Abou Moussa al-Ach‘ari (qu’Allah l’agrée)

Il s’appelait Abdallah et portait la kunya d’Abou Moussa. C’est par cette kunya qu’il était surtout connu. Son père s’appelait Qaïs et sa mère Taïyeba. On ne sait pas grand-chose de sa vie avant l’islam. On sait seulement qu’il était originaire du Yémen. Comme il appartenait à la tribu des Ach‘ar de cette région, il devint célèbre sous le nom d’al-Ach‘ari. Après avoir découvert l’islam, le vénérable Abou Moussa vint du Yémen à La Mecque et prêta serment d’allégeance au Messager d’Allah (paix et bénédiction sur lui). Il noua des relations d’amitié avec la tribu mecquoise des Abd Chams. Après avoir séjourné quelque temps à La Mecque, il retourna au Yémen afin d’appeler ses compatriotes à l’islam. Le vénérable Abou Moussa était l’un des chefs les plus influents de sa famille. Les membres de sa famille répondirent très rapidement et largement à son appel. Accompagné d’un groupe d’environ cinquante musulmans, il partit du Yémen par voie maritime pour rejoindre le Messager d’Allah (paix et bénédiction sur lui). Le mauvais temps en mer repoussa ce groupe vers l’Abyssinie au lieu du Hedjaz. À cette époque, le vénérable Ja‘far ibn Abî Tâlib et ses compagnons, qui se trouvaient encore en Abyssinie, étaient partis en direction de Médine. Abou Moussa et son groupe prirent avec cette caravane le chemin de Médine. Ils arrivèrent à Médine au moment où l’armée musulmane, sous la direction du Messager d’Allah (paix et bénédiction sur lui), achevait la conquête de Khaybar et revenait à Médine. Le Messager d’Allah (paix et bénédiction sur lui) donna à Abou Moussa et à tous ses compagnons une part du butin de Khaybar. Le vénérable Abou Moussa participa à la conquête de La Mecque et à la bataille de Hounaïn. Après avoir fui le champ de Hounaïn, les Banû Hawâzin se rassemblèrent dans la vallée d’Awtās. Le Messager d’Allah (paix et bénédiction sur lui) envoya contre eux un détachement commandé par le vénérable Abou ‘Âmir afin de les anéantir. Arrivés à Awtās, ils tuèrent le chef des Hawâzin, Dourayd ibn as-Simma, et les dispersèrent. Mais, par un concours de circonstances, Abou ‘Âmir fut grièvement blessé par une flèche lancée par un polythéiste nommé Hâchimi. Abou Moussa al-Ach‘ari poursuivit ce polythéiste et le tua. Avant de mourir, le vénérable Abou ‘Âmir désigna Abou Moussa comme son successeur et lui demanda : « Frère, transmets mon dernier salut au Messager d’Allah et demande-lui d’invoquer Allah pour mon pardon. » Abou ‘Âmir rendit son dernier souffle. Abou Moussa revint à Médine avec son armée et rapporta au Messager d’Allah (paix et bénédiction sur lui) les dernières volontés d’Abou ‘Âmir. Le Messager d’Allah fit apporter de l’eau, accomplit les ablutions et invoqua Allah pour le pardon d’Abou ‘Âmir. Abou Moussa dit : « Ô Messager d’Allah, invoquez également un peu pour moi. » Le Messager d’Allah invoqua : « Ô Allah, pardonne les péchés d’Abdallah ibn Qaïs et accorde-lui d’entrer honorablement au Paradis le Jour de la Résurrection. » La neuvième année de l’Hégire, les préparatifs de l’expédition de Tabûk battaient leur plein. Les compagnons d’Abou Moussa l’envoyèrent auprès du Messager d’Allah (paix et bénédiction sur lui) afin de lui demander des montures pour eux. Par hasard, lorsqu’Abou Moussa arriva, le Messager d’Allah était irrité pour une raison quelconque. Ne le comprenant pas, Abou Moussa demanda : « Ô Messager d’Allah, mes compagnons m’ont envoyé afin que vous leur accordiez des montures. » Le Messager d’Allah était assis. D’une voix irritée, il s’écria : « Par Allah, je ne vous donnerai aucune monture. » Abou Moussa fut effrayé et pensa : « Je me demande quelle offense j’ai pu commettre. » Très attristé, il retourna auprès de ses compagnons et leur annonça cette mauvaise nouvelle. Mais il n’avait pas encore eu le temps de se tenir debout qu’un homme nommé Bilâl accourut et lui dit : « Abdallah ibn Qaïs, où es-tu ? Viens, le Messager d’Allah te demande. » Il se présenta avec Bilâl auprès du Messager d’Allah. Celui-ci lui indiqua deux chameaux attachés près de lui et dit : « Emmène ces deux chameaux à tes compagnons. » Le vénérable Abou Moussa retourna auprès des membres de sa tribu avec les deux chameaux et leur dit : « Le Messager d’Allah vous a donné ces deux chameaux comme montures. Cependant, certains d’entre vous devront m’accompagner auprès d’une personne qui a entendu les paroles précédentes du Messager d’Allah, afin que vous ne pensiez pas que ce que j’avais dit auparavant était une invention de ma part. » Ils répondirent : « Par Allah, nous vous croyons véridique. Mais puisque vous le demandez, allons-y. » Il emmena donc quelques hommes avec lui et leur prouva ainsi la véracité de ses paroles précédentes. Un jour, après le retour de Tabûk, deux notables de la tribu des Ach‘ar se rendirent auprès du Messager d’Allah avec le vénérable Abou Moussa al-Ach‘ari. Ils exprimèrent le désir d’obtenir une fonction. Le Messager d’Allah utilisait alors un siwâk. En entendant leurs paroles, il cessa de se brosser les dents. Il se tourna vers Abou Moussa et répéta : « Abou Moussa, Abou Moussa ! » Abou Moussa répondit : « Ô Messager d’Allah, j’ignorais ce qu’ils avaient dans le cœur. Je ne savais pas qu’ils exprimeraient le désir d’obtenir une fonction. » Le Messager d’Allah dit : « Si quelqu’un convoite lui-même une fonction, je ne la lui attribuerai jamais. Quant à toi, Abou Moussa, rends-toi au Yémen : je te nomme gouverneur de cette région. » Depuis l’Antiquité, le Yémen était divisé en deux parties : le Yémen septentrional et le Yémen méridional. Le vénérable Mu‘âdh ibn Jabal fut chargé du Yémen septentrional et Abou Moussa du Yémen méridional. En les congédiant, le Messager d’Allah leur dit : « Soyez doux avec les habitants du Yémen et ne faites preuve d’aucune dureté. Rendez les gens heureux et ne les exaspérez pas. Vivez ensemble en bonne entente. » Comme il était originaire de ce pays, le vénérable Abou Moussa exerçait dès le début une grande influence sur ses habitants. Il s’acquitta donc convenablement de sa responsabilité. Il entretenait une amitié personnelle avec le gouverneur voisin, le vénérable Mu‘âdh. Ils se rencontraient parfois à la frontière et échangeaient leurs points de vue sur diverses questions. La dixième année de l’Hégire, le Messager d’Allah accomplit le pèlerinage. Le vénérable Abou Moussa vint du Yémen et participa au pèlerinage. Le Messager d’Allah lui demanda : « Abdallah ibn Qaïs, es-tu venu avec l’intention d’accomplir le pèlerinage ? » Il répondit : « Oui, ô Messager d’Allah ! » Le Messager d’Allah demanda : « Quelle était ton intention ? » Il répondit : « J’ai dit que j’avais la même intention que le Messager d’Allah. » Le Messager d’Allah demanda encore : « As-tu amené avec toi une bête sacrificielle ? » Il répondit : « Non. » Le Messager d’Allah lui ordonna : « Après avoir accompli le tawâf et le sa‘y, ôte ton ihrâm. » (Sahîh al-Boukhârî.) Il faut préciser que le Messager d’Allah accomplit le pèlerinage qirân. Or, pour le pèlerinage qirân, il est nécessaire d’amener avec soi une bête destinée au sacrifice. Après le pèlerinage, Abou Moussa retourna au Yémen. Entre-temps, un faux prophète nommé al-Aswad al-‘Ansî prétendit à la prophétie et se révolta. Le vénérable Mu‘âdh ibn Jabal fut même contraint de rejoindre Mârib, la capitale d’Abou Moussa. Ils ne purent cependant y rester longtemps et finirent par se réfugier au Hadramawt. Bien qu’Ibn Maktûh al-Murâdî eût tué al-Aswad al-‘Ansî, la révolte reprit après la mort du Messager d’Allah (paix et bénédiction sur lui). Ensuite, le premier calife, le vénérable Abou Bakr, envoya une armée depuis Médine et réprima cette révolte. Les deux gouverneurs du Yémen regagnèrent leurs postes respectifs. Le vénérable Abou Moussa retourna du Hadramawt à son lieu d’affectation, au Hadramawt, et continua à exercer sa responsabilité avec beaucoup de succès au début du califat du deuxième calife. Lorsque, sous le califat du vénérable ‘Umar, des expéditions commencèrent à être menées dans différentes régions, Abou Moussa, désireux de participer au jihâd, abandonna sa fonction de gouverneur et rejoignit comme soldat l’armée du vénérable Sa‘d ibn Abî Waqqâs. La dix-septième année de l’Hégire, sur l’ordre du commandant Sa‘d, il conquit Nisibe. Cette même année, le gouverneur de Bassora, al-Mughîra ibn Chu‘ba, fut destitué et Abou Moussa fut nommé à sa place. Le Khûzistân est une région limitrophe de Bassora. Elle était encore sous le contrôle des Iraniens. La seizième année de l’Hégire, le vénérable al-Mughîra mena une expédition militaire contre Ahwâz dans le but de conquérir le Khûzistân. Le chef d’Ahwâz conclut avec al-Mughîra un traité en échange du paiement annuel d’une faible somme d’argent comme impôt. Al-Mughîra se retira. La dix-septième année de l’Hégire, lorsqu’Abou Moussa prit sa place, les habitants d’Ahwâz cessèrent de payer l’impôt et se révoltèrent. Abou Moussa fut contraint d’envoyer des troupes pour conquérir Ahwâz et poursuivit l’expédition jusqu’à Manâdhir. Le célèbre officier, le vénérable Muhâjir ibn Ziyâd, tomba en martyr à une étape de cette campagne. L’armée ennemie sépara sa tête de son corps et suspendit celle-ci au dôme de la forteresse. Abou Moussa confia à Râbi‘, le frère du vénérable Muhâjir, la mission de conquérir Manâdhir. Râbi‘ réussit à s’en emparer. Pendant ce temps, Abou Moussa assiégea Sûs. Les habitants se réfugièrent dans la forteresse. Finalement, leur chef conclut un accord avec Abou Moussa à condition que cent membres de sa famille soient épargnés. Le chef présenta successivement cent personnes et Abou Moussa les libéra conformément à l’accord. Malheureusement, le chef oublia de présenter son propre nom et fut tué conformément aux conditions du traité. Après le siège de Sûs, Abou Moussa assiégea Ramhormuz et conclut avec ses habitants un accord prévoyant le paiement annuel d’un impôt de huit cent mille dirhams. Traqué de toutes parts, Hormuzân, le commandant du roi d’Iran, s’était réfugié dans la solide forteresse de Chouchtar. Abou Moussa assiégeait la ville, mais toutes les tentatives pour la faire tomber échouaient. Un jour, de façon inattendue, un homme sortit secrètement de la ville et se rendit au camp d’Abou Moussa. Il proposa de provoquer la chute de la ville si sa sécurité lui était garantie. Sa condition fut acceptée. Il prit avec lui un Arabe nommé Achrâs. Celui-ci se couvrit la tête et le visage d’un manteau et suivit l’homme comme un serviteur. Ils entrèrent dans la ville par le fleuve et par un tunnel secret, traversèrent les canaux et les ruelles, puis arrivèrent au palais privé d’Hormuzân. Ainsi, Achrâs observa secrètement toute la situation de la ville, revint auprès d’Abou Moussa et lui fit un rapport détaillé. Ensuite, sur l’ordre d’Abou Moussa, Achrâs prit avec lui deux cents soldats intrépides, lança soudainement une attaque, tua les gardes des portes et ouvrit celles-ci. Abou Moussa et toute son armée se trouvaient déjà devant les portes. Dès qu’elles furent ouvertes, tous les soldats pénétrèrent ensemble dans la ville, où le tumulte éclata. Hormuzân s’enfuit et se réfugia dans la forteresse. Lorsque l’armée musulmane arriva près de celle-ci, Hormuzân monta sur son dôme et déclara qu’il acceptait de se rendre à certaines conditions. Ses conditions furent acceptées et il fut envoyé avec le vénérable auprès du calife à Médine. Après la conquête de Chouchtar, l’armée musulmane, sous la direction d’Abou Moussa, assiégea Jundisâbûr. Le siège dura plusieurs jours. Un jour, les habitants ouvrirent soudainement les portes de la ville. Ils vaquaient très paisiblement à leurs occupations. L’armée musulmane entra dans la ville et fut étonnée de les voir si insouciants. Interrogés, les habitants répondirent : « Pourquoi vous étonnez-vous ? Nous avons reçu une garantie de sécurité en échange du paiement de la jizya. » Après enquête, on découvrit qu’un esclave de l’armée musulmane avait conclu seul et à l’insu de tous ce pacte de sécurité. Le commandant Abou Moussa refusa d’accepter l’accord conclu par l’esclave. Les habitants dirent : « Nous ne savons pas qui est esclave et qui est libre. » Finalement, la question fut soumise au calife de Médine. Le calife déclara : « L’esclave d’un musulman est lui aussi musulman. Ceux auxquels il a accordé l’amân, tous les musulmans leur ont accordé l’amân. » Ainsi, sous la direction d’Abou Moussa, les fondements de l’islam se consolidèrent dans tout le Khûzistân, tandis que Bassora, où il était établi, fut libérée de la menace ennemie. Après la chute du Khûzistân, les Iraniens se préparèrent, la vingt et unième année de l’Hégire, à livrer une bataille décisive à Nihâwand. Le calife ‘Umar envoya à Nihâwand Nu‘mân ibn Muqarrin avec une grande armée et ordonna à Abou Moussa de lui porter assistance. Ayant reçu l’ordre du calife, Abou Moussa arriva à Nihâwand avec une importante armée. Là encore, l’armée iranienne subit une défaite écrasante. Après la conquête du Khûzistân, Abou Moussa demanda au calife que la région conquise soit rattachée à Bassora. De leur côté, les habitants de Koufa demandèrent à leur gouverneur, ‘Ammâr ibn Yâsir, que cette région soit rattachée à Koufa. Le calife soutint la demande d’Abou Moussa et rattacha le territoire conquis à Bassora. Les habitants de Koufa, n’ayant pas obtenu satisfaction, se révoltèrent contre ‘Ammâr. Finalement, conformément à leur demande, le calife destitua ‘Ammâr et nomma Abou Moussa gouverneur de Koufa la vingt-deuxième année de l’Hégire. Mais un an plus tard, la vingt-troisième année de l’Hégire, il le transféra de nouveau à Bassora. Cette même année (23 de l’Hégire), un homme nommé Dabbâ présenta au calife les accusations suivantes contre Abou Moussa :

1. Abû Mûsâ a pris lui-même soixante fils de chefs parmi les prisonniers de guerre.

2. Il a confié toutes les responsabilités de l’administration à Ziyâd ibn Sumayya et, en réalité, Ziyâd est désormais maître de toutes les affaires.

3. Il a accordé au poète Hutay’a une gratification de mille dirhams.

4. À l’une de ses servantes, nommée ‘Aqliyya, on servait deux fois par jour une nourriture excellente, alors que les gens ordinaires ne pouvaient pas manger une nourriture semblable.

Le vénérable ‘Umar écrivit de sa propre main les plaintes. Il fit venir Abû Mûsâ à Médine et l’interrogea. Il mena ensuite l’enquête habituelle afin de vérifier la véracité ou la fausseté des plaintes. La première plainte se révéla fausse. En réponse à la deuxième, Abû Mûsâ déclara que Ziyâd était un politicien remarquable et un administrateur compétent : « Je l’ai nommé conseiller. » Le calife convoqua Ziyâd pour l’éprouver et le trouva apte. Il ordonna qu’il soit maintenu dans ses fonctions. En réponse à la troisième plainte, il dit : « Je lui ai offert un présent sur mes propres biens afin que Hutay’a ne me diffame pas. » Mais il ne put donner aucune réponse à la quatrième plainte. Le vénérable ‘Umar, qu’Allah l’agrée, le réprimanda quelque peu puis le laissa partir. (At-Tabarî)

Cette même année (23 de l’hégire), Abû Mûsâ mena une expédition contre Ispahan et intégra cette région au califat islamique. À son retour, après la conquête d’Ispahan, il fut cette même année transféré de Bassora à Koufa. Les habitants de Bassora souffraient terriblement du manque d’eau. La situation fut portée à la connaissance du calife. Celui-ci ordonna de creuser un canal depuis le Tigre jusqu’à la ville de Bassora. Sous la direction d’Abû Mûsâ, on creusa un canal de dix miles de long, mettant ainsi fin aux difficultés d’approvisionnement en eau des habitants de Bassora. Dans l’histoire, ce canal est connu sous le nom de Nahr Abî Mûsâ. Au mois de Dhû al-Hijja de l’année 23 de l’hégire, le calife ‘Umar fut martyrisé. Après que le vénérable ‘Uthmân, qu’Allah l’agrée, eut pris en charge le califat, il apporta de nombreux changements à la structure administrative. Cependant, Abû Mûsâ resta gouverneur de Bassora jusqu’à l’an 29 de l’hégire. Cette année-là, les Kurdes se révoltèrent. Abû Mûsâ se rendit à la mosquée et y prononça un discours enflammé sur le jihâd contre eux. Dans ce discours, il exposa le mérite de marcher à pied dans la voie d’Allah. En réaction, certains mujâhidîn se préparèrent à partir à pied, bien qu’ils possédassent des chevaux. Un critique d’Abû Mûsâ leur dit : « Nous ne devons pas nous hâter à ce point. Voyons comment notre émir, Abû Mûsâ, se déplacera. » Abû Mûsâ sortit lui aussi monté sur un cheval. Les mujâhidîn saisirent les rênes de sa monture et protestèrent. En réalité, le sens de son discours n’était pas que ceux qui avaient des chevaux ne devaient pas les utiliser. Le contexte était alors celui de la fitna et des complots. Des agitateurs se rendirent à Médine en prenant prétexte de ce léger incident et demandèrent sa destitution. Le calife ‘Uthmân le releva de ses fonctions. En l’an 34 de l’hégire, le calife ‘Uthmân nomma de nouveau Abû Mûsâ gouverneur de Koufa, à la place de Sa‘îd ibn al-‘Âs, à la demande des habitants de Koufa. De terribles intrigues et complots sévissaient alors dans tout le califat. Le Messager d’Allah avait gardé Abû Mûsâ en mémoire. C’est pourquoi, dans ses sermons et ses discours, il rappelait constamment aux habitants de Koufa cette prophétie et les exhortait à se tenir éloignés de toutes les fitna. Après le martyre du vénérable ‘Uthmân, qu’Allah l’agrée, en l’an 35 de l’hégire, et l’accession du vénérable ‘Alî au califat, cette fitna se manifesta. Réclamant avec force le talion pour le sang du troisième calife, le vénérable ‘Uthmân, qu’Allah l’agrée, ‘Â’isha, Talha et az-Zubayr, qu’Allah les agrée, partirent de La Mecque en direction de Bassora. De son côté, le calife, le vénérable ‘Alî, qu’Allah l’agrée, se rendit à un endroit nommé Dhû Qâr afin de leur faire face. Il envoya par ailleurs le vénérable Hasan à Koufa avec ‘Ammâr ibn Yâsir. Lorsque le vénérable Hasan arriva à Koufa, Abû Mûsâ al-Ash‘arî prononçait un discours devant une immense assemblée dans la mosquée de Koufa. Dans son discours, il exhortait la population à rester éloignée de cette fitna. Le vénérable Hasan se présenta alors et eut quelques échanges vifs avec Abû Mûsâ, qu’Allah l’agrée. Abû Mûsâ descendit silencieusement de la chaire de la mosquée et, sans la moindre protestation, alla s’installer dans un village inconnu de Syrie. Il demeura ainsi totalement neutre dans la guerre civile. À Siffîn, le vénérable ‘Alî, qu’Allah l’agrée, et le vénérable Mu‘âwiya, qu’Allah l’agrée, proclamèrent une trêve à condition que deux arbitres neutres, un pour chaque camp, soient chargés de régler l’affaire. Les deux parties accepteraient leur décision commune. Le camp de ‘Alî nomma Abû Mûsâ arbitre, et celui de Mu‘âwiya nomma ‘Amr ibn al-‘Âs, qu’Allah l’agrée. Les deux parties se réunirent dans un lieu appelé Dûmat al-Jandal. Ils eurent de longues discussions sur cette question. Finalement, ils parvinrent à la décision suivante : dans l’intérêt de la communauté, ‘Alî et Mu‘âwiya devaient tous deux être destitués du califat, et le conseil de consultation élirait un troisième homme comme calife. Ils se présentèrent tous deux devant le peuple pour annoncer leur décision. À la demande de ‘Amr ibn al-‘Âs, Abû Mûsâ se leva le premier pour annoncer la décision ; mais, abandonnant sa décision initiale, il proclama soudain le vénérable Mu‘âwiya calife. Abû Mûsâ resta stupéfait.

En réalité, Abû Mûsâ était d’un naturel extrêmement simple et ingénu. Il ne connaissait ni la tromperie ni la politique. C’est pourquoi le vénérable ‘Alî, qu’Allah l’agrée, s’était opposé à sa nomination comme arbitre. Mais, sous la pression insistante de ses partisans, il finit lui aussi par l’accepter. Vaincu par les manœuvres diplomatiques de ‘Amr ibn al-‘Âs, Abû Mûsâ fut si consumé par le remords qu’il prit aussitôt le chemin de La Mecque. Par la suite, il ne participa plus à aucune affaire. Il existe plusieurs avis concernant l’année et le lieu de sa mort. Selon certains, il mourut à La Mecque ; selon d’autres, à Koufa. Toutefois, l’opinion la plus répandue est qu’il décéda à La Mecque. De même, plusieurs dates sont rapportées pour sa mort : 42, 44 et 52 de l’hégire. Selon l’opinion la plus connue, il mourut en l’an 44 de l’hégire. (Tadhkirat al-Huffâz)

Jusqu’à la fin de sa vie, le vénérable Abû Mûsâ, qu’Allah l’agrée, veilla scrupuleusement à respecter les ordres et les interdictions du Messager d’Allah, qu’Allah le bénisse et le salue. Même lorsque son état devint critique et qu’il perdit connaissance, les femmes commencèrent à se lamenter. Reprenant connaissance un bref instant, même dans ce moment terrible, il s’écria : « Le Messager d’Allah, qu’Allah le bénisse et le salue, a déclaré être dégagé de toute responsabilité envers ceux qui se livrent à de telles lamentations. » Dans sa jeunesse, la pauvreté fut sa compagne quotidienne. Mais la dernière partie de sa vie se déroula dans l’aisance. Le vénérable ‘Umar, qu’Allah l’agrée, lui avait fixé une allocation.

Le vénérable Abû Mûsâ faisait partie des éminents Compagnons qui eurent la chance de jouir d’une proximité particulière avec le Messager d’Allah (paix et bénédiction d’Allah sur lui). Il était l’un des six hommes autorisés à rendre des fatwas du vivant du Messager d’Allah (paix et bénédiction d’Allah sur lui). (Tadhkirat al-Huffâz) Un tâbi‘î nommé al-Aswad dit : « À Koufa, je n’ai vu personne de plus savant que le vénérable ‘Alî et le vénérable Abû Mûsâ. » Le vénérable ‘Alî disait : « D’Abû Mûsâ, de la tête aux pieds, tout est imprégné de science. » Il restait constamment en compagnie des savants et discutait avec eux de sujets divers. Ces discussions allaient parfois jusqu’au débat et à la controverse. Il avait notamment des débats approfondis avec ‘Abdullâh ibn Mas‘ûd et Mu‘âdh ibn Jabal. Un jour, ‘Abdullâh ibn Mas‘ûd et Abû Mûsâ eurent un débat au sujet d’une question relative au tayammum. L’imam al-Bukhârî a rapporté ce débat dans le chapitre consacré au tayammum. Abû Mûsâ n’était pas seulement assoiffé de savoir : il s’efforçait de toutes ses forces de le diffuser et de le propager. Il estimait que tout ce qu’il savait, il était obligatoire de l’enseigner aux autres. Un jour, lors d’un sermon, il dit : « Celui à qui Allah a accordé la science doit la transmettre à ses autres frères. Mais sur ce dont il n’a aucune connaissance, qu’il ne laisse pas sortir de sa bouche un seul mot. » Sa méthode d’enseignement était également variée. En plus de ses cercles d’étude habituels, il réunissait parfois des gens et leur adressait un sermon. Lorsqu’il rencontrait quelques personnes en chemin ou en un lieu quelconque, il leur transmettait une ou deux paroles du Messager d’Allah (paix et bénédiction d’Allah sur lui). Dans l’enseignement, il se comportait avec beaucoup de douceur. Si quelqu’un, par ignorance, posait une question sotte, il ne s’emportait pas ; il lui expliquait les choses d’un ton extrêmement doux.

La relation d’Abû Mûsâ avec le Noble Coran était extrêmement profonde. Il consacrait presque chaque instant du jour et de la nuit à la récitation du Coran et à son enseignement. Alors qu’il était gouverneur du Yémen, Mu‘âdh ibn Jabal lui demanda un jour : « Comment récites-tu le Coran ? » Il répondit : « Chaque fois que j’en ai l’occasion, de jour comme de nuit, j’en récite un peu. » Il récitait le Coran d’une voix mélodieuse. Le Messager (paix et bénédiction d’Allah sur lui) disait : « Abû Mûsâ a reçu une part de la mélodie de Dâwûd. »

Le Messager (paix et bénédiction d’Allah sur lui) l’appréciait énormément. Dès qu’il entendait sa récitation du Coran, il s’arrêtait. Un jour, le Messager (paix et bénédiction d’Allah sur lui) se rendait quelque part accompagné de la vénérable ‘Â’isha. En chemin, ayant entendu la récitation du Coran d’Abû Mûsâ, il s’arrêta sur place. Après l’avoir écoutée quelque temps, il reprit sa route. Une fois, Abû Mûsâ récitait le Coran à haute voix pendant la prière de ‘ishâ’. En entendant cette voix mélodieuse, les Mères des croyants vinrent jusqu’au rideau de leurs appartements et se mirent à écouter la récitation en y collant l’oreille. Lorsqu’il l’apprit le matin, il dit : « Si je l’avais su, j’aurais récité d’une voix encore plus captivante et je les aurais rendues amoureuses du Coran. » C’est précisément en raison de cette extraordinaire beauté de sa récitation que le Messager (paix et bénédiction d’Allah sur lui) l’envoya au Yémen avec Mu‘âdh ibn Jabal afin d’y enseigner le Coran aux nouveaux musulmans. Sa contribution au service des hadiths, parallèlement au Noble Coran, ne fut pas moindre. À Koufa, il possédait son propre cercle d’étude des hadiths. Ce cercle forma de grands spécialistes du hadith. Le nombre de hadiths qu’il a rapportés s’élève à 360. Parmi eux, 50 sont rapportés conjointement par al-Bukhârî et Muslim, tandis qu’al-Bukhârî en rapporte 45 seul et Muslim 25 seul. Malgré sa grande maîtrise du Coran et des hadiths, il était conscient de ses propres erreurs et insuffisances. De même, il savait apprécier le savoir des autres. Une fois, il rendit une fatwa au sujet d’une question d’héritage. La personne qui l’avait consulté posa également la question à ‘Abdullâh ibn Mas‘ûd. Celui-ci rendit une fatwa différente. Abû Mûsâ reconnut son erreur et déclara : « Tant qu’Ibn Mas‘ûd est vivant, vous ne devriez pas venir me consulter. » La vie du vénérable Abû Mûsâ était le reflet fidèle de la vie bénie du Messager. Il s’efforçait constamment d’imiter et de suivre à la lettre chacun des actes, des manières et des paroles du Messager d’Allah (paix et bénédiction d’Allah sur lui). Un jour, alors qu’il se rendait de La Mecque à Médine, il accomplit deux rak‘ahs pour la prière de ‘ishâ’ en chemin. Puis il se releva et accomplit une rak‘ah en récitant cent versets de la sourate an-Nisâ’. Lorsque les gens protestèrent, il leur dit : « Je m’efforce toujours de poser mes pas là où le Messager (paix et bénédiction d’Allah sur lui) les a posés et d’accomplir exactement ce qu’il a accompli. »

En plus du jeûne de Ramadan, il observait des jeûnes surérogatoires parce que le Messager (paix et bénédiction d’Allah sur lui) les avait observés. Il jeûnait toujours le jour de ‘Âshûrâ’ et incitait les gens à le faire. Il était extrêmement assidu non seulement dans la Sunna, mais aussi dans les actes recommandés. Il est recommandé d’égorger soi-même la bête du sacrifice. C’est pour cette seule raison qu’il ordonnait même à ses propres filles d’égorger elles-mêmes les bêtes.

Le Messager d’Allah (paix et bénédiction d’Allah sur lui) avait ordonné que lorsqu’une personne se rend chez quelqu’un, elle demande la permission avant d’entrer. Si, après avoir demandé la permission à trois reprises, elle ne l’obtenait toujours pas, elle devait repartir. Un jour, Abû Mûsâ alla rendre visite au calife ‘Umar. Il demanda la permission trois fois, l’une après l’autre, mais le calife, occupé par une autre affaire, ne put lui répondre. Abû Mûsâ repartit. Une autre fois, le calife lui demanda pourquoi il était reparti. Il répondit : « Comme je n’ai pas reçu de réponse après avoir demandé la permission trois fois, je suis reparti. » Il lui rapporta ensuite le hadith du Messager d’Allah (paix et bénédiction d’Allah sur lui) à ce sujet. ‘Umar lui dit : « Amène-moi un témoin attestant que quelqu’un d’autre que toi a entendu ce hadith. » Tremblant de peur, Abû Mûsâ se rendit auprès d’une assemblée d’Ansâr. Ubayy ibn Ka‘b, qui se trouvait là, avait lui aussi entendu le hadith. Il se rendit auprès de ‘Umar et en témoigna. Al-Sha‘bî dit : « La science est reçue de six personnes : ‘Umar, ‘Alî, Ubayy, Ibn Mas‘ûd, Zayd et Abû Mûsâ. »

Le calife ‘Umar le nomma gouverneur de Bassora et l’y envoya. Arrivé à Bassora, il prononça un discours devant la foule réunie et dit : « Le Commandeur des croyants m’a envoyé auprès de vous. Je vous enseignerai le Livre de votre Seigneur et la Sunna de Son Prophète, et je nettoierai vos routes et vos chemins pour votre bien-être. » En entendant ce discours, la foule fut stupéfaite. Éduquer la population et lui enseigner la religion pouvait certes relever des responsabilités du gouverneur. Mais comment pouvait-il assumer la tâche de nettoyer leurs routes et leurs chemins ? La chose leur parut extrêmement surprenante. C’est pourquoi le vénérable al-Hasan dit à son sujet : « Jamais meilleur cavalier ne s’est présenté aux habitants de Bassora. » (Rijâl autour du Messager) Le Messager (paix et bénédiction d’Allah sur lui) disait à son sujet : « Abû Mûsâ est le chef des cavaliers. »

La préoccupation du bien-être de la communauté était, pour le vénérable Abû Mûsâ, la plus importante de toutes. C’est pourquoi, durant toute sa vie, il foula aux pieds tout gain et tout avantage personnels. Alors que la guerre opposait ‘Alî et Mu‘âwiya, Mu‘âwiya dit un jour à Abû Mûsâ que s’il le soutenait, il nommerait chacun de ses deux fils gouverneur, l’un de Bassora et l’autre de Koufa, et veillerait également à ses intérêts et à ses avantages. En réponse, Abû Mûsâ lui écrivit : « Vous m’écrivez au sujet d’une question extrêmement importante concernant la communauté de Muhammad. Je n’ai aucun besoin de ce que vous me proposez. »

La pudeur fait partie de la foi. Cet élément était pleinement présent chez Abû Mûsâ. Même lorsqu’il dormait la nuit, il revêtait un vêtement particulier afin que ses parties intimes ne soient pas découvertes. Un jour, il vit des gens se baigner nus dans l’eau. Il dit : « Même si le fait de me rappeler sans cesse que je suis vivant me plaît, je n’apprécie néanmoins pas cet acte. »

Suhayb ibn Sinan ar-Rûmî (qu’Allah l’agrée)

Son nom était Suhayb et sa kunya Abû Yahyâ. Son père s’appelait Sinan et sa mère Salmâ bint Qâ’id. Son père était issu des Banû Numayr d’Arabie, et sa mère des Banû Tamîm. On l’appelait ar-Rûmî, c’est-à-dire le Romain. En réalité, il n’était pas Romain, mais Arabe.

Environ deux décennies avant que le Messager d’Allah (qu’Allah le bénisse et le salue) ne reçoive la prophétie, son père, Sinan ibn Mâlik, était gouverneur d’Uballa, une ancienne ville de Bassora, au nom du représentant de l’empereur perse. Suhayb était l’enfant préféré de son père. Un jour, sa mère l’emmena avec elle, accompagnée de quelques personnes et d’une troupe, dans une localité d’Irak appelée Saniyya. Soudain, une nuit, l’armée romaine attaqua la localité par surprise, y perpétra un grand massacre et la pilla. Les femmes et les enfants furent capturés et réduits en esclavage. L’enfant Suhayb se trouvait parmi les captifs. Il n’avait alors pas plus de cinq ans.

Suhayb fut vendu sur un marché romain d’achat et de vente d’esclaves. Il passa successivement des mains d’un maître à celles d’un autre. Dans la société romaine de l’époque, tel était le destin des esclaves. Ainsi, il eut l’occasion de pénétrer de l’intérieur au cœur de la société romaine et d’observer directement les obscénités et les péchés qui s’y commettaient.

Suhayb fut élevé sur les terres romaines et atteignit l’âge adulte. Il oublia la langue arabe, ou du moins en arriva presque à l’oublier. Cependant, il n’oublia pas un seul jour qu’il était le fils des Arabes du désert. Il comptait sans cesse les jours, attendant le moment où il serait libéré des chaînes de l’esclavage et pourrait rejoindre sa tribu en Arabie. Son désir s’intensifia le jour où il entendit un prêtre chrétien (un devin) dire : « Le moment approche où un prophète apparaîtra à La Mecque, dans la péninsule Arabique. Il confirmera la mission d’‘Îsâ ibn Maryam et conduira les hommes des ténèbres vers la lumière. »

Suhayb attendit une occasion. Elle se présenta finalement. Un jour, il échappa à la vigilance de son maître et s’enfuit à La Mecque. En raison de ses cheveux blonds et de son élocution embarrassée, les habitants de La Mecque se mirent à l’appeler Suhayb ar-Rûmî. À La Mecque, il conclut un accord avec le notable qurayshite ‘Abdullah ibn Jud‘ân et se lança avec lui dans le commerce. Il y connut un grand succès. Selon une autre version, les Banû Kalb d’Arabie l’auraient acheté et amené à La Mecque. ‘Abdullah ibn Juh‘ân l’aurait ensuite acheté auprès d’eux et affranchi.

Malgré les innombrables occupations de ses affaires et de son commerce à La Mecque, Suhayb n’oublia pas un seul instant la prophétie de ce prêtre chrétien. Chaque fois qu’il s’en souvenait, il se disait intérieurement : « Quand cela arrivera-t-il ? » Il n’eut toutefois pas à attendre très longtemps.

Un jour, de retour d’un voyage, il apprit que Muhammad ibn ‘Abdullah avait reçu la prophétie. Il appelait les gens à croire en l’unicité d’Allah, les encourageait à pratiquer la justice et la bienfaisance, et leur ordonnait de s’abstenir de l’injustice et de l’obscénité. Suhayb demanda aux gens : « Est-ce bien cet homme que l’on appelle al-Amîn ? » Ils répondirent : « Oui. » Il demanda : « Où habite-t-il ? » On lui répondit : « Il se trouve dans la maison d’al-Arqam ibn Abî al-Arqam, près du mont Safâ. Mais sois prudent : qu’aucun Qurayshite ne te voie auprès de lui. S’ils te voient chez Muhammad, ils te traiteront comme ils nous traitent. Tu es un étranger et personne ici ne peut te protéger. Tu n’as pas non plus de clan ni de tribu ici. »

Souhayb se dirigea avec la plus grande prudence vers la maison d’al-Arqam. En arrivant devant la porte de la maison d’al-Arqam, il vit Ammar ibn Yassir qui s’y tenait. Il le connaissait déjà. Après avoir hésité un instant, il s’avança vers lui et demanda : « Ammar, que fais-tu ici ? »

Ammar lui demanda à son tour : « C’est plutôt à toi de me dire pourquoi tu es venu. » Souhayb répondit : « Je veux aller auprès de cet homme et écouter certaines de ses paroles. »

Ammar dit : « C’est également mon intention. » Souhayb répondit : « Alors, entrons au nom d’Allah. »

Tous deux se rendirent ensemble auprès du Messager d’Allah et l’écoutèrent. Leurs cœurs s’illuminèrent de la lumière de la foi. Tous deux tendirent en même temps les mains vers le Messager d’Allah et prononcèrent la profession de foi. Ce jour-là, ils restèrent en compagnie du Messager d’Allah et écoutèrent ses paroles pleines de conseils. Au cœur de la nuit, lorsque le tumulte des gens se fut tu, ils sortirent discrètement dans l’obscurité de la demeure du Messager d’Allah et se dirigèrent chacun vers son propre refuge. Avant Souhayb, plus de trente Compagnons avaient embrassé l’islam. La plupart d’entre eux avaient dissimulé leur conversion par crainte des Quraychites. Bien qu’il fût étranger et qu’il n’eût à La Mecque ni proches ni amis, Souhayb ne cacha pas sa conversion. Il la proclama ouvertement. Comme Bilal, Ammar, Soumayya, Khabbab et tant d’autres, il devint lui aussi victime des cruelles persécutions des Quraychites. Il continua à supporter toutes ces souffrances avec une grande patience. Il savait que le chemin du Paradis n’était pas jonché de fleurs.

Lorsque le Messager d’Allah décida d’émigrer, Souhayb en fut informé. Il était fermement convaincu qu’il serait le « troisième des trois », c’est-à-dire que les trois seraient le Messager d’Allah, Abou Bakr et Souhayb. Mais la vigilance constante des Quraychites l’en empêcha. Les Quraychites le surveillaient afin qu’il ne puisse pas quitter La Mecque en emportant ses immenses richesses.

Après l’émigration du Messager d’Allah, Souhayb attendit une occasion favorable. Les Quraychites ne le quittaient pas des yeux. Finalement, il eut recours à une ruse.

Par une nuit de grand froid, il se mit à sortir continuellement de chez lui pour répondre à ses besoins naturels. À peine était-il rentré qu’il ressortait de nouveau. Les gardes quraychites se dirent entre eux : « Al-Lat et al-Ouzza lui ont dérangé l’estomac. » Ils se sentirent quelque peu rassurés, puis retournèrent chez eux et se couchèrent. Profitant de cette occasion, Souhayb sortit de sa maison et prit la route de Médine.

Souhayb n’avait pas parcouru une grande distance depuis sa sortie de La Mecque que les gardes découvrirent ce qui s’était passé. Ils enfourchèrent rapidement des chevaux rapides et se lancèrent à sa poursuite. Sentant leur présence, Souhayb monta sur une haute colline, sortit son arc et ses flèches, puis leur dit : « Ô Quraychites ! Vous savez que je suis parmi vous le meilleur archer et le meilleur tireur. Par Allah, vous ne pourrez m’atteindre avant que j’aie abattu chacun d’entre vous avec toutes les flèches que je possède. Et j’ai aussi mon épée ! » L’un des Quraychites dit : « Par Allah, nous ne te laisserons sauver à la fois ta vie et emporter tes biens. Tu étais venu à La Mecque les mains vides. C’est ici que tu as acquis toutes ces richesses. »

Souhaïb dit : « Si je vous remets tous mes biens, me laisserez-vous passer ? » Ils répondirent : « Oui. »

Souhaïb les accompagna jusqu’à sa maison à La Mecque et leur remit ses biens. Les Quraychites le laissèrent alors passer. Ainsi, Souhaïb abandonna tout pour sa foi et se rendit à Médine. Il ne ressentit pas la moindre peine pour les biens acquis au prix de tant d’efforts et laissés derrière lui. Chaque fois qu’il se sentait fatigué en chemin, le souvenir de sa rencontre avec le Messager lui revenait à l’esprit ; il chassait alors toute fatigue et reprenait sa route. C’est ainsi qu’il arriva à Qouba. Le Messager (s.a.s.) se trouvait alors chez Koulsoum ibn Hidam, à Qouba. En le voyant arriver, le Messager (s.a.s.) s’écria avec joie : « Ô Abou Yahya, ton commerce a été profitable ! » Il répéta cette phrase trois fois. Le visage de Souhaïb s’illumina de joie. Il s’exclama : « Par Allah, ô Messager d’Allah, personne ne vous a précédé auprès de moi. Certainement, Jibrîl vous en a informé. » En vérité, ce commerce avait bien été profitable. Pour le confirmer, Jibrîl (a.s.) apporta cette révélation : « Wa minan-nâsi man yashrî nafsahou ibtighâ’a mardâtillâh. Wallâhou ra’ôfoun bil-‘ibâd » : « Il est des hommes qui vendent leur vie pour rechercher l’agrément d’Allah. Et Allah est Très Compatissant envers Ses serviteurs. »

À Médine, Hadrat Souhaïb fut l’hôte de Sa‘d ibn Khouثayma et un lien de fraternité fut établi entre lui et Hârith ibnous-Samma al-Ansârî.

Hadrat Souhaïb était un archer habile. Il accompagna le Messager d’Allah (s.a.s.) dans toutes les batailles, notamment à Badr, à Ouhoud et à Khandaq. Dans sa vieillesse, il racontait ces récits de batailles avec beaucoup d’attrait lors des assemblées publiques.

Au sujet de sa compagnie du Messager d’Allah (s.a.s.), il disait lui-même : « J’ai été présent à chaque scène, dans chaque situation vécue par le Messager d’Allah (s.a.s.). Chaque fois qu’il a prêté un serment d’allégeance, j’étais présent. J’ai participé à ses petites expéditions. Dans chacune des batailles qu’il a livrées, du début à la fin, j’ai combattu à sa droite ou à sa gauche. Chaque fois et partout où les musulmans ont été effrayés par la crainte d’un ennemi venant de l’arrière ou de l’avant, je suis toujours resté avec eux. Jamais nous n’avons permis que le Messager d’Allah (s.a.s.) se trouve entre nous et l’ennemi. C’est ainsi que le Messager (s.a.s.) rejoignit la proximité de son Seigneur. » (Rijâloun hawla ar-Rasoul, p. 130)

Hadrat ‘Oumar (r.a.) avait une très haute opinion de Hadrat Souhaïb. Il l’aimait profondément. Avant sa mort, il recommanda que Souhaïb dirige sa prière funéraire et qu’il assume la responsabilité du califat jusqu’à ce que les membres du conseil de consultation annoncent le nom du nouveau calife. Après la mort de Hadrat ‘Oumar (r.a.), il s’acquitta de cette responsabilité avec beaucoup de compétence pendant trois jours.

Il mourut à Médine en l’an 38 de l’Hégire, à l’âge de 72 ans. Il fut enterré dans le cimetière de Baqî‘, à Médine.

Hadrat Souhaïb eut l’occasion de passer une grande partie de sa vie en compagnie du Saint Messager. Il disait : « J’ai eu le privilège de bénéficier de la compagnie du Messager d’Allah (s.a.s.) dès avant la révélation. » C’est pourquoi toutes les vertus se réunissaient en lui. Outre sa bonne moralité et son sens de la dignité, sa vivacité d’esprit, son humour et d’autres qualités conféraient encore plus de charme à son caractère.

Il était hospitalier et généreux. Il se montrait très prodigue envers les pauvres et les nécessiteux. Par moments, les gens le prenaient pour un homme extrêmement dépensier. Un jour, Omar lui dit : « Je n’aime pas ce que tu dis. Premièrement, ta kunya est Abou Yahya. Il y avait un prophète portant ce nom, alors que tu n’as aucun enfant portant ce nom. Deuxièmement, tu es très dépensier. Troisièmement, tu prétends être Arabe. » Il répondit : « Je n’ai pas choisi moi-même cette kunya ; c’est le Messager d’Allah qui me l’a donnée. Quant à la prodigalité, le fondement de mon comportement est cette parole du Messager d’Allah : “Les meilleurs d’entre vous sont ceux qui donnent à manger aux gens et rendent le salut.” Quant à la troisième accusation, la réponse est que je suis réellement d’origine arabe. Durant mon enfance, les Romains m’ont enlevé, m’ont séparé de ma tribu et réduit en esclavage ; c’est pourquoi j’ai oublié ma tribu et ma lignée. »

La constitution physique de Souhayb était moyenne : ni grand ni petit. Son visage était lumineux et ses cheveux épais. Dans sa vieillesse, il se teignait les cheveux au henné. Il souffrait d’une certaine difficulté d’élocution et bégayait. Un jour, il appelait son serviteur Yahnas. On aurait dit qu’il prononçait « Nas ». Nas signifie « les gens ». Omar, ayant entendu cet appel, s’écria : « Pourquoi cet homme appelle-t-il ainsi “Nas”, c’est-à-dire les gens ? » Oum Salama répondit : « Par “Nas”, il n’appelle pas les gens ; il appelle plutôt son serviteur Yahnas. À cause de son trouble de la parole, il ne parvient pas à prononcer correctement son nom. »

Ammar ibn Yasir (qu’Allah l’agrée)

Il s’appelait Ammar et sa kunya était Abou al-Yaqzan. Son père s’appelait Yasir et sa mère Soumayya. Son père était issu de la tribu de Qahtan. Leur demeure ancestrale était au Yémen. L’un de ses frères disparut. À sa recherche, Yasir se rendit à La Mecque avec ses deux autres frères, Harith et Malik. Ceux-ci retournèrent au Yémen, tandis que Yasir resta seul à La Mecque. Ayant conclu une alliance avec les Banou Makhzoum de La Mecque, il épousa une esclave nommée Soumayya, appartenant à Abou Hudhayfa al-Makhzoumi. C’est de cette Soumayya que naquit Ammar. Abou Hudhayfa affranchit Ammar dès son enfance et conserva avec lui, jusqu’à sa mort, des relations semblables à celles d’un père et de son fils.

Ammar et Souhayb ibn Sinan embrassèrent tous deux l’islam au même moment. Ammar raconte : « J’ai vu Souhayb debout à la porte de la maison d’Al-Arqam et je lui ai demandé : “Que veux-tu ?” Il répondit : “Dis-moi d’abord ce que toi, tu veux.” Je lui dis : “Je veux rencontrer Muhammad et écouter certaines de ses paroles.” Il répondit : “C’est également ce que je veux.” Puis nous embrassâmes tous deux l’islam ensemble. Le père d’Ammar, Yasir, embrassa lui aussi l’islam en même temps que lui, ou peu avant ou peu après. »

Après avoir embrassé l’islam, Ammar constata qu’en dehors d’Abou Bakr, cinq autres hommes et deux femmes avaient embrassé l’islam avant lui. Cela signifie seulement qu’à cette époque, seuls ces quelques croyants avaient publiquement proclamé leur conversion. Sinon, selon des récits authentiques, plus de trente Compagnons avaient embrassé l’islam avant Ammar. Mais la plupart d’entre eux avaient gardé leur conversion secrète par crainte des mécréants.

La Mecque n’était pas le lieu de naissance d’Ammar. Il n’y avait là personne qui lui fût proche. Il ne possédait ni noblesse mondaine ni pouvoir. De plus, à cette époque, sa mère Soumayya n’avait pas encore été affranchie de l’esclavage des Banou Makhzoum. C’est dans une telle situation qu’il embrassa l’islam et que son ardeur pour la foi ne lui permit pas de garder cette chose secrète ne serait-ce qu’un seul jour. Il la proclama à tout le monde. Voyant sa faiblesse, les polythéistes de La Mecque commencèrent à lui infliger, ainsi qu’aux membres de sa famille, toutes sortes de tortures. Aux heures de la chaleur accablante de midi, ils l’allongeaient sur des pierres brûlantes, le visage tourné vers le ciel, et lui brûlaient le corps avec du fer incandescent. Mais devant la force de la foi d’Ammar, toutes les persécutions et les sévices des polythéistes furent vaincus.

Le misérable Abou Jahl assassina cruellement Soumayya, la mère d’Ammar, en la transperçant de sa lance. Dans l’histoire de l’islam, Soumayya fut la première martyre. Le père d’Ammar, Yasir, ainsi que son frère Abdallah, subirent eux aussi les persécutions des polythéistes et moururent en martyrs. Un jour, les polythéistes allongèrent Ammar sur des braises ardentes. C’est alors que le Messager d’Allah arriva sur les lieux. Dans la douleur, il posa une main bénie sur la tête d’Ammar et dit : « Ô feu, deviens froid pour Ammar comme tu le fus pour Ibrahim. » Chaque fois que le Messager d’Allah passait près de la maison de la famille d’Ammar et les voyait subir des persécutions, il les réconfortait. Un jour, il dit : « Ô membres de la famille d’Ammar, réjouissez-vous : le Paradis vous attend. » Une fois, Ammar se plaignit auprès du Messager d’Allah de cette oppression et de ces persécutions insupportables. Le Messager d’Allah lui dit : « Patiente, patiente. » Puis il invoqua Allah en ces termes : « Ô Allah, pardonne aux membres de la famille de Yasir. »

Un jour, les polythéistes le plongèrent dans l’eau si longtemps qu’il perdit connaissance. Dans cet état, les ennemis lui firent prononcer les aveux qu’ils désiraient. Lorsqu’il reprit connaissance, il fut accablé de remords. Il se rendit en pleurant auprès du Messager d’Allah (paix et bénédictions d’Allah sur lui). Le Messager (paix et bénédictions d’Allah sur lui) demanda : « Ammar, quelles nouvelles ? » Ammar répondit : « Aujourd’hui, je n’ai été libéré qu’après avoir dit quelque chose de mauvais à votre sujet et quelque chose de favorable au sujet de leurs divinités. » Le Messager (paix et bénédictions d’Allah sur lui) demanda : « Que dit ton cœur ? » « Mon cœur est rempli de foi. » Le Prophète bien-aimé (paix et bénédictions d’Allah sur lui) essuya tendrement les larmes de ses yeux et lui dit : « Il n’y a aucun mal. Si tu te retrouves de nouveau dans une telle situation, agis encore de la même manière. » Puis il récita le verset suivant de la sourate An-Nahl : « Celui qui renie la foi après y avoir cru — sauf celui qui y est contraint alors que son cœur demeure ferme dans la foi — ceux-là n’ont aucun blâme. » (An-Nahl, 14)

Un jour, Saïd ibn Jubayr (qu’Allah l’agrée) demanda à Abdallah ibn Abbas (qu’Allah l’agrée) : « Les Quraysh infligeaient-ils aux musulmans des persécutions à ce point terribles qu’ils les contraignaient à abandonner leur religion ? » Il répondit : « Par Allah, oui. Les Quraysh les battaient et les affamaient. Ils devenaient même si faibles qu’ils étaient incapables de se lever ou de s’asseoir. Dans cet état, on leur extorquait des aveux contraires à ce que renfermaient leurs cœurs. Ammar était l’un de ces musulmans persécutés. »

Les spécialistes de la sira divergent quant à savoir si Ammar avait émigré en Abyssinie. Certains ont dit qu’il avait accompagné la deuxième caravane se rendant en Abyssinie. Lorsque l’ordre d’émigrer à Médine fut donné, il y émigra et devint l’hôte de Moubashshir ibn al-Mundhir. Le Messager (paix et bénédictions d’Allah sur lui) l’établit comme frère de Hudhayfa ibn al-Yaman al-Ansari et lui fit don d’un terrain afin qu’il puisse s’y installer définitivement.

Six ou sept mois après l’émigration, les fondations de la mosquée de Médine furent posées. Le Messager (paix et bénédictions d’Allah sur lui) participa lui-même à sa construction. Ammar prit également une part active à l’édification de la mosquée. Il transportait les briques sur sa tête en récitant ces vers : « Nahnu al-muslimuna nabni al-masajid — Nous sommes musulmans, nous construisons des mosquées. » Abou Saïd raconte : « Nous portions chacun une brique, tandis qu’Ammar en portait deux. » Un jour, Ammar passa près du Messager d’Allah (paix et bénédictions d’Allah sur lui). Celui-ci lui ôta avec grande affection la poussière de la tête et lui dit : « Hélas, Ammar ! Un groupe rebelle te tuera. Tu les appelleras vers Allah, tandis qu’eux t’appelleront vers l’Enfer. » Un jour, quelqu’un lui chargea la tête d’un fardeau si lourd que les gens se mirent à crier : « Ammar va mourir, Ammar va mourir ! » Le Messager (paix et bénédictions d’Allah sur lui) s’avança, retira les briques de la tête d’Ammar et les jeta au loin.

Ammar participa à toutes les batailles qui eurent lieu de Badr à Tabouk. Il se distingua également comme un combattant courageux dans la plupart des affrontements sanglants qui eurent lieu sous le règne d’Abou Bakr (qu’Allah l’agrée). Abdallah ibn Omar raconte : « Lors de la bataille de Yamama, l’une des oreilles d’Ammar fut arrachée de son corps et tomba à terre en rebondissant. Malgré cela, il continua à lancer attaque sur attaque avec une audace inébranlable. Partout où il avançait, les rangs des mécréants étaient mis en déroute. Un jour, l’armée musulmane fut sur le point de se disperser complètement. Ammar se tint près d’un rocher au milieu d’une vaste plaine et se mit à crier : “Ô combattants musulmans ! Fuyez-vous du Paradis ? Je suis Ammar ibn Yassir. Venez, venez vers moi !” Cette voix eut un effet magique sur l’armée musulmane : les soldats se ressaisirent et remportèrent la victoire.

En l’an 20 de l’Hégire, le deuxième calife, Omar (qu’Allah l’agrée), le nomma gouverneur de Koufa. Il s’acquitta de cette responsabilité avec une grande compétence pendant un an et neuf mois. Durant cette période, les habitants de Bassora demandèrent au calife de rattacher à Bassora certains territoires récemment conquis. Plusieurs dirigeants de Koufa demandèrent à leur émir Ammar de convaincre le calife de rattacher ces territoires à Koufa. Mais Ammar refusa de se mêler à cette querelle. Les dirigeants de Koufa se mirent en colère. L’un d’eux l’insulta en le traitant d’« homme à l’oreille coupée ». Il répondit avec tristesse : « Hélas ! Tu as insulté mon oreille la plus chère et la meilleure, celle qui a été coupée dans la voie d’Allah. »

À ce sujet, certains dirigeants de Koufa l’accusèrent d’être incompétent dans l’exercice de ses fonctions administratives. Le calife le destitua. Le lendemain de sa destitution, le calife le convoqua et lui demanda : « Il faut dire la vérité. » Il répondit : « Je n’étais pas heureux au moment de ma nomination, et je ne suis pas mécontent maintenant que j’ai été destitué. »

Sous le califat du troisième calife, Othman (qu’Allah l’agrée), lorsque les troubles et le mécontentement s’intensifièrent de toutes parts, le calife constitua, en l’an 35 de l’Hégire, une commission d’enquête chargée d’en rechercher les causes. Ammar fut l’un des membres de cette commission. Il fut chargé d’enquêter en Égypte, qui était l’épicentre des troubles. Il se rendit en Égypte.

Les autres membres de la commission revinrent très rapidement et présentèrent le rapport de leur région respective. Mais le vénérable Ammar tarda beaucoup plus que prévu à revenir. Entre-temps, toutes sortes de rumeurs et de suppositions à son sujet commencèrent à se répandre dans la capitale du califat, Médine. Lorsqu’il revint d’Égypte, on le vit influencé par les fauteurs de rébellion et de désordre. Lors de réunions publiques, il commença à critiquer sévèrement la politique du vénérable Uthman ainsi que les diverses actions des gouverneurs provinciaux. Des conflits éclatèrent alors entre lui et les gens du calife. Un jour, les serviteurs d’Uthman le frappèrent si violemment que tout son corps enfla. Il subit une grave blessure à l’une de ses côtes. Les Banû Makhzûm avaient avec lui un pacte datant de l’époque antéislamique. Ils se rendirent auprès du calife et le menacèrent en disant que si Ammar ne survivait pas à ses blessures, ils se vengeraient certainement. (Al-Istî‘âb) Des incidents de ce genre se multiplièrent progressivement. Lorsque les fauteurs de désordre attaquèrent Médine, le vénérable Uthman envoya le vénérable Sa‘d ibn Abî Waqqâs auprès d’Ammar pour lui demander d’user de son influence afin de les faire repartir. Mais Ammar refusa. (At-Tabarî)

Le vénérable Uthman fut martyrisé. La responsabilité du califat incomba au vénérable Ali. Le vénérable Aïcha, Talha, Zubayr et d’autres partirent vers Bassora en réclamant vengeance pour le sang d’Uthman. Afin de rallier les habitants de Koufa à sa cause, le vénérable Ali y envoya Ammar avec l’imam Hassan. Lorsque le vénérable Ammar arriva à Koufa, le vénérable Abû Mûsâ al-Ach‘arî prononçait un discours devant une assemblée dans la grande mosquée de Koufa. Après l’avoir fait descendre de la chaire, le vénérable Hassan prononça d’abord un discours, puis le vénérable Ammar, et ils réussirent à obtenir le soutien des habitants de Koufa en faveur d’Ali. Le lendemain matin, une armée d’environ neuf mille cinq cents soldats se rassembla auprès d’Ammar pour combattre aux côtés d’Ali.

Au mois de Jumâdâ al-Âkhira de l’an 36 de l’Hégire, les armées du vénérable Ali et d’Aïcha se firent face à un endroit nommé Dhû Qâr, près de Bassora. Le vénérable Ammar rejoignit cette bataille avec l’armée de Koufa. Dès le début des combats, lorsque le vénérable Zubayr vit qu’Ammar était du côté d’Ali, il se souvint de la parole du Messager d’Allah : « La vérité est avec Ammar ; le groupe rebelle le tuera. » Il comprit son erreur, abandonna le combat et se retira. Dans cette bataille, le vénérable Ammar était fermement convaincu d’être du côté de la vérité. Il combattit donc avec un courage extraordinaire et remporta la victoire. Cette bataille est connue dans l’histoire sous le nom de « bataille du Chameau ».

Après la bataille du Chameau eut lieu la bataille de Siffîn entre le vénérable Ali et le vénérable Mu‘âwiya. Le vénérable Ammar prit également part à cette bataille aux côtés du vénérable Ali. Il avait alors quatre-vingt-onze ans, ou, selon une autre version, quatre-vingt-treize ans. Même à cet âge avancé, il ne put rester chez lui, poussé par son ardeur au djihad. Il avait compris avec certitude que la vérité était du côté d’Ali. Ainsi, malgré son âge, il combattit avec une bravoure héroïque, tel un lion. Partout où il attaquait, le camp adverse se disloquait. Un jour, son regard se posa sur le vénérable Amr ibn al-Âs, porte-drapeau du camp adverse. Il dit : « J’ai combattu trois fois contre ce porte-drapeau aux côtés du Messager d’Allah. C’est ma quatrième bataille contre lui. Par Allah, même s’il me vainc et me repousse jusqu’à un endroit appelé Hajar, je continuerai à croire que nous sommes dans la vérité et qu’ils sont dans le faux. » (At-Tabaqât, 1/185)

Pour appeler les gens à rejoindre le camp d’Ali lors de la bataille de Siffîn, il disait : « Ô gens, partez avec moi au djihad contre ceux qui prétendent venger le sang d’Uthman. Par Allah, leur objectif n’est pas de venger son sang. Ils cherchent plutôt à jouir des plaisirs de ce monde et veulent en obtenir davantage. …… Ils n’ont aucun mérite dans les premiers temps de l’islam qui leur permette de revendiquer l’obéissance de la communauté musulmane. Ils n’ont aucun droit à diriger la communauté musulmane. Ils ne possèdent pas dans leur cœur une crainte d’Allah suffisante pour devenir des partisans de la vérité. Ils trompent les gens en invoquant la vengeance du sang d’Uthman. Leur seul objectif est de devenir des rois tyranniques. » (Rijâlûn hawla ar-Rasûl, p. 216)

La bataille de Siffîn faisait alors rage. Un soir, le vénérable Ammar but quelques gorgées de lait et dit : « Le Messager d’Allah m’a dit que le lait serait mon dernier repas. Ensuite — aujourd’hui, je rejoindrai mes amis ; aujourd’hui, je rejoindrai Muhammad et ses compagnons. » Tout en prononçant ces paroles, il rejoignit les rangs des soldats. Puis il lança une attaque impétueuse contre le camp ennemi. En effet, ils connaissaient la prédiction du Messager d’Allah au sujet d’Ammar, ainsi que son immense mérite et son rang éminent. Mais beaucoup de nouveaux musulmans se trouvaient parmi eux et ne savaient pas grand-chose au sujet d’Ammar. L’un d’eux, Ibn al-Ghâbiya, lui décocha une flèche qui le jeta d’abord à terre. Puis un autre homme originaire de Syrie lui trancha la tête du corps avec son épée.

Après avoir tué Ammar, les deux meurtriers commencèrent à se disputer, chacun revendiquant à lui seul cet exploit. Tout en se querellant, ils se présentèrent devant Mu‘âwiya. Par hasard, le vénérable Amr ibn al-Âs se trouvait également sur place. En voyant ce qui se passait, il dit : « Par Allah, ces deux hommes se disputent pour l’Enfer. » Cette parole contraria quelque peu le vénérable émir Mu‘âwiya, qui dit : « Amr, que dis-tu là ? Tu parles ainsi de ceux qui donnent leur vie pour nous ? » Amr répondit : « Par Allah, c’est la vérité. Si j’étais mort il y a vingt ans, cela aurait été bien préférable. »

Après le martyre du vénérable Ammar, le vénérable Amr ibn al-Âs fut profondément bouleversé. Il se prépara à se retirer de ce conflit. Mais le vénérable Mu‘âwiya le consola en lui disant : « Nous ne sommes pas les meurtriers d’Ammar ; ce sont plutôt ceux qui l’ont fait sortir de chez lui et l’ont amené avec eux sur le champ de bataille qui sont réellement ses meurtriers. » (At-Tabaqât)

Par le martyre de ‘Ammâr, la vérité et le mensonge furent départagés. Khuzayma ibn Thâbit (qu’Allah l’agrée) avait participé aux batailles du Chameau et de Siffîn, mais il n’avait dégainé son épée pour aucun des deux camps. Après le martyre de ‘Ammâr, il comprit qu’il convenait de prendre le parti de ‘Alî. Il dégaina alors son épée, se jeta sur l’armée de Mu‘âwiya (qu’Allah l’agrée) et mourut en martyr. Ainsi, tous les Compagnons qui étaient ballottés dans le tourbillon du doute et de l’hésitation rejetèrent leurs hésitations et prirent eux aussi le parti de ‘Alî (qu’Allah l’agrée).

En apprenant le martyre de son cher compagnon ‘Ammâr, ‘Alî (qu’Allah l’agrée) s’écria avec tristesse : « Qu’Allah fasse miséricorde à ‘Ammâr le jour où il embrassa l’islam, qu’Il lui fasse miséricorde le jour où il mourut en martyr et qu’Il lui fasse miséricorde le jour où il sera ressuscité. Je l’ai vu auprès du Messager d’Allah à une époque où seuls quatre ou cinq Compagnons avaient eu le privilège de proclamer leur foi. Aucun des Compagnons de la première génération ne peut douter de son pardon. ‘Ammâr et la vérité sont intimement liés l’un à l’autre. Celui qui l’a tué est assurément destiné à l’Enfer. »

Ensuite, ‘Alî (qu’Allah l’agrée) ordonna que ‘Ammâr soit enveloppé dans son linceul et enseveli. ‘Alî dirigea la prière funéraire et ordonna qu’il soit enterré dans ses vêtements imprégnés de son sang. Cet événement eut lieu en l’an 87 de l’Hégire. ‘Ammâr fut le premier Compagnon du Messager d’Allah (paix et salut sur lui) à être enterré dans le sol de Koufa.

‘Ammâr était extrêmement pieux. En raison de sa taqwâ et de sa crainte révérencielle d’Allah, il restait constamment silencieux. Il parlait très peu. Il implorait toujours la protection d’Allah contre les troubles et les dissensions. Mais Allah l’éprouva par la plus grande des discordes et fit de lui, avec succès, un défenseur de la vérité.

Il était l’incarnation de l’humilité et de la modestie. La terre était son lit confortable. Même lorsqu’il était gouverneur, il menait une vie extrêmement simple. Il faisait lui-même ses achats au marché et portait lui-même toutes ses affaires sur son dos. Il accomplissait toutes les tâches de ses propres mains. Ibn Abî al-Hudhayl, l’un des contemporains de ‘Ammâr, raconte : « Je vis ‘Ammâr, l’émir de Koufa, acheter quelques concombres à Koufa. Puis il les attacha avec une corde, les chargea sur son dos et prit le chemin de sa maison. » (Rijâlûn hawla ar-Rasûl, p. 211)

La motivation fondamentale de chacun des actes de ‘Ammâr (qu’Allah l’agrée) était d’obtenir l’agrément d’Allah. Sur le chemin qui le conduisait à la bataille de Siffîn, il répétait : « Ô Allah, si je savais que Tu serais satisfait que je donne ma vie en sautant d’une montagne, en me jetant dans le feu ou en me noyant dans l’eau, je Te satisferais de cette manière. Je vais au combat. Mon seul objectif est Ton agrément. J’espère que Tu ne feras pas échouer cet objectif. » (At-Tabaqât) Au sujet de sa noblesse de caractère et de la fermeté de sa foi, le Messager lui-même (paix et salut sur lui) a dit : « La foi s’est mêlée à la chair et au sang de ‘Ammâr jusqu’à ne faire qu’un avec eux. » Le Messager (paix et salut sur lui) se glorifiait de la foi de ‘Ammâr devant les autres Compagnons. Un jour, un malentendu survint au sujet d’une question entre le célèbre commandant Khalid ibn al-Walîd et ‘Ammâr. Lorsque l’affaire fut portée à la connaissance du Messager d’Allah, il dit : « Celui qui sera hostile à ‘Ammâr, Allah lui sera hostile. Celui qui enviera ‘Ammâr, Allah l’enviera également. » Il est rapporté dans un autre hadith : « Après moi, vous suivrez Abû Bakr et ‘Umar. Vous prendrez la guidée dans la voie et la méthode de ‘Ammâr. »

‘Ammâr éprouvait un plaisir particulier dans l’adoration d’Allah. Il passait toute la nuit à se souvenir d’Allah. Il ne manquait jamais la prière, quelles que soient les circonstances. Un jour, il était en voyage et eut besoin de prendre un bain rituel. Malgré de nombreux efforts, il ne trouva pas d’eau. Il se souvint alors que la terre pouvait remplacer l’eau. Au lieu de prendre un bain, il se couvrit tout le corps de poussière et accomplit la prière. À son retour de voyage, il relata l’affaire au Messager d’Allah (paix et salut sur lui), qui lui dit : « Dans une telle situation, le tayammum seul suffit. »

Le célèbre Compagnon Hudhayfa ibn al-Yamân (qu’Allah l’agrée) était appelé « Sirr Rasûl Allâh » — le détenteur de tous les secrets du Messager d’Allah (paix et salut sur lui). Alors qu’il se trouvait à la frontière entre la vie et la mort, on lui demanda : « Lorsque les gens seront divisés et plongés dans le désaccord, auprès de qui nous ordonnez-vous de rester ? » Il répondit : « Vous resterez avec Ibn Sumayya. Jusqu’à sa mort, il ne s’écartera jamais de la vérité. » Telle fut la dernière parole du grand Compagnon Hudhayfa. (Rijâlûn hawla ar-Rasûl, p. 212)

Il a rapporté plusieurs hadiths du Messager d’Allah (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui). Parmi ceux qui les ont rapportés de lui figurent notamment les Compagnons Abu Musa al-Achari, Abdallah ibn Abbas et Abdallah ibn Jafar, ainsi que de nombreux tabi‘in.

Uthman ibn Maz‘un (qu’Allah l’agrée)

Son nom était Uthman et sa kunya, Abu Saïb. Son père s’appelait Maz‘un et sa mère Soukhayla bint Unays. Même à l’époque de la Jâhiliyya, il possédait un caractère extrêmement pur et chaste. À cette époque, un grand nombre de gens étaient habitués à boire du vin, mais il n’y toucha jamais, pas même une seule fois. À ceux qui en buvaient, il disait : « Quel intérêt y a-t-il à boire une chose qui fait perdre la raison, qui vous expose à devenir la risée des gens de basse condition et qui, dans l’ivresse, fait perdre toute distinction entre sa mère et sa sœur ? »

Son cœur aussi était d’une grande pureté. L’appel du Messager d’Allah (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui) le toucha très rapidement. Selon les auteurs de la Sîra, seules treize personnes avaient accepté l’islam avant lui. Il fut donc le quatorzième musulman. Un récit d’Ibn Sa‘d rapporte qu’avant même que le Messager d’Allah (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui) ne se réfugie dans la maison d al-Arqam, Uthman ibn Maz‘un, Ubayda ibn al-Harith, Abd ar-Rahman ibn Awf, Abu Salama Abd al-Asad et Abu Ubayda ibn al-Jarrah avaient embrassé l’islam ensemble. Il fut le premier muhajir à mourir de mort naturelle à Médine et le premier musulman à être enterré dans le cimetière de Baqi‘, à Médine.

La cinquième année de la mission prophétique, un premier groupe de musulmans émigra en Abyssinie avec la permission du Messager d’Allah (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui). Uthman ibn Maz‘un était l’émir, ou le chef, de ce groupe de muhajirun. Son fils Saïb en faisait également partie. Après avoir séjourné quelque temps en Abyssinie, il apprit que tout le clan quraychite de La Mecque avait accepté l’islam. Il se mit joyeusement en route vers La Mecque. Lorsqu’il comprit, en approchant de la ville, que cette nouvelle était sans fondement, il fut profondément bouleversé. En effet, il était aussi difficile de retourner dans un pays si lointain que d’entrer à La Mecque sans être en sécurité. Peu à peu, tous ses compagnons regagnèrent La Mecque avec l’aide de leurs proches polythéistes respectifs ; lui aussi y entra alors sous la protection de Walid ibn al-Mughira. Grâce à l’influence de Walid ibn al-Mughira, Uthman ibn Maz‘un échappa aux sévices et aux persécutions physiques, mais il ne pouvait nullement se réjouir en voyant les injustices et les persécutions infligées au Messager (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui) et aux autres Compagnons. Un jour, il se reprocha à lui-même : « Hélas ! Les membres de ma famille, mes amis et les gens de ma tribu supportent toutes sortes d’injustices et de persécutions, tandis que moi, avec l’aide d’un polythéiste, je mène une vie paisible. Par Allah ! C’est là une terrible faiblesse de ma part. »

Cette pensée le bouleversa profondément. Il se mit à être accablé par le sentiment de culpabilité. Il se rendit auprès de Walid et lui dit : « Ô Abu Abdi Chams, tu as rempli ton devoir comme il se doit. J’ai vécu jusqu’à présent sous ta protection, mais je considère désormais qu’il est préférable de demeurer sous la protection d’Allah et de Son Messager. L’exemple du Messager d’Allah et de ses Compagnons me suffit. » Walid lui répondit : « Quelqu’un t’aurait-il fait du mal ? » Il dit : « Non. En réalité, je n’ai désormais besoin de l’aide de personne en dehors d’Allah. Viens immédiatement avec moi à la Kaaba et, de la même manière que tu avais annoncé que tu m’accordais ta protection, annonce aussi publiquement que tu y renonces. » À son insistance, Walid convoqua une assemblée publique dans l’enceinte de la Kaaba. Uthman se leva à son tour, confirma les paroles de Walid et dit : « Mes amis, j’ai trouvé Walid fidèle à sa promesse et compatissant. Puisque désormais nous ne souhaitons l’aide de personne en dehors d’Allah et de Son Messager, je me suis moi-même déchargé du poids de la faveur et du bienfait de Walid. »

Après cette déclaration, Uthman ibn Maz‘un se rendit avec Labid ibn Rabi‘a à une assemblée des Quraychites. Labid était alors un poète arabe célèbre. Dès son arrivée, la séance de poésie commença. Labid se mit à réciter sa qasida. Lorsqu’il arriva à ce vers : « Ala kullu chay’in ma khalallaha batilun » — « Certes, toute chose en dehors d’Allah est vaine » — Uthman s’exclama soudain : « Tu as dit vrai. » Mais lorsque Labid récita le second vers : « Wa kullu na‘imin la-mahalata za’ilun » — « Toute prospérité disparaîtra inévitablement » — Uthman protesta d’une voix ferme : « Tu as menti. » Tous les assistants le regardèrent avec colère. Ils demandèrent à Labid de réciter de nouveau le vers. Labid le récita encore, et Uthman déclara que le premier vers était vrai et le second faux : « Tu as menti. Les délices et les biens du Paradis ne disparaîtront jamais. » En entendant cela, Labid se fâcha quelque peu et dit : « Ô gens de la tribu des Quraychites, votre assemblée n’avait encore jamais été dans un tel état. » Cette remarque provocatrice enflamma de colère toute l’assemblée. Sur ces entrefaites, un misérable s’avança vers Uthman et le frappa violemment au visage. Sous le coup, l’un de ses yeux se remplit de sang et devint noir. Les gens dirent : « Uthman, tu étais pourtant bien à l’abri sous la protection de Walid, et ton œil aussi était préservé de cette épreuve. » Il répondit : « La protection d’Allah est la plus sûre et la plus honorable. Quant à mon œil qui est encore intact, il brûle lui aussi du désir de partager la souffrance de son compagnon. » Walid lui demanda : « Veux-tu revenir sous ma protection ? » Il répondit : « La protection d’Allah me suffit désormais. » Les sentiments qu’il éprouva alors se trouvent magnifiquement exprimés dans une qasida qu’il composa lui-même. Ali a également évoqué avec éloquence cet épisode de la vie d’Uthman dans l’un de ses poèmes. (Référence : Hayat as-Sahaba, tome 1.)

Ainsi, pendant longtemps, Uthman supporta patiemment les diverses persécutions et sévices infligés à La Mecque. Puis le Messager d’Allah (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui) autorisa tous les Compagnons à émigrer à Médine. Uthman ibn Maz‘un émigra de La Mecque à Médine avec ses deux frères, Qudama ibn Maz‘un et Abdallah ibn Maz‘un, son fils Saïb ibn Uthman, ainsi que tous les autres membres de sa famille. Il ne laissa aucun membre de son clan à La Mecque. À son arrivée à Médine, il fut l’hôte d’Abdallah ibn Salama al-Ajlani (qu’Allah l’agrée).

À son arrivée à Médine, le Messager d’Allah (s.a.s.) donna à Hadrat ‘Uthmân et à ses frères une vaste parcelle de terrain afin qu’ils s’y installent durablement, et établit entre lui et Hadrat Abû al-Haytham ibn at-Tayyihân un lien de fraternité.

Le premier affrontement entre la vérité et le mensonge eut lieu dans la plaine de Badr. Il prit part à cette bataille. Dès son retour du combat, il tomba malade. Malgré les soins attentifs que lui prodiguèrent son frère ansar et sa famille,

ils ne purent le sauver de la mort. Trente mois après l’Hégire, Hadrat ‘Uthmân ibn Maz‘ûn rendit l’âme à Médine.

Hadrat Umm al-‘Alâ al-Ansâriyya, chez qui Hadrat ‘Uthmân rendit l’âme, rapporte : Après qu’il eut été lavé et enveloppé dans son linceul, et que la prière funéraire eut été préparée, le Messager d’Allah (s.a.s.) arriva. Je me mis à dire : « Ô Abû Sâ’ib, qu’Allah répande Sa miséricorde sur toi ! J’atteste qu’Allah t’honorera. » Le Messager d’Allah (s.a.s.) demanda : « Comment sais-tu qu’Allah l’honorera ? » Je répondis : « Ô Messager d’Allah, s’Il ne l’honore pas, qui donc honorera-t-Il ? » Le Messager d’Allah (s.a.s.) dit : « ‘Uthmân possédait une foi ferme. J’espère pour lui le bien. Mais, par Allah, bien que je sois le Messager d’Allah, je ne sais pas quel sera mon propre destin. »

La mort de Hadrat ‘Uthmân ibn Maz‘ûn affligea profondément le Messager d’Allah (s.a.s.). Il se pencha trois fois et embrassa son front. Alors, les deux joues de ‘Uthmân furent baignées par les larmes du Messager d’Allah (s.a.s.). Puis, redressant la tête, il dit d’une voix pleine de sanglots : « Ô Abû Sâ’ib, je me sépare de toi. Qu’Allah répande Sa miséricorde sur toi ! Tu as quitté ce monde de telle manière que tu n’en as rien pris, et que le monde n’a rien pu prendre de toi. »

Même après la mort de Hadrat ‘Uthmân (r.a.), le Messager d’Allah (s.a.s.) ne l’oublia pas. Lorsque Hadrat Ruqayya, la fille du Messager d’Allah (s.a.s.), mourut, il s’adressa à elle en disant : « Va rejoindre ‘Uthmân ibn Maz‘ûn, notre excellent prédécesseur. »

Lorsque Hadrat ‘Uthmân ibn Maz‘ûn mourut, il n’y avait pas encore à Médine de cimetière réservé aux musulmans. Après la mort de ‘Uthmân, le Messager d’Allah (s.a.s.) choisit pour cimetière un lieu de Médine appelé « Baqî‘ ». Il fut le premier, parmi les Compagnons du Messager d’Allah (s.a.s.), à y être enterré. Le Messager d’Allah (s.a.s.) dirigea lui-même la prière funéraire et supervisa l’inhumation en se tenant près de la tombe. Puis il planta sur la tombe un objet quelconque comme signe et dit : « Désormais, lorsqu’une personne mourra, elle sera enterrée aux alentours de cet endroit. »

Hadrat ‘Uthmân possédait un caractère d’une très grande noblesse. Dès l’époque antéislamique, il éprouvait une profonde aversion pour l’alcool. La pudeur était un trait caractéristique de sa nature.

Il avait une profonde inclination pour le ruhbâniyya, c’est-à-dire l’ascétisme. Un jour, il décida de détruire les désirs et les passions de son âme afin de devenir un rahib vivant dans le désert, autrement dit de renoncer au monde. Mais le Messager (s.a.s.), l’ayant appris, l’en dissuada. Il lui dit : « Ne suis-je pas pour toi le meilleur modèle ? J’ai des relations avec mon épouse, je mange de la viande, je jeûne et je romps aussi le jeûne. Le jeûne est la castration de ma communauté. Ainsi, celui qui se châtre ou se fait châtrer ne fait pas partie de ma communauté. »

L’adoration, ou la veille consacrée au culte, était son activité préférée. Il priait toute la nuit et jeûnait la plupart des jours de l’année. Il avait réservé une pièce de sa maison à l’adoration. Il y pratiquait l’i‘tikâf jour et nuit. Un jour, le Messager (s.a.s.) s’agrippa au seuil de cette pièce et dit à deux ou trois reprises : « ‘Uthmân, Allah ne m’a pas envoyé pour le ruhbâniyya, c’est-à-dire l’ascétisme. La religion hanîf, simple et droite, est la plus aimée d’Allah entre toutes les religions.

Son ardent désir de se consacrer à l’adoration le rendait indifférent envers son épouse et ses enfants. Un jour, son épouse se rendit dans la maison du Prophète. Une des épouses du Prophète (s.a.s.), voyant ses vêtements négligés, lui demanda :

« Pourquoi es-tu dans cet état ? Ton mari est pourtant un homme riche parmi les Quraychites. » Elle répondit : « Que représente-t-il pour moi ? Il prie toute la nuit et jeûne durant la journée. » Les Mères des croyants en informèrent le Messager d’Allah (s.a.s.). Le Messager (s.a.s.) se rendit aussitôt chez ‘Uthmân ibn Maz‘ûn et lui dit : « ‘Uthmân, ma propre vie ne constitue-t-elle pas pour toi un modèle ? » ‘Uthmân répondit : « Que mon père et ma mère soient sacrifiés pour vous. » Le Messager (s.a.s.) lui dit : « Tu adores Allah toute la nuit et tu jeûnes la plupart des jours. » Il répondit : « Oui, c’est bien ce que je fais. » Il lui fut alors dit : « Ne fais pas cela. Tes yeux, ton corps et ta famille ont des droits sur toi. Prie, repose-toi, jeûne aussi et romps le jeûne. » Après cette exhortation, son épouse se rendit un jour dans la maison du Prophète. Cette fois, elle apparaissait parée comme une jeune mariée. Un parfum se dégageait de son corps.

Après le décès de Khadîdja (r.a.), Khawla bint Hakîm, l’épouse de ‘Uthmân ibn Maz‘ûn, présenta au Messager d’Allah (s.a.s.) la proposition de mariage avec ‘Â’isha et Sawda. C’est essentiellement grâce à sa médiation que ces deux mariages du Messager d’Allah (s.a.s.) furent conclus. (Hayât as-Sahâba, 2/653)

‘Abdullah ibn ‘Umar (r.a.)

Il s’appelait ‘Abdullah et avait pour kunya Abû ‘Abdir-Rahmân. Son père était ‘Umar ibn al-Khattâb et sa mère Zaynab. Selon l’avis considéré comme exact, il avait quatorze ans lors de la bataille d’Uhud, au cours de la troisième année de l’Hégire. Il serait donc né durant la deuxième année de la mission prophétique. Lorsque ‘Umar embrassa l’islam, durant la sixième année de la mission prophétique, ‘Abdullah avait environ cinq ans.

Dès qu’il eut atteint l’âge de raison, ‘Abdullah vit sa propre maison illuminée par la lumière de l’islam. Il grandit dans un environnement islamique. Selon certains récits, il aurait embrassé l’islam avant son père. Mais l’avis correct est qu’au moment où son père embrassa l’islam, il était encore très jeune. En tant qu’enfant mineur, il adopta lui aussi la religion de son père.

Le vénérable ʿUmar (que Dieu l’agrée), accablé par les persécutions des mécréants, émigra de La Mecque à Médine avec sa famille. ʿAbdullah partit également pour Médine avec son père. Après l’Hégire, le premier affrontement entre la vérité et le mensonge eut lieu à Badr. Ibn ʿUmar était alors un adolescent de treize ans. Il demanda à participer au jihâd, mais le Messager de Dieu (que Dieu le bénisse et le salue) rejeta sa demande, car il n’avait pas encore l’âge requis. Un an plus tard survint la bataille d’Uhud. Il s’y inscrivit, mais, pour la même raison, n’obtint pas davantage l’autorisation du Messager de Dieu (que Dieu le bénisse et le salue). Deux ans après, durant la cinquième année de l’Hégire, eut lieu la bataille du Fossé. ʿAbdullah avait quinze ans. Ce fut la première fois qu’il reçut du Messager de Dieu l’autorisation de partir au jihâd.

Lors de la trêve de Hudaybiyya, pendant la sixième année de l’Hégire, il accompagnait le Messager de Dieu (que Dieu le bénisse et le salue) et eut l’honneur de participer au serment d’allégeance de Ridwân. Par un heureux concours de circonstances, il obtint cet honneur avant son père, le vénérable ʿUmar (que Dieu l’agrée). Ce jour-là, ʿUmar (que Dieu l’agrée) l’avait envoyé chercher un cheval auprès d’un Ansârî. Alors qu’il se mettait en route, il entendit que le Messager de Dieu (que Dieu le bénisse et le salue) recevait le serment d’allégeance des Compagnons. Il accourut et fut le premier à prêter serment entre les mains du Messager de Dieu.

Il participa également à l’expédition de Khaybar. Au cours de ce voyage, il fut l’un des transmetteurs des règles relatives au licite et à l’illicite que le Messager (que Dieu le bénisse et le salue) proclama. (Al-Bukhârî)

Lors de la conquête de La Mecque, Ibn ʿUmar était un jeune homme de vingt ans. Il prit part à cette expédition aux côtés des autres combattants. Ses armes étaient un cheval rapide et une lourde lance. Il portait une simple étoffe sur les épaules. Un jour, alors qu’il coupait de ses propres mains de l’herbe pour son cheval, le Messager (que Dieu le bénisse et le salue) le vit et s’écria : « ʿAbdullah, ʿAbdullah ! » Après la conquête de La Mecque, il entra dans la Kaaba derrière le Messager de Dieu. Il rapporte : « Les premiers à entrer avec le Messager de Dieu (que Dieu le bénisse et le salue) furent Usâma ibn Zayd, ʿUthmân ibn Talha et Bilâl ibn Rabâh. Puis je fus le premier à entrer à l’intérieur de la Kaaba. »

Après la conquête de La Mecque, il participa également à l’expédition de Hunayn et au siège de Tâ’if. Avec d’innombrables musulmans, Ibn ʿUmar accompagna aussi le Messager de Dieu (que Dieu le bénisse et le salue) lors de son pèlerinage d’adieu et accomplit ce pèlerinage.

La neuvième année de l’Hégire eut lieu l’expédition de Tabûk. Le Messager (que Dieu le bénisse et le salue) partit pour Tabûk avec trente mille combattants. Ibn ʿUmar faisait également partie de cette armée. En somme, depuis la bataille du Fossé jusqu’au dernier jour de la vie du Messager de Dieu (que Dieu le bénisse et le salue), il participa à toutes les expéditions et à tous les événements importants.

Sous le califat du premier calife, on ne voit pas Ibn ʿUmar engagé dans une activité notable. Ou, s’il y fut impliqué, l’histoire n’en rapporte guère de détails.

Cependant, sous le règne du deuxième calife, l’histoire atteste sa présence comme simple soldat dans certaines expéditions. Il participa à la bataille de Nihâwand et tomba malade. Il participa aux expéditions de Syrie et d’Égypte et tomba malade. L’histoire rapporte qu’il participa aux expéditions de Syrie et d’Égypte. Toutefois, on ne connaît aucune contribution notable de sa part au cours de ces campagnes. À cette époque, il était également absent des activités administratives de l’État. La raison en était probablement que le calife ʿUmar (que Dieu l’agrée) n’aimait pas voir ses proches parents impliqués dans des fonctions particulières du califat. Malgré cela, chaque fois qu’une question touchant aux intérêts ou aux préjudices de la communauté musulmane se présentait, il se portait spontanément en avant et acceptait toutes les rigueurs de son père. On peut citer à titre d’exemple le fait suivant : alors que le calife ʿUmar (que Dieu l’agrée) était aux portes de la mort, Ibn ʿUmar apprit de la bouche de sa sœur, la Mère des croyants, la vénérable Hafsa (que Dieu l’agrée), que ʿUmar (que Dieu l’agrée) ne souhaitait désigner personne comme son successeur. Ibn ʿUmar songea alors aux problèmes futurs de la communauté après la disparition de son père. Tremblant de peur, il se présenta devant lui et lui exposa courageusement : « Divers propos parviennent à mes oreilles, et je suis venu vous en informer. Les gens pensent que vous ne voulez désigner personne comme successeur. » Il ajouta : « Supposez qu’un berger fasse paître vos chameaux et vos chèvres. S’il abandonnait le troupeau dans le champ et venait auprès de vous, quelles en seraient les conséquences ? La charge de conduire les hommes est encore plus difficile. » Ces paroles pleines de justesse plurent au calife ʿUmar. Après avoir réfléchi un moment, il répondit : « Dieu Lui-même est le gardien de Son troupeau. » Finalement, il confia la responsabilité de choisir le calife suivant à un groupe de Compagnons éminents.

Après le décès de son père, Ibn Umar apparut pour la première fois lors de l’assemblée chargée de choisir le calife. Umar avait laissé pour instruction qu’Abdullah ne joue, dans le choix du calife suivant, que le rôle de conseiller. Il ne devait pas être désigné calife.

Sous le califat d’Uthman, il eut l’occasion de participer aux affaires administratives. Cependant, il ne chercha jamais à obtenir un quelconque avantage illégal. Le calife Uthman (qu’Allah l’agrée) lui proposa d’accepter la fonction de juge. Il la refusa en disant : « Je ne tranche pas entre deux personnes et je ne dirige pas non plus la prière de deux personnes. » En effet, le Messager (paix et bénédictions d’Allah sur lui) a dit : « Les juges sont de trois catégories. La première est celle des ignorants : leur demeure est l’Enfer. La deuxième est celle des savants attachés aux biens de ce monde : eux aussi sont voués à l’Enfer. La troisième est celle de ceux qui pratiquent l’ijtihad et parviennent à la décision correcte : ils n’encourent ni châtiment ni récompense. » Le calife lui dit : « Ton père, lui aussi, rendait des jugements. » Il répondit : « Oui, c’est vrai. Cependant, lorsqu’il rencontrait un problème, il se rendait auprès du Messager d’Allah (paix et bénédictions d’Allah sur lui). Et lorsque le Messager lui-même était incapable de prendre une décision, il se tournait vers Jibril. Mais vers qui pourrais-je me tourner aujourd’hui ? Par amour pour Allah, dispensez-moi de cette fonction. » Le calife l’en dispensa. Il lui fit toutefois promettre de ne révéler cela à personne. En effet, le calife savait que si les gens apprenaient qu’Ibn Umar avait refusé la fonction de juge, on ne trouverait plus aucun homme intègre pour l’occuper. Tous suivraient l’exemple d’Ibn Umar.

Bien qu’il se soit tenu éloigné des responsabilités administratives du califat, il ne s’éloigna jamais du jihad fi sabilillah. Chaque fois que l’appel au jihad retentissait, il y répondait. En l’an 27 de l’Hégire, il participa à l’expédition d’Afrique (Tunisie, Algérie et Maroc). En l’an 30 de l’Hégire, il prit part, aux côtés de Sa’id ibn al-‘As, aux expéditions du Khorassan et du Tabaristan. Mais lorsque commencèrent les troubles intérieurs, les dissensions et la sédition, il se retira complètement dans la solitude. Il ne participa plus à aucune activité du califat. Après le martyre d’Uthman (qu’Allah l’agrée), les gens lui demandèrent d’accepter la fonction de calife. Il la refusa fermement. Les gens le menacèrent de mort. Mais, sans éprouver la moindre inquiétude, il resta fermement attaché à sa décision.

Il existe une divergence concernant le califat qu’il avait reconnu entre Ali et Mu’awiya (qu’Allah les agrée tous deux). Ibn Hajar dit : « Ibn Umar estimait qu’il ne fallait prêter serment d’allégeance à personne tant que la communauté n’avait pas atteint le consensus ou l’accord général à son sujet. C’est dans cette perspective qu’il ne prêta pas serment d’allégeance à Ali (qu’Allah l’agrée). Cependant, selon un récit rapporté dans al-Mustadrak, il lui prêta serment à la condition de ne pas s’engager avec lui dans une guerre civile. Ali approuva cette condition. Aucun sang musulman ne fut versé par sa main. Toutefois, jusqu’à la fin de sa vie, il ressentit un profond remords de ne pas s’être rallié au parti d’Ali (qu’Allah l’agrée). »

Après la bataille de Siffin, Abu Musa al-Ash’ari et ‘Amr ibn al-‘As furent désignés arbitres par les deux camps. Abu Musa proposa à son adversaire le nom d’Abdullah ibn Umar comme calife. Mais ‘Amr ibn al-‘As rejeta cette proposition. Ibn Umar, avec d’autres musulmans, se rendit à Dumat al-Jandal pour entendre la décision des deux arbitres.

Après le martyre de Ali, il reconnut le califat de l’émir Mu’awiya. Il participa aux différentes expéditions de son époque. Il prit part à l’expédition contre Constantinople.

Après l’émir Mu’awiya (qu’Allah l’agrée), Yazid prit la responsabilité du califat. Ibn Umar lui prêta serment d’allégeance afin d’échapper à la fitna née des divisions entre les membres de la communauté musulmane. À ce sujet, il déclara : « Si cela est bon, nous en serons heureux ; et si cela est mauvais, nous patienterons. » Quelque temps plus tard, lorsque les habitants de Médine retirèrent le serment qu’ils avaient prêté à Yazid, il convoqua les membres de sa famille et leur dit : « J’ai prêté serment à Yazid de me soumettre à Allah et à Son Messager… Que personne parmi vous ne rompe ce serment. Si quelqu’un le rompt, l’épée sera l’arbitre entre lui et moi. » Selon lui, la rupture ou le retrait de ce serment constituait une forme de tromperie. Or la Loi religieuse prévoit une sévère sanction pour la tromperie. Il ne prêta pas serment à Yazid par convoitise.

Après la mort de Yazid, son fils Mu’awiya II devint calife. Il n’exerça la responsabilité du califat que pendant trois mois. Après sa mort, d’une part, Abdullah ibn al-Zubayr (qu’Allah l’agrée) se proclama calife à La Mecque. Les habitants de l’Irak, du Hijaz et du Yémen lui prêtèrent serment d’allégeance. D’autre part, Marwan se proclama calife et obtint le serment d’allégeance des habitants de Syrie. Bien que la majorité des territoires du califat islamique de l’époque soutînt Abdullah ibn al-Zubayr, Abdullah ibn Umar n’accorda pas la moindre importance à sa prétention. Alors que les deux groupes adverses s’affrontaient au sujet de la revendication du califat, un homme dit à Ibn Umar : « Allah a ordonné de combattre pour empêcher la fitna. » Il répondit : « Lorsque la fitna existait, nous avons combattu. À cette époque, les mécréants empêchaient les musulmans d’adorer Allah : voilà quelle était la fitna de ce temps-là. La guerre civile d’aujourd’hui n’est pas un jihad ; c’est plutôt une lutte suicidaire pour le pouvoir royal. » Toutefois, lorsque Hajjaj ibn Yusuf attaqua Abdullah ibn al-Zubayr à La Mecque et détruisit une partie de la Kaaba, il manifesta une vive indignation et le condamna sévèrement.

Lorsque la bay’a fut prêtée à Abd al-Malik, Ibn Umar lui envoya lui aussi une bay’a écrite. Le contenu de sa bay’a était le suivant : « Moi et mon fils, le commandeur des croyants Abd al-Malik, nous engageons à lui obéir dans la mesure de nos capacités, conformément à Allah et à la Sunna du Messager. » Abd al-Malik tenait Ibn Umar en très haute estime et le suivait dans l’application des prescriptions de la charia. Pendant le pèlerinage, il ordonnait de suivre Ibn Umar dans l’accomplissement des rites du Hajj.

Il mourut en l’an 74 de l’Hégire, à l’âge de 83 ou 84 ans. Pendant le Hajj, la pointe empoisonnée d’une lance lancée par un homme se ficha dans son pied. C’est ce poison qui finit par causer sa mort. On pense généralement que cela ne s’est pas produit par simple circonstance, mais que Hajjaj en avait donné l’ordre. En effet, Ibn Umar avait sévèrement réprimandé Hajjaj pour avoir attaqué Abd Allah ibn al-Zubayr à la Kaaba. Hajjaj s’en irrita. Par la suite, un soldat syrien le blessa ainsi sur son ordre. Toutefois, Ibn Hajar a rapporté qu’Abd al-Malik avait ordonné à Hajjaj de ne pas entrer en conflit avec Ibn Umar. Cet ordre était extrêmement pénible pour Hajjaj. Il fit donc disparaître Ibn Umar de ce monde par cette voie détournée.

Ibn Sa’d rapporte qu’un jour, dans un sermon, Hajjaj accusa Ibn al-Zubayr d’avoir altéré la Parole d’Allah. Ibn Umar protesta aussitôt en s’écriant : « Tu mens. Ibn al-Zubayr n’en a pas le pouvoir, et toi non plus tu n’as aucun droit de porter une telle accusation. » Hajjaj ne put accepter facilement une protestation aussi sévère devant l’assemblée. Mais il n’osait pas non plus se comporter ouvertement de manière discourtoise envers Ibn Umar. Il recourut donc à une conspiration secrète de ce genre.

Une autre version rapporte qu’un jour, Hajjaj prononça un sermon si long que le temps de la prière d’Asr se trouva réduit. Ibn Umar, agacé, s’écria : « Le soleil ne peut pas t’attendre. » Quoi qu’il en soit, pour diverses raisons, le tyran Hajjaj ne pouvait supporter Ibn Umar, ce soldat de la vérité. Il prit donc des dispositions pour le faire disparaître ainsi de ce monde.

Alors qu’Ibn Umar était alité sous l’effet du poison, Hajjaj vint lui rendre visite. Après les salutations, Hajjaj déclara : « Si je parvenais à identifier le coupable, je lui trancherais le cou. » Ibn Umar répondit : « C’est pourtant toi qui as tout fait, et tu dis ensuite que tu le tuerais si tu le trouvais. » Après avoir entendu en face une vérité aussi désagréable, Hajjaj se tut.

Abd Allah ibn Umar souhaitait ardemment rendre son dernier souffle à Médine la Lumineuse. Lorsque son état commença à s’aggraver, il se mit à invoquer Allah : « Ô Allah, ne me fais pas mourir à La Mecque. » Il recommanda à son fils Salim : « Si je meurs à La Mecque, enterre-moi en un lieu situé à l’extérieur du Haram de La Mecque. Je ne souhaite pas être enterré dans la terre d’où j’ai émigré. » Quelques jours après avoir fait cette recommandation à son fils Salim, il quitta ce monde.

Après sa mort, les gens voulurent enterrer sa dépouille à l’extérieur du Haram, conformément à ses dernières volontés. Mais Hajjaj s’y opposa. Il dirigea lui-même la prière funéraire et l’enterra dans le cimetière appelé Fakh.

Qu’il fût en voyage ou établi chez lui, qu’il restât à la maison ou voyageât au-dehors, la compagnie du Messager d’Allah en toutes circonstances, l’éducation et la formation reçues de l’éminent al-Faruq, et surtout sa propre quête de connaissance, avaient fait de lui un océan de savoir islamique. Il possédait une connaissance profonde du Coran, du hadith, du fiqh et des autres disciplines. À cette époque, Ibn Umar comptait parmi les éminents savants de Médine que l’on appelait les « Majma al-Bahrayn », c’est-à-dire le point de rencontre des deux mers du savoir et de la pratique.

