Introduction
Histoire et sîra
À l’époque de la Jâhiliya, les Arabes ne savaient pas ce qu’était l’histoire. Pour eux, l’histoire consistait en récits transmis par héritage. La description de la nature et du mode de vie arabes constituait l’unique élément de l’histoire courante de cette époque. Celle-ci regorgeait de récits glorieux relatant l’héroïsme de leurs ancêtres, leur générosité, leur loyauté envers leur tribu et leur fidélité à leurs engagements. Cette histoire était riche en généalogies et en récits permettant d’identifier les amis et les ennemis. L’histoire de la Kaaba sacrée et de ses gardiens, le récit de l’origine du puits de Zamzam, la vie des dirigeants de Jurhum et de Quraych, le récit de l’inondation provoquée par la rupture de la digue de Ma’rib et de la dispersion des habitants de cette région dans toutes les directions, ainsi que les prédictions des devins et des prêtres, leurs textes rimés et leur poésie, etc. — tout ce qui permettait de connaître la réalité de la vie sociale, politique et religieuse des Arabes de cette époque — constituait l’essentiel de l’histoire de la nation arabe. Lorsque l’islam réapparut par l’intermédiaire de Muhammad (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui), ces récits légendaires continuèrent à être transmis de bouche en bouche. En outre, les conteurs et narrateurs arabes trouvèrent dans l’appel à l’islam, les signes annonciateurs de la prophétie observés avant celui-ci, son développement progressif et son accession à l’âge adulte, sa vie après la prophétie, les événements de la vie des Compagnons du Messager d’Allah (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui), ainsi que les récits de musulmans de nom, de chrétiens, de juifs et d’idolâtres hostiles au Messager d’Allah (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui) et à sa vie exemplaire, une matière vaste et d’une portée considérable. Ces nouveaux récits se répandirent donc eux aussi parmi eux par transmission orale. Le Saint Coran, les hadiths du Grand Prophète (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui) et les paroles des Compagnons s’établirent comme une vaste preuve de cette nouvelle vie.
Le Saint Coran était écrit dès le début. En revanche, les hadiths du Grand Prophète (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui) demeurèrent longtemps non écrits, bien que les gens les considérassent comme des récits fiables et authentiques. Personne n’osa consigner les hadiths de manière systématique. C’est en raison de cette parole du Messager d’Allah (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui), rapportée par Abou Saïd : « N’écrivez rien de ce que je dis en dehors du Coran ; et si vous l’avez écrit, effacez-le » — que personne n’osa les mettre par écrit.
La portée de cette interdiction est très claire. On craignait que, si les paroles du Messager d’Allah (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui) étaient mises par écrit pendant la révélation du Coran, elles ne se mêlent à celui-ci au point de se confondre avec lui. Il va sans dire que cette interdiction avait été prononcée dans le seul but majeur d’éviter ce mélange et qu’elle était limitée à la période de la révélation du Coran.
Cependant, ce n’est qu’au début du règne d’Omar ibn Abd al-Aziz que l’on entreprit la compilation systématique des hadiths. Il occupa le siège du califat de l’an 99 à l’an 101 de l’Hégire. On rapporte qu’il fit l’istikhara pendant quarante jours afin de déterminer s’il devait entreprendre la compilation des hadiths. Finalement, il eut l’intuition que cela était un devoir venant d’Allah. Il chargea donc Abou Bakr ibn Muhammad ibn Omar ibn Hazm de compiler les hadiths. Abou Bakr était gouverneur et juge de Médine. Il vécut jusqu’à l’an 120 de l’Hégire. Il mit par écrit, sous la forme d’un livre, les hadiths qu’il avait mémorisés et les envoya dans différentes villes pour qu’ils soient examinés. Omar ibn Abd al-Aziz chargea également Muhammad ibn Muslim ibn Chihab az-Zuhri de recueillir les hadiths. Celui-ci composa un ouvrage de hadiths.
À partir de cette époque, les musulmans poursuivirent la collecte des hadiths. Toutefois, ce travail ne suivait aucune méthode particulière de classement : chacun recueillait les hadiths selon sa propre manière. Certains les consignaient sous la forme d’un livre consacré à un chapitre particulier des règles de la charia. La rédaction de ces ouvrages progressa ensuite. À cette étape, nous constatons que beaucoup classèrent les chapitres des recueils de hadiths et en séparèrent la biographie du Messager d’Allah (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui). Ils y consignèrent son récit de naissance, son éducation dans la maison de sa nourrice et les autres événements antérieurs à la prophétie. Puis ils donnèrent une description détaillée de l’appel des Quraychites à la religion d’Allah, de la patience dont lui et ses compagnons firent preuve face aux persécutions infligées par les Quraychites, ainsi que d’autres événements connexes. Ils y intégrèrent également les hadiths relatifs aux événements des guerres et des expéditions militaires.
Les historiens suivirent une voie différente. Ils composèrent de nombreux ouvrages considérables sur l’histoire. Leur ferveur islamique s’y refléta : c’est pourquoi ils trouvèrent, dans la personne du Messager d’Allah (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui), un modèle incontestablement digne d’être imité par les musulmans et une source de guidée.
Les éminents historiens musulmans qui ont ouvert la voie à la rédaction des ouvrages de sîra
Les premiers auteurs d’ouvrages de sîra furent ʿUrwa ibn az-Zubayr ibn al-ʿAwwâm (92 de l’Hégire), Abbân ibn ʿUthmân (105 de l’Hégire), Wahb ibn Munabbih (110 de l’Hégire), Shurahbîl ibn Saʿd (123 de l’Hégire), Ibn Shihâb az-Zuhrî (124 de l’Hégire) et ʿAbdullah ibn Abî Bakr ibn Hazm (135 de l’Hégire). Presque tous les ouvrages qu’ils rédigèrent ont disparu. Toutefois, certains fragments ont été conservés çà et là dans divers ouvrages historiques. L’Histoire d’at-Tabarî mérite notamment d’être mentionnée à ce propos. Quant à un fragment de l’ouvrage de Wahb ibn Munabbih, il est actuellement conservé dans la ville de Heidelberg, en Allemagne.
Après eux apparut un autre groupe d’auteurs d’ouvrages historiques et de sîra. Parmi les plus célèbres figuraient Mûsâ ibn ʿUqba (141 de l’Hégire), Muʿammar ibn Râshid (150 de l’Hégire) et Muhammad ibn Ishâq (152 de l’Hégire). Les principales figures du groupe qui leur succéda furent Ziyâd al-Bukâ’î (183 de l’Hégire), al-Wâqidî, auteur de l’ouvrage des Maghâzî — l’histoire des guerres menées sous la direction du Messager de Dieu, que Dieu le bénisse et lui accorde la paix — (207 de l’Hégire), Ibn Hishâm (218 de l’Hégire) et le célèbre auteur des Tabaqât, Ibn Saʿd (230 de l’Hégire).
La sîra d’Ibn Ishâq
Parmi les ouvrages de sîra mentionnés, le plus célèbre, le plus authentique et le plus fiable, ainsi que le plus remarquable, est la Sîra de Muhammad ibn Ishâq. 1. « Muhammad ibn Ishâq ibn Yasâr ibn ʿAbd al-Muttalib ibn ʿAbd Manâf était un affranchi. Son grand-père Yasâr fut l’un des prisonniers de guerre de la ville de ʿAyn at-Tamr, située à l’ouest de Koufa, vers Bâriya. Lorsque cette ville passa sous l’autorité des musulmans, en l’an 12 de l’Hégire, sous le califat d’Abû Bakr, Yasâr fut conduit à Médine. C’est là que naquit son petit-fils Muhammad, en l’an 85 de l’Hégire. Il passa sa jeunesse à Médine, puis entreprit de voyager dans les pays à population musulmane. En l’an 115 de l’Hégire, il se rendit à Alexandrie, où il recueillit et transmit des hadiths auprès d’un groupe de savants égyptiens spécialistes du hadith. Il voyagea ensuite en Jazîra, à Koufa, Rayy, Buhayra et enfin à Bagdad. C’est là qu’il mourut, en l’an 152 de l’Hégire. Le célèbre érudit Ibn ʿAdî déclara à son sujet : “Même si le seul mérite d’Ibn Ishâq avait été d’empêcher les souverains de son époque de composer des ouvrages futiles et de les inciter à se consacrer à l’histoire des luttes armées du Messager de Dieu, que Dieu le bénisse et lui accorde la paix, de sa mission prophétique et de la création du monde, il aurait néanmoins été considéré comme le premier et le plus éminent par ce mérite.” » Il rédigea cet ouvrage au début de l’époque du pouvoir abbasside. Il est rapporté qu’un jour, à Bagdad, il entra dans la cour du souverain abbasside al-Mansûr. Son fils al-Mahdî était assis devant lui. Al-Mansûr lui dit : « Ibn Ishâq, sais-tu qui est cette personne ? » Ibn Ishâq répondit : « Oui, c’est le fils de l’émir des croyants, c’est-à-dire al-Mansûr. » Al-Mansûr lui dit alors : « Va et rédige pour lui un ouvrage qui relate tous les événements, depuis la création d’Adam jusqu’à nos jours. » Ibn Ishâq partit donc et, quelque temps après, rédigea l’ouvrage en question et le présenta à al-Mansûr. Celui-ci lui dit : « Ibn Ishâq, tu as rendu ton ouvrage excessivement long. Réduis-le maintenant. » Le vaste ouvrage fut ensuite déposé dans le trésor du calife.
La sîra d’Ibn Hishâm
Après Ibn Ishâq vint Ibn Hishâm. 2. Abû Muhammad ʿAbd al-Malik ibn Hishâm ibn Ayyûb al-Himyarî. Il était originaire de Bassora. Il se rendit ensuite en Égypte, où il rencontra l’imâm ach-Châfiʿî. Tous deux se consacrèrent alors largement à l’étude de la poésie arabe. En plus de son abrégé de la Sîra d’Ibn Ishâq, Ibn Hishâm rédigea un ouvrage sur les souverains et la généalogie de la tribu himyarite. Il composa également un autre ouvrage dans lequel il expliquait des poèmes rares relatifs à la sîra. Il mourut en l’an 218 de l’Hégire, dans la ville de Fustât. Il nous présenta cet ouvrage de sîra sous une forme abrégée. Il acheva ce travail environ un demi-siècle après la rédaction de l’ouvrage original par Ibn Ishâq. Pour établir cet abrégé de l’ouvrage d’Ibn Ishâq, il ne passa que par un seul intermédiaire, nommé Ziyâd al-Bukâ’î. 3. Le hâfiz Abû Muhammad Ziyâd ibn ʿAbd al-Malik ibn ʿAttûfayl al-Bukâ’î al-ʿÂmirî al-Kûfî. Il fut appelé al-Bukâ’î parce qu’il était issu des Banû al-Bukâ, branche des Banû ʿÂmir ibn Saʿsaʿa. Il se rendit à Bagdad, où il apprit d’Ibn Ishâq l’histoire des expéditions militaires du Messager de Dieu, que Dieu le bénisse et lui accorde la paix, et étudia puis enseigna les prescriptions de la Loi religieuse auprès de Muhammad ibn Sâlim. Il retourna ensuite à Koufa, où il mourut en l’an 183 de l’Hégire, sous le règne du calife Hârûn ar-Rashîd. Les quelques paroles citées au début de l’ouvrage prouvent qu’Ibn Hishâm accordait à ce maître toute la considération qui lui était due : “J’ai omis les éléments dont le récit pourrait déplaire à beaucoup de gens, ou que al-Bukâ’î n’a pas établis comme authentiques pour nous par sa propre narration.” » Ibn Hishâm présenta ainsi le contenu de l’ouvrage original d’Ibn Ishâq sous une forme extrêmement abrégée et remaniée, qui constitue le contenu du présent ouvrage. Il y incorpora çà et là quelques ajouts et remarques critiques. Il lui arriva également de comparer ou de vérifier les récits d’Ibn Ishâq en les confrontant à ceux d’autres érudits. Il exposa dès le début de l’ouvrage certaines méthodes qu’il avait suivies pour le compiler. Malgré cela, nous ne doutons pas qu’Ibn Hishâm ait compilé l’ouvrage d’Ibn Ishâq avec une parfaite honnêteté, fidélité et application. Il n’en a pas modifié un seul mot. Chaque fois qu’il ressentait le besoin de relever une erreur dans le récit d’Ibn Ishâq, d’expliquer une affirmation obscure ou de présenter un autre récit qui contredisait le sien, il commençait par la formule : “Ibn Hishâm dit”.
La réduction constituait essentiellement l’objectif principal de sa compilation de l’ouvrage de sîra. C’est pourquoi il en retrancha tout ce qui allait des débuts de la création jusqu’à l’histoire des descendants d’Ismâʿîl, ainsi que les autres récits dont il ne voyait aucun rapport avec la sîra. Il n’y inclut pas non plus les poèmes dont il doutait de l’authenticité.
Celui qui cherchera, à partir de la compilation d’Ibn Hicham, à découvrir le contenu de l’ouvrage original de la Sîra y trouvera la plus grande dévotion et la plus parfaite fidélité, qualités qui caractérisaient les savants musulmans de cette époque ancienne.
La valeur de la Sîra d’Ibn Hicham
En réalité, l’ouvrage de Sîra d’Ibn Ishaq est considéré depuis les temps anciens jusqu’à nos jours comme la principale référence faisant autorité pour les lecteurs de la Sîra. Rares sont ceux qui, parmi les spécialistes de la biographie du Messager d’Allah — qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix —, n’ont pas pris l’ouvrage de Sîra d’Ibn Ishaq comme principal guide en la matière. Depuis les temps anciens, cette Sîra d’Ibn Ishaq est connue des savants sous le nom de « Sîra d’Ibn Hicham », car Ibn Hicham en fut le compilateur et l’abréviateur. Ibn Khallikân dit : « Ibn Hicham a réuni, compilé et abrégé toute la biographie du Messager d’Allah — qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix — recueillie par Ibn Ishaq, y compris son histoire militaire et sa vie générale. C’est cet ouvrage qui se trouve aujourd’hui entre les mains des lecteurs sous le nom de Sîra d’Ibn Hicham. »
Un assez grand nombre d’annotateurs et de commentateurs entreprirent de rédiger des commentaires de la Sîra d’Ibn Hicham. Parmi eux, le commentaire d’Abû al-Qâsim ‘Abd al-Rahmân al-Suhaylî (581 de l’Hégire), intitulé « al-Rawd al-Unuf », est particulièrement détaillé et volumineux. [4. Abû al-Qâsim ‘Abd al-Rahmân ibn ‘Abd Allah ibn Ahmad ibn al-Khuthaymî al-Suhaylî al-Andalusî al-Mâlikî. Al-Suhayl est le nom d’une vallée située dans la région de Kora, en Espagne. Il naquit en 508 de l’Hégire et y demeura. Il passa ensuite trois années au Maroc, où il mourut en 581 de l’Hégire.] Après lui, celui qui porta son attention sur l’étude de cet ouvrage fut Abû Dharr al-Khushanî. [5. Abû Dharr Mus‘ab ibn Muhammad ibn Mas‘ûd al-Jayyânî al-Khushanî. Il était connu sous le nom d’al-Khushanî d’après le village de Khushayn, en Espagne, et la tribu de Khushayn, en Cadix. Il naquit en 533 de l’Hégire et mourut en 604.] Il expliqua les passages difficiles et formula également quelques critiques dans son ouvrage intitulé « Commentaire de la Sîra prophétique ». Le docteur Brunlah publia par ailleurs cet ouvrage. Badr al-Dîn Muhammad ibn Ahmad al-‘Aynî acheva en 805 de l’Hégire son commentaire, intitulé « Kachf al-Lisân fî charh Sîrat Ibn Hicham ».
D’un autre côté, nous constatons que certains auteurs s’intéressèrent également à l’abrègement de cet ouvrage. L’un d’eux fut Burhân al-Dîn Ibrâhîm ibn Muhammad al-Murhal al-Châfi‘î. Dans son ouvrage en dix-huit chapitres, intitulé « al-Dhakhîra fî mukhtasar al-Sîra », il ne se contenta pas d’abréger la Sîra d’Ibn Hicham : il y ajouta également certains éléments. Il acheva la rédaction de cet ouvrage en 661 de l’Hégire. Puis, en 711 de l’Hégire, Abû al-‘Abbâs Ahmad ibn Ibrâhîm ibn ‘Abd al-Rahmân al-Wâsitî acheva à son tour un autre abrégé intitulé « Mukhtasar Sîrat Ibn Hicham ». Certains auteurs compilèrent même la Sîra d’Ibn Hicham sous forme poétique. Parmi eux figuraient : (1) Abû Muhammad ‘Abd al-‘Azîz ibn Muhammad ibn Sa‘îd al-Dumayrî al-Dayrînî, mort en 607 de l’Hégire ; (2) Abû Nasr al-Fath ibn Mûsâ ibn Muhammad al-Maghribî, mort en 793 de l’Hégire. L’ouvrage composé par ce dernier s’intitule « al-Fath al-Qarîb fî Sîrat al-Habîb ». Il fut composé en dix mille vers.
La présente version abrégée de la Sîra d’Ibn Hicham
Au début de ma jeunesse, j’essayais à maintes reprises de lire cet ouvrage du début à la fin, mais le désordre et le manque de cohérence de sa composition suscitaient en moi une profonde souffrance mentale et de l’ennui. Je le lisais donc tantôt par-ci, tantôt par-là. C’est la douceur et l’élégance de la langue, ainsi que la noblesse du contenu, qui m’attiraient vers ces passages dispersés. Ces passages me semblaient aussi agréables qu’un jardin fleuri au milieu d’un désert aride.
En réalité, lorsque je lisais le Coran et les hadiths, j’éprouvais dans mon cœur le sentiment d’une adoration pure et une profonde disposition à l’obéissance ; la lecture des livres consacrés à la Sîra me procurait exactement les mêmes sentiments. Il me semblait qu’une irrésistible attraction, issue d’un mystère inconnu, me poussait à les relire sans cesse. Mon père défunt était lui aussi l’auteur d’un ouvrage consacré à la Sîra. Il rédigea un abrégé en trente chapitres intitulé « Talkhîs al-Durûs al-Awwaliyya fî al-Sîra al-Muhammadiyya ». Pendant de longues années, ce fut l’unique manuel utilisé dans les établissements d’enseignement islamique. Il va sans dire qu’à cette époque la Sîra figurait parmi les principales matières enseignées dans les écoles.
Malgré cela, je n’ai pas réussi à lire de bout en bout l’ouvrage intitulé La Sîra d’Ibn Hichâm. J’ai déjà indiqué que cela était dû à l’absence d’organisation dans la méthode de composition ainsi qu’au style narratif décousu et disparate. Là, le lecteur de la Sîra voit soudain surgir devant lui, lui barrant la route, la longue liste des noms de tous les prisonniers de guerre de Badr, de tous les chevaux utilisés par l’armée musulmane à Badr, de tous les soldats musulmans issus des Ansâr et des Quraychites qui participèrent à la bataille de Badr, de ceux qui y furent martyrisés et de ceux qui furent tués parmi les polythéistes. De même, font obstacle à l’étude de la Sîra par le lecteur les poèmes récités lors de la bataille de Badr, les dialogues célébrant la gloire des ancêtres, les discours mentionnant les lignées, les longues tirades tissées par le seul charme des mots, ainsi que les nombreuses interprétations coraniques introduites à proximité, bien qu’elles soient sans rapport avec le sujet principal de la Sîra, et dont la plupart sont rapportées, conformément à l’usage courant des ouvrages de Sîra, avec mention de la chaîne de transmission, dont l’importance n’est reconnue que par les savants critiques.
C’est pourquoi j’ai entrepris de présenter au lecteur, dans le présent ouvrage abrégé, cette substance de la Sîra sous une forme agréable à lire, propre à ne pas interrompre la continuité de l’étude et embellie par une présentation nouvelle. Je me suis toutefois pleinement efforcé de préserver intact le propos véritable de l’ouvrage original, afin que le lecteur puisse en tirer des citations et être assuré d’y recueillir des informations faisant autorité. Je n’ai pas changé une seule lettre de l’ouvrage original. J’ai toujours gardé à l’esprit que ma responsabilité et mon devoir consistaient à reproduire exactement les propos de l’auteur. J’ai adopté et constamment suivi la règle de citer fidèlement les propos d’Ibn Hichâm et de commencer à cet effet par la formule : « Ibn Hichâm a dit ». J’ai procédé, en chaque endroit, de la manière requise par les nécessités et les objectifs de la compilation. Tout le reste consiste en propos d’Ibn Ishâq rapportés par Ibn Hichâm. Je n’ai mentionné les noms des transmetteurs que là où cela était nécessaire pour établir le propos, et nulle part ailleurs, bien que, dans l’ouvrage original, Ibn Ishâq ou Ibn Hichâm mentionnent leurs noms dans presque tous les cas. Je me suis attaché à ordonner méthodiquement toutes les citations d’Ibn Hichâm et, lorsque cela s’est avéré nécessaire, j’en ai expliqué et analysé certaines. Pour cela, j’ai dû m’appuyer sur les récits des spécialistes de la Sîra ainsi que sur des recueils de hadiths et des dictionnaires fiables.
Pour ceux qui sont privés de la possibilité d’étudier l’ouvrage original, la présente compilation abrégée constitue un moyen aisé d’en prendre connaissance. Elle peut ainsi établir un lien solide entre la jeunesse actuelle et son héritage ancien et glorieux.
Les lecteurs peuvent achever la lecture de cet ouvrage en quelques jours seulement et acquérir rapidement, grâce à lui, des connaissances précieuses et bénéfiques. En revanche, s’ils devaient lire l’ouvrage original, actuellement hors de portée de la plupart des lecteurs, cela leur demanderait de nombreux mois.
Je prie Allah de bien vouloir faire profiter la société de cet ouvrage. Si ce modeste et insignifiant effort dans le domaine du savoir se révèle fructueux, je me considérerai comblé. La satisfaction d’Allah et de Son Messager est l’unique objectif de cet effort.
Abdus Salam Haroun
Misr al-Jadida
Le milieu du Ramadan
1374 de l’Hégire
La généalogie ascendante de Muhammad, qu’Allah le bénisse et le salue, jusqu’à Adam, paix sur lui
Abû Muhammad Abd al-Malik ibn Hichâm dit :
Cet ouvrage traite de la vie du Messager d’Allah, Muhammad, qu’Allah le bénisse et le salue. Sa généalogie ascendante est la suivante :
Son père Abdallah, son père Abd al-Muttalib (le véritable nom d’Abd al-Muttalib était Chayba), son père Hachim (le véritable nom de Hachim était Amr), son père Abd Manâf (le véritable nom d’Abd Manâf était al-Mughîra), son père Qusayy (le véritable nom de Qusayy était Zayd), son père Kilâb, son père Murra, son père Ka‘b, son père Lu’ayy, son père Ghâlib, son père Fihr, son père Mâlik, son père al-Nadr, son père Kinâna, son père Khuzayma, son père Mudrika (le véritable nom de Mudrika était Âmir), son père Ilyâs, son père Mudarr, son père Nizâr, son père Ma‘add, son père Adnân, son père Udd, son père Muqawwim, son père Nâhûr, son père Hîta Tâ’ira, son père Ya‘rûb, son père Yachjub, son père Nâbit, son père Ismaël, paix sur lui, son père Abraham, paix sur lui, son père Târah (autre nom de Târah : Âzar), son père Nâhûr, son père Sârigh, son père Râ‘û, son père Fâlikh, son père Ubayr, son père Châlikh, son père Arfakhchad, son père Sâm, son père Noé, paix sur lui, son père Lâmik, son père Mûtawchâlakh, son père Akhnûkh (selon les historiens, il s’agit du prophète Idrîs, paix sur lui), son père Yârid, son père Mahlîl, son père Qaynân, son père Yânich, son père Chîth, son père Adam, paix sur lui.
Ibn Hichâm dit :
« Si Allah le veut, je commencerai cet ouvrage par le récit d’Ismaël, fils du prophète Abraham. Ensuite, je raconterai successivement les ancêtres paternels de Muhammad, qu’Allah le bénisse et le salue, qui sont nés de la descendance d’Ismaël, ainsi que ceux qui sont nés de la descendance de ces ancêtres. De cette manière, j’exposerai tous les ancêtres paternels depuis Ismaël, paix sur lui, jusqu’à Muhammad, qu’Allah le bénisse et le salue, ainsi que les récits qui circulent à leur sujet. Toutefois, je ne rapporterai pas le récit des enfants d’Ismaël qui ne sont pas les ancêtres de Muhammad, afin de maintenir la brièveté de l’ouvrage et de le limiter aux sujets relatifs à la Sîra. De même, pour conserver la brièveté de l’ouvrage, j’omettrai certains récits qu’Ibn Ishâq avait consignés dans cet ouvrage. Ces récits d’Ibn Ishâq ne mentionnent pas le Messager d’Allah, qu’Allah le bénisse et le salue ; rien n’a été révélé à leur sujet dans le Coran, et ils ne constituent pas non plus l’occasion, l’explication ou la preuve d’un quelconque passage de cet ouvrage. J’ai également écarté certains poèmes cités par Ibn Ishâq, que j’ai constatés inconnus des spécialistes de la poésie. En outre, j’ai dû omettre certaines paroles d’Ibn Ishâq qui étaient de mauvais goût et suscitaient le mécontentement du public, ainsi que certains éléments qui n’étaient pas confirmés par Bukâ’î. À l’exception de ces quelques éléments, je rapporterai intégralement, si Allah le veut, toutes les autres informations d’Ibn Ishâq dans la mesure où elles ont été rapportées et reconnues. »
La généalogie des descendants d’Ismaël, paix sur lui
Douze fils naquirent d’Ismaël, que la paix soit sur lui. Ils étaient : Nabet, Qaïzar, Azral, Mich, Masma’, Machi, Dam, Azar, Tim, Yatour, Nabach et Qayoum.
De Nabet naquit Yasjoub, de Yasjoub naquit Ya’rub, de Ya’rub naquit Oud, et d’Oud naquit Adnan.
Après Adnan, les descendants d’Ismaël se divisèrent en tribus. Adnan avait deux fils : Ma’ad et Akk.
Akk ibn Adnan partit au Yémen, où ses descendants s’établirent définitivement. Akk épousa une femme de la tribu des Banu Ach’ar de cette région et continua à vivre parmi eux ; ainsi, leur pays et leur langue devinrent communs. Les ancêtres de la tribu des Banu Ach’ar étaient : Ach’ar, son père Nabat, son père Oud, son père Hamaïsa, son père Amr, son père Ourayb, son père Yachjoub, son père Zayd, son père Kahlan, son père Yachzoub, son père Yaroub et son père Qahtan.
L’autre fils d’Adnan, Ma’ad ibn Adnan, eut quatre enfants : Nizar, Quda’a, Kanasa et Iyad. Les descendants de Qudayr eurent la chance de survivre jusqu’à Himyar ibn Saba. Toutefois, selon les spécialistes de la généalogie des descendants de Ma’ad, les autres descendants de Kanasa ibn Ma’ad disparurent. Cependant, le roi de Hira, Nu’man ibn Mundhir, était lui aussi issu de cette descendance.
Le rêve de Rabi’a ibn Nasr
Parmi les rois, Rabi’a ibn Nasr du Yémen était un souverain faible et soumis. Un jour, il fut profondément effrayé après avoir fait un rêve terrible. Il réunit dans son royaume tous les devins, magiciens et ayef — 6. Il existait à cette époque une sorte de devins qui prédisaient l’avenir d’après le cri, les mouvements, etc., des oiseaux. On les appelait ayef.
— ou astrologues, et leur dit : « J’ai fait un rêve qui m’a terrifié. Vous me direz quel rêve j’ai fait et quelle en est l’interprétation. » Les astrologues réunis répondirent : « Décrivez-nous le rêve. Nous vous en donnerons l’interprétation. » Le roi dit : « Si je vous racontais le rêve, je ne pourrais trouver ni réconfort ni sérénité dans votre interprétation. En effet, seule peut interpréter ce rêve une personne capable de me dire quel rêve j’ai fait avant même que je ne le lui raconte. » L’un des astrologues dit : « Ô Majesté, si vous voulez connaître l’interprétation du rêve de cette manière, faites venir Satih et Cheqq, car nul n’est plus compétent qu’eux. Ils pourront vous dire ce que vous voulez savoir. »
Le roi fit appeler les deux devins. Satiḥ se présenta d’abord à la cour du roi. Le roi lui dit : « J’ai fait un rêve qui m’a terrifié et épouvanté. Dis-moi quel rêve j’ai fait. Si tu parviens à le raconter correctement, tu sauras également l’interpréter correctement. »
Satiḥ répondit : « Très bien, je le ferai. Vous avez vu en rêve un morceau de feu sortir des ténèbres, descendre dans les basses terres et dévorer toutes les créatures qui s’y trouvaient. »
Le roi dit : « Bravo ! Tu as parfaitement raconté mon rêve. Maintenant, dis-moi quelle en est la signification. »
Il répondit : « Je le jure par tous les serpents qui vivent dans les deux contrées rocheuses : les Abyssins entreront dans votre territoire et s’empareront de tout le Yémen. » Le roi dit : « Ô Satiḥ, voilà une affaire extrêmement douloureuse et propre à susciter la colère. »
Quand cela se produira-t-il ? De mon vivant ou après ma mort ? »
Il répondit : « Quelque temps après votre règne, après que se seront écoulées soixante ou soixante-dix années. » Le roi demanda : « Ce territoire restera-t-il à jamais en leur possession, ou leur occupation forcée prendra-t-elle fin ? » Il répondit : « Après un peu plus de soixante-dix ans, leur domination prendra fin. Ensuite, ils seront soit tués, soit contraints de fuir. » Le roi demanda de nouveau : « Qui les tuera ou les chassera ? » Satiḥ répondit : « Ils seront tués ou chassés par Iram ibn Dhu Yazan. Il apparaîtra à Aden et ne laissera aucun d’entre eux au Yémen. »
Le roi dit : « La domination d’Iram sera-t-elle permanente ou temporaire ? »
Satiḥ répondit : « Leur domination sera temporaire. »
Le roi demanda : « Par la main de qui prendra fin le pouvoir ? »
Satîh répondit : « Par la main d’un prophète d’une pureté parfaite. Il recevra la révélation du monde supérieur. »
Le roi demanda : « De quelle lignée sera-t-il issu ? »
Satîh répondit : « Il sera issu de la descendance de Ghalib, fils de Fihir, lui-même fils de Malik, fils d’al-Nadr. Son peuple conservera le pouvoir jusqu’au moment où l’univers prendra fin. »
Le roi demanda : « Ainsi donc, l’univers a une fin ? »
Il répondit : « Oui, le jour où les premiers et les derniers humains de la terre seront réunis. Ceux qui auront accompli de bonnes œuvres seront heureux, tandis que ceux qui auront commis de mauvaises œuvres subiront le malheur. »
Le roi demanda : « Ta prédiction est-elle véridique ? »
Il répondit : « Oui, par la nuit obscure et la lumière de l’aurore, par l’aube harmonieusement ordonnée, ce que j’ai dit est entièrement vrai. »
Ensuite, Chiq arriva à la cour du roi. Le roi lui dit tout ce qu’il avait dit à Satiih. Mais il ne lui révéla pas ce qu’avait déclaré Satiih, afin de voir si tous deux feraient des prédictions semblables ou différentes ; il garda donc l’affaire secrète.
Chiq dit : « Vous avez vu en rêve qu’une flamme de feu surgissait des ténèbres. Elle tomba entre une montagne et un jardin, puis dévora tous les êtres qui s’y trouvaient. »
Le roi comprit que leurs deux déclarations étaient identiques. La seule différence était que Satiih avait dit que le fragment était descendu dans une plaine, tandis que Chiq disait qu’il était tombé entre une montagne et un jardin. Il dit alors à Chiq : « Tu as dit vrai. Maintenant, dis-moi quelle est l’interprétation de ce rêve. »
Il dit : « Je le jure par tous les habitants des deux pays montagneux : les Soudanais envahiront votre pays et tous les faibles seront contraints de se soumettre au moindre signe de leur doigt. Ils étendront leur domination sur tout le territoire, d’Abyan jusqu’aux montagnes de Najran. »
Le roi dit : « C’est une affaire extrêmement douloureuse et propre à susciter la colère. Quand cela arrivera-t-il ? De mon vivant ou bien plus tard ? »
Il dit : « Après votre mort, lorsqu’un certain temps se sera écoulé. Alors un homme puissant vous délivrera et chassera les envahisseurs après les avoir terriblement humiliés et avilis. »
Le roi dit : « Qui est cet homme puissant ? »
Il dit : « Un jeune homme, qui ne sera ni insignifiant ni vil. Il surgira de la maison de Dhu Yazan. Il ne laissera pas un seul envahisseur demeurer au Yémen. »
Le roi demanda : « Le règne de cet homme sera-t-il éternel ou éphémère ? »
Chiq répondit : « Son règne prendra fin avec l’avènement d’un Messager envoyé, qui établira la vérité et la justice, et viendra accompagné de gens pieux et vertueux. Le règne de son peuple durera jusqu’au Jour de la Résurrection. »
Le roi demanda : « Qu’est-ce que le Jour de la Résurrection ? »
Il répondit : « Ce sera le jour où les dirigeants seront jugés. Un appel retentira depuis le ciel, que tous, vivants et morts, pourront entendre. Puis, au moment fixé, tous les hommes seront rassemblés. Ce jour-là, le succès et le salut seront accordés aux gens modérés. »
Le roi demanda : « Ce que tu as dit est-il vraiment vrai ? »
Il répondit : « Oui. Je jure par le Seigneur des cieux et de la terre, et de tout ce qui s’y trouve, plain ou accidenté, que la prédiction que je vous ai annoncée est exacte et indubitable. »
Rabia crut aux paroles de ces deux devins et envoya sa famille en Irak, en lui fournissant les provisions nécessaires. Puis il écrivit à Shapur ibn Khurzad, l’empereur de Perse de l’époque. Shapur leur aménagea un lieu de résidence à Hira.
Conquête du royaume du Yémen et attaque de Yathrib par Abou Karib Hassan ibn Tubba As‘ad
Après la mort de Rabia, toute la royauté du Yémen passa entre les mains d’Abou Karib Hassân ibn Tubbân As‘ad. Son père, Tubbân As‘ad, venait déjà à Médine (Yathrib) par l’est et ouvrit ainsi habilement la voie à l’établissement de son autorité sans importuner les habitants de Médine. Il y nomma l’un de ses fils comme représentant. Mais ce fils fut bientôt assassiné par un tueur embusqué. Tubbân revint alors avec le projet de détruire Médine et d’exterminer ses habitants. Sur ces entrefaites, un groupe d’hommes se rassembla sous la direction d’Amr ibn Tallâ. Ils finirent par entrer en guerre contre lui. Ce groupe donnait l’impression de combattre avec lui durant le jour et de lui offrir l’hospitalité durant la nuit. Étonné par leur comportement, Tubbân dit : « Quelle merveille ! Cette nation est réellement courtoise et noble. » La guerre se poursuivit ainsi. Un jour, deux savants juifs, ayant appris son intention de détruire Médine et ses habitants, vinrent le trouver. Ils lui dirent : « Ô roi, ne faites pas cela. Même si vous vous obstinez, des obstacles insurmontables se dresseront devant vous et vous ne pourrez accomplir ce que vous désirez. Pourtant, vous subirez bientôt un châtiment. » Le roi demanda : « Pour quelle raison subirais-je un châtiment ? » Ils répondirent : « Médine est le refuge du prophète de la fin des temps. Il sera expulsé du Sanctuaire par les Qurayshites et viendra s’y établir. »
En entendant cela, le roi renonça à son projet. Il lui sembla que ces deux hommes étaient véritablement des gens de savoir. Leurs paroles l’impressionnèrent. Il quitta Médine et adopta leur religion.
Tubbâ, c’est-à-dire Tubbân As‘ad, et les membres de sa tribu étaient polythéistes. Il prit la route du Yémen en direction de La Mecque. Lorsqu’il arriva entre les deux lieux appelés Othmân et Amâj, quelques hommes de la tribu de Hudhayl ibn Mudarrika lui dirent : « Ô roi, désirez-vous découvrir une maison inconnue, remplie de richesses précieuses telles que diamants, perles, rubis et émeraudes, dont vos rois prédécesseurs ignoraient l’existence ? » Le roi répondit : « Oui, je désire certainement découvrir une telle maison. » Ils dirent : « Il y a à La Mecque une maison où les habitants de La Mecque adorent Dieu et prient à ses côtés. »
En réalité, les gens de Banû Hudhayl lui avaient donné ce conseil dans le seul but de pousser Tubbân à sa perte. Ils savaient en effet que tout roi qui avait voulu s’emparer de la Kaaba, et quiconque l’avait attaquée, avait péri.
Tubbân voulut suivre le conseil de Banû Hudhayl. Mais avant de le faire, il envoya un messager auprès des deux savants juifs afin de leur demander leur avis. Les deux savants dirent : « Banû Hudhayl veut vous détruire, vous et votre armée. Nous ne savons pas qu’une maison de Dieu sur terre ait jamais été placée sous la possession de quelqu’un d’autre que Dieu. Si vous agissez conformément au conseil qu’ils vous ont donné, vous et vos compagnons serez entièrement anéantis. Cela est inévitable et certain. » Le roi demanda : « Alors, que pensez-vous que je doive faire lorsque j’approcherai de cette maison ? » Ils répondirent : « Vous ferez comme font les habitants de La Mecque. Vous accomplirez la circumambulation autour de la Maison et vous lui témoignerez honneur et vénération. Durant votre séjour auprès d’elle, vous vous raserez la tête. Jusqu’à votre départ de cette Maison, vous resterez dans la plus grande humilité. » Le roi demanda : « Pourquoi ne faites-vous pas tout cela, vous-mêmes ? » Ils répondirent : « Par Dieu, c’est la Maison construite par notre père Abraham. Tout ce que nous vous avons dit à son sujet est vrai. Cependant, en installant de nombreuses idoles tout autour de la Maison, les habitants de La Mecque nous ont barré le chemin qui y mène. Ils nous empêchent également d’y accéder en maintenant la pratique du versement de sang à proximité de cette Maison, alors qu’elle est interdite. Ce sont des polythéistes et des gens impurs. »
Tubbân suivit les conseils des deux savants juifs et les mit en pratique. Il se rendit ensuite auprès des hommes de la tribu de Hudhayl et leur fit couper les mains et les pieds. Puis il alla à La Mecque, accomplit la circumambulation autour de la noble Kaaba, immola des bêtes près d’elle en offrande et se rasa la tête. Il séjourna ainsi six jours à La Mecque. Durant ces six jours, sa principale activité consistait à sacrifier des animaux, à nourrir les habitants de La Mecque et à leur faire boire du miel. Il vit en rêve qu’il recouvrait la Noble Kaaba d’une étoffe. Il la recouvrit ensuite d’une étoffe épaisse appelée khassf.
Il rêva de nouveau qu’il revêtait la Kaaba d’une étoffe encore meilleure. Il la couvrit donc par la suite d’un précieux tissu yéménite. Selon les historiens, ce Tubbâ, c’est-à-dire Tubbân, fut le premier à revêtir la Noble Kaaba d’un couvrement et il recommanda aux membres de la tribu de Jurhum, qui en avaient la garde, de continuer à la couvrir. Ce fut également lui qui ordonna le premier de purifier la Kaaba, ce qui incluait de la débarrasser des idoles, et qui avertit tout le monde de ne pas verser de sang à proximité de la Kaaba ni d’y laisser des cadavres ou des morceaux de vêtements souillés utilisés par les femmes menstruées. Il fit construire une porte pour la Kaaba et en fit installer une serrure et une clé.
Ensuite, Tubbâ quitta La Mecque et se dirigea vers le Yémen avec son armée et les deux savants juifs. Arrivé au Yémen, il invita les habitants à abandonner l’adoration des idoles et à adopter la religion qu’il avait lui-même embrassée. Les Yéménites déclarèrent clairement qu’ils ne renonceraient pas à leur religion sans, conformément à leur coutume, demander un jugement au feu.
Les habitants du Yémen réglaient leurs querelles et leurs différends au moyen du feu. Ce feu dévorait l’oppresseur, mais n’infligeait aucun mal à l’opprimé. Un jour, les habitants du Yémen se rendirent, avec leurs idoles et les autres objets servant à leur culte, à l’endroit d’où sortait le feu, tandis que les deux savants juifs s’y assirent en portant leur Livre céleste suspendu à leurs épaules. Le feu sortit et s’avança d’abord vers les habitants du Yémen. Ceux-ci, terrifiés, s’éloignèrent du feu. Les personnes présentes les réprimandèrent et leur demandèrent de rester patiemment à leur place. Dès qu’ils s’y furent assis avec patience, le feu les encercla et brûla leurs idoles ainsi que les autres objets rituels, les réduisant en cendres. Les quelques prêtres de la tribu de Himyar qui portaient ces objets religieux furent eux aussi réduits en cendres. La tribu de Himyar embrassa alors la religion de Tubba. C’est à partir de cette époque que le judaïsme s’implanta au Yémen.
Après Tubba, son fils Hassân monta sur le trône du Yémen. Accompagné de tous les habitants du Yémen, il entreprit une campagne de conquête dans le but de soumettre l’ensemble du monde arabe et non arabe. Lorsqu’ils atteignirent ainsi le territoire de Bahreïn, les tribus de Himyar et les autres tribus yéménites ne voulurent pas poursuivre leur marche avec lui. Elles décidèrent de retourner dans leur patrie auprès de leurs familles. Elles exposèrent leur intention à Amr, l’un des frères de Hassân qui participait à cette armée, en lui disant : « Tue ton frère Hassân et retourne avec nous dans notre patrie. Nous te choisirons pour roi. » Amr consulta les hommes de son armée et tous approuvèrent. Seul Dhu Ru‘ayn al-Himyarî s’y opposa et lui interdit de commettre ce meurtre. Mais Amr ignora son interdiction. Dhu Ru‘ayn récita alors le poème suivant :
« Prenez garde ! Qui donc acceptera l’insomnie en échange de son sommeil ?
Celui qui fait durer sa vie heureuse
est véritablement le bienheureux. Mais
il a trahi Himyar. Quant à Dhu Ru‘ayn, il lui reste une excuse reconnue par Dieu. »
Il écrivit ce poème sur un morceau de papier et y apposa son sceau. Puis il l’apporta à Amr et lui dit : « Gardez auprès de vous ce billet que j’ai écrit. » Amr le conserva. Ensuite, il tua son frère Hassân et retourna au Yémen avec ses hommes.
Après son retour, Amr ibn Tubban fut frappé d’une profonde insomnie. Lorsque sa maladie s’aggrava, il convoqua des devins, des astrologues et des augures, avec l’aide d’un oiseau guérisseur, et leur demanda leur avis afin de percer le secret de son mal. L’un d’eux dit : « Voyez : de même que vous avez tué votre frère, quiconque a tué son propre frère ou un proche parent par le sang a souffert d’une telle insomnie. »
Dès qu’il eut entendu cela, ʿAmr commença à tuer tous les notables du Yémen qui lui avaient conseillé d’assassiner son frère Hassân. Après les avoir tués l’un après l’autre, lorsqu’il arriva auprès de Dhû Ruʿayn, celui-ci lui dit : « La preuve de mon innocence se trouve auprès de vous. » ʿAmr demanda : « Laquelle ? » Dhû Ruʿayn répondit : « Un morceau de papier écrit de ma main que je vous avais remis. » ʿAmr le sortit alors et vit que deux vers y étaient écrits. Il comprit que Dhû Ruʿayn lui avait effectivement donné un bon conseil. Il ne le tua donc pas.
Puis ʿAmr mourut. Après sa mort, l’anarchie et le désordre apparurent dans le royaume himyarite, et ses membres se dispersèrent. Profitant de cette occasion, un homme terrible et dépravé, étranger à la famille royale, nommé Lakhnîa Yûsuf Dhû Shanâtir, s’empara du pouvoir et leur imposa sa domination. Il tua leurs nobles et se livra à des divertissements avec les membres de la famille royale.
Le plus grand vice de Lakhnîa était l’homosexualité. Un jour, il fit venir dans ce but Zurʿa Dhû Nuwâs, le frère de Hassân et le fils de Tubbân. Lorsque Hassân fut tué, Zurʿa n’était encore qu’un enfant. En peu de temps, il devint un jeune homme robuste et intelligent. Lorsque le messager de Lakhnîa vint le trouver, Zurʿa comprit ses mauvaises intentions. Il dissimula sous son pied, dans sa chaussure, un petit poignard à la lame acérée, puis se rendit auprès de Lakhnîa. Celui-ci l’attira dans un lieu isolé et se jeta sur Zurʿa. Saisissant l’occasion, Zurʿa le frappa violemment avec son poignard. Après avoir tué Lakhnîa, Zurʿa se rendit devant le peuple et se mit à proclamer fièrement son exploit. Alors le peuple dit : « Tu nous as délivrés de la main de cet ignoble individu. Tu es donc la personne la plus digne de devenir notre dirigeant. »
Avec le soutien de la tribu de Himyar et de l’ensemble des Yéménites, Zurʿa Dhû Nuwâs établit sur eux un royaume puissant et durable. Zurʿa fut le dernier empereur de la lignée de Himyar et le protagoniste de l’épisode où les gens furent jetés dans la fosse et brûlés dans le feu, mentionné dans la sourate al-Burûj du Coran.
Dans la province yéménite de Najrân vivait encore un groupe de véritables disciples de Jésus, que la paix soit sur lui. Ils étaient savants, vertueux et dotés d’une grande fermeté d’âme. Leur chef était ʿAbd Allâh ibn Sâmir. Dhû Nuwâs lança contre eux une expédition militaire et les invita à adopter le judaïsme, leur déclarant clairement : « Devenez juifs, ou préparez-vous à mourir. » Des fosses furent donc creusées pour eux. Finalement, ils furent cruellement brûlés vifs, et beaucoup furent tués à l’épée avant que leurs corps ne soient mutilés. Ainsi, Dhû Nuwâs tua près de vingt mille personnes.
C’est au sujet de Dhû Nuwâs et de ses troupes qu’Allah Très-Haut révéla une révélation au Prophète Muhammad, que la bénédiction et la paix d’Allah soient sur lui : « Maudits soient les gens de la fosse ardente. Souviens-toi lorsqu’ils étaient assis près de la fosse, contemplant le massacre qu’ils infligeaient aux croyants. Ils ne leur reprochaient que d’avoir cru en Allah, le Tout-Puissant, le Digne de toute louange. »
Il est rapporté que l’imam et le commandant de ce groupe de croyants tués par Dhû Nuwâs était ʿAbd Allâh ibn Sâmir.
Le Yémen sous la domination des Abyssins
L’un des croyants tués dans la fournaise de Dhû Nuwâs réussit à s’échapper en se sauvant comme il le put. Cet homme, nommé Daws Dhû Sulûbân et issu de la tribu de Saba, parvint habilement à sortir de la tranchée de feu, monta sur son cheval et se mit à galoper à bride abattue à travers le désert, semant les hommes lancés à la poursuite de Dhû Nuwâs. Il atteignit ainsi la cour de l’empereur romain. Il lui exposa en détail le massacre effroyable et les persécutions infligés aux croyants de Najrân par Dhû Nuwâs, le judaïsant, et ses soldats, puis sollicita de l’empereur une aide militaire contre la puissance de Dhû Nuwâs. L’empereur dit : « Ton pays est très éloigné du mien. Je vais donc écrire au roi d’Abyssinie. Lui aussi professe ma religion, et son pays est proche du tien. » L’empereur écrivit au roi d’Abyssinie, lui ordonnant non seulement de porter secours, mais aussi de prendre sa revanche. Muni de cette lettre de l’empereur romain, Daws se rendit auprès du Négus, roi d’Abyssinie. Le Négus envoya avec Daws une armée de soixante-dix mille soldats depuis l’Abyssinie. Un homme nommé Ariât fut nommé commandant de l’armée. Un autre homme, nommé Abraha al-Ashram, y demeura comme son adjoint.
Ariât débarqua avec son armée sur la côte du Yémen, après avoir voyagé par mer. Daws Dhû Sulûbân l’accompagnait. Ayant appris la nouvelle, Dhû Nuwâs, Himyar et les autres tribus yéménites qui le suivaient marchèrent ensemble pour empêcher les soldats d’Ariât d’avancer. Un combat acharné s’engagea entre les deux camps. Finalement, Dhû Nuwâs et ses hommes furent vaincus. Voyant cela, Dhû Nuwâs dirigea son cheval vers la mer. Le cheval se jeta dans les flots, et Dhû Nuwâs y trouva la mort. C’est ainsi que prirent fin Dhû Nuwâs et son règne judaïsant. Ariât entra au Yémen et monta sur le trône.
Le conflit entre Ariât et Abraha
Ariât continua longtemps à gouverner le Yémen. Un jour, Abraha entra en conflit avec lui. Il prétendait qu’en tant que représentant du Négus, il avait davantage de droit que lui à gouverner le Yémen. Les soldats abyssins se divisèrent sur cette question. Alors qu’une guerre entre les deux factions devenait imminente, Abraha envoya à Ariât le message suivant : « Si les Abyssins se combattent entre eux, ils se détruiront eux-mêmes et n’en tireront aucun profit. Affrontons-nous donc en combat singulier. Celui de nous deux qui l’emportera aura l’allégeance de toute l’armée. » Ariât accepta cette proposition et répondit : « Oui, tu as raison. » Un combat acharné opposa Ariât et Abraha. Abraha était relativement plus pieux, corpulent et de petite taille, tandis qu’Ariât était grand, bel homme et de forte stature. Il tenait une arme à la main. Pour protéger son dos, Abraha plaça derrière lui son esclave nommé Atûdah. Ariât frappa Abraha à la tête avec son épée, mais le coup atteignit son visage. Le nez et le sourcil d’Abraha furent tranchés, tandis que sa lèvre et son œil furent blessés. C’est pour cette raison qu’on l’appela Abraha al-Ashram, c’est-à-dire « au nez tranché ». Alors Atûdah sortit de derrière Abraha, attaqua Ariât et le tua. Les soldats abyssins fidèles à Ariât rejoignirent ensuite le camp d’Abraha, qui continua à gouverner le Yémen en tant que représentant unanimement reconnu de l’Abyssinie.
L’événement des gens de l’Éléphant
Ensuite, Abraha construisit à Sanâ une église appelée al-Qullays, à laquelle aucune autre construction du monde d’alors ne pouvait être comparée ni ressembler. (7. Il s’agit de l’église historique qu’Abraha avait bâtie comme substitut à la sainte Kaaba. Son ambition était que les Arabes adoptent cette église comme centre du pèlerinage à la place de la Kaaba et qu’ils y transfèrent leur pèlerinage.)
Puis il écrivit au Négus : « Ô roi, j’ai construit pour toi une église sans égale dans l’histoire. Je ne m’arrêterai pas avant d’avoir transféré le pèlerinage des Arabes dans cette église. » La nouvelle de cette lettre d’Abraha au Négus se répandit bientôt parmi les Arabes. Ils furent extrêmement irrités. Dans la tribu de Kinâna, il existait un groupe qui croyait au procédé consistant à rendre licite le mois durant lequel l’effusion de sang était interdite. (8. Ce groupe était appelé les nasâ’a. Il était difficile pour les Arabes d’observer sans interruption les trois mois de Dhû al-Qi‘da, Dhû al-Hijja et Muharram comme des mois exempts de toute effusion de sang. Ils vivaient notamment du brigandage, du pillage et d’autres activités fondées sur le meurtre. C’est pourquoi l’observance consécutive de trois mois interdits leur était devenue pénible. Ainsi, après avoir achevé le pèlerinage, l’intéressé sortait de Mina — le reste du point 8 étant omis — et proclamait devant les gens : « Je suis celui qui ne porte aucune souillure, dont la menace ne reçoit aucune réponse et dont nul ne peut modifier la décision. » Tous répondaient d’une seule voix : « Certainement ! Certainement ! » Puis tous disaient de nouveau : « Repousse pour nous un mois interdit. Rends licite le mois de Muharram et considère à sa place le mois de Safar comme interdit. » C’est cela, le nasî’, c’est-à-dire le procédé consistant à repousser arbitrairement le mois sacré. Il s’agit d’une coutume de l’époque de l’Ignorance, totalement contraire à l’islam. — Traducteur)
L’un de leurs hommes irascibles se rendit secrètement dans l’église d’Abraha, y déféqua, puis retourna dans son village.
En temps voulu, l’affaire parvint aux oreilles d’Abraha. Il se mit à demander aux gens :
« Qui a fait cela à cette église ? » Les gens répondirent : « C’est un Arabe qui a fait cela. Il fait partie de ceux qui accomplissent le pèlerinage à la Kaaba de La Mecque. Ayant appris que vous souhaitiez transférer le pèlerinage de La Mecque ici, il s’est mis en colère et a agi ainsi. Il veut par là prouver que cette église ne peut pas remplacer la Kaaba et qu’elle n’est pas digne de devenir le centre du pèlerinage. »
Abraha entra dans une fureur extrême. Il jura que, quoi qu’il en coûte, il détruirait la Kaaba. Il fit part de son intention aux Abyssins. Ceux-ci l’aidèrent à se préparer en lui fournissant toutes sortes de moyens et d’équipements. Le moment venu, il partit attaquer la Kaaba à la tête d’un groupe d’éléphants. Lorsque les Arabes l’apprirent, ils furent profondément alarmés et pris de panique. En apprenant qu’Abraha voulait détruire la Kaaba, la Maison sacrée d’Allah, les Arabes comprirent qu’il était de leur devoir absolu de mener le jihâd contre les envahisseurs.
Un noble et puissant citoyen du Yémen, nommé Dhû Nafar, appela tous les Yéménites et les autres Arabes à prendre les armes contre Abraha afin de défendre la Kaaba sacrée. Ceux qui répondirent à son appel combattirent Abraha sous la conduite de Dhû Nafar. Mais lui et son armée furent vaincus, et Dhû Nafar fut fait prisonnier. Abraha poursuivit alors sa marche vers l’objectif qu’il s’était fixé. Lorsqu’il atteignit le territoire des tribus Khath‘am, Nufayl ibn Habîb al-Khath‘amî se dressa contre lui avec les deux tribus khath‘amites de Shahrân et de Nahîs, ainsi qu’avec plusieurs autres tribus arabes partageant leur cause. Nufayl et ses hommes furent eux aussi vaincus et capturés. Lorsque Abraha libéra Nufayl, celui-ci l’accompagna comme guide. Alors qu’Abraha avançait au-delà de Taïf, Mas‘ûd ibn Mu‘attib vint à sa rencontre avec quelques hommes de la tribu des Thaqîf et lui dit : « Ô roi, nous sommes pour vous comme des esclaves entièrement soumis. Nous ne sommes pas vos adversaires. La maison vers laquelle vous marchez n’est pas notre lieu de culte. Vous voulez attaquer la Maison de La Mecque ; eh bien, nous allons vous donner un homme pour vous guider. Il vous montrera la Kaaba. » Abraha se montra satisfait et bienveillant envers eux. Les habitants de Taïf lui envoyèrent un homme nommé Abû Righâl pour lui montrer le chemin de La Mecque. Lorsqu’Abraha et ses troupes arrivèrent avec lui à un endroit appelé al-Mughammâs[9. Nom d’un lieu situé près de La Mecque, sur la route de Taïf.], Abû Righâl mourut. Par la suite, les Arabes prirent l’habitude de jeter des pierres sur la tombe d’Abû Righâl ; aujourd’hui encore, les gens jettent des pierres sur sa tombe à al-Mughammâs.
Pendant qu’Abraha faisait halte à al-Mughammâs, il envoya à La Mecque, à cheval, un Abyssin nommé al-Aswad ibn Maqsûd afin d’inspecter la ville. Al-Aswad alla jusqu’à La Mecque et, sur le chemin du retour, captura le bétail des Qurayshites et d’autres tribus qui paissait dans les pâturages de la vallée. Parmi ces bêtes se trouvaient deux cents chameaux d’Abd al-Muttalib ibn Hâshim. À cette époque, celui-ci était le plus noble des Qurayshites et leur principal chef. Irrités par la capture du bétail, les Qurayshites, les Kinâna et les Hudhayl de la région voulurent engager le combat contre Abraha. Mais, comprenant leur impuissance, ils renoncèrent à ce projet.
Lorsqu’il envoya Hunâta al-Himyarî à La Mecque, Abraha lui dit : « Commence par identifier l’homme le plus respecté et le chef de La Mecque. Puis dis-lui que le roi n’est pas venu leur faire la guerre ; il est venu uniquement pour détruire la Kaaba. Si vous ne vous engagez dans aucune hostilité pour nous empêcher d’accomplir cette tâche, nous ne voulons pas verser votre sang. S’il ne souhaite pas me combattre, amène-le-moi. »
Hunâta entra à La Mecque et s’enquit de la situation. Il apprit que l’homme le plus respecté et le chef de La Mecque était Abd al-Muttalib ibn Hâshim. Lorsqu’il se présenta devant Abd al-Muttalib, il lui transmit les paroles du roi. Abd al-Muttalib répondit : « Par Allah, nous ne voulons pas le combattre et nous n’en avons pas la capacité. Ceci est la Maison sacrée d’Allah ; c’est Sa propre Maison et une affaire relevant de Son honneur. S’Il ne l’empêche pas, nous ne pourrons rien faire. »
Hunâta dit alors : « Venez avec moi auprès du roi, car il m’a ordonné de vous conduire auprès de lui. » Abd al-Muttalib se rendit auprès d’Abraha accompagné de l’un de ses fils. Dès qu’il arriva auprès des soldats d’Abraha, il s’enquit de Dhû Nafar, qui était son ami. Il rencontra Dhû Nafar, qui était prisonnier, et lui dit : « Ô Dhû Nafar, peux-tu nous aider de quelque manière à remédier au malheur qui s’est abattu sur nous ? » Dhû Nafar répondit : « Quelle aide un prisonnier royal peut-il apporter, lui qui compte à chaque instant les gardes en se demandant quand il sera tué ? En vérité, je ne peux pas faire grand-chose pour vous dans cette épreuve. Il y a toutefois un cornac nommé Unays, qui est mon ami. Je vais lui envoyer un message pour l’informer de votre rang élevé et de vos droits, et lui demander d’obtenir l’autorisation afin que vous puissiez présenter votre requête au roi. Je le prierai même, s’il le peut, d’intercéder en votre faveur. » Abd al-Muttalib dit : « Cela suffira. » Dhû Nafar envoya ensuite à Unays le message suivant : « Écoute ! Abd al-Muttalib est le souverain incontesté des Qurayshites et le chef des marchands de La Mecque. Il est connu pour fournir dans la vallée la nourriture aux hommes et, dans les montagnes, celle aux bêtes sauvages. Parmi les animaux saisis par le roi, deux cents chameaux appartiennent à Abd al-Muttalib. Arrange donc une entrevue avec le roi et rends-lui tout le service que tu pourras. » Unays répondit : « Très bien. Je ferai tout mon possible. » Unays dit à Abraha : « Ô roi, le chef des Qurayshites se trouve à votre cour. Il souhaite vous rencontrer. C’est le chef des marchands de La Mecque. Il est réputé non seulement pour nourrir les hommes dans les vallées, mais aussi pour fournir de la nourriture aux bêtes sauvages au sommet des montagnes. Veuillez lui accorder une audience afin qu’il puisse présenter ses revendications. » Abraha lui en donna l’autorisation.
Abd al-Muttalib était alors l’homme le plus beau, et une personnalité des plus distinguées, honorables et respectées. Dès qu’Abraha le vit, il fut charmé et profondément impressionné. Il le considérait comme si éminent qu’il ne pouvait rester assis sur un siège élevé en le laissant s’asseoir plus bas. D’un autre côté, il ne souhaitait pas non plus que les Abyssins le voient assis sur le même trône royal que le roi. Abraha descendit donc de son trône et s’assit sur un tapis plus bas, puis fit asseoir Abd al-Muttalib à ses côtés. Ensuite, il dit à l’interprète : « Demande-lui de présenter sa requête. » L’interprète obéit. Abd al-Muttalib dit : « Je demande que l’on me rende les deux cents chameaux qui sont tombés entre les mains du roi. » Lorsque l’interprète transmit ces paroles à Abraha, celui-ci lui répondit par son intermédiaire : « Lorsque je t’ai vu pour la première fois, j’ai été impressionné par toi, mais maintenant, après avoir entendu tes paroles, tu m’inspires un profond dégoût. Il est vraiment étonnant que tu me parles de tes deux cents chameaux qui sont en ma possession, alors que tu ne dis rien au sujet de la Kaaba, le centre de la religion de tes ancêtres et de toi-même, bien que nous soyons venus la détruire. » Abd al-Muttalib répondit : « Je ne suis que le propriétaire des chameaux. Quant à la Maison de la Kaaba, elle a un autre Propriétaire : c’est Lui qui la protégera. » Abraha dit : « Il ne pourra pas protéger cette Maison contre mon attaque. » Abd al-Muttalib répondit : « Cela relève de vous et du Propriétaire de la Maison de la Kaaba. »
Abraha rendit ses chameaux à Abd al-Muttalib. Celui-ci se rendit auprès des Quraysh et les informa de toute l’affaire. Il leur ordonna de sortir de La Mecque, de se réfugier dans les grottes cachées des montagnes voisines et de se protéger ainsi contre les sévices éventuels des soldats d’Abraha. Puis Abd al-Muttalib, accompagné d’un groupe de Quraysh, se tint en s’agrippant au seuil de la porte de la Kaaba et se mit à invoquer Allah, implorant Son aide afin d’être protégé contre l’attaque d’Abraha et de ses troupes. Abd al-Muttalib, tenant le seuil de la Kaaba, se mit à dire :
« Ô Allah, même un serviteur protège ses gens et ses partisans. Protège donc Tes serviteurs qui T’obéissent. Ne laisse pas la force de leurs croix triompher de Ta puissance. Si Tu as décidé d’abandonner notre qibla à leur merci, alors fais ce que Tu veux ! »
Ensuite, Abd al-Muttalib quitta le seuil de la porte de la Kaaba, puis lui et ses compagnons qurayshites se réfugièrent dans les grottes des montagnes. De là, ils observèrent ce qu’Abraha ferait en entrant à La Mecque.
À l’aube du lendemain, Abraha se prépara à entrer à La Mecque. Il réorganisa ses troupes d’éléphants et son armée. Son éléphant s’appelait Mahmud. Abraha avait décidé de détruire d’abord la Kaaba, puis de retourner au Yémen. Lorsqu’il dirigea l’armée des éléphants vers La Mecque, Nufayl ibn Habib s’avança et se plaça auprès de l’éléphant d’Abraha. Puis il lui prit l’oreille et dit : « Mets-toi à genoux. Sinon, retourne sagement d’où tu es venu. Sache que tu te trouves dans la ville sacrée d’Allah. » Dès qu’il lui lâcha l’oreille, l’éléphant s’agenouilla. Nufayl le frappa cruellement et réussit à grand-peine à le faire monter sur la montagne. Ensuite, malgré de nombreux coups, il ne fut pas possible de faire lever l’éléphant. On introduisit alors un bâton recourbé dans sa trompe et on la fit saigner afin de le contraindre à se relever. Mais il ne se leva toujours pas. Dès qu’on le fit se tourner vers l’arrière, en direction du Yémen, pour entreprendre le voyage du retour, il se mit à courir. Lorsqu’on le dirigea vers la Syrie, il avança également à vive allure. Mais dès qu’on le dirigea vers La Mecque, il s’agenouilla. C’est alors qu’Allah Très-Haut envoya, depuis la mer, une espèce d’oiseaux noirs. Chaque oiseau portait trois petits cailloux : un dans son bec et deux dans ses pattes. Ces pierres étaient semblables à des lentilles et à des pois chiches. Quiconque en recevait une sur le corps commençait aussitôt à mourir. Toutefois, elles n’atteignirent pas tout le monde. Beaucoup s’enfuirent et retournèrent vers le lieu d’où ils étaient venus. Les hommes commencèrent à tomber morts çà et là le long de la route. Dès qu’un morceau de pierre atteignit Abraha, il mourut sur-le-champ. Ibn Ishaq dit :
Après avoir envoyé Muhammad (qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix) comme Prophète, Allah Très-Haut mentionna cet événement comme une faveur et une grâce particulières accordées aux Quraysh. En effet, c’est par cet événement qu’Il les sauva du danger de la domination des Abyssins, afin que leur propre tradition puisse perdurer. Allah dit dans la sourate al-Fil :
[Arabe ***********]
« N’as-tu pas vu comment ton Seigneur a agi avec les gens de l’Éléphant ? N’a-t-Il pas réduit leur stratagème à néant ? Il envoya contre eux des oiseaux en volées, qui leur lançaient des pierres d’argile cuite, et Il les rendit semblables à des feuilles mâchées. »
Les descendants de Nizar ibn Maad
Nizar ibn Maad eut trois fils : Mudar, Rabia et Anmar.[10. Ibn Hicham mentionne « Iyad » comme quatrième enfant.]
Les deux fils de Mudar : Ilyas et Aylan
Les trois fils d’Ilyas : Mudrikah, Tabikha et Qama’a
Les deux fils de Mudrikah : Khuzayma et Hudhayl
Les quatre fils de Khuyzama : Kinana, Asad, Isdah et al-Hawn
Les quatre fils de Kinana : Nadar11, Malik, Abd Manah et Milkan
Les deux fils de Nadar : Malik et Yakhlud
Malik avait un fils : Fihr
Fihr avait quatre fils : Ghalib, Muharib, Harith et Asad
Ghalib avait deux fils : Lu’ayy et Taym
Lu’ayy avait quatre fils : Ka’b, Amir, Usama et If
Ka’b avait trois fils : Murra, Adi et Hushays
Murra avait trois fils : Kilab, Taym et Yaqazah
Kilab avait deux fils : Qusayy et Zuhrah
Qusayy avait quatre fils : Abd Manaf, Abd al-Dar, Abd al-Uzza et Abd Qusayy
Les quatre fils d’Abd Manâf : Hâshim, Abd Shams, al-Muttalib et Nawfal
La descendance d’Abd al-Muttalib ibn Hâshim
Ibn Hishâm dit :
« Abd al-Muttalib ibn Hâshim eut dix fils et six filles. Ses fils étaient : al-Abbâs, Hamza, Abd Allâh, Abû Tâlib, al-Zubayr, al-Hârith,
11. Selon Ibn Hishâm, Quraysh était l’autre nom de Nâdir. Seuls ses descendants sont connus sous le nom de Qurayshites. Nul ne peut être appelé Qurayshite s’il ne descend pas de lui. D’autres disent que Quraysh était le nom de Fihr ibn Mâlik.
Hajla, Muqâwim, Dirâr et Abû Lahab (dont le vrai nom était Abd al-Uzzâ). Ses filles étaient : Safiyya, Umm Hakîm al-Baydâ, Âtika, Umayma, Arwâ et Barra. »
Les parents du Messager d’Allah, qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix
Muhammad ibn Abd Allâh ibn Abd al-Muttalib, le meilleur des descendants d’Adam (que la paix soit sur lui), naquit d’Abd Allâh, fils d’Abd al-Muttalib, et d’Amîna, fille de Wahb. Qu’Allah fasse descendre une paix, une miséricorde et des bénédictions infinies sur sa famille et ses proches.
Sa lignée du côté maternel est la suivante :
Âmina bint Wahb ibn ʿAbd Manâf ibn Zuhra ibn Kilâb ibn Murra ibn Kaʿb ibn Luʾayy ibn Ghâlib ibn Fihr ibn Nadhr. La mère d’Âmina était Barra bint ʿAbd al-ʿUzzâ ibn ʿUthmân ibn ʿAbd al-Dâr ibn Qusayy ibn Kilâb ibn Murra ibn Luʾayy ibn Ghâlib ibn Fihr ibn Mâlik ibn Nadhr.
Ainsi, le Messager d’Allah, qu’Allah le bénisse et le salue, était, parmi les descendants d’Adam, le plus noble, le meilleur, le plus éminent et le plus distingué, tant du côté paternel que du côté maternel.
Le creusement du puits de Zamzam et la controverse qui s’ensuivit
Un jour, alors qu’ʿAbd al-Muttalib dormait dans le Hatîm de la noble Kaaba [12. C’est-à-dire la partie des fondations de la Kaaba qui avait été édifiée par le Prophète Abraham, qu’Allah le salue. Les Qurayshites n’avaient toutefois rien construit par-dessus.], il reçut en rêve l’ordre de creuser le puits de Zamzam. Voici le récit qu’ʿAbd al-Muttalib lui-même en fit : « Je dormais dans le Hatîm. Sur ces entrefaites, un inconnu vint à moi et me dit : “Creuse le puits sacré.” Je demandai : “Quel puits sacré ?” L’inconnu disparut sans répondre. Le lendemain, j’allai dormir dans ma chambre. Cette nuit-là également, le même inconnu vint me dire : “Creuse le puits préservé.” Je demandai : “Quel puits préservé ?” L’inconnu disparut sans répondre. Le lendemain, j’allai dormir au même endroit. L’inconnu vint de nouveau et me dit : “Creuse Zamzam.” Je demandai : “Qu’est-ce que Zamzam ?” Il répondit : “C’est le puits dont l’eau ne diminue ni ne tarit jamais, qui pourra fournir de l’eau au plus grand nombre de pèlerins, et qui se trouve près du nid d’un corbeau aux ailes blanches, entre le fumier et le sang.” » [13. Il est rapporté que lorsqu’ʿAbd al-Muttalib entreprit de creuser le puits, il vit, à l’endroit qui lui avait été indiqué, une fourmilière et une caverne de corbeau. Il ne vit cependant ni fumier ni sang. Il fut donc pris de perplexité. C’est alors qu’il vit soudain une vache accourir à cet endroit. Un homme s’apprêtait à l’égorger, mais elle s’enfuit au galop. L’homme la poursuivit, sans parvenir à la rattraper. La vache finit par pénétrer dans l’enceinte de la Mosquée sacrée. Lorsqu’elle s’arrêta à l’endroit indiqué, l’homme l’y égorgea. Son sang et son fumier apparurent alors. Toute l’affaire devint claire pour ʿAbd al-Muttalib, qui commença immédiatement à creuser à cet endroit.]
Lorsque l’inconnu lui eut clairement indiqué les caractéristiques du puits de Zamzam et que son emplacement eut été déterminé, ne laissant plus aucun doute sur la véracité du rêve, il s’y rendit le lendemain matin avec une pioche, accompagné de son fils al-Hârith. À cette époque, il n’avait pas encore eu d’autre fils qu’al-Hârith. Le creusement du puits de Zamzam [Il convient de préciser qu’en réalité, ʿAbd al-Muttalib procéda à la réouverture du puits de Zamzam. Ce puits apparut pour la première fois en 1910 avant l’ère chrétienne, l’année de la naissance du prophète Ismâʿîl. Selon le calendrier hégirien, son apparition eut lieu 2 572 ans avant la naissance du Messager, qu’Allah le bénisse et le salue. Plus tard, le puits se tarit et fut enseveli sous terre. Finalement, il n’en resta plus aucune trace. Personne ne le retrouva jusqu’à ce qu’il soit de nouveau creusé par ʿAbd al-Muttalib. (Makkâ Sharîf-er Itikathâ, p. 22, 23 et 24.)] avançait. Lorsque ʿAbd al-Muttalib aperçut la pierre d’où jaillissait le puits, il s’écria dans un élan de joie : “Allahu akbar !” En entendant cette exclamation, les Qurayshites comprirent qu’ʿAbd al-Muttalib avait trouvé ce qu’il cherchait. Ils vinrent tous à lui et dirent : “Ô ʿAbd al-Muttalib, c’est le puits de notre père Ismâʿîl. Nous y avons également des droits. Fais-nous participer à ce puits !” ʿAbd al-Muttalib répondit : “Je ne le peux pas. Cette chose m’a été accordée à moi seul, et non à vous.” Ils dirent : “Rends un jugement équitable entre nous et toi ; sinon, nous ne te laisserons pas avant d’être parvenus à un accord définitif.” ʿAbd al-Muttalib dit : “Très bien. Alors choisissez comme arbitre qui vous voudrez pour régler ce différend entre vous et moi. Je suis prêt à accepter son jugement.” Ils répondirent : “Dans la tribu des Banû Saʿd se trouve une devineresse nommée Khuzaym. C’est elle qui sera notre arbitre.” ʿAbd al-Muttalib partit dans cette direction avec quelques hommes de la tribu des Banû ʿAbd Manâf. Un homme de chaque clan qurayshite l’accompagna. Tout le trajet se déroula à travers une région désertique. Dès qu’ʿAbd al-Muttalib et ses compagnons atteignirent un désert situé entre le Hedjaz et la Syrie, leur eau s’épuisa. La soif les réduisit à une situation si désespérée qu’ils ne conservaient plus aucun espoir de survie. Ils demandèrent de l’eau potable aux clans qurayshites qui les accompagnaient, mais ceux-ci refusèrent de leur en donner. Ils dirent : “Nous sommes nous aussi dans le désert. Nous craignons de nous retrouver dans la même situation que vous.”
Profondément affligé par la cruauté des Qurayshites et songeant au sort misérable qui pouvait les attendre, ʿAbd al-Muttalib demanda à ses compagnons : “Que pensez-vous que nous devrions faire maintenant ?” Ses compagnons répondirent d’une seule voix : “Nous ne ferons que ce que vous déciderez. Donnez-nous l’ordre de faire ce que vous jugerez bon.” Il dit : “Je pense que nous devons utiliser le peu de force qui nous reste pour creuser chacun sa propre tombe. Puis, lorsque l’un de nous mourra, ceux qui seront encore en vie le déposeront dans cette tombe et la recouvriront de terre. À la fin, il n’en restera plus qu’un seul. Mieux vaut qu’un seul homme meure plutôt que les cadavres de toute la caravane ne soient perdus.” Tous louèrent à l’unanimité la décision d’ʿAbd al-Muttalib et creusèrent chacun leur tombe. Puis ils s’assirent et se mirent à attendre, heure après heure, la mort inévitable causée par la soif. Quelque temps plus tard, ʿAbd al-Muttalib dit à ses compagnons : “Par Allah, c’est une lâcheté insigne que de nous abandonner ainsi impuissants à la mort, en restant assis sans rien faire, sans aller nulle part et sans chercher aucun moyen de sauver nos vies. Il se peut qu’Allah fasse jaillir de l’eau pour nous en quelque endroit. Allons donc, reprenons la route.” Les préparatifs du départ furent achevés. Les autres Qurayshites qui voyageaient avec eux, ceux qui avaient refusé de leur donner de l’eau, observaient depuis quelque temps tous leurs mouvements. ʿAbd al-Muttalib monta sur sa monture. À peine celle-ci se mit-elle en marche qu’une source d’eau potable jaillit sous ses sabots. À cette vue, ʿAbd al-Muttalib et ses compagnons s’écrièrent : “Allahu akbar !” Ils descendirent alors de leurs montures, burent de l’eau et remplirent leurs outres. Puis ʿAbd al-Muttalib appela les Qurayshites et leur dit : “Venez ! Allah nous a donné à boire. Buvez donc vous aussi et remplissez vos outres.” Ils vinrent, burent et remplirent leurs outres. Ensuite, ils dirent : “Ô ʿAbd al-Muttalib, par Allah, ta prééminence sur nous est désormais définitivement établie. Nous ne nous disputerons plus jamais avec toi au sujet de Zamzam. Nous avons compris que Celui qui t’a donné à boire aujourd’hui dans ce désert est le même que Celui qui t’a donné l’eau de Zamzam. Consacre-toi donc désormais sans aucune hésitation à cette noble tâche qui consiste à donner de l’eau à boire.”
ʿAbd al-Muṭṭalib reprit le chemin, et tous les autres membres de la caravane repartirent également. Personne ne se rendit chez la devineresse, et tous dispensèrent aussi ʿAbd al-Muṭṭalib d’y aller.
Le vœu de ʿAbd al-Muṭṭalib de sacrifier son fils
Lorsque ʿAbd al-Muṭṭalib creusait le puits de Zamzam et qu’il rencontra l’opposition des Quraysh, il fit le vœu que, si dix enfants lui naissaient et qu’ils atteignaient l’âge adulte de son vivant, devenant capables de subvenir à ses besoins, il sacrifierait l’un d’eux au nom d’Allah auprès de la Kaaba. Lorsque le nombre de ses fils atteignit donc dix et qu’il comprit qu’ils pourraient le protéger, il les convoqua tous et les réunit, puis les informa de son vœu. Il les invita ensuite à l’accomplir. Tous ses fils y consentirent et demandèrent : « Que devons-nous faire et comment devons-nous procéder ? » Il répondit : « Que chacun de vous prenne une flèche, y inscrive son nom, puis me l’apporte. » Ils firent tous ainsi et revinrent auprès de lui. ʿAbd al-Muṭṭalib se rendit avec eux auprès de l’idole appelée Hubal. À cette époque, Hubal se trouvait près d’une cavité située au centre de la Kaaba. C’est dans cette cavité qu’étaient déposées toutes les offrandes consacrées au nom de la Kaaba.
Sept flèches se trouvaient auprès de Hubal. Une inscription différente figurait sur chacune d’elles. Sur l’une était inscrit : « Prix du sang ». Lorsque les gens se disputaient pour savoir à qui incombait le « prix du sang » — c’est-à-dire qui était le meurtrier —, on tirait les sept flèches. Si la flèche portant l’inscription « Prix du sang » sortait, celui dont le nom apparaissait devait payer le prix du sang. Une flèche portait l’inscription « Oui ». Lorsqu’ils envisageaient d’accomplir une action, ils tiraient les flèches selon la même procédure. Si la flèche portant « Oui » sortait, l’action souhaitée était accomplie. Une autre flèche portait l’inscription « Non ». Lorsqu’ils envisageaient une quelconque action, ils tiraient les flèches ; si celle portant « Non » sortait, ils n’accomplissaient pas cette action. Une autre portait l’inscription : « Parmi vous ou issu de vous », une autre : « Alliée », une autre : « En dehors de vous », et une autre : « Eau ». Lorsqu’ils voulaient creuser un puits, ils tiraient l’une de ces flèches, parmi lesquelles se trouvait également celle portant cette inscription, puis ils agissaient selon le résultat obtenu.
À cette époque, chaque fois que les Arabes voulaient faire circoncire un garçon, marier une fille, enterrer un mort, ou qu’ils doutaient de la légitimité de la naissance d’un enfant, ils le conduisaient auprès de l’idole appelée Hubal et emportaient avec eux cent dirhams ainsi qu’un chameau destiné au sacrifice. Ils remettaient l’argent et le chameau à l’homme chargé de tirer les flèches. Puis ils amenaient devant l’idole la personne au sujet de laquelle ils souhaitaient une décision et disaient : « Ô notre dieu, voici Untel, fils d’Untel. À son sujet, nous te demandons de trancher telle question. Fais-nous donc connaître la bonne décision le concernant. » Ils demandaient ensuite à l’homme chargé de tirer les flèches de procéder au tirage. Si sortait la flèche portant l’inscription « Parmi vous », ils comprenaient que l’enfant concerné était légitime ; si sortait celle portant « En dehors de vous », l’enfant était considéré comme leur allié. Et si sortait celle portant « Alliée », il demeurait parmi eux dans cette situation, tandis que sa filiation ou son alliance restait indéterminée. Si, au sujet d’une autre action qu’ils souhaitaient accomplir, sortait la flèche portant « Oui », ils accomplissaient immédiatement cette action. Mais si sortait celle portant « Non », ils la reportaient pour toute l’année. L’année suivante, ils demandaient de nouveau une décision au sujet de cette action, selon la même méthode. Ainsi, la décision des flèches constituait leur décision finale dans toutes leurs affaires.
ʿAbd al-Muṭṭalib dit à l’homme chargé de tirer les flèches : « Tire donc les flèches au sujet de mes fils. » Il l’informa également de son vœu. À cette époque, ʿAbdullah était le plus jeune fils de ʿAbd al-Muṭṭalib. [Plus tard, Ḥamza et al-ʿAbbās, nés ultérieurement, furent eux aussi plus jeunes que ʿAbdullah (qu’Allah les agrée).] Il était le fils que ʿAbd al-Muṭṭalib aimait le plus. Il observait donc avec anxiété si la flèche allait éviter ʿAbdullah ou non. Si elle l’évitait, ʿAbdullah serait sauvé. Lorsque l’homme chargé de tirer les flèches s’apprêta à procéder au tirage, ʿAbd al-Muṭṭalib se tint debout auprès de l’idole Hubal et se mit à invoquer Allah. Puis, lorsque la flèche fut tirée, on constata qu’elle était sortie au nom de ʿAbdullah. Alors ʿAbd al-Muṭṭalib se rendit auprès d’Isaf et de Naïla — les deux idoles — avec ʿAbdullah dans une main et un grand couteau dans l’autre, afin de l’égorger. Les chefs qurayshites, qui étaient réunis en conversation, se levèrent et lui demandèrent : « Ô ʿAbd al-Muṭṭalib, que se passe-t-il ? » Il leur répondit : « Je vais égorger ce fils. » Les Qurayshites et ses fils s’écrièrent alors d’une seule voix : « Ne l’égorge en aucun cas sans raison valable. Si tu égorges ainsi ton fils, cette pratique se poursuivra jusqu’à la fin des temps. Les gens continueront à amener leurs propres enfants pour les offrir en sacrifice, et l’humanité disparaîtra peu à peu. » Un certain Mughirah ibn ʿAbdullah ibn ʿUmar ibn Makhzum, issu de la tribu des oncles maternels de ʿAbdullah, dit : « Ne te lance pas dans une telle entreprise à moins d’être totalement sans recours. Si nous pouvons le sauver en versant une rançon, nous sommes prêts à la payer. » De leur côté, les Qurayshites et les fils de ʿAbd al-Muṭṭalib dirent : « Ne l’égorge pas. Emmène-le plutôt au Ḥijaz. Là-bas se trouve une devineresse qui a un djinn à son service. Consulte-la afin de savoir si cette affaire doit être menée à bien ou non. Ensuite, nous ne nous y opposerons pas. Tu seras libre de faire ce que tu voudras. Si la femme te dit de l’égorger, égorge-le ; et si elle t’indique une autre solution, adopte-la. » Suivant le conseil des Qurayshites, ʿAbd al-Muṭṭalib et ses compagnons partirent en direction du Ḥijaz. Ils arrivèrent à Médine et rencontrèrent cette femme à Khaybar. ʿAbd al-Muṭṭalib lui exposa en détail toute son histoire ainsi que celle de son fils. La femme dit : « Partez aujourd’hui. Que mon djinn qui me sert vienne, afin que je puisse lui demander conseil. » Tous prirent congé de la femme et repartirent. Dès qu’il fut sorti après avoir pris congé d’elle, ʿAbd al-Muṭṭalib implora Allah. Le lendemain matin, tous se réunirent de nouveau auprès de la femme. Elle dit : « J’ai obtenu les informations nécessaires. À quel montant la rançon est-elle fixée dans votre communauté ? » Ils répondirent : « Dix chameaux. » La femme dit : « Retournez dans votre pays, puis présentez la personne concernée devant l’idole et offrez dix chameaux en sacrifice. Ensuite, tirez les flèches afin de déterminer le sort des chameaux et de la personne concernée. Si la flèche sort contre le nom de votre homme, ajoutez encore des chameaux, jusqu’à ce que votre maître soit satisfait. Mais si elle sort en faveur des chameaux, sachez que votre maître est satisfait et que votre homme est libéré. »
Ensuite, tous se rendirent à La Mecque. Lorsqu’ils arrivèrent auprès de l’idole, conformément aux indications de la femme, afin d’accomplir le rite, ʿAbd al-Muṭṭalib se tint debout et se mit à prier Allah. Puis ils amenèrent comme il se devait ʿAbdullah ainsi que dix chameaux. ʿAbd al-Muṭṭalib se tint près de Hubal et se mit à invoquer Allah. On tira alors les flèches. Lorsque la flèche désigna ʿAbdullah, ils ajoutèrent dix autres chameaux, portant leur nombre à vingt. ʿAbd al-Muṭṭalib se remit à invoquer Allah. On tira de nouveau les flèches, et cette fois encore, la flèche désigna ʿAbdullah. On ajouta donc dix chameaux, portant leur nombre à trente, tandis que ʿAbd al-Muṭṭalib continuait d’invoquer Allah. Une nouvelle fois, la flèche désigna ʿAbdullah. On ajouta encore dix chameaux, portant leur nombre à quarante, et ʿAbd al-Muṭṭalib invoqua Allah. La flèche désigna encore ʿAbdullah. On ajouta de nouveau dix chameaux, portant leur nombre à cinquante, et ʿAbd al-Muṭṭalib se mit à invoquer Allah. On tira encore les flèches, et celle qui sortit désigna ʿAbdullah. Après avoir ajouté dix chameaux et porté leur nombre à soixante, on tira les flèches de la même manière, mais le nom de ʿAbdullah sortit encore. On ajouta de nouveau dix chameaux, portant leur nombre à soixante-dix, puis on tira les flèches selon la même procédure : une fois encore, le nom de ʿAbdullah sortit. On ajouta ensuite dix autres chameaux, portant leur nombre à quatre-vingts, et le nom de ʿAbdullah sortit encore. Puis, après avoir ajouté dix chameaux et porté leur nombre à quatre-vingt-dix, la flèche désigna de nouveau ʿAbdullah. Enfin, après avoir ajouté dix autres chameaux, portant leur nombre à cent, ʿAbd al-Muṭṭalib invoqua Allah selon la même procédure et demanda que l’on tire les flèches. Cette fois, la flèche désigna les chameaux. Les Qurayshites réunis et tous les autres s’écrièrent : « Ô ʿAbd al-Muṭṭalib, ton Seigneur est désormais pleinement satisfait. »
Selon beaucoup de récits, ʿAbd al-Muṭṭalib déclara ensuite : « Je ne m’arrêterai pas avant d’avoir tiré les flèches trois fois encore. » On tira donc les flèches au nom de ʿAbdullah et des chameaux, tandis que ʿAbd al-Muṭṭalib se tenait debout et invoquait Allah. La flèche désigna les chameaux. Il en fut de même une deuxième fois, puis une troisième. Finalement, les cent chameaux furent sacrifiés. Après le sacrifice, on laissa les animaux étendus de telle sorte que personne ne soit empêché de s’en approcher ni refoulé.
Les événements survenus alors que le Prophète était dans le sein d’Amina
Selon les récits transmis, Amina bint Wahb, la mère du Messager d’Allah — qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix —, disait qu’après avoir conçu le Messager d’Allah — qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix —, un inconnu vint la voir et lui dit : « Celui que tu portes est le grand guide de l’humanité de cette époque. Lorsqu’il viendra au monde, tu diras : “Je confie cet enfant à la protection du Seigneur unique et sans égal contre le mal de tous les envieux.” Puis tu lui donneras le nom de Muhammad. 14. Avant le Messager d’Allah — qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix —, seuls trois hommes avaient reçu ce nom : 1) Muhammad ibn Sufyan ibn Mujashi, arrière-grand-père du grand-père du poète al-Farazdaq ; 2) Muhammad ibn Uhayha ibn al-Jallah ; 3) Muhammad ibn Himran ibn Rabia. Chacun de leurs pères apprit que le moment de l’apparition d’un messager d’Allah approchait et qu’il naîtrait au Hijaz. Ayant entendu cela de la bouche des gens, chacun d’eux souhaita qu’il soit son propre fils. Un jour, ils se rendirent auprès d’un roi versé dans la connaissance des Livres célestes. Celui-ci leur annonça qu’un prophète nommé Muhammad allait apparaître. À cette époque, chacun d’eux avait quitté sa maison après y avoir vu son épouse enceinte. Ils décidèrent donc immédiatement que, si un fils leur naissait, ils lui donneraient le nom de Muhammad. C’est conformément à cette décision qu’ils donnèrent ce nom à leurs trois fils. »
Alors qu’il se trouvait dans son sein, Amina vit en rêve un rayon de lumière sortir d’elle, grâce auquel elle put voir les palais de Busra, dans le pays de Syrie.
Puis, alors qu’il se trouvait encore dans le sein maternel, son père, ʿAbdullah, mourut peu de temps après.
La naissance du Messager d’Allah
Le Messager d’Allah — qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix — naquit un lundi, au moment béni où s’achevait la douzième nuit de Rabīʿ al-Awwal de l’année au cours de laquelle eut lieu l’expédition d’Abraha contre la Kaaba avec son armée d’éléphants, année appelée ʿĀm al-Fīl, c’est-à-dire l’Année de l’Éléphant.
Il est rapporté de Qays ibn Makhrama qu’il a dit : « Je suis né l’année de l’attaque d’Abréha, tout comme le Messager d’Allah (paix et bénédictions d’Allah sur lui). Nous sommes donc du même âge. »
Hassân ibn Thâbit dit :
« J’étais alors un garçon de sept ou huit ans, mais j’étais déjà devenu assez robuste et grand. J’étais désormais capable de comprendre ce que j’entendais. Soudain, j’entendis un Juif monter au sommet d’une forteresse de Yathrib (Médine) et s’écrier à haute voix : “Ô communauté juive !” Les gens se rassemblèrent autour de lui et lui demandèrent : “Que t’arrive-t-il ?” Il répondit : “L’étoile annonçant sa naissance est apparue cette nuit.” »
Lorsque le vénérable Muhammad, qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix, vint au monde, sa mère Âmina envoya dire à son grand-père, Abd al-Muttalib : « Un petit-fils vous est né. Venez le voir. » Abd al-Muttalib vint et le regarda. À cette occasion, Âmina lui raconta les rêves qu’elle avait vus pendant sa grossesse, ce qui lui avait été dit au sujet du nouveau-né et le nom qu’on lui avait demandé de lui donner. Puis Abd al-Muttalib l’emmena hors de la Kaaba, le remit à sa mère et se mit à chercher une nourrice. Finalement, Halîma, fille d’Abû Dhu’ayb des Banû Sa‘d ibn Bakr, fut trouvée pour être sa nourrice.
Le récit de Halîma
Halîma raconte qu’elle partit à la recherche d’un nourrisson, accompagnée de son mari et d’un fils encore allaité, avec un groupe de femmes des Banû Sa‘d. Toutes ces femmes étaient à la recherche d’un nourrisson à allaiter. Cette année-là, la famine était terrible. Nous étions toutes à la recherche d’un nourrisson à allaiter. Cette année-là, la famine était terrible. Nous étions complètement démunis. Je partis montée sur une ânesse blanche. Nous avions avec nous notre vieille chamelle, qui ne donnait pas même une goutte de lait. L’enfant qui nous accompagnait pleurait tellement de faim qu’à cause de lui nous passions tous des nuits sans sommeil. Je n’avais pas assez de lait dans mes seins pour apaiser sa faim, et il n’y en avait pas non plus dans le pis de la chamelle. Nous attendions avec impatience la pluie et des jours meilleurs. Dans ces conditions, je montai sur mon ânesse et me mis en route. Le chemin était long et, à force d’avancer sans interruption, toute notre caravane devint fatiguée et épuisée. Enfin, nous arrivâmes à La Mecque à la recherche d’un nourrisson. On demanda à chacune d’entre nous de prendre le Messager d’Allah, qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix. Mais dès qu’on nous disait qu’il était orphelin de père, chacune refusait. Nous espérions toutes recevoir une bonne rémunération du père de l’enfant. Nous répétions toutes : « Un enfant sans père ! Que pourraient bien donner comme récompense sa mère et son grand-père ? » C’est pourquoi nous répugnions toutes à le prendre. Entre-temps, toutes les femmes qui m’accompagnaient avaient trouvé un nourrisson, sauf moi. Alors que je m’étais résolue à repartir les mains vides, je dis à mon mari : « Par Dieu, je n’ai vraiment pas envie de repartir les mains vides avec toutes ces compagnes de voyage. Par Dieu, j’irai chercher cet enfant orphelin et je le prendrai. » Mon mari répondit : « Tu peux le prendre. Peut-être Allah a-t-Il placé en lui un bien pour nous. »
Halîma dit : « J’y allai donc et ramenai l’enfant orphelin. Comme je n’avais pas trouvé d’autre enfant, je fus contrainte de le prendre, puis je le rejoignis avec la caravane. Dès que je le pris dans mes bras, mes deux seins se remplirent de lait, et l’enfant Muhammad, qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix, en but à satiété. Son frère de lait en but également à satiété. Puis ils s’endormirent tous les deux, alors qu’auparavant nous ne pouvions pas dormir à cause de ses pleurs. Lorsque mon mari alla voir notre chamelle, il constata que son pis était lui aussi rempli de lait. Il la trait en grande quantité, puis nous bûmes tous deux jusqu’à satiété. Ensuite, notre nuit se passa fort bien. »
Au matin, mon mari me dit : « Halîma, sache que tu as ramené un enfant d’une immense bénédiction. » Je répondis : « Je le pense aussi, en vérité. »
Puis nous partîmes. Je montai sur l’âne. Mon âne devança toute la caravane, et aucun des ânes de la caravane ne parvenait à avancer à son rythme. Les femmes qui m’accompagnaient se mirent à dire : « Ô fille d’Abû Dhu’ayb, arrête-toi un instant et attends-nous ! N’est-ce pas le même âne que celui sur lequel tu l’avais amené ? » Je leur répondis : « Oui, c’est bien lui. » Elles dirent : « Par Allah, son état a bien changé maintenant. »
Nous finîmes par arriver dans nos demeures, au sein de la tribu des Banû Sa‘d. Je ne connaissais nulle part au monde une région aussi frappée par la sécheresse que la nôtre. Après notre retour à la maison avec le petit Muhammad, nos chèvres et nos brebis rentraient chaque soir rassasiées et les pis remplis de lait. Nous les trayions comme il se devait et nous en buvions, tandis que les autres habitants ne parvenaient pas à traire ne serait-ce qu’une goutte de lait. Même les gens de notre tribu dirent aux bergers : « Faites paître vos troupeaux là où la fille d’Abû Dhu’ayb, Halîma, fait paître les siens. » Pourtant, même lorsque les bergers faisaient paître leurs troupeaux là où je menais les miens, ils revenaient affamés. Ainsi, peu à peu, ma maison se remplit d’abondance, de bonheur et de prospérité. Deux années s’écoulèrent ainsi, puis je sevr ai le petit Muhammad — que Dieu le bénisse et lui accorde la paix. Il grandissait plus rapidement que les autres enfants. À l’âge de deux ans, il était devenu un garçon vif et robuste. Nous l’emmenâmes auprès de sa mère, bien que nous souhaitions vivement le garder avec nous, car depuis son arrivée nous avions reçu d’immenses bienfaits. Je dis à sa mère : « Il serait préférable que vous me le laissiez encore quelque temps, afin qu’il devienne plus fort et mieux nourri. Je crains qu’il ne contracte une maladie ou une épidémie de celles qui sévissent à La Mecque. » Finalement, elle le renvoya avec nous.
Nous le ramenâmes donc avec nous. Quelques mois à peine s’étaient écoulés lorsqu’un jour il faisait paître des agneaux dans le champ derrière notre maison avec son frère de lait. À ce moment-là, son frère accourut et dit à son père et à moi : « Deux hommes vêtus de blanc sont venus saisir mon frère qurayshite, l’ont étendu, lui ont ouvert le ventre, puis en ont sorti tout ce qu’il contenait et l’ont manipulé. »
Son père et moi nous précipitâmes vers lui et lui demandâmes : « Mon enfant, que t’est-il arrivé ? » Il répondit : « Deux hommes vêtus de blanc sont venus me trouver. Ils m’ont étendu et m’ont ouvert le ventre. Ensuite, ils y ont cherché je ne sais quelle chose ; j’ignore ce que c’était. »
Nous ramenâmes ensuite Muhammad — que Dieu le bénisse et lui accorde la paix — dans notre demeure. Mon mari me dit : « Halîma, je crains que quelque chose n’ait atteint cet enfant. Ramène-le donc auprès de sa famille avant qu’un mal ne lui arrive. »
Nous le conduisîmes effectivement auprès de sa mère. Sa mère me dit : « Ma sœur nourricière, tu étais pourtant très désireuse de le garder auprès de toi. Qu’est-ce qui s’est passé pour que tu me le ramènes ? » Je répondis : « Allah m’a confié la charge de deux enfants. J’ai fait tout ce qui était de mon devoir. Je crains qu’un malheur ne survienne et je ne cesse de m’en inquiéter. Je vous remets donc votre fils sain et sauf. » Âmina dit : « Ce que tu me dis ne correspond pas à la réalité. Dis-moi franchement ce qui s’est passé. » Elle ne me laissa pas partir avant que je lui eusse raconté toute l’affaire. Après l’avoir entendue, Âmina demanda : « Penses-tu donc qu’il ait été touché par les djinns ? » Je répondis : « Oui. » Elle dit : « Lorsque je le portais dans mon sein, je vis en rêve une lumière sortir de mon corps, dont l’éclat illumina les palais de Busra, dans le pays de Syrie. Puis il continua de grandir dans mon sein. Par Allah, jamais je n’ai connu une grossesse aussi légère et aisée. Lorsque je le mis au monde, il naquit les mains posées sur le sol et la tête levée vers le ciel. Tu peux le laisser et repartir sans aucune crainte. »
L’événement de l’ouverture de la poitrine
Ibn Ishâq dit :
Sawr ibn Yazid rapporte, d’après quelques savants — selon moi, uniquement d’après Khâlid ibn Ma‘dân al-Kal‘î — que certains Compagnons demandèrent un jour au Messager d’Allah, qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix : « Ô Messager d’Allah, parlez-nous un peu de vous-même. » Il répondit : « Oui, écoutez. Je suis le fruit de l’invocation de mon père Abraham et l’accomplissement de la bonne nouvelle annoncée par mon frère Jésus. Après ma conception, ma mère vit en rêve qu’une lumière sortait d’elle et illuminait les palais de Syrie. J’ai été élevé comme nourrisson dans la tribu des Banû Sa‘d ibn Bakr. Un jour, durant cette période, j’allai faire paître les moutons derrière la maison de ma nourrice Hâlima avec l’un de mes frères de lait. Deux hommes vêtus de blanc vinrent alors à moi. Ils portaient un plateau d’or rempli de neige. Ils me saisirent, m’ouvrirent le ventre, puis en sortirent mon cœur et l’ouvrirent à son tour. Ils en retirèrent un caillot de sang noir qu’ils jetèrent. Ensuite, ils lavèrent et nettoyèrent mon ventre et mon cœur avec cette neige. Puis l’un d’eux dit à l’autre : “Pèse Muhammad, qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix, avec dix hommes de sa communauté.” Il me pesa, et je fus plus lourd que les dix. Il dit ensuite : “Pèse-le avec cent hommes de sa communauté.” Je fus encore plus lourd que les cent. Puis il dit : “Pèse-le avec mille hommes de sa communauté.” Lorsque je fus pesé avec mille hommes, je fus encore plus lourd qu’eux. Alors il dit : “Laisse-le. Par Allah, même s’il était pesé avec l’ensemble de sa communauté, il serait plus lourd qu’eux tous.” »
Sous la tutelle de son grand-père
Le Messager d’Allah, qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix, demeura sous la protection et la surveillance d’Allah du vivant de sa mère Âmina bint Wahb et de son grand-père ‘Abd al-Muttalib ibn Hâshim. Durant cette période, Allah le fit grandir rapidement et lui accorda un développement physique remarquable, afin que le miracle voulu par Allah se manifeste à travers lui. Lorsqu’il eut six ans, sa mère mourut à al-Abwâ’, un lieu situé entre La Mecque et Médine. Elle s’y était rendue avec le jeune Muhammad, qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix, pour visiter ses oncles maternels de la tribu des Banû ‘Adî ibn al-Najjâr. Elle mourut au retour, alors qu’elle se dirigeait vers La Mecque. Après la mort de sa mère, le Messager d’Allah, qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix, fut élevé sous la seule tutelle de son grand-père ‘Abd al-Muttalib. On étendait pour celui-ci un tapis à l’ombre de la Kaaba. Jusqu’à ce que ‘Abd al-Muttalib arrive, ses fils et ses petits-fils s’asseyaient autour du tapis ; par respect pour lui, personne ne s’y asseyait. Mais le jeune Muhammad, ferme et résolu, venait directement s’asseoir sur le tapis. Son oncle tentait de l’en éloigner. En le voyant, ‘Abd al-Muttalib disait : « Ne faites pas obstacle à mon petit-fils. Par Allah, c’est un enfant exceptionnel. » Puis il le faisait asseoir avec lui sur le tapis et lui caressait affectueusement le dos. Tout ce qu’il faisait lui plaisait. Lorsque le Messager d’Allah, qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix, eut atteint l’âge de huit ans, ‘Abd al-Muttalib mourut. Il mourut huit ans après l’attaque de la Kaaba par l’armée d’éléphants d’Abraha.
Sous la tutelle de son oncle Abû Tâlib
Après la mort de ‘Abd al-Muttalib, le Messager d’Allah, qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix, fut élevé chez son oncle Abû Tâlib. À cette époque, un homme de la tribu des Banû Lahab prédisait l’avenir en observant les signes physiques des gens. Lorsqu’il venait à La Mecque, les Quraysh se pressaient auprès de lui avec leurs fils. Il examinait le corps des garçons et leur prédisait leur destinée. Comme les autres, Abû Tâlib se rendit auprès de ce devin avec le Messager d’Allah, qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix. Le devin le regarda et se mit aussitôt à réfléchir. Pendant un moment, il détourna son attention du jeune Muhammad, qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix. Puis il dit : « Il faut accorder une attention particulière à cet enfant. » Voyant l’intérêt excessif que le devin portait au jeune Muhammad, Abû Tâlib l’éloigna discrètement. Le devin s’écria alors : « Quelle conduite est-ce là ? Ramenez-moi cet enfant ! Par Allah, c’est un enfant exceptionnel. »
L’histoire du moine Bahîrâ
Quelque temps plus tard, Abû Tâlib partit pour la Syrie avec une caravane, afin de faire du commerce. Au moment du départ, le jeune Muhammad, qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix, demanda avec insistance à l’accompagner. Son oncle, profondément attendri, ne put ignorer sa demande. Il dit : « Je l’emmènerai avec moi ; jamais je ne partirai quelque part en le laissant derrière moi. »
Abû Tâlib partit donc en voyage avec lui. Lorsque la caravane atteignit la région de Busrâ, elle fit halte. Il s’y trouvait un moine chrétien nommé Bahîrâ. Il résidait dans une église et connaissait très bien la religion chrétienne. Depuis de longues années, un Livre céleste était conservé dans cette église, et la transmission de ce savoir s’était perpétuée de génération en génération. Auparavant, les membres de la caravane étaient souvent passés près de Bahîrâ. Pourtant, il ne sortait pas à leur rencontre et ne parlait à personne. Mais cette année-là, lorsque la caravane des Quraysh, avec Abû Tâlib et le jeune Muhammad, qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix, fit halte près de l’église de Bahîrâ, celui-ci fit préparer pour eux une grande quantité de nourriture.
On raconte que Bahîrâ aperçut un événement extraordinaire alors qu’il était assis dans son monastère. Lorsque la caravane approcha, il vit qu’un nuage venu du ciel protégeait de son ombre le jeune Muhammad — et lui seul dans toute la caravane. Puis, lorsqu’ils s’arrêtèrent sous l’ombre d’un arbre, le nuage et les branches de l’arbre s’inclinèrent au-dessus du Messager d’Allah pour lui procurer de l’ombre. À cette vue, Bahîrâ sortit de son monastère et envoya dire aux gens de la caravane : « Ô marchands qurayshites, j’ai préparé un repas pour vous. Je vous invite tous à venir manger, jeunes et vieux, esclaves et maîtres. » Un homme parmi les Qurayshites dit : « Ô Bahîrâ, aujourd’hui vous êtes animé d’une générosité nouvelle. Nous sommes déjà passés plusieurs fois devant vous, mais jamais vous ne nous avez offert une telle hospitalité. Pourquoi agissez-vous ainsi aujourd’hui ? » Bahîrâ répondit : « C’est vrai. Je ne l’avais jamais fait auparavant. Mais aujourd’hui, vous êtes mes hôtes. Je désire donc prendre soin de vous, préparer un repas pour vous et vous faire manger tous. »
Tous allèrent alors manger. Mais, en raison de son jeune âge, le Messager d’Allah resta dehors, avec les bêtes de la caravane, sous l’ombre de l’arbre. Après avoir soigneusement observé tous les marchands qurayshites réunis pour le repas, Bahîrâ ne retrouva chez eux aucun des traits et des comportements familiers qu’il avait remarqués chez le jeune Muhammad. Il dit donc : « Ô hôtes qurayshites, que personne parmi vous ne soit privé de mon repas. » Ils répondirent : « Ô Bahîrâ, tous ceux qui pouvaient venir sont venus. Il ne reste qu’un jeune garçon auprès des bêtes de la caravane. C’est le plus jeune de la caravane. » Bahîrâ dit : « Ne le laissez pas de côté. Appelez-le également, afin qu’il mange avec vous. » Un Qurayshite dit : « Par al-Lât et al-‘Uzzâ, le fils de ‘Abdullah ibn ‘Abd al-Muttalib ne peut pas rester avec nous sans manger avec nous. Ce serait impossible et blâmable de notre part. » Sur ces mots, il se leva, prit le jeune Muhammad dans ses bras, l’amena et le fit asseoir avec tous les autres au repas. Bahîrâ se mit alors à examiner attentivement toute son apparence et à observer les signes particuliers de son corps. Il en avait trouvé la description dans les Livres célestes antérieurs. Lorsque tous les invités eurent terminé leur repas et furent partis les uns après les autres, Bahîrâ s’approcha du Messager d’Allah et lui dit : « Ô mon garçon, je t’adjure par al-Lât et al-‘Uzzâ de répondre à ce que je vais te demander. » Bahîrâ les invoqua ainsi parce qu’il avait entendu les Qurayshites jurer par ces deux idoles lorsqu’ils conversaient entre eux. Le Messager d’Allah répondit : « Ne m’interrogez pas en m’adjurant par al-Lât et al-‘Uzzâ. Par Allah, je déteste ces deux divinités plus que toute chose. » Bahîrâ dit : « Soit. Je t’adjure donc par Allah de répondre à ce que je vais te demander. » Le Messager d’Allah répondit : « Très bien, demandez ce que vous voulez savoir. » Bahîrâ se mit alors à l’interroger sur diverses choses : son sommeil, sa constitution physique et ses autres états. Les réponses que le Messager d’Allah donna à toutes ses questions correspondaient exactement aux informations que Bahîrâ connaissait. Puis il examina son dos et y vit imprimé, entre ses deux omoplates, le sceau de la prophétie. Il le trouva exactement à l’endroit où, d’après la description des Livres célestes qu’il avait lus, il devait se trouver.
