Au nom d’Allah, le Tout Miséricordieux, le Très Miséricordieux

Introduction

Les Compagnons qui sont-ils ??

Le mot « sahâbî » est une forme du mot arabe « suhbat ». Au singulier, on emploie « sâhib » et « sahâbî », et au pluriel, « sahâba ». Au sens lexical, il signifie compagnon, camarade, associé, personne qui vit avec quelqu’un ou qui demeure en sa compagnie. Dans la terminologie islamique, le mot « sahâba » désigne les grands compagnons du Messager d’Allah (ﷺ). Le mot « sâhib » possède encore plusieurs formes plurielles. Toutefois, pour désigner les compagnons du Messager d’Allah (ﷺ), on emploie, outre « sahâba », les pluriels « as’hâb » et « sahb » du mot « sâhib ».

L’érudit Ibn Hajar (qu’Allah lui fasse miséricorde), dans l’ouvrage Al-‘Isâba– fî Tamyîz al- Sahâba,’ en donnant la définition du sahâbî, dit : « Inna as-sahâbî man laqiya an-nabiyya sallallâhou ‘alayhi wa sallam mu’minan bihi wa mâta ‘alal-islâm », c’est-à-dire que le sahâbî est celui qui a rencontré le Messager d’Allah (ﷺ) en croyant en lui et qui est mort dans l’islam.

La définition ci-dessus impose trois conditions pour être considéré comme un sahâbî : 1. croire au Messager d’Allah (ﷺ) ; 2. le rencontrer tout en étant croyant (al-liqâ) ; 3. mourir dans l’islam (mawt ‘alal-islâm).

La première condition exclut du nombre des Compagnons ceux qui ont certes rencontré le Messager d’Allah (ﷺ), mais n’ont pas cru en lui, tels qu’Abou Jahl, Abou Lahab et les autres mécréants de La Mecque. Selon la deuxième condition, est également considéré comme un Compagnon celui qui a rencontré le Prophète, mais qui, en raison de sa cécité ou d’une incapacité similaire, a été privé de la chance de le voir de ses yeux, comme le Compagnon aveugle Abdoullah ibn Oumm Maktoum (qu’Allah l’agrée).

La troisième condition, c’est-à-dire mawt ‘alal-islâm, inclut également parmi les Compagnons ceux qui ont eu l’honneur de rencontrer le Messager d’Allah (ﷺ) alors qu’ils étaient croyants, puis ont apostasié, avant d’embrasser de nouveau l’islam et de mourir musulmans. Même s’ils n’ont pas rencontré de nouveau le Messager d’Allah (ﷺ) après leur conversion à l’islam, ils sont considérés comme des Compagnons. C’est l’opinion la plus correcte. C’est le cas, par exemple, de Hazrat Al-Ach‘ath ibn Qays (qu’Allah l’agrée) et de bien d’autres. Les spécialistes du hadith ont compté Al-Ach‘ath ibn Qays parmi les Compagnons et ont compilé les hadiths qu’il a rapportés dans les ouvrages authentiques et les recueils Musnad. Pourtant, après avoir embrassé l’islam, il apostasia, puis revint à l’islam sous le califat de Hazrat Abou Bakr (qu’Allah l’agrée).

En vertu de la dernière condition, n’est pas considéré comme un Compagnon celui qui a rencontré le Messager d’Allah (paix et bénédictions d’Allah sur lui) alors qu’il était musulman, mais qui est ensuite mort en apostat. C’est le cas, par exemple, d’Abdullah ibn Jahsh al-Asadi. Après avoir émigré en Abyssinie en tant que musulman, il devint chrétien et y mourut en apostat. Il en va de même pour Abdullah ibn Khatal, Rabi‘a ibn Umayya et d’autres apostats. La condition de mourir dans l’islam, requise pour être Compagnon, n’était donc pas présente chez ces personnes.

Selon la définition susmentionnée, toute personne qui a rencontré le Messager d’Allah (paix et bénédictions d’Allah sur lui) avec foi, que sa compagnie ait duré longtemps ou peu de temps, qu’elle ait rapporté ou non un hadith de lui, qu’elle ait participé ou non à une bataille à ses côtés, et même si elle ne l’a rencontré qu’un instant au cours de sa vie, puis est morte dans la foi, fait partie des Compagnons.

Ceux qui n’ont pas cru au Messager d’Allah (paix et bénédictions d’Allah sur lui), mais l’ont rencontré alors qu’ils croyaient en un autre prophète antérieur, ne sont pas des Compagnons. Quant à ceux qui, comme le moine Bahîrâ, ont rencontré le Messager d’Allah (paix et bénédictions d’Allah sur lui) avant le début de sa mission prophétique, tout en croyant en un prophète antérieur et en croyant qu’il deviendrait un prophète à l’avenir, leur statut de Compagnons fait l’objet d’un doute. Les savants musulmans n’ont pu formuler aucune décision définitive à leur sujet.

Les conditions de la définition susmentionnée s’appliquent également aux djinns. Les djinns furent eux aussi des Compagnons. Le Noble Coran évoque certains djinns qui crurent après avoir entendu la récitation coranique du Messager d’Allah (paix et bénédictions d’Allah sur lui). Ils étaient assurément des Compagnons d’un rang éminent.

La définition susmentionnée du Compagnon est considérée comme la plus correcte par la majorité des savants, notamment l’imam al-Bukhari et l’imam Ahmad ibn Hanbal. Il existe toutefois quelques autres opinions peu répandues au sujet de la définition du Compagnon. Ainsi, certains ont posé comme condition, à la place de la rencontre (al-liqâ’), le fait d’avoir vu de ses propres yeux (ar-ru’ya). Mais cela exclurait des personnes qui, bien que croyantes, furent privées par leur cécité de la faveur de voir le Messager d’Allah (paix et bénédictions d’Allah sur lui), comme Abdullah ibn Umm Maktum (qu’Allah l’agrée). Or, il était un Compagnon d’un rang très éminent.

Hazrat Sa‘îd ibn al-Musayyib dit : « La condition pour être Compagnon est d’avoir accompagné le Messager d’Allah (paix et bénédictions d’Allah sur lui) pendant une ou deux années, ou d’avoir participé avec lui à une ou deux expéditions ou batailles. » Selon certains spécialistes des fondements et de la théologie dogmatique, la condition pour être Compagnon est d’avoir longtemps accompagné le Messager d’Allah (paix et bénédictions d’Allah sur lui), ainsi que d’être connu et reconnu pour avoir suivi sa Sunna prophétique. Certains ont également posé comme condition d’avoir atteint l’âge adulte. Selon un groupe de savants, celui qui a vu le Messager d’Allah (paix et bénédictions d’Allah sur lui) une seule fois après avoir atteint l’âge adulte est un Compagnon. Celui qui l’a vu avant sa majorité est également un Compagnon, mais en ce sens que le Messager l’a vu, et non en ce sens que lui-même a vu le Messager. Toutefois, du point de vue de la transmission des hadiths, une telle personne n’est pas un Compagnon ; elle bénéficie plutôt du statut de Tabi‘i. On peut se demander quel jugement porter sur celui qui aurait vu le Messager d’Allah (paix et bénédictions d’Allah sur lui) après son décès, mais avant son inhumation, comme cela serait arrivé dans le cas du célèbre poète arabe Abu Juwayrib al-Hudhali. Les savants divergent à ce sujet. Cependant, l’opinion retenue est qu’une telle personne ne fera pas partie du groupe des Compagnons. »

Les spécialistes de l’islam sont unanimes pour dire que la compagnie du Messager d’Allah (paix et bénédictions d’Allah sur lui), ou suhbat, est un rang auquel aucun autre rang ne peut être comparé pour les musulmans. Outre le mérite de la suhbat, les Compagnons éminents jouissent, aux yeux de tout musulman, d’un rang sacré et élevé en raison de leurs efforts considérables et de leurs sacrifices pour renforcer et consolider les fondements de la religion, transmettre l’islam et servir la Charia. C’est pourquoi certains savants considèrent comme un zindîq celui qui dénigre les Compagnons. Selon d’autres, il s’agit d’un délit passible de sanction.

des Compagnons mérites

Les Compagnons peuvent certes se distinguer entre eux par leur rang et leur mérite, mais aucun musulman des générations postérieures, aussi savant, vertueux et dévot soit-il, ne peut atteindre même le rang du plus humble des Compagnons. Le Coran, la Sunna et le consensus sont unanimes à ce sujet.

Ces Compagnons furent le premier intermédiaire entre le Messager d’Allah et sa communauté. C’est uniquement par leur transmission et par leur intermédiaire que les générations suivantes ont connu la Parole d’Allah, le Noble Coran, son exégèse, la personne du Messager d’Allah, son enseignement, son modèle et, en somme, tout ce qui concerne la religion. Aussi, si ce premier intermédiaire est ignoré, écarté ou si la méfiance à son égard s’installe, le fondement même de la religion s’effondre. La défiance envers le Coran et les hadiths commence alors à s’enraciner.

Le hâfiz Ibn Abd al-Barr dit, à propos du mérite des Compagnons : « Allah le Très-Haut avait destiné à ces grands hommes l’honneur exceptionnel d’avoir accompagné le Messager d’Allah et d’avoir préservé et diffusé sa Sunna. C’est pour cette raison qu’ils ont obtenu le rang de “Khayr al-qurûn” et de “khayru ummatin”, c’est-à-dire que leur époque fut la meilleure des époques et qu’ils furent la meilleure des communautés. »

Le hâfiz Abû Bakr ibn al-Khatîb al-Baghdâdî dit : « Les hadiths et les récits portant sur les idées et les sujets mentionnés sont nombreux, et tous concordent avec le sens explicite du Coran. Ils expriment notamment l’immense mérite des Compagnons, leur probité et leur pureté. Après qu’Allah et Son Messager eurent attesté leur probité, ils n’ont besoin du témoignage d’aucun autre homme sur terre. Même si Allah et Son Messager n’avaient formulé aucune déclaration à leur sujet, leur émigration, leur jihâd, leur soutien, leurs dépenses de biens dans le sentier d’Allah, le fait d’avoir combattu leurs pères et leurs fils, leurs exhortations au sujet de la religion, ainsi que la fermeté de leur foi et de leur certitude auraient prouvé que, s’agissant de probité, de foi et de pureté, quels que soient les hommes justes et purs qui naîtraient sur terre jusqu’au Jour de la Résurrection, eux étaient supérieurs à tous. »

De son vivant, le Messager d’Allah a annoncé à certains Compagnons la bonne nouvelle du Paradis. Toutefois, de nombreux savants musulmans ont estimé que tous les Compagnons sont promis au Paradis. Ibn Hajar, dans l’ouvrage « ‘Al-–Isâba’ », cite l’avis de l’imam Ibn Hazm d’Espagne. Celui-ci dit : « As-sahâbatu kulluhum min ahl al-janna qat‘an : tous les Compagnons font assurément partie des gens du Paradis. »

Le Messager d’Allah a interdit d’insulter ses Compagnons ou de les critiquer dans le but de les rabaisser. Il a dit : « Allah, Allah ! Après moi, ne faites pas d’eux la cible de vos critiques. Ceux qui les aiment ne les aiment que par amour pour moi, et ceux qui les haïssent ne les haïssent qu’en raison de leur haine envers moi. »

Compagnon reconnaître les moyens

On peut se demander comment déterminer qui est un Compagnon et qui ne l’est pas. Les spécialistes des sciences du rijâl et du hadith ont suivi à ce sujet certains principes fondamentaux. Premièrement, le khabar mutawâtir : lorsqu’un grand nombre de personnes, à chaque époque, rapportent ou attestent au sujet d’un homme qu’il était un Compagnon. Deuxièmement, le khabar mashhûr : lorsqu’un grand nombre de personnes, à chaque époque, attestent qu’untel était un Compagnon. Troisièmement, sur la base du récit ou du témoignage d’un Compagnon. Quatrièmement, sur la base du récit ou du témoignage d’un tâbi‘î renommé. Cinquièmement, lorsqu’une personne affirme elle-même : « Je suis un Compagnon. » Dans ce cas, il faut vérifier si elle possède deux qualités. 1. La ‘adâla, ou probité. C’est une qualité particulière des Compagnons, et celui qui prétend être un Compagnon doit nécessairement la posséder. 2. La mu‘âsara, ou contemporanéité. L’époque des Compagnons s’est achevée en l’an 110 de l’Hégire. En effet, un mois avant son décès, le Messager d’Allah avait dit : « Parmi ceux qui vivent aujourd’hui sur cette terre, aucun ne sera encore vivant dans cent ans. » Ainsi, si quelqu’un était encore en vie après l’an 110 de l’Hégire et prétendait être un Compagnon, les spécialistes de la science du rijâl ne l’ont pas reconnu comme tel. Beaucoup ont formulé une telle prétention, mais elle s’est révélée mensongère. Leurs biographies figurent également dans les ouvrages de rijâl. En outre, les traditionnistes ont suivi d’autres règles et principes pour déterminer qui était un Compagnon.

Compagnons Nombre

Il est impossible de déterminer avec précision le nombre des Compagnons. L’imam Abû Zur‘a al-Râzî a dit qu’à la mort du Messager d’Allah (paix et bénédiction d’Allah sur lui), le nombre des hommes et des femmes qui l’avaient vu et avaient entendu ses paroles dépassait cent mille. Chacun d’eux a rapporté des hadiths du Messager d’Allah (paix et bénédiction d’Allah sur lui). On peut donc aisément imaginer combien étaient nombreux les Compagnons qui n’ont rapporté aucun hadith. Cette affirmation d’Abû Zur‘a est confirmée par une parole de Ka‘b ibn Mâlik, rapportée par al-Bukhârî et Muslim. Évoquant l’expédition de Tabûk, il a dit : « Les gens étaient très nombreux. Aucun registre ni aucun dîwân n’aurait pu les recenser. »

Il est absolument impossible d’établir un décompte exact des Compagnons. En effet, vers la fin de la vie du Messager d’Allah (paix et bénédiction d’Allah sur lui), les gens embrassèrent l’islam par groupes et lui prêtèrent allégeance. Certains ont dit qu’au cours de la dixième année de l’Hégire, il ne restait aucun non-musulman à La Mecque et à Tâ’if. Tous embrassèrent l’islam et participèrent au pèlerinage d’Adieu. De même, de nombreuses tribus arabes se convertirent entièrement à l’islam. La plupart d’entre elles étaient des tribus nomades, et il était absolument impossible d’en conserver le décompte. En outre, sous le califat d’Abû Bakr (qu’Allah l’agrée), d’innombrables Compagnons tombèrent en martyrs lors des campagnes menées contre les faux prophètes et les apostats. Il ne fut pas possible de conserver l’identité de beaucoup d’entre eux.

Plusieurs versets du Noble Coran et d’innombrables hadiths exposent le mérite et le rang éminent des Compagnons. Nous citerons ci-dessous la traduction de quelques versets :

« Muhammad est le Messager d’Allah ; ceux qui sont avec lui sont durs envers les mécréants et miséricordieux entre eux. Tu les vois s’incliner et se prosterner, recherchant la grâce et l’agrément d’Allah. Leurs visages portent les marques de la prosternation. Telle est leur description dans la Torah, et telle est aussi leur description dans l’Évangile. » (Sourate al-–Fath : 29)

« Les tout premiers parmi les Émigrés et les Ansâr, ainsi que ceux qui les ont suivis avec excellence, Allah les agrée et ils L’agréent. Il leur a préparé des jardins sous lesquels coulent des rivières, où ils demeureront éternellement. Voilà le succès immense. »(Sourate at-–Tawbah : 100)

« Cette richesse est destinée aux émigrés nécessiteux qui ont été expulsés de leurs demeures et de leurs biens. Ils recherchent la grâce et la satisfaction d’Allah et portent secours à Allah et à Son Messager. Ceux-là sont les véridiques. Ceux qui, avant l’arrivée des émigrés, habitaient cette cité (Médine) et avaient embrassé la foi aiment les émigrés et ne ressentent dans leurs cœurs aucune envie pour ce qui leur a été donné ; ils leur donnent la préférence sur eux-mêmes, même s’ils sont eux-mêmes dans le besoin. » (Sourate Al–-Hashr : 8–-9) Dans ce verset, les premiers émigrés, puis les Ansar, sont loués.

De même, dans la sourate Al -Fath‌ : 18,, dans la sourate Al -Waqi‘a : 10,, et dans la sourate Al -Anfal, 64 e verset compris, ainsi que dans divers versets, les nobles Compagnons sont loués, tantôt explicitement, tantôt implicitement.

De même, le Messager d’Allah — paix et bénédictions d’Allah sur lui — a lui-même prononcé des paroles au sujet de ses Compagnons. Il a fait leur éloge de manière éminente, en établissant leur honneur, leur mérite et leur rang. Ainsi, il est rapporté de Hazrat Abdullah ibn Mas‘ud — qu’Allah l’agrée — que le Messager d’Allah — paix et bénédictions d’Allah sur lui — a dit :

« Les meilleurs membres de ma communauté sont ceux de mon époque. Puis ceux de l’époque suivante, puis ceux de l’époque qui lui succède. Ensuite apparaîtra un groupe de gens dont les serments devanceront les témoignages : ils témoigneront avant même qu’on leur demande de le faire. »

« Ne dénigrez pas mes Compagnons. Par Celui qui détient ma vie entre Ses mains, même si l’un d’entre vous dépensait une quantité d’or équivalente à la montagne d’Uhud, cela n’équivaudrait pas à un mudd — ni même à la moitié d’un mudd — d’orge dépensé par l’un d’entre eux. »

Ibn Abbas — qu’Allah l’agrée — a rapporté du Messager d’Allah — paix et bénédictions d’Allah sur lui — : « Vous devez mettre en pratique ce qui vous a été donné du Livre d’Allah. Aucune excuse ni objection de votre part ne sera acceptée concernant son abandon. Si vous ne trouvez aucune décision dans le Livre d’Allah, recherchez-la dans ma Sunna. Si vous ne la trouvez pas non plus, cherchez-la dans les paroles de mes Compagnons. Mes Compagnons sont semblables aux étoiles du ciel. Si vous vous attachez à l’un d’entre eux, vous trouverez la voie droite. Les divergences entre mes Compagnons sont pour vous une miséricorde. »

Sa‘id ibn al-Musayyib a rapporté d’Umar ibn al-Khattab — qu’Allah l’agrée — que le Messager d’Allah — paix et bénédictions d’Allah sur lui — a dit :

« Après moi, j’ai interrogé mon Rabb — mon Seigneur — au sujet des divergences entre mes Compagnons. Allah m’a révélé : “Ô Muhammad, tes Compagnons sont auprès de Moi semblables aux étoiles du ciel. Comme les étoiles, les uns sont plus lumineux que les autres. Celui qui s’attachera à l’un des avis faisant l’objet de leur controverse sera, auprès de Moi, sur la voie de la guidée.” »

L’imam al-Shafi‘i a rapporté un hadith par la chaîne de transmission de Hazrat Anas ibn Malik. Le Messager d’Allah — paix et bénédictions d’Allah sur lui — a dit : « Allah m’a choisi, ainsi que mes Compagnons. Il a établi entre eux et moi des liens matrimoniaux et en a fait mes Ansar. À la fin des temps apparaîtra un groupe de gens qui les dénigreront. Prenez garde : ne mariez pas vos fils et vos filles avec les leurs, et ne leur donnez pas vos fils et vos filles en mariage. Prenez garde : ne priez pas avec eux et ne participez pas à leurs prières funéraires. La malédiction d’Allah est sur eux. »

Un hadith est rapporté dans le Mishkat Sharif. Le Messager — paix et bénédictions d’Allah sur lui — a dit : « Parmi les groupes de ma communauté, un seul sera assurément destiné au Paradis. » On demanda : « Qui sont-ils ? » Il répondit : « Ceux qui resteront attachés à la voie du Prophète et de ses Compagnons. »

Dans un autre hadith, le Messager d’Allah (ﷺ) a dit : « La place des Compagnons au sein de ma communauté est comparable à celle du sel dans la nourriture. »

La société des Compagnons était une société humaine idéale. Leurs actions constituaient un modèle éminent pour l’humanité. Dans tous les domaines de la vie, leur honnêteté, leur fidélité, leur courtoisie, leur sacrifice de soi et leur bonne conduite étaient incomparables. Ils se témoignaient mutuellement respect et compassion. Ils accordaient toujours la priorité aux besoins et aux demandes des pauvres et des nécessiteux. Par leur bravoure et leur courage, ils étaient sans égal. Suivre le Messager d’Allah (ﷺ) était le principal objectif de leur vie. Leur vie comme leur mort étaient entièrement consacrées à l’islam.

Les nobles Compagnons furent le premier modèle de la société idéale dont le vénérable Messager d’Allah (ﷺ) avait posé les fondations. Grâce à la bénédiction de la compagnie du Saint Messager (ﷺ), ils avaient incarné concrètement la grandeur de l’humanité. Ils étaient des symboles éclatants de la justice, de la piété, de la probité, de la bienfaisance et de la crainte de Dieu. Ils demeuraient constamment conscients d’être venus en ce monde pour élever l’étendard de l’islam et établir l’égalité et la justice parmi les êtres humains. Ici-bas, ils devaient accomplir la volonté d’Allah en tant que dépositaires fidèles du califat divin.

Leur pureté et leur innocence avaient fait naître en eux un cœur si limpide et un amour si profond de la justice que, s’agissant du droit et de l’équité, ils se considéraient responsables autant qu’ils en estimaient les autres responsables. Bien qu’ils occupassent de hautes fonctions, ils ne pouvaient ni ne cherchaient à soustraire leurs enfants, leurs proches et leurs amis aux peines prévues par la loi religieuse.

En somme, la foi et la croyance avaient illuminé l’ensemble de leurs aptitudes. En très peu de temps, ils exercèrent leur influence sur la plus grande partie du monde. Les pages de l’histoire regorgent d’exemples de leurs compétences militaires et organisationnelles.

Si nous voulons aujourd’hui édifier une société semblable à la société idéale des nobles Compagnons, nous devons absolument les connaître. Nous devons acquérir des qualités morales et des aptitudes semblables aux leurs. Pour orienter vers le but véritable l’élan qui se manifeste actuellement au sein de la communauté musulmane en faveur de l’édification d’une société coranique, il est nécessaire d’étudier largement la vie des Compagnons. C’est de leur vie que nous devons tirer nos orientations. Mais, aussi regrettable que cela soit, il est vrai que l’étude de la vie des Compagnons est très peu répandue dans la société musulmane bengalie. Ici, on discute abondamment des récits imaginaires de la vie des pirs et des saints, tandis qu’on ne consacre même pas une fraction de cette attention à la vie des Compagnons.

De nombreux ouvrages importants ont été rédigés sur la vie des Compagnons en arabe, en ourdou et dans d’autres langues du monde. Comme dans les autres domaines de la littérature islamique, aucun ouvrage véritablement notable n’a toutefois été rédigé en bengali sur ce sujet. Le professeur Nazir Ahmad, rédacteur en chef du mensuel « Prithibi » et directeur du Centre islamique du Bangladesh, exprima le souhait de présenter aux lecteurs, par l’intermédiaire de sa revue, certains aspects de la vie des Compagnons. C’est essentiellement grâce à ses encouragements que je me mis à écrire régulièrement dans les pages de « Prithibi ». Les articles publiés dans « Prithibi » paraissent maintenant sous forme de livre sous le titre « La vie des Compagnons du Messager ». Sans les encouragements et le rôle du professeur Nazir Ahmad dans la rédaction en série et la publication sous forme de livre, je n’aurais peut-être jamais écrit cet ouvrage, et il n’aurait peut-être jamais été publié. Je prie donc Allah le Très-Haut de lui accorder la meilleure récompense.

Le premier tome de « La vie des Compagnons du Messager » présente la vie de trente Compagnons au total. Ils appartiennent tous à la catégorie des Muhajirun. Parmi eux figurent également les dix illustres Compagnons de l’« Ashara Mubashshara ». Bien que les textes soient concis, les informations ont été tirées des sources originales arabes et ourdoues. Je me suis efforcé d’éviter autant que possible les sujets controversés.

En définitive, si les lecteurs tirent ne serait-ce qu’un infime profit de cet écrit, je considérerai que mes efforts n’auront pas été vains. Je prie les lecteurs de bien vouloir me signaler toute erreur ou lacune qu’ils pourraient y relever.

J’exprime ma gratitude à tous ceux qui ont contribué à cette publication, notamment au frère Kamrul Islam. Puisse Allah Tout-Puissant agréer ce modeste effort de ma part. Âmîn.

27-2-1989 de l’ère chrétienne

Muhammad Abd al- Ma’’bûd

Département d’arabe, Université de Dacca,

Dacca

Khadîdja bint Khuwaylid ((qu’Allah l’agrée))

Son nom était Khadîdja. Sa kunya était « Umm Hind » et son laqab, « Tahira ». Son père était Khuwaylid et sa mère, Fâtima bint Zâ’id. Elle naquit dans la ville de La Mecque, quinze ans avant l’« Année de l’Éléphant », ou ‘Âm al-Fîl. Par l’intermédiaire de son ancêtre paternel Qusayy, sa généalogie rejoint celle du Messager d’Allah ﷺ. Dès l’époque antéislamique, elle reçut le titre de « Tahira » en raison de la pureté irréprochable de son caractère. (Al-–Isâba) Il existait entre le Messager d’Allah ﷺ et Khadîdja رضي الله عنها un lien de parenté éloigné, de tante paternelle à neveu. C’est pourquoi, après avoir reçu la mission prophétique, Khadîdja رضي الله عنها emmena le Messager d’Allah ﷺ auprès de son cousin, Waraqa ibn Nawfal, et lui dit : « Écoute ce que dit ton neveu. » C’est probablement en raison de ce lien de parenté qu’elle s’exprima ainsi.

Son père, Khuwaylid, avait choisi comme prétendant pour Khadija Waraqa ibn Nawfal, éminent spécialiste de la Torah et de l’Évangile dans la société arabe de l’époque, mais les historiens gardent le silence sur la raison pour laquelle ce projet ne s’est pas concrétisé. Finalement, elle épousa en premières noces Abu Hala ibn Zurarah al-Tamimi. Celui-ci mourut à l’époque antéislamique. Après la mort d’Abu Hala, elle épousa en secondes noces ‘Atiq ibn ‘Abid al-Makhzumi. (Sharh al Mawahib, al–Isti‘ab) Toutefois, selon une transmission de Qatada, son premier mari fut ‘Atiq, puis Abu Hala. Yunus ibn Bukayr a rapporté qu’Ibn Ishaq soutenait également cet avis. (Al Isaba : 4/281) Toutefois, Ibn Hajar a indiqué que le premier avis était celui de la majorité, notamment d’Ibn Abd al-Barr.

Le père de Khadija, Khuwaylid ibn Asad, était le commandant de son clan lors de la bataille de Fijar. Il était père de nombreux enfants. Son premier fils était Hizam. Le fils de Hizam, l’illustre Compagnon Hakim, reçut à l’époque antéislamique la charge de gérer la Dar al-Nadwa de La Mecque. Son deuxième enfant était la vénérable Khadija. Le troisième, ‘Awwam, était le père de l’illustre Compagnon al-Zubayr, qu’Allah l’agrée. Safiyya, la tante paternelle de l’Envoyé d’Allah, paix et bénédiction d’Allah sur lui, et la sœur germaine de Hamza, qu’Allah l’agrée, était l’épouse de ‘Awwam et la mère d’al-Zubayr, qu’Allah l’agrée. Safiyya était la belle-sœur cadette de Khadija. Le quatrième enfant était Hala. Elle était la mère d’Abu al-‘As ibn al-Rabi‘, époux de Zaynab, la fille de l’Envoyé d’Allah, paix et bénédiction d’Allah sur lui, qu’Allah l’agrée. Abu al-‘As était le gendre aîné de l’Envoyé d’Allah, paix et bénédiction d’Allah sur lui. Le cinquième enfant était Ruqayya. Parmi les cinq frères et sœurs, Hizam, ‘Awwam et Ruqayya moururent avant l’avènement de l’islam. La vénérable Khadija et Hala eurent le bonheur d’embrasser l’islam.

La date du décès du père de Khadija fait l’objet de divergences. Certains disent qu’il mourut lors de la guerre de Fijar. Selon l’imam as-Suhayli, il mourut avant la guerre de Fijar. Khadija avait alors trente-cinq ans. Selon certains, il mourut après son mariage avec le Messager d’Allah (paix et bénédictions d’Allah sur lui). (Hayatus Sahaba– 2/652)।

Que ce soit à cause du décès de son père ou de son mari, ou pour toute autre raison, Khadija, comme beaucoup de membres des Quraych, était une grande commerçante. Ibn Sa‘d dit à propos de son activité commerciale : « Khadija était une commerçante très honorable et fortunée. Ses marchandises se rendaient en Syrie, et ses seules marchandises équivalaient à celles de tous les Quraych réunis. » Cette remarque d’Ibn Sa‘d permet de mesurer l’ampleur de l’activité commerciale de Khadija. Elle achetait et vendait des marchandises dans son pays et à l’étranger, en engageant des personnes compétentes comme partenaires ou contre rémunération.

Le Messager d’Allah (paix et bénédictions d’Allah sur lui) était alors un jeune homme de vingt-cinq ans. Entre-temps, il avait acquis une expérience considérable dans le commerce en effectuant plusieurs voyages commerciaux avec son oncle Abou Talib ou seul. Sa probité et son honnêteté dans les affaires s’étaient également répandues de bouche à oreille parmi les habitants de La Mecque. Pour tous, il était alors al-Amîn. La réputation dont il jouissait était aussi parvenue aux oreilles de Khadija. En particulier, elle avait certainement entendu de nombreuses choses au sujet d’al-Amîn Muhammad (paix et bénédictions d’Allah sur lui) auprès de sa belle-sœur cadette Safiyya.

Un jour, Khadija envisagea d’envoyer des marchandises en Syrie pour les vendre et les acheter. Elle cherchait une personne compétente. À ce sujet, al-Waqidi rapporte d’après az-Zurqani : « Abou Talib appela Muhammad (paix et bénédictions d’Allah sur lui) et lui dit : “Mon neveu ! Je suis un homme pauvre et la période est également très difficile. Nous sommes frappés par une terrible famine. Nous ne possédons ni commerce ni aucun autre moyen de subsistance. Une caravane commerciale de ta tribu se rend en Syrie. Khadija cherche quelqu’un pour accompagner ses marchandises. Si tu allais la voir, c’est peut-être toi qu’elle choisirait. Elle connaît ta pureté de caractère. Bien que je n’aime pas que tu te rendes en Syrie et que je craigne pour ta vie à cause des Juifs, il n’y a pourtant pas d’autre solution.” » Le Messager (paix et bénédictions d’Allah sur lui) répondit : « Peut-être enverra-t-elle elle-même quelqu’un. » Abou Talib dit : « Il se peut qu’elle ait déjà engagé quelqu’un d’autre. » La conversation entre l’oncle et le neveu parvint aux oreilles de Khadija. « Elle envoya quelqu’un auprès du Messager d’Allah (paix et bénédictions d’Allah sur lui). » (Note, Sîrat Ibn Hisham– 1/188)Il est à noter que, durant son adolescence, le Messager (paix et bénédictions d’Allah sur lui) s’était rendu une fois en Syrie avec son oncle. À cette occasion, le moine Bahira avait averti Abou Talib au sujet du Messager d’Allah (paix et bénédictions d’Allah sur lui). Dans le récit ci-dessus, Abou Talib faisait allusion à cela.

Khadija lui fit parvenir une proposition par l’intermédiaire de quelqu’un : s’il se rendait en Syrie pour prendre en charge le commerce, elle lui accorderait le double des bénéfices consentis aux autres. Muhammad, que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui, accepta.

Muhammad (paix et salut sur lui) partit pour la Syrie avec les marchandises de Khadija (qu’Allah l’agrée), accompagné de son esclave fidèle, Maysara. En chemin, il s’assit à l’ombre d’un arbre, près d’une église. Le prêtre de l’église s’approcha de Maysara et lui demanda : « Qui est cet homme qui se repose sous l’arbre ? » Maysara répondit : « C’est un homme de la tribu des Quraysh, habitant du territoire sacré de La Mecque. » Le prêtre dit : « Celui qui se repose maintenant sous cet arbre ne peut être autre qu’un prophète. » Les historiens ont mentionné le nom de ce prêtre : Nastura. (Note, Sîrat Ibn Hisham– 1/188) Cependant, Ibn Hajar al-‘Asqalani a donné à ce prêtre le nom de Buheira. (Al–Isaba : 4/281) Il a également affirmé que le Messager (paix et salut sur lui) s’était rendu au marché de Bosra avec ces marchandises. Tabari rapporte, d’après Ibn Shihab al-Zuhri, que le Messager d’Allah (paix et salut sur lui) s’était rendu non pas en Syrie avec les marchandises de Khadija, mais dans un marché abyssin du Yémen. Toutefois, le récit de son voyage en Syrie est le plus célèbre. (Tarikh al-Umma al Islamiyya, Muhammad al–Khidri Bek : 1/64)

Le Messager d’Allah ﷺ vendit les marchandises sur les marchés de Syrie et acheta ce qu’il devait acheter. Puis il prit Maïsara avec lui et se mit en route vers La Mecque. En chemin, Maïsara remarqua que le Messager ﷺ avançait monté sur son chameau, tandis que deux anges étendaient leur ombre sur lui sous la chaleur accablante de midi. Ainsi, de retour à La Mecque, il vendit les marchandises de Khadija. Cette fois, le commerce rapporta un bénéfice double ou presque double. De retour chez eux, le fidèle serviteur Maïsara raconta en détail à sa maîtresse Khadija les propos du prêtre et les événements miraculeux du voyage. (Sîrat Ibn Hichâm — (Sîrat Ibn Hichâm– 1/189)

La vénérable Khadija était une femme honorable, perspicace et intelligente. Sa fortune, sa courtoisie et ses qualités sociales suscitaient l’admiration de toutes les couches de la population de La Mecque. De nombreux jeunes nobles de Quraych espéraient l’avoir pour épouse. Elle les rejeta tous. Après avoir tout appris de la bouche de Maïsara, Khadija envoya elle-même au Messager d’Allah ﷺ une proposition de mariage. (Sîrat Ibn Hichâm– 1/189)

Il existe différentes versions concernant la manière dont la proposition de mariage fut faite. Cependant, toutes les versions s’accordent à dire que Khadija fut la première à la présenter au Messager d’Allah ﷺ.

Selon un récit, Khadija (qu’Allah l’agrée) s’adressa elle-même au Messager d’Allah (paix et bénédictions d’Allah sur lui) et lui demanda de solliciter son père afin qu’il lui présente la proposition. Mais il refusa, en disant que le père de Khadija pourrait le repousser en raison de sa pauvreté. Finalement, alors que le père de Khadija était ivre après avoir excessivement bu, Khadija lui exposa elle-même la question et obtint son consentement. Mais une fois redevenu sobre, il revint sur sa décision. Khadija obtint toutefois de nouveau son accord. (Hayat-us Sahaba– 2/652) Selon un autre récit, l’épouse de Ya‘la et amie de Khadija, Nafisa bint Maniyya, prit entièrement l’initiative en cette affaire. Ce fut elle qui, la première, présenta ainsi la proposition au Messager d’Allah (paix et bénédictions d’Allah sur lui) au nom de Khadija : « Si l’on vous proposait richesse, beauté et sécurité matérielle, accepteriez-vous ? » … Ces paroles concernaient Khadija.

L’accord fut définitivement conclu. À la date fixée, Abou Talib, Hamza ainsi que plusieurs autres membres de la famille du Messager d’Allah (paix et bénédictions d’Allah sur lui) se rendirent chez Khadija. Celle-ci avait également convié les personnalités éminentes de sa famille. En présence de tous, Abou Talib prononça le sermon de mariage. Par son excellence littéraire, ce sermon occupe une place particulière dans la prose arabe de l’époque préislamique. Le mahr fut fixé à cinq cents pièces d’or. Khadija prit elle-même en charge toutes les dépenses des deux parties. Elle fit parvenir au Messager d’Allah (paix et bénédictions d’Allah sur lui) deux uqiyya d’or et d’argent, et lui demanda de s’en servir pour préparer les vêtements des deux époux ainsi que le repas de noces. (Hayat-us Sahaba– 2/652) C’est ainsi que Khadija devint une « Mère des croyants ». Cet événement eut lieu quinze ans avant le début de la mission prophétique. Bien que les spécialistes de la Sira divergent au sujet de l’âge qu’ils avaient alors tous deux, l’opinion la plus exacte est que le Messager d’Allah (paix et bénédictions d’Allah sur lui) avait vingt-cinq ans et Khadija quarante ans.

Quinze ans après son mariage, le noble Prophète (paix et bénédictions d’Allah sur lui) reçut la mission prophétique. Il en informa Khadija (qu’Allah l’agrée) la première. Khadija était déjà fermement convaincue qu’il était le Prophète du Messager d’Allah (paix et bénédictions d’Allah sur lui). Un hadith rapporte en détail cet événement dans le chapitre « Le début de la Révélation » du Sahih al-Bukhari. Aïcha (qu’Allah l’agrée) rapporte : La première manifestation de la Révélation au Messager d’Allah (paix et bénédictions d’Allah sur lui) se fit sous la forme de rêves véridiques durant son sommeil. Tout ce qu’il voyait en rêve se réalisait avec la clarté de la lumière du soleil au matin. Puis il se mit à aimer la solitude. Il se rendait dans la grotte de Hira en emportant de quoi manger et boire. Il y restait plusieurs jours consécutifs, absorbé par l’adoration. Lorsque ses provisions étaient épuisées, il retournait auprès de Khadija, puis repartait dans la grotte avec de nouvelles provisions. C’est dans cet état qu’un jour la Vérité lui apparut. L’ange vint à lui et lui dit : « Lis. » Il répondit : « Je ne sais pas lire. » L’ange le serra si fort qu’il en ressentit de la peine. Puis, le relâchant, il lui dit de nouveau : « Lis. » Il répondit encore : « Je ne sais pas lire. » Lors des deuxième et troisième fois, l’ange le traita de la même manière que la première fois. Enfin, il dit : « Lis, au nom de ton Seigneur qui a créé, qui a créé l’homme d’un caillot de sang… » Le Messager d’Allah (paix et bénédictions d’Allah sur lui) retourna chez lui en tremblant de peur. Il appela Khadija et lui dit : « Couvre-moi d’une couverture, couvre-moi d’une couverture. » Elle le couvrit, et sa peur se dissipa. Il lui raconta tout l’événement et lui exprima la crainte qu’il avait pour sa vie. Khadija lui dit : « Non, cela ne pourra jamais arriver. Par Allah, Il ne vous humiliera jamais. Vous entretenez les liens de parenté, vous aidez les pauvres et les nécessiteux, vous honorez vos invités et vous secourez les gens dans l’épreuve. »

Ensuite, Khadîja, qu’Allah l’agrée, emmena le Messager d’Allah, que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui, auprès de son cousin Waraka ibn Nawfal. À cette époque de l’ignorance, celui-ci avait embrassé le christianisme. Il écrivait le Livre de l’Évangile en langue hébraïque. Il était âgé et aveugle. Khadîja, qu’Allah l’agrée, lui dit : « Écoutez donc ce que dit votre neveu. » Il demanda : « Mon neveu, que t’est-il arrivé ? » Le Messager d’Allah, que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui, lui relata tout l’événement. Après l’avoir écouté, Waraka dit : « C’est bien le Nâmûs — Allah, Celui qui l’avait envoyé à Moïse, que la paix soit sur lui. Hélas ! Si seulement j’étais vivant et en bonne santé le jour où tes compatriotes te chasseront de ton pays ! » Le Messager d’Allah, que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui, demanda : « Me chasseront-ils de mon pays ? » Il répondit : « Oui. Chaque fois qu’un homme a apporté ce que tu as apporté, le monde entier s’est opposé à lui. Si je suis encore en vie jusque-là, je t’apporterai toute l’aide possible. (Bukhari, 1er tome) » Quelques jours seulement après cet événement, Waraka mourut.

Après avoir embrassé l’islam, Khadîja consacra tous ses biens à la propagation de la religion. Le Messager d’Allah, que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui, abandonna le commerce et se consacra à l’adoration d’Allah ainsi qu’à la propagation de l’islam. Tous les revenus du foyer cessèrent. Parallèlement, les inquiétudes de Khadîja augmentèrent. Elle affronta toutes les situations difficiles avec patience et endurance. Al-–Istî‘âb rapporte : « La douleur que le Messager d’Allah, que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui, ressentait en raison du rejet et de l’incrédulité des polythéistes disparaissait lorsqu’il se rendait auprès de Khadîja. En effet, elle le réconfortait, lui donnait courage et l’encourageait. Elle croyait sans la moindre hésitation à toutes ses paroles. Elle lui présentait toutes les attitudes grossières des polythéistes comme quelque chose de très léger et insignifiant. » (Tabakât– 3/740)

Au septième année de la mission prophétique, au mois de Muharram, les Quraysh boycottèrent les musulmans. Ceux-ci se réfugièrent dans le défilé d’Abû Tâlib. Khadîdja, avec le Messager d’Allah — que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui —, y fut également confinée. Pendant près de trois ans, les Banû Hâshim vécurent au milieu d’une terrible famine. Ils ne disposaient d’aucun autre moyen de subsistance que les feuilles des arbres. Aux côtés de son époux, Khadîdja supporta cette épreuve avec le sourire. En ces temps difficiles, Hadrat Khadîdja, usant de son influence, parvenait parfois, de diverses manières, à procurer quelque nourriture. Ses trois neveux — Hakîm ibn Hizâm, Abû al-Bukhtarî et Zum‘a ibn al-Aswad — comptaient tous parmi les principaux dirigeants des Quraysh. Bien qu’ils fussent non musulmans, ils jouèrent de diverses façons un rôle important dans l’envoi de vivres aux musulmans. Un jour, Hakîm ibn Hizâm envoyait un peu de blé à sa tante paternelle Khadîdja par l’intermédiaire de son serviteur. En chemin, Abû Jahl lui barra la route. Soudain, Abû al-Bukhtarî arriva sur les lieux. Il dit à Abû Jahl : « Un homme envoie un peu de nourriture à sa tante paternelle, et tu l’en empêches ? »(Sîrat Ibn Hichâm– 1/192)

Avant que l’obligation de la prière ne fût révélée, Hadrat Khadîdja priait avec le Messager d’Allah — que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui — dans la maison, dès les tout premiers temps.(Tabakât– 8/10)Ibn Ishâq a rapporté qu’un jour, ‘Alî vit tous deux, c’est-à-dire le Prophète — que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui — et Khadîdja, en train de prier. ‘Alî demanda : « Muhammad, qu’est-ce donc ? » Le Messager d’Allah lui présenta alors l’appel de la nouvelle religion et lui interdit d’en parler à qui que ce soit.(Hayât as-Sahâba– 1/70) Ce récit montre que, parmi la communauté de Muhammad — que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui —, Hadrat Khadîdja fut la première à avoir l’honneur de prier avec le Messager d’Allah — que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui.

Un homme nommé Afik al-Kindi était venu à La Mecque pour faire quelques achats. Il séjournait chez Hazrat Abbas. Un matin, il remarqua qu’un jeune homme s’approcha de la Kaaba et leva les yeux vers le ciel. Puis il se tint face à la qibla. Un adolescent vint se placer à ses côtés. Ensuite, une femme arriva et se tint elle aussi derrière eux deux. Ils achevèrent la prière et partirent. Afik al-Kindi observa la scène et dit à Abbas : « Quelque chose de très important est sur le point de se produire. » Abbas répondit : « Oui. » Il ajouta : « Ce jeune homme est mon neveu Muhammad. L’adolescent est mon autre neveu Ali, et la femme est l’épouse de Muhammad. À ma connaissance, ils sont les trois seuls habitants du monde à suivre cette nouvelle religion. » (Tabakât : 8/10–11)

Ibn al-Athîr rapporte qu’il existe un consensus de la communauté musulmane sur le fait que Hazrat Khadija fut la première à croire au Messager d’Allah (SAW). Elle avait cinquante ans lorsqu’elle embrassa l’islam. Sa conversion eut également une influence sur les membres de sa famille paternelle. Au début de l’islam, quinze personnalités éminentes de son clan paternel, les Banû Asad ibn Abdil-Uzza, étaient encore en vie. Dix d’entre eux embrassèrent l’islam. Les cinq autres furent tués à la bataille de Badr alors qu’ils étaient mécréants.

Après avoir vécu vingt-cinq années de vie conjugale avec le Messager d’Allah (SAW), Hazrat Khadija décéda à La Mecque, durant la dixième année de la prophétie, le dixième jour de Ramadan, à l’âge de soixante-cinq ans. La prière funéraire n’avait pas encore été instituée. Elle fut donc enterrée sans prière funéraire dans le cimetière mecquois de Jannat al-Mu‘alla. Le Noble Prophète (SAW) descendit lui-même sa dépouille dans la tombe. (Al–Isâba : 4/283)

Peu de temps après le décès de Hazrat Khadija, son oncle Abu Talib, grand protecteur et bienfaiteur du Messager d’Allah (SAW), mourut. Toutefois, selon un récit rapporté dans Al-Istî‘âb, Khadija décéda trois jours après la mort d’Abu Talib. Dans les moments d’épreuve et de difficulté, cet oncle aidait de diverses manières le Messager d’Allah (SAW). En raison du décès de ces deux proches du Messager d’Allah (SAW), cette année fut appelée par la communauté musulmane « ‘Âm al-Huzn », c’est-à-dire l’Année du chagrin.

Hadrat Khadija (qu’Allah l’agrée) fut la mère de nombreux enfants. De son premier mari, Abu Hala, naquirent deux fils, nommés Hala et Hind. Tous deux embrassèrent l’islam et eurent l’honneur de devenir des Compagnons du Messager d’Allah (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui). Hind participa avec le Messager d’Allah (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui) à la bataille de Badr ou, selon une autre version, à celle d’Uhud. C’était un orateur éloquent et expressif. Il mourut en martyr aux côtés d’Ali (qu’Allah l’agrée) lors de la bataille du Chameau. De son second mari, ‘Atiq, naquit une fille nommée Hinda. Elle aussi embrassa l’islam et eut l’honneur de devenir une Compagne. (Sharh al- Mawaqib, al-–Isti‘ab, Hashiya, Sira d’ Ibn Hicham– 1/187) Toutefois, selon une autre version, elle eut trois enfants de son premier mari : deux fils, Hind et Harith. Harith fut tué en martyr par un mécréant près du Coin yéménite de la Kaaba. Elle eut aussi une fille, Zaynab. La fille issue de son second mariage avait pour kunya Umm Muhammad. (Daira–-i-–Ma‘a’rif–-i-–Islamia)

De l’union bénie du Noble Messager d’Allah ﷺ sont nés six enfants. Le premier fut Hadrat Qasim. Il mourut en bas âge à La Mecque. C’est en référence à son nom que la kunya du Messager d’Allah ﷺ devint Abou al-Qasim. Avant sa mort, il avait appris à marcher à petits pas. Le deuxième enfant fut Hadrat Zaynab. Le troisième fut Hadrat Abdallah. Il naquit après l’avènement de la prophétie et reçut donc les surnoms de Tayyib et Tahir. Il mourut en bas âge. Le quatrième enfant fut Hadrat Ruqayya. Le cinquième fut Hadrat Oummou Koulthoum. Le sixième fut Hadrat Fatima رضي الله عنها. Il convient de préciser qu’Ibrahim était le fils de Hadrat Maria, qu’elle avait porté.

Hadrat Khadija رضي الله عنها entourait ses enfants d’une grande affection. Elle jouissait également d’une situation financière aisée. Elle engagea Salama, l’esclave d’Ouqba, pour s’occuper des enfants contre rémunération.

Parmi les saintes épouses du Noble Prophète ﷺ, Hadrat Khadija occupait le rang le plus éminent. Elle fut sa première épouse et l’épousa à l’âge de quarante ans. De son vivant, le Noble Prophète ﷺ ne contracta aucun autre mariage. À l’exception de Hadrat Ibrahim, tous les enfants du Messager d’Allah ﷺ naquirent d’elle.

Il est impossible d’achever l’exposé des mérites et de la dignité de la Mère des croyants, Hadrat Khadija. Nous observons avec un profond étonnement comment, en ces jours de ténèbres épaisses de l’Arabie, une femme crut sans la moindre hésitation à la mission prophétique du Messager d’Allah ﷺ. Son cœur ne nourrissait pas le moindre doute ni la moindre incertitude. Le premier jour de la révélation, sa démarche auprès de Waraqa et la ferme déclaration de sa conviction concernant la qualité de prophète du Messager d’Allah ﷺ sont autant de faits qui méritent une profonde réflexion. Khadija semblait déjà fermement convaincue, avant même l’avènement de la prophétie du Messager d’Allah ﷺ, qu’il deviendrait prophète. C’est pourquoi, après la venue de Jibril, son esprit ne connut pas le moindre instant d’hésitation. Cela met clairement en évidence sa profonde clairvoyance et son remarquable pouvoir d’observation. Avant comme après l’avènement de la prophétie, elle honora toujours le Messager d’Allah ﷺ et crut chacune de ses paroles. Durant vingt-cinq années de vie conjugale, le moindre doute ne put jamais prendre racine dans son cœur. Même à l’époque de l’Ignorance, elle était d’une grande pureté. Elle n’adora jamais les idoles. Un jour, le Noble Prophète ﷺ lui dit : « Je n’adorerai jamais al-Lat et al-Ouzzâ. » Khadija répondit : « Laissez donc al-Lat et al-Ouzzâ. Ne mentionnez même pas leur nom. »(Musnad de Ahmad– 4/222)

Elle ne fut pas seulement la première à croire à la mission de Muhammad ﷺ et la première à accomplir la prière avec lui. Le soutien qu’elle apporta à l’islam durant ces jours d’épreuve intense restera à jamais impérissable. Au commencement de l’islam, elle fut en réalité la conseillère du Messager d’Allah ﷺ. Après son mariage avec le Messager d’Allah ﷺ, elle lui remit tous ses biens. Zayd ibn Haritha était son esclave bien-aimé. Elle le remit également à son époux. Comme le Messager d’Allah ﷺ aimait beaucoup Zayd, il l’affranchit pour lui faire plaisir.

Bien qu’elle fût une femme riche de La Mecque, elle servait elle-même son époux. Un jour, elle apportait dans un récipient quelque chose pour le Messager d’Allah ﷺ. Hadrat Jibril عليه السلام dit au Messager ﷺ : « Transmettez-lui les salutations d’Allah, Très-Haut, et les miennes. »(Bukhari)

Le Noble Messager d’Allah ﷺ n’oublia pas, même après sa mort, le souvenir de son épouse bien-aimée Khadija رضي الله عنها. Après sa mort, chaque fois qu’un animal était abattu dans la maison, il s’enquérait de ses amies et leur envoyait de la viande, de maison en maison. Hadrat Aïcha dit : « Bien que je n’aie pas vu Khadija رضي الله عنها, je ressentais de la jalousie à son égard. Cela ne m’arrivait pourtant avec aucune autre. En effet, le Noble Prophète ﷺ se souvenait toujours d’elle. » Il arrivait parfois que Hadrat Aïcha رضي الله عنها mette le Messager d’Allah ﷺ en colère. Le Messager ﷺ disait : « Allah a placé son amour dans mon cœur. »

Après le décès de Hadrat Khadija رضي الله عنها, sa sœur Hala vint un jour rendre visite au Noble Messager ﷺ. Dès qu’il entendit sa voix, le Messager d’Allah ﷺ s’exclama : « Est-ce toi, Hala ? » Le souvenir de Khadija s’était alors imposé à son esprit. Aïcha رضي الله عنها s’exclama : « Vous vous souvenez d’une vieille femme qui est morte. Allah vous a donné une épouse bien meilleure qu’elle. » Le Noble Prophète ﷺ répondit : « Jamais ! Lorsque les gens me traitaient de menteur, elle me reconnut comme véridique. Lorsque tous étaient mécréants, elle fut musulmane. Lorsque personne ne s’avançait pour m’aider, elle me secourut. C’est d’elle que sont nés mes enfants. » Nous estimons qu’il ne peut y avoir de meilleure appréciation de Hadrat Khadija رضي الله عنها que celle-ci.

De nombreux hadiths ont été rapportés au sujet du mérite de Khadija (qu’Allah l’agrée). Il est rapporté dans Sahih al-Bukhari et Muslim : « Les meilleures femmes de la terre sont Maryam, fille d’Imran, et Khadija, fille de Khuwaylid. » L’ange Jibril était assis auprès du Messager d’Allah (qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix). À ce moment-là, Khadija (qu’Allah l’agrée) arriva. Jibril dit au Messager d’Allah (qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix) : « Annonce-lui la bonne nouvelle d’un palais paradisiaque construit de perles et de joyaux. » (Al-Bukhari)

Abu Bakr al-Siddiq (qu’Allah l’agrée)

Son nom était Abdullah, ses titres étaient al-Siddiq et Atiq, et sa kunya était Abu Bakr. Son père s’appelait Uthman et avait pour kunya Abu Quhafa. Sa mère s’appelait Salma et avait pour kunya Umm al-Khayr. En remontant la généalogie des Quraysh, sa lignée rejoint celle du Messager d’Allah (qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix) à Murra, leur sixième ancêtre. Il naquit un peu plus de deux ans après la naissance du Messager d’Allah, et ils moururent à un intervalle comparable. Ainsi, au moment de sa mort, son âge était égal à celui du Messager d’Allah (qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix).

Il avait le teint clair et lumineux, une silhouette mince et élancée, ainsi qu’un front large. Vers la fin de sa vie, ses cheveux étaient devenus blancs. Il se teignait les cheveux au henné. Il était extrêmement bienveillant et patient.

Il comptait parmi les Qurayshites les plus honorables. Grâce à son savoir, son intelligence, son expérience, son jugement, sa perspicacité et sa moralité irréprochable, il était respecté par l’ensemble des habitants de La Mecque. À l’époque de l’ignorance, l’ensemble des sommes versées par les habitants de La Mecque au titre de la diya, ou compensation pour le sang versé, était conservé auprès de lui. Il était le plus grand spécialiste de la généalogie et de la filiation des Arabes. Il possédait également un talent poétique. Il parlait avec une grande pureté et une grande éloquence. Dieu lui avait accordé un don remarquable pour le discours et l’éloquence.

Il était très populaire au sein de sa tribu, aimable avec ses amis et d’un naturel affable. C’était un commerçant, un homme généreux et de bonne moralité. Même à l’époque de l’ignorance, il ne buvait jamais de vin. En raison de son commerce agréable, de son érudition et de ses compétences commerciales, beaucoup nouaient avec lui des liens d’amitié et de proximité. Chaque jour, les notables de La Mecque tenaient régulièrement leur assemblée chez lui.

Le père d’Abu Bakr, Abu Quhafa, était un homme très estimé parmi les Qurayshites. Il était âgé et aisé. Sa maison n’était pas seulement connue pour ses activités commerciales ; son opinion était également accueillie avec un profond respect dans les affaires sociales. Bien qu’il ne se fût pas intéressé à l’islam jusqu’à la conquête de La Mecque, aucun témoignage historique ne montre qu’il ait tenté de détourner son fils Abu Bakr de l’islam. Toutefois, lorsqu’il voyait Ali (qu’Allah l’agrée), il disait parfois : « Ce sont ces jeunes gens qui ont corrompu mon fils. » Le jour de la conquête de La Mecque, il se présenta auprès du Messager d’Allah (qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix) et proclama son adhésion à l’islam. Il mourut en l’an 14 de l’Hégire, à l’âge d’environ cent ans. Il avait perdu la vue dans sa vieillesse.

La mère d’Abu Bakr, Umm al-Khayr, embrassa l’islam à La Mecque, durant les premiers temps de l’islam, bien avant son mari. Elle comptait parmi ceux qui embrassèrent l’islam dans le Dar al-Arqam de La Mecque. Comme son mari, elle vécut longtemps. À environ quatre-vingt-dix ans, elle quitta ce monde en laissant son fils établi dans la fonction de calife.

Abou Bakr était le fils unique de son père. Il fut élevé dans l’affection, les soins et le luxe. Depuis son enfance jusqu’au début de sa jeunesse, il dépendit de son père. À l’âge de vingt ans, il prit lui-même en charge les affaires commerciales de son père.

Depuis l’enfance, Abou Bakr était l’ami du Messager d’Allah (s.a.s.). Il l’accompagnait dans la plupart de ses voyages commerciaux. Une fois, il se rendit en Syrie avec le Messager d’Allah (s.a.s.) pour affaires. Il avait alors environ dix-huit ans, tandis que le Messager d’Allah (s.a.s.) en avait vingt. Lorsqu’ils atteignirent la frontière de la Syrie, le Messager d’Allah (s.a.s.) s’assit sous un arbre pour se reposer. Abou Bakr s’avança un peu et se mit à regarder autour de lui. Il rencontra un moine chrétien et échangea quelques paroles avec lui au sujet de la religion. Au cours de la conversation, le moine demanda : « Qui est celui qui se trouve là-bas, sous l’arbre ? » Abou Bakr répondit : « C’est un jeune homme quraychite nommé Muhammad ibn Abdallah. » Le moine s’exclama : « Cet homme sera le prophète des Arabes. » Ces paroles s’enracinèrent dans le cœur d’Abou Bakr. Dès lors, sa conviction que le Messager d’Allah (s.a.s.) était véritablement un prophète ne cessa de se renforcer. Les récits historiques donnent à ce moine le nom de « Bahîrâ » ou « Nâstûrâ ».

Lorsque le Messager d’Allah (s.a.s.) annonça qu’il avait reçu la prophétie, un grand tumulte éclata à La Mecque. Les riches et influents notables mecquois s’opposèrent résolument à lui. Certains le traitaient de fou, d’autres de possédé par un djinn. À l’instigation des notables et en les imitant, les gens ordinaires se tinrent eux aussi éloignés de l’islam. Parmi les riches et les hommes honorables des Quraychites, Abou Bakr fut le seul à soutenir le Messager d’Allah (s.a.s.), à l’encourager et à croire sans hésitation à sa mission prophétique. À ce sujet, le Messager d’Allah (s.a.s.) a dit : « Chaque fois que j’ai appelé quelqu’un à l’islam, j’ai constaté chez lui une certaine hésitation, à l’exception d’Abou Bakr. » Ainsi, Abou Bakr devint le premier musulman parmi les hommes adultes libres.

Après être devenu musulman, il se consacra avec le Messager d’Allah (s.a.s.) à l’appel à l’islam, afin d’en affermir les fondements. Il appelait à l’islam les tribus des environs de La Mecque. Pendant la saison du pèlerinage, il se rendait dans les différentes tentes pour inviter les gens à l’islam. Il présentait l’islam et le Messager d’Allah (s.a.s.) aux visiteurs venus de l’extérieur. Ainsi, les Arabes prirent connaissance de la religion prêchée par le Messager d’Allah (s.a.s.) et crurent en lui. Grâce à son influence personnelle et à ses efforts, plusieurs éminents jeunes Quraychites de l’époque, tels qu’Othman, Zoubayr, Abd ar-Rahman, Sa‘d et Talha, ainsi que beaucoup d’autres, embrassèrent l’islam.

Lorsque le Messager d’Allah (s.a.s.) proclama publiquement sa mission prophétique, Abou Bakr possédait alors quarante mille dirhams. Il consacra tous ses biens à l’islam. Avec cet argent, il acheta et affranchit les esclaves et les servantes des Quraychites qui étaient maltraités et torturés parce qu’ils avaient embrassé l’islam. Treize ans plus tard, lorsqu’il émigra à Médine avec le Messager d’Allah (s.a.s.), il ne lui restait de cette somme que deux mille cinq cents dirhams. En peu de temps, les dirhams restants furent eux aussi dépensés pour l’islam. Bilal, Khabbab, Ammar, Soumayya, la mère d’Ammar, Souhayb, Abou Fouqayha et d’autres esclaves et servantes furent libérés des chaînes de l’esclavage grâce à son argent. C’est pourquoi, par la suite, le Messager d’Allah (s.a.s.) a dit : « J’ai rendu à chacun le bienfait qu’il m’avait accordé. Mais les bienfaits d’Abou Bakr sont tels que je suis incapable de les lui rendre. Allah le récompensera. Aucun autre argent ne m’a été aussi utile que le sien. »

Lorsque beaucoup de gens oscillaient entre la croyance et l’incrédulité après avoir entendu le récit de l’Ascension de la bouche du Messager d’Allah (s.a.s.), il y crut sans la moindre hésitation. Al-Hasan (r.a.) rapporte : « Après avoir entendu parler de l’Ascension, un grand nombre de musulmans abandonnèrent l’islam. Des gens allèrent trouver Abou Bakr et lui dirent : “Abou Bakr, crois-tu ton ami ? Il prétend que la nuit dernière, il s’est rendu à Bayt al-Maqdis, y a accompli la prière, puis est revenu à La Mecque.” »

Abou Bakr demanda : « Le traitez-vous de menteur ? » Ils répondirent : « Oui, il est assis là-bas dans la mosquée et c’est bien ce qu’il dit aux gens. » Abou Bakr déclara : « Par Allah, s’il a dit cela, il a dit la vérité. Qu’y a-t-il d’étonnant à cela ? Il me dit bien que la révélation lui vient d’Allah. Je crois également qu’une révélation peut lui parvenir du ciel en un seul instant. Ce dont vous vous étonnez est pourtant plus extraordinaire encore. » Puis il se rendit auprès du Messager d’Allah (s.a.s.). Celui-ci lui demanda : « Ô Prophète d’Allah, dites-vous aux gens que vous avez voyagé jusqu’à Bayt al-Maqdis la nuit dernière ? » Il répondit : « Oui. » Abou Bakr dit : « Vous avez dit vrai. J’atteste que vous êtes sans aucun doute le Messager d’Allah. » Le Messager d’Allah (s.a.s.) lui dit : « Ô Abou Bakr, tu es le Siddîq. » C’est ainsi qu’Abou Bakr reçut le titre de « Siddîq ».

À La Mecque, le Messager d’Allah (s.a.s.) avait pour habitude de se rendre matin et soir chez Abou Bakr et de le consulter lorsqu’il avait besoin de conseils sur une question. Lorsque le Messager (s.a.s.) se rendait quelque part pour appeler les gens à l’islam et le leur transmettre, Abou Bakr l’accompagnait généralement.

Lorsque les persécutions des polythéistes contre les musulmans atteignirent leur paroxysme, il envisagea un jour d’émigrer en Abyssinie, mais un chef tribal nommé Ibn ad-Dughunna l’en dissuada. Celui-ci lui garantit la protection des Quraysh à condition qu’Abû Bakr n’accomplisse pas la prière en public. Cependant, il lui devint impossible de respecter cette condition longtemps. Il renonça donc à la protection d’Ibn ad-Dughunna et se prépara à accepter de plein gré le sort réservé aux autres frères musulmans.

Dans ces moments difficiles de l’émigration du Messager d’Allah, le sacrifice, l’intelligence, la patience et l’amitié d’Abû Bakr resteront à jamais gravés dans l’histoire. Le Coran sacré a d’ailleurs attesté explicitement son compagnonnage. Ibn Ishâq rapporte : « Lorsqu’Abû Bakr demanda au Messager d’Allah la permission d’émigrer, celui-ci lui dit : “Ne te hâte pas. Il se peut qu’Allah te procure un compagnon de voyage.” En entendant cela, Abû Bakr pensa que le Messager d’Allah parlait peut-être de lui-même. Dès lors, il acheta deux chameaux et les éleva avec le plus grand soin, dans l’espoir qu’ils pourraient servir au moment de l’émigration. »

La Mère des croyants, Aïcha, rapporte : Le Messager d’Allah se rendait au moins une fois par jour chez Abû Bakr. Le jour où il reçut l’autorisation d’émigrer, il vint chez nous à midi, alors qu’il ne venait jamais à cette heure. Dès qu’il le vit, Abû Bakr s’exclama : « Il s’est certainement passé quelque chose ; sinon, le Messager d’Allah ne serait pas venu à cette heure. » Lorsqu’il entra dans la maison, Abû Bakr se déplaça et s’assit au bord de son lit. À ce moment-là, il n’y avait dans la maison d’Abû Bakr que ma sœur Asmâ et moi. Le Messager d’Allah dit : « Éloigne de moi ceux qui se trouvent ici avec toi. » Abû Bakr répondit : « Ô Messager d’Allah, il n’y a personne d’autre que mes deux filles. Que vous arrive-t-il ? » Le Messager d’Allah dit : « Allah m’a autorisé à émigrer. » Abû Bakr demanda : « Pourrai-je moi aussi t’accompagner ? » Le Messager d’Allah répondit : « Oui, tu le pourras. » Aïcha dit : « Avant ce jour, je ne savais pas qu’un être humain pouvait pleurer de joie avec une telle intensité. J’ai vu Abû Bakr pleurer ce jour-là. » Alors Abû Bakr dit : « Ô Messager d’Allah, voici les deux chameaux que j’ai préparés précisément pour cette occasion. »

Ils engagèrent et emmenèrent avec eux pour les guider Abd Allah ibn Uraïqit. Il était polythéiste, mais digne de confiance. Sous le couvert de la nuit, ils sortirent par la porte arrière de la maison d’Abû Bakr et se réfugièrent dans une grotte du mont Thawr, dans la partie basse de La Mecque. Ibn Hichâm rapporte, d’après al-Hasan al-Basrî : Ils atteignirent de nuit la grotte du mont Thawr. Avant que le Messager d’Allah n’y entre, Abû Bakr y pénétra et vérifia qu’il ne s’y trouvait aucune bête féroce, aucun serpent ni scorpion. Il prit ce risque afin de préserver le Messager d’Allah de tout danger.

Après la mort de la Mère des croyants Khadîdja à La Mecque, lorsqu’Abû Bakr vit le Messager d’Allah accablé de tristesse, il lui donna en mariage, avec le plus grand dévouement et le plus grand respect, sa jeune fille Aïcha. Il s’acquitta lui-même du montant de la dot.

Après l’émigration, il participa à toutes les expéditions aux côtés du Messager d’Allah. Il ne fut privé de participer à aucune d’entre elles.

Lors de l’expédition de Tabûk, il portait l’étendard de l’armée musulmane. À cette occasion, répondant à l’appel du Messager d’Allah, il lui remit tout l’argent et tous les biens qu’il possédait chez lui. Le Messager d’Allah lui demanda : « As-tu laissé quelque chose à la maison pour tes fils et tes filles ? » Il répondit : « Allah et Son Messager leur suffisent. »

Après la conquête de La Mecque, au neuvième année de l’Hégire, à l’occasion du premier pèlerinage islamique, le Messager d’Allah nomma Abû Bakr « émir du pèlerinage ». Durant la maladie qui précéda sa mort, il lui confia également, sur son ordre, la direction de la prière dans la mosquée du Prophète. En somme, du vivant du Messager d’Allah, Abû Bakr remplit auprès de lui le rôle de ministre et de conseiller.

Après la mort du Messager d’Allah (paix et bénédiction d’Allah sur lui), Abou Bakr (qu’Allah l’agrée) lui succéda. Le titre de « Khalîfat Rasûlillâh » ne fut attribué qu’à lui. Les califes suivants reçurent le titre d’« Amîr al-Mu’minîn ».

Le commerce était sa profession. À l’époque préislamique, il était un riche commerçant parmi les Quraychites. Même après avoir embrassé l’islam, il continua à exercer ce métier pour subvenir à ses besoins. Toutefois, après être devenu calife, il fut contraint d’abandonner le commerce, car la lourde responsabilité du califat reposait désormais sur ses épaules. Sous l’insistance de ‘Umar et d’Abou ‘Ubayda, il accepta, conformément à la décision du conseil de la Choura, de recevoir du Bayt al-Mâl une allocation minimale, selon ses besoins. Celle-ci s’élevait à deux mille cinq cents dirhams par an. Cependant, avant sa mort, il ordonna que ses biens meubles et immeubles soient vendus et que la totalité de l’argent reçu du Bayt al-Mâl lui soit restituée.

Lorsque les Compagnons furent complètement abasourdis à l’annonce de la mort du Messager d’Allah (paix et bénédiction d’Allah sur lui), lorsqu’ils étaient incapables de concevoir que le Messager puisse mourir, et que même ‘Umar (qu’Allah l’agrée), l’épée dégainée à la main, déclara : « Je tuerai quiconque dira que le Messager est mort », Abou Bakr (qu’Allah l’agrée), même dans cette atmosphère bouleversée, demeura extrêmement ferme et inébranlable. S’adressant à la foule rassemblée, il proclama : « Que ceux qui adoraient Muhammad sachent que Muhammad est mort. Mais que ceux qui adorent Allah sachent qu’Allah est éternel : Il ne meurt pas. » Puis il récita ce verset : « Muhammad n’est qu’un Messager d’Allah. Des messagers sont passés avant lui. S’il mourait ou était tué, retourneriez-vous sur vos pas ? Ceux qui retourneront sur leurs pas ne nuiront en rien à Allah. Et Allah récompensera bientôt ceux qui Lui sont reconnaissants. » ((Sourate Âl ‘Imrân–144) Dès que les gens entendirent ce verset de la bouche d’Abou Bakr, ils retrouvèrent pour ainsi dire leurs esprits. Ils eurent l’impression de l’entendre pour la première fois. Ainsi, la première grave difficulté apparue immédiatement après la mort du Messager d’Allah (paix et bénédiction d’Allah sur lui) prit fin grâce à l’intervention ferme d’Abou Bakr (qu’Allah l’agrée).

L’embaumement et l’inhumation du Messager d’Allah (paix et bénédiction d’Allah sur lui) n’étaient pas encore achevés. Entre-temps, la question de sa succession prit une tournure complexe. Les habitants de Médine, en particulier les Ansâr, se réunirent en un lieu appelé « Saqîfa Banî Sâ‘ida ». Les Ansâr revendiquèrent le droit de choisir parmi eux le successeur du Messager d’Allah (paix et bénédiction d’Allah sur lui), puisqu’ils lui avaient accordé leur protection et avaient fortifié et renforcé l’islam, alors faible, au prix de leur vie et de leurs biens. Cette revendication ne fut pas acceptée par les Muhâjirûn. Ils dirent : « C’est nous qui avons semé la graine de l’islam et c’est nous qui l’avons arrosée. Nous sommes donc davantage en droit au califat. » La situation prit une autre direction. On fit appeler Abou Bakr (qu’Allah l’agrée). Il se trouvait alors auprès de la dépouille sacrée du Messager d’Allah (paix et bénédiction d’Allah sur lui). Il se rendit sur place et parla avec calme et pondération. Devant ses arguments et ses preuves, les Ansâr s’inclinèrent. Ainsi, la deuxième difficulté apparue après la mort du Messager d’Allah (paix et bénédiction d’Allah sur lui) trouva elle aussi une heureuse solution grâce à l’intelligence et à la clairvoyance d’Abou Bakr (qu’Allah l’agrée).

Abou Bakr fut élu calife. Après être devenu calife, il prononça devant les Muhâjirûn et les Ansâr réunis un bref discours : « C’est contre ma volonté que j’ai été fait calife. Par Allah, je souhaitais que l’un d’entre vous assume cette responsabilité. Je tiens à vous rappeler que, si vous voulez que mon comportement soit semblable à celui du Messager d’Allah (paix et bénédiction d’Allah sur lui), vous devez me considérer incapable d’atteindre ce niveau. Il était un prophète, préservé de toute erreur et de toute faute. Je n’ai pas un statut particulier comparable au sien. Je suis un homme ordinaire. Je ne peux prétendre être meilleur que n’importe quelle personne ordinaire parmi vous. … Si vous me voyez accomplir ce qui est juste, vous m’apporterez votre soutien. Si vous me voyez dévier du droit chemin, vous m’en avertirez. » Ce premier bref discours, qui établissait les principes de son gouvernement, restera à jamais un modèle pour tous les dirigeants du monde.

Une autre manifestation de l’extrême fermeté de son caractère apparut lorsqu’il envoya l’armée d’Usâma ibn Zayd immédiatement après la mort du Messager d’Allah (paix et bénédiction d’Allah sur lui). Peu avant la mort du Messager d’Allah (paix et bénédiction d’Allah sur lui), il avait préparé une armée pour venger le sang de Zayd ibn Hâritha, Ja‘far ibn Abî Tâlib et ‘Abdullah ibn Rawâha (qu’Allah les agrée), tombés en martyrs lors de l’expédition de Mu’ta. Il nomma le jeune Usâma ibn Zayd commandant de cette armée. Sur ordre du Messager d’Allah (paix et bénédiction d’Allah sur lui), Usâma partit avec son armée en direction de la Syrie. À peine eurent-ils quitté Médine que le Messager d’Allah (paix et bénédiction d’Allah sur lui) tomba malade. Ils établirent leur camp aux abords de Médine et attendirent la guérison du Messager d’Allah (paix et bénédiction d’Allah sur lui). Mais c’est de cette maladie que le Messager (paix et bénédiction d’Allah sur lui) mourut. Abou Bakr (qu’Allah l’agrée) devint calife. Entre-temps, à l’annonce de la mort du Messager d’Allah (paix et bénédiction d’Allah sur lui), diverses forces hostiles commencèrent à relever la tête dans différentes régions de la péninsule Arabique. Certains abandonnèrent l’islam, d’autres refusèrent de verser la zakât, tandis que d’autres encore se proclamèrent prophètes. Dans une situation aussi critique, plusieurs personnes conseillèrent de suspendre l’envoi de l’armée d’Usâma. Mais Abou Bakr (qu’Allah l’agrée) rejeta ce conseil avec la plus grande fermeté. S’il avait hésité à envoyer cette armée ou en avait retardé le départ, cela aurait constitué, après son accession au califat, la première désobéissance à un ordre du Messager d’Allah (paix et bénédiction d’Allah sur lui). En effet, sur son lit de maladie terminale, celui-ci avait ordonné à l’armée d’Usâma de partir.

Abû Bakr resta résolu à envoyer l’armée d’Usâma. Alors, un groupe d’Ansâr demanda qu’au moins Usâma soit relevé de son poste de commandant et qu’un Compagnon plus âgé soit nommé à sa place. Il convient de préciser qu’Usâma n’avait alors que vingt ans. ‘Umar présenta cette proposition au nom de tous. En l’entendant, Abû Bakr entra dans une violente colère. Saisissant ‘Umar par la barbe, il dit : « Abû Bakr destituerait-il celui que l’Envoyé d’Allah a nommé ? » C’est ainsi qu’il rejeta cette proposition.

‘Umar faisait lui aussi partie des soldats de cette armée d’Usâma. Pourtant, il était alors indispensable que le nouveau calife le garde à Médine. Le calife aurait pu lui ordonner directement de rester à Médine. Mais, sans intervenir dans l’autorité d’Usâma, il lui demanda de laisser ‘Umar à Médine. Usâma accepta la demande du calife. En effet, Abû Bakr avait compris que celui qui avait nommé Usâma n’était autre que l’Envoyé d’Allah. Par conséquent, dans ce domaine, l’autorité d’Usâma était supérieure à la sienne. Ainsi, Abû Bakr appliqua fidèlement l’ordre de l’Envoyé d’Allah et s’abstint de lui désobéir, ne serait-ce que le moins du monde.

Après le décès de l’Envoyé d’Allah, les deux tribus d’Abâs et de Jubayân refusèrent de s’acquitter de la zakât. Le calife consulta les Compagnons à ce sujet. Beaucoup d’entre eux conseillèrent de ne pas lancer d’expédition militaire contre ces tribus. Mais Abû Bakr demeura ferme. Il dit : « Par Allah, si quelqu’un refuse aujourd’hui de donner ne serait-ce que le petit d’une chamelle qui était donné comme zakât à l’époque de l’Envoyé d’Allah, je lui déclarerai la guerre. »

Certaines personnes prétendirent faussement à la prophétie. Avec un courage et une fermeté inégalés, Abû Bakr dirigea des expéditions contre ces faux prophètes et déjoua toutes les conspirations dirigées contre l’islam. C’est pourquoi les historiens ont déclaré : après l’aide et le soutien d’Allah, si la fermeté d’Abû Bakr n’avait pas existé, l’histoire de la nation musulmane aurait peut-être été écrite autrement.

Cela fut possible parce que deux qualités apparemment contradictoires se réunissaient dans le caractère d’Abû Bakr : une fermeté sans limites et la douceur. C’est pourquoi son caractère demeurait toujours équilibré. Si une personne ne possède dans son caractère qu’une seule de ces deux qualités et que l’autre lui fait défaut, son équilibre moral risque fort d’être détruit. Mais, par la grâce d’Allah, ces deux qualités étaient présentes à parts égales dans son caractère. Bien qu’Abû Bakr fût le dirigeant des musulmans et leur calife, sa vie était très simple. Malgré sa fonction de calife, il parcourait les ruelles de Médine pour s’informer de la situation des habitants et accomplissait parfois lui-même leurs tâches personnelles. ‘Umar raconte : « Chaque matin, je faisais les travaux domestiques d’une vieille femme. Un jour, comme d’habitude, je me rendis chez elle ; la vieille femme me dit : “Il n’y a aucun travail aujourd’hui. Un homme vertueux a déjà tout terminé avant ton arrivée.” » ‘Umar apprit par la suite que cet homme vertueux était Abû Bakr. Bien qu’il fût calife, il continuait ainsi à accomplir les tâches d’une vieille femme orpheline. Abû Bakr ne gouverna le califat que pendant environ deux ans et demi. Cette période est cependant considérée comme extrêmement importante dans l’histoire de l’islam. Après le décès de l’Envoyé d’Allah, sa contribution la plus remarquable fut de préserver l’unité et la cohésion de la communauté musulmane, ainsi que d’éradiquer les révoltes d’Arabie. Il établit l’État et le gouvernement sur des fondations si solides que les musulmans osèrent déclarer la guerre aux deux grandes puissances que constituaient la Perse et Rome, et s’emparèrent en peu de temps de vastes territoires leur appartenant.

Une autre contribution d’Abû Bakr fut la compilation et la préservation du Noble Coran. Au début de son califat, des révoltes éclatèrent en divers endroits d’Arabie. En les réprimant, plusieurs centaines de mémorisateurs du Coran tombèrent en martyrs. Dans la seule bataille livrée contre Musaylima le Menteur, sept cents mémorisateurs furent tués en martyrs. Puis, sur le conseil de ‘Umar, Abû Bakr rassembla l’intégralité du Coran sous forme de livre en un seul exemplaire et le conserva auprès de lui. Dans l’histoire, cet exemplaire originel du Coran est connu sous le nom de « Mushaf al-Siddîqî ». Plus tard, à l’époque de ‘Uthmân, les exemplaires du Coran qui furent réalisés ne furent en réalité que des copies du « Mushaf al-Siddîqî ».

Le Noble Coran et les paroles de l’Envoyé ont proclamé à maintes reprises et en de nombreux endroits l’immense mérite et l’honneur d’Abû Bakr.

Abû Bakr a rapporté des hadiths de l’Envoyé d’Allah. L’érudit al-Dhahabî a mentionné dans son ouvrage intitulé « ‘Tadhkirat al- Huffâz’ », qu’il était extrêmement prudent lorsqu’il rapportait des hadiths. En raison de cette prudence excessive, le nombre de hadiths qu’il a rapportés est très faible comparé à celui des autres. ‘Umar, ‘Uthmân, ‘Abd al-Rahmân ibn ‘Awf, Ibn Mas‘ûd, Ibn ‘Umar, Ibn ‘Amr, Ibn ‘Abbâs, Hudhayfa, Zayd ibn Thâbit, ‘Uqba, Ma‘qil, Anas, Abû Hurayra, Abû Umâma, Abû Barza, Abû Mûsâ, ainsi que ses deux filles, ‘Â’isha et Asmâ’, et d’autres Compagnons ont rapporté des hadiths de lui. Des Tâbi‘ûn éminents ont également rapporté de lui.

Le 7 Joumada al-Akhira de l’an 13 de l’Hégire, le vénérable Abou Bakr (r.a.) fut atteint de fièvre. Après avoir été malade pendant quinze jours, il décéda au mois d’août 634 de l’ère chrétienne, correspondant au 21 Joumada al-Akhira de l’an 13 de l’Hégire. Il fut enterré dans la chambre de Aïcha (r.a.), légèrement à l’est du Messager d’Allah (s.a.w.). Il assuma la responsabilité du califat pendant deux ans, trois mois et dix jours.

’Omar ibn al- Khattab ((r.a.))

Son nom était Omar, son titre honorifique Al-Farouq et sa kunya Abou Hafs. Son père était Khattab et sa mère Hantama. Il appartenait au clan Adi de la tribu de Quraych. Par l’intermédiaire d’un ancêtre nommé Kaab, huit générations au-dessus d’Omar, sa généalogie rejoint celle du Messager d’Allah (s.a.w.). Son père, Khattab, était un notable de la tribu de Quraych. Sa mère, Hantama, était la fille du célèbre commandant quraychite Hicham ibn al-Moughira. Khalid ibn al-Walid, l’un des plus grands commandants de l’islam, était le petit-fils de ce Moughira. Au pied du mont Aqib, à La Mecque, se trouvait à l’époque de la Jahiliya la résidence des Banou Adi ibn Kaab. C’est là que se trouvait la demeure du vénérable Omar. À l’époque islamique, cette montagne fut appelée, d’après le nom d’Omar, le mont Omar — la montagne d’Omar. (Tabaqât de Ibn Sa’d 3/66) Zayd ibn Nوفayl était le cousin d’Omar. Avant l’avènement du noble Messager d’Allah, Zayd était l’un de ceux qui, dans l’Arabie de la Jahiliya, avaient rejeté l’idolâtrie par leur propre raison et étaient devenus monothéistes.

Il naquit treize ans après la naissance du Messager d’Allah (s.a.w.). Au moment de sa mort, il avait également le même âge que le Messager d’Allah (s.a.w.), soit 63 ans. Toutefois, les historiens divergent au sujet de l’année de sa naissance et de celle de son entrée dans l’islam.

Il avait le teint clair et lumineux, la tête chauve, les joues dépourvues de chair, une barbe épaisse, les deux extrémités de sa moustache longues et fournies, et une haute stature. Même au milieu d’un millier d’hommes, c’était lui qui paraissait le plus grand.

On ne sait pas grand-chose de sa naissance et de son enfance. Ibn Asakir cite dans son Tarikh un récit rapporté par Amr ibn al-As (r.a.). Il en ressort qu’un jour, Amr ibn al-As était assis avec quelques amis lorsqu’il entendit un grand tumulte. S’étant renseigné, il apprit qu’un fils était né à Khattab. Sur la base de ce récit, il semble qu’une grande célébration de joie eut lieu à la naissance du vénérable Omar.

