Au nom d’Allah, le Tout Miséricordieux, le Très Miséricordieux

Introduction

Par la grâce particulière d’Allah, « La vie des Compagnons du Messager, tome 5 » est publié. Notre principal objectif est de présenter en quelques mots aux lecteurs bengalophones les Compagnons éminents (qu’Allah les agrée). Dans les quatre tomes précédemment publiés, nous avons évoqué la vie des Compagnons hommes. Le cinquième tome est consacré à la vie de onze « Mères des croyants ». Ces onze femmes étaient les « épouses purifiées » de Son Excellence le noble Messager d’Allah (qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix).

En islam, les hommes et les femmes sont considérés sur un pied d’égalité. Les mêmes responsabilités et les mêmes droits ont été proclamés pour les uns comme pour les autres. Dans la propagation et l’établissement de l’islam dans le monde, les hommes ont certes consenti des sacrifices, enduré des épreuves et apporté leur contribution, mais les femmes aussi. De même que les hommes ont subi l’oppression et la persécution et ont été chassés de leur patrie, les femmes ont également supporté l’oppression et la persécution et ont été contraintes à l’exil. Aux côtés des hommes, elles ont lutté épaule contre épaule contre les forces opposées à l’islam. En somme, pour faire triompher l’islam dans le monde, les femmes Compagnes n’ont en rien été en retard sur les hommes Compagnons. Au contraire, dans certains domaines, le rôle des femmes est devenu prépondérant. La première personne à croire à la prophétie et à la mission du Messager d’Allah (qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix) fut une femme, et la première à accomplir la prière fut également une femme. La contribution des femmes à l’islam n’est en rien inférieure à celle des hommes. C’est pourquoi nous avons entrepris de présenter aux lecteurs, parallèlement à la vie et aux œuvres des hommes Compagnons, la vie et les œuvres des femmes Compagnes.

Dans presque tous les ouvrages de la discipline des « Asmā’ ar-Rijāl » (dictionnaire des biographies), rédigés en arabe, l’identité et la vie des femmes Compagnes sont abordées. Ibn Mundah (m. 395 de l’Hégire), Abū Nu‘aym, Ibn ‘Abd al-Barr (m. 463) et Abū Mūsā al-Isfahānī (m. 581) ont chacun étudié les biographies des femmes Compagnes dans leurs propres ouvrages. Dans son ouvrage « Al-Istī‘āb », Ibn ‘Abd al-Barr a présenté les biographies de 398 femmes Compagnes au total. Dans « At-Tabaqāt al-Kubrā » de Muhammad ibn Sa‘d (m. 233), figurent les biographies de 627 femmes au total, parmi lesquelles 93 ne sont pas des Compagnes. Les biographies des femmes sont réunies dans le huitième tome de son ouvrage. L’érudit Ibn al-Athīr a rédigé un ouvrage consacré aux biographies des femmes, intitulé « Tārīkh an-Nisā’ ». Son titre apparaît également dans divers ouvrages rédigés ultérieurement. Toutefois, cet ouvrage est aujourd’hui rare. Un autre ouvrage remarquable d’Ibn al-Athīr est « Usud al-Ghāba fī Ma‘rifat as-Sahāba ». L’un de ses tomes est exclusivement consacré aux biographies des femmes. On trouve dans cet ouvrage les noms de 1 022 femmes Compagnes au total. Un autre célèbre auteur du neuvième siècle de l’Hégire est l’érudit Ibn Hajar al-‘Asqalānī (m. 852). Il rédigea deux ouvrages volumineux intitulés « Tahdhīb at-Tahdhīb » et « Al-Isāba fī Tamyīz as-Sahāba ». Dans le douzième tome de « Tahdhīb at-Tahdhīb », il a présenté les biographies de 322 femmes, parmi lesquelles figurent également quelques biographies de femmes tābi‘iyyāt. En revanche, l’ouvrage « Al-Isāba » contient les biographies de 1 545 femmes Compagnes. C’est dans cet ouvrage que l’on trouve le plus grand nombre de noms et de notices sur les femmes Compagnes. Toutefois, parmi les nombres de femmes Compagnes mentionnés dans les différents ouvrages cités plus haut, beaucoup de noms se répètent. Les deux ouvrages de l’imam adh-Dhahabī (m. 748), « Siyar A‘lām an-Nubalā’ » et « Tadhkirat al-Huffāz », sont de vastes livres. Il y a inclus les biographies de nombreuses femmes Compagnes. Les ouvrages mentionnés sont essentiellement les sources fondamentales rédigées sur les Compagnons. Nous avons tous ces ouvrages à notre disposition.

Celles qui ont apporté au noble Messager d’Allah (qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix) une aide complète dans sa vie familiale et qui ont transmis aux gens le modèle de sa vie familiale sont les « épouses purifiées ». Allah les a déclarées « Mères des croyants » (les mères des croyants). Elles sont les modèles et les exemples des femmes musulmanes. C’est d’elles que nous avons parlé dans le cinquième tome. Elles étaient au nombre de onze. Lorsque le Messager d’Allah (qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix) quitta ce monde, elles n’étaient plus que neuf.

À notre époque, alors que nous, musulmans, sommes profondément influencés par la philosophie de vie occidentale et que nous jugeons et analysons la croyance islamique, la culture, les lois et tout le reste à travers leur regard, tandis que, particulièrement au nom de la liberté et du progrès des femmes, les activités hostiles à l’islam déferlent avec force, la question du mariage de l’Envoyé d’Allah (qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix) avec plusieurs épouses peut même surgir dans l’esprit d’un croyant. Nous ne tenterons pas ici de répondre à cette question. Car elle n’est pas nouvelle : les chrétiens et les juifs l’ont soulevée il y a bien longtemps, et les penseurs musulmans leur ont répondu de diverses manières au fil des siècles. Nous ne voulons pas en faire une nouvelle fois la répétition. Ce que nous voulons rappeler à nos lecteurs, c’est qu’un véritable croyant doit absolument avoir la conviction que toute la vie de l’Envoyé d’Allah (qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix) était contrôlée et dirigée par Allah Lui-même. Il ne faisait ni ne disait rien de sa propre volonté. Ainsi, tout ce qu’il a fait, il l’a fait selon la volonté et l’ordre d’Allah. Deuxièmement, la question qui surgit dans notre esprit sous l’effet de la propagande chrétienne et juive s’était-elle jamais posée dans l’esprit d’un Compagnon ou d’une Compagne ? L’histoire ne rapporte du moins rien de tel. Alors, pourquoi serions-nous aujourd’hui dans la confusion ? En réalité, Allah seul est le Maître de toutes les créatures de ce monde. Un propriétaire a le droit de donner ce qu’il possède à qui il veut et dans la quantité qu’il veut. De même que personne n’a le droit de le questionner dans ce domaine, personne ne l’a non plus dans le présent domaine. Allah a permis à Son Prophète (qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix) d’avoir onze épouses, tout comme Il a accordé à l’homme croyant la possibilité, sous certaines conditions, d’avoir quatre épouses. Telle était la sagesse d’Allah. Au fond, tout cela relève de la foi. Notre foi doit être semblable à celle des éminents Compagnons. Lorsque la conviction que tous les actes et tous les comportements du Messager d’Allah (qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix) ont eu lieu par la volonté et avec la permission d’Allah est fermement établie, aucun doute ni aucune question déplacée ne peut se manifester dans le cœur, comme cela ne s’est jamais produit dans le cœur des éminents Compagnons (qu’Allah les agrée).

Dès le jour où les épouses de l’Envoyé d’Allah (qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix) furent liées à lui par le mariage et où Allah les proclama mères des croyants, elles occupèrent dans le cœur de tous les musulmans du monde une place d’honneur et de respect toute particulière. Chaque musulman et chaque musulmane les ont toujours considérées avec plus d’honneur et de vénération encore que leur propre mère. La place d’honneur qu’elles ont reçue de la communauté musulmane n’a aucun équivalent dans l’histoire des femmes du monde.

À la mort de l’une des épouses du Messager d’Allah (qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix), Hazrat ‘Abdullah ibn ‘Abbas (qu’Allah l’agrée) se jeta en prosternation. Les gens lui demandèrent : « Pourquoi vous prosternez-vous en ce moment ? » Il répondit : « Lorsque vous voyez un signe de la Résurrection, vous vous prosternez. Alors, quel signe de la Résurrection pourrait être plus important que la mort des épouses purifiées ? » (Abou Dâwoud : Kitâb as-Salât, Bâb as-Sujûd ‘inda al-Âyât)

Hazrat ‘Abdullah ibn ‘Abbas (qu’Allah l’agrée) était présent lors du décès de Hazrat Maymûna (qu’Allah l’agrée) à Saraf, un endroit situé non loin de La Mecque. Au moment de placer la dépouille sur la civière, il dit aux gens : « Voici Maymûna. Portez sa dépouille avec respect et ne la secouez pas excessivement. » (An-Nasâ’î : Kitâb an-Nikâh, Dhikru amri Rasûlillâh, paix et bénédictions d’Allah sur lui, fi an-nikâh wa azwâjihi)

Certains Compagnons aimaient tellement les épouses purifiées qu’ils leur constituèrent en waqf une grande partie de leurs biens. Hazrat ‘Abd ar-Rahmân ibn ‘Awf (qu’Allah l’agrée) leur constitua en waqf un grand verger, qui fut vendu pour quatre mille dirhams (At-Tirmidhî : Manâqib ‘Abd ar-Rahmân ibn ‘Awf).

Chacun des califes bien guidés témoignait une très grande considération et un profond respect aux épouses purifiées. Durant son califat, Hazrat ‘Umar (qu’Allah l’agrée) fit fabriquer neuf bols, selon leur nombre. Chaque fois qu’un fruit ou un aliment quelconque lui parvenait, il en envoyait une portion dans chacun des neuf bols, à chacune d’entre elles. (Muwatta de l’imam Mâlik : Kitâb az-Zakât)

Lors de la bataille du Chameau, le respect que Hazrat ‘Alî (qu’Allah l’agrée) et les autres Compagnons manifestèrent envers la Mère des croyants, Hazrat ‘Â’isha (qu’Allah l’agrée), trouve-t-il quelque comparaison dans l’histoire ?

Hazrat Zaynab bint Jahsh (qu’Allah l’agrée) épousa Hazrat Zayd ibn Hâritha (qu’Allah l’agrée). Ils vécurent ensemble pendant environ un an. Comme ils ne s’entendaient pas, ils se séparèrent. Après l’expiration de la période de viduité, le Messager (qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix) envoya précisément Zayd auprès de Zaynab pour lui transmettre une demande en mariage. Puisque le Messager d’Allah (qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix) avait envoyé une demande en mariage à Zaynab (qu’Allah l’agrée), un tel sentiment de dévotion, de respect et de vénération envers elle naquit dans le cœur de Zayd qu’il ne pouvait même pas lever les yeux vers elle. Il lui parlait en détournant le visage. Tout cela n’est pas un récit fabuleux ou une légende ; c’est entièrement conforme à la réalité.

Lorsque le calife ‘Umar (qu’Allah l’agrée) accomplit le pèlerinage en l’an 23 de l’Hégire en tant qu’émir du pèlerinage, il prit également les épouses purifiées comme compagnes de voyage, avec le plus grand respect et la plus grande considération. Il confia à Hazrat ‘Uthmân (qu’Allah l’agrée) et à Hazrat ‘Abd ar-Rahmân ibn ‘Awf (qu’Allah l’agrée) l’entière responsabilité de leur protection et de leur surveillance. Tous deux marchaient devant et derrière leurs montures et ne laissaient personne s’approcher d’elles. Lorsqu’ils s’arrêtaient quelque part, ils ne permettaient à personne de s’approcher de leurs tentes. (At-Tabaqât : biographie de ‘Abd ar-Rahmân ibn ‘Awf)

Après le décès du Messager d’Allah (qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix), plusieurs Mères des croyants vécurent encore longtemps. Nous avons essayé de présenter dans leurs biographies la mesure du respect et de la vénération que la communauté musulmane leur a témoignés. En somme, leur témoigner dévotion, respect et honneur est une responsabilité et un devoir relevant de la foi de tout musulman. Jamais la communauté musulmane n’a oublié cette responsabilité et ce devoir. Lorsque nous lirons nous aussi leurs biographies, nous préserverons dans nos cœurs une pensée et un sentiment de pureté à leur égard.

L’idée et le projet de présenter aux lecteurs bengalophones la vie des Compagnons du Prophète ont été initiés par le professeur A.K.M. Nazir Ahmad, directeur du Centre islamique du Bangladesh. Son intérêt et ses encouragements m’ont incité à faire avancer ce travail jusqu’à ce stade. Il continue à m’apporter son aide et sa collaboration de diverses manières. Je lui exprime donc ma gratitude et prie Allah de lui accorder une excellente récompense.

Nous avons également reçu de nombreux conseils et suggestions précieux de la part des lecteurs concernant la rédaction de la vie des Compagnons. Nous regrettons de n’avoir pas pu retenir toutes ces suggestions. Nous nous efforçons de recueillir les informations de cet ouvrage auprès de sources fiables en arabe et en ourdou. Nous avons également fait de notre mieux pour employer un langage approprié, eu égard au très haut honneur et au grand respect dus aux Mères des croyants. Malgré cela, si les lecteurs relèvent quelque incohérence dans les informations ou dans la langue, nous leur demandons de nous la signaler. Puisse Allah Tout-Puissant accepter ce modeste effort consacré à la confiance que les Mères des croyants placent dans les mères et sœurs musulmanes du Bengale. Amîn \

5 septembre 1999

21 Bhādra 1406 Muhammad Abd al-Mabud

Professeur associé

Département d’arabe

Université de Dhaka

Dhaka-1000.

Khadîja bintKhuwaylid (qu’Allah l’agrée)

La première épouse du Messager d’Allah (qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix) fut Khadîja (qu’Allah l’agrée). Ses surnoms étaient « Umm Hind » et « Umm al-Qâsim », et son titre, ou laqab, était « at-Tâhira ». Son père, Khuwaylid ibn Asad, était issu du clan des Banû Asad, de la tribu quraychite de La Mecque. Par l’intermédiaire de son ancêtre paternel Qusayy, sa généalogie rejoignait celle du Messager d’Allah (qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix). Elle était donc Khadîja bint Khuwaylid ibn Asad ibn ‘Abd al-‘Uzzâ ibn Qusayy. Ce Qusayy était également le quatrième ancêtre direct du Messager d’Allah (qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix). La mère de Khadîja, Fâtima bint Zayd, était elle aussi quraychite. Zubayr ibn Bakkâr rapporte que, dès l’époque antéislamique, le laqab de Khadîja était « at-Tâhira ». Elle reçut ce titre en raison de la pureté immaculée de son caractère, une fois parvenue à l’âge de raison. Le Messager d’Allah (qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix) et Khadîja (qu’Allah l’agrée) étaient liés par un lien de parenté éloigné, comme tante paternelle et neveu. C’est pourquoi, après avoir reçu la mission prophétique, Khadîja (qu’Allah l’agrée) conduisit le Messager d’Allah (qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix) auprès de son cousin Waraqa ibn Nawfal et lui dit : « Écoute ce que dit ton neveu. » Il est probable qu’elle ait parlé ainsi en se fondant précisément sur ce lien de parenté.

La famille de Khadîja (qu’Allah l’agrée) était l’une des familles nobles et fortunées de La Mecque. Elle naquit dans cette ville quinze ans avant l’Année de l’Éléphant, soit, selon le calendrier de l’Hégire et l’ère chrétienne, en 68 avant l’Hégire / 556 de l’ère chrétienne. Hakîm ibn Hizâm dit : « Ma tante paternelle Khadîja avait deux ans de plus que moi. Je suis né treize ans avant l’Année de l’Éléphant. »

Le père de Khadîja (qu’Allah l’agrée), Khuwaylid ibn Asad, était un homme respecté dans son clan. Venu s’installer à La Mecque, il y établit sa résidence après avoir conclu un pacte d’alliance avec son cousin ‘Abd ad-Dâr ibn Qusayy. C’est là qu’il épousa Fâtima bint Zayd, une femme de La Mecque. Cette Fâtima était la mère de Khadîja, la Mère des croyants. Khuwaylid fut le commandant de sa tribu lors de la guerre d’al-Fijâr. Il eut de nombreux enfants. Son premier fils fut Hizâm ; le fils de celui-ci, le célèbre Compagnon Hakîm, exerça, à l’époque antéislamique, la direction de la Dâr an-Nadwa de La Mecque. Son deuxième enfant fut Khadîja (qu’Allah l’agrée). Le troisième, ‘Awwâm, était le père du célèbre Compagnon az-Zubayr (qu’Allah l’agrée). Safiyya bint ‘Abd al-Muttalib, tante paternelle du Messager d’Allah (qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix) et sœur germaine de Hamza (qu’Allah l’agrée), était l’épouse de ‘Awwâm et donc la mère d’az-Zubayr (qu’Allah l’agrée). Elle était ainsi la belle-sœur cadette de Khadîja (qu’Allah l’agrée). Le quatrième enfant fut Hâla. Elle était la belle-mère de Zaynab (qu’Allah l’agrée), fille du Messager d’Allah (qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix), et donc la mère d’Abû al-‘Âs ibn ar-Rabî‘. Abû al-‘Âs était le gendre aîné du Messager d’Allah (qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix). Le cinquième enfant fut Ruqayya. Al-Balâdhurî mentionne en outre deux autres filles, nommées Khâlida et Raqîqa. Khâlida épousa ‘Ilâj ibn Abî Salama, tandis que Raqîqa épousa ‘Abdullah ibn Bijâd. Parmi les frères et sœurs de Khadîja (qu’Allah l’agrée), seule Hâla (qu’Allah l’agrée) eut la chance d’embrasser l’islam.

Les ouvrages de sîra ne fournissent guère d’informations sur l’enfance et l’adolescence de Khadîja (qu’Allah l’agrée). Toutefois, on sait de diverses manières qu’elle grandit, dans cette société antéislamique, avec un caractère d’une grande pureté. Tenant compte de ces qualités morales chez sa fille, son père Khuwaylid choisit pour elle comme prétendant Waraqa ibn Nawfal, l’un des éminents spécialistes arabes de la Torah et de l’Évangile à cette époque ; mais les historiens restent silencieux sur la raison pour laquelle ce mariage n’eut pas lieu. Finalement, son premier mariage fut contracté avec Abû Hâla Hind ibn Zurâra at-Tamîmî. Celui-ci mourut à l’époque antéislamique. Après la mort d’Abû Hâla, elle épousa en secondes noces ‘Atîq ibn ‘Âbid — selon une autre version, ‘Â’iz. C’est ce que rapportent Ibn ‘Abd al-Barr et la majorité des spécialistes de la sîra. Cependant, selon une tradition transmise par Qatâda, son premier mari fut ‘Atîq, puis Abû Hâla. Yûnus ibn Bukayr rapporte qu’Ibn Ishâq partageait également cet avis. Al-Balâdhurî affirme que son second mariage avec ‘Atîq prit fin par une séparation. Elle épousa ensuite le Messager d’Allah (qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix).

Les ouvrages de sîra rapportent deux versions concernant la date de la mort du père de Khadîja (qu’Allah l’agrée). Selon l’une d’elles, il était encore vivant au moment de son mariage avec le Messager d’Allah (qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix) et mourut quelque temps après. Certains affirment qu’il mourut lors de la guerre d’al-Fijâr. L’historien al-Wâqidî rapporte que le père de Khadîja (qu’Allah l’agrée) mourut avant la guerre d’al-Fijâr, et que son oncle ‘Amr ibn Asad la maria au Messager d’Allah (qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix). Il ajoute qu’il existe un consensus parmi nos compagnons et leurs condisciples sur le fait que son père mourut avant al-Fijâr, et qu’il n’y a aucun désaccord à ce sujet. L’imam as-Suhaylî a également affirmé cela.

Que ce soit en raison de la mort de son père, de sa séparation d’avec son mari ou de toute autre cause, Khadîja (qu’Allah l’agrée), comme beaucoup de Quraychites, était une très grande commerçante. Ibn Sa‘d dit au sujet de son commerce : « Khadîja était une commerçante extrêmement respectée et riche. Ses marchandises étaient acheminées jusqu’en Syrie, et ses seuls biens équivalaient à ceux de l’ensemble des Quraychites. » Cette remarque d’Ibn Sa‘d permet de mesurer l’étendue des activités commerciales de Khadîja (qu’Allah l’agrée). Elle achetait et vendait des marchandises dans différentes régions, en recrutant des personnes compétentes, soit comme associés, soit contre rémunération.

À cette époque, Muhammad, le Messager d’Allah (qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix), était un jeune homme de vingt-quatre ou vingt-cinq ans. Il avait déjà acquis une expérience considérable du commerce en effectuant plusieurs voyages commerciaux avec son oncle Abû Tâlib ou seul. Sa probité et son honnêteté dans les affaires s’étaient également répandues de bouche à oreille parmi les habitants de La Mecque. Tous l’appelaient alors « al-Amîn », le digne de confiance. Sa bonne réputation était aussi parvenue aux oreilles de Khadîja (qu’Allah l’agrée). En particulier, elle avait certainement beaucoup entendu parler de Muhammad (qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix), « al-Amîn », par sa belle-sœur cadette Safiyya.

À cette époque, Hadrat Khadîdja (ra) envisagea d’envoyer des marchandises en Syrie. Elle cherchait donc une personne compétente. Finalement, elle engagea Muhammad ibn ‘Abdillah. Nous rapportons ici plusieurs récits concernant la manière dont il fut engagé.

Nafîsa bint Munya, la sœur de Ya‘lâ, rapporte : Lorsque le Messager d’Allah (sallallahu ‘alayhi wa sallam) eut vingt-cinq ans, Abû Tâlib l’appela un jour et lui dit : « Mon neveu ! Je suis un homme sans fortune, et la période est également très difficile pour nous. Nous sommes accablés par une grave pauvreté. Nous n’avons ni commerce ni autre moyen de subsistance. Une caravane commerciale de ta tribu se rend en Syrie. Khadîdja cherche des personnes à envoyer avec ses marchandises. Si tu allais la voir, elle te choisirait peut-être, car elle connaît ta parfaite intégrité morale. Bien que je n’aime pas que tu ailles en Syrie et que je craigne pour ta vie à cause des Juifs, nous n’avons toutefois pas d’autre choix. » Le Messager (sallallahu ‘alayhi wa sallam) répondit : « Elle enverra peut-être elle-même quelqu’un. » Abû Tâlib dit : « Elle aura peut-être déjà engagé quelqu’un d’autre. » Cette conversation entre l’oncle et le neveu parvint aux oreilles de Khadîdja. Elle envoya alors quelqu’un auprès du Messager d’Allah (sallallahu ‘alayhi wa sallam) et lui dit : « Je vous donnerai le double de la rémunération qu’un autre vous accorderait. »

Al-Balâdhurî rapporte que, lorsque le Messager d’Allah (sallallahu ‘alayhi wa sallam) avait vingt ans, Abû Tâlib lui dit un jour : « Mon neveu ! Khadîdja bint Khuwaylid est une riche commerçante. Elle a actuellement besoin d’un homme honnête, digne de confiance et de bonne moralité comme toi. Si je lui parle à ton sujet, elle pourrait peut-être te confier l’une de ses affaires. » Le Messager (sallallahu ‘alayhi wa sallam) répondit : « Mon oncle, faites ce que vous jugerez bon. »

Abû Tâlib se rendit auprès de Khadîdja et lui parla de la possibilité d’engager Muhammad (sallallahu ‘alayhi wa sallam) pour l’une de ses activités commerciales. Khadîdja accueillit favorablement la proposition et, prenant rapidement sa décision, l’envoya en Syrie.

‘Abdullah ibn Muhammad ibn ‘Uqayl rapporte : Abû Tâlib dit à Muhammad (sallallahu ‘alayhi wa sallam) : « Mon neveu ! J’ai appris que Khadîdja avait engagé Untel comme salarié pour deux jeunes chameaux. Nous n’accepterons pas cela pour toi. Veux-tu lui parler ? » Il répondit : « Mon oncle, faites ce que vous jugerez bon. » Abû Tâlib se rendit ensuite auprès de Khadîdja et lui dit : « Khadîdja ! Veux-tu engager Muhammad contre un salaire ? J’ai appris que tu avais engagé Untel pour deux jeunes chameaux. Pour Muhammad, nous n’accepterons pas moins de quatre chameaux. »

Ces récits montrent que Hadrat Khadîdja (ra) était une grande commerçante. Pour gérer ses affaires, elle engageait de nombreux ouvriers et employés. Elle était également très perspicace. Aussi ne se trompa-t-elle nullement en choisissant Muhammad (sallallahu ‘alayhi wa sallam) au moment opportun et en lui confiant la responsabilité de ses affaires. Monsieur Abû Tâlib joua un rôle essentiel dans son engagement. Après son engagement, Monsieur Abû Tâlib dit au Messager d’Allah (sallallahu ‘alayhi wa sallam) : « C’est une faveur d’Allah envers toi. » Muhammad (sallallahu ‘alayhi wa sallam) partit vers la Syrie avec les marchandises de Khadîdja (ra), accompagné de son fidèle esclave Maysara. Au moment du départ, ses oncles recommandèrent à ses compagnons de veiller particulièrement sur lui. La caravane arriva en Syrie. En chemin, il s’assit à l’ombre d’un arbre, près d’une église. Maysara s’était éloigné de l’arbre pour accomplir une tâche. Le prêtre de l’église s’avança vers Maysara et lui demanda : « Qui est l’homme qui se repose sous cet arbre ? »

Maysara répondit : « Un homme de la tribu de Quraysh, habitant du Sanctuaire de La Mecque. » Le prêtre dit : « Celui qui se repose maintenant sous cet arbre n’est autre qu’un prophète. » Le prêtre demanda également : « Ses deux yeux sont-ils rougeâtres ? » Maysara répondit : « Oui. Cette teinte rouge ne disparaît jamais. » Le prêtre dit : « C’est lui. Il est le Sceau des prophètes, le dernier des prophètes. »

Le Messager (sallallahu ‘alayhi wa sallam), accompagné de Maysara, vendit les marchandises au marché. À un moment donné, un différend l’opposa à un homme. Celui-ci dit au Messager (sallallahu ‘alayhi wa sallam) : « Jurez par Lât et ‘Uzzâ. » Le Messager (sallallahu ‘alayhi wa sallam) répondit : « Je ne jure jamais par eux. Je les rejette. » L’homme dit : « Vous avez raison. » Puis il dit à Maysara : « Par Allah ! C’est un prophète. »

Il existe une légère divergence quant au marché où le Messager d’Allah (sallallahu ‘alayhi wa sallam) se rendit avec les marchandises de Khadîja (qu’Allah l’agrée). Selon un avis, il se rendit au marché de Busra, en Syrie. Al-Hajj ‘Allâma az-Ziriklî a mentionné le marché de Hauran. At-Tabarî rapporte d’après Ibn Shihâb az-Zuhrî que le Messager d’Allah (sallallahu ‘alayhi wa sallam) se rendit non pas en Syrie, mais dans un marché abyssin du Yémen. Cependant, le récit de son voyage en Syrie est le plus célèbre. Le Messager d’Allah (sallallahu ‘alayhi wa sallam) vendit les marchandises au marché de Syrie et acheta ce qui devait l’être. Puis il se mit en route vers La Mecque avec May­sara. En chemin, Maysara remarqua que le Messager (sallallahu ‘alayhi wa sallam) avançait monté sur son chameau, tandis que deux anges étendaient leur ombre au-dessus de sa tête sous la chaleur accablante de midi. De retour à La Mecque, il vendit les marchandises de Khadîja (qu’Allah l’agrée). Cette fois, le commerce produisit un bénéfice double, ou presque double. Au cours de ce voyage, Allah Très-Haut fit naître dans le cœur de Maysara un profond respect et un amour intense pour le Messager d’Allah (sallallahu ‘alayhi wa sallam). Il devint, pour ainsi dire, son serviteur. Lorsqu’ils se trouvèrent dans un lieu appelé Marr az-Zahrân, non loin de La Mecque, Maysara dit : « Muhammad (sallallahu ‘alayhi wa sallam), allez auprès de Khadîja et informez-la de la manière dont Allah vous a traité. »

Ils revinrent à La Mecque après le voyage commercial. L’esclave Maysara présenta à sa maîtresse Khadîja, avec une extrême honnêteté et fidélité, un rapport détaillé de tout ce que le Messager d’Allah (sallallahu ‘alayhi wa sallam) avait fait durant le voyage, des remarques du prêtre, de l’ombre projetée par les anges, du bénéfice double et d’autres faits semblables. Maysara ajouta : « Je mangeais avec lui. Nous étions rassasiés, alors que la plupart des aliments restaient. » Les événements de ce voyage sont rapportés de différentes manières dans plusieurs ouvrages. Toutefois, le contenu commun à tous les récits est le suivant.

Khadîja (qu’Allah l’agrée) était alors une femme distinguée, avisée, intelligente et déterminée de La Mecque. Par sa richesse, sa courtoisie et ses bonnes manières, elle fascinait les gens de toutes les classes de La Mecque. Par sa noblesse et son rang, elle était au centre des Quraysh. Nombre de jeunes Qurayshites de familles nobles espéraient l’avoir pour épouse. Beaucoup lui envoyèrent des propositions et dépensèrent même de grandes sommes à cette fin. Elle refusa toutes leurs propositions et envoya elle-même une demande en mariage au Messager d’Allah (sallallahu ‘alayhi wa sallam). Pourquoi Khadîja (qu’Allah l’agrée) décida-t-elle d’épouser le Messager d’Allah (sallallahu ‘alayhi wa sallam) ? La réponse généralement donnée est qu’elle fut impressionnée, en entendant de la bouche de son fidèle serviteur Maysara les qualités morales du Messager d’Allah (sallallahu ‘alayhi wa sallam) et les événements miraculeux qui l’avaient entouré, puis qu’elle prit la décision de l’épouser. C’est peut-être là la raison principale. Cependant, d’autres récits rapportent ce qui suit. Au retour de Syrie, le Messager (sallallahu ‘alayhi wa sallam) entra à La Mecque en chemin. C’était alors le milieu de la journée. Khadîja (qu’Allah l’agrée) se trouvait sur le toit de sa maison. Elle se leva et vit Muhammad monté sur son chameau, tandis que deux anges le protégeaient de leur ombre. Elle montra cette scène aux autres femmes qui l’accompagnaient. Al-Madâ’inî a également rapporté un autre événement par l’intermédiaire d’Ibn ‘Abbâs (qu’Allah l’agrée). À l’époque de l’Ignorance, les jeunes filles de La Mecque se réunirent en un lieu à l’occasion d’une fête. Elles aperçurent alors au loin un inconnu. L’homme s’approcha davantage et proclama d’une voix forte : « Ô femmes de La Mecque ! Sachez-le : très bientôt, un prophète apparaîtra dans cette ville de La Mecque. Son nom sera Ahmad. Que celle d’entre vous qui le peut devienne son épouse. » Ibn Ishâq a rapporté que Khadîja (qu’Allah l’agrée), après avoir entendu de la bouche de son serviteur Maysara les remarques du prêtre et le fait que deux anges avaient ombragé Muhammad (sallallahu ‘alayhi wa sallam), alla trouver Waraqa ibn Nawfal et lui raconta ces faits. Après l’avoir écoutée, il lui dit : « Khadîja ! Si ce que tu dis est vrai, alors Muhammad est le prophète de cette communauté. Je sais qu’un prophète apparaîtra très bientôt parmi cette communauté. C’est bien son époque. » Waraqa se mit ensuite à attendre. Il est probable que tous les événements mentionnés aidèrent Khadîja (qu’Allah l’agrée) à prendre sa décision.

Il est nécessaire de donner ici une brève présentation de Waraqa ibn Nawfal, car, pour suivre correctement la vie de Khadîja (qu’Allah l’agrée), nous le voyons à maintes reprises apparaître sur la scène. Tel l’éclat doré du soleil matinal dans l’histoire des débuts de l’islam, il était Waraqa ibn Nawfal ibn Asad ibn ‘Abd al-‘Uzzâ. Sa mère s’appelait Hind bint Abî Kabîr. Il était versé dans les Livres célestes et dans les connaissances humaines. Il n’avait pas d’enfants. Il fut l’un de ceux qui crurent au Messager d’Allah (sallallahu ‘alayhi wa sallam) avant son apparition comme prophète et moururent ensuite.

Il existe de nombreux récits sur la manière dont la demande en mariage fut faite et sur les circonstances dans lesquelles elle eut lieu. Cependant, presque tous les récits s’accordent sur le fait que ce fut Khadîja (qu’Allah l’agrée) qui adressa la première la proposition au Messager d’Allah (sallallahu ‘alayhi wa sallam).

Selon un récit, Nafîsa bint Munya dit : « Après le retour de Muhammad de Syrie, Khadîja (qu’Allah l’agrée) m’envoya pour connaître ses dispositions. Je lui dis : “Muhammad ! Pourquoi ne vous mariez-vous pas ?” Il répondit : “Je n’ai pas les moyens de me marier.” Je lui demandai : “Si l’on vous proposait une belle femme, riche, honorable et issue d’une famille noble, accepteriez-vous ?” Il demanda : “Qui est-elle ?” Je répondis : “Khadîja.” Il dit : “Comment cela pourrait-il être possible pour moi ?” Je répondis : “Je m’en charge.” Il accepta alors. »

Ibn Ishâq a rapporté que Khadîja était une femme avisée et intelligente. Par l’intermédiaire d’un émissaire, elle dit à Muhammad (sallallahu ‘alayhi wa sallam) : « Ô fils de mon oncle ! Votre fidélité, votre honnêteté et votre haute moralité m’ont impressionnée. » Cet émissaire était probablement Nafîsa bint Munya.

Selon un autre récit, Khadîja (qu’Allah l’agrée) parla elle-même au Messager d’Allah (sallallahu ‘alayhi wa sallam) et lui demanda de présenter la proposition à son père. Mais il refusa, disant qu’en raison de sa pauvreté, le père de Khadîja le rejetterait peut-être. Finalement, Khadîja souleva elle-même la question auprès de son père et obtint son consentement.

Certains ont dit que, tout d’abord, Khadîdja (qu’Allah l’agrée) envoya Nafîsa afin de connaître l’attitude du Messager d’Allah (paix et bénédictions d’Allah sur lui) au sujet du mariage. Ayant reçu une réponse favorable, elle s’adressa directement au Messager d’Allah (paix et bénédictions d’Allah sur lui). Cela s’explique probablement par le fait que, dans l’Arabie de cette époque, les femmes, particulièrement celles issues de familles nobles, avaient le droit de discuter du mariage et d’en prendre la décision. Ainsi, bien que son père ou son oncle fût encore en vie, Khadîdja franchit elle-même toutes les étapes du mariage.

Al-Kalbî rapporte que Khadîdja (qu’Allah l’agrée) fit dire au Messager d’Allah (paix et bénédictions d’Allah sur lui) de présenter une demande officielle à son oncle, ‘Amr ibn Asad. ‘Amr était alors un vieillard décrépit. Le Messager d’Allah (paix et bénédictions d’Allah sur lui) informa ses oncles de la demande de Khadîdja. Il se rendit donc, un jour convenu, chez Khadîdja avec ses deux oncles, Abû Tâlib et Hâzâ. Khadîdja fit égorger une chèvre et prépara un repas d’hospitalité. Elle invita également son oncle ‘Amr et les membres de la famille, puis fit servir des boissons à son oncle. Après le repas, Khadîdja dit au Messager d’Allah (paix et bénédictions d’Allah sur lui) : « Demandez à Abû Tâlib de présenter à mon oncle ‘Amr la demande officielle de mariage. » Abû Tâlib prononça alors le sermon de mariage et conclut l’union du Messager d’Allah (paix et bénédictions d’Allah sur lui) avec Khadîdja. Peu de temps après ce mariage, l’oncle de Khadîdja (qu’Allah l’agrée) mourut.

On trouve également plusieurs récits concernant le père de Khadîdja (qu’Allah l’agrée) à ce sujet. L’imam Ahmad rapporte dans son Musnad, d’après Ibn ‘Abbâs (qu’Allah l’agrée), que le père de Khadîdja (qu’Allah l’agrée) n’était pas favorable à ce mariage. Un jour, Khadîdja (qu’Allah l’agrée) invita chez elle son père ainsi que plusieurs Qurayshites à partager un repas. Après avoir mangé à satiété et s’être enivrés, Khadîdja (qu’Allah l’agrée) dit à son père : « Muhammad m’a demandée en mariage. Donnez votre accord à ce mariage. » Son père donna son consentement. Conformément à la coutume, Khadîdja lui fit revêtir un habit neuf. À son réveil, il demanda : « Pourquoi suis-je vêtu de cet habit neuf ? » Khadîdja répondit : « Je vais te marier à cet orphelin d’Abû Tâlib. » Il s’écria : « Par ma vie, jamais cela n’arrivera ! » Khadîdja lui dit sur un ton de reproche : « Voulez-vous vous faire passer pour un imbécile auprès des Qurayshites à propos de mon affaire ? Voulez-vous leur faire savoir que vous étiez ivre ? » À ces paroles de Khadîdja (qu’Allah l’agrée), il donna son consentement. Al-A‘mash rapporte également un récit similaire d’après Jâbir ibn Samura. L’imam Zuhrî mentionne lui aussi un récit de ce genre.

Abû Mih­lâz rapporte que le père de Khadîdja (qu’Allah l’agrée) fut enivré après avoir bu de l’alcool. Puis Muhammad (paix et bénédictions d’Allah sur lui) fut appelé et le mariage fut conclu par son intermédiaire. Ensuite, conformément à la coutume, on fit revêtir un habit neuf au vieillard. Lorsqu’il eut recouvré ses esprits, le vieillard demanda : « Pourquoi suis-je vêtu de cet habit neuf ? » Les gens lui répondirent : « C’est Muhammad, l’époux de votre fille, qui vous l’a fait porter. » Il entra dans une grande colère et saisit une arme. Les Banû Hâshim se levèrent eux aussi, les armes à la main, pour résister. Finalement, un compromis fut conclu.

Selon une autre chaîne de transmission, Khadîdja (qu’Allah l’agrée) aurait fait boire à son père une quantité excessive d’alcool, jusqu’à le rendre inconscient. Elle fit égorger une vache, enduisit le corps de son père de teinture et lui fit revêtir un habit neuf. Lorsqu’il recouvra ses esprits, il demanda : « Pourquoi cette vache a-t-elle été égorgée ? Vous m’avez mariée à Muhammad, n’est-ce pas ? Vous ne vous en souvenez pas ? » Il répondit : « Non, je ne l’ai pas fait. Les meilleurs fils de Quraysh t’ont demandée en mariage, et je n’ai donné mon accord à aucun d’eux. Et je t’aurais mariée à Muhammad ? » Nous avons déjà mentionné que les spécialistes de la Sîra divergent sur le fait de savoir si le père de Khadîdja était encore en vie au moment de son mariage avec le Messager d’Allah (paix et bénédictions d’Allah sur lui). Il existe donc également une divergence quant à l’identité de son tuteur matrimonial (walî) lors de ce mariage. Certains ont cité son oncle ‘Amr ibn Asad, tandis que d’autres ont mentionné son frère ‘Amr ibn Khuw aylid. Certains récits disent que Khadîdja fut mariée au Messager d’Allah (paix et bénédictions d’Allah sur lui) par ‘Â’isha, parce que son père était mort avant la bataille d’Al-Fijâr. Ibn ‘Abbâs (qu’Allah l’agrée) ajoute : « ‘Amr était alors un vieillard décrépit. En dehors de lui, aucun autre enfant d’Asad n’était encore en vie. ‘Amr lui-même n’avait pas d’enfant. » Muhammad ibn ‘Umar a également dit que le père de Khadîdja (qu’Allah l’agrée) mourut avant Al-Fijâr. Tous les récits qui impliquent son père dans le mariage de Khadîdja (qu’Allah l’agrée) sont donc faux et sans fondement. C’est son oncle qui la maria au Messager d’Allah (paix et bénédictions d’Allah sur lui).

Quoi qu’il en soit, en présence des proches des deux parties, l’oncle du Messager d’Allah (paix et bénédictions d’Allah sur lui), Abû Tâlib, prononça officiellement le sermon de mariage. Bien que bref, ce sermon est considéré, par son excellence littéraire, comme un modèle de la prose arabe de l’époque antéislamique. Des historiens arabes et des amateurs de littérature l’ont conservé. Nous le reproduisons ici à l’intention des lecteurs.

Ce sera en arabe.

« Toute louange appartient à Allah, qui nous a inclus parmi les descendants d’Ibrâhîm et la descendance d’Ismâ‘îl. Il nous a donné une ville sacrée et une Maison vers laquelle les hommes se tournent. Il nous a accordé autorité sur les hommes. Que Muhammad ibn ‘Abdullah soit comparé à n’importe quel jeune Qurayshite : sa balance sera assurément plus lourde en bonté, en noblesse et en droiture, même s’il est le plus pauvre en biens et en richesse. Toutefois, les richesses ne sont qu’une ombre éphémère et appelée à disparaître. Il éprouve de l’intérêt pour Khadîdja bint Khuw aylid, et elle éprouve le même penchant pour lui. Il m’incombe de verser le montant du mahr que vous demanderez. »

Il existe une légère divergence concernant le montant de la dot fixé lors du mariage du Messager d’Allah (qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix) avec Khadija (qu’Allah l’agrée). Selon un récit, cinq cents pièces d’or furent fixées sur le conseil de l’oncle ‘Amr. Al-Kalbî dit que la dot fut fixée à douze ouqiyya d’or. Une ouqiyya équivaut à quarante dirhams. L’imam Dhahabî rapporte, d’après Ibn Ishaq, que le Messager (qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix) donna à Khadija (qu’Allah l’agrée) « Bil Bakrah » comme dot.

Khadija (qu’Allah l’agrée) prit elle-même en charge toutes les dépenses des deux parties. Elle envoya au Messager d’Allah (qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix) deux ouqiyya d’or et d’argent, et lui demanda de les utiliser pour préparer les vêtements des deux époux ainsi que le repas de noces.

Ainsi, Khadija (qu’Allah l’agrée) devint l’« Mère des croyants ». Cet événement eut lieu quinze ans avant le début de la mission prophétique du Messager d’Allah (qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix). Toutefois, les spécialistes de la sîra divergent quant à l’âge qu’ils avaient tous deux à cette époque.

Al-Kalbî rapporte, d’après Ibn ‘Abbâs (qu’Allah l’agrée), que lorsque le Prophète (qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix) épousa Khadija (qu’Allah l’agrée), celle-ci avait vingt-huit ans. Cependant, les spécialistes n’ont pas jugé ce récit acceptable, estimant que sa chaîne de transmission était faible. Dans son ouvrage Sharh al-Mawâhib, Zurqânî mentionne que Khadija (qu’Allah l’agrée) avait quarante ans au moment du mariage. L’imam Dhahabî a dit que le Messager d’Allah (qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix) avait alors vingt-cinq ans et que Khadija (qu’Allah l’agrée) avait quinze ans de plus que lui. Hakîm ibn Hizâm, le neveu de Khadija (qu’Allah l’agrée), a également tenu ce propos. Al-Wâqidî rapporte, d’après Nafîsa bint Munya, que le Messager d’Allah (qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix) avait vingt-quatre ans. Certains récits indiquent que le Messager d’Allah (qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix) avait vingt-cinq ans et Khadija (qu’Allah l’agrée) quarante-six ans. D’autres mentionnent également vingt-trois ans et vingt-huit ans. L’opinion la plus correcte est qu’il avait vingt-cinq ans et elle quarante ans.

Quinze ans après leur mariage, le noble Prophète (qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix) reçut la mission prophétique. Depuis quelque temps déjà, Khadija (qu’Allah l’agrée) était fermement convaincue que son époux Muhammad (qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix) deviendrait prophète. Un hadith rapporté dans le chapitre « Le début de la révélation » du Sahih al-Bukhari donne un récit détaillé de cet événement. ‘Aïcha (qu’Allah l’agrée) l’a rapporté d’une manière remarquable.

« La première révélation adressée au Messager d’Allah (qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix) commença par des rêves véridiques durant son sommeil. Tout ce qu’il voyait en rêve se réalisait avec la clarté de la lumière du soleil au matin. Puis il se prit à aimer la solitude. Il se rendait dans la grotte de Hirâ avec des provisions de nourriture. Il y restait plusieurs jours, occupé à l’adoration. Lorsque ses provisions étaient épuisées, il retournait auprès de Khadija (qu’Allah l’agrée), puis repartait à la grotte avec de nouvelles provisions. C’est dans cet état qu’un jour la vérité lui parvint. L’ange vint à lui et le serra si fortement qu’il en ressentit de la peine. Puis, l’ayant relâché, il lui dit encore : “Lis !” Il répondit de nouveau : “Je ne sais pas lire.” L’ange le serra une deuxième fois, puis une troisième, de la même manière que la première fois. Enfin, il dit : »

Ce sera en arabe

« Lis au nom de ton Seigneur qui a créé. Il a créé l’homme d’un caillot de sang. Lis, et ton Seigneur est le Très Généreux, qui a enseigné par la plume. Il a enseigné à l’homme ce qu’il ne savait pas. »

Le Messager, tremblant de peur, rentra chez lui et appela Khadîdja : « Couvre-moi d’une couverture, couvre-moi d’une couverture. » Elle le couvrit. Sa peur se dissipa. Il raconta tout à Khadîdja et lui confia ses craintes pour sa vie. Khadîdja dit :

Ce sera en arabe

« Non, cela ne peut absolument pas arriver. Par Allah ! Il ne vous humiliera pas. Vous préservez les liens de parenté, vous secourez les pauvres et les démunis, vous accueillez généreusement vos hôtes et vous venez en aide aux gens dans l’adversité. »

Ensuite, Khadîdja conduisit le Messager auprès de son cousin, Waraqah ibn Nawfal. À l’époque de l’Ignorance, celui-ci avait adopté le christianisme. Il écrivait l’Évangile en hébreu. Il était alors âgé et aveugle. Khadîdja dit : « Écoutez donc ce que dit votre neveu. » Il demanda : « Mon neveu, que t’est-il arrivé ? » Le Messager raconta tout ce qui s’était passé. Après l’avoir écouté, Waraqah dit : « C’est bien le Nâmûs, celui qu’Allah avait envoyé à Moïse. Hélas ! Si seulement je pouvais être vivant et en bonne santé ce jour-là, tes compatriotes te chasseraient de ton pays. » Le Messager demanda : « Me chasseraient-ils de mon pays ? » Il répondit : « Oui. Chaque fois qu’un homme a apporté un message semblable au tien, le monde entier s’est dressé contre lui. Si je suis encore assez fort et vivant à ce moment-là, je t’apporterai toute l’aide possible. »

L’imam Zuhri dit : Khadîdja fut la première à croire en Allah. Ensuite, le Messager reçut la mission prophétique. Sur le chemin du retour, après avoir reçu cette mission, chaque pierre et chaque arbre le saluèrent. Arrivé chez lui, il dit à Khadîdja : « Celui dont je te disais que je le voyais en rêve, c’est Jibrîl. Il m’est apparu ouvertement. Mon Seigneur l’a envoyé auprès de moi. » Puis il lui raconta en détail tout ce qui concernait la Révélation. Après l’avoir écouté, Khadîdja dit : « Quelle bonne nouvelle ! Allah ne vous fera connaître que le bien, jamais le mal. Acceptez ce qui vient d’Allah ; c’est certainement la vérité. »

Ensuite, Khadîdja se rendit précipitamment auprès de ‘Addâs, l’esclave de ‘Utbah ibn Rabî‘ah. C’était un chrétien originaire de Ninive. Khadîdja lui demanda, en jurant par Allah : « Sais-tu quelque chose au sujet de Jibrîl ? » ‘Addâs répondit : « Quddûs, Quddûs — le Saint, le Saint ! » Khadîdja dit : « Dis-moi donc ce que tu sais de lui. » ‘Addâs répondit : « Jibrîl est l’ange digne de confiance, le dépositaire fidèle entre Allah et Ses prophètes. Il est venu auprès de Moïse et de Jésus. » Quittant ‘Addâs, Khadîdja se rendit auprès de Waraqah. Après avoir entendu les propos des deux hommes, elle retourna auprès du Messager.

Ibn Ishâq dit : Le Messager a raconté : « Après avoir reçu la Révélation, je sortis de la grotte. Lorsque j’atteignis le milieu de la montagne, j’entendis une voix venant du ciel. Quelqu’un semblait me dire : “Muhammad, tu es le Messager d’Allah.” Je levai la tête et vis Jibrîl debout, sous la forme d’un homme d’une blancheur éclatante. Ses deux pieds touchaient les deux horizons du ciel. Il me dit : “Muhammad, tu es le Messager d’Allah et je suis Jibrîl.” Je restai immobile, debout, à contempler cette scène. Où que je regarde dans le ciel, je voyais la même chose. Je demeurai là, debout, à observer. Comme je tardais à rentrer, Khadîdja envoya des gens à ma recherche. Ils me cherchèrent minutieusement dans les hauteurs de La Mecque, mais ne me trouvèrent nulle part et retournèrent auprès de Khadîdja. Quant à moi, je me tenais toujours immobile au même endroit. »

Au bout d’un moment, Jibrîl disparut. Je rentrai chez moi et m’assis près de Khadîdja. Khadîdja dit : « Abû al-Qâsim ! Où étiez-vous ? J’avais envoyé des gens à votre recherche. Ils avaient cherché dans les hauteurs de La Mecque, mais ne vous trouvant nulle part, ils sont revenus. » Je lui racontai alors tout ce qui s’était passé. Après m’avoir écouté, Khadîdja dit : « Mon cousin, reste ferme. Par Celui qui détient la vie de Khadîdja entre Ses mains, j’espère que vous serez le prophète de cette communauté. » Puis elle couvrit le Messager d’un manteau et se rendit auprès de Waraqah.

Il est rapporté d’Ibn ‘Abbâs (qu’Allah l’agrée) qu’un jour, le Messager d’Allah (qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix) se trouvait seul dans le quartier d’Ajyâd, à La Mecque. Il vit un ange assis à l’horizon du ciel, une jambe posée sur l’autre. Celui-ci criait : « Ô Muhammad ! Je suis Jibrîl. » Le Messager (qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix), pris de peur, retourna rapidement auprès de Khadîja (qu’Allah l’agrée) et lui dit : « Je crains de devenir devin. » Khadîja (qu’Allah l’agrée) lui répondit : « Ô mon cousin ! Ne dis pas une telle chose. Cela ne peut pas arriver. Tu entretiens les liens de parenté, tu dis la vérité et tu restitues les dépôts qui te sont confiés. Ton caractère est vraiment noble. »

Abû May­sara rapporte qu’au début de la révélation, lorsque le Messager d’Allah (qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix) se rendait seul dans un lieu isolé, il entendait une voix l’appeler : « Ô Muhammad ! » Il prenait peur. Il en informa Khadîja (qu’Allah l’agrée), qui lui dit : « Allah ne te fera aucun mal. » Puis elle l’envoya, accompagné d’Abû Bakr (qu’Allah l’agrée), auprès de Waraqah.

Il est rapporté de l’imam az-Zuhrî qu’après que le Messager d’Allah (qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix) eut reçu la première révélation, celle-ci cessa pendant plusieurs jours. Dans la terminologie islamique, cette période est appelée « fatrat al-wahy », l’interruption de la révélation. Le Messager (qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix) fut profondément préoccupé. Il continua à se rendre dans la grotte de Hirâ. Un jour, durant cette période, il aperçut Jibrîl au-dessus de lui et, effrayé et bouleversé, retourna rapidement auprès de Khadîja (qu’Allah l’agrée) en disant : « Couvre-moi d’une couverture. » Khadîja (qu’Allah l’agrée) le couvrit d’une couverture. C’est dans cet état que fut révélée la sourate al-Muddaththir. Le même récit est rapporté de Jâbir ibn ‘Abdillâh (qu’Allah l’agrée), mais il mentionne la révélation de la sourate al-Muzzammil.

Un jour, Khadîja (qu’Allah l’agrée) voulut procéder à une vérification. Ibn Ishâq rapporte que Khadîja (qu’Allah l’agrée) dit un jour au Messager d’Allah (qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix) : « Ô mon cousin ! Pourrais-tu m’informer lorsque ton compagnon, Jibrîl (paix sur lui), vient auprès de toi ? » Lorsque Jibrîl vint, le Messager (qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix) dit à Khadîja (qu’Allah l’agrée) : « Voici Jibrîl, il est venu. » Khadîja (qu’Allah l’agrée) fit alors asseoir le Messager d’Allah (qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix) sur sa cuisse droite et lui demanda : « Le vois-tu maintenant ? » Il répondit : « Oui, je le vois. » Khadîja (qu’Allah l’agrée) le fit asseoir sur sa cuisse gauche et lui demanda de nouveau : « Le vois-tu maintenant ? » Il répondit : « Oui, je le vois. » Ensuite, Khadîja (qu’Allah l’agrée) retira son voile et découvrit sa poitrine. Puis elle demanda : « Le vois-tu encore ? » Il répondit : « Non, je ne le vois plus ainsi. » Khadîja (qu’Allah l’agrée) dit alors : « Réjouis-toi ! Par Allah, c’est certainement un ange, et non un démon. En effet, dans une telle situation, l’ange éprouverait assurément de la pudeur. »

Un jour, Khadîja (qu’Allah l’agrée) se dirigeait vers les hauteurs de La Mecque à la recherche du Messager d’Allah (qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix), portant de la nourriture pour lui. En chemin, Jibrîl (paix sur lui) apparut sous les traits d’un homme inconnu et l’interrogea au sujet du Messager d’Allah (qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix). Khadîja (qu’Allah l’agrée) prit peur. Elle fut saisie d’inquiétude, craignant que cet homme ne l’enlève. Plus tard, lorsqu’elle en informa le Messager d’Allah (qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix), il lui dit : « Cet homme était Jibrîl (paix sur lui). Il m’a dit de te transmettre ses salutations et de t’annoncer la bonne nouvelle d’une maison au Paradis faite de perles et de joyaux. »

Tous les événements mentionnés précédemment se sont déroulés juste avant l’avènement de l’islam et au début de celui-ci. On connaît encore bien d’autres événements qui mettent en évidence la patience et la clairvoyance de Khadîja (qu’Allah l’agrée), son amour profond et sa confiance envers son époux, ainsi que son soutien à ses côtés en toutes circonstances. L’examen de ces événements fait également apparaître clairement qu’avant même la venue de Jibrîl (paix sur lui) auprès du Messager d’Allah (qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix), elle semblait être parvenue à la ferme conviction que son époux serait un homme extraordinaire. Il serait un prophète. C’est pourquoi, lorsque le Messager (qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix) vint lui annoncer pour la première fois que Jibrîl était venu auprès de lui et qu’il avait reçu la révélation, le moindre doute ou la moindre hésitation ne traversa son esprit. Elle semblait attendre depuis longtemps une nouvelle de cette nature et y être mentalement préparée. Ses différents actes et comportements de cette époque établissent et prouvent ces faits.

Après avoir embrassé l’islam, Khadîja (qu’Allah l’agrée) consacra tous ses biens, sa fortune et ses richesses à la prédication de la religion. Le Messager d’Allah (qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix) abandonna le commerce et se consacra à l’adoration d’Allah ainsi qu’à la diffusion et à la propagation de l’islam. Tous les revenus du foyer cessèrent. Dans le même temps, les inquiétudes de Khadîja (qu’Allah l’agrée) augmentèrent. Elle affronta toutes les situations difficiles avec patience et fermeté. Ibn Ishâq dit :

Cela sera en arabe

«Allah dissipait, par l’intermédiaire de Khadîja (qu’Allah l’agrée), la douleur que le Messager (qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix) ressentait en raison du rejet et de l’incrédulité des polythéistes. En effet, elle le réconfortait, le soutenait et l’encourageait. Elle croyait sans la moindre hésitation à toutes ses paroles. Elle lui rapportait toutes les paroles grossières et les comportements offensants des polythéistes. Ibn Ishaq ajoute :

Ce sera en arabe

«Pour le Messager d’Allah (qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix), Khadîja (qu’Allah l’agrée) était une conseillère sincère et juste en matière d’islam. Dans toutes les épreuves et les difficultés, le Messager (qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix) lui confiait ses pensées et lui faisait part de ses plaintes.» Au cours du mois de Muharram de la septième année de la mission prophétique, les Quraysh boycottèrent les musulmans. Ceux-ci se réfugièrent dans le «Shi‘b d’Abû Tâlib». Khadîja (qu’Allah l’agrée) y fut également confinée avec le Messager d’Allah (qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix). Pendant près de trois ans, les Banû Hâshim vécurent dans une terrible pénurie et la famine. Ils n’avaient pratiquement rien d’autre pour subsister que les feuilles des arbres. Khadîja (qu’Allah l’agrée) supporta ces souffrances avec le sourire aux côtés de son époux. En ces temps difficiles, elle usait de son influence pour se procurer de temps à autre, par divers moyens, quelques vivres. Ses trois neveux — Hakîm ibn Hizâm, Abû al-Bukhtari et Zum‘a ibn al-Aswad — comptaient tous parmi les principaux dirigeants des Quraysh. Bien qu’ils fussent non musulmans, ils jouèrent à divers égards un rôle important dans l’envoi de denrées alimentaires aux musulmans mis au ban de la société.

Un jour, Hakîm ibn Hizâm partit en portant sur la tête quelques sacs de blé destinés à sa tante paternelle Khadîja (qu’Allah l’agrée). Elle était alors confinée avec le Messager d’Allah (qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix) dans le «Shi‘b d’Abû Tâlib». En chemin, il rencontra le vaurien d’Abû Jahl. Celui-ci lui dit d’une voix furieuse : «Tu apportes de la nourriture aux Banû Hâshim ? Par Allah, tu ne pourras pas y entrer avec cette nourriture. Si tu y vas, je t’humilierai et te couvrirais de honte à La Mecque.» C’est alors qu’Abû al-Bukhtari ibn Hâshim arriva sur les lieux. Il demanda : «Pourquoi vous disputez-vous ?» Abû Jahl répondit : «Il apporte de la nourriture aux Banû Hâshim.» Abû al-Bukhtari dit : «Cette nourriture appartenait à sa tante et se trouvait auprès de Hakîm. Il la lui apporte, et toi, tu l’en empêches ? Écarte-toi du chemin.» Mais Abû Jahl ne tint aucun compte de ses paroles. Les deux hommes en vinrent alors à une violente rixe. C’est ainsi que Hakîm envoyait fréquemment de la nourriture.

Un autre jour, ‘Abbâs (qu’Allah l’agrée) sortit du «Shi‘b» afin de se procurer quelque nourriture. Abû Jahl trama un stratagème pour lui nuire, mais Allah le protégea. Lorsque Khadîja (qu’Allah l’agrée) l’apprit, elle fit dire par l’intermédiaire de quelqu’un à son oncle Zum‘a ibn al-Aswad : «Abû Jahl empêche l’achat de nourriture. Fais-lui entendre quelques paroles.» Zum‘a agit conformément aux instructions de Khadîja (qu’Allah l’agrée). Après cela, il cessa ses excès.

Avant que la prière ne devienne obligatoire, Khadîja (qu’Allah l’agrée) accomplissait secrètement la prière avec le Messager d’Allah (qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix) dans la maison. Ibn Ishaq dit : «Un jour, alors que le Messager d’Allah (qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix) se trouvait sur les hauteurs de La Mecque, Jibrîl (sur lui la paix) vint et frappa le sol en un endroit situé à l’extrémité de la vallée, d’où jaillit une source. Jibrîl (sur lui la paix) fit d’abord ses ablutions avec cette eau, puis le Messager (qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix) fit ses ablutions de la même manière. Jibrîl (sur lui la paix) pria, et le Messager (qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix) pria de la même façon. Puis le Messager (qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix) rentra chez lui, enseigna les ablutions à Khadîja (qu’Allah l’agrée) et pria avec elle afin de lui en donner un enseignement pratique.»

Ibn Ishaq a également rapporté qu’un jour, ‘Alî (qu’Allah l’agrée) vit les deux personnes — c’est-à-dire le Prophète (qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix) et Khadîja (qu’Allah l’agrée) — accomplir la prière. ‘Alî (qu’Allah l’agrée) demanda : «Ô Muhammad, qu’est-ce que cela ?» Le Messager (qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix) lui exposa alors l’appel à la nouvelle religion et lui interdit d’en parler à quiconque. Ce récit montre que, parmi la communauté de Muhammad (qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix), Khadîja (qu’Allah l’agrée) fut la première à avoir l’honneur d’accomplir la prière avec le Messager d’Allah (qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix).

Un homme nommé ‘Afîf al-Kindî était venu à La Mecque à cette époque pour faire quelques achats. Il séjournait dans la demeure de ‘Abbâs (qu’Allah l’agrée). Un matin, il remarqua qu’un jeune homme s’approcha de la Ka‘ba et leva les yeux vers le ciel. Puis il se tint debout en direction de la qibla. Un adolescent vint se placer à ses côtés. Ensuite, une femme arriva et se plaça derrière eux deux. Ils achevèrent la prière, puis s’en allèrent. ‘Afîf al-Kindî observa la scène et dit à ‘Abbâs (qu’Allah l’agrée) : «Une chose d’une grande importance est en train de se produire !» ‘Abbâs (qu’Allah l’agrée) répondit : «Le jeune homme est ‘Alî, et la femme est l’épouse de Muhammad. Mon neveu pense que sa religion est celle du Seigneur des mondes et qu’il n’accomplit quoi que ce soit que sur Son ordre. À ma connaissance, ils sont les seuls au monde à suivre cette nouvelle religion.»

Il existe une légère divergence concernant l’année exacte du décès de Khadîja (qu’Allah l’agrée). Il est rapporté qu’elle mourut à La Mecque trois, quatre ou cinq ans avant l’Hégire. L’imam an-Nawawî affirme que la version des cinq années est exacte. Elle mourut trois jours après Abû Tâlib.

Al-Balâdhurî rapporte que les Banû Hâchim sortirent du défilé d’Abû Tâlib au cours de la dixième année de la mission prophétique. Après leur sortie, Abû Tâlib mourut cette même année, au début du mois de Dhû al-Qa‘da ou au milieu de Chawwâl. Il existe une divergence concernant l’intervalle entre les décès d’Abû Tâlib et de Khadîja (qu’Allah l’agrée) : trente-cinq, vingt-cinq, cinq ou trois jours. Khadîja (qu’Allah l’agrée) mourut la première. Elle fut enterrée dans le cimetière de Hajjûn, à La Mecque. À cette époque, la prière funéraire n’avait pas encore été instituée. Hakîm ibn Hizâm, le neveu de Khadîja (qu’Allah l’agrée), rapporte : « Nous la sortîmes de la maison et l’enterrâmes nous-mêmes à Hajjûn. » Le Prophète (qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix) descendit dans sa tombe. Elle mourut au mois de Ramadan de la dixième année de la mission prophétique, à l’âge de soixante-cinq ans. Ibn al-Jawzî a également rapporté cela. Il est rapporté d’après ‘Â’icha (qu’Allah l’agrée) que Khadîja (qu’Allah l’agrée) mourut avant que la prière ne devînt obligatoire. Il est également rapporté qu’elle mourut au mois de Ramadan, à l’âge de soixante-cinq ans. Elle fut enterrée dans le cimetière de Hajjûn, situé sur les hauteurs de La Mecque. Qatâda et ‘Urwa affirment qu’elle mourut trois ans avant l’Hégire. Al-Wâqidî rapporte : « Ils furent libérés de la vallée des Banû Hâchim trois ans avant l’Hégire. Abû Tâlib mourut ensuite. Les deux décès eurent lieu la même année. Toutefois, Khadîja (qu’Allah l’agrée) mourut trois jours après le décès d’Abû Tâlib. » L’imam adh-Dhahabî affirme qu’au moment de son mariage avec le Messager d’Allah (qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix), Khadîja (qu’Allah l’agrée) avait quarante ans et qu’elle vécut vingt-quatre ans avec lui. Selon ce calcul, elle vécut soixante-quatre ans.

Après le décès de son oncle très respecté, Abû Tâlib, et de son épouse bien-aimée, Khadîja (qu’Allah l’agrée), une nouvelle période commença dans la vie du Messager d’Allah (qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix). Ce fut la période la plus difficile. Le noble Messager d’Allah (qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix) appelait lui-même l’année de leur décès « ‘Âm al-Huzn », l’année de la tristesse et du chagrin. Après la mort de ces deux personnes très chères au Messager d’Allah (qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix), les impies de Quraych devinrent totalement déchaînés. Ils se comportèrent avec une extrême cruauté. C’est alors que, désespérant des habitants de La Mecque, il se rendit à Tâ’if. Si Khadîja (qu’Allah l’agrée) avait été encore en vie, il aurait au moins pu lui confier ses propres chagrins. Ibn Ishâq rapporte : « Après la disparition de Khadîja (qu’Allah l’agrée), les épreuves s’abattirent sans cesse sur le Messager d’Allah (qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix). En effet, il ne restait alors plus de personnalités comme Abû Tâlib et Khadîja (qu’Allah l’agrée), capables de faire obstacle aux forces polythéistes. »

Ibn al-Athîr rapporte :

Ce qui suit sera en arabe

« La communauté musulmane est unanime sur le fait que Khadîja (qu’Allah l’agrée) fut la toute première personne de la création d’Allah à embrasser l’islam. »

Az-Zuhrî, Qatâda, Mûsâ ibn ‘Uqba, Ibn Ishâq, Al-Wâqidî et Sa‘îd ibn Yahyâ ont dit :

Ce qui suit sera en arabe

« Khadîja, Abû Bakr et ‘Alî, qu’Allah les agrée, furent les premiers à croire en Allah et en Son Messager (que la bénédiction et la paix d’Allah soient sur lui). »

Il est rapporté d’après Huzayfa, qu’Allah l’agrée, que le Messager d’Allah (que la bénédiction et la paix d’Allah soient sur lui) a dit :

Ce sera en arabe

« Khadîja, qu’Allah l’agrée, fut la première de toutes les femmes du monde à croire en Allah et en Muhammad. »

Sa‘îd ibn al-Musayyib a dit :

Ce sera en arabe

— « Khadîja, qu’Allah l’agrée, fut la première musulmane parmi les femmes. »

L’imam Nawawî a dit : « Az-Zuhrî et la majorité des savants ont mentionné que Khadîja, qu’Allah l’agrée, fut la première à croire en Allah et en Son Messager (que la bénédiction et la paix d’Allah soient sur lui). L’imam Tha‘labî a rapporté qu’il y avait consensus sur ce point. Au moment où elle embrassa l’islam, Hadrat Khadîja, qu’Allah l’agrée, avait cinquante ans. Sa conversion à l’islam eut également une influence sur les membres de sa famille paternelle. À l’avènement de l’islam, quinze hommes illustres de sa famille paternelle, les Banû Asad ibn ‘Abd al-‘Uzzâ, étaient encore en vie. Dix d’entre eux embrassèrent l’islam. Les cinq autres furent tués en état de mécréance lors de la bataille de Badr. »

Hadrat Khadîdja (qu’Allah l’agrée) fut la mère de nombreux enfants. De son premier mari, Abû Hâla, naquirent deux fils, nommés Hâla et Hind. Tous deux embrassèrent l’islam et eurent l’honneur de devenir des Compagnons du Messager d’Allah (qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix). Hind participa avec le Messager d’Allah (qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix) à la bataille de Badr — ou, selon une autre opinion, à celle d’Uhud. Cependant, d’après le récit d’al-Balâdhurî, il semble qu’elle n’eut qu’un seul fils de son premier mari, nommé Hind. Il fut nommé d’après son père. C’était un homme éloquent et doué d’une grande facilité d’expression. Il trouva le martyre aux côtés de ‘Alî (qu’Allah l’agrée) lors de la bataille du Chameau. De son second mari, ‘Atîq, naquit une fille nommée Hindah. Elle aussi embrassa l’islam et eut l’honneur de devenir une Compagne. Selon un autre récit, elle eut trois enfants de son premier mari : deux fils, Hind et Hârith, et une fille, Zaynab. Un mécréant tua Hârith près du Rukn al-Yamânî de la Ka‘bah. La fille s’appelait Zaynab. Quant à la fille du second mariage, son surnom était Umm Muhammad. Elle épousa Sayfî ibn Umayyah. Elle eut de lui un fils nommé Muhammad. C’est pourquoi on l’appelait Umm Muhammad.

Ibn Ishâq dit que, à l’exception d’Ibrâhîm, tous les enfants du Messager d’Allah (qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix) naquirent de Hadrat Khadîdja. Ils étaient : al-Qâsim, at-Tayyib, Zaynab, Ruqayyah, Umm Kulthûm et Fâtimah (qu’Allah les agrée). Ibn Hishâm dit que le fils aîné du Messager d’Allah (qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix) était al-Qâsim, puis venaient at-Tayyib et at-Tâhir. Sa fille aînée était Ruqayyah, suivie de Zaynab, Umm Kulthûm et Fâtimah (qu’Allah les agrée).

Ibn Ishâq dit également qu’al-Qâsim, at-Tayyib et at-Tâhir moururent à l’époque antéislamique. Toutes ses filles vécurent à l’époque islamique. Elles embrassèrent l’islam et émigrèrent à Médine avec le Messager d’Allah (qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix).

Les récits d’Ibn Ishâq et d’Ibn Hishâm donnent à comprendre qu’at-Tâhir et at-Tayyib étaient deux fils différents. Pourtant, ces deux noms étaient les surnoms ou titres du fils du Messager d’Allah (qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix), Hadrat ‘Abdullâh. Al-Wâqidî dit que Hadrat Khadîdja (qu’Allah l’agrée) eut dans la maison du Messager d’Allah (qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix) deux fils, al-Qâsim et ‘Abdullâh. Comme ‘Abdullâh naquit après le début de la mission prophétique, on l’appelait at-Tâhir. Ils eurent également quatre filles, si bien qu’elle fut la mère de six enfants au total. Le premier enfant fut al-Qâsim. Il mourut à La Mecque, encore nourrisson, avant que le Messager d’Allah (qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix) ne reçût la mission prophétique. C’est d’après son nom que le Messager d’Allah (qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix) reçut sa kunya, ou surnom, d’Abû al-Qâsim. Avant sa mort, il avait appris à marcher à petits pas. Selon al-Balâdhurî, il n’avait que deux ans au moment de sa mort.

L’imâm as-Suhaylî rapporte qu’après la mort d’al-Qâsim, le Messager (qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix) se rendit auprès de Khadîdja (qu’Allah l’agrée). En pleurant, elle dit : « Ô Messager d’Allah ! Mon petit enfant allaité est mort. S’il avait vécu jusqu’à la fin de son allaitement, je n’aurais pas été aussi affligée. » Le Messager (qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix) la consola en disant : « Si tu le souhaites, je peux te faire entendre sa voix depuis le Paradis. » Khadîdja (qu’Allah l’agrée) répondit : « Allah et Son Messager savent mieux. » Ce récit permet de comprendre qu’al-Qâsim ne mourut pas à l’époque antéislamique, mais bien à l’époque islamique.

Le deuxième enfant, Hadrat Zaynab (qu’Allah l’agrée), était la fille aînée du Messager d’Allah (qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix). Elle épousa son cousin maternel, Abû al-‘Âs ibn ar-Rabî‘. La mère d’Abû al-‘Âs était Hâla bint Khuwaylid.

Le troisième enfant était Hadrat ‘Abdullâh. C’est lui que l’on appelait at-Tayyib et at-Tâhir. Comme il naquit après le début de la mission prophétique, il reçut ces appellations. Il mourut à La Mecque durant son enfance. Après sa mort, les mécréants, notamment ‘Âs ibn Wâ’il, se mirent à se moquer du Messager d’Allah (qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix), le traitant d’« abtar », c’est-à-dire de celui qui est privé de descendance. C’est alors que fut révélé ce verset de la sourate al-Kawthar :

Ce sera en arabe

—Celui qui est votre ennemi est précisément celui qui est dépourvu de descendance et privé de toute postérité.

Il a toutefois aussi été rapporté que le premier enfant mourut. Le quatrième enfant fut Hadrat Ruqayya (qu’Allah l’agrée). Elle épousa d’abord ‘Utba ibn Abî Lahab. En raison de son hostilité extrême envers l’islam, celui-ci la répudia. Elle épousa ensuite Hadrat ‘Uthmân (qu’Allah l’agrée). Après l’Hégire, elle mourut à Médine du vivant du Messager de Dieu (que Dieu le bénisse et lui accorde la paix). Le cinquième enfant fut Hadrat Umm Kulthûm (qu’Allah l’agrée). Elle épousa d’abord Mu‘attab — ou, selon une autre version, ‘Utayba ibn Abî Lahab. Celui-ci répudia lui aussi Umm Kulthûm, son épouse, en raison de sa haine farouche de l’islam. Après la mort de sa sœur Ruqayya, elle épousa une seconde fois Hadrat ‘Uthmân (qu’Allah l’agrée). C’est pourquoi Hadrat ‘Uthmân (qu’Allah l’agrée) reçut le titre de Dhû an-Nûrayn, « l’homme aux deux lumières ».

Le sixième enfant fut Hadrat Fâtima (qu’Allah l’agrée), épouse du quatrième calife, Hadrat ‘Alî (qu’Allah l’agrée), et mère de Hadrat al-Hasan et de Hadrat al-Husayn (qu’Allah les agrée).

Il convient de préciser qu’Ibrâhîm était l’enfant de Hadrat Mâriya al-Qibtiyya (qu’Allah l’agrée), l’esclave du Messager de Dieu (que Dieu le bénisse et lui accorde la paix). Le gouverneur d’Égypte, al-Muqawqis, avait envoyé Mâriya au Messager de Dieu (que Dieu le bénisse et lui accorde la paix) en cadeau. En somme, à l’exception d’Ibrâhîm, la mère de tous les enfants du Messager de Dieu (que Dieu le bénisse et lui accorde la paix) fut Hadrat Khadîja al-Kubrâ (qu’Allah l’agrée).

Hadrat Khadîja (qu’Allah l’agrée) prenait grand soin de ses enfants et les chérissait profondément. Ses moyens financiers lui permettaient d’engager des nourrices pour les élever et les allaiter. Elle préparait toutes les dispositions nécessaires avant même leur naissance. Elle engagea Salâma, l’esclave de Safiyya, pour s’occuper des enfants contre rémunération. Salâma les allaitait et les nourrissait.

Un récit montre quelque peu combien Hadrat Khadîja (qu’Allah l’agrée) aimait tous ses enfants et avec quelle ardeur elle souhaitait leur bien. Un jour, elle demanda au Messager de Dieu (que Dieu le bénisse et lui accorde la paix) : « Ô Messager de Dieu ! Quel sera, dans l’au-delà, le sort de tous les enfants que j’ai eus de vous et qui sont morts en bas âge ? » Il répondit : « Au Paradis. » Elle demanda encore : « Et où iront les enfants que j’ai eus de mes maris polythéistes et qui sont morts ? » Il répondit : « En Enfer. » Elle demanda : « Sans avoir accompli aucune œuvre ? » Il répondit : « Dieu sait quelles œuvres ils auraient pu accomplir s’ils avaient vécu. » Ce récit révèle l’ardent souci qu’elle éprouvait pour ses enfants. Il est impossible de décrire jusqu’au bout les mérites, la grandeur et le rang de la Mère des croyants, Hadrat Khadîja (qu’Allah l’agrée). Nous observons avec émerveillement comment, en ces jours de profonde obscurité de l’Arabie, une femme crut au caractère prophétique du Messager de Dieu (que Dieu le bénisse et lui accorde la paix)) avec une assurance absolue. Son cœur ne connut pas le moindre doute ni la moindre hésitation. Le premier jour de la révélation, sa démarche auprès de Waraqa et la ferme conviction avec laquelle elle proclama que le Messager de Dieu (que Dieu le bénisse et lui accorde la paix) était devenu prophète sont autant d’éléments qui méritent une profonde réflexion.

Bien avant que le Messager de Dieu (que Dieu le bénisse et lui accorde la paix) ne reçoive la mission prophétique, Khadîja (qu’Allah l’agrée) semblait fermement convaincue qu’il deviendrait prophète. C’est pourquoi, après la venue de Jibrîl (que la paix soit sur lui), elle ne manifesta pas la moindre hésitation, même l’espace d’un instant. Sa profonde clairvoyance et son acuité d’observation apparaissent ainsi clairement. Avant comme après le début de sa mission prophétique, elle respecta toujours le Messager de Dieu (que Dieu le bénisse et lui accorde la paix) et crut sans réserve chacune de ses paroles. Durant leurs vingt-cinq années de vie conjugale, le moindre doute ne put jamais s’enraciner dans son cœur. Même à l’époque de la Jâhiliyya, elle était d’une parfaite pureté. Elle n’adora jamais les idoles. Un jour, le noble Prophète (que Dieu le bénisse et lui accorde la paix) lui dit : « Je n’adorerai jamais Lât ni ‘Uzzâ. » Khadîja (qu’Allah l’agrée) répondit : « Laissez de côté la question de Lât et de ‘Uzzâ. N’en parlez même pas. »

Elle ne fut pas seulement la première à croire à la mission prophétique de Muhammad (que Dieu le bénisse et lui accorde la paix) et la première à accomplir la prière avec lui. Le soutien qu’elle apporta à l’islam durant ces jours de grande adversité restera à jamais impérissable. À l’aube de l’islam, elle fut véritablement la conseillère du Messager de Dieu (que Dieu le bénisse et lui accorde la paix). Après son mariage avec le Messager de Dieu (que Dieu le bénisse et lui accorde la paix), elle remit tous ses biens entre les mains de son époux. Zayd ibn Hâritha (qu’Allah l’agrée) était l’esclave bien-aimé de Khadîja (qu’Allah l’agrée). Elle l’offrit également à son époux.

Ibn Hicham rapporte : Le neveu de Khadîdja, Hakîm ibn Hizâm, rapporta de Syrie plusieurs esclaves qu’il avait achetés sur le marché. Parmi eux se trouvait également Zayd ibn Hâritha. Sa tante Khadîdja alla rendre visite à son neveu Hakîm. Celui-ci lui dit : « Ma tante, choisissez parmi ces esclaves celui qui vous plaît. » Khadîdja choisit Zayd et l’emmena avec elle. Lorsque le Messager d’Allah — qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix — vit Zayd, il l’apprécia. Khadîdja le comprit et l’offrit au Messager d’Allah — qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix. Le Messager — qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix — l’affranchit et l’adopta comme fils.

Selon une autre version, Hakîm acheta Zayd pour sa tante Khadîdja — qu’Allah l’agrée — à la foire de ‘Ukâz, en Arabie. Il est également rapporté que, lorsque le Messager — qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix — se rendit en Syrie avec May­sara pour le compte de Khadîdja, il acheta Zayd pour elle au cours de ce voyage. Après son mariage, Khadîdja — qu’Allah l’agrée — remit Zayd au Messager d’Allah — qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix — en guise de cadeau.

Khadîdja — qu’Allah l’agrée — aimait profondément son époux, le Messager d’Allah — qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix. Elle respectait également les amis et les proches de son époux, prenait de leurs nouvelles et les soutenait dans leurs difficultés. Un jour, Halîma, la nourrice du Messager d’Allah — qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix — vint lui rendre visite. Khadîdja la servit avec attention et la traita avec le respect et les égards dus à une belle-mère. Halîma dit au Messager d’Allah — qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix — qu’en raison de la sécheresse et de l’absence de pluie dans leur région, les animaux et les oiseaux étaient morts et que la pénurie s’était installée. Le Messager — qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix — parla de leurs difficultés à Khadîdja — qu’Allah l’agrée. Khadîdja donna à Halîma quarante chèvres et chameaux afin qu’elle les distribue parmi les membres de sa famille.

Sுவayba, l’esclave d’Abû Lahab, était une autre nourrice du noble Messager — qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix. Elle venait parfois auprès du Messager d’Allah — qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix. Celui-ci la respectait et se comportait bien avec elle. Khadîdja — qu’Allah l’agrée — lui témoignait également beaucoup de respect et d’égards. Elle proposa à Abû Lahab de lui acheter Suwayba afin de l’affranchir, mais celui-ci refusa de la vendre.

Bien qu’elle fût une femme fortunée de La Mecque, elle servait son époux de ses propres mains. Elle assumait elle-même toutes les tâches domestiques, notamment l’éducation des enfants. Elle veillait personnellement à la nourriture et au repos de son époux. Il est rapporté dans un hadith d’Abû Hurayra — qu’Allah l’agrée — qu’il dit :

Ce sera en arabe

Un jour, Jibrîl — paix sur lui — vint auprès du Prophète — qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix — et lui dit : « Ô Messager d’Allah ! Voici Khadîdja qui arrive avec un récipient contenant pour vous un mets, de la nourriture ou une boisson. Salue-la de la part de son Seigneur et de ma part, et annonce-lui la bonne nouvelle d’une demeure au Paradis faite de perles et de joyaux. »

Ce hadith montre que le Messager d’Allah — qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix — ne confiait pas à autrui toutes les responsabilités de la vie domestique, mais qu’il les assumait lui-même.

Le noble Messager de Dieu (qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix) aimait profondément Khadîdja (qu’Allah l’agrée). Même après la mort de Khadîdja (qu’Allah l’agrée), il n’oublia jamais, durant toute sa vie, son souvenir et sa contribution, pas même un instant. Ses nombreux comportements et ses nombreuses paroles en témoignent et l’établissent clairement.

‘Â’isha (qu’Allah l’agrée) dit :

Voici la version arabe :

— Je n’ai jamais vu Khadîdja (qu’Allah l’agrée). Pourtant, je n’ai été jalouse d’aucune des autres épouses du Messager de Dieu (qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix) autant que d’elle. En effet, le Messager (qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix) la mentionnait très souvent. Chaque fois qu’il égorgeait une chèvre, il en découpait une partie et l’envoyait aux amies de Khadîdja. Quand je disais : « On dirait qu’il n’y a aucune autre femme au monde que Khadîdja », il répondait : « Khadîdja était ainsi. C’est par elle qu’Allah m’a donné des enfants. »

‘Â’isha (qu’Allah l’agrée) rapporte également : Un jour, le Messager de Dieu (qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix) parla de Khadîdja. Je fis une remarque quelque peu désobligeante : « Ce n’était pourtant qu’une vieille femme, et puis elle était comme ceci et comme cela. Allah vous a donné une meilleure femme à sa place. » Le Messager (qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix) répondit : « Allah ne m’a pas donné de femme meilleure qu’elle. Lorsque les gens refusaient de croire en moi, elle a cru en moi. Lorsque les gens me privaient de leurs biens, elle m’a associé à ses richesses. Allah m’a donné des enfants par elle et m’en a privé par les autres. » Je dis alors : « Je ne vous reprocherai plus jamais rien à son sujet. »

Une autre narration rapporte que ‘Â’isha (qu’Allah l’agrée) dit : Après la mort de Khadîdja, chaque fois qu’une chèvre était égorgée dans la maison du Messager de Dieu (qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix), il disait : « Envoyez-en une partie de la viande aux amies de Khadîdja. » Un jour, alors qu’il évoquait Khadîdja, il dit : « J’aime les amies de Khadîdja. » ‘Â’isha (qu’Allah l’agrée) ajoute : Chaque fois que Khadîdja était mentionnée, le Messager de Dieu (qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix) ne manquait jamais de faire son éloge. Il ne sortait pas de chez lui un seul jour sans parler quelque peu de Khadîdja. Un jour, après avoir entendu le Messager de Dieu (qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix) parler de Khadîdja (qu’Allah l’agrée), ‘Â’isha (qu’Allah l’agrée) regretta ses paroles et se dit intérieurement : « Ô Allah, si Tu fais disparaître la colère du Messager de Dieu (qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix), je ne prononcerai plus jamais de mauvaise parole à son sujet. » Comprenant l’état d’esprit de ‘Â’isha (qu’Allah l’agrée), le Messager (qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix) lui dit : « Comment peux-tu dire une chose pareille ? Lorsque les gens m’ont rejeté, elle m’a offert refuge. » Une autre fois, le Messager (qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix) dit à ‘Â’isha (qu’Allah l’agrée) : « Allah a fait naître dans mon cœur de l’amour pour elle. »

Abû al-‘Âs ibn al-Rabî‘ était un jeune commerçant mecquois, honnête, digne de confiance et fortuné. Il était le fils de Hâla bint Khuwaylid, la sœur de Khadîdja (qu’Allah l’agrée). Sa tante maternelle Khadîdja (qu’Allah l’agrée) le considérait comme son propre fils. Elle voulut le marier à sa fille Zaynab (qu’Allah l’agrée). Le Messager (qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix) ne s’y opposa pas. Le mariage eut lieu. Au moment du mariage, parmi les nombreux présents que Khadîdja (qu’Allah l’agrée) offrit à sa fille Zaynab (qu’Allah l’agrée), se trouvait un collier en or.

Le Messager de Dieu (qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix) reçut la mission prophétique. Les filles de Khadîdja (qu’Allah l’agrée) embrassèrent l’islam, mais Abû al-‘Âs resta non musulman. Khadîdja (qu’Allah l’agrée) quitta ce monde. Le Messager (qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix) émigra à Médine. Sa fille Zaynab (qu’Allah l’agrée) resta à La Mecque auprès de son mari. Abû al-‘Âs se rendit à Badr avec les Quraysh pour combattre les musulmans. Quel cruel revers du destin ! Fait prisonnier, il fut conduit à Médine auprès de son beau-père, le Messager de Dieu (qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix). Il fut décidé de libérer les prisonniers de guerre contre une rançon. Les proches des prisonniers envoyèrent de La Mecque l’argent de leur rançon. Parmi les biens que Zaynab (qu’Allah l’agrée) envoya pour la libération de son mari se trouvait un collier en or. Il s’agissait précisément du collier de mariage que sa mère Khadîdja (qu’Allah l’agrée) lui avait donné. En voyant ce collier, le cœur du Messager de Dieu (qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix) se remplit de douleur. Le souvenir de Khadîdja (qu’Allah l’agrée) lui revint à l’esprit. Il dit à ses Compagnons : « Si vous le pouvez, libérez le prisonnier de Zaynab et rendez-lui également son argent. » Les Compagnons acceptèrent. Ils libérèrent Abû al-‘Âs sans exiger de rançon.

Hazrat ‘Aïcha (qu’Allah l’agrée) dit :

L’arabe suivra

La sœur de Khadîja, Hâla bint Duwaylid, demanda un jour la permission de rendre visite au Messager d’Allah (qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix). Comme la voix et la manière de demander la permission des deux sœurs étaient semblables, le Prophète (qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix) fut bouleversé en se rappelant la demande de permission de Khadîja. Puis, ayant repris ses esprits, il s’exclama : « Ô Allah ! C’est Hâla, semble-t-il. » ‘Aïcha (qu’Allah l’agrée) dit : « J’en fus jalouse. Je dis : “Pourquoi vous souvenez-vous encore d’une vieille femme aux joues rouges parmi les vieilles de Quraych, morte depuis si longtemps ? Allah vous a certes donné une épouse meilleure qu’elle.” »

Il est rapporté de Muhammad ibn Salama qu’après le décès de Khadîja (qu’Allah l’agrée), le Noble Messager d’Allah (qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix) fut si accablé de chagrin que sa vie en fut menacée. Finalement, il épousa ‘Aïcha (qu’Allah l’agrée).

De nombreuses paroles et remarques du Messager d’Allah (qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix) au sujet des mérites et du rang éminent de Khadîja (qu’Allah l’agrée) se trouvent dans les recueils de hadiths et les ouvrages de sîra. Nous en avons présenté quelques-unes dans notre discussion précédente. Nous en citons ici encore quelques-unes.

Il est rapporté d’Anas (qu’Allah l’agrée) que le Messager d’Allah (qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix) a dit :

L’arabe suivra

Parmi les femmes du monde, quatre vous suffisent.

Il est également rapporté d’Anas (qu’Allah l’agrée) que le Messager (paix et bénédictions d’Allah sur lui) a dit :

Ce sera en arabe

— Les meilleures femmes de l’univers sont : Maryam, Âsiyah, Khadîdjah bint Khuwaylid et Fâtimah (qu’Allah les agrée).

Alî (qu’Allah l’agrée) a dit : J’ai entendu le Messager d’Allah (paix et bénédictions d’Allah sur lui) dire :

Ce sera en arabe

— Khadîdjah bint Khuwaylid est la meilleure femme de son époque. Maryam bint ‘Imrân est la meilleure femme de son époque.

Il est rapporté d’Abdullah ibn al-Abbâs (qu’Allah les agrée tous deux) que le Messager d’Allah (paix et bénédictions d’Allah sur lui) a dit :

Ce sera en arabe

Après Maryam, fille d’Imran, Fatima, Khadija et Asiya, l’épouse de Pharaon, sont les dirigeantes des femmes habitantes du Paradis.

Un autre hadith rapporté d’Abdullah ibn Abbas (qu’Allah l’agrée) dit : « Parmi les femmes destinées au Paradis, Khadija, Fatima, Maryam et Asiya sont les meilleures. » L’imam an-Nasaï a rapporté ce hadith.

Aïcha (qu’Allah l’agrée) dit : « J’ai entendu à maintes reprises le Messager d’Allah (qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix) dire : »

En arabe :

— Khadija (qu’Allah l’agrée) est la meilleure femme au monde.

L’imam adh-Dhahabi, décrivant le rang et le mérite de Khadija (qu’Allah l’agrée), a dit : « Ses mérites sont nombreux. Elle était la dirigeante de toutes les femmes de son époque. Elle comptait parmi les femmes qui avaient atteint la perfection dans le savoir, l’intelligence et la perspicacité. C’était une femme intelligente, très honorée, pieuse et dotée d’un caractère irréprochable. Elle était destinée au Paradis. Le Messager (qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix) l’a hautement louée, lui accordant la préférence et la supériorité sur ses autres épouses. Il lui témoignait un immense respect. Il n’a épousé aucune autre femme avant elle ni de son vivant. Elle fut la mère de plusieurs enfants du Messager d’Allah (qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix). Elle fut la meilleure compagne de vie du Messager d’Allah (qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix). Après l’avoir perdue, le Messager (qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix) fut accablé de douleur. Elle dépensa sa fortune pour le Messager d’Allah (qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix), tandis que le Messager d’Allah (qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix) dirigeait ses affaires commerciales. Allah le Très-Haut lui annonça, par l’intermédiaire de Son Prophète, la bonne nouvelle d’une demeure au Paradis, construite de perles et de joyaux. »

De nombreuses sources rapportent que le Messager d’Allah (qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix) a dit : « Ô Khadija, Gabriel te salue. » Certaines versions rapportent que Gabriel dit : « Ô Muhammad, transmets à Khadija les salutations de ton Seigneur et les miennes. » Khadija répondit :

En arabe :

Dans une narration rapportée par Hadrat Anas (qu’Allah l’agrée), la réponse de Hadrat Khadîja (qu’Allah l’agrée) est rapportée ainsi :

En arabe :

Hadrat Khadîja (qu’Allah l’agrée) a accepté le Prophète Muhammad (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui) comme époux, est restée fermement à ses côtés et, en lui confiant tout ce qu’elle possédait, a œuvré au bien immense de l’humanité. Nous ne pourrions achever l’énumération de ses qualités. À l’instar d’Allah le Très-Haut et de Jibrîl (sur lui la paix), nous lui adressons également d’innombrables salutations et mettons ainsi un terme à nos propos.

Sawda bint Zam‘a (qu’Allah l’agrée)

Hadrat Sawda (qu’Allah l’agrée) était cette femme fortunée que le Noble Messager d’Allah (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui) épousa après la mort de Hadrat Khadîja, la Mère des croyants (qu’Allah l’agrée). Il ne mena une vie conjugale qu’avec elle pendant près de trois ans, ou un peu plus. Puis il fit entrer dans son foyer Hadrat ‘Â’isha, la Mère des croyants (qu’Allah l’agrée).

Hadrat Sawda était issue des Banû ‘Âmir ibn Lu’ayy, une branche de la célèbre tribu qurayshite de La Mecque. Son père, Zam‘a ibn Qays, était qurayshite, et sa mère, Shamûs bint Qays, appartenait à la célèbre tribu des Banû Najjâr de Médine. Salmâ, la mère du grand-père du Messager d’Allah (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui), ‘Abd al-Muttalib, était elle aussi une fille de cette famille des Banû Najjâr. Le grand-père maternel de Sawda, Qays ibn ‘Amr, et Salmâ bint ‘Amr étaient frère et sœur. Le surnom de Hadrat Sawda était Umm al-Aswad.

À l’époque de l’Ignorance, Hadrat Sawda épousa en premières noces Sakrân ibn ‘Amr. Sakrân était son cousin paternel. Les quatre célèbres Compagnons Suhayl ibn ‘Amr, Sahl ibn ‘Amr, Sâlit ibn ‘Amr et Hâtib ibn ‘Amr étaient les frères de Sakrân. Au début de la mission prophétique du Noble Messager d’Allah (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui), Hadrat Sawda et son époux Sakrân embrassèrent l’islam. Tous deux comptaient parmi les hommes et les femmes bénis qui embrassèrent l’islam dès ses débuts. Ils l’embrassèrent à la même époque. Lorsque le premier groupe de musulmans démunis de La Mecque émigra en Abyssinie pour échapper aux persécutions des Qurayshites, cette famille musulmane resta encore attachée au sol de La Mecque. Mais lorsque leurs persécutions commencèrent à dépasser toute limite, un deuxième groupe de musulmans mecquois se prépara à émigrer en Abyssinie. Sawda émigra en Abyssinie avec son époux avec ce groupe. Après y être restés plusieurs années, ils revinrent à La Mecque ; peu avant l’émigration du Messager d’Allah (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui) vers Médine, Sakrân mourut à La Mecque en étant musulman. Le Messager (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui) l’y ensevelit.