Après cela, Bahîrâ demanda à Abû Tâlib : « Qui est ce garçon pour vous ? » Il répondit : « C’est mon fils. » Bahîrâ dit : « Ce n’est pas votre fils. Le père de ce garçon ne peut pas être encore en vie. » Abû Tâlib répondit : « C’est le fils de mon frère. » Bahîrâ demanda : « Qu’est-il arrivé à son père ? » Abû Tâlib répondit : « Son père est mort alors que ce garçon était encore dans le ventre de sa mère. » Bahîrâ répéta : « Son père est mort alors que ce garçon était encore dans le ventre de sa mère. » Bahîrâ dit : « C’est bien ce qui devait être. Retournez chez vous avec votre neveu et prenez garde à le protéger des Juifs. Par Allah, s’ils voient ce garçon et reconnaissent les signes par lesquels je l’ai identifié, ils chercheront à lui nuire. En effet, votre neveu deviendra bientôt un homme d’une immense importance. » Il repartit ensuite rapidement dans son pays avec lui.
La guerre de Fidjâr
La guerre de Fidjâr eut lieu lorsque le Messager d’Allah était un jeune homme de vingt ans. Elle fut ainsi nommée parce que les deux tribus engagées dans ce conflit, Kinâna et Qays ‘Aylân, avaient toutes deux violé les interdits qui les liaient réciproquement. Le chef de l’armée conjointe des Quraysh et de Kinâna était Harb ibn Umayya. Au début de la journée, Qays vainquit Kinâna au combat, mais Kinâna remporta la victoire vers midi. 15. Ibn Hishâm rapporte que le Messager d’Allah participa pendant quelques jours à la guerre de Fidjâr. Ses oncles l’avaient emmené avec eux sur le champ de bataille. Le Messager d’Allah a dit : « Je détournais les flèches et les lances lancées par les ennemis, puis je les ramassais et les remettais à mes oncles. » Ce fut la dernière guerre de Fidjâr. Elle est connue sous le nom de Fidjâr al-Barâd. Trois autres guerres de Fidjâr avaient eu lieu auparavant : la première entre Kinâna et Hawâzin, la deuxième entre les Quraysh et Hawâzin, et la troisième entre Kinâna et Hawâzin.
Le mariage avec Khadîdja, qu’Allah l’agrée
Khadîdja, fille de Khuwaylid, était une commerçante noble et fortunée de l’Arabie de cette époque. Elle employait des gens dans le commerce en leur versant un salaire fixe ou en leur accordant une part des bénéfices. Les Quraysh étaient réputés comme tribu de commerçants. Ayant appris que le Messager d’Allah était véridique, digne de confiance et noble de caractère, elle lui envoya quelqu’un pour lui proposer de se rendre en Syrie avec ses marchandises, en lui offrant une rémunération supérieure à celle qu’elle accordait aux autres. Elle voulut également lui adjoindre un jeune homme nommé Maysara pour l’aider. Le Messager d’Allah accepta cette proposition et partit pour la Syrie avec les marchandises de Khadîdja et son esclave Maysara. Il arriva bientôt en Syrie.
À son arrivée en Syrie, il se reposa sous un arbre situé près du monastère d’un religieux. Le religieux demanda à Maysara : « Qui est celui qui se repose sous cet arbre ? » Maysara répondit : « C’est un homme de la tribu des Quraysh, originaire du Sanctuaire. » Le religieux s’exclama : « Jamais personne, hormis un prophète, ne s’est reposé sous cet arbre ! »
Le Messager d’Allah, qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix, vendit les marchandises qu’il avait apportées et acheta d’autres articles. Puis il prit la route en direction de La Mecque. Chaque fois qu’il était midi et que la chaleur devenait accablante, Maisara voyait deux anges protéger Muhammad du soleil en lui faisant de l’ombre, tandis qu’il poursuivait sa route monté sur un chameau. Arrivé à La Mecque, il remit à Khadîja les marchandises qu’il avait achetées. Khadîja les vendit et réalisa presque le double de bénéfice. Maisara informa Khadîja des propos du prêtre chrétien ainsi que du fait que deux anges avaient fait de l’ombre au Prophète, qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix. Khadîja était une femme intelligente, noble et dotée d’une forte personnalité.
Pour elle, faire la connaissance de la grandeur et de l’honnêteté du Prophète, qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix, fut considéré comme une faveur supplémentaire, qu’elle n’obtint que par la volonté d’Allah. Après avoir entendu de Maisara le récit de cet événement miraculeux, Khadîja lui envoya un message et lui dit : « Mon frère, je suis impressionnée et émerveillée par la position honorable que vous occupez au sein de votre tribu, par vos liens de parenté et, surtout, par la réputation de fidélité, de noblesse de caractère et de véracité dont vous jouissez. » Sur ces mots, Khadîja lui proposa de l’épouser. Parmi les Quraysh, Khadîja était la femme issue de la plus noble lignée, jouissant du plus grand prestige et d’une immense richesse. C’est pourquoi tous les membres de sa tribu aspiraient, dans la mesure du possible, à l’épouser.
Le Messager d’Allah, qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix, informa ses oncles de la proposition de Khadîja. Son oncle Hamza se rendit auprès du père de Khadîja, Khuwaylid ibn Asad (ibn Abd al-Uzzâ ibn Qusayy ibn Kilâb ibn Murra ibn Ka‘b ibn Lu’ayy), lui présenta officiellement la demande, et le mariage fut célébré. (16. Le Messager d’Allah, qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix, donna à Khadîja vingt chameaux à titre de dot. Elle fut sa première épouse et il n’épousa aucune autre femme de son vivant.)
Tous les enfants du Messager d’Allah, qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix, à l’exception d’Ibrâhîm, naquirent de Khadîja. Ils étaient : Qâsim, Tâhir, Tayyib, Zaynab, Umm Kulthûm et Fâtima. En référence à Qâsim, le Messager d’Allah, qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix, était également connu sous le nom d’Abû al-Qâsim. Qâsim et Tâhir moururent à l’époque de l’Ignorance. Quant à ses filles, elles furent toutes témoins de l’avènement de l’islam, l’embrassèrent et émigrèrent avec leur père. (17. D’après ce récit, Tâhir et Tayyib semblent être deux personnes distinctes. En réalité, ces deux noms sont des surnoms d’Abdullah, par lesquels on l’appelait.)
Le récit de Waraqa ibn Nawfal
Waraqa ibn Nawfal ibn Asad ibn Abd al-Uzzâ, cousin de Khadîja, était un érudit chrétien versé dans les anciens Livres célestes. Il possédait également de solides connaissances dans les sciences profanes. Khadîja lui rapporta les propos du prêtre chrétien qu’elle avait entendus de Maisara, ainsi que la scène que Maisara avait elle-même observée : deux anges faisant de l’ombre au futur Prophète, qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix. Waraqa dit : « Khadîja, si cet événement s’est réellement produit, sache avec certitude que Muhammad est le Prophète de cette époque. Je savais que la venue d’un prophète auprès des descendants actuels était imminente et qu’il était attendu. C’est l’époque de ce prophète. » Après cela, Waraqa déplorait le grand retard pris par la venue du prophète attendu. Dans son impatience, il disait souvent : « Combien de temps faudra-t-il encore attendre ! » C’est ainsi qu’il récitait, en exprimant son regret, le poème suivant :
[Arabe ************]
« Je demeure obstinément attaché au souvenir d’une affaire importante qui, depuis longtemps, a incité beaucoup de gens à sangloter. Après de nombreux récits à son sujet, voilà qu’un nouveau récit m’est parvenu de Khadîja ; en vérité, ô Khadîja, mon attente s’est considérablement prolongée. J’espère voir apparaître ta réalité entre les hauteurs et les basses terres de La Mecque, conformément à ce que tu as rapporté du prêtre chrétien. En vérité, je n’aime pas que les paroles des prêtres soient déformées. »
[Arabe ************]
« Muhammad deviendra bientôt notre chef et notre guide ; il vaincra ses adversaires et répandra la lumière dans tout le pays, une lumière par laquelle il illuminera l’ensemble de la création. Il écrasera ceux qui lui feront la guerre, tandis que ceux qui rechercheront un accord avec lui seront victorieux. Hélas ! Lorsque ces événements se produiront, si seulement j’étais encore présent, je serais le premier d’entre vous à rejoindre son parti. »
La reconstruction de la sainte Kaaba
Lorsque le Messager d’Allah avait trente-cinq ans, les Qurayshites décidèrent de rénover l’édifice de la sainte Kaaba. L’objectif principal de cette décision était de construire un toit pour la sainte Kaaba, car, sans toit, les murs risquaient de s’effondrer. À cette époque, les murs de la Kaaba s’élevaient à un peu plus de trois coudées et étaient construits uniquement en empilant des pierres les unes sur les autres. Il n’y avait aucun mortier. Or, par un concours de circonstances, le navire d’un marchand romain fut porté par les courants marins jusqu’au rivage de Djeddah, où il s’échoua et se brisa en morceaux. Les Qurayshites récupérèrent les planches de ce navire et les préparèrent afin de les utiliser pour construire le toit de la sainte Kaaba. À la même époque, un maçon égyptien arriva également à La Mecque. Les Qurayshites décidèrent intérieurement de lui confier une partie des travaux de rénovation de la sainte Kaaba. Un serpent sortait alors chaque jour d’un puits situé près de la sainte Kaaba et venait se chauffer au soleil sur le mur de la Kaaba. On jetait dans le puits d’où sortait ce serpent les offrandes quotidiennes destinées à la Kaaba. Les Qurayshites étaient terrifiés par ce serpent, car il était si redoutable que personne n’osait s’en approcher. Dès que quelqu’un s’approchait de lui, il déployait son capuchon, se tordait en frottant bruyamment ses écailles les unes contre les autres et ouvrait largement la gueule. Ainsi, un jour, alors que le serpent se chauffait au soleil sur le mur de la sainte Kaaba, Allah y envoya un oiseau. Celui-ci fondit sur le serpent et l’emporta. Les Qurayshites furent alors rassurés et dirent : « Il est à espérer qu’Allah a approuvé notre intention. Nous disposons aujourd’hui d’un maçon qui nous est favorable, le bois nécessaire a été obtenu, et Allah nous a également délivrés du serpent. »
Ils entreprirent ensuite de démolir les murs de la Kaaba pour les reconstruire. À ce moment-là, Abou Wahab ibn Amr ibn Aïdh ibn Imran ibn Makhzum se leva, détacha une pierre de la Kaaba et la prit dans sa main. Mais la pierre lui échappa aussitôt, puis reprit sa place. Témoin de ce prodige, il dit : « Ô Qurayshites, n’employez pour la construction de cet édifice de la Kaaba que des biens acquis licitement. Ne dépensez pas des biens obtenus par la fornication, l’usure ou l’oppression. »
Les Qurayshites se répartirent ensuite entre eux les travaux de construction de la Kaaba. La construction de la partie de la porte échut aux clans Banu Abd Manaf et Zuhra ; celle de la partie située entre le Rukn al-Aswad et le Rukn al-Yamani échut au clan Banu Makhzum, auquel se joignirent encore plusieurs autres clans qurayshites ; la construction du sol de la Kaaba échut aux Banu Jumah et aux Banu Sahm ; enfin, la partie adjacente au Hajar al-Aswad échut aux Banu Abd al-Dar, aux Banu Qusay, aux Banu Asad ibn Abd al-Uzza et aux Banu Adi ibn Kaab.
Le moment de commencer la démolition arriva, mais chacun fut saisi d’une peur inconnue à l’idée d’entreprendre ce travail. Al-Walid ibn al-Mughira déclara alors : « C’est moi qui commencerai la démolition. » Sur ces mots, il prit une pioche, frappa une extrémité de l’édifice délabré et dit : « Ô Allah, je ne me suis pas écarté de Ta religion, et ce que nous faisons, nous le faisons avec une bonne intention. » Puis il démolit une partie de l’angle situé entre le Rukn al-Yamani et le Rukn al-Aswad. Tout le monde passa la nuit suivante dans l’angoisse. Ils dirent : « Voyons si un malheur s’abat sur al-Walid. Si quelque chose lui arrive, nous ne poursuivrons pas la démolition ; nous remettrons plutôt en place la partie démolie et rétablirons l’édifice dans son état antérieur. Sinon, nous comprendrons qu’Allah approuve notre entreprise et nous démolirons le reste. » Le lendemain matin, al-Walid reprit normalement le travail qu’il avait commencé et se remit à démolir le mur de la Kaaba. Les autres hommes se mirent eux aussi à démolir avec lui. Ils poursuivirent ainsi jusqu’aux fondations bâties par Ibrahim, sur lui la paix. Ensuite, ils partirent tous chercher de rares pierres vertes, bombées comme la bosse d’un chameau, qui adhéraient les unes aux autres. [18. Certaines traditions rapportent que les pierres étaient vertes comme les pointes des lances.]
Les clans qurayshites rassemblèrent ensuite des pierres afin de reconstruire la Kaaba. Chaque clan les rassembla séparément et acheva la partie de la reconstruction qui lui incombait. Lorsque la construction des murs fut achevée jusqu’à l’emplacement du Hajar al-Aswad, une querelle éclata pour déterminer qui le remettrait à sa place. Le désir d’obtenir l’honneur de soulever le Hajar al-Aswad et de le placer à son emplacement devint intense chez chacun. À ce sujet, les clans commencèrent à se coaliser et se préparèrent à la guerre.
Il est rapporté qu’à cette époque, Abû Umayya ibn al-Mughîra, le plus âgé de tous les anciens de la tribu de Quraysh, lança l’appel suivant : « Ô Qurayshites, confiez le règlement de ce différend au premier homme qui entrera par la porte de cette Mosquée sacrée. » Tous acceptèrent cette proposition. Il apparut alors que le Messager d’Allah (paix et bénédictions d’Allah sur lui) fut le premier à entrer. En le voyant, tous s’écrièrent d’une seule voix : « Voici notre digne de confiance, al-Amîn, Muhammad ! Nous accepterons son jugement sans réserve. » Lorsque le Messager d’Allah (paix et bénédictions d’Allah sur lui) s’approcha des hommes en désaccord et qu’ils lui exposèrent l’objet de leur différend, il dit : « Donnez-moi un morceau de tissu. » Quand on lui en apporta un, il l’étendit, plaça la Pierre noire en son centre et dit : « Que chaque tribu saisisse un côté de ce tissu. » Tous le saisirent, le soulevèrent et le transportèrent jusqu’à son emplacement. Puis, de ses propres mains, il souleva la Pierre noire, la remit à sa place et la maçonna.
Les devins arabes, les prêtres juifs et les religieux chrétiens
Les prêtres juifs, les religieux chrétiens et les devins arabes avaient annoncé, avant même l’apparition du Messager d’Allah (paix et bénédictions d’Allah sur lui), que le moment de sa venue approchait. Les communautés sacerdotales juive et chrétienne avaient fait cette prédiction en examinant, dans leurs Livres célestes respectifs, les signes annonçant le dernier Prophète et l’époque de son apparition, ainsi qu’à la lumière des promesses faites à son sujet par leurs prophètes. Quant à la source des prédictions des devins arabes, elle résidait dans les informations qu’ils recevaient des djinns qui écoutaient furtivement les conversations des anges. À cette époque, les démons n’étaient pas encore empêchés d’écouter furtivement par le lancement de traits enflammés destinés à les chasser. Ces démons se rendaient auprès des devins et devineresses. Il leur arrivait donc de donner quelques indications sur la venue du dernier Prophète. Les Arabes ordinaires n’accordaient guère d’attention à ces indications. Mais après l’apparition du Prophète et la réalisation effective des signes annoncés, tous purent les connaître et les comprendre.
Lorsque le moment où le Messager d’Allah (paix et bénédictions d’Allah sur lui) devait recevoir la prophétie fut devenu imminent, les démons furent empêchés d’écouter furtivement, et leurs déplacements dans les postes où ils se tenaient pour écouter furent interrompus par le lancement de traits enflammés. Les djinns comprirent alors que cette mesure avait été prise afin de mettre en œuvre dans la création un processus ou un dispositif particulier d’Allah.
Les caractéristiques physiques et morales du Messager d’Allah (paix et bénédictions d’Allah sur lui)
Ibn Hichâm dit :
Omar, l’affranchi de Ghufra, a rapporté d’Ibrâhîm, fils de Muhammad, fils de ‘Alî ibn Abî Tâlib, les caractéristiques physiques et morales du Messager d’Allah (paix et bénédictions d’Allah sur lui) de la manière suivante :
Chaque fois que ‘Alî ibn Abî Tâlib faisait l’éloge du Messager d’Allah (paix et bénédictions d’Allah sur lui), il disait : « Il n’était ni très grand ni très petit, mais de taille moyenne. Ses cheveux n’étaient ni très bouclés ni complètement raides ; ils étaient légèrement ondulés. Il n’était ni très corpulent ni gros. Son visage n’était ni parfaitement rond ni petit. Ses yeux étaient noirs. Ses sourcils étaient longs, les os de ses articulations ainsi que l’os situé entre ses deux épaules étaient élevés et bien marqués. La région qui s’étendait de sa poitrine à son nombril était couverte d’un fin duvet. Ses mains et ses pieds étaient robustes. En marchant, il ne frappait pas lourdement le sol ; on aurait dit qu’il descendait d’un terrain élevé vers un terrain plus bas. Lorsqu’il se retournait pour regarder dans une direction, il se retournait de tout son corps. Entre ses deux épaules, le sceau ou la marque de la prophétie était visible. En vérité, il était le dernier des prophètes, le plus généreux, le plus courageux, le plus véridique sans égal, le plus consciencieux, le plus doux et le plus sociable. Au premier regard, tous étaient saisis de crainte en le voyant. » ‘Alî (qu’Allah l’agrée), celui qui faisait son éloge, dit : « Je n’ai jamais vu, ni avant ni après lui, un homme qui lui ressemblât. »
La mention du Messager d’Allah dans l’Évangile
Ibn Ishaq dit :
Voici, à ma connaissance, le récit et la promesse concernant le vénérable Messager d’Allah, que Jésus, fils de Marie, a faits et qui sont rapportés dans l’Évangile compilé par Jean, le compagnon de Jésus, lequel les a fait consigner conformément à la révélation reçue par Jésus de la part d’Allah :
« Celui qui me hait et me déteste hait Allah Lui-même. Si je ne vous avais pas montré les œuvres qu’aucun autre n’avait jamais accomplies, ils — c’est-à-dire les mécréants — n’auraient pas été fautifs. Mais à présent, ils ont rejeté les signes d’Allah. Ils ont pensé qu’ainsi ils pourraient me vaincre, moi et Allah. Tout cela est arrivé afin que s’accomplisse la prophétie du Livre divin. En vérité, ils m’ont haï injustement. Si “Manhamanna”, celui qu’Allah enverra, vient à vous, c’est lui qui témoignera en ma faveur. Il est l’Esprit saint venu de la part d’Allah. Et vous aussi, vous témoignerez assurément en ma faveur, car vous êtes avec moi depuis le commencement. Je vous ai dit toutes ces choses afin que vous ne portiez pas plainte. [19. Voir la Bible, Jean 15:23-36.] En langue syriaque, “Munhamanna” signifie Muhammad. En langue romaine, son équivalent est “Baraklitas”. »
L’avènement de la prophétie
Lorsque Muhammad, qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix, eut atteint l’âge de quarante ans, Allah l’envoya comme miséricorde pour tous les mondes et annonciateur de bonnes nouvelles pour toute l’humanité. Avant lui, Allah Tout-Puissant avait pris de chacun des prophètes et messagers venus sur terre l’engagement qu’ils croiraient au Prophète, qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix, le soutiendraient et l’aideraient contre ses adversaires. Il leur ordonnerait également d’imposer ce devoir à ceux qui croiraient en eux et les soutiendraient. Conformément à cet engagement, chaque prophète chargea ses propres disciples d’accepter Muhammad, qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix, et de lui obéir.
Aïcha rapporte : « Lorsque Allah Tout-Puissant décida d’honorer le Messager d’Allah, qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix, et de faire bénéficier l’humanité de sa grâce, le Messager d’Allah, qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix, commença à faire des rêves véridiques, qui constituaient une part de la prophétie. Chaque rêve qu’il faisait se réalisait avec l’apparition du soleil à l’aube. À cette époque, Allah Tout-Puissant lui inspira le goût de la retraite. La solitude et le recueillement devinrent ce qu’il préférait le plus. »
Abd al-Malik ibn Ubayd Allah rapporte :
Lorsque Allah Très-Haut décida d’honorer et d’élever en dignité le Messager d’Allah ﷺ et inaugura sa mission prophétique, celui-ci, lorsqu’il sortait pour quelque affaire, quittait les lieux habités et se rendait très loin, dans les vallées montagneuses et les plaines de La Mecque. Chaque fois qu’il passait près d’une pierre ou d’un arbre, la pierre ou l’arbre s’écriait : « As-salâmu ‘alayka yâ Rasûlallâh ! » (Que la paix soit sur toi, ô Messager d’Allah !) Dès qu’il entendait cela, le Messager d’Allah ﷺ regardait autour de lui, à droite, à gauche et derrière lui. Quelques jours passèrent, et le Messager d’Allah ﷺ continua ainsi à entendre et à voir ces choses. Puis, au mois de Ramadan, alors qu’il se trouvait dans la grotte de Hirâ (20. Hirâ est le nom d’une grotte située dans une montagne à trois milles de La Mecque), Jibrîl, paix sur lui, vint à lui, portant de la part d’Allah un message d’une éminente noblesse et d’un immense honneur.
Il est rapporté d’après ‘Ubayd ibn ‘Umayr que :
Le Messager d’Allah ﷺ passait chaque année un mois dans la grotte de Hirâ. À l’époque de la Jâhiliyyah, les Qurayshites se consacraient eux aussi de la même manière à une retraite spirituelle, délaissant l’adoration des idoles. Chaque année, il passait ainsi un mois à se consacrer solitairement à l’adoration. Durant ce mois, il nourrissait tous les pauvres qui venaient à lui. Une fois ce mois de retraite achevé, avant de rentrer chez lui, le Messager d’Allah ﷺ entrait d’abord dans la Kaaba sacrée et accomplissait sept circumambulations, ou davantage, puis seulement il regagnait sa demeure. Lorsque survint ensuite le mois durant lequel Allah devait l’honorer de l’honneur suprême, c’est-à-dire le mois de Ramadan de l’année où il reçut la prophétie, le Messager d’Allah ﷺ partit, comme à son habitude, pour séjourner à Hirâ. Enfin arriva cette nuit grandiose au cours de laquelle Allah Très-Haut l’honora de la mission de Messager. C’est alors que Jibrîl, paix sur lui, vint à lui sur l’ordre d’Allah.
Le Messager d’Allah ﷺ dit : « Je dormais. C’est alors que Jibrîl apparut, tenant un morceau de soie. Quelques mots étaient écrits sur ce morceau d’étoffe. Jibrîl me dit : “Lis !” Je répondis : “Je ne sais pas lire.” »
Alors il me serra si fortement dans ses bras que je crus mourir. Après m’avoir relâché un moment plus tard, il me dit : « Lis ! » Je répondis : « Je ne sais pas lire. » Il me serra de nouveau très fort dans ses bras. Cette fois encore, la violence de l’étreinte me fit craindre de mourir. Il me relâcha encore et dit : « Lis ! » Je demandai : « Que dois-je lire ? » Il répondit : « Iqra’ bismi rabbika… », c’est-à-dire : « Lis au nom de ton Seigneur qui a créé, qui a créé l’homme d’un caillot de sang. Lis, et ton Seigneur est le Très Généreux. C’est Lui qui a enseigné par le calame. Il a enseigné à l’homme ce qu’il ne savait pas. » Le Messager d’Allah ﷺ dit : « Je récitai alors les quelques versets qu’il m’avait fait entendre. Après m’avoir fait réciter jusqu’à ce point, Jibrîl s’arrêta, puis partit. Je me réveillai ensuite. J’eus l’impression d’avoir inscrit quelque chose dans mon esprit. Je sortis alors de la grotte de Hirâ. Lorsque j’atteignis un endroit situé entre les montagnes, j’entendis soudain une voix venant d’en haut : “Ô Muhammad, tu es le Messager d’Allah et je suis Jibrîl.” Je levai les yeux vers le ciel et vis Jibrîl sous la forme d’un homme, déployant ses deux ailes à l’horizon lointain du ciel et disant : “Ô Muhammad, tu es le Messager d’Allah et je suis Jibrîl.” Je restai immobile, à le regarder. En regardant les autres parties du ciel, je le vis partout sous la même forme. Je demeurai ainsi debout, immobile, durant un long moment. Je ne pouvais ni reculer ni avancer. À ce moment-là, Khadîja envoya des gens à ma recherche. Après avoir atteint les hauteurs de La Mecque, ils retournèrent auprès de Khadîja, alors que je me tenais encore au même endroit. Puis Jibrîl disparut. Je me dirigeai vers ma famille. Arrivé auprès de Khadîja, je m’assis tout près d’elle. Elle me dit : “Ô Abû al-Qâsim, où étais-tu ? J’avais envoyé des gens à ta recherche. Ils sont revenus après t’avoir cherché dans les hauteurs de La Mecque.” Je racontai à Khadîja tout ce que j’avais vu. Khadîja dit : “Considère cet événement comme un signe de la plus grande bénédiction et reste ferme. Je jure par Celui qui tient mon âme entre Ses mains : je suis convaincue que tu as été choisi comme prophète pour l’humanité de cette époque.” »
Khadîja se couvrit alors de ses vêtements et se rendit auprès de Waraqa ibn Nawfal. Waraqa était le cousin paternel de Khadîja. Il avait embrassé le christianisme et possédait une vaste connaissance des Livres célestes. Il avait notamment acquis beaucoup de savoir auprès de ceux qui croyaient à la Torah et à l’Évangile. Khadîja lui raconta dans tous ses détails tout ce que le Messager d’Allah ﷺ avait vu et entendu. Après avoir tout écouté, Waraqa s’écria : « Quddûsun, Quddûsun ! Quel ange très saint ! Quel ange très saint ! Par Allah, ô Khadîja, crois-moi : c’est bien le grand messager qui venait auprès de Moïse qui est venu auprès de Muhammad. En vérité, Muhammad a été choisi comme prophète pour l’humanité actuelle. (21. Suhaylî dit : Bien qu’‘Îsâ fût, du point de vue de l’intervalle temporel, le prophète le plus proche, Waraqa mentionna Moïse à sa place parce qu’il avait alors adopté le christianisme. Or, selon les chrétiens, ‘Îsâ n’est pas un prophète. Selon leur croyance, ‘Îsâ est plutôt l’une des trois personnes d’Allah, qui s’est fondue dans la personne de Jésus. Il existe toutefois des divergences parmi les chrétiens au sujet de cette interprétation.) Dis-lui de rester ferme. »
Khadîja retourna auprès du Messager d’Allah ﷺ et lui rapporta ce que Waraqa avait dit. Lorsque le Messager d’Allah ﷺ eut achevé son mois d’adoration dans la grotte de Hirâ, il retourna à La Mecque et commença, comme à l’accoutumée, à accomplir la circumambulation autour de la Kaaba. À ce moment-là, Waraqa lui demanda : « Mon neveu, raconte-moi ce que tu as vu et entendu. » Le Messager d’Allah ﷺ lui raconta tout l’événement. Après l’avoir écouté, Waraqa dit : « Sache avec certitude que tu es le prophète de l’humanité de cette époque. C’est bien le grand messager qui venait auprès de Moïse qui est venu auprès de toi. Sache aussi avec certitude que ton message sera traité de mensonge, que tu seras persécuté, que tu seras exilé et que l’on combattra contre toi. Si je suis encore vivant à ce moment-là, je t’aiderai certainement ouvertement à établir la religion d’Allah. » Puis Waraqa avança la tête vers lui et lui embrassa le front. Après avoir achevé la circumambulation, le Messager d’Allah ﷺ rentra chez lui.
Le début de la révélation du Coran
C’est au cours du mois béni de Ramadan que la révélation commença à être descendue sur le Messager d’Allah, qu’Allah le bénisse et le salue. Allah, le Très-Haut et le Tout-Puissant, dit :
« Le mois de Ramadan est celui au cours duquel le Coran a été descendu comme guide pour l’humanité, avec des preuves claires de la bonne direction et comme discernement entre la vérité et le faux. »
Allah, le Très-Haut, dit également :
« Nous avons certes fait descendre ce Coran durant la Nuit du Destin. Et qui te fera savoir ce qu’est la Nuit du Destin ? La Nuit du Destin est meilleure que mille mois. Durant cette nuit, les anges et l’Esprit [Jibril] descendent, avec la permission de leur Seigneur, et elle est paix jusqu’à l’apparition de l’aube. » (Sourate al-Qadr)
Allah, le Très-Haut, dit également :
« Ha-Mim ! Par le Livre explicite ! Nous l’avons certes fait descendre durant une nuit bénie. Nous sommes certainement Celui qui avertit. Durant cette nuit, toute affaire est décidée avec sagesse, sur Notre ordre. Et Nous voulions envoyer un messager. » (Sourate ad-Dukhan)
Allah, le Très-Haut, dit également :
« Si vous croyez en Allah, en Son serviteur et en ce que Nous avons fait descendre le jour du Discernement, le jour où les deux armées se rencontrèrent…. » Ici, le « jour où les deux armées se rencontrèrent » désigne le jour où les polythéistes et le Messager d’Allah, qu’Allah le bénisse et le salue, se firent face sur le champ de bataille de Badr.
La conversion de Khadîdja bint Khuwaylid à l’islam
Khadîdja bint Khuwaylid crut au Prophète, qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix. Elle reconnut comme véridique la révélation qu’il avait reçue d’Allah. Elle l’assista dans l’accomplissement de sa mission prophétique. En vérité, elle fut la première personne à croire en Allah et en Son Messager et à le reconnaître comme véridique.
C’est ainsi qu’Allah soulageait les peines et les souffrances de Son Prophète. Chaque fois qu’une situation pénible se présentait, que quelqu’un rejetait son appel et le traitait de menteur, il en était profondément affligé. Mais dès qu’il se rendait auprès de Khadîdja, sa peine disparaissait, par la volonté d’Allah. Khadîdja le réconfortait, allégeait ses chagrins et ses douleurs, reconnaissait pleinement la véracité de son appel et l’encourageait à ne pas prendre trop à cœur le comportement des gens. Qu’Allah fasse descendre Sa miséricorde sur elle. Le Messager d’Allah, qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix, a dit : « C’est pour cette raison qu’il m’a été ordonné d’annoncer à Khadîdja la bonne nouvelle d’une demeure au Paradis, faite de perles ornées d’un ouvrage incomparable, où il n’y aura ni vacarme, ni peine, ni maladie. »
L’interruption de la révélation
Ensuite, la révélation cessa pendant quelque temps, et cette interruption devint très pénible pour le Prophète, qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix. Puis Gabriel, que la paix soit sur lui, apparut auprès de lui avec la sourate « Ad-Duhâ ». Le Seigneur majestueux qui l’avait honoré de la prophétie y jura qu’Il ne l’avait ni abandonné ni pris en aversion. Allah le Très-Haut dit : « Par la clarté du matin et par la nuit obscure !
« Ton Seigneur ne t’a ni abandonné ni pris en aversion. » Cela signifie : Il ne t’a pas abandonné après avoir rompu toute relation avec toi, et Il ne t’a pas aimé de nouveau après avoir éprouvé de l’hostilité à ton égard. « Certes, ce qui vient pour toi sera meilleur que ce qui est venu auparavant. » Cela signifie : ce que J’ai préparé pour toi après ton retour auprès de Moi est meilleur que ce que Je t’ai accordé dans ce monde. Il t’accordera assurément bientôt une telle abondance que tu seras satisfait. C’est-à-dire la réussite et la victoire dans ce monde, ainsi que la récompense dans l’au-delà. « Ne t’a-t-Il pas trouvé orphelin, puis Il t’a donné refuge ? Ne t’a-t-Il pas trouvé égaré, puis Il t’a guidé ? Ne t’a-t-Il pas trouvé pauvre, puis Il t’a enrichi ? » Dans ces versets, Allah le Très-Haut lui rappelle les honneurs qu’il reçut au début de sa vie, ainsi que la compassion et la bienveillance qu’Allah lui témoigna alors qu’il était privé de ses parents, sans soutien ni ressources et égaré, et dont Il le sauva, par Sa grâce, de cette situation misérable. « Alors, ne maltraite pas l’orphelin et ne repousse pas celui qui demande de l’aide. » Cela signifie : ne manifeste ni arrogance ni orgueil envers les serviteurs faibles d’Allah, et n’agis pas avec cruauté ni arbitraire. « Et proclame les bienfaits de ton Seigneur. » Cela signifie : fais connaître aux gens les biens incomparables et la dignité exceptionnelle que tu as reçus d’Allah en obtenant la prophétie, et appelle-les à cette voie.
Ensuite, le Messager d’Allah, qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix, se consacra très discrètement à la propagation de la religion auprès des personnes dignes de confiance et fiables parmi ses proches. Il se mit à exposer le grand bienfait qu’Allah lui avait accordé, ainsi qu’à l’ensemble de l’humanité, en lui conférant la prophétie.
Les premiers à embrasser l’islam
Le premier homme à croire au Messager d’Allah — qu’Allah le bénisse et le salue —, à accomplir la prière avec lui et à accepter de tout son cœur la révélation descendue sur lui de la part d’Allah fut ʿAlî, fils de son oncle paternel Abû Tâlib — qu’Allah l’agrée. Il n’avait alors que dix ans.
On peut observer une faveur particulière d’Allah envers ʿAlî — qu’Allah l’agrée. Le fait qu’Allah ait voulu son bien et qu’Il ait préparé pour lui les dispositions appropriées se comprend à travers les événements qui précédèrent son entrée dans l’islam. Les Quraych traversaient alors une période de grande détresse. Abû Tâlib, qui était père de nombreux enfants, se trouvait dans une situation financière extrêmement difficile. ʿAbbâs était un autre oncle paternel du Messager d’Allah — qu’Allah le bénisse et le salue. Il était le plus aisé des Banû Hâshim. Le Messager d’Allah — qu’Allah le bénisse et le salue — lui dit : « Ô ʿAbbâs, ton frère Abû Tâlib est accablé par la charge d’un grand nombre d’enfants. Tu vois bien dans quelle terrible misère les gens se trouvent. Allons alléger la charge de ses enfants. Je prendrai la responsabilité de l’un de ses fils et tu prendras celle d’un autre. Ainsi, nous le libérerons de la charge de deux de ses enfants. »
ʿAbbâs répondit : « D’accord, allons-y. »
Ils allèrent alors tous deux trouver Abû Tâlib et lui dirent : « Nous voulons alléger la charge de tes enfants jusqu’à ce que les habitants du pays sortent de la crise financière actuelle. » Abû Tâlib répondit : « Laissez-moi ʿAqîl, puis emmenez celui qu’il vous plaira. »
Le Messager d’Allah — qu’Allah le bénisse et le salue — prit alors ʿAlî et l’intégra à sa propre famille. ʿAbbâs prit Jâʿfar et l’intégra lui aussi à sa famille. ʿAlî — qu’Allah l’agrée — resta auprès du Messager d’Allah — qu’Allah le bénisse et le salue — jusqu’au moment où celui-ci reçut la prophétie. C’est pourquoi, après la réception de la prophétie, ʿAlî crut en lui, l’accepta de tout son cœur comme prophète et se mit à le suivre.
Selon certains historiens, lorsque l’heure de la prière arrivait, le Messager d’Allah — qu’Allah le bénisse et le salue — se rendait dans une grotte difficile d’accès des montagnes de La Mecque, et ʿAlî l’y accompagnait. Ils accomplissaient cette pratique en secret, à l’insu de son père, de ses oncles et de tous les membres de sa tribu. Ils s’y rendaient tous deux, priaient dans la solitude, puis rentraient chez eux à la tombée du soir. C’est ainsi qu’avec la permission d’Allah, ils poursuivirent cette activité pendant quelque temps. Un jour, Abû Tâlib les vit tous deux en prière. Après celle-ci, il demanda au Messager d’Allah — qu’Allah le bénisse et le salue — : « Mon neveu, quelle est donc cette religion que tu suis ? » Il répondit : « Mon oncle, c’est la religion d’Allah, la religion de Ses anges, la religion de Ses prophètes et de Ses messagers, et en particulier la religion de notre père Ibrâhîm. Allah m’a fait Messager et m’a envoyé auprès de l’humanité avec cette religion. Ô mon oncle, parmi tous ceux auxquels j’ai enseigné cette religion et que j’ai invités à accepter ce code de vie, tu es plus digne que tous les autres de recevoir cet appel. Et comparé à tous ceux qui ont accepté mon appel et m’ont aidé dans ma mission, c’est toi qui as le plus le devoir de répondre à cet appel et de m’apporter ton soutien. »
Abû Tâlib dit : « Mon neveu, je ne peux pas abandonner la religion et les coutumes de mes ancêtres. Mais, par Allah, tant que je serai en vie, tu ne seras exposé à aucune situation désagréable à cause de ton activité. »
Après cela, Zâlid ibn Hârith ibn Shurahbîl ibn Kaʿb ibn ʿAbd al-ʿUzzâ embrassa l’islam. Auparavant, le neveu de Khadîdja, Hakîm ibn Hizâm ibn Khuwaylid, avait ramené de Syrie plusieurs esclaves, parmi lesquels se trouvait Zayd ibn Hâritha. Un jour, sa tante paternelle Khadîdja vint le voir. À cette époque, Khadîdja était déjà mariée au Messager d’Allah — qu’Allah le bénisse et le salue. Hakîm lui dit : « Ma tante, choisis celui que tu veux parmi ces esclaves. Quel que soit le garçon que tu choisiras, je te le donnerai. » Elle choisit Zayd et le prit avec elle. Lorsque le Messager d’Allah — qu’Allah le bénisse et le salue — vit Zayd auprès de Khadîdja et manifesta le désir de l’avoir, Khadîdja le lui donna en cadeau. Le Messager d’Allah — qu’Allah le bénisse et le salue — l’affranchit de l’esclavage et l’adopta comme fils. Cela eut lieu avant qu’il ne reçoive la prophétie.
Ensuite, Abou Bakr ibn Abou Quhafa embrassa l’islam. Son véritable nom était Atîq, tandis que le vrai nom d’Abou Quhafa était Othman. Après avoir embrassé l’islam, Abou Bakr — qu’Allah l’agrée — l’annonça publiquement. Il était très populaire au sein de sa tribu, affable, sociable et d’un abord agréable. Parmi les Quraychites, il était le plus noble et celui qui connaissait le mieux leurs généalogies. Personne ne possédait une connaissance aussi judicieuse que lui des Quraychites, de leurs qualités et de leurs défauts, ainsi que de ce qui leur était bénéfique ou nuisible. Il était commerçant, généreux et vertueux. Les membres de sa tribu se pressaient auprès de lui. Grâce à sa sociabilité, à son érudition et à ses compétences commerciales, beaucoup se liaient d’amitié avec lui et entretenaient des relations étroites avec lui. C’est pourquoi il commença à appeler à l’islam ceux de sa tribu qui le fréquentaient et lui étaient particulièrement fidèles. Sur son invitation, Othman ibn Affan, Zoubaïr ibn al-Awwam, Abd ar-Rahman ibn Awf, Sa‘d ibn Abou Waqqas et Talha ibn Obeïdallah embrassèrent successivement l’islam. Ces cinq hommes, ainsi qu’Abou Bakr, Ali et Zaïd — huit personnes au total — furent les premiers musulmans. Ce furent eux qui accomplirent les premières prières et acceptèrent l’islam de tout leur cœur.
Ensuite, Abou Obeïda ibn al-Jarrah, Abou Salama ibn Abd al-Asad et al-Arqam ibn Abou al-Arqam. (22. La maison d’al-Arqam se trouvait sur le mont Safa. C’est dans cette maison que le Messager d’Allah — qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix — appelait les Quraychites à l’islam. Cette retraite et cette prédication secrètes se poursuivirent ainsi jusqu’à ce que le nombre des musulmans atteigne quarante, avec la conversion de ‘Umar — qu’Allah l’agrée. Une fois les quarante atteints, ils se manifestèrent publiquement.)
Othman ibn Maz‘oun et ses deux frères, Qudama et Abdallah ; Obeïda ibn al-Harith ; Saïd ibn Zaïd ibn Amr et son épouse Fatima, sœur de ‘Umar ibn al-Khattab ; Asma bint Abou Bakr et Aïcha bint Abou Bakr — Aïcha était alors une jeune fille — ; Khabbab ibn al-Aratt ; Oumayr ibn Abou Waqqas ; Abdallah ibn Mas‘oud ; Mas‘oud ibn Qari ; Salit ibn Amr ; Ayyach ibn Abou Rabi‘a et son épouse Asma bint Salama ; Khounays ibn Houdhafa ; Amir ibn Rabi‘a ; Abdallah ibn Jahch et son frère Abou Ahmad ; Ja‘far ibn Abou Talib et son épouse Asma bint Oumays ; Hatib ibn al-Harith et son épouse Fatima bint Moujallal, son frère Khoutab et son épouse Foukaïha bint Yasar ; Ma‘mar ibn al-Harith ; Saïb ibn Othman ibn Maz‘oun ; al-Mouttalib ibn Azhar et son épouse Ramla bint Abou Awf ; an-Nahham, c’est-à-dire Nouaïm ibn Abdallah ; Amir ibn Fouhayra ; Khalid ibn Saïd ibn al-As et son épouse Amina bint Khalaf ; Hatib ibn Amr ; Abou Houdhayfa ibn Outba ibn Rabi‘a ; Waqid ibn Abdallah ; Khalid, fils de Boukaïr ibn Abd Yalil, ainsi qu’Amir, Aqil et Yass ; Ammar ibn Yassir et Souhayb ibn Sinan ar-Roumi (23. Souhayb était arabe de naissance. Durant son enfance, il fut capturé par les Byzantins et grandit parmi eux comme esclave. Plus tard, un homme de la tribu de Kalb l’acheta, l’emmena à La Mecque et l’y vendit. Abdallah ibn Jouda‘an l’acheta et l’affranchit. Dans les hadiths, Souhayb est mentionné comme le premier Romain à avoir embrassé l’islam) embrassèrent l’islam.
La prédication publique
Ensuite, les gens commencèrent à embrasser l’islam en groupes, hommes et femmes indistinctement. Ainsi, l’islam se répandit dans toute La Mecque et l’on se mit à en parler abondamment. Alors Allah, le Très-Grand et le Tout-Puissant, ordonna à Son Messager de proclamer Sa parole à voix haute et de se consacrer ouvertement, au milieu du peuple, à l’appel vers la religion d’Allah. Après le début de la mission prophétique, la prédication secrète se poursuivit durant trois ans, avant que ne commence la proclamation publique de l’islam. C’est alors qu’Allah ordonna : « Ô Prophète, commence maintenant à proclamer à voix haute et ne prête aucune attention aux propos des polythéistes. » Il dit également : « Ô Prophète, avertis tes proches parents et sois plein de compassion et de bonté envers les croyants qui te suivent. Et dis : “Je ne suis qu’un avertisseur explicite.” »
Lorsque les Compagnons du Messager d’Allah — qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix — priaient, ils se rendaient dans des grottes montagneuses difficiles d’accès et y priaient à l’abri des regards. Un jour, alors qu’un petit groupe de Compagnons du Messager d’Allah, parmi lesquels se trouvait Sa‘d ibn Abou Waqqas, priait dans une grotte de l’une des montagnes de La Mecque, un groupe de polythéistes mecquois arriva sur les lieux. Ils se mirent à blâmer sévèrement les croyants et à les couvrir d’injures, puis finirent par les attaquer et voulurent les tuer. À ce moment-là, Sa‘d ibn Abou Waqqas frappa violemment à la mâchoire l’un des polythéistes avec un os de mâchoire de chameau mort et lui fendit la tête. Ce fut le premier incident de sang versé pour l’islam.
Bien que le Messager d’Allah — qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix — appelât publiquement à l’islam conformément à l’ordre d’Allah, les Quraychites ne s’éloignèrent pas de lui et ne protestèrent pas contre lui tant qu’il ne critiquait pas leurs idoles. Mais lorsqu’il critiqua leurs idoles, ils considérèrent aussitôt sa mission comme une chose terrifiante et dangereuse. Ils se déchaînèrent violemment contre lui et entreprirent avec détermination de lui manifester leur opposition et leur hostilité. Toutefois, il protégea, pour la cause de l’islam, le petit nombre de personnes qui ne s’étaient pas encore déclarées ouvertement musulmanes, en les préservant de cette hostilité.
Son oncle Abou Talib continua de témoigner au Messager d’Allah — qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix — une pleine sympathie et une grande compassion. Il le protégeait contre les attaques des Quraychites et se tenait à ses côtés. Ainsi, le Messager put poursuivre sans entrave sa mission de propagation de la religion d’Allah. Mais lorsque les Quraychites virent que le Messager d’Allah ne prêtait pas la moindre attention à leur vive opposition à la rupture avec leurs idoles et à la critique de celles-ci, et que son oncle continuait de lui accorder sa protection sans aucunement le livrer aux Quraychites, leurs notables et leurs dirigeants se rendirent un jour en groupe chez Abou Talib et lui dirent : « Ô Abou Talib, ton neveu a insulté nos idoles, dénigré notre religion, taxé notre intelligence de stupidité et qualifié nos ancêtres d’égarés. Dans ces conditions, soit tu l’empêches de poursuivre ces agissements, soit tu nous laisses le corriger. » Abou Talib leur répondit en termes touchants, les convainquit et les congédia.
Le Messager d’Allah, qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix, poursuivit son œuvre comme à l’accoutumée. Il continua à appeler les gens à la religion d’Allah et à en assurer la propagation et la diffusion. Aussi l’hostilité et la rancœur des Quraychites ne cessèrent-elles de croître. Ils se déchaînèrent dans de virulentes critiques contre le Messager d’Allah, qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix, et commencèrent à s’exciter mutuellement contre lui.
Ils se présentèrent donc de nouveau chez Abou Talib et lui dirent : « Ô Abou Talib, vous êtes parmi nous un ancien et un notable. Nous vous considérons comme une personne éminente et respectée.
Nous vous avions dit d’empêcher votre neveu, mais vous ne l’avez pas fait. Par Allah, nous ne pouvons plus laisser les choses continuer ainsi. Nous ne pouvons plus supporter l’audace avec laquelle il nous critique, dénigre nos divinités et traite notre intelligence de stupidité. Maintenant, soit vous le faites renoncer, soit nous vous combattrons avec lui, et nous ne nous arrêterons pas avant que l’un des deux camps ne soit anéanti. »
Abou Talib fit appeler le Messager d’Allah, qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix. Il lui dit : « Mon neveu, les gens de ton peuple sont venus me parler de toutes ces choses. » Puis il lui rapporta les propos des chefs quraychites et ajouta : « Maintenant que la situation en est arrivée à ce point, ménage-toi et ménage-moi. Ne m’impose pas une charge qui dépasse mes capacités.
Le Messager d’Allah, qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix, pensa que son oncle avait changé d’avis, qu’il voulait le laisser seul face aux Quraychites et qu’il était devenu incapable de le soutenir. Il dit donc : « Mon oncle, je le jure par Allah, même s’ils m’apportaient le soleil dans ma main droite et la lune dans ma main gauche et me demandaient, en échange, d’abandonner cette mission, je ne l’abandonnerais pas. Je continuerai à l’accomplir jusqu’à ce qu’Allah fasse triompher Sa religion, ou que je périsse en l’accomplissant. » Après ces paroles, les deux yeux du Messager d’Allah, qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix, se remplirent de larmes. Puis il se leva et s’apprêta à partir. Lorsqu’il se fut éloigné quelque peu, Abou Talib l’appela : « Ô mon neveu, approche. » Il s’approcha. Abou Talib lui dit : « Mon neveu, soit. Continue à dire ce que tu veux dire. Jamais, pour quelque raison que ce soit, je ne te livrerai à ces gens. »
Lorsque les Quraychites apprirent qu’Abou Talib refusait de laisser le Messager d’Allah, qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix, seul face aux humiliations, et qu’il demeurait résolu à ne pas le leur livrer malgré leur rupture et leur hostilité, ils amenèrent auprès d’Abou Talib un jeune homme nommé Oumara ibn al-Walid ibn al-Moughira et lui dirent : « Ô Abou Talib, regardez ce jeune homme. Il s’appelle Oumara ibn al-Walid. Dans la tribu des Quraychites, il n’y a pas de jeune homme aussi courageux, puissant et beau que lui. Prenez-le comme fils ; vous pourrez tirer profit de son intelligence et de son aide. En échange, livrez-nous votre neveu, qui s’oppose à la religion de vos ancêtres, sème la division parmi votre peuple et traite leur intelligence de stupidité. Livrez-le-nous afin que nous le tuions. Vous recevrez ainsi un homme en échange d’un homme. »
Abou Talib répondit : « Par Allah, vous m’imposez une chose des plus abominables. Pourrais-je accepter une proposition selon laquelle vous me donneriez votre fils, que j’élèverais en le nourrissant et en prenant soin de lui, tandis que je vous livrerais mon fils afin que vous le tuiez ? Par Dieu, sachez que cela n’arrivera jamais. »
Al-Mout’im ibn Adi dit : « Ô Abou Talib, votre peuple vous a fait une proposition parfaitement équitable. Ils veulent vous libérer de ce que vous-même n’appréciez pas. Pourtant, il semble que vous ne soyez disposé à accepter aucune de leurs propositions. » Abou Talib lui répondit : « Par Allah, ils n’ont pas été justes envers moi. En réalité, tu es résolu à m’humilier et tu veux pour cela dresser tout le peuple contre moi. À présent, fais ce que tu veux. »
Désormais, la situation échappa à tout contrôle et un climat de guerre s’installa. Les Quraychites commencèrent à s’exciter mutuellement à la guerre. Chaque tribu se jeta sur les quelques musulmans qui se trouvaient parmi elle, commença à leur infliger de terribles persécutions et les pressa durement d’abandonner l’islam. Seul le Messager d’Allah, qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix, resta à l’abri de ces persécutions. Allah le protégea par l’intermédiaire de son oncle Abou Talib.
Lorsqu’Abou Talib vit que les Quraychites avaient choisi une voie d’une extrême violence, il entreprit de prendre contact avec les membres des tribus des Banou Hachim et des Banou al-Muttalib. Il les appela tous à soutenir et à aider la résolution qu’il avait prise de protéger le Messager d’Allah, qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix, et de s’opposer à tout comportement inconvenant à son égard. Tous les membres de ces deux tribus répondirent à son appel et lui promirent leur soutien. Seul Abou Lahab, l’ennemi maudit d’Allah, refusa de le soutenir.
Les propos d’Al-Walid ibn al-Mughira au sujet du Coran
Un groupe de Quraychites se réunit auprès de leur chef âgé, Al-Walid ibn al-Mughira. La saison du pèlerinage approchait alors. Al-Walid dit : « Ô Quraychites, la saison du pèlerinage approche. Des gens viendront ici de différentes régions d’Arabie, et ils ont déjà entendu parler de Muhammad. Mettez donc au point à son sujet une position unanime. Qu’il n’y ait entre vous aucun désaccord sur cette question. Il ne faut pas que l’un dise une chose et qu’un autre la réfute ; sinon, les propos de l’un démentiront ceux de l’autre. »
Tous dirent : « Alors, c’est à vous de fixer une opinion. Nous nous contenterons tous de la reprendre. » Al-Walid dit : « Parlez, vous-mêmes, je vous écoute. » Tous ceux qui étaient réunis dirent : « Nous dirons que Muhammad est un devin. » Al-Walid dit : « Non, ce n’est pas un devin. Nous avons vu beaucoup de devins. Les propos de Muhammad ne ressemblent pas aux paroles rythmées et obscures des devins. »
Tous dirent : « Alors, nous dirons que Muhammad est fou. »
Al-Walid dit : « Non, il n’est pas fou non plus. Nous avons vu beaucoup de fous et nous savons aussi ce qu’est la folie. Les paroles d’un fou sont marquées par la confusion et l’obscurité ; elles sont accablées par les évanouissements d’une vive émotion, ainsi que par le doute et l’incertitude. Mais rien de cela ne se trouve dans les propos de Muhammad. »
Tous dirent : « Alors, nous dirons que c’est un poète. »
Walîd dit : « Non, ce n’est pas non plus un poète. Nous connaissons toutes les formes de poésie. Mais les paroles de Muhammad n’entrent dans aucune catégorie poétique. »
Tous dirent alors : « Dans ce cas, nous dirons que c’est un magicien. » Walîd dit : « Ce n’est pas non plus un magicien. Nous avons vu beaucoup de magiciens et de magie. Mais Muhammad n’a pas l’habitude de faire des nœuds et de souffler dessus comme eux. » Tous demandèrent : « Que voulez-vous donc dire ? »
Walîd dit : « Il ne fait aucun doute que les paroles de Muhammad sont très agréables à entendre. Ses racines sont extrêmement solides et ses branches portent beaucoup de fruits. Tout ce que vous direz sera réfuté comme mensonge. Cependant, le plus approprié serait de le qualifier de magicien, car il parle d’une manière aussi efficace que la magie pour semer la discorde entre les frères, les époux et les proches. On peut donc véritablement le qualifier de magicien : sous son influence, le peuple a réellement été frappé par la division. »
Puis, lorsque les gens commencèrent à arriver pour la saison du pèlerinage, les Quraychites s’assemblaient en groupes sur les routes empruntées par les voyageurs. Chaque fois que quelqu’un passait près d’eux, ils lui disaient de se méfier de tout contact avec Muhammad et l’informaient de ses agissements. À cette occasion, Allah révéla au sujet de Walîd ibn al-Mughîra :
« Laisse-Moi régler le cas de celui que J’ai créé seul. Après l’avoir créé, Je lui ai accordé de grandes richesses et de nombreux fils toujours présents à ses côtés, et J’ai facilité pour lui la voie du commandement et de l’établissement. Malgré cela, il convoite encore que Je lui en donne davantage. Jamais cela n’arrivera ! Il est profondément hostile à Mes versets. »
Ensuite, chaque fois qu’ils rencontraient quelqu’un, ils lui tenaient ces propos au sujet du Messager d’Allah. À la fin de la saison du pèlerinage, lorsque les Arabes se dispersèrent dans toutes les directions, leurs conversations ne portaient plus que sur le Messager d’Allah. Ainsi, son nom et son message se répandirent dans toutes les localités d’Arabie.
Récit des persécutions infligées au Messager d’Allah (paix et bénédictions d’Allah sur lui)
Peu à peu, les Quraychites devinrent furieux. Leur hostilité envers le Messager d’Allah et ses compagnons les fit perdre toute mesure. Ils incitèrent des gens ignorants et débauchés. Ces insensés se mirent à l’insulter, à le traiter de menteur et à lui faire subir toutes sortes de torts. Ils l’accusèrent d’être un devin, un magicien, un astrologue et un fou. Mais le Messager d’Allah (paix et bénédictions d’Allah sur lui) demeura ferme dans la propagation et l’expansion de la religion d’Allah. Il commença progressivement à appeler les gens à la foi de manière de plus en plus publique. Bien que la critique des coutumes et usages vains des Arabes, le rejet de leur idolâtrie et la rupture avec leurs doctrines mécréantes leur fussent extrêmement odieux, il continua à le faire avec une grande fermeté. Abd Allah ibn Amr ibn al-Âs rapporte :
« Un jour, alors que les chefs des Quraysh étaient réunis près de la Pierre noire, je me trouvai là. Ils évoquèrent le Messager d’Allah (qu’Allah le bénisse et le salue) et dirent : “La patience dont nous avons fait preuve à l’égard de cet homme est sans précédent. Il nous a rendus ridicules et a insulté nos divinités. Nous l’avons supporté malgré une affaire extrêmement délicate et grave.” Tandis qu’ils poursuivaient ainsi leur discussion, le Messager d’Allah (qu’Allah le bénisse et le salue) apparut soudain. Il s’avança d’un pas calme et embrassa la Pierre noire. Alors qu’il passait près d’eux, certains lancèrent des remarques hostiles. Je remarquai la réaction que ces propos suscitèrent sur le visage du Messager d’Allah (qu’Allah le bénisse et le salue). Lorsqu’il repassa près d’eux pour la deuxième fois, ils lancèrent de nouveau des remarques sarcastiques. Je remarquai encore leur effet sur le visage du Messager d’Allah (qu’Allah le bénisse et le salue). La troisième fois qu’il passa près d’eux, comme ils renouvelaient leurs propos, il s’arrêta et dit : “Ô Quraysh ! Écoutez ! Par Celui qui détient mon âme entre Ses mains, je vous ai apporté votre perte — si vous n’embrassez pas la foi.” »
À ces paroles, la foule resta silencieuse et stupéfaite, comme frappée par la foudre. Même celui d’entre eux qui, quelques instants auparavant, avait manifesté contre lui le plus de colère et tenu les propos les plus provocateurs entreprit d’apaiser le Messager d’Allah (qu’Allah le bénisse et le salue) en lui parlant avec toute la douceur possible. Il fut même contraint de dire : « Abû al-Qâsim, va-t’en. Tu n’es tout de même pas un imbécile. »
Ensuite, le Messager d’Allah (qu’Allah le bénisse et le salue) partit. Le lendemain, tous se réunirent au même endroit. J’y étais également. Alors ils se mirent à dire entre eux : « Vous avez vu jusqu’où Muhammad est allé dans son arrogance et dans son insolence ? Il vous a dit en face, clairement, ce que vous n’aimez absolument pas entendre. Et pourtant, vous l’avez laissé partir. »
À cet instant précis, le Messager d’Allah (qu’Allah le bénisse et le salue) apparut. Et alors, où aurait-il pu aller ? Tous se jetèrent d’un seul mouvement sur lui. Ils l’encerclèrent en disant : « C’est toi qui tiens des propos offensants contre notre religion et nos divinités. »
Le Messager d’Allah (qu’Allah le bénisse et le salue) répondit : « Oui, c’est bien moi qui tiens ces propos. » Je vis alors l’un d’eux saisir les deux pans du manteau qui couvrait le haut de son cou et tenter de l’étrangler à mort. À cet instant, Abû Bakr s’avança et s’interposa. Il se mit à pleurer et dit : « Allez-vous tuer un homme parce qu’il proclame qu’Allah est son Seigneur ? »
Puis la foule se dispersa. Ce jour-là, je n’ai jamais vu les Quraysh lancer contre le Messager d’Allah (qu’Allah le bénisse et le salue) une attaque aussi violente. »
La conversion de Hamza à l’islam
Un homme de la tribu d’Aslam, doué d’une mémoire exceptionnelle, me raconta :
« Un jour, près du mont Safa, Abou Jahl rencontra le Messager de Dieu, que Dieu le bénisse et lui accorde la paix. À ce moment-là, il se comporta mal envers lui et l’insulta. Il lui adressa des paroles extrêmement désobligeantes. Il proféra des insultes contre l’islam et lança des traits sarcastiques contre sa prédication et son mouvement. Le Messager de Dieu, que Dieu le bénisse et lui accorde la paix, ne lui répondit pas un seul mot. Une servante d’Abdullah ibn Jud‘an, assise chez elle, entendit ces insultes. Ensuite, Abou Jahl quitta les lieux et alla s’asseoir dans une assemblée des Quraychites près de la Kaaba.
Peu après, Hamza, fils d’Abd al-Muttalib, revenait de la chasse, équipé de son arc et de ses flèches. C’était un excellent chasseur. Il était très habile à tirer sur le gibier et à le rechercher. Chaque fois qu’il revenait d’une chasse de ce genre, s’il apercevait en chemin une assemblée ou un rassemblement des Quraychites, il s’y arrêtait, les saluait et conversait avec eux. C’était un jeune homme noble et robuste parmi les Quraychites. Lorsqu’il passa devant la servante d’Abdullah ibn Jud‘an, le Messager de Dieu, que Dieu le bénisse et lui accorde la paix, était déjà rentré chez lui. Dès qu’elle aperçut Hamza, la servante lui dit : « Si seulement tu avais vu ce qu’Abou al-Hakam, fils de Hisham [24. Abou al-Hakam était le surnom ou titre d’Abou Jahl. Son nom était ‘Amr ibn Hisham ibn al-Mughira ibn Abdullah ibn ‘Umar ibn Makhzum], a fait un peu plus tôt à ton neveu Muhammad ! Muhammad était assis ici. Dès qu’il l’a vu, il s’est mal comporté envers lui et l’a insulté. Il lui a fait subir un traitement extrêmement offensant, et Muhammad, que Dieu le bénisse et lui accorde la paix, est parti sans dire un seul mot. »
En entendant cela, Hamza fut consumé de colère, car Dieu voulait le couronner de la gloire de l’islam. Il partit donc rapidement à la recherche d’Abou Jahl. Il ne s’arrêta auprès de personne en chemin. Il avait l’intention de lui donner une leçon dès qu’il le trouverait. En entrant dans la Mosquée sacrée, il le vit assis au milieu d’une assemblée. Il s’avança vers lui. Dès qu’il fut près de lui, il le frappa violemment avec son arc et le blessa grièvement. Puis il lui dit : « Tu insultes Muhammad ? Pourtant, j’ai embrassé sa religion et je soutiens tout ce qu’il dit. Si tu en es capable, rends-moi donc le coup. »
Aussitôt, quelques hommes du clan des Banu Makhzum accoururent pour aider Abou Jahl contre Hamza. Mais Abou Jahl dit : « Ne dites rien à Hamza, car je l’ai réellement insulté dans les termes les plus abjects en parlant de son neveu. »
Hamza demeura ferme et inébranlable dans l’islam et continua d’aider et de soutenir les activités du Messager de Dieu, que Dieu le bénisse et lui accorde la paix. Après la conversion de Hamza à l’islam, les Quraychites comprirent qu’il ne serait désormais plus facile de persécuter et d’humilier le Messager de Dieu, que Dieu le bénisse et lui accorde la paix. Dès qu’ils tenteraient quoi que ce soit, Hamza viendrait s’y opposer. Ils réduisirent donc quelque peu, pour le moment, l’intensité de leurs persécutions.
La manœuvre d‘Utba pour contrer le mouvement du Messager de Dieu
Une source m’a rapporté qu’un jour, Utba ibn Rabi‘a, un éminent chef quraychite, était assis dans l’assemblée des Quraychites. Le Messager de Dieu, que Dieu le bénisse et lui accorde la paix, était alors assis seul dans la Mosquée sacrée. Utba dit : « Ô Quraychites, je vais aller parler à Muhammad. Je vais lui faire quelques propositions. Peut-être en acceptera-t-il certaines et cessera-t-il de les prêcher. Qu’en pensez-vous ? »
À cette époque, le nombre des musulmans avait commencé à augmenter depuis la conversion de Hamza à l’islam. Tous dirent donc : « C’est une très bonne proposition. Allez lui parler. »
Utba se rendit auprès du Messager d’Allah (paix et bénédiction d’Allah sur lui) et s’assit à ses côtés. Il dit : « Mon neveu, tu n’ignores pas combien tu es noble et distingué par ta lignée parmi notre tribu. Tu es apparu auprès de ton peuple avec une affaire extrêmement grave. Ton appel a semé la division parmi les membres de notre peuple. Tu les as traités d’ignorants et dénigré leurs ancêtres. Écoute-moi ! Je vais te soumettre plusieurs propositions. Réfléchis un peu pour voir si tu peux en accepter certaines. »
Le Messager d’Allah (paix et bénédiction d’Allah sur lui) dit : « Très bien, parlez. Je vous écoute. »
Utba dit : « Mon neveu, si, en lançant ce nouvel appel auquel tu as commencé à inviter les gens, tu souhaites acquérir une immense richesse, nous réunirons de l’argent pour toi et nous ferons de toi le plus riche d’entre nous. Si tu désires obtenir une position éminente, nous ferons de toi le roi de ce pays. Et s’il se trouve que tu es visité par un djinn que tu ne parviens pas à chasser, nous te ferons soigner. Quel que soit le montant nécessaire, nous te guérirons. Car il arrive souvent qu’un djinn prenne le dessus sur un être humain et qu’un traitement soit nécessaire pour le chasser. »
Après avoir dit cela, Utba se tut. Le Messager d’Allah (paix et bénédiction d’Allah sur lui) l’avait écouté attentivement. Lorsqu’il eut terminé, il lui dit : « Ô Abû al-Walîd, avez-vous fini de parler ? » — « Oui. » Il dit : « Alors écoutez quelques mots de ma part. » Utba dit : « Vas-y. » Le Messager d’Allah (paix et bénédiction d’Allah sur lui) commença à réciter la sourate Hâ-Mîm as-Sajda : « Au nom d’Allah, le Tout Miséricordieux, le Très Miséricordieux. Hâ-Mîm ! Ceci est un Livre descendu de la part d’Allah, le Tout Miséricordieux, le Très Miséricordieux. Un Livre en langue arabe, un Coran dont les versets sont détaillés pour des gens qui savent. Il est venu comme annonciateur de bonnes nouvelles et avertisseur. Mais la plupart d’entre eux s’en détournent et ne veulent pas écouter. Ils disent : “Nos cœurs sont voilés à l’égard de ce à quoi tu nous appelles.” » Utba se mit à écouter en silence. Assis, appuyé sur ses mains derrière lui, il écoutait avec la plus grande attention. Le Messager d’Allah (paix et bénédiction d’Allah sur lui) poursuivit sa récitation jusqu’au verset de prosternation de cette sourate, puis s’inclina en prosternation. [25. Le verset est le suivant : « Parmi Ses signes sont la nuit et le jour, le soleil et la lune. Ne vous prosternez ni devant le soleil ni devant la lune, mais prosternez-vous devant Allah, qui les a créés, si c’est Lui seul que vous adorez. »] Il dit ensuite : « Vous avez entendu ce qu’il y avait à entendre. Faites maintenant ce que vous jugerez devoir faire. »
Puis Utba se leva et retourna auprès de ses compagnons. En le voyant, ceux-ci se dirent entre eux : « Utba était parti avec un certain visage, et il revient maintenant avec un visage tout différent. » Dès qu’il se fut assis au milieu du groupe, tous lui demandèrent : « Ô Abû al-Walîd, qu’avez-vous à dire ? »
Utba dit : « J’ai entendu des paroles comme je n’en avais jamais entendues auparavant. Ô Qurayshites, ce n’est vraiment ni de la poésie ni les paroles d’un devin. Écoutez-moi et laissez-moi régler cette affaire. Laissez cet homme faire ce qu’il veut et n’ayez aucun rapport avec lui. Je suis certain que le message que Muhammad s’emploie à proclamer provoquera à l’avenir un immense bouleversement. Si les Arabes le renversent, vous serez débarrassés de lui grâce à l’aide d’autrui. Mais s’il triomphe des Arabes, son royaume sera votre royaume, sa dignité sera la cause de votre propre dignité et vous serez le peuple le plus heureux de la terre. » À ces mots, tous s’écrièrent d’une seule voix : « Muhammad t’a ensorcelé, cette fois ! » Utba répondit : « C’est mon opinion. Faites maintenant ce que vous jugerez bon. »
Conversation du Messager d’Allah (paix et bénédiction d’Allah sur lui) avec les dirigeants qurayshites
L’islam commença progressivement à se répandre largement parmi les hommes et les femmes des tribus qurayshites de La Mecque. Quant aux Qurayshites, ils retenaient prisonnier tout musulman qu’ils pouvaient atteindre et lui faisaient subir de cruelles persécutions !
Dans ces circonstances, un jour, après le coucher du soleil, les chefs des Quraych, venus de chaque tribu, se réunirent près de la noble Kaaba. Ceux qui se réunirent étaient ʿUtba ibn Rabîʿa, Shayba ibn Rabîʿa, Abû Sufyân ibn Harb, Naḍr ibn Ḥârith, Abû al-Bukhtari ibn Hishâm, Aswad ibn al-Muṭṭalib, Zamʿa ibn al-Aswad, Walîd ibn al-Mughîra, Abû Jahl ibn Hishâm, ʿAbd Allah ibn Abî Umayya, al-ʿÂs ibn Wâʾil, Nubayh ibn al-Ḥajjâj, Munabbih ibn al-Ḥajjâj et Umayya ibn Khalaf. Ils se dirent les uns aux autres : « Faites appeler Muhammad, parlez-lui et, si nécessaire, disputez-vous même avec lui. Ainsi, vous pourrez vous disculper devant la foule. » On lui envoya effectivement un messager. Celui-ci vint lui dire : « Les chefs des Quraych se sont réunis pour s’entretenir avec toi. Viens donc auprès d’eux. »
Dès qu’il l’entendit, le Messager d’Allah — qu’Allah le bénisse et le salue — accourut auprès d’eux. Il pensa qu’ils avaient peut-être réfléchi à nouveau au sujet de l’appel qu’il leur avait adressé. En réalité, le Messager d’Allah — qu’Allah le bénisse et le salue — souhaitait sincèrement qu’ils reviennent sur le droit chemin. Leur obstination et leurs persécutions l’attristaient profondément. Il alla s’asseoir auprès des chefs des Quraych. Ils dirent : « Ô Muhammad, nous t’avons fait venir pour te parler. Par Dieu, nous ne connaissons aucun autre Arabe qui ait semé parmi son peuple une division semblable à celle que tu as provoquée. Tu as blâmé nos ancêtres, dénigré la religion établie, insulté les divinités, traité de sots les gens intelligents et brisé l’unité de la nation. En somme, tu n’as rien épargné de ce qui pouvait être mauvais entre nous et toi. Voici maintenant la question : si, par ces paroles, tu cherches à acquérir des richesses, nous réunirons pour toi tant d’argent que tu deviendras le plus riche d’entre nous. Si tu souhaites obtenir un rang, nous ferons de toi notre chef. Si tu veux devenir roi, viens, nous te ferons notre roi. Et si celui qui vient à toi est un djinn qui a pris le dessus sur toi, nous sommes prêts à payer le prix nécessaire pour te faire soigner, afin que tu guérisses et que nous n’ayons pas à répondre de ton cas devant le peuple. »
Le Messager d’Allah — qu’Allah le bénisse et le salue — répondit : « Je ne désire rien de tout ce que vous dites. Le but de l’appel que je vous ai présenté n’est pas que je convoite vos richesses, ni vos richesses, que je veuille être supérieur à vous en rang ou que je devienne votre roi. Allah m’a envoyé vers vous comme Messager. Il a fait descendre sur moi un Livre et m’a ordonné d’être pour vous un avertisseur et un annonciateur de bonne nouvelle. Conformément à Son ordre, je vous ai transmis le message de mon Seigneur et vous ai exhortés au bien. Si vous acceptez mon appel, il vous apportera le bonheur ici-bas et dans l’au-delà. Mais si vous le rejetez, je patienterai jusqu’à ce qu’Allah rende Son jugement définitif à votre sujet et au mien. »
Ils dirent : « Ô Muhammad, si aucune des propositions que nous t’avons présentées ne te convient, écoute encore ceci. Tu sais que nulle part au monde on ne trouve une terre habitée aussi étroite que la nôtre ; à cause du manque d’eau et de la rareté des autres ressources, aucun peuple au monde ne mène une vie aussi pénible que la nôtre. Prie donc ton Seigneur, qui t’a envoyé comme Messager, d’éloigner d’ici ces montagnes afin d’agrandir notre terre habitée, et de faire couler dans notre pays des rivières semblables à celles de l’Irak et de la Syrie. Demande-Lui également de ressusciter nos ancêtres, et que Qusayy ibn Kilâb, qui fut l’un de nos dirigeants les plus véridiques et les plus justes, figure parmi ceux qui seront ramenés à la vie. Nous leur demanderons si tes paroles sont vraies ou fausses. S’ils affirment que tu es véridique et que tu accomplis ce que nous te demandons, nous croirons en toi, reconnaîtrons le rang que Dieu t’a accordé et t’accepterons véritablement comme le Messager d’Allah. »
Le Messager d’Allah — qu’Allah le bénisse et le salue — leur dit : « Je ne suis pas venu vous voir pour ces choses. En dehors de ce par quoi Allah m’a envoyé, rien d’autre ne relève de mon pouvoir. Je vous ai transmis ce par quoi Il m’a envoyé. Si vous l’acceptez, cela vous ouvrira les portes du bonheur ici-bas et dans l’au-delà. Mais si vous le rejetez, je patienterai jusqu’à ce qu’Allah rende un jugement définitif entre vous et moi. »
Ils dirent : « Si cette proposition ne te plaît pas non plus, fais au moins quelque chose pour toi-même. Demande à ton Seigneur de t’envoyer un ange. Il témoignera devant nous de la véracité de tes paroles et parlera en ta faveur. Qu’Allah te construise aussi de nombreux jardins et palais et t’accorde de grandes richesses en or et en argent. Ainsi sera satisfaite l’avidité pour l’argent que nous voyons en toi. Car tu fréquentes les marchés comme nous et tu cherches ta subsistance comme nous. Lorsque tu posséderas toutes ces richesses, nous comprendrons que tu es réellement supérieur à nous et honoré auprès de ton Seigneur. Si, comme tu le prétends, tu es véritablement un Messager, montre-nous donc que tu peux faire tout cela. »
Le Messager — qu’Allah le bénisse et le salue — dit : « Non, je ne ferai pas cela non plus. Je ne peux pas demander ces choses à Allah. Je ne suis pas venu vers vous avec ces choses. Allah m’a seulement envoyé comme annonciateur de bonne nouvelle et avertisseur. Si vous répondez à mon appel, ce sera pour vous une source de bonheur ici-bas et dans l’au-delà. Mais si vous le rejetez, alors il adviendra ce qu’Allah décidera. Je patienterai jusqu’à ce qu’Il rende Son jugement entre vous et moi. »
Ils dirent : « Alors, fais tomber sur nos têtes quelques morceaux de nuages, comme tu crois qu’Allah peut le faire s’Il le veut. Sinon, nous ne croirons pas en toi. »
Le Messager d’Allah dit : « Cela relève entièrement de la volonté d’Allah. S’Il le veut, Il peut certainement le faire. »
Ils dirent : « Ô Muhammad, ton Seigneur ne savait-Il pas que nous nous réunirions avec toi et que nous te demanderions ce que nous venons de te demander ? Ne pouvait-Il pas venir auprès de toi, t’enseigner les réponses aux questions que nous avons soulevées et t’informer de ce qu’Il ferait de nous si nous rejetions ton appel ? Nous avons appris qu’un homme nommé “le Rahman”, qui réside à al-Yamama, t’enseigne ces paroles. [26. Cet homme est Musaylima ibn Habib al-Hanafi. Il est connu sous le nom de Musaylima le Menteur. Il était âgé et, à l’époque de l’Ignorance, on l’appelait “le Rahman”. (Rawd al-Anf)] »
Par Allah, nous ne croirons jamais au Rahman. Ô Muhammad, nous te faisons part de notre incapacité à te répondre. Étant donné jusqu’où ton comportement envers nous est allé, nous ne te laisserons pas tranquille. Nous ne nous arrêterons pas avant que tu nous anéantisses ou que nous t’anéantissions. » L’un des hommes réunis dit : « Nous adorons les anges. Les anges sont les filles d’Allah. » Un autre dit : « Fais comparaître devant nous Allah et les anges, sinon nous ne croirons pas en toi. »
Après avoir entendu ces paroles, le Messager d’Allah — qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix — quitta les lieux. Son cousin maternel, Abd Allah ibn Abî Umayya ibn al-Mughîra, l’accompagna. Il dit : « Écoute, Muhammad ! Les gens de ton peuple t’ont présenté plusieurs propositions, mais tu n’en as accepté aucune. Ensuite, ils t’ont demandé certaines choses qui leur auraient permis de connaître et de comprendre le rang auquel, selon tes propres affirmations, Allah t’a élevé, afin de te reconnaître et de te suivre. Mais tu n’as pas non plus satisfait ces demandes. Ils t’ont également demandé des choses pour savoir que tu leur étais supérieur et que tu étais le Messager d’Allah. Tu n’as pas davantage accepté cela. Par Allah, tu devras monter au ciel par une échelle, et je te verrai de mes propres yeux y monter ; ensuite, quatre anges viendront avec toi et témoigneront de la véracité de tes prétentions — sinon, je ne croirai pas en toi. Même si tu accomplissais tout cela devant moi, je ne pense pas que je croirais en toi. » [27. Cet homme embrassa l’islam peu avant la conquête de La Mecque.]
Après cela, il s’éloigna du Messager d’Allah — qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix. Le Messager d’Allah — qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix — le quitta également et rentra chez lui, profondément peiné et affligé. En effet, lorsqu’on l’avait appelé, il s’était précipité, plein d’espoir. Mais lorsqu’il constata qu’en réalité ils s’étaient encore davantage éloignés de lui, son chagrin fut sans limites.
Le comportement d’Abû Jahl
Après le départ du Messager d’Allah — qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix — Abû Jahl dit : « Ô Quraysh, écoutez ! Muhammad refuse absolument d’abandonner sa conduite. Il ne renoncera en aucune façon à critiquer notre religion, à condamner nos ancêtres, à considérer notre intelligence comme de la stupidité et à insulter nos divinités. Je jure par Allah que je prendrai la plus grosse pierre que je pourrai soulever et que je l’attendrai avec elle à la main. Dès qu’il se prosternera pendant la prière, je lui fracasserai la tête avec cette pierre. Ensuite, advienne que pourra. Que vous me livriez à la justice ou que vous me protégiez, cela vous regarde. Que les Banû Abd Manâf fassent ce qu’ils jugeront bon. » Tous dirent : « Par Allah, nous ne te livrerons en aucun cas à la justice. Fais ce que tu as résolu de faire. »
Le lendemain, Abû Jahl s’assit effectivement, tenant une énorme pierre, pour attendre le Messager d’Allah — qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix. Le Messager d’Allah — qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix — alla lui aussi prier comme à son habitude. Bien qu’il résidât à La Mecque, il priait en direction de la Syrie. Il se tenait entre l’angle yéménite et la Pierre noire, de sorte que la Kaaba se trouvait entre lui et la Syrie. Il se mit à prier. Quant aux Qurayshites, assis dans leur lieu de réunion, ils comptaient les instants avec impatience, attendant de voir ce qu’Abû Jahl allait faire.
Lorsque le Messager de Dieu — que Dieu le bénisse et lui accorde la paix — se prosterna, Abû Jahl souleva une pierre et s’avança vers lui. Mais dès qu’il s’en approcha, il revint sur ses pas, vaincu, terrifié, désemparé et le visage blême. Ses deux mains semblaient s’être figées et immobilisées au-dessus de la pierre. Il la rejeta au loin. Quelques Quraychites s’avancèrent alors vers lui et lui demandèrent : « Ô Abû al-Hakam, que t’est-il arrivé ? » Il répondit : « Je m’étais approché de Muhammad et je voulais mettre à exécution la résolution dont je vous avais fait part la nuit dernière. Mais à peine m’étais-je approché de lui qu’un énorme chameau terrifiant se dressa entre lui et moi. Par Dieu, je n’ai jamais vu un chameau aussi effrayant, avec un tel museau, un tel cou et de telles dents. Il était sur le point de me dévorer. »
Le récit de Nadhr ibn al-Hârith
Après qu’Abû Jahl eut prononcé ces paroles, Nadhr ibn al-Hârith se leva. Il dit : « Ô assemblée des Quraychites, par Dieu, un malheur s’est abattu sur vous, et vous n’avez encore trouvé aucun moyen de le conjurer. Muhammad n’était parmi vous qu’un jeune adolescent. Il était le plus aimé d’entre vous, le plus véridique et le plus digne de confiance. Mais dès qu’il atteignit l’âge mûr, il apparut avec quelque chose de nouveau. Alors vous le traitâtes de magicien. Non, par Dieu, il n’est pas magicien. Nous avons vu des magiciens, ainsi que leurs sortilèges et leurs incantations. Vous le traitâtes d’astrologue. Par Dieu, il n’est pas astrologue non plus. Nous avons souvent entendu et vu les ruses et les simagrées des astrologues. La confusion, les propos incohérents et l’agitation propres aux paroles d’un fou sont absents de ses propos. Ô Quraychites, examinez votre situation. Par Dieu, un terrible malheur s’est abattu sur vous. »
Nadhr ibn al-Hârith était l’un des hommes les plus rusés et les plus intrigants des Quraychites. Il s’employait à nuire de toutes les manières au Messager de Dieu — que Dieu le bénisse et lui accorde la paix — et à lui vouer son hostilité. Il avait séjourné quelque temps à Hîra, d’où il avait rapporté les récits des rois de Perse. Il connaissait également les histoires de Rustam et d’Isfandiyâr. Chaque fois que le Messager de Dieu — que Dieu le bénisse et lui accorde la paix — s’asseyait dans une assemblée pour leur réciter la parole de Dieu et avertir son peuple en lui rappelant comment les peuples anciens avaient été détruits après avoir subi la colère de Dieu, dès que le Messager de Dieu avait fini de parler et s’était retiré, Nadhr disait : « Ô Quraychites, je peux raconter de plus belles histoires que Muhammad. Venez, je vais vous faire entendre des récits plus captivants que ses paroles. » Puis il leur racontait les histoires des rois de Perse, ainsi que celles de Rustam et d’Isfandiyâr. Ensuite, il disait : « Muhammad peut-il donc prononcer des paroles plus belles que les miennes ? »
ʿAbd Allâh ibn ʿAbbâs — que Dieu l’agrée — disait : « Huit versets du Coran furent révélés au sujet de Nadhr ibn al-Hârith. »
Chaque fois que les versets lui étaient récités, il disait : « Ce ne sont que les récits des anciens ! » Ce verset, ainsi que les autres versets où il est question des « récits des anciens », furent révélés précisément au sujet de Nadhr ibn al-Hârith.
Les persécutions des polythéistes contre les musulmans faibles
Les polythéistes commencèrent à infliger de terribles persécutions aux Compagnons qui avaient embrassé l’islam et suivi le Messager de Dieu — que Dieu le bénisse et lui accorde la paix. Chaque tribu s’en prit de toutes ses forces aux musulmans qui se trouvaient en son sein. Tantôt ils les détenaient et les battaient, leur faisant subir d’indicibles souffrances par la faim et la soif ; tantôt ils les faisaient étendre sur le sol brûlant du désert de La Mecque, au moment de la plus forte chaleur de midi, et les torturaient. Ceux qui étaient faibles étaient ainsi torturés jusqu’à ce qu’ils soient contraints d’abandonner l’islam. Certains renonçaient à l’islam sous la pression de souffrances insupportables. D’autres recevaient de l’aide et du soutien, et Dieu les protégeait ainsi. Bilâl, l’esclave d’Abû Bakr — que Dieu l’agrée —, avait autrefois été l’esclave d’un homme de la tribu des Banû Jumah. Il s’appelait Bilâl ibn Rabâh et sa mère s’appelait Hamâmah. Il avait été élevé parmi eux depuis son enfance. C’était un musulman sincère et d’une âme pure. Aux heures brûlantes de midi, Umayya ibn Khalaf ibn Wahb ibn Hudhâfah ibn Jumah l’emmenait dans la plaine de La Mecque et le faisait étendre sur le dos. Puis il ordonnait qu’on plaçât une énorme pierre sur sa poitrine. Ensuite, il lui disait : « Si tu ne consens pas à renier Muhammad et à adorer al-Lât et al-ʿUzzâ, tu resteras ainsi jusqu’à ta mort. » Même au milieu de ces terribles souffrances, il répétait : « Ahad », c’est-à-dire : « Dieu est Un, Dieu est Un. » Lorsqu’il prononçait ainsi « Ahad, Ahad » pendant qu’il était torturé, Waraqah ibn Nawfal passait parfois près de lui. En entendant les paroles de Bilâl, Waraqah ibn Nawfal disait aussitôt : « Par Dieu, ô Bilâl, en vérité Dieu est Un, Dieu est Un, Dieu est Un. » Puis Waraqah se rendait auprès d’Umayya ibn Khalaf et des autres membres des Banû Jumah qui torturaient Bilâl et leur disait : « Par Dieu, si vous le tuez pour cela, je le considérerai assurément comme un homme d’une immense vertu et je baiserai la poussière de ses pieds. » Un jour, Abû Bakr — que Dieu l’agrée — passait par là. Il vit que Bilâl était torturé de la même manière. Il dit à Umayya ibn Khalaf : « Ne crains-tu donc pas le moins du monde Dieu pour torturer cet homme sans défense ? Combien de temps vas-tu continuer ainsi ? »
Il dit : « C’est toi qui l’as gâté. Maintenant, c’est à toi de le tirer de cette situation. »
Abû Bakr dit : « Je vais le faire. Je possède un jeune homme plus robuste et plus fort que lui, qui suit ta religion. En échange, je te le donnerai. » Il dit : « J’accepte. » Abû Bakr dit : « J’accepte également. Je te le donne. » Puis il le remit à Umayya et prit Bilâl à Umayya pour le libérer. Avant l’Hégire, Abû Bakr affranchit au total sept esclaves récemment convertis à l’islam, dont Bilâl, ‘Âmir ibn Fuhayra, Umm ‘Ubayس et Zinnîra. Lorsque Zinnîra fut affranchie, elle avait déjà perdu la vue. Les Qurayshites, voyant cela, dirent : « Elle a perdu la vue à cause de la malédiction de Lât et d’Al-‘Uzzâ. » Zinnîra dit : « Par Allah, je ne vous libérerai jamais », tandis qu’Abû Bakr passait par là. Dès qu’il entendit ces paroles, il dit : « Ô mère d’Untel, romps ton serment. » Elle répondit : « Que dis-tu ? Rompre mon serment ? C’est toi qui les as gâtés. Maintenant, c’est à toi de les libérer. » Abû Bakr dit : « Je les prends à ma charge ! Ils sont libres et affranchis. » Il dit aux deux jeunes filles : « Rendez à cette femme sa farine. » Elles répondirent : « Ô Abû Bakr, devons-nous d’abord nous dégager de cette responsabilité, puis lui rendre la farine ? » Abû Bakr répondit : « C’est à vous d’en décider. »
Une autre fois, il passa près d’une jeune esclave récemment convertie appartenant aux Banû Mu’ammal. ‘Umar ibn Al-Khattâb la maltraitait et la pressait d’abandonner l’islam. À cette époque, ‘Umar était encore polythéiste. Lorsqu’il se fatigua à force de la frapper, il lui dit : « Je te prie de m’excuser : je ne peux plus te frapper, simplement parce que je suis fatigué. » La jeune fille répondit : « Puisse Allah te traiter de la même manière. » Témoin de cette scène, Abû Bakr acheta aussitôt la jeune esclave et l’affranchit.
Un jour, Abû Quhâfa, le père d’Abû Bakr, lui dit : « Mon fils, je vois que tu ne libères que des esclaves et des servantes faibles. Si tu affranchissais de jeunes esclaves hommes robustes, ils pourraient se tenir fermement à tes côtés dans les moments difficiles. » En entendant cela, Abû Bakr répondit : « Ô mon père, je n’agis ainsi que pour Allah, le Très-Haut. »
Les membres de la tribu des Banû Makhzûm emmenaient ‘Ammâr ibn Yâsir ainsi que ses parents dans le désert brûlant de La Mecque, à l’heure où la chaleur était la plus intense, et les torturaient. Toute leur famille avait embrassé l’islam. Pendant qu’ils subissaient ces tortures, le Messager d’Allah, qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix, venait les voir et les réconfortait en disant : « Ô famille de Yâsir, soyez patients. Le Paradis vous est promis. » Ils frappèrent la mère de ‘Ammâr, Sumayya, jusqu’à ce qu’elle meure. Malgré cela, elle n’abandonna pas l’islam.
Et chaque fois que le scélérat Abû Jahl apprenait que quelqu’un avait embrassé l’islam, il poussait aussitôt les Qurayshites à agir contre lui. Si le nouveau musulman était un homme de haut rang, il l’humiliait et l’avilissait néanmoins, en lui disant : « Tu as abandonné la religion de ton père, alors que ton père était meilleur que toi. Nous allons donc te déclarer sot ; nous prouverons que tes opinions sont mauvaises et erronées, et nous ne cesserons qu’après avoir jeté ton honneur dans la poussière. » S’il était commerçant, il lui disait : « Nous ruinerons ton commerce et détruirons tes marchandises. » Et s’il était faible, il le battait et incitait les gens à s’en prendre à lui.
Sa‘îd ibn Jubayr raconte : « J’ai demandé à ‘Abdullah ibn ‘Abbâs si les polythéistes infligeaient aux Compagnons du Messager d’Allah, qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix, des sévices si extrêmes qu’on ne pouvait leur en faire reproche même s’ils abandonnaient l’islam. » Il répondit : « Oui. Ils les frappaient et les faisaient souffrir par la faim et la soif. Certains d’entre eux, victimes de telles tortures inhumaines, s’affaiblissaient au point de ne même plus pouvoir rester assis bien droits. »
Après leur avoir infligé de tels sévices, ils leur demandaient : « Reconnais-tu que, hormis Allah, Lât et Al-‘Uzzâ sont aussi tes divinités ? » Certains répondaient : « Oui. » Ils allaient même leur montrer un insecte insignifiant et dire : « Reconnais-tu aussi celui-ci comme une divinité en dehors d’Allah ? » Certains, réduits à l’impuissance pour échapper à d’insupportables tortures, répondaient : « Oui. »
La première Hijra des musulmans vers l’Abyssinie
Le Messager d’Allah (qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix) vit que, d’une part, ses Compagnons subissaient d’insupportables persécutions et que, d’autre part, lui-même menait une vie relativement sûre grâce à la faveur particulière qu’Allah le Très-Haut lui avait accordée et au soutien d’Abou Talib. Pourtant, il ne pouvait aucunement empêcher les injustices qui s’abattaient sur eux. Dans cette situation, il dit à ses Compagnons : « Si vous vous rendez en Abyssinie, ce ne serait pas une mauvaise chose. Là-bas se trouve un roi sous le règne duquel personne n’est opprimé. Ce pays est un refuge de vérité et de justice. Demeurez-y jusqu’à ce qu’Allah vous délivre de cette situation insupportable. » Suivant ce conseil, les Compagnons du Messager d’Allah (qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix) se rendirent en Abyssinie afin de chercher refuge auprès d’Allah, craignant d’être contraints de retourner à la mécréance et désireux de préserver leur religion et leur foi. Ce fut la première Hijra après l’avènement de l’islam.
Les premiers à quitter leur patrie pour cette Hijra furent Othman ibn Affan et son épouse Ruqayya, la fille du Messager d’Allah (qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix), Abou Houdhayfa ibn Outba et son épouse Sahla bint Souhayl, Zoubayr ibn al-Awwam, Moussab ibn Oumayr, Abd ar-Rahman ibn Awf, Abou Salama ibn Abd al-Assad et son épouse Layla bint Abi Hathma, Abou Sabra ibn Abi Rouhm et Souhayl ibn Bayda. Ces dix personnes furent les premiers musulmans à émigrer en Abyssinie. (Selon Ibn Hicham, Othman ibn Mazoun était le chef du groupe.) Ensuite, Ja‘far ibn Abou Talib (qu’Allah l’agrée) quitta le pays. Puis les musulmans continuèrent à s’y rendre et à s’y regrouper les uns après les autres, certains avec toute leur famille et d’autres seuls, laissant leur famille et leurs proches derrière eux. Ainsi, le nombre total des musulmans qui émigrèrent en Abyssinie et commencèrent à y vivre s’éleva à quatre-vingt-trois. Toutefois, les jeunes enfants qui les accompagnèrent ou qui naquirent après leur arrivée n’étaient pas compris dans ce nombre.
L’envoi d’émissaires quraychites en Abyssinie pour ramener les émigrés
Lorsque les Quraychites virent que les Compagnons du Messager d’Allah (qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix) vivaient en sécurité et en paix en Abyssinie, ils décidèrent d’envoyer deux émissaires capables auprès de Najashi. Celui-ci les renverrait de là-bas, leur donnant ainsi la possibilité de les faire apostasier. Ils résolurent coûte que coûte de faire sortir les musulmans de leur refuge sûr et paisible. Les deux hommes envoyés à cet effet furent Abdallah ibn Abi Rabi‘a et Amr ibn al-As ibn Wa’il. Les Quraychites rassemblèrent de nombreux présents à remettre à Najashi par l’intermédiaire des deux émissaires, puis les envoyèrent auprès de lui.
Oumm Salama bint Abou Oumayya ibn al-Moughira, l’épouse du Messager d’Allah (qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix), dit : « Après notre arrivée en Abyssinie, nous trouvâmes un excellent voisin : Najashi lui-même. Nous jouîmes d’une pleine sécurité pour notre religion et pûmes adorer Allah sans être inquiétés. Personne ne nous maltraitait et nous n’avions à entendre aucune parole désagréable. Lorsque les Quraychites l’apprirent, ils décidèrent d’envoyer auprès de Najashi deux émissaires expérimentés pour parler de nous et de lui faire parvenir des présents composés d’objets rares et magnifiques de La Mecque. Parmi les choses qui arrivaient à Najashi depuis La Mecque, les cuirs étaient considérés comme les meilleurs. Les Quraychites en rassemblèrent donc une grande quantité et la lui envoyèrent. Ils n’oublièrent d’offrir un présent à aucun des fonctionnaires ni des courtisans de Najashi. Ils envoyèrent Abdallah ibn Abi Rabi‘a et Amr ibn al-As avec tous ces présents, en leur expliquant ce qu’ils devaient faire. Ils leur dirent : “Avant de parler à Najashi au sujet des émigrés, offrez des présents à chacun des courtisans et des fonctionnaires et demandez-lui de remettre les émigrés entre vos mains sans leur parler auparavant.” »
Ils partirent ensuite et arrivèrent auprès de Najashi. À cette époque, nous vivions dans la meilleure demeure, auprès du meilleur voisin. Avant de parler à Najashi, ils offrirent des présents à chacun des courtisans et des fonctionnaires. Ils dirent à chacun d’eux : « Quelques jeunes insensés de notre pays sont venus chercher refuge dans le royaume du roi. Ils ont abandonné la religion de leur peuple sans adopter la vôtre. Ils ont inventé une nouvelle religion extravagante, totalement inconnue de vous comme de nous. Les hommes les plus nobles de notre peuple nous ont envoyés auprès du roi afin qu’il les renvoie à leur propre peuple. Lorsque nous parlerons au roi, conseillez-lui de les renvoyer et de ne leur parler en aucune manière, car leur propre peuple connaît mieux que quiconque leurs défauts et leurs fautes. » Tous les courtisans y consentirent. Puis ils offrirent leurs présents à Najashi, qui les accepta. Ils commencèrent alors à lui parler en ces termes : « Ô roi, quelques jeunes insensés de notre pays ont trouvé refuge dans votre pays. Ils ont abandonné la religion de leur peuple et n’ont pas non plus adopté votre religion. Ils se sont inventé une religion extravagante, inconnue de vous comme de nous. Les hommes les plus honorables de leur peuple nous ont envoyés comme émissaires auprès de vous à leur sujet. Ce sont leurs tuteurs et leurs proches. Nous sommes venus vous demander de les renvoyer. Leurs tuteurs et leurs proches sont les mieux informés de leurs fautes et de leurs défauts. »
Oumm Salama dit : « Pour Abdallah ibn Abi Rabi‘a et Amr ibn al-As, rien n’était plus indésirable que Najashi entende les déclarations des émigrés. Les courtisans du roi lui dirent : “Ô roi, ces deux hommes ont dit vrai. Leur peuple connaît mieux leurs fautes. Remets-les donc entre les mains de ces deux émissaires, afin qu’ils les ramènent dans leur patrie et auprès de leur peuple.” »
Le Négus entra dans une vive colère. Il dit : « Non, dans ces circonstances, je ne les livrerai pas à ces deux envoyés. Un groupe de gens vit auprès de moi. Ils sont devenus les hôtes de mon pays. Ils ont préféré venir auprès de moi plutôt que d’aller ailleurs. Je les convoquerai et j’entendrai également leur version au sujet des propos de ces deux étrangers. Si je constate que les protégés sont réellement comme le prétendent ces deux hommes, je les leur livrerai et les renverrai auprès de leur peuple ; sinon, je ne les renverrai pas. Tant qu’ils souhaiteront rester auprès de moi, je les accueillerai avec bienveillance. »
Umm Salama raconte : Ensuite, le Négus fit appeler les compagnons du Messager d’Allah — qu’Allah le bénisse et le salue. Lorsque le messager du Négus alla convoquer les émigrés, tous se réunirent pour se concerter. Ils se demandèrent les uns aux autres ce qu’ils pourraient dire au roi. Tous déclarèrent d’une seule voix : « Nous dirons ce que nous savons et ce que notre Prophète nous a ordonné. Peu importe ce qui en résultera. »
Ils se présentèrent à la cour. Le Négus avait déjà fait venir les religieux et les avait installés. Ceux-ci avaient ouvert l’Évangile devant le roi. Le roi leur demanda : « Quelle est donc cette religion qui vous a amenés à vous séparer de votre peuple, sans pour autant adopter ma religion ni aucune autre religion ? »
Ja‘far ibn Abou Talib répondit : « Ô roi, nous étions un peuple ignorant. Nous adorions les idoles, mangions la chair des bêtes mortes et nous adonnions aux turpitudes et aux mauvaises actions. Nous rompions nos liens avec nos proches, méprisions nos voisins et, parmi nous, le plus fort s’emparait du droit du plus faible. Dans ces circonstances, Allah nous envoya comme prophète un homme issu de notre propre peuple. Nous le connaissions comme étant de noble lignée et véridique, et nous l’avions vu fidèle et doté d’un excellent caractère. Il nous appela à n’adorer qu’Allah et à croire en Son unicité. Il nous ordonna d’abandonner les objets que nous adorions en dehors d’Allah, tels que les pierres, les idoles et autres choses semblables. Il nous ordonna de dire la vérité, de préserver les dépôts confiés, d’agir avec bonté envers nos proches, de bien traiter nos voisins et de nous abstenir des actes interdits et de l’effusion de sang. Il nous interdit les turpitudes, le mensonge, l’appropriation des biens des orphelins et l’accusation calomnieuse de femmes innocentes. Il nous ordonna d’adorer Allah Seul et de ne rien Lui associer. Il nous ordonna d’accomplir la prière et de verser la zakat. » Ainsi, Ja‘far exposa successivement les préceptes de l’islam.
Ja‘far poursuivit : « Nous avons répondu à son appel et avons cru en lui. Nous avons commencé à suivre les prescriptions qu’il nous avait transmises de la part d’Allah. Nous avons adoré Allah Seul et ne Lui avons rien associé. Nous nous sommes abstenus de ce qu’il avait déclaré illicite et avons accepté comme licite ce qu’il avait déclaré licite. Alors notre peuple devint notre ennemi. Ils commencèrent à nous persécuter et complotèrent pour nous détourner de l’adoration d’Allah Seul et nous ramener à l’idolâtrie. Ils nous pressèrent afin que nous considérions de nouveau comme licites les actes abominables. Lorsqu’ils prirent ainsi le dessus sur nous, rendirent notre vie insupportable par l’oppression et les persécutions et nous empêchèrent de pratiquer la religion que nous avions choisie, nous vînmes chercher refuge dans votre pays. Nous vous avons préféré à tous les autres et avons souhaité devenir vos voisins. Ô roi, nous espérons ne pas subir d’injustice auprès de vous. »
Le Négus lui demanda : « Votre Prophète a apporté la parole d’Allah ; en as-tu une partie avec toi ? » Ja‘far répondit : « Oui. » Le Négus dit : « Récite-la-moi. » Ja‘far lui récita quelques versets du début de la sourate Maryam. En entendant ces versets, le Négus se mit à pleurer. Sa barbe fut trempée de larmes. Les religieux présents pleurèrent eux aussi, au point de mouiller l’Évangile. Puis le Négus déclara : « Je suis certain que cette parole et celle qui venait à Jésus proviennent toutes deux d’une même source. Ô vous deux envoyés des Quraychites, partez. Jamais je ne les livrerai entre vos mains. Ils resteront ici. »
Umm Salama raconte : En sortant de la cour, ‘Amr ibn al-‘As dit : « Par Allah, demain je retournerai auprès du Négus. Je lui dirai alors quelque chose qui le rendra moins clément envers les musulmans réfugiés. » L’autre lui dit : « Ne fais pas cela. Même s’ils sont nos adversaires, il ne convient pas d’aller si loin, car beaucoup de leurs proches sont liés à nous par le sang. » ‘Amr ibn al-‘As dit : « J’informerai le Négus que les musulmans croient que Jésus, fils de Marie, n’est qu’un serviteur d’Allah. »
Le lendemain, nous nous présentâmes de nouveau à la cour du Négus et lui dîmes : « Ô roi, les protégés tiennent au sujet de Jésus, fils de Marie, des propos très graves. Convoque-les et demande-leur quelle est leur opinion au sujet de Jésus. »
Le roi convoqua de nouveau les musulmans à sa cour afin de les interroger sur leur opinion au sujet de Jésus. Umm Salama rapporte : « Cette fois, nous fûmes confrontés à l’épreuve la plus difficile. Les émigrés musulmans se réunirent de nouveau pour se concerter. Une nouvelle question se posait à tous : que répondrions-nous si le roi nous interrogeait au sujet de Jésus, paix sur lui ? Finalement, nous décidâmes de dire exactement ce qu’Allah avait dit et ce que notre Prophète nous avait enseigné comme vérité. Nous accepterions les conséquences, quelles qu’elles fussent. »
Lorsque les émigrés se présentèrent à la cour, il leur demanda : « Que pensez-vous de Jésus, fils de Marie ? » Ja‘far ibn Abû Tâlib répondit : « Nous croyons à ce que notre Prophète nous a enseigné à son sujet. Il a dit que Jésus, paix sur lui, est le serviteur d’Allah, Son messager, un esprit venu de Son souffle et Sa parole, qu’Il a insufflée en Marie, la vierge préservée du contact des hommes. »
En entendant cela, le Négus, dans un grand élan d’émotion, frappa le sol de sa main, prit un petit morceau de bois et dit : « Par Allah, entre ce que tu viens de dire et ce que nous croyons au sujet de Jésus, fils de Marie, il n’y a pas même la différence de la taille de ce morceau de bois. »
Pendant que le roi prononçait ces paroles, les courtisans présents murmurèrent quelque chose avec colère. Le roi les entendit et dit : « Vous pouvez murmurer autant que vous voudrez, mon opinion ne changera pas. Ô émigrés, retournez maintenant dans vos demeures respectives. Continuez à vivre dans mon royaume en toute sécurité et tranquillité. Quiconque vous insultera sera condamné à une amende. Même si je devais obtenir une montagne d’or en faisant du tort à l’un d’entre vous, je ne voudrais pas le faire. Ô fonctionnaires de la cour, rendez les présents apportés par ces deux émissaires. Je n’en ai nul besoin. »
Umm Salama rapporte : « Ensuite, tous deux repartirent, portant le poids de l’humiliation la plus profonde. Les présents qu’ils avaient apportés leur furent également rendus. Quant à nous, nous continuâmes à vivre auprès de lui dans un environnement résidentiel parfaitement paisible, en compagnie du meilleur des voisins. »
Umm Salama rapporte : Nous vivions ainsi dans une atmosphère paisible. Soudain, un homme d’Abyssinie entra en conflit avec le Négus au sujet de son droit à régner. Jamais nous n’avions été plongés dans une inquiétude aussi grande. Nous craignions que, si cet homme l’emportait sur le Négus, il ne veuille pas nous accorder l’asile comme celui-ci l’avait fait et ne reconnaisse pas non plus nos droits légitimes. Le Négus partit combattre son rival. Le Nil se trouvait entre les deux adversaires. Les compagnons émigrés du Messager d’Allah, qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix, dirent : « Y a-t-il ici quelqu’un qui puisse se rendre sur le champ de bataille pendant cette guerre entre les Abyssins, puis revenir nous informer de son issue ? » Al-Zubayr ibn al-‘Awwâm répondit : « J’irai. » Tous approuvèrent la décision de ce compagnon, qui était le plus jeune d’entre eux.
On remplit d’air une outre en cuir et on la remit à al-Zubayr. Il la plaça contre sa poitrine, puis, en s’appuyant dessus, nagea jusqu’à l’autre rive du Nil. Il marcha ensuite jusqu’au champ de bataille.
Umm Salama rapporte : À ce moment-là, nous ne cessâmes d’invoquer Allah, afin que le Négus triomphe de son ennemi et conserve son autorité sur le pays. Alors que nous attendions avec impatience de connaître l’issue de la bataille, al-Zubayr apparut soudain. Il accourait en agitant un vêtement et disait : « Réjouissez-vous de cette bonne nouvelle : le Négus a remporté la victoire. Allah a anéanti son ennemi et confirmé son autorité en Abyssinie. » Par la suite, son pouvoir fut solidement établi en Abyssinie. Nous y résidions dans le meilleur des endroits. Finalement, nous retournâmes auprès du Messager d’Allah, qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix. Il se trouvait encore à La Mecque.