Il éprouvait une grande attirance pour la récitation du Noble Coran. Il consacra une grande partie de sa vie à étudier les sourates et les versets du Coran. Il passa quatorze années à étudier uniquement la sourate al-Baqara. On peut ainsi mesurer la quantité d’efforts et de temps qu’il consacra à la compréhension du Coran. Cette attirance exceptionnelle pour le Coran fit naître en lui une aptitude incomparable à son tafsir et à son ta’wil. Sa capacité à comprendre le Coran apparut dès le début de sa jeunesse. C’est pourquoi on le voyait participer aux assemblées du Messager d’Allah (s.a.s.) en compagnie des grands Compagnons.

Après le Coran vient le hadith. Ibn Umar était l’un des plus éminents mémorisateurs de hadiths. Le nombre de hadiths qu’il a rapportés s’élève à 1 630 (mille six cent trente). Parmi eux, 170 sont muttafaqun alayhi, c’est-à-dire rapportés à la fois par al-Bukhari et Muslim. Al-Bukhari en a rapporté 81 et Muslim 31 de manière indépendante. Il nourrissait un désir ardent de connaître chacune des paroles et chacun des actes du Messager d’Allah (s.a.s.). Lorsqu’il était éloigné quelque temps de la compagnie du Messager d’Allah (s.a.s.), il s’informait auprès de ceux qui étaient présents à son service de ses paroles et de ses actes durant ce moment, puis les conservait dans sa mémoire. Lorsqu’il apprenait une parole nouvelle qui lui était inconnue, il se rendait immédiatement auprès du Messager d’Allah (s.a.s.), ou auprès du premier rapporteur, afin d’en vérifier l’authenticité. Cet esprit investigateur fit d’Ibn Umar un océan immense dans la science du hadith. S’il ne se souvenait pas de chaque lettre des paroles sorties de la bouche du Messager d’Allah (s.a.s.), il ne les rapportait pas. Ses contemporains ont dit : « Parmi les Compagnons, nul n’était plus prudent qu’Ibn Umar lorsqu’il s’agissait d’ajouter ou de retrancher quoi que ce soit dans la transmission des hadiths du Messager d’Allah (s.a.s.). »

Une grande partie de la science du hadith a été transmise par l’intermédiaire d’Ibn Umar. Il vécut plus de soixante (60) ans après le décès du Messager d’Allah (s.a.s.). Durant cette longue période, il se consacra avec assiduité à l’étude de la religion. Ibn Shihab al-Zuhri dit : « Aucun aspect de la vie du Messager d’Allah (s.a.s.) et de ses Compagnons n’était inconnu à Ibn Umar. » Craignant que cette activité d’étude ne soit interrompue, il n’accepta jamais de fonction officielle. Son cercle permanent d’enseignement se trouvait à Médine. Durant la saison du hajj, il donnait des fatwas. Il se rendait également dans les maisons des gens pour leur enseigner les hadiths. Il est rapporté qu’un jour, il se rendit chez Abdallah ibn Mutî. Abdallah l’invita à s’asseoir. Après s’être assis, Ibn Umar lui dit : « Je suis venu chez toi à cette heure pour te rapporter un hadith. » Le Messager (s.a.s.) a dit : « Celui qui se tient à l’écart de l’obéissance à l’émir se lèvera au Jour de la Résurrection sans avoir aucun argument en sa faveur. Et celui qui meurt séparé de la communauté meurt comme dans la jahiliyya. »

Il craignait terriblement d’ajouter ou de retrancher quoi que ce soit dans la transmission des hadiths du Messager d’Allah (s.a.s.). C’est pourquoi il rapportait très peu de hadiths. L’imam al-Shabi dit : « Je suis resté assis auprès d’Abdallah ibn Umar pendant une année entière, mais il ne m’a rapporté aucun hadith durant cette période. » Ce n’est pas qu’il considérât la transmission des hadiths comme répréhensible ou qu’il en rapportât peu par négligence ; il la jugeait au contraire nécessaire. Il n’aimait pas que les termes soient modifiés.

En raison de l’extrême prudence dont il faisait preuve dans la transmission des hadiths, ceux qu’il rapportait étaient les plus acceptés par les muhaddiths. Ibn Shihab al-Zuhri, lorsqu’il trouvait un hadith d’Ibn Umar sur une question, ne ressentait nul besoin de consulter le hadith de quelqu’un d’autre. Dans la chaîne de transmission des hadiths, la chaîne « Malik, d’après Nafi, d’après Ibn Umar » est appelée par les muhaddiths la Silsilat al-Dhahab, ou « chaîne d’or ». En effet, Ibn Umar passa près de quinze années dans la compagnie du Messager d’Allah (s.a.s.). Il fut témoin de toute la période d’Abu Bakr et d’Umar, et passa près de trente années en compagnie d’Umar. Le deuxième homme de cette chaîne, Nafi, était l’esclave d’Ibn Umar. Il servit son maître pendant près de trente ans. Le troisième homme de la chaîne est l’imam Malik. Il eut la possibilité de s’asseoir pendant dix ou douze ans dans le cercle d’enseignement de son maître Nafi.

Outre le Messager d’Allah (s.a.s.), Ibn Umar acquit également ses connaissances auprès de Compagnons éminents tels qu’Abu Bakr, Uthman, Ali, Zayd ibn Thabit, Abdallah ibn Masud, Bilal, Suhayb, Rafi, Aïcha et Hafsa (qu’Allah les agrée).

La vie d’Abdallah ibn Umar était le reflet vivant de celle du Messager d’Allah (s.a.s.). Abu Hudhayfa disait : « Après le décès du Messager d’Allah (s.a.s.), chaque personne changea d’une manière ou d’une autre ; mais Umar et son fils Abdallah ne changèrent en rien. » Nafi, le serviteur dévoué d’Ibn Umar, disait à ses élèves tabi‘un : « Si Ibn Umar était encore vivant à votre époque, voyant sa rigueur dans le suivi de la Sunna du Messager d’Allah (s.a.s.), vous diriez que cet homme est fou. » Il vécut près de quatre-vingt-cinq ans et prêta serment d’allégeance au Messager d’Allah (s.a.s.) dès son enfance. Vers la fin de sa vie, il déclara : « Depuis le serment d’allégeance que j’ai prêté au Messager d’Allah (s.a.s.) jusqu’à ce jour, je ne l’ai ni rompu ni modifié. » Il ne suivait pas seulement le Messager d’Allah (s.a.s.) dans ses actes d’adoration : il imitait également chacun de ses comportements, y compris ses actes et ses habitudes humaines. Ainsi, durant les voyages du hajj, il passait la nuit aux mêmes endroits que le Messager (s.a.s.). Il priait dans tous les lieux où le Messager (s.a.s.) avait prié. Il empruntait les mêmes chemins que lui. Il accomplissait même ses ablutions et sa toilette rituelle aux endroits où le Messager (s.a.s.) les avait accomplies. En somme, il suivait à la lettre chacun des pas du Messager d’Allah (s.a.s.). Les gens considéraient chacune de ses paroles et chacun de ses actes comme étant, en réalité, une parole ou un acte du Messager d’Allah (s.a.s.). Puisque les gens le prenaient pour modèle, lorsqu’il ne pouvait, pour une raison personnelle, suivre la Sunna dans un cas donné, il précisait clairement : « Ce n’est pas un acte ou une pratique du Messager d’Allah (s.a.s.). Je l’ai fait pour une raison particulière. » Cela dissipait toute confusion chez les gens. Aïcha (qu’Allah l’agrée) a dit au sujet de son imitation de la Sunna : « Nul ne suit les traces du Messager d’Allah (s.a.s.) comme Ibn Umar. »

Le tafaqquh fi’d-din, c’est-à-dire la réflexion et l’étude approfondies de la religion, atteignit chez lui sa pleine maturité. Il consacra toute sa vie à l’acquisition du savoir et à l’émission de fatwas. Il comptait parmi les Compagnons muftis les plus renommés de Médine. Les plus grands spécialistes de l’islam de son époque venaient lui demander la solution de diverses questions juridiques. Même des tabi‘un éminents, tels que Saïd ibn Jubayr, sollicitaient auprès de lui la réponse à diverses questions. Par la suite, l’école malikite se forma essentiellement sur la base de ces fatwas d’Ibn Umar. L’imam Malik disait qu’Ibn Umar était l’un des imams de la religion. Si ses fatwas avaient été rassemblées, elles auraient constitué un ouvrage volumineux. Il faisait preuve d’une extrême prudence lorsqu’il émettait une fatwa. Hafiz Ibn Abd al-Barr dit : « Ibn Umar observait une grande prudence aussi bien dans ses fatwas que dans sa pratique. De même qu’il parlait après mûre réflexion, il n’agissait qu’après avoir mûrement réfléchi. »

Il ne semble pas qu’Ibn Umar ait manifesté un intérêt particulier pour les connaissances répandues dans l’Arabie de son époque en dehors de la science religieuse, telles que la poésie, l’astrologie, l’éloquence, etc. La raison probable en est qu’il ne jugeait pas convenable de consacrer du temps à l’étude d’une science autre que la science religieuse.

Il est vrai que tous les Compagnons portaient, d’une manière générale, l’empreinte des traits de caractère du Messager d’Allah (paix et salut sur lui), mais cette empreinte était plus profonde chez Ibn Umar. Dans chacune de ses paroles et de ses attitudes apparaissait clairement l’empreinte du caractère et des qualités du Messager d’Allah (paix et salut sur lui).

Allah — qu’Il soit exalté — a dit, en faisant l’éloge des Compagnons dans le Noble Coran : « Lorsque le nom d’Allah est mentionné devant eux, leurs cœurs tremblent de crainte. » Cet état s’était pleinement développé chez Ibn Umar. Un jour, on récita devant lui le verset : « Que sera-ce donc lorsque Nous ferons venir de chaque communauté un témoin ? » En entendant ce verset, Ibn Umar pleura tellement que sa barbe fut mouillée par ses larmes, et les gens qui l’entouraient en furent eux aussi profondément touchés.

Ibn Umar était un grand adorateur et un fervent dévot. Il consacrait la majeure partie de la nuit à l’adoration. Son serviteur Nafi rapporte qu’il priait toute la nuit. À l’aube, il me demandait : « Le matin est-il arrivé ? » Si je répondais oui, il restait à demander pardon jusqu’à ce que la lumière se répande davantage. Si je répondais non, il se remettait à prier. Il éprouvait une saveur surnaturelle dans la récitation du Coran. Il ne délaissait même pas les actes d’adoration mineurs. Il renouvelait ses ablutions pour chaque prière. Lorsqu’il se rendait à la mosquée, il posait lentement les pieds afin d’augmenter le nombre de ses pas et d’obtenir ainsi davantage de récompense.

Ibn Umar était un exemple concret d’ascétisme et de piété. Il était l’ascète et le pieux sans égal de son époque. Hadrat Jabir (qu’Allah l’agrée) disait : « Parmi nous, personne, hormis Ibn Umar, n’était insensible aux attraits de ce monde. » Dès son enfance, la piété prédominait en lui. Voyant cette disposition chez lui, le Messager (paix et salut sur lui) avait dit : « Rajul salih — un serviteur vertueux. »

Il était extrêmement généreux. Il donnait toujours dans le sentier d’Allah ce qu’il avait de plus cher. Lorsqu’un esclave ou une servante lui plaisait, il l’affranchissait. En une seule assemblée, il distribuait mille dirhams. Il affranchissait tant d’esclaves et de servantes que le nombre de ceux qu’il libéra dépassa le millier. Un jour, il se rendit au pèlerinage monté sur un chameau particulièrement beau. La démarche de l’animal lui plut beaucoup. Soudain, il en descendit, fit retirer les bagages de son dos et ordonna de le joindre aux bêtes destinées au sacrifice. Ayyub ibn Wa’il al-Rasibi rapporte qu’un jour Ibn Umar reçut quatre mille dirhams et un manteau de velours. Le lendemain, il vit Ibn Umar acheter à crédit, au marché, de la nourriture pour sa monture. Wa’il se rendit aussitôt chez Ibn Umar et demanda aux membres de sa famille : « Est-il vrai qu’Ibn Umar a reçu hier quatre mille dirhams et un manteau de velours ? » Ils répondirent : « Oui. » Wa’il dit : « Aujourd’hui, je l’ai vu acheter à crédit, au marché, de la nourriture pour sa bête. » Ils répondirent : « Il a tout distribué avant même le lever du jour. » Puis il sortit en portant ce manteau sur ses épaules ; lorsqu’il rentra, je constatai qu’il ne l’avait plus. À ma question, il répondit : « Je l’ai donné à un pauvre. » En entendant cela, Wa’il se mit à courir vers le marché en frappant dans ses mains. Arrivé sur un endroit élevé, il cria : « Ô commerçants ! Que ferez-vous de ce monde ? Voici Ibn Umar : quatre mille dirhams lui sont parvenus, et il les a distribués. Puis, au matin, il a acheté à crédit de la nourriture pour sa bête. »

Ainsi était-il l’interprétation vivante du verset : « Vous n’atteindrez jamais la bonté tant que vous ne dépenserez pas de ce que vous aimez. » Il ne prenait jamais un repas sans inviter avec lui un ou deux pauvres et nécessiteux. Il réprimandait souvent ses fils lorsqu’ils invitaient des riches à manger sans inviter les pauvres et les nécessiteux avec eux. Il leur disait : « Vous invitez des gens rassasiés et vous laissez de côté les affamés. »

Il était un commerçant prospère. Il possédait également des terres cultivables. Il recevait aussi une allocation du Bayt al-Mal. Pourtant, il ne consommait lui-même que très peu ; il distribuait tout. Un jour, un de ses amis lui offrit un récipient plein. Il demanda : « Qu’est-ce que c’est ? » Son ami répondit : « Un médicament. Je vous l’ai rapporté d’Irak. » Il demanda encore : « Quelles sont ses propriétés ? » Son ami répondit : « Il favorise la digestion ! » Or, depuis quarante ans, je ne mange jamais à satiété. Était-il avare ou pauvre ? Non, l’histoire ne l’atteste pas. Il agissait ainsi par compassion et sympathie envers le Messager d’Allah (paix et salut sur lui) et son père, Umar ibn al-Khattab.

Il éprouvait un amour profond pour le Messager d’Allah (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui). À la mort du Prophète bien-aimé, son cœur fut brisé en mille morceaux. Dès qu’il se rappelait les paroles du Messager d’Allah, il éclatait en sanglots. Chaque fois qu’il revenait à Médine d’un voyage, il se rendait à la Rawda bénie pour y présenter ses salutations. Par amour pour le Messager d’Allah, il aimait également profondément les membres de sa famille. Un jour, un Bédouin irakien lui demanda quelle expiation était due pour avoir tué un moustique. Il dit à ses compagnons : « Regardez cet homme ! Il demande quelle expiation est due pour le sang d’un moustique, alors que ce sont les siens qui ont martyrisé Husayn, le morceau de cœur du Prophète bien-aimé. » Par amour pour le Messager d’Allah, il aimait aussi profondément la ville de Médine. Malgré les peines et les souffrances, il n’envisagea jamais de la quitter.

Ibn Umar s’abstenait toujours de tout acte susceptible de provoquer des divisions au sein de la communauté musulmane. Il disait la vérité. Toutefois, lorsqu’il craignait parfois qu’une situation ne nuise à la communauté musulmane, il gardait le silence. Un jour, l’émir Mu‘awiya demanda : « À qui, plus qu’à moi, revient le droit d’obtenir le califat ? » Ibn Umar allait répondre à cette question, mais, par crainte de la fitna et des troubles, il ne le fit pas. Il garda le silence. De même, à Mina, il accomplit quatre rak‘a de prière derrière le calife Uthman, alors qu’il estimait que, conformément à la Sunna du Messager d’Allah, d’Abu Bakr et d’Umar, il fallait y raccourcir la prière. Lorsqu’il pria seul, il n’en accomplit cependant que deux. Par crainte de provoquer des divisions, il avait prié quatre rak‘a derrière Uthman. Il disait : « Provoquer des divisions est une mauvaise action. » Il disait également : « Même si toute la communauté de Muhammad me reconnaissait comme calife et que seulement deux hommes refusaient de me reconnaître, je ne les combattrait pas. »

C’est par crainte de provoquer des divisions qu’il prêta allégeance à tous les califes. À cette époque de fitna et de troubles, il priait derrière tous les émirs et leur remettait la zakat. Toutefois, cette obéissance restait limitée aux cadres de la religion. C’est pourquoi, bien qu’il eût d’abord prié derrière al-Hajjaj, il cessa ensuite de le faire lorsque celui-ci commença à retarder la prière. Il quitta même La Mecque pour s’installer à Médine.

Ibn Umar ne craignait jamais de dire la vérité. Il critiquait ouvertement les dirigeants de la dynastie omeyyade. Un jour, al-Hajjaj prononçait un sermon. Ibn Umar s’adressa à lui en disant : « Cet homme est un ennemi d’Allah. Il a profané le sanctuaire de La Mecque, détruit la Maison d’Allah et tué les serviteurs bien-aimés d’Allah. »

Une autre fois, al-Hajjaj prolongea tellement son sermon que la prière de l’après-midi fut retardée. Ibn Umar cria : « L’heure de la prière est en train de passer ; termine ton discours ! » Après avoir répété cela trois fois, Ibn Umar s’adressa aux personnes présentes : « Si je me lève, me suivrez-vous ? » Les gens répondirent : « Oui. » Ibn Umar se leva. Al-Hajjaj descendit précipitamment de la chaire et dirigea la prière. Plus tard, al-Hajjaj demanda à Ibn Umar : « Pourquoi avez-vous agi ainsi ? » Il répondit : « Nous venons à la mosquée pour prier. Lorsque l’heure de la prière arrive, il faut la faire accomplir immédiatement. Ensuite, tu peux bavarder autant que tu le souhaites. » C’est en raison de cette franchise que les dirigeants tyranniques des Omeyyades le craignaient terriblement.

L’islam a aboli toutes les pratiques et tous les traits de caractère qui conduisent à humilier certaines personnes ou à en honorer d’autres sans raison. Ibn Umar était un exemple concret de cette égalité islamique. Il n’appréciait nullement les comportements susceptibles d’introduire des distinctions au sein de cette égalité. C’est pourquoi, lorsque les gens se levaient pour lui témoigner leur respect, il ne s’asseyait pas. Dans ses relations avec ses serviteurs et ses esclaves, il veillait également à respecter cette égalité. Il leur apprenait à préserver leur dignité. Il les faisait manger assis à ses côtés. Il croyait que négliger la nourriture et les vêtements des esclaves constituait un grave péché. Salim rapporte qu’au cours de sa vie, Ibn Umar ne réprimanda un esclave qu’une seule fois. Un jour, il frappa un esclave pour une raison quelconque. Il éprouva ensuite un tel remords qu’il l’affranchit.

L’humilité et la douceur constituaient des traits particuliers de son caractère. Il détestait profondément entendre ses propres louanges. Un homme lui jeta de la terre au visage. Puis il lui rapporta ce hadith du Messager d’Allah : « Jetez de la terre au visage de ceux qui vous louent. » Il saluait tout le monde, petits et grands, sans faire de distinction. S’il oubliait de saluer quelqu’un en chemin, il revenait sur ses pas pour le saluer. Même lorsqu’il entendait des paroles extrêmement blessantes, il les supportait sans répondre. Un homme l’insulta grossièrement. Il se contenta de lui répondre : « Mon frère et moi sommes issus d’une très noble lignée. » Puis il se tut.

La biographie d’Ibn Umar montre qu’il jouissait d’une situation financière très aisée. Il distribuait en une seule séance des milliers de dirhams aux pauvres et aux nécessiteux. Pourtant, la valeur totale du mobilier de sa propre maison ne dépassait pas cent dirhams. Maymun ibn Mihran raconte : « Je suis entré dans la maison d’Ibn Umar et j’ai évalué le prix des couvertures, des matelas, de la literie et autres objets. Le tout ne dépassait pas cent dirhams. » Il menait une vie aussi simple et dépouillée. Il accomplissait lui-même ses tâches. Il n’aimait pas accepter l’aide de quiconque pour ses propres affaires.

Sous le règne de ‘Umar, lorsque les allocations furent fixées pour tous les Compagnons, celle d’Ibn ‘Umar fut fixée à deux mille cinq cents dirhams. En revanche, l’allocation d’Usâma ibn Zayd fut fixée à trois mille dirhams. Ibn ‘Umar protesta auprès de son père, ‘Umar — qu’Allah l’agrée — en disant : « En aucun domaine ne suis-je inférieur à lui, pas plus que vous ne l’êtes à son père ; alors, quelle est la raison de cette différence ? » ‘Umar — qu’Allah l’agrée — répondit : « Tu as dit vrai. Toutefois, le Messager — qu’Allah le bénisse et le salue — aimait son père davantage que ton père, et l’aimait davantage que toi. » Après avoir entendu cette réponse, Ibn ‘Umar — qu’Allah l’agrée — se tut.

Il est impossible de décrire dans ce bref article ses qualités morales et ses vertus. Un éminent tâbi‘î déclara à son sujet : « Si je devais témoigner qu’un homme est destiné à être parmi les habitants du Paradis, je témoignerais certainement en faveur d’Ibn ‘Umar. »

‘Abdullah ibn Jahsh — qu’Allah l’agrée —

Son nom était ‘Abdullah et sa kunya Abû Muhammad. Son père s’appelait Jahsh et sa mère Umayma. Il avait avec le Messager d’Allah — qu’Allah le bénisse et le salue — des liens de parenté à plusieurs titres. Sa mère, Umayma bint ‘Abd al-Muttalib, était la tante paternelle du Messager d’Allah — qu’Allah le bénisse et le salue. Sa sœur, la Mère des croyants Zaynab bint Jahsh, était l’épouse du Messager d’Allah — qu’Allah le bénisse et le salue. Il était donc à la fois son cousin germain du côté paternel et son beau-frère.

Les sources historiques ne fournissent aucune information sur son année de naissance. Toutefois, au moment où il mourut en martyr lors de la bataille d’Uhud, durant la troisième année de l’Hégire, il avait un peu plus de quarante ans. Sur la base de cette information, on peut dire qu’il naquit à La Mecque vingt-quatre ou vingt-cinq ans avant que le Messager d’Allah — qu’Allah le bénisse et le salue — ne reçût la mission prophétique. À l’époque antéislamique, il était le ḥalîf — c’est-à-dire lié par un pacte d’alliance — de Harb ibn Umayya. Certains ont toutefois indiqué que les Banû ‘Abd Shams étaient ses alliés. En réalité, il n’y a aucune contradiction entre ces deux récits, car Harb ibn Umayya était lui-même membre des Banû ‘Abd Shams.

‘Abdullah était l’un des Sâbiqûn ilâ al-Islâm, c’est-à-dire l’un de ceux qui embrassèrent l’islam au tout début. Il se convertit avant même que le Messager d’Allah — qu’Allah le bénisse et le salue — ne se réfugiât à Dâr al-Arqam.

Après sa conversion à l’islam, lui et son clan ne furent pas épargnés par les persécutions et les violences des Quraysh. C’est pourquoi il émigra deux fois en Abyssinie. Lors de sa dernière émigration, tous les membres de sa famille l’accompagnèrent : ses deux frères Abû Aḥmad et ‘Ubaydullah, ses trois sœurs Zaynab, Umm Ḥabîba et Ḥamna, ainsi que l’épouse de ‘Ubaydullah, Umm Ḥabîba bint Abî Sufyân. Après être arrivé en Abyssinie, son frère ‘Ubaydullah abandonna l’islam, adopta le christianisme et y mourut en état d’apostasie.

Après l’apostasie de son mari, son épouse Umm Ḥabîba se sépara de lui et, par la suite, le Messager — qu’Allah le bénisse et le salue — l’épousa et lui conféra le statut d’épouse. (Al-Iṣâba, 2/272.) Après avoir séjourné quelque temps en Abyssinie, ‘Abdullah revint à La Mecque avec les autres membres de sa famille. À son retour, il constata que tous les membres de son clan, les Banû Ghanâm, avaient embrassé l’islam. Avec l’autorisation du Messager d’Allah — qu’Allah le bénisse et le salue — il les accompagna tous dans leur émigration vers Médine. Avant eux, Abû Salama avait émigré à Médine. Comme je l’ai déjà indiqué, tous les membres de son clan avaient embrassé l’islam ; il les emmena donc tous à Médine, sans distinction d’âge, de sexe ou de condition. Il ne laissa pas une seule personne des Banû Ghanâm à La Mecque.

Peu après leur départ de La Mecque, les chefs quraychites, notamment Utba et Abou Jahl, sortirent de chez eux et se dirigèrent vers le quartier des Banou Ghanam. Leur objectif était de voir quels membres de la tribu de Ghanam étaient partis et lesquels étaient restés. Ils constatèrent que tout le quartier était désert. La porte de certaines maisons était ouverte, tandis que celle d’autres était verrouillée. Voyant cela, Utba fit remarquer : « Les maisons des Banou Djahsh sont complètement désertes ; elles pleurent le sort de leurs habitants. » À ces mots, Abou Jahl s’en prit à la maison d’Abdallah ibn Djahsh et en pilla les biens à sa guise. De tout le quartier, la maison d’Abdallah était la plus belle et la plus prospère. Lorsqu’Abdallah rapporta au Messager d’Allah le pillage de sa maison par Abou Jahl, celui-ci le consola en lui disant : « Abdallah, ne te réjouis-tu pas qu’en échange Allah t’accorde une maison au Paradis ? » Il répondit : « Certainement, ô Messager d’Allah. » Le Messager lui dit : « C’est ce que tu obtiendras. » Abdallah en fut heureux.

Après leur arrivée à Médine, toute la famille d’Abdallah fut accueillie par Asim ibn Thabit al-Ansari. Plus tard, le Messager d’Allah établit entre eux deux un lien de fraternité, ou mou’akhât.

Au mois de Rajab de la deuxième année de l’Hégire, le Messager d’Allah choisit un groupe de huit Compagnons. Abdallah ibn Djahsh et Saad ibn Abi Waqqas en faisaient partie. S’adressant à tous, le Messager d’Allah déclara : « Je désignerai comme votre émir celui d’entre vous qui supportera le mieux la faim et la soif. » Il nomma ensuite Abdallah émir. Celui-ci acquit ainsi l’honneur d’être le premier émir d’un groupe de croyants. Le Messager d’Allah lui indiqua l’itinéraire et lui remit une lettre scellée, en disant : « N’ouvre pas cette lettre avant deux jours. Après avoir marché pendant deux jours, ouvre-la, lis-la et agis conformément à ses instructions. »

Le vénérable Abdallah partit de Médine avec ses compagnons. Après deux jours de marche, il ouvrit et lut la lettre conformément aux instructions. Elle lui ordonnait de se rendre à un endroit appelé Nakhlah, entre La Mecque et Taïf, afin de s’informer des mouvements des Quraychites et de leur situation générale. Il accepta cet ordre avec une profonde dévotion et un grand respect. S’adressant à ses compagnons, il leur dit : « Mes amis, j’exécuterai l’ordre du Messager d’Allah. Celui d’entre vous qui désire le martyre peut m’accompagner ; celui qui ne le souhaite pas peut repartir. Je ne contraindrai personne. » Après ce discours, tous exprimèrent le désir de l’accompagner. Arrivés à Nakhlah, ils se mirent à surveiller attentivement les mouvements des Quraychites. Un jour, une caravane commerciale quraychite passa par cet itinéraire. Elle comptait quatre hommes : Amr ibn al-Hadrami, Hakim ibn Qaysân, Othman ibn Abdallah et Mughira, le frère d’Othman. Ils transportaient notamment du cuir, des raisins secs et diverses marchandises.

Abdallah ibn Djahsh consulta ses compagnons sur l’opportunité d’attaquer ou non la caravane. Ce jour-là était le dernier jour des mois sacrés. Il convient de rappeler que Dhoul-Qa‘da, Dhoul-Hijja, Mouharram et Rajab sont les quatre mois sacrés. Depuis les temps anciens, les Arabes considéraient la guerre et les effusions de sang comme interdites durant ces mois. Ils réfléchirent à la situation : s’ils attaquaient la caravane ce jour-là, ils le feraient pendant un mois sacré ; mais s’ils n’attaquaient pas ce jour-là et attendaient le lendemain, la caravane entrerait dans le territoire sacré de La Mecque. Le sanctuaire de La Mecque est un lieu sûr pour tous. L’attaquer là-bas serait commettre un acte interdit. Après délibération, ils décidèrent d’attaquer. Ils lancèrent une attaque surprise, tuèrent le chef de la caravane, Amr ibn al-Hadrami, capturèrent Othman ibn Abdallah et Hakim ibn Qaysân, tandis que le quatrième homme s’enfuit. Ils obtinrent une grande quantité de marchandises comme butin. Abdallah ibn Djahsh mit de côté un cinquième du butin acquis pour Allah et Son Messager, puis répartit équitablement les quatre parts restantes entre ses compagnons. À cette époque, aucune règle de répartition du butin n’avait encore été établie. Cependant, l’ijtihad d’Abdallah se révéla juste. Par la suite, un verset du Coran sur le khoumous (le cinquième) fut révélé pour confirmer sa décision.

Le vénérable Abdallah ibn Djahsh se présenta à Médine auprès du Messager d’Allah avec un cinquième du butin. Le Messager d’Allah refusa de l’accepter. Il dit : « Je ne t’ai pourtant pas ordonné de verser le sang pendant un mois sacré, c’est-à-dire interdit. »

Les autres musulmans blâmèrent également Abdallah pour son audace et son excès. Les Quraychites se mirent eux aussi à diffuser largement cette affaire. Ils répétaient partout : « Les Compagnons de Muhammad ont rendu licites les mois sacrés. En tuant et en faisant couler le sang, ils ont profané ces mois. » Le vénérable Abdallah et ses compagnons se trouvèrent dans une situation extrêmement difficile. Craignant d’avoir désobéi au Messager d’Allah, ils furent saisis de peur. Le remords les accabla. Finalement, Allah le Très-Haut manifesta Sa satisfaction à l’égard de leur action et révéla ce verset du Coran : « Ils t’interrogent au sujet du mois sacré : y combattre est-il permis ? Dis : y combattre est un grave péché. Mais faire obstacle au chemin d’Allah, Le renier, empêcher l’accès à la Mosquée sacrée (la Kaaba) et en expulser ses habitants sont plus graves encore auprès d’Allah. Et la fitna, ou la subversion, est pire que le meurtre. » (Al-Baqara, 217)

Après la révélation de ce verset du Coran, ils poussèrent un soupir de soulagement. Les musulmans vinrent les féliciter en grand nombre et les prirent dans leurs bras. Le Messager d’Allah se déclara satisfait d’eux, accepta d’eux leur part du butin et libéra les deux prisonniers après avoir reçu leur rançon.

En vérité, l’événement concernant ʿAbdullah ibn Jahsh et ses compagnons fut un événement majeur dans la vie des musulmans. Leur butin fut le premier butin de l’islam ; l’homme tué par leurs mains fut le premier polythéiste tué par des musulmans ; les deux prisonniers capturés par leurs mains furent les premiers prisonniers faits par des musulmans ; l’étendard qui leur fut remis fut le premier étendard remis par le Messager d’Allah (saws), et l’émir de ce groupe, ʿAbdullah ibn Jahsh, fut le premier émir à être désigné par le titre d’Amîr al-Mu’minîn, Commandeur des croyants. ʿAbdullah ibn Jahsh fut également le premier à instituer le khums concernant le butin, et Allah le Très-Haut révéla une révélation pour l’approuver. (Al-Istîʿâb)

Le vénérable ʿAbdullah ibn Jahsh participa aux batailles de Badr et d’Uhud. Le vénérable Saʿd ibn Abî Waqqâs rapporte : « La veille de la bataille d’Uhud, ʿAbdullah et moi avons invoqué Allah. Je disais : “Ô Allah, fais que l’ennemi qui nous combattra demain soit extrêmement courageux et irascible, afin que je puisse le tuer dans Ta voie et m’emparer de ses armes.” En entendant mon invocation, ʿAbdullah dit : “Âmîn.” Puis il leva les mains et invoqua : “Ô Allah, accorde-moi un adversaire qui soit extrêmement courageux et prompt à se mettre en colère. Je le combattrai dans Ta voie. Qu’il me tue, me coupe le nez et les oreilles. Lorsque je Te rencontrerai et que Tu me demanderas : ‘ʿAbdullah, comment ton nez et tes oreilles ont-ils été coupés ?’, je répondrai : ‘Pour Toi et pour Ton Messager.’” Il semblait voir par une vision surnaturelle que son souhait allait être exaucé. C’est pourquoi il jurait à plusieurs reprises en disant : “Ô Allah, je jure par Ton nom que je combattrai l’ennemi ; qu’il me tue, me coupe le nez et les oreilles et me défigure.” » (Usud al-Ghâba)

Au mois de Shawwâl de la troisième année de l’Hégire, une bataille acharnée commença dans la plaine d’Uhud. Le vénérable ʿAbdullah ibn Jahsh lança une attaque si intense que son épée se brisa en morceaux. Le Messager d’Allah (saws) lui donna alors un bâton de branche de palmier. Il continua longtemps à combattre avec celui-ci. C’est dans ces circonstances que le souhait de mourir en martyr de ʿAbdullah fut exaucé, lorsqu’il reçut un coup terrible d’Abû al-Hakam ibn Akhnas al-Thaqafî. Les polythéistes mutilèrent son corps : ils lui coupèrent le nez et les oreilles et les enfilèrent sur un fil comme un collier. En voyant cette scène, le vénérable Saʿd s’écria : « Par Allah, l’invocation de ʿAbdullah était meilleure que la mienne. »

Il vécut un peu plus de quarante ans. Il fut enterré dans la même tombe que son oncle maternel, le vénérable Hamza, seigneur des martyrs.

Lorsque le Messager (saws) nomma ʿAbdullah émir et l’envoya pour l’expédition de Nakhla, il dit à ses compagnons : « Bien que ʿAbdullah ibn Jahsh ne soit pas le meilleur d’entre vous, il est celui qui supporte le mieux les souffrances de la faim et de la soif. » L’amour d’Allah et de Son Messager le rendit indifférent à tout ce qui appartenait à ce monde. Son unique désir était de sacrifier sa vie bien-aimée dans la voie d’Allah. Ce désir fut exaucé. Il reçut l’honorable surnom d’« al-Mujaddad fî Allâh » — celui dont les oreilles furent coupées dans la voie d’Allah. Lorsqu’il fut question des prisonniers de la bataille de Badr, le Messager d’Allah (saws) consulta Abû Bakr, ʿUmar et ʿAbdullah ibn Jahsh.

ʿAbdullah ibn ʿAmr ibn al-ʿÂs (ra)

Son nom était ʿAbdullah ; ses kunyas étaient Abû Muhammad, Abû ʿAbd al-Rahmân et Abû Nusayr. Toutefois, les deux premières kunyas étaient les plus célèbres. Son père était le célèbre commandant militaire et diplomate, le vénérable ʿAmr ibn al-ʿÂs (ra), et sa mère s’appelait Rîta bint Munabbih. Il est rapporté que le nom de ʿAbdullah avant l’islam était « al-ʿÂs » — le pécheur, le désobéissant. Abû Zurʿa mentionne dans son Târîkh que, lors d’une cérémonie funéraire, le Messager (saws) lui demanda : « Quel est ton nom ? » Lorsqu’il répondit : « al-ʿÂs », le Messager (saws) lui dit : « Non, à partir d’aujourd’hui, ton nom sera ʿAbdullah. » À partir de ce jour, al-ʿÂs devint ʿAbdullah.

Ibn Saʿd dit que ʿAbdullah embrassa l’islam avant son père, ʿAmr ibn al-ʿÂs. Selon diverses sources, ʿAmr, le père, n’avait que dix à douze ans de plus que son fils ʿAbdullah. Cependant, selon al-Wâqidî, le père avait vingt ans de plus que son fils. (Tadhkirat al-Huffâz, al-Isâba, al-Istîʿâb) Le père et le fils émigrèrent tous deux à Médine avant la conquête de La Mecque. Après avoir embrassé l’islam, ʿAbdullah consacrait la majeure partie de son temps à la compagnie et à la fréquentation du Messager d’Allah (saws). Il consignait tout ce qui sortait de la bouche du Messager d’Allah (saws), qu’il soit en colère ou calme. Certains Compagnons lui demandèrent de ne pas agir ainsi, affirmant qu’il ne fallait pas écrire tout ce que le Messager d’Allah (saws) disait lorsqu’il était irrité. Il soumit la question au Messager d’Allah (saws). Le Messager (saws) répondit : « Tu peux écrire toutes mes paroles. Je ne dis rien d’autre que la vérité. » (Musnad Ahmad, al-Istîʿâb) Le Messager (saws) aimait ʿAbdullah davantage que son père ʿAmr, et celui-ci occupait une place plus importante auprès du Messager d’Allah (saws).

Tout le temps libre dont ʿAbdullah disposait après avoir passé du temps en compagnie du Messager d’Allah — qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix — était presque entièrement consacré au jeûne pendant le jour et à l’adoration durant la nuit. Peu à peu, il s’y accoutuma si profondément qu’il devint indifférent à sa femme, à sa famille et à tout ce qui appartenait à ce monde. Dans ces circonstances, son père se rendit auprès du Messager d’Allah et se plaignit de cette vie ascétique excessive. Le Messager — qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix — convoqua ʿAbdullah et lui ordonna d’obéir à son père. Il lui dit : « ʿAbdullah, jeûne, romps ton jeûne, accomplis la prière, repose-toi et acquitte-toi également des droits de ta femme et de ta famille. Telle est ma voie. Celui qui rejette ma voie ne fait pas partie de ma communauté. »

ʿAbdullah participa à toutes les guerres qui eurent lieu à l’époque du Messager d’Allah — qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix. En temps de guerre, il était généralement chargé de procurer les montures et d’assurer le transport du matériel. Un homme lui demanda un jour : « Abû Muhammad, là où nous vivons, le dirham et le dinar ne circulent pas. Notre principale richesse consiste en animaux domestiques et en bétail. Nous achetons et vendons des chameaux en échange de chèvres. Cela ne pose-t-il aucun problème ? » Il répondit : « Un jour, le Messager d’Allah — qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix — ordonna de constituer une troupe montée sur des chameaux. Je distribuai tous les chameaux que je possédais, un à un. Malgré cela, certains hommes restèrent sans monture. Je me rendis auprès du Messager d’Allah et lui dis : “Ô Messager d’Allah, après avoir distribué tous les chameaux que je possédais, il reste encore un groupe d’hommes.” Le Messager ordonna : “Achète quelques chameaux en promettant de donner, en aumône, deux ou trois chameaux en échange d’un seul.” Je rassemblai ainsi les chameaux nécessaires. » (ad-Dâraqutnî)

Il combattit avec un courage remarquable lors de la bataille de Yarmouk. Au cours de cette bataille, ʿAmr ibn al-ʿÂs lui remit l’étendard du commandement.

À Siffîn, ʿAmr ibn al-ʿÂs se trouvait du côté de Muʿâwiya. Il contraignit son fils ʿAbdullah à rejoindre l’armée de Muʿâwiya. En réalité, il éprouvait une profonde aversion pour cette guerre civile. C’est pourquoi, bien qu’il se fût joint au camp de Muʿâwiya — qu’Allah l’agrée —, il ne prit concrètement aucune part aux combats. À maintes reprises, il pressa son père de se tenir à l’écart de cette guerre suicidaire. (Tadhkirat al-huffâz)

ʿAmmâr ibn Yâsir — qu’Allah l’agrée — rejoignit le camp de ʿAlî — qu’Allah l’agrée — à Siffîn et mourut en martyr. Le martyre de ʿAmmâr lui rappela une parole du Messager d’Allah — qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix. Il demanda à son père, ʿAmr ibn al-ʿÂs — qu’Allah l’agrée : « N’avez-vous pas entendu le Messager d’Allah dire : “Malheur à Ibn Sumayya — c’est-à-dire ʿAmmâr —, un groupe rebelle le tuera” ? » En entendant cela, ʿAmr ibn al-ʿÂs regarda Muʿâwiya et lui dit : « N’entendez-vous pas ce que dit ʿAbdullah ? » Pour expliquer les paroles de ʿAbdullah, Muʿâwiya — qu’Allah l’agrée — répondit : « Il ne cesse d’apporter de nouveaux problèmes. Est-ce nous qui avons tué ʿAmmâr ? En réalité, la responsabilité de sa mort incombe à ceux qui l’ont fait sortir de chez lui et l’ont amené ici avec eux. » (Musnad Ahmad)

Deux hommes attaquèrent ʿAmmâr en même temps et le tuèrent. Ils se présentèrent auprès de Muʿâwiya en se disputant, chacun revendiquant seul le mérite de cet acte. Par hasard, ʿAbdullah — qu’Allah l’agrée — se trouvait là. Après avoir entendu leur querelle, il leur dit : « L’un de vous deux devrait accepter de bon cœur la revendication de son adversaire. Car j’ai entendu le Messager d’Allah — qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix — dire : “Un groupe rebelle tuera ʿAmmâr.” » Selon une autre version, il dit à Muʿâwiya : « Annoncez à l’assassin de ʿAmmâr la bonne nouvelle de l’Enfer. » En entendant cela, Muʿâwiya — qu’Allah l’agrée — dit à son père avec irritation : « ʿAmr, ne vas-tu pas éloigner de ma présence ce fils fou que tu as ? » Puis il demanda lui-même à ʿAbdullah : « S’il en est ainsi, pourquoi es-tu avec moi ? » ʿAbdullah répondit : « Parce que le Messager d’Allah — qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix — m’avait ordonné de rester fidèle à mon père aussi longtemps que je vivrais. »

Bien que ses mains n’eussent pas été souillées par cette guerre suicidaire de Siffîn, il passa le reste de sa vie accablé de remords pour y avoir pris part. Il disait souvent : « Hélas ! Si seulement j’étais mort dix ans auparavant ! » Parce qu’il avait pris le parti de Muʿâwiya et porté son étendard, il passa toute sa vie à se repentir et à demander pardon à Allah. (Al-Istîʿâb)

Rajjâʾ — qu’Allah l’agrée — rapporte : « Un jour, j’étais assis avec un groupe de personnes dans la mosquée du Prophète. ʿAbdullah ibn ʿAmr et Abû Saʿîd al-Khudrî étaient également présents. En voyant arriver l’imam Husayn — qu’Allah l’agrée —, ʿAbdullah s’exclama : “Voulez-vous que je vous dise quelque chose au sujet de cet homme ?” Les gens répondirent : “Pourquoi ne le ferions-nous pas ?” Il dit : “Depuis la bataille de Siffîn, je ne lui ai plus parlé. Pourtant, sa satisfaction m’est plus chère que tout ce que contient ce monde.” Abû Saʿîd al-Khudrî lui demanda : “Souhaitez-vous aller auprès de lui pour présenter votre défense ?” Il répondit : “Oui !” Le lendemain, Abû Saʿîd al-Khudrî — qu’Allah l’agrée — l’accompagna jusqu’à la demeure de Husayn — qu’Allah l’agrée. Celui-ci hésita d’abord à les recevoir, puis accepta sur l’insistance de ʿAbdullah — qu’Allah l’agrée. Expliquant les circonstances de sa participation à Siffîn, il dit : “Conformément à l’ordre du Messager d’Allah — qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix —, je n’ai pas dégainé mon épée, je n’ai blessé personne avec une lance et je n’ai pas non plus tiré une seule flèche.” » (Usd al-ghâba)

Par son savoir et son rang, Hazrat ‘Abdullah (qu’Allah l’agrée) occupait une place particulière parmi l’ensemble des Compagnons. Outre sa langue maternelle, l’arabe, il possédait une grande maîtrise de l’hébreu. Il avait étudié en profondeur la Torah et l’Évangile. Il raconte : « J’ai vu en rêve que je tenais du miel dans une main et de la graisse dans l’autre, et que je les mangeais en les léchant. » Je rapportai ce rêve au Messager d’Allah (paix et bénédictions d’Allah sur lui). Il dit : « Tu liras deux livres : la Torah et le Coran. » (Al-Isâba)

Hazrat ‘Abdullah ibn ‘Amr (qu’Allah l’agrée) avait recueilli une très grande partie des paroles prononcées par le Messager d’Allah (paix et bénédictions d’Allah sur lui). Il donna à son recueil le nom de « Sâdiqa ». Lorsqu’on lui posait une question et qu’il ne trouvait rien à ce sujet dans sa mémoire, il consultait Sâdiqa et répondait. (Musnad Ahmad) Ce recueil lui était extrêmement cher. Mujâhid raconte : « Un jour, je sortis un livre de dessous son lit et me mis à le regarder. Il me l’interdit. Je lui dis : “Vous ne m’interdisez pourtant rien d’habitude. Pourquoi le faites-vous aujourd’hui ?” Il répondit : “C’est le livre de la vérité, que j’ai recueilli seul en l’entendant du Messager d’Allah (paix et bénédictions d’Allah sur lui).” Il dit encore : “Si l’on me donnait ce livre, le noble Coran et le domaine de Wahâj, je n’aurais besoin de rien d’autre en ce monde.”

Le nombre de hadiths rapportés par Hazrat ‘Abdullah ibn ‘Amr s’élève à sept cents. Parmi eux, dix-sept sont rapportés conjointement par Al-Bukhari et Muslim, huit par Al-Bukhari seul et vingt par Muslim seul. (Tahdhîb)

Le cercle d’enseignement des hadiths de Hazrat ‘Abdullah (qu’Allah l’agrée) était très étendu. Des gens venaient de contrées lointaines assister à ses cours pour écouter les hadiths. De plus, partout où il se rendait, une grande foule d’ assoiffés de savoir se rassemblait autour de lui. Un cheikh nakhaï raconte : « Un jour, j’accomplissais la prière en assemblée dans la mosquée d’Ilia. Un homme vint se placer à côté de moi. Après la prière, les gens se rapprochèrent de lui de toutes parts et s’assirent autour de lui. En me renseignant, j’appris qu’il s’agissait de ‘Abdullah ibn ‘Amr ibn al-‘Âs. »

Hazrat ‘Abdullah aimait profondément ses élèves. Il éprouvait également un profond respect pour les savants de son époque. Un jour, on évoqua devant lui Hazrat ‘Abdullah ibn Mas‘ud (qu’Allah l’agrée). Il dit : « Vous venez d’évoquer un homme que j’aime depuis le jour où le Messager (paix et bénédictions d’Allah sur lui) a dit : “Apprenez le Coran auprès de quatre personnes”, et où il a cité en premier le nom de ‘Abdullah ibn Mas‘ud. »

Hazrat ‘Abdullah ibn ‘Amr (qu’Allah l’agrée) rapporta des hadiths d’un grand nombre de Compagnons, notamment de ‘Umar, Abû al-Dardâ’, Mu‘âdh, ‘Abd al-Rahmân ibn ‘Awf et de son père ‘Amr. Abû Nu‘aym dit : « Parmi les Compagnons, Ibn ‘Umar, Abû Umâma, al-Miswar, Sâ’ib ibn Yazîd et Abû al-Tufayl, ainsi qu’un grand nombre d’éminents tâbi‘ûn, rapportèrent des hadiths de lui. » (Al-Isâba)

‘Abdullah ibn ‘Amr était particulièrement célèbre pour sa piété, sa dévotion et l’abondance de ses actes d’adoration. Dans les récits historiques, on lui attribue des titres tels que celui d’homme de prière, de pénitent et de dévot. Son père, ‘Amr, était un maître en intelligence, en ruse et en stratégie ; lui, en revanche, était une figure éminente parmi les serviteurs dévoués, les ascètes et les hommes francs. Il consacra toute sa vie à l’adoration. À mesure que le Coran était révélé, il en mémorisait chaque partie. Lorsque sa révélation fut achevée, il devint lui aussi mémorisateur de l’intégralité du Coran. On le voyait toujours au premier rang sur le champ du jihâd. Mais lorsque le jihâd armé prenait fin, on le voyait à la mosquée, jeûnant le jour et adorant Allah la nuit. Il se consacrait à la récitation du Coran et du tasbîh, ainsi qu’au repentir et à la demande de pardon. En somme, lorsqu’il n’y avait pas d’appel au jihâd, il était plongé vingt-quatre heures sur vingt-quatre dans le jeûne, la prière et la récitation.

Par nature, il était porté vers la ruhbâniyya, c’est-à-dire l’ascétisme. Un jour, le Messager d’Allah (paix et bénédictions d’Allah sur lui) l’appela et lui dit : « ‘Abdullah, j’ai appris que tu avais décidé de passer toute ta vie à jeûner le jour et à adorer Allah la nuit. » Il répondit : « Oui, ô Messager d’Allah. » Le Prophète (paix et bénédictions d’Allah sur lui) dit : « Tu n’en as pas la force. Jeûne, mais romps aussi le jeûne ; prie, mais repose-toi également. Jeûne seulement trois jours par mois, car chaque bonne action reçoit une récompense décuplée. » Il demanda : « J’ai davantage de force que cela. » Le Messager d’Allah (paix et bénédictions d’Allah sur lui) dit : « Jeûne un jour et romps le jeûne pendant deux jours. » Il demanda de nouveau : « J’ai davantage de force que cela. » Le Messager d’Allah (paix et bénédictions d’Allah sur lui) dit : « Jeûne un jour et romps le jeûne un jour. Telle est la manière de jeûner de Hazrat Dâwûd (paix sur lui), et c’est la meilleure façon de jeûner. » Il demanda encore : « Je peux observer un jeûne meilleur que celui-ci. » Le Messager d’Allah (paix et bénédictions d’Allah sur lui) répondit : « Il n’y a pas de jeûne meilleur que celui-ci. » Une autre fois, le Messager d’Allah (paix et bénédictions d’Allah sur lui) se rendit chez lui et dit : « Ton corps a des droits sur toi, tes yeux ont des droits sur toi, et ta famille ainsi que tes amis ont des droits sur toi. »

Toute sa vie, il suivit la pratique de David (sur lui la paix) en matière de jeûne et passa la plus grande partie de ses nuits dans l’adoration. Il était si désireux de réciter le Coran qu’il l’achevait une fois tous les trois jours. Toutefois, à la fin de sa vie, cette adoration si abondante devint pénible pour lui. Il disait parfois avec regret : « Hélas ! Si seulement j’avais accepté la “rukhsah”, c’est-à-dire la permission de réduire les pratiques, que m’avait accordée le Messager d’Allah (sur lui la paix et les bénédictions). » (Al-Isâbah)

Voyant l’indifférence d’Abdullah envers ce monde, son père, ‘Amr ibn al-‘Âs, se plaignait souvent auprès du Messager d’Allah. Un jour, le Messager d’Allah (sur lui la paix et les bénédictions) prit les dents d’Abdullah et les plaça dans la main de son père, puis dit : « Fais ce que je te dis et obéis à ton père. » [Rijâlûn hawla ar-Rasûl (sur lui la paix et les bénédictions)] Abdullah obéit à son père toute sa vie. C’est donc sur l’ordre de son père qu’il se rendit à Siffîn aux côtés de Mu‘âwiyah.

Hazrat ‘Amr ibn al-‘Âs (qu’Allah l’agrée) reçut de l’héritage paternel de vastes biens ainsi que de nombreux esclaves et servantes. Le domaine de Tâ’if appelé « Wahâj », qu’il acquit, valait environ un million de dirhams. (Usd al-Ghâbah) Il y faisait cultiver les terres pour son compte. Un jour, un différend surgit au sujet de ce domaine avec ‘Ambasah ibn Sufyân. L’affaire était sur le point de dégénérer en effusion de sang entre les deux parties. Le frère d’Abdullah, Hazrat Khâlid ibn al-‘Âs, vint pour le raisonner. Celui-ci lui dit : « Celui qui est tué en protégeant ses biens est un martyr. Ne te souviens-tu pas de cette parole du Messager d’Allah (sur lui la paix et les bénédictions) ? » (Musnad Ahmad)

Les auteurs de la sîrah divergent quant à l’année et au lieu de la mort de Hazrat Abdullah (qu’Allah l’agrée). Les historiens ne sont pas non plus unanimes sur l’âge qu’il avait au moment de sa mort. Pour le lieu de son décès, on mentionne le Shâm, La Mecque, Tâ’if et l’Égypte ; quant à l’année, les années 65, 68 et 69 de l’hégire. Selon l’opinion la plus répandue, il mourut en l’an 65 de l’hégire, à l’âge de 72 ans, dans la ville de Fustât, en Égypte. À cette époque, une lutte acharnée opposait les armées de Marwân ibn al-Hakam et d’Abdullah ibn az-Zubayr ; il ne fut donc pas possible de transporter sa dépouille au cimetière public. Il fut enterré dans sa propre demeure. (Al-Isâbah, Tadhkirat al-Huffâz)

Miqdâd ibn ‘Amr (qu’Allah l’agrée)

Son nom était Miqdâd ; ses kunyas étaient Abû al-Aswad, Abû ‘Amr et Abû Sa‘îd. Son père s’appelait ‘Amr ibn Tha‘labah. La terre ancestrale de sa famille était Bahra. Ibn al-Kalbî rapporte que ‘Amr, le père de Miqdâd, ayant tué un homme de sa tribu, s’enfuit au Hadramaout par crainte du qisâs, c’est-à-dire des représailles, et conclut une alliance avec les Kinda. C’est pourquoi on le surnomma « al-Kindî ». Il épousa une femme du Hadramaout, et c’est d’elle que naquit Miqdâd. Celui-ci grandit donc au Hadramaout. Là, il se querella avec un homme nommé Abû Shammâr ibn Hajar al-Kindî et lui trancha une jambe d’un coup d’épée. Il s’enfuit ensuite à La Mecque. Il y vécut après avoir conclu un pacte d’alliance avec al-Aswad ibn ‘Abd Yaghûth. Leur relation devint si chaleureuse et étroite qu’al-Aswad adopta Miqdâd comme fils. Celui-ci fut ainsi connu sous le nom de Miqdâd ibn al-Aswad, c’est-à-dire Miqdâd, fils d’al-Aswad. Puis, lorsque fut révélé le verset du Noble Coran : « Appelez-les du nom de leurs pères » — « Wad‘ûhum li-âbâ’ihim » —, il abandonna le nom d’al-Aswad et adopta celui de Miqdâd ibn ‘Amr, c’est-à-dire Miqdâd, fils de ‘Amr. C’est pourquoi les ouvrages historiques le mentionnent tantôt comme Miqdâd ibn ‘Amr, tantôt comme Miqdâd ibn al-Aswad. (Al-Isâbah, Usd al-Ghâbah)

Peu après que Miqdâd eut trouvé refuge à La Mecque, la voix de l’unicité divine parvint à ses oreilles. La prédication et la transmission du message du noble Messager d’Allah lui firent découvrir l’islam. C’était l’époque où les ennemis acharnés de l’islam infligeaient aux musulmans des persécutions bestiales. Par crainte de ces persécutions, beaucoup dissimulaient alors leur conversion à l’islam. Mais après avoir embrassé l’islam, Miqdâd ne jugea pas convenable de cacher la vérité. Il fut l’un des sept premiers hommes à proclamer publiquement leur foi au moment de cette terrible persécution. Les six autres étaient le Messager d’Allah (sur lui la paix et les bénédictions), Abû Bakr, ‘Ammâr, sa mère Sumayyah, Suhayb et Bilâl (qu’Allah les agrée). (Hayât as-Sahâbah, 1/218)

Il épousa Dubâ‘ah, fille de az-Zubayr ibn ‘Abd al-Muttalib, cousine du Messager d’Allah (sur lui la paix et les bénédictions). Il est rapporté qu’un jour, alors qu’il était assis avec ‘Abd ar-Rahmân ibn ‘Awf, celui-ci lui demanda soudain : « Miqdâd, pourquoi ne te maries-tu pas ? » Miqdâd répondit aussitôt avec simplicité : « Donne-moi donc ta fille en mariage. » ‘Abd ar-Rahmân se sentit offensé par ces paroles. Il entra dans une vive colère et insulta longuement Miqdâd. Miqdâd se rendit auprès du Messager d’Allah (sur lui la paix et les bénédictions) et se plaignit de ‘Abd ar-Rahmân. Le Messager lui dit : « C’est moi qui te marierai. » Il maria ensuite Miqdâd à sa cousine Dubâ‘ah. (Al-Isâbah)

Après avoir proclamé publiquement son adhésion à l’islam, le malheur s’abattit sur Miqdad. Avec l’autorisation du Messager d’Allah (paix et salut sur lui), il émigra en Abyssinie. Après y être resté quelque temps, il revint à La Mecque. À cette époque, les départs vers Médine se multipliaient. En raison de certaines difficultés particulières, il ne put émigrer à Médine. Même après l’émigration du Messager d’Allah à Médine, il resta à La Mecque. Lorsqu’un affrontement temporaire eut lieu entre La Mecque et Médine, lui et Utba ibn Ghazwan partirent vers Médine en tant que membres d’une unité d’éclaireurs avancés des Quraysh. Le chef de cette troupe était Ikrima ibn Abi Jahl. En chemin, ils eurent un bref affrontement avec un groupe de moudjahidines médinois. Le chef, ou émir, de ce groupe de moudjahidines musulmans était le vénérable Ubayda ibn al-Harith (qu’Allah l’agrée). Profitant de l’occasion, Miqdad et Utba ibn Ghazwan rejoignirent alors le groupe des moudjahidines musulmans et arrivèrent à Médine avec eux. À Médine, ils furent les hôtes du vénérable Kulthum ibn Hidam. (Usud al-Ghaba) À Médine, lorsqu’il exprima, à la demande du vénérable Ubayy ibn Ka‘b (qu’Allah l’agrée), le désir de s’établir chez les Banû Adîla — selon une autre version, les Banû Jâdila —, le Messager (paix et salut sur lui) lui fit don d’un terrain dans cette région.

La deuxième année de l’Hégire vit commencer le premier affrontement militaire direct entre le polythéisme et le tawhid. Cette même année, l’armée qurayshite arriva dans la plaine de Badr. Pour les compagnons du Messager d’Allah (paix et salut sur lui), c’était la première épreuve. Le Messager (paix et salut sur lui) voulut éprouver leur foi en leur demandant conseil à ce sujet. Des compagnons tels que le vénérable Siddiq al-Akbar et le vénérable Faruq al-A‘zam prononcèrent des discours et exprimèrent leur volonté de donner un rare exemple de sacrifice et d’abnégation. Le vénérable Miqdad était également présent à cette assemblée. Il prononça un discours empreint d’émotion. Dans ce discours, il rassura le Messager (paix et salut sur lui) en ces termes : « Ô Messager d’Allah, avancez pour mettre en œuvre l’ordre qu’Allah vous a donné. Nous sommes avec vous. Par Allah, les enfants d’Israël dirent à leur prophète Moïse : “Va, toi et ton Seigneur, combattre tous les deux, et nous resterons assis ici” ; nous ne vous dirons pas une chose semblable. Nous vous dirons plutôt : “Allez, vous et votre Seigneur, combattre ces gens, et nous combattrons avec vous contre eux.” Par Celui qui vous a envoyé avec la vérité, si vous nous conduisez jusqu’à Bark al-Ghimad, nous irons avec vous et nous combattrons votre ennemi. Nous combattrons de tous côtés : à votre droite, à votre gauche, devant vous et derrière vous, jusqu’à ce qu’Allah vous accorde la victoire. » (Rijal hawla ar-Rasul) En entendant ce discours passionné, le visage béni du Messager d’Allah (paix et salut sur lui) s’illumina de joie.

La bataille de Badr commença. Parmi les moudjahidines musulmans, seuls trois étaient montés à cheval : Miqdad ibn Amr, Murthid ibn Abi Murthid et Zubayr ibn al-Awwam. Tous les autres étaient fantassins ou montés sur des chameaux. Toutefois, selon plusieurs récits, Miqdad fut le seul moudjahid à cheval lors de cette bataille. C’est pourquoi il est dit : « Miqdad fut le premier à faire courir son cheval dans le sentier d’Allah. »

En plus de Badr, il participa à toutes les batailles importantes, notamment à Uhud et à al-Khandaq, et y fit preuve d’une bravoure exceptionnelle. La vingtième année de l’Hégire, le vénérable Amr ibn al-As mena la conquête de l’Égypte. Il demanda à la capitale, Médine, de lui envoyer des renforts militaires supplémentaires. Le calife Umar (qu’Allah l’agrée) lui envoya dix mille soldats et quatre officiers. Miqdad ibn Amr était l’un de ces quatre hommes. Dans une lettre, le calife écrivit à Amr ibn al-As : « Chacun de ces quatre hommes équivaut à dix mille soldats de l’ennemi. » Après l’arrivée de ces soldats, le drapeau de l’islam flotta sur toute l’Égypte en très peu de temps.

Les polythéistes de La Mecque tuèrent le vénérable Khubayb (qu’Allah l’agrée) en le crucifiant. Le Messager d’Allah (paix et salut sur lui) envoya Zubayr et Miqdad décrocher de nuit le corps de Khubayb de la croix. Après l’avoir décroché et placé sur le dos d’un cheval, ils se mirent en route. Les Quraysh s’en aperçurent et les poursuivirent. (Hayat as-Sahaba)

Le ventre du vénérable Miqdad était très volumineux. C’est pourquoi, dans sa vieillesse, il souffrit énormément. Afin de soulager ses douleurs, un de ses esclaves romains lui pratiqua une opération au ventre, mais celle-ci échoua. Dans cet état, il quitta ce monde en l’an 33 de l’Hégire, à Juruf, un endroit situé à trois miles de Médine. Le Commandeur des croyants, le vénérable Uthman (qu’Allah l’agrée), dirigea la prière funéraire. Il fut enterré dans le cimetière al-Baqi‘ de Médine. Il avait environ soixante-dix ans au moment de sa mort.

Les plus nobles qualités morales s’étaient développées chez le vénérable Miqdad. La sincérité et l’émotion loyale dont il fit preuve lors de la bataille de Badr suscitèrent l’envie de toute la communauté des compagnons. Le vénérable Abdallah ibn Umar (qu’Allah l’agrée) disait : « Hélas ! Si seulement j’avais été alors en âge de participer à la bataille de Badr et que les paroles de Miqdad fussent sorties de ma bouche ! » Le vénérable Abdallah ibn Masud disait : « J’étais avec Miqdad lors de la bataille de Badr. Le fait d’avoir été avec lui dans cette bataille m’est si cher que, comparé à cela, tout ce que possède ce monde est absolument sans valeur. » L’extrême pauvreté et le dénuement des débuts de l’islam l’avaient rendu très patient et réaliste. Il dit : « Lorsque j’arrivai à Médine après avoir émigré, je n’avais aucune situation stable pour me loger ni pour me nourrir. La faim m’avait réduit à l’agonie. Finalement, le Messager d’Allah (paix et salut sur lui) m’installa, avec deux de mes compagnons, dans la maison de son hôte, Kulthum ibn Hidam. À cette époque, le Messager d’Allah (paix et salut sur lui) ne possédait que quatre chèvres. Nous, si nombreux, vivions en buvant uniquement le lait de ces chèvres. Une nuit, le Messager d’Allah (paix et salut sur lui) sortit quelque part. Il tarda à revenir. Je pensai qu’un Ansari l’avait peut-être invité et qu’il ne rentrerait qu’après avoir mangé. Dès que cette idée me vint à l’esprit, je me levai et bus d’une seule gorgée le peu de lait qui avait été réservé au Messager d’Allah (paix et salut sur lui). Mais l’instant d’après, je pris conscience que, si mon hypothèse était fausse, je serais terriblement embarrassé. Alors que j’étais plongé dans cette hésitation, le Messager (paix et salut sur lui) revint et se dirigea directement vers l’endroit où l’on gardait le lait. Il vit que le bol était vide. Je fus accablé de honte et de remords pour mon erreur. Lorsque, notamment, il leva la main pour dire quelque chose, ma peur ne connut plus de limites. Je pensai que, sous l’effet de l’invocation contre moi du Messager d’Allah (paix et salut sur lui), ma vie présente et ma vie future allaient être ruinées. Mais je l’entendis dire : “Ô Allah, nourris celui qui m’a nourri et abreuve celui qui m’a abreuvé.” En entendant cette invocation, je repris courage. Je me levai et allai auprès des chèvres, dans l’espoir de trouver un peu de lait dans les mamelles de l’une d’elles. Mais, par l’infinie puissance d’Allah, chaque fois que je touchais la mamelle d’une chèvre, je la trouvais pleine de lait. Après avoir tiré une grande quantité de lait, je le présentai au Messager d’Allah (paix et salut sur lui). Il demanda : “Avez-vous tous bu ?” Je répondis : “Ô Messager d’Allah, buvez d’abord, puis je vous raconterai tout.” Le Messager (paix et salut sur lui) but à satiété. En me rappelant mon erreur et mes remords précédents, j’éclatai soudain de rire. Il demanda : “Abu al-Aswad, pourquoi ris-tu ?” Je lui racontai toute l’affaire. Après avoir tout entendu, il dit : “C’était une miséricorde d’Allah. Pourquoi n’as-tu pas réveillé tes deux compagnons ? Ils auraient eux aussi bénéficié de cette grâce.” »

Hazrat Miqdad était extrêmement perspicace et intelligent. Sa perspicacité et son intelligence se manifestaient dans de nombreuses circonstances et situations. L’un de ses compagnons a rapporté qu’un jour, nous étions assis auprès de Miqdad. Sur ces entrefaites, un tâbi‘î lui dit : « Que vos deux yeux, honorés d’avoir vu le Messager d’Allah (s.a.), sont donc privilégiés ! Par Allah, je désire ardemment voir tout ce que vous avez vu et être présent dans les scènes et les événements auxquels vous avez assisté. » En entendant cela, Miqdad se mit dans une grande colère contre cet homme. Les gens lui dirent : « Pourquoi vous emporter ainsi ? » Il répondit : « Il est vain de désirer le passé en abandonnant le présent. Car il ignore quel aurait été son rôle s’il avait vécu à cette époque. Par Allah, nombreux sont les contemporains du Messager d’Allah qui, pour n’avoir pas cru, ont trouvé leur demeure en Enfer. Sait-il à quel groupe il aurait appartenu ? Ne devrait-il donc pas remercier Allah de l’avoir préservé d’un tel malheur et de l’avoir rendu croyant en Allah et en Son Messager (s.a.) ? »

Un jour, le Messager d’Allah (s.a.) le nomma chef d’un groupe. À son retour, le Messager (s.a.) lui demanda : « Que t’a semblé le commandement, ou le fait de diriger ? » En réponse, il dit une grande vérité : « J’ai eu le sentiment d’être au-dessus de tous et que les autres étaient au-dessous de moi. Par Celui qui vous a envoyé avec la vérité, je le jure : jamais plus, à partir d’aujourd’hui, je ne commanderai deux personnes. » Il ne chercha ni à dissimuler sa faiblesse ni à cacher la vérité. Il répétait constamment ce hadith du Messager d’Allah : « Celui qui échappe à la fitna est véritablement fortuné. »

Il aimait le Messager d’Allah (s.a.) plus que sa propre vie. Il ressentait au plus haut point la responsabilité de protéger et de préserver le Messager d’Allah (s.a.). Dès qu’un quelconque tumulte se produisait à Médine, on le voyait, armé et monté à cheval, à la porte de la demeure du Messager d’Allah (s.a.). Il était également extrêmement rigoureux dans l’application exacte des prescriptions de l’islam. De même qu’il se montrait vigilant à l’égard des ennemis déclarés de l’islam, il était très attentif à la moindre négligence et à la moindre erreur de ses propres amis concernant l’islam. Un jour, il partit en expédition avec une petite troupe. L’armée ennemie les encercla. Le chef de la troupe donna l’ordre qu’aucun membre du groupe ne laisse ce jour-là sa monture pour la chevaucher. Mais un moudjahid n’en fut pas informé et agit contrairement à l’ordre du chef. Pour cela, il reçut de ce dernier une punition plus sévère que celle qu’il méritait. Le moudjahid pleurait lorsque Miqdad passa près de lui. Il l’interrogea et s’informa de l’affaire. Puis il le prit par la main droite, l’amena auprès du chef et, discutant avec celui-ci, le contraignit à reconnaître son erreur. Il lui dit : « Libérez-vous de toute responsabilité en donnant à cet homme la possibilité d’exercer le qisas. » Le chef accepta entièrement les paroles de Miqdad. Toutefois, l’homme pardonna au chef. Ainsi, il assumait constamment le rôle d’un gardien vigilant pour préserver l’honneur et la dignité de la religion. Il disait presque toujours : « Allah m’a ordonné de t’aimer et m’a également informé qu’Il t’aime. » C’est ainsi qu’il fut honoré de recevoir l’amour d’Allah et de Son Messager.

Le Messager d’Allah (s.a.) a dit : « Chaque prophète a reçu sept compagnons fidèles et vizirs. Quant à moi, j’en ai reçu quatorze. Ce sont : Hamza, Ja‘far, Abou Bakr, Omar, Ali, Hasan, Husayn, Abdallah ibn Mas‘ud, Salman, Ammar, Hudhayfa, Abou Ja‘far, Miqdad et Bilal. »

Il n’aimait nullement la flatterie ni les louanges. Un jour, alors qu’il se trouvait dans l’assemblée de Hazrat Othman (r.a.), quelques personnes se mirent à le complimenter en sa présence. Il en fut si irrité qu’il leur jeta de la terre au visage. Hazrat Othman (r.a.) s’écria : « Miqdad, que se passe-t-il ? » Il répondit : « Le Messager d’Allah nous a ordonné : “Jetez de la terre au visage de celui qui fait des louanges.” »

Le commerce était sa profession principale. En outre, le Messager d’Allah (s.a.) lui avait donné des terres dans la région de Khaybar. Plus tard, Hazrat Mu‘awiya (r.a.) les acheta aux héritiers de Miqdad pour cent mille dirhams.

Dubaya, l’épouse de Hazrat Miqdad, rapporte qu’un jour Miqdad se rendit dans un endroit isolé d’al-Baqi‘ pour se soulager. Alors qu’il accomplissait son besoin, il vit une souris sortir un dinar de son terrier. Ainsi, la souris en sortit au total dix-sept. Il les ramassa, les apporta au Messager d’Allah (s.a.) et lui raconta toute l’affaire. Le Messager (s.a.) lui demanda s’il avait introduit la main dans le terrier. Lorsqu’il répondit que non, qu’il n’y avait pas introduit la main, le Messager (s.a.) dit : « Qu’Allah bénisse ce bien qui est le tien. Tu n’as pas de zakat à payer sur ce bien. » (Hayat-us-Sahaba, 3/645)

Hazrat Miqdad (r.a.) a rapporté plusieurs hadiths du Messager d’Allah (s.a.), et Ali, Anas, Ubaydullah ibn Adi, Hammam ibn al-Harith, Abd ar-Rahman ibn Abi Layla ainsi que d’autres compagnons ont rapporté des hadiths de lui.

ʿAmr ibn al-ʿÂs (qu’Allah l’agrée)

Son nom était ʿAmr, et ses kunyas étaient Abû ʿAbd Allâh et Abû Muhammad. Son père s’appelait al-ʿÂs et sa mère Nâbigha. Par l’intermédiaire de son ancêtre Kaʿb ibn Luʾayy, sa lignée rejoint celle du Messager d’Allah (paix et bénédiction d’Allah sur lui).

Dès l’époque antéislamique, le clan de ʿAmr ibn al-ʿÂs, les Banû Sahm, était réputé comme un clan noble. La responsabilité d’arbitrer et de régler les querelles et les différends des Quraysh était confiée à ce clan. On ne dispose d’aucune information particulière sur sa naissance et son enfance. Jusqu’à sa conversion à l’islam, il fut un ennemi acharné de l’islam. En s’alignant sur les chefs qurayshites, il manifesta un grand zèle pour s’opposer à l’islam et aux musulmans.

Il est rapporté qu’il fut l’un des trois principaux hommes parmi les Quraysh, ennemis jurés du Messager d’Allah (paix et bénédiction d’Allah sur lui). Le Messager d’Allah (paix et bénédiction d’Allah sur lui) invoquait Allah contre eux, et Allah révéla en réponse ce verset : « Laysa laka mina al-amri shayʾun, aw yatûba ʿalayhim aw yuʿadhdhibahum, fa-innahum zâlimûn. » (Âl ʿImrân, 3:128) — « Tu n’as aucune part dans la décision. Allah peut leur pardonner ou les châtier, car ils sont injustes et tyranniques. » Le Messager d’Allah comprit qu’il lui était interdit de les maudire. Il s’en remit donc à Allah. L’un de ces trois hommes devint par la suite le grand commandant des armées de l’islam, l’un des plus grands diplomates rusés d’Arabie et le libérateur des habitants d’Égypte : ʿAmr ibn al-ʿÂs (qu’Allah l’agrée). (Rijâlûn hawla ar-Rasûl, p. 614)

ʿAmr ibn al-ʿÂs fut le membre le plus enthousiaste du premier groupe de musulmans qui se rendit en Abyssinie. Il s’entretint avec le roi d’Abyssinie et diverses personnes de sa cour, et déploya tous les efforts possibles pour les convaincre d’expulser les musulmans d’Abyssinie. À la cour du souverain, il prononça même un discours enflammé, accusant les musulmans d’apostasie. Mais toutes ses tentatives échouèrent.

Lors de la bataille de la Tranchée, presque toutes les tribus de la péninsule Arabique s’allièrent aux Quraysh et se présentèrent aux abords de Médine pour anéantir les musulmans. Là encore, ʿAmr était l’un des principaux chefs du camp qurayshite. Après la bataille de la Tranchée, quelque chose se produisit, on ne sait quoi. Même chez cet ennemi si fanatique de l’islam, un changement s’opéra. Il se mit à réfléchir à l’appel et au message de l’islam. Il raconta lui-même : « À la suite de ces réflexions, l’essentiel de l’islam commença peu à peu à devenir clair pour moi. Progressivement, je commençai à m’éloigner de l’opposition aux musulmans. Les chefs qurayshites s’en aperçurent et m’envoyèrent quelqu’un. Il se mit à discuter avec moi. Je lui demandai : “Dis-moi, qui est dans le vrai : nous, ou les Perses et les Romains ?” Il répondit : “Nous.” Je demandai : “Qui possède le bien-être, les richesses et la prospérité : eux ou nous ?” Il répondit : “Eux.” Je lui dis : “S’il n’y a aucune autre vie après celle-ci, à quoi nous servira notre vie fondée sur la vérité ? Ici-bas déjà, nous sommes dans une situation misérable par rapport à ceux qui suivent le mensonge, et dans l’au-delà nous n’avons aucune chance d’obtenir une récompense. C’est pourquoi l’enseignement de Muhammad (paix et bénédiction d’Allah sur lui) — selon lequel il y aura un autre monde après la mort, où chacun recevra la rétribution de ses actes — me paraît parfaitement juste et acceptable.” » Après la bataille de la Tranchée, il acquit la pleine conviction du succès du Messager d’Allah (paix et bénédiction d’Allah sur lui). Il comprit que l’islam était apparu pour triompher. Cette conviction l’encouragea à embrasser l’islam.

Il raconte : « De retour à La Mecque après la bataille de la Tranchée, j’appelai mes proches et amis les plus intimes et leur dis : “Sachez que la parole de Muhammad triomphera de toutes les autres paroles ; il n’y a là aucun doute. J’ai une opinion mûrement réfléchie et je voudrais savoir comment vous considérez cette question.” Il leur dit : “Venez, allons nous installer auprès du Négus. Si Muhammad triomphe de nous, nous resterons auprès du Négus. Et si notre peuple l’emporte, nous serons alors la nation la plus éminente ; dans ce cas, le Négus nous traitera certainement bien.” Tous acceptèrent mon avis. Nous discutâmes ensuite du cadeau que nous pourrions apporter au Négus. La chose la plus précieuse que nous puissions offrir était le cuir de notre région. Nous prîmes donc plusieurs peaux et arrivâmes en Abyssinie. »

Alors que nous nous rendions à la cour du Négus, ʿAmr ibn Umayya ad-Damrî y arriva également. Le Messager d’Allah (paix et bénédiction d’Allah sur lui) l’avait envoyé de Médine auprès de Jaʿfar ibn Abî Tâlib pour une affaire particulière. Jaʿfar ibn Abî Tâlib se trouvait encore en Abyssinie. Peu après, ʿAmr sortit de la cour du Négus. Nous décidâmes de demander au Négus de nous livrer ʿAmr. S’il acceptait notre requête et nous le remettait, nous le tuerions. Ainsi, les Quraysh comprendraient que nous avions vengé le meurtre de l’envoyé de Muhammad. Après avoir pris cette décision, je me présentai à la cour du Négus. Conformément à l’usage, je le saluai avec déférence et déposai devant lui nos présents. Ces cadeaux lui plurent beaucoup.

Je déclarai alors : « L’homme qui vient de sortir de votre cour est l’émissaire de notre plus grand ennemi. Si vous nous le livrez, nous le tuerons. » À ma requête, le Négus entra dans une violente colère. Voyant que la situation se dégradait, je dis humblement : « Si j’avais su que ma demande vous irriterait à ce point, je ne vous l’aurais pas présentée. » Le Négus dit : « Veux-tu que je vous livre, pour que vous le tuiez, l’émissaire de celui auprès duquel est venu le “Nâmûs al-Akbar”, celui qui était également venu auprès de Moïse — sur lui la paix ? » Je demandai : « Est-il réellement un tel homme ? » Il répondit : « Ô Amr, votre situation est vraiment affligeante. Écoute-moi : obéissez-lui. Par Allah, il est véritablement dans la vérité. Il triomphera de ses adversaires, comme Moïse triompha de Pharaon et de ses troupes. » Je dis : « Alors prêtez-moi serment d’allégeance en sa faveur. » Il me tendit la main, et je lui prêtai serment d’allégeance à l’islam. Je retournai auprès de mes compagnons ; mais une révolution s’était alors produite dans ma manière de penser. Je ne leur en révélai rien.

Je partis d’Abyssinie afin de prêter serment d’allégeance au Messager d’Allah — paix et bénédiction d’Allah sur lui. En chemin, je rencontrai Khalid ibn al-Walid. Lui aussi se dirigeait de La Mecque vers Médine. Je lui demandai : « Ô Abû Sulaymân, où allez-vous ? » Il répondit : « Par Allah, je vais affronter une épreuve terrible. Je suis convaincu que cet homme est un prophète. Il faut maintenant embrasser l’islam très rapidement. Combien de temps encore cette hésitation et ce doute vont-ils durer ? » Je lui dis : « Je me rends moi aussi là-bas dans ce but. » Nous nous présentâmes ensuite ensemble auprès du Messager d’Allah — paix et bénédiction d’Allah sur lui. Dès qu’il nous vit tous les deux, son visage s’illumina. Il dit à ses Compagnons : « La Mecque vous a lancé ses parties les plus acérées ou les plus précieuses, comme elle aurait jeté vers vous les morceaux les plus chers de son cœur. » (Rijâl hawla ar-Rasûl)

Khalid ibn al-Walid prêta d’abord serment d’allégeance au Messager d’Allah — paix et bénédiction d’Allah sur lui. Puis je m’approchai un peu et dis : « Ô Messager d’Allah, moi aussi je veux prêter serment d’allégeance. Toutefois, il faut que tous mes péchés antérieurs me soient pardonnés. » Il répondit : « Amr, prête serment d’allégeance. L’islam efface tous les péchés antérieurs, et l’émigration efface également toutes les fautes antérieures. » Je prêtai serment d’allégeance au Messager d’Allah, puis je repartis. Cet événement eut lieu au début de la septième année de l’Hégire, six mois avant la conquête de Khaybar. (Sîrat Ibn Hishâm, vol. 2, p. 276-278 ; al-Fath ar-Rabbânî, vol. 22 ; Musnad de l’imam Ahmad ; Hayât as-Sahâba, 1/157-160)

Après avoir embrassé l’islam, il retourna à La Mecque. Après y avoir séjourné quelque temps, il émigra de nouveau à Médine. Amr ibn al-As fut un extrémiste aussi bien dans l’islam que dans la mécréance. Auparavant, il était résolu à extirper l’islam ; après l’avoir embrassé, il le fut tout autant à l’égard de la mécréance et du polythéisme. Il dit : « Lorsque j’étais mécréant, j’étais le plus grand ennemi du Messager d’Allah — paix et bénédiction d’Allah sur lui. Si j’étais mort alors, l’Enfer aurait été ma demeure. Mais après être devenu musulman, le Messager d’Allah — paix et bénédiction d’Allah sur lui — ne pouvait jamais disparaître de mes yeux. » Après sa conversion à l’islam, il participa encore à plusieurs batailles ; toutefois, on ne dispose guère de détails sur sa participation. L’histoire rapporte néanmoins que plusieurs petites expéditions furent menées sous son commandement.

Ibn Sa‘d rapporte qu’après la conquête de La Mecque, certains membres des Banû Qudâ‘a se regroupèrent et projetèrent d’attaquer les musulmans. Le Messager — paix et bénédiction d’Allah sur lui — envoya contre eux une troupe de trois cents combattants, commandée par Abû ‘Ubayda. Le Messager — paix et bénédiction d’Allah sur lui — envoya également de Médine, pour lui venir en aide, une troupe de deux cents combattants, commandée par Abû ‘Ubayda. Des Compagnons éminents tels qu’Abû Bakr et ‘Umar en faisaient partie. Tous menèrent l’expédition sous le commandement de Amr ibn al-As et vainquirent les ennemis. Cette expédition est connue dans l’histoire sous le nom de Ghazwat Dhât as-Salâsil.

La plupart des tribus de la péninsule Arabique embrassèrent l’islam après la conquête de La Mecque. Certaines, bien qu’ayant accepté l’islam, ne parvenaient pas à se débarrasser des superstitions entretenues depuis des générations. Elles craignaient de démolir les idoles et les centres du culte des idoles. C’est pourquoi le Messager — paix et bénédiction d’Allah sur lui — envoya plusieurs troupes dans différentes directions afin de détruire ces idoles, pour arracher des cœurs des nouveaux musulmans tout attachement aux centres de l’idolâtrie. L’un de ces centres s’appelait Suwâ‘. Lorsque cette troupe approcha du centre, les habitants, ayant appris son objectif, dirent : « Vous ne pourrez pas détruire ce centre. Il se défendra lui-même. » Amr dit : « Êtes-vous encore plongés dans de telles croyances erronées et de telles superstitions ? Celui qui ne peut ni voir ni entendre, comment pourrait-il se défendre ? » Il détruisit ensuite entièrement le centre. À cette vue, la foi de la population locale se raffermit.

Après la conquête de La Mecque, le Messager — paix et bénédiction d’Allah sur lui — porta cette lettre, par laquelle il appelait à l’islam, aux rois et souverains des régions voisines de la péninsule Arabique. Le souverain d’Oman embrassa l’islam après avoir reçu la lettre. Le Messager — paix et bénédiction d’Allah sur lui — nomma Amr gouverneur d’Oman. Amr demeura à Oman jusqu’au décès du Messager d’Allah. (Futûh al-Buldân)

Après qu’Abû Bakr — qu’Allah l’agrée — fut devenu calife, la fitna et la rébellion des faux prophètes et de ceux qui refusaient de payer la zakât prirent de l’ampleur dans la péninsule Arabique. Amr ibn al-As se trouvait alors à Oman. Sur ordre du calife, il quitta Oman et se dirigea vers Bahreïn. En chemin, il fut l’hôte de Qurrâ, chef des Banû Amr. Qurrâ lui témoigna une grande considération. Au moment de prendre congé, il dit à Amr : « Si la zakât est prélevée, les Arabes n’accepteront l’autorité ou le commandement de personne. Si le prélèvement de la zakât est suspendu, ils resteront obéissants et soumis. C’est pourquoi il faut abolir la zakât. »

ʿAmr dit : « Qurrah, as-tu renié l’islam ? Tu essaies de me faire peur avec les Arabes ? Par Allah, je piétinerai de tels gens sous les sabots de mes chevaux. » Plus tard, Qurrah fut fait prisonnier avec d’autres rebelles et conduit à Médine, où ʿAmr le libéra. Lorsqu’il arriva à Médine depuis Oman, le calife Abû Bakr (qu’Allah l’agrée) l’envoya réprimer la rébellion des Banû Qudâʿah. Grâce à ses efforts, les Banû Qudâʿah revinrent à l’islam. Une fois la rébellion réprimée, il retourna à Oman.

Au cours de l’an 13 de l’Hégire, le calife Abû Bakr (qu’Allah l’agrée) envoya plusieurs armées dans différentes régions de Syrie. Il écrivit à ʿAmr : « Le Messager d’Allah (paix et bénédictions d’Allah sur lui) t’avait nommé gouverneur d’Oman ; c’est pourquoi je t’y avais envoyé une seconde fois. À présent, je veux te confier une responsabilité qui sera bénéfique pour toi dans ce monde et dans l’au-delà. » ʿAmr répondit : « Je ne suis qu’une flèche d’Allah, et vous êtes un archer habile. Vous avez le droit de lancer cette flèche dans la direction qui vous plaît. » Le calife le retira d’Oman et le nomma à la tête du secteur de Palestine.

Les armées musulmanes lancèrent leur offensive contre la Syrie de toutes parts. L’empereur romain envoya plusieurs armées pour affronter les forces musulmanes. Les différentes armées romaines finirent par se rassembler à Ajnâdayn. ʿAmr ibn al-ʿÂs avança de Palestine vers Ajnâdayn. Entre-temps, Khâlid ibn al-Walîd et Abû ʿUbayda, après avoir achevé la campagne de Bosra, arrivèrent à Ajnâdayn pour aider ʿAmr. Au cours de l’an 13 de l’Hégire, une violente bataille opposa à Ajnâdayn les armées musulmane et romaine. Le commandant romain fut tué et ses troupes subirent une défaite écrasante. À Ajnâdayn, le commandant romain envoya un espion arabe recueillir des informations sur l’armée musulmane. Après avoir parcouru le camp musulman et observé ses soldats, l’espion revint, et le commandant romain lui demanda : « Quelles nouvelles rapportes-tu ? » Il révéla la vérité : « Ces gens passent la nuit à adorer Allah et, le jour, montent à cheval sur le champ de bataille. Même si leur prince commet une faute, la loi de la sharîʿa lui est appliquée. » En entendant cela, le commandant déclara : « S’ils possèdent réellement de telles qualités, être enterré sous terre vaut mieux que de les combattre. »

ʿAmr participa également à la campagne de Damas avec ses deux compagnons, Khâlid et Abû ʿUbayda, et fut chargé d’assiéger la porte de Tûmâ à Damas. Après Damas, la campagne de Fahl fut menée. Là encore, il dirigea avec succès une partie de l’armée musulmane.

Sous les attaques incessantes de l’armée musulmane, les forces romaines continuèrent de subir de lourdes défaites. Finalement, sur l’ordre de l’empereur romain, les troupes romaines désorganisées se réorganisèrent, formant une immense armée de deux cent mille hommes, et se rassemblèrent à Yarmûk afin d’opposer une résistance décisive à l’armée musulmane. Sous le commandement de Khâlid, de ʿAmr et de Shurahbîl ibn Hasanah, l’armée musulmane arriva elle aussi à Yarmûk. Toutefois, les soldats romains étaient quatre fois plus nombreux que l’ensemble des forces musulmanes. Au cours de cette bataille sanglante de Yarmûk, ʿAmr ibn al-ʿÂs combattit avec une bravoure et un courage extraordinaires. L’armée romaine subit une défaite écrasante. L’étendard de l’islam fut hissé dans toute la Syrie.

Avant Yarmûk, ʿAmr ibn al-ʿÂs avait déjà achevé la conquête de certaines régions de Palestine. Après Yarmûk, il se concentra sur la campagne contre la plus grande ville de Palestine, Îliyâ, ou Bayt al-Maqdis. Il assiégea Bayt al-Maqdis. Abû ʿUbayda lui apporta également son soutien. Il conquit Bayt al-Maqdis sans effusion de sang. À la demande des habitants d’Îliyâ, le calife ʿUmar (qu’Allah l’agrée) se rendit de Médine à Bayt al-Maqdis et conclut avec eux un traité historique. Ainsi, pour la première fois, cette glorieuse cité passa sous l’autorité des musulmans.

L’année même de la conquête de Bayt al-Maqdis, une épidémie de peste se déclara dans toute la Syrie, en Irak et en Égypte. Des milliers de personnes en furent victimes. ʿAmr ibn al-ʿÂs conseilla au commandant Abû ʿUbayda de retirer les soldats de Syrie et de les envoyer dans un lieu sûr. Mais Abû ʿUbayda, profondément convaincu du destin fixé par Allah, rejeta ce conseil. La peste finit également par lui coûter la vie. Avant de mourir, il nomma ʿAmr commandant. ʿAmr ibn al-ʿÂs retira alors l’armée de la région touchée par la peste.

Après l’achèvement de la conquête de la Syrie, ʿAmr demanda au calife ʿUmar l’autorisation de mener une campagne en Égypte. À l’époque de la Jâhiliyya, ʿAmr se rendait régulièrement en Égypte pour affaires commerciales. Il connaissait donc bien ce pays. Bien qu’hésitant d’abord à accepter sa demande, le calife finit par lui en donner l’autorisation. Lorsque ʿAmr partit pour l’Égypte avec sa petite armée, le calife ʿUmar envoya à son secours une armée commandée par al-Zubayr ibn al-ʿAwwâm.

Hadrat Amr ibn al-As remporta successivement des victoires dans les batailles de Babylon, d’Ariš, d’Ayn Shams, de Fustat et dans plusieurs autres. Il demanda ensuite au calife Umar l’autorisation d’avancer vers Alexandrie. Après avoir obtenu cette autorisation, il confia l’administration des territoires conquis à Hadrat Kharija ibn Hudhafa, puis partit en campagne contre Alexandrie. Il assiégea la ville. Les forces de Maqawqis et les habitants se réfugièrent dans une forteresse bien protégée et organisèrent la résistance. De temps à autre, ils sortaient de la forteresse pour lancer des attaques-éclair, puis y retournaient. Cette situation dura près de deux ans. Le calife Umar devint inquiet. Il écrivit à Amr : « Vous êtes assis à assiéger la ville depuis deux ans, et pourtant aucun résultat ne s’est encore manifesté. Il semble que, comme les Romains, vous vous soyez également adonnés au confort et aux plaisirs, au point d’avoir oublié vos responsabilités et vos devoirs. Dès que cette lettre vous parviendra, rassemble les hommes, adresse-leur un discours sur le djihad et lis-leur ma lettre. Puis, le vendredi, lancez une attaque contre l’armée ennemie. »

Conformément aux instructions du calife, il attaqua l’armée ennemie et, en très peu de temps, Alexandrie passa sous le contrôle de l’armée musulmane. Il envoya Muawiya ibn Hudayj à Médine pour annoncer cette victoire au calife. Lorsque Muawiya arriva à Médine, c’était l’après-midi. Il se rendit directement à la mosquée du Prophète. Ayant appris la nouvelle, le calife le fit immédiatement appeler et lui demanda : « Pourquoi es-tu allé directement à la mosquée sans venir chez moi ? » Muawiya répondit : « Je pensais que c’était l’heure de votre repos. » Le calife dit : « Pourrais-je dormir pendant la journée et causer ainsi la ruine de mes sujets ? »

Après la conquête d’Alexandrie, il conquit successivement Barqa, Zuwayla, Tarabulus, al-Maghrib, Sabra et plusieurs autres régions. Après la conquête de Tarabulus, il envoya au calife, par l’intermédiaire d’un messager, la bonne nouvelle. La Tunisie, le Maroc et l’Algérie n’étaient qu’à neuf jours de marche de là. Il demanda au calife l’autorisation de mener des expéditions dans ces régions. Soucieux de la paix et de l’ordre dans les territoires conquis, le calife lui ordonna de suspendre la campagne vers l’Afrique occidentale. La campagne africaine d’Amr ibn al-As s’arrêta donc là.

Après l’achèvement de la conquête de l’Égypte, le calife Umar (RA) le nomma gouverneur de l’Égypte. Peu de temps après, Hadrat Umar mourut en martyr. Le calife Uthman maintint également Amr dans ses fonctions précédentes. À cette époque, les habitants d’Alexandrie se révoltèrent, poussés par les Romains. Amr ibn al-As réprima cette révolte avec la plus grande fermeté et, craignant de nouvelles insurrections, fit démolir les murailles défensives de la ville d’Alexandrie.

En l’an 26 de l’Hégire, Hadrat Uthman (RA) le destitua de son poste de gouverneur de l’Égypte. Tabari dit que le calife Uthman ne destituait personne sans accusation précise portée contre lui. On rapporte que la raison de sa destitution était que, malgré l’extrême fertilité de l’Égypte, les recettes fiscales perçues sous Amr n’atteignaient pas le niveau escompté. Cette accusation était déjà portée contre lui depuis l’époque de Hadrat Umar. À ce sujet, le calife Umar (RA) lui avait également écrit une lettre. Cette accusation subsistait aussi sous Hadrat Uthman. Hadrat Uthman (RA) lui écrivit à ce propos, et Amr répondit : « Une vache ne peut pas donner plus de lait qu’elle n’en est capable. » Après cette réponse, Hadrat Uthman (RA) le releva de la responsabilité des recettes fiscales et la confia à Abdallah ibn Saad. À partir de cet événement, un désaccord apparut entre Amr et Abdallah, et l’administration de l’Égypte se trouva en grande partie paralysée. Dans ces circonstances, Hadrat Uthman (RA) destitua Amr et nomma Abdallah gouverneur de l’Égypte. (Tabari, Ibn al-Athir.) Selon un autre récit, Amr aurait été destitué avant la révolte d’Alexandrie. Lorsque la révolte éclata, le calife Uthman le chargea de la réprimer. Après son élimination, le calife voulut lui confier uniquement les affaires de défense. Il refusa cette proposition du calife en disant : « Il est impossible que je tienne les cornes tandis que lui trait le lait. » Selon ce récit, sa destitution eut lieu en l’an 25 de l’Hégire.

Après avoir été destitué de son poste de gouverneur de l’Égypte, Hadrat Amr ibn al-As retourna à Médine. Il éprouva un certain mécontentement envers Hadrat Uthman. Après son arrivée à Médine, il eut une conversation avec le calife, au cours de laquelle ce mécontentement apparut. Lorsqu’il s’entretint avec le calife, les recettes fiscales envoyées d’Égypte étaient déjà parvenues à celui-ci. Elles étaient supérieures à celles envoyées par Amr ibn al-As. Le calife dit : « Regarde, la vache a donné davantage de lait. » Amr répondit aussitôt : « Oui, mais le petit restera affamé. » Malgré cet incident, Hadrat Amr ibn al-As (RA) demeura, comme auparavant, un conseiller bienveillant et loyal du calife Uthman. Lorsque les insurgés venus d’Égypte arrivèrent à Médine, Hadrat Uthman (RA) envoya Amr les convaincre. Grâce à l’influence qu’il avait conservée, il les renvoya chez eux. En outre, chaque fois qu’un problème se présentait à Hadrat Uthman (RA), celui-ci consultait Amr ibn al-As. Amr lui donnait ses conseils avec une grande sincérité. Lorsque la conspiration contre le calife Hadrat Uthman (RA) prit une ampleur extrême, il convoqua une réunion du conseil de la Choura. Hadrat Amr ibn al-As était l’un des membres éminents de cette réunion. Après avoir consulté la Choura, le calife demanda spécialement à Amr son avis. Amr lui conseilla de suivre la voie de ses deux prédécesseurs, les califes Abu Bakr et Umar (RA), c’est-à-dire de se montrer doux lorsque cela était nécessaire et ferme lorsque cela était nécessaire.

Après avoir été destitué de son poste de gouverneur de l’Égypte, il se retira en réalité de la politique et alla s’installer en Palestine. Il se rendait toutefois parfois à Médine. Lorsque le calife Uthman fut assiégé par les insurgés, Amr ibn al-As se trouvait alors à Médine. Lorsqu’il vit que la révolte échappait à tout contrôle, il quitta Médine en déclarant : « Allah humiliera celui qui aura participé au meurtre d’Uthman, et celui qui ne peut pas lui venir en aide devrait quitter Médine. » Il quitta donc Médine et partit pour la Syrie. Il continuait cependant à se tenir informé de la situation à Médine par l’intermédiaire de personnes. Puis eurent lieu le martyre de Hadrat Uthman et la bataille du Chameau ; mais il ne sortit pas de sa retraite en Syrie et ne prit part à rien.

Un conflit éclata entre Hadrat Ali et Hadrat Muawiya. Hadrat Ali exigea de Hadrat Muawiya qu’il lui prête allégeance. Muawiya consulta Amr ibn al-As. Selon un récit, Amr avait d’abord dit à Muawiya : « En aucune circonstance l’umma musulmane ne vous accordera le rang d’Ali. » Mais par la suite, on vit Amr ibn al-As prendre entièrement le parti de Muawiya dans ce conflit. Lors de la bataille de Siffin entre les deux camps, Amr était le commandant de l’armée de Muawiya (RA). Sur le conseil d’Amr, au moment où la défaite semblait imminente, Muawiya fit suspendre des exemplaires du Coran aux pointes des lances, proposa à Ali (RA) un règlement par arbitrage et le contraignit à proclamer une trêve. Ensuite, dans le but de résoudre le conflit, un tribunal d’arbitrage composé de deux membres fut constitué. Amr ibn al-As y fut le représentant désigné par Muawiya, tandis qu’Abu Musa al-Ashari (RA) fut le représentant désigné par Ali (RA).

Après avoir longuement discuté de la question, Amr et Abû Mûsâ al-Ach’arî se présentèrent à Dûmat al-Jandal pour annoncer leur décision. Mais au moment de la proclamation, Amr revint sur la décision initiale et, par une manœuvre diplomatique, proclama Mu‘âwiya calife ; aussitôt, il fit également déclarer par son adversaire Abû Mûsâ que ‘Alî était destitué.

La possibilité de mettre fin au conflit autodestructeur de la communauté musulmane, qui était apparue avec la formation du conseil d’arbitrage, échoua, selon les historiens, en raison des manœuvres d’Amr. Les hostilités et la guerre reprirent entre les deux camps. Amr attaqua l’Égypte, vainquit et tua Muhammad ibn Abî Bakr, nommé gouverneur de l’Égypte par ‘Alî, puis s’empara du pays.