Il est également rapporté qu’elle émigra en Abyssinie avec son époux avec les deux groupes, le premier comme le second. Un groupe de spécialistes de la vie du Prophète, parmi lesquels Abû ‘Ubayda et Ma‘mar, ont affirmé que Sakrân revint de l’Abyssinie à La Mecque. Puis, après être devenu apostat ou avoir embrassé le christianisme, il retourna en Abyssinie, où il mourut. Al-Balâdhurî affirme que la première narration est correcte.

Environ trois ans avant l’hégire du Messager d’Allah vers Médine, après le décès de la Mère des croyants, Khadîdja, qu’Allah l’agrée, il épousa Sawda, qu’Allah l’agrée.

Khadîdja, qu’Allah l’agrée, était la première épouse et l’épouse bien-aimée du noble Messager d’Allah, qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix. Dans l’angoisse de la solitude, face aux terribles épreuves et à la cruauté bestiale des oppresseurs et des persécuteurs, elle était la compagne dévouée de son époux bien-aimé. À chaque moment de crise, elle le réconfortait, lui témoignait sa compassion et l’aidait, en restant à ses côtés, à surmonter tous les obstacles. Après la disparition d’une épouse et d’une amie aussi intime, le Messager, qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix, fut profondément accablé et endeuillé. Il fut si bouleversé par la douleur de cette séparation que sa vie même en devint précaire. De plus, Khadîdja était la mère des enfants du Messager d’Allah, qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix, ainsi que la maîtresse de maison. En son absence, il devint difficile d’élever les enfants privés de leur mère et de gérer le foyer. En outre, les persécutions et les provocations des polythéistes s’intensifièrent. L’état du Messager d’Allah, qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix, préoccupait vivement ses Compagnons.

‘Uthmân ibn Maz‘ûn (mort en l’an 2 de l’hégire) était un Compagnon de grande stature. Un jour, son épouse Khawla bint Hakîm se rendit auprès du Messager d’Allah, qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix. Au cours de la conversation, elle lui dit soudain : « Ô Messager d’Allah, vous devriez vous remarier ! » Il demanda : « Qui est la candidate ? » Khawla répondit : « Il y a une veuve et une jeune fille vierge. Vous pouvez choisir celle qui vous plaît, puis nous en parlerons. » Il demanda de nouveau : « Qui est la candidate ? » Khawla répondit : « La veuve est Sawda bint Zam‘a, et la vierge est ‘Aïcha, la fille d’Abû Bakr. » Le Messager d’Allah, qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix, dit : « Les femmes sont plus aptes à jouer un rôle dans cette affaire. » Il donna ainsi son consentement.

Après avoir obtenu le consentement du Messager d’Allah, qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix, Khawla se rendit chez Sawda. Le père de Sawda était alors aux dernières limites de sa vie. Il s’était complètement retiré de toute activité mondaine. Khawla se présenta devant lui et le salua selon la coutume de la période antéislamique en disant : « An‘îm sabâhan ! » (« Bonjour ! »).

Le vieillard demanda : « Qui es-tu ? » Khawla répondit : « Je suis Khawla bint Hakîm. » Le vieillard lui souhaita la bienvenue et la fit asseoir près de lui. Khawla lui annonça la nouvelle en ces termes : « Muhammad ibn ‘Abdallah ibn ‘Abd al-Muttalib a demandé Sawda en mariage. » Le vieillard dit : « Quel noble parti ! Que dit ton amie Sawda ? » Khawla répondit : « Elle est d’accord. » Le vieillard demanda qu’on appelle Sawda. Lorsqu’elle se présenta, il lui dit : « Ma fille, cette femme — Khawla — dit que Muhammad ibn ‘Abdallah l’a envoyée te demander en mariage. C’est un homme noble. Je souhaite te le donner en mariage ; es-tu d’accord ? » Sawda répondit : « Oui, je suis d’accord. » Le vieillard dit alors à Khawla : « Va chercher Muhammad et amène-le-moi. » Le Messager, qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix, se présenta en tenue de marié, et le père de Sawda lui remit sa fille.

Certains récits permettent de comprendre qu’avant le mariage, le Messager, qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix, s’entretint directement avec Sawda. Il est possible que Khawla ait organisé cet entretien. L’imam Ahmad a rapporté un récit d’Abdallah ibn ‘Abbâs, qu’Allah l’agrée. Il dit : « Le Messager, qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix, envoya demander en mariage une femme de sa tribu nommée Sawda. Elle était l’incarnation même de l’épreuve : son mari était mort en laissant cinq ou six enfants. Le Messager d’Allah, qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix, lui dit : “Qu’est-ce qui t’empêche d’accepter ma proposition ?” Sawda répondit : “Par Allah, ô Prophète d’Allah ! Vous êtes, parmi toute la création, la personne que j’aime le plus. Rien ne m’empêche d’accepter votre proposition, mais je crains que mes enfants ne vous importunent constamment, matin et soir, et ne m’empêchent de vous servir.” Le Messager d’Allah demanda : “Y a-t-il une autre objection ?” Sawda répondit : “Non, il n’y en a pas d’autre.” Le Messager d’Allah dit : “Qu’Allah t’accorde Sa miséricorde. Les meilleures femmes sont celles qui montent à rebours sur le dos des chameaux. Les femmes vertueuses de Quraysh sont celles qui se montrent tendres envers leurs jeunes enfants et attentives envers leurs maris.” »

Selon un récit de Bukayr ibn al-Ashajj, Sakrân revint à La Mecque avec Sawda, puis mourut. Après l’observance de sa période de viduité, le Messager, qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix, demanda Sawda en mariage. Sawda dit : « Charge quelqu’un de ton clan de conclure le mariage. » Elle confia ensuite cette responsabilité à Hâtib ibn ‘Amr al-‘Âmirî. C’est lui qui maria Sawda au Messager d’Allah, qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix. Ce Hâtib, qu’Allah l’agrée, était un émigré et un ancien combattant de Badr.

Deux avis sont rapportés au sujet de celui qui fut le tuteur matrimonial de Sawda lors de son mariage avec le Messager d’Allah, qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix. 1. Le père de Sawda fut lui-même son tuteur et la maria. 2. Ce fut Sâlit ibn ‘Amr, ou, selon une autre version, Hâtib — également appelé Abû Hâtib — ibn al-‘Âmirî. Certains ont dit que le père de Sawda, probablement affaibli par le poids de la vieillesse, avait désigné Hâtib ou Sâlit comme tuteur. Ibn Ishâq dit : « Ni Sâlit ni Abû Hâtib ne se trouvaient à La Mecque au moment de ce mariage ; ils étaient en Abyssinie. La question de leur qualité de tuteurs ne se pose donc pas. » Le Messager, qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix, donna à Sawda une dot de quatre cents dirhams.

Al-Wâqidî rapporte : le mariage de Sawda avec le Messager d’Allah eut lieu au mois de Ramadan de la dixième année de la mission prophétique. Comme les mariages de Sawda et de ʿÂ’isha eurent lieu à peu près à la même époque, les historiens ont divergé sur la question de savoir lequel fut célébré en premier. L’examen des différents récits à ce sujet permet de dégager deux versions. Selon la première, Khawla proposa simultanément les mariages de ʿÂ’isha et de Sawda. Le Messager d’Allah accepta les deux propositions et autorisa Khawla à s’adresser aux familles des prétendantes. Khawla parla d’abord à la famille de ʿÂ’isha et arrangea le mariage. Elle arrangea ensuite celui de Sawda. L’imam Ahmad a rapporté un hadith de ʿÂ’isha. Celle-ci a dit : « Sawda fut la première femme que le Messager d’Allah épousa après moi. » Tel est également l’avis de ʿAbdullah ibn Muhammad ibn ʿAqîl.

En revanche, selon le récit de Bukayr ibn al-Ashajj, le Messager d’Allah épousa Sawda après Khadîdja. Ibn Hibban l’a également affirmé. ʿAbdullah ibn Muslim rapporte : après la mort de Khadîdja et avant son mariage avec ʿÂ’isha, le Messager d’Allah épousa Sawda au mois de Ramadan de la dixième année de la mission prophétique. Il établit son foyer avec elle à La Mecque et émigra avec elle à Médine.

Abû Salama ibn ʿAbd ar-Rahmân et Yahyâ ibn ʿAbd ar-Rahmân rapportent tous deux que, ayant reçu l’autorisation du Messager d’Allah, Khawla se rendit successivement auprès de Sawda et de ʿÂ’isha pour leur faire la proposition et arrangea leurs mariages. Le Messager d’Allah établit son foyer à La Mecque avec Sawda. Quant à ʿÂ’isha, elle n’avait alors que six ans. Il la fit entrer dans son foyer après l’émigration à Médine. Ibn Ishâq, Qatâda, Abû ʿUbayda, Ibn Qutayba et bien d’autres ont affirmé que le Messager d’Allah épousa Sawda après Khadîdja et avant ʿÂ’isha.

Ibn Ishâq a établi ainsi l’ordre des épouses du Messager d’Allah : 1. Khadîdja, 2. Sawda, 3. ʿÂ’isha, 4. Hafsa, 5. Zaynab bint Khuzayma, 6. Umm Habîba, 7. Umm Salama, 8. Zaynab bint Jahsh, 9. Juwayriyya, 10. Safiyya, 11. Maymûna.

Le frère de Sawda, ʿAbdullah ibn Zamʿa, était encore non musulman au moment de ce mariage. Il n’était pas présent au domicile lors de la célébration. Lorsqu’il l’apprit, après que le mariage eut été conclu, il entra dans une vive colère et une grande agitation. Sous l’effet du chagrin et du ressentiment, il se mit à se frapper la tête. Par la suite, il devint un musulman exemplaire. Jusqu’à la fin de sa vie, il exprima constamment ses regrets pour cette réaction précipitée. Les spécialistes de la biographie prophétique divergent quelque peu également quant à la date du mariage de Sawda. Divers ouvrages, dont les Tabaqât, le situent durant la dixième année de la mission prophétique, tandis qu’az-Zurqânî (3/460) le place durant la huitième année. Cette divergence provient essentiellement des désaccords concernant la date de la mort de Khadîdja.

Certains récits rapportent que Sawda fit deux rêves du vivant de son premier mari et que l’interprétation qu’elle lui en donna se réalisa. Ibn Saʿd écrit, d’après Hishâm ibn Muhammad, que Sawda vit un jour en rêve, du vivant de son premier mari Sakrân, le Messager s’approcher d’elle et poser un pied sur son épaule. Lorsqu’elle raconta son rêve à son mari, celui-ci lui dit : « Par Allah ! Si tu as vraiment fait ce rêve, je vais mourir et tu épouseras le Messager d’Allah. »

Une autre fois, elle rêva qu’elle était allongée, appuyée contre un coussin, lorsqu’une lune se fendit soudain dans le ciel et tomba sur elle. Après avoir entendu le récit du rêve, son mari lui dit : « Je vais mourir très prochainement, et après ma mort tu te remarieras. » Ce jour-là, il tomba malade et mourut quelques jours plus tard.

Le professeur Ahmad ʿAtiyya, dans son ouvrage Al-Qâmûs al-islâmî (3/557), explique, sans citer aucune source, la raison pour laquelle le Messager d’Allah épousa Sawda en ces termes : « Sawda était une veuve âgée. Elle était corpulente et lourde dans ses mouvements. Le Messager d’Allah lui tendit sa main généreuse afin de l’aider dans sa vieillesse et d’alléger quelque peu les épreuves qu’elle avait endurées au cours de sa vie. »

Le vénéré Messager d’Allah émigra de La Mecque à Médine au treizième année de la mission prophétique. Après être arrivé à Médine et s’y être quelque peu installé, il renvoya Zayd ibn Haritha à La Mecque afin de ramener Sawda et les autres. Aïcha rapporte que, après son arrivée à Médine, le Messager envoya Zayd ibn Haritha et Abou Rafi‘ à La Mecque, leur donnant deux chameaux et cinq cents dirhams. Puis nous partîmes tous en direction de Médine. Zayd et Abou Rafi‘ revinrent à Médine avec Fatima, Oumm Koulthoum, Sawda, Oumm Ayman et Oussama. Lors du pèlerinage d’adieu de la dixième année de l’Hégire, la vénérée Sawda accompagna le Messager d’Allah. Le Messager lui permit de se rendre à Mina avant le départ des autres personnes de Mouzdalifa. Aïcha rapporte que, durant la nuit passée à Mouzdalifa, Sawda demanda au Messager d’Allah la permission de partir pour Mina avant que la foule ne se mette en route. Sawda était une femme corpulente et ne pouvait pas se déplacer rapidement. Le Messager lui en donna la permission.

Un jour, toutes les épouses du Messager d’Allah étaient assises auprès de lui. Quelqu’un demanda alors : « Ô Messager d’Allah, qui d’entre nous mourra la première ? » Il répondit : « Celle dont la main est la plus longue. » Les personnes présentes comprirent cette parole dans son sens littéral. Elles mesurèrent leurs mains et constatèrent que celle de Sawda était la plus longue. Elles pensèrent donc que Sawda serait la première à mourir. Mais lorsque la vénérée Zaynab bint Khuzayma mourut avant toutes les autres, elles comprirent que la longueur de la main signifiait la générosité. Donner était ce qu’elle aimait le plus. Elle fut la première des Mères des croyants à mourir. Sawda était encore en vie.

Les spécialistes de la sîra divergent fortement au sujet de la date du décès de la vénérée Sawda. Al-Waqidi affirme que, selon l’avis que nous considérons comme exact, elle mourut au mois de Chawwal de l’an 54 de l’Hégire. Ibn al-‘Imad al-Hanbali jugea que l’avis situant sa mort en l’an 55 de l’Hégire, sous le califat du vénéré Mu‘awiya, était le plus exact. Ibn Hajar rapporte que Boukhari a transmis dans son Histoire, avec une chaîne authentique, qu’elle mourut vers la fin du califat du vénéré ‘Umar. L’imam adh-Dhahabi a également affirmé avec insistance qu’elle mourut vers la fin du califat de ‘Umar. ‘Umar mourut en martyr à la fin du mois de Dhou al-Hijja de l’an 23 de l’Hégire. Sawda serait donc morte avant cette date. Al-Baladhuri affirme qu’elle mourut en l’an 23 de l’Hégire et que le calife ‘Umar dirigea sa prière funéraire. Ibn Hibban dit qu’elle mourut en l’an 65 de l’Hégire. Il est également rapporté qu’elle mourut à près de quatre-vingts ans, sous le califat de ‘Uthman. La plupart des auteurs de la sîra ne donnent aucun détail sur les enfants de la vénérée Sawda. On sait toutefois qu’elle n’eut pas d’enfant durant sa vie conjugale avec le noble Messager d’Allah. Elle avait un fils issu de son premier mari, Sakran, nommé ‘Abd ar-Rahman, qui mourut en martyr lors de la bataille de Jalula, en Perse.

Parmi les épouses du Messager d’Allah, aucune n’était plus grande de taille que Sawda. La vénérée Aïcha a dit que quiconque l’avait vue une fois ne pouvait ensuite la perdre de vue. Az-Zurqani rapporte qu’elle avait une stature élancée. L’érudit Chibli Nu‘mani a dit qu’elle était corpulente. L’imam adh-Dhahabi l’a également affirmé. C’est pourquoi, lors du pèlerinage d’adieu, elle obtint du Messager d’Allah la permission de quitter Mouzdalifa pour Mina avant que la foule ne se mette en mouvement.

Seulement cinq hadiths ont été rapportés de la vénérée Sawda. Parmi eux, l’imam Boukhari n’en a rapporté qu’un seul. Parmi les Compagnons, ‘Abdullah ibn ‘Abbas, Ibn az-Zubayr et Yahya ibn ‘Abdullah al-Ansari ont entendu des hadiths de sa bouche et les ont transmis.

La vénérée Sawda entra dans la maison du Messager d’Allah environ trois ans avant l’Hégire. Du mois de Ramadan de la dixième année de la mission prophétique jusqu’au mois de Rabi‘ al-Awwal de la treizième année de l’Hégire, elle eut le privilège de bénéficier durant près de treize ans, en tant qu’épouse, de la proximité et de la compagnie du Messager d’Allah. Le mariage de Sawda avec le Messager d’Allah eut lieu peu avant ou peu après celui d’Aïcha. Après son mariage, Aïcha demeura environ trois ans dans la maison de son père. Durant cette période, Sawda fut en réalité l’unique maîtresse de maison. Elle assuma avec excellence toutes les responsabilités du foyer du Messager d’Allah. Elle prit également en charge l’éducation des filles, notamment Fatima, qui avait perdu sa mère. Il est probable qu’à cette époque elle s’occupait aussi du vénéré ‘Ali, membre de la famille du Prophète. En somme, durant une période difficile et éprouvante de la vie du Messager d’Allah, la vénérée Sawda, en tant que compagne de vie, assuma de lourdes responsabilités et de nombreux devoirs, s’efforçant de combler le vide laissé par Khadija.

Lorsque Aïcha entra dans la maison conjugale durant la première année de l’Hégire, sa coépouse Sawda y était déjà présente. Dans une telle situation, on pourrait imaginer qu’elles chercheraient à se disputer la place l’une de l’autre. Pourtant, leur situation était exactement à l’opposé de cette supposition naturelle. Toute leur vie familiale reposait sur l’affection réciproque, l’harmonie et l’unité. Dans la plupart des affaires domestiques, Sawda était l’amie d’Aïcha. Aïcha dit : « Je n’ai jamais vu une femme dont j’aurais tant souhaité que mon âme fût dans le corps. »

Dans son obéissance et son attachement aux enseignements du Messager d’Allah, elle se distinguait particulièrement de toutes les autres Mères des croyants. Lors du pèlerinage d’adieu, le Messager dit aux Mères des croyants : « Après ma mort, vous resterez dans vos maisons. » La vénérée Sawda appliqua cette instruction avec une telle rigueur qu’elle ne sortit plus jamais de chez elle, même pour accomplir le pèlerinage. Abou Hurayra rapporte qu’après la mort du Messager d’Allah, ses autres épouses accomplissaient le pèlerinage ; mais Sawda et Zaynab bint Jahsh observaient strictement l’ordre du Messager d’Allah et ne sortaient pas de chez elles. Sawda disait : « J’ai accompli le pèlerinage et la ‘umra. Désormais, conformément à l’ordre d’Allah, je resterai chez moi. »

La générosité était un aspect exceptionnel des nobles qualités et du caractère du Très Noble Messager d’Allah (qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix). Parmi les Compagnons, plus quelqu’un avait eu l’occasion de rester près de lui, plus cette qualité particulière s’était imprimée en lui. Ce furent ses épouses qui eurent le plus largement l’occasion de la recevoir de sa proximité et de sa compagnie. C’est pourquoi, bien que cette qualité particulière du Messager d’Allah (qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix) se retrouvât généralement chez toutes ses épouses, elle se manifestait davantage chez Sawda, après Aïcha (qu’Allah l’agrée). Ibn Sirin rapporte qu’un jour, le calife ‘Umar (qu’Allah l’agrée) envoya une bourse à Sawda (qu’Allah l’agrée). Elle demanda au porteur : « Qu’y a-t-il dans cette bourse ? » Il répondit : « Des dirhams. » En disant qu’on lui envoyait des dirhams comme on envoie des dattes, elle les distribua aussitôt aux gens.

Le fait de préférer autrui à soi-même était également un aspect lumineux de son caractère. Elle et Aïcha (qu’Allah l’agrée) commencèrent leur vie conjugale avec le Messager d’Allah (qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix) à peu près à la même époque. Toutefois, elle était plus âgée qu’Aïcha (qu’Allah l’agrée). De ce fait, la vieillesse survint dans sa vie et son attirance pour les hommes diminua. Afin d’obtenir la satisfaction de son époux, le Messager d’Allah (qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix), elle céda donc à sa coépouse Aïcha (qu’Allah l’agrée) la nuit qui lui revenait. À ce sujet, Aïcha (qu’Allah l’agrée) dit un jour à ‘Urwa : « Mon neveu ! Le Messager (qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix) ne favorisait aucune de ses épouses lorsqu’il passait auprès d’elles les nuits qui leur étaient attribuées. Il arrivait souvent qu’il passe auprès de nous toutes sans toucher aucune épouse. Puis il passait la nuit auprès de celle à qui cette nuit était destinée. Lorsque Sawda bint Zam‘a sentit la vieillesse l’atteindre et craignit que le Messager (qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix) ne la répudie, elle lui dit : “Ô Messager d’Allah ! Je te donne à Aïcha (qu’Allah l’agrée) la nuit qui me revient.” Le Messager d’Allah (qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix) accepta sa demande.

Il convient ici de clarifier un point. Le fait que Sawda (qu’Allah l’agrée) ait cédé à Aïcha (qu’Allah l’agrée) le temps qu’elle passait auprès de son époux est rapporté dans les ouvrages de hadith et de sîra. Parallèlement, certains récits figurant dans les ouvrages de sîra laissent entendre que, lorsque Sawda (qu’Allah l’agrée) atteignit la vieillesse, le Messager (qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix) lui aurait accordé un divorce. Puis, à la suite de sa demande humble, le Messager (qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix) aurait révoqué ce divorce. Cependant, les traditionnistes considèrent ces récits comme dépourvus d’importance, car ils sont extrêmement faibles. La vérité est que le Messager (qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix) ne divorça d’aucune de ses épouses. Comment pourrait-on imaginer que le Messager d’Allah (qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix) éloigne, dans sa vieillesse, celle qu’il avait prise pour épouse à une période particulière de sa vie et qui avait assumé avec une grande compétence les responsabilités de Khadija (qu’Allah l’agrée) ? C’est pourquoi les spécialistes du hadith n’ont pas cru à ces récits. Aucun ouvrage de hadith fiable ne les a d’ailleurs consignés. Mais qu’importe leur absence ? Plusieurs historiens modernes ont tenu des propos indécents au sujet de Sawda (qu’Allah l’agrée). Certains ont même affirmé qu’elle n’avait pas pu être l’épouse modèle du Messager d’Allah (qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix).

L’examen des différents récits à ce sujet fait apparaître clairement le fait suivant : la vieillesse survint dans la vie de Sawda. Elle devint incapable de satisfaire son époux. Par ailleurs, le Messager d’Allah (qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix) avait plusieurs épouses. Il était l’incarnation de l’équité et de la justice. Il accordait à toutes ses épouses une considération égale. Le temps qu’il consacrait à ses épouses était réparti équitablement entre elles toutes. Ainsi, Sawda et quelques autres épouses recevaient une part égale du temps durant lequel le Messager d’Allah (qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix) trouvait repos et tranquillité. Mais, en réalité, en raison de leur âge, elles étaient incapables de lui apporter cette tranquillité. En renonçant volontairement à son droit au profit de sa coépouse Aïcha (qu’Allah l’agrée), elle libéra le Messager (qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix) de cette obligation. Un récit rapporté par Aïcha (qu’Allah l’agrée) le confirme. Elle dit : « Sawda était devenue âgée. Elle comprit quelle était ma position auprès du Messager d’Allah (qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix) et qu’il désirait davantage ma proximité. Elle craignit donc que le Messager (qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix) ne se sépare d’elle. Elle dit alors : “Ô Messager d’Allah ! Je donne à Aïcha le jour qui me revient. Tu es quitte à ce sujet.” Le Messager (qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix) accepta sa proposition. Hadrat Sawda était une femme au caractère quelque peu rude. Elle était l’objet du profond respect de Hadrat Aïcha (qu’Allah l’agrée). Malgré cela, Aïcha disait que Sawda se mettait très vite en colère. Avant la révélation de l’ordre concernant le voile, ‘Umar (qu’Allah l’agrée) demandait souvent au Messager d’Allah (qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix) de donner une directive à ce sujet. Comme Allah n’avait révélé aucune directive à ce propos, il gardait le silence. À cette époque, aucune maison de La Mecque ne possédait de latrines intérieures. Les habitants ne trouvaient pas convenable d’en avoir. Les femmes aussi sortaient donc la nuit dans les espaces ouverts, à l’extérieur des maisons, pour satisfaire leurs besoins naturels. Hadrat Sawda était corpulente et de haute taille. On pouvait la reconnaître même au milieu d’une foule. Une nuit, alors qu’elle sortait, elle fut aperçue par ‘Umar. Il s’écria : “Je vous ai reconnue !” Le comportement de ‘Umar fit éprouver à Sawda à la fois de la honte et de la colère. À son retour, elle se plaignit de ‘Umar auprès du Messager d’Allah (qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix). C’est à la suite de cet événement que furent révélés les versets du voile. »

Il existe une grande divergence concernant la cause de la révélation des versets du voile. Un récit a déjà été mentionné ci-dessus. Selon un deuxième récit, Hadrat ‘Umar (qu’Allah l’agrée) dit au Messager (qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix) : « Des gens de toutes sortes, bons et mauvais, viennent auprès de toi. Il serait préférable que tu leur ordonnes de se tenir derrière un voile. » Ibn Jarir rapporte dans son Tafsir, d’après Mujahid, que le Messager (qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix) mangeait avec ses Compagnons. Hadrat ‘Aïcha participait également au repas. La main d’un homme toucha sa main. Cela déplut fortement au Messager d’Allah (qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix). Les versets du voile furent révélés après cet événement. Toutefois, il est généralement admis que les « versets du voile » furent révélés à l’occasion du repas de la walima de Hadrat Zaynab (qu’Allah l’agrée). Ibn Hajar a concilié ces récits de la manière suivante : il y eut plusieurs causes à la révélation des versets du voile. Parmi elles, l’événement concernant Zaynab fut le dernier. C’est donc lui qui constitue la cause de la révélation, car le verset lui-même y fait allusion.

Bien qu’elle eût un caractère rude, Sawda (qu’Allah l’agrée) possédait également une grande simplicité. Certaines de ses paroles faisaient rire le Messager (qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix). Un jour, elle lui dit : « La nuit dernière, j’ai prié avec toi. Tu es resté si longtemps en inclinaison que j’ai cru que mon nez allait commencer à saigner. C’est pourquoi je l’ai tenu longtemps pincé. » Le Messager (qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix) sourit doucement en entendant ses paroles.

Un jour, Sawda voyageait avec ‘Aïcha et Ḥafṣa (qu’Allah les agrée). Elles lui dirent en plaisantant quelque peu : « Avez-vous entendu quelque chose ? » Elle demanda : « À quel sujet ? » Elles répondirent : « Le Dajjâl est apparu. » En entendant cela, elle fut terrifiée. Tout près, des gens se réchauffaient autour d’un feu dans une tente. Elle y entra soudainement. En voyant ce qu’elle avait fait, Ḥafṣa et ‘Aïcha (qu’Allah les agrée) se rendirent auprès du Messager d’Allah (qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix), en riant, et lui racontèrent leur plaisanterie. Le Messager (qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix) vint se tenir à la porte de la tente et dit : « Le Dajjâl n’est pas encore apparu. » Sawda en sortit alors. Des toiles d’araignée s’étaient accrochées à son corps ; une fois dehors, elle les enleva. Pour beaucoup, la chaîne de transmission de ce récit est faible et le récit lui-même est douteux.

Il existe encore bien d’autres récits témoignant de la simplicité de Sawda (qu’Allah l’agrée). Derrière l’interdiction que le Messager d’Allah (qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix) s’imposa de boire du miel se trouve un épisode charmant de sa vie conjugale. Beaucoup pensent que Sawda y fut également mêlée, en toute simplicité. Voici l’épisode en bref :

Le Messager (qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix) aimait les douceurs. Lorsqu’il se rendait chez son épouse Zaynab bint Jaḥsh — ou, selon une autre version, chez Ḥafṣa — il buvait une boisson au miel. Cela suscita une certaine jalousie chez ‘Aïcha. Elle voulut faire en sorte que le Messager (qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix) ne boive plus de miel chez elle. Elle trama donc un stratagème avec Sawda. Elles convinrent que, lorsque le Messager (qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix) viendrait les voir après avoir bu du miel, chacune lui dirait : « Une odeur de maghfûr sort de votre bouche bénie. » Ainsi, peut-être cesserait-il de boire du miel, car il n’aimait aucune mauvaise odeur. Après avoir bu du miel, le Messager (qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix) vint les voir ; conformément à leur décision, elles lui dirent toutes la même chose. Le résultat fut rapide : le Messager (qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix) s’interdit le miel. C’est alors que furent révélés les versets 1 à 3 de la sourate At-Taḥrîm.

Le cœur de Sawda (qu’Allah l’agrée) était extrêmement tendre. Elle se troublait à la vue des souffrances et des peines de ses proches. Suhayl ibn ‘Amr, le frère de son premier mari, Sakrân ibn ‘Amr, fut capturé à Badr et amené à Médine. Il fut libéré contre quatre mille dirhams. À ce sujet, Ibn Isḥâq rapporte : lorsque les prisonniers de Badr furent amenés à Médine, Sawda se trouvait chez ‘Awf et Mu‘awwidh, les fils d’al-Anṣâr. Cela se passait avant la révélation de la prescription du voile. On annonça alors l’arrivée des prisonniers de Badr. Sawda rentra chez elle et y trouva le Messager d’Allah (qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix). Soudain, elle aperçut dans un coin de la pièce le prisonnier Abû Yazîd, Suhayl ibn ‘Amr. Ses deux mains étaient solidement attachées avec une corde autour de son cou. À cette vue, elle ne put se maîtriser et s’écria : « Abû Yazîd ! Vous vous êtes donc laissé capturer ainsi ? Ne pouviez-vous pas mourir avec honneur ? » Sawda dit : « C’est alors que je repris mes esprits en entendant la voix du Messager d’Allah (qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix) depuis l’intérieur de la maison : “Sawda ! Est-ce que tu l’incites contre Allah et Son Messager ?” » Sawda dit : « Ô Messager d’Allah ! En voyant Abû Yazîd, Suhayl, dans cet état, je n’ai pas pu me maîtriser. Ô Messager d’Allah ! Priez Allah de me pardonner. » Le Messager (qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix) dit : « Qu’Allah te pardonne. »

La huitième année de l’Hégire, Zaynab, la fille du Messager d’Allah (qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix), décéda à Médine. Sawda, Umm Ayman et Umm Salama lui donnèrent le bain rituel.

Le Noble Messager d’Allah (qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix) assura à Khaybar les moyens de subsistance de Sawda (qu’Allah l’agrée). ‘Abd ar-Raḥmân al-A‘raj disait dans diverses assemblées de Médine : « Le Messager (qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix) assura la subsistance de Sawda au moyen de quatre-vingts wasaq de dattes et de vingt wasaq de blé ou d’orge. »

‘‘Aïcha aṣ-Ṣiddîqa (qu’Allah l’agrée)

La Mère des croyants, ‘Aïcha aṣ-Ṣiddîqa (qu’Allah l’agrée), était l’épouse préférée du Messager d’Allah (qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix). Sa kunya était Umm ‘Abdillah et son titre aṣ-Ṣiddîqa. Certains récits mentionnent qu’elle portait également le titre d’al-Ḥumayrâ’. Elle était d’une grande beauté et avait le teint clair ; c’est pour cette raison qu’on l’appelait al-Ḥumayrâ’.¹ ‘Urwa rapporte : avant la révélation de l’obligation du voile, ‘Uyayna ibn Ḥiṣn vint rendre visite au Messager d’Allah (qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix). ‘Aïcha était alors présente. ‘Uyayna, faisant allusion à ‘Aïcha, demanda : « Ô Messager d’Allah ! Qui est cette al-Ḥumayrâ’ (cette belle femme) ? » Le Messager d’Allah (qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix) répondit : « C’est ‘Aïcha, la fille d’Abû Bakr. »² Beaucoup considèrent ce récit comme dépourvu de fondement.³

‘Abdullah était le fils d’Asmâ, la sœur de ‘Â’isha. Dans l’histoire, il est célèbre sous le nom de ‘Abdullah ibn az-Zubayr. La kunya se forme à partir du nom d’un enfant. ‘Â’isha n’avait pas d’enfant. Elle n’avait donc aucune kunya. Dans l’Arabie de cette époque, la kunya était un symbole d’honneur et de noblesse. Il n’était pas d’usage d’appeler les personnes de la classe noble par leur nom. On s’adressait à elles par leur kunya ou leur surnom. Un jour, ‘Â’isha dit à son époux, le Messager d’Allah : « Tes autres épouses ont adopté leur kunya d’après les enfants de leurs anciens maris ; d’après le nom de qui puis-je adopter une kunya ? » Le Messager d’Allah lui répondit : « D’après le nom de ‘Abdullah, le fils de ta sœur. » À partir de ce jour, sa kunya, ou son surnom, devint « Umm ‘Abdillah », c’est-à-dire « la mère de ‘Abdullah ».4

Il a également été rapporté que ‘Â’isha eut un fils qui mourut en bas âge. Il fut nommé ‘Abdullah.5 C’est d’après le nom de cet enfant qu’elle aurait reçu sa kunya. Ibn Hajar al-‘Asqalânî affirme que ce récit n’est pas exact. En outre, plusieurs hadiths authentiques indiquent clairement qu’elle n’avait pas d’enfant.7

Le père de ‘Â’isha était le calife du Messager d’Allah, le très véridique Abû Bakr, et sa mère était Umm Rûmân, Zaynab bint ‘Âmir — selon une autre opinion, ‘Umayr al-Kinânî. Du côté paternel, elle appartenait à la branche Banû Taym de la tribu de Quraysh, et du côté maternel, elle descendait des Banû Kinâna. Sa mère était la fille de Ghanâm ibn Mâlik al-Kinânî.8 Les lignées du Messager d’Allah et de ‘Â’isha se rejoignent, du côté paternel, à la septième ou huitième génération, et du côté maternel, à la onzième ou douzième génération.9

Le père de ‘Â’isha, Abû Bakr, mourut en l’an 13 de l’hégire. La plupart des historiens ont écrit qu’au sujet de sa mère, Umm Rûmân, celle-ci mourut en l’an 5 ou 6 de l’hégire. Le Messager d’Allah descendit dans sa tombe, l’inhuma et accomplit la prière funéraire sur elle.10 Mais cette information n’est pas exacte. En effet, des hadiths fiables prouvent qu’elle était encore en vie sous le califat de ‘Uthmân. Tous les hadiths relatifs à l’affaire de l’Ifk, survenue en l’an 6 de l’hégire — l’accusation portée contre la réputation de ‘Â’isha — mentionnent sa présence. Elle était également en vie lors de l’affaire du « takhyîr », en l’an 9 de l’hégire, qui concernait le choix de l’une des deux options. Cela ressort des récits des Tabaqât, d’al-Bukhârî, de Muslim et du Musnad d’Ahmad. Il est également connu par les récits d’al-Bukhârî, de Muslim et du Musnad d’Ahmad. Dans son ouvrage Târîkh as-Saghîr, l’imam al-Bukhârî a mentionné son nom parmi ceux qui moururent sous le califat d’Abû Bakr. Il a rejeté le premier récit. Dans son ouvrage at-Tahdhîb, le hâfiz Ibn Hajar a présenté une analyse détaillée et démontré que le récit de l’imam al-Bukhârî était exact.11

La mère de ‘Â’isha, Umm Rûmân, avait d’abord épousé ‘Abdullah ibn al-Hârith al-Azdî. ‘Abdullah vint à La Mecque avec son épouse Umm Rûmân et, après avoir conclu un pacte d’alliance avec Abû Bakr, s’y installa. Cela se passa avant l’islam. Ils eurent un fils nommé at-Tufayl. ‘Abdullah mourut, puis Abû Bakr épousa Umm Rûmân.12 De ce mariage naquirent deux enfants : ‘Abdullah et ‘Â’isha. On ne trouve pas beaucoup d’informations dans les ouvrages d’histoire et de sîra au sujet de la date exacte de naissance de ‘Â’isha. C’est pourquoi les avis divergent largement quant à son année de naissance. Sayyid Sulaymân Nadwî dit : l’historien Ibn Sa‘d a écrit, et certains spécialistes de la sîra l’ont suivi, que ‘Â’isha naquit au début de la quatrième année de la mission prophétique et qu’elle se maria à l’âge de six ans, durant la dixième année. Mais cela ne peut en aucune manière être exact. En effet, si elle était née au début de la quatrième année de la mission prophétique, elle aurait eu non pas six ans, mais sept ans au cours de la dixième année. En réalité, certains éléments concernant l’âge de ‘Â’isha sont établis par un consensus général. Elle se maria à l’âge de six ans, trois ans avant l’Hégire ; elle entra dans la maison de son mari à l’âge de neuf ans, au mois de Shawwâl de la première année de l’Hégire ; et elle devint veuve à l’âge de dix-huit ans, au mois de Rabî‘ al-Awwal de l’an 11 de l’hégire. Selon ce calcul, la date exacte de sa naissance se situerait vers la fin de la cinquième année de la mission prophétique, c’est-à-dire au mois de Shawwâl de la neuvième année avant l’Hégire, correspondant à juillet 614 de l’ère chrétienne.13

Il convient de signaler que, sur les vingt-trois années de la vie prophétique du Messager d’Allah, environ treize furent passées à La Mecque et dix à Médine. Selon le récit de Nadwî, lorsque ‘Â’isha naquit, quatre années de la mission prophétique s’étaient écoulées et la cinquième année avait commencé. L’imam adh-Dhahabî affirme que ‘Â’isha était de huit ans la cadette de Fâtima. ‘Â’isha rapporte qu’à La Mecque, elle rencontra un vieil homme aveugle qui conduisait un éléphant.14

On ne dispose d’aucune information précise sur le moment et la manière dont ‘Â’isha embrassa l’islam. Toutefois, le très véridique Abû Bakr eut le grand bonheur de voir la lumière de l’islam pénétrer en premier dans sa propre demeure. C’est pourquoi ‘Â’isha fait partie de ces garçons et filles bienheureux dont les oreilles ne furent jamais atteintes, ne serait-ce qu’un instant, par les paroles de la mécréance et du polythéisme. ‘Â’isha dit : « Depuis que j’ai commencé à connaître mes parents, je les ai trouvés musulmans. »15 L’imam adh-Dhahabî s’est contenté de dire que ‘Â’isha embrassa l’islam.16 Mais il n’a pas précisé quand ni comment. Ibn Hishâm a consacré un titre distinct à ceux qui embrassèrent l’islam par l’intermédiaire d’Abû Bakr. Le nom de ‘Â’isha y figure également.17

‘Â’isha fut allaitée par l’épouse de Wâ’il. La kunya de ce Wâ’il était Abû al-Fuqay‘âs. Son frère Aflâh — qui était l’oncle de lait de ‘Â’isha — venait par la suite lui rendre visite de temps à autre. Avec la permission du Messager d’Allah, ‘Â’isha se présentait devant lui. Son frère de lait venait également parfois lui rendre visite.18

L’enfance d’Aïcha (qu’Allah l’agrée) s’est déroulée comme celle de tous les autres enfants. Elle présentait toutefois une légère particularité. Dès son plus jeune âge, son intelligence vive et sa perspicacité étaient manifestes. Comme les autres enfants, elle aimait jouer. Des fillettes de son voisinage, du même âge qu’elle, venaient chez elle, et elle jouait la plupart du temps avec elles. Cependant, même dans leurs jeux à cet âge, le Messager d’Allah (que la bénédiction et la paix d’Allah soient sur lui) veillait au respect et à la considération qui lui étaient dus. Il arrivait souvent qu’elle joue avec les autres à la poupée, lorsque le Messager (que la bénédiction et la paix d’Allah soient sur lui) arrivait dans leur maison et se présentait soudain parmi elles. Aïcha (qu’Allah l’agrée) cachait alors rapidement les poupées, tandis que ses compagnes s’enfuyaient dès qu’elles apercevaient le Messager d’Allah (que la bénédiction et la paix d’Allah soient sur lui). Le Messager (que la bénédiction et la paix d’Allah soient sur lui) aimait les enfants et ne désapprouvait pas leurs jeux. Il appelait les enfants qui s’étaient enfuis et leur demandait de jouer avec Aïcha.¹⁹ Parmi les jeux des enfants, deux étaient ses préférés : jouer à la poupée et se balancer.²⁰ Un jour, Aïcha (qu’Allah l’agrée) jouait avec ses poupées lorsque le Messager (que la bénédiction et la paix d’Allah soient sur lui) arriva. Parmi les poupées, il y avait aussi un cheval doté de deux ailes. Le Messager (que la bénédiction et la paix d’Allah soient sur lui) dit : « Les chevaux n’ont pas d’ailes. » Aïcha s’exclama aussitôt : « Pourquoi donc ? N’avez-vous pas entendu dire que les chevaux de Sulayman, paix sur lui, avaient des ailes ? » En entendant cette réponse prompte d’Aïcha (qu’Allah l’agrée), le Messager (que la bénédiction et la paix d’Allah soient sur lui) sourit de telle manière que ses dents apparurent.²¹

Cet épisode permet de mesurer l’esprit vif et naturel d’Aïcha (qu’Allah l’agrée), sa connaissance de l’histoire et des traditions, ainsi que la finesse de son intelligence.

En général, les souvenirs de l’enfance s’effacent de la mémoire des gens. Mais Aïcha (qu’Allah l’agrée) se souvenait de tous les détails de son enfance. Lorsque le noble Messager d’Allah (que la bénédiction et la paix d’Allah soient sur lui) émigra de La Mecque vers Médine, Aïcha (qu’Allah l’agrée) ne devait pas avoir plus de huit ou neuf ans. Pourtant, aucun autre Compagnon n’a pu rapporter autant de détails qu’elle sur l’événement de l’Hégire.²²

L’imam al-Bukhari l’a rapporté dans son commentaire de la sourate al-Qamar. Aïcha (qu’Allah l’agrée) dit : lorsque ce verset :

Ce sera en arabe

fut révélé à La Mecque, j’étais une toute petite fille et je jouais.²³ Durant son enfance, la noble Aïcha (qu’Allah l’agrée) provoquait parfois sa mère. Celle-ci la punissait alors. Le Messager (que la bénédiction et la paix d’Allah soient sur lui) en éprouvait de la peine. Un jour, il dit à Umm Ruman : « Pour l’amour de moi, ne la punissez plus. » Une autre fois, le Messager (que la bénédiction et la paix d’Allah soient sur lui) se rendit dans la maison paternelle d’Aïcha et la vit en larmes, appuyée contre le seuil de la porte. Il dit à Umm Ruman : « Vous n’avez pas accordé d’importance à ma parole. » Umm Ruman répondit : « Ô Messager d’Allah, cette fille se plaint de moi auprès de son père. » Le Messager d’Allah (que la bénédiction et la paix d’Allah soient sur lui) dit : « Quoi qu’elle fasse, ne lui faites pas de peine. » L’érudit Sayyid Sulayman Nadwi a rapporté cet épisode d’après al-Mustadrak d’al-Hakim.

La première épouse du noble Messager d’Allah (que la bénédiction et la paix d’Allah soient sur lui) fut Khadija bint Khuwaylid. Au moment de leur mariage, le noble Messager d’Allah (que la bénédiction et la paix d’Allah soient sur lui) avait vingt-cinq ans et Khadija (qu’Allah l’agrée) quarante ans. Après avoir vécu vingt-cinq ans avec le Messager d’Allah (que la bénédiction et la paix d’Allah soient sur lui), Khadija (qu’Allah l’agrée) décéda au mois de Ramadan de la dixième année de la mission prophétique, trois ans avant l’Hégire. Le Messager d’Allah (que la bénédiction et la paix d’Allah soient sur lui) avait alors cinquante ans et Khadija soixante-cinq.

Nous avons mentionné dans la biographie de Sawda (qu’Allah l’agrée) qu’après la mort de Khadija (qu’Allah l’agrée), voyant le Messager d’Allah (que la bénédiction et la paix d’Allah soient sur lui) accablé de tristesse, Khawla bint Hakim, l’épouse d’Uthman ibn Maz‘un, lui dit : « Ô Messager d’Allah (que la bénédiction et la paix d’Allah soient sur lui), vous devriez vous remarier. » Le Messager (que la bénédiction et la paix d’Allah soient sur lui) demanda : « Avec qui ? » Khawla répondit : « Il y a des candidates veuves et des jeunes filles vierges. On peut parler de celle qui vous plaira. » Le Messager (que la bénédiction et la paix d’Allah soient sur lui) demanda encore : « Qui sont-elles ? » Khawla répondit : « La veuve est Sawda bint Zam‘a, et la jeune fille est Aïcha, la fille d’Abu Bakr. » Le Messager (que la bénédiction et la paix d’Allah soient sur lui) dit : « Très bien. Parle au sujet de celle-ci. »²⁴

Ayant obtenu l’accord du Messager d’Allah, Khawla se rendit d’abord chez Abou Bakr pour lui présenter la proposition. Chez les Arabes de la période préislamique, il était d’usage de ne pas marier les filles de ses frères germains, et ils considéraient également comme illicite d’épouser les filles de ses demi-frères, de ses cousins ou de ses frères adoptifs. En entendant cette proposition, Abou Bakr dit : « Khawla ! Aïcha est la nièce du Messager d’Allah. Comment le Messager d’Allah pourrait-il l’épouser ? » Khawla retourna alors auprès du Messager d’Allah et l’interrogea à ce sujet. Le Messager dit : « Abou Bakr est mon frère dans la religion. Il est donc permis de contracter une alliance matrimoniale avec les filles de frères de cette sorte. » Abou Bakr accepta la proposition et demanda à Khawla d’aller chercher le Messager d’Allah.25

Avant que la proposition de mariage d’Aïcha avec le Messager d’Allah ne fût présentée, son mariage avec Jubayr ibn Mut‘im ibn ‘Adi avait déjà été envisagé. Il était donc nécessaire de s’enquérir également de son avis. Abou Bakr se rendit auprès de Mut‘im ibn ‘Adi et lui dit : « Tu avais proposé Aïcha à ton fils. Dis-moi quelle est maintenant votre décision. » Mut‘im consulta son épouse. La famille de Mut‘im n’avait pas encore embrassé l’islam ; son épouse n’était donc pas favorable à cette proposition. Mut‘im déclara qu’il partageait son avis. Abou Bakr lui demanda alors : « Que dit votre épouse ? » Mut‘im répondit qu’il était du même avis qu’elle. Abou Bakr retourna ensuite auprès de Khawla et lui dit : « Allez chercher le Messager d’Allah. » Le Messager vint, et Abou Bakr célébra le mariage.26 Al-Baladhuri a toutefois indiqué qu’il n’était pas exact qu’une proposition de mariage eût été faite pour Aïcha par quelqu’un d’autre.27

Le mariage d’Aïcha et celui de Sawda eurent lieu à la même époque. Après avoir épousé Sawda, le Messager d’Allah la fit immédiatement venir dans sa demeure et vécut seul avec elle pendant trois ans, avant de faire venir Aïcha auprès de lui.28

Ce mariage fut célébré de la manière la plus simple et la moins fastueuse qui soit. ‘Atiyya en a rapporté le récit suivant : « Aïcha jouait avec d’autres fillettes. Sa servante vint la chercher, puis Abou Bakr arriva et célébra le mariage. »

On peut mesurer à quel point ce mariage s’acheva dans la simplicité et sans cérémonie grâce à un récit d’Aïcha elle-même. Elle dit : « Lorsque je me suis mariée, je ne savais absolument rien. Mon mariage avait été célébré. Ensuite, ma mère m’expliqua tout. »29

Aïcha dit : « Au moment de mon mariage, j’étais une toute petite fille. Je portais un vêtement appelé hawf. Après le mariage, bien que je fusse encore petite, je ressentis de la pudeur. » Il convient de préciser que le hawfa est un vêtement en cuir, semblable à un pantalon, que les enfants portent autour du milieu du corps. Il existe des divergences quant au mahr que le Messager d’Allah avait accordé à Aïcha. Les récits d’Ibn Sa‘d indiquent que le Messager lui donna, à titre de mahr, une maison dont la valeur était de cinquante dirhams.30 Ibn Ishaq rapporte la somme de quatre cents dirhams. Un autre récit d’Ibn Sa‘d, transmis d’Aïcha elle-même, dit : « Le mahr était de douze uqiyya et un nash, soit l’équivalent de cinq cents dirhams. »31 Dans le Sahih Muslim, il est rapporté d’après Aïcha que le mahr des épouses du Messager d’Allah était généralement de cinq cents dirhams.32 Il est rapporté dans le Musnad d’Ahmad, d’après Aïcha, que son mahr était de cinq cents dirhams.

Avant même d’épouser Aïcha, le Noble Messager reçut une heureuse annonce. Un jour, il vit en rêve un homme lui montrer une chose enveloppée dans un morceau de soie en disant : « Ceci est à vous. » Lorsqu’il l’ouvrit, il y trouva Aïcha.33

Aïcha rapporte que le Messager d’Allah dit : « Pendant trois nuits, je t’ai vue en rêve. Un ange apportait quelque chose enveloppé dans un morceau de soie et disait : “Voici ton épouse.” Je l’ouvrais par le côté de la tête et je t’y voyais. Je disais alors : “Si cela vient d’Allah, qu’il en soit ainsi.” »34

L’imam at-Tirmidhi a rapporté qu’Aïcha (qu’Allah l’agrée) a dit : Jibrîl (paix sur lui) apporta au Messager d’Allah (paix et bénédictions d’Allah sur lui) son portrait enveloppé dans un morceau de soie verte et lui dit : « Voici celle qui sera votre épouse ici-bas et dans l’au-delà. »³⁵

Il existe une légère divergence concernant la date exacte du mariage d’Aïcha (qu’Allah l’agrée). L’érudit Badr ad-Dîn al-‘Aynî a écrit dans son commentaire du Sahîh al-Bukhârî : « Le mariage d’Aïcha (qu’Allah l’agrée) eut lieu deux ans avant l’Hégire ; on dit aussi trois ans avant, et il a également été dit qu’il eut lieu un an et demi auparavant. »³⁶ Certains récits rapportent que le Messager d’Allah (paix et bénédictions d’Allah sur lui) épousa Aïcha (qu’Allah l’agrée) trois ans après le décès de Khadîja (qu’Allah l’agrée). Certains spécialistes de la sîra disent que le mariage d’Aïcha (qu’Allah l’agrée) eut lieu l’année même où Khadîja (qu’Allah l’agrée) mourut.³⁷

Soulaymân Nadwî dit : Il aurait été possible de déterminer la date exacte du mariage d’Aïcha (qu’Allah l’agrée) à partir de la date du décès de Khadîja (qu’Allah l’agrée). Toutefois, la date du décès de Khadîja (qu’Allah l’agrée) ne fait pas non plus l’unanimité ; elle est elle-même sujette à divergence. Dans ce cas, le récit d’Aïcha (qu’Allah l’agrée) elle-même aurait pu être retenu. Mais on trouve dans le Bukhârî et le Musnad deux récits différents rapportés d’après elle. Selon l’un d’eux, son mariage eut lieu trois ans après le décès de Khadîja (qu’Allah l’agrée).³⁸ L’autre récit situe le mariage durant l’année du décès de Khadîja (qu’Allah l’agrée).³⁹

Ce que retiennent la majorité des chercheurs et la plupart des récits fiables est que Khadîja (qu’Allah l’agrée) mourut au mois de Ramadan, durant la dixième année de la mission prophétique, trois ans avant l’Hégire, et que, un mois plus tard, au mois de Shawwâl, le Messager d’Allah (paix et bénédictions d’Allah sur lui) épousa Aïcha (qu’Allah l’agrée). Aïcha (qu’Allah l’agrée) avait alors six ans. Selon ce calcul, son mariage eut lieu au mois de Shawwâl de la troisième année précédant l’Hégire, correspondant à mai 620 de l’ère chrétienne. Ibn ‘Abd al-Barr a soutenu cet avis dans son ouvrage Al-Istî‘âb. En réalité, le mariage eut lieu l’année du décès de Khadîja (qu’Allah l’agrée), tandis que la vie conjugale commença trois ans plus tard, lorsque le Prophète la fit entrer dans son foyer à l’âge de neuf ans. Un récit d’Aïcha (qu’Allah l’agrée), rapporté par Ibn Sa‘d, l’établit clairement.⁴⁰

Après son mariage, Aïcha (qu’Allah l’agrée) demeura près de trois ans dans la maison de son père : deux ans et trois mois à La Mecque, puis sept ou huit mois à Médine après l’Hégire.

Lorsque les persécutions et les violences des polythéistes à La Mecque dépassèrent les limites du supportable, le Messager (paix et bénédictions d’Allah sur lui) décida d’émigrer à Médine. Aïcha (qu’Allah l’agrée) raconte que le Messager (paix et bénédictions d’Allah sur lui) venait chaque matin et chaque soir chez Abou Bakr. Un jour, contrairement à son habitude, il arriva dans l’après-midi, la tête et le visage couverts d’un manteau. Les deux filles d’Abou Bakr, Aïcha et Asmâ, se trouvaient alors auprès de lui. Le Messager (paix et bénédictions d’Allah sur lui) dit : « Abou Bakr ! Éloignez un peu les personnes qui se trouvent auprès de vous, car je voudrais vous parler. » Abou Bakr répondit : « Ô Messager d’Allah ! Il n’y a ici personne d’autre que les membres de votre propre famille. » Le Messager (paix et bénédictions d’Allah sur lui) entra et leur révéla sa décision d’émigrer. Aïcha et Asmâ, les deux sœurs, préparèrent ensemble les provisions du voyage. Puis elles prirent toutes deux le chemin de Médine, laissant à La Mecque leurs familles parmi les ennemis.⁴¹

Après s’être quelque peu établi à Médine, le Messager d’Allah (paix et bénédictions d’Allah sur lui) envoya à La Mecque Zayd ibn Hâritha (qu’Allah l’agrée) et Abû Râfi‘ (qu’Allah l’agrée) afin d’en faire venir sa famille. Il leur donna deux chameaux et cinq cents dirhams, qu’Abou Bakr (qu’Allah l’agrée) avait remis au Messager (paix et bénédictions d’Allah sur lui) pour subvenir à ses besoins. Abou Bakr (qu’Allah l’agrée) envoya également son fils ‘Abdullah avec eux, en lui demandant de faire venir à Médine Aïcha, Asmâ et leur mère, Umm Rûmân.

Lorsque toutes ces personnes partirent de La Mecque, Talha ibn ‘Ubaydillah les accompagna dans leur émigration. Avec Abû Râfi‘ et Zayd ibn Hâritha se trouvaient Fâtima, Umm Kulthûm, Sawda bint Zam‘a, Umm Ayman et Usâma ibn Zayd ; et avec ‘Abdullah ibn Abî Bakr (qu’Allah l’agrée) se trouvaient Umm Rûmân et les deux sœurs de ‘Abdullah, Aïcha et Asmâ.⁴²

Lorsque cette caravane, partie de La Mecque, atteignit al-Baydā’, lieu de résidence des Banū Kināna du Hedjaz, le chameau monté par ʿĀʾisha (qu’Allah l’agrée) et sa mère Umm Rūmān (qu’Allah l’agrée) s’emballa et partit au galop en les emportant. À chaque instant, elles craignaient d’être projetées avec le palanquin. Comme il est dans la nature des femmes, la mère, sans se soucier de sa propre vie, se mit à pleurer et à s’affoler pour sa fille bien-aimée, ʿĀʾisha (qu’Allah l’agrée). Après avoir parcouru une longue distance, on rattrapa le chameau et on le maîtrisa. Tous étaient sains et saufs et arrivèrent de même à Médine. Le noble Messager d’Allah (paix et bénédictions d’Allah sur lui) construisait alors la mosquée du Prophète et des habitations aux alentours. Dans l’une d’elles, on aménagea le logement de Sawda (qu’Allah l’agrée) et des filles du Messager d’Allah (paix et bénédictions d’Allah sur lui).⁴³

ʿĀʾisha (qu’Allah l’agrée) s’installa avec ses proches dans le quartier des Banū Hārith ibn Khazraj à Médine et y vécut sept ou huit mois avec sa mère. Le climat de Médine ne convenait pas à la plupart des émigrés venus de La Mecque. Beaucoup d’hommes et de femmes tombèrent malades. Abū Bakr (qu’Allah l’agrée) fut atteint d’une forte fièvre. La jeune ʿĀʾisha (qu’Allah l’agrée) se consacra aux soins de son père. Un jour, elle se rendit auprès du Messager d’Allah (paix et bénédictions d’Allah sur lui) et l’informa de l’état de son père ; il invoqua alors Allah en faveur d’Abū Bakr (qu’Allah l’agrée). Celui-ci recouvra la santé.

Après avoir soigné son père, ʿĀʾisha (qu’Allah l’agrée) tomba elle-même malade et resta alitée. Son père se consacra alors à ses soins. Abū Bakr (qu’Allah l’agrée) se rendait auprès de sa fille malade et frottait tendrement son visage contre le sien. La maladie était si grave que presque tous les cheveux de la tête de ʿĀʾisha (qu’Allah l’agrée) tombèrent.⁴⁴

Après avoir été délivré de ses épreuves et de sa maladie, Abū Bakr (qu’Allah l’agrée) — selon une autre version, Umm Rūmān (qu’Allah l’agrée) — dit un jour au Messager d’Allah (paix et bénédictions d’Allah sur lui) : « Ô Messager d’Allah ! Pourquoi ne fais-tu pas venir ton épouse chez toi ? » Il répondit : « Je n’ai pas entre les mains de quoi payer la dot. » Abū Bakr (qu’Allah l’agrée) dit : « Accepte mon argent ; je te le prête. » Le Messager d’Allah (paix et bénédictions d’Allah sur lui) emprunta alors à Abū Bakr (qu’Allah l’agrée) douze uqiyya et un nash (soit cinq cents dirhams), puis les envoya à ʿĀʾisha (qu’Allah l’agrée).

Médine était comme la belle-famille de ʿĀʾisha (qu’Allah l’agrée). Les femmes des Ansār vinrent chez Abū Bakr (qu’Allah l’agrée) pour accueillir la jeune mariée. ʿĀʾisha (qu’Allah l’agrée) jouait alors avec d’autres filles dans la cour de la maison, sous un palmier. Sa mère, Umm Rūmān (qu’Allah l’agrée), l’appela. Dès qu’elle entendit l’appel de sa mère, elle accourut, essoufflée. Puis elle entra dans la pièce où les femmes invitées l’attendaient. Dès que la jeune mariée y pénétra, les femmes s’écrièrent : « Que ton arrivée soit heureuse et bénie ! » Elles parèrent la jeune mariée. Peu après, le Messager d’Allah (paix et bénédictions d’Allah sur lui) arriva.⁴⁵

À cette occasion, rien ne fut présenté au Messager d’Allah (paix et bénédictions d’Allah sur lui), sinon un bol de lait. Asmāʾ bint Yazīd était une amie proche de ʿĀʾisha (qu’Allah l’agrée). Elle raconte : « J’étais l’amie de ʿĀʾisha. Je la parai et la présentai au Messager d’Allah (paix et bénédictions d’Allah sur lui). D’autres femmes étaient avec moi. À ce moment-là, nous ne trouvâmes rien d’autre à offrir au Messager d’Allah (paix et bénédictions d’Allah sur lui) qu’un bol de lait. Le Messager d’Allah (paix et bénédictions d’Allah sur lui) en prit un peu en bouche, puis le tendit à ʿĀʾisha. Voyant qu’elle hésitait par pudeur à le prendre, je lui dis : “Ne refuse pas le présent du Messager d’Allah.” Elle le prit alors très timidement, en but un peu et voulut le déposer. Le Messager (paix et bénédictions d’Allah sur lui) lui dit : “Donne-en à tes compagnes.” Nous répondîmes : “Ô Messager d’Allah ! Nous n’avons pas envie de boire maintenant.” Il dit : “Ne mentez pas. Tout mensonge de l’être humain est consigné.” Une autre version rapporte : “N’associez pas la faim au mensonge. Le mensonge est consigné, même lorsqu’il est petit.”⁴⁶

Les récits authentiques permettent de savoir que ʿĀʾisha (qu’Allah l’agrée) rejoignit le foyer conjugal au mois de Shawwāl de la première année de l’Hégire. L’érudit ʿAynī a écrit qu’elle rejoignit son foyer après la bataille de Badr, durant la deuxième année de l’Hégire.⁴⁷ Un récit de ce type est également rapporté de ʿĀʾisha (qu’Allah l’agrée) : « Il m’épousa trois ans avant l’Hégire et consomma le mariage avec moi au mois de Shawwāl, au terme de dix-huit mois après l’Hégire. Au moment du mariage, j’étais une fille de six ans, et au moment de la consommation du mariage, j’avais neuf ans. »⁴⁸ Mais ce récit ne peut être exact, car selon celui-ci, ʿĀʾisha (qu’Allah l’agrée) aurait alors eu dix ans. Or tous les ouvrages de hadith et d’histoire s’accordent à dire qu’elle avait neuf ans à cette époque.⁴⁹

Le mariage de ʿĀʾisha (qu’Allah l’agrée) et son entrée dans le foyer conjugal eurent tous deux lieu au mois de Shawwāl. C’est pourquoi elle aimait, toute sa vie durant, célébrer ce genre d’événements au mois de Shawwāl. Elle disait : « Mon mariage et mon entrée dans le foyer conjugal eurent tous deux lieu au mois de Shawwāl. Qui donc fut plus favorisée que moi auprès de son époux ? »⁵⁰

Le noble Messager d’Allah — qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix — fit venir Aïcha — qu’Allah l’agrée — dans une petite pièce construite à côté de la mosquée du Prophète. La pièce où le Messager — qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix — repose aujourd’hui est celle d’Aïcha — qu’Allah l’agrée. Plus tard, Aïcha — qu’Allah l’agrée — disait : « La pièce où je me trouve actuellement est celle dans laquelle le Messager — qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix — m’installa pour la première fois. C’est ici qu’il rendit l’âme. » Le Messager — qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix — fit aménager la porte de la pièce directement en face d’une porte de la mosquée.⁵¹ Les récits précédents permettent à chacun de comprendre combien le mariage d’Aïcha — qu’Allah l’agrée —, son entrée dans le foyer conjugal et chacune des cérémonies furent simples et dépourvus de faste. Il n’y avait ni étalage ostentatoire ni aucune forme de superflu.

Le mariage d’Aïcha — qu’Allah l’agrée — mit fin à de nombreuses superstitions et coutumes néfastes de l’Arabie de l’époque. Les Arabes ne considéraient pas comme licite le mariage avec les filles de toutes sortes de frères, pas même avec la fille d’un frère de lait. C’est pourquoi, en entendant la proposition de Khawla — qu’Allah l’agrée —, Abou Bakr — qu’Allah l’agrée — s’écria : « Est-ce licite ? Aïcha est la nièce du Messager d’Allah — qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix. » Lorsque cela parvint aux oreilles du Messager d’Allah — qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix —, il dit : « Abou Bakr est mon frère en Islam. Il m’est permis d’épouser sa fille. »

Une autre coutume néfaste consistait à ne pas célébrer de mariages durant le mois de Chawwâl. Autrefois, une épidémie de peste s’était déclarée en Arabie au cours d’un mois de Chawwâl. C’est pourquoi les Arabes considéraient ce mois comme néfaste et n’y célébraient aucun mariage.⁵²

Certains Arabes de cette époque croyaient également que si l’on faisait entrer la nouvelle mariée dans son foyer durant ce mois, le couple ne resterait pas uni et finirait par se séparer. Le mariage d’Aïcha — qu’Allah l’agrée — porta un coup décisif au fondement de cette croyance. La cérémonie d’entrée de la nouvelle mariée dans son foyer eut lieu pendant la journée. Cela aussi allait à l’encontre de la pratique courante.⁵³

Une autre coutume consistait à allumer des feux devant la mariée. La première rencontre des regards des nouveaux époux avait lieu sur une estrade ou à l’intérieur. Toutes ces coutumes néfastes furent déracinées grâce à ce mariage.

Instruction et éducation

Dans l’Arabie ancienne, où même l’instruction des hommes n’était pas répandue, il n’était naturellement pas question d’instruire les femmes. À l’aube de l’Islam, dans l’ensemble du clan quraychite de La Mecque, seules 17 personnes savaient lire et écrire. Une seule d’entre elles était une femme : Shifâ bint Abdallah.⁵⁴ L’importance particulière accordée par l’Islam à la lecture et à l’écriture entraîna leur rapide diffusion.

Parmi les épouses du Messager d’Allah — qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix —, Hafsa — qu’Allah l’agrée — et Oumm Salama — qu’Allah l’agrée — possédaient quelques connaissances en lecture et en écriture. Sur l’ordre même du Messager d’Allah — qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix —, Hafsa — qu’Allah l’agrée — apprit à lire et à écrire auprès de Shifâ bint Abdallah — qu’Allah l’agrée.⁵⁵ À cette époque, quelques autres femmes parmi les Compagnons apprirent également à lire et à écrire. L’institution par le Messager d’Allah — qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix — de plusieurs unions, et en particulier son mariage avec Aïcha — qu’Allah l’agrée — alors qu’elle était encore très jeune, recelait de nombreux bienfaits. Bien que la bénédiction de sa compagnie conduisît d’innombrables hommes au comble de la félicité, les femmes ordinaires ne pouvaient, pour des raisons naturelles, bénéficier de cette faveur. Ce n’est que par l’intermédiaire des épouses du Messager d’Allah — qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix — que les bienfaits et les bénédictions de sa compagnie, ainsi que leurs enseignements, pouvaient être transmis et diffusés parmi les femmes du monde entier.

À l’exception de ‘Â’isha as-Siddîqa (qu’Allah l’agrée), toutes les autres épouses purifiées du Messager d’Allah (paix et bénédictions d’Allah sur lui) furent liées à lui par le mariage après être devenues veuves ou avoir été divorcées. À cet égard, seule ‘Â’isha (qu’Allah l’agrée) fut comblée du fayḍ et de la baraka de la prophétie. L’enfance et l’adolescence constituent la période véritable de l’éducation et de la formation de l’être humain. Par bonheur, elle passa toute cette période à recevoir la formation de son Prophète, de sorte qu’elle devint un flambeau de lumière pour la moitié de l’humanité.

Dans tout le clan des Quraychites, Abû Bakr (qu’Allah l’agrée) était l’homme le plus expérimenté et le plus savant en astrologie et en poésie. ‘Â’isha (qu’Allah l’agrée) fut élevée sous la tutelle d’un tel père. Elle acquit ainsi héréditairement le goût et la maîtrise de ces deux disciplines.

Hadrat Abû Bakr (qu’Allah l’agrée) accordait une attention particulière à la bonne éducation de ses enfants et à leur apprentissage de l’adab et des bonnes mœurs. Il se montrait parfois sévère. Les ouvrages de hadith et de sîra en fournissent également la preuve. Un jour, il voulut frapper son fils ‘Abd ar-Rahmân, uniquement parce que celui-ci avait tardé à servir le repas aux invités. Même après son mariage, ‘Â’isha (qu’Allah l’agrée) éprouvait une grande crainte de son père pour la moindre de ses erreurs.⁵⁶ Dans bien des cas, son père la réprimandait très sévèrement. Il n’hésitait même pas, parfois, à la frapper.⁵⁷ Un jour, le Messager d’Allah (paix et bénédictions d’Allah sur lui) la sauva.⁵⁸ Une autre fois, en présence du Messager d’Allah (paix et bénédictions d’Allah sur lui), il frappa violemment ‘Â’isha (qu’Allah l’agrée) aux côtes. Le Messager (paix et bénédictions d’Allah sur lui) s’exclama alors : « Abû Bakr ! Qu’Allah vous pardonne ! Nous ne voulions pas cela. »⁵⁹ La véritable formation et l’instruction de Hadrat ‘Â’isha (qu’Allah l’agrée) commencèrent après son entrée dans la maison conjugale. C’est à cette époque qu’elle apprit à lire. Elle récitait le Coran en le lisant. Selon un récit, elle ne savait pas écrire.⁶⁰ Il est rapporté dans un hadith que son esclave Zakwân s’occupait pour elle de la transcription du Coran.⁶¹ Toutefois, certains récits disent : « En réponse à telle lettre, elle écrivit ceci. » Il est probable que les narrateurs aient dit « elle écrit » au lieu de « elle fait écrire ». C’est généralement ainsi que les choses se passent. Quoi qu’il en soit, l’écriture et la lecture sont les critères extérieurs du savoir humain. Le véritable critère du savoir se situe à un niveau bien supérieur. Atteindre la perfection et la pureté de l’humanité et de la morale, connaître les obligations de la religion et les mystères profonds de la Sharî‘a, et acquérir la connaissance de la Parole d’Allah et des enseignements prophétiques constituent la meilleure des éducations. Hadrat ‘Â’isha (qu’Allah l’agrée) était un réservoir de tous ces savoirs. En outre, elle possédait une connaissance approfondie de l’histoire, de la littérature et de la médecine. Elle acquit ses connaissances historiques et littéraires auprès de son père.⁶² Elle apprit la médecine auprès des gens et des délégations qui, venant de différentes régions et localités à diverses époques, se présentaient auprès du Messager d’Allah (paix et bénédictions d’Allah sur lui). Durant les derniers jours de sa vie, le Messager d’Allah (paix et bénédictions d’Allah sur lui) était la plupart du temps malade. ‘Â’isha (qu’Allah l’agrée) retenait dans sa mémoire les traitements et les médicaments que les médecins arabes prescrivaient en diverses circonstances.

Un jour, ‘Urwa dit à ‘Â’isha (qu’Allah l’agrée) : « Je suis émerveillé par vos connaissances en fiqh, en poésie et en histoire de l’Arabie ancienne. Il vous était possible d’acquérir ces connaissances. Mais je ne peux m’empêcher d’être émerveillé par votre connaissance de la “tibb”, c’est-à-dire de la médecine. Comment et où avez-vous acquis ce savoir ? » ‘Â’isha (qu’Allah l’agrée) répondit : « ‘Urwa ! Le Messager (paix et bénédictions d’Allah sur lui) était malade durant la dernière période de sa vie. Des gens venaient auprès de lui de différentes régions d’Arabie. Ils apportaient divers traitements et médicaments, et je le soignais de cette manière. C’est ainsi que j’ai acquis ce savoir. » Selon un autre récit, ‘Urwa demanda : « Où avez-vous acquis vos connaissances en tibb ? » ‘Â’isha (qu’Allah l’agrée) répondit : « J’ai appris des médicaments et des traitements administrés lorsqu’une personne, moi-même ou quelqu’un d’autre, tombait malade. De plus, je retenais les maladies et les médicaments dont les gens se parlaient les uns aux autres. »⁶³

Il n’y avait certes aucun moment déterminé pour acquérir le savoir religieux. Le grand maître de la Sharî‘a se trouvait chez elle. Elle avait le bonheur de jouir de sa compagnie jour et nuit. Chaque jour, une assemblée d’enseignement et d’exhortation du Messager d’Allah (paix et bénédictions d’Allah sur lui) se tenait à la mosquée du Prophète. La chambre de Hadrat ‘Â’isha (qu’Allah l’agrée) se trouvait juste contre la mosquée. Ainsi, depuis chez elle, ‘Â’isha (qu’Allah l’agrée) participait à l’enseignement que le Messager (paix et bénédictions d’Allah sur lui) dispensait aux gens à l’extérieur. Si, en raison de la distance ou pour toute autre raison, elle ne comprenait pas une parole, elle interrogeait le Messager (paix et bénédictions d’Allah sur lui) lorsqu’il rentrait et en obtenait l’explication.⁶⁴ Parfois, elle s’approchait de l’assemblée.⁶⁵ En outre, à la demande des femmes, le Messager (paix et bénédictions d’Allah sur lui) consacra un jour par semaine à leur enseignement et à leur formation.⁶⁶

Jour et nuit, elle entendait traiter d’innombrables sujets relevant de l’ilm et de la hikmat, c’est-à-dire du savoir et de la sagesse. Elle avait elle-même l’habitude de présenter sans hésitation chaque question au Messager d’Allah (paix et bénédictions d’Allah sur lui). Elle ne trouvait pas le repos tant qu’elle n’était pas satisfaite. Un jour, le Messager (paix et bénédictions d’Allah sur lui) dit :

Ce sera en arabe

Celui dont les comptes seront examinés au Jour de la Résurrection subira le châtiment.

‘Â’isha (qu’Allah l’agrée) dit : « Ô Messager d’Allah ! Allah a certes dit : »

Ce sera en arabe.

C’est-à-dire qu’un jugement facile lui sera accordé. Le Messager (qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix) dit : « Cela désigne la présentation des œuvres. Mais celui dont les œuvres seront examinées dans leurs moindres détails connaîtra inévitablement la perdition. »⁶⁷

Un jour, lors d’une exhortation, le Messager (qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix) dit : « Le Jour de la Résurrection, tous les hommes se lèveront nus. » ‘Â’isha (qu’Allah l’agrée) en fut troublée et s’exclama : « Ô Messager d’Allah ! Les hommes et les femmes se lèveront-ils ensemble ? Ne se regarderont-ils donc pas les uns les autres ? » Le Messager (qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix) répondit : « Ce sera un moment extrêmement terrifiant. » Cela signifie que personne ne se souciera de personne.⁶⁸

Un jour, ‘Â’isha (qu’Allah l’agrée) demanda au Messager d’Allah (qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix) si les mécréants et les polythéistes seraient rétribués pour les bonnes œuvres qu’ils accomplissent. À La Mecque vivait un polythéiste au caractère droit et au cœur compatissant, nommé ‘Abdullah ibn Jud‘ân. À l’époque préislamique, il réunit les dirigeants de Quraysh en assemblée afin de régler les conflits et les querelles qui les opposaient. Le Messager d’Allah (qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix) se trouvait parmi eux. ‘Â’isha (qu’Allah l’agrée) demanda : « Ô Messager d’Allah ! ‘Abdullah ibn Jud‘ân traitait les gens avec bonté à l’époque de la Jâhiliyya. Il nourrissait les pauvres et ceux qui souffraient de la faim. Son action ne lui sera-t-elle d’aucune utilité ? » Il répondit : « Non, ‘Â’isha. Il n’a jamais dit : “Ô Allah ! Pardonne-moi le Jour de la Résurrection.” »

Le jihâd est l’un des devoirs obligatoires les plus importants de l’islam. ‘Â’isha (qu’Allah l’agrée) pensait que, de même qu’il n’y avait aucune différence entre les hommes et les femmes concernant les autres devoirs obligatoires, il en serait de même pour celui-ci. Un jour, elle interrogea donc le Messager d’Allah (qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix). Elle reçut cette réponse : « Le pèlerinage est le jihâd des femmes. »⁵⁹

Un autre jour, elle demanda : « Ô Messager d’Allah ! Le jihâd est la meilleure des œuvres. Nous, les femmes, ne devons-nous pas faire le jihâd ? » Il répondit : « Non. Toutefois, le meilleur jihâd est un pèlerinage accepté. »⁷⁰

Le consentement des deux époux est une condition du mariage. Il arrive souvent que les jeunes filles vierges, par pudeur, n’expriment pas verbalement leur consentement. C’est pourquoi ‘Â’isha (qu’Allah l’agrée) demanda un jour : « Ô Messager d’Allah ! Le consentement de la jeune fille est certes nécessaire au mariage. » Le Messager (qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix) répondit : « Oui, il est nécessaire. » ‘Â’isha (qu’Allah l’agrée) dit : « Mais les jeunes filles restent silencieuses par pudeur. » Le Messager (qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix) répondit : « Son silence constitue son consentement. »⁷¹

Un jour, après avoir accompli la prière de tahajjoud, le Messager (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui) voulut s’allonger un moment pour se reposer sans avoir accompli la prière du witr. ‘Aïcha (qu’Allah l’agrée) s’exclama : « Ô Messager d’Allah ! Vous allez vous coucher sans accomplir le witr ? » Le Messager (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui) répondit : « Mes yeux dorment, mais mon cœur ne dort pas. »⁷² En apparence, ce genre de question de la part de ‘Aïcha (qu’Allah l’agrée) peut sembler relever de l’impudence. Mais si elle n’avait pas fait preuve d’un tel courage, la communauté de Muhammad serait restée ignorante des profonds mystères de la prophétie.

L’islam a mentionné de nombreux droits du voisin. Et ce sont surtout les femmes qui ont l’occasion de s’acquitter de ces droits. Mais lorsqu’il y a plusieurs voisins, auquel faut-il donner la priorité ? Un jour, ‘Aïcha (qu’Allah l’agrée) posa donc la question. Le Messager (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui) répondit : « Il faut donner la priorité au voisin dont la porte est la plus proche de la porte de ta maison. »⁷³ Un jour, le Messager (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui) dit : « Celui qui aime rencontrer Allah, Allah aime aussi le rencontrer. Et celui qui aime rencontrer Allah, Allah aime aussi le rencontrer. Mais celui qui n’aime pas rencontrer Allah, Allah n’aime pas non plus le rencontrer. » ‘Aïcha (qu’Allah l’agrée) dit : « Ô Messager d’Allah ! Pourtant, personne parmi nous n’aime la mort ? » Le Messager (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui) répondit : « Ce n’est pas le sens de mes paroles. Cela signifie que lorsque le croyant entend parler de la miséricorde d’Allah, de Sa satisfaction et du Paradis, son cœur se met à désirer ardemment Allah. Allah aussi attend sa venue. Quant au mécréant, lorsqu’il entend parler du châtiment d’Allah et de Son mécontentement, il répugne à se présenter devant Allah. Allah déteste également sa rencontre. »⁷⁴

Un jour, un homme vint rencontrer le Messager d’Allah (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui). Celui-ci lui donna la permission d’entrer en disant : « Laissez-le venir. C’est le pire homme de sa tribu. » L’homme entra et s’assit. Le Messager (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui) lui parla avec beaucoup de patience, d’attention et de sincérité. ‘Aïcha (qu’Allah l’agrée) en fut très étonnée. Lorsque l’homme fut parti, elle dit : « Ô Messager d’Allah ! Vous connaissiez pourtant bien cet homme. Mais lorsqu’il est venu, vous lui avez parlé avec tant de sincérité et de douceur. » Le Messager (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui) répondit : « ‘Aïcha ! Le pire des hommes est celui qui inspire une telle crainte que les gens cessent de le fréquenter. »

Un jour, un homme vint demander de l’aide. Sur un signe de la noble ‘Aïcha (qu’Allah l’agrée), une servante s’apprêtait à lui donner quelques biens. Le Messager (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui) dit : « ‘Aïcha ! Ne donne pas en comptant. Sinon, Allah te donnera aussi en comptant. »⁷⁵ Même si ce n’est qu’un morceau, donne-le au mendiant et préserve-toi ainsi de l’Enfer. Si un affamé le mange, cela lui sera utile et remplira son ventre. Que pourrait-il y avoir de mieux que cela ?

Une autre fois, le Messager (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui) invoqua : « Ô Allah ! Fais-moi vivre dans la pauvreté, fais-moi mourir dans la pauvreté et ressuscite-moi le Jour de la Résurrection avec les pauvres. » ‘Aïcha (qu’Allah l’agrée) demanda : « Pourquoi donc, ô Messager d’Allah ? » Le Messager (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui) répondit : « Ceux qui sont dépourvus de biens entreront au Paradis quarante ans avant les riches. ‘Aïcha, ne renvoie jamais un mendiant sans lui donner quelque chose, même si ce n’est qu’un morceau de datte. Aime les pauvres et fais-les asseoir près de toi. »⁷⁶

Les ouvrages de hadith et de sîra rapportent d’innombrables questions de ce genre posées par la noble ‘Aïcha (qu’Allah l’agrée), ainsi que leurs réponses. C’était essentiellement là son étude quotidienne. En plus de divers conseils moraux, le noble Messager (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui) enseignait avec une grande patience à la noble ‘Aïcha (qu’Allah l’agrée) la prière, le pèlerinage, la zakat, ainsi que d’innombrables sujets touchant à la religion et à la vie d’ici-bas. ‘Aïcha (qu’Allah l’agrée) apprenait elle aussi avec le plus vif intérêt et mettait ces enseignements en pratique avec une grande sincérité.

La noble ‘Aïcha (qu’Allah l’agrée) avait un désir de savoir extrêmement vif. Même dans les moments où le Messager d’Allah (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui) risquait de se mécontenter, elle ne s’abstenait pas de poser des questions. En réalité, elle connaissait bien le caractère et la nature de son époux, le noble Messager d’Allah (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui). C’est pourquoi elle pouvait se montrer franche et audacieuse avec lui. Un jour, le Messager d’Allah (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui), irrité contre ses épouses pour une raison quelconque, jura qu’il ne rendrait visite à aucune d’elles pendant un mois. Il tint son serment pendant vingt-neuf jours. Or, le mois lunaire en question comptait justement vingt-neuf jours. Le Messager (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui) se rendit auprès de ‘Aïcha (qu’Allah l’agrée) le premier jour du mois suivant, c’est-à-dire le trentième jour. En apparence, ‘Aïcha (qu’Allah l’agrée) aurait dû être ravie. Pourtant, nous constatons qu’elle lui demanda : « Ô Messager d’Allah ! Vous avez dit que vous ne viendriez pas chez nous pendant un mois. Comment se fait-il que vous soyez venu un jour plus tôt ? » Le Messager (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui) répondit : « ‘Aïcha ! Un mois peut aussi compter vingt-neuf jours. »

La vie conjugale : La demeure dans laquelle la noble ‘Aïcha (qu’Allah l’agrée) s’installa après avoir quitté la maison paternelle pour devenir épouse n’était pas un somptueux palais. Autour de la Mosquée du Prophète, dans le quartier des Banû Najjâr à Médine, se trouvaient quelques petites maisons en terre crue ; elle s’installa dans l’une d’elles. La maison se trouvait à l’est de la mosquée. Elle possédait une porte à l’ouest, donnant sur l’intérieur de la mosquée. Ainsi, la mosquée devint comme la cour de la maison. Le noble Messager d’Allah (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui) entrait dans la mosquée par cette porte. Lorsqu’il accomplissait l’i‘tikâf dans la mosquée, il introduisait sa tête dans la maison, et ‘Aïcha (qu’Allah l’agrée) lui peignait les cheveux.⁷⁷ Il lui arrivait aussi, alors qu’il était assis dans la mosquée, de passer la main dans la maison et de demander quelque chose à ‘Aïcha (qu’Allah l’agrée).⁷⁸

La pièce mesurait plus de six coudées de largeur. Les murs étaient en terre. Le toit était fait de feuilles et de branches de palmier. On pouvait y étendre une couverture pour se protéger de la pluie. Il était si bas qu’un homme debout pouvait atteindre le toit avec la main. Il y avait une porte à un seul battant, mais il ne fut jamais nécessaire de la fermer.⁷⁹ Une couverture était suspendue à la porte pour servir de rideau. Une autre pièce attenait à celle-ci ; on l’appelait la « mashraba ». Une fois, alors que le Messager d’Allah ﷺ s’était séparé de ses épouses, il y passa un mois.

Le mobilier de la maison se résumait à un lit, une natte, une couche, un oreiller, deux jarres pour conserver les dattes sèches, un récipient pour l’eau et une coupe pour boire. Rien de plus. Ces objets sont mentionnés en plusieurs endroits dans différents hadiths. Les habitants de la maison n’avaient même pas les moyens d’allumer une lampe la nuit. ‘Aïcha رضي الله عنها dit : « Il arrivait qu’environ quarante nuits consécutives s’écoulent sans qu’une lampe ne soit allumée dans la maison. »

Il n’y avait en tout que deux personnes dans la maison : le Messager d’Allah ﷺ et ‘Aïcha رضي الله عنها. Quelques jours plus tard, une servante nommée Burayra رضي الله عنها les rejoignit.⁸⁰ Tant que ‘Aïcha رضي الله عنها et Sawda رضي الله عنها furent ses deux seules épouses, le Messager ﷺ passait une nuit sur deux dans la chambre de ‘Aïcha رضي الله عنها. Puis, après qu’il eut donné le statut d’épouses à plusieurs autres femmes et que Sawda رضي الله عنها lui eut volontairement cédé son jour, il passa deux nuits dans la chambre de ‘Aïcha رضي الله عنها tous les neuf jours.⁸¹

Il n’y avait guère besoin de ranger ou d’entretenir particulièrement la maison. Les occasions de préparer des aliments et de cuisiner se présentaient très rarement. ‘Aïcha رضي الله عنها disait elle-même : « Jamais trois jours consécutifs ne se sont écoulés sans que les membres de la famille du Prophète aient mangé à leur faim. »⁸² Elle disait également : « Pendant des mois, aucun feu n’était allumé dans la maison. »⁸³ Durant cette période, ils subsistaient de dattes et d’eau.⁸⁴ Après la conquête de Khaybar, le noble Messager d’Allah ﷺ fixa une allocation annuelle pour chacune de ses épouses purifiées.⁸⁵ ‘Abd al-Rahman al-A‘raj disait lors de son assemblée à Médine : « Pour assurer la subsistance de ‘Aïcha رضي الله عنها, le Messager d’Allah ﷺ lui donnait, sur les récoltes de Khaybar, quatre-vingts wasaq de dattes et vingt wasaq d’orge — ou, selon une autre version, de blé. »⁸⁶ Mais en raison de sa générosité, cette quantité de nourriture ne suffisait jamais pour toute l’année.

Les nobles Compagnons رضي الله عنهم envoyaient constamment des présents et des cadeaux à la famille du Prophète. En particulier, les gens envoyaient délibérément davantage de cadeaux le jour où le Messager ﷺ séjournait dans la chambre de ‘Aïcha رضي الله عنها.⁸⁷

Il arrivait souvent que le Messager ﷺ rentre de l’extérieur et demande : « ‘Aïcha, y a-t-il quelque chose à manger ? » Elle répondait : « Ô Messager d’Allah, il n’y a rien du tout. » Alors, ils jeûnaient tous ensemble.⁸⁸ Il arrivait aussi que certaines familles ansar envoient du lait. Ils s’en contentaient donc en le buvant.⁸⁹ Umm Salama رضي الله عنها dit : « À l’époque du Messager d’Allah ﷺ, notre nourriture consistait la plupart du temps en lait. »⁹⁰

La responsabilité de la gestion du foyer du Messager d’Allah ﷺ incombait à Bilal رضي الله عنه. Il répartissait les provisions de céréales pour toute l’année et, lorsque cela était nécessaire, contractait des emprunts.⁹¹

Lorsque le noble Messager d’Allah ﷺ mourut, toute l’Arabie était déjà entrée sous l’égide de l’islam. De grandes richesses venues de diverses régions s’accumulaient dans le trésor public. Pourtant, le jour où le Messager ﷺ mourut, il n’y avait même pas dans la maison de ‘Aïcha رضي الله عنها de quoi subsister une seule journée.

Même sous le califat d’Abû Bakr as-Siddîq (qu’Allah l’agrée), Aïcha (qu’Allah l’agrée) recevait une quantité déterminée de céréales provenant des récoltes de Khaybar. Le calife Umar (qu’Allah l’agrée) institua une allocation fixe pour tous. Il fixa à dix mille dirhams l’allocation annuelle de chacune des épouses du Messager d’Allah (paix et bénédictions d’Allah sur lui), mais celle d’Aïcha (qu’Allah l’agrée) à douze mille. Il en donnait pour raison qu’Aïcha était l’épouse préférée du Messager d’Allah (paix et bénédictions d’Allah sur lui).⁹² Selon un récit, le calife Umar (qu’Allah l’agrée) lui donna, à son époque, le choix entre recevoir la part des récoltes produites à Khaybar et recevoir des terres. Aïcha (qu’Allah l’agrée) choisit alors les terres.⁹³

Tout l’argent et tous les biens qui lui parvenaient, elle les distribuait généreusement aux pauvres et aux nécessiteux. Le système mentionné ci-dessus resta en vigueur depuis le califat d’Uthmân (qu’Allah l’agrée) jusqu’à l’époque de l’émir Muʿâwiya (qu’Allah l’agrée). Abdullâh ibn az-Zubayr (qu’Allah l’agrée) était le neveu d’Aïcha (qu’Allah l’agrée) ; il devint calife du Hedjaz après l’émir Muʿâwiya (qu’Allah l’agrée). Il assumait toutes les dépenses de sa tante. Cependant, les jours où l’allocation du Trésor public n’arrivait pas, son foyer risquait de rester sans nourriture.⁹⁴

Bien qu’Aïcha (qu’Allah l’agrée) fût naturellement douée d’une intelligence et d’une compréhension pénétrantes, il lui arrivait parfois de commettre des erreurs en raison de son jeune âge. Elle moulait du blé à la maison pour en faire de la farine, puis s’endormait ; une chèvre venait alors tout manger.⁹⁵ Un jour, elle moulut elle-même la farine et prépara du pain. Puis elle attendit le retour du Messager d’Allah (paix et bénédictions d’Allah sur lui). C’était pendant la nuit. Au bout d’un moment, le Messager (paix et bénédictions d’Allah sur lui) arriva et se mit à prier. Aïcha (qu’Allah l’agrée) sentit ses deux yeux se fermer sous l’effet du sommeil. Pendant ce temps, une chèvre du voisin entra dans la maison et mangea tout. Comparée aux épouses plus âgées du Messager d’Allah (paix et bénédictions d’Allah sur lui), elle savait moins bien préparer les repas.⁹⁶

La vie conjugale

Il est nécessaire de présenter devant nous un aperçu de la vie conjugale du Messager d’Allah (paix et bénédictions d’Allah sur lui) et d’Aïcha (qu’Allah l’agrée), ainsi que de la tendre relation qui les unissait. L’islam n’a ni considéré la femme comme une créature si sacrée qu’il faille l’installer sur le trône d’une déesse, ni comme un simple objet de jouissance pour l’homme. Telle est, pour l’essentiel, la conception que les peuples anciens et modernes du monde se sont faite de la femme. C’est pourquoi, à aucune époque et dans aucune société, la femme n’a reçu la juste considération qui lui était due. Seul l’islam lui a accordé cette juste considération. La meilleure présentation de la femme que l’islam ait donnée est la suivante : dans ce monde de conflits et de tensions, la femme est pour l’homme une source de paix et de réconfort. Le Coran proclame :

Le texte arabe sera :

Et parmi Ses signes, Il a créé pour vous, de vous-mêmes, des épouses afin que vous trouviez auprès d’elles la tranquillité, et Il a établi entre vous affection et miséricorde.

(Sourate Ar-Rûm, 21)

Nous voyons l’illustration concrète de cette déclaration d’Allah dans la vie conjugale du Messager d’Allah (qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix) et de ‘Aïcha (qu’Allah l’agrée). Le Messager (qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix) a dit : 97

Ce sera en arabe

— Le meilleur d’entre vous est celui qui est le meilleur envers son épouse. Et je suis, envers mes épouses, le meilleur d’entre vous tous.

Durant les neuf années de leur vie conjugale régnaient un amour profond, une compréhension mutuelle, une affection sans limites et une grande fidélité. Malgré l’extrême pauvreté, la faim et toutes les circonstances adverses, la douceur de leur relation ne fut jamais entamée, pas même un seul jour. Aucune amertume ni mésentente ne surgit entre eux.

Le vénérable Messager d’Allah (qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix) aimait profondément ‘Aïcha (qu’Allah l’agrée). Toute la communauté des Compagnons le savait. C’est pourquoi, les jours où le Messager (qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix) séjournait chez ‘Aïcha (qu’Allah l’agrée), ils lui envoyaient davantage de cadeaux. Cela irritait ses autres épouses. Elles souhaitaient que le Messager (qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix) ordonne aux gens d’envoyer leurs présents là où il se trouvait chaque jour. Mais personne n’osait lui en parler. Elles choisirent donc toutes ensemble Fâtima (qu’Allah l’agrée), la fille chérie du Saint Messager, pour transmettre leur souhait au Messager d’Allah (qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix). Après avoir entendu Fâtima (qu’Allah l’agrée), le Messager (qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix) lui dit : « Ma fille, ne désires-tu pas ce que je désire ? » Fâtima comprit la volonté de son père et s’en retourna. Les épouses du Messager d’Allah (qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix) voulurent de nouveau l’envoyer ; mais elle était une femme âgée, avisée et pleine d’esprit. Elle exposa habilement leur souhait au Messager d’Allah (qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix). Le Messager (qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix) lui dit : « Umm Salama ! Ne m’importunez pas au sujet de ‘Aïcha. Car aucune autre de mes épouses n’a reçu la révélation alors que je me trouvais sous sa couverture, si ce n’est ‘Aïcha. » 98. L’imam Dhahabî dit que cette réponse du Messager d’Allah (qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix) montre que l’une des raisons pour lesquelles il aimait ‘Aïcha (qu’Allah l’agrée) plus que les autres était l’ordre d’Allah. C’est sur l’ordre d’Allah qu’il aimait ‘Aïcha (qu’Allah l’agrée) à ce point. 99

Un jour, après être revenu de la bataille de Dhât as-Salâsil, le vénérable ‘Amr ibn al-‘Âs (qu’Allah l’agrée) demanda au Messager d’Allah (qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix) : « Ô Messager d’Allah, quelle est la personne que vous aimez le plus au monde ? » Il répondit : « ‘Aïcha. » Il demanda de nouveau : « Ô Messager d’Allah, je vous interroge au sujet d’un homme. » Il répondit : « Le père de ‘Aïcha. » 100

Un jour, alors qu’il conseillait à sa fille, la Mère des croyants Hafsa (qu’Allah l’agrée), ‘Umar (qu’Allah l’agrée) lui dit : « Ne cherche pas à rivaliser avec ‘Aïcha. Elle est en effet l’épouse préférée du Messager d’Allah (qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix). » 101

Au cours d’un voyage, la chamelle de ‘Aïcha (qu’Allah l’agrée) s’emballa soudainement et partit au galop en l’emportant. Le Saint Messager (qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix) en fut si bouleversé qu’on l’entendit alors s’exclamer : « Ô mon épouse bien-aimée ! » Hélas, ma bien-aimée ! 102

Durant sa maladie terminale, le Noble Messager d’Allah ne cessait de demander : « Quel jour sommes-nous aujourd’hui ? » Tous comprirent qu’il attendait le jour du tour d’Aïcha. On le conduisit donc dans la chambre d’Aïcha. Il y demeura jusqu’à son décès. La tête posée sur la poitrine d’Aïcha, il rendit son dernier souffle.¹⁰³ Le Messager d’Allah fut malade pendant treize jours : il passa cinq jours dans les chambres de ses autres épouses et huit jours dans celle d’Aïcha.