La conversion à l’islam de ʿUmar ibn al-Khattab
Lorsqu’ʿAmr ibn al-ʿAs et ʿAbdallah ibn Abou Rabiʿa revinrent à La Mecque auprès des Quraychites, ceux-ci apprirent qu’ils avaient non seulement échoué à ramener les compagnons du Messager d’Allah — qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix — mais que le Négus les avait congédiés après leur avoir tenu des propos désagréables. C’est à cette époque que ʿUmar embrassa lui aussi l’islam. Il était obstiné et audacieux. Même en son absence, personne n’osait rien dire ni rien faire contre lui. Personne n’osait rien dire ni rien faire contre deux héros tels que Hamza et ʿUmar. Ayant pour compagnons ces deux héros, les compagnons du Messager d’Allah — qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix — furent quelque peu protégés de la tyrannie des mécréants. On peut même dire qu’en force et en puissance, ils dépassèrent les Quraychites eux-mêmes.
ʿAbdallah ibn Masʿud (qu’Allah l’agrée) disait : « Nous ne pouvions pas nous rendre à la Kaʿba pour y prier tant que ʿUmar, le fils d’al-Khattab, n’avait pas embrassé l’islam. Après sa conversion, il défia les Quraychites, se rendit devant la Kaʿba et y accomplit la prière, et nous priâmes avec lui. ʿUmar (qu’Allah l’agrée) embrassa l’islam après que certains compagnons eurent émigré en Abyssinie [Éthiopie]. »
Voici comment ʿUmar embrassa l’islam : sa sœur Fatima bint al-Khattab et son mari Saʿid ibn Zayd avaient alors trouvé refuge sous l’égide de l’islam. Tous deux lui avaient caché la chose. Nuʿaym ibn ʿAbdallah al-Nahham, du clan des Banou ʿAdi ibn Kaʿb, cachait également sa conversion à l’islam par crainte des gens de son clan. Il appartenait à la même tribu que ʿUmar. Un autre compagnon, Khabbab ibn al-Aratt, venait parfois chez Fatima bint al-Khattab pour lui enseigner la récitation du Noble Coran. Un jour, ʿUmar sortit, l’épée à la main, à la recherche du Messager d’Allah — qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix — et de quelques-uns de ses compagnons. Il avait appris auparavant que le Messager d’Allah — qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix — s’était réuni dans une maison près du mont Safa avec quarante compagnons, hommes et femmes. S’y trouvaient avec lui Hamza ibn ʿAbd al-Muttalib (qu’Allah l’agrée), Abou Bakr al-Siddiq (qu’Allah l’agrée), ʿAli ibn Abou Talib (qu’Allah l’agrée), ainsi que les musulmans qui, au lieu de partir en Abyssinie, étaient restés à La Mecque auprès du Messager d’Allah — qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix. Nuʿaym se posta face à ʿUmar (qu’Allah l’agrée) et lui demanda : « Où vas-tu, ʿUmar ? »
ʿUmar répondit : « Je vais à la recherche de ce renégat de Muhammad, qui a semé la discorde parmi les Quraychites, les a traités d’imbéciles, dénigré leur religion et insulté leurs divinités. Je vais le tuer. »
Nuʿaym lui dit : « ʿUmar, tu es certainement victime d’une illusion. Penses-tu qu’après avoir tué Muhammad, les Banou ʿAbd Manaf te laisseront tranquille et que tu pourras circuler librement ? Occupe-toi plutôt de ta propre maison. »
ʿUmar demanda : « Pourquoi ? Qu’a donc fait quelqu’un de mon clan ? »
Nuʿaym répondit : « Ton beau-frère et cousin Saʿid ibn Zayd ibn ʿAmr, ainsi que ta sœur Fatima. Par Allah, tous deux ont embrassé l’islam. Ils suivent la religion de Muhammad. Alors, si tu le peux, commence par t’occuper d’eux. » [28. Son objectif était de détourner l’attention de ʿUmar, qui craignait pour la vie du Messager d’Allah — qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix. Même si cela risquait d’exposer Fatima et son mari à des persécutions, ce n’était qu’une affaire bien moindre comparée au danger qui menaçait la vie du Messager d’Allah — qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix.]
À peine eut-il entendu cela qu’Umar se précipita vers la maison de sa sœur et de son beau-frère. Khabbab ibn al-Aratt s’y trouvait également. Il possédait des passages du Noble Coran qu’il enseignait au couple formé par Saïd et Fatima. La sourate Taha était écrite dans ces passages. Ils sentirent l’arrivée d’Umar. Khabbab se cacha aussitôt dans une petite pièce. Fatima dissimula les pages du Coran. Alors qu’Umar s’apprêtait à entrer dans la maison, il entendit Khabbab réciter le Coran à leurs deux oreilles. Dès son entrée, il dit : « Qu’est-ce que je vous ai entendu réciter ? » Saïd et Fatima répondirent tous deux : « Tu n’as rien entendu. » Umar déclara : « Par Allah, j’ai bien entendu : vous avez adopté la religion de Muhammad et vous la suivez. » Sur ces mots, il gifla son beau-frère Saïd. Fatima se leva et tenta de protéger son mari de ses coups. Umar la frappa si violemment qu’elle fut blessée.
Voyant le comportement déchaîné d’Umar, ils dirent tous deux : « Oui, nous avons embrassé l’islam et nous avons cru en Allah et en Son Messager. Maintenant, faites ce que bon vous semble. » En voyant du sang sur le corps de sa sœur, Umar regretta son comportement.
Puis, sur un ton empreint de repentir, il dit à sa sœur : « Eh bien, donne-moi donc le livre que vous étiez en train de lire. Je vais le lire un peu pour voir quel message Muhammad prêche. » Il convient de préciser ici qu’Umar savait lire et écrire.
Sa sœur répondit : « Nous craignons que, si nous te le donnons, tu ne le détruises. »
Umar jura par les divinités et dit : « N’aie pas peur. Je le lirai et te le rendrai certainement. » En entendant cela, sa sœur espéra qu’il embrasserait peut-être l’islam. Elle lui dit donc : « Mon frère, puisque tu es polythéiste, tu es impur. Or, pour toucher ce livre, il faut se purifier. »[29. Il existe une divergence d’opinions concernant la condition de pureté pour toucher le Noble Coran. Certains estiment qu’elle est obligatoire, tandis que d’autres considèrent qu’elle ne l’est pas, mais qu’elle est recommandée.]
Umar alla aussitôt se baigner et revint purifié. Fatima lui remit alors le Coran. Dès qu’il l’ouvrit, il vit qu’il s’agissait d’un passage de la sourate Taha. Après en avoir lu quelques versets, il dit : « Quelles belles paroles ! Quel sublime message ! » En entendant ces mots depuis sa cachette, Khabbab sortit et dit : « Umar, il semble qu’Allah ait exaucé la prière de Son Prophète et t’ait choisi pour l’islam. Hier, il avait prié : “Ô Allah, renforce l’islam par Abou al-Hakam ibn Hicham ou par Umar ibn al-Khattab.” Ô Umar, réponds à l’appel d’Allah, réponds à l’appel d’Allah ! »
Umar dit alors : « Ô Khabbab, indique-moi où se trouve Muhammad. Je vais aller le trouver et embrasser l’islam. » Khabbab répondit : « Il se trouve dans une maison, près du mont Safa, avec quelques Compagnons. »
Umar, ayant suspendu son épée à son épaule, partit à la recherche du Messager d’Allah et de ses Compagnons. Arrivé à l’endroit indiqué, il frappa à la porte. En entendant le bruit, un Compagnon se leva et le regarda par la fenêtre. Il vit Umar debout, l’épée à la main. Pris de panique, il retourna auprès du Messager d’Allah et dit : « Ô Messager d’Allah, Umar se tient à la porte avec son épée. » Hamza, qu’Allah l’agrée, dit : « Laissez-le entrer. S’il vient avec de bonnes intentions, nous l’aiderons ; et s’il vient avec de mauvaises intentions, nous le tuerons avec sa propre épée. »
Le Messager d’Allah, qu’Allah le bénisse et le salue, dit : « Laissez-le entrer. » Il autorisa Umar à entrer. Le Messager d’Allah, qu’Allah le bénisse et le salue, se leva, s’avança vers Umar et le reçut dans la pièce. Il le saisit fermement à l’endroit où se nouait son pantalon, ou à l’endroit où les deux extrémités du manteau se rejoignaient autour de son cou. Puis il dit : « Ô fils d’Al-Khattab, dans quel but es-tu venu ? Par Allah, je ne pense pas que tu te maîtriseras avant qu’un grave malheur ne t’atteigne de la part d’Allah. »
Umar dit : « Ô Messager d’Allah, je suis venu pour croire en Allah, en Son Messager et aux prescriptions révélées par Allah. »
Dès qu’il entendit cela, le Messager d’Allah, qu’Allah le bénisse et le salue, prononça « Allahu Akbar » d’une voix si forte que tous les Compagnons du Messager d’Allah comprirent qu’Umar avait embrassé l’islam. Après Hamza, la conversion d’Umar à l’islam renforça considérablement le moral des Compagnons du Messager d’Allah. Ils furent certains que ces deux hommes pourraient désormais résister aux sévices et aux persécutions que les polythéistes infligeaient au Messager d’Allah, et qu’avec leur aide à tous deux, ils seraient capables d’affronter les ennemis des musulmans. Ensuite, les Compagnons quittèrent ce lieu et regagnèrent chacun sa position.
Umar, qu’Allah l’agrée, raconte : « La nuit même où j’embrassai l’islam, je me mis à réfléchir à celui qui, parmi les Mecquois, était le plus acharné des ennemis du Messager d’Allah, qu’Allah le bénisse et le salue. J’irais le voir et lui annoncerais ma conversion à l’islam. Je décidai qu’Abu Jahl était son plus grand ennemi. Je me rendis donc aussitôt chez lui et frappai à la porte. Abu Jahl sortit et vint à ma rencontre. Il dit : “Mon neveu, sois le bienvenu.” [30. La mère d’Umar, Hantama bint Hisham, était la sœur d’Abu Jahl.] »
« Pour quelle raison es-tu venu ? » Je répondis : « Je suis venu vous informer que je crois en Allah et en Son Messager Muhammad, et que j’accepte les prescriptions et le message qu’il a apportés. » Dès qu’il entendit cela, il me claqua la porte au visage en disant : « Qu’Allah te couvre de honte, toi et la nouvelle que tu apportes ! »
Détails du pacte
Les Quraysh virent que les Compagnons du Messager d’Allah, qu’Allah le bénisse et le salue, avaient trouvé refuge dans un lieu sûr et paisible, et que le Négus avait pris en charge la protection de ceux qui avaient demandé asile auprès de lui. Ils virent également qu’Umar avait embrassé l’islam.
Ainsi, des hommes tels qu’Umar et Hamza avaient rejoint le groupe des compagnons du Messager d’Allah, qu’Allah le bénisse et le salue, et l’islam commença à se répandre parmi les tribus voisines de La Mecque. Dans ces circonstances, ils se réunirent de nouveau et décidèrent de signer un pacte stipulant que, désormais, le reste des Quraysh ne conclurait plus aucun mariage ni aucune transaction commerciale avec les tribus des Banu Hashim et des Banu Abd al-Muttalib.
Après avoir convoqué une assemblée, ils rédigèrent et signèrent ce pacte. Puis ils le suspendirent à l’intérieur de la Kaaba sacrée, afin d’en accroître l’importance et l’effet dans leurs esprits.
Mansour ibn Ikrima rédigea ce pacte, et plusieurs de ses doigts devinrent paralysés à la suite de l’imprécation du Messager d’Allah (paix et bénédictions d’Allah sur lui).
Après la conclusion de ce pacte, les membres du clan des Banû ‘Abd al-Muttalib se réfugièrent auprès d’Abû Tâlib. Ils se rassemblèrent tous auprès de lui et entrèrent avec Abû Tâlib dans son ravin. En revanche, Abû Lahab quitta le clan des Banû Hâshim, rejoignit les Quraysh hostiles et prit leur parti. Il disait : « Muhammad me parle de choses que je ne peux pas voir. Il dit qu’il y aura une nouvelle vie après la mort. Si je crois cela, que me restera-t-il entre les mains ? » Puis il soufflait sur ses deux mains et disait : « Que vous périssiez tous les deux ! » (C’est-à-dire : que périssent les deux mains.) « Je ne vois rien de ce que dit Muhammad se réaliser pour vous. » (Il voulait probablement se moquer de la remise du registre des œuvres entre les mains. — Le traducteur.) C’est à ce sujet qu’Allah révéla ce verset :
[Arabe *************]
« Que les deux mains d’Abû Lahab périssent, et qu’il périsse lui-même. »
Le blocus des clans des Banû ‘Abd al-Muttalib et des Banû Hâshim dans le ravin dura deux ou trois ans. Durant cette période, ils subirent des souffrances indescriptibles. Rien ne leur parvenait, si ce n’est grâce à l’aide secrète de quelques proches qurayshites bienveillants.
[31. Selon certains, la circonstance de la révélation de la sourate al-Lahab serait la suivante : lorsqu’Allah ordonna au Messager d’Allah (paix et bénédictions d’Allah sur lui) d’appeler à l’islam ses plus proches parents, il monta un jour sur le mont Safâ et appela tous les habitants de La Mecque. Quand ils furent tous rassemblés, il leur dit : « Si je vous disais qu’une armée se tient en embuscade dans la plaine, de l’autre côté de la montagne, pour vous attaquer, me croiriez-vous ? » Tous répondirent d’une seule voix : « Nous ne t’avons jamais vu dire un mensonge. » Il dit alors : « Je vous avertis d’un châtiment terrible. » À ce moment-là, Abû Lahab s’écria : « Péris ! Est-ce pour cela que tu nous as réunis ? » C’est en réponse à cela que fut révélée la sourate al-Lahab.]
Les persécutions des Quraysh contre le Messager d’Allah (paix et bénédictions d’Allah sur lui)
Grâce à la protection particulière d’Allah, ils ne purent lancer aucune attaque physique contre lui, face à la résistance efficace de son oncle paternel et des clans Banû Abd al-Muttalib et Banû Hâshim. Réduits à l’impuissance, ils choisirent donc de le dénigrer, de le railler, de se moquer de lui, de le tourner en dérision et de s’engager dans des querelles et des disputes avec lui. Le Coran continua d’être révélé, exposant et analysant en détail les agissements de ce genre des Quraysh ainsi que leur attitude hostile envers le Messager d’Allah, qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix. Les noms de certains de ceux qui se comportaient ainsi sont mentionnés dans le Coran. Quant aux autres, leurs noms ne sont pas cités et ils sont inclus dans les descriptions générales relatives aux mécréants.
Parmi les Quraysh dont les noms sont mentionnés dans le Coran pour de tels agissements figure notamment Abû Lahab ibn Abd al-Muttalib. Son épouse, Umm Jamîl bint Harb ibn Umayya, y est désignée comme « celle qui porte le bois », car elle ramassait des épines et les répandait sur le chemin qu’empruntait le Messager d’Allah, qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix. C’est pourquoi Allah révéla cette sourate au sujet de tous deux :
[Arabe *************]
« Que périssent les deux mains d’Abû Lahab, et qu’il périsse lui-même ! Sa richesse et tout ce qu’il a acquis ne lui serviront à rien. Il sera certes jeté dans un feu aux flammes ardentes, ainsi que son épouse, la porteuse de bois, dont le cou sera attaché par une corde de fibres de palmier. »
Ibn Ishâq dit : J’ai entendu dire que, lorsqu’Umm Jamîl apprit l’existence de cette sourate du Coran révélée à son sujet et au sujet de son mari, elle se rendit auprès du Messager d’Allah, qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix, en serrant une pierre dans sa main. À ce moment-là, il était assis avec Abû Bakr al-Siddîq, qu’Allah l’agrée, dans la Mosquée sacrée, près de la Kaaba. Lorsqu’elle s’approcha d’eux et se tint devant eux, Allah dissimula à ses yeux le Messager d’Allah, qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix. Elle ne put donc voir personne d’autre qu’Abû Bakr. Elle dit : « Ô Abû Bakr, où est ton compagnon ? J’ai appris qu’il me calomniait. Par Allah, si je le trouvais, je lui jetterais cette pierre au visage. » Puis elle s’en alla. Abû Bakr, qu’Allah l’agrée, dit : « Ô Messager d’Allah, pensez-vous qu’elle vous ait vu ? » Le Messager d’Allah, qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix, répondit : « Elle ne m’a pas vu. Allah lui avait retiré la capacité de me voir. »
Quant à Umayya ibn Khalaf ibn Wahb ibn Hudhâfa ibn Jumah, dès qu’il voyait le Messager d’Allah, qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix, il l’injuriait à haute voix et le dénigrait à voix basse. Allah révéla à son sujet la sourate al-Humaza :
[Arabe *************]
« Malheur à tout calomniateur diffamateur, qui amasse des richesses et les compte sans cesse, pensant que sa richesse le rendra immortel. Mais non ! Il sera certes jeté dans le Feu qui broie. Et sais-tu ce qu’est le Feu qui broie ? C’est le feu d’Allah attisé, qui atteint les cœurs. Il se refermera sur eux, tandis qu’ils seront enfermés entre de hautes colonnes. »
Il y en avait encore un autre : ʿÂs ibn Wâ’il as-Sahmî. Khabbâb ibn al-Aratt, l’un des Compagnons du Messager d’Allah — qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix — était forgeron. Il avait vendu une épée à ʿÂs, qui lui devait donc une certaine somme. Lorsqu’il vint lui réclamer cet argent, ʿÂs lui dit : « Ô Khabbâb, votre homme Muhammad — qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix — croit que ceux qui entreront au Paradis y recevront autant d’or, d’argent, de vêtements et de serviteurs qu’ils le désireront, n’est-ce pas ? » Khabbâb répondit : « Oui. » ʿÂs dit : « Alors, ô Khabbâb, accorde-moi un délai jusqu’au Jour de la Résurrection. Je te rembourserai ce que je te dois lorsque j’entrerai au Paradis. Ô Khabbâb, je te le jure par Allah : ni toi ni ton compagnon Muhammad — qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix — ne serez plus privilégiés que moi auprès d’Allah, et vous ne serez pas non plus plus fortunés que moi. » C’est à ce sujet qu’Allah révéla, concernant ʿÂs :
[Arabe *************]
« As-tu vu celui qui nie Mes versets et dit : “On continuera nécessairement à m’enrichir en biens et en enfants” ? A-t-il donc connaissance de l’Invisible, ou a-t-il obtenu un engagement du Tout Miséricordieux ? Jamais ! Nous inscrirons ce qu’il dit et accroîtrons encore son châtiment. Les biens et les enfants dont il parle finiront par Nous appartenir, et il viendra à Nous seul. » (sourate Maryam)
Une autre tradition rapporte qu’Abû Jahl ibn Hishâm rencontra le Messager d’Allah — qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix — et lui dit : « Ô Muhammad, tu dois cesser d’insulter nos divinités ; sinon, j’insulterai ton Dieu. » C’est à ce sujet qu’Allah révéla ce verset :
[Arabe *************]
« N’insultez pas ceux qu’ils invoquent en dehors d’Allah, sinon ils insulteront Allah par hostilité et ignorance. » (sourate al-Anʿâm)
Nadr ibn al-Hârith ibn Kalada ibn ʿAbd Manâf ibn ʿAbd ad-Dâr ibn Qusayy était encore un autre de ces hommes. Chaque fois que le Messager d’Allah — qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix — appelait les gens à Allah lors d’une assemblée, récitait le Coran et racontait aux Quraysh l’histoire des peuples anéantis dans le passé afin de les avertir qu’ils pourraient subir un sort semblable, et qu’il racontait aux auditeurs de cette assemblée les récits des héros persans Rustam et Isfandiyâr, Nadr disait ensuite : « Muhammad ne peut pas raconter de meilleures histoires que moi. Les récits de Muhammad ne sont rien d’autre que des contes des temps anciens. De même que Muhammad les a consignés, je les ai moi aussi consignés. » À son sujet, Allah révéla :
[Arabe *************]
« Ils ont dit : “Ce sont des récits des temps anciens que Muhammad — qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix — a fait écrire. Ils lui sont enseignés matin et soir.” Ô Prophète, dis : “C’est Celui qui connaît tous les secrets des cieux et de la terre qui a fait descendre ce message. En vérité, Il est Pardonneur et Miséricordieux.” » (Le Coran)
[Arabe *************]
« Chaque fois que Mes versets sont récités à l’incrédule, il dit aussitôt : “Ce ne sont que des récits des temps anciens.” » (Al-Qalam)
Il fut également révélé :
[Arabe *************]
« Malheur à tout menteur pécheur qui, lorsqu’on lui récite les versets d’Allah, s’y oppose avec arrogance et fait comme s’il ne les avait pas entendus. Annonce-lui donc un châtiment douloureux. » (Al-Jâthiya)
Un autre homme était Akhnas ibn Shurayq ibn Amr ibn Wahb al-Thaqafi. C’était un notable. Il humiliait le Messager d’Allah — qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix — de diverses manières et tenait à son encontre des propos indicibles. À son sujet, Allah dit dans la sourate Al-Qalam :
[Arabe *************]
« N’obéis pas à celui qui prête excessivement serment, qui est méprisable, qui injurie et colporte des calomnies à l’excès, qui empêche le bien, transgresse, se livre au péché, est grand criminel et tyrannique, et qui, par-dessus tout, est sans filiation. »
Walîd ibn al-Mughîra disait : « Alors qu’il y a dans la tribu de Quraysh un chef tel que moi et, dans la tribu de Thaqîf, Abû Mas‘ûd ‘Amr ibn ‘Umayr al-Thaqafî, est-ce sur Muhammad que la révélation est descendue ? Nous avons donc été écartés, nous qui sommes les deux principales personnalités des deux villes ? »
En réponse, Allah révéla les versets de la sourate Az-Zukhruf,
[Arabe *************]
« Ils ont dit : “Si seulement le Coran avait été révélé à l’un des grands personnages des deux villes [32. c’est-à-dire La Mecque et Tâ’if]. Est-ce eux qui distribuent la miséricorde de ton Seigneur ? C’est Nous qui avons réparti entre eux leur subsistance dans la vie présente et avons élevé certains d’entre eux au-dessus des autres en degrés, afin que les uns puissent employer les autres. La miséricorde de ton Seigneur est meilleure que ce qu’ils amassent.” »
‘Uqba ibn Abî Mu‘ayt et Ubay ibn Khalaf étaient tous deux des compagnons intimes l’un de l’autre. Un jour, ‘Uqba s’assit dans l’assemblée du Messager d’Allah (que la bénédiction et la paix d’Allah soient sur lui) et écouta ses paroles. Lorsqu’Ubay l’apprit, il se rendit auprès de ‘Uqba et lui dit : « Tu t’es assis dans l’assemblée de Muhammad et tu as écouté ses paroles, et tu pensais que je ne l’apprendrais pas ? » Puis, après avoir prononcé un serment solennel, il dit : « Si tu t’es assis dans l’assemblée de Muhammad, si tu as écouté ses paroles et si tu ne lui as pas craché au visage, il me sera interdit de voir ton visage. » Que la malédiction d’Allah soit sur ‘Uqba ! Le misérable exécuta réellement l’ordre d’Ubay, l’ennemi d’Allah.
À ce sujet, Allah révéla :
[Arabe *************]
« Le jour où l’injuste se mordra les doigts de regret et dira : “Malheur à moi ! Si seulement j’avais suivi le Messager ! Malheur à moi ! Si seulement je n’avais pas pris untel pour ami intime ! Il m’a certes égaré loin du rappel après qu’il me fut parvenu.” En vérité, Satan est très habile à humilier l’être humain. »
Un jour, Ubayy ibn Khalaf se rendit auprès du Messager d’Allah (qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix) avec un vieil os presque réduit en poussière. Il dit : « Ô Muhammad, crois-tu qu’Allah fera revivre cet os en décomposition ? » Puis il le réduisit en poudre dans sa main, souffla dessus et la fit voler en direction du Messager d’Allah (qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix). Le Messager d’Allah (qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix) dit : « Oui, je dis qu’Allah fera revivre cet os, et qu’Il te fera revivre après que tu seras toi-même réduit en poussière. Puis Il te jettera dans la Géhenne. » À ce sujet, Allah révéla le verset :
[Arabe *************]
« Il Nous cite un exemple et oublie sa propre création. Il dit : “Qui fera revivre ces ossements lorsqu’ils seront réduits en poussière ?” Dis-lui : “Celui qui les a créés une première fois les fera revivre. Il connaît parfaitement toute Sa création. C’est Lui Allah qui, pour vous, a produit du feu à partir de l’arbre vert ; et voilà que vous en allumez vos foyers.” » (Yâ-Sîn)
Un autre jour, alors que le Messager d’Allah (qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix) accomplissait la circumambulation autour de la Kaaba, Aswad ibn al-Muttalib ibn Khalaf et al-‘Âs ibn Wâ’il al-Sahmî l’encerclèrent. Ils étaient tous des notables âgés de leurs tribus respectives. Ils dirent : « Ô Muhammad, viens : adorons ton Allah et adore, toi, nos divinités. Ainsi, nous nous associerons mutuellement dans notre culte. Si ton Seigneur est meilleur que nos divinités, nous aurons notre part de Son adoration ; et si nos divinités sont meilleures que ton Seigneur, tu auras, toi aussi, ta part de leur adoration. » En réponse, Allah révéla :
[Arabe *************]
« Ô Prophète, dis : “Ô vous les mécréants ! Je n’adore pas ce que vous adorez, et vous n’adorez pas Celui que j’adore. Je n’adorerai pas ce que vous adorez, et vous n’adorerez pas Celui que j’adore. À vous votre religion, et à moi ma religion.” » (Al-Kâfirûn)
Lorsque Allah mentionna l’arbre de zaqqoum pour avertir les mécréants, Abû Jahl ibn Hishâm dit : « Ô Qurayshites, savez-vous quel est l’arbre de zaqqoum dont Muhammad vous menace ? » Ils répondirent : « Non. » Il dit alors : « Ce sont les dattes de Médine que l’on conserve avec du beurre. Par Allah, si j’ai l’occasion de vivre à Médine, j’en mangerai à satiété. » À ce sujet, Allah révéla :
[Arabe *************]
« L’arbre de Zaqqoum sera la nourriture du pécheur ; il bouillonnera dans son ventre comme bouillonne l’eau en ébullition, tel le marc d’huile. » (Ad-Dukhân)
Autrement dit, le Zaqqoum n’est pas réellement tel qu’Abou Jahl le prétendait.
Un jour, Walîd ibn al-Mughîra rencontra le Messager d’Allah (qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix). Le Messager d’Allah (qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix) se mit à lui parler. Il commençait à nourrir l’espoir que Walîd embrasserait l’islam. C’est alors que le Compagnon aveugle Ibn Oumm Maktoum arriva sur les lieux. Il se mit à s’entretenir avec le Messager d’Allah (qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix) et lui demanda de lui réciter ce Coran. La venue d’Ibn Oumm Maktoum et ses paroles semblèrent importunes au Messager d’Allah (qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix), car elles l’empêchaient de prêter toute son attention à son entretien avec Walîd. Ainsi, l’espoir qu’il nourrissait de voir celui-ci embrasser l’islam risquait d’être compromis. Voyant qu’Abdullah ibn Oumm Maktoum multipliait excessivement ses interventions, il se détourna de lui avec irritation et ne lui accorda aucune importance. C’est pourquoi Allah le Très-Haut révéla à son sujet :
[Arabe *************]
« Il s’est renfrogné et détourné parce que l’aveugle est venu à lui. Et qui te dit qu’il aurait pu se purifier ou recevoir un rappel, et que ce rappel lui aurait été profitable ? Quant à celui qui se montre indifférent, tu lui accordes toute ton attention, alors que tu ne perds rien à ce qu’il ne se réforme pas. Et celui qui est venu à toi en courant et qui craignait les conséquences, tu lui témoignes de l’indifférence. Jamais ! Ceci est un rappel ; que celui qui le veut l’accepte. Il est consigné dans des feuillets honorés, élevés et purifiés. » (sourate ‘Abasa)
Autrement dit, Allah dit : « Je t’ai envoyé comme annonciateur de bonnes nouvelles et avertisseur pour tous, et Je ne t’ai pas envoyé pour une personne particulière. Ne prive donc pas celui qui le désire de ce qu’il demande, et ne convoite pas celui qui n’en veut pas. »
Ceux qui importunaient le Messager d’Allah (qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix) jusque dans les limites de sa maison étaient Abou Lahab, Hakam ibn Aboul-‘Âs, ‘Uqba ibn Abî Mu‘ayt, ‘Adî ibn Hamrâ’ as-Saqafî et Ibsoul Asdâ al-Hadhali. Ils étaient tous ses voisins. À l’exception de Hakam ibn Aboul-‘Âs, aucun d’entre eux n’embrassa l’islam. Il est rapporté que, lorsque le Messager d’Allah (qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix) priait, ces gens lui jetaient les entrailles d’une chèvre. Certains en jetaient même dans les marmites placées sur le feu pour cuisiner dans sa maison. Finalement, le Messager d’Allah (qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix) fut contraint de prier caché derrière un mur. Lorsqu’ils lui jetaient des entrailles sur le corps, le Messager d’Allah (qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix) les plaçait au bout d’un bâton, sortait de la maison et se rendait à la porte de la demeure de l’intéressé en disant : « Ô clan d’Abd Manâf, quel genre de comportement est-ce là envers vos voisins ? » Puis il déposait ces entrailles dans la rue.
Retour des émigrés après avoir appris que les habitants de La Mecque avaient embrassé l’islam en Abyssinie
Les Compagnons du Messager d’Allah (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui) qui avaient émigré en Abyssinie apprirent que les habitants de La Mecque avaient embrassé l’islam. À cette nouvelle, ils prirent la route en direction de La Mecque. Lorsqu’ils approchèrent de la ville, ils découvrirent que ce qu’ils avaient entendu au sujet de la conversion des Mecquois était faux. Aucun d’entre eux ne pénétra donc dans la ville, si ce n’est sous la protection de certains habitants de La Mecque ou en secret. Au total, trente-trois Compagnons revinrent d’Abyssinie. Uthmân ibn Maz‘ûn entra à La Mecque sous la protection d’al-Walîd ibn al-Mughîra, tandis qu’Abû Salama ibn ‘Abd al-Asad entra sous la protection d’Abû Tâlib et de sa mère, Rabâh bint ‘Abd al-Muttalib.
Le récit de l’annulation du pacte
Finalement, un groupe de Quraysh prit l’initiative d’annuler le pacte que les Qurayshites avaient signé afin de maintenir Banû Hâshim et Banû al-Muttalib assiégés dans le ravin. Hishâm ibn ‘Amr en fut le principal instigateur. En effet, il était le demi-frère utérin de Nadla ibn Hâshim ibn ‘Abd Manâf. Hishâm se rendait auprès de Banû Hâshim et de Banû al-Muttalib assiégés et leur apportait des vivres sur le dos de chameaux. Arrivé à l’entrée du ravin, il ôtait son casque et en frappait violemment un côté. Puis il pénétrait dans le ravin. Il revenait ensuite leur apporter des vêtements. Ainsi, à différents moments, il leur fournissait les objets dont ils avaient besoin.
Un jour, Hishâm se rendit auprès de Zuhayr ibn Abû Umayya ibn al-Mughîra. Celui-ci était le fils de ‘Âtika, fille de ‘Abd al-Muttalib. Hishâm lui dit : « Ô Zuhayr, tu vis toi-même dans l’aisance, mangeant à ta faim, vêtu et entouré de ta famille, alors que tu sais parfaitement où et dans quelles conditions se trouvent tes oncles maternels. Ils sont boycottés : personne ne fait commerce avec eux ni ne contracte mariage avec eux. Comment peux-tu accepter une telle situation ? Je jure par Allah que s’ils étaient les oncles maternels d’Abû al-Hakam ibn Hishâm (Abû Jahl), et que tu lui demandais de les boycotter ainsi, jamais il n’accepterait ta demande. » Zuhayr répondit : « Cela suffit, n’en dis pas davantage. Écoute, Hishâm, que puis-je faire seul ? Si j’avais un autre homme avec moi, j’entreprendrais d’annuler ce pacte. » Hishâm dit : « J’ai déjà trouvé un homme. » Zuhayr demanda : « Qui est-ce ? » Hishâm répondit : « Moi-même. » Zuhayr dit : « Trouve encore un autre homme. »
Hishâm se rendit auprès de Mut‘im ibn ‘Adî et lui dit : « Ô Mut‘im, si deux hommes de Banû ‘Abd Manâf mouraient lentement de faim, resterais-tu silencieux à la vue de ce spectacle pour préserver les bonnes relations avec les Qurayshites ? Si tu continues à laisser les Qurayshites agir ainsi en toute impunité, ils se tourneront bientôt contre vous aussi. » Mut‘im répondit : « J’ai bien compris. Mais que puis-je faire seul ? » Hishâm lui dit : « Tu as déjà trouvé un autre homme. » Mut‘im demanda : « Qui est-ce ? » Hishâm répondit : « C’est moi-même. » Mut‘im dit : « Nous devons trouver un troisième homme. » Hishâm répondit : « J’ai également trouvé un troisième homme. » Mut‘im demanda : « Qui est-ce ? » Hishâm répondit : « Zuhayr ibn Abû Umayya. » Mut‘im dit : « Trouve encore un quatrième homme. »
Il se rendit alors auprès d’Abû al-Bukhturî ibn Hishâm et lui répéta ce qu’il avait dit à Mut‘im. Abû al-Bukhturî demanda : « Si nous entreprenons cette action, aurons-nous quelqu’un pour nous aider ? » Il répondit : « Oui. » L’autre demanda : « Qui donc ? » Hishâm répondit : « Zuhayr, Mut‘im et moi-même. » Abû al-Bukhturî dit : « Trouve encore un cinquième homme. »
Il se rendit alors auprès de Zam‘a ibn al-Aswad ibn al-Muttalib. Il lui exposa la question en évoquant ses liens de parenté avec les assiégés et les droits qu’il avait sur eux. Zam‘a demanda : « Y a-t-il quelqu’un d’autre qui soutient l’action à laquelle tu m’appelles ? » Il répondit : « Oui. » Puis il lui cita les noms de tous les autres.
Ensuite, ils fixèrent une date pour se réunir au pied de la montagne appelée Ḥajūn, dans les hauteurs de La Mecque. À la date convenue, ils s’y rassemblèrent et décidèrent d’entreprendre les démarches nécessaires pour faire annuler le pacte. Zuhayr dit : « Je prends moi-même l’initiative dans cette affaire et me charge d’en discuter avec tout le monde. »
Le lendemain matin, ils allèrent tous se rassembler dans les lieux de réunion des Quraysh. Zuhayr se présenta vêtu d’un habit somptueux, fit sept fois le ṭawāf autour de la Kaaba, puis s’adressa à la foule réunie : « Ô Mecquois, nous mangeons et nous nous habillons, tandis que les Banū Hāshim, assiégés, dépérissent et meurent peu à peu, sans que personne puisse commercer avec eux : comment cela peut-il être acceptable ? Par Allah, je ne cesserai pas avant d’avoir déchiré ce pacte qui détruit les liens de parenté et incite à l’injustice. »
Assis dans un coin de la Mosquée sacrée, Abū Jahl s’écria : « Tu mens. Par Allah, il ne sera pas déchiré. » Alors Zuhayma ibn al-Aswad dit : « Par Allah, c’est toi le plus grand des menteurs. Lorsque ce pacte a été rédigé, nous n’avions pas approuvé cette disposition. » Abū al-Bukhtarī dit : « Zuhayma a raison. Nous n’acceptons ni ne reconnaissons ce qui est écrit dans ce pacte. » Muṭʿim ibn ʿAdī dit : « Vous avez raison tous les deux. Celui qui dit le contraire est un menteur. Nous déclarons devant Allah que nous désavouons ce pacte et rejetons ce qui y est écrit. » Hishām ibn ʿAmr tint des propos semblables. Après avoir tout entendu, Abū Jahl dit : « Cette affaire a été décidée dans l’obscurité de la nuit et l’on en a délibéré ailleurs. » Tandis qu’Abū Jahl parlait ainsi, Abū Ṭālib était assis dans un coin de la mosquée. Muṭʿim s’avança pour déchirer le pacte. Mais, l’ayant pris en main, il constata que les termites en avaient dévoré tout le texte, à l’exception des seuls mots : « Bismika Allāhumma » (« En ton nom, ô Allah »).
On rapporte que la main de Manṣūr ibn ʿIkrima, le rédacteur du pacte, fut paralysée.
Un homme de la tribu des ʿIrāsh vend un chameau à Abū Jahl
Ibn Isḥāq dit : ʿAbd al-Malik ibn ʿAbd Allāh ibn Abū Sufyān al-Thaqafī, qui possédait une mémoire exceptionnelle, m’a rapporté :
Un homme de la tribu des ʿIrāsh vint un jour à La Mecque avec un de ses chameaux. Abū Jahl lui acheta le chameau, mais se mit à tergiverser au sujet de son prix.
L’homme des ʿIrāsh, ne sachant plus que faire, se rendit à une assemblée des Quraysh. S’adressant à tous ceux qui étaient présents, il dit : « Ô Qurayshites, l’un de vous pourrait-il me faire obtenir ce qui m’est dû d’Abū al-Ḥakam ibn Hishām ?
Voyez, je suis un voyageur étranger. Profitant de ma faiblesse, il tarde à me régler ce qu’il me doit. » À ce moment-là, le Messager d’Allah, qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix, était assis dans un coin de la mosquée. Les Quraysh présents, en le désignant, dirent : « Tu vois cet homme assis là-bas ? Va le trouver et parle-lui. Il te rendra ce qui t’est dû. » En réalité, ils ne disaient cela que par dérision. Ils n’ignoraient pas l’hostilité qui opposait Abû Jahl au Messager d’Allah, qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix.
Le vendeur de chameaux irâshî se rendit auprès du Messager d’Allah, qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix, et lui dit : « Ô serviteur d’Allah, Abû al-Hakam ibn Hishâm, fort de son autorité, tergiverse pour me payer ce qu’il me doit. Je suis un voyageur étranger. J’ai demandé à ces gens qui pourrait me faire obtenir mon dû, et ils m’ont tous désigné votre personne. Faites-moi récupérer ce qu’il me doit. Qu’Allah vous accorde Sa miséricorde. »
Le Messager d’Allah, qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix, lui dit : « Suis-moi. » Sur ces mots, il l’emmena avec lui. Voyant le Prophète partir avec cet homme, les Quraysh envoyèrent quelqu’un les suivre et lui dirent : « Va voir ce que fait Muhammad, qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix. »
Le Messager d’Allah, qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix, se rendit chez Abû Jahl. Arrivé devant sa maison, il frappa à la porte. De l’intérieur, celui-ci demanda : « Qui est-ce ? » Il répondit : « C’est moi, Muhammad. Sors un instant ! » Abû Jahl sortit aussitôt. Il était tellement terrifié qu’il semblait avoir l’âme sur le point de quitter son corps, et son visage était devenu livide. Le Messager d’Allah, qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix, lui dit : « Rends à cet homme ce qui lui est dû. » Il répondit immédiatement : « D’accord, attends un instant, je vais lui donner son dû. » Puis il rentra dans la maison. Peu après, il ressortit et remit au vendeur de chameaux ce qui lui revenait.
Ensuite, le Messager d’Allah, qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix, revint et dit au vendeur de chameaux : « À présent, retourne à tes occupations. » Celui-ci se rendit à l’assemblée des Quraysh et dit aux personnes présentes : « Qu’Allah le récompense de la meilleure des récompenses ! Il m’a fait remettre ce qui m’était dû. » Puis il s’adressa à l’homme qu’ils avaient envoyé les suivre : « Eh bien, qu’as-tu vu ? » Celui-ci répondit : « C’est une chose extraordinaire ! Il n’a rien eu à faire. Il est simplement allé frapper à la porte, et aussitôt Abû Jahl est sorti, comme terrifié. Il lui a dit : “Rends à cet homme ce qui lui est dû.” Abû Jahl a répondu : “D’accord, attends un instant. Je vais le lui donner immédiatement.” Puis il est rentré et lui a aussitôt rapporté son dû. » Peu après, Abû Jahl arriva à son tour. Tous lui demandèrent : « Que s’est-il passé ? Qu’est-ce qui t’arrive ? Nous ne t’avons jamais vu faire une chose pareille ! » Abû Jahl répondit : « Il est vrai que Muhammad n’a rien fait d’autre que frapper à ma porte. Mais il m’a suffi d’entendre sa voix pour être saisi de peur, et je suis aussitôt allé me présenter devant lui. J’ai alors vu au-dessus de sa tête un chameau d’une taille terrifiante. Je n’avais jamais vu de chameau possédant une bosse, un cou et des dents semblables aux siens. Par Allah, si je l’avais défié, il m’aurait certainement dévoré. »
L’Isrâ, ou le voyage nocturne
Une nuit, le Messager d’Allah, qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix, fut transporté de la Mosquée sacrée à la Mosquée al-Aqsâ, c’est-à-dire à Bayt al-Maqdis. (33. As-Suhaylî dit : certains ont rapporté que cet événement eut lieu un an avant l’émigration vers Médine.) À cette époque, l’islam s’était largement répandu parmi la tribu des Quraysh ainsi que parmi les membres d’autres tribus. Abd Allah ibn Mas‘ûd rapportait qu’on amena au Messager d’Allah, qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix, al-Burâq. C’était une monture quadrupède. Les prophètes antérieurs étaient eux aussi transportés sur son dos. Elle était si rapide qu’elle posait ses sabots à l’extrême limite du regard. Le Prophète la monta, et son compagnon, Jibrîl, partit avec lui. Ils avancèrent en contemplant les innombrables signes présents dans les cieux et sur la terre. Ainsi, ils poursuivirent leur route jusqu’à s’arrêter à Bayt al-Maqdis. Là, il vit une immense assemblée de prophètes. Il y vit notamment Ibrâhîm, Mûsâ et ‘Îsâ, sur eux la paix. Il pria avec eux en une seule assemblée. Puis on lui apporta trois récipients : l’un contenant de l’eau, l’autre du vin et le troisième du lait. Le Messager d’Allah, qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix, dit : « Lorsque ces trois récipients furent placés devant moi, j’entendis quelqu’un dire : “Si Muhammad, qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix, choisit le récipient rempli d’eau, il s’égarera et sa communauté se noiera. S’il choisit le récipient de vin, il s’égarera et sa communauté s’égarera également. Mais s’il choisit le récipient de lait, lui-même sera guidé et sa communauté le sera aussi.” En entendant cela, je pris le récipient de lait et en bus. Jibrîl, sur lui la paix, me dit alors : “Ô Muhammad, vous avez été guidé sur le droit chemin, et votre communauté aussi.” »
D’après al-Hasan, le Messager d’Allah, qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix, a dit : « Je dormais près de la Pierre noire lorsque Jibrîl arriva soudainement. Il me pinça. Je me redressai, mais, ne voyant rien, je me recouchai. Il revint me pincer une seconde fois. Je me redressai de nouveau et, ne voyant rien, je me recouchai. Il vint une troisième fois et me pinça encore. Cette fois, dès que je me fus redressé, il me saisit par le bras et me tira. Je vis alors un animal blanc, de taille intermédiaire entre le mulet et l’âne. Il avait deux ailes sur ses cuisses. Il avançait en les agitant, et ses sabots se posaient à l’extrême limite du regard. Jibrîl me fit monter sur cet animal, puis partit avec moi. Nous avancions côte à côte, de sorte qu’aucun de nous ne perde l’autre. » Dans son récit, al-Hasan ajoute : Le Messager d’Allah, qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix, se mit alors en route, accompagné de Jibrîl. Ils s’arrêtèrent à Bayt al-Maqdis. Ils y virent un groupe de prophètes réunis, parmi lesquels se trouvaient également Ibrâhîm, Mûsâ et ‘Îsâ, sur eux la paix. Le Messager d’Allah, qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix, dirigea la prière et pria avec eux. Puis on lui présenta deux récipients : l’un contenant du vin et l’autre du lait. Le Messager d’Allah, qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix, prit le récipient rempli de lait, en but un peu et délaissa celui qui contenait le vin. Jibrîl lui dit alors : « Ô Muhammad, vous avez été guidé, vous-même ainsi que votre communauté, sur la voie de l’islam. Le vin vous a été interdit. » Ensuite, il ramena le Messager d’Allah, qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix, à La Mecque. Le lendemain matin, celui-ci se rendit auprès des Quraysh et leur raconta ce qui s’était passé durant la nuit. La plupart de ceux qui l’entendirent dirent : « Par Allah, c’est une chose extraordinaire et incroyable ! De nombreuses caravanes vont de La Mecque en Syrie. Il leur faut un mois pour s’y rendre et un mois pour en revenir. Et Muhammad aurait parcouru une si longue distance en une seule nuit, avant de revenir à La Mecque ! »
Hassan (qu’Allah lui fasse miséricorde) rapporte : « En entendant cette histoire, un grand nombre de musulmans renoncèrent à l’islam. Les gens allèrent trouver Abou Bakr (qu’Allah l’agrée) et lui dirent : “Ô Abou Bakr, crois-tu ton ami ? Il prétend que la nuit dernière, il est allé à Bayt al-Maqdis, y a accompli la prière, puis est revenu à La Mecque !” »
Abou Bakr dit : « Le traitez-vous de menteur ? » Tous répondirent : « Oui, voilà ce que les gens disent, assis dans la mosquée. » Abou Bakr (qu’Allah l’agrée) dit : « Par Allah, s’il a dit cela, il n’a dit que la vérité. Qu’y trouvez-vous donc d’étonnant ? Il me dit bien que la révélation lui vient d’Allah. La révélation descend du ciel à la terre en un seul instant, et je le crois également lorsqu’il me le dit. Ce que vous trouvez si extraordinaire est pourtant moins étonnant que cet événement. » Puis il se rendit auprès du Messager d’Allah (paix et bénédictions d’Allah sur lui). Il lui demanda : « Ô Prophète d’Allah, avez-vous dit aux gens que vous aviez voyagé à Bayt al-Maqdis la nuit dernière ? » Il répondit : « Oui. » Abou Bakr (qu’Allah l’agrée) dit : « Ô Messager d’Allah, décrivez-moi Bayt al-Maqdis, car j’y suis déjà allé. » Le Messager d’Allah (paix et bénédictions d’Allah sur lui) dit : « À ce moment-là, Bayt al-Maqdis fut placé devant moi et je le regardai. » Le Messager d’Allah (paix et bénédictions d’Allah sur lui) se mit alors à en décrire la forme à Abou Bakr (qu’Allah l’agrée). En l’écoutant, Abou Bakr (qu’Allah l’agrée) répétait : « Vous avez dit vrai. J’atteste que vous êtes incontestablement le Messager d’Allah. » Lorsqu’il eut achevé sa description, le Messager d’Allah (paix et bénédictions d’Allah sur lui) dit à Abou Bakr : « Ô Abou Bakr, tu es le Siddiq. » Ce jour-là, il lui attribua le titre de Siddiq, c’est-à-dire « le très véridique ».
Saïd ibn al-Musayyab (qu’Allah lui fasse miséricorde) rapporte : « Le Messager d’Allah (paix et bénédictions d’Allah sur lui) avait décrit à ses Compagnons la constitution physique d’Abraham, de Moïse et de Jésus, sur eux la paix. Il les avait vus cette nuit-là. Il dit : “Par sa constitution physique, Abraham (sur lui la paix) ressemble le plus à votre compagnon, c’est-à-dire au Messager d’Allah lui-même (paix et bénédictions d’Allah sur lui). Moïse (sur lui la paix) était un bel homme à la peau brune, de haute taille, mince et doté d’un nez aquilin. On aurait dit un homme de la tribu de Chanu’a. Jésus (sur lui la paix) était de taille moyenne, de teint rougeâtre, aux cheveux doux et raides, et son visage était couvert de nombreuses taches de beauté. On aurait dit que des gouttes d’eau ruisselaient de ses cheveux, comme s’il venait tout juste de sortir du hammam après s’y être lavé. Parmi vous, celui qui lui ressemblait le plus par sa constitution physique était ‘Ourwa ibn Mas’oud al-Thaqafi.” »
Le récit du Mi’raj
Ibn Ishaq rapporte avoir appris par une source digne de confiance qu’Abou Saïd al-Khudri (qu’Allah l’agrée) a dit : « J’ai entendu le Messager d’Allah (paix et bénédictions d’Allah sur lui) dire : “Lorsque les rites de Bayt al-Maqdis furent achevés, une échelle permettant de monter vers les cieux supérieurs fut présentée devant moi. Je n’avais jamais rien vu d’aussi beau. Lorsqu’arrive le moment de mourir, l’homme voit cette même échelle et fixe les yeux sur elle. Mon compagnon, Jibril, me fit monter sur cette échelle et m’accompagna jusqu’à une porte du ciel, où il s’arrêta. Cette porte est appelée Bab al-Hafazah, c’est-à-dire la porte des gardiens. Un ange nommé Ismaïl y est chargé de son office. Il a sous ses ordres douze mille anges, et chacun de ces anges en a également douze mille sous ses ordres.” » En rapportant ce hadith, le Messager d’Allah (paix et bénédictions d’Allah sur lui) récita ce verset du Coran,
[Arabe *************]
« Nul autre que Lui ne connaît le nombre des armées de ton Seigneur. » (Sourate al-Muddaththir)
« Puis, lorsqu’il m’eut fait entrer à l’intérieur, l’ange demanda : “Ô Jibril, qui est cet homme ?” Il répondit : “C’est Muhammad.” L’ange demanda de nouveau : “Est-il prophète ?” Jibril répondit : “Oui.” Puis il pria pour mon bien. »
Après être entré dans le premier ciel, je vis un homme assis. Les âmes de tous les morts lui étaient présentées. Lorsqu’on lui en présentait certaines, il se réjouissait beaucoup et disait en les louant : « Voici une âme pure, sortie d’un corps pur. » Mais lorsque d’autres lui étaient présentées, il manifestait son dégoût sur son visage et disait : « Ah ! Voici une âme impure, sortie d’un corps souillé par le péché. » Je demandai à Jibril : « Ô Jibril, qui est cet homme ? » Jibril répondit : « C’est votre père Adam (a). Les âmes de ses descendants lui sont présentées. Lorsqu’il voit l’âme d’un croyant, il se réjouit et dit : “Voici une âme pure, sortie d’un corps pur.” Mais lorsqu’il voit l’âme d’un mécréant, il pousse un cri, la déteste et dit avec dégoût : “Voici une âme perverse, sortie d’un corps pécheur.” »
Ensuite, je vis des gens dont les lèvres ressemblaient à celles des chameaux et qui tenaient dans leurs poings de petits morceaux de pierre brûlants et ardents. Ils les mettaient dans leur bouche, puis ils ressortaient aussitôt par leur anus. Je demandai : « Ô Jibril, qui sont-ils ? » Il répondit : « Ce sont ceux qui usurpent les biens des orphelins. »
Ensuite, je vis encore des gens dont les ventres avaient une forme si hideuse que je n’en avais jamais vu de semblables. Ils se tenaient sur le chemin par lequel les partisans de Pharaon étaient conduits vers l’Enfer [34. Le Coran mentionne que les partisans de Pharaon subiront le châtiment le plus dur de la Géhenne.]. Ils se débattaient comme des chameaux assoiffés. Les adeptes de Pharaon qui se dirigeaient vers l’Enfer les piétinaient, mais ils n’avaient même pas la force de se déplacer un peu. Je demandai : « Ô Jibril, qui sont-ils ? » Il répondit : « Ce sont les usuriers. »
Ensuite, je vis un autre groupe de gens. Devant eux se trouvait une viande excellente et bien nourrie, tandis qu’à côté se trouvait une viande infecte, dégageant une odeur nauséabonde. Pourtant, ils délaissaient la bonne viande pour manger la mauvaise. Je demandai : « Ô Jibril, qui sont-ils ? » Il répondit : « Ce sont ceux qui, alors qu’ils ont une épouse licite, fréquentent des femmes interdites. »
Ensuite, je vis un certain nombre de femmes suspendues par des cordes attachées à leurs seins. Je demandai : « Ô Jibril, qui sont-elles ? » Il répondit : « Ce sont les femmes qui, par la fornication, font entrer dans la descendance de leur mari un enfant engendré par un autre homme. »
Ensuite, il me fit monter au deuxième ciel. J’y rencontrai les deux cousins maternels, Jésus (a) et Yahya ibn Zakariya (a).
Ensuite, Jibril (a) me fit monter au troisième ciel. J’y vis un homme dont le visage brillait comme la pleine lune. Je demandai : « Ô Jibril, qui est-ce ? » Il répondit : « C’est Yusuf (a), le fils de Yaqub (a). »
Ensuite, je montai au quatrième ciel et y vis encore un homme. Jibril m’informa qu’il s’agissait d’Idris (a). Puis je montai au cinquième ciel. J’y vis un vieillard aux cheveux blancs et à la longue barbe. Je n’avais jamais vu un vieillard aussi beau. Je demandai : « Ô Jibril, qui est-ce ? » Il répondit : « C’est Harun ibn Imran (a), aimé de son peuple ! » Ensuite, j’atteignis le sixième ciel. J’y vis un homme grand, au teint brun et au nez long, semblable à un homme de la tribu de Shanu’a. Je demandai : « Ô Jibril, qui est-ce ? » Jibril répondit : « C’est votre frère Musa ibn Imran (a). »
Puis il me fit monter au septième ciel. Là, je vis un vieillard assis sur une chaise près de la porte de Bayt al-Ma’mur. Votre compagnon — c’est-à-dire Muhammad lui-même — lui ressemble le plus. Chaque jour, soixante-dix mille anges entrent dans Bayt al-Ma’mur et n’en ressortent jamais. Il en sera ainsi jusqu’au Jour de la Résurrection. Je demandai : « Qui est cet homme ? » Il répondit : « C’est votre père Ibrahim, عليه السلام. »
Ensuite, il m’emmena au Paradis. J’y vis une très belle jeune femme aux lèvres légèrement foncées. Je lui demandai : « Pour qui es-tu ? » Elle répondit : « Pour Zayd ibn Haritha. » Le Messager d’Allah, qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix, annonça cette heureuse nouvelle à Zayd ibn Haritha.
Le Messager d’Allah, qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix, dit : « Ensuite, je repartis. En chemin, je rencontrai Moussa ibn Imran, عليه السلام. En vérité, il est l’un de vos meilleurs amis. Il me demanda : “Combien de prières obligatoires t’a-t-on prescrites ?” Je répondis : “Cinquante prières par jour.” Moussa dit : “Écoute, la prière est une lourde obligation. Ta communauté est très faible. Retourne auprès d’Allah et demande-Lui d’alléger davantage cette charge pour ta communauté.” Je retournai auprès d’Allah et Lui demandai d’alléger cette charge pour moi et ma communauté. Allah en retrancha dix prières. Puis je repartis. Je rencontrai de nouveau Moussa, qui me dit encore la même chose. Je retournai alors demander à Allah de réduire le nombre des prières. Allah en retrancha encore dix. Ainsi, il continua à me conseiller sans cesse.
Chaque fois que je retournais auprès de lui, il disait : “Va demander qu’Il en réduise encore le nombre.” Ainsi, à force de réductions, il ne resta plus que cinq prières par jour. Cette fois encore, lorsque je retournai auprès de Moussa, عليه السلام, il me conseilla de demander une nouvelle réduction. Je dis : “Je suis déjà retourné de nombreuses fois auprès d’Allah pour Lui demander de les réduire. J’éprouve de la honte ; je ne pourrai donc plus y retourner.”
Ainsi, celui qui accomplira ces cinq prières obligatoires avec foi et vigilance recevra la récompense de cinquante prières obligatoires. »
Le décès d’Abou Talib et de Khadija
Par la suite, Abou Talib et Khadija, qu’Allah l’agrée, moururent la même année. Dès lors, les épreuves et les malheurs se succédèrent pour le Messager d’Allah, qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix. Khadija, qu’Allah l’agrée, était pour lui une conseillère d’une profonde sincérité. Il lui confiait toutes ses peines et ses souffrances. Quant à son oncle Abou Talib, il était pour lui un soutien et un bouclier. Il repoussait les persécutions des Qurayshites et lui apportait tout son soutien. Khadija et Abou Talib moururent trois ans avant l’Hégire vers Médine.
Après la mort d’Abou Talib, les Qurayshites commencèrent à persécuter le Messager d’Allah, qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix, d’une manière qu’ils n’avaient jamais osé adopter du vivant d’Abou Talib. Un jour même, un homme des Qurayshites, particulièrement vil et stupide, lui barra le passage et lui jeta de la poussière sur la tête. Le Messager d’Allah, qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix, rentra chez lui couvert de poussière. Voyant cela, l’une de ses filles accourut et, en pleurant, lui essuya la poussière de la tête. Alors le Messager d’Allah, qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix, lui dit : “Ma fille, ne pleure pas ! Allah protégera ton père.” À ce moment-là, il déclara : “Avant la mort d’Abou Talib, les Qurayshites ne pouvaient en aucune manière me maltraiter.”
Lorsque Abou Talib tomba malade et que sa maladie atteignit son stade terminal, les Quraychites se concertèrent un jour en disant : « Sa maladie est devenue grave, Hamza et Omar ont embrassé l’islam et l’islam s’est répandu dans toutes les tribus des Quraychites. Dans ces circonstances, nous devrions aller voir Abou Talib. Nous devrions nous rendre auprès de lui et, par son intermédiaire, conclure un accord avec Muhammad. Sinon, ses partisans pourraient même s’emparer de nos biens. » Abdallah ibn Abbas rapporte : « Outba et Chayba ibn Rabia, Abou Jahl, Omayya ibn Khalaf, Abou Soufyan ibn Harb et d’autres grands chefs quraychites se rendirent auprès d’Abou Talib. Ils lui dirent : “Ô Abou Talib, vous savez combien vous êtes respecté parmi nous. Aujourd’hui, vous êtes atteint d’une grave maladie et nous sommes inquiets pour votre vie. Vous connaissez également la nature de nos relations avec votre neveu. Appelez-le donc afin de conclure avec lui un compromis avant votre mort. Obtenez de lui un engagement envers nous et obtenez de nous un engagement envers lui, afin que nous ne commettions aucun excès à son encontre et qu’il n’en commette aucun à notre encontre. Que ni nous ni lui n’intervenions dans sa personne et sa religion, ni lui dans notre personne et notre religion.” »
Abou Talib fit appeler le Messager d’Allah, qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix. Lorsqu’il arriva, il lui dit : « Mon neveu, voici les notables de ton peuple. Ils sont venus te demander une parole et te donner en échange un engagement. » Le Messager d’Allah, qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix, répondit : « Oui, acceptez de moi une seule parole, et vous deviendrez les maîtres de toute l’Arabie ; tous les non-Arabes se soumettront à vous. » Abou Jahl dit : « Très bien ! Alors, plutôt qu’une seule, je suis prêt à en accepter dix. » Le Messager d’Allah, qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix, dit : « Proclamez qu’il n’y a d’autre ilah qu’Allah et cessez d’adorer toutes les autres divinités que vous adorez. » En entendant cela, ils se mirent tous à applaudir. Puis ils dirent : « Quoi, Muhammad, veux-tu que nous adorions un seul dieu à la place de toutes les autres divinités ? Voilà une idée vraiment extravagante de ta part ! » Ensuite, ils se dirent les uns aux autres : « Voyez, cet homme ne vous accordera jamais ce que vous lui demandez. Partez donc et continuez à suivre la religion de vos ancêtres jusqu’à ce qu’Allah rende Son jugement entre lui et vous. »
Après leur départ, Abou Talib dit au Messager d’Allah, qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix : « Mon neveu, je pense que tu ne leur as rien demandé d’injuste. »
En entendant ces paroles d’Abou Talib, le Messager d’Allah, qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix, nourrit l’espoir de le voir embrasser l’islam. Il insista donc auprès d’Abou Talib en lui disant : « Mon oncle, prononce-la une seule fois. Alors, au Jour de la Résurrection, il me sera permis d’intercéder en ta faveur. »
Voyant le Messager d’Allah, qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix, manifester un tel désir, Abou Talib dit : « Mon neveu, après ma mort, toi, tes frères et tes sœurs serez humiliés, et les Quraychites penseront que je n’ai eu la foi que par crainte de la mort. Si cette crainte n’existait pas, je prononcerais la profession de foi et embrasserais la foi. Je te dis cela uniquement pour te faire plaisir. »
Puis, lorsque le dernier moment d’Abou Talib approcha, Abbas le vit remuer les lèvres. Il approcha son oreille de sa bouche. Ensuite, il dit au Messager d’Allah, qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix : « Mon neveu, mon frère a prononcé la profession de foi que tu lui avais demandé de prononcer. » Le Messager d’Allah, qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix, dit : « Je ne l’ai pas entendu. »
Abdallah ibn Abbas, qu’Allah l’agrée, rapporte qu’au sujet des Quraychites qui étaient venus auprès d’Abou Talib, Allah le Très-Haut révéla ce verset :
[Arabe *************]
« Sâd. Par le Coran, plein d’exhortations. Ce sont plutôt les infidèles qui sont plongés dans l’orgueil et l’obstination. Combien de peuples n’ai-je pas anéantis avant eux ! Alors ils se sont mis à pousser des cris de détresse, mais il n’était plus temps d’échapper au châtiment. Ces gens se sont étonnés qu’un avertisseur issu de leur propre milieu soit venu à eux, et les infidèles ont dit : “Cet homme est certes un magicien, un menteur. A-t-il donc réduit tous les dieux à un seul Dieu ? Voilà vraiment une chose étonnante !” Leurs notables s’en sont allés en disant : “Allez, restez fermes dans votre attachement à vos divinités. Cette affaire est certainement préméditée. Nous n’avons jamais entendu pareille chose dans aucune des religions des temps récents. Ce n’est assurément qu’une invention.” » (Sourate Sâd)
L’expression « religion des temps récents » désigne le christianisme, dont les adeptes disaient qu’Allah était le troisième de trois. Puis Abû Tâlib mourut.
Chercher l’aide de la tribu des Banû Thaqîf
Après la mort d’Abû Tâlib, les Quraychites commencèrent à infliger au Messager d’Allah, qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix, de très graves persécutions, ce qu’ils n’avaient pu faire tant que son oncle Abû Tâlib était en vie. C’est pourquoi il se rendit à Tâ’if auprès de la tribu des Banû Thaqîf, dans l’espoir d’obtenir leur aide et leur soutien pour résister aux persécutions des Quraychites. Il espérait peut-être qu’ils embrasseraient l’islam ; il s’y rendit donc seul.
Arrivé à Tâ’if, il se présenta aux trois hommes les plus éminents de la tribu des Banû Thaqîf. C’étaient trois frères : ‘Abd Yalîl, Mas‘ûd et Habîb. Leur père s’appelait ‘Amr ibn ‘Umayr. L’un d’eux avait épousé une femme issue de la branche des Banû Jumah de la tribu des Quraychites. Assis auprès d’eux, le Messager d’Allah, qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix, les invita à embrasser l’islam et leur demanda de l’aider à le propager. Il leur demanda également de le soutenir face à l’opposition des Quraychites. L’un d’eux dit : “Si Allah t’a envoyé comme messager, qu’Il enlève donc le revêtement de la noble Ka‘ba.” [Cela signifie probablement que la dignité de la Ka‘ba avait été compromise du fait qu’il l’avait envoyé comme messager, car il leur paraissait déraisonnable de faire d’un homme démuni comme lui un messager. — Le traducteur] Un autre dit : “Allah n’a-t-Il trouvé personne d’autre que toi pour envoyer comme messager ?” Le troisième dit : “Je ne te parlerai pas du tout. Si tu es réellement un messager, comme tu le prétends, il serait dangereux de chercher à réfuter tes paroles. Et si tu es un menteur, il ne convient pas que je te parle.” Le Messager d’Allah, qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix, se leva et partit sans rien ajouter. Avant de prendre congé, il leur demanda : “Puisque vous n’avez pas accepté mon invitation, ne révélez mes paroles à personne d’autre.” Il le leur demanda par crainte qu’ils ne rapportent ses propos aux autres et ne les incitent contre lui. Mais ils ne respectèrent pas sa requête. Au contraire, ils lancèrent contre lui les ignorants, les insensés et les esclaves de la tribu. Ceux-ci accoururent de toutes parts en l’insultant et en poussant des clameurs. Une foule nombreuse l’encercla. Il fut contraint de chercher refuge dans le verger clos appartenant aux deux frères ‘Utba et Shayba ibn Rabî‘a. Les deux frères se trouvaient alors dans le verger. Les gens de la tribu des Thaqîf qui l’avaient poursuivi repartirent alors.
Le Messager d’Allah, qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix, alla s’asseoir à l’ombre d’une treille. ‘Utba et Shayba avaient jusque-là observé en silence les sévices indescriptibles infligés par les habitants de Tâ’if au Messager d’Allah, qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix. Entre-temps, le Messager d’Allah, qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix, rencontra la femme issue de la branche des Quraychites. Il lui dit : “Tu as bien vu ce que tes beaux-frères m’ont fait, n’est-ce pas ?”
Puis, après s’être quelque peu apaisé, le Messager d’Allah, qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix, adressa à Allah la prière suivante :
[Arabe *************]
« Ô Allah, c’est auprès de Toi seul que je me plains de ma faiblesse, de mon impuissance, de mon manque de soutien, de ressources et de discernement, ainsi que de mon insignifiance et du mépris et de l’indifférence des gens à mon égard. Ô le plus Miséricordieux des miséricordieux, Tu es le Seigneur des faibles et des délaissés. Tu es aussi mon Seigneur. Entre les mains de qui me laisses-Tu ? Entre les mains d’un étranger qui me traite avec cruauté, ou entre les mains de l’ennemi qui me traite avec cruauté, de cet étranger, ou entre les mains de l’ennemi qui a pris sur moi ascendant et pouvoir ? Si Tu m’accordes bien-être et sécurité, ce sera assurément pour moi une source de réconfort. Je cherche refuge dans Ta lumière, à l’apparition de laquelle toutes les ténèbres s’illuminent et grâce à laquelle toutes les difficultés de ce monde et de l’au-delà trouvent leur solution. Je suis prêt à accepter humblement tous Tes reproches. Il n’est de force ni de puissance que par Ton aide. »
Voyant l’état si pitoyable du Messager d’Allah — qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix — et les sévices qu’il subissait depuis si longtemps, les deux frères, ‘Utba et Shayba, furent bouleversés en se souvenant du lien de parenté qui les unissait à lui. ‘Addâs obéit à l’ordre. Il prit le récipient rempli de raisins, le posa devant le Messager d’Allah — qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix — et lui dit : « Mangez. » Le Messager d’Allah — qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix — commença à manger en prononçant la basmala.
‘Addâs regarda le visage du Messager d’Allah — qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix — et dit : « Je n’ai jamais entendu les gens de ce pays dire cela — c’est-à-dire la basmala. » Le Messager d’Allah — qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix — lui demanda : « Ô ‘Addâs, de quel pays es-tu ? Quelle est ta religion ? » Il répondit : « Je suis chrétien. Je suis originaire de Ninive. » Le Messager d’Allah — qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix — dit : « Il est mon frère. Il était prophète, et je suis moi aussi prophète. » Dès qu’il entendit ces paroles, ‘Addâs se pencha vers le Messager d’Allah — qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix — et se mit à lui embrasser la tête, les mains et les pieds.
En voyant cette scène, les deux fils de Rabî‘ se dirent l’un à l’autre : « Eh bien ! On dirait qu’il a bel et bien perverti le garçon. » ‘Addâs revint auprès de ‘Utba et de Shayba. Ils lui demandèrent : « Qu’as-tu donc, ‘Addâs ? Pourquoi as-tu embrassé la tête, les mains et les pieds de cet homme ? » Il répondit : « Ô mes maîtres, il n’y a personne de meilleur que lui sur terre. Il m’a appris une chose que nul autre qu’un prophète ne peut connaître. » Ils lui dirent : « Ô ‘Addâs, quelles sottises racontes-tu ? Ne renonce pas à ta religion sous son influence, car ta religion est meilleure que la sienne. »
L’histoire des djinns de Nasîbîn
Après avoir perdu espoir auprès des Banû Thaqîf, le Messager d’Allah — qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix — repartit de Tâ’if vers La Mecque. En chemin, arrivé dans la vallée de Nakhlah [nom de deux vallées situées à deux jours et deux nuits de marche de La Mecque. L’une s’appelle Nakhlat al-Yamâniyya et l’autre Nakhlat al-Shâmiyya], il pria au milieu de la nuit. À ce moment-là, sept djinns de Nasîbîn passaient par cet endroit. Ils entendirent la récitation du Coran du Messager d’Allah — qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix —. Lorsque la prière fut terminée, ils retournèrent à Nasîbîn [une ville ou localité d’Abbar, sur la route de Mossoul vers la Syrie] et transmirent le message du Coran à leur peuple, auquel ils avaient cru dès qu’ils l’avaient entendu en chemin. Dans les sourates al-Jinn et al-Ahqâf du Noble Coran, Allah a relaté au Prophète — qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix — l’histoire de ces djinns. Les versets de la sourate al-Ahqâf disent : « Rappelle-toi le jour où Nous dirigeâmes vers toi une troupe de djinns afin qu’ils écoutent le Coran. Lorsqu’ils y arrivèrent, ils se dirent les uns aux autres : “Écoutez en silence.” Puis, quand ils eurent achevé son écoute, ils retournèrent auprès de leur peuple pour les avertir. Ils dirent : “Ô notre peuple, nous avons entendu la récitation d’un Livre révélé après Moïse, confirmant le Livre qui lui fut donné — la Torah — et guidant vers la vérité et le droit chemin. Ô notre peuple, répondez à l’appel de celui qui invite à Allah et croyez en lui ; Il vous pardonnera alors vos péchés et vous préservera d’un châtiment douloureux.” »
Dans la sourate al-Jinn, Allah le Très-Haut dit : « Ô Prophète, dis : “Il m’a été révélé qu’un groupe de djinns a écouté la Parole du Coran” »… Ainsi, toute cette sourate est consacrée à la question des djinns.
Le Messager d’Allah — qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix — se rendit auprès de toutes les tribus pour leur transmettre l’appel de l’islam
Ensuite, le Messager d’Allah — qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix — arriva à La Mecque. Toute la tribu de Quraysh, à l’exception d’une poignée de personnes issues des classes faibles qui avaient déjà cru en lui, était devenue son ennemie la plus acharnée. Dans ces circonstances, le Messager d’Allah — qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix — alla à la rencontre des membres de diverses tribus venus à La Mecque pendant le pèlerinage. Il les appela à suivre Allah et leur dit : « Je suis le Messager envoyé par Allah auprès de vous. Soutenez-moi et protégez-moi contre l’oppression ; alors je vous exposerai et vous expliquerai le message qu’Allah m’a révélé. »
Rabi‘a ibn ‘Abbad rapporte :
J’étais alors tout juste adolescent. Je m’étais rendu à Mina avec mon père. À cette époque, le Messager d’Allah — qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix — se rendait dans les campements des différentes tribus arabes venues de l’extérieur de La Mecque et leur adressait le discours suivant : « Ô descendants d’un tel et d’un tel, je suis le Messager envoyé par Allah auprès de vous. Allah vous a ordonné de n’adorer que Lui et de ne Lui associer personne. Il vous a interdit d’adorer ces idoles. Il vous a ordonné de me soutenir, de croire en moi et de me protéger contre l’oppression, afin que je puisse vous transmettre le message d’Allah. » À ce moment-là, un homme aux yeux divergents, portant deux mèches de cheveux emmêlées sur la tête et vêtu à la manière des habitants de la région d’Aden, le suivait derrière lui. Chaque fois que le Messager d’Allah — qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix — achevait son discours d’appel, cet homme disait aussitôt : « Ô descendants d’un tel et d’un tel, cet homme (Muhammad) vous demande d’abandonner l’adoration de Lāt et d’al-‘Uzzā, et de rompre vos relations d’alliance avec les Banū Mālik ibn Uqaysh. [35. Uqaysh signifie un chameau non dressé qui s’enfuit de peur à la vue de n’importe quelle chose. Banū Mālik ibn Uqaysh est le nom d’une tribu de djinns.] Il cherche à égarer les gens en lançant une prétention nouvelle et trompeuse. C’est dans ce sens qu’il vous appelle. N’écoutez pas ses paroles et ne le suivez pas. » Je demandai à mon père : « Qui est cet homme qui suit Muhammad — qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix — et s’efforce de réfuter son appel ? » Il répondit : « C’est son oncle, Abū Lahab, ‘Abd al-‘Uzzā ibn ‘Abd al-Muṭṭalib. »
Ibn Isḥāq dit : Ibn Shihāb al-Zuhrī m’a rapporté que le Messager d’Allah — qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix — se rendait personnellement dans chacun des campements des membres de la tribu de Kinda pour les appeler à la religion d’Allah. Mais tous le rejetèrent, y compris leur chef, Mulayḥ.
Il se rendit également auprès des membres de la tribu des Banū ‘Āmir ibn Ṣa‘ṣa‘a, les appela à suivre Allah et se présenta à eux. En réponse, un homme nommé Bayḥara ibn Firās dit : « Si je m’empare de ce jeune Qurayshite, je pourrai, grâce à lui, prendre possession de toute la péninsule arabique. » Puis le dialogue suivant eut lieu entre lui et le Messager d’Allah — qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix — :
Bayḥara : « Soit. Si nous te prêtons allégeance, t’aidons dans ton entreprise et qu’Allah te donne la victoire, nous remettras-tu alors le pouvoir et l’autorité entre les mains ? »
Le Messager d’Allah — qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix — : « Le pouvoir et l’autorité relèvent du choix d’Allah. Il les accorde à qui Il veut. »
Bayḥara : « Alors, quel intérêt y aurait-il à ce que nous exposions nos poitrines à toute la nation arabe pour toi seul ? Si tu remportes la victoire, le pouvoir passera entre les mains d’autres que nous ; il ne nous sert donc à rien de nous associer à ton entreprise. »
Ainsi, la tribu des Banû Âmir le rejeta également. À la fin du pèlerinage, les gens quittèrent La Mecque et prirent le chemin de leurs régions respectives. Les membres des Banû Âmir retournèrent eux aussi auprès de leur tribu et se rendirent chez un homme extrêmement âgé. En raison de sa vieillesse, il ne pouvait pas accomplir le pèlerinage. Chaque année, lorsqu’ils revenaient du pèlerinage, ils allaient le voir et lui racontaient ce qui s’y était passé. Cette année encore, à leur retour, le vieillard les interrogea sur les événements de leur fête. Ils répondirent : « Cette fois-ci, un jeune homme de Quraysh est venu nous voir. Un autre homme des Banû Abd al-Muttalib le suivait. Ce jeune homme prétend être un prophète. Il nous a demandé de le protéger contre les persécutions, de le soutenir et de l’emmener dans notre région. » En entendant cela, le vieillard posa ses deux mains sur sa tête et dit : « Ô Banû Âmir, réfléchissez pour voir si vous pouvez retrouver ce que vous avez perdu. Car jamais un descendant d’Ismaël n’a prétendu mensongèrement être prophète. Par Dieu, ce que ce jeune homme a dit est entièrement vrai. N’avez-vous donc pas su prendre la bonne décision ? »
Abdullah ibn Kaʿb dit : « Le Messager de Dieu, que Dieu le bénisse et lui accorde la paix, alla également rencontrer les membres de la tribu des Banû Hanîfa dans leur campement. Il leur transmit l’appel à la religion de Dieu et leur demanda de le soutenir. Mais ils le rejetèrent de la manière la plus odieuse. »
Le Messager de Dieu, que Dieu le bénisse et lui accorde la paix, poursuivit ainsi sa mission. Dès que des gens se rassemblaient à La Mecque à l’occasion du pèlerinage ou pour toute autre raison, il allait les voir. Il présentait ainsi l’appel à l’islam à chaque tribu. Il les invitait à accepter la miséricorde et la guidance divines qui lui avaient été révélées. Dès qu’il apprenait qu’un Arabe renommé et éminent était arrivé à La Mecque, il allait le voir et l’invitait à la religion de Dieu.
Lorsque Suwayd ibn Sâmit, de la tribu des Banû ʿAmr ibn ʿAwf, vint à La Mecque pour le pèlerinage ou la ʿumra, le Messager de Dieu, que Dieu le bénisse et lui accorde la paix, ayant appris cela, alla à sa rencontre et l’invita à croire en Dieu et en Sa religion, l’islam. Suhayl dit : « J’ai moi aussi quelque chose qui ressemble au message que tu récites. » Le Messager de Dieu lui demanda : « Quel message as-tu ? » Il répondit : « Un livret contenant les paroles de Luqmân. » Le Messager de Dieu, que Dieu le bénisse et lui accorde la paix, dit : « Ces paroles sont très belles. Mais ce que j’ai est meilleur encore : c’est le Coran, que Dieu a révélé sur moi. Il est une source de guidance et de lumière. » Puis le Messager de Dieu, que Dieu le bénisse et lui accorde la paix, récita le Coran à Suwayd et l’invita à l’islam. Suwayd ne méprisa pas cette invitation. Il dit : « Le message coranique que tu m’as récité est véritablement merveilleux. » Ensuite, Suwayd prit congé du Messager de Dieu, que Dieu le bénisse et lui accorde la paix, et retourna auprès de sa tribu à Médine. Peu de temps après, des membres de la tribu des Khazraj le tuèrent. Les membres des Banû ʿAmr disaient : « Nous croyons que Suwayd est mort musulman. » Suwayd fut tué avant la bataille qui opposa les tribus des Aws et des Khazraj à Buʿâth, un lieu proche de Médine.
Les débuts de la propagation de l’islam à Médine
Enfin arriva le moment où Dieu décida de couronner Sa religion de la victoire, d’élever Son Prophète à un rang d’honneur encore plus grand et d’accomplir la promesse qu’Il lui avait faite. Une fois encore, le Prophète, que Dieu le bénisse et lui accorde la paix, continua, comme à son habitude, à appeler à l’islam les gens venus assister à la fête du pèlerinage et à inviter les tribus arabes à l’accueillir parmi elles. Cette fois, il rencontra quelques habitants de Médine. Ils appartenaient à une délégation de la tribu médinoise des Khazraj. Il les rencontra en un lieu proche d’al-ʿAqaba. Cet événement eut lieu parce que Dieu avait décidé de faire le bien à ce groupe. Dès qu’il les vit, le Messager de Dieu, que Dieu le bénisse et lui accorde la paix, leur demanda : « Qui êtes-vous ? » Ils répondirent : « Nous sommes des membres de la tribu des Khazraj. » Il demanda de nouveau : « Êtes-vous de ceux qui ont conclu un pacte d’alliance avec les juifs ? » Ils répondirent : « Oui. » Il leur dit : « Voulez-vous vous asseoir un moment ? J’aimerais vous parler. » Ils répondirent : « Bien, parlez. » Ils s’assirent alors auprès du Messager de Dieu, que Dieu le bénisse et lui accorde la paix. Celui-ci les invita à l’islam, leur exposa cette religion et leur récita le Coran. Al-ʿAqaba est le nom d’un lieu situé à deux miles de La Mecque, entre La Mecque et Mina ; le jet de pierres à partir de cet endroit constitue l’un des rites du pèlerinage. Cet événement eut lieu la onzième année de la mission prophétique.
Auparavant déjà, Dieu Tout-Puissant avait préparé les conditions favorables à leur conversion à l’islam. Des juifs vivaient dans les environs de Médine. Ils possédaient les Écritures célestes et, de ce fait, détenaient un savoir révélé. Les Khazraj et les autres tribus arabes étaient polythéistes, c’est-à-dire adorateurs d’idoles. Auparavant, les juifs avaient vaincu ces Arabes polythéistes au moyen de guerres d’agression, s’étaient emparés de leurs territoires et y avaient établi leurs colonies. Chaque fois qu’une situation désagréable survenait entre les polythéistes et les juifs, ces derniers menaçaient les polythéistes en disant : « Le temps de l’avènement du prophète de cette époque est proche. Lorsqu’il viendra, sous sa direction, nous vous massacrerons comme les peuples de ʿÂd et d’Iram furent massacrés en masse. »
Lorsque le Messager de Dieu, que Dieu le bénisse et lui accorde la paix, eut discuté avec la délégation des Khazraj et l’eut invitée à la religion de Dieu, ses membres se dirent les uns aux autres : « Par Dieu, c’est bien le prophète dont les juifs nous parlent pour nous menacer et nous intimider. Nous ne devons surtout pas leur laisser l’occasion d’embrasser l’islam avant nous. » Sous l’effet de cette réflexion, ils répondirent immédiatement à l’appel du Messager de Dieu, que Dieu le bénisse et lui accorde la paix, et embrassèrent l’islam. Ils dirent : « Nous avons laissé notre peuple sans défense face à l’hostilité d’un ennemi redoutable. Nous espérons que Dieu fera de toute notre communauté vos soutiens. Nous retournerons auprès d’eux et leur transmettrons également votre appel. Si Dieu fait d’eux vos soutiens, nul ne sera plus honoré ni plus puissant que vous. »
Après avoir ainsi embrassé la foi et reconnu la véracité de l’islam, ils retournèrent dans leur région. Autant qu’on le sache, ce groupe appartenant à la tribu des Khazraj comptait six membres. Arrivés à Médine, ils présentèrent à leur tribu les paroles du Messager d’Allah ﷺ et l’appelèrent à embrasser l’islam. Ainsi, peu à peu, l’appel à l’islam parvint dans chaque maison de Médine. Il ne resta pas une seule maison où les paroles du Messager d’Allah ﷺ ne fussent évoquées.
La première bay‘a d’al-‘Aqaba
L’année suivante, douze autres personnes vinrent à La Mecque à l’occasion du pèlerinage. Elles rencontrèrent le Messager d’Allah ﷺ à al-‘Aqaba. Elles lui prêtèrent serment d’embrasser l’islam et d’abandonner les pratiques non islamiques. Cette cérémonie de prestation de serment est appelée la première bay‘a d’al-‘Aqaba. Elle se déroula selon la formule de la bay‘a des femmes musulmanes, qui eut lieu sur le mont Safa, le lendemain de la conquête de La Mecque, immédiatement après la bay‘a des hommes. La première bay‘a d’al-‘Aqaba eut lieu avant que ne fût donnée l’ordre de combattre les mécréants. Parmi ceux qui y participèrent se trouvaient As‘ad ibn Zurara, Rafi‘ ibn Malik, ‘Ubada ibn as-Samit et Abou al-Haytham ibn at-Tayyihan.
‘Ubada ibn as-Samit dit : « J’étais présent lors de la première bay‘a d’al-‘Aqaba. Nous étions douze hommes. Notre bay‘a fut conclue selon la formule de la bay‘a des femmes, et cela eut lieu avant que ne fût donnée l’ordre de combattre. Nous nous étions engagés envers le Messager d’Allah ﷺ à ne rien associer à Allah, à ne pas voler ni commettre de brigandage, à ne pas commettre la fornication, à ne pas tuer nos enfants, à ne répandre contre personne de fausses accusations et à ne pas désobéir au Messager d’Allah ﷺ dans ce qui est juste. » Le Messager d’Allah ﷺ dit : « Si vous respectez ces engagements, le Paradis vous est également promis. Mais si vous en violez un seul, votre sort sera remis entre les mains d’Allah. S’Il le veut, Il vous châtiera ; et s’Il le veut, Il vous pardonnera. »
Ibn Ishaq dit : Lorsque ce groupe de Médinois retourna auprès de son peuple, le Messager d’Allah ﷺ envoya avec eux Mus‘ab ibn ‘Umair afin de leur enseigner la récitation du Coran, de leur apprendre l’islam et de leur expliquer les règles islamiques. Il était appelé le maître de Médine. Il dirigeait également la prière pour les musulmans de Médine, car les deux tribus, Aws et Khazraj, n’appréciaient pas qu’un homme d’une tribu dirigeât la prière pour les membres de l’autre.
La deuxième bay‘a d’al-‘Aqaba
Quelques jours plus tard, Mus‘ab ibn ‘Umair retourna à La Mecque. Certains nouveaux musulmans de Médine se rendirent à La Mecque pour le pèlerinage avec les païens de leur propre tribu. Au milieu des jours d’at-Tashriq, ils promirent au Messager d’Allah ﷺ de se rassembler tous à al-‘Aqaba. [38. Les trois jours suivant le dixième jour de Dhou al-Hijja sont appelés les jours d’at-Tashriq. Tashriq signifie faire sécher une peau au soleil. À cette époque, les Arabes faisaient sécher les peaux des animaux sacrifiés.] Il va sans dire que cette deuxième bay‘a fut conclue lorsque le moment voulu par Allah fut arrivé : celui d’accorder au Messager d’Allah un rang élevé et la victoire, de renforcer l’islam et les musulmans, et de faire tomber le polythéisme et les polythéistes.
Ka‘b ibn Malik dit : Nous partîmes en direction de La Mecque avec les pèlerins polythéistes de notre tribu. Nous avions alors pris l’habitude de prier et appris les règles de l’islam. Notre vénérable ancien et chef de tribu, Bara ibn Ma‘rur, voyageait également avec nous. À peine avions-nous pris la route et quitté Médine que Bara dit : « Écoutez, j’ai arrêté une opinion, mais je ne sais pas si vous serez d’accord avec moi. »
Nous demandâmes : « Qu’est-ce donc ? » Il répondit : « J’ai décidé de ne plus prier en tournant la Kaaba derrière moi, mais de prier en me tournant vers la Kaaba. » Nous lui dîmes : « Nous savons que notre Prophète, qu’Allah le bénisse et le salue, prie en se tournant vers la Syrie, c’est-à-dire Bayt al-
Maqdis. » Nous répondîmes : « Quant à nous, nous ne ferons pas cela. » Ainsi, lorsque l’heure de la prière arrivait, nous priions en nous tournant vers Bayt al-Maqdis, tandis qu’il priait en se tournant vers la Kaaba. C’est ainsi que nous arrivâmes à La Mecque. Comme il était venu en s’obstinant, nous ne cessâmes de le réprimander. Mais il ne renonça aucunement à son obstination. Après notre arrivée à La Mecque, il me dit : « Mon neveu, conduis-moi auprès du Messager d’Allah, qu’Allah le bénisse et le salue. Je lui demanderai si la manière dont j’ai prié tout au long du voyage était correcte. La façon dont je vous ai vus agir contre moi a fait naître le doute dans mon esprit. »
Kaab ibn Malik raconte : « Nous partîmes alors à la recherche du Messager d’Allah, qu’Allah le bénisse et le salue. Nous ne le connaissions pas et ne l’avions jamais vu auparavant. Ayant rencontré un habitant de La Mecque, nous lui demandâmes : “Où se trouve le Messager d’Allah, qu’Allah le bénisse et le salue ?” Il nous demanda : “Connaissez-vous le Messager d’Allah, qu’Allah le bénisse et le salue ?” Nous répondîmes : “Non.” Il demanda : “Connaissez-vous son oncle, Abbas ibn Abd al-Muttalib ?” Nous répondîmes : “Oui.” Nous connaissions déjà Abbas. Il passait par notre région pour ses activités commerciales. L’homme de La Mecque nous dit : “Entrez dans la Mosquée sacrée ; celui que vous verrez assis avec Abbas sera le Messager d’Allah, qu’Allah le bénisse et le salue.” Nous entrâmes dans la Mosquée sacrée et vîmes Abbas assis, avec le Messager d’Allah, qu’Allah le bénisse et le salue, assis à ses côtés. Nous les saluâmes, puis nous allâmes nous asseoir auprès de lui. Le Messager d’Allah, qu’Allah le bénisse et le salue, demanda à Abbas : “Connais-tu ces deux hommes ?” Il répondit : “Oui, je les connais. Voici le chef de tribu Bara ibn Marur, et voici Kaab ibn Malik.” Je n’oublierai jamais ce que le Messager d’Allah, qu’Allah le bénisse et le salue, dit alors à mon sujet. Il demanda : “Est-ce bien le poète Kaab ibn Malik ?” Je répondis : “Oui.” Bara dit alors : “Ô Prophète d’Allah, avant de partir pour ce voyage, Allah m’avait déjà accordé la faveur d’embrasser l’islam. Je me suis ensuite mis à prier en me tournant vers la Kaaba. Mais mes compagnons ont désapprouvé mon attitude, et je suis devenu perplexe. Ô Messager d’Allah, laquelle de ces pratiques considérez-vous comme correcte ?” Le Messager d’Allah, qu’Allah le bénisse et le salue, répondit : “Tu aurais dû prier en direction d’une seule qibla. Il aurait été préférable que tu la suives avec constance.” »
Ils adoptèrent ensuite la qibla du Messager d’Allah, qu’Allah le bénisse et le salue, et se mirent à prier avec nous en direction de Bayt al-Maqdis. Nous partîmes ensuite pour accomplir le pèlerinage. Au milieu des jours de Tachriq, nous convînmes de rencontrer le Messager d’Allah, qu’Allah le bénisse et le salue, à al-Aqaba. La nuit qui suivit le jour où les rites du pèlerinage furent achevés était précisément celle où nous avions promis de rencontrer le Messager d’Allah, qu’Allah le bénisse et le salue. Abdallah ibn Amr ibn Haram, connu sous le nom d’Abou Jabir, se trouvait alors avec nous. C’était l’un des notables les plus respectés de la société. Nous l’emmenâmes donc avec nous. Cependant, nous ne laissâmes pas nos compagnons de tribu polythéistes, qui voyageaient avec nous, soupçonner le moins du monde qui nous accompagnait ni ce que nous nous apprêtions à faire. Nous dîmes à Abou Jabir : “Ô Abou Jabir, vous êtes l’un de nos chefs respectés. Le mode de vie que vous suivez est, à nos yeux, une source de grande fierté. Nous ne voulons pas que vous soyez jeté dans le feu de l’Enfer dans l’au-delà.” Nous l’invitâmes ensuite à l’islam et lui annonçâmes que nous devions rencontrer ce jour-là le Messager d’Allah, qu’Allah le bénisse et le salue, à al-Aqaba. Abou Jabir embrassa immédiatement l’islam et participa avec nous à la bay‘a d’al-Aqaba. Il devint ensuite un prédicateur.
Cette nuit-là, nous dormîmes dans la caravane avec les membres de notre peuple. Après qu’un tiers de la nuit se fut écoulé, nous partîmes vers al-Aqaba, conformément à la promesse faite au Messager d’Allah, qu’Allah le bénisse et le salue. Nous sortîmes avec la plus grande prudence et en secret, tels des oiseaux nocturnes. En chemin, nous nous rassemblâmes dans un ravin proche d’al-Aqaba. Nous étions au total soixante-treize hommes. Deux femmes se trouvaient également avec nous : Musayb, fille de Kaab, et Asma, fille d’Amr ibn Adi. [39. Ibn Ishaq dit : Le Messager d’Allah, qu’Allah le bénisse et le salue, ne touchait jamais la main des femmes. Il recevait seulement leur engagement verbal. Lorsqu’elles prêtaient serment, il leur disait : “Vous pouvez partir. Votre bay‘a est conclue.”]
Kaab ibn Malik raconte : « Nous nous rassemblâmes dans le ravin et attendîmes le Messager d’Allah, qu’Allah le bénisse et le salue. Enfin, il arriva accompagné de son oncle Abbas ibn Abd al-Muttalib. À cette époque, Abbas n’avait pas encore embrassé l’islam. Il était venu uniquement pour être témoin de cette importante affaire de son neveu et s’assurer de sa sécurité. Lorsque le Messager d’Allah, qu’Allah le bénisse et le salue, s’assit dans l’assemblée, Abbas fut le premier à nous parler. Il dit : “Ô hommes éminents de la tribu des Khazraj, vous savez certainement quelle position éminente occupe Muhammad parmi nous. Jusqu’à présent, nous l’avons protégé contre les persécutions et les injustices de son peuple. Il a établi parmi les siens un exemple exceptionnel. Ainsi, dans sa communauté et dans sa patrie, il jouit de l’honneur et de la sécurité. Malgré cela, il éprouve pour vous un désir irrépressible et il est fermement résolu à demeurer parmi vous. Réfléchissez donc pour savoir si vous pourrez tenir la promesse par laquelle vous l’invitez et si vous pourrez le protéger de ses ennemis. Si vous le pouvez, comprenez bien la responsabilité qui vous incombe. Mais si vous pensez qu’à l’avenir vous le livrerez à ses ennemis et qu’après l’avoir emmené avec vous vous le livrerez à l’humiliation, renoncez dès maintenant à prendre cette responsabilité. Car actuellement, il vit dans l’honneur et la sécurité parmi les siens et dans sa patrie.” Après avoir entendu ces paroles d’Abbas, nous dîmes : “Nous avons entendu vos paroles. Ô Messager d’Allah, à présent, parlez et prenez de nous l’engagement qui vous plaira !” »
Le Messager d’Allah, qu’Allah le bénisse et le salue, prit alors la parole. Il récita d’abord des versets du Coran, puis invita tout le monde à l’islam et les y exhorta. Il dit ensuite : « Je vous demande de vous engager à me protéger comme vous protégez vos femmes et vos enfants du danger. »
Aussitôt, Bara ibn Ma‘rûr prit la main du Messager d’Allah — qu’Allah le bénisse et le salue — et dit : « Oui. Par Celui qui vous a envoyé comme prophète avec la vraie religion, nous vous protégerons comme nous protégeons nos proches, nos épouses et nos enfants contre le danger. Ô Messager d’Allah, nous vous prêtons serment d’obéissance. Par Allah, nous avons été élevés au milieu de la guerre et des armes. Nous sommes, de génération en génération, un peuple de guerriers. »
À peine Bara eut-il achevé de parler au Messager d’Allah — qu’Allah le bénisse et le salue — qu’Abû al-Haytham ibn al-Tayyihân dit : « Ô Messager d’Allah, nous avons conclu un pacte d’alliance avec les Juifs, et nous allons le rompre. Après cela, si Allah vous accorde la victoire, nous abandonneriez-vous pour retourner auprès de votre tribu ? » En entendant cela, le Messager d’Allah — qu’Allah le bénisse et le salue — sourit et dit : « Je serai plutôt votre compagnon éternel dans la vie comme dans la mort, dans le bonheur comme dans l’épreuve. Je considérerai votre sang versé comme mon propre sang versé. Je serai toujours des vôtres et vous serez toujours des miens. Celui que vous combattrez, je le combattrai également. »
Le Messager d’Allah — qu’Allah le bénisse et le salue — dit également : « Choisissez parmi vous douze naqîb, c’est-à-dire des représentants, et envoyez-les-moi afin qu’ils puissent faire participer les membres de leurs tribus respectives à cet engagement. » Ils choisirent alors douze représentants : neuf appartenaient à la tribu des Khazraj et trois à celle des Aws. [40. Les neuf représentants des Khazraj étaient : As‘ad ibn Zurâra, Sa‘d ibn Rabî‘, Râfi‘ ibn Mâlik, Bara ibn Ma‘rûr, ‘Abdallah ibn ‘Amr ibn Harâm, ‘Ubâda ibn Sâmit, Sa‘d ibn ‘Ubâda et Mundhir ibn ‘Amr ibn Khurays. Les trois représentants de la tribu des Aws étaient : Usayd ibn Hudayr, Sa‘da ibn Khaythama et Rifâ‘a ibn Mundhir. Ibn Hichâm dit que les historiens érudits mentionnent Abû al-Haytham ibn al-Tayyihân comme représentant à la place de Rifâ‘a.]
Le premier à prêter serment d’allégeance au Messager d’Allah — qu’Allah le bénisse et le salue — en lui serrant la main fut Bara ibn Ma‘rûr. Ensuite, il fit participer sa propre tribu à cette allégeance. Dès que notre cérémonie d’allégeance au Messager d’Allah — qu’Allah le bénisse et le salue — fut achevée, Satan poussa, du sommet du mont ‘Aqaba, un cri si puissant que je n’en avais jamais entendu de pareil. Il criait : « Ô habitants de Mina, n’avez-vous pas vu comment les renégats se sont alliés à Muzammam, c’est-à-dire l’homme blâmé ? [41. Muzammam signifie méprisé ou blâmé. C’est le contraire du nom Muhammad, qui signifie loué, et que porte le Messager d’Allah — qu’Allah le bénisse et le salue. Les polythéistes l’appelaient ainsi. Quant à ceux qui embrassaient l’islam, ils les appelaient sabi, c’est-à-dire apostats ou impies.] Ils se préparent à vous combattre. » Le Messager d’Allah — qu’Allah le bénisse et le salue — dit : « C’est le cri du Satan de ‘Aqaba, ‘Âzib ibn ‘Uzayb. »
Puis le Messager d’Allah — qu’Allah le bénisse et le salue — dit : « Retournez auprès de vos caravanes respectives. »
‘Abbâs ibn ‘Ubâda ibn Nadla dit : « Ô Messager d’Allah, par Celui qui vous a envoyé avec la vraie révélation, je vous le jure : si vous le souhaitez, nous attaquerons dès demain, l’épée à la main, ceux qui séjournent à Mina. »
Ensuite, nous allâmes nous coucher et dormîmes jusqu’au matin. Dès l’aube, un grand groupe de Quraychites nous encercla. Ils dirent : « Ô gens de la tribu des Khazraj, nous avons appris que vous êtes venus emmener Muhammad parmi nous et que vous complotez avec lui pour nous combattre. À vrai dire, nous répugnons davantage à vous combattre qu’à combattre n’importe quelle autre tribu arabe. » En entendant cela, les polythéistes qui se trouvaient parmi nous se mirent à jurer par Allah : « Il n’y a eu ici aucun complot de ce genre, et nous ne savons pas que rien de tel se soit produit. »
En réalité, ils disaient vrai. Ils ne savaient absolument rien. Tandis qu’ils rassuraient ainsi les Quraychites en jurant par Allah, nous nous regardions les uns les autres. Puis, lorsque les gens quittèrent Mina, les Quraychites approfondirent leur enquête. Finalement, ils découvrirent que l’affaire était vraie. Ils se mirent alors à courir dans toutes les directions à la recherche des membres des tribus Aws et Khazraj. Dans un endroit appelé Azâkhir, près de La Mecque, ils rencontrèrent Sa‘d ibn ‘Ubâda et Mundhir ibn ‘Amr. Ils ne parvinrent pas à capturer Mundhir ; seul Sa‘d fut arrêté. Sa‘d avait les cheveux assez longs. Ils le saisirent, lui attachèrent étroitement les deux mains au cou avec une corde de chameau, puis l’emmenèrent à La Mecque en le frappant et en le tirant par les cheveux.
Voici le récit que Sa‘d lui-même a rapporté à ce sujet : J’étais entre leurs mains, capturé et prisonnier. Dans ces circonstances, un groupe de Quraysh vint à moi. Parmi eux, je remarquai un homme très beau, au teint extrêmement clair, élégant, mince, grand et au visage avenant. Je me dis intérieurement : « S’il est possible d’espérer un bon traitement de la part de quelqu’un dans cette foule immense, ce sera de la part de cet homme. » Mais, dès qu’il s’approcha de moi, cet homme me décocha une gifle particulièrement violente. Je me dis alors intérieurement : « Puisque j’ai reçu un tel traitement de cet homme, il ne faut plus espérer de bon traitement de la part de personne. » Ainsi, ils me traînaient et me malmenaient. J’étais alors totalement impuissant. Soudain, un homme de la foule, pris de pitié pour moi, me dit : « Ah ! Quelle situation déplorable que la tienne ! N’as-tu donc, parmi les Quraysh, aucune connaissance ni personne avec qui tu aies des relations commerciales ? » Je répondis : « Si, j’en ai. Autrefois, j’accordais ma protection aux agents commerciaux de Zubayr ibn Mut‘im ibn ‘Adiyy et, lorsque quelqu’un voulait les opprimer dans notre région, je les protégeais. En outre, j’aidais également les agents commerciaux d’al-Hârith ibn Harb ibn Umayya. » L’homme dit : « Alors, invoque leurs deux noms à haute voix et mentionne le lien qui t’unit à eux. » Je criai aussitôt les noms de ces deux hommes. L’homme partit immédiatement à la recherche de Zubayr et d’al-Hârith et les trouva dans la Mosquée sacrée, près de la Kaaba.
Il leur dit alors : « Dans la plaine située non loin de La Mecque, un homme des Khazraj est en ce moment même violemment battu. Il reçoit des coups tout en répétant vos deux noms et en disant qu’il vous connaît. » Zubayr et al-Hârith demandèrent : « Qui est cet homme ? » Il répondit : « Sa‘d ibn ‘Ubâda. » Ils dirent : « Il dit vrai. Lorsqu’il se rendait dans leur région, il accordait sa protection à nos commerçants et les préservait de l’oppression. » Ils vinrent alors tous deux délivrer Sa‘d des mains de la foule. Puis Sa‘d s’en alla.
Le dernier serment d’al-‘Aqaba et ses conditions
Le dernier serment d’al-‘Aqaba fut conclu après que Dieu eut accordé la permission de mener la guerre armée. Ainsi, mis à part l’engagement relatif à la guerre, les conditions de ce serment étaient semblables à celles du premier serment. Le premier serment était semblable au serment des femmes lors de la conquête de La Mecque, car, au moment du premier serment, Dieu n’avait pas autorisé Son Messager, que Dieu le bénisse et le salue, à faire la guerre. Après avoir reçu cette permission, lors du dernier serment d’al-‘Aqaba, le Messager de Dieu, que Dieu le bénisse et le salue, fit donc prendre aux croyants l’engagement, au sujet de la guerre, de combattre tous les mécréants du monde. Il leur imposa, de la part de Dieu, les conditions de cet engagement et leur annonça que le Paradis leur était promis s’ils respectaient cet engagement avec toutes ses conditions.
‘Ubâda ibn as-Sâmit (que Dieu l’agrée) rapporte : « Nous nous engageâmes avec le Messager de Dieu, que Dieu le bénisse et le salue, à combattre. Les conditions de cet engagement étaient les suivantes : que la situation soit difficile ou normale, nous parlerions toujours en faveur de la vérité et de la justice, et nous ne craindrions le blâme d’aucun blâmeur au sujet de la religion de Dieu. »
La réception de l’ordre de mener la guerre armée
Avant le serment d’al-‘Aqaba, le Messager de Dieu, que Dieu le bénisse et le salue, n’avait pas reçu la permission de faire la guerre ni, en cas de nécessité, de verser le sang. Jusqu’alors, il lui était seulement ordonné d’appeler les gens à la religion de Dieu, de patienter face à l’oppression et aux persécutions, et de pardonner aux ignorants. Les Quraysh infligèrent des persécutions extrêmes et cruelles à ceux qui, ayant suivi le Messager de Dieu, que Dieu le bénisse et le salue, avaient dû abandonner leurs maisons. Certains, victimes de persécutions insupportables, furent même contraints d’abandonner l’islam. Les Quraysh expulsèrent du pays un assez grand nombre de croyants. Ainsi, certains musulmans furent victimes de persécutions inhumaines, certains abandonnèrent l’islam et certains quittèrent leur pays. Parmi eux, beaucoup émigrèrent en Abyssinie et beaucoup d’autres à Médine. Alors que les musulmans étaient humiliés et entièrement démunis de tous côtés, que les Quraysh avaient atteint les limites extrêmes de leur rébellion contre Dieu et que Son Prophète était rejeté, Dieu permit enfin à Son Messager de mener la guerre armée et de vaincre les rebelles injustes qui se révoltaient contre Dieu. Voici ce que j’ai appris d’‘Urwa ibn az-Zubayr et d’autres transmetteurs. En conséquence, les premiers versets révélés, déclarant licites la guerre armée et le combat afin d’établir la loi de Dieu et de défendre les croyants, sont les suivants :
[Arabe *************]
« L’autorisation de combattre a été accordée à ceux contre lesquels la guerre est menée, parce qu’ils sont opprimés. Allah est certes capable de les secourir. Ce sont ceux qui ont été injustement chassés de leurs demeures uniquement pour avoir dit : “Notre Seigneur est Allah.” Si Allah n’avait pas opposé certains hommes à d’autres, les temples, les églises, tous les lieux de culte et les mosquées, où le nom d’Allah est fréquemment invoqué, auraient été détruits. Allah secourra certainement celui qui Le secourt. Allah est certes Fort et Tout-Puissant. Ce sont ceux qui, si Nous leur donnons autorité sur terre, accomplissent la prière, s’acquittent de la zakat, ordonnent le bien et répriment le mal. C’est à Allah qu’appartient l’issue finale de toute chose. » (Sourate al-Hajj, 39-41)
Cela signifie que J’ai rendu licite pour eux le combat armé parce que le Prophète — qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix — et ses Compagnons étaient victimes d’injustice et de persécution. Ils n’avaient commis envers les gens aucun crime ni aucun péché. Dès qu’ils remporteraient la victoire, ils accompliraient la prière, s’acquitteraient de la zakat, ordonneraient le bien et empêcheraient le mal. Puis Allah révéla de nouveau :
[Arabe *************]
« Combattez-les jusqu’à ce qu’aucun croyant ne soit contraint d’abandonner sa religion et que seule l’obéissance à Allah subsiste. » (Sourate al-Baqara) Cela signifie que l’adoration et la servitude ne soient vouées qu’à Allah, et à nul autre.