On sait également très peu de choses sur sa jeunesse. Qui aurait su que ce jeune homme ordinaire et quelque peu obstiné deviendrait un jour le « Farûq al-Aʿẓam » ? Dès son adolescence, le père de ʿUmar le mit à garder les chameaux. Il les faisait paître dans un lieu appelé « Dajنان », près de La Mecque. Un jour, alors qu’il traversait cette plaine pendant son califat, il évoqua ainsi auprès de ses compagnons les souvenirs de son enfance : « Il fut un temps où, vêtu d’un habit de laine, je gardais sous ce soleil ardent les chameaux de Khattâb dans cette plaine. Khattâb était un homme extrêmement sévère et austère. Lorsque, épuisé, je m’arrêtais pour me reposer un peu, mon père me frappait cruellement. Mais aujourd’hui, j’ai atteint un état tel que nul, hormis Allah l’Unique, n’a autorité sur moi. »(Ṭabaqât : 3/266–67)

Dès le début de sa jeunesse, il maîtrisa les disciplines que les Arabes nobles de son époque devaient nécessairement apprendre : l’art de la guerre, la lutte, l’art oratoire et la science de la généalogie, entre autres. Il acquit la science des généalogies, ou nasabnâma, par héritage. Son père et son grand-père étaient tous deux particulièrement versés dans cette discipline. Il fut l’un des plus grands lutteurs de son époque. Il participait à des combats de lutte à la foire de ʿUkâẓ, en Arabie. L’érudit Yūbayyânî a dit : « ʿUmar était un lutteur vraiment remarquable. » Il était un célèbre cavalier de l’Arabie antéislamique. L’érudit Jâḥiẓ a dit : « Lorsque ʿUmar montait à cheval, on aurait dit que son corps s’était fondu dans la peau du cheval. » (Al-–Bayân wa- t-Tabyîn) Il possédait également un talent poétique. Il connaissait par cœur presque tous les poèmes des poètes célèbres de son époque. Il fut en réalité le fondateur de l’approche scientifique de la critique de la poésie arabe. La lecture de ses opinions sur la langue et la littérature permet de mesurer l’étendue de sa maîtrise dans ce domaine. L’éloquence était chez lui une qualité innée. Dans sa jeunesse, il apprit quelque peu à lire et à écrire. Al-Balâdhurî a écrit : « À l’époque où le Noble Messager, que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui, reçut la prophétie, seuls dix-sept membres de toute la tribu des Quraych savaient lire et écrire. ʿUmar était l’un d’eux. »

Le commerce était une profession honorable chez les Arabes de l’époque de la Jâhiliya. ’Umar se lança lui aussi dans le commerce et y connut un succès considérable. Ses activités commerciales lui donnèrent l’occasion de voyager dans des contrées lointaines et de fréquenter de nombreuses sociétés de savants et de notables. Mas‘ûdî rapporte : « À l’époque de la Jâhiliya, ’Umar — qu’Allah l’agrée — se rendait en Syrie et en Irak pour ses affaires. Il eut ainsi l’occasion de fréquenter de nombreux rois et souverains arabes et non arabes. » Shiblî Nu‘mânî dit : « Dès l’époque de la Jâhiliya, la renommée de ’Umar s’était répandue dans toute l’Arabie. C’est pourquoi les Quraychites le chargeaient toujours des missions diplomatiques. Lorsqu’un différend éclatait avec une autre tribu, c’était lui qu’ils envoyaient comme émissaire. »(Al–Farûq : 14)

La conversion de ’Umar à l’islam est un épisode fascinant. Grâce à son cousin Zayd, le message de l’unicité divine n’était pas entièrement nouveau dans sa famille. Le premier d’entre eux à embrasser l’islam fut Sa‘îd, le fils de Zayd. Sa‘îd épousa ensuite Fâtima, la sœur de ’Umar. Fâtima embrassa elle aussi l’islam avec son mari. Un autre personnage éminent de la famille de ’Umar, Nu‘aym ibn ‘Abdullah, embrassa également l’islam. Mais jusque-là, ’Umar ne savait absolument rien au sujet de l’islam. Lorsqu’il en entendit parler pour la première fois, il entra dans une colère ardente. Il devint l’ennemi juré des membres de sa famille qui avaient embrassé l’islam. Il apprit ensuite qu’une de ses esclaves, nommée Lubayna, avait elle aussi embrassé l’islam. Il infligea de cruelles persécutions à tous ceux qui étaient sous son autorité. Finalement, il décida qu’il fallait éliminer de ce monde Muhammad — paix et bénédictions d’Allah sur lui —, le principal propagateur de l’islam. À peine eut-il pris cette décision qu’il passa à l’action.

Anas ibn Mâlik rapporte : « ’Umar avançait, son épée suspendue à l’épaule. En chemin, il rencontra un homme des Banû Zuhra — selon une autre version, Nu‘aym ibn ‘Abdullah. Celui-ci lui demanda : “Où vas-tu, ’Umar ?” Il répondit : “Régler son compte à Muhammad.” L’homme lui dit : “Après avoir réglé son compte à Muhammad — paix et bénédictions d’Allah sur lui —, comment échapperas-tu aux Banû Hâshim et aux Banû Zuhra ?” En entendant cela, ’Umar s’écria : “On dirait que toi aussi, tu as abandonné la religion de tes ancêtres et que tu es devenu un mécréant.” L’homme lui dit : “’Umar, écoute une nouvelle étonnante : ta sœur et ton beau-frère sont devenus mécréants. Ils ont abandonné ta religion.” En réalité, l’homme cherchait à détourner ’Umar de son objectif. En entendant cela, ’Umar, fou de rage, se précipita vers la maison de sa sœur et de son beau-frère. Il frappa à la porte. Tous deux étaient alors en train d’apprendre le Coran auprès de Khabbâb ibn al-Aratt. Pressentant l’arrivée de ’Umar, Khabbâb se cacha dans une autre pièce de la maison. ’Umar demanda d’abord à sa sœur et à son beau-frère : “Quels étaient ces murmures que j’ai entendus chez vous ?” Ils récitaient alors la sourate Tâ-Hâ du Coran. Ils répondirent : “Nous parlions entre nous.” ’Umar dit : “Vous êtes probablement tous les deux devenus apostats.” Son beau-frère lui répondit : “Que feras-tu, ’Umar, si la vérité se trouve ailleurs que dans ta religion ?” ’Umar se jeta sur son beau-frère et se mit à le piétiner violemment. Lorsque sa sœur vint sauver son mari, ’Umar la saisit et la frappa si durement que son visage fut ensanglanté. Exaspérée, sa sœur s’écria : “Si la vérité se trouve ailleurs que dans ta religion, alors j’atteste qu’il n’y a aucune divinité en dehors d’Allah, et j’atteste également que Muhammad est le Messager d’Allah.” »

Quelques jours avant cet événement, ’Umar avait commencé à changer intérieurement. Les Quraychites avaient soumis les musulmans de La Mecque à de cruelles persécutions et n’étaient pourtant parvenus à en faire renoncer aucun. Les musulmans avaient tout supporté en silence. Lorsque cela était nécessaire, ils avaient abandonné leurs maisons, mais ils n’avaient pas renoncé à l’islam. Cela avait profondément ébranlé ’Umar. Il oscillait dans le tourbillon du doute et de l’hésitation. Mais ce jour-là, le sang qui coulait du visage de sa chère sœur et son témoignage de la vérité le frappèrent si profondément que tous ses doutes et toutes ses hésitations se dissipèrent comme du camphre. En un instant, son cœur s’illumina de la lumière de la vérité. Après s’être purifié, il prit des mains de sa sœur le passage de la sourate Tâ-Hâ et commença à le lire. Lorsqu’il eut achevé sa lecture, il dit : “Conduisez-moi auprès de Muhammad — paix et bénédictions d’Allah sur lui.” En entendant ces paroles de ’Umar, Khabbâb sortit enfin de sa cachette. Il dit : “Bonne nouvelle, ’Umar ! Jeudi soir, le Messager d’Allah — paix et bénédictions d’Allah sur lui — a invoqué Allah en ta faveur. J’espère que son invocation a été exaucée. Il avait dit : ‘Ô Allah, fortifie l’islam par ’Umar ibn al-Khattâb ou par ‘Amr ibn Hishâm.’” Khabbâb ajouta : “Le Messager d’Allah — paix et bénédictions d’Allah sur lui — se trouve actuellement à Dâr al-Arqam, au pied de Safâ.”

Umar se dirigea vers la « Dar al-Arqam ». Hamza et Talha, accompagnés de quelques autres Compagnons, montaient alors la garde à la porte de la maison d’al-Arqam. En voyant Umar, ils furent saisis d’inquiétude. Hamza les rassura toutefois en disant : « Si Allah veut le bien d’Umar, il embrassera l’islam et deviendra un disciple du Messager. Sinon, il nous sera très facile de le tuer. » Le Messager d’Allah ﷺ se trouvait à l’intérieur de la maison. La Révélation descendait alors sur lui. Peu après, il sortit et vint à la rencontre d’Umar. Il saisit fermement son vêtement et la poignée de son épée, puis lui dit : « Umar, ne vas-tu pas cesser ? » … Il invoqua ensuite Allah : « Ô Allah, voici Umar devant moi ! Ô Allah, fortifie la religion par Umar. » Umar s’écria : « J’atteste que vous êtes le Messager d’Allah. » Dès qu’il eut embrassé l’islam, il lança cet appel : « Ô Messager d’Allah, sortez de la maison ! » (At-Tabaqat al- Kubra/Ibn Sa’’d 3/267–69)C’est un événement qui eut lieu durant la sixième année de la mission prophétique.

L’imam az-Zuhri rapporte : « Le Messager d’Allah ﷺ avait embrassé l’islam après être entré dans la Dar al-Arqam. Avant lui, quarante personnes au total, hommes et femmes, ou légèrement plus de quarante, avaient embrassé l’islam. Après la conversion d’Umar, Gabriel, sur lui la paix, vint dire : “Ô Muhammad, les habitants des cieux se réjouissent de la conversion d’Umar.” » (At-Tabaqat : 3/269)

La conversion d’Umar marqua le début d’un nouveau chapitre de l’histoire de l’islam. Bien que quarante ou cinquante personnes eussent déjà embrassé l’islam, parmi lesquelles se trouvait également le vénérable Hamza, il n’était toujours pas sûr pour les musulmans de se déclarer musulmans, et encore moins de se rendre à la Kaaba pour y prier. Cette situation changea dès la conversion du vénérable Umar. Il proclama publiquement son islam et commença à prier dans la Kaaba avec les autres.

‘Umar (qu’Allah l’agrée) dit : La nuit même où j’embrassai l’islam, je me demandai qui, parmi les Mecquois, était l’ennemi le plus acharné du Messager d’Allah (paix et bénédictions d’Allah sur lui). J’allais moi-même lui annoncer ma conversion. Je pensai qu’Abū Jahl était le plus grand ennemi. Dès le matin, je frappai à sa porte. Abū Jahl sortit et demanda : « Qu’est-ce qui t’amène ? » Je répondis : « Je suis venu vous informer que j’ai cru en Allah et en Son Messager Muhammad (paix et bénédictions d’Allah sur lui), et que j’ai accepté les préceptes et le message qu’il a apportés. » À peine eut-il entendu cela qu’il claqua la porte au nez et dit : « Qu’Allah te couvre de honte, ainsi que la nouvelle que tu es venu annoncer. »(Sīrat Ibn Hishām)

Ainsi, pour la première fois, les forces païennes de La Mecque furent confrontées à un défi public. Saʿīd ibn al-Musayyib dit : « Après sa conversion à l’islam, l’islam prit une forme publique à La Mecque. » ʿAbd Allāh ibn Masʿūd (qu’Allah l’agrée) dit : « Dès qu’‘Umar embrassa l’islam, il engagea la controverse avec les Qurayshites. Finalement, il alla jusqu’à prier dans la Kaʿba. Nous avons tous prié avec lui. » Suhayb ibn Sinān dit : « Après sa conversion, nous nous asseyions en groupe près de la Kaʿba, nous en faisions la circumambulation, nous nous vengions de quiconque nous traitait rudement et nous repoussions toute attaque dirigée contre nous. (Ṭabaqāt : 3/269)C’est pourquoi le Messager d’Allah (paix et bénédictions d’Allah sur lui) lui avait donné le titre d’al-Fārūq. En effet, c’est à cause de lui qu’une distinction publique apparut entre l’islam et la mécréance. Le Messager d’Allah (paix et bénédictions d’Allah sur lui) a dit : « Allah Très-Haut a établi la vérité sur la langue et dans le cœur de ‘Umar. Il est donc al-Fārūq. Par son intermédiaire, Allah a distingué la vérité du mensonge. (Ṭabaqāt : 3/270)

Le Messager d’Allah (paix et bénédictions d’Allah sur lui) ordonna à ceux qui, à La Mecque, étaient accablés par les persécutions des polythéistes d’émigrer à Médine. Après l’émigration à Médine d’Abū Salama, de ʿAbd Allāh ibn Ashhal, de Bilāl et de ʿAmmār ibn Yāsir, ‘Umar prit la route de Médine accompagné de vingt parents et amis. Parmi ces vingt personnes se trouvaient son frère Zayd, le fils de son frère Saʿīd et son gendre Khunays. Dans le village de Qubā, aux environs de Médine, il se réfugia chez Rifāʿa ibn ʿAbd al-Mundhir.

Il y avait une différence particulière entre l’émigration de ‘Umar et celle des autres. L’émigration des autres se fit secrètement, à l’insu de tous. Quant à l’émigration de ‘Umar, elle se fit publiquement. Elle comportait un défi et un esprit de rébellion envers les Quraychites. Avant de partir de La Mecque pour Médine, il fit d’abord le tawaf autour de la Kaaba. Puis il se rendit au lieu de rassemblement des Quraychites et proclama : « Je pars pour Médine. Si quelqu’un veut rendre sa mère endeuillée par la perte de son fils, qu’il vienne m’affronter à l’autre extrémité de cette vallée. » Après avoir lancé un tel défi, il prit directement la route de Médine. Mais personne n’eut l’audace de relever ce défi. (Tārīkhul Ummah al–Islāmiyya : Khidri Bey, 1/198)

Divers récits rapportent que le Messager d’Allah, qu’Allah le bénisse et le salue, établit à différentes occasions un lien de fraternité religieuse entre ‘Umar et plusieurs personnes. Abou Bakr as-Siddiq, ‘Uways ibn Sa‘ida, ‘Itban ibn Malik et Mu‘adh ibn ‘Afra, qu’Allah les agrée, étaient les frères en religion de ‘Umar. Il est toutefois certain qu’après son émigration à Médine, sa fraternité religieuse fut établie avec ‘Itban ibn Malik, chef des Banû Salim. (Tabaqāt : 3/272)

De la première année de l’Hégire jusqu’au décès du noble Messager, qu’Allah le bénisse et le salue, la vie active de ‘Umar, qu’Allah l’agrée, constitua en réalité une partie de la vie pleine d’actions du noble Messager. Il n’y eut aucune guerre que le Messager dut mener, aucun traité qu’il dut conclure, aucune disposition qu’il dut instaurer de temps à autre, ni aucune méthode qu’il dut adopter pour propager l’islam, qui ait été accomplie sans la participation active de ‘Umar. C’est pourquoi, si l’on entreprend de relater en détail ces événements, le récit devient non plus la biographie de ‘Umar, qu’Allah l’agrée, mais celle du noble Messager d’Allah. Sa vie riche en actions était intimement liée à celle du noble Messager.

‘Umar participa aux côtés du Messager d’Allah à toutes les batailles, notamment celles de Badr, d’Uhud et du Fossé. En outre, il commanda plusieurs sariyya (petites expéditions auxquelles le Messager d’Allah, qu’Allah le bénisse et le salue, ne participa pas lui-même). Depuis les consultations et la conduite des troupes lors de la bataille de Badr jusqu’à tous les autres domaines, il œuvra avec fermeté aux côtés du noble Messager. Ce fut son avis au sujet des prisonniers de Badr qui reçut l’agrément d’Allah. Son rôle particulier dans cette bataille fut le suivant :

1. Des hommes de chaque branche de la tribu des Quraychites participèrent à cette bataille ; mais pas un seul homme des Banû ‘Adi, c’est-à-dire du clan de ‘Umar, n’y prit part. Cela se produisit sous l’influence de ‘Umar.

2. Dans cette bataille, douze hommes au total issus de la tribu de ‘Umar et de ses alliés liés par un pacte se joignirent au combat contre l’islam.

3. Au cours de cette bataille, ʿUmar tua de sa propre main son oncle maternel, ʿÂṣî ibn Hichâm. Par ce meurtre, il fut le premier à démontrer que, sur le chemin de la vérité, l’influence des proches et des êtres aimés ne peut prévaloir.

Lors de la bataille d’Uḥud également, ʿUmar — que Dieu l’agrée — fut l’un des soldats de première ligne. À un moment de la bataille, alors que les troupes musulmanes étaient confrontées à un désastre et que le Messager — paix et bénédictions de Dieu sur lui —, blessé, s’était réfugié avec quelques compagnons dans un endroit sûr de la montagne, le chef quraychite Abû Sufyân s’approcha et appela à haute voix Muḥammad — paix et bénédictions de Dieu sur lui —, Abû Bakr — que Dieu l’agrée —, ʿUmar — que Dieu l’agrée — et d’autres, leur demandant : « Êtes-vous encore en vie ? » Sur un signe du Messager — paix et bénédictions de Dieu sur lui —, personne ne répondit à Abû Sufyân. N’obtenant aucune réponse, Abû Sufyân déclara : « Ils ont certainement tous été tués. » Ces paroles blessèrent la virilité de ʿUmar. Il ne put rester silencieux et s’écria : « Ô ennemi de Dieu ! Nous sommes tous en vie. » Abû Sufyân dit : « Ô Hubl, victoire à Hubl ! » Sur un signe du Messager de Dieu — paix et bénédictions de Dieu sur lui —, ʿUmar répondit : « Allâhu aʿlâ wa ajal-lu — Dieu est plus élevé et plus majestueux. »

ʿUmar joua également un rôle actif lors de la bataille du Fossé. La responsabilité de défendre un emplacement particulier du Fossé lui avait été confiée. Aujourd’hui encore, une mosquée qui porte son nom s’y dresse et perpétue le souvenir de son rôle. Un jour, durant cette bataille, il fut si occupé à la défense que sa prière de l’après-midi faillit lui échapper. Le Messager — paix et bénédictions de Dieu sur lui — le consola en lui disant : « En raison de mes occupations, je n’ai pas encore pu accomplir la prière moi non plus. » (Al-–Fârûq : Chiblî Nuʿ’mânî : 25)

Avant même le serment d’allégeance de Ḥudaybiyya, ʿUmar se mit à préparer la guerre. Il envoya son fils ʿAbd Allâh chercher un cheval auprès d’un Anṣârî. Celui-ci revint annoncer : « Les gens prêtent serment d’allégeance entre les mains du Messager de Dieu — paix et bénédictions de Dieu sur lui. » ʿUmar était alors revêtu de son équipement de combat. Dans cet état, il accourut et prêta serment d’allégeance entre les mains du Messager de Dieu — paix et bénédictions de Dieu sur lui.

Les conditions de la trêve de Ḥudaybiyya semblèrent, à première vue, humiliantes pour les musulmans. ʿUmar s’emporta. Il protesta d’abord auprès d’Abû Bakr, puis auprès du Messager de Dieu lui-même — paix et bénédictions de Dieu sur lui — contre cette trêve. Le Messager de Dieu — paix et bénédictions de Dieu sur lui — dit : « Je suis le Messager de Dieu. Je ne fais rien sans l’ordre de Dieu. » ʿUmar se calma. Il se repentit. En observant des jeûnes surérogatoires, en accomplissant la prière, en affranchissant des esclaves et en faisant l’aumône, il expia sa hardiesse.

À Khaybar, les Juifs possédaient de nombreuses forteresses bien défendues. Plusieurs furent conquises facilement. Mais deux d’entre elles ne purent en aucune manière être prises. Le premier jour, le Messager — paix et bénédictions de Dieu sur lui — envoya Abû Bakr, puis, le deuxième jour, ʿUmar, pour conquérir ces deux forteresses. Tous deux revinrent sans succès. Le troisième jour, le Messager — paix et bénédictions de Dieu sur lui — annonça : « Demain, je remettrai l’étendard à un homme entre les mains duquel Dieu accordera la victoire. » Le lendemain, les nobles Compagnons, armés, se présentèrent devant le Messager de Dieu — paix et bénédictions de Dieu sur lui. Chacun désirait dans son cœur obtenir cet honneur. ʿUmar dit : « À Khaybar, jamais auparavant je n’avais convoité le commandement ou la chefferie, en dehors de cet événement. » Cet honneur fut ce jour-là remporté par le Lion de Dieu, ʿAlî — que Dieu l’agrée.

Les terres conquises de Khaybar furent réparties entre les combattants. ʿUmar — que Dieu l’agrée — consacra en waqf la part qui lui était échue dans la voie de Dieu. Ce fut le premier waqf de l’histoire de l’islam. (Al-–Fârûq : 30)

Lors de la conquête de La Mecque, ʿUmar, qu’Allah l’agrée, accompagna le Messager, paix et bénédictions d’Allah sur lui, comme son ombre. Lorsque Abû Sufyân, le plus grand ennemi de l’islam, vint se soumettre, ʿUmar demanda au Messager d’Allah, paix et bénédictions d’Allah sur lui : « Donnez-moi la permission d’en finir avec lui sur-le-champ. » Ce jour-là, les hommes de La Mecque prêtèrent serment d’allégeance entre les mains du Messager d’Allah, paix et bénédictions d’Allah sur lui, tandis que les femmes le prêtèrent auprès de ʿUmar, conformément aux instructions du Messager d’Allah, paix et bénédictions d’Allah sur lui.

ʿUmar participa également à l’expédition de Hunayn et y combattit vaillamment. Au cours de cette bataille, les attaques violentes des mécréants mirent en déroute les douze mille soldats musulmans. Ibn Ishâq dit : seuls quelques héros parmi les Muhâjirûn et les Ansâr restèrent fermement aux côtés du Messager d’Allah, paix et bénédictions d’Allah sur lui, dans ce moment de péril. Parmi eux, les noms d’Abû Bakr, de ʿUmar et d’al-ʿAbbâs sont particulièrement dignes d’être mentionnés, qu’Allah les agrée.

Lors de l’expédition de Tabûk, répondant à l’appel du Messager d’Allah, paix et bénédictions d’Allah sur lui, ʿUmar, qu’Allah l’agrée, remit la moitié de tous ses biens entre les mains du Messager d’Allah, paix et bénédictions d’Allah sur lui.

En apprenant le décès du Messager d’Allah, paix et bénédictions d’Allah sur lui, ʿUmar resta quelque temps assis, frappé de stupeur. Puis il se rendit devant la mosquée du Prophète, dégaina son épée et proclama : « Celui qui dira que le Messager d’Allah, paix et bénédictions d’Allah sur lui, est décédé, je lui fendras la tête en deux. » Cet événement permet aisément de mesurer l’étendue de son dévouement et de son amour envers le Messager d’Allah, paix et bénédictions d’Allah sur lui.

Après le décès du Messager d’Allah, paix et bénédictions d’Allah sur lui, et après de longues discussions à la Saqîfa des Banû Sâʿida, ʿUmar prit très rapidement une décision et prêta le serment d’allégeance pour le califat à Abû Bakr, qu’Allah l’agrée. Ainsi, la grave crise liée au choix du calife fut facilement résolue.

Lorsque le calife Abû Bakr comprit que son heure dernière approchait, il jugea préférable de désigner son successeur avant sa mort. À ses yeux, ʿUmar, qu’Allah l’agrée, était l’homme le plus digne du califat. Malgré cela, il estima convenable de consulter à ce sujet les Compagnons de haut rang. Il convoqua ʿAbd ar-Rahmân ibn ʿAwf, qu’Allah l’agrée, et lui dit : « Donnez-moi votre opinion au sujet de ʿUmar. » Celui-ci répondit : « Il est meilleur que n’importe quel homme, mais son caractère comporte une certaine rudesse. » Abû Bakr dit : « C’est parce qu’il m’a vu doux ; lorsque la responsabilité du califat reposera sur ses épaules, cette rudesse diminuera considérablement. » Puis Abû Bakr lui demanda de ne révéler à personne le sujet dont ils avaient parlé. Ensuite, il convoqua ʿUthmân ibn ʿAffân et lui dit : « Abû ʿAbdillâh, donnez-moi votre opinion au sujet de ʿUmar. » ʿUthmân répondit : « Vous le connaissez mieux que moi. » Abû Bakr dit : « Malgré cela, donnez-moi votre opinion. » ʿUthmân répondit : « D’après ce que je sais de lui, son for intérieur est meilleur que son apparence extérieure. Nous n’avons parmi nous personne qui lui soit égal. » Abû Bakr, qu’Allah l’agrée, le congédia après lui avoir demandé de garder secrète la conversation qu’ils avaient eue tous deux.

Après avoir ainsi recueilli l’avis de plusieurs personnes, il convoqua ʿUthmân ibn ʿAffân et lui dicta : « Au nom d’Allah, le Tout Miséricordieux, le Très Miséricordieux. Ceci est l’engagement d’Abû Bakr ibn Abî Quhâfa envers les musulmans. Cela dit… » Après avoir prononcé ces mots, il perdit connaissance. Alors ʿUthmân ibn ʿAffân ajouta de son propre chef : « Je vous ai désigné ʿUmar ibn al-Khattâb comme calife et je n’ai ménagé aucun effort pour œuvrer à votre bien à ce sujet. » Puis Abû Bakr reprit connaissance. On lui lut la partie qui avait été écrite. Après avoir tout entendu, il s’écria : « Allahu akbar ! » et dit : « Je craignais que, si je mourais inconscient, les gens ne se divisent. » Puis il dit encore à ʿUthmân : « Qu’Allah vous accorde le bien en faveur de l’islam et des musulmans. »

At-Tabarî rapporte : Ensuite, Abû Bakr regarda les gens. Son épouse, Asmâ’ bint ʿUmays, le soutenait alors. Il dit à l’assemblée : « Êtes-vous satisfaits de l’homme que je suis en train de désigner pour vous ? Par Allah, je n’ai ménagé aucun effort pour recueillir l’avis des gens. Je n’ai nommé aucun de mes proches à ce poste. J’ai désigné ʿUmar ibn al-Khattâb comme votre calife. Écoutez-le et obéissez-lui. » C’est ainsi que le califat de ʿUmar, qu’Allah l’agrée, commença le 22 Jumâdâ ath-Thâni de l’an 13 de l’Hégire, correspondant au 13 août 634 de l’ère chrétienne.

Il est impossible de traiter brièvement de la méthode de gouvernement de Hazrat ‘Umar. En l’espace de dix courtes années, il provoqua la chute de l’ensemble de l’Empire romain byzantin et de l’Empire perse. Sous son règne, 1 036 villes au total, avec leurs différentes régions, furent conquises. C’est principalement sous son règne que l’État islamique fut établi de manière organisée. Toutes les branches du gouvernement ou de l’État apparurent sous son règne. Son gouvernement et sa justice se sont répandus dans le monde entier comme une légende.

Hazrat ‘Umar fut le premier calife à recevoir le titre d’Amir al-Mu’minin. Ce fut également lui qui institua le premier le calendrier hégirien, organisa l’accomplissement de la prière de tarawih en assemblée, utilisa la durra, ou le bâton, pour gouverner le peuple, fixa à quatre-vingts coups de fouet la peine pour la consommation d’alcool, conquit de nombreux royaumes, fonda des villes, détermina les différents grades de l’armée ainsi que les diverses bataillons, établit un registre national ou une liste des citoyens, nomma des cadis et divisa l’État en plusieurs provinces.

‘Umar (qu’Allah l’agrée) était l’un des scribes du Messager d’Allah. Il maria sa fille, Hazrat Hafsa, au Messager d’Allah (paix et bénédiction d’Allah sur lui). Il joua le rôle de ministre et de conseiller auprès du Messager d’Allah et d’Abu Bakr (qu’Allah les agrée tous deux). Avant comme après sa conversion à l’islam, le commerce constituait son moyen de subsistance. Même après avoir assumé la lourde responsabilité du califat, il poursuivit son activité commerciale pendant plusieurs années. Mais lorsqu’elle devint ensuite impossible, les Compagnons éminents, dont Hazrat ‘Ali (qu’Allah l’agrée), se consultèrent et fixèrent pour lui une allocation annuelle de seulement huit cents dirhams prélevée sur le Bayt al-Mal. Lorsque les allocations des autres personnes furent fixées au Bayt al-Mal, en l’an 15 de l’Hégire, son allocation fut également fixée à cinq mille dirhams, au même niveau que celle des Compagnons éminents.

Concernant les fonds du Bayt al-Mal, Hazrat ‘Umar (qu’Allah l’agrée) avait la même attitude qu’à l’égard des biens d’un orphelin. De même que le tuteur d’un orphelin veille sur les biens de celui-ci, il peut en dépenser selon les besoins de l’orphelin et les siens, mais ne peut pas les gaspiller. S’il n’en a pas besoin, il s’abstient d’utiliser les biens de l’orphelin et se contente de les préserver, puis les lui restitue lorsqu’il atteint l’âge adulte. Cette conception que ‘Umar (qu’Allah l’agrée) avait du Bayt al-Mal s’est toujours manifestée dans ses actes et son comportement.

Hazrat ‘Umar se déplaçait toujours avec une durra, ou un bâton, à la main. Même Satan s’enfuyait en le voyant. (Tadhkirat al- Huffaz) Cela ne signifie pas pour autant qu’il était tyrannique. Il était un juge d’une stricte équité. Il aimait les gens de tout son cœur, et les gens l’aimaient également. L’histoire rapporte de nombreux récits sur la manière dont il prenait soin de ses sujets.

Il existe, dans le Coran et les hadiths, tant d’allusions et de déclarations explicites concernant les mérites et le rang de Hazrat al-Faruq al-A‘zam qu’il est impossible de les exposer dans un court article. Il occupait une place très élevée auprès d’Allah et de Son Messager (paix et bénédiction d’Allah sur lui). C’est pourquoi il a été dit que des versets coraniques furent toujours révélés pour confirmer les opinions de ‘Umar. Hazrat ‘Ali (qu’Allah l’agrée) déclara : « Khayr al-ummati ba‘da nabiyyiha Abu Bakr thumma ‘Umar » — Après le Prophète, le meilleur homme de la communauté est Abu Bakr, puis ‘Umar. Hazrat ‘Abdullah ibn Mas‘ud dit : « L’acceptation de l’islam par ‘Umar fut la victoire de l’islam. Son émigration fut le secours d’Allah, et son califat, la miséricorde d’Allah. » C’est en considérant toutes les qualités de ‘Umar que le Noble Messager (paix et bénédiction d’Allah sur lui) déclara : « Law kana ba‘di nabiyyun lakana ‘Umar » — S’il devait y avoir un prophète après moi, ce serait ‘Umar. Car il possédait les traits et les caractéristiques des prophètes.

‘Umar apporta une contribution considérable à l’étude et à la diffusion des sciences et du savoir. Il accordait une grande importance à la lecture, à l’enseignement et à la préservation de la poésie arabe. Il était extrêmement vigilant quant à la pureté de la langue arabe ; si quelqu’un commettait une erreur de langage en sa présence, il le réprimandait. Il croyait qu’apprendre correctement la langue arabe faisait partie de la religion. L’érudit al-Dhahabi, dans son ouvrage ‘Tadhkirat al- Huf‌faz’ rapporte que ‘Umar était extrêmement rigoureux dans la transmission des hadiths et qu’il insistait pour qu’un même hadith soit rapporté par différentes chaînes de transmission.

Le célèbre Compagnon al-Mughira ibn Shu‘ba (qu’Allah l’agrée) fut poignardé par son esclave adorateur du feu, Abu Lu’lu’a Firuz, alors qu’il se tenait debout pour la prière de l’aube. Il décéda le mercredi 27 Dhu al-Hijja de l’an 23 de l’Hégire, le troisième jour après avoir été blessé. Avant sa mort, il confia à six éminents Compagnons — ‘Ali, ‘Uthman, ‘Abd al-Rahman ibn ‘Awf, Sa‘d, al-Zubayr et Talha (qu’Allah les agrée) — la responsabilité de choisir un calife parmi eux. Hazrat Suhayb (qu’Allah l’agrée) dirigea la prière funéraire. Il fut enterré dans le Rawda al-Nabawi, à côté de Hazrat al-Siddiq al-Akbar. Il avait 63 ans au moment de sa mort. Son califat dura dix ans, six mois et quatre jours.

’’Uthmân ibn ’’Aff‌ân ((r.a.))

Nom : ʿUthmān ; kunya : Abū ʿAmr, Abū ʿAbd Allāh, Abū Laylā ; laqab : Dhū al-Nūrayn. (Ṭabaqāt 3/53, Tahdhīb al- Tahdhīb)Son père était ʿAffān et sa mère ʿArwā bint Qurayẓ. Il appartenait à la branche omeyyade de la tribu des Quraych. Sa lignée ascendante rejoint celle du Messager d’Allah — qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix — à ʿAbd Manāf. Il fut le troisième calife bien guidé. Sa grand-mère maternelle, Bayḍāʾ bint ʿAbd al-Muṭṭalib, était la tante paternelle du Messager d’Allah — qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix. Il naquit en 576 de l’ère chrétienne, six ans après l’Année de l’Éléphant. (Al-–Istiʿāb)Selon ce calcul, il avait six ans de moins que le noble Messager d’Allah — qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix. Cependant, les avis divergent largement quant à son année de naissance. De même, des divergences existent sur son âge exact au moment de son martyre. Selon certains récits, il serait né à Ṭāʾif. (Fitnat‌al- Kubrā, Dr Ṭāhā Ḥusayn)

Le vénérable ʿUthmân était doté d’une stature moyenne et d’un corps robuste. Il avait les joues maigres, une barbe épaisse, un teint clair et éclatant, une chevelure abondante, la poitrine et la taille larges, des favoris descendant jusqu’aux oreilles, les tibias épais, de longs bras couverts de poils, des marques de variole sur le visage, une barbe teinte au henné et des dents ornées d’or.

Les premières années de la vie du vénérable ʿUthmân sont, comme celles des autres Compagnons, restées plongées dans les ténèbres de l’époque antéislamique. Sa vie avant l’islam s’est effacée à tel point qu’il semble être né avec l’islam. Les historiens ne nous ont transmis aucune information particulière sur sa vie antéislamique.

Le vénérable ʿUthmân était l’un des plus grands spécialistes de la généalogie parmi les Quraychites. Il possédait également une connaissance approfondie de l’histoire ancienne des Quraychites. En raison de sa sagesse, de son expérience, de sa courtoisie, de son savoir-vivre et d’autres qualités semblables, les gens se pressaient constamment autour de lui. Aucune mauvaise action de l’époque antéislamique ne put le toucher. La pudeur et un sens aigu de l’honneur constituaient les traits principaux de son noble caractère. Dans sa jeunesse, il se lança dans le commerce, comme les autres Quraychites de la noblesse. Grâce à une honnêteté et une fidélité sans limites, il connut un succès remarquable dans les affaires. Dans la société mecquoise, il reçut le titre de « Ghani », en tant que riche commerçant de renom.

Le vénérable ʿUthmân est compté parmi les « As-Sâbiqûn al-Awwalûn » (ceux qui embrassèrent l’islam au tout début), les « Ashara Mubashshara » et les six meilleurs Compagnons envers lesquels le Noble Messager demeura satisfait jusqu’à la fin de sa vie. Il entretenait une relation profonde avec Abû Bakr as-Siddîq. C’est grâce à sa prédication et à ses encouragements qu’il embrassa l’islam. (Sîrat Ibn Hichâm) Contrairement à l’attitude de nombreux autres dirigeants de La Mecque, le vénérable ʿUthmân répondit à l’appel du Messager dès les débuts de sa mission prophétique et œuvra toute sa vie au bien des musulmans par sa personne, ses biens et toutes ses possessions. Le vénérable ʿUthmân dit : « Je suis le quatrième parmi ceux qui ont embrassé l’islam. » (Usud al- Ghaba) Selon Ibn Ishâq, le vénérable ʿUthmân fut le premier à embrasser l’islam après Abû Bakr, ʿAlî et Zayd ibn Hâritha.

Voici en substance les récits rapportés par les auteurs de biographies prophétiques et les traditionnistes au sujet des circonstances de la conversion à l’islam du vénérable ʿUthmân :

Certains disent que sa tante maternelle Suʿda était une éminente « kāhin », ou devineresse, de son époque. Elle dit à ʿUthmān certaines choses au sujet du Noble Prophète ﷺ et l’encouragea à croire en lui. C’est sous son influence qu’il embrassa l’islam. (Al- Fit-‌nat al- Kubrā) En revanche, Ibn Saʿd et bien d’autres rapportent que ʿUthmān se trouvait en voyage en Syrie. Alors qu’il se reposait entre Muʿān et Zarqā, il entendit, dans un état de somnolence, un appelant dire : « Ô vous qui dormez, hâtez-vous ! Un Messager nommé Aḥmad est apparu à La Mecque. » De retour à La Mecque, il apprit que cette nouvelle était vraie. Il embrassa alors l’islam à l’appel d’Abū Bakr. (Ṭabaqāt : 3/55)

Lorsque ʿUthmān embrassa l’islam, il avait plus de trente ans. Même avant l’islam, il entretenait des relations étroites avec Abū Bakr. Il se rendait chez lui presque chaque jour. Un jour, Abū Bakr, qu’Allah l’agrée, lui proposa l’islam. Par coïncidence, le Messager ﷺ passait alors par là. Il lui dit : « ʿUthmān, accepte l’entrée au Paradis. Je suis venu à vous et à toutes les créatures d’Allah en tant que Son Messager. » Dès qu’il entendit ces paroles, il embrassa l’islam. Après la conversion de ʿUthmān, sa tante maternelle Suʿda composa une qasīda pour le féliciter.

La sœur germaine de ʿUthmān, Āmina, ainsi que ses frères et sœurs utérins, Walīd, Khālid, ʿAmmāra et Umm Kulthūm, embrassèrent tous l’islam. Leur père était ʿUqba ibn Abī Muʿayṭ. Al-Dāraquṭnī rapporte qu’Umm Kulthūm fut l’une des premières émigrées. Il est dit qu’elle fut la première épouse qurayshite à prêter allégeance entre les mains du Messager d’Allah ﷺ. Les autres frères et sœurs de ʿUthmān embrassèrent l’islam lors de la conquête de La Mecque.

Bien qu’il fût une personnalité respectée parmi les Quraysh, il fut, après avoir embrassé l’islam, victime des sévices de ses ennemis. Son oncle, al-Ḥakam ibn Abī al-ʿĀṣ, l’attachait avec une corde et le battait sauvagement. Il lui disait : « En adoptant une nouvelle religion, tu as couvert de honte nos ancêtres. Nous ne te relâcherons pas tant que tu n’auras pas renoncé à cette religion. » Mais la foi de ʿUthmān n’en fut nullement ébranlée. Il disait : « Faites ce qui vous plaît ; jamais je ne pourrai abandonner cette religion. » (Ṭabaqāt : 3/55)

Après la conversion de ʿUthmān, le Messager d’Allah ﷺ lui donna en mariage sa propre fille Ruqayya. Lorsque Ruqayya mourut à Médine, durant la deuxième année de l’Hégire, le Messager d’Allah ﷺ lui donna en mariage sa seconde fille, Umm Kulthūm. C’est pour cette raison qu’il reçut le titre de Dhū al-Nūrayn, « celui qui possède deux lumières ».

Ruqayya était l’enfant de Khadîdja, qu’Allah l’agrée. Son premier mariage fut avec Utba ibn Abî Lahab, tandis qu’Umm Kulthum épousa Utayba, le deuxième fils d’Abû Lahab. Abû Lahab était un ennemi acharné du Prophète d’Allah. Après la révélation de la sourate al-Lahab, Abû Lahab et son épouse Umm Jamîl ((Hammâ lat al- hatab)) ordonnèrent à leurs deux fils de répudier les deux filles de Muhammad. Ils les répudièrent. Toutefois, l’imam al-Suyûtî estime que Ruqayya épousa Uthman avant qu’il n’embrasse l’islam. À la lumière des faits rapportés ci-dessus, l’opinion d’al-Suyûtî ne semble pas recevable.

Au cours de la cinquième année de la mission prophétique, Uthman et son épouse Ruqayya firent partie du premier groupe à émigrer en Abyssinie, accablés par les persécutions des polythéistes de La Mecque. Anas, qu’Allah l’agrée, rapporte : « Les premiers à émigrer sur la terre d’Abyssinie furent Uthman et son épouse Ruqayya, la fille du Prophète. » Le Messager d’Allah, qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix, devint extrêmement inquiet, car il resta longtemps sans nouvelles d’eux. À cette époque, une femme qurayshite arriva de l’Abyssinie à La Mecque. Le Messager d’Allah lui demanda comment ils allaient. Elle répondit : « J’ai vu Ruqayya montée sur un âne, tandis qu’Uthman conduisait l’animal. » Le Messager d’Allah invoqua Allah en sa faveur : « Qu’Allah lui accorde Son soutien ! » Après Lot, Uthman fut le premier à émigrer dans le sentier d’Allah avec sa famille. (Al–-Isâba) Pendant leur séjour en Abyssinie, leur fils Abdallah naquit ; c’est d’après le nom de ce fils qu’Uthman reçut la kunya d’Abû Abdallah. Abdallah mourut au cours de la quatrième année de l’Hégire. Sa vie conjugale avec Ruqayya fut très heureuse. Les gens disaient que celui qui voulait voir le meilleur des couples n’avait qu’à regarder Uthman et Ruqayya.

Uthman séjourna quelque temps en Abyssinie. Puis il retourna à La Mecque, ayant appris la rumeur selon laquelle les dirigeants mecquois avaient embrassé l’islam. Après l’émigration du Messager d’Allah, qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix, à Médine, il émigra lui aussi à Médine. Il devint ainsi « Dhû al-Hijratayn », celui qui accomplit les deux émigrations.

Il participa à toutes les batailles avec le Messager d’Allah, qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix, à l’exception de Badr. Lorsque le Messager d’Allah partit pour la bataille de Badr, Ruqayya était alitée, malade. Sur l’ordre du Messager d’Allah, Uthman resta à Médine pour soigner son épouse malade. Le jour même où la nouvelle de la victoire de Badr parvint à Médine, Ruqayya mourut. Le Messager d’Allah lui accorda une récompense et une part du butin égales à celles des combattants de Badr. (Tabakât : 3/56) Ainsi, il fut indirectement lui aussi un Compagnon de Badr.

Après le décès de Ruqayya, le Messager de Dieu (que Dieu le bénisse et le salue) maria sa jeune sœur, Umm Kulthum, à Othmân, au cours de la troisième année de l’Hégire. Selon un récit, le Messager de Dieu (que Dieu le bénisse et le salue) maria Umm Kulthum à Othmân sur ordre de Dieu. Au cours de la neuvième année de l’Hégire, Umm Kulthum mourut elle aussi sans enfant. Après la mort d’Umm Kulthum, le Messager de Dieu (que Dieu le bénisse et le salue) déclara : « Si j’avais eu une troisième fille, je l’aurais également donnée en mariage à Othmân. » (Hayâtou ’Othmân : Rizâ Misrî)

Othmân participa également à la bataille d’Uhud. Cependant, il ne put rester ferme aux côtés du Messager de Dieu comme le firent quelques combattants, peu nombreux. Il quitta lui aussi le champ de bataille avec la plupart des moudjahidines. Dieu Très-Haut leur accorda toutefois Son pardon. Il participa à toutes les batailles suivantes, comme les autres Compagnons éminents.

Le Messager de Dieu (que Dieu le bénisse et le salue) annonça les préparatifs de l’expédition de Tabûk. Il en annonça également la participation à La Mecque et auprès des autres tribus arabes. Il demanda de l’aide pour organiser l’armée musulmane et en assurer les dépenses. Les Compagnons se montrèrent largement généreux. Abû Bakr remit tous ses biens entre les mains du Messager. ‘Umar se présenta avec la moitié de ses biens. Quant à Othmân, il prit à sa charge toutes les dépenses du tiers des soldats de cette armée. Il fournit neuf cent cinquante chameaux et cinquante chevaux. Ibn Ishâq rapporte qu’Othmân dépensa pour l’armée de Tabûk une somme si considérable que nul autre ne put dépenser autant. Selon certains récits, Othmân apporta à Tabûk mille dinars dans le pan de son vêtement et les versa dans les genoux du Messager de Dieu. Le Messager (que Dieu le bénisse et le salue), heureux, retourna les dinars en les examinant et déclara : « À partir d’aujourd’hui, quoi que fasse Othmân, rien ne pourra lui nuire. » Ainsi, lors des préparatifs de la plupart des batailles, il donnait généreusement. Selon un récit, satisfait de son don lors de la bataille de Tabûk, le Messager (que Dieu le bénisse et le salue) pria pour que tous ses péchés antérieurs et postérieurs lui soient pardonnés et lui promit le Paradis. (Al-–Fitnatul- Kubrâ)

L’affaire de Hudaybiyya. Le Messager de Dieu (que Dieu le bénisse et le salue) convoqua ‘Umar et lui dit : « Va à La Mecque. Informe les dirigeants mecquois du but de notre venue. » ‘Umar répondit humblement : « Ô Messager de Dieu ! Je crains pour ma vie de la part des Qurayshites. Vous savez combien je leur suis hostile. Je pense qu’Othmân est mieux indiqué pour cette mission. » Le Messager de Dieu (que Dieu le bénisse et le salue) convoqua Othmân. Il l’envoya auprès d’Abû Sufyân et des autres dirigeants qurayshites avec ce message : « Nous ne sommes pas venus pour faire la guerre, mais pour visiter la Maison sacrée de Dieu. »

Othmân arriva à La Mecque porteur du message du Messager de Dieu (que Dieu le bénisse et le salue). Il rencontra tout d’abord Abân ibn Sa‘îd ibn al-‘Âs. Abân lui accorda sa protection. Accompagné d’Abân, il rencontra les dirigeants qurayshites et leur transmit le message du Messager de Dieu (que Dieu le bénisse et le salue). Ils dirent à Othmân : « Tu peux faire le tawâf si tu le souhaites. » Othmân déclina leur proposition en disant : « Tant que le Messager de Dieu (que Dieu le bénisse et le salue) n’aura pas fait le tawâf, je ne peux pas le faire. » Irrités par ses paroles, les Qurayshites le détinrent.

Selon certains récits, ils retinrent Othmân pendant trois jours. Entre-temps, la rumeur se répandit dans le camp musulman de Hudaybiyya qu’Othmân avait été martyrisé. Le Messager de Dieu (que Dieu le bénisse et le salue) déclara : « Nous ne repartirons pas sans venger le sang d’Othmân. » Puis, plaçant sa main droite sur sa main gauche, il dit : « Ô Dieu, cette allégeance est faite au nom d’Othmân. Il est allé à La Mecque pour servir Ta cause et celle de Ton Messager. » Lorsque Othmân revint de La Mecque, il apprit l’allégeance. Il prêta lui aussi serment d’allégeance entre les mains du Messager de Dieu. Dans l’histoire, cet événement est connu sous les noms de Bay‘at al-Ridwân, Bay‘at al-Shajara, entre autres. Le Noble Coran a loué cette allégeance.

Après le décès du Messager de Dieu, alors que l’allégeance était prêtée à Abû Bakr, Othmân, en apprenant la nouvelle, s’y rendit rapidement et prêta serment d’allégeance à Abû Bakr. Le scribe qui rédigea, au moment de sa mort, le document par lequel Abû Bakr désignait ‘Umar comme calife fut Othmân. Il fut le tout premier à prêter serment d’allégeance au calife ‘Umar.

Alors que le vénérable ‘Umar, qu’Allah l’agrée, était sur son lit de mort après avoir été poignardé, on lui demanda de désigner le prochain calife. Il hésita et dit : « Si je désigne un calife, il existe certes un précédent, comme l’a fait un homme meilleur que moi, à savoir Abou Bakr, qu’Allah l’agrée. Et si je ne désigne personne, il existe également un précédent, comme l’a fait un homme meilleur que moi, à savoir le Messager d’Allah, qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix. » Il ajouta : « Si Abou ‘Ubayda était encore vivant, je l’aurais désigné comme calife. Si mon Seigneur m’interrogeait, je répondrais : “J’ai entendu Ton Prophète dire qu’il est l’homme de confiance, ou le plus digne de confiance, de cette communauté.” Si Salem, l’esclave affranchi d’Abou Houdayfa, était encore vivant aujourd’hui, j’aurais également pu le désigner comme calife. Si mon Seigneur m’interrogeait, je répondrais : “J’ai entendu Ton Prophète dire que Salem aimait profondément Allah.” » Un homme dit alors : « Abdallah ibn ‘Umar est pourtant là. » Il s’écria : « Qu’Allah te fasse du mal ! Par Allah, je ne demande pas cela à Allah. […] S’il y a quelque bien dans la responsabilité du califat, je l’ai reçu de ma descendance. Et s’il y a du mal, nous l’avons également reçu. Le compte à rendre d’un seul homme de la descendance de ‘Umar suffit à cela. J’ai lutté contre mon propre nafs et j’ai privé ma famille de ses droits. Si je pouvais échapper à tout cela d’une manière telle que je ne reçoive ni récompense ni blâme, je me considérerais comme heureux. »

Lorsqu’on lui répéta la même demande, il désigna ‘Ali, qu’Allah l’agrée, et dit : « C’est lui qui est le plus digne de vous guider sur le droit chemin. Toutefois, je ne suis disposé à assumer cette responsabilité ni de mon vivant ni après ma mort. Devant vous se trouve un groupe au sujet duquel le Messager d’Allah, qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix, a dit qu’ils sont des habitants du Paradis. Ce sont ‘Ali et ‘Uthman, les deux fils de ‘Abd Manaf ; ‘Abd ar-Rahman et Sa‘d, les deux oncles maternels du Messager d’Allah ; az-Zubayr ibn al-‘Awwam, le proche compagnon et cousin paternel du Messager d’Allah ; et Talha. Choisissez l’un d’entre eux comme calife. Quel que soit celui que vous élirez, soutenez-le et comportez-vous convenablement avec lui. S’il confie une responsabilité à l’un d’entre vous, assumez-la comme il se doit. »

Le vénérable ‘Umar convoqua alors les membres du groupe qu’il avait mentionné et leur dit : « J’ai réfléchi à votre sujet. Vous êtes les dirigeants et les guides du peuple. La responsabilité du califat devrait rester parmi vous. Le Messager d’Allah, qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix, est mort satisfait de vous. Si vous restez droits, je n’ai aucune crainte concernant le peuple. Mais je crains vos désaccords mutuels. Le peuple en sera divisé. »

Il fixa ensuite la durée de la procédure électorale à trois jours et trois nuits après sa mort. Il dit à al-Miqdad ibn al-Aswad : « Après m’avoir mis en terre, tu réuniras ce groupe, et ils choisiront l’un d’entre eux. » Il dit à Suhayb : « Pendant trois jours, tu dirigeras la prière en assemblée. Tu iras voir ‘Ali, ‘Uthman, Sa‘d, ‘Abd ar-Rahman, az-Zubayr et Talha, si Talha se trouve à Médine (Talha était alors hors de Médine). Tu les réuniras en un même lieu. Tu feras également venir ‘Abdallah ibn ‘Umar. Toutefois, il n’a aucun droit au califat. Tu les surveilleras attentivement. Si cinq d’entre eux se mettent d’accord sur l’un des candidats et qu’un seul s’y oppose, tu lui trancheras la tête par l’épée. Si quatre se mettent d’accord et que deux refusent, tu feras voler la tête de ces deux-là. S’ils se divisent en deux groupes de trois, le groupe soutenu par ‘Abdallah ibn ‘Umar choisira l’un des siens. Si l’autre groupe n’accepte pas la décision d’‘Abdallah ibn ‘Umar, vous suivrez le groupe aux côtés duquel se trouvera ‘Abd ar-Rahman ibn ‘Awf. Si les opposants refusent d’accepter la décision du peuple, vous les y contraindrez. »

Après avoir enterré le vénérable ‘Umar, al-Miqdad ibn al-Aswad réunit les membres du conseil, soit chez al-Miswar ibn al-Makhrama, soit, selon une autre version, dans l’appartement du vénérable ‘Aïcha. Ils étaient cinq. Talha se trouvait encore hors de Médine. ‘Abdallah ibn ‘Umar se joignit à eux. Abou Talha fut chargé de monter la garde à la porte de la maison. De longues discussions et de vifs échanges eurent lieu au sujet de cette affaire. À un moment donné, ‘Abd ar-Rahman dit : « Qui parmi vous est prêt à renoncer à ses prétentions et à me confier la tâche de choisir le meilleur d’entre vous ? Je renonce à ma prétention au califat. » Le vénérable ‘Uthman fut le premier à accepter cette proposition et remit son pouvoir entre les mains de ‘Abd ar-Rahman. Tous les autres le suivirent ensuite. Ainsi, l’entière responsabilité du choix du calife échut à ‘Abd ar-Rahman.

Le vénérable ‘Abd ar-Rahman consulta jour et nuit les autres Compagnons du Messager d’Allah, qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix, tous les officiers militaires stationnés à Médine, les notables ainsi que les représentants du peuple de toutes les catégories. Tantôt individuellement, tantôt collectivement. Presque tous exprimèrent leur opinion en faveur du vénérable ‘Uthman.

La nuit précédant le matin où devait prendre fin le délai fixé par ‘Umar, ‘Abd ar-Rahman se rendit chez al-Makhrama. Il convoqua d’abord az-Zubayr et Sa‘d dans la Suffa de la mosquée du Prophète et s’entretint avec eux séparément ; de la même manière, il conversa en privé avec ‘Uthman et ‘Ali jusqu’à l’aube.

Pendant ce temps, la mosquée du Prophète est pleine de monde. Tous sont impatients d’entendre la décision finale. Après une brève allocution adressée aux habitants de Médine réunis après la prière de l’aube, Abdur-Rahman proclama le nom de Hazrat Uthman comme calife et lui prêta serment d’allégeance. Hazrat Ali lui prêta ensuite également serment, puis l’assemblée réunie prêta serment d’allégeance à Hazrat Uthman. Le lundi matin 1er Muharram de l’an 24 de l’Hégire, il prit en charge le califat. (Histoire de l’ Oumma al-–Islamiyya, Khidri Bey)

Hazrat Uthman continua à s’acquitter de sa responsabilité de calife avec une grande compétence. Durant la première période du califat, aucune plainte notable ne fut entendue contre lui. Cependant, vers la fin, le mécontentement contre lui commença à se développer dans différentes régions, notamment Bassora, Koufa et l’Égypte. En réalité, la puissance juive vaincue joua un rôle particulièrement important dans la naissance de ce mécontentement. Peu à peu, ses membres s’organisèrent, se révoltèrent et encerclèrent la résidence du calife à Médine. Aucun personnage important ne se trouvait parmi ces insurgés. Ils menacèrent de tuer le calife et exigèrent sa démission. Ils interrompirent l’approvisionnement en nourriture et en eau de sa demeure et empêchèrent l’accomplissement de la prière dans la mosquée. Finalement, ils pénétrèrent dans la maison du calife et assassinèrent le calife âgé, qui récitait le Coran alors qu’il jeûnait. (Inna lillahi wa inna ilayhi raji‘un) Cet événement eut lieu le vendredi 18 Dhul-Hijja de l’an 35 de l’Hégire, après la prière de l’après-midi. Vingt-cinq ans s’écoulèrent entre le décès du Prophète et le martyre de Hazrat Uthman. Il exerça la fonction de calife pendant douze ans moins douze jours.

Il fut enterré dans la partie de Jannat al-Baqi appelée « Hachr-e Kawqab ». Son inhumation eut lieu entre les prières du Maghrib et de l’Ichâ. Zoubaïr ibn Mout’im (qu’Allah l’agrée) dirigea la prière funéraire. Seuls soixante-dix hommes participèrent aux funérailles du dirigeant d’un vaste califat qui s’étendait de Kaboul au Maroc. Les avis divergent quant à son âge au moment de sa mort. Il avait toutefois entre 82 et 90 ans. (Al-–Fit‌natul Kubra)

Après que le calife Othman eut été encerclé par les rebelles, il aurait pu, s’il l’avait voulu, les anéantir. Les autres Compagnons s’y étaient même préparés. Mais le vénérable Othman ne voulait faire couler le sang d’aucun musulman pour se protéger. Il ne voulait pas être à l’origine de l’effusion de sang entre musulmans. En réalité, la conduite adoptée par le vénérable Othman (qu’Allah l’agrée) en un moment aussi délicat met clairement en évidence la différence entre un calife et un roi. Si un roi s’était trouvé à sa place, il n’aurait hésité à employer n’importe quelle stratégie pour conserver son pouvoir, quels qu’eussent été les dommages ou les destructions. Mais il était un calife bien guidé. Il considérait comme négligeable le fait de donner sa propre vie, pourvu que ne soit pas profané un honneur qui devrait être plus cher à tout musulman que toute autre chose. » (Le califat et la monarchie : Abou al- A’’la Maudoudi)

La nation musulmane ne pourra jamais oublier la contribution du vénérable Othman à l’islam. En cette période de crise pour l’islam, nul autre musulman fortuné ne peut être comparé à lui pour les dépenses qu’il consacra à la cause d’Allah. Il acheta à grand prix le puits de Bir Rumah, qui appartenait à un Juif, et le constitua en waqf au profit des musulmans de Médine. En contrepartie, le Messager d’Allah (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui) lui promit le Paradis. Ironie cruelle du destin : celui qui, un jour, avait constitué Bir Rumah en waqf et ainsi soulagé les habitants de Médine de leurs difficultés d’approvisionnement en eau vit l’eau de ce même puits coupée à sa propre maison. Un jour, pendant le siège, il passa la tête par la fenêtre et rappela aux habitants de Médine : « C’est moi qui, sur l’ordre du Messager d’Allah (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui), ai acheté Bir Rumah et l’ai constitué en waqf pour tout le monde. Aujourd’hui, vous me privez de l’eau de ce même puits. Aujourd’hui, faute d’eau, je romps mon jeûne avec de l’eau souillée. »

Le résumé des hadiths rapportés du Messager — que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui — au sujet des mérites et du rang de ‘Uthmân est le suivant : il lui était extrêmement cher. Il occupait une place particulière parmi les proches du Messager d’Allah — que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui. Le Messager — que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui — lui annonça à maintes reprises la bonne nouvelle du Paradis. Le Prophète — que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui — a dit : « Tout prophète a un ami ; au Paradis, mon ami sera ‘Uthmân. » (Tirmidhî) ‘Abdullah ibn ‘Umar a dit : à l’époque du Prophète — que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui — les musulmans considéraient Abû Bakr, ‘Umar et ‘Uthmân comme les plus éminents de tous. Aucun autre Compagnon ne bénéficiait d’un rang particulier.

À l’époque du Messager d’Allah — que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui — ‘Uthmân était le « kâtib al-wahy », le scribe de la Révélation. Durant les périodes d’Abû Bakr as-Siddîq et de ‘Umar al-Fârûq, il fut conseiller. Il accomplissait le pèlerinage chaque année. Cependant, l’année où il fut martyrisé, il ne put l’accomplir en raison du siège. Il jeûnait toute l’année. Il passait toute la nuit en adoration. Il achevait une fois le Coran au cours d’une seule rak‘a. La nuit, il ne troublait le sommeil de personne. La nuit, il n’acceptait pas les services de ses serviteurs. Il était extrêmement pudique. Le Messager — que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui — a dit : « Parmi les membres de ma communauté, ‘Uthmân est le plus pudique. » Il a également dit : « Même les anges éprouvent de la pudeur en présence de ‘Uthmân. » Il était extrêmement bienveillant envers ses proches et ses amis. Ses qualités et son rang ne sauraient être exposés dans un bref article.

’‘Alî ibn Abî Tâlib ((qu’Allah l’agrée))

Son nom était ‘Alî ; ses surnoms étaient Asadullah, Haydar et Murtadâ ; ses kunyas étaient Abû al-Hasan et Abû Turâb. Son père était Abû Tâlib ‘Abd Manâf, et sa mère s’appelait Fâtima. Ses deux parents étaient issus de la branche hâshimite de la tribu de Quraysh. ‘Alî était le cousin germain du Messager d’Allah — que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui.

Il naquit dix ans avant que le Messager d’Allah — que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui — ne reçût la prophétie. Abû Tâlib était un homme simple et modeste. Afin d’apporter quelque aide à son oncle, le Messager — que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui — prit ‘Alî sous sa responsabilité. C’est ainsi qu’il grandit comme membre de la famille du Prophète. Lorsque le Messager — que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui — reçut la prophétie, ‘Alî avait entre neuf et onze ans. Un jour, il vit dans la maison le Noble Messager — que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui — et la Mère des croyants, Khadîja — qu’Allah l’agrée — prosternés. Étonné, il demanda : « Qu’est-ce donc ? » Il reçut cette réponse : « Nous adorons le Dieu unique. Nous t’y appelons également. » ‘Alî accepta sans hésitation l’appel de son éducateur et devint musulman. Aucun acte répréhensible de la mécréance, de l’associationnisme ou de l’ignorance ne put le toucher.

La première à accomplir la prière avec le Messager d’Allah — que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui — fut Khadîja al-Kubrâ — qu’Allah l’agrée. Il n’existe aucun désaccord à ce sujet. En revanche, il existe une divergence quant à savoir lequel de ces trois hommes — Abû Bakr, ‘Alî et Zayd ibn Hâritha — fut le premier à embrasser l’islam. (Tabakât : 3/21) Selon les récits d’Ibn ‘Abbâs et de Salmân al-Fârisî — qu’Allah les agrée — après la Mère des croyants Khadîja — qu’Allah l’agrée —, ‘Alî — qu’Allah l’agrée — fut le premier à embrasser l’islam. Toutefois, tous s’accordent à dire que, parmi les femmes, Khadîja fut la première musulmane ; parmi les hommes adultes libres, Abû Bakr ; parmi les esclaves, Zayd ibn Hâritha ; et parmi les adolescents, ‘Alî — qu’Allah l’agrée.

La troisième année de la mission prophétique, le Noble Messager, que Dieu le bénisse et le salue, ordonna à Ali de préparer un repas pour quelques personnes. Tous les membres du clan d’Abd al-Muttalib furent présents. Lorsque le repas fut terminé, le Messager, que Dieu le bénisse et le salue, s’adressa à eux en disant : « Je vous ai apporté une chose qui est bénéfique à la fois pour la religion et pour ce monde. Lequel d’entre vous sera mon compagnon ? » Tous gardèrent le silence. Soudain, Ali, qu’Allah l’agrée, s’écria : « Bien que je sois jeune, atteint d’une maladie des yeux et de constitution faible, je vous aiderai. »

Le moment de l’émigration arriva. La plupart des musulmans avaient quitté La Mecque pour Médine. Le Noble Messager, que Dieu le bénisse et le salue, attendait l’ordre d’Allah. De leur côté, les forces hostiles à l’islam de La Mecque avaient décidé de faire disparaître définitivement le Noble Messager, que Dieu le bénisse et le salue, de ce monde. Allah en informa Son Messager, que Dieu le bénisse et le salue. Il reçut l’autorisation d’émigrer à Médine. Afin que les mécréants ne se doutent de rien, le Messager, que Dieu le bénisse et le salue, ordonna à Ali de dormir dans son propre lit, puis partit de nuit pour Médine avec as-Siddiq al-Akbar. Ali, qu’Allah l’agrée, s’enveloppa dans le manteau du Noble Messager, que Dieu le bénisse et le salue, et dormit en toute quiétude, rempli de joie. Il savait que sa vie pouvait être sacrifiée dans ces circonstances. Mais il était convaincu que s’il perdait ainsi la vie, il n’y aurait pas de plus grande félicité pour lui. À l’aube, les cruels Mecquois entrèrent pour mettre leur dessein malveillant à exécution et découvrirent qu’à la place du Noble Messager, que Dieu le bénisse et le salue, dormait l’un de ses fervents disciples, prêt à sacrifier sa vie. Ils échouèrent, et Allah le Très-Haut protégea Ali, qu’Allah l’agrée.

Au sujet de cette émigration, Ali, qu’Allah l’agrée, rapporte : « Avant que le Messager d’Allah, que Dieu le bénisse et le salue, ne parte pour Médine, il m’ordonna de rester à La Mecque et de restituer aux gens les dépôts qu’ils lui avaient confiés. C’est pour cette raison qu’on l’appelait al-Amîn. Je restai trois jours à La Mecque. Puis je partis vers Médine en suivant la route du Messager d’Allah, que Dieu le bénisse et le salue. Enfin, j’arrivai chez les Banû ‘Amr ibn ‘Awf, où le Messager, que Dieu le bénisse et le salue, séjournait. Je trouvai refuge dans la maison de Kulthûm ibn al-Hidm. » Selon un autre récit, Ali, qu’Allah l’agrée, arriva à Qubâ au milieu du mois de Rabî‘ al-Awwal. Le Messager, que Dieu le bénisse et le salue, se trouvait encore à Qubâ.(Tabakât : 3/22)

Au début de la vie médinoise, alors que le Messager, que Dieu le bénisse et le salue, établissait entre les musulmans la « mu’âkhât », c’est-à-dire un lien de fraternité religieuse, il posa une main sur l’épaule d’Ali, qu’Allah l’agrée, et dit : « Ali, tu es mon frère. Tu seras mon héritier et je serai le tien. »(Tabakât : 3/22)Plus tard, le Messager, que Dieu le bénisse et le salue, établit un lien de fraternité entre Ali et Sahl ibn Hunayf.(Tabakât : 3/23)

La deuxième année de l’Hégire, Ali, qu’Allah l’agrée, eut l’honneur de devenir le gendre du Noble Messager, que Dieu le bénisse et le salue. Il épousa la fille bien-aimée du Messager d’Allah, que Dieu le bénisse et le salue, la Dame du Paradis, Fatima, qu’Allah l’agrée.

La contribution de Ḥaḍrat Ali (qu’Allah l’agrée) à l’islam est inoubliable. Dans toutes les batailles de l’époque du Noble Messager (que Dieu le bénisse et lui accorde la paix), il fit preuve du plus grand courage et de la plus grande bravoure. C’est pourquoi le Prophète (que Dieu le bénisse et lui accorde la paix) lui donna une épée nommée Dhû al-Fiqâr, ainsi que le titre de Haydar.

À l’exception de l’expédition de Tabûk, il participa à toutes les batailles. À Badr, on le reconnaissait à son turban de laine blanche. D’après une narration de Qatâda, Ali portait l’étendard du Messager de Dieu (que Dieu le bénisse et lui accorde la paix) dans chaque bataille, y compris à Badr. (Ṭabaqāt : 3/23) À Uhud, lorsque tous les autres combattants avaient été vaincus et fuyaient, Ali (qu’Allah l’agrée) fut l’un des quelques soldats qui formèrent un rempart autour du Messager de Dieu (que Dieu le bénisse et lui accorde la paix). Toutefois, le pardon d’Allah a été proclamé en faveur de ceux qui avaient pris la fuite.

D’après Ibn Ishâq, le jour de la bataille du Fossé, ʿAmr ibn ʿAbd Wudd sortit revêtu de son armure. Il lança un défi en criant : « Qui viendra m’affronter en combat singulier ? » Ali se leva et dit : « Ô Prophète d’Allah, je suis prêt. » Le Messager (que Dieu le bénisse et lui accorde la paix) dit : « C’est ʿAmr. Assieds-toi. » ʿAmr lança de nouveau son défi : « N’y a-t-il donc personne pour m’affronter ? Où est donc votre Paradis, dans lequel, pensez-vous, entreront ceux d’entre vous qui seront tués ? Aucun de vous n’a maintenant le courage de m’affronter ? » Ali (qu’Allah l’agrée) se leva et dit : « Ô Messager d’Allah, je suis prêt. » Le Messager (que Dieu le bénisse et lui accorde la paix) dit : « Assieds-toi. » Après avoir lancé son défi pour la troisième fois, ʿAmr se mit à réciter un poème composé par lui-même. Ali (qu’Allah l’agrée) se leva de nouveau et dit respectueusement : « Ô Messager d’Allah, je suis prêt. » Le Messager (que Dieu le bénisse et lui accorde la paix) dit : « Mais c’est ʿAmr. » Ali (qu’Allah l’agrée) répondit : « Soit. » Cette fois, Ali (qu’Allah l’agrée) obtint la permission. Tout en récitant un poème de sa propre composition, il s’avança vers ʿAmr. ʿAmr lui demanda : « Qui es-tu ? » Il répondit : « Ali. » L’autre demanda : « Le fils de ʿAbd Manâf ? » Ali répondit : « Je suis Ali, fils d’Abû Tâlib. » Il dit : « Mon neveu, je n’aime pas verser ton sang. » Ali répondit : « Par Allah, moi, je ne répugne pas à verser ton sang. » En entendant cela, ʿAmr entra dans une violente colère. Il descendit, tira son épée et la dégaina. Cette épée semblait être une flamme. Il s’avança et frappa le bouclier d’Ali, qu’il fendit. Ali lui porta en retour un seul coup qui le jeta à terre. En voyant cette scène, le Messager de Dieu (que Dieu le bénisse et lui accorde la paix) s’écria : « Allah est le plus grand ! » Puis Ali revint auprès du Messager de Dieu (que Dieu le bénisse et lui accorde la paix), tout en récitant un de ses propres poèmes. (Al-–Bidāya wa an-Nihāya, d’Ibn Kathîr 4/106)

Lors de la septième année de l’Hégire, l’expédition de Khaybar fut menée. Les Juifs y possédaient plusieurs forteresses solidement fortifiées. La responsabilité de les soumettre fut d’abord confiée au Siddîq al-Akbar, puis au Fârûq al-A‘zam. Mais aucun des deux ne réussit. Le Prophète (s.a.s.) déclara : « Demain, je remettrai l’étendard à un héros qui est aimé d’Allah et de Son Messager. C’est par sa main que les forteresses tomberont. » Le lendemain matin, tous les Compagnons espéraient obtenir cet honneur. Soudain, Ali fut appelé. C’est par sa main que les imprenables forteresses de Khaybar tombèrent.

Au moment de partir pour l’expédition de Tabûk, le Messager (s.a.s.) laissa Ali (r.a.) comme son représentant à Médine. Ali (r.a.) demanda : « Ô Messager d’Allah, vous partez en me laissant auprès des femmes et des enfants ? » Le Messager (s.a.s.) répondit : « Tu es pour moi comme Hârûn l’était pour Mûsâ, si ce n’est qu’il n’y aura aucun prophète après moi. » (Tabaqât : 3/24)

Lors de la neuvième année de l’Hégire, le premier pèlerinage islamique sous l’autorité des musulmans fut accompli. Cette année-là, le Siddîq al-Akbar (r.a.) était l’émir du pèlerinage. Toutefois, le Messager (s.a.s.) envoya Ali (r.a.) comme émissaire spécial afin d’annoncer l’annulation de tous les traités conclus avec les mécréants.

Au cours de la dixième année de l’Hégire, Hadrat Khâlid, l’Épée d’Allah, fut envoyé au Yémen pour y prêcher l’islam. Malgré six mois d’efforts, il ne parvint pas à réussir et revint. Le noble Messager (s.a.s.) annonça alors son intention d’envoyer Ali (r.a.). Ali (r.a.) se présenta auprès du Messager d’Allah (s.a.s.) et lui dit : « Vous m’envoyez auprès de gens chez qui surviendront de nouvelles affaires, alors que je n’ai aucune expérience en matière de jugement. » Le Messager (s.a.s.) répondit : « Allah t’accordera un jugement juste et donnera de la force à ton cœur. » Il posa la main sur le visage d’Ali. Ali dit : « Après cela, je n’ai jamais éprouvé d’hésitation dans aucun jugement. » Avant son départ, le Messager (s.a.s.) posa lui-même un turban sur la tête d’Ali (r.a.) et fit une invocation en sa faveur. Arrivé au Yémen, Ali commença à prêcher. En peu de temps, tous les Yéménites furent attirés par l’islam et tous les membres de la tribu de Hamadân devinrent musulmans. Le Messager (s.a.s.) se mit à languir de voir Ali (r.a.). Il fit cette invocation : « Ô Allah, ne me fais pas mourir avant que je ne voie Ali. » Hadrat Ali arriva du Yémen au moment du pèlerinage d’Adieu.

Après le décès du Messager d’Allah (s.a.s.), ses proches parents assumèrent la responsabilité de son enveloppement funéraire et de son inhumation. Hadrat Ali (r.a.) eut l’honneur de procéder à sa toilette mortuaire. Les Muhâjirûn et les Ansâr attendaient alors à l’extérieur de la porte.

Il reconnut le califat de Hadrat Abû Bakr, de Hadrat ‘Umar et de Hadrat ‘Uthmân (r.a.), leur prêta serment d’allégeance et participa à toutes les décisions importantes de leur époque. Même dans des situations extrêmement délicates, il conseilla Hadrat ‘Uthmân. De même qu’Abû Bakr est appelé « le Siddîq », ‘Umar « le Fârûq » et ‘Uthmân « le Ghani », il est également appelé « Ali al-Murtadâ ». Durant les califats d’Abû Bakr et de ‘Umar, il exerça le rôle de ministre et de conseiller. Hadrat ‘Uthmân le consultait lui aussi constamment. (Murûj adh-Dhahab : 2/2)

Lorsque les rebelles assiégèrent le vénérable Othman, Ali — qu’Allah l’agrée — joua le rôle le plus important pour assurer sa sécurité. Durant ce siège, il chargea ses deux fils, Hassan et Hussein — qu’Allah les agrée — de protéger la maison du vénérable Othmanà cette fin.। (Al–-Fit‌natul Kubra : Dr. Taha Hussein)

Avant sa mort, le vénérable Umar — qu’Allah l’agrée — désigna six éminents Compagnons et recommanda que le calife suivant soit choisi parmi eux. Ali en faisait partie. Avant de mourir, il déclara au sujet d’Ali — qu’Allah l’agrée — : « Si les gens choisissent Ali comme calife, il pourra les guider sur le droit chemin. » (Al–-Fit‌natul Kubra) Lors de son voyage à Bayt al-Maqdis, le vénérable Umar — qu’Allah l’agrée — laissa Ali — qu’Allah l’agrée — comme son remplaçant à Médine.

Après le martyre du vénérable Othman — qu’Allah l’agrée —, les rebelles pressèrent les vénérables Talha, Zubayr et Ali — qu’Allah les agrée — d’accepter la charge du califat. Tous la refusèrent avec la plus grande fermeté. Selon divers récits, le vénérable Ali — qu’Allah l’agrée — continua de rejeter cette proposition à plusieurs reprises. Finalement, les habitants de Médine se rendirent auprès du vénérable Ali — qu’Allah l’agrée — et lui dirent : « Cette fonction de calife ne peut rester vacante de cette manière. À l’heure actuelle, il n’existe personne de plus qualifié que vous pour cette fonction. Vous seul en êtes digne. » Sous l’insistance du peuple, il finit par accepter d’assumer la charge du califat. Il posa toutefois comme condition que son allégeance ne se fasse pas en secret. L’accord des musulmans de toutes les catégories était nécessaire à cette fin. Une assemblée générale se tint dans la mosquée du Prophète. À l’exception de seize ou dix-sept Compagnons, tous les Émigrés et les Ansars prêtèrent serment d’allégeance à Ali — qu’Allah l’agrée —.

Le califat de Hazrat Ali (qu’Allah l’agrée) commença dans une situation extrêmement complexe. Après être devenu calife, sa première tâche fut de faire punir les assassins de Hazrat Othman (qu’Allah l’agrée). Mais cette tâche n’était pas facile. Tout d’abord, personne ne parvenait à identifier les assassins. L’épouse de Hazrat Othman, Hazrat Naïla, avait vu les meurtriers, mais elle n’avait pu reconnaître aucun d’entre eux. Muhammad ibn Abou Bakr s’était rendu sur place avec l’intention de tuer, mais il recula après une parole irritée de Hazrat Othman. Muhammad ibn Abou Bakr non plus ne put identifier les assassins. Deuxièmement, Médine était alors sous l’emprise de milliers de rebelles. Ceux-ci s’étaient infiltrés dans l’armée de Hazrat Ali (qu’Allah l’agrée). Cependant, beaucoup de musulmans de l’époque ne comprenaient pas sa situation d’impuissance. Ils réclamèrent immédiatement à Hazrat Ali (qu’Allah l’agrée) le qiṣāṣ pour Hazrat Othman (qu’Allah l’agrée). Parmi ceux qui formulaient cette demande figuraient également d’éminents Compagnons, notamment la Mère des croyants, Hazrat Aïcha (qu’Allah l’agrée), ainsi que Talha et Zubayr (qu’Allah les agréé). Sous la direction de Hazrat Aïcha (qu’Allah l’agrée), ils partirent de La Mecque avec leur armée en direction de Bassora. Le nombre de leurs partisans y était plus élevé. Ali (qu’Allah l’agrée) y arriva lui aussi avec son armée. Les deux forces opposées se retrouvèrent face à face aux abords de Bassora. Hazrat Aïcha (qu’Allah l’agrée) exposa sa revendication à Ali (qu’Allah l’agrée), qui exposa à son tour ses difficultés. Comme les deux parties étaient sincères et animées de bonnes intentions, un accord fut trouvé. Hazrat Talha et Zubayr repartirent, et Aïcha se prépara également à retourner. Mais des fauteurs de troubles et de désordre se trouvaient dans les deux armées. Ils furent donc effrayés par cette réconciliation. Selon un plan soigneusement élaboré, durant la nuit, un groupe attaqua le camp de l’autre. Il en résulta que les deux parties en vinrent à croire que leur adversaire les avait attaquées par tromperie, sous couvert de réconciliation. Une guerre totale éclata. Ali (qu’Allah l’agrée) remporta la victoire. Il réussit à expliquer la situation à Hazrat Aïcha (qu’Allah l’agrée). Aïcha (qu’Allah l’agrée) retourna de Bassora à Médine.

Pendant la bataille, Aïcha était montée sur un chameau. C’est pourquoi cette bataille est connue dans l’histoire sous le nom de « bataille du Chameau ». Elle eut lieu au mois de Jumada al-Thani de l’an 36 de l’Hégire. Au total, treize mille musulmans, parmi lesquels Hazrat Talha et Zubayr, membres des Dix promis au Paradis, trouvèrent la mort dans les deux camps. Il existe toutefois des divergences à ce sujet. Après avoir séjourné quinze jours à Bassora, Hazrat Ali (qu’Allah l’agrée) se rendit à Koufa. La capitale fut transférée de Médine à Koufa.

Cette bataille du Chameau fut le premier affrontement fratricide entre musulmans. De nombreux Compagnons ne rejoignirent aucun des deux camps dans cette bataille. Ils furent également attristés par cet affrontement fratricide. Lorsque l’armée d’Ali (qu’Allah l’agrée) partit de Médine, les habitants de la ville fondirent en larmes.

Un compromis avait pu être trouvé avec Hazrat Aïcha (qu’Allah l’agrée). Mais aucun accord ne put être conclu avec Muawiya (qu’Allah l’agrée), le gouverneur de Syrie. Hazrat Ali (qu’Allah l’agrée) le destitua de son poste de gouverneur de Syrie. Hazrat Muawiya (qu’Allah l’agrée) se rebella et refusa d’obéir aux instructions d’Ali (qu’Allah l’agrée). L’essentiel de sa position était le suivant : « Tant que le qiṣāṣ pour l’assassinat d’Othman (qu’Allah l’agrée) n’aura pas été appliqué, il ne reconnaîtra pas Ali (qu’Allah l’agrée) comme calife. »

Au mois de Safar de l’an 37 de l’Hégire, une confrontation éclata à l’endroit appelé Siffîn entre les armées du vénérable Ali et du vénérable Muawiya, qu’Allah les agrée. Cette confrontation fut encore plus terrible que la bataille du Chameau. Au total, 90 000 (quatre-vingt-dix mille) musulmans trouvèrent le martyre dans les deux camps. Parmi eux se trouvaient les célèbres Compagnons Ammar ibn Yasir, Khuzayma ibn Thabit et Abu Ammara al-Mazini. Ils furent tous martyrisés par l’armée de Muawiya, alors qu’ils combattaient aux côtés d’Ali, qu’Allah l’agrée. Il convient de mentionner qu’au sujet d’Ammar ibn Yasir, le Messager d’Allah, paix et bénédictions d’Allah sur lui, avait dit : « Hélas ! Un groupe rebelle tuera Ammar. » (Sahih al-Bukhari) Vingt-sept célèbres Compagnons ont rapporté ce hadith. Le vénérable Muawiya en fut également l’un des transmetteurs. Toutefois, le vénérable Muawiya, qu’Allah l’agrée, en donna une interprétation différente. Malgré tout cela, la question ne fut pas tranchée.

Lors du dernier affrontement de Siffîn, appelé la « Nuit du tumulte », la victoire du vénérable Ali, qu’Allah l’agrée, semblait imminente. Comprenant qu’il allait être vaincu, le vénérable Muawiya, qu’Allah l’agrée, appela à un arbitrage fondé sur le Noble Coran. Ses soldats suspendirent des exemplaires du Coran au bout de leurs lances, les brandirent bien haut et se mirent à dire : « Ce Coran tranchera notre différend. » Un cessez-le-feu fut proclamé. Abu Musa al-Ashari, qu’Allah l’agrée, fut désigné arbitre pour le camp du vénérable Ali, et le vénérable Amr ibn al-As, qu’Allah l’agrée, pour celui du vénérable Muawiya. Il fut convenu que les deux camps opposés accepteraient la décision commune de ces deux arbitres. Une grande assemblée de musulmans se tint à l’endroit appelé Dumat al-Jandal. Toutefois, l’analyse de l’ensemble des données historiques conduit à la conclusion suivante : le conseil d’arbitrage échoua à instaurer la paix parce que le vénérable Amr ibn al-As, qu’Allah l’agrée, se rétracta au dernier moment de la décision à laquelle il était parvenu avec le vénérable Abu Musa al-Ashari, qu’Allah l’agrée. Les musulmans repartirent de Dumat al-Jandal, déçus. Ensuite, Ali, qu’Allah l’agrée, et Muawiya, qu’Allah l’agrée, conclurent un traité afin de mettre fin à l’effusion de sang inutile. À partir de ce jour, le califat musulman se trouva essentiellement divisé en deux.

C’est à cette époque qu’apparut un nouveau groupe appelé les Kharijites. Au début, ils soutenaient Ali. Mais, par la suite, ils se mirent à propager la croyance selon laquelle, dans les affaires de la religion, désigner un être humain comme arbitre était un acte de mécréance. Selon eux, Ali, qu’Allah l’agrée, avait agi contrairement au Coran en acceptant Abu Musa al-Ashari, qu’Allah l’agrée, comme arbitre. Le vénérable Ali avait donc perdu toute légitimité à réclamer leur allégeance. Ils se séparèrent de lui. Ils étaient extrêmement fanatiques. Une bataille les opposa à Ali, qu’Allah l’agrée, au cours de laquelle de nombreuses personnes furent tuées ou blessées.

Après la bataille de Nahrawan, trois membres de cette communauté kharijite — Abd al-Rahman ibn Muljam, al-Barak ibn Abd Allah et Amr ibn Bakr al-Tamimi — se réunirent en secret. Après de longues discussions, ils parvinrent à la conclusion que les principaux responsables des dissensions internes de la communauté musulmane étaient Ali, Muawiya et Amr ibn al-As, qu’Allah les agrée. Il fallait donc faire disparaître ces trois hommes de ce monde. Conformément à cette décision, Muljam se chargea d’Ali, tandis qu’al-Barak et Amr se chargèrent respectivement de Muawiya et d’Amr ibn al-As, qu’Allah les agrée. Ils jurèrent de tuer ou de mourir. Le moment de la prière de l’aube du 17 Ramadan de l’an 40 de l’Hégire fut fixé pour l’accomplissement de cette action. Puis Ibn Muljam se rendit à Koufa, al-Barak à Damas et Amr en Égypte.

Dans la nuit du vendredi 16 ramadan de l’an 40 de l’Hégire, les assassins se tenaient embusqués à leurs postes respectifs. À l’heure de l’aube, alors que le calife Ali, que Dieu l’agrée, se rendait à la mosquée comme à son habitude en appelant les gens à la prière par ces mots : « As-salat », le scélérat Ibn Muljam se jeta sur lui avec une épée aiguisée et le blessa. Malgré ses blessures, il ordonna que l’agresseur soit capturé. Il appela ses fils et leur adressa ses dernières recommandations. Après avoir dirigé le califat pendant quatre ans et neuf mois, il tomba en martyr à Koufa, le samedi 17 ramadan de l’an 40 de l’Hégire.