Plus tard, Aïcha disait : « Le Messager d’Allah est décédé dans ma chambre, le jour de mon tour, la tête sur ma poitrine. » Dans les tout derniers instants de sa vie, ‘Abd ar-Rahmân ibn Abî Bakr vint rendre visite au Messager d’Allah, tenant un miswâk frais à la main. Le Messager d’Allah ne cessait de regarder ce miswâk. Je compris qu’il le désirait. Je le pris, le lavai, le mâchai moi-même pour l’assouplir, puis le donnai au Messager d’Allah. Il se nettoya soigneusement les dents avec. Il tendit ensuite la main pour me le rendre, mais sa main retomba. Il rendit alors son dernier souffle. Louange au Dieu Très-Grand, qui, au dernier instant de la vie terrestre de Son Messager, fit se mêler sa salive et la mienne.¹⁰⁴

Certains pensent que l’affection et l’admiration particulières que le Messager d’Allah éprouvait pour Aïcha étaient dues à sa beauté et à son charme. Mais cette idée est totalement erronée. Parmi les épouses du Noble Messager, Juwayriya, Zaynab et Safiyya étaient les plus belles. Les ouvrages de hadith, de sîra et d’histoire mentionnent leur beauté. En revanche, la beauté d’Aïcha n’y est guère évoquée, hormis en un ou deux endroits. Ainsi, un jour, en conseillant Hafsa, ‘Umar fit à son sujet une remarque que le Messager d’Allah entendit et qui le fit légèrement sourire.¹⁰⁵ En réalité, la remarque de ‘Umar prouve seulement qu’Aïcha méritait d’avoir la préséance sur Hafsa.

En réalité, le Messager d’Allah a dit : « Pour choisir une épouse, on peut prendre en considération quatre qualités : 1. la richesse ; 2. la beauté ; 3. la noblesse de l’ascendance ; 4. la piété. Recherchez donc celle qui possède la piété. »¹⁰⁶ C’est pourquoi, parmi ses épouses, celle par qui le plus grand service pouvait être rendu à la religion était celle que le Messager d’Allah aimait le plus. La compréhension, la réflexion, la profondeur de pensée et la capacité d’Aïcha à mémoriser les prescriptions religieuses étaient de loin supérieures à celles de ses autres épouses. Ce sont essentiellement ces qualités qui firent d’elle l’épouse préférée de son mari. L’érudit Ibn Hazm a démontré ce point après l’avoir exposé en détail dans son ouvrage Al-Milal wa an-Nihal. Ce hadith du Messager d’Allah est rapporté dans plusieurs recueils de hadiths.¹⁰⁷

Ce sera en arabe.

Parmi les hommes, nombreux sont ceux qui ont atteint la perfection ; mais, parmi les femmes, nul ne l’a atteinte, à l’exception de Maryam bint ‘Imrân et d’Âsiya, l’épouse de Pharaon. Toutefois, la supériorité d’Aïcha sur l’ensemble des femmes est comparable à la supériorité du tharîd sur tous les aliments.

Ce hadith permet de comprendre la raison pour laquelle le Messager d’Allah aimait tant Aïcha. Son admiration ne reposait pas sur la jeunesse, la beauté ou les charmes physiques d’Aïcha ; elle reposait plutôt sur ses qualités intérieures et sa perfection. Pour ces qualités intérieures, Umm Salama venait après Aïcha. C’est pourquoi, malgré son âge avancé, elle aussi était profondément aimée du Messager d’Allah. Khadîja mourut à l’âge de soixante-cinq ans ; pourtant, l’amour que le Messager d’Allah lui portait était si profondément enraciné dans son cœur qu’Aïcha en éprouvait même de la jalousie.¹⁰⁸

Aïcha éprouvait pour son époux, le Messager d’Allah, un amour pur et profond. Si quelqu’un prétendait en partager cet amour, elle en souffrait. Il lui arrivait de se réveiller la nuit et, ne trouvant pas son époux à ses côtés, de s’agiter. Une nuit, elle se réveilla au milieu de la nuit. Elle ne trouva pas son époux près d’elle. Aucune lampe ne brûlait dans la chambre. Elle se mit à tâtonner dans l’obscurité. Enfin, elle trouva quelque part les pieds bénis de son époux. Il était prosterné.¹⁰⁹

Une fois encore, la même situation se reproduisit. Aïcha (qu’Allah l’agrée) pensa qu’il était peut-être allé chez une autre épouse. Elle se mit à regarder de tous côtés. Elle vit alors son époux absorbé, silencieusement, dans la récitation du tasbih, dans un coin. Aïcha (qu’Allah l’agrée) eut honte de ses soupçons infondés. Elle se dit en elle-même : « Que mes père et mère soient sacrifiés pour lui ! À quoi suis-je en train de penser, et dans quel état se trouve-t-il, lui ! »¹¹⁰

Voici le récit d’une autre nuit. Aïcha (qu’Allah l’agrée) se réveilla au milieu de la nuit. Ne trouvant pas son époux à ses côtés, elle le chercha çà et là et arriva jusqu’au cimetière, où elle le vit absorbé dans la prière et la demande de pardon. Elle revint ensuite en silence. Le matin, lorsqu’elle lui en parla, il dit : « Oui, la nuit, il m’a semblé qu’une chose passait devant moi. C’était donc toi. »

Lors d’un voyage, Aïcha (qu’Allah l’agrée) et Hafsa (qu’Allah l’agrée) accompagnaient le Messager d’Allah (paix et bénédictions d’Allah sur lui). La nuit, tandis qu’ils avançaient, le Messager (paix et bénédictions d’Allah sur lui) montait sur la monture d’Aïcha (qu’Allah l’agrée) et poursuivait sa route en conversant avec elle.

Un jour, Aïcha et Hafsa (qu’Allah les agrée toutes deux) se concertèrent et échangèrent leurs chameaux. La nuit, le Messager (paix et bénédictions d’Allah sur lui) monta, comme d’habitude, sur le chameau d’Aïcha (qu’Allah l’agrée) et poursuivit sa route en parlant avec Hafsa (qu’Allah l’agrée). De son côté, Aïcha (qu’Allah l’agrée), privée de la compagnie de son époux, devint profondément affligée. Lorsque la caravane s’arrêta à l’étape suivante, elle descendit de sa monture, enfonça ses deux pieds dans l’herbe et se mit à dire pour elle-même : « Ô Allah ! Puisque je ne peux plus rien lui dire, envoyez donc un scorpion ou un serpent pour me mordre ! »¹¹¹

Les épouses du Messager d’Allah (paix et bénédictions d’Allah sur lui) appartenaient à des milieux différents. Certaines étaient les filles des familles les plus nobles d’Arabie. La vie dans une telle pauvreté aux côtés du Messager d’Allah (paix et bénédictions d’Allah sur lui) leur était très pénible. C’est pourquoi elles lui demandèrent collectivement d’améliorer leurs conditions de vie. C’est dans ce contexte que furent révélés des versets du noble Coran, leur donnant cette ultime possibilité : celles qui le souhaitaient pouvaient librement rompre le lien et partir, ou bien accepter cette vie de pauvreté et rester auprès du Messager d’Allah (paix et bénédictions d’Allah sur lui). Comme Aïcha (qu’Allah l’agrée) était encore jeune, le Messager (paix et bénédictions d’Allah sur lui) lui demanda de consulter ses parents avant de lui faire connaître sa décision. Elle répondit : « Je choisis le Messager d’Allah. » Elle fut la première à prendre cette décision et demanda au Messager d’Allah (paix et bénédictions d’Allah sur lui) : « Ô Messager d’Allah ! Ne demandez pas à quelqu’un d’autre de prendre cette décision à ma place. »¹¹²

Il arrivait souvent que le noble Messager (paix et bénédictions d’Allah sur lui) s’allonge en posant la tête sur la cuisse d’Aïcha (qu’Allah l’agrée). Un jour, alors que le Messager (paix et bénédictions d’Allah sur lui) se reposait ainsi, Abou Bakr (qu’Allah l’agrée), irrité contre sa fille pour une raison quelconque, entra dans sa chambre et lui donna un coup sur le côté. Mais Aïcha (qu’Allah l’agrée) ne bougea absolument pas, de peur de troubler le repos du Messager d’Allah (paix et bénédictions d’Allah sur lui).¹¹³

Aïcha (qu’Allah l’agrée) conserva avec le plus grand soin les vêtements dans lesquels le noble Messager (paix et bénédictions d’Allah sur lui) rendit son dernier souffle. Un jour, montrant à un Compagnon un manteau et une couverture du Messager d’Allah (paix et bénédictions d’Allah sur lui), elle lui dit : « C’est dans ces vêtements qu’il rendit son dernier souffle. »¹¹⁴

Toute la vie du noble Messager est un modèle pour l’humanité. C’est pourquoi nous voyons également, dans la vie d’Aïcha (qu’Allah l’agrée) et du Messager d’Allah (paix et bénédictions d’Allah sur lui), comment un mari doit se comporter pour réjouir son épouse. Nous voyons parfois le Messager d’Allah (paix et bénédictions d’Allah sur lui) se montrer extrêmement généreux et détendu avec Aïcha (qu’Allah l’agrée). Il manifestait même sa satisfaction lorsqu’il la voyait se divertir de la manière la plus insignifiante ou jouer. Le noble Messager (paix et bénédictions d’Allah sur lui) avait recueilli une jeune fille ansarie. Un jour, il entra dans la pièce très simplement aménagée et dit : « Aïcha ! Il n’y a donc pas de chant ni de musique ? »¹¹⁵

Un jour de fête, des Abyssins exécutaient des démonstrations de lutte en se penchant et en se balançant. ‘Aïcha (qu’Allah l’agrée) demanda à son époux de regarder ce spectacle. Le Messager (qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix) se tint debout devant elle pour la protéger du regard, tandis que ‘Aïcha (qu’Allah l’agrée) profitait du spectacle. Il resta ainsi debout sans bouger jusqu’à ce que ‘Aïcha (qu’Allah l’agrée), fatiguée, se retire d’elle-même.116

Un jour, ‘Aïcha (qu’Allah l’agrée) parlait à voix quelque peu élevée avec le Messager d’Allah (qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix). C’est alors que son père, Abû Bakr (qu’Allah l’agrée), arriva. Irrité de voir une telle impolitesse de la part de sa fille, il leva la main pour la frapper. Le Messager (qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix) s’interposa rapidement et protégea ‘Aïcha. Lorsque Abû Bakr (qu’Allah l’agrée) fut parti, le Messager (qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix) dit à ‘Aïcha : « Alors, comment t’ai-je sauvée ? »117

Un jour, le Messager (qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix) vint auprès de ‘Aïcha (qu’Allah l’agrée) avec une jeune fille et lui demanda : « Connais-tu cette jeune fille ? » ‘Aïcha (qu’Allah l’agrée) répondit : « Non. » Le Messager (qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix) dit : « C’est l’esclave d’un tel. Veux-tu entendre son chant ? » ‘Aïcha (qu’Allah l’agrée) manifesta son désir de l’écouter. L’esclave chanta longuement. À un moment, le Messager (qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix) fit cette remarque à son sujet : « Satan joue de la musique dans ses narines. » Autrement dit, le Messager d’Allah (qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix) n’aimait pas ce genre de chants. Pour divertir ‘Aïcha (qu’Allah l’agrée), le Messager d’Allah (qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix) lui racontait parfois des histoires.118 À d’autres moments, il écoutait patiemment les récits de ‘Aïcha (qu’Allah l’agrée). Mais même au cours de ces moments d’intimité et de gaieté, s’il entendait l’appel à la prière, il sortait aussitôt tout droit, comme s’il ne connaissait personne.119

Une fois, au cours d’un voyage, ‘Aïcha (qu’Allah l’agrée) accompagnait le Messager d’Allah (qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix). En chemin, à un certain moment, le Messager (qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix) ordonna à tous ses compagnons de prendre de l’avance. Puis il dit à ‘Aïcha : « Viens, faisons la course et voyons qui arrivera le premier. » ‘Aïcha (qu’Allah l’agrée) était mince et légère ; elle arriva donc la première. Quelque temps plus tard, une autre occasion de faire une telle course se présenta. ‘Aïcha (qu’Allah l’agrée) raconte : « À ce moment-là, j’avais pris du poids. Le Messager (qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix) me devança donc. Il dit alors : “C’est la revanche de l’autre jour.” »120

Lorsque le Noble Messager (qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix) avait l’occasion de manger et de boire avec ‘Aïcha (qu’Allah l’agrée), ils mangeaient dans un même plat, sur la même nappe. Un jour, avant l’injonction du voile, ils mangeaient ensemble lorsqu ‘Umar (qu’Allah l’agrée) arriva. Le Messager (qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix) l’invita à manger, et tous trois mangèrent ensemble.121 Leur affection était telle que, là où ‘Aïcha (qu’Allah l’agrée) posait ses lèvres, le Messager (qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix) posait exactement les siennes pour boire.122 Comme on n’allumait pas de lampe dans la maison la nuit, il leur arrivait, assis dans l’obscurité pour manger, que leurs mains se posent sur le même morceau.123

Les ouvrages de sîra et de hadiths offrent un tableau remarquable de l’affection, de la tendresse, des bouderies et des réconciliations entre le Messager d’Allah (qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix) et ‘Aïcha (qu’Allah l’agrée). Leur comportement montre que l’islam n’a pas nié les sentiments naturels et purs de l’être humain. On les voit parfois manifester leurs émotions comme des gens ordinaires. Il ne faut pas oublier que ‘Aïcha (qu’Allah l’agrée), tout en étant l’épouse d’un prophète, était aussi une femme. De même, le Messager d’Allah (qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix), tout en étant un prophète et un messager, était aussi un époux. C’est pourquoi de nombreux comportements, paroles et récits de bouderie et de réconciliation entre eux en tant que mari et femme ont été rapportés dans divers ouvrages ; ils sont extrêmement étonnants et instructifs.

Le Noble Messager (qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix) se souvenait souvent de sa première épouse défunte, Khadîja (qu’Allah l’agrée). Un jour, alors qu’il parlait de Khadîja (qu’Allah l’agrée), ‘Aïcha (qu’Allah l’agrée) s’exclama : « Ô Messager d’Allah ! Pourquoi vous souvenez-vous autant de cette vieille femme ? Allah vous a donné une épouse meilleure qu’elle. » Le Messager (qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix) répondit : « Allah m’a donné des enfants par elle. »124

Selon une autre version, le Messager (qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix) commença un jour à faire l’éloge de Khadîja (qu’Allah l’agrée) et continua longtemps. ‘Aïcha (qu’Allah l’agrée) dit : « J’en ressentis une brûlure intérieure. Je déclarai : “Ô Messager d’Allah ! Vous faites si longuement l’éloge d’une vieille Qurayshite aux lèvres rouges, morte depuis si longtemps. Allah vous a donné des épouses meilleures qu’elle.” » En entendant cela, le visage du Messager d’Allah (qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix) changea de couleur. Il dit : « Khadîja était une épouse telle que, lorsque les gens refusaient de me reconnaître comme prophète, elle crut en moi ; lorsque les gens ne voulaient pas m’aider, elle se tint à mes côtés avec ses biens et sa fortune. C’est par elle qu’Allah m’a donné des enfants, alors que les autres épouses m’en ont privé. »125

Un jour, Aïcha (qu’Allah l’agrée) eut mal à la tête. À cette époque, les signes de la dernière maladie du Messager d’Allah (qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix) étaient sur le point d’apparaître. Il lui dit : « Si tu mourais avant moi, je te laverais de mes propres mains, t’envelopperais dans un linceul et invoquerais Allah en ta faveur. » Aïcha (qu’Allah l’agrée) répondit : « Ô Messager d’Allah ! Vous souhaitez donc ma mort. Si cela arrivait, vous feriez venir une nouvelle épouse dans cette maison et vous y installeriez avec elle. » En entendant ces paroles, le Messager (qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix) sourit. ۱۲৬

Après l’affaire de la calomnie, ou accusation portant atteinte à l’honneur, lorsque la révélation établit la pureté d’Aïcha (qu’Allah l’agrée), sa mère lui dit : « Va exprimer ta gratitude à ton époux. » Aïcha (qu’Allah l’agrée) répondit aussitôt, sur un ton empreint de dignité offensée : « Je ne suis reconnaissante envers personne si ce n’est Allah, qui a proclamé mon innocence. »

Un jour, le Messager (qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix) dit : « Aïcha ! Je comprends toujours quand tu es satisfaite ou mécontente de moi. » Aïcha (qu’Allah l’agrée) demanda : « Comment cela ? » Il répondit : « Lorsque tu es mécontente, tu jures en disant : “Par le Dieu d’Ibrâhîm” ; et lorsque tu es satisfaite, tu dis : “Par le Dieu de Muhammad”. » ۱۲৭

Le service de son époux

Les ouvrages de hadith rapportent en de nombreux endroits le dévouement d’Aïcha (qu’Allah l’agrée) au service de son époux. Bien qu’il y eût des serviteurs dans la maison, elle accomplissait elle-même toutes les tâches. Elle moulait la farine de ses propres mains, préparait les repas, arrangeait les lits, apportait et déposait l’eau des ablutions, tressait les cordes attachées au cou des bêtes sacrificielles de son époux, peignait les cheveux du Messager, lui mettait du parfum sur le corps, lavait ses vêtements, et, au moment de se coucher le soir, plaçait le siwâk et l’eau près de sa tête ; elle lavait également le siwâk et le nettoyait soigneusement.

Un jour, le Messager d’Allah (qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix) se rendit à la mosquée enveloppé dans une couverture. Un Compagnon lui dit : « Ô Messager d’Allah ! On voit sur la couverture des traces de saleté. » Aussitôt, il retira la couverture et la fit porter par un serviteur à Aïcha (qu’Allah l’agrée). Aïcha fit apporter de l’eau, lava elle-même la couverture, la fit sécher, puis la renvoya au Messager d’Allah (qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix). ۱۲۸

Qays al-Ghifârî (qu’Allah l’agrée) comptait parmi les membres d’Aṣḥâb al-Ṣuffa. Il a rapporté ceci : un jour, le Messager d’Allah (qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix) dit : « Allez tous aujourd’hui chez Aïcha. » Il nous conduisit chez elle et lui dit : « Aïcha ! Donne à manger à chacun de nous. » Aïcha (qu’Allah l’agrée) nous servit à tous de la nourriture cuite, ainsi que du lait et de l’eau. ۱۲۹ Cet événement eut probablement lieu avant la révélation de la prescription du hijab.

Bien qu’elle fût l’épouse préférée du Messager, Aïcha (qu’Allah l’agrée) le servait avec un empressement particulier, davantage que les autres. Elle restait constamment attentive à son confort, à ses goûts et à ce qu’il n’aimait pas. Il fallait fréquemment laver son siwâk ; Aïcha (qu’Allah l’agrée) était la seule à avoir l’occasion de s’en charger. ۱۳۰

L’obéissance et le suivi de l’époux :

L’une des principales qualités de l’épouse en islam est d’obéir à son époux et de le suivre. Durant les neuf longues années de vie conjugale avec lui, ‘Aïcha (qu’Allah l’agrée) ne s’est jamais contentée de ne pas contredire le moindre de ses ordres : même lorsqu’il lui faisait comprendre, par un signe ou une allusion, qu’il désapprouvait quelque chose, elle l’abandonnait aussitôt. Un jour, elle tendit avec beaucoup de soin un rideau orné d’images à la porte. Alors que le Messager (qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix) s’apprêtait à entrer dans la pièce, son regard se posa sur le rideau. Aussitôt, son noble visage se décolora. En voyant cela, ‘Aïcha (qu’Allah l’agrée) comprit tout. Elle dit : « Pardonnez-moi ! Pourriez-vous me dire quelle est ma faute ? » Le Messager (qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix) répondit : « Les anges n’entrent pas dans une maison où se trouvent des images. » Après avoir entendu cela, ‘Aïcha (qu’Allah l’agrée) déchira le rideau.¹³¹

Durant la vie de leur époux, beaucoup de femmes lui obéissent pleinement et le suivent. Mais il est difficile de trouver un exemple comparable à la mesure dans laquelle ‘Aïcha (qu’Allah l’agrée) obéit à son époux et exécuta ses ordres après sa mort. Elle vécut longtemps après le décès du Messager d’Allah (qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix). Durant cette longue période, elle accomplit chacun des ordres et chacun des souhaits de son époux, exactement comme elle le faisait de son vivant.

Le Noble Messager (qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix) avait enseigné la générosité à ‘Aïcha (qu’Allah l’agrée). Elle conserva cette qualité avec une grande constance jusqu’à la fin de sa vie. Un jour, elle demanda au Messager d’Allah (qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix) la permission de participer au jihâd. Le Messager (qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix) dit : « Le jihâd des femmes est le pèlerinage. » Dès qu’elle entendit cette parole, elle la mit en pratique avec une telle rigueur que très peu d’années de sa vie s’écoulèrent sans qu’elle accomplisse le pèlerinage.¹³²

Un jour, un homme envoya à ‘Aïcha (qu’Allah l’agrée) quelques vêtements et un peu d’argent liquide. Elle refusa d’abord de les accepter et les lui renvoya. Puis elle rappela l’homme et les accepta en disant : « Je viens de me souvenir de quelque chose. »¹³³

Un jour de ‘Arafat, ‘Aïcha (qu’Allah l’agrée) jeûnait. À cause de la chaleur accablante, elle se jetait de l’eau sur la tête. Quelqu’un lui conseilla de rompre son jeûne. Elle répondit : « Puisque j’ai entendu le Messager d’Allah (qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix) dire que jeûner le jour de ‘Arafat expie les péchés de toute une année, comment pourrais-je le rompre ? »¹³⁴

Après avoir vu le Messager d’Allah (qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix) accomplir la prière de duha, elle la pratiqua toute sa vie. Elle disait : « Même si mon père se levait de sa tombe et m’interdisait d’accomplir cette prière, je ne lui obéirais pas. »¹³⁵ Un jour, une femme demanda à ‘Aïcha (qu’Allah l’agrée) ce qu’elle pensait du fait de mettre du henné. Elle répondit : « Mon bien-aimé aimait beaucoup la couleur du henné, mais il n’en aimait pas l’odeur. Ce n’est pas interdit. Tu peux en mettre si tu le souhaites. »

La vie religieuse des époux au sein du foyer

La demeure de ‘Aïcha (qu’Allah l’agrée) était la résidence d’un Prophète. On n’y trouvait aucune trace de richesse ni de luxe. Ils n’accordaient d’ailleurs aucune importance aux richesses matérielles. ‘Aïcha (qu’Allah l’agrée) rapporte que, lorsque le Messager d’Allah (qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix) rentrait chez lui, il avait l’habitude de répéter à voix légèrement élevée les paroles suivantes.136

Ce sera en arabe

Si les descendants d’Adam possédaient deux vallées remplies de richesses, ils en convoiteraient une troisième. Seule la terre peut remplir la bouche de leur avidité. Allah dit : « J’ai créé les richesses afin que l’on accomplisse la prière et que l’on acquitte la zakat. Celui qui se tourne vers Allah, Allah se tourne également vers lui. »

Son objectif essentiel était de rappeler que l’avidité de l’être humain n’a pas de limite et quel est le véritable but de l’acquisition des richesses.

Le Noble Messager (qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix) rentrait chez lui après avoir accompli la prière de ‘Ishâ. Après s’être nettoyé les dents avec le siwâk, il se couchait aussitôt. Il se réveillait au milieu de la nuit pour accomplir la prière du tahajjud. À la fin de la nuit, il réveillait ‘Aïcha (qu’Allah l’agrée). Elle se levait et priait avec son époux. Enfin, il accomplissait la prière du witr. Après l’apparition de l’aube véritable, le Pur Messager (qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix), après avoir accompli la sunna du fajr, s’allongeait un peu sur le côté et échangeait quelques paroles avec ‘Aïcha (qu’Allah l’agrée).137 Puis il sortait de la maison pour accomplir la prière obligatoire du fajr. Il arrivait parfois que le Messager d’Allah (qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix) et ‘Aïcha (qu’Allah l’agrée) passent toute la nuit dans l’adoration et le service d’Allah. Le Messager (qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix) dirigeait la prière et ‘Aïcha (qu’Allah l’agrée) priait derrière lui. Lors des éclipses solaire et lunaire (koussouf et khoussouf), lorsque le Messager (qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix) se tenait debout pour prier, elle se tenait elle aussi debout. Le Messager (qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix) dirigeait la prière en assemblée à la mosquée, tandis qu’elle le suivait depuis la maison.138

En plus des cinq prières quotidiennes et du tahajjud, elle accomplissait régulièrement la prière de duha en voyant le Messager d’Allah (qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix) la pratiquer. Elle jeûnait souvent. Il arrivait parfois que les deux époux jeûnent ensemble. Durant les dix derniers jours du Ramadan, le Messager (qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix) faisait retraite spirituelle à la mosquée. ‘Aïcha (qu’Allah l’agrée) y participait également. Elle dressait une tente dans la cour de la mosquée et s’y isolait. Après la prière du fajr, le Messager (qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix) venait la voir quelque temps.139

La onzième année de l’Hégire, elle accompagna le Messager d’Allah (qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix) lors de son voyage pour le pèlerinage d’adieu. Elle avait l’intention d’accomplir le hajj et la ‘omra. Cependant, en raison de ses règles naturelles, elle ne put effectuer le tawaf au moment voulu. Elle en éprouva une grande peine et se mit à pleurer. À son retour, le Messager (qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix) la vit pleurer et se mit lui aussi à pleurer. Il lui demanda la raison de son chagrin et lui indiqua ce qu’elle devait faire. Accompagnée de son frère ‘Abd ar-Rahman ibn Abî Bakr (qu’Allah l’agrée), elle acheva les rites obligatoires qui étaient restés inachevés.140

Une question peut surgir dans l’esprit de gens ordinaires comme nous : le Noble Messager (qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix) faisait-il preuve, pendant ses moments de repos et de détente au sein de son foyer, d’un quelconque relâchement (qu’Allah nous en préserve) dans l’accomplissement de sa mission prophétique ? Une telle idée est totalement infondée. Nous avons déjà cité la remarque de ‘Aïcha (qu’Allah l’agrée) : « Le Messager (qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix) parlait avec nous. Dès qu’il entendait l’appel à la prière, il se levait. Alors, on aurait dit qu’il ne nous connaissait même pas. » ‘Aïcha (qu’Allah l’agrée) avait pris grand soin de suspendre un rideau orné d’images afin de faire plaisir au Messager d’Allah (qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix). Mais, au lieu de manifester sa satisfaction, le Messager d’Allah (qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix) exprima son mécontentement.

Un jour, Aïcha (qu’Allah l’agrée) répondit avec dureté à une juive qui l’avait maudite en lui souhaitant la mort. Le Messager (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui) lui dit aussitôt : « Aïcha ! Allah est certes Miséricordieux. Il aime la miséricorde et la douceur. » Une autre fois, Aïcha (qu’Allah l’agrée) moulut elle-même de la farine, en fit du pain, puis s’endormit. Profitant de cette occasion, une chèvre de la voisine entra dans la maison et mangea tout. Aïcha (qu’Allah l’agrée) courut l’attraper et s’apprêtait à lui donner quelques coups, mais le Messager (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui) l’en empêcha en disant : « Aïcha ! Ne fais pas de mal à ta voisine. »

Les relations avec les coépouses et leurs enfants :

À notre connaissance, l’existence d’une coépouse est, pour une femme, l’une des choses les plus difficiles à supporter au monde. Aïcha (qu’Allah l’agrée) eut simultanément de une à huit coépouses. Grâce à la noble compagnie du Messager d’Allah (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui), toutes les impuretés de leurs cœurs furent dissipées et ceux-ci devinrent limpides comme des miroirs. Le tableau de la vie d’Aïcha (qu’Allah l’agrée) avec ses coépouses et leurs enfants constitue un modèle incomparable pour les femmes du monde entier.

Khadija (qu’Allah l’agrée), bien qu’elle n’ait pas vécu à l’époque d’Aïcha (qu’Allah l’agrée), demeurait toujours vivante dans le cœur du noble Messager (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui). Celui-ci évoquait constamment le souvenir de Khadija auprès d’Aïcha (qu’Allah l’agrée). C’est pourquoi Aïcha dit : « Je n’ai jamais été jalouse d’une femme autant que de Khadija. La raison en était que le Messager (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui) évoquait très souvent son souvenir, ce qu’il ne faisait pour aucune autre. C’est Aïcha (qu’Allah l’agrée) qui a rapporté à cette communauté que le Messager d’Allah (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui) offrait des sacrifices au nom de Khadija, envoyait des cadeaux aux amies de Khadija, ainsi que tout ce qui concernait les contributions de celle-ci au début de l’islam : notamment le fait de réconforter son époux, de lui conseiller la patience et de le soutenir par tous les moyens possibles. C’est également elle qui a rapporté qu’Allah le Très-Haut avait annoncé à Khadija (qu’Allah l’agrée) la bonne nouvelle du Paradis. » Cela suffit à faire comprendre la pureté et la largeur de son cœur.¹⁴¹

Au sujet de Sawda (qu’Allah l’agrée), Aïcha (qu’Allah l’agrée) dit : « En dehors de Sawda, je n’ai jamais vu une femme au point de souhaiter que mon âme se trouve dans son corps. » Après la mort de Maymuna (qu’Allah l’agrée), elle dit à son sujet : « Elle était la plus pieuse d’entre nous. »¹⁴² Safiyya (qu’Allah l’agrée) savait préparer de délicieux plats. Aïcha reconnaissait ainsi son talent : « Je n’ai jamais vu quelqu’un préparer de meilleurs plats qu’elle. » De nombreux récits sur les relations et le comportement d’Aïcha avec ses coépouses sont conservés dans les recueils de hadiths et de sîra ; ils font ressortir sa générosité, sa noblesse d’âme et la grandeur de sa moralité. La douceur de ses manières et de son comportement réjouissait tout le monde. Ainsi, lors de l’affaire de l’Ifk (l’accusation calomnieuse), alors qu’elle était bouleversée, le Messager (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui) interrogea l’une de ses coépouses, Zaynab (qu’Allah l’agrée), au sujet de son caractère. Celle-ci répondit : « Je ne connais en elle que le bien. »¹⁴³

Aïcha (qu’Allah l’agrée) n’eut pas d’enfants. En revanche, plusieurs autres épouses du Messager d’Allah (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui) eurent des enfants. Ses relations avec eux étaient exemplaires. Zaynab, Ruqayya, Umm Kulthum et Fatima étaient les quatre filles de Khadija (qu’Allah l’agrée). Avant l’arrivée d’Aïcha (qu’Allah l’agrée) dans la maison du Messager d’Allah (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui), toutes sauf Fatima étaient déjà mariées et avaient rejoint le foyer de leur époux. Ruqayya mourut au cours de la sixième année de l’Hégire, puis Zaynab et Umm Kulthum moururent respectivement au cours des huitième et neuvième années de l’Hégire. Les ouvrages de hadith et de sîra ne rapportent aucun épisode de relations amères entre elles et Aïcha (qu’Allah l’agrée). Au contraire, les commentaires et les comportements d’Aïcha (qu’Allah l’agrée) rapportés à leur sujet témoignent de la profonde affection qui les unissait. Au sujet de Zaynab, qui mourut en martyre dans le sentier d’Allah, Aïcha (qu’Allah l’agrée) rapporta cette parole du Messager d’Allah (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui) : « C’était ma fille très aimée ; elle a été éprouvée à cause de son amour pour moi. » C’est également Aïcha (qu’Allah l’agrée) qui rapporta combien le Messager (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui) aimait et choyait Oumama, la fille de cette Zaynab.

Lorsque Aïcha (qu’Allah l’agrée) entra dans le foyer conjugal, Fatima (qu’Allah l’agrée), encore célibataire, vivait dans la maison de son père. Elle avait toutefois cinq ou six ans de plus qu’Aïcha. Cette mère et cette fille vécurent ensemble pendant un an ou un peu moins. Au cours de la deuxième année de l’Hégire, cette jeune femme épousa Ali (qu’Allah l’agrée). Aïcha (qu’Allah l’agrée) participa, avec les autres mères, aux préparatifs de ce mariage. Bien plus, sur l’ordre du Messager d’Allah (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui), elle lui accorda une attention particulière. Elle enduisit la maison, prépara la literie, confectionna de ses propres mains un coussin avec des fibres de palmier, présenta des dattes et des raisins secs aux invités, et fabriqua une sorte de portemanteau en bois pour y suspendre l’outre à eau et les vêtements. Aïcha (qu’Allah l’agrée) a rapporté : « Je n’ai jamais vu de mariage aussi merveilleux que celui de Fatima. »¹⁴⁴

Au sujet des mérites de Fatima (qu’Allah l’agrée), Aïcha (qu’Allah l’agrée) dit : « Je n’ai jamais vu une personne meilleure que Fatima, à l’exception de son père. » Un jour, un tâbi‘î demanda à Aïcha (qu’Allah l’agrée) : « Qui le Messager d’Allah (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui) aimait-il le plus ? » Elle répondit : « Fatima. » Aïcha (qu’Allah l’agrée) dit également : « Je n’ai vu personne, en dehors de Fatima, dont la démarche, la manière de se lever et de s’asseoir ressemblent à celles du Messager d’Allah (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui). Lorsque Fatima venait rendre visite à son père, celui-ci se levait bien droit, embrassait le front de sa fille et la faisait asseoir à sa place. Et lorsque son père se rendait chez elle, elle se levait, embrassait son père et le faisait asseoir à sa propre place. »¹⁴⁵

Dans la maison conjugale, Fatima (ra) s’était quelque peu fatiguée à accomplir elle-même toutes les tâches domestiques. Un jour, elle vint auprès de son père pour lui demander de lui accorder une servante. Mais, par circonstance, elle ne put le rencontrer. Elle chargea sa mère, ‘Aïcha, de lui en parler, puis repartit.146

‘Aïcha (ra) raconte : « Un jour, nous étions toutes les épouses assises auprès du Messager d’Allah (sallallahu ‘alayhi wa sallam). C’est alors que Fatima arriva de face. Sa démarche ressemblait exactement à celle du Messager d’Allah (sallallahu ‘alayhi wa sallam), sans la moindre différence. Le Messager d’Allah (sallallahu ‘alayhi wa sallam) l’appela avec une grande émotion et la fit asseoir à ses côtés. Puis il lui murmura quelques paroles à l’oreille. Fatima se mit à pleurer. Voyant son agitation, le Messager (sallallahu ‘alayhi wa sallam) lui chuchota de nouveau quelque chose à l’oreille. Cette fois, Fatima se mit à rire. ‘Aïcha (ra) dit : Je lui demandai : “Fatima ! Le Messager (sallallahu ‘alayhi wa sallam) te confie un secret à toi, à l’exclusion de ses épouses, et tu pleures ?” Lorsque le Messager (sallallahu ‘alayhi wa sallam) se leva, je voulus demander à Fatima ce qu’il en était. Elle répondit : “Je ne révélerai pas le secret de mon père.” »

Après le décès du Messager d’Allah (sallallahu ‘alayhi wa sallam), ‘Aïcha (ra) lui en demanda de nouveau la raison un jour. Fatima répondit : « Si j’ai pleuré, c’est parce qu’il m’avait annoncé sa mort. Et si j’ai ri, c’est parce qu’il m’a dit : “Fatima ! N’aimerais-tu pas être la dirigeante des femmes du monde entier ?” »147

Les événements mentionnés ci-dessus montrent la douceur des relations qu’entretenait ‘Aïcha (ra) avec les filles de ses coépouses. De nombreux autres récits de ce genre se trouvent dans les recueils de hadiths et les ouvrages de sîra.

Guerres et conflits

L’imam al-Bukhari a rapporté ce récit. Au sujet de la bataille d’Uhud, Anas (ra) dit : « Je vis ‘Aïcha et Umm Sulaym (ra) apporter sur leurs épaules des outres remplies d’eau et en verser dans la bouche des blessés. Lorsque l’eau était épuisée, elles les remplissaient de nouveau et la distribuaient. »148 Au moment de la bataille d’Uhud, elle n’avait pas plus de dix ou onze ans. Elle participa à cette bataille et soigna les blessés.

L’imam al-Bukhari dit que la bataille des Banû al-Mustaliq est également appelée bataille d’al-Muraysi‘. Les spécialistes de la sîra divergent quelque peu quant à l’année où elle eut lieu. Muhammad ibn Ishaq dit qu’elle eut lieu durant la sixième année de l’Hégire. Musa ibn ‘Uqba la situe durant la quatrième année, tandis que ‘Urwa affirme qu’il s’agit d’un événement du mois de Sha‘ban de la cinquième année de l’Hégire.149 Al-Muraysi‘ est une source appartenant à la tribu des Banû al-Mustaliq. Leur chef était al-Harith ibn Abi Dirar. Il rassembla les membres de sa propre tribu ainsi que ceux des tribus voisines afin de les organiser pour combattre le Messager d’Allah (sallallahu ‘alayhi wa sallam). Ayant appris la nouvelle, le Messager d’Allah (sallallahu ‘alayhi wa sallam) partit de Médine à la tête d’une armée afin de les soumettre. Un grand nombre d’hypocrites (de prétendus musulmans) participèrent à cette expédition, davantage que dans toute autre bataille.150 Finalement, les deux armées se retrouvèrent face à face près d’al-Muraysi‘. Au cours de cette expédition, les hypocrites fomentèrent une odieuse conspiration au sujet de ‘Aïcha (ra). Je vais maintenant exposer l’événement avec un peu plus de détails.

Au cours du mois de Sha‘ban de la cinquième ou de la sixième année de l’Hégire, le noble Prophète (sallallahu ‘alayhi wa sallam) apprit que les habitants de la région d’al-Muraysi‘ se préparaient à combattre les musulmans. Dès qu’il l’apprit, le Messager (sallallahu ‘alayhi wa sallam) marcha contre eux à la tête d’une armée. Le chef des hypocrites, ‘Abdullah ibn Ubay, se joignit à cette expédition avec un grand nombre d’hypocrites et accompagna le noble Prophète (sallallahu ‘alayhi wa sallam). Ibn Sa‘d dit qu’aucune bataille jusque-là n’avait vu participer un aussi grand nombre d’hypocrites. Après l’expédition, ces hypocrites tentèrent de diverses manières de semer la discorde parmi les musulmans. Grâce à la miséricorde d’Allah ainsi qu’à la clairvoyance et à la direction compétente du Messager d’Allah (sallallahu ‘alayhi wa sallam), toutes les intrigues de ‘Abdullah ibn Ubay furent réduites à néant.

C’est au cours de cette expédition qu’ils ourdirent un complot autour de la Mère des croyants, ‘Aïcha (qu’Allah l’agrée). Ils portèrent contre la chasteté de la vénérable ‘Aïcha (qu’Allah l’agrée) une accusation mensongère des plus humiliantes. Le récit de cette affaire a été rapporté par la vénérable ‘Aïcha elle-même dans divers recueils de hadiths et de sîra, notamment dans le Sahîh al-Bukhârî. Elle raconte :

Lorsque le Messager bien-aimé d’Allah (qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix) devait se rendre dans un lieu éloigné, il tirait au sort pour déterminer laquelle de ses épouses l’accompagnerait. Lors de la bataille de Banû al-Mustaliq, mon nom sortit au tirage. Je fus donc sa compagne de voyage. Au retour, alors que nous approchions de Médine, le Messager (qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix) dressa sa tente et s’arrêta pour la nuit. À la fin de la nuit, on se prépara à repartir. Je me réveillai et sortis pour satisfaire un besoin naturel. En revenant, alors que j’approchais du lieu où nous avions campé, je remarquai que mon collier était tombé quelque part. Je repartis donc à sa recherche. Entre-temps, la caravane s’était mise en route. La coutume voulait qu’au moment du départ je prenne place dans mon hawdaj (une litière placée sur le dos d’un chameau), puis que quatre hommes le soulèvent et l’attachent sur le dos de l’animal. À cette époque, en raison de la pauvreté et du dénuement, nous autres femmes étions très légères et menues. En soulevant mon hawdaj, les hommes ne se rendirent pas compte que je n’y étais pas. Sans le savoir, ils le déposèrent sur le dos du chameau et partirent.

De mon côté, je retrouvai le collier et, en revenant, ne trouvai personne sur place. Je me couvris donc entièrement avec le voile que je portais et restai allongée à cet endroit. Je me dis que, lorsqu’ils ne me verraient pas à leur arrivée, ils reviendraient me chercher. Dans cette attente, je m’endormis. Au matin, Safwân ibn al-Mu‘attal al-Sulamî arriva à l’endroit où je dormais. Dès qu’il me vit, il me reconnut, car il m’avait aperçue plusieurs fois avant la révélation de l’ordre relatif au voile. En me voyant, il arrêta son chameau et s’écria avec stupeur : « Innâ lillâhi wa innâ ilayhi râji‘ûn ! L’épouse du Messager d’Allah (qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix) est restée ici. »

Dès que j’entendis sa voix, je me réveillai. Je me redressai rapidement et me couvris le visage avec mon voile. Il ne m’adressa pas la moindre parole. Il amena son propre chameau, le fit asseoir devant moi, puis se tint à distance. Je montai sur le dos de l’animal, tandis qu’il en prit les rênes et marcha à pied. Nous rejoignîmes la caravane vers midi, au moment où elle venait tout juste de s’arrêter en un lieu. Personne ne s’était même aperçu que j’étais restée en arrière. Une montagne d’accusations mensongères fut édifiée à partir de cet événement. Parmi ceux qui y prirent la tête, ‘Abdullah ibn Ubayy était le plus acharné. Mais je n’avais absolument rien appris de ce qui se disait contre moi. »

Selon une autre narration, lorsque la vénérable ‘Aïcha (qu’Allah l’agrée) arriva au camp des soldats montée sur le chameau de Safwân, et qu’il fut établi qu’elle était restée en arrière, ‘Abdullah ibn Ubayy se mit à crier : « Par Allah ! Cette femme n’a pas pu se préserver. Regardez, regardez : la femme de votre Prophète a passé la nuit avec un autre homme, et maintenant elle revient ouvertement avec lui. »

‘Aïcha (qu’Allah l’agrée) raconte : « Après notre retour à Médine, je tombai malade. Je restai alitée pendant près d’un mois. La rumeur de cette fausse accusation se répandit dans toute la ville. Elle finit par parvenir aux oreilles du noble Prophète (qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix), mais je n’en savais absolument rien. Une chose me troublait pourtant : lorsque j’étais malade, le Messager bien-aimé d’Allah (qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix) avait pour habitude de prendre grand soin de moi, mais cette fois il ne le faisait pas. Lorsqu’il entrait dans la maison, il demandait seulement aux gens de la maison : “Comment va-t-elle ?” Il ne me parlait pas. Cela éveilla en moi le soupçon que quelque chose s’était peut-être produit. Finalement, après lui avoir demandé la permission, je me rendis chez ma mère afin qu’elle puisse mieux me soigner et s’occuper de moi. »

Une nuit, je sortis de la maison pour satisfaire un besoin naturel. À cette époque, les maisons n’avaient pas encore toutes de latrines. Nous allions donc dans les bois et les endroits isolés pour nos besoins naturels. La mère de Mistah ibn Uthâtha m’accompagnait. Elle était la cousine germaine de mon père. En chemin, elle trébucha et s’exclama soudain : « Que Mistah périsse ! » Je lui dis : « Quelle mère êtes-vous donc ? Vous souhaitez la mort de votre propre fils, alors qu’il a participé à la bataille de Badr ! » Elle répondit : « Ma fille, tu n’as donc aucune nouvelle ? » Puis elle me raconta toute l’affaire et me rapporta tout ce que les colporteurs de mensonges disaient à mon sujet. »

Il convient de préciser qu’en dehors des hypocrites, quelques musulmans seulement s’étaient également associés à cette campagne mensongère. Parmi eux, il faut notamment citer Mistah ibn Uthâtha, le célèbre poète de l’islam Hassân ibn Thâbit, ainsi que Hamna bint Jahsh, la sœur de la vénérable Zaynab (qu’Allah l’agrée). ‘Aïcha (qu’Allah l’agrée) raconte : « En entendant cette histoire, mon sang se glaça. J’en oubliai même le besoin pour lequel j’étais sortie. Je rentrai directement chez moi et passai toute la nuit à pleurer. »

En mon absence, le Messager d’Allah — qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix — convoqua Ali et Usama ibn Zayd et leur demanda conseil à ce sujet. Usama — qu’Allah l’agrée — parla en ma faveur. Il dit : « Ô Messager d’Allah ! Je n’ai jamais rien vu de mauvais chez votre épouse, seulement du bien. Tout ce qui se raconte n’est que mensonge et accusation inventée. » Quant à Ali, il dit : « Ô Messager d’Allah ! Les femmes ne manquent pas dans notre société. Vous pouvez prendre une autre épouse à sa place. Et si vous voulez connaître la vérité, vous pouvez appeler la servante et vous renseigner auprès d’elle. »

La servante fut appelée et interrogée. Elle dit : « Par Allah, qui vous a envoyé avec la vraie religion, je n’ai jamais rien vu de répréhensible chez elle qui puisse être blâmé. Le seul défaut que j’ai constaté est le suivant : je pétrissais de la pâte et la laissais en lui demandant de la surveiller un instant. Mais elle s’endormait, puis une chèvre venait manger la pâte préparée. »

Ce jour-là, le noble Prophète — qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix — prononça un sermon : « Ô musulmans, qui parmi vous peut me protéger contre celui qui m’a fait souffrir en accusant faussement mon épouse ? Par Allah, je n’ai constaté aucun défaut chez mon épouse, ni chez l’homme au sujet duquel cette accusation a été portée. Durant mon absence, il n’est jamais entré chez moi. » En entendant cela, Usayd ibn Hudayr — ou, selon certains récits, Sa‘d ibn Mu‘adh — se leva et dit : « Ô Messager d’Allah ! Si l’accusateur appartient à notre tribu, nous le tuerons ; et s’il appartient à la tribu de notre frère, les Khazraj, nous ferons ce que vous ordonnerez. » À ces mots, Sa‘d ibn ‘Ubada, chef des Khazraj, se leva et dit : « Tu mens ! Tu ne pourras en aucun cas le tuer. Tu ne parles de le tuer que parce qu’il appartient aux Khazraj. S’il était des tiens, tu n’aurais jamais parlé de le tuer. » On lui répondit : « Tu es un hypocrite ; c’est pourquoi tu soutiens les hypocrites. »

Cette altercation provoqua un tumulte dans la mosquée du Prophète. Les membres des deux tribus, les Aws et les Khazraj, furent sur le point de s’affronter dans la mosquée même. Mais le noble Prophète — qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix — les calma, puis descendit de la chaire.

Pendant tout un mois, cette histoire inventée de fausse accusation circula dans la société. Le noble Prophète — qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix — continua d’en éprouver une profonde souffrance morale. Je me mis à pleurer, tandis que mes parents passaient leurs journées dans une inquiétude et une angoisse sans limites. Finalement, le noble Prophète — qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix — vint un jour s’asseoir à mes côtés. Durant toute cette longue période, il ne s’était pas assis une seule fois auprès de moi. Abu Bakr et Umm Ruman, les parents d’Aïcha, pensèrent que des paroles décisives seraient peut-être prononcées ce jour-là. Ils vinrent donc eux aussi s’asseoir près de nous. Le noble Prophète — qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix — dit : « Aïcha, tout ce qui se dit à ton sujet est parvenu à mes oreilles. Si tu es innocente, j’espère qu’Allah fera apparaître et établira ton innocence. Mais si tu as réellement commis quelque péché, alors repens-toi devant Allah et demande-Lui pardon. Lorsqu’un serviteur reconnaît son péché et se repent, Allah lui pardonne. »

À ces paroles, mes larmes se tarirent. Je dis à mon père : « Répondez aux paroles du Messager d’Allah — qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix. » Il répondit : « Ma fille, je ne sais pas quoi dire. » Je dis à ma mère : « C’est vous qui devriez dire quelque chose. » Elle répondit : « Je ne sais pas non plus quoi dire. » Je dis alors : « Vous avez entendu une parole, et elle s’est ancrée dans vos esprits. Si je dis que je suis innocente — Allah en est témoin, je suis totalement innocente — vous ne me croirez pas. Et si je reconnaissais simplement quelque chose que je n’ai absolument pas fait — Allah le sait —, alors… » Je tentai de me rappeler le nom du prophète Jacob, mais je n’y parvins pas. Finalement, je dis : « Dans une telle situation, je ne vois d’autre solution que de prononcer les paroles du père de Joseph : »

Ce sera en arabe.

Après avoir dit cela, je me tournai de l’autre côté et m’allongeai. Je me dis intérieurement : « Allah connaît parfaitement mon innocence. Il révélera certainement la vérité aux gens. » Mais je n’avais jamais imaginé qu’une révélation serait descendue en ma faveur et serait récitée jusqu’au Jour de la Résurrection. Je pensais que le Messager — qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix — ferait un rêve dans lequel Allah manifesterait mon innocence. C’est alors que le Prophète — qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix — entra dans l’état qui accompagnait la révélation. Même par un froid intense, des gouttes de sueur se mirent à tomber de son noble visage. À cette vue, nous nous tûmes tous. Intérieurement, j’étais parfaitement rassurée. Mais l’état de mes parents était profondément poignant. Ils étaient agités et inquiets, se demandant quelle grande vérité Allah allait dévoiler. Lorsque l’état lié à la révélation prit fin, le Messager d’Allah — qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix — parut extrêmement heureux. Avec un sourire, ses premières paroles furent : « Aïcha, réjouis-toi ! Allah a révélé une révélation déclarant ton innocence. » Puis il leur récita les versets 11 à 21 de la sourate An-Nûr. Ma mère me dit alors : « Lève-toi et remercie le Messager d’Allah — qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix. » Je répondis : « Je ne le remercierai pas, pas plus que je ne vous remercierai tous les deux. Je remercie plutôt Allah, qui a révélé dans le Coran des versets établissant mon innocence. Vous-mêmes n’avez même pas déclaré que cette fausse accusation était mensongère. »151

L’accusation portée contre Aïcha (qu’Allah l’agrée) est appelée « al-Ifk » dans le langage coranique. Par ce terme, Allah Très-Haut a lui-même réfuté totalement cette accusation. Le mot « ifk » signifie inverser le sens véritable d’une chose et dire, à son sujet, tout ce qui est contraire à la vérité. Dans cette acception, il est employé pour désigner un mensonge complet et une parole inventée. Lorsqu’il est utilisé à propos d’une accusation, il signifie une accusation manifestement mensongère et une calomnie flagrante.¹⁵²

Après la révélation des versets coraniques proclamant l’innocence d’Aïcha (qu’Allah l’agrée), la peine du hadd (peine prescrite) fut appliquée à deux hommes et à une femme pour avoir proféré une calomnie manifeste. Il s’agissait de Mistah ibn Uthatha, du poète Hassan ibn Thabit et de Hamna bint Jahsh (qu’Allah les agrée).¹⁵³

L’événement de la révélation du verset sur le tayammum :

Allah Très-Haut a fait d’Aïcha (qu’Allah l’agrée) l’occasion de montrer à l’humanité de nombreux bienfaits. À travers l’affaire de l’Ifk, Il a édicté de nombreuses règles et prescriptions afin de préserver la société humaine des relations sexuelles illicites et de l’indécence. De même, c’est à cette occasion qu’Il lui a accordé la possibilité du tayammum comme substitut à l’eau pour se purifier. Je pense qu’il ne serait pas hors de propos d’en dire ici quelques mots.

Lors d’un autre voyage, Aïcha (qu’Allah l’agrée) accompagnait le Messager d’Allah (qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix). Selon Ibn Sa‘d, il s’agissait également du voyage de l’expédition d’al-Muraysi.¹⁵⁴ Elle portait encore le même collier autour du cou. Lorsque la caravane arriva à un endroit appelé Dhat al-Jaysh ou al-Bayda, le collier se détacha de nouveau de son cou et tomba quelque part.¹⁵⁵ L’expérience de l’incident précédent lui avait suffisamment servi de leçon. Elle en informa donc immédiatement le Messager d’Allah (qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix). Le moment approchait de l’aube. Le Messager (qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix) ordonna de faire halte. Mais à l’endroit où les soldats avaient dressé leurs tentes, il n’y avait pas la moindre goutte d’eau. Entre-temps, l’heure de la prière de l’aube arriva. Les gens, épouvantés, coururent trouver Abou Bakr (qu’Allah l’agrée) et lui dirent : « Aïcha a plongé l’armée dans une terrible difficulté ! » Abou Bakr (qu’Allah l’agrée) se précipita alors directement auprès d’Aïcha (qu’Allah l’agrée). Il vit que le Messager (qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix) se reposait un peu, la tête posée sur le genou d’Aïcha (qu’Allah l’agrée). D’une voix irritée, Abou Bakr dit à sa fille : « Tu ne cesses d’attirer de nouvelles épreuves sur les gens ! » Sur ces mots, dans sa colère et son indignation, il lui donna quelques coups du doigt dans les côtes. Mais Aïcha (qu’Allah l’agrée), craignant de troubler le repos du Messager d’Allah (qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix), ne bougea pas le moins du monde.

Le matin arriva. Le Messager d’Allah (qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix) se réveilla et prit connaissance de toute l’affaire. L’une des particularités des prescriptions islamiques est qu’elles ont toujours été révélées au moment opportun. Jusqu’alors, les ablutions étaient obligatoires en islam pour accomplir la prière. Mais, pour indiquer ce qu’il fallait faire lorsqu’on ne trouvait pas d’eau dans une situation comme celle-ci, le verset suivant fut révélé :

Ce sera en arabe

« Et si vous êtes malades ou en voyage, ou si l’un de vous revient du lieu d’aisances ou a eu des rapports avec des femmes, et qu’il ne trouve pas d’eau, alors recourez à une terre pure pour faire le tayammum. Frottez-en votre visage et vos mains. Certes, Allah est Pardonneur. » (An-Nisâ’, 4:43)

En réalité, l’injonction du tayammum est un don particulier, une caractéristique propre à cette communauté. Quelle immense grâce d’Allah Très-Haut d’avoir fait d’une chose dont l’accès est plus facile que celui de l’eau un substitut à l’eau pour la purification, comme les ablutions et le bain rituel ! Cette facilité n’a été accordée à aucune communauté antérieure ; elle a été accordée exclusivement à la communauté de Muhammad.

Quoi qu’il en soit, ce groupe de combattants musulmans, bouillonnant d’enthousiasme et d’émotion, qui se croyait alors en difficulté parce qu’il ne trouvait pas d’eau, fut extrêmement heureux de recevoir cette miséricorde d’Allah. Usayd ibn Hudayr, qui était un Compagnon éminent, s’exclama avec émotion : « Ô famille d’Abû Bakr as-Siddîq ! Ce n’est pas la première bénédiction que vous apportez à l’islam. »156

Selon une autre narration, Usayd ibn Hudayr s’adressa à ‘Â’isha en ces termes : « Qu’Allah vous récompense par le bien ! Chaque fois qu’une épreuve que vous n’aimez pas vous a frappée, Allah en a fait, par votre intermédiaire, un bien quelconque pour vous et pour les musulmans. »157

Abû Bakr as-Siddîq, qui quelques instants auparavant était bouleversé et impatient d’instruire sa fille bien-aimée, lui dit maintenant avec fierté : « Morceau de mon cœur ! Je ne savais pas que tu étais si porteuse de bien. Par ton intermédiaire, Allah Très-Haut a accordé tant de bénédictions et de facilités à la communauté musulmane. »158

Il convient de préciser que ‘Â’isha avait emprunté ce collier à sa sœur Asmâ’ pour le porter.159 Puis, lorsque le chameau de ‘Â’isha fut soulevé afin que la caravane se mette en route, le collier fut retrouvé sous l’animal.160

L’événement de l’îlâ ou du takhyîr :

Les événements marquants de la vie de ‘Â’isha auprès du Messager bien-aimé sont nombreux. Parmi eux, les deux plus importants sont l’événement du taḥrîm et celui de l’îlâ ou du takhyîr. Le taḥrîm est l’événement lié au miel, mentionné dans la biographie de Hafsa. Bien que l’autre événement ait été évoqué çà et là auparavant, il n’avait pas encore fait l’objet d’un exposé détaillé ; c’est pourquoi il est relaté ici.

Cet événement eut lieu durant la neuvième année de l’Hégire, selon un autre avis à l’époque contemporaine des événements des Ahzâb et des Banû Qurayẓa.161 À cette époque, le message de l’islam s’était répandu dans les contrées les plus éloignées de l’Arabie. Des richesses s’accumulaient constamment dans le bayt al-mâl de l’islam. Malgré cela, on a déjà vu certains indices de la pauvreté, des difficultés et de la frugalité dans lesquelles vivait la famille du noble Messager d’Allah. Après la conquête de Khaybar, la quantité de céréales et de dattes allouée aux Épouses purifiées pour toute l’année était très insuffisante. De plus, chacune d’elles avait l’habitude d’accueillir les hôtes et de donner largement en aumônes et en bienfaisance. C’est pourquoi leur niveau de vie était extrêmement bas. Chaque jour, elles le passaient dans la faim ou avec une nourriture très insuffisante. Avant leur mariage avec le Messager d’Allah, elles menaient une vie très aisée dans la maison de leur père ou chez leur époux précédent. Ainsi, voyant l’abondance des biens et de l’argent entre les mains du Messager d’Allah, elles demandèrent toutes ensemble une augmentation de la part qui leur était attribuée.

Lorsque cette nouvelle parvint aux oreilles de ‘Umar (qu’Allah l’agrée), il commença par conseiller sa propre fille Hafsa (qu’Allah l’agrée) en lui disant : « Tu demandes une augmentation de ton allocation de subsistance. Tout ce dont tu as besoin, tu peux me le demander. » Puis ‘Umar (qu’Allah l’agrée) se rendit successivement à la porte de chacune des Mères des croyants pour les conseiller. Umm Salama lui dit : « Ô ‘Umar ! Vous intervenez déjà dans toutes les affaires ; voilà maintenant que vous commencez aussi à intervenir dans les affaires des épouses du Messager d’Allah (que Dieu le bénisse et lui accorde la paix) ! » En entendant cela, ‘Umar (qu’Allah l’agrée), humilié, se tut.

Un jour, Abou Bakr et ‘Umar (qu’Allah les agrée tous deux) se présentèrent auprès du Messager d’Allah (que Dieu le bénisse et lui accorde la paix) et le trouvèrent entouré de ses épouses, qui insistaient auprès de lui pour obtenir une augmentation de leur allocation de subsistance. Tous deux s’apprêtèrent à frapper leurs propres filles, ‘Aïcha et Hafsa. Celles-ci échappèrent alors aux mains de leurs pères en promettant qu’à l’avenir elles ne causeraient plus de peine au Messager (que Dieu le bénisse et lui accorde la paix) en lui demandant une augmentation de leur subsistance.

Les autres épouses restèrent fermes dans leurs revendications. Sur ces entrefaites, le Messager (que Dieu le bénisse et lui accorde la paix) tomba de cheval et se blessa lorsque ses côtes heurtèrent une racine d’arbre. 162

À côté de la chambre de ‘Aïcha (qu’Allah l’agrée) se trouvait une autre pièce appelée al-Mashraba. C’est là que le Messager (que Dieu le bénisse et lui accorde la paix) s’installa. Il jura qu’il ne rendrait visite à aucune de ses épouses pendant un mois. Les hypocrites propagèrent alors la rumeur que le Messager (que Dieu le bénisse et lui accorde la paix) avait divorcé de toutes ses épouses. En entendant cela, les nobles Compagnons se réunirent dans la mosquée. Une atmosphère d’agitation régnait dans toutes les maisons. Les épouses du Messager d’Allah (que Dieu le bénisse et lui accorde la paix) se mirent à pleurer. Aucun des Compagnons n’osa demander au Messager d’Allah (que Dieu le bénisse et lui accorde la paix) de vérifier la véracité de cette affaire.

Ayant appris la nouvelle, ‘Umar (qu’Allah l’agrée) se rendit à la mosquée du Prophète et vit les nobles Compagnons assis en silence, accablés. Il demanda à deux reprises la permission de rencontrer le noble Messager (que Dieu le bénisse et lui accorde la paix), mais n’obtint aucune réponse. À la troisième demande, ayant reçu la permission, il entra dans la pièce et vit le Messager (que Dieu le bénisse et lui accorde la paix) allongé sur une banquette ; les marques d’une couverture épaisse étaient imprimées sur son corps béni. ‘Umar (qu’Allah l’agrée) regarda autour de lui et ne vit là, à part quelques récipients en terre et des outres sèches, aucun autre objet. À cette vue, les larmes lui montèrent aux yeux. Il dit : « Ô Messager d’Allah ! Avez-vous divorcé de vos épouses ? » Il répondit : « Non. » ‘Umar dit : « Puis-je annoncer cette bonne nouvelle aux musulmans ? » Ayant obtenu la permission du Messager d’Allah (que Dieu le bénisse et lui accorde la paix), ‘Umar (qu’Allah l’agrée) se mit à proclamer à pleine voix : « Allahou Akbar ! »

Ce mois comptait vingt-neuf jours. ‘Aïcha (qu’Allah l’agrée) dit : « Je comptais les jours un à un. Lorsque les vingt-neuf jours furent écoulés, il sortit de sa retraite. » Le noble Messager (que Dieu le bénisse et lui accorde la paix) se rendit d’abord dans la chambre de ‘Aïcha (qu’Allah l’agrée). Elle lui demanda : « Ô Messager d’Allah ! Vous aviez pourtant juré de vous abstenir pendant un mois ; aujourd’hui, cela ne fait que vingt-neuf jours. » Il répondit : « Certains mois comptent aussi vingt-neuf jours. » 163

Puisque les épouses purifiées réclamaient une amélioration de leur niveau de vie, tandis que le noble Prophète (que Dieu le bénisse et lui accorde la paix) ne pouvait se souiller par les plaisirs et le luxe terrestres pour satisfaire ses épouses, Allah le Très-Haut révéla les versets du « takhyîr ». Le « takhyîr » signifie accorder le choix et la liberté. Autrement dit, parmi ses épouses, celle qui le souhaitait pouvait accepter la pauvreté et les privations et continuer sa vie conjugale avec le Messager d’Allah ; et celle qui le souhaitait pouvait le quitter. Le verset est cité ci-dessous :

Ce sera en arabe

« Ô Prophète ! Dis à tes épouses : “Si vous désirez la vie d’ici-bas et ses parures, venez, je vous donnerai quelque chose et vous congédierai convenablement. Mais si vous désirez Allah, Son Messager et la demeure de l’au-delà, sachez qu’Allah a préparé une immense récompense pour celles d’entre vous qui sont vertueuses. » (Al-Ahzab : 29)

Dans un hadith rapporté dans le Sahih Muslim, Hazrat Jabir ibn ‘Abdillah (qu’Allah l’agrée) a relaté l’événement de cette époque. Un jour, Hazrat Abou Bakr et Hazrat ‘Umar (qu’Allah les agrée tous deux) se présentèrent auprès du Noble Prophète (qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix) et le trouvèrent assis en silence, tandis que ses épouses étaient assises autour de lui. S’adressant à Hazrat ‘Umar, il dit : « Vous voyez qu’elles sont assises autour de moi ; en réalité, elles me demandent de l’argent pour leurs dépenses. » En entendant cela, les deux Compagnons réprimandèrent sévèrement leurs propres filles et leur dirent : « Vous faites de la peine au Noble Messager (qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix) et vous lui demandez des choses qu’il ne possède pas. » Selon une autre narration, ils voulurent même les frapper. Le Messager (qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix) les en empêcha.164 De fait, cet événement montre clairement dans quelle profonde difficulté financière se trouvait alors le Noble Prophète (qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix).

Lorsque ce verset fut révélé, le Noble Prophète (qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix) s’adressa d’abord à Hazrat ‘Aïcha (qu’Allah l’agrée) : « Je vais te dire quelque chose ; ne réponds pas trop vite. Consulte l’avis de tes parents. » Puis le Noble Prophète (qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix) lui récita le verset mentionné et lui dit qu’il s’agissait d’un commandement venu d’Allah. Hazrat ‘Aïcha (qu’Allah l’agrée) répondit aussitôt : « Pourquoi demanderais-je l’avis de mes parents à ce sujet ? Je ne désire qu’Allah, Son Messager et la réussite dans l’au-delà. » Le Noble Messager (qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix) fut extrêmement heureux de la réponse de ‘Aïcha (qu’Allah l’agrée). Il dit : « Je présenterai également cette question à tes autres coépouses de la même manière que je te l’ai présentée. » ‘Aïcha (qu’Allah l’agrée) dit : « Je vous prie de ne communiquer à personne ma décision. » Mais le Messager (qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix) ne retint pas sa demande. Il parla à ses coépouses exactement comme il avait parlé à ‘Aïcha (qu’Allah l’agrée), en leur précisant aussi que ‘Aïcha (qu’Allah l’agrée) avait choisi Allah, le Messager d’Allah (qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix) et l’au-delà.165 Chacune d’elles donna la même réponse que ‘Aïcha (qu’Allah l’agrée). Dans les ouvrages de sîra, cet événement est appelé « takhyîr ». Le « takhyîr » signifie accorder le choix : donner à l’épouse la possibilité de décider si elle restera avec son mari ou se séparera de lui.

Sayyid Abul A‘la Maududi, citant l’Ahkam al-Qur’an d’Ibn al-‘Arabi, a déclaré : « Au moment de la révélation du verset du “takhyîr”, quatre épouses du Noble Messager (qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix) étaient présentes. Il s’agissait de Hazrat Sawda, Hazrat ‘Aïcha, Hazrat Hafsa et Hazrat Umm Salama (qu’Allah les agrée). »166 Toutefois, ‘Allama Ibn Kathir rapporte, d’après Hazrat ‘Ikrima (qu’Allah l’agrée), qu’à cette époque le Messager d’Allah (qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix) avait au total neuf épouses. Cinq étaient issues de la tribu des Quraysh : ‘Aïcha, Hafsa, Umm Habiba, Sawda et Umm Salama (qu’Allah les agrée) ; les autres étaient Safiyya, Maymuna, Juwayriya et Zaynab bint Jahsh al-Asadiyya (qu’Allah les agrée).167 Cette divergence s’explique par les différences concernant la date de l’événement.

Le décès de son époux

Lorsque Hazrat ‘Aïcha (qu’Allah l’agrée) eut dix-huit ans, son époux, le Messager d’Allah (qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix), décéda. Un jour, avant le mois de Safar de l’an 11 de l’Hégire, le Messager (qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix) entra dans la chambre de ‘Aïcha (qu’Allah l’agrée) et la trouva gémissant de douleur à la tête. En voyant son état, le Messager (qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix) lui dit : « Si tu mourais avant moi, je te laverais moi-même, t’envelopperais dans ton linceul et procéderais à ton enterrement. » Hazrat ‘Aïcha (qu’Allah l’agrée) réagit aussitôt en disant : « Ô Messager d’Allah ! Vous dites cela afin de pouvoir faire venir une autre épouse dans cette chambre et l’y installer. » En entendant cela, le Messager (qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix) posa la main sur sa tête et s’écria : « Hélas, ma tête ! » Il est rapporté que c’est à partir de ce moment que les maux de tête du Messager d’Allah (qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix) commencèrent.168 Ensuite, il se rendit dans la chambre de Hazrat Maymuna (qu’Allah l’agrée) et s’alita, malade. Même dans cet état, il passait la nuit, selon le jour fixé, dans la chambre de l’épouse désignée. Mais chaque jour, il demandait où il séjournerait le lendemain. Ses épouses comprirent qu’il désirait rester auprès de ‘Aïcha (qu’Allah l’agrée). Elles lui en donnèrent donc toutes la permission. À partir de ce jour et jusqu’au dernier moment de sa vie terrestre, il demeura dans la chambre de ‘Aïcha (qu’Allah l’agrée).169

Quelqu’un pourrait maintenant se demander pourquoi le Noble Messager d’Allah (qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix) était si impatient de se rendre auprès de Hazrat ‘Aïcha (qu’Allah l’agrée). Était-ce parce qu’il l’aimait extrêmement ?

Les spécialistes répondent que non. En réalité, Allah avait accordé à ‘Aïcha (qu’Allah l’agrée) une intelligence, un discernement, une mémoire, une perfection naturelle et une capacité de réflexion qu’aucune autre épouse ne possédait à ce degré. Il n’est donc pas déraisonnable de penser que l’intention du Messager d’Allah (qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix) était que toutes les paroles, les actions et les comportements des derniers jours de sa vie soient conservés dans leur intégralité. C’est effectivement ce qui s’est produit. La plupart des récits authentiques concernant le décès du Messager d’Allah (qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix) sont parvenus au monde par l’intermédiaire de ‘Aïcha (qu’Allah l’agrée).

La gravité de la maladie du Messager d’Allah (paix et bénédictions d’Allah sur lui) augmentait chaque jour. À un moment donné, il devint incapable de se rendre à la mosquée pour diriger la prière. Ses épouses étaient occupées à le soigner. Elles récitaient certaines invocations qu’elles avaient apprises auprès du Messager d’Allah (paix et bénédictions d’Allah sur lui), puis soufflaient sur lui. Aïcha (qu’Allah l’agrée) récita quelques invocations et souffla sur lui.170

Pour la prière de l’aube, les fidèles réunis attendaient assis le Messager d’Allah (paix et bénédictions d’Allah sur lui). Chaque fois qu’il essayait de se lever, il perdait connaissance. Finalement, il ordonna à Abou Bakr (qu’Allah l’agrée) de diriger la prière. Aïcha (qu’Allah l’agrée) dit : « Je pensais que celui qui se tiendrait à la place du Messager d’Allah (paix et bénédictions d’Allah sur lui) serait considéré par les gens comme indigne et de mauvais augure. C’est pourquoi je dis : “Ô Messager d’Allah (paix et bénédictions d’Allah sur lui) ! Abou Bakr est un homme au cœur tendre. Il ne pourra pas accomplir cette tâche ; il se mettra à pleurer. Donnez-en l’ordre à quelqu’un d’autre.” » Mais il donna le même ordre une deuxième fois. Alors Aïcha (qu’Allah l’agrée) demanda à Hafsa (qu’Allah l’agrée) de répéter ces paroles au Messager d’Allah (paix et bénédictions d’Allah sur lui). Le Messager d’Allah (paix et bénédictions d’Allah sur lui) déclara : « Vous êtes toutes comme les compagnes de Joseph. Dites qu’Abou Bakr dirigera la prière. »171

Avant de tomber malade, le Messager d’Allah (paix et bénédictions d’Allah sur lui) avait laissé une certaine somme d’argent liquide chez Aïcha (qu’Allah l’agrée) et avait oublié de la dépenser. Au cours de cette grave maladie, il s’en souvint. Il dit à Aïcha (qu’Allah l’agrée) : « Où sont ces dirhams ? Dépense-les dans la voie d’Allah. Comment Muhammad pourrait-il rencontrer Allah avec une mauvaise opinion de lui ? » Aussitôt, cet argent fut distribué aux pauvres.172

C’était maintenant le dernier moment du Messager d’Allah (paix et bénédictions d’Allah sur lui). Aïcha (qu’Allah l’agrée) était assise près de sa tête, tandis qu’il était appuyé contre sa poitrine. Aïcha (qu’Allah l’agrée) ne cessait d’invoquer Allah pour sa guérison. La main du Messager d’Allah (paix et bénédictions d’Allah sur lui) était dans la sienne. Soudain, il retira sa main d’un geste brusque et s’exclama :

En arabe : (Allahumma war-Rafîq al-A‘lâ)

C’est-à-dire : « Ô Allah ! Je choisis le Compagnon suprême. »173

Aïcha (qu’Allah l’agrée) dit : « Lorsqu’il était en bonne santé, il disait que chaque prophète, au moment de sa mort, avait le choix entre la vie de ce monde et celle de l’au-delà. Après que le Messager d’Allah (paix et bénédictions d’Allah sur lui) eut prononcé ces paroles, je compris qu’il avait choisi de nous quitter. »174 Elle demanda : « Ô Messager d’Allah (paix et bénédictions d’Allah sur lui) ! Vous souffrez terriblement. » Il répondit : « La récompense est proportionnelle à la souffrance. »

Aïcha (qu’Allah l’agrée) était assise en soutenant le noble Messager d’Allah (paix et bénédictions d’Allah sur lui). Soudain, elle sentit le poids de son corps. En regardant ses yeux, elle comprit qu’il n’était plus de ce monde. Elle posa doucement sa tête bénie sur l’oreiller et éclata en sanglots.175

Le plus grand honneur et la plus grande distinction de ʿAïcha (qu’Allah l’agrée) est que, dans sa propre chambre, le corps béni du Noble Messager d’Allah (qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix) fut inhumé dans un coin.176

Un jour, ʿAïcha (qu’Allah l’agrée) vit en rêve que trois lunes se précipitaient successivement dans sa chambre. Elle raconta ce rêve à son père, Abou Bakr as-Siddiq (qu’Allah l’agrée). Lorsque le Noble Messager (qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix) fut enterré dans sa chambre, Abou Bakr (qu’Allah l’agrée) dit à sa fille : « L’une de ces trois lunes est celle-ci, et c’est la meilleure. »177 Les événements ultérieurs prouvèrent que les deuxième et troisième lunes de son rêve étaient Abou Bakr (qu’Allah l’agrée) et ʿUmar (qu’Allah l’agrée).

ʿAïcha (qu’Allah l’agrée) devint veuve à l’âge de dix-huit ans et vécut encore quarante-huit années dans cet état. Tant qu’elle resta en vie, elle demeura auprès de la tombe sacrée. Au début, elle dormait à côté de la tombe du Messager d’Allah (qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix). Après avoir vu un jour le Messager d’Allah (qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix) en rêve, elle cessa d’y dormir. Jusqu’à l’inhumation de ʿUmar (qu’Allah l’agrée) dans la chambre de ʿAïcha (qu’Allah l’agrée), elle y entrait et en sortait sans porter le voile, car les deux personnes qui y reposaient alors étaient l’une son époux et l’autre son père. Après l’inhumation de ʿUmar (qu’Allah l’agrée) à leurs côtés, elle disait : « Désormais, lorsque je m’y rends, le voile est nécessaire. »

Allah le Très-Haut interdit aux Épouses purifiées du Prophète (les saintes épouses) de se remarier. Il est rapporté d’Ibn ʿAbbâs (qu’Allah l’agrée) qu’il dit : « Un homme voulut épouser l’une des épouses du Messager d’Allah (qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix) après son décès. » Un homme demanda à Soufyan, l’un des transmetteurs de la chaîne de transmission de ce hadith : « Était-ce ʿAïcha (qu’Allah l’agrée) ? » Soufyan répondit : « C’est ce qu’ont mentionné les transmetteurs. » As-Suddî dit : « Celui qui avait formé ce souhait était Talha ibn ʿUbayd Allah. » C’est à la suite de cela que le verset suivant fut révélé :178

Ce sera en arabe

« Il ne vous est pas permis de faire du mal au Messager d’Allah ni d’épouser ses épouses après son décès. Ce serait, auprès d’Allah, un péché très grave. »179

Dans un autre verset, Allah le Très-Haut proclame que les Épouses purifiées du Prophète sont les mères des musulmans.180

Ce sera en arabe

« Le Prophète est plus proche des croyants qu’ils ne le sont d’eux-mêmes, et ses épouses sont leurs mères. »

En résumé, les épouses pures — qui furent les compagnes du Prophète durant une partie de leur vie — consacreront également le reste de leur existence à mettre en pratique l’enseignement et l’œuvre de leur époux, ainsi qu’à les propager. Elles sont les mères des musulmans. Leur responsabilité sera d’instruire et d’éduquer les enfants. Allah Lui-même a exposé ainsi leurs responsabilités et leurs devoirs :¹⁸¹

« Ô épouses du Prophète ! Vous n’êtes pas comme les autres femmes. Si vous craignez Allah, ne parlez pas aux hommes étrangers d’une voix douce et séduisante, de peur que celui dont le cœur est malade ne nourrisse de mauvaises intentions. Tenez des propos convenables. Restez dans vos demeures et ne vous exhibez pas à la manière de l’ancienne époque de l’ignorance. Accomplissez la prière, acquittez la zakat et obéissez à Allah et à Son Messager. Ô membres de la famille du Prophète ! Allah veut seulement éloigner de vous toute souillure et vous purifier pleinement. Souvenez-vous des versets d’Allah et des paroles pleines de sagesse qui sont récités dans vos demeures. Certes, Allah est Subtil et parfaitement Informé de toute chose. »

Le reste de la vie d’Aïcha (qu’Allah l’agrée) fut l’illustration concrète du verset d’Allah cité plus haut. Après le décès du noble Messager d’Allah (que la bénédiction et la paix d’Allah soient sur lui), le père honoré de la Mère des croyants Aïcha (qu’Allah l’agrée), Abou Bakr Siddiq (qu’Allah l’agrée), fut choisi comme calife. Quelques jours après que l’on eut réglé les affaires liées au linceul et aux funérailles du Messager d’Allah (que la bénédiction et la paix d’Allah soient sur lui), et après la fin des difficultés liées à l’élection du calife, les épouses du Messager d’Allah (que la bénédiction et la paix d’Allah soient sur lui) voulurent envoyer Uthman (qu’Allah l’agrée), en leur nom, auprès du calife afin de régler définitivement la question de l’héritage. Aïcha (qu’Allah l’agrée) leur rappela alors que le noble Messager (que la bénédiction et la paix d’Allah soient sur lui) avait dit de son vivant : « Je ne laisserai aucun héritier. Tout ce que je laisserai sera considéré comme une aumône. »¹⁸² En entendant cela, toutes gardèrent le silence.

En réalité, quels biens le noble Messager d’Allah (que la bénédiction et la paix d’Allah soient sur lui) avait-il donc laissés, qui auraient pu être répartis entre ses héritiers ? Il est rapporté dans un hadith qu’il ne laissa en héritage ni dirhams ni dinars, ni animaux domestiques, ni esclaves, hommes ou femmes.¹⁸³

Cependant, en tant que plus haute autorité de l’État, il avait gardé sous sa gestion quelques jardins et vergers. Le califat bien guidé maintint dans le même état les revenus de ces biens et les dépenses auxquelles ils étaient affectés du vivant du Messager d’Allah (que la bénédiction et la paix d’Allah soient sur lui). Le Messager (que la bénédiction et la paix d’Allah soient sur lui) assurait les dépenses de ses épouses grâce aux revenus de ces biens, et Abou Bakr (qu’Allah l’agrée) maintint également cette disposition.¹⁸⁴

La perte du père

Abou Bakr (qu’Allah l’agrée) n’eut l’occasion d’exercer le califat que durant deux ans. Il mourut en l’an treize de l’Hégire. Alors qu’il était dans ses derniers moments, sa fille Aïcha (qu’Allah l’agrée) était assise à son chevet. Auparavant, alors qu’il était en bonne santé, il lui avait donné certains biens pour qu’elle en jouisse et en dispose. Mais, se souvenant que ses autres enfants pourraient également avoir besoin de biens, il lui dit : « Ma fille, morceau de mon cœur ! Veux-tu donner ces biens à tes autres frères ? » Elle répondit : « Bien sûr, je le ferai. » Il lui demanda ensuite : « Combien de pièces de tissu composait le linceul du Messager d’Allah (que la bénédiction et la paix d’Allah soient sur lui) ? » Elle répondit : « Trois pièces de tissu blanc. » Il demanda encore : « Quel jour est-il décédé ? » Elle répondit : « Lundi. » Il demanda de nouveau : « Quel jour sommes-nous aujourd’hui ? » Elle répondit : « Lundi. » Il dit alors : « Dans ce cas, moi aussi, je partirai cette nuit. » Puis il regarda son propre manteau. Il portait une tache de safran. Il dit : « Lavez ce vêtement et utilisez-le avec deux autres pièces pour mon linceul. » Sa fille lui dit : « Mais ce vêtement est vieux. » Il répondit : « Les vivants ont davantage besoin de vêtements neufs que les morts. »¹⁸⁵ Il mourut cette nuit même. Il fut enterré dans la chambre d’Aïcha (qu’Allah l’agrée), aux côtés du Messager d’Allah (que la bénédiction et la paix d’Allah soient sur lui), mais légèrement plus près de ses pieds. C’était la deuxième lune tombée dans la chambre d’Aïcha (qu’Allah l’agrée). À peine deux ans après avoir perdu son mari, alors qu’elle était encore très jeune, elle perdit également son père.

Le califat de Fârûq

L’époque du califat du grand Fârûq (qu’Allah l’agrée) fut remarquable à tous égards. Il fixa une allocation en espèces pour chaque musulman. Selon un récit, il accordait annuellement douze mille à chacune des Mères des croyants.¹⁸⁶ Un autre récit rapporte qu’il donnait dix mille à chacune des autres épouses du Prophète et douze mille à Aïcha (qu’Allah l’agrée). Omar (qu’Allah l’agrée) expliqua lui-même la raison de cette préférence : « Je lui donne deux mille de plus parce qu’elle était la plus aimée des épouses du Messager d’Allah (qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix). »

Le calife Omar (qu’Allah l’agrée) fit fabriquer neuf coupes, correspondant au nombre des Mères des croyants. Chaque fois qu’une chose lui parvenait, il envoyait neuf parts distinctes à chacune d’elles. Lorsqu’il distribuait des présents et des cadeaux, il veillait avec tant de soin que, lorsqu’un animal était égorgé, il leur faisait parvenir leur part depuis la tête jusqu’aux pieds.

À une étape de la conquête de l’Irak, les musulmans entrèrent en possession d’un coffret rempli de perles précieuses. Il fut envoyé à la cour du calife avec les autres biens du butin. La répartition de ces perles s’avéra difficile pour tous. Le calife Omar (qu’Allah l’agrée) dit : « Si vous m’y autorisez tous, je peux envoyer ces perles à la Mère des croyants, Aïcha (qu’Allah l’agrée), car elle était l’épouse la plus aimée du Messager d’Allah (qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix). » Le coffret fut envoyé à Aïcha (qu’Allah l’agrée). Après l’avoir ouvert et examiné, elle dit : « Après le Messager d’Allah (qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix), Ibn Khattab m’a accordé de très grandes faveurs. Ô Allah, ne me laisse pas vivre assez longtemps pour bénéficier encore de telles faveurs de sa part. »

Le calife Omar (qu’Allah l’agrée) désirait être enterré dans la chambre d’Aïcha (qu’Allah l’agrée), près des pieds bénis du Messager d’Allah (qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix). Mais il ne parvenait pas à le lui demander. En effet, même si, une fois sous terre, il n’est pas nécessaire, du point de vue de la charia, que les hommes observent la séparation avec les femmes, il se considérait encore comme un homme étranger à Aïcha, même après son enterrement, par respect et bienséance. Jusqu’à son dernier moment, ces pensées le tourmentèrent profondément. Finalement, il envoya son fils en lui disant : « Présente mes salutations à la Mère des croyants et dis-lui : “Omar souhaite être enterré auprès de ses deux compagnons.” » Aïcha (qu’Allah l’agrée) répondit : « Bien que j’aie réservé cet endroit pour moi-même, je le lui accorde volontiers. »

Même après avoir obtenu cette permission de la Mère des croyants Aïcha (qu’Allah l’agrée), Omar (qu’Allah l’agrée) recommanda, avant de rendre son dernier souffle : « On portera ma civière jusqu’à sa porte et on lui demandera à nouveau la permission. Si elle l’accorde, on m’enterrera à l’intérieur ; sinon, on m’enterrera dans le cimetière général des musulmans. » Après la mort du calife, ses instructions furent suivies. Aïcha (qu’Allah l’agrée) accorda une seconde fois la permission, et il fut enterré à l’intérieur.¹⁸⁷

Ainsi devint-il le troisième astre du rêve de Aïcha (qu’Allah l’agrée), celui par lequel son rêve se réalisa.

Le martyre du calife Othman (qu’Allah l’agrée), tué par les rebelles, est un événement tragique de l’histoire de l’islam. C’est dans ce contexte que la Mère des croyants, Aïcha (qu’Allah l’agrée), s’impliqua directement dans la politique de son époque. C’est également dans ce contexte qu’eut lieu un autre événement déchirant : la bataille du Chameau. Nous ne nous prononcerons pas sur le point de savoir si son implication dans les événements qui suivirent le martyre d’Othman (qu’Allah l’agrée) était juste ou erronée. Nous croyons seulement que tous ses actes et tous ses efforts étaient consacrés au bien de la religion et de la communauté musulmane. Pour comprendre l’ensemble de ces événements historiques, il est nécessaire d’en donner un récit un peu détaillé.

Le califat de Hazrat ‘Uthman (r.a.) dura près de douze ans. Durant la première moitié de cette période, une atmosphère paisible, exempte de toute sorte de troubles et d’agitation, régnait. Puis, peu à peu, diverses plaintes commencèrent à s’élever de la part du peuple. Hazrat ‘Aïcha (r.a.) a rapporté que le Messager d’Allah (sallallahu ‘alayhi wa sallam) avait conseillé à ‘Uthman (r.a.) que, si Allah Très-Haut lui faisait un jour revêtir le vêtement du califat, il ne devait pas l’enlever de son plein gré.188

Hazrat ‘Aïcha (r.a.) jouissait d’une très grande considération parmi la population musulmane. Selon la déclaration d’Allah Très-Haut, elle était la mère des musulmans. Au Hijaz, en Irak, en Égypte, ainsi que dans toutes les régions du califat, elle était vénérée comme une mère. Les gens venaient auprès d’elle pour lui faire part de leurs diverses plaintes et difficultés, et elle leur prodiguait conseils et réconfort.

Jusqu’à la première période du califat de Hazrat ‘Uthman (r.a.), les Compagnons éminents et sages étaient encore en vie. Leurs conseils étaient sollicités pour les affaires d’importance nationale. Ils étaient nommés, selon leurs compétences, aux postes importants du califat. Sous les deux califes précédents, personne ne formulait de plainte. À cette époque, les jeunes ambitieux — tels que ‘Abdullah ibn al-Zubayr, Muhammad ibn Abi Bakr, Marwan ibn al-Hakam, Muhammad ibn Abi Hudhayfa et Sa‘id ibn al-‘As, entre autres — aidaient leurs aînés. Pour eux, espérer obtenir un poste élevé dans le califat ou l’administration n’était qu’une vaine illusion.

‘Abdullah ibn al-Zubayr (r.a.) était le petit-fils de Hazrat Siddiq-e Akbar, le cousin germain du Messager d’Allah (sallallahu ‘alayhi wa sallam) du côté paternel, et le fils du hawari al-Zubayr (r.a.). Il se considérait comme l’un des ayants droit au califat.

Muhammad ibn Abi Bakr était le fils cadet du premier calife, Hazrat Abu Bakr (r.a.), et le demi-frère d’Aïcha (r.a.), Mère des croyants. Après la mort d’Abu Bakr, ‘Ali (r.a.) épousa la mère de Muhammad. C’est pourquoi Muhammad fut élevé auprès de ‘Ali.189 ‘Ali (r.a.) le considérait d’ailleurs comme son propre fils.

Muhammad ibn Abi Hudhayfa grandit sous la tutelle de Hazrat ‘Uthman (r.a.). Lorsqu’il atteignit l’âge adulte, il espéra obtenir un poste important auprès du calife ‘Uthman (r.a.). Comme le calife ne le jugeait pas suffisamment compétent, il en fut mécontent, quitta Médine et se rendit en Égypte.

Marwan et Sa‘id ibn al-‘As étaient tous deux de jeunes hommes de la lignée omeyyade. Après la disparition des émigrés de haut rang, leurs enfants aussi commencèrent à avancer, espérant obtenir beaucoup du califat. Hazrat ‘Uthman (r.a.) appartenait à la famille omeyyade. Ainsi, chaque fois qu’il accordait de hauts postes à des hommes tels que Marwan et Sa‘id ibn al-‘As, une vive réaction se manifestait parmi les autres jeunes ambitieux de la famille qurayshite. C’est pourquoi Muhammad ibn Abi Bakr et Muhammad ibn Abi Hudhayfa prirent la part la plus importante aux manifestations dirigées contre ‘Uthman (r.a.). De plus, ces jeunes gens ne possédaient pas, comme les Compagnons éminents de haut rang, l’équité et la justice, l’honnêteté, la probité, la taqwa et la crainte révérencielle de Dieu. C’est pourquoi, parmi le peuple et les soldats qui avaient connu les Compagnons de la première génération, beaucoup s’irritèrent de la direction et du gouvernement de ces hommes.

Plus important encore, les Arabes étaient depuis toujours un peuple libre. Ils avaient grandi dans la liberté de la vie désertique. Chacun était attaché à sa propre tribu et considérait celle-ci comme supérieure aux autres. L’idéal de l’égalité islamique leur fit oublier tous leurs privilèges aristocratiques et les ramena au même niveau. Bien que les Compagnons de la première génération (r.a.) aient préservé l’enseignement de l’égalité islamique, les fonctionnaires et détenteurs de charges de la génération suivante l’oublièrent eux-mêmes et le firent également oublier aux autres. Ils commencèrent à afficher ouvertement leur arbitraire et leur noblesse tribale dans leurs assemblées et leurs cours. Les autres tribus arabes n’acceptèrent pas favorablement cette attitude. Elles revendiquaient l’égalité des droits. D’autre part, les groupes non arabes récemment convertis à l’islam ne pouvaient supporter la domination des Qurayshites, des Banû Umayya ni d’aucune tribu arabe. C’est pourquoi ils participaient avec un enthousiasme extrême à toute agitation qui éclatait au sein du califat.

Parmi les villes identifiées comme des lieux de rencontre entre les Arabes et les non-Arabes, Koufa était l’une des plus importantes. C’est dans cette ville que commencèrent les troubles de la califat islamique. Elle constituait le plus grand bastion des tribus arabes. Saʿīd ibn al-ʿĀṣ en était le gouverneur. La nuit, les chefs de toutes les tribus se réunissaient dans sa cour. On y discutait généralement des guerres entre Arabes et des différences de prestige entre les tribus arabes. Or, aucune tribu ne se considérait comme inférieure à une autre en prestige. Souvent, les discussions dégénéraient en débats, querelles et affrontements. Dans ce contexte, le fait que Saʿīd ibn al-ʿĀṣ se présentait fièrement comme issu de la tribu de Quraych revenait à jeter de l’huile sur le feu. Sa manière d’agir suscita le mécontentement des chefs tribaux. En réalité, cela finit par prendre la forme d’une fitna.

C’est précisément à cette époque qu’un Juif nommé Ibn Saba se convertit à l’islam. Selon la nature des Juifs, lorsqu’ils ne parviennent pas à nuire à leur ennemi en tant qu’ennemis, ils changent d’apparence et deviennent ses amis. Puis, par des conspirations secrètes, ils finissent peu à peu par provoquer sa ruine totale. Dans le passé, ils avaient agi de la même manière à l’égard du christianisme.

Cet homme juif, Ibn Saba, se mit à propager parmi le peuple l’idée que ʿAlī (qu’Allah l’agrée) était en réalité le titulaire légitime du califat. Le Messager d’Allah (qu’Allah prie sur lui et le salue) aurait laissé des instructions concernant sa succession au califat. Il déploya tous ses efforts pour diffuser cette croyance erronée. Prenant prétexte des diverses petites agitations politiques du califat, il étendit partout son réseau de conspirations. Il parcourut l’ensemble du califat. À Koufa, Bassora, en Égypte et partout où se trouvaient d’importantes garnisons, il forma des groupes favorables à la révolte. Il fit de l’Égypte le centre de ces révolutionnaires et unifia les individus dispersés en différents lieux. L’histoire a donné à ce mouvement le nom de mouvement sabéen.

À l’époque du calife ʿUthmān (qu’Allah l’agrée), la plupart des combats se déroulaient en Afrique. C’est pourquoi la majeure partie de l’armée y séjournait. Sous prétexte de participer aux combats, Muḥammad ibn Abī Bakr et Muḥammad ibn Abī Ḥudhayfa avaient librement l’occasion de fréquenter les soldats et de semer parmi eux les germes du mécontentement. Ainsi, en peu de temps, l’Égypte devint le centre de la révolte contre ʿUthmān (qu’Allah l’agrée). À cette époque, ʿAbd Allāh ibn Saʿd ibn Abī Sarḥ en était le gouverneur. Muḥammad ibn Abī Bakr, Muḥammad ibn Abī Ḥudhayfa et d’autres commencèrent ouvertement à mobiliser les gens contre ʿAbd Allāh ibn Abī Sarḥ ainsi que contre le calife ʿUthmān (qu’Allah l’agrée). C’est ainsi qu’ils devinrent les dirigeants d’un nouveau parti politique en Égypte.

La saison du pèlerinage arriva. Conformément à leurs communications et à leur décision commune, un groupe de mille hommes quitta Koufa, Bassora et l’Égypte en direction du Hedjaz sous prétexte d’accomplir le pèlerinage, puis établit son campement près de Médine. ʿAlī (qu’Allah l’agrée) et d’autres grands Compagnons les convainquirent de repartir. Après avoir parcouru une certaine distance, ils revinrent et montrèrent une lettre adressée au gouverneur d’Égypte. Cette lettre contenait l’ordre du calife au gouverneur d’Égypte de tuer ou d’emprisonner les chefs des insurgés égyptiens dès leur retour en Égypte. Selon les insurgés, cette lettre était écrite de la main de Marwān, le secrétaire du calife. C’est pourquoi ils encerclèrent collectivement la maison du calife ʿUthmān (qu’Allah l’agrée) et lui présentèrent deux propositions : soit il leur livrerait Marwān, soit il démissionnerait lui-même. ʿUthmān (qu’Allah l’agrée) rejeta les deux propositions.