L’autorisation donnée aux musulmans d’émigrer à Médine
Lorsque Allah eut accordé au Messager d’Allah — qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix — l’autorisation de combattre, et que le groupe susmentionné des habitants de Médine se fut engagé à suivre les prescriptions de l’islam et à apporter son aide totale au Prophète — qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix — ainsi qu’à ses compagnons, le Messager d’Allah ordonna aux musulmans d’émigrer à Médine et de rejoindre leurs frères ansar. Il leur dit : « Allah vous a préparé une terre d’accueil sûre et vous y a donné des frères. » Les musulmans commencèrent donc à émigrer par groupes. Quant au Messager d’Allah lui-même, il demeura à La Mecque, attendant l’ordre d’Allah de la quitter pour émigrer à Médine.
Récit des musulmans qui émigrèrent à Médine
Le premier des Compagnons du Messager d’Allah — qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix — à émigrer parmi les Qurayshites fut Abou Salama ibn Abd al-Asad, du clan des Banu Makhzum. Il émigra à Médine un an avant le Serment d’allégeance d’al-Aqaba. Auparavant, il était revenu d’Abyssinie à La Mecque auprès du Messager d’Allah. À cette époque, les Qurayshites commencèrent à le persécuter. Ayant appris que les habitants de Médine avaient embrassé l’islam, il émigra à son tour. Après Abou Salama, Amir ibn Rabi‘a émigra à Médine avec son épouse Layla bint Abou Hasma. Puis Abdallah ibn Jahsh émigra avec sa famille et son frère Abd ibn Jahsh. Son frère était également connu sous le nom d’Abou Ahmad. Sa vue était faible. Malgré cela, il parcourait sans l’aide de personne les hauteurs et les plaines de La Mecque. C’était un poète.
Puis ʿUmar ibn al-Khattab (qu’Allah l’agrée) et ʿAyyash ibn Abî Rabîʿa al-Makhzûmî émigrèrent à Médine. Ensuite, les musulmans commencèrent à émigrer en grand nombre vers Médine.
L’émigration du Messager d’Allah, qu’Allah le bénisse et le salue
Après que les Compagnons eurent émigré à Médine, le Messager d’Allah, qu’Allah le bénisse et le salue, resta dans l’attente des instructions d’Allah concernant son émigration. À cette époque, hormis ʿAlî ibn Abî Tâlib, Abû Bakr al-Siddîq et quelques rares Compagnons, plus personne ne se trouvait à La Mecque. Les autres étaient soit détenus par les mécréants, soit contraints d’abandonner l’islam. Abû Bakr (qu’Allah l’agrée) demandait souvent au Messager d’Allah, qu’Allah le bénisse et le salue, la permission d’émigrer. Mais le Messager d’Allah, qu’Allah le bénisse et le salue, lui disait : « Ne te hâte pas. Il se peut qu’Allah te procure un compagnon. » Le Messager d’Allah, qu’Allah le bénisse et le salue, devint lui-même son compagnon d’émigration. C’est pourquoi Abû Bakr al-Siddîq (qu’Allah l’agrée) le souhaitait depuis lors. Lorsque les Qurayshites virent que, dans d’autres régions, de nombreux hommes n’appartenant pas à leur tribu étaient devenus des adeptes du Messager d’Allah, qu’Allah le bénisse et le salue, et que ses Compagnons émigraient auprès d’eux, ils comprirent que le Prophète, qu’Allah le bénisse et le salue, et ses compagnons avaient trouvé un lieu sûr où s’établir. Ils se mirent donc à se méfier d’un départ du Messager d’Allah, qu’Allah le bénisse et le salue. Ils pensèrent qu’il avait achevé ses préparatifs pour leur livrer bataille.
Pour se consulter à ce sujet, ils se réunirent à la maison de délibération, le Dâr al-Nadwa. Cette maison appartenait à Qusayy ibn Kilâb. Les Qurayshites s’y réunissaient chaque fois qu’ils devaient prendre une décision. Cette fois, terrifiés par le Messager d’Allah, qu’Allah le bénisse et le salue, ils s’assirent pour discuter de ce qu’il convenait de faire à son sujet. ʿAbdullah ibn ʿAbbâs (qu’Allah l’agrée) rapporte qu’ils s’y réunirent au jour fixé afin de prendre une décision définitive concernant le Messager d’Allah, qu’Allah le bénisse et le salue. Ce jour est appelé le « Jour de l’Assemblée ». Alors qu’ils entraient dans leur maison de délibération, Iblîs se présenta devant eux sous l’apparence d’un vieillard couvert d’une couverture. Il se tenait juste devant la porte. En le voyant, tous demandèrent : « Qui est ce vieillard ? » Il répondit : « Je suis originaire du Najd. [42. Selon al-Suhaylî, si Satan se présenta comme un habitant du Najd, c’est parce que les Qurayshites avaient auparavant annoncé qu’aucun homme de la région de Tihâma ne serait admis à cette assemblée de consultation. Ils pensaient en effet que les habitants de Tihâma soutenaient Muhammad, le Messager d’Allah, qu’Allah le bénisse et le salue. C’est pourquoi Iblîs apparut sous l’apparence d’un vieillard du Najd.] »
« J’ai entendu la raison pour laquelle vous êtes réunis aujourd’hui. Je suis donc venu écouter vos échanges. J’espère que vous ne vous priverez pas non plus de mes conseils et de mes avis. » À ces mots, tous lui permirent d’entrer avec les plus grands égards. Il entra avec eux. Entre-temps, les grands chefs et notables des Quraysh avaient pris place à l’intérieur. Puis ils se mirent à parler entre eux du Messager d’Allah, qu’Allah le bénisse et le salue : « Vous savez tous à quel point l’activité de cet homme est parvenue aujourd’hui. On ne sait jamais quand il se jettera sur nous avec ses adeptes de l’extérieur. Nous ne sommes désormais plus à l’abri de son attaque. Prenons donc tous ensemble une décision définitive à son sujet. »
La consultation se poursuivit. À un moment, quelqu’un dit : « Attachez-le avec des chaînes de fer et enfermez-le dans une cellule verrouillée. Puis attendez qu’il connaisse le même sort que les poètes qui l’ont précédé, c’est-à-dire une mort misérable. Zuhayb, Nâbigha et d’autres poètes semblables avaient connu ce sort. » Alors le vieillard dit : « Non, votre décision n’est pas juste. Si vous l’emprisonnez, ses adeptes de l’extérieur apprendront qu’il est détenu dans une cellule verrouillée. Ils pourraient alors vous attaquer et le reprendre de vos mains. Leur nombre augmenterait ensuite et, un jour, ils prendraient le dessus sur vous. Votre décision n’est donc pas bonne. Réfléchissez pour voir si vous pouvez en prendre une autre. »
La discussion reprit. Quelqu’un dit : « Nous le bannirons du pays. Après cela, nous n’aurons plus à nous en soucier. Une fois qu’il nous aura quittés, peu nous importera où il ira ou où il demeurera. Son départ nous libérera de ses troubles. Ensuite, nous pourrons nous-mêmes rétablir et normaliser nos relations d’amitié, notre alliance et les autres affaires qui nous concernent. »
Le vieillard du Najd dit : « Non, ce ne serait pas non plus une décision juste. N’avez-vous pas vu son éloquence incomparable, son langage doux, ses propos rationnels et ces choses qui captivent les esprits, qu’il prétend avoir reçues par révélation ? Si vous prenez cette mesure, il se peut qu’il se rende auprès d’une autre tribu arabe, qu’il prenne l’ascendant sur elle par ses paroles douces et touchantes, et qu’elle devienne son adepte. Puis, avec eux, il vous attaquera, s’emparera de votre pays et vous arrachera l’autorité. Écartez cette proposition et prenez une autre décision. »
Alors Abou Jahl dit : « J’ai une idée qui n’est encore venue à l’esprit d’aucun d’entre vous. » Tous dirent : « Voyons, Abou al-Hakam, quelle est ton idée ? »
Il dit : « Nous devons choisir dans chaque tribu un jeune homme puissant et noble. Puis nous donnerons à chacun d’eux une épée tranchante. Ces jeunes hommes attaqueront tous ensemble et tueront Muhammad. Ainsi, nous pourrons nous débarrasser de lui. Et puisqu’ils auront tous participé à cet acte, une part de la responsabilité du meurtre de Muhammad incombera à chacune des tribus. Dès lors, le clan d’Abd Manâf ne pourra pas combattre toute la nation pour venger ce meurtre ; il sera contraint de se satisfaire du prix du sang. Nous leur verserons ce prix du sang au nom de toutes les tribus. »
Le vieillard de Najd dit : « C’est la bonne décision. Je pense qu’il ne pourrait y avoir de meilleure décision. »
Une fois cette décision adoptée, l’assemblée de consultation fut déclarée close et chacun retourna chez lui.
Aussitôt, Jibrîl (paix sur lui) vint auprès du Messager d’Allah (qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix) et lui dit : « Cette nuit, ne dormez pas dans le lit où vous dormez chaque jour. » Lorsque le premier tiers de la nuit fut écoulé, le groupe des assassins désignés arriva devant la porte de la maison du Messager d’Allah (qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix), s’y rassembla et se mit à l’affût. Ils attendirent le moment où il s’endormirait, désireux de l’attaquer pendant son sommeil. Comprenant qu’ils étaient là, le Messager d’Allah (qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix) dit à Ali ibn Abou Talib (qu’Allah l’agrée) : « Dors dans mon lit et couvre-toi de la tête aux pieds avec cette couverture verte du Hadramawt. Sois certain qu’aucun mal ne t’atteindra de leur part. » Lorsque le Messager d’Allah (qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix) dormait, il s’enveloppait de cette couverture.
Muhammad ibn Ka‘b al-Qurazi rapporte qu’Abou Jahl faisait également partie du groupe des assassins. Lorsque les assassins se furent rassemblés devant la porte de la maison du Messager d’Allah (qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix), Abou Jahl leur dit : « Muhammad (qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix) prétend que, si vous le suivez, d’innombrables jardins semblables aux jardins de Jordanie seront aménagés pour vous tous, Arabes et non-Arabes. Mais si vous ne le suivez pas, vous serez détruits et anéantis ; après votre mort, vous serez ressuscités puis brûlés dans le feu. »
À cet instant précis, le Messager d’Allah (qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix) sortit et se présenta devant eux. Il prit une poignée de poussière dans sa main. Puis, s’adressant à Abou Jahl, il dit : « Oui, je dis bien cela, et toi aussi tu seras parmi ceux qui seront brûlés dans le feu. » À ce moment-là, Allah leur ôta la vue, si bien qu’ils ne purent pas le voir. Il se mit à répandre cette poussière sur leurs têtes. Il récitait alors les versets suivants de la sourate Yâ-Sîn :
« Yâ-Sîn ! Par le Coran, réservoir de la connaissance, tu es assurément un Messager. Tu es sur le droit chemin. Ce Coran est révélé par le Tout-Puissant, le Très Miséricordieux, afin que tu avertisses un peuple dont les ancêtres n’ont pas été avertis et qui demeure ainsi dans l’insouciance. La plupart d’entre eux méritent le châtiment d’Allah ; c’est pourquoi ils ne croient pas. Nous avons mis des carcans à leurs cous, qui remontent jusqu’à leurs mentons, si bien qu’ils gardent la tête dressée. Nous avons placé une barrière devant eux et une autre derrière eux, puis Nous les avons recouverts, de sorte qu’ils ne voient rien. » Tout en récitant ces quelques versets, il jeta de la poussière sur la tête de chacun d’eux. Puis il s’en alla dans la direction de son choix.
Peu après, un homme venu de l’extérieur s’approcha d’eux et demanda : « Pourquoi attendez-vous ici ? » Ils répondirent : « Nous attendons Muhammad. » Il dit : « Qu’Allah vous ait fait échouer ! Muhammad est sorti juste devant vous. Ne voyez-vous donc pas ce que vous avez sur la tête ? » Alors chacun porta la main à sa tête et constata qu’elle était couverte de poussière.
Ensuite, ils commencèrent à fouiller la maison. En voyant Ali — qu’Allah l’agrée — couché sur le lit, enveloppé dans le manteau du Messager d’Allah — qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix —, ils dirent : « Le voilà, c’est Muhammad, couché sous son manteau. » Ils attendirent donc jusqu’à l’aube. Au matin, lorsque Ali — qu’Allah l’agrée — se leva du lit, tous s’écrièrent en le voyant : « Cet homme avait donc bien dit que Muhammad était parti. »
Ibn Ishaq dit : Abou Bakr était un homme très riche. Lorsqu’il demanda au Messager d’Allah — qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix — la permission d’émigrer, celui-ci lui disait : « Ne te hâte pas. Allah t’a peut-être réservé un compagnon pour ce voyage. » C’est pourquoi, dès lors, il acheta deux chameaux et les garda chez lui. Il les avait ainsi préparés en vue de l’émigration.
Aïcha — qu’Allah l’agrée — a rapporté que le Messager d’Allah — qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix — ne manquait jamais de se rendre au moins une fois par jour chez Abou Bakr, le matin ou l’après-midi. Puis arriva le jour où le Messager d’Allah — qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix — reçut la permission de quitter les siens à La Mecque et d’émigrer. Ce jour-là, il vint chez nous à midi, une heure à laquelle il ne venait jamais. En le voyant, Abou Bakr dit : « Il s’est certainement passé quelque chose ; sinon, le Messager d’Allah — qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix — ne serait pas venu à cette heure. » Lorsqu’il entra dans la maison, il n’y avait auprès d’Abou Bakr que ma sœur Asma bint Abou Bakr et moi. Le Messager d’Allah — qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix — dit : « Éloignez de moi ceux qui se trouvent ici. » Abou Bakr — qu’Allah l’agrée — répondit : « Ô Messager d’Allah, il n’y a personne d’autre que mes deux filles. Que mon père et ma mère soient sacrifiés pour toi ! Que t’arrive-t-il ? Dis-le-moi. » Le Messager d’Allah — qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix — dit : « Allah m’a permis de quitter La Mecque et d’émigrer. » Abou Bakr demanda : « Pourrai-je partir avec toi ? » Le Messager d’Allah — qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix — répondit : « Oui, tu partiras avec moi. » Aïcha — qu’Allah l’agrée — dit : « Avant ce jour, je ne savais pas que l’on pouvait pleurer de joie. Ce jour-là, je vis Abou Bakr — qu’Allah l’agrée — pleurer. » Puis Abou Bakr — qu’Allah l’agrée — dit : « Ô Messager d’Allah, voici les deux chameaux que j’ai préparés précisément pour cette entreprise. » Ils engagèrent ensuite Abd Allah ibn Ourayqit pour les guider sur la route. Il était polythéiste. Ils lui confièrent les deux chameaux, et il continua à s’en occuper et à les garder jusqu’au moment fixé.
Ibn Ishaq dit : Au moment où le Messager d’Allah — qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix — quitta La Mecque, nul ne connaissait son départ, hormis Ali ibn Abou Talib — qu’Allah l’agrée —, Abou Bakr as-Siddiq — qu’Allah l’agrée — et la famille d’Abou Bakr. Le Messager d’Allah — qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix — avait lui-même informé Ali de l’affaire et lui avait demandé de rester quelque temps à La Mecque. Les habitants de La Mecque confiaient diverses choses au Messager d’Allah — qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix —. Ceux qui ne se sentaient pas en sécurité en gardant certains biens chez eux les lui remettaient en dépôt, car tous connaissaient son honnêteté et sa fidélité. C’est pourquoi, après son émigration, le Messager d’Allah — qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix — chargea Ali — qu’Allah l’agrée — de restituer ces dépôts et lui ordonna de rester encore quelque temps à La Mecque.
Vint alors le moment de quitter la maison d’Abou Bakr — qu’Allah l’agrée —. Le Messager d’Allah — qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix —, ayant décidé de partir, se rendit auprès d’Abou Bakr — qu’Allah l’agrée —. Puis tous deux sortirent par la fenêtre située à l’arrière de la maison d’Abou Bakr. Ils se rendirent ensuite auprès d’une grotte du mont Thawr, situé dans la partie basse de La Mecque, et y pénétrèrent. Abou Bakr demanda à son fils Abd Allah d’écouter attentivement, durant la journée, si les gens parlaient d’eux, puis de venir les informer de tout ce qu’il avait entendu le soir venu. Il donna également ses instructions à son serviteur Amir ibn Fuhayra — un esclave affranchi qui travailla ensuite volontairement contre rémunération — : il devait faire paître son troupeau de moutons pendant la journée, puis les conduire près de la grotte du mont Thawr et les y laisser, avant de les rejoindre le soir dans la grotte. Asma bint Abou Bakr leur apportait chaque soir de la nourriture. [43. Ibn Hicham rapporte, d’après Hasan al-Basri — qu’Allah lui fasse miséricorde —, que le Messager d’Allah — qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix — et Abou Bakr — qu’Allah l’agrée — arrivèrent de nuit à la grotte du mont Thawr. Avant que le Messager d’Allah — qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix — n’y entre, Abou Bakr — qu’Allah l’agrée — y pénétra et vérifia soigneusement qu’il ne s’y trouvait ni animal dangereux ni serpent. Il prit ce risque afin de préserver le Messager d’Allah — qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix — de tout danger.] Accompagné d’Abou Bakr — qu’Allah l’agrée —, le Messager d’Allah — qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix — demeura trois jours dans la grotte du mont Thawr. Pendant ce temps, les Quraychites annoncèrent une récompense de cent chameaux à quiconque livrerait le Messager d’Allah — qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix —, qui leur avait échappé. Abd Allah ibn Abou Bakr passait toute la journée parmi les Quraychites, écoutait leurs conversations et entendait tout ce qu’ils disaient au sujet des deux fugitifs. Puis, le soir, il se rendait auprès d’eux et leur rapportait toutes les nouvelles de la journée. Quant au serviteur Amir ibn Fuhayra, il faisait paître le troupeau de moutons d’Abou Bakr — qu’Allah l’agrée — avec les troupeaux des habitants de La Mecque. Mais dès le soir venu, il les conduisait près de la grotte du mont Thawr et les y laissait ; tous deux trayaient alors les brebis ou en abattaient une. Le matin, lorsque Abd Allah ibn Abou Bakr quittait la grotte du mont Thawr pour se rendre à La Mecque, Amir ibn Fuhayra le suivait avec son troupeau afin d’effacer ses traces. Au bout de trois jours, l’agitation des habitants de La Mecque à leur sujet commença peu à peu à retomber. C’est alors qu’Abd Allah ibn Ourayqit arriva à la grotte du mont Thawr, monté sur un chameau et conduisant les deux chameaux du Messager d’Allah et d’Abou Bakr — qu’Allah les agrée. Asma bint Abou Bakr vint les rejoindre avec les provisions du voyage. Mais elle avait oublié d’apporter une corde pour suspendre et attacher la nourriture. Tous deux se mirent en route. Asma tenta de suspendre les provisions, mais constata qu’elle n’avait aucune corde. Elle détacha alors sa ceinture, la déchira en deux et en fit une corde pour attacher et suspendre la nourriture. C’est pourquoi Asma bint Abou Bakr fut surnommée Dhât an-Nitâqayn, « celle qui possède les deux ceintures ». [44. Ibn Hicham dit : J’ai entendu plusieurs savants dire qu’Asma était appelée Dhât an-Nitâqayn, c’est-à-dire « celle qui possède les deux ceintures ». On a expliqué ce surnom ainsi : lorsqu’Asma voulut attacher et suspendre le récipient contenant la nourriture, elle déchira sa ceinture en deux ; avec l’une des bandes, elle l’attacha autour du récipient, et avec l’autre, elle le suspendit.]
Abou Bakr amena les deux chameaux auprès du Messager d’Allah — qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix —, lui donna le meilleur des deux et lui dit : « Ô Messager d’Allah ! Que mon père et ma mère soient sacrifiés pour toi. Monte dessus. » Le Messager d’Allah — qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix — répondit : « Je ne monterai pas sur un chameau qui ne m’appartient pas. » Il dit : « Ô Messager d’Allah, celui-ci est à toi. Que mon père et ma mère soient sacrifiés pour toi. » Le Messager d’Allah — qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix — dit : « Non, mais dis-moi à quel prix tu l’as acheté. » Abou Bakr lui en indiqua le prix. Le Messager d’Allah — qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix — dit : « Je prends ce chameau pour ce prix. » Abou Bakr répondit : « Je te donne à la fois le chameau et son prix. »
Puis ils montèrent tous deux sur leurs chameaux et se mirent en route. Abou Bakr as-Siddiq — qu’Allah l’agrée — prit son serviteur Amir ibn Fouhayra en croupe, afin qu’il leur fournisse les services nécessaires en chemin. »
Asmâ bint Abou Bakr rapporte qu’après le départ d’Abou Bakr — qu’Allah l’agrée — et du Messager d’Allah — qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix —, un groupe de Quraychites, avec Abou Jahl, arriva. Ils s’arrêtèrent devant la porte d’Abou Bakr — qu’Allah l’agrée. J’allai à leur rencontre. Ils demandèrent : « Où est ton père ? » Je répondis : « Je ne sais pas où est mon père. » Aussitôt, l’infâme scélérat d’Abou Jahl me gifla si violemment que ma boucle d’oreille sauta. »
Puis ils repartirent. Trois jours s’écoulèrent entre-temps. On ne savait toujours pas dans quelle direction le Messager d’Allah — qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix — était parti. Soudain, un djinn arriva en chantant depuis les quartiers bas de La Mecque. Les gens ne pouvaient pas le voir, mais ils se mirent à le suivre en entendant sa voix. Peu après, il franchit les hauteurs de La Mecque et disparut. Voici ce qu’il chantait :
[Arabe *************]
« Qu’Allah, le Seigneur des hommes, accorde la meilleure récompense à ces deux compagnons qui ont trouvé refuge chez Oumm Ma‘bad (45. Le véritable nom d’Oumm Ma‘bad était Atika bint Khalid. C’était une femme de la tribu des Banou Ka‘b. Le Messager d’Allah — qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix —, Abou Bakr, Amir ibn Fouhayra et Abdallah ibn Arqat firent halte chez cette femme. Ils souhaitaient lui acheter de la viande et des dattes, mais elle n’en avait aucune. Le Messager d’Allah — qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix — aperçut une chèvre dans un coin de la maison d’Oumm Ma‘bad. La chèvre ne donnait pas de lait. Il demanda à cette femme la permission de la traire. Puis, dès qu’il posa la main sur sa mamelle, celle-ci se remplit de lait. En voyant cela, la femme embrassa immédiatement l’islam.)
Ils y ont fait halte avec générosité, puis sont repartis. Celui qui est devenu l’ami de Mohammad a réussi. Que toute la tribu des Banou Ka‘b soit félicitée d’avoir eu parmi elle cette jeune femme qui s’est tenue présente et assise à l’endroit où l’on s’occupait des besoins des musulmans. »
En entendant ses paroles, nous comprîmes que le Messager d’Allah — qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix — s’était dirigé vers Médine. »
Suraqa ibn Malik ibn Juʿshum raconte : le Messager d’Allah qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix quitta La Mecque en direction de Médine. Les Quraysh annoncèrent une récompense de cent chamelles à quiconque le capturerait et le ramènerait. Un jour, alors que j’étais assis dans le conseil de ma tribu, l’un des nôtres vint se tenir devant nous. Il dit : « Par Allah, je viens de voir passer un groupe de trois hommes. Je pense qu’il s’agit de Muhammad et de ses compagnons. » Je lui fis discrètement signe de se taire, puis je dis : « Ce sont des gens de telle tribu. Ils ont perdu un animal et le recherchent. » Il répondit : « C’est possible. »
Il ne dit rien de plus. Après être resté là quelque temps, je rentrai chez moi et me préparai à partir, en rassemblant mon cheval et mes armes. J’emportai également mes flèches divinatoires. Puis, revêtu de mon équipement de guerre, je partis. En chemin, je m’arrêtai en un endroit et consultai les flèches. Elles donnèrent exactement la prédiction que je détestais le plus : « Muhammad ne subira aucun mal. » En réalité, je voulais le capturer, le livrer aux Quraysh et obtenir la récompense de cent chamelles. Je suivis rapidement leurs traces en lançant mon cheval au galop. À peine mon cheval eut-il commencé à courir à toute vitesse qu’il trébucha. Je fus projeté de son dos sur la route. Je me dis alors intérieurement : « Que se passe-t-il ? » Je sortis de nouveau les flèches divinatoires et les consultai. Le même résultat apparut : « Il ne subira aucun mal. » Pourtant, ce verdict ne me convenait pas. Je n’en persistai pas moins.
Je refusais absolument de m’arrêter. Je repris leur piste et lançai vivement mon cheval. Muhammad et ses compagnons entrèrent dans mon champ de vision, et je pouvais les voir distinctement. Soudain, à cet instant même, le cheval trébucha de nouveau. Je fus projeté à terre. Je me demandai intérieurement : « Que se passe-t-il ? » Je sortis encore les flèches et les consultai. Une fois de plus, le verdict indésirable apparut : « Il ne subira aucun mal. » Je ne renonçai toujours pas. Je poursuivis leur route et les aperçus de nouveau clairement. Dès que je les vis, le cheval trébucha encore ; cette fois, ses deux pattes antérieures s’enfoncèrent dans le sol et je fus projeté à terre. Au moment où je retirai ses pattes, une fumée s’éleva de cet endroit en formant des volutes. Je compris alors que Muhammad avait été protégé de moi et qu’il était invincible. Je les appelai donc en disant : « Je suis Suraqa, fils de Juʿshum. Arrêtez-vous un instant, j’ai quelque chose à vous dire. Par Allah, mes doutes à votre sujet ont disparu. Vous n’aurez rien à redouter de ma part. » Le Messager d’Allah qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix dit à Abou Bakr : « Demande-lui ce qu’il veut de nous. » Je répondis : « Écrivez-moi un document. Cet écrit constituera une garantie entre vous et moi. » Le Messager d’Allah qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix demanda à Abou Bakr de lui en écrire un.
Abou Bakr écrivit un document sur un os — ou, selon une autre version, sur un morceau de tissu ou un fragment de poterie — et me le lança. Je ramassai le morceau, le rangeai dans le fourreau de mes flèches, puis repartis. Par la suite, je ne parlai de cet événement à personne. Lorsque le Messager d’Allah qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix conquit La Mecque et acheva les expéditions de Hunayn et de Taïf, je me rendis auprès de lui avec cet écrit. Je le rencontrai à Jعرانة, entre La Mecque et Taïf. Je me présentai devant un détachement des Ansar. Ils me repoussèrent légèrement avec leurs lances en disant : « Va-t’en, va-t’en ! Que veux-tu ici ? » Je m’avançai vers le Messager d’Allah qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix. Il était alors monté sur un chameau. Je crois encore le voir à cet instant, assis et posant ses deux pieds, blancs et limpides comme de la graisse, sur les étriers de la selle. Je brandis le morceau écrit et dis : « Ô Messager d’Allah ! Voici l’objet sur lequel tu m’avais écrit un document. Je suis Suraqa, fils de Juʿshum. » Le Messager d’Allah qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix répondit : « Aujourd’hui est un jour où l’on tient ses promesses et où l’on fait preuve de courtoisie. Approche. » Je m’approchai de lui et embrassai l’islam. Ensuite, chaque fois qu’une question me venait à l’esprit que je souhaitais poser au Messager d’Allah qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix, je la lui posais ; mais je ne m’en souviens plus maintenant. Je dis : « Ô Messager d’Allah, je remplis d’eau un bassin pour mes propres chameaux. Mais les chameaux égarés des autres viennent s’y abreuver. Aurai-je une récompense pour leur donner ainsi à boire ? » Il répondit : « Toute créature dont tu combles le besoin te vaudra une récompense. » Je retournai ensuite auprès de ma tribu et fis parvenir au Messager d’Allah qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix les animaux destinés à mon aumône.
Ibn Ishaq raconte : le guide ʿAbdullah ibn Arqat conduisit le Messager d’Allah qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix et Abou Bakr à travers les basses terres de La Mecque. Ils atteignirent ensuite la région côtière. De là, ils avancèrent par les basses terres de la région d’Usfan, franchirent Qudayd et parvinrent à un lieu appelé Kharrar. Puis, après avoir traversé Lakf et Madlajat Lakf, ils atteignirent un endroit appelé Madlaj Mahaj. De là, ils passèrent par Marj Mahaj, Marj Dhul-Ghadawayn, puis par Batn Dhi Kashr et Jadाजid, jusqu’à Azrad. Ils franchirent ensuite la zone hostile de Dhu Salam, à Madlajat Tihamah, puis traversèrent Ababid et, après cela, al-Fajja.
Ibn Hicham raconte : il les conduisit ensuite jusqu’à un lieu appelé Arj. Là, plusieurs habitants les attendaient. Un homme de la tribu d’Aslam nommé Aws ibn Hajar fit monter le Messager d’Allah qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix sur l’un de ses chameaux, appelé Ibn ar-Rida, afin de l’emmener à Médine. Il envoya également avec lui l’un de ses serviteurs, nommé Masʿud ibn Hunayda. Le guide quitta ensuite Arj avec eux deux. Il passa par la montée d’al-Aʿir, à droite de Ruquba, et atteignit Batn Rim. De là, il se rendit directement à Quba, dans le quartier des Banu ʿAmr ibn ʿAwf. C’était le douzième jour du mois de Rabiʿ al-Awwal, en plein midi, sous un soleil brûlant. Le soleil était alors presque au zénith.
L’arrivée à Quba
ʿAbd al-Raḥmān ibn ʿUwaym ibn Sāʿida rapporte le récit d’un grand nombre de Compagnons de sa tribu : Lorsque nous apprîmes que le Messager d’Allah, qu’Allah le bénisse et le salue, était parti de La Mecque et que nous pensions qu’il pouvait arriver à Médine n’importe quel jour, nous attendions chaque jour le Messager d’Allah, qu’Allah le bénisse et le salue, après la prière de l’aube, dans l’espace découvert de notre quartier. Nous ne repartions pas avant que la chaleur du soleil ne devînt insupportable. Lorsqu’il n’y avait plus aucune ombre, nous rentrions. C’était la saison des chaleurs intenses. Le jour où le Messager d’Allah, qu’Allah le bénisse et le salue, arriva effectivement, nous étions, comme chaque jour, assis dans l’espace découvert à l’attendre. Lorsque le soleil fut au zénith et qu’il ne resta plus aucune ombre, nous rentrâmes dans nos maisons. Dès que nous y fûmes entrés, le Messager d’Allah, qu’Allah le bénisse et le salue, arriva. Un Juif fut le premier à apercevoir le Messager d’Allah, qu’Allah le bénisse et le salue. Il avait vu comment nous l’attendions. Il se mit donc à crier à haute voix : « Ô descendants de Qayla, [46. Cette expression désigne l’ensemble des Ansar. Qayla était l’une de leurs illustres aïeules.]
Votre trésor de bonheur est arrivé. »
Nous rencontrâmes le Messager d’Allah, qu’Allah le bénisse et le salue, sous l’ombre d’un palmier. Abou Bakr, presque du même âge que lui, était avec lui. La plupart d’entre nous n’avaient encore jamais vu le Messager d’Allah, qu’Allah le bénisse et le salue. Une foule immense se rassembla pour le voir, mais personne ne parvenait à distinguer lequel était Abou Bakr et lequel était le Messager d’Allah, qu’Allah le bénisse et le salue. Lorsque l’ombre se déplaça et ne couvrit plus le corps du Messager d’Allah, qu’Allah le bénisse et le salue, Abou Bakr se mit à le protéger du soleil avec son manteau. Nous reconnûmes alors tous le Messager d’Allah, qu’Allah le bénisse et le salue.
Ibn Isḥāq dit : Selon certains, le Messager d’Allah, qu’Allah le bénisse et le salue, fut d’abord l’hôte de Kulthūm ibn Hidām ; selon d’autres, il fut l’hôte de Saʿd ibn Khaythama. Ceux qui affirment qu’il fut l’hôte de Kulthūm ibn Hidām disent que, bien qu’il résidât chez Kulthūm, il allait s’asseoir dans la maison de Saʿd ibn Khaythama, qui était célibataire, afin de recevoir les visiteurs. Les Muhājirūn célibataires logeaient également dans cette maison. Abou Bakr al-Ṣiddīq, qu’Allah l’agrée, fut l’hôte de Ḥabīb ibn Isāf ou, selon une autre version, de Khubayza ibn Zayd.
ʿAlī ibn Abī Ṭālib, qu’Allah l’agrée, resta trois jours à La Mecque. Durant cette période, il acheva de restituer à leurs propriétaires les dépôts confiés au Messager d’Allah, qu’Allah le bénisse et le salue, puis il émigra et le rejoignit. Lui aussi fut l’hôte de Kulthūm ibn Hidām.
Le Messager d’Allah, qu’Allah le bénisse et le salue, séjourna à Qubāʾ, chez les Banū ʿAwf, pendant quatre jours : lundi, mardi, mercredi et jeudi. Durant ce séjour, il y construisit une mosquée.
L’arrivée à Médine
Puis, par la volonté d’Allah, il quitta Qubāʾ le vendredi. Il se rendit dans le village des Banū Sālim ibn ʿAwf et y accomplit la prière du vendredi. Il l’accomplit dans la mosquée de Baṭn al-Wādī. Baṭn al-Wādī est également appelé Wādī Ranūnā. C’est là qu’il accomplit la première prière du vendredi à Médine.
Un groupe de personnes de Banû Sâlim ibn Awf, parmi lesquelles ʿItbân ibn Mâlik et ʿAbbâs ibn ʿUbâda ibn Nâḍla, vint trouver l’Envoyé d’Allah (que la bénédiction et la paix d’Allah soient sur lui) et lui dit : « Ô Envoyé d’Allah, avec les effectifs, les ressources et les moyens de protection dont nous disposons, nous vous prions de vous installer définitivement parmi nous. » L’Envoyé d’Allah (que la bénédiction et la paix d’Allah soient sur lui), montrant sa chamelle, dit : « Laissez-la passer. Elle a reçu d’Allah l’ordre de me conduire à l’endroit qui lui est destiné. » Tous s’exécutèrent. La chamelle se mit à avancer à sa guise. Lorsqu’elle arriva près du village de Banû Bayâda, un groupe de membres de cette tribu, dirigé par Ziyâd ibn Labîd et Furwa ibn ʿAmr, vint trouver l’Envoyé d’Allah (que la bénédiction et la paix d’Allah soient sur lui) et lui dit : « Ô Envoyé d’Allah, venez chez nous et installez-vous parmi les effectifs, les ressources et les moyens de protection dont nous disposons. » Il répondit : « Laissez cette chamelle aller à sa guise, car elle a reçu l’ordre de me conduire à l’endroit qui lui est destiné. » La chamelle continua d’avancer. Lorsqu’elle atteignit le village de Banû Sâʿida, un groupe de ses membres, dirigé par Saʿd ibn ʿUbâda et Mundhir ibn ʿAmr, barra le passage à l’Envoyé d’Allah (que la bénédiction et la paix d’Allah soient sur lui). Ils renouvelèrent la même demande que Banû Bayâda et Banû Sâlim. L’Envoyé d’Allah (que la bénédiction et la paix d’Allah soient sur lui) leur répondit comme il avait répondu à Banû Bayâda et à Banû Sâlim. La chamelle se remit en marche. Lorsqu’elle passa devant les maisons de la famille Banû Hârith, de la tribu des Khazraj, Saʿd ibn Rabîʿ, Khabîja ibn Zâ’id et ʿAbd Allâh ibn Rawâha, accompagnés de plusieurs autres membres de la famille Banû Hârith, barrèrent le passage à l’Envoyé d’Allah (que la bénédiction et la paix d’Allah soient sur lui). Ils l’invitèrent à résider parmi eux et à s’en remettre à leurs effectifs, à leurs ressources et à leurs moyens de protection. L’Envoyé d’Allah (que la bénédiction et la paix d’Allah soient sur lui) dit : « Laissez passer la chamelle, car elle a reçu l’ordre de me conduire à l’endroit qui me convient. » Tous lui laissèrent le passage et la chamelle poursuivit sa route. En avançant, elle passa devant la maison de Banû ʿAdî ibn Najjâr, la famille des oncles maternels de l’Envoyé d’Allah (que la bénédiction et la paix d’Allah soient sur lui). Alors Sâlit ibn Qays et Abû Sâlit Usayra ibn Abî Khabîja, accompagnés de quelques membres de Banû ʿAdî ibn Najjâr, vinrent se placer devant l’Envoyé d’Allah (que la bénédiction et la paix d’Allah soient sur lui). Ils dirent : « Ô Envoyé d’Allah, venez chez nous et faites confiance aux effectifs, aux ressources et aux moyens de protection dont nous disposons. » Il répondit : « Laissez la chamelle aller à sa guise, car elle a reçu l’ordre de me conduire à l’endroit qui lui convient. » Il convient de préciser que Salmâ bint ʿAmr, la mère de ʿAbd al-Muttalib, était elle-même issue de Banû ʿAdî ibn Najjâr.
Lorsqu’elle arriva près des habitations de Banû Mâlik ibn Najjâr, la chamelle plia les genoux et s’assit. À l’endroit même où elle s’assit fut plus tard construite l’entrée de la mosquée du Prophète. À cette époque, cet emplacement servait à faire sécher les dattes de deux orphelins de Banû Najjâr. Ces deux enfants étaient Sahl et Suhayl, les fils de ʿAmr. Mayzad ibn Aqrâ s’occupait d’eux. Bien que la chamelle eût plié les genoux, l’Envoyé d’Allah (que la bénédiction et la paix d’Allah soient sur lui) ne descendit pas de son dos ; il resta assis sans bouger. Peu après, la chamelle avança encore sur une courte distance. L’Envoyé d’Allah (que la bénédiction et la paix d’Allah soient sur lui) tenait toujours fermement sa bride. Puis la chamelle regarda en arrière et revint à son premier lieu d’arrêt. Elle s’y agenouilla de nouveau. Cette fois, elle remua et émit un son, puis posa sa poitrine et le bas de sa gorge sur le sol. L’Envoyé d’Allah (que la bénédiction et la paix d’Allah soient sur lui) descendit de son dos. Abû Ayyûb Khâlid ibn Zayd déchargea ses effets et les transporta chez lui. L’Envoyé d’Allah (que la bénédiction et la paix d’Allah soient sur lui) devint l’hôte d’Abû Ayyûb. Il lui demanda : « À qui appartient l’endroit où l’on fait sécher les dattes ? » Mayzad ibn Aqrâ répondit : « Ô Envoyé d’Allah, il appartient à Sahl et Suhayl, les fils de ʿAmr. Ce sont mes orphelins adoptifs. Je leur demanderai leur accord. Construisez-y votre mosquée. » L’Envoyé d’Allah (que la bénédiction et la paix d’Allah soient sur lui) reçut l’ordre de bâtir une mosquée à cet endroit. Il demeura chez Abû Ayyûb jusqu’à l’achèvement de sa mosquée et de ses habitations. Il participa lui-même à la construction de cette mosquée afin d’inciter les musulmans à y prendre part. Ainsi, tous les Émigrés et les Ansâr participèrent à l’ouvrage avec le plus grand enthousiasme. À ce sujet, un musulman récita un poème qu’il avait composé lui-même :
« Si nous restons assis tandis que le Prophète travaille, ce sera la preuve de notre égarement le plus grave. » Pendant la construction de la mosquée, les musulmans récitaient parfois des vers avec enthousiasme, par exemple : « Il n’y a de vie véritable que celle de l’au-delà. Ô Allah, accorde Ta miséricorde aux Ansâr et aux Émigrés. » Et l’Envoyé d’Allah (que la bénédiction et la paix d’Allah soient sur lui) reprenait en chœur : « Il n’y a de vie véritable que celle de l’au-delà. Ô Allah, accorde Ta miséricorde aux Ansâr et aux Émigrés. »
Lorsque la mosquée et les logements furent construits, l’Envoyé d’Allah (que la bénédiction et la paix d’Allah soient sur lui) quitta la maison d’Abû Ayyûb et alla s’installer dans sa propre demeure.
Abû Ayyûb raconte : lorsque l’Envoyé d’Allah (que la bénédiction et la paix d’Allah soient sur lui) fut notre hôte, il occupa l’étage inférieur, tandis que ma femme et moi étions à l’étage supérieur. Je lui dis : « Ô Envoyé d’Allah, je trouve profondément désagréable et inconvenant que je demeure à l’étage supérieur alors que vous êtes à l’étage inférieur. Installez-vous donc en haut, et nous descendrons vivre en bas. » L’Envoyé d’Allah (que la bénédiction et la paix d’Allah soient sur lui) répondit : « Il est plus commode pour nous, ainsi que pour ceux qui viennent nous rendre visite, que nous demeurions en bas. »
C’est ainsi que l’Envoyé d’Allah (que la bénédiction et la paix d’Allah soient sur lui) habita à l’étage inférieur, tandis que nous vivions à l’étage supérieur. Un jour, une de nos cruches remplies d’eau se brisa. Nous n’avions qu’une seule couverture et aucune couette ni aucun vêtement chaud. Craignant que l’eau ne tombe sur l’Envoyé d’Allah (que la bénédiction et la paix d’Allah soient sur lui) et ne lui cause du désagrément, ma femme et moi essuyâmes l’eau avec cette couverture.
Nous préparions et envoyions le repas du soir de l’Envoyé d’Allah (que la bénédiction et la paix d’Allah soient sur lui). Lorsqu’il nous renvoyait ce qu’il en restait, ma femme et moi le mangions à l’endroit même que sa main avait touché, dans l’espoir d’obtenir la bénédiction. Un soir, nous lui envoyâmes ainsi son repas. Nous y avions également mis un peu d’oignon ou d’ail. L’Envoyé d’Allah (que la bénédiction et la paix d’Allah soient sur lui) nous le renvoya. Nous ne trouvâmes dans ce repas aucune trace du contact de sa main. Alarmé, je me rendis auprès de lui et lui dis : « Ô Envoyé d’Allah, que mon père et ma mère soient sacrifiés pour vous ! Vous avez renvoyé le repas, alors que je n’y ai trouvé aucune trace du contact de votre main. Chaque fois que vous renvoyiez un repas, ma femme et moi le mangions à l’endroit que votre main avait touché, afin d’obtenir la bénédiction. »
L’Envoyé d’Allah (que la bénédiction et la paix d’Allah soient sur lui) dit : «
Le Messager d’Allah (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui) dit : « J’ai senti dans la nourriture l’odeur d’un certain arbre. Comme je dois m’entretenir en face à face avec beaucoup de gens, je n’en ai pas mangé. Mais vous pouvez en manger. » Nous mangeâmes alors cette nourriture. Par la suite, nous n’envoyâmes plus jamais d’oignons ni d’ail au Messager d’Allah (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui). Ibn Ishaq rapporte ensuite que les Muhajirun commencèrent à rejoindre successivement le Messager d’Allah (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui) après avoir accompli la hijra. Seuls ceux qui étaient prisonniers ou qui avaient été contraints d’abandonner l’islam sous de sévères persécutions restèrent à La Mecque. À l’exception de quelques familles, toutes se trouvaient dans l’incapacité de faire venir à Médine l’ensemble de leurs membres et de leurs biens. Les quelques familles qui réussirent à émigrer avec tous leurs membres étaient la famille des Banu Maʿun, du clan des Banu Jumah ; les Banu Juhash ibn Riyab, alliés des Banu Umayya ; et la famille des Banu Bukayr, du clan des Banu Saʿd ibn Layth, qui étaient alliés des Banu Kaʿb. Après leur émigration, leurs maisons demeurèrent complètement désertes et verrouillées.
Discours prononcés à Médine et conclusion d’un pacte
Le Messager d’Allah (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui) arriva à Médine au mois de Rabiʿ al-Awwal et y demeura jusqu’au mois de Safar de l’année suivante. Durant cette période, une mosquée et une demeure furent construites pour lui. En outre, l’adhésion à l’islam de cette tribu des Ansar de Médine, les Banu Malik ibn an-Najjar, contribua à sa large diffusion. À l’exception de quatre familles — les Khatma, les Waqid, les Wa’il et les Umayya —, un groupe de la tribu des Aws resta attaché au polythéisme.
Abu Salama ibn ʿAbd ar-Rahman m’a rapporté que, lors du premier discours que le Messager d’Allah (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui) prononça à Médine, il se tint d’abord devant les gens et loua Allah comme Il le mérite. Puis il prononça les paroles suivantes :
« Ô gens, amassez des œuvres pieuses pour l’Au-delà. Sachez que l’un d’entre vous peut mourir soudainement, sans que personne ne demeure pour s’occuper de son troupeau. Puis son Seigneur l’interrogera. Il n’y aura là aucun interprète. Il lui dira : “Mon Messager ne t’est-il pas venu ? Ne t’ai-Je pas accordé abondamment des biens ? Qu’as-tu donc envoyé de ces biens pour l’Au-delà ?” Il regardera à droite et à gauche, mais ne verra rien. Il regardera devant lui et n’y verra rien d’autre que la Géhenne. Celui qui peut se préserver de l’Enfer doit s’y employer, ne serait-ce qu’en donnant la moitié d’une datte. Celui qui n’en a pas davantage la capacité doit au moins se préserver de l’Enfer en prononçant une bonne parole. En effet, la récompense de chaque bonne action va de dix à sept cents fois sa valeur. Que la paix et la miséricorde d’Allah soient sur vous. »
Une autre fois, il prononça le discours suivant :
« Toute louange appartient à Allah. Je Le loue et c’est auprès de Lui que je demande de l’aide. Nous cherchons refuge auprès de Lui contre les incitations malfaisantes de nos âmes et contre les mauvaises actions. Celui qu’Allah guide, nul ne peut l’égarer ; et celui pour qui Allah a décrété l’égarement, nul ne peut le guider. J’atteste qu’il n’y a de divinité qu’Allah, l’Unique, sans associé. En vérité, le Livre d’Allah est la meilleure des paroles. Celui dans le cœur duquel Il a rendu le Coran aimé, celui à qui Il a accordé d’embrasser l’islam après avoir été plongé dans la mécréance, et celui qui a adopté le Coran plutôt que les paroles des hommes, celui-là réussira. En effet, il n’est pas de parole plus belle ni plus ornée que le Coran. Aimez ce qu’Allah aime. Aimez Allah de tout votre cœur. Ne soyez pas inattentifs à la parole d’Allah ni à Son rappel, et ne laissez pas vos cœurs s’endurcir. Allah choisit certains êtres parmi toutes Ses créatures. Il a également choisi certaines œuvres parmi leurs actes et certains serviteurs parmi Ses serviteurs. Il aime les meilleures paroles. Parmi ce qui a été donné aux hommes, il y a le licite et l’illicite. Adorez donc Allah et ne Lui associez rien. Craignez-Le comme Il doit être craint. Soyez sincères envers Allah en mettant en pratique, parmi toutes les paroles que vous prononcez, celle qui est la meilleure. Établissez entre vous l’amour par la grâce d’Allah. Allah se met en colère lorsque l’engagement pris envers Lui est violé. Que la paix soit sur vous. »
Ensuite, le Messager d’Allah (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui) conclut un pacte entre les Ansar et les Muhajirun. Par ce document, il promit et obtint des Juifs la coexistence pacifique, reconnut leur liberté de pratiquer leur religion ainsi que leur droit de propriété sur leurs biens, et conclut avec eux certaines conditions. Cette déclaration était la suivante :
« Au nom d’Allah, le Tout Miséricordieux, le Très Miséricordieux. »
Voici une déclaration de la part de Muhammad — qu’Allah lui accorde Sa bénédiction et Sa paix —, des croyants musulmans de Quraysh et de Yathrib, ainsi que de ceux qui, par la suite, les suivront, se joindront à eux et participeront avec eux au jihâd. Ils forment une communauté distincte parmi l’ensemble des êtres humains. Les émigrés venus de Quraysh resteront dans leur condition antérieure à leur conversion à l’islam ; entre eux, la règle du versement des compensations restera intacte, tout comme leur ancienne règle de versement des compensations ; parmi les croyants de chaque clan, la règle consistant à libérer les captifs contre rançon restera en vigueur. Les Banû Sâ‘ida resteront eux aussi dans leur condition antérieure à leur conversion à l’islam. Parmi les croyants de chacun de leurs groupes, les captifs pourront être libérés contre rançon. Les Banû Hârith resteront dans leur condition antérieure à leur conversion à l’islam. Entre eux, leur ancienne règle de versement des compensations restera intacte. Parmi les croyants de chacun de leurs groupes, la coutume de libérer les captifs contre rançon restera en vigueur. Les Banû Jusham resteront eux aussi dans leur condition antérieure à leur conversion à l’islam. Leur ancienne coutume de versement des compensations restera en vigueur. Parmi les croyants de chacun de leurs groupes, la règle de libérer les captifs contre rançon, de manière équitable, restera intacte. Les Banû Najjâr resteront eux aussi dans leur condition antérieure à leur conversion à l’islam. Parmi les croyants de chacun de leurs groupes, la règle de libérer équitablement les captifs contre rançon restera en vigueur. Les Banû ‘Amr ibn ‘Awf resteront dans leur condition antérieure à leur conversion à l’islam. Leur ancienne coutume de versement des compensations restera en vigueur. Parmi les croyants de chacun de leurs groupes, les captifs pourront être libérés équitablement contre rançon. Les Banû Nabît resteront dans leur condition antérieure à leur conversion à l’islam. Leur ancienne coutume de versement des compensations restera en vigueur. Parmi les croyants de chacun de leurs groupes, la règle de libérer les captifs équitablement contre rançon restera en vigueur. Les Banû Aws resteront dans leur condition antérieure à leur conversion à l’islam. Parmi les croyants de chacun de leurs groupes, les captifs pourront être libérés équitablement contre rançon. Les croyants apporteront une aide financière convenable, pour le paiement des compensations et des rançons, à chacun des leurs qui est endetté ou qui a une famille nombreuse. Aucun croyant ne s’opposera à l’allié d’un autre croyant. Les croyants pieux prendront des mesures efficaces contre les rebelles, les grands oppresseurs, les criminels, ceux qui nuisent aux intérêts de la communauté musulmane et ceux qui y sèment la corruption ; tous s’uniront pour agir contre ce genre de criminel, même s’il est le fils de l’un d’entre eux. Aucun croyant ne tuera un autre croyant pour servir les intérêts d’un mécréant et aucun croyant n’aidera un mécréant contre un autre croyant. Dans l’État musulman, les droits du non-musulman loyal seront également protégés. Les musulmans accorderont une pleine protection même au plus insignifiant des non-musulmans qui cherchera refuge auprès d’eux. Les croyants seront alliés les uns des autres ; cela ne s’appliquera pas aux autres. Et parmi les Juifs, quiconque nous obéira et nous suivra bénéficiera des mêmes droits et du même soutien que nous. Aucune injustice ne sera permise à l’encontre de ces personnes et personne ne sera aidé à les attaquer. La protection des croyants sera une et commune à tous. Lorsqu’une guerre sera menée dans l’intérêt de l’islam, le musulman ne conclura de trêve avec un non-musulman que sur la base de l’égalité et de la justice. Chaque groupe de combattants parmi nous suivra l’autre groupe de combattants. Un croyant ne pourra tuer un autre croyant qu’en rétribution d’un meurtre et conformément à la loi d’Allah. Les croyants pieux sont établis sur le meilleur et le plus solide des principes. Aucun polythéiste de Médine ne pourra devenir le protecteur ou le garant des biens et de la vie d’un membre de Quraysh, et il ne lui sera pas permis de favoriser le préjudice causé à un croyant. Quiconque tuera un croyant sans que celui-ci ait commis un crime passible de mort, et cela sera dûment établi, sera condamné à mort. Toutefois, il n’y aura pas de peine capitale si l’héritier de la victime a été satisfait par un autre moyen. En toute circonstance, tous les croyants se dresseront contre ce musulman meurtrier, et il ne sera permis à aucun croyant de prendre sa défense. Pour aucun croyant qui a accepté cette déclaration et qui croit fermement en Allah et au Jour dernier, il ne sera licite d’aider ou d’abriter celui qui introduit dans la loi islamique des choses extravagantes. Quiconque aidera ou abritera une telle personne encourra la malédiction d’Allah, et la colère d’Allah s’abattra sur lui au Jour de la Résurrection. Aucune intercession ni aucune rançon ne sera acceptée en sa faveur. Et chaque fois que vous serez en désaccord sur une question, vous vous en remettrez à Allah et à Son Messager pour en décider.
Tant que les croyants seront engagés dans la guerre, les Juifs participeront à leur fournir les provisions nécessaires au combat. Les Juifs des Banû Awf seront considérés, eux-mêmes ainsi que leurs alliés, comme appartenant à la même umma que les croyants. Toutefois, les musulmans et les Juifs pratiqueront chacun leur propre religion dans cette situation. Mais quiconque se livrera à l’oppression, à l’injustice ou à des actes criminels n’attirera la destruction que sur lui-même et sa famille. Les droits des Juifs des Banû Najjâr — les leurs étant égaux à ceux des Juifs des Banû Awf. De même, les droits des Juifs des Banû Hârith, des Banû Sâ‘ida, des Banû Jusham, des Banû Aws, des Banû Tha‘laba et des Banû Shutaiba seront égaux à ceux des Juifs des Banû Awf. Cependant, celui qui se livrera à l’oppression, à l’injustice et à la dépravation ne causera que sa propre ruine et celle de sa famille. Toutes les affaires extérieures des Tha‘laba jouiront du même respect que leurs affaires intérieures, comme leurs propres vies. Que la loyauté et le respect des engagements protègent chacun contre la dépravation. Les alliés des Tha‘laba auront les mêmes droits qu’eux. Les affaires intérieures des Juifs jouiront du même respect que leurs propres vies. Nul parmi eux ne pourra sortir de Médine sans l’autorisation de Muhammad, que Dieu le bénisse et lui accorde la paix. Que chacun sache qu’aucune discussion ni aucun interrogatoire ne permettra d’échapper au Feu. Celui qui aura tué quelqu’un l’aura fait au prix de sa propre destruction et de celle de sa famille. Il en va autrement si la victime était elle-même coupable. Dieu Très-Haut préfère, dans ce cas, la plus grande magnanimité. Les Juifs assumeront leurs propres dépenses, et ils assumeront également les dépenses des musulmans. Ceux qui ont accepté cette déclaration ont le devoir d’aider pleinement tout signataire engagé dans la guerre ; ils devront entretenir entre eux des relations de bienveillance, de conseil sincère et de magnanimité, et aucun ne devra s’associer à un autre dans une œuvre pécheresse. Nuire à son allié est un crime terrible et sans précédent. Il est du devoir de tous de secourir l’opprimé. Tant que les croyants seront engagés dans la guerre, les Juifs continueront à leur apporter un soutien financier. [47. C’est-à-dire que Dieu et les croyants ne voient pas d’objection à recevoir leur aide.] Pour les parties à cette déclaration, toute portion de Yathrib est entièrement sûre. Si le voisin n’est pas coupable et ne se livre pas à une activité nuisible, sa personne, ses biens et son honneur bénéficieront d’une sécurité complète, au même titre que la personne, les biens et l’honneur de chacun. Nul ne pourra entrer dans la maison d’autrui sans l’autorisation de son propriétaire. Quel que soit l’incident désagréable, le différend ou la querelle qui surviendra entre les signataires de cette déclaration, il faudra recourir à Dieu et à Muhammad, que Dieu le bénisse et lui accorde la paix, pour le régler. Dieu désire voir cette déclaration appliquée avec la plus grande vigilance et la plus grande probité. [48. Il est remarquable que, lorsque cette déclaration fut adoptée, la jizya n’avait pas encore été instituée et que les musulmans étaient faibles. À cette époque, si les Juifs combattaient aux côtés des musulmans, ils avaient une part du butin de guerre. Cette déclaration leur imposait de participer aux dépenses de la guerre.] Il faut savoir qu’il est interdit d’accorder protection aux Quraysh et à leurs alliés. Les signataires de la déclaration repousseront solidairement quiconque attaquera Médine. Et lorsqu’un appel à conclure une trêve et une alliance sera lancé, ils concluront une trêve et une alliance avec ceux qui l’auront lancé. Lorsque les croyants seront invités à une telle trêve ou alliance, il leur sera également obligatoire de l’accepter. Toutefois, ceux qui participeront à une guerre contre la religion recevront leur part de la partie qui les aura enrôlés dans son armée. Les droits et les obligations des Juifs des Aws et de leurs alliés seront les mêmes que ceux des signataires de cette déclaration, et ils les recevront des rédacteurs de la déclaration en toute justice. Si quelqu’un adopte la voie de la probité, ses fautes antérieures devront être considérées avec indulgence. Si quelqu’un commet une mauvaise action, elle ne lui nuira qu’à lui-même. Dieu veut voir la plus grande sincérité et la plus grande véracité dans l’observance de cette déclaration. Cette déclaration ne constitue pas un refuge pour l’oppresseur ou le criminel. Tant qu’ils ne se livrent ni à l’oppression ni au crime, ceux qui quittent la guerre ou restent inactifs bénéficieront eux aussi de la sécurité à l’intérieur des limites de Médine. Celui qui demeurera ferme dans la probité et la crainte révérencielle de Dieu aura Dieu et Muhammad, que Dieu le bénisse et lui accorde la paix, pour protecteurs et auxiliaires.
Établissement d’un lien de fraternité entre les Ansâr et les Émigrés
Ibn Ishâq dit : Le Messager de Dieu, que Dieu le bénisse et lui accorde la paix, établit un lien de fraternité entre les Émigrés et les Ansâr. Je demande refuge auprès de Dieu contre le fait de lui attribuer ce qu’il n’a pas dit. J’ai appris qu’il établit un lien de fraternité entre chaque paire de personnes. Puis il prit la main de ‘Alî ibn Abû Tâlib et dit : « Celui-ci est mon frère. » Ainsi, le chef des prophètes, le guide des pieux, le Messager du Seigneur des mondes, qui n’a aucun égal dans les mondes, et ‘Alî, fils d’Abû Tâlib, furent liés par un nouveau pacte de fraternité. Hamza ibn ‘Abd al-Muttalib, le lion de Dieu et de Son Messager et l’oncle du Messager de Dieu, que Dieu le bénisse et lui accorde la paix, fut lié par un lien de fraternité à Zayd ibn Hâritha. Avant de partir pour la bataille d’Uhud, Hamza avait recommandé que, s’il mourait, Zayd ibn Hâritha hérite de ses biens. Ja‘far al-Tayyâr, fils d’Abû Tâlib, et Mu‘âdh ibn Jabal, issu des Banû Salama, furent liés l’un à l’autre par un pacte de fraternité. ‘Umar ibn al-Khattâb et ‘Itbân ibn Mâlik devinrent frères. Abû ‘Ubayda ibn al-Jarrâh et Sa‘d ibn Mu‘âdh, ‘Abd al-Rahmân ibn ‘Awf et Sa‘d ibn Rabî‘, al-Zubayr ibn al-‘Awwâm et Salama ibn Salâma, ‘Uthmân ibn ‘Affân et Aws ibn Thâbit, Talha ibn ‘Ubayd Allâh et Ka‘b ibn Mâlik, Sa‘îd ibn Zayd et Ubayy ibn Ka‘b, Mus‘ab ibn ‘Umayr et Abû Ayyûb Khâlid, Abû Hudhayfa ibn ‘Utba ibn Ka‘b, Mus‘ab ibn ‘Umayr et Abû Ayyûb Khâlid, Abû Hudhayfa ibn ‘Utba et ‘Ubbâd ibn Bishr, ‘Ammâr ibn Yâsir et Hudhayfa ibn al-Yamân, ainsi qu’Abû Dharr al-Ghifârî et Mundhir ibn ‘Amr, établirent entre eux des liens de fraternité. De même, un lien de fraternité fut établi entre Hâtib ibn Abû Balta‘a et ‘Uwaym ibn Sâ‘ida, entre Salmân al-Fârisî et Abû al-Dardâ, ainsi qu’entre Birâr, l’esclave affranchi d’Abû Bakr, et Abû Ruwayha.
Parmi les compagnons entre lesquels le Messager de Dieu, que Dieu le bénisse et lui accorde la paix, établit un lien de fraternité, je n’ai pu connaître que les noms des compagnons mentionnés ci-dessus.
Les débuts de l’appel à la prière
Lorsque l’Envoyé de Dieu (que Dieu le bénisse et lui accorde la paix), après avoir retrouvé à Médine tous ses frères émigrés et obtenu le soutien uni et l’aide des Ansar, poussa un soupir de soulagement, l’islam devint une force solidement organisée. Aussitôt, la prière régulière fut instaurée, la zakat et le jeûne furent prescrits, et les lois destinées à réprimer les crimes furent mises en vigueur. Les dispositions concernant le licite et l’illicite furent également appliquées. Ainsi, l’islam s’enracina pleinement parmi eux. Cette tribu des Ansar, après avoir embrassé la foi, s’était établie ici comme résidente permanente. Après l’arrivée de l’Envoyé de Dieu (que Dieu le bénisse et lui accorde la paix) à Médine, les musulmans se rassemblaient spontanément auprès de lui dès que l’heure de la prière arrivait, sans qu’il fût nécessaire de les appeler. L’Envoyé de Dieu (que Dieu le bénisse et lui accorde la paix) envisagea donc de faire sonner une trompette pour rassembler les gens à la prière, comme le faisaient les Juifs. Mais, l’instant d’après, cette idée ne lui plut pas et il l’abandonna. Il réfléchit ensuite à appeler les musulmans à la prière en faisant sonner une cloche.
Alors qu’il réfléchissait à toutes ces questions, ‘Abdullah ibn Zayd vit en rêve comment appeler les gens et les rassembler. Il se rendit auprès de l’Envoyé de Dieu (que Dieu le bénisse et lui accorde la paix) et dit : « Ô Messager de Dieu, cette nuit, j’ai vu en rêve un homme que je ne connaissais pas, vêtu d’un habit vert et tenant une cloche à la main. Comme il passait près de moi, je lui ai dit : “Ô serviteur de Dieu, veux-tu vendre cette cloche ?” Il répondit : “Que vas-tu en faire ?” Je dis : “J’appellerai les gens à la prière.” Il dit : “Veux-tu que je t’enseigne quelque chose de meilleur que cela ?” Je dis : “Qu’est-ce donc ? Dis-le-moi.” Il dit : “Allahu akbar, Allahu akbar, Allahu akbar, Allahu akbar ; ash-hadu an la ilaha illallah, ash-hadu an la ilaha illallah ; ash-hadu anna Muhammadan rasulullah, ash-hadu anna Muhammadan rasulullah ; hayya ‘ala-s-salah, hayya ‘ala-s-salah ; hayya ‘ala-l-falah, hayya ‘ala-l-falah ; Allahu akbar, Allahu akbar ; la ilaha illallah.” » Dès qu’il eut raconté son rêve à l’Envoyé de Dieu, celui-ci dit : « Si Dieu le veut, ce rêve est véridique. Tiens-toi debout avec Bilal en un endroit. Enseigne-lui ces paroles et qu’il fasse l’appel à la prière, car sa voix porte davantage que la tienne. » Bilal fit l’appel à la prière. ‘Umar l’entendit alors qu’il était assis chez lui. Il accourut aussitôt auprès de l’Envoyé de Dieu (que Dieu le bénisse et lui accorde la paix), en tirant son manteau, et dit : « Ô Messager de Dieu, par Dieu, j’ai vu le même rêve que celui qu’a vu ‘Abdullah ibn Zayd. » Alors l’Envoyé de Dieu (que Dieu le bénisse et lui accorde la paix) exprima sa gratitude en disant : « Al-hamdu lillah. »
Récit de la maladie de certains Compagnons
‘Aïsha (que Dieu l’agrée) rapporte :
La fièvre sévissait particulièrement à Médine. Beaucoup de Compagnons de l’Envoyé de Dieu (que Dieu le bénisse et lui accorde la paix) tombèrent malades. Dieu Très-Haut en préserva Son Prophète. Abou Bakr et ses deux serviteurs, Bilal et ‘Amir ibn Fuhayra, vivaient dans la même maison. Ils furent tous atteints de fièvre. Je leur rendis visite. Les prescriptions relatives au voile n’avaient pas encore été révélées. Les souffrances des malades étaient indescriptibles. Je me rendis d’abord auprès d’Abou Bakr et lui demandai : « Père, comment vous sentez-vous ? » Il me répondit en récitant un poème :
« Tout homme demeure auprès de ses proches, alors que la mort est tout près de lui. »
Je compris et me dis intérieurement : « Père doit sûrement délirer. »
Puis je me rendis auprès de ‘Amir ibn Fuhayra et lui dis : « ‘Amir, comment vous sentez-vous ? »
Lui aussi répondit en récitant des vers : « J’ai trouvé la mort avant même d’en goûter la saveur,
la mort du lâche demeure suspendue au-dessus de sa tête,
chacun mène le djihad de toutes ses forces, comme le taureau protège sa peau avec ses cornes. »
Je compris qu’il délirait, ayant perdu connaissance.
Lorsque la fièvre de Bilal s’intensifiait, il allait s’allonger dans la cour de la maison.
Puis il récitait des vers à haute voix en disant :
« Hélas ! Pourrai-je passer une nuit à Fakhkh, en compagnie de l’idhkhir et des roses ?
Aurais-je encore un jour l’occasion de descendre dans le point d’eau de Majanna ? Pourrai-je revoir encore une fois les deux montagnes de Shama et de Tafil ? [49. Fakhkh : nom d’un lieu situé à l’extérieur de La Mecque. L’idhkhir : nom d’une plante aromatique. Majanna : marché situé dans la partie basse de La Mecque.] [50. Shama et Tafil sont les noms de deux montagnes de La Mecque.]
Je rapportai au Messager d’Allah — qu’Allah le bénisse et le salue — ce que j’avais entendu auprès d’eux. Je dis : « Sous l’effet de la forte fièvre, ils délirent tous. Ils ne comprennent pas eux-mêmes ce qu’ils disent. » Le Messager d’Allah — qu’Allah le bénisse et le salue — dit : « Ô Allah, rends Médine aussi chère à nos cœurs que La Mecque, ou plus encore. Bénis pour nous les récoltes qui y poussent. Éloigne d’elle toutes les maladies et transporte-les à Mahiyâya. » [51. Mahiyâya est un autre nom d’al-Juhfa, le lieu où les pèlerins de Syrie revêtent l’ihrâm.]
La date de l’Hégire
Lorsque le Messager d’Allah — qu’Allah le bénisse et le salue — arriva à Médine, le moment était juste avant midi, sous une chaleur accablante. C’était le lundi 12 Rabî‘ al-Awwal. Le Messager d’Allah — qu’Allah le bénisse et le salue — était alors âgé de cinquante-trois ans. Cela se produisit treize ans après le début de sa mission prophétique. Il demeura ensuite à Médine pendant le reste de Rabî‘ al-Awwal, ainsi que durant les mois de Rabî‘ ath-Thânî, Jumâdâ al-Awwal, Jumâdâ ath-Thâniya, Rajab, Cha‘bân, Ramadân, Chawwâl, Dhû al-Qa‘da, Dhû al-Hijja et Muharram. (C’est-à-dire qu’après avoir émigré à Médine, il ne se rendit nulle part en dehors de Médine durant cette période — l’éditeur.)
La première expédition militaire
Exactement douze mois après son arrivée à Médine, au mois de Safar, il partit pour l’expédition de Waddân, également appelée expédition d’Abwâ. Il atteignit Waddân à la recherche des Quraychites et des Banû Damra ibn Bakr. Là, les Banû Damra se soumirent à son autorité. Il retourna ensuite sain et sauf à Médine, sans être confronté à la moindre intrigue. Il passa sur place le reste du mois de Safar et la première partie de Rabî‘ al-Awwal.
L’expédition dirigée par ‘Ubayda ibn al-Hârith
Le Messager d’Allah — qu’Allah le bénisse et le salue — avait lui-même noué l’étendard de cette expédition.
Durant cette période où le Messager d’Allah — qu’Allah le bénisse et le salue — résidait à Médine, il envoya ‘Ubayda ibn al-Hârith avec une troupe de cavaliers composée de soixante ou de quatre-vingts hommes. Ils étaient tous des Muhâjirûn. Aucun Ansâr ne les accompagnait. Arrivée à un point d’eau dans la plaine de Thaniyyat al-Murra, la troupe se retrouva face à un important groupe de Quraychites. Cependant, aucun combat n’eut lieu. Seul Sa‘d ibn Abî Waqqâs décocha une flèche. Ce fut la première flèche tirée par l’armée musulmane. Puis la troupe revint. Les musulmans étaient alors très enthousiastes.
Expédition dirigée par Hamza en direction de la côte maritime
À cette époque, le Messager d’Allah envoya vers la côte maritime, par la route d’Is, un groupe de trente Muhajirûn montés, placé sous le commandement de Hamza (qu’Allah l’agrée). Il n’envoya pas non plus d’Ansar lors de cette expédition. Cette fois, l’armée musulmane se retrouva face à une force de trois cents cavaliers mecquois commandée par Abû Jahl. Grâce aux efforts de Majdî ibn ʿAmr al-Juhanî, aucun affrontement n’eut toutefois lieu. Celui-ci éloigna les deux camps l’un de l’autre. Les deux armées repartirent donc séparément. Une fois encore, aucune bataille n’eut lieu.
L’expédition de Buwwât
Au mois de Rabîʿ al-Awwal, le Messager d’Allah partit en expédition militaire contre les Quraysh et atteignit un lieu appelé Buwwât. Il y arriva par la direction de Ridhwâ. Il retourna à Médine sans livrer bataille. Il y passa le reste du mois de Rabîʿ ath-Thânî et la première partie de Jumâdâ al-Awwal. [52. Lors de cette expédition, Sâ’ib ibn ʿUthmân ibn Mazʿûn (qu’Allah l’agrée) fut chargé de veiller sur Médine. Buwwât : nom d’une montagne située dans le territoire de la tribu des Juhayna, près de Yanbuʿ.]
L’expédition de ʿUshayra
Le Messager d’Allah mena de nouveau une expédition militaire contre les Quraysh. [53. À cette occasion, Abû Salama ibn ʿAbd al-Asad (qu’Allah l’agrée) fut chargé de protéger Médine.] Il conduisit l’armée par le col de Banû Dînâr, puis à travers le désert de Hâbir, atteignit la vallée d’Ibn Adhhar et fit halte à l’ombre d’un arbre. Il y accomplit la prière ; une mosquée s’y trouve encore pour cette raison. Lorsqu’on lui y prépara à manger, il mangea avec tous ses compagnons. L’endroit où l’on déposait les marmites y est encore clairement visible. On lui fit boire de l’eau de la source appelée al-Mushtarib, située là-bas. Il reprit ensuite la route en laissant le lieu appelé Khalâyiq sur sa gauche et franchit le col d’Abdullah. Puis il tourna à gauche, atteignit la plaine appelée Yalyal, fit halte au confluent de Yalyal et de Dabûʿa, et but de l’eau d’un puits qui s’y trouvait. Il poursuivit ensuite sa route à travers la plaine de Farsh Milâl. Enfin, il atteignit le passage des petites zones montagneuses de Yamâma. Il suivit ce passage à travers la plaine de Yanbuʿ, arriva à ʿUshayra et y fit halte. Il y séjourna quelques jours pendant Jumâdâ al-Awwal et Jumâdâ ath-Thânî. Là, il invita les Banû Madlaj et leurs alliés tribaux des Banû Damra à se soumettre. Puis il retourna sain et sauf à Médine.
Expédition militaire sous le commandement de Saʿd ibn Abî Waqqâs
Ensuite, le Messager d’Allah envoya une troupe sous le commandement de Saʿd ibn Abî Waqqâs. Cette troupe, composée de huit Muhajirûn, atteignit un lieu du Hijâz appelé Kharrâr. Puis elle retourna saine et sauve à Médine.
L’expédition de Safwân : la première expédition de Badr
Moins de dix jours après son retour de l’expédition d’Ushayra, Kurz ibn Jâbir al-Fihrî lança un raid dans les environs de Médine afin de piller les chameaux laissés en liberté et d’autres animaux domestiques. Le Messager d’Allah — qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix — se lança aussitôt à sa poursuite. [54. Lorsqu’il partit pour cette expédition, le Messager d’Allah — qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix — confia à Zayd ibn Hâritha la responsabilité de la garde de Médine.] Il atteignit une vallée appelée Safwân, située sur un côté de la plaine de Badr. Le Messager d’Allah — qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix — ne parvint pas à rattraper Kurz ibn Jâbir. Cet événement fut appelé la première expédition de Badr. Ensuite, le Messager d’Allah — qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix — retourna à Médine, où il passa le reste du mois de Jumâdâ ath-Thâniya ainsi que les mois de Rajab et de Sha‘bân.
Une expédition militaire sous le commandement de ‘Abdullah ibn Jahsh
Au mois de Rajab, le Messager d’Allah — qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix — envoya une troupe de huit Muhâjirûn revenus de la première expédition de Badr, sous le commandement de ‘Abdullah ibn Jahsh. Il n’y inclut aucun Ansâr. Il remit une lettre à ‘Abdullah ibn Jahsh et lui dit de ne l’ouvrir et de la lire qu’après deux jours de marche, pas avant. Après avoir lu la lettre, il devait agir conformément aux instructions qui y étaient données, sans rien imposer à aucun de ses compagnons.
Après avoir marché pendant deux jours, ‘Abdullah ibn Jahsh ouvrit la lettre et la lut. Elle disait : « Dès que tu auras lu ma lettre, mets-toi en route, rends-toi à un lieu appelé Nakhla, situé entre La Mecque et Tâ’if, et fais-y halte. Là, guette les Quraysh et, si tu apprends quelque chose, informe-m’en. »
Après avoir lu la lettre, ‘Abdullah ibn Jahsh dit : « J’accepte et je me soumets. » Puis il dit à ses compagnons : « Le Messager d’Allah — qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix — m’a ordonné de me rendre à Nakhla, d’y guetter les Quraysh et de lui transmettre toute information que j’apprendrais. Il m’a également interdit de vous imposer à ce sujet une obligation quelconque. Que celui d’entre vous qui désire obtenir le martyre parte avec moi ; que celui qui ne le souhaite pas retourne en arrière. Quant à moi, j’exécuterai l’ordre du Messager d’Allah — qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix. » Après ces paroles, tous se mirent en route avec ‘Abdullah ibn Jahsh. Aucun ne retourna en arrière. Ils entrèrent au Hijâz. À un endroit appelé Bahrân, Sa‘d ibn Abî Waqqâs et ‘Utba ibn Ghazwân perdirent leur chameau. Tous deux partirent à sa recherche et, pour le retrouver, prirent du retard sur ‘Abdullah ibn Jahsh. Celui-ci et ses compagnons poursuivirent donc leur route. Après avoir continué à marcher, ils atteignirent Nakhla et y firent halte. À ce moment-là, une caravane des Quraysh passa près d’eux, transportant des raisins secs et des peaux, ainsi que d’autres marchandises appartenant aux Quraysh. Parmi ses membres se trouvaient ‘Amr ibn al-Hadramî, ‘Uthmân ibn ‘Abdullah, son frère Nawfal ibn ‘Abdullah et al-Hakam ibn Kaysân. En les voyant, les hommes de ‘Abdullah ibn Jahsh furent effrayés, car ils s’étaient approchés très près d’eux. ‘Ukkâsha ibn Mihsan s’avança vers la caravane. Il avait la tête rasée. En le voyant, les Quraysh furent rassurés et dirent : « Ce sont des habitants de la région ; nous n’avons rien à craindre d’eux. » Pendant ce temps, les musulmans se consultèrent au sujet des Quraysh. C’était le dernier jour du mois de Rajab. Tous furent d’avis que, s’ils laissaient partir cette caravane des Quraysh ce jour-là, elle entrerait ensuite dans le territoire sacré et serait à l’abri de leurs mains. En revanche, s’ils les tuaient ce jour-là, ils seraient coupables d’avoir versé du sang pendant un mois sacré. Ils se trouvèrent donc dans l’hésitation et répugnèrent à prendre une quelconque mesure contre la caravane des Quraysh. Mais peu après, ils rejetèrent leurs hésitations et décidèrent unanimement, avec une ferme résolution, de tuer tous ceux qu’ils pourraient tuer et de prendre tout ce que chacun d’eux possédait. Wâqid ibn ‘Abdullah at-Tamîmî tua ‘Amr ibn al-Hadramî d’un coup de lance. Ils capturèrent ‘Uthmân ibn ‘Abdullah et al-Hakam ibn Kaysân. Nawfal ibn ‘Abdullah s’enfuit et se sauva ; il fut impossible de le rattraper. Ensuite, ‘Abdullah ibn Jahsh se présenta à Médine auprès du Messager d’Allah — qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix — avec les membres restants de la caravane et les deux prisonniers.
Le Messager d’Allah — qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix — dit : « Je ne vous ai pourtant pas ordonné de combattre pendant le mois sacré. » Puis il retint la caravane et les prisonniers et refusa de prendre leurs biens. À la suite de ces paroles du Messager d’Allah — qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix —, ‘Abdullah ibn Jahsh se retrouva humilié devant tout le monde et incapable de répondre. Les hommes de son groupe pensèrent qu’ils étaient perdus. Les musulmans les blâmèrent pour cet acte. De leur côté, les Quraysh se mirent à dire : « Muhammad et ses compagnons ont violé le caractère sacré du mois sacré. Ils y ont versé du sang, se sont emparés des biens d’autrui et ont fait des prisonniers. » L’un des quelques musulmans qui se trouvaient encore à La Mecque répondit : « Ce que les musulmans ont fait, ils l’ont fait au mois de Sha‘bân. » [La justification de ces paroles était que le mois de Sha‘bân avait commencé après le coucher du soleil du dernier jour de Rajab. — N.d.É.]
Lorsque cette campagne de propagande prit de l’ampleur, Allah le Très-Haut révéla au Messager d’Allah — qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix — le verset suivant :
[Arabe *************]
« Ils t’interrogent au sujet du combat durant le mois sacré. Dis : combattre durant ce mois est une transgression. Mais une transgression plus grave encore auprès d’Allah consiste à
détourner les gens du chemin d’Allah, à mécroire, à empêcher l’accès à la Mosquée sacrée et à en expulser ses habitants. En vérité, égarer les gens par la persécution est un crime plus grave que le meurtre. Ils ne cessent de vous combattre afin, s’ils le peuvent, de vous détourner de votre religion. » (Al-Baqara)
Autrement dit, même si vous avez combattu durant le mois sacré, eux vous ont empêchés de suivre le chemin d’Allah, ont également mécru et vous ont empêchés d’accéder à la Mosquée sacrée. Et vous expulser de cet endroit, alors que vous êtes les habitants de la Mosquée sacrée, est, auprès d’Allah, un crime plus grave que le fait de tuer l’un de vos mécréants. De plus, les persécutions qu’ils infligeaient aux musulmans pour les contraindre à renier leur religion et les ramener au système de la mécréance étaient une action plus abominable que le meurtre. Et cette injustice des plus abominables, ils continuent de la commettre à votre encontre sans relâche, sans y renoncer ni s’en repentir.
Lorsque cette directive fut révélée dans le Coran et qu’Allah eut dissipé la crainte et l’inquiétude des musulmans, l’Envoyé d’Allah (qu’Allah le bénisse et le salue) prit officiellement possession de la caravane interceptée et des prisonniers. Les Quraychites lui envoyèrent un message pour lui demander de libérer Uthman et Hakam en échange de marchandises. L’Envoyé d’Allah (qu’Allah le bénisse et le salue) leur répondit : « Nous ne libérerons pas les prisonniers avant le retour de nos deux hommes, Sa‘d ibn Abi Waqqas et ‘Utba ibn Ghazwan. Nous craignons en effet que leur vie ne soit mise en danger à cause de vous. » Peu après, Sa‘d et ‘Utba revinrent, et l’Envoyé d’Allah (qu’Allah le bénisse et le salue) les libéra en échange de marchandises. Cependant, l’un des deux prisonniers, Hakam ibn Qaysan, embrassa l’islam et devint un musulman sincère. Il resta ensuite auprès de l’Envoyé d’Allah (qu’Allah le bénisse et le salue). Plus tard, il mourut en martyr lors de l’événement de Bi’r Ma‘una. Uthman ibn Abd Allah partit pour La Mecque et mourut dans la mécréance.
Le changement de la qibla
Il est rapporté que la qibla fut changée au mois de cha‘ban, dix-huit mois après l’arrivée de l’Envoyé d’Allah (qu’Allah le bénisse et le salue) à Médine.
La bataille de Badr
Puis, un jour, le Messager d’Allah — qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix — apprit qu’une importante caravane des Quraychites, dirigée par Abû Sufyân ibn Harb, arrivait de Syrie. Cette caravane transportait de nombreux biens et marchandises commerciales appartenant aux Quraychites. Elle comptait également Makhrama ibn Nawfal, Amr ibn al-Âs et trente ou quarante hommes issus des Quraychites. Il envoya les musulmans à leur rencontre et leur dit : « C’est la caravane des Quraychites. Elle transporte de grandes richesses. Allez dans cette direction. Peut-être Allah vous en accordera-t-Il la possession. » Les musulmans décidèrent de partir intercepter la caravane. Certains se préparèrent rapidement, tandis que d’autres montrèrent quelque peu de nonchalance et tardèrent. Ils ne pouvaient pas imaginer que le Messager d’Allah — qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix — allait être confronté à une bataille.
Arrivé près du Hijâz, Abû Sufyân pressentit ce qui se passait. Il se mit à interroger chaque voyageur qu’il rencontrait, car il était très inquiet au sujet des préparatifs des musulmans. Finalement, certains voyageurs lui annoncèrent clairement que Muhammad se dirigeait avec ses compagnons pour attaquer sa caravane et lui-même. Abû Sufyân se montra donc prudent et poursuivit sa route. Il envoya immédiatement à La Mecque Damdam ibn Amr al-Ghifârî, moyennant salaire. Il lui ordonna de se rendre auprès des Quraychites, de leur demander d’envoyer des hommes armés afin de mettre leurs biens à l’abri, et de les informer que Muhammad, accompagné de ses hommes, s’apprêtait à les attaquer. Damdam partit très rapidement en direction de La Mecque.
Trois jours avant l’arrivée de Damdam à La Mecque, Atika, la fille d’Abd al-Muttalib, fit un rêve effrayant. Elle en informa son frère Abbâs et lui dit : « Mon frère, j’ai fait aujourd’hui un mauvais rêve. Je crains qu’un malheur ne s’abatte sur ton peuple. Aussi, ne répète à personne ce que je vais te dire. »
Abbâs demanda : « Qu’as-tu vu en rêve ? »
Atika répondit : « J’ai vu un cavalier descendre dans la plaine située aux environs de La Mecque. Puis il cria à voix haute : “Ô Quraychites, préparez-vous à mourir dans trois jours, prenez garde !” Ensuite, son chameau le porta jusqu’au sommet du mont Abû Qubays. Là, il cria de nouveau et proclama la même chose. Puis il fit rouler de là une énorme pierre. La pierre roula jusqu’au pied de la montagne, où elle se brisa en morceaux ; l’un de ces morceaux, ou un autre, pénétra dans chacune des maisons de La Mecque. »
Abbâs dit : « C’est un rêve grave. Ne le raconte à personne. Garde-le entièrement secret. »
Puis, dès qu’Abbâs sortit, il rencontra son ami Walîd ibn Râriya. Il lui raconta le rêve et lui recommanda de ne le révéler à personne. Walîd en informa son père, Utba. Ainsi, la nouvelle se répandit dans toute La Mecque. Les Quraychites se mirent à en parler dans toutes leurs assemblées et leurs réunions.
Abbâs raconte : « Le lendemain, j’allai accomplir le tawâf autour de la Kaaba. Abû Jahl discutait alors du rêve d’Atika avec un groupe de Quraychites. Dès qu’il me vit, Abû Jahl me dit : “Abbâs, viens ici après avoir terminé le tawâf.” Après le tawâf, j’allai m’asseoir auprès d’eux. Abû Jahl me dit : “Ô fils d’Abd al-Muttalib, quand cette femme-prophète vous a-t-elle annoncé ces choses ?” »
Je demandai : « De quoi parlez-vous ? »
Abû Jahl répondit : « Du rêve qu’a vu Atîka. »
Je demandai : « Quel rêve a-t-elle vu ? »
Abû Jahl dit : « Ô fils de ʿAbd al-Muttalib, après que vos hommes eurent commencé à se prendre pour des prophètes, je vois maintenant que vos femmes aussi se sont mises à prophétiser. Il paraît qu’Atîka a vu en rêve quelqu’un lui dire : “Préparez-vous dans les trois jours.” Nous vous accorderons trois jours. Si cette prédiction se réalise, alors il arrivera ce qui doit arriver. Mais si trois jours passent sans que rien ne se produise, nous publierons à votre sujet une déclaration écrite affirmant qu’il n’existe en Arabie aucune famille plus menteuse que la vôtre. »
ʿAbbâs raconte : Je ne réagis pas vraiment aux paroles d’Abû Jahl. Je me contentai de les nier. Je dis : « Atîka n’a vu aucun rêve. » Puis chacun repartit vaquer à ses occupations. Dans l’après-midi, toutes les femmes de la famille de ʿAbd al-Muttalib vinrent me voir l’une après l’autre et me dirent : « Pourquoi tolérez-vous autant cet infâme insolent ? Jusqu’à présent, il disait à nos hommes tout ce qui lui plaisait. Maintenant, il commence aussi à dire à nos femmes tout ce qui lui plaît. Tu entends tout cela, et pourtant tu ne ressens aucune indignation ? » Je répondis : « Par Allah, je suis extrêmement embarrassé. Je n’ai pas eu de réaction particulière, mais je m’occuperai de lui. Qu’il recommence une seule fois, et je ferai pour vous ce qui doit être fait. »
Le troisième jour après le rêve d’Atîka, je me rendis là-bas. Je bouillais alors de colère et de ressentiment. Je me disais que je n’avais pas pu traiter ce vaurien comme il le méritait. Si j’en avais de nouveau l’occasion, je ferais cette fois ce que je n’avais pas pu faire. J’entrai dans la mosquée et l’y aperçus. Je m’avançai vers lui, attendant qu’il répétât seulement une partie de ses propos de l’autre jour pour me jeter sur lui. Abû Jahl était de constitution frêle et mince, mais son regard était perçant et sa langue acérée. Soudain, il se dirigea rapidement vers la porte de la mosquée. Je me dis intérieurement : « Que la malédiction d’Allah soit sur lui ! Que lui arrive-t-il ? Pourquoi tout son être est-il si terrifié ? Serait-ce par crainte de mes reproches ? » Je compris soudain qu’il avait entendu les cris de Damdam ibn ʿAmr al-Ghifârî, que je n’avais pas encore entendus. Arrivé dans le désert de La Mecque, Damdam criait, assis sur son chameau : « Ô Qurayshites, terrible malheur ! Terrible malheur ! Vos biens sont avec Abû Sufyân. Muhammad a lancé ses compagnons à la poursuite de ces biens. Il semble que vous ne puissiez plus les sauver. Venez porter secours ! Venez porter secours ! » Avant même de pousser ces cris, le Ghifârî avait accompli un véritable tour de magie : il avait tailladé le nez de son chameau, renversé son palanquin et déchiré ses propres vêtements.
À cause de cet événement terrifiant, aucun de nous ne put prêter attention aux autres. Les gens se préparèrent avec une extrême rapidité. Ils disaient : « Muhammad et ses compagnons s’imaginent-ils que nous sommes aussi impuissants que la caravane d’Ibn al-Hadramî ? Jamais ! Cette fois, ils vont certainement faire une expérience bien différente. Ce jour-là, ils avaient pu se montrer aussi audacieux face à seulement deux hommes, dont l’un voulait soit quitter le champ de bataille, soit envoyer quelqu’un d’autre à sa place. Mais aujourd’hui, toute la tribu des Qurayshites s’est préparée à la guerre. Aucun notable qurayshite ne manque à l’appel. Seul Abû Lahab est absent ; il a envoyé à sa place ʿÂsî ibn Hishâm ibn al-Mughîra. » Abû Lahab devait à cet homme quatre mille dirhams. Comme il ne pouvait pas rembourser cette dette en raison de sa pauvreté, il l’envoya à la guerre en échange de cette somme, afin qu’il le remplaçât.
Umayya ibn Khalaf avait lui aussi décidé de ne pas aller à la guerre. C’était un vieil homme corpulent et imposant. ʿUqba ibn Abî Muʿayt vint le trouver. Umayya était alors assis avec des gens dans la Mosquée sacrée. Il lui apporta un parfum fait de bois de santal et lui dit : « Tiens, parfume-toi avec ceci, puisque tu es une femme. » Umayya répondit : « Va-t’en d’ici ! Qu’Allah te rende laid. » Honteux, le vieux Umayya se prépara ensuite à partir à la guerre.
Les préparatifs furent achevés et tous furent fermement déterminés à se rendre sur le champ de bataille. Se souvenant alors de la guerre qui les avait opposés aux Banû Bakr ibn ʿAbd Manât, ils dirent : « Nous craignons qu’ils ne nous attaquent par-derrière. » Cette crainte les faisait hésiter à partir au combat. C’est alors qu’Iblîs prit l’apparence de Surâqa ibn Mâlik ibn Juʿshum al-Mudlajî et se présenta devant eux. Il dit : « Je vais vous protéger afin que la tribu de Kinâna ne puisse pas vous attaquer par-derrière. » Rassurés par cette promesse, ils quittèrent rapidement La Mecque.
De son côté, le Messager d’Allah — qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix — partit en expédition avec ses Compagnons. Quelques jours du mois de Ramadan s’étaient alors écoulés. Il chargea ʿAmr ibn Umm Maktûm de diriger la prière. Il remit l’étendard blanc à Musʿab ibn ʿUmayr. Deux étendards noirs précédaient le Messager d’Allah — qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix —. L’un était auprès de ʿAlî, fils d’Abû Tâlib, et s’appelait l’Aigle. L’autre était auprès d’un Ansârî. Ce jour-là, les Compagnons du Messager d’Allah — qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix — disposaient au total de soixante-dix chameaux. Ils les montaient à tour de rôle. Le Messager d’Allah — qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix —, ʿAlî ibn Abû Tâlib et Mursid ibn Abû Mursid montaient à tour de rôle sur un même chameau. Hamza ibn ʿAbd al-Muttalib et les deux serviteurs du Messager d’Allah — qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix —, Zayd ibn Hâritha et Abû Kabsha, montaient sur un autre. Abû Bakr, ʿUmar et ʿAbd al-Rahmân ibn ʿAwf montaient sur un troisième. Le Messager d’Allah — qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix — prit la route de La Mecque depuis Médine et atteignit le passage montagneux situé à l’extérieur de Médine. De là, il passa successivement par al-ʿAqîq, Dhû al-Hulayfa, Awlât al-Jaysh, Turbân, Malal, Ghamîs al-Hammâm de Marîr, Sayyâla, dans la contrée rocailleuse d’al-Yamâma, puis Fajj al-Rawhâ, avant d’atteindre Shânûka. De là, lorsqu’il parvint en un lieu appelé Arqâz Dhariyya, il rencontra un Bédouin. Il lui demanda s’il avait vu des gens, mais celui-ci ne possédait aucune information. Les Compagnons lui dirent : « Salue le Messager d’Allah. » Il répondit : « Le Messager d’Allah se trouve-t-il parmi vous ? » Tous répondirent : « Oui. » Il dit ensuite au Messager d’Allah — qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix — : « Si tu es le Messager d’Allah, dis-moi donc ce qu’il y a dans le ventre de cette chamelle. » Salama ibn Sulaym ibn Waqsh lui dit : « Ne pose pas cette question au Messager d’Allah — qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix —. Viens plutôt me voir, je te dirai ce qu’il y a dans son ventre. Tu as eu des rapports avec cette chamelle ; elle porte donc dans son ventre un chevreau issu de toi. » Le Messager d’Allah — qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix — réprimanda aussitôt Salama et lui dit : « Tais-toi ! Tu tiens des propos obscènes à cet homme ? » Puis il se détourna et porta son attention ailleurs.
Le Messager d’Allah — qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix — fit halte près d’un puits appelé Saj-Sâj, à al-Rawhâ. Il repartit ensuite. Après avoir parcouru une certaine distance, il quitta la route de La Mecque et prit le chemin de droite en direction de Nâjiya. Sa destination était Badr. Parvenu en un lieu proche de Badr, il traversa une vallée appelée Ruhqân. Cette vallée se trouvait entre les cols de Nâzira et de Safrâ. De là, il atteignit le col, puis en descendit et parvint près de Safrâ. Une fois arrivé, il envoya Basbâs ibn ʿAmr al-Juhanî et ʿAdî ibn Abû Zaghbâ al-Juhanî dans la région de Badr afin de recueillir des informations sur Abû Sufyân ibn Harb et les autres. Après les avoir envoyés en avant, le Messager d’Allah — qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix — se dirigea vers Badr.
En chemin, il apprit que les Qurayshites avaient quitté La Mecque en masse pour protéger leur caravane commerciale. Le Messager d’Allah — qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix — informa ses Compagnons de cette nouvelle et les consulta tous sur ce qu’ils devaient faire à ce moment-là. Abû Bakr al-Siddîq se leva le premier et exprima son opinion de la manière la plus remarquable. Puis al-Miqdâd ibn ʿAmr se leva et dit : « Ô Messager d’Allah, avance dans la direction qu’Allah t’a ordonné de prendre. Par Allah, nous ne te dirons pas, comme les Banû Isrâ’îl l’ont dit à Mûsâ : “Va, toi et ton Seigneur, combattre, tandis que nous resterons ici assis.” Nous te disons plutôt : va combattre, toi et ton Seigneur, et nous aussi, nous combattrons à tes côtés et aux côtés de ton Seigneur. Par Celui qui t’a envoyé avec la vérité, même si tu nous conduisais jusqu’à Bark al-Ghimâd, à l’extrême Yémen, nous t’y accompagnerions. » Le Messager d’Allah — qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix — remercia al-Miqdâd et invoqua Allah en sa faveur.
Ensuite, le Messager d’Allah — qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix — s’adressa aux Ansâr : « Donnez-moi votre avis. » S’il leur accordait une telle importance, c’était parce qu’ils étaient les auxiliaires des musulmans. Lorsqu’ils lui avaient prêté serment d’allégeance à al-ʿAqaba, ils avaient dit : « Ô Messager d’Allah, tant que tu ne seras pas venu dans notre patrie, nous ne pourrons pas assumer ta protection. Mais lorsque tu viendras auprès de nous, tu seras sous notre responsabilité. Nous te protégerons comme nous protégeons nos enfants et nos femmes de toutes sortes de dangers. » C’est pourquoi le Messager d’Allah — qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix — craignait que les Ansâr ne pensent qu’ils n’étaient tenus de le soutenir et de le protéger que s’il était attaqué par un ennemi à Médine. Ils pouvaient également penser que, si le Messager d’Allah — qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix — voulait les mener combattre un ennemi hors de leur patrie, ils n’étaient pas obligés de l’accompagner. Lorsqu’il s’adressa donc aux Ansâr, Saʿd ibn Muʿâdh dit : « Ô Messager d’Allah, tu souhaites probablement connaître notre opinion. » Le Messager d’Allah — qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix — répondit : « Oui. » Saʿd dit : « Nous avons cru en toi et en la révélation que tu as apportée, convaincus qu’elle est la vérité absolue. C’est dans cette conviction que nous t’avons promis et juré de suivre tes ordres et de t’obéir. Ô Messager d’Allah, fais donc ce que tu juges bon ; nous sommes avec toi. Par Allah, Celui qui t’a envoyé avec la vérité suprême, si tu traversais cette mer devant nous et plongeais dans ses eaux insondables, nous y plongerions avec toi. Aucun d’entre nous ne resterait en arrière pour t’abandonner. Si demain tu voulais nous conduire à la rencontre de l’ennemi, nous n’y verrions aucun inconvénient. Nous sommes patients au combat et inébranlables face à l’ennemi. Nous espérons qu’Allah te donnera l’occasion de voir de notre part des actes qui réjouiront tes yeux. Place ta confiance dans la miséricorde d’Allah et avance avec nous. »
Le Messager d’Allah — qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix — fut heureux d’entendre les paroles de Saʿd et se sentit grandement encouragé. Puis il dit : « Partez. Allah m’a promis que l’une des deux caravanes tomberait entre nos mains. (L’une était la caravane commerciale d’Abû Sufyân et de ʿAmr ibn al-ʿÂs ; l’autre était l’immense armée équipée pour la guerre, venue sous le commandement d’Abû Jahl.) Par Allah, il me semble voir dès maintenant la mort misérable des Qurayshites. »
Ensuite, le Messager d’Allah établit son campement près de la plaine de Badr. Puis il partit en reconnaissance avec un autre Compagnon. Après avoir parcouru une certaine distance, ils rencontrèrent un vieil Arabe. Il lui demanda s’il savait quelque chose au sujet des Qurayshites et s’il avait entendu des nouvelles de Muhammad et de ses compagnons. Le vieillard répondit : « Dites-moi qui vous êtes, sinon je ne vous répondrai pas. » Le Messager d’Allah dit : « Réponds d’abord à ce que nous t’avons demandé ; ensuite, nous te dirons qui nous sommes. » Le vieillard dit : « J’ai appris que Muhammad et ses compagnons étaient partis tel jour. Si cela est vrai, ils devraient se trouver aujourd’hui à tel endroit. Quant aux Qurayshites, j’ai appris qu’ils étaient partis tel autre jour. Si cela est vrai, ils devraient être arrivés aujourd’hui à tel endroit. » Le vieillard indiqua précisément les lieux où les deux groupes se trouvaient effectivement. Puis il demanda : « D’où venez-vous ? » Le Messager d’Allah répondit : « De l’eau. » Le vieillard demanda : « Que signifie “de l’eau” ? De l’eau d’Irak, par exemple ? » (57. Il s’agit d’Abû Bakr as-Siddîq, qu’Allah l’agrée.)
Ensuite, le Messager d’Allah rejoignit ses Compagnons. Durant la nuit, il envoya un groupe de Compagnons, parmi lesquels ʿAlî ibn Abî Tâlib, az-Zubayr ibn al-ʿAwwâm et Saʿd ibn Abî Waqqâs, vers un point d’eau voisin de la plaine de Badr afin de recueillir des informations sur les Qurayshites. Là, ils aperçurent un troupeau de chameaux appartenant aux Qurayshites, qui s’abreuvaient, et rencontrèrent deux serviteurs : Aslam, serviteur du clan des Banû al-Hajjâj, et ʿÂrîd Abû Yasâr, serviteur du clan des Banû ʿÂs ibn Saʿîd. Ils les ramenèrent avec eux. À ce moment-là, le Messager d’Allah priait. On leur demanda : « Qui êtes-vous ? » Ils répondirent : « Nous sommes les porteurs d’eau des Qurayshites. Ils nous ont envoyés chercher de l’eau potable pour eux. » Les musulmans ne les crurent pas, pensant qu’ils appartenaient aux hommes d’Abû Sufyân. Ils les frappèrent, jusqu’à ce que, sous les coups, ils finissent par reconnaître qu’ils étaient au service d’Abû Sufyân. Alors les musulmans les relâchèrent. Après avoir terminé sa prière, le Messager d’Allah dit : « Lorsqu’ils disaient la vérité, vous les avez frappés, et lorsqu’ils mentaient, vous les avez relâchés. Quelle est donc votre conduite ? Ils disaient pourtant vrai : ce sont des hommes des Qurayshites. Donnez-moi des informations sur les Qurayshites. » Ils répondirent : « Par Allah, voyez cette dune de sable au loin ? Ils se trouvent de l’autre côté. » Le Messager d’Allah demanda : « Combien sont-ils ? » Aslam et ʿÂrîd répondirent : « Nous ne savons pas. » Il demanda : « Combien d’animaux abattent-ils chaque jour ? » Ils répondirent : « Certains jours, dix ; d’autres jours, neuf. » Le Messager d’Allah dit : « Ils doivent donc être entre neuf cents et mille. » Puis il demanda : « Quels dirigeants qurayshites sont venus ? » Ils répondirent : « ʿUtba ibn Rabîʿa, Shayba ibn Rabîʿa, Abû al-Bukhtarî ibn Hishâm, Hakîm ibn Hizâm, Nawfal ibn Khuwaylid, al-Hârith ibn ʿÂmir ibn Nawfal, Tuʿayma ibn ʿAdî ibn Nawfal, an-Nadr ibn al-Hârith, Zumʿa ibn al-Aswad, Abû Jahl ibn Hishâm, Umayya ibn Khalaf, les deux fils de Hajjâj, Nabîh et Munabbih, Suhayl ibn ʿAmr et ʿAmr ibn ʿAbd Wudd. » Après avoir obtenu ces informations, le Messager d’Allah se rendit auprès des musulmans et dit : « La Mecque vous a envoyé ses notables les plus éminents. »
Auparavant, Basbâs ibn ʿAmr et ʿAdî ibn Abî Zaghbâ étaient arrivés dans la plaine de Badr en reconnaissance. Ils descendirent de leurs chameaux près d’une colline voisine du point d’eau et remplirent une outre d’eau. Mujdî ibn ʿAmr al-Juhanî se trouvait alors au bord du point d’eau. Parmi les personnes venues à ce point d’eau se trouvaient deux servantes. L’une d’elles réclama à l’autre le paiement de ce qui lui était dû. La servante endettée répondit : « La caravane arrivera demain ou après-demain. Je travaillerai alors pour la caravane et je te rembourserai ce que je te dois. » Mujdî dit : « Tu as raison. » Puis il les réconcilia. Ayant entendu cette conversation, ʿAdî et Basbâs retournèrent auprès du Messager d’Allah et lui rapportèrent ce qu’ils avaient entendu. Pour prendre des précautions, Abû Sufyân ibn Harb partit en avant, laissant la caravane derrière lui. Arrivé au point d’eau, il demanda à Mujdî ibn ʿAmr : « As-tu remarqué quelqu’un aller et venir ? » Celui-ci répondit : « Je n’ai vu personne de suspect. J’ai seulement vu deux cavaliers sur des chameaux venir près de cette colline, descendre de leurs montures, remplir une outre d’eau, puis repartir. » Abû Sufyân se rendit à l’endroit où Basbâs et ʿAdî étaient descendus de leurs chameaux. Il y trouva un peu de crottin de leurs deux montures, le ramassa et l’émietta. Il y découvrit quelques noyaux. En les voyant, il dit : « Par Allah, c’est du fourrage pour bétail de Yathrib. » Il se précipita vers sa caravane. Il la détourna de son itinéraire, contourna la plaine de Badr et prit rapidement la route longeant le bord de la mer.
Lorsqu’Abû Sufyân fut certain d’avoir sauvé sa caravane, il envoya ce message à l’armée qurayshite : « Vous êtes venus protéger votre caravane commerciale, vos hommes et vos biens. Allah les a préservés. Retournez donc à La Mecque. » Abû Jahl répondit : « Nous ne retournerons en aucun cas avant d’avoir atteint la foire de Badr. Nous y resterons trois jours, nous abattrons des animaux et organiserons de grands festins, nous boirons du vin, les chanteuses joueront des instruments et chanteront, et nous raconterons aux Arabes notre expédition ainsi que la formation de notre armée. Ainsi, la crainte que nous leur inspirons s’enracinera à jamais dans leurs cœurs. Allons donc à la foire. » Il faut préciser qu’une foire se tenait chaque année dans la plaine de Badr et qu’elle était l’une des plus célèbres d’Arabie.
Les Qurayshites poursuivirent ensuite leurs préparatifs et leur organisation. Ils dressèrent leurs tentes de l’autre côté d’une colline désertique relativement éloignée, dans la plaine de Badr. Allah fit tomber une pluie abondante. Le sol de la plaine n’était pas particulièrement aride ; il était quelque peu humide. Le Messager d’Allah et ses Compagnons reçurent également une telle quantité de pluie que le sol de leur campement fut détrempé, sans toutefois rendre leurs déplacements difficiles. En revanche, le sol du campement des Qurayshites devint si boueux et détrempé qu’ils ne purent plus se déplacer. Le Messager d’Allah fit avancer l’armée musulmane vers un endroit où l’eau s’était davantage accumulée.
Hubâb ibn al-Mundhir demanda : « Ô Messager d’Allah, as-tu choisi cet endroit sur ordre d’Allah, de sorte que nous ne puissions ni nous en écarter ni le dépasser ? Ou bien est-ce ton propre avis stratégique ? » Il répondit : « C’est simplement une stratégie et mon propre avis. » Hubâb dit : « Ô Messager d’Allah, le choix de cet endroit n’est pas judicieux. Pars donc d’ici avec tout le monde et installe les tentes à un endroit où il y a relativement moins d’eau. Ensuite, nous boucherons les puits qui se trouvent aux alentours. Nous construirons au-dessus d’eux un bassin que nous remplirons d’eau, puis nous combattrons l’ennemi. Ainsi, nous disposerons de suffisamment d’eau potable, tandis qu’eux n’en auront pas. » Le Messager d’Allah dit : « Tu as raison. » Puis il partit avec tout le monde et installa les tentes dans un endroit où il y avait peu d’eau accumulée. Il ordonna ensuite de boucher les puits, ce qui fut fait. Puis un bassin fut construit au-dessus de l’un des puits et rempli d’eau. Des récipients furent également déposés dans l’eau.
Sa’d ibn Mu‘âdh dit : « Ô Messager d’Allah, permettez-nous de construire pour vous un abri fortifié, dans lequel vous demeurerez, tandis que nous vous porterons. Puis nous irons affronter l’ennemi. Si Allah nous accorde la victoire, notre espoir sera réalisé. Mais si ce n’est pas le cas, nous vous porterons et vous rejoindrez les autres musulmans. Ô Prophète d’Allah, un grand nombre de musulmans n’ont pas pu venir avec vous uniquement parce qu’ils ne savaient pas que vous alliez partir au combat. Ils ne vous aiment pas moins que nous. S’ils avaient su que vous alliez combattre, ils ne se seraient certainement pas abstenus de venir à la bataille. Par leur intermédiaire, Allah vous aurait protégé, et ils auraient veillé à votre intérêt et combattu à vos côtés. »
En entendant les paroles de Sa’d, le Messager d’Allah se réjouit, le loua et pria pour son bien. Puis on construisit pour le Messager d’Allah un abri fortifié, dans lequel il demeura.