Par la suite, plusieurs membres de la secte extrémiste des kharidjites décidèrent que, puisque les principaux responsables de la division de la communauté musulmane étaient au nombre de trois — ‘Alî, Mu‘âwiya et Amr —, il fallait les faire disparaître du monde. Cette mission fut confiée à Ibn Muljam, à Barak ibn ‘Abdullâh et à Amr ibn Bakr al-Tamîmî. Conformément à leur décision, ils attaquèrent les trois hommes en des lieux différents, au jour et à l’heure fixés. ‘Alî fut martyrisé ; Mu‘âwiya, légèrement blessé, survécut. Comme Amr était malade, Khârija ibn Hudhâfa était sorti pour diriger la prière à sa place. L’assassin le prit pour Amr ibn al-‘Âs, le frappa et le tua. C’est ainsi qu’Amr échappa lui aussi à la mort.

L’émir Mu‘âwiya nomma Amr gouverneur de l’Égypte. Durant son gouvernorat, un certain malentendu survint entre lui et l’émir Mu‘âwiya ; toutefois, grâce à la médiation d’un tiers, un accord fut conclu entre eux et Amr conserva son poste de gouverneur de l’Égypte. Alors qu’il exerçait cette fonction, il tomba malade en l’an 43 de l’Hégire — selon une autre version, en 47 ou en 51 — et renonça à tout espoir de vivre. Au cours des derniers jours de sa vie, il fut profondément consumé par le remords de ses erreurs passées.

Alors qu’il était sur son lit de mort, Ibn ‘Abbâs vint lui rendre visite. Après les salutations, il lui demanda : « Abû ‘Abdillâh, comment allez-vous ? » Amr répondit : « De quoi vous renseignez-vous ? Ma vie ici-bas est prospère, mais ma religion est ruinée. Si l’inverse s’était produit, j’aurais la ferme conviction d’avoir réussi. Si les souhaits de la fin de ma vie pouvaient porter leurs fruits, je les exprimerais certainement. S’il existait une voie pour fuir et être sauvé, je fuirais. Mais je suis maintenant suspendu entre le ciel et la terre comme dans une catapulte : je ne parviens ni à monter avec l’aide de mes mains ni à descendre avec l’aide de mes pieds. Mon neveu, adresse-moi un conseil qui puisse m’être utile. » Ibn ‘Abbâs dit : « Hélas ! Où trouver encore le temps pour cela ? Ce neveu est désormais devenu un vieillard et votre frère. Si vous me demandez maintenant de pleurer, je peux pleurer. » Amr dit : « J’ai maintenant un peu plus de quatre-vingts ans, et tu me désespères de la miséricorde d’Allah. Ô Allah, cet Ibn ‘Abbâs me désespère de Ta miséricorde ; inflige-moi dès maintenant un châtiment qui Te satisfasse. » Ibn ‘Abbâs dit : « Abû ‘Abdillâh, ce que vous avez pris est nouveau, tandis que ce que vous donnez est ancien. » Amr dit : « Ibn ‘Abbâs, qu’est-ce qui t’arrive ? Tu dis le contraire de ce que je dis ! » (Al-Istî‘âb)

‘Abd al-Rahmân ibn Shammâsa raconte qu’il alla rendre visite à Amr ibn al-‘Âs alors que celui-ci était sur son lit de mort. Amr se tourna vers le mur et se mit à pleurer. Son fils ‘Abdullâh lui dit : « Père, pourquoi pleures-tu ? Le Messager d’Allah ne t’a-t-il pas annoncé telle et telle bonne nouvelle ? » Il répondit : « Mon meilleur bien est l’attestation : “Il n’y a de divinité qu’Allah, Muhammad est le Messager d’Allah.” Trois périodes de ma vie se sont écoulées. Il y en eut une durant laquelle j’étais un ennemi acharné. Mon désir le plus ardent était de tuer le Messager d’Allah, quel qu’en fût le moyen. Puis commença la deuxième période de ma vie. Je prêtai serment d’allégeance au Messager d’Allah et embrassai l’islam. J’étais alors dans un tel état qu’aucun homme ne me paraissait plus aimé ni plus honorable que le Messager d’Allah. Par excès de vénération et de crainte, je ne pouvais pas lever convenablement les yeux vers lui. Si quelqu’un me demandait aujourd’hui à quoi ressemblait son noble visage, je ne pourrais rien lui en dire. Si j’étais mort à cette époque, j’aurais espéré le Paradis. Vint ensuite la troisième période de ma vie. Durant celle-ci, j’ai accompli toutes sortes d’actes. Je ne sais pas ce qu’il adviendra de moi maintenant. À ma mort, que les pleureuses ne suivent pas ma procession funèbre. Lors de mon enterrement, recouvrez-moi lentement de terre. Après l’inhumation, restez auprès de ma tombe le temps d’égorger une bête et d’en partager la viande, afin que je puisse me familiariser avec la tombe en votre présence et préparer correctement les réponses aux questions du Messager d’Allah. » (Muslim, Livre de la foi)

Il recommanda à son fils ‘Abdullâh comment l’inhumer après sa mort. Puis il se consacra au dhikr et se mit à dire : « Ô Allah, Tu m’avais ordonné quelque chose et je T’ai désobéi ; Tu m’avais interdit quelque chose et je T’ai désobéi. Je ne suis pas innocent au point de pouvoir invoquer une excuse, et je ne suis pas assez puissant pour triompher. » Puis il rendit son dernier souffle en récitant : « Il n’y a de divinité qu’Allah. » Certes, nous appartenons à Allah et c’est vers Lui que nous retournerons. Le 1er shawwâl de l’an 43 de l’Hégire, après la prière de l’Aïd al-Fitr, son fils ‘Abdullâh dirigea la prière funéraire. Il fut inhumé à al-Muqattam, en Égypte. Sa tombe, située à côté de la première mosquée d’Égypte, la mosquée Jâmi‘ ‘Amr ibn al-‘Âs, qu’il avait construite de ses propres mains, est encore aujourd’hui identifiable. Il était âgé de quatre-vingt-dix ans à sa mort.

Après avoir embrassé l’islam, Amr ibn al-‘Âs passa la plus grande partie de sa vie sur les champs du jihâd. Il eut donc peu de temps et d’occasions pour acquérir et approfondir le savoir. Il éprouvait un plaisir et une émotion particuliers à réciter le Coran, qu’il récitait avec une grande beauté. Bien que sa vie se soit déroulée sur les champs du jihâd, il consacra le temps dont il disposait à progresser en science et en pratique grâce à la compagnie du Messager d’Allah. Il rapporta trente-neuf hadiths, ou paroles, du Messager d’Allah. Parmi eux, trois furent rapportés à la fois par al-Bukhârî et Muslim, et trois furent rapportés exclusivement par Muslim. De nombreux Compagnons et tâbi‘ûn rapportèrent des hadiths de lui.

Malgré ses occupations dans le djihad, ʿAmr ibn al-ʿÂs assumait également la responsabilité d’enseigner et de prêcher. Après la victoire dans la bataille de Dhât al-Salâsil, il resta sur place pour instruire et former les nouveaux musulmans. Après la mort du Messager d’Allah (paix et bénédictions d’Allah sur lui), lorsque l’attachement de certaines personnes à ce bas monde s’accrut, il exhortait les gens, dans ses sermons et ses discours, à suivre l’exemple du Messager d’Allah.

Il était également amateur de littérature. Il fut le plus éminent prosateur de son époque. Exprimer beaucoup d’idées en peu de mots, employer de belles comparaisons et orner la forme ainsi que le sens constituaient les traits distinctifs de sa littérature. De nombreux exemples de ses écrits ont été conservés dans les ouvrages historiques. En particulier, la lettre que le calife ʿUmar lui adressa depuis Médine, l’année de la « cendre », c’est-à-dire l’année où une terrible famine frappa l’Arabie, pour lui ordonner d’envoyer des vivres depuis l’Égypte, ainsi que la réponse qu’il lui envoya, sont conservées comme des chefs-d’œuvre littéraires. En outre, son talent littéraire se manifestait dans ses discours, sa correspondance et ses écrits de diverses natures.

Lorsque l’on examine toute la vie de ʿAmr ibn al-ʿÂs, on constate qu’il traversa différentes périodes d’épreuve. Il ne réussit pas avec la même constance dans toutes ces périodes. En particulier, il est difficile de trouver une justification apparente à certains événements de la dernière période de sa vie de Compagnon. Les imams de la communauté musulmane ont conclu que ces attitudes de la fin de sa vie constituaient des erreurs d’interprétation juridique de sa part. Toutefois, en dehors de quelques événements controversés de cette période, l’ensemble de sa vie, comme celle des autres Compagnons, fut rendu lumineux et magnifique par la compagnie du Messager d’Allah (paix et bénédictions d’Allah sur lui), telle une fleur immaculée.

Le Messager d’Allah (paix et bénédictions d’Allah sur lui) lui-même avait reconnu la solidité de la foi de ʿAmr ibn al-ʿÂs. Il avait dit : « Les gens ont embrassé l’islam, tandis que ʿAmr ibn al-ʿÂs a eu la foi. » À une autre occasion, il avait dit : « Les deux fils d’al-ʿÂs — Hishâm et ʿAmr — ont eu la foi. » (Musnad de l’imam Ahmad.) La véracité de ces paroles apparaît clairement dans un épisode de sa vie. Un jour, le noble Messager d’Allah (paix et bénédictions d’Allah sur lui) fit dire à ʿAmr de se présenter immédiatement, vêtu et armé. ʿAmr se présenta aussitôt, conformément à l’ordre reçu. Le Messager d’Allah (paix et bénédictions d’Allah sur lui) avait fait ses ablutions ; il leva les yeux vers lui, puis les baissa et dit : « Je veux t’envoyer comme commandant. Si Allah le veut, tu seras en sécurité et tu obtiendras un abondant butin. Tu en recevras toi aussi une part. » ʿAmr s’écria aussitôt : « Ô Messager d’Allah (paix et bénédictions d’Allah sur lui), je n’ai pas embrassé l’islam par convoitise des richesses ; je l’ai plutôt embrassé par inclination du cœur. » Le Messager (paix et bénédictions d’Allah sur lui) dit : « Une richesse pure est meilleure pour une personne sincère. » Une autre fois, le Messager d’Allah (paix et bénédictions d’Allah sur lui) dit que ʿAmr ibn al-ʿÂs comptait parmi les hommes vertueux des Quraych. (Musnad d’Ahmad.)

Un jour, il était assis à l’ombre du mur de la Kaaba et enseignait le hadith aux gens. Il dit : « Le Messager d’Allah (paix et bénédictions d’Allah sur lui) a dit : “Celui qui a prêté serment d’allégeance sincèrement à un imam doit le soutenir en mobilisant toutes ses forces.” » ʿAbd al-Rahmân ibn ʿAbd al-Kaʿba, le rapporteur de ce hadith, demanda : « Avez-vous entendu ce hadith du Messager d’Allah (paix et bénédictions d’Allah sur lui) ? » ʿAmr désigna ses oreilles et son cœur et dit : « Ces deux oreilles l’ont entendu et mon cœur l’a conservé. » Ensuite, ʿAbd al-Rahmân dit : « Votre cousin Muʿâwiya nous ordonne de consommer illicitement les biens les uns des autres et de verser injustement le sang. » En entendant cela, ʿAmr se tut. Puis il dit : « Obéis à ce qui n’entraîne pas la désobéissance à Allah, et n’obéis pas à ce qui y entraîne. » Cela montre qu’il était naturellement sincère.

Le noble Messager d’Allah (paix et bénédictions d’Allah sur lui) aimait ʿAmr ibn al-ʿÂs pour son action. Al-Hasan rapporte qu’un homme demanda à ʿAmr ibn al-ʿÂs : « Un homme que le Messager d’Allah (paix et bénédictions d’Allah sur lui) a aimé jusqu’à son dernier souffle ne serait-il pas de noble caractère ? » Il répondit : « Qui pourrait douter de sa félicité ? » L’homme dit : « Le Messager d’Allah (paix et bénédictions d’Allah sur lui) vous a aimé jusqu’à son dernier souffle. »

Par son savoir, son intelligence et sa perspicacité politique, il comptait parmi les personnalités éminentes de l’Arabie de son époque. L’imam al-Chaʿbî disait : « Dans l’Arabie islamique, il y a quatre diplomates ; ʿAmr ibn al-ʿÂs est l’un d’eux. » (Al-Isâba.) En matière de diplomatie, seul Mugîra ibn Chuʿba (qu’Allah l’agrée) était son égal. Sa constitution physique, sa démarche, sa manière de parler et tout son comportement montraient clairement qu’il était né pour diriger. Il est rapporté qu’un jour, lorsque le commandeur des croyants ʿUmar (qu’Allah l’agrée) le vit arriver, il sourit d’abord légèrement, puis dit : « Abû ʿAbdillâh ne devrait parcourir la terre qu’en étant commandeur ou dirigeant. » (Rijâlûn hawla al-Rasûl, p. 618.)

Le Messager d’Allah (paix et bénédictions d’Allah sur lui) reconnut la justesse de son jugement. Il lui dit : « Tu es doué d’un jugement juste en islam. » (Kanz al-ʿUmmâl.) Lorsque le grand al-Fârûq ʿUmar (qu’Allah l’agrée) voyait quelqu’un d’une grande stupidité, il disait avec étonnement : « La personne qui a créé cet homme et celle qui a créé ʿAmr ibn al-ʿÂs sont-elles donc la même ? » (Al-Isâba.)

En raison de l’intelligence sans limites et de l’audace de ʿAmr, le noble Messager d’Allah (s.a.s.) lui confia la responsabilité de nombreuses expéditions importantes. Dans certains cas, il le nomma même commandant au-dessus de Compagnons de haut rang tels qu’Abû Bakr, ʿUmar et Abû ʿUbayda (qu’Allah les agrée). En vérité, dans chaque moment d’épreuve traversé par la communauté musulmane, il fit preuve des qualités et de l’intelligence d’un commandant ou d’un dirigeant. C’est en constatant ses compétences qu’un gouvernant aussi clairvoyant que ʿUmar (qu’Allah l’agrée) le nomma gouverneur de la Palestine, de la Jordanie, puis de l’Égypte, et le maintint à ce poste jusqu’au dernier jour de son califat.

Dans l’histoire, il est mentionné sous le titre de « Fâtih Misr », le conquérant de l’Égypte. Mais il ne fut pas un conquérant au sens où on l’entend habituellement. En réalité, il fut le libérateur des Égyptiens. Il les délivra de plusieurs siècles de servitude et de chaînes sous les Romains, et facilita la diffusion de l’appel islamique dans toute l’Afrique.

Le jihâd fî sabîlillâh fut le chapitre glorieux de la vie de ʿAmr (qu’Allah l’agrée). Dans toutes les batailles, il se tint aux côtés du célèbre commandant, Khâlid ibn al-Walîd (qu’Allah l’agrée). Il déclara lui-même que, depuis les débuts, le Messager (s.a.s.) ne considérait personne comme l’égal de Khâlid et de lui-même sur le champ de bataille. (Al-Mustadrak) Chaque fois qu’un danger menaçait Médine, il dégainait immédiatement son épée et se dressait pour lui faire face. Un jour, pour une raison quelconque, la panique se répandit à Médine. Sâlim, l’affranchi d’Abû Hudhayfa, se posta dans la mosquée de Médine, l’épée à la main. ʿAmr, lui aussi, dégaina son épée et vint se tenir à ses côtés. Plus tard, dans son sermon, le noble Messager (s.a.s.) dit : « Pourquoi ne cherchez-vous pas refuge auprès d’Allah et de Son Messager, et pourquoi ne prenez-vous pas ʿAmr et Sâlim pour modèles ? » (Al-Isâba)

Hazrat ʿAmr ibn al-ʿÂs était extrêmement généreux. Il dépensait largement dans la voie d’Allah. Le Messager de Dieu (s.a.s.) lui-même l’a reconnu à plusieurs reprises. Alqama ibn Ramtha al-Balawî rapporte : le Messager d’Allah (s.a.s.) envoya ʿAmr à Bahreïn à la tête d’une armée, tandis qu’il partit lui-même pour une autre expédition. J’accompagnais également le Messager d’Allah (s.a.s.) lors de cette expédition. Un jour, le Messager (s.a.s.) s’assoupit quelque peu. Lorsqu’il sortit de sa torpeur, il dit : « Qu’Allah accorde Sa miséricorde à ʿAmr. » Parmi nous, tous ceux qui portaient ce nom pensèrent qu’il parlait d’eux. Ainsi, il s’assoupit une deuxième puis une troisième fois et, à chaque réveil, prononça les mêmes paroles. Nous perdîmes patience et demandâmes : « De quel ʿAmr parlez-vous ? » Il répondit : « De ʿAmr ibn al-ʿÂs. » Nous lui demandâmes pourquoi. Il dit : « Je me suis souvenu du jour où j’avais demandé la sadaqa aux gens : il en avait apporté une grande quantité. Lorsque je lui demandai d’où il avait apporté toute cette sadaqa, il répondit : “Allah me l’a donnée.” » Une autre fois, le Messager (s.a.s.) répéta trois fois : « Ô Allah, pardonne à ʿAmr ibn al-ʿÂs. Lorsque je lui ai demandé de donner la sadaqa, il est venu avec la sadaqa. »

Khâlid ibn al-Walîd (qu’Allah l’agrée)

Son nom était Abû Sulaymân Khâlid, et son titre était Sayf Allâh (l’épée d’Allah). Son père était al-Walîd ibn al-Mughîra et sa mère, Lubâba al-Sughrâ, était la sœur de Lubâba al-Kubrâ, épouse d’Umm al-Mu’minîn Maymûna bint al-Hârith et d’al-ʿAbbâs ibn ʿAbd al-Muttalib. Le Messager d’Allah (s.a.s.) et al-ʿAbbâs (qu’Allah l’agrée) étaient ses oncles maternels. (Usd al-Ghâba, 2/93)

Sa famille jouissait d’un très grand prestige parmi les Quraysh de l’Arabie antéislamique. Deux fonctions, celles de qubba et de ʿayinna (responsabilité de la gestion des soldats et des camps militaires), étaient dévolues à sa famille. Au moment de l’avènement de l’islam, Khâlid occupait ces fonctions. (Al-Istîʿâb, 1/157) Peu avant la trêve de Hudaybiyya, Khâlid dirigea le groupe de Quraysh sorti de La Mecque pour surveiller les mouvements des musulmans. À la bataille d’Uhud, il combattit vaillamment contre l’armée musulmane et transforma en victoire la défaite certaine de l’armée polythéiste de La Mecque.

Il existe plusieurs récits concernant la date à laquelle Hazrat Khâlid embrassa l’islam. Toutefois, l’opinion la plus répandue est qu’il se convertit peu avant la conquête de La Mecque.

Hadrat ‘Amr ibn al-‘As (qu’Allah l’agrée) se dirigeait de l’Abyssinie vers Médine dans l’intention d’embrasser l’islam. En chemin, il rencontra une autre caravane qui se dirigeait vers Médine. Ses membres voyageaient eux aussi dans le même but. Hadrat Khalid se trouvait dans ce deuxième groupe. Hadrat ‘Amr ibn al-‘As demanda à Khalid : « Où vas-tu ? » Khalid répondit : « Par Allah, je suis convaincu que cet homme est un prophète — combien de temps allons-nous continuer ainsi ? Allons donc embrasser l’islam. » (Al-Isâbah, 1/413 ; Musnad Ahmad) Il se présenta à Médine auprès du Messager d’Allah (paix et bénédiction d’Allah sur lui). Khalid prêta d’abord allégeance au Messager d’Allah (paix et bénédiction d’Allah sur lui), puis ‘Amr ibn al-‘As en fit autant. ‘Amr retourna à La Mecque, tandis que Khalid resta à Médine.

Hadrat Khalid dit : « Après mon entrée dans l’islam, le Messager d’Allah (paix et bénédiction d’Allah sur lui) me dit : “J’avais remarqué en toi des signes d’intelligence et j’espérais que cette intelligence finirait par te conduire au bien et à la prospérité.” » Khalid dit : « Lorsque je prêtai allégeance au Messager d’Allah, je lui demandai d’invoquer Allah afin qu’Il me pardonne tous les péchés que j’avais commis en faisant obstacle à la voie d’Allah. Le Messager (paix et bénédiction d’Allah sur lui) me répondit : “L’islam efface tous les péchés et toutes les fautes du passé.” Je dis : “Ô Messager d’Allah, c’est sur cette parole même que je te prête allégeance.” Il dit alors : “Ô Allah, pardonne-lui tous les crimes qu’il a commis en faisant obstacle à Ta voie.” » (Rijâlûn hawla ar-Rasûl, p. 284-285)

Après son entrée dans l’islam, le Messager d’Allah (paix et bénédiction d’Allah sur lui) le conserva dans la fonction militaire familiale qu’il occupait avant l’islam et s’attacha ses services. (Usd al-Ghâbah, 2/93) Dans sa vie antérieure à l’islam, il avait été un ennemi acharné des musulmans ; après son entrée dans l’islam, il devint un adversaire redoutable pour les polythéistes. Au cours d’innombrables batailles, son épée dispersa et brisa les rangs des polythéistes.

Après son entrée dans l’islam, Hadrat Khalid participa pour la première fois à l’expédition de Mu’tah. Dans le cadre de sa mission d’appel à l’islam, le Messager d’Allah (paix et bénédiction d’Allah sur lui) envoya Hadrat al-Harith ibn ‘Umayr al-Azdi auprès du gouverneur de Bosra, porteur d’une lettre. Shurahbil ibn ‘Amr al-Ghassani assassina al-Harith dans un lieu appelé Mu’tah. Pour venger cet acte, le Messager d’Allah (paix et bénédiction d’Allah sur lui) envoya une armée de deux mille soldats sous le commandement de Hadrat Zayd ibn Harithah. Les forces romaines adverses comptaient près de deux cent mille hommes. Avant le départ de l’armée de Zayd ibn Harithah de Médine, le Messager d’Allah (paix et bénédiction d’Allah sur lui) lui donna ce conseil : « Si Zayd tombe martyr au combat, Ja‘far prendra le commandement ; si Ja‘far tombe martyr, ‘Abdullah ibn Rawahah prendra le commandement. Et si ‘Abdullah tombe lui aussi martyr, choisissez l’un d’entre vous comme émir. »

Ils étaient au nombre de trois : Zayd, Ja‘far et ‘Abdullah. Ils furent les trois héros de l’expédition de Mu’tah en Syrie. Dans cette bataille inégale, ils firent preuve d’un courage et d’une bravoure sans précédent, puis tombèrent successivement en martyrs. Enfin, Hadrat Khalid prit le commandement. Après le martyre successif des trois commandants, l’armée musulmane perdit courage. Bien que Khalid ne pût vaincre l’armée ennemie, il sauva l’armée musulmane de la destruction.

Hadrat le Noble Messager (paix et bénédiction d’Allah sur lui) annonça ainsi à Médine le martyre des trois commandants mentionnés et la prise de commandement par Khalid :

« Zayd ibn Harithah prit l’étendard, combattit l’armée ennemie et tomba en martyr. Puis Ja‘far prit cet étendard, combattit à son tour et tomba lui aussi en martyr. Ensuite, ‘Abdullah ibn Rawahah saisit l’étendard et tomba lui aussi en martyr. Alors l’un des sabres d’Allah, “Sayf min suyûf Allah”, prit l’étendard et Allah accorda la victoire par sa main. » (Rijâlûn hawla ar-Rasûl, p. 286) C’est ainsi qu’il reçut le titre de « Sayfullah », le sabre d’Allah. Toutefois, les avis divergent quant aux circonstances ou à l’époque où il reçut ce titre. Selon un autre récit, Hadrat le Noble Messager (paix et bénédiction d’Allah sur lui) se trouvait en un certain endroit. Lorsqu’une personne passait près de lui, il demandait : « Qui est-ce ? » On lui répondait : « Untel. » Un jour, Khalid passa. Le Messager (paix et bénédiction d’Allah sur lui) demanda : « Qui est-ce ? » On répondit : « Khalid. » Il dit : « Quel excellent serviteur d’Allah est Khalid ! Il est l’un des sabres d’Allah. » Cela se produisit après Mu’tah. (Usd al-Ghâbah, 2/94 ; Al-Isâbah, 1/413)

Hadrat Khalid participa à l’expédition de Mu’tah comme simple soldat sous le commandement des trois généraux Zayd, Ja‘far et ‘Abdullah. Lorsque le dernier des trois mentionnés tomba en martyr, Hadrat Thabit ibn Aqram courut vers l’étendard et le leva de la main droite afin d’éviter tout désordre dans l’armée musulmane. Tenant l’étendard, il accourut auprès de Hadrat Khalid et lui dit : « Khudh al-liwâ’a yâ Abâ Sulaymân » — « Abû Sulayman, prends l’étendard. » Il savait parfaitement que Khalid, étant un nouveau musulman, n’avait aucun droit de commander une armée dans laquelle se trouvaient les premiers émigrés et Ansar à avoir embrassé l’islam. Avec beaucoup de respect, il dit à Thabit ibn Aqram : « Non, je ne peux pas prendre l’étendard ; vous en êtes le plus digne. Vous êtes plus âgé et vous avez participé à la bataille de Badr. » Thabit répondit : « Prends-le ; au combat, tu es plus compétent que moi. J’ai apporté cet étendard précisément pour toi. » Puis Hadrat Thabit (qu’Allah l’agrée) s’adressa à l’armée musulmane et demanda : « Acceptez-vous Khalid comme chef ? » Tous répondirent d’une seule voix : « Oui, nous l’acceptons. » (Rijâlûn hawla ar-Rasûl, p. 286-287) Khalid dit : « Lors de la bataille de Mu’tah, sept épées se brisèrent entre mes mains. Finalement, une épée yéménite resta intacte. » (Usd al-Ghâbah, 2/94)

Lors de la conquête de La Mecque, il accompagnait le Messager d’Allah (s). Le Messager (s) lui confia le commandement de l’aile droite de l’armée musulmane. Bien que La Mecque ait été conquise sans effusion de sang, quelques polythéistes furent tués ce jour-là par Khalid. Il entrait à La Mecque par la route de Qudāʾ lorsqu’il rencontra en chemin un groupe de polythéistes mecquois. Ceux-ci commencèrent à tirer des flèches. Il leur répondit en décochant lui aussi des flèches, et plusieurs polythéistes furent tués. Il dut pour cela rendre des comptes au Messager d’Allah (s). Lorsque celui-ci apprit que les polythéistes avaient été les premiers à attaquer, il l’accepta comme étant la volonté d’Allah et garda le silence.

Il participa à l’expédition de Hunayn. Une armée musulmane de douze mille soldats fut constituée. Le noble Messager d’Allah (s) divisa toute l’armée en plusieurs unités selon les tribus. La tribu des Banū Sulaym formait l’avant-garde de toute l’armée, et son commandant était Khalid. Au cours de cette bataille, il fit preuve d’un courage et d’une bravoure remarquables. Il fut blessé en plusieurs endroits du corps. Le Messager d’Allah (s) vint le voir, souffla sur ses blessures et il recouvra rapidement la santé. (Usud al-Ghāba, 2/95) Lors de l’expédition de Tāʾif, Khalid commandait l’avant-garde. Il participa également à l’expédition de Tabūk, au neuvième siècle de l’Hégire. Durant cette expédition, le Messager (s) l’envoya avec quatre cents soldats contre Uqaydir ibn ʿAbd al-Malik, le chef de Dūmat al-Jandal. Khalid tua le frère d’Uqaydir, puis captura celui-ci et le conduisit auprès du Messager d’Allah (s).

Au neuvième siècle de l’Hégire, le Messager d’Allah (s) envoya Khalid auprès de la tribu des Banū Juzayma pour l’appeler à l’islam. À l’appel de Khalid, la tribu des Banū Juzayma embrassa l’islam. Cependant, ne sachant pas l’exprimer correctement, elle le fit d’une manière ambiguë, et Khalid les comprit mal. Il ordonna alors de les attaquer. De nombreux membres de cette tribu furent tués ou blessés. Lorsque le Messager d’Allah (s) en fut informé, il en éprouva une profonde tristesse. Il leva les mains et invoqua Allah en disant : « Ô Allah, je désavoue totalement l’acte de Khalid. » Puis il envoya ʿAlī leur verser à tous des indemnités. Il fit même indemniser les chiens qui avaient été tués. (Al-Bukhārī, Kitāb al-Maghāzī ; Usud al-Ghāba, 2/94)

Après cet incident, lorsque Khalid revint à Médine, une dispute éclata entre lui et ʿAbd al-Raḥmān ibn ʿAwf à ce sujet. À un moment donné, Khalid l’insulta quelque peu. Lorsque le Messager d’Allah (s) l’apprit, il se mit en colère et dit à Khalid : « N’insulte pas mes Compagnons. Même si l’un d’entre vous dépensait autant d’or que le mont Uḥud, il ne pourrait égaler la dépense d’un mudd, ni même de la moitié d’un mudd, de l’un d’eux. » (Usud al-Ghāba, 2/95)

Au dixième siècle de l’Hégire, le noble Messager d’Allah (s) envoya Khalid auprès de la tribu des Banū ʿAbd al-Maddān, à Najrān, pour l’appeler à l’islam. Comme Khalid avait commis une grave erreur en prenant une décision précipitée dans l’affaire des Banū Juzayma, le Messager (s) lui donna des instructions précises avant son départ : « Tu te contenteras d’appeler à l’islam ; en aucune circonstance tu ne lèveras l’épée. » Il suivit ces instructions à la lettre. Toute la tribu des ʿAbd al-Maddān embrassa l’islam grâce à son appel. Ainsi, un soldat du champ de bataille apparut pour la première fois sous les traits d’un véritable dāʿī de l’islam, c’est-à-dire d’un prédicateur appelant à l’islam. Il instruisit et forma ces nouveaux musulmans, puis les conduisit auprès du Messager d’Allah (s). La même année, ʿAlī et Khalid (qu’Allah les agrée) furent envoyés pour transmettre l’appel à l’islam aux habitants du Yémen. Ceux-ci répondirent à leur appel et embrassèrent l’islam.

Al-ʿUzzā était l’un des centres du culte des idoles des Quraysh de l’Arabie antéislamique. Le Messager d’Allah (s) envoya Khalid pour le détruire. Arrivé sur place, il le réduisit à néant en récitant les vers suivants : « Ô ʿUzzā, tu n’es pas sacrée ; nous te renions. J’ai vu qu’Allah t’a humiliée. » (Usud al-Ghāba, 2/94)

À peine le noble Messager d’Allah (s) fut-il décédé qu’une grave fitna de renégats, de faux prétendants à la prophétie et de gens refusant de s’acquitter de la zakāt éclata dans toute la péninsule Arabique. Pour briser l’échine de ces semeurs de troubles, le calife Abū Bakr (qu’Allah l’agrée) prépara une armée et monta lui-même à cheval pour partir. Cependant, les Compagnons éminents estimèrent qu’à ce moment-là le calife devait rester à Médine, siège du califat. ʿAlī (qu’Allah l’agrée) saisit les rênes du cheval du calife et lui demanda : « Ô calife du Messager d’Allah, où allez-vous ? Je vous répète ce que le Messager d’Allah (s) vous avait dit le jour d’Uḥud : “Ô Abū Bakr, ton épée s’est déchaînée ; ne nous fais pas souffrir à cause de toi.” » Le calife renonça à sa décision et resta à Médine. Il divisa toute l’armée en onze unités et confia l’une d’elles à Khalid. Au moment de congédier Khalid de Médine, il lui dit : « J’ai entendu le Messager d’Allah dire à ton sujet : “Khalid est une épée d’Allah qu’Allah a tirée du fourreau contre les mécréants et les hypocrites. Quel excellent serviteur d’Allah est Khalid, et quel excellent frère de tribu !” » (Rijāl Ḥawla al-Rasūl, 291)

Le noble Khalid quitta Médine avec son armée. Avant chaque expédition, il donnait à ses troupes les instructions suivantes : « Vous ne maltraiterez pas les cultivateurs. Vous les laisserez vivre en sécurité. Toutefois, si l’un d’entre eux sort pour vous combattre, vous le combattrez. »

Khalid mène une expédition contre le faux prophète Tulayha. La bataille fait rage. À chaque affrontement, les compagnons de Tulayha essuient une défaite. Un jour, Tulayha demanda à ses proches : « Pourquoi subissons-nous de telles défaites ? » Ils répondirent : « Parce que chacun de nous souhaite que son compagnon meure avant lui. En revanche, chacun de ceux contre qui nous combattons souhaite mourir avant son compagnon. » (Hayatus-Sahaba, 3/693) Khalid tue les compagnons de Tulayha et capture trente de ses hommes, qu’il envoie à Médine. Il mène ensuite une expédition contre Musaylima le Menteur. Le faux Musaylima est tué par Wahshi, celui qui avait tué Hamza.

Après avoir éradiqué la sédition des faux prophètes, Hadrat Khalid se dirige contre ceux qui refusent de s’acquitter de la zakat et les apostats (ceux qui ont quitté l’islam). Il frappe d’abord les tribus d’Asad et de Ghatafan. Certains d’entre eux sont tués, d’autres faits prisonniers, tandis que les autres se repentent et retournent à l’islam. (Tarikh al-Khulafa, de Suyuti, p. 72) Khalid est à l’avant-garde de toutes les expéditions menées contre les apostats. Tabari rapporte : « Toutes les victoires remportées dans les expéditions contre les apostats sont dues à Khalid et aux autres. »

Après avoir réprimé les troubles intérieurs, Hadrat Khalid avance vers l’Irak. Dans les batailles de Mujar, Qaysar, Alim, Amghishiya, Hira, Anbar, Ayn al-Tamr, Dumat al-Jandal, Hasid, Khanafis, Sana, Bishr, Firad et autres, il fait preuve d’un courage et d’une habileté incomparables et soumet tout l’Irak. La dernière bataille entre Hadrat Khalid et les Irakiens a lieu à Firad. Sur une rive de l’Euphrate se trouve l’armée musulmane, et sur l’autre, l’armée irakienne coalisée. Les Irakiens proposent : « Soit vous venez de ce côté-ci, soit laissez-nous passer de l’autre côté. » Hadrat Khalid accepte leur proposition et leur permet de passer de ce côté-ci. Un violent affrontement commence entre les deux camps. L’armée musulmane encercle l’armée ennemie sur trois côtés. Derrière eux s’étend l’Euphrate, dont les flots sont déchaînés. Ils n’ont d’autre choix que de se noyer en reculant ou de tomber sous les épées des soldats musulmans en avançant. Hadrat Khalid enferme toute l’armée ennemie dans une telle meule et l’y broie. Après cette bataille, Hadrat Khalid se rend secrètement au pèlerinage du Hajj.

Alors que Hadrat Khalid combat en Irak, une autre armée musulmane est engagée dans des affrontements en Syrie. Dès que l’expédition de Khalid en Irak s’achève, le calife lui ordonne de rejoindre l’armée stationnée en Syrie. Khalid arrive à Bosra depuis l’Irak. Les troupes islamiques qui s’y trouvaient l’attendaient déjà. À peine arrivé, Khalid attaque Bosra. Les habitants de Bosra sauvent leur vie en concluant un traité de paix.

Après avoir achevé l’expédition de Bosra, Hadrat Khalid et Abu Ubayda arrivent à Ajnadayn. Hadrat Amr ibn al-As s’y trouvait déjà. Une violente bataille a lieu en l’an 13 de l’Hégire. Ajnadayn tombe sous la domination de Khalid.

Sous le commandement du général Abu Ubayda, l’armée musulmane assiège Damas de ses quatre côtés. Hadrat Khalid est chargé de l’un des secteurs. Même après trois mois de siège, aucun résultat n’est obtenu. À cette époque, un fils naît au prêtre de Damas. Les habitants de la ville, buvant du vin lors de la fête célébrant cette naissance, se laissent aller à la joie. Pendant les périodes de guerre, Hadrat Khalid dormait rarement la nuit. Il consacrait ses nuits à l’organisation militaire et à la recherche d’informations sur l’ennemi. Il apprend la situation des habitants de Damas et décide aussitôt d’ordonner à ses troupes de courir vers la porte des remparts et de l’attaquer dès qu’elles entendraient les takbirs. De son côté, il choisit quelques soldats distingués, pénètre à l’intérieur à l’aide de cordes, tue par surprise les gardes de la porte, brise le cadenas et commence à proclamer les takbirs. En les entendant, les soldats qui attendaient à l’extérieur entrent tous ensemble. Les habitants de la ville sont alors plongés dans le sommeil. Cette attaque surprise les remplit de peur et de terreur. Ils prennent rapidement la décision de proposer un traité de paix au général Abu Ubayda et ouvrent eux-mêmes les autres portes des remparts. Tandis que Hadrat Khalid entre en vainqueur, Hadrat Abu Ubayda conclut un traité de paix. Bien que la moitié de la ville ait été conquise par la force, Abu Ubayda traite néanmoins tous ses habitants sur un pied d’égalité, conformément aux conditions du traité. (Tarikh d’Ibn al-Athir, 6/329)

Khalid participe également à la bataille de Fahl. Il y commande l’avant-garde. Les Romains essuient une défaite désastreuse. Après Fahl, Khalid et Abu Ubayda avancent vers Homs. À cette époque, Yazid ibn Abu Sufyan est chargé de l’administration de Damas. Les Romains manœuvrent de nouveau pour reprendre Damas. Yazid leur fait obstacle. La bataille fait rage. C’est alors que Hadrat Khalid apparaît par-derrière, tel une comète. À l’exception de quelques membres de l’armée romaine, tous sont tués par les troupes de Khalid.

Après avoir appris les défaites de l’armée romaine sur les différents fronts de Syrie, le gouverneur romain de la région exprime finalement le désir de conclure un traité de paix avec les musulmans. Mais ses conseillers l’incitent à la guerre en disant : « Nous empêcherons assurément les cavaliers d’Abu Bakr d’entrer sur notre territoire. » Ils rassemblent à Yarmouk une immense armée de deux cent quarante mille hommes sous le commandement du général Mahan. Leurs prêtres sortent également de leur retraite et excitent la population au nom de la religion. Ayant appris la nouvelle, le calife Abu Bakr déclare : « Par Allah, je guérirai Khalid cette incitation de leurs passions. » Oui, ce jour-là, Khalid fut pour les Romains l’antidote décisif contre cette terrible maladie.

Le vénérable Khâlid arriva sur le champ de bataille et constata que les différents commandants de l’armée musulmane dirigeaient chacun leurs propres soldats séparément. Il prononça un bref discours à l’adresse des combattants musulmans. Après avoir loué Allah et Son Messager, il déclara : « Ce jour est l’un des jours d’Allah. Il ne convient pas d’y manifester de l’orgueil ni de l’arrogance. Soyez sincères dans votre jihâd et recherchez, par vos actes, la satisfaction d’Allah. Venez, partageons l’imâra, c’est-à-dire le commandement. Que certains d’entre nous soient amîr aujourd’hui, d’autres demain et d’autres après-demain. Ainsi, vous serez tous amîr. Laissez-moi le commandement pour aujourd’hui. » Tous acceptèrent sa proposition. (Rijâlûn hawla ar-Rasûl, p. 295) Il nomma un officier à la tête de chacune des 38/36 divisions de toute l’armée. Ce jour-là, il disposa l’armée musulmane d’une manière que les Arabes n’avaient encore jamais vue auparavant.

Après que l’armée musulmane eut pris ses positions à Yarmouk, le vénérable Khâlid appela les femmes et, pour la première fois, leur remit des épées en leur ordonnant : « Vous vous tiendrez derrière les mujâhidîn musulmans. Si vous voyez quelqu’un fuir et reculer, tuez-le avec cette épée. » (Rijâlûn hawla ar-Rasûl, p. 295)

Au milieu de ces préparatifs, un mujâhid musulman dit d’une voix désespérée : « Les Romains sont si nombreux, et nous si peu nombreux. » Khâlid lui répondit : « Ce que tu dis est faux. Dis plutôt : “Comme les Romains sont peu nombreux et comme les musulmans sont nombreux” — non pas en fonction du nombre d’hommes ; les effectifs augmentent par la victoire et diminuent par la défaite. Par Allah, si les fers de mon cheval étaient en bon état, je ne me soucierais pas de leur supériorité numérique. » (Târîkh al-Umma al-Islâmiyya, 1/193) Il convient de signaler que, durant le long voyage, le fer du cheval du vénérable Khâlid, « Askar », s’était blessé.

Juste avant le début de la bataille de Yarmouk, le général romain « Mâhân » fit savoir par l’intermédiaire d’un émissaire qu’il souhaitait parler directement à Khâlid. Khâlid accepta. Les deux commandants se retrouvèrent face à face dans le champ situé entre les deux armées. Le général romain dit à Khâlid : « Nous avons appris que le dur labeur et la faim vous ont chassés de votre pays et vous ont amenés ici. Si vous le souhaitez, nous pouvons donner à chacun d’entre vous dix dinars, un vêtement et quelque nourriture. En échange, vous retournerez dans votre pays. L’année prochaine, je vous enverrai encore des choses semblables. » Khâlid comprit l’humiliation dissimulée dans les paroles du général romain. Serrant les dents de colère, il lui lança la réponse appropriée : « Ce n’est pas la faim qui nous a chassés de notre pays et amenés ici, comme tu le dis. Nous sommes plutôt un peuple assoiffé de sang. Nous avons appris qu’il n’existe sur terre aucun sang plus précieux et plus sacré que celui des Romains. C’est donc attirés par ce sang que nous sommes venus. » À peine eut-il lancé ces paroles que le grand guerrier Khâlid tira sur les rênes de son cheval, retourna droit vers son armée et déclara la guerre en criant : « Allâhu akbar, hayya riyâh al-janna ! »

L’armée romaine avança avec une telle violence que les Arabes n’avaient encore jamais rien vu de pareil. Ikrima ibn Abî Jahl et Qa‘qa ibn ‘Amr étaient chargés du centre de l’armée musulmane. Khâlid leur ordonna d’attaquer. Tous deux se jetèrent sur l’armée ennemie en récitant des vers de chant. La bataille générale commença. Khâlid ordonna à toute son armée d’attaquer. Il pénétra au centre de la cavalerie et de l’infanterie romaines. Partout où il passait, l’armée romaine était mise en pièces. Un combat acharné se poursuivit sans interruption pendant un jour et une nuit. Le lendemain matin, on vit Khâlid sur l’estrade du général romain. Selon at-Tabarî, en plus de ceux qui furent tués sur le champ de bataille, cent vingt mille soldats romains qui fuyaient vers l’arrière périrent noyés dans le Jourdain.

La bataille était terminée. Le lendemain matin, Ikrima et son fils ‘Amr ibn Ikrima furent retrouvés couverts de blessures. Khâlid posa la tête d’Ikrima sur sa cuisse et celle de ‘Amr sur son tibia, leur caressa la tête et, tout en leur versant goutte à goutte de l’eau dans la gorge, il dit : « Ibn al-Khattâb », c’est-à-dire ‘Umar, pensait que nous ne savions pas mourir en martyrs. Jamais ! » Trois mille soldats musulmans tombèrent en martyrs au cours de cette bataille. (Târîkh al-Umma al-Islâmiyya, 1/193)

L’influence qu’exerçait la personnalité de Khâlid ibn al-Walîd sur l’armée romaine peut être comprise à travers divers événements. La bataille de Yarmouk faisait alors rage. À un moment de la bataille, un commandant de l’armée romaine nommé « Jarjaha » sortit de son camp. Il avait l’intention de parler directement à Khâlid. Khâlid lui accorda le temps et l’occasion de le faire. Jarjaha dit : « Khâlid, dites-moi une chose vraie, ne mentez pas. Un homme libre et noble ne ment pas. Allah a-t-Il donné du ciel à votre Prophète une épée qu’il vous a remise, et tous ceux contre lesquels cette épée a été levée ont-ils été vaincus ?

Khâlid : Non.

Jardjah : Alors pourquoi vous appelle-t-on « Saïfullah », l’épée d’Allah ?

Khalid : Allah envoya Son Messager parmi nous. Certains d’entre nous crurent en lui, d’autres non. Au début, je faisais partie de ces derniers. Puis Allah détourna mon cœur. Je crus au Messager d’Allah et lui prêtai allégeance. Le Messager pria pour moi. Il me dit : « Tu es une épée d’Allah. » C’est ainsi que je devins « Saïfullah ».

Jardjah : À quoi appelez-vous les gens ?

Khalid : À l’unicité d’Allah et à l’islam.

Jardjah : Comment cela ? Vous êtes pourtant en position d’avance.

Khalid : Nous nous sommes levés et assis aux côtés du Messager d’Allah. Nous avons vu ses miracles et ses actes extraordinaires. Celui qui aurait vu tout ce que nous avons vu et entendu tout ce que nous avons entendu aurait certainement dû embrasser facilement l’islam. Quant à vous, qui ne l’avez pas vu et n’avez pas entendu ses paroles, mais avez néanmoins cru à l’invisible, votre récompense est encore plus grande, si vous croyez sincèrement en Allah. »

Jardjah éperonna son cheval, vint se placer aux côtés de Khalid et lui dit : Khalid, enseignez-moi l’islam.

Jardjah embrassa l’islam et accomplit deux rak‘ates de prière. Ces deux rak‘ates furent la première et la dernière prière de sa vie. Puis ce Romain nouvellement converti marcha avec l’armée musulmane pour combattre les Romains, animé du désir du martyre. Allah le Très-Haut exauça son souhait. Il tomba en martyr (Rijalun Hawla ar-Rassoul, p. 299-301).

En apprenant la défaite désastreuse de l’armée romaine à Yarmouk, Héraclius se replia, abandonnant derrière lui la ville de Homs. Au moment de partir, il déclara : « Salamun alayka ya Suriya, salaman la liqā’a ba‘dah » — ô Syrie, adieu, un adieu après lequel il n’y aura plus de rencontre. Après Yarmouk, Hazrat Khalid conquit Hādir.

Après avoir achevé l’expédition de Hādir, Khalid se dirigea vers Qinnasrîn. Les habitants de Qinnasrîn étaient entrés à l’avance dans la forteresse et en avaient fermé les portes afin de résister à l’armée musulmane. Hazrat Khalid leur dit : « Même si vous vous réfugiez au sommet des nuages, Allah m’y fera monter ou vous en fera descendre jusqu’à nous. » (Tārîkh al-Umma al-Islāmiyya, 2/4) En songeant au sort des habitants de Homs, ceux de Qinnasrîn conclurent un traité de paix avec Khalid.

Bayt al-Maqdis était assiégée. Khalid faisait partie des commandants de l’armée musulmane engagés dans ce siège. Ne sachant plus quelle issue trouver, les habitants chrétiens de Bayt al-Maqdis proposèrent la paix. Ils posèrent toutefois comme condition que l’émir des croyants, Umar lui-même, signât le traité de sa propre main. Pour satisfaire leur demande, Khalid vint de Médine en Syrie. Il convoqua à Jābiya les officiers de l’armée musulmane stationnés en Syrie. Khalid arriva vêtu d’un habit extrêmement somptueux. Dès qu’il l’aperçut, le calife descendit de cheval, lança des cailloux vers Khalid et lui dit : « Tu as changé tes habitudes si vite ? » Khalid leva son arme et répondit : « Mais je n’ai pas abandonné mes habitudes de soldat. » Le calife dit : « Alors, il n’y a pas de problème. » En l’an 17 de l’Hégire, Abu Ubayda et Khalid réprimèrent conjointement la révolte de Homs. Du même coup, des siècles de domination romaine prirent fin dans toute la Syrie.

Le calife Hazrat Umar n’épargna même pas un commandant aussi éminent. Il destitua Khalid de son poste de commandant et le rétrograda au rang de simple soldat. Les historiens divergent quant à l’année de sa destitution. Selon certains, il fut destitué en l’an 17 de l’Hégire, après cinq années du califat de Hazrat Umar. Selon d’autres récits, Hazrat Umar le destitua dès qu’il prit en charge le califat, alors que Hazrat Khalid dirigeait les opérations sur le champ de bataille de Yarmouk.

La destitution de Hazrat Khalid a été rapportée de différentes manières. Certains disent qu’une bataille acharnée faisait rage à Yarmouk. C’est alors qu’un émissaire du nouveau calife, Umar (r.a.), arriva de Médine sur le champ de bataille avec une lettre. Cette lettre contenait deux informations : la mort d’Abu Bakr (r.a.) et la nomination d’Abu Ubayda à la place de Khalid, qui était destitué. Après avoir lu la lettre, Khalid invoqua Allah pour qu’Il accorde le pardon à Abu Bakr et la réussite à Umar. Puis il demanda au porteur de la lettre de n’en révéler le contenu à personne. Ainsi, Khalid cacha la mort d’Abu Bakr (r.a.) et l’ordre d’Umar, poursuivit son commandement et remporta une victoire inévitable. Il se présenta ensuite devant Abu Ubayda et lui témoigna le respect d’un simple soldat. Abu Ubayda pensa d’abord qu’il s’agissait peut-être d’une plaisanterie. Mais il comprit l’instant d’après que ce n’était pas une plaisanterie, mais la réalité. Khalid ôta ses vêtements et les déposa devant Abu Ubayda.

Certains ont rapporté l’événement précité de la manière suivante : les dépenses de Hazrat Khalid dépassaient parfois les limites. Il faisait de généreux dons aux poètes et aux hommes de lettres. Il donna dix mille dirhams au poète Achyâs ibn Qays. Lorsque le calife Umar en fut informé, il ordonna à Abu Ubayda de demander à Khalid sur quel fonds il avait prélevé cette somme. S’il l’avait prise sur les fonds de la communauté musulmane, il avait commis une trahison et manqué à la confiance ; s’il l’avait donnée sur ses fonds personnels, il s’était rendu coupable de prodigalité. Certains récits rapportent qu’Abu Ubayda reçut cet ordre du calife sur le champ de bataille de Yarmouk. Lorsqu’il interrogea Khalid, celui-ci répondit qu’il avait donné cette somme sur ses biens personnels. Abu Ubayda lui lut alors l’ordre du calife et, pour lui signifier sa destitution du poste de commandant, ôta le couvre-chef de la tête de Khalid et rabattit son turban sur sa nuque. Khalid se contenta de dire : « J’ai entendu l’ordre du calife et je l’ai accepté. Je suis toujours prêt à obéir aux instructions de mon supérieur et à poursuivre mon service. » Le calife le convoqua à Médine. À son arrivée, ses biens furent soumis à un examen rigoureux, mais aucune irrégularité ne fut découverte. Le calife Umar (r.a.) proclama ensuite partout : « Je n’ai pas destitué Khalid par manque de confiance, sous l’effet de la colère, ni pour aucune raison de ce genre. » (Ibn al-Athîr, 2/418)

Outre l’événement précité, il y avait encore d’autres raisons à la destitution de Khalid. De tempérament militaire, Khalid était rude. Il agissait selon son propre jugement en toute chose et ne jugeait pas nécessaire de consulter le calife. Il n’envoyait pas non plus régulièrement à la cour du calife les comptes des recettes et des dépenses de l’armée. À peine eut-il achevé l’expédition d’Irak qu’il se rendit à La Mecque pour accomplir le pèlerinage, sans l’autorisation du calife Abu Bakr (r.a.). Cette initiative irrita profondément Hazrat Abu Bakr (r.a.). Le calife l’avertit à plusieurs reprises. Khalid lui répondit : « Laissez-moi agir selon mon propre jugement ; sinon, je me retirerai moi-même de cette responsabilité. » Hazrat Umar (r.a.) était mécontent de ces agissements de Khalid depuis l’époque d’Abu Bakr (r.a.). Il conseilla à plusieurs reprises à Abu Bakr (r.a.) de destituer Khalid. Abu Bakr (r.a.) répondait chaque fois : « Je ne peux pas rengainer une épée qu’Allah a tirée de son fourreau. » Après avoir pris en charge le califat, Umar tenta de corriger Khalid ; mais comme cela ne produisit aucun résultat, il le destitua.

En outre, l’histoire mentionne comme troisième raison de sa destitution le fait que, parmi tous, musulmans comme non-musulmans, s’était répandue la conviction que la victoire de l’islam dépendait essentiellement de la puissance militaire de Khalid. Le calife Umar n’approuvait nullement une idée aussi infondée. En destituant Khalid, il démontra le caractère vain de cette croyance.

Quelle qu’ait été la manière dont cette affaire s’est produite, le rôle de Khalid dans cette circonstance mérite d’être souligné. L’exemple d’obéissance, de dévouement et de foi qu’il a donné n’a aucun équivalent dans l’histoire. S’il a pu agir ainsi, c’est parce qu’il considérait que la condition de commandant et celle de simple soldat étaient égales. En toutes circonstances, il estimait que servir Allah, le Messager d’Allah et la religion en laquelle il avait cru constituait son devoir indispensable. À ses yeux, il n’existait au fond aucune différence entre un commandant obéissant et un simple soldat obéissant. C’est pourquoi il n’hésita pas le moins du monde à abandonner son poste de commandant pour servir tout aussi pleinement comme simple soldat. C’est également pour cette raison qu’après avoir remis le commandement à Abou Oubaïda, il put déclarer dans un discours adressé aux simples soldats : « Abou Oubaïda, l’amîn — l’homme le plus digne de confiance — de cette oumma, a été nommé votre émir. »

Après avoir relevé Khalid de son poste de commandant, le calife Omar le nomma wali dans différentes provinces. Quelque temps plus tard, Khalid se démit volontairement de cette fonction et s’installa définitivement à Médine. Il y mourut en l’an 21 ou 22 de l’Hégire, après avoir été malade pendant quelque temps. Selon certains, il mourut à Homs ; mais cette opinion ne semble pas exacte. En effet, plusieurs sources mentionnent que le calife Omar participa à sa prière funéraire. (Ousoud al-Ghaba, 2/96 ; Al-Isaba, 1/415)

Après la mort de Khalid, le calife Omar déclara : « Les femmes sont devenues incapables de mettre au monde des enfants semblables à Khalid. » Après la mort de Khalid, le calife pleura avec une profonde affliction. Les gens apprirent plus tard qu’il ne pleurait pas ainsi uniquement sous le coup de la douleur causée par la perte de Khalid ; il avait voulu le rétablir dans ses fonctions de commandant, puisque la raison de sa destitution avait disparu. C’est parce que la mort faisait obstacle à ce souhait qu’il pleura tant. (Rijaloun hawla ar-Rassoul, p. 305)

Du début à la fin de sa vie, Khalid passa son existence sur les champs du djihad. C’est pourquoi il eut très peu l’occasion et le temps de rester dans la compagnie du noble Messager d’Allah. Il déclara lui-même : « Les occupations du djihad m’ont privé d’apprendre une grande partie du Coran. » (Al-Isaba, 1/415) Cela ne signifie toutefois pas qu’il fut privé des bienfaits de la compagnie du Prophète et de la chance d’acquérir son savoir. Après le décès du noble Messager, il fut lui aussi l’un des compagnons savants et muftis de Médine. Cependant, en raison de son tempérament de soldat, il ne s’assit jamais sur le siège de l’iftâ. On ne trouve pas plus de deux ou trois de ses fatwas. (A‘lam al-Mouwaqqi‘în) Il a rapporté au total dix-huit hadiths. Parmi eux, deux sont muttafaq ‘alayh, c’est-à-dire rapportés à la fois par al-Boukhari et Mouslim, et un autre a été rapporté par al-Boukhari seul.

Un jour, une querelle éclata entre Ammar ibn Yasir et lui. Khalid l’insulta très durement. Ammar se plaignit également auprès du Messager d’Allah. Après avoir entendu tout le récit, le Messager déclara : « Celui qui nourrit de la haine et de l’hostilité envers Ammar nourrit de la haine et de l’hostilité envers Allah. » Ces paroles du Messager eurent un tel effet sur Khalid qu’il se rendit aussitôt auprès d’Ammar et chercha à le satisfaire. Khalid a lui-même déclaré : « Après avoir quitté le Messager d’Allah, rien ne m’était plus cher que d’obtenir la satisfaction d’Ammar. » La vénération et l’amour de Khalid pour le noble Messager étaient si intenses qu’il ne pouvait supporter que quiconque prononce la moindre parole inconvenante à son sujet. Un jour, de l’or fut apporté au Messager d’Allah. Il le distribua entre les chefs najdis. Certains Quraychites et Ansar le contestèrent. Un homme s’écria : « Ô Muhammad, crains Allah ! » Le Messager répondit : « Si je désobéissais à Allah, qui donc lui obéirait ? » En entendant cette parole inconvenante, Khalid entra dans une grande colère. Il dit : « Ô Messager d’Allah, permettez-moi de lui trancher le cou. » Le Messager le calma. (Al-Boukhari)

Le chapitre le plus brillant et le plus glorieux de la vie de Khalid est celui du « djihad fi sabilillah » — le djihad dans le sentier d’Allah. Il passa la majeure partie de sa vie sur les champs de bataille. En raison de ses actions héroïques et de son attirance irrésistible pour le djihad, le noble Messager d’Allah lui attribua le titre de « Saïfoullah », l’épée d’Allah. Il participa à près de cent vingt-cinq batailles. Partout où il alla, il revint victorieux. La confiance que le noble Messager d’Allah plaçait en lui était telle qu’il était rassuré dès que l’étendard lui était remis. Il reçut en héritage une grande quantité d’armes. Après avoir embrassé l’islam, il consacra tout cela en waqf dans le sentier d’Allah. (At-Tabaqat) Ses amis comme ses ennemis disaient de lui : « C’est un homme qui ne dort pas lui-même et ne laisse pas les autres dormir. » Khalid disait lui-même : « Une nuit passée avec une jeune mariée, ou une nuit où l’on m’annoncerait la naissance d’un fils, ne m’est pas aussi chère qu’une nuit de froid intense durant laquelle, avec un groupe de mouhajiroun, je lancerais à l’aube une attaque contre les polythéistes. »

Un jour, sur son lit de mort, il déclara avec regret : « J’ai participé à plus d’une centaine de batailles ; chaque partie de mon corps porte une ou deux blessures causées par une épée, une flèche ou une lance. Et aujourd’hui, je meurs sur un lit en y agitant les jambes comme un chameau fiévreux. » Tandis qu’il prononçait ces paroles, des larmes coulaient de ses deux yeux. (Rijaloun hawla ar-Rassoul, p. 305-306 ; Ousoud al-Ghaba, 2/95)

Peu avant sa mort, il légua ses biens laissés à son décès au calife Omar. Ces biens ne comprenaient rien d’autre que son cheval et quelques armes. Ainsi, les deux choses qui lui étaient les plus chères de son vivant furent, même après sa mort, consacrées dans le sentier d’Allah.

Le Noble Messager d’Allah (ﷺ) l’a loué à plusieurs reprises et à diverses occasions. Un jour, lors de la conquête de La Mecque, Khalid fut aperçu à quelque distance. Le Messager (ﷺ) dit à Abou Hourayra (رضي الله عنه) : « Regarde, qui est-ce ? » Il répondit : « Khalid. » Le Messager (ﷺ) dit : « Quel excellent serviteur d’Allah ! » Une fois, il dit aux Compagnons : « Ne faites pas de mal à Khalid, car il est l’une des épées d’Allah brandies contre les mécréants. »

Un jour, le Messager (ﷺ) envoya ‘Omar (رضي الله عنه) pour percevoir la zakat. Ibn Jamil, Khalid et Al-‘Abbas refusèrent tous trois de verser la zakat. Informé de cela, le Messager dit : « Ibn Jamil était pauvre, puis Allah l’a enrichi ; voilà sa rétribution. Mais vous avez été injustes envers Khalid : il a consacré toutes ses armes au service d’Allah. Comment la zakat pourrait-elle être due sur elles ? Et Al-‘Abbas ? Sa responsabilité m’incombe. Ne savez-vous pas que l’oncle tient lieu de père ? » (Abou Dawoud, 1/163)

Hadrat Khalid (رضي الله عنه) n’était pas seulement un soldat ; il était également un prédicateur compétent de l’islam, chargé d’appeler les gens à l’islam. Constatant les préjudices causés par ses décisions précipitées concernant les Banou Joudhayma et Malik ibn Nouwayra, le Messager (ﷺ), lorsqu’il l’envoyait ensuite quelque part avec une responsabilité, lui recommandait : « Tu appelleras seulement à l’islam, tu ne tireras pas l’épée. » De même, lorsqu’il l’envoya au Yémen, il lui ordonna : « Que l’initiative des hostilités ne vienne pas de toi. » Après avoir reçu cette orientation, on ne rapporte aucune exagération de sa part dans les guerres auxquelles il participa. Du vivant du Messager d’Allah (ﷺ), comme après son décès, il s’acquitta pleinement de sa mission de prédicateur. Après la conquête de La Mecque, le Messager (ﷺ) envoya dans différentes directions plusieurs missions pour appeler les gens à l’islam ; Khalid prit la tête de certaines d’entre elles. Les Banou Joudhayma et les Banou ‘Abd al-Maddan embrassèrent l’islam grâce à ses efforts. Au Yémen, il accompagna Hadrat ‘Ali (رضي الله عنه) dans la mission d’appel à l’islam. Grâce à lui, les tribus des Banou Hawazin, des Banou Soulaym, des Banou ‘Amir et d’autres, qui avaient soutenu le faux prophète Toulayha al-Asadi, revinrent à l’islam. En outre, d’innombrables personnes répondirent à son appel et embrassèrent l’islam à diverses époques. Avant chaque bataille, conformément aux règles de l’islam, il appelait toujours l’adversaire à l’islam. Même au cœur des combats les plus acharnés, il joua avec succès le rôle d’un prédicateur. Le soldat romain de Yarmouk, Jurdjah, en est une preuve éclatante.

Un bref article ne saurait retracer toute la vie de Khalid. Nous répétons les paroles prononcées par le Commandeur des croyants, ‘Omar (رضي الله عنه), pour exprimer son chagrin après la mort de Khalid : « Rahimallahu aba Soulayman, ma ‘indallahi khayrun mimma kana fih, laqad ‘acha hamidan wa mata sa‘idan » — « Qu’Allah fasse miséricorde à Abou Soulayman Khalid. Pour Allah, la condition dans laquelle il se trouvait ne pouvait être meilleure. Il a vécu couvert de louanges et est mort heureux. » (Rijaloun hawla ar-Rassoul, p. 308)

‘Abdullah ibn Houdhafa as-Sahmi (رضي الله عنه)

Son nom était Abou Houdhafa ‘Abdullah, et son père s’appelait Houdhafa. Il était issu du clan des Banou Sahm, de la tribu de Quraysh. Il embrassa l’islam aux débuts de la prédication islamique et demeura longtemps auprès du Noble Messager d’Allah (ﷺ). Accompagné de son frère Qays ibn Houdhafa, il émigra en Abyssinie avec le deuxième groupe de migrants qui s’y rendirent. (Al-Isti‘ab)

À l’exception de Badr, il participa à toutes les batailles aux côtés du Messager d’Allah (ﷺ). Abou Sa‘id al-Khoudri (رضي الله عنه) le mentionne comme « badri », c’est-à-dire comme ayant participé à la bataille de Badr. Toutefois, Moussa ibn ‘Oqba, Ibn Ishaq et d’autres ne le mentionnent pas comme « badri ». (Al-Isti‘ab)

Le Messager d’Allah (ﷺ) l’envoya comme commandant d’une expédition. Avant le départ, le Messager (ﷺ) ordonna aux soldats placés sous ses ordres de ne jamais lui désobéir. Lorsqu’ils arrivèrent à l’endroit prévu, Hadrat ‘Abdullah se mit, pour une raison quelconque, dans une grande colère. Il demanda aux soldats : « Le Messager (ﷺ) ne vous a-t-il pas ordonné de m’obéir ? » Ils répondirent : « Si. » Il dit : « Ramassez du bois, allumez un feu, puis jetez-vous dedans. » Les combattants ramassèrent du bois et allumèrent un feu. Puis, avant de s’y jeter, ils se regardèrent les uns les autres. Certains exprimèrent leur désaccord en disant : « Nous avons suivi le Messager d’Allah (ﷺ) précisément pour échapper au feu ; allons-nous maintenant y sacrifier notre vie ? » Tandis que cette discussion se poursuivait, le feu s’éteignit. La colère d’‘Abdullah retomba également. À leur retour de l’expédition, ils informèrent le Messager d’Allah (ﷺ) de ce qui s’était passé. Le Messager (ﷺ) dit : « Si vous y étiez entrés, vous n’auriez jamais pu en sortir. L’obéissance n’est obligatoire que dans les affaires qu’Allah a permises. » (Al-Boukhari : Kitab al-Ahkam, Bab as-sam‘ wa at-ta‘ah ; Hayat as-Sahaba, 1/67)

L’événement mentionné a été rapporté différemment dans certains récits. Selon ces récits, l’ordre donné par Abdullah de se jeter dans le feu n’était pas un véritable ordre. Il plaisantait simplement avec ses soldats. Hazrat Abou Saïd al-Khoudri, qu’Allah l’agrée, a rapporté l’événement de la manière suivante : Le Messager d’Allah, paix et bénédiction d’Allah sur lui, envoya en expédition une armée composée de Compagnons. Il nomma Abdullah ibn Houdhafa commandant de cette armée. Abdullah était un homme plaisantin. Après avoir parcouru une certaine distance, ils s’arrêtèrent en un endroit. Abdullah demanda aux membres de son armée : « Ne vous a-t-on pas ordonné de m’obéir ? » Ils répondirent : « Si. » Il demanda : « Si je vous donne un ordre, l’exécuterez-vous ? » Ils répondirent : « Oui. » Il dit : « En vertu de mon autorité et de votre devoir d’obéissance, je vous ordonne de vous jeter dans ce feu. » Dès qu’ils reçurent cet ordre, certains membres de l’armée commencèrent à se préparer à s’y jeter. Il leur dit alors : « Arrêtez ! Je plaisantais seulement avec vous. » Lorsque l’armée revint à Médine, le Messager d’Allah, paix et bénédiction d’Allah sur lui, en fut informé. Il dit : « Si quelqu’un vous ordonne de désobéir à Allah, ne lui obéissez pas. » (Sîrat Ibn Hicham, 2/640)

Au cours de la sixième année de l’Hégire — ou, selon une autre opinion, de la septième — le Très Noble Messager d’Allah, paix et bénédiction d’Allah sur lui, décida d’envoyer des émissaires aux rois et aux dirigeants des régions voisines, porteurs de lettres les invitant à l’islam. Il décida également d’envoyer des émissaires aux deux grandes puissances du monde de l’époque, les empereurs de Rome et de Perse. Mais la tâche n’était pas aisée. Le Messager d’Allah, paix et bénédiction d’Allah sur lui, était conscient des difficultés qu’elle comportait. Les émissaires ignoraient les langues, la culture et les populations des pays où ils allaient se rendre. Là-bas, ils inviteraient les rois de ces pays à abandonner la religion de leurs ancêtres et à embrasser l’islam. Il ne fait aucun doute qu’une telle mission diplomatique était extrêmement périlleuse. Peut-être ceux qui s’y rendraient ne reviendraient-ils jamais. Le Messager d’Allah, paix et bénédiction d’Allah sur lui, ordonna aux Compagnons de se rassembler. Il se leva pour prononcer un discours. Après avoir loué Allah et proclamé Ses éloges, il récita la profession de foi. Puis il dit : « Cela dit, j’ai décidé d’envoyer certains d’entre vous auprès des rois ajamites, c’est-à-dire non arabes. Ne vous opposez pas à ma décision comme les Enfants d’Israël s’étaient opposés à Jésus, fils de Marie. »

Les Compagnons dirent : « Ô Messager d’Allah, nous exécuterons votre volonté. Envoyez-nous où bon vous semblera. »

Le Très Noble Messager d’Allah, paix et bénédiction d’Allah sur lui, choisit six Compagnons pour porter ses lettres d’invitation aux rois arabes et non arabes. Abdullah ibn Houdhafa était l’un de ces six hommes. Il fut choisi pour porter le message du Messager d’Allah, paix et bénédiction d’Allah sur lui, à Kisra, l’empereur de Perse.

Abdullah ibn Houdhafa acheva les préparatifs de son voyage, prit congé de sa femme et de ses enfants, puis partit. Il avança seul sur des chemins variés, à travers des terrains accidentés. Il était totalement seul ; en dehors d’Allah l’Unique, personne ne l’accompagnait. Après avoir parcouru une longue distance, il atteignit la Perse. Il informa les courtisans qu’il était porteur d’une lettre destinée à l’empereur et demanda à être autorisé à le rencontrer. La nouvelle parvint à l’empereur. Celui-ci ordonna à ses courtisans de préparer la cour. Une fois celle-ci aménagée, les personnalités éminentes de Perse furent convoquées. Puis Abdullah ibn Houdhafa reçut l’autorisation d’entrer.

L’émissaire du Messager d’Allah, Abdullah ibn Houdhafa, entra dans la cour impériale de Kisra vêtu comme un simple Bédouin, avec une fine shamlah — une étoffe que l’on enroule autour du corps — et une épaisse aba — une longue tunique. Il était grand, large d’épaules et solidement bâti. Il était fier de la grandeur de l’islam et de la noblesse de la foi.

Dès qu’il vit Abdullah entrer, Kisra ordonna à l’un de ses courtisans de prendre la lettre de sa main. Mais Abdullah refusa de la remettre à cet homme et dit : « Non, le Messager d’Allah, paix et bénédiction d’Allah sur lui, a ordonné qu’elle vous soit remise directement. Je ne peux pas désobéir à cet ordre. »

Kisra dit à ses hommes : « Laissez-le, qu’il s’approche de moi. » Abdullah s’avança et remit la lettre entre les mains de Kisra. Celui-ci fit appeler un secrétaire arabophone originaire de Hîra et lui demanda d’ouvrir la lettre et de la lire. La lecture de la lettre commença :

« Au nom d’Allah, le Tout Miséricordieux, le Très Miséricordieux — de la part de Muhammad, le Messager d’Allah, à Kisra, l’empereur de Perse. Salamun ‘ala man ittaba‘a al-huda — que la paix soit sur ceux qui suivent la bonne direction. »

À peine eut-il entendu cette partie de la lettre que Kisra entra dans une violente colère ; ses yeux et son visage devinrent rouges et les veines de son cou se gonflèrent. En effet, le Messager d’Allah (s.a.s.) avait commencé la lettre par son propre nom : « Muhammad, le Messager d’Allah » figurait donc avant le nom de Kisra. Kisra arracha la lettre des mains du lecteur et la déchira en morceaux. Il ne jugea même pas nécessaire d’en connaître le contenu. Il s’écria : « C’est mon esclave, et il ose m’écrire de cette manière ? » Puis il ordonna qu’Abdullah soit expulsé de l’assemblée. On le fit sortir.

Abdullah ibn Hudhafa sortit de la cour de Kisra. Il ignorait ce qu’Allah lui avait réservé. Serait-il tué ou libéré ? Toutes sortes de pensées tourbillonnaient dans son esprit. Mais en un instant, il chassa toutes ses inquiétudes et se dit : « Par Allah, maintenant que j’ai remis la lettre du Messager d’Allah (s.a.s.), que ce qui doit m’arriver m’arrive. Je ne crains rien. » Sur ces mots, il monta sur sa monture en invoquant le nom d’Allah et se mit en route. Entre-temps, lorsque la colère de Kisra se fut quelque peu apaisée, il ordonna qu’on fasse de nouveau comparaître Abdullah. Mais on ne le trouva plus. Ils le cherchèrent partout sans obtenir le moindre indice. En se renseignant sur la route menant vers la péninsule Arabique, ils apprirent qu’il était déjà parti vers son pays. Ils ne purent plus le rattraper.

Le vénérable Abdullah se présenta auprès du Messager d’Allah (s.a.s.) et lui raconta en détail les agissements de Kisra. Après avoir tout entendu, le Messager (s.a.s.) déclara : « Mazzaka Allahu mulkahu — qu’Allah mette son empire en pièces. » (Al-Istiar)

Entre-temps, « Kisra » écrivit à son représentant, « Bazan », le gouverneur du Yémen : « Donne l’ordre d’envoyer de là-bas deux hommes robustes et puissants afin de capturer, au Hedjaz, celui qui prétend être prophète, et de me l’amener. » Bazan choisit deux hommes et les envoya auprès du Messager d’Allah (s.a.s.). Ils portaient également une lettre écrite par Bazan au Messager d’Allah (s.a.s.). Elle ordonnait à celui-ci de se présenter sans délai à la cour de Kisra avec les porteurs de la lettre. Bazan ordonna en outre aux deux hommes de recueillir diverses informations sur le Messager d’Allah (s.a.s.) et de les lui rapporter à leur retour.

Après avoir quitté le Yémen et marché sans relâche, nuit et jour, les deux hommes arrivèrent à Taïf. Ils y rencontrèrent un groupe de commerçants quraychites et les interrogèrent au sujet de Muhammad (s.a.s.). Ils apprirent que Muhammad se trouvait alors dans la ville de Yathrib (Médine). Lorsqu’ils connurent le motif de la venue des deux hommes, les Quraychites retournèrent à La Mecque, ravis. Ils annoncèrent aux Mecquois cette bonne nouvelle : « Réjouissez-vous ! Kisra s’est enfin dressé contre Muhammad. Vous serez désormais à l’abri de ses méfaits. »

Entre-temps, les deux hommes arrivèrent à Médine. Ils rencontrèrent le Messager d’Allah (s.a.s.), lui remirent la lettre de Bazan et lui dirent : « Le Shahanshah Kisra a écrit à notre roi Bazan pour qu’il envoie des hommes vous chercher. Nous sommes venus vous emmener sur son ordre. Si vous répondez favorablement à notre invitation, nous parlerons à Kisra afin qu’il vous épargne et ne vous inflige aucun châtiment. Mais si vous refusez notre invitation, prenez garde à vos paroles et à vos actes. Car vous connaissez la puissance et l’autorité dont il dispose pour vous anéantir, vous et votre peuple. »

Lorsqu’ils eurent fini de parler, le Messager d’Allah (s.a.s.) sourit doucement et dit : « Retournez aujourd’hui à l’endroit où vous séjournez et revenez me voir demain. »

Le lendemain, ils se présentèrent auprès du Messager d’Allah (qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix) et lui dirent : « Êtes-vous prêt à venir avec nous afin de rencontrer Kisra ? » Le Messager (qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix) répondit : « Vous ne reverrez plus jamais Kisra. Allah l’a anéanti. À telle date de tel mois, son fils Shirawayh l’a tué et s’est emparé du trône. » En entendant cela, ils regardèrent le Messager d’Allah (qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix), les yeux écarquillés de stupéfaction. Ils dirent :

« Avez-vous réfléchi à ce que vous dites ? Allons-nous écrire cela à Badhan ? »

Le Messager d’Allah (qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix) répondit : « Oui. Vous lui écrirez également que ma religion atteindra les confins de l’empire de Kisra. Si tu embrasses l’islam, l’autorité sur ton peuple te sera accordée, avec tout ce qui est sous ton commandement. »

Les deux hommes quittèrent la cour du Messager d’Allah (qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix), se rendirent directement auprès de Badhan et l’informèrent de tout ce que le Messager d’Allah (qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix) avait dit. Badhan déclara : « Si ce que Muhammad a dit est vrai, il est certainement un prophète. Et si ce n’est pas vrai, nous lui donnerons la leçon qu’il mérite. »

Alors qu’ils poursuivaient cette discussion, une lettre de Shirawayh parvint à Badhan. Elle disait notamment : « Ensuite, j’ai tué Kisra. Je ne l’ai tué que pour venger mon peuple. … Après réception de cette lettre, tu prêteras serment d’allégeance à mon égard de la part des gens qui t’entourent. »

Dès que Badhan eut lu la lettre de Shirawayh, il la jeta et proclama qu’il était musulman. Tous les Perses qui se trouvaient autour de lui au Yémen embrassèrent également l’islam.

Voilà, en résumé, l’histoire de ʿAbdullah ibn Hudhafa (qu’Allah l’agrée) avec l’empereur perse Kisra. L’histoire qui lui arriva avec l’empereur romain est encore plus étonnante. Elle se déroula sous le califat du deuxième calife, ʿUmar (qu’Allah l’agrée).

En l’an 19 de l’Hégire, le calife ʿUmar (qu’Allah l’agrée) envoya une armée combattre les Romains. ʿAbdullah ibn Hudhafa al-Sahmi en faisait également partie. Le César entendait de nombreux récits sur la foi et la bravoure des combattants musulmans, ainsi que sur leur empressement à donner leur vie pour Allah et Son Messager. Il avait ordonné à ses soldats de lui amener vivant tout soldat musulman fait prisonnier. Par la volonté d’Allah, ʿAbdullah tomba aux mains des Romains. Ceux-ci le présentèrent à leur roi en disant : « Cet homme est un compagnon de Muhammad ; il a été parmi les premiers à adopter sa religion. Il est tombé entre nos mains et nous vous l’avons amené. »

L’empereur romain fixa longuement Abdullah ibn Hudhafa, puis dit :

« Je voudrais te soumettre une proposition. » Abdullah demanda : « De quoi s’agit-il ? »

L’empereur dit : « Je te propose d’embrasser le christianisme. Si tu acceptes, je te libérerai et je t’honorerai. »

Le prisonnier Abdullah répondit très rapidement et avec fermeté :

« Hélas ! Mille morts me seraient plus chères que ce à quoi vous m’appelez. »

L’empereur dit : « Je pense que tu es un homme intelligent. Si tu acceptes ma proposition, je te ferai partager mon pouvoir, je te donnerai ma fille en mariage et je partagerai mon empire avec toi. »

Le prisonnier chargé de chaînes sourit légèrement et dit : « Par Allah, même si l’on me donnait tout votre empire, ainsi que tout ce que les Arabes possèdent, et qu’en échange on me demandait d’abandonner la religion de Muhammad (paix et bénédictions d’Allah sur lui) ne serait-ce qu’un instant, je ne le ferais pas. »

L’empereur dit : « Alors, je te tuerai. »

Le prisonnier : « Vous pouvez faire ce que bon vous semble. »

Sur l’ordre de l’empereur, le prisonnier fut suspendu au gibet et solidement attaché. On lui proposa le christianisme après l’avoir suspendu et attaché par les deux mains, mais il refusa. Puis on le suspendit et l’attacha par les deux pieds, et on l’exhorta à abandonner l’islam ; il le rejeta fermement.

L’empereur ordonna à ses hommes de s’arrêter et de le faire descendre du gibet. Puis il fit apporter un immense chaudron et ordonna qu’on le remplisse d’huile. L’huile fut mise à bouillir sur le feu. Lorsqu’elle se mit à bouillir à gros bouillons, on amena deux autres prisonniers musulmans. L’un d’eux fut jeté dans l’huile brûlante. Dès qu’il y tomba, la chair de son corps se déchiqueta et se détacha de ses os.

L’empereur se tourna vers Abdullah et l’exhorta de nouveau à embrasser le christianisme. Cette fois, Abdullah le rejeta avec encore plus de fermeté qu’auparavant. Sur l’ordre de l’empereur, on amena alors Abdullah près du chaudron rempli d’huile bouillante. Des larmes apparurent dans les yeux d’Abdullah. Les hommes dirent à l’empereur : « Le prisonnier pleure maintenant. » L’empereur pensa que le prisonnier avait pris peur. Il ordonna : « Amenez-moi le prisonnier. » On l’amena. Une fois encore, il rejeta le christianisme avec dégoût. L’empereur dit alors à Abdullah : « Maudit sois-tu ! Alors, pourquoi pleures-tu ? » Abdullah répondit : « Je pleure en pensant qu’à l’instant on va me jeter dans ce chaudron et que je vais périr. Pourtant, je souhaiterais avoir autant de vies qu’il y a de poils sur mon corps, afin de pouvoir toutes les sacrifier dans ce chaudron pour la cause d’Allah. »

Cette fois, l’empereur rebelle à Dieu dit : « Si seulement tu m’embrassais au moins sur la tête, je te libérerais. »

Abdullah refusa d’abord également cette proposition. Toutefois, il posa une condition et dit : « Si les autres prisonniers musulmans sont libérés en même temps que moi, j’accepte. »

L’empereur dit : « Oui, les autres seront également libérés. »

Abdullah dit : « Je me dis intérieurement : il n’y a aucun mal à ce que les autres prisonniers musulmans soient libérés en échange. » Il s’avança vers l’empereur et l’embrassa sur la tête. L’empereur romain ordonna de rassembler les prisonniers musulmans et de les remettre à Abdullah. Ils étaient au total 80.

Hazrat Abdullah (qu’Allah l’agrée) retourna à Médine et relata en détail l’événement au calife Omar (qu’Allah l’agrée). Le calife éclata de joie. Puis, regardant les prisonniers présents, il dit : « Il convient que chaque musulman embrasse la tête d’Abdullah ibn Hudhafa, et je vais être le premier à le faire. » Sur ces mots, il se leva et embrassa sa tête. (Voir : Hayatus-Sahaba – 1/302, Al-Isaba – 2/296-297, Al-Isti‘ab, Suwarun min Hayatis-Sahaba – 1/51-56, Usud al-Ghaba – 3/143)

Après la conquête de La Mecque, le Messager d’Allah (que Dieu le bénisse et lui accorde la paix) envoya Khalid ibn al-Walid auprès de la tribu des Banû Juzayma afin de les inviter à l’islam. En raison d’un malentendu, Khalid les attaqua, et plusieurs d’entre eux furent tués ou blessés. Le Messager (que Dieu le bénisse et lui accorde la paix) en fut profondément attristé. Il versa des compensations pour les personnes tuées et pardonna également à Khalid. Ibn Ishaq rapporte que, lorsque Khalid fut blâmé à ce sujet, il dit : « Je les ai combattus parce qu’Abdullah ibn Hudhafa as-Sahmi l’avait ordonné. Il avait dit. Il avait dit : s’ils refusent d’embrasser l’islam, le Messager d’Allah (que Dieu le bénisse et lui accorde la paix) t’a ordonné de les combattre. » (Sîrat Ibn Hisham – 2/430)

Un jour, le Messager d’Allah (que Dieu le bénisse et lui accorde la paix) était assis sur le minbar et déclara : « Tant que je serai assis ici, toute personne parmi vous qui posera une question recevra une réponse. » Abdullah ibn Hudhafa se leva et demanda : « Qui est mon père ? » Le Messager d’Allah (que Dieu le bénisse et lui accorde la paix) répondit : « Ton père est Hudhafa. » (Al-Isaba – 2/296) En entendant cela, sa mère dit : « Quelle terrible question tu as posée au Messager d’Allah (que Dieu le bénisse et lui accorde la paix) ! Que Dieu nous en préserve : s’il avait répondu autre chose, qu’aurais-je fait ? »

Abdullah répondit : « Je vérifiais l’authenticité de ma filiation. S’il m’avait rattaché à un esclave abyssin, je l’aurais accepté. » (Al-Isti‘ab)

Plusieurs hadiths ont été rapportés d’après Hazrat Abdullah ibn Hudhafa. Al-Bukhari en a rapporté un. Parmi ceux qui ont rapporté des hadiths de lui figurent notamment Abu Wa’il, Sulayman et Ibn Yasar.

Ibn Yunus rapporte qu’Abdullah participa à l’expédition d’Égypte et mourut en Égypte sous le califat de Hazrat Uthman. Il y fut également enterré. (Al-Isaba – 2/296)

Jabir rapporte : Un homme demanda une aide au Messager d’Allah (que Dieu le bénisse et lui accorde la paix), qui lui en donna. Puis un autre homme en demanda, et il lui en promit. Omar ibn al-Khattab se leva et dit : « Ô Messager d’Allah ! On m’a demandé de l’aide, j’en ai donné. On m’en a redemandé, j’en ai encore donné. Puis on m’en a de nouveau demandé, et j’ai promis d’en donner. » Il sembla que ces paroles ne plaisaient pas au Messager d’Allah (que Dieu le bénisse et lui accorde la paix). Abdullah ibn Hudhafa se leva alors et dit : « Ô Messager d’Allah, dépense, et ne crains pas la pauvreté auprès de Celui qui possède le Trône. » Le Messager (que Dieu le bénisse et lui accorde la paix) dit : « C’est précisément cela qui m’a été ordonné. » (Hayatus-Sahaba – 2/145)

Ibn Asakir rapporte, d’après Zuhri, qu’une plainte fut portée auprès du Messager d’Allah (que Dieu le bénisse et lui accorde la paix) contre Abdullah : « C’est un homme qui aime plaisanter et rire. » Il dit : « Laissez-le donc. Car il a un grand ventre. Il aime beaucoup Allah et Son Messager. » (Hayatus-Sahaba – 2/321)

Khabbab ibn al-Aratt (r.a.)

Il s’appelait Khabbab, sa kunya était Abu Abdallah et son père s’appelait Aratt. Il existe des divergences concernant son ascendance. Certains ont dit qu’il appartenait aux Banu Tamim, tandis que d’autres ont affirmé qu’il était issu de la tribu des Banu Khuza’a. Toutefois, selon l’opinion authentique, il appartenait aux Banu Tamim. (Sîrat Ibn Hisham, 1/254) Durant son enfance, il fut réduit en esclavage. L’histoire de sa servitude est rapportée comme suit :

Une femme nommée Umm Anmar, de la tribu des Banu Khuza’a, se rendit au marché aux esclaves de La Mecque. Elle avait l’intention d’acheter un esclave en bonne santé, robuste et bien constitué, capable d’accomplir toutes ses tâches. Elle se mit à examiner attentivement le visage des esclaves amenés pour être vendus. Finalement, elle choisit un jeune esclave qui n’avait pas encore atteint l’âge adulte. Cependant, ce garçon était en excellente santé, et son visage révélait son intelligence. C’est cela qui la poussa à le choisir. Après en avoir payé le prix, elle repartit en l’emmenant avec elle.

Après avoir parcouru une certaine distance, Umm Anmar se tourna vers l’esclave et lui demanda :

Mon garçon, quel est ton nom ?

Khabbab.

Et le nom de ton père ?

Al-Aratt.

Quel est ton pays natal ?

Najd.

Tu es donc originaire d’Arabie ?

Oui, je suis issu des Banû Tamîm.

Comment es-tu arrivé dans ce marché aux esclaves de La Mecque ?

Une tribu quelconque d’Arabie a attaqué notre tribu, a pillé notre bétail et nos volailles domestiques, tué les hommes et capturé les femmes et les enfants pour les réduire en esclavage. Je suis l’un de ces enfants captifs. Puis, après être passé de main en main, je suis arrivé à La Mecque et je suis actuellement en votre possession.

Ummu Anmar confia son esclave à un forgeron de La Mecque afin qu’il lui enseigne l’art et les techniques de la fabrication des épées. En peu de temps, cet esclave intelligent devint habile dans cet art. Ummu Anmar loua une boutique, acheta l’outillage et l’équipement du forgeron, puis l’y employa à fabriquer des épées.

En peu de temps, sa probité, son dévouement, son honnêteté et son habileté dans la fabrication des épées se répandirent à La Mecque. Les gens affluèrent dans sa boutique pour acheter les épées qu’il fabriquait.

Malgré sa jeunesse, Khabbab possédait l’intelligence des hommes mûrs et la sagesse des vieillards. Dans ses moments de loisir, entre deux tâches, il réfléchissait en lui-même à la catastrophe dans laquelle la société de la Jâhiliyya était plongée corps et âme. Il songeait à la terrible ignorance et aux égarements dans lesquels toute la nation arabe se débattait, et dont il était lui-même l’une des plus pitoyables victimes. Il réfléchissait et se disait parfois, inconsciemment : « Cette nuit aura certainement une fin. » Pour voir cette fin, il souhaitait ardemment vivre longtemps.

Khabbab n’eut pas à attendre longtemps. Il entendit qu’une lumière éclatante émanait des lèvres d’un jeune homme de Banû Hâshim, Muhammad ibn Abdallah. Il accourut. Il écouta ses paroles et contempla cette lumière. Aussitôt, il lui tendit la main et prononça : « La ilaha illallah wa anna Muhammadan abduhu wa rasuluhu. » Il devint ainsi le sixième musulman au monde. C’est pourquoi on le surnomma « Sâdis al-Islâm ». Mujahid rapporte toutefois que le Messager d’Allah fut le premier à proclamer l’islam. Ensuite, dans l’ordre : Abu Bakr, Khabbab, Suhayb, Bilal, Ammar et la mère d’Ammar, Sumayya, proclamèrent leur islam. Selon ce récit, Khabbab fut le troisième musulman. (Usud al-Ghâba, 2/98 ; al-Isâba, 1/426.) Khabbab embrassa l’islam à l’époque où le noble Messager d’Allah invitait secrètement à l’islam dans la demeure d’Arqam ibn Abi al-Arqam.

À partir de ce moment commença le deuxième chapitre de la vie de Khabbab : celui où il devait supporter avec le sourire les persécutions et les sévices pour la vérité, et risquer sa vie pour la propagation de cette vérité. Khabbab ne cacha à personne sa conversion à l’islam. En peu de temps, la nouvelle parvint aux oreilles de sa maîtresse, Umm Anmar. Elle entra dans une fureur folle. Elle se rendit auprès de Khabbab, accompagnée de son frère Siba ibn Abd al-Uzza et d’un groupe d’hommes de Banû Khuzâ‘a. Il était alors profondément absorbé par son travail. S’avançant quelque peu, Siba lui dit :

« Nous avons entendu à ton sujet quelque chose que nous n’avons pas cru. »

« Quoi donc ? »

« Nous avons entendu dire que tu avais apostasié et étais devenu le disciple d’un jeune homme de Banû Hâshim ? »

« Je n’ai pas apostasié, mais j’ai cru en Allah, l’Unique, sans associé. J’ai abandonné votre idolâtrie et j’atteste que Muhammad est le serviteur et le Messager d’Allah. »

Dès que ses paroles parvinrent à leurs oreilles, ils se jetèrent sur lui. Ils commencèrent à le rouer de coups de poing et de pied, puis à le piétiner. Ils lui lancèrent tous les marteaux, les plaques de fer et les morceaux de métal de sa boutique. Khabbab perdit connaissance et s’effondra au sol ; son corps fut teinté de son propre sang.

Un autre jour, quelques Qurayshites se rendirent chez Khabbab pour prendre les épées qu’ils lui avaient commandées. Khabbab fabriquait des épées, les vendait à La Mecque et en expédiait également ailleurs. En raison de son travail, il s’absentait très rarement de chez lui. Mais ils ne trouvèrent pas Khabbab à la maison. Ils l’attendirent. Quelque temps plus tard, Khabbab rentra chez lui. Un point d’interrogation lumineux se dessinait sur son visage. Après s’être enquis de la santé de ses visiteurs, il s’assit. Ils lui demandèrent : « Khabbab, les épées sont-elles prêtes ? »

Une lueur de joie illuminait le visage de Khabbab. Il réfléchissait en lui-même à quelque chose. À ce moment-là, il s’exclama inconsciemment : « Son affaire est tout à fait extraordinaire. »

Aussitôt, les hommes lui demandèrent : « De qui parles-tu ? Nous voulons savoir si les épées sont prêtes. »

Khabbab les fixa attentivement et dit :

« L’avez-vous vu ? Avez-vous entendu l’une de ses paroles ? »

Ils se regardèrent avec étonnement. L’un d’eux lui demanda sur le ton de la plaisanterie : « Est-ce que tu l’as vu ? »

Khabbab lui posa une question quelque peu énigmatique : « De qui parles-tu ? »

L’homme répondit d’une voix excitée : « Je parle précisément de celui dont tu parles. »

Khabbab ne laissa pas passer cette occasion de manifester la vérité. Il dit : « Oui, je l’ai vu et j’ai aussi entendu ses paroles. J’ai vu la vérité se répandre tout autour de lui, tandis que la lumière rayonnait sur son visage. »

Les hommes venus chez lui commencèrent alors à comprendre de quoi il retournait. L’un d’eux demanda en criant :

« Esclave d’Umm Anmar ! De qui parles-tu ? » Khabbab répondit calmement :

« Mes frères arabes, de qui d’autre pourrait-il s’agir ? Qui, parmi les gens de votre peuple, sinon lui, est tel que la vérité se répand tout autour de lui et que la lumière rayonne sur son visage ? »

« Nous pensons que tu parles de Muhammad. » Khabbab inclina légèrement la tête et répondit avec enthousiasme :

« Oui, il est le Messager d’Allah, envoyé à nous. Allah l’a envoyé pour nous faire sortir des ténèbres et nous conduire vers la lumière. »

Il ne savait pas ce qui était sorti de sa bouche après avoir prononcé ces paroles, ni ce qu’on lui avait dit. Tout ce dont il se souvenait, c’est qu’après plusieurs heures, lorsqu’il reprit connaissance, il constata que ces hommes n’étaient plus là. Son corps était engourdi par la douleur, et tout son corps ainsi que ses vêtements étaient couverts de sang. L’incident s’était produit juste devant sa maison. Il se releva tant bien que mal, rentra chez lui, banda ses blessures et se prépara à affronter une nouvelle épreuve. (Rijâlûn hawla ar-Rasûl, p. 230)

Ainsi, Hadrat Khabbab acquit une place particulière parmi les hommes victimes de la persécution et des sévices pour la cause de la religion. Bien qu’il fût pauvre et faible, Khabbab fut l’un des principaux hommes parmi ceux qui s’étaient dressés contre l’arrogance et les égarements des Qurayshites.

La nouvelle de l’adhésion de Khabbâb à la nouvelle religion et des châtiments qu’il subissait se répandit rapidement dans les ruelles de La Mecque, comme un feu de feuilles sèches. Les Mecquois furent stupéfaits par l’audace de Khabbâb. Jamais auparavant ils n’avaient entendu dire que quelqu’un, devenu adepte de Muhammad, l’avait proclamé ainsi publiquement devant les gens, sur un ton de défi.

L’affaire de Khabbâb ébranla les chefs quraychites. Ils n’avaient jamais imaginé que cet esclave forgeron, sans nom, sans clan ni soutien, dépendant d’Umm Anmâr, oserait ainsi s’affranchir de leur autorité et manifester une telle insolence et une telle audace en dénigrant leurs divinités vénérées ainsi que la religion de leurs ancêtres. Ils pensèrent qu’après une telle correction, il se calmerait peut-être et ne commettrait plus jamais une telle sottise.

Les prévisions des Quraychites se révélèrent fausses. Le résultat fut même contraire. L’audace de Khabbâb renforça le courage de ses compagnons. Eux aussi se mirent à désirer proclamer publiquement leur adhésion à l’islam. L’un après l’autre, ils commencèrent à proclamer la parole de vérité.

Abû Sufyân ibn Harb, al-Walîd ibn al-Mughîra, Abû Jahl et d’autres chefs quraychites se réunirent dans l’enceinte de la Kaaba. Ils discutèrent de l’affaire de Muhammad. Ils constatèrent que celle-ci ne cessait de prendre de l’ampleur et de l’importance de jour en jour, voire d’heure en heure. Décidés à l’éradiquer immédiatement, avant qu’elle ne prenne davantage d’ampleur, ils résolurent qu’à partir de ce jour chaque tribu commencerait à persécuter et à maltraiter les adeptes de Muhammad appartenant à cette tribu. Ceux-ci devraient soit abandonner leur nouvelle religion, soit mourir.

La responsabilité de châtier Khabbâb fut confiée à Siba ibn Abd al-Uzzâ et à son clan. Lorsque la terre devenait brûlante sous l’ardeur du soleil de midi, ils traînaient Khabbâb dans les vallées de La Mecque. Ils le dénudaient entièrement et lui faisaient revêtir une cuirasse de fer. Accablé par la chaleur intense et la soif, il souffrait terriblement, mais on ne lui donnait pas une seule goutte d’eau. Lorsqu’il se tordait de soif, ils lui disaient :

Que dis-tu de Muhammad ?

Il répondait : Il est le serviteur et le Messager d’Allah. Il est venu à nous avec la religion vraie et droite afin de nous faire passer des ténèbres à la lumière.

Ils recommençaient alors à le frapper, à lui donner des coups de poing, puis demandaient :

Que dis-tu de Lāt et de ʿUzzā ? Il disait : « Ces deux idoles sourdes et muettes ne possèdent aucun pouvoir de nuire ni de faire du bien. »

Ils faisaient ensuite chauffer des pierres dans le feu et l’allongeaient sur ces pierres. Khabbab raconte : « Un jour, ils m’emmenèrent de force. Ils allumèrent un feu et firent chauffer une pierre, puis m’allongèrent sur cette pierre tandis que l’un d’eux posait un pied sur ma poitrine et m’y maintenait fermement. » (Hayatus-Sahaba, 1/292) Il restait ainsi allongé, tandis que la graisse de ses deux épaules fondait et coulait. L’imam Chaʿbi rapporte que la chair de son dos se détachait.

Sa maîtresse, Ummu Anmar, n’était en rien moins féroce que son frère Siba. Un jour, en voyant le prophète Muhammad (paix et bénédictions d’Allah sur lui) debout dans la boutique de Khabbab et s’entretenant avec lui, elle devint comme une chienne enragée. Un jour sur deux, elle venait à la boutique de Khabbab, faisait chauffer une plaque de fer dans la forge de celui-ci et la lui appliquait sur la tête. Il se tortillait sous l’effet de l’intense douleur, puis perdait connaissance.

Un jour, alors qu’on faisait chauffer un morceau de fer pour l’appliquer sur la tête de Khabbab, le Messager d’Allah (paix et bénédictions d’Allah sur lui) passait justement par là. En voyant l’état de Khabbab, il s’arrêta net. Son cœur en fut bouleversé. Mais que pouvait-il faire ? En dehors d’invoquer Allah en faveur de Khabbab et de le réconforter quelque peu, il ne put rien faire d’autre. Il leva les deux mains vers le ciel et dit avec une profonde émotion : « Allahumma unsur Khabbabana — Ô Allah, secoure Khabbab ! » (Rijalun hawla ar-Rasul, 331)

Allah, le Très-Haut, exauça l’imprécation de Khabbab contre Ummu Anmar. Avant même son émigration de La Mecque à Médine, il en vit de ses propres yeux les effets. Une douleur si soudaine et si intense commença à lui marteler la tête qu’elle se mit à aboyer sans cesse comme un chien. Ses fils consultèrent différents médecins pour la soigner. Tous déclarèrent qu’il n’existait aucun remède pour guérir cette douleur. Toutefois, l’application de fer chauffé au feu sur sa tête pouvait apporter un léger soulagement. On commença donc à lui appliquer une plaque de fer chauffée sur la tête.