À cette époque, ʿĀʾisha (qu’Allah l’agrée) se trouvait à Médine. Elle convoqua son demi-frère Muḥammad ibn Abī Bakr, le sermonna et lui demanda de s’abstenir d’une décision aussi extrême contre le calife. Mais il ne prêta aucune attention aux paroles de sa sœur.

Alors qu’une telle situation de désordre régnait à Médine, ʿĀʾisha (qu’Allah l’agrée) partit pour La Mecque afin d’accomplir le pèlerinage, comme chaque année. Elle avait certes voulu emmener également Muḥammad ibn Abī Bakr, mais elle ne parvint pas à le convaincre. Puis ʿUthmān (qu’Allah l’agrée) resta quelque temps assiégé dans sa propre demeure et finit par tomber en martyr sous les coups des insurgés.

ʿUthmān (qu’Allah l’agrée) tomba en martyr aux mains des insurgés. Il fallait désormais élire un nouveau calife. Tout naturellement, l’attention de tous devait se porter sur les quatre éminents Compagnons encore en vie qui avaient fait partie du conseil de six membres désigné par le calife ʿUmar (qu’Allah l’agrée) pour choisir son successeur. Il s’agissait de Ṭalḥa, de Zubayr, de Saʿd ibn Abī Waqqāṣ et de ʿAlī (qu’Allah les agrée). À ce moment-là, Saʿd (qu’Allah l’agrée) se tint complètement à l’écart et disparut du regard des gens. Les habitants de Bassora soutenaient Ṭalḥa (qu’Allah l’agrée). Une partie des Égyptiens était favorable à Zubayr (qu’Allah l’agrée), tandis que l’autre partie ainsi que la majorité des insurgés soutenaient ʿAlī (qu’Allah l’agrée). Parmi les partisans de ʿAlī (qu’Allah l’agrée), les plus actifs étaient al-Ashtar al-Nakhaʿī, ʿAmmār ibn Yāsir et Muḥammad ibn Abī Bakr (qu’Allah les agrée). Ainsi, chaque groupe ou faction continua de proposer le nom de la personne qu’il préférait. Les noms de ʿAbd Allāh ibn ʿUmar, fils du deuxième calife ʿUmar (qu’Allah l’agrée), d’Abān, fils du troisième calife ʿUthmān (qu’Allah l’agrée), et de ʿAbd al-Raḥmān, fils du premier calife Abū Bakr (qu’Allah l’agrée), furent également proposés. Après de longues discussions, délibérations et controverses, ʿAlī (qu’Allah l’agrée) fut élu calife sous la pression des insurgés et conformément à la volonté des habitants de Médine.

Alors que tous ces événements se déroulaient à Médine, le vénérable émir Muʿâwiya rêvait d’indépendance en Syrie, tandis que Muhammad ibn Abî Hudhayfa avait déployé l’étendard de l’indépendance en Égypte. L’assassinat aussi atroce du calife du Messager d’Allah et imam du monde musulman, dans la terre sacrée de Médine et durant le mois sacré, laissa une profonde empreinte dans le cœur des gens de toutes les classes. Même ceux qui avaient auparavant critiqué la politique de ʿUthmân se soulevèrent de colère contre cet acte odieux. Le vénérable ʿÂʾisha faisait elle aussi partie de cette catégorie de personnes. Personne ne souhaitait une telle outrance. Avant cet événement, un jour, al-Ashtar al-Nakhaʿî avait demandé à ʿÂʾisha : « Que la protection d’Allah me préserve ! Pourrais-je parler du meurtre de l’imam des imams ? » Sur cette base, les fauteurs de troubles répandirent la rumeur que ʿÂʾisha avait elle aussi approuvé l’assassinat de ʿUthmân. Une autre raison expliquait également cette opinion répandue parmi les gens : son jeune demi-frère, Muhammad ibn Abî Bakr, était l’un des principaux chefs des insurgés.

Nous avons déjà mentionné que le vénérable ʿÂʾisha avait fait tout son possible, sans succès, pour détourner son frère de ses actions irréfléchies contre ʿUthmân. Plus tard, évoquant un jour ʿUthmân, ʿÂʾisha déclara : « Par Allah, je n’ai jamais souhaité que ʿUthmân subisse la moindre humiliation. Si je l’avais souhaité, que je connaisse le même sort que lui ! Ô ʿUbaydullah ibn ʿAdî — ʿAdî était partisan de ʿAlî — après avoir appris cela, que personne ne puisse te tromper. Personne n’a pu déshonorer les actes des Compagnons du Messager d’Allah tant que la discorde ne s’était pas installée parmi eux. Celui qui a critiqué ʿUthmân a dit des choses qu’il n’aurait pas dû dire. Nous avons examiné attentivement leurs actes et compris qu’ils n’avaient absolument rien de comparable à ceux des Compagnons. » Les ouvrages d’histoire et de sîra rapportent de nombreuses paroles de ce genre attribuées à ʿÂʾisha, qui montrent qu’elle n’avait aucun rôle, quel qu’il soit, dans l’assassinat de ʿUthmân. Les accusations portées contre elle n’étaient qu’une propagande mensongère des insurgés.

À la suite de cet événement déchirant survenu à Médine, toute la communauté musulmane de l’époque fut accablée de chagrin. Un petit groupe de nobles Compagnons, qui voyait le jardin cultivé de son propre sang partir en ruine, ne put rester inactif. Ils s’employèrent à mettre fin à cette situation. Ce groupe était dirigé par trois grands Compagnons : la Mère des croyants, le vénérable ʿÂʾisha, ainsi que les vénérables Zubayr et Talha. Talha était issu de la famille qurayshite, l’époux de la fille du premier calife, le vénérable Abû Bakr, l’un des premiers musulmans et un mujâhid ayant participé à toutes les batailles qui eurent lieu à l’époque du Messager d’Allah. Zubayr était un vaillant soldat de l’islam, le cousin paternel du Messager d’Allah et l’époux de la vénérable Asmâʾ, fille du premier calife. Tous deux comptaient parmi les membres du conseil de désignation du calife nommé par le deuxième calife, le vénérable ʿUmar.

Il a déjà été mentionné que, lorsque le calife ʿUthmân fut assiégé à Médine par des insurgés venus de l’extérieur, le vénérable ʿÂʾisha se rendit à La Mecque pour accomplir le pèlerinage, comme chaque année. Alors qu’elle retournait à Médine après le pèlerinage, elle apprit le martyre du calife ʿUthmân. Après avoir avancé quelque peu, elle rencontra les vénérables Talha et Zubayr. Ceux-ci, ayant obtenu l’autorisation du calife, le vénérable ʿAlî, quittaient Médine et se dirigeaient vers La Mecque. Le tableau de la situation de l’ordre et de la sécurité à Médine qu’ils présentèrent alors au vénérable ʿÂʾisha est rapporté dans divers ouvrages historiques anciens, notamment celui d’al-Tabarî. En voici un extrait : 191

« Nous avons fui Médine comme nous avons pu, pour échapper aux Bédouins et aux gens du peuple. Nous avons laissé la population dans un état de totale confusion : elle ne parvient pas à reconnaître la vérité, pas plus qu’elle n’est capable de rejeter le mensonge. Elle est également incapable de se protéger. »

Le vénérable ʿÂʾisha déclara : « Nous devons maintenant nous concerter sur ce que nous devons faire. » À ce moment-là, elle récita le vers suivant :

Ce sera en arabe

— Si les chefs de mon peuple m’avaient obéi, je les aurais certainement sauvés de ce malheur.

Il retourna ensuite à La Mecque. Lorsque la nouvelle du martyre du calife se répandit à La Mecque, les gens accoururent de toutes parts. Il est rapporté d’après ‘Umra bint ‘Abd al-Rahman qu’à cette époque la Mère des croyants déclara :129 Il n’existe aucun autre peuple semblable à celui qui rejette le commandement du verset suivant :193

Ce sera en arabe

— Si deux groupes de croyants se combattent, rétablissez la concorde entre eux. Puis, si l’un des deux agresse l’autre, combattez le groupe agresseur jusqu’à ce qu’il revienne à l’ordre d’Allah. S’il y revient, rétablissez alors entre eux la justice et soyez équitables.

C’était la saison du pèlerinage. Dès que l’appel fut lancé, plusieurs centaines de personnes répondirent depuis le Sanctuaire sacré. ‘Abdullah ibn ‘Amir, venant de Bassora avec une importante somme d’argent liquide, se joignit à ‘Aïcha (qu’Allah l’agrée). Ya‘la ibn Munayya apporta du Yémen sept cents chameaux et six cent mille dirhams, qu’il remit à ‘Aïcha (qu’Allah l’agrée).194 Une réunion de consultation se tint dans la demeure de ‘Aïcha (qu’Allah l’agrée) afin de décider de la destination de cette armée. ‘Aïcha (qu’Allah l’agrée) était d’avis de marcher vers Médine, car les sabéens et les insurgés s’y trouvaient. Si sa décision avait été mise à exécution ce jour-là, l’histoire de la communauté musulmane aurait peut-être été différente. Mais ils décidèrent de solliciter une aide militaire auprès de Bassora et de Koufa, où Talha et Zubayr (qu’Allah les agrée) comptaient de nombreux partisans, afin de venger le sang de ‘Uthmân (qu’Allah l’agrée). Puis cette caravane quitta La Mecque en direction de Bassora.

‘Abdullah ibn ‘Umar (qu’Allah l’agrée) se trouvait alors à La Mecque. On lui demanda également de se rendre à Bassora. Il refusa de marcher vers Bassora avec cette caravane, en disant : « Je suis un homme de Médine ; je ferai ce que font les habitants de Médine. » Les autres Mères des croyants, qui s’étaient préparées à retourner à Médine avec ‘Aïcha (qu’Allah l’agrée), ne se rendirent pas à Bassora avec cette caravane. Seule Hafsa (qu’Allah l’agrée) souhaitait y aller, mais son frère ‘Abdullah ibn ‘Umar (qu’Allah les agrée) l’en dissuada, et elle n’y alla donc pas non plus. Toutefois, les autres Mères des croyants et les habitants ordinaires de La Mecque accompagnèrent la caravane en direction de Bassora jusqu’à Dhat al-‘Irâq. Ce jour-là, voyant les terribles difficultés que traversait l’islam, ils pleurèrent et se lamentèrent comme jamais auparavant. C’est pourquoi ce jour est appelé dans l’histoire Yawm an-Nahîb, le Jour des lamentations.195 La Mère des croyants, ‘Aïcha (qu’Allah l’agrée), monta sur un chameau et prit la route de Bassora avec la caravane. Il ne me semble pas inutile de donner ici quelques précisions sur ce chameau, témoin d’une immense tragédie de l’histoire. Deux noms sont mentionnés au sujet de celui qui le donna à la Mère des croyants. Ya‘la ibn Munayya l’aurait acheté pour cinq cents dinars et le lui aurait offert. Le chameau s’appelait Al-‘Askar. Selon une autre version, il appartenait à un homme de la tribu des ‘Urayna. Cet homme de la tribu des ‘Urayna raconta :196 Je chevauchais un chameau lorsqu’un cavalier vint me dire : « Veux-tu vendre ce chameau ? » Je répondis : « Oui, je peux le vendre. » Il demanda : « Combien en veux-tu ? » Je répondis : « Mille dirhams. » Il dit : « Es-tu fou ? » Je demandai : « Pourquoi ? » Je jurai par Allah : « Chaque fois que j’ai voulu rattraper quelqu’un en le chevauchant, j’y suis parvenu ; et personne ne m’a rattrapé lorsque j’étais sur son dos. » Il dit : « Si tu savais pour qui je veux acheter ce chameau ! Je veux l’acheter pour la Mère des croyants, ‘Aïcha (qu’Allah l’agrée). » Je répondis : « Alors je te le donne gratuitement. » Il dit : « Cela ne se peut pas ; viens plutôt avec moi auprès de la caravane. Nous te donnerons une chamelle et beaucoup de dirhams. » Je l’accompagnai jusqu’à la caravane. En échange, ils me donnèrent une chamelle et, selon les versions, quatre ou six cents dirhams. » Cet homme des ‘Urayna fut engagé comme guide de la caravane.

Lorsque les gens apprirent, au cours de la marche de la caravane, que la Mère des croyants était à la tête de cette armée, beaucoup la rejoignirent avec une grande émotion et beaucoup d’enthousiasme. Ainsi, avant même d’avoir parcouru une seule étape, une armée de trois mille hommes fut constituée. Quelle meilleure occasion les jeunes des Banû Umayya, la tribu de ‘Uthmân (qu’Allah l’agrée), pouvaient-ils trouver pour semer la discorde et le désordre ? À cette époque, les circonstances leur étaient si défavorables qu’ils avaient fui, pourchassés de toutes parts, et s’étaient réfugiés à La Mecque. La proclamation de ‘Aïcha (qu’Allah l’agrée) représentait pour eux une occasion inespérée. Ils intégrèrent tous son armée.

Ibn al-‘As, des Banû Umayya, et Marwân ibn al-Hakam partirent eux aussi avec la caravane. Lorsqu’ils atteignirent Marj adh-Dhahrân — selon une autre version, Dhat al-‘Irâq — Sa‘îd ibn al-‘As dit aux membres de son groupe : « Si vous voulez venger le meurtre de ‘Uthmân (qu’Allah l’agrée), commencez par tuer ces hommes. » Il faisait allusion à Talha, Zubayr et aux autres personnalités éminentes. En effet, parmi les Banû Umayya, on croyait généralement que les meurtriers de ‘Uthmân (qu’Allah l’agrée) n’étaient pas seulement ceux qui l’avaient tué ou ceux qui étaient venus de l’extérieur pour participer à la contestation dirigée contre lui ; tous ceux qui, à différentes périodes, avaient critiqué sa politique, ainsi que ceux qui se trouvaient à Médine au moment des troubles mais n’avaient pas combattu pour le défendre, étaient également considérés comme faisant partie de ses assassins. Marwân dit : « Nous les ferons combattre les uns contre les autres — Talha, Zubayr et ‘Alî (qu’Allah les agrée). Celui qui sera vaincu disparaîtra de lui-même ; quant au vainqueur, il sera tellement affaibli que nous pourrons très facilement le maîtriser. »197

En réalité, l’objectif véritable des Banû Umayya était de faire échouer l’appel de ‘Aïcha (qu’Allah l’agrée) à la réconciliation ainsi que ses efforts sincères en ce sens. De plus, voyant émerger, sous la direction de ‘Aïcha (qu’Allah l’agrée), une troisième force, plusieurs d’entre eux tentèrent de provoquer la division au sein de cette armée de diverses manières. Ils posèrent la question suivante : après la défaite de ‘Alî (qu’Allah l’agrée), lequel de Talha ou de Zubayr deviendrait calife ? Dès qu’elle l’apprit, ‘Aïcha (qu’Allah l’agrée) mit fin à cette propagande. Une autre question fut ensuite soulevée : la décision concernant le califat pouvait bien être reportée, mais qui dirigerait la prière en tant qu’imam à ce moment-là ? ‘Aïcha (qu’Allah l’agrée) désigna, à tour de rôle, les fils de Talha et de Zubayr (qu’Allah les agrée) pour diriger la prière un jour chacun, mettant ainsi fin à cette nouvelle discorde.

Lorsqu’ils arrivèrent, sur la route de Qarā, près d’un point d’eau appelé Haw’ab¹⁹⁸, les chiens du lieu se mirent à aboyer bruyamment à la vue de cette immense caravane. ‘Aïcha (qu’Allah l’agrée) demanda le nom de cet endroit. On lui répondit : « Haw’ab. » Elle se souvint alors d’une parole du Messager d’Allah (qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix). Il avait un jour dit à ses épouses : « Allah sait laquelle d’entre vous verra les chiens de Haw’ab aboyer à son approche. » Dès qu’elle se rappela cette prédiction, la vénérable ‘Aïcha (qu’Allah l’agrée) décida de rebrousser chemin. Dès qu’elle se rappela cette prédiction, ‘Aïcha (qu’Allah l’agrée) décida de rebrousser chemin. La caravane resta là un jour et une nuit.¹⁹⁹ Finalement, cinquante habitants du lieu attestèrent que ce n’était pas Haw’ab. Elle fut alors rassurée. En outre, le vénérable Zubayr lui dit : « Vous ne devriez pas rebrousser chemin. Il se peut qu’Allah rétablisse la paix par votre intermédiaire dans cette querelle. »²⁰⁰ Certains récits rapportent l’affaire de la manière suivante : certains compagnons de ‘Aïcha (qu’Allah l’agrée) lui dirent : « Ne rebroussez pas chemin ; avancez. Lorsque les gens vous verront, Allah établira la réconciliation entre eux. » Alors qu’elle hésitait à avancer, on lui dit : « Marchez rapidement, car l’armée de ‘Alî (qu’Allah l’agrée) arrive par-derrière. » Tous ces récits montrent que le but de la marche de la vénérable ‘Aïcha (qu’Allah l’agrée) vers Bassora était uniquement la réforme et la réconciliation.

Koufa :

Après La Mecque vénérée, Médine l’Illuminée et Bassora, Koufa était la ville la plus grande et la plus importante d’Arabie. Le vénérable Abû Mûsâ al-Ach‘arî (qu’Allah l’agrée) en était le gouverneur. Les représentants des deux camps lui exposaient la légitimité de leurs revendications et sollicitaient son soutien. Le grand Compagnon Abû Mûsâ (qu’Allah l’agrée), ayant compris l’importance de cette querelle, exhorta la population, par son influence et au moyen de sermons, à s’en tenir éloignée. La vénérable ‘Aïcha (qu’Allah l’agrée) envoya des lettres séparées aux dirigeants de Koufa. De son côté, ‘Ammâr ibn Yâsir et l’imam al-Hasan (qu’Allah les agrée tous deux) arrivèrent à Koufa au nom du vénérable ‘Alî (qu’Allah l’agrée). Lors d’un discours prononcé dans la mosquée principale de Koufa, le vénérable ‘Ammâr exposa clairement les événements de l’époque. Après avoir évoqué l’honneur et le rang de la vénérable ‘Aïcha (qu’Allah l’agrée), il déclara dans ce discours : « Tout cela est exact, mais Allah la met à l’épreuve à ce sujet. » Ce discours de ‘Ammâr (qu’Allah l’agrée) produisit une profonde impression sur les habitants de Koufa. Plusieurs milliers de musulmans répondirent à son appel. Malgré cela, les habitants de Koufa demeurèrent dans le doute et l’hésitation : d’un côté se trouvait l’épouse du Messager d’Allah (qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix), la Mère des croyants, et de l’autre, l’époux de la fille du Messager d’Allah (qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix) et son cousin paternel — avec lequel de ces deux personnages pouvaient-ils partir ?

Entre-temps, lorsque la vénérable ‘Aïcha (qu’Allah l’agrée) approcha de Bassora, elle fit transmettre des lettres à chacun des chefs arabes de la ville. Après son arrivée à Bassora, elle se rendit également chez certains de ces dirigeants. L’un des chefs de la ville ne répondait pas à son appel. Elle se rendit elle-même chez lui pour essayer de le convaincre. Il dit : « J’ai honte de ne pas pouvoir obéir à ma mère. »²⁰¹

À cette époque, le gouverneur de Bassora, désigné par le vénérable ‘Alî (qu’Allah l’agrée), était ‘Uthmân ibn Hunayf. Pour connaître la situation réelle, il envoya ‘Imrân ibn Husayn et Abû al-Aswad. Ceux-ci se présentèrent auprès de la vénérable ‘Aïcha et lui demandèrent, de la part du gouverneur, le but de sa venue. ‘Aïcha (qu’Allah l’agrée) leur dit : « Par Allah, des personnes telles que moi ne peuvent sortir de chez elles en dissimulant quoi que ce soit. De même, aucune mère ne peut cacher la réalité à ses enfants. » Puis elle leur exposa clairement la situation réelle de Médine et déclara qu’elle était résolue à châtier les meurtriers de ‘Uthmân (qu’Allah l’agrée) et à mettre fin aux dissensions et aux conflits apparus au sein de la communauté. Enfin, elle dit :²⁰² « Il m’incombe de vous ordonner le bien et de vous interdire le mal. » Puis elle récita :²⁰³

Le texte arabe sera :

— La plupart de leurs conciliabules ne contiennent rien de bon ; mais il en va autrement de ceux qui recommandent l’aumône, les bonnes œuvres ou la réconciliation entre les gens.

Ces deux hommes se levèrent auprès de la vénérable ‘Aïcha (qu’Allah l’agrée) et se rendirent auprès de la vénérable Talha et du vénérable Zubayr (qu’Allah les agrée tous deux). Après leur avoir fait leurs adieux, ils retournèrent auprès de la vénérable ‘Aïcha (qu’Allah l’agrée). Elle leur dit alors : « Abû al-Aswad, que tes passions ne te conduisent pas vers l’Enfer. » Puis elle leur récita ce verset :²⁰⁴

Ce sera en arabe

« Vous demeurerez fermes dans le témoignage équitable pour Allah.

L’effet du discours d’Â’isha (qu’Allah l’agrée) fut que l’un des deux membres de la délégation, ʿImrân, se retira de cette querelle et conseilla au gouverneur de Bassora d’en faire autant. Mais celui-ci ne s’abstint pas ; au contraire, il continua de s’efforcer de rallier l’opinion publique de Bassora en faveur de ʿAlî (qu’Allah l’agrée). Pendant ce temps, Talha, Zubayr et Â’isha (qu’Allah les agrée) continuaient, par leurs discours et leurs allocutions, à appeler les habitants de Bassora à venir les soutenir. Un jour, après que Talha et Zubayr (qu’Allah les agrée) eurent prononcé un discours lors d’une assemblée, Â’isha (qu’Allah l’agrée), constatant l’hésitation et le doute parmi les auditeurs, récita d’une voix très posée et grave les louanges d’Allah et l’éloge du Prophète, puis prononça le discours suivant :205

« Les gens protestaient contre les actes de ʿUthmân (qu’Allah l’agrée) et diffusaient les fautes et les défauts de ses fonctionnaires et de ses agents. Des gens venaient à Médine nous demander conseil et orientation. Ils acceptaient les conseils de paix et de réconciliation que nous leur donnions. Nous examinions attentivement toutes les accusations portées contre ʿUthmân (qu’Allah l’agrée) et le trouvions innocent, pieux et véridique. Quant aux agitateurs, nous les voyions pécheurs et trompeurs. Ils avaient une chose dans le cœur et en disaient une autre de leur bouche. Lorsque leur nombre augmenta, ils pénétrèrent dans la maison de ʿUthmân sans raison et sans qu’il eût commis de faute. Puis ils firent couler un sang qu’il n’était pas permis de verser, s’emparèrent de biens qu’il n’était pas légitime de piller et profanèrent la terre sacrée dont ils avaient le devoir de préserver le caractère inviolable. Prenez garde ! Ce qu’il faut maintenant faire, et à quoi nul ne doit s’opposer, c’est arrêter les assassins de ʿUthmân (qu’Allah l’agrée) et appliquer fermement les ordres et les prescriptions d’Allah. Allah a dit :206

Ce sera en arabe

— N’as-tu pas vu ceux qui ont reçu une partie du Livre ? Ils furent appelés au Livre d’Allah afin qu’il arbitre entre eux. Puis un groupe parmi eux s’en détourna en le refusant.

Ibn ʿAbd Rabbih al-Andalusî a rassemblé dans son ouvrage un discours prononcé par Â’isha (qu’Allah l’agrée) à cette époque ; il est remarquable par sa langue et son style. En voici la traduction :207

« Ô gens ! Taisez-vous ! Taisez-vous ! Vous me devez le respect dû à une mère. J’ai également le droit de vous conseiller. Nul ne peut m’adresser le moindre reproche, si ce n’est un homme qui désobéit à Dieu. Le Messager d’Allah (qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix) a quitté ce monde la tête reposant sur ma poitrine. Je suis l’une de ses épouses les plus aimées. Allah, exalté soit-Il, m’a particulièrement préservée des autres personnes. C’est par ma personne que furent distingués le croyant et l’hypocrite, et c’est à cause de moi qu’Allah vous a accordé la prescription du tayammum.

Mon père est le troisième musulman sur cette terre et le second des deux hommes dans la grotte du mont Thawr. Il est le premier à avoir reçu le titre de « Siddîq ». Le Messager d’Allah — qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix — est décédé alors qu’il était satisfait de lui et lui avait passé autour du cou le collier du califat. Après la mort du Messager d’Allah — qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix — lorsque la corde de l’islam commença à vaciller, mon père la saisit fermement de sa main. C’est lui qui tira les rênes de l’hypocrisie, assécha les sources de l’apostasie et empêcha les Juifs d’attiser le feu. À cette époque, nous attendions, les yeux fermés, la tromperie, la déloyauté et la discorde. … Oui, me voici maintenant devenue l’objet des interrogations des gens, parce que je suis sortie avec une armée. Je ne suis pas sortie à la recherche du péché et de la discorde, mais pour les faire disparaître. Tout ce que je dis, je le dis conformément à la vérité et à la justice. Je parle afin d’exposer mes raisons et mes excuses et de vous en informer. Qu’Allah le Très-Haut répande Ses bénédictions et Sa paix sur le prophète Muhammad — qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix. »

Le peuple écoutait son discours en silence et avec la plus grande attention. Chaque mot qu’elle prononçait s’enfonçait comme le tranchant d’une flèche jusque dans le cœur des hommes du camp adverse. Nombre d’entre eux abandonnèrent leur camp et vinrent rejoindre le camp militaire d’Aïcha — qu’Allah l’agrée.

À son arrivée à Bassora, Aïcha — qu’Allah l’agrée — écrivit aux gouverneurs de Koufa ainsi qu’aux notables de Koufa, de Bassora et des environs, pour leur expliquer le but de sa venue et le devoir qui leur incombait. Il convient de préciser qu’avant l’affrontement final entre Ali — qu’Allah l’agrée — et Aïcha — qu’Allah l’agrée — affrontement appelé la bataille du Chameau, de nombreux accrochages eurent lieu entre les hommes des deux camps, faisant de nombreuses victimes. Finalement, l’autorité d’Aïcha fut établie à Bassora.

Pendant ce temps, Ali — qu’Allah l’agrée — se préparait à partir de Médine pour la Syrie afin de contrôler Mu‘âwiya — qu’Allah l’agrée. Lorsqu’il apprit la nouvelle du rassemblement de Bassora, il fut contraint de modifier ses plans afin de régler cette affaire. Cependant, un grand nombre de Compagnons et de leurs partisans, qui considéraient cette guerre civile entre musulmans comme une discorde ou une épreuve, refusèrent de l’accompagner dans cette expédition. En l’an 36 de l’Hégire, au mois de Rabî‘ ath-Thânî, Ali — qu’Allah l’agrée — partit de Médine en direction de Bassora. Le fait que de nombreux Compagnons n’aient pas joué un rôle actif aux côtés d’Ali eut pour conséquence que les assassins d’Othmân — qu’Ali attendait de pouvoir écarter — s’infiltrèrent dans sa petite armée. Cela devint pour lui une source de mauvaise réputation et lui causa également de nombreux problèmes. Le jour où, non loin de la ville de Bassora, les deux armées de la Mère des croyants Aïcha — qu’Allah l’agrée — et du commandeur des croyants Ali — qu’Allah l’agrée — se firent face, un grand groupe d’hommes compatissants envers la communauté musulmane s’efforça sincèrement d’empêcher ces deux groupes de croyants de s’affronter. Grâce à leurs efforts, les discussions en vue d’une réconciliation étaient parvenues à un accord ferme. Mais, d’un côté, les assassins d’Othmân étaient présents dans l’armée d’Ali — qu’Allah l’agrée — et avaient compris que, si une réconciliation intervenait, ils seraient perdus ; de l’autre, l’armée de la Mère des croyants comptait des hommes qui voulaient faire combattre les deux camps afin de les affaiblir tous les deux. Ainsi, alors que les hommes vertueux avaient déployé de grands efforts pour empêcher la guerre, les forces malfaisantes embusquées dans les deux camps la déclenchèrent finalement par leurs intrigues, et la bataille du Chameau eut bien lieu.

La bataille du Chameau

Ali — qu’Allah l’agrée — était parti de Médine avec seulement sept cents hommes. Sept mille autres hommes le rejoignirent depuis Koufa. Il arriva à Bassora à la tête d’une petite armée. Les deux armées se retrouvèrent face à face sur le champ de bataille. Ce jour-là, les membres de chaque tribu arabe se trouvèrent divisés en deux camps. Une partie de la tribu de Mudar se tint face à l’autre partie. De même, chez les Azd et dans toutes les autres tribus, une partie se dressa contre l’autre. C’était véritablement une scène déchirante. Ce jour-là, à quelques exceptions près, chaque membre des deux camps était un soldat de la vérité. Tous étaient fermement convaincus d’être dans le vrai. Personne ne voulait s’écarter ne serait-ce que d’un iota de sa position. Certains chefs des tribus de Koufa se rendirent auprès des chefs basriens de leurs propres tribus, dans la mosquée, et les exhortèrent à se tenir à l’écart de cette querelle. Mais ceux-ci répondirent : « Allons-nous abandonner la Mère des croyants à sa solitude ? »

Malgré cela, les hommes des deux camps étaient fermement convaincus que l’affaire ne dégénérerait pas en guerre et qu’une solution finirait par être trouvée. Un chef tribal se rendit auprès d’Ali — qu’Allah l’agrée — et insista pour qu’un accord de réconciliation soit conclu. Ali y était disposé depuis le début. Ce chef demanda à Talha, à Zubayr et à la Mère des croyants : « Quel est votre objectif et votre intention dans cette affaire ? » Ils répondirent : « Punir les assassins d’Othmân — qu’Allah l’agrée — et appeler à la réconciliation. » Le chef tribal dit : « Ô Mère des croyants ! Réfléchissez donc un instant : pour punir cinq cents hommes, vous avez fait couler le sang de cinq mille hommes, et pour ces cinq mille hommes, il faudra encore faire couler le sang de milliers d’autres. En quoi cela constitue-t-il une réforme et une amélioration ? » Les paroles de cet homme étaient si claires et si convaincantes que la Mère des croyants resta sans réponse. Elle accepta la réconciliation, et tous parvinrent à une décision commune.

Désormais, les deux camps étaient rassurés. Toute pensée de guerre et de combat avait disparu de leurs cœurs. Personne ne doutait plus qu’une solution correcte serait trouvée. Mais les malfaiteurs présents dans les deux camps comprirent que, si une réconciliation était conclue, leurs dangers seraient innombrables. De plus, les plans et les efforts qu’ils avaient poursuivis pendant de nombreuses années échoueraient. Ils se mirent alors en action. Un grand nombre de Sabéens soutenaient Ali — qu’Allah l’agrée. Après les discussions, alors que les hommes des deux camps dormaient durant les dernières heures de la nuit, ces Sabéens lancèrent une attaque. Ces quelques criminels mirent soudain le feu de tous côtés. Réveillés brusquement, chacun saisit son arme. Les chefs de chaque groupe et de chaque faction crurent que l’adversaire avait profité de leur sommeil pour rompre l’accord et les attaquer. Ali — qu’Allah l’agrée — tenta de toutes ses forces d’arrêter les hommes, mais échoua.

Le tumulte se poursuivit jusqu’au matin. Au milieu du vacarme, ʿÂ’isha (qu’Allah l’agrée) demanda : « Que s’est-il passé ? » Elle apprit que les gens s’étaient livré bataille. Le qadi de Bassora, Kaʿb ibn Suwâr, vint la trouver et lui dit : « Montez sur le chameau et avancez. Peut-être pourrez-vous rétablir la paix par votre médiation. »²¹² Il fixa sur le dos du chameau une litière blindée de fer, dans laquelle elle prit place, puis elle s’avança au milieu des rangs de l’armée. De son côté, ʿAlî (qu’Allah l’agrée) fit appeler ses adversaires, Talha et Zubayr (qu’Allah les agrée). Ces trois nobles Compagnons restèrent quelque temps au même endroit, montés sur leurs chevaux. Voilà donc dans quelle situation se trouvaient aujourd’hui les trois compagnons d’armes de Badr et d’Uhud ! C’était vraiment une scène douloureuse. ʿAlî (qu’Allah l’agrée) rappela aux deux autres une prédiction du Messager d’Allah (qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix). Ils s’en souvinrent eux aussi. Aussitôt, Zubayr (qu’Allah l’agrée) renonça intérieurement à combattre. Son fils ʿAbdullah se trouvait tout près. Il reprocha à son père sa lâcheté et sa couardise. Zubayr répondit : « Les gens savent que je ne suis pas lâche. Mais ʿAlî (qu’Allah l’agrée) m’a rappelé une parole que j’ai entendue de la bouche du Messager d’Allah (qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix). Je jure donc que je ne combattrai plus contre lui. »²¹³

Il tira sur les rênes de son cheval, lui fit tourner la tête, quitta le champ de bataille et prit la direction de Médine. Un sabéen nommé Ibn Jurmuz le suivit et, en chemin, alors qu’il était prosterné pendant la prière, lui trancha la tête d’un seul coup d’épée.

Talha (qu’Allah l’agrée) avait lui aussi décidé de se retirer du champ de bataille. Il tomba sous le regard de Marwân, du clan des Omeyyades. Celui-ci comprit que si Talha rentrait vivant, il serait difficile d’assurer la suprématie de la famille omeyyade. Il décocha contre lui une flèche empoisonnée. La flèche atteignit son pied. Il fut impossible d’arrêter l’écoulement du sang. Il mourut en martyr des suites de cette blessure. De son côté, la Mère des croyants, ʿÂ’isha (qu’Allah l’agrée), appela Kaʿb ibn Suwâr et lui remit sa propre copie du Coran en lui disant : « Va la montrer aux gens et appelle-les à la réconciliation. » Il ouvrit le Coran et se plaça entre les deux camps. Les malfaiteurs le prirent pour cible et lui lancèrent des flèches à distance. Il mourut lui aussi en martyr.

L’après-midi arriva. L’attaque était soudaine. Les commandants de l’armée de ʿÂ’isha (qu’Allah l’agrée) finirent par se retirer de cette discorde. Son armée s’en trouva affaiblie. La particularité de cette bataille était que la majorité des hommes des deux camps croyait que l’adversaire était son frère musulman. Aussi chacun s’efforçait-il de frapper les mains, les pieds ou d’autres membres de son adversaire. Tous veillaient à ne pas porter de coups à la tête ou à la poitrine. Leur objectif était que, même si les mains ou les pieds étaient coupés, l’homme puisse rester en vie. Ils souhaitaient sincèrement que la bataille cesse. En divers endroits du champ de bataille, des tas de mains et de pieds, séparés des corps des combattants, s’étaient amoncelés.

Les sabéens désiraient humilier ʿÂ’isha (qu’Allah l’agrée) de la manière la plus abjecte s’ils parvenaient à s’emparer d’elle. Ainsi, après le martyre de Talha et de Zubayr (qu’Allah les agrée), les habitants de Koufa s’avancèrent pour l’attaquer.²¹⁴ Les hommes de l’armée de ʿÂ’isha (qu’Allah l’agrée) se replièrent eux aussi de toutes parts. Le chameau de la Mère des croyants demeurait au même endroit. Des flèches et des lances lancées de tous côtés frappaient la litière qui la recouvrait de son armure. Ses fils repoussaient les attaques venant de droite et de gauche, de devant et de derrière. Alors, beaucoup d’entre eux récitaient ces deux vers.²¹⁵

En arabe :

— Ô notre mère, ô notre mère que nous tenons pour la meilleure ! Ne voyez-vous donc pas combien de vaillants fils sont blessés, et combien ont les mains et la tête tranchées ?

On se mit alors à proclamer de toutes parts que cette bataille sanglante ne prendrait pas fin tant que le chameau de la Mère des croyants n’aurait pas été frappé et mis à terre. Les Banû Dabba formaient un cordon autour du chameau. Quiconque tentait de s’en approcher, ils ne le laissaient pas repartir vivant. Ils chantaient alors un chant plein d’émotion et d’exaltation. En voici les trois strophes :²¹⁶

Ce sera en arabe

-« Nous sommes les fils de Dabba, les gardiens de ce chameau. La mort est pour nous plus douce que le miel.

-Nous sommes les fils de la mort — lorsque la mort survient. Nous annonçons la mort d’Othmân, fils d’Affân, à l’aide de la lame de Nizâr.

-Rendez-nous notre chef, et nous n’aurons alors aucun différend avec vous. »

L’émotion et l’excitation étaient si intenses que les membres des Banû Dabba s’avançaient un à un pour saisir les rênes du chameau. Lorsque la main de l’un d’eux était tranchée par le coup de l’adversaire, un autre accourait et empoignait les rênes. Ainsi, alors qu’ils tenaient les rênes du chameau au même endroit, les mains de 70 (soixante-dix) hommes furent tranchées.²¹⁷ De même, aucune main des adversaires de la Mère des croyants qui, ce jour-là, s’étendit vers les rênes du chameau ne put être retirée intacte. Le vénérable Abdallah ibn az-Zubayr (qu’Allah l’agrée) se tenait tout près. Il dit : « Les mains tranchées semblaient alors voler dans les airs. » En voyant cette scène, le vénérable Ali (qu’Allah l’agrée) se fraya un chemin à travers la foule et s’avança. Al-Ashtar an-Nakhaï atteignit Abdallah ibn az-Zubayr. Tous deux étaient de courageux guerriers. Un combat à l’épée commença entre eux. Tous deux furent blessés. Dans cet état, ils s’enlacèrent l’un l’autre. Ibn az-Zubayr (qu’Allah l’agrée) s’écria :²¹⁸

Ce sera en arabe

C’est-à-dire : « Tuez Mâlik et moi. Tuez Mâlik avec moi. »

Plus tard, al-Ashtar an-Nakhaï disait : « Les gens ne me connaissaient pas sous le nom de Mâlik ; c’est pourquoi j’ai été épargné ce jour-là. Sinon, ils m’auraient mis en pièces. »

Certains membres des Banû Dabba se trouvaient également du côté d’Ali (qu’Allah l’agrée). Ils comprirent que, si le chameau n’était pas soustrait à leur vue, leur tribu serait exterminée au rythme où les hommes tombaient. Après avoir conçu cette idée, un homme de la tribu de Dabba, nommé Buzayr ibn Dalja, arriva par-derrière et frappa si violemment de son épée les pattes du chameau que celui-ci s’effondra lourdement. Aussitôt, ceux qui combattaient autour du chameau du côté d’Aïcha (qu’Allah l’agrée) se dispersèrent. En voyant la main d’Ali (qu’Allah l’agrée), Aïcha (qu’Allah l’agrée), cherchant à savoir s’il avait été blessé, s’écria : « Quelle est donc cette main maudite ? » Aïcha dit : « Non, tu n’es pas Muhammad (le Loué), tu es Mujammam (le Blâmé). » Selon une autre version, Aïcha demanda : « Qui est-ce ? » Muhammad répondit : « Votre frère qui vous est dévoué. » Aïcha (qu’Allah l’agrée) dit : « Tu n’es pas dévoué, tu es plutôt désobéissant. » Muhammad demanda : « Ma sœur ! Avez-vous été blessée ? » Aïcha (qu’Allah l’agrée) répondit : « En quoi cela te concerne-t-il ? »

Entre-temps, le vénérable Ali (qu’Allah l’agrée) arriva près du chameau. Il demanda : « Mère, comment allez-vous ? » Aïcha (qu’Allah l’agrée) répondit : « Je vais bien. » Ali (qu’Allah l’agrée) dit : « Qu’Allah vous pardonne. » Aïcha répondit : « Qu’Allah vous pardonne également. » 219

Le vénérable Ammar ibn Yassir (qu’Allah l’agrée) se trouvait tout près. Il dit : « Mère, que pensez-vous de ce combat entre vos enfants ? » Aïcha (qu’Allah l’agrée) répondit : « Je ne suis pas ta mère. » Ammar (qu’Allah l’agrée) dit : « Même si cela ne vous plaît pas, vous êtes ma mère. » Aïcha (qu’Allah l’agrée) dit : « Tu te glorifies d’avoir remporté la victoire. Tu as apporté avec toi la vengeance que tu as exercée. Sachez que ceux qui se comportent ainsi ne peuvent jamais être victorieux. »

La vénérable Aïcha (qu’Allah l’agrée) quitta Bassora pour se rendre à La Mecque la Sanctifiée. Elle y demeura jusqu’au pèlerinage suivant. Elle retourna ensuite à Médine, où elle vécut jusqu’à la fin de ses jours. Elle regretta toute sa vie la manière dont elle avait cherché à se purifier.225 Ibn Sa’d rapporte que la vénérable Aïcha (qu’Allah l’agrée) disait : « Hélas, si seulement j’étais un arbre ! Hélas, si seulement j’étais une pierre ! Hélas, si seulement je n’étais rien ! »226 Ces paroles permettent de mesurer l’ampleur de ses regrets.

Un jour, un habitant de Bassora vint rendre visite à Aïcha (qu’Allah l’agrée). Aïcha (qu’Allah l’agrée) lui demanda : « As-tu participé à notre bataille ? » L’homme répondit : « Oui. » Aïcha (qu’Allah l’agrée) demanda : « Connais-tu l’homme qui récita ce vers ce jour-là ? »

Ce sera en arabe.

L’homme répondit : « C’était mon frère. » Le narrateur rapporte qu’ensuite la vénérable Aïcha (qu’Allah l’agrée) pleura tellement que je crus que ses larmes ne s’arrêteraient jamais. L’imam Al-Bukhari rapporte qu’au moment de sa mort, elle recommanda de ne pas l’enterrer auprès de la tombe du Messager d’Allah (que la bénédiction et la paix d’Allah soient sur lui), mais au cimetière d’Al-Baqi, avec les autres épouses du Messager d’Allah (que la bénédiction et la paix d’Allah soient sur lui).227 Ibn Sa’d rapporte également qu’au moment de sa mort, Aïcha (qu’Allah l’agrée) dit : « Après le Messager d’Allah (que la bénédiction et la paix d’Allah soient sur lui), j’ai accompli un acte nouveau. Enterrez-moi donc avec les épouses du Messager d’Allah (que la bénédiction et la paix d’Allah soient sur lui). »228 Il est également rapporté que, lorsqu’elle récitait le verset…229

Ce sera en arabe.

Lorsqu’elle récitait : « Vous resterez dans vos demeures », elle pleurait tellement que le pan de son voile était trempé de ses larmes.230 Après la fin de la bataille du Chameau, ʿÂ’isha (qu’Allah l’agrée) dit à al-Qaʿqâʿ ibn ʿAmr : « Par Allah ! Si j’étais morte vingt ans plus tôt que ce jour, cela aurait été bien préférable. » En entendant cela, ʿAlî (qu’Allah l’agrée) fit exactement la même remarque.231

Un homme nommé ʿAyn ibn Durayya al-Mâjashî s’approcha et se mit à frapper la litière. ʿÂ’isha (qu’Allah l’agrée) lui dit : « Éloigne-toi ! Que la malédiction d’Allah soit sur toi. » L’homme répondit : « Je veux seulement apercevoir Humayrâ d’un seul regard. » Alors ʿÂ’isha (qu’Allah l’agrée) le maudit en disant : « Qu’Allah dévoile ton honneur et ta dignité, qu’Il te coupe les mains et qu’Il expose tes parties intimes ! » Plus tard, l’homme fut tué à Bassora. Tous ses biens furent pillés. Son corps fut retrouvé dans une étendue déserte de la tribu d’Azd, les mains et les pieds coupés et complètement nu.220

Ḥaḍrat ʿAlî (qu’Allah l’agrée) organisa, sous la direction de Muḥammad ibn Abî Bakr, le transfert de la Mère des croyants du champ de bataille vers la demeure d’un dirigeant de Bassora qui la soutenait, ʿAbd Allâh ibn Khalaf al-Khuzâʿî. Les soldats blessés de l’armée de ʿÂ’isha (qu’Allah l’agrée) avaient trouvé refuge dans chaque pièce de cette maison ainsi qu’à l’extérieur. Puis Ḥaḍrat ʿAlî (qu’Allah l’agrée), Ḥaḍrat Ibn ʿAbbâs (qu’Allah l’agrée) et de nombreux autres personnages éminents s’y rendirent pour rencontrer la Mère des croyants. Ḥaḍrat ʿAlî (qu’Allah l’agrée) la salua et resta quelque temps auprès d’elle. Il savait que des soldats blessés du camp adverse avaient trouvé refuge dans cette maison, mais il ne fit aucune remarque à ce sujet.221

La Mère des croyants resta quelques jours à Bassora. Ensuite, Ḥaḍrat ʿAlî (qu’Allah l’agrée) organisa son départ vers le Hedjaz, avec les égards et les honneurs qui lui étaient dus, sous la responsabilité de Muḥammad ibn Abî Bakr (qu’Allah l’agrée), accompagnée de quarante femmes nobles de Bassora. Il lui remit également douze mille dirhams.222 De nombreux musulmans ordinaires, avec Ḥaḍrat ʿAlî (qu’Allah l’agrée), les escortèrent sur une longue distance. L’imam Ḥasan (qu’Allah l’agrée) marcha avec la caravane sur plusieurs milles. La Mère des croyants quitta Bassora le samedi 1er rajab de l’an 36 de l’Hégire.223 Au moment du départ, elle dit au peuple : « Par Allah, entre lui (ʿAlî) et moi, il n’y avait auparavant aucune hostilité, si ce n’est la relation qui existe entre une femme et ses beaux-fils. À ma connaissance, il est l’un des hommes vertueux. » En réponse, ʿAlî (qu’Allah l’agrée) dit : « Ô gens ! Elle a dit vrai. Il n’existe aucune rivalité entre elle et moi. Elle est l’épouse de votre Prophète, ici-bas comme dans l’au-delà.224 »

La bataille du Chameau eut lieu du jeudi 10 joumâdâ ath-thâni, à l’aube, jusqu’à l’après-midi, de l’an 36 de l’Hégire.232 Le nombre des blessés au cours de cette bataille fut incalculable. Les spécialistes de la sîra divergent quant au nombre des morts. Ibn al-Imâm al-Hanbalî mentionne, dans son ouvrage Shadharât adh-Dhahab, trente-trois mille morts, tandis que la majorité en mentionne dix-sept mille. Cependant, Ibn al-Athîr et la plupart des historiens en indiquent dix mille, dont la moitié appartenait au camp de ʿAlî (qu’Allah l’agrée) et l’autre moitié à celui de ʿÂ’isha (qu’Allah l’agrée). Ibn al-Athîr précise également que mille hommes des seuls Banû Dabbah furent tués et que les corps de soixante-dix (70) membres des Banû ʿAdî furent retrouvés près du Chameau.233 De nombreux héros de l’islam tombèrent en martyrs au cours de cette bataille. Le Messager d’Allah (qu’Allah prie sur lui et le salue) les avait formés de ses propres mains, et ils étaient des fils éminemment éprouvés de l’islam. Ṭalḥa (qu’Allah l’agrée), az-Zubayr (qu’Allah l’agrée) et d’autres comptaient parmi eux. Leur mort causa à la communauté musulmane une perte irréparable.

Après la chute du Chameau de Ḥaḍrat ʿÂ’isha (qu’Allah l’agrée) sur le champ de bataille, Ḥaḍrat ʿAlî (qu’Allah l’agrée) ordonna à un crieur de faire cette annonce : « Que personne ne poursuive un fuyard, ne dépouille les biens d’un soldat blessé et qu’aucun soldat n’entre dans une maison. Concernant tout particulièrement les femmes, il donna les instructions suivantes :234

Le texte arabe sera écrit

— Vous ne dévoilerez certainement l’honneur et la dignité de personne, vous n’entrerez dans aucune maison et vous n’agresserez aucune femme, même si elle se moque de votre honneur et de votre dignité, de vos dirigeants et des hommes vertueux, et les insulte. Il nous était interdit de lever la main sur les femmes à l’époque du Messager d’Allah (qu’Allah prie sur lui et le salue), alors même que ces femmes étaient polythéistes. Comment pourrait-on maintenant lever la main sur ces femmes musulmanes ? »

Après la bataille, ‘Alî (qu’Allah l’agrée) parcourait le champ parmi les cadavres qui y gisaient et, s’arrêtant auprès de ceux qu’il connaissait, exprimait sa tristesse, qu’ils eussent été de son camp ou de celui de ‘Â’isha (qu’Allah l’agrée). Puis il ordonna de rassembler en un même lieu tous les corps des deux camps. En qualité d’imam, il dirigea la prière funéraire pour tous et fit creuser de grandes tombes afin d’y ensevelir plusieurs défunts à la fois. S’étant arrêté près du corps de Talha ibn ‘Ubaydullâh (qu’Allah l’agrée), il prononça :

Le texte sera écrit en arabe

Puis il dit : « Par Allah ! Je n’aurais aimé voir aucun Quraychite gisant ainsi. » Ensuite, il ordonna de recueillir les biens abandonnés par les soldats et de les déposer dans la mosquée de Bassora, annonçant que chacun pourrait y reprendre ses propres biens, à l’exception des armes. Les armes seraient déposées dans le trésor public. »²³⁵

Après la bataille, Â’isha (qu’Allah l’agrée) demandait qui, parmi les deux camps, avait été tué. Lorsqu’on lui annonçait que telle ou telle personne était morte, elle disait : « Qu’Allah lui fasse miséricorde. » Au sujet des morts de cette bataille, ‘Alî (qu’Allah l’agrée) disait :²³⁶

Il faut l’écrire en arabe

— « J’espère vraiment que tous ceux parmi ces gens dont le cœur était sincèrement attaché à Allah entreront au Paradis. »

Il convient ici de clarifier un point : certaines personnes aux idées déformées prétendent que la cause principale de la bataille du Chameau était une ancienne rancœur et une ancienne hostilité de ‘Alî (qu’Allah l’agrée). Lors de l’affaire de la calomnie, ‘Alî (qu’Allah l’agrée) aurait dit au Messager d’Allah (qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix) : « Si vous le souhaitez, vous pouvez la répudier. » C’est essentiellement à partir de ce moment que Â’isha (qu’Allah l’agrée) aurait éprouvé du ressentiment envers ‘Alî (qu’Allah l’agrée), et cet affrontement sanglant en aurait été la conséquence. Mais les informations fournies par les hadiths et l’histoire ne permettent nullement de soutenir une telle idée. Cette conception est totalement infondée. L’histoire contient de nombreux éléments qui font apparaître une image opposée. Nous ne les avons pas mentionnés ici afin de ne pas allonger le propos. Après examen de l’ensemble des données historiques, il apparaît que, hormis les conspirateurs, tous les membres des deux camps étaient parfaitement innocents et n’avaient pas provoqué le conflit ni les affrontements. En l’occurrence, la conspiration des conspirateurs a pleinement réussi.

Le califat de ‘Alî (qu’Allah l’agrée) ne dura que quatre ans. Ensuite, l’émir Mu‘âwiya (qu’Allah l’agrée) prit en charge le califat et, durant les vingt années suivantes

Il exerça la responsabilité de l’unique dirigeant de l’ensemble du monde islamique. Deux ans avant la fin de son califat, ʿÂ’isha (qu’Allah l’agrée) décéda. Elle passa dix-huit années de sa vie sous le règne de Muʿâwiya (qu’Allah l’agrée). À l’exception de quelques incidents isolés, elle passa cette longue période dans un silence total.

Un jour, Muʿâwiya (qu’Allah l’agrée) vint à Médine et se rendit auprès de ʿÂ’isha (qu’Allah l’agrée). ʿÂ’isha lui dit : « Comment as-tu pu entrer seul, avec une telle assurance, dans ma maison ? Il aurait aussi été possible que j’y eusse placé un assassin, qui t’aurait tranché la tête dès ton entrée. » L’émir Muʿâwiya (qu’Allah l’agrée) répondit : « Ceci est dâr al-amân (la demeure de la sécurité) ; vous n’auriez pas pu y faire une telle chose. » Le Messager d’Allah (qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix) a dit : « La foi est un obstacle au meurtre surprise. » Puis Muʿâwiya (qu’Allah l’agrée) demanda : « Comment est-ce que je me comporte avec vous ? » Elle répondit : « Bien. » Muʿâwiya (qu’Allah l’agrée) dit alors : « Dans ce cas, laissez de côté l’affaire qui oppose les Banû Hâshim et moi ; le règlement se fera auprès d’Allah. »²³⁷

Hujr ibn ʿAdî (qu’Allah l’agrée) était un Compagnon de haut rang et l’un des principaux dirigeants des partisans de ʿAlî (qu’Allah l’agrée) à Koufa. Sur la base du témoignage de certaines personnes, le gouverneur de Koufa l’arrêta avec quelques autres hommes et l’envoya à Damas. Hujr appartenait à la tribu de Kinda. À cette époque, Koufa était le centre des grandes tribus arabes. Des membres de la tribu de Kinda y résidaient également. Pourtant, personne ne s’avança pour protéger Hujr. Or, parmi les nobles Compagnons, Hujr (qu’Allah l’agrée) jouissait alors d’une grande influence et d’une grande considération. Cependant, la nouvelle de son arrestation attrista et révolta les habitants de toutes les régions du califat. De nombreux chefs des différentes tribus arabes intercédèrent en faveur de sa libération, mais toutes leurs démarches furent rejetées. Lorsque cette nouvelle parvint à ʿÂ’isha (qu’Allah l’agrée) à Médine, elle envoya un émissaire afin d’intercéder en sa faveur. Malheureusement, avant l’arrivée de l’émissaire, la condamnation à mort de Hujr (qu’Allah l’agrée) fut exécutée.²³⁸

Plus tard, lorsque Muʿâwiya (qu’Allah l’agrée) vint à Médine et rencontra ʿÂ’isha (qu’Allah l’agrée), elle aborda en premier lieu l’affaire de Hujr (qu’Allah l’agrée). Elle lui dit : « Muʿâwiya ! Où étaient donc ta patience et ta clairvoyance dans l’affaire de Hujr ? N’as-tu pas craint Allah en le faisant tuer ? » Muʿâwiya répondit : « Je n’ai commis aucune faute dans son affaire. La faute revient à ceux qui ont témoigné contre lui. » Une autre version rapporte que Muʿâwiya (qu’Allah l’agrée) dit : « Mère des croyants ! Je n’avais auprès de moi personne capable de prendre la bonne décision. »²³⁹ Le célèbre tâbiʿî Masrûq (qu’Allah lui fasse miséricorde) rapporte que ʿÂ’isha (qu’Allah l’agrée) disait : « Par Allah ! Si Muʿâwiya avait compris qu’il restait encore à Koufa un peu de courage et de dignité, il n’aurait jamais fait emmener Hujr devant eux pour le tuer de cette manière. Mais ce fils de Hind, celle qui mangeait les foies, a parfaitement compris que ces hommes-là étaient partis. Par Allah ! Koufa était la patrie de chefs arabes courageux et attachés à leur dignité. Labîd (qu’Allah l’agrée) a dit à juste titre : »²⁴¹

Le texte arabe sera écrit

« Ces hommes sont partis — ceux sous la protection desquels on pouvait vivre. À présent, nous cherchons refuge auprès de successeurs dont la peau ressemble à celle d’un chameau atteint d’une maladie cutanée. »

« Ils ne sont utiles à personne et l’on ne peut rien espérer de bon d’eux. Ceux qui leur parlent ne font que rechercher leurs défauts. »

Certaines personnes d’Irak et d’Égypte calomniaient ʿUthmân (qu’Allah l’agrée), tandis que les habitants de Syrie tenaient des propos inconvenants à l’égard de ʿAlî (qu’Allah l’agrée). Quant aux kharijites, ils considéraient tous deux comme mauvais. Lorsque ʿÂ’isha (qu’Allah l’agrée) apprit la situation de ces groupes et factions, elle dit : « Dans le Coran, Allah a ordonné de prier pour que la miséricorde et le pardon soient accordés aux Compagnons du Messager d’Allah (qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix), alors que ces gens les insultent. »²⁴²

Les kharიჯites se séparèrent du parti de ‘Alî (qu’Allah l’agrée) et se rassemblèrent tout d’abord dans un lieu appelé « Harûr ». C’est pourquoi on les appela les « Harûriyya ». Un jour, une femme vint trouver ‘Â’isha (qu’Allah l’agrée) et lui demanda : « Pourquoi les femmes ne doivent-elles pas rattraper les prières manquées pendant certains jours particuliers, comme elles rattrapent le jeûne ? » ‘Â’isha (qu’Allah l’agrée) répondit avec une grande colère : « Serais-tu donc une Harûriyya ! »243 Par ces paroles, elle manifesta sa haine envers les Harûriyya.

Un jour, Mu‘âwiya (qu’Allah l’agrée) écrivit une lettre à ‘Â’isha (qu’Allah l’agrée), lui demandant de lui donner quelques conseils. ‘Â’isha (qu’Allah l’agrée) lui répondit : « Que la paix soit sur toi ! Ensuite, j’ai entendu le Messager d’Allah (qu’Allah prie sur lui et lui accorde la paix) dire : “Celui qui recherchera l’agrément d’Allah sans se soucier de la satisfaction des gens, Allah le préservera des conséquences de leur mécontentement. Et celui qui cherchera la satisfaction des gens en encourant la colère d’Allah, Allah l’abandonnera entre leurs mains.” Que la paix soit sur toi. »244

Vers la fin de sa vie, Mu‘âwiya (qu’Allah l’agrée) voulut laisser son fils Yazîd comme successeur. Marwân était alors gouverneur de Médine en son nom. Lors d’un rassemblement dans la mosquée, il mentionna le nom de Yazîd. ‘Abd al-Rahmân ibn Abî Bakr (qu’Allah l’agrée), le frère de ‘Â’isha (qu’Allah l’agrée), se leva et protesta. Aussitôt, Marwân voulut l’arrêter. ‘Abd al-Rahmân courut se réfugier dans la maison de sa sœur ‘Â’isha (qu’Allah l’agrée). Marwân n’osa pas y entrer. D’une voix furieuse, il dit : « C’est celui au sujet duquel ce verset du Coran a été révélé : »

Cela sera en arabe

— « Et celui qui dit à ses parents : “Fi de vous deux !” »

Derrière le rideau, ‘Â’isha (qu’Allah l’agrée) s’écria : « À part le verset proclamant mon innocence, Allah n’a révélé aucun autre verset à notre sujet. »245 Cette protestation montre que le frère et la sœur n’avaient pas accepté de bon cœur la désignation de Yazîd. En l’an 49 de l’Hégire, le Messager d’Allah (qu’Allah prie sur lui et lui accorde la paix), Abû Bakr (qu’Allah l’agrée) et ‘Umar al-Fârûq (qu’Allah l’agrée) avaient déjà été enterrés dans la chambre de l’émir Mu‘âwiya (qu’Allah l’agrée). Il restait dans un coin suffisamment d’espace pour y creuser une tombe. Avant sa mort, al-Hasan (qu’Allah l’agrée) avait recommandé à son jeune frère, l’imam al-Husayn (qu’Allah l’agrée), de l’y enterrer. Si quelqu’un s’y opposait, il ne devait pas engager de conflit ; il devait l’enterrer dans le cimetière des musulmans. Lorsque l’imam al-Husayn voulut mettre en œuvre la recommandation de son frère aîné, ‘Â’isha (qu’Allah l’agrée) lui en donna volontiers la permission. Sa‘îd ibn al-‘Âs était alors gouverneur de Médine au nom de Mu‘âwiya (qu’Allah l’agrée) ; lui non plus ne s’y opposa pas. Mais Marwân ibn al-Hakam, accompagné de quelques partisans, s’y opposa fermement. Son argument était le suivant : puisque les insurgés n’avaient pas permis que ‘Uthmân (qu’Allah l’agrée) y soit enterré, personne d’autre ne pouvait en obtenir la permission. Les Banû Hâshim, en faveur de l’imam al-Husayn (qu’Allah l’agrée), et les Banû Umayya, en faveur de Marwân, sortirent de leurs maisons les armes à la main. Un autre affrontement sanglant était sur le point d’éclater. Abû Hurayra (qu’Allah l’agrée) fut très inquiet.

Il tenta de parvenir à un compromis. Il dit à Marwân : « Si son petit-fils souhaite être enterré auprès de son grand-père maternel, pourquoi veux-tu t’en mêler ? » D’autre part, il dit à l’imam al-Husayn (qu’Allah l’agrée) : « Le défunt imam avait également recommandé que, si un obstacle se présentait, il n’engage pas de conflit. » Quoi qu’il en soit, l’imam al-Husayn (qu’Allah l’agrée) fit preuve de patience et enterra la dépouille de son frère dans le Jannat al-Baqî‘, près de la tombe de leur mère, Fâtima al-Zahrâ’ (qu’Allah l’agrée).246 À ce sujet, nous présentons ici un récit rapporté dans les mêmes termes par Ibn ‘Abd al-Barr dans son ouvrage Al-Istî‘âb, par Ibn al-Athîr dans son ouvrage Usd al-Ghâba et par l’érudit al-Suyûtî dans son ouvrage Târîkh al-Khulafâ’ :247

— L’imam al-Hasan (qu’Allah l’agrée) a dit : « J’avais demandé à ‘Â’isha (qu’Allah l’agrée) de m’autoriser à être enterré dans sa chambre, auprès du Messager d’Allah (qu’Allah prie sur lui et lui accorde la paix). Elle m’en avait donné la permission. Mais je ne sais pas si elle l’avait fait par timidité. Après ma mort, demande-lui de nouveau la permission. Si elle l’accorde de bon cœur, enterrez-moi là-bas. Je pense que les gens vous en empêcheront. S’ils le font effectivement, n’engagez pas de conflit avec eux à ce sujet. Enterrez-moi dans le cimetière de Baqî‘. » Après la mort d’al-Hasan (qu’Allah l’agrée), al-Husayn (qu’Allah l’agrée) demanda la permission à ‘Â’isha (qu’Allah l’agrée). Elle répondit : « Oui, je vous l’accorde volontiers. » Lorsque l’affaire parvint aux oreilles de Marwân, il dit : « Al-Husayn et ‘Â’isha mentent tous les deux. Al-Hasan ne pourra jamais être enterré là-bas. Ils n’ont même pas permis que ‘Uthmân soit enterré jusqu’au cimetière. Et maintenant, ils veulent enterrer al-Hasan dans la chambre de ‘Â’isha. »

Décès

Hadrat ‘Aïcha (qu’Allah l’agrée) décéda à Médine, à l’âge de 66 ans, le 17 ramadan de l’an 58 de l’Hégire, correspondant au 13 juin 678 de l’ère chrétienne. C’était vers la fin du califat de Hadrat Amîr Mu‘âwiya (qu’Allah l’agrée). Elle avait été alitée et malade pendant quelque temps avant sa mort. Une foule innombrable se pressait à sa porte pour lui rendre visite. Lorsque quelqu’un s’enquérait de sa santé, elle répondait : « Je vais bien. »248 Un jour, durant cette période, Hadrat ‘Abdullah ibn ‘Abbâs (qu’Allah l’agrée) demanda la permission de lui rendre visite. Hadrat ‘Aïcha hésitait à le recevoir, pensant qu’il commencerait peut-être à la complimenter dès son arrivée. Mais les fils de sa sœur lui expliquèrent : « Vous êtes la Mère des croyants, et lui est Ibn ‘Abbâs. Il est venu vous saluer et prendre congé de vous. » Elle dit alors : « Si vous le souhaitez, faites-le entrer. » Hadrat Ibn ‘Abbâs (qu’Allah l’agrée) fut appelé. La supposition de la Mère des croyants se révéla exacte. Dès qu’Ibn ‘Abbâs (qu’Allah l’agrée) se fut assis, il commença à dire : « Depuis les temps les plus anciens, vous êtes connue comme la Mère des croyants. Vous êtes l’épouse bien-aimée du Messager d’Allah (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui). Il ne reste plus qu’à attendre le moment où votre âme quittera votre corps pour rejoindre le Messager d’Allah (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui). La nuit où votre collier disparut, le Messager (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui) chercha de l’eau et les gens n’en trouvèrent pas ; c’est alors qu’à cause de vous, Allah le Très-Haut révéla le verset du tayammum. L’ange Gabriel (sur lui la paix) apporta du ciel les versets proclamant votre innocence et vous disculpant. Ces versets seront récités dans chaque mosquée jusqu’au Jour de la Résurrection. » Après avoir entendu cela, elle dit : « Ibn ‘Abbâs, dispensez-moi de ces éloges. Ce que j’aurais préféré, c’est ne jamais avoir existé. »249

Avant sa mort, elle recommanda qu’on l’ensevelisse à Jannat al-Baqî‘, avec les autres épouses du Messager d’Allah (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui). Si elle mourait de nuit, elle demanda à être enterrée cette même nuit. Elle mourut après la prière du witr, pendant la nuit. Elle fut donc aussitôt enterrée à Jannat al-Baqî‘, conformément à sa recommandation. Lorsque la nouvelle de son décès se répandit, des lamentations retentirent dans Médine. Les Ansâr sortirent de leurs maisons. Les gens rapportent qu’une telle affluence n’avait encore jamais été vue de nuit lors d’une prière funéraire. Selon certains récits, la foule des femmes donnait l’impression que c’était le jour de l’Aïd. Entendant les pleurs, Hadrat Umm Salama (qu’Allah l’agrée) dit : « Le Paradis est assuré à ‘Aïcha (qu’Allah l’agrée). Elle était l’épouse la plus aimée du Messager d’Allah (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui). »

À cette époque, Hadrat Abû Hurayra (qu’Allah l’agrée) était gouverneur de Médine. C’est lui qui dirigea la prière funéraire. Qâsim ibn Muhammad ibn Abî Bakr (qu’Allah l’agrée), ‘Abdullah ibn ‘Abd al-Rahmân ibn Abî Bakr, ‘Abdullah ibn ‘Atîq, ‘Urwa ibn al-Zubayr (qu’Allah l’agrée) et ‘Abdullah ibn al-Zubayr (qu’Allah l’agrée), les fils de son frère et de sa sœur, la descendirent dans la tombe. Conformément à sa dernière recommandation, elle fut enterrée au cimetière de Jannat al-Baqî‘.250

Tous les musulmans furent profondément affligés par le décès de la Mère des croyants. Le célèbre tâbi‘î Hadrat Masrûq (qu’Allah lui fasse miséricorde) dit : « Si je ne me souvenais pas d’une certaine parole, j’aurais organisé une assemblée de lamentation pour la Mère des croyants. » ‘Ubayd ibn ‘Umayr demanda à un homme : « Êtes-vous attristé par la mort de Hadrat ‘Aïcha (qu’Allah l’agrée) ? » L’homme répondit : « Tous ceux dont elle était la mère sont attristés. » Ces propos ont été rapportés par Ibn Sa‘d.

Il a déjà été mentionné que Hadrat ‘Aïcha (qu’Allah l’agrée) n’eut pas d’enfant. Elle éleva comme son propre fils ‘Abdullah ibn al-Zubayr (qu’Allah l’agrée), le fils de sa sœur Hadrat Asmâ’ (qu’Allah l’agrée). ‘Abdullah aimait lui aussi sa tante maternelle comme sa mère. Après l’Hégire, cet ‘Abdullah fut le premier enfant né à Médine dans une famille de muhâjirûn. Les mécréants et les hypocrites de Médine disaient que les musulmanes étaient devenues stériles après leur arrivée à Médine. Sa naissance, survenue à cette époque, suscita une immense joie parmi les musulmans. Le Messager d’Allah (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui) mâcha une datte et lui en frotta lui-même la joue, accomplissant ainsi le tahnîk. Hadrat ‘Aïcha (qu’Allah l’agrée) éleva cet ‘Abdullah comme son fils. Il est rapporté dans un hadith qu’elle éleva une jeune fille ansârite puis la maria.251 En outre, Masrûq ibn al-Ajda‘, ‘Umra bint ‘Aïcha bint Talha, ‘Umra bint ‘Abd al-Rahmân al-Ansâriyya, Asmâ’ bint ‘Abd al-Rahmân ibn Abî Bakr, ‘Urwa ibn al-Zubayr, Qâsim ibn Muhammad et son frère, ‘Abdullah ibn Yazîd, ainsi que beaucoup d’autres garçons et filles, furent élevés sous sa tutelle. Elle éleva et maria également les filles de Muhammad ibn Abî Bakr (qu’Allah l’agrée).252

Aspect physique et vêtements

Hadrat ‘Aïcha (qu’Allah l’agrée) fut l’une des filles qui grandirent très rapidement. À l’âge de neuf ou dix ans, elle était déjà bien développée.253 Durant son enfance, elle était extrêmement mince et frêle. En avançant en âge, son corps devint quelque peu plus robuste.254 Son teint était un mélange de blanc et de rouge. Elle avait un visage lumineux et possédait une grande beauté. C’est pour cette raison qu’on l’appelait al-Humayrâ’.255

En raison de sa frugalité et de son contentement, elle ne gardait qu’une seule paire de vêtements. Elle en lavait donc une tandis qu’elle portait l’autre.²⁵⁶ Elle possédait une tunique dont le prix devait être d’environ cinq dirhams. Mais, à cette époque, elle était si précieuse qu’on l’empruntait pour parer les mariées lors des cérémonies de mariage.²⁵⁷ Elle portait parfois des vêtements teints au safran et, de temps à autre, des bijoux. Elle portait autour du cou un collier d’un type particulier, fait de perles blanches et noires du Yémen. Elle portait une bague en or au doigt.²⁵⁸ Qâsim ibn Muhammad rapporte : « J’ai vu Aïcha — qu’Allah l’agrée — porter une bague en or et un vêtement jaune alors qu’elle était en état d’ihrâm. » Elle utilisait parfois aussi un châle de soie. Elle le donna par la suite à Abdallah ibn az-Zubayr.²⁵⁹

Elle était extrêmement soucieuse d’observer les prescriptions de la Chariah en matière de tenue vestimentaire. Un jour, sa nièce Hafsa bint Abd ar-Rahman vint lui rendre visite avec un voile léger sur la tête. Elle le prit, le déchira et lui dit : « Ne sais-tu pas ce qu’Allah Tout-Puissant a dit dans la sourate An-Nûr ? » Puis elle lui fit apporter un voile épais et le lui donna.²⁶⁰ Une fois, elle séjourna comme invitée dans une maison. Le maître de maison avait deux filles en âge adulte. Elle les vit prier sans châle. Elle leur ordonna fermement qu’à l’avenir aucune fille ne prie sans châle.²⁶¹

Habitudes et qualités morales

L’époque allant de l’enfance à la jeunesse de l’Oum al-Mou’minine Aïcha — qu’Allah l’agrée — s’écoula auprès d’une personnalité sainte, venue en ce monde pour parachever les nobles qualités morales. Cette compagnie l’éleva à un niveau moral si exemplaire qu’il est considéré comme le sommet du progrès spirituel. Ainsi, son niveau moral était très élevé. Son cœur était extrêmement vaste. Elle était en outre généreuse, frugale, assidue dans l’adoration et compatissante.

Les femmes et le contentement semblent être deux notions contradictoires. Il est rapporté dans un hadith que le Messager d’Allah — qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix — a dit : « J’ai vu que les femmes étaient les plus nombreuses en Enfer. » On lui demanda pourquoi. Il répondit : « Parce qu’elles ne manifestent pas de reconnaissance envers leurs maris. » Pourtant, ces deux qualités étaient réunies en la personne d’Aïcha — qu’Allah l’agrée. Elle passa sa vie conjugale dans une extrême pauvreté et une grande misère, mais jamais une seule plainte ne franchit ses lèvres. Elle ne trouva dans la maison de son époux ni beaux vêtements, ni bijoux précieux, ni demeures somptueuses, ni mets savoureux. Pourtant, elle voyait les richesses provenant du butin arriver d’un côté comme un flot, puis repartir de l’autre. Malgré cela, elle ne ressentit jamais le moindre désir ou la moindre convoitise d’en obtenir une part. Après le décès du Messager d’Allah — qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix — elle demanda un jour qu’on lui apporte de la nourriture. Puis elle dit : « Jamais je ne mange à satiété, de peur de me mettre à pleurer. » L’un de ses disciples lui demanda pourquoi. Elle répondit : « Je me rappelle l’état dans lequel le Messager d’Allah — qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix — quitta ce monde. Par Allah ! Il ne mangea jamais à satiété du pain et de la viande deux fois dans la même journée ! »

Allah Tout-Puissant l’avait privée d’enfants. Cependant, elle recueillait et élevait les enfants des musulmans ordinaires, en particulier les orphelins. Elle leur dispensait une instruction et assumait la responsabilité de les marier.

Obéir pleinement à son époux, le Messager d’Allah — qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix — et s’efforcer d’obtenir sa satisfaction constituaient la préoccupation et l’occupation de chaque instant d’Aïcha — qu’Allah l’agrée. Si elle voyait son visage quelque peu pâle et accablé, elle en était bouleversée. Elle prenait tant soin des proches du Messager d’Allah — qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix — qu’elle ne négligeait aucune de leurs demandes. Un jour, son neveu Abdallah ibn az-Zubayr s’inquiéta de la générosité sans limites de sa tante et lui dit qu’il fallait désormais qu’elle retienne sa main. À ces mots, Aïcha — qu’Allah l’agrée — se mit dans une telle colère qu’elle jura de ne plus parler à Abdallah. Mais lorsque les membres du clan maternel du Messager d’Allah — qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix — intercédèrent, elle ne put plus refuser.²⁶² Elle témoignait également d’un profond respect et d’une grande considération aux amis du Messager d’Allah — qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix — et ne négligeait aucune de leurs paroles. Dans la mesure du possible, elle ne renvoyait jamais le moindre cadeau qu’on lui offrait.

Muhammad ibn Ash‘ath — qu’Allah l’agrée — était un Compagnon. Un jour, il exprima le désir d’offrir à Aïcha — qu’Allah l’agrée — un postîn, c’est-à-dire un vêtement en peau, et lui dit : « Il tient chaud ; vous le porterez. » Aïcha — qu’Allah l’agrée — accepta de le recevoir et le portait souvent.²⁶³

Depuis la révélation des versets du voile, elle observait strictement le voile. Il y avait un tabi‘î aveugle nommé Ishaq. Un jour, il vint lui rendre visite. Aïcha (qu’Allah l’agrée) se voila. Ishaq lui dit : « Vous vous voilez de moi ! Pourtant, je ne peux pas vous voir. » Elle répondit : « Que tu ne me voies pas, qu’est-ce que cela change ? Moi, je te vois. »²⁶⁴ Une fois, pendant le pèlerinage, d’autres femmes lui dirent : « Mère des croyants, venez embrasser la Pierre noire. » Elle répondit : « Vous pouvez y aller. Je ne peux pas me rendre au milieu des hommes. »²⁶⁵ Lorsqu’il lui arrivait de devoir accomplir le tawaf pendant la journée, on faisait parfois éloigner les hommes de l’esplanade.²⁶⁶ La Loi islamique n’impose pas de se voiler devant les morts. Pourtant, elle se montrait extrêmement prudente même à cet égard. Après l’inhumation de ‘Umar (qu’Allah l’agrée) aux côtés du Messager d’Allah (que la bénédiction et la paix d’Allah soient sur lui), elle ne se rendait plus là-bas sans voile.

Aïcha (qu’Allah l’agrée) ne médisait jamais de personne et ne tenait jamais non plus de propos inconvenants à l’égard de qui que ce soit. Un grand nombre de ses paroles ont été rapportées dans les recueils de hadiths. Pourtant, dans aucune d’elles on ne trouve un propos malveillant envers quelqu’un ni une parole susceptible de porter atteinte à l’honneur d’une personne. Dénigrer ses coépouses est une habitude chez beaucoup de femmes. Mais nous avons déjà mentionné avec quelle générosité elle faisait l’éloge de ses coépouses. Le poète Hassan ibn Thabit (qu’Allah l’agrée), qui, en s’étant trouvé mêlé à l’affaire de la calomnie, avait multiplié par cent la peine d’Aïcha (qu’Allah l’agrée), venait lui aussi à ses assemblées, et elle lui permettait de s’asseoir auprès d’elle avec beaucoup de bienveillance. Un jour, Hassan (qu’Allah l’agrée) vint et commença à réciter une qasida composée en son honneur. Le sens de l’un de ses vers était le suivant :

En entendant ce vers, Aïcha (qu’Allah l’agrée) se souvint de l’affaire de la calomnie survenue longtemps auparavant. Elle se contenta alors de faire ce commentaire : « Mais vous, vous n’êtes pas ainsi. »²⁶⁷ Beaucoup des proches d’Aïcha (qu’Allah l’agrée) ne pouvaient pas facilement accepter la présence de Hassan (qu’Allah l’agrée) de cette manière dans son assemblée. Ils cherchaient parfois à lui adresser des paroles blessantes, mais Aïcha (qu’Allah l’agrée) le leur interdisait avec la plus grande fermeté. Masruq (qu’Allah lui fasse miséricorde) rapporte : « Un jour, je dis à la Mère des croyants : “Pourquoi lui permettez-vous de venir ainsi auprès de vous ?” Elle répondit : “Il est maintenant devenu aveugle. Et quelle punition pourrait être plus grande que la cécité ? De plus, il répondait, au nom du Messager d’Allah (que la bénédiction et la paix d’Allah soient sur lui), aux moqueries et aux railleries des poètes polythéistes de La Mecque.” »²⁶⁸

Un jour, on parlait d’un homme. Au cours de la conversation, Aïcha (qu’Allah l’agrée) n’exprima pas une bonne opinion à son sujet. Les gens lui dirent : « Mère des croyants, cet homme est pourtant mort. » Dès qu’elle l’entendit, elle se mit à invoquer Allah pour qu’Il lui pardonne. Les gens lui dirent alors : « Vous venez de ne pas dire du bien de lui, et maintenant vous invoquez Allah pour qu’Il lui pardonne. » Elle répondit : « Le Messager d’Allah (que la bénédiction et la paix d’Allah soient sur lui) a dit : “Vous ne direz que du bien au sujet des morts.” »²⁶⁹

Il n’y avait en elle pas la moindre trace d’orgueil. Elle se considérait comme une personne tout à fait ordinaire et insignifiante. Elle n’aimait absolument pas que quelqu’un la loue en face. À ce sujet, nous avons déjà mentionné son comportement envers ‘Abdullah ibn ‘Abbas (qu’Allah l’agrée) sur son lit de mort. Bien qu’elle fût d’une humilité extrême, elle possédait au plus haut point le sens de sa propre dignité. C’est pourquoi certaines de ses attitudes envers son époux, le Messager d’Allah (que la bénédiction et la paix d’Allah soient sur lui), prenaient la forme des bouderies et susceptibilités d’une épouse aimante. Ainsi, lors de l’affaire de la calomnie, lorsque le Messager d’Allah (que la bénédiction et la paix d’Allah soient sur lui) lui récita les versets proclamant son innocence, sa mère lui dit : « Ma fille, témoigne ta reconnaissance à ton époux. » La réponse qu’elle donna manifesta à la fois un profond sentiment de dignité et une scène touchante de tendre ressentiment envers l’être aimé. Elle dit : « Je ne remercierai que mon Seigneur, et personne d’autre, Lui qui m’a honorée en proclamant mon innocence et ma chasteté. »²⁷⁰ Nous avons également déjà mentionné que, lorsqu’elle était irritée contre son époux, elle cessait de jurer par son nom. Tout cela constituait une expression incomparable des bouderies et susceptibilités d’une épouse aimante.

Nous voyons une autre manifestation extrême de son sens de la dignité dans un épisode. ‘Abdullah ibn az-Zubayr (qu’Allah l’agrée), qu’elle avait élevé avec un amour maternel, honorait et servait lui aussi sa tante maternelle Aïcha (qu’Allah l’agrée) comme sa propre mère. Un jour, voyant la générosité sans limites de sa tante, il se permit de dire qu’il faudrait désormais lui attacher les mains. Cette remarque blessa le sentiment de dignité d’Aïcha (qu’Allah l’agrée). Elle jura de ne plus toucher à aucun bien appartenant à son neveu. ‘Abdullah (qu’Allah l’agrée) se trouva alors dans une situation très difficile. Finalement, grâce aux recommandations et à la médiation de personnes éminentes, elle se montra clémente.²⁷¹

Aïcha (qu’Allah l’agrée) possédait, outre un profond sens de la dignité et une forte personnalité, un sens aigu de la justice. Un jour, un homme d’Égypte vint lui rendre visite. Elle lui demanda comment les gouverneurs de l’époque se comportaient envers les gens sur le champ de bataille. L’homme répondit qu’il ne leur voyait guère de comportement qui puisse susciter une protestation. Si le chameau de quelqu’un mourait, ils lui en donnaient un autre ; si quelqu’un n’avait pas de serviteur, ils lui en donnaient un ; et si quelqu’un avait besoin d’argent pour ses dépenses, ils pourvoyaient à ce besoin. En entendant sa réponse, Aïcha (qu’Allah l’agrée) dit : « Quels que soient les mauvais traitements que les Égyptiens aient infligés à mon frère Muhammad ibn Abî Bakr, ces mauvais traitements ne peuvent m’empêcher de vous dire cette vérité : le Messager d’Allah (que la bénédiction et la paix d’Allah soient sur lui) a invoqué Allah dans cette même pièce en disant : “Ô Allah ! Sois dur envers celui qui se montre dur envers ma communauté, et sois bienveillant envers celui qui se montre bienveillant envers elle.” »²⁷²

Aïcha (qu’Allah l’agrée) était extrêmement généreuse dans ses dons. Son cœur était également très généreux et vaste. Sa sœur Asma (qu’Allah l’agrée) était elle aussi très charitable. La générosité était l’un des traits majeurs du caractère de ces deux sœurs. ‘Abdullah ibn az-Zubayr (qu’Allah l’agrée) dit : « Je n’ai jamais vu personne de plus généreux qu’elles deux. » La différence entre elles était toutefois la suivante : Aïcha (qu’Allah l’agrée) mettait de côté de petites sommes. Dès qu’une certaine quantité était réunie, elle distribuait tout en une seule fois. Quant à Asma (qu’Allah l’agrée), elle ne conservait rien de ce qui lui arrivait entre les mains et le distribuait aussitôt.²⁷³ La plupart du temps, elle contractait des dettes et empruntait auprès de différents créanciers. Lorsque les gens lui demandaient : « Pourquoi avez-vous besoin de vous endetter autant ? », elle répondait : « Allah aide celui qui a l’intention de rembourser ses dettes. Je recherche cette aide d’Allah. »²⁷⁴ Elle ne se préoccupait pas de la quantité de ses aumônes. Elle donnait tout ce qu’elle avait entre les mains. Un jour, une femme vint demander de l’aide, portant deux jeunes enfants dans ses bras. Par hasard, il n’y avait alors rien dans la maison qu’elle puisse leur donner. Après avoir cherché, elle ne trouva qu’une seule datte. Elle la divisa en deux et en donna une moitié à chacun des deux enfants. Lorsque le Messager d’Allah (que la bénédiction et la paix d’Allah soient sur lui) rentra chez lui, elle lui raconta l’événement.²⁷⁵ Une autre fois, un mendiant vint demander de l’aide. Aïcha (qu’Allah l’agrée) avait devant elle quelques grains de raisin. Elle en prit un et le déposa dans la main du mendiant. Celui-ci se mit à regarder le grain avec étonnement, comme pour se dire : « Est-ce que quelqu’un donne un seul grain à quelqu’un d’autre ? » Elle lui dit alors : « Regarde combien de grains se trouvent dans ce seul grain. »²⁷⁶ En réalité, elle faisait allusion à ce verset de la sourate Az-Zalzala :

Ce sera en arabe

C’est-à-dire que quiconque fera le bien du poids d’un atome le verra.

Hazrat ‘Urwa (qu’Allah l’agrée) rapporte qu’un jour, Hazrat ‘Aïcha (qu’Allah l’agrée) fit don, pour la cause d’Allah, de soixante-dix mille dirhams en une seule fois, devant lui, puis secoua le pan de son châle. 277 Un jour, Hazrat Mu‘awiya (qu’Allah l’agrée) envoya cent mille dirhams à Hazrat ‘Aïcha (qu’Allah l’agrée). À la tombée du soir, il n’en restait pas même un seul dirham. Elle les distribua tous aux pauvres et aux nécessiteux. Par coïncidence, elle jeûnait ce jour-là. La servante dit : « Il aurait fallu garder quelque chose pour acheter de quoi rompre le jeûne. » Elle répondit : « Si seulement tu me l’avais rappelé plus tôt. » Il existe d’autres récits de ce genre. Un jour, Hazrat ‘Abdullah ibn Zubayr (qu’Allah l’agrée) lui envoya cent mille dirhams dans deux grandes bourses. Elle les versa tous dans un plateau et commença à les distribuer. Ce jour-là également, elle jeûnait. Le soir, elle demanda à la servante d’apporter de quoi rompre le jeûne. La servante dit : « Ô Mère des croyants ! N’auriez-vous pas pu acheter un peu de viande pour le repas du soir avec cet argent ? » Elle répondit : « Ne me blâme pas maintenant. Pourquoi ne me l’as-tu pas rappelé alors ? » 278 Un jour, elle jeûnait et il n’y avait dans la maison qu’un seul pain. À ce moment-là, une mendiante vint demander quelque nourriture. Elle dit à la servante de lui donner le pain. La servante dit : « Si nous donnons le pain, avec quoi romprez-vous le jeûne ce soir ? » Elle répondit : « Donne-le-lui maintenant ; nous verrons ensuite. » Le soir, quelqu’un envoya de la viande de mouton. Elle dit à la servante : « Tu vois, Allah a envoyé quelque chose de meilleur que ton pain. » 279 Elle vendit à l’émir Mu‘awiya (qu’Allah l’agrée) la maison où elle habitait et distribua pour la cause d’Allah tout l’argent qu’elle en reçut. 280

Par nature, Hazrat ‘Aïcha (qu’Allah l’agrée) était intrépide et courageuse. De nombreux événements de sa vie témoignent de ce courage. La nuit, elle se réveillait et se rendait seule au cimetière. 281 Elle se rendait sur le champ de bataille. Lors de la bataille d’Uhud, alors que le désordre régnait dans l’armée musulmane, elle portait sur son dos une outre remplie d’eau et en donnait à boire aux soldats blessés. 282 Lors de la bataille du Fossé, alors que l’armée polythéiste encerclait Médine de toutes parts et qu’une attaque des Juifs depuis l’intérieur de la ville était à craindre, elle sortait néanmoins courageusement de la forteresse pour observer les stratégies de combat des combattants musulmans. 283 Un jour, elle demanda même au Messager d’Allah (qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix) la permission de partir au djihad, mais elle ne l’obtint pas. 284 La manière habile dont elle dirigea les troupes lors de la bataille du Chameau constitue une remarquable preuve de son courage naturel.

Dans le cœur de Hazrat ‘Aïcha (qu’Allah l’agrée) se trouvait une crainte intense d’Allah. Son cœur était aussi extrêmement tendre. Elle se mettait très vite à pleurer. Lors du pèlerinage d’Adieu, lorsqu’elle ne put accomplir certains rites du pèlerinage en raison de ses règles, elle se mit à pleurer abondamment en songeant à son malheur. Elle retrouva ensuite son calme grâce aux paroles réconfortantes du Messager d’Allah (qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix). 285 Un jour, elle se mit même à pleurer, bouleversée par la peur de l’Antéchrist. 286 Plus tard, chaque fois qu’elle se souvenait de la bataille du Chameau, elle pleurait avec agitation.

Un jour, elle fit le serment de ne plus faire quelque chose. Plus tard, sous l’insistance de certaines personnes, elle fut contrainte de rompre son serment et affranchit quarante esclaves en expiation. Mais cet événement la marqua si profondément que, chaque fois qu’elle s’en souvenait, elle essuyait ses larmes jusqu’à en mouiller le pan de son voile. 287 Nous avons déjà mentionné qu’en apprenant les accusations des hypocrites lors de l’affaire de la calomnie, elle s’effondra en larmes. Malgré les paroles réconfortantes de ses parents, ses larmes ne cessaient pas.

Un jour, une pauvre femme vint trouver Hazrat ‘Aïcha (qu’Allah l’agrée) avec ses deux jeunes enfants, dans l’espoir de recevoir une aide. Il n’y avait alors presque rien dans la maison. Elle lui donna trois dattes. La femme en donna une à chacun de ses deux enfants et en porta une à sa propre bouche. Après avoir mangé leurs dattes, les deux enfants regardèrent leur mère. La femme retira alors la datte de sa bouche, la partagea en deux et en donna une moitié à chacun de ses enfants. Elle-même ne mangea rien. Profondément émue par cette scène poignante d’amour maternel et par la détresse de cette femme, Hazrat ‘Aïcha se mit à pleurer abondamment. 288

Elle consacrait la majeure partie de son temps, jour et nuit, à l’adoration. Elle accomplissait régulièrement la prière de Duha. Elle disait : « Même si mon père se levait de sa tombe et m’interdisait d’accomplir cette prière, je ne l’abandonnerais pas. » 289 La nuit, elle se réveillait et accomplissait la prière de Tahajjud avec le Messager d’Allah (qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix). Même après le décès du Messager d’Allah (qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix), elle resta tellement assidue à cette prière qu’elle se levait tôt le matin pour l’accomplir avant la prière de l’aube. Un jour, alors qu’elle accomplissait cette prière, son neveu Qasim arriva. Il lui demanda : « Ma tante, quelle prière accomplissez-vous donc ? » Elle répondit : « Je n’ai pas pu l’accomplir cette nuit, mais je ne peux pas la délaisser maintenant. » 290

Elle jeûnait la majeure partie de l’année. Selon certains récits, elle était constamment en état de jeûne.²⁹¹ Une fois, elle jeûna le jour de ʿArafat, en été. La chaleur et l’ardeur du soleil étaient si intenses qu’on lui aspergeait la tête d’eau. Voyant cela, son frère ʿAbd al-Rahmân — qu’Allah l’agrée — lui dit : « Quel besoin y a-t-il de jeûner par une chaleur aussi accablante ? Romps donc ton jeûne. » Elle répondit : « J’ai entendu le Messager d’Allah — qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix — dire que jeûner le jour de ʿArafat entraîne le pardon des péchés de toute une année. Et malgré cela, je romprais mon jeûne ? »²⁹²

Elle observait le pèlerinage avec la plus grande rigueur. Il était rare qu’une année s’écoule sans qu’elle accomplisse le Hajj. Vers la fin de sa vie, le calife ʿUmar — qu’Allah l’agrée — envoya ʿUthmân et ʿAbd al-Rahmân ibn ʿAwf — qu’Allah les agrée — accomplir le Hajj avec les épouses du Messager d’Allah — qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix.²⁹³ Durant le Hajj, des lieux précis leur étaient assignés pour leur campement. Elles s’installaient d’abord à l’extrémité de Wâdî Namir. Lorsque la foule y devint trop nombreuse, elles dressaient leurs tentes à quelque distance, dans un endroit appelé ʿArâf. Certaines fois, elles séjournaient au pied du Jabal Thabîr. Elle jeûnait le jour de ʿArafat. Lorsque les gens commençaient à quitter ʿArafa, elle rompait son jeûne.²⁹⁴

Elle était très bienveillante envers les esclaves, hommes et femmes. Dès qu’elle en avait l’occasion, elle affranchissait des esclaves sous divers prétextes. Une fois, elle en affranchit quarante pour expier un seul serment. Au total, le nombre d’esclaves qu’elle affranchit s’éleva à 67 (soixante-sept).²⁹⁵ Elle avait une esclave issue de la tribu de Tamîm. Elle avait entendu de la bouche du Messager d’Allah — qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix — que cette tribu descendait d’Ismâʿîl — sur lui la paix. Sur l’indication du Messager d’Allah — qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix — elle affranchit cette esclave. À Médine vivait une esclave nommée Burayra. Elle avait conclu avec son maître un accord pour obtenir sa liberté en échange d’une somme déterminée, puis elle se mit à demander de l’aide aux gens. Lorsque ʿÂ’isha — qu’Allah l’agrée — en entendit parler, elle paya elle-même toute la somme et l’affranchit. Une fois, elle tomba malade. Les gens dirent que quelqu’un lui avait peut-être jeté un sort. Elle fit appeler une esclave et lui demanda : « Est-ce toi qui m’as ensorcelée ? » Celle-ci l’avoua. Elle lui demanda alors : « Pourquoi ? » L’esclave répondit : « Pour que vous mouriez rapidement et que je sois libérée. » ʿÂ’isha — qu’Allah l’agrée — ordonna : « Vendez-la à une mauvaise personne, puis utilisez cet argent pour acheter un esclave et l’affranchir. » Son ordre fut exécuté.²⁹⁶ Il est rapporté dans le chapitre at-Tibb de l’al-Mustadrak d’al-Hâkim qu’elle lui infligea cette punition en raison de son acte contraire à la sharîʿa.

