan (qu’Allah l’agrée), sous le califat de ‘Uthman (qu’Allah l’agrée), un homme proposa à Mu‘awiya (qu’Allah l’agrée) d’épouser Hind. Il déclina poliment la proposition en disant qu’elle était désormais stérile et qu’elle n’avait plus besoin de se marier.[Al-Isaba-4/426 ; Sahabiyyat-271]

Durra, fille d’Abu Lahab (qu’Allah l’agrée)


Après avoir reçu la mission prophétique, le noble Messager d’Allah (paix et bénédiction d’Allah sur lui) continua pendant trois ans à prêcher secrètement le message de l’islam à La Mecque. Beaucoup répondirent à son appel et crurent en Allah et en Son Messager. Bien que la conversion de certains fût connue, celle de la majorité demeura secrète par crainte des persécutions des Quraysh. Au début, les Quraysh n’accordèrent pas beaucoup d’importance à la prédication du Messager (paix et bénédiction d’Allah sur lui). Trois ans plus tard, l’ange Jibril (paix sur lui) vint dire au Messager (paix et bénédiction d’Allah sur lui) d’appeler publiquement à l’islam et l’informa également qu’il était un avertisseur manifeste. Ibn ‘Abbas (qu’Allah l’agrée) dit : « Lorsque ce verset —(Arabe*********)

« Avertis tes proches parents »[sourate Ach-Chu‘ara, 214] — fut révélé, le Messager (paix et bénédiction d’Allah sur lui) monta au sommet du mont Safa et se mit à appeler à haute voix : « Ô gens de la tribu de Fihr, ô gens de la tribu de ‘Adi ! »

En entendant cette voix, tous les notables de Quraysh se rassemblèrent. Celui qui ne pouvait pas venir envoya un représentant pour savoir de quoi il s’agissait. Les Qurayshites arrivèrent, et Abū Lahab était avec eux. Il leur dit ensuite : « Dites-moi : si je vous annonçais qu’une troupe de cavaliers se cachait dans la plaine située de l’autre côté de la montagne et qu’elle voulait vous attaquer, me croiriez-vous ? » Tous répondirent : « Oui, nous vous croirions, car nous ne vous avons jamais entendu mentir. » Le Prophète (que Dieu le bénisse et lui accorde la paix) dit : « Écoutez donc : j’ai été envoyé pour vous avertir d’un châtiment terrible. » Abū Lahab s’écria : « Périsse-tu ! Est-ce pour nous dire cela que tu nous as réunis ici ? »

Après qu’Abū Lahab eut prononcé ces paroles, Dieu Très-Haut révéla la sourate al-Lahab. Il y est dit :(Arabe*******)

« Que périssent les deux mains d’Abū Lahab, et qu’il périsse lui-même ! » [Sahih Muslim, 1/114 ; Sahih al-Bukhari, 2/706 ; Tafsir al-Khazin, 7/311 ; Tafsir Ibn Kathir : sourate al-Masad]

Durra (qu’Allah l’agrée) était la fille de cet Abū Lahab, et ‘Abd al-Muttalib était son grand-père. Elle était issue du clan hachémite de la tribu qurayshite de La Mecque et était la cousine du noble Messager de Dieu (que Dieu le bénisse et lui accorde la paix). [Usud al-Ghaba, 5/449 ; al-Isti‘ab, 4/290 ; Siyar A‘lam an-Nubala, 2/275] Avant d’aborder la vie de Durra (qu’Allah l’agrée), il ne sera pas inutile de présenter brièvement ses parents.

Abū Lahab était l’un des oncles du Messager de Dieu (que Dieu le bénisse et lui accorde la paix). Son véritable nom était ‘Abd al-‘Uzza ibn ‘Abd al-Muttalib ibn Hashim. Il éprouvait une haine et une hostilité extrêmes envers son neveu Muhammad (que Dieu le bénisse et lui accorde la paix). Il ne cessait d’imaginer et de chercher des moyens de lui nuire et de rabaisser sa religion et sa personne. En raison de sa beauté physique et de l’éclat de son visage, on l’appelait « Abū Lahab » (la flamme). Pourtant, celui qui possède un visage lumineux aurait dû être appelé « Abū an-Nūr »(Arabe****) ou (Arabe****)« Abū ad-Diyā’ » ; mais comme sa demeure future serait l’Enfer, Dieu fit dès l’origine que les gens le nomment Abū Lahab. [Tafsir Ibn Kathir ; sourate al-Lahab]

Bien qu’Abū Lahab fût l’oncle du noble Messager de Dieu (que Dieu le bénisse et lui accorde la paix), il n’éprouvait pas la moindre compassion ni affection pour son neveu. Dès que celui-ci revendiqua la prophétie et commença ouvertement à appeler à l’islam, leurs relations se dégradèrent considérablement. Il se mit à le poursuivre afin de l’humilier et de le couvrir d’opprobre. Il ne laissait passer aucune occasion de lui nuire. Il le suivait dans les marchés et les divers rassemblements publics afin de le faire passer pour un menteur. L’imam Ahmad (qu’Allah lui fasse miséricorde) rapporte, par l’intermédiaire d’Abū az-Zinād, qu’Abū az-Zinād a dit : « Un homme nommé Rabi‘a ibn ‘Abbad, qui embrassa l’islam par la suite, m’a raconté : J’ai un jour vu le Prophète (que Dieu le bénisse et lui accorde la paix) au marché de Dhu al-Majaz, s’adressant à la foule et disant : »(Arabe******)

« Ô gens ! Dites : “Il n’y a de divinité qu’Allah.” Vous réussirez. » Une foule était rassemblée autour de lui. Un homme au visage lumineux le suivait et disait aux gens : « C’est un apostat, un menteur. » Lorsque je demandai aux gens qui était cet homme, ils répondirent : « C’est son oncle, Abū Lahab. » [référence précitée ; Nisa min Athar an-Nubuwwa, 191]

Le récit de Tariq ibn ‘Abdillah al-Muharibi montre qu’Abū Lahab ne se contentait pas de s’employer à faire passer les paroles du Prophète (que Dieu le bénisse et lui accorde la paix) pour mensongères : il lui jetait également des pierres. Les talons du Prophète (que Dieu le bénisse et lui accorde la paix) en furent ensanglantés. [Tafhim al-Qur’an, 6/522 ; Fi Zilal al-Qur’an, 3/282]

Et ce n’est pas tout ! Il pensait que ses richesses le préserveraient de toutes les humiliations, avanies et châtiments de ce monde et de l’au-delà. Il est rapporté que lorsque le Messager (s.a.s.) invita son peuple à croire en Allah, Abû Lahab dit : « Si ce que dit mon neveu est vrai, je pourrai, le Jour de la Résurrection, me racheter en échange de mes biens et de mes enfants. » Il ignorait cette déclaration d’Allah le Très-Haut : [sourate Ach-Chu‘arâ’, 88-89](Arabe*******)

« Le jour où ni les richesses ni les enfants ne seront d’aucune utilité, seul profitera celui qui viendra à Allah avec un cœur pur. »

Avant que le Messager d’Allah (s.a.s.) ne reçoive la prophétie, Abû Lahab avait marié ses deux fils, ‘Utba et ‘Utayba, aux deux filles du Messager (s.a.s.), Ruqayya et Umm Kulthûm. Mais après que le Messager (s.a.s.) eut reçu la prophétie et commencé à prêcher la religion, Abû Lahab contraignit ses deux fils à divorcer des deux filles du Prophète. [Tafhîm al-Qur’ân, 6/522 ; Fî zilâl al-Qur’ân, 3/282]