Au matin, les Quraysh sortirent par les dunes de sable. Dès que le Messager d’Allah les vit descendre, il invoqua Allah : « Ô Allah, voici les Quraysh qui, avec orgueil et arrogance, se sont révoltés contre Toi, ont renié Ton Messager et sont venus aujourd’hui combattre. Ô Allah, le moment de l’aide que Tu m’as promise est arrivé. Ô Allah, anéantis-les dès ce matin. »
Lorsque tous furent descendus dans la plaine, un groupe de Quraysh s’avança et arriva au bassin construit par le Messager d’Allah. Hakîm ibn Hizâm se trouvait parmi eux. Le Messager d’Allah dit à ses Compagnons : « Ne les en empêchez pas. » En vérité, tous ceux qui burent à ce bassin furent tués ce jour-là. Le seul cas qui fit exception fut celui de Hakîm ibn Hizâm : il ne fut pas tué. Il embrassa ensuite l’islam et devint un bon musulman. Il se souvint de cet événement toute sa vie. Lorsqu’il devait prêter un serment solennel, il disait même : « Par Celui qui m’a sauvé le jour de la bataille de Badr. »
Lorsque les musulmans furent calmes et fermes, les Quraysh envoyèrent ‘Umayr ibn Wahb al-Jumahî compter les Compagnons du Messager d’Allah. Il monta à cheval, fit le tour de l’armée, puis revint et dit : « Ils sont un peu plus de trois cents, ou peut-être un peu moins. Donnez-moi toutefois encore un peu de temps afin que je vérifie s’ils disposent d’une position secrète ou de renforts. » Il parcourut ensuite toute la plaine, mais ne vit rien. À son retour, il dit : « Je n’ai rien découvert. Cependant, à leur attitude, on dirait qu’ils sont venus résolus à mourir. Les chamelles de Yathrib portent une mort certaine. C’est un groupe dont les épées sont le seul soutien et la seule protection. Par Allah, je suis certain que si l’un d’eux est tué, l’un des vôtres sera tué en échange. Lorsqu’ils auront tué parmi les Quraysh un nombre égal d’hommes, ce ne sera plus une bonne nouvelle pour nous. Réfléchissez donc encore. »
En entendant cela, Hakîm ibn Hizâm se rendit auprès des hommes de l’armée qurayshite. Il alla d’abord trouver ‘Utba ibn Rabî‘a et lui dit : « Ô père d’al-Walîd, vous êtes l’un des anciens chefs des Quraysh. Tout le monde se range à votre avis. Êtes-vous prêt à accomplir une action qui vous rendra mémorable pour l’éternité ? » Il demanda : « Hakîm, que veux-tu dire ? » Hakîm répondit : « Ramenez l’armée qurayshite et prenez la responsabilité de régler l’affaire du meurtre de votre allié, ‘Amr ibn al-Hadramî. » ‘Utba dit : « J’y consens. Je suivrai ton avis sur cette question. Al-Hadramî est mon allié, et je suis prêt à verser le prix du sang et à réparer le dommage financier subi par sa famille. Va trouver Abû Jahl. À mon avis, personne d’autre que lui ne s’opposera au retour des Quraysh. » ‘Utba ibn Rabî‘a se leva alors et s’adressa aux Quraysh : « Ô Quraysh, nous ne tirerons aucun profit du combat contre Muhammad et ses compagnons. Même si nous parvenons aujourd’hui à le tuer, aucune entente ne naîtra jamais entre nous. Aucun homme ne voudra regarder l’autre en face, car chacun sera désigné comme le meurtrier de son cousin paternel, de son cousin maternel ou de l’un de ses proches. Revenons donc et écartons-nous du chemin de Muhammad et de ses compagnons. Laissons leur affaire aux Arabes. Si tous les Arabes se réunissent pour le tuer, notre objectif sera atteint. Et s’ils ne le font pas, nous resterons au moins innocents aux yeux de Muhammad. »
Hakîm raconte : « Je me rendis ensuite auprès d’Abû Jahl et le trouvai en train d’aiguiser son équipement de guerre. Je lui dis : “Ô Abû al-Hakam, ‘Utba m’a envoyé auprès de vous.” Puis je lui rapportai ce qu’avait dit ‘Utba. Il répondit aussitôt : “La raison de ‘Utba est égarée. Muhammad l’a certainement ensorcelé. Cela n’est absolument pas possible. Nous ne repartirons pas avant qu’Allah n’ait tranché définitivement entre nous et Muhammad. Ce que ‘Utba a dit ne vient pas de son cœur. Comme Muhammad et ses compagnons sont très peu nombreux et que son propre fils se trouve parmi eux, il a parlé ainsi par crainte que son fils ne mette sa vie en danger si la bataille avait lieu.” » Il envoya ensuite un message à ‘Âmir ibn al-Hadramî, frère de ‘Amr ibn al-Hadramî qui avait été tué, disant : « Ton allié ‘Utba veut ramener les Quraysh, alors que tu vois de tes propres yeux l’occasion de prendre ta revanche à portée de main. Rappelle donc aux Quraysh leur engagement de venger le meurtre de ton frère. » ‘Âmir ibn al-Hadramî se leva, déchira le vêtement qui couvrait sa poitrine et se mit à se lamenter en criant : « Ô ‘Amr ! Ô ‘Amr ! » Aussitôt, les tambours de guerre retentirent. Les Quraysh furent saisis d’une frénésie guerrière. En un instant, ‘Âmir anéantit la noble initiative prise par ‘Utba. »
Aswad ibn ‘Abd al-Asad al-Makhzûmî était, parmi les Quraysh, un homme extrêmement mauvais et grossier. Il se lança dans son odieuse entreprise et déclara : « Je boirai l’eau du bassin des musulmans, ou bien je le détruirai. Même si cela doit entraîner ma mort, je ne m’en soucie pas. » Lorsqu’il descendit dans la plaine, Hamza ibn ‘Abd al-Muttalib lui fit face. Pendant les attaques et les contre-attaques, Hamza frappa la jambe d’al-Aswad de son épée. Sa jambe fut tranchée et séparée du corps. Il se trouvait alors tout près du bassin. Il tomba sur le dos, et le sang jaillit de sa jambe. Il se remit à ramper vers le bassin et entra à l’intérieur de ses limites afin de tenir son serment. Hamza le poursuivit et le tua à l’intérieur même des limites du bassin.
Puis Utba ibn Rabi’a s’avança sur le champ de bataille. Son frère Chayba et son fils Walid vinrent avec lui. Ayant quitté les rangs des Quraychites et s’étant avancé, il lança un défi au combat singulier. Trois jeunes hommes parmi les Ansar — Awf et Mu’awwiذ ibn al-Harith, deux frères, ainsi qu’Abdullah ibn Rawaha — s’avancèrent pour l’affronter. Les Quraychites demandèrent : « Qui êtes-vous ? » Ils répondirent : « Nous sommes les Ansar. » Ils dirent : « Nous n’avons pas besoin de vous. » Puis l’un d’eux cria : « Ô Muhammad, envoie-nous ceux qui, parmi les membres de notre peuple, sont nos égaux. » L’Envoyé de Dieu (que Dieu le bénisse et le salue) envoya alors Ubayda ibn al-Harith, Hamza et Ali. Lorsqu’ils se présentèrent, leurs adversaires furent contents et dirent : « Très bien. Voilà enfin des adversaires dignes de ce nom. » Le plus jeune combattant moudjahid de l’armée musulmane engagea le combat contre Utba ibn Rabi’a, Hamza contre Chayba et Ali contre Walid ibn Utba. Hamza ne laissa pas à Chayba, pas plus qu’Ali à Walid, la moindre occasion de riposter. Ils les abattirent dès le premier coup. Ubayda et Utba échangèrent chacun un coup et furent tous deux grièvement blessés. Hamza et Ali (que Dieu les agrée) accoururent et achevèrent Utba de leurs épées respectives. Puis ils transportèrent Ubayda sur leurs épaules et le ramenèrent auprès de l’armée musulmane.
Ensuite, les deux camps avancèrent simultanément l’un vers l’autre et se rapprochèrent. L’Envoyé de Dieu (que Dieu le bénisse et le salue) ordonna à ses compagnons de ne pas attaquer avant qu’il ne leur en donne l’ordre. Il dit : « Si les Quraychites vous encerclent, repoussez-les en lançant des flèches. » L’Envoyé de Dieu (que Dieu le bénisse et le salue) rangea alors l’armée musulmane en formation et resta, avec Abu Bakr al-Siddiq, dans l’endroit qui ressemblait à une estrade. Il n’y avait personne d’autre avec eux. Il invoquait Dieu afin qu’Il envoie le secours qu’Il avait promis. Il répétait : « Ô Dieu, si cette poignée de musulmans est détruite aujourd’hui, il ne restera personne pour T’adorer. » Abu Bakr (que Dieu l’agrée) disait : « Ô Envoyé de Dieu, invoque Dieu. Il accomplira certainement la promesse qu’Il t’a faite. » À un moment, l’Envoyé de Dieu (que Dieu le bénisse et le salue) s’assoupit quelques instants à l’intérieur de son estrade. Puis le secours arriva. « Regarde, Jibril arrive en conduisant un cheval par ses rênes. Les plis de son vêtement sont couverts de poussière. » L’instant d’après, l’Envoyé de Dieu (que Dieu le bénisse et le salue) sortit et se rendit sur le champ de bataille. Il exhorta les moudjahidines au combat en disant : « Par Celui qui tient l’âme de Muhammad entre Ses mains, quiconque combattra aujourd’hui les mécréants avec patience et sincérité, en avançant seulement vers l’avant et sans jamais reculer, Dieu le fera entrer au Paradis. » Umayr ibn Humam (que Dieu l’agrée), de la tribu des Banu Salama, mangeait quelques dattes qu’il tenait à la main. En entendant les paroles de l’Envoyé de Dieu (que Dieu le bénisse et le salue), il dit : « Merveilleux ! Il ne me reste donc, pour entrer au Paradis, aucun obstacle si ce n’est de gagner le martyre. » Sur ces mots, il jeta les dattes qu’il avait en main, saisit son épée et se lança dans le combat contre les mécréants. Peu après, il mourut en martyr.
Puis l’Envoyé de Dieu (que Dieu le bénisse et le salue) s’avança vers les Quraychites, une poignée de poussière à la main. Il la souffla et la dispersa en disant : « Que leurs visages soient défigurés ! » Puis il ordonna à ses compagnons : « Lancez une attaque vigoureuse. » En peu de temps, les Quraychites subirent une défaite écrasante. Nombre de leurs principaux chefs furent tués ou faits prisonniers.
Ibn Abbas (que Dieu l’agrée) rapporte que, ce jour-là, l’Envoyé de Dieu (que Dieu le bénisse et le salue) dit à ses compagnons : « J’ai appris que plusieurs membres des Banu Hashim ont été conduits de force à la guerre. Ils ne souhaitent nullement combattre à nos côtés. Si donc l’un des Banu Hashim tombe entre vos mains, ne le tuez pas. Si Abul-Bukhtari ibn Hisham tombe devant l’un de vous, ne le tuez pas non plus, car lui aussi y a été traîné de force. » Un certain Abu Hudhayfa, de l’armée musulmane, dit : « Nous tuerons nos pères, nos frères, nos fils et nos proches, et pourquoi épargnerions-nous Abbas ? S’il tombe devant moi, je le frapperai de mon épée. » Lorsque l’Envoyé de Dieu (que Dieu le bénisse et le salue) entendit cela, il appela Umar ibn al-Khattab (que Dieu l’agrée) et lui dit : « Ô Umar, peut-on frapper de l’épée le visage de l’oncle de l’Envoyé de Dieu ? » Umar répondit : « Ô Envoyé de Dieu, permets-moi de lui trancher le cou avec mon épée. Je suis certain qu’Abu Hudhayfa est devenu hypocrite. » Par la suite, Abu Hudhayfa disait : « Les paroles que j’ai prononcées le jour de la bataille de Badr m’ont rempli d’inquiétude. Cette inquiétude ne me quittera pas tant qu’elle n’aura pas été expiée par le martyre. » Il mourut plus tard en martyr lors de la bataille de Yamama.
Les anges avaient aidé les musulmans lors de nombreux jours d’épreuve. Il ordonna cependant de vérifier si le corps d’Abu Jahl se trouvait parmi les morts. Ibn Mas’ud rapporte : je lui tranchai la tête et l’apportai à l’Envoyé de Dieu (que Dieu le bénisse et le salue). Je dis : « Ô Envoyé de Dieu, voici la tête d’Abu Jahl, l’ennemi de Dieu. » L’Envoyé de Dieu (que Dieu le bénisse et le salue) demanda : « Est-ce vraiment lui ? » Je répondis : « Par Dieu, oui. » Ibn Mas’ud rapporte qu’il était devenu la résolution de l’Envoyé de Dieu (que Dieu le bénisse et le salue) de tuer Abu Jahl. Je déposai ensuite sa tête devant l’Envoyé de Dieu (que Dieu le bénisse et le salue), qui loua Dieu et Lui exprima sa reconnaissance.
Plus tard, l’Envoyé de Dieu (que Dieu le bénisse et le salue) ordonna que les corps des chefs quraychites soient jetés dans le puits. Tous les corps y furent jetés, à l’exception de celui d’Umayya ibn Khalaf. Le corps d’Umayya était gonflé et collé à son vêtement militaire. Lorsque les compagnons tentèrent de le détacher de son vêtement, sa chair commença à se déchirer. Voyant cela, ils le laissèrent tel quel et le recouvrirent de terre et de pierres. Après que les corps eurent été jetés dans le puits, l’Envoyé de Dieu (que Dieu le bénisse et le salue) s’y tint debout. C’était au milieu de la nuit. Les compagnons l’entendirent appeler un à un par leur nom tous ceux qui avaient été jetés dans le puits : « Ô habitants du puits, ô Utba, Chayba, Umayya et Abu Jahl ! Avez-vous bien trouvé la promesse que Dieu vous avait faite ? Quant à moi, j’ai trouvé réalisée la promesse de mon Seigneur. » Les musulmans dirent : « Ô Envoyé de Dieu, t’adresse-tu à des gens qui sont morts et dont les corps se sont décomposés ? » L’Envoyé de Dieu (que Dieu le bénisse et le salue) répondit : « Ils entendent mes paroles tout comme vous les entendez, mais ils ne peuvent pas répondre. »
Ensuite, le Messager d’Allah — qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix — ordonna de rassembler les biens du butin qui se trouvaient auprès de l’armée musulmane. Les musulmans se disputèrent à leur sujet. Ceux qui avaient rassemblé ces biens dirent : « Ils nous reviennent. » Ceux qui avaient combattu l’ennemi dirent : « Ils nous reviennent, car si nous n’avions pas combattu, vous n’auriez pas eu l’occasion de les rassembler. Comme nous étions engagés dans le combat contre les Quraychites, nous n’avons pas pu nous joindre à vous pour rassembler le butin, ce qui vous a permis de le réunir. » Ceux qui avaient été chargés de garder le Messager d’Allah — qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix —, craignant que les ennemis ne l’attaquent par une autre voie, dirent : « Par Allah, vous n’avez pas plus de droit que nous sur ces biens. Nous aussi, nous avions maîtrisé l’ennemi et nous avions l’intention de le tuer. Rien ne nous empêchait non plus de rassembler ces biens, et nous voulions le faire. Mais, craignant que les ennemis ne lancent une nouvelle attaque contre le Messager d’Allah — qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix —, nous avons été affectés à sa garde. Votre droit sur ces biens n’est donc pas supérieur au nôtre. »
Le Messager d’Allah — qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix — envoya ʿAbd Allah ibn Rawâha dans les hauteurs de Médine et Zayd ibn Hâritha dans sa partie basse, afin d’annoncer aux musulmans la nouvelle de la victoire. Puis il se mit en route vers Médine, accompagné de toute son armée et des prisonniers de guerre polythéistes. Parmi ces prisonniers se trouvaient ʿUtba ibn Abî Muʿayt et an-Nadr ibn al-Hârith. Le Messager d’Allah — qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix — emportait également les biens du butin pris aux polythéistes. Il confia la garde du butin à ʿAbd Allah ibn Kaʿb ibn ʿAmr ibn ʿAwf.
Après avoir quitté le défilé de Safrâ et atteint une colline de sable située entre le défilé et an-Nâziya, le Messager d’Allah — qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix — s’y assit et partagea équitablement le butin entre les musulmans. Puis il reprit sa route. Lorsqu’il arriva à Rawhâ, les musulmans de l’endroit se mirent à féliciter le Messager d’Allah — qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix — et ses Compagnons pour la grande victoire qu’Allah leur avait accordée. Salama ibn Sulâma — qu’Allah l’agrée — dit alors : « Pourquoi nous félicitez-vous ? Nous n’avons combattu que quelques vieillards expérimentés. Ils étaient devenus aussi faibles que des chameaux captifs. Nous les avons donc égorgés. » Le Messager d’Allah — qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix — sourit légèrement et dit : « Mon neveu, ce sont précisément eux qui détenaient l’autorité. »
Lorsqu’ils atteignirent le défilé de Safrâ, le prisonnier de guerre an-Nadr ibn al-Hârith fut tué. Ce fut ʿAlî, le fils d’Abû Tâlib, qui le tua. Ensuite, ils poursuivirent leur route. Arrivés à al-ʿArq al-Zabiyya, ils tuèrent également ʿUqba ibn Abî Muʿayt. Lorsque le Messager d’Allah — qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix — ordonna son exécution, ʿUqba dit : « Qui s’occupera des enfants, ô Muhammad ? » Le Messager d’Allah — qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix — répondit simplement : « Le Feu ! » Puis ʿÂsim ibn Thâbit ibn Abî al-Aflaḥ al-Anṣârî tua ʿUqba ibn Muʿayt. Ensuite, le Messager d’Allah — qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix — se remit en route. Il arriva à Médine un jour avant l’arrivée des prisonniers de guerre. Lorsque ceux-ci arrivèrent, ils furent répartis entre les Compagnons pour être hébergés. Puis il dit : « Traitez les prisonniers de guerre avec compassion. »
Pendant ce temps, al-Haythamân ibn ʿAbd Allah arriva le premier à La Mecque, porteur de la nouvelle humiliante de la défaite accablante des Quraychites. Les Quraychites se mirent à pleurer leurs morts. Puis, reprenant leur sang-froid, ils se dirent les uns aux autres : « Ne vous lamentez pas ainsi. Si Muhammad et ses compagnons l’apprennent, ils applaudiront de joie. Et ne vous empressez pas de racheter les prisonniers, afin que Muhammad et ses compagnons n’aient pas l’occasion d’exiger de vous une rançon élevée. » Aswad, fils de ʿAbd al-Muṭṭalib, avait perdu ses trois fils : Zamʿa, ʿAqîl et al-Hârith. Il désirait se lamenter sur eux. À ce moment-là, au cœur de la nuit, il entendit les pleurs d’une femme affligée. Aswad, qui était aveugle, dit à l’un de ses esclaves : « Va te renseigner pour savoir si les lamentations à haute voix sont désormais permises. Regarde si les Quraychites pleurent leurs morts. Alors je pleurerai Zamʿa, car mon cœur est consumé. » L’esclave revint et l’informa : « Une femme se lamente parce qu’elle a perdu son chameau. » En entendant cela, Aswad récita les vers suivants : « Cette femme veille toute la nuit à pleurer ainsi pour un chameau : quelle étrange chose ! En réalité, elle ne pleure pas un jeune chameau, mais une pleine lune dont la bonne fortune fut très limitée. Cette pleine lune pour laquelle les Banû Ḥuṣayṣ, les Makhzûm et le clan d’Abû al-Walîd sont en larmes. Si je pleure, nombreux sont ceux qui pleureront ʿAqîl et le vaillant lion al-Hârith. Il est impossible d’énumérer tous ces gens en larmes. En vérité, Zamʿa n’a pas son pareil. »
Ensuite, les Quraychites organisèrent l’envoi des rançons destinées à libérer les prisonniers de guerre. Après avoir d’abord obtenu leur accord pour libérer Suhayl ibn ʿAmr, les musulmans dirent : « Donnez maintenant la rançon. » Miqrâz dit : « Gardez-moi prisonnier à la place de Suhayl et libérez-le, afin qu’il puisse aller envoyer sa rançon. » Ils acceptèrent, libérèrent Suhayl et gardèrent Miqrâz prisonnier à sa place. Auparavant, ʿUmar ibn al-Khaṭṭâb — qu’Allah l’agrée — avait dit au Messager d’Allah — qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix — : « Ô Messager d’Allah, permets-moi d’arracher les dents de devant de Suhayl, afin que sa langue sorte lorsqu’il parlera et qu’il ne puisse plus jamais prononcer de discours contre toi. » Le Messager d’Allah — qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix — répondit : « Je ne défigurerai pas son visage, car Allah défigurerait alors le mien, bien que je sois Prophète. »
L’un des prisonniers de guerre était le gendre du Messager d’Allah — qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix —, Abû al-ʿÂṣ ibn Rabîʿ ibn ʿAbd al-ʿUzzâ, l’époux de sa fille Zaynab. La conversion de Zaynab à l’islam entraîna sa séparation d’avec Abû al-ʿÂṣ, mais le Messager d’Allah — qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix — ne put concrètement les séparer. Ainsi, bien que Zaynab fût devenue musulmane, elle continua de vivre dans la maison de son époux polythéiste. C’est dans cet état de choses que le Messager d’Allah — qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix — émigra. Plus tard, lorsque les Quraychites partirent pour la bataille de Badr, Abû al-ʿÂṣ se joignit lui aussi à eux. Il devint ainsi l’un des prisonniers de guerre et fut amené à Médine auprès du Messager d’Allah — qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix —.
Ensuite, les habitants de La Mecque commencèrent à envoyer les rançons destinées à libérer les prisonniers de guerre. Zaynab envoya également une somme d’argent ainsi que le collier que Khadîja lui avait donné lors de son mariage, comme rançon pour Abû al-ʿÂṣ ibn Rabîʿ. En voyant le collier, le Messager d’Allah — qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix — fut profondément ému. Il dit à ses Compagnons : « Si vous le jugez bon, vous pouvez rendre la rançon envoyée par Zaynab et libérer son prisonnier. » Les Compagnons le libérèrent et rendirent l’argent ainsi que le collier envoyés au titre de la rançon.
Abû al-Âs se rendit à La Mecque, tandis que Zaynab vint s’installer à Médine auprès du Messager d’Allah, qu’Allah le bénisse et le salue. L’islam les sépara. À la veille de la conquête de La Mecque, Abû al-Âs se rendit en Syrie pour affaires. Il détenait, en dépôt, l’argent commercial qui lui avait été confié comme capital, le sien et celui des Quraychites. Après avoir achevé ses transactions, alors qu’il revenait, une troupe envoyée par le Messager d’Allah, qu’Allah le bénisse et le salue, s’empara de ses marchandises, tandis qu’Abû al-Âs s’enfuit et sauva sa vie. Lorsque la troupe se présenta auprès de Zaynab, la fille du Messager, et lui demanda sa protection, Zaynab la lui accorda. Il était venu réclamer la restitution de ses biens. Le matin, le Messager d’Allah, qu’Allah le bénisse et le salue, alla prier et se tint en prière avec ses Compagnons. Alors Zaynab cria depuis l’appartement des femmes : « Ô gens, sachez que j’ai accordé ma protection à Abû al-Âs ibn al-Rabî‘. » Après avoir prononcé le salâm final, le Messager d’Allah, qu’Allah le bénisse et le salue, se tourna vers tous et dit : « Ô musulmans, avez-vous entendu ce que j’ai entendu ? » Tous répondirent : « Oui, nous l’avons entendu. » Le Messager d’Allah, qu’Allah le bénisse et le salue, dit : « Par Allah, je ne savais rien de cette affaire avant d’entendre cette déclaration. Selon le pacte, toute personne peut demander la protection des musulmans. » Puis le Messager d’Allah, qu’Allah le bénisse et le salue, se rendit auprès de sa fille et lui dit : « Zaynab, prends bien soin d’Abû al-Âs, mais qu’il ne vienne pas te voir en privé, car tu ne lui es désormais plus licite. »
Abdullah ibn Abû Bakr rapporte qu’il envoya un message à la troupe qui avait pris les biens d’Abû al-Âs : « Vous savez quel lien nous avons avec lui. Vous vous êtes emparés d’une partie de ses biens. Si vous acceptez de les lui restituer par bonté, cela nous plaira. Mais si vous ne le souhaitez pas, ce sont des biens du butin qu’Allah vous a accordés, et vous en êtes les ayants droit légitimes. » Ils répondirent : « Ô Messager d’Allah, nous allons plutôt lui restituer ses biens. » Alors l’un rapporta un seau, un autre son ancienne outre, un autre encore son récipient en cuir, et l’un d’eux restitua même un petit manche en bois. Ainsi, il recouvra tous ses biens exactement tels qu’ils étaient. Il ne manquait absolument rien. Il les emporta ensuite à La Mecque et restitua à chacun des Quraychites ce qui lui appartenait, puis dit : « Ô Quraychites, reste-t-il à l’un d’entre vous quelque bien qui ne lui aurait pas encore été rendu ? » Ils répondirent : « Qu’Allah te récompense de la meilleure manière. Nous n’avons plus aucun droit à réclamer. Tu t’es comporté envers nous comme un homme véritablement digne de confiance et noble. » Il dit alors : « J’atteste donc qu’il n’y a de divinité qu’Allah et que Muhammad est Son serviteur et Son Messager. Par Allah, je n’ai accepté l’islam auprès du Messager d’Allah, qu’Allah le bénisse et le salue, que par crainte que vous ne pensiez que je l’avais fait dans le but de m’approprier vos biens. Lorsque Allah eut fait en sorte que ceux-ci vous parviennent et que je fus libéré de toute responsabilité, j’embrassai alors l’islam. » Puis Abû al-Âs se rendit auprès du Messager d’Allah, qu’Allah le bénisse et le salue.
Parmi les prisonniers de guerre de Badr qui furent libérés par clémence, sans payer de rançon, se trouvaient : Abû al-Âs ibn al-Rabî‘, al-Muttalib ibn Hantab, Sayfî ibn Abû Rifâ‘a et Abû ‘Azza ‘Amr ibn Abdullah ibn ‘Uthmân. Abû ‘Azza était pauvre et chargé d’une nombreuse famille de filles. Il se rendit auprès du Messager d’Allah, qu’Allah le bénisse et le salue, et lui dit : « Ô Messager d’Allah, vous savez quels biens je possède. Je suis extrêmement pauvre et accablé par la charge de nombreux enfants. Faites-moi donc grâce. » Le Messager d’Allah, qu’Allah le bénisse et le salue, lui remit sa rançon et lui fit promettre qu’il ne prendrait plus jamais les armes contre lui. Abû ‘Azza retourna auprès de son clan et récita, à la louange du Messager d’Allah, qu’Allah le bénisse et le salue, le poème suivant
« Qui transmettra ce message de ma part au Messager Muhammad ?
Vous êtes la vérité et le souverain de l’univers, digne de toute louange.
Vous êtes celui qui appelle à la vérité et à la justice,
une personne éminemment honorée et de haut rang auprès d’Allah le Très-Haut,
vous êtes pour nous une personne éminemment honorée et de haut rang,
Celui contre qui vous combattez est profondément malheureux,
tandis que celui avec qui vous concluez la paix est comblé de bonheur. »
La rançon exigée des polythéistes variait de mille à quatre mille dirhams par prisonnier. Toutefois, les personnes démunies bénéficiaient de la clémence et étaient libérées sans rançon. Au total, 83 Muhajirûn, 161 Ansar de la tribu des Aws et 170 Ansar de la tribu des Khazraj participèrent à la bataille de Badr, et le Messager d’Allah — qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix — leur attribua une part du butin. Le nombre des musulmans ayant participé à la bataille de Badr, parmi les Ansar et les Muhajirûn, s’élevait à trois cent quatorze. Le Messager d’Allah — qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix — leur accorda à tous une part du butin ainsi qu’une rétribution. La bataille de Badr eut lieu le matin du vendredi 17 Ramadan.
L’expédition contre les Banû Sulaym
Après son retour de la bataille de Badr, le Messager d’Allah — qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix — demeura sept jours à Médine. Puis il mena une expédition contre la tribu des Banû Sulaym. Il la dirigea lui-même et s’empara d’un point d’eau appelé Qadr, sans y rencontrer aucune résistance. Il passa à Médine les jours restants de Shawwal ainsi que tout le mois de Dhul-Qa‘da. Durant cette période, il libéra la plupart des prisonniers de guerre qurayshites contre rançon. [58. Lorsqu’il partit pour cette expédition, le Messager d’Allah — qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix — nomma Siba ibn Arqatha al-Ghifari responsable de Médine. Certains disent qu’il confia la responsabilité de Médine à Ibn Umm Maktum.]
L’expédition de Sawîq
C’est également au mois de Dhul-Hijja qu’Abû Sufyân ibn Harb mena l’expédition de Sawîq. Cette année-là, les polythéistes partirent combattre sans accomplir le pèlerinage. En effet, après être retournés à La Mecque, accablés par l’humiliation de leur défaite à Badr, Abû Sufyân et les autres Qurayshites jurèrent de ne plus se laver la tête avec de l’eau afin de se purifier de l’impureté due aux rapports sexuels, jusqu’à ce qu’ils lancent une nouvelle attaque contre Muhammad — qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix — et prennent une revanche appropriée. [59. Comme le pèlerinage et le mariage, cette pratique du bain rituel existait également à l’époque de la Jâhiliyya.] Pour tenir ce serment, Abû Sufyân partit avec deux cents cavaliers. Après avoir franchi Najdiya, il installa son campement près d’une source située à proximité d’une montagne appelée Sâ’ib, non loin de Médine. Puis, dans l’obscurité de la nuit, il se rendit chez Huyayy ibn Akhtab, des Banû Nadîr, et frappa à la porte. Inquiet, Huyayy refusa d’ouvrir. Abû Sufyân se rendit alors auprès de Sallâm ibn Mishkam. Celui-ci était à cette époque le chef des Banû Nadîr et le gardien du fonds qu’ils avaient constitué pour faire face aux crises et aux situations d’urgence. Lorsque Abû Sufyân demanda l’autorisation d’entrer chez lui, il la lui accorda et l’accueillit également. Sallâm l’informa de la situation intérieure de Médine. Ensuite, avant la fin de la nuit, Abû Sufyân retourna auprès de ses compagnons. Il envoya quelques hommes de l’armée qurayshite vers Médine. Ils atteignirent un lieu appelé Uraïb, dans les environs de Médine. Ils y mirent le feu à une palmeraie. Ils y trouvèrent un Ansari et l’un de ses alliés dans une ferme qu’ils exploitaient conjointement, et les tuèrent. Puis ils disparurent dans la direction d’où ils étaient venus. Les habitants de Médine eurent connaissance de leurs agissements. Le Messager d’Allah — qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix — partit à leur recherche, en laissant Bashîr ibn ‘Abd al-Mundhir chargé de Médine. Arrivé à un endroit appelé Qarqarat al-Qadr, il ne trouva aucune trace d’Abû Sufyân et de ses hommes et revint. Il aperçut dans la ferme quelques objets qu’ils avaient abandonnés. Pour s’alléger et fuir rapidement, ils les avaient jetés. [60. La plupart des objets abandonnés par les Qurayshites étaient de la farine de blé ou d’orge, qui pouvait être consommée avec du lait, du miel et du beurre clarifié, ou avec de l’eau. Cette farine se dit sawîq en arabe. C’est pourquoi cette expédition fut appelée l’expédition de Sawîq.] Comme ils étaient revenus sans combattre, les musulmans demandèrent au Messager d’Allah — qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix — : « Ô Messager d’Allah, cela sera-t-il considéré comme notre jihâd ? » Le Messager d’Allah — qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix — répondit : « Oui. »
L’expédition de Dhû Âmar
Après être revenu de l’expédition de Sawîq, l’Envoyé d’Allah (qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix) passa à Médine tout le reste, ou presque tout le reste, du mois de Dhû al-Hijja. Puis il mena une expédition contre la tribu Ghatafân du Najd. Cette expédition fut appelée l’expédition de Dhû Qar. Il demeura au Najd durant tout le mois de Safar, ou presque tout ce mois. Il passa également tout le mois de Rabî‘ al-Awwal à Médine, à l’exception de quelques jours.
L’expédition de Furû de Bahrân
Cette fois, il mena encore une expédition contre les Quraysh. Après avoir traversé le Hijâz, il atteignit Bahrân en passant par la région de Furû. Il y passa les mois de Rabî‘ ath-Thânî et de Jumâdâ al-Ulâ. Puis il retourna sain et sauf à Médine.
La bataille de Banû Qaynuqâ
L’affaire principale concernant Banû Qaynuqâ fut la suivante : une femme arabe apporta des marchandises au marché de la tribu de Banû Qaynuqâ pour les vendre. Elle s’assit près de la boutique d’un orfèvre. Les gens de la boutique lui demandèrent de découvrir son visage, mais elle refusa. Alors l’orfèvre prit un coin du vêtement qu’elle portait et l’attacha à son dos. La femme ne s’en aperçut pas. Lorsqu’elle se leva, elle se retrouva aussitôt dénudée. Les gens du marché, voyant cela, éclatèrent de rire. La femme se mit immédiatement à crier. Un musulman attaqua l’orfèvre et le tua. L’orfèvre était juif. Les Juifs se rassemblèrent donc et tuèrent ce musulman. Alors la famille du musulman tué implora l’aide des musulmans. Ceux-ci attaquèrent sous l’effet de la colère, et une guerre éclata entre les musulmans et Banû Qaynuqâ.
Parmi les Juifs de Médine, Banû Qaynuqâ furent les premiers à violer le pacte conclu entre eux et l’Envoyé d’Allah (qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix). L’Envoyé d’Allah (qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix) les assiégea donc et les contraignit à se rendre à des conditions favorables. Après que, par l’aide d’Allah, l’Envoyé d’Allah (qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix) les eut soumis, ‘Abdullah ibn Ubayy ibn Salûl vint le trouver et lui dit : « Ô Muhammad, traitez mes alliés avec bienveillance. » L’Envoyé d’Allah (qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix) ne répondit pas à ses paroles. Il répéta : « Ô Muhammad, traitez mes alliés avec bonté. » L’Envoyé d’Allah (qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix) détourna le visage. Alors il passa la main dans la poche de la cuirasse de l’Envoyé d’Allah (qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix), qui lui dit : « Lâche-moi. » À cet instant, l’Envoyé d’Allah (qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix) se mit dans une telle colère que son visage devint rouge. Puis il lui dit : « Allons, lâche-moi donc. » Il répondit : « Non, donne-moi d’abord l’assurance que tu traiteras mes alliés avec bonté ; alors je te lâcherai. Croyez-moi, quatre cents guerriers tête nue et trois cents guerriers portant une armure m’ont protégé de tous les habitants du monde. Et voilà que vous voulez les anéantir en un seul jour ! Je ne suis pas en sécurité un seul instant sans eux. » L’Envoyé d’Allah (qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix) dit : « Très bien. Je les laisse à ta merci. »
Ensuite, ‘Ubâda ibn as-Sâmit (qu’Allah l’agrée) se présenta auprès de l’Envoyé d’Allah (qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix). Il avait lui aussi des liens d’alliance avec Banû Qaynuqâ. Mais, sans leur accorder la moindre considération, il les remit à la décision de l’Envoyé d’Allah (qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix) et se déclara, devant Allah et Son Envoyé, dégagé de toute responsabilité concernant le pacte qu’il avait conclu avec eux. Il dit : « Ô Envoyé d’Allah, mes seuls alliés et amis sont Allah, Son Envoyé et les croyants. Je suis entièrement dégagé de l’alliance de ces mécréants. »
C’est au sujet de ‘Ubâda ibn as-Sâmit et de ‘Abdullah ibn Ubayy que furent révélés les versets suivants de la sourate al-Mâ’ida :
« Ô vous qui croyez, ne prenez jamais les juifs et les chrétiens pour amis et alliés. Ils sont alliés les uns des autres. Quiconque, parmi vous, les prend pour alliés sera compté parmi eux. Certes, Allah ne guide pas les injustes dans la bonne voie. Tu verras ceux dont le cœur est malade s’empresser à leur sujet et dire : “Nous craignons qu’un malheur ne nous atteigne.” Mais Allah peut apporter la victoire ou faire survenir un événement de Sa part ; alors ils regretteront ce qu’ils cachaient en eux-mêmes. Les croyants diront : “Est-ce là la situation de ceux qui juraient solennellement et proféraient de longues paroles, affirmant qu’ils étaient avec vous ?” Leurs bonnes œuvres ont été réduites à néant et ils se sont retrouvés perdants. Ô vous qui croyez, si l’un d’entre vous renie sa religion, Allah fera bientôt apparaître un peuple qu’Il aime et qui L’aime, humble envers les croyants et ferme envers les mécréants, qui combattra dans le chemin d’Allah et ne craindra le blâme d’aucun blâmeur. Telle est une faveur particulière d’Allah : Il l’accorde à qui Il veut. En vérité, la faveur d’Allah est immense. Il l’accorde à qui Il veut. En vérité, Allah est Omniscient, présent partout. Votre seul allié est Allah, ainsi que Son Messager et les croyants qui accomplissent la prière, s’acquittent de la zakat et se soumettent à Allah. Quiconque prend Allah, Son Messager et les croyants pour alliés appartient au parti d’Allah ; et qu’il sache que le parti d’Allah est celui qui remporte la victoire finale. »
L’expédition de Zayd ibn Haritha à Qarada
Qarada est un point d’eau du Najd. La raison de cette expédition était qu’après l’événement de Badr, les Qurayshites, jugeant dangereux d’emprunter leur route habituelle vers la Syrie, avaient commencé à passer par la route de l’Irak. Une caravane commerciale, dirigée par Abu Sufyan, emprunta cette route en direction de la Syrie. Sa principale cargaison consistait en une grande quantité d’argent. Furat ibn Hayyan, des Banu Bakr ibn Wa’il, leur servait de guide à gages. Le Messager d’Allah, qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix, envoya Zayd ibn Haritha attaquer cette caravane. Celui-ci l’intercepta à Qarada. Les hommes de la caravane s’enfuirent, terrorisés pour leur vie, et il se présenta auprès du Messager d’Allah, qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix, avec toute la caravane et ses marchandises.
La bataille d’Uhud
Lorsque les mécréants qurayshites arrivèrent à La Mecque, la honte de la défaite de la bataille de Badr sur la tête, et qu’Abu Sufyan y retourna avec sa caravane, un groupe de Qurayshites, parmi lesquels figuraient Abdullah ibn Abi Rabia, Ikrima ibn Abi Jahl et Safwan ibn Umayya, dont les pères, les fils ou les frères avaient été tués au combat, se rendit auprès d’Abu Sufyan. Les bénéfices réalisés cette fois-là par la caravane d’Abu Sufyan se trouvaient encore entre ses mains. Ils dirent : « Ô Qurayshites, Muhammad vous a infligé une immense perte et a tué vos meilleurs hommes. Aidez-nous donc cette fois avec tous les biens de cette caravane ; nous espérons ainsi pouvoir venger comme il se doit ceux que nous avons perdus. » Tous donnèrent leur accord.
Ensuite, Abu Sufyan, ainsi que les non-Qurayshites qui faisaient partie de sa caravane, notamment ceux de la tribu de Kinana et les habitants de la Tihama qui étaient loyaux envers Quraysh, donnèrent leur accord pour partir au combat. Les Qurayshites décidèrent alors eux aussi d’aller combattre Muhammad. Afin d’attiser le désir de vengeance et d’empêcher les combattants de fuir, les Qurayshites emmenèrent également plusieurs femmes avec eux. Le commandant Abu Sufyan prit avec lui son épouse Hind bint Utba ; Ikrima ibn Abi Jahl, Umm Hakim bint Harith ; Harith ibn Hisham, Fatima bint Walid ; Safwan ibn Umayya, Barza bint Masud ; et Amr ibn al-As, Barita bint Munabbih. Puis ils avancèrent en direction de Médine. Ils dressèrent leurs tentes près de la montagne de Batn al-Subkha, au bord de deux sources jaillissant d’un canal situé à l’embouchure de la vallée en face de Médine. Le Messager d’Allah, qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix, et les musulmans apprirent qu’ils s’étaient installés à cet endroit. Le Messager d’Allah, qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix, s’adressa aux musulmans et dit : « J’ai fait un bon rêve. J’ai vu qu’une de mes vaches avait été égorgée. J’ai aussi vu comme une fissure apparaître sur le tranchant de mon épée. Et j’ai vu que j’introduisais ma main dans une armure protectrice. [61. Le Messager d’Allah, qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix, a dit : « Le sens de l’égorgement de la vache est que certains de mes Compagnons seront tués. Quant à la fissure que j’ai vue sur le tranchant de mon épée, elle annonce la mort d’un membre de ma famille. »] Par cette armure, j’ai compris qu’il s’agissait de Médine. Si vous pensez que vous devez rester à Médine et les défier au combat tant qu’ils demeurent à l’endroit où ils se sont installés, vous pouvez le faire. S’ils y restent malgré tout, cette position se révélera très mauvaise pour eux. Mais s’ils entrent à Médine, nous les combattrons depuis Médine même. »
En réalité, le Messager d’Allah, qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix, ne souhaitait pas sortir de Médine. Abdullah ibn Ubayy ibn Sulul était également d’avis qu’il ne fallait pas sortir de Médine pour combattre. Mais les musulmans qui n’avaient pas pu prendre part à la bataille de Badr et auxquels Allah avait destiné l’honneur de participer à Uhud et à d’autres combats dirent : « Ô Messager d’Allah, emmène-nous hors de Médine à la rencontre de l’ennemi. Qu’ils ne pensent pas que nous sommes devenus faibles ou lâches. »
Abdullah ibn Ubayy ibn Sulul dit : « Ô Messager d’Allah, restez à Médine, ne sortez pas. Par Allah, si nous sortons de Médine, les ennemis pourront nous infliger davantage de dommages. Mais s’ils entrent à Médine et nous attaquent, nous pourrons leur infliger une défaite plus cuisante. Ô Messager d’Allah, laissez donc les mécréants tels qu’ils sont. S’ils restent là-bas, cet endroit deviendra pour eux le pire des lieux de siège. Et s’ils entrent à Médine, nos hommes les affronteront directement, tandis que les femmes et les enfants leur lanceront des pierres depuis les hauteurs. S’ils se retirent, ils repartiront comme ils sont venus. »
En revanche, les musulmans qui désiraient combattre les Quraysh à l’extérieur de Médine commencèrent à exprimer leur souhait au Messager d’Allah (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui). Entre-temps, le Messager d’Allah entra chez lui et revêtit son équipement de guerre. C’était un vendredi. Ce même jour, un Ansari nommé Malik ibn Amr mourut. Le Messager d’Allah accomplit la prière funéraire sur lui, puis se présenta devant les musulmans. Pensant qu’il avait voulu affronter les Quraysh tout en restant à Médine, les musulmans eurent des remords. Ils dirent : « Ô Messager d’Allah, nous n’aurions pas dû vous imposer notre avis. Si vous souhaitez rester à Médine, faites-le donc. » Le Messager d’Allah répondit : « Non, cela ne convient pas. Une fois qu’un prophète a revêtu son armure de guerre, il ne lui sied pas de l’enlever avant d’avoir combattu. » Puis le Messager d’Allah partit avec mille Compagnons. Lorsqu’ils atteignirent Shawt, situé entre Médine et Uhud, Abdullah ibn Ubayy ibn Sulul se sépara avec près du tiers des hommes. Il dit : « Le Messager d’Allah a écouté leur avis et non le mien. Ô gens, je ne comprends pas pourquoi nous donnerions la vie de tant d’hommes. »
Il se sépara de l’armée musulmane avec les hypocrites de sa tribu et ses partisans hésitants. Abdullah ibn Amr ibn Haram les suivit et leur dit : « Je vous adjure, ne laissez pas vos frères musulmans et le Prophète d’Allah exposés à l’attaque de l’ennemi qui se trouve devant nous. » Ils répondirent : « Si nous pensions qu’il y aurait un combat, nous ne vous aurions pas laissés. Nous pensons qu’il n’y aura pas de combat. » Lorsqu’ils refusèrent catégoriquement de retourner sur le champ de bataille, Abdullah dit : « Ô ennemis d’Allah, qu’Allah vous éloigne ! Allah ne laissera pas Son Messager dépendre de vous. Allah lui suffit. »
Les Ansar dirent : « Ô Messager d’Allah, que diriez-vous si nous demandions de l’aide à nos alliés juifs ? » Il répondit : « Ils ne servent à rien. » Le Messager d’Allah poursuivit ses préparatifs de guerre. Il prit position dans la vallée proche du mont Uhud. Il déploya les soldats à l’extrémité voisine de la montagne et se plaça en lui tournant le dos. Il dit aux soldats : « Que personne ne commence le combat avant que je n’en donne l’ordre. » Entre-temps, les Quraysh avaient lâché tous leurs chameaux et leurs chevaux dans les terres fertiles de Chamgha, irriguées par le canal des musulmans, non loin d’Uhud. Un Ansari, entendant l’interdiction du Messager d’Allah de commencer le combat, dit : « Nous n’avons pas encore recueilli notre part des récoltes dans les terres agricoles des Aws et des Khazraj. Comment pouvons-nous tolérer que les animaux y paissent dans ces circonstances ? »
Puis le Messager d’Allah équipa ses sept cents soldats pour la bataille. Il nomma Abdullah ibn Zubayr commandant d’une unité de cinquante archers. Celui-ci fut distingué par un vêtement blanc. Le Messager d’Allah lui dit : « Repousse les cavaliers ennemis en les bombardant de flèches. Que nous remportions la victoire ou que nous soyons vaincus, ne laisse personne venir par-derrière. Reste fermement à ton poste, afin que nous ne soyons pas attaqués de ton côté. » Le Messager d’Allah revêtit deux armures l’une par-dessus l’autre et confia l’étendard à Mus‘ab ibn Umayr.
Ce jour-là, le Messager d’Allah n’accepta d’abord pas comme combattants Samura ibn Jundub et Rafi‘ ibn Khadij, âgés de quinze ans. Plus tard, plusieurs Compagnons dirent : « Ô Messager d’Allah, Rafi‘ est un excellent archer. » En l’entendant, le Messager d’Allah l’autorisa à participer. Après l’autorisation accordée à Rafi‘, certains dirent encore : « Ô Messager d’Allah, Samura peut vaincre Rafi‘ à la lutte. » Il autorisa alors également Samura. En revanche, il n’autorisa pas Usama ibn Zayd, Abdullah ibn Amr, Zayd ibn Thabit, al-Bara ibn Hazm ni Usayd ibn Zuhayr. Ils furent autorisés plus tard à participer à la bataille du Fossé. Ils avaient alors quinze ans.
Les Quraysh préparèrent pour la bataille une armée de trois mille combattants. Ils disposaient de deux cents chevaux. Khalid ibn al-Walid fut placé à droite de cette cavalerie et Ikrima ibn Abi Jahl à gauche.
Le Messager d’Allah montra son épée et dit : « Qui est prêt à s’acquitter du droit de cette épée ? » Beaucoup s’avancèrent, mais il ne la remit à personne.
Abu Dujana s’avança et dit : « Ô Messager d’Allah, quel est le droit de cette épée ? » Le Messager d’Allah répondit : « Avec cette épée, tu dois frapper l’ennemi si violemment qu’elle en devienne courbée. » Abu Dujana dit : « Ô Messager d’Allah, je la prendrai et je m’acquitterai de son droit. » Il remit donc l’épée à Abu Dujana. En vérité, Abu Dujana était un combattant extrêmement courageux et héroïque. En temps de guerre, il marchait d’une manière très fière. Il avait un bandeau rouge. Lorsqu’il se frappait le corps avec celui-ci, les gens comprenaient qu’il allait entrer immédiatement dans la bataille. Après avoir reçu l’épée du Messager d’Allah, il sortit ce bandeau et se frappa la tête avec. Puis il se mit à marcher en se balançant fièrement au milieu des rangs des soldats. En le voyant, le Messager d’Allah dit : « En dehors du champ de bataille, cette façon de marcher est très détestée par Allah. »
De son côté, Abû Sufyân dit aux hommes des Banû Abd ad-Dâr, porte-drapeau de son armée, afin de les exciter au combat : « Ô Banû Abd ad-Dâr, vous avez porté notre drapeau lors de la bataille de Badr. Mais vous avez vu quelle fut notre destinée dans cette bataille. Souvenez-vous que les soldats sont attaqués du côté du drapeau. Si le drapeau tombe, les soldats sont vaincus. Tenez donc fermement le drapeau, ou bien écartez-vous : nous saurons le porter nous-mêmes. » En entendant cela, les porte-drapeaux prêtèrent attention au drapeau et promirent à Abû Sufyân en disant : « Nous te confions notre commandement. Demain, lorsque nous entrerons dans la bataille, tu verras comment nous combattrons. » C’était précisément cette détermination qu’Abû Sufyân voulait faire naître en eux.
Le lendemain, lorsque le combat commença, Hind, fille d’Utba, se mit à marcher derrière les hommes avec les femmes qui l’accompagnaient, battant du tambour et les excitant en disant :
« Bravo, ô Banû Abd ad-Dâr,
bravo pour votre ardeur), ô gardiens de l’arrière !
Frappez de chaque sabre acéré ! »
Elles disaient aussi : « Si vous avancez, nous vous étreindrons et étendrons des coussins moelleux,
mais si vous reculez,
nous nous séparerons de vous,
Vous n’aurez pas notre affection. »
Afin que les Compagnons puissent se reconnaître mutuellement lors de la bataille d’Uhud, le Messager d’Allah — qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix — leur enseigna un cri distinctif : « Āmit, Āmit ! », c’est-à-dire : « Frappez à mort ! Frappez à mort ! »
Peu à peu, la bataille prit une tournure acharnée. Abū Dujāna combattit avec une bravoure si extraordinaire qu’il avançait en tuant tous ceux qu’il rencontrait devant lui. Al-Zubayr ibn al-ʿAwwām raconte : « Un homme parmi les polythéistes se mit à tuer chacun de nos soldats dès qu’il en apercevait un. Abū Dujāna et cet homme avançaient l’un vers l’autre, en se rapprochant progressivement. Je priais Allah de les réunir. Bientôt, ils se trouvèrent face à face et commencèrent à se porter des coups. Le polythéiste frappa Abū Dujāna, mais celui-ci para le coup avec son bouclier de cuir. L’épée pénétra dans le bouclier et y resta coincée. Abū Dujāna le frappa alors à son tour et le tua. Ensuite, je le vis lever son épée au-dessus de la tête de Hind bint ʿUtba. Mais, l’instant d’après, il abaissa son épée. [62. Abū Dujāna raconte : Sur le champ de bataille, je vis quelqu’un qui excitait les mécréants. Je m’avançai pour lui faire face. À peine eus-je levé mon épée qu’il poussa un cri de détresse. Je constatai que c’était une femme. Je m’abstins de la frapper, car je pensais que frapper une femme avec l’épée du Messager d’Allah — qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix — en serait une profanation.] »
Ḥamza ibn ʿAbd al-Muṭṭalib — qu’Allah l’agrée — tua, tout en combattant, Arṭāt ibn ʿAbd Shuraḥbīl. Celui-ci faisait partie des porte-étendards. Peu après, il vit Sībā ibn ʿAbd al-ʿUzzā passer juste à côté de lui. Il le provoqua en duel et lui dit : « Hé, fils de la femme qui pratique la circoncision, viens devant moi ! » La mère de Sībā gagnait sa vie à pratiquer la circoncision à La Mecque.
Wahshī, l’esclave de Jubayr ibn Muṭʿim, raconte : « Je regardai Ḥamza. Je le vis lever son épée contre les ennemis et, en un clin d’œil, les mettre en pièces. Il ne laissait personne devant lui en vie. À force de combattre, tout son corps s’était couvert de poussière et était devenu gris comme celui d’un chameau gris. À ce moment-là, Sībā ibn ʿAbd al-ʿUzzā passa devant moi et s’approcha de Ḥamza. En le voyant, Ḥamza poussa un cri : “Fils de la circonciseuse, viens à moi, je vais te montrer ce que c’est que le plaisir !” En disant cela, il le frappa. Mais il sembla que le coup n’atteignit pas sa tête. Je pointai ma lance vers Ḥamza. Lorsque je fus certain d’avoir bien ajusté mon tir, je la lançai sur lui. La lance lui transperça l’abdomen et ressortit entre ses deux cuisses. Même dans cet état, il s’avança vers moi, mais l’instant d’après, il perdit ses forces et tomba. Je lui laissai un peu de temps. Il s’effondra dans les bras de la mort. Alors j’allai retirer ma lance. »
Puis je retournai au sein de l’armée qurayshite. Sur le champ de bataille, je n’avais rien d’autre à faire que de tuer Ḥamza. Sachant que je serais affranchi si je le tuais, je le tuai. Dès mon retour à La Mecque, je fus affranchi. Je continuai ensuite à vivre à La Mecque. Lorsque le Messager d’Allah — qu’Allah le bénisse et le salue — conquit La Mecque, je m’enfuis à Ṭāʾif, où je m’installai. Mais lorsque des délégués de Ṭāʾif se rendirent auprès du Messager d’Allah — qu’Allah le bénisse et le salue — pour embrasser l’islam, je fus désorienté. Je ne savais plus où aller. Je pensai partir en Syrie ou au Yémen, car je pourrais y vivre en sécurité. Entre-temps, un homme me dit : “Muḥammad — qu’Allah le bénisse et le salue — ne tue personne lorsqu’il embrasse l’islam et récite la profession de foi.” En entendant cela, je me rendis auprès du Messager d’Allah — qu’Allah le bénisse et le salue. À ma vue, et en me voyant debout devant lui déclarer mon attachement à la vraie religion, il fut saisi d’étonnement. Il leva les yeux, me regarda un instant et dit : “Assieds-toi. Raconte-moi comment tu as tué Ḥamza.” Je lui relatais l’événement dans tous ses détails. Après avoir tout entendu, le Messager d’Allah — qu’Allah le bénisse et le salue — dit : “Ne te présente plus jamais devant moi. Que je ne te voie pas.” Dès lors, aussi longtemps que le Messager d’Allah — qu’Allah le bénisse et le salue — resta en vie, chaque fois que je me rendais auprès de lui, je me tenais à l’écart afin qu’il ne voie pas mon visage.
Muṣʿab ibn ʿUmayr — qu’Allah l’agrée — combattit héroïquement pour protéger le Messager d’Allah — qu’Allah le bénisse et le salue — et mourut en martyr. Celui qui le tua fut Ibn Qamīʾa al-Laythī. Il crut avoir tué le Messager d’Allah — qu’Allah le bénisse et le salue — lui-même. Il retourna donc auprès des Quraysh et dit : “J’ai tué Muḥammad.” Après la mort de Muṣʿab, le Messager d’Allah — qu’Allah le bénisse et le salue — remit l’étendard à ʿAlī ibn Abī Ṭālib. Alors ʿAlī — qu’Allah l’agrée — et les autres héros musulmans, tels des lions, se jetèrent dans la bataille.
Lorsque la bataille d’Uhud prit une tournure terrifiante, le Messager d’Allah — qu’Allah le bénisse et le salue — s’assit sous l’étendard des Anṣār. Il ordonna à ʿAlī, par l’intermédiaire d’un messager : “Avance avec l’étendard.” ʿAlī s’avança et lança ce cri : “Je suis le père de l’Épouvante.” [63. Abū Saʿd, du parti des Quraysh, avait lancé : “Je suis celui qui engendre l’épouvante. Qui est prêt à m’affronter ? Qu’il vienne.” C’est en réponse à ce cri que ʿAlī — qu’Allah l’agrée — lança le sien.] Abū Saʿd s’avança vers lui et lui dit : “Ô père de l’Épouvante, as-tu donc envie de te battre ?” ʿAlī répondit : “Oui.” Alors le combat commença entre eux. Ils échangèrent des coups et des ripostes. Finalement, ʿAlī le terrassa d’un seul coup. Après l’avoir jeté à terre, ʿAlī — qu’Allah l’agrée — se retira sans lui porter le coup fatal. Ses compagnons lui dirent : “Pourquoi t’es-tu retiré sans lui porter le coup final ?” Il répondit : “Abū Saʿd m’a montré ses parties intimes. Mais j’ai ressenti de la pitié et de la compassion pour lui, et c’est sous l’effet de cette compassion que je me suis éloigné de lui. J’ai cependant compris que c’est Allah Lui-même qui l’a tué.”
ʿÂsim ibn Thâbit ibn Abû al-Aqlaḥ (qu’Allah l’agrée) entra dans la bataille et tua Musâfiʿ ibn Ṭalḥa ainsi que son frère Julâs ibn Ṭalḥa. Il les frappa chacun séparément de sa lance. Tous deux, blessés, se rendirent auprès de leur mère Sulâfa et posèrent la tête sur ses genoux. Sulâfa demanda à son fils : « Ô mon cher enfant, qui t’a blessé ? » Il répondit : « Ibn Abû al-Aqlaḥ. » Sulâfa fit alors le vœu que, si elle parvenait à tuer ʿÂsim ibn Thâbit ibn Abû al-Aqlaḥ, elle boirait du vin dans son crâne.
Ḥanẓala ibn Abû ʿÂmir, al-Ghasîl [il reçut posthumément le titre de Ghasîl parce que les anges lui avaient fait les ablutions funéraires], affronta Abû Sufyân. À un moment donné, Ḥanẓala prit le dessus sur Abû Sufyân. Voyant cela, un guerrier qurayshite nommé Shaddâd ibn Aswad attaqua Ḥanẓala par surprise et le tua. Le Messager d’Allah — qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix — dit à ses Compagnons : « Les anges lavent votre compagnon Ḥanẓala. » On apprit ensuite de son épouse qu’il devait accomplir les ablutions rituelles majeures. Après avoir entendu l’appel au jihâd, il n’avait pas eu le temps de se laver et s’était immédiatement rendu sur le champ de bataille.
Ensuite, Allah accorda Son secours aux musulmans et tint la promesse qu’Il leur avait faite. Ils purent ainsi tuer et anéantir un grand nombre de soldats de Quraysh. Incapables de résister à l’assaut de l’armée musulmane, les mécréants furent contraints de prendre la fuite et subirent une défaite écrasante.
Al-Zubayr (qu’Allah l’agrée) dit : « Par Allah, j’ai vu Hind, la fille de ʿUtba, et ses compagnes fuir à toutes jambes. Je n’ai vu aucun groupe de polythéistes, grand ou petit, s’avancer pour les empêcher d’être capturées. Alors que la victoire était sur le point d’être complète, les archers abandonnèrent soudain leur position et se lancèrent à la poursuite de l’armée qurayshite en fuite, laissant découvert le défilé situé derrière nous. Nous fûmes attaqués par-derrière. C’est alors que quelqu’un cria : “Muḥammad a été tué !” Réduits à l’impuissance, nous retournâmes sur le champ de bataille, tandis que l’armée de Quraysh se jeta de nouveau sur nous. Pourtant, nous avions même mis en déroute leurs porte-étendards et les avions rendus si incapables d’agir que personne ne pouvait s’approcher de leur étendard tombé à terre. Finalement, une femme nommée ʿAmra bint al-Ḥârithiyya le releva et le porta jusqu’aux Qurayshites. Ils se regroupèrent alors de nouveau autour de cet étendard et s’en servirent comme point d’appui. »
Les musulmans furent dispersés. Profitant de cette occasion, les ennemis pénétrèrent dans leurs rangs et lancèrent une attaque massive. Ce jour devint ainsi un jour de dure épreuve et de purification. Allah gratifia un grand nombre de musulmans de l’honneur du martyre. Les ennemis parvinrent même jusqu’au Messager d’Allah — qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix. Il reçut un coup sur un côté du corps. Une de ses dents se brisa, et son visage ainsi que ses lèvres furent blessés. C’est ʿUtba ibn Abî Waqqâṣ qui lui porta ce coup. Son visage tout entier fut couvert de sang. Tout en essuyant le sang de sa main, il dit : « Comment une nation qui ensanglante le visage de son Prophète peut-elle connaître le succès, alors qu’il l’appelle vers Allah le Très-Haut ? » En réponse à cette parole, Allah le Très-Haut révéla le verset suivant :
[Arabe *******]
« Ô Prophète ! Tu ne disposes d’aucun pouvoir de décision définitive. Ce pouvoir appartient à Allah. Il peut leur pardonner, comme Il peut les châtier, car ils sont injustes. » (Âl ʿImrân)
Selon le récit d’Abû Saʿîd al-Khudrî (qu’Allah l’agrée), le coup de lance de ʿUtba ibn Abî Waqqâṣ brisa la dent inférieure droite du Messager d’Allah — qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix — et blessa sa lèvre inférieure. ʿAbdullah ibn Shihâb al-Zuhrî lui blessa le front. Quant à Ibn Qumra, il le frappa à la partie supérieure de la mâchoire. Deux maillons de son casque se brisèrent alors et s’enfoncèrent dans sa mâchoire. Puis il tomba dans l’une des fosses qu’Abû ʿÂmir avait creusées afin que les musulmans y tombent à leur insu et y soient tués. À ce moment-là, ʿAlî (qu’Allah l’agrée) vint lui saisir la main, tandis que Ṭalḥa ibn ʿUbaydullah (qu’Allah l’agrée) le souleva. Grâce à leur aide, le Messager d’Allah — qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix — put se relever. Mâlik ibn Sinân, le père d’Abû Saʿîd al-Khudrî, suça le sang du visage du Messager d’Allah — qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix. Celui-ci le remarqua et dit : « Celui dont le sang s’est mêlé au mien ne sera pas touché par le feu de l’Enfer. »
Lorsque l’armée des polythéistes encercla le Messager d’Allah — qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix — de toutes parts, celui-ci dit : « Qui est prêt à sacrifier sa vie pour assurer notre défense ? » À ces mots, cinq Compagnons ansarites, parmi lesquels Ziyad ibn Sakan, se levèrent et commencèrent à combattre l’un après l’autre jusqu’à tomber en martyrs pour protéger le Messager d’Allah — qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix. Le dernier d’entre eux était Ziyad ibn Sakan, ou bien ‘Ammara ibn Yazid ibn Sakan. Lui aussi combattit avec un courage héroïque et fut grièvement blessé. Entre-temps, un groupe de musulmans revint sur les lieux, combattit aux côtés du Compagnon blessé, vainquit les ennemis et les repoussa. Le Messager d’Allah — qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix — désigna le Compagnon blessé et dit : « Amenez-le-moi. » Les musulmans le conduisirent auprès du Messager d’Allah — qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix. Celui-ci lui posa la tête sur ses genoux. C’est dans cette position que ledit Compagnon rendit l’âme.
Abu Dujana (qu’Allah l’agrée) protégeait le Messager d’Allah — qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix — en faisant de son propre corps un bouclier. Des flèches transperçaient son dos, tandis qu’il se tenait penché au-dessus du Messager d’Allah — qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix — pour le mettre à l’abri. Ainsi, son corps fut atteint d’un grand nombre de flèches. Sa‘d ibn Abi Waqqas se mit à tirer des flèches pour tenter de défendre le Messager d’Allah — qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix. Sa‘d dit : « Je vis Abu Dujana me donner une flèche après l’autre en disant : “Que mes père et mère soient sacrifiés pour toi ! Continue à tirer.” Par moments, il me donnait même des flèches sans pointe et disait : “Tire !” »
Après la défaite et la propagation de la rumeur selon laquelle le Messager d’Allah — qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix — avait été tué en martyr, Ka‘b ibn Malik fut le premier à le reconnaître. Ka‘b dit : « Les yeux du Messager d’Allah — qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix — brillaient sous son casque. C’est ainsi que je le reconnus et que je me mis aussitôt à crier : “Ô musulmans, réjouissez-vous ! Le Messager d’Allah — qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix — est vivant. Il est ici !” » Alors le Messager d’Allah — qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix — lui fit signe et dit : « Tais-toi. »
Après avoir reconnu le Messager d’Allah — qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix —, les musulmans l’emmenèrent tous vers le défilé de la montagne. À ce moment-là, un groupe de musulmans se trouvait avec le Messager d’Allah — qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix —, parmi lesquels Abu Bakr as-Siddiq, ‘Umar al-Faruq, ‘Ali ibn Abi Talib, Talha ibn ‘Ubayd Allah et az-Zubayr ibn al-‘Awwam.
Alors que le Messager d’Allah — qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix — se reposait dans le défilé de la montagne, Ubay ibn Khalaf arriva. Il dit : « Ô Muhammad, même si tu échappes à la mort cette fois-ci, tu ne seras pas sauvé. » Les musulmans dirent : « Ô Messager d’Allah, est-il convenable que l’un de nous fasse preuve de compassion envers cet homme ? » Le Messager d’Allah — qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix — répondit : « Laissez-le venir. » Lorsqu’il s’approcha du Messager d’Allah — qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix —, celui-ci prit une lance des mains d’al-Harith ibn Simma. Selon certains récits, après avoir pris la lance, le Messager d’Allah — qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix — fit un geste si terrifiant que nous nous dispersâmes et nous éloignâmes de lui, épouvantés, exactement comme un essaim de frelons posé sur le dos d’un chameau s’envole en tous sens lorsque celui-ci se met à bouger violemment. Puis le Messager d’Allah — qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix — s’avança vers Ubay et le frappa à la nuque avec la lance. Sous le choc, Ubay ibn Khalaf fut éjecté du dos de son cheval et roula plusieurs fois à terre.
Auparavant, Ubay ibn Khalaf avait rencontré à La Mecque le Messager d’Allah — qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix — et lui disait : « Ô Muhammad, j’ai un cheval nommé al-‘Awj. Je lui donne chaque jour un faraq de maïs (quarante kilogrammes). C’est monté sur ce cheval que je te tuerai. » Le Messager d’Allah — qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix — répondait : « Au contraire, si Allah le veut, c’est moi qui te tuerai. »
La blessure que le Messager d’Allah — qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix — avait infligée à l’épaule d’Ubay n’était pas très grave, mais elle saignait. Dans cet état, il retourna auprès des Quraysh et dit : « Par Allah, Muhammad m’a tué. » Les Qurayshites répondirent : « En réalité, tu es extrêmement terrorisé. Tu n’as rien à craindre. » Il dit : « Alors que nous étions encore à La Mecque, Muhammad m’avait dit : “C’est moi qui te tuerai.” Maintenant, je crains que, même s’il se contentait de me cracher dessus, j’en meure. » Les Qurayshites prirent la route de La Mecque avec lui. En chemin, à un endroit appelé Sarif, la vie de cet ennemi d’Allah prit fin.
Lorsque le Messager d’Allah — qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix — atteignit l’entrée du défilé de la montagne, ‘Ali ibn Abi Talib (qu’Allah l’agrée) partit chercher de l’eau. Il remplit une outre à Mehras, un point d’eau ou un bassin entouré de pierres situé près d’Uhud, puis la présenta au Messager d’Allah — qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix — pour qu’il boive. Ayant détecté une mauvaise odeur dans l’eau, le Messager d’Allah — qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix — ne la but pas. Il se lava plutôt le sang du visage avec cette eau et en versa un peu sur sa tête, en disant : « Celui qui a ensanglanté le visage du Prophète d’Allah sera frappé par la terrible colère d’Allah. »
Ensuite, le Messager d’Allah — qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix — entreprit de gravir une colline de la montagne. Mais il était devenu très faible et ne pouvait faire des efforts qu’avec l’aide de deux armures. Comme il échouait à gravir la colline, Talha ibn Ubayd Allah — qu’Allah l’agrée — le fit monter sur ses épaules. Le Messager d’Allah — qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix — dit : « Par la bonté dont Talha a fait preuve envers le Messager, le Paradis lui est désormais assuré. »
Parmi les personnes tuées lors de la bataille d’Uhud se trouvait Mukhaïriq, de la tribu des Banû Tha‘laba. Le jour de la bataille d’Uhud, il dit aux Juifs de sa tribu : « Ô Juifs, vous savez certainement qu’il est de votre devoir d’aider Muhammad — qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix. » Les Juifs répondirent : « Mais aujourd’hui, c’est samedi. » Il dit : « Votre excuse du samedi n’est pas valable. » Puis il partit combattre avec son épée et son équipement. Il dit : « Si je meurs, tous mes biens reviendront à Muhammad. Il en disposera comme il le voudra. » Ensuite, il se rendit auprès du Messager d’Allah — qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix —, combattit à ses côtés et fut tué. Le Messager d’Allah — qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix — dit : « Mukhaïriq est le meilleur des Juifs. »
Abû Hurayra — qu’Allah l’agrée — disait : « Dites-moi qui est celui qui entrera au Paradis alors qu’il n’a pas accompli la prière ? » Incapables de répondre, les gens demandaient : « Qui est cet homme fortuné ? » Il répondait : « Usayrim, Amr ibn Thâbit ibn Waqqâsh, des Banû Abd al-Ashhal. » Husayn ibn Abd al-Rahmân raconte : « Je demandai à Mahmûd ibn Asad : “Quel genre d’homme était Usayrim ?” Il répondit : “Auparavant, il refusait d’embrasser l’islam. Mais le jour où le Messager d’Allah — qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix — partit en campagne vers Uhud, il comprit la vérité de l’islam et l’embrassa. Puis il se précipita avec son épée et arriva sur le champ de bataille. Il se mit à combattre et, grièvement blessé, s’effondra, incapable de bouger. Plus tard, les hommes des Banû Abd al-Ashhal vinrent sur le champ de bataille chercher les corps des leurs et le trouvèrent. Le reconnaissant, ils se mirent à se dire entre eux : “Comment Usayrim est-il arrivé ici ? Il refusait pourtant l’islam.” Alors tous lui demandèrent : “Ô Amr, pour quelle raison es-tu venu combattre ici ? Est-ce l’attachement à ta tribu ou l’attrait de l’islam ?” Il répondit : “C’est l’attrait de l’islam. J’ai cru en Allah et en Son Messager et je suis devenu musulman. Puis je suis venu avec mon épée auprès du Messager d’Allah — qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix — et j’ai été blessé au combat.” Peu après, Usayrim mourut sous leurs yeux. Lorsque le Messager d’Allah — qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix — apprit son histoire, il dit : “Il est destiné au Paradis.” »
Amr ibn Jamûh était un homme extrêmement boiteux. Il avait quatre fils, pareils à des lions. Ils partaient combattre avec le Messager d’Allah — qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix — sur différents champs de bataille. Le jour de la bataille d’Uhud, ils voulurent retenir leur père Amr. Ils lui dirent : « Allah t’a dispensé de l’obligation de partir au combat. » Amr se rendit auprès du Messager d’Allah — qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix — et lui dit : « Mes fils ne veulent pas me laisser partir avec vous pour cette bataille. Par Allah, j’espère entrer au Paradis avec ce pied boiteux. »
Le Messager d’Allah — qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix — dit : « Il est vrai qu’Allah t’a dispensé de l’obligation du jihâd. » Mais il dit à ses fils : « Vous pourriez tout de même ne pas empêcher votre père de partir au combat. Il se peut qu’Allah ait destiné le martyre à son sort. » Ensuite, Amr combattit à Uhud et tomba en martyr. De son côté, Hind, la fille d’Utba, et ses compagnes commencèrent à mutiler les corps des Compagnons du Messager d’Allah — qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix — qui avaient été tués. Elles leur coupèrent le nez et les oreilles. Hind en fit des bracelets de cheville et un collier, puis offrit ces bracelets, ce collier et les boucles d’oreilles à Wahshî, l’esclave de Jubayr ibn Mut‘im. Elle arracha le foie de Hamza et le mâcha, mais, ne pouvant l’avaler, le recracha.
Ce jour-là, Hâlis ibn Dhibbân commandait les soldats abyssins dans l’armée qurayshite. Il passait près d’Abû Sufyân et vit celui-ci frapper le menton de Hamza avec la pointe de sa lance en disant : « Espèce de désobéissant ! Savoure maintenant le plaisir. » Hâlis ne put rester silencieux devant cette scène. Les hommes des Banû Kinâna se trouvaient tout près. Il les appela et leur dit : « Ô Banû Kinâna, regardez le chef des Quraysh ! Voyez comment il traite son propre cousin mort. » Abû Sufyân, embarrassé, dit : « Quel malheur ! C’est un faux pas de ma part. N’en parle à personne. »
Ensuite, Abû Sufyân décida de quitter le champ de bataille pour rentrer chez lui. Juste avant de partir, il monta sur la montagne et cria à haute voix : « Les hommes actifs ont reçu la juste récompense de leurs efforts. La victoire et la défaite alternent dans la guerre : un jour pour un camp, un autre jour pour l’autre. Ô Hubal — nom d’une idole — sois puissant, c’est-à-dire fais triompher ta religion. » Le Messager d’Allah — qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix — ordonna à Umar de répondre à ce cri et lui dit : « Dis : Allah est le plus grand et le plus élevé. Nous ne sommes pas égaux, vous et nous. Nos morts sont au Paradis, tandis que vos morts sont en Enfer. » Lorsque Umar répondit à Abû Sufyân par ce cri, celui-ci dit : « Umar, viens un peu par ici. » Le Messager d’Allah — qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix — dit à Umar : « Va écouter ce qu’il veut dire. » Umar s’avança. Abû Sufyân lui dit : « Ô Umar, je t’en conjure par Allah, dis-moi sincèrement : avons-nous tué Muhammad ? » Umar répondit : « Par Allah, non. Il entend en ce moment même ce que tu dis. » Abû Sufyân dit : « Je te considère comme plus honnête et plus véridique qu’Ibn Qum’a. » Il est à noter qu’Ibn Qum’a avait dit aux Quraysh : « J’ai tué Muhammad. »
Ensuite, Abû Sufyân s’adressa à Umar et dit : « Certains corps de vos morts ont été mutilés. Crois-moi, je n’ai ni ordonné de le faire ni interdit de le faire. Je n’en suis d’ailleurs ni satisfait ni mécontent. »
En quittant le champ de bataille, Abû Sufyân lança un défi en annonçant : « Nous nous retrouverons l’année prochaine sur le terrain de Badr. » Aussitôt, sur ordre du Messager d’Allah, un Compagnon informa Abû Sufyân qu’eux aussi seraient prêts à l’affronter l’année suivante.
Après le départ de l’armée quraychite du champ de bataille, le Messager d’Allah envoya ʿAlî en lui disant : « Suis-les et observe où ils vont et ce qu’ils font. S’ils conduisent leur cavalerie vers le sud et montent sur leurs chameaux, comprends qu’ils se dirigent vers La Mecque. Mais s’ils montent à cheval et tirent leurs chameaux derrière eux, comprends qu’ils se dirigent vers Médine. Par Allah, même s’ils voulaient attaquer Médine, je marcherais contre eux avec des troupes et leur résisterais. » ʿAlî rapporte : « Je les suivis. Je les vis conduire leur cavalerie vers le sud et se diriger vers La Mecque à dos de chameau. »
Les musulmans partirent alors à la recherche des morts. Le Messager d’Allah dit : « Cherchez Saʿd ibn Rabîʿ et voyez s’il est mort ou vivant. » Un Compagnon ansarite se mit à sa recherche. Finalement, il le trouva parmi les morts, grièvement blessé et à l’agonie. Il lui dit : « Le Messager d’Allah m’a ordonné de vérifier si tu es vivant ou mort. » Saʿd répondit : « Considère-moi comme mort. Transmets mes salutations au Messager d’Allah et dis-lui : “Ô Messager d’Allah, Saʿd ibn Rabîʿ a invoqué Allah afin qu’Il vous accorde, de notre part, la meilleure récompense qu’il soit convenable d’accorder à un prophète de la part de sa communauté.” Et transmets mes salutations aux musulmans en leur disant : “Saʿd ibn Rabîʿ vous dit que si l’ennemi parvient à atteindre votre Prophète alors qu’un seul d’entre vous est encore vivant, vous n’aurez aucune excuse auprès d’Allah.” » Peu après avoir prononcé ces paroles, Saʿd rendit l’âme. Ensuite, Muhammad ibn Maslama se rendit auprès du Messager d’Allah et l’informa du sort de Saʿd. Le Messager d’Allah partit lui-même à la recherche de Hamza ibn ʿAbd al-Muttalib. Il le trouva au milieu de la plaine. Il vit qu’on lui avait ouvert le ventre et arraché le foie, et que son cadavre avait été mutilé, son nez et ses oreilles ayant été coupés. À cette vue, le Messager d’Allah dit : « Si Safiyya n’en éprouvait pas de chagrin et si je ne craignais pas qu’une pratique perpétuelle ne s’instaure, je laisserais Hamza ici et abandonnerais son corps aux animaux et aux oiseaux. Si Allah me donne encore la victoire sur les Quraysh dans un autre champ de bataille, je mutilerai et défigurerai ainsi les corps de trente d’entre eux. » Lorsque les musulmans virent le Messager d’Allah profondément affligé et bouleversé par le traitement barbare infligé à son oncle, ils jurèrent eux aussi que, s’ils remportaient un jour la victoire sur les Quraysh, ils mutileraient leurs cadavres d’une manière sans précédent dans l’histoire des Arabes.
ʿAbd Allah ibn ʿAbbâs rapporte que c’est à propos de ce serment du Messager d’Allah et de ses Compagnons qu’Allah révéla le verset suivant :
[Arabe *******]
« Si vous infligez une punition à quelqu’un, infligez-lui une punition équivalente à celle qu’ils vous ont infligée. Mais si vous faites preuve de patience, sachez que cela est meilleur pour les patients. Fais preuve de patience et de clémence. Ta patience et ta clémence ne doivent être vouées qu’à la satisfaction d’Allah. Ne t’afflige pas de leur comportement et ne te sens pas à l’étroit à cause de leurs machinations. »
Sous l’effet de ces deux versets, le Messager d’Allah pardonna aux polythéistes et ordonna à tous de s’abstenir de mutiler les cadavres.
Le Messager d’Allah recouvrit ensuite le corps de Hamza d’un linceul. Puis il accomplit la prière funéraire. Ensuite, on plaça le corps auprès des autres dépouilles et il pria pour chacune d’elles. Ainsi, il accomplit soixante-douze fois la prière funéraire pour Hamza.
Ibn Ishaq rapporte que Safiyya, fille d’Abd al-Muttalib, vint voir Hamza. Hamza était son frère germain. Le Messager de Dieu — que Dieu le bénisse et lui accorde la paix — dit à Zubayr ibn al-Awwam, le fils de Safiyya : « Va voir ta mère, apaise-la et ramène-la, afin qu’elle ne voie pas l’état atroce de son frère. » Zubayr alla lui dire : « Mère, le Messager de Dieu — que Dieu le bénisse et lui accorde la paix — vous demande de retourner chez vous. » Safiyya demanda : « Pourquoi ? » J’ai appris que le corps de mon frère avait été mutilé. Cela s’est produit dans le chemin de Dieu, et c’est pour moi un sujet de joie. Si Dieu le veut, je serai patiente et satisfaite. » Zubayr dit : « Dans ce cas, laissez-la venir. » Safiyya vint, vit Hamza, récita : « Nous appartenons à Dieu et c’est à Lui que nous retournerons », puis demanda pardon pour lui. Ensuite, sur l’ordre du Messager de Dieu — que Dieu le bénisse et lui accorde la paix — son corps fut enseveli.
Beaucoup de musulmans transportèrent les corps des martyrs à Médine pour les y enterrer. Plus tard, le Messager de Dieu — que Dieu le bénisse et lui accorde la paix — interdit cette pratique et ordonna qu’ils soient enterrés là où ils étaient tombés.
Abdullah ibn Tha‘laba le rapporte. Lorsque le Messager de Dieu — que Dieu le bénisse et lui accorde la paix — vit les corps des martyrs, il dit : « Je témoigne au sujet de ces hommes que quiconque a été blessé dans le chemin de Dieu, lorsque Dieu le ressuscitera au Jour de la Résurrection, verra le sang continuer à couler de sa blessure. La couleur de ce sang sera celle du sang, mais son parfum sera celui du musc. Cherchez lequel d’entre eux connaissait le mieux le Coran, puis enterrez celui-là devant les autres. » Ensuite, deux ou trois hommes furent enterrés ensemble dans chaque tombe.
Ensuite, le Messager de Dieu — que Dieu le bénisse et lui accorde la paix — se mit en route vers Médine. À ce moment-là, une femme nommée Hamna, fille de Jahsh, vint à sa rencontre. Lorsqu’on lui annonça d’abord le martyre de son frère, Abdullah ibn Jahsh, elle récita : « Nous appartenons à Dieu », et demanda pardon. Puis, lorsqu’on lui annonça le martyre de son oncle maternel, Hamza ibn Abd al-Muttalib, elle récita de nouveau : « Nous appartenons à Dieu », et demanda pardon. Ensuite, lorsqu’on lui annonça que son mari, Mus‘ab ibn Umayr, était mort en martyr, elle poussa un cri. Le Messager de Dieu — que Dieu le bénisse et lui accorde la paix — fit alors cette remarque : « C’est pour cela que le mari de sa fille occupe auprès d’elle une place particulière. » Il le dit après l’avoir vue rester ferme en apprenant la mort de son oncle et de son frère, puis crier en apprenant celle de son mari.
À ce moment-là, le Messager de Dieu — que Dieu le bénisse et lui accorde la paix — passait près des maisons des Compagnons ansar des clans des Banû Abd al-Ashhal et des Banû Jafar. En entendant les cris déchirants des familles accablées et endeuillées par la perte de leurs proches tués au combat, ses yeux se remplirent eux aussi de larmes. Se souvenant alors de Hamza, il se mit à pleurer et dit : « Il n’y a personne pour pleurer Hamza ! » Plus tard, à leur retour chez eux, Sa‘d ibn Mu‘adh et Usayd ibn Hudayr ordonnèrent aux femmes de leur famille de pleurer et de se lamenter pour l’oncle du Messager de Dieu — que Dieu le bénisse et lui accorde la paix. En entendant ces femmes pleurer Hamza, le Messager de Dieu — que Dieu le bénisse et lui accorde la paix — sortit de chez lui. Il les vit en train de pleurer, assises dans la mosquée, et leur dit : « Que Dieu vous accorde Sa miséricorde. Vous pouvez maintenant partir. Vous m’avez témoigné suffisamment de compassion. »
Une autre femme appartenait aux Banû Dinar. Son mari, son frère et son père étaient tombés en martyrs à la bataille d’Uhud. Lorsqu’on lui annonça la mort de ces proches, elle demanda calmement : « Qu’est-il arrivé au Messager de Dieu — que Dieu le bénisse et lui accorde la paix — ? » Tous répondirent : « Il va bien. Il est comme tu voudrais le voir. » La femme dit : « Montrez-moi donc le Messager de Dieu — que Dieu le bénisse et lui accorde la paix —, que je le voie. » On le lui montra alors. Dès qu’elle le vit, elle dit : « Ô Messager de Dieu, après avoir constaté que vous êtes sain et sauf, toute autre épreuve me paraît insignifiante. »
Ensuite, lorsque le Messager de Dieu — que Dieu le bénisse et lui accorde la paix — arriva chez lui, il remit son épée à sa fille Fatima et lui dit : « Ma chère fille, lave-la et nettoie-la. Elle a aujourd’hui été d’une grande utilité. » Ali ibn Abi Talib remit également son épée à Fatima et lui dit : « Lave aussi le sang de cette épée. Par Dieu, elle a été d’une grande utilité. » Le Messager de Dieu — que Dieu le bénisse et lui accorde la paix — dit : « Si tu as combattu aujourd’hui avec sincérité, sache que Sahl ibn Hunayf et Abu Dujana ont eux aussi fait preuve de sincérité dans le jihad à tes côtés. »
La bataille d’Uhud eut lieu le samedi 15 Shawwal. Le lendemain, dimanche 16 Shawwal, le héraut du Messager de Dieu — que Dieu le bénisse et lui accorde la paix — proclama qu’il fallait poursuivre les ennemis. Toutefois, personne qui n’avait pas participé à la bataille de la veille ne pourrait partir ce jour-là ; seuls ceux qui y avaient pris part la veille pourraient partir. En entendant cela, Jabir ibn Abdullah dit : « Ô Messager de Dieu, mon père m’avait laissé à la maison pour garder mes sept sœurs. Il avait dit : “Ni toi ni moi ne pouvons les laisser sans aucun homme auprès d’elles. Et je ne peux pas non plus rester à la maison et te laisser partir combattre avec le Messager de Dieu. Reste donc auprès de tes sœurs.” C’est pourquoi je suis resté auprès d’elles. » En entendant cela, le Messager de Dieu — que Dieu le bénisse et lui accorde la paix — l’autorisa lui aussi à l’accompagner dans l’expédition destinée à poursuivre l’ennemi. Cette expédition avait pour seul objectif d’effrayer l’ennemi. Elle fut menée afin de lui montrer que sa poursuite témoignait de la force des musulmans et que le désastre de la bataille d’Uhud ne les avait nullement découragés.
Le Messager d’Allah, qu’Allah le bénisse et le salue, partit en expédition et atteignit un lieu nommé Hamrâ al-Asad, situé à huit miles de Médine. Il y séjourna jusqu’au lundi, au mardi et au mercredi, puis retourna à Médine. Durant cette période, il avait confié la responsabilité de Médine à Abdallah ibn Umm Maktûm. Ma‘bad ibn Abî Ma‘bad al-Khuzâ‘î était encore polythéiste. Tous les membres de sa tribu, Khuzâ‘a, musulmans comme polythéistes, entretenaient des relations étroites avec le Messager d’Allah, qu’Allah le bénisse et le salue, et protégeaient ses secrets dans la région de Tihâma. Ils l’informaient de tout ce qui se passait à Tihâma et ne lui cachaient rien. Un jour, le Messager d’Allah, qu’Allah le bénisse et le salue, rencontra Ma‘bad. Celui-ci lui dit au sujet des événements d’Uhud : « Muhammad, nous sommes attristés et peinés par le malheur qui vous a frappé. Nous souhaitions tous qu’Allah vous protège. » Puis Ma‘bad repartit, tandis que le Messager d’Allah, qu’Allah le bénisse et le salue, demeura à Hamrâ al-Asad. En se rendant à Rawha, Ma‘bad rencontra Abû Sufyân et ses hommes. Ceux-ci avaient alors décidé d’attaquer de nouveau le Messager d’Allah, qu’Allah le bénisse et le salue, et ses Compagnons. Ils se disaient entre eux : « Nous avons déjà tué nombre des hommes influents et éminents parmi les compagnons de Muhammad, mais nous retournons à La Mecque sans les avoir complètement anéantis. Nous allons plutôt les attaquer encore et nous ne nous arrêterons qu’après les avoir exterminés. » À ce moment-là, voyant Ma‘bad, Abû Sufyân lui demanda : « Ma‘bad, quelles nouvelles de là-bas ? » Ma‘bad répondit : « J’ai vu Muhammad rassembler avec lui une foule immense et se lancer à votre poursuite. Je n’ai jamais vu un tel rassemblement. Même ceux qui n’étaient pas venus combattre le jour de la bataille d’Uhud se sont cette fois joints à Muhammad. Ils regrettent ce qu’ils ont fait. »
« J’ai vu parmi eux contre vous une colère et une fureur si terribles que je n’en ai jamais vu de semblables. » Abû Sufyân demanda : « Que dis-tu ? » Ma‘bad répondit : « Je le jure par Allah, ils vont peut-être arriver à l’instant. Avant même que tu partes, tu verras peut-être apparaître les têtes de leurs chevaux. » Nous nous étions pourtant préparés à attaquer de nouveau afin d’achever ceux qui leur restaient. » Ma‘bad dit : « Alors je vous l’interdis. Ne faites pas cela. En voyant leurs préparatifs, j’ai même composé un poème. » Abû Sufyân demanda : « Quel poème as-tu composé ? Fais-nous l’entendre. » Ma‘bad répondit : « Le voici : »
« Leurs menaces et leurs rugissements ont presque fait s’évanouir de peur mon chameau
Lorsque des troupeaux de chevaux à la crinière hérissée se déversèrent sur la terre comme une inondation ;
Ils s’élancèrent rapidement vers le champ de bataille, portant de fiers hommes-lions, grands et robustes,
Ils ne sont pas chancelants, la tête baissée, comme des soldats désarmés.
Je me suis aussitôt enfui en courant. J’ai pensé que la terre s’inclinait
Lorsqu’il fondit sur nous avec un commandant invincible. »
J’ai dit : sous les coups de ses sabots, la vallée a tremblé.
Ô habitants avisés et doués de discernement du Sanctuaire sacré,
je vous avertis clairement de l’armée d’Ahmad.
Il n’y a certes aucune bassesse dans son armée.
En vérité, il n’existe pas de termes assez appropriés pour exprimer l’avertissement que je profère. » En entendant ce récit, Abû Sufyân et ses compagnons renoncèrent à marcher au combat.
Abû Sufyân rencontra une caravane des Banû ʿAbd al-Qays. Il leur demanda : « Où allez-vous ? » Ils répondirent : « À Médine. » Abû Sufyân demanda : « Dans quel but ? » Ils répondirent : « Pour transporter des denrées. » Il leur dit : « Pourriez-vous transmettre un message de ma part à Muhammad ? Si vous le faites, j’irai demain au marché de ʿUkâẓ et je vous donnerai une grande quantité de raisins secs. » Ils acceptèrent de transmettre le message. Il dit : « Vous direz à Muhammad que nous avons décidé d’attaquer lui et ses compagnons afin d’anéantir ceux qui leur restent. » Le Messager d’Allah, qu’Allah le bénisse et le salue, se trouvait encore à Hamrâ’ al-Asad. Ils le rencontrèrent là-bas et lui transmirent le message d’Abû Sufyân. Après l’avoir entendu, le Messager d’Allah, qu’Allah le bénisse et le salue, dit : « Hasbunallâhu wa niʿma al-wakîl ! (Allah nous suffit et quel excellent Protecteur !) » Ensuite, deux espions ennemis, Muʿâwiya ibn Mughîra ibn Abû al-ʿÂs et Abû ʿIzza al-Jumahî, furent capturés dans cette région par le Messager d’Allah, qu’Allah le bénisse et le salue. Ce dernier avait été capturé comme prisonnier de guerre par le Messager d’Allah, qu’Allah le bénisse et le salue, lors de la bataille de Badr, puis libéré sans rançon. Il dit : « Ô Messager d’Allah, ne me tuez pas. » Le Messager d’Allah, qu’Allah le bénisse et le salue, dit : « Il ne te sera pas permis de retourner à La Mecque et de dire avec satisfaction : “J’ai trompé Muhammad deux fois.” Ô Zubayr, décapite-le. » Zubayr le décapita aussitôt.
Puis le Messager d’Allah, qu’Allah le bénisse et le salue, retourna à Médine. À Médine vivait un notable nommé ʿAbdullâh ibn Ubayy ibn Salûl. Chaque vendredi, il jouait un rôle particulier afin d’afficher son prestige devant les membres de sa tribu. Chaque fois que le Messager d’Allah, qu’Allah le bénisse et le salue, commençait à s’adresser aux gens, il se levait et disait : « Ô gens, voici le Messager d’Allah qui se tient devant vous. Par son intermédiaire, Allah a accru votre force et votre honneur. Alors, vous aussi, soutenez-le et aidez-le, écoutez sa parole et obéissez-lui. » Après quoi, il se rasseyait. Avant la bataille d’Uhud, personne ne s’opposait à ce rôle qu’il jouait. Mais lors de la bataille d’Uhud, il se rendit coupable d’une trahison abominable et détourna de la voie du combat un grand nombre d’hommes. Malgré cela, le vendredi, au moment où le Messager d’Allah, qu’Allah le bénisse et le salue, prononçait son sermon, il se leva comme auparavant pour afficher son importance et faire l’éloge du Messager d’Allah, qu’Allah le bénisse et le salue. Les musulmans saisirent aussitôt ses vêtements de tous côtés et lui dirent : « Ennemi d’Allah, assieds-toi ! Après ce que tu as fait, de telles paroles ne conviennent pas à ta bouche. » Alors qu’il sortait en passant par-dessus les épaules des fidèles réunis, il dit : « La parole que je prononçais pour donner de l’importance à l’œuvre du Messager d’Allah, qu’Allah le bénisse et le salue, est donc devenue une mauvaise parole. » À la porte de la mosquée, il rencontra un Compagnon ansarî. Celui-ci lui demanda : « Que t’arrive-t-il ? » Il répondit : « J’essayais de mettre en valeur l’œuvre du Messager d’Allah, qu’Allah le bénisse et le salue. Mais ses compagnons se sont jetés sur moi, se sont mis à me tirer et à me réprimander. Je m’efforçais de donner de l’importance à l’œuvre du Messager d’Allah, qu’Allah le bénisse et le salue, et pourtant tout le monde l’a trouvée très mauvaise. » Le Compagnon ansarî lui dit : « Va, retourne auprès de lui. Le Messager d’Allah, qu’Allah le bénisse et le salue, demandera à Allah de te pardonner. » Il répondit : « Je ne veux pas qu’il demande pardon pour moi. »
Ibn Ishâq dit : « La bataille d’Uhud fut un jour d’épreuve extrême et d’affliction. Par elle, Allah mit les croyants à l’épreuve et distingua les hypocrites. Ceux qui prétendaient croire en paroles, mais nourrissaient secrètement dans leur cœur des conceptions mécréantes, furent identifiés ce jour-là. Et ceux de Ses serviteurs bien-aimés qu’Allah voulait honorer par le martyre furent, ce jour-là, honorés par le martyre. »
La troisième année de l’Hégire : l’expédition de Raji‘
Après la bataille d’Uhud, un groupe d’hommes des tribus d’Adal et de Qarah se présenta auprès du Messager d’Allah, qu’Allah le bénisse et le salue. Ils dirent : « Ô Messager d’Allah, nos gens ont embrassé l’islam. Envoyez donc avec nous un groupe de vos compagnons afin qu’ils nous enseignent en détail les prescriptions de l’islam et nous récitent le Coran. » Le Messager d’Allah, qu’Allah le bénisse et le salue, envoya avec eux Mursad ibn Abû Mursad, Khâlid ibn Bukayr, ‘Âsim ibn Thâbit, Khubayb ibn ‘Adî, Zayd ibn al-Dathina et ‘Abdallah ibn Târiq. Il désigna Mursad ibn Abû Mursad comme émir. Celui-ci se mit en route avec tous ses compagnons. Lorsqu’ils atteignirent Râji‘, le point d’eau de la tribu de Hudhayl situé sur al-Hudayâ, entre ‘Usfân et La Mecque, dans une région du Hedjaz, ces gens les trahirent. Les traîtres appelèrent également la tribu de Hudhayl à leur venir en aide. Les Compagnons étaient encore à dos de monture. Ils virent des hommes armés d’épées les encercler de toutes parts. Ils se préparèrent à combattre, chacun prenant son épée. Alors les mécréants dirent : « Par Allah, nous ne voulons pas vous tuer. Nous voulons seulement obtenir, grâce à vous, quelque argent des habitants de La Mecque. Nous jurons par Allah que nous ne vous tuerons pas. » Mais Mursad ibn Abû Mursad, Khâlid ibn Bukayr et ‘Âsim ibn Thâbit dirent : « Nous n’avons aucune confiance dans le serment ni dans l’engagement d’un polythéiste. » ‘Âsim ibn Thâbit leur répondit en récitant le poème suivant :
« Je ne suis pas faible, car je suis un homme puissant, porteur d’une lance,
j’ai un arc et des flèches acérées et perçantes.
La pointe d’une lance robuste et épaisse est projetée au loin lorsqu’elle heurte ces flèches.
En vérité, seule la mort est réelle, tandis que la vie est vaine.
Ce qu’Allah a décrété pour les hommes est inéluctable,
et l’homme est contraint de se soumettre à son destin. »
Ensuite, ils combattirent les infidèles et tous trois moururent en martyrs.
Après la mort d’Asim, les hommes de la tribu de Hudhayl décidèrent de vendre sa tête à Sulafa bint Sa‘d. Après que ses deux fils eurent été tués par Asim lors de la bataille d’Uhud, cette femme avait juré que, si elle obtenait la tête d’Asim, elle boirait du vin dans son crâne. La tribu de Hudhayl se rendit donc dans ce but pour prendre la tête d’Asim ; mais des frelons et des abeilles entouraient son cadavre, si bien qu’ils ne purent l’emporter. Ils dirent : « Laissons-la ici pour le moment. Les frelons et les abeilles partiront dans l’après-midi. Nous reviendrons alors couper sa tête et l’emporter. » Sur ces mots, ils s’en allèrent. Entre-temps, Dieu déchaîna une violente inondation dans cette région, et le corps d’Asim fut emporté et disparut dans les eaux.
Avant son martyre, Asim avait prié Dieu afin qu’aucun polythéiste ne puisse toucher son cadavre et que lui-même ne touche aucun polythéiste, car il considérait les polythéistes comme foncièrement impurs et les détestait. Lorsque Umar ibn al-Khattab, qu’Allah l’agrée, apprit que les polythéistes n’avaient pu toucher le corps d’Asim parce que des frelons et des abeilles l’entouraient, il dit : « C’est ainsi que Dieu protège Son serviteur croyant. De son vivant, Asim avait juré qu’il ne toucherait aucun polythéiste et qu’il ne laisserait aucun polythéiste toucher son corps. Après sa mort, Dieu l’a protégé exactement comme il se protégeait de son vivant. »
Zayd ibn Dathina, Khubayb ibn Adi et Abdallah ibn Tariq adoptèrent tous trois une attitude conciliante et désirèrent rester en vie. Ils tendirent les mains et se laissèrent capturer. Les infidèles les arrêtèrent et les conduisirent vers La Mecque pour les vendre. Lorsqu’ils atteignirent Dahran, Abdallah ibn Tariq défit ses liens, se libéra et saisit son épée. Les infidèles ne purent pas le rattraper, mais le tuèrent en martyr en lui lançant des pierres à distance. Il fut enterré à Dahran même.
Ensuite, ils arrivèrent à La Mecque avec Khubayb ibn Adi et Zayd ibn Dathina. Les Quraysh détenaient deux prisonniers de la tribu de Hudhayl. En échange de ces deux prisonniers, ils vendirent les deux Compagnons aux Quraysh. Hujayr ibn Abu Wahab acheta Khubayb pour le compte d’Uqba ibn al-Harith, afin qu’Uqba puisse le tuer pour venger le meurtre de son père. Quant à Zayd ibn Dathina, Safwan ibn Umayya le prit pour le tuer en représailles de la mort de son propre père, Umayya ibn Khalaf. Safwan l’envoya à Tan‘im, en dehors du Sanctuaire sacré, avec son esclave Nastas, afin de le tuer. Là, une grande foule de Quraysh, parmi laquelle se trouvait Abu Sufyan, encercla Zayd. Alors qu’on conduisait Zayd pour le mettre à mort, Abu Sufyan lui dit : « Ô Zayd, préférerais-tu qu’aujourd’hui nous détenions Muhammad à ta place, que nous le tuions et que nous te renvoyions auprès de ta famille ? » Zayd répondit : « Par Dieu, je ne souhaiterais même pas que Muhammad, que Dieu le bénisse et lui accorde la paix, soit piqué par une épine là où il se trouve, qu’il en souffre, tandis que je serais assis tranquillement parmi les miens. »
Abu Sufyan fit cette remarque : « Je n’ai jamais vu chez quiconque un amour aussi profond que celui que les Compagnons de Muhammad lui vouaient. » Puis Nastas tua Zayd.
Mabia, l’esclave affranchie de Hujayr ibn Abu Wahab, qui avait déjà embrassé l’islam, raconte : « Khubayb se trouvait chez moi. Il était détenu dans ma propre maison. Un jour, je le vis manger des raisins en tenant une grappe aussi grosse qu’une tête humaine, alors qu’à cette époque il n’y avait pas de raisins à La Mecque. Lorsque le moment de son exécution approcha, il me demanda un rasoir afin de se purifier en préparation de sa mort. Je fis venir un garçon du quartier pour lui apporter un rasoir. Je demandai au garçon d’entrer chez Khubayb avec le rasoir. Dès qu’il fut entré, je me dis soudain : “Qu’ai-je fait ? Quel malheur ! Et si cet homme tuait le garçon pour se venger ? Il prendrait la vie de quelqu’un en représailles avant de perdre la sienne.” Lorsque le garçon remit le rasoir à Khubayb, celui-ci lui dit : “Ta mère n’a pas eu peur de t’envoyer chez moi avec ce rasoir, n’est-ce pas ?” Puis il renvoya immédiatement le garçon. »
Ensuite, les Quraysh conduisirent Khubayb à Tan‘im pour le mettre à mort. Khubayb dit : « Si vous n’y voyez pas d’objection, laissez-moi accomplir deux rak‘as de prière. » Ils répondirent : « Très bien, prie. »
Il accomplit deux rakʿa de prière avec le plus grand soin. Puis il s’avança vers les mécréants et leur dit : « Si vous ne pensiez pas que je fais durer ma prière pour passer le temps par peur de mourir, j’aurais prié encore quelque temps. » Depuis lors, chaque fois que les musulmans se trouvent confrontés à une exécution de ce genre, il est devenu de leur coutume d’accomplir deux rakʿa de prière, et Khubayb fut le premier à instaurer et à promouvoir cette pratique.
Les mécréants le firent ensuite monter sur une pièce de bois et l’y attachèrent solidement. À ce moment-là, Khubayb récita l’invocation suivante : « Ô Allah, nous avons transmis le message de Ton Messager. Fais donc savoir à Ton Messager, dès demain matin, ce qui nous a été fait. Ô Allah, tue ces ennemis un à un, en les comptant, et n’en épargne aucun. » Puis ils tuèrent Khubayb. Qu’Allah répande Sa miséricorde sur lui.
Muʿâwiya, fils d’Abû Sufyân, disait : « Ce jour-là, je me trouvais avec Abû Sufyân parmi ceux qui s’étaient rassemblés autour de Khubayb. À cette époque, une croyance populaire voulait que, lorsqu’une malédiction était lancée contre quelqu’un, celui-ci pouvait y échapper s’il s’allongeait aussitôt sur le côté. »
ʿUmar ibn al-Khattâb avait nommé Saʿîd ibn ʿÂmir, de la tribu des Jumaḥ, gouverneur d’une région de Syrie. Il s’évanouissait soudainement devant les gens. On en informa ʿUmar ibn al-Khattâb. On lui rapporta que quelque chose était arrivé à Saʿîd. ʿUmar lui demanda : « Ô Saʿîd, qu’as-tu ? » Saʿîd répondit : « Ô Commandeur des croyants, je ne souffre d’aucune maladie. Mais j’étais présent lors de la mise à mort de Khubayb et j’ai entendu son imprécation. Chaque fois que je me rappelle cette imprécation alors que je me trouve dans une assemblée, je perds connaissance. » Par la suite, il se rétablit auprès de ʿUmar.
ʿAbdullah ibn ʿAbbâs rapporte que, lorsque le groupe de ʿÂsim et de Mursid fut attaqué à al-Rajîʿ, les hypocrites, ayant appris la nouvelle, dirent : « Malheur à ces hommes trompés qui ont été tués de cette manière ! Ils ne sont même pas restés chez eux et n’ont pas transmis l’appel de leur Prophète. » Allah révéla alors des versets en réponse à ces propos des hypocrites.
[Arabe *********]
Il y a des gens dont les paroles dans la vie présente te plaisent — autrement dit, ils prononcent de beaux discours sur l’islam — et qui prennent Allah à témoin de ce que renferme leur cœur, alors que leur état intérieur est totalement contraire à leurs paroles ; pourtant, ils sont les ennemis acharnés de la justice et de la vérité. Autrement dit, lorsqu’ils discutent avec toi, ils se livrent à une controverse véhémente. Mais lorsqu’ils détiennent le pouvoir, ils répandent le désordre sur terre et s’efforcent de détruire les récoltes et l’humanité. Allah n’aime pas ces actes destructeurs. Lorsqu’on lui dit de craindre Allah, son orgueil le retient dans le péché. La Géhenne suffira à un tel homme, et quelle mauvaise demeure ! Il y a aussi des gens qui se sacrifient pour obtenir l’agrément d’Allah — en combattant dans Sa voie et en s’acquittant de ce qui Lui est dû. En vérité, Allah est très compatissant envers Ses serviteurs. » Les dernières paroles désignent précisément les musulmans de l’expédition d’al-Rajîʿ.
À propos de cet événement, les historiens ont cité un poème de Khubayb. Lorsqu’il apprit qu’il avait été décidé de le mettre en croix, Khubayb récita ce poème :
« Les factions ont rassemblé toutes leurs tribus autour de moi
Elles ont manifesté contre moi toute l’hostilité dont elles étaient capables,
car, malgré le danger qui menaçait ma vie, je suis demeuré fermement attaché à mon idéal.
Elles ont rassemblé toutes leurs femmes et leurs enfants,
et l’on m’a approché d’une longue et solide branche
(pour m’y empaler)
Je ne confie qu’à Allah la plainte de mon exil et de ma profonde souffrance.
Ainsi que les préparatifs auxquels les factions ennemies se sont livrées pour me tuer.
Ainsi donc, ô Seigneur du Trône, donne-moi la patience face au complot tramé contre moi,
et la force de le supporter.
Les ennemis ont vendu ma chair,
et, avec cela, la lampe de l’espoir de ma vie s’est éteinte.