Il convient d’aider les pauvres et les nécessiteux en fonction de leur rang. ʿÂ’isha — qu’Allah l’agrée — veillait toujours à cela. Un jour, un mendiant ordinaire vint la trouver. Elle lui donna un morceau de pain, puis le congédia. Ensuite, un mendiant vêtu de vêtements un peu plus convenables arriva. À le voir, il semblait être un homme de rang. Elle le fit asseoir, lui fit servir un repas, puis le congédia. Les personnes présentes demandèrent pourquoi elle avait traité les deux mendiants différemment. Elle répondit : « Le Messager d’Allah — qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix — a dit qu’il faut traiter les gens selon leur rang. »²⁹⁷

Elle accordait une importance extrême aux prescriptions et aux interdictions, même les plus ordinaires, de la sharîʿa. Elle évitait également les plus petites choses interdites. Lorsqu’elle entendait le tintement d’une clochette en chemin, elle s’arrêtait aussitôt afin de l’écouter.²⁹⁸ Un locataire vivait dans l’une de ses maisons. Il jouait aux échecs. Elle lui déclara : « Si tu ne renonces pas à cette pratique, je te ferai sortir de la maison. »²⁹⁹

ʿÂ’isha bint Talha rapporte qu’un djinn entrait régulièrement dans la maison de ʿÂ’isha — qu’Allah l’agrée. Celle-ci ne cessait de lui interdire d’entrer ainsi dans la maison, allant même jusqu’à le menacer de le tuer. Pourtant, il continuait à venir. Un jour, elle frappa le djinn avec une barre de fer et le tua. Ensuite, elle vit en rêve quelqu’un lui dire : « Vous avez tué untel, alors qu’il avait participé à la bataille de Badr. Il n’entrait dans votre maison que lorsque vous n’étiez pas voilée. Il venait auprès de vous pour entendre les hadiths du Messager d’Allah — qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix. » ʿÂ’isha — qu’Allah l’agrée — raconta ce rêve à son père. Celui-ci lui demanda de donner douze mille dirhams en aumône à titre de diya (prix du sang). L’imam adh-Dhahabî a rapporté cet épisode dans son ouvrage Siyar aʿlâm an-nubalâ’. L’imam Ahmad, en rapportant cet épisode dans son Musnad, dit que le djinn venait sous la forme d’un serpent et que ʿÂ’isha — qu’Allah l’agrée — affranchit un esclave au titre de sa diya.

Le rang et le mérite de ʿÂ’isha — qu’Allah l’agrée

Il est rapporté dans le chapitre al-Fadâ’il du Sahîh Muslim que le Messager d’Allah — qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix — a dit : « Je vous laisse deux choses considérables : le Livre d’Allah et les gens de ma famille. » Des spécialistes ont dit que le sens de cette parole du Messager d’Allah — qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix — est le suivant : bien que le Livre d’Allah soit facilement compréhensible et applicable grâce à son langage simple et à son exposé clair, le monde aura toujours besoin de personnes capables d’en dévoiler les secrets et d’en donner l’explication savante et pratique. Après le Messager d’Allah — qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix —, il convient de rechercher de telles personnes parmi les gens de sa famille.

Les commentaires et paroles que le Très Noble Messager d’Allah (qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix) a laissés au sujet de ‘Â’isha (qu’Allah l’agrée), ainsi que la compagnie et l’enseignement du Messager d’Allah (qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix), lui ont permis de se rendre digne de cette distinction. De plus, elle s’est perfectionnée grâce à son intelligence pénétrante et à ses aptitudes naturelles. Ainsi, nul ne conteste qu’elle occupait une place particulièrement éminente parmi les Ahl al-Bayt. Sur cette base, qui aurait pu mieux qu’elle expliquer et analyser le Livre d’Allah et la Sunna du Messager (qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix), et enseigner les prescriptions et les règles islamiques ? Les gens ne voyaient du Prophète que dans ses relations extérieures, tandis que le Prophète dans sa vie intime restait caché à leurs regards. En revanche, ‘Â’isha (qu’Allah l’agrée) eut la chance de voir le Prophète dans toutes ses situations, aussi bien à l’extérieur que dans l’intimité du foyer. C’est pourquoi le Prophète d’Allah a dit :³⁰⁰

Ce sera en arabe

— La supériorité de ‘Â’isha (qu’Allah l’agrée) sur les femmes est comparable à la supériorité du tharîd sur tous les autres aliments. Le Messager d’Allah (qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix) reçut, par un rêve véridique, la bonne nouvelle qu’il épouserait ‘Â’isha (qu’Allah l’agrée). Le Messager (qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix) ne reçut la révélation sur le lit d’aucune de ses épouses, si ce n’est sur le sien. Le grand ange Gabriel, l’ami intime, lui adressa ses salutations. Elle eut le privilège de voir Gabriel à deux reprises. Allah, Seigneur des mondes, fit descendre des versets proclamant son innocence. Le Messager (qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix) annonça également qu’elle serait son épouse dans la vie future. Toutes ces paroles sont rapportées dans le chapitre de Sahîh al-Bukhârî consacré à l’honneur et au mérite de ‘Â’isha.

‘Â’isha (qu’Allah l’agrée) disait : « Je ne parle pas par orgueil, mais seulement de la réalité. Allah le Très-Haut m’a accordé plusieurs qualités qu’Il n’a accordées à personne d’autre. (1) Un ange montra au Messager d’Allah (qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix) mon image en rêve ; (2) le Messager (qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix) m’épousa alors que j’avais sept ans ; (3) j’entrai dans la maison conjugale à l’âge de neuf ans ; (4) je fus la seule épouse vierge du Messager d’Allah (qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix) ; (5) la révélation descendait sur lui même lorsqu’il se trouvait dans mon lit ; (6) j’étais l’épouse la plus aimée du Messager d’Allah (qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix) ; (7) des versets du Coran furent révélés pour proclamer mon innocence ; (8) j’ai vu Gabriel (sur lui la paix) de mes propres yeux ; (9) le Messager (qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix) rendit son dernier souffle la tête posée sur mes genoux ; (10) je suis la fille de son calife et de son véridique ; (11) j’ai été créée pure ; (12) il m’a été promis le pardon et une excellente subsistance au Paradis ; (13) au tout dernier moment de la vie terrestre du Messager d’Allah (qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix), ma salive se mêla à la sienne ; (14) il fut enterré dans ma demeure. » Elle-même a évoqué d’autres gloires et mérites de ce genre, et de nombreux autres Compagnons les ont également rapportés. Ils sont répandus dans les ouvrages de hadith et de sîra.³⁰¹

Au vu de tant de mérites et de qualités de ‘Â’isha (qu’Allah l’agrée), certains savants ont estimé qu’elle possédait un rang supérieur à celui de son père, Abû Bakr (qu’Allah l’agrée). L’imam al-Dhahabî dit que cette opinion n’est pas acceptable. Il dit : « Allah le Très-Haut a accordé à chaque chose des mérites particuliers. Nous témoignons plutôt qu’elle est, ici-bas comme dans l’au-delà, l’épouse du Messager d’Allah (qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix). Peut-il exister pour elle un honneur plus grand que celui-là ? Malgré cela, Khadîdja possède des qualités que nul n’a pu acquérir. Oui, je crois que, pour de nombreuses raisons, le mérite de Khadîdja (qu’Allah l’agrée) est bien supérieur au sien. »³⁰²

Lorsque nous portons un regard analytique et comparatif sur la noble biographie de ‘Â’isha al-Siddîqa (qu’Allah l’agrée), la qualité que nous trouvons pleinement en elle, non seulement en comparaison avec toutes les femmes Compagnons, mais aussi avec nombre de grands Compagnons hommes, est qu’elle avait reçu, par naissance et par nature, une intelligence et un esprit portés à la réflexion et à la méditation. Elle occupait une place très élevée par sa connaissance profonde de la signification de la religion, sa capacité et sa force d’ijtihâd, sa méthode de critique et d’examen, sa juste compréhension des événements, sa profonde perspicacité, ainsi que sa capacité à exprimer des décisions et des opinions justes et correctes.

Tout ce qu’elle disait et toutes les explications et analyses qu’elle fournissait étaient parfaitement conformes à la sagesse et à la raison. Il serait difficile de trouver dans ses récits quoi que ce soit qui oblige l’intelligence et la sagesse humaines à recourir à diverses interprétations ou explications pour les soutenir. Il est certes vrai que, du fait de sa proximité exceptionnelle avec le Messager d’Allah (qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix), elle eut une occasion remarquable d’étudier toutes ses paroles et tous ses actes. Mais lorsque nous constatons que beaucoup d’autres personnes étaient elles aussi proches de lui, sans l’être en rien moins qu’elle, la supériorité de l’intelligence et de l’esprit de ‘Â’isha (qu’Allah l’agrée) apparaît clairement. Nous en revenons toujours au même point : beaucoup d’autres que ‘Â’isha (qu’Allah l’agrée) entendaient les paroles sorties de la bouche du Messager d’Allah (qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix), mais ils ne parvenaient pas, comme elle, aux conclusions auxquelles elle arrivait, ni ne pouvaient en saisir la véritable essence dans la mesure où son intelligence et son esprit étaient capables de le faire.

La Mère des croyants, ‘Â’isha (qu’Allah l’agrée), était l’une des élèves les plus brillantes de l’école du Messager d’Allah (qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix). L’étendue et la profondeur de son savoir étaient incomparables. Dans le domaine de la connaissance, sa supériorité ne se limitait pas aux femmes de son époque, à l’ensemble des Ummahât al-Mu’minîn, les épouses du Messager d’Allah (qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix) qui sont les mères de tous les croyants du monde, ni à une partie des Compagnons ; elle s’étendait à l’ensemble des Compagnons, à l’exception de quelques Compagnons éminents. Abû Mûsâ al-Ash‘arî (qu’Allah l’agrée) dit :³⁰³ « Nous, les Compagnons de Muhammad (qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix), n’avons jamais été confrontés à une question difficile au sujet de laquelle nous avons interrogé ‘Â’isha (qu’Allah l’agrée) sans trouver auprès d’elle la connaissance nécessaire. »

Le vénérable Abû Mûsâ al-Ach‘arî (qu’Allah l’agrée) était un Compagnon de très haut rang. La remarque susmentionnée permet de se faire une idée de l’étendue et de la profondeur des connaissances du vénérable ‘Aïcha (qu’Allah l’agrée). Le célèbre tâbi‘î, le vénérable ‘Atâ ibn Abî Rabâh — qui eut la chance d’être l’élève de nombreux Compagnons — dit :304

Le vénérable ‘Aïcha (qu’Allah l’agrée) était la plus grande juriste parmi les gens, la personne la plus savante et celle dont l’opinion était la plus pertinente parmi le commun des gens.

Le vénérable imam al-Zuhrî, célèbre comme l’imam des tâbi‘în et élevé sous la tutelle de plusieurs Compagnons éminents, dit :305

— Le vénérable ‘Aïcha (qu’Allah l’agrée) était la plus grande savante parmi les gens. De nombreux Compagnons éminents du Messager d’Allah (qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix) venaient lui demander conseil.

Abû Salama, le fils éminent du célèbre Compagnon ‘Abd al-Rahmân ibn ‘Awf (qu’Allah les agrée), qui était un tâbi‘î de très haut niveau, dit :306

‘ Je n’ai vu personne de plus compétent et dont l’opinion soit plus sûre que ‘Aïcha (qu’Allah l’agrée) en matière de connaissance de la Sunna du Messager d’Allah (qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix), d’avis décisif lorsqu’une situation l’exige, de circonstances de la révélation des versets et de questions de jurisprudence.

Un jour, le vénérable émir Mu‘âwiya (qu’Allah l’agrée) demanda à un homme de son entourage : « Dites-moi donc, qui est aujourd’hui le plus grand savant ? » L’homme répondit : « Ô commandeur des croyants, c’est vous. » Le vénérable Mu‘âwiya (qu’Allah l’agrée) dit : « Non. Je vous adjure de me dire la vérité. » L’homme répondit alors : « Dans ce cas, c’est ‘Aïcha (qu’Allah l’agrée). »

Le vénérable ‘Urwa ibn al-Zubayr (qu’Allah l’agrée) dit :

En arabe :

— Je n’ai vu personne de plus compétent que la Mère des croyants, ʿAïcha (qu’Allah l’agrée), en matière de licite et d’illicite, de savoir, de poésie et de médecine.

Dans une autre narration, les paroles de ʿUrwa sont rapportées ainsi :

En arabe :

— Je n’ai vu personne de plus savant que ʿAïcha (qu’Allah l’agrée) dans le Coran, les règles successorales, le licite et l’illicite, le fiqh, la poésie, la médecine, l’histoire des Arabes et la science de la généalogie.

Le célèbre tābiʿī Masrūq (qu’Allah l’agrée), qui avait été éduqué sous la direction de ʿAïcha (qu’Allah l’agrée), fut un jour interrogé : la Mère des croyants, ʿAïcha (qu’Allah l’agrée), connaissait-elle la science des règles successorales ? Il répondit :

En arabe :

— Je jure par Celui dans la main duquel se trouve ma vie ! J’ai vu les grands Compagnons du Messager d’Allah (qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix) l’interroger au sujet des règles successorales. Les autres épouses du Messager d’Allah (qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix) ont elles aussi assumé la responsabilité et le devoir de préserver, transmettre et diffuser ses hadiths et sa Sunna. Toutefois, aucune d’entre elles n’a pu atteindre le rang de ʿAïcha (qu’Allah l’agrée). À ce propos, Maḥmūd ibn Labīd fit la remarque suivante :

Ce sera en arabe

-Les épouses du Messager d’Allah (qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix) avaient retenu de nombreux hadiths dans leur mémoire. Mais aucune ne pouvait égaler ‘Aïcha (qu’Allah l’agrée) et Oumm Salama (qu’Allah l’agrée).

À ce sujet, l’imam az-Zuhrî (qu’Allah l’agrée) témoigne :

Ce sera en arabe

-Si l’on réunissait le savoir de tous les gens et celui des épouses du Messager d’Allah (qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix), le savoir de ‘Aïcha (qu’Allah l’agrée) serait, parmi eux, le plus vaste et le plus étendu.

Selon une autre narration, l’imam az-Zuhrî dit : « Si l’on réunissait le savoir de toutes les femmes et celui de ‘Aïcha (qu’Allah l’agrée), le savoir de ‘Aïcha (qu’Allah l’agrée) serait supérieur. »

À la lumière des récits précédents, l’érudit adh-Dhahabî dit : « Elle était un immense trésor de savoir. » Il dit également : « Dans la communauté de Muhammad, et parmi les femmes en général, il n’y a personne de plus savante qu’elle. »

Certains traditionnistes, en évoquant les mérites de ‘Aïcha (qu’Allah l’agrée), rapportent un hadith du Messager d’Allah (qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix) :

Ce sera en arabe

—Prenez de Humayra une part de votre religion. En matière de savoir et d’ijtihad, ou de connaissance et de recherche, ‘Aïcha (qu’Allah l’agrée) a réussi à occuper une place éminente non seulement parmi les femmes, mais aussi parmi les hommes. Sa place et son rang dans la connaissance du Coran, de la Sunna, du fiqh et des ahkâm sont si élevés que son nom peut être cité sans hésitation aux côtés de ceux de ‘Umar (qu’Allah l’agrée), ‘Ali (qu’Allah l’agrée), ‘Abdullah ibn Mas‘ud (qu’Allah l’agrée), ‘Abdullah ibn ‘Abbas (qu’Allah l’agrée) et d’autres éminents savants. Nous présentons ici, brièvement, un aperçu de l’étendue et de la profondeur de ses connaissances dans diverses disciplines.

Le Noble Coran

Nous savons que le Noble Coran fut révélé sur une période de vingt-trois ans. ‘Aïcha (qu’Allah l’agrée) entra dans la maison du Messager d’Allah (qu’Allah lui accorde Ses bénédictions et Sa paix) au cours de la quatorzième année de la révélation du Coran, alors qu’elle n’avait que neuf ans. La durée de sa vie commune avec le Messager d’Allah (qu’Allah lui accorde Ses bénédictions et Sa paix) ne dépassa pas dix ans. La majeure partie de la période de la révélation du Coran s’écoula avant le développement de ses connaissances et avant qu’elle n’atteigne la maturité. Mais cette personne, douée d’une intelligence et d’une réflexion extraordinaires, ne laissa pas non plus son enfance se perdre en vain. À La Mecque, le Messager d’Allah (qu’Allah lui accorde Ses bénédictions et Sa paix) se rendait à diverses occasions chez le vénérable as-Siddîq al-Akbar (qu’Allah l’agrée). As-Siddîq al-Akbar (qu’Allah l’agrée) avait lui aussi aménagé une mosquée dans sa propre demeure. Il s’y asseyait et récitait le Saint Coran avec une profonde humilité et un cœur rempli de crainte révérencielle.

En raison de la mémoire exceptionnelle de ‘Aïcha (qu’Allah l’agrée), il était impossible qu’elle ne tirât aucun profit de tous ces milieux et de toutes ces circonstances. C’est pourquoi nous l’entendons parler du troisième verset de la sourate al-Qamar—

Ce sera en arabe

Écoutons ce qu’elle en dit :

Ce sera en arabe

Ce verset fut révélé à Muhammad — qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix — à La Mecque. J’étais alors une toute petite fille et je jouais.

Lorsque survint l’affaire de l’Ifk (la fausse accusation), ʿÂ’isha — qu’Allah l’agrée — devait avoir treize ou quatorze ans. Jusqu’alors, elle n’avait pas mémorisé une grande partie du Coran. Elle dit elle-même :

Ce sera en arabe

« À cette époque, j’étais une jeune fille et je n’avais pas beaucoup récité le Coran. Malgré cela, je citais déjà des versets du Coran. »

ʿÂ’isha — qu’Allah l’agrée — avait un esclave nommé Abû Yûnus. Il savait lire et écrire. Elle lui fit transcrire le Coran pour elle.

C’est en Irak que les divergences dans la récitation du Coran apparurent le plus, en raison des contacts avec les non-Arabes.

Un jour, un homme venu d’Irak vint rendre visite à ʿÂ’isha — qu’Allah l’agrée. Il lui dit : « Ô Mère des croyants ! Montrez-moi donc votre exemplaire du Coran. » Lorsqu’ʿÂ’isha — qu’Allah l’agrée — lui demanda pourquoi, il répondit : « Chez nous, les gens ne suivent toujours pas un ordre déterminé dans la récitation du Coran. Je voudrais organiser mon exemplaire à l’image du vôtre. » Elle lui dit : « Il n’y a aucun mal à ce que l’ordre des sourates soit différent. » Puis elle sortit son propre exemplaire du Coran et lui fit écrire les versets de chaque sourate en les lui récitant.

Durant sa vie conjugale avec l’Envoyé d’Allah — qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix —, ʿÂ’isha — qu’Allah l’agrée — avait pour habitude, lorsqu’elle ne comprenait pas le sens d’un verset, d’interroger son époux, l’Envoyé d’Allah — qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix —, afin de s’en informer. Les recueils de hadiths authentiques rapportent qu’elle l’interrogea au sujet de nombreux versets. En outre, Allah ordonna aux épouses de l’Envoyé d’Allah — qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix —, les Mères des croyants :

Le texte arabe sera

— Ô membres de la famille du Prophète ! Souvenez-vous des versets d’Allah et des paroles pleines de sagesse qui sont récités dans vos demeures.

Conformément à cette directive, chacun d’eux la mettait en pratique selon ses aptitudes et ses moyens. Le Messager d’Allah (qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix) récitait, pendant la prière de tahajjud, les longues sourates du Coran avec une profonde concentration, humilité et dévotion. Lors de ces prières, le vénérable ‘Â’isha (qu’Allah l’agrée) priait également derrière le Messager d’Allah (qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix). Aucune autre épouse, à l’exception du vénérable ‘Â’isha (qu’Allah l’agrée), n’eut la révélation du Coran dans son lit. Dans ces circonstances, c’est donc à son oreille que parvenait en premier le son des versets révélés. Elle dit : « Lorsque les sourates al-Baqara et an-Nisâ’ furent révélées, je me trouvais auprès du Messager d’Allah (qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix). »

En somme, en raison de toutes ces circonstances et de cet environnement, le vénérable ‘Â’isha (qu’Allah l’agrée) acquit une pleine compétence concernant la manière de réciter chaque verset du Coran, sa portée et sa signification, ainsi que les méthodes permettant d’en déduire les prescriptions et les règles. C’est pourquoi, lorsqu’on l’interrogeait sur une question, elle se tournait d’abord vers le Noble Coran. Outre les croyances, le fiqh et les prescriptions, elle cherchait également à comprendre à travers le Noble Coran tout ce qui concernait la sîra et les akhlâq du Messager d’Allah (qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix), ainsi que les questions liées à l’histoire fondamentale. Un jour, des gens vinrent lui rendre visite. Ils dirent : « Ô Mère des croyants ! Décrivez-nous quelques traits de caractère du Messager d’Allah (qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix) ! » Elle répondit : « Ne lisez-vous donc pas le Coran ? Son caractère était le Coran. » Ils demandèrent encore : « Comment le Messager d’Allah (qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix) accomplissait-il son adoration nocturne ? » Elle répondit : « N’avez-vous pas lu la sourate al-Muzzammil ? »

Peu d’exégèses du Noble Coran ont été rapportées des Compagnons avec une chaîne de transmission authentique. Parmi ce qui a été rapporté, les récits exégétiques du vénérable ‘Â’isha (qu’Allah l’agrée) ne sont nullement rares. Nous en présentons ici quelques-uns en résumé :

Courir entre les deux monts de Safâ et de Marwa constitue l’un des principaux rites du pèlerinage. À ce sujet, le Noble Coran contient le verset suivant :

Le texte arabe sera

— Certes, Safâ et Marwa comptent parmi les rites d’Allah le Très-Haut. Ainsi, ceux qui accomplissent le hajj ou la ‘umra dans la Ka‘ba ne commettent aucun péché à faire les circuits autour de ces deux monts.

Un jour, ‘Urwa dit : « Ô ma tante maternelle ! Le sens de ce verset est bien qu’il n’y a aucun mal à ne pas accomplir les circuits rituels entre Safa et Marwa. » ‘Aïcha (ra) répondit : « Mon neveu, tu ne dis pas juste. Si le sens du verset était celui que tu as compris, Allah aurait dit ainsi : »

Ce sera en arabe

— c’est-à-dire : il n’y a aucun mal à ne pas accomplir leurs circuits rituels. En réalité, ce verset fut révélé au sujet des Ansar. Avant l’islam, les habitants de Médine, issus des tribus Aws et Khazraj, adoraient la déesse Manat. L’idole de Manat se trouvait près de Qudayd, sur le mont Mushallal. C’est pourquoi ils considéraient comme répréhensibles les circuits rituels entre Safa et Marwa. Après avoir embrassé l’islam, ils demandèrent au Messager d’Allah (sallallahu ‘alayhi wa sallam) : « Avant l’islam, nous faisions cela ; quelle en est maintenant la règle ? » C’est dans ce contexte qu’Allah dit : « Accomplissez les circuits rituels entre Safa et Marwa ; il n’y a aucun mal à le faire. » Puis elle dit : « Le Messager d’Allah (sallallahu ‘alayhi wa sallam) a accompli les circuits rituels entre Safa et Marwa. Désormais, personne n’a le droit de les délaisser. »

Le principe qui se dégage de cette exégèse de ‘Aïcha (ra) est que, pour comprendre le Coran, il faut s’appuyer sur la syntaxe arabe et sur l’usage des mots chez les Arabes.

Dans le verset 110 de la sourate Yusuf, Allah, exalté soit-Il, dit :

Ce sera en arabe

— Lorsque finalement les messagers furent désespérés et que les gens pensèrent qu’on leur avait fait de fausses promesses, Notre secours leur parvint alors.

Hazrat ‘Urwa demanda à Hazrat ‘Aïcha (ra) : « Ce sera en arabe. »

(c’est-à-dire : les Messagers ont reçu de fausses promesses) sera, et non : ce sera en arabe.

(c’est-à-dire : ils ont été traités de menteurs) sera-t-il ? ‘Â’isha répondit : ce sera en arabe.

(ils ont été traités de menteurs). ‘Urwa dit : Les Messagers avaient la ferme conviction qu’ils avaient été traités de menteurs et que leurs compatriotes avaient rejeté leur prétention à la prophétie. Alors, que signifie l’expression : ce sera en arabe, c’est-à-dire : ils pensèrent ou supposèrent ? C’est pourquoi la formulation : (de fausses promesses leur ont été faites) serait la correcte. ‘Â’isha dit : « À Dieu ne plaise ! Les Prophètes et les Messagers de Dieu pourraient-ils avoir une telle opinion de Dieu, à savoir qu’Il leur aurait faussement promis Son secours ? » ‘Urwa voulut alors savoir : « Quel serait donc le sens du verset ? » Elle répondit : « Cette parole concerne les disciples des Messagers. Lorsqu’ils eurent embrassé la foi et reconnu la véracité de leur prophétie, leurs compatriotes les persécutèrent et les opprimèrent. À ce moment-là, comme le secours de Dieu tardait à venir, ils en vinrent à penser ainsi. Les Messagers eux-mêmes désespérèrent même de voir les infidèles de leur peuple embrasser la foi. Ils craignirent que, du fait du retard du secours de Dieu, les croyants ne finissent par nous traiter de menteurs. C’est alors que le secours de Dieu arriva soudainement. »

Si une épouse a un grief contre son mari, le commandement coranique dans ce cas est le suivant :

Ce sera en arabe

— Si une épouse craint de la part de son mari de mauvais traitements ou de l’indifférence, ils ne commettent aucun péché s’ils souhaitent parvenir à un accord, et l’accord est préférable.

Parvenir à un accord pour dissiper le mécontentement est certes une chose courante. Était-il donc nécessaire qu’un commandement particulier de Dieu le Très-Haut fût révélé à ce sujet ? ‘Â’isha (qu’Allah l’agrée) dit que ce verset fut révélé au sujet d’une épouse dont le mari ne venait pas beaucoup auprès d’elle. Ou au sujet d’une épouse dont le mari ne venait pas beaucoup auprès d’elle. Ou encore au sujet d’une épouse qui, en raison de son âge avancé, n’était pas capable de satisfaire son mari. Dans une telle situation, si l’épouse ne souhaite pas demander le divorce et, tout en demeurant son épouse, renonce aux droits qui lui reviennent auprès de son mari, un tel accord n’est pas mauvais. Il est même préférable à la séparation.

Allah le Très-Haut a dit dans le verset 238 de la sourate Al-Baqara :

En arabe

— Observez assidûment toutes les prières, et particulièrement la prière médiane. Les Compagnons divergeaient sur la prière désignée par l’expression « prière médiane ». Selon Zayd ibn Thâbit et Usâma, il s’agissait de la prière de zuhr. Selon certains Compagnons, il s’agissait de la prière de fajr. ‘Â’isha, qu’Allah l’agrée, affirme qu’il s’agit de la prière de ‘asr. Elle était si fermement convaincue de cette interprétation qu’elle avait fait inscrire les mots arabes correspondants dans la marge de son exemplaire du Mushaf. Abû Yûnus, l’esclave de ‘Â’isha, qu’Allah l’agrée, rapporte qu’elle m’ordonna de lui écrire un exemplaire du Coran et me dit de l’avertir lorsque j’atteindrais ce verset. Lorsque j’y parvins, elle me fit inscrire les mots arabes correspondants.

Puis elle ajouta : « C’est ainsi que je l’ai entendu de la bouche du Messager d’Allah, qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix. »

En réalité, il ne s’agit pas d’un verset du Coran, mais de son exégèse. Dans le verset 284 de la sourate al-Baqara, Allah, le Très-Haut, dit :

En arabe

— Que vous manifestiez ou dissimuliez ce qui est en vous-mêmes, Allah vous en demandera compte. Puis Il pardonnera à qui Il voudra et châtiera qui Il voudra.

Ce verset semble indiquer qu’Allah demandera compte de toutes les pensées et de toutes les représentations qui surgissent, ne serait-ce qu’un instant, dans le cœur de l’être humain. Mais si Allah devait aussi sanctionner les suggestions involontaires et les pensées qui surgissent spontanément, il serait impossible à l’être humain d’obtenir son salut. ‘Alî et Ibn ‘Abbâs, qu’Allah les agrée, disent que la portée de ce verset a été abrogée par le verset 286 de la même sourate. Le sens de ce verset est le suivant :

« Allah n’impose à aucune âme une charge supérieure à sa capacité. Elle recueillera le bien qu’elle aura acquis et subira le mal qu’elle aura commis. »

‘Abdullah ibn ‘Umar (qu’Allah l’agrée) partageait également l’opinion mentionnée précédemment. Un homme demanda à ‘Aïcha (qu’Allah l’agrée) le sens du verset cité plus haut et lui soumit en même temps le verset 123 de la sourate An-Nisâ’, dont le sens est : « Quiconque commet une mauvaise action en subira la rétribution. » Le questionneur demanda : si telle est la situation, comment le serviteur pourra-t-il obtenir le pardon et la miséricorde d’Allah, et comment pourra-t-il espérer être sauvé ? ‘Aïcha (qu’Allah l’agrée) répondit : « Après avoir demandé au Messager d’Allah (qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix) l’interprétation de ce verset, tu es le premier à me poser cette question. La parole d’Allah est véridique. Toutefois, Allah le Très-Haut pardonne à Ses serviteurs leurs petites fautes et leurs manquements au moyen de diverses épreuves et calamités. Ainsi, lorsqu’un croyant tombe malade ou qu’une épreuve le frappe, ou encore lorsqu’il pose un objet quelque part puis l’oublie et s’agite à le rechercher, toutes ces choses deviennent pour lui une cause et un moyen d’obtenir le pardon et la miséricorde d’Allah. Finalement, sa situation devient telle que, de même que l’or devient pur lorsqu’il est consumé par le feu, le croyant quitte ce monde purifié de toute souillure. »

Au sixième verset de la sourate An-Nisâ’, il est question des biens de l’orphelin :

En arabe

— Que ceux qui sont aisés s’abstiennent absolument de consommer les biens des orphelins. Quant à celui qui est dans le besoin, qu’il en mange dans une mesure convenable.

Le commandement de ce verset concerne les tuteurs des orphelins. ‘Abdullah ibn ‘Abbâs (qu’Allah l’agrée) rapporte que la prescription du verset cité a été abrogée par le verset 10 de la sourate An-Nisâ’, qui suit :

En arabe

— Ceux qui mangent injustement les biens des orphelins ne font que remplir leur ventre de feu.

Cependant, le verset suivant mentionne le châtiment réservé à ceux qui consomment injustement les biens des orphelins. C’est pourquoi ‘Aïcha (qu’Allah l’agrée) dit que le verset qui autorise à en consommer concerne les personnes qui administrent les biens des orphelins et veillent sur leurs affaires commerciales. Si un tel tuteur est aisé, il ne doit rien prélever en rémunération. Mais s’il est pauvre, il peut en prendre une part selon sa situation. En réalité, sur la base de cette interprétation de ‘Aïcha (qu’Allah l’agrée), il n’y a aucune contradiction entre le sens des deux versets. De nombreuses autres interprétations de versets semblables à ceux cités ci-dessus, transmises de ‘Aïcha (qu’Allah l’agrée), figurent dans les ouvrages de hadith et d’exégèse.

Le hadith :

La personne même du Messager d’Allah (qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix) constitue essentiellement l’objet de la science du hadith. C’est pourquoi la personne qui eut le plus grand privilège de jouir de sa proximité fut ‘Aïcha (qu’Allah l’agrée). Elle épousa le Messager d’Allah (qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix) trois ans avant l’Hégire et, après celle-ci, resta certes privée de la compagnie de son époux pendant six mois. Peu après son arrivée à Médine, elle rejoignit la maison de son époux et ne s’en sépara plus. La première période de l’islam s’écoula durant son enfance. Mais son intelligence naturelle et sa mémoire exceptionnelle compensèrent cette lacune. Parmi les épouses du Messager d’Allah (qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix), seule Sawda (qu’Allah l’agrée) était plus âgée que ‘Aïcha (qu’Allah l’agrée) en ce qui concerne la vie conjugale avec lui. Ses forces physiques et mentales étaient sur le déclin. Quelques années avant le décès du Messager d’Allah (qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix), elle était déjà devenue incapable de s’occuper de son époux. En revanche, ‘Aïcha (qu’Allah l’agrée) était encore une jeune femme. À cet âge, son intelligence et sa sagesse se développaient de jour en jour. Elle eut le privilège de le servir jusqu’aux derniers instants de la vie terrestre du Messager d’Allah (qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix). C’est pourquoi elle était mieux informée que toutes les autres de sa situation générale et de l’ensemble des prescriptions de la Charia.

À l’exception de Sawda (qu’Allah l’agrée), les autres épouses se marièrent avec le Messager d’Allah (qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix) après ‘Aïcha (qu’Allah l’agrée). Comme Sawda (qu’Allah l’agrée), en raison de son âge avancé, céda à ‘Aïcha (qu’Allah l’agrée) son tour auprès de son époux, tandis que les autres avaient l’occasion de jouir de son intimité un jour tous les huit jours, ‘Aïcha (qu’Allah l’agrée) en bénéficiait deux jours. De plus, la maison de ‘Aïcha (qu’Allah l’agrée) se trouvait, par bonheur, juste à côté de la mosquée qui était le centre d’enseignement public du Messager d’Allah (qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix). Pour toutes ces raisons, aucune des épouses ne put égaler ‘Aïcha (qu’Allah l’agrée) dans sa connaissance des hadiths et de la conduite du Messager d’Allah (qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix).

Le nombre de hadiths rapportés par ‘Aïcha (qu’Allah l’agrée) est si élevé qu’aucune des épouses du Messager d’Allah (qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix), ni même aucune des femmes parmi les Compagnons, à l’exception de quatre ou cinq hommes seulement, ne pouvait prétendre l’égaler. De grands Compagnons tels qu’Abû Bakr as-Siddîq (qu’Allah l’agrée), ‘Umar (qu’Allah l’agrée), ‘Uthmân (qu’Allah l’agrée) et ‘Alî (qu’Allah l’agrée) lui étaient largement supérieurs en mérite, en raison notamment de leur longue compagnie, de leur discernement aigu et de leurs capacités intellectuelles. Toutefois, ce qu’une épouse peut naturellement apprendre au sujet de son mari en un mois, les proches et les amis ne peuvent l’apprendre même en plusieurs années. D’autre part, les Compagnons de haut rang mentionnés furent, dès le décès du Messager d’Allah (qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix), extrêmement occupés par leurs responsabilités dans l’administration du califat. Ils eurent donc très peu de temps et d’occasions pour rapporter les hadiths du Messager d’Allah (qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix). Malgré cela, les hadiths qu’ils rapportèrent ou conservèrent concernent le jugement et les prescriptions juridiques. Ils constituent les fondements de notre jurisprudence. En réalité, la responsabilité principale de rapporter les hadiths fut assumée par ceux qui étaient dégagés de la charge de diriger le califat.

Il existe en outre une autre raison au faible nombre de hadiths rapportés par ces Compagnons de haut rang. Leur époque était pleinement celle des Compagnons. À ce moment-là, il était rarement nécessaire que l’un interroge l’autre au sujet des paroles ou des actes du Messager d’Allah (qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix). Les occasions de rapporter des hadiths étaient donc très peu nombreuses. La génération suivante, composée de ceux qui n’avaient pas vu le Messager d’Allah (qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix) ou n’avaient pas vécu à son époque, fut celle des tâbi‘în. Leur époque commença essentiellement vingt à vingt-cinq ans après le décès du Messager d’Allah (qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix). Ce sont eux qui cherchèrent à connaître en détail la vie du Messager d’Allah (qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix). Mais, à cette époque, ces Compagnons de haut rang avaient déjà quitté ce monde. Les Compagnons plus jeunes, quant à eux, étaient alors parvenus au milieu ou à la fin de leur vie. Ce furent eux qui étanchèrent la soif de savoir des tâbi‘în concernant la vie et les actes du Messager d’Allah (qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix). C’est pourquoi les Compagnons dont les noms apparaissent dans les recueils de hadiths comme ayant rapporté un grand nombre de hadiths étaient presque tous de jeunes Compagnons au moment du décès du Messager d’Allah (qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix).

Les Compagnons ayant rapporté plus de mille hadiths ne sont qu’au nombre de sept. Leurs noms et le nombre de hadiths qu’ils ont rapportés sont indiqués ci-dessous :

1. Abû Hurayra (qu’Allah l’agrée) — 5 364

2. ‘Abdullah ibn ‘Abbâs (qu’Allah l’agrée) — 2 660

3. Hadrat ‘Abdullah ibn ‘Umar (ra) 2630

4. Hadrat Jâbir ibn ‘Abdullah (ra) 2540

5. Hadrat Anas ibn Mâlik (ra) 2686

6. Hadrat Abû Sa‘îd al-Khudrî (ra) 2270

7. Hadrat ‘Â’ishah as-Siddîqah (ra) 2210

Selon les nombres placés à côté des noms mentionnés ci-dessus, Hadrat ‘Â’ishah (ra) occupe la septième place parmi les transmetteurs de hadiths. Toutefois, cette liste ne fait pas l’unanimité. Selon beaucoup, nul n’a transmis davantage de hadiths que Hadrat ‘Â’ishah (ra), à l’exception de Hadrat Abû Hurayrah (ra) et de Hadrat ‘Abdullah ibn ‘Abbâs (ra). Selon eux, Hadrat ‘Â’ishah (ra) occupe la troisième place parmi les transmetteurs ayant rapporté le plus de hadiths.

La plupart de ceux dont les noms sont mentionnés ici comme ayant transmis un grand nombre de hadiths ont survécu à la mort de la Mère des croyants, ‘Â’ishah (ra). La continuité de leurs transmissions s’est donc poursuivie quelque temps encore. Par rapport aux hommes, Hadrat ‘Â’ishah (ra) était soumise à certaines contraintes supplémentaires. Elle était notamment une femme voilée. Elle ne pouvait pas assister à chaque assemblée comme les transmetteurs masculins, et les étudiants ne pouvaient pas se rendre auprès d’elle à leur gré et à tout moment. Contrairement aux autres, elle n’eut pas l’occasion de se rendre dans les grandes villes du califat islamique de l’époque. Si elle avait pu bénéficier de toutes les possibilités et facilités dont disposaient les transmetteurs masculins, elle aurait occupé la première place de toutes.

Il ressort de la discussion précédente que le nombre total de hadiths transmis par Hadrat ‘Â’ishah (ra) est de deux mille deux cent dix (2210). Parmi ceux-ci, 286 hadiths ont été réunis dans les deux Sahîh, ceux d’al-Bukhârî et de Muslim. Cent soixante-quatorze sont muttafaq ‘alayh, 53 ont été rapportés uniquement par al-Bukhârî et 69 uniquement par Muslim. Ainsi, al-Bukhârî en compte au total 228 et Muslim 243. En outre, les autres hadiths de Hadrat ‘Â’ishah (ra) ont été compilés avec leurs chaînes de transmission dans divers ouvrages. Tous les hadiths rapportés par Hadrat ‘Â’ishah (ra) ont été réunis dans le sixième volume du Musnad de l’imam Ahmad (ra) (Égypte). Le rang élevé et l’immense respect dont Hadrat ‘Â’ishah (ra) jouit auprès de la communauté musulmane ne sont pas dus au grand nombre de hadiths qu’elle a transmis, mais principalement à sa compréhension profonde et subtile de la signification des hadiths et de leur orientation fondamentale. Parmi les Compagnons, beaucoup ont transmis très peu de hadiths. Pourtant, ils comptent parmi les Compagnons faqîh de haut rang. Ceux qui, sans saisir la signification fondamentale des paroles du Messager d’Allah (sallallâhu ‘alayhi wa sallam), ont rapporté tout ce qu’ils avaient entendu ont transmis un grand nombre de hadiths. Nous constatons que, parmi tous les Compagnons célèbres pour avoir transmis beaucoup de hadiths, seuls Hadrat ‘Abdullah ibn ‘Abbâs (ra) et Hadrat ‘Â’ishah (ra) ont été reconnus comme faqîh et mujtahid. On dit qu’un quart de l’ensemble des prescriptions de la sharî‘ah a été rapporté d’après elle. C’est pourquoi l’Allâmah adh-Dhahabî a dit :

L’arabe sera…

— Les Compagnons jurisconsultes du Messager d’Allah (qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix) le savaient de lui. Certains acquirent auprès de lui une connaissance approfondie de la religion.

En plus de l’abondance de ses narrations, ʿÂ’isha (qu’Allah l’agrée) possédait une profonde compréhension de la signification de la religion ainsi qu’une grande capacité à déduire les règles et les prescriptions religieuses. Une caractéristique particulière de ses narrations est qu’en rapportant les prescriptions et les événements, elle en exposait aussi, dans la plupart des cas, les causes. Afin de mettre clairement en évidence cette particularité de ses narrations, nous présentons ici une brève étude comparative avec les narrations d’autres rapporteurs.

Concernant le fait de se laver le vendredi, le Sahîh al-Bukhârî rapporte des narrations de ʿAbdullah ibn ʿUmar (qu’Allah l’agrée), d’Abû Saʿîd al-Khudrî (qu’Allah l’agrée) et de ʿÂ’isha (qu’Allah l’agrée). Voici un échantillon des narrations de ces trois personnes. ʿAbdullah ibn ʿUmar dit :

L’arabe sera…

— J’ai entendu le Messager d’Allah (qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix) dire : « Que celui d’entre vous qui se rend à la prière du vendredi se lave donc obligatoirement. »

Abû Saʿîd al-Khudrî (qu’Allah l’agrée) dit :

L’arabe sera…

— Le Messager d’Allah a dit : Le bain rituel du vendredi est obligatoire pour toute personne pubère.

Voici le récit de ʿÂ’isha (qu’Allah l’agrée) sur le même sujet :

Le texte arabe sera :

— Les gens venaient de leurs maisons et des villages situés hors de Médine. Ils arrivaient couverts de poussière, après avoir traversé des chemins poussiéreux. Ils étaient ainsi tout imprégnés de sueur et de poussière. Un jour, alors que le Messager d’Allah se trouvait chez moi, l’un d’entre eux vint le trouver. Le Prophète lui dit alors : « Vous auriez mieux fait de vous laver ce jour-là. »

Un autre récit de ʿÂ’isha (qu’Allah l’agrée) nous est rapporté en ces termes :

Le texte arabe sera :

— Les gens travaillaient de leurs propres mains. Lorsqu’ils se rendaient à la prière du vendredi, ils y allaient dans cet état. On leur dit alors : « Vous auriez mieux fait de vous laver. »

Nous avons relevé ci-dessus trois récits portant sur le même sujet. ʿÂ’isha (qu’Allah l’agrée) a clairement expliqué pour quelle raison le Messager d’Allah avait ordonné le bain rituel du vendredi, ce qui n’apparaît pas dans les deux autres récits.

Un jour, le noble Messager de Dieu (que Dieu le bénisse et lui accorde la paix) ordonna de finir la viande du sacrifice dans les trois jours. Il ne fallait pas la conserver au-delà de trois jours. De nombreux Compagnons, parmi lesquels ‘Abdullah ibn ‘Umar (qu’Allah l’agrée) et Abû Sa‘îd al-Khudrî (qu’Allah l’agrée), considéraient cet ordre comme permanent. Beaucoup d’entre eux tenaient ce genre de propos aux gens. Mais ‘Â’isha (qu’Allah l’agrée) ne considérait pas cet ordre comme permanent ni catégorique. Elle croyait qu’il s’agissait d’une directive temporaire.

Elle rapporte l’affaire en ces termes :

L’arabe sera :

— Nous conservions la viande du sacrifice en la salant. À Médine, nous présentions cette viande au Messager de Dieu (que Dieu le bénisse et lui accorde la paix) pour qu’il la mange. Il dit : « Ne mangez cette viande que pendant trois jours. » Ce n’était pas une interdiction définitive. Il voulait plutôt que les gens donnent aussi une partie de cette viande à manger à d’autres personnes.

Dans un autre hadith de ‘Â’isha (qu’Allah l’agrée), rapporté par l’imam at-Tirmidhî, elle a également exposé la véritable raison de cette interdiction. Un homme demanda : « Ô Mère des croyants, est-il interdit de manger la viande du sacrifice au-delà de trois jours ? » Elle répondit :

L’arabe sera :

— Non. Cependant, à cette époque, peu de gens étaient en mesure d’accomplir le sacrifice. C’est pourquoi il voulait que cette viande soit également donnée à ceux qui n’avaient pas pu accomplir le sacrifice.

L’imam Ahmad a rapporté ce hadith de la manière suivante :

Ce sera en arabe

— Il n’est pas exact de dire qu’il est interdit de manger la viande sacrificielle après trois jours. À cette époque, très peu de gens pouvaient offrir un sacrifice. C’est pourquoi il donna l’ordre à ceux qui avaient offert un sacrifice de donner de la viande à ceux qui n’avaient pas pu en offrir.

L’imam Muslim a rapporté ce hadith sous forme d’information. Ainsi, une année, la disette apparut dans les environs de Médine et dans les régions rurales. C’est alors qu’il donna cet ordre. L’année suivante, lorsque la disette eut disparu, il abrogea cet ordre. Un récit semblable est également rapporté de Salama ibn al-Akwa‘.

Dans la Kaaba, après l’un des murs, un espace a été laissé libre, appelé le Hatim. Lors du tawaf, il faut effectuer le tawaf en incluant le Hatim dans le périmètre parcouru. On peut se demander pourquoi il faut aussi accomplir le tawaf autour de ce qui ne fait pas partie de la Kaaba. Peut-être de nombreux Compagnons avaient-ils demandé au Messager d’Allah — qu’Allah le bénisse et le salue — la réponse à cette question. Mais on ne trouve pas, dans les recueils de hadiths, de récit notable les rapportant à ce sujet. Nous trouvons la réponse dans le récit de Aïcha. Elle dit : « Je demandai : Ô Messager d’Allah ! Ce mur fait-il lui aussi partie de la Kaaba ? » Il répondit : « Oui ! » Je demandai : « Alors, pourquoi les gens ne l’ont-ils pas inclus à l’intérieur lors de sa construction ? » Il répondit : « Ton peuple ne disposait pas des fonds nécessaires. C’est pourquoi ils ont laissé cette partie à l’extérieur. » Je demandai encore : « Pourquoi donc la porte de la Kaaba est-elle si élevée ? » Il répondit : « Afin qu’il laisse entrer qui il veut et empêche d’entrer qui il veut. »

‘Umar dit : « Si le récit de Aïcha est exact, on comprend que le Messager d’Allah — qu’Allah le bénisse et le salue — n’a pas embrassé les deux piliers de ce côté pour cette raison. » Mais la question est la suivante : puisque le Messager savait que la Kaaba n’était pas entièrement établie sur ses fondations originelles, il ne fait aucun doute que Muhammad, le Messager d’Allah — qu’Allah le bénisse et le salue —, son héritier en tant que revivificateur de la loi d’Ibrahim, le savait. C’est pourquoi il répondit ainsi à la question de Aïcha : « Aïcha ! Si ton peuple n’était pas encore proche de l’époque de sa mécréance, je démolirais la Kaaba et la reconstruirais sur les fondations originelles d’Ibrahim. » Comme les Arabes ordinaires venaient tout juste d’embrasser l’islam, on craignait qu’ils ne se révoltent si l’on reconstruisait alors la Kaaba ; c’est pour cette raison que cela ne fut pas fait. Ce hadith nous apprend que, si la mise en œuvre d’une prescription de la Loi est retardée en vue d’un bien plus grand, ce retard ne sera pas blâmable. À condition toutefois que la Loi n’exige pas la mise en œuvre immédiate de cette prescription.

Sur la base de ce récit de Aïcha, son neveu, ‘Abdullah ibn az-Zubayr, agrandit la Kaaba durant son califat et l’établit sur les fondations originelles d’Ibrahim. Après le martyre d’Ibn az-Zubayr, lorsque le calife ‘Abd al-Malik rétablit son autorité sur La Mecque, il la démolit et la reconstruisit comme auparavant, pensant que ‘Abdullah avait accompli cette œuvre de son propre ijtihad. Mais lorsqu’il apprit que ‘Abdullah ne l’avait pas fait de son propre ijtihad, mais sur la base de ce récit de la Mère des croyants, il éprouva une profonde honte et un vif repentir pour ce qu’il avait fait.

Après le décès du Noble Messager d’Allah — qu’Allah le bénisse et le salue —, un désaccord apparut entre les Compagnons éminents au sujet du lieu où il devait être enterré. Selon un récit, Abou Bakr déclara alors que les prophètes sont enterrés là où ils rendent leur dernier souffle. C’est pourquoi le Noble Messager d’Allah fut enterré dans la chambre de Aïcha, à l’endroit même où il était décédé. Mais la véritable raison se trouve dans le récit de Aïcha. Elle dit :

Ce sera en arabe

— Le Messager d’Allah (qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix) déclara durant sa dernière maladie : « Qu’Allah maudisse les Juifs et les Nazaréens ! Ils ont fait des tombes de leurs prophètes des lieux de culte. » ‘Aïcha (qu’Allah l’agrée) dit : « Si cette crainte n’avait pas existé, la tombe du Messager d’Allah (qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix) se serait trouvée en plein champ. Mais il craignait que sa tombe ne soit transformée en mosquée. »

C’est précisément en raison de cette crainte exprimée par le Messager d’Allah (qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix) qu’il fut enterré à l’endroit même où il rendit son dernier souffle.

De même, une explication claire de l’Hégire se trouve dans un hadith de ‘Aïcha (qu’Allah l’agrée) rapporté par al-Boukhari. En général, les gens comprenaient par Hégire le fait de quitter son lieu de naissance pour venir s’installer à Médine. Mais elle dit : « Il n’y a plus d’Hégire désormais. L’Hégire existait lorsque les gens venaient auprès d’Allah et de Son Messager, par crainte pour leur vie, afin de préserver leur religion. Cette situation n’existe plus aujourd’hui. Il n’y aura donc plus d’Hégire véritable. » C’est pourquoi Ibn ‘Umar (qu’Allah l’agrée) disait : « Il n’y a plus d’Hégire après la conquête de La Mecque. »

Selon les muhaddithin et les spécialistes de la science du jarh wa ta‘dil (critique et évaluation), les erreurs et les inadvertances sont comparativement très rares dans les hadiths rapportés par ‘Aïcha (qu’Allah l’agrée). Cela s’explique notamment par une raison particulière. Les Compagnons ordinaires entendaient peut-être une seule fois une parole du Messager d’Allah (qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix), ou le voyaient accomplir un acte, puis rapportaient exactement cette parole ou cet acte à d’autres. Quant à ‘Aïcha (qu’Allah l’agrée), elle ne rapportait rien à autrui tant qu’elle n’avait pas parfaitement compris la parole ou l’événement. Lorsqu’elle ne comprenait pas une parole ou un comportement du Messager d’Allah (qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix), elle posait plusieurs fois la question jusqu’à l’avoir compris. De nombreuses questions de ce genre sont rapportées dans les recueils de hadiths. Les autres, en revanche, avaient très rarement cette possibilité.

Pour les hadiths qu’elle n’avait pas entendus directement, mais qu’elle avait entendus par l’intermédiaire d’autres personnes, elle faisait preuve d’une grande prudence dans leur transmission. Ce n’est qu’après les avoir vérifiés et examinés de manière extrêmement approfondie, et s’être renseignée à leur sujet, qu’elle les rapportait, une fois pleinement convaincue. Un jour, le célèbre Compagnon ‘Abdullah ibn ‘Amr ibn al-‘As (qu’Allah l’agrée) lui rapporta un hadith. Lorsqu’il revint un an plus tard, ‘Aïcha (qu’Allah l’agrée) envoya quelqu’un lui demander de rapporter à nouveau ce hadith. ‘Abdullah (qu’Allah l’agrée) le rapporta exactement comme auparavant, sans rien y ajouter ni en retrancher. L’homme revint et rapporta le hadith à ‘Aïcha (qu’Allah l’agrée). Elle dit alors : « Par Allah, je me souviens bien de la parole d’Ibn ‘Amr. »

Sur la base de ce principe, lorsqu’elle recevait une tradition de quelqu’un et qu’une personne venait auprès d’elle pour l’entendre, elle l’envoyait auprès du rapporteur originel. Son objectif était en réalité de réduire autant que possible les intermédiaires dans la chaîne de transmission du hadith et de le faire passer par une chaîne plus courte. Ainsi, le Messager d’Allah (qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix) accomplissait la prière surérogatoire chez lui après avoir accompli la prière de ‘Asr à la mosquée. Pourtant, l’instruction définitive était qu’il n’y avait plus de prière après celle de ‘Asr. Certaines personnes envoyèrent quelqu’un auprès de ‘Aïcha (qu’Allah l’agrée) afin de savoir quelle était la réalité du hadith rapporté par son intermédiaire. Elle dit : « Allez interroger Umm Salama. C’est elle qui en est la véritable rapporteuse. » Une autre fois, un homme l’interrogea au sujet du masah sur les chaussures en cuir ; elle lui dit : « Va voir ‘Ali (qu’Allah l’agrée). Il accompagnait le Messager d’Allah (qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix) durant ses voyages. »

De même qu’elle préservait ses propres narrations de toute erreur ou inadvertance, ‘Aïcha (qu’Allah l’agrée) corrigeait souvent les narrations des autres. Elle relevait avec une grande rigueur même les erreurs et les omissions les plus insignifiantes dans les récits de ses contemporains, puis les rectifiait. Dans la terminologie des muhaddithin, cela est appelé idrak.

‘Aïcha (qu’Allah l’agrée) estimait qu’une narration qui contredisait la Parole d’Allah ne pouvait être correcte. Par la suite, les spécialistes de la science du hadith en firent l’un des principes fondamentaux de la vérification des hadiths. Sur la base de ce principe, ‘Aïcha (qu’Allah l’agrée) refusa d’accepter comme authentiques de nombreuses narrations rapportées par d’autres. Selon ses connaissances, elle en expliqua aussi la véritable signification et le sens profond. Ainsi, ‘Abdullah ibn ‘Abbas (qu’Allah l’agrée), ‘Abdullah ibn ‘Umar (qu’Allah l’agrée) et plusieurs autres Compagnons ont rapporté :

Le texte arabe sera le suivant

C’est-à-dire que le défunt est châtié à cause des lamentations de sa famille. »

Lorsque cette narration fut rapportée à Aïcha (qu’Allah l’agrée), elle refusa de l’accepter. Elle dit : « Le Messager d’Allah (paix et bénédictions d’Allah sur lui) n’a jamais dit une telle chose. Voici ce qui s’est passé : un jour, le Messager (paix et bénédictions d’Allah sur lui) passa près de la dépouille d’un Juif et vit ses proches commencer à pousser des cris et à se lamenter. Il dit alors : “Ils pleurent et lui est châtié.” Le sens des propos d’Aïcha (qu’Allah l’agrée) est que la cause du châtiment n’est pas constituée par les pleurs. En d’autres termes, ceux-ci se lamentent, tandis que le défunt est châtié pour ses actes passés. En effet, pleurer est l’acte d’autrui. Pourquoi donc le défunt subirait-il les conséquences des actes d’autrui ? C’est pourquoi elle dit : “Le Coran vous suffit.” Allah a dit :

Le texte arabe sera le suivant.

Nul ne portera le fardeau d’autrui.

Le narrateur Ibn Abî Mulayka rapporte que, lorsqu’Ibn Umar (qu’Allah l’agrée) entendit cette narration d’Aïcha (qu’Allah l’agrée) ainsi que la conclusion qu’elle en avait tirée, il ne put rien répondre.

Dans son ouvrage authentique, au chapitre « Al-Janaïz », l’imam al-Bukhari (qu’Allah l’agrée) a tenté, dans un paragraphe distinct, de concilier les deux narrations d’Aïcha (qu’Allah l’agrée) et d’Ibn Umar (qu’Allah l’agrée). Il dit que si les pleurs et les lamentations faisaient partie des habitudes du défunt de son vivant, et que celui-ci n’avait pas interdit à ses proches d’agir ainsi, alors il subira le châtiment provoqué par leurs lamentations. En effet, il n’a pas assumé de son vivant la responsabilité de leur éducation et de leur formation. Allah dit :

Le texte arabe sera le suivant

— Ô vous qui croyez ! Préservez-vous, ainsi que vos familles, du feu de l’Enfer.

Et même si, de leur vivant, ils ont dispensé à leur famille l’enseignement approprié, puis que celle-ci se met à se lamenter sur le défunt, alors l’opinion d’Aïcha est juste dans ce cas. Car Allah a dit : « Nul ne portera le fardeau d’autrui. » Il a également dit :

Le texte arabe sera le suivant.

— Si quelqu’un appelle autrui à porter son lourd fardeau, nul ne le portera à sa place, même s’il s’agit d’un proche parent.

Le célèbre imam et muhaddith, Hazrat ‘Abdullah ibn Mubarak, a également exprimé le même avis que l’imam al-Bukhari. Toutefois, certains ont contesté de la manière suivante la tentative de conciliation de l’imam al-Bukhari : si quelqu’un n’a pas assumé, de son vivant, la responsabilité de donner à sa famille une éducation et une formation correctes, il subira donc, après sa mort, le châtiment de la faute consistant à ne pas avoir assumé cette responsabilité. Pourquoi subirait-il le châtiment des fautes des vivants ? Parmi les mujtahids, les imams al-Shafi‘i, Muhammad et Abu Hanifa — qu’Allah les agrée — suivent, sur cette question, l’opinion de Hazrat Aïcha — qu’Allah l’agrée.

Il est rapporté de Hazrat Ibn ‘Abbas — qu’Allah l’agrée — que le Messager d’Allah — qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix — a vu Allah, le Seigneur des mondes, à deux reprises. Hazrat Masruq demanda à Hazrat Aïcha — qu’Allah l’agrée : « Mère ! Muhammad — qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix — a-t-il vu Allah ? » Aïcha — qu’Allah l’agrée — répondit : « Tu viens de dire une chose qui me fait dresser chaque poil du corps. Celui qui te dit que Muhammad — qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix — a vu Allah ment. » Puis elle récita ce verset :

Le texte arabe sera le suivant.

— Les regards ne peuvent L’embrasser, tandis qu’Il embrasse les regards. Il est infiniment subtil et parfaitement informé.

Puis il récita ce verset :

Le texte arabe sera fourni.

— Il n’appartient à aucun être humain qu’Allah lui parle, si ce n’est par révélation, ou derrière un voile, ou en envoyant un messager.

D’autres hadiths viennent également appuyer l’avis de ʿAïcha. On apprend d’un hadith rapporté dans le Sahîh de Muslim que le Messager a dit : « Il est lumière ou clarté. Comment pourrais-je Le voir ? »

Le mariage temporaire (mutʿa), qui était pratiqué durant la période antéislamique et au début de l’islam jusqu’à la septième année de l’Hégire pour une durée déterminée, fut déclaré interdit lors de la conquête de Khaybar. Par la suite, Ibn ʿAbbâs et quelques autres personnes considéraient encore ce mariage comme licite. Cependant, la majorité des Compagnons le tenaient pour interdit. Un jour, un élève de ʿAïcha l’interrogea au sujet de la licéité du mariage temporaire. ʿAïcha ne lui répondit pas par un hadith. Elle dit : « Entre vous et moi se trouve le Livre d’Allah. » Puis elle récita ce verset :

Le texte arabe sera fourni.

— Et ceux qui préservent leurs parties intimes, sauf avec leurs épouses ou les esclaves qu’ils possèdent ; dans ce cas, ils ne sauraient être blâmés.

C’est pourquoi aucune autre manière que ces deux-là n’est licite. Il convient de préciser que la femme avec laquelle on contracte un mariage temporaire n’est ni une épouse ni une esclave.

Abou Hourayra (qu’Allah l’agrée) a rapporté : « L’enfant illégitime est le pire des trois (les parents et l’enfant). »

Lorsque ces paroles parvinrent aux oreilles de Aïcha (qu’Allah l’agrée), elle dit : « Cela n’est pas exact. Voici ce qui s’est passé : un hypocrite insultait le Messager d’Allah (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui). Un jour, les gens dirent : “Ô Messager d’Allah ! Cet homme est aussi un enfant illégitime.” Le Messager d’Allah (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui) fit alors ce commentaire : “Il est le pire des trois.” Autrement dit, ses parents n’avaient commis qu’une mauvaise action ; ils n’avaient pas insulté le Messager d’Allah. Mais cet enfant, fruit de leur mauvaise action, insultait le Messager d’Allah. Il était donc pire qu’eux. Aïcha (qu’Allah l’agrée) dit : “Le commentaire du Messager d’Allah (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui) concernait un cas particulier, et non tout le monde. Car Allah a dit : ‘Nul ne portera le fardeau d’un autre.’ Le péché incombait donc aux parents. Pourquoi l’enfant en serait-il tenu responsable ?”

Tous les mécréants tués lors de la bataille de Badr furent enterrés ensemble à Badr. Le Messager (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui) se tint là et s’adressa aux personnes ensevelies :

Ce sera en arabe

« Avez-vous trouvé véridique la promesse de votre Seigneur ? » Les Compagnons demandèrent : « Ô Messager d’Allah ! Vous adressez-vous aux morts ? » Ibn Umar, rapportant d’après son père Umar, et Anas ibn Malik, rapportant d’après Abou Talha, ont rapporté qu’en réponse le Messager d’Allah (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui) dit :

Ce sera en arabe

Vous n’entendez pas mieux qu’eux. Cependant, ils ne peuvent pas répondre.

Lorsque cette narration fut rapportée à Aïcha (qu’Allah l’agrée), elle dit : « Le Messager d’Allah (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui) n’a pas dit cela ; il a plutôt dit ceci : »

Ce sera en arabe

—À présent, ils savent avec certitude que tout ce que je leur disais était vrai.

Ensuite, ʿAïcha (qu’Allah l’agrée) récita ces deux versets du Coran :

Ce sera en arabe

—Vous ne pouvez pas faire entendre l’appel aux morts

Vous n’êtes pas capable de faire entendre ceux qui reposent dans les tombes.

Plus tard, les traditionnistes, acceptant l’argumentation et les preuves avancées par ʿAïcha (qu’Allah l’agrée), tentèrent de concilier les deux récits. Le célèbre tâbiʿî Qatâda (qu’Allah l’agrée) dit : Allah avait rendu la vie, pour un certain temps, à ceux qui avaient été tués à Badr. Il leur avait rendu l’ouïe pour cette durée, comme un miracle du Messager d’Allah (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui).

Les divergences entre les récits rapportés par les nobles Compagnons dans certains domaines reposent en grande partie sur leurs différences de compréhension.

Allah avait accordé à ʿAïcha (qu’Allah l’agrée) une compréhension et une intelligence dont elle avait bénéficié davantage que beaucoup d’autres. Elle mit cette compréhension et cette capacité de discernement incomparables au service de la transmission et de l’explication des hadiths. Nous mentionnons ici quelques événements qui font ressortir la finesse de son intelligence et de son jugement.

Lorsque le terme de la vie de Abou Saʿîd al-Khoudrî (qu’Allah l’agrée) approcha, il demanda un vêtement neuf et le revêtit. Pour en expliquer la raison, il dit : « Le musulman qui meurt dans un certain vêtement sera ressuscité dans ce même vêtement. » Lorsque ʿAïcha (qu’Allah l’agrée) l’apprit, elle dit : « Qu’Allah accorde Sa miséricorde à Abou Saʿîd ! » Par le mot « vêtement », le Messager d’Allah (qu’Allah prie sur lui et le salue) voulait désigner les œuvres et les actes de l’homme. Sinon, le Messager (qu’Allah prie sur lui et le salue) a clairement dit que, le Jour de la Résurrection, les gens seront ressuscités nus, pieds nus et tête nue.

La règle de l’islam est que la femme divorcée observe sa période de viduité dans la maison de son mari. Une Compagne nommée Fâtima, opposée à cette règle, rapportait un événement de sa propre vie. Elle disait que le Messager d’Allah (qu’Allah prie sur lui et le salue) lui avait permis, durant sa période de viduité, de quitter la maison de son mari pour aller ailleurs. À plusieurs reprises, elle présenta cet événement comme preuve devant de nombreux Compagnons. Certains acceptèrent son récit, mais la majorité des Compagnons refusèrent de l’admettre. Or, lorsque Marwân était gouverneur de Médine, une affaire de ce genre fut portée devant le tribunal. L’une des parties invoqua le récit de Fâtima comme preuve. Lorsqu’ʿAïcha (qu’Allah l’agrée) l’apprit, elle réprimanda sévèrement Fâtima. Elle déclara que ce récit de Fâtima ne comportait aucun élément valable. Le Messager d’Allah (qu’Allah prie sur lui et le salue) lui avait certes permis de quitter le domicile conjugal pendant sa période de viduité, mais c’était parce que la maison de son mari se trouvait dans un lieu dangereux et effrayant.

Plusieurs hadiths authentiques rapportent que le gigot de chèvre était particulièrement apprécié par le Messager d’Allah (qu’Allah prie sur lui et le salue). Ibn Masʿûd (qu’Allah l’agrée) dit que c’était la viande de l’épaule que le Prophète (qu’Allah prie sur lui et le salue) préférait. C’est dans cette viande de l’épaule que du poison lui fut administré.

Abou ʿOubayda dit également : « Le Prophète (qu’Allah prie sur lui et le salue) préférait la viande de l’épaule. » Mais ʿAïcha (qu’Allah l’agrée) dit à ce sujet :

Ce sera en arabe.

Ce n’est pas que la viande de l’épaule fût particulièrement appréciée par le Messager d’Allah (qu’Allah prie sur lui et le salue) ; la réalité est plutôt qu’il n’avait que rarement l’occasion de manger de la viande. C’est pourquoi on lui servait de la viande d’épaule, car elle cuit et s’attendrit rapidement. Quel que soit le degré de connaissance qu’un ami très proche et intime de longue date puisse avoir d’une personne, une épouse la connaît bien davantage. Le corps tout entier du Messager d’Allah (qu’Allah prie sur lui et le salue), de ses cheveux jusqu’à ses ongles de pieds, constituait à chaque instant un exemple et un modèle. C’est pourquoi chacun de ses actes, à chaque moment de sa vie, a acquis la valeur d’une règle et d’une prescription. On peut donc dire que les épouses du Prophète bénéficièrent d’une connaissance personnelle de sa vie qui était impossible aux autres. Il existe certaines questions juridiques où l’on constate que d’autres nobles Compagnons avaient rendu leur décision en se fondant sur leur propre effort d’interprétation ou sur un récit, mais que ʿAïcha (qu’Allah l’agrée) les avait rejetées sur la base de son expérience personnelle directe. Jusqu’à aujourd’hui, sa parole continue d’être retenue comme preuve dans ces questions. Pour l’information des lecteurs, nous en mentionnons ici quelques-unes.

ʿAbdullah ibn ʿUmar (qu’Allah l’agrée) émettait l’avis juridique selon lequel les femmes devaient défaire leur chignon et mouiller leurs cheveux pendant le bain rituel. Lorsque ʿAïcha (qu’Allah l’agrée) l’entendit, elle dit : « Pourquoi ne leur dit-il pas aussi de se couper les cheveux ? Je me baignais devant le Messager d’Allah (qu’Allah prie sur lui et le salue) sans défaire mes cheveux. »

Hadrat Ibn ‘Umar (qu’Allah l’agrée) disait que le fait d’embrasser son épouse alors qu’on était en état d’ablution annulait les ablutions. Lorsque ‘Aïcha (qu’Allah l’agrée) l’entendit, elle dit : « Le Messager d’Allah (qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix) ne faisait pas ses ablutions après avoir embrassé. » En disant cela, elle sourit doucement.

Hadrat Abû Hurayra (qu’Allah l’agrée) rapportait que si une femme, un âne ou un chien passait devant un homme en prière, la prière de celui-ci devenait invalide. En l’entendant, Hadrat ‘Aïcha (qu’Allah l’agrée) se mit en colère. Elle dit : « Vous nous avez donc assimilées, nous les femmes, aux ânes et aux chiens ! Je m’allongeais les jambes étendues devant le Messager d’Allah (qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix), tandis qu’il priait debout. Lorsqu’il se prosternait, il me touchait de la main ; je repliais alors mes jambes. Lorsqu’il se relevait, je les étendais de nouveau. Parfois, lorsque j’en avais besoin, je me repliais et passais devant lui. »

Un jour, Hadrat Abû Hurayra (qu’Allah l’agrée), alors qu’il faisait un sermon, rapporta que si quelqu’un devait prendre le bain rituel au matin d’une journée de jeûne, il ne devait pas jeûner ce jour-là. Des gens se rendirent auprès de Hadrat ‘Aïcha et de Hadrat Umm Salama (qu’Allah les agréées) pour s’enquérir de la véracité de cette affirmation. ‘Aïcha (qu’Allah l’agrée) dit : « La pratique du Messager d’Allah (qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix) était contraire à cela. » Les gens retournèrent alors auprès d’Abû Hurayra (qu’Allah l’agrée) et l’en avertirent. Finalement, il retira sa fatwa précédente.

Hadrat ‘Abdullah ibn ‘Abbâs (qu’Allah l’agrée) donnait comme fatwa que si quelqu’un, sans accomplir le pèlerinage, envoyait seulement une bête sacrificielle au territoire sacré de La Mecque, toutes les restrictions qui s’appliquent au pèlerin s’imposaient à lui jusqu’à ce que cette bête soit égorgée sur place. En l’entendant, Hadrat ‘Aïcha (qu’Allah l’agrée) dit : « J’ai tressé de mes propres mains les cordes des bêtes sacrificielles du Messager d’Allah (qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix), et il leur a lui-même passé ces cordes autour du cou. Puis mon père les a conduites à La Mecque. Malgré cela, tout resta licite : aucune chose licite ne devint interdite jusqu’au sacrifice. »

Nous avons déjà mentionné que Hadrat ‘Aïcha (qu’Allah l’agrée) possédait une intelligence et une mémoire exceptionnelles. En réalité, la mémoire est une faveur d’Allah le Très-Haut, et elle en reçut pleinement la grâce. Dès son enfance, elle conserva toute sa vie dans sa mémoire les versets du Coran qu’elle avait entendus en jouant. La fiabilité de la science du hadith repose précisément sur cette mémoire et cette capacité à retenir. Se rappeler les événements quotidiens de l’époque prophétique, les rapporter continuellement avec exactitude et transmettre à autrui les paroles exactement telles qu’on les avait entendues de la bouche du Messager d’Allah (qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix) constituait le devoir et la responsabilité les plus importants d’un muhaddith accompli. Les erreurs qu’Hadrat ‘Aïcha (qu’Allah l’agrée) relevait chez ses contemporains et les critiques qu’elle leur adressait étaient notamment dues aux différences et aux écarts de leur capacité de mémorisation. Nous rapportons ici quelques événements qui témoignent de la vivacité exceptionnelle de sa mémoire.

Hadrat Sa‘d ibn Abî Waqqâs (qu’Allah l’agrée) mourut. Hadrat ‘Aïcha (qu’Allah l’agrée) souhaita que le corps fût amené dans la mosquée, afin qu’elle puisse elle aussi participer à la prière funéraire. Les gens protestèrent. Hadrat ‘Aïcha (qu’Allah l’agrée) dit : « Comme les gens oublient vite ! Le Messager d’Allah (qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix) avait accompli dans la mosquée même la prière funéraire de Suhayl ibn Baydâ (qu’Allah l’agrée). »

On demanda à Hadrat ‘Abdullah ibn ‘Umar (qu’Allah l’agrée) combien de fois le Messager d’Allah (qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix) avait accompli la ‘umra. Il répondit : « Quatre fois, dont une au mois de Rajab. » ‘Urwa (qu’Allah l’agrée) s’écria : « Ma tante ! N’entendez-vous pas ce qu’il dit ? » Elle demanda : « Que dit-il ? » ‘Urwa répondit : « Il dit que le Messager d’Allah (qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix) a accompli quatre ‘umra, dont une au mois de Rajab. » Elle dit alors : « Qu’Allah fasse miséricorde à Abû ‘Abd ar-Rahmân — le surnom d’Ibn ‘Umar. Le Messager d’Allah n’a jamais accompli une ‘umra à laquelle je n’ai pas participé, et il n’a accompli aucune ‘umra au mois de Rajab. »

Les éminents muhaddithîn ont réparti les Compagnons en cinq catégories selon le nombre de hadiths qu’ils ont rapportés, et presque chaque catégorie comprend, aux côtés des Compagnons hommes, des Compagnes. 1re catégorie : les Compagnons dont le nombre de hadiths rapportés est égal ou supérieur à mille. Hadrat ‘Aïcha (qu’Allah l’agrée) appartient à cette catégorie. 2e catégorie : les Compagnons dont les narrations sont égales ou supérieures à cinq cents, mais inférieures à mille. Cette catégorie ne compte aucune Compagne. 3e catégorie : les Compagnons dont les narrations sont égales ou supérieures à cent, mais inférieures à cinq cents. Hadrat Umm Salama (qu’Allah l’agrée) appartient à cette catégorie. 4e catégorie : les Compagnons dont le nombre de narrations se situe entre quarante et cent. La majorité des membres de cette catégorie sont des Compagnes, comme Umm al-Mu’minîn Hadrat Umm Habîba, Umm ‘Atiyya, Umm al-Mu’minîn Hadrat Hafsa, Asmâ bint Abî Bakr, Umm Hânî et d’autres. 5e catégorie : les Compagnons dont le nombre de narrations est égal ou inférieur à quarante. La majorité des membres de cette catégorie sont des Compagnes, comme Hadrat Umm Qays, Hadrat Fâtima bint Qays, Hadrat Rabî‘ bint Ma‘sûs, Hadrat Subra bint Safwân, Hadrat Kulthûm bint Husayn al-Ghifârî, Hadrat Jâ‘da bint Wahb et d’autres.

L’exposé qui précède de ces différents niveaux nous a clairement montré quelle était la position de Hazrat ‘Aïcha (qu’Allah l’agrée) dans la science du hadith. Nous avons constaté qu’elle occupait le rang le plus élevé.

Oumm al-Mou’minine Hazrat ‘Aïcha (qu’Allah l’agrée) a rapporté directement des hadiths du Messager d’Allah (qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix). Elle en a également rapporté par l’intermédiaire de son père, Hazrat Abou Bakr (qu’Allah l’agrée), ainsi que de ‘Oumar (qu’Allah l’agrée), Fâtima (qu’Allah l’agrée) et Sa‘d (qu’Allah l’agrée). D’autre part, nombreux sont ceux qui ont entendu des hadiths de Hazrat ‘Aïcha (qu’Allah l’agrée) et les ont rapportés. Parmi eux se trouvaient des Compagnons et des tabi‘ines. Après avoir mentionné les noms d’environ deux cents personnes, l’érudit adh-Dhahabî a dit : « Il y en a encore beaucoup d’autres. »

La transmission des récits des Compagnons, ainsi que la mise par écrit et la compilation des hadiths, commencèrent vers le milieu du premier siècle de l’hégire. À la fin de ce siècle, le calife omeyyade Hazrat ‘Oumar ibn ‘Abd al-‘Azîz (qu’Allah lui fasse miséricorde) accéda au trône du califat. À son époque, le juge de Médine était l’homme célèbre dans l’histoire Abou Bakr ibn ‘Amr ibn Hazm al-Ansârî. Il possédait une immense érudition dans le Coran et le hadith. Sa tante maternelle, Hazrat ‘Amra, avait largement contribué à cette érudition. Cette ‘Amra était l’élève de Hazrat ‘Aïcha (qu’Allah l’agrée) et avait été élevée sous sa supervision. Le calife ‘Oumar ibn ‘Abd al-‘Azîz ordonna à Abou Bakr de mettre par écrit les récits de ‘Amra et de les lui envoyer.

La science du fiqh et du qiyâs

Le Noble Coran et le hadith, ou la Sunna, constituent les preuves et les arguments, tandis que le fiqh en est la conclusion et le résultat. Les conclusions déduites sur la base du Coran et du hadith constituent le fiqh et le qiyâs. La grande maîtrise de Hazrat ‘Aïcha (qu’Allah l’agrée) dans cette science du fiqh et du qiyâs est déjà devenue quelque peu évidente à travers l’exposé précédent de sa maîtrise du Noble Coran et du hadith. Nous allons à présent présenter brièvement quels étaient ses principes et ses méthodes en matière de fiqh et de qiyâs.

Du vivant du Messager d’Allah (qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix), il était lui-même le centre de toutes les fatwas et de toutes les décisions. Lorsqu’un problème se présentait, c’était lui qui en donnait la solution. Après le décès du Messager d’Allah (qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix), les Compagnons de haut rang, qui étaient versés dans la profonde signification de la Charia et des injonctions islamiques, lui succédèrent dans cette fonction. Lorsqu’un nouveau problème se présentait devant Hazrat Abou Bakr (qu’Allah l’agrée) ou Hazrat ‘Oumar (qu’Allah l’agrée), ils réunissaient les Compagnons savants et leur demandaient une décision. Si l’un d’eux connaissait un hadith particulier, il le rapportait. Sinon, ils rendaient une décision par analogie ou déduction à partir d’une autre règle du Coran et du hadith. Jusqu’au troisième calife du Califat bien guidé, cette académie de fiqh avait Médine pour centre. Sous le califat de Hazrat ‘Outhmân (qu’Allah l’agrée), l’anarchie et les troubles prirent de l’ampleur, et de nombreuses personnes quittèrent Médine pour s’installer notamment à La Mecque, Taïf, Damas et Bassora. Ensuite, Hazrat ‘Alî (qu’Allah l’agrée) devint calife. Il fit de Koufa la « Dar al-Khilafa ». Pour ces raisons, nombre des étudiants brillants de l’école du Messager d’Allah (qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix) quittèrent Médine pour d’autres villes. Toutefois, cela élargit davantage le champ et les limites de l’étude du savoir. Mais son aspect unifié et sa particularité disparurent. Tout ce qui subsistait ne se trouvait plus qu’à Médine.

Après les Compagnons de haut rang, quatre personnes accomplirent principalement à Médine les tâches de fiqh et de fatwa : Hazrat ‘Abdullah ibn ‘Oumar, Hazrat ‘Abdullah ibn ‘Abbâs, Hazrat Abou Hourayra et Hazrat ‘Aïcha (qu’Allah les agrée). Là où le Coran et la Sunna ne comportaient pas de règle explicite, ces quatre personnes avaient des méthodes différentes. La méthode de ‘Abdullah ibn ‘Oumar et d’Abou Hourayra (qu’Allah les agrée) consistait à énoncer, au sujet de la question posée, toute règle du Coran et de la Sunna ou toute pratique des califes précédents qui s’y rapportait. S’il n’en existait aucune, ils gardaient le silence. Dans ce domaine, Hazrat ‘Abdullah ibn ‘Abbâs (qu’Allah l’agrée) rendait une décision selon sa compréhension et sa raison, par analogie avec le Coran, la Sunna et les questions résolues à l’époque des califes précédents. Quant au principe de Hazrat ‘Aïcha (qu’Allah l’agrée), elle cherchait d’abord la solution du problème dans le Coran. Ne la trouvant pas, elle se tournait vers la Sunna. Si elle n’y trouvait pas de réponse, elle procédait à une analogie selon sa propre intelligence. Nous avons déjà évoqué précédemment quelques aspects de la méthode de Hazrat ‘Aïcha (qu’Allah l’agrée) en matière d’ijtihad et d’istinbât (recherche et déduction des décisions). Nous en présentons ici quelques exemples supplémentaires.

Il est dit dans le Coran :

Ce sera en arabe

— « La femme divorcée devra attendre trois qurû’. » Autrement dit, la durée de sa ‘idda est de trois qurû’. Il existe une divergence d’opinions concernant le sens de qurû’. Le mari d’une nièce de Aïcha (qu’Allah l’agrée) la répudia. Après l’écoulement de trois tuhr, c’est-à-dire trois périodes de pureté, lorsque le mois suivant commença, elle lui demanda de quitter la maison de son mari. Certaines personnes protestèrent contre son acte, affirmant qu’il était contraire au commandement coranique. Pour étayer leur opinion, elles citèrent comme preuve le verset du Coran mentionné précédemment. En réponse, la Mère des croyants déclara : « Trois qurû’, c’est exact. Mais savez-vous ce que signifie qurû’ ? Qurû’ signifie tuhr (pureté). Tous les juristes de Médine suivirent Aïcha (qu’Allah l’agrée) sur cette question. En revanche, les Irakiens comprirent qurû’ comme signifiant les menstrues (les jours particuliers des règles). »

Zayd ibn Arqam (qu’Allah l’agrée) acheta à crédit une esclave à une femme pour huit cents dirhams, en convenant qu’il en paierait le prix lorsqu’il recevrait son allocation. Avant d’avoir payé le prix, il revendit cette esclave à cette même femme au comptant pour six cents dirhams. La femme informa Aïcha (qu’Allah l’agrée) de cette transaction. Aïcha (qu’Allah l’agrée) lui dit : « Toi aussi, tu as mal agi, et Zayd ibn Arqam également. Dis-lui que la récompense qu’il avait acquise en combattant aux côtés du Messager d’Allah (paix et bénédictions d’Allah sur lui) est devenue vaine. Toutefois, s’il se repent… »

Dans cette situation particulière, Aïcha (qu’Allah l’agrée) a statué qu’il s’agissait de deux cents dirhams supplémentaires à titre d’intérêt. Il est rapporté dans plusieurs recueils de hadiths qu’Aïcha (qu’Allah l’agrée) a rendu cette décision sur la base du verset 275 de la sourate al-Baqara.

Si un mari délègue à son épouse le pouvoir de prononcer le divorce, et que celle-ci lui restitue ce pouvoir puis le reprend comme époux, un divorce sera-t-il malgré tout prononcé à son encontre ? Selon Aï (qu’Allah l’agrée) et Zayd (qu’Allah l’agrée), un divorce aurait lieu dans ce cas. Mais Aïcha (qu’Allah l’agrée) dit qu’il n’y aurait même pas un seul divorce. Pour appuyer son opinion, elle mentionne l’épisode du takhyîr du Messager d’Allah (paix et bénédictions d’Allah sur lui). Elle dit que le Messager (paix et bénédictions d’Allah sur lui) avait donné à ses épouses le choix de le quitter et de jouir des biens et des plaisirs de ce monde, ou de rester avec lui et d’accepter cette pauvreté et cette privation. Elles choisirent toutes la seconde option. Un divorce a-t-il pour autant été prononcé à leur encontre ?

Lorsqu’une personne affranchit un esclave, une forme de relation s’établit, selon le droit islamique, entre le maître et l’esclave affranchi ; dans la terminologie islamique, elle est appelée al-walâ’ (tutelle). Ainsi, le maître affranchisseur peut hériter des biens de l’esclave affranchi, et celui-ci est légalement reconnu comme appartenant à la lignée de son ancien maître. C’est pourquoi la relation d’al-walâ’ revêt une importance considérable. Un esclave affranchi vint un jour trouver Aïcha (qu’Allah l’agrée) et lui dit : « J’étais l’esclave de ‘Utba ibn Abî Lahab. Ce couple m’a vendu à condition que, lorsque je serais affranchi, l’un d’eux ait droit à mon walâ’. À présent, je suis libre. Avec qui cette relation de walâ’ sera-t-elle établie : avec ‘Utba ibn Abî Lahab ou avec celui qui m’a affranchi ? » Aïcha (qu’Allah l’agrée) répondit : « La situation de l’esclave nommée Barîra était identique. Le Messager d’Allah (paix et bénédictions d’Allah sur lui) m’a dit : “Achète Barîra et affranchis-la. C’est toi qui auras droit à son walâ’, quelles que soient les conditions contraires au commandement d’Allah imposées par le vendeur.” »

Barîra (qu’Allah l’agrée) était une esclave. Son maître voulait la vendre à condition que, lorsqu’elle serait affranchie, il ait droit à son walâ’. Barîra (qu’Allah l’agrée) vint trouver Aïcha (qu’Allah l’agrée) et lui exposa sa situation. Aïcha (qu’Allah l’agrée) exprima le désir de l’acheter, mais refusa d’accepter la condition de son maître concernant le walâ’. Lorsqu’elle se rendit chez le Messager d’Allah (paix et bénédictions d’Allah sur lui), elle l’informa de l’affaire. Le Messager (paix et bénédictions d’Allah sur lui) dit à Aïcha (qu’Allah l’agrée) : « Tu peux sans hésitation l’acheter et l’affranchir. Toute condition contraire au Livre d’Allah sera naturellement annulée. » Barîra (qu’Allah l’agrée) fut affranchie. Elle ne voulut plus, après sa libération, accepter comme mari l’homme qu’elle avait épousé alors qu’elle était esclave. Les gens lui donnaient des aumônes. Elle en offrait une partie sous forme de nourriture au Messager (paix et bénédictions d’Allah sur lui), qui l’acceptait.

À partir de l’histoire de Barîra (qu’Allah l’agrée), Aïcha (qu’Allah l’agrée) a déduit plusieurs règles de la charia. Elle disait : « À travers Barîra, on connaît trois règles de l’islam, à savoir : »

  1. La personne qui affranchit sera la bénéficiaire du droit d’al-walā’.
  2. Si un esclave et une esclave se marient alors qu’ils sont encore en esclavage, puis que l’épouse est affranchie tandis que son mari demeure esclave, l’épouse acquiert le choix d’accepter ou non son mari esclave.
  3. Si une personne ayant droit à recevoir l’aumône reçoit quelque chose à titre d’aumône et en offre une partie en cadeau à une personne qui n’a pas droit à l’aumône, il sera permis à cette dernière de l’accepter.

Lors du Pèlerinage d’Adieu, près de cent mille musulmans participèrent. Tous les Compagnons de haut rang accompagnèrent le Messager d’Allah (qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix) au cours de ce voyage. Tous les événements de ce voyage étaient naturellement connus de tous. ‘Aïcha (qu’Allah l’agrée) conserva également le souvenir de ses propres événements, qui furent aussi rapportés textuellement dans divers hadiths. Toutefois, les récits de ‘Aïcha (qu’Allah l’agrée) devinrent des principes fondamentaux pour les juristes et les mujtahids. Alors qu’elle accomplissait précisément les rites du pèlerinage, un état physiologique particulier propre aux femmes survint chez ‘Aïcha (qu’Allah l’agrée), la rendant incapable d’accomplir certains rites du pèlerinage. Elle en éprouva une grande affliction. Le Messager d’Allah (qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix) la consola et, sur son ordre, elle renouvela son ihram à Tan‘îm, puis accomplit le tawaf autour de la Ka‘ba. Après avoir rapporté ce récit de ‘Aïcha (qu’Allah l’agrée), le hafiz Ibn Qayyim (qu’Allah l’agrée) a déclaré :

Ce sera en arabe

— De ce hadith de ‘Aïcha (qu’Allah l’agrée), plusieurs principes très importants du pèlerinage ont été déduits. Par exemple :

  1. Pour celui qui formule l’intention d’accomplir la ‘umra avec le pèlerinage, c’est-à-dire le pèlerinage qirān, un seul tawaf et un seul sa‘y lui suffiront.
  2. Pour les femmes, le tawaf al-qudum sera supprimé en raison de leur état physique particulier.
  3. Lorsque les femmes se trouvent dans leur état particulier, il leur est permis de formuler l’intention d’accomplir la ‘umra après le hajj.
  4. Lorsqu’elles se trouvent dans leur état particulier, les femmes peuvent accomplir tous les rites du hajj, à l’exception du tawaf autour de la Ka‘ba.

5. Tan‘im ne fait pas partie du Haram ; il se trouve en dehors du Haram.

6. La ‘umra peut être accomplie deux fois dans une même année, voire deux fois au cours d’un même mois.

  1. L’événement concernant uniquement ‘Aïcha (qu’Allah l’agrée) prouve que les personnes venant de l’extérieur de La Mecque peuvent entrer en état d’ihram à partir de La Mecque, à Tan‘im, puis accomplir la ‘umra.

Il convient ici d’aborder quelque peu le qiyas ‘aqlî, c’est-à-dire le raisonnement fondé sur la sagesse et l’intelligence. Le qiyas ‘aqlî ne signifie pas que n’importe qui puisse, en se fondant sur sa propre intelligence et sa propre sagesse, rendre une décision concernant une règle de la charia. Il signifie plutôt que les savants, qui connaissent les secrets profonds de la charia et sont versés dans les sciences religieuses, acquièrent, grâce à l’étude et à la recherche dans le Livre et la Sunna ainsi qu’à leur mise en pratique dans leur propre vie, une compétence telle que, lorsqu’une nouvelle question juridique se présente à eux, ils sont capables, grâce à cette compétence, de comprendre que si le Législateur, c’est-à-dire le Messager d’Allah (qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix), était encore vivant, il aurait donné telle réponse. On peut l’expliquer par l’exemple d’un avocat expérimenté qui aurait examiné les jugements rendus dans de nombreuses affaires par un tribunal particulier. Puis, se fondant sur son expérience, s’il déduisait, à partir de ces jugements, la décision qui serait rendue dans une affaire de même nature portée devant ce tribunal, on appellerait cela un qiyas ‘aqlî. Il est devenu tout à fait clair dans notre discussion précédente à quel point ‘Aïcha (qu’Allah l’agrée) était informée des précédents et des décisions — des exemples et des jugements — de la charia islamique. Il est donc naturel que la possibilité d’erreur dans son qiyas soit très faible. Nous mentionnons ici un exemple du qiyas ‘aqlî de ‘Aïcha (qu’Allah l’agrée).

Du vivant du Messager d’Allah (qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix), les femmes venaient généralement à la mosquée et participaient à la prière en assemblée. Les enfants et les adolescents se tenaient derrière les hommes, et les femmes se plaçaient en rang derrière eux. Le Messager d’Allah (qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix) interdit d’empêcher les femmes de venir à la mosquée.

Il dit :

En arabe :

Après le décès du Messager d’Allah (paix et bénédictions d’Allah sur lui), les habitudes, la parure et la tenue des femmes changèrent en raison des contacts des Arabes avec des gens de diverses nations et ethnies, des échanges culturels et de l’aisance matérielle. Voyant cette situation, Aïcha (qu’Allah l’agrée) dit : « Si le Messager d’Allah (paix et bénédictions d’Allah sur lui) était vivant aujourd’hui, il interdirait aux femmes de se rendre à la mosquée. » Voici ses propos :

En arabe :

Rapporté d’après ‘Amârah. Aïcha (qu’Allah l’agrée) dit : « Si le Messager d’Allah (paix et bénédictions d’Allah sur lui) était vivant à notre époque, il empêcherait les femmes de se rendre à la mosquée, en raison de toutes les paroles et pratiques nouvelles qu’elles introduisent aujourd’hui, comme cela avait été fait pour les femmes juives. »

Bien que cette décision d’Aïcha (qu’Allah l’agrée) n’ait pas été appliquée à cette époque, elle reposait sur ce raisonnement analogique rationnel. Forte de l’expérience de sa vie, elle avait compris quelle aurait pu être, dans ce cas, la règle de la Loi religieuse.

Abû Hurayra (qu’Allah l’agrée) émettait la fatwa selon laquelle quiconque lavait un défunt devait lui aussi accomplir le lavage rituel. Et quiconque portait la civière du défunt devait renouveler ses ablutions. Lorsque cette opinion parvint aux oreilles d’Aïcha (qu’Allah l’agrée), elle dit :

En arabe :

« Le défunt musulman devient-il donc impur, lui aussi ? Et que lui arrive-t-il donc à celui qui porte du bois ? »

Une divergence apparut parmi les Compagnons quant à la nécessité de l’émission du sperme pour que le ghusl devienne obligatoire. Hadrat Jâbir (qu’Allah l’agrée) disait : « L’eau est pour l’eau » — c’est-à-dire que l’usage de l’eau n’est requis que lorsqu’il y a émission de sperme, et non dans le cas contraire. Hadrat ‘Â’isha (qu’Allah l’agrée) rapporta un hadith allant à l’encontre de cet avis et dit : « Si quelqu’un commet l’adultère et que, même sans émission de sperme, vous le lapidez, pourquoi le ghusl ne deviendrait-il pas obligatoire ? »

Parmi les Compagnons, Hadrat Ibn ‘Umar (qu’Allah l’agrée) considérait tous les actes du Messager d’Allah (qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix) comme faisant partie de la Sunna, et agissait en conséquence. Il ne faisait pas la distinction entre les deux catégories — cultuelle et coutumière — en lesquelles les juristes ont divisé la Sunna. Il croyait que tout acte accompli par le Messager d’Allah (qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix), quelle qu’en fût la raison, était une Sunna et qu’il était nécessaire de le suivre. C’est pourquoi, en ce qui concernait les étapes du voyage, il suivait le Messager d’Allah (qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix). Autrement dit, partout où le Messager (qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix) s’était arrêté au cours d’un voyage, Ibn ‘Umar (qu’Allah l’agrée) s’y arrêtait exactement par la suite. Si le Messager (qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix) s’était trouvé rituellement pur en un lieu donné par circonstance, lui aussi s’y purifiait sans nécessité particulière. En revanche, Hadrat ‘Â’isha (qu’Allah l’agrée) et Hadrat Ibn ‘Abbâs (qu’Allah l’agrée) défendaient la distinction susmentionnée concernant la Sunna du Messager d’Allah (qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix). Ils ne soutenaient pas l’avis d’Ibn ‘Umar (qu’Allah l’agrée). Lors du pèlerinage, le Messager (qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix) avait dressé sa tente et séjourné dans la vallée d’al-Abtah. Mais ‘Â’isha (qu’Allah l’agrée) ne considérait pas cela comme une Sunna. Il est rapporté dans Sahîh Muslim et le Musnad d’Ahmad :

Ce sera en arabe.

« Séjourner dans la vallée d’al-Abtah ne constitue pas une Sunna. Le Messager d’Allah (qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix) y séjourna parce qu’il lui était plus facile d’en partir. »

Hadrat ‘Â’isha (qu’Allah l’agrée) divergea de ses contemporains sur de nombreuses questions de jurisprudence. Par la suite, les juristes du Hijaz suivirent majoritairement son avis. L’imam Mâlik (qu’Allah l’agrée) a rassemblé une grande partie de ces avis et de ces pratiques de Hadrat ‘Â’isha (qu’Allah l’agrée) dans son ouvrage al-Muwatta’.

Enseignement et iftâ’ (enseignement et exercice de la responsabilité d’émettre des fatwas)

L’islam considère que transmettre la science à autrui constitue l’un des principaux services rendus à la science. Le Messager d’Allah (qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix) a ordonné :

Ce sera en arabe.

« Que celui qui est présent transmette impérativement à celui qui est absent. » Les développements précédents ont clairement montré dans quelle mesure ʿÂ’isha — qu’Allah l’agrée — s’est acquittée de cette responsabilité. Nous souhaitons ici en parler un peu plus en détail.