Après la mort du deuxième fils du noble Messager d’Allah (s.a.s.), ‘Abdullâh, Abû Lahab fut si heureux qu’il courut auprès de ses amis et leur annonça d’une voix exaltée : « Muhammad est désormais sans descendance masculine. » [Tafhîm al-Qur’ân, 6/490]

La véritable nom de l’épouse d’Abû Lahab, c’est-à-dire la mère de Durra (r.a.), était Arwâ. Elle était la fille de Harb ibn Umayya et la sœur d’Abû Sufyân (r.a.). En matière d’hostilité envers le noble Messager d’Allah (s.a.s.), elle n’était en rien moins acharnée que son mari. Elle répandait des épines sur le chemin qu’empruntait le Messager (s.a.s.) et devant sa porte. Elle avait un langage extrêmement obscène et était particulièrement querelleuse. Insulter le Prophète (s.a.s.), colporter des médisances, se quereller sous divers prétextes et créer des situations de troubles, de dissensions et de conflits, telle était son activité. En un mot, c’était une femme au caractère répugnant. C’est pourquoi Allah le Très-Haut a dit à son sujet dans le Coran :

(Arabe*******) –et son épouse aussi, qui porte le bois combustible. [Sîrat Ibn Hichâm, 1/355]

Lorsque cette Umm Jamîl apprit qu’un verset avait été révélé pour la condamner, elle-même et son mari, elle vint près de la Ka‘ba à la recherche du Messager d’Allah (s.a.s.), qui s’y trouvait alors. Abû Bakr as-Siddîq (r.a.) était également avec lui. L’épouse d’Abû Lahab tenait une poignée de pierres à la main. Lorsqu’elle s’approcha du Messager (s.a.s.), Allah lui ôta la vue. Elle ne put donc pas voir le Messager (s.a.s.), tandis qu’elle voyait Abû Bakr (r.a.). Elle se plaça devant Abû Bakr (r.a.) et lui demanda : « Où est ton compagnon ? J’ai appris qu’il m’avait calomniée. Par Allah ! Si je le trouve, je lui jetterai ces pierres au visage. Sache-le, par Allah ! Moi aussi, je suis poétesse. » Puis elle récita les deux vers suivants :(Arabe****)

« J’ai désobéi à Muzammam, j’ai rejeté son œuvre et j’ai refusé sa religion avec haine et mépris. »

Il convient de préciser que les polythéistes mecquois de cette époque n’appelaient pas le Noble Prophète (ﷺ) Muhammad, mais « Muzammam ». Muhammad signifie « loué », tandis que Muzammam signifie « blâmé ». Puis Umm Jamîl partit. Abû Bakr as-Siddîq (qu’Allah l’agrée) dit au Prophète (ﷺ) : « Ô Messager d’Allah ! Ne vous a-t-elle pas vu ? » Il répondit : « Non, elle ne m’a pas vu. Allah Très-Haut lui avait ôté la vue en ce qui me concerne. » [ibid., 1/356]

Ibn Ishâq dit que ceux qui faisaient du tort au Messager (ﷺ) à l’intérieur de sa maison étaient notamment Abû Lahab, al-Hakam ibn Abû al-‘Âs ibn Umayya, ‘Uqba ibn Abî Mu‘ayt, ‘Adî ibn Hamrâ, Thaqafî ibn al-Asda‘ et d’autres encore. Ils étaient tous des voisins du Messager (ﷺ). [Ar-Rahîq al-Makhtûm, p. 103]

Il vaut la peine de savoir quel fut le sort de cet ennemi acharné du Noble Messager (ﷺ). Il se trouvait à La Mecque au moment de la bataille de Badr. Après avoir appris la victoire des musulmans dans la bataille, il mourut, atteint d’une maladie mortelle de nature pestilentielle(Arabe***) appelée al-‘Adasa. Son cadavre resta trois jours dans la maison. Par crainte de la contagion, personne ne s’en approcha. Lorsque le corps commença à se décomposer et que la puanteur se répandit, l’un de ses fils, de loin, lui lança de l’eau pour le laver. Aucun membre de la tribu de Quraysh ne s’approcha du cadavre. Ils l’enveloppèrent ensuite dans un tissu, le transportèrent sur les hauteurs de La Mecque, l’adossèrent à un mur et le recouvrirent de pierres. Tel fut le vil sort terrestre de cet ennemi acharné d’Allah et de Son Messager (ﷺ). [Nisâ min ‘Asr an-Nubuwwa, p. 192]

C’est dans une famille aussi sale et terrifiante que naquit et grandit Durra bint Abî Lahab. Dès son enfance, elle voyait les actes immondes et vulgaires de ses parents, mais elle ne pouvait accepter leurs agissements ni leur comportement. Au fond d’elle-même, elle rejetait ces actes abjects de ses parents.

Peu à peu, elle assimila le message de l’islam. L’islam prit place dans son cœur. Un jour, elle se débarrassa des ténèbres du polythéisme et fut illuminée par la lumière de la foi. (Arabe****)(Il fait sortir le vivant du mort.) De même qu’Allah, Seigneur des mondes, fait sortir le vivant du mort, on peut dire qu’il en fut ainsi pour Durra (qu’Allah l’agrée) lorsqu’elle embrassa l’islam.

Durra (qu’Allah l’agrée) embrassa l’islam à La Mecque. [Az-Ziriklî : Al-A‘lâm, 2/338] On ignore toutefois exactement quand cela eut lieu. Elle émigra à Médine. [Siyar A‘lâm an-Nubalâ, 2/275] Son premier mari fut al-Hârith ibn Nawfal ibn al-Hârith ibn ‘Abd al-Muttalib. Il se rendit à la bataille de Badr du côté des Quraysh et y fut tué alors qu’il était polythéiste. De lui, Durra (qu’Allah l’agrée) eut trois fils : ‘Uqba, al-Walîd et Abû Muslim. Après son arrivée à Médine, elle épousa en secondes noces le célèbre Compagnon Dihya al-Kalbî (qu’Allah l’agrée). [Tabaqât Ibn Sa‘d, 8/50 ; Nisâ min ‘Asr an-Nubuwwa, p. 193] Ce Dihya al-Kalbî (qu’Allah l’agrée) était un illustre Compagnon qui avait embrassé l’islam dès les débuts. Il participa aux côtés du Messager d’Allah (ﷺ) à toutes les batailles après Badr. Il se rendit à la cour de l’empereur romain Héraclius, porteur d’une lettre du Messager d’Allah (ﷺ). Il était d’une grande beauté. Jibrîl (paix sur lui) prenait parfois son apparence pour venir auprès du Messager d’Allah (ﷺ). Il resta en vie jusqu’au califat de Mu‘âwiya (qu’Allah l’agrée). [Tahdhîb al-Asmâ’ wa al-Lughât, 1/185]

Après avoir émigré à Médine, Durra (qu’Allah l’agrée) reçut beaucoup d’estime, d’honneur et de considération, mais certaines musulmanes ne purent l’accepter facilement. Se rappelant l’attitude de ses parents envers le Messager d’Allah (ﷺ), elles commencèrent à la regarder avec mépris. Durra (qu’Allah l’agrée) se trouva dans une situation très embarrassante. Le Messager (ﷺ) l’en délivra. En rassemblant les récits rapportés par différentes sources à ce sujet, on obtient le récit suivant : « Durra, fille d’Abû Lahab, émigra à Médine et descendit dans la demeure de Râfi‘ ibn al-Mu‘allâ az-Zurqî (qu’Allah l’agrée). Des femmes de la tribu des Banû Zurayq vinrent lui rendre visite et lui dirent : “N’êtes-vous pas la fille de cet Abû Lahab au sujet duquel fut révélée la parole : »(Arabe*********)

Alors, quel est le bénéfice de cette émigration pour toi ?