Un jour, sous le califat du calife ʿUmar (qu’Allah l’agrée), Khabbab se rendit auprès de lui. Le calife l’honora grandement, le fit asseoir sur un coussin élevé et lui dit : « En dehors de Bilal, personne n’est plus digne que toi de s’asseoir ici. » Khabbab répondit : « Comment pourrait-il m’être égal ? Même parmi les polythéistes, il avait de nombreux soutiens ; tandis qu’en dehors d’Allah, personne ne compatissait à mon sort. » Le calife voulut savoir quelles tortures il avait subies aux mains des Qurayshites. Mais Khabbab hésitait à les lui raconter. Après les insistances répétées du calife, il écarta son vêtement et découvrit son dos. En voyant l’aspect horrible de son dos, le calife sursauta et demanda : « Comment cela est-il arrivé ? »

Khabbab répondit : « Les idolâtres allumèrent un feu. Lorsqu’il fut réduit à l’état de braises, ils me déshabillèrent. Puis ils me traînèrent de force et m’y allongèrent sur le dos. La chair se détacha des os de mon dos. C’est la graisse fondue de mon dos qui éteignit ce feu. » À la suite de cela, la peau de son dos était devenue semblable à celle d’un malade atteint de vitiligo. (Hayatus-Sahaba, 1/292 ; al-Mustadrak ; Sîrat Ibn Hicham, note, 1/343)

En plus de le torturer physiquement, les Qurayshites le raillaient, le ridiculisaient et se moquaient de lui. Ils détournaient également l’argent qu’ils lui devaient. Ibn Ishaq rapporte : Un mécréant mecquois nommé al-ʿAs ibn Wa’il as-Sahmi lui acheta quelques épées et lui resta redevable d’une certaine somme. Khabbab alla lui réclamer son dû. Il lui dit : « Ô Khabbab, ton ami Muhammad — dont tu suis la religion — ne pense-t-il pas que les habitants du Paradis obtiendront tout ce qu’ils désireront : de l’or, de l’argent, des vêtements ou des serviteurs ? » Khabbab répondit : « Si. » Il dit : « Ô Khabbab, accorde-moi un peu de temps jusqu’au Jour de la Résurrection ; j’irai là-bas et je te rembourserai ce que je te dois. Par Allah, ni ton ami Muhammad ni toi ne m’êtes plus chers à Allah que moi-même. Vous ne serez pas non plus plus favorisés que moi. » À la suite de cet événement, Allah, le Très-Haut, révéla les versets suivants : « As-tu considéré celui qui nie Mes versets et dit : “On me donnera sûrement des biens et des enfants” ? A-t-il eu connaissance de l’invisible ou reçu une promesse du Tout Miséricordieux ? Absolument pas ! Nous consignerons ce qu’il dit et prolongerons son châtiment. Nous hériterons de ce dont il parle, et il viendra à Nous seul. » (sourate Maryam, 77-80)

Un jour, Khabbâb se présenta auprès du Messager d’Allah (ﷺ), accompagné de quelques autres compagnons persécutés comme lui, et lui exposa leurs souffrances et leurs malheurs. Khabbâb raconte : « Lorsque nous lui fîmes part de notre situation, le Messager d’Allah (ﷺ) était allongé à l’ombre de la Kaaba, la tête posée sur un manteau rayé. Nous lui dîmes : “Ô Messager d’Allah, ne demanderez-vous donc pas pour nous l’aide et le pardon d’Allah ?” »

En entendant nos paroles, le visage béni du Messager d’Allah (ﷺ) devint rouge. Il se redressa, puis dit : « Beaucoup de gens avant vous étaient saisis, placés dans une fosse dont la moitié de leur corps était enterrée, puis leur tête était fendue en deux, du milieu, à l’aide d’une scie. Leur chair était arrachée de leurs os avec des peignes de fer. Pourtant, ils ne déviaient pas le moins du monde de leur religion. Allah Très-Haut donnera certainement à cette religion son plein accomplissement. Un jour viendra où un voyageur parcourra la distance de San‘â à Hadramaout sans craindre personne si ce n’est Allah. Alors le loup gardera les troupeaux de moutons. Mais vous êtes trop impatients. » (Rijâlûn hawla ar-Rasûl, p. 231 ; Usud al-Ghâba, 2/98)

Khabbâb et ses compagnons écoutèrent attentivement ces paroles du Messager d’Allah (ﷺ). Ils décidèrent d’endurer autant de patience et de sacrifice — de persévérance et de renoncement — qu’Allah et Son Messager les en exhortaient. Ainsi, leur foi se raffermit encore davantage.

Les tortures inhumaines infligées à Khabbâb se poursuivirent jusqu’à ce qu’Umm Anmâr l’affranchisse. L’imam Sha‘bî dit : « Malgré une centaine de tortures, Khabbâb demeura patient. Les persécutions des mécréants n’affaiblirent pas le moins du monde sa résolution. » Durant son séjour à La Mecque, il consacrait tout son temps à l’adoration et à la prédication de la religion. À ceux qui, à La Mecque, n’avaient pas encore osé révéler leur conversion à l’islam, il enseignait secrètement le Coran en se rendant de maison en maison. Il enseignait également le Coran en secret à Fâtima et à Sa‘îd, la sœur et le beau-frère de ‘Umar. Le jour où ‘Umar (رضي الله عنه) partit avec l’intention de tuer le Noble Messager, puis apprit en chemin de Nu‘aym ibn ‘Abd Allah que sa sœur et son beau-frère s’étaient convertis à l’islam et se rendit chez eux, Khabbâb (رضي الله عنه) était justement en train de leur enseigner le Coran. En apprenant l’arrivée de ‘Umar (رضي الله عنه), il se cacha dans un coin de la maison de Fâtima. Puis, lorsque la récitation du Coran transforma ‘Umar (رضي الله عنه) et qu’il dit : “Emmenez-moi auprès de Muhammad”, Khabbâb sortit de sa cachette. Il dit à ‘Umar (رضي الله عنه) : “Ô ‘Umar, j’espère que l’invocation du Prophète d’Allah en ta faveur a été exaucée. Hier, j’ai entendu le Messager d’Allah (ﷺ) invoquer ainsi : ‘Ô Allah, soutiens l’islam par l’un de ces deux hommes : Abû al-Hakam ou ‘Umar ibn al-Khattâb.’” ‘Umar dit : “Khabbâb, dis-moi donc où se trouve Muhammad à présent. Je veux aller auprès de lui et embrasser l’islam.” Khabbâb répondit : “Il se trouve actuellement dans une maison près du mont Safâ, avec quelques-uns de ses compagnons.” (Sîrat Ibn Hishâm, 1/343, 345 ; Hayât as-Sahâba, 1/297)

Un jour, deux chefs qurayshites, al-Aqra‘ ibn Hâbis et ‘Uyayna ibn al-Fazârî, vinrent auprès du Messager d’Allah (ﷺ) et le virent assis avec des esclaves et des croyants faibles tels qu’Ammâr, Suhayb, Bilâl et Khabbâb. Sans tenir compte des personnes présentes, les deux chefs emmenèrent le Noble Messager à l’écart et lui dirent : “Les représentants des chefs arabes viennent auprès de vous. Nous ne pouvons pas nous asseoir avec ces esclaves ; éloignez-les un peu.” Le Messager (ﷺ) acquiesça à leur demande. Ils dirent : “Alors que cette affaire soit mise par écrit immédiatement.” Le Messager (ﷺ) appela ‘Alî et lui fit apporter du papier et une plume. Khabbâb raconte : « Nous étions alors assis un peu à l’écart. C’est à ce moment que Jibrîl (عليه السلام) vint avec ces versets : “Ne repousse pas ceux qui invoquent leur Seigneur matin et soir, recherchant Sa satisfaction. Tu n’es pas chargé de rendre compte de leurs œuvres au point de les chasser. Si tu le faisais, tu serais alors du nombre des injustes.” » (sourate al-An‘âm, 52-53)

Khabbâb raconte : « Dès que les versets précités furent révélés, le Noble Messager d’Allah (ﷺ) jeta le papier et la plume, puis nous appela auprès de lui. Lorsque nous nous approchâmes, il nous salua. Nous nous assîmes genou contre genou avec le Messager d’Allah (ﷺ). Aussitôt, Allah Très-Haut révéla ce verset : »

« Reste toi-même patient avec ceux qui invoquent leur Seigneur matin et soir, recherchant Sa satisfaction, et ne détourne pas tes yeux d’eux en désirant les attraits de la vie présente. » (sourate al-Kahf, 28)

Khabbâb raconte : « Depuis lors, chaque fois que nous nous asseyions avec le Messager d’Allah (ﷺ), il ne se levait pas avant que nous ne nous levions. » (Hayât as-Sahâba, 2/475)

Khabab endura avec patience pendant longtemps les persécutions sans limites des Quraysh de La Mecque, demeurant attaché à la terre de La Mecque. Finalement, Allah le Très-Haut autorisa l’Hégire et il émigra à Médine. Il n’émigra pas pour échapper aux persécutions, mais afin d’obtenir l’agrément et la satisfaction d’Allah. Il disait : « Je n’ai émigré avec le Messager d’Allah que pour Allah. » Après son arrivée à Médine, le vénérable Prophète, le noble Messager d’Allah, établit entre lui et, selon une autre opinion, Khirâsh ibn Samma ou Jabr ibn Utayq, la mu’âkhât, c’est-à-dire la fraternité religieuse. (Usd al-Ghâba, 2/99)

Après son arrivée à Médine, un peu de paix et de sécurité apparut dans la vie de Khabab, lui qui en avait été totalement privé jusque-là. Ici, il eut l’occasion de bénéficier de la proximité particulière du noble Messager. Il participa avec le Messager d’Allah à toutes les batailles, notamment à Badr et à Uhud. Lors de la bataille d’Uhud, il vit de ses propres yeux le sort de Siba, le frère d’Umm Anmâr. Ce jour-là, celui-ci fut tué par le vénérable Hamza, qu’Allah l’agrée.

Toute la vie du vénérable Khabab, qu’Allah l’agrée, fut marquée par les coups de la pauvreté. Avant l’islam et durant quelque temps après celui-ci, il gagnait sa subsistance en fabriquant des épées. Dans la dernière partie de sa vie, il connut une aisance considérable. Sous les califats des vénérables Umar et Uthman, lorsque des allocations furent fixées pour tous les Compagnons selon leur rang respectif, le vénérable Khabab commença à recevoir une allocation importante. Une grande somme d’argent s’accumula alors entre ses mains. Cependant, son attitude envers cet argent était singulière. Il déposait ses dirhams et ses dinars dans un lieu ouvert. Les nécessiteux et les pauvres pouvaient y prendre librement ce dont ils avaient besoin. Aucune autorisation n’était requise pour cela. Malgré tout, il vivait constamment dans la crainte, pensant qu’Allah lui demanderait peut-être des comptes au sujet de cette richesse et qu’il serait puni à cause d’elle.

Un groupe de ses compagnons rapporte : « Nous allâmes rendre visite à Khabab alors qu’il était sur son lit de mort. Il nous indiqua un côté de sa maison délabrée et nous dit : “Il y a ici quatre-vingt mille dirhams. Par Allah, je n’ai jamais fermé l’accès à cet endroit ni interdit à aucun mendiant d’y prendre quoi que ce soit.” Après avoir dit cela, il se mit à sangloter. Ses amis lui demandèrent : “Pourquoi pleurez-vous ?” Il répondit : “Mes compagnons sont partis de ce monde sans recevoir la récompense de leurs œuvres. Moi, je suis encore en vie et je suis devenu le propriétaire d’une telle richesse. Je crains que cette richesse ne soit la récompense de mes bonnes actions. C’est pourquoi je pleure avec inquiétude.” Puis des larmes coulèrent de ses deux yeux lorsqu’il désigna le linceul coûteux qu’il avait acheté pour lui-même et dit : “Regardez, voici mon linceul. Pourtant, lorsque le vénérable Hamza, l’oncle du Messager d’Allah, qu’Allah l’agrée, tomba en martyr à Uhud, on ne trouva pour son linceul qu’un seul manteau. Lorsqu’on en couvrait sa tête, ses pieds restaient découverts, et lorsqu’on en couvrait ses pieds, sa tête restait découverte.” »

En l’an 37 de l’Hégire, il tomba malade à Koufa. Malgré les soins, sa maladie s’aggrava de jour en jour. Il continua longtemps à souffrir de cette maladie. Dans cet état, il disait parfois : « Si le Messager d’Allah ne nous avait pas interdit de souhaiter la mort, j’invoquerais Allah pour qu’Il me fasse mourir. » (Al-Isâba, 1/416 ; Usd al-Ghâba, 2/99) Les biographes divergent au sujet de l’année et du lieu de sa mort, ainsi que de son âge au moment de celle-ci. Selon l’opinion la plus répandue, il mourut à Koufa en l’an 39 de l’Hégire, à l’âge de soixante-douze ans, après la bataille de Siffîn. Il ne put participer à la bataille de Siffîn en raison de sa maladie. Le vénérable Ali, qu’Allah l’agrée, apprit sa mort alors qu’il revenait de la bataille de Siffîn, et c’est lui qui dirigea la prière funéraire. Les habitants de Koufa enterraient généralement leurs morts à l’intérieur de la ville. Avant sa mort, le vénérable Khabab recommanda qu’il soit enterré à l’extérieur de la ville. Conformément à sa recommandation, il fut enterré en dehors de Koufa. Il fut le premier Compagnon à être enterré hors de la ville de Koufa. (Usd al-Ghâba, 2/100)

Après l’enterrement du vénérable Khabab, le Commandeur des croyants, Ali, qu’Allah l’agrée, se tint près de sa tombe et prononça ces paroles : « Qu’Allah accorde Sa miséricorde à Khabab. Il embrassa l’islam avec ardeur, émigra dans l’obéissance et passa sa vie en mujâhid. Allah ne fait pas perdre la récompense de ceux qui accomplissent de bonnes œuvres. »

Le vénérable Khabab éprouvait un vif désir de connaître les paroles et les actes du Messager d’Allah. Parfois, à l’insu du Messager d’Allah, il veillait la nuit pour observer sa manière d’accomplir ses actes d’adoration, puis l’interrogeait à ce sujet le matin. Une fois, le Messager passa toute la nuit à prier, et Khabab l’observa discrètement. Le matin, il se rendit auprès du Messager d’Allah et lui dit : « Ô Messager d’Allah, que mon père et ma mère soient sacrifiés pour toi ! La nuit dernière, tu as accompli une prière que tu n’avais jamais accomplie auparavant. » Il répondit : « Oui, c’était la prière de l’espoir et de la crainte. J’ai demandé trois choses à Allah. Il m’en a accordé deux, mais ne m’en a pas accordé une. La première était qu’Allah ne détruise pas ma communauté par la famine. Il l’a acceptée. La deuxième était qu’Il ne fasse pas triompher un ennemi étranger sur ma communauté. Allah l’a également acceptée. La troisième était qu’Il ne fasse pas subir à un groupe de ma communauté la cruauté d’un autre groupe. Celle-ci n’a pas été acceptée. » (Usd al-Ghâba, 2/99)

Il rapporta trente-trois hadiths du Messager d’Allah. Parmi eux, trois furent rapportés conjointement par al-Bukhari et Muslim, deux exclusivement par al-Bukhari et un exclusivement par Muslim. Parmi les Compagnons et les tâbi‘un qui rapportèrent de lui des hadiths figurent notamment son fils Abdullah, Abu Umama al-Bahili, Abu Ma‘mar, Abdullah ibn Shukhayr, Qays ibn Abi Hazim, Masruq ibn al-Ajda‘ et Alqama ibn Qays.

La fille de Khabbâb ibn al-Aratt a rapporté : « Un jour, mon père partit pour le jihâd. Au moment de nous quitter, il laissa une seule chèvre pour assurer notre subsistance et nous dit : “Lorsque vous aurez besoin de traire cette chèvre, emmenez-la auprès des gens d’Ahl as-Suffa.” Nous la conduisîmes auprès d’eux et y vîmes le Messager d’Allah (s.a.s.) assis. Il attacha la chèvre et la trait. Puis il dit : “Apportez-moi le plus grand récipient de votre maison.” J’apportai le récipient dans lequel nous pétrissions la pâte. Il le remplit de lait en la trayant. Il nous remit le récipient rempli de lait et dit : “Emportez-le ; vous en boirez vous-mêmes et vous en donnerez aussi à vos voisins. Chaque fois que vous en aurez besoin, amenez-moi la chèvre afin que je la traisse.” Nous faisions souvent traire la chèvre par la main du Messager d’Allah (s.a.s.) et rapportions le lait. Mon père revint du jihâd. Lorsqu’il voulut traire la chèvre, le lait cessa de couler. Ma mère lui dit : “Tu as gâché la chèvre ; auparavant, nous obtenions assez de lait pour remplir ce récipient.” Il demanda : “Qui la trayait ?” Ma mère répondit : “Le Messager d’Allah (s.a.s.).” Il dit : “M’as-tu donc considéré comme son égal ? Quelle main possède une bénédiction plus grande que la sienne ?” (Hayât as-Sahâba, 3/637)

Al-Mughîra ibn Shu‘ba (qu’Allah l’agrée)

Son nom était Abû ‘Abdillah al-Mughîra, et son père s’appelait Shu‘ba ibn Abî ‘Âmir. Outre Abû ‘Abdillah, il avait aussi pour kunya Abû Muhammad et Abû ‘Îsâ. Il était issu de la tribu des Banû Thaqîf. Sa mère, Umâma bint ‘Afqâm, était une fille de la tribu des Banû Nâsir ibn Mu‘âwiya. Il embrassa l’islam durant la cinquième année de l’hégire, l’année de la bataille du Fossé, et cette même année, il émigra de La Mecque à Médine, où il demeura auprès du Messager d’Allah (s.a.s.). (Al-Isâba, 3/452 ; Usd al-Ghâba, 4/406 ; Al-Istî‘âb)

Al-Bayhaqî a rapporté un récit concernant le premier contact d’al-Mughîra avec le Noble Messager (s.a.s.). Al-Mughîra raconte : « Le jour où je rencontrai pour la première fois le Messager d’Allah, Abû Jahl et moi marchions dans une petite ruelle de La Mecque. C’est alors que nous rencontrâmes le Messager d’Allah (s.a.s.). Le Messager (s.a.s.) dit à Abû Jahl : “Ô Abû al-Hakam, viens vers Allah et Son Messager.” Abû Jahl répondit : “Ô Muhammad ! Ne cesseras-tu donc pas d’insulter nos divinités et nos idoles ? Veux-tu seulement que nous témoignions que tu as transmis le message ? Eh bien, nous témoignons que tu l’as transmis. Par Allah, si je savais que ce que tu dis est vrai, nous te suivrions.”

Le Messager d’Allah (s.a.s.) s’en alla. Abû Jahl se tourna vers moi et se mit à dire : « Par Allah ! Je sais avec certitude que ce que dit Muhammad est vrai. Mais ce qui m’empêche de l’accepter, c’est ceci : les Banû Qusayy ont revendiqué en disant : “La hijâba nous appartient.” — c’est-à-dire qu’ils détenaient les clés de la Kaaba et que nul ne pouvait y entrer sans leur permission. Nous avons répondu : “Oui.” Ils dirent : “La siqâya nous appartient.” — la responsabilité de donner à boire aux pèlerins. Nous avons répondu : “Oui.” Ils dirent : “An-Nadwa nous appartient.” — la responsabilité de l’assemblée consultative. Nous avons répondu : “Oui.” Puis ils dirent : “Al-liwâ’ nous appartient.” — l’étendard de guerre. Nous avons répondu : “Oui.” Ils nourrissaient les gens, et nous aussi, nous les avons nourris. Lorsque nous eûmes ainsi atteint leur égalité, ils dirent : “Nous avons un prophète.” Par Allah, je ne peux pas l’accepter. » (Hayât as-Sahâba, 1/84)

Il accompagna le Messager d’Allah (s.a.s.) lors de l’expédition de Hudaybiya et participa au serment d’allégeance de Ridwân. Les Quraysh empêchèrent l’entrée à La Mecque. Du côté des Quraysh, ‘Urwa ibn Mas‘ûd ath-Thaqafî vint discuter avec le Messager d’Allah (s.a.s.). Selon la coutume arabe, tout en parlant, il tendait parfois la main vers la barbe bénie du Messager d’Allah (s.a.s.). Ce comportement grossier irritait les musulmans. Chaque fois que ‘Urwa avançait la main, celle d’al-Mughîra se posait naturellement sur la poignée de son épée. À un moment, sa patience arriva à son terme. Il lui dit d’un ton sévère : “Attention ! Garde tes mains sous contrôle.” ‘Urwa se retourna et, le reconnaissant, lui dit : “Espèce de trompeur ! N’ai-je pas agi en ta faveur ?” Il convient de préciser que ‘Urwa était l’oncle d’al-Mughîra. À l’époque de l’Ignorance, al-Mughîra avait tué plusieurs hommes. C’est ‘Urwa ibn Mas‘ûd qui avait versé le prix du sang pour les victimes. ‘Urwa faisait allusion à cet événement. (Al-Bukhârî : Kitâb ash-Shurût, dans le jihâd et la réconciliation ; Usd al-Ghâba, 4/406 ; Hayât as-Sahâba, 1/102)

Après Hudaybiya, il eut l’honneur de participer à plusieurs expéditions. Le Messager d’Allah (s.a.s.) l’envoya à Tâ’if avec Abû Sufyân, à la tête d’une unité spéciale. Ils vainquirent l’armée ennemie avec bravoure et courage.

La tribu des Banû Thaqîf vint à Médine après avoir embrassé l’islam, afin de prêter serment d’allégeance au Messager d’Allah (s.a.s.). Al-Mughîra faisait paître des chameaux aux abords de Médine ; les membres de la tribu des Thaqîf le rencontrèrent donc en premier. Dès qu’il les aperçut, al-Mughîra se mit à courir pour annoncer cette bonne nouvelle au Messager d’Allah (s.a.s.). En chemin, il rencontra Abû Bakr (qu’Allah l’agrée) et l’en informa. Celui-ci le conjura par Allah en lui demandant de ne pas annoncer la nouvelle au Messager d’Allah (s.a.s.) avant lui : il souhaitait être le premier à l’en informer. Al-Mughîra respecta sa demande. Ce fut donc Abû Bakr (qu’Allah l’agrée) qui porta le premier cette bonne nouvelle aux oreilles du Messager d’Allah (s.a.s.). Ensuite, al-Mughîra rejoignit les membres de la tribu des Thaqîf et leur enseigna de quelle manière saluer le Messager d’Allah (s.a.s.) conformément aux usages islamiques. (Hayât as-Sahâba, 1/184)

Après le décès du Messager d’Allah (s.a.w.), il était présent au moment des funérailles et de l’inhumation. Lorsque les gens eurent descendu la dépouille sacrée du Messager d’Allah (s.a.w.) dans la tombe et furent remontés, il jeta soudain délibérément sa propre bague dans la tombe. Hazrat Ali (r.a.) lui demanda de la récupérer. Il descendit dans la tombe et toucha de la main les pieds sacrés du Messager d’Allah (s.a.w.). Puis, tandis que l’on recouvrait progressivement la tombe de terre, il en remonta. Il avait agi ainsi dans le but d’obtenir l’honneur et la gloire d’être le dernier à prendre congé du Messager d’Allah (s.a.w.). Il disait souvent avec fierté aux gens : « Je suis celui d’entre vous qui s’est séparé du Messager d’Allah (s.a.w.) le dernier. » (Tabaqât)

Après le décès du noble Messager, il joua un rôle actif dans la plupart des guerres sous le règne des deux premiers califes. Sur l’ordre de Hazrat Abû Bakr (r.a.), il participa d’abord à l’expédition de Bahîra. Il prit également part à l’élimination des apostats de Yamâma.

Après avoir réprimé la révolte des faux prophètes, il participa à la campagne d’Irak. Après la victoire de Buwayb, lorsque l’armée musulmane avança vers Qâdisiyya, Rustam, le célèbre héros et commandant de l’armée perse, proposa des négociations et demanda qu’on lui envoyât un représentant musulman. Plusieurs émissaires se succédèrent en réponse à sa proposition. Finalement, cette mission fut confiée à Hazrat Mugîra.

Les Perses décorèrent avec un faste extrême la cour de Rustam afin d’intimider et d’effrayer l’émissaire musulman. Tous les officiers de l’armée perse portaient de précieux vêtements de soie. Rustam lui-même siégeait fièrement sur l’estrade, coiffé d’une couronne incrustée d’or. Toute la cour était couverte de tapis coûteux. En arrivant à la cour, Hazrat Mugîra monta sans la moindre hésitation directement sur l’estrade et s’assit à côté de Rustam. Les conseillers de Rustam furent extrêmement irrités de le voir s’asseoir avec une telle audace. Ils le saisirent par le bras, le tirèrent de l’estrade et le firent asseoir en contrebas. Mugîra dit :

« Nous sommes des Arabes ; chez nous, il n’est pas établi qu’un seul homme soit dieu et que les autres l’adorent. Nous sommes tous égaux. C’est toi qui nous as invités ; nous ne sommes pas venus ici de notre propre initiative. Votre comportement est-il raisonnable ? Si votre situation reste ainsi, vous disparaîtrez très bientôt. J’ai compris que votre gouvernement est en plein bouleversement, que votre défaite est inévitable et qu’aucun empire fondé sur une telle mentalité ne peut subsister. »

Les gens des classes inférieures de la cour commentèrent : « Cet Arabe a dit vrai. »

Les Iraniens n’étaient pas habitués à une telle égalité. En entendant les paroles de Mugîra, ils perdirent quelque peu contenance. Rustam eut lui aussi un peu honte. Il dit que c’était la faute des serviteurs. Puis, dans le but de faire plaisir à Mugîra, il sortit une flèche de son carquois et lui demanda sur un ton plaisant : « À quoi cela peut-il servir ? » Mugîra répondit : « Même si l’étincelle est petite, elle est feu. » Rustam désigna alors l’épée de Mugîra et dit : « Ton épée est bien vieille. » Mugîra répondit : « Même si la poignée est vieille, elle a encore du tranchant. » Ensuite, la discussion commença sur le sujet principal.

Rustam évoqua la bravoure, la vaillance, la puissance et la force de son peuple, ainsi que la médiocrité et la pauvreté des Arabes, puis dit : « Vous êtes nos voisins, et nous vous avons toujours bien traités ; nous ne vous laisserons pas non plus manquer d’aide dans vos difficultés. Quant à chacun de vos soldats, nous lui offrirons un présent correspondant à son rang. »

Al-Mughîra dit :

« Ce bas monde n’est pas notre objectif ; notre seul but et notre seule finalité sont l’au-delà. Allah nous a envoyé un Prophète. Allah lui a dit : “Je ferai triompher ce groupe sur ceux qui n’adopteront pas Ma religion, et par leur intermédiaire, Je prendrai vengeance d’eux. Tant qu’ils s’attacheront à la religion, Je les maintiendrai victorieux. Les humiliés rejetteront cette religion, tandis que les honorés s’y attacheront.” »

Rustam : « Quelle est donc cette religion ? »

Al-Mughîra : « Le fondement de cette religion est : “Lâ ilâha illâ Allah” — il n’y a aucune divinité en dehors d’Allah —, attester ou témoigner de cette parole, et reconnaître tout ce qui est venu d’Allah. »

Rustam : « Voilà une parole vraiment magnifique ! Quoi d’autre ? »

Al-Mughîra : « Chaque être humain est un descendant d’Adam ; nous sommes tous frères. »

Rustam : « Comme c’est magnifique ! Si nous adoptions votre religion, retourneriez-vous dans votre pays ? »

Al-Mughîra : « Par Allah, nous retournerions. Ensuite, nous ne nous approcherions de votre pays que pour le commerce ou quelque autre nécessité. »

Rustam : « Très bien ! »

Le narrateur dit qu’après le départ d’al-Mughîra, Rustam discuta de l’islam avec les dirigeants de son peuple. Ils refusèrent d’embrasser l’islam. Allah les frappa de malheur et les humilia.

Selon une autre narration, au cours de la discussion, Rustam dit : « Nous allons vous tuer. »

Al-Mughîra dit : « Si vous nous tuez, nous entrerons au Paradis ; et si nous vous tuons, votre destination sera l’Enfer, et vous serez alors contraints de payer la jizya. » En entendant parler de la jizya, ils se mirent à crier.

Al-Mughîra dit : « Si vous refusez de payer la jizya, l’épée sera l’arbitre final entre vous et nous. » Face à cette réponse si ferme, Rustam entra dans une fureur extrême. Il dit : « Par le soleil ! Dès demain, avant le lever du soleil, votre armée sera complètement anéantie. »

Al-Mughîra dit : « Traverserez-vous le fleuve pour venir vers nous, ou viendrons-nous vers vous ? »

Rustam : « C’est nous qui traverserons le fleuve pour venir vers vous. »

Après cette discussion, al-Mughîra retourna au camp. Les soldats musulmans reculèrent quelque peu afin de permettre à l’armée perse de traverser le fleuve. Al-Mughîra participa à cette bataille, au cours de laquelle l’armée perse subit une défaite désastreuse. (Hayât as-Sahâba, 1/220, 222-223 ; 3/687-692 ; Târîkh al-Umma al-Islâmiyya, 1/209).

En l’an 19 de l’Hégire, les habitants de Rayy, de Qoumis et d’Ispahan prirent contact avec le Chah Yezdegerd et constituèrent une armée de soixante mille hommes contre les musulmans. Hadrat Ammar ibn Yassir en informa d’urgence le calife Omar — qu’Allah l’agrée. Le calife exprima le désir de partir lui-même avec l’armée, mais il y renonça par souci de la paix et de l’ordre intérieurs. Il ordonna aux deux gouverneurs de Bassora et de Koufa de marcher, chacun avec son armée, vers Nahavand. Il nomma Nou’man ibn Mouqarrin commandant et lui donna les instructions suivantes : « Si tu meurs en martyr, Houzaïfa ibn al-Yaman te succédera. Si Houzaïfa meurt en martyr, Jarir ibn Abdillah al-Bajali lui succédera ; et s’il meurt en martyr, Moughira ibn Chou’ba prendra l’étendard. »

Après que les soldats musulmans eurent établi leur camp près de Nahavand, les Iraniens proposèrent de nouveau des pourparlers et demandèrent l’envoi d’un ambassadeur. Comme Moughira avait déjà rempli cette mission avec succès, il fut choisi une seconde fois pour s’en acquitter. Lorsqu’il se présenta à la cour des Iraniens en qualité d’ambassadeur, il constata que la situation était restée la même. Le commandant iranien était assis sur une estrade, coiffé d’une couronne incrustée d’or. Les autres soldats et gardes de la cour se tenaient debout, d’un air solennel, leurs épées étincelantes suspendues à l’épaule. Toute la cour était plongée dans un silence absolu. Sans prêter la moindre attention à qui que ce soit, Moughira entra droit devant lui. En chemin, les gardes voulurent lui barrer la route. Il leur dit : « Il ne convient pas de traiter ainsi un ambassadeur. » Les discussions commencèrent. Le commandant perse Marwanshah déclara : « Vous êtes des habitants de l’Arabie ; il n’existe pas au monde de peuple plus misérable, plus pauvre et plus impur que vous. Nos soldats vous auraient anéantis depuis longtemps ; mais vous êtes si vils que nous allons vous pardonner. Sinon, vous vous verrez agoniser sur le champ de bataille. »

Après avoir loué Allah et récité des éloges du Prophète, Hadrat Moughira déclara : « Selon ce que tu penses, nous avons certainement été ainsi autrefois. Mais notre Messager — que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui — a transformé notre nature et notre apparence. À présent, la voie est libre de tous côtés devant nous. Tant que nos cadavres ne giseront pas sur le champ de bataille, nous ne pourrons nous abstenir de vous arracher votre trône et votre couronne. »

La mission diplomatique échoua. Les deux parties commencèrent à se préparer au combat. Hadrat Moughira fut chargé de l’aile gauche. Au cours de cette bataille de Nahavand, Hadrat Nou’man ibn Mouqarrin fut grièvement blessé et attendit l’heure de sa mort. Mais la force, le courage et la fermeté de l’armée musulmane ne diminuèrent pas. L’armée perse fut vaincue. Après la bataille, Hadrat Ma’qal alla voir Hadrat Nou’man ibn Mouqarrin. Celui-ci respirait encore et sa vue fonctionnait toujours. Il demanda : « Qui es-tu ? » Ma’qal se présenta. Nou’man demanda : « Quelle a été l’issue de la bataille ? » Ma’qal répondit : « Allah nous a accordé la victoire. » Il dit : « Al-hamdoulillah — toute louange appartient à Allah. Informe Omar. » Après avoir prononcé ces paroles, il rendit son dernier soupir.

Après Nahavand, de vastes campagnes furent menées, avec l’envoi de différentes armées dans diverses régions. La responsabilité générale de l’expédition de Hamadan fut confiée à Hadrat Moughira. Il vainquit les habitants de Hamadan avec un grand succès et les contraignit à conclure un traité. Il participa également à la bataille de Yarmouk, au cours de laquelle il fut grièvement blessé à l’œil. (Al-Isaba, 3/453 ; Ousoud al-Ghaba, 4/401)

Après la fondation de la ville de Bassora, Hadrat Omar — qu’Allah l’agrée — le nomma gouverneur de cette ville. Durant son mandat à Bassora, il instaura de nombreuses règles et procédures. Il établit pour la première fois à Bassora un « diwan », ou bureau distinct, destiné notamment au versement des soldes et allocations des soldats. (Al-Isaba, 3/453) Quelque temps plus tard, le calife Omar — qu’Allah l’agrée — le destitua de son poste de gouverneur en raison d’une grave accusation portée contre sa moralité. Après enquête, il fut reconnu innocent. (Ousoud al-Ghaba, 4/406) Très heureux qu’un Compagnon du Messager d’Allah — que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui — eût été innocenté de l’abominable accusation portée contre lui, Hadrat Omar loua Allah. Après cet événement, Hadrat Omar le nomma gouverneur de Koufa à la place d’Ammar ibn Yassir — qu’Allah les agrée tous deux. Il conserva ce poste jusqu’aux derniers jours du califat d’Omar. Hadrat Othman — qu’Allah l’agrée — le destitua ensuite de cette fonction. (Ousoud al-Ghaba, 4/407)

Il apportait toujours au calife Hadrat Othman — qu’Allah l’agrée — son aide par de judicieux conseils. L’imam Ahmad rapporte de Moughira que, lorsque Hadrat Othman fut assigné à résidence, Moughira lui rendit un jour visite. Il dit au calife : « Vous êtes l’imam ou le dirigeant du peuple. Vous voyez bien ce qui vous est arrivé. Je vais vous proposer trois solutions ; choisissez-en une. 1. Sortez de votre maison et proclamez le djihad contre les insurgés. 2. Sortez secrètement par la porte arrière de votre maison, montez sur une monture et rendez-vous directement à La Mecque. Là-bas, personne ne vous fera de mal. 3. Partez en Syrie, car Mouawiya s’y trouve. » Le calife Othman répondit : « Premièrement, je ne veux pas être le premier à verser le sang au sein de la communauté du Messager d’Allah — que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui. Deuxièmement, j’ai entendu le Messager d’Allah — que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui — dire : “Un homme de Quraych sera enterré à La Mecque, et la moitié du châtiment du monde s’abattra sur lui.” Je ne veux certainement pas être cet homme. Troisièmement, je ne souhaite pas quitter Dar al-Hijra, le lieu de l’Hégire, ni Moujawiratou Rasulillah, la proximité du Messager d’Allah — c’est-à-dire Médine — pour me rendre en Syrie. » (Hayat as-Sahaba, 2/396)

Un différend éclata entre Hadrat Ali — qu’Allah l’agrée — et Hadrat Mouawiya — qu’Allah l’agrée. Au début, Hadrat Moughira — qu’Allah l’agrée — était du côté de Hadrat Ali. Il se présenta auprès d’Ali et lui donna franchement ce conseil : « Si vous voulez consolider votre califat, nommez Talha et Zoubeïr respectivement gouverneurs de Koufa et de Bassora. Quant à l’émir Mouawiya, maintenez-le provisoirement dans son poste actuel ; une fois votre autorité pleinement établie, vous pourrez faire ce que vous voudrez. » Hadrat Ali lui répondit : « Je réfléchirai au cas de Talha et de Zoubeïr ; mais tant que Mouawiya n’aura pas cessé ses activités actuelles, je ne le nommerai gouverneur nulle part et je n’accepterai aucune aide de sa part. » Cette réponse irrita Moughira. (Al-Istiaab) Après l’assassinat de Hadrat Othman — qu’Allah l’agrée —, des affrontements opposèrent les deux factions rivales de la communauté musulmane. Il se tint soigneusement à l’écart de ces conflits. Après Siffin, il assista lui aussi à D oumat al-Jandal pour entendre la décision de l’arbitrage. Après l’échec de l’arbitrage à D oumat al-Jandal, il rejoignit le camp de Hadrat Mouawiya — qu’Allah l’agrée — et lui prêta serment d’allégeance. Dès lors, il commença à s’opposer ouvertement à Hadrat Ali — qu’Allah l’agrée. (Al-Isaba, 3/453 ; Moustadrak, 3/450)

Le soutien et la coopération de Hazrat Mugîra (qu’Allah l’agrée) furent d’un grand secours à Hazrat Mu‘âwiya. Grâce à son intelligence pénétrante, il résolvait très rapidement de nombreux problèmes majeurs. Lorsque de telles difficultés se présentèrent à l’émir Mu‘âwiya (qu’Allah l’agrée) au sujet du califat, si l’intelligence et les compétences de Mugîra n’avaient pas été mises à contribution, Hazrat Mu‘âwiya aurait dû affronter une crise extrêmement grave. Ziyad était l’un des hommes les plus rusés et les plus habiles d’Arabie. Il avait été nommé gouverneur de Perse par Hazrat Ali (qu’Allah l’agrée) et était un adversaire acharné de Hazrat Mu‘âwiya. Après le martyre de Hazrat Ali et le retrait de Hazrat Hasan (qu’Allah les agrée) de la revendication du califat, même lorsque Hazrat Mu‘âwiya (qu’Allah l’agrée) devint le calife incontesté de l’ensemble du monde musulman, Ziyad refusa encore de le reconnaître comme calife. Hazrat Mugîra parvint à rendre cet ennemi aussi acharné fidèle à Hazrat Mu‘âwiya et sauva celui-ci d’un danger mortel.

En l’an 41 de l’Hégire, Hazrat l’émir Mu‘âwiya nomma Hazrat Mugîra gouverneur de Koufa en récompense de ses services exceptionnels. Lorsque les kharijites de Koufa se révoltèrent en l’an 33 de l’Hégire, il réprima cette rébellion avec une grande habileté. Il joua ainsi un rôle majeur dans le renforcement du califat de Hazrat Mu‘âwiya (qu’Allah l’agrée).

Il existe un désaccord concernant l’année de la mort de Hazrat Mugîra. Certains affirment qu’il mourut de la peste qui se déclara à Koufa en l’an 50 de l’Hégire. D’autres disent qu’il mourut en l’an 49 ou 51 de l’Hégire. Il avait soixante-dix ans au moment de sa mort.

Bien que Hazrat Mugîra (qu’Allah l’agrée) fût un diplomate et un soldat éminent, il avait également acquis une maîtrise considérable des sciences religieuses. Parmi ses contemporains, il jouissait d’un statut particulier en raison de l’étendue de ses connaissances. Les différents recueils de hadiths rapportent 133 hadiths de sa part. Parmi ceux-ci, neuf sont reconnus par al-Bukhari et Muslim, un est rapporté exclusivement par al-Bukhari et deux exclusivement par Muslim. De nombreux Compagnons et tâbi‘ines rapportèrent des hadiths de lui, notamment ses trois fils — ‘Urwa, Hamza et ‘Aqqar — ainsi que, entre autres, Zubayr ibn Yahya, Miswar ibn Makhrama, Qays ibn Abi Hazim, Masruq ibn al-Ajda‘, Nafi‘ ibn Hubayra, ‘Urwa ibn az-Zubayr et ‘Amr ibn Wahhab.

Bien qu’il fût versé dans les sciences religieuses, au lieu de s’asseoir sur le siège de l’enseignement et de l’émission des avis juridiques, il évolua dans le domaine complexe de la politique et de la diplomatie. C’est dans ce domaine que ses talents et ses capacités s’épanouirent pleinement. Il est considéré comme l’un des plus grands diplomates d’Arabie. L’imam ash-Sha‘bi dit : « Les quatre hommes les plus rusés d’Arabie sont Mu‘âwiya ibn Abi Sufyan, ‘Amr ibn al-‘Âs, Mugîra ibn Shu‘ba et Ziyad. » (Usd al-Ghâba, 4/407 ; al-Isâba, 3/453) Ibn Sa‘d rapporte qu’en raison de son intelligence et de ses capacités exceptionnelles, les gens l’appelaient « Mugîrat ar-Ra’y », c’est-à-dire Mugîra, l’homme doué d’opinion et de discernement. (Al-Istî‘âb) En raison de toutes ces qualités remarquables, Hazrat ‘Umar (qu’Allah l’agrée) le nomma à de nombreux postes importants. Il obtint même le rare honneur d’être envoyé comme ambassadeur à la cour iranienne.

Qabîsa ibn Jâbir dit : « J’ai passé longtemps en compagnie de Mugîra. Il était si perspicace et intelligent que, si une ville possédait huit portes dont aucune ne permettait de sortir sans ruse et astuce, Mugîra aurait été capable de sortir par chacune d’elles. Il excellait à démêler les affaires complexes. » At-Tabari dit qu’au moment d’exprimer une décision sur une question, il en prévoyait également une issue permettant de revenir dessus. Chaque fois que deux options devenaient incertaines, son avis juste se manifestait nécessairement concernant l’une d’elles. (Al-Isâba, 3/453)

L’histoire rapporte de nombreux récits étonnants sur l’habileté et la diplomatie de Hazrat Mugîra. Hazrat ‘Umar (qu’Allah l’agrée) le nomma gouverneur de Bahreïn. Les habitants de Bahreïn portèrent plainte contre lui auprès du calife. Hazrat ‘Umar le destitua. Afin qu’il ne soit pas nommé une seconde fois gouverneur de cette région, un dahqan, ou chef local, fomenta un complot dangereux. Il rassembla cent mille dirhams, les déposa auprès du calife et déclara : « Mugîra a détourné cette somme du Bayt al-Mal et l’a déposée chez moi. » Hazrat ‘Umar commença à l’interroger avec une extrême rigueur. La situation était extrêmement délicate : d’un côté, il y avait un Compagnon du Messager d’Allah (paix et bénédictions sur lui) ; de l’autre, une foule de gens témoignait contre lui, et l’argent prétendument détourné était également présent. Il ne semblait nécessaire de produire aucun autre témoin ni aucune preuve pour établir sa culpabilité. Même dans cette situation, Mugîra conserva toute sa présence d’esprit. Avec le plus grand calme, il déclara : « Le dahqan, ou chef local, a menti. Je lui avais confié deux cent mille dirhams ; il en a détourné cent mille. » En entendant cela, le dahqan s’effondra de peur. Il devrait désormais déposer deux cent mille dirhams au Bayt al-Mal. Il avoua spontanément sa manœuvre et se mit à jurer à plusieurs reprises : « Mugîra ne m’a confié aucune somme d’argent. » La vérité fut ainsi révélée. Il avait inventé cette histoire pour salir la réputation de Mugîra. Une fois l’affaire réglée, Hazrat ‘Umar (qu’Allah l’agrée) demanda à Mugîra : « Pourquoi as-tu reconnu l’existence de deux cent mille dirhams ? » Il répondit : « Il m’avait accusé mensongèrement ; je n’avais aucun autre moyen de lui rendre la pareille. » (Al-Isâba, 3/453)

Le célèbre Compagnon Nu‘mân ibn Muqarrin (qu’Allah l’agrée) dit un jour à Mugîra : « Par Allah, tu es certes un homme doué d’intelligence, de sens du conseil et d’un jugement juste », c’est-à-dire : « Tu es un homme doté d’intelligence, de capacité à donner des conseils et d’un avis juste. » (Hayât as-Sahâba, 1/512)

ʿAbd ar-Rahman ibn Abî Bakr (رضي الله عنه)

Son nom avant l’islam était ʿAbd al-Kaʿba, ou, selon une autre opinion, ʿAbd al-ʿUzzâ. Après sa conversion à l’islam, le Messager d’Allah (صلى الله عليه وسلم) lui donna le nom de ʿAbd ar-Rahman. Il avait trois surnoms ou kunyas : Abû ʿAbdillah, Abû Muhammad, d’après le nom de son fils Muhammad, et Abû ʿUthmân. Toutefois, Abû ʿAbdillah est le plus connu. Son père était le premier calife, Abû Bakr as-Siddîq (رضي الله عنه), et sa mère, Umm Rûmân ou Umm Rûmmân. Il était le fils aîné de son père et le frère germain de la Mère des croyants, ʿÂ’isha (رضي الله عنها). (Usd al-Ghâba, 3/304-305)

Bien que tous les enfants d’Abû Bakr as-Siddîq (رضي الله عنه) eussent embrassé l’islam dès les débuts, ʿAbd ar-Rahman resta longtemps éloigné de l’islam. Il prit part à la bataille de Badr aux côtés des Qurayshites de La Mecque. Au milieu de la bataille, il s’avança quelque peu et lança aux musulmans, sur un ton de défi : « Hal min mubârizin » — Y a-t-il quelqu’un qui ose m’affronter en duel ? En entendant ce défi, le visage de son père Abû Bakr (رضي الله عنه) devint rouge de colère. Il exprima le désir de l’affronter en duel, mais le noble Messager d’Allah (صلى الله عليه وسلم) l’en dissuada. Il combattit également aux côtés des Qurayshites de La Mecque lors de la bataille d’Uhud. Au cours de cette bataille, il faisait partie des membres de l’unité d’archers des Qurayshites. (Usd al-Ghâba, 3/305) Plus tard, un jour, ʿAbd ar-Rahman dit à son père Abû Bakr (رضي الله عنه) : « Je vous ai vu sur le champ d’Uhud, mais je vous ai évité. » Abû Bakr (رضي الله عنه) répondit : « Si je t’avais vu, je ne t’aurais pas épargné. » (Hayât as-Sahâba, 2/313)

ʿAbd ar-Rahman embrassa l’islam au moment du traité de Hudaybiyya. Il émigra ensuite à Médine et continua à vivre auprès de son père Abû Bakr (رضي الله عنه). C’est lui qui s’occupait de toutes les affaires de son père. Une nuit, Abû Bakr (رضي الله عنه) invita quelques personnes parmi les gens de la Suffa. Il dit à ʿAbd ar-Rahman : « Je vais me rendre auprès du Messager d’Allah (صلى الله عليه وسلم) ; avant mon retour, tu donneras à manger aux invités. » Conformément aux instructions de son père, ʿAbd ar-Rahman servit le repas aux invités à l’heure prévue. Mais ceux-ci refusèrent de manger en l’absence de leur hôte. Ce jour-là, Abû Bakr (رضي الله عنه) rentra exceptionnellement tard. Lorsqu’il apprit que les invités étaient encore affamés, il dit à ʿAbd ar-Rahman, extrêmement irrité : « Par Allah ! Je ne te donnerai pas à manger. » Pris de peur, ʿAbd ar-Rahman s’assit, recroquevillé, dans un coin de la maison. Reprenant un peu courage, il dit : « Interrogez donc les invités pour savoir si je les ai incités à manger. » Les invités confirmèrent les propos de ʿAbd ar-Rahman. Ils jurèrent eux aussi : « Nous ne mangerons pas tant que vous n’aurez pas fait manger ʿAbd ar-Rahman. » Ainsi, la colère d’Abû Bakr s’apaisa et tous s’assirent ensemble pour manger. ʿAbd ar-Rahman raconte : « Ce jour-là, il y eut tellement de bénédiction dans notre repas que nous mangions sans qu’il diminue le moins du monde. J’en apportai une partie au Messager d’Allah (صلى الله عليه وسلم), qui en mangea avec plusieurs Compagnons. » (Al-Bukhârî)

Par nature, ʿAbd ar-Rahman était extrêmement courageux. C’était un archer habile. Depuis le traité de Hudaybiyya jusqu’au dernier jour de la vie du Messager d’Allah (صلى الله عليه وسلم), il prit part à toutes les batailles qui eurent lieu, donnant à chaque fois l’exemple de la bravoure et du courage. Lors de l’expédition de Khaybar, il accompagna le Messager d’Allah (صلى الله عليه وسلم) et reçut quarante wasaq de céréales du butin de Khaybar. (Sîrat Ibn Hishâm, 2/352) Il fut également le compagnon de voyage du Messager d’Allah (صلى الله عليه وسلم) lors du Pèlerinage d’Adieu. Le noble Messager d’Allah (صلى الله عليه وسلم) l’envoya avec ʿÂ’isha (رضي الله عنها) à Tanʿîm afin qu’elle revête de nouveau l’ihrâm. Il convient de préciser que, durant ce voyage, ʿÂ’isha (رضي الله عنها), étant menstruée, rompit son ihrâm après avoir différé certains rites obligatoires du pèlerinage. Une fois rétablie, elle se rendit à Tanʿîm sur l’ordre du Messager d’Allah (صلى الله عليه وسلم), revêtit de nouveau l’ihrâm et accomplit les rites différés. (Sîrat Ibn Hishâm, 2/602)

Après le décès du Messager d’Allah (صلى الله عليه وسلم), il joua, avec d’autres, un rôle actif dans la répression des révoltes qui éclatèrent aux quatre coins de la péninsule Arabique. Lors de la bataille sanglante de Yamâma contre le faux prophète Musaylima al-Kadhdhâb, il fit preuve d’un courage extrême. Au cours de cette bataille, il tua à lui seul sept guerriers renommés de l’ennemi. Une brèche s’était ouverte en un endroit de la forteresse ennemie de Yamâma, formant un petit passage. Les moudjahidines musulmans tentaient à plusieurs reprises d’y pénétrer, mais échouaient, car un vaillant soldat ennemi nommé Mahkam ibn Tufayl gardait fermement le passage. ʿAbd ar-Rahman le visa à la poitrine et décocha une flèche ; frappé par celle-ci, il s’effondra à terre. Les moudjahidines musulmans pénétrèrent aussitôt à l’intérieur, foulant leurs compagnons aux pieds, et ouvrirent la porte de la forteresse. Ainsi, la forteresse tomba. Après le martyre de ʿUthmân, ʿAbd ar-Rahman rejoignit sa sœur dans la bataille du Chameau, qui opposa ʿAlî et ʿÂ’isha (رضي الله عنها) en raison d’un malentendu. (Al-Isâba, 2/408)

De son vivant, l’émir Muʿâwiya (رضي الله عنه) commença à préparer la succession de son fils Yazîd. Il ordonna à Marwân, gouverneur de Médine, de faire prêter à la population de Médine le serment d’allégeance à Yazîd en tant que son successeur. Il lui demanda également de faire lire cet ordre aux personnes réunies dans la mosquée de Médine. Marwân exécuta dûment l’ordre de Muʿâwiya (رضي الله عنه). Il rassembla la population de Médine dans la mosquée et lui fit lecture de l’ordre de l’émir Muʿâwiya. À peine eut-il terminé sa lecture que ʿAbd ar-Rahman ibn Abî Bakr se leva d’un bond et, rompant le silence de l’assemblée, s’écria : « Par Allah ! Vous transformez le califat en un système héracléen, sans tenir compte de l’avis de la communauté de Muhammad. Lorsqu’un Héraclius mourra, un autre Héraclius lui succédera. » Selon une autre version, Marwân dit : « C’est pourtant la méthode instaurée par Abû Bakr et ʿUmar. » ʿAbd ar-Rahman protesta : « Non, c’est la méthode d’Héraclius et de César : celle qui consiste à installer le fils sur le trône après son père. » ʿAbdullah ibn az-Zubayr et al-Husayn ibn ʿAlî soutinrent également fermement ʿAbd ar-Rahman. (Al-Isâba, 2/408 ; Usd al-Ghâba, 3/306)

Marwân dit alors d’une voix extrêmement irritée, en désignant ʿAbd ar-Rahman : « Mes amis ! Voici celui au sujet duquel fut révélé ce verset du Coran : “Celui qui dit à ses père et mère : Fi donc de vous deux !” C’est-à-dire qu’Allah l’a blâmé pour sa désobéissance à ses parents. Sourate al-Ahqâf, 17. La Mère des croyants, ʿÂ’isha (رضي الله عنها), entendit ses paroles depuis ses appartements. Très agitée, elle s’écria : “Par Allah ! Non, ce n’est pas au sujet de ʿAbd ar-Rahman. Si vous le souhaitez, je peux vous dire au sujet de qui ce verset a été révélé.” (Al-Isâba, 4/408 ; Usd al-Ghâba, 3/306)

Ce jour-là, Abdur Rahman comprit que, si le souhait de Muawiya (qu’Allah l’agrée) se réalisait, la communauté musulmane serait confrontée à des conséquences catastrophiques. Il comprit avec certitude qu’il s’agissait d’un complot visant à renverser le système du califat islamique et à imposer le césarisme à la communauté musulmane.

Abdur Rahman se mit à protester vigoureusement contre cette initiative de Muawiya. Muawiya (qu’Allah l’agrée) emprunta alors une autre voie. Afin de réduire Abdur Rahman au silence, il lui envoya un émissaire porteur de cent mille dirhams. Abdur Rahman, fils du grand as-Siddiq, jeta au loin la bourse de dirhams et dit à l’émissaire : « Retourne auprès de lui. Dis à Muawiya qu’Abdur Rahman ne vendra pas sa religion en échange du monde. » (Al-Istيعab, Usud al-Ghaba, 3/306 ; Hayat as-Sahaba, 2/254 ; Rijalun Hawla ar-Rasul, 528)

Après cet événement, lorsqu’Abdur Rahman apprit que Muawiya (qu’Allah l’agrée) venait de Syrie à Médine, il quitta aussitôt Médine pour se rendre à La Mecque. Il s’installa à un endroit appelé « Habshi », à dix miles de la ville, et, selon l’opinion la plus exacte, décéda durant l’année 53 de l’Hégire, avant l’allégeance à Yazid. Sa mort fut extrêmement soudaine. Le jour de sa mort, parfaitement bien portant, il se coucha comme d’habitude, mais ne se réveilla plus de ce sommeil. Aïcha eut quelque soupçon : peut-être quelqu’un l’avait-il tué en l’empoisonnant. Quelque temps plus tard, une femme robuste et en parfaite santé vint auprès d’Aïcha (qu’Allah l’agrée) et mourut alors qu’elle était prosternée dans la prière. Après cet événement, le doute qui habitait son esprit disparut. Les compagnons d’Abdur Rahman transportèrent sa dépouille à La Mecque et l’y enterrèrent.

Ayant appris la mort de son frère, Aïcha (qu’Allah l’agrée) se rendit à La Mecque avec l’intention d’accomplir le pèlerinage et, debout près de la tombe, fondit en larmes. Au milieu de ses pleurs, elle répétait sans cesse un vers élégiaque composé par le poète Mutammim ibn Nuwayrah. Puis elle s’adressa à l’âme de son frère en disant : « Par Allah ! Si j’avais été présente au moment de ta mort, je ne pleurerais pas ainsi aujourd’hui et je t’aurais enterré à l’endroit même où tu serais mort. » (Mustadrak, 3/476 ; Al-Isaba, 2/408)

Abdur Rahman (qu’Allah l’agrée) a rapporté plusieurs hadiths du Messager d’Allah (paix et bénédictions d’Allah sur lui). De nombreux Compagnons et Tabi‘un ont rapporté des hadiths de lui.

Abu Hudhayfa ibn Utba (qu’Allah l’agrée)

Il s’appelait Abu Hudhayfa Hashim — ou Hashem, selon une autre opinion —. Son père était Utba, sa mère Fatima bint Safwan, et sa kunya était Umm Safwan. Il était issu de la tribu des Quraysh.

Abu Hudhayfa fut l’un des premiers convertis à l’islam, c’est-à-dire l’un de ceux qui embrassèrent l’islam durant la première période. Son père, Utba, était l’un des principaux dirigeants qurayshites et l’un des plus ardents ennemis de l’islam. Il avait consacré sa vie à combattre l’islam. Mais quelle grandeur dans le décret d’Allah : son propre fils Abu Hudhayfa n’hésita pas le moins du monde à accepter l’appel de l’islam. À La Mecque, il eut l’honneur d’embrasser l’islam avant que le Messager d’Allah (paix et bénédictions d’Allah sur lui) ne se réfugie dans la maison d’Arqam ibn Abi al-Arqam, et, comme beaucoup d’autres, il subit des persécutions inhumaines de la part des Quraysh. (Usud al-Ghaba, 5/170) Ibn Ishaq rapporte qu’il embrassa l’islam après que quarante-trois personnes l’eurent précédé. (Al-Isaba, 4/42)

Abou Houdayfa (r.a.) participa aux deux émigrations en Abyssinie. Après la première émigration, il retourna à La Mecque. Puis il repartit en Abyssinie. Lors de cette émigration, son épouse, Sahla bint Souhayl, l’accompagna également. Leur fils, Mohammed ibn Abi Houdayfa, naquit en Abyssinie durant cet exil. (Ousd al-Ghaba, 5/170).

À son retour d’Abyssinie à La Mecque pour la deuxième fois, il constata que les musulmans restés à La Mecque se pressaient pour émigrer à Médine. Accompagné de son esclave Salem, il se rendit lui aussi à Médine et devint l’hôte de ‘Abbad ibn Bishr al-Ansari. Le Messager bien-aimé d’Allah (s.a.s.) établit entre eux deux la mu’âkhât, c’est-à-dire la fraternité. (Ousd al-Ghaba, 5/170).

Il participa avec beaucoup de courage à toutes les batailles qui eurent lieu à l’époque du Messager d’Allah (s.a.s.). L’événement de la bataille de Badr fut particulièrement riche d’enseignements pour lui et pour tous les musulmans. Au cours de cette bataille, il combattit courageusement d’un côté, tandis que son père, ‘Utba, combattait de l’autre. Ce jour-là, l’amour de la vérité et de la justice fit oublier aux musulmans les liens de parenté et les relations personnelles. Ce jour-là, Abou Houdayfa cria et invita son propre père, le valeureux ‘Utba, héros audacieux du camp adverse, à un combat singulier. En entendant cet appel, sa sœur germaine, Hind bint ‘Utba, le réprimanda et le blâma sévèrement dans un poème. L’ouvrage Ousd al-Ghaba en rapporte deux vers.

Lors de la bataille de Badr, la plupart des chefs qurayshites, dont le père d’Abou Houdayfa, ‘Utba, furent tués par l’armée musulmane. Les corps de tous ces hommes furent jetés dans un puits de Badr et recouverts de terre. Le Messager bien-aimé d’Allah (s.a.s.) se tint près de ce puits et se mit à appeler un à un par leur nom les chefs qurayshites tués : « Ô ‘Utba, ô Shayba, ô Umayya ibn Khalaf, ô Abou Jahl ! Avez-vous trouvé vraie la promesse d’Allah ? Pour ma part, j’ai trouvé vraie la promesse qui m’a été faite. » (Al-Boukhari). Ibn Ishaq rapporte qu’à ce moment-là, Abou Houdayfa paraissait très accablé et attristé. Voyant son état, le Messager d’Allah (s.a.s.) lui demanda : « Abou Houdayfa, tu souffres probablement à cause de ton père. » Abou Houdayfa répondit : « Par Allah, non. Je ne suis pas attristé par sa mort. Cependant, je le croyais intelligent, clairvoyant et capable de prendre des décisions. J’espérais donc qu’il aurait la chance d’embrasser la foi. Mais lorsque le Messager (s.a.s.) confirma qu’il était mort dans la mécréance, je regrettai l’espoir insensé que j’avais nourri. » Ensuite, le Messager d’Allah (s.a.s.) invoqua Allah en faveur d’Abou Houdayfa. (Sîrat Ibn Hicham, 1/638-641 ; Ousd al-Ghaba, 5/171).

Après le décès du noble Messager d’Allah (s.a.s.), durant le califat du premier calife, Abou Bakr as-Siddiq (r.a.), des troubles et des agissements de plusieurs faux prophètes commencèrent dans la péninsule Arabique. Mousaylima le Menteur, de Yamama, était l’un de ces faux prophètes. Le calife envoya une armée contre lui. Abou Houdayfa (r.a.) faisait également partie de cette armée. Après avoir combattu courageusement les forces du faux prophète Mousaylima, il tomba en martyr sur le champ de bataille de Yamama. Il avait cinquante-trois ou cinquante-quatre ans au moment de sa mort.

Selon un récit rapporté par al-‘Abbas (r.a.), le Messager d’Allah (s.a.s.) dit un jour aux Compagnons, pendant la bataille de Badr : « J’ai appris que certains membres des Banou Hachim et de quelques autres tribus ont été contraints de participer à cette bataille. Nous n’avons pas besoin de les combattre. Si l’un de vous rencontre un membre des Banou Hachim, qu’il ne le tue pas. Si quelqu’un rencontre Abou al-Boukhtari ibn Hicham, qu’il ne le tue pas non plus, car il est venu sous la contrainte. » Abou Houdayfa s’écria aussitôt : « Nous tuerons nos pères, nos fils et nos frères, et nous épargnerons al-‘Abbas ? Par Allah, si je le rencontre, je le mettrai en pièces avec mon épée. » Ayant entendu ces paroles de Houdayfa, le Messager d’Allah (s.a.s.) dit : « Ô Abou Hafs (‘Umar), l’on tuera donc à l’épée l’oncle du Messager d’Allah ? » ‘Umar répondit : « Ô Messager d’Allah ! Permets-moi de lui trancher la tête avec mon épée. Par Allah, c’est un hypocrite. » Abou Houdayfa dit : « Depuis les paroles que j’ai prononcées ce jour-là, je ne me sens pas en sécurité et je suis constamment terrifié jusqu’à ce que j’en expie la faute par le martyre. » Il expia cette faute en tombant en martyr lors de la bataille de Yamama. (Hayat as-Sahaba, 2/364-365).

Salem, affranchi d’Abi Houdayfa (r.a.)

Le noble Messager d’Allah (s.a.s.) dit un jour aux Compagnons : « Apprenez le Coran auprès de quatre personnes : ‘Abdallah ibn Mas‘oud, Salem, affranchi d’Abi Houdayfa, Oubay ibn Ka‘b et Mou‘adh ibn Jabal. » Qui était donc ce Salem, affranchi d’Abi Houdayfa, que le Messager d’Allah (s.a.s.) avait déclaré digne de confiance pour l’enseignement du Coran ?

Il s’appelait Sâlim et avait pour kunya Abû ‘Abd Allâh. Il existe des divergences concernant le nom de son père. Ibn Mundah rapporte : « ‘Ubayd ibn Rabî‘ah. » Selon d’autres, il s’agissait de Ma‘qil. Il était d’origine iranienne. Istakhr, en Perse, était la terre de ses ancêtres. Il arriva à Médine en tant qu’esclave de Subaytah bint Yu‘âr al-Ansâriyyah. Subaytah était l’épouse d’Abû Hudhayfah. Lorsqu’elle l’affranchit sans condition, Abû Hudhayfah l’adopta comme fils. Il fut alors connu sous le nom de Sâlim ibn Abî Hudhayfah, comme Zayd avait été appelé Zayd ibn Muhammad. Certains le mentionnent comme l’esclave d’Abû Hudhayfah. Pour ces raisons, il est compté parmi les Muhâjirûn. D’un autre côté, parce qu’il était l’esclave affranchi de Subaytah, il est également appelé Ansârî. Enfin, du fait de ses origines persanes, certains le qualifient d’‘Ajamî, c’est-à-dire de non-Arabe.

Sâlim vivait à La Mecque avec Abû Hudhayfah. Celui-ci était le fils de ‘Utbah, le chef qurayshite de La Mecque et l’ennemi acharné de l’islam. Dès les débuts de la prédication islamique, Abû Hudhayfah et son fils adoptif Sâlim furent au nombre de ceux qui répondirent à l’appel en disant labbayk. Tous deux, père et fils, adorèrent leur Seigneur en silence et avec humilité, et firent preuve d’une patience infinie face aux persécutions impitoyables des Quraysh. Un jour, un verset coranique fut révélé, abolissant la pratique de l’adoption : « Appelez-les du nom de leurs pères » — c’est-à-dire rattachez-les à leurs pères. Chaque fils adoptif prit alors le nom de son père biologique. Ainsi, Zayd ibn Muhammad devint Zayd ibn Hârithah. Mais la filiation paternelle de Sâlim était inconnue. Il fut donc connu sous le nom de « Sâlim mawlâ Abî Hudhayfah », c’est-à-dire Sâlim, l’allié, le compagnon, le frère ou l’esclave affranchi d’Abû Hudhayfah.

L’islam abolit la pratique de l’adoption. Il veut probablement dire par là que vous ne devez accorder au sang, à la parenté ou à tout autre lien une importance supérieure à celle de la fraternité islamique. Vos relations doivent être fondées sur la foi et la croyance. Les premiers musulmans avaient très bien compris cette idée. Pour eux, après Allah et Son Messager, rien n’était plus cher que leur frère dans la religion. Nous l’avons vu dans les relations entre les Ansâr et les Muhâjirûn. Nous le constatons également dans la relation entre le noble Qurayshite Abû Hudhayfah et son esclave Sâlim, sans filiation paternelle connue et sans renom.

La foi de Sâlim était semblable à celle des véridiques, et il cheminait dans la voie d’Allah comme les pieux. Il ne se souciait ni de sa position dans la société ni de l’identité de ses parents. La nouvelle société que l’islam avait édifiée lui accorda la plus haute place en raison de sa piété et de sa sincérité. Dans cette noble et bénie société nouvelle, Abû Hudhayfah éprouvait de la fierté à prendre pour frère ou ami celui qui, la veille encore, était son esclave. Il alla même jusqu’à marier sa nièce Fâtimah bint al-Walîd à Sâlim, élevant ainsi sa propre famille à une position d’honneur et de gloire. Dans un système social qui avait supprimé toutes les formes d’injustice et d’oppression et déclaré nulles toutes les fausses prétentions à la noblesse, la foi, l’intégrité et la fermeté de Sâlim l’établirent au rang des hommes de première importance.

Avant même l’émigration du noble Messager d’Allah, il émigra à Médine avec son ami dans la religion, Abû Hudhayfah. À Médine, il fut l’hôte de ‘Abbâd ibn Bishr. À La Mecque, le Messager d’Allah avait établi entre lui et Abû ‘Ubaydah ibn al-Jarrâh un lien de fraternité religieuse. Mais à Médine, son lien de fraternité fut établi avec Mu‘âdh ibn Mâ‘îdh al-Ansârî.

À l’époque des Compagnons, Sâlim était l’un de ceux qui étaient considérés comme des imams dans l’art de la récitation coranique. Il possédait une voix si mélodieuse que, lorsqu’il commençait à réciter le Coran, les auditeurs l’écoutaient, captivés. Un jour, la Mère des croyants, ‘Â’ishah, tarda à se présenter auprès du Messager d’Allah. Celui-ci lui demanda : « Pourquoi as-tu tardé ? » ‘Â’ishah répondit : « Un récitant récitait le Coran d’une voix mélodieuse, alors je l’écoutais. » Elle lui décrivit la douceur de sa récitation. Après l’avoir entendue, le Messager d’Allah tira son manteau, sortit et vit que ce récitant n’était autre que Sâlim, le mawlâ d’Abû Hudhayfah. En entendant sa récitation, le Messager d’Allah déclara : « Al-hamdu lillâh, alladhî ja‘ala fî ummatî mithlak » — « Louange à Allah qui a créé dans ma communauté des hommes tels que toi. » (Usud al-Ghâbah, 2/246).

En raison de sa voix mélodieuse et de sa grande connaissance du Coran par cœur, Sâlim jouissait d’un immense respect et d’une haute considération parmi les nobles Compagnons. ‘Abd Allâh ibn ‘Umar rapporte : « Avant l’émigration du Messager d’Allah à Médine, Sâlim dirigeait la prière à la mosquée de Qubâ pour ceux qui avaient émigré à Médine. » (Al-Bukhârî.) Des Compagnons éminents tels qu’Abû Bakr et ‘Umar priaient eux aussi derrière lui.

Il accompagna le noble Messager dans toutes les batailles, notamment à Badr, Uhud et al-Khandaq. (Usud al-Ghâbah, 2/246.) Lors de la bataille de Badr, il tua de sa propre main le mécréant ‘Umayr ibn Abî ‘Umayr. (Ibn Hishâm, 1/708.)

Après la conquête de La Mecque, le Messager d’Allah envoya plusieurs délégations de prédication dans les villages et auprès des tribus des environs de La Mecque. Il leur précisa : « Vous êtes envoyés non pas en tant que combattants, mais en tant que prédicateurs et appelants. » Le noble Khalid ibn al-Walid était le chef de l’une de ces délégations. Lorsqu’il arriva à destination, un événement se produisit : il fit usage de son épée, causant de lourdes pertes dans le camp adverse. Lorsque cette nouvelle parvint au Messager d’Allah, celui-ci implora longuement Allah en disant : « Ô Allah, je Te demande de me décharger de toute responsabilité pour ce que Khalid a fait. » Salim accompagnait Khalid dans cette expédition. Il n’accepta pas cette action de Khalid en silence, mais la condamna vivement. Face à ses protestations, le grand guerrier Khalid se trouvait parfois sans réponse, tandis qu’à d’autres moments il tentait de présenter des arguments pour se justifier. Il lui arrivait aussi de se quereller violemment avec Salim. Mais Salim resta ferme sur sa position. Ce jour-là, il ne se tut pas et ne renonça pas à dire la vérité par crainte de Khalid.

Quelques jours auparavant encore, Salim n’était qu’un esclave de La Mecque ; ce jour-là, il ne prêta aucune attention au prestigieux commandant quraychite de La Mecque qu’était Khalid. Khalid, lui non plus, ne s’en offensa nullement, car l’islam les avait tous deux établis au même rang. Ce jour-là, Salim n’accepta pas l’erreur de Khalid par une dévotion et un respect excessifs envers le chef. Au contraire, il protesta en tant que coresponsable de sa mission. Il n’agit pas pour sa satisfaction personnelle ni pour se faire un nom ; il avait maintes fois entendu le Messager d’Allah dire : « Ad-dîn an-nasîha » — l’autre nom de la religion est le conseil sincère. C’est ce conseil qu’il donna ce jour-là à Khalid.

Lorsque l’excès commis par Khalid parvint aux oreilles du Messager d’Allah, celui-ci demanda : « Personne n’a-t-il protesté contre son acte ou ne l’a-t-il condamné ? » La colère du noble Messager d’Allah s’apaisa lorsqu’il entendit : « Si, Salim a protesté. Il s’est disputé avec lui. »

Le noble Messager d’Allah rejoignit la proximité d’Allah. Le califat d’Abou Bakr fut confronté au complot des apostats. La terrible bataille de Yamama les opposa alors aux musulmans. Jamais auparavant une bataille d’une telle violence ne s’était produite dans l’histoire de l’islam. L’armée musulmane quitta Médine en direction de Yamama. Salim et son frère en religion, Abou Hudhayfa, partirent avec les autres. Au début de la bataille, l’armée musulmane fut quelque peu mise en difficulté. Ils comprirent alors que la guerre reste la guerre et que le devoir reste le devoir. Khalid ibn al-Walid les réorganisa et disposa les troupes d’une manière remarquable. Tout d’abord, alors que l’armée musulmane battait en retraite, Salim s’écria : « Hélas ! Notre situation n’était pas ainsi du temps du Messager d’Allah. » Il creusa une fosse pour lui-même et s’y tint fermement debout. (Usd al-Ghâba, 2/246.)

Lors de la bataille de Yamama, l’étendard de l’armée musulmane était d’abord entre les mains de Zayd ibn al-Khattab. Lorsqu’il mourut en martyr, l’étendard tomba à terre. Salim le ramassa aussitôt. Certains s’opposèrent à ce qu’il le porte, en disant : « Nous craignons que l’armée ennemie ne vous attaque de votre côté. » Salim répondit : « Alors je deviendrais un porteur du Coran des plus indignes. » (Hayât as-Sahâba, 1/535.)

Avant d’attaquer l’armée ennemie, les deux frères en religion — Abou Hudhayfa et Salim — se prirent dans les bras et s’engagèrent à mourir en martyrs sur la voie de la religion de vérité. Puis ils se jetèrent tous deux sur l’armée ennemie. D’un côté, Abou Hudhayfa criait : « Ô vous qui portez le Coran, ornez le Coran par vos œuvres », tout en frappant de son épée les troupes de Musaylima le Menteur. De l’autre, Salim criait : « Je serai un porteur du Coran des plus indignes si l’armée ennemie attaque de mon côté. » Il prononçait ces paroles tout en frappant de ses deux mains le cou des soldats ennemis avec son épée.

Le coup violent de l’épée d’un apostat frappa sa main droite. Sa main fut sectionnée. Il saisit l’étendard et le leva de la main gauche. Lorsque sa main gauche fut elle aussi tranchée par un coup ennemi, il enroula l’étendard autour de son cou pour le maintenir. Dans cet état, il continuait à réciter ce verset du Coran : « Muhammad n’est qu’un Messager, et combien de prophètes ont combattu, accompagnés de nombreux hommes pieux. » … « Muhammad n’est qu’un Messager d’Allah. Avant lui, combien de prophètes ont combattu avec à leurs côtés de nombreux hommes dévoués à Allah ! Les malheurs qui les frappèrent sur le chemin d’Allah ne les affaiblirent pas et ils ne fléchirent pas. Allah aime les patients. » Tel fut le cri qu’il lança dans les instants précédant sa mort.

Peu après, un groupe d’apostats encercla Salim. Le grand héros Salim s’effondra. La vie palpitait encore dans son corps. La bataille prit fin avec la mort de Musaylima le Menteur, la victoire des musulmans et la défaite des apostats. Les musulmans se mirent à rechercher les blessés et les morts. Ils trouvèrent Salim dans ses derniers instants. Dans cet état, Salim leur demanda : « Qu’est-il arrivé à Abou Hudhayfa ? »

— Il est tombé en martyr.

— Qu’en est-il de celui qui craignait que l’armée ennemie ne m’attaque de mon côté ?

— Il est tombé en martyr.

— Faites-moi étendre au milieu d’eux.

— Tous deux sont tombés en martyrs de part et d’autre de toi.

Le vénérable Salim n’eut pour toute dernière réaction qu’un léger sourire. Il ne dit rien d’autre. Salim et Abou Houdhayfa obtinrent tous deux ce qu’ils avaient sincèrement souhaité. Ils embrassèrent l’islam ensemble, vécurent ensemble et moururent en martyrs au même endroit.

L’histoire du vénérable Salim est semblable à celle de Bilal et de tant d’autres esclaves démunis. L’islam leur ôta à tous le joug de l’esclavage des épaules et les plaça aux fonctions d’imams, de dirigeants et de responsables dans une société fondée sur la vérité et le bien. Toutes les qualités du grand islam s’étaient réunies en lui. Son trait le plus remarquable était qu’il proclamait sans détour ce qu’il savait être vrai et ne s’abstenait jamais de le dire. Ses compagnons croyants l’avaient surnommé « Salim min as-Salihin », Salim du nombre des véridiques.

Le vénérable Omar ibn al-Khattab ne tarissait pas d’éloges sur Salim. Avant sa mort, au sujet du choix du calife, il avait déclaré : « Si Salim était vivant aujourd’hui, je lui confierais le califat sans même consulter le conseil de la choura. » (Usd al-Ghaba, 2/246).

Hadrat Salim n’avait pas d’enfant. C’est pourquoi, avant sa mort, il fit un legs concernant les biens qu’il laisserait après son décès : un tiers pour l’affranchissement des esclaves et d’autres œuvres islamiques, et un tiers en faveur de son ancien maître, Hadrat Subayta. Lorsque Hadrat Abou Bakr (qu’Allah l’agrée) envoya à Subayta ce tiers conformément au testament, celui-ci refusa de l’accepter, déclarant : « Je l’avais affranchi sans aucune condition et je n’attendais rien en retour. » Plus tard, le calife Omar (qu’Allah l’agrée) le déposa au Bayt al-Mal. (Al-Istî‘âb, Ousoud al-Ghâba, 2/247).

Des hadiths du Messager d’Allah (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui) ont été rapportés par Hadrat Salim. De nombreux Compagnons ont également rapporté des hadiths de lui.

Hatib ibn Abî Balta‘a

Son nom était Hatib et ses kunya étaient Abou Mouhammad et Abou Abdillah. Son père s’appelait Abou Balta‘a Amr. Les auteurs de la Sîra divergent quant à sa généalogie et à son arrivée à La Mecque. Selon l’opinion la plus connue, le lieu d’origine de ses ancêtres paternels était le Yémen. Après s’être alliés aux Banou Asad, puis être devenus les alliés contractuels de Zoubayr ibn al-Awwam, ils s’installèrent à La Mecque. Certains ont également dit qu’il était l’esclave d’Oubaydallah ibn Houmayd. Il recouvra sa liberté en s’acquittant du montant convenu dans le cadre d’un contrat de mukâtaba. (Ousoud al-Ghâba, 1/361).

Al-Marzoubani dit dans son ouvrage Mu‘jam al-Chu‘arâ : « À l’époque antéislamique, il était l’un des cavaliers et poètes les plus renommés des Quraychites. » (Al-Isâba, 1/300)

Il embrassa l’islam avant l’Hégire et, après que Médine eut été établie comme centre de l’islam, il s’y rendit accompagné de son esclave Sa‘d. Il y fut l’hôte de Hadrat Moundhir ibn Mouhammad al-Ansari, et un lien de fraternité, ou mu’âkhât, fut établi entre lui et Hadrat Khalid ibn Raqbala (qu’Allah l’agrée).

Moussa ibn Oqba et Ibn Ishaq rapportent qu’il participa à la bataille de Badr aux côtés du Messager d’Allah (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui). Il était également présent lors de la trêve de Houdaybiya. (Ousoud al-Ghâba, 1/361). En outre, selon divers récits, il participa à toutes les batailles menées aux côtés du Messager d’Allah (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui), notamment à celles de Ouhoud et du Fossé.

Après son retour d’Ouhoud, la sixième année de l’Hégire, le Messager d’Allah (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui) l’envoya à la cour de Mouqawqis, souverain d’Égypte, en tant que missionnaire et propagateur de l’islam. La teneur de la lettre qu’il porta au souverain Mouqawqis de la part du Messager d’Allah (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui) était la suivante :

« Ensuite, je vous invite à l’appel de l’islam. Si vous embrassez l’islam, vous serez en sécurité et Allah vous accordera une double récompense. Mais si vous le rejetez, le péché de tous les Coptes retombera sur vous. Ô gens du Livre ! Venez à une parole qui soit commune entre nous et vous : nous n’adorerons qu’Allah, nous ne Lui associerons rien et nous ne prendrons pas les uns les autres pour seigneurs en dehors d’Allah. »

Le vénérable Hâtib ibn Abî Baltaʿa se rendit à la cour d’al-Muqawqis, en Égypte, et lui remit la lettre susmentionnée du Messager d’Allah. Le dialogue suivant eut lieu entre eux :

Hâtib : Avant vous, un souverain qui se considérait comme un dieu a régné ici. Allah l’a plongé dans le châtiment de ce monde et de l’au-delà, lui infligeant ainsi une punition exemplaire. Vous devriez, vous aussi, tirer une leçon des autres. Il ne serait pas souhaitable que vous deveniez vous-même une leçon pour autrui.

Al-Muqawqis : Nous sommes les adeptes d’une religion. Tant qu’une autre religion ne se sera pas révélée supérieure à la nôtre, nous ne pouvons pas l’abandonner.

Hâtib : Nous vous invitons à la religion de l’islam, qui est meilleure et plus parfaite que toutes les autres religions. Lorsque ce Prophète invita les gens à cette religion, les Quraychites s’y opposèrent avec acharnement. Les Juifs, en outre, manifestèrent l’hostilité la plus vive. En comparaison, les chrétiens se montrèrent plus conciliants. Par Allah ! De même que Moïse avait annoncé la bonne nouvelle de Jésus, Jésus a lui aussi annoncé la bonne nouvelle de Muhammad. De même que vous invitez les Juifs à suivre l’Évangile, nous vous invitons à suivre le Coran. À l’époque de l’avènement des prophètes, tous les peuples présents sur terre sont la communauté de ce prophète, et il leur est obligatoire de lui obéir. Puisque vous avez vécu à l’époque d’un prophète, il est de votre devoir absolu de croire en lui. Nous ne cherchons pas à vous détourner de la religion du Messie ; au contraire, nous voulons vous y conduire correctement.

Al-Muqawqis : Muhammad est-il réellement un prophète ?

Hâtib : Pourquoi ne le serait-il pas ?

Al-Muqawqis : Lorsque les Quraychites l’ont chassé de sa propre ville, pourquoi n’a-t-il pas invoqué la malédiction contre eux ?

Hâtib : Croyez-vous que Jésus soit le Messager d’Allah ? Si tel est le cas, pourquoi, lorsqu’il fut crucifié, n’a-t-il pas invoqué la malédiction contre les gens de son peuple ?

À cette réponse instantanée et pénétrante, des paroles de louange sortirent spontanément de la bouche d’Al-Muqawqis. Il ajouta : « Vous êtes assurément un homme d’une grande érudition et vous venez de la part d’un homme d’une grande érudition. » (Usud al-Ghâba, 1/361). « D’après ce que j’ai pu observer, ce Prophète n’ordonne rien d’inutile et n’interdit aucune chose appréciable. Je ne peux le qualifier ni de magicien égaré ni de faux devin. De nombreux signes de la prophétie sont présents en lui. Je réfléchirai bientôt profondément à cette affaire. » Après avoir prononcé ces paroles, il prit la sainte lettre du noble Messager d’Allah, la plaça dans une boîte en ivoire, la scella et la confia à la garde d’une servante présente.

Al-Muqawqis congédia Hâtib avec le plus grand respect et lui fit remettre, pour le Messager d’Allah, de précieux présents : trois servantes, une mule appelée Duldul et plusieurs étoffes. (Zâd al-Ma‘âd, p. 257). L’une des trois servantes envoyées par Al-Muqawqis était Maria la Copte. Le noble Messager d’Allah la garda pour lui, et c’est d’elle que naquit son fils Ibrâhîm. La deuxième servante était Sîrîn, la sœur de Maria. Le Messager d’Allah la donna au célèbre poète Hassân ibn Thâbit, et c’est d’elle que naquit ‘Abd al-Rahmân ibn Hassân. Quant à la troisième servante, le Messager d’Allah la donna à Abû Jahl ibn Hudhayfa al-‘Adawî. (Hayât al-Sahâba, 1/140-141 ; Usud al-Ghâba, 1/362).

La préparation à la conquête de La Mecque commença durant la huitième année de l’Hégire. Afin que les Qurayshites de La Mecque, qui étaient les adversaires, n’en soient pas informés, le Messager d’Allah mit tout le monde en garde. Bien qu’il ne résidât pas à La Mecque, Hâtib, en raison de son ancienne amitié avec les Qurayshites, se montra faible envers eux. Il envoya vers La Mecque une femme de la tribu des Muzayna, porteuse d’une lettre contenant des informations sur les préparatifs secrets des habitants de Médine. Il fut convenu qu’en échange de cette mission, il lui verserait le salaire fixé. Après avoir dissimulé la lettre dans la tresse de ses cheveux, la femme se mit en route vers La Mecque. Entre-temps, le Messager d’Allah fut informé de toute l’affaire par la révélation. Il ordonna aussitôt à ‘Alî, à Zubayr et à Miqdâd de poursuivre la femme et de récupérer la lettre. Tous trois lancèrent rapidement leurs montures et rattrapèrent la femme dans un lieu appelé « Khalîqa » ou, selon une autre version, « Rawdat Khâkh ». Ils fouillèrent d’abord sa monture, mais n’y trouvèrent rien. Alors ‘Alî lui dit : « Je jure par Allah que le Messager d’Allah ne nous a pas donné une fausse information et que nous ne t’avons pas menti. Soit tu sors toi-même la lettre, soit nous te déshabillerons pour te fouiller. » Voyant leur fermeté, la femme leur dit : « Éloignez-vous un peu. » Ils s’écartèrent. Elle défit alors sa tresse et en sortit la lettre. Tous trois l’emportèrent et se présentèrent auprès du Messager d’Allah. Après avoir lu la lettre, le Messager d’Allah demanda avec étonnement : « Ô Hâtib, pourquoi as-tu fait une telle chose ? » Hâtib répondit : « Ô Messager d’Allah, ne vous hâtez pas de prendre une décision à mon sujet. Bien que je ne sois pas issu de la tribu des Quraysh, j’avais noué avec eux des liens étroits durant la période antéislamique. Comme tous les Émigrés aident et soutiennent leurs proches et leurs amis restés à La Mecque, j’ai souhaité au moins leur rendre une part du bien que les Qurayshites accordent à mes proches. Je n’ai pas fait cela en apostasiant, en abandonnant l’islam, ni parce que je préférais la mécréance à l’islam. » (Sahîh al-Bukhârî, Kitâb al-Maghâzî).

Selon une autre narration, Hâtib dit : « Ô Messager d’Allah ! Ma famille se trouve parmi eux. J’ai écrit cette lettre en pensant qu’elle ne causerait aucun préjudice à Allah ni à Son Messager. Depuis que j’ai embrassé l’islam, aucun doute au sujet d’Allah n’est apparu dans mon cœur. Mais à La Mecque, j’étais un étranger, tandis que ma mère, mes frères et mes fils s’y trouvent. » (Al-Isâba, 1/300 ; Hayât al-Sahâba, 2/425).

Après avoir entendu Hâtib, le noble Messager d’Allah s’adressa aux Compagnons présents et dit : « Il a exposé la vérité. Que personne, pour cette raison, ne l’insulte. » ‘Umar demanda : « Ô Messager d’Allah ! Il a agi avec déloyauté envers Allah, le Messager et les musulmans. Permettez-moi de trancher le cou de cet hypocrite. » Le Messager d’Allah répondit : « N’a-t-il pas participé à la bataille de Badr ? Allah a accordé aux combattants de Badr cette faveur : faites ce que vous voulez, le Paradis vous est assuré. » Les deux yeux de ‘Umar se remplirent de larmes devant cette extraordinaire générosité du Prophète de miséricorde, miséricorde pour les mondes. (Sahîh al-Bukhârî, Fadl man shahida Badran).

C’est à la suite de cet événement que fut révélé le verset suivant du Noble Coran :

« Ô vous qui avez cru, ne prenez pas pour alliés Mon ennemi et votre ennemi. Vous leur témoignez de l’amitié alors qu’ils ont renié la vérité qui vous est parvenue. » (Sourate al-Mumtahana, 1).

Après le décès du noble Messager d’Allah, le premier calife, Abu Bakr, qu’Allah l’agrée, l’envoya une seconde fois à la cour de Muqawqis et conclut un traité de paix avec celui-ci. Ce traité resta en vigueur entre les deux parties jusqu’à la conquête de l’Égypte par ‘Amr ibn al-‘Âs, qu’Allah l’agrée. (Al-Istî‘âb).

Il mourut à Médine en l’an 30 de l’Hégire, à l’âge de 65 ans. ‘Uthmân, qu’Allah l’agrée, dirigea la prière funéraire, et son inhumation fut accomplie en présence d’une foule considérable. (Al-Istî‘âb).

Tenir ses promesses, rendre le bienfait reçu et s’exprimer avec clarté comptaient parmi les traits marquants de son caractère. Il éprouvait une affection sans limites pour ses proches et ses amis. La lettre qu’il écrivit avant la conquête de La Mecque fut essentiellement dictée par cette affection, et le Messager d’Allah, qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix, le comprit et lui pardonna. Il avait un tempérament quelque peu rude et traitait durement ses esclaves. C’est pourquoi le Messager d’Allah, qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix, ainsi que les califes qui lui succédèrent, le réprimandaient parfois afin de le corriger. Un jour, l’un de ses esclaves se présenta auprès du noble Messager d’Allah, qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix, et se plaignit de sa rudesse en disant : « Ô Messager d’Allah, Hatib ira certainement en Enfer. » Le Messager, qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix, répondit : « Tu mens. Celui qui a participé à Badr et à Hudaybiyya ne peut pas entrer en Enfer. » (Al-Istî‘âb).

Sous le califat de ‘Umar, qu’Allah l’agrée, ses esclaves se plaignirent à maintes reprises de sa rudesse auprès du calife. Un jour, l’un de ses esclaves abattit le chameau d’un homme de la tribu de Muzayna ; en guise de punition, il lui infligea un châtiment sévère. L’ayant appris, le calife le convoqua et lui dit : « J’ai appris que tu laisses tes esclaves mourir de faim. » Le calife l’avertit sévèrement.

Le commerce constituait sa principale source de subsistance. Il amassa beaucoup d’argent grâce à une boutique de denrées alimentaires. À sa mort, il laissa quatre mille dinars et de nombreuses maisons. Certains ont rapporté que Hatib transmit trois hadiths du Messager d’Allah, qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix ; d’autres ont dit qu’il en transmit deux.

‘‘Utba ibn Ghazwân (qu’Allah l’agrée)

Son nom était ‘Utba et sa kunya, Abu ‘Abdallah. Son père était Ghazwân ibn Jâbir. À l’époque antéislamique, sa tribu avait conclu un pacte avec les Banû Nawfal ibn ‘Abd Manâf. ‘Utba fut l’un de ceux qui répondirent à l’appel à l’unicité divine aux débuts de l’islam. Un jour, dans un discours, il affirma être le septième musulman. (Usud al-Ghâba-3).

Épuisé par les persécutions des mécréants à La Mecque, il participa à la deuxième émigration vers l’Abyssinie. Il avait alors 40 ans. Après être resté quelque temps en Abyssinie, il retourna à La Mecque et y reprit sa vie. Le noble Messager d’Allah, qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix, se trouvait encore à La Mecque. (Al-Istî‘âb, Usud al-Ghâba-3/364).

Lorsque le Messager d’Allah (ﷺ) émigra à Médine et que le conflit militaire entre la mécréance et l’islam commença, lui et Miqdad partirent vers Médine avec une armée qurayshite. Ikrima ibn Abû Jahl était le chef de cette armée. En chemin, cette armée eut un bref affrontement avec un petit groupe de moudjahidines musulmans de Médine. Le chef de ce groupe était Hadrat Ubayda ibn al-Hârith. Utba et Miqdad attendaient une occasion. Dès qu’elle se présenta, ils rejoignirent le groupe des moudjahidines. À leur arrivée à Médine, Utba fut l’hôte de Hadrat Abdallah ibn Salama al-Ajlanî et établit un lien de fraternité avec Hadrat Abû Dujâna al-Ansârî. (Tabaqât d’Ibn Sa‘d, 3/69).

Hadrat Utba ibn Ghazwân était un archer habile. En dehors de Badr, Uhud et Khandaq, il joua également un rôle extrêmement courageux dans toutes les batailles auxquelles le Messager d’Allah (ﷺ) participa directement. Il faisait aussi partie du groupe de reconnaissance que le Messager d’Allah (ﷺ) envoya vers Nakhlah sous le commandement d’Abdallah ibn Jahsh. (Hayât as-Sahâba, 2/350).

En l’an 14 de l’Hégire, le deuxième calife, Hadrat Umar (رضي الله عنه), l’envoya de Médine à la tête d’une armée et lui confia la responsabilité de mener une expédition contre le port maritime irakien d’Ubulla, Maysan et les régions environnantes. L’événement est rapporté ainsi dans plusieurs ouvrages : « L’émir des croyants, Hadrat Umar ibn al-Khattâb (رضي الله عنه), se coucha après la prière d’‘ishâ pour se reposer un peu, afin de pouvoir sortir plus tard dans la nuit parcourir la ville. Mais il ne trouvait pas le sommeil. Un messager était venu annoncer que l’armée perse vaincue s’était réorganisée après sa dispersion en vue d’une contre-attaque. On informa également le calife que la ville d’Ubulla, proche de Bassora, était la principale source de fonds et de renforts en hommes pour l’armée perse vaincue. Le calife décida donc de lancer une expédition contre Ubulla afin de couper cette source d’approvisionnement de l’armée perse. Cependant, l’insuffisance des forces militaires fit obstacle à la mise en œuvre de sa décision. En effet, à Médine, presque tout le monde, à l’exception de quelques personnes, était alors engagé dans des expéditions sur différents fronts. Le calife Umar décida alors d’appliquer sa méthode habituelle : compenser le manque de soldats par un commandement fort et compétent. Il réfléchit aux commandants militaires. Après quelque temps, il s’écria à voix basse : “J’ai trouvé. Oui, j’ai trouvé.” Puis, tout en prononçant ces mots, il alla se coucher. C’était le moudjahid que les batailles de Badr, d’Uhud et de Khandaq avaient éprouvé. Yamâma avait elle aussi été témoin de ses qualités et de son rôle. Dans aucune bataille son épée ne s’était émoussée, et aucune de ses flèches n’avait manqué sa cible. De plus, il avait accompli deux émigrations et était le septième musulman sur terre. »

Le matin, il dit : “Que quelqu’un fasse venir Utba ibn Ghazwân.” Le calife lui confia le commandement d’une armée de קצת plus de trois cents hommes et promit également de le renforcer par quelques soldats qui suivraient à l’arrière.

Avant qu’Utba ne parte de Médine avec son armée, le calife Umar, donnant ses conseils au commandant, lui dit :

« En vous reposant sur la miséricorde et la bénédiction d’Allah, partez avec vos compagnons vers l’extrémité de l’Arabie et la région proche des empires non arabes. Observez autant que possible la taqwâ et souvenez-vous que vous vous rendez en territoire ennemi. J’espère qu’Allah vous aidera. J’ai écrit à Alâ ibn al-Hadramî afin qu’il vous envoie Arfaja ibn Harthama pour vous apporter son aide. C’est un moudjahid très efficace face à l’ennemi. Il sera votre conseiller. Appelez les non-Arabes vers Allah. Accordez la sécurité à ceux qui répondront à cet appel. Quant à ceux qui le rejetteront, imposez-leur une vie sous votre autorité en échange du paiement de la jizya. Sinon, tranchez par l’épée. En chemin, encouragez à combattre l’ennemi toutes les tribus arabes que vous rencontrerez, et craignez Allah en toute circonstance. (Usd al-Ghâba, 3/364). »

Utba ibn Ghazwân partit avec son armée. Quinze autres femmes, dont son épouse et les épouses d’autres soldats, l’accompagnaient également. Ils atteignirent, non loin de la ville d’Ubulla, une région couverte d’une sorte de plante aquatique appelée “Qasba”. Ils n’avaient alors rien à manger pour survivre. Lorsqu’ils furent confrontés à une faim extrême, Utba ordonna à quelques membres de son armée de chercher quelque chose à manger. Une histoire étonnante est liée à cette recherche de nourriture. L’un d’entre eux la raconte :

« Nous pénétrâmes dans une forêt dense à la recherche de nourriture. Nous y trouvâmes deux sacs posés à terre. L’un était rempli de dattes et l’autre contenait une sorte de grain blanc recouvert d’une enveloppe dorée. Nous tirâmes les deux sacs et les amenâmes près de notre campement militaire. L’un d’entre nous regarda le sac rempli de grains et dit : “C’est du poison, les ennemis l’ont laissé ici. Que personne ne s’en approche.” Nous commençâmes à manger les dattes. Entre-temps, notre cheval s’élança vers le sac de grains et se mit à en manger. Nous avions presque décidé de l’égorger avant qu’il ne meure, afin de pouvoir manger sa viande. »

Ensuite, le propriétaire du cheval nous dit : « Attendons un peu ; cette nuit, gardons le cheval. S’il s’avère qu’il est réellement en train de mourir, nous pourrons l’abattre rituellement. » Mais au matin, nous constatâmes que le cheval était parfaitement rétabli. Alors ma sœur me dit : « Mon frère, j’ai entendu mon père dire que si le poison est brûlé au feu puis bouilli, son effet disparaît. » Elle prit ensuite quelques grains, les mit dans une marmite et commença à les faire bouillir. Au bout d’un moment, elle nous appela et dit : « Regardez comme ils sont devenus rouges ! » Elle retira l’enveloppe des grains et en sortit les grains blancs. Nous les plaçâmes dans un récipient. Utba dit : « Mangez-les en prononçant Bismillah. » Nous les goûtâmes et les trouvâmes délicieux. Plus tard, nous apprîmes que ces grains s’appelaient du riz.

Cette « Ubulla » était une forteresse solidement établie de l’armée ennemie, située sur les rives du Tigre. Utba conquit cette place avec seulement six cents guerriers et quelques femmes. Leur armement était également très rudimentaire : des arcs, des épées, des lances, etc. Pourtant, grâce à son intelligence, sa perspicacité et son courage, il accomplit cet exploit apparemment impossible.

Utba confectionna de nombreux étendards pour les femmes et les fixa à la pointe de lances. Il leur ordonna de les tenir levés derrière les combattants musulmans. Il leur dit également : « Lorsque nous approcherons de la ville d’Ubulla, soulevez énormément de poussière, afin que tout l’horizon s’obscurcisse sous la poussière. »

Lorsque l’armée musulmane approcha d’Ubulla, l’armée perse sortit de la ville et aperçut un nuage de poussière s’étendant jusqu’à l’horizon ainsi que d’innombrables étendards flottant au vent. Ses soldats se dirent entre eux : « Quelle immense armée d’avant-garde ! Derrière elle se trouvent d’innombrables soldats ; ce sont eux qui soulèvent toute cette poussière. » La peur envahit leurs cœurs et la panique les saisit. Ils se précipitèrent vers les bateaux ancrés sur le Tigre, emportant tout ce qui leur tombait sous la main, et se disputèrent presque pour s’enfuir. Utba entra dans Ubulla sans perdre un seul homme de son armée. Puis il soumit les villes et les villages situés sur les rives du Tigre et y fit flotter bien haut l’étendard de l’islam.

À Ubulla, l’armée musulmane acquit un butin innombrable. Lorsqu’un soldat de l’armée musulmane arriva à Médine, les habitants lui demandèrent comment allaient les musulmans à Ubulla. Il répondit : « De quoi m’interrogez-vous donc ? Par Allah, quand je les ai quittés, ils pesaient de l’or et de l’argent sur des balances. » En entendant cela, les habitants de Médine lancèrent leurs montures en direction d’Ubulla.