Après le décès du Messager d’Allah — qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix —, les nobles Compagnons — qu’Allah les agrée — se dispersèrent dans les différentes villes et régions du califat islamique afin de diffuser et de propager l’appel à l’islam et le savoir religieux. De petits groupes de ces éminents maîtres s’établirent dans les grandes villes et cités telles que La Mecque la Vénérable, Taïf, Bahreïn, le Yémen, Damas, l’Égypte, Koufa et Bassora. Le centre du califat et du gouvernement, vingt-sept ans plus tard, se trouvait d’abord à Koufa depuis Médine. Le centre du califat et du gouvernement fut transféré, vingt-sept ans plus tard, de Médine à Koufa d’abord, puis à Damas. Malgré cela, la supériorité spirituelle et intellectuelle de Médine ne diminua en rien. À cette époque encore, des cercles d’enseignement distincts d’Ibn ʿUmar, d’Abû Hurayra, d’Ibn ʿAbbâs et de Zayd ibn Thâbit — qu’Allah les agrée — fonctionnaient à Médine. Toutefois, le plus grand cercle d’enseignement était celui qui se tenait dans cet espace particulier de la mosquée du Prophète, autour de la chambre de ʿÂ’isha — qu’Allah l’agrée.

Médine était le cœur du califat islamique. Des gens accouraient de toutes parts afin de la visiter et d’y obtenir la bénédiction. Ceux qui venaient se présentaient inévitablement, à un moment ou à un autre, à la porte de la chambre de la Mère des croyants. Ils lui adressaient leurs salutations. Elle accordait aux visiteurs tout le respect qui leur était dû. Les conversations, les salutations, les questions relatives aux questions juridiques et les réponses avaient toutes lieu derrière un rideau. Hommes et femmes, venus d’Irak, d’Égypte, du Shâm et d’autres régions, se présentaient auprès d’elle et lui demandaient son avis ainsi que des fatwas sur diverses questions. Ces visiteurs s’efforçaient également de satisfaire les étudiants qui demeuraient en permanence auprès de la Mère des croyants. Une étudiante de ce genre, ʿÂ’isha bint Talha, rapporte :

Ce sera en arabe

« Des gens venaient auprès de ʿÂ’isha — qu’Allah l’agrée — de chaque ville. En raison de ma relation avec elle, les personnes âgées venaient me rendre visite. Les jeunes nouaient avec moi des liens fraternels. Les gens m’envoyaient des présents et m’écrivaient des lettres depuis différentes villes. Je les présentais à ʿÂ’isha — qu’Allah l’agrée — en disant : “Ma tante bien-aimée, voici la lettre et le présent d’untel.” Elle disait : “Ma fille, réponds-lui et envoie-lui également quelque chose en retour.” »

Il était tout naturel que les femmes soient plus nombreuses que les hommes. Tout en répondant aux questions juridiques concernant les femmes, elle leur disait aussitôt : « Vous en informerez également les hommes. » Un jour, des femmes vinrent de Bassora. Elle leur adressa quelques conseils et dit : « Vous en informerez les hommes. J’ai honte de leur parler de beaucoup de choses ; dites-leur qu’ils se purifient avec de l’eau. »

Les femmes, les garçons n’ayant pas atteint la puberté et les hommes devant lesquels ʿÂ’isha — qu’Allah l’agrée — n’était pas tenue de se voiler s’asseyaient dans la partie intérieure de la mosquée attenante à sa chambre, tandis que les autres s’asseyaient dans la mosquée du Prophète, à l’extérieur de la chambre. Un rideau était tendu à la porte. Elle-même s’asseyait derrière le rideau. Les gens posaient leurs questions et elle répondait. Sur certaines questions juridiques, des débats avaient lieu entre l’enseignante et les étudiants. Parfois, elle exposait elle-même longuement une question, tandis que les gens l’écoutaient en silence. Elle veillait également attentivement à la langue, à la manière de s’exprimer et à la prononciation correcte de ses étudiants. Un jour, deux de ses neveux vinrent la voir. Ils étaient nés de deux mères différentes. L’un d’eux ne parlait pas une langue très correcte ; son langage comportait de nombreuses fautes. ʿÂ’isha — qu’Allah l’agrée — releva ses erreurs et lui dit : « Pourquoi ne parles-tu pas comme parle ton cousin ? Oui, j’ai compris : sa mère lui a enseigné, et ta mère t’a enseigné. » Il convient de préciser que la mère de celui dont la langue n’était pas correcte était une esclave.

Outre ces étudiants temporaires mentionnés plus haut, elle élevait et instruisait sous sa propre supervision les jeunes garçons et les jeunes filles de diverses familles, ainsi que les enfants orphelins. Il lui arrivait d’autoriser à entrer dans sa maison, non pas des enfants, mais des garçons devenus adultes, parce qu’ils étaient ses frères de lait ou ses petits-fils de lait. Quant aux hommes qui n’étaient pas ses mahrams et qui n’avaient pas l’autorisation d’entrer dans sa maison, ils regrettaient d’être privés d’une si belle occasion d’acquérir le savoir. Qubaysa disait : « Si ʿUrwa m’a dépassé en savoir, c’est parce qu’il pouvait entrer dans la maison de ʿÂ’isha — qu’Allah l’agrée. » L’imam al-Nakhaʿî, unanimement reconnu en Irak, eut durant son enfance l’occasion de fréquenter ʿÂ’isha — qu’Allah l’agrée. C’est pourquoi ses contemporains l’enviaient.

Hadrat ‘Aïcha (qu’Allah l’agrée) accomplissait le pèlerinage chaque année. Sa tente était dressée dans la région située entre les deux montagnes de Hira et de Sabir. Des assoiffés de savoir venus de contrées lointaines se pressaient autour de cette tente. Parfois, elle s’asseyait dans l’enceinte de la Ka‘ba, sous le toit de Zamzam, et les assoiffés de savoir se rassemblaient devant elle. Lorsqu’elle se déplaçait, des femmes l’entouraient de tous côtés. Elle avançait en tête, telle un imam, tandis que les autres la suivaient. Les gens lui demandaient de résoudre diverses questions religieuses et de dissiper leurs doutes et leurs incertitudes ; elle leur donnait les réponses et dissipait leurs doutes. Elle encourageait les gens à lui poser toutes sortes de questions. Elle disait : « Vous pouvez me poser les questions que vous pouvez poser à votre mère. » Un jour, elle tint des propos semblables à Hadrat Abû Mûsâ al-Ash‘arî (qu’Allah l’agrée). Elle disait : « Je suis votre mère. » En effet, elle instruisait ses élèves comme une mère. Elle éduqua ‘Urwa, Qâsim, Abû Salama, Masrûq et Safiyya avec une affection maternelle. Elle prenait les jeunes garçons et les jeunes filles sous sa protection comme ses propres enfants et assumait elle-même toutes leurs dépenses. Avec certains élèves, elle se comportait avec une telle affection maternelle que même ses proches en éprouvaient de la jalousie. Hadrat ‘Abdullah ibn az-Zubayr (qu’Allah l’agrée) était le neveu très aimé de Hadrat ‘Aïcha (qu’Allah l’agrée). Un jour, il dit à Aswad, l’un des disciples de sa tante : « Dis-moi donc quelques-uns des secrets que la Mère des croyants te confiait. »

Les disciples de Hadrat ‘Aïcha (qu’Allah l’agrée) lui vouaient un très grand respect. Hadrat ‘Amâra était une fille des Ansar. Elle appelait Hadrat ‘Aïcha (qu’Allah l’agrée) « ma tante maternelle ». L’imam ach-Cha‘bî dit : « ‘Aïcha (qu’Allah l’agrée) prit Masrûq ibn al-Adja‘a comme un fils. » Un nombre incalculable de personnes puisèrent dans le trésor de connaissances de Hadrat ‘Aïcha (qu’Allah l’agrée). Toutefois, voici une brève présentation de quelques-uns de ceux qui grandirent sous sa tutelle directe depuis leur enfance et qui furent ensuite reconnus par les traditionnistes comme les véritables transmetteurs de son savoir :

1. ‘Urwa : Son père était az-Zubayr (qu’Allah l’agrée) et sa mère Asmâ bint Abî Bakr (qu’Allah l’agrée). Son grand-père maternel était Hadrat Abû Bakr (qu’Allah l’agrée) et sa tante maternelle Hadrat ‘Aïcha (qu’Allah l’agrée). Sa tante l’éleva avec beaucoup d’affection. Il comptait parmi les plus éminents savants et hommes de mérite de Médine. L’imam az-Zuhrî et bien d’autres furent ses élèves. Il est considéré comme l’imam de la biographie du Prophète et de la science des expéditions militaires. L’imam az-Zuhrî dit : « Je l’ai trouvé tel un océan sans limites. » À son époque, nul n’était plus savant que lui dans la connaissance des récits de Hadrat ‘Aïcha (qu’Allah l’agrée), du fiqh et des fatwas. Il mourut en l’an 94 de l’hégire.

  1. Qâsim ibn Muhammad : Son grand-père était Hadrat Abû Bakr as-Siddîq (qu’Allah l’agrée) et sa tante paternelle Hadrat ‘Aïcha (qu’Allah l’agrée). Dès son enfance, il grandit dans l’affection de sa tante et reçut son enseignement auprès d’elle. Devenu adulte, il fut l’un des imams du fiqh à Médine. Il était l’un des membres du conseil de jurisconsultes composé de sept membres qui existait à Médine. Abû az-Ziyâd dit : « Je n’ai vu aucun juriste plus éminent que Qâsim, ni personne de plus savant que lui dans la connaissance de la Sunna. » Ibn ‘Uyayna dit : « Qâsim était le plus grand savant de son époque. » Il mourut en l’an 106 de l’hégire, selon un autre avis en 107.
  2. Abû Salama : Il était le fils du célèbre Compagnon Hadrat ‘Abd ar-Rahmân ibn ‘Awf (qu’Allah l’agrée). Après la mort de son père alors qu’il était encore jeune, il grandit sous la bienveillante affection de Hadrat ‘Aïcha (qu’Allah l’agrée). Il comptait parmi les plus éminents savants de Médine à son époque. L’imam al-Muhrî dit : « J’ai trouvé quatre hommes semblables à des océans. Ce sont ‘Urwa ibn az-Zubayr, Ibn al-Musayyab, Abû Salama et ‘Ubaydullah ibn ‘Abdillah. » Il mourut en l’an 94 de l’hégire, selon un autre avis en 104.
  3. Masrûq ibn al-Adja‘ : Son père était un célèbre cavalier du Yémen. Le célèbre héros arabe ‘Amr ibn Ma‘dî Karib était son oncle maternel. L’imam adh-Dhahabî rapporte, d’après ach-Cha‘bî, que Hadrat ‘Aïcha (qu’Allah l’agrée) prit Masrûq comme un fils. Ibn Sa‘d rapporte qu’un jour, lorsqu’il vint rendre visite à la Mère des croyants, ‘Aïcha (qu’Allah l’agrée), elle ordonna de préparer une boisson pour Masrûq. Elle dit : « Préparez une boisson pour mon fils. » La plupart des hadiths qu’il rapporta de ‘Aïcha (qu’Allah l’agrée) furent consignés par l’imam Ahmad dans son Musnad et par l’imam al-Bukhârî dans son Al-Jâmi‘. Je ne connais personne qui ait été plus avide de savoir que lui. Il était un mufti plus éminent que le cadi Shurayh. Le cadi Shurayh le consultait. En revanche, Masrûq n’avait nul besoin de consulter le cadi Shurayh. Il exerçait la fonction de juge à Kûfa, mais n’acceptait aucune rémunération. C’était un dévot de très haut rang. Abû Ishâq dit : « Un jour, il partit accomplir le pèlerinage. Depuis sa sortie de chez lui jusqu’à son retour, il ne dormit jamais autrement qu’en prosternation. » Son épouse dit : « Ses pieds enflaient à force de rester debout en prière. » Il mourut en l’an 63 de l’hégire.

5. ‘Amâra bint ‘Abd ar-Rahmân : Elle était la petite-fille du célèbre Compagnon ansarî As‘ad ibn Zurâra (qu’Allah l’agrée). Parmi les femmes, elle était le meilleur exemple de l’éducation et de la formation dispensées par Hadrat ‘Aïcha (qu’Allah l’agrée). Les traditionnistes prononcent son nom avec une profonde vénération et un grand respect. Ibn Hibbân a dit : « Elle était celle qui possédait la connaissance la plus étendue des hadiths de ‘Aïcha (qu’Allah l’agrée). » Sufyân ath-Thawrî dit : « Les hadiths de ‘Amâra, de Qâsim et de ‘Urwa sont les hadiths les plus solides et les mieux établis de ‘Aïcha (qu’Allah l’agrée). » La Mère des croyants l’honorait et la respectait. Selon le récit de l’imam al-Bukhârî, elle était la secrétaire de la Mère des croyants. C’est par son intermédiaire que les gens envoyaient à Hadrat ‘Aïcha (qu’Allah l’agrée) leurs cadeaux et leur correspondance.

  1. Safiyya bint Shayba : Safiyya était la fille de Shayba, gardien de la Ka‘ba. Les hadiths qu’elle rapporta furent consignés dans presque tous les recueils de hadiths. Dans les chaînes de transmission, elle est présentée comme « Safiyya, fille de Shayba », « la disciple particulière de ‘Aïcha (qu’Allah l’agrée) » ou « celle qui bénéficia de la compagnie de ‘Aïcha (qu’Allah l’agrée) ». Les gens venaient lui poser diverses questions religieuses ainsi que des questions sur les hadiths de Hadrat ‘Aïcha (qu’Allah l’agrée). Abû Dâwûd dit :

Ce sera en arabe

— Je partis accomplir le pèlerinage avec ʿAdî ibn ʿAdî al-Kindî. Après notre arrivée à La Mecque, il m’envoya auprès de Safiyya bint Shayba. Celle-ci avait appris et mémorisé des hadiths qu’elle avait entendus de Hazrat ʿÂ’isha (qu’Allah l’agrée).

7. ʿÂ’isha bint Talha (qu’Allah l’agrée) : elle était la fille du célèbre Compagnon Hazrat Talha. Hazrat Abû Bakr as-Siddîq (qu’Allah l’agrée) était son grand-père maternel, et Hazrat ʿÂ’isha (qu’Allah l’agrée), sa tante maternelle. Elle fut élevée sous la supervision de sa tante. Abû Zurʿa ad-Dimachqî rapporte que les gens ont transmis des hadiths d’après elle, impressionnés par son honneur, sa dignité et ses bonnes manières.

  1. Muʿâdha bint ʿAbdillâh al-ʿAdawiyya : une femme originaire de Bassora. Elle eut l’honneur d’être l’élève de Hazrat ʿÂ’isha (qu’Allah l’agrée). Elle a rapporté de nombreux hadiths dans les propres termes de Hazrat ʿÂ’isha (qu’Allah l’agrée). C’était une grande dévote. Après la mort de son mari, elle ne dormit plus jamais dans un lit. Voici seulement quelques noms accompagnés d’une brève présentation. Il en existe beaucoup d’autres.

Bien que certains développements aient déjà été consacrés à l’intérêt et à la maîtrise de Hazrat ʿÂ’isha (qu’Allah l’agrée) pour la médecine, l’histoire, la littérature, la poésie et l’art oratoire, je pense qu’il est nécessaire d’en parler encore séparément. Les élèves et disciples de Hazrat ʿÂ’isha (qu’Allah l’agrée) ont rapporté qu’elle possédait une assez bonne maîtrise de l’histoire, de l’art oratoire, de la littérature et de la poésie. Quant à la médecine, elle en avait une connaissance générale. Récit de Hichâm ibn ʿUrwa :

Ce sera en arabe

« Je n’ai vu personne de plus compétent que ʿÂ’isha (qu’Allah l’agrée) dans le Coran, les farâ’id, le licite et l’illicite (le fiqh), la poésie, l’histoire des Arabes et la science de la généalogie (nasab). »

ʿUrwa ajoute : « Je n’ai trouvé personne de plus expérimenté que ʿÂ’isha (qu’Allah l’agrée) dans le domaine de la médecine. À cette époque, la médecine n’était ni véritablement pratiquée ni répandue en Arabie. Le plus grand médecin des Arabes de ce temps était al-Hârith ibn Kalada. Il y avait aussi, dans toute l’Arabie, beaucoup d’autres médecins de moindre envergure. Dans une société illettrée, la médecine se résumait à ce qui était pratiqué à cette époque dans la société arabe : connaître certaines propriétés des plantes et des herbes, savoir quels médicaments avaient été expérimentés sur des malades, et ainsi de suite. Un homme demanda à Hazrat ʿÂ’isha (qu’Allah l’agrée) : “J’admets que vous récitiez de la poésie ; puisque vous êtes la fille d’Abû Bakr (qu’Allah l’agrée), vous pouvez en réciter. Mais comment avez-vous acquis cette connaissance de la médecine ?” Elle répondit : “Le Messager d’Allah (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui) était souvent malade à la fin de sa vie. Des médecins arabes venaient le voir. Je retenais les médicaments dont ils parlaient. Nous comprenons ainsi que leur connaissance de la médecine se situait à ce niveau. De plus, elle avait retenu les traitements prescrits à quelques autres malades. À cette époque, les femmes musulmanes se rendaient à la guerre avec le Messager d’Allah (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui) ; elles bandaient les blessés et leur prodiguaient des soins. ʿÂ’isha (qu’Allah l’agrée) soigna elle-même les soldats blessés lors de la bataille d’Uhud. On peut donc penser que les femmes musulmanes de cette époque possédaient, dans cette discipline, les connaissances nécessaires pour répondre aux besoins élémentaires. »

Ḥaḍrat Abū Bakr (qu’Allah l’agrée) était un homme très versé dans l’histoire de l’Arabie ancienne, les coutumes et usages de la Jāhiliya, ainsi que la généalogie des différentes tribus et clans arabes. Ḥaḍrat ʿĀʾisha (qu’Allah l’agrée) était sa fille. On peut dire qu’elle hérita du savoir de son père. C’est pourquoi nous entendons Ḥaḍrat ʿUrwa dire : « Je n’ai vu personne mieux connaître l’histoire de l’Arabie et la généalogie que ʿĀʾisha (qu’Allah l’agrée). » Elle a fourni de nombreux renseignements importants sur les coutumes et usages de l’Arabie préislamique ainsi que sur sa situation sociale, lesquels ont été consignés dans les recueils de hadiths. Par exemple : les différents types de mariages en vigueur en Arabie, la manière dont se pratiquait le divorce, ce qui était chanté lors des mariages, les jours où les Arabes observaient le jeûne, l’endroit où les Qurayshites séjournaient pendant le pèlerinage, les paroles qu’ils prononçaient en observant le signe astrologique du défunt, et bien d’autres choses encore. On trouve ces récits dans des ouvrages tels que le Ṣaḥīḥ d’al-Bukhārī, le recueil d’al-Tirmidhī et le Musnad d’Aḥmad.

C’est également ʿĀʾisha (qu’Allah l’agrée) qui a rapporté le récit de la bataille sanglante de Buʿāth⁴⁰¹, livrée par les Anṣār de Médine avant l’islam, et qui a parlé de leurs croyances religieuses ainsi que de leurs divinités. Ainsi, ils adoraient les idoles de la montagne de Mushallal.⁴⁰² Elle a décrit dans le détail certains événements extrêmement importants de l’histoire de l’islam : le début de la Révélation, la manière dont elle se produisait, l’état dans lequel se trouvait le Messager d’Allah (qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix) au moment de la Révélation, les divers événements du début de la prophétie, l’Hégire, l’affaire de la calomnie dans sa propre vie, et bien d’autres faits encore.⁴⁰³ Il est remarquable que, tandis que les personnes mûres qui avaient participé à ces événements ou en avaient été témoins les ont rapportés en quelques phrases brèves, le récit de Ḥaḍrat ʿĀʾisha (qu’Allah l’agrée) s’étend sur plusieurs pages dans les recueils de hadiths. Pourtant, au moment où nombre de ces événements se produisirent, elle n’était encore qu’une enfant, ou tout au plus une adolescente. Elle a également rapporté comment le Coran avait été révélé, dans quel ordre, ainsi que la manière d’accomplir la prière.⁴⁰⁴ En outre, c’est par son intermédiaire que les habitants du monde ont appris en détail l’état du Messager d’Allah (qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix) au moment de sa mort, les dispositions prises pour son linceul et son inhumation, ainsi que le nombre et les dimensions des pièces de tissu du linceul.⁴⁰⁵ Et ce n’est pas tout : elle nous a aussi rapporté ce qui s’était passé sur les champs de bataille. Nous entendons de sa bouche le récit de Badr,⁴⁰⁶ la situation à Uḥud, certains épisodes de la bataille du Fossé et de Banū Qurayẓa,⁴⁰⁷ l’état de la prière de la peur pendant la bataille de Dhāt al-Riqāʿ, le serment d’allégeance prêté par les femmes lors de la conquête de La Mecque, ainsi qu’une partie des événements du Pèlerinage d’Adieu. Elle nous a rapporté les dévotions nocturnes du Messager d’Allah (qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix), sa vie familiale, ses convenances, son éthique et son comportement. Elle a même indiqué quel avait été le jour le plus difficile de la vie du Messager d’Allah (qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix).⁴⁰⁸ En somme, elle a présenté devant nous un tableau clair et fidèle de la vie du Prophète. Elle a également rapporté le califat de Ḥaḍrat Abū Bakr (qu’Allah l’agrée), les revendications de Ḥaḍrat Fāṭima (qu’Allah l’agrée) et des autres épouses du Messager d’Allah (qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix), ainsi que les serments d’allégeance et d’autres faits encore.⁴⁰⁹

Il est exact que sa connaissance de l’histoire de l’islam reposait sur son expérience personnelle. Beaucoup de choses s’étaient déroulées sous ses yeux. Mais auprès de qui avait-elle appris la situation de l’Arabie de la Jāhiliya ? Assurément, elle l’avait entendue de la bouche de son père, Abū Bakr (qu’Allah l’agrée).

Littérature

De nombreux récits montrent que Ḥaḍrat ʿĀʾisha (qu’Allah l’agrée) était une oratrice éloquente. Son expression était très claire, correcte et limpide. Mūsā ibn Ṭalḥa fut l’un de ses élèves. Dans le chapitre « Humanité », l’imam al-Tirmidhī rapporte cette remarque de sa part :

Ce sera en arabe

Il l’a rapportée. Elle signifie : « Je n’ai vu personne dont la langue soit plus éloquente et plus correcte que celle de ʿĀʾisha (qu’Allah l’agrée). » Dans le Mustadrak d’al-Ḥākim est rapportée une remarque d’al-Aḥnaf ibn Qays. Il a dit : « Je n’ai jamais entendu de parole meilleure que la magnifique expression et les propos vigoureux de ʿĀʾisha (qu’Allah l’agrée). » Parmi les centaines de hadiths rapportés de Ḥaḍrat ʿĀʾisha (qu’Allah l’agrée), nombre de ses propres paroles ont également été conservées. Lorsqu’on les lit, on y découvre une forme artistique remarquable. On y observe un emploi réussi des métaphores, des comparaisons et des images. Ainsi, en décrivant la descente de la Révélation sur le Messager d’Allah (qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix), elle dit :⁴¹⁰

Ce sera en arabe

C’est-à-dire : « Au début, le Messager d’Allah (paix et bénédictions d’Allah sur lui) recevait la révélation en rêve, au moyen de songes véridiques. Quel que soit le rêve qu’il faisait, il apparaissait avec la clarté de l’aube. » Ḥaḍrat ‘Â’isha (qu’Allah l’agrée) a comparé les rêves véridiques du Messager d’Allah (paix et bénédictions d’Allah sur lui) à la clarté et à l’éclat de l’aube. Au moment où il recevait la révélation, la sueur perlait sur le visage béni du Messager d’Allah (paix et bénédictions d’Allah sur lui). Elle a comparé ces gouttes de sueur à des perles brillantes. Lorsque les hypocrites répandirent des calomnies à son sujet et portèrent atteinte à son honneur, nous trouvons dans son récit une belle représentation de la manière dont ces jours étaient devenus pénibles et insupportables. En décrivant une nuit de sa vie durant cette période, elle dit :⁴¹¹

Ce sera en arabe

C’est-à-dire : « J’ai pleuré toute la nuit. Jusqu’au matin, mes larmes ne se sont pas taries et je n’ai pas appliqué de khôl du sommeil sur mes yeux. » Au lieu de dire directement qu’elle avait passé cette nuit sans dormir, les yeux baignés de larmes, elle l’a exprimé au moyen d’une belle image. Elle a comparé l’arrivée du sommeil dans les yeux à l’application de khôl sur les paupières. Seule une personne ayant une parfaite maîtrise de la langue peut s’exprimer ainsi. Un jour, elle demanda au Messager d’Allah (paix et bénédictions d’Allah sur lui) : « Ô Messager d’Allah ! S’il y avait deux pâturages, dont l’un aurait déjà été brouté par les bêtes tandis que l’autre serait entièrement préservé, lequel préféreriez-vous ? » En réalité, elle voulait savoir lequel il préférait : une femme qui avait connu la compagnie d’un mari ou une femme qui ne l’avait pas connue. Elle cherchait à connaître le désir du Messager d’Allah (paix et bénédictions d’Allah sur lui) à son propre sujet. Mais, au lieu de le demander directement, elle le fit comprendre admirablement au moyen d’une comparaison. Il convient de signaler que parmi les épouses du Messager d’Allah (paix et bénédictions d’Allah sur lui), ‘Â’isha (qu’Allah l’agrée) était la seule vierge. Toutes les autres étaient soit veuves, soit divorcées.

Ḥaḍrat ‘Â’isha (qu’Allah l’agrée) connaissait également de nombreux récits populaires de l’ancienne Arabie et savait les raconter avec talent. Certains recueils de hadiths rapportent quelques-unes des histoires qu’elle racontait. Un jour, elle relata à son époux, le Messager d’Allah (paix et bénédictions d’Allah sur lui), la longue histoire des onze sœurs arabes. Le Messager (paix et bénédictions d’Allah sur lui) l’écouta avec une très grande patience.⁴¹² Dans cette histoire, on remarque son admirable manière de s’exprimer et son talent artistique. Les ornements de mots et de phrases y abondent.

Discours et éloquence :

Seules les personnes éloquentes et habiles dans l’expression peuvent prononcer des discours. C’est un don accordé par Dieu. C’est un art extraordinaire pour amener les gens à adopter son point de vue et les influencer. Depuis les temps les plus anciens jusqu’à nos jours, on observe la pratique de cet art chez toutes les nations et tous les peuples du monde. Il était largement pratiqué chez les anciens Arabes. L’histoire rapporte les noms des grands orateurs de l’Arabie antéislamique ainsi que leurs sermons et leurs discours. Pour diverses raisons et nécessités, cet art du sermon connut un grand essor et un vaste développement à l’époque islamique. Il s’étendit au-delà du domaine des hommes et se développa également parmi les femmes. Ḥaḍrat ‘Â’isha (qu’Allah l’agrée) était l’une des plus éminentes prédicatrices et oratrices. Les anciennes sources de la littérature arabe ont conservé de nombreux sermons et discours de Ḥaḍrat ‘Â’isha (qu’Allah l’agrée). Les sermons qu’elle prononça au moment du tumulte de la bataille du Chameau ont été consignés dans l’Histoire d’al-Ṭabarî. Ibn ‘Abd Rabbih en a reproduit certains dans son célèbre ouvrage al-‘Iqd al-farîd.⁴¹³

De même que l’éloquence et la pureté du langage sont parmi les qualités essentielles d’un bon orateur, il lui est également nécessaire d’avoir une prononciation claire, une voix forte et une expression empreinte de gravité. La voix de Ḥaḍrat ‘Â’isha (qu’Allah l’agrée) possédait précisément ces qualités. Al-Ṭabarî rapporte :⁴¹⁴

Ce sera en arabe

« Aïcha (qu’Allah l’agrée) prononça un discours. Sa voix était forte. Sa voix impressionnait la plupart des gens. Elle ressemblait à celle d’une femme noble. »

Aḥnaf ibn Qays était un célèbre tâbiʿî. Il eut probablement l’occasion d’entendre à Bassora un discours d’Aïcha (qu’Allah l’agrée). Il déclara : « J’ai entendu les discours d’Abû Bakr (qu’Allah l’agrée), de ʿUmar (qu’Allah l’agrée), de ʿUthmân (qu’Allah l’agrée), de ʿAlî (qu’Allah l’agrée) et de tous les califes jusqu’à cette époque ; mais je n’ai trouvé dans les paroles de personne d’autre la beauté ornée et la force qui se dégageaient des paroles sorties de la bouche d’Aïcha (qu’Allah l’agrée). » L’érudit Sayyid Sulaymân Nadwî, citant le commentaire d’Aḥnaf ibn Qays, dit : « À mon avis, cette déclaration d’Aḥnaf ibn Qays n’est pas exempte d’exagération ; cependant, il ne fait aucun doute qu’Aïcha (qu’Allah l’agrée) était une oratrice éloquente et correcte. »⁴¹⁵

L’émir Muʿâwiya (qu’Allah l’agrée) et Mûsâ ibn Talḥa ont formulé exactement la même appréciation qu’Aḥnaf. Les discours qu’elle prononça pendant la bataille du Chameau étaient empreints d’une force et d’une ardeur émotionnelles presque sans égales. Nous avons déjà présenté la traduction de l’un de ses discours dans le cadre de notre récit de la bataille du Chameau. Nous achèverons ici cette discussion en citant un bref extrait d’un autre de ses discours de cette époque.

Lorsque Aïcha (qu’Allah l’agrée) arriva à Bassora avec Talḥa et Zubayr (qu’Allah les agrée), les habitants de Bassora se rassemblèrent à al-Mirbad. S’adressant à la foule réunie, Talḥa prononça d’abord un discours, puis Zubayr en prononça un. Enfin, Aïcha (qu’Allah l’agrée) prit la parole. Elle commença par louer Allah et adresser ses bénédictions et ses salutations au Messager d’Allah (qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix). Puis elle dit :⁴¹⁶

Le texte arabe est le suivant :

« Les gens parlaient des fautes de ʿUthmân (qu’Allah l’agrée) et accusaient ses employés et ses responsables. Ils venaient à Médine, nous rapportaient diverses informations à leur sujet et nous demandaient conseil. Nous examinions ces affaires. Nous trouvions ʿUthmân (qu’Allah l’agrée) pur, pieux et fidèle à ses engagements. Quant aux accusateurs, ils nous apparaissaient comme des pécheurs, des trompeurs et des menteurs. Ils s’efforçaient d’agir contrairement à ce qu’ils disaient. Lorsqu’ils devinrent assez puissants pour affronter ʿUthmân, ils se dressèrent collectivement contre lui. Ils l’attaquèrent jusque dans sa maison. Ils rendirent licite le sang qu’il était interdit de verser ; et ce qu’il était illégal de piller ainsi que le déshonneur infligé à la ville, ils se les autorisèrent sans hésitation et sans raison. Écoutez ! Ce qu’il faut maintenant faire, et la seule chose que vous devez faire, c’est arrêter les meurtriers de ʿUthmân (qu’Allah l’agrée) et appliquer à leur encontre le jugement du Livre d’Allah. » Puis elle récita le verset 23 de la sourate Âl ʿImrân :

« N’as-tu pas vu ceux qui ont reçu une partie du Livre ? Ils sont invités au Livre d’Allah afin qu’il juge entre eux ; puis une partie d’entre eux tourne le dos en s’en détournant. »

À Bassora, elle prononça un autre discours flamboyant. Nous en avons déjà présenté une partie traduite. Chaque mot et chaque phrase de ce long discours semblaient déverser une émotion et un enthousiasme puissants, captivant les auditeurs. Nous en reproduisons ici quelques lignes dans sa langue originale.⁴¹⁷

Ce sera en arabe

« Ô gens, taisez-vous, taisez-vous ! Certes, vous avez envers moi le devoir dû à une mère, ainsi que le droit de recevoir des conseils. Nul ne peut m’accuser de quoi que ce soit, sauf celui qui a désobéi à son Seigneur. Le Messager d’Allah — qu’Allah le bénisse et le salue — a rendu le dernier soupir, la tête posée sur ma poitrine. Au Paradis, je serai l’une de ses épouses. Mon Seigneur m’a préservée pour lui et m’a tenue pure, à l’exclusion des autres. C’est par ma personne qu’Il a distingué vos hypocrites de vos croyants. C’est par moi qu’Allah vous a accordé la permission de pratiquer le tayammum sur le sol d’al-Abwâ’. Ensuite, mon père fut le deuxième des deux dans la grotte du mont Thawr, tandis qu’Allah était le troisième. Il fut le premier à recevoir le titre d’al-Siddîq. Le Messager d’Allah — qu’Allah le bénisse et le salue — quitta ce monde alors qu’il était satisfait de lui… Oui, je suis maintenant devenue le centre de la question que les gens se posent : comment suis-je sortie avec une armée ? Mon intention n’était nullement de rechercher le péché, ni de susciter la fitna et la corruption… »

Lettres

Dans les anciennes compilations faisant autorité de la littérature arabe, on trouve de nombreuses lettres importantes de Aïcha — qu’Allah l’agrée. Elle écrivit ces lettres, à différentes époques, à diverses personnalités importantes. La question est maintenant de savoir si elle les écrivit de sa propre main ou non ; en tout cas, rien ne prouve que leur pensée et leur style ne fussent pas ceux de Aïcha — qu’Allah l’agrée. C’est pourquoi les savants de l’époque ancienne de la littérature arabe, prenant en considération la valeur littéraire de ces lettres de Aïcha — qu’Allah l’agrée —, leur ont accordé une place dans leurs propres œuvres. Le célèbre recueil d’Ibn ʿAbd Rabbih al-Andalûsî, al-ʿIqd al-Farîd, en contient un grand nombre dans son quatrième volume. Ainsi, après être arrivée à Bassora, elle écrivit à l’un des dirigeants de la ville, Zayd ibn Suhân :⁴¹⁸

Ce sera en arabe

« De la part de la Mère des croyants, Aïcha — qu’Allah l’agrée —, à son fils dévoué Zayd ibn Suhân. Que la paix soit sur toi. Ton père fut un chef à l’époque de la Jâhiliyya, et il le fut également à l’époque islamique. Pour ta part, tu te trouves dans la situation du fidèle masbûq, dont on peut dire qu’il a presque, ou certainement, rejoint le groupe. Tu as appris quel bouleversement l’assassinat d’Othmân ibn Affân a provoqué dans l’islam. Lorsque cette lettre de ma part vous sera parvenue, empêche les gens de prendre le parti de ʿAlî ibn Abî Tâlib. Reste dans ta demeure jusqu’à ce que mes instructions te parviennent. Et paix sur toi. »

Il vaut la peine d’examiner quelque peu la réponse que Zayd ibn Suhân adressa à la lettre susmentionnée de la Mère des croyants, Aïcha — qu’Allah l’agrée. Nous mettons fin à ce sujet en reproduisant cette lettre. Zayd ibn Suhân écrit :⁴¹⁹

Ce sera en arabe

« De la part de Zayd ibn Suhân à l’attention de la Mère des croyants, ‘Â’isha (qu’Allah l’agrée). Que la paix soit sur vous. Ensuite, certaines tâches vous ont été prescrites, tandis que d’autres nous ont été prescrites. Il vous a été ordonné de rester chez vous, et il nous a été ordonné de combattre les gens jusqu’à la disparition de la fitna. Vous avez délaissé ce qui vous a été ordonné de faire. Et vous nous avez écrit pour que nous nous abstenions de ce qui nous a été ordonné de faire. Que la paix soit sur vous. »

L’amour de la poésie chez ‘Â’isha (qu’Allah l’agrée)

Les Arabes de l’époque préislamique étaient un peuple passionné de poésie. L’influence du poète et de la poésie dans leur vie individuelle et sociale était immense. À leurs yeux, le poète occupait la place la plus élevée. Ils considéraient le poète et le prophète comme des hommes de même rang. C’est pourquoi ils qualifièrent également le Messager d’Allah (paix et bénédictions d’Allah sur lui) de poète. En décrivant la place et le prestige du poète dans l’Arabie de la Jâhiliyya, Ibn Rachîq al-Qayrawânî a dit :⁴²⁰

Ce sera en arabe

« Lorsqu’un poète acquérait une renommée dans une tribu arabe, les membres des autres tribus venaient féliciter cette tribu. On préparait diverses sortes de mets. Les jeunes filles se réunissaient et jouaient des instruments, comme lors d’une cérémonie de mariage. Les hommes ainsi que les enfants et les adolescents venaient exprimer leur joie. La raison en était que le poète était le gardien de leur honneur et de leur prestige, le défenseur de leur lignée et le propagateur de leur nom et de leur renommée. »

À la lecture de l’histoire de la littérature arabe ancienne, on constate qu’une véritable inondation de poésie déferlait dans l’Arabie de la Jâhiliyya. On trouve les noms d’innombrables poètes, dont il serait impossible de faire le compte. Ibn Qutayba a dit :⁴²¹

Ce sera en arabe

« Les poètes — ceux qui se sont rendus célèbres par leur poésie au sein de leur société et de leur tribu, durant les époques préislamique et islamique — sont si nombreux que nul ne pourrait les dénombrer. »

Il a également dit :⁴²²

En arabe :

« Ceux qui n’ont pas composé de poésie sont très peu nombreux ; si nous voulions citer leurs noms, nous pourrions citer les noms de la plupart des gens. »

Le célèbre Compagnon Anas ibn Malik, serviteur du Messager d’Allah (qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix), dit :⁴²³

En arabe :

C’est-à-dire : « Lorsque le Messager d’Allah (qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix) vint chez nous, on récitait de la poésie dans chacune des maisons des Ansar. »

En somme, un poète arabe pouvait, par sa poésie, tantôt allumer un feu quelque part, tantôt y faire pleuvoir l’eau de la vie. Ce talent n’était pas l’apanage des hommes ; les femmes y prenaient également part. Avant l’islam et durant les cent années qui suivirent l’avènement de l’islam, cette caractéristique de la culture arabe était pleinement présente parmi les musulmans. On connaît, pour cette époque, d’innombrables femmes qui firent preuve d’une telle maîtrise dans la composition de poèmes et de chants que leur œuvre devint chacune un joyau du monde de la poésie arabe.

La Mère des croyants, ‘Aïcha (qu’Allah l’agrée), naquit à une telle époque de l’histoire culturelle de l’Arabie. Dans sa propre famille également, on pratiquait la poésie. Son père, Abou Bakr (qu’Allah l’agrée), était poète.⁴²⁴ Le célèbre tabi‘i Sa‘id ibn al-Musayyib dit :⁴²⁵

En arabe :

« Abou Bakr (qu’Allah l’agrée) était poète. ‘Umar (qu’Allah l’agrée) était poète. Quant à ‘Ali (qu’Allah l’agrée), il était le meilleur poète des trois. »

On peut donc dire qu’il acquit de son père la connaissance de l’art poétique. Les commentaires et opinions qu’il a formulés sur la forme du poème, son contenu, ses images et d’autres aspects prouvent la profondeur de sa connaissance de cette discipline. L’un de ses disciples, qui lui vouait une grande admiration, al-Miqdad ibn al-Aswad, a dit :426

En arabe :

« Parmi les Compagnons du Messager d’Allah (qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix), je ne connais personne qui ait une connaissance de la poésie et de la science des successions supérieure à celle de ‘Aïcha (qu’Allah l’agrée). »

Hadrat ‘Urwa ibn az-Zubayr a tenu exactement les mêmes propos.427 Un autre de ses disciples a dit : « Je ne m’étonne pas de la connaissance de la poésie de ‘Aïcha (qu’Allah l’agrée), car elle est la fille d’Abou Bakr (qu’Allah l’agrée). »

Hadrat ‘Aïcha (qu’Allah l’agrée) était elle-même poète. Après la mort de son père, elle composa une élégie funèbre dont ‘Allama al-Alusi a recueilli une partie dans le deuxième volume de son ouvrage Bulugh al-Arib.

L’imam al-Boukhari a rapporté, dans son ouvrage Adab al-Mufrad, une narration de Hadrat ‘Urwa. Il a dit qu’un qasida complet de Hadrat Ka‘b ibn Malik (qu’Allah l’agrée) était mémorisé par Hadrat ‘Aïcha (qu’Allah l’agrée). Un qasida comportait environ quarante vers.428 Hadrat ‘Aïcha (qu’Allah l’agrée) disait :429

Ce sera en arabe

« Enseignez la poésie à vos enfants. Leur langage en deviendra doux et mélodieux. »

La vénérable Aïcha (qu’Allah l’agrée) connaissait par cœur de nombreux poèmes de poètes de l’époque antéislamique et de l’époque islamique. Elle en citait certains, ou des extraits, selon le moment et l’occasion. De nombreux poèmes ou vers qu’elle a rapportés sont mentionnés dans divers recueils de hadiths. Un homme demanda à la vénérable Aïcha (qu’Allah l’agrée) si le Messager d’Allah (que la bénédiction et la paix d’Allah soient sur lui) avait déjà récité de la poésie. Elle répondit : « Oui, il récitait quelques vers d’Abdallah ibn Rawaha, comme ceux-ci : »⁴³⁰

Ce sera en arabe

« Celui que tu as envoyé sans provisions viendra à toi avec beaucoup de nouvelles. »

Un jour, le Messager d’Allah (que la bénédiction et la paix d’Allah soient sur lui) entendit Aïcha (qu’Allah l’agrée) réciter les deux vers suivants du poète Zuhayr ibn Janab :⁴³¹

Ce sera en arabe

« Relève ton faible, celui dont la faiblesse ne combattra jamais contre toi. Ensuite, il connaîtra le fruit de ce qu’il a acquis.

Il te récompensera ou fera ton éloge. Celui qui loue ton œuvre est comme celui qui t’a récompensé. »

Après avoir entendu ces deux vers, le Messager d’Allah — qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix — dit : « Aïcha ! Il a dit vrai. Celui qui ne remercie pas les gens ne remercie pas non plus Allah.

Abou Kabîr al-Houdhalî était un poète de l’époque antéislamique. Il composa un poème à la louange de son beau-fils, le poète Ta’abbata Sharran. En voici les deux vers :432

En arabe

« Il est exempt de toute souillure du sein de sa mère et de toute maladie de la nourrice qui l’a allaité. Lorsque tu regardes les veines et les vaisseaux robustes de son visage, tu les vois scintiller comme des éclairs au milieu d’une pluie torrentielle. »

Un jour, Aïcha — qu’Allah l’agrée — récita ces deux vers au Messager d’Allah — qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix — et lui dit : « Ô Messager d’Allah, c’est vous qui êtes le plus digne de ces deux vers. » Cette remarque réjouit le Messager d’Allah — qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix —.

Aïcha — qu’Allah l’agrée — citait souvent les deux vers suivants à titre d’exemple :433

En arabe

« Lorsque le cours du temps, avec ses épreuves et ses calamités, passe sur un peuple, il finit par s’arrêter au dernier d’entre nous. À ceux qui se réjouissent de notre malheur, dis : prenez garde ! Très bientôt, vous y serez confrontés vous aussi, comme nous l’avons été. »

‘Abd al-Rahmân ibn Abî Bakr, le frère de ‘Â’isha, mourut près de La Mecque et y fut enterré. Plus tard, lorsque ‘Â’isha se rendit à La Mecque, elle se tint auprès de la tombe de son frère et récita les deux vers suivants : 434

La version arabe sera :

« Nous avons vécu longtemps ensemble, tels les deux compagnons du roi Jadhîma. Au point que les gens disaient à notre sujet que jamais plus nous ne nous séparerions.

Puis, lorsque nous fûmes séparés, Malik et moi fûmes comme si, malgré la longue période passée ensemble, nous n’avions pas passé une seule nuit ensemble. »

Au début, les corps des émigrés de La Mecque ne s’adaptaient pas au climat de Médine. Abû Bakr, ‘Âmir ibn Fuhayra, Bilâl et beaucoup d’autres, y compris ‘Â’isha elle-même, furent frappés d’une forte fièvre après leur arrivée à Médine. Dans leur délire fiévreux, beaucoup d’entre eux récitaient alors des vers de poésie. ‘Â’isha se souvenait de certains de ces vers et les a rapportés. Ainsi, lorsque la fièvre d’Abû Bakr s’intensifiait, il récitait le vers suivant : 435

La version arabe sera :

« Tout homme commence sa journée au milieu de sa famille et de ses proches, alors que la mort est plus proche de lui que les lacets de ses chaussures. :

Hazrat Bilal (qu’Allah l’agrée), dans le délire de la fièvre, récitait à haute voix les deux vers suivants :

En arabe :

« Hélas ! Si seulement je savais qu’un jour je passerais une nuit dans les vallées de La Mecque, avec les herbes Hajjir et Jalil tout autour de moi ! Ou que je pourrais un jour me promener près de l’étang de Majanna, ou encore apercevoir un jour les deux montagnes de Shama et de Tufayl ! »

Lorsque Hazrat ‘Amir ibn Fuhayra (qu’Allah l’agrée) était interrogé au sujet de son état, il récitait ce vers :⁴³⁶

En arabe :

« J’ai rencontré la mort avant même d’en goûter les plaisirs. La mort du lâche poltron lui vient d’en haut. »

Lors de la bataille de Badr, bon nombre des grands chefs des Quraysh furent tués et jetés dans le puits de Badr. Les poètes qurayshites composèrent à leur mémoire de nombreuses élégies empreintes d’émotion. Hazrat ‘Aïcha (qu’Allah l’agrée) connaissait par cœur de nombreux vers de ces poèmes et les a également rapportés. Elle a aussi rapporté les deux vers suivants.⁴³⁷

En arabe :

« Que sont devenus tous ces danseurs et ces nobles buveurs de vin qui gisent dans le puits de Badr ? Umm Bakr souhaite pour eux la paix et la sécurité. Après la mort des membres de ma tribu, puis-je espérer connaître quelque paix ? »

Hazrat Sa‘d ibn Mu‘adh (qu’Allah l’agrée) récitait, pendant la bataille du Fossé, un vers d’un chant composé dans le mètre arabe du rajaz ; Hazrat ‘Aïcha (qu’Allah l’agrée) s’en souvenait également. Elle le rapporta ainsi :

Voici le texte arabe :

« Hélas ! Si seulement le chameau pouvait atteindre le champ de bataille dans peu de temps. Lorsque l’heure de la mort approche, quelle belle mort c’est. »

Nous apprenons également, par l’intermédiaire de Hazrat ‘Aïcha (qu’Allah l’agrée), comment les poètes musulmans de Médine répondaient aux poèmes de dénigrement que les poètes quraychites de La Mecque composaient contre le Messager d’Allah (qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix). Elle rapporta que le Messager d’Allah (qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix) dit : « Composez des poèmes en réponse aux Quraychites et en les blâmant. Ces poèmes seront plus efficaces contre eux que des coups d’épée. » Hazrat ‘Abdullah ibn Rawaha (qu’Allah l’agrée) était poète. Il composa un poème, mais celui-ci ne plut guère au Messager d’Allah (qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix). Il ordonna au poète Ka‘b ibn Malik (qu’Allah l’agrée) d’écrire un poème en réponse aux Quraychites. Puis vint le tour de Hazrat Hassan ibn Thabit. Il se présenta et dit : « Ô Messager d’Allah ! Par Celui qui vous a envoyé comme véritable prophète, je les mettrai en pièces comme on traite une peau. » Le Messager (qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix) dit : « Il n’est pas nécessaire de te hâter. Abou Bakr est, parmi tous les Quraychites, celui qui connaît le mieux la généalogie des Quraychites. » Hassan se rendit alors auprès d’Abou Bakr et, après s’être renseigné sur les multiples détours et complications de leur généalogie, revint auprès du Messager d’Allah (qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix) et dit : « Ô Messager d’Allah ! Je les dépouillerai de telle manière que les gens arrachent les cheveux d’une boule de pâte. » Puis Hassan (qu’Allah l’agrée) récita une qasida dont voici un vers :

Voici le texte arabe :

« Le sommet de l’honneur et de la dignité des descendants de Hachém est le petit-fils de Makhzoum ; tandis que ton père était un esclave. »

Hazrat ‘Aïcha (qu’Allah l’agrée) a dit : J’ai entendu le Messager d’Allah dire : « Hassan ! Tant que tu défendras Allah et Son Messager, tu bénéficieras de l’aide de l’Esprit Saint. » Elle rapporta également : J’ai entendu le Messager d’Allah (qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix) dire aussi : « Hassan les a réfutés et m’a délivré de la tristesse et de l’inquiétude. » Après avoir rapporté ces paroles, la Mère des croyants nous a également récité cette qasida de Hassan : 438

Ce sera en arabe

Tu as dénigré Muhammad, et moi, j’ai répondu à tes propos. La récompense de cet acte m’appartient auprès d’Allah.

Tu dénigres Muhammad, qui est vertueux, pieux et le Messager d’Allah, et pour qui tenir ses promesses et ses engagements est une disposition naturelle.

Mes ancêtres, mon honneur et ma dignité sont tous comme un bouclier pour protéger l’honneur et la dignité de Muhammad contre vos attaques.

Que quelqu’un parmi vous dénigre, loue ou soutienne le Messager d’Allah — qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix —, tout cela lui est égal.

Jibrîl est parmi nous. Il est le messager d’Allah et l’Esprit pur, auquel nul n’est comparable. »

Lorsqu’il apprit la situation chaotique de Médine après le martyre d’Uthmân, le vers suivant fut prononcé par ses lèvres :439

Ce sera en arabe

« Si les dirigeants de mon peuple m’avaient écouté, j’aurais pu vous préserver de ce piège et de cette perdition. »

Après avoir atteint Bassora, on l’entendait réciter les deux vers suivants :

Ce sera en arabe

« Quitte la demeure des injustes, même si son eau est pure, et marche comme marche celui qui est effrayé.

Choisis l’herbe, puis continue à paître au soleil dans la verte vallée de Dāmād. »

Nous avons déjà mentionné que les deux vers du mètre rajaz, récités par certains vaillants soldats lors de la bataille du Chameau, étaient restés dans la mémoire de ʿĀʾisha (qu’Allah l’agrée). Un jour, elle récita ces deux vers et se mit à pleurer abondamment. Les voici :

Ce sera en arabe

« Ô notre mère, que nous tenons pour la meilleure des mères, ne vois-tu pas combien de braves ont été blessés, combien de têtes et de mains ont été fauchées comme l’herbe ? »

Hicham ibn ‘Urwa a rapporté de son père, ‘Urwa. ‘Aïcha (qu’Allah l’agrée) a dit : « Qu’Allah accorde miséricorde et faveur au poète Labîd. »

Il disait : 440

Ce sera en arabe

« Ceux auprès desquels il était possible de vivre sont tous partis. À présent, je vis au milieu de successeurs comme la peau d’un chameau atteint de gale. »

Puis ‘Aïcha (qu’Allah l’agrée) dit :

« S’il avait vu la situation de notre époque, que serait-il donc allé dire ! Je peux réciter mille vers de ce genre du poète Labîd. Toutefois, cela reste bien peu en comparaison du nombre de vers que je peux réciter des autres poètes. »

À partir de cette remarque de ‘Aïcha (qu’Allah l’agrée), nous pouvons estimer à quel point elle appréciait la poésie, quelle était sa maîtrise de cette discipline et combien de centaines de vers arabes elle connaissait par cœur. En évoquant sa contribution à la science du hadith, nous avons vu quelle extraordinaire preuve de talent elle y avait laissée ! On observe la même chose dans le domaine de la poésie arabe.

Voyant le goût poétique de ‘Aïcha (qu’Allah l’agrée) et sa capacité à apprécier la beauté artistique, de nombreux poètes lui récitaient leurs propres poèmes. Hassan ibn Thabit (qu’Allah l’agrée) était reconnu comme le maître de la poésie parmi les Ansar. Il était naturel que ‘Aïcha (qu’Allah l’agrée) lui en voulût, puisqu’il avait été impliqué dans l’affaire de la calomnie. Malgré cela, il se présentait auprès de ‘Aïcha (qu’Allah l’agrée) et lui récitait ses poèmes.441 ‘Aïcha (qu’Allah l’agrée) faisait son éloge et exposait ses diverses qualités. Elle mentionnait également, à l’occasion, les noms des deux autres grands poètes des assemblées du Prophète (que la bénédiction et la paix d’Allah soient sur lui) : Ka‘b ibn Malik (qu’Allah l’agrée) et ‘Abdullah ibn Rawaha (qu’Allah l’agrée).442

En soi, la pratique de la poésie n’est ni bonne ni mauvaise. La poésie est également une forme de discours. Le caractère bon ou mauvais d’un discours ne dépend pas de la métrique du poème, mais plutôt de son contenu. Si le contenu n’est pas mauvais, le poème ne comporte aucun défaut. Il en va exactement de même pour la prose : son caractère bon ou mauvais dépend de son contenu.

Au sujet du caractère bon ou mauvais de la poésie, Aïcha (qu’Allah l’agrée) a dit précisément ceci :⁴⁴³

Ce sera en arabe

« Certains poèmes sont bons et certains poèmes sont mauvais. Accepte les bons et délaisse les mauvais. »

Elle a rapporté du Messager d’Allah (qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix) : « Le plus grand des pécheurs est le poète qui dénigre toute une tribu. » Autrement dit, dénigrer toute une tribu à cause des mauvaises actions d’une ou de deux personnes n’est qu’une transgression des règles de la morale et un abus de la puissance poétique.

En conclusion, nous voudrions dire que Aïcha (qu’Allah l’agrée) était un talent si extraordinaire que sa description et son évaluation sont impossibles dans un cadre aussi restreint. La description de sa vie et de ses talents multiples nécessiterait un ouvrage de grande ampleur. Dans notre exposé, nous avons tenté de présenter aux lecteurs quelques éléments de sa personnalité.

Hafsa, fille de ‘Umar ibn al-Khattab (qu’Allah l’agrée)

Hafsa, la Mère des croyants (qu’Allah l’agrée), était la fille du deuxième calife, ‘Umar ibn al-Khattab (qu’Allah l’agrée). Sa mère, Zaynab bint Maz‘un, était issue de la tribu de Khuza‘a et la sœur germaine du célèbre Compagnon ‘Uthman ibn Maz‘un. Celui-ci était lui aussi un Compagnon. ‘Abdullah ibn ‘Umar et Hafsa (qu’Allah les agrée tous deux) étaient frère et sœur germains.¹ Hafsa avait six ans de plus que ‘Abdullah.² Elle naquit à La Mecque cinq ans avant le début de la mission prophétique du Messager d’Allah (qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix). ‘Umar (qu’Allah l’agrée) dit : « À cette époque, les Qurayshites de La Mecque étaient occupés à reconstruire la Kaaba. »³

Lorsqu’elle atteignit l’âge du mariage, son père, ‘Umar ibn al-Khattab (qu’Allah l’agrée), la maria en premières noces à Khunays ibn Hudhafa, issu de la tribu des Banû Sahm. Celui-ci fut l’un des tout premiers habitants de La Mecque à embrasser l’islam. Il émigra en Abyssinie avec le deuxième groupe d’émigrants.4 Cependant, Mûsâ ibn ‘Uqba et Abû Ma‘shar ne mentionnent pas son émigration en Abyssinie.5 De là, il revint à La Mecque, puis émigra de nouveau à Médine. À son arrivée à Médine, il trouva refuge dans la maison de Rifâ‘a ibn ‘Abd al-Mundhir, de la tribu des Banû ‘Amr ibn ‘Awf, à Qubâ.6

On ne dispose d’aucune information précise sur la date à laquelle Hafsa (qu’Allah l’agrée) embrassa l’islam. On sait toutefois avec certitude que, dès que ‘Umar embrassa l’islam, les membres de sa tribu et de son clan embrassèrent eux aussi l’islam. Il est probable que Hafsa embrassa également l’islam à cette époque, avec les membres de sa famille.7

Elle émigra à Médine avec son mari. Peu après son arrivée à Médine, elle devint veuve. Elle n’avait alors pas encore vingt ans.8 Il existe un léger désaccord concernant les circonstances de la mort de Khunays. Selon la majorité des spécialistes de la sîra, il participa aux batailles de Badr et d’Uhud. À Uhud, son corps fut blessé en plusieurs endroits et il mourut de ces blessures après être rentré à Médine.9 Selon un autre avis, il se trouvait à Badr avec le Messager d’Allah (qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix). Il y tomba malade ou fut blessé, puis mourut durant la deuxième année de l’Hégire, après le retour du Messager d’Allah (qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix) de Badr à Médine.10

Après que sa fille fut devenue veuve, son père, ‘Umar (qu’Allah l’agrée), commença à songer à son remariage. Or, à cette époque, Ruqayya (qu’Allah l’agrée), fille du Messager d’Allah (qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix) et épouse de ‘Uthmân (qu’Allah l’agrée), décéda. ‘Umar (qu’Allah l’agrée) alla d’abord trouver ‘Uthmân et lui exprima son désir de lui donner Hafsa en mariage. ‘Uthmân demanda un délai pour réfléchir. Quelques jours plus tard, il répondit : « Je ne souhaite pas me marier pour le moment. » ‘Umar (qu’Allah l’agrée) se rendit ensuite auprès d’Abû Bakr (qu’Allah l’agrée) et lui dit : « Je souhaite vous donner Hafsa en mariage. » Abû Bakr (qu’Allah l’agrée) resta silencieux et ne répondit pas. ‘Umar (qu’Allah l’agrée) fut plus peiné par l’attitude d’Abû Bakr (qu’Allah l’agrée) qu’il ne l’avait été par la réponse de ‘Uthmân (qu’Allah l’agrée). Il se rendit auprès du Messager d’Allah (qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix) et lui fit part de sa tristesse.11 Ibn al-Athîr rapporte que ‘Umar (qu’Allah l’agrée) proposa d’abord Hafsa à Abû Bakr (qu’Allah l’agrée), puis, comme celui-ci ne répondit pas, il la proposa à ‘Uthmân (qu’Allah l’agrée).12

Par son mariage avec ‘Â’isha (qu’Allah l’agrée), Abû Bakr (qu’Allah l’agrée) s’était lié au Messager d’Allah (qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix) par une étroite parenté. ‘Umar (qu’Allah l’agrée), en revanche, n’avait aucun lien de parenté avec lui. Il était dans la volonté d’Allah qu’un tel lien soit établi par le mariage avec Hafsa (qu’Allah l’agrée). Ayant entendu la peine de ‘Umar (qu’Allah l’agrée), le Messager (qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix) lui dit : « Hafsa sera épousée par un homme meilleur que ‘Uthmân, et ‘Uthmân épousera une femme meilleure que Hafsa. »13 Dans une autre version, il est rapporté que le Messager (qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix) dit : « Ne veux-tu pas que je t’indique un gendre meilleur que ‘Uthmân, et que j’indique à ‘Uthmân un beau-père meilleur que toi ? » ‘Umar répondit : « Ô Messager d’Allah ! Certes. » Le Messager (qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix) dit alors : « Donne-moi ta fille Hafsa en mariage, et je donnerai ma fille Umm Kulthûm en mariage à ‘Uthmân. »14 Ainsi, le mariage fut définitivement conclu. Le père de Hafsa, ‘Umar lui-même, en fut le walî et célébra le mariage. Le Messager (qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix) lui accorda une dot de quatre cents dirhams.15

Si ‘Uthmân et Abû Bakr (qu’Allah les agréent) ne répondirent pas à la proposition de ‘Umar (qu’Allah l’agrée), c’est qu’ils avaient entendu le Messager d’Allah (qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix) parler de Hafsa. Ils avaient compris qu’il souhaitait l’épouser par considération pour ‘Umar (qu’Allah l’agrée). Mais ils n’osèrent pas le dire à ‘Umar, de peur de se tromper dans leur interprétation.16 C’est pourquoi, après la conclusion du mariage de Hafsa avec le Messager d’Allah (qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix), Abû Bakr (qu’Allah l’agrée) rencontra un jour ‘Umar (qu’Allah l’agrée) et lui dit : « Le Messager (qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix) avait un jour parlé de Hafsa, et je ne voulais pas divulguer son secret. Il n’y avait aucune autre raison à mon silence face à votre proposition. »17

Les spécialistes de la sîra divergent quelque peu sur la date du mariage de Hafsa avec le Messager d’Allah (qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix). Cette divergence tient principalement à leur désaccord sur la date de la mort de son premier mari. Ibn al-Athîr dit que, selon la majorité des savants, le mariage eut lieu durant la troisième année de l’Hégire.18 Selon Abû ‘Ubayda, il eut lieu durant la deuxième année de l’Hégire, et c’est également l’avis d’Ibn ‘Abd al-Barr. Dans son ouvrage al-Isâba, Ibn Hajar considère l’avis de la troisième année comme le plus acceptable, car son premier mari mourut en martyr à Uhud. Certains disent que le mariage eut lieu vingt-cinq mois, ou selon un autre avis trente mois, après l’Hégire. Certaines traditions mentionnent même vingt mois ! Or la bataille d’Uhud eut lieu plus de trente mois après l’Hégire. Ibn Sa‘d affirme que son premier mari mourut après son retour de Badr. Ibn Sayyid al-Nâs dit que le mariage eut lieu au terme de trente mois après l’Hégire, durant le mois de Cha‘bân.20

Les spécialistes de la sîra divergent quelque peu sur l’année de la mort de Hafsa (qu’Allah l’agrée). Selon l’avis le plus répandu, elle mourut à Médine au mois de Cha‘bân de l’an 45 de l’Hégire. C’était sous le califat de l’émir Mu‘âwiya (qu’Allah l’agrée), alors que Marwân était gouverneur de Médine. Celui-ci dirigea la prière funéraire, accompagna la dépouille jusqu’au cimetière d’al-Baqî‘ et resta assis jusqu’à la fin de l’inhumation. Il porta la civière funéraire sur ses épaules depuis la maison des Banû Hazm jusqu’à la maison d’al-Mughîra ; là, Abû Hurayra (qu’Allah l’agrée) prit sa place et la porta jusqu’à la tombe. Le frère de Hafsa (qu’Allah l’agrée), ‘Abdullah ibn ‘Umar (qu’Allah les agrée), ainsi que ses fils ‘Âsim, Sâlim, ‘Abdullah et Hamza, descendirent la dépouille dans la tombe. Elle fut ainsi inhumée au cimetière d’al-Baqî‘. Cet avis a été rapporté par al-Wâqidî, par l’intermédiaire de Ma‘mar, al-Zuhrî et Sâlim.21 Ibn al-Athîr penche toutefois pour l’avis selon lequel Hafsa mourut au moment où Hasan ibn ‘Alî (qu’Allah les agrée) prêta allégeance à l’émir Mu‘âwiya (qu’Allah l’agrée). Cela eut lieu au mois de Jumâdâ al-Awwal de l’an 41 de l’Hégire, année appelée « l’année de l’unité ».

Selon une autre narration, elle mourut en l’an 27 de l’Hégire, sous le califat de ‘Uthmân, qu’Allah l’agrée. Cette opinion repose sur les propos de Wahb ibn Mâlik, qui a dit qu’elle mourut l’année de la conquête de l’Afrique. Or la conquête de l’Afrique eut lieu en l’an 27 de l’Hégire. Mais c’est là une grave erreur, car l’Afrique fut conquise à deux reprises. La première conquête eut lieu en l’an 27 de l’Hégire, et la seconde sous le califat de Mu‘âwiya, qu’Allah l’agrée. L’honneur de cette conquête revint à Mu‘âwiya ibn Khadîja, qu’Allah l’agrée.²² Au moment de sa mort, Hafsa, qu’Allah l’agrée, était âgée de 63 ou de 59 ans.

Avant sa mort, elle donna à son frère ‘Abdullah ibn ‘Umar, qu’Allah les agrée tous deux, le même conseil que son père ‘Umar, qu’Allah l’agrée, lui avait donné au moment de sa propre mort. Elle constitua en waqf, pour la cause d’Allah, le bien immobilier que son père lui avait laissé à Gâba‘.²³ Hafsa, qu’Allah l’agrée, ne laissa aucun enfant.²⁴

Bien qu’elle n’eût pas d’enfants, Hafsa, qu’Allah l’agrée, laissa derrière elle de nombreuses femmes et de nombreux hommes qui avaient entendu des hadiths auprès d’elle et les avaient ensuite transmis. Parmi les plus éminents, on peut citer : ‘Abdullah ibn ‘Umar, Hamza ibn ‘Abdullah, Safiyya bint Abî ‘Ubayda (l’épouse de ‘Abdullah), al-Muttalib ibn Abî Wadâ‘a, Umm Mubashshir al-Ansâriyya, ‘Abd al-Rahmân ibn al-Hârith ibn Hishâm, ‘Abdullah ibn Safwân ibn Umayya, Shutayr ibn Shakl, Sawâ al-Khuzâ‘î, al-Musayyib ibn Râfi‘, al-Majlaz et bien d’autres.²⁵

Soixante hadiths au total ont été rapportés de Hafsa, qu’Allah l’agrée. Elle les avait entendus directement du Messager d’Allah, qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix, et de son père ‘Umar, qu’Allah l’agrée.²⁶ Parmi les hadiths qu’elle a rapportés, quatre sont reconnus par al-Bukhârî et Muslim, et six ont été rapportés exclusivement par al-Bukhârî.²⁷

Hafsa, qu’Allah l’agrée, n’avait, comme tous les autres hommes et femmes de l’Arabie de son époque, reçu aucune instruction institutionnelle. Toutefois, quel plus grand maître aurait-elle pu avoir que son père ‘Umar, qu’Allah l’agrée, et son époux, le Messager d’Allah, qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix ? Sous leur éducation et leur tutelle, naquirent en elle un vif désir d’acquérir le savoir et une profonde aspiration à comprendre la religion. Divers événements montrent l’étendue de ses connaissances religieuses. Un jour, le Messager, qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix, dit : « J’espère que ceux qui ont participé à Badr et à Hudaybiyya n’entreront pas en Enfer. » Hafsa, qu’Allah l’agrée, s’écria : « Pourtant, Allah a dit : »

Ce sera en arabe :

« Il n’y a aucun parmi vous qui n’y parviendra (en Enfer). »

Le Messager, qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix, dit : « Oui, c’est exact, mais Allah a également dit : »

Ce sera en arabe

« Ensuite, Nous sauverons ceux qui craignent Dieu et Nous y laisserons les injustes agenouillés. » (sourate Maryam, 71-72)28

Constatant chez Hafsa (qu’Allah l’agrée) un vif désir d’apprendre et de savoir, le noble Messager (qu’Allah le bénisse et le salue) songeait constamment à lui enseigner diverses choses. Chifâ bint Abdallah était une femme Compagne. Elle savait écrire et lire. Hafsa apprit l’écriture auprès d’elle. Cette enseignante pratiquait une incantation destinée à soigner une sorte de plaie appelée namla’29. Un jour, elle se rendit auprès du noble Messager (qu’Allah le bénisse et le salue) et lui dit : « À l’époque de l’ignorance, je pratiquais des incantations. Si vous m’y autorisez, je vous en ferai entendre une. » Après l’avoir écoutée, le Messager (qu’Allah le bénisse et le salue) lui dit : « Enseigne également cette incantation à Hafsa. » Selon une autre narration, le Messager (qu’Allah le bénisse et le salue) dit à Chifâ : « Ne vas-tu pas enseigner à Hafsa l’invocation de la namla’, comme tu lui as appris à écrire ? »30 Durant la vie du noble Messager (qu’Allah le bénisse et le salue) et après sa mort, Hafsa (qu’Allah l’agrée) se consacrait abondamment à l’adoration et à la dévotion. Elle jeûnait constamment et passait de longues nuits à prier. Jibrîl (paix sur lui) dit à son sujet au Messager (qu’Allah le bénisse et le salue) : « Elle jeûne énormément et adore beaucoup pendant la nuit. »31 Selon une autre narration, Jibrîl (paix sur lui) dit : « C’est une femme vertueuse. »32 Il est rapporté qu’elle mourut alors qu’elle jeûnait.33

Elle détestait toutes les formes de dissension. Après la bataille de Siffîn, lorsque se posa la question de l’arbitrage à Dûmat al-Jandal, son frère Abdallah ibn Umar (qu’Allah les agrée) ne voulut pas sortir de chez lui, considérant cela comme une source de troubles et de sédition. Mais Hafsa lui dit : « Tu ne tireras aucun avantage de ta participation, mais tu devrais y prendre part, car les gens attendront ton opinion. Il se peut même que ton absence crée des divisions parmi eux. »34 Selon une autre narration, elle dit : « Il ne convient pas de se tenir à l’écart d’une affaire susceptible d’apporter la réconciliation au sein de la communauté de Muhammad. Tu es le beau-frère du Messager d’Allah (qu’Allah le bénisse et le salue) et le fils d’Umar ibn al-Khattab. »35

Après le décès du Messager d’Allah (qu’Allah le bénisse et le salue), Hafsa (qu’Allah l’agrée) s’adressait aux califes, notamment à son père, le deuxième calife Umar (qu’Allah l’agrée), au sujet de diverses revendications au nom du peuple. Il arrivait souvent que le calife prenne également conseil auprès de sa fille. On trouve plusieurs exemples de ce genre dans les ouvrages de sîra.

Même après être devenu calife, Umar (qu’Allah l’agrée) subvenait aux besoins de son foyer grâce à l’allocation qui lui avait été fixée à l’époque du premier calife, Abû Bakr (qu’Allah l’agrée). Cependant, constatant que cette allocation ne suffisait pas à faire vivre correctement son ménage, d’éminents Compagnons, parmi lesquels Uthman, Ali, Talha et Zubayr (qu’Allah les agrée), se réunirent pour en discuter. Ils décidèrent d’en parler au calife Umar (qu’Allah l’agrée). Mais qui oserait attacher la clochette au cou du chat ? Aucun d’eux n’eut le courage d’aborder la question avec le calife. Finalement, ils se tournèrent vers Hafsa et la prièrent de parler elle-même au calife. Hafsa (qu’Allah l’agrée) lui en parla, mais le calife la congédia en lui rappelant la simplicité et l’absence de faste qui avaient caractérisé la vie du Messager d’Allah (qu’Allah le bénisse et le salue).36

Une autre fois, elle demanda à son père, le calife Umar (qu’Allah l’agrée), d’améliorer la qualité de ses vêtements et de sa nourriture, en lui disant : « Allah Très-Haut a maintenant accordé aux musulmans des moyens de subsistance plus larges qu’auparavant. » Umar (qu’Allah l’agrée) pleura abondamment en rappelant à sa fille les dures réalités de la vie du Messager d’Allah (qu’Allah le bénisse et le salue).37

Un jour, des biens et de l’argent parvinrent au calife Umar (qu’Allah l’agrée). Hafsa vint lui dire : « Ô émir des croyants ! Allah Très-Haut a recommandé de traiter convenablement les proches parents. Tes proches ont donc un droit sur ces biens. » En entendant les paroles de sa fille, le calife répondit : « Le droit de mes proches porte sur mes biens. Or ces biens appartiennent aux musulmans. Ma fille, tu trompes ton père. Lève-toi et va-t’en d’ici. » Hafsa quitta alors rapidement les lieux, tandis qu’elle tentait de tirer le pan de son voile.38 Il est rapporté d’Ibn Jurayj que, par une nuit, alors que le calife Umar (qu’Allah l’agrée) accomplissait le tawaf autour de la Kaaba, il entendit une femme chanter d’une voix plaintive une chanson d’amour triste, dont voici les deux vers :

Ce sera en arabe

— Cette nuit est devenue longue et vaste, et tout alentour est plongé dans une profonde obscurité. Je veille seul, sans aucun être cher à mes côtés avec qui converser tendrement.

— Allah, l’Unique et Incomparable ! Si la crainte de Lui n’existait pas, les murs de cette chambre auraient certainement tremblé tout autour de cette couche.

Le calife Umar (qu’Allah l’agrée) se rendit auprès de la femme et lui demanda : « Que t’arrive-t-il ? » La femme répondit : « Mon mari est éloigné de moi depuis plusieurs mois. Le désir de le retrouver est devenu très intense en moi. » Umar (qu’Allah l’agrée) alla ensuite trouver sa fille Hafsa et lui dit : « Je voudrais te poser une question importante ; aide-moi, je t’en prie. Lorsque les femmes sont séparées de leur mari, au bout de combien de temps le désir de le retrouver devient-il intense ? » Hafsa baissa la tête, honteuse. Umar dit : « Allah n’éprouve aucune gêne à faire connaître la vérité. » Hafsa indiqua alors de la main trois ou quatre mois. Umar (qu’Allah l’agrée) ordonna ensuite qu’aucun soldat ne soit retenu plus de quatre mois.39

Al-Bayhaqi (9/29) rapporte d’après Ibn Umar (qu’Allah l’agrée) qu’un jour, alors qu’il parcourait la ville durant la nuit, il entendit une femme réciter les deux vers précédents. Il demanda ensuite à Hafsa : « Combien de temps au maximum les femmes peuvent-elles rester sans leur mari ? » Hafsa répondit : « Six ou quatre mois. » Umar (qu’Allah l’agrée) dit : « Je ne retiendrai aucun soldat plus longtemps que cela. »40

Hafsa (qu’Allah l’agrée) était la fille d’Umar (qu’Allah l’agrée). Comme son père, elle avait un tempérament quelque peu vif. Il lui arrivait de répondre aux paroles du Messager d’Allah (qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix), ce qui risquait parfois de provoquer des tensions dans leur vie conjugale. Un récit à ce sujet est rapporté notamment par al-Bukhari et dans d’autres ouvrages. Umar (qu’Allah l’agrée) dit un jour à Ibn Abbas (qu’Allah les agrée tous deux) : « À l’époque de l’Ignorance, les femmes qurayshites étaient soumises et obéissantes aux hommes. Nous ne leur accordions pas la moindre importance. L’islam leur a donné de la considération. Après la révélation de nombreux versets à leur sujet, nous avons pris conscience de leur rang et de leur mérite. Lorsque nous sommes arrivés à Médine, nous avons constaté que les femmes médinoises s’imposaient aux hommes et les tenaient dans l’obéissance. Peu à peu, nos femmes commencèrent à apprendre auprès d’elles. Ma maison se trouvait dans le quartier des Banû Umayya ibn Zayd, à al-Awâlî. Un jour, je me mis dans une grande colère contre ma femme. Elle ne s’en laissa pas démonter et me répondit mot pour mot. Cette réponse me déplut beaucoup. Elle me dit alors : “Ma façon de vous répondre ne vous plaît pas, alors que les épouses du Messager d’Allah (qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix) lui répondent également. Certaines d’entre elles restent même éloignées de lui jusqu’au soir.” Dans une autre version, elle dit : “Votre fille Hafsa répond au Messager d’Allah (qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix) en pleine figure, au point qu’il reste accablé toute la journée.”

Umar (qu’Allah l’agrée) dit : « En entendant cela, je me précipitai chez Hafsa et lui demandai : “Vous arrive-t-il de répondre aux paroles du Messager d’Allah (qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix) ?” Hafsa répondit : “Oui, cela nous arrive.” Je demandai : “Certaines d’entre vous restent-elles éloignées de lui jusqu’à la nuit ?” Hafsa répondit : “Oui.” Je dis : “Celle d’entre vous qui agit ainsi ne réussira pas ; elle sera perdante. L’une d’entre vous se croit-elle à l’abri de la colère d’Allah après avoir provoqué la colère du Messager d’Allah (qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix) ? Que celle qui est plus belle que toi et plus aimée du Messager d’Allah (qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix) ne te trompe pas.” »42

Une autre version rapporte qu’Umar (qu’Allah l’agrée) dit à Hafsa : « Prends garde ! Ne fais pas cela. Je t’avertis de ne pas perdre la paix d’Allah. Ne te laisse pas prendre au piège de l’orgueil de celle dont la beauté a subjugué le Messager d’Allah (qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix). » (Il s’agit d’Aïcha, qu’Allah l’agrée.)43 Une autre version rapporte qu’il dit à Hafsa (qu’Allah l’agrée) : « Ne réponds pas au Messager d’Allah (qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix). Tu n’as ni la beauté de Zaynab ni la chance d’Aïcha. »44 At-Tirmidhi rapporte qu’un jour, la Mère des croyants, Safiyya, était assise et pleurait. Le Messager d’Allah (qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix) entra dans la maison et, la voyant pleurer, lui demanda la raison de ses larmes. Safiyya répondit : « Hafsa m’a appelée “fille de Juive”. » Le Messager d’Allah (qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix) dit à Hafsa : « Crains Allah. » Puis il dit à Safiyya : « Tu es la fille d’un prophète, ton oncle est également un prophète et tu es l’épouse d’un prophète. En quoi Hafsa pourrait-elle donc se montrer fière devant toi ? »45 Une autre fois, Hafsa et Aïcha (qu’Allah les agrée) dirent à Safiyya : « Auprès du Messager d’Allah (qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix), nous avons toutes deux un rang supérieur au tien. Nous sommes ses épouses et, de plus, ses cousines. » Ces paroles blessèrent profondément Safiyya. Elle leur dit : « Pourquoi ne leur as-tu pas répondu que vous ne pouviez avoir un rang supérieur au mien, puisque mon mari est Muhammad, mon père Aaron et mon oncle Moïse ? »46

Bien qu’Aïcha et Hafsa (qu’Allah les agrée) fussent coépouses, leurs relations étaient celles de deux sœurs. Dans la plupart des affaires, elles se soutenaient mutuellement. Aïcha (qu’Allah l’agrée) a dit au sujet de Hafsa : « Hafsa est la fille de son père. De même que son père était résolu dans chacune de ses paroles et chacun de ses actes, Hafsa l’était également. »⁴⁷ Parmi les épouses du Messager d’Allah (que la bénédiction et la paix d’Allah soient sur lui), Hafsa était la seule à pouvoir prétendre être mon égale.⁴⁸ Nous étions toutes deux comme les doigts d’une même main.⁴⁹

Le Messager d’Allah (que la bénédiction et la paix d’Allah soient sur lui) était alité, atteint de sa maladie finale. Il était arrivé au terme de sa vie. L’heure de la prière arriva. Il dit : « Ordonne à Abû Bakr de diriger la prière des gens. » Aïcha dit : « Abû Bakr est un homme au cœur tendre. Lorsqu’il se tiendra à la place du Messager d’Allah (que la bénédiction et la paix d’Allah soient sur lui) pour réciter le Coran, les pleurs lui noueront la gorge et les gens n’entendront rien. » Elle dit ces paroles à Hafsa et lui demanda de prier le Messager d’Allah (que la bénédiction et la paix d’Allah soient sur lui) de lui ordonner, à elle, de diriger la prière à sa place. Lorsque Hafsa, conformément à la demande d’Aïcha, en parla au Messager d’Allah (que la bénédiction et la paix d’Allah soient sur lui), il remarqua : « Vous êtes toutes comme les compagnes de Joseph. »⁵⁰

Malgré l’excellente entente entre Aïcha et Hafsa et la grande affection qui les unissait, les penchants naturels des femmes se manifestaient parfois entre elles. Elles étaient sujettes à la jalousie lorsqu’il s’agissait de la compagnie et de l’affection de leur époux. Un jour, elles accompagnèrent toutes deux le Messager d’Allah (que la bénédiction et la paix d’Allah soient sur lui) lors d’un voyage. La nuit, le Messager d’Allah (que la bénédiction et la paix d’Allah soient sur lui) montait le chameau d’Aïcha et avançait en conversant avec elle. Un jour, Hafsa dit à Aïcha : « Si, cette nuit, tu montais mon chameau et que je montais le tien, nous verrions quelque chose de différent. » Aïcha (qu’Allah l’agrée) accepta. Le Messager d’Allah (que la bénédiction et la paix d’Allah soient sur lui) poursuivit donc la route avec Hafsa sur sa monture. Lorsqu’elles arrivèrent à l’étape et qu’Aïcha ne trouva pas le Messager d’Allah (que la bénédiction et la paix d’Allah soient sur lui), elle se mit à remuer ses pieds dans l’herbe idhkhir et à dire avec colère : « Ô Allah ! Si seulement un serpent ou un scorpion me piquait ! »⁵¹

Aïcha et Hafsa étaient respectivement les filles d’Abû Bakr (qu’Allah l’agrée) et de ‘Umar (qu’Allah l’agrée). Ces deux grandes personnalités étaient très proches du Noble Messager (que la bénédiction et la paix d’Allah soient sur lui). C’est pourquoi, dans la vie familiale du Messager d’Allah (que la bénédiction et la paix d’Allah soient sur lui), Aïcha et Hafsa formaient un front uni face aux autres Mères des croyants. Cette alliance a joué un rôle derrière nombre d’événements de la vie familiale du Saint Prophète (que la bénédiction et la paix d’Allah soient sur lui).

Nous devons garder à l’esprit que tous les événements, grands ou petits, de la vie du Messager d’Allah (que la bénédiction et la paix d’Allah soient sur lui) ne sont pas de simples événements semblables à ceux de la vie des gens ordinaires. Chacun d’eux contient un enseignement pour l’humanité. Allah Très-Haut a voulu, par ces événements, enseigner concrètement à l’humanité différentes règles et différents comportements. Sinon, Il aurait pu éviter que de tels événements ne se produisent dans la vie de Son Prophète. Nous devons considérer ainsi chaque événement de la vie de notre Prophète bien-aimé.

La sourate At-Tahrîm fut révélée au cours de la neuvième année de l’hégire. À l’origine de cette révélation se trouve un événement de la vie familiale du Messager d’Allah (que la bénédiction et la paix d’Allah soient sur lui). Les douceurs et le miel étaient parmi les aliments préférés du Noble Messager (que la bénédiction et la paix d’Allah soient sur lui). Habituellement, après la prière de l’après-midi, il rendait visite à chacune de ses épouses dans sa demeure. Un jour, il resta chez Zaynab (qu’Allah l’agrée) un peu plus longtemps que d’habitude. Aïcha en fut contrariée. Elle apprit qu’une femme avait envoyé à Zaynab du miel en cadeau. Le Messager (que la bénédiction et la paix d’Allah soient sur lui) en avait bu chez Zaynab, raison pour laquelle il était resté plus longtemps dans sa demeure. Aïcha et Hafsa s’allièrent. Aïcha dit à Hafsa : « Lorsque le Messager (que la bénédiction et la paix d’Allah soient sur lui) viendra chez l’une de nous, nous lui dirons : “Une odeur de maghafîr émane de votre bouche.” » (Le maghafîr est le pluriel de maghfûr. Il s’agit de la fleur d’une plante dont les abeilles tirent leur miel.) Aïcha enseigna la même formule à Safiyya. Lorsque le Messager (que la bénédiction et la paix d’Allah soient sur lui) vint chez elles, elles lui dirent toutes deux la même chose, conformément à leur décision préalable. Le Messager d’Allah (que la bénédiction et la paix d’Allah soient sur lui) détestait fortement les mauvaises odeurs. Puis, lorsqu’il se rendit de nouveau chez Zaynab, elle lui dit qu’il n’y avait pas lieu de rester. Il s’interdit alors à lui-même de boire du miel. Lorsqu’Aïcha apprit cette décision du Messager d’Allah (que la bénédiction et la paix d’Allah soient sur lui), elle dit à Hafsa d’un ton de regret : « Nous avons commis une grave erreur. Nous avons privé le Messager d’Allah (que la bénédiction et la paix d’Allah soient sur lui) de l’une de ses choses préférées. » C’est dans ce contexte que furent révélés les versets suivants de la sourate At-Tahrîm :⁵²

— Ô Prophète, pourquoi t’interdis-tu ce qu’Allah t’a rendu licite, cherchant à satisfaire tes épouses ? (At-Tahrîm, 1)

Dans les différentes versions rapportées au sujet de celle qui servit du miel au Messager d’Allah (que la bénédiction et la paix d’Allah soient sur lui), des noms différents sont mentionnés. Certaines versions citent Hafsa. Dans ce cas, Aïcha s’allia à Sawda et à Safiyya. C’est également ce que laisse comprendre une narration d’Ibn Sa‘d.⁵³ D’autres versions mentionnent aussi le nom d’Umm Salama.⁵⁴

Le Messager d’Allah (صلى الله عليه وسلم) décida de ne plus boire de miel afin de satisfaire ses épouses, et leur demanda de garder cette décision secrète, pour que celle qui lui avait servi le miel n’en soit pas peinée. Selon la plupart des récits, le Messager (صلى الله عليه وسلم) confia ce secret à Hafsa (رضي الله عنها). Mais Hafsa ne put le garder secret et le révéla à Aïcha. C’est à propos de cet événement qu’Allah dit dans le troisième verset de la sourate At-Tahrîm : « Lorsque le Prophète confia un secret à l’une de ses épouses, puis qu’elle le divulgua et qu’Allah l’en informa, le Prophète en fit connaître une partie et passa sur une autre. Puis, lorsqu’il le lui en fit part, elle demanda : “Qui t’en a informé ?” Il répondit : “Celui qui sait tout et qui est parfaitement informé m’en a informé.”

Au sujet de la cause de la révélation de la sourate At-Tahrîm, al-Wâqidî et de nombreux autres spécialistes de la Sîra rapportent également un autre événement. Un jour, Hafsa (رضي الله عنها) n’était pas chez elle. À ce moment-là, le Messager (صلى الله عليه وسلم) entra dans sa chambre et appela son esclave Maria la Copte pour passer du temps avec elle. Entre-temps, Hafsa revint et, sous l’effet de son mécontentement, s’interdit à elle-même la compagnie de cette esclave. Il lui demanda également de garder cette affaire secrète. Mais elle ne put la garder secrète et la révéla à Aïcha. C’est alors que la sourate At-Tahrîm fut révélée. Nâfi‘ a dit : « N’est-il pas exact que le Messager (صلى الله عليه وسلم) s’était interdit son esclave, puis qu’Allah Très-Haut lui avait ordonné, après avoir rompu son serment, d’acquitter une expiation ? »⁵⁵

C’est au sujet de ces deux femmes qui avaient provoqué ces événements et placé le Messager d’Allah (صلى الله عليه وسلم) dans une situation embarrassante qu’Allah révéla le quatrième verset de la sourate At-Tahrîm : « Si vous vous repentez toutes deux à Allah, c’est que vos cœurs ont dévié. Mais si vous vous liguez toutes deux contre le Prophète, sachez qu’Allah, Gabriel et les croyants vertueux sont son soutien. »⁵⁶ Ces deux femmes étaient Aïcha (رضي الله عنها) et Hafsa (رضي الله عنها). Au sujet de leur identité, on trouve dans le Sahîh de Boukhari un long récit d’Ibn ‘Abbâs (رضي الله عنه). Il y dit : « Je souhaitais depuis quelque temps interroger ‘Umar (رضي الله عنه) au sujet des deux femmes auxquelles le Coran dit : “Si vous vous repentez toutes deux…” Finalement, lorsqu’il partit un jour pour accomplir le pèlerinage, je profitai de l’occasion pour l’accompagner. Un jour, en chemin, tandis qu’il faisait ses ablutions et que je lui versais de l’eau, je lui demandai : “Qui sont les deux femmes au sujet desquelles le Coran dit : ‘Si vous vous repentez toutes deux’ ?” ‘Umar répondit : “Chose étonnante, vous ne le savez pas ? Ce sont Hafsa et Aïcha (رضي الله عنهما).” »⁵⁷

Cette querelle apparemment insignifiante au sein de la famille du Prophète n’était pas une affaire ordinaire. Les hypocrites cherchaient constamment à provoquer une quelconque rupture entre la famille même du Prophète et ses proches et alliés privilégiés. Ayant appris ce différend banal entre les Mères des croyants, ils voulurent peut-être l’attiser davantage. Ils pensaient pouvoir désormais dresser contre le Messager d’Allah (صلى الله عليه وسلم) Abû Bakr et ‘Umar (رضي الله عنهما), les pères d’Aïcha et de Hafsa. Mais ils ignoraient que, aux pieds du Messager d’Allah (صلى الله عليه وسلم), ces deux hommes étaient prêts à sacrifier non seulement leurs filles, mais aussi leur propre vie. Ainsi, ‘Umar (رضي الله عنه), n’ayant pas obtenu la permission de voir Hafsa, s’écria : « Si j’en reçois l’autorisation, je reviendrai avec la tête de Hafsa. »⁵⁸ Le quatrième verset de la sourate At-Tahrîm fait précisément allusion à cela : même si Aïcha et Hafsa complotaient et que les hypocrites en tiraient parti, Allah aiderait tout de même Son Prophète. Avec Allah se tiennent Gabriel, les anges et les croyants, hommes et femmes, du monde entier.⁵⁹

Il est rapporté qu’après ces événements, le noble Messager (صلى الله عليه وسلم) divorça de Hafsa (رضي الله عنها), puis la reprit. C’est ce qu’a rapporté ‘Âsim ibn ‘Umar.⁶⁰ Après le divorce, Gabriel (عليه السلام) vint trouver le Messager (صلى الله عليه وسلم) et lui dit : « Hafsa jeûne beaucoup et accomplit de nombreuses prières durant la nuit. Elle sera votre épouse au Paradis. » Sur ces paroles de Gabriel, le Messager (صلى الله عليه وسلم) la reprit.⁶¹

Ibn Sa‘d rapporte un récit de Qays ibn Yazîd et d’Ibn Sîrîn. Le Prophète (صلى الله عليه وسلم) prononça un divorce à l’encontre de Hafsa (رضي الله عنها). Puis les deux oncles maternels de Hafsa, Qudâma et ‘Uthmân ibn Maz‘ûn, vinrent la voir. Hafsa leur dit en pleurant : « Par Allah ! Il ne m’a pas divorcée pour quelque mauvaise action que ce soit. » À ce moment-là, le Prophète (صلى الله عليه وسلم) arriva et dit : « Gabriel m’a dit de reprendre Hafsa, car elle jeûne beaucoup et accomplit de nombreuses prières. Elle sera votre épouse au Paradis. » »⁶²

‘Umar ibn al-Khattâb (رضي الله عنه) dit : « Un jour, le Messager d’Allah (صلى الله عليه وسلم) s’éloigna de ses épouses. La rumeur se répandit qu’il avait divorcé de toutes ses épouses. Cela se produisit avant l’institution du voile. Je me rendis auprès d’Aïcha et lui dis : “Fille d’Abû Bakr ! As-tu entendu que les gens disent que tu fais souffrir le Messager d’Allah ?” Aïcha répondit : “Ô fils d’al-Khattâb, en quoi cela vous concerne-t-il ? Vous pouvez aller ailleurs.” »

Ensuite, je me rendis auprès de Hafsa et lui dis : « Par Allah, j’ai appris qu’il ne t’aimait pas. Si je n’étais pas là, il aurait certainement divorcé de toi. » En entendant cela, Hafsa se mit à pleurer abondamment. Je demandai : « Où est le Messager d’Allah (صلى الله عليه وسلم) ? » Elle répondit : « Il est dans une pièce voisine. » Je vis le Messager d’Allah (صلى الله عليه وسلم) assis à cet endroit. Son manteau était suspendu à la porte. Par son intermédiaire, je demandai à rencontrer le Messager d’Allah (صلى الله عليه وسلم). Finalement, j’en reçus l’autorisation. Je dis au Messager d’Allah (صلى الله عليه وسلم) : « Si vous m’en donnez la permission, je couperai la tête de Hafsa. » Le Messager (صلى الله عليه وسلم) me fit signe de la main de m’apaiser. Je me calmai et demandai : « Ô Messager d’Allah ! Avez-vous divorcé de vos épouses ? » Il répondit : « Non. » Alors, me tenant à la porte de la mosquée, je proclamai à haute voix : « Le Messager d’Allah (صلى الله عليه وسلم) n’a divorcé d’aucune de ses épouses. » C’est alors que fut révélé le 83e verset de la sourate An-Sîrâr.⁶³ Les sources rapportent cet événement de différentes manières.

À travers les récits concernant les tensions et les divorces au sein de la famille du Prophète, de nombreuses qualités et mérites de Hafsa (qu’Allah l’agrée), ainsi que certaines règles de la charia, sont devenus clairs pour moi. Par exemple :

  1. Le divorce est une pratique licite. S’il est prononcé pour répondre à un besoin ou dans un intérêt légitime, il n’est pas contraire à la perfection.⁶⁴
  2. Allah Lui-même a loué Hafsa en attestant qu’elle jeûnait et priait beaucoup.
  3. Au Paradis également, elle aura le bonheur d’être l’épouse du Prophète (qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix).
  4. Pour lui faire plaisir, le Prophète (qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix) s’interdit à lui-même deux choses pourtant licites.
  5. D’après les propos d’Aïcha (qu’Allah l’agrée), on sait qu’elle ressemblait à son père.

6. De petites tensions dans la vie conjugale sont chose naturelle. Dans ce domaine, l’exemple du Prophète (qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix) doit être suivi.

Hafsa (qu’Allah l’agrée) éprouvait une grande crainte du Dajjâl. À Médine vivait un homme nommé Ibn Sayyâd. Beaucoup des signes ou caractéristiques du Dajjâl que le Messager d’Allah (qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix) avait décrits se retrouvaient chez cet homme. Le Messager d’Allah lui-même (qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix) éprouvait même des doutes à son sujet. Un jour, Hafsa et Abd Allah ibn Umar (qu’Allah les agrée) rencontrèrent cet homme sur leur chemin. Lorsque Ibn Umar lui adressa quelques paroles, il se mit tellement en colère et s’emporta à tel point qu’il barra le passage. Ibn Umar s’apprêta à le frapper. Hafsa prit peur et dit à Ibn Umar : « Qu’as-tu à faire avec lui ? Ne sais-tu pas que le Messager d’Allah (qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix) a dit : “C’est la colère du Dajjâl qui sera la cause de sa sortie” ? »⁶⁵

Il serait impossible de décrire et d’achever, dans un court article, l’honneur et le rang de Hafsa, la Mère des croyants (qu’Allah l’agrée). Allah a fait savoir que, tout comme elle s’était intimement liée à la vie du Messager (paix et bénédictions d’Allah sur lui) en ce monde, elle lui restera également intimement liée dans la vie de l’Au-delà.