Le même jour, à la même heure, alors que Muawiya se rendait à la mosquée, il fut également attaqué. Mais l’attaque échoua et il ne fut que légèrement blessé. D’autre part, Amr ibn al-As ne se rendit pas à la mosquée ce jour-là en raison de sa maladie. À sa place, Kharija ibn Hudhafa, chef des forces de police, se rendait à la mosquée pour diriger la prière. Il fut tué, car on le prit pour Amr ibn al-As. Ainsi, Muawiya et Amr ibn al-As, que Dieu les agrée, échappèrent à la mort. (Tarikhul Ummah al-Islamiyya : Khidri Bek)(Tarikhul Ummah al–Islamiyya : Khidri Bek)

Hasan ibn Ali, que Dieu l’agrée, dirigea la prière funéraire d’Ali, que Dieu l’agrée. Il fut enterré près de la grande mosquée de Koufa. Selon une autre tradition, il fut inhumé à Najaf al-Achraf. Il était âgé de 63 ans au moment de sa mort.

Lorsque l’assassin Ibn Muljam fut amené, Ali, que Dieu l’agrée, ordonna : « C’est un prisonnier. Assurez-lui de bonnes conditions de séjour et de nourriture. Si je survis, je pourrai le tuer ou lui pardonner. Si je meurs, frappez-le exactement autant qu’il m’a frappé. Ne commettez pas d’excès. Certes, Allah n’aime pas ceux qui commettent des excès. »(Ṭabaqāt : 3/35)

Ali, que Dieu l’agrée, dirigea le califat pendant cinq ans. À l’exception de la Syrie et de l’Égypte, toutes les régions, notamment La Mecque et Médine, étaient sous son autorité. Comme son époque s’écoula dans la guerre civile, aucun nouveau territoire ne fut conquis.

Ali, que Dieu l’agrée, ne désigna personne pour lui succéder. Lorsque des gens l’interrogèrent au sujet de l’élection de son fils Hasan, que Dieu l’agrée, au califat, il répondit : « À ce sujet, je ne vous donne ni ordre ni interdiction. » Un autre homme lui demanda : « Pourquoi ne désignez-vous pas votre représentant ? » Il répondit : « Je souhaite laisser la communauté musulmane comme le Messager d’Allah, que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui, l’a laissée. »

Après le décès d’Ali, que Dieu l’agrée, les habitants de Koufa, capitale et « Dar al-Khilafa », élurent Hasan, que Dieu l’agrée, comme calife. Il n’aimait ni les querelles intestines ni l’effusion de sang au sein de la communauté musulmane. C’est pourquoi, lorsque Muawiya, que Dieu l’agrée, attaqua l’Irak, il jugea préférable de lui remettre le pouvoir du califat plutôt que de faire la guerre. Ainsi, le sacrifice sans précédent de Hasan libéra la nation musulmane des affres de la guerre civile. L’année de sa renonciation au califat est appelée dans l’histoire islamique « l’année d’Am al-Jama‘a », l’année de l’unité et de la cohésion. Après sa renonciation, Hasan quitta Koufa pour Médine et mourut neuf ans plus tard, en l’an 50 de l’Hégire. Il n’eut l’occasion de diriger le califat que pendant six mois.

Umar, que Dieu l’agrée, disait au sujet d’Ali, que Dieu l’agrée : « Ali est le meilleur juge parmi nous. » Le Messager d’Allah, que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui, disait même : « Aqḍāhum Ali — Ali est le plus grand juge parmi eux. » Constatant la justesse de ses décisions, Umar, que Dieu l’agrée, déclara à plusieurs reprises : « Lau lā Ali lahalaka Umar — Sans Ali, Umar aurait péri. »

Ali (qu’Allah l’agrée) se considérait comme l’égal du musulman le plus ordinaire et était toujours prêt à répondre de toute faute. Un jour, un Juif lui vola son armure. Ali la reconnut lorsqu’il vit le Juif tenter de la vendre au marché. Il aurait pu la reprendre par la force s’il l’avait voulu, mais il ne le fit pas. Conformément à la loi, il porta plainte contre le Juif devant le tribunal du qadi. Le qadi était lui aussi un juge d’une stricte impartialité. Il demanda à Ali de fournir des preuves à l’appui de sa revendication. Ali ne put les produire. Le qadi rendit alors son verdict en faveur du Juif. Cette décision eut un tel effet sur le Juif qu’il se convertit à l’islam. Il déclara : « Voilà une justice semblable à celle des prophètes. Ali, alors émir des croyants, m’a présenté devant le qadi, et le qadi qu’il avait lui-même nommé a rendu un jugement contre lui. » Jusqu’à son mariage avec Fatima (qu’Allah l’agrée), il vivait auprès de la famille du noble Messager d’Allah (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui). Après son mariage, il commença à vivre dans une maison séparée. Il eut alors besoin de subvenir à ses moyens d’existence. Mais où trouver le capital et les outils nécessaires ? Il gagnait sa vie par son travail physique et grâce à sa part du butin. Lorsque les allocations furent instaurées sous le règne de ‘Umar (qu’Allah l’agrée), son allocation fut fixée à cinq mille dirhams par an. Al-Hasan rapporte qu’à sa mort, il ne laissa que sept cents dirhams, économisés pour acheter un esclave. (Ṭabaqāt : 3/39)(Ṭabaqāt : 3/39)

Le dénuement ne s’est jamais éloigné du destin d’Ali (qu’Allah l’agrée). Un jour, se remémorant le passé, il dit : « À l’époque du Messager d’Allah (paix et bénédictions d’Allah sur lui), j’ai dû attacher une pierre à mon ventre sous l’effet de la faim. » (Ḥayātus Ṣaḥābah : 3/312) Même après être devenu calife, il a dû lutter contre la faim et la pauvreté. Cependant, son cœur était extrêmement généreux. Il ne renvoyait aucun nécessiteux. C’est pourquoi il lui arrivait de rester sans nourriture avec toute sa famille. Il était d’une grande humilité. De ses propres mains, il accomplissait toutes les tâches ménagères. Il portait toujours des vêtements grossiers, qui étaient de surcroît déchirés et rapiécés. Il était la porte de la connaissance. Des gens venaient de contrées lointaines pour acquérir le savoir auprès de lui, et le trouvaient en train de garder des chameaux ou de labourer la terre pour préparer les champs. Il était si simple qu’il lui arrivait parfois de s’allonger simplement sur le sol. Un jour, le Messager d’Allah (paix et bénédictions d’Allah sur lui), le voyant dans cette situation, l’appela : « Ô Abū Turāb » — ô homme simple, habitant de la terre. C’est ainsi qu’il reçut le surnom d’« Abū Turāb ». Même après être devenu calife, il conserva cette vie simple. Comme ‘Umar (qu’Allah l’agrée), il marchait toujours avec une durra, c’est-à-dire un bâton, et conseillait les gens. (Al-–Fitnatul Kubrā)

Hadrat Ali (qu’Allah l’agrée) était membre de la famille du Prophète et avait reçu son instruction sous la supervision directe du Prophète (paix et bénédiction d’Allah sur lui). Le Messager d’Allah (paix et bénédiction d’Allah sur lui) a dit : « Je suis la cité du savoir et Ali en est la porte » — je suis la cité du savoir, et Ali en est la porte. (Tirmidhi) Il était hafiz du Coran et un éminent exégète. Il avait également recueilli quelques hadiths. Toutefois, il se montrait extrêmement vigilant dans l’acceptation des hadiths. Lorsque quelqu’un lui rapportait un hadith, il exigeait du rapporteur qu’il prête serment. (Tazkirat al- Huf-‌faz : 1/10) Il a rapporté de nombreux hadiths du Messager d’Allah (paix et bénédiction d’Allah sur lui), et de nombreux Compagnons célèbres ainsi que des tabi‘in ont rapporté des hadiths de lui. À l’époque des califes précédents, trois Muhajirun et trois Ansar émettaient des fatwas : ‘Umar, ‘Uthman et Ali ; Ubayy ibn Ka‘b, Mu‘adh ibn Jabal et Zayd ibn Thabit. Une autre narration rapportée par Masruq indique que, parmi les Compagnons du Messager d’Allah (paix et bénédiction d’Allah sur lui), ceux qui émettaient des fatwas étaient : Ali, Ibn Mas‘ud, Zayd, Ubayy ibn Ka‘b et Abu Musa al-Ash‘ari. (Tabaqat : 4/167, 175)

Ali était un orateur éloquent et un bon poète. (Kitab al- Umda : Ibn Rachiq : 1/21) Nous possédons un « diwân » de ses poèmes. Il contient au total 1 400 vers répartis dans de nombreux poèmes. Les chercheurs estiment que nombre des poèmes attribués à son nom sont apocryphes. Toutefois, les érudits ne doutent nullement qu’il ait été l’une des figures éminentes du monde de la poésie arabe de son époque. Il existe une compilation de ses discours intitulée « Nahj al-Balagha », qui continue de témoigner de son éloquence incomparable. (Tarikh al- Adab al-–Arabi : Dr Umar Farrukh, 1/309)

Son premier mariage fut avec la vénérable Fâtima, fille du Prophète et Dame du Paradis, qu’Allah l’agrée. Tant que Fâtima fut en vie, il ne contracta pas de second mariage. Après la mort de Fâtima, il contracta plusieurs mariages. Selon le récit d’al-Tabarî, quatorze fils et dix-sept filles lui naquirent. De la vénérable Fâtima naquirent trois fils, Hasan, Husayn et Muhsin, ainsi que deux filles, Zaynab et Umm Kulthûm. Muhsin mourut durant son enfance. Selon le récit d’al-Wâqidî, sa descendance se perpétue par seulement cinq fils : Hasan, Husayn, Muhammad (Ibn al-Hanafiyya), ‘Abbâs et ‘Umar.

L’imam Ahmad, qu’Allah lui fasse miséricorde, a dit : « Tout ce qui a été rapporté du Messager d’Allah, qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix, au sujet du rang et des mérites de ‘Alî, qu’Allah l’agrée, ne l’a été au sujet d’aucun autre Compagnon. » (Al-–Isâba : 2//) 508. Il est impossible de présenter, dans ce bref article, ne serait-ce qu’une partie des nombreuses qualités qui lui sont attribuées dans l’histoire. Le Messager, qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix, a maintes fois invoqué Allah en sa faveur et en faveur de ses enfants. Le Messager, qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix, a dit : « Nul ne t’aimera si ce n’est le croyant, et nul ne te jalousera si ce n’est l’hypocrite. »

Un compagnon de ‘Alî, Durar ibn Damra al-Kinânî, se rendit un jour auprès de Mu‘âwiya. Celui-ci lui demanda de décrire les qualités de ‘Alî, qu’Allah l’agrée. Il refusa d’abord. Mais, sous l’insistance de Mu‘âwiya, il fit un long récit, dans lequel les qualités de ‘Alî, qu’Allah l’agrée, apparurent remarquablement. Les historiens rapportent qu’en entendant ce récit, tous ceux qui assistaient à l’assemblée, y compris Mu‘âwiya, fondirent en larmes. Puis Mu‘âwiya, qu’Allah l’agrée, déclara : « Par Allah, Abû al-Hasan (le père de Hasan) était bien ainsi. » (Al-–Istî‘âb : 3/ / 44)

Zubayr ibn al- ‘Awwâm ((qu’Allah l’agrée))

Son nom était Zubayr, sa kunya Abû Abdillah, et son titre « Hawâriyy de l’Envoyé d’Allah ». Son père s’appelait ‘Awwâm et sa mère Safiyya bint ‘Abd al-Muttalib. La mère, Safiyya, qu’Allah l’agrée, était la tante paternelle de l’Envoyé d’Allah, qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix. Zubayr était donc le cousin germain de l’Envoyé d’Allah, qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix, du côté paternel. Khadîja al-Kubrâ, la Mère des croyants, était sa tante paternelle. D’autre part, comme il épousa Asmâ, la fille d’Abû Bakr al-Siddîq, l’Envoyé d’Allah, qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix, devint son beau-frère. Asmâ, qu’Allah l’agrée, était la sœur de ‘Â’isha, la Mère des croyants, qu’Allah l’agrée. Ainsi, plusieurs liens de parenté l’unissaient à l’Envoyé d’Allah, qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix.

Zubayr, qu’Allah l’agrée, naquit vingt-huit ans avant l’Hégire. On ne sait pas grand-chose de son enfance. Il est toutefois certain que, dès le début, sa mère l’éleva de manière à ce qu’il devienne, en grandissant, un homme audacieux, résolu et sûr de lui. C’est pourquoi elle le battait souvent et l’habituait à la dureté. Un jour, son oncle Nawfal ibn Khuwaylid, très irrité contre sa mère, Safiyya, lui dit : « À force de le frapper ainsi, tu finiras par tuer le garçon. » Il convoqua en outre les membres des Banû Hâshim et leur dit : « Pourquoi ne persuadez-vous pas Safiyya de cesser ? » Safiyya répondit : « Ceux qui disent que je ne supporte pas de le voir mentent. Je le frappe afin qu’il devienne intelligent et que, dans sa vie future, il soit capable de vaincre les soldats ennemis et de s’emparer du butin.

Une telle éducation eut nécessairement une influence sur lui. Dès son plus jeune âge, il luttait avec de grands lutteurs et des hommes puissants. Un jour, à La Mecque, il en vint aux prises avec un jeune homme robuste. Il le frappa si violemment qu’il lui brisa le bras. Les gens l’amenèrent auprès de Safiyya, qu’Allah l’agrée, et se plaignirent de lui. Au lieu de regretter l’acte de son fils ou de demander pardon, elle leur demanda d’abord : « Que pensez-vous de Zubayr : vous l’avez trouvé courageux ou lâche ? »

Zubayr, qu’Allah l’agrée, embrassa l’islam à l’âge de seize ans seulement. Parmi ceux qui embrassèrent l’islam durant la première période, il jouissait d’un statut exceptionnel et d’un mérite particulier.

Bien qu’il fût jeune, il n’était inférieur à personne en fermeté ni en disposition à risquer sa vie. Quelqu’un répandit un jour, après sa conversion à l’islam, que les polythéistes avaient capturé ou tué l’Envoyé d’Allah, qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix. En l’entendant, il fut tellement emporté par l’émotion et l’excitation qu’il dégaina aussitôt son épée et, fendant la foule, se rendit auprès de l’Envoyé d’Allah. Celui-ci le vit et lui demanda : « Que s’est-il passé, Zubayr ? » Il répondit : « J’avais entendu dire que vous aviez été capturé ou tué. » Le noble Envoyé, qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix, fut très heureux et invoqua Allah en sa faveur. Selon les récits des auteurs de biographies, ce fut la première épée qu’un jeune garçon dégaina dans l’intention de se sacrifier.

Au début, comme les autres musulmans de La Mecque, il fut lui aussi victime de persécutions et de sévices. Son oncle ne négligea aucun effort pour le détourner de l’islam. Mais comment effacer l’empreinte de l’unicité divine une fois qu’elle s’est imprimée dans le cœur ? Furieux, son oncle redoubla de cruauté. Il l’allongeait sur des pierres brûlantes et le frappait si violemment qu’il était à l’agonie. Malgré cela, il disait : « Quoi que vous fassiez, je ne pourrai pas redevenir mécréant. » Finalement, réduit à l’impuissance, il quitta sa patrie, La Mecque, et émigra en Abyssinie. Après y avoir séjourné quelque temps, il retourna à La Mecque. Entre-temps, l’Envoyé d’Allah, qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix, émigra lui aussi de La Mecque à Médine. Il s’y rendit également.

À La Mecque, l’Envoyé d’Allah, qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix, avait établi un lien de fraternité islamique entre Talha et Zubayr. Mais après son arrivée à Médine, un nouveau lien de fraternité fut établi entre lui et Salama ibn Salama al-Ansârî. Salama était une personnalité éminente de Médine et comptait parmi ceux qui avaient prêté allégeance à al-‘Aqaba.

Dans sa participation aux batailles, il était hors pair. À la bataille de Badr, il fit preuve d’un courage et d’une habileté extraordinaires. Il brisa et dispersa les rangs défensifs des polythéistes. Un soldat polythéiste monta sur une colline et lança un appel au duel. Zubayr le saisit alors si rapidement et si fermement que tous deux se mirent à rouler vers le bas. En voyant cela, l’Envoyé d’Allah, qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix, dit : « Le premier d’entre eux qui touchera le sol sera tué. » Il en fut effectivement ainsi. Le polythéiste tomba le premier à terre, et Zubayr, qu’Allah l’agrée, le tua d’un seul coup d’épée. De la même manière, il se retrouva face à ‘Ubayda ibn Sa‘îd. Celui-ci était couvert d’une armure de la tête aux pieds, si bien que seuls ses deux yeux étaient visibles. Il visa soigneusement l’un de ses yeux et décocha une flèche. Le tir fut parfaitement ajusté : la pointe de la flèche le transperça de part en part. Ce n’est qu’avec beaucoup de difficulté qu’il parvint à retirer la pointe en s’asseyant sur son cadavre. Elle s’était toutefois légèrement courbée. En souvenir de cet exploit, l’Envoyé d’Allah, qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix, conserva lui-même cette flèche. Après sa mort, elle resta gardée auprès de plusieurs califes, jusqu’au troisième calife, ‘Uthmân, qu’Allah l’agrée. Après le martyre de ‘Uthmân, ‘Abdullah ibn Zubayr reçut la flèche et la conserva auprès de lui jusqu’à son propre martyre.

À Badr, il combattit avec une telle violence que son épée s’émoussa et que tout son corps fut lacéré de coups. L’une des blessures de ce jour-là était si profonde qu’elle demeura pour toujours comme un creux. Son fils, Hadrat Urwa, raconte : « Nous jouions en y introduisant nos doigts. » Au cours de cette bataille, il portait un turban jaune. En le voyant, le Messager de Dieu dit : « Aujourd’hui, les anges sont eux aussi venus vêtus ainsi. »

Lorsque, sur le champ d’Uhud, le combat entre la vérité et le mensonge atteignit son paroxysme, le Messager de Dieu dégaina son épée et demanda : « Qui aujourd’hui en acquittera le droit ? » Tous les Compagnons tendirent leur main avec le plus grand empressement. Zubayr, que Dieu l’agrée, tendit lui aussi la main à trois reprises ; mais ce fut finalement Hadrat Abou Doujana al-Ansari, que Dieu l’agrée, qui eut l’honneur de l’obtenir. Lorsque, pendant la bataille d’Uhud, le cours du combat s’inversa à cause de l’inattention des archers et que la victoire certaine des musulmans se transforma en défaite, Zubayr, que Dieu l’agrée, fut l’un des quatorze Compagnons qui formèrent un rempart autour du Messager bien-aimé au prix de leur vie.

Lors de la bataille du Fossé, Zubayr, que Dieu l’agrée, fut chargé de défendre le secteur où se trouvaient les femmes musulmanes. Pendant cette bataille, la tribu juive médinoise des Banou Qurayza rompit le pacte d’alliance conclu avec les musulmans. Le Messager de Dieu voulut envoyer quelqu’un auprès d’eux pour s’enquérir de leur situation. Il demanda à trois reprises : « Qui parmi vous peut aller nous rapporter leurs nouvelles ? » À chaque fois, Hadrat Zubayr répondit : « Moi. » Satisfait de son empressement, le Messager de Dieu déclara : « Chaque prophète a un hawârî. Mon hawârî est Zubayr. » « Hawârî » signifie compagnon, allié et disciple.

Après la bataille du Fossé, il participa également à la bataille contre les Banou Qurayza et au serment d’allégeance de Ridwân. Lors de la bataille de Khaybar, il fit preuve d’un courage et d’une bravoure sans limites. Après la mort de Murahhib, le chef juif de Khaybar, son frère Yassir, doté d’une stature imposante et d’une force considérable, s’avança sur le champ de bataille et lança un défi en poussant un cri. Hadrat Zubayr, que Dieu l’agrée, bondit à sa rencontre. Sa mère, Hadrat Safiyya, dit alors : « Ô Messager de Dieu, aujourd’hui, le morceau de mon cœur va certainement tomber en martyr. » Le Messager de Dieu répondit : « Non. C’est Zubayr qui le tuera. » Et, effectivement, Zubayr le tua peu après.

Après la conquête de Khaybar, les préparatifs de la conquête de La Mecque étaient en cours. En raison d’une faiblesse humaine, le célèbre Compagnon Hâtib ibn Abî Balta’a, que Dieu l’agrée, écrivit aux Quraychites de La Mecque une lettre leur révélant toutes les informations. Il envoya secrètement une femme à La Mecque avec cette lettre. Entre-temps, le Messager de Dieu fut informé de toute l’affaire par la révélation. Parmi le groupe qu’il envoya arrêter cette femme avec la lettre se trouvait également Hadrat Zubayr. La femme fut arrêtée avec la lettre et conduite à Médine. Hâtib ibn Abî Balta’a, honteux, se repentit. Le Messager de Dieu lui pardonna également.

Le jour de la conquête de La Mecque, le Messager de Dieu divisa l’armée musulmane en plusieurs groupes. Lui-même se trouvait dans le dernier groupe, qui était aussi le plus petit. Zubayr, que Dieu l’agrée, en portait l’étendard. Le Messager de Dieu entra dans La Mecque. Lorsque la paix et l’ordre furent rétablis partout, Hadrat Miqdad et Hadrat Zubayr, que Dieu les agrée, se présentèrent devant le Messager bien-aimé, montés chacun sur son cheval. Le Messager de Dieu se leva et essuya de ses propres mains la poussière qui couvrait leurs deux visages.

Pendant la bataille de Hunayn, lorsque Hadrat Zubayr s’approcha d’une base secrète des mécréants, ceux-ci l’attaquèrent par surprise. Avec un courage extrême, il nettoya la base en peu de temps. Il participa également aux batailles de Taïf et de Tabouk. Lors de la dixième année de l’Hégire, il accompagna aussi le Messager de Dieu durant le pèlerinage d’adieu.

Sous le califat du deuxième calife, Hadrat Umar, que Dieu l’agrée, une terrible bataille opposa l’armée musulmane à l’immense armée romaine dans la plaine de Yarmouk, en Syrie. Cette bataille devait décider du destin de la Syrie. Hadrat Zubayr y participa également. À un moment critique de la bataille, un groupe de soldats musulmans décida que Hadrat Zubayr lancerait une attaque furieuse au centre de l’armée romaine et que les autres le suivraient pour le soutenir. Conformément à cette décision, Hadrat Zubayr, que Dieu l’agrée, attaqua avec une grande rapidité et une force terrible, perça les rangs romains et atteignit l’autre côté ; mais les autres ne purent le suivre. Alors qu’il revenait seul après avoir de nouveau traversé l’armée romaine, il fut violemment attaqué et reçut une profonde blessure au cou. Hadrat Urwa raconte qu’après Badr, c’était la deuxième blessure dans laquelle, enfants, nous introduisions nos doigts pour jouer. Cette attaque audacieuse provoqua la dispersion de l’armée romaine.

Hazrat Amr ibn al-As a lancé une attaque en Égypte et assiège la forteresse de Fostat. Le commandeur des croyants, Hazrat Umar, lui envoya dix mille soldats et quatre mille officiers. Il écrivit également que chacun de ces officiers équivalait à mille cavaliers. Hazrat Zubayr était l’un de ces quatre mille officiers. Les soldats musulmans assiégeaient la forteresse depuis sept mois. Aucune issue, ni victoire ni défaite, ne se dessinait. Exaspéré, Hazrat Zubayr déclara un jour : « Aujourd’hui, je sacrifierai ma vie pour les musulmans. » Sur ces mots, l’épée dégainée à la main, il fit placer une échelle et escalada le sommet du rempart. Quelques autres Compagnons le suivirent. Soudain, du haut du rempart, ils commencèrent à scander : « Allahu Akbar ! » En bas, tous les soldats musulmans se mirent à leur tour à faire retentir le ciel et l’air de leurs cris d’« Allahu Akbar ! » Les soldats chrétiens crurent que les musulmans étaient entrés dans la forteresse. Ils furent pris de peur et de stupeur. Finalement, avec une extrême rapidité, Hazrat Zubayr pénétra à l’intérieur de la forteresse et en ouvrit la porte ; aussitôt, l’armée musulmane y entra. Ne voyant aucune autre solution, le gouverneur de l’Égypte, Muqawqis, proposa un traité, qui fut accepté. La sécurité, c’est-à-dire l’aman, fut accordée à tous.

En l’an 23 de l’Hégire, le deuxième calife, Hazrat Umar, fut grièvement blessé par les coups de poignard d’un adorateur du feu et mourut en martyr. Avant sa mort, il constitua un conseil de six illustres Compagnons et leur confia la responsabilité de choisir le calife suivant. Il déclara : « Jusqu’au dernier jour de sa vie, le Messager d’Allah était satisfait d’eux. » Hazrat Zubayr était l’un des membres de ce conseil.

Sous le califat du troisième calife, Hazrat Uthman, Hazrat Zubayr menait une vie retirée. Il n’accepta aucune fonction officielle. En réalité, il avait aussi pris de l’âge. Lorsque Hazrat Uthman fut assiégé par les insurgés en l’an 35 de l’Hégire, Hazrat Zubayr chargea son propre fils, Hazrat Abdallah, d’assurer sa protection. Après le martyre de Hazrat Uthman, il accomplit secrètement sa prière funéraire et l’inhuma dans l’obscurité de la nuit.

Sous le règne de Hazrat Ali, lui et Hazrat Talha se rendirent à La Mecque, où ils rencontrèrent Hazrat Aïcha. Ils discutèrent longuement de la situation de la communauté musulmane à cette époque et décidèrent de se diriger vers Bassora plutôt que vers Médine. Un grand nombre de personnes se joignirent à eux. De son côté, Hazrat Ali avança avec une armée afin de leur faire face, et le 10 Joumada al-Akhira de l’an 36 de l’Hégire, les deux armées musulmanes se retrouvèrent face à face en un lieu appelé Dhu Qar, non loin de Bassora. Cet événement est connu dans l’histoire sous le nom de bataille du Chameau.

L’analyse de cet épisode douloureux de l’histoire islamique n’est pas le sujet principal de notre article. Pourtant, ceux qui étaient autrefois frères étaient désormais assoiffés du sang les uns des autres. Quoi qu’il en soit, nous pouvons affirmer avec certitude que cela n’était pas dû à une querelle personnelle ni à une animosité entre eux. Ils agirent ainsi sous l’impulsion et l’enthousiasme suscités par la vérité et la sincérité. C’est pourquoi nous constatons que des membres d’une même tribu se trouvaient alors divisés entre les deux camps. De plus, l’objectif essentiel des dirigeants des deux parties était de parvenir à un accord. C’est également pour cette raison que des discussions eurent lieu entre les deux camps par l’échange d’émissaires. Et c’est encore pour la même raison que nous voyons Hazrat Ali venir seul à cheval au milieu du champ de bataille et appeler Hazrat Zubayr en disant : « Abu Abdallah ! Te souviens-tu du jour où nous avancions tous les deux main dans la main devant le Messager d’Allah ? Le Messager d’Allah t’avait demandé : “Aimes-tu Ali ?” Tu avais répondu : “Oui, ô Messager d’Allah !” Souviens-toi qu’alors le Messager d’Allah avait dit : “Un jour, tu combattras Ali injustement.” » Hazrat Zubayr répondit : « Oui, je m’en souviens maintenant. »

Une seule parole. Après l’avoir prononcée, Hazrat Ali retourna à sa tente. Pendant ce temps, une révolution s’opéra dans le cœur de Zubayr. Toutes ses résolutions et toute sa détermination s’effondrèrent complètement. Il se rendit auprès de la Mère des croyants, Hazrat Aïcha, et lui dit : « J’étais entièrement dans l’erreur. Ali m’a rappelé une parole du Messager d’Allah. » Aïcha lui demanda : « Que comptes-tu faire maintenant ? » Il répondit : « Je me retire de cette querelle. » Son fils Abdallah lui dit : « Père, après nous avoir jetés dans un fossé, tu t’enfuis maintenant par peur d’Ali ? » Il répondit : « J’ai juré de ne plus combattre Ali. » Abdallah dit : « Il est possible d’expier un serment. » Sur ces mots, il appela son esclave Mak-hul et l’affranchit. Mais Zubayr, le compagnon fidèle du Messager d’Allah, dit : « Mon fils, Ali m’a rappelé une parole qui a réduit à néant toute mon ardeur et tout mon enthousiasme. Je suis certain que nous ne sommes pas dans le droit. Viens, sois toi aussi mon suiveur. » Hazrat Abdallah refusa. Hazrat Zubayr partit seul en direction de Bassora.

En voyant Hazrat Zubayr partir, Ahnaf ibn Qays dit : « Que quelqu’un aille donc savoir pourquoi il s’en va. » Amr ibn Jarmuz répondit : « J’y vais. » Sur ces mots, il s’arma, lança son cheval au galop et rejoignit Hazrat Zubayr. Celui-ci avait alors quitté Bassora et était arrivé à quelque distance de la ville. S’approchant de lui, Ibn Jarmuz dit :

— Abu Abdallah, dans quel état avez-vous laissé la communauté ?

– Ils se tranchent tous mutuellement la gorge.

– Où allez-vous maintenant ?

– J’ai compris mon erreur. C’est pourquoi je veux aller ailleurs afin de rester à l’écart de cette querelle.

Ibn Jarmuz dit : « Venez, je dois moi aussi aller un peu dans cette direction. » Ils poursuivirent leur chemin ensemble. À l’heure de la prière de zuhr, Hazrat Zubayr s’arrêta. Ibn Jarmuz dit : « Je prierai moi aussi avec vous. » Tous deux se tinrent debout pour prier. Dès que Hazrat Zubayr se prosterna devant son Seigneur, le perfide Ibn Jarmuz lui trancha aussitôt la tête d’un coup d’épée, séparant ainsi la tête du corps de l’hawari du Messager d’Allah. Inna lillahi wa inna ilayhi rajioun.

Ibn Jarmuz se présenta devant Hazrat Ali avec l’épée, l’armure et les autres effets de Hazrat Zubayr, et relata son exploit avec une grande fierté. Ali jeta un regard plein de regret sur cette épée et dit : « Il a maintes fois écarté de devant le Messager d’Allah les nuages d’épreuves. Ô meurtrier du fils de Safiyya, sache que l’Enfer t’attend. » Ainsi, Hazrat Zubayr connut le martyre en l’an 36 de l’Hégire et fut enterré dans la vallée d’As-Siba. Il vécut 64 ans.

Hazrat Zubayr possédait un caractère d’une très grande noblesse. La taqwa, l’amour de la vérité, la générosité, la largesse et l’intrépidité étaient les traits distinctifs de son caractère. Son cœur était tendre comme celui d’un enfant. La moindre chose le faisait fondre comme de la cire. Lorsque ce verset fut révélé :

« Tu es certes mortel, et eux aussi sont mortels. Ensuite, le Jour de la Résurrection, vous vous disputerez les uns avec les autres devant votre Seigneur. » (Az-Zumar/31) Il demanda : « Ô Messager d’Allah ! Le Jour de la Résurrection, cette querelle entre nous se reproduira-t-elle ? » Le Prophète répondit : « Oui. Après avoir rendu compte du moindre atome, chaque ayant droit recevra son dû. » En entendant cela, son cœur se mit à trembler. Il s’écria : « Allahou Akbar. Quelle terrible procédure ce sera ! »

Un jour, en se rendant chez Ummou Ata, la grand-mère de son esclave Ibrahim, il constata qu’après les jours de Tachriq, il leur restait encore de la viande de sacrifice. Il dit : « Ummou Ata ! Le Messager d’Allah a interdit aux musulmans de manger de la viande sacrificielle pendant plus de trois jours. » Ummou Ata répondit : « Que puis-je faire ? Les gens envoient tant de présents qu’ils ne s’épuisent jamais. » (Musnad de l’imam Ahmad 1/166)

Bien que Hazrat Zubayr fût le hawari et le compagnon permanent du Messager d’Allah (s.a.s.), il rapportait très peu de hadiths par crainte d’Allah et par prudence. Un jour, son fils Abdallah lui demanda : « Père, pourquoi ne rapportez-vous pas autant de hadiths que les autres ? » Il répondit : « Mon fils, je n’ai pas été moins proche du Messager (s.a.s.) ni moins lié à lui que les autres. Depuis le jour où j’ai embrassé l’islam, je ne me suis jamais séparé de la compagnie du Messager d’Allah (s.a.s.). Mais cet avertissement de sa part m’a profondément rendu prudent : “Que celui qui attribue délibérément un mensonge à mon sujet se prépare un séjour en Enfer.”

Il était si attentif à l’égalité islamique qu’il ne jugeait même pas permis d’accorder la moindre préférence à l’un de deux musulmans décédés. Lors de la bataille d’Uhud, son oncle maternel, Hazrat Hamza (r.a.), tomba en martyr. Sa mère, Hazrat Safiyya (r.a.), apporta deux pièces de tissu pour le linceul de son frère. Or, le corps d’un Ansari se trouvait juste à côté de celui de son oncle. Il ne pouvait accepter que l’un des corps ait deux pièces de tissu tandis que l’autre reste sans linceul. Il mesura donc les deux pièces afin de les partager entre eux. Par hasard, les deux pièces étaient de tailles différentes. Pour qu’aucun favoritisme ne soit commis, il régla la question par tirage au sort.

Hazrat Zubayr considérait toutes sortes de difficultés et de dangers comme négligeables. La peur de la mort n’avait jamais fissuré, ne serait-ce qu’un peu, sa ferme résolution. Lors du siège d’Alexandrie, il voulut placer une échelle et pénétrer à l’intérieur de la forteresse. Ses compagnons lui dirent : « Une peste terrible sévit à l’intérieur. » Il répondit : « Nous sommes précisément venus pour affronter les blessures et la peste. Alors pourquoi craindre la mort ? » Ce jour-là, il entra dans la forteresse avec une bravoure extraordinaire, en y plaçant une échelle.

L’honnêteté, la probité, les capacités de gestion et les talents d’organisation de Hazrat Zubayr étaient extraordinaires. À l’approche de leur mort, les gens exprimaient le désir de le désigner gardien de leurs enfants et de leurs biens. Lorsque Mu‘ti ibn al-Aswad voulut le nommer exécuteur testamentaire, il refusa. Alors celui-ci se mit à dire d’une voix suppliante : « Je vous en conjure au nom d’Allah, du Messager et des liens de parenté. J’ai entendu le grand Farouq, Umar, dire : “Zubayr est un pilier de la religion.” Des compagnons tels que Hazrat Uthman, Miqdad, Abdallah ibn Mas‘ud et Abd ar-Rahman ibn Awf l’avaient désigné comme exécuteur testamentaire au moment de leur mort. Avec une honnêteté absolue, il administra leurs biens et les dépensa pour leurs enfants et leurs familles. »

Hazrat Zubayr aimait profondément son épouse et ses enfants. Il chérissait particulièrement son fils Abdallah et les enfants de celui-ci. Jusqu’à sa mort, il veilla avec un soin remarquable à l’instruction et à l’éducation de ses enfants. Il emmena son fils Abdallah avec lui lors de la bataille de Yarmouk. Celui-ci n’avait alors que dix ans. Hazrat Zubayr l’installa sur un cheval et le confia à la garde d’un soldat, afin que ce dernier lui montre les scènes terribles de la guerre et lui enseigne la bravoure et le courage.

En matière de générosité, de largesse et de dépenses dans la voie d’Allah, il n’était jamais inférieur à personne. Il possédait mille esclaves. Chaque jour, il les faisait travailler contre rémunération et en tirait d’importantes sommes d’argent. Mais il ne jugeait pas convenable d’en dépenser le moindre sou pour lui-même ou pour sa famille. Il distribuait tout. En somme, toutes les qualités qu’un hawari du Prophète pouvait posséder se trouvaient réunies en Hazrat Zubayr.

Le commerce était la principale profession de Hazrat Zubayr. Ce qui est étonnant, c’est que dans aucune affaire à laquelle il s’était consacré il ne subit jamais de perte.

Dans les combats menés dans la voie d’Allah, il reçut d’innombrables coups de flèches et de lances ennemies. Ali ibn Khalid raconte : « Un homme venu de Mossoul arriva chez nous. Il rapporta : “J’étais le compagnon de voyage de Zubayr ibn al-Awwam. À un moment du voyage, je remarquai sur son corps des cicatrices telles que je n’en avais jamais vues sur le corps de personne. Quand je l’interrogeai à ce sujet, il me répondit : Tout cela est arrivé lors de mes combats aux côtés du Messager d’Allah (s.a.s.) et dans la voie d’Allah.” »

Alî ibn Zayd raconte : « Un homme qui avait vu az-Zubayr m’a dit : “Sa poitrine portait d’innombrables cicatrices de coups de flèches et de lances, ressemblant à des sources.” »

En matière de vêtements, il était extrêmement simple. En revanche, son épée était très somptueuse. Sa poignée était ornée de magnifiques motifs.

Mu‘âwiya demanda à ‘Abdullâh ibn ‘Abbâs : « Que pensez-vous de Talha et d’az-Zubayr ? » Il répondit : « Qu’Allah leur accorde à tous deux Sa miséricorde. Par Allah, ils étaient tous deux très abstinents, vertueux, bienfaisants, soumis à Allah, parfaitement chastes, purifiés et morts en martyrs. »

Az-Zubayr dit : « Le Messager d’Allah a invoqué Allah en ma faveur, ainsi qu’en faveur de mes enfants et de mes petits-enfants. »

La plus grande distinction et la plus grande faveur dont jouissait az-Zubayr est qu’il était l’un des dix Compagnons — les ‘Ashara al-Mubashshara — à qui fut annoncée de leur vivant la bonne nouvelle du Paradis.

Tal‌ha ibn Ubaydullah (r.a.)

Son nom était Abû Muhammad Talha. Son père s’appelait Ubaydullah et sa mère Sa‘ba. Il appartenait à la branche Taym de la tribu des Quraysh. Abû Bakr était lui aussi membre de cette branche Taym. Sa mère, Sa‘ba, était la sœur du célèbre Compagnon martyr Alî ibn al-Hadramî.

Talha embrassa l’islam dès les débuts de cette religion, à l’âge de quinze ans seulement. Il se convertit à l’islam sur l’invitation d’Abû Bakr as-Siddîq. À l’époque de l’Ignorance, il était un membre régulier des réunions qui se tenaient chez Abû Bakr.

L’histoire de sa conversion à l’islam est particulièrement étonnante. Il s’était rendu en Syrie avec la caravane commerciale des Quraychites. Lorsqu’ils arrivèrent dans la ville de Bosra, les autres commerçants quraychites du groupe se séparèrent de lui et s’occupèrent d’acheter et de vendre en différents endroits du marché. Alors qu’il parcourait le marché, un événement se produisit qui allait bouleverser le cours de la vie de Talha. Il raconte :

« J’étais alors au marché de Bosra. J’entendis un prêtre chrétien proclamer : “Ô communauté des commerçants ! Demandez aux gens qui sont arrivés sur ce marché s’il y a parmi eux quelqu’un de La Mecque.” Je me trouvais tout près. Je m’approchai rapidement de lui et lui dis : “Oui, je suis de La Mecque.” Il me demanda : “Ahmad est-il apparu parmi vous ?” Je répondis : “Quel Ahmad ?” Il dit : “Le fils d’Abdullah ibn Abd al-Muttalib. C’est le mois durant lequel il apparaîtra. Il sera le dernier Prophète. Il apparaîtra à La Mecque, puis émigrera vers une terre où se trouvent la Pierre noire et des palmeraies. Jeune homme, tu devrais te rendre auprès de lui très rapidement.” Talha poursuit : “Ses paroles produisirent une profonde impression dans mon cœur. Je laissai ma caravane et montai sur ma monture. Dès mon arrivée chez moi, je demandai aux membres de ma famille : ‘S’est-il produit quelque chose de nouveau à La Mecque depuis mon départ ?’ Ils répondirent : ‘Oui, Muhammad ibn Abdullah s’est proclamé prophète et Abu Bakr, le fils d’Abu Quhafa, est devenu son disciple.’ »

Talha raconte : « Je me rendis auprès d’Abu Bakr et lui demandai : “Est-il vrai que Muhammad s’est déclaré prophète et que tu es devenu son disciple ?” Il répondit : “Oui”, puis m’invita lui aussi à embrasser l’islam. Je lui racontai alors en détail l’épisode du prêtre chrétien. Ensuite, il m’emmena auprès du Messager d’Allah (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui). Là, je prononçai la profession de foi et embrassai l’islam, puis je rapportai en détail au Messager d’Allah les paroles du prêtre. En les entendant, il fut extrêmement heureux. C’est ainsi que je devins la quatrième personne à embrasser l’islam par l’intermédiaire d’Abu Bakr. »

Lorsque Talha embrassa l’islam, sa mère provoqua un grand tumulte. Elle souhaitait en effet que son fils devienne le chef de la tribu. Les membres de la tribu tentèrent de le faire renoncer à l’islam, mais le trouvèrent ferme comme une montagne. Comprenant qu’ils ne parviendraient pas à leurs fins par la persuasion, ils eurent recours aux persécutions. Mas‘ud ibn Kharash raconte : « Un jour, je courais entre Safa et Marwa lorsque je vis un groupe d’hommes tirer un jeune homme dont les mains étaient attachées. Puis ils le couchèrent sur le ventre et se mirent à le frapper violemment au dos et à la tête. Derrière eux, une vieille femme l’insultait en criant à s’en briser la voix. Je demandai : “Pourquoi cet état du jeune homme ?” Ils répondirent : “C’est Talha ibn Ubaydullah. Il a abandonné la religion de ses ancêtres et est devenu le disciple de cet homme des Banû Hashim.” “Et qui est cette femme ?” Ils répondirent : “Sa‘ba bint al-Hadrami, la mère du jeune homme.” »

Nawfal ibn Khuwaylid, connu comme le lion des Quraychites, se rendit auprès de Talha. Il l’attacha avec une corde, puis attacha également Abu Bakr avec cette même corde. Ensuite, il les livra tous deux aux habitants obstinés de La Mecque afin qu’ils les torturent. Comme ils avaient été attachés avec la même corde, on les appela les « Qarînân ».

Après avoir embrassé l’islam, il fut ainsi victime des persécutions et des mauvais traitements de ses proches et des Quraychites. Pendant treize longues années, il supporta tout avec une patience infinie et poursuivit avec constance sa mission de transmission et de propagation de l’islam. Il recherchait les voyageurs étrangers dans les vallées aux environs de La Mecque, se rendait discrètement dans les tentes des Bédouins et chez les polythéistes connus de la ville afin de leur transmettre l’appel à la religion. Comme les autres, il se rendait régulièrement à la « Dâr al-Arqam » de La Mecque. En cette période difficile pour l’islam et les musulmans, il déploya tous les efforts et toutes les formes de dévouement possibles au service de la religion d’Allah.

En octobre 622, le Messager d’Allah (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui) émigra de La Mecque à Médine avec Abu Bakr. Le guide de leur périlleux voyage était Abdullah ibn Uraiqit. Après les avoir conduits à Médine, il retourna à La Mecque et raconta en détail leur voyage à Abdullah, le fils d’Abu Bakr. Alors que la famille d’Abu Bakr se préparait à émigrer à Médine, Talha et Suhayb ibn Sinan se joignirent à elle. Talha était le chef de cette caravane. À leur arrivée à Médine, Talha et Suhayb séjournèrent chez As‘ad ibn Zurarah. Ibn Hajar rapporte qu’avant l’émigration, à La Mecque, le Messager d’Allah avait établi un lien de fraternité entre Talha et Zubayr, et qu’après l’émigration, un lien de fraternité fut établi entre lui et le célèbre Compagnon ansarite Abu Ayyub al-Ansari. Toutefois, une autre tradition rapporte que le Messager d’Allah avait établi son lien de fraternité avec Ka‘b ibn Malik et que cette relation demeura intacte jusqu’à leur mort, comme celle de deux frères véritables.

Bien qu’il n’ait pas participé directement à la bataille de Badr, il y prit part indirectement. C’est pourquoi le Messager d’Allah (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui) lui attribua une part du butin. Pendant la bataille, un groupe de mécréants complotait pour attaquer les quartiers musulmans de Médine. Le Messager d’Allah envoya Talha recueillir des informations à leur sujet. En plus de Talha, il envoya sept autres hommes en différents lieux, en leur confiant diverses missions. C’est pourquoi ils ne purent pas participer directement à la bataille. Ils furent néanmoins comptés parmi les combattants de Badr.

La troisième année de l’Hégire eut lieu la bataille d’Uhud contre les polythéistes de La Mecque. Au cours de cette bataille, Talha établit un record sans précédent de bravoure et de courage. En réalité, il fut le héros de la bataille d’Uhud. Lorsque l’armée musulmane se trouva dans une situation extrêmement critique à cause de l’erreur des archers, Talha fut l’un des quelques soldats qui formèrent un rempart autour du Messager d’Allah. C’est alors qu’Ammar ibn Yazid tomba en martyr. Lorsqu’une flèche lancée par un mécréant atteignit l’œil de Qatada ibn Nu‘man, son globe oculaire sortit de son orbite et resta suspendu sur sa joue. Abou Doujana se plaça face au Messager d’Allah et transforma tout son corps en bouclier pour le protéger. À ce moment-là, Sa‘d ibn Abi Waqqas tirait des flèches avec un courage extraordinaire. Quant à Talha, il lança une attaque impétueuse contre les mécréants, une épée dans une main et une lance dans l’autre.

À un moment de la bataille, tous les compagnons s’étaient séparés du Messager d’Allah, à l’exception de douze Ansar et de Talha, le seul Muhajir. Le Messager d’Allah monta au sommet d’une montagne, lorsqu’un groupe de soldats ennemis l’encercla. Il dit à ses compagnons : « Celui qui réussira à les repousser sera mon compagnon au Paradis. » Talha dit : « J’y vais, ô Messager d’Allah. » Le Messager d’Allah répondit : « Non, reste. » Un Ansari dit : « J’y vais. » Il lui répondit : « Oui, vas-y. » L’Ansari partit, combattit les polythéistes et tomba en martyr. Ainsi, le Messager d’Allah lança plusieurs fois cet appel, et chaque fois Talha exprima le désir d’y aller ; mais le Messager d’Allah l’en empêcha et envoya un Ansari à sa place. Lorsque, l’un après l’autre, tous les Ansar eurent subi le martyre, le Messager d’Allah dit à Talha : « C’est maintenant ton tour, vas-y. »

Talha lança l’attaque. Le Messager d’Allah fut blessé, l’une de ses dents bénies fut brisée et il fut couvert de sang. Dans cette situation, Talha attaqua seul les polythéistes et les repoussa un peu plus loin ; puis il accourut auprès du Messager d’Allah, le porta sur ses épaules et commença à le faire monter vers le sommet de la montagne. Après l’avoir déposé en un endroit, il lança de nouveau une attaque. C’est ainsi qu’il repoussa les polythéistes ce jour-là. Abou Bakr rapporte : « À ce moment-là, Abou Oubayda et moi nous étions éloignés du Messager d’Allah. Quelque temps plus tard, nous revînmes auprès de lui et nous nous avancions pour le soigner, lorsqu’il dit : “Laissez-moi, allez voir votre compagnon Talha.” Nous regardâmes et le vîmes évanoui dans un fossé, couvert de sang. L’une de ses mains était presque séparée de son corps et il portait sur tout le corps plus de soixante-dix blessures causées par des épées, des flèches et des lances. » C’est pourquoi, plus tard, le Messager d’Allah dit à son sujet : « Si quelqu’un souhaite se réjouir en voyant un mort marcher sur terre, qu’il regarde Talha ibn Oubaydillah. » Pour cette raison, on l’appelait le martyr vivant. Chaque fois que la bataille d’Uhud était évoquée, le vénérable Siddiq Akbar disait : « Ce jour-là, tout fut à Talha. » Au cours de cette bataille, le Messager d’Allah fut si satisfait de Talha qu’il lui annonça la bonne nouvelle du Paradis al-Firdaws.

Au mois de Dhoul-Qa‘da de la cinquième année de l’Hégire, les forces réunies de diverses tribus arabes et des Juifs commencèrent à préparer l’attaque de Médine. Pour leur faire face, l’armée musulmane, sous la direction du Messager d’Allah, décida de creuser, aux abords de Médine et près du mont Sala, une tranchée profonde de cinq coudées, d’est en ouest. On voyait Talha occupé à creuser cette tranchée. À peine les travaux terminés, les forces réunies des Quraychites de La Mecque et d’autres tribus arabes assiégèrent Médine. À l’intérieur de Médine, les tribus juives, en particulier les Banou Qurayza, violèrent le pacte et commencèrent à comploter contre les musulmans. À ce moment-là, les musulmans étaient encerclés par des ennemis à l’intérieur comme à l’extérieur. Dans une situation aussi délicate, certains musulmans furent naturellement quelque peu troublés, préoccupés par la sécurité de leurs épouses, de leurs enfants et de leurs proches. Mais la détermination de la plupart des musulmans et leur foi en Allah demeurèrent inébranlables. Ils étaient pleinement prêts à sacrifier leurs vies et leurs biens dans le chemin d’Allah. Talha appartenait à ce dernier groupe. Allah ala sourate Al-Ahzab dans les deuxième et troisième ruku‘ une représentationmagnifique de l’état d’esprit des musulmans à cette époque.

Quelques musulmans se tenaient au bord de la tranchée et discutaient. Talha passait près d’eux. Il entendit l’un d’eux dire : « Nous devrions prendre des dispositions pour assurer la sécurité de nos épouses et de nos proches. » Talha s’arrêta un instant. Il dit : « Allahu khayrun hafizan » — Allah est le meilleur Protecteur. Ceux qui ont compté sur leur propre force et leur puissance physique ont échoué. Les hommes dirent : « Vous avez raison. » Ils renoncèrent à leur projet.

Il participa à toutes les expéditions, notamment à Bay‘at ar-Ridwan, Khaybar et Mu’ta, où il joua un rôle remarquable. Le jour de la conquête de La Mecque, Talha faisait partie du petit groupe de Muhajirun avec lequel le Messager d’Allah entra dans La Mecque, et il pénétra avec lui à l’intérieur de la Kaaba sacrée.

Le 25 Dhou al-Qa‘da de la dixième année de l’Hégire, le Messager d’Allah ﷺ partit de Médine pour accomplir le pèlerinage. C’était le célèbre pèlerinage d’adieu. Talha fut également le compagnon de voyage du Messager d’Allah ﷺ. Arrivé à Dhoul-Houlayfa avec le Messager d’Allah ﷺ, il revêtit l’ihram. Au cours de ce voyage, seuls le Messager d’Allah ﷺ et Talha avaient avec eux des animaux destinés au sacrifice.(Sahih al-Boukhari : Livre du pèlerinage)

La mort du Prophète bien-aimé ﷺ porta un coup terrible à Talha. Accablé par le chagrin causé par le décès du Messager d’Allah ﷺ, il était profondément affligé. Il disait parfois : « Allah Tout-Puissant a ordonné de faire preuve de patience face à toutes les épreuves. Je m’efforce donc de pratiquer une belle patience devant sa séparation, tout en implorant d’Allah la capacité de le faire. »

Sous le califat d’Abou Bakr, il fut son conseiller particulier. Par ses réflexions, ses conseils et ses actes, il l’aida en toutes choses. Au début de la guerre contre les apostats, plusieurs Compagnons éminents conseillèrent au calife de traiter avec une certaine indulgence les Bédouins qui refusaient de s’acquitter de la zakat et de ne pas proclamer le djihad contre eux. Mais Talha déclara clairement : « Une religion qui ne comporte pas la zakat ne peut être ni vraie ni juste. »

Au mois de Joumada ath-Thani de la 13e année de l’Hégire, Abou Bakr رضي الله عنه tomba malade. Son état se dégrada rapidement. Un jour, Talha alla lui rendre visite. Après son arrivée, un moment de silence s’écoula, puis les deux hommes eurent l’échange suivant :

— Dois-je désigner Oumar comme mon successeur ? Abou Mohammed (Talha), quel est votre avis ?

— Parmi les Compagnons, Oumar possède les qualités les plus éminentes. Il distingue la vérité du mensonge.

— C’est précisément votre conseil que je vous ai demandé concernant sa désignation comme mon successeur.

— Il a dans son caractère une certaine dureté et il se montre quelque peu trop strict.

– Quels défauts a-t-il ?

– Lorsqu’il est si sévère de votre vivant, qui sait combien il deviendra plus sévère encore après vous, par le sens de ses responsabilités.

– Lorsque la lourde responsabilité du califat lui incombera, il deviendra doux.

Finalement, Talha déclara : « Je ne conteste pas que ses qualités et ses compétences soient supérieures à celles de tous les autres. Je n’ai pas hésité à exprimer ma réaction au sujet d’un aspect de son caractère. »

En l’an 13 de l’Hégire, Umar devint calife. Lui aussi accorda à Talha la considération qui lui était due et tira constamment profit de ses conseils.

Après la conquête de l’Irak, un désaccord apparut entre les Compagnons sur la question de savoir si les terres agricoles de cette région devaient ou non être réparties entre les moudjahidines comme des biens du butin. Certains estimaient qu’il fallait les partager. Mais le calife et un autre groupe s’opposaient à ce partage. Après de longues discussions lors de la réunion du conseil de la Choura, l’avis du calife fut finalement adopté à l’unanimité. À cette occasion, Talha soutint sans ambiguïté la position du calife lors de la réunion de la Choura et prononça un discours énergique en sa faveur.

Avant la mort de l’Émir des croyants, Umar, qu’Allah l’agrée, les six éminents Compagnons auxquels il avait confié la responsabilité de choisir parmi eux un calife comprenaient également Talha. Mais, faisant preuve du plus haut degré d’abnégation, il renonça lui-même à prétendre au califat et donna son vote en faveur d’Uthman.

Uthman, qu’Allah l’agrée, fut placé en résidence surveillée par les insurgés. Un jour, il passa la tête par la fenêtre de sa maison et s’adressa au groupe des insurgés ainsi qu’aux habitants rassemblés de Médine. À un moment donné, il demanda : « Talha est-il parmi vous ? » Personne ne répondit. Lorsqu’il posa ainsi la question pour la troisième fois, Talha se leva. Uthman lui dit : « Je ne m’attendais pas à vous voir parmi cette foule ni à ce que vous répondiez après que j’eus posé la question trois fois. Je vous adjure par Allah : un jour, en tel lieu, alors que nul autre que vous et moi n’était avec le Messager d’Allah (ﷺ), le Messager d’Allah vous dit : “Talha, chaque prophète aura au Paradis un compagnon issu de sa communauté. Uthman ibn Affan sera mon compagnon au Paradis.” Vous en souvenez-vous ? » Talha répondit par l’affirmative. Puis il se leva et quitta la foule.

Hazrat Uthmân fut martyrisé. Une partie de la communauté musulmane s’éleva contre l’assassinat de Hazrat Uthmân et réclama le qisâs. Hazrat Talha et Zubayr se rendirent de Médine à La Mecque, où ils rejoignirent Hazrat ‘Â’isha (qu’Allah l’agrée). Aux abords de Bassora, ils se trouvèrent face à l’armée de Hazrat ‘Alî (qu’Allah l’agrée). Par l’intermédiaire de Hazrat Qa‘qa‘ ibn ‘Amr, des discussions commencèrent entre les deux parties. Hazrat ‘Alî (qu’Allah l’agrée), la Mère des croyants Hazrat ‘Â’isha, Talha et Zubayr parvinrent à un accord sur une résolution pacifique du problème. Les deux parties poussèrent un soupir de soulagement. Mais les conspirateurs, les hommes du Juif Ibn Saba, en furent alarmés. En réalité, c’étaient eux les assassins de Hazrat Uthmân. Ils s’étaient dissimulés au sein de l’armée de Hazrat ‘Alî (qu’Allah l’agrée). Dans l’obscurité de la nuit, ils commencèrent à tirer des flèches, d’un côté sur Hazrat ‘Â’isha (qu’Allah l’agrée) et, de l’autre, sur l’armée de Hazrat ‘Alî (qu’Allah l’agrée). Les soldats des deux camps s’étaient endormis rassurés, puisqu’une décision de paix avait été prise. Réveillés par cette attaque soudaine, ils crurent que l’adversaire avait commencé à attaquer. La conspiration du Juif Ibn Saba réussit. Avant même le lever du jour, une bataille acharnée éclata, et cette bataille fut connue dans l’histoire sous le nom de « bataille du Chameau ». Près de dix mille, ou selon une autre version treize mille hommes des deux camps y furent tués. Dès le début de la bataille, une flèche tirée par les sabéens transperça le pied de Hazrat Talha. Voyant que le sang ne cessait de couler de la blessure, Hazrat Qa‘qa‘ ibn ‘Amr lui demanda de se rendre au « Dâr al-‘Ilâj » de Bassora (l’hôpital). Sur son insistance, il s’y rendit accompagné d’un serviteur. Entre-temps, son corps se vida de son sang. Il mourut peu après son arrivée. Il fut enterré à Bassora même.

Ibn ‘Asâkir rapporte, d’après différentes sources, que Hazrat Talha fut blessé, le jour de la bataille du Chameau, par une flèche tirée par Marwân ibn al-Hakam. Il mourut à l’âge de soixante-quatre ans, au mois de Jumâdâ al-Awwal de l’an 36 de l’Hégire — selon une autre version, le 10 Jumâdâ ath-Thâniya.

Hazrat Talha était un commerçant fortuné. Mais il n’avait pas la convoitise d’accumuler les richesses. L’histoire rapporte de nombreux récits sur sa générosité. Elle le mentionne sous le nom de « Talha le généreux ». Un jour, soixante-dix mille dirhams lui parvinrent du Hadramaout. Le soir, il devint accablé et inquiet. Son épouse, Umm Kulthûm, fille de Hazrat Abû Bakr (qu’Allah l’agrée), voyant l’état de son mari, lui demanda :

— Abû Muhammad, qu’avez-vous donc ? J’ai l’impression de vous avoir contrarié par l’un de mes comportements.

— Non. En tant qu’épouse d’un musulman, tu es vraiment remarquable. Mais depuis ce soir, je réfléchis à ceci : quelle opinion un homme aura-t-il de son Seigneur s’il dort en laissant autant d’argent dans sa maison ?

— Pourquoi cela vous rend-il triste et inquiet ? Où trouverez-vous, à une heure aussi tardive, les pauvres, les nécessiteux et vos proches ? Dès demain matin, vous le distribuerez.

— Qu’Allah te couvre de Sa miséricorde ! Voilà ce qu’on appelle être digne de son père.

Le lendemain matin, il répartit tous les dirhams dans différents sacs et récipients, puis les distribua aux pauvres et aux nécessiteux parmi les Muhâjirûn et les Ansâr. Un autre récit est rapporté au sujet de sa générosité. Un homme se présenta auprès de Hazrat Talha, mentionna le lien de parenté qui les unissait et lui demanda une aide. Talha lui dit : « J’ai un terrain à tel endroit. ‘Uthmân ibn ‘Affân veut me donner trois cent mille dirhams en échange de ce terrain. Si tu le souhaites, tu peux prendre ce terrain, ou bien je peux le vendre et te donner les trois cent mille dirhams. » L’homme préféra recevoir l’argent. Il lui donna la totalité du produit de la vente.

Abd al-Rahman ibn ’Awf ((qu’Allah l’agrée))

Selon l’imam al-Bukhari, à l’époque de la Jâhiliya, le nom d’Abd al-Rahman ibn Awf était Abd Amr. Ibn Sa’d mentionne dans ses ‘Ṭabaqāt’ qu’à l’époque de la Jâhiliya, son nom était Abd Ka‘ba. Après sa conversion à l’islam, le Messager d’Allah, paix et bénédictions d’Allah sur lui, lui donna le nom d’Abd al-Rahman. Ses deux parents appartenaient à la tribu des Zuhra. Sa mère s’appelait Shifâ bint Awf. Son grand-père paternel et son grand-père maternel s’appelaient tous deux Awf.

Ibn Sa’d rapporte, d’après al-Waqidi, qu’il naquit dix ans après l’Année de l’Éléphant. Selon ce récit, il avait dix ans de moins que le Messager d’Allah, paix et bénédictions d’Allah sur lui. Le Prophète, paix et bénédictions d’Allah sur lui, naquit cinquante jours après l’événement de l’Année de l’Éléphant. Cependant, Ibn Hajar indique qu’il avait treize ans de moins que le Messager d’Allah, paix et bénédictions d’Allah sur lui.

Il fut l’un de ceux qui embrassèrent l’islam au tout début, après le début de la mission prophétique du Messager d’Allah, paix et bénédictions d’Allah sur lui. Les notables de La Mecque se réunissaient presque chaque jour chez Abu Bakr. Abd al-Rahman était lui aussi un membre régulier de ces réunions. Il entretenait une profonde amitié avec Abu Bakr. C’est sur l’invitation d’Abu Bakr qu’il embrassa l’islam. L’histoire nous a conservé les noms des cinq membres réguliers de ces réunions chez Abu Bakr : Uthman, Sa‘d, Talha, Zubayr et Abd al-Rahman. Tous embrassèrent l’islam dès la première période, à l’appel d’Abu Bakr, et reçurent de leur vivant l’annonce de l’entrée au Paradis, en échange des sacrifices immenses qu’ils consentirent pour l’islam.

Abd al-Rahman faisait partie de la première caravane, composée de onze hommes et de quatre femmes, qui émigra de La Mecque vers l’Abyssinie au mois de Rajab de la cinquième année de la mission prophétique. Après l’émigration du Messager d’Allah, paix et bénédictions d’Allah sur lui, vers Médine, il émigra lui aussi à Médine. Ceux qui avaient émigré à la fois en Abyssinie et à Médine sont appelés les « Sahibs al-Hijratayn », c’est-à-dire ceux qui ont accompli les deux émigrations. À Médine, il fut accueilli dans la demeure de Sa‘d ibn Rabi‘ al-Khazraji, et le Messager d’Allah, paix et bénédictions d’Allah sur lui, établit entre eux un lien de fraternité. L’imam al-Bukhari a rapporté à ce sujet de nombreux hadiths par plusieurs chaînes de transmission. Anas, qu’Allah l’agrée, rapporte à ce sujet : « Lorsque Abd al-Rahman ibn Awf émigra à Médine, le Messager d’Allah, paix et bénédictions d’Allah sur lui, établit entre lui et Sa‘d ibn Rabi‘ un lien de fraternité. Sa‘d était le chef de la tribu médinoise des Khazraj et un homme fortuné. Il dit à Abd al-Rahman : “Tous les Ansar savent que je suis un homme riche. Je veux partager tous mes biens en deux parts égales. J’ai deux épouses. Je voudrais que tu les regardes et que tu choisisses celle qui te plaît. Je divorcerai d’elle, puis tu l’épouseras.” Abd al-Rahman répondit : “Qu’Allah bénisse ta famille et lui accorde le bien ! Mon frère, je n’ai besoin de rien de tout cela. Indique-moi seulement le chemin du marché.” »

Dans l’histoire de la communauté islamique, et même dans celle de l’humanité, l’exemple de la confiance inébranlable de Sa‘d dans la fraternité islamique et de sa générosité incomparable est rare. D’autre part, la noblesse d’Abd al-Rahman, son autonomie et sa ferme résolution de se tenir sur ses propres jambes sont également particulièrement remarquables.

Le deuxième jour de son séjour à Médine, Abd al-Rahman demanda à son frère ansarite Sa‘d : « Y a-t-il ici un marché où l’on fait du commerce ? » Il répondit : « Oui, il y a le marché de Qaynuqa, à Yathrib (Médine). » Hadrat Abd al-Rahman acheta du ghee et du fromage quelque part, puis se rendit au marché. Le deuxième jour, il fit de même. C’est ainsi qu’il poursuivit son commerce. Lorsqu’il eut économisé un peu d’argent, il épousa une femme ansarite.

Un jour, après son mariage, il se présenta auprès du Messager d’Allah, paix et bénédictions d’Allah sur lui. Voyant des traces de safran sur ses vêtements, le Prophète, paix et bénédictions d’Allah sur lui, lui demanda : « T’es-tu marié ? » Il répondit : « Oui. » Il lui demanda : « Avec qui ? » Il répondit : « Avec une femme ansarite. » Le Messager d’Allah, paix et bénédictions d’Allah sur lui, demanda : « Quel montant de dot as-tu fixé ? » Il répondit : « Un peu d’or. » Alors le Messager d’Allah, paix et bénédictions d’Allah sur lui, lui dit : « Offre un repas de noces, ne serait-ce qu’avec une chèvre. »

Il continua à exercer son commerce. Quelque temps plus tard, lorsque ses moyens financiers eurent augmenté, il accomplit le repas de noces conformément aux instructions du Messager d’Allah (s.a.s.). Peu à peu, son commerce prit davantage d’ampleur. Il conclut également un accord commercial avec Umayya ibn Khalaf de La Mecque.

Le vénérable ʿAbd al-Rahman ibn ʿAwf participa à toutes les batailles, notamment à Badr, Uhud et al-Khandaq, et y fit preuve d’un courage et d’une fermeté remarquables. L’imam al-Bukhari a rapporté dans le « Kitab al-Maghazi » un épisode de la bataille de Badr, selon son propre récit : « Lors de la bataille de Badr, je me tenais dans les rangs. Le combat faisait rage. En regardant à droite et à gauche, je vis deux jeunes hommes de part et d’autre de moi. Je n’avais pas vraiment confiance en eux. L’un d’eux me demanda à voix basse : “Oncle, dites-moi, de quel côté est Abu Jahl ?” Je répondis : “Mon neveu, que veux-tu faire de lui ?” Il dit : “J’ai fait à Allah la promesse que soit je le tuerai, soit je sacrifierai ma propre vie dans ce but.” L’autre me dit également la même chose à voix basse. ʿAbd al-Rahman poursuit : “Après les avoir entendus, je me réjouis à la pensée que je me trouvais entre deux hommes si éminents. Je leur montrai Abu Jahl d’un geste. Soudain, tous deux se jetèrent ensemble sur Abu Jahl tels des faucons et le tuèrent en un instant. Ces deux jeunes hommes étaient Muʿadh et Muʿawwidh, les deux fils de ʿAfraʾ.” Lors de la bataille de Badr, ʿAbd al-Rahman fut blessé au pied.

Il participa également à la bataille d’Uhud. Là encore, il fit preuve d’une bravoure extraordinaire. Le Messager (s.a.s.) s’était réfugié dans un endroit du mont Uhud lorsqu’Ubayy ibn Khalaf s’avança dans l’intention de tuer le Messager d’Allah. Alors que ʿAbd al-Rahman s’avançait pour l’envoyer en Enfer, le Messager (s.a.s.) l’en empêcha. Puis le Messager (s.a.s.) prit lui-même une lance auprès d’al-Harith ibn Samma et la lança contre la nuque d’Ubayy ibn Khalaf. Légèrement blessé, celui-ci s’enfuit en criant et entreprit son voyage vers l’Enfer à Sarif, sur la route de La Mecque.

Ibn Saʿd ‘dans les Tabaqat al-Kubra ’a mentionné que, lors de la bataille d’Uhud, ʿAbd al-Rahman fit preuve d’un courage et d’une bravoure sans limites. Al-Baladhuri, dans son Futuh al-Buldan, Futuh al- Buldan, Ibn Hajar, dans son Al-–Isaba et Ibn Khaldun, dans son Tarikh, ont rapporté qu’au cours de cette bataille il reçut en tout trente et une blessures sur l’ensemble du corps.

Au mois de Shaʿban de la sixième année de l’Hégire, le Messager (s.a.s.) décida de mener une expédition à Dumat al-Jandal, située à environ trois cents miles au nord de Médine. Il confia le commandement de cette armée à ʿAbd al-Rahman. Avant le départ, celui-ci se rendit auprès du Messager d’Allah (s.a.s.). De ses propres mains, le Messager lui retira son turban et lui en noua un autre, noir, autour de la tête. Puis, après lui avoir donné quelques directives concernant la conduite de la guerre, il congédia ʿAbd al-Rahman (qu’Allah l’agrée).

Lors de la conquête de La Mecque, ʿAbd al-Rahman faisait partie du petit groupe d’émigrés auprès duquel se trouvait le Messager d’Allah (s.a.s.).

Après la conquête de La Mecque, le Messager (s.a.s.) envoya dans différentes directions plusieurs groupes de prédication pour appeler les habitants de la péninsule Arabique à l’islam. À cette époque, les tribus arabes étaient encore profondément plongées dans l’ignorance et l’esprit de clan. C’est pourquoi le Messager (s.a.s.) envoya ces groupes armés, afin qu’ils puissent se défendre en cas de besoin. Un groupe de trente hommes fut ainsi envoyé auprès des membres de Banu Khuzayma, sous le commandement du vénérable Khalid ibn al-Walid. Cependant, un malentendu survint entre Khalid et les Banu Khuzayma. À un moment donné, Khalid attaqua les Banu Khuzayma et fit de nombreuses victimes parmi eux. Informé de l’incident, le Messager (s.a.s.) convoqua Khalid, l’interrogea et implora Allah de pardonner son erreur. Le Messager (s.a.s.) versa la diya pour les personnes tuées. Même si le chien de quelqu’un avait été tué, sa valeur compensatoire fut également versée.

À propos de cet incident chez les Banu Khuzayma, une dispute et un débat eurent lieu entre Khalid et ʿAbd al-Rahman. Lorsque le Messager (s.a.s.) en fut informé, il convoqua Khalid et le réprimanda. Il dit : « Tu t’es querellé et tu as discuté avec un Compagnon qui fut l’un des Sabiqin al-Awwabin » (ceux qui embrassèrent l’islam au premier temps). Cela ne te convenait pas. Par Allah, même si tu possédais une quantité d’or équivalente à la montagne d’Uhud et que tu la dépensais entièrement dans le sentier d’Allah, tu ne pourrais malgré tout égaler un seul de ces Compagnons âgés qui furent les miens. » Il convient de préciser que le vénérable Khalid embrassa l’islam durant la sixième année de l’Hégire, après la bataille des Ahzab.

Lors de l’expédition de Tabûk, durant la neuvième année de l’Hégire, il réussit également l’épreuve de foi à laquelle les musulmans furent confrontés. Répondant à l’appel du Messager de Dieu (paix et bénédictions de Dieu sur lui), Abû Bakr, Uthmân et Abd al-Rahmân, qu’Allah les agréée, offrirent pour cette expédition des sommes sans précédent. Lorsque Abd al-Rahmân remit huit mille dinars entre les mains du Messager de Dieu (paix et bénédictions de Dieu sur lui), les hypocrites commencèrent à chuchoter. Ils dirent : « C’est un homme qui cherche à se faire voir ; son intention n’est que l’ostentation. » En réponse, Allah dit : « Voilà bien celui sur qui la miséricorde d’Allah ne cessera de descendre. » (Sourate At-Tawbah : 71)Une autre narration rapporte que, voyant ce don, Umar, qu’Allah l’agrée, s’exclama : « Il me semble qu’Abd al-Rahmân est en train de devenir pécheur, car il n’a rien laissé à sa famille. » Ayant entendu cela, le Messager de Dieu (paix et bénédictions de Dieu sur lui) demanda : « Abd al-Rahmân, as-tu laissé quelque chose pour ta famille ? » Il répondit : « Oui. Je leur ai laissé des biens meilleurs et plus abondants que ce que j’ai donné. » Le Messager de Dieu (paix et bénédictions de Dieu sur lui) demanda : « Combien ? » Il répondit : « Ce qu’Allah et Son Messager ont promis comme subsistance, bienfaits et récompense. »

Un jour, pendant l’expédition de Tabûk, alors que l’heure de la prière de l’aube était arrivée, le Messager de Dieu (paix et bénédictions de Dieu sur lui) sortit pour satisfaire un besoin naturel. Son retour tarda quelque peu. Entre-temps, l’heure de la prière arriva. À la demande des fidèles réunis, Abd al-Rahmân se plaça en imam pour diriger la prière. Le Messager de Dieu (paix et bénédictions de Dieu sur lui) revint alors qu’une rak‘a était déjà achevée. Sentant sa présence, Abd al-Rahmân tenta de se retirer vers l’arrière. Le Messager de Dieu (paix et bénédictions de Dieu sur lui) lui fit signe de rester à sa place. Il acheva ensuite la deuxième rak‘a restante, et le Messager de Dieu (paix et bénédictions de Dieu sur lui) pria derrière lui en le suivant. L’imam Muslim et Abû Dâwûd ont rapporté ce hadith dans leurs recueils authentiques.

Le premier calife, Abû Bakr, qu’Allah l’agrée, était sur son lit de mort. Il n’avait plus d’espoir de vivre. Il convoqua les Compagnons éminents et réfléchis afin de les consulter sur la personne qui lui succéderait au califat. Il consulta également Abd al-Rahmân et, mettant en avant certaines qualités de Umar, proposa son nom comme calife suivant. Après avoir écouté patiemment le calife, Abd al-Rahmân dit : « Vous avez raison. Il n’y a aucun doute quant à ses compétences. Toutefois, il est naturellement quelque peu sévère. »

Sous le califat d’Abû Bakr, qu’Allah l’agrée, huit Compagnons éminents furent chargés de rendre des fatwas et de juger, tandis qu’il fut ordonné à tous les autres de s’abstenir de rendre des fatwas. Abd al-Rahmân était l’un de ces huit hommes.

Umar aussi, durant son califat, empêcha tous ceux qui n’étaient pas des Compagnons doués de savoir et de discernement d’exercer la fonction judiciaire. Même Abdallah ibn Mas‘ûd, qu’il appelait « le trésor du savoir », reçut l’ordre de s’abstenir lorsqu’il commença à rendre des fatwas sans autorisation préalable. Umar n’autorisait à exprimer une opinion sur une branche du savoir que celui qui en était spécialiste. À ce sujet, il déclara dans un sermon prononcé à Jâbiya, lors de son voyage en Syrie : « Que ceux qui veulent comprendre le Coran s’attachent à Ubayy ibn Ka‘b ; que ceux qui veulent connaître les obligations successorales s’attachent à Zayd ibn Thâbit ; et que ceux qui veulent s’instruire des questions de jurisprudence s’attachent à Mu‘âdh ibn Jabal et à Abd al-Rahmân ibn Awf. »

Le calife Umar, qu’Allah l’agrée, accorda à Abd al-Rahmân le rang de conseiller particulier. La nuit, lorsqu’il parcourait la ville pour s’enquérir de la situation de ses habitants, il emmenait souvent Abd al-Rahmân avec lui et le consultait sur diverses questions.

Une nuit, le calife Umar sortit avec Abd al-Rahmân pour parcourir la ville. De loin, ils remarquèrent une lumière dans une maison. En s’approchant, ils virent que toutes les portes et fenêtres de la maison étaient fermées ; pourtant, des voix fortes s’élevaient de l’intérieur. Le calife Umar demanda à Abd al-Rahmân : « Entendez-vous les voix qui viennent de l’intérieur ?

— Oui, je les entends. »

— Comprenez-vous ce qu’ils disent ?

— On entend des voix mêlées. On n’entend que du vacarme ; il est impossible de comprendre ce qu’ils disent.

— Savez-vous à qui appartient cette maison ?

— Cette maison appartient à Rabi‘a ibn Umayya.

Umar dit : « Peut-être ont-ils bu du vin et sont-ils ivres. Qu’en pensez-vous ? »

— Allah nous a interdit l’espionnage. Il a dit : « Wa-lâ tajassasû » (n’espionnez pas) et « wa-lâ taqfu mâ laysa laka bihi ‘ilm » (ne suivez pas ce dont vous n’avez aucune connaissance).

En entendant cela, Umar dit : « Vous avez raison et vous me l’avez rappelé au moment opportun. » Sur ces mots, il poursuivit sa route avec Abd ar-Rahman. Les deux versets que le vénérable Abd ar-Rahman rappela ainsi à l’Émir des croyants constituent l’essence même des droits fondamentaux de l’individu dans la vie sociale musulmane.

En l’an 16 de l’Hégire, la conquête de l’Irak entraîna la chute de l’empire perse des Kisra en Irak, tandis qu’après la bataille de Yarmouk, l’empire du César romain s’effondra en Syrie. Le calife entreprit de fixer la jizya et le kharâj. Mais, à ce sujet, il se heurta à la vive opposition des commandants Khalid ibn al-Walid, Bilal et Abd ar-Rahman. Finalement, après de longues discussions lors des réunions successives du conseil de la Choura, l’avis du calife fut adopté.

Le calife, le vénérable ‘Umar, voulut fixer les allocations des Compagnons du Messager d’Allah. Il fit part de cette intention au vénérable ‘Abd al-Rahman. Celui-ci conseilla de confier l’établissement d’une liste à trois hommes experts en généalogie : Makhzama ibn Nawfal, Khaybar ibn Mut‘im et ‘Aqil ibn Abu Talib. Suivant son conseil, le calife leur confia cette tâche. Après qu’ils eurent établi la liste et la lui eurent présentée, l’Amir al-Mu’minin et ‘Abd al-Rahman l’examinèrent tous deux. Après avoir regardé la liste, le vénérable ‘Umar dit : « Modifiez l’ordre de la liste actuelle et inscrivez mon nom ainsi que ceux des autres membres de ma tribu selon le degré de leur lien de parenté avec le Messager d’Allah. » Le vénérable ‘Ali et le vénérable ‘Abd al-Rahman objectèrent : « Vous êtes l’Amir al-Mu’minin. La liste devrait commencer par votre nom. » Il répondit : « Non. Commencez par al-‘Abbas, l’oncle du Messager d’Allah, puis inscrivez le nom de ‘Ali. » Il fixa le montant des allocations après avoir consulté ‘Abd al-Rahman. Puis il le soumit au conseil de la Choura.

Les Épouses Purifiées du Messager d’Allah exprimaient depuis longtemps le désir d’accomplir le Hajj. En l’an vingt-trois de l’Hégire, le calife ‘Umar acheva les préparatifs de leur pèlerinage. Il les accompagna lui-même. Il confia toute la responsabilité de l’organisation de leur voyage aux vénérables ‘Abd al-Rahman et ‘Uthman. Durant le voyage, ‘Abd al-Rahman avançait armé à la tête de la caravane, tandis que ‘Uthman la suivait, également armé, pour assurer leur protection. Ils ne laissaient personne s’approcher de leurs chameaux. Lorsqu’elles s’installaient quelque part, tous deux étaient chargés de garder les tentes.

Au cours de la première année de son califat, le vénérable ‘Umar nomma ‘Abd al-Rahman amir al-Hajj et l’envoya à La Mecque. Il lui envoya également, en son propre nom, une bête destinée au sacrifice. Cette année-là, l’ensemble des musulmans du monde accomplit le Hajj sous sa direction.

Le calife, le vénérable ‘Umar, dirigeait la prière de l’aube en assemblée. Firoz, l’esclave perse d’al-Mughira ibn Shu‘ba, le poignarda. Alors qu’il était blessé, il saisit aussitôt la main de ‘Abd al-Rahman, qui se tenait derrière lui, le plaça à sa propre place, puis s’effondra au sol. ‘Abd al-Rahman acheva ensuite rapidement la prière restante.

Dix heures après avoir été blessé, le vénérable ‘Umar dit aux personnes rassemblées : « Comme vous le disiez, je souhaitais moi aussi désigner comme émir un homme capable de porter le fardeau de cette communauté. Puis j’ai réfléchi : si je faisais cela, la responsabilité m’en incomberait encore après ma mort. C’est pourquoi je n’ai pas osé le faire. Voici ces six hommes : ‘Ali, ‘Uthman, ‘Abd al-Rahman, Sa‘d, al-Zubayr et Talha. Le Messager d’Allah leur a annoncé la bonne nouvelle qu’ils seraient au Paradis. Vous choisirez l’un d’entre eux comme émir. Il y a aussi mon fils ‘Abdullah, mais il n’aura aucun rapport avec le califat. Si les six hommes mentionnés se divisent, au sujet du choix du calife, en deux groupes égaux de trois, le calife sera choisi dans le groupe soutenu par ‘Abdullah. Mais si l’avis de ‘Abdullah n’est pas accepté par la majorité, alors l’avis du groupe auquel appartiendra ‘Abd al-Rahman sera retenu. » Ce conseil du vénérable ‘Umar révèle clairement l’opinion qu’il avait de ‘Abd al-Rahman.

Le vénérable ‘Umar mourut. ‘Abd al-Rahman ne souhaitait pas devenir calife. De son côté, le vénérable Talha ne se trouvait pas alors à Médine. Les quatre autres hommes confièrent à ‘Abd al-Rahman l’entière responsabilité du choix du calife.

‘Abd al-Rahman s’acquitta de la responsabilité qui lui avait été confiée avec un dévouement et une probité extrêmes. Pendant trois jours et trois nuits consécutifs, il échangea avec des personnes de toutes les couches de la société. La majorité se prononça en faveur du vénérable ‘Uthman. Finalement, avant l’expiration du délai de trois jours et trois nuits fixé par ‘Umar, il invita les gens à participer à la prière de l’aube en assemblée. Après la prière, il proclama le nom du vénérable ‘Uthman comme calife devant la foule rassemblée. Depuis que le vénérable ‘Umar avait été poignardé, et sur ses instructions, il dirigea la prière en assemblée et assuma toutes les responsabilités administratives jusqu’à la proclamation du nom de ‘Uthman comme troisième calife.

Au mois de Muharram de l’an vingt-quatre de l’Hégire, le vénérable ‘Uthman fut élu calife. La même année, il nomma ‘Abd al-Rahman amir al-Hajj. La communauté musulmane accomplit le Hajj de cette année sous sa direction.

Hazrat Abd al-Rahman resta jusqu’à la fin de sa vie membre du conseil consultatif du calife Uthman et rendit ainsi d’éminents services à la communauté musulmane en la conseillant sur diverses questions importantes. Auprès de chacun des trois califes, Hazrat Abu Bakr, Umar et Uthman, il jouissait d’une confiance et d’une considération extrêmes.

Selon Ibn Saad, Hazrat Abd al-Rahman mourut en l’an 32 de l’Hégire, à l’âge de soixante-quinze ans. Selon Ibn Hajar, toutefois, il vécut soixante-douze ans. Ibn Hajar rapporte également que Hazrat Uthman ou Zubayr ibn al-Awwam dirigea sa prière funéraire et qu’il fut enterré au cimetière de Baqi, à Médine. Parmi ceux qui portèrent sa dépouille jusqu’au cimetière se trouvait également le célèbre Compagnon Hazrat Sa’d ibn Abi Waqqas.

Nous avons vu précédemment qu’Abd al-Rahman était arrivé à Médine les mains totalement vides. Il commença ses affaires en achetant et en vendant un peu de beurre clarifié et de fromage. Avec le temps, il devint l’un des meilleurs commerçants et l’un des hommes les plus riches de la communauté musulmane de son époque. Le Prophète avait invoqué Allah afin que ses biens prospèrent, et cette invocation avait été agréée par Allah. Pourtant, il ne développa pas le moindre désir ni le moindre attachement pour ces richesses. De son vivant comme après sa mort, il dépensa jusqu’à la fin de sa vie ces biens avec une générosité inépuisable dans la voie d’Allah et au service du bien-être des hommes.