Après la conquête d’Ubulla, Utba réfléchit : si ses soldats cohabitaient avec les habitants de la ville dans cette terre étrangère, ils s’habitueraient très vite aux coutumes étrangères et perdraient leur identité. Il en informa le calife Umar et lui demanda l’autorisation de construire une ville militaire en un lieu appelé Basra. Basra était située près du port d’Ubulla, où mouillaient les navires de l’Inde et de la Perse qui naviguaient dans le golfe Persique. Utba s’y rendit le premier avec huit cents hommes et posa les fondations de la ville de Basra. Il attribua un quartier distinct à chaque tribu. Il confia à Mihjan ibn al-Adra la responsabilité de construire la mosquée principale. Au début, les maisons de la ville furent bâties avec des arbres et des pierres. C’est pourquoi la mosquée principale fut elle aussi construite avec des matériaux végétaux. Cependant, il ne se fit construire aucun palais. Il vivait dans une tente faite de tissu. (Usud al-Ghaba, 3/364.)

Utba fut nommé premier gouverneur de cette nouvelle ville et s’acquitta de sa fonction avec une grande compétence pendant six mois. Mais son ascétisme et son détachement à l’égard des plaisirs et des richesses terrestres l’incitèrent à abandonner son poste. En outre, il fut épouvanté en voyant le train de vie luxueux des musulmans de Basra. Ceux qui, peu auparavant, ne connaissaient pas de nourriture meilleure que le riz bouilli s’étaient désormais habitués aux mets raffinés de la Perse. Il commença à craindre pour la religion. À cette époque, il prononça devant les gens réunis dans la mosquée un discours historique, dont voici un extrait :

« Mes amis ! Ce monde est en mouvement et voué à disparaître. La plus grande partie en est déjà passée. Vous serez assurément transférés de ce monde vers un lieu qui ne connaîtra aucune destruction. Alors, pourquoi n’emportez-vous pas avec vous la meilleure des provisions ? On m’a dit que si un bloc de pierre était jeté du bord de l’Enfer, il lui faudrait soixante-dix ans pour atteindre le fond. Mais, par Allah, vous en remplirez le fond. Quoi donc, cela vous étonne-t-il ? Par Allah, on m’a dit que les portes du Paradis seraient si vastes qu’il faudrait quarante ans pour parcourir cette distance. Pourtant viendra un jour où elles seront extrêmement encombrées. Lorsque j’ai embrassé la foi, il n’y avait que six personnes avec le Messager d’Allah. Nous étions dans une pauvreté et une misère si extrêmes que les feuilles des arbres constituaient notre principale ressource pour vivre. À force de manger ces feuilles, nos lèvres s’ulcéraient. Un jour, je trouvai une couverture. Je la déchirai pour en faire, avec Sa‘d ibn Abi Waqqas, des pagnes à porter. Mais voici qu’est venu le jour où chacun de nous est devenu gouverneur d’une ville ou d’une autre. Je demande à Allah de nous préserver de devenir des gens qui, tout en étant méprisables à Ses yeux, se croient importants. La prophétie a pris fin. Finalement, la monarchie s’établira, et très bientôt vous mettrez les autres gouverneurs à l’épreuve. » (Musnad d’Ahmad ibn Hanbal, 4/174.)

Ensuite, ʿUtba, qu’Allah l’agrée, ordonna à Majâshî ibn Masʿûd, qu’Allah l’agrée, de mener une expédition militaire dans les régions riveraines de l’Euphrate, puis il nomma al-Mughîra ibn Shuʿba, qu’Allah l’agrée, pour le remplacer et se rendit à La Mecque pour accomplir le pèlerinage. L’Émir des croyants, ʿUmar, qu’Allah l’agrée, s’y trouvait également. Il demanda alors au calife de le relever de ses fonctions, mais celui-ci rejeta sa demande. Il la renouvela à plusieurs reprises, et le calife la rejeta chaque fois. Le calife lui ordonna de retourner à Bassora et de reprendre ses fonctions. Malgré sa réticence, il se conforma à l’ordre du calife. Alors qu’il se rendait de La Mecque à Bassora, juste avant de monter sur son chameau, il invoqua Allah avec une grande humilité : « Allahumma lâ taruddânî ilayhâ, Allahumma lâ taruddânî ilayhâ — Ô Allah, ne me ramène pas à Bassora ; ô Allah, ne me ramène pas là-bas. » Allah, exalté soit-Il, exauça son invocation. En chemin, il tomba soudain du dos de son chameau et mourut à l’âge de soixante-quinze ans, en un lieu appelé Maʿdân Sâlîm. Il mourut en l’an 17 de l’Hégire, selon un autre avis en l’an 20. Des hadiths rapportés d’ʿUtba ibn Ghazwân figurent dans Sahîh Muslim et dans d’autres recueils de Sunan.

ʿÂmir ibn Fuhayra (qu’Allah l’agrée)

Son nom était ʿÂmir et son surnom Abû ʿAmr. Son père s’appelait Fuhayra ; selon un autre avis, Fuhayra était le nom de sa mère. Ibn Hishâm dit : « ʿÂmir ibn Fuhayra était un esclave noir non arabe appartenant aux Banû Asad. Abû Bakr as-Siddîq l’acheta puis l’affranchit. » (Sîrat Ibn Hishâm, 1/259.) Selon un autre récit, ʿÂmir était l’esclave de Tufayl ibn ʿAbdillâh, du clan des Azd, qui était le demi-frère maternel de ʿÂïsha. ʿÂmir ibn Fuhayra fut la septième personne qu’Abû Bakr as-Siddîq, qu’Allah l’agrée, affranchit avant l’Hégire. (Sîrat Ibn Hishâm, 1/318.)

Dès les débuts de l’islam, avant même que le Messager éminent d’Allah, que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui, ne trouve refuge dans la maison d’al-Arqam à La Mecque, ʿÂmir ibn Fuhayra accepta l’appel au tawhîd. Esclave sans défense et, de surcroît, converti à l’islam, il fut accablé par des montagnes d’épreuves. Toutes sortes de méthodes de torture furent employées contre lui. Pourtant, face à toutes les persécutions, il demeura ferme comme une montagne. Enfin, grâce à la générosité d’Abû Bakr as-Siddîq, qu’Allah l’agrée, il fut libéré des chaînes de l’esclavage. (Usd al-Ghâba, 3/191.)

Lorsque le noble Messager d’Allah, que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui, quitta La Mecque en compagnie d’Abû Bakr as-Siddîq, qu’Allah l’agrée, en direction de Médine et se cacha dans la grotte du mont Thawr, ʿÂmir ibn Fuhayra faisait paître toute la journée les chèvres d’Abû Bakr dans les pâturages autour du mont Thawr. Il leur apportait ainsi du lait, que le Messager d’Allah, que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui, et Abû Bakr, qu’Allah l’agrée, buvaient. Pendant ce temps, ʿAbdullâh, le fils d’Abû Bakr, venait chaque nuit en secret à la grotte du mont Thawr pour informer le Messager d’Allah, que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui, et as-Siddîq de la situation à La Mecque. Le matin, lorsqu’il regagnait sa maison, ʿÂmir le suivait avec le troupeau de chèvres et effaçait les traces de ses pas, afin qu’aucun soupçon ne vînt à l’esprit de quiconque. (Sîrat Ibn Hishâm, 1/486 ; al-Bukhârî, Kitâb al-Maghâzî.)

Ensuite, le Messager d’Allah, que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui, et Abû Bakr, qu’Allah l’agrée, sortirent de la grotte du mont Thawr et se mirent en route vers Médine. Abû Bakr fit monter ʿÂmir derrière lui sur sa monture. C’est ainsi que ʿÂmir émigra à Médine. À Médine, il fut l’hôte de Saʿd ibn Khuthayma, qu’Allah l’agrée, et un lien de fraternité religieuse fut établi entre lui et Hârith ibn Aws, qu’Allah l’agrée. (Tabaqât Ibn Saʿd, 3/164.)

ʿÂmir fut parmi ceux qui, venus de La Mecque à Médine, ne s’adaptèrent pas d’emblée au climat de Médine. Il tomba gravement malade. Ibn Ishâq rapporte que ʿÂïsha, qu’Allah l’agrée, a dit : « Lorsque le Messager d’Allah, que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui, émigra à Médine, celle-ci était la région de la terre d’Allah où la fièvre sévissait le plus. Les compagnons du Messager d’Allah, que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui, y furent largement atteints par la fièvre. Abû Bakr, qu’Allah l’agrée, habitait dans la même pièce qu’avec ses deux esclaves affranchis, ʿÂmir ibn Fuhayra et Bilâl. Ils furent tous frappés par la fièvre. J’allai leur rendre visite. Cela se passait avant l’obligation du voile. À cause de la forte fièvre, ils étaient alors inconscients. Après m’être d’abord enquise de l’état d’Abû Bakr, j’allai auprès de ʿÂmir ibn Fuhayra et lui demandai : “ʿÂmir, comment vous sentez-vous ?” Il répondit en récitant deux vers : “Je l’ai trouvée avant même d’avoir goûté à la mort ; certes, la mort du lâche survient soudainement d’en haut. Chaque homme s’efforce de vivre selon ses capacités, comme la vache protège sa peau avec ses cornes.” »

ʿÂïsha, qu’Allah l’agrée, dit : « Par Allah, ʿÂmir lui-même ne savait pas ce qu’il disait. » Puis ʿÂïsha, qu’Allah l’agrée, s’enquit de l’état de Bilâl, retourna auprès du Messager d’Allah, que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui, et l’informa de leur état. Le Messager d’Allah, que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui, invoqua alors Allah : « Ô Allah, rends Médine aussi aimée et préférable pour nous que La Mecque, ou davantage ; bénis pour nous sa nourriture et éloigne ses maladies vers un lieu appelé Mahyâ. » (Sîrat Ibn Hishâm, 1/588-589 ; Sahîh al-Bukhârî, chapitre consacré à l’Hégire du Prophète et de ses compagnons.)

L’invocation du Messager d’Allah fut exaucée et ils recouvrèrent tous la santé.

Hadrat ‘Âmir ibn Fuhayra participa aux batailles de Badr et d’Uhud. Après la bataille d’Uhud, un homme nommé Abû Barâ’ ‘Âmir ibn Mâlik se rendit à Médine auprès du Messager d’Allah. Le noble Messager d’Allah lui proposa d’embrasser l’islam, mais il ne l’accepta ni ne le rejeta. Il dit : « Ô Muhammad, si vous envoyiez quelques hommes parmi vos compagnons auprès des habitants du Najd, et qu’ils leur exposaient votre appel, je pense qu’ils l’accepteraient. » Le Messager d’Allah répondit : « Je crains qu’ils ne les attaquent de la part des habitants du Najd. » Abû Barâ’ dit : « Je me porte garant à leur sujet. Envoyez donc ces hommes afin qu’ils appellent les gens à votre religion. » Se fiant à sa parole, le noble Messager d’Allah choisit quarante hommes — ou, selon une autre version, soixante-dix — et forma un groupe. Hadrat ‘Âmir ibn Fuhayra en faisait partie. Sur ordre du Messager d’Allah, ce groupe quitta Médine au quatrième mois après la bataille d’Uhud, durant l’an 4 de l’Hégire, et établit son camp à un endroit appelé Bi’r Ma‘ûna, entre les Banû ‘Âmir et Harra Banû Sulaym.

Ils envoyèrent ensuite, par l’intermédiaire de Harâm ibn Milhân, une lettre du Messager d’Allah à ‘Âmir ibn Tufayl. Sans même lire la lettre, ‘Âmir ibn Tufayl tua le messager, Harâm ibn Milhân. Puis, avec l’aide des Banû Sulaym, de Ri‘l et de Dhakwân, il lança une attaque surprise contre le groupe et tua tout le monde, à l’exception de Ka‘b ibn Zayd — ou, selon une autre version, de ‘Amr ibn Umayya al-Damrî. Hadrat Ka‘b survécut tant bien que mal, grièvement blessé. Il mourut ensuite en martyr lors de la bataille du Fossé. (Sîrat Ibn Hishâm, 1/183-186.)

Lorsque la lance du traître Jabbâr ibn Salmâ transperça la poitrine de Hadrat ‘Âmir ibn Fuhayra, ces mots sortirent spontanément de sa bouche : « Fuztu, wallâh ! Par Allah, j’ai réussi ! » Son corps s’éleva d’un bond vers le ciel. Les anges l’ensevelirent et le mirent en linceul. La porte d’Alâ ‘Illiyyîn fut ouverte à son âme pure. En voyant ce spectacle miraculeux, son meurtrier Jabbâr ibn Salmâ resta stupéfait et en fut tellement impressionné qu’il embrassa l’islam. Après cet événement déchirant de Bi’r Ma‘ûna, le noble Messager d’Allah récita pendant quarante jours consécutifs le qunût al-nâzila lors de la prière de l’aube et invoqua Allah contre ces meurtriers. Après cela, ‘Âmir ibn Tufayl vint à Médine et demanda au Messager d’Allah : « Ô Muhammad, qui était cet homme que l’on a élevé au ciel aussitôt après l’avoir transpercé d’une flèche ? » Le Messager d’Allah répondit : « C’était ‘Âmir ibn Fuhayra. » (Note : Sîrat Ibn Hishâm, 1/186 ; Tabaqât Ibn Sa‘d, al-Maghâzî.)

Le teint de Hadrat ‘Âmir ibn Fuhayra était noir comme celui des Noirs abyssins, et la majeure partie de ses trente-quatre années de vie s’était écoulée dans l’esclavage et la servitude de maîtres tyranniques. Pourtant, par la noblesse de son caractère, il était éminent. La patience et la fermeté dont il fit preuve face aux diverses épreuves et calamités firent resplendir sa beauté morale d’une manière remarquable. Il était si digne de confiance que le Messager d’Allah s’en remit à lui dans de nombreuses situations critiques. Son ardent désir de mourir en martyr l’avait détaché de ce monde. Ainsi, lorsque, lors de l’affrontement de Bi’r Ma‘ûna, une lance lui fut enfoncée dans la poitrine, il s’exclama spontanément : « Fuztu, wallâh ! Par Allah, j’ai réussi ! »

‘Abdullâh ibn Suhayl

Son nom était ‘Abdullâh et sa kunya, ou son surnom, Abû Suhayl. Son père était Suhayl et sa mère Fakhta bint ‘Âmir.

Il embrassa la foi aux débuts de l’islam et émigra en Abyssinie avec la deuxième caravane qui s’y rendait. Après avoir séjourné quelque temps en Abyssinie, il retourna à La Mecque, où son père le captura et le tortura cruellement. Incapable de supporter ces tortures, ‘Abdullâh feignit d’abandonner l’islam et de retourner à la vie polythéiste, ou à l’idolâtrie. En voyant son comportement extérieur, ses parents et les polythéistes de La Mecque furent rassurés quant à son abandon de l’islam.

Entre-temps, le Prophète — qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix — quitta La Mecque pour Médine. Un affrontement militaire éclata entre La Mecque et Médine. Les Mecquois emmenèrent Abdullah avec eux pour combattre les musulmans à Badr en tant que compagnon d’armes. Mais ils ne savaient pas que, lorsque la lumière de la foi pénètre une fois dans un cœur, les ténèbres du polythéisme ne peuvent jamais y entrer. En réalité, Abdullah n’avait jamais renoncé à l’islam. Il attendait seulement l’occasion. Il rejoignit l’armée musulmane à Badr.

À la suite d’un événement soudain, le père d’Abdullah entra dans une violente colère. Pour se venger, il lança une attaque avec une grande impétuosité. Mais cela ne lui servit à rien. Abdullah était alors libre et combattait vaillamment contre l’armée de son père, épaule contre épaule avec ses frères en religion. Finalement, les musulmans remportèrent la victoire. Après Badr, Abdullah — qu’Allah l’agrée — combattit vaillamment aux côtés du Messager d’Allah — qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix — dans toutes les batailles célèbres. Il participa également à la trêve de Hudaybiya et au serment d’allégeance de Ridwan. (Al-Isaba, 2/323).

Lors de la conquête de La Mecque également, Abdullah — qu’Allah l’agrée — accompagnait le Messager d’Allah — qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix. Son père Suhayl était encore vivant à La Mecque dans l’incroyance. Abdullah — qu’Allah l’agrée — demanda au Messager d’Allah — qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix — de lui accorder l’aman, c’est-à-dire la protection. À ce sujet, son père Suhayl rapporta : « Lorsque le Messager d’Allah — qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix — entra à La Mecque, je rentrai chez moi et fermai la porte. Puis j’envoyai mon fils Abdullah auprès de Muhammad — qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix — afin qu’il demande ma protection. En effet, je n’avais aucune certitude de ne pas être tué. Abdullah se rendit auprès du Messager d’Allah — qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix — et lui dit : “Ô Messager d’Allah, accordes-tu l’aman, c’est-à-dire la protection, à mon père ?” Le Messager d’Allah — qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix — répondit : “Oui. Il bénéficie de la protection d’Allah ; qu’il se montre.” Puis le Messager d’Allah — qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix — dit à ceux qui l’entouraient : “Que personne ne regarde Suhayl ibn Amr avec mépris. Par Allah, c’est un homme honorable et intelligent. Un tel homme ne peut jamais rester ignorant de la beauté de l’islam. À présent, il a compris que ce dont il était le partisan ne renfermait aucun bien.” »

Abdullah se rendit auprès de son père et lui annonça la bonne nouvelle en lui transmettant les paroles du Messager d’Allah — qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix. Ému de joie par la bonne fortune de son fils, son père s’exclama : « Par Allah, tu as été vertueux aussi bien dans ton enfance qu’à l’âge adulte. » Après cette assurance du Messager d’Allah — qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix — Suhayl, encore partagé par l’hésitation et le doute, se présenta auprès de lui. Il quitta La Mecque avec le Messager d’Allah — qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix — dans le but de participer à la bataille de Hunayn. En chemin, arrivé à un endroit appelé Ji‘rana, non loin de La Mecque, il embrassa l’islam. Le Noble Messager d’Allah — qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix — lui donna cent chameaux provenant du butin de Hunayn. (Hayatus-Sahaba, 1/173-174).

Sous le califat d’Abu Bakr as-Siddiq — qu’Allah l’agrée —, une rébellion éclata dans la péninsule Arabique, menée par ceux qui refusaient de s’acquitter de la zakat et par de faux prophètes. Abdullah — qu’Allah l’agrée — joua un rôle actif dans la répression de cette rébellion. Lors de l’affrontement sanglant qui eut lieu, en l’an 12 de l’Hégire, dans la plaine de Yamama contre le faux prophète Musaylima, Abdullah tomba en martyr sur ce champ de bataille. Selon l’opinion la plus répandue, il n’avait que trente-huit ans au moment de sa mort.

Le père d’Abdullah — qu’Allah l’agrée —, Suhayl, était encore vivant à La Mecque. Après cet événement, le calife Abu Bakr — qu’Allah l’agrée — se rendit à La Mecque pour le pèlerinage. Il rencontra le père d’Abdullah et tenta de le réconforter. Le père d’Abdullah dit au calife : « Le Messager d’Allah — qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix — a dit qu’un martyr intercédera en faveur de soixante-dix (70) membres de sa famille. J’espère qu’à ce moment-là mon fils ne m’oubliera pas. »

Zayd ibn al-Khattab — qu’Allah l’agrée —

Son nom était Zayd et sa kunya Abu Abd ar-Rahman. Son père était al-Khattab ibn Nufayl et sa mère Asma bint Wahb. Il était le frère consanguin, par le père, de Umar ibn al-Khattab — qu’Allah l’agrée — et était plus âgé que Umar. (Usud al-Ghaba, 2/228).

Bien qu’au début de l’islam la maison d’al-Khattab fût plongée dans la peur à cause des excès d’Omar, Zayd embrassa néanmoins l’islam avant Omar et émigra également à Médine avec la première caravane des émigrés. Après l’arrivée du vénérable Messager de Dieu (s.a.w.) à Médine, il établit entre Zayd et Ma‘n ibn ‘Adî al-‘Ajlânî un lien de fraternité, ou mu’âkhât.

Après son arrivée à Médine, il participa d’abord à la bataille de Badr, puis prit part à celle d’Ouhoud. Il était extrêmement courageux. Dans chaque bataille, il désirait moins la victoire que le martyre. À Ouhoud, il combattait avec un courage infini. À ce moment-là, son frère Omar remarqua que l’armure de Zayd était tombée et que celui-ci n’y prêtait aucune attention. Il s’élançait, le corps nu, au milieu des forces ennemies. Omar aimait beaucoup son frère. Il l’appela en criant : « Khudh dir‘î, ô Zayd, fa-qâtil bihâ » — Zayd, prends donc mon armure et combats en la portant !

Zayd répondit : « Innî urîdu mina ch-chahâdati mâ turîduhu yâ Omar » — Ô Omar, comme toi, je désire boire la douce coupe du martyre. Puis tous deux combattirent sans armure. (Tabaqât d’Ibn Sa‘d, 3/275 ; Hayât as-Sahâba, 1/515 ; Rijâl hawla ar-Rasûl, p. 344.)

Il était présent lors de l’événement de Houdaybiya et prêta serment entre les mains du vénérable Messager de Dieu (s.a.w.). Il participa également activement aux batailles du Fossé, de Hunayn, d’Awtâs et à d’autres. Il accompagna aussi le Messager de Dieu (s.a.w.) lors du pèlerinage d’adieu. C’est au cours de ce voyage qu’il entendit le Messager de Dieu (s.a.w.) dire : « Donnez à vos serviteurs et à vos servantes la même nourriture et les mêmes vêtements que ceux que vous consommez et portez vous-mêmes. S’ils commettent une faute et que vous ne pouvez pas leur pardonner, vendez-les donc. » (Tabaqât, 3/274.)

Sous le califat du vénérable Abû Bakr as-Siddîq (r.a.), Zayd participa, avec d’autres, à diverses batailles pour éliminer la sédition ou les troubles provoqués par les apostats, et il en tua beaucoup de ses propres mains. Il mit lui-même à mort le célèbre apostat Nahâr ibn ‘Unfuwah, dont le Messager de Dieu (s.a.w.) avait prédit l’apostasie alors qu’il était encore musulman. Lors de la bataille de Yamâma contre Musaylima le Menteur, la responsabilité de porter l’étendard de l’islam lui incomba. Au cours de la bataille, les Banû Hanîfa lancèrent une attaque si violente que l’armée musulmane se trouva au bord de la défaite. Certains soldats s’enfuirent même du champ de bataille. Le courage de Zayd n’en fut que plus grand. Il se mit à appeler ses compagnons à grands cris : « Ô gens, serrez les dents et poursuivez l’extermination de l’ennemi. Tenez bon. Par Dieu, je ne parlerai pas avant que Dieu ne les mette en déroute ou que je ne Le rejoigne. Lorsque je Le rejoindrai, c’est là-bas que je me défendrai par mes paroles. » (Rijâl hawla ar-Rasûl, p. 345.) Il se mit ensuite à demander pardon à Dieu pour la faute de ses compagnons, en disant : « Allâhumma innî a‘tadhiru ilayka min firâri as’hâbî » — Ô Dieu, je Te demande pardon pour la fuite de mes compagnons. (Hayât as-Sahâba, 1/534-535.) Dans ces circonstances, il brandit l’étendard, traversa les rangs ennemis et, tout en maniant son épée, obtint le martyre. Après son martyre, Sâlim (r.a.) prit l’étendard. Le vénérable Zayd mourut en l’an 12 de l’Hégire. (Al-Isâba, 1/565.)

Le vénérable Zayd était l’un des hommes les plus chers au vénérable Omar (r.a.). À sa mort, Omar fut accablé de chagrin. Chaque fois qu’une épreuve se présentait à lui, il disait : « J’ai connu le chagrin de la mort de Zayd et j’ai patienté. » En voyant le meurtrier de Zayd, Omar (r.a.) dit : « Puisses-tu périr ! Tu as tué mon frère. La brise matinale apporte son souvenir. » (Hayât as-Sahâba, 2/592.) Pourtant, malgré le chagrin causé par la mort de ce frère tant aimé, il ne perdit pas la raison. À Médine, il accueillait avec le calife Abû Bakr les soldats revenus de Yamâma. Lorsqu’il apprit par eux le martyre de son frère, il s’exclama : « Sabaqanî ilâ al-husnayayni, aslama qablî wa-stuchhida qablî » — Il m’a devancé dans deux bonnes actions : il a embrassé l’islam avant moi et a obtenu le martyre avant moi. (Al-Isâba, 1/565.)

À cette même époque, un frère de Mutammim ibn Nuwayra, célèbre poète arabe de l’époque, fut également tué au cours d’une bataille par Khâlid ibn al-Walîd. Le poète Mutammim aimait profondément son frère. En souvenir de lui, il composa une élégie si poignante que les larmes coulaient des yeux de ceux qui l’écoutaient. Il arriva que le poète rencontrât le vénérable Omar (r.a.). Omar lui demanda : « Dans quelle mesure as-tu éprouvé du chagrin à la mort de ton frère ? » Le poète répondit : « À cause d’une certaine maladie, les larmes ont commencé à couler d’un de mes yeux et, jusqu’à ce jour, elles ne se sont jamais arrêtées. » Après avoir entendu ses paroles, le vénérable Omar fit cette remarque : « Voilà le degré ultime du chagrin et de la douleur. Personne ne s’afflige autant pour celui qui est parti. » Puis il ajouta : « Que Dieu pardonne à Zayd. Si j’avais été poète, j’aurais composé une élégie pour lui. » En entendant cela, le poète Mutammim s’exclama : « Ô Commandeur des croyants, si mon frère était mort en martyr comme le vôtre, je n’aurais jamais versé de larmes. » Ces paroles apportèrent un certain réconfort au vénérable Omar (r.a.). Il dit ensuite : « Personne ne m’a jamais adressé de paroles de consolation meilleures que celles-ci. » Plusieurs personnes ont rapporté des hadiths de Zayd ibn al-Khattâb.

Shurahbîl ibn Hasana (r.a.)

Son nom était Shurahbil, et sa kunya, ou surnom, était Abou Abdillah ou Abou Abdir-Rahman. Son père s’appelait Abdallah ibn al-Muta‘ et sa mère Hassana. Toutefois, selon Abou Amr, Hassana était le nom de sa fille. Quoi qu’il en soit, après la mort du père de Shurahbil, sa mère Hassana épousa en secondes noces Soufyan al-Ansari. C’est pourquoi il fut connu sous le nom de sa mère plutôt que sous celui de son père. Il existe des divergences concernant l’ascendance de cette Hassana. Certains disent qu’elle appartenait à la tribu de Kinda, d’autres à celle de Tamim, tandis que beaucoup estiment qu’elle appartenait à la tribu des Banou Joumah. Elle embrassa l’islam à La Mecque, au début de l’islam, et émigra en Abyssinie avec les autres membres de sa famille. Puis, de là, elle se rendit à Médine. (Sîrat Ibn Hicham, 2/364, 369).

Shurahbil eut l’honneur de devenir musulman dès les débuts de l’islam et émigra en Abyssinie avec la première caravane partie de La Mecque pour ce pays. Puis il se rendit directement d’Abyssinie à Médine et s’installa auprès de la tribu des Banou Khourayq, à laquelle il était apparenté par sa mère. On ne trouve dans l’histoire aucune information notable sur sa vie entre son arrivée à Médine et le décès du Messager d’Allah. Il est probable qu’il soit arrivé à Médine peu de temps avant le décès du Messager d’Allah. Sa carrière remarquable au service de l’islam commença sous le califat du calife Abou Bakr.

En l’an 12 de l’Hégire, le calife Abou Bakr choisit comme commandants les quatre meilleurs soldats de l’armée musulmane. Il s’agissait de : 1. Amr ibn al-As, 2. Yazid ibn Abi Soufyan, 3. Abou Oubayda ibn al-Jarrah et 4. Shurahbil ibn Hassana. Il sélectionna des soldats pour chacun d’eux et leur indiqua également par quelle route chacun devait avancer. Il détermina aussi qui deviendrait gouverneur de quelle région après la victoire : Amr de la Palestine, Yazid de Damas et Shurahbil de la Jordanie. (Tarikh al-Oumma al-Islamiyya, 1/190-191). Toutefois, certaines traditions mentionnent cinq commandants militaires. Parmi les quatre cités ci-dessus, trois sont mentionnés, tandis qu’à la place d’Abou Oubayda sont cités Khalid ibn al-Walid et Iyad ibn Ghanm al-Fihri. (Hayat as-Sahaba, 3/684, 1/213). Ibn al-Barqi rapporte que le calife Omar nomma Shurahbil gouverneur du quart du Châm. (Al-Isaba, 2/143).

Lors de l’expédition en Syrie, Shurahbil était commandant lors de la bataille de Bosra. Avant le début de la bataille, il eut un échange avec le chef adverse, « Romanas ». Comme cela ne produisit aucun résultat, il était en train d’organiser ses troupes et d’avancer lorsqu’arriva Khalid. Celui-ci prit le commandement suprême de l’armée et, sous sa direction, l’adversaire accepta de payer la jizya. (Futuh al-Buldan, 119).

Après Bosra, les Romains se rassemblèrent à Ajnadayn. Khalid avança pour les repousser. Après avoir parcouru une certaine distance, Shurahbil le rejoignit. Ensemble, ils affrontèrent l’armée romaine et, après un affrontement extrêmement violent et sanglant, l’armée musulmane remporta la victoire. Lors de l’expédition de Damas, il commandait l’infanterie et fut chargé de garder une porte pendant le siège. Il assuma cette responsabilité jusqu’à la fin de la victoire.

Après la conquête de Damas, l’armée musulmane avança vers Baysan en passant par Fahl. En raison des inondations, elle dut faire halte à Fahl en chemin. Shurahbil se trouvait également avec cette armée. C’est grâce à sa vigilance que l’armée musulmane échappa à un grave danger. En réalité, les Romains avaient rompu une digue maritime, provoquant une inondation dans la région située entre Fahl et Baysan. L’armée musulmane fit halte et établit son camp à Fahl. Dans cette situation délicate, Shurahbil montait la garde toute la nuit afin d’empêcher une attaque surprise des Romains. Ceux-ci attaquèrent effectivement un jour soudainement par-derrière, mais, grâce à la clairvoyance et à la vigilance de Shurahbil, ils furent vaincus.

Après Fahl, Shurahbil et Amr ibn al-As avancèrent vers Baysan. Les habitants de Baysan avaient été témoins du sort de Fahl ; au lieu d’affronter les musulmans, ils fermèrent les portes de la forteresse. Dès son arrivée à Baysan, Shurahbil assiégea la forteresse. Le siège se prolongea pendant longtemps. Un jour, quelques hommes sortirent de la forteresse pour tenter une attaque, mais ils furent tués. Finalement, les habitants conclurent une trêve selon les conditions de Damas. Ensuite, les habitants de Tibériade envoyèrent une délégation à Shurahbil et conclurent un traité. Puis Shurahbil soumit à l’autorité islamique la région de Jordanie et toutes les villes environnantes, presque sans résistance et sans effusion de sang.

Lors de l’expédition de Yarmouk, l’armée musulmane se replia de toutes les régions de Syrie et se rassembla à Yarmouk. Shurahbil y arriva également. Lui et Yazid ibn Abou Soufyan s’installèrent au même endroit. Khalid était le commandant en chef de cette expédition. Il divisa toute l’armée selon une méthode entièrement nouvelle, en trente-six unités, et plaça chacune d’elles sous l’autorité d’un officier. Le commandement des ailes droite et gauche fut confié respectivement à Amr ibn al-As et à Shurahbil ibn Hassana. Lorsque, dès la première attaque des Romains, la situation de l’armée musulmane devint précaire et que beaucoup fuirent le champ de bataille, Shurahbil, lui, resta ferme. Il combattit dans cette bataille en risquant sa vie.

En l’an 18 de l’Hégire, l’armée musulmane était engagée dans la campagne de Syrie. À cette époque, la peste prit des proportions épidémiques en Irak, en Syrie et en Égypte. ‘Amr ibn al-‘Âs déclara : « Cette peste est un châtiment d’Allah. Dispersez-vous donc dans les différentes vallées et les différents cols. » En entendant cela, Shurahbîl entra dans une grande colère. Il dit : « ‘Amr n’a pas dit vrai. Même lorsque j’étais le compagnon du Messager d’Allah, ‘Amr était plus égaré que les chameaux de sa famille. Cette peste est assurément, pour vous, la prière de vos prophètes et une miséricorde du Seigneur ; nombre de vos prédécesseurs parmi les gens véridiques y ont trouvé la mort. » (Hayât as-Sahâba, 2/581). C’était un homme qui s’en remettait entièrement à Allah. Il ne jugea donc pas convenable de quitter les lieux par crainte de la maladie. Il ne les quitta pas. Il est rapporté que Mu‘âdh ibn Jabal, Abû ‘Ubayda, Shurahbîl ibn Hasana et Abû Mâlik al-Ash‘arî, qu’Allah les agrée, furent atteints de la peste le même jour. (Hayât as-Sahâba, 2/582). Lors de la peste d’Emmaüs, le vénérable Shurahbîl ibn Hasana mourut, à l’âge de 67 ans, avec beaucoup d’autres personnes. Cependant, Ibn Yûnus rapporte que le Messager d’Allah, qu’Allah le bénisse et le salue, envoya Shurahbîl en Égypte, où il mourut. (Al-Isâba, 2/143).

L’opinion d’Ibn Yûnus ne semble pas acceptable pour plusieurs raisons.

Bien que toute la vie du vénérable Shurahbîl se soit déroulée en Abyssinie, puis sur les champs du jihâd, il ne fut nullement en retrait dans la transmission des hadiths du Messager d’Allah, qu’Allah le bénisse et le salue. Il en a rapporté un certain nombre.

Il est rapporté d’après Shifâ bint ‘Abdullah. Elle dit : « Je me rendis auprès du Messager d’Allah, qu’Allah le bénisse et le salue, afin de lui demander une aumône. Mais il déclara ne pas être en mesure d’en donner, tandis que j’insistais. Entre-temps, l’heure de la prière arriva. Je sortis de chez le Messager d’Allah, qu’Allah le bénisse et le salue, et me rendis dans la chambre de ma fille. L’épouse de Shurahbîl ibn Hasana était ma fille. Je trouvai Shurahbîl dans la maison. Je lui dis : “L’heure de la prière est arrivée, et tu restes assis chez toi ?” Je me mis à le réprimander. Il me répondit alors : “Ne me réprimandez pas. Je n’ai qu’un seul vêtement, et même celui-là, le Messager d’Allah, qu’Allah le bénisse et le salue, l’a emprunté.” Je dis : “Que mes père et mère soient sacrifiés pour lui ! Toute la journée, je me suis querellée avec le Messager d’Allah, qu’Allah le bénisse et le salue, sans comprendre le moins du monde sa situation si affligeante.” Shurahbîl dit : “Le Messager d’Allah, qu’Allah le bénisse et le salue, n’avait qu’un seul vêtement ; nous l’avons rapiécé.” » (Hayât as-Sahâba, 1/326).

Abû al-‘Âs ibn ar-Rabî‘, qu’Allah l’agrée

L’histoire rapporte de nombreuses divergences au sujet du véritable nom d’Abû al-‘Âs. Parmi les noms cités figurent : Laqît, Hishâm, Mihshâm, Yâsir et Yâsim. Toutefois, sa kunya, ou son surnom, était Abû al-‘Âs. C’est sous ce nom qu’il est connu dans l’histoire. Son père était Rabî‘ ibn ‘Abd al-‘Uzzâ et sa mère était Hâla bint Khuwaylid, la sœur germaine de la vénérable Khadîja, qu’Allah l’agrée. Comme il était issu de la branche ‘Abd Shams de la tribu de Quraysh, on l’appelait en abrégé « al-‘Abshamî ». Abû al-‘Âs venait librement chez sa tante maternelle, la vénérable Khadîja, qu’Allah l’agrée, et son oncle maternel, le Messager d’Allah, qu’Allah le bénisse et le salue. Il était l’objet de leur grande affection. Abû al-‘Âs avançait peu à peu vers l’âge adulte. Son visage séduisant attirait tous les regards. Grâce à son illustre ascendance, à sa bravoure arabe et à son profond sentiment de dignité, il occupait une place particulière parmi les jeunes de La Mecque de l’époque. En outre, la qualité attribuée par le Coran aux Quraysh — « le voyage d’hiver et d’été », c’est-à-dire le déplacement de leurs caravanes commerciales vers le Yémen en hiver et vers le Shâm en été — s’était pleinement développée chez Abû al-‘Âs. Sa caravane commerciale circulait constamment entre La Mecque et le Shâm. Elle comprenait au moins deux cents hommes et une centaine de chameaux. En raison de son sens des affaires, de son honnêteté et de sa probité, les gens lui confiaient leurs marchandises en toute sérénité. Ibn Ishâq dit : “Par sa richesse, sa probité et son activité commerciale, il comptait alors parmi le petit nombre de notables de La Mecque.” (Al-Isâba, 4/122).

Le temps s’écoula selon son cours. Entre-temps, Zaynab, la fille aînée de Muhammad, qu’Allah le bénisse et le salue, grandit. Les jeunes nobles de La Mecque se prirent à ardemment désirer l’avoir pour épouse. Et comment ne l’auraient-ils pas désirée ? Zaynab était la fille issue de la branche la plus éminente de la tribu de Quraysh à La Mecque. Elle était la plus honorée par ses parents, et également la plus pure par son caractère, ses convenances et sa moralité. Suffit-il à chacun d’espérer une telle épouse pour qu’elle lui soit accordée ? Finalement, Abû al-‘Âs ibn ar-Rabî‘, son cousin maternel et jeune homme de La Mecque, eut l’honneur d’obtenir ce privilège.

Quelques années après le mariage de Zaynab, qu’Allah l’agrée, avec Abû al-‘Âs, Muhammad, qu’Allah le bénisse et le salue, reçut la prophétie. Il fut envoyé avec la vraie religion et la guidée, et reçut l’ordre de transmettre l’appel à la religion à ses proches parents. La vénérable Khadîja, qu’Allah l’agrée, ainsi que ses filles — Zaynab, Ruqayya, Umm Kulthûm et Fâtima, qu’Allah les agrée — crurent au Messager d’Allah, qu’Allah le bénisse et le salue. Fâtima était alors encore très jeune. Abû al-‘Âs, le gendre du Messager d’Allah, qu’Allah le bénisse et le salue, aimait beaucoup son épouse Zaynab et la respectait également. Cependant, il ne consentit pas à abandonner la religion de ses ancêtres pour adopter la nouvelle religion de son épouse bien-aimée. Cette situation se prolongea. Entre-temps, un conflit violent éclata entre le Messager d’Allah, qu’Allah le bénisse et le salue, et les Quraysh. Les Quraysh se dirent entre eux :

« Que votre perte soit assurée ! En épousant Muhammad, vous vous chargez de ses soucis. Si vous lui renvoyiez toutes ces filles, il vous laisserait tranquilles et s’occuperait d’elles. » Beaucoup d’entre eux approuvèrent ces paroles et dirent : « Voilà un excellent raisonnement ! » Ils allèrent tous trouver Abû al-‘Âs et lui dirent : « Abû al-‘Âs, nous te donnerons en mariage la beauté qurayshite que tu désires. » Abû al-‘Âs répondit : « Par Allah, non, cela est impossible. Je ne peux pas abandonner mon épouse. Même si l’on me donnait toutes les femmes à sa place, cela ne me plairait pas. »

Le Messager d’Allah — qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix — fit également quitter à ses deux autres filles, Ruqayya et Umm Kulthûm, les demeures de leurs époux et les envoya auprès de leur père. Le noble Messager d’Allah — qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix — fut très heureux de voir ses filles revenir, abandonnées par leurs maris. Il souhaita intérieurement qu’Abû al-‘Âs renvoie lui aussi Zaynab, comme les deux autres gendres l’avaient fait. Cependant, le Messager d’Allah — qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix — n’avait pas le pouvoir de libérer Zaynab des mains d’Abû al-‘Âs, et le mariage des femmes croyantes avec les polythéistes n’avait pas encore été déclaré interdit. C’est pourquoi il garda le silence.

Le temps passa rapidement. Le noble Messager d’Allah — qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix — émigra à Médine. Les affrontements militaires avec les Quraysh commencèrent. Les Quraysh se rassemblèrent à Badr dans le but de combattre les musulmans. Malgré sa profonde réticence, Abû al-‘Âs se rendit à Badr avec les Quraysh, car la position qu’il occupait parmi eux ne lui laissait pas d’autre choix. À Badr, les Quraysh subirent une défaite écrasante. Plusieurs de leurs chefs furent tués et un grand nombre de combattants furent faits prisonniers, tandis que les autres s’enfuirent pour sauver leur vie. Quelle cruelle ironie du destin : Abû al-‘Âs, le gendre du Messager d’Allah — qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix — figurait lui aussi parmi ces prisonniers. Selon Ibn Ishâq, il fut capturé à Badr par ‘Abdullah ibn Zubayr ibn al-Nu‘mân. Selon al-Wâqidî, il tomba toutefois entre les mains de Khirâsh ibn Samma. (Al-Isâba, 4/122.)

Concernant les prisonniers de Badr, les musulmans décidèrent de les libérer contre rançon. Selon leur rang social et leur situation de richesse ou de pauvreté, la rançon fut fixée entre mille et quatre mille dirhams. Les représentants des prisonniers commencèrent à faire la navette entre La Mecque et Médine, apportant les rançons convenues. Zaynab, la fille du Prophète, envoya à Médine un émissaire avec la rançon de son époux Abû al-‘Âs. Selon al-Wâqidî, c’est son frère ‘Amr ibn Rabî‘ qui vint à Médine avec la rançon d’Abû al-‘Âs. Au lieu de dirhams, Zaynab envoya un collier. Sa mère, Khadîja — qu’Allah l’agrée — le lui avait offert lors de son mariage. Dès que le noble Messager d’Allah — qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix — vit le collier, il fut accablé de tristesse et couvrit son visage attristé d’un mince tissu. Le souvenir de son épouse bien-aimée et de sa fille lui revint à l’esprit.

Peu après, le noble Messager d’Allah — qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix — s’adressa à ses Compagnons : « Zaynab a envoyé ce collier comme rançon pour son époux. Si vous le souhaitez, vous pouvez libérer son prisonnier et lui rendre également ce collier. » Les Compagnons répondirent : « Ô Messager d’Allah, nous le ferons pour vous satisfaire. » Ils acceptèrent. Toutefois, avant de libérer Abû al-‘Âs, le Messager d’Allah — qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix — lui fit promettre qu’une fois de retour à La Mecque, il enverrait immédiatement Zaynab à Médine.

Dès son retour à La Mecque, Abû al-‘Âs entreprit de tenir sa promesse. Il ordonna à son épouse Zaynab de se préparer pour le voyage. Il lui dit également que les représentants de son père l’attendaient non loin de La Mecque pour venir la chercher. Après avoir achevé les préparatifs du voyage de son épouse, Abû al-‘Âs appela son frère ‘Amr — ou, selon une autre version, Kinâna — et lui demanda d’accompagner Zaynab puis de la remettre aux émissaires qui l’attendaient.

Ibn Ishâq rapporte qu’une fois les préparatifs du voyage terminés, le beau-frère de Zaynab, Kinâna ibn Rabî‘, amena un chameau et le fit s’arrêter. Zaynab prit place dans le palanquin posé sur le dos de l’animal. Quant à Kinâna, il suspendit son arc à son épaule, prit son carquois à la main et quitta La Mecque en plein jour. L’agitation gagna les Quraysh. Ils les poursuivirent et les rattrapèrent peu après, dans la vallée de Dhû Tuwâ. Les ouvrages de sîra rapportent cet événement de différentes manières. En voici quelques récits. Furieux du comportement des Quraysh, Kinâna ibn Rabî‘ décrocha l’arc de son épaule, le prit en main, étala ses flèches devant lui et dit : « Si l’un de vous tente de s’approcher de Zaynab, sa poitrine deviendra la cible de mes flèches. » Kinâna était un archer habile, et les flèches qu’il tirait manquaient rarement leur cible. En entendant ces paroles, Abû Sufyân ibn Harb s’avança vers lui et lui dit : « Mon neveu, baisse un peu la flèche que tu pointes vers nous ; nous voulons te parler. » Abû Sufyân poursuivit : « Ce que tu as fait n’est pas convenable. Tu es sorti avec Zaynab au vu et au su de tous, et nous sommes là à regarder sans rien faire. Tous les habitants de l’Arabie savent quel malheur nous avons subi à Badr et quelle catastrophe le père de cette Zaynab nous a infligée. Si tu emmènes ainsi sa fille au vu de tous, juste sous notre nez, tout le monde nous considérera comme des lâches et jugera cette affaire humiliante pour nous. Ramène Zaynab chez elle. Qu’elle reste quelque temps auprès de son mari. Puis, lorsque les gens commenceront à dire que nous l’avons empêchée de quitter La Mecque, remets-la secrètement à son père. »

À ces paroles, Kinâna — ou ‘Amr — accepta, et Zaynab retourna à La Mecque. Quelques jours plus tard, il ressortit de La Mecque avec Zaynab dans l’obscurité de la nuit et, conformément aux instructions de son frère, la remit à l’endroit convenu entre les mains des représentants de son père.

Al-Tabarânî rapporte, d’après ‘Urwa ibn az-Zubayr : Un homme partit avec Zaynab, fille de l’Envoyé de Dieu. Deux hommes de Quraysh les poursuivirent et les rattrapèrent. Ils maîtrisèrent le compagnon de Zaynab et le jetèrent du haut du chameau. Zaynab fut projetée sur une pierre. Son corps fut lacéré et se mit à saigner. Dans cet état, ils l’emmenèrent auprès d’Abû Sufyân. Celui-ci la remit aux filles des Banû Hâshim. Plus tard, elle émigra à Médine. À cause de la chute du chameau, Zaynab ressentit cette douleur jusqu’à la fin de sa vie et finit par en mourir. C’est pourquoi les gens la considéraient comme une martyre. (Hayât as-Sahâba, 1/371).

Selon un récit d’Aïcha, qu’Allah l’agrée, Zaynab, la fille de l’Envoyé de Dieu, partit de La Mecque pour Médine avec Kinâna. Les habitants de La Mecque les poursuivirent. Habbâr ibn al-Aswad fut le premier à rattraper Zaynab. Il transperça son chameau d’une flèche, si bien que Zaynab tomba et se blessa. Elle était enceinte. Sous l’effet de cette blessure, elle perdit l’enfant qu’elle portait. Les Banû Hâshim et les Banû Umayya commencèrent alors à se disputer au sujet de Zaynab. Finalement, elle alla séjourner auprès de Hind, fille de ‘Utba. Hind lui disait souvent : « Ce malheur qui t’arrive est dû à ton père. »

Un jour, l’Envoyé de Dieu, que Dieu le bénisse et lui accorde la paix, dit à Zayd ibn Hâritha : « Peux-tu aller chercher Zaynab ? » Zayd accepta. Le noble Envoyé de Dieu lui donna alors une bague et lui dit : « Emporte ceci ; elle parviendra à Zaynab. » Muni de la bague, Zayd se dirigea vers La Mecque. Aux abords de la ville, il vit un berger qui faisait paître des chèvres. Il lui demanda : « De qui es-tu le berger ? » Le berger répondit : « D’Abû al-‘Âs. » Il lui demanda encore : « À qui sont ces chèvres ? » Il répondit : « À Zaynab, fille de Muhammad. » Zayd marcha quelque temps avec le berger, puis lui dit : « Si je te donne quelque chose, pourrais-tu le remettre à Zaynab ? » Il accepta. Zayd lui donna la bague, et le berger la remit à Zaynab.

Zaynab demanda au berger : « Qui te l’a donnée ? » Il répondit : « Un homme. » Elle lui demanda encore : « Où l’as-tu laissé ? » Il répondit : « À tel endroit. » Zaynab garda le silence. Dans l’obscurité de la nuit, elle se rendit secrètement à cet endroit. Zayd lui dit : « Monte sur mon chameau et assieds-toi devant moi. » Zaynab refusa et répondit : « Non, c’est vous qui vous assiérez devant moi. » Ainsi, Zaynab prit place derrière Zayd et arriva à Médine. Le noble Envoyé de Dieu disait souvent : « La meilleure de mes filles a souffert à cause de moi. » (Hayât as-Sahâba, 1/371-372).

Après sa séparation d’avec son épouse Zaynab, Abû al-‘Âs passa plusieurs années à La Mecque. Peu avant la conquête de La Mecque, l’Envoyé de Dieu, que Dieu le bénisse et lui accorde la paix, partit en Syrie avec une caravane commerciale. Après avoir terminé son commerce, il retournait à La Mecque. La caravane comptait cent chameaux et environ cent soixante-dix hommes. Alors qu’ils se trouvaient à proximité de Médine, une petite unité de patrouille envoyée depuis Médine sous le commandement de Zayd ibn Hâritha les attaqua par surprise, captura tous les hommes ainsi que les chameaux et les emmena à Médine. Abû al-‘Âs, quant à lui, réussit à s’enfuir.

Selon Mûsâ ibn ‘Uqba, toutefois, ce furent Abû Basîr et ses hommes qui attaquèrent la caravane d’Abû al-‘Âs. Il convient de préciser qu’Abû Basîr et quelques autres hommes embrassèrent l’islam après la trêve de Hudaybiyya. Cependant, conformément aux conditions de la trêve, les habitants de Médine refusèrent de les accueillir. Ils s’enfuirent donc de La Mecque et s’installèrent dans la région côtière de la mer Rouge. Ils se mirent à lancer des attaques surprises contre les caravanes commerciales mecquoises. La peur qu’ils inspiraient faillit entraîner l’arrêt du commerce des Qurayshites. Les Qurayshites de La Mecque furent contraints de demander à l’Envoyé de Dieu, que Dieu le bénisse et lui accorde la paix, de les ramener à Médine. (Al-Isâba, 4/122).

Quoi qu’il en soit, au lieu de s’enfuir à La Mecque, Abû al-‘Âs entra secrètement à Médine dans l’obscurité de la nuit, terrorisé et bouleversé, et se rendit directement auprès de Zaynab pour lui demander protection. Zaynab lui en donna l’assurance.

La nuit passa. Lorsque le noble Envoyé de Dieu se rendit à la mosquée pour la prière de l’aube, il se tint dans le mihrab et prononça « Allahu akbar », entamant ainsi le takbîr d’ouverture. Les fidèles qui priaient derrière lui avaient eux aussi achevé ce takbîr. C’est alors que la voix de Zaynab s’éleva depuis le rang des femmes, derrière eux : « Ô assemblée ! Je suis Zaynab, la fille de Muhammad. J’ai accordé ma protection à Abû al-‘Âs ; accordez-lui vous aussi votre protection. »

Après avoir prononcé le salâm, le Messager d’Allah (ﷺ) se tourna vers les gens et demanda : « Avez-vous, vous aussi, entendu ce que j’ai entendu ? »

Les gens répondirent : « Oui, ô Messager d’Allah ! » Le Messager d’Allah (ﷺ) dit : « Par Celui qui détient ma vie entre Ses mains, je ne savais absolument rien de cette affaire. Elle lui a accordé la protection au nom de tous les musulmans. » Puis il rentra chez lui et dit à sa fille : « Traite Abû al-‘Âs avec honneur. Mais sache que tu ne lui es plus licite. » Ensuite, le Messager d’Allah (ﷺ) convoqua les hommes de l’armée qui avaient capturé les chameaux et les hommes de la caravane d’Abû al-‘Âs. Il leur dit : « Vous connaissez le rang de cet homme parmi nous. Vous avez saisi ses marchandises. Si vous avez la bonté de lui restituer ses biens, j’en serai heureux. Si vous n’y consentez pas, je n’y vois aucun inconvénient : vous pouvez les garder comme un bienfait d’Allah. Vous êtes ceux qui y ont le plus de droit. » Tous dirent : « Écoute, Abû al-‘Âs : tu es un homme éminent parmi les Quraychites, le cousin paternel du Messager d’Allah et son gendre. Fais donc ceci : embrasse l’islam et reste à Médine avec ces biens appartenant aux habitants de La Mecque. Tu vivras très confortablement. » Abû al-‘Âs répondit : « Ce que vous dites est très mauvais. Commencerais-je la vie de ma nouvelle religion par une trahison ? »

Abû al-‘Âs libéra les membres de sa caravane et arriva à La Mecque. Après avoir remis à chacun ses biens, il leur dit : « Ô membres de la tribu des Quraychites ! Vous reste-t-il quelque chose à réclamer de moi ? » Ils répondirent : « Non. Qu’Allah te récompense par le bien ! Nous t’avons trouvé parfaitement fidèle à tes engagements. »

Abû al-‘Âs ajouta : « J’ai pleinement acquitté vos droits. À présent, je proclame : Ashhadu an lâ ilâha illâ Allâhu wa anna Muhammadan rasûlullâh — j’atteste qu’il n’y a aucune divinité en dehors d’Allah et que Muhammad est certes le Messager d’Allah. »

J’aurais pu faire cette proclamation alors que je me trouvais à Médine. Mais je ne l’ai pas faite, de peur que vous ne pensiez que je l’avais fait uniquement pour m’approprier vos biens après vous les avoir restitués. Maintenant qu’Allah m’a permis de rendre à chacun de vous ses biens et que je me suis acquitté de ma responsabilité, je proclame mon islam. »

Puis Abû al-‘Âs se rendit de La Mecque à Médine et se présenta auprès du Messager d’Allah. Le Noble Messager d’Allah (ﷺ) l’accueillit avec honneur et lui remit également son épouse, Zaynab. Le Noble Messager d’Allah (ﷺ) disait souvent à son sujet : « Chaque fois qu’il m’a parlé, il a dit la vérité ; chaque fois qu’il m’a fait une promesse, il l’a tenue. »

Après avoir embrassé l’islam, Abû al-‘Âs (رضي الله عنه) n’eut pas l’occasion de participer à une quelconque expédition avec le Messager d’Allah (ﷺ). Il mourut au mois de Dhû al-Hijja de l’an 12 de l’Hégire, sous le califat d’Abû Bakr. Selon Ibn Mundah, toutefois, il tomba en martyr lors de la bataille de Yamâma. (Al-Isâba, 4/123 ; Al-Istî‘âb.)

Le Messager d’Allah (ﷺ) aimait beaucoup Umâma, la fille de Zaynab et d’Abû al-‘Âs. Il est rapporté qu’il la portait sur ses épaules pendant la prière.

ʿUmayr ibn Wahab (qu’Allah l’agrée)

Il s’appelait ʿUmayr et avait pour kunya, ou surnom, Abû Umayya. Son père était Wahab et sa mère Ummu Sakhîla. Il était l’un des vaillants chefs des Quraysh. Avant l’islam, il était un ennemi acharné de l’islam et du Messager d’Allah (ﷺ). C’était un homme doté d’un regard perçant et profond, ainsi que d’une remarquable capacité de discernement.

Il rejoignit l’armée qurayshite de La Mecque lors de la bataille de Badr et, juste avant le début des hostilités, l’armée des Quraysh le chargea d’évaluer la puissance de l’armée musulmane. Il fit courir son cheval autour de l’armée musulmane, puis revint au camp qurayshite et annonça : « Ils doivent être environ trois cents, peut-être un peu moins ou un peu plus. » Son estimation était exacte. Les Quraysh lui demandèrent : « Est-il possible qu’un renfort leur parvienne par-derrière ? » Il répondit : « Je n’ai rien remarqué de tel. Cependant, ô Qurayshites ! Je les ai vus monter des chameaux portant une mort certaine. Ils ne disposent de rien pour se défendre si ce n’est leurs épées, et n’ont aucun endroit où se réfugier. Par Allah, j’ai eu le sentiment que si vous tuiez l’un d’entre eux, l’un des vôtres serait également tué. Quel avantage y aurait-il alors à ce qu’un nombre égal des vôtres soit tué ? Réfléchissez maintenant à ce que vous allez faire. » Pour les détourner de la bataille, il leur dit également : « Les habitants de Médine ont des visages de serpents ; même une soif extrême ne les abat pas. Ils sont capables de prendre leur revanche sur nous en nous combattant. Des hommes aux visages éclatants comme les vôtres ne devraient pas les affronter. »

Nombre de chefs qurayshites furent influencés par ses paroles. Ils étaient sur le point de décider de retourner à La Mecque. Mais Abû Jahl s’opposa à leur décision. Son cœur brûlait du feu de la jalousie et de la guerre. Par la volonté d’Allah, Abû Jahl fut le premier à attiser cette guerre. Parmi les nombreux prisonniers capturés par l’armée musulmane se trouvait également Wahab, le fils de ʿUmayr.

ʿUmayr ibn Wahab retourna à La Mecque depuis Badr après avoir sauvé sa propre vie, laissant derrière lui son fils Wahab prisonnier des musulmans. Il craignait qu’à La Mecque, en représailles aux persécutions qu’il avait infligées au Messager d’Allah et à ses Compagnons, on ne fasse subir ces représailles à son fils prisonnier. Un matin, après être revenu à La Mecque, il sortit de chez lui et se dirigea vers la Kaaba afin d’accomplir les circumambulations et de se prosterner devant les idoles. Là, il vit Safwân ibn Umayya assis dans l’enceinte de la Kaaba. Il s’approcha de Safwân et lui dit :

— Ô chef des Quraysh, bonjour.

— Abû Wahab, bonjour. Assieds-toi, parlons un peu. Cela nous fera passer le temps. ʿUmayr s’assit à côté de Safwân. Ils discutèrent de la situation à Badr et du malheur qui s’y était abattu, puis comptèrent ceux qui avaient été capturés à Badr par Muhammad et ses compagnons. Ils exprimèrent leur tristesse pour les chefs qurayshites qui avaient été tués à Badr, jetés dans le puits de Qalîb, puis recouverts de terre.

Au comble de l’émotion et de l’excitation, Safwân ibn Umayya dit : « Par Allah, après leur mort de cette manière, plus rien ne me procure de joie. » ʿUmayr dit :

—Tu as dit vrai. Après être resté silencieux un moment, il reprit : « Je jure par le Seigneur de la Kaaba que, si je n’avais pas le poids de mes dettes sur les épaules et la responsabilité de ma famille, je me rendrais immédiatement à Médine, réglerais son compte à Muhammad et mettrais fin à tous ses méfaits. » Puis, baissant légèrement la voix, il ajouta : « Mon fils Wahab est là-bas prisonnier entre leurs mains. Si je m’y rends, personne ne soupçonnera quoi que ce soit. »

Safwan ibn Umayya ne laissa pas échapper cette occasion. Se tournant vers Umayr, il lui dit : « Umayr, je prends à ma charge toutes tes dettes, quelles qu’elles soient. Et tant que je serai en vie, ainsi que ta famille, ils resteront auprès de moi. Je ne manque pas de richesses. Ils vivront heureux. »

Umayr dit :

—Que notre conversation reste secrète ; que personne n’en sache rien.

Safwan répondit :

—Il en sera ainsi.

Umayr se leva de l’enceinte de la Kaaba et rentra chez lui. Son cœur brûlait du feu de la vengeance contre Muhammad. Il se mit à préparer l’exécution de sa décision. Personne ne soupçonna quoi que ce soit au sujet de ses préparatifs de voyage, car des délégations parcouraient alors sans cesse le trajet entre La Mecque et Médine, munies de rançons pour libérer les prisonniers de Badr.

Umayr aiguisа son épée, puis la plongea dans un poison extrêmement puissant. Sa monture fut préparée. Il l’enfourcha et partit en direction de Médine. Son cœur, alors consumé par la haine et l’hostilité, semblait se transformer en charbon ardent.

Oumayr arriva à Médine et se dirigea directement vers la mosquée. Il descendit de sa monture près de la porte de la mosquée.

Entre-temps, près de la porte de la mosquée, le vénérable ‘Umar ibn al-Khattab et quelques Compagnons étaient assis à discuter des événements de Badr. Ils conversaient notamment sur la manière dont les Qurayshites avaient été tués, sur la façon dont chacun avait été fait prisonnier, ainsi que sur les actes de bravoure et de courage accomplis par les Muhâjirûn et les Ansâr.

Soudain, le vénérable ‘Umar aperçut Oumayr. Celui-ci descendait de sa monture et se dirigeait droit vers la mosquée, son épée suspendue à l’épaule. Effrayé, ‘Umar s’écria : « C’est ce chien, l’ennemi d’Allah, Oumayr ibn Wahb. Par Allah, ses intentions ne sont pas bonnes. À La Mecque, il excitait constamment les mécréants contre nous. Avant la bataille de Badr, il était l’espion de La Mecque. » Puis, se tournant vers ses compagnons, il leur dit :

« Allez auprès du Messager d’Allah ﷺ et restez autour de lui, afin que ce scélérat ne puisse le tromper d’aucune manière. »

‘Umar accourut auprès du Messager d’Allah ﷺ et lui dit : « Ô Messager d’Allah, cet ennemi d’Allah, Oumayr, est arrivé, son épée suspendue à l’épaule. Je pense qu’il n’est pas venu avec de bonnes intentions. »

Le Messager d’Allah ﷺ dit :

« Amenez-le-moi. »

Le vénérable ‘Umar s’avança vers Oumayr, le saisit d’une main par le col, près de la gorge, et, de l’autre, lui appuya le cou contre le pommeau de son épée avant de le conduire auprès du Messager d’Allah ﷺ. Voyant Oumayr dans cet état, le Messager ﷺ ordonna à ‘Umar de le relâcher. ‘Umar le relâcha. Sur l’ordre du Messager ﷺ, ‘Umar s’écarta également de lui. Le Messager ﷺ dit à Oumayr : « Oumayr, approche un peu. »

Oumayr s’approcha quelque peu et dit : « Bonjour. »

Dans l’Arabie de la Jâhiliya, les gens se saluaient ainsi.

Le Messager d’Allah, paix et bénédictions sur lui, dit : « Oumayr, Allah nous a honorés en nous enseignant une salutation meilleure que la tienne. Par le salâm, Allah a accru notre dignité. Cette salutation est celle des habitants du Paradis. »

Oumayr dit : « Notre salutation ne vous est pourtant pas inconnue. »

Le Messager d’Allah, paix et bénédictions sur lui, demanda : « Dans quel but es-tu venu ? »

— Je suis venu faire libérer le prisonnier qui est entre vos mains. Après tout, vous êtes de la même famille et de la même tribu que nous. Faites-moi donc la faveur d’être indulgent envers moi à son sujet.

— Alors, pourquoi cette épée suspendue à ton cou ?

— Qu’Allah éloigne le mal de cette épée ! À quoi cette épée nous a-t-elle servi à Badr ?

En descendant de ma monture, j’ai oublié de l’enlever de mon cou. Il est resté ainsi.

— Ô Umayr, dis-moi la vérité : pourquoi es-tu venu ?

— Je ne suis venu que pour libérer un prisonnier. Le Messager d’Allah dit : « Quel accord as-tu conclu avec Safwan ? »

Cette question effraya profondément Umayr. Il demanda à son tour : « Quel accord ai-je conclu ? »

Le Messager d’Allah dit : « Toi et Safwan ibn Umayya, vous vous êtes assis dans l’enceinte de la Kaaba et vous avez parlé des chefs quraychites tués et jetés dans le puits de Qalib. Tu as dit : “Si je n’avais pas le poids de mes dettes sur les épaules et la responsabilité de ma famille, je me serais rendu à Médine pour tuer Muhammad.” Safwan a pris en charge toutes tes responsabilités à condition que tu me tues. Allah s’est interposé entre toi et ton dessein. »

Umayr resta stupéfait pendant quelques instants. Puis, reprenant quelque peu ses esprits, il s’écria : « Ashhadu annaka rasulullah — je témoigne que vous êtes assurément le Messager d’Allah. Ô Messager d’Allah, nous traitions de mensonges les nouvelles du ciel que vous nous apportiez et la révélation qui descendait sur vous. Mais de la conversation que j’ai eue avec Safwan, nul autre que lui et moi ne pouvait être informé. Par Allah, je suis convaincu que seul Allah vous a communiqué cette nouvelle. Al-hamdou lillah, toutes les louanges reviennent à Allah, qui m’a conduit auprès de vous afin de me guider. » Sur ce, il répéta : « Ashhadu an la ilaha illallah wa anna Muhammadan rasulullah. »

Le vénérable Messager d’Allah ordonna aux Compagnons : « Enseignez la religion à votre frère Umayr, enseignez-lui le Coran et libérez son prisonnier. »

Avant sa conversion à l’islam, le vénérable Umayr était l’un des « démons », ou dirigeants, des Quraysh. Après être devenu musulman, il devint un éminent hawari, c’est-à-dire un compagnon de l’islam. Après sa conversion, le vénérable Umar ibn al-Khattab, qu’Allah l’agrée, dit : « Par Celui dans la main duquel est ma vie, lorsque Umayr apparut à Médine, même un porc ne m’était plus cher que lui. Mais aujourd’hui, il m’est plus cher que l’un de mes enfants. » (Rijalun hawla ar-Rasul, p. 325)

Après avoir embrassé l’islam, ʿUmayr s’employa à se purifier par l’enseignement islamique et à remplir son cœur de la lumière du Coran. Il oublia presque La Mecque et ceux qu’il y avait laissés.

Pendant ce temps, Safwân ibn Umayya nourrissait chaque jour de brillants rêves secrets. Il se rendait dans les différents lieux de réunion des Quraychites à La Mecque et leur répétait : « Une grande nouvelle vous parviendra bientôt. Elle vous consolera de Badr. »

L’attente de Safwân se prolongea de plus en plus. D’abord quelque peu inquiet, il finit par devenir agité. Il se mit à interroger, l’un après l’autre, chaque convoi ou cavalier venant de Médine au sujet de ʿUmayr. Mais personne ne put lui donner une réponse satisfaisante. Un jour, il rencontra un cavalier venu de Médine. Très curieux, Safwân lui demanda d’abord : « Ne s’est-il rien passé de nouveau à Médine ? » L’homme répondit : « Si, un événement considérable s’est produit. » Le visage de Safwân s’illumina et son cœur faillit éclater de joie et d’allégresse. Il demanda aussitôt : « Que s’est-il passé ? Raconte-le-moi en détail. » L’homme dit : « ʿUmayr a embrassé l’islam. Là-bas, il reçoit l’enseignement de cette nouvelle religion et apprend le Coran. » L’univers de Safwân sembla s’écrouler. Il eut l’impression que la foudre lui était tombée sur la tête. Il croyait que, même si tous les hommes de ce monde embrassaient l’islam, ʿUmayr ne l’embrasserait jamais.

Dès qu’il embrassa l’islam, ʿUmayr comprit pleinement la responsabilité qu’impliquait cette religion. Il comprit qu’il devait dépenser au service de cette religion autant d’énergie qu’il en avait dépensé pour la combattre. Il devait appeler les gens vers elle avec autant d’ardeur qu’il avait déployé de propagande contre elle. Il devait prouver, par sa sincérité, son jihâd et son obéissance, l’intensité de son amour pour Allah et Son Messager.

Après avoir reçu pendant quelque temps à Médine l’enseignement et l’éducation islamiques, ʿUmayr se présenta un jour auprès du Messager d’Allah et lui dit : « Ô Messager d’Allah, j’ai consacré une grande partie de ma vie à éteindre la lumière d’Allah et à maltraiter et persécuter les adeptes de l’islam. Je souhaite, si vous m’y autorisez, me rendre à La Mecque et appeler les Quraychites à suivre Allah et Son Messager. S’ils acceptent mon appel, ce sera une œuvre excellente. Mais s’ils le rejettent, je leur infligerai les mêmes souffrances que celles que j’ai autrefois infligées aux Compagnons du Messager d’Allah. »

Le Messager d’Allah lui en donna l’autorisation. Un jour, ʿUmayr retourna à La Mecque, l’épée suspendue à l’épaule et vêtu comme un guerrier. À La Mecque, il rencontra d’abord Safwân ibn Umayya et lui dit : « Ô Safwân, tu es l’un des chefs de La Mecque et l’un des plus grands érudits des Quraychites. Vous adorez ces pierres et immolez des animaux au nom des idoles : crois-tu vraiment que cela soit une religion ? Pour ma part, j’atteste qu’il n’y a aucune divinité en dehors d’Allah et que Muhammad est le Messager d’Allah. » Safwân s’apprêta à se jeter sur ʿUmayr, mais l’épée de celui-ci l’arrêta net. Fou de colère et de chagrin, Safwân lui lança des insultes grossières au visage, puis s’en alla en lui laissant le passage.

C’est ainsi que ʿUmayr retourna à La Mecque en musulman. Quelques jours auparavant, il avait quitté La Mecque en tant que polythéiste ; lorsqu’il y entra de nouveau, son apparence était exactement celle qu’avait prise ʿUmar le jour où il embrassa l’islam. Après sa conversion, ʿUmar avait crié : « Je jure par Allah que partout où je me suis assis alors que j’étais dans la mécréance, je m’assiérai désormais au même endroit alors que je suis dans la foi. »

Dans ce domaine, ʿUmayr prit pour modèle ʿUmar. Nuit et jour, il appelait les habitants à l’islam dans les ruelles de La Mecque. En quelques semaines seulement, un grand nombre de personnes embrassèrent la foi grâce à ʿUmayr. Avant la bataille d’Uhud, il retourna à Médine avec ce groupe de croyants. Il participa aux côtés du Messager d’Allah à toutes les expéditions, notamment à Uhud, à al-Khandaq et à la conquête de La Mecque.

Le jour de la conquête de La Mecque, ‘Umayr n’oublia pas son ami et compagnon Safwân. Après l’arrivée du Messager d’Allah (s.a.s.) à La Mecque, Safwân, terrifié pour sa vie, s’enfuit de la ville et atteignit Djeddah en prenant la route du Yémen. En apprenant cette nouvelle, ‘Umayr en fut profondément attristé. Il résolut fermement de sauver Safwân des griffes de Satan. Il courut auprès du Messager d’Allah (s.a.s.) et lui dit : « Ô Prophète d’Allah ! Safwân ibn Umayya est un chef de son peuple. Il s’est enfui de La Mecque par crainte de vous. Il va se jeter à la mer. Accordez-lui votre protection par mon intermédiaire. » Le Messager (s.a.s.) répondit : « Il est en sécurité. » ‘Umayr dit : « Ô Messager d’Allah, donnez-moi un signe permettant de savoir que vous lui avez accordé votre aman. » Le Messager d’Allah (s.a.s.) lui donna le manteau qu’il portait sur la tête en entrant à La Mecque.

‘Umayr ibn Zubayr rapporte :

« ‘Umayr partit avec le manteau. Lorsqu’il arriva auprès de Safwân, celui-ci se préparait à traverser la mer. Il lui dit : “Que mes père et mère soient sacrifiés pour toi, Safwân ! Ne te détruis pas de cette manière. Voici l’aman du Messager d’Allah que je t’ai apporté.”

Safwân dit :

— « Va au diable ! Éloigne-toi de moi. Ne me parle pas. » ‘Umayr lui dit : « Safwân ! Que mes père et mère soient sacrifiés pour toi. Certes, le Messager d’Allah (s.a.s.) est le meilleur des hommes. Il est également le plus pieux et le plus patient. Son honneur est aussi le tien. » Safwân dit : « Je crains pour ma vie. » ‘Umayr répondit : « Il est plus indulgent et plus noble encore que cela. »

‘Umayr (qu’Allah l’agrée) conduisit Safwân auprès du Messager d’Allah (s.a.s.). Safwân dit : « Cet homme prétend que vous m’avez accordé votre protection. »

Le Messager d’Allah (s.a.s.) dit : « Il a dit vrai. »

Safwân dit : « Accordez-moi un délai de deux mois. »

Le Messager, paix et bénédiction d’Allah sur lui, dit : « Un délai de quatre mois t’est accordé. »

Peu de temps après, Safwân, qu’Allah l’agrée, embrassa l’islam. (Rijâlûn hawla ar-Rasûl, p. 325 ; Hayât as-Sahâba, vol. 1)

Sous le califat d’Abû Bakr, qu’Allah l’agrée, ‘Umayr, qu’Allah l’agrée, assista le calife dans toutes les affaires importantes. Sous le califat de ‘Umar, qu’Allah l’agrée, ‘Amr ibn al-‘Âs, qu’Allah l’agrée, dirigea la campagne d’Égypte. Comme la conquête d’Alexandrie tardait, ‘Umar, qu’Allah l’agrée, envoya de Médine dix mille soldats placés sous le commandement de quatre éminents chefs militaires afin de lui venir en aide. L’un de ces quatre commandants était ‘Umayr ibn Wahb, qu’Allah l’agrée.

‘Umar recommanda à ‘Amr ibn al-‘Âs de placer ces quatre commandants à l’avant-garde lors des attaques. Grâce à leurs efforts, la campagne d’Alexandrie fut couronnée de succès. Après la conquête d’Alexandrie, il soumit, sur ordre de ‘Amr, de vastes régions d’Égypte. Il mourut vers la fin du califat de ‘Umar, qu’Allah l’agrée.

Salama ibn al-Akwa‘, qu’Allah l’agrée

Son nom était Sinân et son père s’appelait ‘Amr ibn al-Akwa‘. Il existe des divergences concernant sa kunya, ou son surnom : Abû Muslim, Abû Iyâs, Abû ‘Âmir, entre autres. Toutefois, Abû Iyâs, tiré du nom de son fils Iyâs, est le surnom le plus connu. (Al-Istî‘âb)

Les spécialistes de la sîra ne précisent pas à quelle époque Salama embrassa l’islam. Il est toutefois historiquement établi qu’il se convertit avant la sixième année de l’Hégire et émigra également à Médine. La plupart des muhâjirûn émigrèrent avec leur famille ; mais Salama, qu’Allah l’agrée, émigra en abandonnant son épouse et ses enfants pour la cause d’Allah.

Après son arrivée à Médine, il participa à presque toutes les batailles. Dans le contexte de la trêve de Hudaybiyya, le serment d’allégeance de Ridwân, ou serment d’allégeance sous l’Arbre, occupe une place particulièrement importante dans l’histoire de l’islam. Lors de l’événement de Hudaybiyya, durant la sixième année de l’Hégire, lorsque le noble Messager d’Allah, paix et bénédiction d’Allah sur lui, apprit la nouvelle du martyre de ‘Uthmân, qu’Allah l’agrée, aux mains des mécréants de La Mecque et recueillit auprès des musulmans venus à Hudaybiyya avec lui le serment de mourir, Salama prêta trois fois serment d’allégeance entre les mains du Messager d’Allah, paix et bénédiction d’Allah sur lui. Il raconte : « Sous l’arbre de Hudaybiyya, je prêtai entre les mains du Messager d’Allah, paix et bénédiction d’Allah sur lui, le serment de mourir. Puis je me retirai sur le côté. Lorsque la foule se fut quelque peu dispersée, le Messager d’Allah, paix et bénédiction d’Allah sur lui, me vit et me dit : “Salama, que t’arrive-t-il ? Tu n’as donc pas prêté serment ?” Je répondis : “Ô Messager d’Allah, j’ai bien prêté serment.” Le Messager dit : “Qu’importe, prête-le encore une fois.” Je prêtai de nouveau serment. À ce moment-là, le Messager d’Allah, paix et bénédiction d’Allah sur lui, lui offrit un bouclier. Puis il le remarqua de nouveau et lui demanda : “Salama, ne prêteras-tu pas serment ?” Salama répondit : “Ô Messager d’Allah, j’ai déjà prêté serment deux fois.” Il dit : “Prête-le encore une fois.” Salama prêta serment une troisième fois. Alors le Messager d’Allah, paix et bénédiction d’Allah sur lui, lui demanda : “Salama, qu’as-tu fait du bouclier ?” Il répondit : “Mon oncle était complètement désarmé ; je le lui ai donné.” En entendant ses paroles, le Messager d’Allah éclata de rire et dit : “Ton exemple est celui de l’homme qui invoque Allah en disant : Ô Allah, accorde-moi un ami qui me soit plus cher que ma propre vie.” »

À Hudaybiyya, alors que les musulmans prêtaient serment d’allégeance entre les mains du Messager d’Allah (S), une trêve fut conclue avec les habitants de La Mecque. Les musulmans, poussant un soupir de soulagement, commencèrent à s’embrasser les uns les autres. Salama était tranquillement allongé sous un arbre. C’est alors que quatre polythéistes vinrent s’asseoir à côté de lui. Ils commencèrent à tenir au sujet du Messager d’Allah (S) des propos qu’il ne souhaitait pas entendre. Il se leva et alla s’asseoir sous un autre arbre. Après son départ, les quatre polythéistes déposèrent leurs armes et s’allongèrent. Soudain, quelqu’un cria : « Ô Muhajirûn, accourez ! Ibn Zanîm a été tué. » Dès qu’il entendit ce cri, Salama saisit une arme et se précipita vers les quatre polythéistes. Ils étaient encore couchés. Salama s’empara de leurs armes et leur dit : « Si vous tenez à votre vie, suivez-moi docilement. Par Allah, si l’un de vous lève la tête, je lui crèverai les yeux. » Il les conduisit auprès du Messager d’Allah (S). L’oncle de Salama amena lui aussi environ soixante-dix ou soixante et onze polythéistes captifs. Le Noble Prophète (S) les relâcha tous. C’est à cette occasion que fut révélé ce verset du Coran :

« C’est Lui, Allah, qui, après vous avoir donné la victoire sur les mécréants dans les environs de La Mecque, a retenu leurs mains loin de vous et vos mains loin d’eux. » (Sourate Al-Fath/3).

Alors que la caravane des musulmans retournait à Médine, elle dressa ses tentes près d’une montagne. Les polythéistes nourrissaient de mauvaises intentions. Le Noble Messager d’Allah (S) en fut informé. Il ressentit le besoin de faire garder les tentes et pria Allah d’accorder le pardon à celui qui monterait la garde au sommet de cette montagne. Salama eut le privilège d’assumer cette tâche. Toute la nuit, il monta à plusieurs reprises sur la montagne pour tenter d’entendre les pas de l’ennemi.

Quelques chameaux du Noble Messager d’Allah paissaient dans les pâturages de Dhi Qarwâ. Un jour, des hommes des Banû Ghatafân — ou, selon une autre version, des Banû Fazâra — lancèrent une attaque surprise, tuèrent le berger et emmenèrent les chameaux. Salama ibn Al-Aqwa se trouvait tout près du lieu de l’attaque. Il était sorti à la fin de la nuit lorsque l’esclave d’Abd al-Rahmân ibn Awf l’informa que les chameaux du Messager d’Allah (S) avaient été volés. Salama envoya l’esclave d’Abd al-Rahmân à Médine pour en informer le Messager d’Allah (S). Puis il monta au sommet d’une montagne et cria si fort « Yâ Sabâhah » — le cri d’alerte annonçant une attaque ennemie — que sa voix parvint d’un bout à l’autre de Médine. Seul, il se lança à la poursuite des pillards. Ceux-ci cherchaient de l’eau lorsqu’il les rattrapa. C’était un archer habile. Il décochait ses flèches avec une grande précision tout en fredonnant :

« Je suis le fils d’Al-Aqwa,

aujourd’hui est le jour de la destruction des gens vils. »

C’est-à-dire : « Je suis le fils d’Al-Aqwa ; aujourd’hui est le jour de la destruction des gens vils. » Il les attaqua avec une telle vigueur que les pillards s’enfuirent en abandonnant les chameaux. Pris de panique, ils laissèrent même tomber leurs manteaux. Entre-temps, le Noble Messager d’Allah (S) arriva sur les lieux avec d’autres hommes. Salama demanda : « Ô Messager d’Allah, je ne leur ai pas permis de boire. Si nous les poursuivons immédiatement, nous pourrons les rattraper. » Le Messager d’Allah (S) répondit : « Après les avoir vaincus, pardonne-leur. » (Al-Bukhârî, Kitâb al-Maghâzî, Bâb Ghazwat Dhi Qarwah ; Sîrat Ibn Hishâm, 2/281-282 ; Hayât al-Sahâbah, 1/559-561.) Cet événement est rapporté de manières différentes dans les divers ouvrages.

Il fit preuve d’une bravoure extraordinaire lors de la bataille de Khaybar. Après la conquête de Khaybar, il retourna à Médine en tenant la main du Noble Messager d’Allah.

Après Khaybar, il participa aux batailles contre les Banû Thaqîf et les Hawâzin. Au cours de cette expédition, un homme monté sur un chameau arriva au camp de l’armée musulmane, attacha sa monture et se joignit discrètement au repas des soldats musulmans. Puis, après avoir jeté des regards vigilants tout autour de lui et évalué la puissance des musulmans, il remonta sur son chameau et s’enfuit rapidement. Comme il était venu ainsi avant de repartir, les musulmans le soupçonnèrent d’être un espion. Un homme se lança à sa poursuite. Salama le suivit également et, l’ayant devancé à la course, le captura puis le tua d’un seul coup d’épée. Ensuite, il revint en emportant la monture du mort. Le Messager d’Allah demanda : « Qui a tué cet homme ? » Les gens répondirent : « Salama. » Le Messager d’Allah proclama : « Tout ce que possédait le défunt lui reviendra. » La septième année de l’Hégire, le Noble Messager d’Allah envoya une armée sous le commandement d’Abû Bakr contre les Banû Kilâb. Salama faisait partie de cette armée. Au cours de cette expédition, il tua à lui seul sept hommes. Il captura également de nombreuses femmes parmi celles qui avaient pris la fuite. Une belle jeune fille se trouvait parmi ces prisonnières. Abû Bakr la confia à la garde de Salama. Salama l’amena à Médine. Le Messager d’Allah dit : « Remets-moi cette jeune fille. » Salama la confia au Messager d’Allah. En échange de cette jeune fille, le Messager d’Allah fit libérer les musulmans détenus par les mécréants.

Après avoir embrassé l’islam, Salama ibn al-Akwa participa à presque toutes les batailles livrées contre les mécréants. Selon certains récits, il prit part à quatorze batailles au total : sept en tant que compagnon du Messager d’Allah, et les sept autres dans diverses expéditions envoyées par le Messager d’Allah. Selon un récit rapporté dans al-Mustadrak, le nombre total des batailles auxquelles il participa s’élevait à seize. Il dit un jour : « J’ai participé à sept batailles avec le Messager d’Allah et à neuf avec Zayd ibn Hâritha. » (Rijâlun hawla ar-Rasûl, p. 555)

Parmi les fantassins qui combattaient à l’arc et à la lance, Salama était l’un des plus habiles. Lorsque les soldats ennemis lançaient une attaque, il se repliait. Mais lorsque les ennemis se retiraient ou se reposaient, il lançait une attaque surprise. Telle était sa tactique de combat. Grâce à cette tactique, il mit à lui seul en déroute, lors de la bataille de Dhû Qarad, aux abords de Médine, l’armée commandée par ‘Uyayna ibn Hisn al-Fazârî. Seul, il les poursuivit, les attaqua et repoussa leurs assauts. Il les chassa ainsi jusqu’à une grande distance de Médine.

Par son courage et sa bravoure, notamment par sa rapidité à la course, Salama occupait une place éminente parmi les Compagnons. L’auteur d’al-Isâba écrit qu’il était l’un des hommes les plus courageux et qu’il courait plus vite qu’un cheval. Lors de la trêve d’al-Hudaybiya — ou, selon une autre version, pendant l’expédition de Dhû Qarad — le Noble Messager d’Allah fit son éloge en ces termes : « Khayru rajjâlina Salama ibn al-Akwa — Salama ibn al-Akwa est le meilleur de nos fantassins. » (Rijâlun hawla ar-Rasûl, p. 555)

Salama était un homme extrêmement robuste. Il semblait ne pas savoir ce qu’étaient la tristesse et la douleur. Pourtant, lors de la bataille de Khaybar, debout près du corps de son frère — ou, selon une autre version, de son oncle — ‘Âmir ibn al-Akwa, il fredonna une complainte mélancolique dont le dernier vers disait : « Ô Allah, fais descendre sur nous la sérénité et affermis nos pieds face à l’ennemi. »

Lors de cette bataille de Khaybar, son frère ‘Âmir frappa de toutes ses forces un polythéiste avec son épée. Mais le coup dévia, atteignit son propre corps et lui valut ainsi le martyre. Après cet événement, certains musulmans firent remarquer : « Le malheureux ‘Âmir a été privé de la chance de mourir martyr. » Ce jour-là seulement, lorsque Salama, comme les autres, se mit à penser que son frère avait été privé de la récompense du jihâd et du martyre, il fut profondément affligé et accablé. Il courut auprès du Messager d’Allah et lui demanda :

— Ô Messager d’Allah, toutes les bonnes œuvres de ‘Âmir ont été réduites à néant. Est-ce exact ?

Le Messager d’Allah répondit :

— Il a été tué en tant que moudjahid. Deux récompenses lui sont réservées. À présent, il nage dans les rivières du Paradis. (Rijalun hawla ar-Rasul, p. 555-556).

Hazrat Salama demeura à Médine depuis le décès de Hazrat Rasul al-Karim jusqu’au martyre de Hazrat Uthman. Après l’assassinat de Hazrat Uthman, ce vaillant moudjahid comprit que les portes de la fitna, ou de la discorde interne, s’étaient ouvertes au sein de la communauté musulmane. Lui qui avait combattu toute sa vie les mécréants aux côtés de ses frères ne pouvait désormais décemment prendre les armes contre eux. Il n’était en aucune façon convenable de combattre un croyant avec l’habileté qui lui avait valu les louanges de Rasulullah lorsqu’il combattait les polythéistes, ni d’employer cette habileté pour tuer un musulman.

Après cette prise de conscience, il chargea ses biens sur le dos de ses chameaux, quitta Médine et se rendit directement à Rabza. Il y demeura jusqu’à la fin de sa vie. C’est également à Rabza que Hazrat Abu Dharr al-Ghifari s’était auparavant installé après avoir quitté Médine, et c’est là qu’il avait rendu son dernier souffle.

Hazrat Salama passa le reste de sa vie à Rabza. Quelques jours avant sa mort, un désir ardent de se rendre à Médine naquit soudain dans son cœur. Il se rendit à Médine. Après y avoir passé deux jours, il mourut subitement le troisième jour. C’est ainsi qu’il fut enseveli dans la terre sacrée de son Bien-Aimé, aux côtés de ses amis martyrs et sincères. (Rijalun hawla ar-Rasul, p. 556-557).

Les historiens divergent au sujet de l’année de sa mort. Selon l’opinion correcte, il mourut en l’an 74 de l’Hégire. Selon une autre opinion, l’année de sa mort fut l’an 64 de l’Hégire. Waqidi et ses partisans estimaient qu’il avait vécu quatre-vingts ans. Ibn Hajar affirme que, selon la première opinion concernant l’année de sa mort, cette estimation de Waqidi n’est pas correcte. En effet, elle ferait remonter son âge à près de dix ans au moment du serment d’allégeance d’al-Hudaybiyya. Or, à cet âge, nul ne pouvait prêter un serment d’allégeance jusqu’à la mort. De plus, j’ai lu chez Ibn Sa‘d qu’il mourut vers la fin du califat de Hazrat Muawiya. Al-Baladhuri le mentionne également. (Al-Isaba, 2/67).

Hazrat Salama eut l’occasion de jouir d’une compagnie étroite auprès de Rasulullah. Il eut également l’honneur de l’accompagner dans de nombreuses expéditions. Il mit pleinement à profit cette occasion. Il rapporta en outre des hadiths d’Abu Bakr, Umar, Uthman et Talha. Le nombre de hadiths qu’il rapporta s’élève à soixante-dix-sept (77). Parmi eux, seize sont muttafaqun alayh, c’est-à-dire rapportés par al-Bukhari et Muslim. Cinq furent rapportés uniquement par al-Bukhari et neuf uniquement par Muslim. (Tahdhib al-Kamal, p. 148). Parmi ceux qui rapportèrent des hadiths de lui, les plus remarquables sont notamment Iyas ibn Salama, Yazid ibn Ubayd, Abd ar-Rahman ibn Abdillah et Muhammad ibn al-Hanafiyya.

Hazrat Salama était très généreux lorsqu’il s’agissait de dépenser dans la voie d’Allah. Si quelqu’un lui demandait quelque chose au nom d’Allah, il ne le renvoyait pas les mains vides. Il disait : « Celui qui ne donne pas pour Allah, où donc donnera-t-il ? » Toutefois, il n’aimait pas que l’on demande au nom d’Allah.

Il considérait comme illicites pour lui les biens provenant de l’aumône. S’il soupçonnait qu’un bien provenait de l’aumône, il s’en tenait à l’écart. C’est pourquoi il n’aimait pas non plus racheter contre de l’argent un bien qu’il avait lui-même donné en aumône.

Il était si scrupuleux en matière de licite et d’illicite qu’il ne laissait pas les enfants jouer à des jeux qui ressemblaient aux jeux de hasard.

Salama, qu’Allah l’agrée, était l’un des Compagnons qui donnaient des fatwas à Médine. Ibn Sa‘d rapporte d’après Ziyad ibn Mina. Il dit : « Ibn ‘Abbas, Ibn ‘Umar, Abu Sa‘id al-Khudri, Abu Hurayra, ‘Abdullah ibn ‘Amr ibn al-‘As, Jabir ibn ‘Abdullah, Rafi‘ ibn Khadij, Salama ibn al-Akwa‘ et plusieurs autres Compagnons donnaient des fatwas à Médine. » (Hayatus-Sahaba, 3/254).

L’imam al-Bukhari a rapporté dans son ouvrage Al-Adab al-Mufrad (p. 144), d’après ‘Abd ar-Rahman ibn Razin. Celui-ci dit : « Nous traversions Rabdha. On nous informa que Salama ibn al-Akwa‘ s’y trouvait. Je me rendis auprès de lui et le saluai. Il sortit ses deux mains, nous les montra et dit : “C’est avec ces deux mains que j’ai prêté allégeance au Messager d’Allah, qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix.” Puis il sortit l’une de ses paumes. Elle était immense, comme la patte d’un chameau. » (Hayatus-Sahaba, 2/498-499).

On demanda un jour à Salama, qu’Allah l’agrée : « Sur quelle parole avez-vous prêté allégeance au Messager d’Allah, qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix, le jour de Hudaybiyya ? » Il répondit : « La mort », c’est-à-dire sur le fait d’affronter la mort. (Al-Isti‘ab, Hayatus-Sahaba, 1/249).

Le fils de Salama, qu’Allah l’agrée, nommé « Iyas », a remarquablement exposé, en une seule phrase, les mérites et les qualités de son père. Il disait : « Ma kadhiba abi qattu » — « Mon père n’a jamais menti. » (Rijalun hawla ar-Rasul, p. 554).

Une seule qualité suffit à l’homme pour atteindre le rang le plus élevé parmi les gens véridiques. Il a donné l’exemple de cette sincérité à chaque étape de sa vie.

L’auteur de l’ouvrage Al-Isti‘ab fi Asma al-Ashab, Abu ‘Umar Yusuf al-Qurtubi, rapporte, d’après Ibn Ishaq, un récit singulier au sujet de Salama. Ibn Ishaq dit : « J’ai appris que Salama était l’homme à qui un loup avait parlé. Salama raconte : “Je vis un loup chasser une gazelle. Je le poursuivis et lui arrachai la gazelle de la gueule. Alors le loup dit : ‘Qu’as-tu donc ? Je veux seulement manger la subsistance qu’Allah m’a accordée. Elle ne t’appartient pas non plus, pour que tu me l’arraches de la gueule.’ Salama dit : Je répondis : ‘Ô serviteurs d’Allah, voyez donc ce prodige : le loup parle !’ Après m’avoir entendu, le loup dit : ‘Ce qui est encore plus étonnant, c’est que le Messager d’Allah vous appelle à adorer Allah, tandis que vous le rejetez et vous précipitez vers l’adoration des idoles.’ Salama dit : Ensuite, je me rendis auprès du Messager d’Allah, qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix, et embrassai l’islam. Allah sait mieux qui était ce loup.” » (Al-Isti‘ab).

Abu Salama ibn ‘Abd al-Asad, qu’Allah l’agrée

Son nom était Abdallah et sa kunya, ou surnom, Abou Salama. Son père était Abd al-Asad et sa mère Barra bint Abd al-Muttalib. Il était le cousin maternel du Messager d’Allah — paix et bénédictions d’Allah sur lui. Selon l’opinion correcte, il était également son frère de lait. Souwayba, l’esclave d’Abou Lahab, allaita le Messager d’Allah — paix et bénédictions d’Allah sur lui — ainsi que Hamza et Abou Salama. (Sîrat Ibn Hicham, 2/96).

Il rejoignit le groupe des croyants avant que le vénérable Messager d’Allah — paix et bénédictions d’Allah sur lui — ne s’installe dans la maison d’al-Arqam ibn Abî al-Arqam. Après qu’Abou Bakr — qu’Allah l’agrée — eut embrassé l’islam, il invita en premier à l’islam Othman ibn Affan, Talha ibn Oubaydillah, Zoubeïr ibn al-Awwam et Sa’d ibn Abî Waqqas. Il les conduisit tous auprès du Messager d’Allah — paix et bénédictions d’Allah sur lui. Ils embrassèrent tous l’islam ensemble. Le lendemain, il conduisit auprès du Messager d’Allah — paix et bénédictions d’Allah sur lui — Othman ibn Maz’oun, Abou Oubayda ibn al-Jarrah, Abdurrahman ibn Awf, Abou Salama et al-Arqam ibn Abî al-Arqam. Eux aussi embrassèrent l’islam ensemble. (Al-Bidâya, 3/29.) Son épouse, la vénérable Oumm Salama, le suivit également. (Ousd al-Ghâba, 5/281).

Lui et son épouse Oumm Salama émigrèrent avec le premier groupe d’émigrants vers l’Abyssinie. C’est sur le sol de l’Abyssinie que naquit leur fille, Zaynab bint Abî Salama. (Sîrat Ibn Hicham, 1/322, 326.) Quelque temps plus tard, il quitta l’Abyssinie et entra à La Mecque sous la protection d’Abou Talib ibn Abd al-Muttalib. Des membres des Banou Makhzoume vinrent trouver Abou Talib et lui dirent sur un ton de reproche : « Ô Abou Talib, vous avez protégé votre neveu Muhammad contre nous. Et maintenant, vous accordez encore votre protection à l’un des nôtres ? » Abou Talib répondit : « Il m’a demandé protection. De plus, c’est le fils de ma sœur. Si je ne peux pas accorder ma protection au fils de ma sœur, je ne pourrai pas non plus l’accorder au fils de mon frère. » À un moment donné, Abou Lahab se leva et dit : « Ô gens de Quraych ! Vous allez trop loin avec ce vieillard. Si vous ne cessez pas, nous nous rangerons aux côtés de ce vieillard. » À ces paroles d’Abou Lahab, les membres des Banou Makhzoume se retirèrent. (Sîrat Ibn Hicham, 1/369, 371.) Il émigra une seconde fois en Abyssinie avec son épouse. Après être finalement revenu de l’Abyssinie à La Mecque, il partit de nouveau quelque temps plus tard pour Médine.

La vénérable Oumm Salama, l’épouse d’Abou Salama, raconte leur émigration vers Médine : après qu’Abou Salama eut décidé d’émigrer à Médine, il prépara son chameau. Il me fit monter sur son dos et plaça notre fils Salama sur mes genoux. Puis il prit la bride du chameau et se mit à le tirer. Des membres de ma tribu paternelle, les Banou Moughîra, lui barrèrent la route et dirent : « Tu peux faire ce que tu veux pour ce qui te concerne. Mais nous ne te laisserons pas emmener cette fille qui est des nôtres à l’étranger avec toi. » Ils m’arrachèrent à lui. La tribu d’Abou Salama, les Banou Abd al-Asad, s’en irrita. Ils dirent : « Puisque vous avez enlevé votre fille, nous ne laisserons pas non plus notre enfant, c’est-à-dire Salama, rester auprès de sa mère. » Ils emmenèrent mon fils. J’étais retenue par ma tribu paternelle, les Banou Moughîra ; mon enfant Salama était auprès de la tribu de son père, les Banou Abd al-Asad ; et mon époux Abou Salama était à Médine. C’est ainsi qu’ils nous séparèrent.

Chaque jour, je me rendais dans la vallée d’al-Abtah, à La Mecque, et je m’asseyais là pour pleurer sans cesse. Je versai des larmes pendant près d’un an. Enfin, un jour, l’un des membres de ma tribu paternelle me vit dans cet état et son cœur s’attendrit. Il dit aux Banou Moughîra : « Ne laisserez-vous donc pas cette malheureuse quitter La Mecque ? Pourquoi la faire souffrir en la séparant ainsi de son mari et de son enfant ? » Les Banou Moughîra me dirent alors : « Si tu le souhaites, tu peux rejoindre ton mari. » Les Banou Abd al-Asad me rendirent également mon fils. Je montai sur un chameau et pris la route de Médine pour rejoindre mon mari. Aucun serviteur d’Allah ne m’accompagnait. Lorsque j’atteignis Tan’im, je rencontrai Othman ibn Talha. Il me demanda : « Fille d’Abou Oumayya, où vas-tu ? » Je répondis : « À Médine, auprès de mon mari. » Il demanda : « N’y a-t-il personne avec toi ? » Je répondis : « Personne, si ce n’est Allah l’Unique. » Il prit la bride de mon chameau et se mit à marcher, puis m’accompagna jusqu’au hameau des Banou Amr ibn Awf, à Qouba, dans les faubourgs de Médine, et dit : « Ton mari réside ici. » Après cela, il reprit la route de La Mecque. C’est là que je retrouvai mon mari. Cet Othman ibn Talha embrassa l’islam après le traité de paix d’al-Houdaybiya. (Hayât as-Sahâba, 1/358-359.)

Le vénérable Abou Salama émigra à Médine un an avant le serment prêté au Messager d’Allah — paix et bénédictions d’Allah sur lui — par les habitants de Yathrib à al-Aqaba. (Sîrat Ibn Hicham, 1/468.) Selon un récit rapporté par al-Boukhari, il fut le premier muhâjir à se rendre à Médine. Mais selon un autre récit, Mous’ab ibn Oumayr est présenté comme le premier muhâjir de Médine. Pour concilier ces deux récits, l’érudit Ibn Hajar — qu’Allah lui fasse miséricorde — explique : après le retour d’Abou Salama de l’Abyssinie à La Mecque, les polythéistes mecquois recommencèrent à le persécuter. Il se rendit alors à Médine par crainte des Quraychites, et non dans l’intention d’y résider définitivement. En revanche, Mous’ab ibn Oumayr se rendit à Médine après l’ordre d’émigrer. Ainsi, il n’existe en réalité aucune contradiction entre les deux récits. (Fath al-Bârî, 7/203).