Zaynab bint Khuzayma (qu’Allah l’agrée)

Zaynab bint Khuzayma ibn al-Harith al-Hilâliyya était la fille des Banû Bakr ibn Hawâzin. Son titre, ou laqab, était Umm al-Masâkîn. Lorsque son époux mourut en martyr à la bataille d’Uhud, le Messager noble (paix et bénédictions d’Allah sur lui) l’épousa cette même année, et elle obtint ainsi l’incomparable rang de Mère des croyants.

Il existe des divergences au sujet de l’identité du premier époux de Zaynab bint Khuzayma (qu’Allah l’agrée). Selon Balâdhurî, Ibn al-Kalbî et le généalogiste Abû al-Hasan ‘Alî al-Jurjânî, son premier époux, avant son mariage avec le Messager d’Allah (paix et bénédictions d’Allah sur lui), était Tufayl ibn al-Hâsî. Tufayl ibn al-Hârith. Lorsque Tufayl la répudia, son frère ‘Ubayda ibn al-Hârith l’épousa. Il fut blessé à Badr et mourut à al-Safra. ‘Ubayda avait alors soixante-quatre ans. Ensuite, le Messager (paix et bénédictions d’Allah sur lui) l’épousa au mois de Ramadan de la troisième année de l’Hégire. C’est ce qu’ont rapporté Balâdhurî et Ibn Sa‘d.¹

Yûnus ibn Muhammad rapporte, d’après Ibn Ishâq, qu’elle avait auparavant été l’épouse d’al-Husayn ibn al-Hârith ibn ‘Abd al-Muttalib, ou de son frère al-Tufayl ibn al-Hârith.² Ibn Hishâm dit qu’avant son mariage avec le Messager d’Allah (paix et bénédictions d’Allah sur lui), elle était l’épouse de ‘Ubayda ibn al-Hârith. Avant ‘Ubayda, elle avait été l’épouse de Jahm ibn ‘Amr ibn al-Hârith. Ce Jahm était son cousin paternel.³

Cependant, selon Ibn ‘Abd al-Barr et Ibn al-Athîr, elle était, immédiatement avant son mariage avec le Messager d’Allah (paix et bénédictions d’Allah sur lui), l’épouse de ‘Abdullâh ibn Jahsh.⁴ Au cours de la troisième année de l’Hégire, ce ‘Abdullâh mourut en martyr à la bataille d’Uhud. Les mécréants mutilèrent son cadavre en coupant et en séparant ses membres. Il était le fils de Umayma bint ‘Abd al-Muttalib, la tante paternelle du Messager d’Allah (paix et bénédictions d’Allah sur lui). La mort si tragique de son époux causa une profonde douleur à Zaynab (qu’Allah l’agrée). L’imam Zuhrî a également rapporté cela.⁵

Au début du mois de Ramadan de la troisième année de l’Hégire, le Messager (paix et bénédictions d’Allah sur lui) l’épousa et lui remit douze uqiyya d’or au titre du mahr. Ibn Hishâm dit qu’il l’épousa en lui accordant quatre cents dirhams comme mahr.⁶ La médiation de ce mariage fut assurée par Qubaysa ibn ‘Amr al-Hilâlî (qu’Allah l’agrée).⁷ Selon certains récits, elle vécut deux ou trois mois après son mariage avec le Messager d’Allah (paix et bénédictions d’Allah sur lui).⁸ Balâdhurî dit qu’elle mourut vers la fin du huitième jour de Rabî‘ ath-Thânî.⁹ Cette opinion semble être la plus exacte. Elle avait trente ans au moment de sa mort. Parmi les épouses du Messager d’Allah (paix et bénédictions d’Allah sur lui), elle fut, après Khadîja, la première à entrer au Paradis de son vivant. Le Messager d’Allah accomplit la prière funéraire sur elle et la fit enterrer dans le cimetière de Baqî‘, à Médine.¹¹

Ibn Hajar (qu’Allah l’agrée) dit qu’après Hafsa (qu’Allah l’agrée), le Messager (paix et bénédictions d’Allah sur lui) fit venir Zaynab bint Khuzayma (qu’Allah l’agrée) dans sa demeure. Selon un récit d’Umm Salama (qu’Allah l’agrée), après la mort de Zaynab bint Khuzayma, le Messager (paix et bénédictions d’Allah sur lui) l’épousa et la fit entrer dans sa propre demeure.¹²

Certains ont dit que le Messager d’Allah (qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix) faisait allusion, par cette parole,

Le texte arabe sera :

« Celle d’entre vous qui a la main la plus longue me rejoindra très rapidement après ma mort. » Par cette parole, il aurait été fait allusion à Zaynab bint Khuzayma. L’expression « longue main » est employée au sens métaphorique et signifie la générosité. Comme Zaynab faisait beaucoup d’aumônes et de dons, c’est elle qui aurait été désignée par l’expression « longue main ».

Mais leur opinion est totalement erronée. En réalité, ce hadith désigne Zaynab bint Jahsh (qu’Allah l’agrée). Elle mourut après le décès du Messager d’Allah (qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix), avant les autres Moutahharat. Les traditionnistes sont d’ailleurs unanimes à reconnaître que Zaynab bint Khuzayma (qu’Allah l’agrée) décéda du vivant du Messager d’Allah (qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix).13

Ibn Hichâm dit :14

Le texte arabe sera :

— En raison de sa compassion, de sa tendresse et de sa solidarité envers les pauvres et les nécessiteux, on l’appelait « Umm al-Masâkîn », c’est-à-dire « la mère des nécessiteux ».

Le hâfiz Ibn Hajar (qu’Allah l’agrée) dit :15

sera en arabe

Elle nourrissait les pauvres et les nécessiteux et leur faisait la charité ; c’est pourquoi elle était appelée Umm al-Masākīn, la mère des nécessiteux.

Ibn ʿAbd al-Barr et al-Balādhurī disent qu’elle était déjà appelée de ce nom à l’époque antéislamique.16

Umm Salama bintAbī Umayya (qu’Allah l’agrée)

Le véritable nom de la Mère des croyants, Umm Salama (qu’Allah l’agrée), était Hind. « Umm Salama » était son surnom, et c’est sous ce nom qu’elle était connue.1 Certains ont dit que son nom était Ramla, mais les traditionnistes l’ont considéré comme dépourvu de fondement.2 En réalité, Ramla était le nom de la Mère des croyants Umm Habība (qu’Allah l’agrée). Le père d’Umm Salama (qu’Allah l’agrée) était Abū Umayya ibn al-Mughīra ibn ʿAbd Allāh ibn ʿAmr ibn al-Makhzūm. Le véritable nom d’Abū Umayya était Hudhayfa, mais il était connu sous le nom d’Abū Umayya.3 Son surnom était Zād ar-Rakb, c’est-à-dire « la provision de la caravane ». Il occupait une place particulière parmi les Mecquois généreux et hospitaliers. Lorsqu’il partait quelque part avec une caravane, il assumait à lui seul toutes les dépenses et toutes les responsabilités de la caravane, y compris sa nourriture et ses boissons. Les Arabes de son époque, impressionnés par sa générosité et sa grandeur d’âme, lui décernèrent ce surnom.4 Il convient de signaler qu’à cette époque, trois personnes seulement parmi les Quraysh portaient le surnom de Zād ar-Rakb : Abū Umayya ibn al-Mughīra, al-Aswad ibn ʿAbd al-Muttalib et Musāfir ibn Abī ʿAmr.5

Hishām, le père d’Abū Jahl de La Mecque, Hāshim, le grand-père maternel de ʿUmar ibn al-Khattāb (qu’Allah l’agrée), al-Walīd ibn al-Mughīra, le père de Khālid ibn al-Walīd (qu’Allah l’agrée), Abū Hudhayfa al-Makhzūmī, Abū Rabīʿa, le père de ʿAyyāsh ibn Rabīʿa, Fākihah, Hafs, le premier mari de Hind bint ʿUtba, et ʿAbd Shams étaient tous des fils d’al-Mughīra al-Makhzūmī, les frères d’Abū Umayya et les oncles paternels d’Umm Salama (qu’Allah l’agrée). D’autre part, Umm Harmala bint Hishām, la mère de ʿAmr ibn al-ʿĀs (qu’Allah l’agrée), et Khantama bint Hāshim, la mère de ʿUmar ibn al-Khattāb (qu’Allah l’agrée), étaient toutes deux les cousines paternelles d’Umm Salama (qu’Allah l’agrée). Khālid ibn al-Walīd, al-Walīd ibn al-Walīd, ʿAyyāsh ibn Abī Rabīʿa, Salama ibn Hishām, Abū Jahl ibn Hishām, Khālid ibn Hishām et al-Hārith ibn Hishām étaient tous ses cousins paternels.6

La mère d’Umm Salama (qu’Allah l’agrée) s’appelait ʿĀtika bint ʿĀmir ibn Rabīʿa ibn Mālik al-Kināniyya.7 Certains auteurs ont pensé que la mère d’Umm Salama (qu’Allah l’agrée), ʿĀtika, était la fille de ʿAbd al-Muttalib. Umm Salama (qu’Allah l’agrée) aurait donc été la cousine du Messager d’Allah.8 En réalité, cette ʿĀtika avait épousé le père d’Umm Salama et lui avait donné trois enfants : ʿAbd Allāh, Umm Zuhayr et Qarība. Mais cette ʿĀtika n’était pas la mère d’Umm Salama (qu’Allah l’agrée). Sa mère était ʿĀtika, la fille de ʿĀmir ibn Rabīʿa.9

Premier mariage

Le premier mariage de Ḥaḍrat Umm Salama (qu’Allah l’agrée) fut avec ʿAbdullah ibn ʿAbd al-Asad al-Makhzumi, dont le surnom était Abou Salama et sous lequel il était connu. Hilal, le grand-père paternel d’Abou Salama, et Mughirah, le grand-père paternel d’Umm Salama, étaient deux frères. ʿAbdullah, le père d’Abou Salama, était l’oncle paternel par alliance du Messager d’Allah (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui). Il épousa Burrah, la tante paternelle du Messager d’Allah (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui). Salama (qu’Allah l’agrée) était leur fils. Ḥaḍrat Abou Talib, Ḥaḍrat Ḥamzah (qu’Allah l’agrée) et Ḥaḍrat ʿAbbas (qu’Allah l’agrée) étaient les oncles maternels respectés d’Abou Salama.10 D’autre part, Abou Salama était le frère de lait du Messager d’Allah (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui).11

Tous deux, mari et femme, faisaient partie de ceux que l’on appelait les qadîm al-islâm, c’est-à-dire ceux qui avaient embrassé l’islam au tout début. À l’époque où, aux débuts de l’islam, les gens étaient plongés dans l’hésitation et l’incertitude, se demandant s’ils devaient ou non embrasser l’islam, et où prendre la bonne décision était une tâche extrêmement difficile, ce couple eut le bonheur d’embrasser l’islam.12 Ibn al-Athir écrit qu’Abou Salama ibn ʿAbd al-Asad, Abou ʿUbaydah ibn al-Ḥarith, al-Arqam ibn Abî al-Arqam et ʿUthman ibn Maẓʿun embrassèrent tous l’islam en même temps. Après eux, ʿAbdullah ibn Masʿud, Saʿd ibn Zayd et d’autres devinrent musulmans.13

Après qu’il eut embrassé l’islam, les Banû Makhzum se mirent à infliger de cruelles persécutions à Ḥaḍrat Abou Salama (qu’Allah l’agrée). Finalement, il s’enfuit et alla chercher refuge auprès de Ḥaḍrat Abou Talib. Les membres des Banû Makhzum dirent : « Abou Talib ! Jusqu’à présent, vous avez soutenu et aidé votre neveu ; maintenant, vous ne livrez pas non plus entre nos mains le fils de notre frère qui se trouve sous votre protection. » Abou Talib répondit : « De même que je protège le fils de mon frère du danger, je protège aussi le fils de ma sœur de ce même danger. » Lorsque l’ordre d’accomplir l’Hégire fut donné, il émigra en Abyssinie. Ibn Isḥaq dit qu’il fut le tout premier à émigrer en Abyssinie avec son épouse.14

L’Hégire

De même qu’ils avaient décidé ensemble d’embrasser l’islam, ils étaient également unanimes au sujet de l’Hégire. Ils émigrèrent deux fois de suite en Abyssinie.15 Après y être restés quelque temps, ils retournèrent à La Mecque. Puis ils repartirent en direction de Médine. Ibn al-Athir a rapporté dans son ouvrage, selon ses propres paroles, le récit de l’événement déchirant auquel Umm Salama (qu’Allah l’agrée) fut confrontée lors de son émigration à Médine. Elle dit :

« Lorsque Abou Salama décida de partir pour Médine, il ne possédait qu’un seul chameau. Il me fit monter sur ce chameau avec son fils Salama, puis se mit en route en tenant lui-même la bride. Les membres de ma famille paternelle, les Banû Mughîra, s’opposèrent à Abou Salama et lui dirent : “Nous ne laisserons pas notre fille partir dans un état aussi pénible.” Ils arrachèrent la bride des mains d’Abou Salama et m’emmenèrent avec eux. Entre-temps, les membres de la famille de mon mari, les Banû ‘Abd al-Asad, arrivèrent et prirent mon fils Salama sous leur garde. Ils dirent aux Banû Mughîra : “Si vous empêchez votre fille de partir avec son mari, nous ne laisserons pas notre enfant rester auprès de votre fille.” Ainsi, mon mari, mon enfant et moi fûmes séparés, chacun étant parti dans une direction différente. La douleur d’être séparée de mon mari et de mon enfant m’affaiblit terriblement. Puisque l’ordre d’émigrer avait été donné, Abou Salama arriva à Médine. Quant à moi, je restai seule à La Mecque. Chaque matin, je sortais de chez moi et m’asseyais sur une colline de la vallée d’Abtah, où je pleurais jusqu’au soir. Cela dura environ sept ou huit jours.

Un jour, l’un de nos bienfaiteurs parmi les Banû Mughîra fut profondément peiné en voyant ma situation. Il rassembla les membres des Banû Mughîra et leur dit : “Pourquoi ne libérez-vous pas cette pauvre jeune femme ? Pourquoi la maintenez-vous séparée de son mari et de son enfant ? Libérez-la et permettez-lui de rejoindre son mari et son enfant.” Il exprima ces paroles avec une telle émotion que la pitié et la compassion gagnèrent le cœur des membres de ma famille paternelle. Ils m’autorisèrent à rejoindre mon mari. En apprenant la nouvelle, les Banû ‘Abd al-Asad m’envoyèrent également mon enfant. Je montai alors dans le palanquin placé sur le chameau, avec Salama dans mes bras. Je quittai seule La Mecque et atteignis Tan‘îm. Là, je rencontrai ‘Uthmân ibn Talha ibn Abî Talha, le gardien des clés de la Kaaba. Ayant appris ce que je souhaitais, il me demanda si quelqu’un m’accompagnait. Je répondis : “Non, personne. Il n’y a que moi et cet enfant.” En entendant cela, il saisit fermement la bride de mon chameau et se mit à marcher devant lui en le tirant.

Allah le sait, je n’ai trouvé en Arabie personne de meilleur et de plus courtois que Talha. Lorsque nous arrivions à une étape et que nous avions besoin de nous reposer, il faisait asseoir le chameau, puis s’éloignait derrière un arbre. Quand venait le moment de repartir, il préparait le chameau, venait auprès de moi et disait : “Monte.” Une fois que je m’étais confortablement installée sur le dos du chameau, il prenait la bride et se mettait à marcher devant. Tout le voyage se déroula ainsi. Lorsque nous atteignîmes Qubâ, le village des Banû ‘Amr ibn ‘Awf, à Médine, ‘Uthmân ibn Talha me dit : “Ton mari se trouve dans ce village.” Abou Salama y séjournait effectivement. Je plaçai ma confiance en Allah, pénétrai dans le quartier et finis par retrouver Abou Salama. Ainsi, après m’avoir indiqué où se trouvait Abou Salama, ‘Uthmân ibn Talha reprit la route vers La Mecque.16

Umm Salama (qu’Allah l’agrée) a gardé toute sa vie le souvenir de la bienveillance et de la compassion dont fit preuve ‘Uthmân ibn Talha. Elle disait souvent :

Ce sera en arabe

— « Je n’ai jamais connu de compagnon plus courtois que ‘Uthmân ibn Talha. »

Durant cette période d’épreuves, les musulmans étaient victimes de persécutions et d’oppression de toutes parts, et leurs inquiétudes et leurs tourments étaient sans fin. Les souffrances qu’Umm Salama dut endurer lors de l’Hégire n’en constituaient qu’une partie. Elle en avait elle-même pleinement conscience. C’est pourquoi, chaque fois que la question de l’Hégire était évoquée par la suite, elle disait avec une certaine fierté : « Je ne sais pas si une autre famille des gens de la Maison a enduré autant de souffrances que la famille d’Abou Salama pour l’islam. »17

De même qu’Umm Salama (qu’Allah l’agrée) se distinguait par d’autres qualités qui la rendaient supérieure aux autres épouses du Messager d’Allah (qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix), elle possédait également cette particularité d’être la première femme voilée à émigrer de La Mecque à Médine.18

Umm Salama (qu’Allah l’agrée) était une femme dotée d’un profond sens de la dignité. Son père, Abou Umayya, était un homme éminent et honorable de Quraysh. Lorsqu’Umm Salama arriva à Qubâ, les gens cherchaient à connaître son identité. Lorsqu’elle leur donnait le nom de son père, personne ne voulait la croire, car même à cette époque, une femme noble de son rang ne voyageait pas seule de cette manière. Umm Salama était profondément attachée à l’islam et croyait fermement qu’il était indispensable d’obéir aux commandements d’Allah. Pour cette raison, elle ne réagissait aux paroles de personne et supportait tout en silence. La saison du pèlerinage arriva. Lorsque des gens partirent de Qubâ en direction de La Mecque pour accomplir le pèlerinage, elle leur donna l’adresse de son père à La Mecque. Tous crurent alors à sa noblesse et à la distinction de sa famille. Elle gagna dans le cœur de chacun une place de très grand respect et de très grande considération.19

Les souvenirs brûlants des souffrances et des humiliations de l’Hégire ne s’étaient pas encore effacés de leur esprit, et ils n’avaient pas eu longtemps l’occasion de vivre ensemble, avec leur enfant, en tant qu’époux. Sur ces entrefaites, l’appel à la bataille d’Uhud retentit, et Abou Salama (qu’Allah l’agrée) y répondit en rejoignant les combattants. Au cours de la bataille, son bras fut blessé par une flèche tirée par un autre Abou Salama, son adversaire, de la tribu des Banû Hâshim. Après un mois de soins, il guérit.20 Peu de temps après, le Messager d’Allah (qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix) l’envoya participer à l’expédition de Qatan, où il passa vingt-neuf jours. Il revint à Médine le huit ou le neuf du mois de Safar de la quatrième année de l’Hégire. Alors, son ancienne blessure se rouvrit et sa vie fut mise en danger. Il mourut le neuf du mois de Jumâdâ ath-Thâniya de la même année.21 Umm Salama (qu’Allah l’agrée) vint annoncer au Messager d’Allah (qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix) la mort de son époux. Le Messager se rendit chez Umm Salama. Celle-ci était alors accablée de chagrin. Elle ne cessait de répéter : « Hélas ! Quelle mort a-t-il donc connue, loin de sa patrie et dans l’exil ! » Le Messager (qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix) lui recommanda de faire preuve de patience et lui dit : « Invoquez le pardon d’Allah en sa faveur, et dites—

Ce sera en arabe

« Ô Allah, accorde-moi un meilleur remplaçant que lui. »

Puis le Messager (paix et bénédictions d’Allah sur lui) se rendit auprès de la dépouille d’Abû Salama et accomplit la prière funéraire avec le plus grand recueillement. Au cours de cette prière, il prononça neuf takbîr. Les gens pensèrent qu’il s’était peut-être trompé. Ils dirent donc : « Ô Messager d’Allah, ne vous êtes-vous pas trompé ? » Il répondit : « Cet homme méritait ces takbîr supplémentaires. » Au moment de sa mort, les deux yeux d’Abû Salama étaient ouverts. Le Messager d’Allah (paix et bénédictions d’Allah sur lui) les ferma de ses deux mains bénies et invoqua Allah afin qu’Il lui accorde Son pardon.²²

Second mariage :

Lorsque Abû Salama (qu’Allah l’agrée) décéda, Umm Salama (qu’Allah l’agrée) était enceinte. Après avoir accouché, Abû Bakr as-Siddîq (qu’Allah l’agrée), prenant en considération sa solitude ainsi que son chagrin et sa peine, lui proposa de l’épouser. Umm Salama (qu’Allah l’agrée) déclina cette proposition.²³

Selon un récit, ‘Umar (qu’Allah l’agrée) lui aurait également proposé de l’épouser. Toutefois, l’auteur de l’ouvrage Al-Isâbah estime que le Messager vénérable d’Allah (paix et bénédictions d’Allah sur lui) lui fit parvenir sa demande en passant par ‘Umar (qu’Allah l’agrée). Le sacrifice d’Abû Salama ainsi que la situation démunie et la solitude d’Umm Salama (qu’Allah l’agrée) ne cessèrent de toucher profondément le cœur du Messager vénérable d’Allah (paix et bénédictions d’Allah sur lui). Ainsi, après le refus de la proposition d’Abû Bakr (qu’Allah l’agrée), le Messager (paix et bénédictions d’Allah sur lui), sur l’ordre d’Allah le Très-Haut, fit parvenir sa demande par l’intermédiaire de ‘Umar (qu’Allah l’agrée). Umm Salama (qu’Allah l’agrée) exprima son incapacité à accepter la proposition du Messager d’Allah (paix et bénédictions d’Allah sur lui), en invoquant plusieurs raisons. Mais le Messager d’Allah (paix et bénédictions d’Allah sur lui) accepta toutes les conditions d’Umm Salama (qu’Allah l’agrée). Elle consentit alors au mariage. Voici les raisons qu’elle invoqua pour expliquer son incapacité à accepter la proposition du Messager d’Allah (paix et bénédictions d’Allah sur lui) : (a) « Je suis une femme extrêmement attachée à sa dignité ; (b) j’ai plusieurs enfants ; (c) je suis une femme âgée ; (d) je n’ai aucun tuteur matrimonial. » Le Messager (paix et bénédictions d’Allah sur lui) répondit : « La responsabilité de tes enfants incombe à Allah et à Son Messager. Allah dissipera ton profond sentiment de dignité. Quant au tuteur matrimonial, il n’y en a aucun parmi eux qui refusera. Et puisque tu es âgée, je suis plus âgé que toi. »

Puis elle dit à son fils ‘Umar : « Va arranger mon mariage avec le Messager d’Allah (paix et bénédictions d’Allah sur lui). »²⁴

Le mariage avec le Messager vénérable d’Allah (paix et bénédictions d’Allah sur lui) fut célébré vers la fin du mois de Shawwâl de la quatrième année de l’Hégire. Ainsi, la tristesse et la douleur qu’elle avait éprouvées à la mort de son époux Abû Salama furent dissipées, et elle obtint un meilleur remplaçant que lui. Allah le Très-Haut transforma pour l’éternité son chagrin en joie.

Ahmad ibn Ishâq al-Hadramî rapporte, d’après Ziyâd ibn Mar‘iyârim : Un jour, l’époux d’Umm Salama, Abû Salama, lui dit : « J’ai appris que, lorsqu’un mari entre au Paradis après sa mort et que son épouse ne se remarie pas, Allah fait également entrer cette épouse au Paradis avec son mari. Si cela vaut aussi pour l’homme, engageons-nous donc à ceci : tu ne te remarieras pas après moi, et moi non plus je ne me remarierai pas après toi. » Abû Salama demanda : « Accepteras-tu de suivre ma parole ? » Umm Salama répondit : « Quel bonheur pourrais-je trouver ailleurs qu’à suivre ta parole ? » Abû Salama dit : « Si je meurs avant toi, tu te remarieras. » Puis Abû Salama invoqua Allah : « Ô Allah, accorde à Umm Salama, après ma mort, un époux meilleur que moi. » Umm Salama (qu’Allah l’agrée) dit : « Lorsque Abû Salama mourut, je me demandais intérieurement : “Qui pourrait être meilleur qu’Abû Salama ?” » Peu de temps après, mon mariage avec le Messager d’Allah (qu’Allah l’agrée) fut célébré.²⁵

Ce récit permet de connaître non seulement la tendre relation qui existait entre ces deux époux, mais aussi la profondeur de l’influence exercée par l’enseignement juste et pur de l’islam. C’est grâce à cette influence qu’un mari a pu réprimer toutes ses émotions et conseiller à son épouse bien-aimée de se remarier après sa mort.

Le vénérable Messager d’Allah (qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix) donna à Umm Salama (qu’Allah l’agrée) une paire de meules, deux outres, ainsi qu’un coussin recouvert de cuir et rempli de fibres de palmier. Il avait donné ces mêmes objets à ses autres épouses.26

Après que le vénérable Messager d’Allah (qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix) eut épousé Umm Salama, lorsque le récit de sa beauté et de son charme parvint aux oreilles de Aïcha (qu’Allah l’agrée), une certaine jalousie naquit dans son cœur. Elle vint voir Umm Salama (qu’Allah l’agrée). Après l’avoir observée attentivement, elle comprit qu’Umm Salama (qu’Allah l’agrée) était encore plus belle que ce que l’on disait. Elle parla de sa beauté à Hafsa (qu’Allah l’agrée). Hafsa (qu’Allah l’agrée) expliqua à Aïcha (qu’Allah l’agrée) que les gens exagéraient quelque peu. Puis Hafsa (qu’Allah l’agrée) alla la voir et dit la même chose. Aïcha (qu’Allah l’agrée) observa de nouveau Umm Salama (qu’Allah l’agrée) avec attention et crut que Hafsa (qu’Allah l’agrée) avait parfaitement raison.27 Quoi qu’il en soit, ce récit ainsi que de nombreux récits similaires attestent de la beauté du visage de Umm Salama (qu’Allah l’agrée).

Umm Salama (qu’Allah l’agrée) était une femme pudique et dotée d’un sens aigu de la dignité. Au début de son mariage avec le Messager d’Allah (qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix), la situation était telle que chaque fois que le Messager (qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix) venait auprès d’elle, elle se mettait à allaiter sa fille en bas âge, Zaynab. Voyant cela, le Messager (qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix) repartait. Ammar ibn Yassir (qu’Allah l’agrée) était son frère de lait. Ayant appris cela, il se mit en colère et emmena la fillette chez lui. Ensuite, le Messager (qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix) entra dans la chambre d’Umm Salama et se mit à regarder autour de lui. Ne voyant pas la petite fille, il demanda : « Où est Zaynab ? Qu’en as-tu fait ? » Elle répondit : « Ammar est venu la chercher. » À partir de ce jour, le Messager (qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix) continua à séjourner auprès d’elle.28

Peu à peu, cette situation disparut et elle s’habitua à vivre comme les autres épouses. Par la suite, sa relation avec le Messager d’Allah (qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix) devint si profonde qu’elle occupa une place juste après Aïcha (qu’Allah l’agrée).

Parmi les événements liés au mariage du vénérable Messager d’Allah (qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix) avec Umm Salama (qu’Allah l’agrée), celui-ci mérite une mention particulière : le jour où elle entra dans la maison du Messager d’Allah (qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix), elle prépara elle-même le repas. Zaynab bint Khuzaïma (qu’Allah l’agrée) était décédée peu de temps auparavant. Umm Salama fut installée dans sa maison. Les articles ménagers y étaient déjà prêts. Umm Salama (qu’Allah l’agrée) prit de l’orge dans une jarre, puis sortit de la graisse d’un autre récipient et la fit chauffer dans une marmite. Ensuite, elle moulut l’orge sur la meule, la mélangea à la graisse et prépara une sorte de plat. Tel fut le repas de la nuit de noces du vénérable Messager d’Allah (qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix) et de son épouse.29

Les épouses du vénérable Messager d’Allah (qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix) étaient réparties en deux groupes. Dans le premier se trouvaient Aïcha (qu’Allah l’agrée), Hafsa (qu’Allah l’agrée), Safiyya (qu’Allah l’agrée) et Sawda (qu’Allah l’agrée). Dans l’autre se trouvaient Umm Salama (qu’Allah l’agrée) et les autres. Aïcha (qu’Allah l’agrée) était l’épouse la plus aimée du Messager d’Allah (qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix). Les gens le savaient. C’est pourquoi, les jours où le Messager (qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix) séjournait chez Aïcha (qu’Allah l’agrée), ils lui envoyaient des cadeaux. Les épouses du groupe d’Umm Salama (qu’Allah l’agrée) dirent : « Nous aussi, nous voulons recevoir des cadeaux comme Aïcha. Ainsi, où que séjourne le Messager (qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix), les gens devraient y envoyer ce qu’ils ont à envoyer. » Elles choisirent Umm Salama comme porte-parole pour faire part de leur demande au Messager d’Allah (qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix).

Umm Salama (qu’Allah l’agrée) répéta cette demande au Messager d’Allah (qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix) à deux reprises. Il l’ignora. À la troisième occasion, il lui dit : « Ne me faites pas de peine au sujet d’Aïcha. Car, parmi vous, il n’y a personne, à part elle, sous la couverture de laquelle une révélation m’est parvenue. »

Umm Salama (qu’Allah l’agrée) dit alors :

Ce sera en arabe.

— Ô Messager d’Allah, je me repens auprès d’Allah de vous avoir peiné.

Le Messager d’Allah (paix et bénédictions d’Allah sur lui) acceptait la pénurie et la pauvreté de cette vie, et vivait avec elle dans la satisfaction. Un jour, al-Irbad, Ju‘al ibn Suraqa et Abdallah ibn Mughaffal (qu’Allah les agrée) revinrent d’un voyage et vinrent auprès du Messager d’Allah (paix et bénédictions d’Allah sur lui). Ils étaient affamés. Désireux de leur donner quelque chose à manger, le Messager (paix et bénédictions d’Allah sur lui) se rendit auprès d’Umm Salama (qu’Allah l’agrée) et lui demanda de la nourriture. Mais il ne trouva chez elle rien qui pût être mangé.³⁰

Al-Muttalib ibn Abdallah dit : la veuve d’Arabie, Umm Salama, entra comme épouse dans la demeure du Sayyid al-Muslimin au début de la soirée et se mit à moudre de l’orge à la fin de la nuit.³¹

Au cours du siège de la tribu juive médinoise des Banû Qurayza, durant la cinquième année de l’Hégire, le Messager d’Allah (paix et bénédictions d’Allah sur lui) envoya Abû Lubâba (qu’Allah l’agrée) négocier avec eux. Au cours de la discussion, il leur fit comprendre par un geste de la main qu’ils seraient tués. Mais, considérant cela comme une divulgation par le Messager d’Allah (paix et bénédictions d’Allah sur lui) d’un secret qui lui avait été confié, il éprouva un profond repentir. Il s’attacha alors à l’un des piliers de la mosquée. Il resta ainsi pendant de nombreux jours, puis son repentir fut accepté. Ce jour-là, le Messager (paix et bénédictions d’Allah sur lui) se trouvait dans la demeure d’Umm Salama (qu’Allah l’agrée).

Le matin, le Messager (paix et bénédictions d’Allah sur lui) se réveilla dans la demeure d’Umm Salama (qu’Allah l’agrée) et se mit à sourire doucement. En le voyant, Umm Salama (qu’Allah l’agrée) lui dit : « Qu’Allah vous fasse toujours sourire. Quelle est la raison de votre sourire à ce moment-ci ? » Il répondit : « Le repentir d’Abû Lubâba a été accepté. » Umm Salama lui demanda la permission de lui annoncer cette bonne nouvelle. Le Messager (paix et bénédictions d’Allah sur lui) dit : « Oui, tu peux la lui annoncer si tu le souhaites. » La demeure d’Umm Salama était si proche de la mosquée du Prophète qu’on pouvait l’y entendre lorsqu’on élevait la voix depuis la maison. Ayant reçu la permission, elle se tint à la porte de la chambre et cria : « Abû Lubâba ! Félicitations à toi ! Ton repentir a été accepté ! » Dès que sa voix parvint aux oreilles des gens, toute Médine sembla éclater de joie et d’enthousiasme.³²

Cet événement eut lieu avant la révélation de l’ordre relatif au voile.

Cette année-là, le verset du hijab (voile) fut révélé. Jusqu’à la révélation de ce verset, les épouses du Messager d’Allah (sallallahu ‘alayhi wa sallam) se présentaient devant certains parents éloignés. Désormais, il leur fut ordonné de se voiler devant tout le monde, à l’exception de quelques proches parents et intimes. Ibn Umm Maktum était un Compagnon aveugle de la tribu de Quraysh, jouissant d’un très grand prestige. Il était également le muezzin du Messager d’Allah (sallallahu ‘alayhi wa sallam). Comme il était aveugle, il avait aussi accès aux appartements intérieurs du Messager d’Allah (sallallahu ‘alayhi wa sallam). Après la révélation du verset du hijab, il entra un jour à l’intérieur, comme il en avait l’habitude. Le Messager (sallallahu ‘alayhi wa sallam) dit à Umm Salama (ra) et à Maymuna (ra) : « Voilez-vous devant lui. » Elles dirent : « Mais c’est un homme aveugle. » Le Messager (sallallahu ‘alayhi wa sallam) dit : « Vous n’êtes pas aveugles, vous. Vous le voyez bien. »33

Il ne participa pas à la bataille du Fossé. Cependant, il était si proche du Messager d’Allah (sallallahu ‘alayhi wa sallam) qu’il pouvait parfaitement entendre chacune de ses paroles. Il disait : « Je me souviens très bien de ce moment où la poussière couvrait la poitrine bénie du Messager d’Allah (sallallahu ‘alayhi wa sallam). Il posait des briques sur la tête des gens tout en récitant des poèmes. Soudain, son regard se posa sur Ammar ibn Yasir et il dit : “Ô Ibn Sumayya, un groupe rebelle te tuera.” »34

Lors de la trêve de Hudaybiyya, Umm Salama (ra) donna au Messager d’Allah (sallallahu ‘alayhi wa sallam) un conseil judicieux. Il est rapporté dans Sahih al-Bukhari qu’après la conclusion de la trêve, le Messager (sallallahu ‘alayhi wa sallam) ordonna aux gens d’immoler leurs bêtes respectives à Hudaybiyya. Comme les conditions de la trêve semblaient contraires aux intérêts des musulmans, ceux-ci étaient généralement contrariés et abattus. Même après que le Messager (sallallahu ‘alayhi wa sallam) eut donné l’ordre à trois reprises, personne ne semblait se hâter de l’exécuter. Le Messager (sallallahu ‘alayhi wa sallam) retourna sous sa tente et raconta l’incident à Umm Salama (ra). Celle-ci lui dit : « Ne dites rien à personne. Sortez, immolez vous-même votre bête et rasez-vous les cheveux afin de mettre fin à votre ihram. » Le Messager (sallallahu ‘alayhi wa sallam) suivit son conseil. Lorsque les gens virent que le Messager (sallallahu ‘alayhi wa sallam) mettait lui-même son ordre en pratique, ils immolèrent tous leurs bêtes et mirent fin à leur ihram. Alors, une véritable compétition s’engagea pour immoler les bêtes et mettre fin à l’ihram.35

Le conseil d’Umm Salama (ra) était particulièrement opportun et réaliste. Il permit de résoudre en un instant un problème difficile.

Lors de l’affaire de l’ilā’ et du takhyīr, au cours de la neuvième année de l’Hégire, Abu Bakr (ra) et Umar (ra) conseillèrent chacun leur fille. Umar (ra) vint parler à Umm Salama. Umm Salama (ra) lui dit d’une voix quelque peu rude :

En arabe :

– Ibn Khattab ! Il est étonnant que vous vous mêliez de chaque affaire. Vous avez même commencé à vous mêler des affaires strictement personnelles du Messager (sallallahu ‘alayhi wa sallam) et de ses épouses.36

Nous avons traité en détail de cette question dans La vie de ‘Aïsha (ra). La réponse d’Umm Salama (ra) fut très ferme. Umar (ra) se leva donc en silence et partit. Entre-temps, la nouvelle se répandit dans la nuit que le noble Messager d’Allah (sallallahu ‘alayhi wa sallam) avait divorcé de ses épouses. Le matin, Umar (ra) se présenta auprès du Messager d’Allah (sallallahu ‘alayhi wa sallam) et lui raconta tout ce qui s’était passé. En entendant la réponse ferme d’Umm Salama (ra), il sourit doucement.37

Lors de la conquête de La Mecque, Umm Salama (رضي الله عنها) accompagnait le Messager d’Allah (صلى الله عليه وسلم) dans son voyage. Lorsque la caravane se trouvait à Marr al-Zahran, également appelé Naq al-‘Uqab, à proximité de La Mecque, Abû Sufyân ibn al-Hârith ibn ‘Abd al-Muttalib et ‘Abdullah ibn Abî Umayya ibn al-Mughîra se présentèrent de nuit au camp musulman et demandèrent à rencontrer le Messager d’Allah (صلى الله عليه وسلم). À ce moment-là, Umm Salama (رضي الله عنها) conseilla ainsi au Messager d’Allah (صلى الله عليه وسلم) :

Ce sera en arabe

— Ô Messager d’Allah ! L’un est le fils de votre oncle paternel, et l’autre est le fils de votre tante paternelle et votre beau-frère. » Il convient de préciser qu’Abû Sufyân était le fils d’al-Hârith, l’oncle paternel aîné du Messager d’Allah (صلى الله عليه وسلم), tandis que ‘Abdullah était le fils de ‘Âtiqa, la tante paternelle du Messager d’Allah (صلى الله عليه وسلم), et le frère d’Umm Salama (رضي الله عنها).³⁸

Umm Salama (رضي الله عنها) accompagna le Messager d’Allah (صلى الله عليه وسلم) lors de l’expédition de Tâ’if.³⁹ Au cours de la dixième année de l’hégire, lors du pèlerinage d’adieu, Umm Salama (رضي الله عنها) était malade. Cependant, elle ne souhaitait aucun relâchement dans l’accomplissement d’un devoir religieux obligatoire ; malgré son excuse et sa raison valable, elle accompagna donc le Messager d’Allah (صلى الله عليه وسلم) dans son voyage. Au sujet du tawâf, le Messager (صلى الله عليه وسلم) lui dit : « Umm Salama ! Lorsque l’heure de la prière de l’aube approchera, monte sur ton chameau et accomplis le tawâf. » Elle fit ainsi.⁴⁰ Au cours de la onzième année de l’hégire, durant les derniers jours de la vie du noble Messager (صلى الله عليه وسلم), lorsqu’il tomba malade et demeura dans la chambre de ‘Â’isha (رضي الله عنها), Umm Salama (رضي الله عنها) venait souvent lui rendre visite. Un jour, l’état physique du Messager d’Allah (صلى الله عليه وسلم) était très grave. Elle ne put se maîtriser et se mit soudain à crier. Le Messager (صلى الله عليه وسلم) le lui interdit en disant : « Ce n’est pas l’attitude des musulmans. »

Un jour, pendant cette période, la maladie du Messager d’Allah (صلى الله عليه وسلم) s’aggrava. Ses épouses voulurent lui faire boire du lait, mais il refusa parce qu’il n’en avait pas envie. Cependant, lorsqu’il perdit quelque peu conscience, Umm Salama et Umm Habîba (رضي الله عنهما) lui ouvrirent de force la bouche et lui en firent boire une petite quantité.

Un jour, durant cette période, Umm Salama et Umm Habîba (رضي الله عنهما) évoquèrent devant le Messager d’Allah (صلى الله عليه وسلم) les images représentant des personnes placées dans les lieux de culte des chrétiens d’Abyssinie. Le Messager (صلى الله عليه وسلم) dit : « Lorsqu’un homme pieux parmi eux meurt, ils transforment sa tombe en lieu de culte, fabriquent ses représentations et les y placent. Au Jour de la Résurrection, ces gens seront les créatures les plus viles auprès d’Allah. »

Au sujet du martyre de Husayn (رضي الله عنه), le Messager d’Allah (صلى الله عليه وسلم) en avait prédit l’annonce à Umm Salama (رضي الله عنها). Au moment même où Husayn (رضي الله عنه) combattait avec bravoure et courage les troupes de Yazîd, Umm Salama (رضي الله عنها) vit en rêve que le Messager d’Allah (صلى الله عليه وسلم) était venu. Il était extrêmement bouleversé ; sa tête et sa barbe bénies étaient couvertes de poussière. Umm Salama (رضي الله عنها) demanda : « Ô Messager d’Allah ! Pourquoi êtes-vous dans cet état ? » Il répondit : « Je reviens du lieu du martyre de Husayn. » Elle se réveilla. Des larmes se mirent à couler de ses yeux. Dans cet état, elle s’écria : « Les Irakiens ont tué Husayn. Qu’Allah les anéantisse ! Ils ont humilié Husayn ; qu’Allah fasse tomber Sa malédiction sur eux. »⁴¹

Les enfants

Tous les fils et filles de Umm Salama (qu’Allah l’agrée) étaient ceux de son premier mari. Elle n’eut aucun enfant dans la maison du Messager d’Allah (qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix). Al-Isaba, Usud al-Ghaba et Tabaqat mentionnent deux fils, Salama et Umar, ainsi qu’une fille nommée Zaynab. Sahih al-Bukhari rapporte également une fille nommée Durra. Ainsi, Umm Salama (qu’Allah l’agrée) eut au total quatre enfants. Voici une brève présentation de chacun d’eux :

Salama : Il naquit en Abyssinie.⁴² Lors de l’émigration de Umm Salama vers Médine, il était encore dans ses bras. Le Messager d’Allah (qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix) maria à Salama Umama, la fille de Hamza (qu’Allah l’agrée).⁴³

Umar : À la mort du Messager d’Allah (qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix), il avait neuf ans. Il était surnommé Abu Hafs. Il rapporta quelques hadiths du Messager d’Allah (qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix). Il mourut à Médine sous le règne d’Abd al-Malik ibn Marwan. C’est sous la tutelle de cet Umar que le mariage de sa mère, Umm Salama, avec le Messager d’Allah (qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix) fut célébré. Sous le califat de Ali (qu’Allah l’agrée), il fut nommé gouverneur du Fars et de Bahreïn. Sa mère l’envoya aux côtés de Ali (qu’Allah l’agrée) lors de la bataille du Chameau. Il dit à Ali (qu’Allah l’agrée) : « Je t’envoie mon fils, plus cher à mon âme que ma propre vie. Il restera avec toi ; ensuite, Allah fera ce qu’Il voudra. Si cela n’avait pas été contraire aux instructions du Messager d’Allah (qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix), je serais moi aussi partie avec toi, comme Aïcha (qu’Allah l’agrée) est partie avec Talha et Zubayr. »⁴⁴

Durra : Elle est mentionnée dans Sahih al-Bukhari. Un jour, Umm Habiba (qu’Allah l’agrée) dit au Messager d’Allah (qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix) : « J’ai entendu dire que vous souhaitiez épouser Durra ? » Le Messager (qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix) répondit : « Comment cela serait-il possible ? Même si je ne l’avais pas élevée, elle ne m’aurait en aucune façon été licite, car elle est la fille de mon frère de lait. »⁴⁵

Zaynab : Son premier nom était Barra. Mais le Messager d’Allah (qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix) la nomma Zaynab. Tous ses enfants embrassèrent l’islam et obtinrent le rang de Compagnons.⁴⁶

La moralité

Toute la vie de Umm Salama (qu’Allah l’agrée) fut un exemple concret de zuhd et de taqwa. Elle accordait très peu d’attention aux plaisirs et aux fastes de ce monde. Un jour, elle porta autour du cou un collier contenant une petite quantité d’or. Lorsque le Messager (qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix) manifesta son mécontentement, elle le retira.⁴⁷

Elle jeûnait trois jours par mois : le lundi, le jeudi et le vendredi.⁴⁸ Les enfants de son premier mari vivaient avec elle. Elle les élevait avec le plus grand soin. Un jour, elle demanda au Messager d’Allah (qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix) : « Recevrai-je une récompense pour cela ? » Il répondit : « Oui, tu en recevras. »⁴⁹ Elle observait avec la plus grande vigilance les commandements et les interdits de la charia. Un jour, certaines personnes délaissèrent l’horaire recommandé de la prière. Umm Salama les avertit et dit : « Le Messager (qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix) accomplissait rapidement la prière de zuhr, alors pourquoi accomplissez-vous rapidement la prière d’asr ? »⁵⁰

Un jour, une nièce d’Umm Salama (qu’Allah l’agrée) pria deux rak‘ahs devant elle. Comme il y avait de la poussière à l’endroit de la prosternation, elle releva la tête après s’être prosternée et essuya la terre de son front. Umm Salama le lui interdit et lui dit que cela était contraire à la conduite du Messager d’Allah (qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix). Un esclave du Messager d’Allah (qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix) avait un jour agi ainsi. Il lui dit :

Ce sera en arabe

Que ton visage soit couvert de poussière pour Allah !

Elle était elle-même généreuse et encourageait également les autres à faire preuve de générosité. Un jour, plusieurs nécessiteux vinrent chez elle demander de l’aide. Umm al-Husayn, qui était assise auprès d’elle, les réprimanda. Mais Umm Salama l’arrêta et lui dit : « Nous n’avons pas reçu l’ordre d’agir ainsi. » Puis elle ordonna à la servante : « Donne-leur quelque chose et congédie-les. Si tu n’as rien, donne-leur au moins une datte. »

Un jour, ‘Abd ar-Rahman ibn ‘Awf (qu’Allah l’agrée) lui dit : « Mère ! J’ai accumulé tant de biens que je crains ma perte. » Elle lui répondit : « Mon fils, dépense-les ! Le Messager d’Allah (qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix) a dit que nombreux sont les Compagnons qui ne me reverront jamais après ma mort. »51

Elle veillait particulièrement au confort des autres et ne se montrait pas avare lorsqu’il s’agissait de faire le bien, dans la mesure du possible. En souvenir de son amour pour le Messager d’Allah (qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix), elle conserva auprès d’elle un de ses cheveux. Il est rapporté dans Sahih al-Bukhari qu’elle possédait un récipient en argent dans lequel elle conservait un cheveu béni. Lorsque l’un des Compagnons était accablé de tristesse ou d’affliction, il apportait une coupe d’eau et la plaçait devant elle ; elle y trempait le cheveu béni. Par la bénédiction de cette eau, toutes ses peines et ses souffrances se dissipaient. ‘Abdullah ibn Mawhab dit : « Je suis l’esclave d’Umm Salama (qu’Allah l’agrée). Elle sortit un cheveu du Messager d’Allah (qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix), conservé dans du henné et du qatam. »52

Les jours où le noble Messager d’Allah (qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix) passait la nuit chez Umm Salama (qu’Allah l’agrée), elle préparait un lit devant le tapis de prière. Le Messager d’Allah (qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix) priait, tandis qu’elle s’allongeait sur ce lit.53

Elle veillait tellement au confort du Messager d’Allah (qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix) qu’elle affranchit son esclave Safina à condition qu’il le serve aussi longtemps que le Messager d’Allah (qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix) resterait en vie.54

Un jour, Umm Salama (qu’Allah l’agrée) dit : « Ô Messager d’Allah (paix et bénédictions d’Allah sur lui), pour quelle raison nous, les femmes, ne sommes-nous pas mentionnées dans le Coran ? » Après cette question, le Messager (paix et bénédictions d’Allah sur lui) monta sur la chaire de la mosquée et récita le trente-cinquième verset de la sourate al-Ahzab :

En arabe :

— Certes, les musulmans et les musulmanes, les croyants et les croyantes, les hommes et les femmes obéissants, les hommes et les femmes véridiques, les hommes et les femmes patients, les hommes et les femmes humbles, les hommes et les femmes charitables, les hommes et les femmes qui jeûnent, les hommes et les femmes qui préservent leur chasteté, ainsi que les hommes et les femmes qui invoquent abondamment Allah : pour eux, Allah a préparé un pardon et une immense récompense. » C’est en raison de la profonde relation et de l’amour qu’elle vouait au noble Messager d’Allah (paix et bénédictions d’Allah sur lui) qu’Umm Salama (qu’Allah l’agrée) trouva le courage de poser une telle question.

La grandeur et le rang d’Umm Salama (qu’Allah l’agrée).

Parmi les épouses du Messager d’Allah (paix et bénédictions d’Allah sur lui), Umm Salama (qu’Allah l’agrée) occupait, en grandeur et en rang, la place qui venait immédiatement après celle de Aïcha (qu’Allah l’agrée). Ibn Hajar dit :

En arabe :

— Umm Salama était dotée d’une beauté incomparable, d’une sagesse parfaite et d’un jugement juste.

Elle a rapporté des hadiths d’Abou Salama, de Fatima az-Zahra et du Messager d’Allah lui-même (paix et bénédictions d’Allah sur lui). Parmi ceux qui ont rapporté des hadiths par l’intermédiaire d’Umm Salama, on peut citer notamment : Omar, Zaynab (ses enfants, garçons et filles), son frère Amir, le fils de son frère, Mous‘ab ibn Abdallah, Abdallah ibn Rafi‘, Nafi‘ ibn Safin, Abou Kathir, Khazra, Safiyya bint Chayba, Hind bint al-Mousayyib, Humayd, Ourwa, Abou Bakr ibn Abd ar-Rahman, Soulayman ibn Yasar, ainsi que d’autres Compagnons et tabi‘in.⁵⁵ Les ouvrages de hadith contiennent 378 hadiths rapportés par elle. Parmi ceux-ci, treize sont unanimement reconnus comme authentiques. L’imam al-Boukhari en a rapporté trois et l’imam Muslim treize de manière indépendante. À ce titre, elle appartient au troisième rang des Compagnons rapporteurs de hadiths. Parmi les femmes rapporteurs de hadiths, nul ne la dépasse, à l’exception de Aïcha (qu’Allah l’agrée).⁵⁶

Umm Salama (qu’Allah l’agrée) éprouvait un vif désir d’entendre les hadiths. Un jour, elle se faisait tresser les cheveux. C’est alors que le Messager d’Allah (qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix) monta sur le minbar de la mosquée pour prononcer un sermon. Il avait à peine dit : « Ô gens ! » qu’Umm Salama dit à celle qui lui arrangeait les cheveux : « Attache-les. » Celle-ci lui demanda : « Pourquoi tant de hâte ? Il vient seulement de dire : “Ô gens !” » Umm Salama répondit : « Très bien, mais ne sommes-nous pas incluses parmi les gens ? » Elle fit alors rapidement attacher ses cheveux, se leva et écouta debout l’intégralité du sermon du Messager d’Allah (qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix).57

Cet épisode démontre l’intensité de son désir d’acquérir la connaissance.

Les hadiths d’Umm Salama (qu’Allah l’agrée) ont été compilés dans le Musnad de l’imam Ahmad, volume 6, aux pages 289 à 324. Mahmûd ibn Labîd dit au sujet du rang et du mérite d’Umm Salama (qu’Allah l’agrée) :

Le texte arabe est le suivant

— Les épouses du Messager d’Allah (qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix) avaient mémorisé de nombreux hadiths. Cependant, personne ne rivalisait avec Aïcha et Umm Salama (qu’Allah les agrée).58

L’érudit Ibn al-Qayyim dit : « Si l’on rassemblait ses fatwas, elles pourraient constituer un petit ouvrage. »59

L’imam al-Haramayn dit : « Je ne connais aucune femme plus apte qu’Umm Salama (qu’Allah l’agrée) à porter un jugement juste. »

Marwân ibn al-Hakam consultait Umm Salama (qu’Allah l’agrée) au sujet des questions religieuses et disait publiquement :60

Le texte arabe est le suivant :

— Comment pouvons-nous interroger d’autres personnes alors que les épouses du Messager d’Allah se trouvent parmi nous ?

Abû Hurayra et Ibn ‘Abbâs — que l’on appelait les villes de la connaissance — venaient eux aussi assidûment frapper à la porte d’Umm Salama afin de s’instruire. Un grand nombre de tâbi‘ûn acquirent leur savoir auprès d’elle.61

Umm Salama savait réciter le Coran avec une grande beauté. Elle le récitait selon la manière et la méthode du Messager d’Allah. Un jour, quelqu’un lui demanda comment le Messager récitait. Elle répondit : « Il récitait chaque verset séparément. » Puis elle-même récita quelques versets pour le lui faire entendre.62

Elle était douée d’une remarquable perspicacité. Peu avant son décès, le noble Messager d’Allah confia secrètement quelque chose à sa fille Fâtima. Même ‘Â’isha, une épouse dotée de toutes les qualités, voulut aussitôt interroger Fâtima pour le savoir. Mais Fâtima refusa de le révéler, et ‘Â’isha en fut embarrassée. Umm Salama, quant à elle, ne s’empressa pas de connaître ce secret. Elle attendit patiemment, puis posa la question après le décès du Messager d’Allah.

Le verset 33 de la sourate Al-Ahzâb, appelé le verset de la purification, fut révélé dans la demeure d’Umm Salama, alors que le Messager se trouvait chez elle. Le verset est le suivant :

Le texte arabe est le suivant :

— Ô membres de la famille du Prophète ! Allah veut seulement éloigner de vous toute souillure et vous purifier pleinement.

Après la révélation de ce verset, le Messager (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui) fit venir Fâtima, ‘Alî, Hasan et Husayn (qu’Allah les agréés) et dit : « Ceux-ci sont les membres de ma famille, c’est-à-dire les gens de ma Maison. » Umm Salama (qu’Allah l’agrée) demanda : « Ô Messager d’Allah ! Est-ce que je fais partie des gens de la Maison ? » Il répondit : « Oui, si Allah le veut. »⁶³ Il est également rapporté dans le Jâmi‘ at-Tirmidhî que le Messager (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui) fit venir les personnes mentionnées ci-dessus, les couvrit d’une couverture et dit : « Ô Allah ! Ceux-ci sont les membres de ma famille. Purifie-les. » Ayant entendu cette invocation, Umm Salama dit : « Ô Messager d’Allah (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui), est-ce que j’en fais moi aussi partie ? » Il répondit : « Tu es à ta place et tu es dans le bien. »⁶⁴

Un jour, Umm Salama (qu’Allah l’agrée) était assise auprès du Messager d’Allah (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui). C’est alors que Jibrîl (sur lui la paix) arriva et se mit à parler. Après son départ, le Messager (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui) demanda : « Le reconnais-tu ? » Umm Salama répondit : « Dahya al-Kalbî. » Mais lorsqu’Umm Salama (qu’Allah l’agrée) raconta l’événement à d’autres personnes, elle apprit que cet homme n’était pas Dahya, mais Jibrîl (sur lui la paix). Les traditionnistes pensent que cet événement eut lieu avant la révélation de l’obligation du voile.⁶⁵

Sa profonde maîtrise de la jurisprudence de la Sharî‘a islamique apparaît clairement dans de nombreux épisodes de sa vie et dans ses paroles. Quelques-uns de ces épisodes sont rapportés ici : Abû Hurayra (qu’Allah l’agrée) disait que si quelqu’un se retrouvait en état d’impureté rituelle pendant le mois de Ramadan, il devait se laver rapidement avant l’aube véritable ; sinon, son jeûne serait annulé.

Un homme demanda à ‘Â’isha et à Umm Salama (qu’Allah les agrée) de vérifier la véracité des propos d’Abû Hurayra. Toutes deux le contredirent et dirent qu’elles avaient vu le Messager lui-même (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui) jeûner alors qu’il était en état d’impureté rituelle. Lorsqu’Abû Hurayra l’apprit, il éprouva de profonds regrets. Il dit : « Que pouvais-je faire ? Fadl ibn ‘Abbâs me l’avait pourtant dit ainsi. » Mais il est évident qu’à ce sujet, Umm Salama et ‘Â’isha (qu’Allah les agrée) étaient plus savantes.⁶⁶

Un jour, plusieurs Compagnons demandèrent à Umm Salama (qu’Allah l’agrée) de leur parler de la vie privée du Messager d’Allah (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui). Elle répondit : « Sa vie publique et sa vie privée étaient parfaitement semblables. » Après avoir dit cela, Umm Salama (qu’Allah l’agrée) craignit d’avoir dévoilé un secret du Messager d’Allah (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui) et le regretta. Lorsque le Messager d’Allah rentra chez lui, elle lui raconta tout. Le Messager (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui) lui dit : « Tu as très bien fait. »⁶⁷

‘Abdullah ibn az-Zubayr (qu’Allah l’agrée) accomplissait deux unités de prière après la prière de l’‘Asr.

Un jour, Marwân lui demanda : « Pourquoi accomplissez-vous cette prière ? » Il répondit : « Le Messager d’Allah (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui) l’accomplissait. » Comme ‘Abdullah ibn az-Zubayr (qu’Allah l’agrée) avait appris ce hadith par l’intermédiaire de ‘Â’isha (qu’Allah l’agrée), Marwân envoya quelqu’un auprès d’elle afin d’en vérifier l’authenticité. Lorsque l’homme arriva chez ‘Â’isha (qu’Allah l’agrée) et lui rapporta ses propos, elle dit : « Qu’Allah pardonne à ‘Â’isha ! Elle a mal compris mes paroles. Ne lui avais-je pas dit que le Messager d’Allah (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui) avait interdit d’accomplir cette prière ? »⁶⁸

Un jour, elle donna à un homme la solution d’une question juridique. L’homme n’en fut pas satisfait. Il se leva et alla consulter les autres épouses. Elles lui donnèrent toutes la même réponse. L’homme revint alors informer Umm Salama (qu’Allah l’agrée) de ce qui s’était passé. Elle lui dit : « Oui, attends. Je veux te satisfaire. J’ai entendu à ce sujet un hadith du Messager d’Allah (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui). »⁶⁹

De nombreux récits rapportés dans les hadiths prouvent que Umm Salama, qu’Allah soit satisfait d’elle, était une femme extrêmement pudique. Un jour, Umm Sulaym, qu’Allah soit satisfait d’elle, demanda au Messager d’Allah, qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix : « Si une femme voit en rêve que son mari a des rapports sexuels avec elle, doit-elle accomplir le ghusl ? » Umm Salama, qu’Allah soit satisfait d’elle, était assise juste à côté. Elle s’exclama : « Umm Sulaym ! Que tes mains soient couvertes de poussière ! Tu as exposé toute la gent féminine à la honte devant le Messager d’Allah, qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix. » Le Noble Messager répondit : « Si elle constate la présence d’eau, elle devra accomplir le ghusl. » Umm Salama, qu’Allah soit satisfait d’elle, demanda alors : « Ô Messager d’Allah ! Quelle eau cela peut-il être ? »⁷⁰

Après le califat bien guidé, les dirigeants de la dynastie omeyyade et leurs partisans fanatiques proféraient toutes sortes de propos indécents contre la famille du Prophète, en particulier au sujet de ʿAlî, qu’Allah soit satisfait de lui. Nombreux étaient ceux qui l’insultaient. À cette époque, la Mère des croyants, Umm Salama, qu’Allah soit satisfait d’elle, était encore en vie. Elle les détestait et protestait souvent contre eux. Abû ʿAbd Allâh al-Jadalî, qu’Allah soit satisfait de lui, raconte : « Un jour, je rendis visite à Umm Salama. Elle me demanda : “Insulte-t-on le Messager d’Allah, qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix, parmi vous ?” Je répondis : “Qu’Allah nous en préserve !” Elle dit alors : “J’ai entendu le Messager d’Allah, qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix, dire : Celui qui insulte ʿAlî m’a insulté.” »

Dans une autre narration, Umm Salama, qu’Allah soit satisfait d’elle, dit : « N’insulte-t-on pas ʿAlî ainsi que ceux qui l’aiment, alors que le Messager d’Allah, qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix, l’aimait ? »

Ce récit permet de mesurer la profondeur de l’amour et de la compassion qu’elle éprouvait envers les membres de la famille du Prophète.⁷¹

Umm Salama, qu’Allah soit satisfait d’elle, a rapporté de nombreuses invocations et litanies que le Messager d’Allah, qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix, récitait durant le jour et la nuit. Elle a notamment dit que le Messager, qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix, récitait cette invocation après la prière de l’aube :⁷²

Ce sera en arabe

— Ô Allah ! Je Te demande une subsistance pure, une connaissance bénéfique et une œuvre agréée.

Elle a également rapporté que le Messager, qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix, disait en sortant de chez lui :⁷³

Ce sera en arabe

—Bismillah, tawakkaltu ‘alallah. Ô Allah ! Nous cherchons refuge auprès de Toi contre le fait de trébucher, de nous égarer, de commettre une injustice, d’en subir une, de transgresser envers autrui ou de subir une transgression.

Il a également dit que le Messager (qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix) disait souvent : 74

Ce sera en arabe

—Ô Toi qui fais changer les cœurs ! Affermis mon cœur dans Ta religion.

Il est également rapporté de sa part que le Messager (qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix) disait : 75

Ce sera en arabe

—Seigneur ! Pardonne-moi, sois miséricordieux envers moi et guide-moi sur le droit chemin.

Mort

Il existe une divergence concernant l’année de sa mort. Selon al-Wâqidî, elle mourut au mois de Shawwâl de l’an 59 de l’Hégire, et Hadrat Abû Hurayra — qu’Allah l’agrée — dirigea la prière funéraire pour elle. Ibn Hibbân affirme qu’elle décéda vers la fin de l’an 61 de l’Hégire, après le martyre d’al-Husayn ibn ‘Alî — qu’Allah l’agrée. Selon Abû Khaythama, elle mourut vers la fin de l’an 60 de l’Hégire, sous le califat de Yazîd ibn Mu‘âwiya. Toutefois, l’opinion selon laquelle elle mourut en l’an 63 de l’Hégire est la plus largement retenue. C’est au cours de cette année qu’eut lieu l’événement d’al-Harra : l’armée de Yazîd assiégea à La Mecque les forces de Hadrat ‘Abdullah ibn az-Zubayr — qu’Allah l’agrée — et lança une attaque contre la ville.⁷⁶

Au moment de sa mort, Hadrat Umm Salama — qu’Allah l’agrée — avait quatre-vingt-quatre ans. Hadrat Abû Hurayra — qu’Allah l’agrée — dirigea sa prière funéraire.⁷⁷ Selon la pratique en vigueur, c’était alors le gouverneur de Médine qui dirigeait la prière funéraire. Walîd ibn ‘Utba était à cette époque le gouverneur de Médine. Ce Walîd était le petit-fils d’Abû Sufyân — qu’Allah l’agrée. Avant sa mort, Hadrat Umm Salama — qu’Allah l’agrée — laissa pour consigne : « Que Walîd sorte de Médine, en direction de la campagne, et qu’il envoie Hadrat Abû Hurayra — qu’Allah l’agrée — diriger la prière funéraire. » Toutefois, l’imam adh-Dhahabî a rapporté un récit selon lequel il n’est pas établi qu’Abû Hurayra — qu’Allah l’agrée — ait dirigé cette prière, car il serait mort avant Umm Salama — qu’Allah l’agrée. Hadrat Umm Salama — qu’Allah l’agrée — fut enterrée dans le cimetière d’al-Baqî‘, à Médine.⁷⁸

Zaynab bint Jahsh — qu’Allah l’agrée

La Mère des croyants, Hadrat Zaynab, avait pour surnom Umm Hakîm. Son père était Jahsh ibn Ribâb al-Asadî, du clan des Banû Asad ibn Khuzayma, et sa mère était Umayma bint ‘Abd al-Muttalib, la tante paternelle du Messager d’Allah — qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix. Elle était donc la cousine germaine du Messager d’Allah — qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix. Les deux frères de Hadrat Zaynab — ‘Ubaydullah ibn Jahsh et Abû Ahmad ibn Jahsh — épousèrent respectivement Umm Habîba et Fâri‘a, les deux filles de Hadrat Abû Sufyân — qu’Allah l’agrée. Son autre frère, ‘Abdullah ibn Jahsh — qu’Allah l’agrée — tomba en martyr lors de la bataille d’Uhud. Les mécréants lui ouvrirent le ventre et mutilèrent son cadavre. Il fut enterré dans la même tombe que son oncle maternel, Hadrat Hamza — qu’Allah l’agrée — dans la plaine d’Uhud. Hamna bint Jahsh et Umm Habîba bint Jahsh étaient les deux sœurs de Hadrat Zaynab. Toutes deux souffraient d’istihâda, des saignements irréguliers. Elles interrogeaient souvent le Messager d’Allah — qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix — sur diverses questions à ce sujet. C’est pourquoi on trouve leur mention dans les hadiths.

Hadrat ‘Abdullah ibn Jahsh et tous ses autres frères et sœurs embrassèrent l’islam dès les premiers temps. Ils devinrent musulmans avant même que le Messager d’Allah — qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix — ne se rende à la maison d’al-Arqam. Puis ils émigrèrent tous en Abyssinie. Là-bas, leur frère ‘Ubaydullah devint chrétien, tandis que son épouse, Hadrat Umm Habîba — qu’Allah l’agrée — demeura ferme dans l’islam. Plus tard, le Messager d’Allah — qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix — l’épousa par l’intermédiaire du Négus. Ensuite, ils revinrent tous à La Mecque. Quelque temps après, ‘Abdullah ibn Jahsh et Abû Ahmad ibn Jahsh émigrèrent à Médine avec leurs familles et leurs sœurs.

Hadrat Zaynab — qu’Allah l’agrée — embrassa l’islam dès les premiers temps. Ibn al-Athîr dit :

Ce sera en arabe

Il fut parmi les tout premiers musulmans.

Mariage

Le noble Messager de Dieu (qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix) la maria à Zayd ibn Haritha, son esclave affranchi et fils adoptif. L’histoire regorge d’innombrables exemples de la manière dont l’islam a concrètement mis en œuvre l’enseignement de l’égalité et de la parité, et de la manière dont il a placé côte à côte des personnes de toutes les catégories sociales. Toutefois, le mariage de la vénérable Zaynab (qu’Allah l’agrée) constituait le fondement de l’enseignement concret de l’égalité et de la parité. C’est pourquoi il a acquis une préséance et une importance particulières sur tous les exemples de ce genre.

Dans toute l’Arabie, la tribu de Quraysh, et en particulier les Banû Hâshim, occupait, en tant que gardienne de la sainte Kaaba, une position si élevée et si honorée qu’aucun roi du Yémen de l’époque n’aurait osé prétendre lui être égal.

Mais l’islam a proclamé que le critère de l’honneur et de la dignité était la taqwâ et la crainte d’Allah, et que toute forme d’orgueil, de prétention aristocratique et de noblesse de lignée était un symbole de la Jâhiliyyah. Sur cette base, bien que le vénérable Zayd fût en apparence un esclave, puisqu’à travers lui l’islam acquit une force illimitée, il était considéré comme supérieur à des milliers d’hommes libres. Outre l’enseignement concret de l’égalité islamique, ce mariage avait encore un autre objectif. Ibn al-Athîr l’a rapporté en ces termes :

Il sera arabe

— Le Messager d’Allah (qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix) l’avait mariée à Zayd afin que celui-ci lui dispense l’enseignement et l’éducation du Livre d’Allah et de la Sunna du Messager d’Allah (qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix).

Les Qurayshites tiraient gloire de leur lignée. Leur fierté à l’égard de leur ascendance était sans limites. Mais le Messager (qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix) maria Zaynab bint Jahsh à Zayd ibn Haritha. Zayd était un proche bien-aimé du Messager d’Allah (qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix). Zayd embrassa l’islam à la même époque que la vénérable Khadîja (qu’Allah l’agrée) et le vénérable Abû Bakr (qu’Allah l’agrée).

Lors de la plupart des expéditions, le Messager de Dieu — que Dieu le bénisse et lui accorde la paix — le nommait commandant des chefs qurayshites. Zayd devint si proche du Messager de Dieu — que Dieu le bénisse et lui accorde la paix — qu’il fut connu sous le nom de Zayd ibn Muhammad. Le Messager de Dieu — que Dieu le bénisse et lui accorde la paix — lui accordait une faveur particulière. Malgré toutes ces qualités et ces mérites, il était un esclave. Quant à Zaynab, elle était issue d’une noble lignée. Dès le début, la noble Zaynab n’était pas favorable à ce mariage. Elle dit directement au Messager de Dieu — que Dieu le bénisse et lui accorde la paix — :

Ce sera en arabe

Je ne le choisis pas pour moi-même. Mais finalement, elle accepta sur l’ordre du Messager de Dieu — que Dieu le bénisse et lui accorde la paix —. En effet, ce verset de la sourate al-Ahzab fut alors révélé :

Ce sera en arabe

En d’autres termes, lorsque Dieu et Son Messager prennent une décision au sujet d’une affaire, aucun croyant ni aucune croyante ne dispose d’un quelconque choix.

Après leur mariage, les deux époux vécurent ensemble pendant un an, mais aucune relation d’amour et d’affection ne se développa entre eux. De jour en jour, leurs relations devinrent plus amères. Le noble Zayd — qu’Allah l’agrée — vint se plaindre auprès du Messager de Dieu — que Dieu le bénisse et lui accorde la paix — et exprima son désir de divorcer.

Ce sera en arabe

— Zayd vint auprès du Messager de Dieu — que Dieu le bénisse et lui accorde la paix — et dit : Ô Messager de Dieu ! Zaynab me transperce de ses paroles cruelles. Je veux divorcer d’elle.

Le Messager d’Allah (qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix) tenta de dissuader le vénérable Zayd de divorcer. Le Coran rapporte ainsi cette tentative.

Le texte arabe sera :

— lorsque vous disiez à celui qu’Allah et vous-même aviez comblé de bienfaits : « Garde ton épouse et crains Allah. »

Malgré les efforts incessants du Messager d’Allah (qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix), le mariage de la vénérable Zaynab et du vénérable Zayd (qu’Allah les agrée) ne tint pas. Le vénérable Zayd (qu’Allah l’agrée) finit par divorcer d’elle.

J’ai déjà mentionné que le mariage de la vénérable Zaynab (qu’Allah l’agrée) avec le vénérable Zayd (qu’Allah l’agrée) avait été célébré à la volonté du Messager d’Allah (qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix). Zaynab n’y était absolument pas favorable. Zaynab était la sœur du Messager d’Allah (qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix). Celui-ci l’avait élevée jusqu’à ce qu’elle atteigne l’âge de raison. Ainsi, lorsqu’ils furent séparés, le Messager (qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix) commença à souhaiter l’épouser lui-même afin de la rendre heureuse. Cependant, comme les coutumes et les traditions de l’époque de l’Ignorance subsistaient encore quelque peu dans les esprits des musulmans, il réprima ce désir intérieur. En effet, Zayd était son fils adoptif. Or la société de l’Ignorance ne faisait aucune distinction entre le fils biologique et le fils adoptif. Zaynab était l’épouse divorcée de Zayd, le fils adoptif du Messager d’Allah (qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix). Le Messager d’Allah (qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix) craignait qu’en l’épousant, les hypocrites et les mécréants ne provoquent un tumulte. Mais puisque la coutume consistant à ne pas épouser l’épouse divorcée d’un fils adoptif n’était qu’une pratique de l’Ignorance, et qu’Allah et Son Messager (qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix) voulaient l’éradiquer, Allah le Très-Haut révéla ainsi le désir que le Messager d’Allah (qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix) avait alors dans son cœur :

Le texte arabe sera :

— « Vous dissimuliez en votre for intérieur ce qu’Allah allait rendre public. Vous craigniez les gens, alors qu’Allah est plus digne d’être craint par vous. »

L’imam at-Tirmidhi dit : « Si le Messager d’Allah (qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix) avait dissimulé quoi que ce soit de la Révélation, il aurait dissimulé ce verset, car Allah y a dévoilé un désir secret du Messager d’Allah (qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix). »

Il est rapporté dans le Sahih Muslim, d’après Anas (qu’Allah l’agrée). Lorsque la période de ‘idda de Zaynab (qu’Allah l’agrée) prit fin, le Messager d’Allah (qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix) envoya précisément Zayd auprès d’elle, en lui disant : « Va lui transmettre ma demande en mariage. » Zayd (qu’Allah l’agrée) alla la trouver alors qu’elle pétrissait de la pâte. Zayd raconte : « Dès que je posai les yeux sur elle, un profond respect pour elle naquit dans mon cœur. Je n’eus plus le courage de lever les yeux vers elle, car le Messager d’Allah (qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix) lui avait fait parvenir une demande en mariage. Je me retirai donc quelque peu. » Dans une autre version, il est rapporté que Zayd (qu’Allah l’agrée), se tenant dos à la porte de la maison de Zaynab (qu’Allah l’agrée), lui dit : « Zaynab ! Je viens te transmettre la demande en mariage du Messager d’Allah (qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix). » Zaynab répondit : « Je suis actuellement occupée. Je ne peux rien dire avant d’avoir demandé conseil à Allah par l’istikhara. » Sur ces mots, elle se mit en route vers la mosquée. Entre-temps, Allah le Très-Haut révéla au Messager d’Allah (qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix) le verset suivant :

Le texte arabe est le suivant

— « Puis, lorsque Zayd eut satisfait son besoin auprès d’elle, Nous te la mariâmes, afin qu’il n’y ait aucune gêne pour les croyants au sujet des épouses de leurs fils adoptifs, lorsqu’ils ont satisfait leur besoin auprès d’elles. Le commandement d’Allah doit nécessairement s’accomplir. » Par ce verset, Allah le Très-Haut fit clairement savoir à Son Prophète : « C’est Moi qui ai conclu le mariage de Zaynab avec toi. » C’est pourquoi Zaynab devint l’épouse du Messager d’Allah (qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix). Dans cette affaire, il n’était nullement nécessaire de prendre en considération le consentement ou le refus de Zaynab. Ibn Ishaq a dit que le mariage de Zaynab (qu’Allah l’agrée) avec le Messager d’Allah (qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix) fut célébré par Abu Ahmad ibn Jahsh (qu’Allah l’agrée). Il est possible qu’un mariage ait ensuite été célébré publiquement et que cette cérémonie ait été accomplie par Abu Ahmad ibn Jahsh. Toutefois, il est clairement rapporté dans le Sahih Muslim qu’après la révélation du verset précité, le Messager d’Allah (qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix) se rendit auprès de Zaynab (qu’Allah l’agrée) sans aucune permission préalable. Une version rapportée dans les deux Sahih indique que Zaynab (qu’Allah l’agrée) se vantait auprès de ses coépouses en disant : « Vos mariages ont été arrangés par vos tuteurs, tandis que le mien a été arrangé par Allah Lui-même. » Le mariage du Messager d’Allah (qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix) fut célébré au mois de Dhu al-Qa‘da de la cinquième année de l’Hégire.

Dans le trente-septième verset de la sourate al-Ahzab, Allah dit : « Nous te la mariâmes, » Ces paroles et les termes employés montrent clairement que le Noble Prophète (qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix) ne contracta pas ce mariage selon sa propre volonté ou son désir, mais uniquement sur l’ordre d’Allah Lui-même.

Il ressort clairement de ce verset qu’Allah le Très-Haut fit accomplir cette action par Son Prophète afin de répondre à un besoin particulier et de réaliser un bienfait qu’il n’aurait pas été possible d’obtenir par quelque autre moyen. En Arabie, une coutume extrêmement grave et erronée concernant les enfants adoptifs s’était répandue et s’était maintenue avec toute sa force pendant des générations. Un seul moyen pouvait être efficace et permettre de l’abolir : il fallait que le Messager d’Allah (qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix) prenne lui-même les devants et l’extirpe jusqu’à ses racines. Il est donc clair qu’Allah le Très-Haut n’avait pas fait contracter ce mariage dans le but d’augmenter le nombre d’épouses dans la maison du Noble Prophète (qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix). Il le fit accomplir en vue d’une œuvre extrêmement importante et absolument nécessaire.

Le mariage du Messager d’Allah (qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix) avec Zaynab (qu’Allah l’agrée) fut donc célébré. Mais les ennemis de l’islam provoquèrent un grand tumulte et enflammèrent l’opinion publique, affirmant que Muhammad (qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix) avait épousé sa belle-fille, alors même que, selon la loi religieuse qu’il avait lui-même présentée, épouser sa belle-fille était interdit au père. En réponse, Allah le Très-Haut révéla le quarantième verset de la sourate al-Ahzab :

Le texte arabe est le suivant

— (Ô gens !) Muhammad n’est le père d’aucun de vos hommes ; il est plutôt le Messager d’Allah et le dernier des prophètes. Et Allah est Omniscient.

« Muhammad n’est le père d’aucun de vos hommes. » Cela signifie que l’homme dont Muhammad (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui) a épousé l’ancienne épouse n’était pas le fils du Messager (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui). Par conséquent, il ne lui était nullement interdit d’épouser cette femme après qu’elle eut été répudiée par cet homme. Vous savez vous-mêmes que le noble Prophète (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui) n’a en réalité aucun fils vivant.

La deuxième question des contestataires était la suivante : même si le fils adopté n’est pas un fils biologique, épouser son ancienne épouse pourrait tout au plus être permis. Mais il n’y avait aucune nécessité de l’épouser absolument. Il leur fut répondu : « Il est, par-dessus tout, le Messager d’Allah. » Autrement dit, puisque Muhammad (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui) est le Messager, il lui incombe d’extirper toutes les erreurs et les fausses croyances concernant les actes licites et permis que vos coutumes erronées ont rendus injustement interdits. De plus, il est le dernier des prophètes. Après lui, il ne viendra non seulement aucun messager, mais même aucun prophète. Ainsi, si, durant sa vie, une loi ou une réforme sociale demeurait inappliquée et irréalisée, il ne pourrait être question qu’un prophète ultérieur l’accomplisse. L’abolition de cette coutume ignoble de l’époque de l’ignorance s’est donc imposée à lui en propre. Puis, afin de souligner davantage l’importance du sujet traité, il est dit : « Allah est Omniscient. » C’est-à-dire qu’Allah sait parfaitement qu’il est absolument nécessaire que cette mauvaise coutume soit abolie dès maintenant par le dernier des prophètes. Sinon, il ne resterait ensuite dans le monde personne capable de supprimer une coutume aussi profondément enracinée.

La cérémonie du walîma

Après avoir fait entrer Zaynab (qu’Allah l’agrée) dans sa demeure en tant qu’épouse, le Messager d’Allah (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui) organisa un walîma. Cela ne signifie pas qu’il prépara un banquet royal. Toutefois, le walîma de Zaynab (qu’Allah l’agrée) fut relativement somptueux. La cérémonie eut lieu à midi, selon certains, ou pendant la nuit, selon d’autres. Anas (qu’Allah l’agrée) rapporte : « Le Messager (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui) nous servit à tous du pain et de la viande. » Pour notre noble Messager, c’était véritablement un banquet royal. En effet, pour des familles dont les membres devaient passer des jours entiers à se contenter de lait, préparer de la viande et du pain pour trois cents personnes pouvait à juste titre être qualifié de somptueux. C’est pourquoi, plus tard, Zaynab (qu’Allah l’agrée) disait fièrement devant ses coépouses que c’était uniquement pour son mariage que le noble Messager d’Allah (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui) avait organisé un walîma avec de la viande et du pain. Ibn Sa‘d a décrit les particularités de ce walîma en ces termes :

Ce sera en arabe

« Le Messager d’Allah (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui) n’organisa pour aucune de ses autres épouses un walîma semblable à celui de Zaynab (qu’Allah l’agrée). Il organisa le walîma de Zaynab (qu’Allah l’agrée) avec de la viande de chèvre. » Anas (qu’Allah l’agrée) rapporte qu’il n’avait organisé pour aucune de ses autres épouses un repas aussi bon et aussi abondant.

Umm Sulaym (qu’Allah l’agrée), la vénérable mère d’Anas (qu’Allah l’agrée), qui était la tante maternelle du Messager d’Allah (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui), avait envoyé quelques aliments à la demeure du Prophète pour le walîma de Zaynab (qu’Allah l’agrée). Lorsque la nourriture fut prête, le noble Messager d’Allah (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui) envoya son serviteur Anas (qu’Allah l’agrée) appeler les gens. Trois cents invités furent réunis. Le Messager (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui) les fit manger par groupes de dix. Les gens arrivaient par groupes, mangeaient, puis repartaient. Les invités conviés mangèrent à satiété.

D’après Abû Hâtim, à l’occasion de la consommation du mariage du Messager d’Allah (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui) avec l’une de ses épouses, Umm Sulaym prépara une sorte de nourriture appelée « hay s », faite de dattes, d’aqît et de graisse, puis la versa dans un récipient de cuivre ou de bois. Elle appela ensuite son fils Anas et lui dit : « Porte ceci au Messager d’Allah (qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix) et dis-lui que c’est un modeste présent de notre part. » Anas rapporte : « À cette époque, les gens souffraient d’une grande pénurie de nourriture. Je pris le récipient et allai dire : “Ô Messager d’Allah ! Umm Sulaym vous l’a envoyé. Elle vous adresse également ses salutations et dit que c’est un modeste présent de notre part.” Le Messager (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui) regarda le récipient et dit : “Pose-le dans un coin de la maison et va appeler Untel et Untel.” Il cita les noms de nombreuses personnes. Il ajouta : “Et tous les musulmans que tu rencontreras en chemin, amène-les avec toi.” Anas rapporte : “J’invitai ceux dont il avait cité les noms. À mon retour, je trouvai toute la maison du Messager d’Allah (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui), la Suffa et les appartements remplis de monde.” Le narrateur lui demanda : “Combien étaient-ils donc ?” Il répondit : “Environ trois cents.” Anas rapporte : “Le Messager (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui) me demanda d’apporter le récipient de nourriture. Je le lui apportai. Il posa sa main dessus et invoqua Allah. Puis il dit : ‘Asseyez-vous par groupes de dix, dites Bismillah et que chacun mange devant lui.’ Tous mangèrent à satiété, conformément aux instructions du Messager d’Allah (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui). Ensuite, il me dit : ‘Enlève le récipient.’ Anas rapporte : ‘Je m’avançai et le soulevai. Je regardai à l’intérieur, mais je ne saurais dire s’il contenait davantage de nourriture lorsque je l’avais posé ou lorsque je le soulevai.’ Tel fut l’événement qui eut lieu lors du walîma de Zaynab (qu’Allah l’agrée).

Allah le Très-Haut veut faire des musulmans une nation civilisée. C’est pourquoi, afin d’abolir certaines des coutumes barbares et grossières qui étaient en vigueur parmi les gens de l’époque de l’ignorance, les versets suivants du Noble Coran furent révélés à la suite d’un incident survenu lors de la walîma de Zaynab (qu’Allah l’agrée).

Ce sera en arabe

— Ô vous qui croyez, n’entrez pas dans les maisons du Prophète sans permission et ne vous attardez pas à attendre que le repas soit prêt. Mais si vous êtes invités à manger, alors entrez. Puis, lorsque vous avez mangé, retirez-vous aussitôt et ne restez pas à converser longuement. Votre comportement de cette manière importune le Prophète, mais il n’ose pas vous le dire par pudeur. Quant à Allah, Il n’hésite pas à dire la vérité. »

Le verset précité condamne plusieurs mauvaises habitudes des Arabes.

1. Autrefois, les Arabes entraient librement les uns chez les autres. Lorsqu’ils souhaitaient rencontrer quelqu’un, personne n’était tenu de se tenir à la porte de sa maison pour l’appeler ni de demander la permission avant d’entrer. Ils entraient plutôt dans la maison et demandaient aux femmes et aux enfants si le maître des lieux s’y trouvait. Cette coutume de l’époque de l’ignorance était à l’origine de nombreux vices et défauts. Elle provoquait souvent le début d’événements indésirables entraînant diverses déchéances morales. C’est pourquoi il fut d’abord établi qu’aucun proche ami ni parent éloigné ne pourrait entrer sans permission dans la demeure du Noble Prophète (qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix). Plus tard, par l’intermédiaire de la sourate An-Nûr, cette règle fut étendue à toutes les maisons musulmanes.

2. Une autre mauvaise habitude et coutume répréhensible était répandue chez les Arabes. Ils se présentaient chez un ami ou une personne qu’ils souhaitaient visiter à l’heure du repas, ou bien se rendaient chez elle et y restaient jusqu’à l’heure du repas. Naturellement, le maître de maison se trouvait alors dans une situation extrêmement embarrassante. C’est pourquoi Allah, exalté soit-Il, a ordonné dans ce verset d’abandonner cette mauvaise habitude. Il a prescrit de ne se rendre chez quelqu’un pour y manger que lorsque le maître de maison vous y invite. Cet ordre ne concernait pas seulement la maison du Noble Prophète (qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix). Cette règle devait au contraire devenir une pratique courante dans toutes les maisons musulmanes. La maison du Messager (qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix) n’a été mentionnée qu’à titre d’exemple.

3. Ce verset condamne également une autre mauvaise habitude. On trouve dans la société des gens qui se rendent chez quelqu’un, invités à manger, puis restent inutilement après la fin du repas. Ils entament alors une conversation si longue qu’elle semble ne jamais vouloir prendre fin. Ils ne réfléchissent nullement aux désagréments qu’ils causent au propriétaire et aux occupants de la maison. Certains importunaient même le Noble Messager (qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix). En raison de son infinie courtoisie et de son caractère humble, il supportait ces comportements en silence. Finalement, le jour de la walîma de Zaynab (qu’Allah l’agrée), un incident de ce genre poussa l’affliction du Messager d’Allah (qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix) à son comble. C’est essentiellement cet incident qui fut la cause de la révélation du verset.

Anas (qu’Allah l’agrée), le serviteur particulier du Noble Messager d’Allah (qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix), rapporte que cette invitation à la walîma eut lieu pendant la nuit. Les gens ordinaires mangèrent puis repartirent. Mais deux ou trois hommes restèrent assis sur place, absorbés par diverses conversations.

Le noble Messager d’Allah, qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix, finit par se lever, excédé, et alla faire un tour auprès de ses épouses dans les appartements intérieurs. À son retour, il constata que les gens étaient toujours assis, sans bouger. Il entra de nouveau, puis alla s’asseoir dans la chambre de ‘Aïcha, qu’Allah l’agrée. Après qu’une grande partie de la nuit se fut écoulée, lorsqu’il apprit que les gens étaient partis, il se rendit dans la chambre de Zaynab, qu’Allah l’agrée. Après cet événement, il devint nécessaire qu’Allah Très-Haut Lui-même avertisse les gens au sujet de cette mauvaise habitude. Selon le récit de Hadrat Anas, qu’Allah l’agrée, le verset en question fut révélé précisément à propos de cet événement.

Après l’événement susmentionné, le noble Messager d’Allah, qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix, fit installer un rideau à la porte de la maison et interdit aux gens d’y entrer. Cela se produisit au mois de Dhou al-Qa‘da de la cinquième année de l’Hégire.

Le mariage de Zaynab, qu’Allah l’agrée, présentait plusieurs particularités que l’on ne retrouve nulle part ailleurs. Elles peuvent être résumées comme suit :

  1. L’erreur qui consistait à considérer l’enfant adopté ou le fils adoptif comme équivalent au fils biologique fut dissipée.
  2. Le mariage établit un exemple concret de l’égalité islamique en supprimant l’écart immense de statut qui existait entre l’esclave et l’homme libre. Zayd, qui était esclave, fut placé sur un pied d’égalité avec les Banû Hâshim, la famille la plus noble et la plus illustre d’Arabie.
  3. C’est à l’occasion de ce mariage que fut révélée la prescription du hijab ; on peut aussi dire que ce mariage constitua le contexte de la révélation de cette prescription.
  4. La Révélation fut descendue au sujet de ce mariage.
  5. Le banquet nuptial de ce mariage fut célébré avec faste.

Pour toutes ces raisons, Zaynab (qu’Allah l’agrée) se glorifiait devant ses coépouses. Un jour, elle dit même au Messager d’Allah (qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix) : « Ô Messager d’Allah (qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix), je ne suis pas comme vos autres épouses. Parmi elles, il n’en est aucune dont le mariage n’ait été arrangé par son père, son frère ou un tuteur de sa famille. Je suis la seule dont Allah a célébré le mariage avec vous depuis les cieux. Votre grand-père et le mien sont une seule et même personne, et Jibrîl (sur lui la paix) fut le messager chargé de mon affaire. »

L’imam al-Dhahabî dit : Il y aura de l’arabe.

— « Allah a marié Zaynab à Son Prophète (qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix) sans tuteur ni témoins. »

Parmi les épouses du Messager d’Allah (qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix), Zaynab (qu’Allah l’agrée) était l’une de celles qui pouvaient prétendre égaler ‘Aïcha (qu’Allah l’agrée). À ce sujet, ‘Aïcha elle-même disait :

Il y aura de l’arabe

— « Parmi les épouses du Messager d’Allah (qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix), elle seule pouvait prétendre m’égaler. »

La prétention de Zaynab (qu’Allah l’agrée) était également fondée. En effet, elle était la cousine paternelle du Messager d’Allah (qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix), et elle possédait beauté et grâce. Le Messager d’Allah (qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix) cherchait toujours à lui faire plaisir. Zaynab (qu’Allah l’agrée) possédait dans son caractère certaines qualités que l’on trouvait chez très peu de femmes. ‘Aïcha (qu’Allah l’agrée) et elle éprouvaient intérieurement une certaine émulation pour gagner la proximité du Messager d’Allah (qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix). Conformément à la nature féminine, cette émulation prit la forme d’une sorte de noble jalousie, appelée « ghibta » dans la terminologie de la Loi religieuse. J’emploie l’expression « noble jalousie » parce que, dans les ouvrages de hadith et de sîra, les idées, opinions et remarques rapportées au sujet de l’une par l’autre ne laissent aucunement transparaître une jalousie malsaine. En effet, la véritable jalousie aveugle l’être humain. Elle l’empêche de voir la moindre qualité chez son adversaire et de la supporter. Mais aucune d’elles n’était ainsi. Grâce à la bénédiction de la compagnie bénie du Noble Messager (qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix), elles étaient devenues si généreuses et magnanimes qu’elles reconnaissaient franchement les qualités l’une de l’autre. Elles les proclamaient aux gens durant toute leur vie. Seuls les êtres véritablement grands peuvent agir ainsi. À ce propos, on peut citer comme exemple l’affaire de l’Ifk. Hamna bint Jahsh, la sœur de ‘Aïcha (qu’Allah l’agrée), s’y trouva également impliquée. Elle pensa que si elle parvenait, à la faveur de cette occasion, à accabler ‘Aïcha (qu’Allah l’agrée), la coépouse et rivale de sa sœur Zaynab (qu’Allah l’agrée), sa sœur Zaynab deviendrait sans rivale. Animée par le désir de défendre sa sœur, elle se laissa entraîner dans cette odieuse machination.

Ce qu’il nous importe de voir, c’est quel fut le rôle de Zaynab (qu’Allah l’agrée) à ce moment-là. C’était une occasion magnifique de nuire à sa coépouse rivale et d’écarter une épine de son chemin. On ne connaît aucune coépouse au monde qui ait laissé échapper une occasion aussi idéale. Mais, puisque Zaynab (qu’Allah l’agrée) s’était élevée à un tel degré de moralité et de spiritualité, comment imaginer qu’une personne comme elle aurait pu saisir l’occasion de participer à une si odieuse machination ? Ainsi, durant les jours d’épreuve de ‘Aïcha (qu’Allah l’agrée), le Messager d’Allah (qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix) demanda un jour à Zaynab (qu’Allah l’agrée) son opinion au sujet de ‘Aïcha (qu’Allah l’agrée). Zaynab (qu’Allah l’agrée) répondit avec une grande clarté :

L’arabe sera :

« Je ne connais en elle rien d’autre que le bien. » Par la suite, dix versets du Noble Coran furent révélés pour proclamer l’innocence de ʿAïcha (qu’Allah l’agrée). Ainsi furent également établies et confirmées la véracité et la haute moralité de Zaynab (qu’Allah l’agrée). ʿAïcha (qu’Allah l’agrée) garda toute sa vie le souvenir de cette dette envers Zaynab (qu’Allah l’agrée). Elle en parla aux gens durant toute sa vie. Elle leur fit connaître sans détour toutes les qualités qu’elle avait observées chez Zaynab (qu’Allah l’agrée). Ibn Hajar al-ʿAsqalânî (puisse Allah lui faire miséricorde) a écrit :

L’arabe sera :

— ʿAïcha (qu’Allah l’agrée) a fait un éloge vibrant de Zaynab (qu’Allah l’agrée) en relatant l’affaire de l’Ifk.

Lorsqu’une femme aussi vive d’esprit, instruite et éminente que ʿAïcha (qu’Allah l’agrée) se répand en éloges sur Zaynab (qu’Allah l’agrée), il ne semble nécessaire de fournir aucune autre explication pour estimer le rang et la position de celle-ci. En effet, grâce à l’intelligence pénétrante qu’Allah lui avait accordée, ʿAïcha (qu’Allah l’agrée) avait observé et étudié Zaynab (qu’Allah l’agrée) en profondeur et de très près. Les propos de ʿAïcha (qu’Allah l’agrée) qui se trouvent éparpillés dans les recueils de hadiths font à eux seuls ressortir le véritable rang de Zaynab (qu’Allah l’agrée). ʿAïcha (qu’Allah l’agrée) dit :

L’arabe sera :

— « Je n’ai jamais vu de femme plus attachée à la religion, plus pieuse, plus véridique, plus généreuse, plus charitable, plus vertueuse et plus empressée à rechercher la satisfaction d’Allah que Zaynab (qu’Allah l’agrée). Elle avait seulement un caractère quelque peu vif. Toutefois, elle en éprouvait très rapidement du regret. »

L’érudit Ibn ʿAbd al-Barr a rapporté le commentaire suivant de ʿAïcha (qu’Allah l’agrée) au sujet de Zaynab (qu’Allah l’agrée) :

Ce sera en arabe

-En matière de religion, je n’ai jamais vu de femme meilleure que Zaynab.