Un jour, le Prophète décida d’entreprendre une expédition. Il dit : « J’ai l’intention d’envoyer des soldats pour une expédition ; aidez-moi. » Abd al-Rahman accourut chez lui, puis revint aussitôt et dit : « Ô Messager d’Allah, je possède ces quatre mille. J’en donne deux mille à mon Seigneur en prêt gracieux, et je garde les deux mille restants pour ma famille. » Le Messager d’Allah dit : « Qu’Allah bénisse tout ce que tu as donné et tout ce que tu as conservé. »

Un jour, une grande agitation éclata à Médine : une caravane commerciale était arrivée de Syrie avec une immense quantité de céréales. Il n’y avait que des chameaux, encore des chameaux. La Mère des croyants, Hazrat Aïcha, demanda : « À qui appartient cette caravane commerciale ? » On lui répondit : « À Abd al-Rahman ibn Awf. » Elle dit : « J’ai entendu le Messager d’Allah dire : j’ai comme vu Abd al-Rahman se pencher une fois sur le Sirat, puis se redresser. » Selon une autre narration, Hazrat Aïcha dit : « Qu’Allah bénisse tout ce qu’Il lui a accordé en ce monde, et que sa récompense dans l’au-delà soit encore plus grande. J’ai entendu le Messager d’Allah dire : Abd al-Rahman entrera au Paradis en rampant. »

Ces paroles de Hazrat Aïcha parvinrent aux oreilles d’Abd al-Rahman. Il dit : « Si Allah le veut, je dois entrer au Paradis debout. » Puis il fit l’aumône de toutes ses marchandises. Ces biens étaient chargés sur cinq cents chameaux, ou, selon une autre version, sur sept cents. Certains rapportent qu’il donna également les chameaux avec les marchandises. Hazrat Abd al-Rahman était profondément dévoué aux Mères des croyants. Toute sa vie, il dépensa généreusement pour leur bonheur et leur bien-être. Elles le tenaient pour un homme digne de confiance et sûr. Un jour, il vendit des terres pour quarante mille dinars et distribua la totalité du produit de la vente aux Banu Zuhra — le clan paternel de Hazrat Amina, la mère du Messager d’Allah —, aux musulmans, aux pauvres et aux nécessiteux, aux émigrés et aux Épouses purifiées. Lorsque la part de Hazrat Aïcha lui parvint, elle demanda : « Qui l’a envoyée ? » On lui répondit : « Abd al-Rahman ibn Awf. » Elle dit : « Le Messager d’Allah a dit : “Après moi, seuls les patients auront de la compassion pour vous.” »

Ibn Hajar ‘al-–Isaba’ rapporte, d’après Ja’far ibn Barqan, qu’Abd al-Rahman libéra au total trente mille esclaves. Même à l’époque préislamique, il considérait la consommation d’alcool comme interdite.

Hazrat Abd al-Rahman était un exemple concret de piété et de crainte d’Allah. Lorsqu’il se rendait à La Mecque, il ne se retournait même pas pour regarder ses anciennes maisons. Les gens lui demandèrent : « Pourquoi éprouvez-vous une telle aversion pour vos anciennes demeures ? » Il répondit : « Je les ai abandonnées pour mon Seigneur. »

Un jour, il invita ses amis. De très bons plats furent servis. En voyant la nourriture, il se mit à pleurer. Les gens lui demandèrent : « Que s’est-il passé ? » Il répondit : « Le Messager d’Allah est parti. De son vivant, il ne pouvait même pas manger à sa faim du pain d’orge dans sa propre maison. »

Un jour, il observait le jeûne. Après la rupture du jeûne, il regarda la nourriture placée devant lui et dit : « Mus‘ab ibn ‘Umayr était un homme meilleur que moi. Lorsqu’il fut martyrisé, on ne trouva pour lui qu’un petit morceau de tissu servant de linceul. Lorsqu’on en couvrait sa tête, ses pieds restaient découverts, et lorsqu’on en couvrait ses pieds, sa tête restait découverte. Puis Allah Très-Haut nous accorda cette abondance de biens terrestres. Je crains que notre récompense ne nous ait déjà été accordée ici-bas. » Puis il se mit à sangloter abondamment.

‘Umar a dit à son sujet : « ‘Abd ar-Rahman est l’un des dirigeants musulmans. » À propos d’un événement, ‘Ali rapporta du Messager d’Allah : « ‘Abd ar-Rahman est l’homme digne de confiance du ciel et de la terre. »

‘Abd ar-Rahman a rapporté des hadiths directement du Messager d’Allah et de ‘Umar. Ses fils, notamment Ibrahim, Humayd, ‘Umar, Mus‘ab et Abu Salama, ainsi que son petit-fils Miswar, son neveu Miswar ibn Makhrama, et les Compagnons Ibn ‘Abbas, Ibn ‘Umar, Zubayr, Jabir, Anas, Malik ibn Aws et d’autres ont rapporté des hadiths de lui. Son titre le plus éminent est d’être l’un des dix promis au Paradis.

Sa‘’d ibn Abī Waqq‌ās ( (RA))

Son nom était Abu Ishaq Sa‘d, et son père s’appelait Abu Waqqas Malik. Dans l’histoire, il est connu sous le nom de Sa‘d ibn Abi Waqqas. Il était issu du clan Banu Zuhra de la tribu de Quraysh. Sa mère s’appelait Hamna. Ses deux parents appartenaient à la tribu de Quraysh. Le père de Sa‘d, Abu Waqqas, embrassa l’islam et eut l’honneur de devenir un Compagnon du Messager d’Allah. Alors qu’il était sur son lit de mort, le Messager d’Allah lui rendit visite. Sa mère, Hamna, embrassa également l’islam. Cependant, lorsqu’elle apprit d’abord la conversion de son fils Sa‘d, elle se mit à pousser des cris et à se lamenter, attirant les gens autour d’elle. Bouleversé de colère et de chagrin par le comportement de sa mère, Sa‘d alla s’asseoir silencieusement dans un coin de la maison. Après s’être lamentée et avoir fait du tapage pendant quelque temps, sa mère déclara clairement : « Tant que Sa‘d n’aura pas proclamé son rejet de la mission de Muhammad, je ne mangerai rien, je ne boirai rien et je ne chercherai même pas l’ombre pour me protéger du soleil. Allah a certes aussi ordonné d’obéir à sa mère. S’il ne m’écoute pas, il sera considéré comme désobéissant et n’aura plus aucun lien avec sa mère. »

Sa‘d fut plongé dans une grande agitation. Il se rendit auprès du Messager d’Allah et lui relata tout ce qui s’était passé. Avant même qu’il ne reçût une réponse du Messager d’Allah, le huitième verset de la sourate al-‘Ankabut fut révélé :

« J’ai ordonné à l’être humain de bien traiter ses père et mère. Mais s’ils te contraignent à M’associer ce dont tu n’as aucune connaissance, ne leur obéis pas. »

Ce verset du Coran mit fin au trouble intérieur de Sa‘d. Sa mère ne mangea rien pendant trois jours, ne parla à personne et ne quitta pas le soleil pour se mettre à l’ombre. Son état devint extrêmement pitoyable. Il revint à plusieurs reprises auprès d’elle pour tenter de la raisonner ; mais elle répétait la même chose : il devait abandonner l’islam. Finalement, il fut contraint de lui dire en face : « Mère, même si mille mères comme vous s’obstinaient à abandonner nourriture et boisson et à mourir pour me faire renoncer à l’islam, il m’est malgré tout impossible d’abandonner la vraie religion. » Ces paroles d’une vérité absolue de Sa‘d touchèrent le cœur de sa mère. Finalement, elle aussi embrassa l’islam. L’imam Muslim a rapporté un hadith à ce sujet dans son recueil authentique, au chapitre « Al-Fadâ’il ».

Le frère de Sa‘d, ‘Umaïr, embrassa l’islam peu après que le Messager d’Allah eut reçu la prophétie. Il fut l’un des premiers à embrasser l’islam. Ibn Khaldûn mentionne dans son ‘« Tarîkh »,’ qu’après ‘Umaïr, ‘Abdullah ibn Mas‘ûd embrassa l’islam.

Abû Bakr était un ami intime de Sa‘d. C’est à l’appel d’Abû Bakr qu’il embrassa l’islam. L’imam Bukhârî a rapporté, dans son recueil authentique, au chapitre « Al-Manâqib », un hadith concernant la conversion de Sa‘d. Sa‘d dit : « Après avoir embrassé l’islam, je me trouvai être le troisième musulman. » En réalité, il embrassa l’islam dès que le Messager d’Allah reçut la prophétie ; toutefois, comme beaucoup d’autres, il ne l’annonça pas à ce moment-là. La confirmation de ce fait se trouve dans l’épisode concernant sa mère et dans la révélation du verset de la sourate Al-‘Ankabût. En effet, ce verset fut révélé durant la quatrième année de la prophétie. Il est probable que ce soit à cette époque qu’il révéla à sa mère sa conversion à l’islam.

Durant la troisième année de la prophétie, ‘Amr ibn ‘Abasa, de la tribu de Sulaym, se présenta secrètement auprès du Messager d’Allah et embrassa l’islam. L’autorisation d’appeler publiquement à l’islam n’était pas encore venue d’Allah. Après sa conversion, ‘Amr priait dans un coin de la vallée d’Abû Tâlib. Les Quraysh commencèrent à lancer des pierres. En voyant cela, Sa‘d s’avança avec quelques musulmans ; une dispute et une échauffourée commencèrent alors avec ces mécréants qurayshites. Hazrat Sa‘d frappa violemment un mécréant avec son fouet. Le corps de l’homme fut couvert de sang. Ce fut le premier cas, dans l’histoire de l’islam, où le sang d’un polythéiste fut versé par la main d’un musulman.

Après l’émigration de Hazrat Mus‘ab ibn ‘Umaïr et d’Ibn Umm Maktûm de La Mecque à Médine, Sa‘d ibn Abî Waqqâs fut l’un des quatre hommes qui émigrèrent à Médine. Un hadith rapporté d’après Al-Barâ’ ibn ‘Âzib figure dans le Sahîh d’Al-Bukhârî. Il dit : « Les premiers à venir auprès de nous furent Mus‘ab ibn ‘Umaïr et Ibn Umm Maktûm. Ces deux hommes enseignaient le Coran aux habitants de Médine. Puis Bilâl, Sa‘d et ‘Ammâr ibn Yâsir arrivèrent. » Ibn Sa‘d rapporte, d’après Al-Wâqidî, dans son ouvrage ‘« Tabâqât al- Kubrâ »,’ que Sa‘d et son frère ‘Umaïr, après avoir émigré de La Mecque à Médine, demeurèrent auprès de leur autre frère, ‘Utba ibn Abî Waqqâs. Quelques années auparavant, ‘Utba avait tué un homme, fui La Mecque et trouvé refuge à Médine.

Le rôle de Hazrat Sa‘d dans le jihâd sur le chemin d’Allah était extrêmement important. Sa bravoure et son courage poussèrent les ennemis de l’islam vers un sort très funeste. Il fut le premier musulman à tirer des flèches sur le chemin d’Allah. Il disait lui-même :

— « Je suis le premier Arabe à avoir tiré des flèches pour Allah. »

Après l’émigration de La Mecque à Médine, la situation financière des musulmans émigrés demeura extrêmement misérable pendant un certain temps. Ils ne disposaient ni de réserves alimentaires, ni de vêtements à porter, ni de moyens de subsistance bien établis. Sous la pression des émigrés venus de La Mecque, les fondations du système économique limité de Médine furent ébranlées. Toute la société musulmane de Médine, Ansar comme émigrés, sombra dans une extrême détresse financière. Malgré cette pauvreté extrême, ils poursuivirent leur mission de propagation et de développement de l’islam, et continuèrent à mener bataille après bataille contre les mécréants. À propos de cette grande pauvreté, Sa‘d (qu’Allah l’agrée) dit : « Nous combattions aux côtés du Messager d’Allah (ﷺ), alors nous n’avions rien à manger, si ce n’est des feuilles d’arbres. (C’est avec cela que nous subsistions.) Et nos excréments ressemblaient à ceux des chameaux et des chèvres. » — (al-Bukhari et Muslim : Manāqib de Sa‘’d (qu’Allah l’agrée).)

Un an après l’Hégire, au mois de Safar, le Messager (ﷺ) envoya une expédition de soixante cavaliers montés sur des chameaux afin de surveiller les mouvements des Quraysh. Sa‘d (qu’Allah l’agrée) faisait partie de cette expédition. À un moment donné, ils aperçurent un grand groupe de Quraysh placé sous le commandement d’Ikrima ibn Abi Jahl. Toutefois, les deux parties évitèrent l’affrontement. Mais lorsqu’un homme du camp qurayshite poussa soudain un grand cri, Sa‘d décocha immédiatement une flèche. Ce fut la toute première flèche tirée contre les mécréants dans l’histoire de l’islam.

Au mois de Rabi al-Thani de la deuxième année de l’Hégire, le Messager (ﷺ) quitta Médine avec deux cents Compagnons. L’objectif était d’observer les mouvements des ennemis aux alentours de Médine et de leur faire savoir que les musulmans ne dormaient pas. Sa‘d (qu’Allah l’agrée) était le porte-étendard de cette armée. Cette fois, un bref affrontement eut également lieu avec les Quraysh à un endroit appelé Bawat. Six mois plus tard, la bataille de Badr eut lieu.

Quelques jours seulement avant la bataille de Badr, Sa‘d (qu’Allah l’agrée) faisait partie du groupe de trois hommes que le Messager (ﷺ) envoya recueillir des informations sur la caravane des Quraysh. Après s’être embusqués près des puits de Badr, ils capturèrent deux hommes de l’adversaire et les amenèrent auprès du Messager d’Allah (ﷺ). Celui-ci apprit d’eux de nombreuses informations sur le camp ennemi.

À Badr, Sa‘d (qu’Allah l’agrée) et son frère ‘Umayr (qu’Allah l’agrée) combattirent avec un courage remarquable. Chacun d’eux tua plusieurs mécréants et les envoya en Enfer. Au cours de cette bataille, le vénérable ‘Umayr (qu’Allah l’agrée) mourut en martyr. Sa‘d (qu’Allah l’agrée) tua Sa‘id ibn ‘As, prit son épée et la remit au Messager d’Allah (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui). Il exprima au Messager d’Allah (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui) le désir de recevoir cette épée. Celui-ci répondit : « Cette épée n’est ni à toi ni à moi. » Sa‘d (qu’Allah l’agrée) se leva et s’éloigna quelque peu du Messager d’Allah (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui), lorsque la sourate Al-Anfal fut révélée. Ensuite, le Messager d’Allah (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui) l’appela et lui dit : « Prends ton épée. »

La bataille d’Uhud eut lieu un an après celle de Badr. Le vénérable Sa‘d (qu’Allah l’agrée) y prit également part. Lorsque, à cause de l’erreur de quelques soldats musulmans, une victoire certaine se transforma en défaite, Sa‘d (qu’Allah l’agrée) fut l’un des quelques soldats qui, au péril de leur vie, formèrent un rempart défensif autour du Messager d’Allah (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui). L’imam al-Bukhari a rapporté cet événement d’après le récit de Sa‘d (qu’Allah l’agrée) :

Le jour d’Uhud, le Messager d’Allah (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui) étala son carquois devant moi et dit :

« Tire des flèches ! Que mon père et ma mère soient sacrifiés pour toi. » Ibn Sa‘d a également rapporté : « Par hasard, l’un des carquois ne contenait aucune flèche. Sa‘d (qu’Allah l’agrée) dit : “Ô Messager d’Allah, celui-ci est vide.” Il répondit : “Jette-le quand même.” »

Un frère de Sa‘d, ‘Umayr, fut martyrisé lors de la bataille de Badr. Lors de la bataille d’Uhud, alors que Sa‘d combattait au péril de sa vie pour protéger le Messager contre l’attaque acharnée des mécréants, le visage du Prophète bien-aimé fut justement blessé par une pierre lancée par son autre frère, le misérable ‘Utba, et l’une de ses dents fut brisée. Sa‘d disait souvent : « Je n’ai jamais éprouvé un désir aussi ardent de tuer un mécréant que celui que j’éprouvais à l’égard de ‘Utba. Mais lorsque j’entendis le Messager dire que la colère d’Allah s’abattrait sur celui qui avait ensanglanté le visage du Messager d’Allah, mon désir de le tuer s’apaisa et la sérénité descendit dans mon cœur. »

Lors de la bataille d’Uhud, il observa une scène extraordinaire. Il dit : « Le jour d’Uhud, je vis deux hommes d’une blancheur éclatante combattre avec acharnement les mécréants, à droite et à gauche du Messager d’Allah. Jamais auparavant ni après cela je ne les ai vus. »

La bataille du Fossé eut lieu deux ans après celle d’Uhud. Il y participa également et décocha une flèche contre un habile cavalier mécréant, lui transperçant l’œil de part en part, si bien que le Messager éclata soudain de rire en voyant cela. Pendant la bataille du Fossé, une tente fut dressée dans une vallée du mont Sala pour le Messager d’Allah. Par une nuit froide, le Messager, enveloppé dans une couverture, était couché seul. Soudain, il entendit dans la tente le cliquetis d’une arme. Il demanda : « Qui est là ? » Il reçut cette réponse : « Sa‘d, fils d’Abû Waqqâs. » — « Pourquoi es-tu venu ? » Il répondit : « Le Messager d’Allah lui est plus cher que mille vies de Sa‘d. Cette nuit sombre et froide, j’ai eu peur pour vous. Je suis donc venu monter la garde. » Le Prophète d’Allah dit : « Sa‘d ! J’avais les yeux ouverts. J’espérais qu’un serviteur pieux me protégerait aujourd’hui ! »

Lors de la dixième année de l’Hégire, Sa‘d accompagnait également le Messager d’Allah pour le pèlerinage d’adieu. Mais avant le pèlerinage, il tomba gravement malade à La Mecque. Il renonça en quelque sorte à tout espoir de vivre. À cette époque, le Messager venait de temps à autre prendre de ses nouvelles. Sa‘d raconta : « Un jour, après m’avoir parlé, il posa la main sur mon front. Puis il fit glisser sa main sur mon visage jusqu’à mon ventre et invoqua Allah : “Ô Allah, accorde la guérison à Sa‘d et parachève son Hégire.” C’est-à-dire : fais qu’il meure à Médine, lieu de son Hégire. Sa‘d disait : “Je ressens encore aujourd’hui dans mon cœur la fraîcheur et la paix de ce toucher de la main du Messager d’Allah.” Il recouvra la santé et vécut encore quarante-cinq ans.

Sous le commandement du vénérable Abû ‘Ubayda et d’al-Muthannâ, l’armée musulmane a vaincu les forces de Kisrâ et conquis l’Irak. L’Irak est désormais sous le contrôle de l’armée musulmane. Les proches de Kisrâ, oubliant toutes leurs divergences, ont placé Yazdegerd sur le trône et rassemblé une immense armée sous le commandement du général Rustam afin d’attaquer de nouveau l’armée musulmane. Le vénérable ‘Umar apprit ces préparatifs. Il exprima le désir de partir lui-même avec une armée pour aider al-Muthannâ. Mais, n’ayant pas obtenu l’autorisation du Conseil consultatif, il envoya Sa‘d conformément à la décision du Conseil et le nomma commandant suprême de l’armée réunie sur le front iranien. Le vénérable Sa‘d, qu’Allah l’agrée, partit de Médine avec son armée et atteignit Qâdisiyya. Al-Muthannâ mourut avant son arrivée. Dans la plaine de Qâdisiyya, une bataille décisive et sanglante opposa les armées musulmane et perse sous le commandement du général Sa‘d. Au cours de cette bataille, les lignes défensives de l’immense armée perse furent réduites en pièces, et celle-ci essuya défaite sur défaite.

Sur la route de Madaïn, capitale de l’Empire sassanide, l’armée musulmane occupe Bahrasîr. Entre Bahrasîr et Madaïn coule le Tigre, agité par de tumultueuses vagues. Le vénérable Sa‘d apprit que le shahanshah Yazdegerd faisait retirer tous les biens précieux de la capitale, Madaïn. Le vénérable Sa‘d avança rapidement vers Madaïn avec son armée. Arrivé sur la rive du Tigre, il constata que les Iraniens avaient déjà détruit le pont sur le fleuve. C’est sur cette rive du Tigre qu’il prononça un discours historique à l’intention des moudjahidines musulmans. En voici le résumé :

« Ô serviteurs d’Allah, soldats de la religion ! Les souverains sassanides ont enchaîné les serviteurs d’Allah dans les liens de l’esclavage ; par des mensonges et des paroles inventées, ils les ont trompés et contraints à adorer le feu et le soleil. Ils ont accumulé chez eux les biens acquis au prix des efforts et de la sueur des gens. Lorsque vous êtes venus en libérateurs, ils ont pris la fuite et chargé sur le dos de chevaux et d’ânes les biens des populations pauvres. Nous ne leur donnerons jamais une telle occasion. Ils ont détruit le pont afin que nous ne puissions pas nous emparer des trésors chargés sur leurs montures. Mais les Iraniens ne nous connaissent pas. Ils ignorent que ceux qui placent leur confiance en Allah et servent l’humanité ne s’en remettent ni aux ponts ni aux bateaux. Au nom d’Allah, le Très Miséricordieux et le Très Généreux, je fais entrer mon cheval dans le fleuve. Suivez-moi. Traversez le Tigre en rangs, l’un derrière l’autre et l’un à côté de l’autre. Qu’Allah vous accorde Son aide et Sa protection. »

Après avoir achevé son discours, le vénérable Sa‘d prononça la basmala et lança son cheval dans le fleuve. Les autres moudjahidines suivirent également leur commandant. Le fleuve était déchaîné. Pourtant, pas le moindre désordre ne se produisit dans les rangs des soldats d’Allah. Ils traversèrent le fleuve en formation et atteignirent l’autre rive. Les soldats iraniens observaient la scène, postés à une distance quelque peu sûre. Ils en furent stupéfaits de consternation. Spontanément, ils se mirent à crier : « Les démons arrivent, les monstres arrivent ! Fuyez, fuyez ! »

Sous l’assaut soudain des moudjahidines musulmans, le roi Yazdegerd quitta Madaïn et prit la route de Hulwan, abandonnant derrière lui d’innombrables trésors. Sa’d (qu’Allah l’agrée) entra dans le palais blanc déserté. L’atmosphère était terrifiante. Chaque pièce du palais semblait être un rappel destiné à instruire et à exhorter. Des lèvres de Sa’d (qu’Allah l’agrée) sortirent les versets de la sourate Ad-Dukhân :

— Que de jardins et de sources ils avaient laissés derrière eux, que de champs cultivés et de palais somptueux, et que de biens de luxe dont ils jouissaient ! Il en fut ainsi, et Nous en fîmes héritier un autre peuple. » (sourate Ad-Dukhân : 25-–28)

Après être entré dans le palais blanc, Sa’d (qu’Allah l’agrée) accomplit huit rak’ahs de la « Salât al-Fath ». Puis il annonça que la prière collective du vendredi aurait lieu ce jour-là dans ce palais royal. Ensuite, il fit construire un minbar et accomplit la prière du vendredi. Ce fut la toute première prière du vendredi célébrée en Perse.

Après la conquête de Madaïn, le calife ‘Umar (qu’Allah l’agrée) ordonna au commandant Sa’d de ne pas poursuivre lui-même les Iraniens, mais de choisir quelqu’un d’autre et de lui confier cette mission. Puis, conformément à l’ordre du calife, il se consacra au rétablissement de la paix et de l’ordre intérieur, à la réorganisation de l’administration, à la propagation et à l’essor de l’islam, ainsi qu’à l’enseignement et à l’éducation des nouveaux musulmans. À Madaïn, qui avait été pendant des siècles le centre des adorateurs du feu et où le nom de l’Allah unique n’avait jamais été entendu, Sa’d (qu’Allah l’agrée) construisit pour la première fois une grande mosquée. Il en construisit également dans les autres villes d’Iran. Il agrandit la ville de Koufa afin d’y installer les musulmans arabes. Il fut aussi l’architecte de Bassora, en Irak.

Le calife ʿUmar nomma Saʿd gouverneur de Koufa. Quelques jours plus tard, à la suite des plaintes formulées contre lui par certains habitants de Koufa, il le destitua de ce poste. Le palais que Saʿd avait fait construire pour lui-même à Koufa fut incendié sur l’ordre de ʿUmar par Muḥammad ibn Maslama, qui se rendit de Médine à Koufa à cet effet. (Majmūʿ’ Fatāwā–d’Ibn Taymiyya, tome 35 p. 40)

L’homme de Koufa nommé Usāma ibn Qatāda, qui avait prêté serment et porté un faux témoignage contre Saʿd auprès du calife ʿUmar, fut l’objet des imprécations de Saʿd, qui demanda à Allah de lui accorder trois choses : qu’Il lui fasse vivre une longue vie, qu’Il l’accable sous les coups de la pauvreté et qu’Il fasse de sa personne une proie de la discorde. Les historiens ont rapporté que cette invocation s’est vérifiée à la lettre. Il n’y a là rien d’étonnant, car il était en effet « mujtab ad-daʿwa », c’est-à-dire dont les invocations étaient exaucées. Le Prophète lui-même avait invoqué Allah en sa faveur : « Ô Allah, exauce l’invocation de Saʿd lorsqu’il T’invoque. »

Il n’est pas exact que Hadrat ʿUmar رضي الله عنه ait cru vraies les accusations portées contre Saʿd. Il a donc déclaré : « Je n’ai pas destitué Saʿd parce qu’il était inapte à administrer l’État ou parce que je n’avais pas confiance en lui. » (Al-Bukhari : Kitab al-Manāqib) Hadrat Saʿd demeura jusqu’au dernier moment précédant la mort du calife ʿUmar l’un de ses hommes de confiance ; la preuve en est qu’il l’inclut dans le conseil de six membres qu’il constitua avant sa mort pour choisir le calife suivant. Sa dernière parole au sujet de Saʿd fut : « Si Saʿd obtient la charge du califat, il en est digne. Sinon, que celui qui deviendra calife sollicite son aide. » (Al-Bukhari : Kitab al-Manāqib et Al-–Iṣābah). Hadrat ʿUthman nomma de nouveau Saʿd gouverneur de Koufa dès la première année de son califat. Mais, quelques jours plus tard, un désaccord étant survenu entre Saʿd et Hadrat ʿAbd Allah ibn Masʿud, trésorier de Koufa, au sujet d’une affaire, le calife rappela Saʿd.

Les agitateurs ansarites d’Ibn Saba étaient entrés à Médine dans le but d’encercler le calife ʿUthman رضي الله عنه. Au cours du sermon de la prière du vendredi à la mosquée du Prophète, le calife condamna les agitateurs en termes sévères. Ceux-ci lui lancèrent alors des pierres et le blessèrent. Hadrat Saʿd fut le premier à s’avancer pour leur résister. Puis les autres Compagnons se levèrent tous ensemble et les repoussèrent.

Hadrat ʿUthman رضي الله عنه fut tué en martyr par les insurgés. Hadrat Saʿd se trouvait alors à Médine. Les habitants de Médine désignèrent Hadrat ʿAli comme calife et lui prêtèrent serment d’allégeance. Lorsque des gens se rendirent chez Saʿd pour lui prêter serment d’allégeance entre les mains de ʿAli رضي الله عنه, il leur ferma la porte au visage et dit : « Je ne le ferai pas tant que tout le monde n’aura pas prêté serment. Toutefois, aucun danger ne me menace de mon côté. »

Il n’est pas possible d’exposer dans ce bref cadre le chapitre douloureux qui s’ouvrit dans l’histoire de l’islam après l’assassinat de Hadrat ʿUthman رضي الله عنه. Toutefois, pour comprendre le rôle de Hadrat Saʿd à cette époque, il suffit de rappeler qu’alors la communauté musulmane se divisa en trois groupes. L’un était favorable à Hadrat ʿAli, l’autre lui était opposé et le troisième demeura neutre. De même qu’il y avait des Compagnons éminents dans les deux groupes favorables et opposés à Hadrat ʿAli, il y en avait aussi dans le groupe neutre. Ils ne considéraient pas comme licite de tirer l’épée contre ou en faveur d’un musulman. C’est pourquoi nous constatons que Hadrat Saʿd ne participa ni à la bataille du Chameau ni à celle de Siffin ; il demeurait alors dans sa propre maison, à Médine.

En somme, après le martyre de Hadrat ʿUthman, il choisit la retraite. Un jour, voyant son fils ʿUmar venir dans son écurie de chameaux, il dit : « Qu’Allah me protège du mal de ce cavalier. » Puis ʿUmar vint trouver son père et lui dit : « Vous passez votre temps parmi les chameaux et les chèvres, tandis que les gens se querellent au sujet des affaires de l’État. » Hadrat Saʿd frappa de la main la poitrine de son fils et dit : « Tais-toi ! » J’ai entendu le Messager d’Allah صلى الله عليه وسلم dire : « Allah aime celui qui vit dans la retraite, le pieux et celui qui, au moment de prendre la bonne décision, ne se soucie pas de la colère ou de l’aversion des gens. »

Après avoir prêté serment d’allégeance à Hadrat ʿAli, Saʿd رضي الله عنه continuait à considérer comme pervers les kharijites qui avaient quitté son groupe. Après le martyre de Hadrat ʿUthman, son fils ʿUmar vint le trouver et lui dit : « À présent, la communauté musulmane a besoin d’un homme avisé pour diriger le califat. Nous pensons que vous êtes le plus apte à cette fonction. » À peine eut-il prononcé ces mots que Saʿd s’écria : « Cela suffit, n’en parlons plus. Il n’est pas nécessaire de m’encourager davantage. »

Le vénérable Sa’d décéda après avoir été malade quelque temps dans la vallée d’Al-‘Aqîq, à dix miles de Médine. Les biographes divergent quant à l’année de sa mort. Toutefois, l’opinion la plus répandue est qu’il mourut en l’an 55 de l’hégire, à l’âge de 85 ans. Ibn Hajar a également soutenu cette opinion dans son ouvrage Tahdhîb. Après les ablutions funéraires et l’enveloppement dans le linceul, sa dépouille fut transportée à Médine. Marwân, alors gouverneur de Médine, dirigea la prière funéraire. Plusieurs récits de Sahîh Muslim permettent de connaître en détail les circonstances de sa prière funéraire.

Après le décès du vénérable Sa’d, la Mère des croyants, la vénérable ‘Â’isha, et les autres Épouses purifiées du Prophète envoyèrent dire que sa dépouille soit amenée dans la mosquée, afin qu’elles puissent prendre part à la prière funéraire. Mais les gens se trouvèrent hésitants quant à la possibilité d’introduire la dépouille dans la mosquée. Ayant appris cela, la vénérable ‘Â’isha — qu’Allah l’agrée — dit : « Vous oubliez donc si vite ? Le Messager — qu’Allah le bénisse et le salue — a pourtant accompli dans cette mosquée la prière funéraire de Suhayl ibn Baydâ’. » La dépouille fut ensuite amenée près des appartements des Mères des croyants, et elles accomplirent la prière.

Au moment de sa mort, le vénérable Sa’d — qu’Allah l’agrée — possédait de grandes richesses. Malgré cela, il demanda qu’on lui apporte une très vieille tunique de laine et dit : « C’est avec celle-ci que vous m’ensevelirez. C’est vêtu de cette tunique que j’ai combattu les mécréants lors de la bataille de Badr. Je souhaite me présenter devant Allah avec elle. »

Mus’ab, le fils du vénérable Sa’d, rapporte : À ses derniers instants, la tête de mon père reposait sur mes genoux. En voyant son état agonisant, mes yeux se remplirent de larmes. Il me regarda et demanda : « Mon fils, pourquoi pleures-tu ? » Je répondis : « En voyant votre état. » Il dit : « Ne pleure pas pour moi. Allah ne me châtiera jamais ; je suis destiné au Paradis. Allah récompensera les croyants pour leurs bonnes œuvres et, en échange des bonnes œuvres des mécréants, allégera leur châtiment. »(Hayâtus Sahâba– 3/54)

Le rang et l’importance du vénérable Sa’d étaient très élevés auprès du Messager — qu’Allah le bénisse et le salue —, des Califes bien guidés et des autres Compagnons. De nombreux hadiths montrent l’immense importance qu’ils accordaient à son opinion. Un jour, Sa’d rapporta un hadith concernant le fait de passer les mains humides sur les chaussons. Le vénérable ‘Abdullah ibn ‘Umar voulut vérifier l’authenticité de ce hadith auprès de son père, le vénérable ‘Umar al-Fârûq — qu’Allah l’agrée. Il demanda : « As-tu entendu ce hadith de Sa’d ibn Abî Waqqâs ? » Il répondit : « Oui. » ‘Umar dit : « Oui. Lorsque Sa’d vous rapporte un hadith, ne demandez à personne d’autre quoi que ce soit à son sujet. »

Ibn Ishâq rapporte : Parmi les Compagnons du Messager d’Allah — qu’Allah le bénisse et le salue —, quatre étaient les plus rigoureux : ‘Umar, ‘Alî, az-Zubayr et Sa’d — qu’Allah les agrée.

Du vivant du Messager d’Allah — qu’Allah le bénisse et le salue —, Sa’d fit trois fois l’appel à la prière en l’absence du vénérable Bilâl. Le Messager — qu’Allah le bénisse et le salue — lui avait ordonné : « Si tu ne vois pas Bilâl avec moi, tu feras l’appel à la prière. »(Hayâtus Sahâba 3/116)

Hazrat Sa’d a rapporté de nombreux hadiths du Messager d’Allah (paix et bénédictions d’Allah sur lui). De lui, ses fils et ses filles, notamment Ibrahim, Amir, Mus’ab, Muhammad et Aïcha, ainsi que d’éminents Compagnons, tels qu’Aïcha, Ibn Abbas, Ibn Umar et Jabir, et d’éminents Tabi‘un, tels que Sa’id ibn al-Musayyib, Abu Uthman al-Nahdi, Qays ibn Abi Hazim, Alqama, Ahnaf et d’autres, ont rapporté des hadiths. (Al-–Isaba 3//33)

Hazrat Sa’d possédait également un talent poétique. Certaines de ses poésies ont été compilées dans les sources anciennes. Ibn Hajar a cité plusieurs vers dans son ouvrage ‘Al-–Isaba’.

La plus grande distinction de Hazrat Sa’d est qu’il comptait parmi les ‘Ashara-e Mubashshara’, c’est-à-dire les dix personnes auxquelles le Paradis fut annoncé de leur vivant, et qu’il fut le dernier membre de ce groupe à quitter ce monde.

Abu Ubayda ibn al- Jar‌rah ((qu’Allah l’agrée))

Le Messager d’Allah (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui) a dit : « Likulli ummatin aminun, wa aminu hadhihil ummah Abu Ubayda — Chaque nation a un homme digne de confiance, et l’homme digne de la plus grande confiance de cette communauté musulmane est Abu Ubayda. »

Il avait le visage lumineux, le teint clair, une constitution mince et élancée, ainsi qu’une haute stature. Quiconque le regardait en avait les yeux réjouis ; en sa présence, le respect et l’affection naissaient dans le cœur, qui se remplissait également d’un sentiment de confiance. Il était d’une intelligence vive, extrêmement humble et de nature très pudique. Cependant, dans tout moment de crise, une fermeté de caractère semblable à celle d’un lion se manifestait en lui. L’éclat et la vivacité de son caractère étaient semblables au tranchant d’une épée. Selon les paroles du Messager (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui), il était l’« amîn » — l’homme digne de confiance — de l’umma de Muhammad.

Son nom complet était ʿĀmir ibn ʿAbd Allāh ibn al-Jarrāḥ al-Fihrī al-Qurashī. Cependant, tout le monde le connaissait simplement sous le nom d’Abū ʿUbayda. Par l’intermédiaire de son cinquième ancêtre, Fihr, sa généalogie se rattachait à celle du Messager d’Allah (que Dieu le bénisse et le salue). Sa mère était également la fille d’un membre du clan des Fihr. Selon les spécialistes de la Sîra, il embrassa l’islam.

ʿAbd Allāh ibn ʿUmar (qu’Allah l’agrée) fit le commentaire suivant : « Trois hommes parmi les Quraysh se distinguaient de tous les autres par la beauté de leur visage, leur excellent caractère et leur pudeur constante. S’ils te disaient quelque chose, ils ne te mentiraient pas, et si tu leur disais quelque chose, ils ne te traiteraient pas de menteur. Ce sont Abū Bakr al-Ṣiddīq, ʿUthmān ibn ʿAffān et Abū ʿUbayda ibn al-Jarrāḥ. »

Abū ʿUbayda fut l’un de ceux qui embrassèrent l’islam dès les premiers temps de sa prédication. Il se convertit le lendemain même de la conversion de ʿAbū Bakr. C’est entre les mains d’ʿAbū Bakr qu’il déclara son adhésion à l’islam. Puis il se rendit auprès du Messager d’Allah (que Dieu le bénisse et le salue), accompagné de ʿAbd al-Raḥmān ibn ʿAwf, de ʿUthmān ibn Maẓʿūn et d’al-Arqam ibn Abī al-Arqam. Là, ils déclarèrent tous ensemble leur adhésion à l’islam. Ainsi furent-ils les premières fondations du grand édifice islamique.

Abū ʿUbayda partagea toutes les amères épreuves vécues par les musulmans à La Mecque, du début à la fin. En demeurant ferme en toute circonstance, il réussit l’épreuve suprême de la foi en Allah et en Son Messager. Accablé par les persécutions des Quraysh, il émigra deux fois en Abyssinie. Puis, après l’émigration du Messager d’Allah (que Dieu le bénisse et le salue), il émigra lui aussi à Médine. À Médine, un pacte de fraternité religieuse, ou mu’ākhāt dînî, fut établi entre lui et Saʿd ibn Muʿādh. Mais, le jour de la bataille de Badr, la rigueur de l’épreuve imposée à Abū ʿUbayda dépassait toute conception et toute imagination. Sur le champ de bataille, il attaquait les mécréants avec une telle audace qu’il semblait totalement indifférent à la mort. Les polythéistes furent terrifiés par ses attaques, et leurs cavaliers, pris de panique par peur de perdre la vie, s’enfuirent dans toutes les directions. Cependant, un homme du camp ennemi revenait sans cesse se placer devant lui. Lui-même continuait à s’écarter de son chemin, comme s’il cherchait à éviter de l’affronter. L’homme pénétra dans la foule. Abū ʿUbayda continua à l’éviter là aussi. Finalement, il vint se dresser en obstacle entre l’ennemi et Abū ʿUbayda. Lorsque la patience de celui-ci arriva à son terme, il frappa l’homme d’un coup d’épée qui lui sépara la tête du corps. L’homme roula à terre.

Qui était cet homme ? Ce n’était nul autre que ʿAbd Allāh ibn al-Jarrāḥ, le père d’Abū ʿUbayda. En réalité, Abū ʿUbayda n’avait pas tué son père : il avait tué, sous l’apparence de son père, le polythéisme et l’idolâtrie. Après cet événement, Allah le Très-Haut révéla, au sujet d’Abū ʿUbayda et de son père, le verset suivant.

« Tu ne trouveras pas de gens qui croient en Allah et au Jour dernier aimer ceux qui s’opposent à Allah et à Son Messager (que Dieu le bénisse et le salue), fussent-ils leurs pères, leurs fils, leurs frères ou les membres de leur clan. Voilà ceux dans les cœurs desquels Allah a fermement enraciné la foi et qu’Il a soutenus par un esprit venant de Lui. Il les fera entrer dans des jardins sous lesquels coulent les ruisseaux, où ils demeureront éternellement. Allah les agréera et ils L’agréeront. Ceux-là sont le parti d’Allah. Certes, le parti d’Allah est celui qui réussit. » ((Al Mujadila– 22)

Il n’y a donc rien d’étonnant dans le comportement d’Abū ʿUbayda. Sa foi ferme en Allah, sa sincérité envers la religion et sa loyauté envers la communauté de Muḥammad avaient atteint en lui un degré si éminent que nombre de grands hommes l’enviaient en le voyant. Muḥammad ibn Jaʿfar rapporte : « Une délégation de chrétiens se présenta auprès du Messager d’Allah (que Dieu le bénisse et le salue) et lui dit : “Ô Abū al-Qāsim ! Envoie avec nous l’un de tes compagnons que tu auras choisi. Il tranchera entre nous au sujet de certains biens faisant l’objet d’un différend. Votre communauté musulmane nous est à tous agréable et acceptable.” En entendant cela, le Messager (que Dieu le bénisse et le salue) dit : “Revenez me voir ce soir. Je vous enverrai un homme ferme et digne de confiance.” ʿUmar ibn al-Khaṭṭāb rapporte : “Ce jour-là, je me rendis très tôt à la mosquée pour accomplir la prière de midi. Jamais, comme ce jour-là, je n’avais désiré exercer l’autorité. La seule raison en était que je puisse être celui qui recevrait cet éloge du Messager d’Allah (que Dieu le bénisse et le salue).”

Après avoir terminé avec nous la prière de midi, le Messager d’Allah (que Dieu le bénisse et le salue) se mit à regarder à droite et à gauche. Pour attirer son attention, je redressai moi aussi légèrement le cou. Mais, en promenant son regard, il aperçut finalement Abū ʿUbayda ibn al-Jarrāḥ. Il l’appela et lui dit : « Va avec eux et tranche leur différend selon la vérité et la justice. » Je me dis alors intérieurement : « Abū ʿUbayda m’a ravi cet honneur. »

Abû Ubayda n’était pas seulement digne de confiance ; il rassemblait aussi constamment toutes ses forces pour être digne de cette confiance. Cela se manifesta dans différents domaines.

Peu avant la bataille de Badr, le Messager d’Allah, paix et bénédiction d’Allah sur lui, envoya un groupe de Compagnons pour suivre les mouvements de la caravane des Quraychites. Il nomma Abû Ubayda à leur tête. On leur donna quelques dattes comme provisions. Chaque jour, Abû Ubayda ne donnait à chacun de ses compagnons qu’une seule datte. Ils passaient toute la journée à sucer cette datte et à boire de l’eau, comme les nourrissons tètent le sein de leur mère. Ainsi, du matin au soir, une seule datte leur était donnée. Ils passaient toute la journée à sucer cette datte et à boire de l’eau, comme les nourrissons tètent le sein de leur mère. Ainsi, du matin au soir, une seule datte leur suffisait. Selon certains récits, l’événement se déroula ainsi : au mois de rajab de la huitième année de l’Hégire, le Prophète, paix et bénédiction d’Allah sur lui, envoya une expédition sous le commandement d’Abû Ubayda dans la région côtière, afin de surveiller les mouvements des Quraychites. Ils n’avaient avec eux, à part quelques dattes, aucune autre provision. Chaque soldat ne recevait quotidiennement qu’une seule datte. Ils vécurent plusieurs jours en ne mangeant que cette datte. Finalement, Allah Très-Haut les délivra de cette épreuve. Sur le rivage, ils trouvèrent un poisson d’une taille gigantesque et, en s’en nourrissant, ils retournèrent à Médine. Il est possible qu’il s’agisse de deux événements distincts.

Lorsque les musulmans subirent une défaite lors de la bataille d’Uhud et que les polythéistes se mirent à crier à tue-tête : « Où est Muhammad ? Où est Muhammad ?… », Abû Ubayda fut l’un des dix hommes qui, de leurs propres corps, protégèrent le Messager, paix et bénédiction d’Allah sur lui, contre les flèches des polythéistes. À la fin de la bataille, on constata qu’une dent du Messager d’Allah, paix et bénédiction d’Allah sur lui, avait été brisée, que son front était couvert de sang et que deux maillons de son armure s’étaient enfoncés dans sa joue. Abû Bakr as-Siddîq s’avança précipitamment pour retirer ces deux maillons. Abû Ubayda lui dit : « Par Allah, laissez-moi faire. » Il le laissa faire. Abû Ubayda craignait qu’en retirant les deux maillons avec la main, le Messager, paix et bénédiction d’Allah sur lui, ne souffrît. Il en saisit donc un fermement entre ses dents et le retira. Mais une autre de ses dents se brisa également. Abû Bakr fit alors cette remarque : « Abû Ubayda est le meilleur des hommes aux dents brisées. » Il participa également à l’expédition du Fossé et à celle contre les Banû Qurayza. Il signa comme témoin l’historique traité de Hudaybiya. Lors de l’expédition de Khaybar, il fit preuve du plus grand courage et de la plus grande bravoure. Au cours de l’expédition de Dhât as-Salâsil, le Messager, paix et bénédiction d’Allah sur lui, envoya Abû Ubayda à l’arrière avec deux cents soldats pour renforcer l’armée de ʿAmr ibn al-ʿÂs. Ils remportèrent la victoire. Abû Ubayda participa à toutes les opérations, notamment à la conquête de La Mecque et à l’expédition de Tâ’if. Il accompagna également le Messager d’Allah, paix et bénédiction d’Allah sur lui, lors du pèlerinage d’Adieu.

Après avoir embrassé l’islam et jusqu’au dernier jour de la vie du Messager d’Allah, paix et bénédiction d’Allah sur lui, Abû Ubayda le suivit constamment, en toute circonstance, comme une ombre.

À la Saqîfa des Banû Sâʿida, une vive controverse faisait rage au sujet du choix du calife. Abû Ubayda adressa un important discours aux Ansâr. Il les avertit en ces termes : « Ô communauté des Ansâr ! Vous avez été les premiers à apporter votre soutien. Ne soyez pas aujourd’hui les premiers à semer la division. » À un moment donné, Abû Bakr dit à Abû Ubayda : « Tends-moi la main, afin que je te prête allégeance. J’ai entendu le Messager, paix et bénédiction d’Allah sur lui, dire : “Chaque nation a un homme digne de confiance, et tu es l’homme digne de confiance de cette nation.” » Abû Ubayda lui répondit : « Je ne peux tendre la main devant un homme que le Messager, paix et bénédiction d’Allah sur lui, a chargé de diriger notre prière et qui l’a dirigée jusqu’à sa mort. » Après cela, l’allégeance fut prêtée à Abû Bakr. Une fois Abû Bakr devenu calife, il joua auprès de lui le rôle de meilleur conseiller et soutien dans les affaires de vérité, de justice et de bien. Après Abû Bakr, ʿUmar prit en charge le califat. Abû Ubayda lui aussi lui prêta obéissance.

Après qu’Abû Bakr, qu’Allah l’agrée, eut pris en charge le califat, il décida, en l’an 13 de l’Hégire, de mener une expédition en Syrie. Il ordonna à Abû Ubayda de marcher sur Homs, à Yazîd ibn Abî Sufyân sur Damas, à Shurahbîl sur la Jordanie et à ʿAmr ibn al-ʿÂs sur la Palestine. Il nomma Abû Ubayda commandant en chef de l’armée réunie. Damas, Homs, Lattakié et d’autres villes furent conquises par Abû Ubayda. Ce fut lui qui dirigea la terrible bataille du Yarmûk. Répondant à l’appel de ʿAmr ibn al-ʿÂs, il participa à la conquête de Bayt al-Maqdis. Lorsque les habitants de Bayt al-Maqdis exprimèrent le souhait de conclure une trêve avec le calife ʿUmar lui-même, Abû Ubayda écrivit au calife pour l’en informer. Lorsque le calife arriva à Jâbiya pour signer le traité, Abû Ubayda l’accueillit. En l’an 17 de l’Hégire, le calife ʿUmar destitua Khâlid Sayfullâh de ses fonctions de gouverneur et de wali de Damas et nomma Abû Ubayda à sa place. Khâlid Sayfullâh dit alors aux gens : « Vous devriez vous réjouir que l’homme digne de confiance de la communauté soit votre wali. »

Sous le commandement d’Abû Ubayda, l’armée musulmane remportait victoire sur victoire en Syrie et poursuivait la conquête de l’ensemble du territoire syrien. À cette époque, une épidémie de peste éclata en Syrie et faisait chaque jour des milliers de victimes. Le calife ʿUmar, qu’Allah l’agrée, se rendit lui-même depuis la capitale, Médine, jusqu’à un lieu appelé Sargh pour s’enquérir de la situation. Avec les autres chefs, Abû Ubayda y accueillit le calife. Celui-ci consulta les Muhâjirûn et les Ansâr âgés sur cette question. Tous se prononcèrent unanimement en faveur du départ des membres de l’armée. ʿUmar invita tout le monde à retourner avec lui à Médine le lendemain. Profondément convaincu du destin, Abû Ubayda s’y opposa. Il demanda au calife : « Fuyons-nous donc le destin d’Allah ? » Le calife, attristé, répondit : « Si seulement quelqu’un d’autre que toi avait prononcé ces mots ! Oui, nous fuyons le destin d’Allah, mais pour nous diriger vers un autre destin. » Abû Ubayda resta sur place avec son armée. Le commandeur des croyants, ʿUmar, arriva à Médine et envoya par un messager une lettre à Abû Ubayda. Il y écrivait : « J’ai grand besoin de toi. Je te convoque avec la plus grande urgence. Si cette lettre te parvient pendant la nuit, pars avant le matin ; et si elle te parvient pendant la journée, pars avant le soir. » En recevant la lettre du calife ʿUmar, il fit cette remarque : « Je comprends pourquoi le commandeur des croyants a besoin de moi. Il veut sauver celui qui n’est plus en vie. » Puis il écrivit : « Ô commandeur des croyants, j’ai compris pourquoi tu as besoin de moi. Je me trouve parmi les combattants musulmans. Je n’espère pas me préserver de l’épreuve qui les a frappés. Je ne veux pas les quitter tant qu’Allah n’aura pas rendu Son jugement définitif entre eux et moi. Après réception de cette lettre, retire ta décision et permets-moi de rester ici. »

Après avoir lu cette lettre, ʿUmar pleura avec une telle intensité que ses larmes coulèrent abondamment de ses deux yeux. En le voyant pleurer, les gens qui l’entouraient lui demandèrent : « Ô commandeur des croyants, Abû Ubayda est-il mort ? » Il répondit : « Non, mais il est à l’article de la mort. »

La conviction de ‘Umar ne s’avéra pas fausse. Peu de temps après, il fut atteint par la peste. À l’approche de sa mort, il prononça devant son armée un bref discours de conseil. Il dit : « Si vous suivez le conseil que je vous donne, vous demeurerez toujours sur le chemin du bien. Accomplissez la prière, jeûnez durant le mois de Ramadan, acquittez la zakat, accomplissez le hajj et la ‘umra, conseillez-vous mutuellement, dites la vérité et la justice à vos gouverneurs et à vos dirigeants, ne leur cachez rien et ne vous laissez pas emporter par les plaisirs et les richesses de ce monde. Même si quelqu’un vivait mille ans, il connaîtrait la même fin que celle que vous voyez aujourd’hui être la mienne. » Il acheva son discours en saluant tout le monde. Puis, se tournant vers Mu‘adh ibn Jabal, il dit : « Mu‘adh ! Dirige la prière. » Aussitôt après, son âme se sépara de son corps pur et s’élança vers l’Être suprême. Mu‘adh se leva et dit à l’assemblée : « Gens ! Vous êtes accablés de chagrin par la disparition de cet homme. Par Allah ! Je ne connais personne dont la poitrine soit plus généreuse, le cœur plus pur, l’amour de l’au-delà plus grand et les conseils donnés au peuple plus sincères que ceux de cet homme. Ayez pitié de lui, et Allah aura pitié de vous. » Cet événement eut lieu en l’an 18 de l’Hégire.

Ensuite, les gens se rassemblèrent et sortirent la dépouille d’Abû ‘Ubayda. Sa prière funéraire fut célébrée sous la direction de Mu‘adh ibn Jabal. Mu‘adh ibn Jabal, ‘Amr ibn al-‘Âs et Dahhâk ibn Qays descendirent dans la tombe et y déposèrent son corps. Après l’avoir recouvert de terre, Mu‘adh fit son éloge dans un bref discours : « Abû ‘Ubayda, qu’Allah vous fasse miséricorde ! Par Allah ! Je ne dirai à votre sujet que ce que j’en sais et je ne dirai rien de faux, car je crains le châtiment d’Allah. À ma connaissance, vous étiez l’un de ceux qui se souvenaient abondamment d’Allah et parcouraient la terre avec humilité. Vous étiez aussi de ceux qui passaient la nuit prosternés et debout devant leur Seigneur, et qui, lorsqu’ils dépensaient, ne gaspillaient ni ne se montraient avares, mais adoptaient une voie intermédiaire. Par Allah, à ma connaissance, vous étiez humble et bienveillant envers les orphelins et les nécessiteux. Vous étiez l’un des ennemis des tyrans orgueilleux. »

La crainte d’Allah, le suivi de la Sunna, la piété, l’humilité, le sens de l’égalité, l’affection et la compassion étaient les traits particuliers de son caractère. Un jour, un homme se rendit chez Abû ‘Ubayda et le trouva en train de pleurer à chaudes larmes. L’homme lui demanda : « Qu’y a-t-il, Abû ‘Ubayda ? Pourquoi pleurez-vous autant ? » Il répondit : « Un jour, alors que le Messager ﷺ évoquait les futures victoires et les richesses des musulmans, la Syrie fut mentionnée. Il dit : “Abû ‘Ubayda, si tu es encore vivant à ce moment-là, trois serviteurs te suffiront : l’un pour toi, l’un pour ta famille et l’autre pour t’accompagner dans tes voyages. De même, tu te contenteras de trois montures : l’une pour toi, l’une pour ton serviteur et l’autre pour transporter tes affaires.” Mais maintenant, je vois que ma maison est remplie de serviteurs et mon écurie de chevaux. Hélas ! Comment pourrai-je me présenter devant le Messager d’Allah ﷺ ? Le Messager ﷺ a dit : “Celui qui me sera le plus cher sera celui qui me rejoindra dans exactement l’état où je l’avais laissé.” »

Lors d’un voyage du calife ‘Umar en Syrie, il vit les officiers vêtus d’habits somptueux. Il entra dans une telle colère qu’il descendit de son cheval et se mit à leur jeter des pierres en disant : « Vous vous êtes si rapidement habitués aux coutumes étrangères ! » Mais Abû ‘Ubayda vint à la rencontre du calife en Arabe ordinaire, vêtu d’un habit arabe très simple et tenant son chameau par une simple corde. Le calife ‘Umar (RA) se rendit chez lui et y trouva les signes d’un mode de vie encore plus simple : hormis une épée, un bouclier et un palanquin de chameau, il n’y avait rien dans sa maison. Le calife lui dit : « Abû ‘Ubayda, vous auriez tout de même pu vous procurer les choses dont vous avez besoin. » Abû ‘Ubayda répondit : « Ô commandeur des croyants, cela nous suffit. »

Un jour, ‘Umar (RA) envoya à Abû ‘Ubayda, en guise de présent, quatre cents dinars et quatre mille dirhams. Celui-ci distribua tout l’argent parmi les soldats et ne garda pas même un sou pour lui. Lorsque ‘Umar l’apprit, il commenta : « Al-hamdulillah ! Il existe encore de telles personnes en Islam. »

Il était si humble que, malgré sa fonction de commandant, on ne pouvait pas le distinguer des soldats ordinaires. Un étranger n’aurait pas pu le reconnaître comme leur commandant. Un jour, un envoyé romain arriva et demanda : « Qui est votre commandant ? » Lorsque les soldats le lui désignèrent en levant une grappe de raisin vers lui, il fut stupéfait de voir le vêtement et la position si simples du commandant.

Saïd ibn Zayd ((RA))

Son nom était Saïd et sa kunya Abû al-A‘war. Son père était Zayd et sa mère Fâtima bint Baj‘a. Par l’intermédiaire de son ancêtre Ka‘b ibn Lu’ayy, sa lignée rejoint celle du Messager d’Allah ﷺ.

Zayd, le père de Saïd, était l’un des rares hommes fortunés de La Mecque à l’époque de la Jâhiliya qui, avant l’avènement de l’islam, s’étaient tenus éloignés du shirk et de l’idolâtrie, ainsi que de toutes les formes de péché et d’obscénité. Il s’abstenait même de manger la viande des bêtes immolées par les polythéistes. Un jour, avant le début de la mission prophétique, il rencontra le Messager d’Allah (paix et bénédictions d’Allah sur lui) dans la vallée de Balda. Lorsque de la nourriture fut apportée devant le Messager d’Allah (paix et bénédictions d’Allah sur lui), Zayd refusa d’en manger. Quand on l’invita à manger, il déclina et leur dit : « Je ne mange pas la viande des bêtes immolées au nom de vos divinités. »

Hazrat Asma (qu’Allah l’agrée) rapporte : « Un jour, je vis Zayd, le dos appuyé contre la Kaaba, qui disait : “Ô gens de Quraysh ! Par Allah, parmi vous, nul ne suit la religion hanîf en dehors de moi.” »

À l’époque de la Jâhiliya, il était courant d’enterrer les filles vivantes. Dès que Zayd apprenait qu’une fille allait être tuée ou enterrée quelque part, il se rendait chez son tuteur et la prenait sous sa propre responsabilité. Lorsqu’elle avait grandi, il la ramenait auprès de son père et lui disait : « Si tu le souhaites, tu peux maintenant la prendre sous ta responsabilité, ou bien me la laisser. »

Les Quraysh célébraient l’une de leurs fêtes. Debout à l’écart de la foule, Zayd ibn Amr ibn Noufayl observait attentivement la scène. Il voyait les hommes porter sur la tête de coûteux turbans de soie et se draper dans de précieuses étoffes yéménites. Quant aux femmes et aux enfants, vêtus de parures somptueuses, ils conduisaient les bêtes destinées à être sacrifiées devant leurs divinités.

Il s’adossa au mur de la Kaaba, puis dit :

« Ô gens de la tribu de Quraysh ! C’est Allah, le Très-Haut, qui a créé ces chèvres. C’est Lui qui les abreuve en faisant tomber la pluie du ciel et qui leur procure leur nourriture en faisant pousser l’herbe sur la terre. Et vous les immolez au nom d’un autre que Lui ? Je vous vois comme un peuple ignorant.

En entendant ces paroles, son oncle, Al-Khattab, le père de Umar ibn Al-Khattab, se leva, lui administra une gifle sur la joue et lui dit :

« Malheur à toi ! Nous avons toujours entendu de ta bouche des propos de ce genre et les avons supportés. Mais tu as maintenant dépassé les limites de notre patience. » Puis il excita les idiots de sa tribu afin qu’ils le tourmentent et l’importunent. Finalement, Zayd fut contraint de quitter La Mecque et de se réfugier au mont Hira. Mais cela ne l’apaisa pas. Pour veiller constamment à ce qu’il ne puisse pas entrer clandestinement à La Mecque, il chargea un groupe de jeunes Quraysh de le surveiller.

Ensuite, Zayd ibn Amr rencontra secrètement, à l’insu des Quraychites, Waraqa ibn Nawfal, Abdullah ibn Jahsh, Uthman ibn al-Harith et Umayma bint Abd al-Muttalib, la tante paternelle de Muhammad ibn Abdullah. Il échangea avec eux au sujet de l’extrême égarement dans lequel les Arabes étaient plongés. Zayd leur dit :

« Par Allah, sachez avec certitude que votre peuple ne repose sur aucun fondement. Ils ont dénaturé la religion d’Ibrahim et la transgressent. Si vous voulez être sauvés, cherchez une religion pour vous-mêmes. »

Ensuite, ces quatre hommes se rendirent auprès des dignitaires religieux juifs, chrétiens et d’autres religions afin de s’informer sur la religion d’Ibrahim, c’est-à-dire la religion hanif. Waraqa ibn Nawfal adopta le christianisme. Quant à Abdullah ibn Jahsh et Uthman ibn al-Harith, ils ne parvinrent à aucune décision. Or, un événement extraordinaire survint dans la vie de Zayd ibn Amr ibn Nufayl. Nous rapportons cet événement de sa propre bouche.

« Je me renseignai sur le judaïsme et le christianisme ; mais, n’y trouvant rien qui puisse m’apporter la paix intérieure, je refusai de les adopter. À un certain moment, j’arrivai au Châm (Syrie). J’avais entendu auparavant qu’il s’y trouvait un rahib, un ascète, qui connaissait bien les Livres célestes. Je me présentai auprès de lui et lui racontai mon histoire. Après m’avoir écouté, il me dit : “Ô frère mecquois, il me semble que vous recherchez la religion d’Ibrahim.” »

Je répondis : « Oui, c’est bien ce que je recherche. »

Il dit : « La religion que vous recherchez n’existe plus aujourd’hui. Mais la vérité se trouve dans votre ville. Allah fera surgir de votre peuple un homme qui fera revivre la religion d’Ibrahim. Si vous le rencontrez, suivez-le. »

Zayd reprit alors la route vers La Mecque. Il accéléra le pas afin de retrouver le Prophète annoncé.

Alors qu’il se trouvait encore à une certaine distance de La Mecque, Allah envoya le Prophète Muhammad (paix et bénédiction d’Allah sur lui), porteur de la guidance et de la vraie religion. Mais Zayd ne le rencontra pas, car, avant d’atteindre La Mecque, une bande de brigands bédouins l’attaqua et le tua.

C’est ainsi qu’il fut privé de la faveur de rencontrer le Messager d’Allah ﷺ. Avant de rendre son dernier souffle, il leva les yeux vers le ciel et implora :

« Ô Allah, si Tu m’as privé de ce bien, n’en prive pas mon fils Saïd. »

Allah accepta l’invocation de Zayd. Le Messager ﷺ commença à appeler les gens à l’islam. Saïd fut l’un des tout premiers à croire en Allah et en Son Messager ﷺ. Il n’y a là rien d’étonnant, car Saïd avait été élevé dans une maison qui avait rejeté avec indignation toutes les superstitions et toutes les égarements des Quraychites. Son père était un homme qui avait consacré toute sa vie à la recherche de la vérité. Saïd ne fut pas le seul à embrasser l’islam : son épouse, Fâtima bint al-Khattâb, sœur de ‘Umar ibn al-Khattâb, l’embrassa également.

En raison de son adhésion à l’islam, ce jeune Quraychite fut lui aussi victime, comme les autres, de persécutions et de sévices. Loin de réussir à le détourner de l’islam, les Quraychites virent au contraire ce couple leur arracher l’un de leurs personnages les plus importants pour le faire entrer dans l’islam. Il s’agissait de son beau-frère, le vénérable ‘Umar ibn al-Khattâb, qu’Allah l’agrée. C’est par leur intermédiaire qu’Allah Très-Haut fit entrer ‘Umar dans l’islam.

Le vénérable Saïd consacra toute l’énergie de sa jeunesse au service de l’islam. Lorsqu’il embrassa l’islam, il n’avait pas encore vingt ans. À l’exception de la bataille de Badr, il participa à toutes les expéditions aux côtés du Messager d’Allah ﷺ. Il ne put prendre part à la bataille de Badr, car il se trouvait en Syrie, chargé d’une mission importante sur ordre du Messager d’Allah ﷺ. Il reçut toutefois sa part du butin de Badr. Ainsi, même s’il n’y participa pas directement, il fut indirectement compté parmi les membres de l’armée de Badr.

Il participa activement, aux côtés de l’armée musulmane, à la conquête des trônes de Chosroès de Perse et de César de Rome. Dans chacune des batailles qui les opposèrent aux musulmans, il apporta une contribution remarquable. C’est à la bataille de Yarmouk qu’il fit preuve de la plus grande bravoure. Il raconte lui-même :

« À la bataille de Yarmouk, nous étions vingt-six mille hommes, ou à peu près. En face, l’armée romaine comptait cent vingt mille soldats. Ils avancèrent vers nous d’un pas extrêmement ferme, avec une attitude aussi immuable que des montagnes. À leur tête se trouvait une immense troupe d’évêques, de prêtres et de religieux. Ils portaient des étendards ornés de croix et chantaient des prières. Derrière eux, la vaste armée reprenait leurs chants en chœur. Leurs voix réunies résonnaient alors et se répercutaient comme le grondement du tonnerre. »

À la vue de cette scène terrifiante et de leur nombre immense, l’armée musulmane resta frappée de stupeur. La peur fit également quelque peu trembler les cœurs des soldats. Le commandant Abou ‘Ubayda se leva alors et prononça un discours pour encourager les soldats musulmans au djihad. Il dit : « Serviteurs d’Allah, secourez Allah et Il vous secourra ; Il affermira vos pas.

Ô serviteurs d’Allah ! Faites preuve de patience. La patience est le chemin qui libère de la mécréance, celui qui permet d’obtenir l’agrément du Seigneur et celui qui protège de l’humiliation et de la honte. Aiguisez vos flèches et vos lances, et préparez-vous, le bouclier à la main. Ne laissez entrer dans vos cœurs aucune pensée autre que le rappel d’Allah. Le moment venu, je vous donnerai mes instructions, si Allah le veut. »

Saïd, qu’Allah l’agrée, dit :

Alors, un homme sortit des rangs de l’armée musulmane et dit à Abou Oubaïda :

« J’ai décidé de sacrifier ma vie à cet instant. Avez-vous un message à transmettre au Messager d’Allah, paix et bénédictions d’Allah sur lui ? » Abou Oubaïda répondit : « Oui, j’en ai un. Transmets-lui mes salutations ainsi que celles des musulmans, et dis-lui : Ô Messager d’Allah ! Nous avons véritablement trouvé que la promesse que notre Seigneur nous avait faite s’est réalisée. »

Saïd, qu’Allah l’agrée, dit :

« Dès que j’entendis ses paroles, je le vis dégainer son épée et s’avancer pour affronter les ennemis d’Allah. Je sautai alors rapidement à terre, progressai à genoux et me préparai, la lance à la main. Je frappai le premier cavalier ennemi qui s’avança vers nous. Puis je me jetai avec le plus grand courage sur l’armée ennemie. Allah le Très-Haut ôta complètement de mon cœur toute peur et toute appréhension. Ensuite, l’armée musulmane lança une attaque générale contre l’armée romaine et la vainquit. »

Saïd ibn Zayd participa également à l’expédition de Damas. Après la conquête de Damas, Abou Oubaïda le nomma gouverneur de la ville. Il devint ainsi le premier gouverneur musulman de Damas. Cependant, en raison de son ardent désir de participer au djihad, il ne put se satisfaire de ce poste. Il écrivit à Abou Oubaïda : « Vous allez faire le djihad tandis que moi, j’en serai privé ; je ne peux pas consentir à un tel sacrifice. Dès que cette lettre vous parviendra, envoyez quelqu’un pour me remplacer. Je vous rejoindrai très bientôt. » Abou Oubaïda fut contraint de nommer le noble Yazid ibn Abi Soufiane gouverneur de Damas, et Saïd retourna sur le champ du djihad.

À l’époque omeyyade, un événement extraordinaire se produisit autour de Saïd ibn Zayd. Pendant longtemps, les habitants de Médine se racontèrent cette histoire.

L’affaire est la suivante : une femme nommée Arwa bint Uways se mit à répandre la calomnie, prétendant que Sa‘id ibn Zayd s’était emparé injustement d’une partie de son terrain et l’avait annexée au sien. Elle ne cessait de le dire partout. Finalement, elle porta l’affaire devant le gouverneur de Médine, Marwan ibn al-Hakam. Afin de vérifier les faits, Marwan envoya quelques hommes auprès de Sa‘id. Pour le vénérable Sa‘id, Compagnon du Messager d’Allah, cette accusation était particulièrement pénible. Il dit :

« Ils pensent que je lui fais du tort. Comment pourrais-je lui faire du tort ? J’ai pourtant entendu le Messager d’Allah dire : “Celui qui s’approprie injustement une parcelle de terre de la taille d’un empan, au Jour de la Résurrection, on lui suspendra au cou sept couches de la terre.” Ô Allah ! Elle prétend que je lui ai fait du tort. Si elle ment, rends-la aveugle, fais-la tomber dans le puits au sujet duquel elle se dispute avec moi, et fais apparaître en ma faveur une lumière qui montre clairement aux musulmans que je ne lui ai fait aucun tort. »

Peu de temps après cet événement, la vallée d’Al-‘Aqiq fut inondée d’une manière qu’on n’avait encore jamais vue. La marque cachée et contestée entre les deux terrains apparut alors si nettement que les musulmans comprirent, en la voyant, que Sa‘id disait vrai. Puis, avant même qu’un mois ne se soit écoulé, la femme devint aveugle. Un jour, alors qu’elle marchait sur son terrain, elle tomba dans le puits contesté et y mourut.

‘Abdullah ibn ‘Umar, qu’Allah l’agrée, dit :

« Nous entendions les gens, lorsqu’ils maudissaient quelqu’un, dire : “Qu’Allah te rende aveugle comme Il a rendu aveugle Arwa.” Il n’y a pourtant rien d’étonnant à cela, car le Messager d’Allah a dit :

“Gardez-vous de l’invocation de l’opprimé, car rien ne s’interpose entre cette invocation et Allah.” Si telle est la condition de tous les opprimés, quoi d’étonnant à ce que l’invocation d’un opprimé tel que Sa‘id ibn Zayd, l’un des dix à qui le Paradis a été annoncé, les ‘Ashara Mubashshara, soit exaucée ?

Abu Nu‘aym rapporte, d’après Birah ibn al-Harith : Al-Mughira ibn Shu‘ba était assis dans une grande mosquée. Quelques habitants de Koufa étaient assis à sa droite et à sa gauche. C’est alors qu’arriva un homme nommé Sa‘id ibn Zayd. Al-Mughira le salua et le fit asseoir au pied du divan. Puis un habitant de Koufa se présenta et se mit à proférer des insultes en direction d’Al-Mughira. Celui-ci demanda : « Al-Mughira, contre qui cet homme profère-t-il des insultes ? » Il répondit : « Contre ‘Ali ibn Abi Talib. » Il dit : « Ô Al-Mughira ! » Il l’appela ainsi trois fois. Puis il dit : « Que les Compagnons du Messager d’Allah soient insultés devant vous sans que vous vous y opposiez, je ne veux pas voir cela. J’atteste que le Messager d’Allah a dit : “Abu Bakr est promis au Paradis, ‘Umar est promis au Paradis, ‘Uthman est promis au Paradis, ‘Ali est promis au Paradis, Talha est promis au Paradis, az-Zubayr est promis au Paradis, ‘Abd ar-Rahman est promis au Paradis et Sa‘d ibn Malik est promis au Paradis. Un neuvième homme est également promis au Paradis ; si vous le souhaitez, je peux aussi vous dire son nom.” » Le rapporteur dit : Les gens crièrent d’une seule voix : « Ô Compagnon du Messager d’Allah, qui est le neuvième ? » Il répondit : « Le neuvième, c’est moi. » Puis il jura et dit : « Celui qui a participé à une seule bataille avec le Messager d’Allah, au point que son visage en a été couvert de poussière, cette seule action est meilleure que toutes les bonnes œuvres de la vie de n’importe quel homme, quand bien même il vivrait aussi longtemps que Noé. » ((Hayat us Sahaba/ 2e– 470 p.)

Il comptait parmi les Compagnons de haut rang. Sa‘id ibn Habib dit : « Auprès du Messager d’Allah, Abu Bakr, ‘Umar, ‘Uthman, ‘Ali, Sa‘d, Sa‘id, Talha, az-Zubayr et ‘Abd ar-Rahman ibn ‘Awf occupaient la même place et jouaient le même rôle. Sur le champ de bataille, ils se tenaient devant le Messager d’Allah, tandis que, dans la prière en assemblée, ils se tenaient derrière lui. »

Parmi les Compagnons, des tabi‘ûn éminents tels qu’Ibn ‘Umar, ‘Amr ibn Hurayth, Abû at-Tufayl, Abû ‘Uthmân an-Nahdî, Sa‘îd ibn al-Musayyib et Qays ibn Abî Hâzim ont également rapporté des hadiths de Sa‘îd ibn Zayd.

Al-Wâqidî dit qu’il mourut dans la vallée d’Al-‘Aqîq et fut enterré à Médine. Son décès eut lieu en l’an 50 de l’Hégire, ou, selon une autre opinion, en l’an 51 ou 52. Il vécut plus de soixante-dix ans. Sa‘d ibn Abî Waqqâs le lava et l’enveloppa dans son linceul, tandis que ‘Abdullâh ibn ‘Umar dirigea la prière funéraire. Cependant, selon Haytham ibn ‘Adî, il mourut à Koufa et le célèbre Compagnon Al-Mughîra ibn Shu‘ba dirigea sa prière funéraire.

Hamza ibn ‘Abd al- Muttalib ((qu’Allah l’agrée))

Il s’appelait Hamza, avait pour kunyas Abû Ya‘lâ et Abû ‘Amâra, et pour titre Asadullâh. Il était l’oncle paternel du Messager d’Allah. La mère de Hamza, Hâla bint Uhayb, était la cousine d’Âmina, la mère du Messager d’Allah. De plus, Hamza était son frère de lait. La servante d’Abû Lahab, Suwayba, les avait tous deux allaités. Il était de deux ans, ou selon une autre opinion de quatre ans, plus âgé que le Messager d’Allah. Dès son enfance, il éprouvait un vif intérêt pour le maniement de l’épée, le tir à l’arc et la lutte. Il était profondément attiré par les voyages et la chasse, auxquels il consacra une grande partie de sa vie.

Depuis quelque temps déjà, l’appel à l’unicité divine retentissait dans les ruelles de La Mecque. Cependant, les hommes au tempérament guerrier comme Hamza n’accordaient guère d’attention à cet appel.

Un jour, il revenait de la chasse. Lorsqu’il arriva près du mont Safâ, une servante de ‘Abdullâh ibn Jud‘ân l’interpella et lui annonça la nouvelle. Elle lui dit : « Abû ‘Amâra, si seulement vous étiez arrivé quelques instants plus tôt et aviez vu l’état de votre neveu ! Il conseillait les gens près de la Ka‘ba. Abû Jahl l’a violemment insulté et lui a fait beaucoup de mal. Mais Muhammad est reparti, complètement impuissant, sans lui répondre. » En entendant cela, son sang de guerrier se mit à bouillir. Il se dirigea rapidement vers la Ka‘ba. Lorsqu’il revenait de la chasse et rencontrait quelqu’un, il avait l’habitude de s’arrêter un moment pour échanger quelques mots avec lui. Mais ce jour-là, il était devenu fou de désir de vengeance. Sans prêter la moindre attention à personne sur son chemin, il alla droit à la Ka‘ba et frappa violemment Abû Jahl à la tête avec son arc. La tête d’Abû Jahl fut fendue. Voyant que la situation devenait critique, plusieurs hommes des Banû Makhzûm accoururent au secours d’Abû Jahl. Ils dirent : « Hamza, tu as probablement apostasié. » Il répondit : « Maintenant que sa vérité m’est devenue manifeste, qui pourra m’en détourner ? Oui, j’atteste que Muhammad est le Messager d’Allah. Tout ce qu’il dit est vrai. Par Allah, je ne peux plus revenir sur cela. Si vous êtes sincères, essayez donc de m’en empêcher. » Abû Jahl dit à ceux qui étaient venus à son secours : « Laissez Abû ‘Amâra tranquille. Par Allah, il y a quelques instants, j’ai gravement insulté son neveu. »

Plus tard, Hamza raconta : « Sous l’effet de la colère, j’avais bien prononcé ces paroles ; mais je me mis à être consumé de remords pour avoir abandonné la religion de mes ancêtres et de ma tribu. Pris dans le tourbillon du doute et de l’incertitude, je ne pus dormir de toute la nuit. Je me rendis à la Ka‘ba et invoquai Allah avec la plus grande humilité, afin que la porte de mon cœur s’ouvre à la vérité et que le doute en soit dissipé. Après cette invocation, mon cœur se remplit d’une ferme conviction. Je me présentai alors auprès du Messager d’Allah et lui exposai ma situation. Il invoqua Allah afin que mon cœur demeure ferme. »

C’était l’époque de grande détresse des musulmans, lorsque le Messager d’Allah, réfugié dans la demeure d’Al-Arqam ibn Abî al-Arqam, appelait secrètement les gens à l’islam. Les musulmans n’étaient alors qu’une poignée de personnes sans refuge. Dans ces circonstances, la conversion soudaine de Hamza à l’islam changea la situation. Les excès injustifiés et l’insolence des mécréants envers les croyants cessèrent en grande partie, car tous les habitants de La Mecque connaissaient son audace et sa bravoure.

Un jour, après que Hamza eut embrassé l’islam, Umar, qu’Allah l’agrée, se rendit auprès du Messager d’Allah, qu’Allah le bénisse et le préserve, afin d’annoncer sa conversion. Celui-ci se trouvait alors dans la demeure d’al-Arqam, en compagnie de quelques Compagnons. Hamza s’y trouvait également. Umar était armé. Dès qu’ils le virent, tous les présents furent saisis d’effroi. Mais Hamza s’écria : « Laissez-le entrer. S’il est venu avec de bonnes intentions, nous le traiterons bien nous aussi. Sinon, nous le tuerons avec sa propre épée. » Dès qu’il entra, Umar se mit à réciter la formule de l’unicité divine. Alors, les takbîr retentissants des musulmans présents firent vibrer l’air et le ciel. Après la conversion de ces deux grandes figures, l’islam devint une force irrésistible. Les polythéistes de La Mecque comprirent qu’il ne serait désormais plus facile de porter atteinte à Muhammad, qu’Allah le bénisse et le préserve.

Pendant son séjour à La Mecque, le Messager d’Allah, qu’Allah le bénisse et le préserve, établit un lien de fraternité entre Hamza et son serviteur bien-aimé, Zayd ibn Haritha. Sa dévotion et son affection envers Zayd devinrent si profondes que, chaque fois qu’il se rendait quelque part, il lui confiait la responsabilité de toutes ses affaires.

Au cours de la treizième année de la mission prophétique, Hamza émigra lui aussi à Médine avec de nombreux autres croyants. C’est là que se présenta concrètement l’occasion de manifester la force et le courage que Dieu lui avait accordés.

Au septième mois après l’Hégire, le Messager d’Allah, qu’Allah le bénisse et le préserve, envoya vers le littoral de la région d’Îs une petite troupe de trente émigrés. Son objectif était d’observer les mouvements des Quraysh. Aucun Ansar ne faisait partie de cette troupe. Là, sur le littoral, ils se retrouvèrent face à une troupe de trois cents cavaliers mecquois commandée par Abou Jahl. Ceux-ci revenaient de Syrie. Toutefois, grâce aux efforts de Majdî ibn Amr al-Juhanî, l’affrontement put être évité cette fois-ci. Majdî avait conclu un pacte de paix avec les deux parties. Avant le départ de Médine, le Messager d’Allah, qu’Allah le bénisse et le préserve, remit l’étendard islamique à Hamza. Certains historiens, dont Ibn Abd al-Barr, considèrent qu’il s’agissait du premier étendard remis par le Messager d’Allah à un musulman. (Sîrat Ibn Hicham)(Sîrat Ibn Hicham)

Au mois de Safar de la deuxième année de l’Hégire, le Messager d’Allah, qu’Allah le bénisse et le préserve, dirigea lui-même l’expédition d’al-Abwâ, sur la route commerciale des Quraysh, avec soixante Compagnons armés. Lors de cette expédition également, Hamza porta l’étendard et reçut le commandement de toute la troupe. La caravane qurayshite ayant franchi les lieux avant l’arrivée de l’armée musulmane, aucun affrontement n’eut lieu cette fois encore. De même, lors de l’expédition de al-Uchayra, au cours de la deuxième année de l’Hégire, Hamza eut l’honneur de porter l’étendard de l’armée musulmane.

Au cours de la deuxième année de l’Hégire eut lieu la bataille de Badr, la plus importante de l’histoire de l’islam. Il y prit part. Après que les deux camps eurent pris position en rangs sur le champ de bataille, Utba, Chayba et Walîd, du côté des Quraysh, sortirent des rangs et lancèrent un défi au combat singulier à un homme de l’armée musulmane. Trois jeunes Ansar parmi les soldats de la religion répondirent à leur appel et s’avancèrent. Mais Utba s’écria : « Muhammad, envoie-nous des hommes de notre rang. Nous ne voulons pas combattre ces gens qui ne sont pas à notre niveau. » Le Messager d’Allah, qu’Allah le bénisse et le préserve, ordonna : « Hamza, Ali et Ubayda, levez-vous et avancez ! » Ils n’attendaient que cet ordre. Ces trois braves se présentèrent devant leurs adversaires, chacun armé de sa lance et de son épée. Dès la première attaque, Hamza envoya Utba en enfer. Ali vainquit également son adversaire. Mais une longue lutte s’engagea entre Abou Ubayda et Walîd. Finalement, avec l’aide d’Ali, Abou Ubayda le pourfendit en deux. Voyant la situation désespérée de l’ennemi, Tu‘ayma ibn Adî s’avança pour lui porter secours. Avec l’aide de Hamza, Ali, qu’Allah l’agrée, le terrassa d’un seul coup d’épée. Ensuite, l’armée des polythéistes lança une attaque générale. Les combattants musulmans se jetèrent eux aussi dans la mêlée. Un combat acharné commença. Lors de cette bataille, Hamza avait fixé une plume d’autruche sur son turban. On le distinguait ainsi nettement partout où il allait. Tenant son épée à deux mains avec une poigne de fer, il dévastait courageusement les rangs des mécréants. Au cours de cette bataille, les ennemis d’Allah et de Son Messager, qu’Allah le bénisse et le préserve, subirent une défaite humiliante. Umayya ibn Khalaf demanda à Abd ar-Rahman ibn Awf : « Qui est cet homme orné d’une plume d’autruche ? » Lorsqu’il lui répondit : « C’est Hamza, l’oncle du Messager d’Allah », il dit : « C’est cet homme qui nous a causé aujourd’hui les plus grandes pertes. »

À la périphérie de Médine se trouvait l’habitat de la tribu juive des Banû Qaynuqâ. Après son arrivée à Médine, le Messager d’Allah, qu’Allah le bénisse et le préserve, avait conclu avec eux un pacte d’alliance. Mais la victoire des musulmans à Badr attisa en eux le feu de la jalousie. Ils se rebellèrent. En raison de la violation de ce pacte, le Messager d’Allah, qu’Allah le bénisse et le préserve, mena contre eux une expédition militaire au mois de Chawwâl de la deuxième année de l’Hégire. Lors de cette expédition également, Hamza assuma la responsabilité de porter l’étendard.

La défaite humiliante de Badr porta un coup terrible à l’orgueil des Quraysh. Enivrée par son désir de vengeance, une immense armée qurayshite se dirigea vers Médine au cours de la troisième année de l’Hégire. Le Messager d’Allah, qu’Allah le bénisse et le préserve, lui barra la route avec ses Compagnons au pied du mont Uhud. La bataille commença au mois de Chawwâl. Un vaillant soldat du camp des mécréants, nommé Sibâ, s’avança et lança un défi au combat singulier. Hamza entra sur le champ de bataille, l’épée dégainée à la main, et rugit : « Ô fils de l’impure eau d’Umm Anmâr, tu es venu combattre Allah et Son Messager ? » Sur ces mots, il lança une attaque si puissante qu’un seul coup suffit à mettre fin aux jours de Sibâ. Puis la bataille générale commença. Les attaques fulgurantes de Hamza mirent en pièces les rangs des mécréants. Au cours de cette bataille, il tua à lui seul trente soldats mécréants.

Comme Hazrat Hamza avait tué les principaux chefs des Quraychites lors de la bataille de Badr, tous les Quraychites étaient plus assoiffés que quiconque de son sang. Wahshi, le meurtrier de Hazrat Hamza, a raconté par la suite les circonstances de son assassinat sur le champ de bataille d’Uhud. Ibn Hicham les a rapportées dans son ouvrage intitulé « Sîra ». Wahshi dit : « J’étais l’esclave abyssin de Zubayr ibn Mut‘im. Lors de la bataille de Badr, l’oncle de Zubayr, Tu‘aym ibn ‘Adî, fut tué par Hamza. À notre retour à La Mecque, Zubayr me dit : “Si tu peux tuer Hamza, l’oncle de Muhammad, et venger ainsi la mort de mon oncle, je t’affranchirai.” Il m’entraîna spécialement à cet effet. Je partis vers Uhud avec pour seul objectif de tuer Hamza. La bataille commença. Je me cachai derrière un rocher et attendis Hamza. Lorsqu’il s’approcha de moi à un moment donné, je l’attaquai par surprise et le tuai. Puis je retournai auprès des soldats de mon camp et restai assis sans rien faire. Je ne pris plus part au combat, car mon objectif avait été atteint. À mon retour à La Mecque, je fus affranchi. »

Cet événement tragique se produisit au milieu du mois de Chawwâl de la troisième année de l’Hégire. Hazrat Hamza avait alors près de soixante ans.