Mais cette mort imminente n’est que pour l’Unique Dieu ;
s’Il le veut, Il peut accorder d’infinies bénédictions même à mes membres réduits en morceaux
et les leur prodiguer,
ils m’ont proposé, au lieu de l’Unique Dieu, la mort et la mécréance
lui avait demandé d’en accepter une.
Mes yeux les ont toutes deux refusées, et mon esprit
n’est nullement effrayé (par la peur de la mort)
Je ne me soucie nullement de la mort, car je devrai forcément mourir.
Je ne désire que le salut du feu dévorant de la Géhenne.
Par Allah, je n’éprouverai aucune peur lorsque je mourrai musulman, et peu importe de quel côté je tomberai après avoir été tué pour Allah.
Je ne montrerai pas la moindre souplesse devant l’ennemi,
je ne manifesterai aucune agitation. Car c’est vers Allah que sera mon retour. »
En pleurant Khubayb, Hassân ibn Thâbit composa et récita les vers suivants,
« Qu’arrive-t-il à tes yeux, pour que tes larmes ne cessent de couler ? (s’adressant à lui-même)
Elles ruissellent sans cesse sur ta poitrine, telles des perles
dans le chagrin de Khubayb, lui qui fut l’un de ces jeunes hommes qui savaient
que, lorsque tu Le rencontreras, il n’y aura ni échec ni
trouble.
Ainsi, ô Khubayb, pars ! Qu’Allah te récompense de la meilleure récompense.
Que répondrez-vous si le Prophète vous interroge, ô Quraysh ?
Quand les anges vertueux seront réunis à l’horizon,
En échange de quoi avez-vous tué le témoin d’Allah ?
En échange d’un homme rebelle à Dieu, opportuniste et semant le trouble dans tous les pays ?
(Il convient de préciser que Khubayb avait tué al-Harith lors de la bataille de Badr.)
L’affaire de Bi’r Ma‘ûna (4e année de l’Hégire)
L’Envoyé d’Allah (que Dieu le bénisse et le salue) demeura à Médine pendant le reste du mois de Shawwâl, ainsi que pendant les mois de Dhû al-Qa‘da, Dhû al-Hijja et Muharram. Cette année-là, les polythéistes s’abstinrent d’accomplir le pèlerinage. Au mois de Safar, l’Envoyé d’Allah (que Dieu le bénisse et le salue) envoya les membres de l’expédition de Bi’r Ma‘ûna. Cet événement se produisit seulement quatre mois après la bataille d’Uhud.
Voici le contexte de l’événement : Abû Barâ’ ‘Âmir ibn Mâlik ibn Ja‘far, connu sous le surnom de « Mulâ‘ib al-Asinna » (le virtuose du jeu de lances), vint à Médine rencontrer l’Envoyé d’Allah. L’Envoyé d’Allah (que Dieu le bénisse et le salue) lui exposa l’islam et l’invita à l’embrasser. Il n’embrassa pas l’islam, mais ne dit rien non plus contre lui. Il dit : « Ô Muhammad, si vous envoyiez quelques Compagnons auprès des habitants du Najd afin qu’ils les invitent à votre religion, je pense qu’ils accepteraient votre religion. » L’Envoyé d’Allah (que Dieu le bénisse et le salue) répondit : « Je crains que les habitants du Najd ne leur fassent du mal. » Abû Barâ’ dit : « Je me porte garant de leur sécurité. Envoyez-les donc ; qu’ils invitent les gens à votre religion. »
L’Envoyé d’Allah (que Dieu le bénisse et le salue) envoya, parmi les musulmans, quarante Compagnons éminents et compétents, sous la direction du distingué Compagnon Mundhir ibn ‘Amr, de la tribu de Banû Sâ‘ida. Mundhir était surnommé « Mu‘anniq li-yamût » (celui qui se précipite vers la mort), car il courait rapidement vers le martyre. Parmi ses éminents compagnons se trouvaient al-Hârith ibn Simma, Harâm ibn Milhân, ‘Urwa ibn Asmâ’, Nâfi‘ ibn Budayl ibn Warqâ’, ainsi que ‘Âmir ibn Fuhayra, affranchi d’Abû Bakr al-Siddîq. Ils partirent et s’installèrent à Bi’r Ma‘ûna. Ce point d’eau se trouve entre le territoire habité par Banû ‘Âmir et la région rocailleuse de Banû Sulaym. Bien que les deux régions fussent proches du point d’eau, celle de Banû Sulaym en était la plus proche.
Harâm ibn Milhân (qu’Allah l’agrée) apporta la lettre du Messager d’Allah, que la bénédiction et la paix d’Allah soient sur lui, à l’ennemi acharné de l’islam, ‘Âmir ibn Tufayl. Lorsqu’il se présenta devant lui, celui-ci ne prêta pas la moindre attention à la lettre et tua Harâm ibn Mirhân. Puis il demanda l’aide des Banû ‘Âmir afin d’exterminer les autres Compagnons. Mais les Banû ‘Âmir rejetèrent sa demande en disant : « Nous ne voulons pas violer le pacte de Barâ. Abû Barâ leur a accordé sa protection. » ‘Âmir demanda alors l’aide de quelques clans des Sulaym. Ceux-ci acceptèrent immédiatement et les encerclèrent de toutes parts. En les voyant, les Compagnons saisirent leurs épées et tombèrent en martyrs tout en combattant. Seul Ka‘b ibn Zayd survécut. Les mécréants le laissèrent là, le croyant mort. Pourtant, il était encore vivant. Bien qu’affaibli par la grande perte de sang, il réussit à s’échapper vivant, tant bien que mal, au milieu des cadavres entassés, puis il tomba en martyr lors de la bataille du Fossé.
Au moment de l’attaque, deux Compagnons, ‘Amr ibn Umayya al-Damrî et un Ansârite [Mundhir ibn Muhammad ibn ‘Uqba], se trouvaient pour une raison quelconque à quelque distance du groupe. Ils ignoraient le danger auquel leurs compagnons étaient exposés. Mais, en voyant plusieurs oiseaux voler au-dessus de leurs têtes, ils furent pris de soupçons. Ils pensèrent que le vol de ces oiseaux cachait certainement quelque chose. Ils avancèrent pour voir ce qui était arrivé aux leurs. Ils les trouvèrent tous étendus, couverts de sang, et virent également le groupe qui les avait attaqués arriver sur place. L’Ansârite dit à ‘Amr ibn Umayya : « Que pensez-vous que nous devions faire maintenant ? » Il répondit : « J’ai l’intention d’aller retrouver le Messager d’Allah, que la bénédiction et la paix d’Allah soient sur lui, et de l’informer de toute l’affaire. » L’Ansârite dit : « Je ne veux pas fuir vivant du champ de bataille où Mundhir ibn ‘Amr est tombé en martyr. Jamais je ne serais resté à attendre d’apprendre par le récit des gens qu’un massacre avait eu lieu. » Puis il combattit jusqu’à tomber en martyr.
Les mécréants capturèrent et emprisonnèrent ‘Amr ibn Umayya. Ayant appris qu’il était un homme de la tribu de Mudar, ‘Âmir ibn Tufayl lui coupa les cheveux du front puis le libéra, se souvenant que sa mère avait fait le vœu d’affranchir une esclave. ‘Amr ibn Umayya se mit ensuite en route vers Médine. Arrivé à al-Qarqara, située non loin de Médine, deux hommes des Banû ‘Âmir vinrent se reposer avec lui à l’ombre. ‘Amr ignorait qu’un pacte de protection et de non-agression liait les Banû ‘Âmir au Messager d’Allah, que la bénédiction et la paix d’Allah soient sur lui. Il les interrogea et apprit qu’ils appartenaient à la tribu des Banû ‘Âmir. Il attendit quelque temps. Dès qu’ils s’assoupirent, il les attaqua tous deux et les tua. Il pensait que les Banû ‘Âmir avaient massacré les Compagnons du Messager d’Allah, que la bénédiction et la paix d’Allah soient sur lui, et qu’il fallait donc se venger des Banû ‘Âmir.
Lorsqu’il se présenta devant le Messager d’Allah, que la bénédiction et la paix d’Allah soient sur lui, ‘Amr ibn Umayya lui raconta toute l’affaire. Le Messager d’Allah, que la bénédiction et la paix d’Allah soient sur lui, dit : « Pour les deux hommes que tu as tués, je dois verser le prix du sang (diya). » Puis il dit : « C’est Abû Barâ qui a provoqué cet événement. Je le désapprouvais et j’en étais inquiet. » Lorsqu’Abû Barâ apprit ce qui s’était passé, il en fut profondément attristé. Il exprima son indignation devant le malheur qui s’était abattu sur les Compagnons du Messager d’Allah, que la bénédiction et la paix d’Allah soient sur lui, parce que ‘Âmir ibn Tufayl lui avait fait violer sa promesse et son engagement de protection. ‘Âmir ibn Fuhayra figurait parmi les tués. Hishâm ibn ‘Urwa rapporta de son père que ‘Âmir ibn Tufayl disait : « Il y avait dans ce groupe un homme que, juste après sa mort, j’ai vu entre le ciel et la terre. Puis je l’ai vu comme s’il montait au ciel et disparaissait. Qui était cet homme ? » On lui répondit : « C’était ‘Âmir ibn Fuhayra. »
L’expulsion des Banû Nadîr (quatrième année de l’Hégire)
Le Messager d’Allah, que la bénédiction et la paix d’Allah soient sur lui, se rendit auprès des Banû Nadîr afin de leur demander de l’aider à verser le prix du sang pour les deux hommes des Banû ‘Âmir tués par le Compagnon ‘Amr ibn Umayya (qu’Allah l’agrée). En effet, le Messager d’Allah, que la bénédiction et la paix d’Allah soient sur lui, était lié à eux par un pacte de non-agression. Les Banû Nadîr et les Banû ‘Âmir étaient également liés par un pacte semblable. Lorsque le Messager d’Allah, que la bénédiction et la paix d’Allah soient sur lui, arriva chez les Banû Nadîr, ils l’accueillirent et acceptèrent de l’aider à verser le prix du sang.
Mais peu après, ils conçurent un complot perfide. Ils se mirent à se concerter secrètement sur la manière de tuer le Messager d’Allah, que la bénédiction et la paix d’Allah soient sur lui. Ils pensèrent qu’une occasion aussi propice ne se représenterait jamais. À ce moment-là, le Messager d’Allah, que la bénédiction et la paix d’Allah soient sur lui, était assis près d’un mur. Abû Bakr, ‘Umar et ‘Alî, qu’Allah les agrée, se trouvaient avec lui. Les Banû Nadîr se consultèrent entre eux. Ils dirent : « Qui peut monter sur le toit de la maison voisine, faire rouler une grosse pierre sur Muhammad et nous débarrasser de lui ? » Un homme des Banû Nadîr, ‘Amr ibn Jihâsh ibn Ka‘b, monta sur le toit pour accomplir cette tâche.
À cet instant précis, le Messager d’Allah, que la bénédiction et la paix d’Allah soient sur lui, apprit par la révélation leur complot. Il se leva de l’endroit où il était assis et retourna à Médine. Les Compagnons qui l’accompagnaient ne s’étaient pas encore rendu compte de l’endroit où il était parti. Après avoir attendu longtemps sans le voir revenir, ils partirent à sa recherche. En chemin, ils rencontrèrent un homme qui venait de Médine. Ils lui demandèrent où se trouvait le Messager d’Allah, que la bénédiction et la paix d’Allah soient sur lui. Il répondit : « Je l’ai vu entrer à Médine. » Les Compagnons rejoignirent immédiatement le Messager d’Allah, que la bénédiction et la paix d’Allah soient sur lui. Celui-ci leur ordonna de se préparer à attaquer les Banû Nadîr. Puis il marcha contre eux avec les musulmans. Ils se réfugièrent dans leurs forteresses. Le Messager d’Allah, que la bénédiction et la paix d’Allah soient sur lui, ordonna à ses Compagnons de couper les palmiers et de les brûler. En voyant cela, les Banû Nadîr se mirent à crier de loin : « Muhammad, tu interdisais pourtant de semer la corruption et tu blâmais ceux qui la commettaient ; pourquoi donc coupes-tu et brûles-tu maintenant les palmiers ? »
À cette époque, plusieurs hommes de la tribu des Banû ʿAwf ibn Khazraj, notamment ʿAbd Allâh ibn Ubayy ibn Salûl, ainsi que son dépositaire de confiance Mâlik ibn Abû Kawfal, Suwayd et Dâʾim, envoyèrent aux Banû Nadîr le message suivant : « N’ayez pas peur et ne vous rendez pas. Nous ne vous laisserons en aucun cas être vaincus par les musulmans. S’ils vous combattent, nous combattrons avec vous. » Les Banû Nadîr, attendant leur aide, ne se rendirent pas et n’engagèrent pas non plus le combat. Finalement, aucune aide ne leur parvint. Allah inspira la peur dans leurs cœurs. Ils demandèrent au Messager d’Allah — qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix — : « Ne versez pas notre sang. Expulsez-nous plutôt ; nous laisserons toutes nos armes. Autorisez chacun de nous à emporter autant de biens mobiliers que son chameau pourra transporter. » Le Messager d’Allah — qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix — accepta leur requête. Il fut donc fait conformément à la proposition des Banû Nadîr. Ils emportèrent les biens mobiliers pouvant être transportés sur le dos des chameaux. Certains allèrent même jusqu’à arracher la partie supérieure de la porte de leur maison pour l’emporter sur le dos d’un chameau. Certains partirent à Khaybar et d’autres en Syrie. Parmi les chefs de ceux qui se rendirent à Khaybar figuraient Salâm ibn Abî al-Huqayq, Kinâna ibn Rabîʿ ibn Abî al-Huqayq et Huyayy ibn Akhtab. Les habitants de Khaybar leur apportèrent un soutien total.
ʿAbd Allâh, fils d’Abû Bakr, rapporte : « Abû Bakr — qu’Allah l’agrée — avait déclaré que les Banû Nadîr étaient partis avec leurs femmes, leurs enfants et leurs biens mobiliers. Ils avaient également emporté leurs instruments de musique. Les esclaves-femmes jouaient de la musique en marchant derrière eux. Parmi elles se trouvait aussi Umm ʿAmr, l’épouse de ʿUrwa ibn al-Ward al-ʿAbsî. Ils avaient acheté cette femme, nommée Salmâ, à son mari. [65. Cette femme avait d’abord été mariée dans la tribu de Muzayna. Un jour, ʿUrwa ibn al-Ward les attaqua et les dépouilla ; il l’emmena alors captive. ʿUrwa se rendait souvent chez les Banû Nadîr et leur empruntait de l’argent. Il les pressait aussi parfois d’acheter les biens qu’il avait pillés, mais il refusait de la leur vendre. Ils firent alors boire du vin à ʿUrwa et l’achetèrent par ruse à son mari. Ils réunirent également les témoins nécessaires à cette transaction. Plus tard, ʿUrwa récitait avec regret à ce sujet les vers suivants : « Les ennemis d’Allah me firent boire du vin et me réduisirent à leur merci par le mensonge et la machination. Quel malheur ! Comment ai-je pu accepter une proposition que ma conscience réprouvait ? »] Ils avançaient avec tant de faste et d’orgueil qu’à cette époque on n’avait jamais vu une autre tribu faire autant d’apparat. »
Ils laissèrent tous leurs biens restants au Messager d’Allah — qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix. Tous ces biens devinrent la propriété du Messager d’Allah ; il pouvait en disposer comme il le souhaitait. Le Messager d’Allah distribua ces biens uniquement parmi les Compagnons ayant accompli la première émigration. Lorsque les Ansâr Sahl ibn Hunayf et Abû Dujâna Simâk ibn Kharasha lui firent part de leur pauvreté, il leur en donna également une part. La sourate al-Hashr tout entière fut révélée au sujet des Banû Nadîr. Elle relate le terrible châtiment qu’Allah infligea aux Banû Nadîr, ainsi que les mesures rigoureuses qu’Il fit prendre contre eux en faisant mener par Son Messager une expédition militaire. Allah dit : « C’est Lui qui, dès la première attaque, a expulsé de leurs demeures ceux des gens du Livre qui avaient mécru. Vous ne pensiez pas qu’ils sortiraient, et eux pensaient que leurs forteresses les protégeraient contre Allah. Mais Allah les assaillit d’une manière qu’ils n’avaient pas imaginée. Il jeta la peur dans leurs cœurs. Ils détruisirent donc leurs maisons de leurs propres mains, et les croyants les détruisirent aussi de leurs mains. Cela, parce qu’ils avaient eux-mêmes arraché la partie supérieure des portes de leurs maisons pour l’emporter. »
Tirez donc une leçon, ô vous qui êtes doués d’intelligence. Si Allah ne leur avait pas décrété l’expulsion — qui était en réalité un châtiment venant de Lui — Il les aurait châtiés ici-bas par l’épée ; et, en outre, ils auront dans l’au-delà le châtiment de l’Enfer, en plus de l’expulsion. Les palmiers frais que vous avez coupés ou laissés debout sur leurs racines, dans les deux cas, cela s’est fait avec la permission d’Allah, afin d’humilier les désobéissants. Quant aux biens qu’Allah a restitués à Son Messager en les plaçant sous son autorité, vous ne les avez pas obtenus en lançant vos chameaux et vos chevaux ; mais Allah donne à Ses messagers pouvoir sur qui Il veut. Et les biens qu’Allah a restitués à Son Messager, provenant des habitants des cités — c’est-à-dire ceux acquis par la guerre et la force, sans course de chameaux ni de chevaux — sont destinés à Allah, à Son Messager, aux proches, aux orphelins, aux nécessiteux et au voyageur, afin que les richesses ne circulent pas uniquement parmi vos riches. Ce que le Messager vous donne, acceptez-le ; et ce qu’il vous interdit, abstenez-vous-en. »
Ici, Allah Très-Haut expose la règle concernant la répartition entre les musulmans des biens acquis par la guerre.
Puis Allah dit :
« N’as-tu pas vu la situation des hypocrites ? Ils disent à leurs frères parmi les gens du Livre, qui persistent dans la mécréance — c’est-à-dire aux Banû Nadîr — : “Si vous êtes expulsés, nous sortirons avec vous. Nous n’écouterons jamais personne à votre sujet ; et si vous êtes combattus, nous vous aiderons certainement.” Allah témoigne qu’ils sont des menteurs. S’ils sont expulsés, ces hypocrites ne sortiront jamais avec eux ; s’ils sont combattus, ils ne les aideront jamais ; et même s’ils les aident, ils tourneront finalement le dos au combat et s’enfuiront en pleine bataille. Ensuite, aucune aide ne leur viendra de nulle part. La peur que vous leur inspirez est plus grande dans leurs cœurs que la peur d’Allah, car ce sont des gens qui ne comprennent pas. Ils ne vous combattront jamais tous unis, sauf dans des cités fortifiées ou derrière des murailles. Leurs dissensions internes sont très profondes. Vous les croyez unis, alors que leurs cœurs sont divisés, car ce sont des gens dépourvus de raison. Ils ressemblent à ceux qui, peu auparavant, goûtèrent la conséquence de leur conduite ; et ils auront en outre un châtiment douloureux. C’est comme Satan lorsqu’il dit à l’homme : “Mécrois !” Puis, lorsqu’il a mécru, il dit : “Je ne suis pas responsable de toi ; je crains Allah, le Seigneur des mondes.” Leur sort à tous deux sera le Feu, où ils demeureront éternellement. Tel est le châtiment des injustes. »
L’expédition de Dhât al-Riqâʿ (4e année de l’Hégire)
Après l’affaire des Banû Nadîr, le Messager de Dieu — que Dieu le bénisse et lui accorde la paix — passa à Médine tout le mois de Rabî‘ al-awwal et une partie de Jumâdâ al-awwal. Ensuite, il mena une expédition contre les Banû Tha‘labah, sous-tribu des Ghatafân, à Najd, et confia la charge de Médine à Abû Dharr al-Ghifârî. Arrivé à Nakhl, dans la région habitée par les Ghatafân de Najd, il établit son camp. C’est l’expédition de Dhât al-Riqâ‘ [66. Riqâ‘ signifie des morceaux de tissu utilisés pour raccommoder. Cette expédition aurait reçu ce nom parce que des drapeaux rapiécés y furent utilisés. Certains disent que les soldats, le terrain étant extrêmement rocailleux, furent contraints de s’attacher des morceaux de tissu aux pieds, d’où ce nom. D’autres encore disent que Dhât al-Riqâ‘ était le nom d’un arbre ou du lieu de l’événement.]. Là, il se trouva face à un immense rassemblement des Ghatafân. Les deux camps s’approchèrent l’un de l’autre, mais aucun combat n’eut lieu. Néanmoins, chacun des deux camps resta épouvanté par l’autre. Le Messager de Dieu — que Dieu le bénisse et lui accorde la paix — repartit donc avec ses Compagnons.
Jâbir ibn ‘Abd Allâh — que Dieu l’agrée — raconte : « Je partis de Nakhl avec le Messager de Dieu — que Dieu le bénisse et lui accorde la paix —, monté sur un chameau faible. Lorsque le Messager de Dieu se mit en route avec toute sa troupe, les autres compagnons de voyage commencèrent à avancer rapidement, tandis que je restais à l’arrière. Le Messager de Dieu vint à moi et me demanda : “Ô Jâbir, dans quel état es-tu ?” Je répondis : “Ô Messager de Dieu, ma monture m’a distancé.” Il dit : “Arrête le chameau.” J’arrêtai mon chameau, et le Messager de Dieu arrêta également le sien. Il me dit alors : “Donne-moi ce bâton que tu tiens, ou coupe une branche à un arbre et fais-m’en un bâton.” Je lui donnai le bâton. Il en piqua plusieurs fois mon chameau, puis me dit : “Monte.” Je montai, et mon chameau se mit alors à avancer si rapidement qu’il commença à distancer même le chameau du Messager de Dieu. »
Au cours de la conversation, le Messager de Dieu — que Dieu le bénisse et lui accorde la paix — me dit : “Jâbir, veux-tu me vendre ton chameau ?” Je répondis : “Ô Messager de Dieu, je vous le donne gratuitement.” Il dit : “Non, vends-le-moi.” Je demandai : “Combien en donnerez-vous ?” Il répondit : “Un dirham.” Je dis : “Je subirais alors une perte.” Il dit : “Alors, je t’en donnerai deux dirhams.” Je répondis : “Non.” Le Messager de Dieu continua d’augmenter le prix, jusqu’à proposer une uqiyya (une once). Je lui demandai alors : “Ô Messager de Dieu, êtes-vous satisfait de ce prix ?” Il répondit : “Oui.” Je dis : “Alors, je vous le cède.” Il dit : “Je l’accepte.” Puis il demanda : “Jâbir, t’es-tu marié ?” Je répondis : “Oui.” Il demanda : “Avec une vierge ou avec une femme déjà mariée ?” Je répondis : “Avec une femme déjà mariée.” Il dit : “Pourquoi n’as-tu pas épousé une jeune fille ? Elle aurait plaisanté avec toi, et toi aussi tu aurais pu plaisanter avec elle.” Je répondis : “Ô Messager de Dieu, mon père est tombé en martyr à la bataille d’Uhud, laissant sept filles. C’est pourquoi j’ai épousé une femme mûre, capable de veiller sur elles et de les élever.” Il dit : “Par la volonté de Dieu, tu as bien fait.” Puis il ajouta : “Lorsque nous arriverons à Sirâr, j’ordonnerai que l’on égorge un chameau, et il sera égorgé. Nous y passerons ensuite une journée à être reçus par ton épouse. Je lui parlerai de l’islam, et elle prendra soin de nous en nous préparant des coussins et une literie.” Je dis : “Ô Messager de Dieu, nous n’avons pas de coussins.” Il répondit : “Tu en trouveras certainement. Lorsque tu y arriveras, agis avec sagesse.”
Lorsque nous arrivâmes à Sirâr [Sirâr est un endroit situé à trois miles de Médine], le Messager de Dieu — que Dieu le bénisse et lui accorde la paix — ordonna d’égorger un chameau. Il fut aussitôt égorgé. Nous passâmes une journée à manger sa viande. Le Messager de Dieu entra dans la maison au début de la soirée, et nous y entrâmes également. Je racontai à mon épouse tout ce qui s’était passé ainsi que tout ce que le Messager de Dieu m’avait dit. Après l’avoir écouté, elle déclara : “Écoute ma décision : nous écouterons et nous respecterons toutes les paroles du Messager de Dieu.”
Le matin, je tirai le chameau par la tête jusqu’au Messager de Dieu — que Dieu le bénisse et lui accorde la paix — et l’attachai devant la porte de sa demeure. Puis j’allai m’asseoir dans la mosquée auprès du Messager de Dieu. En sortant de la mosquée, le Messager de Dieu vit le chameau et demanda : “Qu’est-ce que c’est ?” Les personnes présentes répondirent : “Ô Messager de Dieu, c’est le chameau que Jâbir a amené.” Il demanda : “Où est Jâbir ?” Tous m’appelèrent et me conduisirent auprès de lui. Le Messager de Dieu dit alors : “Jâbir, prends ce chameau. C’est ton chameau.” Puis il appela Bilâl et lui dit : “Va avec Jâbir et donne-lui une uqiyya pour le prix de ce chameau.” Je partis avec Bilâl, et il me donna un peu plus d’une uqiyya. Par Dieu, ce chameau n’avait cessé de contribuer à ma prospérité, et l’importance et la valeur qu’il avait dans ma maison étaient reconnues. Depuis le champ de bataille rocailleux de Najd jusqu’à la maison, son importance et sa valeur étaient reconnues. L’événement qui lui arriva sur le chemin du retour du champ de bataille rocailleux de Najd fut la dernière manifestation de cette valeur.
Jâbir — que Dieu l’agrée — ajoute : « À la fin de l’expédition de Dhât al-Riqâ‘, nous partîmes de Nakhl avec le Messager de Dieu — que Dieu le bénisse et lui accorde la paix. À ce moment-là, un musulman maltraita l’épouse d’un polythéiste. Le Messager de Dieu quitta le champ de bataille avec toute sa troupe. Le mari de cette femme rentra chez lui ; il avait auparavant été absent. Lorsqu’il apprit que sa femme avait été maltraitée, il jura et promit qu’il ne s’arrêterait pas avant d’avoir tué au moins l’un des compagnons de Muhammad — que Dieu le bénisse et lui accorde la paix. Il se mit à suivre les traces du Messager de Dieu. Celui-ci arriva en un lieu et s’y arrêta pour la nuit. Puis il demanda : “Qui est prêt à veiller sur nous toute cette nuit ?” Un Émigré et un Ansâr acceptèrent. Le Messager de Dieu les chargea de monter la garde à l’entrée d’une grotte, dans la montagne. Les deux Compagnons se partagèrent la nuit entre eux : l’Ansâr devait monter la garde pendant la première partie de la nuit, et l’Émigré pendant la dernière. Ainsi, l’Émigré dormit au début de la nuit, tandis que l’Ansâr commença à prier debout. »
L’assassin polythéiste arriva sur les lieux au cœur de la nuit. En voyant l’Ansari qui priait, il comprit que celui-ci montait la garde pour les musulmans. Il lui décocha aussitôt une flèche qui transperça son corps. Puis il retira la flèche de son corps et la conserva avec lui. Malgré cela, l’Ansari resta imperturbable et poursuivit sa prière. L’assassin décocha ensuite une autre flèche, qui transperça également son corps. Il la retira à son tour et la conserva avec lui. Malgré cela, l’Ansari resta ferme dans sa prière. L’assassin décocha alors une troisième flèche. Celle-ci transperça également le corps du Compagnon. L’assassin la retira et la conserva avec lui. L’Ansari acheva alors sa prière en accomplissant l’inclination et la prosternation, puis réveilla son compagnon. Il lui dit : « Lève-toi et assieds-toi. L’assassin m’a blessé et m’a rendu incapable de bouger. » Aussitôt, le Muhajir se leva d’un bond. En les voyant tous deux, l’assassin comprit qu’ils avaient pris conscience de sa présence et s’étaient mis sur leurs gardes. Il prit donc la fuite.
En voyant le corps ensanglanté de l’Ansari, le Compagnon muhajir lui dit : « Gloire à Allah ! Pourquoi ne m’avez-vous pas réveillé dès la première flèche ? » Le Compagnon ansari répondit : « Je récitais une sourate pendant la prière. Je ne voulais pas interrompre ma prière avant d’avoir achevé cette sourate. Mais comme l’ennemi continuait à décocher des flèches, j’ai accompli l’inclination et la prosternation, puis je vous ai appelé. Par Allah, si je n’avais pas craint de manquer à la responsabilité que le Messager d’Allah m’avait confiée, je n’aurais pas interrompu ma prière avant d’être tué. »
Ibn Ishaq rapporte que, après l’expédition de Dhat al-Riqa, le Messager d’Allah retourna à Médine, où il demeura jusqu’à la fin de Rajab.
La deuxième expédition de Badr (4e année de l’Hégire)
À l’approche du moment fixé par le défi lancé par Abou Soufyan, le Prophète partit de nouveau en expédition vers Badr au mois de Cha‘ban. Il laissa alors la direction de Médine au Compagnon ansari Abdallah ibn Ubayy ibn Abdallah ibn Sulul. Puis il arriva sur place et y établit son camp. Il y passa huit nuits à attendre Abou Soufyan. De son côté, Abou Soufyan partit avec les habitants de La Mecque et fit halte à Majanna. Il y arriva en passant par Zahran, puis décida de retourner à La Mecque.
Il dit : « Ô Qurayshites, il ne vous convient de faire la guerre que les années où les récoltes sont abondantes, lorsque vous pouvez vous occuper de vos plantations et boire du lait. Or, cette année est une année de disette. J’ai décidé de retourner sur mes pas. Retournez donc vous aussi. » Sur ses paroles, les gens repartirent. Les habitants de La Mecque les surnommèrent « l’armée des mangeurs de sawiq ». Ils disaient : « Vous n’êtes partis combattre que pour manger du sawiq. »
De son côté, le Messager d’Allah attendait à Badr le moment fixé par Abou Soufyan et comptait les jours. C’est alors que Makhshi ibn Amr al-Damri vint le trouver. Lors de l’expédition de Waddan, cet homme avait conclu un pacte avec le Messager d’Allah au nom de la tribu des Banu Damra. Il lui dit : « Ô Muhammad, êtes-vous venu près de ce point d’eau pour affronter les Qurayshites ? » Le Messager d’Allah répondit : « C’est bien cela, ô frère des Banu Damra ! Si, malgré cette situation, vous le souhaitez, nous sommes prêts à annuler le pacte qui nous lie à vous et à vous combattre. Si vous voulez qu’Allah décide de notre sort et du vôtre par la guerre, nous n’y voyons aucun inconvénient. » Il répondit : « Non, ô Muhammad, par Allah, nous n’en avons nul besoin. »
Le Messager d’Allah continua d’attendre Abou Soufyan. C’est alors que Ma‘bad ibn Abou Ma‘bad al-Khuza‘i passa près de lui. En voyant que le Messager d’Allah se trouvait là, il lança rapidement son chameau et s’éloigna en récitant les vers suivants.
« (Ma chamelle) éprouve de la répulsion pour la proximité de Muhammad et des dattes de Médine, noires comme des raisins secs. Elle court, fidèle aux anciennes coutumes de son père. Elle doit atteindre aujourd’hui le point d’eau de Qudayd et, demain après-midi, celui de Dajnan. [Qudayd est le nom d’un lieu situé près de La Mecque.] »
Le Compagnon Abdullah ibn Rawaha récita le poème suivant à propos de l’absence d’Abu Sufyan :
« Nous avions promis de faire face à Abu Sufyan sur le champ de bataille de Badr. Mais nous n’avons pas trouvé de vérité dans sa promesse, et il n’est pas homme à tenir parole. Par serment, si tu avais tenu ta promesse, ô Abu Sufyan, et si tu nous avais affrontés, tu aurais été contraint de repartir couvert de honte et de reproches, et tu aurais perdu tes alliés. C’est ici même, sur le champ de Badr, que nous avons laissé les membres d’Utba et de son fils. Nous y avons également laissé le cadavre d’Abu Jahl. Vous avez désobéi au Messager d’Allah ! Maudite soit votre religion, ainsi que vos actes hideux et égarés ! Aussi vifs que soient vos reproches à mon égard, je n’en continuerai pas moins à dire que mes biens et ma personne sont tous sacrifiés pour le Messager d’Allah. Nous lui sommes soumis et nous ne prêtons serment à personne en dehors de lui. Il est pour nous l’étoile polaire qui guide dans la nuit obscure. »
L’expédition de Dumat al-Jandal (5e année de l’hégire : Rabîʿ al-awwal)
Après la seconde expédition de Badr, le Messager d’Allah — qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix — retourna à Médine et y resta un mois, c’est-à-dire jusqu’à la fin du mois de Dhû al-Hijja. Les polythéistes s’abstinrent d’accomplir le pèlerinage cette année-là. C’était la quatrième année depuis l’arrivée du Messager d’Allah — qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix — à Médine. Ensuite, le Messager d’Allah — qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix — mena une expédition militaire à Dumat al-Jandal. Il n’y eut aucun affrontement et il ne lui fut même pas nécessaire d’atteindre ce lieu. Il retourna à Médine et y passa le reste de l’année.
La bataille de la Tranchée (5e année de l’hégire, Chawwâl)
La bataille de la Tranchée eut lieu au mois de Chawwâl de la cinquième année de l’hégire. Voici le contexte de cette bataille : une délégation commune des Juifs de Banû Nadîr et de Banû Wâ’il se rendit à La Mecque et invita les Qurayshites à attaquer Médine afin d’anéantir le Messager d’Allah — qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix —, leur promettant son entière coopération dans cette entreprise. Parmi les membres éminents de cette délégation figuraient Salâm ibn Abû al-Huqayq, Huyayy ibn Akhtab et Kinâna ibn Abû al-Huqayq, de la tribu de Banû Nadîr, ainsi que Hawdha ibn Qays et Abû ʿAmmâr, de la tribu de Wâ’il. Ils incitèrent un grand nombre de tribus arabes à s’unir et à attaquer le Messager d’Allah — qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix —. Les Qurayshites leur dirent : « Ô Juifs, vous êtes les détenteurs du premier Livre. Vous connaissez parfaitement le différend qui nous oppose à Muhammad. Dites-nous donc : notre religion est-elle meilleure ou celle de Muhammad ? » Ils répondirent : « Votre religion est supérieure à celle de Muhammad et vous êtes les porte-étendards de la vérité ! »
C’est à leur sujet qu’Allah — le Très-Haut — révéla les versets suivants de la sourate An-Nisâ :
« N’as-tu pas vu ceux qui ont reçu une part du Livre, qui croient aux idoles et aux forces rebelles, et qui disent des mécréants qu’ils sont mieux guidés que les croyants ? Ce sont ceux qu’Allah a maudits. Et quiconque est maudit par Allah ne trouvera jamais de soutien. Possèdent-ils une part du royaume, de sorte qu’ils ne donneraient aux hommes même pas la moindre parcelle ? Ou envient-ils aux hommes la faveur qu’Allah leur a accordée, c’est-à-dire la prophétie ? Nous avons certes donné aux descendants d’Abraham le Livre et la sagesse, et Nous leur avons accordé un immense royaume. Certains d’entre eux y ont cru, tandis que d’autres en ont détourné les gens. La Géhenne leur suffit comme feu ardent. »
Lorsque les Juifs tinrent de tels propos au sujet des Quraychites, leur joie ne connut plus de limites. De plus, lorsque les Quraychites les invitèrent à lancer une attaque contre le Messager d’Allah, ils acceptèrent cette proposition et s’y engagèrent. Ensuite, ces Juifs se rendirent auprès de la tribu de Ghatafân et l’invitèrent à combattre le Messager d’Allah. Ils lui assurèrent qu’ils prendraient part à l’expédition avec elle et l’informèrent que les Quraychites avaient également accepté de lancer l’attaque et s’y étaient préparés.
Au moment venu, l’armée quraychite, commandée par Abû Sufyân, sortit en campagne, équipée pour la guerre. Ghatafân partit également, accompagnée des Banû Fazâra et de leur chef, ‘Uyayna ibn Hisn. Al-Hârith ibn ‘Awf ibn Abû Hâritha se mit en route avec les Banû Murra, tandis que leur chef, Mis‘ar ibn Ruzayra, partit avec la tribu d’Ashja‘.
Ayant appris les préparatifs de guerre, le Messager d’Allah fit immédiatement creuser une tranchée autour de Médine. Afin d’encourager les musulmans à participer largement à cette œuvre dans l’espoir d’en obtenir la récompense, il creusa lui-même la tranchée. Les musulmans se joignirent nombreux à lui pour ces travaux. Lui et ses Compagnons continuèrent cette tâche sans relâche. Seuls quelques hypocrites se tenaient à l’écart du Messager d’Allah et des musulmans. Ils recouraient à diverses ruses pour se soustraire au travail et regagner furtivement leurs maisons à l’insu du Messager d’Allah et sans sa permission. En revanche, si l’un des musulmans rencontrait une grave difficulté et devait, par nécessité, se rendre auprès de sa famille, il en informait dûment le Messager d’Allah et partait après en avoir obtenu la permission. Le Messager d’Allah n’hésitait pas à la lui accorder. Dès que leur besoin était satisfait, ils revenaient participer au travail restant. Ils manifestaient ainsi leur ardeur et leur sincérité dans les œuvres de bien. Au sujet de ces croyants, Allah le Très-Haut révéla les versets suivants de la sourate An-Nûr :
« Les croyants sont uniquement ceux qui croient en Allah et en Son Messager et qui, lorsqu’ils sont réunis avec le Messager d’Allah pour une affaire importante, ne s’en vont pas sans lui en demander la permission. Ceux qui te demandent la permission sont précisément ceux qui croient en Allah et en Son Messager. Ô Prophète, lorsque les croyants te demandent la permission pour l’une de leurs affaires, accorde-la à ceux d’entre eux que tu souhaites et implore pour eux le pardon. Certes, Allah est Pardonneur. »
Ces versets furent révélés au sujet des musulmans sincères, désireux d’accomplir de bonnes œuvres et obéissants à Allah et à Son Messager.
Au sujet des hypocrites qui s’éclipsaient furtivement sans demander la permission au Prophète, qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix, Allah le Très-Haut dit également :
« Ne considérez pas l’appel du Messager qui vous est adressé comme un appel que vous vous adressez les uns aux autres. Allah connaît parfaitement ceux d’entre vous qui s’éclipsent furtivement en se dissimulant. Que ceux qui désobéissent à l’ordre du Messager prennent garde à ce qu’une épreuve ou un châtiment douloureux ne les atteigne à tout moment. Sachez qu’à Allah appartient tout ce qui est dans les cieux et sur la terre. Il sait parfaitement qui, parmi vous, suit la vérité et qui suit le mensonge. Le jour où ils retourneront vers Lui, Il les informera de ce qu’ils ont accompli. En vérité, Allah est Omniscient. » (Sourate An-Nûr, verset 64)
Ces quelques versets décrivent les hypocrites qui, sans demander la permission du Messager, se dérobaient secrètement à la tâche qu’il leur avait confiée.
À peine le Messager d’Allah, qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix, eut-il achevé de creuser le fossé que les Quraysh arrivèrent avec dix mille combattants au total, réunissant la tribu de Kinana, les habitants de la Tihama et les hommes de leurs différentes tribus. Ils établirent leur camp à Mujtama al-Asyal, entre al-Jurf et Jughaba, dans un lieu appelé Ruma. Les hommes de Ghatafan arrivèrent également avec leurs alliés du Najd. Ils installèrent leur camp à Jamb Naqma, près d’Uhud. Quant au Messager d’Allah, qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix, il déploya l’armée musulmane, forte de trois mille soldats, en laissant le mont Sala derrière elle. Le fossé se trouvait entre lui et les ennemis. Il avait auparavant fait placer les enfants et les femmes dans les forteresses.
Huyayy ibn Akhtab, l’ennemi d’Allah de la tribu des Banû Nadîr, se rendit auprès de Ka‘b ibn Asad, des Banû Qurayza. Ce Ka‘b ibn Asad était celui qui avait organisé l’accord de réconciliation et le pacte de non-agression entre les Banû Qurayza et le Messager d’Allah, qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix. Au nom des Banû Qurayza, il avait garanti la paix au Messager d’Allah, qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix, et conclu le pacte avec lui. Alors qu’il était à l’intérieur, Ka‘b, ayant appris l’arrivée de Huyayy, ferma au nez de celui-ci la porte de la forteresse. Lorsque Huyayy lui demanda d’ouvrir, il refusa. Huyayy le pria de nouveau d’ouvrir, et Ka‘b dit : « Malheur à toi, Huyayy ! Tu es un homme de mauvais augure. Je suis lié par un pacte avec Muhammad et je ne le romprai pas. Dans le comportement de Muhammad, je n’ai vu que profond respect et fidélité à la parole donnée. »
Huyayy dit : « Que se passe-t-il ? Ouvre donc un peu la porte. Je veux m’entretenir avec toi. » Ka‘b répondit : « Je ne peux pas ouvrir la porte. » Huyayy dit : « Tu as fermé la porte parce que tu craignais que je ne mange ta nourriture. » À ces mots, Ka‘b fut embarrassé et ouvrit la porte. Huyayy dit alors : « Je t’ai amené la plus grande gloire de cette époque et une mer aux vagues déchaînées. J’ai rassemblé toute l’armée qurayshite, avec ses chefs et ses notables, et je l’ai installée à Mujtama al-Asyal, dans la région de Ruma. D’autre part, j’ai amené toute la tribu de Ghatafan, avec ses chefs et ses personnalités éminentes, à Jamb Naqma, près d’Uhud. Tous se sont engagés par serment et par pacte envers moi à ne pas s’arrêter avant d’avoir anéanti Muhammad et ses compagnons. » Ka‘b dit : « Tu as plutôt organisé de quoi me couvrir le visage de honte. Tu rassembles des nuages qui ont déjà déversé leur pluie et sont à présent desséchés. Il ne leur reste que le tonnerre et les éclairs ; ils n’ont plus rien à donner. Malheur à toi, Huyayy ! Ne me tourmente pas. Laisse-moi comme je suis. Muhammad ne m’a jamais maltraité ; il n’a montré que sincérité, justice et fidélité à ses engagements. » Malgré cela, Huyayy s’obstina auprès de Ka‘b. Il posa les mains sur ses épaules et le secoua, puis finit par le convaincre à force d’arguments. Il obtint de lui un engagement. Il lui dit que, si les Quraysh et Ghatafan repartaient sans avoir tué Muhammad, il resterait avec Ka‘b dans sa forteresse et qu’ils partageraient également leurs joies et leurs peines. Ainsi Ka‘b rompit l’engagement et le pacte qu’il avait conclus avec le Messager d’Allah, qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix.
Lorsque cette nouvelle parvint au Messager d’Allah, qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix, et aux musulmans, il envoya Sa‘d ibn Mu‘adh ibn Nu‘man, alors chef de la tribu des Aws (qu’Allah l’agrée), Sa‘d ibn ‘Ubada ibn Dulaym, chef des Khazraj (qu’Allah l’agrée), ainsi qu’Abdullah ibn Rawaha (qu’Allah l’agrée) et Khawwat ibn Jubayr (qu’Allah l’agrée). Il leur dit : « Allez vérifier si la nouvelle que nous avons reçue est vraie. Si elle l’est, revenez et informez-moi par un signal convenu. Ne l’annoncez pas ouvertement, afin de ne pas briser le moral des musulmans ordinaires. Mais s’ils respectent le pacte, revenez et proclamez-le publiquement. »
Ils découvrirent que Ka‘b, Huyayy et leurs acolytes nourrissaient à l’égard du Messager d’Allah, qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix, des intentions encore plus abominables qu’on ne l’avait rapporté. Ils dirent : « Qui est donc le Messager d’Allah ? Il n’existe aucun pacte ni engagement avec Muhammad. » En entendant cela, Sa‘d ibn Mu‘adh (qu’Allah l’agrée) les réprimanda.
Ils lui répondirent en le réprimandant à leur tour. En vérité, Sa‘d ibn Mu‘adh était d’un tempérament assez vif. Sa‘d ibn ‘Ubada lui dit : « Cesse de les réprimander. Le pacte qui nous lie à eux est bien plus important que les reproches. » Les deux chefs et leurs deux compagnons revinrent ensuite auprès du Messager d’Allah, qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix. Après l’avoir salué, ils dirent : « Ajāl et Qāra. » C’est-à-dire : de même que les gens d’Ajāl et de Qāra avaient trahi le compagnon Khubayb et ses compagnons (qu’Allah les agrée) à al-Rajî‘, ceux-ci ont suivi leur voie. En entendant cela, le Messager d’Allah, qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix, dit : « Allah est le plus grand ! Ô musulmans, réjouissez-vous de cette bonne nouvelle. »
À ce moment-là, l’épreuve qui s’était abattue sur les musulmans prit une forme terrible. La peur s’empara fortement d’eux. De toutes parts, les inquiétudes se bousculaient dans leurs esprits. L’hypocrisie des hypocrites présents dans les rangs musulmans commença également à apparaître. Mu‘attib ibn Qushayr finit par dire : « Muhammad nous avait promis que nous deviendrions les maîtres de toutes les richesses des empires de Perse et de Rome. Or, aujourd’hui, nous ne pouvons même pas aller aux latrines en sécurité. » Aws ibn Qayzi dit : « Ô Messager d’Allah, nos maisons, c’est-à-dire nos familles, sont laissées sans protection. » (Cela signifiait que des menaces étaient venues de la part de certains hommes de leur propre tribu.) « Permets-nous donc de retourner chez nous, car nos maisons se trouvent à l’extérieur de Médine. » Dans de telles circonstances, le Messager d’Allah, qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix, et les polythéistes demeurèrent face à face pendant plus de vingt jours et moins d’un mois. Entre les deux camps, il n’y eut pas d’autre combat que des échanges de flèches et le siège.
La détresse et les souffrances des musulmans devinrent insupportables en raison de la prolongation du siège. Le Messager de Dieu, que Dieu le bénisse et le salue, envoya alors un message à deux chefs de la tribu de Ghatafân, ‘Uyayna ibn Hisn et al-Hârith ibn ‘Awf, leur proposant de leur donner le tiers de la totalité des récoltes de Médine s’ils quittaient le siège avec leurs hommes, dirigé contre le Messager de Dieu, que Dieu le bénisse et le salue, et ses Compagnons, qu’Allah agrée. Sur la base de cette proposition, une trêve fut conclue entre le Messager de Dieu, que Dieu le bénisse et le salue, et les Ghatafânites, et l’accord en fut rédigé. Il ne restait plus qu’à le signer et à en arrêter définitivement les termes. Toutefois, les négociations et l’accord des deux parties concernant cette transaction avaient été achevés. Avant de procéder aux dernières formalités, le Messager de Dieu, que Dieu le bénisse et le salue, fit appeler Sa‘d ibn Mu‘âdh et Sa‘d ibn ‘Ubâda, qu’Allah les agrée. Lorsqu’ils arrivèrent, il les informa de l’affaire et leur demanda conseil. Tous deux dirent : « Ô Messager de Dieu, cette proposition est-elle une initiative de votre part pour notre bien, ou bien Dieu vous a-t-Il ordonné de faire cela, de sorte que nous devons nous y conformer ? » Il répondit : « C’est une initiative personnelle de ma part. Je vois en effet que toute l’Arabie s’est unie pour lancer contre vous une attaque totale et vous a imposé de tous côtés un siège infranchissable. Je cherche donc à briser autant que possible leur puissance. »
Sa‘d ibn Mu‘âdh dit : « Ô Messager de Dieu, auparavant, nous-mêmes et ces gens étions plongés dans l’associationnisme et l’adoration des idoles. À cette époque, nous ne connaissions pas Dieu et ne L’adorions pas. Alors, ils ne pouvaient manger ne serait-ce qu’une seule datte de chez nous, sauf à l’occasion d’une hospitalité ou d’une vente. Aujourd’hui, alors que Dieu nous a honorés de la gloire et de la dignité de l’islam et nous a guidés sur le chemin de la vérité, devrions-nous leur donner de nos biens ? Par Dieu, nous n’en avons nul besoin. Par Dieu, nous ne leur donnerons rien d’autre que le tranchant de nos épées. C’est ainsi que Dieu décidera du sort qui leur est réservé comme du nôtre. » Le Messager de Dieu, que Dieu le bénisse et le salue, dit : « Très bien, je me range donc à ton avis sur cette question. » Sa‘d ibn Mu‘âdh prit alors le document de l’accord et en effaça toute l’écriture. Puis il dit : « Qu’ils fassent ce qu’ils peuvent. »
Le Messager de Dieu, que Dieu le bénisse et le salue, et les musulmans demeurèrent à l’intérieur du siège ennemi. Aucun combat n’eut lieu. Toutefois, quelques cavaliers quraychites, notamment ‘Amr ibn ‘Abd Wudd, ‘Ikrima ibn Abî Jahl, Hubayra ibn Abî Wahb et Dirâr ibn al-Khattâb, tentèrent d’engager le combat. Montés à cheval, ils s’approchèrent des Banû Kinâna et leur dirent : « Ô Banû Kinâna, préparez-vous au combat. Aujourd’hui, vous verrez qui est le plus habile à la guerre. » Puis ils lancèrent leurs chevaux à vive allure et s’arrêtèrent au bord du fossé. En voyant celui-ci, ils furent stupéfaits et dirent : « Par Dieu, c’est une stratégie de guerre que les Arabes n’avaient jamais conçue. » (68. Ibn Hichâm dit qu’il est rapporté que Salmân al-Fârisî avait conseillé au Messager de Dieu, que Dieu le bénisse et le salue, d’adopter cette stratégie.)
Puis, ayant repéré l’endroit où le fossé était le moins large, ils le franchirent. À cheval, ils arrivèrent à la position des musulmans située entre le mont Sala‘ et le fossé. ‘Alî, qu’Allah l’agrée, s’avança avec plusieurs musulmans pour les affronter et leur barra le passage précisément à l’endroit découvert par lequel les mécréants étaient arrivés au galop. Les cavaliers se mirent à charger dans leur direction.
‘Amr ibn ‘Abd Wudd, devenu si impotent après avoir été blessé à la bataille de Badr qu’il n’avait pu se présenter à la bataille d’Uhud, était venu en se distinguant par un emblème particulier afin d’exhiber son rang. À peine arrivé, il lança : « Qui va m’affronter ? » ‘Alî, qu’Allah l’agrée, s’avança vers lui. Il lui dit : « Ô ‘Amr, tu avais promis à Dieu que si l’un des Quraychites t’invitait à l’une de deux choses, tu accepterais. Est-ce vrai ? » Il répondit : « Oui ! » ‘Alî, qu’Allah l’agrée, dit : « Je t’invite donc à croire en Dieu, en Son Messager et en l’islam. »
Il répondit : « Je n’en ai nul besoin. » ‘Alî dit : « Je t’invite donc à croire en Dieu, en Son Messager et en l’islam. »
Il répondit : « Je n’en ai nul besoin. » ‘Alî dit : « Je t’invite donc au combat. » Il répondit : « Mon neveu, je ne veux pas te tuer. » ‘Alî, qu’Allah l’agrée, dit : « Mais moi, je veux te tuer. » En entendant cela, ‘Amr s’emporta. Il sauta de son cheval, le tua d’abord et frappa son visage. Puis il s’avança vers ‘Alî, qu’Allah l’agrée. Un combat acharné les opposa. Finalement, ‘Alî, qu’Allah l’agrée, le tua.
Après cela, son groupe de cavaliers fut vaincu et s’enfuit en franchissant le fossé. Désespéré par la mort de ‘Amr, ‘Ikrima, le fils d’Abû Jahl, s’enfuit en abandonnant sa lance. Le poète musulman Hassân ibn Thâbit, qu’Allah l’agrée, qui vit cela, dit :
« Il s’est enfui en nous laissant sa lance. »
Ô Ikrima, tu as fait semblant de ne pas avoir combattu.
Tu t’es enfui à toute allure comme une autruche mâle.
On aurait dit que tu t’étais écarté de la route elle-même
et que tu n’étais pas retourné le moindre instant avec l’intention de faire la paix.
(À voir ta fuite), on aurait dit que c’était ton dos. »
Lors des batailles du Fossé et de Banû Qurayza, le cri de ralliement des Compagnons de l’Envoyé d’Allah, qu’Allah le bénisse et le salue, était : « Hum, lâ-yunsarûn. » C’est-à-dire : la défaite de l’ennemi est inéluctable. Sous la pression de la force, de la puissance et de l’écrasante supériorité numérique des ennemis, l’Envoyé d’Allah, qu’Allah le bénisse et le salue, et ses Compagnons durent tenir leurs positions sur le champ de bataille dans une peur et une terreur extrêmes.
Finalement, Nuʿaym ibn Masʿûd vint dire : « Ô Envoyé d’Allah, j’ai embrassé l’islam. Ma tribu ne le sait pas. Donnez-moi maintenant toute instruction que vous jugerez nécessaire. »
Le Messager d’Allah — qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix — dit : « Parmi nous, tu es le seul en qui l’ennemi ait confiance. Si tu le peux, mets l’ennemi en déroute pour notre compte. La guerre n’est autre qu’une affaire de ruse. »
Naïm ibn Mas‘ûd se rendit auprès des Banû Qurayza. À l’époque de la Jâhiliyya, il était leur ami intime. Il leur dit : « Ô Banû Qurayza, vous savez certainement combien je vous aime. Vous n’ignorez surtout pas les liens sincères qui m’unissent à vous. » Ils répondirent : « Oui, c’est vrai. Nous n’avons aucun grief contre toi. » Il dit alors : « La situation des Quraychites et des Ghatafân est différente de la vôtre. Cette ville est votre ville. Vos femmes, vos enfants et vos biens s’y trouvent, et il vous est impossible de les transférer ailleurs. Les Quraychites et les Ghatafân sont venus combattre Muhammad et ses compagnons, tandis que vous les aidez et les soutenez. Or leurs demeures, leurs biens et leurs familles se trouvent ailleurs. Ils ne sont donc pas dans la même situation que vous. S’ils trouvent ici quelque avantage, ils le saisiront certainement ; sinon, ils retourneront dans leurs demeures. Vous vous retrouverez alors seuls dans cette ville face à Muhammad, et vous ne pourrez pas lui résister. Ainsi, si vous voulez combattre les musulmans, prenez d’abord en otage quelques chefs parmi les Quraychites. Ils resteront entre vos mains comme garantie, et vous pourrez alors être rassurés. Il ne serait pas prudent pour vous de combattre Muhammad en leur compagnie. » Ils répondirent : « Tu nous as donné un excellent conseil. »
Ensuite, il se rendit auprès des Quraychites et dit à Abû Sufyân ainsi qu’aux autres chefs quraychites qui l’accompagnaient : « Vous savez certainement que je vous veux le plus grand bien et que je suis un adversaire acharné de Muhammad. J’ai appris une nouvelle. Il est de mon devoir de vous en informer, et votre intérêt exige que je vous la révèle. Ne la divulguez à personne. »
Naïm dit : « Écoutez donc. Les Juifs regrettent d’avoir violé le pacte qu’ils avaient conclu avec Muhammad et ses compagnons. Ils ont envoyé dire à Muhammad : “Nous regrettons ce que nous avons fait. Si nous capturons quelques-uns des principaux chefs des Quraychites et des Ghatafân et que nous te les livrons, afin que tu les tues, seras-tu satisfait de nous ? Ensuite, nous nous joindrons à toi et nous exterminerons avec toi tous les autres Quraychites et Ghatafân.” Muhammad a accepté. » Naïm dit encore à Abû Sufyân : « Si les Juifs veulent retenir certains de vos hommes en otage, surtout, ne leur livrez pas un seul homme. »
Ensuite, Naïm se rendit auprès des Ghatafân et leur dit : « Ô Banû Ghatafân, vous êtes mon propre clan et mes proches. Vous m’êtes plus chers que tous les autres. Il me semble que vous n’avez aucun grief contre moi. » Ils répondirent : « Tu dis vrai. Nous n’avons aucun grief contre toi. » Naïm dit : « Alors, ne laissez personne apprendre la nouvelle que je vais vous annoncer. » Ils répondirent : « D’accord. Nous garderons ton propos secret. » Naïm leur répéta alors exactement ce qu’il avait dit aux Quraychites, et leur adressa au sujet des otages le même avertissement que celui qu’il avait donné aux Quraychites.
Voici ce qui se produisit dans la nuit précédant le samedi du mois de Shawwâl de la cinquième année de l’Hégire. Allah fit tourner toute la situation en faveur de Son Messager. Abû Sufyân ibn Harb et les chefs des Ghatafân envoyèrent auprès des Banû Qurayza un groupe de Quraychites et de Ghatafânites, commandé par ‘Ikrima ibn Abû Jahl. Ils se rendirent auprès des Banû Qurayza et leur dirent : « Nous ne pouvons plus tenir. Tous nos chameaux et nos chevaux périssent. Préparez-vous donc à la guerre. Nous voulons combattre Muhammad et parvenir à une décision définitive. » Ils répondirent : « Aujourd’hui, c’est samedi. Nous ne faisons rien ce jour-là. Certains des nôtres avaient autrefois commis un acte un samedi, et vous n’ignorez pas les conséquences qui en résultèrent. De plus, nous ne pouvons pas combattre Muhammad pour vous aider. Toutefois, si vous nous remettez quelques-uns de vos hommes en otages, comme garantie de notre sécurité, nous pourrons prendre part au combat afin de vous aider. Nous craignons que, si vous subissez des pertes au combat ou trouvez difficile de poursuivre la guerre, vous ne retourniez dans votre pays sans vous soucier de notre sécurité, nous laissant impuissants entre les mains de Muhammad. Or nous ne sommes pas capables d’affronter Muhammad. »
Lorsque la délégation revint avec cette réponse des Banû Qurayza, les Quraychites et les Ghatafânites se dirent entre eux : « La nouvelle que Naïm ibn Mas‘ûd nous a annoncée est vraie en tous points. Faisons donc savoir aux Banû Qurayza que nous ne sommes disposés à leur remettre aucun homme en otage. S’ils veulent combattre, qu’ils viennent combattre. » Lorsque des émissaires apportèrent de nouveau cette réponse des Quraychites et des Ghatafân aux Banû Qurayza, les chefs des Banû Qurayza se dirent entre eux : « Voyez donc : tout ce que Naïm a dit est parfaitement vrai. Les Quraychites et les Ghatafân ne souhaitent que combattre ; ils ne se soucient nullement de notre sort, qu’il soit bon ou mauvais. S’ils remportent un avantage, leur propre intérêt sera satisfait ; sinon, ils nous abandonneront impuissants entre les mains de Muhammad et retourneront chacun dans son pays. »
Ils firent donc savoir aux Quraychites et aux Ghatafân : « Tant que vous ne nous aurez pas remis des otages, nous ne combattrons pas Muhammad à vos côtés. » Ils rejetèrent ainsi définitivement la proposition des Ghatafân et des Quraychites. Allah sema la discorde parmi les ennemis et les mit en déroute. De plus, durant cette nuit de froid intense, Allah fit souffler sur eux un vent glacial. Ce vent renversa leurs tentes et dispersa leur matériel de cuisine.
Lorsque le Messager d’Allah (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui) apprit leur querelle et leur désaccord, il envoya le Compagnon Hudhayfa ibn al-Yamân observer de nuit les mouvements de l’ennemi.
Muhammad ibn Ka‘b al-Qurazî rapporte qu’un Compagnon originaire de Koufa demanda à Hudhayfa ibn al-Yamân : « Avez-vous vu le Messager d’Allah (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui) et êtes-vous resté en sa compagnie ? » Il répondit : « Oui. » L’homme demanda : « Comment vous comportiez-vous avec lui ? » Hudhayfa répondit : « Nous nous dévouions pleinement à son service. » L’homme de Koufa dit : « Par Dieu, si nous l’avions trouvé vivant, nous ne l’aurions pas laissé marcher sur le sol ; nous l’aurions porté sur nos épaules. » Hudhayfa (qu’Allah l’agrée) dit : « Mon neveu, écoute. Nous étions avec le Messager d’Allah (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui) dans la tranchée. Il passa une partie de la nuit à prier. Puis il se tourna vers nous et dit : “Qui parmi vous pourrait aller s’enquérir des mouvements de l’ennemi, puis revenir ? Je prie Allah pour qu’il soit mon compagnon au Paradis !” Le Messager d’Allah (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui) avait exigé que celui qui partirait revienne après avoir accompli sa mission. Cependant, aucun musulman ne trouvait la force de partir, à cause de la peur, du froid et de la faim. Comme personne ne se préparait, le Messager d’Allah (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui) m’appela. Je dus donc me préparer à partir. Il dit : “Ô Hudhayfa, va au milieu des ennemis et observe ce qu’ils font. Puis reviens auprès de nous, sans provoquer le moindre incident.” »
Je partis donc et pénétrai discrètement au milieu de l’armée ennemie. Les armées invisibles d’Allah étaient encore en train de les mettre en déroute. Leurs tentes et tous leurs ustensiles de cuisine étaient renversés, et le feu s’était éteint.
Abû Sufyân leur dit alors : « Ô Quraychites, que chacun de vous regarde autour de lui pour vérifier s’il n’y a personne d’autre. » En entendant cela, je fus le premier à poser la main sur l’homme qui se trouvait près de moi et à lui demander : « Qui es-tu ? » Il répondit : « Untel, fils d’Untel. » [69. Il est rapporté dans le Sharh al-Mawâhib que Hudhayfa dit : « Posant ma main sur celle de l’homme assis à ma droite, je lui demandai : “Qui es-tu ?” Il répondit : “Je suis Mu‘âwiya, le fils d’Abû Sufyân.” Puis je demandai à l’homme assis à ma gauche : “Qui es-tu ?” Il répondit : “Je suis ‘Amr ibn al-‘Âs.”]
Abû Sufyân dit ensuite : « Ô Quraychites, l’endroit où vous vous trouvez n’est plus digne d’être occupé. Nos chameaux et nos chevaux sont morts, et les Banû Qurayza nous ont abandonnés. Ils ont fait ce que nous détestons. Vous voyez bien ce que nous avons subi à cause de la violente tempête. Nos ustensiles de cuisine, nos tentes et tout le reste ont été renversés. Même le feu s’est éteint. Par conséquent, que chacun de vous parte vers sa demeure. Pour ma part, je m’en vais. »
Après avoir dit cela, il se dirigea vers son chameau. Celui-ci était attaché. Il monta sur son dos, puis le frappa. Après l’avoir frappé trois fois, le chameau bondit. Même après que ses liens eurent été détachés, il resta debout. Si le Messager d’Allah (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui) ne m’avait pas ordonné : « Ne provoque aucun incident avant d’être revenu », j’aurais pu le tuer si je l’avais voulu.
Hudhayfa dit : « Je retournai ensuite auprès du Messager d’Allah (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui). Il priait, enveloppé dans une couverture yéménite. Au cours de la prière, il me vit, m’attira près de ses pieds et rabattit sur moi une partie de la couverture. C’est dans cette position qu’il accomplit l’inclinaison et la prosternation. Après avoir terminé la prière par les salutations finales, je lui rapportai toutes les nouvelles concernant l’ennemi. »
Lorsque les Ghatafânites apprirent que les Quraychites étaient repartis, ils prirent à leur tour la route de leur patrie. Au matin, le Messager d’Allah (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui) et les musulmans quittèrent la tranchée et se rendirent à Médine, puis déposèrent leurs armes.
L’expédition contre les Banû Qurayza (5e année de l’Hégire)
À l’heure du zuhr, Jibrîl (paix sur lui) vint auprès du Messager d’Allah, qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix. Il portait un turban de soie sur la tête. Il était monté sur une mule équipée d’une selle et enveloppée d’une étoffe de soie. Il dit au Messager d’Allah, qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix : « Ô Messager d’Allah, avez-vous déposé les armes ? » Le Messager d’Allah, qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix, répondit : « Oui. » Jibrîl dit : « Mais les anges n’ont pas encore déposé les armes. Et vous aussi, vous ne quittez le champ de bataille qu’à la demande des musulmans ! Ô Muhammad, Allah vous a ordonné de partir en expédition contre les Banû Qurayza. J’y vais moi aussi et je vais les anéantir. »
En entendant cela, le Messager d’Allah, qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix, ordonna à quelqu’un de proclamer : « Que ceux qui obéissent à Allah et à Son Messager se rendent dans le territoire des Banû Qurayza et y accomplissent la prière de l’asr. »
Le Messager d’Allah, qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix, ordonna à Ali, fils d’Abû Tâlib, qu’Allah l’agrée, de partir vers le territoire des Banû Qurayza avec son étendard. Les musulmans le suivirent également. Lorsque Ali, qu’Allah l’agrée, se mit en route et approcha de leur forteresse, il entendit des propos odieux contre le Messager d’Allah, qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix. Après les avoir entendus, il fit demi-tour. En chemin, il rencontra le Messager d’Allah, qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix, et lui dit : « Ô Messager d’Allah, vous ne devriez pas vous rendre auprès de ces gens abjects. » Le Messager d’Allah, qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix, demanda : « Pourquoi ? Il me semble que tu as entendu de leur part des paroles insultantes et obscènes à mon sujet. » Ali, qu’Allah l’agrée, répondit : « Ô Messager d’Allah, c’est bien cela. » Le Messager d’Allah, qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix, dit : « S’ils m’avaient vu, ils n’auraient rien dit de tel. » Puis, arrivé près de la forteresse des Banû Qurayza, il dit : « Ô frères des singes, Allah vous a-t-Il humiliés ? Subissez-vous Son châtiment ? » Ils répondirent : « Ô Abû al-Qâsim — le surnom courant du Messager d’Allah, qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix — rien ne t’est caché. »
Le Messager d’Allah, qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix, établit son camp près du puits nommé al-‘Attâ, chez les Banû Qurayza. Les musulmans commencèrent à le rejoindre par groupes successifs. Certains arrivèrent même après la dernière prière en assemblée de l’isha. Ils n’avaient pas encore accompli l’asr, car le Messager d’Allah, qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix, avait dit de se rendre dans le territoire des Banû Qurayza pour y accomplir la prière de l’asr. N’ayant pas d’autre choix, ils avaient retardé la prière en raison de la guerre. Ils accomplirent donc l’asr après l’isha. C’est pourquoi le Coran ne les blâma pas. Le Messager d’Allah, qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix, les assiégea pendant vingt-cinq jours. Ils en furent réduits à l’extrême détresse, et Allah fit naître la peur dans leurs cœurs.
Après le départ des Quraysh et des Ghatafân vers leur pays, Huyayy ibn Akhtab resta avec les Banû Qurayza dans leur forteresse. Il y demeura afin de tenir la promesse qu’il leur avait faite. Lorsque les Banû Qurayza comprirent avec certitude que le Messager d’Allah, qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix, ne repartirait en aucun cas sans les combattre, Ka‘b ibn Asad convoqua les membres de la tribu et leur dit : « Ô Juifs, écoutez ! Voyez-vous le malheur qui vous a frappés ? Pour vous sortir de cette situation, je vous soumets trois propositions. Vous pouvez en accepter une. » Ils demandèrent : « Quelles sont ces propositions ? » Il répondit : « Suivons tous Muhammad et acceptons son message. Par Allah, il est évident pour nous qu’il est un prophète, et il est mentionné dans notre Livre. Ainsi, nous serons à l’abri et en sécurité quant à nos vies et nos biens, ainsi qu’à ceux de nos femmes et de nos enfants. » Ils répondirent : « Jamais nous ne renierons l’autorité de la Torah ni n’accepterons rien à sa place. » Il dit : « Si vous refusez cela, alors venez : tuons toutes nos femmes et tous nos enfants, puis prenons nos épées et combattons Muhammad et ses compagnons. Nous n’aurons alors plus aucun souci ni aucune responsabilité derrière nous. Ensuite, nous continuerons à combattre jusqu’à ce qu’Allah rende un jugement définitif entre nous et Muhammad. Si nous sommes tués, nous mourrons rassurés quant au sort de nos descendants. Et si nous remportons la victoire, nous pourrons prendre de nouvelles femmes et de nouveaux enfants. » Tous répondirent : « Est-il possible que nous tuions ces êtres chers et innocents ? À quoi nous servirait de vivre dans le confort et le bonheur s’ils n’étaient plus là ? » Ka‘b dit : « Si vous refusez encore cela, il reste une autre solution. Cette nuit est celle du samedi. Il est possible que Muhammad et ses compagnons se sentent aujourd’hui en sécurité à notre sujet. Alors, lançons une attaque surprise et tuons Muhammad et ses compagnons. » Ils répondirent : « Allons-nous ainsi profaner le samedi ? Ferons-nous ce jour ce que nos ancêtres n’ont pas fait ? Certes, certains l’ont fait, et leurs visages ont alors été défigurés ; vous ne l’ignorez pas. » Ka‘b dit : « Depuis les temps anciens jusqu’à aujourd’hui, aucun homme parmi vous n’est né capable de prendre une décision ferme et résolue, ne serait-ce que pour une seule nuit de sa vie. »
Puis, incapables de prendre une décision, ils envoyèrent un émissaire auprès du Messager d’Allah, qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix, pour lui demander : « Envoyez-nous Abû Lubâba ibn ‘Abd al-Mundhir. Nous voudrions le consulter. » Le Messager d’Allah, qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix, le leur envoya. Lorsque Abû Lubâba arriva, tous les membres de la tribu se rassemblèrent autour de lui, tandis que les femmes et les enfants vinrent auprès de lui en pleurant. Cette scène attendrit le cœur d’Abû Lubâba. Ils lui demandèrent : « Ô Abû Lubâba, penses-tu que nous devrions accepter le jugement de Muhammad à notre encontre ? » Il répondit : « Oui », tout en portant la main à sa gorge pour leur faire comprendre que ce jugement ne serait rien d’autre que la mort.
Abû Lubâba dit : « Je compris immédiatement que j’avais trahi Dieu et Son Messager. » (70. Lorsque les Banû Qurayza furent assiégés et considérèrent leur destruction comme inévitable, ils envoyèrent Châs ibn Qays auprès du Messager de Dieu. Celui-ci lui demanda de leur accorder la même grâce qu’aux Banû Nadîr, c’est-à-dire de leur permettre d’emporter seulement leurs enfants, leurs femmes et les biens qu’ils pourraient charger sur le dos de leurs chameaux, tandis qu’ils laisseraient tous leurs biens immobiliers et mobiliers, sans emporter aucune arme. Le Messager de Dieu rejeta cette demande. Il dit alors : « Dans ce cas, accordez-nous seulement la vie sauve et chassez-nous en nous remettant nos femmes et nos enfants. Nous ne voulons absolument pas emporter de biens sur le dos de nos chameaux. » Le Messager de Dieu rejeta également cette demande et insista pour qu’ils acceptent son jugement. Châs ibn Qays retourna auprès des siens avec cette réponse du Messager de Dieu. (Dans le Sharḥ al-Mawâhib de Jarfânî.) Il est également rapporté dans le Sharḥ al-Mawâhib que, le Messager de Dieu ayant rejeté la demande de grâce, Abû Lubâba pensa que, si les Banû Qurayza acceptaient son jugement, il les ferait tuer. Il les en informa donc par un signe. Abû Lubâba, au lieu de se rendre aussitôt auprès du Messager de Dieu, alla à la mosquée du Prophète, s’attacha à l’un de ses piliers et dit : « Je ne bougerai pas d’ici tant que Dieu n’aura pas pardonné la faute que j’ai commise. Sur cette terre où j’ai trahi Dieu et Son Messager, je ne montrerai plus jamais mon visage à personne. » Le Messager de Dieu attendit longtemps la venue d’Abû Lubâba. Puis, après avoir appris toute l’affaire, il dit : « S’il était venu me voir, j’aurais demandé pardon pour lui. Mais puisqu’il a pris un tel engagement, je ne peux pas le libérer avant que Dieu ne lui ait pardonné. »
Umm Salama (que Dieu l’agrée) dit : lorsqu’Abû Lubâba fut pardonné, je demandai : « Ô Messager de Dieu, dois-je lui annoncer cette bonne nouvelle ? » Le Messager de Dieu répondit : « Tu peux la lui annoncer. » Umm Salama se tint alors à la porte de sa maison et dit : « Ô Lubâba, bonne nouvelle ! Tu as été pardonné. » Il convient de préciser qu’à cette époque, le verset relatif au voile n’avait pas encore été révélé.
Les musulmans accoururent ensuite auprès de lui pour le libérer. Mais Abû Lubâba dit : « Je ne me libérerai pas moi-même si le Messager de Dieu ne me libère pas de ses propres mains. » Ayant appris cela, le Messager de Dieu dénoua ses liens au moment où il se rendait à la prière de l’aube.
Ibn Hichâm dit : Abû Lubâba resta attaché au pilier pendant six jours. À l’heure de chaque prière, sa femme venait lui dénouer les liens afin qu’il puisse prier. Puis il retournait au pilier et s’y attachait de nouveau.
Le lendemain matin, les Banû Qurayza se préparèrent à accepter le jugement du Messager de Dieu. À cette nouvelle, des membres de la tribu des Aws accoururent auprès du Messager de Dieu. Ils dirent : « Ô Messager de Dieu, les Banû Qurayza sont nos alliés. Ils nous soutiennent contre la tribu des Khazraj. Vous savez bien comment vous avez traité l’allié des Khazraj, les Banû Qaynuqâ. » Avant les Banû Qurayza, le Messager de Dieu avait assiégé la tribu des Banû Qaynuqâ. Ceux-ci étaient les alliés des Khazraj et s’étaient eux aussi soumis au jugement du Messager de Dieu. Lorsque Abd Allâh ibn Ubayy ibn Salûl demanda qu’ils aient la vie sauve, le Messager de Dieu leur accorda sa grâce. Lorsque les membres de la tribu des Aws demandèrent au Messager de Dieu d’épargner les Banû Qurayza, il dit : « Ô gens des Aws, accepterez-vous que je désigne l’un des vôtres comme arbitre ? » Ils répondirent : « Oui. » Le Messager de Dieu dit : « Je désigne Sa‘d ibn Mu‘âdh comme arbitre. »
Le Messager de Dieu avait installé Sa‘d ibn Mu‘âdh dans une tente de la mosquée du Prophète, auprès de Rufayda, l’épouse d’un musulman. Cette femme soignait les blessés et servait les musulmans éprouvés. Lorsque Sa‘d fut blessé par une flèche lors de la bataille du Fossé, le Messager de Dieu dit aux musulmans : « Installez Sa‘d dans la tente de Rufayda afin qu’il reste près de moi et que je puisse m’enquérir de son état et prendre soin de lui. » Lorsque le Messager de Dieu le désigna comme arbitre au sujet des Banû Qurayza, les membres de sa tribu l’emmenèrent monté sur un âne. Ils avaient placé sur le dos de l’âne un coussin de cuir. C’était un homme très corpulent et bel homme. Tandis qu’ils l’emmenaient auprès du Messager de Dieu, ils lui répétèrent : « Ô Sa‘d, traite tes alliés avec bonté. Tu as été désigné comme arbitre afin de te montrer bienveillant envers eux. » Voyant qu’ils le suppliaient avec insistance, il dit : « Le moment est venu pour Sa‘d de ne tenir compte, dans la cause de Dieu, du blâme ni du reproche de personne. » Certains de ceux qui l’emmenaient auprès du Messager de Dieu retournèrent alors au quartier des Banû Abd al-Achhal. Des membres des Banû Qurayza vinrent à leur rencontre. Avant même que Sa‘d ne les rejoigne, ils apprirent d’eux toute l’affaire, considérèrent leur mort comme certaine et se mirent à pleurer. (71. « Le moment est venu pour Sa‘d de ne tenir compte, dans la cause de Dieu, du blâme ni du reproche de personne. » En entendant ces paroles de Sa‘d, ils comprirent qu’il allait peut-être prononcer leur condamnation à mort. Ayant ainsi entrevu leur mort certaine avant même qu’elle ne survienne, ils se mirent à pleurer.)
Lorsque Sa‘d arriva auprès du Messager de Dieu et des musulmans, le Messager de Dieu dit : « Allez à la rencontre de votre chef. » Les Quraychites et les Émigrés dirent alors : « L’ordre du Messager de Dieu ne concerne que les Ansâr. » Les Ansâr répondirent : « Cet ordre concerne tout le monde. » Tous s’avancèrent ensuite vers lui et dirent : « Ô Sa‘d, le Messager de Dieu t’a chargé de rendre un jugement au sujet de tes alliés. » Sa‘d dit : « Le jugement que je prononcerai sera reconnu comme le jugement définitif. Le jurez-vous tous au nom de Dieu ? » Ils répondirent : « Oui. » Puis, faisant signe en direction du côté où se trouvait le Messager de Dieu, il demanda : « Ceux qui se trouvent ici sont-ils également liés par cet engagement ? » Par respect, Sa‘d ne mentionna pas expressément le Messager de Dieu. Mais celui-ci répondit : « Oui. » Sa‘d prononça alors son jugement : « Je décide que tous les hommes des Banû Qurayza soient tués, que tous leurs biens soient partagés et que leurs femmes et leurs enfants soient faits prisonniers. »
L’Envoyé d’Allah (que la bénédiction et la paix d’Allah soient sur lui) dit à Sa‘d (qu’Allah l’agrée) : « Ton jugement est conforme au jugement qu’Allah a rendu depuis les sept cieux. »
Ensuite, tous les Banû Qurayẓa furent expulsés de leurs maisons et détenus dans la demeure de Qays bint al-Ḥârith, à Médine. Puis l’Envoyé d’Allah (que la bénédiction et la paix d’Allah soient sur lui) se rendit au marché de Médine — à l’emplacement même où se trouve encore aujourd’hui le marché de Médine. Ils furent amenés par groupes et tués dans ces fossés. L’ennemi d’Allah, Ḥuyayy ibn Akhṭab, ainsi que Ka‘b ibn Asad, le chef des Banû Qurayẓa, furent également tués. Leur nombre total était de six ou sept cents. Selon ceux qui estiment leur nombre plus élevé, ils étaient entre huit et neuf cents. Alors qu’on les conduisait par groupes auprès de l’Envoyé d’Allah (que la bénédiction et la paix d’Allah soient sur lui), ils demandèrent à Ka‘b ibn Asad, leur chef : « Ô Ka‘b, quel traitement, à ton avis, allons-nous subir ? » Ka‘b répondit : « Ne comprenez-vous donc rien ? Ne voyez-vous pas combien celui qui vient vous chercher est indifférent et impassible ? Ne voyez-vous pas que celui qui part parmi vous ne revient pas ? Par Allah, vous serez tous tués. »
Ainsi, ils furent tués un à un.
On amena Ḥuyayy ibn Akhṭab, le pire ennemi de l’islam. Il portait un vêtement rose qu’il avait déchiré en petits morceaux partout afin qu’on ne le lui prenne pas. Ses deux mains étaient attachées avec une corde à son cou. Dès qu’il aperçut l’Envoyé d’Allah (que la bénédiction et la paix d’Allah soient sur lui), il dit : « Je n’ai jamais regretté de t’avoir combattu. Toutefois, celui qui abandonne Allah doit nécessairement être vaincu. » Puis il s’adressa à la foule présente et dit : « Ô assemblée, le décret d’Allah est inviolable. Allah avait destiné aux Enfants d’Israël le destin qui leur était écrit et un grand massacre. » Après avoir prononcé ces paroles, il s’assit, puis fut décapité.
La Mère des croyants, ‘Â’isha (qu’Allah l’agrée), rapporte : « Aucune femme ne fut tuée, à l’exception d’une femme des Banû Qurayẓa. Cette femme conversait avec moi sans la moindre gêne et riait aux éclats, alors qu’au même moment, les hommes de son clan étaient tués sur ordre de l’Envoyé d’Allah (que la bénédiction et la paix d’Allah soient sur lui). Soudain, un crieur demanda à voix haute : “Qu’y a-t-il ? Que t’arrive-t-il ?” Elle répondit : “Je vais être tuée.” Je demandai : “Où est telle femme ?” Après avoir entendu cela, elle répondit : “C’est moi.” — “Pourquoi ?” — Elle répondit : “Parce que j’ai commis une grande faute.” On l’emmena ensuite et elle fut tuée. [72. Ibn Hichâm dit que cette femme avait tué le Compagnon Khallâd ibn Suwayd en lui lançant une meule.] »
‘Â’isha (qu’Allah l’agrée) disait : « Je ne peux oublier cette femme. Je m’étonne qu’elle ait été si joyeuse et plongée dans le rire tout en sachant qu’elle allait être tuée. »
L’Envoyé d’Allah (que la bénédiction et la paix d’Allah soient sur lui) ordonna de tuer chacun des hommes adultes des Banû Qurayẓa. ‘Aṭiyya al-Quraẓî rapporte : « L’Envoyé d’Allah (que la bénédiction et la paix d’Allah soient sur lui) avait ordonné de tuer tout homme adulte. J’étais alors adolescent. Comme on me trouva mineur, je fus épargné. »
Ayyûb ibn ‘Abd al-Raḥmân rapporte que Salmâ bint Qays, une tante maternelle de l’Envoyé d’Allah (que la bénédiction et la paix d’Allah soient sur lui) — qui avait prié avec lui en direction des deux qiblas et participé au serment d’allégeance des femmes — demanda à l’Envoyé d’Allah d’épargner la vie de Rifâ‘a ibn Samû’îl al-Quraẓî. Elle dit : « Rifâ‘a a décidé de prier et de manger de la viande de chameau. » L’Envoyé d’Allah (que la bénédiction et la paix d’Allah soient sur lui) accepta sa demande et lui épargna la vie. Cet homme, Rifâ‘a, était adulte et avait demandé la protection de Salmâ. Il connaissait déjà la famille de Salmâ. C’est ainsi que Salmâ sauva la vie de Rifâ‘a.
Ensuite, le Messager d’Allah (paix et bénédictions d’Allah sur lui) répartit entre les musulmans les biens, les femmes et les enfants des Banû Qurayza. Puis il envoya Sa‘d ibn Zayd al-Ansârî à Najd avec un certain nombre d’esclaves hommes et femmes des Banû Qurayza. En échange, il en rapporta des armes et des chevaux qu’il acheta là-bas pour les musulmans.
Parmi les femmes des Banû Qurayza, le Messager d’Allah (paix et bénédictions d’Allah sur lui) choisit pour lui-même Rayhâna bint ‘Amr ibn Khunâfa. Elle resta sous sa possession jusqu’au décès du Messager d’Allah (paix et bénédictions d’Allah sur lui). Le Messager d’Allah (paix et bénédictions d’Allah sur lui) lui proposa de l’épouser et de la placer derrière le voile. Mais elle dit : « Ô Messager d’Allah, il vaut mieux que tu me prennes comme esclave. Cela sera plus exempt de complications pour toi comme pour moi. » Le Messager d’Allah (paix et bénédictions d’Allah sur lui) agit conformément à sa demande. Au moment où elle fut prise comme esclave, elle s’était vivement opposée à l’acceptation de l’islam et souhaitait rester attachée à la religion juive. Le Messager d’Allah (paix et bénédictions d’Allah sur lui) s’éloigna donc d’elle et en fut attristé. Un jour, alors qu’il était assis avec ses Compagnons, il entendit derrière lui le bruit de pas. Il dit : « Thalaba ibn Sa‘ya vient certainement m’annoncer que Rayhâna a accepté l’islam. » Thalaba arriva effectivement et annonça que Rayhâna avait accepté l’islam. Il s’en réjouit alors.
Allah Très-Haut a relaté, dans la sourate al-Ahzâb du Noble Coran, le récit de la bataille du Fossé et des Banû Qurayza. Il y a exposé comment les musulmans furent éprouvés, quelles immenses faveurs Il leur accorda, et comment Il les délivra de tous les dangers et leur donna la victoire dans les deux batailles. Pourtant, auparavant, les hypocrites avaient tenu des propos déplacés. Allah dit : « Ô croyants, souvenez-vous de la faveur qu’Allah vous a accordée lorsqu’une immense armée s’est avancée contre vous. Nous avons alors envoyé contre eux un vent violent ainsi que des troupes que vous ne voyiez pas. Et Allah observait vos actions. Lorsqu’ils vous attaquèrent de toutes parts, que les yeux de beaucoup s’égarèrent d’effroi et que les âmes remontèrent jusqu’aux gorges, tandis que vous formiez diverses pensées au sujet d’Allah, les croyants furent éprouvés et violemment ébranlés. Les hypocrites et ceux dont le cœur était malade disaient : “Allah et Son Messager ne nous ont promis que tromperie.” Un groupe d’entre eux dit : “Ô habitants de Yathrib, vous ne pouvez plus rester ici ; retournez donc.” Certains de leurs groupes demandaient alors au Prophète la permission de partir, en disant : “Nos familles sont exposées au danger.” En réalité, elles ne l’étaient pas ; ils ne cherchaient qu’un prétexte pour fuir. »
Ce verset fut révélé au sujet d’Aws ibn Qayzî et de ceux qui partageaient ses opinions.
« Si l’ennemi était entré par toutes les voies de Médine et qu’on leur avait demandé de se livrer à la fitna, c’est-à-dire au polythéisme, ils l’auraient certainement fait. Ils auraient à peine hésité à agir ainsi. Auparavant, ils avaient fait à Allah la promesse de ne pas tourner le dos au combat et de fuir. Ils seront certainement interrogés au sujet de la promesse faite à Allah. (Les deux tribus, Banû Salama et Banû Hâritha, avaient fait cette promesse après avoir battu en retraite lors de la bataille d’Uhud : elles ne recommenceraient jamais. Allah leur rappela cette promesse, qu’elles avaient faite de leur propre initiative.) Ô Prophète, dis : fuir la mort ou être tué ne vous sera d’aucune utilité ; vous ne profiterez alors de la vie que pendant peu de temps. Dis : si Allah décide de vous affliger d’un malheur ou de vous accorder une faveur, qui donc pourra vous protéger contre Sa décision ? Vous ne trouverez, en dehors d’Allah, ni protecteur ni soutien. Allah connaît ceux d’entre vous qui font obstacle et ceux qui disent à leurs frères : “Venez avec nous.” Ces hypocrites ne vont guère au combat, sauf par nécessité de se protéger et de s’acquitter de leur devoir. Leur seul objectif est de satisfaire leur jalousie et leur hostilité à votre égard. Lorsque la bataille approche, tu les vois te regarder avec effroi, comme les yeux d’un agonisant inconscient tournent de peur devant la mort. Puis, lorsque le danger est passé, ils viennent vers vous avec des paroles exaltées, avides du butin, et prononcent de grands discours. (C’est-à-dire qu’ils disent des choses que vous n’aimez pas, car ils ne croient pas à l’au-delà et n’en recevront aucune récompense. Ils craignent donc la mort exactement comme la craignent ceux qui ne croient pas à la vie après la mort.) Ils n’ont pas cru ; Allah a donc réduit à néant toutes leurs bonnes œuvres. Cela est très facile pour Allah. Ils pensent que les coalisés, c’est-à-dire les Quraychites envahisseurs et les Ghatafân, ne sont pas encore partis. Et s’ils attaquaient de nouveau, ils se réfugieraient au milieu des Bédouins, au cœur du désert, et continueraient depuis là à s’enquérir de vos nouvelles. Même s’ils demeuraient parmi vous, ils ne combattraient que très peu. »
Ensuite, Allah s’adresse aux croyants en disant : « Vous avez certes, dans la vie du Messager d’Allah, un excellent modèle, pour celui qui espère en Allah et au Jour dernier. » [C’est-à-dire : non pas pour ceux qui cherchent à tirer profit de la proximité du Messager d’Allah (paix et bénédictions d’Allah sur lui) ou de son rang.] Puis, évoquant la sincérité des croyants et leur disposition à reconnaître et à accepter l’épreuve promise par Allah, Allah dit : « Lorsque les croyants virent les coalisés envahisseurs, ils dirent : “Voici ce qu’Allah et Son Messager nous avaient promis ; Allah et Son Messager ne promettent que la vérité.” Une telle situation ne fit qu’accroître leur foi et leur soumission. » (C’est-à-dire leur patience dans l’épreuve, leur soumission au destin et leur disposition à accepter la vérité.)
« Parmi les croyants, il en est qui ont tenu l’engagement qu’ils avaient pris envers Allah. Certains ont déjà accompli leur devoir. (C’est-à-dire qu’ils ont achevé leur œuvre et sont retournés auprès d’Allah, comme les martyrs de Badr et d’Uhud.) D’autres attendent encore. (C’est-à-dire qu’ils attendent le secours d’Allah et l’occasion d’accomplir ce qu’ont accompli le Messager et ses Compagnons ; ils n’y ont apporté aucun changement. Autrement dit, ils n’ont nourri ni doute ni hésitation et n’ont recherché aucune voie de remplacement.) Allah récompensera les sincères pour leur sincérité et, s’Il le veut, châtiera les hypocrites ou leur pardonnera. Il est certes Pardonneur et Miséricordieux. Allah a renvoyé les mécréants, c’est-à-dire les Quraychites et les Ghatafân, avec leur colère et leur rancœur ; ils n’ont obtenu aucun bien. Allah suffit aux croyants pour combattre, car Il est Puissant et Invincible. Il a fait sortir de leurs forteresses le groupe des gens du Livre qui les avait soutenus, c’est-à-dire les Banû Qurayza, et Il a jeté la terreur dans leurs cœurs. Vous avez ainsi tué une partie d’entre eux et fait prisonnière l’autre. (C’est-à-dire que vous avez tué les hommes et capturé les femmes et les enfants.) Allah vous a également donné en héritage leur terre, leurs demeures, leurs biens et une terre que vous n’aviez jamais foulée auparavant, c’est-à-dire Khaybar. Allah est certes capable de toute chose. »
Une fois le problème des Banû Qutayba réglé, la blessure de Sa‘d ibn Mu‘âdh s’aggrava soudainement et il obtint le martyre.
Al-Hasan al-Basrî (qu’Allah lui fasse miséricorde) rapporte : « Sa‘d était un homme très corpulent et lourd. Pourtant, ceux qui portaient son corps le trouvèrent d’une légèreté extraordinaire. Alors certains hypocrites dirent : “Sa‘d était pourtant très lourd ; or nous n’avons jamais vu un corps aussi léger.” » Ayant entendu cela, le Messager d’Allah (qu’Allah le bénisse et le salue) dit : « S’il vous a paru léger, c’est parce que, parmi ceux qui portaient son corps, il y en avait d’autres que vous — c’est-à-dire les anges. Par Allah, les anges se sont réjouis et ont été heureux de recevoir l’âme de Sa‘d. À sa mort, le Trône d’Allah a tremblé. »
Trois polythéistes furent tués lors de la bataille de la Tranchée. Munabbih ibn ‘Uthmân était l’un d’eux. Il fut atteint d’une flèche et mourut à La Mecque des suites de ses blessures. Le deuxième était Nawfal ibn ‘Abdullah, des Banû Makhzûm. Il avait franchi la tranchée, puis fut capturé et tué. Il avait été atteint par une flèche, et son corps était aux mains des musulmans. Les polythéistes proposèrent de racheter son corps. Le Messager d’Allah (qu’Allah le bénisse et le salue) dit : « Nous n’avons nul besoin de son corps ni de son prix. » Son corps leur fut alors rendu. Le troisième était ‘Amr ibn ‘Abd Wudd, de la tribu des Banû ‘Âmir. ‘Alî ibn Abî Tâlib (qu’Allah l’agrée) le tua.
Quelques musulmans furent tués en martyrs lors de l’expédition contre les Banû Qurayẓa. Parmi eux, Khallâd ibn Suwayd fut tué par une meule qu’on lui lança dessus. Il est rapporté que le Messager d’Allah (qu’Allah le bénisse et le salue) dit à son sujet : « Khallâd recevra la récompense de deux martyrs. » Le Compagnon Abû Sinân mourut pendant que le Messager d’Allah (qu’Allah le bénisse et le salue) assiégeait les Banû Qurayẓa. Il fut enterré dans le cimetière des Banû Qurayẓa. Lorsque le rassemblement des armées des deux côtés de la tranchée prit fin et que les mécréants abandonnèrent celle-ci, le Messager d’Allah (qu’Allah le bénisse et le salue) dit : « Après cela, les Quraysh ne vous attaqueront plus jamais ; désormais, c’est vous qui les attaquerez. »
En effet, après cela, les Quraysh n’attaquèrent plus les musulmans. Au contraire, le Messager d’Allah (qu’Allah le bénisse et le salue) mena des attaques contre eux. Finalement, Allah lui accorda la conquête de La Mecque.
L’expédition de Banû Liḥyân
Ensuite, le Messager d’Allah (qu’Allah le bénisse et le salue) resta à Médine durant les mois de Dhû al-Ḥijja, Muḥarram, Ṣafar, Rabî‘ al-Awwal et Rabî‘ al-Thânî. Au sixième mois après la victoire sur les Banû Qurayẓa, durant Jumâdâ al-Awwal, il partit en expédition contre les Banû Liḥyân. Le but de cette expédition était de réclamer aux habitants de Rajî‘ la restitution de Khubayb ibn ‘Adî et de ses compagnons (qu’Allah les agrée). Il partit de telle manière qu’il semblait se diriger vers la Syrie. En réalité, son intention était d’attaquer les habitants de Rajî‘.
Après avoir quitté Médine, il passa par le mont Ghurâb, situé aux environs de Médine, puis suivit la route de Syrie jusqu’à Makhîḍ, avant de se rendre à Baṭrâ. Là, il tourna à gauche et avança par la plaine de Bîna, proche de Médine, franchit la chaîne de montagnes d’al-Yamâma, puis suivit la route de La Mecque. Il atteignit ensuite rapidement Ghurân, le territoire habité par les Banû Liḥyân. Ghurân est une plaine située entre Amâj et ‘Usfân, qui s’étend jusqu’à la région appelée Sâya. Lorsqu’il arriva à Ghurân, il constata qu’ils avaient déjà été alertés et s’étaient réfugiés dans les montagnes pour se mettre en sécurité. Le Messager d’Allah (qu’Allah le bénisse et le salue) établit son camp à Ghurân. Son attaque-surprise ayant échoué, il dit à ses Compagnons : « Si nous établissons notre camp à ‘Usfân, les habitants de La Mecque penseront que nous nous dirigeons vers La Mecque. » Il se rendit ensuite à ‘Usfân avec deux cents Compagnons cavaliers et y établit son camp. Puis il envoya deux cavaliers, qui atteignirent Qurâ‘ al-Ghumaym. Après cela, le Messager d’Allah (qu’Allah le bénisse et le salue) regagna Médine avec toute l’armée.
Jâbir ibn ‘Abdullah (qu’Allah l’agrée) rapporte que, lors du retour, le Messager d’Allah (qu’Allah le bénisse et le salue) disait : « Par la volonté d’Allah, nous revenons, nous nous repentons et nous louons notre Seigneur. Je cherche refuge auprès d’Allah contre les difficultés du voyage ainsi que contre la perte de la famille et des biens. »
Expédition de Dhu Qarad
Après cela, le Messager d’Allah passa quelques jours seulement à Médine. Soudain, Uyayna ibn Hisn al-Fazari, accompagné de quelques cavaliers de Ghatafan, attaqua et razzia les chamelles laitières du Messager d’Allah qui paissaient à Ghaba, un lieu situé non loin de Médine. Parmi ces chameaux se trouvaient aussi un homme de la tribu des Banû Ghifâr et son épouse. Ils tuèrent l’homme et emmenèrent les chameaux ainsi que sa femme.
Salama ibn Amr ibn al-Akwa fut le premier à apprendre la nouvelle de cette razzia. Il s’était rendu à Ghaba, équipé d’un arc et de flèches, accompagné de l’esclave de Talha ibn Ubaydullah. Il avait avec lui un cheval. Arrivé à l’un des versants de la montagne de Thaniyyat al-Wadâ, il se mit à crier à haute voix : « Au secours ! » Puis il se lança rapidement à leur poursuite. Il courut exactement comme une bête féroce poursuit sa proie. À force de les poursuivre, il les rattrapa et se mit à leur décocher des flèches. À chaque flèche qu’il tirait, il disait : « Prenez celle-ci ! Je suis le fils d’al-Akwa. Aujourd’hui est le jour où les pécheurs seront anéantis. » Dès que les pillards le poursuivaient, il se retirait, puis ressortait aussitôt pour aller les affronter. Ainsi, chaque fois qu’il en avait l’occasion, il tirait des flèches en disant : « Prenez celle-ci ! Je suis le fils d’al-Akwa. Aujourd’hui est le jour où les pécheurs seront anéantis. » De leur côté, les pillards se mirent à crier : « Dès le début de la journée, cet homme s’est montré si dur envers nous ! »
Les cris de Salama parvinrent aux oreilles du Messager d’Allah. Celui-ci cria pour donner l’alerte : « Au secours ! Au secours ! » Aussitôt, un grand nombre de Compagnons se mirent à accourir montés sur leurs chevaux. Le premier fut Miqdad ibn Amr, puis Abbad ibn Bishr, suivi l’un après l’autre de Sa‘d ibn Zayd, Usayd ibn Zuhayr, Ukkasha ibn Mihsan, Muhrid ibn Nadala, Abû Qatada al-Harith ibn Rib‘i et Abû Ayyash. Le Messager d’Allah les envoya sous le commandement de Sa‘d ibn Zayd. Il dit : « Continuez à poursuivre les pillards. J’enverrai encore d’autres hommes par la suite. » L’armée de Sa‘d les poursuivit et les rattrapa. En premier lieu, Abû Qatada tua Habib ibn Uyayna, le recouvrit de sa propre cape, puis alla rejoindre les hommes de son groupe.
Quelque temps plus tard, le Messager d’Allah partit lui-même avec un groupe de musulmans. En chemin, ils aperçurent Habib enveloppé dans la cape d’Abû Qatada. Les Compagnons qui l’accompagnaient prononcèrent l’istirjâ‘ et dirent : « Quel malheur ! Abû Qatada a-t-il été tué ? »
Le Messager d’Allah dit : « Non, ce n’est pas Abû Qatada. Cet homme a été tué par Abû Qatada, qui l’a enveloppé dans sa propre cape afin que vous compreniez qu’il était son compagnon. » Ukkasha ibn Mihsan captura deux des pillards, Awbar et son fils Amr, et les tua tous les deux en même temps. Ils chevauchaient le même chameau. Ils récupérèrent également quelques-uns des chameaux razziés. Le Messager d’Allah établit son camp près de la montagne de Dhu Qarad. Le reste des musulmans le rejoignit ensuite. Salama ibn al-Akwa dit : « Ô Messager d’Allah, si tu m’envoies avec cent hommes, je pourrai reprendre les chameaux restants et capturer les pillards. » Le Messager d’Allah répondit : « Ils prennent actuellement leur repas du soir auprès des gens de Ghatafan. »
Ensuite, le Messager d’Allah distribua un chameau à chacun de ses Compagnons pour chaque groupe de cent hommes, et ils passèrent la journée à en manger. Puis le Messager d’Allah retourna à Médine avec ses Compagnons.
L’épouse de l’homme des Banû Ghifâr arriva auprès du Messager d’Allah en chevauchant un chameau et l’informa de la mort de son mari. Puis elle dit : « Ô Messager d’Allah, j’ai fait le vœu que, si je parvenais à échapper au danger en chevauchant le dos de ce chameau, je l’égorgerais au nom d’Allah. » Le Messager d’Allah sourit et dit : « Tu as voulu donner au chameau une bien mauvaise récompense. Allah t’a sauvée du danger en te faisant chevaucher son dos, et tu veux l’égorger ! Aucun vœu n’est valable lorsqu’il implique une désobéissance à Allah. Il n’est pas permis d’accomplir un vœu avec ce dont on n’est pas propriétaire. Ce chameau m’appartient. Retourne auprès de ta famille. Allah fera ainsi ton bien. »
L’expédition contre les Banû al-Mustaliq
L’Envoyé d’Allah, qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix, passa à Médine le reste de Jumâdâ ath-Thâniya ainsi que le mois de Rajab. Puis, au mois de Cha‘bân de la sixième année de l’hégire, il lança une expédition contre la branche des Banû al-Mustaliq de la tribu des Khuzâ‘a.
Un jour, l’Envoyé d’Allah, qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix, apprit que les Banû al-Mustaliq rassemblaient leurs troupes. Ils étaient dirigés par Hârith ibn Abî Dirâr, le père de Juwayriya, l’une des épouses de l’Envoyé d’Allah, qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix. Dès qu’il reçut cette nouvelle, l’Envoyé d’Allah, qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix, partit avec ses troupes à leur rencontre. Une bataille acharnée les opposa au bord d’une source appelée al-Muraysî‘. Allah accorda la victoire aux Banû al-Mustaliq sur leurs ennemis. Beaucoup d’entre eux furent tués. L’Envoyé d’Allah, qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix, considéra leurs enfants, leurs femmes et leurs biens comme butin.
Un musulman nommé Hichâm ibn Subâba, de la tribu des Banû Kalb ibn ‘Awf, fut tué au cours de cette bataille. Un Ansârî appartenant au groupe de ‘Ubâda ibn as-Sâmit, qu’Allah l’agrée, le tua par erreur, le prenant pour un ennemi.
Alors que les musulmans campaient près de la source, un incident regrettable se produisit parmi eux. ‘Umar ibn al-Khattâb, qu’Allah l’agrée, avait engagé comme journalier, pour s’occuper de son cheval, un homme des Banû Ghifâr nommé Jajâh ibn Mas‘ûd. Une dispute l’opposa à Sinân ibn Wabr al-Juhanî au sujet de l’eau, et la querelle finit par dégénérer en affrontement. Alors le Juhanî cria : « Ô Ansâr, au secours ! » Jajâh cria à son tour : « Ô Muhâjirûn, secourez-moi ! » ‘Abdullah ibn Ubayy ibn Sulûl se trouvait alors avec un groupe d’hommes de sa tribu. Le jeune Zayd ibn Arqam était également parmi eux. En entendant les cris, ‘Abdullah ibn Ubayy, pris d’excitation, dit : « En sont-ils finalement arrivés à une telle chose ? Ils se sont établis parmi nous, ont renforcé leurs rangs et se sont enorgueillis. Je vois notre situation et celle des Muhâjirûn prendre la tournure de ce proverbe : “Nourris et engraisse ton propre chien ; un jour, il te mordra et te dévorera.” Par Allah, si nous retournons cette fois à Médine, les plus forts en chasseront les plus faibles. » Puis il dit aux gens de sa tribu : « Voyez maintenant le mal que vous vous êtes fait à vous-mêmes. Vous leur avez accordé une place dans ce pays et leur avez donné une part de vos biens. Si vous ne leur aviez pas témoigné une telle générosité, ils auraient été contraints d’aller ailleurs. »
Zayd ibn Arqam entendit ces propos et en informa l’Envoyé d’Allah, qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix. Celui-ci venait alors de vaincre l’ennemi et de pousser un soupir de soulagement. Lorsqu’il apprit la nouvelle, ‘Umar ibn al-Khattâb, qu’Allah l’agrée, se trouvait auprès de lui. Il dit : « Ordonnez à ‘Abbâd ibn Bichr de l’envoyer dans la demeure de la mort. » L’Envoyé d’Allah, qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix, répondit : « Ô ‘Umar, si je fais cela, les gens diront que Muhammad tue ses propres compagnons. Cela ne peut se faire. Mais donne dès maintenant l’ordre de partir d’ici. » Normalement, l’Envoyé d’Allah, qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix, ne se mettait jamais en route à une heure pareille. Pourtant, tous partirent.
Lorsque ‘Abdullah ibn Ubayy ibn Sulûl apprit que Zayd ibn Arqam avait rapporté ses propos à l’Envoyé d’Allah, qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix, il accourut auprès de celui-ci et se mit à jurer : « Je n’ai pas dit ce que Zayd a rapporté. » Comme ‘Abdullah ibn Ubayy était considéré comme un homme très respecté au sein de sa tribu, les compagnons ansârites qui se trouvaient auprès de l’Envoyé d’Allah, qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix, dirent : « Ô Envoyé d’Allah, Zayd a peut-être mal entendu, et il n’a peut-être pas entièrement retenu ce qu’il a rapporté. » Ils lui témoignèrent ainsi quelque égard et le sauvèrent.
L’Envoyé d’Allah, qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix, se mit en route. Usayd ibn Hudayr le rejoignit, le salua et lui dit : « Ô Envoyé d’Allah, vous êtes parti à une heure très inopportune. Habituellement, vous ne vous mettez jamais en route à une pareille heure. » L’Envoyé d’Allah, qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix, demanda : « N’as-tu pas entendu ce qu’a dit votre compagnon ? » Il répondit : « Quel compagnon ? » L’Envoyé d’Allah, qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix, dit : « ‘Abdullah ibn Ubayy. » Usayd demanda : « Qu’a-t-il dit ? » L’Envoyé d’Allah, qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix, répondit : « Il pense que, s’il peut retourner à Médine, les plus forts en chasseront les plus faibles. » Usayd dit : « Ô Envoyé d’Allah, si vous le souhaitez, nous pouvons l’en expulser. Il est vraiment vil et méprisable, tandis que vous êtes puissant. » Il ajouta : « Ô Envoyé d’Allah, soyez quelque peu indulgent envers lui. Par Allah, Allah vous a envoyé à nous au moment où sa tribu se préparait à le couronner. Il pense donc que vous lui avez ravi un royaume. »
Ensuite, le Messager d’Allah (paix et bénédictions d’Allah sur lui) poursuivit la route avec ses Compagnons pendant un jour et une nuit. En chemin, ils souffrirent terriblement sous un soleil accablant. Ils firent donc halte en un lieu. Dès qu’ils descendirent de leurs montures, tout le monde s’endormit. La veille, le Messager d’Allah (paix et bénédictions d’Allah sur lui) avait voyagé à une heure inhabituelle afin de détourner l’attention de la réaction hostile qui risquait de se manifester parmi les gens à la suite des propos d’Abdullah ibn Ubayy. Après le repos, le Messager d’Allah (paix et bénédictions d’Allah sur lui) reprit la route avec toute sa troupe. Alors qu’il traversait le Hedjaz, il fit halte près d’une source. Cet endroit s’appelait Baq‘ya. Lorsqu’ils repartirent, un vent soudain, pénible et effrayant, souffla sur les musulmans. Le Messager d’Allah (paix et bénédictions d’Allah sur lui) dit : « Ne craignez pas ce vent. Un très grand mécréant est mort ; c’est pour cela que ce vent souffle. » À son retour à Médine, il constata que Rifâ‘a ibn Zayd, un notable de la tribu des Banû Qaynuqâ‘, était mort ce jour-là. Il était le refuge et l’instigateur des hypocrites.