Ibn Sa’d a recueilli le commentaire suivant de ‘Aïcha :

Ce sera en arabe

-Qu’Allah soit bienveillant envers Zaynab bint Jahsh ! Elle a véritablement atteint dans ce monde un honneur et un rang incomparables. Allah Lui-même l’a mariée à Son Prophète, et plusieurs versets du Coran ont été révélés à son sujet.

‘Aïcha a également dit : « Le Messager d’Allah lui a annoncé la bonne nouvelle qu’elle serait la première à le rejoindre dans l’au-delà et qu’elle serait son épouse au Paradis. »

Umm Salama a dit à son sujet :

Ce sera en arabe

C’est-à-dire qu’elle était très pieuse, jeûnait beaucoup et accomplissait fréquemment la prière.

Divers événements prouvent que Zaynab jouissait d’un rang particulier auprès du Messager d’Allah (paix et bénédictions d’Allah sur lui). Un jour, à propos d’une affaire, les « épouses purifiées » envoyèrent Fâtima auprès du Messager d’Allah (paix et bénédictions d’Allah sur lui) comme émissaire afin de le convaincre. Mais elle revint après avoir échoué dans sa mission. Alors, toutes s’accordèrent pour choisir Zaynab comme émissaire, car, à leurs yeux à toutes, elle était la plus apte à accomplir cette tâche. Elle s’acquitta de cette responsabilité avec beaucoup de courage. Elle alla trouver le Messager d’Allah (paix et bénédictions d’Allah sur lui) et s’efforça avec une grande fermeté de démontrer que ‘Â’isha n’était pas digne de ce rang. Assise à côté d’elle, ‘Â’isha écoutait silencieusement son discours tout en jetant des regards furtifs vers le visage béni du Messager d’Allah (paix et bénédictions d’Allah sur lui). Lorsque Zaynab eut terminé, ‘Â’isha se leva avec la permission du Messager d’Allah (paix et bénédictions d’Allah sur lui) et prononça un discours si puissant que Zaynab resta sans réponse. Le Messager (paix et bénédictions d’Allah sur lui) dit alors : « Comment pourrait-il en être autrement ? C’est bien la fille d’Abû Bakr. »

Zaynab était une femme extrêmement généreuse, prodigue, confiante en Allah et satisfaite de peu. Elle était considérée comme un refuge et un soutien pour les orphelins, les indigents et les nécessiteux. Sa compassion et sa tendresse envers les pauvres et les malheureux étaient sans limites. Ibn Sa‘d rapporte :

Ce sera en arabe

— « Zaynab bint Jahsh ne laissa ni dirham ni dinar. Tout ce qui lui parvenait, elle le donnait en aumône. Elle était un refuge pour les pauvres et les indigents. »

Zaynab était artisane. De ses propres mains et selon sa propre méthode, elle tannait et préparait les peaux ; elle donnait entièrement aux nécessiteux les revenus qu’elle en tirait.

Un autre récit rapporté par ‘Â’isha nous apprend que Zaynab filait le fil de ses propres mains et le donnait aux prisonniers de guerre du Messager d’Allah (paix et bénédictions d’Allah sur lui). Ceux-ci en tissaient du tissu, que le Messager d’Allah (paix et bénédictions d’Allah sur lui) utilisait pour les besoins de la guerre. Sa main était si généreuse que le calife ‘Umar fixa pour elle une allocation annuelle de douze mille dirhams ; mais elle ne l’accepta jamais. Un jour, ‘Umar lui fit envoyer son allocation d’une année. Zaynab recouvrit les dirhams d’une pièce de tissu. Puis elle ordonna à Bazrah ibn Râfi‘ de les distribuer entre ses proches et les pauvres indigents. Bazrah demanda : « Avons-nous également quelque droit sur cette somme ? » Elle répondit : « Ce qui se trouve sous le tissu est à toi. » Après les avoir ramassés et comptés, on trouva cinquante dirhams — ou, selon une autre version, quatre-vingt-cinq. Après avoir distribué tous les dirhams, elle invoqua Allah en disant :

Ce sera en arabe

« Ô Allah ! Que cet argent ne me parvienne plus à l’avenir, car c’est une épreuve. »

Cette nouvelle parvint aux oreilles de ʿUmar, qu’Allah l’agrée. Il fit alors cette remarque :

Cela sera en arabe.

« C’est une femme dont on ne peut attendre que le bien. » Puis ʿUmar, qu’Allah l’agrée, resta quelque temps devant sa porte et lui fit transmettre ses salutations. Il dit à Zaynab, qu’Allah l’agrée : « J’ai appris tout ce que vous avez fait. » En repartant, il lui envoya encore mille dirhams pour ses dépenses. Elle les dépensa également comme auparavant. Les historiens rapportent que l’invocation susmentionnée de Zaynab, qu’Allah l’agrée, fut exaucée et qu’elle mourut cette même année.

C’est le Messager d’Allah lui-même, qu’Allah le bénisse et le salue, qui a témoigné du degré exceptionnel de piété, d’humilité et de dévotion de Zaynab, qu’Allah l’agrée. Un jour, le Messager, qu’Allah le bénisse et le salue, distribuait le butin entre les émigrés. Au cours de cette distribution, Zaynab, qu’Allah l’agrée, lui adressa quelques paroles. Aussitôt, ʿUmar, qu’Allah l’agrée, la réprimanda vivement. Le Messager d’Allah, qu’Allah le bénisse et le salue, dit à ʿUmar, qu’Allah l’agrée : « Ne lui dis rien. C’est une grande adoratrice et une femme détachée des biens de ce monde. »

Décès :

Zaynab, qu’Allah l’agrée, mourut en l’an 20 de l’hégire, sous le califat de ʿUmar, qu’Allah l’agrée. Ce fut également l’année de la conquête de l’Égypte. Selon Hafiz Ibn Hajar, elle vécut cinquante-trois ans. C’est l’opinion de la majorité des historiens. Cependant, l’historien al-Waqidi estime que Zaynab, qu’Allah l’agrée, vécut au total cinquante ans, ce qui contredit l’opinion majoritaire. Al-Waqidi ajoute qu’au moment de son mariage avec le Messager d’Allah, qu’Allah le bénisse et le salue, elle avait trente-cinq ans ; selon les autres avis, elle en avait trente-huit.

Jusqu’aux derniers instants de sa vie, elle conserva son habitude de donner. Elle prit elle-même les dispositions nécessaires pour son linceul. Toutefois, elle dit à ses proches : « Après ma mort, ʿUmar, qu’Allah l’agrée, pourrait envoyer un linceul. S’il le fait, distribuez l’un des deux linceuls aux pauvres et aux nécessiteux. » ʿUmar, qu’Allah l’agrée, envoya cinq pièces de tissu, avec lesquelles elle fut ensevelie. Quant au tissu que Zaynab, qu’Allah l’agrée, avait laissé, sa sœur Hafsa le donna en aumône. Elle recommanda également que, tout comme le Messager d’Allah, qu’Allah le bénisse et le salue, avait été transporté jusqu’à la tombe sur cette civière, on l’y transporte elle aussi. Elle fut la première femme, après Abu Bakr, qu’Allah l’agrée, à être placée sur cette civière. Ses deux recommandations furent respectées. Les autres épouses du Messager d’Allah, qu’Allah le bénisse et le salue, lui firent la toilette mortuaire.

Le calife, Ḥaḍrat ʿUmar (qu’Allah l’agrée), dirigea la prière funéraire, puis elle fut enterrée au cimetière d’al-Baqīʿ.

Rabīʿa ibn ʿAbd Allāh rapporte : « Je vis ʿUmar (qu’Allah l’agrée), le fouet suspendu à l’une de ses épaules. Il s’avança ainsi et dirigea la prière funéraire de Zaynab (qu’Allah l’agrée) en prononçant quatre takbīr. Il resta près de la tombe jusqu’à ce qu’on l’aspergeât d’eau. »

Ḥaḍrat ʿAbd Allāh ibn Abī Sulayṭ (qu’Allah l’agrée) dit : « Je vis Abū Aḥmad ibn Jaḥsh [le frère de Zaynab (qu’Allah l’agrée)] porter, en pleurant, la civière funéraire de Zaynab (qu’Allah l’agrée). Il était aveugle. J’entendis ʿUmar (qu’Allah l’agrée) lui dire : “Abū Aḥmad, éloigne-toi de la civière, afin de ne pas souffrir sous la pression de la foule.” Abū Aḥmad répondit : “Ô ʿUmar, c’est par elle que nous avons obtenu tout le bien. Mes pleurs apaisent la brûlure intense qui me consume intérieurement.” ʿUmar dit : “Très bien, laisse-le, laisse-le.” »

Au moment même où Ḥaḍrat Zaynab (qu’Allah l’agrée) était enterrée, un jeune Qurayshite arriva vêtu de deux étoffes égyptiennes colorées et les cheveux soigneusement peignés. ʿUmar (qu’Allah l’agrée) leva son bâton au-dessus de sa tête et lui dit : « À te voir arriver ainsi, on croirait que nous sommes en train de nous divertir. Ici, des hommes âgés enterrent leur mère. » C’était une journée de chaleur accablante. Ḥaḍrat ʿUmar (qu’Allah l’agrée) fit dresser une tente à l’endroit où l’on creusait la tombe. On rapporte que ce fut la première tente dressée au-dessus d’une tombe d’al-Baqīʿ. Au moment de descendre le corps dans la tombe, Ḥaḍrat ʿUmar (qu’Allah l’agrée) demanda aux autres épouses du Messager d’Allah (qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix) qui descendrait dans sa tombe. Elles répondirent : « Ceux qui avaient l’habitude de lui rendre visite de son vivant y descendront. » Sur l’ordre de Ḥaḍrat ʿUmar (qu’Allah l’agrée), Muḥammad ibn ʿAbd Allāh ibn Jaḥsh, Usāma ibn Zayd, ʿAbd Allāh ibn Abī Aḥmad ibn Jaḥsh et Muḥammad ibn Ṭalḥa (qu’Allah les agrée) descendirent alors dans la tombe. Ils étaient tous des proches parents de Ḥaḍrat Zaynab (qu’Allah l’agrée).

La mort de Ḥaḍrat Zaynab (qu’Allah l’agrée) plongea Ḥaḍrat ʿĀʾisha (qu’Allah l’agrée) dans une profonde affliction. Elle exprima ainsi ce qu’elle ressentait alors :

Ce sera en arabe

« Elle est partie dans un état digne de louange et sans égale. Elle a laissé les orphelins et les veuves dans le désarroi. » Le jour où Ḥaḍrat Zaynab (qu’Allah l’agrée) mourut, les pauvres, les indigents et les nécessiteux de Médine se mirent à se lamenter dans leur douleur.

Le Messager éminent d’Allah (qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix) avait attribué à Ḥaḍrat Zaynab (qu’Allah l’agrée) cent wasaq de céréales provenant des récoltes de Khaybar.

Hazrat Zaynab (qu’Allah l’agrée) ne laissa en héritage qu’une maison. Durant son califat, le calife omeyyade al-Walid ibn ‘Abd al-Malik l’acheta à ses proches pour cinquante mille dirhams et l’incorpora à la mosquée du Prophète.

Hazrat Zaynab (qu’Allah l’agrée) rapportait très peu de hadiths. Les recueils de hadiths n’en contiennent que onze rapportés par elle, dont deux sont unanimement reconnus comme authentiques. Parmi ceux qui rapportèrent des hadiths d’après elle, il convient de mentionner tout particulièrement Hazrat Umm Habiba (qu’Allah l’agrée), Zaynab bint Abi Salama, Muhammad ibn ‘Abd Allah ibn Jahsh, Kulthum bint Talaq et l’esclave Mazkur.

Peu avant son décès, le Noble Messager de Dieu (que Dieu le bénisse et lui accorde la paix) dit un jour à ses épouses :

Ce sera en arabe

— « Celle d’entre vous qui me rejoindra le plus rapidement sera celle dont la main est la plus longue. » Par « main longue », il entendait, au sens figuré, la générosité. Mais ses nobles épouses comprirent ces paroles dans leur sens littéral. C’est pourquoi elles se réunissaient et mesuraient leurs mains les unes aux autres pour voir laquelle avait la main la plus longue. Zaynab (qu’Allah l’agrée) était de petite stature. Elles continuèrent ainsi jusqu’au décès de Zaynab bint Jahsh (qu’Allah l’agrée). Mais lorsqu’elle mourut la première, elles réfléchirent profondément et comprirent le sens des paroles du Messager de Dieu (que Dieu le bénisse et lui accorde la paix). C’est pourquoi Hazrat ‘Aïcha (qu’Allah l’agrée) dit en expliquant ce hadith :

Ce sera en arabe

— Zaynab était celle qui avait la main la plus longue parmi nous, car elle travaillait de ses propres mains pour gagner sa vie et en faisait don.

Beaucoup ont pensé que, par cette remarque, le Messager de Dieu (que Dieu le bénisse et lui accorde la paix) faisait allusion à Hazrat Zaynab bint Khuzayma (qu’Allah l’agrée). Mais cette opinion est incorrecte, car Hazrat Zaynab bint Khuzayma (qu’Allah l’agrée) mourut avant le Messager de Dieu (que Dieu le bénisse et lui accorde la paix).

Les récits rapportés dans les ouvrages de hadith et de sîra permettent de comprendre que Hadrat Zaynab (qu’Allah l’agrée) était une femme d’une grande beauté. Un jour, alors que Hadrat ‘Umar (qu’Allah l’agrée) conseillait sa fille Hadrat Hafsa (qu’Allah l’agrée), il lui dit :

Ce sera en arabe

— Ne réponds pas aux paroles du Messager d’Allah (qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix), car tu ne possèdes ni la beauté de Zaynab, ni l’affection conjugale dont jouit ‘Aïcha.

Après le décès du Messager d’Allah (qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix), les autres épouses accomplirent le hajj, mais Hadrat Sawda (qu’Allah l’agrée) et Hadrat Zaynab (qu’Allah l’agrée) ne l’accomplirent plus. Elles ne sortirent plus de chez elles. Toutes deux avaient ainsi compris l’injonction d’Allah et de Son Messager (qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix).

Hadrat Juwayriya bint al-Harith (qu’Allah l’agrée)

Umm al-Mu’minin Hadrat Juwayriya (qu’Allah l’agrée) était la fille d’un notable de la branche Musṭaliq de la célèbre tribu arabe des Khuza’a. Son père, al-Harith ibn Dirar, était le chef des Banû al-Mustaliq.¹

Le premier mariage de Hadrat Juwayriya (qu’Allah l’agrée) fut contracté avec un homme de sa propre tribu nommé Musafi’ ibn Safwan (Dhu Shufar). Il était le cousin paternel de Hadrat Juwayriya (qu’Allah l’agrée) et était connu sous le nom de Dhu ash-Shufar.² Son père, al-Harith, et son mari, Musafi’, étaient tous deux des ennemis acharnés de l’islam. Plus tard, son père se rendit auprès du Messager d’Allah (qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix) et embrassa l’islam.³

La bataille de Banû al-Mustaliq :

« Moustaliq » était le surnom d’un homme nommé Joudhayma ibn Sa‘d, de la tribu des Banû Khuzâ‘a. « Al-Muraysî » était le nom d’un puits appartenant à cette tribu. Lors de l’expédition contre les Banû Moustaliq, le vénérable Messager d’Allah (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui) établit son camp avec son armée près de ce puits ; c’est pourquoi cette expédition est connue dans l’histoire sous le nom d’expédition des Banû Moustaliq ou de bataille d’Al-Muraysî. Elle eut lieu au mois de Cha‘bân de la cinquième année de l’hégire. Certains ont toutefois affirmé qu’elle eut lieu la sixième année⁴, mais cela ne semble pas exact.

Au cours de la cinquième année de l’hégire, le Messager d’Allah (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui) apprit qu’Al-Hârith ibn Dirâr, chef des Banû Al-Moustaliq, avait commencé à préparer une attaque contre Médine avec une armée composée de ses propres hommes et de membres d’autres tribus arabes, à l’instigation des Quraychites de La Mecque. Afin de vérifier la véracité de cette information, le Messager d’Allah (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui) envoya Bourayda ibn Al-Housayb Al-Aslamî (qu’Allah l’agrée). Arrivé sur place, celui-ci s’entretint directement avec Al-Hârith et comprit que l’information était exacte. Il revint immédiatement informer le Messager d’Allah (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui) de la situation réelle. Sans perdre de temps, le Messager (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui) ordonna à ses Compagnons de se préparer pour l’expédition.

L’armée fut préparée. Le Messager d’Allah (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui) partit lui-même avec l’armée, après avoir désigné à Médine Zayd ibn Hâritha (qu’Allah l’agrée), ou, selon une autre version, Abû Dharr Al-Ghifârî, comme son remplaçant. Certains récits rapportent également qu’il laissa Noumayla ibn ‘Abdillâh Al-Laythî comme gouverneur de Médine. Quoi qu’il en soit, il quitta Médine le 2 Cha‘bân de la cinquième année de l’hégire et fit halte à Al-Muraysî, situé à neuf étapes de Médine.

Toutes les informations parvinrent à l’armée coalisée des mécréants commandée par Al-Hârith. Ceux-ci furent pris de peur. Les autres tribus arabes, renonçant à résister, se dispersèrent chacune de son côté. Seuls les hommes de sa tribu restèrent avec Al-Hârith. Ils se rangèrent en formation et tinrent longtemps l’armée musulmane à distance en lançant des flèches et des lances. Finalement, l’armée musulmane lança soudain une attaque collective et vainquit l’armée ennemie. Le chef Al-Hârith prit la fuite.

Onze soldats mécréants furent tués et tous les autres furent faits prisonniers. Aucun soldat de l’armée musulmane ne tomba en martyr. Toutefois, par erreur, un homme nommé Hichâm ibn Sabâba fut tué par Hadrat ‘Ubâda ibn As-Sâmit (qu’Allah l’agrée). Environ six cents hommes, femmes et enfants du camp ennemi furent capturés. L’armée musulmane obtint également comme butin deux mille chameaux et cinq mille chèvres et moutons⁵.

Hadrat Juwayriya (qu’Allah l’agrée) figurait parmi ces prisonniers de guerre. Ibn Ishâq a rapporté cet épisode, qui est également cité dans certains recueils de hadiths. Tous les prisonniers furent déclarés esclaves et répartis entre les soldats ayant participé à la bataille. Juwayriya (qu’Allah l’agrée) échut à Hadrat Thâbit ibn Qays (qu’Allah l’agrée), ou, selon une autre version, à son cousin. Elle était la fille du chef de sa tribu. Elle possédait en outre une grande dignité, un caractère doux, ainsi que beauté et élégance. Elle ne put accepter la vie d’esclave. Elle demanda donc à Hadrat Thâbit ibn Qays (qu’Allah l’agrée) de conclure avec elle un contrat de mukâtaba. Thâbit (qu’Allah l’agrée) conclut avec elle un contrat de mukâtaba, c’est-à-dire un accord de libération de l’esclavage, en échange de neuf ouqiyya d’or. Mais où Juwayriya (qu’Allah l’agrée) pourrait-elle trouver une telle somme ? Elle décida de solliciter l’aide des gens afin de réunir l’argent nécessaire.

Après avoir achevé la distribution du butin, Juwayriya (qu’Allah l’agrée) se présenta devant le vénérable Messager d’Allah (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui) et dit : « Ô Messager d’Allah ! Je suis venue en ayant embrassé l’islam. J’atteste qu’il n’y a de divinité qu’Allah et j’atteste que tu es Son Messager. Je suis la fille d’Al-Hârith ibn Dirâr, le chef de ma tribu. J’ai été capturée par l’armée musulmane et je suis échue à Thâbit ibn Qays. Thâbit a conclu avec moi un contrat de mukâtaba, mais je ne parviens pas à en payer le montant. Je suis venue vous demander de m’aider à acquitter la somme prévue par ce contrat. » Le Messager d’Allah (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui) demanda : « N’espères-tu pas quelque chose de meilleur que cela ? » — « Quoi donc ? » Le Messager (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui) répondit : « Que je paie la totalité de la somme prévue par ton contrat et que je t’épouse ? » Très heureuse de cette proposition inattendue, Juwayriya (qu’Allah l’agrée) donna son accord. Alors le vénérable Messager d’Allah (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui) fit appeler Thâbit, lui remit la somme convenue et libéra Juwayriya (qu’Allah l’agrée) de l’esclavage. Puis il l’épousa et lui accorda le statut d’épouse libre. Ibn Ishâq a rapporté l’événement de cette manière⁶.

Une autre version rapporte que le père de Juwayriya (qu’Allah l’agrée), Al-Hârith, était l’un des chefs les plus éminents d’Arabie. Lorsque sa fille fut capturée par l’armée musulmane, il se rendit auprès du Messager d’Allah (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui) et dit : « Ma fille ne peut pas devenir esclave. Ma dignité est bien au-dessus de la servitude. Libérez-la, je vous prie. » Le Messager (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui) répondit : « Ne serait-il pas préférable de laisser cette affaire à la volonté de Juwayriya ? » Al-Hârith se rendit auprès de sa fille Juwayriya et lui dit : « Muhammad t’a laissé le choix. Veille à ne pas me couvrir de honte. » Juwayriya répondit à son père : « Je préfère rester auprès du Messager d’Allah (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui). » Le Messager (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui) l’épousa ensuite⁷.

Ibn Sa‘d a également mentionné dans les Tabaqât que c’est son père qui avait payé sa rançon. Lorsqu’elle fut entièrement libérée, le Messager d’Allah (qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix) l’épousa avec son consentement.

Lorsque la nouvelle du mariage se répandit parmi les combattants musulmans, ils dirent : « Les Banû al-Mustaliq sont désormais la noble famille par alliance du Messager d’Allah (qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix). Ceux dans la famille desquels le Messager d’Allah (qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix) a pris épouse ne peuvent jamais être des esclaves. » Ils se concertèrent ensuite et, d’un commun accord, libérèrent tous les captifs.⁸

Ibn al-Athîr a écrit qu’à cette occasion, tous les captifs des cent maisons des Banû al-Mustaliq furent libérés. L’imam Abû Dâwûd et l’imam Ahmad ont rapporté, d’après ‘Â’isha (qu’Allah l’agrée), qu’elle dit :⁹

Ce sera en arabe.

« Je n’ai jamais vu de femme plus bénéfique pour son peuple que Juwayriya.

Ibn Ishâq a dit que cent maisons ne signifie pas cent personnes, car leur nombre dépassait sept cents. Cent maisons signifie les habitants de cent maisons.¹⁰

Ibn al-Athîr et d’autres ont également rapporté l’événement de la manière suivante : Juwayriya (qu’Allah l’agrée) avait commencé à vivre en tant qu’épouse du Messager d’Allah (qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix). Son père, Hârith, l’ignorait. Afin de libérer sa fille, il chargea plusieurs chameaux de biens destinés à payer la rançon et prit la route de Médine. En chemin, lorsqu’il atteignit la vallée de ‘Aqîq, il détacha les chameaux pour les faire paître. Parmi eux, deux lui étaient particulièrement chers. C’est pourquoi il les cacha dans un endroit secret. Puis il arriva à Médine, auprès du Messager d’Allah (qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix), et lui demanda :

« Vous avez fait prisonnière ma fille. Voici sa rançon ; permettez-lui de partir avec moi. »

Puis il se mit à présenter, l’un après l’autre, tous les biens, les chameaux et autres richesses qu’il avait apportés. Alors le Messager — qu’Allah le bénisse et le salue — lui demanda : « Où sont les deux chameaux que tu avais laissés attachés dans la vallée d’Aqîq ?

Cette information du Messager d’Allah — qu’Allah le bénisse et le salue — stupéfia profondément al-Hârith. Il prononça aussitôt la profession de foi et devint musulman. Puis il apprit que celle pour libérer laquelle il était accouru était désormais devenue l’ornement de la maison prophétique. Il se réjouit vivement de la destinée heureuse de sa fille et alla la voir avec une immense joie. Puis, heureux, il prit la route avec elle vers le territoire où résidait sa tribu.11

Al-Wâqidî l’a rapporté d’après ‘Urwa. Juwayriya — qu’Allah l’agrée — a dit : « Trois jours avant l’arrivée du Prophète — qu’Allah le bénisse et le salue — j’ai rêvé que la lune venait de la direction de Yathrib et tombait dans mon giron. Je ne jugeais pas convenable d’en parler à qui que ce soit. Puis le Prophète arriva. Lorsque je fus faite prisonnière, j’espérai voir mon rêve se réaliser. Ensuite, le Messager — qu’Allah le bénisse et le salue — me libéra et m’épousa. Je n’avais parlé de ce rêve à personne de ma tribu. Je ne savais même pas que le Messager d’Allah était arrivé, jusqu’à ce qu’une de mes cousines me l’annonce. Je louai alors Allah Très-Haut.12 L’imam Muslim a recueilli une narration d’Ibn ‘Abbâs — qu’Allah l’agrée — qui dit :13

Ce qui suit est en arabe

— Le premier nom de Juwayriya — qu’Allah l’agrée — était Barra. Après son mariage, le Messager d’Allah — qu’Allah le bénisse et le salue — le changea et lui donna le nom de Juwayriya. En effet, le premier nom comportait une certaine idée d’autosatisfaction, et le Messager — qu’Allah le bénisse et le salue — y vit un signe de mal et de mauvais augure. C’est pourquoi il ne l’apprécia pas. On rapporte d’Ibn ‘Abbâs — qu’Allah l’agrée — :14

Ce qui suit est en arabe

— Il n’aimait pas qu’on l’appelle Barra ; il sortit donc de chez elle. »

Allah, glorifié soit-Il, a dit dans le Noble Coran :

En arabe :

— « Ne vous proclamez pas vous-mêmes purs. » C’est principalement en considération de ce verset que le Messager d’Allah (qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix) changea son nom.

Ibn Sa‘d a dit au sujet de la dot de Juwayriya (qu’Allah l’agrée) : 15

En arabe :

— La libération de chacun des captifs des Banû al-Mustaliq fut fixée comme sa dot.

Lorsque Juwayriya (qu’Allah l’agrée) épousa le Messager d’Allah (qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix), elle n’était qu’une jeune femme de vingt ans. Dès le premier regard, ‘Aïcha (qu’Allah l’agrée) la trouva très belle et estima ses manières particulièrement douces et agréables. En décrivant sa beauté, ‘Aïcha (qu’Allah l’agrée) dit : 16

En arabe :

— Juwayriya possédait à la fois la douceur et le charme de la coquetterie. Quiconque la voyait, elle gagnait aussitôt une place dans son cœur.

L’imam adh-Dhahabî dit :17

En arabe :

« Elle était l’une des femmes les plus belles. »

C’était une femme dotée d’une très forte personnalité. Elle possédait un sens illimité de sa dignité. La preuve en est son impatience et ses efforts incessants pour se libérer de l’esclavage. Elle était détachée des plaisirs et des agréments de ce monde, et entièrement vouée à l’adoration d’Allah. Plusieurs récits de hadiths rapportent que le Messager d’Allah — qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix — venait auprès d’elle et la trouvait occupée à réciter le tasbih et le tahlil.

Lorsque le calife ‘Umar — qu’Allah l’agrée — institua les allocations, il fixa une somme de douze mille pour chacune des épouses du Messager d’Allah — qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix — à l’exception de Safiyya — qu’Allah l’agrée — et de Juwayriya — qu’Allah l’agrée —, pour lesquelles il fixa six mille chacune. Il en décida ainsi parce qu’elles avaient toutes deux connu l’esclavage à un moment de leur vie. Mais elles réagirent vivement à l’attitude de ‘Umar — qu’Allah l’agrée — et refusèrent de recevoir l’allocation. Elles revendiquèrent l’égalité. ‘Umar — qu’Allah l’agrée — fut contraint d’accepter leur revendication. Une autre version mentionne également Maymûna — qu’Allah l’agrée — et indique dix mille au lieu de douze mille.18

Un matin, le noble Messager d’Allah — qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix — vit Juwayriya — qu’Allah l’agrée — assise dans la mosquée, occupée à invoquer Allah. Il partit, puis revint à midi et la trouva dans la même situation. Il lui demanda : « Restes-tu toujours ainsi ? » Elle répondit par l’affirmative. Le Messager — qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix — lui dit alors : « Ne veux-tu pas que je t’enseigne des paroles meilleures que cela et plus importantes encore que cette adoration surérogatoire que tu accomplis ? » Puis il lui enseigna cette invocation :19

En arabe :

Cependant, les différentes versions présentent aussi quelques variantes.

Dans un récit d’Ibn Sa‘d, il est rapporté qu’un vendredi, le Messager (paix et bénédictions d’Allah sur lui) se rendit auprès de Juwayriya (qu’Allah l’agrée). Ce jour-là, Juwayriya (qu’Allah l’agrée) jeûnait. Comme il n’aimait pas qu’elle jeûne un seul jour, il lui demanda : « As-tu jeûné hier ? » Elle répondit : « Non. » Il lui demanda ensuite : « As-tu l’intention de jeûner demain ? » Elle répondit : « Non. » Le Messager (paix et bénédictions d’Allah sur lui) lui dit alors : « Dans ce cas, romps ton jeûne. »²⁰

Le vénérable Messager d’Allah (paix et bénédictions d’Allah sur lui) l’aimait profondément. Il se rendait régulièrement chez elle. Un jour, étant venu chez elle, il lui demanda : « Y a-t-il quelque chose à manger ? » Elle répondit : « Ma servante m’avait donné un peu de viande provenant d’une aumône ; c’est tout ce que j’ai. Il n’y a rien d’autre. » Le Messager (paix et bénédictions d’Allah sur lui) dit : « Apporte-la. Car l’aumône est parvenue à celui à qui elle était destinée. »²¹

Juwayriya (qu’Allah l’agrée) a rapporté sept hadiths du Messager d’Allah (paix et bénédictions d’Allah sur lui). Parmi eux, l’imam al-Bukhari en a rapporté un et Muslim deux.²² Parmi ceux qui ont entendu des hadiths d’elle, les plus éminents sont : Ibn ‘Abbas, Jabir, Ibn ‘Umar, ‘Ubayd ibn al-Sabbaq, Tufayl, Abu Ayyub al-Muraghi, Mujahid, Kurayb, Kulthum ibn al-Mustaliq, ‘Abdullah ibn Shaddad ibn al-Had, entre autres.²³

Lorsque Juwayriya (qu’Allah l’agrée) épousa le Messager d’Allah (paix et bénédictions d’Allah sur lui), durant la cinquième année de l’Hégire, elle avait vingt ans. Selon l’opinion correcte, elle mourut à Médine au mois de Rabi‘ al-Awwal de l’an 50 de l’Hégire. Elle avait alors 65 ans. Marwan, qui était à cette époque gouverneur de Médine, dirigea la prière funéraire. Sa tombe se trouve dans le cimetière d’al-Baqi‘, à Médine. Selon le récit de Muhammad ibn ‘Umar, elle mourut en l’an 56 de l’Hégire.²⁴

Le Messager d’Allah (paix et bénédictions d’Allah sur lui) attribua à Juwayriya (qu’Allah l’agrée), pour sa subsistance, quatre-vingts wasaq de dattes et vingt wasaq d’orge — selon une autre version, de blé — provenant des récoltes produites à Khaybar.²⁵

Jabir (qu’Allah l’agrée) a rapporté : un jour, Juwayriya (qu’Allah l’agrée) dit au Messager d’Allah (paix et bénédictions d’Allah sur lui) : « Je veux affranchir cet esclave. » Il lui répondit : « Donne-le à ton oncle maternel, qui vit au village. Il prendra soin de lui. Ainsi, tu obtiendras une plus grande récompense. »²⁶

Juwayriya (qu’Allah l’agrée) vécut encore longtemps après la mort du Messager d’Allah (paix et bénédictions d’Allah sur lui). Toutefois, on ne connaît pas grand-chose en détail sur ses activités durant cette période.

Umm Habiba (qu’Allah l’agrée)

La Mère des croyants, Hadrat Umm Habiba (qu’Allah l’agrée), était la fille du chef qurayshite Hadrat Abu Sufyan (qu’Allah l’agrée). Avant l’islam, trois hommes de Quraysh à La Mecque — ‘Utba, Abu Jahl et Abu Sufyan — étaient des chefs très influents. L’étendard militaire des Quraysh, appelé « al-‘Uqab », était entre les mains d’Abu Sufyan. C’était un grand commerçant. Il envoyait des caravanes commerciales au Shâm, à Rome et en Perse. Il lui arrivait aussi de voyager lui-même avec les caravanes. Le véritable nom de cet Abu Sufyan était Sakhr ibn Harb.¹

L’une des filles d’Abu Sufyan était Zaynab. Elle épousa Dawud ibn ‘Urwa ibn Mas‘ud al-Thaqafi, de Taëf.² Les deux autres filles épousèrent les deux frères de la Mère des croyants, Hadrat Zaynab bint Jahsh (qu’Allah l’agrée). Fari‘a épousa Abu Ahmad ibn Jahsh, tandis qu’Umm Habiba épousa ‘Ubaydullah ibn Jahsh. Abu Sufyan avait un fils, Hadrat Mu‘awiya (qu’Allah l’agrée), qui entra en conflit avec le Commandeur des croyants, Hadrat ‘Ali (qu’Allah l’agrée). Yazid, le fils de ce Mu‘awiya (qu’Allah l’agrée), fit martyriser à Karbala Hadrat l’imam Husayn, le petit-fils du Messager d’Allah (qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix). Mu‘awiya (qu’Allah l’agrée) fonda le califat omeyyade.

Hind bint ‘Utba, l’épouse d’Abu Sufyan, avait mâché le foie de Hadrat Hamza (qu’Allah l’agrée), l’oncle paternel du Messager d’Allah (qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix), sur le champ de bataille d’Uhud. Hind était la mère de Hadrat Mu‘awiya (qu’Allah l’agrée). Une autre épouse d’Abu Sufyan, Safiyya bint Abi al-‘As, était la mère de la Mère des croyants, Hadrat Umm Habiba (qu’Allah l’agrée). Mu‘awiya (qu’Allah l’agrée) était le demi-frère d’Umm Habiba (qu’Allah l’agrée). Safiyya, la mère d’Umm Habiba (qu’Allah l’agrée), était la tante paternelle du troisième calife, Hadrat ‘Uthman ibn ‘Affan (qu’Allah l’agrée). Umm Habiba (qu’Allah l’agrée) naquit à La Mecque dix-sept ans avant que le Messager d’Allah (qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix) ne reçût la prophétie.³

Abu Sufyan, son épouse Hind et la plupart des membres de sa famille embrassèrent l’islam lors de la conquête de La Mecque. Cependant, Abu Sufyan ne devint pas encore alors un musulman véritable. Il faisait à cette époque partie des al-mu’allafat al-qulub. Certains spécialistes ont écrit qu’il devint par la suite un bon musulman.⁴

Bien que la famille paternelle fût restée hostile à l’islam jusqu’à la conquête de La Mecque, les familles des époux d’Umm Habiba (qu’Allah l’agrée) et de Fari‘a (qu’Allah l’agrée) embrassèrent l’islam dès les débuts de celui-ci. Elles aussi embrassèrent l’islam avec leurs époux.

Hadrat Umm Habiba (qu’Allah l’agrée) émigra en Abyssinie avec son époux, ‘Ubaydullah ibn Jahsh, afin d’échapper aux persécutions des mécréants de La Mecque. C’est en Abyssinie que naquit sa fille Habiba, de ‘Ubaydullah. Toutefois, Ibn Sa‘d rapporte, selon al-Waqidi, que « Habiba » naquit à La Mecque avant l’émigration en Abyssinie.⁵ C’est d’après le nom de cette fille qu’elle reçut la kunya d’« Umm Habiba ». Son véritable nom, « Ramla », tomba dans l’oubli et elle devint célèbre sous cette kunya.⁶

Quelques jours après leur arrivée en Abyssinie, son époux ‘Ubaydullah abandonna l’islam et adopta le christianisme. Avant son apostasie, Hadrat Umm Habiba (qu’Allah l’agrée) vit un jour son époux en rêve sous une forme hideuse. Effrayée et inquiète, elle se dit intérieurement qu’un mauvais destin allait certainement lui arriver. Le matin, ‘Ubaydullah lui dit : « Umm Habiba ! J’ai profondément réfléchi à la question de la religion. Aucune religion ne m’a paru meilleure que le christianisme. Bien que j’aie été musulman, je deviens maintenant chrétien. » Hadrat Umm Habiba (qu’Allah l’agrée) le réprimanda vivement pour cette déviation, et lui raconta également son rêve. Mais rien n’y fit : il resta chrétien. Ils se séparèrent ainsi. ‘Ubaydullah commença alors à mener une vie insouciante. Un jour, il mourut après être tombé alors qu’il était ivre. Selon une autre version, il se noya en mer en état d’ivresse.⁷ Umm Habiba (qu’Allah l’agrée) a également rapporté : « Je vis quelqu’un m’appeler : “Ô Mère des croyants !” Je pris peur. J’interprétai cela comme signifiant que le Messager d’Allah (qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix) m’épouserait. »⁸

Après leur séparation, Hadrat Umm Habiba (qu’Allah l’agrée) continua à vivre en Abyssinie avec sa fille Habiba. Cette nouvelle parvint à Médine aux oreilles du Messager d’Allah (qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix). Après l’achèvement de la période de viduité d’Umm Habiba (qu’Allah l’agrée), le Messager d’Allah (qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix) envoya de Médine ‘Amr ibn Umayya al-Damri (qu’Allah l’agrée) auprès du Négus, empereur d’Abyssinie, avec une lettre et la somme de quatre cents dinars destinée au mahr. Dans sa lettre, il écrivit au Négus : « Arrange le mariage d’Umm Habiba avec moi. » Dès réception de la lettre, le Négus envoya auprès d’Umm Habiba son esclave Abraha, qui lui transmit la demande en mariage. Elle lui fit également savoir : « Le Messager d’Allah (qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix) m’a écrit afin que j’organise votre mariage. Désignez maintenant un représentant de votre côté pour conclure cette cérémonie. » Pour remercier Abraha de lui avoir annoncé cette heureuse nouvelle, Hadrat Umm Habiba (qu’Allah l’agrée) lui donna deux bracelets en argent, des boucles d’oreilles et une bague ornée. Elle désigna ensuite son cousin Khalid ibn Sa‘id ibn Abi al-‘As comme représentant et l’envoya auprès du Négus.⁹

Le soir, le Négus convoqua au palais le vénérable Ja‘far ibn Abî Tâlib (qu’Allah l’agrée), ainsi que les autres Compagnons résidant en Abyssinie (qu’Allah les agrée), et le mariage fut célébré en leur présence à tous.¹⁰ Le Négus prononça lui-même le sermon nuptial et remit, au nom du Messager d’Allah (paix et bénédictions d’Allah sur lui), la dot de quatre cents dinars à Khâlid ibn Sa‘îd. À la fin de la cérémonie, alors que tous se préparaient à partir, Khâlid ibn Sa‘îd les arrêta et déclara : « La Sunna, ou pratique, des prophètes (qu’Allah les agrée) est d’offrir un repas après le mariage. » Il leur servit alors à tous un repas avant de les congédier.¹¹ Plusieurs récits rapportent des montants différents pour la dot de ce mariage. Un récit du Mustadrak mentionne quatre mille dinars. Dans le récit d’Abû Dâwûd, il est question de quatre mille dirhams. Ibn Abî Khaythama rapporte, d’après l’imam Zuhri, quarante uqiyya. Cependant, l’érudit Zurqânî a estimé que le récit mentionnant quatre cents dinars était le plus fiable.¹²

Lorsque l’argent de la dot parvint à la vénérable Umm Habîba (qu’Allah l’agrée), elle voulut en donner cinquante dinars à son esclave Abraha. Mais Abraha refusa de les accepter et dit : « Le Négus m’a interdit de les prendre. » Umm Habîba (qu’Allah l’agrée) lui rendit également tout ce qu’elle lui avait auparavant donné. Après le mariage, le Négus envoya à Umm Habîba (qu’Allah l’agrée), en guise de cadeaux, beaucoup de musc, d’ambre, de parfums et d’autres présents. La vénérable Umm Sahiba (qu’Allah l’agrée) a elle-même rapporté ces faits. Elle a également rapporté qu’à cette époque, Abraha lui fit savoir qu’elle avait embrassé l’islam et la pria d’informer le Messager d’Allah (paix et bénédictions d’Allah sur lui) de sa conversion et de lui transmettre ses salutations. Umm Habîba (qu’Allah l’agrée) dit : « Lorsque j’arrivai à Médine, je racontai au Messager d’Allah (paix et bénédictions d’Allah sur lui) tout ce qui concernait le mariage, l’informai de toute la conduite d’Abraha et lui transmis ses salutations. Il sourit doucement et dit : »

Abraha le sera.¹³

Le mariage d’Umm Habîba (qu’Allah l’agrée) avec le Messager d’Allah (paix et bénédictions d’Allah sur lui) fut célébré en l’an 6 de l’Hégire, ou, selon une autre opinion, en l’an 7. La Mère des croyants Umm Habîba devait alors être âgée de trente-six ou trente-sept ans. Après le mariage, le Négus envoya Umm Habîba (qu’Allah l’agrée) à Médine par bateau, accompagnée d’un groupe d’émigrés dirigé, selon une autre opinion, par Shurahbîl ibn Hasana (qu’Allah l’agrée) ou par Ja‘far ibn Abî Tâlib (qu’Allah l’agrée). Lorsque cette caravane arriva à Médine, le Messager d’Allah (paix et bénédictions d’Allah sur lui) se trouvait à Khaybar.¹⁵

Ibn Hazm (qu’Allah lui fasse miséricorde) a affirmé qu’il y avait consensus sur le fait que le contrat de mariage d’Umm Habîba (qu’Allah l’agrée) avait été conclu en Abyssinie. Les spécialistes de la sîra sont unanimes à ce sujet. Toutefois, un récit rapporté de la vénérable Qatâda (qu’Allah l’agrée) et de l’imam Zuhri indique que le contrat d’Umm Habîba (qu’Allah l’agrée) fut conclu à Médine sous la responsabilité de ‘Uthmân ibn ‘Affân (qu’Allah l’agrée).¹⁶

Un repas nuptial fut offert à l’occasion de ce mariage, et il y servit de la viande à ses invités. Certains spécialistes de la sîra ont dit qu’il est possible qu’après son arrivée à Médine, un nouveau contrat de mariage et un nouveau repas nuptial aient été célébrés.

Un récit de Sahîh Muslim rapporte qu’après la conquête de La Mecque, les gens ne considéraient pas favorablement Abû Sufyân, qui avait alors embrassé l’islam, et n’appréciaient pas non plus sa compagnie. Il demanda donc trois choses au Messager d’Allah (paix et bénédictions d’Allah sur lui), qui accepta sa requête. L’une de ces trois choses était la suivante : Abû Sufyân dit : « À mes yeux, la plus belle jeune femme d’Arabie est Umm Habîba ; épouse-la. » Le Messager d’Allah (paix et bénédictions d’Allah sur lui) accepta.¹⁷

Ce récit laisse entendre que le mariage d’Umm Habîba (qu’Allah l’agrée) avec le Messager d’Allah (paix et bénédictions d’Allah sur lui) n’avait pas encore eu lieu au moment où Abû Sufyân (qu’Allah l’agrée) embrassa l’islam. Les spécialistes de la sîra estiment qu’il ne s’agit que d’une supposition du narrateur. C’est pourquoi des traditionnistes tels qu’Ibn Sa‘d, Ibn Hazm, Ibn al-Jawzî, Ibn al-Athîr, al-Bayhaqî et ‘Abd al-‘Azîm al-Mundhirî ont rejeté le récit précité de Muslim. Certains ont expliqué ce récit en disant qu’en réalité, Abû Sufyân demandait que le mariage soit célébré officiellement une seconde fois.¹⁸

Nous avons déjà mentionné le consensus des spécialistes de la sîra selon lequel le contrat de mariage d’Umm Habiba (qu’Allah l’agrée) fut conclu en Abyssinie. En outre, les ouvrages de sîra rapportent un autre événement qui vient l’étayer. Selon une clause du traité de Hudaybiya, la tribu de Khuzâ‘a, voisine de La Mecque, s’était alliée aux musulmans de Médine. Les Quraychites violèrent ensuite ce pacte et se mirent à les persécuter. Les gens de Khuzâ‘a demandèrent l’aide du Messager d’Allah (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui). Les Quraychites de La Mecque en furent alarmés. Afin de maintenir le traité, ils envoyèrent Abû Sufyân à Médine en leur nom. À son arrivée à Médine, Abû Sufyân se rendit d’abord auprès de sa fille, la Mère des croyants Umm Habiba (qu’Allah l’agrée). En voyant son père, elle replia le lit du Messager d’Allah (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui) et ne le laissa pas s’y asseoir. Abû Sufyân demanda à sa fille : « Ma fille, as-tu replié le lit parce que tu ne me considères pas digne de m’y asseoir, ou parce que tu ne le considères pas digne de moi ? » Elle répondit : « C’est le lit du Messager d’Allah (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui), tandis que vous êtes un polythéiste et impur. C’est pourquoi je n’ai pas voulu que vous vous asseyiez sur le lit du Messager d’Allah (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui). » En entendant ces paroles de sa fille, Abû Sufyân se leva, se rendit auprès du Messager d’Allah (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui), s’assit près de lui et dit à sa fille :

Le texte arabe est le suivant

Après m’avoir quitté, beaucoup de mal s’est introduit en toi.19

L’événement rapporté ci-dessus montre qu’Umm Habiba (qu’Allah l’agrée) avait obtenu le statut d’épouse du Messager d’Allah (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui) bien avant la conversion d’Abû Sufyân à l’islam. On trouve également un récit d’Ibn Sa‘d. La nouvelle du mariage d’Umm Habiba (qu’Allah l’agrée) parvint à Abû Sufyân à La Mecque. À cette époque, il était l’adversaire et l’ennemi du Messager d’Allah (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui). Cependant, il ne désapprouva pas ce mariage. Il déclara :

Le texte arabe est le suivant

— C’est une alliance noble que l’on ne peut refuser.20

Umm Habiba (qu’Allah l’agrée) mourut à Médine en l’an 44 de l’hégire — selon un autre avis, en l’an 42 — sous le califat de son frère, le commandeur des croyants Mu‘awiya (qu’Allah l’agrée). Elle fut enterrée à Médine. Elle était âgée de 73 ans au moment de sa mort. Marwân dirigea la prière funéraire. Ses neveux, du côté de son frère et de sa sœur, descendirent donc dans la tombe et l’y ensevelirent.21 Tout ce que l’on sait au sujet de sa tombe, c’est qu’elle se trouvait dans la demeure de ‘Alî (qu’Allah l’agrée). Il est rapporté d’après l’imam Zayn al-‘Âbidîn (qu’Allah lui fasse miséricorde) qu’il dit : « Un jour, je creusai un coin de la maison de ‘Amr. J’y trouvai une inscription gravée sur pierre. Il y était écrit : »

Le texte arabe est le suivant

« C’est la tombe de Ramla bint Sakhr. » Je la remets alors à sa place. Ce récit laisse comprendre que sa tombe se trouvait dans la maison d’Alî (qu’Allah l’agrée). Elle se rendit à Damas pour y rencontrer son frère, le vénérable Mu‘âwiya (qu’Allah l’agrée). On dit qu’elle y mourut et y fut enterrée. L’imam adh-Dhahabî affirme que cette assertion est infondée et que sa tombe se trouve à Médine.²³

Avant sa mort, elle fit venir le vénérable ‘Â’isha (qu’Allah l’agrée) et le vénérable Umm Salama (qu’Allah l’agrée). Elle leur dit : « Nos relations étaient semblables à celles qui existent entre des coépouses. Puisque vous le souhaitiez ainsi, je l’ai moi aussi accepté. Invoquez Allah afin qu’Il me pardonne. » Lorsque le vénérable ‘Â’isha invoqua Allah pour son pardon, elle se réjouit et dit :

Ce sera en arabe

— Vous m’avez réjouie ; qu’Allah vous réjouisse.²⁴

De son premier époux naquirent deux enfants, ‘Abdullah et Habiba. Habiba grandit dans la maison du Messager d’Allah (qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix), sous sa propre tutelle. Elle épousa un grand chef de la tribu des Thaqîf.

Le vénérable Umm Habiba (qu’Allah l’agrée) était très belle. Dans le Sahîh Muslim, le témoignage de son père Abû Sufyân est rapporté ainsi :

Ce sera en arabe

— À mes yeux, Umm Habiba est la plus belle et la plus séduisante des filles d’Arabie.

Dans les différents recueils de hadiths, soixante-cinq (65) hadiths d’Umm Habîba (qu’Allah l’agrée) ont été consignés. Parmi eux, deux sont unanimement reconnus comme authentiques, et deux autres ont été rapportés exclusivement par l’imam Muslim.25 Le nombre des rapporteurs qui ont transmis des hadiths par son intermédiaire n’est pas négligeable. Parmi les plus remarquables figurent : Habîba (sa fille), Mu‘âwiya, ‘Utba (les deux fils d’Abû Sufyân), ‘Abdullâh ibn ‘Utba, Abû Sufyân ibn Sa‘îd ath-Thaqafî, Sâlim ibn Sawwâr, Abû al-Jarrâh, Safiyya bint Shayba, Zaynab bint Umm Salama, ‘Urwa ibn az-Zubayr, Abû Sâlih as-Sammân, Shahr ibn Hawshab, ‘Anbasa, Shutayr ibn Shakl, Abû al-Malîh ‘Âmir al-Hudhalî, entre autres.26

Umm al-Mu’minîn Umm Habîba (qu’Allah l’agrée) était une femme dotée d’une foi extrêmement solide. Lorsqu’on réfléchit à la patience, à la fermeté et à la clairvoyance dont elle fit preuve, compte tenu de l’époque dans laquelle elle vivait, on ne peut qu’en être émerveillé. Dès l’apparition de l’islam, elle reconnut la vérité grâce à son intelligence et à sa raison, puis s’y attacha fermement. Ce que beaucoup de grands esprits de cette époque ne purent faire, ou mirent beaucoup de temps à accomplir, elle le réalisa aisément. Pour la vérité, elle abandonna sa patrie ainsi que ses parents, ses frères et sœurs, et tous ses proches et amis. L’époux sur lequel elle s’était appuyée pour tout abandonner la délaissa en terre étrangère. Mais elle ne s’écarta pas le moins du monde de la vérité. Elle demeura ferme dans sa foi comme une montagne. Quelle force de conviction faut-il avoir pour accomplir tout cela ? C’est probablement en récompense de cette foi si solide qu’Allah le Très-Haut lui accorda ici-bas le noble rang d’Umm al-Mu’minîn.

À cette foi solide s’ajoutait dans son cœur un amour sans limites pour le Messager d’Allah (que Dieu le bénisse et lui accorde la paix). La preuve de la grandeur et de la pureté qu’elle lui attribuait apparaît dans le fait qu’elle refusa à son père idolâtre de s’asseoir sur le lit du Messager d’Allah (que Dieu le bénisse et lui accorde la paix). Elle lui déclara en face : « Vous êtes un idolâtre, vous êtes impur. Je ne veux pas que vous vous asseyiez sur le lit du Messager d’Allah et que vous le souilliez. » Voilà ce qu’est la foi, voilà ce qu’est l’amour d’Allah et de Son Messager.

De même qu’elle observait elle-même avec rigueur les hadiths du noble Messager d’Allah (que Dieu le bénisse et lui accorde la paix), elle exhortait également les autres à les mettre en pratique. Son neveu, Abû Sufyân ibn Sa‘îd ibn al-Mughîra, vint un jour lui rendre visite. Après avoir mangé du saṭû, il se contenta de se rincer la bouche. Umm al-Mu’minîn lui dit : « Tu devrais faire les ablutions, car le Messager d’Allah (que Dieu le bénisse et lui accorde la paix) a dit : “Quiconque mange un aliment cuit au feu doit faire les ablutions.” »27

Trois jours après le décès de son père, Abû Sufyân (qu’Allah l’agrée), elle demanda du parfum, s’en parfuma le front et dit :

La version arabe sera

— J’ai entendu le Messager d’Allah (que Dieu le bénisse et lui accorde la paix) dire : « Il n’est pas permis à une femme qui croit en Allah et au Jour dernier de porter le deuil de quiconque pendant plus de trois jours, à l’exception de son mari. Pour son mari, elle observera un deuil de quatre mois et dix jours. »28

Un jour, elle entendit le Messager d’Allah (que Dieu le bénisse et lui accorde la paix) dire : « Celui qui accomplit chaque jour douze rak‘ât de prière surérogatoire, une maison lui sera bâtie au Paradis. » Umm Habîba dit : « Depuis lors, je n’ai cessé de les accomplir. » Ainsi, son élève et frère ‘Utba, l’élève de ‘Utba, ‘Âmir ibn ‘Uways, et l’élève de ‘Âmir, Nu‘mân ibn Sâlim, accomplissaient constamment cette prière, chacun à son époque.

Elle était naturellement sincère. Un jour, elle dit au Messager de Dieu (que Dieu le bénisse et lui accorde la paix) : « Épouse ma sœur. » Le Messager (que Dieu le bénisse et lui accorde la paix) demanda : « Est-ce là ce que tu souhaites ? » Elle répondit : « Pourquoi ne le souhaiterais-je pas ? Quel mal y aurait-il à ce que ma sœur et moi-même soyons dans une bonne situation ? »

Al-Dhahabî dit à propos de son rang : parmi les épouses du Messager de Dieu (que Dieu le bénisse et lui accorde la paix), aucune ne lui était plus proche par la lignée. Aucune des épouses du Messager de Dieu (que Dieu le bénisse et lui accorde la paix) n’avait reçu un mahr plus élevé que le sien. Le Messager de Dieu (que Dieu le bénisse et lui accorde la paix) n’épousa aucune femme alors qu’elle se trouvait plus loin de lui qu’elle.²⁹

Ibn Abbâs (qu’Allah l’agrée) rapporte que lorsque le Messager de Dieu (que Dieu le bénisse et lui accorde la paix) épousa Umm Habîba (qu’Allah l’agrée), le verset suivant fut révélé :³⁰

Ce sera en arabe

« Il se peut qu’Allah établisse l’amitié entre vous et ceux d’entre eux qui sont vos ennemis. » (Sourate al-Mumtahana, 7).

Maymûna bint al-Hârith (qu’Allah l’agrée)

Après Umm al-Mu’minîn Hafsa (qu’Allah l’agrée), le Messager de Dieu (que Dieu le bénisse et lui accorde la paix) épousa Maymûna bint al-Hârith al-Hilâliyya (qu’Allah l’agrée). C’est cette femme que le Messager (que Dieu le bénisse et lui accorde la paix) épousa en dernier, selon Ibn Sa‘d. Son père était al-Hârith ibn Hayn et sa mère Hind bint ‘Awf.¹

Maymûna (qu’Allah l’agrée) était issue de la tribu de Quraysh. Elle était apparentée à de nombreuses familles et lignées arabes prestigieuses. Sa sœur, Umm al-Fadl Lubâba al-Kubrâ, était l’épouse de ‘Abbâs (qu’Allah l’agrée). Les six fils de ce dernier — al-Fadl, ‘Abdullah, ‘Ubaydullah, Ma‘bad, Qutham et ‘Abd al-Rahmân — étaient des personnages éminents de l’islam. Sa deuxième sœur, Lubâba al-Sughrâ, était la mère de Khâlid ibn al-Walîd (qu’Allah l’agrée). Sa troisième sœur, Baydâ’, était la mère de Yazîd ibn al-Asamm. Le nom de la quatrième sœur, Umm Hafîd, était Khuzayla. L’imam Mâlik (qu’Allah lui fasse miséricorde) en a rapporté un récit détaillé dans al-Muwatta’, tandis que Bukhârî et Muslim l’ont rapporté de manière un peu plus concise : un jour, le Messager de Dieu (que Dieu le bénisse et lui accorde la paix) se rendit chez Maymûna (qu’Allah l’agrée). ‘Abdullah ibn ‘Abbâs (qu’Allah l’agrée) et Khâlid ibn al-Walîd y étaient présents. On leur servit de la viande de dabb. Maymûna (qu’Allah l’agrée) dit : « Cette viande a été envoyée par ma sœur Khuzayla bint al-Hârith. » Le Messager de Dieu (que Dieu le bénisse et lui accorde la paix) n’en mangea pas ; mais, avec sa permission, les autres en mangèrent. Selon un récit compilé par l’imam al-Tahâwî, Maymûna (qu’Allah l’agrée) n’en mangea pas non plus, parce que le Messager de Dieu (que Dieu le bénisse et lui accorde la paix) s’en était abstenu.

Toutes les sœurs mentionnées ci-dessus étaient des demi-sœurs consanguines. Il est rapporté dans l’ouvrage Mawāhib al-Ladunniyya que Asmā bint ‘Umays, l’épouse de Ja‘far ibn Abī Tālib, était sa demi-sœur utérine. Ja‘far eut d’elle trois fils, nommés ‘Abdullāh, Muhammad et ‘Awn. Après le martyre de Ja‘far à la bataille de Mu’ta, Abū Bakr al-Siddīq l’épousa, et Muhammad ibn Abī Bakr naquit de cette union. Après le décès d’Abū Bakr, ‘Alī l’épousa. De cette union naquirent deux fils, nommés Yaḥyā et ‘Awn. Une autre demi-sœur utérine de Maymūna, Salmā bint ‘Umays, était l’épouse de Ḥamza. Sa demi-sœur utérine Salāma bint ‘Umays resta non musulmane.²

Mariage

Maymūna contracta d’abord mariage avec Mas‘ūd ibn ‘Amr ibn ‘Umayr al-Thaqafī. Ce récit se trouve dans les Ṭabaqāt, dans l’ouvrage d’al-Zurqānī et dans d’autres livres. Toutefois, Ibn Ḥajar, l’auteur d’al-Iṣāba, n’a pas discuté de l’identité de son premier mari. Il s’est contenté de dire qu’avant le Messager d’Allah, elle était l’épouse d’Abū Ruhm ibn ‘Abd al-‘Uzzā. Quoi qu’il en soit, divers récits indiquent qu’après sa séparation d’avec Mas‘ūd ibn ‘Amr, elle épousa Abū Ruhm. Lorsque celui-ci mourut durant la septième année de l’Hégire, elle obtint le statut d’épouse du Messager d’Allah. Elle fut la dernière épouse du Messager d’Allah. Après elle, le Messager d’Allah n’accorda à aucune autre femme le statut d’épouse.³

Le mariage de Maymūna avec le Messager d’Allah fut conclu sous la tutelle de ‘Abbās ibn ‘Abd al-Muṭṭalib. Lorsque, durant la septième année de l’Hégire, le Messager d’Allah se mit en route vers La Mecque pour accomplir la ‘umrat al-qaḍā’, il envoya Ja‘far ibn Abī Tālib auprès de Maymūna, qui se trouvait à La Mecque, avec une proposition de mariage. Elle désigna comme représentant matrimonial son beau-frère, ‘Abbās ibn ‘Abd al-Muṭṭalib. Beaucoup pensent que ‘Abbās lui-même incita le Messager d’Allah à contracter ce mariage.⁴

Selon le récit d’Ibn Hishām, Maymūna confia la conclusion de son mariage à sa sœur Umm al-Faḍl. Celle-ci remit à son tour cette responsabilité à son mari, ‘Abbās.⁵

Quoi qu’il en soit, alors qu’il était en état d’iḥrām pour cette ‘umra, le Messager éminent d’Allah épousa Maymūna durant le mois de Dhū al-Qa‘da de la septième année de l’Hégire, en échange d’une dot de cinq cents dirhams — ou, selon un autre avis, de quatre cents dirhams.⁶ ⁷ Après avoir accompli la ‘umra, il fit halte, sur le chemin du retour vers Médine, à un endroit appelé Sarif, situé à six ou douze miles de La Mecque. Entre-temps, le serviteur du Messager d’Allah, Abū Rāfi‘, y arriva avec Maymūna. À Sarif, Maymūna s’unit au Messager d’Allah dans la tente dressée pour lui.⁸

Selon un récit d’Ibn ‘Abbās, Maymūna épousa le Messager d’Allah à La Mecque, alors qu’il accomplissait la ‘umra. Il y resta trois jours à cette occasion. Le troisième jour, Ḥuwayṭib ibn ‘Abd al-‘Uzzā vint voir le Messager d’Allah avec quelques autres Qurayshites et lui dit : « Selon le traité de Ḥudaybiyya, la durée de votre séjour s’achève aujourd’hui. Quittez La Mecque. » Le Messager d’Allah répondit : « Qu’auriez-vous perdu à m’accorder encore un peu de temps ? Je me serais uni à Maymūna parmi vous et j’aurais préparé pour vous un repas de noce. » Ils dirent : « Nous n’avons pas besoin de votre repas. Quittez La Mecque. »⁹ C’est pourquoi le Messager d’Allah partit précipitamment de La Mecque, se rendit à Sarif et y demeura ; c’est là qu’il consomma son mariage avec Maymūna.

Tous les spécialistes de la sīra sont unanimes à dire que le Messager éminent d’Allah épousa Maymūna durant la période de la ‘umrat al-qaḍā’. Toutefois, les juristes divergent fortement quant à savoir si, au moment du mariage, le Messager d’Allah était en état d’iḥrām ou s’il était désacralisé.¹⁰

Ibn Hajar (que Dieu lui fasse miséricorde), cherchant à concilier ces divergences, a dit que le mariage avait été conclu alors qu’ils étaient en état d’ihram, tandis que la consommation avait eu lieu après l’accomplissement de la ‘omra, en état de désacralisation.11

En décrivant les qualités de caractère de Maymouna (qu’Allah l’agrée), Aïcha (qu’Allah l’agrée) fit la remarque suivante :

Ce sera en arabe

— Parmi nous, Maymouna était celle qui craignait le plus Allah et qui entretenait le mieux les liens de parenté.12

C’était une femme à la foi très saine et aux convictions parfaitement justes. Divers événements ont clairement révélé la limpidité de sa pensée et de sa foi. Ainsi, une femme fit un vœu alors qu’elle était malade : si Allah la guérissait, elle se rendrait à Bayt al-Maqdis pour y accomplir la prière. Par la volonté d’Allah, elle guérit. Elle se prépara alors à se rendre à Bayt al-Maqdis afin d’accomplir son vœu. Dans ce but, elle vint prendre congé de Maymouna (qu’Allah l’agrée). Maymouna (qu’Allah l’agrée) lui expliqua que la récompense de la prière accomplie dans la mosquée du Prophète était mille fois supérieure à celle de la prière accomplie dans les autres mosquées. Elle lui dit donc de rester ici au lieu de s’y rendre.13

Elle contractait de temps à autre des dettes. Un jour, elle emprunta une somme un peu importante. Quelqu’un lui demanda alors comment elle comptait rembourser une dette aussi élevée. Elle répondit : « Le Messager d’Allah (qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix) a dit que celui qui a l’intention de rembourser sa dette, Allah Se charge Lui-même de la lui faire rembourser. »14 Maymouna (qu’Allah l’agrée) avait un désir ardent d’affranchir des esclaves. Un jour, après qu’elle eut affranchi une esclave, le Messager d’Allah (qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix) lui dit : « Par cela, tu as obtenu une grande récompense. »15

Elle était extrêmement rigoureuse concernant les commandements et les interdits de la Loi islamique. Elle ne faisait preuve d’aucune indulgence à cet égard. Un jour, l’un de ses proches parents vint lui rendre visite. Il avait alors une odeur d’alcool dans la bouche. Elle le réprimanda sévèrement et lui ordonna fermement de ne plus jamais revenir auprès d’elle.16

Une esclave de Maymouna (qu’Allah l’agrée) se rendit un jour chez Ibn Abbas (qu’Allah l’agrée) et vit que les lits des époux étaient assez éloignés l’un de l’autre. Elle pensa qu’une certaine mésentente avait peut-être éclaté entre le mari et la femme. Mais, s’étant renseignée, elle apprit qu’il n’en était rien : pendant les menstruations de son épouse, Ibn Abbas (qu’Allah l’agrée) se retirait dans un lit séparé. De retour chez elle, l’esclave rapporta tout à Maymouna, la Mère des croyants (qu’Allah l’agrée). Celle-ci lui dit : « Va lui dire : pourquoi témoignes-tu une telle indifférence à l’égard des pratiques et de la conduite du Messager d’Allah (qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix) ? Il se reposait pourtant toujours dans nos lits. »17

Un jour, Hadrat Ibn ‘Abbâs (qu’Allah l’agrée) vint rendre visite à sa tante, Hadrat Maymûna (qu’Allah l’agrée). En voyant ses cheveux et sa barbe en désordre, sa tante lui demanda : « Mon garçon, pourquoi es-tu dans cet état ? » Ibn ‘Abbâs répondit : « Umm ‘Ammâr a actuellement ses règles. C’est elle qui arrange habituellement mes cheveux. » Hadrat Maymûna (qu’Allah l’agrée) dit : « Ah, très bien ! Le Messager d’Allah (qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix) s’allongeait en posant sa tête sur nos genoux et récitait le Coran lorsque nous étions dans cet état particulier. Dans cet état, nous soulevions la natte et la déposions dans la mosquée. Mon garçon ! As-tu quelque chose dans la main ? »18

Le nombre de hadiths rapportés de Hadrat Maymûna (qu’Allah l’agrée) est de 46, ou, selon une autre opinion, de 76. Parmi eux, sept sont unanimement reconnus comme authentiques. Un seul a été rapporté indépendamment par al-Bukhârî et cinq par Muslim. Les autres ont été compilés dans divers recueils de hadiths. Certains hadiths rapportés d’elle témoignent de sa connaissance approfondie des subtilités de la Loi islamique.

Parmi ceux qui ont entendu et rapporté des hadiths de Hadrat Maymûna (qu’Allah l’agrée), les plus éminents sont les suivants :

Hadrat Ibn ‘Abbâs (qu’Allah l’agrée), ‘Abdullah ibn Shaddâd ibn al-Hâd, ‘Abdur-Rahmân ibn as-Sâ’ib, Yazîd ibn Aslam — qui étaient tous les fils de sa sœur —, ‘Ubaydullah al-Khawlânî, Nadba (une esclave), ‘Atâ ibn Yasâr, Mûsâ ibn Yasâr, Ibrâhîm ibn ‘Abdullah ibn Ma‘bad ibn ‘Abbâs, Kurayb, ‘Ubayda ibn Sibâq, ‘Ubaydullah ibn ‘Abdullah ibn ‘Utba, ‘Âliya bint Subay, entre autres.19

Il existe une grande divergence concernant l’année de la mort de Hadrat Maymûna (qu’Allah l’agrée). Divers récits indiquent les années 51, 61, 63 et 66 de l’Hégire. Toutefois, la plupart des spécialistes de la vie du Prophète, notamment Ibn Hajar, ont estimé que l’opinion faisant état de l’année 51 de l’Hégire était correcte.20 Un autre événement remarquable de sa vie est qu’environ 44 ans après avoir contracté son premier mariage à Saraf, où elle avait obtenu le statut d’épouse du Messager d’Allah (qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix), elle y mourut. Elle fut enterrée exactement à l’endroit où elle avait célébré sa nuit de noces avec le Messager d’Allah (qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix).21

Il est également rapporté qu’elle se rendit à La Mecque pour accomplir le pèlerinage. Elle mourut sur place après avoir achevé le pèlerinage. Sur l’ordre de Hadrat Ibn ‘Abbâs (qu’Allah l’agrée), sa dépouille fut portée sur les épaules jusqu’à Saraf et y fut inhumée.22

Hadrat Ibn ‘Abbâs (qu’Allah l’agrée) dirigea la prière funéraire. Ibn ‘Abbâs (qu’Allah l’agrée), ‘Abdur-Rahmân ibn Khâlid ibn al-Walîd, ‘Abdullah ibn Shaddâd ibn al-Hâd, ‘Abdullah al-Khawlânî et Yazîd ibn al-Asamm descendirent la dépouille dans la tombe. Lorsque la dépouille fut transportée sur la civière, Hadrat Ibn ‘Abbâs (qu’Allah l’agrée) dit : « Attention ! C’est l’épouse du Messager d’Allah. Ne la secouez pas trop. Avancez avec respect, car elle est votre mère. »23

Safiyya bintHuwayy ibn Akhtab (qu’Allah l’agrée)

La Mère des croyants, Ḥaḍrat Ṣafiyya (qu’Allah l’agrée), fille de Ḥuyayy ibn Akhṭab, descendait de Ḥaḍrat Hārūn ibn ʿImrān (que la paix soit sur lui), par la lignée de Lāwī ibn Yaʿqūb. C’est pourquoi on l’appelait Ṣafiyya bint Ḥuyayy al-Isrāʾīliyya. Son père, Ḥuyayy ibn Akhṭab, appartenait à la célèbre tribu juive des Banū Naḍīr de Médine, tandis que sa mère, Barra bint Samāwāl, était issue de la tribu juive des Banū Qurayẓa.¹

À l’origine, le véritable nom de Ḥaḍrat Ṣafiyya (qu’Allah l’agrée) était Zaynab. Comme elle entra en possession des musulmans en tant que butin de guerre après la bataille de Khaybar et échut au Prophète d’Allah (qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix) lors du partage, et comme, dans l’Arabie de cette époque, la part de butin revenant au chef ou au roi était appelée « ṣafiyya », Zaynab devint ainsi célèbre sous le nom de Ṣafiyya, tandis que son véritable nom tomba dans l’oubli. L’auteur de l’ouvrage Siyar al-Ṣaḥābiyyāt rapporte cette information d’après al-Zurqānī.²

Le père et le grand-père maternel de Ḥaḍrat Ṣafiyya (qu’Allah l’agrée) étaient tous deux des chefs très honorés dans leurs clans respectifs. Depuis les temps les plus anciens, parmi les Juifs vivant dans le nord de l’Arabie, leurs deux clans — les Banū Qurayẓa et les Banū Naḍīr — étaient considérés comme jouissant de plus d’honneur et de prestige que les autres clans juifs arabes. Chaque membre du clan portant le nom d’Ibn Akhṭab était regardé avec un respect et une considération illimités. Les membres arabes de la tribu obéissaient sans discuter à ses ordres et à son autorité. Le grand-père maternel, Samāwāl, était célèbre dans toute la péninsule Arabique pour sa bravoure et son courage. En somme, Ḥaḍrat Ṣafiyya (qu’Allah l’agrée) était issue d’une famille d’une très haute noblesse, tant du côté paternel que du côté maternel.³

Mariages :

Salām ibn Mishkam, des Banū Qurayẓa, était un poète et un chef célèbre. Ḥaḍrat Ṣafiyya (qu’Allah l’agrée) l’épousa en premières noces. Ce mariage ne dura pas. Après leur séparation, elle épousa en secondes noces Kināna ibn Abī al-Ḥuqayq, neveu d’Abū Rāfiʿ, célèbre marchand du Ḥijāz et l’un des chefs de Khaybar. En matière d’honneur et d’influence, Kināna ne le cédait en rien à Salām. Il était le chef de la très célèbre forteresse d’al-Qamūs à Khaybar et un grand poète.⁴ Il y vivait avec sa famille. Lorsque Khaybar tomba aux mains des musulmans après une bataille extrêmement sanglante et que la forteresse d’al-Qamūs fut prise, le mari de Ḥaḍrat Ṣafiyya (qu’Allah l’agrée), Kināna, fut tué à l’intérieur même de la forteresse, et tous les autres membres de sa famille, ainsi que Ṣafiyya, furent faits prisonniers par les musulmans. Deux cousines de Ṣafiyya (qu’Allah l’agrée) se trouvaient également parmi eux. Ibn Isḥāq a déclaré que Ṣafiyya (qu’Allah l’agrée) était la jeune épouse de Kināna. Leur mariage avait eu lieu seulement quelques jours auparavant.⁵

Cette bataille fut si désastreuse pour les Juifs de Khaybar que tous leurs espoirs et toutes leurs attentes s’envolèrent comme du camphre, et qu’ils perdirent toute capacité de relever la tête à l’avenir. Tous leurs chefs illustres et prestigieux furent tués au cours de cette bataille. Le père et le frère de Ḥaḍrat Ṣafiyya (qu’Allah l’agrée) figuraient parmi les morts. Pour cette raison, elle méritait davantage que tous les autres prisonniers de guerre la pitié et la bienveillance.

Conformément à la règle, lorsque l’on se prépara à répartir le māl al-ghanīma (les biens pris à la guerre ainsi que les esclaves hommes et femmes) entre les combattants et que tous les prisonniers furent rassemblés à cette fin, Diḥya al-Kalbī informa le Messager d’Allah (qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix) qu’il avait besoin d’une esclave. Le Messager (qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix) l’autorisa à en choisir une parmi les captives. Diḥya (qu’Allah l’agrée) choisit Ṣafiyya (qu’Allah l’agrée). Comme Ḥaḍrat Ṣafiyya (qu’Allah l’agrée) était d’un rang supérieur à celui de Diḥya (qu’Allah l’agrée) par son honneur et son statut, certains Compagnons dirent : « Ô Messager d’Allah ! Ṣafiyya (qu’Allah l’agrée) est la dirigeante des Banū Naḍīr et des Banū Qurayẓa. Elle est digne de vous. » Le Messager (qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix) suivit ce conseil et fit venir Diḥya al-Kalbī avec Ṣafiyya. Il demanda à Diḥya de choisir une autre esclave et garda Ṣafiyya (qu’Allah l’agrée) auprès de lui. Puis il l’affranchit et l’épousa.⁶ Il est rapporté dans Ṣaḥīḥ al-Bukhārī que son affranchissement fut fixé comme mahr.

Ce sera en arabe

L’imam ash-Shâfiʿî rapporte dans son ouvrage Kitâb al-Umm, d’après al-Wâqidî, que le Messager d’Allah (qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix) donna à Dihya al-Kalbî, en échange de Safiyya (qu’Allah l’agrée), la sœur de son époux. Ibn Ishâq rapporte que le Prophète (qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix) lui donna la cousine de Safiyya (qu’Allah l’agrée). Il est rapporté dans le Sahîh Muslim que le Messager (qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix) acquit Safiyya (qu’Allah l’agrée) auprès de Dihya en échange de sept prisonniers.8 L’érudit az-Zurqânî dit que le terme « acquit » ne doit pas être compris dans son sens littéral.9

Cet événement eut lieu durant la septième année de l’Hégire. Une narration de al-Bukhârî rapporte que, sur le chemin du retour à Médine après l’expédition de Khaybar, le Messager (qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix) fit halte dans un endroit appelé Sahbâ. Là, Umm Sulaym (qu’Allah l’agrée), la mère d’Anas (qu’Allah l’agrée), peigna les cheveux de Safiyya (qu’Allah l’agrée), lui changea ses vêtements et la parfuma. Puis elle l’envoya auprès du Messager d’Allah (qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix). Le mariage fut consommé en ce lieu, et le banquet nuptial y fut également célébré. Certains apportèrent des dattes, d’autres de la graisse, et d’autres encore du haŷs, c’est-à-dire tout ce qu’ils avaient comme nourriture. Lorsque tout fut réuni, ils s’assirent tous ensemble pour manger. Tel fut, en substance, le banquet nuptial. Cet épisode est rapporté d’Anas (qu’Allah l’agrée) dans les deux Sahîh.10 Le Messager (qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix) resta trois jours avec Safiyya (qu’Allah l’agrée) à Sahbâ. La première nuit, Abû Ayyûb al-Ansârî (qu’Allah l’agrée), à l’insu du Messager d’Allah (qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix), monta la garde toute la nuit à la porte de sa tente, l’épée dégainée à la main. Au matin, lorsque le Messager (qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix) lui en demanda la raison, il répondit : « Le père, l’époux, le frère et tous les proches de cette femme ont été tués. Je craignais donc qu’elle ne commette quelque chose de mal. » En entendant cela, le Messager (qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix) sourit légèrement et invoqua Allah en sa faveur.11

Lorsqu’il partit de Sahbâ après avoir fait monter Safiyya (qu’Allah l’agrée) sur son propre chameau, les gens ne savaient pas si le Messager (qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix) lui avait accordé le statut d’épouse ou s’il la gardait en sa possession comme esclave. Ayant compris cette attitude des gens, le Messager (qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix) fit tendre un rideau et dissimula Safiyya (qu’Allah l’agrée) à leurs regards. Par ce rideau, il indiquait en réalité que Safiyya (qu’Allah l’agrée) n’était pas une esclave, mais qu’elle avait obtenu le statut honorable d’une épouse consacrée.12 Certaines narrations rapportent qu’il la dissimula avec son propre ʿabâ. En chemin depuis Sahbâ, le chameau monté par le Messager d’Allah (qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix) et Safiyya (qu’Allah l’agrée) trébucha. Les deux cavaliers furent projetés à terre. Allah Très-Haut les préserva de toute blessure. Aussitôt après leur chute, Abû Talha (qu’Allah l’agrée) sauta de sa monture, courut auprès du Messager d’Allah (qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix) et dit : « Ô Prophète d’Allah, avez-vous été blessé ? » Il répondit : « Non. Va voir la femme. » Abû Talha se couvrit aussitôt le visage avec un vêtement, s’approcha de Safiyya (qu’Allah l’agrée) et jeta un tissu sur elle. Safiyya (qu’Allah l’agrée) se releva. Abû Talha prépara son propre chameau et le Messager (qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix) y monta avec Safiyya (qu’Allah l’agrée).13

Au moment de partir de Sabâ, Safiyya (qu’Allah l’agrée) posa le pied sur le genou du Messager d’Allah (qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix) et monta sur le chameau.14

Jâbir (qu’Allah l’agrée) dit : « Lorsque Safiyya (qu’Allah l’agrée) fut introduite dans la tente du Messager d’Allah (qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix), nous nous y présentâmes. Le Messager (qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix) dit : “Levez-vous auprès de votre mère.” Le soir, nous y retournâmes. Le Messager (qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix) vint vers nous. Il avait dans son manteau environ deux mudd d’ajwa, des dattes. Il nous dit : “Mangez du banquet nuptial de votre mère.” »15 Après son arrivée à Médine, le Messager d’Allah (qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix) installa Safiyya (qu’Allah l’agrée) dans la maison du célèbre Compagnon al-Hârith ibn Nuʿmân (qu’Allah l’agrée). Al-Hârith (qu’Allah l’agrée) était un Compagnon du Messager d’Allah (qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix), dévoué corps et âme. Allah lui avait également accordé de grandes richesses. Il gardait toujours à l’esprit les besoins du Messager d’Allah (qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix) et se hâtait de les satisfaire lorsque cela était nécessaire. Il céda volontiers sa maison pour que Safiyya (qu’Allah l’agrée) y réside. D’après le récit d’Umm Sinân as-Salmiyya, lorsqu’elles eurent entendu parler de la beauté et de la grâce de Safiyya (qu’Allah l’agrée), Zaynab bint Jahsh, Hafsa et Yassâr, avec des femmes ansâr, ainsi que ʿÂ’isha (qu’Allah l’agrée), le visage couvert d’un niqâb, vinrent voir Safiyya. Au moment de repartir, le Messager (qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix) la suivit et lui demanda :

— Ô ʿÂ’isha, que penses-tu d’elle ?

— ʿÂ’isha (qu’Allah l’agrée) répondit : « Je l’ai vue : ce n’est qu’une femme juive. » Le Messager (qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix) dit : « Ne parle pas ainsi. Elle a embrassé l’islam et elle est devenue une bonne musulmane. »16

Safiyya (qu’Allah l’agrée), Mère des croyants, était une femme d’une très grande fermeté d’esprit. On ne rapporte jamais qu’elle ait fait preuve d’impatience au cours de sa vie. Lorsque la forteresse d’al-Qamûs tomba et que l’étendard de l’islam flotta sur tout Khaybar, Bilâl (qu’Allah l’agrée) conduisit Safiyya (qu’Allah l’agrée) et ses cousines auprès du Messager d’Allah (qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix). Elles passaient près des cadavres des Juifs. Une telle situation est généralement très bouleversante ; même le cœur des personnes les plus fortes en est ébranlé. C’est pourquoi les femmes qui l’accompagnaient se mirent à pousser des cris à la vue de cette scène terrifiante. Elles s’arrachèrent les cheveux et se livrèrent au deuil. Mais voyez l’état de Safiyya (qu’Allah l’agrée) : elle avançait captive auprès du cadavre de son époux bien-aimé, sans être le moins du monde bouleversée. Elle ne montrait aucune émotion. Elle marchait d’un pas ferme. Plus tard, le Messager d’Allah (qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix) reprocha à Bilâl (qu’Allah l’agrée) de les avoir fait passer ainsi auprès des cadavres de leurs pères et de leurs frères.17

Ḥazrat Ṣafiyya éprouvait un amour sans limites pour le Messager d’Allah (qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix). Alors que le Messager (qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix) était alité dans la demeure de Ḥazrat ʿAïsha, durant sa dernière maladie, Ṣafiyya (qu’Allah l’agrée) et les autres épouses se réunirent un jour pour rendre visite à leur mari et le soigner. À un moment, Ḥazrat Ṣafiyya, le cœur accablé de douleur, dit : « Ô Prophète d’Allah ! J’aurais été heureuse de supporter moi-même toutes ces souffrances à votre place. » En entendant ces paroles, les autres épouses se mirent à se regarder d’une manière qui semblait montrer qu’elles doutaient de ses propos. Le Messager (qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix) dit alors : « Par Allah ! Elle a dit vrai. »¹⁸

L’amour du noble Messager d’Allah (qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix) pour Ḥazrat Ṣafiyya (qu’Allah l’agrée) était tout aussi profond. Il aimait sa compagnie et s’efforçait constamment de la rendre heureuse. Le Messager d’Allah (qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix) partit en voyage pour le pèlerinage avec Ṣafiyya et plusieurs autres de ses épouses. En chemin, le chameau qui transportait Ṣafiyya tomba malade et s’effondra. Ṣafiyya prit peur et se mit à pleurer. Informé de la situation, le Messager d’Allah (qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix) vint et essuya de sa main bénie les larmes de ses yeux. Mais ses pleurs ne cessèrent pas ; ils redoublèrent même. Ne sachant que faire d’autre, le Messager (qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix) fit halte en ce lieu avec tout le groupe. Le soir, il dit à son épouse Ḥazrat Zaynab bint Jaḥsh (qu’Allah l’agrée) : « Zaynab, donne un chameau à Ṣafiyya. » Ḥazrat Zaynab répondit : « Je donnerais un chameau à cette Juive qui est la vôtre ? » Très mécontent de cette réponse, le Messager (qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix) s’abstint pendant deux ou trois mois de parler à Ḥazrat Zaynab et de se rendre auprès d’elle. Finalement, grâce à la médiation de Ḥazrat ʿAïsha, il fut très difficilement mis fin au mécontentement du Messager d’Allah (qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix).¹⁹

Une autre fois, lorsque Ḥazrat ʿAïsha (qu’Allah l’agrée) fit une remarque au sujet de la stature de Ḥazrat Ṣafiyya (qu’Allah l’agrée), le Messager (qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix) lui dit : « Tu as prononcé une parole qui, si elle était jetée dans la mer, s’y mêlerait entièrement » — c’est-à-dire qu’elle troublerait même l’eau de la mer.²⁰

Après avoir embrassé l’islam et être devenue une femme vertueuse, elle souffrait énormément lorsque quelqu’un la raillait en la traitant de Juive. Un jour, le Messager d’Allah (qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix) entra dans sa chambre et la trouva en pleurs. Lorsqu’il lui demanda la raison de ses pleurs, elle répondit : « ʿAïsha (qu’Allah l’agrée) et Zaynab (qu’Allah l’agrée) prétendent être meilleures que les autres épouses, parce qu’en plus d’être vos épouses, elles sont vos cousines. »

Pour la réconforter, le Messager (qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix) lui dit : « Pourquoi ne leur as-tu pas répondu : “Mon père est Hârûn (paix sur lui), mon oncle est Mûsâ (paix sur lui), et mon époux est Muḥammad (qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix). Comment pourriez-vous donc être meilleures que moi ?” »²¹

Ḥazrat Ṣafiyya (qu’Allah l’agrée) était naturellement très généreuse et charitable. Ibn Saʿd écrit qu’elle donna, de son vivant, la maison dans laquelle elle résidait. Selon le récit de l’érudit al-Zurqânî, après son arrivée à Médine en tant qu’Umm al-Mu’minîn, elle partagea ses deux boucles d’oreilles en or entre Ḥazrat Fâṭima (qu’Allah l’agrée) et les autres épouses purifiées du Prophète.²²

En l’an 35 de l’Hégire, les insurgés assiégèrent à Médine le troisième calife, Ḥazrat ʿUthmân (qu’Allah l’agrée), dans sa demeure. À cette époque, Ḥazrat Ṣafiyya (qu’Allah l’agrée) lui porta assistance. Lorsque les insurgés interrompirent tous les approvisionnements et les communications autour de la demeure du calife et y postèrent des gardes, Ḥazrat Ṣafiyya se dirigea un jour vers cette demeure, montée sur une mule et accompagnée d’un serviteur. Elle fut aperçue par al-Ashtar al-Nakhaʿî. Pour l’empêcher d’avancer, al-Ashtar se mit à frapper la mule. Ḥazrat Ṣafiyya dit : « Je n’ai pas besoin d’être humiliée. Je m’en retourne. Laisse ma mule tranquille. » De retour chez elle, Ḥazrat Ṣafiyya chargea Ḥasan (qu’Allah l’agrée) d’assurer les communications avec la demeure du calife. Il faisait parvenir au calife de la nourriture et de l’eau depuis la maison d’Umm al-Mu’minîn Ṣafiyya (qu’Allah l’agrée).²³

Lorsque le calife ʿUmar (qu’Allah l’agrée) institua les allocations, il fixa à douze mille la somme destinée à chacune des autres épouses du Messager d’Allah (qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix), mais fixa à six mille celle destinée à Ḥazrat Juwayriya et à Ḥazrat Ṣafiyya (qu’Allah les agrée). Lorsqu’elle protesta, l’allocation fut portée à douze mille.²⁴

Tous les spécialistes de la sîra ont fait l’éloge sans réserve des qualités morales de Safiyya (qu’Allah l’agrée). L’érudit Ibn ʿAbd al-Barr a écrit :

Ce sera en arabe

— « Safiyya (qu’Allah l’agrée) était une femme patiente, intelligente et érudite. »25

Ibn al-Athîr a dit :

Ce sera en arabe

— « Elle était l’une des femmes les plus intelligentes qui soient. »26

L’érudit al-Dhahabî a dit :

Ce sera en arabe

— « Sayyida Safiyya (qu’Allah l’agrée) était courtoise, intelligente, de noble lignée, belle et pieuse. »27

Comme les autres épouses du Messager d’Allah (qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix), Sayyida Safiyya (qu’Allah l’agrée) était également une référence en matière de savoir et de connaissance spirituelle. Les gens lui posaient souvent des questions sur divers sujets et, après avoir obtenu ses réponses, ils en étaient satisfaits. Une femme nommée Suhayra bint Haykar vint un jour à Médine, après avoir accompli le pèlerinage, pour rendre visite à Sayyida Safiyya (qu’Allah l’agrée). Lorsqu’elle se rendit chez elle, elle vit de nombreuses femmes de Koufa assises là, lui posant toutes sortes de questions, auxquelles elle répondait avec beaucoup de clarté et d’élégance.

Suhayra était elle aussi venue dans le même but. Elle souhaitait connaître, par l’intermédiaire des femmes de Koufa, le statut du nabidh. En entendant cette question, Sayyida Safiyya (qu’Allah l’agrée) dit : « Les Irakiens posent souvent cette question de jurisprudence. »28

Dix hadiths ont été rapportés de Sayyida Safiyya (qu’Allah l’agrée). Ils ont été transmis notamment par l’imam Zayn al-‘Abidin, Ishaq ibn ‘Abd Allah ibn Harith, Muslim ibn Safwan, Kinana et Ayazid ibn Mu‘attab. Parmi ces dix hadiths, l’un est convenu par Al-Bukhari et Muslim.29

Sayyida Safiyya (qu’Allah l’agrée) mourut à Médine, à l’âge de soixante ans, au mois de Ramadan de l’an 50 de l’Hégire. Sa prière funéraire fut dirigée par Sa‘id ibn al-‘As (qu’Allah l’agrée). Selon une autre version, ce fut Mu‘awiya (qu’Allah l’agrée) qui la dirigea, alors qu’il se trouvait à Médine après avoir accompli le pèlerinage.30 Elle fut enterrée au cimetière d’Al-Baqi‘.31 Avant sa mort, elle légua par testament le tiers de ses biens résiduels à son neveu.32

Ibn Sa‘d rapporte, d’après Al-Waqidi, qu’elle laissa cent mille dirhams. Ibn Hisham parle de trente mille. Le neveu de Sayyida Safiyya (qu’Allah l’agrée) était juif. C’est pourquoi les gens commencèrent à hésiter et à se montrer réticents à mettre son testament à exécution. Mais lorsque cette affaire parvint aux oreilles de Sayyida ‘A’isha (qu’Allah l’agrée), elle leur fit transmettre ce message : « Ô gens ! Craignez Allah. Mettez à exécution le testament de Safiyya (qu’Allah l’agrée). » Finalement, il fut exécuté.33

Ibn Sa‘d rapporte, d’après Al-Waqidi, que Sayyida Safiyya dit : « Lorsque je vins auprès du Messager d’Allah (qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix), je n’avais pas encore atteint l’âge de dix-sept ans. »34 Al-Waqidi dit également qu’elle mourut en l’an 52 de l’Hégire. Dans une autre de ses narrations, il est question de l’an 50. Ibn Hajar considère cette dernière date comme plus exacte. Ibn Mundah et Ibn Hibban ont affirmé qu’elle mourut en l’an 36 de l’Hégire. Mais Ibn Hajar a déclaré que cela était totalement erroné, car ‘Ali ibn Husayn (qu’Allah l’agrée) n’était même pas encore né en l’an 36 de l’Hégire. Or, Al-Bukhari et Muslim ont recueilli un hadith rapporté de Sayyida Safiyya (qu’Allah l’agrée) par son intermédiaire.35 Sayyida Safiyya (qu’Allah l’agrée) savait préparer des plats particulièrement savoureux. Même lorsque le Messager d’Allah (qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix) séjournait dans les appartements de ses autres épouses, elle lui envoyait parfois des plats qu’elle avait préparés. Un jour, alors que le Messager d’Allah (qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix) se trouvait chez Sayyida ‘A’isha (qu’Allah l’agrée), elle lui fit parvenir un plat. Le récit de cet événement figure notamment dans Al-Bukhari et An-Nasa’i, ainsi que dans d’autres ouvrages.

Un jour, Sayyida Safiyya (qu’Allah l’agrée) dit : « Ô Messager d’Allah ! Toutes vos autres épouses ont des proches, sauf moi. Si quelque chose vous arrivait, auprès de qui trouverais-je refuge ? » Le Messager (qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix) répondit : « Auprès de ‘Ali (qu’Allah l’agrée). »36 Umm al-Mu’minin Sayyida Safiyya (qu’Allah l’agrée) rapporte qu’une fois, alors que le Messager d’Allah (qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix) observait la retraite spirituelle à la mosquée durant les dix derniers jours de Ramadan, elle se rendit un jour à la mosquée pour lui rendre visite. Après avoir conversé quelque temps avec lui, elle se leva pour retourner chez elle. Le Messager (qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix) l’accompagna jusqu’à la porte de la mosquée, près de la porte de l’appartement d’Umm Salama. À ce moment-là, deux hommes parmi les Ansar passaient par là. Ils saluèrent le Messager d’Allah (qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix). Le Messager (qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix) leur dit : « Attendez un instant : voici Safiyya bint Huyayy. » En entendant cela, ils proclamèrent : « Subhan Allah ! » et récitèrent le takbir. Le Prophète (qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix) leur dit alors : « Satan peut atteindre chacune des veines et des capillaires où circule le sang du fils d’Adam. J’ai craint qu’il n’introduise quelque mauvaise pensée dans vos cœurs. »37

Une servante de Hadrat Safiyya (qu’Allah l’agrée) se plaignit un jour auprès du calife Hadrat ʿUmar (qu’Allah l’agrée), affirmant qu’il subsistait encore en elle des sentiments juifs. En effet, elle observait toujours le samedi et entretenait des relations avec les Juifs. Afin de vérifier la véracité des propos de la servante, Hadrat ʿUmar (qu’Allah l’agrée) fit demander à Hadrat Safiyya (qu’Allah l’agrée), par l’intermédiaire d’un émissaire, ce qu’elle répondait à cette accusation. Elle répondit : « Depuis qu’Allah m’a donné le vendredi en remplacement du samedi, il n’est plus nécessaire pour moi d’observer le samedi. Quant au maintien de mes relations avec les Juifs, voici ce que j’ai à dire : certains de mes proches s’y trouvent. Je dois veiller à préserver les liens de parenté avec eux. » Puis elle fit appeler la servante et lui demanda : « Qui t’a encouragée à porter cette accusation ? » La servante répondit : « Satan. » Hadrat Safiyya (qu’Allah l’agrée) se tut alors et affranchit la servante. 38

Avant son mariage avec le Messager d’Allah (qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix), Hadrat Safiyya rêva une nuit que la lune du ciel se détachait et tombait dans son giron. Lorsqu’elle raconta ce rêve à sa mère — ou, selon une autre version, à son mari — celui-ci lui donna une gifle au visage et lui dit : « Tu tends le cou vers Muhammad, le roi des Arabes ! » La marque de cette gifle resta sur sa joue jusqu’au moment où elle se rendit auprès du Messager d’Allah (qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix). Lorsque le Messager (qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix) lui demanda l’origine de cette marque, elle lui raconta toute l’affaire. 39