Profondément affligée, Durra (qu’Allah l’agrée) vint trouver le Messager d’Allah (paix et bénédiction d’Allah sur lui) et lui rapporta les propos des femmes de la tribu de Zurayq. Le Messager (paix et bénédiction d’Allah sur lui) la calma et lui dit : « Assieds-toi. » Puis, après avoir accompli la prière de zuhr, il s’assit un moment en silence sur le minbar. Ensuite, il dit :(Arabe*******)

« Ô gens ! Pourquoi me faites-vous du mal au sujet de ma famille ? Par Allah, mes proches bénéficieront de mon intercession le Jour de la Résurrection. Même les tribus Suda, Hakam et Sahlab du Yémen en bénéficieront assurément. [A‘lâm an-Nisâ, 1/409 ; Usud al-Ghâba, 5/450 ; Al-Isâba, 4/490 ; Hayât as-Sahâba, 1/372]

Dans une autre narration, le Messager (paix et bénédiction d’Allah sur lui), faisant allusion au rang éminent de Durra (qu’Allah l’agrée), dit :(Arabe********)

« Celui qui te met en colère met Allah en colère. » [Ach-Chawkânî, Durûs as-Sahâba, 542]

La relation de Durra (qu’Allah l’agrée) avec la famille du Prophète n’était pas lointaine. C’est pourquoi elle se rendait souvent auprès de la Mère des croyants, ‘Â’icha (qu’Allah l’agrée), et acquérait auprès d’elle des connaissances sur divers sujets de l’islam. Il arrivait souvent qu’elles rivalisent pour servir le Messager d’Allah (paix et bénédiction d’Allah sur lui). Elle raconte ainsi un événement : « J’étais assise auprès de ‘Â’icha (qu’Allah l’agrée) lorsque le Messager (paix et bénédiction d’Allah sur lui) entra dans la maison et dit : “Donnez-moi de l’eau pour les ablutions.” ‘Â’icha et moi courûmes toutes deux vers le récipient d’eau. Je le saisis avant ‘Â’icha. Après que le Messager d’Allah (paix et bénédiction d’Allah sur lui) eut fait ses ablutions avec cette eau, il leva les yeux vers moi et dit :

(Arabe*****)Tu es un membre de ma famille et je suis un membre de ta famille. [L’imam Ach-Chawkânî a dit que l’imam Ahmad avait rapporté ce hadith. Tous les transmetteurs de la chaîne qui le rapportent de Durra sont fiables. (Durûs as-Sahâba, 543)]

Durra (qu’Allah l’agrée) était l’une des grandes poétesses quraychites. Elle a également rapporté des hadiths. Elle en a rapporté au total trois, directement du Prophète (paix et bénédiction d’Allah sur lui) et par l’intermédiaire de ‘Â’icha (qu’Allah l’agrée). Voici l’un des hadiths qu’elle a rapportés :(Arabe******)

« Durra (qu’Allah l’agrée) rapporte : Alors que le Messager (paix et bénédiction d’Allah sur lui) se trouvait sur le minbar, un homme se leva et demanda : “Ô Messager d’Allah ! Quel est l’homme le meilleur ?” Le Messager (paix et bénédiction d’Allah sur lui) répondit : “C’est celui qui récite le plus le Coran, observe le plus la taqwâ et la piété, ordonne le plus souvent le bien, interdit le plus souvent le mal et préserve le plus ses liens de parenté ; c’est lui qui est le meilleur.” »

Le deuxième hadith rapporté d’elle est le suivant : (Arabe********)

« Aucun vivant ne doit être offensé à cause d’un mort. »[Al-Istî‘âb-4/291 ; Al-Isâba-4/291 ; Al-A‘lâm-2/338]

Elle possédait un talent poétique remarquable. Elle pratiquait la poésie. Plusieurs poèmes aux idées magnifiques lui sont attribués dans divers ouvrages. Voici quelques extraits de l’un de ses poèmes sur la guerre de Fidjâr : [A‘lâm an-Nisâ-1/409 ; Sha‘irât al-‘Arab-120 ; Nisâ min ‘Asr an-Nubuwwah-196] (Arabe*********)

« À l’aube du jour de la peur et de l’effroi, ils rencontrent une armée inébranlable comme une montagne, au sein de laquelle se trouvent aussi les chefs revêtus de l’armure de guerre des Banû Fihr.

Lorsque cette immense armée, exaltée comme une folle et silencieuse, apparaît, tu la crois semblable aux vagues déchaînées de la mer.

La cavalerie fond sur l’armée grise, sabres dégainés, telle une escadrille de faucons chasseurs.

Le poison mortel de ces sabres, semblable à la mort, excite même le plus impassible d’entre eux et fait se répandre le plus ardent.

C’est une communauté telle que, si des pierres se dressent devant elle comme un obstacle, elle se durcit, et elle rend même les pierres les plus dures. »

Hazrat Durra conserva toute sa vie l’honneur et le rang qu’elle avait reçus auprès du Noble Messager (paix et bénédictions d’Allah sur lui). Le Messager quitta ce monde alors qu’il était satisfait d’elle. Durra (qu’Allah l’agrée) décéda en l’an 20 de l’Hégire, sous le califat de Hazrat ‘Umar (qu’Allah l’agrée). [Nisa min ‘Asr an-Nubuwwah, 1/196]

Il convient de signaler que l’histoire mentionne trois femmes Compagnes portant le nom de Durra : Durra bint Abi Sufyan, Durra bint Abi Salama et Durra bint Abi Lahab, qu’Allah les agrée.

 Umm Kulthum (qu’Allah l’agrée), fille de ‘Uqba


Umm Kulthum était issue de la famille qurayshite de La Mecque. C’est son surnom ; son véritable nom n’est pas connu. Son père était ‘Uqba ibn Abi Mu‘ayt al-Umawi et sa mère, Arwa bint Qurayz. [Usd al-Ghaba, 5/614 ; Tahdhib al-Asma’ wa al-Lughat, 2/365 ; Siyar A‘lam an-Nubala’, 2/276] Il convient de signaler que l’on connaît au total sept femmes Compagnes portant le nom d’Umm Kulthum. [Voir Usd al-Ghaba, 5/612-615] Elle était la sœur utérine de Hazrat ‘Uthman ibn ‘Affan (qu’Allah l’agrée), l’un des dix Compagnons promis au Paradis et le troisième calife de l’islam, car Arwa bint Qurayz était également la mère de Hazrat ‘Uthman (qu’Allah l’agrée). Les deux frères germains d’Umm Kulthum, al-Walid et ‘Umara, embrassèrent l’islam au moment de la conquête de La Mecque. [Nisa’ min ‘Asr an-Nubuwwah, 3/383]

Le père de Hazrat Umm Kulthum (qu’Allah l’agrée) était un ennemi acharné du Noble Prophète (paix et bénédictions d’Allah sur lui) durant sa période mecquoise. Il est resté célèbre dans l’histoire pour les persécutions particulièrement cruelles qu’il infligea à La Mecque au Prophète (paix et bénédictions d’Allah sur lui) et aux musulmans faibles. Fait prisonnier par l’armée musulmane lors de la bataille de Badr, il fut tué sur l’ordre du Messager d’Allah (paix et bénédictions d’Allah sur lui). Umm Kulthum (qu’Allah l’agrée) se trouvait alors à La Mecque. Les historiens rapportent qu’après avoir appris la mort de son père impie, elle ne versa pas même une larme.