Après le martyre de Hazrat Hamza, les femmes quraychites chantèrent des chants de joie. Hind bint ‘Utba, l’épouse d’Abû Sufyân, coupa le nez et les oreilles de Hamza pour en faire des ornements ; elle lui ouvrit la poitrine et le ventre, en retira le foie, le mâcha puis le cracha. Ayant appris cela, le Messager d’Allah (ﷺ) demanda si elle en avait aussi mangé une partie. On lui répondit que non. Il dit : « Allah ne permettra qu’aucune partie du corps de Hamza n’entre en Enfer. »

Après la bataille commença l’ensevelissement et la mise en linceul des martyrs. Le Messager d’Allah (ﷺ) s’approcha du corps de son oncle honoré. Comme Hind l’avait mutilé en lui coupant le nez et les oreilles, il se mit à pleurer en voyant cette scène. Il dit : « Au Jour de la Résurrection, Hamza sera le “Sayyid ach-Chuhadâ”, c’est-à-dire le chef de tous les martyrs. » Il ajouta : « Qu’Allah répande Sa miséricorde sur toi. À ma connaissance, tu étais le plus attentif aux liens de parenté et l’un des plus vertueux. Si je n’avais pas gardé à l’esprit le chagrin et la douleur de Safiyya, je t’aurais laissé ainsi, afin que les bêtes et les oiseaux te dévorent et qu’au Jour de la Résurrection Allah te ressuscite de leurs entrailles. Par Allah, il m’est obligatoire de te venger. Je mutilerai soixante-dix d’entre eux en leur coupant le nez et les oreilles comme on te l’a fait. » Après ce serment du Messager d’Allah (ﷺ), Jibrîl (paix sur lui) descendit avecla sourate an-Nahlet les deux versets suivants :

« Si vous punissez, infligez une punition égale au tort qui vous a été causé. Mais si vous êtes patients, cela est certes meilleur pour les patients. Sois patient. Ta patience ne peut être obtenue qu’avec l’aide d’Allah. Ne t’attriste pas pour eux et ne te tourmente pas à cause de leurs complots. » (Sourate an-Nahl/126–-127)

Après la révélation de ces versets, le Messager d’Allah (ﷺ) accomplit l’expiation de son serment. (Ṭabaqāt d’Ibn Sa‘d)

Hazrat Safiyya était la sœur germaine de Hazrat Hamza. En apprenant la nouvelle du martyre de son frère, elle accourut pour le voir une dernière fois. Mais le Messager d’Allah (paix et bénédictions d’Allah sur lui) ne la laissa pas le voir et la renvoya après l’avoir quelque peu consolée. Hazrat Safiyya envoya deux pièces de tissu pour le linceul de son frère. Cependant, un autre corps gisait également près de Hazrat Hamza, sans linceul. Les deux pièces furent donc partagées entre les deux corps. Hazrat Khabbab ibn al-Aratt (qu’Allah l’agrée) dit : « Nous ne trouvâmes aucun autre tissu qu’une seule pièce pour envelopper Hamza. Lorsque nous en couvrions ses pieds, sa tête restait découverte, et lorsque nous en couvrions sa tête, ses pieds restaient découverts. Nous couvrîmes donc sa tête avec le tissu et ses pieds avec de l’herbe “izkhir”. (Hayatus Sahaba– 1/136) Hazrat Hamza, le Maître des martyrs, fut enterré sur le champ de bataille d’Uhud. L’imam al-Bukhari rapporte d’après Hazrat Jabir que le Messager d’Allah (paix et bénédictions d’Allah sur lui) enterra les martyrs de la bataille d’Uhud deux par deux dans une même tombe. Hamza et Abd Allah ibn Jahsh furent enterrés dans une même tombe.

Ibn Hajar a mentionné dans son ouvrage Al-Isaba, citant les Fawa’id d’Abu Tahir, que Hazrat Jabir (qu’Allah l’agrée) a dit : « Le jour où Mu‘awiya creusa un puits à Uhud, nous pleurâmes les martyrs d’Uhud. Nous trouvâmes les martyrs parfaitement préservés. Lorsqu’un homme frappa le pied de Hazrat Hamza, le sang jaillit. »

Le meurtrier de Hazrat Hamza, Hazrat Wahshi (qu’Allah l’agrée), embrassa l’islam après la conquête de La Mecque et se présenta auprès du Messager d’Allah (paix et bénédictions d’Allah sur lui). Le Messager d’Allah lui demanda : « Es-tu Wahshi ? » Il répondit : « Oui. » « Est-ce bien toi qui as tué Hamza ? » Il répondit : « Ce que le Messager d’Allah a entendu est vrai. » Le Messager d’Allah dit : « Peux-tu cacher quelque peu ton visage à mes yeux ? » Aussitôt, il sortit et ne se retrouva plus jamais face au Messager d’Allah de toute sa vie. Après la mort du Messager d’Allah, sous le califat de Hazrat Abu Bakr as-Siddiq (qu’Allah l’agrée), une expédition fut lancée contre le faux prophète Musaylima. Il y participa dans l’intention de tuer Musaylima et d’expier ainsi le meurtre de Hazrat Hamza. Il réussit. Ainsi, Allah lui fit accomplir davantage de bien pour l’islam que le tort qu’il lui avait causé.

Hazrat Hamza possédait également un talent poétique. Après avoir embrassé l’islam, il exprima par la poésie les sentiments qu’il éprouvait alors. Certains de ses vers sont cités dans les annotations du chapitre « La conversion de Hamza » de la Sîra d’Ibn Hicham.

Abbas ibn Abd al- Muttalib (RA)

Son nom était Abu al-Fadl Abbas. Son père était Abd al-Muttalib et sa mère Natila, ou, selon une autre version, Nasila bint Khabbab. Il était l’oncle du Messager d’Allah (paix et bénédictions d’Allah sur lui). Toutefois, ils avaient presque le même âge. Les historiens pensent qu’il était probablement né deux ou trois ans avant le Messager d’Allah.

Une fois, durant son enfance, il se perdit. Sa mère fit le vœu que, si Abbas revenait, elle ferait poser une étoffe de soie sur la Kaaba. Quelques jours plus tard, lorsqu’il revint sain et sauf, Abd al-Muttalib accomplit son vœu avec une grande magnificence.

À l’époque de l’Ignorance, il était l’un des chefs les plus puissants des Quraysh. Il reçut de ses ancêtres la charge d’entretenir la Maison de la Kaaba et de fournir de l’eau aux pèlerins.

Le Messager d’Allah, que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui, reçut la révélation de la mission prophétique. À La Mecque, il commença à appeler publiquement les gens au tawhid. Bien que le vénérable al-Abbas n’eût pas encore déclaré publiquement son adhésion à l’islam depuis longtemps, il était l’un des principaux soutiens de cet appel. C’est pourquoi, le jour où les soixante-douze Ansar de Médine se rendirent à La Mecque pendant la saison du pèlerinage et, dans un campement secret de Mina, invitèrent le Messager d’Allah, que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui, à émigrer à Médine et lui prêtèrent serment, al-Abbas était également présent à cette réunion secrète. À cette époque, il n’avait pas encore embrassé l’islam. Dans l’histoire, ce serment est appelé le Second serment d’al-Aqaba. À cette occasion, il prononça devant les Médinois présents le discours suivant : « Ô gens de la tribu des Khazraj ! Vous savez que Muhammad, que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui, jouit de l’honneur et du prestige au sein de son peuple. Nous l’avons constamment protégé contre ses ennemis. À présent, il souhaite se rendre auprès de vous. Si vous pouvez le soutenir au péril de votre vie, c’est très bien ; sinon, dites-le clairement dès maintenant. » Les Médinois lui répondirent en lui assurant leur soutien total. Peu de temps après, le Messager d’Allah émigra à Médine.

Sous la pression des Quraychites de La Mecque, il fut contraint de participer à la bataille de Badr aux côtés de l’armée quraychite. Informé de la situation réelle, le Messager d’Allah, que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui, ordonna à ses Compagnons : « Si, pendant la bataille, al-Abbas ou l’un des Banou Hashim se trouve devant vous, ne le tuez pas, car ils ont été amenés de force sur le champ de bataille. »

Lors de la bataille de Badr, al-Abbas, Aqil et Nawfal ibn al-Harith furent faits prisonniers par les musulmans avec les autres polythéistes quraychites. Par malchance, al-Abbas fut attaché si fermement qu’il se mit à gémir de douleur. Ses gémissements troublaient le repos nocturne du Messager d’Allah, que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui. Lorsque les nobles Compagnons l’apprirent, ils desserrèrent les liens d’al-Abbas. Celui-ci cessa alors de gémir. Le Messager d’Allah demanda : « Pourquoi n’entend-on plus ses gémissements ? » On lui répondit : « Ses liens ont été desserrés. » Aussitôt, le Messager d’Allah ordonna : « Desserrez les liens de tous les prisonniers. »

Les prisonniers de guerre de Badr ne disposaient pas de vêtements supplémentaires. Le Messager d’Allah, que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui, donna à chacun un vêtement à porter. Le vénérable al-Abbas était de haute stature, et aucune des chemises ne lui allait. Abd Allah ibn Ubayy, l’hypocrite, était lui aussi de grande taille comme al-Abbas. Il lui donna une chemise. C’est pourquoi, malgré son hypocrisie, après la mort d’Abd Allah ibn Ubayy, le Messager d’Allah, à la demande de son fils, lui donna l’une de ses propres chemises afin d’en vêtir le corps. Il rendit ainsi la faveur accordée à son oncle.

Il fut décidé de libérer les prisonniers de Badr contre rançon. La mère d’al-Abbas était originaire de la tribu médinoise des Ansar, les Khazraj. C’est pourquoi les membres de cette tribu demandèrent au Messager d’Allah, que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui : « Al-Abbas est notre neveu. Nous renonçons à sa rançon. » Mais cette proposition ne fut pas acceptée par le Messager d’Allah, car elle était contraire à l’équité. En revanche, comme al-Abbas était un homme riche, le Messager d’Allah exigea de lui une rançon élevée. Al-Abbas déclara qu’il était incapable de réunir une somme aussi importante et dit : « J’étais déjà musulman dans mon cœur. Les polythéistes m’ont contraint à participer à cette guerre. » Le Messager d’Allah, que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui, répondit : « Allah connaît l’état des cœurs. Si ce que vous dites est vrai, Allah vous en rétribuera. Toutefois, au vu de votre situation extérieure, aucun privilège ne peut vous être accordé, et votre prétendue incapacité à payer la rançon n’est pas recevable. En effet, je sais que vous avez laissé à La Mecque une importante somme d’argent auprès d’Umm al-Fadl. » Al-Abbas s’exclama avec étonnement : « Par Allah, personne, en dehors d’Umm al-Fadl et de moi, ne connaît l’existence de cet argent. Je suis désormais certain que vous êtes le Messager d’Allah. » Il paya ensuite une importante rançon pour lui-même, pour son neveu Aqil et pour Nawfal ibn al-Harith, et recouvra ainsi la liberté.

Le fait qu’al-Abbas soit resté longtemps à La Mecque sans déclarer publiquement son adhésion à l’islam avait une raison particulière. Il informait constamment le Messager d’Allah, que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui, des mouvements des mécréants à La Mecque. En outre, il était le soutien des musulmans à la foi encore faible qui se trouvaient toujours à La Mecque. C’est pourquoi, lorsqu’il demanda un jour au Messager d’Allah, que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui, la permission d’émigrer, celui-ci l’en dissuada en lui disant : « Il est préférable que vous restiez à La Mecque. De même qu’Allah a achevé la prophétie par moi, Il achèvera l’émigration par vous. »

Peu avant la conquête de La Mecque, le vénérable al-Abbas obtint la permission d’émigrer. Il se présenta auprès du Messager d’Allah, que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui, avec toute sa famille, déclara publiquement son adhésion à l’islam et commença à vivre définitivement à Médine. Il participa à la conquête de La Mecque. Lors de l’expédition de Hunayn, il montait sur la même monture que le Messager d’Allah, que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui. Il raconte : « Au cours de cette bataille, les mécréants prirent le dessus et les combattants musulmans se dispersèrent. Le Messager d’Allah dit : “Al-Abbas, appelle les archers !” J’avais naturellement une voix très forte. Je criai : “Où sont les compagnons de l’Acacia ?” À ma voix, le cours de la bataille changea en un instant. » Il participa également au siège de Taïf, à l’expédition de Tabouk et au pèlerinage d’Adieu.

Après son retour du pèlerinage d’Adieu, le Messager d’Allah, que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui, tomba malade. Son état s’aggravait de jour en jour. Ali, al-Abbas et d’autres membres des Banou Hashim commencèrent à s’occuper de ses soins. Le jour de son décès, Ali sortit de la maison. Les gens lui demandèrent : « Comment va le Messager d’Allah, que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui ? » Comme son état s’était quelque peu amélioré ce jour-là, il répondit : « Un peu mieux, par la grâce d’Allah. » Mais al-Abbas était un homme expérimenté. Il prit Ali par la main et lui dit : « Que crois-tu donc ? Par Allah, dans trois jours seulement, vous commencerez à être réduits en esclavage. Je vois clairement que le Messager d’Allah, que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui, mourra sous l’effet de cette maladie dans peu de temps. Je peux deviner la mort des membres du clan d’Abd al-Muttalib rien qu’en regardant leur visage. »

Ce jour-là, le Prophète, paix et bénédictions d’Allah sur lui, décéda. Avec l’aide de Hadrat Ali et des autres membres des Banû Hâshim, Hadrat Abbas s’occupa des préparatifs du linceul et de l’inhumation. Étant l’oncle honoré du Messager d’Allah, paix et bénédictions d’Allah sur lui, et l’aîné des Banû Hâshim, des gens venus de l’extérieur se rendaient auprès de lui pour lui présenter leurs condoléances et exprimer leur compassion.

Le noble Messager d’Allah, paix et bénédictions d’Allah sur lui, tenait son oncle Abbas en très haute estime. La moindre souffrance qu’il éprouvait lui causait une profonde tristesse. Un jour, Hadrat Abbas se plaignit du comportement de certains Quraychites. Le Prophète, paix et bénédictions d’Allah sur lui, déclara avec une vive émotion : « Par Celui qui détient ma vie entre Ses mains ! Celui qui ne vous aime pas pour Allah et Son Messager n’aura pas la lumière de la foi dans son cœur. »

Un jour, le Prophète, paix et bénédictions d’Allah sur lui, s’entretenait avec Abû Bakr et Umar, qu’Allah les agrée, lors d’une assemblée. Abbas arriva alors. Le Prophète le fit asseoir entre lui et Abû Bakr, puis se mit à parler à voix légèrement plus basse. Après le départ d’Abbas, Abû Bakr, qu’Allah l’agrée, lui demanda la raison de ce comportement. Le Prophète, paix et bénédictions d’Allah sur lui, répondit : « Seul un homme éminent sait honorer un homme éminent. » Il ajouta : « Gabriel m’a dit que, lorsque Abbas est présent, je dois baisser la voix, tout comme il vous a ordonné de baisser la vôtre en ma présence. »

Après le noble Messager d’Allah, paix et bénédictions d’Allah sur lui, les califes bien guidés accordèrent à Hadrat Abbas le respect qui lui était dû. Lorsque Umar et Uthman, qu’Allah les agrée, passaient à cheval près de lui, ils descendaient de leur monture par respect pour lui et disaient : « Voici l’oncle du Messager d’Allah, paix et bénédictions d’Allah sur lui. » Abû Bakr, qu’Allah l’agrée, ne se levait de son siège pour lui faire une place qu’à Abbas seul.

Hadrat Abbas décéda à l’âge de 88 ans, le 12 Rajab/Muharram de l’an 32 de l’Hégire. Le troisième calife, Hadrat Uthman, qu’Allah l’agrée, dirigea la prière funéraire, et Hadrat Abdallah ibn Abbas, qu’Allah l’agrée, descendit dans la tombe pour l’y inhumer. Il fut enterré dans le cimetière al-Baqî de Médine. Il vécut 32 ans après avoir embrassé l’islam et 56 ans durant la période antéislamique.

À l’époque antéislamique, Hadrat Abbas, qu’Allah l’agrée, était extrêmement riche. C’est pourquoi, lors de la bataille de Badr, le Prophète, paix et bénédictions d’Allah sur lui, reçut de lui vingt uqiyya d’or à titre de rançon. Le commerce constituait sa source de subsistance. Il pratiquait également le prêt à intérêt, activité qui se poursuivit jusqu’à la conquête de La Mecque. Dans son discours historique du pèlerinage d’adieu, durant la dixième année de l’Hégire, le Prophète, paix et bénédictions d’Allah sur lui, déclara : « À partir d’aujourd’hui, toutes les formes de transactions usuraires des Arabes sont déclarées interdites, et je déclare en premier lieu annulées les transactions usuraires d’Abbas ibn Abd al-Muttalib. »

Après l’interdiction du prêt à intérêt, le Prophète, paix et bénédictions d’Allah sur lui, le soutenait grâce au cinquième du butin et aux revenus du verger de Fadak. Après le décès du Messager d’Allah, paix et bénédictions d’Allah sur lui, lui et Hadrat Fatima revendiquèrent auprès du premier calife l’héritage du Messager d’Allah. Après avoir entendu de la bouche d’Abû Bakr, qu’Allah l’agrée, la parole du Messager d’Allah selon laquelle les prophètes ne laissent aucun héritage, ils gardèrent le silence.

Hadrat Abbas était extrêmement généreux, hospitalier et compatissant. Hadrat Sa’d ibn Abî Waqqâs, qu’Allah l’agrée, dit : « Abbas est l’oncle du Messager d’Allah, le plus généreux des Quraychites et celui qui se soucie le plus de ses proches. » Il avait le cœur tendre. Dès qu’il levait les mains pour invoquer Allah, un flot de larmes coulait de ses yeux. C’est pourquoi ses invocations produisaient un effet particulier.

Le Messager d’Allah (s.a.s.) a invoqué Allah en faveur d’al-‘Abbâs (r.a.) et de ses enfants. Il a demandé le pardon de tous leurs péchés, apparents et cachés. Al-‘Abbâs a rapporté de nombreux hadiths du Messager d’Allah (s.a.s.), et de nombreux Compagnons et Tabi‘ûn en ont rapporté de lui.

Al-‘Abbâs possédait également un talent poétique. Il a exprimé dans un poème son expérience de la bataille de Hunayn. Quelques-uns de ses vers sont cités dans Al-Istî‘âb et dans la Sîra d’Ibn Ishâq.

Bilâl ibn Rabâh ((r.a.))

Son nom était Abû ‘Abdullah Bilâl. Son père s’appelait Rabâh et sa mère Hamâmah. C’était un esclave d’origine abyssinienne. Il était toutefois né à La Mecque. Les Banû Jumah étaient leurs maîtres.

Bien que sa peau fût noire extérieurement, comme celle d’un esclave abyssinien, son cœur était d’une grande pureté. Alors que les Arabes au teint clair, égarés par leur illusion de noblesse et de distinction, persistaient à rejeter l’appel à la vérité, son cœur, lui, s’illuminait de la lumière de la foi. Bien que peu de gens eussent accepté l’appel à la vérité, cet esclave abyssinien fut l’un des sept hommes qui eurent l’audace de le proclamer publiquement.

De tout temps, les faibles ont été victimes de l’oppression et de la persécution. En raison de sa condition sociale, Bilâl fut accablé de souffrances indicibles. Sa patience et sa fermeté furent mises à l’épreuve par toutes sortes de supplices et de tortures. On l’allongeait sur du sable brûlant, des gravillons et des braises ardentes, tandis que, une corde passée autour du cou, des enfants le traînaient dans les ruelles de La Mecque comme une chèvre. Pourtant, il ne lâcha jamais la corde solide du monothéisme. Abû Jahl le faisait étendre sur le ventre et plaçait une lourde meule de pierre sur son dos. Lorsqu’il était terrassé par la chaleur accablante du soleil de midi, Abû Jahl lui disait : « Bilâl, renie donc encore le Dieu de Muhammad ! » Mais de ses lèvres pures s’élevait toujours le cri : « Ahad ! Ahad ! »

Parmi les polythéistes persécuteurs, Umayya ibn Khalaf était le plus acharné. Il inventait sans cesse de nouvelles formes de châtiment et de torture. Il le faisait souffrir de diverses manières. Tantôt il l’enfermait dans une peau de vache fraîche, tantôt il lui faisait revêtir une armure de fer et l’asseyait sur un sol brûlant, en lui disant : « Ton dieu, c’est Lât et ‘Uzzâ ! » Pourtant, de la langue de cet homme épris du monothéisme ne sortait aucune parole autre que : « Ahad ! Ahad ! » Les polythéistes lui disaient : « Prononce donc les mots que nous disons. » Il répondait : « Ma langue ne parvient pas à prononcer correctement vos mots. »

Ce jour-là encore, comme chaque jour, le rouleau compresseur de la persécution s’abattait sur Bilâl dans la vallée de Bat’hâ. Par hasard, Abû Bakr as-Siddîq passait lui aussi par là. Il en fut profondément bouleversé. Il versa une forte somme d’argent au maître de Bilâl et l’affranchit. Ayant appris la nouvelle, le Messager d’Allah (s.a.s.) dit : « Abû Bakr, associe-moi donc à cette œuvre. » Il répondit : « Ô Messager d’Allah, je l’ai déjà affranchi. »

Après avoir émigré de La Mecque à Médine, il fut l’hôte de Sa‘d ibn Khuthayma, qu’Allah l’agrée. Un lien de fraternité fut établi entre lui et Abû Ruwayha ‘Abdullah ibn ‘Abd ar-Rahmân al-Khath‘amî, qu’Allah l’agrée. Une profonde relation se développa entre eux. Sous le règne du deuxième calife, ‘Umar al-Fârûq, Bilâl décida de participer à l’expédition de Syrie. Le calife ‘Umar, qu’Allah l’agrée, lui demanda : « Bilâl, qui percevra ton allocation ? » Il répondit : « Abû Ruwayha. Le lien de fraternité que le Messager d’Allah, qu’Allah le bénisse et le salue, a établi entre nous deux ne pourra jamais être rompu. »

Jusqu’à l’Hégire, l’islam était faible à La Mecque ; après l’Hégire, il s’affermit à Médine. Dès le début de cette vie médinoise, les fondements essentiels des pratiques et des activités culturelles islamiques commencèrent à être établis. On fonda la mosquée, institua les cinq prières quotidiennes et introduisit l’appel à la prière. Bilâl fut le premier homme chargé de lancer l’adhân. En entendant sa voix forte et émouvante, personne — hommes et femmes, adolescents, jeunes et vieillards — ne pouvait rester tranquillement chez lui. Lorsque les fidèles porteurs du tawhîd se rassemblaient en foule dans la mosquée, il se rendait à la porte du Messager d’Allah, qu’Allah le bénisse et le salue, et appelait : « Hayya ‘ala-s-salât, hayya ‘ala-l-falâh, as-salât, ô Messager d’Allah ! La prière est prête. » Le Messager, qu’Allah le bénisse et le salue, sortait, et Bilâl prononçait le takbîr. Lorsque Bilâl, qu’Allah l’agrée, était absent de Médine, Abû Mahdhûra et ‘Amr ibn Umm Maktûm, qu’Allah les agrée, le remplaçaient. Bilâl, qu’Allah l’agrée, lançait habituellement l’appel à la prière de l’aube avant même l’apparition de la vraie aurore. C’est pourquoi l’adhân était lancé deux fois le matin. Le dernier appel était lancé par ‘Amr ibn Umm Maktûm, qu’Allah l’agrée. Ainsi, pendant le mois de Ramadan, il était permis de manger et de boire après l’adhân de Bilâl.

Que le Messager d’Allah, qu’Allah le bénisse et le salue, fût à Médine ou en voyage, Bilâl était dans les deux cas son muezzin particulier. Un jour, au cours d’un voyage du Messager d’Allah, qu’Allah le bénisse et le salue, la nuit tomba alors qu’ils étaient en route. Certains Compagnons lui demandèrent : « Ô Messager d’Allah, il serait préférable que vous ordonniez d’installer ici quelque part les tentes pour y passer la nuit. » Le Messager, qu’Allah le bénisse et le salue, répondit : « Je crains que le sommeil ne vous détourne de votre prière. » Bilâl se chargea de réveiller tout le monde. Après avoir reçu l’autorisation du Messager d’Allah, qu’Allah le bénisse et le salue, tous dressèrent leurs tentes et s’allongèrent pour se reposer. Quant à Bilâl, qu’Allah l’agrée, il resta très vigilant, appuyé contre le bois de la litière, attendant l’apparition de la vraie aurore. Mais, par un concours de circonstances, ses yeux se fermèrent dans cette position et il tomba dans un sommeil si profond qu’il ne reprit conscience qu’après le lever du soleil. Au réveil, le Messager d’Allah, qu’Allah le bénisse et le salue, demanda d’abord à Bilâl : « Qu’est-il advenu de ta responsabilité ? » Il répondit : « Ô Messager d’Allah, aujourd’hui je me suis endormi d’une manière qui ne m’arrive habituellement jamais. » Le Messager, qu’Allah le bénisse et le salue, dit : « Allah saisit vos âmes quand Il le veut et les rend quand Il le veut. Levez-vous, lance l’adhân et rassemble les gens pour la prière. »

Bilâl, qu’Allah l’agrée, participa à toutes les grandes batailles. Lors de la bataille de Badr, il tua Umayya ibn Khalaf, l’un des plus grands ennemis de l’islam. Umayya était l’un de ceux qui avaient persécuté Bilâl à La Mecque. Le jour de la conquête de La Mecque, il accompagnait le Messager d’Allah, qu’Allah le bénisse et le salue. Il eut également l’honneur d’entrer avec lui à l’intérieur de la Ka‘ba. Sur l’ordre du Messager d’Allah, qu’Allah le bénisse et le salue, il se tint sur le toit de la Ka‘ba et lança l’appel à la prière.

Après la mort du Messager d’Allah, qu’Allah le bénisse et le salue, Bilâl, qu’Allah l’agrée, s’adressa à Abû Bakr as-Siddîq, qu’Allah l’agrée, qui lui avait témoigné le plus de bonté : « Ô calife du Messager d’Allah ! M’avez-vous affranchi pour l’amour d’Allah ou afin de faire de moi votre compagnon ? » Il répondit : « Pour l’amour d’Allah. » Bilâl dit : « J’ai entendu le Messager d’Allah, qu’Allah le bénisse et le salue, dire que la meilleure œuvre du croyant est de combattre dans le sentier d’Allah. C’est pourquoi je souhaite faire de cette œuvre grandiose une partie inséparable de ma vie jusqu’à ma mort. » Abû Bakr, qu’Allah l’agrée, lui dit : « Bilâl, ne t’éloigne pas de moi en me laissant accablé par la douleur de la séparation. » Pour répondre à la demande d’Abû Bakr, Bilâl ne participa à aucune bataille de son vivant.

Après Abû Bakr, le calife fut ‘Umar. Bilâl lui demanda également la permission de participer au jihâd. Comme le premier calife, le deuxième voulut d’abord l’en empêcher. Mais, voyant son enthousiasme extrême et sa détermination inflexible, le calife ‘Umar l’autorisa à partir. Il participa à l’expédition de Syrie. En l’an 16 de l’Hégire, lors du voyage de ‘Umar en Syrie, Bilâl, avec d’autres officiers militaires, accueillit le calife à Jâbiya ; il l’accompagna également lors de sa visite à Bayt al-Maqdis. Au cours du voyage, le calife demanda un jour à Bilâl de lancer l’adhân. Bilâl répondit : « Bien que je me sois engagé à ne plus lancer l’adhân pour personne après le Messager d’Allah, qu’Allah le bénisse et le salue, je vais aujourd’hui satisfaire votre souhait. » Sur ces mots, il lança l’appel d’une voix si émouvante qu’une grande agitation s’empara de l’assistance. ‘Umar pleura tant qu’il en perdit la parole. Abû ‘Ubayda et Mu‘âdh ibn Jabal, qu’Allah les agrée, fondirent en larmes. Tous voyaient alors se dérouler devant leurs yeux les scènes de l’époque prophétique, et un sentiment particulier s’éveillait dans leurs cœurs.

Les terres verdoyantes et fertiles de Syrie plurent énormément à Bilâl, qu’Allah l’agrée. Il demanda au deuxième calife l’autorisation de s’établir définitivement en Syrie avec son frère en islam, Abû Ruwayha. Sa demande fut acceptée. Tous deux s’installèrent dans une petite ville appelée Khawlan. Avant eux, la tribu du célèbre Compagnon Abû ad-Dardâ’ al-Ansârî, qu’Allah l’agrée, s’était déjà établie dans cette ville. Là, ils épousèrent chacun une fille de cette tribu et s’unirent ainsi à elle par les liens du mariage.

Bilâl, qu’Allah l’agrée, continua de vivre en Syrie pendant de longues années. Un jour, il vit en rêve le Messager, qu’Allah le bénisse et le salue, lui dire : « Bilâl, combien de temps encore cette vie sans saveur ? Le moment n’est-il pas venu pour toi de me rendre visite ? » Ce rêve raviva la blessure de son amour et de son affection. Il partit aussitôt pour Médine et, arrivé auprès du noble mausolée, se mit à s’agiter comme un coq égorgé. Il prit dans ses bras et se mit à embrasser Hasan et Husayn, qu’Allah les agrée, les morceaux du cœur du Messager d’Allah, qu’Allah le bénisse et le salue. Ce matin-là, tous deux demandèrent à Bilâl, qu’Allah l’agrée, de lancer l’adhân de l’aube. Il ne put refuser leur demande. À l’heure de la vraie aurore, debout sur le toit de la Mosquée du Prophète, il proclamait « Allâhu akbar », et sa voix se répercutait dans les rues et ruelles de Médine. En entendant son appel à la prière, les habitants de Médine firent retentir la ville et les airs de leurs takbîr.

Lorsqu’il prononça : « J’atteste que Muhammad est le Messager d’Allah », tous les hommes et toutes les femmes de Médine sortirent de leurs maisons en courant vers la mosquée, bouleversés et en pleurs. Il est rapporté qu’on n’avait jamais vu à Médine une scène aussi bouleversante.

Ce fervent amoureux du Messager mourut en l’an 20 de l’Hégire, à près de soixante ans. Il fut enterré non loin de Bâb as-Saghîr, à Damas.

La noblesse de son caractère avait considérablement accru le rang et l’honneur de Bilal. Oumar disait : « Abû Bakr est notre maître, et c’est lui qui a affranchi notre maître Bilal. »

La compagnie et le service du Noble Messager constituaient le principal objectif de sa vie. Il se tenait constamment auprès du Messager d’Allah et l’accompagnait dans ses voyages. Lors des prières de l’Aïd et de la prière pour demander la pluie, il se rendait au lieu de prière devant le Messager d’Allah, une lance à la main. Il assistait également aux assemblées de sermons et d’exhortations. Malgré ses nombreux besoins et sa pauvreté, dès qu’il recevait quelque chose, il en envoyait une partie au Messager en guise de présent. Un jour, il apporta au Messager d’Allah des dattes d’excellente qualité. Celui-ci lui demanda : « Bilal, où as-tu trouvé celles-ci ? » Il répondit : « J’avais des dattes de qualité inférieure. Comme je désirais vous en envoyer quelque chose, j’ai obtenu ces dattes en échange de deux sâʿ contre un sâʿ des miennes. » Le Messager dit : « Hélas, hélas ! Ne fais pas cela. C’est une forme d’usure. Si tu devais absolument les acheter, vends d’abord tes dattes, puis achète celles-ci avec cet argent. »

Les persécutions et les tortures que Bilal endura à La Mecque témoignent de son endurance, de sa patience et de sa fermeté. Il était extrêmement humble. Lorsque quelqu’un mentionnait l’une de ses qualités, il disait : « Je ne suis qu’un Abyssin, qui était encore esclave hier. » La sincérité, la pureté et la loyauté comptaient parmi les traits distinctifs de son caractère.

Comme Bilal était le muezzin attitré du Messager d’Allah, il devait passer la plupart de son temps dans la mosquée. Il consacrait la plus grande partie de ses jours et de ses nuits à l’adoration. Un jour, le Messager lui demanda : « Pour quelle bonne action espères-tu recevoir le plus de récompense ? » Il répondit : « Je n’ai accompli aucune bonne action particulière. Toutefois, après chaque ablution, j’ai accompli une prière. »

Il contracta plusieurs mariages avec des familles arabes nobles. Le Messager arrangea lui-même son mariage avec la fille d’Abû Bakr. Il s’allia également par mariage aux familles des Banû Zuhra et d’Abû ad-Dardâ, mais il n’eut d’enfant d’aucune de ces unions.

Sahîh Ibn Khuzayma est rapporté dans l’ouvrage qu’un jour le Messager appela Bilal et lui demanda : « Bilal, grâce à quoi es-tu arrivé au Paradis avant moi ? La nuit dernière, je suis entré au Paradis et j’y ai entendu le bruit de tes pas. » Bilal répondit : « Ô Messager d’Allah, chaque fois que je commets un péché, j’accomplis deux unités de prière. Et lorsque mes ablutions sont annulées, je renouvelle aussitôt mes ablutions et j’accomplis deux unités de prière. »

Ja’’far ibn Abî Tâlib (qu’Allah l’agrée)

Il s’appelait Abû ‘Abdillâh Ja‘far ; son père était Abû Tâlib et sa mère Fâtima. Il était issu de la branche hachémite de la tribu de Quraych. Il était le cousin paternel du Messager d’Allah, qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix, et le frère germain de l’imam ‘Alî, qu’Allah honore son visage. Il avait dix ans de plus que ‘Alî, qu’Allah l’agrée.

Les visages de cinq membres des Banû ‘Abd Manâf ressemblaient tellement à celui du Messager d’Allah, qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix, que les personnes à la vue faible les confondaient souvent en essayant de les distinguer. Ces cinq hommes étaient : 1. Abû Sufyân ibn al-Hârith ibn ‘Abd al-Muttalib. Il était à la fois le cousin paternel du Messager d’Allah, qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix, et son frère de lait. 2. Qutham ibn al-‘Abbâs ibn al-Muttalib. Lui aussi était le cousin paternel du Messager d’Allah, qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix. 3. As-Sâ’ib ibn ‘Ubayd ibn ‘Abd Yazîd ibn Hâchim. Il était le grand-père de l’imam ach-Châfi‘î, qu’Allah lui fasse miséricorde. 4. Al-Hasan ibn ‘Alî, le petit-fils du Messager d’Allah, qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix. Son visage ressemblait plus que tout autre à celui du Messager d’Allah, qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix. Le cinquième était Ja‘far ibn Abî Tâlib.

Bien qu’Abû Tâlib jouît d’un rang élevé et d’un grand honneur parmi les Quraychites, sa situation financière était extrêmement précaire en raison du grand nombre de ses enfants et de ses personnes à charge. Cette année sans pluie, telle un malheur venant s’ajouter au malheur, rendit sa situation encore plus désastreuse. Au cours de cette terrible année de sécheresse, toutes les récoltes des Quraychites brûlèrent et leur bétail périt également. La désolation s’empara de la population. À cette époque, parmi les Banû Hâchim, nul n’était plus aisé que Muhammad ibn ‘Abdillâh et son oncle al-‘Abbâs.

Un jour, Muhammad, qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix, dit à son oncle al-‘Abbâs : « Mon oncle, votre frère Abû Tâlib a beaucoup d’enfants. Les gens traversent actuellement une terrible famine et souffrent du manque de nourriture. Venez, allons le voir et prenons sur nos épaules la charge de quelques-uns de ses enfants. Je prendrai l’un de ses fils et vous en prendrez un autre. »

Al-‘Abbâs répondit : « Tu as vraiment appelé à une bonne action et encouragé à faire le bien. »

Ils allèrent alors tous deux trouver Abû Tâlib et lui dirent : « Nous sommes venus alléger une partie de la charge de votre famille, afin que vous soyez quelque peu soulagé de la famine qui s’est abattue sur la population. »

Abû Tâlib leur dit : « Vous pouvez faire ce que vous voulez, mais laissez-moi ‘Aqîl (‘Aqîl ibn Abî Tâlib). » Muhammad, qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix, prit alors ‘Alî, tandis qu’al-‘Abbâs prit Ja‘far.

Ali fut élevé sous la tutelle de Muhammad (saws). Puis Allah Tout-Puissant conféra à Muhammad (saws) la prophétie, et Ali fut le premier parmi les jeunes hommes à avoir la faveur de croire en lui. Quant à Ja’far, il fut élevé auprès de son oncle Abbas, atteignit l’âge adulte, puis devint autonome en embrassant l’islam.

Ja‘far ibn Abî Tâlib et son épouse Asmâ bint ‘Umays rejoignirent la caravane de la lumière islamique alors qu’elle était en route. Tous deux embrassèrent l’islam sous l’égide de Hazrat Siddîq al-Akbar, avant l’entrée du Messager d’Allah (ﷺ) dans le « Dâr al-Arqam ».(‘Dâr al- Arqam,’ une maison de La Mecque.। Dâr al- Islam est également connu sous ce nom.। La maison appartient à Arqam ibn Abd Manaf al- Makhzûmî.। À La Mecque, le Messager d’Allah (ﷺ). depuis cette maison appelait les gens à l’islam .।)Un jour, Abû Tâlib vit ‘Alî prier debout à côté du Messager d’Allah (ﷺ). Cette scène lui plut beaucoup. Regardant Ja‘far, qui se tenait tout près, il lui dit : « Ja‘far, place-toi toi aussi d’un côté de ton cousin Muhammad (ﷺ). » Ja‘far se tint à la gauche du Messager d’Allah (ﷺ) et pria ce jour-là. Cet événement produisit une profonde réaction dans son esprit. Quelques jours plus tard, il embrassa l’islam. Avant lui, seules trente et une ou trente-deux personnes avaient embrassé l’islam.

Le jeune homme hachémite et sa jeune épouse avaient subi toutes les souffrances physiques et morales que les musulmans des premiers temps avaient endurées. Mais jamais ils ne perdirent patience. Ils savaient que le chemin du Paradis est escarpé et semé d’embûches. Toutefois, ce qui, comme leurs autres frères dans la religion, les peinait et les préoccupait, c’était l’obstruction que les Quraychites opposaient à l’observance des prescriptions islamiques et au culte du Dieu unique. Dans tous les domaines, les Quraychites les guettaient en embuscade et créaient autour d’eux une atmosphère étouffante.

C’est dans un tel moment que Ja‘far ibn Abî Tâlib, son épouse et quelques autres Compagnons demandèrent au Messager d’Allah la permission d’émigrer en Abyssinie. Le cœur accablé de douleur, il la leur accorda. Cette affaire lui était si pénible parce que ces hommes pieux et aux âmes pures étaient contraints de quitter leur chère patrie, terre de leur enfance, de leur adolescence et de leur jeunesse, pour la seule raison qu’ils disaient : « Notre Seigneur est Allah. » Ils n’avaient commis aucun autre crime. Ils quittaient leur pays, étaient victimes d’injustice et de persécution, tandis qu’il assistait, totalement impuissant, à cette situation.

Le premier groupe d’émigrés arriva en Abyssinie sous la direction de Ja‘far ibn Abî Tâlib. Là, ils trouvèrent refuge auprès du souverain juste et équitable, le Négus. Depuis leur conversion à l’islam, ils goûtèrent pour la première fois à un peu de sécurité et éprouvèrent la douceur d’adorer librement le Dieu unique, le cœur en paix et sans crainte.

Les Quraychites étaient informés de l’émigration de ce groupe de musulmans en Abyssinie, ainsi que du refuge et de la protection qu’ils y avaient trouvés auprès du roi. Ils commencèrent à comploter pour les tuer ou les ramener. Umm Salama, directement impliquée dans cette affaire, raconte : « Lorsque nous arrivâmes en Abyssinie, nous y trouvâmes de bons voisins et la sécurité pour notre religion. Nous ne subîmes aucune injustice ni persécution dans l’adoration de notre Seigneur Allah, et nous n’entendîmes aucune parole qui nous déplût. Lorsque les Quraychites l’apprirent, ils se mirent à comploter. Ils choisirent parmi eux deux hommes robustes et vigoureux et les envoyèrent auprès du Négus. Ces deux hommes étaient ‘Amr ibn al-‘Âs et ‘Abd Allah ibn Abî Rabî‘a. Ils les chargèrent de nombreux présents précieux destinés au Négus et aux prêtres courtisans et flatteurs de sa cour. Ils leur avaient ordonné de remettre à chaque prêtre le cadeau qui lui était destiné avant même de discuter de notre affaire avec le roi d’Abyssinie.

Tous deux arrivèrent en Abyssinie, rencontrèrent les prêtres du Négus et remirent à chacun le présent qui lui était destiné. Puis ils leur dirent : « Quelques-uns de nos enfants égarés ont trouvé refuge dans le royaume du roi. Ils ont abandonné la religion de leurs ancêtres et semé la division et la discorde au sein de leur communauté. Lorsque nous parlerons au roi à leur sujet, veuillez lui demander de nous les renvoyer sans les interroger le moins du monde sur leur religion. En effet, leurs dirigeants nationaux connaissent mieux que quiconque leurs croyances et leur conduite. Ce sont eux qui décideront de leur sort. »

Les prêtres de la cour approuvèrent leurs paroles.

Umm Salama raconte : « Rien ne déplaisait davantage à ‘Amr ibn al-‘Âs et à son compagnon que le roi convoque l’un d’entre nous pour l’écouter. »

Tous deux se présentèrent à la cour du Négus et lui offrirent les présents. Ceux-ci plurent beaucoup au Négus, qui les loua abondamment. Puis ils dirent au roi : « Majesté, quelques-uns de nos fils au mauvais caractère sont entrés dans votre royaume. Ils ont inventé une religion que nous ne connaissons pas, pas plus que vous. Ils ont abandonné notre religion, mais n’ont pas non plus adopté la vôtre. Leurs pères, leurs oncles paternels et les notables de leur tribu nous ont envoyés auprès de vous afin que nous les ramenions. Les dirigeants de leur tribu sont ceux qui connaissent le mieux les troubles et les désordres qu’ils ont provoqués. »

Le Négus se tourna vers les prêtres présents à sa cour. Ils dirent : « Ô noble roi, ils ont dit la vérité. Car ce sont leurs chefs de tribu qui connaissent le mieux leurs agissements. Renvoyez-les auprès de leurs chefs de tribu, afin que ceux-ci puissent décider de leur sort. »

Les paroles des prêtres irritèrent vivement le roi. Il dit : « Par Allah, cela ne se peut pas ! Je ne livrerai aucun d’eux avant de les avoir interrogés au sujet des accusations portées contre eux. S’ils sont réellement tels que ces deux hommes le prétendent, je les livrerai. Sinon, aussi longtemps qu’ils souhaiteront demeurer sous ma protection, je leur permettrai d’y rester en sécurité. »

Umm Salama dit : « Ensuite, le Négus nous fit appeler pour nous rencontrer. Avant de partir, nous nous réunîmes tous en un même lieu. Nous supposâmes que le roi allait certainement nous interroger au sujet de notre religion. Nous décidâmes donc de déclarer ce en quoi nous croyions. Ja‘far ibn Abî Tâlib parlerait au nom de tous. Personne d’autre ne prendrait la parole. »

Umm Salama dit : « Lorsque nous nous rendîmes auprès du Négus, nous le trouvâmes entouré de tous ses prêtres. Ils étaient assis à sa droite et à sa gauche, vêtus de leurs habits d’apparat et ayant déployé devant eux leurs livres religieux. Nous vîmes également auprès du roi ‘Amr ibn al-‘Âs et ‘Abdullah ibn Abî Rabî‘a. Après que nous nous fûmes assis calmement dans l’assemblée, le Négus tourna son regard vers nous et demanda : “Quelle est donc cette religion que vous avez nouvellement inventée, au point d’abandonner la religion de vos ancêtres, sans pour autant adopter la mienne ni aucune autre religion ?” »

Ja‘far ibn Abî Tâlib parla au nom de tous : « Ô noble roi ! Nous étions un peuple ignorant. Nous adorions les idoles, mangions les bêtes mortes, nous livrions à des actes obscènes, rompions les liens de parenté et maltraitions nos voisins. Nos puissants privaient les faibles de leurs droits. Nous étions dans cet état lorsque, finalement, Allah Très-Haut nous envoya un Messager. Nous connaissions sa lignée, sa véracité, sa loyauté, sa pureté et ses autres qualités. Il nous appela à Allah, afin que nous croyions en Son unicité, que nous L’adorions et que nous abandonnions les arbres, les pierres et les idoles que nous adorions, nous et nos ancêtres. »

Il nous ordonna de dire la vérité, de restituer convenablement les biens confiés, de préserver les liens de parenté, de bien traiter nos voisins et de nous abstenir des actes interdits ainsi que des effusions de sang illégales. En outre, il nous interdit les actes obscènes, le mensonge, la consommation des biens de l’orphelin et la calomnie contre les femmes chastes. »

Il nous ordonna également d’adorer Allah Seul, de ne rien Lui associer, d’accomplir la prière, de verser la zakat et de jeûner durant le mois de Ramadan. »

Le sachant véridique, nous avons cru en lui et suivi ce qu’il avait apporté de la part d’Allah. Ainsi, ce qu’il a déclaré licite ou illicite pour nous, nous le tenons pour licite ou illicite. »

Ô majestueux roi ! Ensuite, tous les membres de notre peuple commencèrent à nous maltraiter. Ils nous persécutèrent afin de nous ramener de notre religion à l’idolâtrie. Lorsqu’ils nous eurent accablés de persécutions et de sévices et se furent dressés entre nous et notre religion, nous préférâmes venir chez vous plutôt que d’aller ailleurs, dans l’espoir de ne pas être maltraités sous votre protection. »

Umm Salama rapporte : Ensuite, le Négus regarda un instant Ja‘far ibn Abî Tâlib et lui demanda : « Avez-vous avec vous une partie de ce que votre Prophète a apporté de la part d’Allah ? » Il répondit : « Oui. » — « Récite-m’en donc un peu. » Ja‘far récita : « Kâf, Hâ, Yâ, ‘Ayn, Sâd. Ceci est le récit de la miséricorde de ton Seigneur envers Son serviteur Zacharie, lorsqu’il invoqua secrètement son Seigneur. Il dit : “Mes os se sont affaiblis et mes cheveux ont blanchi sous l’effet de la vieillesse ; ô mon Seigneur, je n’ai jamais été déçu en T’invoquant.” »

Ainsi, il leur récita le début de la sourate Maryam du Noble Coran.

En entendant la parole d’Allah, le Négus pleura si abondamment que ses larmes mouillèrent sa barbe, et les prêtres présents à la cour pleurèrent eux aussi, au point de mouiller les livres saints ouverts devant eux. Lorsqu’il se fut quelque peu calmé, le Négus dit : « Ce que votre Prophète a apporté et ce que Jésus, paix sur lui, avait apporté avant lui ont une même origine. » Puis il se tourna vers Amr et son compagnon et dit : « Partez ! Par Allah, je ne vous les livrerai jamais. »

Umm Salama rapporte : Lorsque nous sortîmes de la cour du Négus, Amr ibn al-‘Âs dit à son compagnon, assez fort pour que nous l’entendions : « Par Allah ! Demain, nous retournerons auprès du roi et nous lui exposerons à leur sujet des actes qui feront bouillonner en lui le feu de la rancœur et rempliront son cœur de haine à leur égard. Nous pousserons certainement le roi à les chasser complètement. »

En entendant cela, son compagnon, ‘Abdullah ibn Abî Rabî‘a, dit : « Amr, tu ne devrais pas faire cela. Même s’ils s’opposent à nous en matière de religion, ce sont tout de même nos proches. »

Amr répondit : « Laisse donc ces paroles. J’informerai certainement le roi de choses qui feront trembler leur cœur. Je lui dirai : “Ils pensent que Jésus, fils de Marie, n’est qu’un serviteur comme les autres.” »

Le lendemain, Amr se rendit effectivement à la cour du Négus et dit : « Ô majestueux roi ! Ces gens, que vous avez accueillis et secourus, tiennent au sujet de Jésus, fils de Marie, des propos extrêmement graves. Envoyez quelqu’un leur demander ce qu’ils disent à son sujet. »

Umm Salama raconte : Lorsque nous apprîmes cela, nous fûmes plongés dans une profonde inquiétude. Nous nous demandâmes les uns aux autres : « Que direz-vous lorsque le Négus vous interrogera au sujet de Jésus, fils de Marie ? » Nous nous mîmes tous d’accord : nous ne dirions à son sujet rien de plus que ce qu’Allah en avait dit. Nous n’ajouterions pas même le bout d’un doigt à ce que notre Prophète avait apporté à son sujet. Le sort qui nous était réservé s’accomplirait alors. Cette fois encore, Ja‘far ibn Abî Tâlib parlerait en notre nom.

Le Négus nous fit appeler. Lorsque nous nous présentâmes à sa cour, nous vîmes que les prêtres étaient assis dans les mêmes vêtements que la veille. Dès qu’Amr ibn al-‘Âs et son compagnon furent présents, le roi nous demanda : « Que dites-vous au sujet de Jésus, fils de Marie ? »

Ja‘far ibn Abî Tâlib répondit : « Nous ne disons rien de plus que ce que notre Prophète dit à son sujet. »

« Que dit-il à son sujet ? »

« Il dit : Il est le serviteur d’Allah et Son Messager. Il est Son esprit et Sa parole, qu’Il a insufflés en Marie, la vierge et la chaste. »

Après avoir entendu Ja‘far, le Négus frappa le sol de sa main et dit : « Par Allah ! Ce que votre Prophète a dit au sujet de Jésus, fils de Marie, n’est pas exagéré ne serait-ce que de l’épaisseur d’un poil. » En entendant cela, les patriarches assis autour du Négus soufflèrent avec mépris par leurs narines. Le roi dit : « Quand bien même vous le détesteriez. » Puis il se tourna vers nous et dit : « Partez, vous êtes libres et en sécurité. Si quelqu’un vous insulte ou vous crée quelque obstacle, il en sera puni. Par Allah ! Même si je recevais une montagne d’or, je ne souhaiterais pas qu’en échange le moindre malheur atteigne l’un d’entre vous. » Ensuite, il se tourna vers Amr et son compagnon et dit : « Rendez-leur les présents de ces deux hommes. Je n’en ai pas besoin. »

Umm Salama raconte : Ainsi, le complot d’Amr et de son compagnon échoua, et ils quittèrent la cour, le cœur brisé, vaincus et désespérés. Quant à nous, nous continuâmes à vivre auprès du Négus, tels des voisins honorés dans une demeure accueillante.

Par la suite, Ja‘far ibn Abî Tâlib et son épouse passèrent dix années entières sous la protection du Négus, dans une sécurité et une tranquillité absolues. Durant la septième année de l’Hégire, eux deux ainsi que quelques autres musulmans partirent d’Abyssinie en direction de Yathrib (Médine). Ils arrivèrent eux aussi à Médine, tandis que le Messager d’Allah, paix et bénédictions d’Allah sur lui, revenait à Médine après avoir achevé la conquête de Khaybar. En voyant Ja‘far, le Messager d’Allah fut si heureux qu’il l’embrassa entre les deux yeux et dit : « Je ne sais pas ce qui me réjouit le plus : la conquête de Khaybar ou l’arrivée de Ja‘far. »

La joie et le bonheur de l’ensemble de la communauté musulmane en général, et des musulmans pauvres en particulier, à l’arrivée de Ja‘far n’étaient en rien inférieurs à ceux du Messager d’Allah ﷺ. En effet, Ja‘far était extrêmement bon et compatissant envers les pauvres et les nécessiteux. C’est pourquoi on l’appelait Abû al-Masâkîn, c’est-à-dire le père des nécessiteux.

Une année s’écoula après l’arrivée de Ja‘far ibn Abî Tâlib à Médine. Au début de la huitième année de l’Hégire, le Messager ﷺ prépara une armée pour attaquer les forces romaines en Syrie. Après avoir nommé Zayd ibn Hâritha commandant de l’armée, il dit : « Si Zayd est tué, le commandement reviendra à Ja‘far ibn Abî Tâlib. Si Ja‘far est tué ou blessé, le commandement reviendra à ‘Abdullah ibn Rawâha. Et s’il est tué ou blessé, les musulmans choisiront parmi eux un commandant. »

Lorsque l’armée musulmane arriva à Mu’ta, un lieu situé à la frontière syrienne de la Jordanie, elle constata que cent mille soldats romains s’étaient préparés à l’affronter, tandis que cent mille autres soldats chrétiens appartenant aux tribus arabes de Lakhm, Judhâm, Qudâ‘a et autres attendaient à l’arrière pour leur venir en aide. De leur côté, les musulmans n’étaient que trois mille. Dès le début de la bataille, Zayd ibn Hâritha tomba en martyr comme un héros. Alors Ja‘far ibn Abî Tâlib sauta de son cheval et le tua de son épée, afin que l’armée ennemie ne puisse pas l’utiliser. Puis il saisit l’étendard, pénétra profondément dans les rangs de l’armée romaine et continua à y combattre l’ennemi. Dans ces circonstances, son bras droit fut tranché. Il leva alors l’étendard de la main gauche. Peu après, un autre coup d’épée lui arracha également le bras gauche du corps. Pourtant, il ne renonça pas. Il maintint l’étendard islamique bien haut, le serrant contre sa poitrine avec ses bras mutilés. Peu après, un troisième coup d’épée fendit son corps en deux.

Puis ‘Abdullah ibn Rawâha prit l’étendard. En combattant vaillamment les soldats ennemis, il rejoignit lui aussi ses deux compagnons. Ensuite, Khâlid ibn al-Walîd prit l’étendard et sauva l’armée musulmane.

‘Abdullah ibn ‘Umar participa également à cette bataille. Il raconte : « Lorsque nous recherchâmes le corps de Ja‘far, nous découvrîmes qu’il portait cinquante blessures rien que sur sa face antérieure. Son corps tout entier comptait plus de quatre-vingt-dix blessures, mais pas une seule dans le dos. »

En apprenant le martyre de ces trois commandants, le Messager ﷺ fut profondément affligé. Le cœur accablé de douleur, il se rendit chez son cousin Ja‘far. À ce moment-là, son épouse Asmâ se préparait à accueillir son mari. Elle avait préparé la pâte pour faire du pain, avait lavé et huilé leurs enfants, et leur avait fait revêtir des vêtements neufs.

Asmâ raconte : « En voyant le Messager ﷺ s’approcher de notre maison, le visage sacré couvert d’un tissu fin et propre, je fus envahie par toutes sortes de craintes et d’appréhensions. Mais, de peur d’entendre une mauvaise nouvelle, je n’osais pas lui poser de question au sujet de Ja‘far. Après avoir pris de nos nouvelles, il dit : “Amenez-moi les enfants de Ja‘far.” Je les appelai. Tout joyeux, ils accoururent en rivalisant pour savoir lequel arriverait le premier auprès du Messager ﷺ. Celui-ci les prit dans ses bras et se mit à les embrasser. Des larmes coulaient alors abondamment de ses yeux. Je lui demandai : “Ô Messager d’Allah ! Que mes père et mère soient sacrifiés pour toi. Pourquoi pleures-tu ? As-tu appris une mauvaise nouvelle au sujet de Ja‘far et de ses deux compagnons ?” Il répondit : “Oui. Ils sont tombés en martyrs aujourd’hui même.” À cet instant, les sourires disparurent des visages des petits enfants. Lorsqu’ils entendirent leur mère pleurer et se lamenter, ils restèrent immobiles à leur place comme des pierres, comme si des oiseaux s’étaient posés sur leur tête. Des voisines vinrent se rassembler autour d’Asmâ. Le Messager ﷺ sortit en essuyant ses larmes. De retour chez lui, il dit à ses Épouses purifiées : “Aujourd’hui, veillez quelque peu sur la famille de Ja‘far. Ils sont aujourd’hui comme privés de leurs sens.” »

Après le martyre de Ja‘far, le Messager ﷺ resta longtemps accablé de chagrin et profondément attristé. Finalement, l’ange Jibrîl عليه السلام lui annonça la bonne nouvelle qu’Allah avait donné à Ja‘far, en remplacement de ses deux bras coupés, deux nouvelles mains rouges de sang, et qu’il volait au Paradis avec les anges. C’est pourquoi il reçut les surnoms de Dhû al-Janâhayn et al-Tayyâr : celui qui possède deux ailes et celui qui vole.

Ibn Sa‘d rapporte dans ses Tabaqât : Ayant appris le martyre de Zayd ibn Hâritha, de Ja‘far ibn Abî Tâlib et d’Abdullah ibn Rawâha, le Messager d’Allah ﷺ prononça devant les personnes présentes un bref sermon dans lequel il les présenta et fit leur éloge, puis il invoqua Allah : « Ô Allah, pardonne à Zayd ! Ô Allah, pardonne à Zayd ! Ô Allah, pardonne à Ja‘far et à Abdullah ibn Rawâha. »

L’imam Ahmad rapporte ces propos d’Abdullah ibn Aslam. Le Messager d’Allah ﷺ disait à Ja‘far : « Par ton caractère et ta constitution physique, tu me ressembles. »

Le vénérable Ja‘far était extrêmement bienveillant envers les pauvres et les nécessiteux. Abû Hurayra dit : « Pour les nécessiteux parmi nous, Ja‘far ibn Abî Tâlib était le meilleur des hommes. Il nous emmenait chez lui et nous donnait tout ce qu’il avait. Lorsque sa nourriture était épuisée, il sortait sa petite outre de beurre clarifié vide. Nous la déchirions et mangions en la léchant tout ce qui y était resté collé. Le Messager d’Allah ﷺ disait : “À chacun des prophètes venus avant moi, seuls sept amis furent accordés. Mais mes amis privilégiés sont au nombre de quatorze, et Ja‘far est l’un d’eux.” (Bukhârî, Manâqib de Ja’‘far)

Zayd ibn Hâritha ((qu’Allah l’agrée))

Abû Usâma était sa kunyah, et Zayd son nom. Son titre était « le bien-aimé du Messager d’Allah » (le favori du Messager d’Allah), son père était Hâritha et sa mère Su‘da bint Tha‘laba.

Su‘da bint Tha‘laba partit avec son jeune fils Zayd pour se rendre auprès de la tribu paternelle des Banû Ma‘n. Avant d’atteindre la tribu de son père, une nuit, une bande de pillards des Banû Qayn attaqua leur tente, déroba leurs biens, leurs chameaux et autres possessions, et emmena les enfants en captivité. Parmi ces enfants captifs se trouvait également son fils Zayd ibn Hâritha.

Zayd avait alors huit ans. Les pillards l’emmenèrent à la foire de ‘Ukâz afin de le vendre. Un notable qurayshite nommé Hakîm ibn Hizâm ibn Khuwaylid l’acheta pour quatre cents dirhams. Après avoir acheté quelques autres esclaves avec lui, il retourna à La Mecque.

Ayant appris le retour de Hakîm ibn Hizâm, sa tante Khadîja bint Khuwaylid vint lui rendre visite. Il lui dit : « Ma tante, j’ai acheté plusieurs esclaves à ‘Ukâz et je les ai ramenés. Choisissez celui qui vous plaît parmi eux ; je vous l’offre en cadeau. »

Après avoir examiné attentivement les visages des esclaves, Khadîdja choisit Zayd ibn Hâritha. En effet, elle avait discerné sur le visage de Zayd les signes d’une intelligence vive et d’un esprit pénétrant. Elle le ramena avec elle chez elle.

Quelques jours après cet événement, Khadîdja épousa Muhammad ibn Abdallah. Elle voulut offrir un cadeau à son époux. Elle ne trouva rien de plus précieux que son esclave bien-aimé, Zayd ibn Hâritha. Elle remit donc cet esclave entre les mains de son mari.

Ce jeune esclave fortuné fut élevé sous la protection de Muhammad ibn Abdallah. Ayant bénéficié de sa noble compagnie, il eut l’occasion de contempler les plus belles qualités de caractère. Pendant ce temps, sa tendre mère était accablée de chagrin à cause de la perte de son fils. Ses larmes ne tarissaient jamais. Le sommeil lui était devenu interdit la nuit. Sa plus grande douleur était de ne pas savoir si son fils était encore vivant ou s’il avait été tué par des brigands. Elle sombrait donc dans un profond désespoir. Son père, Hâritha, se mit à rechercher son fils disparu dans tous les endroits possibles. Il demandait à chaque personne, connue ou inconnue, si elle avait des nouvelles de son fils. C’était un poète éminent de l’Arabie de cette époque. La douleur d’avoir perdu son fils s’exprime dans de nombreux poèmes qu’il composa alors. Dans l’un de ces poèmes, il dit :

« Je pleure Zayd, sans savoir ce qui lui est arrivé,

Est-il vivant ?

Alors il y a espoir qu’il revienne, ou bien est-il mort

Par Dieu ! Je ne sais pas, et pourtant je continue à m’en enquérir.

Les gens des plaines t’ont-ils enlevé, ou ceux des montagnes ?

Au lever du soleil, celui-ci me rappelle ton souvenir, et lorsqu’il

se couche, il me le rappelle à nouveau.

J’irai de pays en pays à ta recherche,

en poussant mes chameaux ; jamais je ne me lasserai,

ni ma monture non plus. Que je vive ou que la mort survienne.

Tout être humain est voué à mourir, quelles que soient les espérances qu’il poursuive. »

Durant cette saison du Hajj, quelques membres de la tribu de Zayd vinrent à La Mecque pour accomplir le Hajj. Alors qu’ils effectuaient le tawaf autour de la Kaaba, ils se retrouvèrent face à Zayd. S’étant reconnus les uns les autres, ils échangèrent des salutations. Après avoir accompli le Hajj, ces hommes retournèrent chez eux et informèrent Haritha, le père de Zayd, qu’ils avaient retrouvé la trace de son fils disparu.

Ayant retrouvé la trace de son fils, Haritha se prépara à partir. Il chargea également sur sa monture l’argent de la rançon de Zayd, son morceau de cœur et la prunelle de ses yeux. Ka’b, le frère de Haritha, l’accompagna. Après avoir voyagé sans relâche sur la route de La Mecque, ils arrivèrent auprès de Muhammad ibn Abdallah et lui dirent :

« Ô descendants d’Abd al-Muttalib ! Vous êtes les voisins de la Maison d’Allah, ceux qui secourent les démunis, nourrissent les affamés et offrent un refuge à ceux qui le recherchent. Nous sommes venus au sujet du garçon qui se trouve auprès de vous. Nous avons également apporté sa rançon. Faites-nous cette faveur et fixez vous-mêmes le montant de sa rançon. »

Muhammad (s. a.) dit : « De quel garçon parlez-vous ?

— De votre esclave, Zayd ibn Haritha.

— Voulez-vous que nous vous proposions quelque chose de meilleur qu’une rançon ?

— Qu’est-ce donc ?

— Je vais l’appeler devant vous. Qu’il décide librement s’il veut rester avec moi ou partir avec vous. S’il souhaite partir avec vous, vous pourrez l’emmener sans payer de rançon. Et s’il souhaite rester avec moi, je ne pourrai rien y faire.

Ils approuvèrent et dirent : « Vous avez proposé une solution parfaitement équitable. »

Muhammad (s. a.) appela Zayd et lui demanda : « Qui sont ces deux hommes ?

Il dit : « Voici mon père, Haritha ibn Shurahbil. Et voici mon oncle, Ka‘b. »

Il dit : « Si tu le souhaites, tu peux partir avec eux, et si tu le souhaites, tu peux rester avec moi. »

Sans la moindre hésitation, il s’écria aussitôt : « Je resterai avec vous. »

Son père dit : « Malheur à toi, Zayd ! Tu as préféré la servitude à tes père et mère ? »

Il répondit : « J’ai vu chez cet homme quelque chose qui m’empêche de jamais le quitter. »

Après la décision de Zayd, Muhammad (ﷺ) le prit par la main, le conduisit près de la Kaaba et, se tenant à côté de la Pierre noire, proclama à l’adresse des Qurayshites présents : « Ô assemblée des Qurayshites ! Soyez témoins : à partir d’aujourd’hui, Zayd est mon fils. Il sera mon héritier et je serai le sien. »

Cette déclaration réjouit grandement le père et l’oncle de Zayd. Ils le laissèrent auprès de Muhammad ibn Abdallah et retournèrent chez eux, le cœur apaisé. À partir de ce jour, Zayd ibn Haritha devint Zayd ibn Muhammad. Tout le monde s’adressait à lui comme au fils de Muhammad. Finalement, Allah le Très-Haut révéla dans la sourate Al-Ahzab le verset : « Appelez-les du nom de leurs pères », abolissant ainsi la pratique de l’adoption d’enfants. Dès lors, il fut de nouveau connu sous le nom de Zayd ibn Haritha.

Lorsque Zayd choisit Muhammad (ﷺ) au détriment de ses père et mère, il ne savait pas quelle immense victoire il avait remportée. Il ignorait tout du fait que le maître qu’il avait choisi, en abandonnant sa famille et sa tribu, était le Sayyid al-Awwalîn wa-l-Akhirîn et le Messager d’Allah envoyé à l’ensemble de la création. Il ne lui était pas venu à l’esprit, ne serait-ce qu’une seule fois, qu’un État serait établi dans ce monde, rempli de bien-être et de justice d’Orient en Occident, et que lui-même en serait le fondateur. Non, rien de tout cela ne traversait alors les pensées ni l’imagination de Zayd. Tout cela relève de la grâce d’Allah. Il accorde Ses dons en abondance à qui Il veut.

Quelques années seulement après cet événement, Muhammad reçut la mission prophétique. Zayd fut le premier croyant parmi les esclaves masculins. Par la suite, il devint le confident de confiance et l’homme de confiance du Messager d’Allah, le commandant de son armée et, en son absence, le responsable intérimaire de Médine.

De même que Zayd avait choisi le Messager plutôt que ses parents, le Messager l’aima profondément et l’intégra à ses propres enfants et à sa famille. Lorsque Zayd s’éloignait, il était inquiet ; lorsqu’il revenait, il était ravi, et il l’accueillait avec une joie telle qu’on ne la voyait pas lorsqu’il recevait quelqu’un d’autre. Aïcha a rapporté comment le Messager d’Allah accueillit Zayd lorsqu’il revint à Médine après une expédition.

Elle dit :

« Zayd ibn Haritha revint à Médine. Le Messager d’Allah se trouvait alors dans ma chambre. Il frappa à la porte. Le Messager se leva presque nu. Il ne portait alors qu’un morceau de tissu couvrant son corps du nombril aux genoux. Dans cet état, il courut vers la porte en traînant son vêtement. Il le serra dans ses bras et l’embrassa. Par Allah, je n’ai jamais vu le Messager d’Allah aussi peu vêtu, ni avant ni après cela. »

La profonde affection du Messager d’Allah pour Zayd se répandit parmi les musulmans. C’est pourquoi les gens l’appelaient « Zayd al-Hubb », et il reçut le titre de « Hibbu Rasulillah », c’est-à-dire le bien-aimé du Messager d’Allah.

Lorsque Hamza embrassa l’islam, le Messager d’Allah établit un lien de fraternité entre lui et Zayd. Une relation profonde se créa entre eux. Ainsi, lorsque Hamza partait en voyage, il désignait parfois son frère en religion Zayd comme son représentant.

Le Messager d’Allah avait une servante appelée « Umm Ayman ». Un jour, il dit à ses Compagnons : « Si quelqu’un souhaite épouser une femme du Paradis, qu’il épouse Umm Ayman. » Zayd l’épousa afin de réjouir le Messager d’Allah. C’est d’elle que naquit à La Mecque le célèbre chef militaire Usama ibn Zayd.

Après l’émigration de La Mecque à Médine, il fut l’hôte de Kulthum ibn Hidm. Un lien de fraternité fut établi entre lui et Usayd ibn Hudayr. Jusqu’alors, il vivait avec eux comme membre de la famille du Prophète. Après son arrivée ici, on lui attribua une maison séparée, et il épousa Zaynab bint Jahsh, la cousine germaine du côté paternel du Messager d’Allah. Mais comme aucune relation conjugale ne s’établit avec Zaynab, il divorça d’elle. Ensuite, sur ordre d’Allah, le Messager d’Allah épousa Zaynab.

Zayd était l’un des meilleurs archers de l’Arabie de son époque. Il participa à toutes les expéditions, de Badr à Mu’ta. Il ne put prendre part qu’à l’expédition de Marra Yasî. Lors de cette expédition, le Messager d’Allah — qu’Allah le bénisse et le salue — le désigna comme son remplaçant à Médine.

Au cours de la huitième année de l’hégire, un événement tragique se produisit. Cette année-là, le Messager — qu’Allah le bénisse et le salue — envoya al-Hârith ibn ‘Umayr al-Azdî auprès du gouverneur de Bosra, porteur d’une lettre contenant l’appel à l’islam. Lorsqu’al-Hârith atteignit Mu’ta, un lieu situé à la frontière orientale de la Jordanie, Shurahbîl ibn ‘Amr, l’un des gouverneurs de l’empereur ghassânide, lui barra la route et le captura. Puis il le fit mettre à mort. Le Messager — qu’Allah le bénisse et le salue — accorda à cette affaire une très grande importance, car jamais auparavant un émissaire n’avait été tué de cette manière. Il prépara une armée de trois mille soldats pour mener une expédition à Mu’ta et en confia le commandement à Zayd ibn Hâritha. Juste avant le départ, le Messager — qu’Allah le bénisse et le salue — donna cette instruction : « Si Zayd tombe en martyr, le commandement de l’armée reviendra ensuite à Ja‘far ibn Abî Tâlib. Si Ja‘far tombe en martyr, le commandement reviendra à ‘Abdullah ibn Rawâha. S’il tombe lui aussi en martyr, qu’ils choisissent eux-mêmes l’un des leurs pour les commander. »

Sous le commandement de Zayd, l’armée quitta Médine et atteignit un lieu nommé Ma‘ân, à la frontière orientale de la Jordanie. L’empereur romain Héraclius avança avec une immense armée de cent mille soldats afin de résister aux côtés des Ghassânides. Cent mille autres soldats arabes païens se joignirent à lui. Cette armée réunie prit position à peu de distance de l’armée musulmane. À Ma‘ân, l’armée musulmane demeura deux nuits et délibéra sur la conduite à tenir. Certains dirent qu’il fallait informer par lettre le Messager d’Allah — qu’Allah le bénisse et le salue — du nombre de soldats ennemis et attendre ses nouvelles instructions. D’autres dirent : « Nous ne combattons ni par le nombre, ni par la force, ni par la supériorité numérique. Nous combattons par cette religion. Avancez donc vers le but pour lequel vous êtes partis. Vous remporterez l’un des deux succès : la victoire ou le martyre. »

Les deux armées inégales se livrèrent alors un combat face à face. En voyant la bravoure et le courage de seulement trois mille soldats contre deux cent mille, l’armée romaine resta stupéfaite d’étonnement. La peur s’empara également de leurs cœurs.

Le courage avec lequel Zayd ibn Hâritha combattit pour maintenir lev旗ière du Messager d’Allah — qu’Allah le bénisse et le salue — est un exemple rare dans l’histoire. Son corps fut transpercé par d’innombrables coups de flèches et de lances. Finalement, il tomba sur le champ de bataille. Puis Ja‘far ibn Abî Tâlib et ‘Abdullah ibn Rawâha prirent successivement l’étendard et tombèrent en martyrs avec bravoure. Ensuite, sur décision collective de l’armée musulmane, Khâlid ibn al-Walîd fut choisi comme commandant. Il était récemment converti à l’islam. Sous son commandement, l’armée musulmane fut sauvée d’une défaite et d’une destruction inévitables. Ainsi, Zayd tomba en martyr au cours de la neuvième année de l’hégire, à l’âge de cinquante-quatre ou cinquante-cinq ans.

Lorsque la triste nouvelle de Mu’ta parvint au Messager d’Allah — qu’Allah le bénisse et le salue —, il fut accablé d’un tel chagrin qu’on ne le vit jamais plus bouleversé de la sorte. Il se rendit chez les commandants tombés martyrs afin de présenter ses condoléances à leurs familles. Lorsqu’il arriva chez Zayd, la petite fille de celui-ci se jeta en pleurant dans les bras du Messager, qui se mit à pleurer à haute voix. En le voyant dans cet état, Sa‘d ibn ‘Ubâda s’écria : « Ô Messager d’Allah, qu’est-ce donc ?

Il répondit : « C’est l’expression de l’amour. »

À son retour du pèlerinage d’adieu, le Messager — qu’Allah le bénisse et le salue — envoya Usâma, le jeune fils de Zayd, à la tête d’une armée pour venger le meurtre de son père. Beaucoup n’apprécièrent pas le commandement confié à un homme aussi jeune. Lorsque le Messager — qu’Allah le bénisse et le salue — l’apprit, il dit : « Vous aviez auparavant critiqué le commandement de son père. À présent, vous ne pouvez pas vous satisfaire du commandement de son fils. Par Allah, Zayd était digne d’être chef et il était celui que j’aimais le plus. Puis, celui que j’aime le plus est son fils Usâma. » Usâma était un digne fils de son père. Après avoir obtenu une juste vengeance pour le meurtre de son père, il retourna à Médine.

La dévotion, l’amour et l’obéissance envers le Messager d’Allah, ainsi que l’obtention de son agrément, constituaient l’unique vocation de la vie de Zayd, qu’Allah l’agrée. Divers événements de sa vie en témoignent. Umm Ayman, qu’Allah l’agrée, était une femme âgée, presque vieille, et dépourvue de beauté extérieure. Zayd, qu’Allah l’agrée, l’épousa uniquement pour faire plaisir au Messager d’Allah, que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui. Après sa séparation d’avec Zaynab, qu’Allah l’agrée, il porta lui-même de nouveau au Messager d’Allah, que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui, la proposition de l’épouser, uniquement parce que le Messager d’Allah, que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui, avait exprimé le désir de l’épouser. Par respect pour Zaynab, qu’Allah l’agrée, il ne leva pas les yeux vers elle ; tournant le visage de l’autre côté, il se contenta de lui transmettre la proposition. (Muslim)

Voyant l’amour sans limites que le Messager d’Allah, que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui, portait à Zayd et à ses enfants, Aïcha, qu’Allah l’agrée, disait : « Si Zayd avait été encore en vie, le Messager d’Allah, que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui, l’aurait peut-être désigné comme son successeur après sa mort. »

Abdallah ibn Abbās ((qu’Allah l’agrée))

Son nom était Abdallah et sa kunya Abū al-ʿAbbās. Son père était ʿAbbās et sa mère Umm al-Faḍl Lubāba. Il était issu de la branche hachémite de la tribu de Quraych. Il était le cousin paternel du Messager d’Allah, que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui, et Maymūna, l’une des Mères des croyants, qu’Allah l’agrée, était sa tante maternelle.

Le grand Compagnon Abdallah ibn Abbās, qu’Allah l’agrée, jouissait de nombreuses formes d’honneur et de gloire. Par les liens du sang, il était le cousin paternel du Messager d’Allah, que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui. En raison de l’immensité de son savoir, il reçut de la nation arabe, et plus largement de la communauté de Muhammad, les titres de « ḥabr et baḥr » (savant vertueux et océan). Il était un modèle vivant de piété et de scrupule religieux. On disait de lui qu’il jeûnait le jour, consacrait la nuit à l’adoration et se repentait et implorait le pardon durant la dernière veille de la nuit. Il pleurait tellement par crainte d’Allah que ses larmes avaient tracé deux sillons sur ses joues.

Voici donc Abdallah ibn Abbās, qu’Allah l’agrée, que la communauté de Muhammad appelait le « rabbānī » (le savant qui connaît Allah). Il était le plus savant au sujet du Livre d’Allah, le Saint Coran, le plus compétent dans son interprétation et sa signification, et le plus apte à en comprendre les secrets.

Il naquit à La Mecque, dans le Shiʿb Abī Ṭālib, trois ans avant l’hégire du Messager d’Allah, que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui, de La Mecque à Médine. Comme les Quraychites avaient boycotté son clan, les Banū Hāshim, ceux-ci vivaient alors dans le Shiʿb Abī Ṭālib. Au moment du décès du Messager d’Allah, que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui, il n’était encore qu’un adolescent de treize ans. Malgré cela, il mémorisa mille six cent soixante paroles ou hadiths du Messager d’Allah, que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui, et rendit ainsi un immense service à la communauté musulmane, Ṣaḥīḥ al-Bukhārī et Ṣaḥīḥ Muslim dont beaucoup furent rapportés dans ces recueils. Son père, ʿAbbās, embrassa apparemment l’islam durant la huitième année de l’hégire, peu avant la conquête de La Mecque. Selon le récit d’Ibn Saʿd, Umm al-Faḍl fut, après la Mère des croyants Khadīja, qu’Allah l’agrée, la première femme à embrasser la foi. Ainsi, Abdallah, qu’Allah l’agrée, grandit dès sa naissance dans un environnement de tawḥīd et, parvenu à l’âge de raison, se révéla être un musulman doté d’une foi solide.

Après la naissance d’Abdallah, sa mère, la célèbre Compagne Umm al-Faḍl Lubāba bint al-Ḥārith al-Hilāliyya, le prit dans ses bras et l’emmena auprès du Messager d’Allah, que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui. Le Messager d’Allah, que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui, prit un peu de salive de sa bouche bénie et la plaça dans la bouche du nouveau-né Abdallah, accomplissant ainsi pour lui le taḥnīk. De cette manière, avant même qu’aucune substance terrestre ne pénètre dans son estomac, la salive bénie et porteuse de bienfaits du Noble Messager y pénétra. Avec elle y pénétrèrent également la taqwā et la ḥikma.

Son père, le vénérable al-‘Abbas, émigra avec toute sa famille à Médine, durant la huitième année de l’Hégire, peu avant la conquête de La Mecque. Abdullah n’avait alors pas plus de onze ans. Pourtant, il passait déjà la majeure partie de son temps en compagnie du Messager d’Allah ﷺ. Un jour, de retour chez lui, il raconta : « J’ai vu auprès du Messager d’Allah ﷺ un homme que je ne connaissais pas. » Lorsque al-‘Abbas rapporta ces paroles au Messager d’Allah ﷺ, celui-ci appela Abdullah, le fit asseoir sur ses genoux, lui passa la main sur la tête et invoqua : « Ô Allah, bénis-le et fais rayonner par lui la lumière de l’islam. »

Dès l’âge de sept ans, il se consacra au service et à l’assistance du Messager d’Allah ﷺ. Lorsqu’il avait besoin de faire ses ablutions, Abdullah lui apportait de l’eau ; lorsqu’il se levait pour prier, il se tenait derrière lui pour prier à sa suite ; et lorsqu’il partait en voyage, il montait derrière lui sur sa monture et l’accompagnait. Ainsi, il le suivait comme son ombre, portant constamment en lui une conscience éveillée, un esprit limpide et une mémoire plus puissante que tous les appareils d’enregistrement de l’époque moderne.

Bien que le vénérable Abdullah fût naturellement calme, intelligent et astucieux, la période de sa vie durant laquelle il eut l’occasion de côtoyer le Messager d’Allah ﷺ correspondait essentiellement à l’âge des jeux chez l’être humain. Il se souvenait : « Je jouais avec les autres garçons dans les ruelles et dans les rues. Un jour, je vis le Messager d’Allah ﷺ arriver par-derrière. Je me cachai rapidement derrière la porte d’une maison pour lui échapper. Mais il me rattrapa. Il posa la main sur ma tête et me dit : “Va appeler Muawiya.” » Muawiya était le scribe, ou secrétaire, du Messager d’Allah ﷺ. Je courus vers lui et lui dis : « Venez, le Messager d’Allah ﷺ vous appelle. »

La Mère des croyants, la vénérable Maymuna, était la tante maternelle d’Abdullah et il passait donc la plupart de son temps auprès d’elle. Il lui arrivait souvent de dormir dans sa chambre durant la nuit. Grâce à cette proximité, il eut l’immense honneur de bénéficier d’une compagnie très étroite du Messager d’Allah ﷺ. Il eut également l’occasion d’accomplir avec lui la prière de tahajjud durant la nuit et de lui apporter l’eau de ses ablutions. Un jour, dans la chambre de Maymuna, alors qu’il se plaça à gauche du Messager d’Allah ﷺ pour la prière de tahajjud, celle-ci lui prit la tête et le fit se placer à droite.

Le vénérable Abdullah ibn Abbas relata ainsi son expérience : « Un jour, le Messager d’Allah ﷺ exprima le désir de faire ses ablutions. Je lui apportai rapidement de l’eau. Il fut très satisfait de mon geste. Lorsqu’il se leva pour prier, il me fit signe de me tenir à ses côtés. Mais je me plaçai derrière lui. Après la prière, il se tourna vers moi et me demanda : “Qu’est-ce qui t’a empêché de te tenir à mes côtés, Abdullah ?” Je répondis : “Ô Messager d’Allah, à mes yeux vous êtes éminemment honoré et d’une telle dignité que je ne me suis pas estimé digne de me tenir à vos côtés.” Aussitôt, il leva les deux mains vers le ciel et invoqua : “Ô Allah, accorde-lui la sagesse.” Une autre fois, alors que je lui apportais durant la nuit l’eau de ses ablutions, il invoqua en faveur d’Abdullah : “Ô Allah, rends-le savant en religion et enseigne-lui le ta’wil, c’est-à-dire la méthode d’interprétation.” »

Allah le Très-Haut exauça cette invocation de Son Prophète bien-aimé et accorda au jeune Hachémite une connaissance si vaste qu’il devint l’objet de la jalousie des plus grands savants. Les ouvrages d’histoire et de biographie rapportent de nombreux récits de son immense savoir et de son intelligence pénétrante.

Au moment de la mort du Messager d’Allah ﷺ, Abdullah n’avait que treize ans. Deux ans et trois mois plus tard, le premier calife, le vénérable Abu Bakr, mourut. Il entra dans l’âge de la maturité durant le califat du deuxième calife, le vénérable Umar. Le calife Umar ﷺ le garda auprès de lui et sous sa surveillance. Il lui permettait de prendre place avec les grands Compagnons dans les assemblées importantes. Il l’autorisa également à s’asseoir avec les Compagnons de Badr. Le traditionniste Ibn Abd al-Barr rapporte : « Umar aimait Ibn Abbas et le gardait auprès de lui. »

Sous le règne du troisième calife, le vénérable Uthman, une expédition fut menée en Afrique, durant l’an 27 de l’Hégire, sous le commandement d’Abdullah ibn Abi Sarh, gouverneur de l’Égypte. Le vénérable Abdullah participa à cette expédition à la tête d’une troupe venue de Médine et s’entretint avec le roi d’Afrique, Jarjir, en qualité d’émissaire des musulmans. Ayant observé sa vive intelligence et sa grande perspicacité, le roi remarqua : « Je pense que vous êtes l’un des hommes les plus savants parmi les Arabes. »

En l’an 35 de l’Hégire, lorsque le vénérable Othmân fut placé en résidence surveillée par les insurgés, il nomma Abdullah son représentant en qualité d’émir du pèlerinage et l’envoya à La Mecque. Le pèlerinage eut lieu cette année-là sous sa direction. À son retour du pèlerinage à Médine, il trouva la ville en pleine effervescence. Le calife Othmân avait subi le martyre aux mains des insurgés, et Médine était sous leur contrôle. Ceux-ci faisaient pression sur le vénérable Ali pour qu’il assume la charge du califat. Ali consulta Abdullah à ce sujet. Après avoir analysé en détail la situation, Abdullah lui conseilla de ne pas accepter cette responsabilité. Les circonstances qu’Abdullah prévoyait si Ali acceptait la charge se réalisèrent toutes par la suite.

Lors de la bataille du Chameau, le vénérable Abdullah prit la direction des forces du Hedjaz du côté du vénérable Ali. Ali le nomma gouverneur de Bassora. À la tête d’une armée venue de Bassora, il participa à la bataille de Siffîn aux côtés d’Ali. Il convient de préciser que cette bataille opposa Ali au vénérable Muawiya. Conformément à la décision de Siffîn, le vénérable Ali voulut nommer le vénérable Abdullah comme arbitre en son nom, mais cette volonté ne put être mise à exécution en raison de l’opposition des autres.