La sourate al-Munâfiqûn du Noble Coran concerne Abdullah ibn Ubayy et ses semblables. Il posa la main sur l’oreille de Zayd ibn Arqam et dit : « Cet homme a accompli la promesse d’Allah par l’intermédiaire de son oreille. » Ayant appris ce qui concernait son père, Abdullah, le fils d’Abdullah ibn Ubayy, dit au Messager d’Allah (paix et bénédictions d’Allah sur lui) : « Ô Messager d’Allah, j’ai entendu dire que tu souhaitais tuer Abdullah ibn Ubayy à cause de ses propos hostiles. Si tel est vraiment ton souhait, donne-moi l’ordre de t’apporter sa tête. Par Allah, la tribu des Khazraj sait qu’il n’y a personne parmi eux qui soit plus attaché à son père que moi. Je crains que tu n’ordonnes à quelqu’un de tuer mon père. S’il le tuait, puis que je voyais publiquement circuler le meurtrier de mon père, ma passion pourrait alors m’inciter au mal et me rendre incapable de me maîtriser. Je serais ainsi contraint d’aller en Enfer après l’avoir tué, car je serais coupable d’avoir tué un croyant en échange d’un mécréant. » Le Messager d’Allah (paix et bénédictions d’Allah sur lui) répondit : « Non. Tant qu’il restera parmi nous, nous ferons preuve de douceur envers lui et nous le traiterons convenablement. »
À partir de ce moment, chaque fois qu’Abdullah ibn Ubayy commettait quelque méfait, les membres de sa propre tribu le corrigeaient. Ils le réprimandaient, le blâmaient et l’arrêtaient. Un jour, informé de cette situation, le Messager d’Allah (paix et bénédictions d’Allah sur lui) dit à Umar ibn al-Khattab : « Ô Umar, tu vois le changement de situation, n’est-ce pas ? Le jour où tu m’avais conseillé de tuer Abdullah ibn Ubayy, si je l’avais tué, beaucoup de gens auraient fait la moue. Mais si aujourd’hui j’ordonnais de le tuer, ceux-là mêmes qui auraient fait la moue ce jour-là le tueraient aujourd’hui. » Umar répondit : « Par Allah, je sais que la décision du Messager d’Allah est plus bénéfique que la mienne. »
Le musulman qu’Ubayda ibn as-Samit avait tué par erreur, le prenant pour un homme de l’ennemi, était Hisham ibn Subaba. Un jour, son frère Miqyas ibn Subaba vint de La Mecque rencontrer le Messager d’Allah (paix et bénédictions d’Allah sur lui) et réclama le prix du sang de son frère. Le Messager d’Allah (paix et bénédictions d’Allah sur lui) fit verser le prix du sang. Miqyas prétendait être musulman. Après avoir reçu le prix du sang, il séjourna quelque temps auprès du Messager d’Allah (paix et bénédictions d’Allah sur lui). Puis, un jour, il tua le meurtrier de son frère, renia l’islam et partit pour La Mecque.
Ce jour-là, beaucoup de membres des Banû Mustaliq furent tués. [73. Ibn Hisham dit : lors de la bataille contre les Banû Mustaliq, le slogan des musulmans était : « Ô celui qui est secouru, tue, tue ! »] Deux hommes des Banû Mustaliq, dont Malik et son fils, furent tués par Ali ibn Abi Talib. Quant à Abd ar-Rahman ibn Awf, il tua le cavalier Ahmar, ou Uhaymir.
Ce jour-là, le Messager d’Allah (paix et bénédictions d’Allah sur lui) captura un grand nombre de prisonniers de guerre. Il les répartit entre les musulmans comme esclaves et servantes. Parmi ces prisonniers se trouvait Juwayriya, la fille d’al-Harith ibn Abi Dirar, chef de la tribu des Banû Mustaliq ; elle devait plus tard devenir l’épouse du Messager d’Allah (paix et bénédictions d’Allah sur lui).
Aïcha (qu’Allah l’agrée) rapporte que, lorsque le Messager d’Allah (paix et bénédictions d’Allah sur lui) répartit les prisonniers des Banû Mustaliq, Juwayriya bint al-Harith échut à la part de Thabit ibn Qays, ou à celle de l’un de ses cousins. Juwayriya entreprit aussitôt de se racheter. C’était une jeune femme très belle et douce.
Quiconque la voyait était aussitôt charmé. Juwayriya vint demander l’aide du Messager d’Allah (paix et bénédictions d’Allah sur lui) pour obtenir sa libération. Dès que je la vis debout à la porte de ma maison, je conçus de l’aversion pour elle. Je compris que la beauté enchanteresse que je voyais ne pouvait certainement pas échapper au regard du Messager d’Allah (paix et bénédictions d’Allah sur lui). Elle rencontra ensuite le Messager d’Allah et lui dit : « Ô Messager d’Allah, je suis la fille d’al-Harith ibn Abi Dirar. Mon père est le chef de la tribu. Tu n’ignores pas le malheur dans lequel je me trouve. Je suis échue à la part de Thabit ibn Qays — ou de son cousin. Je sollicite ton aide pour payer ma rançon. » Le Messager d’Allah (paix et bénédictions d’Allah sur lui) dit : « Et si je te procurais quelque chose de meilleur encore ? » Elle demanda : « Ô Messager d’Allah, qu’est-ce donc ? » Il répondit : « Je paierai ta rançon en ton nom et je t’épouserai. » Juwayriya dit : « Ô Messager d’Allah, j’accepte. » Le Messager d’Allah (paix et bénédictions d’Allah sur lui) dit alors : « C’est ce que j’ai fait. » Lorsque les musulmans apprirent que le Messager d’Allah (paix et bénédictions d’Allah sur lui) avait épousé Juwayriya, ils rendirent tous les membres des Banû Mustaliq qu’ils détenaient, les considérant comme les proches du Messager d’Allah (paix et bénédictions d’Allah sur lui). Ainsi, cent prisonniers des Banû Mustaliq furent libérés uniquement parce que Juwayriya avait épousé le Messager d’Allah (paix et bénédictions d’Allah sur lui). En vérité, je ne connais aucune femme qui se soit révélée plus bénéfique à son peuple que Juwayriya.
Yazîd ibn Rûmân rapporte qu’après la conversion à l’islam de la tribu des Banû al-Mustaliq, le Messager d’Allah, qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix, envoya vers eux al-Walîd ibn ‘Uqba ibn Abî Mu‘ayt. Ayant appris son arrivée, de nombreux cavaliers de la tribu vinrent à sa rencontre pour l’accueillir. Mais, voyant cela, al-Walîd prit peur, retourna auprès du Messager d’Allah, qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix, et lui déclara que les gens de la tribu avaient voulu le tuer et ne lui avaient pas permis de rapporter la zakât qu’ils devaient verser. Les musulmans commencèrent alors à insister vivement pour attaquer les Banû al-Mustaliq. Le Messager d’Allah, qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix, décida donc de les attaquer. C’est alors qu’une délégation des Banû al-Mustaliq se présenta auprès du Messager d’Allah, qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix, et dit : « Ô Messager d’Allah, lorsque nous avons appris que vous nous aviez envoyé un émissaire, nous avons voulu l’accueillir et lui remettre la zakât que nous devions verser. Mais il est reparti précipitamment. Puis nous avons appris qu’il vous avait dit que nous avions voulu le tuer. Par Allah, nous ne sommes pas venus pour cela. » À propos de cet événement, Allah révéla ces deux versets de la sourate al-Hujurât.
« Ô vous qui croyez ! Si un pervers vous apporte une nouvelle, vérifiez-en l’exactitude, de peur que, par ignorance, vous ne vous en preniez à un groupe et ne regrettiez ensuite ce que vous aurez fait. Et sachez que le Messager d’Allah, qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix, est parmi vous. S’il vous suivait en beaucoup de choses, vous tomberiez certainement dans la difficulté. ………. »
Lors de ce voyage, ‘Â’isha, qu’Allah l’agrée, se trouvait également avec le Messager d’Allah, qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix. Alors qu’il revenait avec elle et qu’il était arrivé en un lieu proche de Médine, un groupe de musulmans porta des accusations contre ‘Â’isha, qu’Allah l’agrée.
L’affaire de la calomnie lors de l’expédition contre les Banû al-Mustaliq, au cours de la 6e année de l’Hégire
‘Â’isha, qu’Allah l’agrée, rapporte : chaque fois que le Messager d’Allah, qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix, partait en voyage, il tirait au sort laquelle de ses épouses l’accompagnerait. Celle dont le nom sortait l’accompagnait. Lors de l’expédition contre les Banû al-Mustaliq, il procéda de la même manière et mon nom sortit. Il m’emmena donc avec lui.
À cette époque, les femmes étaient généralement minces. Leur chair ne s’était donc pas développée au point d’alourdir leur poids. En voyage, lorsque mon chameau était prêt à partir, je m’asseyais dans la litière. Des gens venaient ensuite la soulever, la placer sur le dos du chameau et l’y attacher avec une corde. Puis le voyage commençait.
Après l’expédition contre les Banû al-Mustaliq, alors que le Messager d’Allah, qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix, revenait, il arriva près de Médine et passa une nuit en un lieu. Puis, lorsque le départ fut de nouveau annoncé, tout le groupe se mit en route. À ce moment-là, j’étais sortie pour satisfaire un besoin naturel. Je portais autour du cou un collier de perles du Yémen. Après avoir satisfait mon besoin et être revenue, je constatai que le collier n’était plus autour de mon cou. Je n’avais absolument pas remarqué à quel moment il était tombé. Je dus donc quitter de nouveau la caravane pour retourner à l’endroit où j’étais allée afin de le chercher. Entre-temps, la caravane se prépara au départ. Je retrouvai le collier. Ceux qui soulevaient la litière de mon chameau vinrent auprès de celui-ci et la soulevèrent comme d’habitude. À ce moment-là, ils avaient achevé les préparatifs du départ. Lorsqu’ils soulevèrent la litière, ils pensèrent que je m’y trouvais comme d’habitude. Ils la soulevèrent donc, l’attachèrent au chameau et ne soupçonnèrent nullement que je n’étais pas à l’intérieur. Puis ils poussèrent le chameau et partirent. Lorsque, après avoir récupéré le collier, je revins à l’endroit où la caravane avait passé la nuit, la plaine était déserte. Il n’y avait personne. Toute la caravane était partie. Ne sachant que faire, je m’enveloppai dans mon voile et m’allongeai au même endroit. Je pensais qu’en constatant mon absence, ils reviendraient certainement me chercher. J’étais encore allongée lorsque je vis passer près de moi Safwân ibn Mu‘attal al-Sulamî. Lui aussi s’était éloigné de la caravane pour une raison quelconque et n’avait pas passé la nuit avec elle. M’ayant aperçue de loin, il s’approcha et s’arrêta près de moi. Il m’avait vue avant la révélation de l’ordre concernant le voile. Dès qu’il me vit, il s’écria : « Nous appartenons à Allah et c’est vers Lui que nous retournerons ! Voici donc l’épouse du Messager d’Allah, qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix. » J’étais encore couverte de mon vêtement. Il dit : « Qu’Allah vous accorde Sa miséricorde. Comment êtes-vous restée en arrière ? » Je ne lui adressai pas la parole. Puis il fit avancer son chameau et dit : « Montez. » Il s’éloigna un peu. Je montai sur le dos du chameau, tandis qu’il en tenait la tête et avançait rapidement vers la caravane. Le matin se leva ainsi. Les gens se reposaient en un lieu lorsqu’il arriva avec moi sur le dos du chameau. Dès qu’ils virent cette scène, ceux qui avaient lancé la calomnie se mirent à la répandre. Cela provoqua l’agitation et le tumulte parmi les musulmans. Mais je n’en savais absolument rien. Dès notre arrivée à Médine, je tombai gravement malade. Je ne savais toujours rien de l’affaire. La rumeur finit par parvenir au Messager d’Allah, qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix, ainsi qu’à mes parents. Eux non plus ne m’en informèrent pas le moins du monde. Je remarquai cependant quelque chose d’inhabituel dans le comportement du Messager d’Allah, qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix. Il se montrait moins bienveillant envers moi qu’auparavant. Lorsque j’étais malade, il me témoignait habituellement affection et tendresse. Mais durant cette maladie, il ne le fit pas. Cela me déplut beaucoup. Ma mère était auprès de moi pour me soigner. En sa présence, il venait me voir et se contentait de dire : « Comment vas-tu ? » Il ne disait pas un mot de plus. J’en éprouvais une grande peine. Un jour, voyant son attitude froide et dépourvue de compassion, je lui dis : « Ô Messager d’Allah, si vous m’y autorisez, je partirai chez ma mère. Elle prendra soin de moi. » Le Messager d’Allah, qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix, m’y autorisa en disant : « Tu peux y aller, il n’y a aucun empêchement. »
Je partis chez ma mère. Je ne savais toujours absolument rien de la rumeur. Après avoir souffert de cette maladie pendant plus de vingt jours, je devins extrêmement affaiblie.
Nous étions des Arabes. Contrairement aux non-Arabes, nous ne construisions pas de latrines dans nos maisons. Cela nous répugnait. Nous, les femmes, sortions au milieu de la nuit dans la campagne pour satisfaire nos besoins naturels. Une nuit, je sortis avec Umm Mistah, fille d’Abu Ruhm, fils d’Abd al-Muttalib, afin de satisfaire nos besoins. Alors qu’elle marchait avec moi, cette femme trébucha soudain en s’empêtrant les pieds dans son manteau et s’écria aussitôt : « Que Mistah soit maudit ! » Je lui dis : « Fi ! Fi ! Comment pouvez-vous dire une chose pareille au sujet d’un homme qui a émigré et participé à la bataille de Badr ? » Elle répondit : « Ô fille d’Abu Bakr, n’as-tu donc rien entendu à son sujet ? » Je demandai : « À quel sujet ? » Elle m’informa alors de la rumeur calomnieuse qui circulait. Je lui demandai : « Mistah a-t-il lui aussi pris part à cette rumeur ? » Elle répondit : « Oui, par Allah, il y a pris part. »
Aïcha dit : Après avoir entendu cela, je ne pus pas satisfaire mes besoins naturels. Je regagnai la maison et me mis à pleurer. À force de pleurer, j’eus l’impression que mon cœur allait se déchirer. Je dis à ma mère : « Qu’Allah vous pardonne ! Les gens ont déjà dit tout ce qu’ils avaient à dire. Mais pourquoi ne m’en avez-vous pas informée, ne serait-ce qu’un peu ? De quoi s’agit-il ? » Ma mère répondit : « Ma fille, prends cette affaire à la légère. Lorsqu’une femme est belle, que son mari l’aime beaucoup et qu’elle a de surcroît une coépouse, tout le monde, hommes comme femmes, s’en prend à elle et se livre à toutes sortes de rumeurs contre elle. »
Entre-temps, un jour, le Messager d’Allah — qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix — prononça un discours devant une assemblée de musulmans. Je n’en savais rien. Il commença son discours en louant Allah, puis dit : « Ô gens ! Certaines personnes dénigrent ma famille et tiennent à son sujet des propos mensongers, alors que je ne connais de ma famille que le bien, et l’on calomnie également un homme dont j’ai une bonne opinion. Il n’entre jamais chez moi en mon absence. »
Aïcha dit : Le principal instigateur, en public comme en coulisses, de cette calomnie était Abd Allah ibn Ubayy ibn Salul. Certains membres de la tribu des Khazraj l’avaient également aidé. Le parti des hypocrites amplifia les propos tenus par Mistah et Hamna bint Jahsh, la sœur de Zaynab bint Jahsh, Mère des croyants. Zaynab bint Jahsh, la sœur de Hamna, était l’une des épouses du Messager d’Allah — qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix. Parmi ses épouses, le Messager d’Allah — qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix — n’accordait à personne d’autre qu’à Zaynab un rang égal au mien. Pourtant, Zaynab ne prononça pas un seul mot désobligeant à mon sujet. Allah l’avait maintenue au plus haut degré de sincérité. Seule Hamna bint Jahsh prit part à la propagation de la calomnie. Elle se disputait même avec moi pour défendre sa sœur. Son comportement me mettait très mal à l’aise.
Après le discours précité du Messager d’Allah — qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix — Usayd ibn Hudayr dit : « Ô Messager d’Allah, si les calomniateurs appartiennent à la tribu des Aws, nous suffirons à les châtier. Et s’ils appartiennent aux Khazraj, donne-nous l’ordre que tu voudras. Par Allah, de tels gens méritent d’être tués. » Sa‘d ibn ‘Ubada, que l’on considérait comme un homme de bien, ayant entendu cela, dit : « C’est faux ! Nous ne les tuerons pas. Ils appartiennent aux Khazraj, et c’est pour cela que tu dis cela. S’ils appartenaient à ta tribu, tu ne parlerais pas ainsi. » Usayd répondit : « C’est toi qui mens ! En réalité, tu es un hypocrite ; c’est pourquoi tu prends la défense des hypocrites. »
Aïcha (qu’Allah l’agrée) dit : Les deux parties se querellèrent alors violemment, au point que l’on craignit que la guerre n’éclate entre les deux tribus, les Aws et les Khazraj. Le Messager d’Allah — qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix — descendit de la chaire et consulta ‘Ali (qu’Allah l’agrée) et Usama ibn Zayd (qu’Allah l’agrée). Usama fit mon plus grand éloge, puis dit : « Ô Messager d’Allah, elle est ton épouse ; je ne connais d’elle que le bien. Ce ne sont que mensonges et calomnies imaginaires. » ‘Ali, qu’Allah l’agrée, dit : « Ô Messager d’Allah, les femmes ne manquent pas. Si tu le souhaites, tu peux prendre une autre épouse à la place de celle-ci. Mais interroge la servante : elle pourra te révéler la réalité. » Le Messager d’Allah — qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix — fit donc venir Barira, la servante d’Aïcha, pour l’interroger. Lorsqu’elle arriva, ‘Ali (qu’Allah l’agrée) la frappa violemment, puis lui dit : « Dis la vérité au Messager d’Allah — qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix. » Barira répondit : « Par Allah ! Je sais qu’Aïcha est une femme chaste et vertueuse. Je n’ai constaté chez elle aucun défaut. Tout ce que j’ai pu remarquer, c’est que je mouds du blé pour en faire de la farine et que je demande à Aïcha de la garder. Mais il lui arrive parfois d’oublier la farine et de s’endormir ; alors une chèvre vient la manger. »
Aïcha (qu’Allah l’agrée) dit : Ensuite, le Messager d’Allah — qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix — vint me voir. Mes parents étaient alors assis auprès de moi. Une femme ansarite était également assise près de moi. Je pleurais, et cette femme pleurait avec moi. Le Messager d’Allah — qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix — s’assit auprès de moi, loua Allah et proclama Ses attributs, puis dit : « Aïcha, si tu as commis aujourd’hui un acte répréhensible de la nature de ce que les gens ont dit, alors repens-toi auprès d’Allah. Allah accepte le repentir de Ses serviteurs. »
Dès que le Messager d’Allah — qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix — eut prononcé ces mots, mes larmes s’arrêtèrent. Je cessai comme de percevoir sa présence. J’espérais que mes parents lui répondraient en mon nom, mais ils ne dirent pas un mot. Par Allah, je ne me croyais pas assez éminente pour qu’Allah révèle à mon sujet des versets du Coran, qui seraient récités dans les mosquées et lus dans la prière. J’espérais seulement que le Messager d’Allah — qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix — verrait en rêve quelque chose par lequel Allah réfuterait la calomnie portée contre moi. Car Allah savait que j’étais innocente. À défaut d’un rêve, je pensais qu’Allah lui ferait peut-être parvenir une information ordinaire. Mais jamais je n’aurais imaginé qu’une révélation intégrée au Coran serait descendue à mon sujet. Par Allah, je ne me suis jamais considérée comme assez éminente pour cela.
Voyant mes parents rester sans réponse, je leur demandai : « Vous n’avez donc rien répondu au Messager d’Allah — qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix — ? » Ils répondirent : « Par Allah, nous ne trouvons rien à répondre. » En vérité, je ne connais aucune famille ayant jamais été plongée dans une épreuve aussi terrible que celle à laquelle la famille d’Abû Bakr — qu’Allah l’agrée — fut confrontée en ces jours-là.
Voyant mes parents garder le silence à mon sujet, mes joues se remirent à baigner dans les larmes et je me mis à pleurer. Je dis : « Par Allah ! Je ne me repentirai jamais du péché dont vous parlez. Je sais que, si j’admets ce que les gens colportent, j’aurai reconnu une chose que je n’ai absolument pas commise. Allah Lui-même est témoin que je suis totalement innocente dans cette affaire. Et si je le nie, vous ne me croirez pas. » ‘Â’isha dit : Je tentai alors de me rappeler le nom de Jacob — que la paix soit sur lui — mais je n’y parvins pas. Je dis donc : « Je répéterai les paroles prononcées par le père de Joseph — que la paix soit sur lui — : “La patience est une belle attitude.” Allah seul est mon soutien face à ce que vous racontez. » Dès que j’eus prononcé ces paroles, les signes de la Révélation apparurent sur le Messager d’Allah — qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix. On le couvrit d’un vêtement et on plaça un coussin sous sa tête. En voyant cela, je demeurai parfaitement calme, insouciante et intrépide. Je savais que j’étais innocente. Allah ne pouvait pas me faire subir une injustice. En revanche, mes parents semblaient être sur le point de rendre l’âme. La peur que la calomnie fût déclarée vraie par la Révélation les plongea dans un état effroyable.
‘Â’isha — qu’Allah l’agrée — dit : Au bout d’un moment, le Messager d’Allah — qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix — se redressa, revenu à son état normal. Même en ce jour de froid intense, la sueur coulait de son corps comme des perles. Tout en essuyant la sueur de son front, il dit : « ‘Â’isha, réjouis-toi ! Allah a révélé des versets déclarant ton innocence. » Je répondis : « Louange et gratitude à Allah. »
Ensuite, le Messager d’Allah — qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix — sortit et s’adressa aux musulmans. Il leur récita les versets du Coran qui avaient été révélés à ce sujet. Puis il fit appliquer la peine pour calomnie à Mistaḥ ibn Uthâma, Ḥassân ibn Thâbit et Ḥamna bint Jaḥsh, car ils comptaient parmi les principaux propagateurs de cette calomnie.
Ibn Isḥâq rapporte, d’après certains membres des Banû Najjâr :
Umm Ayyûb, l’épouse d’Abû Ayyûb Khâlid ibn Zayd, lui demanda : « As-tu entendu ce qui se colporte au sujet de ‘Â’isha ? » Abû Ayyûb répondit : « Oui, je l’ai entendu. C’est un mensonge. Umm Ayyûb, aurais-tu pu commettre une telle chose ? » Umm Ayyûb répondit : « Jamais. » Abû Ayyûb dit : « Par Allah, ‘Â’isha est assurément meilleure que toi. »
‘Â’isha dit : Parmi les versets révélés dans le Coran au sujet de ceux qui propagèrent cette calomnie, certains sont les suivants : « Ceux qui ont propagé cette calomnie mensongère sont un groupe issu de vous. Ne considérez pas cet événement comme mauvais pour vous ; il est au contraire bénéfique pour vous. Chacun d’entre eux portera la part du péché qu’il a commise, et celui qui en a assumé la plus grande part aura un immense châtiment. » (Ce verset fait référence à Ḥassân ibn Thâbit et à ses compagnons, qui participèrent à la propagation de la calomnie.) « Pourquoi, lorsque les croyants et les croyantes l’ont entendue, n’ont-ils pas eu une bonne opinion des leurs — comme Abû Ayyûb et son épouse — ? Lorsque vous vous la transmettiez de bouche en bouche et colportiez ce que vous ne saviez pas, vous la considériez comme une chose insignifiante, alors qu’auprès d’Allah c’était une affaire énorme. »
Après la révélation de ces versets au sujet de ‘Â’isha — qu’Allah l’agrée — et de ceux qui avaient propagé la calomnie contre elle, Abû Bakr — qu’Allah l’agrée — dit : « Par Allah, puisque Mistaḥ a propagé une calomnie aussi infâme contre ‘Â’isha, je ne subviendrai plus à ses besoins et ne lui accorderai plus le moindre bienfait. » Il convient de préciser que Mistaḥ était un parent pauvre d’Abû Bakr, qui assumait ses frais d’entretien.
À propos de cette résolution d’Abû Bakr, qu’Allah l’agrée, fut révélé : « Que ceux d’entre vous qui jouissent de l’aisance et sont généreux ne jurent pas de ne plus faire preuve de bienfaisance envers leurs proches, les pauvres et ceux qui ont émigré dans le chemin d’Allah. Qu’ils pardonnent et se montrent indulgents. Ne voulez-vous pas qu’Allah vous pardonne ? Allah est Pardonneur et Miséricordieux. » Après avoir entendu ce verset, Abû Bakr, qu’Allah l’agrée, dit aussitôt : « Oui, je veux qu’Allah me pardonne. » Puis il reprit à sa charge l’entretien de Mistah et jura de ne plus jamais abandonner cette responsabilité.
Ibn Ishâq dit : au sujet du châtiment infligé à Hassân ibn Thâbit pour avoir calomnié Aïcha, qu’Allah l’agrée, un homme parmi les musulmans récita le poème suivant :
« Hassân a reçu le châtiment qu’il méritait, et Hamna ainsi que Mistah également,
car ils avaient tenu des propos obscènes
en tenant des propos insinuants au sujet de l’épouse de leur prophète et en l’affligeant ;
ils furent frappés par la colère du Seigneur du Trône.
Ils avaient causé du tort au Messager d’Allah, accordé de l’importance à une calomnie infamante et perpétuelle
qu’ils avaient répandue partout et l’avaient ainsi humilié. »
(Ainsi) le châtiment des colporteurs de rumeurs se mit à tomber à verse
comme une pluie torrentielle. »
L’expédition de Hudaybiyya (6e année de l’Hégire)
Ensuite, le Messager d’Allah — qu’Allah le bénisse et le salue — passa les mois de Ramadan et de Shawwâl à Médine. Au mois de Dhû al-Qa‘da, il se mit en route vers La Mecque dans l’intention d’accomplir la ‘umra. Il n’avait nullement l’intention de livrer bataille. [74. Selon Ibn Hishâm, la responsabilité de gouverner Médine fut alors confiée à Namîla ibn ‘Abd Allâh al-Laythî.] Il prit également comme compagnons de voyage les Arabes ordinaires de Médine ainsi que les Bédouins nomades des environs. Il craignait que les Quraychites, selon leur habitude, ne l’empêchent de visiter la Maison d’Allah ou ne s’avancent pour lui livrer bataille. À cause de cette crainte, beaucoup de ceux qui avaient voulu l’accompagner différèrent leur départ. Le Messager d’Allah — qu’Allah le bénisse et le salue — se mit en route avec les autres Arabes, les Muhâjirûn et les Ansâr. Il emmena également un convoi de chameaux destinés au sacrifice et entra en état d’ihrâm pour la ‘umra. [75. Il emmena soixante-dix chameaux. Le nombre des pèlerins de la ‘umra était de sept cents. Un chameau avait été prévu pour dix personnes.] Ainsi, les Quraychites ne soupçonneraient pas de sa part une intention belliqueuse et comprendraient qu’il était venu uniquement visiter la Maison d’Allah et lui rendre hommage.
Lorsqu’il arriva à ‘Usfân, près de La Mecque, il rencontra Bishr ibn Sufyân al-Ka‘bî. Celui-ci lui dit : « Ô Messager d’Allah, une armée quraychite s’est rassemblée tout près d’ici. Ayant appris votre départ, ils sont venus vous combattre avec un immense convoi de chameaux. Ils s’étaient déjà rassemblés à Dhû Tuwâ. Ils ont juré de ne vous laisser entrer à La Mecque à aucun prix. Sous le commandement de Khâlid ibn al-Walîd, ils se sont avancés jusqu’à Kurâ‘ al-Ghamîm. [76. Dhû Tuwâ est un endroit situé près de La Mecque. Kurâ‘ al-Ghamîm est une vallée située à huit miles de ‘Usfân.] » Le Messager d’Allah — qu’Allah le bénisse et le salue — dit : « Malheur aux Quraychites ! Leur esprit belliqueux les a dévorés. Quel inconvénient y aurait-il pour eux à me laisser parvenir à un arrangement avec l’ensemble des Arabes ? Si les Arabes me vainquent, les Quraychites auront obtenu ce qu’ils désirent. Mais si Allah me donne la victoire sur les Arabes, tous trouveront refuge dans l’islam. Et même s’ils n’embrassent pas l’islam, ils pourront alors combattre avec une force accrue. Qu’ont donc imaginé les Quraychites ? Par Allah, je continuerai le jihâd jusqu’au bout : soit cette religion triomphera, soit je périrai. »
Puis il dit : « Y a-t-il quelqu’un qui puisse nous conduire par une route différente de celle où les Quraychites se sont rassemblés ? » Cet homme les conduisit alors par un sentier montagneux escarpé. Cette expédition fut extrêmement pénible pour les musulmans. Finalement, ils parvinrent à une plaine située au bord de la vallée. Le Messager d’Allah — qu’Allah le bénisse et le salue — dit aux musulmans : « Dites : Nous demandons pardon à Allah et nous nous repentons. » Tous le dirent. Alors le Messager d’Allah — qu’Allah le bénisse et le salue — ajouta : « C’est précisément ce que Moïse (paix sur lui) avait ordonné aux enfants d’Israël de dire. Mais ils refusèrent de le dire. »
Ensuite, le Messager d’Allah — qu’Allah le bénisse et le salue — ordonna à tous de passer par Jamz, sur leur droite, en direction de la vallée de Hudaybiyya, située dans la partie basse de La Mecque, puis d’atteindre Sanîyat al-Murâr. L’armée musulmane se mit en route conformément à ses instructions. Le groupe de cavaliers en tête des Quraychites, ayant aperçu l’avance de l’armée musulmane depuis une autre direction, retourna auprès des Quraychites à la vitesse de l’éclair. Le Messager d’Allah — qu’Allah le bénisse et le salue — atteignit Sanîyat al-Murâr avec toute sa troupe, et c’est là que son chameau s’arrêta. Les gens dirent : « Le chameau s’est arrêté. » Le Messager d’Allah — qu’Allah le bénisse et le salue — répondit : « Le chameau ne s’est pas arrêté, et ce n’est pas dans sa nature de s’arrêter. Mais la chose qui avait retenu l’armée d’éléphants d’Abraha l’empêche également de se rendre à La Mecque. Aujourd’hui, quelle que soit la proposition que les Quraychites me feront en invoquant les liens du sang, je l’accepterai. » Puis il demanda à ses compagnons de faire halte. Tous dirent : « Ô Messager d’Allah, il n’y a absolument pas d’eau ici. Comment pourrions-nous faire halte en cet endroit ? » Il retira une flèche, la remit à un Compagnon et lui ordonna de la lancer dans un puits à sec. Lorsque celui-ci lança la flèche, le puits se remplit d’eau et les musulmans y établirent leur halte.
Lorsque le Messager d’Allah — qu’Allah le bénisse et le salue — eut établi son camp, Budayl ibn Warqâ’ arriva auprès de lui avec quelques hommes de la tribu des Khuzâ‘a. Ils s’entretinrent avec le Messager d’Allah — qu’Allah le bénisse et le salue — et lui demandèrent : « Dans quel but êtes-vous venu ? » Il leur fit savoir qu’il n’était pas venu dans l’intention de livrer bataille, mais uniquement pour visiter la Ka‘ba sacrée et lui rendre hommage. Il leur dit la même chose qu’à Bishr ibn Abû Sufyân. Ils retournèrent auprès des Quraychites et leur dirent : « Ô Quraychites, vous avez pris une décision bien précipitée au sujet de Muhammad. En réalité, il n’est pas venu pour combattre ; il est seulement venu visiter la Ka‘ba. »
En entendant cela, les Quraysh les accusèrent à leur tour et leur tinrent des propos désagréables. Ils dirent : « Même s’il n’est pas venu pour faire la guerre, nous ne le laisserons jamais entrer à La Mecque par la force. Tous les Arabes savent que les habitants de La Mecque n’ont jamais permis à quiconque d’entrer de force dans cette ville. »
Tous les membres de la tribu de Khuzāʿa, musulmans comme polythéistes, étaient des alliés sincères de l’Envoyé de Dieu et les dépositaires de tous ses secrets. Quoi qu’il arrive à La Mecque, ils ne le lui cachaient pas.
Les Quraysh envoyèrent auprès de l’Envoyé de Dieu Mikrāz ibn Hafs ibn Akhyāf. En le voyant arriver de loin, l’Envoyé de Dieu remarqua : « Cet homme est un traître. » Lorsque Mikrāz vint auprès de lui et s’entretint avec lui, l’Envoyé de Dieu lui dit la même chose qu’à Budayl et à ses compagnons. Mikrāz retourna auprès des Quraysh et leur rapporta exactement ce que l’Envoyé de Dieu avait dit.
Ensuite, les Quraysh envoyèrent auprès de l’Envoyé de Dieu Hulays ibn ʿAlqama, ou ibn Zabān. Dès qu’il le vit, l’Envoyé de Dieu remarqua : « Cet homme appartient à un peuple pieux. Amenez devant lui nos bêtes sacrificielles afin qu’il les voie. » Lorsque Hulays vit passer devant lui un immense troupeau de chameaux portant les marques du sacrifice, dont la toison était tombée parce qu’ils n’avaient pas pu atteindre le lieu du sacrifice depuis longtemps, il retourna auprès des Quraysh et leur décrivit ce qu’il avait vu. La vue des bêtes sacrificielles l’avait tellement impressionné qu’il n’eut plus aucun doute sur le fait que l’Envoyé de Dieu était venu uniquement pour accomplir la ʿumra et ne jugea même pas nécessaire de le rencontrer pour l’interroger à ce sujet. À ses paroles, les Quraysh répondirent : « Tais-toi et assieds-toi. Tu n’es qu’un bédouin ignorant ; que comprends-tu à ces choses ? » Il se mit alors en colère et dit : « Ô Quraysh ! Nous ne nous sommes pas alliés à vous pour de tels agissements et nous n’avons pas conclu de pacte avec vous à cette fin. Empêchera-t-on l’homme venu visiter la Maison de Dieu et lui témoigner du respect d’y parvenir ? Je jure que, si vous ne laissez pas Muhammad accomplir le noble dessein pour lequel il est venu, je vous quitterai d’un seul coup avec tous les membres de ma tribu. » Ils lui répondirent : « Hulays, arrête un peu ! Laisse-nous parvenir à une décision unanime. »
Ensuite, les Quraysh envoyèrent auprès de l’Envoyé de Dieu ʿUrwa ibn Masʿūd al-Thaqafī. Il vint s’asseoir devant lui et dit : « Ô Muhammad, as-tu rassemblé cette immense foule pour soumettre tes proches ? Sache cependant que les Quraysh sont eux aussi sortis prêts à vous affronter, donnant une apparence de lions à leur troupeau de chameaux affaiblis. Ils ont juré devant Dieu qu’ils ne te laisseraient jamais entrer dans la ville par la force. Par Dieu, très bientôt, tous ces gens t’abandonneront et se sépareront de toi. » Abū Bakr al-Siddīq était assis derrière l’Envoyé de Dieu et entendait ces paroles. Furieux, il s’écria : « Va donc lécher les membres de Lāt ! Crois-tu que nous allons abandonner l’Envoyé de Dieu et partir ? » ʿUrwa demanda : « Qui est cet homme ? » L’Envoyé de Dieu répondit : « C’est le fils d’Abū Quḥāfa. » ʿUrwa dit à Abū Bakr : « Autrefois, tu m’as rendu un service ; sans cela, je t’aurais aujourd’hui fait payer les paroles que tu viens de prononcer. En considération de ce service, je laisse passer cela. » Puis, tout en parlant, ʿUrwa se mit à toucher la barbe de l’Envoyé de Dieu. À ce moment-là, al-Mughīra ibn Shuʿba se tenait juste à côté de l’Envoyé de Dieu, l’épée à la main. Chaque fois que ʿUrwa portait la main à sa barbe, al-Mughīra lui en donnait un coup du plat de l’épée en disant : « Ne porte pas la main au visage de l’Envoyé de Dieu, sinon cette épée tombera sur ta nuque. » ʿUrwa lui dit : « Malheur à toi ! Quel homme rude et dur de cœur tu es ! » En voyant cela, l’Envoyé de Dieu sourit. ʿUrwa demanda : « Ô Muhammad, qui est cet homme ? » Il répondit : « C’est ton neveu, al-Mughīra ibn Shuʿba. » (Al-Mughīra et ʿUrwa étaient tous deux issus de la tribu des Banū Thaqīf.) ʿUrwa s’écria : « Misérable ingrat ! C’est précisément l’autre jour que je t’ai rendu un immense service. » Ensuite, l’Envoyé de Dieu s’entretint avec ʿUrwa et lui fit savoir qu’il n’était pas venu pour faire la guerre. [77. Ibn Hishām dit qu’avant sa conversion à l’islam, al-Mughīra avait tué treize hommes de la famille Banū Mālik des Banū Thaqīf. Une grande tension s’était alors installée entre les deux familles. Les Banū Mālik aidèrent ensuite al-Mughīra à obtenir sa libération en versant treize compensations et arrangèrent une réconciliation entre les deux familles. C’est à cet événement que ʿUrwa faisait allusion.]
ʿUrwa ibn Masʿūd prit congé de l’Envoyé de Dieu. Il avait vu avec quelle vénération et quel respect ses Compagnons le traitaient. Lorsqu’il faisait ses ablutions, ils se disputaient pour recueillir l’eau de ses ablutions ; lorsqu’il crachait, ils se précipitaient pour recueillir sa salive ; et lorsqu’un cheveu tombait de sa tête, ils rivalisaient pour le prendre. De retour auprès des Quraysh, il dit : « Ô Quraysh ! J’ai vu Kisrā, l’empereur de Perse, César, l’empereur de Rome, et le Négus, l’empereur d’Abyssinie, au milieu de leurs entourages royaux respectifs. Par Dieu, je n’ai jamais vu aucun roi être l’objet d’une vénération et d’un respect de la part de ses sujets comparables à ceux que les Compagnons de Muhammad lui témoignent. Ils ne sont prêts, pour rien au monde, à abandonner Muhammad sans défense face à l’ennemi. Dans ces conditions, faites donc ce que vous jugerez bon. »
L’Envoyé de Dieu envoya Khirāsh ibn Umayya al-Khuzāʿī à La Mecque auprès des Quraysh. Il le fit monter sur son propre chameau, Thaʿlab, et l’envoya auprès des chefs afin qu’il leur explique le but de sa venue. Ils tuèrent le chameau de l’Envoyé de Dieu et tentèrent de tuer Khirāsh. Mais des hommes de plusieurs tribus s’unirent pour le protéger et le libérer. Il revint ensuite auprès de l’Envoyé de Dieu.
Ensuite, il envisagea d’envoyer ʿUmar ibn al-Khattâb (qu’Allah l’agrée) auprès des chefs qurayshites à La Mecque afin de leur expliquer le but de sa venue. Mais ʿUmar (qu’Allah l’agrée) dit : « Ô Messager d’Allah, je crains d’être tué par les Qurayshites. À La Mecque, il n’y a aucun membre des Banû ʿAdî ibn Kaʿb qui puisse me protéger contre eux. Ils savent parfaitement à quel point je suis un ennemi acharné des Qurayshites. Envoyez plutôt ʿUthmân ibn ʿAffân (qu’Allah l’agrée). Il exerce sur les habitants de La Mecque une influence bien plus grande que la mienne. » Aussitôt, le Messager d’Allah (qu’Allah le bénisse et le salue) envoya ʿUthmân afin qu’il explique aux habitants de La Mecque qu’il n’était pas venu dans l’intention de faire la guerre, mais pour accomplir la ʿumra. ʿUthmân (qu’Allah l’agrée) partit. Après être entré dans la ville, il rencontra Abân ibn Saʿîd, qui lui accorda sa protection. Il put ainsi transmettre le message du Messager d’Allah (qu’Allah le bénisse et le salue). ʿUthmân (qu’Allah l’agrée) rencontra Abû Sufyân et les autres chefs qurayshites et leur transmit le message du Messager d’Allah (qu’Allah le bénisse et le salue). Ils lui dirent : « Écoute, ʿUthmân, si tu veux accomplir le tawâf autour de la Kaʿba, fais-le. » ʿUthmân répondit : « Je ne le ferai pas avant que le Messager d’Allah (qu’Allah le bénisse et le salue) ne l’ait fait. » Les Qurayshites retinrent alors ʿUthmân (qu’Allah l’agrée). De leur côté, le Messager d’Allah (qu’Allah le bénisse et le salue) et les musulmans apprirent que ʿUthmân (qu’Allah l’agrée) avait été martyrisé.
L’allégeance d’al-Ridwân
Ibn Ishâq dit : ʿAbdullah ibn Abî Bakr m’a rapporté qu’au moment même où le Messager d’Allah (qu’Allah le bénisse et le salue) apprit que ʿUthmân (qu’Allah l’agrée) avait été tué, il dit : « Je ne quitterai pas cet endroit sans combattre les Qurayshites. » Il fit prêter aux musulmans le serment de combattre. Ce fut l’allégeance d’al-Ridwân. Cette allégeance eut lieu sous un arbre. Les musulmans ordinaires disaient : « Le Messager d’Allah (qu’Allah le bénisse et le salue) avait fait prêter serment de sacrifier sa vie. » Cependant, Jâbir ibn ʿAbdullah (qu’Allah l’agrée) disait que ce n’était pas une allégeance ayant pour objet de sacrifier sa vie, mais qu’elle avait été conclue afin que nous ne prenions pas la fuite. Note 78 — Ibn Hichâm a indiqué qu’Abû Sinân al-Asadî (qu’Allah l’agrée) fut le premier à prêter allégeance.
Le Messager d’Allah (qu’Allah le bénisse et le salue) fit prêter serment à tous les musulmans. Personne ne fut exclu de cette allégeance, à l’exception d’un seul homme. Cet homme s’appelait Jadd ibn Qays. Il appartenait à la tribu des Banû Salama. Jâbir ibn ʿAbdullah (qu’Allah l’agrée) disait : « Cet homme resta à l’écart de l’allégeance en se cachant sous le flanc d’un chameau. La scène où je le voyais se cacher est encore présente devant mes yeux. »
Finalement, le Messager d’Allah (qu’Allah le bénisse et le salue) sut avec certitude que la nouvelle de la mort de ʿUthmân (qu’Allah l’agrée) était fausse.
Le traité de paix, ou la trêve d’al-Hudaybiyya
Les Qurayshites envoyèrent Suhayl ibn ʿAmr auprès du Messager d’Allah (qu’Allah le bénisse et le salue). Ils lui ordonnèrent de négocier avec lui. L’unique objectif de cette négociation était que Muhammad retourne sans entrer à La Mecque cette année encore. Les Arabes ne devaient jamais pouvoir dire que Muhammad était entré à La Mecque en usant de la force contre les Qurayshites.
Suhayl ibn ʿAmr vint auprès du Messager d’Allah (qu’Allah le bénisse et le salue). En le voyant arriver, il dit : « Cet homme n’a été envoyé que parce que les Qurayshites ont certainement décidé de conclure une trêve. » Suhayl entama alors une très longue discussion. Finalement, les deux parties parvinrent à un accord au sujet de la trêve.
Alors qu’il ne restait plus qu’à finaliser la décision de l’accord de paix et à la mettre par écrit, ʿUmar ibn al-Khaṭṭāb — qu’Allah l’agrée — accourut auprès d’Abū Bakr — qu’Allah l’agrée — et lui dit : « Ô Abū Bakr, n’est-il pas le Messager d’Allah ? » Abū Bakr répondit : « Si. » ʿUmar demanda : « Ne sommes-nous pas musulmans ? » Abū Bakr répondit : « Certes. » ʿUmar demanda : « Les Quraychites ne sont-ils pas polythéistes ? » Abū Bakr répondit : « Si. » ʿUmar reprit : « Pourquoi allons-nous donc accepter une telle humiliation au sujet de notre religion ? » Abū Bakr répondit : « Ô ʿUmar, obéis-lui. J’atteste que Muḥammad, qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix, est le Messager d’Allah. » ʿUmar dit : « Moi aussi, j’atteste qu’il est le Messager d’Allah. »
Puis il se rendit auprès du Messager d’Allah, qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix, et lui dit : « Ô Messager d’Allah, n’es-tu pas le Messager d’Allah ? » Il répondit : « Si. » ʿUmar demanda : « Ne sont-ils pas polythéistes ? » Il répondit : « Si. » ʿUmar reprit : « Pourquoi allons-nous donc accepter cette humiliation au sujet de notre religion ? » Le Messager d’Allah, qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix, répondit : « Je suis le serviteur et le Messager d’Allah. Je ne désobéirai jamais à Son ordre, et Il ne m’égarera jamais. »
Plus tard, ʿUmar, qu’Allah l’agrée, disait : « Toute ma vie, j’ai tenté d’expier cette attitude erronée de ce jour-là par l’aumône, la prière, le jeûne et l’affranchissement d’esclaves. J’ai tout fait pour me préserver des mauvaises conséquences de mes paroles. Finalement, j’ai commencé à espérer que j’en tirerais un bon résultat. »
Ensuite, le Messager d’Allah, qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix, appela ʿAlī ibn Abī Ṭālib — qu’Allah l’agrée — et lui dit : « Écris : “Au nom d’Allah, le Tout Miséricordieux, le Très Miséricordieux.” » Suhayl dit : « Cette formule m’est inconnue. Écris plutôt : “En ton nom, ô Allah.” » Puis il dit : « Écris : “Le Messager d’Allah, Muḥammad, qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix, a conclu avec Suhayl ibn ʿAmr l’accord suivant.” » À ces mots, Suhayl ibn ʿAmr s’exclama : « Si je te reconnaissais comme le Messager d’Allah, je ne t’aurais pas combattu. Écris seulement ton nom et le nom de ton père. » Le Messager d’Allah, qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix, dit : « Très bien, écris donc : “Muḥammad, fils de ʿAbd Allāh, a conclu avec Suhayl, fils de ʿAmr, l’accord suivant.” Ils sont tous deux convenus que la guerre serait suspendue pendant dix ans. Durant ces dix années, les gens jouiraient d’une paix et d’une sécurité totales et s’abstiendraient de toute attaque les uns contre les autres. Si un homme des Quraychites venait auprès de Muḥammad sans l’autorisation de son tuteur, il le renverrait. Mais si l’un des compagnons de Muḥammad venait auprès des Quraychites, ceux-ci ne le renverraient pas. Notre accord ne serait jamais violé. Les deux parties le respecteraient sincèrement et pleinement. Nul ne trahirait ni ne se livrerait à des opérations secrètes de contrebande. Quiconque voudrait s’allier ou conclure un nouvel accord avec l’une des deux parties — Muḥammad ou les Quraychites — pourrait le faire librement. » Dès que cette clause fut proclamée, la tribu des Banū Khuzāʿa conclut une alliance avec le Messager d’Allah, qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix, tandis que les Banū Bakr conclurent une alliance avec les Quraychites. L’accord stipulait également : « Tu retourneras cette année sans entrer dans notre ville, La Mecque. L’année prochaine, nous t’ouvrirons les portes de La Mecque puis nous nous en éloignerons. Tu y entreras librement et y séjourneras trois jours avec tes compagnons. Tu pourras emporter des épées dans leur fourreau, et tu ne seras pas obligé d’entrer sans épées. »
Au moment même où cet accord était rédigé sous la supervision du Messager d’Allah, qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix, et de Suhayl ibn ʿAmr, Abū Jandal, le fils de Suhayl ibn ʿAmr, arriva sur les lieux chargé de chaînes. Il s’était enfui auprès du Messager d’Allah, qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix. Les compagnons du Messager d’Allah, qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix, n’étaient pas présents à cet endroit. Ils commençaient à douter de la victoire annoncée par le rêve que le Messager d’Allah, qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix, avait vu auparavant. En voyant inclure dans l’accord la clause prévoyant leur retour cette année — sans accomplir la ʿumra — et en voyant le Messager d’Allah, qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix, la supporter et l’accepter, ils se trouvèrent dans une grande perplexité et furent presque égarés. De son côté, en voyant Abū Jandal, Suhayl ibn ʿAmr perdit son sang-froid, lui asséna une gifle violente au visage et le saisit par le vêtement sur la poitrine. Il disait alors : « Ô Muḥammad, l’accord entre toi et moi a été finalisé avant l’arrivée d’Abū Jandal. » Le Messager d’Allah, qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix, répondit : « C’est vrai. » Alors il se mit à tirer violemment Abū Jandal par son vêtement, afin de le renvoyer à La Mecque. Abū Jandal se mit à crier à haute voix : « Ô musulmans, vais-je être renvoyé auprès des Quraychites qui me persécutent parce que j’ai embrassé l’islam ? » Ses cris de détresse accrurent encore la colère des musulmans. Le Messager d’Allah, qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix, dit : « Ô Abū Jandal, sois patient et accepte ta situation. Allah trouvera une issue pour te libérer, toi et les musulmans faibles et persécutés qui, comme toi, se trouvent à La Mecque. Nous avons conclu avec les Quraychites un accord de paix. Nous avons pris Allah à témoin et nous nous sommes engagés mutuellement à ce sujet. Nous ne violerons pas l’engagement que nous leur avons donné. »
ʿUmar ibn al-Khaṭṭāb — qu’Allah l’agrée — accourut auprès d’Abū Jandal et lui dit : « Ô Abū Jandal, sois patient. Ce sont des polythéistes. Le sang de tous ces gens équivaut à du sang de chien. » Tout en prononçant ces paroles, ʿUmar tendait son épée à Abū Jandal. Il dit : « J’espérais qu’Abū Jandal prendrait l’épée et tuerait son père. » Mais finalement, il s’attendrit envers son père, et l’affaire en resta là.
Une fois la rédaction du document achevée, de nombreuses personnes des deux parties, musulmane et polythéiste, en furent témoins. Parmi les témoins les plus éminents figuraient Abū Bakr al-Ṣiddīq — qu’Allah l’agrée —, ʿUmar ibn al-Khaṭṭāb — qu’Allah l’agrée —, ʿAbd al-Raḥmān ibn ʿAwf — qu’Allah l’agrée —, ʿAbd Allāh ibn Suhayl ibn ʿAmr, Saʿd ibn Abī Waqqāṣ, Maḥmūd ibn Maslama, Miqrāz ibn Ḥafṣ et ʿAlī ibn Abī Ṭālib — qu’Allah l’agrée. Miqrāz était encore polythéiste. Quant à ʿAlī, il était le rédacteur du document.
Le Messager d’Allah, qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix, se demandait comment immoler les chameaux destinés au sacrifice et sortir de l’iḥrām. À ce moment-là, il accomplissait encore la prière en état d’iḥrām. Une fois l’accord signé, il immola sa propre bête sacrificielle et se rasa la tête. Aussitôt, tous les compagnons immolèrent également leurs bêtes et se rasèrent la tête. Ensuite, le Messager d’Allah, qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix, prit la route de Médine. Alors qu’il se trouvait encore entre La Mecque et Médine, la sourate al-Fatḥ fut révélée :
« Ô Prophète, Nous t’avons accordé une victoire éclatante, afin qu’Allah te pardonne tes fautes passées et futures, qu’Il parachève sur toi Ses bienfaits et qu’Il te guide sur un chemin droit. »
Allah dit également : « Allah a confirmé la vision de Son Messager. Il avait vu en songe qu’il entrerait bientôt à La Mecque en toute sécurité et sans crainte. Si Allah le veut, vous entrerez certainement dans la Mosquée sacrée en toute sécurité, vous rasant ou vous raccourcissant les cheveux, sans aucune crainte. Lui, le Messager d’Allah, savait ce que vous ne saviez pas. Après cet événement, le traité de Hudaybiyya, Il a fixé une victoire prochaine. »
Az-Zuhrî dit : Parmi toutes les victoires que l’islam avait remportées auparavant, celle-ci, le traité de Hudaybiyya, fut la plus importante. Auparavant, dès que les gens se trouvaient face à leurs adversaires, ils engageaient le combat. Mais lorsque la trêve fut conclue, la guerre prit fin et les gens eurent alors la possibilité de se fréquenter et de dialoguer librement. L’islam commença ainsi à se répandre largement. À cette époque, il suffisait de discuter de l’islam avec une personne dotée du moindre discernement pour qu’elle l’embrasse. Au cours des deux années qui suivirent la trêve, le nombre de ceux qui embrassèrent l’islam ne fut pas inférieur à celui de tous ceux qui l’avaient embrassé avant la trêve ; il lui fut même supérieur. [79. Ibn Hichâm dit : La preuve confirmant cette affirmation d’Az-Zuhrî est que le Messager d’Allah s’était rendu à Hudaybiyya avec mille quatre cents musulmans. Deux ans seulement après, lorsqu’il partit conquérir La Mecque, dix mille musulmans l’accompagnaient.]
La conquête de Khaybar : le mois de Muharram de la 7e année de l’Hégire
Après être revenu de Hudaybiyya, le Messager d’Allah passa à Médine le mois de Dhû al-Hijja et une partie du mois de Muharram. Les polythéistes n’accomplirent pas le pèlerinage cette année-là. Vers la fin de Muharram, il partit en expédition contre Khaybar.
Abû Muʿattab ibn ʿAmr (qu’Allah l’agrée) dit : Lorsque le Messager d’Allah arriva à Khaybar, il dit à ses Compagnons : « Arrêtez-vous. » J’étais parmi eux. Puis il dit : « Ô Allah, Maître des cieux, de la terre et de tout ce qui s’y trouve, Souverain absolu de tous les démons et de ceux qu’ils ont égarés, Seigneur tout-puissant du vent et de tout ce qu’il porte, transporte et projette, nous cherchons refuge auprès de Toi contre tout mal provenant de cette cité et de ses habitants. Au nom d’Allah, avancez. » Il prononçait ces paroles chaque fois qu’il entrait dans une cité.
Anas ibn Mâlik (qu’Allah l’agrée) dit : Le Messager d’Allah n’attaquait un peuple qu’au matin. S’il y entendait l’appel à la prière, il s’arrêtait ; sinon, il lançait l’attaque. Nous arrivâmes à Khaybar durant la nuit et y fîmes halte. Mais il n’y entendit aucun appel à la prière. Il se remit alors en marche avec nous. J’étais monté derrière Abû Talha, et mes pieds touchaient ceux du Messager d’Allah. Au matin, les ouvriers de Khaybar sortaient pour leur travail, portant des pelles et des paniers. Lorsqu’ils virent le Messager d’Allah et son armée, ils s’écrièrent avec stupéfaction : « Quel malheur ! Voilà que Muhammad est arrivé avec son armée ! » Puis ils s’enfuirent en rebroussant chemin. En voyant cela, le Messager d’Allah dit : « Allah est le plus grand ! Khaybar est tombée. Chaque fois que nous arrivons dans une cité, le matin de ses habitants devient funeste. »
Ibn Ishâq dit : Lorsque le Messager d’Allah se rendit de Médine à Khaybar, il passa par le mont Isr. Une mosquée y fut donc construite. Il passa ensuite par Sahâba. Puis, avec toute son armée, il fit halte dans la vallée de Râjiʿ. Il s’installa ici entre les habitants de Khaybar et les Ghatafân, afin que ces derniers ne puissent pas porter secours aux habitants de Khaybar. Ils aidaient toujours les Juifs de Khaybar contre le Messager d’Allah.
Ayant appris l’arrivée du Messager d’Allah, qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix, les Ghatafân rassemblèrent un groupe de guerriers et partirent renforcer les Juifs de Khaybar. Après avoir parcouru une courte distance, ils entendirent derrière eux les clameurs d’un danger qui s’était abattu sur leurs familles et leurs biens laissés en arrière. Ils pensèrent que les musulmans avaient peut-être attaqué leurs familles en arrivant par une autre direction. Ils rebroussèrent donc chemin pour assurer la protection de leurs familles et de leurs biens, abandonnant les habitants de Khaybar face au Messager d’Allah, qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix. Ensuite, le Messager d’Allah, qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix, se mit à prendre progressivement, l’un après l’autre, les biens et les forteresses des Juifs de Khaybar. Il conquit en premier leur forteresse de Naïm. C’est là que le compagnon Mahmoud ibn Maslama fut martyrisé : une meule servant à moudre le grain lui fut jetée dessus, et il succomba à ses blessures. Puis la forteresse de Qamûs, appartenant à Abou al-Huqayq, fut conquise. Il y captura un certain nombre de Juifs, parmi lesquels figurait Safiyya, fille de Huyayy ibn Akhtab. Elle était l’épouse de Kinana ibn al-Rabî. Deux de ses cousines furent également capturées. Le Messager d’Allah, qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix, choisit Safiyya pour lui-même. Dihya ibn Khalîfa al-Kalbî lui avait demandé Safiyya. Comme il l’avait choisie pour lui-même, le Messager d’Allah, qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix, donna à Dihya sa cousine. Finalement, les captifs de Khaybar furent répartis entre tous les compagnons.
Les forteresses de Khaybar et leurs richesses tombaient les unes après les autres entre les mains du Messager d’Allah, qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix. Seules les deux forteresses appelées Watîh et Sulâlim restaient encore à conquérir. Finalement, il conquit ces deux forteresses. Il les assiégea pendant plus de dix jours.
Le chef juif Marhab s’arma et s’avança pour affronter le Messager d’Allah, qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix, tout en récitant un poème destiné à stimuler l’ardeur au combat. Voici ce poème :
« Tout Khaybar sait que je suis Marhab (c’est-à-dire un homme très puissant),
un héros habile, expérimenté et aguerri dans les coups d’épée.
Tantôt je transperce, tantôt je porte un coup puissant.
Lorsque les lions s’approchent, furieux,
personne ne peut s’approcher de moi. »
Il lança un défi : « Venez ! Qui est prêt à combattre en duel avec moi ? » Kaʿb ibn
Mālik (qu’Allah l’agrée), après avoir récité le chant de guerre, lui répondit :
« Khaybar sait que je suis Kaʿb. Je dissipe les peines et les malheurs ; je suis courageux et inébranlable.
Lorsque la bataille éclate, les combats se succèdent sans fin.
Je possède une épée tranchante comme l’éclair.
Nous vous piétinerons afin de mettre fin à toutes les difficultés.
Ainsi, nous serons récompensés ou bien nous verrons
d’abondants butins de guerre nous revenir ! (Ces biens viendront) sous les coups d’un poing de tonnerre
« … et il n’y aura là aucune possibilité de reproche. »
Le Messager d’Allah demanda : « Qui est prêt à combattre cet homme ? » Muhammad ibn
Maslama (qu’Allah l’agrée) dit : « Ô Messager d’Allah, je suis prêt à le combattre. Par Allah, je suis un combattant acharné. Je veux tirer vengeance de lui pour le meurtre de mon proche. Hier, il a tué mon frère, Mahmoud ibn Maslama. » Le Messager d’Allah dit : « Va ! Ô Allah, aide-le à terrasser Marhab. » Alors un combat acharné commença entre Muhammad ibn Maslama et Marhab. Un vieil arbre se dressait entre eux comme un obstacle. Chacun d’eux se mettait tour à tour à l’abri derrière cet arbre. À un moment, l’épée de Marhab se coinça dans le bouclier de Muhammad ibn Maslama. Aussitôt, Muhammad ibn Maslama abattit Marhab d’un coup d’épée.
Après la mort de Marhab, son frère Yassār s’avança en poussant un rugissement. Selon Hicham ibn ʿUrwa, al-Zubayr ibn al-ʿAwwām alla l’affronter. En l’apprenant, sa mère Safiyya bint ʿAbd al-Muttalib demanda : « Ô Messager d’Allah, mon fils va-t-il être tué ? » Il répondit : « Non, ton fils tuera Yassār, si Allah le veut. » Al-Zubayr tua effectivement Yassār.
Salama ibn ʿAmr ibn al-Akwaʿ rapporte : Le Messager d’Allah envoya Abū Bakr al-Siddīq (qu’Allah l’agrée) avec l’étendard afin de conquérir l’une des forteresses de Khaybar. Il combattit, mais malgré de nombreux efforts, il ne parvint pas à conquérir la forteresse et revint. Le lendemain, il envoya ʿUmar ibn al-Khattāb (qu’Allah l’agrée). Celui-ci combattit également avec acharnement, mais revint sans succès. Alors le Messager d’Allah dit : « Demain matin, je remettrai l’étendard à un homme qui aime Allah et Son Messager. Allah accordera la conquête par sa main. Ce n’est pas un homme qui fuira jamais du champ de bataille. » Le Messager d’Allah appela ʿAlī (qu’Allah l’agrée). Celui-ci souffrait alors d’une affection aux yeux. Le Messager d’Allah lui cracha dans les yeux et dit : « Avance avec cet étendard et combats jusqu’à ce qu’Allah t’accorde la victoire par ta main. »
Salama rapporte : Il s’avança. Il possédait une force et une puissance considérables, capables de maîtriser l’ennemi. Il se déplaçait en exécutant des mouvements de feinte et de manœuvre. Nous le suivions derrière lui. Il planta l’étendard dans un tas de pierres sous la forteresse. Un Juif, l’apercevant d’en haut, lui demanda : « Qui es-tu ? » Il répondit : « Je suis ʿAlī, fils d’Abū Tālib. » Le Juif dit : « Par la Torah ! Vous avez remporté la victoire. » Finalement, Allah accorda la victoire par la main de ʿAlī.
Le Messager d’Allah assiégea les habitants de Khaybar dans leurs deux forteresses, Watīh et Sulālim. Lorsqu’ils comprirent avec certitude qu’il ne leur restait d’autre issue que la mort, ils lui demandèrent grâce et proposèrent de quitter Khaybar. Le Messager d’Allah accepta leur proposition et leur accorda la vie sauve. Auparavant, il avait déjà pris toutes leurs forteresses, à l’exception de ces deux-là, ainsi que tous leurs biens meubles et immeubles, y compris les terres d’al-Natāh et d’al-Qutayba. Les habitants de Fadak apprirent toute l’affaire. Ils demandèrent au Messager d’Allah de leur accorder la vie sauve, de les laisser partir et de prendre possession de leurs terres et de leurs richesses. Le Messager d’Allah accepta leur demande. Parmi les Juifs qui se rendirent auprès du Messager d’Allah pour lui présenter cette requête se trouvait notamment Muhayṣa ibn Masʿūd, qui appartenait aux Banū al-Hāritha. Les habitants de Khaybar acceptèrent d’abord cet arrangement. Mais ils demandèrent ensuite qu’au lieu de les expulser, on les autorise à cultiver les terres selon un partage moitié-moitié. Ils expliquèrent qu’ils étaient les plus aptes à bien exploiter les terres de la région et qu’ils étaient les plus expérimentés et les plus compétents dans ce domaine. Le Messager d’Allah accepta cette proposition et conclut un accord avec eux. Il posa toutefois comme condition qu’il aurait le droit de les expulser quand il le voudrait. Les habitants de Fadak conclurent eux aussi un accord avec lui à cette condition. Ainsi, Khaybar devint un bien commun des musulmans, tandis que Fadak devint un bien personnel du Messager d’Allah, car sa conquête n’avait nécessité aucune expédition militaire.
Après ces accords, au moment même où le Messager d’Allah poussait un soupir de soulagement, Zaynab bint al-Hārith, l’épouse de Sallām ibn Mishkam, lui offrit une chèvre rôtie. Avant de l’envoyer, elle demanda : « Quelle partie de la chèvre le Messager d’Allah préfère-t-il manger ? » On lui répondit qu’il préférait la viande de la cuisse. Elle y mélangea alors une grande quantité de poison. Puis elle empoisonna toute la chèvre et l’apporta au Messager d’Allah. Celui-ci mâcha un morceau de viande, mais ne l’avala pas. Le Compagnon Bishr ibn al-Barāʾ ibn Maʿrūr était assis avec lui et mangeait également. Bishr prit lui aussi un morceau de viande dans sa bouche et le mâcha. Il l’avala. Quant au Messager d’Allah, il le recracha. Il dit : « Cet os m’informe que cette viande est empoisonnée. » Puis il fit appeler la femme et l’interrogea. Elle avoua. Il lui demanda : « Pourquoi as-tu fait cela ? » Elle répondit : « Vous savez ce que vous avez fait à mon peuple. Je me suis dit que je vous empoisonnerais ainsi. Si vous êtes un roi, je serai délivrée de vous ; et si vous êtes un prophète, vous en serez averti. » En entendant cela, le Messager d’Allah lui pardonna. Mais Bishr mourut à cause du morceau qu’il avait mangé. Après avoir achevé la conquête de Khaybar, le Messager d’Allah se rendit à Wādī al-Qurā. Il assiégea ses habitants pendant quelques jours, puis partit pour Médine.
À Khaybar, ou en quelque endroit du chemin, le Messager d’Allah — qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix — passa sa nuit nuptiale avec Safiyya. Umm Sulaym bint Milhân, la mère d’Anas ibn Mâlik — qu’Allah l’agrée —, avait paré Safiyya comme une mariée. Le Messager d’Allah — qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix — passa avec elle sa nuit nuptiale dans une tente semblable à son dôme. Pendant ce temps, Abû Ayyûb Khâlid ibn Zayd — qu’Allah l’agrée — veilla toute la nuit sur le Messager d’Allah — qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix —, l’épée dégainée à la main. Toute la nuit, il patrouilla autour de la tente. Au matin, le Messager d’Allah — qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix — le vit et lui demanda : « Qu’y a-t-il, Abû Ayyûb ? » Il répondit : « Ô Messager d’Allah, je montais la garde par crainte qu’un mal ne vous atteigne de la part de cette femme. En effet, vous avez fait tuer son père, son mari ainsi que d’autres membres de sa tribu. De plus, elle vient tout juste d’embrasser l’islam. Je craignais donc qu’un mal ne vous atteigne de son fait. » Certains rapportent qu’en entendant cela, le Messager d’Allah — qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix — dit : « Ô Allah, protège-le comme Abû Ayyûb s’est consacré toute la nuit à me protéger. »
Sur le chemin du retour de Khaybar, le Messager d’Allah — qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix — fit halte en un endroit. Au dernier moment de la nuit, il dit : « Qui peut se charger de nous réveiller à l’heure de l’aube afin que nous puissions dormir maintenant ? » Bilâl — qu’Allah l’agrée — répondit : « Ô Messager d’Allah, je peux m’en charger. » Le Messager d’Allah — qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix — et les musulmans qui l’accompagnaient firent alors halte et s’endormirent. Durant la nuit, Bilâl — qu’Allah l’agrée — se mit à prier. Après avoir prié quelque temps, il s’assit, adossé à son chameau, en attendant l’aube. À un moment, il s’endormit. Le Messager d’Allah — qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix — et les combattants musulmans ne purent donc pas se réveiller à l’heure prévue. Ils ne se réveillèrent que lorsque les rayons brûlants du soleil les touchèrent. Le premier à se réveiller fut le Messager d’Allah — qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix —. Dès qu’il se leva, il dit à Bilâl — qu’Allah l’agrée — : « Bilâl, qu’as-tu fait aujourd’hui ? » Il répondit : « Ô Messager d’Allah, j’ai moi aussi été vaincu par le sommeil qui vous avait gagné. » Le Messager d’Allah — qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix — dit : « Tu as dit vrai. » Puis il avança un peu avec son propre chameau. Ensuite, il arrêta sa monture et fit ses ablutions. Les Compagnons firent également leurs ablutions. Il demanda alors à Bilâl de prononcer l’iqâma pour commencer la prière. Bilâl la prononça, puis le Messager d’Allah — qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix — dirigea la prière avec les Compagnons. À la fin de la prière, il se tourna vers eux et dit : « Si jamais vous oubliez de faire une prière, accomplissez-la dès que vous vous en souvenez. Car Allah a dit : “Accomplis la prière pour Me rappeler.” »
Après la conquête de Khaybar, le Messager d’Allah — qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix — confia à Ibn Luqaym al-ʿAbsî — qu’Allah l’agrée — le soin d’élever toutes les volailles et les animaux domestiques de Khaybar. La conquête de Khaybar eut lieu au mois de Safar. Ibn Luqaym récita un poème au sujet de Khaybar, dont voici les vers :
« Par un Prophète entouré d’une troupe impétueuse et audacieuse, vêtue de blanc,
Nâtâ fut attaquée,
Lorsque les habitants de Nâtâ furent dispersés çà et là
et que les deux tribus, Aslam et Ghifâr, s’en trouvèrent elles aussi séparées,
ils furent alors certains de la défaite. »
Les gens de Banû ʿAmr ibn Zurʿar virent dès l’aube que
les habitants d’Ash-Shiqq étaient plongés en plein jour dans de profondes ténèbres.
À travers toute sa plaine s’étaient répandus la destruction et la mort.
Rien n’y avait été épargné, hormis les coqs qui criaient à l’aube.
Et chaque forteresse avait été prise par ʿAbd al-Ashhal
ou par les cavaliers des Banû an-Najjâr.
[Al-Ashhal et Banû an-Najjâr sont les noms de deux tribus des Ansâr.]
Et les Muhâjirûn, qui avaient découvert leur front au-dessus de leurs casques —
Ceux qui ne peuvent même pas songer à fuir.
Je savais que Muhammad remporterait certainement la victoire et
qu’il y demeurerait pendant des générations.
Les yeux des Juifs se sont ouverts aux cris et aux hurlements de ce jour-là. »
Le retour de Ja‘far ibn Abû Tâlib d’Abyssinie
Ibn Hichâm dit :
Al-Cha‘bî rapporte que Ja‘far, fils d’Abû Tâlib, revint auprès de l’Envoyé de Dieu — que Dieu le bénisse et lui accorde la paix — le jour de la conquête de Khaybar. Celui-ci l’embrassa sur le front, le serra dans ses bras et dit : « Aujourd’hui, je ne sais pas si je suis plus heureux de la conquête de Khaybar ou du retour de Ja‘far. » Ibn Ishâq dit : ‘Amr ibn Umayya al-Damrî fut envoyé auprès du Négus afin de ramener les compagnons de l’Envoyé de Dieu — que Dieu le bénisse et lui accorde la paix — qui étaient restés en Abyssinie. Il les ramena à bord de deux navires. À cette époque, l’Envoyé de Dieu — que Dieu le bénisse et lui accorde la paix — séjournait à Khaybar après avoir conclu le traité de Hudaybiyya. Les compagnons qui menaient là-bas une vie d’exil étaient Ja‘far ibn Abû Tâlib, du clan des Banû Hâchim ibn ‘Abd Manâf, son épouse Asmâ’ bint ‘Umays al-Khath‘amiyya, ainsi que leur fils ‘Abd Allâh ibn Ja‘far, né durant leur séjour en Abyssinie. Parmi le clan des Banû ‘Abd Chams ibn ‘Abd Manâf se trouvaient Khâlid ibn Sa‘îd ibn Umayya, son épouse Âmina bint Khalaf, leur fils Sa‘îd et leur fille Amâh — tous deux nés en Abyssinie —, le frère de Khâlid, ‘Amr, Mu‘ayqib ibn Abû Fâtima, qui devint par la suite le trésorier du Bayt al-Mâl islamique nommé par ‘Umar ibn al-Khattâb, ainsi qu’Abû Mûsâ al-Ach‘arî. Parmi les Banû Asad ibn ‘Abd al-‘Uzzâ se trouvait al-Aswad ibn Nawfal ibn Khuwaylid.
Parmi les Banû ‘Abd al-Dâr ibn Qusay se trouvait Jaham ibn Qays.
Les Banû Zuhra : ʿÂmir ibn Abî Waqqâs et ʿUtba ibn Masʿûd.
Les Banû Taym ibn Murra : al-Hârith ibn Khâlid ibn Sakhr.
Les Banû Jumah ibn ʿAmr : ʿUthmân ibn Rabîʿa ibn Uhayyân.
Les Banû Sahm ibn ʿAmr : Mahmiya ibn al-Jazâ.
Les Banû ʿAdî ibn Kaʿb : Maʿmar ibn ʿAbd Allâh ibn Saʿdala.
Les Banû ʿÂmir ibn Luʾayy : Abû Hâtim ibn ʿAmr et Mâlik ibn Rabîʿa.
Les Banû al-Hârith ibn Fihr ibn Mâlik : al-Hârith ibn ʿAbd al-Qays ibn Laqît.
Certaines des épouses des musulmans décédés qui y résidaient vinrent avec eux. Le Négus envoya au total seize hommes avec ʿAmr ibn Damara, à bord de deux navires. Parmi les musulmans exilés en Abyssinie, ceux qui n’avaient pas participé à la bataille de Badr, qui n’étaient pas revenus pendant que le Messager d’Allah, qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix, se trouvait à La Mecque, mais étaient venus après, et que le Négus n’avait pas envoyés sur ces deux navires, étaient au nombre total de trente-quatre hommes.
La ‘Umrat al-Qadāʾ : 7e année de l’Hégire : mois de Dhū al-Qa‘da
Après son retour de Khaybar, le Messager d’Allah, qu’Allah le bénisse et le salue, demeura à Médine de Rabī‘ al-Awwal jusqu’au mois de Shawwāl. Durant cette période, il participa lui-même à diverses expéditions militaires ou y envoya d’autres Compagnons.
Puis, au mois de Dhū al-Qa‘da, il se mit en route vers La Mecque afin d’accomplir la ‘umra de rattrapage qu’il n’avait pu accomplir l’année précédente ; au cours de ce même mois, les polythéistes l’avaient empêché de poursuivre son chemin et l’avaient contraint à repartir sans accomplir la ‘umra. Lors de ce même voyage, les musulmans qui l’avaient accompagné l’année précédente étaient encore dans une grande pauvreté et enduraient de nombreuses difficultés. Ibn ‘Abbās (qu’Allah l’agrée) rapporte : « Les Qurayshites se rangèrent dans leur lieu de réunion, Dār al-Nadwa, afin d’observer le Messager d’Allah, qu’Allah le bénisse et le salue, et ses Compagnons. Lorsque le Messager d’Allah, qu’Allah le bénisse et le salue, entra dans la Mosquée sacrée, il passa son manteau sous son aisselle droite et le posa sur son épaule gauche. Puis, levant le bras droit et découvrant son aisselle droite, il dit : “Aujourd’hui, Allah fera miséricorde à celui qui se montrera fort.” Après avoir prononcé ces paroles, il embrassa la Pierre noire. Puis lui et ses Compagnons se mirent à marcher rapidement, d’une démarche virile. Lorsqu’ils atteignirent l’arrière de la Ka‘ba, hors de la vue des Qurayshites, ils embrassèrent l’Angle yéménite et marchèrent normalement jusqu’à l’Angle noir, achevant ainsi un tour. Ensuite, ils reprirent leur démarche virile et rapide. Ils effectuèrent ainsi trois tours, puis achevèrent les tours restants en marchant normalement. »
Au cours de ce voyage, le Messager d’Allah, qu’Allah le bénisse et le salue, épousa Maymūna bint al-Ḥārith (qu’Allah l’agrée) alors qu’il était en état d’iḥrām. ‘Abbās ibn ‘Abd al-Muṭṭalib (qu’Allah l’agrée) avait organisé ce mariage.
Le Messager d’Allah, qu’Allah le bénisse et le salue, demeura trois jours à La Mecque. Le troisième jour, quelques Qurayshites, conduits par Ḥuwayṭib ibn ‘Abd al-‘Uzzā, vinrent lui dire : « Le délai de votre séjour à La Mecque est arrivé à son terme. Quitte donc La Mecque. » [80. C’est-à-dire le délai de trois jours fixé par le traité de Hudaybiyya.]
Les Qurayshites lui avaient confié la responsabilité d’organiser le départ du Messager d’Allah, qu’Allah le bénisse et le salue. Le Messager d’Allah, qu’Allah le bénisse et le salue, dit : « Quel mal y aurait-il à ce que je célèbre le mariage ici, en votre présence, que je prépare un repas pour vous et que vous y preniez part ? » Ils répondirent : « Nous n’avons pas besoin de ton repas. Pars. »
Le Messager d’Allah, qu’Allah le bénisse et le salue, quitta La Mecque. Il laissa son serviteur Abū Rāfi‘ auprès de Maymūna (qu’Allah l’agrée) pour s’occuper de ses affaires. Le Messager d’Allah, qu’Allah le bénisse et le salue, arriva à Sarif, près de Tan‘īm. Abū Rāfi‘ s’y présenta avec Maymūna (qu’Allah l’agrée). C’est là que le Messager d’Allah, qu’Allah le bénisse et le salue, consomma son mariage avec Maymūna (qu’Allah l’agrée), puis il retourna à Médine. Ibn Hishām dit : Selon le récit d’Abū ‘Ubayda, c’est à la fin de ce voyage que fut révélée la parole divine : « Allah a certes confirmé la vision de Son Messager. Vous entrerez assurément dans la Mosquée sacrée, si Allah le veut, en toute sécurité, la tête rasée ou les cheveux raccourcis, sans aucune crainte. Il savait ce que vous ne saviez pas et Il a fixé, en plus de cela, une victoire prochaine. » (Al-Fatḥ, dernier passage)
La bataille de Muʾta : 8e année de l’Hégire : Jumādā al-Awwal
Il passa le reste de Dhou al-Hijja et tout le mois de Rabīʿ ath-Thānī à Médine. Cette année-là, les polythéistes assumèrent la direction et la supervision du pèlerinage. Au mois de Djoumada al-Awwal, il envoya en Syrie une armée de musulmans sous le commandement de Zayd ibn Hâritha. Cette armée rencontra l’ennemi à un endroit appelé Mou’ta. L’ordre du Messager d’Allah, qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix, était que, si Zayd était tué en martyr ou blessé, Jaʿfar prendrait le commandement, et que, si Jaʿfar était tué en martyr ou blessé, ʿAbd Allah ibn Rawâha lui succéderait à la tête de l’armée.
Trois mille musulmans se préparèrent à partir au combat. Lorsque les musulmans vinrent leur faire leurs adieux et les saluer, ʿAbd Allah ibn Rawâha se mit à pleurer. On lui demanda : « Pourquoi pleurez-vous ? » Il répondit : « Je ne pleure ni par attachement aux délices de ce monde ni par affection pour vous. J’ai entendu le Messager d’Allah, qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix, réciter un verset du Coran. Ce verset mentionne l’Enfer et dit :
« Chacun d’entre vous devra y parvenir. C’est une décision irrévocable de ton Seigneur. » (Maryam) Je ne sais pas comment je pourrai être sauvé de l’Enfer après m’en être approché. » Les musulmans le réconfortèrent en lui disant : « Qu’Allah vous accompagne ! Qu’Il vous protège de l’Enfer et vous fasse revenir sains et saufs parmi nous. »
ʿAbd Allah ibn Rawâha récita alors ces vers :
« Je demande pardon au Tout Miséricordieux et souhaite pouvoir
porter aux mécréants un coup puissant et meurtrier.
Ou pouvoir, de ma main assoiffée de sang, porter avec la lance un coup
qui précipitera l’ennemi vers une mort rapide et lui déchirera le foie et les entrailles
mettra en pièces.
afin que les passants, près de ma tombe, puissent dire que cet homme
a été guidé par Dieu sur le chemin de la bonne direction, qui a fait de lui un combattant victorieux, et qu’il
a été guidé sur le droit chemin. »
Puis l’armée se mit en route. Le Messager de Dieu, que Dieu le bénisse et le salue, marcha lui aussi un certain temps avec eux. Après les avoir accompagnés quelque temps, il leur fit ses adieux et, lorsqu’il revint, ʿAbd Allāh ibn Rawāḥa récita ce poème :
« Que celui à qui nous avons fait nos adieux,
qu’Allah, le meilleur des amis et le plus éminent de ceux qui font leurs adieux, garde heureux et en paix dans les palmeraies. » Puis l’armée musulmane se mit en route. Arrivée à Maʿān, en Syrie, elle y fit halte. Elle apprit là que l’empereur romain Héraclius avait établi son camp à Māʿāb, dans la région de Balqāʾ, avec cent mille soldats. Cent mille autres hommes des tribus de Lakham, Judhām, Bahrāʾ et Balī s’étaient joints à eux. Ils étaient commandés par un homme de la tribu de Balī et par un autre homme de la tribu d’Irāsh, son adjoint. Celui-ci s’appelait Mālik ibn Rāfila. Après avoir appris ces informations, l’armée musulmane resta deux jours à Maʿān et réfléchit à la conduite à tenir. Finalement, elle décida d’envoyer une lettre au Messager de Dieu, que Dieu le bénisse et le salue, pour l’informer du nombre des soldats ennemis. Soit il leur enverrait des renforts, soit il leur donnerait les instructions qu’il jugerait bonnes, et ils agiraient en conséquence.
ʿAbd Allāh ibn Rawāḥa encouragea les musulmans en disant : « Ô musulmans ! Ce que vous répugnez aujourd’hui, c’est précisément ce que vous désiriez. Il s’agit du martyre. Nous ne combattons ni avec la force du nombre ni grâce à notre supériorité numérique. Nous combattons pour le système de vie par lequel Dieu nous a honorés. Avancez donc : la victoire ou le martyre, l’une de ces deux excellentes choses nous est assurément destinée. »
Tous les musulmans dirent : « Par Allah, Ibn Rawaha a dit vrai. »
Ensuite, les musulmans avancèrent. Lorsqu’ils approchèrent de la frontière d’al-Balqāʾ, ils se retrouvèrent face aux forces romaines et arabes réunies d’Héraclius. L’endroit d’al-Balqāʾ où ils se trouvaient s’appelait Mashārif. L’ennemi s’approcha. Les musulmans se replièrent sur le côté et s’installèrent dans un village appelé Muʾta. Ils se préparèrent au combat, plaçant, sur l’aile droite de l’armée, Banū ʿUdhra sous le commandement de Quṭba ibn Qatāda — qu’Allah l’agrée — et, sur l’aile gauche, l’Anṣārī ʿUbāya ibn Mālik — qu’Allah l’agrée. Puis une bataille acharnée s’engagea entre les deux camps. Le commandant en chef, Zayd ibn Ḥāritha, portant l’étendard du Messager d’Allah — qu’Allah le bénisse et le salue —, combattit de toutes ses forces et tomba en martyr. Puis Jaʿfar ibn Abī Ṭālib prit l’étendard. Il descendit de son cheval, lui trancha les pattes, puis combattit et tomba en martyr. Peu avant son martyre, il récita ces vers :
« Ah ! Quelle merveille que le Paradis et que d’en approcher !
De même que le Paradis est excellent et pur, sa boisson l’est également.
Le châtiment des Romains approche ; ils sont mécréants et
bien plus méprisables que moi, bien que j’aie reçu leurs coups. »
Ibn Hishām dit :
J’ai appris par une source fiable que Jaʿfar ibn Abī Ṭālib prit d’abord l’étendard de la main droite. Lorsque l’épée de l’ennemi lui eut tranché la main droite, il prit l’étendard de la main gauche. Cette main fut également tranchée. Alors, il le serra entre ses deux ailes, puis tomba en martyr sous les coups de l’ennemi. Qu’Allah l’agrée. Il avait alors trente-trois ans. Allah Très-Haut lui accorda au Paradis deux ailes avec lesquelles il vole où bon lui semble. On rapporte qu’un soldat romain le fendit en deux d’un coup d’épée.
Ibn Ishaq dit : Après le martyre de Ja’far, Abdallah ibn Rawaha prit l’étendard et s’avança à cheval. Il se mit à réfléchir, hésitant quelque peu, à la question de savoir s’il devait descendre de cheval et prendre part au combat. Puis il se dit à lui-même :
« Je le jure, ô Ibn Rawaha, tu dois absolument entrer dans cette bataille,
tu dois soit y prendre part, soit t’y résigner malgré ton aversion.
Même si tous les hommes se sont rassemblés au son des cris de guerre et que parmi eux
retentissent des sanglots,
pourquoi te vois-je indifférent au paradis ?
Tu as pourtant vécu longtemps dans le bonheur et la tranquillité,
alors qu’en réalité tu n’étais qu’une goutte d’eau dans un vieux récipient…
Tu n’étais rien d’autre qu’une goutte d’eau.
Ô mon âme, même si tu n’es pas tuée aujourd’hui, tu devras
mourir un jour.
C’est la demeure de la mort (le champ de bataille) dans laquelle tu es entrée.
Tu as obtenu jusqu’à présent tout ce que tu désirais.
Maintenant, si tu agis comme ces deux-là (Zayd et Ja’far),
alors tu seras guidée sur le droit chemin. »
Ensuite, il descendit de cheval. Alors l’un de ses cousins lui apporta un morceau de viande attaché à un os et lui dit : « Tiens, mange ceci et reprends quelques forces, car tu as énormément souffert ces derniers jours. » Il prit le morceau de viande et en arracha un bout avec ses dents, lorsqu’il entendit soudain, d’un côté, le bruit d’une lutte acharnée et d’une grande agitation parmi les gens. Il dit alors : « Et moi, je resterais en vie ? » Il jeta le morceau de viande, s’avança l’épée à la main et tomba en martyr tout en combattant.
Ensuite, Thâbit ibn Aqram, de la tribu des Banû Adhlân, prit l’étendard. Il dit : « Ô musulmans ! Désignez à l’unanimité un chef. » Tous répondirent : « Vous êtes notre chef. » Il dit : « Je ne suis pas capable d’assumer cette responsabilité. » Les musulmans désignèrent alors Khâlid ibn al-Walîd comme chef. Il prit l’étendard et se mit à combattre avec une grande bravoure. Tantôt, il avançait avec l’armée jusqu’à une extrémité, tantôt il revenait en arrière. Il continua ainsi à combattre. Une fois, dès qu’il atteignit une extrémité, l’armée romaine s’y porta également et prit la fuite. Il regagna ensuite Médine avec l’armée musulmane. Il est rapporté que, lorsque l’armée musulmane était attaquée par l’ennemi, le Messager d’Allah — qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix — disait : « Zayd ibn Hâritha avait pris l’étendard et était tombé en martyr en combattant. Puis Ja‘far avait pris l’étendard et était tombé en martyr en combattant. » Ensuite, le Messager d’Allah — qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix — resta silencieux. Le visage des Ansâr se décolora alors. Ils pensèrent peut-être qu’un événement fâcheux était arrivé à ‘Abd Allâh ibn Rawâha. Quelque temps après, il dit : « Après Ja‘far, ‘Abd Allâh ibn Rawâha avait pris l’étendard et était tombé en martyr en combattant. » Puis il dit : « J’ai vu en rêve que ces trois hommes avaient été conduits au Paradis et installés sur des lits d’or. J’ai vu que le lit de ‘Abd Allâh ibn Rawâha était légèrement incliné. Je demandai : “Pour quelle raison cela est-il arrivé ?” On me répondit que Zayd et Ja‘far s’étaient précipités au combat sans le moindre instant de retard. »
Khâlid repartit vers Médine avec ses hommes et ses troupes. Lorsqu’ils approchèrent de Médine, le Messager d’Allah — qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix — ainsi que les musulmans ordinaires avancèrent à leur rencontre pour les accueillir. Les enfants, garçons et filles en particulier, se mirent à courir vers eux avec encore plus de rapidité. Le Messager d’Allah — qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix — avançait avec les gens parmi les musulmans, monté sur une bête. Il dit : « Faites monter les enfants sur vos montures respectives. Et amenez-moi le fils de Ja‘far. » ‘Abd Allâh ibn Ja‘far fut amené auprès du Messager d’Allah — qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix —, qui le fit asseoir devant lui sur sa monture.
À ce moment-là, les musulmans de Médine jetaient de la terre en direction de cette armée et disaient : « Ô troupe de fuyards ! Vous êtes partis faire le jihâd dans la voie d’Allah, puis vous avez pris la fuite. » Le Messager d’Allah — qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix — dit : « Non, ils n’ont pas fui. Au contraire, ils vont lancer une nouvelle attaque, si Allah le veut. »
À ce moment-là, en entendant le poème de Hassân ibn Thâbit, les Compagnons revenant de la bataille de Mu’ta éclatèrent en sanglots. Voici le sens de ce poème :
« J’ai passé à Médine une nuit particulièrement pénible
Lorsque tout le monde dormait, je ne pus trouver le sommeil.
Le souvenir de mon ami a fait couler un torrent de larmes de mes yeux,
En vérité, c’est le souvenir qui est le principal déclencheur des pleurs. »
Vraiment, perdre un ami est une immense épreuve,
cependant, nombreux sont les hommes nobles qui, confrontés à l’épreuve,
font preuve de patience.
J’ai vu les meilleurs des musulmans se jeter au combat, les uns après les autres, par groupes
et, juste après eux, leurs descendants se sont également jetés au combat.
Ces hommes qui, à Mu’ta, reçurent successivement le martyre
Allah ne les privera jamais de Sa proximité,
parmi eux figure notamment Ja‘far, l’homme aux deux ailes,
Zayd et Abdallah. En vérité, les circonstances de leur mort furent terribles.
Un matin, ils partirent au combat avec les croyants ; un homme fortuné
était leur commandant.
qui, parmi les Banû Hâshim, resplendissait comme la pleine lune,
ce héros audacieux qui avait refusé de se soumettre à l’injustice.
Puis il lança une attaque furieuse contre le païen invincible sur le champ de bataille.
Finalement, il s’effondra lourdement à un moment donné.
Et il rejoignit le groupe des martyrs, dont la récompense est le Paradis.
et de verdoyantes forêts touffues.
Chez Ja‘far, nous observions l’obéissance sans réserve à Muhammad et
un commandement ferme lorsqu’il donnait des ordres.
Dans la lignée des Banû Hâshim, les piliers de l’honneur et de la gloire subsistent encore.
ils sont semblables aux montagnes de l’islam, et leurs compagnons
parmi ces nobles hommes, au visage affable, se trouvent Ja‘far, ‘Alî,
le très estimé Muhammad, que Dieu le bénisse et lui accorde la paix, Hamza, ‘Abbâs et ‘Aqîl.
En vérité, partout où l’on presse le bois de santal, c’est de là que
Seul l’extrait du santal (c’est-à-dire parfumé) est nécessairement extrait.
(c’est-à-dire que, dans toute famille de la descendance des Banû Hamîm où naîtrait un enfant
il sera semblable aux enfants susmentionnés. Dans toute famille de cette lignée
où il naisse, quelle qu’elle soit.)
Lorsque, face à une difficulté grave, les gens se trouvent démunis et en détresse,
c’est alors par eux que la crise est résolue.
Ils sont tous les proches d’Allah ; Allah a fait descendre sur eux
Sa loi et
C’est auprès d’eux que ce Livre sacré est préservé.”
La conquête de La Mecque : la 8e année de l’Hégire, le mois de Ramadan
Après la bataille de Mu’ta, le Messager d’Allah — qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix — demeura à Médine durant les mois de Jumâdâ ath-Thâniya et de Rajab.
À cette époque, les Banû Bakr attaquèrent injustement la tribu des Banû Khuzâ‘a. Cette attaque avait pour origine le fait qu’avant l’avènement de l’islam, alors qu’un homme nommé Mâlik ibn ‘Abbâd, des Banû Hadramî, traversait le territoire des Khuzâ‘a pour affaires, leurs hommes le tuèrent et lui prirent tout ce qu’il possédait. En conséquence, les Banû Bakr s’en prirent à un homme des Khuzâ‘a et le tuèrent. Pour se venger, à la veille de l’avènement de l’islam, la tribu des Khuzâ‘a tua, près des limites du sanctuaire sacré, Salmâ, Kulthûm et Zuwayb, les trois fils d’al-Aswad, chef des Banû Dâ’il, une branche des Banû Bakr. En effet, al-Aswad était l’ennemi du Hadramite. Une vive tension persistait depuis lors entre les Banû Bakr et les Banû Khuzâ‘a à ce sujet. Avec l’avènement de l’islam, cette tension s’apaisa entre les deux tribus et leur attention se tourna vers l’islam. Le traité de Hudaybiyya conclu entre les Quraysh et le Messager d’Allah — qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix — stipulait qu’aucune tierce partie ne pouvait s’allier à Muhammad — qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix — ou aux Quraysh. Conformément à cela, les Banû Bakr déclarèrent leur alliance avec les Quraysh, et les Banû Khuzâ‘a avec le Messager d’Allah — qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix —.
Après la conclusion du traité, la branche des Banû Bakr appelée Banû Dâ’il estima avoir trouvé l’occasion idéale de venger le meurtre des trois fils d’al-Aswad par les Banû Khuzâ‘a. Nawfal ibn Mu‘âwiya, le chef de la famille des Banû Dâ’il, entreprit donc de se venger. Il convient de préciser que cet homme n’exerçait aucune autorité sur l’ensemble des Banû Bakr. Une nuit, alors que des membres de la tribu des Khuzâ‘a se trouvaient auprès de leur propre source, Wâtir, Nawfal et ses compagnons tuèrent l’un des Khuzâ‘ites. Dès lors, les deux tribus, s’alliant à d’autres tribus, s’engagèrent dans une bataille acharnée. À cette époque, les Quraysh fournirent des armes aux Banû Bakr, et nombre de Qurayshites combattirent les Khuzâ‘a à leurs côtés, en se cachant dans l’obscurité de la nuit. Pris de panique, les Khuzâ‘a cherchèrent refuge dans l’enceinte inviolable de la Mosquée sacrée. Menés par Nawfal, les membres vindicatifs de la tribu des Banû Dâ’il les poursuivirent jusqu’au sanctuaire sacré. Les Banû Bakr dirent à Nawfal : « Ô Nawfal, arrête-toi maintenant. Nous sommes à présent à l’intérieur du sanctuaire sacré. Crains Dieu. »
Nawfal prononça alors une parole terrible. Il dit : « Aujourd’hui, il n’a ni divinité ni seigneur. Ô Banû Bakr, vengez-vous. Vous n’hésitez pourtant pas à voler dans le sanctuaire sacré. (Il est à noter que les Quraysh étaient accusés d’avoir volé de nombreuses statues très précieuses en or de la Ka‘ba sacrée.) Pourquoi hésitez-vous maintenant à vous venger ici ? » Auparavant déjà, ils n’avaient pas étanché leur soif de vengeance en tuant, dans l’obscurité de la nuit près de la source de Wâtir, un faible Khuzâ‘ite nommé Munabbih. Munabbih était sorti avec un autre homme de sa tribu nommé Tamîm ibn Asad. Munabbih lui dit : « Ô Tamîm, prends des dispositions pour te protéger. Moi, je vais mourir. Ils me tueront ou me laisseront partir. » Tamîm s’enfuit de cet endroit, et ils tuèrent Munabbih.
Bien que les Khuzâ‘a se fussent réfugiés à La Mecque dans la maison de Râfi‘, un ancien esclave de leur allié Budayl ibn Warqâ’, beaucoup d’entre eux périrent dans l’attaque conjointe des Banû Bakr et des Quraysh. Ainsi, les Quraysh tuèrent les Banû Khuzâ‘a, alliés du Messager d’Allah — qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix —, dans l’enceinte inviolable du sanctuaire sacré, violant ainsi le traité de Hudaybiyya. Ensuite, ‘Amr ibn Sâlim al-Khuzâ‘î et un homme des Banû Ka‘b se rendirent à Médine auprès du Messager d’Allah — qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix — et lui relatèrent toute l’affaire. Cet événement fut l’une des causes de la conquête de La Mecque. Alors que le Messager d’Allah — qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix — était assis dans la mosquée, entouré de gens, ‘Amr s’y rendit, récita un poème et implora son aide. Voici le sens de ce poème :
« Ô Seigneur ! Je veux rappeler à Muhammad l’ancienne alliance entre nos pères et son père, et lui demander de la faire respecter. Vous étiez des enfants, et nous étions des pères. Là, nous avons embrassé l’islam et nous ne l’avons pas abandonné. Qu’Allah te guide vers le droit chemin. Aide-nous immédiatement. Appelle les serviteurs d’Allah afin qu’ils accourent à notre secours. Parmi eux se trouve le Messager d’Allah, qui s’est tenu à l’écart du traité. S’il est humilié, la honte sera imprimée sur son visage. Il se trouve avec une armée qui avance en déployant une écume semblable à celle de la mer. Sache que les Quraysh ont violé ton pacte. Ils ont rompu ta trêve et ont dressé pour moi une embuscade secrète à un endroit appelé Kadâ. Ils sont peu nombreux et relativement faibles. Ils ont passé la nuit en secret à al-Watîr. »
Après avoir entendu cette histoire, le Messager d’Allah — qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix — dit : « Ô ‘Amr, tu seras secouru. » Immédiatement après, il vit un fragment de nuage dans le ciel et dit : « Ce fragment de nuage sera le commencement du secours accordé aux Banû Ka‘b. »
Ensuite, Budayl ibn Warqâ’ se rendit à Médine avec quelques hommes des Banû Khuzâ‘a et rencontra le Messager d’Allah — qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix. Il l’informa des malheurs et des difficultés qu’ils avaient subis, ainsi que des sévices infligés par les Quraysh, qui avaient lancé les Banû Bakr contre eux. Puis il retourna à La Mecque. Auparavant, le Messager d’Allah — qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix — avait dit aux musulmans : « Vous pouvez supposer qu’Abû Sufyân est venu vous voir et qu’il a proposé de rendre le pacte inviolable et d’en prolonger la durée. »
Alors que Budayl ibn Warqâ’ et ses compagnons retournaient à La Mecque, ils rencontrèrent à ‘Usfân Abû Sufyân ibn Harb. Les Quraysh l’avaient envoyé auprès du Messager d’Allah afin de rendre le pacte inviolable et d’en prolonger la durée, car ils avaient pris peur à cause du traitement qu’ils avaient infligé aux Banû Khuzâ‘a. Dès qu’il rencontra Budayl ibn Warqâ’, Abû Sufyân lui demanda : « Budayl, d’où viens-tu ? » Il pensait que Budayl s’était rendu auprès du Messager d’Allah — qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix. Budayl répondit : « Je me suis promené dans cette région avec des hommes des Banû Khuzâ‘a. » Abû Sufyân dit : « N’es-tu pas allé voir Muhammad ? » Il répondit : « Non. » Après le départ de Budayl pour La Mecque, Abû Sufyân se rendit à l’endroit où son chameau s’était arrêté et examina ses excréments. Voyant dans ceux-ci des noyaux de dattes, il dit : « Certainement, Budayl s’est rendu auprès de Muhammad. » Il considéra les noyaux de dattes comme la preuve de son voyage à Médine.
Puis Abû Sufyân partit pour Médine, se rendit auprès du Messager d’Allah — qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix — et alla voir sa fille, la Mère des croyants, Umm Habîba. Alors qu’il s’apprêtait à s’asseoir sur le lit du Messager d’Allah — qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix — Umm Habîba le replia. En voyant cela, Abû Sufyân dit : « Ô ma fille, ne me juges-tu pas digne de m’asseoir sur ce lit ? » Umm Habîba répondit : « C’est le lit du Messager d’Allah — qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix — et vous êtes un polythéiste impur. Je ne veux pas que vous vous asseyiez sur le lit du Messager d’Allah — qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix. » Abû Sufyân dit : « Ô ma fille, tu as mal tourné depuis que tu t’es éloignée de moi. »
Abû Sufyân se présenta devant le Messager d’Allah — qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix — et lui parla. Mais celui-ci ne répondit à aucune de ses paroles. Il alla ensuite trouver Abû Bakr — qu’Allah l’agrée — et lui demanda d’intercéder en sa faveur auprès du Messager d’Allah — qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix. Abû Bakr — qu’Allah l’agrée — rejeta directement cette demande.
Il se rendit ensuite auprès de ‘Umar ibn al-Khattâb — qu’Allah l’agrée — et lui adressa une demande similaire. ‘Umar dit : « Que dis-tu ? Moi, intercéder en ta faveur auprès du Messager d’Allah — qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix — ? Même si je ne trouvais aucun soutien, hormis un enfant, je te combattrai ! »
Il alla ensuite auprès de ‘Alî ibn Abî Tâlib — qu’Allah l’agrée. La fille du Messager d’Allah — qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix —, Fâtima — qu’Allah l’agrée —, se trouvait là, et l’enfant al-Hasan — qu’Allah l’agrée — rampait devant elle. Il dit : « Ô ‘Alî, tu es celui qui m’est le plus miséricordieux. Je suis venu te voir pour une affaire particulière et je ne veux pas repartir sans succès. Intercède donc pour moi auprès du Messager d’Allah — qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix. » Il répondit : « Malheur à toi, ô Abû Sufyân ! Par Allah, le Messager d’Allah — qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix — a pris une décision concernant une affaire, et nous sommes incapables de lui en parler. »
Réduit à cette extrémité, Abû Sufyân regarda Fâtima — qu’Allah l’agrée — et dit : « Ô fille de Muhammad ! Cela te plairait-il que ton jeune fils donne l’ordre de protéger les gens et qu’il devienne ainsi le chef des Arabes pour toujours ? » Fâtima — qu’Allah l’agrée — répondit : « Mon fils n’est pas en mesure de protéger les gens. De plus, personne ne peut protéger qui que ce soit contre la volonté du Messager d’Allah — qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix. »
Abû Sufyân dit : « Ô ʿAlî ! Je vois que la situation m’est défavorable. Donne-moi maintenant un bon conseil. » ʿAlî — qu’Allah l’agrée — répondit : « Je ne connais aucun conseil qui puisse t’être utile. Toutefois, tu es le chef de la tribu de Banû Kinâna. Va donc protéger les gens, puis reste dans ton lieu de naissance. » Il demanda : « Cela me sauvera-t-il ? » ʿAlî — qu’Allah l’agrée — répondit : « Je ne le pense pas ; cependant, je ne vois pour toi aucune autre solution. » Abû Sufyân se rendit ensuite à la mosquée et proclama : « Ô gens ! J’ai pris la responsabilité de protéger tous les habitants de La Mecque. » Sur ces mots, il monta sur son chameau et partit. Lorsqu’il rejoignit les Quraychites, ceux-ci lui demandèrent : « Comment cela s’est-il passé ? » Il répondit : « Je suis allé voir Muhammad et je lui ai parlé, mais il n’a répondu à aucune de mes paroles. Je suis ensuite allé voir Abû Bakr, qui ne m’a pas davantage donné de réponse encourageante. Puis je suis allé voir ʿUmar, et j’ai trouvé en lui l’ennemi le plus acharné. Enfin, je suis allé voir ʿAlî, que j’ai trouvé le plus conciliant de tous. ʿAlî m’a conseillé de faire une chose, et je l’ai faite. Je ne sais pas si cela servira à quelque chose. »
Tous demandèrent : « Que t’a conseillé ʿAlî de faire ? » Abû Sufyân répondit : « Il m’a dit de prendre des dispositions pour protéger les habitants de La Mecque. Je suis venu le proclamer. » Les gens demandèrent : « Muhammad t’a-t-il autorisé à faire cela ? » Il répondit : « Non. » Ils dirent : « Alors ʿAlî s’est simplement moqué de toi. Cela ne te sera d’aucune utilité. » Il répondit : « Mais je n’avais pas d’autre issue. »
Le Messager d’Allah — qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix — ordonna à tous les musulmans de Médine ainsi qu’à sa famille de se préparer au voyage. Abû Bakr — qu’Allah l’agrée — se rendit auprès de sa fille ʿÂ’isha — qu’Allah l’agrée — et la trouva en train de préparer les affaires. En la voyant, il lui demanda : « Ô ʿÂ’isha, le Messager d’Allah — qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix — vous a-t-il ordonné de vous préparer au voyage ? » ʿÂ’isha répondit : « Oui, père ; préparez-vous vous aussi. » Abû Bakr demanda : « Où penses-tu qu’il a l’intention d’aller ? » ʿÂ’isha répondit : « Je ne sais pas. » Ensuite, le Messager d’Allah — qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix — informa clairement les musulmans qu’il allait partir en direction de La Mecque. Il leur ordonna de se préparer au voyage et dit également : « Ô Allah ! Garde secrètes pour les Quraychites toutes les informations relatives à nos préparatifs, afin que nous puissions les surprendre et les attaquer. » Les musulmans furent prêts en peu de temps.
Alors que le Messager d’Allah — qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix — avait achevé tous les préparatifs de son départ pour La Mecque, le Compagnon Hâtib ibn Abî Baltaʿa — qu’Allah l’agrée — fit parvenir aux Quraychites une lettre par l’intermédiaire d’une femme. Il y révélait que le Messager d’Allah — qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix — avait préparé son expédition vers La Mecque. La femme dissimula la lettre dans sa coiffure et se mit en route. Aussitôt, Allah Très-Haut révéla par l’intermédiaire de la Révélation au Messager d’Allah — qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix — le secret de la manœuvre de Hâtib. Il envoya immédiatement ʿAlî ibn Abî Tâlib — qu’Allah l’agrée — et az-Zubayr ibn al-ʿAwwâm — qu’Allah l’agrée — en leur disant : « Interceptez cette femme en chemin et récupérez auprès d’elle la lettre de Hâtib, afin qu’il n’ait pas averti les habitants de La Mecque et ne les ait pas mis en garde en leur révélant tous les détails de nos préparatifs. » Ils partirent tous deux et la rattrapèrent en un lieu appelé al-Khalîfa. Ils la firent descendre de son chameau et cherchèrent la lettre dans le palanquin de celui-ci, mais ne la trouvèrent pas. ʿAlî dit : « Par Allah, les paroles du Messager d’Allah ne peuvent être mensongères, et nous ne mentons pas non plus. Sors cette lettre, sinon nous fouillerons ton corps. »
Voyant que ʿAlî — qu’Allah l’agrée — ne voulait pas céder, la femme lui dit : « Tourne-toi de l’autre côté. » Il se détourna. La femme défit alors sa coiffure et en sortit la lettre. ʿAlî — qu’Allah l’agrée — et az-Zubayr — qu’Allah l’agrée — apportèrent la lettre au Messager d’Allah.