Umm Kulthum (qu’Allah l’agrée) embrassa l’islam à La Mecque, alors qu’elle était encore jeune et vivait dans la maison de son père, et prêta serment d’allégeance au Messager d’Allah (paix et bénédictions d’Allah sur lui) avant son émigration. Elle fut parmi ceux qui prièrent en direction des deux qiblas. [Référence citée précédemment]

Elle fut la première femme muhajir à s’enfuir et à prendre seule la route de Médine.

Elle était née dans une famille de La Mecque profondément hostile à l’islam. Lorsque sa conversion à l’islam fut connue, elle se trouva confrontée à une situation extrêmement difficile. Elle fut soumise à l’injustice et aux persécutions. On la séquestra dans la maison afin qu’elle ne puisse pas émigrer avec les muhajirun se rendant à Médine. Elle dut rester longtemps dans cette situation.

Ibn ʿAbd al-Barr (mort en 463 de l’Hégire) rapporte qu’Umm Kulthum (qu’Allah l’agrée) ne put émigrer avant la septième année de l’Hégire. C’est immédiatement après la trêve de Hudaybiyya que l’occasion d’émigrer à Médine se présenta dans sa vie : elle s’enfuit de La Mecque et arriva à Médine. L’une des clauses de la trêve de Hudaybiyya stipulait que tout Mecquois qui embrasserait l’islam et se rendrait à Médine devait être renvoyé. Deux jours après l’arrivée d’Umm Kulthum (qu’Allah l’agrée) à Médine, ses deux frères germains, al-Walid et ʿUmara ibn ʿUqba, arrivèrent auprès du Messager d’Allah (paix et bénédictions d’Allah sur lui) pour réclamer son retour. C’est alors que fut révélé le dixième verset de la sourate al-Mumtahana, qui interdisait de renvoyer les émigrantes venues de La Mecque. Après la révélation de ce verset, le Messager (paix et bénédictions d’Allah sur lui) refusa de remettre Umm Kulthum (qu’Allah l’agrée) entre les mains de son frère.[Al-Bayhaqi, Dalā’il an-Nubuwwa, 4/171 ; al-Istīʿāb, 4/465 ; Nasab Quraysh, p. 145] Il leur dit :(Arabe*******)

« La clause concernait les hommes, non les femmes. »[Tafhīm al-Qurʾān, vol. 17, p. 72 ; le hadith cité dans Tafhīm al-Qurʾān est rapporté d’après le Tafsīr al-Kabīr de l’imam ar-Rāzī et les Aḥkām al-Qurʾān d’Ibn al-ʿArabī.]

L’émigration à Médine d’Umm Kulthum (qu’Allah l’agrée) est un épisode particulièrement étonnant et extraordinaire. Selon diverses sources historiques, elle quitta seule La Mecque et, en chemin, prit pour compagnon un homme de la tribu de Khuzāʿa. Elle arriva à Médine à pied, selon certains récits, ou montée sur un chameau, selon d’autres. Ibn Saʿd (mort en 230 de l’Hégire) dit : « Nous ne connaissons aucune autre femme qurayshite qu’Umm Kulthum (qu’Allah l’agrée) qui ait émigré seule, en ayant embrassé l’islam, vers Allah et Son Messager. »[Ṭabaqāt, 8/230]

Écoutons de sa propre bouche le récit de l’émigration d’Umm Kulthum (qu’Allah l’agrée) de La Mecque à Médine et la manière dont elle la mit à exécution :

Une partie de ma famille vivait à la campagne, dans une oasis. J’y allais seule, j’y restais trois ou quatre jours, puis je retournais à La Mecque. Personne ne m’empêchait de faire ces allées et venues. À un moment donné, je décidai de partir pour Médine. Un jour, je quittai La Mecque en direction de la campagne. Ceux qui étaient venus m’accompagner avancèrent avec moi sur une certaine distance, puis repartirent. Je poursuivais seule mon chemin lorsqu’un homme de la tribu de Khuzāʿa me rencontra. Il me demanda : « Où allez-vous ? »

Je voulus savoir : « Pourquoi me posez-vous cette question, et qui êtes-vous ? »

Il répondit : « Je suis un homme de la tribu de Khuzāʿa. »

Lorsqu’il me dit qu’il appartenait à la tribu de Khuzāʿa, je fus rassurée, car cette tribu avait conclu avec le Messager d’Allah (paix et bénédictions d’Allah sur lui) un pacte et un traité de paix. Je lui révélai mon identité et lui dis :

Je suis une femme de la tribu de Quraysh. Je veux me rendre auprès du Messager d’Allah (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui), mais je ne connais pas le chemin.

Il dit : « Je vais t’accompagner jusqu’à Médine. »

Puis il m’amena un chameau. Je montai sur son dos.

Nous arrivâmes finalement à Médine. C’était un excellent compagnon ; qu’Allah le récompense de la meilleure manière. Je me rendis auprès de la Mère des croyants, Umm Salama (qu’Allah l’agrée), et me présentai à elle. Elle m’étreignit et me dit : « As-tu émigré vers Allah, le Très-Haut, le Seigneur des mondes, et vers Son Messager (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui) ? »

Je répondis : « Oui. Toutefois, je crains d’être renvoyée. »

Peu après, le Messager (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui) vint auprès d’Umm Salama (qu’Allah l’agrée). Lorsqu’elle lui parla de ma situation, il m’accueillit en disant : « Marhaban wa ahlan. »

Je dis : « J’ai fui vers vous pour préserver ma religion. Accordez-moi votre protection et ne me renvoyez pas. Si vous me renvoyez, ils m’infligeront un châtiment que je ne pourrai pas supporter. »

Le Messager (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui) dit : « Le Très-Haut a déclaré inapplicable aux femmes l’accord de trêve. Il a déjà été mentionné que la clause de l’accord de Hudaybiyya prévoyant le renvoi des habitants de La Mecque ne concernait que les hommes ; elle ne disait rien au sujet des femmes. » Puis le Messager (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui) récita les deux versets suivants : [sourate al-Mumtahana, 10-11](Arabe**********)

« Ô vous qui croyez ! Lorsque des croyantes émigrent vers vous, mettez-les à l’épreuve ; Allah connaît parfaitement leur foi. Si vous savez qu’elles sont croyantes, ne les renvoyez pas aux mécréants. Ces croyantes ne sont pas licites pour les mécréants, et les mécréants ne sont pas licites pour elles. Rendez aux mécréants ce qu’ils ont dépensé. Ensuite, si vous les épousez, aucun péché ne vous sera imputé, à condition de leur verser leur mahr. Ne maintenez pas les liens conjugaux avec les femmes mécréantes. Réclamez ce que vous avez dépensé, et que les mécréants réclament ce qu’ils ont dépensé. Tel est le jugement d’Allah ; Il tranche entre vous. Allah est Omniscient et Sage. Si certaines de vos épouses vous échappent et rejoignent les mécréants, puis que vous obteniez un avantage, versez à ceux dont les épouses sont parties une somme équivalente à ce qu’ils ont dépensé. Craignez Allah, en qui vous croyez. »