Abou Salama arriva à Médine le 10 Mouharram. La famille d’Amr ibn Awf lui accorda l’hospitalité pendant deux mois entiers. Lorsque le vénérable Messager d’Allah — paix et bénédictions d’Allah sur lui — arriva à Médine, il établit entre le vénérable Khouthayma al-Ansari et lui un lien de fraternité, la mu’âkhât, et lui attribua également un terrain pour qu’il y réside séparément.

Il joua un rôle courageux lors des batailles de Badr et d’Ouhoud. À Ouhoud, une flèche d’Abou Oussama al-Jouchamî lui transperça le bras. Après un mois entier de soins, la blessure sembla guérie extérieurement, mais une lésion se forma progressivement à l’intérieur. C’est dans cet état qu’il fut chargé de l’expédition de Qatan.

« Qatân » est le nom d’une montagne. Les Banû Asad y étaient établis. Le Messager honoré d’Allah ﷺ apprit que Tulayha et Asad ibn Khuwaylid excitaient leur propre tribu ainsi que les autres tribus qu’ils influençaient à combattre Médine. Le Messager honoré d’Allah ﷺ décida de mettre fin à ces agissements. Il forma une troupe de cent cinquante mujâhidûn, composée de Muhâjirûn et d’Ansâr, et ordonna qu’elle se dirigeât vers « Qatân », sous le commandement d’Abû Salama, durant le mois de Muharram — ou de Safar, selon les versions — de l’an 4 de l’Hégire. En remettant l’étendard à Abû Salama, le Messager d’Allah ﷺ lui dit : « Pars. Disperse-les avant que les Banû Asad ne se rassemblent. »

Le vénérable Abû Salama avança par un chemin peu connu et apparut soudainement dans la région habitée par les Banû Asad. Déconcertés par cette attaque imprévue, ils commencèrent à fuir. Abû Salama divisa son armée en trois groupes et leur ordonna de les poursuivre. Ils les pourchassèrent sur une longue distance et obtinrent comme butin un grand nombre de chameaux et de chèvres. Ils apportèrent tout le butin au service du Messager d’Allah ﷺ à Médine.

Le vénérable Abû Salama revint à Médine après l’expédition de « Qatân ». Entre-temps, l’infection de la blessure causée par une flèche lors de la bataille d’Uhud recommença. Après être resté malade quelque temps, il mourut, selon une version, le 3 de Jumâdâ al-Âkhira de l’an 4 de l’Hégire, et selon une autre, de l’an 3. Par un concours de circonstances, le Messager honoré d’Allah ﷺ se rendit auprès de lui quelques instants avant qu’il ne rende son dernier souffle. Après que son âme eut quitté son corps, le Messager ﷺ referma de ses mains bénies ses deux yeux restés ouverts, puis dit : « Lorsque l’âme d’un être humain est retirée, ses deux yeux restent ouverts pour la voir. » (Ṭabaqât d’Ibn Sa‘d, 3/172).

D’un côté, les femmes commencèrent à se lamenter derrière le rideau. Le Messager ﷺ les en empêcha et dit : « C’est maintenant le moment d’invoquer Allah. » En effet, les anges qui descendent du ciel auprès du défunt disent eux aussi « Âmîn » aux invocations de ceux qui prient. Puis le Messager ﷺ formula pour lui cette invocation : « Ô Allah, élargis sa tombe et illumine-la. Pardonne ses péchés et élève son rang parmi le groupe des guidés. » (Ibn Sa‘d, 3/172).

Le vénérable Abû Salama mourut dans un lieu nommé « al-‘Âliya », à la périphérie de Médine. Après être venu de Qubâ, il s’y était installé. On le lava avec l’eau du puits de « al-Yasîra », appartenant aux Banû Umayya ibn Zayd, puis il fut enterré dans la terre sacrée de Médine.

Parmi les Compagnons, le vénérable Abû Salama jouissait d’un rang particulièrement éminent. Lorsqu’il tomba malade, le Messager honoré d’Allah ﷺ allait souvent lui rendre visite.

La vénérable Umm Salama رضي الله عنها raconte : « Un jour, Abû Salama rentra chez lui très joyeux après avoir quitté l’assemblée du Messager d’Allah ﷺ. Il ne cessait de dire : “Aujourd’hui, une parole du Messager d’Allah ﷺ m’a beaucoup réjoui.” Il avait dit : “Si, dans l’épreuve qui l’atteint, un musulman éprouvé se tourne vers Allah et dit : Ô Allah, aide-moi dans cette épreuve et accorde-moi une meilleure récompense en échange, Allah exauce son invocation.” Ainsi, lorsque je fus profondément attristée par la mort d’Abû Salama, je récitai moi aussi cette invocation. Mais aussitôt, je me dis : “Qui pourrait être une meilleure compensation qu’Abû Salama ?” Lorsque ma période d’attente légale fut achevée et que le Messager ﷺ lui-même m’envoya une demande en mariage, je compris qu’Allah avait préparé une meilleure compensation. » (Musnad d’Aḥmad ibn Ḥanbal, 4/127). C’est ainsi qu’Umm Salama devint la Mère des croyants.

Le vénérable Abû Salama laissa deux fils, Salama et ‘Umar, ainsi que deux filles, Zaynab et Durra.

Lorsque le calife ʿUmar, qu’Allah l’agrée, fixa les allocations de chacun durant son califat, il ordonna d’accorder deux mille aux enfants des Muhâjirûn et des Ansâr ayant participé à la bataille de Badr. Lorsque vint le tour de ʿUmar, le fils d’Abû Salama, il dit : « Donnez-lui mille de plus. » Muhammad ibn ʿAbd Allâh, dont le père était ʿAbd Allâh ibn Jahsh, martyr à Uhud, protesta en disant : « Son père n’a pas de mérite particulier par rapport à nos pères. »

Le calife répondit : « Je lui accorde deux mille pour son père, Abû Salama, et mille supplémentaires pour sa mère, Umm Salama. Si tu avais une mère semblable à la sienne, je t’aurais également donné mille de plus. » (Hayât al-Sahâba, 1/216-217).

ʿAqîl ibn Abî Tâlib, qu’Allah l’agrée

Il s’appelait ʿAqîl et avait pour surnom Abû Yazîd. Son père était Abû Tâlib ibn ʿAbd al-Muttalib et sa mère, Fâtima. Il était issu de la branche hachémite de la tribu de Quraych. Il était le demi-frère du quatrième calife, ʿAlî, qu’Allah l’agrée, et avait vingt ans de plus que lui.

ʿAqîl fut élevé auprès de son père, Abû Tâlib. Avant que le Messager d’Allah, qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix, ne reçoive la prophétie, une grande disette survint un jour à La Mecque. Parmi les Quraychites, la situation du Messager d’Allah et celle d’al-ʿAbbâs étaient relativement meilleures. Un jour, le Messager d’Allah dit à al-ʿAbbâs : « Mon oncle, vous connaissez la situation de votre frère Abû Tâlib. Il a beaucoup d’enfants. Venez, prenons en charge certains d’entre eux. » Tous deux se rendirent auprès d’Abû Tâlib et lui exposèrent leur intention. Abû Tâlib dit : « Vous pouvez prendre celui que vous voulez, excepté ʿAqîl. » Le Messager d’Allah prit ʿAlî, tandis qu’al-ʿAbbâs prit Jaʿfar. (Hayât al-Sahâba, 2/530).

Dès le début, ʿAqîl avait de la sympathie pour l’islam et les musulmans. Cependant, il ne put embrasser publiquement l’islam par crainte des Quraychites. Malgré lui, il participa à la bataille de Badr aux côtés des chefs polythéistes et, comme beaucoup d’autres, fut capturé par l’armée musulmane. Le Messager d’Allah ordonna à ʿAlî de vérifier lesquels des membres de sa famille avaient été faits prisonniers. Après s’être renseigné, ʿAlî dit : « Nawfal, al-ʿAbbâs et ʿAqîl ont été capturés. » En l’apprenant, le Messager d’Allah alla lui-même les voir et, se tenant près de ʿAqîl, dit : « Abû Jahl a été tué. » ʿAqîl répondit : « Désormais, il n’y a plus d’adversaire des musulmans dans la région de Tihâma. » ʿAqîl était démuni. Son oncle al-ʿAbbâs paya sa rançon et le fit libérer. À Badr, il avait été capturé par ʿUbayd ibn Aws. (Sîrat Ibn Hishâm, 1/687).

Après avoir été libéré de captivité, il retourna à La Mecque. L’année de la conquête de La Mecque — ou, selon une autre opinion, après le traité d’al-Hudaybiyya — il embrassa l’islam comme il se devait et émigra à Médine au début de la huitième année de l’Hégire. (Al-Isâba, 2/494).

Après avoir participé à l’expédition de Muʾta, il retourna à La Mecque et tomba malade. Pour cette raison, il ne put prendre part à la conquête de La Mecque ni aux expéditions de Tâʾif et de Hunayn. (Usd al-Ghâba, 3/422.) Toutefois, selon certains récits, il participa à la bataille de Hunayn. Au début de cette bataille, alors que l’armée musulmane était sur le point d’être vaincue et que même les Muhâjirûn et les Ansâr commençaient à fuir, il fut l’un de ceux qui demeurèrent fermes. (Al-Isâba, 2/494).

Ibn Hichâm rapporte : Le jour de la bataille de Hunayn, ‘Aqîl ibn Abî Tâlib entra, l’épée ensanglantée à la main, dans la tente de son épouse Fâtima bint Chayba ibn Rabî‘a. Celle-ci lui dit : « J’ai compris que tu avais combattu. Mais qu’as-tu rapporté du butin (les biens pris à la guerre) pour moi ? » ‘Aqîl répondit : « Tiens, voici une aiguille ; tu coudras des vêtements avec. » Il lui remit l’aiguille. À ce moment-là, on entendit la voix du héraut du Messager d’Allah ﷺ. Il proclamait : « Que celui qui détient un objet le restitue. Même s’il ne s’agit que d’une aiguille et d’un fil, qu’il les restitue. » ‘Aqîl se tourna vers son épouse et lui dit : « Même ton aiguille est partie ! » Sur ces mots, il reprit l’aiguille de la main de son épouse et la jeta dans le tas des biens du butin. (Sîrat Ibn Hichâm, 2/492).

On ne trouve guère, dans les récits historiques, d’informations sur le rôle et les activités de ‘Aqîl depuis le décès du Messager d’Allah ﷺ, c’est-à-dire après la bataille de Hunayn, jusqu’à la fin du califat de ‘Uthmân. Cependant, sous le califat de ‘Umar, lorsque d’importantes sommes commencèrent à s’accumuler dans le Bayt al-Mâl, celui-ci consulta les Compagnons éminents au sujet de ces fonds. ‘Alî, qu’Allah l’agrée, conseilla de distribuer tout l’argent au peuple. ‘Uthmân dit : « L’argent est abondant, tout le monde en recevra. Mais si nous ne tenons pas le compte de ceux qui ont reçu et de ceux qui n’ont rien reçu, cette affaire sombrera dans le désordre. » Alors al-Walîd ibn Hichâm ibn al-Mughîra dit : « Ô prince des croyants, je suis allé au Châm. J’y ai vu les rois ; ils établissent un dîwân où ils consignent séparément toutes les choses. » Le calife apprécia sa proposition. Il ordonna à ‘Aqîl, Makhrama et al-Zubayr ibn Mut‘im d’établir, selon leur rang, la liste des habitants. Tous trois étaient des généalogistes éminents de Quraych. Ils dressèrent la liste. (Hayât al-Sahâba, 220).

C’est à l’époque du conflit entre ‘Alî, qu’Allah l’agrée, et Mu‘âwiya, qu’‘Aqîl réapparaît dans les pages de l’histoire. Bien qu’il fût le frère de ‘Alî, il entretenait, pour ses propres besoins, des relations avec l’émir Mu‘âwiya, qu’Allah l’agrée. Au cours du conflit entre ‘Alî et Mu‘âwiya, il quitta Médine et se rendit auprès de Mu‘âwiya au Châm. L’histoire en donne la raison suivante : ‘Aqîl était un homme pauvre et endetté, qui avait besoin d’argent. Or le trésor de l’émir Mu‘âwiya, qu’Allah l’agrée, était ouvert. La pauvreté et le dénuement le contraignirent à prendre le parti de Mu‘âwiya.

Lorsque le conflit entre Mu‘âwiya, qu’Allah l’agrée, et ‘Alî, qu’Allah l’agrée, atteignit son paroxysme, ‘Aqîl se rendit un jour auprès de ‘Alî dans l’espoir qu’il rembourserait ses dettes. ‘Alî lui témoigna beaucoup d’égards et chargea son fils al-Hasan de s’occuper de lui. Al-Hasan veilla avec le plus grand soin à son repos. Le soir, on étendit la nappe et on l’invita à manger. ‘Aqîl arriva et vit sur la nappe quelques galettes sèches, du sel et un peu de légumes cuisinés. ‘Aqîl demanda : « Il n’y a que cela à manger ? » ‘Alî répondit : « Oui. » ‘Aqîl exposa alors l’objet de sa venue : « Rembourse-moi mes dettes. » ‘Alî demanda : « De quelle somme s’agit-il ? » Il répondit : « Quarante mille dirhams. » ‘Alî dit : « Où trouverais-je une telle somme ? Attendez un peu ; lorsque mon allocation sera de quatre mille, je pourrai vous la donner. » ‘Aqîl demanda : « Quelle difficulté y a-t-il pour toi ? Le Bayt al-Mâl est entre tes mains. Combien de temps me feras-tu attendre, en attendant l’augmentation de ton allocation ? » ‘Alî répondit : « Je ne suis rien d’autre que le dépositaire des biens des musulmans. Voulez-vous que je commette une trahison en vous donnant cet argent ? » À cette réponse, ‘Aqîl partit directement au Châm auprès de l’émir Mu‘âwiya. Mu‘âwiya, qu’Allah l’agrée, lui demanda : « Que penses-tu de ‘Alî et de ses compagnons ? » ‘Aqîl répondit : « Ce sont les véritables Compagnons du Messager d’Allah ﷺ. Il ne leur manque qu’une seule chose : le Messager ﷺ n’est plus parmi eux. Quant à toi et à tes compagnons, vous êtes exactement comme les compagnons d’Abû Sufyân. » Malgré cette comparaison, l’émir Mu‘âwiya, qu’Allah l’agrée, convoqua ‘Aqîl le lendemain et lui remit cinquante mille dirhams. (Usd al-Ghâba, 4/23).

Après l’arrivée de ‘Aqîl au Châm, Mu‘âwiya, qu’Allah l’agrée, le citait en exemple et disait : « Si je n’étais pas dans le vrai, comment ‘Aqîl aurait-il abandonné son frère ‘Alî pour prendre mon parti ? » Un jour, alors que Mu‘âwiya, qu’Allah l’agrée, présentait cet argument devant les gens en présence de ‘Aqîl, celui-ci protesta : « Mon frère est meilleur pour la religion, tandis que toi, tu es meilleur pour le monde. Il reste que j’ai préféré le monde à la religion. Quant à l’au-delà, j’en confie l’issue à Allah et Le prie de lui accorder une bonne fin. » (Usd al-Ghâba, 3/423).

‘Aqîl, qu’Allah l’agrée, mourut vers la fin du califat de Mu‘âwiya, qu’Allah l’agrée, ou au début du règne de Yazîd. (Al-Isâba, 2/494).

Après avoir embrassé l’islam, il fut privé de la possibilité de jouir d’une longue compagnie du Messager d’Allah ﷺ. C’est pourquoi, bien qu’il fût un proche parent et un bien-aimé particulier du Messager d’Allah ﷺ, il n’atteignit pas, dans le domaine du savoir, le degré de maîtrise qu’il aurait dû avoir. Néanmoins, les recueils de hadiths contiennent quelques hadiths rapportés par lui. Muhammad, al-Hasan al-Basrî, ‘Atâ’ et d’autres tâbi‘ûn rapportèrent des hadiths de lui. Outre les connaissances religieuses, il maîtrisait divers savoirs de l’époque antéislamique. Il était très versé dans ‘ilm al-ansâb, Ayyâm al-‘Arab — la généalogie et l’histoire des guerres et des conflits de l’ancienne Arabie — ainsi que dans d’autres domaines. Les gens venaient le voir pour acquérir des connaissances sur ces sujets. Après la prière, il en parlait dans la mosquée du Prophète, tandis que les gens s’asseyaient pour l’écouter.

Hichâm al-Kalbî dit : « Les gens se rendaient auprès de ces quatre hommes de Quraych — ‘Aqîl, Makhrama, Huwaytib et Abû Jahl — pour qu’ils tranchent leurs querelles et leurs différends. » (Al-Isâba, 2/494).

Le vénérable Messager d’Allah, qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix, l’aimait profondément. Il disait : « Abû Zayd, mon amour pour toi est double, pour deux raisons : notre lien de parenté et le fait que mon oncle t’aimait. »

En toute circonstance, dans la joie comme dans l’adversité, le vénérable ‘Aqîl, qu’Allah l’agrée, suivait fidèlement la Sunna du Messager d’Allah, qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix. Un jour, il venait de se marier. Au matin, ses voisins vinrent le féliciter. Ils le saluèrent en prononçant deux expressions en usage à l’époque antéislamique. Ces deux expressions ne contenaient d’ailleurs aucune idée contraire à l’islam. Toutefois, puisqu’il existait une formule de salutation islamique, il corrigea leur erreur et leur dit : « Ce n’est pas ainsi ; dites plutôt : Barakallâhu lakum wa barakallâhu ‘alaykum. C’est ainsi qu’il nous a été ordonné de parler. » Le vénérable Messager d’Allah, qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix, lui avait attribué, pour sa subsistance, cent quarante wasaq de céréales produites à Khaybar chaque année. (Sîrat Ibn Hishâm, 2/350).

Hakîm ibn Hizâm, qu’Allah l’agrée

Il s’appelait Hakîm et avait pour surnom Abû Khâlid. Son père était Hizâm ibn Khuwaylid et sa mère, Zaynab — ou, selon une autre version, Safiyya. Hakîm raconte lui-même : « Je suis né treize ans avant l’Année de l’Éléphant, c’est-à-dire treize ans avant l’attaque d’Abraha contre la Ka‘ba. » Al-Wâqidî dit : « Hakîm est né cinq ans avant la naissance du Messager d’Allah, qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix. » Son père, Hizâm, mourut lors de la guerre d’al-Fijâr. Hakîm lui-même participa également à cette guerre. Zubayr ibn Bakkâr dit : « Hakîm est né à l’intérieur de la Ka‘ba. » (Al-Isâba, 1/349).

L’histoire rapporte qu’il est le seul enfant d’Arabie à être né à l’intérieur de la Ka‘ba. Sa mère y entra avec quelques amies. Ce jour-là, la porte de la Ka‘ba était ouverte à l’occasion d’un événement particulier. Sa mère était alors enceinte. Par la volonté d’Allah, les douleurs de l’accouchement commencèrent sur place et elle n’eut pas le temps de sortir. On étendit une peau, et elle donna naissance à un garçon. Il fut nommé Hakîm ibn Hizâm. La Mère des croyants, Khadîja bint Khuwaylid, était sa tante paternelle.

Hakîm grandit au sein d’une famille noble et fortunée de La Mecque. Il était extrêmement courtois et intelligent. Les Qurayshites le choisirent comme dirigeant. À l’époque antéislamique, en Arabie, ceux qui s’occupaient des pèlerins venant à La Mecque et les nourrissaient étaient appelés des « mut‘im », c’est-à-dire ceux qui nourrissent ; Hakîm était lui aussi l’un des principaux « mut‘im » de La Mecque. (Sîrat Ibn Hishâm, 1/664-665).

À l’époque antéislamique, il aidait de ses propres biens ceux qui venaient à La Mecque pour visiter la Maison d’Allah et s’y trouvaient dans la détresse. Avant le début de la mission prophétique, il était un ami intime du Messager d’Allah, qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix. Bien qu’il fût plus âgé que lui, il aimait le Messager d’Allah et estimait précieuse sa compagnie. De même, le Messager d’Allah l’aimait et lui tenait compagnie.

Puis le mariage du Messager d’Allah, qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix, avec Khadîja bint Khuwaylid établit également un lien de parenté entre lui et Hakîm. Cela renforça encore leur ancienne relation. Il est toutefois très étonnant que, malgré la profondeur de leur relation, Hakîm n’ait pas cru au Messager d’Allah avant la veille de la conquête de La Mecque. Lorsqu’il embrassa la foi, vingt années de la mission prophétique du Messager d’Allah, qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix, s’étaient déjà écoulées.

Étant donné la connaissance, l’intelligence et les liens de parenté avec le Messager d’Allah (paix et salut sur lui) qu’Allah Tout-Puissant avait accordés à Hakîm, il aurait été naturel qu’il soit le tout premier à répondre à son appel et à embrasser la foi. Mais, par la volonté d’Allah, il n’en fut pas ainsi. De même que nous nous en étonnons, lui-même s’étonna de sa propre conduite. Après avoir embrassé l’islam, il fut, jusqu’à sa mort, consumé de remords pour les actes de sa vie passée. Un jour, après sa conversion à l’islam, son fils le vit assis et en train de pleurer. Il lui demanda :

Père, pourquoi pleures-tu ?

Mon fils, les raisons de mes pleurs sont nombreuses.

Premièrement, j’ai embrassé l’islam tardivement. Je suis ainsi passé à côté de nombreuses œuvres pieuses d’une grande valeur. À présent, même si je dépensais dans la voie d’Allah une quantité d’or équivalente à celle de la terre entière, je ne pourrais pas atteindre leur mérite.

Deuxièmement, Allah m’a épargné la mort à Badr et à Uhud. À ce moment-là, je me suis promis intérieurement de ne plus jamais aider les Quraysh contre le Messager d’Allah (paix et salut sur lui) et de ne plus sortir de La Mecque. Mais, peu après, j’ai de nouveau osé aider les Quraysh.

Troisièmement, chaque fois que je pensais à embrasser l’islam, je regardais les anciens et respectés chefs qurayshites. Ils s’accrochaient fermement à leurs coutumes et à leurs pratiques de l’époque de l’Ignorance. Moi aussi, je les ai suivis. Hélas ! Si seulement je ne les avais pas suivis ! C’est le fait d’avoir suivi mes ancêtres et mes chefs qui m’a causé la ruine. Mon fils, comment pourrais-je ne pas pleurer maintenant ?

De même que nous-mêmes et Hakîm nous sommes étonnés qu’il ait embrassé l’islam si tard, le Messager d’Allah (paix et salut sur lui) ne le fut pas moins. Il souhaitait que les autres hommes intelligents comme lui rejoignent rapidement l’islam.

La veille de la conquête de La Mecque, le Messager d’Allah (paix et salut sur lui) dit à ses Compagnons : « Je n’ai pas aimé que quatre hommes de La Mecque restent polythéistes. Je souhaitais qu’ils embrassent l’islam. »

On demanda : « Qui sont-ils ? » Il répondit : « ʿAttâb ibn Usaïd, Zubayr ibn Mutʿim, Hakîm ibn Hizâm et Suhayl ibn ʿAmr. » Par la grâce d’Allah, ils embrassèrent tous l’islam. Lorsque le Messager d’Allah ﷺ fut assiégé avec ses compagnons dans le ravin d’Abû Tâlib, Hakîm, bien qu’étant encore polythéiste, envoyait secrètement des provisions à sa tante Khadîja. Un jour, alors qu’il transportait du blé, il fut aperçu par le misérable Abû Jahl. Abû Jahl voulut l’en empêcher. Abû al-Bakhtarî ibn Hishâm se trouvait tout près. Il s’avança et dit à Abû Jahl : « Il envoie seulement un peu de nourriture à sa tante. Pourquoi l’en empêches-tu ? » Finalement, ils en vinrent à une violente rixe. (Sîrat Ibn Hishâm, 1/353-354).

Malgré la résistance des Quraychites, lorsque le nombre des partisans du Messager ﷺ augmenta à l’intérieur et à l’extérieur de La Mecque, les Quraychites furent davantage troublés. Ils se réunirent dans la demeure de Dâr an-Nadwa, à La Mecque, afin de prendre une décision définitive au sujet du Messager d’Allah ﷺ. Hakîm était également présent à cette réunion, avec les autres chefs quraychites. Iblîs y assista lui aussi, sous l’apparence d’un vieillard du Najd. (Sîrat Ibn Hishâm, 1/480-481).

Après que les Quraychites eurent établi leur camp à Badr, certains d’entre eux s’avancèrent pour boire à l’un des puits du Messager d’Allah ﷺ. Hakîm se trouvait parmi eux. Le Messager ﷺ ordonna de ne pas les empêcher de boire. Tous ceux qui burent cette eau furent tués à Badr, à l’exception de Hakîm. (Sîrat Ibn Hishâm, 1/622).

Après que les Quraychites eurent établi leur camp à Badr, ils envoyèrent ʿUmayr ibn Wahb évaluer le nombre de soldats de l’armée musulmane. Après avoir fait le tour du camp musulman, ʿUmayr déclara : « Ils sont peut-être trois cents, ou un peu moins ou un peu plus. » ʿUmayr conseilla aux Quraychites de ne pas engager le combat. En entendant cela, Hakîm ibn Hizâm se dirigea à travers la foule vers ʿUtba ibn Rabîʿa et lui dit : « Abû al-Walîd ! Tu es le chef et le notable des Quraychites. Tu es une personnalité respectée parmi eux. Ne souhaites-tu pas que ta bonne réputation soit toujours évoquée parmi eux ? » ʿUtba répondit : « Pourquoi dis-tu cela, Hakîm ? » Hakîm dit : « Tu dois ramener les gens à La Mecque. » ʿUtba envoya Hakîm auprès d’Abû Jahl. Hakîm raconte : « Je me rendis auprès d’Abû Jahl et le trouvai en train d’huiler son bouclier. Je lui dis : “Abû al-Hakam ! ʿUtba m’a envoyé auprès de toi pour cette raison.” Abû Jahl répondit : “Par Allah ! Il est devenu lâche en voyant Muhammad et ses compagnons.” »

« Nous ne retournerons pas avant qu’Allah ait rendu Son jugement entre Muhammad et nous. Quant à ʿUtba, il tient forcément de tels propos : son fils se trouve avec eux. C’est pourquoi il cherche à vous effrayer. » Ainsi, les efforts de Hakîm et de ʿUtba pour éviter l’affrontement furent anéantis par l’obstination d’Abû Jahl. Par la volonté d’Allah, Abû Jahl fut la première victime de Badr. (Sîrat Ibn Hishâm, 1/622-624).

Hakîm rapporta par la suite au sujet de la défaite de Badr : « Nous entendîmes un bruit, comme s’il tombait du ciel sur la terre. C’était comme le bruit d’une pierre tombant sur un plat. Le Messager d’Allah ﷺ avait lancé cette pierre. Nous fûmes vaincus. » (Hayât as-Sahâba, 3/550).

En vue de la conquête de La Mecque, le Messager d’Allah ﷺ atteignit Marr az-Zahrân et y établit son camp. Afin de recueillir secrètement des informations pour le compte des Quraychites, Abû Sufyân ibn Harb, Hakîm ibn Hizâm et Budayl ibn Warqâ quittèrent La Mecque. Arrivés en un lieu appelé ʿArâq, non loin de La Mecque, ils entendirent le tumulte des chameaux, des chevaux et des hommes. Ils avancèrent encore et, dans l’obscurité de la nuit, pénétrèrent finalement dans la zone musulmane. Les gardes musulmans les capturèrent. ʿUmar lui asséna plusieurs coups de poing dans la nuque. Effrayé, Abû Sufyân cria et implora l’aide d’al-ʿAbbâs. Celui-ci accourut et le délivra des mains de ʿUmar. Entre-temps, Hakîm et Budayl furent amenés captifs auprès du Messager d’Allah ﷺ et embrassèrent volontairement l’islam. Abû Sufyân embrassa lui aussi l’islam. (Hayât as-Sahâba, 1/163, 170-172 ; Sîrat Ibn Hishâm, 2/400).

Le jour de la conquête de La Mecque, le Messager d’Allah ﷺ y entra en vainqueur. Il décida d’honorer Hakîm ibn Hizâm et ordonna de proclamer une annonce :

1. Il n’y a de divinité qu’Allah ; Il est unique et n’a aucun associé, et Muhammad est Son serviteur et Son Messager. Ceux qui l’attesteront seront en sécurité.

2. Celui qui déposera son arme et s’assiéra dans l’enceinte de la Kaaba sera en sécurité.

3. Ceux qui resteront chez eux, portes fermées, seront en sécurité.

4. Celui qui se réfugiera dans la maison d’Abû Sufyân sera en sécurité.

5. Celui qui se réfugiera dans la maison de Hakîm ibn Hazâm sera également en sécurité.

La maison de Hakîm ibn Hazâm se trouvait dans la partie basse de La Mecque, tandis que celle d’Abû Sufyân se trouvait dans sa partie haute.

Hakîm ibn Hazâm embrassa l’islam avec une sincérité extrême. Après sa conversion, il déclara qu’il s’engageait à jouer, dans sa vie islamique, un rôle et à dépenser une somme équivalents à ceux qu’il avait consacrés, avant l’islam, à l’hostilité envers l’islam et le Messager.

Dâr an-Nadwa, à La Mecque, était une maison. Les Qurayshites s’y réunissaient pour se consulter et prendre des décisions. Qusayy, l’un des ancêtres éminents de la tribu des Quraysh, construisit cette maison. Après plusieurs changements de propriétaires, Hakîm en devint le propriétaire à l’époque préislamique. Après sa conversion à l’islam, sous le califat de Mu‘âwiya, il vendit cette maison pour cent mille dirhams. Mu‘âwiya lui reprocha : « Tu as vendu la dignité et la noblesse de tes pères et de tes ancêtres ? » Hakîm répondit : « Tous les honneurs et toute la noblesse ont disparu, à l’exception de la taqwâ, c’est-à-dire la crainte d’Allah. À l’époque de l’ignorance, j’avais acheté cette maison en échange d’un récipient de vin. Aujourd’hui, je l’ai vendue pour cent mille dirhams. Je t’informe en outre que la totalité de cet argent sera dépensée dans le sentier d’Allah. Où est donc la perte ? » (Sîrat Ibn Hichâm, 1/125)

Après avoir embrassé l’islam, Hakîm ibn Hazâm accomplit un jour le hajj. Il fit avancer devant lui cent chameaux de race supérieure, parés d’étoffes précieuses. Il les immola tous dans l’espoir d’obtenir l’agrément d’Allah.

Une autre fois, il accomplit le hajj. Alors qu’il se tenait à Arafat, cent esclaves se trouvaient avec lui. Chacun portait autour du cou une plaque d’argent sur laquelle était écrit : « Esclave affranchi pour Allah de la part de Hakîm ibn Hazâm. » Il les affranchit tous. Lors d’un autre hajj, il emmena avec lui mille chèvres et moutons. Il les immola tous à Mina et nourrit avec leur viande les musulmans pauvres et nécessiteux.

Après la bataille de Hunayn, Hakîm ibn Hazâm demanda au Messager d’Allah (sallallahu alayhi wa sallam) une part du butin. Le Messager d’Allah lui en donna quelque chose. Il en demanda encore, et le Messager d’Allah lui en donna de nouveau. Ainsi, ce jour-là, il reçut à lui seul cent chameaux. À cette époque, il était encore récemment converti à l’islam. (Sîrat Ibn Hishâm, p. 2493).

Le Messager d’Allah (sallallahu alayhi wa sallam) lui dit alors :

« Ô Hakîm, ce bien est certes doux et attrayant. Celui qui le reçoit avec contentement en reçoit la bénédiction. Quant à celui qui le reçoit avec avidité, il n’en reçoit pas la bénédiction. Il est comme celui qui mange sans jamais être rassasié. La main supérieure est meilleure que la main inférieure ; c’est-à-dire que la main qui donne est meilleure que celle qui reçoit. »

Après avoir entendu ces paroles de la bouche du Messager d’Allah (sallallahu alayhi wa sallam), Hakîm dit : « Ô Messager d’Allah, je jure par Celui qui vous a envoyé avec la vérité que, désormais, je ne demanderai plus jamais rien à personne de toute ma vie et que je n’accepterai plus rien de personne. » Hakîm respecta scrupuleusement son serment.

Sous le califat d’Abû Bakr, le calife invita à plusieurs reprises Hakîm à percevoir son allocation du Bayt al-Mâl. Hakîm la refusa chaque fois. Puis ‘Umar devint calife. Lui aussi ne cessait d’inviter Hakîm à prendre sa part. Finalement, ‘Umar dit en prenant le peuple à témoin : « Ô assemblée des musulmans ! Sachez-le : j’ai invité Hakîm à prendre sa part, mais il continue de la refuser. » Ainsi, jusqu’à sa mort, Hakîm ne tendit jamais la main à personne et n’accepta rien de quiconque. ‘Umar disait souvent : « Ô Allah, je Te prends à témoin : j’ai appelé Hakîm à prendre sa part, mais il l’a refusée. » (Hayât al-Sahâbah, 2/250-251).

Un jour, Hakîm ibn Hazâm se rendit au Yémen alors qu’il était encore polythéiste. De là, il acheta une cape appartenant au roi du Yémen, Dhû Yazan, puis se rendit à Médine et l’offrit au Messager d’Allah (sallallahu alayhi wa sallam). Mais celui-ci la refusa en disant : « Je n’accepte aucun cadeau d’un polythéiste. » Lorsque Hakîm vendit la cape, le Messager d’Allah l’acheta, la revêtit et entra dans la mosquée. Hakîm raconte : « Je n’ai jamais vu personne d’aussi beau dans ce vêtement. Le Messager d’Allah semblait être la pleine lune, dans toute sa splendeur. Alors, sans même m’en rendre compte, un poème à la louange du Messager d’Allah sortit de ma bouche. » (Hayât al-Sahâbah, 2/243-244).

Un jour, le Messager d’Allah (qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix) envoya Hakîm au marché avec un dinar pour acheter une chèvre destinée au sacrifice. Au marché, il acheta une chèvre pour un dinar, puis la revendit pour deux dinars. Ensuite, il acheta une autre chèvre avec un dinar et se présenta auprès du Messager d’Allah (qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix) avec l’autre dinar. Le Messager d’Allah (qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix) invoqua pour lui la bénédiction dans sa subsistance et lui ordonna de donner en aumône le dinar gagné. (Hayât al-Sahâba, 3/345)

Il existe une divergence concernant l’année du décès de Hakîm. L’imam al-Bukhârî rapporte dans son ouvrage al-Târîkh qu’il mourut en l’an 60 de l’Hégire, à l’âge de cent vingt ans. Selon ʿUrwa, toutefois, il mourut au cours de la dixième année du califat de l’émir des croyants Muʿâwiya (qu’Allah l’agrée).

Nawfal ibn al-Hârith (qu’Allah l’agrée)

Son nom était Nawfal et sa kunya, ou surnom, Abû Hârith. Son père était al-Hârith ibn ʿAbd al-Muttalib et sa mère Ghâziya. Il était issu de la branche hâshimite de la tribu de Quraysh. Il était le cousin paternel du Messager d’Allah (qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix).

Dès que le Messager d’Allah (qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix) commença sa mission de prédication, même ses proches devinrent ses ennemis et s’employèrent résolument à s’opposer à lui. Cependant, Nawfal conserva toujours dans son cœur son affection pour son frère. C’est pourquoi, même alors qu’il était encore polythéiste, il ne pouvait accepter de tout cœur l’opposition au Messager d’Allah (qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix). Contraint par la pression des polythéistes de La Mecque, il se rendit à Badr pour combattre les musulmans. Mais il répétait alors sans cesse ces vers :

« Il m’est interdit de combattre Ahmad, car je considère Ahmad comme mon proche parent. »

Après la défaite de l’armée polythéiste de La Mecque à Badr, il fut lui aussi capturé avec les autres. C’est durant sa captivité qu’il embrassa l’islam. Lorsque le Messager d’Allah (qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix) lui dit : « Nawfal, libère-toi en payant la rançon », Nawfal répondit : « Je n’ai pas les moyens de payer la rançon. » Puis Nawfal s’écria : « Par Allah, personne, hormis Allah l’Unique, ne connaît les flèches de Jidda. Je témoigne que vous êtes le Messager d’Allah. » Il possédait mille flèches à Jidda. Selon une autre opinion, il embrassa l’islam l’année de la bataille du Fossé et partit s’installer à Médine. (Note : Sîrat Ibn Hishâm, 2/3 ; al-Isâba, 3/577.)

Nawfal était un excellent poète. Il exprima dans de nombreux poèmes les sentiments qu’il éprouva après avoir embrassé l’islam. En voici quelques vers :

‘Éloignez-vous, éloignez-vous, je ne suis plus des vôtres.

Je n’ai aucun lien avec la religion des chefs de Quraysh.

J’atteste que Muhammad est assurément un prophète.

Il est venu de la part de son Seigneur avec la guidée et la connaissance révélée.

Il est le Messager d’Allah : il appelle à la piété,

Le Messager d’Allah n’est pas un poète.

Je vivrai avec cette conviction.

Même dans la tombe, je reposerai sur cette conviction.

« Je me lèverai de nouveau le Jour de la Résurrection avec cette conviction. »

À la veille de la bataille du Fossé ou de la conquête de La Mecque, il entreprit de nouveau le voyage vers Médine avec Hadrat Al-Abbas. Arrivé à Abwa, Rabi‘a ibn Al-Harith ibn ‘Abd al-Muttalib exprima le désir de retourner à La Mecque. Nawfal lui dit : « Où retourneras-tu, dans cette terre idolâtre dont les habitants combattent le Messager d’Allah et le renient ? À présent, Allah a honoré Son Messager et le nombre de ses compagnons s’est accru. Viens donc avec nous. » La caravane poursuivit alors son émigration et arriva à Médine.

Nawfal et Al-Abbas entretenaient des relations étroites depuis avant leur conversion à l’islam. C’est pourquoi le Messager d’Allah établit entre eux un lien de fraternité religieuse et leur attribua également deux maisons pour y résider. L’une se trouvait près de la mosquée du Prophète, dans un lieu appelé « Rahbat al-Qadâ », et l’autre se trouvait au marché, sur la route de « Saniyyat al-Wadâ‘ ».

Après son arrivée à Médine, il participa d’abord à la conquête de La Mecque. Il prit part à diverses expéditions, notamment à celles de Taïf et de Hunayn, où il manifesta des compétences et une bravoure remarquables. À Hunayn en particulier, il fit preuve d’un courage extrême. Alors que l’armée musulmane se dispersait et se trouvait au bord de la défaite, il demeura ferme comme une montagne face à l’ennemi. Au cours de cette bataille, il apporta une aide considérable à l’armée musulmane. À la veille du départ, il remit trois mille lances au Messager d’Allah. Celui-ci dit : « Je vois comme si tes flèches transperçaient le dos des polythéistes. » (Référence : Sîrat Ibn Hishâm, 2/3.)

Hadrat Nawfal mourut à Médine en l’an 15 de l’Hégire, et le calife Hadrat ‘Umar dirigea la prière funéraire. Il fut enterré dans le cimetière d’Al-Baqî‘, à Médine.

Le noble Messager d’Allah prenait constamment des nouvelles de Nawfal. Il le maria à une femme de Médine. À cette époque, il n’y avait aucune nourriture dans sa maison. Le Messager d’Allah envoya sa propre armure à un Juif, entre les mains d’Abû Râfi‘ et d’Abû Ayyûb. Ils donnèrent l’armure en gage à ce Juif et, avec l’argent obtenu en échange, achetèrent trente sâ‘ d’orge qu’ils apportèrent au Messager d’Allah. Celui-ci en fit don à Nawfal.

Abû Râfi‘

De nombreux avis divergent au sujet du véritable nom de Hadrat Abû Râfi‘. Parmi les noms cités figurent : Ibrâhîm, Aslam, Sinân, Yasâr, Sâlih, ‘Abd al-Rahmân, Karmân, Yazîd, Thâbit et Hurmuz. De tous ces noms, Aslam est le plus célèbre. (Al-Isâba, 4/67.) Abû Râfi‘ est sa kunya, c’est-à-dire son surnom. Pour ce qui est de la noblesse de sa lignée, il suffit de savoir qu’il eut l’honneur de servir le noble Messager d’Allah. Le Messager d’Allah l’intégra à sa propre famille. Pour un être humain, quelle noblesse familiale pourrait être supérieure à celle-là ? En réalité, il était un esclave abyssin.

Abou Rafi‘ était d’abord l’esclave de ‘Abbas. Celui-ci l’offrit en cadeau au Messager d’Allah. Plus tard, à la joie de ‘Abbas pour sa conversion à l’islam, le Noble Messager d’Allah affranchit Abou Rafi‘.

Il est rapporté au sujet de sa conversion à l’islam qu’il fut l’un de ceux qui furent attirés vers l’islam en voyant l’éclat du visage béni du Noble Messager d’Allah. À ce propos, Abou Rafi‘ raconte lui-même : « Un jour, les Quraychites m’envoyèrent auprès du Messager d’Allah pour une affaire. Dès que je vis le Messager d’Allah, mon cœur s’inclina vers l’islam. Je lui dis : “Ô Messager d’Allah, je ne retournerai plus.” Il répondit : “Je ne retiens pas le messager et je ne romps pas une promesse. Retourne maintenant. Si, après quelques jours, l’attrait pour l’islam demeure dans ton cœur, alors viens.” À ce moment-là, il retourna donc, puis revint quelques jours plus tard et embrassa l’islam. »

Par crainte de la puissance oppressive des Quraychites, Abou Rafi‘ garda secrète sa conversion à l’islam jusqu’à la bataille de Badr. Un jour, alors que la bataille de Badr venait à peine de s’achever, il fabriquait des flèches dans une pièce près du puits de Zamzam, à côté de la Kaaba. L’épouse de ‘Abbas était assise près de lui. C’est alors que le scélérat Abou Lahab vint s’asseoir à cet endroit. Il se mit à interroger Abou Rafi‘ sur le déroulement de la bataille de Badr. Il convient de préciser qu’Abou Lahab, n’ayant pas participé lui-même à la bataille de Badr, y avait envoyé ‘As ibn Hisham comme représentant. En réponse à ses questions, Abou Soufyan déclara : “Pourquoi demandes-tu ? Les musulmans ont anéanti toutes nos forces ; ils en ont tué beaucoup et fait de nombreux prisonniers.” À ce propos, on rapporte un récit extraordinaire : l’espace, de la terre jusqu’au ciel, était rempli de cavaliers vêtus de blanc et de noir. En entendant ces paroles, Abou Rafi‘ s’écria soudain : “Ce sont des anges !” Alors Abou Soufyan lui asséna violemment une gifle au visage. Abou Rafi‘ encaissa le coup et se redressa pour lui faire face ; mais il était faible. Abou Lahab le jeta à terre, s’assit sur sa poitrine et le frappa sauvagement. L’épouse de ‘Abbas ne put supporter cette cruauté. Elle saisit un poteau et en asséna un coup violent sur la tête du monstre Abou Lahab. La tête du pécheur Abou Lahab fut ouverte. L’épouse de ‘Abbas se mit alors à dire : “Vous le frappez parce que vous le croyez faible, profitant de l’absence du maître d’Abou Rafi‘ ?” Une semaine après cet événement, Abou Lahab mourut de la maladie appelée ‘adasi (variole). (Hayat as-Sahaba, 3/530-531).

At-Tabarani rapporte d’après Ibn ‘Abbas qu’il dit : « Nous rejoignîmes le Messager d’Allah durant la cinquième année après l’Hégire. C’était au moment de la bataille des Ahzab. J’étais avec mon frère Fadl ibn ‘Abbas. Notre esclave Abou Rafi‘ était également avec nous. À notre arrivée à Médine, nous trouvâmes le Messager d’Allah dans la tranchée. » Ce récit indique qu’Abou Rafi‘ émigra de La Mecque à Médine durant la cinquième année de l’Hégire. (Hayat as-Sahaba, 1/373).

Cependant, Ibn Hisham a rapporté un récit de ‘Aïcha. ‘Aïcha a dit : « Quelques jours après l’émigration du Messager d’Allah à Médine, une fois quelque peu installé, il envoya Zayd ibn Haritha et Abou Rafi‘ de Médine à La Mecque afin de nous faire venir. » (Sîrat Ibn Hisham).

Ce récit montre qu’Abou Rafi‘ était arrivé à Médine avant la cinquième année de l’Hégire. À Médine, il se mit à vivre auprès du Noble Messager d’Allah.

Au sujet de la bataille de Badr, Abou Rafi‘ rapporte : « Nous allâmes à Khaybar sous le commandement de ‘Ali. Le Messager d’Allah lui remit son étendard et l’envoya à Khaybar. Lorsque nous nous approchâmes de la forteresse, ses habitants en sortirent et engagèrent le combat contre nous. ‘Ali arracha une porte de la forteresse et l’utilisa comme bouclier. Il la conserva entre ses mains jusqu’à la fin de la bataille, puis la jeta. Nous étions huit et, malgré tous nos efforts, nous ne parvînmes pas à la retourner. » (Hayat as-Sahaba, 1/546).

Durant la septième année de l’Hégire, conformément au traité de Hudaybiya, le Messager d’Allah se rendit à La Mecque et accomplit la ‘Umrat al-Qada. Abou Rafi‘ l’accompagna également lors de ce voyage. Pendant leur séjour à La Mecque, le mariage béni du Messager d’Allah avec Maymouna fut célébré. À la fin de la période de séjour à La Mecque, le Noble Messager d’Allah laissa Abou Rafi‘ à La Mecque et se rendit à Sarif. Plus tard, Abou Rafi‘ conduisit Maymouna à Sarif, où les formalités du mariage furent achevées. Ensuite, tous retournèrent à Médine. (Sîrat Ibn Hisham, 2/372).

Abou Rafi faisait également partie de l’armée que le Messager de Dieu (paix et bénédictions de Dieu sur lui) envoya au Yémen sous le commandement de Ali (que Dieu l’agrée). En son absence, Ali nomma Abou Rafi commandant de l’armée.

Abou Rafi est un exemple éclatant des possibilités d’élévation que l’islam a offertes aux esclaves et aux personnes issues des classes faibles. Il était esclave, mais par sa dignité et ses qualités, il égalait les hommes libres. Les recueils de hadiths rapportent de lui 68 hadiths. Parmi eux, un a été rapporté exclusivement par l’imam al-Boukhari et trois exclusivement par l’imam Mouslim.

Même après avoir été affranchi, il ne renonça pas à l’honneur de servir le Messager de Dieu (paix et bénédictions de Dieu sur lui). C’est pourquoi il connaissait beaucoup de choses sur ses activités et ses habitudes quotidiennes. Les illustres Compagnons se pressaient auprès de lui pour l’interroger à ce sujet. Ibn Abbas (que Dieu l’agrée) venait auprès de lui accompagné d’un secrétaire et lui demandait : « Que faisait le Messager de Dieu (paix et bénédictions de Dieu sur lui) tel ou tel jour ? » Abou Rafi répondait, et le secrétaire écrivait. (Al-Isaba, 4/92).

Bien que le Messager de Dieu (paix et bénédictions de Dieu sur lui) l’eût affranchi, il resta lui-même attaché à son service. Lorsque le Messager de Dieu le libéra, des larmes se mirent à couler des deux yeux d’Abou Rafi. Les gens lui dirent : « Tu es libéré de l’esclavage ; pourquoi pleures-tu donc ? » Il répondit : « Aujourd’hui, une récompense m’échappe. » Dès lors, bien qu’il fût légalement libre et affranchi, il s’attacha fermement à l’honneur de servir le Messager de Dieu (paix et bénédictions de Dieu sur lui). Lors des voyages, c’était lui qui dressait sa tente. Sa relation de servitude avec le Messager de Dieu était si douce et si chère à son cœur qu’il se présentait jusqu’à sa mort comme son serviteur ou son esclave.

Le Messager de Dieu (paix et bénédictions de Dieu sur lui) maria un Compagnon, Nawfal ibn al-Harith, à une femme. Après le mariage, il lui demanda quelque chose à manger, mais il n’en trouva pas. Le Messager de Dieu remit alors sa propre armure à Abou Rafi et à Abou Ayyoub et les envoya la vendre. Ils mirent son armure en gage auprès d’un Juif et obtinrent trente sa‘ d’orge, qu’ils apportèrent au Messager de Dieu. Celui-ci remit l’orge à Nawfal. Nawfal raconte : « Nous mangeâmes cette orge pendant six mois. Puis, lorsque nous la pesâmes, nous constatâmes qu’elle n’avait pas du tout diminué : elle était restée comme auparavant. Lorsque nous le dîmes au Messager de Dieu, il fit cette remarque : “Si vous ne l’aviez pas pesée, vous auriez pu en manger toute votre vie.” » (Hayat al-Sahaba, 3/630).

À une période de sa vie, Abou Rafi connut une grande pauvreté et de graves difficultés financières. Il lui arriva même de demander l’aumône et de l’aide aux gens. Toutefois, il n’acceptait jamais plus que ce dont il avait besoin. Le Messager de Dieu (paix et bénédictions de Dieu sur lui) avait prédit cette période de sa vie. Abou Rafi raconte qu’un jour le Messager de Dieu lui demanda : « Ô Abou Rafi, que feras-tu lorsque tu deviendras pauvre ? » Abou Rafi répondit : « Accepterai-je alors l’aumône ? » Le Messager de Dieu répondit : « Oui. » Il demanda : « Quand ma pauvreté surviendra-t-elle ? » Il répondit : « Après ma mort. » Le narrateur, Abou Soulaym, dit : « Je l’ai vu dans la pauvreté. Assis au bord du chemin, il disait : “Qui veut faire l’aumône à un vieillard aveugle ? Qui veut donner à celui dont le Messager de Dieu (paix et bénédictions de Dieu sur lui) a dit qu’il deviendrait pauvre ?” Il avait également dit : “Il n’est pas permis à l’homme riche d’accepter l’aumône, pas plus qu’à l’homme bien portant.” » Abou Soulaym dit encore : « Je vis un homme donner quatre dirhams à Abou Rafi, mais celui-ci lui en rendit un. L’homme lui dit : “Abdallah, vous ne devez pas me rendre mon don.” Abou Rafi répondit : “Le Messager de Dieu (paix et bénédictions de Dieu sur lui) m’a interdit d’amasser des biens au-delà de mes besoins.” » Abou Soulaym ajoute : « Je vis finalement Abou Rafi devenu riche et je l’entendis dire : “Hélas ! Si seulement Abou Rafi était mort pauvre !” » (Hayat al-Sahaba, 2/253-254). Selon al-Waqidi, il mourut à Médine sous le califat de Ali. (Al-Isaba, 4/67).

Ubaydah ibn al-Harith (que Dieu l’agrée)

Son nom était Ubaydah, et sa kunya Abou al-Harith ou Abou Mouawiya. Son père était al-Harith et sa mère Soukhaïla. Son grand-père était Abd al-Mouttalib ibn Abd Manaf. Il était issu de la tribu de Quraych.

ʿUbayda ibn al-Harith, Abû Salama ibn ʿAbd al-Asad, al-Arqam ibn Abî al-Arqam et ʿUthmân ibn Mazʿûn répondirent à l’appel d’Abû Bakr et embrassèrent la foi ensemble. À cette époque, le Messager vénéré de Dieu — que Dieu le bénisse et lui accorde la paix — ne s’était pas encore réfugié dans la demeure d’al-Arqam ibn Abî al-Arqam. Lorsque ʿUbayda embrassa l’islam, il était l’un des chefs des Banû ʿAbd Manâf. À La Mecque, il prit Bilâl comme frère dans la religion.

L’ordre d’émigrer à Médine fut donné. ʿUbayda se mit en route vers Médine avec ses deux frères, Tufayl et Husayn, ainsi qu’avec Mistah ibn Uthâtha. En chemin, Mistah devint totalement incapable de marcher. Les hommes de la caravane qui les précédait, ayant appris la nouvelle, revinrent, le portèrent et l’emmenèrent à Médine. À Médine, ʿAbd al-Rahmân al-Azlanî — que Dieu l’agrée — les accueillit et leur offrit une hospitalité empreinte du plus grand soin. Peu après l’arrivée à Médine du Messager vénéré de Dieu — que Dieu le bénisse et lui accorde la paix — un lien de fraternité fut établi entre ʿUbayda et ʿUmayr ibn Humâm al-Ansârî. Le Prophète — que Dieu le bénisse et lui accorde la paix — lui donna également une parcelle de terre afin qu’il puisse vivre séparément. Toute sa famille s’y installa.

Huit mois après l’Hégire, le Messager — que Dieu le bénisse et lui accorde la paix — l’envoya vers Râbigh à la tête d’un groupe de soixante Émigrés, afin d’observer les mouvements des polythéistes de La Mecque. Ce fut la deuxième expédition de l’histoire de l’islam. Le Prophète — que Dieu le bénisse et lui accorde la paix — lui remit l’étendard de cette troupe. Lorsqu’ils atteignirent les environs de Râbigh, ils eurent un bref affrontement avec une force de deux cents polythéistes commandée par Abû Sufyân. L’affaire ne dégénéra pas en bataille ni en effusion de sang, et se limita à quelques échanges de flèches et de lances.

Après cet événement, il participa à la bataille de Badr, le premier affrontement entre la vérité et le faux. Une fois les rangs formés, ʿUtba, Shayba et Walîd sortirent du côté des polythéistes et se mirent à crier : « Y a-t-il quelqu’un pour nous combattre ? » Quelques jeunes Ansârs avancèrent de l’armée musulmane. Alors ils crièrent : « Muhammad, nous ne pouvons pas combattre des gens de rang inférieur. Envoie-nous nos adversaires dignes de nous. » Le Messager — que Dieu le bénisse et lui accorde la paix — ordonna à ʿAlî, Hamza et ʿUbayda d’avancer. Ils attendaient cet ordre. Dès qu’ils le reçurent, ces trois héros s’avancèrent vers leurs trois adversaires respectifs en brandissant leurs lances. ʿUbayda et Walîd se livrèrent un long combat. Tous deux furent grièvement blessés. Cependant, ʿAlî et Hamza avaient chacun terrassé son adversaire. Ils se jetèrent ensemble sur Walîd, le tuèrent et ramenèrent ʿUbayda du champ de bataille, blessé.

Une jambe de ʿUbayda fut sectionnée sous le genou. Il se retrouva couvert de sang de la tête aux pieds. Pour le réconforter, le Messager — que Dieu le bénisse et lui accorde la paix — posa sa propre tête sur son genou. Dans cet état, ʿUbayda dit : « Ô Messager de Dieu, si Abû Tâlib était vivant à cet instant et voyait ma situation, il reconnaîtrait que je suis plus digne que quiconque de prononcer ces paroles. » Puis il récita ce vers d’un poème d’Abû Tâlib : « Nous protégerons Muhammad, jusqu’à tomber morts tout autour de lui, et nous oublierons nos enfants et nos épouses. » (Sîrat Ibn Hishâm, vol. 2.)

Après la fin de la bataille, le Messager de Dieu — que Dieu le bénisse et lui accorde la paix — prit la route de Médine avec lui. Il avait été grièvement blessé. En chemin, il mourut à l’âge de soixante-trois ans, en un lieu appelé « Safrâ ». Il fut enseveli dans le sable de Safrâ.

Il jouissait d’un rang élevé auprès du Messager vénéré de Dieu. Le Prophète — que Dieu le bénisse et lui accorde la paix — lui témoignait un très grand respect. Un jour, le Prophète — que Dieu le bénisse et lui accorde la paix — dressa une tente près de sa tombe, à Safrâ. Les Compagnons demandèrent : « Ô Messager de Dieu, une odeur de musc vient d’ici. » Il répondit : « C’est ici que se trouvait la tombe d’Abû Muʿâwiya. Y a-t-il donc lieu de s’en étonner ? »

À la mort de ʿUbayda — que Dieu l’agrée — de nombreux poètes, parmi lesquels Hind bint Usâtha et Kaʿb, composèrent des élégies funèbres. (Sîrat Ibn Hishâm, 2/24, 25, 41.)

ʿUkāsha ibn Miḥṣan (qu’Allah l’agrée)

Son nom était ʿUkāsha ou ʿUkāsha, et sa kunya, ou surnom, était Abū Miḥṣan. Son père était Miḥṣan ibn Ḥurthān. À l’époque préislamique, il était le ḥalīf, c’est-à-dire l’allié par pacte, des Banū ʿAbd Shams. Il embrassa l’islam avant l’Hégire et quitta La Mecque pour Médine avec les autres. (Usud al-Ghāba, 4/2).

Il se distingua brillamment par sa bravoure lors de la bataille de Badr. Au cours de cette bataille, son épée se brisa en morceaux. Le Messager d’Allah (paix et bénédictions d’Allah sur lui) lui donna une branche de palmier, avec laquelle il attaqua les ennemis comme avec une lame effilée. Il continua à combattre avec cette branche jusqu’à la fin de la bataille. (Al-Istīʿāb.) Ibn Saʿd rapporte, d’après Zayd ibn Aslam et d’autres : le jour de Badr, l’épée de ʿUkāsha ibn Miḥṣan se brisa. Le Messager d’Allah (paix et bénédictions d’Allah sur lui) lui donna un bâton de bois, qui se transforma entre ses mains en une épée acérée de fer, brillante et solide. (Ḥayāt al-Ṣaḥāba, 3/658).

Il participa à toutes les batailles célèbres, notamment à celles d’Uḥud et du Fossé, et y fit preuve d’une extrême bravoure et d’un grand courage. Au mois de Rabīʿ al-Awwal de la septième année de l’Hégire, il fut chargé d’anéantir les Banū Asad. Cette tribu s’était installée aux environs du puits de Ghamar, sur la route de Médine. Il s’y rendit rapidement à la tête d’une troupe de quarante hommes. Mais, pris de peur, les Banū Asad avaient déjà quitté les lieux et s’étaient enfuis ailleurs. N’ayant trouvé personne, ʿUkāsha ramena à Médine leurs deux cents chameaux abandonnés ainsi que quelques chèvres et moutons.

Durant la douzième année de l’Hégire, le premier calife, Abū Bakr (qu’Allah l’agrée), ordonna à Khālid ibn al-Walīd d’éliminer la rébellion du faux prophète Ṭulayḥa al-Asadī. ʿUkāsha et Thābit ibn Arqam étaient deux éclaireurs de l’armée de Khālid. Ils avançaient en tête de l’armée lorsqu’ils se heurtèrent soudainement à des soldats ennemis. Parmi ces soldats se trouvaient Ṭulayḥa lui-même et son frère Salāma. Ṭulayḥa attaqua ʿUkāsha, tandis que Salāma se jeta sur Thābit. Thābit tomba en martyr. À ce moment-là, Ṭulayḥa cria : « Salāma, viens vite m’aider ! Il est en train de me tuer ! » Salāma en avait alors terminé avec son adversaire. Il accourut au secours de Ṭulayḥa, et les deux frères attaquèrent ensemble ʿUkāsha, le renversant. C’est ainsi que ʿUkāsha tomba en martyr.

Lorsque l’armée musulmane arriva auprès des corps de ces deux martyrs, elle fut profondément attristée. Le corps de ʿUkāsha portait les traces de blessures mortelles et était couvert de plaies. Le commandant de l’armée, Khālid, descendit de son cheval et ordonna une halte. Puis il enterra les deux martyrs dans le sable du désert, enveloppés dans leurs vêtements imbibés de sang.

Par son rang et ses qualités éminentes, il comptait parmi les Compagnons les plus éminents.

(Usud al-Ghāba, 4/3)

Le vénéré Messager d’Allah, que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui, dit un jour que soixante-dix mille personnes entreront au Paradis sans avoir à rendre de comptes. Ukkâsha demanda : « Ô Messager d’Allah, serai-je de leur nombre ? » Il répondit : « Toi aussi, tu seras parmi eux. » Alors un autre homme demanda à son tour s’il en ferait partie. Le Messager d’Allah, que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui, répondit : « Ukkâsha t’a devancé. » Après cet événement, cette parole du Messager d’Allah devint proverbiale. Lorsqu’une personne en devance une autre dans quelque domaine que ce soit, on dit : « Untel a devancé l’autre comme Ukkâsha. »

Shammâs ibn Uthmân, qu’Allah l’agrée

Son nom était Shammâs, son père s’appelait Uthmân et sa mère Safiyya. Il était issu du clan Banû Makhzûm de la tribu de Quraysh. Selon un récit rapporté par Hishâm al-Kalbî, son véritable nom était Uthmân. Il fut appelé Shammâs pour la raison suivante : à l’époque antéislamique, un homme chrétien d’une très grande beauté arriva un jour à La Mecque. Son visage semblait rayonner comme les rayons du soleil. Les gens, émerveillés par cette beauté extraordinaire, en furent stupéfaits.

À cette époque, l’oncle maternel de Shammâs, Utba ibn Rabî‘a, prétendit qu’il connaissait un homme dont le visage diffusait encore plus de rayons solaires. Et il présenta le vénéré Shammâs pour le mettre en compétition avec lui. À partir de ce jour, Uthmân devint Shammâs. Shammâs signifie : « celui qui diffuse des rayons solaires en abondance ». (Usud al-Ghâba, 3/375). Al-Zubayr ibn Bakkâr dit : « Il était l’un des hommes les plus beaux de La Mecque. » (Al-Isâba, 1/155).

Le vénéré Shammâs et sa mère, la vénérée Safiyya bint Rabî‘a, furent parmi les premiers à répondre à l’appel du Messager d’Allah, que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui, et à embrasser l’islam.

Ne pouvant plus supporter les persécutions des polythéistes, il émigra en Abyssinie. Il y emmena également sa mère Safiyya. De là, il retourna à La Mecque, puis émigra de nouveau à Médine. À Médine, il fut l’hôte du vénéré Mubashshir ibn al-Mundhir. Un lien de fraternité, ou mu’âkhât, fut établi entre lui et le vénéré Hanzala ibn Abî ‘Âmir al-Ansârî.

Lors des batailles de Badr et d’Uhud, le vénéré Shammâs combattit héroïquement, au péril de sa vie. À la bataille d’Uhud, lorsque la victoire des musulmans se transforma soudainement en défaite et que tous, à l’exception d’une poignée de moudjahidines prêts à sacrifier leur vie, quittèrent le champ de bataille, Shammâs fut l’un de ceux qui, dans ce moment critique, restèrent aux côtés du Messager d’Allah, que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui, pour repousser les attaques des mécréants. Le Messager d’Allah, que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui, disait : « Je ne trouve aucune autre comparaison pour Shammâs qu’un bouclier. » Ce jour-là, partout où le Messager d’Allah regardait, à droite ou à gauche, il ne voyait que Shammâs. Celui-ci se transforma ce jour-là en bouclier pour le Messager d’Allah. Tout son corps fut couvert de blessures. À la fin de la bataille, on constata qu’il lui restait à peine un souffle de vie. Il fut amené à Médine dans cet état. La vénérée Umm Salama fut chargée de le soigner. Mais il était alors au terme de sa vie. Le lendemain, il rendit son dernier souffle. Le vénéré Messager d’Allah ordonna de l’enterrer dans le cimetière des martyrs d’Uhud, avec ses vêtements ensanglantés et sans accomplir la prière funéraire. Il fut donc ramené à Uhud et y fut enterré. Toutefois, l’historien al-Wâqidî affirme qu’il fut enterré dans le cimetière d’al-Baqî‘, à Médine. Aucun autre martyr d’Uhud, à part lui, ne fut enterré au cimetière d’al-Baqî‘. (Al-Isâba, 2/155).

Le vénéré Hassân composa une élégie à sa mort. Il n’avait que trente-quatre ans lorsqu’il mourut.

Shuja ibn Wahab (qu’Allah l’agrée)

Il s’appelait Shuja, avait pour kunya Abu Wahab et son père se nommait Wahab. À l’époque antéislamique, sa famille était alliée aux Banû Abd Shamsࢮet liée à eux par un pacte. (Usd al-Ghaba, 2/386).

Hazrat Shuja fut parmi ceux qui embrassèrent l’islam dès ses débuts. Contraint par les persécutions des polythéistes de La Mecque, il se rendit en Abyssinie avec le deuxième groupe de musulmans qui y émigrèrent. (Al-Isaba, 3/138).

Alors qu’ils séjournaient en Abyssinie, une rumeur y circula selon laquelle tous les habitants de La Mecque avaient accepté de se soumettre au Messager de Dieu (que Dieu le bénisse et le salue). Comme beaucoup d’autres, l’amour de sa patrie le poussa alors à retourner à La Mecque. Mais une fois arrivé, il constata que cette nouvelle était totalement fausse. Après être resté quelque temps à La Mecque, il émigra en toute sécurité à Médine. Là, il établit un lien de fraternité religieuse avec Hazrat Aws.

Il participa à toutes les batailles célèbres, notamment à Badr et à Uhud. Au mois de Rabi al-Awwal de la huitième année de l’Hégire, il reçut la mission d’anéantir un groupe des Banû Hawazin. Ceux-ci avaient dressé leurs tentes en un lieu appelé Rassi, à cinq jours de marche de Médine. Accompagné de vingt-quatre moudjahidines courageux, Hazrat Shuja se dissimula durant le jour et voyagea fièrement durant la nuit, jusqu’à surgir soudainement à cet endroit. Après avoir vaincu les forces ennemies, il s’empara d’un grand nombre de chameaux, de moutons et de chèvres et les ramena à Médine. On peut mesurer l’importance du butin au fait que chaque moudjahid reçut, en plus des autres biens, quinze chameaux.

Après son retour de Hudaybiyyah, le Messager de Dieu (que Dieu le bénisse et le salue) envoya des émissaires porteurs de lettres à la plupart des rois et souverains du monde de l’époque. Il envoya Shuja, muni d’une lettre, auprès de Harith ibn Abi Shimr al-Ghassani ou, selon une autre version, auprès de Mundhir ibn Harith ibn Abi Shimr al-Ghassani. (Hayat al-Sahaba, 1/127)

Ce Harith était le gouverneur de la région de Ghouta, proche de Damas. Voici les premières phrases de la lettre que le Messager de Dieu (que Dieu le bénisse et le salue) lui écrivit : « Au nom de Dieu, le Tout Miséricordieux, le Très Miséricordieux. De la part de Muhammad, le Messager de Dieu, à Harith ibn Abi Shimr. Que la paix soit sur ceux qui suivent la bonne direction, croient et reconnaissent la vérité. Je vous invite à croire en Dieu, qui est Un et n’a aucun associé. Dans ce cas, votre royaume sera maintenu. »

Harith rejeta cette invitation. Cependant, son vizir Muray embrassa l’islam et, en secret, transmit ses salutations au Messager de Dieu (que Dieu le bénisse et le salue) par l’intermédiaire de Hazrat Shuja.

Un hadith rapporté par l’imam al-Zuhrî nous apprend que Shujâʿ ibn Wahb était l’émissaire du Messager d’Allah ﷺ envoyé à la cour de Kisrâ, le souverain perse. C’est lui qui remit au pouvoir de Kisrâ la lettre du Messager d’Allah ﷺ. (Hayât al-Sahâbah, 1/136)

C’est dans la plaine d’al-Yamâmah, lors de la bataille menée contre le faux prophète Musaylimah al-Kadhdhâb, sous le califat du premier calife, Abû Bakr, qu’Ansâr Shujâʿ mourut en martyr. (Al-Isâbah, 2/138.) Au moment de sa mort, il avait un peu plus de quarante ans.

Mihrâz ibn Nadlah رضي الله عنه

Il s’appelait Mihrâz et sa kunya, ou son surnom, était Abû Fadlah. Il était toutefois principalement connu sous le titre d’Akhram al-Asadî.

On ne sait pas exactement quand ni comment il embrassa l’islam. Les spécialistes de la Sîrah sont cependant certains qu’il se convertit dès la première période. Après avoir émigré de La Mecque à Médine, il conclut un pacte avec la tribu des Banû ʿAbd al-Ashhal, et un lien de fraternité fut établi entre lui et ʿAmmâr ibn Hâzim رضي الله عنه.

Mûsâ ibn ʿUqbah, Ibn Ishâq et d’autres l’ont mentionné dans la liste des Compagnons ayant participé à Badr.

Al-Wâqidî rapporte d’après Ayyûb ibn Nuʿmân. Celui-ci dit : à Badr, Abû ʿAzîz ibn ʿUmayr, le frère de Musʿab ibn ʿUmayr, fut fait prisonnier. Il fut confié à la garde de Mihrâz ibn Nadlah. Musʿab dit à Mihrâz : « Attache-lui les mains un peu plus fermement. Sa mère, qui est riche, se trouve à La Mecque. » Abû ʿAzîz dit : « Mon frère, est-ce là l’ordre que tu donnes à mon sujet ? » Musʿab répondit : « À ta place, Mihrâz est mon frère. » Pour obtenir la libération d’Abû ʿAzîz, sa mère envoya quatre mille dirhams. (Hayât al-Sahâbah, 2/315.)

Il combattit également avec bravoure, au péril de sa vie, lors des batailles d’Uhud et du Fossé. La dernière bataille de sa vie, et la plus remarquable, fut la bataille de Dhû Qarad. La sixième année de l’Hégire, les Banû Fazârah attaquèrent un pâturage aux abords de Médine, tuèrent les bergers et emmenèrent les chameaux du Messager d’Allah ﷺ. Salamah ibn al-Akwaʿ se trouvait tout près du lieu de l’attaque. Il envoya à Médine Rabâh, l’esclave du Messager d’Allah ﷺ — ou, selon une autre version, un esclave de ʿAbd al-Rahmân ibn ʿAwf — afin d’y annoncer la nouvelle. De son côté, il monta au sommet d’une montagne et cria si fort : « Yâ Sabâhâh ! » — le cri d’alerte annonçant un danger — que sa voix se répandit d’une extrémité de Médine à l’autre. Pendant un long moment, il affronta seul cette bande de pillards à l’aide de flèches et de pierres. Entre-temps, on vit l’armée du Messager d’Allah ﷺ accourir entre les arbres. À l’avant-garde de cette armée se trouvait Mihrâz ibn Nadlah, suivi d’Abû Qatâdah al-Ansârî et d’al-Miqdâd ibn al-Aswad رضي الله عنهم. Salamah ibn al-Akwaʿ saisit les rênes du cheval d’Akhram, c’est-à-dire Mihrâz, et lui dit : « Akhram, ne t’avance pas le premier. Je crains que les pillards ne t’encerclent et ne t’empêchent de rejoindre le Messager d’Allah ﷺ et ses Compagnons. » Il répondit : « Salamah, si tu crois en Allah et au Jour de la Résurrection, et si tu sais que le Paradis et l’Enfer sont une réalité, alors ne m’empêche pas d’obtenir le martyre. » Il prononça ces paroles avec une telle émotion que Salamah رضي الله عنه lâcha les rênes de son cheval. Mihrâz lança alors sa monture et se plaça devant ʿAbd al-Rahmân ibn Farâzî pour lui barrer le passage. Il porta à ʿAbd al-Rahmân un coup d’épée si violent que son cheval fut tranché en deux. De son côté, la lance lancée par ʿAbd al-Rahmân ne manqua pas sa cible. Mihrâz fut atteint et tomba au sol en martyr. ʿAbd al-Rahmân sauta alors sur le cheval de Mihrâz et s’y installa. Abû Qatâdah se trouvait juste derrière eux. Il frappa aussitôt ʿAbd al-Rahmân avec force. Ainsi, Qatâdah رضي الله عنه envoya ʿAbd al-Rahmân en Enfer et vengea le meurtre de son ami. Au moment de son martyre, Mihrâz avait trente-sept ou trente-huit ans.

L’événement mentionné ci-dessus constitue une preuve manifeste de la fermeté de sa foi et de son ardent désir du martyre. Quelques jours avant son martyre, il rêva que les portes du ciel s’ouvraient pour lui. Il voyagea à travers le monde suprême jusqu’à atteindre le Sidrat al-Muntahā. Là, on lui dit : « Voici ta demeure. »

Abou Bakr as-Siddiq était très compétent dans l’interprétation et l’explication de la signification des rêves. Le lendemain, Mihraz lui raconta son rêve. Il lui dit : « Akhram, voici l’annonce heureuse de ton martyre. » Quelques jours après cet événement, son rêve se réalisa lors de l’expédition de Dhi Qarad, et il atteignit sa demeure éternelle, le Sidrat al-Muntahā.

Shukran Saleh

Son nom était Saleh et son laqab, ou titre honorifique, était « Shukran ». Son père s’appelait Adi. C’était un esclave d’origine abyssine d’Abd ar-Rahman ibn Awf. Cependant, même dans cet état d’esclavage, le destin lui réservait un rôle de dirigeant. Le Noble Messager de Dieu le choisit pour son service. Il l’acheta à Abd ar-Rahman en échange d’une somme d’argent. Selon certains récits, Abd ar-Rahman le donna au Messager de Dieu sans aucune contrepartie financière. On ne connaît pas beaucoup de détails sur sa biographie. Les ouvrages de sîra ne fournissent pas non plus d’informations précises sur le moment et la manière dont il embrassa l’islam.

Dans la plupart des batailles, Shukran était chargé de garder le butin de guerre et les prisonniers. Ainsi, pendant les expéditions, il recevait d’une part une portion du butin et, d’autre part, une rémunération de ceux dont il assurait la garde des prisonniers. Abou Ma‘shar rapporte qu’il participa à la bataille de Badr en tant qu’esclave. C’est pourquoi aucune part du butin ne lui fut attribuée. Toutefois, chacun lui donna une certaine somme pour avoir assuré la garde des captifs à Badr. Il finit ainsi par recevoir davantage que ceux qui avaient obtenu une part du butin. Impressionné par sa vigilance et son efficacité dans l’accomplissement de sa mission lors de la bataille de Badr, le Messager de Dieu l’affranchit.

Lors de la bataille de Marra Yas‘i, il fut chargé de rassembler les biens et les richesses abandonnés par l’armée ennemie vaincue, ainsi que ses armes, ses chèvres et ses autres effets. Le Noble Messager de Dieu lui était si favorable qu’au moment de sa mort, il recommanda de le traiter avec bonté. Shukran eut l’honneur de participer aux rites funéraires avec les Ahl al-Bayt, la famille du Messager de Dieu. Ibn Ishaq rapporte, d’après Ali ibn al-Husayn, qu’Ali ibn Abi Talib, al-Fadl ibn Abbas, Qutham ibn Abbas, Shukran, mawla du Messager de Dieu, et Aws ibn Khawla descendirent dans la tombe et y déposèrent le Messager de Dieu. (Al-Isaba, 2/664).

Après le décès du Messager de Dieu, il existe une divergence quant à savoir si Shukran resta à Médine ou s’installa à Bassora. Il possédait en effet une maison à Bassora. On ne connaît pas non plus avec certitude l’année ni le lieu de sa mort. Dans les ouvrages historiques, il est connu sous le nom de Shukran, mawla du Messager de Dieu — Shukran, l’esclave affranchi du Messager de Dieu.

Oumayr ibn Abi Waqqas

Il s’appelait ‘Umayr, son père était Abû Waqqâs et sa mère Hamna bint Sufyân. Il était le frère germain de Sa‘d ibn Abî Waqqâs, le conquérant de l’Iran.

Le frère aîné de ‘Umayr, Sa‘d ibn Abî Waqqâs, embrassa l’islam dès les débuts de celui-ci. Bien que ‘Umayr fût encore jeune à cette époque, il suivit néanmoins les pas de son frère aîné. À l’âge de quatorze ans seulement, il émigra et arriva à Médine. Le Messager d’Allah, qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix, établit entre lui et ‘Amr ibn Mu‘âdh, le frère cadet de Sa‘d ibn Mu‘âdh, chef de la tribu médinoise des Banû ‘Abd al-Ashhal, un lien de fraternité religieuse. Ils avaient presque le même âge.

La deuxième année de l’Hégire, les préparatifs de la bataille de Badr étaient en cours. Le noble Messager d’Allah, qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix, sélectionnait les soldats. ‘Umayr était lui aussi présent à l’assemblée. Son frère Sa‘d ibn Abî Waqqâs remarqua que ‘Umayr, évitant son regard, allait et venait avec agitation. Il lui demanda : « ‘Umayr, qu’as-tu ? » Il répondit : « Mon frère, je veux moi aussi participer à la bataille. Peut-être Allah m’accordera-t-Il le martyre. Mais je crains que le Messager d’Allah, qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix, ne me renvoie, me considérant comme trop jeune. »

Lorsque tous se présentèrent l’un après l’autre devant le Messager d’Allah, la crainte de ‘Umayr se réalisa. Observant son jeune âge, il lui dit : « Retourne chez toi. » En entendant ces paroles, ‘Umayr fondit en larmes. Voyant dans ces larmes son ardeur pour le jihâd et son désir intense du martyre, le Messager d’Allah, qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix, fut touché. ‘Umayr obtint l’autorisation de participer à la bataille. Le Messager d’Allah lui suspendit lui-même son épée.

‘Umayr n’était alors qu’un adolescent de seize ans. Il ne savait même pas bien manier les armes. Son frère aîné lui apprit à tenir l’épée. Animé par un ardent désir et un grand enthousiasme pour le martyre, il pénétra dans les rangs des mécréants et combattit longtemps avec une bravoure extrême. Dans ces circonstances, le coup violent porté par l’épée de ‘Amr ibn ‘Abd Wudd combla son désir du martyre. Nous sommes à Allah et c’est vers Lui que nous retournons. Il mourut en martyr à l’âge de seize ans seulement. (Hayât as-Sahâba, 1/599.) Lors de la bataille de la Tranchée, ‘Alî, qu’Allah l’agrée, tua ‘Amr ibn ‘Abd Wudd, l’assassin. (Al-Isâba, 3/70.)

Abû Sufyân ibn al-Hârith, qu’Allah l’agrée

Peu de personnes entretenaient avec Muhammad, le Messager d’Allah, qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix, une relation aussi profonde et étroite qu’Abû Sufyân ibn al-Hârith. Tous deux naquirent à la même époque dans la même famille. Ils étaient cousins germains. Le père d’Abû Sufyân, al-Hârith ibn ‘Abd al-Muttalib, était le grand-oncle paternel du Messager d’Allah, qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix. Il mourut à l’époque antéislamique. (Note : Sîrat Ibn Hishâm, 1/163.)

Le Messager d’Allah, qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix, et Abû Sufyân étaient frères de lait. Halîma as-Sa‘diyya les allaita tous deux. Jusqu’à la mission prophétique du Messager d’Allah, ils entretinrent une relation profonde. Leurs visages se ressemblaient également beaucoup. Selon Ibn al-Mubârak, Ibrâhîm ibn al-Mundhir et d’autres, le nom d’Abû Sufyân était Mughîra, tandis qu’Abû Sufyân était sa kunya, c’est-à-dire son surnom. (Al-Isâba, 4/90 ; Sîrat Ibn Hishâm, 1/647.)

Étant donné les liens si profonds qui les unissaient à bien des égards, il aurait été naturel qu’Abû Sufyân crût en lui et répondît à son appel dès les débuts de la mission prophétique du Messager d’Allah, paix et bénédictions sur lui. Mais au lieu de ce qui était naturel, c’est le contraire qui se produisit. Dès que le Messager d’Allah, paix et bénédictions sur lui, commença à appeler les gens à l’islam à La Mecque, toute l’amitié et toute la parenté d’Abû Sufyân se transformèrent en jalousie, en haine, en hostilité et en désobéissance.

Lorsque le Messager d’Allah, paix et bénédictions sur lui, commença à prêcher, Abû Sufyân était alors un célèbre cavalier parmi les Quraysh et un poète éminent. Il mobilisa sa langue et ses flèches contre le Messager d’Allah, paix et bénédictions sur lui, et son appel. Il concentra toutes ses forces dans son hostilité envers l’islam et les musulmans. Chaque fois que les Quraysh complotaient une guerre contre le Messager d’Allah, paix et bénédictions sur lui, Abû Sufyân attisait leur ardeur. Il contribua largement à toutes les souffrances que les musulmans subirent de la part des Quraysh. Il consacra son talent poétique à la satire et au dénigrement du Messager d’Allah, paix et bénédictions sur lui. Il composa même un poème obscène contre lui. Le Messager d’Allah, paix et bénédictions sur lui, dit à Hassân ibn Thâbit, qu’Allah l’agrée, dans un vers de l’une de ses célèbres qasîdas : « Tu as dénigré Muhammad, et moi j’ai répondu ; la récompense en revient à Allah. » En réalité, ce vers s’adressait à Abû Sufyân. (Al-Isâba, 4/90)

L’hostilité d’Abû Sufyân envers le Noble Messager d’Allah dura vingt longues années. Durant cette période, il mit en œuvre toutes les intrigues imaginables contre les musulmans. Les ouvrages de sîra rapportent à son sujet un récit remarquable concernant la bataille de Badr. Abû Râfi‘ rapporte : « Après la bataille de Badr, j’étais assis près du puits de Zamzam, à La Mecque, en train de fabriquer des flèches, lorsqu’Abû Lahab vint s’asseoir à côté de moi. Pour une raison quelconque, il n’avait pas participé à Badr et y avait envoyé quelqu’un à sa place. Puis arriva Abû Sufyân ibn al-Hârith ibn ‘Abd al-Muttalib. Abû Lahab le fit asseoir près de lui et lui demanda de lui raconter en détail ce qui s’était passé à Badr. Abû Sufyân dit : “Par Allah, c’était un groupe devant lequel nous avions livré nos épaules. Ils nous dirigeaient à leur guise et nous capturaient comme bon leur semblait. Par Allah, malgré tout cela, je ne blâme pas nos hommes, car nous avons vu, entre le ciel et la terre, des cavaliers d’une blancheur éclatante montés sur des chevaux volants, blancs et noirs. Par Allah, rien ne pourrait leur résister.” Abû Râfi‘ s’écria aussitôt : “Par Allah, ce ne peuvent être que des anges !” Abû Lahab lui donna alors une gifle sur la joue. » (Sîrat Ibn Hichâm, 1/646-647 ; Hayât as-Sahâba, 3/530)

Finalement, à la veille de la conquête de La Mecque, l’hostilité d’Abû Sufyân envers l’islam prit fin. L’histoire de sa conversion à l’islam est rapportée ainsi : Abû Sufyân dit : « Lorsque l’islam devint puissant et que la nouvelle se répandit que le Messager d’Allah, paix et bénédictions sur lui, avançait pour conquérir La Mecque, je me mis à voir les ténèbres de tous côtés. Je me demandais intérieurement : Où vais-je aller maintenant ? Avec qui partirai-je, et chez qui resterai-je ? »

Après avoir réfléchi à tout cela, j’allai trouver ma femme et mes fils et mes filles, et je leur dis : « Préparez-vous à quitter La Mecque. Le moment de l’entrée de Muhammad à La Mecque approche. Dès que les musulmans me trouveront, ils me tueront. »

Ils me dirent : « Vous voyez maintenant que tous les Arabes et les non-Arabes reconnaissent l’autorité de Muhammad et adoptent sa religion. Et vous persistez encore obstinément dans votre hostilité envers lui ? Pourtant, c’est vous qui auriez dû être le premier à vous porter à son aide et à lui apporter votre soutien. » Ainsi, ils commencèrent à m’encourager et à m’attirer vers la religion de Muhammad. Finalement, Allah Très-Haut ouvrit la porte de mon cœur.

Je me levai aussitôt et ordonnai à mon esclave Madhkûr de préparer un chameau et un cheval. J’emmenai également mon fils Ja‘far. Nous nous dirigeâmes très rapidement vers al-Abwâ’, entre La Mecque et Médine. J’avais appris auparavant que Muhammad y était arrivé. Lorsque j’approchai d’al-Abwâ’, je me déguisai afin que personne, me reconnaissant et me trouvant en présence du Messager d’Allah, paix et bénédictions sur lui, ne me tue avant que j’aie pu proclamer mon islam. Je continuai à pied depuis une distance d’environ un mile. Je voyais les groupes avancés des musulmans se diriger les uns après les autres vers La Mecque. Craignant que quelqu’un ne me reconnaisse, je progressai à quelque distance de leur route. Soudain, au milieu de cette foule, le Messager d’Allah, paix et bénédictions sur lui, apparut à mes yeux. Je me présentai rapidement devant lui et retirai le voile qui couvrait mon visage. Dès qu’il me reconnut, il détourna son visage de moi. Je fis demi-tour et revins devant lui, mais il détourna de nouveau son visage. Il agit ainsi plusieurs fois.

Je pensais que le Messager d’Allah, paix et bénédictions sur lui, serait extrêmement heureux de ma conversion à l’islam. Mais lorsque les musulmans virent qu’il détournait son visage de moi, ils détournèrent eux aussi leur visage, l’air sombre. Abû Bakr détourna très durement son visage en me voyant. Je regardai, totalement désemparé, vers ‘Umar ibn al-Khattâb. Lui aussi détourna son visage avec encore plus de dureté que son compagnon. Il excita même un Ansârî contre moi. Cet Ansârî me lança : « Ô ennemi d’Allah ! Tu as fait du tort au Messager d’Allah et à ses Compagnons. » Cet Ansârî me réprimandait et m’injuriait à haute voix, tandis que les musulmans se rassemblaient autour de moi et écoutaient cela avec une cruauté impitoyable, en y prenant plaisir.

À ce moment-là, j’aperçus mon oncle, Abbas. Je m’avançai quelque peu vers lui et lui dis : « Mon oncle, j’espérais que, du fait de ma parenté avec le Messager d’Allah (S) et de mon rang au sein de mon peuple, il se réjouirait de mon entrée dans l’islam. Parlez-lui de moi et faites en sorte qu’il accepte quelque peu ma démarche. » Il répondit : « Après avoir vu qu’il s’est détourné de toi, je ne peux pas dire un seul mot à ton sujet au Messager d’Allah (S). Toutefois, si l’occasion se présente un jour, je lui en parlerai. Car, tout comme je respecte profondément le Messager d’Allah, je le crains également. »

Je lui dis : « Mon oncle, alors sous la responsabilité de qui me laissez-vous ? »

Il répondit : « Je ne peux rien faire de plus que ce que tu viens d’entendre. » Mon cœur se remplit d’inquiétude et d’angoisse. Soudain, j’aperçus mon cousin paternel, Ali ibn Abou Talib. Je lui racontai ce qui s’était passé. Il me répondit lui aussi comme mon oncle Abbas. Je retournai alors auprès de mon oncle Abbas et lui dis : « Mon oncle, si vous ne pouvez pas attendrir le cœur du Messager d’Allah à mon égard, veillez au moins à faire cesser les agissements de celui qui me calomnie, m’insulte et excite les gens contre moi. » Il dit : « À quoi ressemble cet homme ? Décris-le-moi donc. » Je le lui décrivis. Il dit : « Ce n’est autre que Nouayman ibn al-Harith an-Najjari. » Il alla trouver Nouayman et lui dit : « Écoute, Nouayman ! Abou Soufyan est le cousin paternel du Messager d’Allah et mon neveu. Bien qu’aujourd’hui le Messager d’Allah lui en veuille, il finira un jour par lui pardonner. Ne l’humilie donc pas de cette manière. » Il le lui répéta ainsi à plusieurs reprises. Finalement, Nouayman accepta et dit : « À partir de cet instant, je ne lui adresserai plus de paroles blessantes. »

Le Messager d’Allah (S) s’arrêta en un lieu appelé Juhfah, sur la route de La Mecque à Médine. J’allai m’asseoir à l’entrée de sa tente, tandis que mon fils Ja‘far se tenait à mes côtés. Lorsque le Messager d’Allah (S) sortit, il détourna le visage en me voyant. Mais cela ne me découragea pas. Partout où il s’arrêtait, j’allais m’asseoir avec mon fils à l’entrée de sa tente, et le Messager d’Allah (S) continuait à agir de la même manière. Cela dura quelque temps. Je commençai à souffrir profondément. Le monde devint étroit pour moi.

Ibn Ishaq rapporte : Abou Soufyan al-Harith et Abdallah ibn Abi Oumayya demandèrent de nouveau à rencontrer le Messager d’Allah (S), en un lieu appelé Naq al-Oqab, sur la route de La Mecque à Médine. Umm Salama dit à leur sujet : « Ô Messager d’Allah, vos deux cousins, l’un paternel et l’autre maternel, sont venus vous rencontrer. » Le Messager d’Allah (S) répondit : « Je n’ai plus besoin d’eux. Mon cousin paternel a porté atteinte à mon honneur, et mon cousin maternel m’a dit à La Mecque tout ce qu’il avait à me dire. » Le fils d’Abou Soufyan, Ja‘far, se trouvait également avec lui. Lorsque ces paroles du Messager d’Allah (S) lui parvinrent, Abou Soufyan dit : « Par Allah, soit il m’autorisera à le rencontrer, soit je prendrai mon fils par la main et j’irai où bon me semblera sur cette terre, jusqu’à mourir de faim et de soif. » Lorsque le Messager d’Allah (S) l’apprit, il s’adoucit quelque peu et les autorisa à le rencontrer. Tous deux se présentèrent auprès du Messager d’Allah (S) et proclamèrent leur adhésion à l’islam. (Sîrat Ibn Hicham, 2/400-401.)

Abou Soufyan raconte : « Le Messager d’Allah (S) entra à La Mecque, et j’y entrai avec lui et sa caravane. Lorsqu’il sortit pour se rendre à la mosquée, je marchai à ses côtés. Je ne le quittai pas d’un instant. »

Puis le moment de l’expédition de Hunayn approcha. L’ensemble des Arabes s’unit et se prépara à combattre les musulmans. Cette fois, ils étaient déterminés à porter un coup décisif à l’islam et aux musulmans. Le Messager d’Allah (S) partit avec son armée pour les affronter. Je partis moi aussi. En voyant l’immense armée des mécréants, je me dis intérieurement : « Par Allah, aujourd’hui je compenserai toute l’hostilité que j’ai manifestée par le passé envers le Messager d’Allah ; aujourd’hui, par mes actes, je rendrai heureux le Messager d’Allah (S). »

Les deux armées se firent face. Sous l’assaut violent des mécréants, les musulmans ne purent tenir et commencèrent à fuir le champ de bataille. Je vis alors le Messager d’Allah (S), ferme comme une montagne au milieu du champ de bataille, monté sur sa mule appelée Chahba. Il brandissait son épée avec une vigueur extraordinaire, se protégeant lui-même et protégeant ses compagnons qui l’entouraient. Il paraissait alors courageux comme un lion. À cette vue, je sautai de mon cheval et courus vers le Messager d’Allah (S), l’épée dégainée à la main. Allah seul sait qu’à cet instant j’espérais mourir devant le Messager d’Allah (S). Mon oncle Abbas saisit les rênes de la mule du Messager d’Allah et se plaça d’un côté, tandis que je me plaçai de l’autre. De la main gauche, je tenais la monture du Messager d’Allah et, de la droite, mon épée, tout en lançant de violentes attaques. Voyant cela, le Messager d’Allah (S) demanda à mon oncle Abbas : « Qui est-ce ? » Mon oncle répondit : « C’est votre frère, le fils de votre oncle : Abou Soufyan ibn al-Harith. Ô Messager d’Allah (S), soyez satisfait de lui. » Le Messager d’Allah (S) dit : « Je suis satisfait de lui. Allah lui a pardonné toute l’hostilité qu’il a eue envers moi. »

Je fus transporté de joie et embrassai les pieds du Messager d’Allah (ﷺ). Il se tourna vers moi et dit : « Mon frère, avance et attaque. » Ces paroles du Messager d’Allah (ﷺ) renforcèrent mon courage. Je lançai une attaque vigoureuse et repoussai l’armée adverse de ses positions. Les autres musulmans qui m’accompagnaient attaquèrent eux aussi. Nous les mîmes en déroute et les poursuivîmes sur près d’un farsakh. »

C’est sur le champ de bataille de Hunayn qu’Abû Sufyân ibn al-Hârith fut gratifié de la satisfaction et de la compagnie du Messager d’Allah (ﷺ). Toutefois, jamais plus de toute sa vie il ne leva les yeux pour regarder le Messager d’Allah (ﷺ). Se souvenant de sa conduite passée, il n’osait pas poser les yeux sur son visage béni, tant il était envahi par la honte et le repentir.

Après avoir embrassé l’islam, Abû Sufyân fut accablé de remords en réfléchissant aux actes et au comportement de sa vie passée dans l’ignorance, ainsi qu’au fait d’avoir été privé du Livre d’Allah. Pour le reste de sa vie, il consacra ses jours et ses nuits uniquement à la récitation du Coran et à la compréhension de ses prescriptions et de ses exhortations. Il se détourna de tous les plaisirs et richesses de ce monde et se tourna entièrement vers Allah, en mobilisant tout son être. Un jour, il entra dans la mosquée. En le voyant, le Messager d’Allah (ﷺ) appela Aïcha et lui dit : « Aïcha, connais-tu cet homme ? » Aïcha répondit : « Non, ô Messager d’Allah. » Le Messager d’Allah (ﷺ) dit : « C’est mon cousin, Abû Sufyân ibn al-Hârith. Regarde : il entre le premier dans la mosquée et en sort le dernier. Son regard ne se détourne jamais des lacets de ses chaussures. »

Après le décès du noble Messager d’Allah (ﷺ), Abû Sufyân pleura amèrement, comme une mère ayant perdu son enfant. Dans une qasida, il exprima de manière remarquable cette douleur de la perte. Après avoir embrassé l’islam, il récita au Messager d’Allah (ﷺ) une qasida qu’il avait composée, dans laquelle il exprimait ses sentiments d’alors et demandait pardon. Lorsqu’il dit dans un vers : « Il m’a montré le chemin de la vérité, moi que j’avais chassé », le Messager d’Allah (ﷺ) lui frappa la poitrine et s’écria : « C’est toi qui m’avais chassé ! » (Sîrat Ibn Hishâm, 2/400-401)

Sous le califat de ‘Umar, Abû Sufyân sentit que le terme de sa vie approchait. Un jour, il creusa de ses propres mains une tombe. Trois jours plus tard, il quitta ce monde. On aurait dit qu’il avait conclu un pacte avec la mort. Avant de mourir, il dit à son épouse, à ses enfants et aux membres de sa famille : « Ne pleurez pas pour moi. Par Allah, depuis que j’ai embrassé l’islam, je n’ai commis aucun péché. » Après avoir prononcé ces mots, il rendit son dernier souffle. Le calife ‘Umar dirigea la prière funéraire pour lui. Selon certains, il mourut en l’an 15 de l’Hégire, et selon d’autres, en l’an 20. Hichâm ibn ‘Urwa rapporte de son père, ‘Urwa, que le Messager d’Allah (ﷺ) a dit : « Abû Sufyân est le chef des jeunes gens du Paradis. » (Al-Isâba, 4/90)

Burayda ibn al-Husayb (رضي الله عنه)

Son nom était Burayda et sa kunya, ou surnom, Abû ‘Abdillah. Son père s’appelait Husayb ibn ‘Abdillah. Il était le chef de la tribu des Banû Aslam. Burayda embrassa l’islam au moment de l’Hégire du Messager d’Allah (ﷺ). Lorsque le noble Messager d’Allah (ﷺ), parti de La Mecque en direction de Médine, arriva en un lieu appelé Gamîm, Burayda se présenta auprès de lui. Le Messager d’Allah (ﷺ) lui exposa l’appel à l’islam et il l’accepta sans la moindre hésitation. Il convient de signaler que Gamîm se trouvait à deux étapes de La Mecque. Là, quatre-vingts autres hommes des Banû Aslam embrassèrent également l’islam avec lui. Le Messager d’Allah (ﷺ) y accomplit la prière de ‘ichâ, et Burayda ainsi que ses compagnons prièrent derrière lui en accomplissant l’iqtidâ. (Hayât as-Sahâba, 1/3) Après avoir embrassé l’islam, il demeura dans sa propre tribu et vint à Médine après les batailles de Badr et d’Uhud. Toutefois, les récits historiques présentent des divergences quant à la date de son entrée dans l’islam et de son arrivée à Médine.

Avant la sixième année de l’Hégire, il émigra à Médine et eut d’abord l’honneur de participer au pacte de Hudaybiya et de prêter le serment d’allégeance de Ridwân. La septième année de l’Hégire, il participa à l’expédition de Khaybar. À ce sujet, il rapporte : « Nous assiégeâmes Khaybar. Le premier jour, Abû Bakr prit l’étendard, mais la victoire ne fut pas obtenue. Le deuxième jour, la situation fut la même. Les gens commençaient à désespérer. Le Messager d’Allah (ﷺ) dit alors : “Demain, je remettrai l’étendard à un homme qui est très aimé d’Allah et de Son Messager.” Les gens furent très heureux à la pensée que l’affaire serait réglée dès le lendemain. Le lendemain à l’aube, après avoir accompli la prière de l’aube, le Messager d’Allah (ﷺ) ordonna qu’on apporte l’étendard. Les gens étaient rangés en صفوف. Il appela ‘Alî et lui remit l’étendard. Ce jour-là, Khaybar fut conquise par ‘Alî. »

Lors de l’expédition du Messager de Dieu (que Dieu le bénisse et lui accorde la paix) contre La Mecque, durant la huitième année de l’Hégire, Bouraïda l’accompagna et entra à La Mecque en portant l’étendard d’une armée. (Hayât as-Sahâba, 1/167).

À ce propos, il rapporte que, le jour de la conquête de La Mecque, il accomplit plusieurs prières avec une seule ablution.

Lors de la bataille de Tabûk, le vénérable Messager de Dieu (que Dieu le bénisse et lui accorde la paix) envoya des hommes auprès de différentes tribus afin d’encourager les habitants de La Mecque et de diverses régions à participer à la guerre. À cette occasion, il envoya Bouraïda auprès de la tribu des Aslam et lui ordonna de se rendre à Furu‘a, un lieu situé entre La Mecque et Médine. (Târîkh Ibn ‘Asâkir, 1/110).

Après la conquête de La Mecque, le vénérable Messager de Dieu (que Dieu le bénisse et lui accorde la paix) envoya au Yémen une armée placée sous le commandement du vénérable Khâlid ibn al-Walîd. Bouraïda faisait également partie de cette armée. Plus tard, une autre armée y fut envoyée sous le commandement du vénérable ‘Alî, et le commandement de toute l’armée lui fut confié. À la fin de la bataille, le vénérable ‘Alî prit pour lui une esclave parmi le butin. Bouraïda ne put l’accepter. De retour à Médine, il souleva la question auprès du Messager de Dieu (que Dieu le bénisse et lui accorde la paix). Après avoir tout entendu, le Messager de Dieu (que Dieu le bénisse et lui accorde la paix) dit : « Bouraïda, éprouves-tu de l’hostilité envers ‘Alî ? » Bouraïda le nia. Alors le noble Messager (que Dieu le bénisse et lui accorde la paix) dit : « Ne nourris aucune rancœur envers ‘Alî. Il reçoit du cinquième du butin une part plus importante encore que cela. » (Sahîh al-Bukhârî, chapitre : l’envoi de ‘Alî au Yémen).