À l’époque du conflit et des affrontements entre le vénérable Ali et le vénérable Muawiya, lorsque certains compagnons d’Ali le quittèrent, Abdullah ibn Abbas lui dit : « Ô émir des croyants, permettez-moi d’aller leur parler un peu. » Il répondit : « Je crains qu’ils ne vous infligent quelque excès. » Abdullah dit : « Si Dieu le veut, rien de tel ne se produira. »

En se rendant auprès d’eux, Abdullah constata qu’il n’avait jamais vu auparavant un peuple aussi profondément absorbé dans l’adoration. Ils dirent : « Ibn Abbas, bienvenue ! Mais pour quelle raison êtes-vous venu ? » Il répondit : « Pour discuter de certaines choses avec vous. » Certains d’entre eux dirent : « Il n’est pas nécessaire de discuter avec lui. » Mais d’autres dirent : « Très bien, parlez ; nous allons vous écouter. » Il dit : « Pourquoi adoptez-vous une attitude aussi extrême envers Ali, le cousin du Messager de Dieu, son gendre et le premier homme à avoir cru en lui ? » Ils répondirent : « Nous voulons lui faire payer trois de ses actes. » Il demanda : « Quels sont ces trois actes ? » Ils répondirent :

1. En nommant Abou Moussa al-Achari et Amr ibn al-As comme arbitres sur le champ de bataille de Siffîn, il a établi des hommes comme juges dans une affaire relevant de la religion de Dieu.

2. Il a combattu Aïcha et Muawiya, mais n’a pas pris leurs biens comme butin ni leurs prisonniers de guerre comme esclaves et servantes.

3. Bien que les musulmans lui aient prêté serment d’allégeance et l’aient reconnu comme leur émir, il a renoncé au titre d’« émir des croyants ».

En réponse, Ibn Abbas dit :

« Si je peux vous présenter, à partir du Livre d’Allah et des hadiths du Messager, des arguments que vous ne pouvez nier, renoncerez-vous à la croyance à laquelle vous adhérez ? » Lorsqu’ils répondirent par l’affirmative, il dit :

« Vous lui reprochez d’avoir commis une faute en nommant des hommes comme arbitres dans une affaire religieuse. Pourtant, Allah — exalté soit-Il — dit :

« Ô vous qui croyez, ne chassez pas pendant que vous êtes en état d’ihram. Si l’un d’entre vous tue délibérément un gibier, qu’il offre en expiation un animal équivalent, selon le jugement de deux hommes intègres parmi vous, et qu’il le fasse parvenir à la Kaaba. » (Al–Mâ’ida : 95)

« Je jure par Allah : n’est-il pas plus raisonnable de nommer des arbitres pour préserver le sang et la vie des hommes et régler leurs querelles et leurs différends, que de nommer un arbitre au sujet d’un lapin tué valant quatre dirhams ? »

Ils répondirent : « Oui, il est plus raisonnable de nommer des arbitres pour garantir la sécurité du sang des hommes et régler leurs différends. » Ibn Abbas dit : « Sommes-nous donc parvenus à une décision sur cette question ? » Ils répondirent : « Oui. »

Ibn Abbas dit : « Vous dites qu’Ali a combattu Aïcha et Muawiya, mais qu’il ne les a pas capturés pour en faire des esclaves. Voulez-vous que votre mère Aïcha soit réduite en esclavage et qu’on la traite comme les autres esclaves ? Si vous répondez oui, vous deviendrez des mécréants. (car, selon la charia, traiter une esclave comme une épouse est licite।)’

Et si vous dites : “Aïcha n’est pas notre mère”, vous serez également des mécréants. Car Allah dit :

« Le Prophète est plus proche des croyants qu’ils ne le sont d’eux-mêmes, et ses épouses sont leurs mères. »(Sourate Al-–Ahzab : 36)

« Choisissez maintenant l’une de ces deux réponses. » Puis il demanda : « Sommes-nous donc parvenus à une conclusion sur cette question également ? » Ils répondirent : « Oui. »

Enfin, il dit : « Vous lui reprochez d’avoir renoncé au titre d’« amîr al-mu’minîn ». Or, lors du traité de Hudaybiyya conclu entre le Messager d’Allah et les polythéistes de La Mecque, lorsque la formule « Muhammad, le Messager d’Allah » fut inscrite, les Quraychites déclarèrent : “Si nous croyions réellement que vous êtes le Messager d’Allah, nous ne vous aurions pas empêchés d’atteindre la Noble Kaaba et nous ne vous aurions pas affrontés. Écrivez plutôt, à la place de cette formule : ‘Muhammad ibn Abdallah’.” Ce jour-là, le Messager d’Allah accepta pourtant leur demande en disant : “Par Allah, je l’affirme avec certitude : je suis le Messager d’Allah, quand bien même vous me traiteriez de menteur.” De la même manière, Ali a renoncé au titre d’« amîr al-mu’minîn », car si Muawiya l’avait reconnu comme tel, il n’y aurait eu aucun différend. » Après cela, il demanda : « Sommes-nous donc parvenus à une conclusion sur cette question également ? » Ils répondirent : « Oui. »

Lors de cette discussion instructive d’Abdullah ibn Abbas avec ceux qui avaient abandonné le camp de l’honorable Ali, ils furent satisfaits et acceptèrent sans réserve la force de ses arguments. Après cet entretien, vingt mille hommes retournèrent dans le camp d’Ali, tandis que les quatre mille autres persistèrent dans leur décision irréfléchie de lui être hostiles.

Ce fut la bataille qu’Ali, qu’Allah l’agrée, livra contre les kharijites extrémistes au lieu nommé Nahrawan. Abdullah rejoignit cette bataille depuis Bassora avec sept mille soldats. Ali nomma Abdullah wali de tout l’Iran conquis, en plus de Bassora. Il réprima la révolte kharijite en Iran.

Selon un récit, sous le califat d’Ali, qu’Allah l’agrée, Abdullah démissionna de ses fonctions de gouverneur de Bassora et partit pour La Mecque. On rapporte qu’il démissionna en raison d’un désaccord avec Abu al-Aswad al-Du’ali, le juge de Bassora. Selon un autre récit, il demeura wali de Bassora jusqu’à la fin du califat d’Ali, qu’Allah l’agrée, puis partit pour La Mecque au début du califat de Muawiya, qu’Allah l’agrée, et y vécut dans la solitude.

Lorsque l’imam Hussein, qu’Allah l’agrée, se rendit de Médine à Koufa en passant par La Mecque, à l’invitation des habitants de Koufa, Abdullah tenta de l’en dissuader en lui rappelant la traîtrise de ces derniers. Abdullah fut profondément bouleversé par le martyre de l’imam Hussein à Karbala, avec toute sa famille. Bien qu’il résidât à La Mecque, Abdullah refusa de prêter allégeance à Abdullah ibn al-Zubayr, qu’Allah les agrée tous deux. Il le considérait toutefois comme ayant droit au califat. Cela ressort clairement d’un hadith du Sahih al-Bukhari.Bukhari authentique Cette situation rendit son séjour à La Mecque quelque peu difficile. Il partit pour Taïf. Vers la fin de sa vie, il tomba malade et rendit son dernier souffle à Taïf.

Hazrat Abdullah ibn Abbas déploya des efforts inlassables et se consacra avec acharnement à l’acquisition du savoir. À cette fin, il employa toutes sortes de moyens et de méthodes. Du vivant du Messager, qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix, il puisa à deux mains dans sa source limpide, puis, après sa disparition, il continua à étancher sa soif de savoir auprès des Compagnons éminents. On peut mesurer son humilité et sa patience dans la quête du savoir à travers l’un de ses propres récits. Il dit :

« Chaque fois que j’apprenais qu’un hadith du Messager d’Allah, qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix, était conservé auprès de l’un de ses Compagnons, je me rendais à la porte de sa maison. Lorsque j’arrivais à l’heure du repos de midi, j’étendais mon manteau devant sa porte et m’y allongeais. Le vent soulevait la poussière, qui finissait peut-être par recouvrir entièrement mes vêtements et mon corps. Pourtant, dès que je demandais la permission de le rencontrer, il me l’accordait. Je faisais cela uniquement pour pouvoir l’interroger. Lorsqu’il sortait de chez lui et voyait mon état, il disait : “Ô cousin du Messager d’Allah, qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix, dans quel but es-tu venu ? Pourquoi ne m’as-tu pas prévenu ? Je serais moi-même venu te rendre visite.” Je lui répondais : “C’est à moi de venir auprès de vous, car le savoir est une chose que l’on vient recevoir, et non une chose que l’on va transmettre.” Puis je l’interrogeais au sujet du hadith. »

Dans sa quête du savoir, Ibn Abbas était humble. Il savait également honorer les savants comme il se devait. Un événement particulièrement remarquable en témoigne. Un jour, Zayd ibn Thabit, qu’Allah l’agrée, le chef des savants de Médine dans les domaines de la rédaction de la révélation, du jugement, du fiqh, de la récitation coranique et des lois successorales, allait monter sur sa monture. C’est alors que le jeune Hachémite Abd Allah ibn Abbas se plaça devant lui, dans l’attitude d’un serviteur debout devant son maître, et l’aida à monter en tenant les rênes et la selle de la monture. Zayd, qu’Allah l’agrée, lui dit : “Ô cousin du Messager, qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix, que fais-tu donc ? Laisse cela.” Ibn Abbas répondit : “C’est précisément ainsi qu’il nous a été ordonné de nous comporter envers nos savants et nos hommes de connaissance.” Zayd, qu’Allah l’agrée, lui dit : “Tends-moi une de tes mains.” Lorsqu’il lui en tendit une, Zayd, qu’Allah l’agrée, se pencha et la baisa, puis dit : “C’est également ainsi qu’il nous a été ordonné de nous comporter envers les membres de la famille de notre Prophète.”

Les grands savants et penseurs de cette époque furent extrêmement étonnés par les habitudes, la concentration et la méthode de travail d’Ibn Abbas dans sa quête du savoir. Masruq ibn al-Ajda, l’un des plus éminents tabi‘in, dit : « Lorsque je vis Ibn Abbas, je me dis : “C’est le plus bel homme.” Lorsqu’il parla, je me dis : “C’est l’homme le plus éloquent.” Et lorsqu’il discuta, je me dis : “C’est l’homme le plus savant.” »

Lorsqu’il eut éprouvé une certaine satisfaction dans l’acquisition du savoir, il entreprit d’instruire les gens. Dès lors, sa maison se transforma en une université islamique. Ce ne serait pas exagérer que d’appeler sa maison une université, au sens où nous employons aujourd’hui ce terme. La différence entre une université moderne et l’université d’Ibn Abbas est toutefois que la première compte de nombreux enseignants, tandis que la seconde n’en comptait qu’un seul : Ibn Abbas, qu’Allah l’agrée.

Un compagnon d’Ibn Abbas rapporte : « J’ai assisté à une assemblée d’Ibn Abbas qui faisait la plus grande fierté de toute la tribu de Quraysh. J’ai vu la rue devant sa maison remplie de monde. Je me présentai auprès de lui et l’informai de la foule considérable qui se pressait à la porte. Il fit apporter de l’eau pour ses ablutions, les accomplit, puis s’assit et dit : “Sors et dis aux gens qui attendent que ceux qui souhaitent poser des questions sur le Coran et sa récitation entrent.” Je sortis et leur transmis son message. Aussitôt, un si grand nombre de personnes entra que la pièce, et même toute la maison, se trouva remplie. Il répondit à toutes leurs questions et leur donna encore de nombreuses informations. Puis il dit : “Laissez le passage libre pour vos frères qui attendent.” Ils s’en allèrent.

Puis il me dit : “Sors et dis à ceux qui souhaitent s’informer sur le tafsir et le ta’wil du Coran d’entrer.” Je sortis et leur transmis son message. La maison se remplit de monde. Il répondit à toutes leurs questions et leur fournit encore bien d’autres informations. Puis il dit : “Laissez le passage libre pour vos frères qui attendent.” Ils sortirent.

Il me dit de nouveau : “Sors et fais entrer ceux qui souhaitent s’informer sur le licite, l’illicite et le fiqh.” Je sortis et les fis entrer. Ils étaient si nombreux que la maison se remplit entièrement. Après avoir répondu à toutes leurs questions, il leur demanda de laisser la place à ceux qui viendraient ensuite. Ils s’en allèrent.

Il m’envoya de nouveau inviter ceux qui souhaitaient s’informer sur les lois successorales et les questions juridiques qui s’y rapportent. Une fois encore, la maison se remplit. Après avoir répondu de manière satisfaisante à toutes leurs questions, il leur demanda de laisser la place à ceux qui viendraient ensuite. Ils s’en allèrent. Il m’envoya encore une fois et me dit : “Fais entrer ceux qui souhaitent s’informer sur la langue arabe, la poésie et la littérature extraordinaire des Arabes.” Je les fis entrer. Cette fois encore, la maison se remplit. Il répondit à toutes leurs questions, les satisfit, puis les congédia. Le narrateur commente : “Cette seule assemblée aurait suffi à faire la gloire et la fierté de toute la tribu de Quraysh.”

C’est précisément en raison d’une telle affluence qu’Ibn Abbas fixa par la suite un jour de la semaine pour chacun des sujets. Il consacrait des séances distinctes au fiqh, aux maghâzî, à la poésie, à l’histoire de l’Arabie ancienne et à d’autres thèmes. Quelle que fût l’érudition de ceux qui assistaient à ces séances, chacun en repartait pleinement satisfait.

Grâce à son immense savoir et à sa capacité de réflexion, le vénérable Ibn Abbas eut l’honneur, malgré son jeune âge, de devenir membre du conseil consultatif du califat bien guidé. Lorsque le vénérable Umar était confronté à un problème difficile, il convoquait les Compagnons âgés et savants. Il faisait également appeler Abdullah ibn Abbas. Lorsque celui-ci se présentait, le vénérable Umar lui témoignait un grand respect et disait : « Nous sommes confrontés à une épreuve difficile ; trouve une solution, toi et ceux qui te ressemblent. »

Un jour, lors d’une assemblée de Compagnons âgés et vénérables, le vénérable Umar accorda à Abdullah ibn Abbas un peu plus d’attention et de considération qu’aux autres. Abdullah était alors un jeune homme. À ce sujet, Umar essuya les critiques des Compagnons âgés. Certains dirent : « Nous aussi, nous avons des fils et des petits-fils de son âge ; nous pouvons également les faire venir. » Umar mit alors Abdullah à l’épreuve en lui demandant l’explication d’un verset du Coran. Il réussit cette épreuve. Umar dit alors : « Abdullah est un jeune homme comme les sages. Il possède une langue avide de savoir et un cœur éveillé. »

Hisham ibn Urwa interrogea son père, Urwa, sur la profondeur du savoir d’Ibn Abbas et sur son rang. Il répondit : « Je n’ai jamais vu, à mes yeux, un homme aussi savant qu’Ibn Abbas. »

Amr ibn Habshi rapporte : « J’interrogeai Ibn Umar au sujet d’un verset. Il me dit : “Va voir Ibn Abbas et interroge-le également. Car, parmi ceux qui subsistent et qui connaissent ce qui a été révélé à Muhammad — que Dieu le bénisse et lui accorde la paix —, c’est lui le plus savant.” »

La base de son extraordinaire érudition dans l’exégèse coranique et les autres disciplines islamiques résidait, premièrement, dans la possibilité qu’il avait eue de côtoyer et de servir le noble Messager — que Dieu le bénisse et lui accorde la paix — ; deuxièmement, dans l’invocation du Messager de Dieu — que Dieu le bénisse et lui accorde la paix — en sa faveur ; et troisièmement, dans son intérêt immense pour l’acquisition du savoir ainsi que dans ses efforts et son labeur inlassables.

À la mort de Zayd ibn Thabit, le vénérable Abu Hurayra déclara : « Le savant érudit de cette communauté vient de mourir, et j’espère que le Très-Haut fera d’Abdullah ibn Abbas son successeur. »

Tout en instruisant les étudiants et les personnalités éminentes, le vénérable Ibn Abbas se souciait également des gens du commun. De temps à autre, il exhortait et conseillait le peuple lors d’assemblées particulières.

Il n’était pas de ceux qui ordonnent aux autres de faire ce qu’ils ne faisaient pas eux-mêmes. Ibn Abbâs jeûnait le jour et consacrait ses nuits à l’adoration. Abdallah ibn Mulayka raconte : « Une fois, je voyageai avec Ibn Abbâs de La Mecque à Médine. Chaque fois que nous dressions notre tente quelque part pour nous reposer, il consacrait une partie de la nuit à prier debout, tandis que ses autres compagnons de voyage, épuisés et accablés de fatigue, dormaient alors profondément. Une nuit, je l’entendis réciter avec une profonde concentration :

وَجَاءَتْ سَكْرَةُ الْمَوْتِ بِالْحَقِّ ۖ ذَٰلِكَ مَا كُنتَ مِنْهُ تَحِيدُ

« Et l’agonie de la mort survient en toute vérité. Voilà ce devant quoi tu cherchais à fuir. » (Qâf : 19)

Il répétait encore et encore ce verset en pleurant. Il passa ainsi la nuit jusqu’à l’aube. »

Il mourut à Taïf en l’an 68 de l’hégire, correspondant à 686/688 de l’ère chrétienne. Il avait alors soixante et onze ans. Muhammad ibn al-Hanafiyya dirigea la prière funéraire. À Taïf, l’immense mosquée appelée « mosquée d’Ibn Abbâs » perpétue encore aujourd’hui sa mémoire. La tombe de ce noble Compagnon se trouve à l’arrière de cette mosquée, sur un côté. Après son inhumation, ce verset du Coran fut récité :

يَا أَيَّتُهَا النَّفْسُ الْمُطْمَئِنَّةُ – ارْجِعِي إِلَىٰ رَبِّكِ رَاضِيَةً مَّرْضِيَّةً – فَادْخُلِي فِي عِبَادِي – وَادْخُلِي جَنَّتِي –

« Ô âme apaisée ! Retourne vers ton Seigneur, satisfaite et agréée. Entre donc parmi Mes serviteurs et entre dans Mon Paradis. » (Al–Fajr : 27–30)

Abdallah Ibn Mas‘ûd ((qu’Allah l’agrée))

Le Messager d’Allah (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui) a dit à propos d’Abdullah ibn Mas‘ud (qu’Allah l’agrée) : « Celui qui souhaite réciter le Coran avec justesse et en tirer la joie, tel qu’il a été révélé, qu’il le récite selon la récitation d’Ibn Umm ‘Abd. »

C’était à l’époque où il n’était encore qu’un adolescent et n’était pas encore entré dans l’âge adulte. Il faisait paître dans les défilés de La Mecque un troupeau de chèvres appartenant à ‘Uqba ibn Abû Mu‘ayt, l’un des chefs de la tribu de Quraysh. Les gens l’appelaient « Ibn Umm ‘Abd ». Mais son nom était Abdullah, son père s’appelait Mas‘ud, sa kunya était Abû ‘Abd al-Rahmân et sa mère s’appelait Umm ‘Abd.

Cet adolescent entendait constamment diverses nouvelles au sujet de l’apparition d’un prophète parmi son peuple. Cependant, en raison de son jeune âge et du fait qu’il vivait la plupart du temps à l’écart de la vie sociale de La Mecque, il n’y accordait guère d’importance. Comme d’habitude, il se levait chaque matin, sortait avec le troupeau de chèvres de ‘Uqba et ne revenait que le soir.

Un jour, l’adolescent vit deux hommes âgés, dont les visages portaient les marques de la dignité, s’avancer vers lui de loin. Ils étaient si épuisés et assoiffés que leurs lèvres et leur gorge étaient complètement desséchées. Arrivés près de lui, les deux hommes le saluèrent et lui dirent : « Mon garçon ! Trais pour nous un peu de lait de ces chèvres. Nous le boirons pour étancher notre soif et humidifier un peu nos gorges desséchées. »

Le garçon répondit : « Cela m’est impossible. Ces chèvres ne m’appartiennent pas. Je ne suis que leur berger et leur dépositaire. » Les deux hommes ne furent pas mécontents de sa réponse ; au contraire, une expression de joie apparut sur leurs visages. L’un d’eux lui dit de nouveau : « Alors donne-moi une chèvre qui n’a pas encore été approchée par un bouc. » Le garçon lui indiqua une petite chèvre qui se tenait tout près. L’homme s’avança, la saisit et, après avoir prononcé « Au nom d’Allah, le Tout Miséricordieux, le Très Miséricordieux », se mit à lui frotter le pis de ses mains. Profondément émerveillé, le garçon se dit en lui-même : « Une si petite chèvre, qui n’a jamais été approchée par un bouc, peut-elle donner du lait ? » Mais quelle merveille ! En peu de temps, le pis de la chèvre se gonfla et une grande quantité de lait se mit à en couler. Le second homme souleva une pierre creusée, la plaça sous les trayons et la remplit de lait. Puis ils burent tous deux et firent également boire le garçon avec eux. Ibn Mas‘ud raconte : « Tout ce que je voyais me paraissait incroyable. Lorsque nous fûmes tous rassasiés, cet homme béni regarda le pis de la chèvre et dit : “Rétracte-toi.” Aussitôt, il se rétracta comme auparavant. Je demandai alors à cet homme béni de m’enseigner les paroles qu’il avait prononcées. Il me répondit : “Tu es encore un garçon instruit.” »

Telle fut la première histoire de la rencontre d’Abdullah ibn Mas‘ud avec l’islam. Cet homme éminemment béni n’était autre que le Messager d’Allah lui-même (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui). Son compagnon était Abû Bakr al-Siddîq (qu’Allah l’agrée). À cette époque, ils s’étaient réfugiés dans les défilés isolés de La Mecque pour échapper aux persécutions et aux mauvais traitements des Qurayshites. De même que le garçon avait apprécié le Messager d’Allah et son compagnon, ceux-ci avaient trouvé remarquables son comportement, son honnêteté et sa perspicacité. Ils avaient discerné en lui les signes prometteurs du bien et de la prospérité.

Peu de temps après cet événement, Abdullah ibn Mas‘ud embrassa l’islam et se consacra au service du Messager d’Allah (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui). Le Messager d’Allah le prit également à son service. À partir de ce jour, cet heureux garçon passa du métier de berger de chèvres au service du meilleur des hommes de toute la création.

Abdullah ibn Mas‘ud suivait son maître comme son ombre. En voyage comme en résidence, à l’intérieur ou à l’extérieur de la maison, il restait constamment auprès de lui. Lorsque le Messager d’Allah dormait, il le réveillait ; au moment de ses ablutions, il lui servait de paravent ; lorsqu’il sortait, il lui chaussait ses sandales ; lorsqu’il entrait chez lui, il les lui retirait ; et il portait son bâton ainsi que son siwâk. Même lorsque le Messager d’Allah se trouvait dans ses appartements, il se rendait auprès de lui. Le Messager d’Allah lui avait permis d’entrer dans sa chambre quand il le souhaitait et de connaître toutes ses affaires, sans la moindre hésitation ni gêne. C’est pourquoi on l’appelait « Sâhib al-Sirr », c’est-à-dire celui qui détenait tous les secrets du Messager d’Allah (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui).

Abdullah ibn Mas’ud fut élevé dans la maison du Prophète, le suivit et acquit des manières, un comportement et des qualités morales semblables aux siens. C’est pourquoi il a été dit à son sujet : « En matière de guidée, de comportement et de qualités morales, il est celui qui ressemble le plus au Messager d’Allah (ﷺ). »

Ibn Mas’ud reçut son enseignement directement dans l’école du Messager d’Allah (ﷺ). Il fut donc l’un de ceux qui, parmi les Compagnons, récitaient le mieux le Coran, en comprenaient le mieux le sens et la portée, et possédaient la connaissance la plus approfondie des lois et des prescriptions d’Allah.

Un jour, le vénérable Umar (qu’Allah l’agrée) se trouvait dans la plaine d’Arafat. Sur ces entrefaites, un homme vint lui dire : « Ô commandeur des croyants ! Je viens de Koufa. Là-bas, j’ai vu un homme enseigner le Coran aux gens en le récitant de mémoire. » En entendant cela, il se mit dans une telle colère qu’on le voyait rarement dans un état pareil. Il bouillonnait de rage à l’intérieur de la litière de son chameau. Puis il demanda : « Puisses-tu périr ! Qui est cet homme ? »

— Abdullah ibn Mas’ud.

En entendant le nom d’Ibn Mas’ud, son état changea comme lorsque l’on verse de l’eau sur un feu ardent. Sa colère tomba et il retrouva son calme. Puis il dit : « Puisses-tu périr ! Par Allah, je ne connais personne de plus qualifié que lui pour cette tâche. Je vais te raconter à ce sujet un événement. » Umar (qu’Allah l’agrée) poursuivit : « Une nuit, le Messager d’Allah (ﷺ) parlait avec Abu Bakr. Ils discutaient de diverses affaires des musulmans, et j’étais avec eux. Au bout d’un moment, le Messager d’Allah (ﷺ) sortit, et nous sortîmes avec lui. À peine sortis, nous aperçûmes un homme debout dans la mosquée, en prière, mais nous ne pûmes pas le reconnaître. Le Messager d’Allah (ﷺ) resta debout quelque temps à écouter sa récitation du Coran. Puis il se tourna vers nous et dit : “Que celui qui désire se réjouir de réciter le Coran correctement, tel qu’il a été révélé, le récite à la manière d’Ibn Umm Abd.” Ensuite, Abdullah ibn Mas’ud s’assit et se mit à invoquer. Le Messager d’Allah (ﷺ) se mit à lui dire doucement, en le regardant : “Demande, et il te sera accordé ; demande, et il te sera accordé.” »

Umar (qu’Allah l’agrée) dit : « Je me suis dit intérieurement : Par Allah, demain, dès l’aube, j’irai trouver Abdullah ibn Mas’ud et je lui annoncerai la bonne nouvelle du commentaire du Messager d’Allah (ﷺ) au sujet de son invocation. Tôt le matin, je me rendis auprès de lui. Je constatai qu’Abu Bakr as-Siddiq (qu’Allah l’agrée) l’avait précédé et lui avait déjà annoncé la bonne nouvelle. En vérité, chaque fois que je me suis mesuré à Abu Bakr dans une bonne action, c’est lui qui l’a emporté à chaque fois. »

Une remarque personnelle témoigne particulièrement de l’étendue de sa maîtrise du Livre d’Allah, le Coran. Il dit : « Par Allah, en dehors de qui il n’y a pas de divinité ! Il n’est pas une seule révélation d’un verset du Livre d’Allah dont je ne sache où elle a été révélée et à quel sujet. Si j’apprenais qu’il existe quelqu’un de plus savant que moi au sujet du Livre d’Allah et qu’il m’était possible de parvenir jusqu’à lui, je me rendrais auprès de lui. »

Les propos qu’Abdullah ibn Mas’ud a tenus à son propre sujet ne sont pas exagérés. Je pense qu’il convient de rapporter aux lecteurs un événement à ce propos. Un jour, le vénérable Umar ibn al-Khattab (qu’Allah l’agrée), au cours d’un voyage, rencontra de nuit une caravane inconnue. Dans l’obscurité profonde de la nuit, on ne distinguait aucun de ses membres. Or, par hasard, Abdullah ibn Mas’ud se trouvait dans cette caravane, mais Umar (qu’Allah l’agrée) l’ignorait. Umar (qu’Allah l’agrée) demanda à un homme de les interpeller et de leur demander d’où venait la caravane. Abdullah ibn Mas’ud répondit depuis l’autre caravane :

— « De la vallée d’Amīq. »

— « Où se rend-il ? »

— « Ilal-Bayt al-ʿAtīq — vers al-Bayt al-ʿAtīq (c’est-à-dire vers la Kaʿba). » En entendant cette réponse, ʿUmar (qu’Allah l’agrée) dit : « Il y a certainement parmi eux un savant. » Il lui demanda encore : « Quel est le plus éminent verset du Coran ? »

— « Allāhu lā ilāha illā huwa al-ḥayyu al-qayyūm, lā ta’khudhuhu sinatun wa-lā nawm — Allah, il n’y a de divinité que Lui, le Vivant, Celui qui subsiste par Lui-même. Ni la somnolence ni le sommeil ne Le touchent. »

— « Quel est le verset qui exprime le plus parfaitement la justice ? »

— « Inna Allāha ya’muru bil-ʿadli wal-iḥsāni wa ītā’i dhī al-qurbā — Allah ordonne d’établir la justice, de faire le bien et de donner aux proches parents. » Puis il demanda encore :

— « Quel est le verset au sens le plus vaste ? »

— « Fa-man yaʿmal mithqāla dharratin khayran yarah, wa-man yaʿmal mithqāla dharratin sharran yarah — Quiconque accomplira le poids d’un atome de bien le verra, et quiconque accomplira le poids d’un atome de mal le verra également en recevoir la rétribution. »

– « Quelle est la plus terrifiante des aya ? »

– « Laysa bi-amāniyyikoum wa lā amāniyyi ahlil-kitābi man yaʿmal sū’an youjza bihi wa lā yajid lahou min دونِ اللهِ waliyyan wa lā nasīran » — « Tout ne se fera ni selon vos espoirs et vos désirs, ni selon les souhaits et les désirs des gens du Livre. Quiconque commettra une mauvaise action en subira la rétribution. Il ne trouvera, en dehors d’Allah, ni protecteur ni auxiliaire. »

« Quelle est l’aya qui inspire le plus d’espoir ? »

– « Qoul yā ʿibādiyalladhīna asrafou ʿalā anfousihim lā taqnatou min rahmatillāhi innallāha yaghfirudh-dhounouba jamīʿan. Innahou houwa al-Ghafour ar-Rahīm » — « Dis : “Ô Mes serviteurs qui avez commis des excès à votre propre détriment, ne désespérez pas de la miséricorde et de la compassion d’Allah. Certes, Allah pardonne tous les péchés. C’est Lui, en vérité, le Très-Pardonneur, le Très-Miséricordieux.” »

– « Dites-moi, Abdallah ibn Mas‘oud se trouve-t-il parmi vous ? »

– Oui. »

Abdallah ibn Mas‘oud n’était pas seulement un excellent récitateur du Coran, un savant, un dévot et un ascète ; il était également un homme actif et perspicace, ainsi qu’un moudjahid qui prenait les devants dans les moments de grand danger. Il lui suffit comme gloire d’avoir été, après le Messager d’Allah, le premier musulman sur terre à avoir récité publiquement le Coran parmi les Quraychites.

Un jour, les Compagnons du Messager d’Allah se réunirent à La Mecque. Ils étaient alors peu nombreux et faibles. Ils se dirent entre eux : « Par Allah, personne n’a jamais fait entendre publiquement le Coran aux Quraychites en le récitant. Qui pourrait leur faire entendre le Coran ? »

Abdullah ibn Mas‘ud dit : « C’est moi qui le leur réciterai. » Les autres dirent : « Nous craignons pour toi. Nous voulons quelqu’un qui ait des gens avec lui, afin que, si les Quraysh veulent lui faire subir quelque violence, ils puissent s’y opposer. » Ibn Mas‘ud dit : « Donnez-moi la permission. Allah me protégera. » Sur ces mots, il se dirigea vers la mosquée et arriva au Maqâm Ibrâhîm peu avant midi. Il se tint près du Maqâm Ibrâhîm et commença à réciter le Coran à haute voix : « Bismillâhir-Rahmânir-Rahîm. Ar-Rahmân, Il a enseigné le Coran, Il a créé l’être humain et lui a appris à s’exprimer… »

Il continua sa récitation. Les Quraysh l’entendirent et réfléchirent un instant. Puis ils se demandèrent les uns aux autres : « Que dit Ibn Umm ‘Abd ? Maudit soit-il ! Il récite donc ce que dit Muhammad. » Ils se levèrent tous et se précipitèrent sur lui, le frappant sauvagement au visage. Dans cette situation, il récita autant qu’Allah le voulut. Puis il retourna auprès de ses compagnons, le corps ensanglanté. Ils lui dirent : « C’est exactement ce que nous redoutions. » Il répondit : « Par Allah ! Les ennemis d’Allah me paraissent maintenant bien insignifiants, alors qu’ils ne l’étaient pas auparavant. Si vous le souhaitez, je peux faire la même chose demain. » Ils dirent : « Non, cela suffit. Tu leur as fait entendre ce qu’ils détestent. » Après avoir embrassé l’islam, le vénérable Abdullah ibn Mas‘ud devint la victime des persécutions des Quraysh. Contraint par les circonstances, il émigra deux fois en Abyssinie. Finalement, il émigra définitivement à Médine. À Médine, il fut l’hôte du célèbre Compagnon ansârî, le vénérable Mu‘âdh ibn Jabal. Après l’arrivée du Messager d’Allah à Médine, celui-ci établit entre eux un lien de fraternité religieuse et lui offrit un terrain près de la Mosquée du Prophète pour y résider.

Il participa à toutes les guerres importantes aux côtés du Messager d’Allah. Lors de la bataille de Badr, deux jeunes Ansâr tuèrent Abû Jahl, l’un des ennemis les plus acharnés de l’islam, et le laissèrent sur le champ de bataille. Après la bataille, le Messager d’Allah dit : « Que quelqu’un aille voir dans quel état se trouve Abû Jahl. » Abdullah ibn Mas‘ud s’y précipita. Abû Jahl respirait encore. Abdullah lui agrippa vigoureusement la barbe et lui dit : « Dis-moi, es-tu Abû Jahl ? »

Il accompagna le Messager d’Allah à Uhud, au Fossé, à Hudaybiyya, à Khaybar ainsi que lors de la conquête de La Mecque. Lors de la bataille de Hunayn, l’armée musulmane, forte de dix mille hommes, fut dispersée par l’attaque surprise des mécréants. Seuls quatre-vingts combattants, risquant leur vie, restèrent fermement autour du Messager d’Allah. Abdullah ibn Mas‘ud était l’un de ces quatre-vingts hommes. Au cours de cette bataille, c’est lui qui remit au Messager d’Allah la poignée de poussière que celui-ci lança en direction de l’armée polythéiste.

Après la mort du Messager d’Allah, il resta longtemps éloigné de toute activité. Cependant, sous le califat du vénérable ‘Umar, qu’Allah l’agrée, durant l’année 15 de l’hégire, il ne put plus rester inactif. Répondant à l’appel au jihâd, il partit pour la bataille de Yarmûk et y combattit avec bravoure.

Durant l’année 20 de l’hégire, le calife ‘Umar, qu’Allah l’agrée, le nomma juge de Kûfa. En plus de ses fonctions de juge, il fut chargé du Bayt al-Mâl, de l’enseignement et de la formation, ainsi que des fonctions de ministre du gouverneur de Kûfa.

Pendant dix années entières, il s’acquitta avec une grande compétence de toutes ces responsabilités. Au cours de cette longue période, le calife ‘Umar, qu’Allah l’agrée, mourut en martyr, le vénérable ‘Uthmân assuma le califat et plusieurs gouverneurs de Kûfa se succédèrent, mais Abdullah ibn Mas‘ud resta maintenu à son poste. Vers la fin du califat du calife ‘Uthmân, Abdullah fut relevé de ses fonctions. Accompagné de ses proches et de sa famille, il partit de Kûfa en direction du Hijâz. En chemin, arrivé dans le désert à un endroit appelé Rabdha, il apprit que le célèbre Compagnon, le vénérable Abû Dharr al-Ghifârî, qu’Allah l’agrée, y était sur son lit de mort. Peu après son arrivée, Abû Dharr rendit son dernier souffle. Abdullah ibn Mas‘ud dirigea sa prière funéraire et s’occupa de son linceul et de son inhumation. De là, il se rendit à La Mecque, accomplit la ‘umra, puis arriva à Médine. Il y passa paisiblement le reste de sa vie.

En l’an 32 de l’hégire, alors qu’Abdullah avait plus de soixante ans, un homme vint soudain le trouver un jour et lui dit : « Qu’Allah ne me prive pas de participer à ta prière funéraire. La nuit dernière, j’ai rêvé que le Messager d’Allah se trouvait sur une chaire et que tu étais devant lui. Il te disait : “Ibn Mas‘ud, tu as terriblement souffert après moi. Viens, rejoins-moi.” » Ce rêve se réalisa. Peu de temps après, il tomba malade et mourut de cette maladie.

Il resta en vie jusqu’au califat d’Othmân (qu’Allah l’agrée). Alors qu’il était alité, atteint de sa maladie finale, Othmân (qu’Allah l’agrée) vint un jour lui rendre visite. Il lui demanda :

— De quoi vous plaignez-vous ?

— De mes péchés.

— Désirez-vous quelque chose ?

— La miséricorde, ou la compassion, de mon Seigneur.

— Vous ne percevez plus votre allocation depuis de nombreuses années ; dois-je ordonner qu’elle vous soit de nouveau versée ?

— Je n’en ai pas besoin.

— Elle sera utile à vos filles après votre mort.

— Craignez-vous que mes filles ne connaissent la pauvreté ? Je leur ai pourtant ordonné de réciter chaque nuit la sourate Al-Waqi‘a. Car j’ai entendu le Messager ﷺ dire : « Celui qui récite chaque nuit la sourate Al-Waqi‘a ne sera jamais touché par la pauvreté. »

À la fin du jour, la nuit tomba, et ‘Abdullah ibn Mas‘ud rejoignit son Rafîq al-A‘lâ — son Compagnon suprême. Le calife ‘Uthmân dirigea la prière funéraire, puis il fut enterré à côté de ‘Uthmân ibn Maz‘ûn, qu’Allah l’agrée.

Al–Arqâm ibn Abîl Arqâm ((qu’Allah l’agrée))

Il s’appelait Abû ‘Abdillah al-Arqâm. Son père était Abû al-Arqâm ‘Abd Manâf, et sa mère s’appelait Umayma.

La famille de l’illustre al-Arqâm jouissait d’un grand prestige et d’un pouvoir considérable dans l’Arabie de l’époque antéislamique. Son grand-père, Abû Jundub Asad ibn ‘Abdillah, était en son temps l’un des principaux notables de La Mecque.

L’illustre al-Arqâm embrassa l’islam après onze ou douze autres personnes. Al–Bidâya rapporte qu’après la conversion d’Abû Bakr à l’islam, celui-ci présenta l’appel à l’islam à ‘Uthmân ibn ‘Affân, Talha ibn ‘Ubaydillah, az-Zubayr ibn al-‘Awwâm et Sa‘d ibn Abî Waqqâs. Tous acceptèrent immédiatement cet appel. Le lendemain, il se rendit auprès du Messager d’Allah ﷺ avec ‘Uthmân ibn Maz‘ûn, Abû ‘Ubayda et al-Arqâm ibn Abî al-Arqâm. Ils embrassèrent tous l’islam.

Lorsque l’illustre al-Arqâm embrassa l’islam, la situation de tous les musulmans, y compris le Messager d’Allah ﷺ, était extrêmement critique. Les forces polythéistes de La Mecque voulaient étouffer ce mouvement avant qu’il n’acquière de la puissance. Mais l’islam n’était pas venu pour être anéanti. Après sa conversion, la maison de l’illustre al-Arqâm devint la base secrète de l’islam. Dès que l’on évoque l’histoire des débuts de l’islam, la « Dâr al-Arqâm », ou maison d’al-Arqâm, revient invariablement devant nos yeux. Cette maison joua un rôle majeur dans la prédication et l’établissement de l’islam. Le Messager ﷺ y séjournait et y prêchait secrètement l’islam, à l’insu des Qurayshites. Les quelques personnes qui avaient embrassé l’islam jusque-là s’y réunissaient avec le Messager d’Allah ﷺ. En outre, le Messager d’Allah ﷺ y appelait les gens à l’islam par des contacts personnels. Plusieurs personnes embrassèrent l’islam dans cette maison historique. Le dernier homme à y proclamer son islam fut ‘Umar ibn al-Khattâb, qu’Allah l’agrée. Il est rapporté dans l’ouvrage Hayât as-Sahâba que lorsque le nombre des musulmans atteignit trente-huit, Abû Bakr et les autres insistèrent auprès du Messager d’Allah ﷺ pour qu’il proclame publiquement l’appel à l’islam. Face à leur insistance, le Messager ﷺ accepta. Ils sortirent alors de la maison d’al-Arqâm et se dispersèrent dans la Mosquée sacrée. Comme prévu, l’illustre Abû Bakr se leva dans l’enceinte de la Ka‘ba pour s’adresser aux Qurayshites qui s’y trouvaient et prononcer un discours. Dès qu’il commença à leur présenter l’appel à l’islam, les voyous qurayshites se jetèrent tous ensemble sur Abû Bakr et se mirent à le frapper. Le misérable ‘Utba ôta sa chaussure et frappa l’illustre Abû Bakr à coups de chaussure. L’état d’Abû Bakr devint alarmant. Son clan, les Banû Taym, s’avança pour le sauver. Dès qu’Abû Bakr reprit connaissance, il demanda des nouvelles du Messager d’Allah ﷺ. Il envoya sa mère, Umm al-Khayr, auprès d’Umm Jamîl afin de s’enquérir de la situation du Messager d’Allah ﷺ. Umm Jamîl vint annoncer discrètement que le Messager ﷺ était sain et sauf. Puis, dans l’obscurité de la nuit, tous trois se rendirent secrètement auprès du Messager d’Allah ﷺ. C’est là que, par la bénédiction de la prière du Messager d’Allah ﷺ, la mère d’Abû Bakr, Umm al-Khayr, embrassa l’islam. Ils y restèrent un mois. Entre-temps, le nombre des musulmans atteignit quarante. Le jour même où Abû Bakr, qu’Allah l’agrée, fut battu alors qu’il appelait les gens à la religion d’Allah, l’illustre Hamza embrassa également l’islam.

À l’époque préislamique, une association caritative appelée « Hilf al-Fudûl » avait été fondée à La Mecque sous la direction du Messager d’Allah ﷺ ; al-Arqâm en était l’un des membres.

Lorsque, durant la treizième année de la prophétie, l’ordre d’émigrer fut donné, al-Arqam arriva à Médine avec les autres Compagnons. Un lien de fraternité fut établi entre lui et Hadrat Abû Talha ibn Sahl. Afin qu’il puisse s’y établir durablement, le Messager d’Allah — qu’Allah le bénisse et le salue — lui donna une parcelle de terrain dans le quartier médinois des Banû Zurayq.

Il participa à la bataille de Badr, premier affrontement entre la vérité et le mensonge. Au cours de cette bataille, le Messager d’Allah — qu’Allah le bénisse et le salue — lui offrit une épée. Il prit part à toutes les expéditions importantes, notamment à Uhud, au Fossé et à Khaybar, et y combattit avec bravoure et courage. Le Messager d’Allah — qu’Allah le bénisse et le salue — le nomma collecteur de la zakât.

Il mourut à Médine à l’âge de quatre-vingt-trois ans, en l’an 53/55 de l’Hégire. Avant sa mort, il recommanda que Hadrat Sa‘d ibn Abî Waqqâs dirige sa prière funéraire. Or Hadrat Sa‘d se trouvait à al-‘Aqîq, un lieu situé quelque peu à l’extérieur de Médine. Comme sa venue tardait quelque peu, Marwân ibn al-Hakam, le gouverneur de Médine à cette époque, protesta en disant : « Combien de temps la prière funéraire restera-t-elle en attente d’un seul homme ? » Il voulut s’avancer lui-même pour diriger la prière funéraire, mais ‘Ubaydullah ibn al-Arqam ne le lui permit pas. La tribu des Banû Makhzûm se rangea également aux côtés de ‘Ubaydullah et le soutint. Alors que la dispute se poursuivait, Hadrat Sa‘d ibn Abî Waqqâs — qu’Allah l’agrée — arriva. Il dirigea la prière funéraire, puis le défunt fut enterré dans le cimetière de Baqî‘, à Médine.

La crainte révérencielle d’Allah, la piété religieuse, le désintérêt pour les plaisirs mondains et la sincérité constituaient les traits particuliers du caractère de Hadrat al-Arqam. Il éprouvait un attrait profond pour l’adoration et les veillées nocturnes. Un jour, il résolut de se rendre à Bayt al-Maqdis. Après avoir achevé les préparatifs du voyage, il vint prendre congé du Messager d’Allah — qu’Allah le bénisse et le salue. Le Messager d’Allah — qu’Allah le bénisse et le salue — lui demanda : « Est-ce pour faire du commerce ou pour quelque autre besoin ? » Al-Arqam répondit : « Que mes père et mère soient sacrifiés pour vous, je n’ai aucun autre besoin ; je veux seulement accomplir la prière à Bayt al-Maqdis. » Il lui fut répondu : « Une prière accomplie dans ma mosquée est meilleure que mille prières accomplies dans toute autre mosquée, à l’exception de la Mosquée sacrée. » Dès qu’il entendit ces paroles, Hadrat al-Arqam s’assit et renonça à son voyage.

La principale activité de Hadrat al-Arqam était le commerce. Après l’Hégire, il s’établit définitivement à Médine. Il légua en waqf à ses descendants sa maison historique de La Mecque. Pendant longtemps, cette maison fut considérée comme un lieu que les voyageurs venaient visiter.

La maison de Hadrat al-Arqam se trouvait au pied du mont Safâ. Lorsqu’on accomplissait le sa‘y entre Safâ et Marwa, il fallait précisément passer devant la porte de cette maison. Elle demeura intacte jusqu’à l’époque du calife abbasside al-Mansûr, en l’an 140 de l’Hégire. Cette même année, Muhammad ibn ‘Abdullah ibn al-Hasan proclama à Médine une révolte contre le pouvoir abbasside. ‘Abdullah ibn ‘Uthmân, petit-fils de Hadrat al-Arqam, faisait lui aussi partie des soutiens et des collaborateurs de cette révolte. Pour cette raison, sur l’ordre du calife al-Mansûr, Shihâb ad-Dîn ibn ‘Abd Rabbih fut envoyé auprès de ‘Abdullah afin de lui proposer l’achat de cette maison. ‘Abdullah refusa d’abord de la vendre, mais, à la condition d’être libéré de prison et séduit par le prix élevé, il finit par accepter la vente. Al-Mansûr acquit la propriété de cette grande demeure historique et bénie pour dix-sept mille dinars. Les autres copropriétaires de la maison ne furent d’abord pas d’accord, mais ils finirent eux aussi peu à peu par accepter.

Après le calife al-Mansûr, le calife al-Mahdî offrit cette maison à son esclave favorite, Khayzurân. Elle en détruisit l’ancienne structure et fit construire un édifice entièrement nouveau. Ainsi, au fil des époques, cette maison fut rénovée à plusieurs reprises et, peu à peu, cette demeure éminente — où le Messager d’Allah — qu’Allah le bénisse et le salue — et les musulmans avaient trouvé refuge durant les périodes difficiles de l’islam, et qui avait été pendant longtemps un lieu de descente de la Révélation et des anges — disparut complètement.

Abû Hurayra ad-–Dawsî ((qu’Allah l’agrée))

Qui, parmi les musulmans, pourrait ne pas connaître le nom d’Abu Hurayra ? À l’époque de l’ignorance, avant l’islam, les gens l’appelaient « Abd Shams ». Plus tard, lorsqu’Allah Très-Haut lui fit la faveur de le guider vers l’islam et l’honora en lui permettant de rencontrer le Messager d’Allah (s.a.s.), le Messager (s.a.s.) lui demanda : « Quel est ton nom ? » Il répondit : « Abd Shams (serviteur du soleil levant). »

Le Messager (s.a.s.) dit : « Non, à partir d’aujourd’hui, ton nom sera Abd al-Rahman. »

Abu Hurayra (r.a.) dit : « Ô Messager d’Allah ! Que mon père et ma mère soient sacrifiés pour vous. À partir d’aujourd’hui, mon nom sera Abd al-Rahman. »

« Abu Hurayra » est sa kunya, ou son surnom. Dans son enfance, il jouait constamment avec un chaton. En voyant cela, ses compagnons le surnommèrent Abu Hurayra (celui qui a un chaton). Peu à peu, il devint connu de tous sous ce nom, et son véritable nom tomba dans l’oubli. Après sa conversion à l’islam, lorsque sa relation avec le Messager d’Allah (s.a.s.) devint étroite, celui-ci l’appelait parfois affectueusement « Abu Hirrin ». C’est pourquoi il préférait le nom d’Abu Hirrin à celui d’Abu Hurayra. Il disait : « Mon bien-aimé, le Messager d’Allah, m’appelait par ce nom. De plus, hirrun est du masculin, tandis que hurayra est du féminin. »

Abu Hurayra entra dans l’islam sous la direction du célèbre Compagnon Tufayl ibn Amr al-Dawsi. Après sa conversion, il resta auprès de son propre peuple, les Daws. La sixième année de l’Hégire, il vint lui aussi à Médine avec une délégation de sa tribu pour rencontrer le Messager d’Allah (s.a.s.). Amr ibn Ghalas rapporte que sa première arrivée à Médine eut lieu au mois de muharram de la septième année de l’Hégire, l’année de la conquête de Khaybar.

Après son arrivée à Médine, ce jeune homme de la tribu des Daws se consacra sans interruption au service et à la compagnie du Messager d’Allah (s.a.s.). Il demeurait dans la mosquée vingt-quatre heures sur vingt-quatre, de jour comme de nuit. Il recevait constamment son enseignement et son éducation directement du Messager d’Allah (s.a.s.), et priait sous sa direction. Du vivant du Messager (s.a.s.), il n’avait ni épouse ni enfants. Il n’avait que sa mère âgée. Celle-ci demeurait alors fermement attachée au polythéisme. Abu Hurayra invitait sans cesse sa mère aimante à l’islam, mais elle refusait. Il en éprouvait une profonde douleur et une grande tristesse. Un jour, lorsqu’il l’invita à croire en Allah et en Son Messager, elle prononça au sujet du Prophète (s.a.s.) des paroles si grossières qu’Abu Hurayra en fut profondément bouleversé. Il se rendit aussitôt auprès du Messager d’Allah (s.a.s.) en pleurant. Le Messager (s.a.s.) lui demanda : « Pourquoi pleures-tu ? »

Il répondit : « J’invite toujours ma mère à l’islam, mais elle refuse. Aujourd’hui encore, comme chaque jour, je l’ai invitée à l’islam ; elle m’a dit au sujet de vous des paroles qui m’ont profondément peiné. Ô Messager d’Allah, invoquez Allah afin qu’Il oriente le cœur de la mère d’Abu Hurayra vers l’islam. » Le Messager (s.a.s.) fit cette invocation.

Abu Hurayra raconte : « Je retournai chez moi depuis la demeure du Messager d’Allah (s.a.s.). Je vis que la porte de la maison était fermée, mais j’entendis à l’intérieur le bruit de l’eau qui coulait. Alors que j’allais entrer, ma mère me dit : « Abu Hurayra, attends un peu. » Après avoir remis ses vêtements en ordre, elle m’appela à l’intérieur. J’entrai, et aussitôt elle se mit à réciter : « J’atteste qu’il n’y a de divinité qu’Allah et j’atteste que Muhammad est Son serviteur et Son Messager. » »

Je retournai auprès du Messager d’Allah, que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui. De joie, je pleurais alors, comme j’avais pleuré de tristesse quelques instants auparavant. Je dis : « Ô Messager d’Allah, bonne nouvelle ! Le Très-Haut a exaucé votre invocation : Il a guidé la mère d’Abou Hourayra, et la mère d’Abou Hourayra a embrassé l’islam. »

Abou Hourayra aimait le Messager, que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui. Cet amour était profond. Il ne se satisfaisait pas de le regarder une ou deux fois seulement. Il disait : « Je n’ai rien vu de plus beau et de plus rayonnant que le Messager, que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui. Son visage semblait resplendir des rayons du soleil. »

Il avait été honoré en devenant le compagnon du Prophète, que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui, et avait acquis la gloire d’être un adepte de sa religion ; c’est pourquoi il ne cessait de remercier le Très-Haut. Il disait : « Toute louange revient au Très-Haut, Celui qui a guidé Abou Hourayra vers l’islam. Et toute louange revient à Allah, Celui qui a enseigné le Coran à Abou Hourayra et l’a comblé de Sa grâce en lui accordant la compagnie du Prophète Muhammad, le Messager d’Allah. »

De même qu’Abou Hourayra était dévoué au Messager d’Allah, que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui, il était également entièrement dévoué au savoir. Acquérir le savoir et l’approfondir étaient devenus son habitude et son principal objectif. Zayd ibn Thâbit, qu’Allah l’agrée, rapporte :

Un jour, Abou Hourayra, l’un de nos amis et moi-même invoquions Allah dans la mosquée. C’est alors que nous aperçûmes le Messager, que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui. Il s’avança et s’assit parmi nous ; nous nous tûmes tous. Il dit : « Reprenez votre activité. » Mon ami et moi invoquâmes Allah avant Abou Hourayra. Le Messager, que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui, dit « amen » juste après nos invocations. Puis Abou Hourayra fit cette invocation :

« Ô Allah, je Te demande tout ce que mes deux amis T’ont demandé. Et je Te demande également un savoir que je n’oublierai jamais. » Une fois encore, le Messager, que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui, dit « amen ». Nous deux, nous dîmes aussi : « Nous demandons également un savoir que nous n’oublierons jamais. » Le Messager, que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui, dit : « Cet homme de la tribu des Daws vous a devancés tous les deux dans ce domaine. »

De même qu’Abou Hourayra aimait le savoir pour lui-même, il l’aimait aussi pour les autres. L’histoire rapporte à ce sujet un événement étonnant. Un jour, il se rendit au marché de Médine. Voyant les gens absorbés par les achats, les ventes et les transactions, il s’en étonna. S’arrêtant, il leur dit : « Ô habitants de Médine, vous êtes grandement privés ! » Les gens demandèrent : « Abou Hourayra, qu’avez-vous donc vu de notre privation ? »

Il répondit : « L’héritage du Messager d’Allah, que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui, est en train d’être distribué, tandis que vous restez assis ici ! Pourquoi ne vous y rendez-vous pas pour prendre chacun votre part ? »

Ils demandèrent : « Où cela ? »

Il répondit : « À la mosquée. »

Les gens se précipitèrent vers la mosquée. Abou Hourayra les y attendait debout. Peu après, ils revinrent et dirent : « Abou Hourayra, nous sommes bien allés à la mosquée et nous y sommes même entrés, mais nous n’avons rien vu qui fût distribué. »

Il demanda : « N’avez-vous vu personne dans la mosquée ? »

Ils répondirent : « Bien sûr que si ! Nous avons vu des gens debout en prière, d’autres occupés à réciter le Coran, et d’autres encore discutant entre eux de ce qui est licite et illicite. »

Il dit : « Malheur à vous ! C’est cela l’héritage du Messager d’Allah — que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui. »

Abou Hourayra a mémorisé et préservé pour la communauté musulmane des milliers de hadiths du Prophète. Sahih Bukhari rapporte un hadith d’Abou Hourayra. Il dit : « Parmi les compagnons du Messager d’Allah — que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui — personne n’a rapporté de moi plus de hadiths qu’Abdallah ibn Omar. Et cela parce qu’il les écrivait, tandis que moi, je ne les écrivais pas. »

Beaucoup considéraient avec suspicion le fait qu’Abou Hourayra rapportât autant de hadiths du Messager d’Allah — que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui. Il dit donc : « Vous pensez peut-être que je rapporte beaucoup de hadiths. J’étais démuni et pauvre ; je passais tout mon temps auprès du Messager d’Allah, une pierre attachée sur le ventre. Quant aux Émigrés, ils étaient occupés par leurs activités commerciales, tandis que les Ansar veillaient à leurs biens. » Il dit également : « Un jour, je dis : “Ô Messager d’Allah, j’entends beaucoup de tes paroles, mais j’en oublie une grande partie.” En l’entendant, le Messager d’Allah — que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui — me dit : “Étends ton manteau.” Je l’étendis. Puis il me dit : “Serre-le contre ta poitrine.” Je le serrai contre ma poitrine. Depuis lors, je n’ai plus oublié aucune de ses paroles. » L’imam al-Bukhari dit : plus de huit cents Compagnons et Suivants ont rapporté des hadiths de lui. Parmi les Compagnons qui rapportèrent des hadiths de lui, les plus remarquables sont notamment Ibn Abbas, Ibn Omar, Jabir, Anas et Wasila — qu’Allah les agrée.

En raison de son dévouement extrême à l’acquisition du savoir et de l’importance excessive qu’il accordait à sa présence aux assemblées du Prophète (s.a.), il endura au cours de sa vie une faim et une pauvreté telles qu’aucun de ses contemporains n’en connut de semblables. Il a dit à son propre sujet :

Parfois, je devenais si affamé que, ne pouvant supporter la souffrance, j’interrogeais certains Compagnons du Messager d’Allah au sujet d’un verset du Coran, alors même que je le connaissais. Mon intention était que, voyant mon état, il m’emmène peut-être chez lui pour me faire manger.

Un jour, je ressentis une faim terrible. Sous l’effet de ses douleurs, j’attachai une pierre sur mon ventre, puis je m’assis sur le chemin qu’empruntaient les Compagnons. En voyant Abou Bakr passer, je l’interrogeai au sujet d’un verset. Je pensais qu’il m’inviterait à l’accompagner. Mais il ne m’invita pas.

Puis vint Omar ibn al-Khattab. Je l’interrogeai lui aussi au sujet d’un verset. Il ne dit rien non plus. Enfin, le Messager d’Allah (s.a.) arriva. Il ressentit l’intensité de ma faim. Il dit : « Abou Hourayra ? » Je répondis : « Labbaïka, ô Messager d’Allah ! » Sur ces mots, je le suivis et entrai chez lui. En entrant dans la maison, le Messager d’Allah (s.a.) aperçut une coupe de lait. Il demanda aux gens de sa maison : « D’où vient ce lait ? »

Ils répondirent : « Un tel vous l’a envoyé. » Le Messager d’Allah (s.a.) dit : « Abou Hourayra, va trouver les gens d’Ahl as-Suffa et réunis-les. » Après ces paroles, je fus très affligé. Je me dis en moi-même : une seule coupe de lait, que pourra-t-elle faire pour tous ces gens d’Ahl as-Suffa ? Je voulais d’abord boire à satiété, puis aller les rejoindre. Quoi qu’il en soit, j’allai trouver les gens d’Ahl as-Suffa et les appelai pour les réunir. Lorsqu’ils furent rassemblés et assis auprès du Messager d’Allah (s.a.), il dit :

« Abou Hourayra, prends la coupe et donne-la-leur. » Je la leur tendis l’un après l’autre, et ils burent tous jusqu’à satiété. Puis, tenant la coupe à la main, je revins auprès du Messager d’Allah (s.a.). Il leva la tête, me regarda et sourit doucement avant de dire :

« Il ne reste plus que toi et moi. » Je répondis : « Sadaqta, ô Messager d’Allah — vous avez dit vrai, ô Messager d’Allah. » Il dit : « Bois. » Je bus. Il dit : « Bois encore. » Je bus encore. Ainsi, chaque fois qu’il me disait de boire davantage, je buvais encore. Enfin, je dis : « Par Celui qui vous a envoyé avec la vérité, je ne peux plus boire. » Le Messager d’Allah (s.a.) prit alors la coupe et but ce qui restait.

Abou Hourayra ne resta toutefois pas longtemps dans une pauvreté et une détresse aussi extrêmes. Peu de temps après, les musulmans acquirent richesse et opulence. Les biens du butin commencèrent à affluer entre leurs mains de toutes parts. Abou Hourayra devint possesseur d’argent, d’une maison, de biens fonciers, d’une épouse et d’enfants — de tout. Mais rien de cela ne put avoir d’effet sur son cœur noble. Il n’oublia jamais, pas même un seul jour, les jours de son passé. Il disait toujours :

« J’ai grandi orphelin et j’ai émigré les mains vides. Pour vivre au jour le jour, j’ai travaillé comme ouvrier chez Busra bint Ghazwan. Lorsqu’ils plantaient leur tente quelque part, j’accomplissais leurs diverses commissions, et lorsqu’ils montaient leurs montures, je conduisais leurs chameaux. Finalement, Allah Très-Haut m’a donné Busra pour épouse. Louange à Allah, qui a renforcé Sa religion et fait d’Abû Hurayra l’un des dirigeants de cette religion. »

Le deuxième calife, le vénérable ‘Umar — qu’Allah l’agrée —, avait nommé Abû Hurayra gouverneur de Bahreïn. Il le destitua ensuite. Puis, lorsqu’il voulut de nouveau le nommer, Abû Hurayra refusa et quitta Médine pour s’installer dans un lieu appelé al-‘Aqîq.

Sous le règne du vénérable Mu‘âwiya, Abû Hurayra fut nommé gouverneur de Médine à plusieurs reprises. Cependant, l’exercice du pouvoir n’apporta aucun changement à sa noblesse naturelle, à sa générosité, à son contentement du peu ni aux autres qualités qui le caractérisaient.

Abû Hurayra était alors gouverneur de Médine. Il parcourait une rue de Médine, portant sur son dos une charge de bois destinée à sa famille. En passant près de Tha‘laba ibn Mâlik, il lui dit : « Tha‘laba, laisse donc un peu de place au gouverneur. » Tha‘laba répondit : « Qu’Allah vous fasse miséricorde ! Même avec une rue si large, vous ne pouvez pas passer ? » Il dit : « Élargis le passage pour votre gouverneur et pour la charge qu’il porte sur son dos. »

Une alliance sublime de taqwa et d’amour d’Allah s’était accomplie en Abû Hurayra, avec son immense savoir, son infinie humilité et sa générosité. Il jeûnait durant la journée et consacrait le premier tiers de la nuit à la prière. Puis il réveillait son épouse. Celle-ci passait le deuxième tiers de la nuit en prière, puis réveillait leur fille. La fille consacrait le reste de la nuit à prier debout. Ainsi, dans sa maison, l’adoration ne cessait jamais durant toute la nuit.

‘Ikrima rapporte qu’Abû Hurayra récitait douze mille tasbîh chaque jour. Il disait : « Je récite chaque jour un nombre de tasbîh égal à celui de mes péchés quotidiens. »

Abû Hurayra avait une esclave noire. Un jour, lui et les membres de sa famille furent très irrités par son comportement. Il s’apprêta à la frapper. Il leva le fouet, puis s’arrêta. Il dit : « Si je ne craignais pas d’avoir à en répondre le Jour de la Résurrection, je te ferais souffrir à coups de fouet comme tu nous as fait souffrir. Toutefois, je te vendrai à quelqu’un qui m’en donnera le juste prix. Et moi aussi, j’ai encore plus besoin de ce prix. Va, je t’affranchis pour l’amour d’Allah. »

Un jour, la fille d’Abû Hurayra lui dit : « Père, les autres filles me font honte. Elles disent : “Pourquoi ton père ne te fait-il pas fabriquer des bijoux en or ?” »

Il dit : « Ma fille, dis-leur que ton père craint les flammes ardentes de l’Enfer. » S’il ne donnait pas de bijoux en or à sa fille, ce n’était ni par convoitise des richesses ni par avarice. Il était au contraire toujours généreux lorsqu’il s’agissait de dépenser dans la voie d’Allah. L’histoire rapporte de nombreux récits sur sa générosité. Un jour, Marwan ibn al-Hakam envoya cent dinars à Abou Hourayra. Mais dès le lendemain, Marwan envoya de nouveau quelqu’un lui annoncer : « Mon serviteur vous a remis les dinars par erreur ; je ne voulais pas vous les donner, mais les donner à une autre personne. » En entendant cela, Abou Hourayra dit, avec honte et étonnement :

« Je les ai déjà dépensés dans la voie d’Allah. Jusqu’au lever du jour, il ne m’en restait pas même un seul. Lorsque mon allocation me sera versée à l’avenir par le Bayt al-Mal, vous pourrez les y reprendre. » En réalité, il avait agi ainsi dans le but de le mettre à l’épreuve.

Tant que sa mère fut en vie, Abou Hourayra se comporta toujours avec bonté envers elle. Lorsqu’il sortait de la maison, il se rendait à la porte de la chambre de sa mère et disait : « Mère, que la paix, la miséricorde d’Allah et Ses bénédictions soient sur toi. »

Sa mère répondait : « Mon cher enfant, que la paix, la miséricorde d’Allah et Ses bénédictions soient sur toi également. »

Après l’échange des salutations, Abou Hourayra disait : « Qu’Allah vous accorde Sa miséricorde et Sa grâce, comme vous l’avez fait pour moi lorsque j’étais tout petit. » Sa mère disait : « Qu’Allah t’accorde Sa miséricorde en récompense de la bonté dont tu as fait preuve envers moi en grandissant. » Lorsqu’il rentrait à la maison, la mère et le fils échangeaient ainsi des invocations et des salutations.

De même qu’Abou Hourayra lui-même témoignait respect et vénération aux personnes âgées, de même il exhortait tout le monde à bien se comporter envers ses parents et à entretenir de bonnes relations avec ses proches. Un jour, il vit deux hommes marcher côte à côte sur la route. L’un d’eux était plus âgé que l’autre. Il appela le plus jeune et lui demanda : « Que représente pour toi l’homme qui t’accompagne ? »

Il répondit : « C’est mon père. »

Il lui dit : « Ne l’appelle jamais par son prénom, ne marche pas devant lui et ne t’assieds nulle part avant qu’il ne soit assis. »

Sur son lit de mort, il pleurait amèrement. On lui demanda pourquoi il pleurait. Il répondit : « Je ne pleure pas pour votre monde ici-bas. Je pleure en pensant au long voyage et aux maigres provisions. Je suis maintenant arrivé au bout du chemin qui mène au Paradis ou à l’Enfer. Je ne sais pas lequel de ces deux chemins je vais emprunter. »

Il était alité, atteint par la maladie qui devait l’emporter. Marwân ibn al-Hakam vint lui rendre visite et lui dit : « Abû Hurayra, qu’Allah vous accorde la guérison. »

Il répondit : « Ô Allah, j’aime Te rencontrer ; aime donc, Toi aussi, me rencontrer et hâte pour moi cette rencontre. »

À peine Marwân eut-il quitté sa présence après lui avoir rendu visite qu’il rendit son dernier souffle.

L’historien al-Wâqidî rapporte : « Al-Walîd ibn ‘Uqba dirigea la prière funéraire après la prière de l’après-midi. Ibn ‘Umar, Abû Sa‘îd al-Khudrî — qu’Allah les agrée — ainsi que plusieurs autres Compagnons assistèrent à ses funérailles. »

Lorsque al-Walîd l’informa de sa mort, Mu‘âwiya lui écrivit : « Retrouve ses héritiers, donne-leur dix mille dirhams et traite bien ses voisins. » En effet, il avait aidé ‘Uthmân durant son assignation à résidence.

L’érudit Ibn Hajar al-‘Asqalânî rapporte dans son ouvrage al-Isâba, d’après Abû Sulaymân, qu’Abû Hurayra vécut soixante-dix-huit ans. Du vivant du Messager d’Allah — qu’Allah le bénisse et le salue — il avait un peu plus de trente ans. Selon certains, il mourut en l’an 55 de l’Hégire ; mais, selon al-Wâqidî, l’année de sa mort fut l’an 59 de l’Hégire. D’après l’imam al-Bukhârî, il mourut toutefois en l’an 57 de l’Hégire.

Abû Dharr al-–Ghifârî ((qu’Allah l’agrée))

C’est dans la vallée d’Ad-Dan, qui reliait La Mecque au monde extérieur, que s’était établie la tribu de Ghifar. Les caravanes commerciales des Quraysh de La Mecque empruntaient cette route pour se rendre en Syrie. Ils subsistaient grâce aux maigres sommes qu’ils percevaient en échange de la protection de ces caravanes. Le brigandage et le pillage faisaient également partie de leurs activités. Lorsqu’une caravane commerciale ne leur versait pas les vivres ou l’argent qu’ils exigeaient, ils la mettaient à sac.

Jundun ibn Junadah, plus connu sous le nom d’Abu Dharr, était lui aussi originaire de cette tribu. Dès son enfance, il se distinguait de tous les autres par son courage sans égal, son intelligence aiguë et sa clairvoyance. Au début de sa vie, à l’époque de la Jâhiliya, il exerçait lui aussi le brigandage. Il s’était fait connaître comme un bandit audacieux de la tribu de Ghifar. Mais, peu de temps après, une révolution s’opéra dans sa vie. Il commença à ressentir une profonde douleur devant les idoles que les membres de sa tribu adoraient en dehors d’Allah l’Unique. Il prit profondément conscience du déferlement d’impiété religieuse, de croyances aveugles et de superstitions qui sévissait alors dans tout le monde arabe. Il se mit à attendre avec impatience la venue d’un prophète qui purifierait l’intelligence, la conscience et le cœur des hommes, et les conduirait des ténèbres vers la lumière.

Il abandonna le brigandage et se consacra entièrement à l’adoration d’Allah, alors que toute l’Arabie était plongée dans les profondeurs de l’égarement. Hazrat Abu Ma‘shar dit : « Abu Dharr était déjà monothéiste à l’époque de la Jâhiliya. Il ne croyait qu’Allah l’Unique digne d’adoration et n’adorait aucune autre idole ni aucune divinité. Sa foi et son adoration d’Allah étaient connues des gens. C’est pourquoi celui qui fut le premier à lui annoncer l’apparition du Messager d’Allah (paix et bénédiction d’Allah sur lui) lui dit :

« Abu Dharr, un homme de La Mecque, comme toi, proclame : “Il n’y a de divinité qu’Allah.” »

Il ne croyait pas seulement au tawhid du bout des lèvres : il accomplissait également la prière à l’époque de la Jâhiliya. Il dit lui-même à ce sujet : « J’accomplissais la prière depuis trois ans déjà avant ma rencontre avec le Messager d’Allah (paix et bénédiction d’Allah sur lui). » Les gens lui demandèrent : « Vers qui l’adressais-tu ? » Il répondit : « Vers Allah. » On lui demanda encore : « Dans quelle direction te tournais-tu ? » Il répondit : « Dans la direction qu’Allah voulait. »

Le récit de sa conversion à l’islam est lui aussi particulièrement étonnant. Ibn Hajar ‘Al–Isaba’ a relaté en détail, dans son ouvrage, l’histoire de sa conversion à l’islam. On peut la résumer ainsi : il vivait avec les membres de sa tribu. Un jour, il apprit qu’un nouveau prophète était apparu à La Mecque. Il appela son frère Anis et lui dit : « Va donc à La Mecque. Informe-toi sur celui qui se prétend prophète et affirme recevoir la révélation du ciel, et écoute quelques-unes de ses paroles. Puis reviens m’en rendre compte. »

Anis partit pour La Mecque. Après avoir rencontré le Messager d’Allah (paix et bénédiction d’Allah sur lui) et écouté les paroles sorties de sa bouche, il retourna auprès de sa tribu. Dès qu’Abu Dharr l’apprit, il se précipita auprès d’Anis. Avec un vif intérêt, il commença à l’interroger sur le nouveau prophète. Anis lui dit :

— « Par Allah ! J’ai vu cet homme inviter les gens à adopter un noble caractère. Et il prononce des paroles qui ne ressemblent nullement à de la poésie. »

— Que disent les gens à son sujet ?

— Certains disent que c’est un magicien, d’autres un devin, et d’autres encore un poète.

— Par Allah ! Tu n’as pas étanché ma soif ni satisfait mon désir. Pourrais-tu prendre soin de ma famille afin que je puisse aller à La Mecque et voir de mes propres yeux quelle est sa situation ?

— Certainement. Toutefois, méfiez-vous des habitants de La Mecque.

À l’aube du lendemain, Abû Dharr partit pour La Mecque. Il emporta quelques provisions et une outre d’eau. Il était constamment inquiet et craintif, redoutant que quelqu’un ne découvre le but de sa venue. C’est dans cet état qu’il arriva à La Mecque. Il ne jugea pas prudent de demander à qui que ce soit des renseignements au sujet de Muhammad — paix et bénédictions d’Allah sur lui —, car il ignorait si la personne interrogée était son ami ou son ennemi.

La journée s’écoula et les ténèbres de la nuit tombèrent. Épuisé et exténué, il s’allongea dans un coin de la Mosquée sacrée afin de se reposer. ʿAlî ibn Abî Tâlib passait par là. En le voyant, il comprit que l’homme était un voyageur. Il l’invita en disant : « Venez chez moi. » Abû Dharr le suivit et passa la nuit chez lui. Au matin, il retourna à la mosquée, l’outre d’eau et le paquet de nourriture à la main. Pourtant, aucun des deux ne posa la moindre question à l’autre.

Le jour suivant s’écoula lui aussi, mais il ne fit pas la connaissance du Prophète. Ce jour-là encore, il s’allongea dans la mosquée. Ce jour-là encore, ʿAlî — qu’Allah l’agrée — passait par le même endroit. Il se dit : « Que se passe-t-il ? Cet homme n’a-t-il toujours pas trouvé sa destination ? » Il le ramena de nouveau chez lui. Cette nuit-là aussi s’y écoula. Ce jour-là encore, aucun des deux ne posa de question à l’autre. De la même manière, la troisième nuit arriva. ʿAlî — qu’Allah l’agrée — lui dit alors :

— Dites-moi donc dans quel but vous êtes venu à La Mecque ?

Il dit : « Si vous me promettez de me guider vers ce que je désire savoir, alors je pourrai vous le dire. » Ali tint sa promesse.

Abou Dharr dit :

« Je suis venu à La Mecque de très loin pour rencontrer le nouveau Prophète et entendre certaines de ses paroles. »

Le visage d’Ali s’illumina de joie. Il dit : « Par Allah, c’est assurément le véritable Prophète. » Sur ces mots, il lui donna diverses informations au sujet du Prophète. Il ajouta : « Demain matin, vous me suivrez partout où j’irai. Si je remarque quoi que ce soit qui puisse vous mettre en danger, je m’arrêterai en faisant semblant d’uriner. Puis, lorsque je repartirai, continuez à me suivre. Ainsi, vous entrerez partout où j’entrerai. »

En raison de son ardent désir et de son impatience de voir le noble Prophète et d’entendre la révélation descendue sur lui, Abou Dharr ne put rester immobile sur son lit durant toute la nuit. Le lendemain matin, Ali se dirigea vers la maison du Messager d’Allah, accompagné de son hôte. Abou Dharr le suivait pas à pas, sans prêter la moindre attention à ce qui se trouvait aux alentours du chemin. Ils arrivèrent ainsi auprès du Messager d’Allah. Abou Dharr le salua.

— « As-salâmu ‘alayka, ô Messager d’Allah. » Le Messager d’Allah répondit :

— « Wa ‘alayka-s-salâm wa rahmatullâhi wa barakâtuh. »

C’est ainsi qu’Abou Dharr eut l’honneur d’être le premier à saluer le Messager d’Allah selon la manière islamique. Par la suite, cette formule d’échange des salutations fut adoptée et se répandit.

Le Messager — qu’Allah le bénisse et le salue — invita Abû Dharr à l’islam et lui récita également quelques versets du Coran. Assis là, Abû Dharr prononça la kalima de l’unicité divine et annonça ainsi son entrée dans la nouvelle religion.

Abû Dharr a raconté la suite des événements en ces termes : après avoir embrassé l’islam, je restai à La Mecque auprès du Messager d’Allah — qu’Allah le bénisse et le salue. Il m’enseigna les différents aspects de l’islam et m’apprit à réciter quelques versets du Coran. Il me dit : « Ne révèle à personne de La Mecque que tu as embrassé l’islam. Si quelqu’un venait à l’apprendre, je crains pour ta vie. »

Je répondis : « Par Celui qui détient ma vie entre Ses mains, je ne quitterai pas La Mecque avant d’être allé à la mosquée proclamer ouvertement l’appel à la vérité parmi les Quraychites. » Le Messager d’Allah — qu’Allah le bénisse et le salue — garda le silence.

Je me rendis à la mosquée. Les Quraychites étaient alors réunis, conversant entre eux. Je me présentai au milieu d’eux et déclarai à la voix la plus forte que je pus : « Ô gens de Quraych ! J’atteste qu’il n’y a aucune divinité en dehors d’Allah et que Muhammad — qu’Allah le bénisse et le salue — est le Messager d’Allah. »

À peine mes paroles eurent-elles atteint leurs oreilles qu’ils furent saisis de frayeur et de stupeur. Ils bondirent tous à la fois en criant : « Attrapez cet apostat ! » Ils accoururent et commencèrent à me rouer de coups. ‘Abbâs ibn ‘Abd al-Muttalib, l’oncle du Messager — qu’Allah le bénisse et le salue —, me reconnut. Pour me protéger de leurs mains, il se jeta sur moi. Puis il leur dit : « Malheur à vous ! Vous êtes en train de tuer un homme de la tribu de Ghifâr, qui se trouve sur la route de passage de vos caravanes commerciales ? » Ils me laissèrent alors.

Après m’être quelque peu rétabli, je retournai auprès du Messager d’Allah — qu’Allah le bénisse et le salue. Voyant mon état, il me dit : « Ne t’avais-je pas interdit de révéler que tu avais embrassé l’islam ? » Je répondis : « Ô Messager d’Allah ! J’en ressentais une ardente envie au fond de moi. Je n’ai fait que l’exprimer. » Il dit : « Retourne auprès de ton peuple. Informe-les de ce que tu as vu et entendu, et appelle-les à Allah. Il se peut qu’Allah leur soit bénéfique par ton intermédiaire et qu’Il t’en récompense. Lorsque tu apprendras que je proclame ouvertement l’appel, viens me rejoindre. »

Je retournai dans le pays où résidaient les membres de ma tribu. Mon frère Anîs vint me rendre visite. Il me demanda : « Qu’avez-vous fait ? » Je répondis : « J’ai embrassé l’islam et je suis devenu croyant. » Aussitôt, Allah ouvrit la porte de son cœur. Il dit : « Je n’ai aucune intention de rejeter votre religion. J’embrasse l’islam et je deviens croyant. » Puis, tous deux, nous nous rendîmes auprès de notre mère et l’appelâmes également à l’islam. « Je n’éprouve aucune aversion pour la religion de vous deux », déclara-t-elle, avant d’annoncer elle aussi son entrée dans l’islam.

À partir de ce jour, cette famille croyante ne cessa d’appeler à l’islam les membres de la tribu de Ghifâr. Jamais elle ne se découragea dans cette tâche ni ne perdit courage. Grâce à ses efforts inlassables, un grand nombre de membres de cette tribu embrassèrent l’islam et la prière en assemblée y fut instaurée. Toutefois, un groupe de gens déclara : « Nous resterons fermes dans notre religion. Lorsque le Messager d’Allah — qu’Allah le bénisse et le salue — viendra à Médine, nous embrasserons l’islam. » Après l’émigration du Messager d’Allah — qu’Allah le bénisse et le salue — à Médine, ils embrassèrent eux aussi l’islam. Au sujet de la tribu de Ghifâr, le Messager d’Allah — qu’Allah le bénisse et le salue — a dit : « La tribu de Ghifâr : qu’Allah lui pardonne ; et la tribu d’Aslam : qu’Allah lui accorde paix et sécurité. »

Abû Dharr retourna à La Mecque et demeura dans le désert avec les membres de sa tribu. Les batailles de Badr, d’Uhud et du Fossé prirent fin l’une après l’autre. Il vint ensuite à Médine et s’attacha sans interruption à la compagnie du Messager d’Allah (paix et bénédictions d’Allah sur lui). Il lui demanda de lui accorder la possibilité de le servir. Sa demande fut acceptée. Durant son séjour à Médine, il consacrait tout son temps au service du Messager d’Allah (paix et bénédictions d’Allah sur lui). C’était pour lui l’occupation la plus chère. Il disait lui-même :

« Je servais le Messager d’Allah (paix et bénédictions d’Allah sur lui), et, pendant mes moments de loisir, je venais me reposer dans la mosquée. »

Ibn Ishaq dit : Lorsque Abû Dharr émigra à Médine, le Messager d’Allah (paix et bénédictions d’Allah sur lui) établit un lien de fraternité entre Mundhir ibn ‘Amr et Abû Dharr. Toutefois, selon l’opinion de l’historien al-Waqidi à ce sujet, Abû Dharr émigra à Médine après la révélation du verset sur l’héritage. Par conséquent, la pratique consistant à établir des liens de fraternité avait déjà été abrogée.

On ne dispose pas d’informations détaillées sur sa participation aux expéditions militaires aux côtés du Messager d’Allah (paix et bénédictions d’Allah sur lui). Cependant, l’érudit Ibn Hajar al-‘Asqalani a rapporté un épisode relatif à sa participation à la bataille de Tabûk dans l’ouvrage «‘Al–Isâba’ », d’après ‘Abdullah ibn Mas‘ûd : lorsque le Messager d’Allah (paix et bénédictions d’Allah sur lui) partit pour Tabûk, les gens commencèrent à manifester leur hésitation à se rendre à la bataille, en invoquant diverses excuses. Lorsqu’un homme n’était pas aperçu, les Compagnons disaient : « Ô Messager d’Allah, untel n’est pas venu. » Il répondait : « Si son intention est noble, Allah le fera bientôt vous rejoindre. Sinon, Allah l’aura éloigné de vous et vous aura épargnés de son côté. » Un jour, le nom d’Abû Dharr fut mentionné, et l’on dit : « Lui aussi a fait demi-tour. » En réalité, son chameau avançait lentement. Il essaya d’abord de le faire marcher plus vite, mais n’y parvenant pas, il déchargea ses affaires, les chargea sur ses épaules et se mit à marcher à pied. Il rejoignit ainsi le Messager d’Allah (paix et bénédictions d’Allah sur lui) à l’étape avancée. Un Compagnon l’aperçut de loin et s’écria : « Ô Messager d’Allah, on dirait que quelqu’un arrive par la route. » Il répondit : « Ce doit être Abû Dharr. » Les gens l’observèrent attentivement et le reconnurent. Ils dirent : « Ô Messager d’Allah, par Allah, c’est bien Abû Dharr. » Il dit :

« Qu’Allah fasse miséricorde à Abû Dharr. Il marche seul, mourra seul et sera ressuscité seul le Jour de la Résurrection. » (Târîkh al- Islâm : l’érudit al-Dhahabî , tome 3) Le jour venu, la prophétie du Messager d’Allah (paix et bénédictions d’Allah sur lui) se réalisa jusque dans les moindres détails.

Abû Dharr était naturellement simple, humble, détaché du monde et épris de solitude. C’est pourquoi le Noble Messager (paix et bénédictions d’Allah sur lui) lui avait donné le surnom de « Messie de l’islam ». Après la mort du Messager d’Allah (paix et bénédictions d’Allah sur lui), il se détacha complètement du monde. La douleur qui avait commencé à consumer son cœur à la séparation du Prophète bien-aimé ne s’apaisa jamais. C’est pourquoi, à la mort d’Abû Bakr, son cœur déjà brisé fut davantage réduit en morceaux. À ses yeux, le jardin magnifiquement orné de Médine semblait alors dépourvu de feuilles et de feuillage. Il quitta Médine et partit vivre au Shâm (Syrie).

Jusqu’à l’époque des califats d’Abou Bakr et d’Omar, le mode de vie islamique était simple et dépouillé. Lorsque, avec les victoires et l’expansion du califat islamique, l’abondance des richesses et des biens apparut, l’apparat et le faste occupèrent naturellement sa place. C’est sous le règne d’Othman que le goût du faste commença à se répandre chez diverses personnes. Cela eut un certain impact sur la vie de la population. Chez elles, les marques de la jouissance et du luxe remplacèrent la simplicité de l’époque du Prophète. Abou Dharr espérait que les gens suivraient le mode de vie simple et sans ostentation de l’époque du Prophète. Il souhaitait que chacun soit totalement détaché des richesses et des biens. Selon sa croyance et sa doctrine fondées sur la confiance en Allah, rien ne devait être amassé aujourd’hui pour demain. Il estimait qu’aucun musulman n’avait le droit d’accumuler des richesses tout en laissant autrui affamé et dénudé. Le gouverneur Mouʿawiya et les autres émirs pensaient qu’après s’être acquitté correctement de la zakat qu’Allah avait prescrite aux riches, chaque musulman avait le droit de mettre de l’argent de côté. Cette divergence s’accrut jusqu’à prendre finalement la forme de querelles et de disputes. Abou Dharr commença à protester avec un courage extrême contre ces personnes. Parce qu’elles possédaient des richesses dépassant leurs besoins, il les considérait comme visées par le verset coranique suivant.