Ensuite, le Messager d’Allah (paix et bénédictions d’Allah sur lui) mit à l’épreuve, à la lumière de ce verset, Umm Kulthum (qu’Allah l’agrée), ainsi que toutes les femmes venues à Médine après elle. On demanda à Ibn ‘Abbâs quelle était la méthode du Messager d’Allah (paix et bénédictions d’Allah sur lui) pour mettre les femmes à l’épreuve. Il répondit : il faisait prêter aux femmes arrivées à Médine le serment suivant : « Par Allah ! Je ne suis pas sortie de chez moi par haine ou hostilité envers mon mari. Par Allah ! Je ne suis pas partie parce que j’étais attirée par une terre plutôt qu’une autre. Par Allah ! Je n’ai pas quitté mon foyer pour quelque convoitise ou désir de ce monde. Par Allah ! Je n’ai quitté mon foyer que par amour pour Allah et Son Messager (paix et bénédictions d’Allah sur lui). » [Moukhtasar tafsîr Ibn Kathîr, 3/485 ; Tafsîr al-Khâzin avec les annotations d’al-Baghawî, 7/78 ; Sîrat Ibn Hichâm, 2/325 ; Siyar a‘lâm an-nubalâ’, 2/276 ; adh-Dhahabî : Târîkh, 2/400 ; Zâd al-ma‘âd, 3/300]

Cet événement révèle l’intelligence pénétrante et la foi ferme d’Umm Kulthum (qu’Allah l’agrée). Allah, Seigneur des mondes, édicta à son sujet plusieurs dispositions particulières de la charia islamique. C’est pour elle un honneur tout particulier.

Durant sa vie médinoise, Umm Kulthum (qu’Allah l’agrée) occupa une position particulièrement éminente parmi les Compagnes. Le noble Messager d’Allah (paix et bénédictions d’Allah sur lui) la considérait avec respect et accordait une grande importance à la sincérité de sa foi. Il l’emmena avec lui dans certaines expéditions et la chargea de soigner les blessés. Il lui attribua également une part du butin de guerre. [Nisâ’ min ‘asr an-nubuwwah, 386]

Mariages

Umm Kulthum (qu’Allah l’agrée) ne se maria pas jusqu’à l’émigration. Après son arrivée à Médine, quatre Compagnons éminents lui demandèrent sa main. C’étaient : az-Zubayr ibn al-‘Awwâm, Zayd ibn Hâritha, ‘Abd ar-Rahmân ibn ‘Awf et ‘Amr ibn al-‘Âs (qu’Allah les agrée). Elle consulta son frère utérin, ‘Uthmân ibn ‘Affân (qu’Allah l’agrée). ‘Uthmân (qu’Allah l’agrée) lui conseilla de consulter le Messager d’Allah (paix et bénédictions d’Allah sur lui). Elle se rendit auprès du Messager d’Allah (paix et bénédictions d’Allah sur lui) et lui demanda conseil afin de prendre une décision. Le Messager (paix et bénédictions d’Allah sur lui) lui dit : « Épouse Zayd ibn Hâritha. Ce sera meilleur pour toi. » Elle épousa Zayd.

Zayd (qu’Allah l’agrée) tomba en martyr lors de la bataille de Mou’ta. Ensuite, az-Zubayr ibn al-‘Awwâm (qu’Allah l’agrée) l’épousa. Az-Zubayr (qu’Allah l’agrée) avait un caractère quelque peu rude. Il se montrait très sévère envers ses épouses.

C’est pourquoi Umm Kulthum (qu’Allah l’agrée) demanda le divorce, et il la répudia. Après leur séparation, ‘Abd ar-Rahmân ibn ‘Awf (qu’Allah l’agrée) l’épousa. ‘Abd ar-Rahmân mourut des suites d’une maladie. Alors ‘Amr l’épousa. ‘Abd ar-Rahmân mourut des suites d’une maladie. À cette époque, ‘Amr ibn al-‘Âs (qu’Allah l’agrée) était gouverneur d’Égypte. Il épousa Umm Kulthum (qu’Allah l’agrée), qui mourut dans sa maison. [Tahdhîb al-asmâ’ wa-l-lughât, 2/365 ; Tahdhîb at-tahdhîb, 12/477 ; Ansâb al-achrâf, 1/471 ; Siyar a‘lâm an-nubalâ’, 2/277] C’était alors l’époque du califat du quatrième calife, ‘Alî (qu’Allah l’agrée).

enfant

Dans la maison de Zubayr ibn al-‘Awwâm (qu’Allah l’agrée), naquit Zaynab, et dans celle de ‘Abd ar-Rahmân ibn ‘Awf (qu’Allah l’agrée), naquirent Ibrâhîm, Muhammad et Ismâ‘îl. Un enfant naquit dans la maison de Zayd et de ‘Amr ibn al-‘Âs (qu’Allah les agrée). Aucun enfant ne naquit dans la maison de Zayd et de ‘Amr ibn al-‘Âs (qu’Allah les agrée). Parmi ses descendants, Humayd devint un tâbi‘î ainsi qu’un grand faqîh et savant. Il rapporta de nombreux hadiths. Dans son enfance, il entendit des hadiths de son oncle maternel, ‘Uthmân (qu’Allah l’agrée). Ibn al-‘Imâd al-Hanbalî a dit : « C’était un savant célèbre et éminent. » Il mourut en l’an 95 de l’Hégire. [Shadharât adh-Dhahab, 1/386-387]

À cette époque où la lecture et l’écriture n’étaient absolument pas répandues, quelques femmes qurayshites savaient néanmoins lire et écrire. Umm Kulthûm (qu’Allah l’agrée) était l’une d’elles. Elle savait lire et écrire. Elle rapporta dix hadiths du Messager d’Allah (paix et bénédictions d’Allah sur lui). Parmi ceux qui rapportèrent des hadiths d’elle figuraient ses deux fils ; Humayd ibn Nâfi‘ rapporta des hadiths par son intermédiaire. [Al-Istî‘âb, 2/794] Ses hadiths ont été recueillis dans les deux Sahîh — ceux d’al-Bukhârî et de Muslim. Un hadith est muttafaq ‘alayh. Ses hadiths ont également été recueillis dans les autres ouvrages des six recueils canoniques, à l’exception de celui d’Ibn Mâjah. [Sahâbiyyât, 243 ; Nisâ’ min ‘Asr an-Nubuwwah, 388]

 Asmâ’ bint ‘Umays (qu’Allah l’agrée)


Asmâ’ était originaire de la tribu arabe de Khath‘am. Son père était ‘Umays ibn Ma‘ad et sa mère, Khawla bint ‘Awf. Sa mère Khawla, également connue sous le nom de Hindâ’, était issue de la tribu de Kinâna. La kunya d’Asmâ’ était Umm ‘Abdillah. [Siyar A‘lâm an-Nubalâ’, 2/282] Elle était la demi-sœur de la Mère des croyants, Maymûna (qu’Allah l’agrée). [Sîrat Ibn Hishâm, 1/257 ; note 7 ; Siyar Sahâbiyyât, 141] Elle épousa Ja‘far ibn Abî Tâlib (qu’Allah l’agrée), le frère aîné de ‘Alî ibn Abî Tâlib. [Tabaqât Ibn Sa‘d, 8/280 ; Ibn Qutayba ; Al-Ma‘ârif, 171, 173] Elle était la sœur germaine ou la demi-sœur d’un groupe de femmes Compagnes célèbres. Elles étaient au nombre de neuf ou dix. [Al-Isâba, 4/231]