Selon une autre narration, après avoir entendu les propos de Bouraïda, le teint du visage béni du Messager de Dieu (que Dieu le bénisse et lui accorde la paix) changea. Il dit : « Bouraïda, n’ai-je pas davantage de droit sur les croyants qu’ils n’en ont sur eux-mêmes ? » Bouraïda répondit : « Oui, ô Messager de Dieu ! » Le Messager de Dieu (que Dieu le bénisse et lui accorde la paix) dit : « Je suis le mawlâ de quiconque a ‘Alî pour mawlâ. » Bouraïda dit : « Après avoir entendu cette parole de la bouche bénie du Messager de Dieu (que Dieu le bénisse et lui accorde la paix), toutes mes plaintes contre ‘Alî disparurent. Et, à partir de ce jour, l’amour profond qui naquit dans mon cœur pour lui ne naquit jamais pour personne d’autre. » (Musnad de l’imam Ahmad ibn Hanbal).

À la fin de sa vie, le vénérable Messager de Dieu (que Dieu le bénisse et lui accorde la paix) ordonna à Usâma de diriger une expédition en Syrie. Bouraïda était le porte-étendard de cette armée. Usâma quitta Médine et établit son camp dans ses environs, se préparant au départ, lorsqu’il apprit que le Messager de Dieu (que Dieu le bénisse et lui accorde la paix) était dans ses derniers moments. Il suspendit son départ et accourut auprès du lit du Messager de Dieu (que Dieu le bénisse et lui accorde la paix). Avec les autres, Bouraïda revint également à Médine, l’étendard à la main, et le planta devant la porte de la maison du Messager de Dieu (que Dieu le bénisse et lui accorde la paix). Après la mort du Messager de Dieu (que Dieu le bénisse et lui accorde la paix), le vénérable Abû Bakr prit en charge le califat. Sur l’ordre du calife, Bouraïda reprit alors l’étendard et se rendit en Syrie, où il participa à la guerre. À la fin de celle-ci, il revint de nouveau à Médine avec l’étendard et le planta devant la maison d’Usâma. Il y resta jusqu’au dernier jour de la vie d’Usâma. (Hayât as-Sahâba, 1/425-426).

Après avoir embrassé l’islam, le vénérable Bouraïda participa à toutes les batailles qui eurent lieu du vivant du Messager de Dieu (que Dieu le bénisse et lui accorde la paix). Il est rapporté de lui dans les deux Sahîh qu’il participa au total à seize batailles aux côtés du Messager de Dieu (que Dieu le bénisse et lui accorde la paix). (Al-Isâba, 1146 ; Tabaqât Ibn Sa‘d, chapitre des Maghâzî, 136).

Du vivant du vénérable Messager de Dieu, Bouraïda résidait à Médine. Lorsque la ville de Bassora fut fondée sous le califat de ‘Umar, il s’y établit définitivement. Le sang du jihâd bouillonnait dans les veines du vénérable Bouraïda. Il disait aux gens : « Le plaisir de la vie réside dans le fait de lancer son cheval au galop. » En raison de cette ardeur et de cet enthousiasme, même à l’époque des califes, il quittait sa maison comme soldat pour participer à diverses expéditions. Sous le califat de ‘Uthmân, il participa à l’expédition du Khurâsân, se rendit à Marw et y demeura. Bien que le vénérable Bouraïda fût un mujâhid héroïque, son épée resta toujours au fourreau lors des querelles intestines entre musulmans à l’époque des califes. De son vivant, il ne participa à aucune des guerres civiles qui eurent lieu sous les deuxième et troisième califes. Plus encore, par excès de prudence, il ne formulait aucune opinion au sujet de ceux qui, dans les deux camps, s’étaient engagés dans ce conflit. À ce propos, un homme des Banû Bakr ibn Wâ’il raconte : « Un jour, je me trouvais au Sijistân avec Bouraïda al-Aslamî. Un jour, je mentionnai devant lui ‘Alî, ‘Uthmân, Talha et Zubayr afin de connaître son opinion à leur sujet. Bouraïda s’assit aussitôt face à la qibla, leva les deux mains et commença à invoquer Dieu : “Ô Allah, pardonne à ‘Uthmân. Pardonne également à ‘Alî, à Talha et à Zubayr.” Le narrateur poursuit : “Puis il se tourna vers moi et me dit : ‘Veux-tu donc être mon meurtrier ?’ Je répondis : ‘Pourquoi voudrais-je être votre meurtrier ? Je vous ai seulement demandé cela.’ Bouraïda dit : ‘Ils étaient un groupe d’hommes au sujet desquels la volonté de Dieu avait déjà été arrêtée. S’Il le veut, Il peut leur pardonner ou les châtier. C’est à Dieu qu’incombe de régler leur compte.’” (Ibn Sa‘d, 4/176 ; Hayât as-Sahâba, 3/388).

Un jour, il se rendit auprès de Ḥazrat Amîr Muʿâwiya. Muʿâwiya était alors assis et conversait avec un homme. Burayda dit : « Muʿâwiya, me permettrez-vous également de dire quelques mots ? » Muʿâwiya répondit : « Oui. » Il pensait que Burayda allait probablement tenir, comme les autres, certains propos. Mais Burayda dit : « J’ai entendu le Messager d’Allah dire : “J’espère intercéder, le Jour de la Résurrection, en faveur d’un nombre de personnes égal à celui des arbres, des pierres et des grains de sable du monde. Muʿâwiya, vous espérez cette intercession, tandis que ʿAlî ne pourrait-il pas l’espérer ?” » (Musnad de l’imam Aḥmad, 4/347 ; Ḥayât al-Ṣaḥâba, 3/49.) Il est probable que le premier homme critiquait Ḥazrat ʿAlî et que Muʿâwiya espérait entendre ces mêmes propos de la bouche de Burayda. Dire la vérité était l’une de ses qualités particulières. À cet égard, il ne craignait même pas les personnalités les plus éminentes.

Burayda jouissait d’un honneur et d’un grand respect particuliers parmi les Compagnons. Il conserva dans sa mémoire de nombreux hadiths du Messager d’Allah. Le nombre des hadiths qu’il rapporta s’élève à environ 164. Parmi eux, deux sont rapportés conjointement par al-Bukhârî et Muslim, deux par al-Bukhârî seul et onze par Muslim seul. Tous les hadiths qu’il rapporta lui furent transmis directement de la bouche du Messager d’Allah. Parmi ses élèves, ses fils ʿAbdallah et Sulaymân, ainsi que, entre autres, ʿAbdallah ibn Khuzâʿî, al-Shaʿbî et Mâlih ibn Usâma, sont particulièrement dignes de mention.

Le noble Messager d’Allah se comportait avec lui avec une grande simplicité et une parfaite cordialité. Un jour, Burayda se rendait quelque part lorsqu’il rencontra le Messager d’Allah en chemin. Le Messager d’Allah prit Burayda par la main et se mit à marcher avec lui.

Burayda rapporte : « Nous étions assis auprès du Messager d’Allah lorsqu’un homme de la tribu de Quraych arriva. Le Messager d’Allah l’appela et le fit asseoir près de lui. Lorsque l’homme se leva pour partir, le Messager d’Allah me dit : “Burayda, connais-tu cet homme ?” Je répondis : “Oui. Du point de vue de la noblesse de lignée, il est d’un rang moyen parmi les Quraychites. Mais il est le plus riche d’entre eux.” Je répétai cette phrase trois fois. Puis je dis : “Ô Messager d’Allah, je vous ai fait part de ce que je sais à son sujet. Mais vous en savez davantage que moi.” Le Messager d’Allah dit : “Le Jour de la Résurrection, cette caractéristique de l’homme n’aura aucune importance auprès d’Allah.” »

Tout ce qu’il entendait une fois de la bouche du Messager d’Allah, il s’efforçait de l’appliquer exactement. Un jour, il était assis auprès du Messager d’Allah. Celui-ci dit : « Les gens d’une nation aux visages larges comme des boucliers et aux petits yeux chasseront trois fois ma communauté. En la poursuivant, ils l’encercleront même au sein de la “Péninsule arabique”. Ceux qui fuiront lors de leur première attaque seront sauvés. Lors de la deuxième attaque, certains survivront et d’autres seront tués ! Mais lors de la troisième attaque, tous seront tués. » Les gens demandèrent : « Ô Messager d’Allah, qui sont-ils ? » Il répondit : « Les Turcs. » Il ajouta : « Par Celui qui détient ma vie entre Ses mains, ces gens attacheront leurs chevaux aux piliers des mosquées des musulmans. »

Après cette terrible prédiction, Burayda tenait toujours prêts deux ou trois chameaux, des provisions de voyage et un récipient pour boire de l’eau, afin de pouvoir fuir ce châtiment dès que cette époque arriverait. (Musnad de l’imam Aḥmad, 5/347.)

Ḥazrat Burayda était le chef de la tribu d’Aslam. Ḥazrat Rabîʿa al-Aslamî était un serviteur du Messager d’Allah, dépourvu de tout soutien et de tout bien. Lorsqu’il se maria, le Messager d’Allah ordonna à Burayda de prendre les dispositions nécessaires pour lui fournir sa dot nuptiale. Burayda recueillit des contributions et exécuta cet ordre.

Il mourut à Marw, en Perse, en l’an 63 de l’Hégire, sous le califat de Yazîd ibn Muʿâwiya. Il laissa deux fils, nommés ʿAbdallah et Sulaymân.

Uqba ibn Amir al-Juhani, qu’Allah l’agrée

Son nom était Uqba, son surnom Abu Amr, et son père s’appelait Amir. Il appartenait à la tribu des Banu Juhaina. Lorsque le noble Messager d’Allah, qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix, arriva à Médine, Uqba gardait alors des chèvres très loin de la ville. La nouvelle de l’arrivée du Messager d’Allah se répandit dans les ruelles de Médine ainsi que dans les déserts et les oasis des environs. Écoutons Uqba lui-même raconter comment eut lieu sa première rencontre avec le Messager d’Allah :

« Lorsque le Messager d’Allah arriva à Médine, je faisais paître mes chèvres à l’extérieur de la ville. Dès que la nouvelle me parvint, j’abandonnai tout et partis à sa rencontre. Me présentant auprès du Messager d’Allah, je lui demandai : “Ô Messager d’Allah, veux-tu me faire prêter serment d’allégeance ?” Il me demanda qui j’étais. Je répondis : “Uqba ibn Amir al-Juhani.” Il me demanda : “Quel serment préfères-tu : celui des Bédouins sédentarisés ou celui de l’émigration ?” Je répondis : “Celui de l’émigration.” Il me fit alors prêter le même serment que celui qu’il faisait prêter aux Émigrés. Après avoir prêté serment d’allégeance entre les mains du Messager d’Allah, je passai une nuit auprès de lui, puis je retournai retrouver mes chèvres dans le désert. »

Nous étions douze musulmans. Nous faisions paître nos chèvres loin de Médine. Certains d’entre nous dirent : “Si, un jour sur deux, nous ne nous rendons pas auprès du Messager d’Allah pour apprendre la religion et prendre connaissance de ce qui lui est révélé, notre vie ne comporte aucun bien.” Chaque jour, l’un d’entre nous se rendrait à tour de rôle à Médine, tandis que les autres feraient paître ses chèvres. Je dis : “Allez-y chacun votre tour ; je me charge de la garde de ses chèvres.” Je ne voulais pas laisser mes propres chèvres à la garde de quelqu’un pour me rendre à Médine.

Mes compagnons commencèrent à se rendre à tour de rôle auprès du Messager d’Allah à Médine, tandis que je faisais paître leurs troupeaux de chèvres. À leur retour, je leur demandais tout ce qu’ils avaient entendu ou appris, et je l’apprenais à mon tour. Cela dura ainsi quelque temps. Puis un sentiment s’éleva en moi : “Puisses-tu périr ! À cause de ces chèvres, tu es privé de la compagnie du Messager d’Allah et de la chance d’entendre directement les paroles sorties de sa bouche !” Après ce sentiment, je laissai mes chèvres et partis pour Médine, avec l’intention de résider définitivement auprès du Messager d’Allah dans la mosquée du Prophète.

J’arrivai à Médine. M’étant rendu à la mosquée du Prophète, j’entendis tout d’abord un homme dire que le Messager d’Allah avait dit : “Celui qui accomplit parfaitement les ablutions sera purifié de tous ses péchés comme il l’était le jour où sa mère lui donna naissance.” Cette parole me plut beaucoup. Umar ibn al-Khattab dit alors : “Tu serais encore plus heureux d’entendre la première parole.” Je lui demandai de la répéter. Il dit : “Le Messager d’Allah a dit : Celui qui meurt sans rien associer à Allah, Allah lui ouvre toutes les portes du Paradis. Les portes du Paradis sont au nombre de huit ; il y entrera par celle qu’il voudra.” À ce moment-là, le Messager d’Allah se présenta parmi nous. Je m’assis face à lui. Il détourna le visage de moi. Il le fit ainsi plusieurs fois. La quatrième fois, je lui demandai : “Ô Prophète d’Allah, que mes père et mère soient sacrifiés pour toi ! Pourquoi détournes-tu ainsi ton visage de moi ?” Cette fois, il se tourna vers moi et dit : “Un seul t’est-il plus cher que douze ?” (Hayatus-Sahaba, 3/214-215 ; Suwar min Hayatis-Sahaba, 4/144).

Uqba combattit pour la première fois aux côtés du Messager d’Allah contre les mécréants à Uhud. Par la suite, il prit activement part à toutes les batailles qui eurent lieu du vivant du Messager d’Allah. Sous le califat du deuxième calife, Umar, qu’Allah l’agrée, il participa à la campagne de Syrie en tant que combattant. Le jour de la conquête de Damas, il fit preuve d’une grande habileté et d’un grand courage dans le tir à l’arc. Après la conquête de Damas, le commandant Abu Ubayda ibn al-Jarrah, qu’Allah l’agrée, l’envoya à Médine afin d’annoncer rapidement la nouvelle au calife. Il parvint auprès du calife à Médine après avoir voyagé sans interruption, jour et nuit, durant seulement huit jours, d’un vendredi à l’autre. Lors de la bataille de Siffin, il combattit aux côtés de l’émir Muawiya, qu’Allah l’agrée. Après la conquête de l’Égypte, Muawiya, qu’Allah l’agrée, le nomma un temps gouverneur de cette région. Abu Amr al-Kindi rapporte que Muawiya lui confia la perception du kharaj (impôt foncier) d’Égypte ainsi que la direction de la prière. Plus tard, lorsqu’il voulut le destituer, il ordonna à Uqba d’attaquer Rhodes. Alors qu’Uqba avançait en direction de Rhodes, il apprit la nomination de Maslama à sa place. Il commenta : “M’envoyer au loin, puis me destituer ?” Cela se passa en l’an 47 de l’Hégire. Après sa destitution, il se retira de la campagne. Il existe une divergence concernant l’année de la mort d’Uqba. Selon le récit le plus exact, il mourut en Égypte en l’an 58 de l’Hégire, sous le califat de Muawiya, qu’Allah l’agrée. Il fut enterré au pied du mont Muqattam, au sud de l’actuelle ville du Caire. (Al-Isaba, 3/489 ; Tadhkirat al-Huffaz, 1/43).

Par son savoir et son rang, Uqba, qu’Allah l’agrée, était une personnalité remarquable. Le Coran, le hadith, le fiqh, la science des successions et la poésie occupaient chez lui une place particulière. L’érudit al-Dhahabi dit : “Il était à la fois faqih, savant éminent, lecteur du Livre d’Allah, connaisseur de la science des successions, homme éloquent et poète de haut rang.” (Tadhkirat al-Huffaz, 1/43).

Il portait un intérêt tout particulier à l’apprentissage de la récitation du Noble Coran. Avec une grande ferveur et un vif enthousiasme, il apprenait à réciter le Saint Coran. Il apprit certaines sourates directement auprès du Messager d’Allah, qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix. Un jour, il se jeta aux pieds du Prophète, qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix, et lui demanda : « Ô Messager d’Allah, apprenez-moi donc un peu les sourates Hûd et Yûsuf. » Cette ardeur fit de lui un célèbre récitant du Coran.

Il possédait une voix d’une douceur remarquable. Il récitait le Coran d’une voix mélodieuse. Lorsque, au cœur de la nuit, le silence descendait, il commençait à réciter le Coran d’une voix profondément émouvante. Les Compagnons du Messager d’Allah, qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix, l’écoutaient attentivement. Leurs cœurs se fondaient par crainte d’Allah et leurs yeux se remplissaient de larmes. Un jour, le calife ‘Umar, qu’Allah l’agrée, lui dit : « ‘Uqba, fais-nous entendre quelques versets du Coran. » ‘Uqba commença sa récitation. En l’entendant, ‘Umar, qu’Allah l’agrée, fondit en larmes, au point que sa barbe fut mouillée par ses pleurs. ‘Uqba ibn ‘Âmir compila de sa propre main un exemplaire du Saint Coran. Jusqu’au neuvième siècle de l’Hégire, cet exemplaire fut conservé dans la mosquée égyptienne appelée Jâmi‘ ‘Uqba ibn ‘Âmir. À la fin de l’exemplaire, on lisait : « ‘Uqba ibn ‘Âmir al-Juhanî l’a écrit. » C’était le plus ancien exemplaire du Coran découvert dans le monde. Mais la malheureuse communauté musulmane a perdu ce précieux patrimoine, comme tant d’autres choses. (Tahdhîb at-Tahdhîb, 7/243 ; Suwar min hayât as-sahâba, 4/148-149 ; Muhâjirîn, 2/236.)

Dans la transmission des hadiths du Messager d’Allah, qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix, il n’était nullement en reste. Le nombre total des hadiths qu’il rapporta s’élève à cinquante-cinq. Parmi eux, sept sont unanimement rapportés par al-Bukhârî et Muslim ; un seul est rapporté exclusivement par al-Bukhârî et sept exclusivement par Muslim. De nombreux grands Compagnons parcouraient de longues distances pour venir écouter des hadiths auprès de lui. Abû Ayyûb se rendit de Médine en Égypte uniquement pour entendre un seul hadith, puis reprit la route vers Médine dès qu’il l’eut entendu. Le grand savant de la communauté, ‘Abdullah ibn ‘Abbâs, qu’Allah l’agrée, acquit également le savoir auprès de lui. De nombreux célèbres tâbi‘ûn puisèrent en outre dans son trésor de connaissances. Ibn ‘Asâkir rapporte d’après Ibrâhîm ibn ‘Abd ar-Rahmân ibn ‘Awf. Celui-ci dit : « Par Allah, avant sa mort, ‘Umar ibn al-Khattâb envoya chercher en différents lieux les Compagnons du Messager d’Allah, qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix — ‘Abdullah ibn Hudhâfa, Abû ad-Dardâ, Abû Dharr et ‘Uqba ibn ‘Âmir — et leur dit : “Que sont donc ces nombreux hadiths que vous rapportez du Messager d’Allah ?” Ils répondirent : “Nous interdis-tu de rapporter des hadiths ?” Il dit : “Non. Mais vous resterez auprès de moi. Tant que je serai en vie, vous ne pourrez pas me quitter pour aller ailleurs.” » Tant que ‘Umar vécut, ils ne s’éloignèrent pas de lui. (Hayât as-sahâba, 3/240-241.)

‘Uqba, qu’Allah l’agrée, possédait également une immense érudition dans la jurisprudence islamique. Dans les domaines directement liés à la religion, notamment la khitâba (prédication et éloquence), la poésie et autres, il avait une maîtrise considérable. Bien qu’il fût un Compagnon de très haut rang, ‘Uqba, qu’Allah l’agrée, éprouvait une grande crainte à assumer les responsabilités religieuses. Il fut un temps chargé de diriger la prière en Égypte, mais il évita ensuite cette fonction. Abû ‘Alî al-Hamadânî raconte : lors d’un voyage, des gens lui dirent un jour : « Puisque vous êtes un Compagnon du Messager d’Allah, qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix, vous allez diriger la prière. » Il répondit : « Non. J’ai entendu le Messager d’Allah dire : “Si quelqu’un dirige la prière et l’accomplit correctement, au moment approprié, il y a une récompense pour l’imam comme pour ceux qui prient derrière lui. Mais si une erreur survient, l’imam devra en répondre, tandis que ceux qui prient derrière lui n’en porteront aucune responsabilité.” »

Servir le noble Messager d’Allah, qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix, était sa seule passion. En voyage, il se chargeait souvent de tenir et de tirer les rênes de la mule du Messager d’Allah, appelée ash-Shahbâ’. Durant cette période de service et de compagnie, il ne manquait jamais l’occasion d’acquérir des connaissances religieuses. Il rapporte : « Un jour, j’accompagnais le Messager d’Allah lors d’un voyage. Alors que je tirais sa monture, il me dit : “Ô ‘Uqba, veux-tu que je t’indique les deux meilleures sourates à réciter ?” Je répondis : “Oui, dites-moi.” Il dit : “Ce sont les deux sourates : Qul a‘ûdhu bi-rabbil-falaq et Qul a‘ûdhu bi-rabbin-nâs.” »

Il éprouvait un tel respect pour le Messager d’Allah, qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix, qu’il considérait même comme une inconvenance le fait de monter sur sa monture. Un jour, alors qu’il accomplissait durant un voyage le service qui lui avait été assigné, le Messager d’Allah arrêta sa bête et la fit asseoir. Puis, descendant du dos de l’animal, il lui dit : « Ô ‘Uqba, monte sur la monture. » ‘Uqba répondit : « Gloire à Allah ! Ô Messager d’Allah, je monterais votre monture ? » Le Messager d’Allah renouvela son ordre. ‘Uqba répondit de la même manière. Finalement, après de nombreuses insistances, ‘Uqba monta sur le dos de la bête pour obéir à l’ordre, tandis que le Messager d’Allah en tenait les rênes et la tirait. C’est pourquoi on l’appelait radîf Rasûlillâh, c’est-à-dire « celui qui montait derrière la monture du Messager d’Allah ». Cacher les défauts des gens était une qualité particulière de ‘Uqba. Il considérait comme extrêmement blâmable de divulguer les fautes de quiconque. Un jour, son secrétaire vint lui dire : « Nos voisins boivent du vin. » Il répondit : « Laisse-les faire et n’en parle à personne. » Le secrétaire dit : « Dois-je prévenir la police ? » Il répondit : « Quelle chose regrettable ! Détourne-toi de cela. J’ai entendu le Messager d’Allah dire : “Celui qui dissimule le défaut d’une personne est comme celui qui a rendu la vie à un mort.” » (Hayât as-sahâba, 2/423.)

Il éprouvait un intérêt particulier pour l’art militaire, notamment le tir à l’arc. Il encourageait également les autres à acquérir cette compétence. Un jour, il fit appeler Khâlid ibn al-Walîd et lui dit : « J’ai entendu le Messager d’Allah, qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix, dire : “Pour une seule flèche, Allah accordera le Paradis à trois personnes : celui qui l’a fabriquée, celui qui la porte dans le sentier d’Allah et celui qui la décoche.” Il a également dit : “Parmi toutes les sortes de jeux, trois seulement sont licites : le tir à l’arc, l’entraînement à l’équitation et les plaisanteries avec son épouse. Celui qui apprend l’art du tir à l’arc puis l’oublie a en réalité perdu un immense trésor.” » (Musnad de l’imam Ahmad, 4/148.) Il accumula de nombreuses armes de guerre. Après sa mort, lorsqu’on examina les biens qu’il avait laissés, on trouva dans sa maison un peu plus de soixante-dix arcs, accompagnés d’un certain nombre de flèches et de pointes. Il les donna tous dans le sentier d’Allah. (Suwar min hayât as-sahâba, 4/150-151.)

‘Uqba, qu’Allah l’agrée, était un homme aisé. Il avait également des serviteurs. Malgré cela, il accomplissait lui-même toutes ses tâches.

Le vénérable Uqba, qu’Allah l’agrée, était alité en Égypte, atteint de sa maladie ultime. Dans cet état, il fit appeler ses enfants et leur donna ce conseil : « Mes enfants ! Je vous interdis trois choses ; souvenez-vous-en bien. 1) N’acceptez les hadiths du Messager d’Allah, qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix, de personne autre que d’un homme digne de confiance et fiable. 2) Même si vous portez une aba (une épaisse robe ample, ouverte sur le devant), ne vous endettez jamais. 3) N’écrivez pas de poésie, car votre cœur, délaissant le Coran, finirait par se consacrer à cette occupation. » (Hayatus-Sahaba, 3/201).

En résumé, le talent latent que possédait Uqba, le gardien de chèvres, connut son plein épanouissement au cours de sa brève compagnie du Messager d’Allah, qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix. Par la suite, il devint, parmi les Compagnons, l’un des plus grands savants, l’un des meilleurs récitateurs du Coran, un éminent commandant victorieux et un grand gouverneur. Lorsqu’il abandonna la garde des chèvres pour se mettre au service du Messager d’Allah, qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix, il ne se doutait nullement qu’un jour il serait à l’avant-garde de l’armée conquérante de Damas et qu’il posséderait une maison à Bab Touma, à Damas. Le jour où il décida de retourner à Médine, il ne lui vint pas un instant à l’esprit qu’il deviendrait un jour l’un des chefs de la conquête de l’Égypte, qu’il en serait le gouverneur et qu’il aurait une maison sur le mont al-Muqattam, au Caire. L’islam fit tellement s’épanouir son talent latent qu’il passa de gardien de chèvres à tout cela.

Abou Barza al-Aslami, qu’Allah l’agrée

Les spécialistes de la science des narrateurs divergent considérablement au sujet du véritable nom d’Abou Barza. Selon l’opinion la plus communément retenue, son nom était Nadla ibn Ubayd, tandis qu’Abou Barza était sa kunya, ou surnom. (Al-Isaba, 4/19)

Il embrassa l’islam dès les débuts de la prédication islamique à La Mecque. Après être devenu musulman, il participa aux côtés du vénérable Messager d’Allah, qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix, à tous les affrontements qui eurent lieu contre les mécréants. Le jour de la conquête de La Mecque, le noble Messager d’Allah, qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix, pardonna même à ses ennemis les plus acharnés. Toutefois, certains malfaiteurs qui avaient dépassé les limites de l’hostilité et de la rébellion furent tués ce jour-là. Abd ar-Rahman ibn Khatal était de ceux-là. Cet homme avait d’abord embrassé l’islam. Mais après avoir tué un de ses esclaves musulmans, il apostasia et s’enfuit à La Mecque afin d’échapper à la peine islamique du talion, le qisas. Il possédait deux esclaves femmes qui parcouraient les marchés de La Mecque en chantant des chansons diffamatoires contre Muhammad, qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix. Le jour de la conquête de La Mecque, ne trouvant aucune autre issue, le misérable ibn Khatal s’accrocha au voile de la Kaaba et s’y tint, espérant obtenir sa sécurité. Les Compagnons dirent au Messager d’Allah, qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix : « Ibn Khatal se trouve sous la protection du voile de la Kaaba. » Le Messager d’Allah, qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix, ordonna de le tuer. Dès qu’il reçut cet ordre, Abou Barza accourut et le tua. (Abou Dawoud, Kitab al-Jihad ; Sirat ibn Hicham, 2/410)

Abou Barza résida à Médine jusqu’à la mort du noble Messager d’Allah, qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix. Sous le califat du vénérable Omar, qu’Allah l’agrée, il s’installa à Bassora. Il combattit aux côtés du vénérable Ali, qu’Allah l’agrée, lors de la bataille de Siffin, puis contre les kharijites à Nahrawan. Il participa également comme moudjahid à la campagne du Khorassan.

Il existe une divergence concernant la date de la mort du vénérable Abou Barza, qu’Allah l’agrée. Selon certains, il mourut en l’an 60 de l’Hégire, tandis que d’autres situent sa mort en l’an 65. Ce second avis semble plus exact, car il était encore vivant lors de l’affrontement entre Marwan et Abdallah ibn az-Zubayr, qu’Allah les agrée, et disait : « Ils se disputent pour toutes les affaires de ce monde. » (Hayatus-Sahaba, 2/407). À sa mort, il ne laissa qu’un fils, Mughirah.

Le vénérable Abou Barza, qu’Allah l’agrée, eut l’occasion de jouir d’une longue compagnie du noble Messager d’Allah, qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix. C’est pourquoi il conserva dans sa mémoire un nombre important de hadiths du Messager d’Allah, qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix. Le nombre de hadiths qu’il a rapportés s’élève à 64. Parmi eux, 27 sont reconnus par al-Boukhari et Mouslim. Al-Boukhari en a rapporté deux seul, et Mouslim quatre seul.

Le vénérable Abû Barza — qu’Allah l’agrée — possédait naturellement une certaine inclination pour le renoncement au monde. Il ne portait pas de vêtements coûteux et ne montait pas non plus à cheval. Il se déplaçait en se couvrant les parties intimes de deux pièces de tissu couleur safran. Un compagnon contemporain de celui-ci était Aïdh ibn ‘Umar. Celui-ci portait des vêtements précieux et montait également à cheval. Un homme, dans l’intention de semer la discorde entre eux, se rendit auprès du vénérable Aïdh et lui dit : « Regardez Abû Barza : dans sa manière de s’habiller, il s’oppose à vous. Vous portez des vêtements précieux en khuzz et montez à cheval, tandis que lui évite ces deux choses. » Mais la fraternité des Compagnons était bien plus profonde et solide que ne pouvaient le laisser paraître leurs vêtements et leurs manières. Le vénérable Aïdh répondit à l’homme : « Qu’Allah fasse miséricorde à Abû Barza. Qui donc, parmi nous aujourd’hui, est à son niveau ? » Déçu, l’homme se rendit ensuite auprès d’Abû Barza et lui dit : « Regardez donc Aïdh. Votre manière de vivre ne lui plaît pas. Il se promène à cheval et de précieux vêtements en khuzz embellissent son corps. » Mais là encore, l’homme reçut la même réponse. Abû Barza lui dit : « Qu’Allah fasse miséricorde à Aïdh. Qui donc, parmi nous, possède une dignité comparable à la sienne ? »

Un jour, un homme adressa des paroles dures au vénérable Abû Bakr as-Siddîq — qu’Allah l’agrée. Abû Barza s’écria aussitôt : « Dois-je lui trancher le cou ? » Abû Bakr — qu’Allah l’agrée — le réprimanda et dit : « Après le Messager d’Allah — qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix —, une telle peine n’est permise à l’encontre de personne. » (Kanz al-‘Ummâl, 2/161 ; Hayât as-Sahâba, 2/638)

Servir les pauvres et les nécessiteux était un trait particulier d’Abû Barza. Du matin au soir, il nourrissait les indigents et les miséreux. Hasan ibn Hakîm le rapporte de sa mère.

Abû Barza faisait servir matin et soir du tharîd — un mets particulièrement apprécié des Arabes — aux veuves, aux orphelins et aux nécessiteux. (Hayât as-Sahâba, 2/194-195).

Il ne pouvait tolérer aucune raillerie, plaisanterie ou moquerie à l’égard du vénérable Messager d’Allah — qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix. ‘Ubayd Allah ibn Ziyâd désirait obtenir des informations au sujet du « bassin de Kawthar ». Il demanda aux gens qui pouvait parler du « bassin de Kawthar ». Ils lui parlèrent d’Abû Barza — qu’Allah l’agrée. ‘Ubayd Allah le fit venir. Il se rendit auprès de lui. En le voyant arriver, ‘Ubayd Allah dit sur un ton moqueur : « Est-ce là votre prétendu Muhammadî ? » Très irrité, Abû Barza répondit : « Louange à Allah ! Je vis à une époque où l’honneur de la compagnie des Compagnons est regardé avec mépris. » En disant cela, il s’assit très en colère. ‘Ubayd Allah posa sa question, et Abû Barza répondit : « Celui qui nie le bassin de Kawthar ne pourra même pas s’en approcher, et Allah ne lui en fera pas boire. » Sur ces mots, il se leva et partit.

Il est rapporté d’Abû Barza. Il dit : « Lors d’une bataille — selon une autre version, à Khaybar —, nous attaquâmes l’armée des associateurs et la repoussâmes loin de ses ustensiles de préparation du pain. Puis nous nous en emparâmes et commençâmes à les manger. À l’époque de l’Ignorance, nous entendions dire que ceux qui mangeaient du pain blanc devenaient gros. Après avoir mangé le pain qu’ils avaient abandonné, certains d’entre nous regardaient leur propre épaule pour voir s’ils avaient grossi ou non. » (Hayât as-Sahâba, 1/323). Cet épisode montre que les nobles Compagnons n’utilisaient généralement pas de farine blanche et fine.

Fadl ibn ‘Abbâs — qu’Allah l’agrée

Son nom était Fadl et son surnom Abû Muhammad. Son père était le célèbre Compagnon al-‘Abbâs ibn ‘Abd al-Muttalib — qu’Allah l’agrée — et sa mère Lubâba bint al-Hârith al-Hilâliyya. Il était le cousin paternel du Messager d’Allah — qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix — et le fils aîné de son père. C’est pourquoi on appelait son père al-‘Abbâs « le père d’Abû al-Fadl », et sa mère Lubâba « Umm al-Fadl », c’est-à-dire « la mère de Fadl ».

Avant même la bataille de Badr, il embrassa l’islam avec les autres membres de sa famille, mais ne le révéla pas par crainte des mécréants de La Mecque. Peu avant la conquête de La Mecque, il émigra à Médine avec son père, Hadrat al-‘Abbâs — qu’Allah l’agrée —, et son jeune frère ‘Abdullah — qu’Allah l’agrée. Il avait treize ans au moment de l’émigration, tandis que ‘Abdullah en avait huit. (Hayât al-Sahâbah, 1/373.) Après son émigration à Médine, il participa pour la première fois à l’expédition de La Mecque. Il prit ensuite part à l’expédition de Hunayn. Au premier stade de l’attaque, lorsque l’armée musulmane, proche de la défaite, commença à prendre la fuite, il resta néanmoins fermement sur le champ de bataille aux côtés de Hadrat le Noble Messager d’Allah — paix et bénédictions d’Allah sur lui. Lors du Pèlerinage d’Adieu, il était assis sur la même monture que le Messager d’Allah — paix et bénédictions d’Allah sur lui. C’est pourquoi, à partir de ce jour, il fut honoré du titre de « Radîf al-Rasûl ». À cette occasion, un jeune homme et une belle jeune femme de la tribu de Khath‘am vinrent interroger le Messager d’Allah — paix et bénédictions d’Allah sur lui — sur diverses règles du pèlerinage. Comme il n’est pas permis aux femmes de porter le niqâb pendant le pèlerinage, le visage de la jeune femme était découvert. Fadl était un jeune homme très séduisant. La jeune femme continuait à le regarder furtivement, et Fadl la regardait également. Hadrat le Noble Messager d’Allah — paix et bénédictions d’Allah sur lui — détourna plusieurs fois le visage de Fadl. Le Messager — paix et bénédictions d’Allah sur lui — dit : « Aujourd’hui, les péchés de celui qui saura maîtriser ses yeux, ses oreilles et sa langue lui seront tous pardonnés. » (Ibn Sa‘d, 4/37 ; al-Isâbah, 3/208.) Le sujet est également rapporté dans le chapitre Bâb Hajj al-Mar’ah du Sahîh al-Bukhârî.

Lors de la lapidation des stèles à Mina, il protégea le Messager d’Allah — paix et bénédictions d’Allah sur lui — du soleil en tenant son manteau levé au-dessus de lui. À Médine, le Messager d’Allah le maria et versa lui-même la dot.

Hadrat Fadl — qu’Allah l’agrée — eut l’honneur de rendre au Messager d’Allah — paix et bénédictions d’Allah sur lui — son dernier service durant sa vie terrestre. Sur son lit de maladie, le Messager — paix et bénédictions d’Allah sur lui — prononça son dernier sermon. Fadl était l’un des deux heureux élus qui l’aidèrent à sortir de sa demeure pour prononcer ce sermon. C’est également Fadl qui annonça au peuple que le Messager d’Allah allait prononcer un sermon. (Al-Isâbah, 3/208.) Après le décès du Messager d’Allah — paix et bénédictions d’Allah sur lui —, Fadl — qu’Allah l’agrée — fut l’un des quelques heureux élus à avoir eu l’occasion de laver son corps béni. Hadrat ‘Alî — qu’Allah l’agrée — procéda aux ablutions funéraires, Fadl versa l’eau, le Messager — paix et bénédictions d’Allah sur lui — tenait le tissu, et un Ansârî nommé Aws ibn Khawli apportait l’eau. (Al-Istî‘âb ; Hayât al-Sahâbah, 2/341.) Al-Wâqidî rapporte que Hadrat Fadl mourut de l’épidémie de peste d’‘Amwâs sous le califat de Hadrat ‘Umar. D’autres ont dit qu’il fut martyrisé lors de la bataille d’Ajnâdayn ou de celle de Yamâmah, sous le califat de Hadrat Abû Bakr. Certains ont encore affirmé qu’il fut martyrisé lors de la bataille de Yamâmah, en l’an 15 de l’Hégire. Il existe de nombreuses divergences au sujet de l’année de sa mort. Cependant, l’imam al-Bukhârî a considéré comme recevable l’opinion selon laquelle il mourut à Ajnâdayn. (Al-Isâbah, 3/209.)

Vingt-quatre hadiths ont été rapportés de Hadrat Fadl — qu’Allah l’agrée. Des Compagnons éminents tels qu’Ibn ‘Abbâs et Abû Hurayrah ont également reçu des hadiths de lui. Parmi les tâbi‘ûn qui reçurent des hadiths de lui figuraient notamment Kurayb, Qutham ibn ‘Abbâs, ‘Abbâs ibn ‘Ubaydillah, Rabî‘ah ibn al-Hârith, ‘Umayr, Abû Sa‘îd, Sulaymân ibn Yasâr, al-Sha‘bî et ‘Atâ’ ibn Abî Rabâh. (Al-Isâbah, 3/209.)

Tulayb ibn ‘Umayr — qu’Allah l’agrée —

Son nom était Tulayb et sa kunya, Abû ‘Adî. Son père était ‘Umayr ibn Wahb, et sa mère, Arwâ bint ‘Abd al-Muttalib, la tante paternelle du Messager d’Allah — paix et bénédictions d’Allah sur lui. Il appartenait à la branche Banû ‘Adî de la tribu de Quraysh. (Ansâb al-Ashrâf, 1/88.)

On ne sait pas grand-chose de la naissance de Hadrat Tulayb ni de sa vie avant l’islam. Les récits historiques indiquent qu’il rejoignit une caravane dès les débuts de l’islam. Certains événements rapportés dans l’histoire montrent qu’il vouait une dévotion et un amour sans limites à son cousin maternel Muhammad et à sa religion. Tulayb était constamment irrité par l’attitude hostile des Quraysh envers le Messager d’Allah — paix et bénédictions d’Allah sur lui. Il répondait parfois avec vigueur à la rudesse dont les Quraysh faisaient preuve envers le Messager d’Allah — paix et bénédictions d’Allah sur lui. Dans ces actions, sa pieuse mère lui apportait toujours son soutien.

Al-Hârith al-Taymî rapporte que Tulayb ibn ‘Umayr embrassa l’islam alors que le Messager d’Allah — paix et bénédictions d’Allah sur lui — résidait à Dâr al-Arqam, la maison d’al-Arqam, à La Mecque. Après avoir embrassé l’islam, il en sortit et se rendit directement auprès de sa mère, Arwâ bint ‘Abd al-Muttalib. Il lui dit : « Mère, j’ai suivi Muhammad et je me suis soumis à Allah. » Sa mère répondit : « La personne la plus digne de t’apporter aide et soutien est le fils de ta tante maternelle. Si je possédais la force et le pouvoir des hommes, je le protégerais certainement des gens. » Tulayb dit : « Mère, quel obstacle vous empêche d’embrasser l’islam et de devenir son adepte ? Votre frère Hamzah a pourtant embrassé l’islam. » Sa mère répondit : « J’attends de voir ce que feront mes autres sœurs. Je les suivrai dès qu’elles le feront. »

Tulaïb dit : « Tant que vous n’irez pas le saluer et témoigner devant lui qu’il n’y a de divinité qu’Allah, je continuerai à invoquer Allah en votre faveur. » La mère bienheureuse ne put rejeter la demande de son fils. Elle déclara : « Ashhadu an lâ ilâha illâ Allâhu wa anna Muhammadan rasûlullâh » — « J’atteste qu’il n’y a de divinité qu’Allah et que Muhammad est le Messager d’Allah. » À partir de ce jour, elle se mit à soutenir de toutes les manières le Messager d’Allah (s.a.s.) par sa parole et ordonna à son fils Tulaïb de rester aux côtés du Messager d’Allah (s.a.s.) en toutes circonstances. (Tabaqât, 3/123 ; Al-Isâba, 2/233-234).

Au début de l’islam à La Mecque, ceux qui embrassèrent l’islam furent persécutés de diverses manières par les Quraychites. Un jour, Tulaïb et Hâtib ibn Amr accomplissaient la prière dans le quartier de ‘Âd Iyâd al-Asghar, à La Mecque. Les deux pires criminels de La Mecque à cette époque, Ibn al-Asdâ et Ibn al-Ghaytala, les aperçurent. Ils les attaquèrent en leur lançant des pierres. Hâtib et Tulaïb repoussèrent cette attaque pendant près d’une heure, puis réussirent à s’enfuir de justesse, sauvant leur vie. (Ansâb al-Ashrâf, 1/117).

‘Uqba ibn Abî Mu‘ayt, à La Mecque, était un ennemi acharné du Messager d’Allah (s.a.s.). De plus, il était d’un naturel extrêmement vil. Il faisait subir toutes sortes de tourments au Messager d’Allah (s.a.s.). Un jour, il apporta un panier d’ordures et commença à le vider devant la porte de la maison du Messager d’Allah (s.a.s.). Tulaïb s’en aperçut. Il accourut, arracha le panier des mains de ‘Uqba et lui tira les deux oreilles. Furieux, ‘Uqba suivit Tulaïb jusqu’à sa mère et se plaignit en disant : « Ne vois-tu pas que ton fils a pris le parti de Muhammad ? » La bienheureuse fille d’Abd al-Muttalib répondit : « Eh bien, dis-moi donc : qui serait plus digne que Tulaïb de prendre sa défense ? Muhammad est son cousin maternel. Nos biens, notre argent et nos vies sont tous consacrés à Muhammad. » Puis elle récita un vers dont le sens était : « Tulaïb a secouru son cousin maternel ; il a témoigné sa compassion pour son sang et ses biens. »

Il convient de préciser que cet ‘Uqba fut capturé par l’armée musulmane lors de la bataille de Badr et tué sur ordre spécial du Messager d’Allah (s.a.s.). (Ansâb al-Ashrâf, 1/147).

Après avoir embrassé l’islam, le vénérable Tulaïb (r.a.) resta quelque temps à La Mecque, résistant à toutes les persécutions et sévices des Quraychites. Mais lorsque les persécutions atteignirent leur paroxysme et qu’il devint tout à fait impossible de rester à La Mecque, il émigra en Abyssinie avec le deuxième groupe d’émigrants à destination de ce pays. Après y avoir séjourné quelque temps, il fit partie de ceux qui revinrent d’Abyssinie à La Mecque, après avoir entendu la rumeur selon laquelle tous les habitants de La Mecque avaient embrassé l’islam. (Sîrat Ibn Hishâm, 1/324, 366).

Après son retour d’Abyssinie, il séjourna quelque temps à La Mecque. Puis il émigra de nouveau à Médine. À Médine, il fut l’hôte du vénérable ‘Abdullah ibn Salâma al-‘Ajlânî. Le Messager d’Allah (s.a.s.) établit entre lui et Mundhir ibn ‘Amr al-Sâ‘idî une mu’âkhât, c’est-à-dire un lien de fraternité islamique.

Selon le récit de Muhammad ibn ‘Umar, le vénérable Tulaïb participa à la bataille de Badr. Al-Tabarî dit : « Le fait qu’il ait participé à la bataille de Badr est établi avec certitude. » Cependant, Mûsâ ibn ‘Uqba, Muhammad ibn Ishâq et Abû Ma‘shar ne mentionnent pas le nom de Tulaïb dans leurs listes des participants à la bataille de Badr. (Tabaqât, 3/123).

On ne trouve dans les ouvrages de sîra aucune autre information sur ses activités entre la bataille de Badr et sa mort. On peut toutefois supposer qu’un homme aussi ardent que lui ne pouvait jamais rester inactif. Il participa à toutes les expéditions jusqu’à la fin de sa vie.

Il tomba en martyr lors de la bataille d’Ajnadayn, au mois de Jumādā al-Awwal de l’an 13 de l’Hégire. Toutefois, Musʿab ibn ʿAbd Allāh rapporte qu’il fut martyrisé à la bataille de Yarmouk. Il avait 53 ans au moment de sa mort. Il ne laissa aucun enfant. (Ṭabaqāt, 3/124 ; al-Istīʿāb).

Thawbān ibn Najdah, que Dieu l’agrée

Il s’appelait Thawbān, son père Najdah, et sa kunya, ou surnom, était Abū ʿAbd Allāh. Il était originaire de la célèbre tribu himyarite du Yémen. (Aṣaḥḥ al-Siyar, p. 599.) Pour une raison quelconque, il devint esclave. Le Noble Messager de Dieu, que la paix et les bénédictions de Dieu soient sur lui, l’acheta, puis l’affranchit. Au moment de l’affranchir, il lui dit : « Si tu le souhaites, tu peux retourner auprès des tiens ou rester avec moi. Si tu restes avec moi, tu seras considéré comme un membre de ma famille. » Thawbān préféra rester auprès du Messager de Dieu, que la paix et les bénédictions de Dieu soient sur lui, plutôt que de retourner dans sa tribu.

Après le décès du Noble Messager de Dieu, que la paix et les bénédictions de Dieu soient sur lui, il resta quelque temps à Médine. Sans le Messager, que la paix et les bénédictions de Dieu soient sur lui, Médine lui devint insupportable. Il quitta Médine et s’installa dans un lieu de Syrie appelé Ramla. Il participa à la campagne d’Égypte, puis quitta Ramla et s’installa à Hims. C’est à Hims qu’il mourut en l’an 54 de l’Hégire.

Thawbān, que Dieu l’agrée, était le serviteur particulier du Messager de Dieu, que la paix et les bénédictions de Dieu soient sur lui. Il eut l’occasion de l’accompagner dans toutes les situations, tant dans sa vie privée que dans sa vie publique. Il acquit ainsi naturellement une maîtrise particulière des « sciences prophétiques », c’est-à-dire des connaissances du Prophète. Cent vingt-sept hadiths du Messager de Dieu, que la paix et les bénédictions de Dieu soient sur lui, ont été rapportés par son intermédiaire. En plus de mémoriser les hadiths, il s’acquittait également de la responsabilité de les transmettre et de les diffuser. L’érudit Ibn ʿAbd al-Barr a dit que Thawbān comptait parmi ceux qui, après avoir mémorisé les hadiths, œuvraient également à leur transmission.

Comme Thawbān, que Dieu l’agrée, avait mémorisé un grand nombre de hadiths, d’innombrables personnes venaient l’écouter. Un jour, alors que des gens lui exprimaient le désir d’entendre des hadiths de sa bouche, il dit : « Lorsqu’un musulman se prosterne une fois pour Dieu, Dieu élève son rang d’un degré et lui pardonne ses péchés. » (Musnad de l’imam Aḥmad ibn Ḥanbal, 5/276.)

Les célèbres traditionnistes de l’époque de Thawbān, que Dieu l’agrée, vérifiaient auprès de lui l’authenticité des hadiths qu’ils avaient entendus d’autres personnes. Un éminent spécialiste du hadith tel que Saʿdān ibn Ṭalḥah entendit un hadith de la bouche d’Abū al-Dardāʾ, que Dieu l’agrée, puis en vérifia l’authenticité auprès de Thawbān, que Dieu l’agrée. Après le décès du Noble Messager de Dieu, que la paix et les bénédictions de Dieu soient sur lui, il fut considéré comme l’un des principaux compagnons mujtahids de Médine. (Aʿlām al-Muwaqqiʿīn, 1/15.)

Le cercle des disciples de Thawbān, que Dieu l’agrée, était lui aussi très étendu. Saʿdān ibn Ṭalḥah, Rāshid ibn Saʿd, Jubayr ibn Nuḍayr, ʿAbd al-Raḥmān ibn Ghanam et Abū Idrīs, entre autres, comptaient parmi ses disciples les plus éminents.

Il vouait au noble Messager d’Allah ﷺ une telle dévotion et un tel respect qu’il ne pouvait supporter d’entendre de la bouche d’un non-musulman le moindre mot exprimant un manque de respect envers le Messager d’Allah ﷺ. Un jour, un juif vint trouver le Prophète ﷺ et lui dit : « As-salâmu ‘alayka, ô Muhammad. » Aussitôt, Thawbân entra dans une violente colère. Il poussa ce juif si fortement que le malheureux manqua de tomber et eut beaucoup de mal à retrouver son équilibre. Après s’être quelque peu ressaisi, l’homme demanda la raison d’une telle colère. Thawbân répondit : « Pourquoi as-tu dit : “Ô Muhammad”, au lieu de dire : “Ô Messager d’Allah” ? » L’homme répondit : « Quel tort ai-je donc commis ? Je n’ai fait que prononcer son nom de famille. » Le Messager d’Allah ﷺ approuva ses paroles et dit : « Oui, mon nom de famille est Muhammad. »

L’honneur de la prophétie est certes une chose immense. Si quelqu’un regardait avec indifférence ou mépris la relation de servitude qui le liait au Messager d’Allah ﷺ, il l’en avertissait. Alors qu’il résidait à Hims, il tomba un jour malade. Lorsque le gouverneur de Hims à l’époque, ‘Abdullah ibn Qirât al-Azdî, ne vint pas lui rendre visite, il lui écrivit une lettre : « Si le serviteur de Moïse et de Jésus se trouvait chez toi, tu t’enquerrais de sa maladie ou tu irais le voir. » À la réception de cette lettre, le gouverneur sortit de chez lui avec une telle précipitation que les gens pensèrent certainement qu’un événement considérable s’était produit. Il arriva ainsi chez Thawbân et resta longtemps assis auprès de lui.

Il était si attentif à l’observance des instructions du noble Messager d’Allah ﷺ qu’il mettait en pratique toute instruction reçue de lui durant toute sa vie, et ne faisait jamais quoi que ce soit qui pût comporter le moindre risque de désobéir à un ordre. At-Tabarânî rapporte d’après Abû Umâma — qu’Allah l’agrée — que celui-ci a dit : « Le Messager d’Allah ﷺ demanda : “Qui prêtera serment d’allégeance ?” Thawbân répondit : “Ô Messager d’Allah, nous t’avons déjà prêté serment d’allégeance.” Le Messager d’Allah ﷺ dit : “Prêtez serment de ne rien demander à personne.” Thawbân demanda : “Dans quel but, ô Messager d’Allah ?” Il répondit : “Pour le Paradis.” Thawbân prêta alors serment sur cette base. » Abû Umâma dit : « Je le vis à La Mecque, monté sur sa monture au milieu de la foule. À ce moment-là, son fouet tomba de sa main. Il tomba apparemment sur le cou d’un homme, qui le ramassa. Celui-ci voulut ensuite le remettre à Thawbân, mais il ne l’accepta pas : il descendit de sa monture et le ramassa lui-même. » (Hayât as-Sahâba, 1/242).

Selon une autre version, le Messager d’Allah ﷺ dit : « Je garantis le Paradis à celui qui me promet de ne rien demander aux gens. » En entendant cela, Thawbân s’écria : « Je le garantis. » Dès lors, il ne demanda plus rien à personne. (Al-Isâba, 1/204).

Yûsuf ibn ‘Abd al-Hamîd a rapporté : « Thawbân m’a dit qu’un jour, le Messager d’Allah ﷺ invoqua Allah en faveur des membres de sa famille. Je dis : “Je fais moi aussi partie des ahl al-bayt (les membres de votre famille).” La troisième fois, il dit : “Oui, tu fais partie de ma famille. Toutefois, tu ne te tiendras jamais devant une porte fermée et tu n’iras jamais demander quoi que ce soit à un émir.” » (Al-Isâba, 1/204).

L’histoire rapporte qu’après toutes ces instructions, il ne demanda plus jamais rien à personne de toute sa vie.

‘Amr ibn ‘Abasa — qu’Allah l’agrée —

Son nom était ‘Amr et sa kunya, ou surnom, Abû Najîh. Son père était ‘Abasa ibn ‘Âmir et sa mère Ramla bint al-Waqî‘a. Il était le frère utérin du célèbre Compagnon Abû Dharr al-Ghifârî — qu’Allah les agrée tous deux. (Al-Isâba, 3/5).

Depuis le début de sa vie, Amr était un homme de nature droite. Même à l’époque de la Jâhiliyya, alors que toute l’Arabie était plongée dans l’adoration des idoles, il détestait cette pratique et considérait les idolâtres comme égarés. Il se proclamait le quatrième homme de l’islam, ou le quart de l’islam. Lorsqu’on lui demanda sur quoi il fondait cette prétention, il répondit : « À l’époque de la Jâhiliyya, je croyais que les gens étaient égarés. Les idoles n’avaient aucune importance à mes yeux. Je savais que, de même qu’elles ne pouvaient causer aucun dommage, elles ne pouvaient procurer aucun bien. Pourtant, ils adoraient des statues de pierre. À cette époque, je demandai à un ahl al-kitâb, c’est-à-dire à un homme croyant en une religion révélée, quelle était la meilleure religion. Il me répondit : “Un homme apparaîtra à La Mecque. Il délaissera la divinité de son peuple et appellera les gens à une autre divinité. C’est lui qui apportera la meilleure religion. Lorsque tu entendras parler de son apparition, tu le suivras.” »

Amr raconte : « À ce moment-là, je reçus une nouvelle de La Mecque. Je n’osai demander à personne si quelque chose de nouveau s’y était produit. Finalement, je me rendis à La Mecque monté sur le dos d’une bête. Là, ayant interrogé un cavalier, celui-ci me répondit : “Un homme est apparu ici ; il déteste la divinité de son peuple, ou de sa propre nation.” Je rencontrai secrètement le Messager d’Allah, car, à cette époque, les gens de son peuple s’opposaient violemment à lui. Selon une autre narration, la rencontre d’Amr avec le Messager d’Allah eut lieu à la foire de ‘Ukâz. Lors de leur première rencontre, leur conversation fut la suivante. Amr demanda : “Qui êtes-vous ?” »

— Je suis le Prophète d’Allah.

— Est-ce Allah qui vous a envoyé ?

— Oui.

— Avec quelle mission vous a-t-Il envoyé ?

— Croire qu’Allah est unique, ne rien Lui associer, briser les idoles et préserver les liens de parenté.

— Quelqu’un a-t-il accepté cet appel ?

— Oui, l’un était un homme libre et l’autre un esclave.

Amr dit : « Ces deux hommes étaient Abû Bakr et Bilâl. » Puis il me demanda : « Permets-moi, moi aussi, de me joindre aux adorateurs d’Allah. Je resterai avec toi. » Le Messager d’Allah — que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui — répondit : « Comment peux-tu rester avec moi alors que je suis combattu de toutes parts ? Retourne maintenant dans ta patrie. Lorsque je commencerai à prêcher publiquement, viens me rejoindre. » Amr dit : « C’est ainsi que j’embrassai l’islam et que je me considérai comme le quatrième musulman. » (Al-Isâba, 3/6 ; Hayât as-Sahâba, 1/71-72.)

Conformément aux instructions du Messager d’Allah — que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui — Amr embrassa l’islam et retourna auprès de sa tribu. Toutefois, il se tenait constamment informé de la situation du Messager d’Allah par l’intermédiaire des personnes qui se rendaient à La Mecque. Après l’émigration du Messager d’Allah — que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui — à Médine, quelques habitants de Yathrib, c’est-à-dire de Médine, vinrent auprès de la tribu d’Amr. Il leur demanda : « Quelle est la situation de l’homme venu de La Mecque à Médine ? » Ils répondirent : « Les gens accourent vers lui par groupes. Ses compatriotes avaient projeté de le tuer, mais ils n’y sont pas parvenus. Il se trouve maintenant à Médine. »

Ayant appris cette nouvelle, Amr partit pour Médine. Lorsqu’il se présenta auprès du Messager d’Allah — que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui — et déclina son identité, celui-ci lui dit : « Oui, je me souviens de toi ; tu m’avais rencontré à La Mecque. » À partir de ce moment, Amr s’établit définitivement à Médine.

Les avis divergent quant à la date de l’arrivée du vénérable Amr à Médine. Selon un avis, il y arriva avant la bataille de Badr et y participa. Mais selon l’opinion la plus répandue, il arriva à Médine après la bataille de Khaybar et avant la conquête de La Mecque. (Al-Isâba, 3/5.)

Les batailles de Badr, d’Uhud, de Hudaybiyya et de Khaybar, ainsi que diverses autres expéditions, s’achevèrent alors qu’il se trouvait encore dans sa patrie. Il participa pour la première fois à l’expédition de la conquête de La Mecque. Il est également rapporté qu’il prit part à l’expédition de Tâ’if. Il l’a lui-même raconté : pendant le siège de Tâ’if, le vénérable Messager d’Allah — que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui — dit : « Celui qui lancera une flèche dans le sentier d’Allah, une porte du Paradis lui sera ouverte. » À l’annonce de cette bonne nouvelle, je lançai seize flèches. Après l’expédition de Tâ’if, on ne sait pas avec certitude à quelle autre bataille il participa. On sait toutefois qu’il prit part à plusieurs autres combats. La date exacte du décès du vénérable Amr ibn Abasa — qu’Allah l’agrée — n’est pas connue. Les spécialistes de la biographie prophétique ont estimé, sur la base de conjectures, qu’il mourut vers la fin du califat du vénérable calife Uthmân — qu’Allah l’agrée. C’est pourquoi l’auteur de l’ouvrage Al-Isâba fî tamyîz as-sahâba, le savant Ibn Hajar al-Asqalânî, s’est fondé uniquement sur cette hypothèse — puisqu’on ne le voit mentionné nulle part pendant le conflit entre Alî et Mu‘âwiya — pour situer sa mort vers la fin du califat d’Uthmân. (Al-Isâba, 3/6.) Cependant, un récit rapporté dans le Musnad de l’imam Ahmad ibn Hanbal indique qu’un traité fut conclu entre l’émir Mu‘âwiya — qu’Allah l’agrée — et les Romains. En vertu de ce traité, l’émir Mu‘âwiya ne pouvait pas attaquer les Romains jusqu’à l’expiration d’un délai déterminé. Mais le vénérable Mu‘âwiya conçut le projet de faire parvenir son armée jusqu’à la frontière romaine, afin que, de son côté, la durée du traité prenne fin. Son armée lancerait alors immédiatement l’attaque. À ce moment-là, Amr ibn Abasa criait partout : « Respectez l’engagement, ne trahissez pas ! » Ce récit montre qu’il était encore vivant jusqu’à l’époque du califat de l’émir Mu‘âwiya. Mais si l’opinion de l’auteur d’Al-Isâba est considérée comme exacte, cet événement aurait eu lieu sous le califat d’Uthmân, lorsque le vénérable Mu‘âwiya était gouverneur de Syrie. Il eut alors également des affrontements avec les Romains.

Le vénérable Amr ibn Abasa — qu’Allah l’agrée — n’eut pas beaucoup d’occasions de bénéficier de la compagnie et de l’affection du Messager d’Allah — que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui. Toutefois, il s’efforça de tirer pleinement parti du peu qu’il en reçut. Nous en trouvons la preuve lors de sa première rencontre avec le Messager d’Allah — que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui — à Médine. Il lui demanda : « Apprends-moi ce qu’Allah t’a enseigné. » C’est pourquoi, malgré une si courte période de compagnie, les recueils de hadiths mentionnent au total quarante-huit hadiths rapportés par lui.

Parmi les Compagnons, Ibn Mas‘ûd, Abû Umâma al-Bâhilî et Sahl ibn Sa‘d, et parmi les tâbi‘ûn, Shurahbîl ibn Samât, Sa‘dân ibn Abî Talha, Sulaym ibn Âmir, Abd ar-Rahmân ibn Âmir, Zubayr ibn Nufayr, Abû Salâm et d’autres ont rapporté des hadiths de lui. (Al-Isâba, 3/5.)

Abû Nu‘aym a rapporté un récit transmis par l’affranchi de Ka‘b. Il a dit : Un jour, ‘Amr ibn ‘Abasa partit faire paître les animaux. Je sortis à midi à sa recherche. Je vis ‘Amr endormi en un endroit, tandis qu’un nuage lui procurait de l’ombre. Je le réveillai. À son réveil, il me dit : « Que cette affaire reste secrète entre toi et moi. Si tu la révèles à quelqu’un d’autre, cela ne sera pas dans ton intérêt. » De son vivant, je n’en ai parlé à personne. (Al-Isâba, 3/6)

Walîd ibn al-Walîd ibn al-Mughîra (qu’Allah l’agrée)

Son nom était Walîd et son père était Walîd ibn al-Mughîra. Il était issu du clan Banû Makhzûm de la tribu de Quraysh. Il était le frère des célèbres Compagnons et chefs militaires Khâlid ibn al-Walîd et Hishâm ibn al-Walîd. Selon un récit, Hishâm était son frère germain, tandis que Khâlid était son demi-frère consanguin. Du vivant mecquois du noble Messager d’Allah, Walîd n’embrassa pas l’islam. Les ouvrages de sîra ne mentionnent guère quelle fut alors son attitude envers les musulmans. On voit toutefois qu’il rejoignit l’armée mecquoise de Quraysh, combattit les musulmans à la bataille de Badr et, après sa défaite, fut fait prisonnier par le vénérable ‘Abdullâh ibn Jahsh — ou, selon une autre version, par Sulayt ibn Qays — (qu’Allah les agrée). (Ansâb al-Ashrâf, 1/302)

Les deux autres frères de Walîd, Khâlid ibn al-Walîd et Hishâm ibn al-Walîd, vinrent le faire libérer. ‘Abdullâh ibn Jahsh exigea une rançon de quatre mille dirhams. Khâlid manifesta alors des hésitations à verser une somme aussi importante. Hishâm se mit très en colère et lui dit : « Qu’as-tu donc ? N’es-tu pas son frère, toi aussi ? Même si ‘Abdullâh exige davantage, il faut malgré tout le libérer. » L’historien Wâqidî rapporte : « Walîd fut capturé alors qu’il professait la religion de son peuple et fut libéré en échange de quatre mille dirhams. » Selon une autre version, le noble Messager d’Allah exigea, en échange de la libération de Walîd, le bouclier, l’armure et l’épée de son père. Ses frères satisfirent cette demande et le firent libérer. (Ansâb al-Ashrâf, 1/210)

Après sa libération, Walîd prit la route de La Mecque avec ses frères. Arrivé à un endroit appelé Dhû al-Hulayfa, il s’enfuit de ses frères, retourna à Médine auprès du Messager d’Allah et embrassa l’islam. Ses frères revinrent le voir et lui dirent : « Si tu voulais devenir musulman, pourquoi ne l’as-tu pas fait avant le paiement de la rançon ? Tu as simplement détruit les souvenirs de notre père pour rien. » Walîd leur répondit : « Comme les autres Qurayshites, je voulais payer la rançon et être libéré. Si je n’ai pas annoncé mon islam avant ma libération, c’est afin que les Qurayshites ne puissent pas dire que je me suis converti par crainte de devoir payer la fidya, c’est-à-dire la rançon. »

Après avoir embrassé l’islam, il reprit la route de La Mecque avec ses frères. En chemin, ses frères ne lui dirent pas grand-chose. Mais, une fois arrivés à La Mecque, ils l’emprisonnèrent lui aussi, comme les autres musulmans persécutés, et le détenèrent dans une même pièce avec d’autres prisonniers tels que ‘Ayyâsh ibn Rabî‘a, Hishâm ibn al-‘Âs et Salama ibn Hishâm.

Les historiens rapportent que les Qurayshites infligeaient des tortures inhumaines à ces prisonniers. Ils les menaçaient également de les tuer.

Al-Kalbî rapporte : « Une communauté faible, dépourvue de puissance tribale et d’effectifs, fut punie pour avoir embrassé l’islam. Beaucoup de ses membres renièrent la religion, tandis que des hommes issus de familles nobles embrassèrent l’islam et furent soumis à l’épreuve. Parmi eux figuraient notamment Salama ibn Hishâm ibn al-Mughîra, Walîd ibn al-Walîd ibn al-Mughîra et ‘Ayyâsh ibn Rabî‘a. » (Ansâb al-Ashrâf, 1/19)

Ibn Ishaq rapporte que, lorsque Walid ibn Walid ibn Mughirah embrassa l’islam, un groupe de membres des Banou Makhzoum se rendit auprès de son frère Hicham ibn Walid ibn Mughirah et lui demanda de le leur livrer afin qu’ils le tuent. Ils prétendaient que, s’ils le tuaient, ils pourraient se sentir en sécurité concernant les autres. Hicham rejeta catégoriquement leur demande et récita un poème. Il les menaça en outre de tuer, en représailles, l’un de leurs hommes les plus honorables si quelqu’un tuait son frère Walid. Face à cette menace extrême, ils renoncèrent à l’espoir de tuer Walid et repartirent. (Sîrat Ibn Hicham, 1/321).

Avant la bataille de Badr, le Noble Messager d’Allah invoquait Allah pour la libération d’Ayyach ibn Rabi‘ah, de Salama ibn Hicham, de Hicham ibn Al-‘As et d’autres. Après la bataille de Badr, lorsque Walid fut fait prisonnier et les rejoignit, le Messager invoqua également Allah en mentionnant son nom. Al-Bazzar rapporte d’après Abou Hourayra que, pendant la prière, après avoir prononcé le salâm, le Messager leva la tête et, tourné vers la qibla, dit : « Ô Allah, libère Salama ibn Hicham, Ayyach ibn Rabi‘ah, Walid ibn Walid et tous les musulmans faibles qui sont incapables d’employer quelque stratagème et ne connaissent aucun moyen. » Selon une autre narration, le Messager prononçait cette invocation lors de la prière de l’aube. (Hayât as-Sahâbah, 3/348).

Il passa plusieurs jours dans cette captivité. Un jour, profitant d’une occasion, il s’enfuit à Médine. Le Noble Messager d’Allah lui demanda des nouvelles d’Ayyach et de Salama. Walid répondit qu’ils étaient torturés et qu’une chaîne avait été attachée à leurs deux pieds. Le Noble Messager d’Allah lui dit : « Retourne à La Mecque. Un forgeron de cet endroit a embrassé l’islam. Va d’abord loger chez lui. Puis rencontre secrètement Ayyach et Salama et dis-leur : “Je suis le représentant du Messager ; venez avec moi.” »

Conformément aux instructions du Messager, Walid arriva à La Mecque, rencontra Ayyach et Salama et leur transmit le message du Messager. Comme prévu, ils s’enfuirent de La Mecque et prirent la route de Médine. Khalid ibn al-Walid se lança à leur poursuite, mais, sans parvenir à les rattraper, il retourna à La Mecque.

Entre-temps, Walid et ses deux compagnons, épuisés par un voyage ininterrompu et par une crainte inconnue, étaient sur le point de perdre leurs forces. À ce moment-là, il répétait sans cesse ce vers de poésie : « Ô mes deux pieds ! Faites-moi parvenir auprès de mon peuple. Après ce jour, vous ne me verrez plus jamais paresseux. »

Lorsqu’il tomba dans un endroit appelé Adjbâs, l’un de ses doigts fut grièvement blessé et se mit à saigner. Il se mit à réciter ce vers en s’adressant à son doigt blessé : « Ô toi qui n’es qu’un doigt, d’où coule le sang !

Tout ce que tu as acquis est entièrement dans le chemin d’Allah. (Ansâb al-Ashrâf, 1/209-210)

Conformément au traité de Hudaybiyyah, le Noble Messager d’Allah se rendit à La Mecque, la septième année de l’Hégire, afin d’accomplir la ‘umra compensatoire de l’année précédente. Walid était alors l’un de ses compagnons de voyage. Son frère Khalid ibn al-Walid n’avait pas encore embrassé l’islam. À ce sujet, Khalid ibn al-Walid rapporte : « Après la trêve de Hudaybiyyah, alors que j’étais plongé dans un profond conflit intérieur et dans l’indécision, le Noble Messager d’Allah entra à La Mecque, au mois de Dhoul-Qa‘da de la septième année de l’Hégire, pour accomplir la ‘Umrat al-Qadâ. Craignant de tomber face à l’un d’eux, je me cachai. Je ne rencontrai aucun d’eux. Mon frère Walid ibn al-Walid accompagnait le Messager lors de ce voyage. Ne me trouvant pas, il m’écrivit une lettre dont voici le contenu : “Au nom d’Allah, le Tout Miséricordieux, le Très Miséricordieux. Cela dit, votre attitude si hostile à l’égard de l’islam m’a fait vous considérer comme un homme très étonnant, alors que vous êtes doué d’une grande intelligence et d’une grande sagesse. Un homme comme vous peut-il ignorer l’islam ? Le Messager m’a demandé à votre sujet : ‘Où est Khalid ?’ J’ai répondu : ‘Allah le fera bientôt venir.’ Il dit alors : ‘Un homme comme lui peut-il ignorer l’islam ? Si son intelligence et ses efforts étaient au service des musulmans, cela lui serait profitable, et je lui accorderais une plus grande considération qu’aux autres. Mon frère, viens dès maintenant prendre part à cette bonne œuvre qui t’a échappé.’” » En réalité, après avoir reçu cette lettre, Khalid ibn al-Walid décida d’embrasser l’islam et partit peu après en direction de Médine. (Hayât as-Sahâbah, 1/160 ; Ousd al-Ghâbah, 5/93).

Deux récits nous sont parvenus concernant l’époque du décès de Hadrat Walid ibn Walid. Selon l’un d’eux, il mourut peu après avoir libéré Ayyash et Salama et être retourné à Médine. Selon ce récit, arrivé à Médine, il se présenta directement auprès du Messager d’Allah (ﷺ) et lui dit : « Ô Messager d’Allah (ﷺ), je suis mourant ; ensevelis-moi dans quelques-uns de tes vêtements usagés. » Il mourut ensuite, et le Messager d’Allah (ﷺ) l’ensevelit dans son propre vêtement. (Al-Isaba, 3/640 ; Ansab al-Ashraf, 1/210-211).

Cependant, le récit ci-dessus ne semble pas exact. En effet, plusieurs récits rapportent qu’il participa avec le Messager d’Allah (ﷺ) à l’accomplissement de l’« Umrat al-Qada » durant la septième année de l’Hégire. L’érudit Ibn Abd al-Barr a écrit : « Il est exact qu’il participa avec le Messager d’Allah (ﷺ) à l’“Umrat al-Qada”. » Or, l’“Umrat al-Qada” eut lieu vers la fin de la septième année de l’Hégire. En revanche, le premier récit laisse entendre qu’il mourut durant la cinquième année de l’Hégire, deux ans avant l’“Umrat al-Qada”.

En outre, Al-Waqidi a dit : « Certains pensent que Walid s’enfuit de La Mecque et rejoignit le groupe d’Abu Basir. » Il convient de préciser qu’Abu Basir arriva à Médine après le traité de Hudaybiyya. Conformément aux conditions du traité, le Messager d’Allah (ﷺ) le renvoya à La Mecque. Mais, en chemin, il tua l’un de ses compagnons, puis retourna auprès du Messager d’Allah (ﷺ) à Médine. Celui-ci lui ordonna de quitter Médine. Abu Basir quitta donc Médine et se rendit dans la région du littoral de la mer Rouge. D’autres jeunes hommes récemment convertis de La Mecque le rejoignirent ensuite. Ils attaquaient et pillaient les caravanes commerciales des Quraysh. Le commerce des Quraysh fut ainsi sur le point de cesser complètement. Finalement, n’ayant plus d’autre recours, les Quraysh demandèrent au Messager d’Allah (ﷺ) de faire revenir ce groupe à Médine. Le Messager d’Allah (ﷺ) les y convoqua. (Ansab al-Ashraf, 1/210-211).

Toutefois, Al-Baladhuri ne considère pas ce récit comme exact. Quoi qu’il en soit, on ne trouve dans les ouvrages de la Sira aucune preuve qu’il ait vécu après la huitième année de l’Hégire.

Umm al-Mu’minin Hadrat Umm Salama était la cousine paternelle de Walid ibn Walid. Après la mort de Walid, elle dit au Messager d’Allah (ﷺ) : « Ô Messager d’Allah (ﷺ), il est mort en terre étrangère. Personne n’est ici pour le pleurer. » Le Messager d’Allah (ﷺ) l’autorisa à porter son deuil. Ayant reçu cette permission, Umm Salama prépara un repas et fit venir les autres femmes du quartier. Hadrat Umm Salama (qu’Allah l’agrée) commença à réciter une marsiya, c’est-à-dire une élégie funèbre. En voici deux vers :

« Ô mes yeux, pleurez Walid ibn Walid ibn al-Mughira. Parmi nous, il était la pluie et la miséricorde aux temps de sécheresse. Par son nom et sa gloire, il ressemblait à son père. À lui seul, il suffisait à son clan. »

Dès qu’il entendit cette élégie, le noble Messager d’Allah (ﷺ) s’exclama : « Umm Salama, au lieu de dire cela, dis plutôt : “La douleur de la mort viendra véritablement ; c’est d’elle que vous avez toujours demandé à être épargnés.” » (Sourate Qaf, 19). (Ansab al-Ashraf, 1/210-211 ; Al-Isaba, 3/640).

Ibn Hisham dit : « Il m’est parvenu, par l’intermédiaire de Mujahid, que celui-ci a dit : “Le verset suivant de la sourate Al-Fath a été révélé au sujet de Walid ibn Walid, Salama ibn Hisham, Ayyash ibn Rabi‘a, Abu Jandal ibn Suhayl et ceux qui leur ressemblaient : ‘Si certains croyants, hommes et femmes, que vous ne connaissiez pas avaient été là, on vous aurait ordonné de combattre. Vous les auriez piétinés sans le savoir, et vous auriez ainsi subi un préjudice à cause d’eux.’” »

(Sourate al-Fath, 25) (Sîrat Ibn Hicham, 2/321).

Salama ibn Hicham, qu’Allah l’agrée

Son nom était Salama et son surnom Abou Hachim. Son père était Hicham ibn al-Mughira et sa mère Daba‘a bint ‘Amir. Il était le frère d’Abou Jahl, un ennemi acharné de l’islam.

Le Dr Muhammad Hamidullah a rapporté une histoire remarquable de la vie de Daba‘a bint ‘Amir, la mère de Salama, à l’époque de la Jâhiliya. Al-Haytham et Ibn al-Kalbi ont rapporté que Mutallib ibn Abi Wada‘a dit à Ibn Abbas : Daba‘a bint ‘Amir était l’épouse de Hawdha ibn ‘Ali. Lorsque Hawdha mourut, Daba‘a hérita d’une immense fortune. Elle retourna ensuite dans la tribu de son père. Là, ‘Abdullah ibn Jud‘an at-Taymi demanda sa main à son père. Celui-ci accepta et la maria à ‘Abdullah.

Sur ce, le père de Daba‘a déclara : « Je l’ai pourtant mariée à Ibn Jud‘an. » Huzn jura alors : « Si Daba‘a se rend auprès d’Ibn Jud‘an, je la tuerai devant son mari. »

Le père de Daba‘a informa Ibn Jud‘an de l’affaire. Ibn Jud‘an lui fit également savoir en retour que, s’il agissait conformément à la prétention du cousin de Daba‘a, l’étendard l’accusant de violation de pacte serait dressé contre lui à la foire de ‘Ukaz. Lorsque le père de Daba‘a relata l’affaire à son cousin, celui-ci s’assouplit et retira sa prétention. Daba‘a fut envoyée auprès d’Ibn Jud‘an. Elle y resta aussi longtemps que Dieu le voulut. Daba‘a était une très belle jeune femme. Alors qu’elle accomplissait un jour le tawaf autour de la Ka‘ba durant sa vie conjugale avec Ibn Jud‘an, elle attira l’attention de Hicham ibn al-Mughira. Hicham fut ébloui par la beauté de Daba‘a. Ils parlèrent quelque temps dans l’enceinte de la Ka‘ba, puis Hicham lui dit : « Daba‘a ! Avec cette beauté et cette jeunesse, tu vis dans la maison d’un vieillard ? Si tu parviens à obtenir le divorce de lui, je t’épouserai. »

De retour chez elle, Daba‘a dit à son mari Ibn Jud‘an : « Je suis une jeune femme, tandis que tu es un vieillard. » Ibn Jud‘an répondit : « Pourquoi dis-tu cela ? J’ai appris que Hicham t’a parlé pendant le tawaf. Tu n’épouseras pas Hicham ; tant que tu ne m’auras pas promis cela, je ne te divorcerai pas. Tu devras également t’engager à accomplir les conditions suivantes si tu l’épouses : 1. accomplir le tawaf autour de la Ka‘ba nue ; 2. sacrifier autant de chameaux ; 3. filer une telle quantité de laine. »

Daba‘a informa Hicham de ces conditions. Hicham dit : « Pour la première condition, j’en discuterai avec les Quraychites et je ferai complètement vider l’enceinte de la Ka‘ba. Tu accompliras le tawaf seule et nue dans l’obscurité de la fin de la nuit. Personne n’aura l’occasion de te voir. Je sacrifierai également les chameaux pour toi. Quant au filage, ce n’est pas une religion. Ce sont les Quraychites qui l’ont institué. Mes voisines accompliront cette tâche pour toi. » Rassurée par la promesse de Hicham, Daba‘a dit à son mari Ibn Jud‘an : « J’accepte tes conditions. Si j’épouse Hicham, je les remplirai. » Ainsi, après avoir obtenu le divorce d’Ibn Jud‘an, Daba‘a épousa Hicham. Après que Hicham eut fait vider l’enceinte de la Ka‘ba en s’adressant aux Quraychites, Daba‘a accomplit le tawaf autour de la Ka‘ba nue. Al-Kalbi rapporte que Mutallib ibn Abi Wada‘a a dit : « J’étais alors un garçon. J’observais la scène en regardant par la porte de la mosquée. Je vis Daba‘a ôter ses vêtements. Elle accomplit ainsi le tawaf pendant une semaine, en récitant un vers. » Hicham remplit également les deux autres conditions. De l’union de Hicham et de Daba‘a naquit Salama ibn Hicham. Par la suite, celui-ci devint un excellent musulman éprouvé. Alors que Daba‘a vivait avec Hicham, son ancien mari, ‘Abdullah ibn Jud‘an, mourut. En apprenant sa mort, Daba‘a commenta : « C’était un mari remarquable pour une femme arabe. » Quelques jours plus tard, Hicham mourut à son tour et Daba‘a devint veuve.

Par la suite, Dabaïa embrassa l’islam. Entre-temps, son fils Salama, devenu adulte, embrassa lui aussi l’islam. Le noble Messager de Dieu (s.a.s.) proposa à Salama d’épouser sa mère. Après avoir consulté sa mère et constaté chez elle une certaine réticence, Salama en informa le Messager (s.a.s.). Celui-ci retira alors sa proposition. (Anṣāb al-Ashrāf, édité par le Dr Hamidullah, vol. 1, note n° 3, p. 460-461).

Salama embrassa l’islam dès les débuts de la prédication islamique à La Mecque. Il émigra en Abyssinie. Après y être resté quelque temps, il revint lui aussi à La Mecque avec de nombreux autres émigrés. Beaucoup retournèrent ensuite en Abyssinie. Salama voulut également y retourner, mais Abou Jahl l’en empêcha. Il commença à le persécuter, le fit affamer et le battit également. Cependant, tous leurs efforts échouèrent. À cette époque, l’islam n’avait pas encore acquis une force véritable. Le Messager (s.a.s.) n’était pas non plus en mesure de lui venir en aide. Toutefois, après la prière, il invoquait Dieu en faveur de Salama et des autres persécutés comme lui, en disant : « Ô Allah, délivre al-Walīd ibn al-Walīd, Salama ibn Hisham et Ayyāsh ibn Rabīʿa de la dureté des polythéistes de La Mecque. » Les événements de la libération de Salama et de son émigration à Médine sont relatés en détail dans la biographie d’al-Walīd.

La bataille de Badr prit fin alors qu’il était encore détenu à La Mecque par les mécréants. Il arriva à Médine après la bataille de Badr, ou, selon une autre opinion, après la bataille du Fossé. Après son arrivée à Médine, il participa à toutes les batailles qui eurent lieu. Lors de la bataille de Mu’ta, il fut lui aussi parmi ceux qui prirent la fuite du champ de bataille sous les assauts impétueux de l’armée ennemie. En raison de cette honte et de ces remords, il cessa presque complètement, par la suite, de sortir de chez lui. Ibn Ishaq rapporte, d’après Umm Salama, Mère des croyants, qu’elle demanda à l’épouse de Salama ibn Hisham : « Qu’est-il arrivé à Salama ? Pourquoi ne le vois-je pas participer à la prière en assemblée avec le Messager de Dieu (s.a.s.) et les musulmans ? » L’épouse de Salama répondit : « Par Dieu, il ne peut absolument pas sortir. Dès qu’il sort, les gens le voient et se mettent à crier : “Ô fuyard ! Vous avez fui du chemin de Dieu !” C’est pourquoi il reste chez lui et ne va nulle part. » (Sīrat Ibn Hisham, vol. 2, p. 382-383).

Le noble Messager de Dieu (s.a.s.) s’adressait à lui en l’appelant « Karrār », c’est-à-dire « celui qui lance de puissantes attaques ». (Al-Iṣāba, vol. 2, p. 69).

Sous le califat d’Abou Bakr al-Ṣiddīq (r.a.), il participa à l’expédition de Syrie. Au cours de cette expédition, il tomba en martyr lors de la bataille appelée « Marj al-Suffar » ou « Marj al-Rūm », qui eut lieu au mois de Muharram de l’an 14 de l’Hégire, sous le califat de ʿUmar. Cependant, selon ʿUrwa, Mūsā ibn ʿUqba et Abū Zurʿa al-Dimachqī, il tomba en martyr à la bataille d’Ajnādayn. (Al-Iṣāba, p. 269).

La mère de Salama, Dabaïa, a dit dans un poème : « Ô Seigneur de la noble Kaaba, il n’y a aucune inquiétude. Accorde à Salama la victoire contre chaque ennemi. Dans les actions incertaines, ses deux mains, dont l’une se manifeste et l’autre est généreuse. » (Anṣāb al-Ashrāf, vol. 1, p. 208).

ʿĀmir ibn Rabīʿa (r.a.)

Son nom était ʿĀmir, sa kunya Abū ʿAbd Allāh, et son père s’appelait Rabīʿa. Le clan auquel il appartenait était lié par un pacte de protection au père de ʿUmar, Khaṭṭāb. Khaṭṭāb l’aimait tellement qu’il l’adopta comme son fils. C’est pourquoi, au début de sa vie, ʿĀmir fut connu sous le nom d’Ibn al-Khaṭṭāb, c’est-à-dire « ʿĀmir, fils de Khaṭṭāb ». Mais lorsque le Coran abolit cette coutume et ordonna à chacun de se faire connaître par le nom de son père biologique, ʿĀmir fut lui aussi connu sous le nom de son père biologique, Rabīʿa, au lieu de celui de Khaṭṭāb.

En raison du lien mentionné, Hazrat Amer et Hazrat Umar entretinrent jusqu’à la fin de leur vie des relations extrêmement cordiales. Hazrat Amer accompagna Hazrat Umar lors de son voyage à Bayt al-Maqdis. L’année où Hazrat Umar se rendit au pèlerinage après avoir désigné Hazrat Uthman comme son successeur, Amer l’accompagna également.

Hazrat Amer fut l’un de ces bienheureux qui embrassèrent l’islam en répondant à l’appel du Messager d’Allah, au tout début de l’islam, avant que Hazrat le Messager bien-aimé ne trouve refuge dans la demeure de Hazrat al-Arqam ibn Abi al-Arqam. Il ne put pas non plus vivre paisiblement à La Mecque, en raison de l’affrontement entre le polythéisme et le monothéisme ainsi que des persécutions et des injustices infligées par les mécréants. Accompagné de son épouse, Hazrat Layla, il émigra deux fois en Abyssinie à la recherche de la paix et de la sécurité. Ibn Ishaq rapporte : l’épouse d’Amer dit : « Nous nous préparions à émigrer en Abyssinie. Amer sortit de la maison pour une affaire. C’est alors qu’Umar se présenta devant moi. Il était encore attaché au polythéisme. Nous étions maltraités par lui. Umar me dit : “Qu’y a-t-il, mère d’Abdullah ! Vous préparez-vous à partir ?” Je répondis : “Oui, nous allons quitter une terre d’Allah pour une autre terre. Vous nous avez fait beaucoup de mal et nous avez opprimés. Nous verrons si Allah nous ouvre une issue.” Umar dit : “Qu’Allah rende votre journée bénie.” L’épouse d’Amer poursuit : « Ce jour-là, je ne vis jamais Umar aussi doux. » Umar s’en alla. Il fut profondément peiné par notre départ. Lorsque Amer rentra, je lui dis : “Père d’Abdullah, si seulement tu avais vu tout à l’heure la tristesse d’Umar et la compassion qu’il éprouvait pour nous !” Amer dit : “Espères-tu qu’il embrasse l’islam ?” Je répondis : “Oui.” Il dit : “L’âne d’al-Khattab pourrait embrasser l’islam, mais celui que tu as vu ne l’embrassera pas.” (Hayat as-Sahaba, 1/356).

Hazrat Amer émigra de nouveau à Médine avec son épouse après être revenu d’Abyssinie à La Mecque. Ibn Ishaq dit : « Parmi les émigrés, après Abu Salama, les premiers à arriver à Médine furent Amer ibn Rabi’a et Abdullah ibn Jahsh. » (Hayat as-Sahaba, 1/363). Selon beaucoup, cela n’est pas exact. Plusieurs personnes arrivèrent à Médine avant eux. Il est toutefois vrai que son épouse, Hazrat Layla, fut la première femme à émigrer de La Mecque à Médine.

Il participa aux côtés du Messager (que Dieu le bénisse et le salue) à toutes les batailles, notamment à Badr, Uhud et al-Khandaq. Il prit également part aux petites expéditions. Au péril de sa vie, il s’acquitta pleinement de la mission de diffuser la parole d’Allah, c’est-à-dire la formule de foi. Il racontait souvent avec fierté à son fils, Abdullah ibn Amer, ses actions glorieuses. Un jour, au cours d’une conversation, il dit : « Le Messager nous envoyait en expédition. En raison de notre pauvreté, il nous donnait quelques dattes comme provisions. Au début, nous en recevions une poignée chacun, puis leur nombre diminua progressivement jusqu’à ce qu’il n’en reste plus qu’une seule. » Hazrat Abdullah demanda avec étonnement : « Comment pouviez-vous tenir avec une seule datte ? » Il répondit : « Mon cher enfant, ne parle pas ainsi. Lorsque les dattes étaient épuisées, nous en venions à désirer ardemment même cette unique datte. »

Vers la fin du califat de Hazrat Uthman, lorsque la discorde et les luttes intestines atteignirent leur paroxysme, Hazrat Amer se retira dans la solitude. Il consacrait constamment ses jours et ses nuits au jeûne, à la prière et à l’adoration. Un jour, alors qu’il était absorbé par l’adoration jusqu’au milieu de la nuit, il fut gagné par un léger assoupissement. Il rêva que quelqu’un lui disait : « Lève-toi, invoque Allah afin qu’Il te préserve de cette discorde, comme Il a préservé Ses autres serviteurs vertueux. » Hazrat Amer se redressa aussitôt. Après cet événement, son isolement et son assiduité dans l’adoration s’accrurent encore. Dès lors, personne ne le vit plus sortir de chez lui. Il tomba malade dans cet état et mourut quelques jours après le martyre de Hazrat Uthman. En raison de son extrême isolement, personne ne sut quand il était tombé malade ni quand il était décédé. Les gens furent stupéfaits lorsqu’ils virent soudain sa prière funéraire.

Mus’ab ibn az-Zubayr dit qu’Amer mourut en l’an 32 de l’Hégire. Selon Abu Ubayda, il mourut en l’an 37 de l’Hégire. Al-Waqidi dit qu’il mourut peu de temps après le martyre de Hazrat Uthman. (Al-Isaba, 2/249).

Il rapporta des hadiths du Messager (que Dieu le bénisse et le salue) par l’intermédiaire de Hazrat Abdullah ibn Umar, Abdullah ibn az-Zubayr, Abu Umama ibn Sahl et d’autres ; ces hadiths sont rapportés dans divers recueils de hadiths, notamment ceux d’al-Bukhari et de Muslim.

On rapporte d’Amer ibn Rabi’a qu’un homme arabe vint le trouver. Amer lui témoigna un grand respect. L’homme raconta cela au Messager (que Dieu le bénisse et le salue). Il revint ensuite auprès d’Amer et lui dit : « J’ai demandé au Messager la propriété d’une vallée dont aucune autre vallée d’Arabie n’égale la beauté. J’avais l’intention de vous en donner une partie, afin qu’elle vous soit utile, à vous et à vos descendants. » Amer répondit : « Je n’ai nul besoin de cette terre. » À la suite de cet événement, ce verset du Coran fut révélé : « Le règlement des comptes des hommes approche, tandis que, dans leur insouciance, ils s’en détournent encore. » (Sourate al-Anbiya, 1). Amer dit : « Ce verset nous détache de ce bas monde. » (Al-Isaba, 2/251-252).

ʿUthmân ibn Talha (qu’Allah l’agrée)

Il s’appelait ʿUthmân, son père était Talha ibn Abî Talha et sa mère, Umm Saʿîd Salama. Il était issu de la branche Banû ʿAmr de la tribu quraychite de La Mecque. À l’époque antéislamique, il était hâjib de la noble Kaʿba, c’est-à-dire son gardien et le détenteur de sa clé. Il continua à exercer cette responsabilité à l’époque islamique. (Usd al-Ghâba, 3/372).

Le père de ʿUthmân ibn Talha, Talha, ses trois frères Musâfi, Kilâb et Hârith, ainsi que son oncle paternel ʿUthmân ibn Abî Talha, furent tués à la bataille d’Uhud par l’armée musulmane alors qu’ils étaient mécréants. Son père, Talha, affronta ʿAlî (qu’Allah l’agrée). ʿAlî (qu’Allah l’agrée) l’envoya en Enfer d’un seul coup d’épée. (Sîrat Ibn Hishâm, 1er tome, note n° 3, p. 470).

On ne sait pas grand-chose de la vie de ʿUthmân ibn Talha avant l’islam. Les sources historiques ne rapportent pas non plus clairement s’il participa ou non aux persécutions et aux sévices infligés aux musulmans à La Mecque avant sa conversion. Un épisode est toutefois connu : après que Musʿab ibn ʿUmayr (qu’Allah l’agrée) eut secrètement embrassé l’islam à Dâr al-Arqam, à La Mecque, il priait en secret. Un jour, ʿUthmân ibn Talha le surprit et en informa sa mère ainsi que les membres de sa tribu. Ceux-ci emprisonnèrent alors Musʿab et le torturèrent. (Hayât as-Sahâba, 1/301).

En évoquant l’émigration d’Umm Salama (qu’Allah l’agrée) de La Mecque à Médine, les spécialistes de la sîra ont souvent mentionné le nom de ʿUthmân ibn Talha. Voici, en résumé, ce qui s’est passé : lorsque Umm Salama, après avoir été libérée des mains des Quraychites de La Mecque, se mit seule en route vers Médine pour rejoindre son époux Abû Salama (qu’Allah l’agrée) et parvint à Tanʿîm, non loin de La Mecque, ʿUthmân ibn Talha s’avança vers elle et lui demanda : « Fille d’Abû Umayya, où vas-tu ? » Elle répondit : « À Médine, auprès de mon époux. » ʿUthmân demanda : « N’y a-t-il personne avec toi ? » Umm Salama répondit : « Personne, si ce n’est mon jeune enfant, Salama. » ʿUthmân prit alors la bride du chameau d’Umm Salama et se mit à marcher en le tirant. Lorsqu’il parvint avec elle au village des Banû ʿAmr ibn ʿAwf, à Qubâ, dans les environs de Médine, il lui dit : « Entre au nom d’Allah ; ton époux est ici. » Sur ces mots, ʿUthmân reprit la route de La Mecque. (Sîrat Ibn Hishâm, 1/469-470).

Lorsque Umm Salama (qu’Allah l’agrée) émigra à Médine, ʿUthmân était encore non musulman.

On trouve des avis divergents concernant la date à laquelle ʿUthmân ibn Talha embrassa l’islam. Selon certains, ce fut lors de la trêve de Hudaybiya ; selon d’autres, ce fut durant la huitième année de l’Hégire ; et selon d’autres encore, le jour de la conquête de La Mecque. Certains récits rapportent qu’avant la conquête de La Mecque, durant la huitième année de l’Hégire, il se rendit à Médine avec Khâlid ibn al-Walîd et ʿAmr ibn al-ʿÂs pour embrasser l’islam. Je me dis alors intérieurement : « Avec qui vais-je me rendre auprès du Messager d’Allah (paix et bénédiction d’Allah sur lui) ? » J’en discutai avec Safwân ibn Umayya. Il rejeta catégoriquement ma proposition et me dit : « Même si personne ne m’accompagne, jamais je ne le suivrai. » Je me rendis ensuite auprès de ʿIkrima ibn Abî Jahl et lui tins les mêmes propos. Il me répondit comme Safwân. Puis je rencontrai ʿUthmân ibn Talha et lui dis : « Notre situation ressemble maintenant à celle d’un renard qui se trouve dans un terrier où l’on verse de l’eau. Il faudra bien qu’à un moment il en sorte. » ʿUthmân comprit mes paroles, les approuva et exprima le même souhait que moi. Je lui dis : « Demain, dès l’aube, je prendrai la route de Médine. » Nous décidâmes ensuite de parvenir séparément, le lendemain matin, à un endroit appelé Yâjûj, situé à trois milles de La Mecque, puis de poursuivre le voyage ensemble. Celui qui arriverait le premier attendrait l’autre. Avant l’apparition de l’aube, nous atteignîmes Yâjûj et nous nous mîmes en route. Arrivés à un endroit appelé Haddâ, nous rencontrâmes ʿAmr ibn al-ʿÂs. Après avoir échangé avec lui, nous apprîmes qu’il était lui aussi parti dans le même but. Nous parvînmes alors tous les trois à Médine et nous nous présentâmes auprès du Messager d’Allah (paix et bénédiction d’Allah sur lui). Je prêtai d’abord serment d’allégeance entre ses mains, puis ʿUthmân et ʿAmr firent de même. C’était au mois de Safar de la huitième année de l’Hégire. (Hayât as-Sahâba, 1/161-162. À cette époque, le poète ʿAbdullah ibn az-Zibaʿrî composa une qasîda pour saluer la conversion de Talha à l’islam. Ibn Hishâm en a recueilli une partie dans son ouvrage de sîra : Sîra, 2/278.) Selon un autre récit, ʿUthmân embrassa l’islam lors de la trêve de Hudaybiya et se rendit à Médine avec Khâlid et ʿAmr. (Al-Isâba, 3/460.) En revanche, divers récits relatifs à la conquête de La Mecque donnent à comprendre que ʿUthmân embrassa l’islam le jour de la conquête, après avoir reçu la clé de la Kaʿba des mains du Messager d’Allah (paix et bénédiction d’Allah sur lui). Cela peut soulever, en apparence, la question suivante : après la conquête de La Mecque, le Messager d’Allah pouvait-il remettre la clé de la Kaʿba à un non-musulman ? Le fait qu’il lui ait remis la clé semble indiquer qu’il s’était converti auparavant. Mais même dans ce cas, une question demeure : avant la conquête de La Mecque, la clé de la Kaʿba se trouvait déjà chez ʿUthmân. Était-il possible qu’avant la conquête de La Mecque, la clé de la Kaʿba soit détenue par un musulman et que les Quraychites l’acceptent ? Ces questions peuvent être résolues de la manière suivante : il se serait rendu auparavant à Médine avec Khâlid et ʿAmr, y aurait proclamé son islam, puis serait retourné à La Mecque ; toutefois, les habitants de La Mecque ne le savaient peut-être pas. (Asahh as-Siyar, p. 304-306).

Depuis l’époque antéislamique jusqu’à la conquête de La Mecque, ʿUthmân était chargé de la garde de la Kaʿba et de la conservation de sa clé. Le jour de la conquête de La Mecque, le Noble Messager d’Allah (paix et bénédiction d’Allah sur lui) lui demanda la clé afin d’entrer à l’intérieur de la Kaʿba. Lorsqu’il rentra chez lui et demanda la clé à sa mère, celle-ci refusa de la lui donner. Il est probable qu’à ce moment-là la mère de ʿUthmân n’était pas encore musulmane. ʿUthmân brandit une épée dégainée, contraignit sa mère à lui remettre la clé, puis la donna au Noble Messager d’Allah. Le Messager d’Allah (paix et bénédiction d’Allah sur lui) ouvrit la porte et entra dans la Kaʿba ; ʿUthmân l’accompagnait. La porte fut fermée de l’intérieur. Après avoir purifié et nettoyé la Kaʿba, le Messager d’Allah en sortit. Puis il s’assit dans la mosquée. ʿAlî (qu’Allah l’agrée) arriva avec la clé de la Kaʿba à la main, se tint debout et dit : « Ô Messager d’Allah, confie-nous la garde de la clé. Attribue désormais aux Banû Hâshim les deux responsabilités de siqâya et de hijâba (donner à boire aux pèlerins et assurer la garde de la Kaʿba). »

Saïd ibn al-Musayyib rapporte que, ce jour-là, Abbas ibn Abd al-Muttalib tenta de s’emparer de la clé de la Kaaba, et que plusieurs membres des Banou Hachim le soutinrent. La responsabilité de fournir l’eau aux pèlerins, appelée siqaya, avait déjà été confiée à Abbas.