وَالَّذِينَ يَكْنِزُونَ الذَّهَبَ وَالْفِضَّةَ وَلَا يُنفِقُونَهَا فِي سَبِيلِ اللَّهِ فَبَشِّرْهُم بِعَذَابٍ أَلِيمٍ

— « Annonce-leur un châtiment douloureux, à ceux qui thésaurisent l’or et l’argent et ne les dépensent pas dans le sentier d’Allah. » ((At-‌ Tawba : 34))

Dans le verset précédent, il était question des Juifs et des chrétiens. C’est pourquoi l’émir Mouʿawiya estimait que ce verset concernait ces mécréants. Abou Dharr, quant à lui, pensait que son objet englobait aussi bien les musulmans que les non-musulmans. Deuxièmement, Abou Dharr interprétait le fait de ne pas dépenser dans la voie d’Allah comme le fait de ne pas distribuer entièrement ses biens dans la voie d’Allah. L’émir Mouʿawiya, lui, estimait que cela concernait uniquement la zakat. C’est ainsi que le vénérable Abou Dharr commença à critiquer avec une extrême fermeté, conformément à sa propre réflexion, à sa conception et à son opinion. Le vénérable Mouʿawiya, qu’Allah l’agrée, pensait que si cette situation se poursuivait, des troubles et de l’agitation pourraient éclater à tout moment en Syrie. Il informa le calife Othman, qu’Allah l’agrée, de la gravité de la situation et lui demanda de convoquer Abou Dharr à Médine. Le vénérable Othman le fit venir à Médine.

Un jour, Abou Dharr était assis. Devant lui, le calife Othman, qu’Allah l’agrée, demanda à Kaʿb, qu’Allah l’agrée : « Que pensez-vous d’une personne qui amasse des richesses, en acquitte la zakat et dépense également dans la voie d’Allah ? » Kaʿb, qu’Allah l’agrée, répondit : « On peut avoir une bonne opinion d’une telle personne. » En entendant cela, Abou Dharr s’enflamma de colère. Levant au-dessus de la tête de Kaʿb le bâton qu’il tenait à la main, il dit : « Fils d’une femme juive (Kaʿb était le fils d’un Juif), que comprendrais-tu à ce sujet ? Le cœur d’une telle personne sera lui aussi piqué par un scorpion au Jour de la Résurrection. » Finalement, le vénérable Othman dit à Abou Dharr : « Reste auprès de moi ; une chamelle laitière se présentera chaque matin et chaque soir à ta porte. » Il répondit : « Je n’ai aucun besoin de ce que tu possèdes dans ce monde. » Sur ces mots, il partit. Finalement, le vénérable Othman lui demanda d’aller vivre dans un lieu appelé Rabdha, au milieu du désert, très loin de Médine. Selon certains, il s’y rendit de son plein gré et y vécut. Loin des lieux habités, dans une contrée isolée, il renonça à une vie de plaisirs et de luxe et suivit rigoureusement, jusqu’à sa mort, la vie tournée vers l’au-delà du Messager d’Allah, qu’Allah le bénisse et le salue. Le récit de la mort du vénérable Abou Dharr est lui aussi extrêmement douloureux et remarquable. Il mourut dans le désert de Rabdha en l’an 31 de l’Hégire, ou, selon une autre opinion, en l’an 32. Son épouse a décrit ainsi son état durant ses derniers instants :

« Lorsque l’état d’Abû Dharr devint extrêmement grave, je me mis à pleurer. Il me demanda : “Pourquoi pleures-tu ?” Je répondis : “Vous partez vers l’au-delà dans un désert isolé. Ici, en dehors des vêtements que vous et moi portons, il n’y a aucun vêtement supplémentaire pouvant servir à vous envelopper dans un linceul.” Il dit : “Cesse de pleurer. Je vais t’annoncer une bonne nouvelle. J’ai entendu le Messager — paix et bénédiction d’Allah sur lui — dire : ‘Il suffit, pour préserver du Feu de l’Enfer, qu’un musulman perde deux ou trois de ses enfants.’ Il avait dit devant plusieurs personnes, dont je faisais partie : ‘L’un d’entre vous mourra dans le désert, et au moment de sa mort, un groupe de musulmans se présentera soudainement auprès de lui.’ Tous ces hommes, à l’exception de moi, sont morts dans des localités. À présent, je suis le seul qui reste en vie. Je peux donc affirmer avec certitude que cet homme, c’est moi. Je jure par Allah que je ne mens pas, et celui qui a prononcé ces paroles n’a pas menti non plus. Regarde en direction de la route : le secours venu de l’invisible ne tardera certainement pas à arriver.’ Je répondis : ‘À présent, même le retour des pèlerins est terminé et plus personne ne circule sur la route.’ Il dit : ‘Non, va voir.’ Je me rendis donc d’un côté sur une colline et observais au loin, tandis que de l’autre je revenais en courant pour le soigner. Ces allées et venues ainsi que ces recherches se poursuivirent. C’est alors que j’aperçus au loin quelques cavaliers. Lorsque je leur fis signe, ils s’approchèrent rapidement de moi et s’arrêtèrent. Ils demandèrent au sujet d’Abû Dharr : ‘Qui est cet homme ?’ Je répondis : ‘Abû Dharr.’ ‘Le compagnon du Messager d’Allah ?’ ‘Oui.’ Ils dirent : ‘Que nos père et mère lui soient sacrifiés !’, puis allèrent auprès d’Abû Dharr. Celui-ci leur rappela d’abord la prédiction du Messager. Puis il leur recommanda : ‘Si vous trouvez auprès de moi ou de mon épouse une étoffe suffisante pour un linceul, ensevelissez-moi avec celle-ci.’ Ensuite, il leur fit jurer de ne pas l’envelopper dans un linceul si celui qui devait le faire occupait la moindre fonction au sein du gouvernement. Or, à l’exception d’un jeune Ansar, tous les autres exerçaient une responsabilité officielle quelconque. Abû Dharr autorisa donc uniquement ce jeune homme à l’envelopper dans son linceul. Cette caravane était yéménite et venait de Koufa. Le célèbre compagnon ʿAbdullah ibn Masʿûd — qu’Allah l’agrée — se trouvait également avec eux. Il se rendait en Irak avec cette caravane. C’est lui qui dirigea la prière funéraire d’Abû Dharr, puis tous ensemble l’ensevelirent dans le désert de Rabdha. »

Le nombre total de hadiths rapportés par Abû Dharr est de vingt-huit. Parmi eux, douze sont convenus par les deux recueils, c’est-à-dire rapportés à la fois par al-Bukhârî et Muslim. Deux ont été rapportés uniquement par al-Bukhârî et sept uniquement par Muslim. Si le nombre de hadiths qu’il a rapportés est si faible comparé à celui des autres, c’est parce qu’il demeurait toujours silencieux, aimait la solitude et se mêlait peu aux gens. C’est pourquoi ses connaissances ne se sont pas largement diffusées. Pourtant, des compagnons érudits tels qu’Anas ibn Mâlik et ʿAbdullah ibn ʿAbbâs ont acquis leur savoir auprès de lui. Ibn ʿAsâkir en parle en détail dans son ouvrage intitulé «‘Târîkh Dimashq’ », où il traite cette question en détail.

On demanda à ʿAlî — qu’Allah l’agrée — quelle était l’étendue des connaissances d’Abû Dharr. Il répondit : « Il a acquis un savoir que les hommes sont incapables d’acquérir. Puis ce savoir a été éprouvé par le feu, sans qu’aucune impureté n’en soit sortie. » Au sujet de ce grand ascète et compagnon détaché de ce monde, le Messager d’Allah — paix et bénédiction d’Allah sur lui — a dit : « Sous le ciel et sur la terre, Abû Dharr est l’homme le plus véridique. »

Sous le califat de ʿUthmân, Abû Dharr se rendit une fois au pèlerinage. Un homme vint lui dire : « Alors qu’il séjournait à Mina, ʿUthmân a accompli la prière en quatre rakʿât, c’est-à-dire qu’il n’a pas abrégé la prière. » Cela ne lui plut pas. Il le condamna en termes très sévères et dit : « J’ai prié derrière le Messager d’Allah — paix et bénédiction d’Allah sur lui —, Abû Bakr et ʿUmar. Tous accomplissaient deux rakʿât. » Après avoir dit cela, il dirigea lui-même la prière et l’accomplit en quatre rakʿât. Les gens lui dirent : « Vous avez vous-même critiqué l’émir des croyants, et maintenant vous accomplissez la prière en quatre rakʿât ! » Il répondit : « La divergence est une très mauvaise chose. Le Messager d’Allah — paix et bénédiction d’Allah sur lui — a dit : “N’insultez pas ceux qui exerceront l’autorité après moi. Celui qui voudra les insulter rejettera de ses épaules le lien solide de l’islam et fermera pour lui-même la porte du repentir.” »(Musnad d’ Ahmad, 5//165)

Après le décès du Messager d’Allah, chaque fois que son nom béni venait sur ses lèvres, un flot incessant de larmes coulait de ses yeux. Ahnaf ibn Qays rapporte : « Un jour, à Bayt al-Maqdis, je vis un homme se prosterner sans cesse. Cela produisit en moi une impression particulière. Lorsque je retournai le voir une seconde fois, je lui demandai : “Pouvez-vous me dire si j’ai accompli une prière en nombre pair ou impair ?” Il répondit : “Même si je ne le sais pas, Allah le sait certainement.” Puis il dit : “Mon ami Abou al-Qasim m’a dit…” À ces mots, il se mit à pleurer. Puis il répéta : “Mon ami Abou al-Qasim m’a dit.” Cette fois encore, les sanglots lui nouèrent la gorge. Enfin, ayant repris son calme, il dit : “Mon ami Abou al-Qasim ﷺ a dit : Celui qui se prosterne une fois devant Allah, Allah élève pour lui un degré, lui efface un péché et lui inscrit une bonne action.” Je lui demandai : “Qui êtes-vous ?” Il répondit : “Abou Dharr, compagnon du Messager d’Allah ﷺ.” »

Un jour, un homme vint voir Abou Dharr. Il promena son regard autour de sa maison et, n’y trouvant aucun bien domestique, lui demanda :

— Abou Dharr, où sont vos biens ?

— J’ai une maison dans l’Au-delà. J’y envoie tout ce que je possède de meilleur.

Un jour, le gouverneur de Syrie lui envoya trois cents dinars, en lui faisant dire : “Servez-vous-en pour satisfaire vos besoins.” Il renvoya les dinars en disant : “Le gouverneur du Shâm n’a-t-il donc trouvé aucun serviteur d’Allah plus vil que moi ?”

Salman al-–Farisi ((qu’Allah l’agrée))

Le Messager d’Allah ﷺ a dit : « Salman est l’un des membres de la famille du Prophète. »

C’est l’histoire d’un homme en quête de vérité et désireux de rencontrer Allah. Il s’agit de Salman al-Farisi. C’est par la bouche même de Salman al-Farisi que nous est rapporté le récit extraordinaire de sa découverte de la vérité. Il dit :

J’étais alors un jeune Perse de la région d’Ispahan, en Perse. Mon village s’appelait Zayyan. Mon père était le dahqân-chef du village, l’homme le plus riche et le plus haut placé. Depuis ma naissance, j’étais à ses yeux la plus aimée de toutes les créatures d’Allah. À mesure que je grandissais, son affection et son amour pour moi augmentaient également. Craignant finalement qu’un malheur ne m’arrive, il me garda enfermé à la maison, comme une fille.

Je me consacrai avec ferveur à la religion mazdéenne de mes parents et obtins rapidement la charge de gardien du feu que nous adorions. La responsabilité de maintenir allumé jour et nuit, vingt-quatre heures sur vingt-quatre, ce feu du culte me fut confiée.

Mon père possédait d’immenses terres. Il les administrait lui-même, et elles nous procuraient d’abondantes récoltes. Un jour, pour une raison quelconque, il fut retenu à la maison et ne put se rendre à la ferme du village pour en superviser les travaux. Il m’appela et me dit :

« Mon fils, tu vois bien qu’en raison de circonstances particulières, je ne peux pas me rendre à la ferme aujourd’hui. Va donc là-bas à ma place et surveille les travaux qui s’y déroulent. »

Je me mis en route vers la ferme. En passant devant une église chrétienne, des paroles parvinrent à mes oreilles. Ils étaient alors en prière. Ce son éveilla ma conscience.

Comme j’étais resté longtemps enfermé à la maison, je ne savais absolument rien des chrétiens ni des adeptes d’aucune autre religion. En entendant leurs voix, j’entrai dans l’église pour voir ce qu’ils faisaient. Je les observai attentivement. Leur manière de prier me plut beaucoup et je fus attiré par leur religion. Je me dis intérieurement : « Cette religion est bien meilleure que celle que nous suivons. » Au lieu d’aller à la ferme, je passai cette journée avec eux. Je leur demandai :

— Quelle est l’origine de cette religion ?

— Au Shâm.

Le soir approcha. Je rentrai à la maison. Mon père me demanda ce que j’avais fait durant toute la journée.

Je répondis : « Père, en passant près de quelques personnes, je les ai vues prier dans leur lieu de culte. Les pratiques de leur religion dont j’ai été témoin m’ont beaucoup plu. Je suis resté avec eux jusqu’au coucher du soleil. » En entendant mes paroles, mon père fut inquiet. Il me dit :

« Mon fils, cette religion ne contient aucun bien ; la religion de toi et de tes ancêtres est meilleure qu’elle. » Je répondis : « Par Allah, il n’en est rien ! Leur religion est meilleure que la nôtre. »

En entendant mes paroles, mon père prit peur et craignit que j’abandonne ma religion. Il me mit donc des entraves aux pieds et me retint prisonnier dans la maison.

J’attendais une occasion. Elle se présenta quelques jours plus tard. En secret, je fis parvenir aux chrétiens le message suivant : si une caravane se dirigeant vers la Syrie arrivait chez eux, qu’ils m’en avertissent.

Quelques jours plus tard, une caravane se dirigeant vers la Syrie arriva chez eux. Ils m’en informèrent. Je m’évadai secrètement de ma captivité et partis avec eux. Ils me conduisirent en Syrie. Une fois arrivé en Syrie, je demandai :

— Qui est, dans cette religion, l’homme le meilleur et le plus savant ?

Ils répondirent : « L’évêque, le prêtre de l’église. »

Je me rendis auprès de lui et lui dis : « Je me suis pris d’intérêt pour le christianisme. Je souhaite rester à votre service, apprendre auprès de vous et prier avec vous. » Il me répondit : « Entre. »

J’entrai donc chez lui et commençai à le servir. Au bout de quelques jours seulement, je compris que cet homme était malhonnête. En effet, il ordonnait à ses compagnons de faire l’aumône et les encourageait à rechercher la récompense ; mais lorsqu’ils lui remettaient quelque chose à dépenser dans la voie d’Allah, il se l’appropriait lui-même et l’amassait pour son propre compte. Il ne donnait rien aux pauvres et aux nécessiteux. C’est ainsi qu’il amassa sept jarres d’or.

Profondément écœuré par sa déchéance morale, je le haïssais. Quelques jours plus tard, l’homme mourut. Les chrétiens de la région se rassemblèrent pour l’enterrer. Je leur dis : « Votre ami était un homme profondément malhonnête. Il vous ordonnait de faire l’aumône et vous y encourageait. Mais lorsque vous la lui remettiez, il s’en appropriait tout. Il ne donnait rien aux pauvres et aux nécessiteux. »

Ils demandèrent : « Comment le sais-tu ? »

Je répondis : « Je vais vous montrer la cachette secrète où il avait amassé ses biens. »

Ils dirent : « Très bien, montre-la-nous. »

Lorsque je leur montrai la cachette, ils en sortirent sept jarres d’or et d’argent. En voyant cela, ils dirent :

« Par Allah, nous ne l’enterrerons pas. »

Ils le suspendirent à une potence et lapidèrent son corps jusqu’à le meurtrir. Peu de temps après, ils lui désignèrent un autre homme comme successeur. Je recherchai également la compagnie de cet homme. Avant lui, je n’avais jamais vu personne de plus détaché de ce monde, plus attaché à l’au-delà et plus assidu dans l’adoration, de jour comme de nuit. Je l’aimais énormément. Je passai longtemps auprès de lui. Lorsque l’heure de sa mort approcha, je lui dis :

— Maître, auprès de qui me conseillez-vous de rester après votre mort ?

Il répondit : Mon fils, je ne connais ici personne qui porte la vérité à laquelle je suis resté fermement attaché. Cependant, à Mossoul, il y a un homme nommé Untel qui n’a pas modifié ni augmenté le moindre élément de cette vérité. Recherche sa compagnie.

Après la mort de cet ami, je me rendis à Mossoul et retrouvai l’homme qu’il m’avait décrit. Je lui racontai tout ce qui m’était arrivé. Je lui dis également qu’Untel, à l’approche de sa mort, m’avait recommandé de rechercher sa compagnie. Il m’avait aussi dit que vous vous étiez profondément attaché à la vérité sur laquelle il avait rendu son dernier souffle. Après m’avoir écouté, il me dit : Reste auprès de moi.

Je restai auprès de lui. Sa conduite me plut beaucoup. Peu de temps après, il mourut. Lorsque le moment de sa mort approcha, je lui dis :

— Maître, vous voyez bien que le décret d’Allah est arrivé jusqu’à vous. Quant à ma situation, vous la connaissez. À présent, auprès de qui me conseillez-vous de me rendre ?

Il répondit : Mon fils, je ne connais personne qui soit resté ferme sur ce que nous suivions. Cependant, à Nisibine, il y a un homme nommé Untel ; tu peux aller le rencontrer.

Après l’avoir enterré, je rencontrai cet homme de Nisibine et lui racontai toute mon histoire. Il me demanda de rester auprès de lui. Je restai donc. Je trouvai également chez cet homme un caractère irréprochable, comme chez mes deux amis précédents. Gloire à Allah, il mourut peu de temps après. À l’approche de sa mort, je lui dis : Vous connaissez dans l’ensemble toute mon histoire. À présent, auprès de qui me conseillez-vous d’aller ?

Il me dit : « À ‘Amouria, il y a un homme nommé Amun. Tu rechercheras sa compagnie. À part lui, je ne connais personne qui soit resté fidèle à cette vérité qui est la nôtre. » Je me rendis auprès de lui et lui racontai toute mon histoire.

Après m’avoir écouté, il me dit : « Reste auprès de moi. » Par Dieu, en demeurant avec lui, je constatai qu’il suivait la même doctrine et la même voie que ses prédécesseurs. Durant mon séjour auprès de lui, je devins propriétaire de nombreux bœufs et chèvres.

En peu de temps, je vis qu’il connaissait le même sort que ses prédécesseurs, dont j’avais été témoin. Alors que sa vie touchait à sa fin, je lui dis : « Vous connaissez bien ma situation. Que me conseillez-vous maintenant de faire, et auprès de qui me conseillez-vous de me rendre ? »

Il me dit : « Mon fils ! À ma connaissance, il ne reste plus sur terre personne qui soit attaché à la vérité que nous avions suivie. Toutefois, dans un avenir proche, un prophète apparaîtra en Arabie. Il fera revivre la religion d’Ibrahim. Chassé de sa terre natale, il émigrera vers une contrée plantée de palmeraies, située entre de grandes étendues de pierres noires. Il aura des signes aussi évidents que la lumière du jour. Il acceptera les cadeaux, mais ne mangera pas de ce qui est donné en aumône. Entre ses deux épaules se trouvera le sceau de la prophétie. Si tu le peux, rends-toi dans ce pays. »

Puis il mourut. Je restai encore quelque temps à ‘Amouria. Un jour, des commerçants arabes de la tribu de Kalb y arrivèrent. Je leur dis : « Si vous m’emmenez avec vous en Arabie, je vous donnerai en échange mes bœufs et mes chèvres. » Ils répondirent : « D’accord, nous t’emmènerons avec nous. »

Je leur donnai mes bœufs et mes chèvres, puis ils m’emmenèrent avec eux. Lorsque nous arrivâmes dans un endroit appelé Wadi al-Qura, entre Médine et la Syrie, ils me trahirent et me vendirent à un Juif. Je commençai à le servir comme esclave. Peu de temps après, un cousin de cet homme, appartenant à la tribu des Banû Qurayza, m’acheta et m’emmena à Yathrib (Médine). J’y vis les palmiers que m’avait décrits l’ami d’‘Amouria et reconnus la ville conformément à la description qu’il m’en avait faite. Je continuai à vivre auprès de mon maître.

Le Prophète faisait alors appel à la foi à La Mecque. Mais, étant constamment occupé à travailler comme esclave, aucune information ni aucune discussion à son sujet ne me parvenait. Peu de temps après, le Messager émigra de La Mecque et arriva à Yathrib. À ce moment-là, j’étais monté au sommet d’un palmier pour y faire je ne sais quel travail, tandis que mon maître était assis au pied de l’arbre. C’est alors qu’un de ses neveux vint lui dire :

« Que Dieu anéantisse les Banû Qayla (les tribus des Aws et des Khazraj) ! Par Dieu, ils sont actuellement réunis à Quba auprès d’un homme arrivé aujourd’hui même de La Mecque, qui prétend être un prophète. »

À peine ses paroles parvinrent-elles à mes oreilles que je sentis comme si la fièvre s’était emparée de mon corps. Je me mis à trembler violemment. Je craignis de tomber lourdement sur la nuque de mon maître, assis sous l’arbre. Je descendis rapidement de l’arbre et dis à cet homme :

— Qu’as-tu dit ? Répète-moi donc tes paroles.

En entendant mes paroles, mon maître entra dans une violente colère et me gifla de toutes ses forces en disant :

— Quel rapport as-tu avec lui ? Va-t’en et reprends ce que tu faisais.

Ce soir-là, je pris quelques-unes des dattes que j’avais récoltées et me dirigeai vers l’endroit où se trouvait le Messager (s.a.s.). Lorsque je l’atteignis, je lui dis :

— J’ai entendu dire que vous êtes un homme de bien. Vous avez des compagnons démunis de tout soutien et de toute ressource. Ces quelques biens avaient été déposés chez moi en vue d’être donnés en aumône. J’ai estimé que vous étiez plus dignes que les autres de les recevoir. Sur ces mots, je lui tendis les dattes. Il dit à ses compagnons : « Mangez. » Mais il retira sa propre main et ne mangea rien. Je me dis intérieurement : « Voilà le premier signe. »

Je repartis ce jour-là. Je me remis à rassembler des dattes. Le Messager (s.a.s.) vint de Qubâ à Médine. Un jour, je me rendis auprès de lui avec les dattes et lui dis : « J’ai vu que vous ne mangez pas les choses données en aumône. Cette fois, j’ai donc apporté un présent destiné à vous être offert. » Cette fois, il en mangea lui-même et invita ses compagnons à manger avec lui. Je me dis intérieurement : « Voilà le deuxième signe. »

Un autre jour, je me rendis auprès du Messager d’Allah (s.a.s.). Il était alors en train d’enterrer l’un de ses compagnons dans le cimetière de Baqî‘ al-Gharqad. Je le vis assis, enveloppé dans une shamla (une sorte de vêtement ample). Je le saluai. Puis je me mis à tourner mon regard vers son dos. Je cherchais le sceau de la prophétie que m’avait décrit mon ami d’Amouriyya.

Le Messager d’Allah, ayant compris ce que je cherchais en me voyant regarder fréquemment son dos, écarta le pan de son manteau qui le recouvrait. Je pus alors voir clairement le sceau. Je le reconnus aussitôt sans aucun doute, puis je me jetai sur lui, le couvrant de baisers et laissant mes larmes inonder sa poitrine. Voyant mon état, le Messager d’Allah me demanda :

— Qu’est-ce qui t’arrive ?

Je lui racontai toute l’histoire en détail. Il en fut émerveillé et voulut que je la raconte moi-même à ses Compagnons. Je la leur racontai donc. Ils furent stupéfaits et très heureux.

Parce qu’il était retenu dans les chaînes de l’esclavage, Salman ne put participer aux batailles de Badr et d’Uhud. Il en ressentit une profonde douleur. Salman raconte : « Un jour, le Messager d’Allah m’appela et me dit : “Passe un contrat de mukâtaba avec ton maître.” Je conclus donc un contrat avec lui : je devais planter pour mon maître trois cents plants de dattiers et lui verser en outre quarante uqiyya d’or ; en échange, je serais affranchi. J’informai le Messager d’Allah de ce contrat. Il appela les Compagnons et leur dit : “Aidez votre frère.” Chacun m’offrit alors, selon ses possibilités, cinq, dix, vingt ou trente plants. Ainsi, je réunis les trois cents plants. Puis, sur l’ordre du Messager d’Allah, je creusai les trous. Un jour, il vint lui-même avec moi sur le terrain. Je lui tendis les plants un à un et il les planta. Par Allah, aucun de ses plants ne mourut. (Les historiens rapportent que Salman n’en planta qu’un seul, et que celui-là mourut. Tous les autres furent plantés par le Messager d’Allah et survécurent.) J’avais ainsi rempli une partie de mon contrat ; il ne restait plus que l’argent. »

Un jour, le Messager d’Allah m’appela et me remit dans la main une matière d’or ayant l’apparence d’un œuf de poule, en me disant : “Va et acquitte-toi de ton contrat.” Je demandai : “Cela suffira-t-il à le régler ?” Il répondit : “Prends-le ; Allah s’en servira pour régler ta dette.” Par Allah, nous la pesâmes et elle équivalait bien à quarante uqiyya.

Ainsi, Salman remplit son contrat et fut affranchi. Une fois libéré de l’esclavage, Salman vécut parmi les musulmans. À cette époque, il n’avait ni maison ni demeure. Comme il l’avait fait pour les autres Émigrés, le Messager d’Allah établit entre lui et le célèbre Compagnon ansarite Abu al-Dardâ une fraternité, ou mu’âkhât. En raison de son esclavage, Salman n’avait pu participer aux batailles de Badr et d’Uhud. Après son affranchissement, la bataille de la Tranchée eut lieu. Il y apporta une contribution remarquable et rattrapa ainsi le retard dû à son absence lors des deux batailles précédentes. Les différentes tribus d’Arabie s’unirent aux Quraychites et se préparèrent à attaquer Médine. Informé de leurs préparatifs, le Messager d’Allah consulta ses Compagnons. Plusieurs d’entre eux proposèrent diverses stratégies. Salman dit : “En Perse, on protège les villes en creusant des fossés. Il serait judicieux de creuser une tranchée du côté non protégé de Médine afin de défendre la ville.” Le Messager d’Allah approuva cette proposition. Une longue tranchée fut creusée à l’ouest et au nord-ouest de Médine, ce qui permit de repousser facilement l’attaque de l’immense armée quraychite. Le Messager d’Allah participa lui-même aux travaux de creusement de cette tranchée, ou khandaq. En arrivant aux abords de Médine, l’armée quraychite fut stupéfaite de découvrir cette remarquable stratégie militaire. Après avoir assiégé Médine pendant vingt et un ou vingt-deux jours, elle fut finalement contrainte de fuir. Salman participa à toutes les batailles qui eurent lieu après celle de la Tranchée. Après la mort du Messager d’Allah, il resta quelque temps à Médine. Probablement à la fin du califat d’Abu Bakr, ou au début du califat de ‘Umar, il s’installa en Irak, tandis que son frère en religion, Abu al-Dardâ, s’établit en Syrie. Il joua un rôle particulier dans la conquête de l’Iran à l’époque de ‘Umar. Il combattit sur différents fronts, côte à côte avec les moudjahidines musulmans. Il participa également à la conquête de Jalûlâ. ‘Umar le nomma gouverneur d’al-Madâ’in. Il mourut sous le califat de ‘Uthmân.

Après avoir embrassé l’islam, Salman passa la majeure partie de sa vie en compagnie du Messager d’Allah. C’est pourquoi il acquit une maîtrise particulière du savoir et de la connaissance spirituelle. Lorsque ‘Ali fut interrogé sur son savoir, il répondit : “Dans le domaine du savoir et de la sagesse, Salman était l’égal de Luqmân le Sage.” Selon une autre narration, il dit : “Il était un savant de tous les savoirs, du savoir des premiers temps comme du savoir des derniers temps.” Le savoir des derniers temps désigne le savoir du Coran. Comme Salman n’avait en Arabie ni parents ni clan, le Messager d’Allah le proclama membre des gens de la Maison, les Ahl al-Bayt. Mu‘âdh ibn Jabal, qui était un éminent savant et un Compagnon mujtahid, dit : “Acquérez le savoir auprès de quatre personnes. Salman est l’une de ces quatre.”

Soixante hadiths ont été rapportés de Salman. Parmi eux, trois sont reconnus par al-Bukhari et Muslim, un a été rapporté uniquement par Muslim et trois uniquement par al-Bukhari. Abu Sa‘îd al-Khudrî, Abu al-Tufayl, Ibn ‘Abbâs, Aws ibn Mâlik et Ibn ‘Ajzâ, ainsi que d’autres éminents Compagnons, furent ses élèves.

Hazrat Salman comptait parmi ces Compagnons éminents qui eurent la chance de bénéficier d’une proximité particulière avec le Messager d’Allah (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui). Hazrat Aïcha (qu’Allah l’agrée) rapporte : « Lorsque, la nuit, le Messager d’Allah (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui) s’asseyait pour s’entretenir en privé avec Salman, nous, ses épouses, pensions que Salman allait peut-être nous priver ce soir-là de la compagnie nocturne de notre époux. »

Il était un modèle vivant d’ascétisme et de crainte pieuse. Il vivait comme un voyageur de passage. Au cours de sa vie, il ne construisit aucune maison. Lorsqu’il trouvait quelque part un mur ou l’ombre d’un arbre, il s’y allongeait. Un homme lui demanda la permission de lui construire une maison. Il le lui interdit. Mais, devant ses insistances répétées, il finit par lui demander : « Quel genre de maison vas-tu construire ? » L’homme répondit : « Une maison si petite que, si vous vous tenez debout, votre tête touchera le toit, et que, si vous vous allongez, vos pieds toucheront le mur. » Ces paroles le décidèrent à accepter. On lui construisit une petite hutte. Hazrat Hassan (qu’Allah l’agrée) raconte : « Même lorsque Salman percevait une allocation de cinq mille dirhams et commandait à trente mille personnes, il ne possédait qu’un seul ‘abâ. Il y mettait le bois qu’il ramassait. Au moment de dormir, il en couvrait son corps d’un côté et s’en servait comme literie de l’autre. »

Alors que Hazrat Salman (qu’Allah l’agrée) était alité, atteint de la maladie qui devait l’emporter, Hazrat Sa‘d ibn Abî Waqqâs (qu’Allah l’agrée) vint lui rendre visite. Salman (qu’Allah l’agrée) se mit à pleurer. Sa‘d lui dit : « Abû ‘Abdillah, pourquoi pleurez-vous ? Le Messager d’Allah (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui) a quitté ce monde en étant satisfait de vous. Vous le retrouverez près du bassin de Kawthar. » Il répondit : « Je ne pleure pas par peur de la mort. Si je pleure, c’est parce que le Messager d’Allah (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui) nous avait fait promettre que nos biens et nos effets ne dépasseraient pas ceux d’un voyageur. Or, tant de choses se sont accumulées chez moi. » Sa‘d rapporte que ces choses ne consistaient en rien d’autre qu’un grand bol, un plat en cuivre et un récipient à fromage.

Usama ibn Zayd ((qu’Allah l’agrée))

À La Mecque, la septième année de la mission prophétique s’écoulait, avant l’Hégire. Le Messager d’Allah (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui) et ses Compagnons étaient alors victimes des persécutions les plus violentes de la part des Quraychites. En s’acquittant de la lourde et difficile mission de l’appel à l’islam, il rencontrait à chaque pas toutes sortes de peines, de souffrances et d’épreuves. C’est alors qu’une lueur de joie apparut dans sa vie. Un messager de bonne nouvelle arriva, annonçant qu’« Umm Ayman » avait donné naissance à un fils. Le visage béni du Messager d’Allah (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui) s’illumina de joie. Ce nouveau-né fortuné, dont l’annonce de la venue sur terre avait tant réjoui le Messager d’Allah (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui), était Usama ibn Zayd.

Les Compagnons ne furent pourtant pas étonnés de voir le Messager d’Allah (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui) se réjouir autant à l’annonce de la naissance de cet enfant. En effet, tous connaissaient la place qu’occupaient ses parents auprès du Messager d’Allah (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui). La mère de l’enfant était « Baraka al-Habashiyya », connue sous le nom d’« Umm Ayman ». Elle était la servante de Hazrat Âmina, la mère du Messager d’Allah (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui). De son vivant comme après sa mort, cette femme avait élevé le Messager d’Allah (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui). Lorsqu’il ouvrit les yeux sur le monde, ce fut elle qu’il apprit à appeler mère. Il l’aimait d’un amour extrêmement profond et sincère. Il disait souvent : « Après ma mère, c’est elle qui est ma mère et le dernier membre de ma famille. Cette femme honorable est la mère glorieuse de ce nouveau-né.

Le père de l’enfant était le bien-aimé du Messager d’Allah (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui), son fils adoptif avant l’islam, son compagnon fidèle et, après l’islam, l’homme qu’il aimait le plus : Zayd ibn Hâritha (qu’Allah l’agrée).

Avec le Messager d’Allah (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui), toute la communauté musulmane de La Mecque se réjouit de la naissance de l’enfant. De même qu’ils avaient donné à son père le titre de « Habîb Rasûlillah », ils lui donnèrent à lui celui d’« Ibn al-Hibb », c’est-à-dire le fils du bien-aimé du Messager d’Allah (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui). Ce titre était tout à fait approprié. Le Messager d’Allah (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui) l’aimait tellement que le monde entier en était jaloux. Usama avait le même âge que Hassan ibn Fatima, le petit-fils du Messager d’Allah (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui). Hassan était remarquablement beau, à l’image de son grand-père, le Messager d’Allah (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui). Usama, quant à lui, était noir et avait le nez aplati, comme sa grand-mère maternelle abyssine. Mais le Messager d’Allah (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui) ne faisait absolument aucune différence entre eux dans son affection et son amour. Il faisait asseoir Usama sur une cuisse et Hassan sur l’autre, puis les serrait tous deux contre sa poitrine en disant : « Ô Allah, je les aime tous les deux ; aime-les donc tous les deux. »

Un événement permet de comprendre combien l’affection et l’amour du Messager d’Allah (ﷺ) pour le jeune Ousama étaient profonds et intenses. Un jour, le jeune Ousama trébucha contre le seuil de la porte et tomba. Son front se fendit et se mit à saigner. Le Prophète (ﷺ) demanda d’abord à Aïcha (رضي الله عنها) d’essuyer le sang. Mais cela ne le rassura pas. Il se leva lui-même, essuya le sang, puis se mit à embrasser la blessure et à apaiser l’enfant par des paroles douces, tendres et empreintes de compassion.

À l’âge adulte comme durant son enfance, Ousama bénéficia de l’amour du Messager d’Allah (ﷺ). Un jour, Hakim ibn Hizam, l’un des chefs de Quraysh, acheta au Yémen, pour cinquante dinars, un précieux manteau ayant appartenu au roi Dhû Yazan du Yémen. Lorsqu’il voulut offrir ce manteau au Messager d’Allah (ﷺ), celui-ci refusa de l’accepter, car Hakim était encore polythéiste. Toutefois, le Prophète (ﷺ) lui acheta le manteau contre paiement. Un vendredi, le Prophète (ﷺ) ne le porta qu’une seule fois. Puis il le revêtit à Ousama. Ousama portait ce manteau et parcourait matin et soir les environs avec les jeunes Muhajirûn et Ansar de son âge.

Dans sa jeunesse, Ousama développa de si belles qualités morales et de si nobles vertus qu’elles lui permirent aisément de gagner l’affection et l’amour du Messager d’Allah (ﷺ). Une intelligence vive, l’audace, la clairvoyance, un caractère parfaitement pur, ainsi que la taqwa et la piété scrupuleuse constituaient ses traits distinctifs.

Le jour de la bataille d’Uhud, Ousama se présenta devant le Messager d’Allah (ﷺ) avec plusieurs autres jeunes Compagnons de son âge. Tous désiraient participer au jihad. Le Messager d’Allah (ﷺ) en sélectionna quelques-uns et renvoya les autres parce qu’ils n’avaient pas encore atteint l’âge requis. Ousama, éconduit, retourna chez lui. Ses deux yeux étaient remplis de larmes. Sa douleur venait de ce qu’il avait été privé de la possibilité de combattre sous l’étendard du Messager d’Allah (ﷺ).

La bataille de la Tranchée était imminente. Ousama était lui aussi présent, accompagné de plusieurs autres jeunes Compagnons. Le Messager d’Allah (ﷺ) sélectionnait les soldats. Craignant d’être une nouvelle fois écarté en raison de son jeune âge, comme à Uhud, il se dressa sur la pointe des pieds afin de paraître plus grand. Voyant son désir ardent, le cœur du Messager d’Allah (ﷺ) s’attendrit et il le sélectionna. L’épée suspendue à l’épaule, Ousama partit au jihad. Il n’était alors qu’un garçon âgé de douze ou treize ans.

Selon certains récits, il ne put participer aux premières expéditions parce qu’il n’avait pas encore atteint l’âge requis. Il participa pour la première fois à l’expédition de Harqa, menée durant la septième ou la huitième année de l’Hégire. Il avait alors quatorze ans. Cependant, en raison de ses capacités exceptionnelles, le Prophète (ﷺ) lui confia le commandement de l’expédition. Il a lui-même relaté son expérience en ces termes : « Le Prophète (ﷺ) nous envoya vers Harqa. Les ennemis furent vaincus et commencèrent à fuir. Avec un soldat ansari, je poursuivis un homme qui prenait la fuite. Lorsqu’il fut à notre portée, il se mit à proclamer à haute voix : “Il n’y a de divinité qu’Allah.” À cette proclamation, l’Ansari rengaina son arme ; mais moi, je lui lançai ma lance et le transperçai. Il mourut. À notre retour de l’expédition, l’affaire parvint aux oreilles du Messager d’Allah (ﷺ). Il me dit : “Ousama, tu as tué un homme après qu’il eut récité la kalima tayyiba.” Je répondis qu’il n’avait fait cela que pour sauver sa vie. Il ne prêta aucune attention à mes paroles et ne cessa de répéter la même phrase. Je ressentis alors un tel remords que je me dis intérieurement : “Ah ! Si seulement je n’avais embrassé l’islam qu’aujourd’hui !” Selon une autre narration, le Messager d’Allah (ﷺ) lui dit : “As-tu donc fendu son cœur pour y regarder ?” »

Lors de la bataille de Hunayn, l’armée musulmane fut vaincue et se mit à fuir. Ousama, avec seulement six Compagnons, parmi lesquels l’oncle du Messager d’Allah (ﷺ), Abbas, et Abu Sufyan ibn al-Harith, tint fermement tête à l’armée ennemie. Avec l’aide de ce petit groupe de croyants héroïques, le Messager d’Allah (ﷺ) transforma ce jour-là une défaite certaine en victoire et sauva l’armée musulmane en fuite des mains des polythéistes.

Lors de la conquête de La Mecque également, Ousama accompagnait le Messager d’Allah (ﷺ). Il entra à La Mecque monté sur la même monture que lui. Ce jour-là, Ousama, Bilal et Uthman ibn Talha furent les trois seuls hommes, avec le Messager d’Allah (ﷺ), à avoir l’honneur d’entrer à l’intérieur de la Kaaba. La porte de la Kaaba fut ensuite fermée, après l’entrée de ces quatre hommes.

Usâma participa à l’expédition de Mou’ta avec son père, le commandant Zayd ibn Hâritha. Il avait alors moins de dix-huit ans. Au cours de cette bataille, il assista de ses propres yeux au martyre de son père. Il ne s’effondra pourtant pas. Après le martyre de son père, il combattit vaillamment, successivement sous le commandement de Ja‘far ibn Abî Tâlib et de ‘Abdullah ibn Rawâha. Lorsque ce commandant connut le martyre à son tour, comme Zayd, il combattit sous le commandement du commandant Khâlid ibn al-Walîd et arracha l’armée musulmane aux griffes de l’armée romaine. Ayant confié à Allah, sur le champ de bataille de Mou’ta, la dépouille de son père Zayd, il retourna à Médine monté sur le cheval même sur lequel celui-ci avait été martyrisé.

Au cours de la onzième année de l’Hégire, le Messager d’Allah (paix et bénédictions d’Allah sur lui) ordonna de préparer une armée pour une bataille décisive contre les Romains. Abû Bakr, ‘Umar, Sa‘d ibn Abî Waqqâs, Abû ‘Ubayda ibn al-Jarrâh et d’autres Compagnons éminents, experts en affaires militaires, furent intégrés à cette armée. Le Messager d’Allah (paix et bénédictions d’Allah sur lui) nomma Usâma ibn Zayd commandant en chef. Il avait alors près de vingt ans. Le Messager d’Allah (paix et bénédictions d’Allah sur lui) ordonna d’établir un campement à la frontière, dans les environs de Balqâ et de Dârûm al-Kilâyar, près de la vallée de Gaza.

L’armée se prépara à partir. Entre-temps, le Messager d’Allah (paix et bénédictions d’Allah sur lui) tomba malade. Comme sa maladie s’aggravait, Usâma interrompit sa marche avec l’armée et attendit à Jurf, un lieu situé à la périphérie de Médine. De là, il venait chaque jour rendre visite au Messager d’Allah (paix et bénédictions d’Allah sur lui). Usâma raconte : « Lorsque la maladie du Messager d’Allah (paix et bénédictions d’Allah sur lui) s’aggrava, j’allai lui rendre visite. Plusieurs autres personnes m’accompagnaient. En entrant dans la maison, je le vis silencieux. La violence de la maladie l’empêchait de parler. En me voyant, il leva d’abord les mains vers le ciel, puis posa la main sur mon corps. Je compris qu’il invoquait Allah en ma faveur. »

Le Messager d’Allah (paix et bénédictions d’Allah sur lui) décéda. À cette nouvelle, Usâma accourut à Médine et participa à la toilette mortuaire et à l’inhumation. Il eut également l’honneur de descendre dans la tombe la dépouille sacrée du Messager d’Allah (paix et bénédictions d’Allah sur lui).

Abû Bakr fut élu calife. Il ordonna à Usâma de partir. Cependant, un petit groupe d’Ansâr estima qu’il convenait de retarder quelque peu le départ de l’armée dans ces circonstances. Ils demandèrent à ‘Umar de parler au calife à ce sujet. Ils lui dirent également que, s’il restait ferme dans sa décision, il devait au moins le prier de nommer comme commandant un homme plus âgé qu’Usâma.

Abû Bakr était assis. Dès qu’il entendit de la bouche de ‘Umar le propos des Ansâr, il se leva d’un bond, saisit fermement la barbe d’al-Fârûq al-A‘zam et s’écria d’une voix emportée : « Ô fils d’al-Khattâb ! Que ta mère soit privée de toi ! Me demandes-tu de destituer celui que le Messager d’Allah (paix et bénédictions d’Allah sur lui) a nommé ? Par Allah, jamais je ne le ferai. »

‘Umar revint. Les gens lui demandèrent : « Quelles nouvelles ? » Il répondit : « Que toutes vos mères soient privées de vous ! À cause de vous, j’ai dû entendre bien des choses de la part du calife du Messager d’Allah. »

L’armée partit de Médine sous le commandement du jeune chef. Le calife Abû Bakr l’accompagna sur une certaine distance. Usâma était à cheval, tandis que le calife marchait à pied. Usâma dit : « Ô calife du Messager d’Allah ! Par Allah, ou bien montez à cheval, ou bien je descends. » Le calife répondit : « Par Allah, tu ne descendras pas et je ne monterai pas. Quel mal y a-t-il à ce que mes pieds se couvrent de poussière pendant quelque temps sur le chemin d’Allah ? » Puis il dit à Usâma : « Je confie à Allah ta religion, ta loyauté et l’achèvement de ta mission. Je te recommande de mettre à exécution les instructions que le Messager d’Allah t’a données. » Puis, se penchant légèrement vers Usâma, il dit : « Si tu juges bon de m’aider en me laissant ‘Umar, permets-lui de rester auprès de moi. » Usâma accepta la demande d’Abû Bakr et autorisa ‘Umar à rester à Médine auprès du calife.

Usama mit en pratique à la lettre l’ordre du Messager d’Allah (ﷺ). La cavalerie musulmane s’empara des postes frontières de Balqa et de Kilayat al-Darum, en Palestine. Ainsi, la peur des Romains fut définitivement dissipée pour les musulmans dans cette région, et les portes de la conquête s’ouvrirent sur l’immense territoire s’étendant jusqu’à la mer Noire, en passant par toute la Syrie, l’Égypte et l’Afrique du Nord.

Au cours de cette expédition, il tua l’assassin de son père et vengea ainsi le meurtre de celui-ci. Il chargea de grandes quantités de butin le cheval sur lequel son père avait été martyrisé, puis retourna à Médine en vainqueur. Le calife Abou Bakr (qu’Allah l’agrée), accompagné d’un grand groupe de muhajiroun et d’ansar, vint l’accueillir aux abords de Médine. À son arrivée, Usama accomplit deux rak‘at de prière dans la mosquée du Prophète, puis rentra chez lui. Les historiens ont commenté sa victoire en ces termes : « On n’a jamais vu d’armée plus sûre et ayant rapporté davantage de butin que l’armée d’Usama. »

Grâce à l’accomplissement exemplaire de la mission confiée par le Messager d’Allah (ﷺ) et à la force de sa personnalité, Usama jouissait d’un immense amour et d’un grand respect au sein de la communauté musulmane. Le deuxième calife, ‘Umar (qu’Allah l’agrée), fixa pour Usama une allocation supérieure à celle de son propre fils, ‘Abdullah ibn ‘Umar. Irrité, ‘Abdullah se plaignit : « Père, l’allocation d’Usama est de quatre mille, tandis que la mienne est de trois mille. Son père n’était pas plus noble que le mien, et il n’est pas non plus plus estimé que moi. » ‘Umar répondit : « Malheur à toi ! Son père était plus aimé du Messager d’Allah (ﷺ) que ton père, et lui-même était plus aimé du Messager d’Allah (ﷺ) que toi. » ‘Abdullah (qu’Allah l’agrée) ne protesta plus.

Chaque fois que le calife ‘Umar rencontrait Usama, il lui disait : « Bienvenue, mon émir. » Lorsque quelqu’un s’étonnait de cette appellation, il expliquait : « Le Messager d’Allah (ﷺ) l’avait nommé mon émir, c’est-à-dire mon chef. »

Sous le califat de ‘Uthman (qu’Allah l’agrée), il n’accepta aucune fonction officielle par crainte des troubles et de la sédition. Cependant, en musulman bienveillant, il prodiguait constamment au calife des conseils sincères et discutait avec lui en privé du mécontentement populaire.

Après le martyre de ‘Uthman (qu’Allah l’agrée), lorsque le désordre apparut, il adopta une neutralité totale. Il se tint complètement à l’écart du conflit entre ‘Ali et Mu‘awiya. À cette époque, il fit un jour transmettre à ‘Ali ce message : « Si tu entrais dans la gueule d’un tigre, j’y entrerais moi aussi avec satisfaction. Mais je n’ai pas le moindre désir de prendre part à cette affaire. » Bien qu’il ne voulût pas s’impliquer dans ce conflit par crainte de l’effusion du sang des musulmans, il considérait ‘Ali (qu’Allah l’agrée) comme étant dans le vrai. C’est pourquoi, vers la fin de sa vie, il se repentit de ne pas avoir aidé ‘Ali.

Usama avait été élevé dans la maison du Prophète. Il aurait donc dû être doté d’un savoir immense. Au moment du décès du Messager d’Allah (ﷺ), il n’avait que dix-huit ans. Après avoir atteint l’âge adulte, il n’eut pas l’occasion de bénéficier d’une longue compagnie du Messager d’Allah (ﷺ). Pour cette raison, il n’obtint pas dans ce domaine le succès escompté de savants compagnons tels qu’Abdullah ibn ‘Abbas et Abdullah ibn ‘Umar. Malgré cela, ce qu’il avait acquis n’était nullement négligeable. Il avait conservé dans sa mémoire de nombreuses paroles du Prophète (ﷺ). Même d’éminents compagnons venaient parfois le consulter afin de connaître les prescriptions de la Loi islamique. N’ayant trouvé aucune prescription religieuse concernant la peste, Sa‘d ibn Abi Waqqas demanda à Usama : « As-tu entendu quelque chose du Messager d’Allah (ﷺ) au sujet de la peste ? » Il lui rapporta alors une parole du Messager d’Allah (ﷺ) à ce sujet. Le nombre total de hadiths qu’il a rapportés s’élève à cent vingt-huit. Parmi eux, quinze ont été rapportés à la fois par l’imam al-Bukhari et l’imam Muslim. Al-Hasan, Muhammad ibn ‘Abbas, Abu Hurayra, Kurayb, Abu ‘Uthman al-Nahdi, ‘Amr ibn ‘Uthman, Abu Wa’il, ‘Amir ibn Sa‘d, al-Hasan al-Basri (qu’Allah les agrée), ainsi que d’autres compagnons et tabi‘in, ont rapporté des hadiths de lui.

Puisqu’il avait été élevé dans la maison du Prophète et qu’il avait librement accès auprès du Messager d’Allah (ﷺ), l’enseignement du Prophète (ﷺ) exerça sur lui une influence considérable. Au cours de la plupart de ses déplacements, il eut la chance de monter sur la même monture que le Messager d’Allah (ﷺ). Il eut ainsi également de nombreuses occasions de le servir. C’était lui qui, la plupart du temps, lui apportait l’eau destinée aux ablutions et à la purification.

Bien qu’il fût encore jeune, le Messager d’Allah (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui) le consultait sur diverses questions. Lorsque l’Ifk, c’est-à-dire les propos mensongers et indécents répandus par les hypocrites au sujet de la vénérable Aïcha (qu’Allah l’agrée), se propagea, les deux proches compagnons que le Messager (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui) consulta à ce sujet furent le vénérable Ali et Oussama (qu’Allah les agrée).

Ce grand commandant mourut à Médine, à l’âge de soixante ans, vers la fin du califat du vénérable Muawiya, en l’an 54 de l’Hégire.

Abdallah ibn Umm Maktum ((qu’Allah l’agrée))

Abdallah ibn Umm Maktum, le muezzin du Messager, était ce grand Compagnon pour lequel le noble Prophète (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui) fut réprimandé depuis les hauteurs du septième ciel, et au sujet duquel Gabriel (sur lui la paix) descendit auprès du Messager d’Allah (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui) avec une révélation venant d’Allah. Il était ce grand homme fier au sujet duquel furent révélés au total seize versets du Noble Coran.

Les habitants de Médine l’appelaient Abdallah ibn Umm Maktum. Mais, pour les Irakiens, il était connu sous le nom de « Omar ibn Umm Maktum ». Il était issu de la tribu quraychite de La Mecque. Il avait également des liens de parenté avec le Messager d’Allah, que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui. Il était le cousin maternel de la Mère des croyants, la vénérable Khadija bint Khuwaylid. Son père était Qays ibn Zayd et sa mère, Atika bint Abdallah. Sa mère ayant mis au monde Abdallah alors qu’il était aveugle, elle fut connue sous le nom d’« Atika, mère d’Umm Maktum ». Maktum signifie « aveugle », et Umm Maktum signifie donc « la mère de l’aveugle ».

Il n’avait pas la vue physique, mais il avait reçu une vision intérieure pénétrante. Il assista aux premiers moments où les rayons lumineux de l’islam commencèrent à apparaître à La Mecque. Allah, exalté soit-Il, lui ouvrit les yeux du cœur. Il embrassa la foi. Il devint ainsi l’un des premiers croyants de l’islam. Lui aussi partagea les sacrifices, les renoncements, la patience et la fermeté des musulmans de La Mecque. Comme les autres, il fut victime des persécutions et des sévices des Quraychites. Malgré leurs innombrables injustices et persécutions, il ne céda pas le moins du monde, ne perdit pas courage un seul instant ; on peut même dire que sa foi ne s’affaiblit jamais. Plus leurs persécutions s’intensifiaient, plus il s’attachait fermement à la religion d’Allah. Dans le même temps, son lien avec le Livre d’Allah se renforçait, sa compréhension de la charia s’approfondissait et ses visites auprès du Messager d’Allah, que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui, se multipliaient, à toute heure.

Son dévouement et son amour pour le Messager d’Allah, que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui, ainsi que son désir de mémoriser le Noble Coran étaient devenus si intenses qu’il considérait chaque occasion comme un gain et en tirait profit à chaque instant. Dans l’excès de son enthousiasme, il lui arrivait même de prendre une part du temps que le Messager d’Allah, que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui, s’était réservé à lui-même ou avait réservé à quelqu’un d’autre.

C’était à l’époque où le Messager d’Allah, que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui, faisait face à un immense défi de la part des dirigeants quraychites de La Mecque. Il désirait ardemment les voir embrasser l’islam. Un jour, il rencontra Utba ibn Rabi‘a, Shayba ibn Rabi‘a, Amr ibn Hisham, surnommé Abu Jahl, Umayya ibn Khalaf et al-Walid ibn al-Mughira, le père de Khalid, l’Épée d’Allah. Il allait de l’un à l’autre, s’entretenait avec eux et les invitait à l’islam. Il espérait qu’ils accepteraient son appel ou, à tout le moins, qu’ils cesseraient de persécuter et de maltraiter ses compagnons. Alors qu’il était absorbé par cette tâche importante, Abdallah ibn Umm Maktum arriva de manière tout à fait inattendue. Il dit : « Ô Messager d’Allah, enseigne-moi une partie de ce qu’Allah t’a enseigné. » Sans accorder une attention particulière à ses paroles, le Messager d’Allah, que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui, resta concentré sur les dirigeants quraychites, dans l’espoir et la conviction qu’ils embrasseraient l’islam, que cela rehausserait l’honneur de la religion d’Allah et faciliterait la mission d’appel. À peine eut-il achevé ses discussions et consultations avec eux et s’apprêtait-il à regagner sa demeure qu’Allah, exalté soit-Il, l’interpella et lui révéla, en guise de reproche :

« Il fronça les sourcils et se détourna, parce que l’aveugle était venu à lui. Mais qui sait ? Peut-être aurait-il voulu se purifier ou recevoir un rappel, et ce rappel lui aurait été utile. Quant à celui qui se croit dispensé de tout, tu lui accordes toute ton attention, alors que tu n’es nullement responsable s’il ne se purifie pas. Mais celui qui vient à toi avec empressement et appréhension, tu le négliges. Non, un tel comportement est inconvenant. Ceci n’est qu’un rappel. Que celui qui le veut s’en souvienne. Il est consigné dans des feuilles honorables, élevées et purifiées, écrites par les mains de scribes nobles et vertueux. »(‘Abasa : 1–16)

Ce jour-là, l’ange Jibrîl al-Amîn descendit dans le cœur du Messager d’Allah ﷺ avec seize versets au sujet de ce Compagnon aveugle, ‘Abdullah ibn Umm Maktûm. Ces versets sont récités jusqu’à aujourd’hui et le seront aussi longtemps que la vie de l’humanité se poursuivra sur cette terre. À partir de ce jour, le Messager ﷺ accorda une considération particulière à ‘Abdullah ibn Umm Maktûm. Lorsqu’il venait, il l’appelait, le faisait asseoir près de lui, s’enquérait de son état et satisfaisait ses besoins s’il en avait. ‘Â’ishah (qu’Allah l’agrée) lui préparait une boisson au citron et au miel et la lui faisait boire. Elle disait : « Après la révélation de ces versets, cela lui fut réservé. » Il n’y a là rien d’étonnant, car c’est bien à cause de cet homme que le Messager ﷺ fut sévèrement réprimandé depuis le septième ciel.

Lorsque la dureté et les persécutions des Quraysh envers le Messager ﷺ et les musulmans dépassèrent toute limite, Allah le Très-Haut autorisa les musulmans à émigrer. ‘Abdullah ibn Umm Maktûm fut l’un de ceux qui quittèrent très rapidement leur pays pour la cause de la religion. Lui et Mus‘ab ibn ‘Umayr (qu’Allah les agrée) furent les premiers Compagnons à parvenir de La Mecque à Médine. Après son arrivée à Médine, ‘Abdullah ibn Umm Maktûm, accompagné de son ami Mus‘ab ibn ‘Umayr, se mit à aller de maison en maison pour enseigner le Coran et la religion d’Allah. Al-Barâ’ ibn ‘Âzib (qu’Allah l’agrée) rapporte : « Parmi les Compagnons du Messager d’Allah ﷺ, les premiers à émigrer et à venir auprès de nous à Médine furent Mus‘ab ibn ‘Umayr et Ibn Umm Maktûm. Dès leur arrivée à Médine, ils commencèrent à nous enseigner le Coran. »

Le Messager d’Allah ﷺ émigra de La Mecque à Médine. Il nomma ‘Abdullah ibn Umm Maktûm et Bilâl ibn Rabâh muezzins des musulmans. Ils furent les deux premiers muezzins de la communauté musulmane. Ainsi, cinq fois par jour, ils assumèrent la mission de proclamer la formule de l’unicité divine, d’appeler les gens aux bonnes œuvres et de les encourager au bien. Bilâl lançait l’adhân, tandis qu’Ibn Umm Maktûm prononçait l’iqâmah. Parfois, Ibn Umm Maktûm lançait l’adhân et Bilâl (qu’Allah l’agrée) prononçait l’iqâmah. Durant le mois de Ramadan, ils accomplissaient également une autre tâche. Les musulmans de Médine commençaient à prendre le repas précédant l’aube en entendant l’adhân de l’un d’eux, et cessaient de manger en entendant celui de l’autre. En entendant l’adhân de Bilâl, les gens se réveillaient pour prendre le repas du matin. De son côté, ‘Abdullah ibn Umm Maktûm attendait l’apparition de l’aube véritable ; dès qu’elle apparaissait, il lançait l’adhân, et les gens cessaient alors de manger en l’entendant.

Avec l’émigration du Messager d’Allah ﷺ commencèrent les guerres et les expéditions militaires. Mais Ibn Umm Maktûm était incapable de participer au jihâd en raison de son infirmité. Après la bataille de Badr, Allah le Très-Haut révéla à Son Prophète bien-aimé plusieurs versets. Ces versets proclamaient l’immense mérite des combattants et leur supériorité sur ceux qui, se détournant du jihâd, restaient chez eux. Leur contenu suscita une vive réaction chez Ibn Umm Maktûm. Il fut profondément peiné d’être privé du mérite des combattants. Lorsque ce verset fut révélé :

« Les croyants qui restent chez eux et les combattants dans le chemin d’Allah ne sont pas égaux en mérite. » Le Messager d’Allah ﷺ demanda à son scribe de la révélation, Zayd ibn Thâbit (qu’Allah l’agrée), d’écrire le verset. À ce moment-là, Ibn Umm Maktûm arriva auprès de lui et dit : « Ô Messager d’Allah, si j’en étais capable, je participerais moi aussi au jihâd et j’acquerrais le mérite des combattants. »

Puis il invoqua Allah avec une profonde humilité : « Ô Allah, révèle une révélation concernant mon incapacité ; ô Allah, révèle une révélation concernant mon excuse. » Son souhait plut tellement à Allah qu’Il révéla aussitôt des versets, dispensant pour l’éternité toutes les personnes incapables de ce monde de l’obligation du jihâd.

Fut alors révélé :

لَّا يَسْتَوِي الْقَاعِدُونَ مِنَ الْمُؤْمِنِينَ غَيْرُ أُولِي الضَّرَرِ وَالْمُجَاهِدُونَ فِي سَبِيلِ اللَّهِ بِأَمْوَالِهِمْ وَأَنفُسِهِمْ

« Les croyants qui restent chez eux, à l’exception de ceux qui ont une excuse, ne sont pas égaux en mérite à ceux qui combattent dans la voie d’Allah avec leurs personnes et leurs biens. » Ici, l’expressionغَيْرُ أُولِي الضَّرَرِexempte tous les incapables de l’obligation du djihad.

Cependant, au lieu de diminuer, son ardeur à partir au djihad s’en trouva accrue. Son noble cœur refusait de rester chez lui avec les personnes incapables. En effet, un noble cœur ne peut jamais se satisfaire d’autre chose que des œuvres éminentes. Ibn Hajar al-Asqalani, dans «‘Al Isaba’», dit dans son ouvrage : bien qu’il fût aveugle, il participait parfois aux combats. Il disait aux gens : « Placez l’étendard dans ma main et faites-moi tenir entre les deux rangs. Je suis aveugle, je n’ai aucune crainte de prendre la fuite. »

Bien que le vénérable Ibn Umm Maktum eût été privé du mérite du djihad en raison de son incapacité, il obtint un honneur et une gloire plus grands encore. Lorsque le Messager d’Allah (saws) partait en expédition hors de Médine avec les principaux émigrés et auxiliaires, il laissait Ibn Umm Maktum comme son remplaçant. Celui-ci assumait alors la direction de la prière à la mosquée du Prophète. Il obtint ainsi cet honneur à treize reprises au total, lors des expéditions d’Abwa, de Bawat, de Dhat al-‘Usayr, de Juhayna, de Suwayq, de Ghatafan, de Hamra al-Asad, de Najran et de Dhat al-Riqa, entre autres. Pendant la bataille de Badr, il exerça cette responsabilité pendant quelques jours. Elle fut ensuite confiée au vénérable Abu Lubaba.

On ne sait pas grand-chose de lui depuis le décès du Messager d’Allah (saws) jusqu’à la fin du califat du vénérable Umar (ra). On sait seulement qu’il participa à la bataille de Qadisiyya et y porta haut l’étendard de l’armée musulmane. Selon l’historien al-Waqidi, il mourut à Médine. Toutefois, Ibn Sa‘d rapporte dans ses Tabaqat, d’après Zubayr ibn Bakkar, qu’il fut martyrisé à la bataille de Qadisiyya. La plupart des auteurs de biographies prophétiques considèrent ce récit comme plus authentique.

Au cours de la quatorzième année de l’Hégire, le deuxième calife, le vénérable Umar ibn al-Khattab (ra), décida de livrer une bataille décisive contre l’armée perse. Il écrivit aux gouverneurs des différentes provinces :

« Ne laissez de côté personne qui possède une arme, un cheval, une chamelle ou de l’intelligence. Envoyez-les-moi tous rapidement. »

Le peuple musulman répondit largement à cet appel du vénérable al-Faruq al-A‘zam. De toutes parts, les gens commencèrent à affluer vers Médine comme un flot impétueux. L’aveugle Abdallah ibn Umm Maktum ne put pas non plus rester chez lui. Il rejoignit les rangs des moudjahidines et se rendit à Médine. Le calife Umar (ra) nomma le vénérable Sa‘d ibn Abi Waqqas (ra) commandant de cette immense armée. Au moment du départ, le calife lui donna divers conseils, puis le congédia.

Lorsque l’armée musulmane arriva à al-Qâdisiyya, le vénérable ‘Abdullah ibn Umm Maktûm s’avança, revêtu de son armure et équipé pour le combat, et demanda qu’on lui confie la responsabilité de porter l’étendard de l’armée musulmane. Il dit : « Soit je maintiendrai cet étendard bien haut, soit je mourrai. »

La bataille acharnée et sanglante qui opposa les armées musulmane et perse dans la plaine d’al-Qâdisiyya a eu bien peu d’équivalents dans l’histoire militaire du monde. Finalement, le troisième jour de la bataille décisive, la victoire de l’armée musulmane entraîna la chute du plus grand empire du monde d’alors et du trône le plus glorieux. Dans le même temps, l’étendard du tawhîd se mit à flotter fièrement sur cette vaste terre païenne. Cette grande victoire fut remportée au prix de la vie d’innombrables martyrs. Le vénérable ‘Abdullah ibn Maktûm était lui aussi l’un de ces innombrables martyrs. À la fin de la bataille, on le trouva étendu au sol, ensanglanté et couvert de blessures, serrant contre lui l’étendard des musulmans.

Ibn Umm Maktûm était aveugle. Sa maison se trouvait également assez loin de la mosquée du Prophète. Sur le chemin, il y avait des canaux, des égouts, des buissons et des broussailles. Il n’avait personne pour l’aider en permanence. Malgré toutes ces difficultés, il se rendait régulièrement à la mosquée du Prophète pour y accomplir la prière. À ce sujet, il raconte : « Un jour, je dis : “Ô Messager d’Allah ! Je suis aveugle, et ma maison est assez éloignée de la mosquée. J’ai bien quelqu’un pour me guider sur le chemin, mais il ne me convient pas. Dans ces conditions, m’autoriseras-tu à prier chez moi ?” Il répondit : “Entends-tu l’appel à la prière ?” Je répondis : “Oui.” Il dit : “Je ne vois aucune permission pour toi.” » Dans une autre narration, il est rapporté qu’il dit : « Ô Messager d’Allah ! Entre ma maison et la mosquée, il y a des palmeraies et des buissons. Je ne peux pas non plus garder constamment quelqu’un pour me guider sur le chemin. Dans ces conditions, puis-je accomplir la prière chez moi ? » Il répondit : « Entends-tu l’appel à la prière annonçant le début de l’office ? » Je répondis : « Oui. » Le Messager d’Allah, paix et bénédictions d’Allah sur lui, dit : « Alors viens à la mosquée et accomplis-y la prière. » (Hayât as- Sahâba, 3e, 121) Comme les voix de l’adhân et de l’iqâma parvenaient jusqu’à sa maison, il ne reçut pas l’autorisation de prier chez lui, bien qu’il fût aveugle. Durant son califat, le vénérable ‘Umar lui donna un guide. Le vénérable ‘Abdullah ibn Umm Maktûm était un hâfiz du noble Coran. Anas et Zarr ibn Jaïsh ont rapporté des hadiths de lui. (Tahdhîb al- Kamâl, 289)

 

Tufayl ibn ’Amr al-–Dawsî ((qu’Allah l’agrée))

Son nom était Tufayl. Il portait le surnom de « Dhû an-Nûr ». On l’appelait ad-Dawsî parce qu’il était issu de la tribu des Daws. La tribu des Daws était une tribu puissante qui vivait au Yémen. Il en était le chef. Il exerçait le métier de commerçant. C’est pourquoi il devait se rendre de temps à autre à La Mecque.

Tufayl était l’un des nobles Arabes de la période antéislamique, attachés à leur dignité. Son foyer ne cessait jamais de cuisiner. La porte de sa maison était toujours ouverte aux hôtes.

Il possédait une intelligence pénétrante, une vive perspicacité, un talent poétique inné et une grande finesse de sensibilité. Il connaissait parfaitement la douceur et l’amertume de la langue, ainsi que les artifices de son pouvoir.

Un jour, Tufayl ibn Amr se rendit à La Mecque depuis la région de Tihâma, où résidait sa tribu, pour affaires. À cette époque, un conflit avait éclaté entre le Messager d’Allah, qu’Allah le bénisse et le salue, et les Quraychites. Les deux camps s’employaient à rallier des partisans à leur cause. D’un côté, le Messager, qu’Allah le bénisse et le salue, appelait les gens vers leur Seigneur. De l’autre, les mécréants déployaient tous les moyens possibles pour les éloigner de lui. On peut dire qu’il se trouva impliqué dans ce conflit tout à fait malgré lui. En effet, il n’était pas venu à La Mecque dans ce but. Jusqu’alors, le conflit entre Muhammad et les Quraychites ne lui était jamais venu à l’esprit. Une histoire singulière de sa vie est liée à cet affrontement. Il raconte : « J’entrai à La Mecque. Dès qu’ils me virent, les chefs quraychites vinrent à ma rencontre et m’accueillirent avec les plus grands honneurs. Ils m’hébergèrent dans la maison la plus prestigieuse parmi les leurs. Puis leurs chefs et leurs notables vinrent me trouver et me dirent : “Tufayl, vous êtes arrivé dans notre demeure. Cet homme, qui se prétend prophète, a semé le trouble dans toutes nos affaires et divisé notre unité. Nous craignons que vous aussi, vous ne soyez égaré par ses paroles et que, sous votre direction, le même problème que chez nous ne surgisse dans votre tribu. Nous vous demandons donc de ne lui adresser aucune parole et de n’écouter aucun de ses propos. Ses paroles agissent comme de la magie : elles sèment la discorde entre le père et son fils, entre les frères, et entre l’époux et son épouse.” »

Tufayl raconte : « Par Allah, ils me mirent en garde, ainsi que ma tribu, contre le Messager d’Allah, qu’Allah le bénisse et le salue, en me relatant des histoires extraordinaires à son sujet et toutes sortes de ses faits étonnants. Je décidai donc de ne pas m’approcher de lui, de ne pas lui parler et de n’écouter aucune de ses paroles. À cette époque, nous faisions les circumambulations autour de la Ka‘ba et adorions les idoles qui s’y trouvaient. Lorsque je sortis vers la mosquée pour accomplir la circumambulation autour de la Ka‘ba et adorer les idoles, je me bourrai soigneusement les deux oreilles de coton afin que les paroles de Muhammad, qu’Allah le bénisse et le salue, ne puissent en aucune manière y pénétrer.

Dès que j’entrai dans la Mosquée sacrée, je le vis debout en prière près de la Ka‘ba. Pourtant, sa prière n’était pas semblable à notre prière, et son adoration n’était pas semblable à la nôtre. Cette scène me réjouit et son adoration m’émut. Je désirai m’approcher de lui. Malgré moi, j’avançai peu à peu jusqu’à parvenir près de lui. Allah voulut que certaines de ses paroles parviennent à mes oreilles. Ainsi, malgré le coton qui les remplissait, j’entendis quelques-unes de ses excellentes paroles. Je me dis intérieurement : “Tufayl, que ta mère te perde ! Tu es un poète intelligent et tu sais discerner le bien du mal. Qu’est-ce qui t’empêche d’écouter les paroles de cet homme ? Si elles sont bonnes, tu les accepteras ; si elles sont mauvaises, tu les rejetteras.” »

Tufayl raconte : « J’attendis. Lorsque le Messager d’Allah, qu’Allah le bénisse et le salue, eut terminé sa prière, il prit le chemin de sa maison. Je le suivis et parvins moi aussi chez lui. Je lui dis : “Ô Muhammad, les gens de votre peuple m’ont raconté toutes ces choses à votre sujet. Ils m’ont tellement effrayé à votre propos que je me suis rempli les oreilles de coton afin qu’aucune de vos paroles ne puisse y pénétrer. Malgré cela, Allah le Très-Haut a voulu me faire entendre certaines de vos paroles. Ce que j’ai entendu m’a paru excellent. Exposez-moi donc un peu votre mission.” Après lui avoir exposé clairement son message, il me récita et me fit entendre la sourate al-Ikhlâs et la sourate al-Falaq. En vérité, jamais je n’avais entendu de paroles plus belles ni de sujet plus sublime. À cet instant, je tendis la main vers lui et prononçai la formule : “Lâ ilâha illallâh, Muhammad est le Messager d’Allah”, déclarant ainsi mon entrée dans l’islam. »

Après avoir embrassé l’islam, les Qurayshites de La Mecque commencèrent à le menacer et à l’intimider. Il composa alors à leur adresse un magnifique poème. La condamnation des Qurayshites, l’unicité d’Allah et l’éloge du Messager d’Allah (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui) en étaient les thèmes. Ibn Ḥajar, dans son ouvrage «‘Al-–Iṣāba’ », en a compilé quelques vers.

Tufayl dit : « Je demeurai ensuite quelque temps à La Mecque, où j’appris les prescriptions et les règles de l’islam et mémorisai, selon mes capacités, une partie du Coran. Je décidai de retourner auprès de ma tribu. »

Ayant appris la nouvelle de mon retour, mon vieux père accourut. Je lui dis : « Père, éloigne-toi de moi. Je ne suis pas des tiens, et tu n’es pas des miens. »

En entendant cela, il dit : « Pourquoi donc, mon fils ? » Je répondis : « J’ai embrassé l’islam et je suis devenu adepte de la religion de Muhammad ﷺ. » Il dit : « Mon fils, ta religion est aussi la mienne. » Je lui dis : « Va te laver, revêts des vêtements propres et reviens auprès de moi. Je t’enseignerai ce que j’ai appris. » Il partit. Lorsqu’il revint auprès de moi après s’être lavé et avoir revêtu des vêtements propres, je lui présentai l’appel à l’islam. Il embrassa aussitôt l’islam. Puis ma femme arriva. Je lui demandai également de s’éloigner. Elle demanda la raison en disant : « Que mes parents soient sacrifiés pour vous ! » Je lui répondis : « L’islam a rompu le lien entre toi et moi. J’ai embrassé l’islam et je suis devenu adepte de la religion de Muhammad. » Elle dit : « Alors, votre religion est aussi la mienne. » Je lui dis : « Va te laver dans l’eau de la source de Yush-Shara et reviens purifiée. »(‘Yush-–Shara,’ Daws, la tribu la déesse–l’idole। à côté d’elle juste se trouvait la montagne  d’où jaillissait une source.) Elle dit : « Que mes parents soient sacrifiés pour vous ! Au sujet de l’abandon de la religion, ne craignez-vous donc pas du tout Yush-Shara ? » Je répondis : « Que Yush-Shara et toi périssiez ! Va là-bas, éloigne-toi un peu de la foule et lave-toi avant de revenir. Cette idole de pierre sourde ne pourra absolument pas te nuire ; j’en prends la responsabilité. » Elle partit et revint quelque temps après, après s’être lavée. Je lui présentai l’appel à l’islam. Elle embrassa l’islam avec joie. Puis je présentai l’appel à l’islam à tous les membres de la tribu de Daws. Mais, à l’exception d’Abu Hurayra, tous manifestèrent de l’hésitation. Dans la tribu de Daws, lui seul embrassa très rapidement l’islam.

Toufayl (qu’Allah l’agrée) raconte : « Ensuite, je me rendis à La Mecque auprès du Messager d’Allah (paix et bénédictions d’Allah sur lui). Cette fois, Abou Hourayra m’accompagnait. Le Messager d’Allah (paix et bénédictions d’Allah sur lui) demanda : “Toufayl, quelles nouvelles as-tu laissées derrière toi ?” Je répondis : “Leurs cœurs se sont couverts de rouille et ils sont plongés dans une grave mécréance. Le péché et la désobéissance se sont abattus sur la tribu des Daws.” »

Après avoir entendu mes paroles, le Messager d’Allah (paix et bénédictions d’Allah sur lui) se leva, fit ses ablutions, accomplit la prière, puis leva les mains vers le ciel. Abou Hourayra raconte : lorsque je vis le Messager d’Allah (paix et bénédictions d’Allah sur lui) agir ainsi, je craignis qu’il ne prononce une invocation contre ma tribu et qu’elle ne soit anéantie. Je me dis intérieurement : “Qu’Allah protège mon peuple.” Mais, contre toute attente, j’entendis le Messager d’Allah (paix et bénédictions d’Allah sur lui) dire : “Ô Allah, guide la tribu des Daws !” Il le répéta trois fois. Puis, se tournant vers Toufayl, il lui dit : “Retourne maintenant auprès de ton peuple. Traite-les avec douceur et appelle-les à l’islam.”

Alors que le Messager (paix et bénédictions d’Allah sur lui) levait les mains pour invoquer en faveur de la tribu des Daws, Toufayl dit : “Je ne souhaite pas cela.” En l’entendant, le Messager d’Allah (paix et bénédictions d’Allah sur lui) répondit : “Il y a parmi eux beaucoup d’autres hommes comme toi.” On rapporte que Joundoub ibn ‘Amr al-Dawsî disait déjà, à l’époque antéislamique : “Il existe certainement un Créateur de cet univers, mais nous ne savons pas qui Il est.” Ayant appris l’apparition du Messager d’Allah (paix et bénédictions d’Allah sur lui), il vint à Médine avec soixante-quinze hommes et embrassa l’islam.

Toufayl raconte : je retournai auprès de la tribu des Daws et me consacrai à l’appel et à la propagation de l’islam. Entre-temps, le Messager d’Allah (paix et bénédictions d’Allah sur lui) émigra de La Mecque à Médine. Puis les batailles de Badr, d’Ohod et du Fossé prirent fin l’une après l’autre. Ensuite, je me rendis auprès du Messager d’Allah (paix et bénédictions d’Allah sur lui), accompagné de quatre-vingts familles de la tribu des Daws. Elles avaient toutes embrassé l’islam. En nous voyant, le Messager (paix et bénédictions d’Allah sur lui) fut extrêmement heureux et nous accorda également une part du butin de Khaybar. Nous lui dîmes : “Ô Messager d’Allah, désormais, chaque fois que tu prendras part à une bataille, nous nous chargerons du flanc droit.” Toufayl raconte : “Je restai auprès du Messager d’Allah (paix et bénédictions d’Allah sur lui). Enfin, par la volonté d’Allah Très-Haut, La Mecque fut conquise.”

Toufayl (qu’Allah l’agrée) réduisit en cendres l’idole de sa tribu, Dhû al-Kaffayn. Du même coup, le polythéisme résiduel de la tribu des Daws disparut, et tous ses membres embrassèrent l’islam. Entre-temps, le Messager (paix et bénédictions d’Allah sur lui) partit en expédition vers Taïf. Toufayl (qu’Allah l’agrée) le rejoignit à Taïf avec quatre cents hommes armés supplémentaires de sa tribu. Il commandait son groupe. Le Messager d’Allah (paix et bénédictions d’Allah sur lui) lui demanda : “Qui portera ton étendard ?” Il répondit : “Puisque Nou‘mân ibn Rabî‘ah assume cette responsabilité depuis longtemps, il l’assumera également cette fois-ci.” Le Messager (paix et bénédictions d’Allah sur lui) apprécia son raisonnement.

Dès lors, Toufayl ibn ‘Amr resta le compagnon constant du Messager d’Allah (paix et bénédictions d’Allah sur lui) aussi longtemps que celui-ci vécut. Sous le califat d’Abou Bakr al-Siddîq, il consacra sa vie, son épée et ses enfants à l’obéissance au calife. Lorsque le feu des guerres d’apostasie s’embrasa de toutes parts, il partit avec son fils ‘Amr, en tant que soldat de première ligne d’une armée envoyée contre le faux prophète Mousaylima al-Kadhdhâb. Alors qu’il se dirigeait vers al-Yamâmah, il fit un rêve. Il demanda à ses compagnons de l’interpréter. Ceux-ci lui demandèrent : “Qu’as-tu vu ?” Il répondit : “J’ai vu que ma tête avait été rasée, qu’un oiseau était sorti de ma bouche, que mon épouse m’avait fait entrer dans son ventre et que mon fils ‘Amr cherchait à m’en tirer rapidement ; mais un mur s’était dressé entre lui et moi.”

Ils commentèrent : “Ce rêve est bon.” Toufayl raconte : “J’interprétai toutefois le rêve ainsi : la tête rasée signifie que ma tête sera séparée de mon cou. L’oiseau sortant de ma bouche signifie que mon âme s’en ira. Entrer dans le ventre de mon épouse signifie qu’une tombe sera creusée dans la terre et que j’y serai enterré. Mon plus ardent désir est de mourir en martyr. Quant à mon fils ‘Amr, il désirera lui aussi le martyre comme moi, mais il l’obtiendra un peu plus tard.” Cette interprétation se réalisa. La onzième année de l’Hégire, ce noble Compagnon combattit vaillamment lors de la bataille d’al-Yamâmah et mourut en martyr sur le champ de bataille. Au cours de cette bataille, le poignet de la main droite de son fils unique, ‘Amr, fut sectionné et il s’affaiblit en raison d’une hémorragie abondante. Ainsi, après avoir perdu sa main et son père sur le champ de bataille, il retourna à Médine.

Sous le califat du deuxième calife, ‘Umar ibn al-Khattâb (qu’Allah l’agrée), ‘Amr ibn Toufayl vint un jour le voir. Lorsque le repas fut servi au calife, celui-ci invita à manger tous ceux qui étaient assis auprès de lui. Tous répondirent à son invitation, sauf ‘Amr. Le calife lui demanda : “Qu’as-tu ? Aurais-tu honte de ta main ?” ‘Amr répondit : “Oui.” Le calife dit : “Par Allah, je ne porterai pas ce repas à ma bouche avant de le remuer avec cette main que tu as perdue. Par Allah, dans la communauté musulmane, personne d’autre que toi ne possède une partie au Paradis — c’est-à-dire ta main.” Après la mort de son père, il rêvait constamment du martyre. Enfin, la quinzième année de l’Hégire, son rêve se réalisa lors de la terrible bataille qui opposa les musulmans aux armées romaines dans la plaine de Yarmouk. Ainsi, le père et le fils obtinrent tous deux l’honneur du martyre.

Lorsque la persécution et les sévices infligés au Messager d’Allah (saws) et aux musulmans à La Mecque atteignirent leur paroxysme, Tufayl proposa un jour au Messager (saws) d’émigrer auprès de sa tribu et de trouver refuge dans sa forteresse imprenable. Il lui garantit également qu’il assumerait pleinement la responsabilité de sa protection. Mais Allah Très-Haut avait réservé cet honneur aux Ansar de Médine. C’est pourquoi il ne répondit pas favorablement à l’invitation de Tufayl.

Après avoir embrassé l’islam, il fut tellement occupé à appeler sa propre tribu à l’islam et à le lui transmettre qu’il n’eut pas l’occasion de passer longtemps aux côtés du Messager d’Allah (saws). Toutefois, grâce à ses efforts, toute la tribu des Daws embrassa l’islam.

Saïd ibn ’‘Amir al–Jumahi ((qu’Allah l’agrée))

Les historiens ont dit : Saïd ibn ‘Amir était un homme qui acheta l’au-delà au prix de ce monde et accorda à Allah et à Son Messager (saws) la préférence sur toute autre chose.

Son père s’appelait ‘Amir et sa mère, Arwa bint Abi Mu‘ayt. Il embrassa l’islam avant la conquête de Khaybar.

Les Quraychites de La Mecque capturèrent par ruse Khubayb ibn ‘Adi, compagnon du Messager d’Allah (saws), et l’emmenèrent à La Mecque. Devant une foule rassemblée, ils lui tranchèrent publiquement et avec une extrême cruauté les membres alors qu’il était encore vivant, puis le crucifièrent. Pour permettre à la population de La Mecque d’assister à cette scène déchirante, on annonça l’événement à grands cris dans toute la ville. Parmi ceux qui étaient venus de la région de Tan‘im pour voir cette scène se trouvait également Saïd ibn ‘Amir al-Jumahi.

Dans ses veines bouillonnait alors le sang ardent de la jeunesse. Lui aussi avançait en se frayant un chemin à travers la foule. Il finit par se tenir au premier rang, aux côtés des chefs quraychites — Abou Sufyan ibn Harb, Safwan ibn Umayya et d’autres. Il vit le prisonnier des Quraychites chargé de chaînes. Hommes et femmes, jeunes et vieux, le poussaient vers le lieu de la mort. Leur objectif était de venger, en le tuant, les Quraychites tombés à la bataille de Badr. Ils étaient donc plongés dans une joie diabolique.

Une foule innombrable arriva au lieu de l’exécution avec le prisonnier. Saïd ibn ‘Amir, un jeune homme de haute stature, se mit à regarder. Au milieu des cris et du tumulte des femmes et des enfants, il entendit la voix ferme et paisible de Khubayb, qui disait : « Si vous m’y autorisez, avant de me faire monter sur le gibet, pourrais-je accomplir deux unités de prière ? » Ils lui en donnèrent l’autorisation.

Saïd ibn ’Amir le vit se tourner vers la Kaaba et accomplir deux rak‘ats de prière. Quelle prière belle et merveilleuse ! Puis il se retourna vers les chefs quraychites et leur dit : « Par Allah ! Si vous ne pensiez pas que je prolongeais la prière par peur de la mort, je l’aurais encore prolongée. »

Puis Saïd ibn ’Amir vit de ses propres yeux les gens de sa tribu découper, morceau après morceau, le corps de Khubayb alors qu’il était encore vivant. Ils lui demandaient : « Préfères-tu que Muhammad soit mis à ta place et que tu sois libéré ? »

Le sang coulait à flots de son corps, et il disait :

« Par Allah, je serais en sécurité au milieu de ma famille et de mes enfants, mais je ne voudrais même pas qu’une épine égratigne le corps de Muhammad (que Dieu le bénisse et lui accorde la paix) en échange. » En entendant cela, les gens levèrent les mains de toutes parts et se mirent à crier : « Tuez-le ! Tuez-le ! »

Puis Saïd ibn ’Amr vit Khubayb lever les yeux vers le ciel depuis le gibet et dire :

« Allahumma ahsihim adadan waqtulhum badadan wa la tughadir minhum ahadan — Ô Allah, dénombre-les, tue-les un à un et n’en épargne aucun. » Telle fut sa dernière invocation. Puis son corps fut criblé d’innombrables coups d’épées et de lances.