Elle embrassa l’islam avant que le Messager d’Allah (paix et bénédictions d’Allah sur lui) ne s’installe à Dâr al-Arqam, à La Mecque. [Tabaqât, 8/280]

C’est à peu près à cette époque que son époux, Ja‘far (qu’Allah l’agrée), embrassa lui aussi l’islam. [Sîrat Ibn Hishâm, 1/136] Après sa conversion à l’islam, elle émigra avec son époux en Abyssinie. Là-bas naquirent leurs trois fils : ‘Abdullah, Muhammad et ‘Awn. [Ibid., 1/323, 2/359 ; Ansâb al-Ashrâf, 1/198 ; Siyar A‘lâm an-Nubalâ’, 2/283 ; Jamharat Ansâb al-‘Arab, 390]

Après avoir séjourné plusieurs années en Abyssinie, elle arriva directement en Médine depuis l’Abyssinie, au cours de la septième année de l’Hégire, lors de la conquête de Khaybar. [Ansâb al-Ashrâf, 1/198 ; Sîrat Ibn Hishâm, 2/359, 269] À son arrivée à Médine, elle se rendit chez la Mère des croyants, Hafsa (qu’Allah l’agrée). ‘Umar (qu’Allah l’agrée) s’y trouvait alors. Il demanda : « Qui est cette femme ? » On lui répondit : « Asmâ’ bint ‘Umays. » ‘Umar (qu’Allah l’agrée) dit : « Oui, cette Abyssinienne, cette femme de la mer ! » Asmâ’ répondit : « Oui, c’est bien moi. » ‘Umar (qu’Allah l’agrée) dit : « Grâce à l’émigration, nous vous avons dépassés en mérite. » Asmâ’ répondit : « Oui, vous avez raison. Vous étiez avec le Messager d’Allah (paix et bénédictions d’Allah sur lui). Il nourrissait ceux d’entre vous qui avaient faim et instruisait ceux qui étaient ignorants. Quant à nous, nous étions restés, loin de notre pays, dans une situation démunie, pour satisfaire Allah et Son Messager. Avec patience et fermeté, nous affrontions des épreuves et des calamités toujours plus difficiles. Nous attendions le retour du Messager afin de lui exposer cette affaire. » Asmâ’ prononça ces paroles avec une certaine amertume. Sur ces entrefaites, le Messager (paix et bénédictions d’Allah sur lui) arriva. Asmâ’ (qu’Allah l’agrée) lui raconta toute l’affaire. Le Messager (paix et bénédictions d’Allah sur lui) dit : « Ils n’ont accompli qu’une seule émigration, tandis que vous en avez accompli deux. De ce point de vue, votre mérite est supérieur. » [Fath al-Bârî, 7/317 ; Al-Maghâzî, chapitre de l’expédition de Khaybar ; Muslim, hadith n° 2503, Fî fadâ’il as-Sahâba ; Kanz al-‘Ummâl, 8/333]

Il est rapporté d’après ‘Âmir. Asmâ’ se plaignit en ces termes : « Ô Messager d’Allah ! Ces gens prétendent que nous ne sommes pas des émigrés. » Le Messager (paix et bénédiction d’Allah sur lui) répondit : « Ceux qui disent cela mentent. Vous avez émigré deux fois : une fois auprès du Négus, et une autre fois auprès de moi. » [At-Tabaqât, 8/281 ; Al-Isâbah, 4/231]

Lorsque cette heureuse annonce, sortie de la bouche du Messager d’Allah (paix et bénédiction d’Allah sur lui), se répandit parmi les gens, ceux qui avaient émigré en Abyssinie furent extrêmement heureux. Ils venaient auprès d’Asmâ’ pour vérifier la véracité de cette heureuse nouvelle. [Al-Bukhârî, 2/607-608 ; At-Tabaqât, 8/281]

La célèbre bataille de Mu’tah eut lieu durant la huitième année de l’Hégire. Le mari d’Asmâ’, Ja‘far (qu’Allah l’agrée), était l’un des commandants de cette bataille. Il y tomba en martyr. Lorsque la nouvelle parvint au Messager d’Allah (paix et bénédiction d’Allah sur lui), il se rendit en toute hâte chez Asmâ’ et dit : « Amenez-moi les fils de Ja‘far. » Asmâ’ les lava, les nettoya et les présenta au Messager d’Allah (paix et bénédiction d’Allah sur lui). Les yeux du Messager d’Allah se remplirent de larmes. Il les serra contre lui et les embrassa. Asmâ’ demanda : « Avez-vous reçu des nouvelles de Ja‘far ? » Le Messager (paix et bénédiction d’Allah sur lui) répondit : « Oui, il est tombé en martyr. » À peine eut-elle entendu ces mots qu’Asmâ’ poussa un cri et que la maison prit l’aspect d’un lieu de lamentation. Les femmes du voisinage se rassemblèrent autour d’elle et lui dirent que le Messager (paix et bénédiction d’Allah sur lui) interdisait de se frapper la poitrine. Puis le Messager (paix et bénédiction d’Allah sur lui) se leva et retourna chez lui en disant : « Préparez de la nourriture pour les fils de Ja‘far, car leur mère, Asmâ’, est accablée par le chagrin et la douleur. » [Musnad, 6/370 ; Ansâb al-Ashrâf, 1/380]

Ensuite, le Messager (paix et bénédiction d’Allah sur lui), le cœur attristé et le visage affligé, alla s’asseoir dans la mosquée et annonça le martyre de Ja‘far (qu’Allah l’agrée). À ce moment-là, un homme vint auprès du Messager d’Allah (paix et bénédiction d’Allah sur lui) et lui dit que l’épouse de Ja‘far avait commencé à se lamenter et à pleurer. Il lui dit : « Va leur interdire de faire cela. » Quelque temps plus tard, l’homme revint et dit : « Ô Messager d’Allah, elles ne cessent pas. » Il l’envoya de nouveau avec le même ordre. Mais cela ne servit à rien. Alors le Messager (paix et bénédiction d’Allah sur lui) dit : « Remplis sa bouche de poussière. » Il est également rapporté dans le Sahîh d’Al-Bukhârî que ‘Â’ishah (qu’Allah l’agrée) dit à cet homme : « Par Allah ! Si vous ne faites pas cela — lui remplir la bouche de poussière — le Messager (paix et bénédiction d’Allah sur lui) ne sera pas délivré de sa peine. » Le troisième jour, le Messager (paix et bénédiction d’Allah sur lui) se rendit chez Asmâ’ et lui interdit de porter le deuil. [Musnad, 6/369]