Face à cette revendication des Banou Hachim, le noble Messager d’Allah ﷺ demanda : « Où est Othman ibn Talha ? » Lorsqu’Othman fut appelé, le Messager d’Allah ﷺ lui remit la clé — selon une autre version, à Othman et à son cousin Chayba — et dit : « Voici ta clé. Désormais, cette clé restera pour toujours entre vos mains. Quiconque tentera de vous l’arracher sera un injuste. » (Sîrat Ibn Hicham, 2/411-412)

Ibn Saad écrit : « La clé de la Kaaba était depuis toujours sous la responsabilité d’Othman ibn Talha. Il ouvrait la porte de la Kaaba chaque lundi et chaque jeudi. Un jour, le Messager d’Allah ﷺ lui demanda de l’ouvrir un autre jour, mais il refusa catégoriquement. Ce jour-là, le Messager d’Allah ﷺ lui dit : “Ô Othman, viendra un jour où cette clé sera sous mon autorité, et je la confierai à qui je voudrai.” Othman répondit : “Il est probable qu’à ce jour l’existence de toute la tribu de Quraych aura disparu.” Le Messager d’Allah ﷺ réfuta ses paroles en disant : “Non, ce jour sera au contraire celui de la véritable gloire et de l’honneur des Quraychites.” C’est pourquoi, le jour de la conquête de La Mecque, alors qu’Othman repartait après avoir reçu la clé des mains du Messager d’Allah ﷺ, celui-ci le rappela et lui rappela cet épisode du passé. Othman dit alors : “Ô Messager d’Allah, vous êtes assurément le Messager d’Allah.” »

Aujourd’hui encore, la clé de la Kaaba se trouve entre les mains des membres du clan Chaybi, à La Mecque. Ce clan Chaybi est issu de la descendance de Chayba ibn Othman ibn Abî Talha, cousin d’Othman ibn Talha, qu’Allah l’agrée. Ce Chayba ibn Othman embrassa l’islam lors de la bataille de Hunayn. Son père, Othman ibn Abî Talha, fut tué à la bataille d’Uhud par l’armée musulmane alors qu’il était encore mécréant. Sa mère était Umm Jamil Hind bint Umayr, sœur du célèbre Compagnon Musab ibn Umayr, qui subit le martyre à Uhud. Selon un récit de l’historien Waqidi, le noble Messager d’Allah ﷺ confia, le jour de la conquête de La Mecque, la clé de la Kaaba conjointement à Chayba et à Othman. À cette époque, la clé était entre les mains d’Othman ibn Talha ibn Abî Talha. Après sa mort, elle fut reçue par son cousin Chayba ibn Othman ibn Abî Talha. Depuis lors, la clé de la Kaaba demeure entre les mains de ses descendants. (Asah al-Siyar, p. 305)

Après la conquête de La Mecque, Othman ibn Talha, qu’Allah l’agrée, se rendit à Médine, où il demeura jusqu’à la mort du Messager d’Allah ﷺ. Après le décès du Messager d’Allah ﷺ, il retourna à La Mecque afin d’y assurer la garde de la clé de la Kaaba, et y mourut en l’an 42 de l’Hégire. Selon une autre version, il subit le martyre au début du califat du calife Omar, qu’Allah l’agrée, lors de la bataille d’Ajnadayn. (Sîrat Ibn Hicham, vol. 1, note 3, p. 470)

La courtoisie, la politesse et la noblesse morale d’Othman ibn Talha apparaissent dans le récit de l’émigration d’Umm Salama, qu’Allah l’agrée. En faisant son éloge, Umm Salama a dit : « Par Allah, je n’ai jamais vu en Arabie un homme plus courtois que lui. Lorsqu’il arrivait avec moi dans une étape, il faisait agenouiller le chameau pour me permettre d’en descendre, puis s’éloignait. Après que j’étais descendue de la litière du chameau et m’étais quelque peu éloignée, il revenait, attachait le chameau à un arbre, puis s’allongeait sous un arbre, à une certaine distance de moi. Lorsque venait le moment de repartir, il préparait le chameau, l’amenait près de moi, puis s’éloignait en disant : “Monte sur le chameau.” Après que je m’étais correctement installée sur son dos, il revenait, prenait les rênes et se mettait en marche. C’est ainsi qu’il me conduisit jusqu’à Médine. » (Sîrat Ibn Hicham, 1/469-470 ; Hayat al-Sahaba, 1/358-359) Telle était la manifestation concrète de la noblesse morale d’Othman ibn Talha, qu’Allah l’agrée, dans sa vie avant l’islam.

Hajjaj ibn Ilat, qu’Allah l’agrée

Il s’appelait Hajjaj ; sa kunya, ou son surnom, était Abou Qilaba, et selon une autre version Abou Mohammed ou Abou Abdallah. Son père était Ilat ibn Khalid. Il appartenait à la tribu des Banou Sulaym.

Ibn Sa’d rapporte que, lorsque le Messager d’Allah (s.a.w.) se trouvait à Khaybar, il se présenta auprès de lui et embrassa l’islam. Il s’installa ensuite à Médine. D’après un récit transmis par Ibn Shihab, il fut le premier à reconnaître la véracité de la mission prophétique du Messager d’Allah (s.a.w.) et à lui envoyer quelqu’un. (Al-Isaba, 1/313).

L’histoire de sa conversion à l’islam, particulièrement étonnante, est rapportée dans les annales. Ibn Abi al-Dunya l’a relatée dans son ouvrage Hawatif al-Jinn, et Ibn Asakir l’a rapportée d’après Wathila ibn al-Asqa (r.a.). Il a dit : Voici comment Hajjaj embrassa l’islam. Il se rendait à La Mecque avec une caravane. Lorsqu’ils arrivèrent de nuit dans une vallée isolée et effrayante, ils furent saisis de peur. Les compagnons de Hajjaj le prièrent en ces termes : « Abou Kilab, veille assis toute la nuit et implore la protection pour toi-même et pour tes compagnons. » Hajjaj prit en charge la garde et se mit à réciter sans relâche les paroles suivantes :

Je cherche protection pour moi-même et pour mes compagnons,

contre tous les djinns de ce défilé,

afin que je revienne sain et sauf, ainsi que ma monture.

Je cherche protection pour moi-même et pour mes compagnons contre tous les djinns de ce défilé, afin que moi et ma caravane puissions en revenir sains et saufs.

Alors qu’il récitait ces paroles, il entendit soudain une voix invisible réciter le verset coranique suivant :

« Ô djinns et êtres humains ! Si vous pouvez franchir les limites des cieux et de la terre, alors franchissez-les ! Mais vous ne pourrez les franchir qu’avec une puissance. » — Sourate Ar-Rahman, 33.

Ils arrivèrent à La Mecque et racontèrent l’affaire dans l’assemblée des Quraychites. Les Quraychites dirent : « Abû Kilâb, nous voyons que toi aussi tu es devenu renégat. Voilà précisément les paroles qui, selon Muhammad, lui sont révélées. » Al-Hajjâj répondit : « Par Allah, mes compagnons et moi-même avons bien entendu ces paroles. » Au milieu de leur conversation, ‘Âsî ibn Wâ’il arriva. Les gens lui dirent : « Abû Hishâm, as-tu entendu ce que raconte cet Abû Kilâb ? » Lorsqu’il leur demanda ce qui s’était passé, ils le lui expliquèrent. Après avoir tout entendu, il dit : « Pourquoi cela vous étonne-t-il ? Ils ont entendu ces paroles de Muhammad, puis les lui font prononcer en s’appuyant sur lui. » (Hayât as-Sahâba, 3/576-577).

L’épouse d’al-Hajjâj résidait encore à La Mecque, où se trouvaient également tous ses biens. Après avoir embrassé l’islam, il estima nécessaire de transférer ces biens à Médine. Sinon, si les Quraychites apprenaient sa conversion, ils s’empareraient de tout. Les idolâtres mecquois étaient eux aussi méfiants à son égard. Il n’était d’ailleurs pas facile de faire sortir ses richesses de La Mecque. C’est pourquoi al-Hajjâj se rendit à La Mecque et répandit la rumeur que Muhammad — paix et bénédictions d’Allah sur lui — avait été vaincu à Khaybar.

En un instant, la nouvelle se répandit dans toute la ville. Pour réjouir ainsi les polythéistes mecquois, il dit : « Tous les biens de Muhammad — paix et bénédictions d’Allah sur lui — sont mis en vente. Je souhaite les acheter avant que les autres commerçants n’arrivent. De nombreux habitants de La Mecque me doivent des sommes d’argent. Si vous faites un petit effort, il sera facile de les recouvrer. » Les Mecquois se mirent activement à l’œuvre pour accomplir cette bonne action. Grâce à leurs démarches et à leurs efforts, ils lui firent recouvrer les sommes qui lui étaient dues. L’oncle honoré du Messager d’Allah — paix et bénédictions d’Allah sur lui —, ‘Abbâs — qu’Allah l’agrée —, se trouvait alors à La Mecque. Assis dans sa maison, il entendait tout. Il fut si affligé qu’il ne sortit même pas de chez lui pour vérifier la véracité de la nouvelle. Il fit appeler al-Hajjâj par l’intermédiaire d’un garçon. Lorsque celui-ci vint, il révéla à ‘Abbâs — qu’Allah l’agrée — la véritable raison de cette affaire. Il dit : « J’ai répandu cette nouvelle afin de recouvrer les sommes qui m’étaient dues. J’ai moi-même embrassé l’islam. Si les Mecquois l’apprennent, ils ne me donneront pas même un liard de ce qui me revient. Par la volonté d’Allah, le Messager d’Allah — paix et bénédictions d’Allah sur lui — est sain et sauf. L’armée musulmane a remporté la victoire à Khaybar, et le Messager d’Allah — paix et bénédictions d’Allah sur lui — a épousé la fille du chef de Khaybar, Huyayy ibn Akhtab, et vit avec elle comme époux. Ne révélez cette information secrète à personne avant que je ne sois sorti de la sphère de pouvoir des Quraychites. »

Conformément à leur accord, ‘Abbâs — qu’Allah l’agrée — garda le silence complet pendant trois jours. Le quatrième jour, lorsqu’il eut la certitude qu’al-Hajjâj était hors de portée des Mecquois, il changea de vêtements, se rendit chez lui et révéla la véritable affaire à son épouse. Puis il se rendit dans l’enceinte de la Ka‘ba. Une discussion sur cette question y avait déjà commencé. Il dit aux gens : « Muhammad — paix et bénédictions d’Allah sur lui — a conquis Khaybar, et la fille de Huyayy ibn Akhtab est désormais son épouse. Les chefs des Banû Abî al-Huqayq, c’est-à-dire les chefs de Yathrib, ont été décapités. Al-Hajjâj vous a trompés et s’est enfui avec ses biens. » Les gens demandèrent : « De qui tenez-vous ces informations ? » Il répondit : « D’al-Hajjâj. » Lorsque les gens interrogèrent l’épouse d’al-Hajjâj, elle confirma également ses propos. Le cinquième jour, la nouvelle arriva aussi de Médine. Mais il ne leur restait plus rien à faire. Leur proie était hors de leur portée. Ils gardèrent le silence. (Ibn Sa‘d, 4/2, p. 14-15).

Al-Hajjâj embrassa l’islam peu avant la bataille de Khaybar. Ce fut lors de cette bataille qu’il rejoignit pour la première fois l’armée musulmane. Au moment de la conquête de La Mecque, il se trouvait à l’extérieur de Médine. Le noble Messager d’Allah — paix et bénédictions d’Allah sur lui — ayant décidé l’expédition, le fit appeler à Médine. Le jour de la conquête de La Mecque, Khâlid ibn al-Walîd — qu’Allah l’agrée — entra dans la ville par la route de Banû Sulaym, à la tête d’une armée de mille soldats. Dans cette armée, ‘Abbâs ibn Mirdâs, Khufâf ibn Nudba et al-Hajjâj ibn ‘Ilât portaient chacun un étendard. (Hayât as-Sahâba, 1/167).

Al-Hajjâj était un homme riche. Il réussit également à transférer tous ses biens de La Mecque. À Médine, il construisit pour lui-même une maison et une mosquée. (Al-Isâba, p. 327).

Deux récits existent au sujet de l’époque de sa mort. Selon l’un d’eux, il mourut au début du califat de ‘Umar al-Fârûq — qu’Allah l’agrée. Selon l’autre, il tomba en martyr lors de la bataille du Chameau, qui opposa ‘Alî et ‘Â’isha — qu’Allah les agrée tous deux. Le premier récit est plus fiable. Lors de la bataille du Chameau, ce ne fut pas al-Hajjâj, mais son fils, qui tomba en martyr.

Qudâma ibn Maz‘ûn — qu’Allah l’agrée

Il s’appelait Qudâma et avait pour kunya, ou surnom, Abû ‘Umar. Son père était Maj‘ûn ibn Habîb et sa mère, Sukhaïla bint al-‘Anbas. (Note : Sîrat Ibn Hichâm, 1/253.)

Il était issu de la branche des Banû Jumah de la tribu de Quraych. Safiyya bint al-Khattâb, la sœur de ‘Umar, était son épouse.

Qudâma embrassa l’islam aux débuts de celui-ci. Parmi ceux qui embrassèrent l’islam à l’appel d’Abû Bakr as-Siddîq, qu’Allah l’agrée, figuraient ‘Uthmân ibn Maz‘ûn et ses deux frères, Qudâma et ‘Abdullah. Il eut le mérite d’accomplir deux émigrations. Après sa conversion, il émigra d’abord en Abyssinie avec ses deux frères. Puis, ayant entendu la fausse rumeur selon laquelle tous les habitants de La Mecque avaient embrassé l’islam, beaucoup revinrent d’Abyssinie à La Mecque. Qudâma faisait partie de ceux qui revinrent. (Sîrat Ibn Hichâm, 1/367.)

Après son retour d’Abyssinie, Qudâma continua à vivre à La Mecque. Avant la bataille de Badr, il émigra de nouveau à Médine et eut la chance de participer à Badr. Il prit ensuite part à toutes les batailles, notamment à celles d’Uhud et du Fossé.

Le calife ‘Umar, qu’Allah l’agrée, nomma Qudâma gouverneur de Bahreïn. Alors qu’il exerçait cette fonction, il fut accusé d’avoir consommé du vin et la peine prescrite pour cette consommation, le hadd, fut prononcée contre lui. Il n’avoua pas son crime devant ‘Umar. Bien que sa défense, en tant que compagnon ayant participé à Badr, fût crédible, son crime fut établi auprès de ‘Umar sur la base des témoignages et des preuves. C’est pourquoi le calife lui appliqua le hadd. Selon le récit de l’événement, le chef des Banû ‘Abd Qays, Jârûd, se présenta un jour auprès du calife ‘Umar et porta contre Qudâma une accusation de consommation de vin. Le calife lui demanda : « Y a-t-il un autre témoin de cet événement que toi ? » Jârûd désigna Abû Hurayra, qu’Allah l’agrée, comme témoin. ‘Umar convoqua Abû Hurayra et l’interrogea. Abû Hurayra répondit qu’il n’avait jamais vu Qudâma boire du vin, mais qu’il l’avait vu vomir alors qu’il était ivre. ‘Umar dit : « Le crime n’est pas établi par ce seul témoignage. » Pour approfondir l’enquête, il fit venir Qudâma de Bahreïn à Médine. Qudâma arriva à Médine. Jârûd demanda de nouveau au calife de lui appliquer le hadd. ‘Umar lui demanda : « Es-tu témoin ou plaignant ? » Jârûd répondit : « Témoin. » Le calife dit : « Tu as rempli ton devoir ; maintenant, tais-toi. » Par la suite, Jârûd insista encore auprès du calife pour que le hadd fût appliqué. Cette insistance éveilla des soupçons dans l’esprit de ‘Umar. Il lui dit : « Retiens ta langue, sinon je t’en avertis. » Jârûd lui répondit : « ‘Umar, votre cousin a consommé du vin et vous me réprimandez, moi ! Ce n’est pas là de la justice. » À ce moment-là, Abû Hurayra, qu’Allah l’agrée, dit au calife : « Ô commandeur des croyants, si vous doutez de notre témoignage, vous pouvez convoquer Hind, l’épouse de Qudâma, fille de Walîd, et l’interroger. » ‘Umar la fit venir. Elle témoigna elle aussi contre son mari.

Alors la justice et l’équité, autrement dit la droiture et l’impartialité, de ‘Umar, qu’Allah l’agrée, se manifestèrent pleinement. Il dit à Qudâma : « Qudâma, prépare-toi à recevoir la peine. » Qudâma répondit : « Même si l’on admet, sur la foi de leur témoignage, que j’ai consommé du vin, vous n’avez aucun droit de m’appliquer le hadd. » ‘Umar demanda : « Pourquoi ? » Qudâma récita le verset 11 de la sourate al-Mâ’ida du Noble Coran : « Ceux qui ont cru et accompli de bonnes œuvres ne commettent aucun péché pour ce qu’ils ont consommé, lorsqu’ils ont pratiqué la piété, cru et accompli de bonnes œuvres. » (Sourate al-Mâ’ida, 11.)

‘Umar, qu’Allah l’agrée, dit : « Qudâma, tu détournes le sens de ce verset. Si tu avais craint Allah, tu te serais certainement abstenu des choses illicites. » Qudâma était alors malade. C’est pourquoi le calife, après avoir consulté les autres Compagnons, reporta de quelques jours l’application du hadd, c’est-à-dire l’exécution de la peine. Mais, une fois le crime établi, il lui était insupportable de maintenir le hadd en suspens. Il consulta de nouveau les Compagnons. Cette fois encore, tous se prononcèrent en faveur du report du hadd. Mais le calife ‘Umar dit : « Il m’est préférable qu’il meure sous les coups de fouet plutôt que de rencontrer Allah avec cette affaire à ma charge. » Il n’attendit pas davantage. Il appliqua le hadd à Qudâma alors que celui-ci était malade et rompit toute relation avec lui.

Quelque temps après cet événement, ils accomplirent de nouveau le pèlerinage ensemble. Sur le chemin du retour vers Médine, ‘Umar, qu’Allah l’agrée, s’endormit en un lieu et reçut en rêve l’ordre de rétablir ses relations avec Qudâma. Dès son réveil, il fit appeler Qudâma. Celui-ci refusa de venir. ‘Umar envoya alors une seconde personne lui dire que, s’il ne venait pas de son plein gré, on l’amènerait de force. Qudâma vint. Le calife engagea le premier la conversation. Par la suite, leurs relations redevinrent normales.

Il est rapporté qu’après le décès du Noble Messager d’Allah, que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui, aucun compagnon ayant participé à Badr, à l’exception de Qudamah, ne fut condamné pour avoir consommé du vin. (Al-Isabah, 3/229).

Il existe des divergences concernant l’année du décès de Qudamah, qu’Allah l’agrée. Selon l’opinion la plus répandue, il mourut à l’âge de 68 ans, en l’an 36 de l’hégire, sous le califat de ‘Ali, qu’Allah l’agrée. Selon une autre opinion, il mourut en l’an 56 de l’hégire.

Hisham ibn al-‘As, qu’Allah l’agrée

Son nom était Hisham et ses kunyas, ou surnoms, étaient Abu al-‘As et Abu Mu‘ti. Ibn Hibban dit : à l’époque de l’Ignorance, la kunya de Hisham était Abu al-‘As, c’est-à-dire « le père du désobéissant ». Après sa conversion à l’islam, le Messager, que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui, la changea en Abu Mu‘ti, « le père de l’obéissant ». (Al-Isabah, 2/604). Son père était al-‘As ibn Wa’il. Il était issu du clan Banu Sahm de la tribu de Quraysh. Il était le frère cadet du célèbre compagnon ‘Amr ibn al-‘As, conquérant de l’Égypte.

La bonne ou la mauvaise fortune ne dépend pas de la différence d’âge. Bien que Hisham fût plus jeune qu’Amr, il était plus favorisé que son frère aîné. Tandis qu’Amr se débattait dans les ténèbres du polythéisme, la lumière de l’islam resplendissait déjà sur le front de Hisham. Il accepta l’islam dès les débuts de la prédication islamique à La Mecque et, accablé par les persécutions des Mecquois, partit en Abyssinie avec une caravane d’émigrés. Après y être resté quelque temps, il entendit la fausse rumeur selon laquelle les Mecquois avaient embrassé l’islam ; il revint alors à La Mecque avec plusieurs autres personnes. De là, il projeta de nouveau d’émigrer à Médine, mais son père et les membres de sa famille le capturèrent.

Le récit de ‘Umar ibn al-Khattab à ce sujet se trouve dans divers ouvrages de sîra. Il dit : « Nous décidâmes d’émigrer à Médine. Moi, ‘Ayyash ibn Rabi‘ah et Hisham ibn al-‘As — tous trois — nous nous engageâmes près du puits appelé Udât, appartenant aux Banu Ghifar, dans la vallée de Tandub, à six miles de La Mecque, à être chacun présent ici le lendemain matin. Celui qui manquerait à cet engagement serait certainement capturé. ‘Ayyash et moi arrivâmes à l’heure, mais Hisham fut capturé et torturé. Nous atteignîmes Médine et devînmes les hôtes des Banu ‘Amr ibn ‘Awf à Quba. Entre-temps, Abu Jahl ibn Hisham et al-Harith ibn Hisham vinrent à Médine pour ramener ‘Ayyash. Tous deux étaient ses cousins paternels et ils avaient la même mère. Le Messager, que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui, se trouvait alors à La Mecque. Ils dirent à ‘Ayyash : “Ta mère a juré que, tant qu’elle ne t’aurait pas vu, elle ne se peignerait pas les cheveux et ne chercherait pas l’ombre pour se protéger du soleil. Reviens donc.” Le cœur de ‘Ayyash s’attendrit pour sa mère.

‘Umar dit : Je le pressai à plusieurs reprises de ne pas repartir avec eux. Mais finalement, ‘Ayyash prit avec eux la route de La Mecque. Après avoir parcouru une certaine distance, ils l’attachèrent et l’emmenèrent à La Mecque tout en le torturant. Il y fut détenu.

‘Umar dit : À cette époque, nous nous disions à Médine que Dieu n’accepterait pas le repentir de ceux qui s’étaient ainsi exposés au danger. Puis le Messager, que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui, arriva à Médine, et ce verset du Coran fut révélé :

Dis : « Ô Mes serviteurs qui avez commis des excès envers vous-mêmes, ne désespérez pas de la miséricorde d’Allah. Certes, Allah pardonne tous les péchés. Il est certes Pardonneur et Très Miséricordieux. »

Umar raconte : J’écrivis ce verset et l’envoyai secrètement à Hisham, à La Mecque. Hisham dit : Je lisais ce verset assis dans un lieu de La Mecque appelé « Dhi Tuwa », mais je ne le comprenais pas. Finalement, j’invoquai Allah afin qu’Il m’accorde la grâce de le comprendre. Alors je compris que ce verset avait été révélé à notre sujet. Ensuite, je me rendis auprès du Messager d’Allah ﷺ à Médine. (Hayatus-Sahaba, 1/345-346 ; Sîrat Ibn Hisham, 1/474-476 ; Al-Isaba, 3/604.)

Ibn Hisham dit : Un homme digne de confiance m’a rapporté qu’un jour, à Médine, le Messager d’Allah ﷺ demanda : « Qui, parmi vous, peut m’aider au sujet d’Ayyash ibn Rabi‘a et de Hisham ibn al-‘As ? » Walid ibn al-Walid ibn al-Mughira répondit : « Ô Messager d’Allah, je vous aiderai à leur sujet. » Il partit alors en direction de La Mecque. Entré secrètement dans la ville, il vit une femme qui emportait de la nourriture. Il lui demanda : « Servante d’Allah, où vas-tu ? » Elle répondit : « Je vais auprès de ces deux prisonniers », c’est-à-dire Ayyash et Hisham. Walid suivit la femme et repéra la prison. Ils étaient attachés dans une pièce sans toit. La nuit venue, Walid escalada le mur, les rejoignit et, à l’aide d’une pierre, trancha leurs liens. Puis tous trois sortirent ensemble et s’enfuirent vers Médine, montés sur le chameau de Walid. Lorsque leur unique monture trébucha, un doigt de Walid fut blessé et couvert de sang. Il récita alors, en s’adressant à son doigt, ces vers : « Hal anti illa usbu‘un damîti wa fî sabîlillâhi mâ laqîti. »

Ô toi, tu n’es qu’un doigt qui a été ensanglanté ; et ce qui t’est arrivé est arrivé dans le sentier d’Allah. (Sîrat Ibn Hisham, 1/476)

Les batailles de Badr, d’Uhud et de la Tranchée prirent fin alors que Hisham était détenu à La Mecque. Après la bataille de la Tranchée, il se rendit à Médine. Il participa activement à toutes les batailles qui eurent lieu contre les mécréants après celle de la Tranchée. Al-Waqidi rapporte qu’au mois de Ramadan, avant la conquête de La Mecque, le Messager d’Allah ﷺ envoya Hisham dans le cadre d’une expédition. (Al-Isaba, 3/604)

Le commandement militaire, la bravoure et le courage étaient des traits distinctifs de la famille de Hisham. Les enfants de cette famille grandissaient à l’ombre des épées. Après le décès du Messager d’Allah ﷺ, certains aspects de cette particularité se manifestèrent sous le califat d’Abu Bakr رضي الله عنه. Selon certains récits, le premier calife, Abu Bakr رضي الله عنه, l’envoya, avec Nu‘aym ibn Abd Allah et quelques autres hommes, auprès de l’empereur romain Héraclius afin de l’inviter à l’islam. À ce sujet, Hisham raconte : « Je fus envoyé auprès d’Héraclius avec quelques hommes. Arrivés à al-Ghuta, ou Damas, nous nous rendîmes chez Jabala ibn al-Ayham al-Ghassani. Il envoya un émissaire pour s’entretenir avec nous. Nous déclarâmes : “Nous avons été envoyés auprès de l’empereur ; nous ne parlerons donc à aucun émissaire. S’il nous y autorise, nous parlerons directement avec lui.” Finalement, Jabala nous autorisa à aller auprès de lui. »

Jabala nous demanda : « Quel est votre message ? » Hisham dit : Je lui exposai alors l’appel à l’islam. À ce moment-là, lui et ses courtisans portaient des vêtements noirs. Je lui demandai : « Pourquoi portez-vous ces vêtements ? » Il répondit : « Nous avons revêtu ces habits et avons juré de ne pas les enlever avant de vous avoir chassés de Syrie. » Je dis : « Par Allah ! Nous prendrons votre trône ainsi que l’empire de votre empereur, si Allah le veut. C’est précisément ce que notre Prophète Muhammad ﷺ nous a annoncé. » Jabala répondit : « Ce ne sera pas vous, mais plutôt ceux qui jeûnent le jour et restent debout en adoration la nuit qui en seront dignes. » Puis il demanda : « Comment jeûnez-vous ? » Je lui exposai les modalités de notre jeûne. Alors le visage de Jabala s’assombrit. Ensuite, il nous envoya auprès de l’empereur Héraclius, accompagnés d’un émissaire.

Hisham raconte : Nous nous mîmes en route avec l’émissaire. Lorsque nous approchâmes de la ville, notre accompagnateur nous dit : « Vos montures ne peuvent pas entrer dans la ville de l’empereur. Si vous le souhaitez, je peux vous procurer des chevaux turcs et des mulets. » Nous répondîmes : « Nous n’entrerons dans la ville d’aucune autre manière qu’en étant montés sur ces montures. » Lorsque l’empereur fut informé de notre inflexibilité, il nous autorisa à entrer comme nous le souhaitions. Nous parvînmes jusqu’à la salle de l’empereur, nos épées suspendues à nos épaules.

Ainsi, tandis que Hishâm ibn al-‘Âs et ses compagnons descendaient de leurs montures devant le palais royal, l’empereur les observait. Lorsqu’ils proclamaient « Lâ ilâha illâ Allâh wa Allâhu akbar », ils tremblaient comme les feuilles des palmiers agitées par le vent. L’empereur leur fit savoir par l’intermédiaire d’un émissaire qu’ils n’avaient pas le droit de prêcher la religion avec autant de force et à voix si haute. Ils se rendirent alors auprès de l’empereur.

L’empereur était assis sur son trône, tandis que les chefs militaires romains étaient assis à leurs places respectives. L’empereur leur dit avec le sourire : « Pourquoi ne m’avez-vous pas salué comme vous vous saluez et vous adressez mutuellement vos salutations ? » Assis juste à côté de l’empereur se trouvait un homme parlant couramment l’arabe. Ils répondirent : « Votre formule de salutation ne nous est pas permise, et il ne nous convient pas non plus de prononcer votre formule de salutation. » L’empereur demanda : « Comment vous saluez-vous entre vous et comment saluez-vous votre roi ? » Ils répondirent : « As-salâmu ‘alayka. » L’empereur demanda de nouveau : « Quelle est votre parole suprême ? » Ils répondirent : « Lâ ilâha illâ Allâh wa Allâhu akbar » — il n’y a de divinité qu’Allah et Allah est le plus grand. Ils exposèrent ensuite à l’empereur différents aspects de la religion islamique, notamment la salât, le jeûne, le pèlerinage et la zakât. Cette délégation séjourna trois jours auprès de lui en tant qu’invitée de l’empereur, puis retourna à Médine. Les différents ouvrages de sîra rapportent en détail cette mission de prédication. (Al-Isâba, 2/471 ; Hayât as-Sahâba, 1/204, 405 ; 3/557-562.) Toutefois, certaines traditions affirment que celui qui se rendit à la cour de l’empereur Héraclius avec une mission de prédication n’était pas ce Hishâm, mais un autre homme du même nom. (Al-Isâba, 3/704.)

Sous le califat du calife Abû Bakr, après quelques affrontements, les Romains rassemblèrent une immense armée à Ajnâdayn et se préparèrent à la guerre. Les combats commencèrent au mois de Jumâdâ al-awwal de l’an 13 de l’Hégire. Al-Wâqidî rapporte, d’après Umm Bakr bint al-Miswar : au cours de cette bataille, lorsque Hishâm remarqua chez certains soldats musulmans une disposition à fuir, il jeta son couvre-visage, s’avança au milieu des rangs ennemis et se mit à crier : « Ô soldats musulmans, je suis Hishâm ibn al-‘Âs. Venez avec moi. Fuyez-vous du Paradis ? »

« Ces incirconcis ne peuvent tenir devant vos épées. » L’armée musulmane se joignit à Hishâm et lança une attaque foudroyante contre l’armée romaine. Les Romains se regroupèrent à l’entrée d’un passage étroit. Hishâm les attaqua depuis le côté opposé du passage. Les Romains lancèrent une attaque collective, le tuèrent et s’enfuirent en passant sur son corps. Lorsque les soldats musulmans arrivèrent sur les lieux, ils hésitèrent à poursuivre l’armée ennemie, craignant de piétiner son corps broyé. C’est alors que son frère aîné, ‘Amr, qu’Allah l’agrée, arriva et dit : « Ô gens, Allah lui a accordé le martyre et a recueilli son âme ; son corps se trouve ici. » Les soldats musulmans franchirent alors le passage étroit en passant sur son corps et poursuivirent l’armée ennemie. ‘Amr ibn al-‘Âs, qu’Allah l’agrée, rassembla les restes épars du corps et l’inhuma. (Al-Isâba, 3/604.)

Cependant, selon Ibn al-Mubârak, il mourut en martyr lors de la bataille de Yarmûk, à l’époque du calife ‘Umar. (Al-Istî‘âb, note d’Al-Isâba, 3/593-595.)

Bien qu’il fût plus jeune que son frère ‘Amr ibn al-‘Âs, Hishâm ibn al-‘Âs était plus vertueux que lui. Après le martyre de Hishâm, quelques Qurayshites étaient un jour assis derrière la Kaaba et parlaient des deux frères. Ayant aperçu ‘Amr en train d’accomplir le tawâf, ils lui demandèrent : « Lequel de vous deux est le meilleur, vous ou votre frère Hishâm ? » Il répondit : « Je vais parler en mon nom et au sien. Sa mère était la fille de Hishâm ibn al-Mughîra, tandis que ma mère était une esclave. Notre père l’aimait davantage que moi. Vous connaissez bien la perspicacité de chaque père concernant ses enfants. Nous rivalisions tous deux dans les bonnes œuvres, et il me surpassait toujours. Lui et moi avons tous deux pris part aux combats, et toute la nuit nous avons invoqué Allah afin d’obtenir le martyre. Allah a exaucé sa prière, tandis que la mienne n’a pas été exaucée. » (Al-Isâba, 1/604.)

Le noble Messager d’Allah, qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix, a attesté de la fermeté de la foi des deux frères. Il a dit : « Hishâm et ‘Amr, les deux fils de ‘Âs, sont croyants. »

En apprenant la nouvelle du martyre de Hishâm, ‘Umar al-Fârûq, qu’Allah l’agrée, déclara : « Qu’Allah fasse descendre Sa miséricorde sur lui. Il fut un excellent serviteur de l’islam. »

Dhû ash-Shimâlayn, ʿUmayr ibn ʿAbd ʿAmr (que Dieu l’agrée).

Son véritable nom était ʿUmayr, son nom d’usage Abû Muhammad, et son laqab ou titre honorifique Dhû ash-Shimâlayn. Son père s’appelait ʿAbd ʿAmr. Il était issu de la tribu de Khuzâʿa. Comme il accomplissait toutes ses tâches avec ses deux mains, Dhû ash-Shimâlayn, « le détenteur de deux mains droites », devint son titre. Son père, ʿAbd ʿAmr ibn Nadla, vint à La Mecque et s’y établit définitivement après avoir conclu un pacte avec ʿAbd ibn Hârith ibn Nadla ibn Zahbar. ʿAbd lui donna sa propre fille, Nûm, fille de ʿAbd, en mariage. De cette union naquirent le fils Dhû ash-Shimâlayn et la fille Rayta. (Ṭabaqât d’Ibn Saʿd, 3/167).

Il convient de signaler que les ouvrages de sîra mentionnent une ou deux personnes portant ces deux laqab ou titres honorifiques : Dhû ash-Shimâlayn, c’est-à-dire « le détenteur de deux mains droites », et Dhû al-Yadayn, c’est-à-dire « le détenteur de deux mains ». Les spécialistes de la sîra divergent quant à savoir si ces deux titres désignent la même personne ou deux personnes différentes. Selon la majorité, les deux titres désignent une seule et même personne. Ainsi, Ibn Saʿd a intitulé un chapitre de ses Ṭabaqât : « Dhû al-Yadayn, également appelé Dhû ash-Shimâlayn », c’est-à-dire que Dhû al-Yadayn est également appelé Dhû ash-Shimâlayn. (Ṭabaqât, 3/167).

Cependant, cette opinion n’est pas acceptée par beaucoup. Selon eux, il s’agissait en réalité de deux personnes distinctes. Les hadiths en fournissent également la preuve. Un récit concernant un homme nommé Dhû al-Yadayn est rapporté dans les recueils de Boukhârî et de Muslim d’après Abû Hurayra (que Dieu l’agrée). Un jour, le Messager (que Dieu le bénisse et lui accorde la paix) accomplit deux rakʿa au lieu de quatre, puis prononça le salâm final. Tous les Compagnons furent stupéfaits, mais aucun n’osa poser de question. Dhû al-Yadayn était extrêmement courageux. Il demanda : « Ô Messager de Dieu ! Le nombre de rakʿa de la prière a-t-il été réduit, ou bien vous êtes-vous trompé ? » Le Messager vérifia auprès des Compagnons la véracité de ses propos. Tous confirmèrent Dhû al-Yadayn en disant : « Vous n’avez accompli que deux rakʿa. » Après avoir vérifié les faits, il accomplit les deux rakʿa restantes, puis effectua les prosternations de l’oubli. (Boukhârî, chapitre de l’appel à la prière, section : « Lorsque l’imam doute, accepte-t-il la parole des fidèles qui le suivent ? »).

Le transmetteur du hadith précité était Abû Hurayra (que Dieu l’agrée). Il embrassa l’islam durant la septième année de l’Hégire, à l’époque de la bataille de Khaybar. En revanche, Dhû ash-Shimâlayn tomba en martyr à la bataille de Badr, cinq ans auparavant. Dhû al-Yadayn et Dhû ash-Shimâlayn ne peuvent donc pas être une seule et même personne. En outre, leurs noms diffèrent également : l’un s’appelait Khirbâq et l’autre ʿUmayr. (Siyar aṣ-Ṣahâba, al-Muhâjirûn, 2/327). Abû ʿUmar dit : « Dhû ash-Shimâlayn fut tué en martyr à Badr ; ce n’était pas Dhû al-Yadayn. » (Al-Iṣâba, 3/33).

On ne dispose d’aucune information sur le moment et la manière dont Dhû ash-Shimâlayn embrassa l’islam. Après sa conversion, il émigra à Médine et fut l’hôte de Saʿd ibn Khaythama. Le Messager (que Dieu le bénisse et lui accorde la paix) établit entre lui et Yazîd ibn Hârith un lien de fraternité, ou mu’âkhât. Il ne vécut pas longtemps après sa conversion. Après son arrivée à Médine, lui et son frère en religion, Yazîd, participèrent à la grande bataille de Badr. Ce fut la première et la dernière bataille de sa vie. Il y tomba en martyr sous les coups du mécréant Abû Usâma Zuhayr ibn Muʿâwiya al-Jushamî. Il n’avait que trente ans au moment de sa mort. Son frère en religion, Yazîd, tomba également en martyr au cours de cette bataille. (Ṭabaqât, 3/168 ; Ansâb al-Ashrâf, 1/295).

Muʿayqib ibn Abî Fâtima (que Dieu l’agrée)

Muʿayqib était issu de la tribu de Daws. Cependant, pour une raison inconnue, il devint esclave et se retrouva auprès de Saʿîd ibn al-ʿÂṣ, à La Mecque. (Ansâb al-Ashrâf, 1/200).

Selon une autre version, il appartenait à la tribu des Azd et était le ḥalîf, c’est-à-dire l’allié par pacte, des Banû ʿAbd Shams de La Mecque. Il embrassa l’islam dès les débuts de la prédication islamique et émigra en Abyssinie avec le deuxième groupe de ceux qui s’y rendaient. De l’Abyssinie, il vint à Médine au moment de la bataille de Khaybar. Selon une version, il vint de La Mecque à Médine avec Abû Mûsâ al-Ashʿarî et participa à la bataille de Khaybar. Certaines versions rapportent également qu’il participa à la bataille de Badr et au pacte d’allégeance de Riḍwân. Cela indique qu’il vint à Médine avant la bataille de Khaybar. Selon ces versions, il n’émigra pas en Abyssinie. Cependant, al-Wâqidî dit : « J’ai entendu de ceux qui affirment qu’il avait émigré en Abyssinie que Muʿayqib vint directement de l’Abyssinie à Médine avec Jaʿfar ibn Abî Ṭâlib. » (Ansâb al-Ashrâf, 1/200).

Il est toutefois exact qu’il vint à Médine après la bataille de Khaybar. Il ne put participer ni à Badr ni à Khaybar. Ibn Saʿd l’a également inclus dans la liste des Compagnons qui, bien qu’ayant embrassé l’islam dès ses débuts, furent privés de la faveur de participer à Badr.

Du vivant du noble Messager de Dieu, le khâtam, ou sceau de la prophétie, était placé sous sa responsabilité. C’est pourquoi, après le décès du Messager de Dieu, Abû Bakr et ʿUmar, qu’Allah les agrée, lui témoignaient un grand respect. Sous le califat de ces deux hommes, il fut chargé de superviser toutes les affaires financières et d’assurer la garde du Bayt al-Mâl.

Le calife ʿUmar, qu’Allah l’agrée, l’aimait beaucoup. À la fin de sa vie, il fut atteint de la lèpre. Le calife fit tout son possible pour le soigner. Dès qu’il apprenait l’existence d’un bon médecin quelque part, il le faisait venir pour le traiter. Mais cela ne produisit aucun effet. Toutefois, la crainte d’une aggravation ultérieure fut écartée. D’ordinaire, les gens évitent de fréquenter les lépreux et de manger ou de boire avec eux ; mais ʿUmar, qu’Allah l’agrée, s’asseyait avec lui pour manger sur la même nappe. Un jour, le repas du soir fut servi au calife ʿUmar, qu’Allah l’agrée, et à ses compagnons. Le calife sortit de chez lui et appela Muʿayqib ibn Abî Fâṭima pour qu’il mange avec eux. Les personnes présentes prirent peur. ʿUmar, qu’Allah l’agrée, dit à Muʿayqib : « Assieds-toi près de moi. Par Allah, si quelqu’un d’autre que toi avait cette maladie, je ne mangerais pas avec lui dans le même plat. Mange à ta guise de ton côté. » Muʿayqib s’assit avec eux et mangea dans le même plat. (Ḥayât al-Ṣaḥâba, 2/458). Selon une autre version, ʿUmar dit : « S’il n’avait pas été un Compagnon du Messager d’Allah, je n’aurais pas mangé avec lui. » (Ansâb al-Ashrâf, 1/200).

Après le calife ʿUmar, le calife ʿUthmân, qu’Allah les agrée, continua à se comporter envers lui de la même manière. Le sceau du Messager de Dieu resta jusqu’à la fin sous sa garde. Ce sceau tomba de sa main dans le puits appelé Biʾr Maʿûna, ou puits de Maʿûna. Il mourut vers la fin de l’année où le sceau tomba dans ce puits. Al-Balâdhurî dit : « Il mourut l’année où fut menée l’expédition d’Afrique, sous le califat de ʿUthmân. » (Ansâb al-Ashrâf, 1/200).

L’histoire mentionne qu’il eut un fils nommé Muḥammad ibn Muʿayqib. Celui-ci rapporta également des hadiths de son père, Muʿayqib.

Dans le domaine de l’instruction, il n’était pas une personnalité particulièrement éminente. Il possédait toutefois une certaine compétence en matière de lecture et d’écriture. Lorsque ʿUmar, qu’Allah l’agrée, constitua ses biens en waqf, Muʿayqib rédigea l’acte de waqf. Il était également versé dans les hadiths du Messager d’Allah, qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix. Les recueils de hadiths contiennent plusieurs hadiths rapportés de lui. Parmi eux, deux furent rapportés par al-Bukhârî et Muslim — ils sont donc muttafaq ʿalayhi — et un autre fut rapporté exclusivement par l’imam Muslim.

Abân ibn Saʿîd ibn al-ʿÂṣ, qu’Allah l’agrée

Le nom du père du vénérable Abân était Abû Uhayha Sa‘îd ibn al-‘Âs, et celui de sa mère Hind bint al-Mughîra. Au cinquième degré de son ascendance, sa lignée rejoignait celle du Messager — paix et bénédictions sur lui — par ‘Abd Manâf. (Usud al-Ghâba, 1/35)

Son père Sa‘îd était un homme éminent parmi les Qurayshites. Il mourut à Tâ’if, en état de mécréance, durant la deuxième ou la troisième année de l’Hégire, et y fut enterré. (Ansâb al-Ashrâf, 1/142, 368)

Il avait plusieurs fils distingués. Dès les débuts de l’islam, deux d’entre eux, Khâlid et ‘Amr, embrassèrent l’islam et émigrèrent en Abyssinie. (Al-Isâba, 1/13)

Avec ses deux autres frères, ‘Ubayda et al-‘Âs, Abân demeura polythéiste. Il fut profondément peiné par la conversion à l’islam de ses deux frères, Khâlid et ‘Amr. Cette douleur s’exprima dans une qasîda qu’il composa. En voici un vers :

Hélas ! Si les morts de Jarîba pouvaient voir le mensonge qu’ont proféré ‘Amr et Khâlid au sujet de la religion ! (Al-Isâba, 1/13 ; Usud al-Ghâba, 1/35)

Abân, avec ses deux autres frères, continua de s’opposer au Messager — paix et bénédictions sur lui — et aux musulmans. Il quitta La Mecque avec ‘Ubayda et al-‘Âs pour combattre les musulmans lors de la bataille de Badr. ‘Ubayda et al-‘Âs furent tués de manière tragique par les musulmans. Abân retourna à La Mecque en sauvant sa vie de justesse.

Ibn Hishâm rapporte un épisode de la vie d’Abân avant son islam : à l’époque préislamique, le Messager — paix et bénédictions sur lui — maria plusieurs de ses filles à de jeunes Qurayshites de La Mecque. Lorsque le conflit entre le Messager — paix et bénédictions sur lui — et les Qurayshites éclata, les chefs qurayshites demandèrent à ses gendres de répudier ses filles. Ruqayya, la fille du Messager — paix et bénédictions sur lui —, était l’épouse de ‘Utba ibn Abî Lahab. Les Qurayshites dirent à ‘Utba : « Répudie la fille de Muhammad. » Il accepta à condition qu’ils le marient à la fille d’Abân ibn Sa‘îd ou à celle de Sa‘îd ibn al-‘Âs ; alors seulement, il répudierait Ruqayya. Ils acceptèrent la demande de ‘Utba, le marièrent à la fille de Sa‘îd ibn al-‘Âs et séparèrent Ruqayya de lui. (Sîrat Ibn Hishâm, 625)

À la veille de la trêve de Hudaybiya, le vénérable Messager — paix et bénédictions sur lui — envoya le vénérable ‘Uthmân — qu’Allah l’agrée — auprès des Qurayshites de La Mecque, porteur de son message. ‘Uthmân — qu’Allah l’agrée — se dirigeait vers La Mecque par la vallée de Baldaha. Les Qurayshites lui demandèrent : « Où vas-tu ? » ‘Uthmân leur dit exactement ce que le Messager — paix et bénédictions sur lui — lui avait demandé de leur dire. C’est alors qu’Abân ibn Sa‘îd s’avança du milieu des Qurayshites et souhaita la bienvenue à ‘Uthmân. Ils entretenaient déjà des relations étroites. Abân prépara son cheval, y fit monter ‘Uthmân et se porta garant de sa sécurité. Puis Abân conduisit ‘Uthmân à La Mecque. (Hayât al-Sahâba, 1/156)

Lorsque ‘Uthmân vint chez Abân, celui-ci lui dit : « Pourquoi tes vêtements sont-ils dans cet état ? » La tunique de ‘Uthmân descendait jusqu’à mi-chemin entre les genoux et les chevilles. Abân ajouta : « Pourquoi ne rallonges-tu pas ta tunique comme les gens de ton peuple ? » ‘Uthmân répondit : « C’est ainsi que notre Prophète porte sa tunique. » Abân lui dit : « Fais le tawâf autour de la Ka‘ba. » ‘Uthmân répondit : « Nous ne pouvons accomplir une chose tant que notre Prophète ne l’a pas faite. Nous ne faisons que suivre ses pas. » (Hayât al-Sahâba, 2/358-359 ; al-Istî‘âb, p. 35 ; Sîrat Ibn Hishâm, 2/315).

Bien qu’Abân eût longtemps été hostile à l’islam et au Prophète de l’islam, il ne cessa nullement, à cette époque, de rechercher la vérité. Il interrogeait alors les savants au sujet de la mission prophétique du Messager. À cette époque, le Shâm, ou la Syrie, était un centre de savants, d’hommes éminents et de personnes expérimentées. Les activités commerciales d’Abân l’amenaient à s’y rendre. Un jour, au cours d’une conversation, il dit à un moine chrétien de la région : « Je suis issu de la tribu qurayshite du Hijâz. Un homme de cette tribu prétend être l’élu d’Allah. Il affirme qu’Allah m’a envoyé comme prophète, à l’instar de Jésus et de Moïse. » Le moine lui demanda le nom de cet homme. Abân répondit : « Il s’appelle Muhammad. » Le moine expliqua, conformément aux descriptions des Livres célestes, l’âge auquel un prophète apparaîtrait, sa lignée et d’autres caractéristiques. Après l’avoir entendu, Abân dit : « Toutes ces caractéristiques se trouvent effectivement chez cet homme. » Le moine dit alors : « Par Allah, dans ce cas, cet homme étendra son autorité sur toute l’Arabie, puis dans le monde entier. Lorsque tu retourneras auprès de lui, transmets mes salutations à ce pieux serviteur d’Allah. » Le nom de ce moine, ou prêtre, du Shâm était Yâqqâ. Lorsque Abân revint du Shâm, il n’était plus le même. Sa force d’opposition à l’islam et aux musulmans avait disparu. (Usud al-Ghâba, 1/35 ; al-Isâba, 1/13).

Réfléchissant à la religion de ses ancêtres et craignant les reproches et les moqueries de ses contemporains, Abân resta quelque temps totalement silencieux. Mais il ne put longtemps réprimer l’élan qui était né en lui en faveur de la vérité. Entre-temps, ses frères ‘Amr et Khâlid, revenus d’Abyssinie, continuèrent à rester en contact avec Abân. Par la suite, avant la bataille de Khaybar, il embrassa l’islam et émigra à Médine. Les trois frères participèrent ensemble à l’expédition de Khaybar avec le Messager d’Allah. (Al-Isâba, 1/13).

Selon une autre version, après l’arrivée d’Abân à Médine, le noble Messager d’Allah le nomma commandant d’une petite troupe et l’envoya vers le Najd. Lorsqu’il revint à Médine après le succès de cette expédition, la conquête de Khaybar était déjà achevée. C’est précisément à ce moment qu’Abû Hurayra arriva à Médine avec les autres émigrés d’Abyssinie. Tous deux se rendirent ensemble auprès du Messager d’Allah. Celui-ci leur donna une part du butin de Khaybar. En plus de l’expédition du Najd, il reçut du Messager d’Allah la charge de commandement lors de plusieurs autres petites expéditions.

Abân participa à l’expédition de Tâ’if avec le noble Messager d’Allah. En voyant à Tâ’if la tombe du père d’Abân, Abû Bakr al-Siddîq s’écria : « Qu’Allah maudisse l’occupant de cette tombe ! Il était hostile à Allah et à Son Messager. » Abân et son frère ‘Amr protestèrent aussitôt contre les paroles d’Abû Bakr et dirent quelques paroles dépréciatives au sujet de son père, Abû Quhâfa. Le Messager d’Allah dit alors : « N’insultez pas les morts. En insultant les morts, vous faites souffrir les vivants. » (Ansâb al-Ashrâf, 1/142, 368).

Le noble Messager d’Allah nomma Abân gouverneur de Bahreïn à la place de ‘Alâ ibn al-Hadramî. Il exerça cette fonction jusqu’au décès du Messager d’Allah. En apprenant la nouvelle de la mort du Messager d’Allah, il retourna à Médine. (Al-Istî‘âb, 1/35).

Hazrat Abân assuma également la fonction de scribe du Messager d’Allah. (Ansâb al-Ashrâf, 1/532).

Après le décès du Messager d’Allah, Hazrat Abû Bakr fut choisi comme calife. Même après que l’allégeance publique eut été prêtée entre ses mains, Abân fut l’un des quelques Qurayshites qui s’en abstinrent encore pendant quelque temps. Lorsque les membres des Banû Hâshim prêtèrent allégeance, son objection disparut et il prêta lui aussi allégeance.

Le calife Abou Bakr, qu’Allah l’agrée, n’a destitué aucun gouverneur ni fonctionnaire nommé par le Messager d’Allah, que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui. Abân était lui aussi un gouverneur nommé par le Messager d’Allah. Abou Bakr, qu’Allah l’agrée, demanda à Abân de reprendre ses fonctions. Mais Abân déclina la demande du calife. Selon certains récits, après les demandes répétées du calife, il finit par accepter de reprendre la charge de gouverneur du Yémen.

Ibn Sa‘d rapporte qu’un jour, lorsque Abân eut refusé la demande du calife, ‘Umar, qu’Allah l’agrée, lui dit : « Il n’aurait pas dû abandonner son poste de cette manière sans l’autorisation de l’imam ou du dirigeant. Et maintenant, il refuse de nouveau d’y retourner sur son ordre. » Abân répondit : « Par Allah ! Après le Messager d’Allah, que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui, je ne travaillerai plus pour personne. Si je devais travailler pour quelqu’un, je serais devenu le fonctionnaire — ou ‘âmil — d’Abou Bakr, en raison de son mérite, de son antériorité dans l’islam et de ses autres qualités. » Abou Bakr, qu’Allah l’agrée, consulta alors les Compagnons afin de savoir qui envoyer à Bahreïn. ‘Uthmân, qu’Allah l’agrée, dit : « Puisqu’Alâ ibn al-Hadramî s’y trouvait auparavant, qu’il y soit envoyé. » ‘Umar dit : « Qu’on oblige Abân à y retourner. » Mais Abou Bakr refusa de le faire. Il déclara : « Je ne peux pas contraindre celui qui dit : “Après le Messager d’Allah, que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui, je ne travaillerai plus pour personne.” » Il nomma ensuite Alâ ibn al-Hadramî gouverneur de Bahreïn. (Hayât as-Sahâba, 2/59.)

Les spécialistes de la sîra divergent quant à la date du décès d’Abân, qu’Allah l’agrée. Selon Mûsâ ibn ‘Uqba et la majorité des généalogistes, il mourut en martyr sur le champ de bataille d’Ajnâdayn, à la fin du califat d’Abou Bakr, en l’an 13 de l’Hégire. Selon Ibn Ishâq, il mourut à la bataille de Yarmouk, tandis que d’autres estiment qu’il mourut en martyr le jour de Marj as-Saffar. Un autre récit rapporte qu’il mourut en l’an 27 de l’Hégire, sous le califat de ‘Uthmân, et que Zayd ibn Thâbit compila alors, sous sa supervision, le mushaf ‘uthmânien. Cependant, il existe suffisamment de raisons de considérer le premier avis comme exact.

‘Amr ibn Umayya, qu’Allah l’agrée

Son nom était ‘Amr et sa kunya, ou surnom, Abou Umayya. Son père s’appelait Umayya. Il était issu de la tribu de Kinâna. Ibn Hichâm le décrit comme l’un des hommes les plus intelligents de l’Arabie païenne à l’époque proche de l’avènement de la prophétie du Messager d’Allah, que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui, et rapporte à ce propos un récit. (Sîrat Ibn Hichâm, 1/204, 207.) Lors des batailles de Badr et d’Ohod, il combattit avec beaucoup de bravoure et de courage contre les musulmans aux côtés des polythéistes mecquois. Il embrassa l’islam juste après Ohod et émigra à Médine.

Après avoir embrassé l’islam, il participa pour la première fois à l’affaire de Bi’r Ma‘ûna. Voici ce qui s’était passé : au quatrième mois après la bataille d’Ohod, Abou Barâ ‘Âmir ibn Mâlik ibn Ja‘far, surnommé Mulâ‘ib al-Asinna, chef de la tribu Banû Kilâb du Najd, se rendit auprès du noble Messager d’Allah, que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui, à Médine. Le Messager d’Allah lui présenta l’islam. Sans manifester d’acceptation ni de refus, il dit : « Si vous envoyiez quelques-uns de vos compagnons auprès de la tribu de Kilâb du Najd, ses membres embrasseraient peut-être l’islam. » Le Messager d’Allah dit : « Je crains quelque chose de la part des gens du Najd. » Mais comme Abou Barâ se porta entièrement garant de la sécurité du groupe envoyé, le Messager d’Allah dépêcha un groupe d’environ quarante hommes — ou, selon une autre version, soixante-dix — sous la direction de Mundhir ibn ‘Amr. Ils atteignirent un lieu appelé Bi’r Ma‘ûna, y dressèrent leurs tentes et s’y installèrent, puis firent parvenir à ‘Âmir ibn at-Tufayl, par l’intermédiaire de Harâm ibn Maljân, la lettre du Messager d’Allah contenant l’appel à l’islam.

‘Âmir ibn at-Tufayl tua le messager Harâm et proclama rapidement dans les tribus de ‘Asiyya, Ri‘l, Dhakwân et autres qu’il fallait partir combattre le groupe musulman. Ils se rassemblèrent. Entre-temps, voyant que Harâm tardait à revenir, les musulmans partirent à sa recherche. Après avoir parcouru une courte distance, ils se retrouvèrent face aux tribus de Ri‘l, Dhakwân et autres. Toutes attaquèrent d’un seul élan le groupe musulman et les tuèrent tous. Seul ‘Amr ibn Umayya survécut. Il fut capturé par l’armée ennemie et amené devant ‘Âmir ibn at-Tufayl. Lorsque celui-ci apprit que ‘Amr ibn Umayya appartenait à la tribu de Mudar, il le relâcha en disant : « Ma mère avait fait le vœu d’affranchir un esclave. » Toutefois, en signe d’humiliation, il lui coupa les cheveux sur le devant de la tête. (Sîrat Ibn Hichâm, 2/184-185.)

Lors de cette affaire de Bi’r Ma‘ûna, le célèbre Compagnon ‘Âmir ibn Fuhayra mourut lui aussi en martyr. Lorsque ‘Amr ibn Umayya fut capturé et amené devant ‘Âmir ibn at-Tufayl, celui-ci désigna le corps de ‘Âmir ibn Fuhayra et lui demanda : « Qui est cet homme ? » ‘Amr ibn Umayya répondit : « ‘Âmir ibn Fuhayra. » ‘Âmir ibn at-Tufayl dit alors : « J’ai vu son corps s’élever très haut dans les airs, vers le ciel, après sa mort, puis redescendre. » (Hayât as-Sahâba, 3/595.)

Alors qu’Amr ibn Umayya, libéré des mains des ennemis de Bi’r Ma’una, se dirigeait vers Médine, il arriva en un lieu appelé Qarqara, où il rencontra deux hommes venant en sens inverse. Les deux hommes vinrent s’asseoir à l’ombre de l’arbre sous lequel il se reposait. Au cours de leur conversation, Amr ibn Umayya apprit qu’ils appartenaient à la tribu des Banû Âmir et garda alors le silence. Lorsqu’ils s’endormirent, Amr les attaqua et les tua tous les deux. Il pensait que cela constituerait une revanche pour le traitement infligé par les Banû Âmir aux compagnons du Messager. Lorsque Amr arriva à Médine et raconta l’affaire au Messager, celui-ci lui dit : « Amr, tu as commis deux meurtres tels que je dois absolument verser leur diya, ou prix du sang. » Il convient de préciser qu’un pacte avait été conclu entre les Banû Âmir et le Messager avant cet événement. (Sîrat Ibn Hishâm, 2/186.) Le Messager versa ensuite leur diya. (Sîrat Ibn Hishâm, 1/564.)

En l’an 6 de l’Hégire, le noble Messager ordonna à Amr ibn Umayya de se rendre en Abyssinie avec une lettre contenant l’appel à l’islam. Dans cette lettre, le Messager recommandait au Négus d’accueillir les émigrés installés en Abyssinie et lui envoyait également une demande en mariage pour Umm Habîba bint Abî Sufyân, qui se trouvait encore là avec les émigrés d’Abyssinie. Il convient de préciser qu’Umm Habîba était l’épouse d’Ubaydullah ibn Jahsh. Elle avait embrassé l’islam à La Mecque au début et avait émigré en Abyssinie avec son mari. Lorsque celui-ci, Ubaydullah, renonça à l’islam et adopta le christianisme, leur relation prit fin. Après avoir reçu cette lettre d’appel, le Négus embrassa l’islam par l’intermédiaire de Ja‘far ibn Abî Tâlib et écrivit une lettre en réponse à celle du Messager. Il y mentionnait sa conversion à l’islam, ses salutations au Messager, son hospitalité envers les émigrés, ainsi que d’autres éléments. Conformément à la lettre du Messager, le Négus demanda lui-même Umm Habîba en mariage en son nom. Il fut lui-même son représentant et, après le mariage, versa au nom du Messager une dot de quatre cents dinars. (Sîrat Ibn Hishâm, 1/224, 324.) (Hayât as-Sahâba, 1/158 ; 3/596-597.)

Lorsque cet Amr ibn Umayya arriva auprès du Négus en qualité d’émissaire du Messager, Amr ibn al-Âs, l’un des plus farouches ennemis de l’islam à cette époque, se trouvait également là. Il demanda instamment au Négus de lui livrer Amr ibn Umayya afin de pouvoir le tuer, se venger et accroître ainsi son prestige auprès des Quraysh. (Sîrat Ibn Hishâm, 2/276-277.)

Amr ibn Umayya ramena à Médine, sur deux navires, les émigrés qui se trouvaient en Abyssinie, au moment de la bataille de Khaybar. (Sîrat Ibn Hishâm, 2/359.)

Après son retour à Médine, au terme de cette mission diplomatique en Abyssinie, il fut chargé de venger l’un des méfaits d’Abû Sufyân. Voici ce qui s’était passé : Abû Sufyân avait encouragé certaines personnes à assassiner le Messager. Un homme s’était chargé de cette mission et Abû Sufyân lui avait fourni ce dont il avait besoin. Il vint à Médine et se rendit directement auprès du Messager dans la mosquée. Le Messager devina son intention. Il lui révéla devant tous la raison de sa venue. L’homme était sur le point d’attaquer le Messager lorsque, soudain, Usayd ibn Hudayr le saisit fermement. Un poignard tomba de sous ses vêtements. Le crime était manifeste et aucun témoin n’était nécessaire. Cependant, la Miséricorde pour les mondes lui pardonna. L’homme révéla toute la conspiration d’Abû Sufyân.

Puisque le principal instigateur de cette affaire était Abû Sufyân et que, par sa faute, un état de guerre permanent régnait entre les Quraysh de La Mecque et les habitants de Médine, le noble Messager envoya Amr ibn Umayya et Salama ibn Aslam — selon une autre version, Jabbâr ibn Sakhr al-Ansârî — en mission secrète à La Mecque. Il leur ordonna, s’ils en trouvaient l’occasion, d’éliminer pour toujours de ce monde l’instigateur de ces troubles.

Amr et Salama arrivèrent secrètement à La Mecque, mais Mu‘âwiya les aperçut alors qu’il effectuait le tawâf autour de la Kaaba. La nouvelle se répandit parmi les Quraysh. Ils se dirent que leur venue n’était certainement pas sans raison et qu’ils allaient sûrement provoquer quelque incident. Lorsque Amr et Salama constatèrent que leur arrivée était connue des Quraysh, ils sortirent de La Mecque. En chemin, ils rencontrèrent Ubaydullah ibn Mâlik et un homme des Banû Hudhayl. Amr tua Ubaydullah et Salama tua le second homme.

Pendant ce temps, les Quraysh déployèrent des espions tout autour de La Mecque à leur recherche. Amr et Salama rencontrèrent deux de ces espions. Ils tuèrent l’un d’eux et capturèrent l’autre, qu’ils emmenèrent à Médine auprès du Messager. (Sîrat Ibn Hishâm, 2/633-634.)

Selon un récit rapporté par Ahmad et al-Tabarani, Khubayb ibn Adi fut martyrisé aux mains des mécréants de La Mecque, et son corps fut suspendu à un morceau de bois. Le Prophète — paix et bénédictions d’Allah sur lui — envoya secrètement une mission à La Mecque pour ramener le corps de Khubayb. L’homme chargé de cette mission arriva discrètement à La Mecque, grimpa sur le bois, coupa la corde, et le corps de Khubayb tomba à terre. À ce moment-là, les Quraychites s’en aperçurent et se lancèrent à sa poursuite ; il s’enfuit en abandonnant le corps. Selon un autre récit, al-Miqdad ibn al-Aswad et az-Zubayr ibn al-Awwam avaient été chargés de cette mission et la menèrent à bien. (Hayat as-Sahaba, 3/596-597).

Après le décès du Noble Messager d’Allah — paix et bénédictions d’Allah sur lui — Amr ibn Umayya vécut encore de nombreuses années. Cependant, l’histoire ne fournit aucune information particulière sur la période ultérieure de sa vie. Il mourut à Médine avant l’an 60 de l’Hégire, sous le règne de l’émir Muawiya — qu’Allah l’agrée. Les recueils de hadiths contiennent vingt hadiths rapportés d’Amr ibn Umayya. Abd Allah, Jafar, Fadl, Zabarkan, ash-Shabi, Abou Salama ibn Abd ar-Rahman, Abou Qilaba al-Jurami et Abou al-Muhajir comptent parmi ses élèves les plus connus.

Il était l’un des hommes les plus valeureux et les plus courageux de l’Arabie de son époque. C’est pourquoi le Messager d’Allah — paix et bénédictions d’Allah sur lui — lui confiait la responsabilité des expéditions les plus audacieuses. À sa mort, il laissa trois fils : Jafar, Abd Allah et Fadl.

Mistah ibn Uthatha — qu’Allah l’agrée

Son véritable nom était Awf, sa kunya Abou Abbad, et son surnom ou titre Mistah. Son père était Uthatha ibn Abbad, et sa mère était la tante maternelle d’Abou Bakr — selon une autre version, sa cousine germaine. Ses deux parents embrassèrent l’islam aux débuts de celui-ci. (Al-Isaba, 3/408).

Mistah embrassa l’islam aux débuts de la prédication islamique. Le Messager d’Allah — paix et bénédictions d’Allah sur lui — établit un lien de fraternité entre lui et Zayd ibn Muzayyin. On ne dispose d’aucune information certaine sur la date de son émigration. Toutefois, il émigra et se rendit à Médine avant la bataille de Badr, et les ouvrages historiques et biographiques mentionnent sa participation à cette bataille. Il participa également à la bataille des Banu Mustaliq. Sur le chemin du retour, survint l’affaire de l’Ifk, c’est-à-dire la calomnie lancée contre Aïcha — qu’Allah l’agrée —, Mère des croyants. Lorsque les hypocrites propagèrent cette calomnie, quelques Compagnons croyants et sincères s’y trouvèrent également impliqués. Mistah était l’un d’eux.

Le Noble Coran fait allusion à la célèbre « affaire de l’Ifk » dans plusieurs versets, notamment dans le onzième verset de la sourate An-Nour. En résumé, voici ce qui s’est passé : Aïcha — qu’Allah l’agrée —, Mère des croyants, accompagnait le Messager d’Allah — paix et bénédictions d’Allah sur lui — lors de la bataille des Banu Mustaliq, en l’an 6 de l’Hégire. Sur le chemin du retour vers Médine, ils établirent leur campement en un lieu. Aïcha — qu’Allah l’agrée — s’éloigna du camp pour satisfaire un besoin naturel. Lorsque son collier tomba à cet endroit, elle se mit à le chercher. Entre-temps, comme son palanquin était fermé par des rideaux, la caravane partit en pensant qu’elle s’y trouvait. Safwan — qu’Allah l’agrée —, chargé de fermer la marche, l’aperçut, la fit monter sur son chameau et rejoignit la caravane à pied en tenant la corde de l’animal. À partir de cet événement, le chef des hypocrites, Abd Allah ibn Ubayy, se mit à répandre toutes sortes de calomnies. Les versets de la sourate An-Nour proclamèrent l’innocence d’Aïcha — qu’Allah l’agrée — et exposèrent le châtiment sévère réservé aux calomniateurs.

À son retour de la bataille, Mistah raconta l’affaire à sa mère. Un soir, la mère de Mistah se rendit de nouveau chez Aïcha — qu’Allah l’agrée — pour une affaire quelconque. Aïcha se trouvait alors chez ses parents, auprès de sa mère. À cette époque, les maisons arabes ne disposaient pas d’endroit permanent réservé aux besoins naturels. Les femmes sortaient généralement la nuit dans le désert pour les satisfaire. Aïcha — qu’Allah l’agrée — sortit avec la mère de Mistah pour aller dehors. En chemin, la mère de Mistah trébucha, son vêtement s’étant pris dans ses pieds. Après avoir trébuché, elle prononça, conformément à l’usage des Arabes : « Que Mistah périsse ! » Aïcha protesta et lui dit : « Comment peux-tu invoquer ainsi le malheur sur un musulman émigré qui a combattu à Badr ? » La mère de Mistah lui répondit alors : « Fille d’Abou Bakr, n’as-tu donc rien entendu ? » Puis elle lui raconta toute l’affaire. (Sira d’Ibn Hicham, 1/299-300 ; Hayat as-Sahaba, 1/587).

Le pauvre Mistah était le cousin maternel d’Abû Bakr, qu’Allah l’agrée. Abû Bakr le traitait toujours avec bienveillance et lui apportait une aide financière. Lorsqu’il apprit que Mistah avait été impliqué dans l’affaire de l’Ifk et que le Coran avait déclaré leurs accusations mensongères et calomnieuses, Abû Bakr cessa de lui venir en aide. Il déclara : « À partir de maintenant, je ne dépenserai plus un seul sou pour Mistah. » C’est alors que fut révélé le verset suivant de la sourate An-Nûr : « Que ceux d’entre vous qui jouissent de la faveur et de l’abondance ne jurent pas de ne rien donner aux proches, aux nécessiteux et à ceux qui ont émigré dans le chemin d’Allah. Qu’ils pardonnent et passent outre. N’aimez-vous pas qu’Allah vous pardonne ? Allah est Pardonneur et Très Miséricordieux. » (Sourate An-Nûr, 24:22).

Après la révélation de ce verset, Abû Bakr, qu’Allah l’agrée, recommença à lui apporter son aide comme auparavant. Un long hadith rapporté d’après Aïcha, qu’Allah l’agrée, dans les recueils d’Al-Bukhârî et de Muslim fournit des détails à ce sujet. (Al-Isâba, 3/408).

Toutefois, puisqu’il s’était trouvé impliqué dans l’affaire de la calomnie dirigée contre une femme chaste et vertueuse, et que le Coran avait également prescrit à leur égard la peine suivante : « Ceux qui accusent des femmes chastes sans produire quatre témoins recevront quatre-vingts coups de fouet. » (Sourate An-Nûr, 24:4), cette peine lui fut infligée comme aux autres. Les autres Compagnons pieux et célèbres qui subirent cette peine avec Mistah furent le vénérable Hassân ibn Thâbit et Hamna bint Jahsh, sœur de la Mère des croyants, Zaynab bint Jahsh, qu’Allah les agrée. (Sîrat Ibn Hichâm, 1/302 ; Hayât as-Sahâba, 1/590).

Nous devons nous rappeler que les Compagnons pieux, tels que le vénérable Mistah, qui se trouvèrent impliqués dans l’affaire de l’Ifk, furent simplement victimes de la propagande des hypocrites. Autrement, un homme tel que Mistah n’aurait pu s’y impliquer volontairement. De plus, ils se repentirent et acceptèrent humblement la peine. Allah, Son Messager, la Mère des croyants Aïcha, Abû Bakr, ainsi que l’ensemble de la communauté musulmane leur ont pardonné. Dès lors, nourrir à leur égard la moindre hostilité serait contraire à la foi. La plus grande preuve du mérite du vénérable Mistah ressort du témoignage d’Aïcha. Il fut parmi les premiers à embrasser l’islam, un Muhâjir ayant émigré de sa patrie et un combattant de Badr. Que de versets du noble Coran furent révélés à la louange de tels hommes !

Il existe une divergence concernant la date du décès du vénérable Mistah. Selon un avis, il mourut en l’an 34 de l’Hégire, sous le califat du vénérable Uthmân. Selon un autre, il mourut la même année, en l’an 37 de l’Hégire, après avoir combattu à Siffîn aux côtés du vénérable Alî. Il avait cinquante-six ans au moment de sa mort. (Usd al-Ghâba, 4/355 ; Al-Isâba, 3/408 ; At-Tabaqât, 3/52).

Marsad ibn Abî Marsad al-Ghanawî, qu’Allah l’agrée

Le père de Marsad s’appelait Abû Marsad Kannâz ibn Husayn. Dès les débuts de la prédication islamique à La Mecque, le père et le fils embrassèrent tous deux l’islam et émigrèrent à Médine avant la bataille de Badr. À La Mecque, Marsad était lié par un pacte à Hamza ibn Abd al-Muttalib. Après son émigration à Médine, le Messager d’Allah, paix et bénédictions d’Allah sur lui, établit entre lui et Aws ibn Sâmit, frère du célèbre Compagnon ansârî Ubâda ibn Sâmit, un lien de fraternité, ou mu’âkhât. (At-Tabaqât, 3/48 ; Al-Isâba, 3/398).

Le vénérable Marsad et son père, Abû Marsad Kannâz, furent de vaillants combattants à Badr. Lors de cette bataille, Marsad montait un cheval nommé Sabal et combattit avec un grand courage aux côtés du Messager d’Allah, paix et bénédictions d’Allah sur lui. Il participa également à la bataille d’Uhud. (At-Tabaqât, 3/48 ; Sîrat Ibn Hichâm, 1/666).

À l’époque de la Jâhiliya, Marsad avait une liaison avec une prostituée de La Mecque nommée « Inâq ». Après l’interdiction de la fornication en islam, il rompit avec cette prostituée. Il était extrêmement fort et courageux. C’est pourquoi le Messager d’Allah ﷺ lui confiait la mission d’emmener secrètement de La Mecque à Médine les musulmans qui y étaient capturés et torturés par les mécréants. Un jour, il se rendit à La Mecque dans ce but. La nuit était éclairée par la lune. Il avançait discrètement dans une ruelle de La Mecque. C’est alors que son ancienne bien-aimée, « Inâq », l’aperçut et l’appela. Il s’arrêta. Elle l’accueillit avec une grande douceur et le tenta en lui proposant de passer la nuit avec elle. Marsad dit : « Inâq, Allah a désormais interdit la fornication. » Cette réponse sèche la blessa profondément. Alors, prise d’un désir de vengeance, elle entra dans une grande colère. Elle avertit les gens de l’arrivée de Marsad. Huit hommes se lancèrent à sa poursuite. Il se cacha dans un endroit sûr. Lorsque ses ennemis, ne parvenant pas à le trouver, se retirèrent, il sortit de sa cachette et prit directement le chemin de Médine. Arrivé à Médine, il se présenta devant le Messager d’Allah et lui demanda : « Ô Messager d’Allah ! Marie-moi à Inâq. » Le Messager d’Allah ﷺ garda le silence sans répondre. C’est alors que fut révélé le verset suivant de la sourate An-Nûr :

« Le fornicateur n’épousera qu’une fornicatrice ou une associatrice, et la fornicatrice ne sera épousée que par un fornicateur ou un associateur. Cela a été interdit aux croyants. (Sourate An-Nûr : 2)

Après la bataille d’Uhud, quelques hommes des tribus d’Adal et d’Al-Qâra vinrent à Médine. Ils se présentèrent auprès du Messager d’Allah ﷺ et demandèrent : « Certains membres de nos tribus ont embrassé l’islam ; envoyez donc avec nous des hommes capables de leur enseigner la religion et le Coran. » Selon le récit d’Ibn Ishaq, le Noble Prophète ﷺ envoya six hommes sous la direction de Marsad ibn Abî Marsad رضي الله عنه. Toutefois, il est rapporté dans al-Bukhârî que le Messager d’Allah ﷺ envoya dix hommes sous la direction d’Âsim ibn Thâbit, parmi lesquels se trouvait Marsad. Lorsque le groupe parvint à l’endroit appelé Ar-Rajî‘, près du point d’eau de Banû Hudhayl, les hommes d’Adal et d’Al-Qâra se mirent à pousser des cris comme convenu dans leur complot. Les hommes de Banû Hudhayl accoururent, l’épée dégainée, et encerclèrent le groupe. Les Compagnons étaient montés à cheval. Ils se préparèrent au combat. Mais Banû Hudhayl dirent : « Nous ne voulons pas vous tuer. Notre seul objectif est d’obtenir des habitants de La Mecque une somme d’argent en échange de vous. Venez vous-mêmes avec nous ; nous vous le garantissons. »

Marsad, Khâlid et Âsim dirent : « Nous ne croyons pas à la promesse des associateurs. » Sur ces paroles, ils combattirent et moururent en martyrs. Quant à leurs trois autres compagnons, Khubayb, Zayd et Abdallah ibn Târiq, ils se montrèrent quelque peu conciliants et se laissèrent capturer. Lorsque l’ennemi entreprit de leur ligoter les mains et les pieds, Abdallah protesta en disant : « Voilà votre première trahison. » Ils lapidèrent Abdallah à l’endroit appelé Zhahrân, où il mourut en martyr. Puis ils conduisirent Khubayb et Zayd à La Mecque. Deux hommes de Banû Hudhayl étaient détenus par les Quraysh ; ceux-ci libérèrent les deux captifs en échange de ces deux hommes. ‘Uqba ibn Hârith ibn ‘Âmir prit Khubayb afin de venger le meurtre de son père, Hârith. Le noble Khubayb رضي الله عنه avait tué Hârith lors de la bataille de Badr. De son côté, Safwân ibn Umayya prit Zayd pour venger le meurtre de son père, Umayya ibn Khalaf. Ainsi, victimes de l’esprit de vengeance des Quraysh, tous deux subirent le martyre à La Mecque dans une situation extrêmement pénible et de manière atroce. Cet événement est connu dans l’histoire sous le nom de « Wâqi‘at Yawm ar-Rajî‘ ». Ibn Sa‘d dit que l’événement d’Ar-Rajî‘ eut lieu au mois de Safar, trente-six mois après l’émigration du Messager d’Allah ﷺ à Médine. (At-Tabaqât, 3/48).

Asahhus-Siyar, p. 160 ; Sîrat Ibn Hishâm, p. 169-174).

Cet événement suffit à démontrer la compétence et le rang éminent de Marsad رضي الله عنه : le noble Messager d’Allah ﷺ en personne l’avait choisi comme enseignant de la religion. Comme il mourut du vivant du noble Messager d’Allah ﷺ, il n’eut pas l’occasion de faire pleinement connaître ses compétences dans le domaine du savoir. Néanmoins, les recueils de hadiths ne sont pas totalement dépourvus de hadiths rapportés de lui. Ahmad ibn Sinân al-Qattân rapporte un hadith de Marsad dans son Musnad ; l’imam Al-Baghawî et Al-Hâkim le rapportent dans leurs Mustadrak, et At-Tabarânî dans son Awsat. (Al-Isâba, 3/398).

Abû Ahmad ibn Jahsh رضي الله عنه

Son nom véritable était ‘Abd — ou, selon une autre opinion, Abdallah — et sa kunya était Abû Ahmad. Son père était Jahsh ibn Riyâb et sa mère, Umayma bint Abd al-Muttalib. Il était à la fois le cousin maternel du Messager d’Allah ﷺ et le frère germain de son épouse, la Mère des croyants, Zaynab bint Jahsh رضي الله عنها. (Ansâb al-Ashrâf, 1/88 ; Al-Isâba, 4/3).

Au début de la prédication islamique du Messager d’Allah à La Mecque, Ahmad embrassa l’islam avec ses deux frères, Abdullah et Ubaydullah. Ils avaient achevé leur conversion avant que le Messager d’Allah ne se réfugie dans la demeure d’al-Arqam ibn Abî al-Arqam, à La Mecque. Al-Balâdhurî rapporte que, bien que ses deux frères Abdullah et Ubaydullah aient émigré en Abyssinie, lui-même n’y émigra pas. Il affirme en outre que tous les récits mentionnant son émigration en Abyssinie sont dépourvus de fondement. (Ansâb al-Ashrâf, 1/199).

Ibn Ishaq dit au sujet de l’identité d’Abû Ahmad et de son émigration à Médine : parmi les premiers à arriver à Médine après Abû Salama figurait Abdullah ibn Jahsh. Il y vint avec sa famille et l’un de ses frères, Abû Ahmad. Cet Abû Ahmad était aveugle. Il parcourait sans l’aide de personne les terrains escarpés et accidentés de La Mecque. Farwa, fille d’Abû Sufyân, était son épouse. Sa mère était Umayma, fille d’Abd al-Muttalib.

Lorsqu’ils quittèrent leurs maisons et partirent pour Médine, Utba ibn Rabî‘a, al-Abbâs ibn Abd al-Muttalib et Abû Jahl ibn Hishâm passèrent un jour devant leurs demeures abandonnées en se dirigeant vers les hauteurs de La Mecque. Montrant la maison vide, Utba récita un vers du poète Abû Du’âd al-Iyâdî et dit d’un ton désolé : « La maison des Banû Jahsh est complètement déserte. » Abû Jahl lui répondit : « Voilà le résultat de l’œuvre du fils de notre frère. Il a semé la discorde parmi nous, bouleversé toutes nos affaires et provoqué notre séparation. » … À Médine, Abû Salama ibn Abd al-Asad, Abdullah ibn Jahsh et Abû Ahmad résidaient dans le quartier des Banû Amr ibn Awf, à Qubâ. (Sîrat Ibn Hishâm, 1/470-472).

À son arrivée à Médine, il fut d’abord l’hôte du vénérable Mubashshir ibn Abd al-Mundhir. À La Mecque, un groupe d’hommes avait pour occupation constante de comploter contre l’islam et de faire souffrir les musulmans. Deux hommes en étaient les chefs : Abû Sufyân et Abû Jahl. Comme Abû Ahmad avait émigré avant eux et s’était soustrait à leur portée, il échappa directement à leurs persécutions. Toutefois, Abû Sufyân vendit injustement leur maison abandonnée à Amr ibn Alaqama. (Sîrat Ibn Hishâm, 1/499).

Il est probable que Farwa, la fille d’Abû Sufyân, était la belle-fille de cette maison et qu’elle la vendit à ce titre. (Sîrat Ibn Hishâm, 1/500). Après la conquête de La Mecque, durant la huitième année de l’hégire, Abû Ahmad évoqua auprès du Messager d’Allah la question de leur maison. Des gens l’interrompirent en disant : « Abû Ahmad, ce que vous avez perdu dans la voie d’Allah, réclamez-le maintenant de nouveau ; cela ne plaît pas au Messager d’Allah. » Selon une autre version, après la revendication d’Abû Ahmad, le vénérable Messager d’Allah lui fit transmettre un message par le vénérable Uthmân. Le vénérable Uthmân le lui murmura à l’oreille. Dès lors, jusqu’à l’instant précédant sa mort, il ne prononça plus un seul mot au sujet de la maison. Ses enfants rapportèrent par la suite que le vénérable Messager d’Allah lui avait demandé de renoncer à la maison et lui avait annoncé en échange la bonne nouvelle d’un palais au Paradis.

Cependant, il composa à l’intention d’Abû Sufyân un poème enflammé. En voici quelques vers : « Dites à Abû Sufyân que ce qu’il a fait n’a pour conséquence que honte et remords. Tu as vendu la maison de tes cousins et payé ta propre dette. »

Par le nom d’Allah, le Seigneur des hommes, j’ai juré un serment solennel. Va, emporte-le ; voici que j’ai transformé cet argent en un collier autour de ton cou, semblable au collier qui entoure le cou d’un pigeon, lequel ne sera plus jamais détaché et que tu ne pourras pas détacher. (Sîrat Ibn Hishâm, 2/644).

Après la dissolution du mariage de la vénérable Zaynab bint Jahsh avec Zayd ibn Hâritha, l’esclave affranchi du Messager d’Allah, c’est Abû Ahmad qui la maria au Messager d’Allah. (Sîrat Ibn Hishâm, 2/644). Le vénérable Abû Ahmad mourut à Médine. (Ansâb al-Ashrâf, 1/199).

Cependant, il existe de profondes divergences concernant la date de sa mort. Ibn al-Athîr a affirmé avec conviction qu’il mourut après sa sœur Zaynab bint Jahsh, c’est-à-dire après l’an 20 de l’Hégire, car Zaynab mourut en l’an 20 de l’Hégire. Ibn Hajar n’a pas retenu cet avis. Il dit qu’il existe également un récit selon lequel, après la mort d’Abû Ahmad, sa sœur Zaynab fit apporter du parfum et en oignit son corps. Al-Bukhârî et Muslim rapportent, d’après Zaynab bint Umm Salama, qu’elle a dit : « Je me rendis chez Zaynab au moment de la mort de l’un des frères de Zaynab bint Jahsh. Elle fit apporter du parfum et en oignit son corps. » Ibn Hajar dit qu’il s’agit là de l’événement survenu au moment de la mort d’Abû Ahmad. En effet, les deux autres frères de Zaynab, Abdallah, tomba en martyr à Uhud du vivant du Messager d’Allah — paix et bénédictions d’Allah sur lui —, tandis qu Ubaydallah mourut en Abyssinie après avoir apostasié. Le Messager d’Allah — paix et bénédictions d’Allah sur lui — épousa son épouse, Umm Habîba. (Al-Isâba, 4/4).

Amr ibn Saïd ibn al-Âs — qu’Allah l’agrée —

La kunya d’Amr était Abû Uqba. Son père était Saïd ibn al-Âs. Il était issu de la branche omeyyade de la tribu de Quraysh. Sa mère était une femme de Banû Makhzûm. Amr était le cousin maternel de Khâlid ibn al-Walîd. (Usd al-Ghâba, 4/106 ; Al-Isâba, 2/539).

Saïd ibn al-Âs avait cinq fils : Khâlid, Abân, Saïd, Abdallah et Amr. Tous embrassèrent l’islam, les uns après les autres. Al-Zubayr ibn Bakkâr rapporte qu’Abû Uhayha Saïd ibn Saïd, fils de Saïd ibn al-Âs, tomba en martyr lors du siège de Tâ’if. Le nom ancien d’Abdallah ibn Saïd était Hakam. Le Messager — paix et bénédictions d’Allah sur lui — le changea en Abdallah. Amr ibn Saïd tomba en martyr à la bataille d’Ajnâdayn. Khâlid, puis Amr, embrassèrent l’islam. Ibn Ishâq dit qu’Amr n’eut pas de descendance. Abân, l’autre fils de Saïd ibn al-Âs, fut le dernier à embrasser l’islam. Abân fut extrêmement irrité par la conversion de ses frères, en particulier Khâlid et Amr. Khâlid, Amr et Abân étaient tous trois poètes. Après la conversion de ses deux frères, Khâlid et Amr, Abân composa également un poème pour les blâmer. Khâlid et Amr lui répondirent en vers. Certains passages de ces poèmes ont été recueillis dans Al-Isâba, la Sîra d’Ibn Hishâm, Usd al-Ghâba et d’autres ouvrages. Voici l’un des vers du poème composé par Abân pour blâmer ses frères : « Hélas ! Si le mort de Jabîra pouvait voir quel mensonge Amr et Khâlid ont adopté au sujet de la religion ! »

Leur père, Saïd ibn al-Âs, était enterré dans un lieu appelé Jabîra. C’est à cela qu’il est fait allusion ici. Amr lui répondit en vers. L’un de ses vers disait : « Laissez maintenant les morts qui sont partis en suivant leur voie. Venez maintenant vers cette vérité dont la véracité est parfaitement évidente. » (Al-Isâba, 2/539 ; Sîra d’Ibn Hishâm, 2/360).

Deux ans après l’émigration de Khâlid ibn Saïd en Abyssinie, Amr ibn Saïd émigra lui aussi en Abyssinie avec le deuxième groupe d’émigrants, accompagné de son épouse Fâtima bint Safwân. Fâtima bint Safwân mourut en Abyssinie. (Sîra d’Ibn Hishâm, 2/360). Quant à Amr, il quitta l’Abyssinie à bord d’un navire avec la caravane musulmane et arriva à Médine au moment de la bataille de Khaybar. Après son arrivée à Médine, il participa aux côtés du Messager d’Allah — paix et bénédictions d’Allah sur lui — à la conquête de La Mecque ainsi qu’aux expéditions de Hunayn, de Tâ’if, de Tabûk et à plusieurs autres campagnes.

Le Noble Messager d’Allah — paix et bénédictions d’Allah sur lui — nomma les trois fils de Saïd, Abân, Khâlid et Amr, gouverneurs de trois régions. Khâlid gouvernait le Yémen, Abân Bahreïn, et Amr la région occidentale de Médine, notamment Tabûk, Khaybar, Fadak et les territoires environnants. Tous s’acquittèrent de leur fonction avec une grande compétence jusqu’au décès du Messager d’Allah — paix et bénédictions d’Allah sur lui —. Après le décès du Noble Messager d’Allah — paix et bénédictions d’Allah sur lui —, ils vinrent s’installer à Médine. Après que le vénérable Abû Bakr — qu’Allah l’agrée — eut assumé le califat, il leur demanda à tous de reprendre leurs anciennes fonctions, en disant : « Je ne vois personne plus digne que vous de diriger les affaires administratives. » (Al-Isâba, 2/539).

Mais les fils de Saïd ibn al-Âs refusèrent cette demande du calife en disant : « Après le Messager d’Allah — paix et bénédictions d’Allah sur lui —, nous ne serons les administrateurs ni les gouverneurs de personne. »

Après avoir assumé la responsabilité du califat, le vénérable Abou Bakr décida d’envoyer une armée en Syrie pour combattre les Romains. Une longue discussion eut lieu à ce sujet lors d’une réunion de Compagnons éminents, au cours de laquelle leurs avis furent recueillis. Chacun exprimait son opinion à tour de rôle, tandis que certains demeuraient silencieux. À un moment donné, le vénérable Omar, qu’Allah l’agrée, dit dans le but d’encourager tout le monde : « Si vous entrevoyiez la possibilité d’obtenir rapidement un résultat, ou si le voyage était proche, ne sortiriez-vous donc que dans ce cas ? » Amr ibn Saïd réagit avec colère à ces paroles d’Omar, qu’Allah l’agrée, et dit : « Avez-vous appliqué à notre cas l’exemple qui concerne les hypocrites ? Pourquoi restez-vous vous-même assis en silence ? Commencez donc le premier ! » Il s’ensuivit alors un échange assez vif entre lui et Omar. Finalement, le calife Abou Bakr, qu’Allah l’agrée, dit : « En réalité, le but des paroles d’Omar est de vous inspirer et de vous encourager. » Aussitôt, le frère d’Amr, Khalid, se leva et prononça un discours en soutien aux paroles du calife. Ainsi, l’affaire fut réglée. (Hayât as-Sahâba, p. 1440)

Refusant le poste de gouverneur, Amr rejoignit l’expédition en Syrie comme simple moudjahid. La bataille d’Ajnadaïn eut lieu durant l’année 13 de l’Hégire. Il combattit avec un courage extraordinaire. Dès qu’il remarquait la moindre faiblesse dans les rangs de l’armée musulmane, il criait et s’efforçait de diverses manières d’affermir le moral des troupes. Un jour, dans un grand élan d’émotion, il dit : « Sur le champ de bataille, je ne peux absolument pas voir la faiblesse de mes compagnons. Je vais maintenant y entrer moi-même. » Sur ces mots, il perça le dispositif au centre de l’armée ennemie et s’y enfonça ; il combattit avec une audace extrême jusqu’à tomber en martyr. À la fin de la bataille, lorsqu’on retrouva son corps, on constata qu’il était criblé de blessures sur tout le corps. On en compta trente au total. Toutefois, selon Ibn Ishaq et Moussa ibn Oqba, Amr tomba en martyr lors de la bataille de Marj as-Saffar. (Al-Isâba, 2/539)

Wâqid ibn Abdillah, qu’Allah l’agrée

Il s’appelait Wâqid et son père se nommait Abdallah. Il était issu de la branche Han­zali­ya Yarbouï du clan des Banou Tamim. À l’époque antéislamique, il était lié par un pacte à Khattab ibn Noufaïl. (At-Tabaqât, 3/390 ; Al-Isâba, 3/628)

Wâqid embrassa l’islam dès les débuts de la prédication islamique à La Mecque, avant même que le vénérable Messager d’Allah, qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix, n’entrât dans la maison du vénérable Arqam ibn Abil-Arqam. Lorsque l’ordre d’émigrer fut donné, il émigra à Médine et fut l’hôte du vénérable Rifaâ ibn Abd al-Moundhir. À Médine, le Messager, qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix, établit entre lui et Bishr ibn Bara ibn Ma’rour un lien de fraternité. (At-Tabaqât, 3/390)

Le dix-septième mois après l’émigration du vénérable Messager d’Allah, qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix, à Médine était le mois de Rajab. Ce mois-là, il envoya à Nakhla une troupe de douze hommes — ou de neuf, selon une autre version — placée sous le commandement du vénérable Abdallah ibn Jahsh, afin d’observer les mouvements des Quraychites. Wâqid ibn Abdillah en faisait également partie. Ils arrivèrent à Nakhla et se mirent en embuscade. C’est alors qu’apparut une petite caravane commerciale des Quraychites. Ce jour-là était le tout dernier jour de Rajab. Or Rajab était l’un des quatre mois durant lesquels les combats étaient interdits en Arabie. Les membres de l’armée musulmane se consultèrent donc pour déterminer s’il leur était permis d’attaquer à ce moment-là. Finalement, la décision d’attaquer fut prise.

Wâqid ibn Abdillah, qu’Allah l’agrée, décocha une flèche. Celle-ci tua Amr ibn al-Hadrami, qui se trouvait dans le camp adverse, tandis que deux hommes nommés Othman et Hakam furent faits prisonniers.

Comme l’effusion de sang avait eu lieu durant un mois sacré, les Quraychites lancèrent toutes sortes de campagnes contre le Messager d’Allah, qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix, et les musulmans. Ils dirent : « Est-ce que Muhammad, qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix, et ses compagnons ne respectent donc pas la sainteté des mois sacrés, observée depuis des temps immémoriaux ? » Même le Messager, qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix, ne parvenait pas à accepter ce qui s’était produit. Il convoqua les hommes de l’expédition et leur dit : « Je ne vous avais pourtant pas autorisés à combattre ; pourquoi avez-vous donc combattu ? » C’est dans ce contexte que fut révélé le verset suivant de la sourate Al-Baqara :

« Ô Muhammad, les associateurs t’interrogent au sujet du combat durant le mois sacré. Dis-leur : combattre durant ce mois est un péché grave. Mais faire obstacle au chemin d’Allah, mécroire en Lui, empêcher les gens de pratiquer le culte dans la Mosquée sacrée et en expulser ses habitants est, aux yeux d’Allah, un péché plus grave encore que d’y combattre. Et la discorde et la corruption sont plus graves que le meurtre. (Sourate al-Baqara, 2:217). »

(Al-Isaba, 3/628 ; Asahhus-Siyar, p. 128).

Quoi qu’il en soit, Amr ibn al-Hadrami fut le premier mécréant tué par un musulman ; Uthman et al-Hakam furent les deux premiers prisonniers de l’histoire de l’islam, et les biens obtenus auprès de la caravane de Quraysh constituèrent le premier butin de l’islam. (Asahhus-Siyar, p. 128).

Après cet événement, les Banû Yarbu‘ se vantaient en disant que l’un des leurs avait été le tout premier, dans l’histoire de l’islam, à tuer un associateur. Umar ibn al-Khattab récitait ces vers : « À Nakhla, nous avons fait boire à nos flèches le sang d’Ibn al-Hadrami, lorsque Waqid alluma le feu de la guerre. » (Al-Isaba, 3/628).

Après Nakhla, il participa à toutes les batailles, notamment à Badr, Uhud et al-Khandaq. Il mourut au début du califat du deuxième calife, Umar. Il n’eut pas de descendance. On trouve dans les recueils de hadiths un ou deux hadiths rapportés de lui.

Abdullah ibn Makhrama (qu’Allah l’agrée)

Son nom complet était Abû Muhammad Abdullah ; son père était Makhrama ibn Abd al-Uzza et sa mère Bahsana bint Safwan. Il appartenait à la branche Amirite de la tribu de Quraysh. (Al-Isaba, 2/365).

Il embrassa l’islam à La Mecque, aux premiers temps de la prédication islamique. Il émigra en Abyssinie avec le deuxième groupe d’émigrants, en compagnie de Ja‘far ibn Abî Talib (qu’Allah l’agrée). De là, il se rendit directement à Médine et fut l’hôte de la maison de Kulthum ibn Hidam. Le Messager éminent d’Allah (paix et bénédictions d’Allah sur lui) établit entre lui et Farwa ibn Amr al-Bayadi (qu’Allah l’agrée) un lien de fraternité religieuse. Après son arrivée à Médine, il participa en premier lieu à la bataille de Badr et obtint l’immense honneur de compter parmi les Compagnons de Badr. Il avait alors trente ans. Après Badr, il participa avec le Messager (paix et bénédictions d’Allah sur lui) à toutes les batailles, notamment à Uhud.

Ḥazrat ʿAbdullah (qu’Allah l’agrée) désirait si ardemment le martyre qu’il aspirait constamment à teindre de sang chacun des poils de son corps. Il faisait cette invocation : « Ô Allah, ne me retire pas de ce monde avant que chacune des parties de mon corps ne soit lacérée par les coups. » Cette invocation fut exaucée et l’occasion se présenta peu après.

Sous le califat de Ḥazrat Abū Bakr al-Ṣiddīq (qu’Allah l’agrée), une vague d’apostasie, ou ridda, se déclencha. Il participa à la campagne menée contre les apostats en tant que mujāhid. Il les combattit avec une telle férocité que tout son corps fut criblé de blessures. C’était le mois béni de Ramadan et il observait le jeûne. Au coucher du soleil, alors que le soir de sa vie approchait également, Ḥazrat ʿAbdullah ibn Makhrama (qu’Allah l’agrée) vint prendre de ses nouvelles. ʿAbdullah ibn Makhrama (qu’Allah l’agrée) lui demanda : « Apportez-moi donc aussi un peu d’eau. » À son retour avec l’eau, il le trouva étendu, sans vie. Il tomba en martyr lors de la bataille de Yamāma. Il n’avait que quarante et un ans au moment de sa mort. (Al-Iṣāba, 2/365).

Par son savoir, ses œuvres, sa taqwā et sa piété, il possédait des qualités tout à fait remarquables. L’auteur d’Usud al-Ghāba écrit qu’il était un adorateur doté d’une grande noblesse.

Sources :

1. Ibn Saʿd : al-Ṭabaqāt

2. Ibn Ḥajar al-ʿAsqalānī : al-Iṣāba

3. Ibn Ḥajar al-ʿAsqalānī : Tahdhīb al-Tahdhīb

4. Ibn al-Athīr : Usud al-Ghāba

5. Ibn Athîr : Tajrîd Asmâ’ as-Sahâba

6. Al-Balâdhurî : Ansâb al-Ashrâf

7. Adh-Dhahabî : Tadhkirat al-Huffâẓ

8. Adh-Dhahabî : Târîkh al-Islâm

9. Ibn Kathîr : Al-Bidâya wa an-Nihâya

10. Ibn Asâkir : At-Târîkh al-Kabîr

11. Az-Ziriklî : Al-A‘lâm

12. Al-Qurtubî : Al-Istî‘âb (annotation marginale d’Al-Isâba)

13. Ibn Hicham : As-Sîra

14. At-Tabarî : Târîkh al-umam wa-l-mulûk

15. Mawlana Yûsuf Kandhalawî : Hayât as-Sahâba

16. Muʿîn ad-Dîn Ahmad Nadwî : Les Émigrants

17. Dr ʿAbd ar-Rahmân Raʾfat al-Bâchâ : Suwar min hayât as-Sahâba

18. Khâlid Muhammad Khâlid : Des hommes autour du Messager

19. Muhammad Khidrî Bey : Târîkh al-umma al-islâmiyya

20. Dâʾira-i Maʿârif-i Islâmiyya (ourdou)

21. Divers recueils de hadiths.