Quelques jours plus tard, les Quraychites, accaparés par de grands événements, oublièrent Khubayb et son supplice sur le gibet. Mais le souvenir de Khubayb ne s’effaça pas un seul instant du cœur du jeune Saïd ibn ’Amir al-Jumahî. Lorsqu’il dormait, il le voyait en rêve ; lorsqu’il était éveillé, il le voyait dans son imagination. Il lui semblait voir Khubayb accomplir deux rak‘ats de prière devant le gibet, avec un calme, une sérénité et une tranquillité extrêmes. Il lui semblait également entendre de ses propres oreilles le ton humble de sa dernière invocation contre les Quraychites. Il craignait de le voir frappé à l’instant par la foudre ou atteint par une pluie de pierres venue du ciel.

En outre, il apprit de Khubayb des choses qu’il ignorait auparavant. Notamment que la foi et le combat jusqu’à la mort dans la voie de la foi constituent la véritable vie ; qu’une foi solide peut produire des choses extraordinaires et miraculeuses ; et qu’un homme que ses compagnons peuvent aimer avec une telle profondeur ne peut être autre chose qu’un prophète envoyé par Allah.

À partir de ce moment, Allah ouvrit le cœur de Saïd ibn Amir à l’islam. Un jour, il se leva devant l’assemblée et proclama publiquement son entrée dans l’islam, rompant tout lien avec les divinités et les idoles des Quraychites. Il embrassa l’islam avant la bataille de Khaybar.

Saïd ibn Amir émigra à Médine et resta constamment aux côtés du Messager d’Allah ﷺ. Il participa à toutes les batailles qui suivirent, notamment à celle de Khaybar.

Après le décès du Messager d’Allah ﷺ, sous les califats de ses deux successeurs, Abou Bakr رضي الله عنه et Omar رضي الله عنه, Saïd ibn Amir exécuta fidèlement leurs ordres, l’épée dégainée. Durant le califat d’Omar رضي الله عنه, le commandant Abou Oubayda رضي الله عنه demanda des renforts pour la bataille de Yarmouk. Le calife envoya de Médine une armée placée sous le commandement de Saïd. Saïd رضي الله عنه apporta une contribution remarquable à Yarmouk. En achetant l’au-delà au prix de ce monde et en faisant passer l’agrément d’Allah avant tous les désirs du cœur et du corps, il donna aux musulmans un exemple sans égal — et en faisant passer l’agrément d’Allah avant tous les désirs du cœur et du corps, il donna aux musulmans un exemple sans égal. Les deux premiers califes après le Messager d’Allah ﷺ connaissaient la sincérité de Saïd ibn Amir et sa crainte d’Allah. C’est pourquoi ils sollicitaient toujours ses conseils.

Le califat d’Omar رضي الله عنه en était alors à ses débuts. Un jour, Saïd ibn Amir dit au calife :

« Ô Omar, je te conseille de craindre Allah au sujet des gens, mais de ne pas craindre les gens au sujet d’Allah. Que tes paroles ne contredisent pas tes actes. Car les meilleures paroles sont celles que les actes viennent confirmer.

Ô Omar, reste constamment vigilant à l’égard des musulmans, proches ou éloignés, sur lesquels Allah t’a établi comme dirigeant de la communauté musulmane. Aime pour eux ce que tu aimes pour toi-même et ta famille. Déteste pour eux ce que tu détestes pour toi-même et ta famille. Surmonte tous les obstacles et toutes les difficultés afin de parvenir à la vérité. Ne crains pas, au sujet des commandements d’Allah, les reproches d’aucun censeur. »

Omar demanda :

« Saïd, qui est capable d’accomplir cela ? »

Il dit : « Un homme comme vous. Allah vous a confié l’autorité sur la communauté de Muhammad, et il n’y a aucun obstacle entre Allah et vous. »

Aussitôt, il lui dit : « Par Allah, je vous en conjure, ne m’imposez pas ce malheur et ne m’attirez pas vers ce bas monde. »

Umar, irrité, dit :

« Malheur à vous ! Après m’avoir fait porter la responsabilité du califat, vous voulez maintenant vous tenir à l’écart de moi ? Par Allah, je ne vous laisserai pas faire. » Sur ces mots, il nomma Saïd gouverneur de Homs. Puis il lui demanda : « Dois-je vous fixer une allocation ? » Saïd répondit : « Ô Commandeur des croyants, qu’en ferais-je ? L’allocation que je reçois du Trésor public est déjà supérieure à mes besoins. » Saïd partit alors pour Homs.

Quelque temps plus tard, plusieurs hommes de confiance du Commandeur des croyants Umar vinrent de Homs à Médine. Umar leur dit :

« Donnez-moi la liste de vos pauvres et de vos nécessiteux. Je leur apporterai quelque aide. » Ils dressèrent une liste et la remirent à Umar. Le nom de Saïd ibn Amir y figurait parmi d’autres. Le calife demanda : « Qui est ce Saïd ibn Amir ? » Ils répondirent : « C’est notre gouverneur. » Il demanda : « Votre gouverneur est-il lui aussi si pauvre ? »

Ils répondirent : « Oui, par Allah. Depuis plusieurs jours consécutifs, aucun chaudron ne se pose sur le foyer de sa maison. »

En entendant cela, le calife Umar pleura tant que ses larmes mouillèrent sa barbe. Puis il remplit une bourse de mille dinars et dit : « Présentez-lui mes salutations et dites-lui que le Commandeur des croyants lui envoie cette somme pour subvenir à ses besoins personnels. »

Ils se présentèrent auprès de Saïd avec une bourse remplie de dinars. Dès qu’il en ouvrit l’embouchure, il vit qu’elle contenait des dinars. Aussitôt, en répétant : « Inna lillahi wa inna ilayhi raji’un », il repoussa la bourse au loin comme si un grave malheur lui était arrivé. Sa femme, effrayée, accourut et lui demanda :

« Saïd, que vous arrive-t-il ? L’Amîr al-Mu’minîn est-il décédé ? »

Il répondit : « Non. Quelque chose de plus grave encore. »

« Un malheur a-t-il frappé les musulmans ? »

Il répondit : « Non. Quelque chose de plus grave encore que cela. »

Sa femme demanda : « Quelle est donc cette chose plus grave ? »

Il répondit : « Le monde est entré chez moi pour causer ma ruine dans l’au-delà. Le malheur est entré dans ma maison. »

Sa femme dit : « Éloignez ce malheur. » Elle ignorait encore ce qui concernait les dinars.

Saïd dit : « M’aideras-tu dans cette affaire ? »

Son épouse répondit : « Certainement. »

Puis il mit les dinars dans plusieurs bourses et les distribua parmi les musulmans pauvres.

Quelques jours plus tard, le vénérable Umar ibn al-Khattab (qu’Allah l’agrée) se rendit à Hims afin de voir de ses propres yeux la situation en Syrie. À cette époque, Hims était appelée « la petite Koufa », car, à l’instar des habitants de Koufa, les habitants de Hims formulaient constamment de nombreuses plaintes contre leurs gouverneurs. On disait donc que Hims était elle aussi une sorte de petite Koufa. Quoi qu’il en soit, après l’arrivée du calife, lorsque les habitants de Hims vinrent le saluer, il leur demanda : « Que pensez-vous de votre gouverneur ? »

Ils formulèrent de graves reproches contre leur gouverneur, Saïd, en mentionnant quatre de ses agissements. Chacun de ces quatre agissements était d’une égale gravité.

Umar dit : « Je demandai que les habitants de Hims et leur gouverneur comparaissent ensemble. Je priai Allah afin que l’opinion que j’avais de lui ne soit pas déçue, car j’avais une très grande confiance en lui. »

Lorsque les habitants de Hims et leur gouverneur se présentèrent devant moi, je demandai :

« Quels reproches avez-vous à formuler contre votre gouverneur ? »

Ils dirent : « Il ne nous reçoit qu’assez tard dans la journée. »

Omar demanda : « Saïd, que répondez-vous à cette accusation ? »

Il resta silencieux un moment, puis dit :

« Par Allah ! Je n’aime pas que cette affaire soit révélée à qui que ce soit. Mais puisqu’il faut bien en parler, je vais vous l’expliquer. Je n’ai aucun serviteur pour ma famille. Le matin, je dois accomplir moi-même toutes les tâches de la maison. Je pétris aussi la farine et fais le pain. Ensuite, je me lave les mains et le visage, puis je reçois les gens. Il est alors déjà assez tard dans la journée. »

Omar demanda :

« Avez-vous d’autres plaintes ? »

Ils dirent :

« Il ne reçoit personne pendant la nuit.

ʿUmar demanda :

« Saïd, quel est votre avis à ce sujet ? »

Il répondit :

« Par Allah ! Je n’aime pas non plus que cette affaire soit divulguée. Néanmoins, je le dis : j’ai réservé le jour aux gens et la nuit à Allah. »

ʿUmar demanda :

« Quelle autre plainte avez-vous ? »

Ils répondirent :

« Une fois par mois, il ne reçoit personne. »

‘Umar demanda : « Saïd, qu’en est-il ? »

Il répondit : « Commandeur des croyants, je n’ai aucun serviteur. Je ne possède pas d’autre vêtement que celui que je porte. Une fois par mois, je le lave moi-même et j’attends qu’il sèche. C’est pourquoi je ne peux pas recevoir les gens dans la première partie de la journée. Je les reçois toutefois dans sa dernière partie. »

‘Umar demanda de nouveau : « Y a-t-il une autre plainte portée contre lui ? »

Ils répondirent :

« Lorsqu’il parle avec les gens dans l’assemblée, il lui arrive parfois de perdre soudainement connaissance. »

‘Umar demanda : « Qu’y a-t-il, Saïd ? »

Il répondit :

« Lorsque j’étais encore polythéiste, j’avais assisté à la crucifixion de Khubayb ibn ‘Adî. J’avais également vu les Quraysh lui couper les membres un à un. À ce moment-là, les Quraysh lui demandèrent :

« Préfères-tu que Muhammad ﷺ soit amené à ta place ? »

Il répondit : « Par Allah, je ne souhaite pas retourner sain et sauf auprès de ma famille et de mes enfants si, en échange, la moindre égratignure d’épine devait atteindre le corps de Muhammad ﷺ. Par Allah ! Chaque fois que le souvenir de ce jour me revient et que naît en moi le sentiment de ne pas l’avoir secouru ce jour-là, je perds connaissance. J’ai l’impression qu’Allah ne me pardonnera pas cette faute. »

Omar dit alors : « Louange à Allah, qui n’a pas démenti ce que je pensais. » Puis il envoya cent mille dinars afin de pourvoir aux besoins de Saïd. Lorsque son épouse vit les dinars, elle s’exclama :

« Louange à Allah, qui nous a libérés de l’obligation de vous servir. Allez nous acheter de quoi manger et engagez un domestique. »

Après avoir entendu cela, il dit à son épouse :

« Ne souhaites-tu pas obtenir quelque chose de meilleur que cela ? » Son épouse demanda : « Quelle est donc cette meilleure chose ? »

Il répondit : « Prêtons ces dinars à Allah par un prêt généreux. Il nous en accordera une meilleure récompense, et c’est de cette récompense que nous avons le plus besoin. »

Son épouse répondit : « Oui, donne-les. Qu’Allah vous accorde la meilleure récompense. »

Assis dans cette assemblée, il répartit les dinars dans plusieurs sacs. Puis, remettant un sac à chacun des membres de sa famille, il leur dit : « Distribuez-les entre telle veuve, tel orphelin, les indigents de telle tribu et les nécessiteux de telle tribu. »

Saïd était l’un de ces grands hommes qui, malgré leurs propres besoins, donnaient la priorité aux autres.

Alors qu’il était gouverneur de Hims, le calife ʿUmar (qu’Allah l’agrée) le fit un jour venir à Médine. Il arriva à Médine avec un bâton à la main et un seul bol pour manger. Le calife lui demanda : « C’est là tout ton équipement ? » Il répondit : « Pourquoi aurais-je besoin de davantage ? Je mange dans le bol et je suspends mon équipement au bâton. »

Selon Ibn Saʿd, il mourut en l’an 20 de l’Hégire, alors qu’il était gouverneur de Hims. Selon Abou Obeïda, sa mort eut lieu en l’an 21 de l’Hégire.

Suraqa ibn Malik ((qu’Allah l’agrée))

Lorsque la nouvelle que Muhammad (paix et bénédictions d’Allah sur lui) n’était plus à La Mecque se répandit parmi les Quraychites, leurs dirigeants furent d’une part incapables d’y croire, tandis que, d’autre part, un climat de peur se répandit à La Mecque. Ils commencèrent aussitôt à fouiller chaque maison des Banû Hâshim. Après avoir perquisitionné les maisons des proches de Muhammad (paix et bénédictions d’Allah sur lui), ils arrivèrent chez Abou Bakr. Ayant entendu leur agitation, sa fille Asmâ sortit. Le chef quraychite Abou Jahl lui demanda : « Où est ton père ? » Elle répondit : « Je ne sais pas où il est maintenant. »

Le vil Abou Jahl lui asséna une violente gifle au visage ; sa boucle d’oreille fut projetée au loin et elle aussi s’effondra au sol.

Lorsque les Quraychites furent convaincus que Muhammad (paix et bénédictions d’Allah sur lui) avait réellement quitté La Mecque, leur agitation s’accrut encore. Ils chargèrent un groupe de pisteurs de suivre les traces afin de les retrouver. Les pisteurs arrivèrent près de la grotte du mont Thawr et dirent aux Quraychites : « Par Allah, votre compagnon Muhammad (paix et bénédictions d’Allah sur lui) n’a pas encore quitté cette grotte. » Leur supposition était en réalité exacte. Muhammad (paix et bénédictions d’Allah sur lui) et son compagnon Abou Bakr se trouvaient encore dans cette grotte, tandis que les Quraychites étaient au-dessus d’eux. Abou Bakr as-Siddîq (qu’Allah l’agrée) pouvait même voir, au-dessus de la grotte, les pieds des Quraychites qui circulaient au-dessus de leurs têtes. Ses yeux se brouillèrent de larmes. Le Messager d’Allah (paix et bénédictions d’Allah sur lui) le regarda avec un regard mêlant affection, compassion et reproche. À voix basse, Abou Bakr dit : « Ô Messager d’Allah, par Allah, je ne pleure pas par crainte pour ma propre vie, mais parce que je redoute d’avoir à voir leurs mauvais traitements à votre égard. » Pour le rassurer, le Messager (paix et bénédictions d’Allah sur lui) lui dit : « Abou Bakr, ne t’inquiète pas ; Allah est avec nous. »

Allah apaisa le cœur d’Abou Bakr. Cependant, celui-ci ne cessait de regarder les pieds des Quraychites qui circulaient au-dessus d’eux. À un moment, il dit au Messager d’Allah : « Ô Messager d’Allah, si l’un d’eux regarde vers la plante de ses deux pieds, il nous verra. » Le Messager d’Allah répondit : « Penses-tu que nous ne sommes que deux ? Il y en a un troisième : Allah est avec nous. »

À cet instant, ils entendirent un jeune Quraychite dire : « Venez tous vers la grotte, nous allons regarder un peu à l’intérieur. » Oumayya ibn Khalaf lui dit avec ironie : « Ne vois-tu pas cette araignée et sa toile à l’entrée de la grotte ? Elles s’y trouvent depuis avant la naissance de Muhammad. » Mais Abou Jahl dit : « Par al-Lât et al-‘Uzzâ, j’ai l’impression qu’ils sont quelque part tout près de nous. Ils entendent nos paroles et voient aussi ce que nous faisons. Mais leur magie a également obscurci notre vue. C’est pourquoi nous ne pouvons pas les voir. »

Quoi qu’il en soit, les Quraychites ne renoncèrent nullement à rechercher Muhammad et ne changèrent en rien leur décision de le poursuivre. Ils firent proclamer dans les tribus établies entre La Mecque et Médine que quiconque leur livrerait Muhammad, vivant ou mort, recevrait en récompense cent chameaux de race supérieure.

À cette époque, Suraqa ibn Mâlik al-Madlajî se trouvait dans un lieu de réunion de son clan, à Qudayd, non loin de La Mecque. C’est alors qu’un émissaire des Quraychites arriva et proclama la récompense promise par ceux-ci à quiconque leur livrerait Muhammad, vivant ou mort.

En entendant parler des cent chameaux, le feu de la convoitise s’embrasa chez Suraqa. Mais, craignant de susciter la même convoitise chez les autres, il ne dit rien et se maîtrisa.

Avant même que Suraqa ne quitte le lieu de réunion, un autre homme de son clan arriva et dit : « Par Allah, trois hommes viennent de passer près de moi. Je pense qu’il s’agit de Muhammad, d’Abou Bakr et de leur guide. »

Suraqa dit : « Non, ce n’est pas cela. Ce sont des hommes de tel clan. Leurs chameaux se sont égarés et ils les recherchent. » « C’est possible », dit l’homme, puis il se tut.

Craignant que le fait de quitter immédiatement le lieu de réunion ne suscite les soupçons des autres, il y resta encore quelque temps. Lorsque les personnes présentes se mirent à discuter d’un autre sujet, il profita de l’occasion pour sortir discrètement. Dès qu’il eut quitté le lieu de réunion, il se dirigea vers sa maison. À son arrivée, il dit à la servante : « Va discrètement attacher mon cheval dans telle vallée, de manière que personne ne te voie. » Puis il dit à son serviteur : « Prends ces armes, sors par-derrière la maison de façon que personne ne te voie, et dépose-les quelque part près du cheval. »

Souraqa revêtit son armure, s’équipa de ses armes, monta à cheval et lança rapidement sa monture à la poursuite de Muhammad (ﷺ), afin que personne d’autre ne puisse s’emparer de la récompense en le capturant. Il était l’un des cavaliers les plus habiles de sa tribu. C’était un homme de haute stature et de forte carrure, expert dans le suivi des empreintes et remarquablement patient face aux dangers. Par-dessus tout, c’était un poète intelligent. Son cheval était de noble race.

Souraqa poursuivit son chemin. Après avoir parcouru une certaine distance, le cheval trébucha et il fut projeté loin de sa selle. Prenant cela pour un mauvais présage, il s’écria : « Qu’est-ce que cela signifie ? Maudit sois-tu, cheval ! » Puis il remonta en selle. Peu après, le cheval trébucha de nouveau. Sa conviction qu’il s’agissait d’un mauvais présage se renforça. Il songea à rebrousser chemin, mais l’attrait des cent chameaux l’en dissuada.

À quelque distance de l’endroit où le cheval avait trébuché pour la deuxième fois, il aperçut Muhammad (ﷺ) et ses deux compagnons. Aussitôt, il porta la main à son arc ; mais celle-ci devint comme complètement paralysée. Il vit les jambes de son cheval s’enfoncer dans la terre sèche, tandis qu’une épaisse fumée s’élevait devant lui et enveloppait le cheval ainsi que ses yeux. Il tenta rapidement de faire avancer sa monture, mais celle-ci resta si immobile qu’on aurait dit que ses jambes avaient été clouées au sol avec des clous de fer.

Alors Souraqa se tourna vers le Messager (ﷺ) et ses deux compagnons et leur cria d’une voix extrêmement humble : « Ô vous ! Invoquez votre Seigneur afin qu’Il libère les jambes de mon cheval. Je ne vous ferai aucun mal. » Le Messager (ﷺ) invoqua Allah, et le cheval fut libéré. Aussitôt, sa convoitise se réveilla de nouveau. Il lança encore son cheval vers le Messager (ﷺ). Cette fois, les jambes de l’animal s’enfoncèrent dans le sol plus gravement encore. Il implora une nouvelle fois l’aide du Messager (ﷺ) en disant : « Prenez ces provisions, ces biens et ces armes. Je jure au nom d’Allah que, si je suis libéré, je détournerai de vous les hommes qui me suivent. »

Ils lui répondirent : « Nous n’avons pas besoin de tes provisions ni de tes biens. Mais tu éloigneras de nous ces hommes. » Le Messager (ﷺ) invoqua alors Allah en sa faveur, et son cheval fut libéré. Ayant décidé de rebrousser chemin, il appela le Messager (ﷺ) et ses deux compagnons et leur dit : « Attendez un instant, je voudrais vous parler. Par Allah, je ne vous ferai aucun mal. »

Le Messager (ﷺ) et Abou Bakr s’écrièrent tous deux : « Que veux-tu de nous ? » Il répondit : « Par Allah, ô Muhammad, je sais avec certitude que ta religion triomphera bientôt. Promets-moi que, lorsque je me rendrai dans ton royaume, tu m’honoreras. Et écris-moi donc cette promesse. »

Le Messager (ﷺ) demanda à Abou Bakr d’écrire. Celui-ci inscrivit ces paroles sur un morceau d’os et le lui remit. Au moment où Souraqa s’apprêtait à repartir, le Messager (ﷺ) lui dit : « Souraqa, que diras-tu lorsque tu porteras les habits royaux de Kisra ? »

Souraqa demanda avec étonnement : « Kisra ibn Hurmuz ? » Le Messager (ﷺ) répondit : « Oui, Kisra ibn Hurmuz. »

Souraqa s’en retourna. Sur le chemin du retour, il vit que les hommes continuaient à rechercher le Messager. Il leur dit : « Retournez. Je l’ai cherché très loin dans cette région, et vous savez quelle est ma compétence pour suivre les traces. » À ces paroles, ils firent demi-tour.

Il garda complètement secret ce qu’il savait de Muhammad et de ses deux compagnons. Lorsqu’il fut fermement convaincu qu’ils avaient désormais atteint Médine et s’étaient mis à l’abri de l’hostilité des Quraychites, il raconta son aventure. Quand Abou Jahl apprit le rôle et le comportement de Souraqa avec le Messager d’Allah, il le réprimanda sévèrement pour sa lâcheté et pour n’avoir pas saisi l’occasion. En réponse, Souraqa récita deux vers qu’il avait composés lui-même :

« Par Allah, si tu avais vu, Abou Hikam,

ce qui est arrivé à ma jument lorsque ses pieds s’enfonçaient, tu aurais su

et tu n’aurais eu aucun doute que Muhammad est véritablement un Messager—

alors qui pourrait lui faire obstacle ? »

Ibn Hajar, dans l’ouvrage « ‘Al- Isaba’ », a mentionné les deux vers.

Le temps passa rapidement. Un jour, Muhammad, qui s’était enfui secrètement de La Mecque dans l’obscurité de la nuit, entra de nouveau dans cette ville, en vainqueur, accompagné de milliers de compagnons armés. Les chefs quraychites tyranniques et arrogants, sous la domination desquels La Mecque tremblait constamment, se présentèrent devant Muhammad, le cœur rempli de peur et de désarroi, pour implorer sa clémence.

Le noble Prophète (paix et bénédictions d’Allah sur lui) leur dit : « Allez, vous êtes tous libres et affranchis. »

Surāqa ibn Mālik se mit en route pour aller auprès du Messager d’Allah (paix et bénédictions d’Allah sur lui) et proclamer son adhésion à l’islam. Il emporta avec lui l’engagement écrit que le Messager d’Allah (paix et bénédictions d’Allah sur lui) lui avait remis dix ans auparavant. Surāqa relata par la suite :

« Je vins de Ji‘rāna (un lieu proche de La Mecque) auprès du Messager d’Allah (paix et bénédictions d’Allah sur lui). Lorsque je pénétrai au milieu d’un groupe de soldats ansars, ils se mirent à me frapper avec le bois de leurs flèches en répétant : “Va-t’en, va-t’en ! Que veux-tu ?” Malgré cela, je me frayai un passage à travers leurs rangs et m’approchai du Messager d’Allah (paix et bénédictions d’Allah sur lui). Il était alors monté sur sa chamelle. Je levai la main en tenant l’engagement écrit et dis : “Ô Messager d’Allah, je suis Surāqa ibn Mālik. Et voici votre engagement écrit.” »

Le Messager (paix et bénédictions d’Allah sur lui) dit : « Surāqa, approche-toi de moi ; aujourd’hui est le jour où l’on tient ses promesses et où l’on agit avec bonté. »

Je m’approchai du Messager d’Allah (paix et bénédictions d’Allah sur lui) et proclamai mon adhésion à l’islam devant lui. Ainsi fus-je comblé par sa bienveillance et ses bénédictions. »

À la mort du Messager d’Allah (paix et bénédictions d’Allah sur lui), Surāqa (qu’Allah l’agrée) fut accablé de tristesse et de chagrin. Le souvenir du jour où, attiré par la promesse de cent chameaux, il avait décidé de tuer le Messager d’Allah (paix et bénédictions d’Allah sur lui) revenait sans cesse à son esprit. Désormais, tous les chameaux du monde ne valaient même pas le bout de l’ongle du Messager d’Allah (paix et bénédictions d’Allah sur lui). Il répétait souvent la question que le Messager d’Allah (paix et bénédictions d’Allah sur lui) lui avait posée : « Surāqa, que diras-tu le jour où tu porteras les vêtements de Kisra ? » Il n’avait pas le moindre doute qu’il porterait réellement les vêtements de Kisra.

Le temps passa. La responsabilité du califat islamique fut confiée à ʿUmar al-Fārūq (qu’Allah l’agrée). Durant son glorieux règne, les armées musulmanes pénétrèrent dans l’Empire perse à la vitesse de la tempête. Elles ravagèrent les forteresses perses, vainquirent leurs armées et s’emparèrent du trône de Perse.

Vers la fin du califat de ʿUmar (qu’Allah l’agrée), un émissaire du général Saʿd ibn Abī Waqqās arriva à Médine avec la nouvelle de la conquête de la Perse. Il apportait un cinquième du butin perse. Lorsque les richesses du butin furent entassées devant ʿUmar, celui-ci les contempla avec étonnement. Il y avait notamment la couronne de Kisra, sertie de pierres précieuses et de perles, des étoffes brodées d’or, des colliers de perles et deux magnifiques vêtements tels que ʿUmar n’en avait encore jamais vus. Il y avait également de nombreux objets d’une valeur inestimable. ʿUmar se mit à retourner ces joyaux précieux avec le bâton qu’il tenait à la main. Puis, regardant les gens qui se tenaient autour de lui, il dit : « Ceux qui se sont privés de ces objets et les ont remis au dépôt sont assurément des gens extrêmement dignes de confiance. »

Hadrat Ali, qui se trouvait alors présent sur les lieux, dit : « Ô commandeur des croyants, vous n’avez pas trahi votre engagement, et vos sujets non plus. Si vous aviez mangé injustement, ils auraient mangé de même. »

Puis Hadrat Umar appela Suraka ibn Malik et lui fit revêtir de ses propres mains la tunique, le pantalon, les chaussures et les autres vêtements de Kisra. Il lui suspendit au cou l’épée de Kisra, lui ceignit la taille d’une ceinture, posa une couronne sur sa tête et lui passa des bracelets aux poignets. Quel spectacle merveilleux !

Tandis que Hadrat Umar revêtait Suraka des habits de Kisra, l’atmosphère de Médine retentissait des takbîr répétés des musulmans.

Lorsque Suraka eut fini de revêtir les habits de Kisra, Hadrat Umar se tourna vers lui et dit : « Bravo, bravo ! La couronne du grand empereur Kisra et ses bracelets ornent la tête d’un petit Bédouin de la tribu des Mudlaj. » Puis il leva les yeux vers le ciel et dit : « Ô Allah, Tu n’as pas accordé ces richesses au Messager d’Allah, bien qu’il fût auprès de Toi plus aimé et plus honoré que moi. Tu ne les as pas non plus accordées à Abou Bakr, qui était lui aussi auprès de Toi plus aimé et plus éminent que moi. Tu me les as accordées afin de m’éprouver. Je cherche refuge auprès de Toi. » Ensuite, il récita les deux versets suivants de la sourate des Croyants : « Pensent-ils que, par les biens et les enfants que Nous leur accordons en guise d’aide, Nous hâtons pour eux toutes sortes de bienfaits ? Non, ils ne comprennent pas. »(Sourate al-Mu’’minûn : 55–56)

Il ne quitta pas cette assemblée avant d’avoir distribué tous les biens entre les musulmans.

L’imam al-Bukhari a rapporté ce récit de Hadrat Suraka ibn Malik. L’imam Ahmad l’a également rapporté d’après al-Bara ibn Azib et Abou Bakr as-Siddiq.

Abou Amr dit que Suraka ibn Malik mourut en l’an 24 de l’Hégire, sous le califat de l’émir des croyants Uthman. Certains ont dit qu’il mourut après Hadrat Uthman.

Ikrima ibn Abi Jahl ((qu’Allah l’agrée))

Le Messager d’Allah, qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix, dit à son sujet : « Ikrima va bientôt venir à vous, ayant renoncé à la mécréance et devenu croyant. N’insultez pas son père (Abû Jahl), car insulter les morts attriste les vivants, sans que cela ne leur parvienne. »

Lorsque le Prophète Muhammad, le Messager d’Allah, qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix, commença à appeler les gens à la religion à La Mecque, Ikrima approchait de la fin de sa troisième décennie. Parmi les Quraychites, il était, par sa lignée, le plus honoré et le plus riche. Comme Sa‘d ibn Abî Waqqâs, Mus‘ab ibn ‘Umayr et d’autres fils de familles nobles de La Mecque, il aurait dû être parmi les premiers à embrasser l’islam. Mais son père l’en empêcha.

Son père, Abû Jahl, était le plus grand tyran de La Mecque, le chef des polythéistes des premiers temps et un oppresseur impitoyable. Allah Tout-Puissant éprouva la foi des croyants par ses persécutions et ses sévices, et ils réussirent cette épreuve. Il éprouva la sincérité des croyants par ses ruses, et ils y réussirent. Il éprouva la sincérité des croyants par ses ruses, et ils la surmontèrent.

Sous la direction de son père, Ikrima se consacra à combattre Muhammad, le Messager d’Allah, qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix. Dans ce domaine, son rôle fut extrêmement acharné. En raison de ses persécutions, la vie des Compagnons du Messager d’Allah, qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix, était devenue insupportable. Voyant sa cruauté envers l’islam et les musulmans, son père Abû Jahl en éprouvait une profonde satisfaction.

Son père dirigea les polythéistes lors de la bataille de Badr. Il jura par Lât et ‘Uzzâ qu’il ne retournerait pas à La Mecque avant d’avoir humilié Muhammad. Il établit son camp à Badr et y resta trois jours. Il fit égorger des chameaux, se saoula avec du vin et se livra à la danse et aux chants avec des chanteurs et des chanteuses. Lorsque Abû Jahl dirigeait cette bataille, Ikrima était son bras droit et son principal assistant. Mais Lât et ‘Uzzâ ne répondirent pas à l’appel d’Abû Jahl dans cette bataille ; ces deux idoles adorées ne purent lui apporter aucune aide. Elles ne le pouvaient d’ailleurs pas.

Sur le champ de bataille de Badr, Abû Jahl resta étendu face contre terre. De ses propres yeux, Ikrima vit comment les pointes des flèches des musulmans buvaient le sang de son père, et de ses propres oreilles il entendit le dernier cri poussé par celui-ci.

Laissant à Badr le cadavre du chef quraychite Abû Jahl, Ikrima retourna à La Mecque. La défaite désastreuse ne lui permit même pas d’enterrer le corps de son père. Avec les dépouilles des autres soldats polythéistes tués à Badr, les musulmans jetèrent également la sienne dans un puits appelé Qalîb, puis le recouvrirent de terre. Ainsi fut brisée l’arrogance de cet orgueilleux et tyrannique chef quraychite.

À partir de ce jour, l’attitude d’Ikrima envers l’islam se manifesta sous une nouvelle forme. Jusqu’alors, il avait combattu l’islam pour préserver l’honneur et le prestige de son père. Désormais, il résolut de venger le sang de celui-ci. Avec ceux qui, à Badr, avaient eux aussi perdu leur père, il commença à attiser dans le cœur des polythéistes le feu de l’hostilité contre Muhammad, qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix, et à les encourager à venger le sang de ceux qui avaient été tués à Badr. C’est ainsi que la bataille d’Uhud fut organisée.

Ikrima ibn Abou Jahl partit en direction d’Uhud. Son épouse, Oumm Hakim, partit également avec les femmes qui avaient perdu leurs maris, leurs frères et leurs fils à Badr. Leur objectif était de se tenir derrière les soldats engagés dans le combat, de jouer des instruments, d’encourager les Quraychites à combattre et de donner courage et force aux soldats qui s’apprêtaient à fuir.

Les Quraychites placèrent Khalid ibn al-Walid à droite de leurs cavaliers et Ikrima ibn Abi Jahl à gauche. Ce jour-là, tous deux firent preuve d’un courage et d’une habileté stratégique exceptionnels. Ils arrachèrent la gloire de la victoire aux mains de Muhammad (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui) et de ses compagnons pour la remettre aux Quraychites. C’est pourquoi Abou Soufyan, le chef des Quraychites ce jour-là, put dire : « C’est la revanche du jour de Badr. »

Puis vint la bataille du Fossé. Les soldats polythéistes assiégeaient Médine depuis plusieurs jours. La patience d’Ikrima touchait à sa limite et il devenait exaspéré. Finalement, il aperçut un passage étroit en un endroit du fossé. Il y fit entrer son cheval avec beaucoup de difficulté et franchit le fossé. Quelques autres soldats polythéistes le suivirent et franchirent eux aussi le fossé. Les soldats musulmans les poursuivirent. Ikrima s’enfuit avec ses autres compagnons et sauva sa vie, mais l’un de ses compagnons, Amr ibn Abd Wudd al-Amiri, trouva la mort aux mains des soldats musulmans.

Le jour de la conquête de La Mecque, les Quraychites comprirent qu’il leur serait absolument impossible d’empêcher Muhammad (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui) et ses compagnons d’avancer. Ils décidèrent de laisser la voie libre aux musulmans. Muhammad (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui) annonça que seuls les habitants de La Mecque qui affronteraient les soldats musulmans seraient combattus. Tous les autres seraient pardonnés.

Ikrima ibn Abi Jahl et un autre groupe de soldats désobéirent à la décision des Quraychites et dressèrent une résistance contre les musulmans. Un petit groupe de soldats musulmans, sous le commandement de Khalid ibn al-Walid, anéantit leur dispositif de résistance. Ils en tuèrent beaucoup, tandis que d’autres s’enfuirent et sauvèrent leur vie. Ikrima ibn Abi Jahl figurait parmi ces fuyards.

Après la conquête de La Mecque par les musulmans, Ikrima ibn Abi Jahl se retrouva complètement désemparé. Pour la première fois, il sortit de son ivresse de puissance et reprit ses esprits. Il comprit que La Mecque n’était plus sûre pour lui. Entre-temps, le Messager d’Allah (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui) avait pardonné à tous les habitants de La Mecque leurs comportements passés. Cependant, il prononça les noms de quelques personnes et les déclara exclues de ce pardon. Il ordonna de les tuer, même si elles étaient trouvées sous le voile de la Kaaba. Ikrima figurait en tête de la liste des personnes condamnées à mort. Ne voyant aucune autre issue, il quitta secrètement La Mecque et prit la direction du Yémen.

Pendant ce temps, l’épouse d’Ikrima, Oumm Hakim, et Hind bint Utba se rendirent auprès du Messager d’Allah (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui). De nombreuses autres femmes les accompagnèrent. Leur intention était de lui prêter serment d’allégeance. Lorsqu’elles arrivèrent auprès du Messager d’Allah (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui), ses deux épouses, sa fille Fatima et de nombreuses autres femmes des Banou Abd al-Muttalib étaient assises auprès de lui. Le visage et la tête couverts, Hind s’adressa au Messager d’Allah (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui). Hind était l’épouse d’Abou Soufyan et la mère de l’émir Muawiya. C’était elle qui, lors de la bataille d’Uhud, avait mâché le foie de Hamza. C’est pourquoi, le jour de la conquête de La Mecque, elle se présenta auprès du Messager d’Allah (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui), la tête et le visage couverts de honte et de remords.

« Ô Messager d’Allah, louange à Allah, qui a donné la victoire à la religion qu’Il a choisie. En raison du lien de parenté qui existe entre vous et moi, j’espère recevoir de vous un bon traitement. À présent, je suis une femme croyante et pleine de foi. » Après avoir prononcé ces mots, elle ôta son voile et se présenta : « Ô Messager d’Allah, je suis Hind bint Utba. » Le Messager d’Allah (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui) dit : « Soyez la bienvenue. » Hind dit : « Ô Messager d’Allah, par Allah, auparavant, aucune maison sur terre ne m’était plus chère que la vôtre lorsqu’il s’agissait de vous rabaisser et de vous humilier. Mais maintenant, aucune maison ne m’est plus honorée que la vôtre. »

Le Messager d’Allah (paix et bénédictions d’Allah sur lui) dit : « Bien davantage. »

Alors l’épouse d’Ikrima, Umm Hakîm, se leva et déclara son adhésion à l’islam. Puis elle dit : « Ô Messager d’Allah, Ikrima s’est enfui vers le Yémen par crainte que vous ne le tuiez. Accordez-lui votre protection ; Allah vous accordera Sa protection. » Le Messager d’Allah (paix et bénédictions d’Allah sur lui) dit : « Il est en sécurité. »

À cet instant, Umm Hakîm partit à la recherche de son mari, Ikrima. Elle prit avec elle un esclave romain qui lui appartenait. Ils cheminaient tous deux. En route, l’esclave conçut de mauvaises intentions à l’égard de sa maîtresse. Il voulut jouir d’elle, mais elle se mit à gagner du temps par toutes sortes de prétextes. Ainsi arrivèrent-ils auprès d’une tribu arabe. Umm Hakîm leur demanda de l’aide. Ils lui promirent leur assistance. Elle leur confia son esclave et reprit seule la route. Enfin, elle retrouva Ikrima sur le littoral, dans la région de Tihama. Il y parlait à un batelier afin qu’il lui fasse traverser la mer, et le batelier lui disait :

— Sois sincère.

Ikrima lui dit :

— Comment pourrais-je être sincère ?

Le batelier dit :

— Dis : « Ashhadu an lâ ilâha illallâh wa anna Muhammadan rasûlullâh. »

— « Je n’ai fui que pour cette raison. » C’est au beau milieu de leur conversation qu’Ummu Hakîm arriva. S’adressant à son mari, elle lui dit :

« Ô mon cousin, je viens de chez l’homme le meilleur, le plus éminent et le plus pur. Je lui ai demandé de t’accorder sa protection, et il a accepté de te l’accorder. Alors, ne te détruis pas davantage. »

En entendant cela, Ikrima demanda :

— « Est-ce toi-même qui lui as parlé ? »

Elle répondit :

— « Oui, c’est moi qui lui ai parlé, et il t’a accordé l’amân. » Elle ne cessa de lui répéter qu’il lui avait accordé l’amân et de le rassurer. Finalement rassuré, il repartit avec son épouse.

Tout en cheminant, Ummu Hakîm raconta à son mari les agissements de son esclave. Sur le chemin du retour, avant même qu’Ikrima n’embrasse l’islam, celui-ci tua l’esclave.

En chemin, ils passèrent la nuit dans une maison. Ikrima voulut s’isoler avec son épouse pour avoir des relations intimes avec elle. Mais son épouse refusa fermement et dit :

– « Je suis une femme musulmane et vous êtes encore un polythéiste. » En entendant les paroles de son épouse, Ikrima fut stupéfait.

Elle dit :

– « L’obstacle qui se dresse entre notre union est pourtant une affaire considérable ! »

Alors qu’Ikrima approchait de La Mecque, le Messager d’Allah dit à ses Compagnons : « Très bientôt, Ikrima viendra à vous après avoir abandonné la mécréance et en tant que croyant. N’insultez pas son père, car insulter les morts cause de la peine aux vivants et ne leur parvient pas. »

Peu après, Ikrima se présenta auprès du Messager d’Allah avec son épouse. Dès que le Prophète le vit, il se leva joyeusement et s’avança vers lui sans même s’envelopper de son manteau. Puis le Prophète s’assit. Ikrima se tint debout devant lui et dit :

– « Ô Muhammad, Umm Hakim m’a dit que vous m’aviez accordé votre protection. »

Le Prophète dit : « Elle a dit vrai. Tu es en sécurité. »

Ikrima dit : « Muhammad, à quoi appelez-vous donc ? »

Le Messager (paix et salut sur lui) dit : « Je t’invite à attester qu’il n’y a aucune divinité digne d’adoration en dehors d’Allah et que je suis le serviteur d’Allah et Son Messager. Ensuite, tu accompliras la prière et tu t’acquitteras de la zakât. » C’est ainsi qu’il énuméra tous les piliers de l’islam.

Ikrima dit : « Par Allah, vous n’appelez qu’à la vérité et vous ordonnez le bien. » Puis il se mit à dire :

« Même avant cet appel, vous étiez parmi nous le plus véridique et le plus vertueux. » Tout en disant cela, il tendit la main et déclara : « J’atteste qu’il n’y a aucune divinité digne d’adoration en dehors d’Allah et j’atteste que vous êtes Son serviteur et Son Messager. » Puis il ajouta : « Ô Messager d’Allah, enseignez-moi quelques bonnes paroles que je puisse prononcer. »

Le Messager (paix et salut sur lui) dit : « Dis : “Ashhadu an lâ ilâha illallâhu wa ashhadu anna Muhammadan abdouhou wa rasoulouhou.” »

Le Messager (paix et salut sur lui) dit : « Dis : “Oushhidullâha wa oushhidu man hadara annî mouslimoun moujâhidoun mouhâjiroun” — Je prends Allah et toutes les personnes présentes à témoin que je suis musulman, moujahid et mouhajir. »

Ikrima prononça ces paroles. À ce moment-là, le Messager (paix et salut sur lui) lui dit : « Si tu me demandes aujourd’hui quelque chose que je donne à quelqu’un d’autre, je te le donnerai. »

Ikrima dit : « Je vous demande de solliciter auprès d’Allah mon pardon pour toute l’hostilité dont j’ai fait preuve envers vous, pour toutes les batailles où je vous ai affronté et pour toutes les paroles que j’ai prononcées contre vous, en votre présence ou dans votre dos. » Aussitôt, le Messager (paix et salut sur lui) invoqua Allah en sa faveur : « Ô Allah, pardonne-lui toute l’hostilité qu’il a manifestée envers moi, tous les chemins qu’il a parcourus pour se rendre sur le champ de bataille dans le but d’éteindre Ta lumière, et toutes les paroles diffamatoires qu’il a prononcées contre moi, en ma présence ou à mon insu. »

Le visage d’Ikrima s’illumina de joie. Il dit : « Ô Messager d’Allah, par Allah ! Tout ce que j’ai dépensé pour faire obstacle au chemin d’Allah, j’en dépenserai le double dans le chemin d’Allah, et pour toutes les batailles que j’ai livrées afin de faire obstacle au chemin d’Allah, j’en livrerai le double dans le chemin d’Allah. »

Dès ce jour, il entra dans le cortège de la prédication. Il devint un cavalier audacieux sur le champ de bataille, le plus assidu dans l’adoration à la mosquée, un homme qui veillait la nuit et récitait le Livre d’Allah. Tenant le Noble Coran devant son visage, il disait : « Kitâbu rabbî, kalâmu rabbî — le Livre de mon Seigneur, la parole de mon Seigneur. » Il répétait ces paroles en pleurant amèrement.

Ikrima tint à la lettre l’engagement qu’il avait pris envers le Messager d’Allah, paix et bénédictions d’Allah sur lui. Après sa conversion à l’islam, il participa à toutes les batailles livrées par les musulmans et se tint à l’avant-garde de toutes les expéditions auxquelles ils prirent part.

Lors de la bataille de Yarmouk, il se jeta sur l’ennemi comme un homme assoiffé se précipite sur une eau fraîche en plein midi d’été. À un moment de la bataille, la pression exercée sur les musulmans devint extrêmement forte. Il descendit alors de son cheval, dégaina son épée et s’enfonça au cœur de l’armée romaine. Voyant la situation devenir critique, Khalid ibn al-Walid se précipita vers lui et lui dit : « Ikrima, ne fais pas cela. Ta mort serait dangereuse pour les musulmans. »

Il répondit :

« Khalid, laisse-moi. Tu m’as précédé dans la foi au Messager d’Allah, paix et bénédictions d’Allah sur lui. Mon père et moi étions ses plus grands ennemis. Laisse-moi expier mon passé. J’ai combattu le Messager d’Allah, paix et bénédictions d’Allah sur lui, dans de nombreuses batailles. Et aujourd’hui, je fuirais par crainte de l’armée romaine ? Cela m’est impossible. » Sur ces mots, il lança aux musulmans un appel : « Qui veut me prêter serment de combattre jusqu’à la mort ? » À son appel répondirent son oncle al-Harith ibn Hisham, Dirar ibn al-Azwar et quatre cents autres soldats musulmans. Depuis l’entrée de la tente de Khalid ibn al-Walid, ils livrèrent un combat acharné et remportèrent sur le champ de Yarmouk une immense victoire et un grand honneur. C’est sur ce même champ de Yarmouk que l’on vit al-Harith ibn Hisham, Ayyash ibn Abi Rabia et Ikrima ibn Abi Jahl gisant, couverts de blessures. Accablé par la soif, al-Harith ibn Hisham demanda de l’eau. Lorsqu’on lui en apporta, Ikrima le regarda. Il dit alors : « Donnez-la à Ikrima. » Quand on porta le verre d’eau à Ikrima, Ayyash le regarda. Ikrima dit alors : « Donnez-la à Ayyash. » Lorsqu’on porta le verre d’eau à Ayyash, on constata qu’il avait rendu son dernier souffle. Puis, le verre à la main, on se rendit successivement auprès de ses deux autres compagnons, mais on constata qu’eux aussi avaient suivi le même chemin. Qu’Allah Très-Haut les agrée tous et soit satisfait d’eux. Amîn !

Asma bint Abi Bakr ((qu’Allah l’agrée))

Les historiens disent : « Hazrat Asma vécut cent ans. Pourtant, au cours de cette longue vie, aucune de ses dents ne tomba et on ne vit chez elle pas la moindre altération de ses facultés mentales. »

Cette Compagne jouissait à tous égards d’un mérite et d’une dignité égaux. Son père, son grand-père, sa sœur, son mari et son fils étaient tous d’éminents Compagnons. Quel honneur, quelle dignité et quelle gloire plus grandes qu’une telle famille un musulman pourrait-il espérer ?

Son père était Hadrat Abû Bakr as-Siddîq, compagnon du Messager d’Allah de son vivant et son premier calife après sa mort. Sa mère était Qutayla bint Abd al-Uzzâ. Son grand-père paternel, le père de Hadrat Abû Bakr, était Abû Quhâfa, également appelé Abû Atîq. Hadrat Aïcha, Mère des croyants, était sa sœur. Zubayr ibn al-Awwâm, le hâwârî et le soutien particulier du Messager d’Allah, était son époux, tandis que Hadrat Abdallah ibn az-Zubayr, martyr sur la voie de la vérité et de la justice, était son fils. Telle est la brève présentation de Hadrat Asmâ bint Abû Bakr. Elle naquit vingt-sept ans avant l’Hégire.

Asmâ fut l’une de celles qui embrassèrent l’islam dès les premiers temps. Avant elle, nul n’avait obtenu cet honneur, à l’exception de dix-sept hommes et femmes seulement. Elle fut appelée « Dhât an-Nitâqayn », c’est-à-dire celle qui possédait deux ceintures. En effet, lors de l’Hégire de La Mecque à Médine, elle préparait dans un sac les provisions et, dans une outre, l’eau destinées au Messager d’Allah et à son père. Mais elle ne trouva aucune corde à proximité pour en attacher l’ouverture. Finalement, elle détacha sa propre ceinture, ou nitâq, et la déchira en deux : avec l’une des parties, elle attacha le sac, et avec l’autre, l’ouverture de l’outre. En voyant cela, le Messager d’Allah invoqua Allah en sa faveur : qu’Allah lui accorde en échange deux nitâq au Paradis. C’est ainsi qu’elle reçut le titre de « Dhât an-Nitâqayn ».

À l’époque de son mariage avec Zubayr ibn al-Awwâm, celui-ci était extrêmement pauvre et démuni. Il n’avait aucun domestique et, à part un seul cheval, ne possédait aucun bien pour subvenir aux besoins de sa famille. Cependant, Zubayr avait obtenu une épouse accomplie et pieuse. Elle servait son mari, moulait de ses propres mains le fourrage destiné à son cheval et s’occupait de lui. Finalement, Allah Très-Haut leur accorda l’abondance, et ils comptèrent parmi les familles de Compagnons les plus riches.

Asmāʾ (qu’Allah l’agrée) a rapporté : « Lorsque az-Zubayr (qu’Allah l’agrée) m’épousa, il ne possédait rien d’autre qu’un cheval. C’est moi qui le faisais paître et le nourrissais de son. Je broyais des noyaux de dattes pour en faire du son. Je rapportais de la terre d’az-Zubayr — une terre que le Messager d’Allah (paix et bénédictions d’Allah sur lui) lui avait donnée — des noyaux de dattes que je portais sur ma tête. Cette terre se trouvait à environ trois quarts de farsakh. Un jour, alors que je rentrais chez moi en portant des noyaux de dattes sur la tête, je rencontrai en chemin le Messager d’Allah (paix et bénédictions d’Allah sur lui). Plusieurs personnes l’accompagnaient. Il m’appela et me proposa de monter derrière lui sur sa monture. Mais je fus prise de pudeur et pensai à az-Zubayr et à sa dignité. Le Messager d’Allah (paix et bénédictions d’Allah sur lui) poursuivit son chemin. De retour à la maison, je racontai cet incident à az-Zubayr. Ensuite, mon père Abū Bakr (qu’Allah l’agrée) me donna un serviteur. Celui-ci prit alors en charge le cheval. Ce fut comme s’il m’avait libérée. »(Siyar A‘’lam an Nubalāʾ– 2/290–291, Ṭabaqāt– 8/250, Musnad d’ Aḥmad– 6/347,352)

Le moment de l’émigration de La Mecque vers Médine approcha. Elle était alors enceinte jusqu’au terme, portant Abdullah dans son sein. Malgré cela, elle ne craignit pas cette longue et pénible traversée et se mit en route au nom d’Allah. Dès son arrivée à Qubâ, elle donna naissance à Abdullah. Celui-ci fut le premier enfant né à Médine, dans les foyers des émigrés, après leur arrivée dans la ville. C’est pourquoi, en apprenant sa naissance, les musulmans exprimèrent leur joie en poussant des takbîr. Sa mère, Asmâ, porta le nouveau-né dans ses bras auprès du Messager d’Allah (ﷺ) et le lui remit. Le Messager d’Allah (ﷺ) prit un peu de salive de sa langue, en mit dans la bouche de l’enfant et fit des invocations en sa faveur. Ainsi, avant que quoi que ce soit de ce monde n’entre dans son estomac, ce fut la salive bénie du Messager d’Allah (ﷺ) qui y pénétra la première.

Asmâ bint Abû Bakr réunissait des qualités morales harmonieuses et rares, telles que la sincérité, la générosité, la noblesse et une intelligence pénétrante. Sa générosité était devenue proverbiale. Son fils Abdullah dit : « Je n’ai jamais vu de femme plus généreuse que ma mère Asmâ et ma tante Aïcha. Toutefois, leur manière de donner différait. Ma tante avait pour habitude de commencer par rassembler diverses choses. Lorsqu’elle voyait qu’elle en avait réuni une quantité suffisante, elle les distribuait toutes, soudainement, un jour donné, parmi les pauvres et les nécessiteux. Ma mère, en revanche, avait une tout autre habitude : elle ne gardait jamais rien chez elle jusqu’au lendemain. »

Asmâ était d’une intelligence remarquable. Celle-ci se manifesta dans diverses situations de crise. D’après le récit d’Ibn Hichâm, lorsque la nouvelle de l’émigration du Messager d’Allah (ﷺ) et d’Abû Bakr se répandit à La Mecque, Abû Jahl et plusieurs autres chefs quraychites se rendirent le lendemain chez Abû Bakr. Apercevant Asmâ, ils lui demandèrent : « Où est ton père, Abû Bakr ? » Comme Asmâ refusait de le leur révéler, l’infâme Abû Jahl lui asséna une violente gifle au visage. Ses deux boucles d’oreilles furent projetées au loin.

Pendant l’émigration, alors que le Messager d’Allah (ﷺ) et Abû Bakr (رضي الله عنه) séjournaient dans la grotte du mont Thawr, Asmâ leur apportait de la nourriture et de l’eau dans l’obscurité de la nuit.

Lors de l’émigration, son père Abû Bakr (رضي الله عنه) emporta avec lui tout l’argent liquide. Son grand-père Abû Quhâfa, l’ayant appris, dit : « Il est parti en leur causant des difficultés tant pour leur personne que pour leurs biens. » Asmâ lui répondit : « Non, il a laissé beaucoup de richesses. » Sur ces mots, elle plaça de nombreuses pierres à l’endroit où Abû Bakr (رضي الله عنه) conservait son argent et ses biens. Puis elle appela Abû Quhâfa et lui dit : « Regardez ce qu’il a laissé. » Abû Quhâfa était aveugle. Il crut Asmâ sur parole. Asmâ dit : « J’ai fait cela pour réconforter Abû Quhâfa. En réalité, il n’y avait rien à cet endroit. »

L’histoire n’a pas pu conserver tous les épisodes de la vie mouvementée d’Asmâ bint Abû Bakr. Cependant, la perspicacité, la force de caractère et la fermeté de la foi dont elle fit preuve lors de sa dernière rencontre avec son fils Abdullah resteront à jamais gravées dans l’histoire. Après la mort du calife omeyyade Yazîd ibn Mu‘âwiya, les habitants du Hijaz, de l’Égypte, de l’Irak et du Khurâsân, ainsi que ceux de la plus grande partie de la Syrie, reconnurent Abdullah comme calife et lui prêtèrent allégeance. Mais la dynastie omeyyade ne put l’accepter. Elle envoya contre lui une armée considérable et puissante, commandée par Hajjâj ibn Yûsuf. Un affrontement sanglant opposa les deux camps, au cours duquel Abdullah ibn az-Zubayr fit preuve d’un courage extrême. Finalement, ses compagnons commencèrent à se disperser, ne voyant plus aucune possibilité de victoire. Il se retrancha dans l’enceinte sacrée de la Kaaba avec les derniers hommes qui le suivaient. Peu avant l’affrontement final avec l’armée omeyyade, il alla rendre une dernière visite à sa mère Asmâ. Celle-ci, alors accablée par le poids de la vieillesse et aveugle, le reçut. Voici le dernier entretien de la mère et du fils :

— Mère, que la paix, la miséricorde d’Allah et Ses bénédictions soient sur toi.

— Abdullah, et sur toi la paix. Les catapultes de l’armée de Hajjâj lancent des pierres contre tes troupes, retranchées dans l’enceinte sacrée, et font trembler les maisons de La Mecque. Dans un moment aussi critique, dans quel but es-tu venu ?

– Le but est de nous consulter.

– Nous consulter ! À quel sujet ?

– Craignant Al-Hajjaj ou séduits par ses promesses, les gens m’ont abandonné dans le danger ; même mes enfants et les membres de ma famille m’ont délaissé. À présent, il ne me reste que quelques hommes. Quelle que soit leur patience et leur courage, ils ne pourront en aucun cas tenir plus d’une ou deux heures. D’autre part, les Omeyyades m’ont fait proposer que, si je reconnais Abd al-Malik ibn Marwan comme calife, dépose les armes et lui prête allégeance, ils me donneront tout ce que je désirerai en biens et en plaisirs terrestres. Dans ces circonstances, quel conseil me donnez-vous ? Asma dit d’une voix légèrement élevée :

– Cette affaire ne concerne que toi. Et tu te connais mieux que quiconque. Si tu es fermement convaincu d’être dans le vrai et d’appeler les gens vers la vérité, alors reste ferme, comme ceux qui, sous ton étendard, sont demeurés inébranlables jusqu’à subir le martyre. Mais si tu convoites les plaisirs et les richesses de ce monde, alors tu es le plus vil des hommes. Tu t’es détruit toi-même ainsi que tes hommes.

– Alors, aujourd’hui, je serai certainement tué.

– Il vaut mieux être tué en combattant que de te livrer volontairement à Al-Hajjaj et de laisser les garnements des Banû Umayya jouer avec ta tête.

– Je n’ai pas peur d’être tué. Ce que je crains, c’est qu’ils me coupent les mains et les pieds et me mutilent.

– Après la mort, l’être humain n’a plus rien à craindre. Car une fois égorgée, la chèvre souffre-t-elle lorsqu’on lui retire la peau ?

En entendant ces paroles, le visage de Hadrat Abdallah ibn az-Zubayr s’illumina davantage. Il dit : « Ma mère bienfaisante, que votre sublime rang soit encore davantage béni. En cette heure de crise, je me suis présenté auprès de vous uniquement pour entendre ces paroles de votre bouche. Allah sait que je n’ai pas eu peur et que je ne me suis pas affaibli. Il en est témoin : si je lutte, ce n’est ni par convoitise ni par amour des plaisirs, des richesses et des honneurs de ce monde. Je lutte plutôt par haine et aversion pour le fait de déclarer licite ce qui est interdit. Je vais maintenant accomplir ce que vous avez approuvé. Si je suis martyrisé, ne vous affligez pas à cause de moi et remettez tout entre les mains d’Allah. »

— Si tu es tué alors que tu défends le mensonge et l’injustice, j’en serai affligée.

— Mère, soyez certaine que votre fils n’a jamais commis d’acte injuste ou obscène, n’a jamais transgressé la loi d’Allah, n’a jamais trahi la confiance de personne, n’a jamais fait subir d’injustice à un musulman ni à un dhimmi, et que rien en ce monde ne lui est plus précieux que l’agrément d’Allah. Je ne dis pas cela pour me déclarer pur et innocent, car Allah connaît mieux que quiconque ce qui me concerne. Je vous dis seulement ces paroles afin qu’Allah fasse naître patience et endurance dans votre cœur. Asma, qu’Allah l’agrée, répondit alors :

— Al-hamdou lillâh, Celui qui t’a maintenu dans ce qu’Il aime et que j’aime — louange à Allah, qui t’a rendu ferme dans ce qu’Il aime et que j’aime. Mon fils, approche-toi un peu de moi ; que je respire une dernière fois l’odeur de ton corps et que je te touche encore un peu. Car c’est notre dernière rencontre dans cette vie, pour toi comme pour moi.

Abdallah se pencha et couvrit de baisers les mains et les pieds de sa mère. Celle-ci approcha son nez et sa bouche de la tête, du visage et des épaules de son fils, en respira le parfum et les embrassa, puis passa ses deux mains sur son corps. Au bout d’un moment, elle le laissa partir en lui disant :

— Abdallah, qu’est-ce que tu portes donc ?

— Mère, c’est mon armure.

— Mon fils, ce n’est pas la tenue de ceux qui désirent le martyre.

– Je porte ce vêtement dans le but de vous réjouir et d’apaiser votre cœur.

– Enlève-le. Ce sera plus convenable pour ta personnalité, ta bravoure et ton attaque. Ce sera également plus facile pour ton activité, ta rapidité et tes mouvements. Mets plutôt un pantalon long. Ainsi, même si tu es jeté à terre, tes parties intimes resteront couvertes.

Conformément aux paroles de sa mère, Abdullah ôta son armure, mit un pantalon et se dirigea vers le Sanctuaire sacré pour rejoindre le combat, en disant : « Mère, n’oublie pas de prier pour moi. »

Aussitôt, sa mère, Asmāʾ — qu’Allah l’agrée — leva les deux mains vers le ciel et pria : « Ô Allah, accorde-lui Ta miséricorde pour ses longues adorations et ses pleurs à voix haute, tandis que les gens, plongés dans un profond sommeil, sont inconscients dans l’obscurité de la nuit. Ô Allah, accorde-lui Ta miséricorde pour la faim et la soif qu’il endure à midi, à La Mecque et à Médine, alors qu’il jeûne. Ô Allah, couvre-le de Ta compassion pour sa bonté envers ses parents. Ô Allah, je Te l’ai confié ; je suis satisfaite de tout ce que Tu décideras pour lui. En retour, accorde-moi la récompense des patients. »

Ce jour-là, avant même le coucher du soleil, ʿAbdullah ibn az-Zubayr rencontra son Seigneur. Peu de temps après son martyre, en l’an 73 de l’Hégire, Asmāʾ — qu’Allah l’agrée — quitta elle aussi ce monde. Elle était alors âgée de cent ans. Parmi les Compagnes, elle fut la dernière à mourir. (Siyar u’Aʿlām an–Nubalāʾ– 2/288)

Après avoir tué ʿAbdullah, al-Hajjāj fit suspendre son corps à un gibet. Sa mère, Asmāʾ, vint voir le corps de son fils. Debout près du corps suspendu, elle dit avec un calme extrême : « Ce cavalier n’a-t-il pas encore eu le temps de descendre de son cheval ? » Pour disperser la foule, al-Hajjāj envoya des hommes la chercher. Elle refusa de venir. Il lui fit alors transmettre de nouveau ce message : si elle ne venait pas cette fois, on la traînerait par les cheveux. Asmāʾ ne fut pas effrayée par al-Hajjāj. Elle ne vint pas. Cette fois, al-Hajjāj vint lui-même. Voici la conversation qui eut lieu entre eux. Al-Hajjāj dit :

— Dis-moi donc, comment ai-je traité Ibn al-Zubayr, l’ennemi d’Allah ? Asmâ répondit : « Tu as ruiné sa vie d’ici-bas, tandis que lui a ruiné ton au-delà. J’ai entendu dire que tu t’étais moqué de lui en l’appelant le fils de Dhât an-Nitâqayn. Par Allah, c’est moi qui suis Dhât an-Nitâqayn. Avec l’un de mes nitâq, j’ai attaché la nourriture du Messager d’Allah et d’Abû Bakr. L’autre est encore autour de ma taille. Souviens-toi que j’ai entendu le Prophète dire qu’un menteur imposteur et un tyran apparaîtraient au sein des Thaqîf. J’ai déjà vu le menteur. “(Al-–Moukhtâr) ; et le tyran, c’est toi. » En entendant ce hadith, al-Hajjâj resta silencieux. (Sahîh Muslim : deuxième tome)।

Cinquante-six hadiths ont été rapportés d’Asmâ. Treize sont reconnus par al-Bukhârî et Muslim, tandis qu’al-Bukhârî en a rapporté cinq seul et Muslim quatre seul. De nombreux Compagnons éminents ont rapporté des hadiths d’elle. Voici les noms de quelques-uns d’entre eux : ses deux fils, Abdallah et ‘Urwa ; son petit-fils Abdallah ibn ‘Urwa ; son arrière-petit-fils ‘Ubâd ibn Abdallah ; Ibn Abbâs ; Abû Wâqid al-Laythî ; Safiyya bint Shayba ; Muhammad ibn al-Munkadir ; Wahb ibn Kaysân ; Abû Nawfal Mu‘âwiya ibn Abî Akbar ; al-Muttalib ibn Abdallah ibn Hantab ; Fâtima bint al-Mundhir ibn az-Zubayr ; Ibn Abî Mulayka ; ‘Ubâd ibn Hamza ibn Abdallah, et bien d’autres encore. (Siyar A’lâm an-–Nubalâ 2/288)

 

Mous’ab ibn ’‘Umayr ((qu’Allah l’agrée))

Il s’appelait Mous’ab et avait pour kunya Abû Muhammad. Après avoir embrassé l’islam, il reçut le laqab de Mous’ab al-Khayr. Son père était ‘Umayr et sa mère Khunâs bint Mâlik. Élevé dans la richesse et entouré de l’affection exceptionnelle de ses parents, il était l’un des jeunes hommes les plus élégants de La Mecque. Comme sa mère était fortunée, elle l’éleva dans un grand luxe. À cette époque, il portait toutes les sortes de vêtements magnifiques et de parfums raffinés que l’on trouvait à La Mecque. Lorsque son nom était mentionné d’une manière ou d’une autre devant le Messager d’Allah (paix et bénédiction d’Allah sur lui), celui-ci disait : « À La Mecque, il n’y avait personne de plus élégant et mieux vêtu que Mous’ab. »(Tabaqât)Les historiens ont dit : « C’était celui qui utilisait les meilleurs parfums de La Mecque. »

En plus de la beauté, du bon goût et de la noblesse de caractère, Allah avait créé son cœur d’une remarquable pureté. À la première lueur du tawhîd, il se prit d’aversion pour le polythéisme et se rendit auprès du Noble Messager d’Allah, où il embrassa l’islam. C’était à l’époque où le Messager (paix et bénédiction d’Allah sur lui) résidait dans la maison d’al-Arqam et poursuivait son appel à l’islam, tandis que la terre de La Mecque devenait étroite pour les musulmans.

Dans les rues et les ruelles de La Mecque, dans les réunions des Qurayshites et leurs assemblées de consultation, un seul sujet était alors à l’ordre du jour : Muhammad al-Amîn et sa nouvelle religion, l’islam. Ce fils choyé des Qurayshites écoutait ces discussions avec la plus grande attention. Bien qu’il fût encore jeune, il était l’ornement et le centre de toutes leurs réunions et assemblées. Sa présence était souhaitée dans chacune d’elles. Une intelligence pénétrante, une vive perspicacité et une forte personnalité étaient les principaux traits de son caractère. Ces qualités ouvrirent toutes les portes et firent sauter tous les verrous de son cœur.

Il apprit que le Messager (paix et bénédiction d’Allah sur lui) et ceux qui croyaient en lui, se tenant à l’écart de toutes les activités futiles des Qurayshites ainsi que de leurs injustices et de leurs persécutions, se réunissaient au pied du mont Safâ, dans la maison d’al-Arqam ibn Abî al-Arqam. Un soir, rejetant tous ses doutes et toutes ses hésitations, il se rendit à Dâr al-Arqam. À cette époque, le Messager (paix et bénédiction d’Allah sur lui) y rencontrait ses Compagnons, leur enseignait le Coran et priait avec eux.

À peine Mous’ab ibn ‘Umayr s’était-il assis à Dâr al-Arqam que des versets du Coran furent révélés. Sortis de la bouche du Messager (paix et bénédiction d’Allah sur lui), ces versets semblaient pénétrer les oreilles et le plus profond des cœurs de tous les auditeurs. En cette soirée bénie, ibn ‘Umayr devint lui aussi l’homme d’un cœur croyant. De bonheur et de joie, il en perdit presque connaissance. Le Messager (paix et bénédiction d’Allah sur lui) étendit une de ses mains bénies sur la poitrine de Mous’ab. Celui-ci fut plongé dans une paix profonde. En un instant, il acquit une sagesse et un savoir bien supérieurs à ce que son âge laissait attendre, ainsi qu’une fermeté telle que, par la suite, aucune des innombrables épreuves et calamités ne put jamais l’ébranler le moins du monde.

La mère de Mous’ab, Khunâs bint Mâlik, était une femme dotée d’une personnalité extrêmement forte. Mous’ab la craignait comme la mort. Après avoir embrassé l’islam, il ne craignait plus personne sur terre, à l’exception de sa mère. Pour lui, toutes les forces, y compris les Qurayshites et leurs idoles, étaient devenues insignifiantes. Mais il ne parvenait pas à surmonter la crainte de sa mère. Il décida donc de continuer à se rendre à Dâr al-Arqam et à s’asseoir dans l’assemblée du Messager d’Allah (paix et bénédiction d’Allah sur lui), tout en gardant secrète sa conversion jusqu’au jugement définitif d’Allah. Sa mère n’en apprit toutefois rien.

Un jour, alors qu’il entrait secrètement à Dâr al-Arqam, ‘Uthmân ibn Talha le surprit. Un autre jour, il le vit prier à la manière de Muhammad (paix et bénédiction d’Allah sur lui), et cette fois encore cela n’échappa pas à ‘Uthmân. La nouvelle se répandit dans les rues et les ruelles de La Mecque plus vite que le vent. Elle parvint également aux oreilles de sa mère.

On traîna Mus’ab devant sa mère, les gens de sa tribu et les notables de La Mecque. Avec une foi inébranlable et un cœur serein, il se mit à leur réciter la sublime parole du Coran en laquelle il avait cru. Sa mère voulut le faire taire en le giflant. Les réprimandes et les coups se succédèrent. Puis il fut enfermé dans la maison.

Il passa son temps en captivité. Il était surveillé vingt-quatre heures sur vingt-quatre, jour et nuit. Entre-temps, il apprit que des croyants musulmans comme lui émigraient en Abyssinie. Il échappa à la vigilance de sa mère et partit en Abyssinie avec ce groupe.

Un jour, un groupe de musulmans était assis auprès du Messager d’Allah (ﷺ). Ils virent alors Mus’ab passer devant eux. À sa vue, tous ceux qui étaient présents changèrent d’attitude. Ils baissèrent les yeux, et certains en eurent les larmes aux yeux. Car Mus’ab ne portait alors qu’un morceau de cuir usé et rapiécé à maintes reprises, sur lequel la marque d’une misère extrême était manifeste. L’image de sa vie avant l’islam leur revint à tous à l’esprit. À cette époque, ses vêtements étaient doux, séduisants et parfumés comme les fleurs d’un jardin. En voyant cela, le Messager d’Allah (ﷺ) sourit légèrement et dit : « J’ai vu ce Mus’ab à La Mecque. Il n’y avait pas à La Mecque de jeune homme plus choyé par ses parents que lui. Par amour pour Allah et Son Messager, il a tout sacrifié. »

Après être resté quelque temps en Abyssinie, il retourna à La Mecque. Puis, sur ordre du Messager d’Allah (ﷺ), il repartit en Abyssinie avec un autre groupe. Mais Mus’ab avait compris que, où qu’il se trouvât, à La Mecque ou en Abyssinie, sa vie avait pris une nouvelle forme. Son seul modèle à suivre était Muhammad (ﷺ), et son unique aspiration était l’agrément d’Allah, le Seigneur suprême.

Ayant échoué à le détourner de la nouvelle religion, sa mère cessa de lui fournir quoi que ce soit. Comment aurait-elle pu nourrir et vêtir, quel qu’il fût, celui qui avait abandonné leurs divinités et les insultait, même s’il était son propre fils ?

Après le retour de Mus’ab d’Abyssinie, sa mère voulut de nouveau le retenir prisonnier. Il lui jura en face : « Si tu fais cela, je tuerai tous ceux qui t’aideront dans cette entreprise, vous tous. » Sa mère connaissait le caractère rebelle de son fils. Elle le congédia donc en pleurant, et lui aussi prit congé d’elle en pleurant.

Au moment des adieux, sa mère demeurait ferme dans la mécréance, tandis que son fils restait ferme dans la foi. Alors qu’elle chassait de la maison son fils bien-aimé, elle lui dit : « Va où bon te semble. Ne m’appelle plus jamais mère. » Le fils s’avança un peu vers elle et dit : « Mère, je vous parle avec bienveillance et j’ai pour vous une profonde affection. Dites seulement une fois : “J’atteste qu’il n’y a de divinité qu’Allah et que Muhammad est Son serviteur et Son Messager.” » Exaspérée, sa mère jura par les astres : « Je n’embrasserai pas ta religion. Si je l’embrassais, on penserait que mon opinion, ma raison et mon discernement sont faibles. » Ainsi, Mus’ab, ce jeune homme des Quraych autrefois comblé d’affection et de luxe, fut chassé de chez lui et prit la route. Désormais, il portait un vêtement grossier, déchiré et rapiécé. S’il trouvait de quoi manger un jour, il passait le lendemain sans nourriture. Mais son cœur était illuminé par la lumière de la foi.

Pendant la saison du pèlerinage, quelques hommes de Médine vinrent à La Mecque, rencontrèrent secrètement le Messager d’Allah (ﷺ) à al-‘Aqaba, crurent en lui et lui prêtèrent allégeance. Ils retournèrent à Médine. Afin de leur enseigner la religion, de transmettre son appel aux autres et de préparer Médine à l’émigration, le Messager d’Allah (ﷺ) envoya Mus’ab à Médine comme émissaire. Il devint ainsi le premier émissaire de l’histoire de l’islam.

À La Mecque, il y avait alors de nombreux Compagnons plus âgés et plus éminents que Mus‘ab. Malgré cela, le Messager le choisit pour cette importante mission. Grâce à l’intelligence, aux capacités et au noble caractère que Dieu lui avait accordés, Mus‘ab s’acquitta de cette lourde responsabilité avec une grande loyauté. Par ses efforts assidus, son dévouement et sa noblesse, il s’adressa aux cœurs des habitants de Médine. Ainsi, ils entrèrent par groupes dans la religion de Dieu.

Mus‘ab arriva à Médine. Auparavant, seuls douze habitants de Médine étaient venus à al-‘Aqaba embrasser l’islam. Mais quelques mois à peine après son arrivée à Médine, nombreux furent ceux qui répondirent à son appel et embrassèrent l’islam. Lors de la saison du pèlerinage suivante, une délégation de soixante-douze musulmans de Médine vint à La Mecque avec Mus‘ab, leur enseignant religieux et l’émissaire du Prophète, et rencontra de nouveau le Messager de Dieu à al-‘Aqaba.

Mus‘ab avait pleinement compris sa responsabilité et les limites de celle-ci. Il savait qu’il appelait les gens vers Dieu et annonçait la bonne nouvelle d’une religion divine qui invitait l’humanité à la guidance et au droit chemin. Il n’avait d’autre responsabilité que de transmettre le message de cette religion.

À son arrivée à Médine, Mus‘ab fut l’hôte d’As‘ad ibn Zurarah. Tous deux se mirent à appeler les gens à l’adoration du Dieu unique dans les différentes tribus, maisons et assemblées de Médine. Ils rencontrèrent également toutes sortes d’obstacles. Mais, avec intelligence, sagesse et patience, ils surmontèrent tous ces obstacles.

Un jour, il appelait quelques personnes à l’islam. Soudain, Usaïd ibn Hudayr, le chef des Banû ‘Abd al-Ashhal, arriva armé et extrêmement excité. Il était terriblement en colère contre celui qui était venu ici en qualité d’émissaire de Muhammad et qui encourageait les gens à abandonner la religion de leurs ancêtres. Il insultait même leurs divinités. À la vue de l’attitude martiale d’Usaïd, les musulmans assis auprès de Mus‘ab prirent peur. Mais Mus‘ab, lui, n’eut pas peur : il accueillit Usaïd avec le sourire. Il s’avança vers lui en souriant et se tint devant lui. Usaïd lui dit alors, ainsi qu’à As‘ad ibn Zurarah : « Pourquoi venez-vous dans notre territoire tribal pour tromper ainsi nos gens faibles d’esprit ? Si vous ne désirez pas mourir, quittez notre territoire. »

En souriant, Mus‘ab lui dit : « Ne pourriez-vous pas vous asseoir un instant et m’écouter ? Écoutez-moi. Si cela vous plaît, vous l’accepterez ; si cela ne vous plaît pas, nous partirons. »

Usaïd était un homme intelligent. Les paroles de Mus‘ab lui plurent. Voilà qui était raisonnable. Pourquoi refuser de les écouter ? Il déposa son arme, s’assit par terre et se mit à écouter attentivement Mus‘ab.

Mus‘ab récitait des versets du Noble Coran et expliquait la religion apportée par le Prophète Muhammad, tandis que le visage d’Usaïd devenait peu à peu souriant. Mus‘ab n’avait pas encore terminé son exposé qu’Usaïd et son compagnon s’exclamèrent : « Voilà une parole vraiment magnifique et véridique. Que faut-il faire pour entrer dans votre religion ? » Mus‘ab répondit : « Il faut purifier son corps et ses vêtements, puis attester : “Lā ilāha illā Allāh” — il n’y a de divinité qu’Allah. »

Usaïd se leva et partit. Lorsqu’il revint quelque temps plus tard, l’eau ruisselait goutte à goutte de ses cheveux. Debout, il déclara : « J’atteste qu’il n’y a de divinité qu’Allah et j’atteste que Muhammad est Son serviteur et Son Messager. » La nouvelle se répandit de tous côtés. Sa‘d ibn Mu‘adh et Sa‘d ibn ‘Ubâda accoururent auprès de Mus‘ab. Tous deux embrassèrent l’islam. Après la conversion de ces dirigeants, les habitants ordinaires de Médine commencèrent à se dire : « Pourquoi resterions-nous à la traîne ? Allons auprès de Mus‘ab et embrassons l’islam. »

Ainsi, le premier envoyé du Messager d’Allah connut un succès sans précédent dans l’histoire. Le temps s’écoula rapidement. Le Messager d’Allah et ses Compagnons avaient émigré de La Mecque à Médine. Les Quraysh brûlaient de rage. Ils complotèrent même pour les exterminer jusqu’au dernier à Médine. À Badr, ils reçurent une telle leçon que leur haine se transforma en désir de vengeance. Ils affrontèrent de nouveau les musulmans à Uhud. Avant le début de la bataille, le Messager d’Allah regardait les visages de tous les hommes au milieu de l’armée musulmane. Il se demandait à qui confier ce jour-là l’étendard de l’islam. Après les avoir attentivement observés, il appela Mus‘ab et lui remit l’étendard.

La bataille acharnée commença. L’armée qurayshite était sur le point d’être vaincue. C’est alors que les archers musulmans, oubliant l’ordre du Messager d’Allah, quittèrent leurs positions et se lancèrent à la poursuite des Qurayshites. Mais leur action anéantit la victoire certaine de l’armée musulmane et entraîna sa défaite. L’armée qurayshite s’engouffra soudain par le passage de montagne abandonné par les archers musulmans et attaqua l’armée musulmane par-derrière. L’armée musulmane fut plongée dans la confusion. Profitant de cette occasion, l’armée qurayshite mobilisa toutes ses forces et encercla le Messager d’Allah.

Mus‘ab ibn ‘Umaïr prit conscience de l’ampleur du danger. Il leva l’étendard aussi haut que possible, se mit à pousser des hurlements comme un loup, la gorge déployée, et à proclamer le takbîr à voix haute. En même temps, il bondissait et se livrait à de grands gestes de défi. Son objectif était de détourner des yeux ennemis le Messager d’Allah pour attirer leur attention sur lui. Ce jour-là, il transforma ainsi sa seule personne en une armée. Avec le plus grand sens du dépôt qui lui avait été confié, il tenait l’étendard bien haut d’une main et frappait furieusement de l’épée de l’autre. Les ennemis convergèrent vers lui et tentèrent d’atteindre le Messager d’Allah en passant par-dessus son corps. Ibn Sa‘d rapporte au sujet des derniers instants de Mus‘ab : « Le jour d’Uhud, Mus‘ab ibn ‘Umaïr portait l’étendard. Lorsque les musulmans se dispersèrent, Mus‘ab resta ferme et leur fit face. Le cavalier Ibn Qami’a s’avança vers lui et, d’un coup d’épée, lui trancha la main droite. Mus‘ab s’écria alors : “Wa mâ Mouhammadoun illâ rasûl, qad khalat min qablihir-rusul — Muhammad n’est qu’un Messager ; avant lui, bien d’autres messagers sont passés.” Mus‘ab saisit l’étendard de la main gauche. Un autre coup d’épée lui trancha également la main gauche. Il répéta encore : “Wa mâ Mouhammadoun illâ rasûl”, puis se pencha sur l’étendard et le maintint avec ses deux bras. Alors une lance lui fut lancée. Il s’effondra à terre avec l’étendard. Inna lillâhi wa innâ ilayhi râji‘ûn. La phrase que le vénérable Mus‘ab répétait avant son martyre n’avait pas encore été révélée comme verset coranique. Ce n’est qu’après cet événement d’Uhud que l’ange Gabriel vint avec le verset : “Wa mâ Mouhammadoun illâ rasûl…” »

Après la bataille, on retrouva le corps du vénérable Mus‘ab. Son visage était couvert de sang et de poussière. Debout près du corps, le Messager d’Allah fondit en larmes. Khabbâb ibn al-Aratt dit : « Nous avions émigré avec le Messager d’Allah dans le sentier d’Allah, en recherchant la satisfaction d’Allah. Il appartient à Allah de nous en accorder la récompense. Parmi nous, l’un de ceux qui ont quitté ce monde sans avoir reçu la moindre récompense pour leur œuvre est Mus‘ab ibn ‘Umaïr.

Il atteignit le martyre à Uhud. On ne trouva, pour l’ensevelir, d’autre vêtement qu’une seule étoffe. Lorsqu’on lui en couvrait la tête, ses pieds restaient découverts ; lorsqu’on lui couvrait les pieds, sa tête apparaissait. Finalement, le Messager d’Allah nous dit : « Couvrez avec l’étoffe ce qui peut l’être du côté de la tête, et mettez de l’herbe d’idhkhir sur ses pieds. » Le Messager d’Allah se tint près du corps de Mus‘ab et récita : « Mina al-mu’minîna rijâloun sadaqû mâ ‘âhadû Allâha ‘alayhi… » — « Parmi les croyants, il est des hommes qui ont été sincères dans l’engagement qu’ils ont pris envers Allah. » Puis, regardant son linceul, il dit : « Je t’ai vu à La Mecque. Là-bas, personne n’avait une étoffe plus douce que la tienne ni de plus belles boucles. Et aujourd’hui, te voilà étendu ici, couvert de poussière dans cette étoffe. » Il dit également : « Le Messager d’Allah témoigne que, le Jour de la Résurrection, vous serez tous témoins auprès d’Allah. » Puis, se tournant vers ses Compagnons, il dit : « Ô gens, rendez-leur visite, venez auprès d’eux et adressez-leur vos salutations. Par Celui qui tient ma vie entre Ses mains, quiconque leur adressera ses salutations jusqu’au Jour de la Résurrection recevra leur réponse. »

Son frère, Abû Rûm ibn ‘Umaïr, ainsi qu’Amir ibn Rabî‘a et Suwayt ibn Sa‘d, le descendirent dans la tombe et achevèrent son inhumation.

Le vénérable Mus‘ab était d’une intelligence remarquable, généreux et un orateur éloquent au langage limpide. La rapidité avec laquelle l’islam se répandit à Yathrib (Médine) suffit à démontrer ces qualités. Il avait mémorisé tout ce qui du Coran avait été révélé jusqu’à son martyre. Il fut le premier à célébrer la prière du vendredi à Médine. Lorsque le nombre des musulmans de Médine augmenta quelque peu, il commença, avec l’autorisation du Messager d’Allah, à célébrer la prière du vendredi dans la maison du vénérable Sa‘d ibn Khuthayma. C’est lui qui la dirigea. Après la prière, une chèvre fut sacrifiée et servie aux fidèles. (Tabaqât)(Tabaqât)

…….. Premier tome achevé ……..

Bibliographie

1. Ibn Sa’d — Tabaqāt,

2. Ibn Hajar al-‘Asqalānī — al-Iṣāba,

3. Ibn Hishām — al-Sīra,

4. Ibn Kathīr — al-Bidāya wa-l-Nihāya,

5. Ibn ‘Abd al-Barr — al-Istī‘āb,

6. al-Dhahabī — Tadhkirat al-Ḥuffāẓ,

7. At-Tabari – Histoire des nations et des rois,

8. Adh-Dhahabi – Histoire de l’islam

9. Ibn ‘Asakir – La grande histoire de Damas,

10. Yusuf Kandhalawi – La vie des Compagnons,

11. Khalid Muhammad Khalid – Des hommes autour du Messager,

12. Dr Abd ar-Rahman Ra’fat al-Basha – Tableaux de la vie des Compagnons,

13. Muhammad al-Khudari Bek – Histoire de la nation islamique

14. Mawlana Mu’inuddin Nadwi – Les Émigrés (ourdou),

15. Dā’irat al-Ma‘ārif al-Islāmiyya,

16. Les divers recueils de hadiths.