Second mariage

Six mois après le martyre de son mari Ja‘far (qu’Allah l’agrée), durant le mois de Shawwâl de la huitième année de l’Hégire, à l’époque de la bataille de Hunayn, Asmâ’ épousa en secondes noces Abû Bakr (qu’Allah l’agrée). Le Messager d’Allah (paix et bénédiction d’Allah sur lui) célébra lui-même ce mariage. [Al-Isâbah, 4/231] Deux ans après ce mariage, au mois de Dhû al-Qa‘dah de la dixième année de l’Hégire, naquit, d’Abû Bakr (qu’Allah l’agrée), un fils nommé Muhammad ibn Abî Bakr. À cette époque, Asmâ’ se trouvait en route vers La Mecque, accompagnant la caravane du pèlerinage d’adieu du Messager d’Allah (paix et bénédiction d’Allah sur lui). Après leur arrivée à Dhû al-Hulayfah, Muhammad vint au monde. Elle se trouva alors dans l’incertitude quant à l’accomplissement du pèlerinage. Son mari, Abû Bakr (qu’Allah l’agrée), voulut également la renvoyer à Médine. Finalement, on demanda l’avis du Messager d’Allah (paix et bénédiction d’Allah sur lui). Il dit : « Dis-lui de faire ses grandes ablutions et d’entrer en état d’ihrâm pour le pèlerinage. » [At-Tabaqât, 8/282 ; Musnad, 6/369 ; Muslim, 3/185-186]

Lorsque son premier mari Ja‘far (qu’Allah l’agrée) mourut au cours de la huitième année de l’Hégire, Asmâ’ (qu’Allah l’agrée) ressentit une douleur immense. Mais, dans l’espoir d’obtenir l’agrément d’Allah et de Son Messager, elle transforma ce deuil et cette peine en patience et en gratitude. Cependant, lorsque son second mari, Abû Bakr (qu’Allah l’agrée), mourut durant la treizième année de l’Hégire, elle fut de nouveau accablée par le chagrin. Par la patience et l’endurance, elle surmonta également cette épreuve. Au moment de sa mort, Abû Bakr (qu’Allah l’agrée) recommanda que son épouse Asmâ’ lui fasse les dernières ablutions funéraires. Asmâ’ le lava. [Al-Muwatta’, 1/223 ; At-Tabaqât, 8/283] Après avoir terminé, elle dit aux émigrés présents : « Je jeûne, et la journée est très froide. Dois-je moi aussi faire les grandes ablutions ? » Ils répondirent : « Non. » [Al-Muwatta’, 1/222-223 ; Siyar A‘lâm an-Nubalâ’, 2/286]

Au moment de la mort d’Abû Bakr (qu’Allah l’agrée), Muhammad, le fils qu’Asmâ’ avait eu de lui, était âgé d’environ trois ans. [At-Tabaqât, 8/284] Plus tard, ce Muhammad devint l’un des témoins ou des protagonistes de la tragédie majeure que fut l’assassinat du troisième calife, ‘Uthmân (qu’Allah l’agrée).

Après la mort de son deuxième époux, Abû Bakr — qu’Allah l’agrée —, Asmâ — qu’Allah l’agrée — prit ‘Alî — qu’Allah l’agrée — comme troisième époux. L’enfant Muhammad ibn Abî Bakr vint, avec sa mère, vivre dans le foyer de son beau-père ‘Alî — qu’Allah l’agrée — et grandit sous son affection et sa tutelle. Il convient de préciser que si, par la suite, certains voulurent imputer à ‘Alî — qu’Allah l’agrée — la responsabilité du meurtre de ‘Uthmân — qu’Allah l’agrée —, la raison principale en était le comportement de son beau-fils Muhammad.

Les lecteurs l’auront remarqué : les deux fils d’Asmâ — qu’Allah l’agrée — s’appelaient tous deux Muhammad : Muhammad ibn Ja‘far et Muhammad ibn Abî Bakr. Un jour, ces deux garçons se mirent à faire valoir l’un devant l’autre leur noblesse et leur supériorité, chacun disant : « Je suis plus honorable que toi. Mon père est plus digne de respect que le tien. » Leur débat se prolongea un bon moment. ‘Alî — qu’Allah l’agrée — dit à leur mère Asmâ : « C’est à toi de trancher leur différend. » Asmâ répondit : « Parmi les jeunes Arabes, je n’ai trouvé personne de meilleur que Ja‘far, et parmi les hommes âgés, je n’ai vu personne de meilleur qu’Abû Bakr. » ‘Alî — qu’Allah l’agrée — dit : « Tu ne m’as laissé rien à dire. Si tu avais dit autre chose que cela, j’en aurais été contrarié. » Asmâ ajouta alors : « Et vous êtes le troisième des trois hommes les meilleurs. » [Réf. préc., 8/285 ; Siyar a‘lâm an-nubalâ’, 2/287]

Asmâ — qu’Allah l’agrée — eut de ‘Alî — qu’Allah l’agrée — un fils nommé Yahyâ. Toutefois, Ibn Sa‘d rapporte dans son Tabaqât, par l’intermédiaire de Muhammad ibn ‘Umar, qu’Asmâ aurait eu de ‘Alî — qu’Allah l’agrée — deux fils : Yahyâ et ‘Awn. Le premier récit semble être le plus exact, car la majorité des spécialistes de la sîra ont retenu cette opinion. L’érudit Ibn al-Athîr a déclaré que la seconde opinion était erronée. Il écrit qu’il s’agit d’une invention d’Ibn al-Kalbî, qui était un célèbre menteur. [Usud al-ghâba, 5/395 ; Siyar as-sahâbiyyât, 144 ; al-Istî‘âb, 2/745] Ainsi, le nombre total d’enfants qu’Asmâ — qu’Allah l’agrée — eut de ses trois époux s’élève à cinq : de Ja‘far, Muhammad, ‘Abdullâh et ‘Awn ; d’Abû Bakr — qu’Allah l’agrée —, Muhammad ; et de ‘Alî — qu’Allah l’agrée —, Yahyâ. [Ansâb al-ashrâf, 1/447] Tous les cinq étaient des garçons.

Il a déjà été indiqué que Muhammad ibn Abî Bakr s’impliqua dans la révolte et les troubles qui eurent lieu sous le califat de ‘Uthmân. C’est dans ce contexte qu’il fut tué en Égypte, en l’an 38 de l’hégire. Son corps fut placé dans une peau d’âne, puis brûlé, et l’on se vengea de lui avec une cruauté extrême. Naturellement, sa mère Asmâ fut profondément attristée par le sort tragique de son fils. Mais, sans s’effondrer, elle fit preuve de patience. Après avoir appris cette nouvelle bouleversante, elle étendit son tapis de prière et se leva pour prier. [Al-Isâba, 4/231 ; Sahâbiyyât, 173]

Pendant son séjour en Abyssinie, Asmâ — qu’Allah l’agrée — avait appris quelques remèdes populaires rudimentaires. Lorsque le Messager d’Allah — paix et bénédictions d’Allah sur lui — fut sur son lit de mort, à l’extrême limite de sa vie terrestre, Umm Salama et Asmâ — qu’Allah les agrée — diagnostiquèrent ensemble chez lui la maladie appelée dhât al-janb et entreprirent de lui faire prendre un médicament. Le Messager — paix et bénédictions d’Allah sur lui — refusa de prendre quelque médicament que ce fût. À cet instant précis, il perdit quelque peu connaissance. Les deux femmes considérèrent cela comme une occasion. Elles lui entrouvrirent la bouche et y versèrent le médicament. Quelque temps plus tard, lorsqu’il recouvra ses esprits, il ressentit un certain soulagement et dit : « C’est probablement Asmâ qui a préparé ce remède. » [Bukhârî, 2/851 ; Ansâb al-ashrâf, 1/545]

Soixante hadiths ont été rapportés d’Asmâ — qu’Allah l’agrée —. Parmi ceux qui entendirent des hadiths de sa bouche et les transmirent, les plus éminents sont : ‘Abdullâh ibn Ja‘far, Ibn ‘Abbâs, Qâsim ibn Muhammad, ‘Abdullâh ibn Shaddâd ibn al-Hâd, ‘Urwa, Sa‘îd ibn al-Musayyib, Umm ‘Awn bint Muhammad ibn Ja‘far, Fâtima bint ‘Alî et Abû Yazîd al-Madanî. [Ad-Durr al-manthûr, 35 ; Siyar a‘lâm an-nubalâ’, 2/278] Elle acquérait directement du Messager d’Allah — paix et bénédictions d’Allah sur lui — des connaissances dans divers domaines. Le Messager — paix et bénédictions d’Allah sur lui — lui enseigna une invocation à réciter dans les moments d’épreuve et de malheur. Asmâ la récitait. [Musnad, 6/369 ; Kanz al-‘ummâl, 1/299]

Elle connaissait très bien l’interprétation des rêves. C’est pourquoi ‘Umar — qu’Allah l’agrée — lui demandait habituellement d’en expliquer les siens. [Kanz al-‘ummâl, 3/153 ; Al-Isâba, 4/231 ; Hayât as-sahâba, 3/450]

Le troisième époux d’Asmâ — qu’Allah l’agrée —, ‘Alî — qu’Allah l’agrée —, mourut en martyr en l’an 40 de l’hégire. Asmâ — qu’Allah l’agrée — décéda elle aussi quelque temps après. [Tahdhîb at-tahdhîb, 12/399 ; Shadharât adh-dhahab, 1/15, 48]

Un jour, le Messager de Dieu (que Dieu le bénisse et lui accorde la paix), voyant les trois fils de Ja‘far, le premier mari d’Asmā’, extrêmement maigres et faibles, demanda : « Pourquoi sont-ils dans cet état ? » Asmā’ répondit : « Ils sont très fortement atteints par le mauvais œil. » Le Messager de Dieu (que Dieu le bénisse et lui accorde la paix) lui dit : « Alors, pourquoi ne récites-tu pas sur eux des incantations ? » Ḥaḍrat Asmā’ connaissait une formule d’incantation. Elle la récita au Messager de Dieu (que Dieu le bénisse et lui accorde la paix). Après l’avoir entendue, il dit : « Oui, cela convient. » [Muslim, 2/223]

Ḥaḍrat Asmā’ (que Dieu l’agrée) était profondément liée à la famille du Messager de Dieu (que Dieu le bénisse et lui accorde la paix) de son vivant. Certains récits montrent qu’elle s’activa beaucoup lors du mariage de Ḥaḍrat Fāṭima (que Dieu l’agrée). En tant que représentante de la famille de la mariée, elle se rendit au domicile du gendre, ‘Alī (que Dieu l’agrée). [Ḥayāt al-Ṣaḥāba, 2/667-668]

 Bibliographie


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50. Al-Bayhaqi : Dalā’il al-nubuwwa, (Beyrouth : Dār al-Kutub al-‘Ilmiyya, 1re édition, 1985)

51. Ahmad Khalil Jum‘a : Nisā’ mubashsharāt bil-janna, (Beyrouth : Dār Ibn Kathīr, 4e édition, 2001)

52. Muhibb al-Dīn al-Ṭabarī : al-Riyāḍ al-nāḍira fī manāqib al-‘ashara, (Beyrouth : Dār al-Kutub al-‘Ilmiyya, 1re édition, 1984)

53. Ahmad Zaynī Daḥlān : al-Sīra al-nabawiyya, (Beyrouth : Ahliyya li-l-nashr wa-l-tawzī‘, 1983)

54. Abū Nu‘aym al-Iṣfahānī : Ḥilyat al-awliyā’, (Beyrouth : Dār al-Kitāb al-‘Arabī, 2e édition, 1967)

55. Khalil Jum‘a : Banāt al-ṣaḥāba, (Beyrouth : al-Yamāma, 1re édition, 1999)

56. al-Samhūdī : Wafā’ al-wafā’, (Beyrouth : Dār Iḥyā’ al-turāth al-‘Arabī, 4e édition, 1984)

57. Ibn ‘Asākir : Tārīkh Dimashq, (Damas : Dār al-Fikr)

58. Al-Haythamî : Majma‘ az-Zawâ’id wa-manba‘ al-fawâ’id, (Beyrouth : Mu’assasa al-Ma‘ârif, 19856)

59. Mus‘ab az-Zubayrî : Nasab Quraysh, (Égypte : Dâr al-Ma‘ârif, 3e édition)

60. Ibn al-Qayyim : Zâd al-ma‘âd, (Beyrouth : Mu’assasat ar-Risâla, 2e édition, 1982)

61. Ibn al-Qayyim : Zâd al-ma‘âd, (Beyrouth : Mu’assasat ar-Risâla, 2e édition, 1982)

61. Al-Wâqidî : Al-Maghâzî, (Beyrouth : ‘Âlam al-Kutub)

62. Ibn Sayyid an-Nâs : ‘Uyûn al-athar fî funûn al-maghâzî wa-s-siyar, (Mu’assasat ‘Izz ad-Dîn)

63. Ibn Qutayba : ‘Uyûn al-akhbâr, (Dâr al-Kutub, 1963)

64. Ibn Qutayba : Al-Ma‘ârif, (Égypte : Dâr al-Ma‘ârif, 4e édition, 1977)

65. Mansur ‘Ali Nasif : At-Al-Jâmi‘ li-l-usûl, (Égypte : Matba‘at al-Bâbî al-Halabî, 4e édition)

66. At-Tabarî : Târîkh al-umam wa-l-mulûk, (Beyrouth : Dâr al-kutub al-‘ilmiyya, 2e édition, 1988)

67. ‘Abd al-Badî‘ Sakr : Shâ‘irât al-‘Arab, (Al-Maktab al-Islâmî, 1re édition, 1967)

68. Ahmad Khalîl Jum‘a : Nisâ’ min at-târîkh, (Damas : Dâr al-Yamâma, 1re édition, 1997)

70. Dr ‘Â’isha ‘Abd ar-Rahmân : Tarâjim sayyidât Bayt an-nubuwwa, (Le Caire : Dâr ad-Dayyân li-t-turâth, 1re édition, 1988)

71. Ibn Durayd : Al-Ishtiqâq, (Le Caire, 1958)

72. Ibn Qudâma al-Maqdisî : Al-Istibsâr fî nasab as-sahâba min al-Ansâr, (Beyrouth : Dâr al-fiqh)

73. Imam al-Bukhârî : Al-Adab al-mufrad, (Dhaka : Ahsan Publication, 2001)

74. ‘Abdur-Ra’ûf Dânâpûrî : Asah as-Sîrah, (Karachi)

75. Dr ‘Abdul Ma‘bûd : La vie des Compagnons du Messager, tomes 1 à 5, (Dhaka : Bangladesh Islamic Center)

76. Dr Muhammad ‘Abdul Ma‘bûd : Le talent poétique des Compagnons du Messager, (Dhaka : Ahsan Publication, 1re édition, 2003)

77. Divers ouvrages de hadith