Le Messager d’Allah — qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix — convoqua Hâtib et lui demanda pourquoi il avait envoyé cette lettre. Hâtib répondit : « Par Allah, ma foi en Allah et en Son Messager n’a pas changé le moins du monde. Je n’ai aucun proche à La Mecque, alors que ma femme et mes enfants se trouvent parmi les Quraychites. J’ai donc voulu, par ce moyen, gagner leur sympathie. »
ʿUmar ibn al-Khattâb — qu’Allah l’agrée — dit : « Ô Messager d’Allah, il a agi en hypocrite. Autorise-moi à lui trancher le cou. »
Le Messager d’Allah — qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix — dit : « Ô ʿUmar, tu ne sais pas. Il se peut qu’Allah Très-Haut ait dit aux participants à la bataille de Badr, le jour de Badr : “Faites ce que vous voulez ; Je vous ai pardonné.” »
Allah Très-Haut révéla au sujet de Hâtib un verset dans la sourate al-Mumtahana : « Ô vous qui croyez ! Ne prenez pas pour amis ceux qui sont mes ennemis et les vôtres, en leur témoignant affection et amour. … Vous avez certes un excellent modèle en Abraham et en ceux qui étaient avec lui. Ils dirent à leur peuple : “Nous vous désavouons, vous et ce que vous adorez en dehors d’Allah. Nous vous renions, et entre nous et vous sont apparues une inimitié et une haine durables, jusqu’à ce que vous croyiez en Allah seul.” »
Ensuite, le Messager d’Allah, qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix, se mit en route pour l’expédition de La Mecque. À cette occasion, il nomma Abû Burhum al-Ghifârî comme son lieutenant à Médine. Il partit après que dix jours de Ramadan se furent écoulés. Lui-même et tous les musulmans observèrent le jeûne. Lorsqu’ils atteignirent un lieu appelé Qudayd, situé entre Usfân et La Mecque, ils rompirent tous le jeûne.
De là, il repartit avec dix mille musulmans et fit halte à Marr az-Zahrân. En chemin, environ sept cents — selon une autre version, mille — hommes de Banû Sulaym, ainsi que mille hommes de Banû Muzayna, le rejoignirent. À cette époque, il n’y avait en Arabie aucune tribu dont un nombre appréciable de membres n’eût embrassé l’islam. Tous les Émigrés et les Ansâr participèrent à l’expédition du Messager d’Allah, qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix, contre La Mecque, et pas un seul ne resta en arrière.
Le Messager d’Allah, qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix, fit halte à Marr az-Zahrân. Jusqu’alors, les Qurayshites ne savaient absolument rien de son départ ni de ce qu’il s’apprêtait à faire. Une nuit, Abû Sufyân ibn Harb, Hakîm ibn Hizâm et Budayl ibn Warqâ sortirent pour recueillir des informations sur le Messager d’Allah, qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix. En chemin, en un certain endroit, al-‘Abbâs ibn ‘Abd al-Muttalib (qu’Allah l’agrée) rencontra le Messager d’Allah, qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix. Abû Sufyân ibn al-Hârith et ‘Abd Allâh ibn Umayya ibn al-Mughîra parvinrent auprès du Messager d’Allah, qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix, en un lieu appelé Nayf al-‘Uqâb, situé sur la route entre La Mecque et Médine. Comme ils demandaient à le rencontrer, l’une des Mères des croyants, Umm Salama (qu’Allah l’agrée), dit : “Ô Messager d’Allah, ton cousin et ton beau-frère sont venus.” Le Messager d’Allah, qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix, répondit : “Je n’ai nul besoin d’eux. Mon cousin m’a insulté, tandis que mon beau-frère — ‘Abd Allâh ibn Umayya, le demi-frère d’Umm Salama — s’est montré extrêmement hostile envers moi durant son séjour à La Mecque.” »
Lorsqu’ils eurent tous deux reçu cette réponse, Abû Sufyân ibn al-Hârith dit : « Si le Messager d’Allah, qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix, ne m’accorde pas la possibilité de le rencontrer, je partirai avec mon fils, errant quelque part, et nous mourrons lentement de faim et de soif. »
En entendant cela, le cœur du Messager d’Allah, qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix, s’attendrit. Il leur donna la permission. Tous deux se rendirent alors auprès de lui et embrassèrent l’islam. Abû Sufyân ibn al-Hârith demanda pardon pour les poèmes insultants qu’il avait auparavant récités contre le Messager d’Allah, qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix. Après avoir embrassé l’islam, il récita un nouveau poème, dont le sens est le suivant :
« Le jour où je combattrai en tant que commandant, l’armée de Muhammad
triomphera assurément de l’armée des polythéistes. »
(L’armée des polythéistes) était comme un voyageur égaré dans les ténèbres de la nuit.
Aujourd’hui est venu mon tour, puisque j’ai reçu la guidance.
Celui qui guide m’a guidé, m’a transformé
et m’a fait parvenir à la compagnie d’Allah
que j’avais autrefois chassé au loin.
Ce jour-là, je m’étais interposé entre Muhammad et les autres, et
m’étant éloigné de lui, j’avais fomenté des préparatifs de guerre,
tandis que j’étais appelé du côté de Muhammad
Bien que je ne me sois pas associé à lui.
Il continua à suivre la voie sur laquelle il avançait —
il ne parlait pas selon les caprices des polythéistes
bien qu’il parlât en homme attaché à l’opinion juste
on le qualifia néanmoins de menteur.
Tant que je n’avais pas reçu la guidance, je cherchais, dans chaque assemblée, à leur plaire (aux polythéistes)
et je ne m’étais pas rattaché à la communauté (musulmane).
Dis donc aux Banou Thaqîf que je ne veux pas les combattre.
Dis aux Banû Saïf de chercher à intimider quelqu’un d’autre, et non moi.
car je ne faisais pas partie de l’armée qui
avait attaqué la localité
et cette attaque n’avait été commise ni par ma langue ni par ma main.
Dans cette armée se trouvaient des tribus venues de régions lointaines, ainsi que
des guerriers inconnus venus de Saham et de Surdad. »
Il est rapporté que, lorsqu’il récitait ce passage de son poème : « Celui que j’avais chassé très loin m’a fait parvenir auprès d’Allah », le Messager d’Allah ﷺ lui frappa la poitrine en disant : « C’est toi qui m’avais chassé au loin. »
Lorsque le Messager d’Allah ﷺ fit halte à Marr az-Zahrân, al-‘Abbâs ibn ‘Abd al-Muttalib fut pris d’inquiétude. Il comprit que, si les Quraychites ne venaient pas spontanément auprès du Messager d’Allah ﷺ pour conclure la paix et que celui-ci entrait de force à La Mecque, les Quraychites seraient anéantis à jamais.
Al-‘Abbās (qu’Allah l’agrée) raconte : Je montai sur la mule blanche du Messager d’Allah — qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix — et me rendis à un endroit appelé Arāk, où je me mis à chercher quelque bûcheron, vendeur de lait ou autre personne se rendant à La Mecque. Si j’en trouvais un, je lui demanderais d’annoncer aux habitants de La Mecque l’arrivée du Messager d’Allah — qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix — afin qu’ils viennent conclure la paix avec lui avant qu’il n’entre de force à La Mecque.
J’étais occupé à cette recherche lorsque j’entendis Abu Sufyan et Budayl ibn Warqa parler. Ils conversaient tous deux. Abu Sufyan disait : « La nuit dernière, je n’ai jamais vu un feu pareil, ni une armée aussi nombreuse. » Budayl disait : « C’est certainement l’armée de la tribu de Khuzāʿa. Ils se sont sûrement préparés à la guerre. » Abu Sufyan répondit : « Khuzāʿa n’a ni assez de puissance ni assez d’hommes pour allumer autant de feux et rassembler une armée aussi considérable. » Reconnaissant la voix d’Abu Sufyan, je lui dis : « Ô Abu Sufyan ! » Il répondit : « Est-ce toi, al-‘Abbās ? » Je dis : « Oui. » Il demanda : « Qu’y a-t-il ? » Je répondis : « Tu ne le sais pas ? Voici le Messager d’Allah — qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix — et son armée. Par Allah ! Les Quraychites sont en grand péril. » Il demanda : « Que faire maintenant ? » Je répondis : « Si le Messager d’Allah — qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix — te capture, il te tuera. Monte donc derrière moi sur cette mule. Je te conduirai auprès du Messager d’Allah — qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix — et demanderai sa protection pour toi. »
Il monta alors derrière moi, tandis que ses deux compagnons repartirent. Je traversai avec Abu Sufyan les rangées de feux de l’armée musulmane. À chaque feu, les hommes demandaient : « Qui est-ce ? » Mais dès qu’ils jetaient un regard et me voyaient monté sur la mule du Messager d’Allah — qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix — ils se calmaient. Personne ne remarquait qu’Abu Sufyan se trouvait derrière moi.
Lorsque nous passâmes devant ‘Umar ibn al-Khattāb (qu’Allah l’agrée), il s’avança vers moi. En voyant Abu Sufyan assis derrière moi, il dit : « Ennemi d’Allah, Abu Sufyan ! Louange à Allah qui t’a livré à nous sans aucun pacte. » Sur ces mots, il courut auprès du Messager d’Allah — qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix — et je me mis moi aussi à courir rapidement. Ni ‘Umar ni la mule n’étaient particulièrement rapides. Toutefois, la mule arriva un peu avant lui. Je descendis de la mule et me rendis auprès du Messager d’Allah — qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix —, bientôt suivi par ‘Umar (qu’Allah l’agrée). Il dit : « Ô Messager d’Allah ! Voici Abu Sufyan. Allah nous l’a livré sans difficulté. Nous n’avons conclu aucun pacte avec lui. Permets-moi donc de lui trancher la tête. »
Je dis : « Ô Messager d’Allah ! Je lui ai accordé ma protection. » Puis je m’assis auprès du Messager d’Allah — qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix —, lui pris la tête et dis : « Par Allah, cette nuit, je ne le laisserai rester seul avec personne d’autre que moi. »
‘Umar (qu’Allah l’agrée) se mit à parler longuement au sujet d’Abu Sufyan. En l’entendant, je lui dis : « Tais-toi, ‘Umar ! Si Abu Sufyan appartenait à la tribu des Banū Ka‘b — qui est la tribu de ‘Umar (qu’Allah l’agrée) —, tu ne parlerais pas ainsi. Tu ne parles ainsi que parce qu’il appartient aux Banū ‘Abd Manāf. »
‘Umar dit : « Al-‘Abbās, ne dites pas une chose pareille. Si mon père devait embrasser l’islam, je préférerais de loin que ce soit vous qui embrassiez l’islam plutôt que lui. »
Le Messager d’Allah — qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix — dit : « Ô al-‘Abbās, emmène Abu Sufyan auprès de toi et ramène-le-moi demain matin. »
J’emmenai Abou Soufyan avec moi. Il passa la nuit chez moi. Au matin, je le conduisis auprès du Messager d’Allah, qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix.
Le Messager d’Allah, qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix, lui dit : « Ô Abou Soufyan, malheur à toi ! Le moment n’est-il pas encore venu pour toi de reconnaître qu’il n’y a aucune divinité en dehors d’Allah ? » Il répondit : « Votre générosité, votre noblesse et votre affection pour vos proches sont incomparables. Je pense que, s’il existait une autre divinité en dehors d’Allah, elle m’aurait déjà secouru. » Le Messager d’Allah, qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix, lui dit de nouveau : « Ô Abou Soufyan, malheur à toi ! N’as-tu toujours pas compris que je suis le Messager d’Allah ? » Abou Soufyan répondit : « Que mes père et mère soient sacrifiés pour vous ! Vous êtes si généreux, indulgent et respectueux de vos proches que je ne peux l’exprimer par des mots. Cependant, j’ai encore quelques doutes quant au fait que vous soyez un messager. » Abbas lui dit alors : « Malheur à toi ! Embrasse l’islam et atteste qu’il n’y a aucune divinité en dehors d’Allah et que Muhammad, qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix, est Son Messager ; sinon, ton cou sera tranché sur-le-champ. »
Abou Soufyan attesta la vérité et embrassa l’islam. Puis Abbas (qu’Allah l’agrée) dit : « Ô Messager d’Allah, qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix, Abou Soufyan aime quelque peu les honneurs. Accordez-lui donc un privilège qui lui fasse honneur. » Le Messager d’Allah, qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix, répondit : « Soit. Quiconque entrera dans la maison d’Abou Soufyan sera en sécurité. Quiconque fermera la porte de sa maison sera également en sécurité. Et quiconque entrera dans la Mosquée sacrée ne sera pas inquiété. »
Alors qu’Abou Soufyan sortait de chez le Messager d’Allah, qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix, pour retourner à La Mecque, le Messager d’Allah, qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix, dit : « Ô Abbas, retiens-le un moment dans le défilé, au sommet de la montagne, au bord de la vallée, afin que les soldats d’Allah passent devant lui et qu’il puisse les voir. » Abbas raconte : « J’allai alors le retenir dans le défilé que le Messager d’Allah, qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix, m’avait indiqué. Puis les différentes tribus se mirent en marche, alignées derrière leurs étendards respectifs. Chaque fois qu’une tribu passait devant lui, il me demandait : “Ô Abbas, qui sont-ils ?” Je répondais : “Ce sont les Banou Soulaym, ou les Banou Mouzayna, ou telle tribu, ou telle autre.” Abou Soufyan disait aussitôt : “Je ne peux absolument pas me comparer à eux.” Puis le Messager d’Allah, qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix, avança avec sa propre armée verte. [81. Cette armée est appelée l’armée verte parce qu’elle rassemblait la plus grande quantité d’objets en fer. (Ibn Hicham)] Les Émigrés et les Ansar y étaient réunis. Dans cette armée, on ne voyait rien d’autre que des armes tranchantes en fer. Abou Soufyan dit : “Gloire à Allah ! Gloire à Allah ! Ô Abbas, qui sont ces gens ?” Je répondis : “Dans cette armée se trouvent le Messager d’Allah lui-même, qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix, ainsi que les Émigrés et les Ansar.” Il dit : “Personne n’a la capacité d’affronter cette armée. Par Allah, ô Abbas, ton neveu va devenir demain le souverain d’un immense empire.” Je répondis : “Ô Abou Soufyan, il ne s’agit pas d’une affaire royale, mais de la puissance de la prophétie.” Il dit : “Alors, que cela est merveilleux !” Je lui dis : “Hâte-toi de rejoindre les Quraychites.” Abou Soufyan se rendit à La Mecque et proclama : “Ô Quraychites, Muhammad est venu avec une armée que vous êtes incapables d’affronter. Désormais, quiconque se réfugiera dans la maison d’Abou Soufyan n’aura rien à craindre.”
À ce moment-là, Hind, la fille d’Outba, se rendit auprès d’Abou Soufyan, lui tira la moustache et dit : « Ô Quraychites, tuez ce gros goinfre ! Il s’est déshonoré alors qu’il détenait la dignité de chef de la nation. »
Abou Soufyan dit : « Prenez garde à votre ruine. Ne vous laissez pas égarer par les paroles de cette femme. Une armée irrésistible s’est abattue sur vous. Dans ces circonstances, quiconque entrera dans ma maison sera en sécurité. »
Tous dirent : « Maudite sois-tu ! À quoi ta maison peut-elle bien nous servir ? » Abou Soufyan répondit : « Celui qui fermera la porte de sa maison et celui qui entrera dans la mosquée seront également en sécurité. »
Tout le monde se rendit dans sa propre maison ou dans la Mosquée sacrée.
Abdullah ibn Abou Bakr rapporte : Lorsque le Messager d’Allah (qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix) atteignit Dhu Tuwa, il se coiffa d’un turban en étoffe yéménite rouge, puis avança la tête baissée en raison de la victoire qu’il était sur le point de remporter grâce à la faveur d’Allah. Il l’inclina si profondément en signe de gratitude que sa barbe touchait le corps de son chameau.
Asmâ bint Abou Bakr (qu’Allah l’agrée) rapporte : Lorsque le Messager d’Allah (qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix) s’arrêta à Dhu Tuwa, Abou Quhâfa, le père d’Abou Bakr (qu’Allah l’agrée), dit à l’une de ses jeunes filles : « Conduis-moi au sommet du mont Abou Qubays. » Abou Quhâfa avait alors perdu la vue. La jeune fille le conduisit au sommet de la montagne. Abou Quhâfa lui demanda : « Que vois-tu ? » Elle répondit : « Je vois un immense rassemblement de gens. » Il dit : « C’est donc l’armée. » Elle dit : « Je vois aussi un homme qui court tantôt devant ce rassemblement, tantôt derrière lui. » Il dit : « C’est le commandant de l’armée. » Elle dit : « Maintenant, le rassemblement s’est dispersé. » Abou Quhâfa dit : « Alors l’armée a été envoyée. Ramène-moi vite à la maison. » La jeune fille le fit descendre de la montagne. Avant qu’Abou Quhâfa n’atteigne sa maison, l’armée arriva auprès de lui. La jeune fille portait au cou un collier d’argent ; quelqu’un le lui arracha.
Lorsque le Messager d’Allah (qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix) arriva à La Mecque et entra dans la Mosquée sacrée, Abou Bakr (qu’Allah l’agrée) se présenta auprès de lui en compagnie de son père. En le voyant, le Messager d’Allah (qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix) dit : « Pourquoi n’as-tu pas laissé ce vieillard chez lui ? Je serais moi-même allé le voir. »
Abou Bakr (qu’Allah l’agrée) dit : « Ô Messager d’Allah, il est plus convenable qu’il vienne auprès de vous plutôt que vous alliez auprès de lui. »
Le Messager d’Allah (qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix) le fit asseoir devant lui. Puis il lui passa la main sur la poitrine et lui dit : « Embrassez l’islam. » Aussitôt, Abou Quhâfa embrassa l’islam. Ensuite, Abou Bakr l’introduisit dans la mosquée. À ce moment-là, la tête d’Abou Quhâfa était entourée d’une plante blanche appelée « saghâma ». Le Messager d’Allah (qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix) dit : « Enlevez cela de ses cheveux. »
Puis Abou Bakr prit sa sœur par la main et dit : « Par Allah, l’islam est-il aujourd’hui le collier de ma sœur ? » Personne ne lui répondit. Abou Bakr dit : « Ma chère sœur, ne sois pas attristée d’avoir perdu ton collier. »
Lors de la conquête de La Mecque et de la bataille de Taïf, les Compagnons du Messager d’Allah (qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix) avaient donné des noms de code aux groupes : « Banou Abd ar-Rahmân » pour les Émigrés, « Banou Abdallah » pour la tribu des Khazraj et « Banou Oubaïdallah » pour celle des Aws.
Lorsque le Messager d’Allah (qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix) ordonna aux musulmans d’entrer à La Mecque, il fit promettre aux commandants musulmans : « N’engagez le combat contre personne tant qu’aucune attaque n’a été lancée. » Il ne désigna nommément que quelques hommes, en disant : « Tuez-les, même s’ils se cachent sous les tentures de la Kaaba. » L’un d’eux était Abdallah ibn Sa‘d, des Banou ‘Âmir. Cet homme avait d’abord embrassé l’islam, puis avait été chargé de rédiger la révélation. Ensuite, il renia de nouveau l’islam, devint polythéiste et retourna auprès des Quraychites. C’est pourquoi le Messager d’Allah (qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix) ordonna de le tuer. Mais il s’enfuit et se réfugia auprès de son frère de lait, Othman ibn Affân. Othman (qu’Allah l’agrée) le cacha. Plus tard, lorsque la situation à La Mecque se normalisa et que la population retrouva son calme, il le conduisit auprès du Messager d’Allah (qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix). Othman (qu’Allah l’agrée) demanda que sa vie soit épargnée. Le Messager d’Allah (qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix) resta longuement silencieux, sans répondre. Puis il dit : « D’accord. » Après le départ d’Othman (qu’Allah l’agrée), le Messager d’Allah (qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix) dit à ses Compagnons : « Je suis resté silencieux afin que l’un de vous ait l’occasion de le tuer. » L’un des Compagnons ansârites dit : « Ô Messager d’Allah, vous auriez pu me faire un signe. » Il répondit : « Aucun prophète ne tue des gens par un simple signe. » [82. Ibn Hichâm dit : Cet homme embrassa par la suite de nouveau l’islam. Durant le califat de Omar ibn al-Khattâb (qu’Allah l’agrée), celui-ci le nomma à une fonction officielle. Plus tard, le troisième calife, Othman (qu’Allah l’agrée), lui confia également une charge gouvernementale.]
Le deuxième était Abdallah ibn Khatal, de la tribu des Banû Tamîm. La raison pour laquelle l’ordre de le tuer avait été donné était que, lorsqu’il était musulman, il avait été envoyé avec un autre homme pour collecter la zakât. Un serviteur musulman les accompagnait. En chemin, ils s’arrêtèrent en un endroit. Il ordonna alors au serviteur d’égorger une chèvre et de préparer le repas. Mais le serviteur s’endormit sans préparer la nourriture. Il le tua alors, renia l’islam et devint polythéiste.
Il avait deux esclaves qui chantaient des chansons diffamatoires contre le Messager d’Allah (paix et bénédictions d’Allah sur lui). Le Messager d’Allah (paix et bénédictions d’Allah sur lui) ordonna l’exécution d’Abdallah ibn Khatal ainsi que de ses deux esclaves.
Un autre était Huwairith ibn Nuqaydh. Lorsqu’il se trouvait à La Mecque, il importunait le Messager d’Allah.
Un autre était Miqyas ibn Subaba. Lorsqu’un Compagnon ansarî tua accidentellement son frère, Miqyas tua cet Ansarî. Puis il devint polythéiste et rejoignit les Quraysh. C’est pourquoi il ordonna de le tuer.
Une autre était Sara, une affranchie des Banû Abd al-Muttalib. Elle aussi importunait le Messager d’Allah lorsqu’elle se trouvait à La Mecque.
Un autre était Ikrima, le fils d’Abû Jahl.
Ikrima s’enfuit au Yémen, tandis que son épouse, Umm Hakîm bint al-Hârith, embrassa l’islam. Lorsqu’Umm Hakîm demanda au Messager d’Allah (paix et bénédictions d’Allah sur lui) de garantir la sécurité d’Ikrima, il la lui accorda. Elle partit alors chercher Ikrima au Yémen et le ramena. Par la suite, Ikrima embrassa l’islam.
Abdallah ibn Khatal et Miqyas furent tués. Cependant, l’une des deux esclaves d’Abdallah fut tuée, tandis que l’autre s’enfuit. Plus tard, le Messager d’Allah (paix et bénédictions d’Allah sur lui) lui pardonna. Le Messager d’Allah (paix et bénédictions d’Allah sur lui) pardonna également à Sara. Mais, plus tard, durant le califat de Umar ibn al-Khattab (qu’Allah l’agrée), un homme la tua. Ali (qu’Allah l’agrée) tua Huwairith.
Umm Hani, fille d’Abu Talib, qu’Allah l’agrée, raconte : À la veille de la conquête de La Mecque, deux hommes de la tribu des Banū Makhzūm s’enfuirent et vinrent chercher refuge auprès de moi. Le mari d’Umm Hani était Hubayra ibn Abū Wahb, de la tribu des Makhzūm. Umm Hani raconte : Dès qu’ils arrivèrent chez moi, mon frère ʿAlī ibn Abī Tālib, qu’Allah l’agrée, vint me trouver et dit : « Je vais les tuer. » Je fermai la porte de la maison et me rendis auprès du Messager d’Allah, qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix. Il était alors en train de faire ses ablutions majeures. De la pâte pétrie était collée au récipient où se trouvait l’eau de ses ablutions. Fātima le dissimula derrière un voile. Après avoir achevé ses ablutions, il accomplit huit rakʿa de la prière de duha. Puis il se tourna vers moi et dit : « Bienvenue, Umm Hani ! Celui à qui tu as accordé refuge, je lui accorde moi aussi refuge. Celui à qui tu as accordé protection, je lui accorde moi aussi protection. Que ʿAlī ne les tue donc pas. »
Safiyya bint Shayba raconte : Le Messager d’Allah, qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix, entra à La Mecque et, lorsque les gens furent calmés, il monta sa monture, se rendit à la Kaʿba et en fit la circumambulation. À ce moment-là, il embrassa la Pierre noire en la désignant avec un bâton recourbé à l’une de ses extrémités. Après avoir achevé la circumambulation, il appela ʿUthmān ibn Talha et prit auprès de lui la clé de la Kaʿba. Lorsque la porte fut ouverte, il entra à l’intérieur de la Kaʿba. Il y vit une statue de pigeon en bois. Il la brisa et la jeta. Puis il se tint debout sur le seuil de la Kaʿba. À ce moment-là, les gens s’étaient réfugiés dans la Mosquée sacrée et y demeuraient, afin d’obtenir de sa part la garantie de leur sécurité.
Ibn Ishaq dit : J’ai entendu de personnes dignes de confiance que le Messager d’Allah, qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix, se tint sur le seuil de la Kaʿba et prononça le sermon suivant :
« Il n’y a de divinité qu’Allah. Il est Unique et n’a pas d’associé. Il a tenu Sa promesse, donné la victoire à Son serviteur et vaincu les factions des mécréants. Sachez que toute revendication concernant un meurtre, un bien ou une richesse datant du passé, je la foule sous mes pieds et l’annule. Toutefois, le service de la Kaʿba et l’accueil des pèlerins resteront en vigueur. Sachez que le meurtre involontaire est proche du meurtre volontaire, qu’il soit commis avec un bâton ou une baguette. Pour cela, il faut verser comme prix du sang cent chameaux, dont quarante chamelles pleines. Ô Qurayshites, Allah a aboli votre orgueil de l’époque de l’ignorance ainsi que votre habitude de vous enorgueillir au nom de vos ancêtres. Tous les hommes sont les descendants d’Adam, et Adam a été créé de terre. » Puis il récita ce verset :
« Ô gens ! Nous vous avons créés d’un homme et d’une femme. Nous avons fait de vous des peuples et des tribus afin que vous vous connaissiez. En vérité, le plus honorable d’entre vous auprès d’Allah est celui qui Le craint le plus. » (Al-Hujurāt) Puis il ajouta : « Ô Qurayshites, quel comportement attendez-vous de ma part ? » Tous répondirent : « Un bon comportement, car tu es notre noble frère et le fils d’un noble frère. »
Il dit : « Allez, vous êtes tous libres. » Ensuite, le Messager d’Allah, qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix, s’assit dans la Mosquée sacrée. ʿAlī ibn Abī Tālib vint auprès de lui. Il tenait la clé de la Kaʿba à la main. Il dit : « Ô Messager d’Allah, confiez-nous, en plus de l’accueil des pèlerins, la responsabilité de garder la porte de la Kaʿba. » Le Messager d’Allah, qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix, demanda : « Où est ʿUthmān ibn Talha ? » On appela ʿUthmān. Il lui dit : « Ô ʿUthmān ! Voici ta clé. Aujourd’hui est le jour de la courtoisie et de la bonté. »
Ibn Hisham dit : J’ai appris de plusieurs hommes de savoir que, le jour de la conquête de La Mecque, le Messager d’Allah, qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix, entra à l’intérieur de la Kaʿba et y vit des représentations d’anges et de nombreuses autres choses. Il y vit même une représentation du prophète Ibrāhīm, qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix, tenant dans sa main des flèches servant à tirer au sort le bien et le mal. En la voyant, il dit : « Que la malédiction d’Allah soit sur les polythéistes ! Ils ont fait de notre plus ancien aïeul des flèches pour déterminer le bien et le mal. Quel rapport y a-t-il entre Ibrāhīm et cela ? » Puis il récita ce verset : « Ibrāhīm n’était ni juif ni chrétien ; il était un musulman entièrement soumis à Allah et il n’était pas au nombre des polythéistes. »
Puis il ordonna de détruire ces représentations, et elles furent détruites. Ensuite, le Messager d’Allah, qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix, entra dans la Kaʿba avec Bilāl, qu’Allah l’agrée, et lui ordonna de lancer l’appel à la prière. À ce moment-là, Abū Sufyān ibn Harb, ʿAttāb ibn Usayd et al-Hārith ibn Hishām étaient assis dans la cour de la Kaʿba. ʿAttāb ibn Usayd dit : « Heureusement qu’Allah a rappelé mon père, Usayd, auprès de Lui avec honneur avant ce jour ; sinon, en entendant cet appel aujourd’hui, il aurait prononcé des paroles qui auraient même suscité sa propre colère. » Al-Hārith ibn Hishām dit : « Si je pensais qu’il, c’est-à-dire Muhammad, suivait la voie de la vérité, je le suivrais. » Abū Sufyān dit : « Je ne dirai rien. Si je prononce ne serait-ce qu’un mot, ces pierres elles-mêmes le divulgueront. »
À ce moment-là, le Messager d’Allah — qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix — vint les trouver. Il dit : « J’ai entendu ce que vous vous êtes dit. » Al-Harith et ʿAttab dirent : « Nous attestons que tu es le Messager d’Allah. Personne parmi ceux qui étaient avec nous ne t’a informé de cela. Nous ne pouvons donc reprocher à aucun de nos compagnons de te l’avoir révélé. » (Cela fut donc certainement révélé par Allah, et seul le Messager d’Allah pouvait en avoir connaissance.)
Ibn Hicham dit :
ʿAbdullah ibn ʿAbbas — qu’Allah l’agrée — a dit : Le jour de la conquête de La Mecque, le Messager d’Allah — qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix — entra à La Mecque monté sur sa monture et fit en premier le tawaf autour de la Kaaba. À cette époque, les idoles, fixées autour de la Kaaba avec du plomb, s’y trouvaient encore. Le Messager d’Allah — qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix — les désigna avec le bâton qu’il tenait à la main et dit : « La vérité est venue et le faux a disparu. En vérité, le faux est voué à disparaître. » Chaque fois qu’il désignait une idole, celle-ci tombait renversée ou face contre terre. Ainsi, toutes les idoles furent abattues l’une après l’autre.
Une source digne de confiance m’a rapporté que, le jour de la conquête de La Mecque, alors que le Messager d’Allah — qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix — accomplissait le tawaf autour de la Kaaba, Fudala ibn ʿUmayr al-Laythi conçut le projet de le tuer. S’étant approché du Messager d’Allah avec cette intention, celui-ci lui dit : « Qui est-ce ? Fudala, n’est-ce pas ? » Il répondit : « Oui, ô Messager d’Allah. » Il lui demanda : « À quoi pensais-tu en toi-même ? » Il répondit : « À rien ; je me souvenais d’Allah. » Le Messager d’Allah — qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix — rit et dit : « Repens-toi auprès d’Allah. » Puis il posa sa main sur sa poitrine, ce qui apaisa son cœur. Plus tard, Fudala disait : « Dès que le Messager d’Allah — qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix — retira sa main de ma poitrine, rien au monde ne me fut plus cher que lui. »
Fudala ajouta : Puis je me dirigeai vers ma famille. En chemin, je passai près d’une femme avec laquelle j’entretenais une relation étroite. Elle me dit : « Viens, parlons un peu. » Je répondis : « Non. »
À ce propos, Fudala récita les vers suivants :
« La femme m’invita à parler avec elle. Je lui répondis : Allah et l’islam m’interdisent de répondre à ton invitation. Si tu avais vu Muhammad et son armée le jour de la conquête, le jour où les idoles étaient brisées et réduites en pièces, tu aurais vu la religion d’Allah resplendir et le polythéisme plongé dans les ténèbres. »
Ibn Ishaq dit : Environ dix mille musulmans participèrent à la conquête de La Mecque. Parmi eux se trouvaient sept cents hommes de la tribu des Banû Sulaym — ou, selon une autre version, mille —, quatre cents des Banû Ghifar et des Banû Aslam, mille trois hommes des Muzayna ; tous les autres étaient des Quraychites, des Ansar, leurs alliés, ainsi que des membres des tribus arabes, notamment les trois tribus de Tamim, Qays et Asad.
Voici le célèbre poème composé au sujet du jour de la conquête de La Mecque, par Hassan ibn Thabit al-Ansari :
« Toute la région, de Dhat al-Asabi à Adhra, a été dévastée. Les habitations de Jiwa sont tombées en ruine. Le territoire de la tribu des Banou Hashhash est désormais un désert aride. Les vents violents en effacent les traces et le ciel n’y fait pas tomber la pluie. Autrefois, un ami bienfaisant y vivait ; dans les bosquets verdoyants de cette région, chameaux et moutons allaient paître. Mais laissons maintenant ces souvenirs. Ce qui est étrange, c’est qu’à mesure que la nuit avance, je ne trouve pas le sommeil. La cause en est cette chevelure éparse — cet état de désordre et de confusion — qui l’enlaçait, si bien qu’il est impossible de lui rendre la paix du cœur. C’est comme si le miel et l’eau, substances secrètes de Baytoub Ba’s, étaient mêlés à sa boisson. Un jour, lorsque les boissons seront examinées, on verra qu’elles sont excellentes, agréables à boire et consacrées. Nous lui accorderons le droit de nous blâmer si nous commettons une faute digne de reproche, même si cela va jusqu’à l’insulte ou aux coups. Nous boirons ces boissons et, aussitôt, nous deviendrons des rois et des souverains ; nous deviendrons des lions qui ne craignent rien de ce qui se présente à eux. Nous nous sommes séparés de notre cavalerie, qui court en soulevant la poussière et dont la destination est Qada, les hauteurs de La Mecque ; je ne sais pas si vous l’avez vue. C’est une armée dont les hommes se disputent les rênes, chacun voulant monter le premier, et qui est pleine d’ardeur ; ses taureaux portent des lances assoiffées de sang. Nos chevaux courent à une vitesse extrême. Même les femmes peuvent les pousser en agitant leurs voiles. Si vous ne nous empêchez pas d’entrer, nous accomplirons la ‘umra ; la victoire est désormais certaine et tous les voiles sont déchirés. Sinon, cherchez donc une guerre à venir. L’ange de Dieu, Jibril, se trouve parmi nous. Il est l’Esprit très saint, auquel nul n’est comparable. Dieu dit : “J’ai envoyé un serviteur qui, dans les épreuves et les difficultés, proclame la parole de vérité.” Je suis témoin de ses actes. Acceptez-le donc. Mais vous, ô habitants de La Mecque, vous avez répondu : “Nous ne l’accepterons pas et nous n’en avons nullement l’intention.” Dieu a également dit : “J’ai envoyé l’armée des Ansar ; son objectif est le combat.” Nous devons affronter diverses choses : tantôt des insultes, tantôt la guerre, tantôt des reproches. À ceux qui nous blâment ou nous insultent, nous répondons, dans une langue rimée, par des paroles qui leur brisent les dents ; et ceux qui cherchent à verser notre sang, nous les frappons. Annonce à Abou Soufyan que notre entrée à La Mecque est imminente. Il est désormais manifeste que nos épées t’ont réduit en esclavage et ont fait des chefs de la tribu d’Abd ad-Dar des esclaves. Tu as insulté Muhammad, et j’ai répondu à ton insulte ; sa récompense est auprès de Dieu. Tu as insulté un homme éminemment bienfaisant, généreux et fidèle à la vérité, celui qui est le dépositaire très fidèle de Dieu et dont la vie est consacrée à tenir ses promesses. Celui qui insulte le Messager de Dieu et celui qui le loue et le soutient peuvent-ils être égaux ? Par mon père, mon grand-père et mon honneur, je protégerai l’honneur de Muhammad contre vous. Ma langue est tranchante et innocente. Nul seau ne peut troubler ma mer. »²⁸²
La bataille de Hunayn : 8e année de l’Hégire
Après avoir appris la conquête de La Mecque par le Messager de Dieu, que Dieu le bénisse et lui accorde la paix, la tribu des Hawazin se rassembla sous la direction de Malik ibn Awf. Avec les Hawazin se rassemblèrent également tous les Banou Thaqif, les Banou Nasr, les Banou Jusham et les Banou Sa‘d, ainsi qu’un petit nombre d’hommes des Banou Hilal. En dehors de ce petit groupe des Banou Sa‘d et des Banou Hilal, personne d’autre parmi les Banou Qays ne participa à ce rassemblement militaire.
Dans la tribu des Banou Jusham, Duraid ibn as-Simma était un homme âgé. Il était expérimenté et habile dans la guerre ; il ne pouvait plus rien faire d’autre que donner des conseils militaires. Les Banou Thaqif avaient deux chefs. Parmi leurs alliés se trouvait Qareb ibn al-Aswad ; les Banou Malik avaient également Dhu al-Khimar, Subay ibn al-Harith, ainsi que son frère Ahmar ibn al-Harith. Cependant, Malik ibn Awf an-Nasri était le commandant suprême de toute l’armée. Lorsque Malik décida de diriger une attaque contre le Messager de Dieu, que Dieu le bénisse et lui accorde la paix, il obligea chacun de ses hommes à emmener avec lui sa femme, ses enfants et ses biens mobiliers. Lorsqu’il arriva dans la vallée d’Awtas, une foule nombreuse, dont Duraid ibn as-Simma, se rassembla auprès de lui. Arrivé dans la vallée d’Awtas, Duraid demanda à ses hommes : “Quel est cet endroit ?” Tous répondirent : “Awtas.” Il dit : “Oui, c’est bien un endroit propice au combat : il n’est ni trop élevé ni rocailleux, et il n’est pas non plus trop mou. Mais pourquoi entends-je les cris des chameaux, des chèvres et des ânes, ainsi que les pleurs des enfants ?” Ils répondirent : “Malik ibn Awf a obligé les hommes de son armée à venir avec leurs biens et leurs femmes et leurs enfants.” Il demanda : “Où est Malik ?” On fit venir Malik. Duraid lui dit : “Ô Malik, tu es le dirigeant et le chef de ton peuple. Il y aura encore d’innombrables jours après celui-ci. Pourquoi entends-je ici les cris des chameaux, des ânes et des chèvres, ainsi que les pleurs des enfants ?” Malik répondit : “J’ai amené avec les hommes leurs familles et leurs biens.” Duraid demanda : “Pourquoi ?” Malik répondit : “Chacun aura derrière lui sa famille et ses biens, et il combattra de toutes ses forces pour les protéger. Personne ne fuira le champ de bataille.” Duraid manifesta son mécontentement devant le raisonnement de Malik et dit : “En vérité, tu sembles avoir l’intelligence d’un berger de moutons, et non celle d’un commandant d’armée. Celui qui est vaincu, quel avantage peut-il encore tirer de quoi que ce soit ? Si nous sommes vaincus à la guerre, nos familles et nos biens seront également perdus avec nous.”
Duraid demanda de nouveau : “Qu’en est-il des Banou Ka‘b et des Banou Kilab ?” Malik répondit : “Aucun d’eux n’est venu à la guerre.” Duraid dit : “Alors les véritables combattants et les soldats valeureux ne sont pas venus. Si l’occasion d’une véritable victoire et d’un véritable honneur se présentait aujourd’hui, les Banou Ka‘b et les Banou Kilab seraient certainement venus. À mon avis, vous auriez dû suivre l’exemple des Banou Ka‘b et des Banou Kilab. Dites-moi donc : quels guerriers remarquables sont venus avec vous ?” Les hommes répondirent : “Amr ibn Amir et Awf ibn Amir.” Duraid dit : “Ce sont des combattants faibles ; ils ne vous apporteront ni avantage ni dommage. Écoute, Malik : tu n’as pas bien agi en jetant la tribu des Hawazin à la rencontre de l’ennemi. Renvoie-les dans leurs propres lieux sûrs. Ensuite, combats ces musulmans avec ta cavalerie. Si tu remportes la victoire, ils te rejoindront par la suite ; et si tu es vaincu, au moins les familles et les biens de tes hommes seront préservés.” Malik répondit : “Non, je ne ferai pas cela. De même que tu es devenu vieux, ton intelligence est elle aussi atteinte par la vieillesse et la maladie. Ô peuple des Hawazin, vous m’obéirez, sinon je combattrai seul avec cette épée jusqu’à la dernière goutte de mon sang.” En réalité, Malik ne voulait pas que l’on dise qu’il avait suivi le conseil de Duraid et que sa renommée ou sa réputation d’homme intelligent en soit rehaussée. Les guerriers rassemblés jurèrent obéissance à Malik. Duraid dit : “Je ne suis pas disposé à participer à cette bataille aujourd’hui ni à en courir les risques.” Puis il déclama en vers :
« Hélas ! Si seulement j’étais jeune au moment de cette bataille !
Alors, j’aurais déployé toutes sortes de stratégies de combat. Je commandais une armée gigantesque
aux longs cheveux, semblable à des chèvres des montagnes. »
Puis Malik dit : « Dès qu’ils apercevront l’armée musulmane, ils dégaineront leurs épées et se précipiteront tous ensemble à l’attaque. »
Ayant appris les préparatifs militaires des Hawâzin, le Messager d’Allah, qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix, envoya Abd Allah ibn Abû Hadrad al-Aslamî s’introduire discrètement parmi eux afin de recueillir des renseignements. Abd Allah pénétra parmi eux, recueillit des informations, puis vint en rendre compte au Messager d’Allah, qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix. Celui-ci décida alors d’affronter les Hawâzin. À ce moment-là, on l’informa que Safwân ibn Umayya possédait de nombreuses armes et fournitures de guerre. Safwân était encore polythéiste. Le Messager d’Allah, qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix, lui envoya quelqu’un pour lui demander de prêter ces armes et ces équipements militaires afin de combattre l’ennemi. Safwân demanda : « Muhammad, veux-tu les prendre de force ? » Le Messager d’Allah, qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix, répondit : « Non, je les emprunte et je garantis qu’ils te seront rendus. » Il dit : « Je n’y vois pas d’objection. » Il prêta alors cent cuirasses ainsi que le nombre d’armes nécessaire. Il est rapporté que le Messager d’Allah, qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix, lui demanda également de prendre en charge le transport de ces armes, ce qu’il fit comme il convenait.
Ensuite, le Messager d’Allah, qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix, partit en expédition avec une armée de douze mille hommes : deux mille parmi les habitants de La Mecque et dix mille Compagnons venus de Médine avec lui lors de la conquête de La Mecque. À ce moment-là, il nomma Attâb ibn Usayd gouverneur de La Mecque pour administrer les habitants qui y restaient, puis marcha lui-même avec son armée à la rencontre des Hawâzin.
Il est rapporté d’après al-Hârith ibn Mâlik. Il dit : Nous partîmes en expédition vers Hunayn avec le Messager d’Allah, qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix. Nous venions tout juste de nous libérer de la période antéislamique et nous n’avions pas encore complètement abandonné ses coutumes et ses usages. Il y avait un immense arbre vert et feuillu appelé Dhât Anwât. Chaque année, les mécréants de Quraysh et les autres Arabes se rendaient auprès de cet arbre, y suspendaient leurs armes aux branches, demeuraient un jour sous son ombrage et y sacrifiaient des bêtes. Alors que nous nous rendions à Hunayn avec le Messager d’Allah, qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix, nous aperçûmes un grand arbre et nous dîmes : « Ô Messager d’Allah ! Accorde-nous un Dhât Anwât comme les mécréants en ont un. » Le Messager d’Allah, qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix, dit : « Allah est le plus grand ! Vous venez de dire la même chose que le peuple de Moïse lui avait dite : “Donne-nous une divinité comme les leurs, puisqu’ils ont des divinités.” Ce sont là les anciennes coutumes. Vous voulez vous accrocher aux anciennes pratiques. »
Jâbir ibn Abd Allah (qu’Allah l’agrée) dit : Nous approchâmes de la plaine de Hunayn et nous commençâmes à descendre par une vaste vallée montagneuse de Tihâma. L’aube ne s’était pas encore levée. Les troupes ennemies s’étaient réfugiées dans cette vallée avant notre arrivée et s’étaient dissimulées dans d’étroites grottes montagneuses escarpées et aux alentours, nous y attendant en embuscade. Elles étaient en parfaite préparation et attendaient. Nous descendions le défilé en toute quiétude et sans la moindre appréhension lorsque, soudain, elles lancèrent toutes ensemble contre nous une attaque furieuse. Pris de stupeur par la soudaineté de l’attaque, nos hommes se mirent à fuir précipitamment dans toutes les directions, chacun vers l’endroit qu’il pouvait atteindre, sans prêter la moindre attention les uns aux autres. Personne n’avait même le loisir de regarder ce qui arrivait à son voisin.
Le Messager d’Allah, qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix, se plaça sur le côté droit et se mit à appeler : « Soldats ! Où allez-vous ? Venez à moi. Je suis le Messager d’Allah. Je suis Muhammad, fils d’Abd Allah. Pourquoi vous précipitez-vous ainsi sur vos chameaux ? » Mais, à l’exception d’un petit nombre d’émigrés, d’Ansâr et de membres de sa famille, personne ne resta auprès du Messager d’Allah, qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix. Tous les autres partirent.
Ibn Ishaq dit : Lorsque les hommes de l’armée musulmane prirent la fuite en déroute, quelques impies mecquois qui se tenaient auprès du Messager d’Allah — qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix — se mirent à tenir toutes sortes de propos, estimant la défaite inévitable. Abou Soufyan ibn Harb déclara : « Même s’ils atteignent le rivage de la mer, leur défaite ne prendra pas fin. » Les flèches utilisées pour tirer au sort, pratiquer la divination et jouer aux jeux de hasard se trouvaient encore auprès d’Abou Soufyan.
Jabalah ibn Hanbal s’écria : « Aujourd’hui, le pouvoir magique de Muhammad a pris fin. » Chaybah ibn ‘Uthman dit : « Ce jour-là, je décidai de tuer Muhammad et de venger tout le sang versé par les Quraysh. Dès que, animé par cette résolution, je m’approchai du Messager d’Allah — qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix —, une chose terrifiante apparut soudain devant moi et se dressa en travers de mon chemin. Elle envahit mon esprit et je ne pus le tuer. Je compris qu’il m’était impossible de le frapper. »
Un Mecquois m’a rapporté que, juste après que le Messager d’Allah — qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix — eut quitté La Mecque en direction de Hunayn, il vit le grand nombre des soldats d’Allah et déclara : « Aujourd’hui, en tout cas, nous ne serons pas vaincus en raison de notre infériorité numérique. »
Al-‘Abbas ibn ‘Abd al-Muttalib (qu’Allah l’agrée) dit : Je tenais la bride de la mule blanche du Messager d’Allah — qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix — et je l’accompagnais. J’étais très corpulent et possédais une voix puissante. Voyant les soldats musulmans, terrifiés, s’enfuir à toute vitesse, le Messager d’Allah — qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix — dit : « Ô gens, je ne vous vois pas vous retourner vers personne ! » Puis le Messager d’Allah — qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix — me dit : « Ô ‘Abbas, crie ainsi : Ô Ansar ! Ô vous qui avez prêté serment sous l’arbre ! »
Je me mis à appeler conformément à l’ordre reçu, et chacun répondit : « Nous voici, ô Allah ! » À ce moment-là, certains Compagnons montés à cheval, incapables de retenir leurs chameaux lancés dans la fuite, les frappèrent à l’épaule avec leur armure. Comme cela ne les faisait pas revenir, ils descendirent de leurs chameaux après avoir pris leurs armes et les laissèrent partir. Puis ils avancèrent dans la direction d’où venait la voix et rejoignirent le Messager d’Allah — qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix. Ainsi, environ cent Compagnons se rassemblèrent, se dressèrent contre l’ennemi et s’engagèrent dans un combat acharné.
On commença par appeler : « Ô Ansar ! » Puis on se mit à appeler seulement : « Ô Khazraj ! » car les Khazraj étaient réputés parmi les Arabes pour leur fermeté sur le champ de bataille. Ensuite, le Messager d’Allah — qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix — avança avec l’armée des Khazraj. Puis il regarda le champ de bataille et vit qu’un violent affrontement y faisait rage. À cette vue, il dit : « À présent, le champ de bataille s’est embrasé. »
Jabir ibn ‘Abd Allah (qu’Allah l’agrée) dit :
Le commandant des Hawazin combattait monté sur un chameau. À ce moment-là, ‘Ali ibn Abi Talib (qu’Allah l’agrée) et un Ansari se précipitèrent vers lui et frappèrent les pattes de son chameau. L’animal s’assit en s’appuyant sur son arrière-train. Alors l’Ansari frappa le commandant et lui coupa la jambe sous le genou. Celui-ci tomba immédiatement à terre. À cet instant, la bataille prit une tournure terrible et son cours changea complètement. Les musulmans passèrent de la défaite à la victoire, et le combat ne prit fin que lorsque les prisonniers de guerre vinrent se ranger devant le Messager d’Allah — qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix —.
Le Messager d’Allah, qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix, regarda Abû Sufyân ibn al-Hârith ibn ‘Abd al-Muttalib. Celui-ci combattit ce jour-là avec une très grande détermination. C’était un musulman sincère. Le Messager d’Allah, qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix, vit qu’il tenait les rênes de sa mule. Il lui demanda alors : « Qui es-tu ? » Il répondit : « Ô Messager d’Allah, je suis ton frère. »
‘Abdullah ibn Abû Bakr rapporte : Le Messager d’Allah, qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix, trouva, à l’une des extrémités de la plaine, Umm Sulaym bint Milhân avec son mari Abû Talhah. Elle avait noué un tissu autour de sa taille et de son ventre. Son fils, ‘Abdullah ibn Abû Talhah, était alors dans ses bras. Le chameau d’Abû Talhah se trouvait avec lui, et il tenait fermement la corde attachée à ses naseaux, de peur que l’animal ne s’enfuie. Le Messager d’Allah, qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix, dit : « Est-ce Umm Sulaym ? » Elle répondit : « Oui, ô Messager d’Allah. Que mes père et mère soient sacrifiés pour toi ! De même que tu tues les ennemis qui t’attaquent, tue aussi ceux qui t’abandonnent en fuyant, car ils méritent d’être tués. »
Le Messager d’Allah, qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix, dit : « Ô Umm Sulaym, Allah ne suffit-Il donc pas pour cela ? » Umm Sulaym avait alors un poignard. Abû Talhah lui demanda : « Ô Umm Sulaym, pourquoi as-tu ce poignard ? » Umm Sulaym répondit : « Je l’ai pris afin que, si un polythéiste osait s’approcher de moi, je lui ouvre le ventre avec. » Abû Talhah dit : « Ô Messager d’Allah, as-tu entendu ce que dit Umm Sulaym, malgré son affection aux yeux ? »
Abû Qatâdah, qu’Allah l’agrée, rapporte : Le jour de la bataille de Hunayn, je vis un polythéiste et un musulman s’affronter. À ce moment-là, un autre polythéiste s’avança pour porter secours au premier. Je l’attaquai alors et lui tranchai la main d’un coup d’épée. Il me saisit avec cette main et ne me lâchait absolument pas ; il faillit même me tuer. S’il ne s’était pas rapidement affaibli à cause de l’abondance de son sang, il m’aurait tué. Lorsqu’il tomba, je l’achevai. Puis, comme le combat faisait rage tout autour de nous, je ne pus plus m’occuper de lui. À ce moment-là, un habitant de La Mecque vint prendre ses biens. Après la fin du combat, le Messager d’Allah, qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix, dit : « Celui qui tue quelqu’un obtient tous ses biens. » Je dis : « Ô Messager d’Allah, j’ai tué un homme qui possédait beaucoup de biens. Ensuite, pris par la violence du combat, je n’ai plus pu m’en occuper. Je ne sais pas qui a pris ses biens. » Un habitant de La Mecque dit : « Ô Messager d’Allah, ce qu’a dit Abû Qatâdah est vrai. Tous les biens de cet homme tué sont auprès de moi. Fais qu’il accepte un arrangement avec moi à leur sujet. » Abû Bakr al-Siddîq, qu’Allah l’agrée, dit : « Par Allah, il n’acceptera aucun arrangement au sujet de ces biens. Tu es venu chercher un moyen de tromper l’un des lions d’Allah, celui qui combat pour la religion d’Allah, et tu veux prendre une part de son butin de guerre ? » Le Messager d’Allah, qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix, dit : « Abû Bakr a raison. Rends ces biens à Abû Qatâdah. »
Abû Qatâdah dit : Je récupérai ensuite tous ces biens auprès de cet habitant de La Mecque et les vendis. Avec leur prix, j’achetai une petite palmeraie. Ce fut le premier bien dont je devins propriétaire au cours de ma vie.
Ibn Ishâq dit : Après la défaite des Hawâzin, on fit le décompte et l’on constata que la tribu Banû Mâlik de Thaqîf avait subi les plus lourdes pertes. Soixante-dix hommes de cette tribu furent tués au combat. Parmi les morts figurait notamment ‘Uthmân ibn ‘Abdullah ibn Rabî‘ah ibn Hârith ibn Habîb. Le chef de cette tribu était Dhû al-Khimâr. Après sa mort, ‘Uthmân ibn ‘Abdullah prit le commandement et fut lui aussi tué. Après la défaite écrasante des polythéistes dans cette bataille, ils partirent vers Tâ’if avec Mâlik ibn ‘Awf. Une partie de leurs soldats établit son camp à Awtâs, tandis qu’un autre groupe se dirigea vers Nakhlah. Parmi ceux qui partirent vers Nakhlah, il n’y avait personne en dehors du sous-clan Banû Ghiyârah de Thaqîf. Les soldats du Messager d’Allah, qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix, ne les poursuivirent pas. Pour poursuivre la partie de l’armée polythéiste qui s’était dirigée vers Awtâs, le Messager d’Allah, qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix, envoya Abû ‘Âmir al-Ash‘arî. Là-bas, il défia quelques soldats vaincus au combat.
Abû ‘Âmir al-Ash‘arî reçut une flèche et mourut en martyr. Ensuite, son cousin Abû Mûsâ al-Ash‘arî prit le commandement. Il dirigea le combat et remporta la victoire, tandis que les polythéistes furent vaincus.
Alors qu’il était sur le point d’être vaincu, Mâlik ibn ‘Awf s’installa avec un groupe de cavaliers de sa tribu dans une vallée située entre deux montagnes. Il leur dit : « Que les faibles partent. Ensuite, les forts viendront. En attendant, restez ici. » Il demeura sur place jusqu’à ce que les soldats faibles et vaincus soient partis.
Khalid ibn al-Walid tua une femme. En se rendant auprès de son cadavre, le Messager d’Allah (qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix) vit une grande foule rassemblée. Il demanda : « Que s’est-il passé ici ? » Tous répondirent : « Khalid ibn al-Walid a tué une femme. » Le Messager d’Allah (qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix) dit à l’un de ses compagnons : « Va trouver Khalid et dis-lui que le Messager d’Allah (qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix) t’interdit de tuer des enfants, des femmes, des ouvriers journaliers ou des esclaves, hommes et femmes. »
Ce jour-là, le Messager d’Allah (qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix) avait dit : « Si vous trouvez Bijad des Banû Sa‘d ibn Bakr, ne le laissez pas s’enfuir. » Il avait commis un crime grave. Les musulmans réussirent à le capturer et l’amenèrent, avec toute sa famille, ainsi que Shaymâ’ bint al-Hârith, la sœur de lait du Messager d’Allah (qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix). En chemin, elle fut traitée avec une certaine rudesse. Elle dit alors : « Ô Messager d’Allah, je suis ta sœur de lait. » Il demanda : « Quelle en est la preuve ? » Elle répondit : « Lorsque je te portais sur ma cuisse, tu m’as mordue dans le dos. La marque y est encore. » Le Messager d’Allah (qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix) reconnut la marque de la morsure. Il étendit son propre manteau et l’y fit asseoir avec honneur, puis lui dit : « Si tu souhaites rester auprès de moi, tu y seras honorée. Mais si tu préfères que je te fasse quelques présents et que tu retournes auprès de ton peuple, tu peux aussi le faire. » Elle répondit : « Donne-moi ce que tu souhaites me donner et renvoie-moi auprès de mon peuple. » Le Messager d’Allah (qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix) lui donna beaucoup de choses et la renvoya auprès des siens.
Selon le récit des Banû Sa‘d, il lui fit présent, au moment de son départ, d’un esclave nommé Maksthal et d’une esclave. Shaymâ’ maria ensuite ces deux esclaves l’un à l’autre, et leur descendance se perpétua longtemps parmi eux.
Ibn Hishâm dit :
Allah le Très-Haut révéla ces versets au sujet de la bataille de Hunayn :
« Allah vous a secourus sur de nombreux champs de bataille, ainsi que le jour de la bataille de Hunayn, lorsque votre grand nombre vous avait rendus orgueilleux. Mais ce grand nombre ne vous fut d’aucune utilité. Ce jour-là, la vaste terre devint étroite pour vous, et vous prîtes la fuite. Puis Allah fit descendre la tranquillité sur Son Messager et sur les croyants, et envoya des troupes que vous ne voyiez pas. Ainsi Allah châtie les mécréants. Voilà la rétribution qui convient aux mécréants. » (At-Tawbah)
Ibn Ishâq dit : Ensuite, tous les prisonniers de guerre et tout le butin de Hunayn furent apportés devant le Messager d’Allah (qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix). Mas‘ûd ibn ‘Amr al-Ghifârî fut chargé de la surveillance du butin. Sur ordre du Messager d’Allah (qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix), le butin et les prisonniers de guerre furent déposés dans un lieu appelé Ji‘râna.
La bataille de Taïf : la 8e année de l’Hégire
L’armée vaincue des Banû Thaqîf se rendit à Taïf, en ferma les portes et se prépara à reprendre le combat. ʿUrwa ibn Masʿûd et Ghîlân ibn Salama n’avaient pas participé aux expéditions de Hunayn et de Taïf. Ils avaient suivi à Jurash une formation au maniement des engins de guerre tels que les chars blindés, les catapultes et les dabûr.
Après la victoire de Hunayn, le Messager d’Allah, qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix, partit en expédition. À propos de cette expédition, Kaʿb ibn Mâlik récita un poème dont le sens est le suivant : « Depuis Tihâma et Khaybar, nous avions dissipé tous les doutes et donné du repos aux épées. Nous avions laissé aux épées le choix de prendre pour cible les Daws ou les Thaqîf. Et si ces épées avaient parlé, elles auraient prononcé la parole décisive. Si vous ne voyez pas ces épées dans la cour de vos demeures, alors, même si l’un des nôtres souhaite vous protéger, je ne lui serai nullement favorable. Nous démolirons les toits de vos maisons et les emporterons dans la plaine de Wajj. Ainsi, vos habitations seront réduites en ruines. »
Le Messager d’Allah, qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix, se rendit d’abord à Nakhlah al-Yamâniyya, puis à Kabn, ensuite à Mulayh, et de là il arriva à Buhrat ar-Rughâ, dans la région de Liya. Il y fit construire une mosquée et y accomplit la prière. Puis, par la route appelée Dayqa, il se rendit à Nakhab et fit halte sous un jujubier appelé Sâdira, près du terrain appartenant à un homme des Banû Thaqîf. Le Messager d’Allah, qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix, adressa à cet homme un ultimatum : « Quitte cet endroit et éloigne-toi, sinon nous démolirons ton mur et le réduirons en poussière. » Lorsque l’homme refusa de partir, il fit démolir son mur.
Ensuite, le Messager d’Allah, qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix, reprit sa marche. Arrivé près de Taïf, il dressa les tentes et s’y installa avec ses soldats. Là, plusieurs Compagnons furent tués par des flèches. Comme les soldats du Messager d’Allah, qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix, avaient établi leur position juste à côté des murailles de Taïf, les flèches lancées par les habitants depuis l’intérieur de la ville les atteignaient. Les habitants de Taïf avaient fermé les portes de la ville de telle manière que les musulmans ne purent y pénétrer. Après que plusieurs Compagnons eurent été tués par des flèches, le Messager d’Allah, qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix, installa toute son armée à l’endroit où se trouve aujourd’hui la mosquée de Taïf. Il assiégea les habitants de Taïf. Lors de cette expédition du Messager d’Allah, qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix, deux de ses épouses l’accompagnaient, dont Umm Salama, qu’Allah l’agrée. Il fit construire pour elles deux maisons en forme de dôme. Il pria entre ces deux maisons, puis continua d’y séjourner. Après la conversion des Banû Thaqîf à l’islam, ʿAmr ibn Umayya, qu’Allah l’agrée, construisit une mosquée à l’emplacement où le Messager d’Allah, qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix, avait prié. Selon une tradition répandue, un groupe de guerriers résidait dans cette mosquée ; chaque jour, on entendait leurs cris de guerre et leurs rugissements. Le Messager d’Allah, qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix, assiégea les habitants de Taïf et les combattit violemment à l’arc et à la flèche. [83. Ibn Hishâm a dit que le Messager d’Allah, qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix, utilisa un engin de siège dans cette bataille. L’engin qu’il employa contre les habitants de Taïf fut le premier engin de siège de l’islam.]
Lorsque vint le jour fixé pour abattre les murailles de Taïf, un groupe de Compagnons du Messager d’Allah, qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix, se glissa sous un char blindé, puis avança en formation avec celui-ci afin de démolir les murailles de Taïf. Les hommes des Banû Thaqîf se mirent à lancer sur eux des obus de fer chauffés au feu. Les Compagnons furent ainsi contraints de sortir de dessous le char blindé. Et quiconque en sortait était aussitôt transpercé par les flèches des Thaqîf. De nombreux musulmans furent ainsi martyrisés. À ce moment-là, le Messager d’Allah, qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix, ordonna de couper les vergers des Thaqîf. Les Compagnons commencèrent à les couper.
Pendant le siège des Thaqîf par le Messager d’Allah, qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix, celui-ci dit un jour à Abû Bakr as-Siddîq, qu’Allah l’agrée : « Ô Abû Bakr, j’ai vu en rêve qu’on m’offrait un bol de beurre clarifié. Un coq arriva et, à force de coups de bec, renversa le beurre du bol. » Abû Bakr, qu’Allah l’agrée, répondit : « Je pense qu’aujourd’hui vous ne pourrez pas vaincre les Banû Thaqîf. » Le Messager d’Allah, qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix, dit : « C’est également mon opinion. »
Un jour, Khawla bint Hakîm, l’épouse de ʿUthmân ibn Mazʿûn, qu’Allah l’agrée, dit : « Ô Messager d’Allah, si Allah vous accorde la victoire sur les habitants de Taïf, donnez-moi les bijoux de la femme la plus parée des Banû Thaqîf, Bâdiya bint Ghîlân ou Fâriʿa bint ʿAqîl. » Le Messager d’Allah, qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix, lui dit : « Même si je ne reçois pas l’autorisation d’agir à l’égard des Banû Thaqîf ? » Khawla partit après avoir entendu ces paroles et les rapporta à ʿUmar ibn al-Khattâb, qu’Allah l’agrée. ʿUmar se rendit aussitôt auprès du Messager d’Allah, qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix, et lui demanda : « Ô Messager d’Allah, avez-vous dit ce que Khawla m’a rapporté ? » Le Messager d’Allah, qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix, répondit : « Oui. » ʿUmar, qu’Allah l’agrée, dit : « Ô Messager d’Allah, avez-vous dit que vous n’aviez pas reçu l’autorisation d’agir à l’égard des Banû Thaqîf ? » Il répondit : « Non. » ʿUmar demanda : « Dois-je alors ordonner maintenant aux musulmans de quitter cet endroit ? » Le Messager d’Allah, qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix, répondit : « Oui. » ʿUmar, qu’Allah l’agrée, ordonna alors à l’armée musulmane de se mettre en route. Au départ, Saʿîd ibn ʿUbayd lança : « Les Banû Thaqîf sont restés tels qu’ils étaient. » ʿUyayna ibn Hisn dit : « Oui, ils sont restés avec leur dignité et leur honneur. » Un Compagnon lui dit : « Ô ʿUyayna ! Les associateurs ont rejeté le Messager d’Allah et tu fais leur éloge ? Pourtant, tu es venu combattre aux côtés du Messager d’Allah, qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix. Honte à toi ! » Il répondit : « En réalité, je ne suis pas venu pour combattre les Banû Thaqîf en votre faveur. Je suis venu dans l’intention, si Muhammad conquiert Taïf, de m’emparer d’une fille des Banû Thaqîf afin qu’elle me donne un fils, car les Banû Thaqîf sont doués d’une intelligence extrêmement vive. »
Pendant le siège, plusieurs esclaves de Taïf vinrent auprès du Messager d’Allah, qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix, et embrassèrent l’islam. Il les affranchit tous. Plus tard, après la conversion des habitants de Taïf à l’islam, certains d’entre eux demandèrent au Messager d’Allah, qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix, de leur rendre ces esclaves. Al-Hârith ibn Kalada fut l’un des principaux demandeurs. Il leur répondit par la négative et dit : « Ce sont des serviteurs libérés par Allah. Je ne peux pas les remettre à nouveau dans les chaînes de l’esclavage. »
Au total, douze Compagnons tombèrent en martyrs à Taïf : sept Quraychites, quatre Ansar et un membre de la tribu des Banou Layth.
Lorsque le Messager d’Allah, qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix, quitta Taïf après la bataille et le siège, Boujayr ibn Zuhayr récita un poème décrivant Taïf et Hunayn, dont le sens est le suivant :
« Le jour où nous nous rassemblâmes dans la plaine de Hunayn, à l’aube du rassemblement d’Awṭâs, et le jour des éclairs — ce dernier étant probablement Taïf —, une bataille acharnée éclata. Par la ruse, Hawâzin avait rassemblé ses troupes. Finalement, ils devinrent semblables à des oiseaux dispersés, chassés de leur nid. Ils ne purent empêcher aucune de nos positions de s’établir ; ils réussirent seulement à tenir derrière leurs murailles et dans leurs fossés. Nous tentâmes de faire sortir les habitants de Taïf, mais ils fermèrent les portes et se cachèrent en sécurité dans leurs maisons. Un jour, repentants, ils retourneront auprès de cette armée gigantesque, resplendissante de la gloire éclatante de la mort, dont le rassemblement fait apparaître une lueur verdoyante. Si on la lançait contre le mont Hazân de Najd, elle le réduirait certainement à néant. Nous avançons comme les lions de la forêt sur l’herbe épineuse. Nous sommes comme des chevaux rapides qui, en chemin, se dispersent parfois puis se regroupent. Nous revêtons toutes sortes d’armures de guerre. Ces armures nous servent de forteresses, comme l’air accumulé dans un puits peu profond, une fois expulsé, peut servir de rempart. Les armures sont si longues qu’elles touchent nos chaussures, et elles sont aussi bien faites que celles forgées par Dâwûd et par ʿAmr ibn Hind, le roi de Hîra. »
Les terres de Hawâzin
Récit des prisonniers de guerre, des présents offerts pour attirer certains d’entre eux vers l’islam et des récompenses accordées à certaines personnes
Le Messager d’Allah, qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix, se rendit de Taïf à Jiʿrâna avec les Compagnons, emmenant un grand nombre de prisonniers de guerre de Hawâzin, et y fit halte. Auparavant, lorsqu’il avait levé le siège de Thaqîf et s’était éloigné d’eux, un Compagnon lui avait demandé de maudire les Banou Thaqîf. Il répondit : « Ô Allah, guide Thaqîf et fais-les venir auprès de moi. »
Une délégation de Hawâzin vint à Jiʿrâna et rencontra le Messager d’Allah, qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix. Celui-ci détenait alors six mille enfants et femmes de la tribu de Hawâzin comme prisonniers de guerre. Le nombre des chameaux et des chèvres ne pouvait être déterminé. Les délégués dirent : « Ô Messager d’Allah, nous sommes tes proches et tes parents. Tu n’ignores pas le terrible malheur qui nous a frappés. Accorde-nous donc ta grâce ; Allah t’accordera Sa grâce. »
Un homme de Hawâzin se leva. Aussitôt après, un homme des Banou Saʿd ibn Bakr se leva également. Cet homme était Zuhayr, surnommé Abû Surâd. Il dit : « Ô Messager d’Allah, parmi les prisonniers de guerre se trouvent tes tantes paternelles, tes tantes maternelles et celles qui t’ont élevé. [84. Par celles qui l’ont élevé, il faut entendre les nourrices. La nourrice du Messager d’Allah, qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix, Halîma, était une femme de cette tribu des Banou Saʿd, qui constituait une branche de Hawâzin.] Si nous avions allaité Hârith ibn Abû Shimr ou Nuʿmân ibn Mundhir, et s’ils occupaient aujourd’hui ta place, ils se montreraient eux aussi compatissants envers nous. Tu es pourtant meilleur qu’eux. »
Le Messager de Dieu (que Dieu le bénisse et lui accorde la paix) leur dit : « Que préférez-vous : vos biens, ou vos femmes et vos enfants ? » Ils répondirent : « Si vous nous demandez de n’en choisir qu’un, rendez-nous donc nos enfants et nos femmes. » Il dit : « Je vous rends les femmes et les enfants qui se trouvent auprès de moi et des Banū ʿAbd al-Muṭṭalib. Quant aux autres, présentez-vous en assemblée à l’heure de la prière de midi. Adressez alors à tous les musulmans cette demande : “Nous voulons récupérer nos femmes et nos enfants. Pour ceux qui se trouvent auprès des musulmans, nous demandons au Messager de Dieu (que Dieu le bénisse et lui accorde la paix) d’intercéder auprès des musulmans ; et pour ceux qui se trouvent auprès du Messager de Dieu (que Dieu le bénisse et lui accorde la paix), nous demandons aux musulmans de le prier d’intercéder auprès de lui.” Je rendrai alors ceux qui se trouvent auprès de moi et je demanderai aux musulmans de rendre également ceux qui sont auprès d’eux. »
À l’heure de la prière de midi, les représentants des Hawāzin et des Banū Saʿd firent ce que le Messager de Dieu (que Dieu le bénisse et lui accorde la paix) leur avait ordonné. Le Messager de Dieu (que Dieu le bénisse et lui accorde la paix) proclama devant eux : « Aussitôt, les Émigrés et les Auxiliaires dirent également : “Nous remettons au Messager de Dieu (que Dieu le bénisse et lui accorde la paix) ceux qui se trouvent auprès de nous.” Seuls Aqraʿ ibn Ḥābis, pour lui-même et les Banū Tamīm, ʿUyayna ibn Ḥiṣn, pour lui-même et les Banū Fazāra, et ʿAbbās ibn Mirdās, pour lui-même et les Banū Sulaym, ne répondirent pas à cette demande. Mais les Banū Sulaym, passant outre l’avis dʿAbbās, dirent : “Nous remettons au Messager de Dieu (que Dieu le bénisse et lui accorde la paix) toutes les femmes et tous les enfants qui se trouvent auprès de chacun de nous.” » Le Messager de Dieu (que Dieu le bénisse et lui accorde la paix) dit : « Je promets à ceux d’entre vous qui ne veulent pas renoncer à leurs droits respectifs que, lors de la prochaine prise de guerre, chacun recevra six captifs en échange de celui auquel il renonce. Rendez donc ces enfants et ces femmes. »
Ensuite, le Messager de Dieu (que Dieu le bénisse et lui accorde la paix) demanda aux représentants des Hawāzin : « Qu’est-il advenu de Mālik ibn ʿAwf ? » Ils répondirent : « Il se trouve à Ṭāʾif auprès des Banū Thaqīf. » Le Messager de Dieu (que Dieu le bénisse et lui accorde la paix) dit : « Informez Mālik que, s’il vient à moi en musulman, je lui rendrai tous ses biens et ses captifs, et lui donnerai en plus cent chameaux. » Mālik craignait que, si les Banū Thaqīf apprenaient la proposition du Messager de Dieu (que Dieu le bénisse et lui accorde la paix), ils ne le retiennent. Il usa donc d’un stratagème pour se rendre auprès du Messager de Dieu (que Dieu le bénisse et lui accorde la paix). Il fit préparer un chameau pour lui servir de monture en un endroit situé sur le chemin. Puis, au milieu de la nuit, il chevaucha depuis Ṭāʾif jusqu’à ce chameau. Il monta ensuite sur celui-ci et se présenta auprès du Messager de Dieu (que Dieu le bénisse et lui accorde la paix). Lorsqu’il le rejoignit à Jiʿrāna ou à La Mecque, le Messager de Dieu (que Dieu le bénisse et lui accorde la paix) lui rendit tous ses captifs et ses biens, et lui donna également cent chameaux. Il embrassa l’islam et devint un musulman sincère. Ensuite, Mālik ibn ʿAwf récita un poème à la louange du Messager de Dieu (que Dieu le bénisse et lui accorde la paix). Voici ce poème :
« Dans toute l’humanité, je n’ai vu ni entendu parler d’un homme comparable à Muḥammad.
S’il promet quelque chose à quelqu’un, il tient pleinement sa promesse,
et il donne avec une grande générosité ;
de plus, si tu le souhaites,
il peut même te dire ce qui se produira demain. »
Lorsque les grandes tribus se furent enfuies avec leurs propres troupes et leurs armes
et que même les épées aux lames extrêmement acérées eurent été émoussées par les coups répétés
sur le champ de bataille couvert de poussière, lui demeurait encore chargé de garder les petits et
restait inébranlable, tel un lion tapi dans son repaire. »
Ensuite, le Messager d’Allah — qu’Allah le bénisse et le salue — nomma Malik ibn Awf commandant des musulmans de sa propre tribu ainsi que de ceux des tribus Banu Sumala, Banu Salema et Banu Kahm. Malik continua de combattre les Banu Thaqif avec ces musulmans et finit par les soumettre. Le poète des Banu Thaqif, Abu Mihjan, récita avec raillerie les vers suivants :
« Jadis, nos ennemis nous craignaient. Pourtant
aujourd’hui, voilà que les Banu Salim nous attaquent.
Ils ont violé le caractère sacré de tous les liens et rompu leur promesse.
Mâlik s’est rué sur nous avec leur soutien. Même
il s’est installé au-dessus de nos maisons.
Alors que c’était nous qui aurions dû nous venger. »
Ensuite, beaucoup de musulmans se mirent à insister auprès du Messager de Dieu — que Dieu le bénisse et lui accorde la paix — pour qu’il leur attribue une part du fayʾ (biens acquis sans combat), notamment des chameaux et des chèvres. À force d’insister, ils l’amenèrent sous un arbre, où son manteau s’accrocha aux branches. Le Messager de Dieu — que Dieu le bénisse et lui accorde la paix — dit alors : « Rendez-moi mon manteau. Par Dieu, si je possédais une quantité de biens aussi abondante que les arbres de Tihâma, je vous la distribuerais. Vous ne trouveriez en moi ni la moindre avarice, ni la moindre lâcheté, ni le moindre mensonge. » Puis il alla se tenir près de son chameau, prit un poil sur son cou et le leur montra en disant : « Ô assemblée des musulmans, par Dieu, ma part de votre fayʾ — même de ce simple poil — ne dépasse pas le cinquième. Or, même ce cinquième, je vous l’ai donné. Que celui qui aurait pris de ces biens ne serait-ce qu’une aiguille et son fil les restitue donc. Sachez que celui qui commettra une trahison verra cette trahison prendre pour lui la forme d’un feu au Jour de la Résurrection, et devenir une cause d’humiliation et d’opprobre extrêmes. »
Un Ansar avait pris quelques fils de laine pour recoudre la partie déchirée du palanquin de son chameau ; il les restitua. Le Messager de Dieu — que Dieu le bénisse et lui accorde la paix — lui dit : « Je te donne la part qui m’en revient. » Il répondit : « Après ce que vous avez dit au sujet de la trahison, je n’ai absolument aucun besoin de cet objet. » Puis il le rendit.
Le Messager de Dieu — que Dieu le bénisse et lui accorde la paix — donna des biens aux hommes influents et aux chefs afin de gagner leurs cœurs. Il donna cent chameaux à chacun des hommes suivants : Abû Sufyân ibn Harb, Muʿâwiya, fils d’Abû Sufyân, Hakîm ibn Hizâm, Hârith ibn Kalda, Hârith ibn Hishâm, Suhayl ibn ʿAmr, Huwaytib ibn ʿAbd al-ʿUzzâ, ʿAlâʾ ibn Jâriya, ʿUyayna ibn Hisn, Aqraʿ ibn Hâbis, Mâlik ibn ʿAwf et Safwân ibn Umayya.
Il donna moins de cent chameaux aux personnes suivantes : Makhrama ibn Nawfal az-Zuhrî, ʿUmayr ibn Wahb al-Jumahî, Hishâm ibn ʿAmr et ʿAmr ibn Luʾayy. Il donna cinquante chameaux chacun à Saʿîd ibn Yarbuʿ et à Sahmî.
À ʿAbbâs ibn Mirdâs, il en donna moins de cinquante. Celui-ci se mit en colère. Il reprocha son geste au Messager de Dieu — que Dieu le bénisse et lui accorde la paix — et récita les vers suivants,
« C’étaient les biens que j’avais pris comme butin. Je les avais obtenus en montant sur le dos d’un poulain et en lançant une attaque contre les habitants d’une contrée de plaine. J’avais laissé les membres de ma tribu éveillés afin qu’ils ne s’endorment pas, puis je les avais emportés. Mais ils se sont endormis, tandis que je suis resté seul éveillé. Uyayna et Aqra n’ont pas réussi à s’emparer de ces biens, mais moi et mon cheval y sommes parvenus. Je suis un combattant habile sur le champ de bataille. Pourtant, on ne m’a pas donné une part suffisante. Je n’ai cependant pas été complètement privé : on ne m’a donné que quelques jeunes chameaux, dont les quatre pattes ne sont pas encore bien longues. Hisn et al-Harith — le père d’Uyayna et d’Aqra, qui ont reçu cent chameaux — n’avaient pas plus d’influence dans la société que mon père Mirdas. Et moi-même, je ne suis pas inférieur à ces deux hommes. Celui que vous avez humilié aujourd’hui ne retrouvera plus jamais son honneur. »
Le Messager d’Allah — qu’Allah le bénisse et le salue — ordonna à ses Compagnons : « Allez lui donner encore quelque chose pour le satisfaire et lui fermer la bouche. » Les Compagnons allèrent lui donner quelques chameaux supplémentaires et le satisfirent.
Abû Saïd al-Khoudrî — qu’Allah l’agrée — rapporte : Le Messager d’Allah — qu’Allah le bénisse et le salue — ayant fait preuve d’une telle générosité envers les chefs de Quraysh et des autres tribus arabes, sans rien donner aux Ansar, ceux-ci furent très mécontents et certains commencèrent à tenir des propos répréhensibles. Certains allèrent même jusqu’à dire : « Le Messager d’Allah — qu’Allah le bénisse et le salue — a contenté ses proches. » C’est alors que Sa‘d ibn ‘Ubâda — qu’Allah l’agrée — rencontra le Messager d’Allah — qu’Allah le bénisse et le salue — et lui dit : « Ô Messager d’Allah, les Ansar sont très mécontents de la manière dont tu as distribué le butin. Tu as réparti ces biens entre ta tribu, Quraysh, et les autres, sans rien donner aux Ansar. » Le Messager d’Allah — qu’Allah le bénisse et le salue — lui demanda : « Ô Sa‘d, quelle est ta propre opinion ? » Il répondit : « Ô Messager d’Allah, je ne suis qu’un membre de mon peuple. » Le Messager d’Allah — qu’Allah le bénisse et le salue — lui dit : « Alors, rassemble ton peuple ici. »
Sa‘d rassembla les Ansar en ce lieu. Quelques Muhajirun vinrent également et le Messager d’Allah — qu’Allah le bénisse et le salue — leur en donna l’autorisation. Lorsque d’autres Muhajirun voulurent encore venir, il ne les y autorisa pas. Ainsi, lorsque tous les Ansar furent réunis, le Messager d’Allah — qu’Allah le bénisse et le salue — se rendit auprès d’eux. Il commença par louer Allah comme il se devait, puis dit : « Ô Ansar, j’ai entendu certains propos répréhensibles prononcés de votre part et j’ai appris que vous étiez mécontents et irrités contre moi. Dites-moi : lorsque je suis venu à vous, n’étiez-vous pas égarés ? Puis Allah ne vous a-t-Il pas guidés ? N’étiez-vous pas pauvres, puis Allah ne vous a-t-Il pas enrichis ? N’étiez-vous pas ennemis les uns des autres, puis Allah ne vous a-t-Il pas rendus chers les uns aux autres ? » Ils répondirent : « Si. Allah et Son Messager nous ont certes accordé la plus grande faveur. » Il ajouta : « Ô Ansar, pourquoi ne répondez-vous pas ? » Ils dirent : « Ô Messager d’Allah, que pourrions-nous te répondre ? Le Messager d’Allah nous a certes accordé la plus grande faveur. »
Le Messager d’Allah — qu’Allah le bénisse et le salue — dit : « Vous pourriez dire : tu es venu à nous alors que personne n’avait cru en toi ; nous seuls avons cru. Tous te persécutaient, tandis que nous seuls t’avons soutenu. Tu avais été chassé, et nous t’avons donné refuge. Tu es venu à nous démuni, et nous t’avons accueilli comme l’un des nôtres. En disant cela, vous ne mentiriez nullement, et tous en reconnaîtraient la véracité. Ô Ansar, vous êtes donc mécontents de moi pour les biens éphémères de ce monde ? N’avez-vous pas accepté que je gagne auparavant la confiance d’une catégorie de gens ? Ô Ansar, n’êtes-vous pas satisfaits que les gens repartent avec des chameaux et des chèvres, tandis que vous, en échange, emportiez avec vous le Messager d’Allah ? Par Celui qui détient l’âme de Muhammad entre Ses mains, si je n’avais pas dû émigrer, je serais certainement un Ansar comme vous. Si tous les gens empruntaient une voie et que les Ansar en empruntaient une autre, je suivrais assurément la voie des Ansar. Ô Allah, accorde Ta miséricorde aux Ansar, à leurs enfants et aux descendants de leurs enfants. »
Les Compagnons ansar furent si émus par ce discours du Messager d’Allah — qu’Allah le bénisse et le salue — qu’ils en pleurèrent au point d’en avoir la barbe trempée. Ils s’écrièrent d’une seule voix : « Nous sommes satisfaits et fiers d’avoir reçu le Messager d’Allah — qu’Allah le bénisse et le salue — dans notre part. »
Puis le Messager d’Allah — qu’Allah le bénisse et le salue — partit. Les musulmans repartirent eux aussi, chacun vaquant à ses occupations.
La ‘umra du Messager d’Allah — qu’Allah le bénisse et le salue — depuis Ji‘râna
Le Messager d’Allah, qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix, nomma temporairement Attab ibn Usayd gouverneur de La Mecque. Attab accomplit le pèlerinage avec les musulmans durant la huitième année de l’Hégire.
Ibn Ishaq dit :
Ensuite, le Messager d’Allah, qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix, partit de Ji‘rana pour accomplir la ‘umra. Il ordonna que le reste du butin de la conquête soit conservé à Majanna, près de Marr az-Zahran. Après avoir achevé la ‘umra, il se rendit à Médine et nomma temporairement Attab ibn Usayd, qu’Allah l’agrée, gouverneur de La Mecque. Il laissa également Mu‘adh ibn Jabal, qu’Allah l’agrée, auprès d’Attab afin d’enseigner à la population musulmane les prescriptions détaillées de l’islam et le Coran. Le Messager d’Allah, qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix, emporta à Médine le reste du butin de la conquête. Il accomplit cette ‘umra au mois de Dhu al-Qa‘da. Son départ pour Médine eut donc lieu à la fin de Dhu al-Qa‘da ou au début de Dhu al-Hijja. Ibn Ishaq dit que le pèlerinage de cette année fut accompli selon la pratique en vigueur chez les Arabes. Attab, qu’Allah l’agrée, accomplit le pèlerinage avec les musulmans. [85. Ibn Hicham dit, d’après un récit transmis par Zayd ibn Aslam, qu’après avoir nommé Attab gouverneur de La Mecque, le Prophète, qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix, lui fixa une allocation quotidienne d’un dirham. Un jour, s’adressant aux musulmans, il dit : « Qu’Allah ne rassasie jamais celui qui n’est pas satisfait de recevoir une allocation d’un dirham. Le Messager d’Allah, qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix, m’a fixé une allocation quotidienne d’un dirham. Je ne dépends désormais de personne. »] C’était la huitième année de l’Hégire. Depuis le départ du Messager d’Allah, qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix, de Taïf, c’est-à-dire depuis le mois de Dhu al-Qa‘da jusqu’au mois de Ramadan de la neuvième année de l’Hégire, les habitants de Taïf persistèrent dans le polythéisme et leur opposition à l’islam.
La conversion à l’islam de Ka‘b ibn Zuhayr après le départ de Taïf
Après le départ du Messager d’Allah, qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix, de Taïf, Buçayr ibn Zuhayr informa par lettre son frère, le célèbre poète Ka‘b ibn Zuhayr, de ceci : « À La Mecque, il a tué plusieurs de ceux qui composaient des poèmes insultant le Messager d’Allah, qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix. Parmi les poètes quraychites, Ibn az-Ziba‘rî, Hubayra et d’autres ont pris la fuite et se sont ainsi sauvés. Si tu veux vivre, présente-toi sans délai auprès du Messager d’Allah, qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix. Il ne tue pas celui qui vient à lui en musulman et en se repentant. Sinon, va chercher refuge là où tu te sentiras en sécurité dans le monde. »
Auparavant, Ka‘b avait dit dans un poème :
« Fais parvenir ce message de ma part à Buçayr : ton cœur incline-t-il à accepter ce que j’ai dit ? Et si tu ne l’acceptes pas, qu’est-ce qui pourrait alors m’attirer ? Serais-tu attiré par le caractère que je n’ai pas vu chez ses père et mère — c’est-à-dire Muhammad — et que tu n’as pas non plus vu chez tes propres père et mère ? Si tu n’acceptes pas mes paroles, je ne m’en attristerai pas, et même si tu commets une erreur et subis un dommage, je ne te corrigerai plus. L’homme digne de confiance t’a fait boire une nouvelle boisson afin de forger en toi ce caractère particulier. »
Ka‘b envoya ce poème à Buçayr, qui le récita au Messager d’Allah, qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix. Lorsqu’il entendit : « L’homme digne de confiance t’a fait boire une nouvelle boisson », il dit : « Même si Ka‘b est un menteur, il a dit vrai sur ce point. C’est moi qui suis cet homme digne de confiance. »
Lorsqu’on récita de nouveau : « Désires-tu donc ce caractère que tu n’as pas vu chez ses parents ? », le Messager de Dieu, que Dieu le bénisse et lui accorde la paix, dit : « Oui, il n’a pas vu ce caractère chez ses parents. »
Ibn Ishaq rapporte : Ayant reçu la lettre de Bujayr, Ka‘b se mit à voir des fleurs de moutarde devant ses yeux. La peur de perdre la vie lui dessécha le cœur. Ceux qui, parmi ses proches, lui étaient hostiles se mirent à lui dire, afin de l’effrayer davantage : « La mort de Ka‘b est imminente. » Réduit à cette extrémité, il composa un poème à la louange du Messager de Dieu, que Dieu le bénisse et lui accorde la paix. Dans ce poème, il mentionna sa propre peur ainsi que la manière dont ses ennemis l’avaient terrorisé. Puis il partit pour Médine. Il se rendit chez un homme de la tribu de Juhayna qu’il connaissait auparavant. Cet homme conduisit ensuite Ka‘b auprès du Messager de Dieu, que Dieu le bénisse et lui accorde la paix, au moment de la prière de l’aube. Il pria avec le Messager de Dieu, que Dieu le bénisse et lui accorde la paix. Puis, le désignant à Ka‘b, il lui dit : « C’est lui le Messager de Dieu. Va auprès de lui et demande sa protection. » Ka‘b se rendit aussitôt auprès du Messager de Dieu, que Dieu le bénisse et lui accorde la paix, et s’assit devant lui sans le connaître. Ka‘b dit : « Ô Messager de Dieu, si Ka‘b ibn Zuhayr venait à toi, repentant et devenu musulman, l’accepterais-tu ? » Le Messager de Dieu, que Dieu le bénisse et lui accorde la paix, répondit : « Oui. » Alors il dit : « Ô Messager de Dieu, c’est moi, Ka‘b ibn Zuhayr. » À ce moment, un Ansari accourut auprès du Messager de Dieu, que Dieu le bénisse et lui accorde la paix, et dit : « Ô Messager de Dieu, permets-moi de tuer cet ennemi de Dieu. » Le Messager de Dieu, que Dieu le bénisse et lui accorde la paix, dit : « Laisse-le. Il s’est repenti et il est venu en renonçant à l’associationnisme. » Le comportement de cet Ansari irrita Ka‘b contre l’ensemble des Ansar. Quant aux Émigrés, aucun d’eux ne lui adressa de parole désagréable. Il composa alors un poème, dont voici le texte :
« Su‘ad s’est séparée de moi, et mon cœur s’en est brisé. Me voici aujourd’hui humilié et enchaîné. Je n’ai pourtant rien gagné à la suivre. … J’ai appris que le Messager de Dieu m’avait menacé ; malgré cela, j’espère obtenir le pardon du Messager de Dieu. Patientez quelque peu ! Que Dieu, qui vous a accordé la richesse d’un Coran riche en exhortations, vous guide sur le droit chemin. Ne me châtiez pas, influencé par les intrigues des calomniateurs. Bien que j’aie beaucoup parlé inconsidérément, je n’ai commis aucun crime. Je me trouve aujourd’hui dans une situation si périlleuse que l’éléphant lui-même aurait été saisi de terreur en voyant et en entendant ce que je vois et entends ici. Mais si le Messager de Dieu m’accorde sa protection, avec la permission de Dieu, il en ira autrement. Jusqu’à présent, j’ai erré dans l’obscurité de la nuit à travers des déserts arides. Enfin, j’ai placé ma main dans celle de l’homme capable de se venger, dont la parole est la seule vérité. Je ne retirerai plus cette main. Lorsque je lui parle, et lorsqu’on m’a dit : “Tu es accusé et responsable de nombreux méfaits”, il m’est apparu plus terrifiant encore que le lion des fourrés d’Ishra, ce lion qui nourrit deux autres lions de chair humaine et les maintient en vie. Quand il bondit vers le sommet d’une montagne, il ne l’abandonne qu’après l’avoir conquis. Les bêtes sauvages et féroces de la région de Jaw’ fuient devant lui, et les hommes n’osent pas circuler sur son territoire, même en groupe. Seul un homme digne de confiance peut pénétrer sur son territoire, vêtu de vêtements usés et déchirés et portant une arme ensanglantée. Assurément, le Messager de Dieu, que Dieu le bénisse et lui accorde la paix, est une lumière éclatante qui guide vers la vérité et un glaive invincible de Dieu. Lorsqu’un groupe de Qurayshites crut en lui à La Mecque, certains d’entre eux dirent aux croyants : “Éloignez-vous !” Ils s’éloignèrent en effet. Mais les Qurayshites se retrouvèrent désarmés et impuissants face à ces héros qui, au combat, portent de longues armures blanches et solides ; vainqueurs, ils n’éclatent pas de joie — car telle est leur habitude — et vaincus, ils ne s’effondrent pas de désespoir — car ils savent que la victoire et la défaite sont entre les mains de Dieu et que leur victoire viendra nécessairement par la suite. Ils marchent d’un pas calme et assuré, comme des chameaux blancs. Lorsque les hommes courts et noirs s’enfuient devant eux, ils se défendent en combattant. Les coups les atteignent à la poitrine, jamais dans le dos, car ils ne fuient pas par peur de la mort ; au contraire, ils avancent, présentent leur poitrine aux coups de l’ennemi et les repoussent. »
‘Asim ibn ‘Umar ibn Qatadah rapporte : Lorsque Ka‘b dit : « Lorsque les hommes courts et noirs s’enfuient », les Ansar se mirent en colère contre lui, car ces paroles s’adressaient précisément à nous, les Ansar. En effet, l’un des nôtres s’était mal comporté envers lui. Plus tard, afin d’apaiser le ressentiment des Ansar, il loua de nouveau leurs sacrifices, leur abnégation et leur rôle de bras droit du Messager de Dieu, que Dieu le bénisse et lui accorde la paix.
Voici ce poème :
« Que celui qui veut rendre sa vie heureuse et glorieuse ne renonce pas à la compagnie des pieux Ansar. La noblesse et la générosité leur viennent en héritage de leurs ancêtres ; ils sont donc les meilleurs descendants des meilleurs hommes. Ils ne font face aux flèches et aux lances qu’avec leurs armures. Leurs armures sont comme des lances : elles ne leur sont en rien inférieures. Ils regardent de leurs yeux perçants, rouges comme des braises ardentes. Lorsqu’ils affrontent la guerre, ils confient leur vie au Prophète en vue du sacrifice. Ils défendent la religion des croyants avec leurs épées et leurs lances brandies. Ils se purifient dans le sang des mécréants et considèrent cela comme un acte de piété. De même que les lions chasseurs au cou épais s’exercent au combat dans les forêts profondes de Khifayr, ils acquièrent l’habileté guerrière. Lorsqu’ils repoussent un assaillant, ils l’arrêtent complètement. À Majzan, ils frappèrent ‘Ali ibn Mas‘ud al-Ghassani à la bataille de Badr d’un coup tel que tout Banu Nizar en fut vaincu et se soumit. Si toutes les tribus savaient ce que je sais des Ansar, même ceux qui leur sont le plus farouchement opposés le reconnaîtraient. Ce sont des hommes qui, même au temps de la plus grande famine, se montrent généreux envers les hôtes qui arrivent de nuit. Ils appartiennent à une noble lignée de Ghassan, dont la noblesse ne souffre aucune imperfection. »
Alors qu’il récitait le poème consacré à sa femme Su‘ad, le Messager de Dieu, que Dieu le bénisse et lui accorde la paix, lui dit : « Dans ce poème, tu aurais dû faire l’éloge de tes Ansar, car ils le méritent. » Ka‘b récita alors le poème suivant. Ibn Hisham ajoute que Ka‘b récita au Messager de Dieu, que Dieu le bénisse et lui accorde la paix, dans la mosquée du Prophète, le poème par lequel il avait commencé et qui évoquait sa femme Su‘ad.
La bataille de Tabouk : Rajab, la neuvième année de l’Hégire
Ensuite, le Messager d’Allah — qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix — resta à Médine de Dhul-Hijjah jusqu’au mois de Rajab, puis il ordonna aux musulmans de se préparer à l’expédition contre les Romains. Les historiens Zuhri, Yazid ibn Ruman, Abdullah ibn Abi Bakr, Asim ibn Jamr et d’autres ont rapporté l’expédition de Tabouk comme suit :
Le Messager d’Allah — qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix — ordonna à ses Compagnons de se préparer à l’expédition contre les Romains. À cette époque, les musulmans traversaient une période extrêmement difficile. D’un côté, sévissait la chaleur torride de l’été ; de l’autre, le pays était frappé par la famine. Les quelques fruits que la terre avait produits étaient arrivés à pleine maturité. Les gens éprouvaient un vif désir de récolter leurs fruits et de demeurer dans des endroits ombragés et frais. Dans de telles circonstances, personne n’avait envie de sortir. Avant la plupart des expéditions, le Messager d’Allah — qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix — donnait quelques indications sur la destination. Il faisait savoir que la destination réelle différait de la direction dans laquelle on se mettait en route. Mais, pour l’expédition de Tabouk, il en alla tout autrement. Cette fois, il annonça clairement à tous la destination. En effet, celle-ci était très éloignée, les circonstances étaient extrêmement délicates et la supériorité numérique de l’ennemi était considérable. Afin que les gens puissent se préparer convenablement à l’expédition, il leur révéla donc tout à l’avance. Il leur demanda de se préparer et leur annonça que, cette fois, ils affronteraient l’empereur de Rome. Au cours de ces préparatifs, le Messager d’Allah — qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix — dit un jour à Jadd ibn Qays, de la tribu des Banu Salama : « Ô Jadd, es-tu prêt à combattre les Romains cette année ? » Il répondit : « Ô Messager d’Allah, ne pourriez-vous pas m’autoriser à rester chez moi plutôt que de me jeter dans la tentation ? Par Allah, les gens de ma tribu savent que peu d’hommes sont aussi faibles que moi devant les femmes. Je crains de ne pas pouvoir me maîtriser en voyant les femmes romaines. » Le Messager d’Allah — qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix — ne s’intéressa plus à son cas. Il dit : « Je t’y autorise. » Ce verset fut révélé au sujet de Jadd ibn Qays :
[Arabe ********]
« Certains d’entre eux disent : “Permets-moi de rester chez moi et ne me soumets pas à la tentation.” En vérité, ils sont déjà tombés dans la tentation. L’Enfer cerne déjà les infidèles. » C’est-à-dire qu’il craignait de devenir épris des femmes romaines. En réalité, ce n’était pas cela qu’il redoutait. En refusant de participer au jihad avec le Messager d’Allah — qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix — et en donnant la priorité à ses intérêts personnels, il s’était exposé à un danger bien plus grand. L’Enfer lui est réservé.
Les hypocrites se dirent les uns aux autres : « Ne partez pas en voyage par une chaleur aussi accablante. » Ils s’efforçaient ainsi de se soustraire au jihad et demeuraient dans le doute et l’hésitation à l’égard de la vérité. Allah le Très-Haut révéla à leur sujet :
« Ils dirent : “Ne partez pas en voyage par cette chaleur.” Dis-leur : “Le feu de l’Enfer est bien plus ardent.” S’ils comprenaient, ils ne diraient pas cela. Qu’ils rient donc peu et pleurent beaucoup, en récompense de leurs mauvaises actions. »
Ibn Ishaq dit :
Ensuite, le Messager d’Allah — qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix — se mit à organiser l’expédition et demanda aux musulmans d’achever rapidement leurs préparatifs. Il encouragea les musulmans fortunés à soutenir la cause d’Allah en fournissant des montures, de l’argent, des provisions et autres choses nécessaires. Les musulmans riches apportèrent beaucoup d’aide et se contentèrent de rechercher la satisfaction d’Allah. À cette occasion, Uthmân ibn Affân — qu’Allah l’agrée — donna plus que tous les autres. [86. Ibn Hichâm rapporte qu’il donna mille dinars aux musulmans nécessiteux qui participaient à l’expédition de Tabûk. Le Messager d’Allah — qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix — en fut si heureux qu’il invoqua Allah en disant : « Ô Allah, sois satisfait d’Uthmân ; je suis satisfait de lui. »]
Sept musulmans, parmi les Ansâr et d’autres, vinrent trouver le Messager d’Allah — qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix — et lui demandèrent des montures. Ils étaient extrêmement pauvres. Le Messager d’Allah — qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix — déclara ne pas être en mesure de leur fournir des montures. Ne pouvant ainsi partir au jihâd, ils repartirent en pleurant. Dans l’histoire, ils sont connus sous le nom de « al-Bakkâ’ûn », c’est-à-dire les Pleureurs. Il s’agissait de Sâlim ibn Umayr, de la tribu des Banû Amr ibn Awf ; d’Ulba ibn Zayd, des Banû Hâritha ; d’Abû Laylâ Abd ar-Rahmân, des Banû Mâzin ; d’Amr ibn Humâm et d’Abdullah ibn Mughaffal al-Muzanî, des Banû Salima. Certains rapportent qu’il s’agissait plutôt d’Abdullah ibn Amr, de Hurmî ibn Abdullah, des Banû Wâfiq, et d’Irbâd ibn Sâriya, des Banû Fazâra — qu’Allah les agrée tous.
Il est rapporté qu’en voyant deux d’entre eux, Abû Laylâ Abd ar-Rahmân et Abdullah ibn Mughaffal, pleurer, Ibn Yamîn ibn Umayr leur demanda : « Pourquoi pleurez-vous ? » Ils répondirent : « Nous sommes allés voir le Messager d’Allah — qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix — pour lui demander une monture afin de participer à l’expédition de Tabûk, mais il n’a pas pu nous en donner une. Nous-mêmes ne possédons rien qui nous permette de partir avec lui en expédition. » Ibn Yamîn leur donna alors un chameau et quelques dattes. Ils montèrent cette monture et partirent en expédition avec le Messager d’Allah — qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix — avec lui, qu’Allah lui accorde la paix. Un groupe de musulmans bédouins vint trouver le Messager d’Allah — qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix —, présenta diverses excuses et demanda la permission de ne pas participer à l’expédition. Allah ne leur accorda pas cette permission. Selon certains, ils appartenaient à la tribu des Banû Ghifâr. Le voyage commença sous la direction du Messager d’Allah — qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix. Quelques musulmans sincères et dévoués s’abstinrent de participer à l’expédition avec le Messager d’Allah — qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix. Personne ne mettait leur foi en cause ; la seule raison de leur absence était qu’ils n’avaient pas su faire preuve d’une ferme résolution. Il conduisit l’armée jusqu’à Saniyyat al-Wadâ, un passage montagneux situé à la périphérie de Médine. Abdullah ibn Ubayy sépara ses hommes de l’armée principale du Messager d’Allah — qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix — et les conduisit par le chemin qui, en contrebas de Saniyyat al-Wadâ, menait vers le mont Jubâb. Selon beaucoup, cette troupe était très nombreuse. Lorsque le Messager d’Allah — qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix — et son armée eurent avancé fort loin, Abdullah ibn Ubayy retourna à Médine avec ses compagnons hypocrites et sceptiques. Le Messager d’Allah — qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix — laissa Ali ibn Abî Tâlib — qu’Allah l’agrée — chargé de veiller sur sa famille. Il lui demanda de rester auprès des siens. Les hypocrites lancèrent alors toutes sortes de calomnies à son sujet. Ils dirent que le Messager d’Allah — qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix — l’avait laissé derrière lui parce qu’il le considérait comme paresseux et voulait se débarrasser de lui. En entendant ces propos, Ali — qu’Allah l’agrée — s’arma et alla rejoindre le Messager d’Allah — qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix. Celui-ci se trouvait alors à Juruf, à trois milles de Médine, où Umar ibn al-Khattâb — qu’Allah l’agrée — et beaucoup d’autres habitants de Médine possédaient des terres. Ali dit : « Ô Messager d’Allah, les hypocrites pensent que tu m’as laissé derrière toi parce que tu me considères comme paresseux et que tu veux te débarrasser de moi. » Le Messager d’Allah — qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix — répondit : « Ils ont menti. Je t’ai laissé pour veiller sur ma famille et sur la tienne. Ô Ali, ne serais-tu pas satisfait que je te place par rapport à moi au même rang que celui auquel Moïse plaça Aaron ? Car il n’y aura aucun prophète après moi. » Après avoir entendu cela, Ali — qu’Allah l’agrée — retourna à Médine, tandis que le Messager d’Allah — qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix — partit pour l’expédition.
Quelques jours après le départ de l’armée musulmane, sous la direction du Messager d’Allah — qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix —, pour l’expédition de Tabûk, Abû Khaythama — qu’Allah l’agrée — retourna auprès de sa famille. Il vit ses deux épouses installées chacune dans sa tente, au milieu du jardin. Elles avaient toutes deux aspergé leurs tentes d’eau afin de les rafraîchir. Il arriva, se tint à l’entrée de la tente, regarda ses deux épouses à l’intérieur et vit les dispositions qu’elles avaient prises pour son confort. Il dit alors, à juste titre : « Le Messager d’Allah — qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix — souffre du soleil, du vent et de la chaleur, tandis qu’Abû Khaythama resterait assis, au milieu de ses terres et de ses biens, à manger des aliments préparés, en compagnie de belles femmes à l’ombre fraîche ? Cela ne saurait être juste. Par Allah, je n’entrerai dans la tente d’aucune de vous. Je vais rejoindre le Messager d’Allah — qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix. Préparez-moi pour le combat. » Elles préparèrent son équipement. Puis on lui amena son chameau. Abû Khaythama partit et se hâta à la recherche du Messager d’Allah — qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix. Après que celui-ci eut installé son campement, Abû Khaythama le rejoignit. En chemin, un autre Compagnon, Umayr ibn Wahb al-Jumahî, se joignit à Abû Khaythama. Lui aussi se rendait à l’expédition du Messager d’Allah — qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix. Lorsqu’ils furent tous deux près de Tabûk, Abû Khaythama dit à Umayr : « J’ai commis un péché. Aussi, cela ne te fera aucun tort de prendre un peu de retard sur moi. Laisse-moi parvenir le premier auprès du Messager d’Allah — qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix. »
Lorsqu’Abû Khaythama approcha du Messager d’Allah — qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix — à Tabûk, les Compagnons, l’apercevant, dirent : « Un chamelier s’avance de ce côté. » Le Messager d’Allah — qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix — dit : « C’est probablement Abû Khaythama. » Les Compagnons dirent : « Ô Messager d’Allah, c’est bien Abû Khaythama. » Arrivé près de lui, Abû Khaythama descendit de son chameau, salua le Messager d’Allah — qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix — et s’approcha de lui. Le Messager d’Allah — qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix — dit : « Ô Abû Khaythama, tu as fait ce qu’il convenait de faire. » [87. Le terme original est [Arabe ***](awlā laka). Ce terme est employé en plusieurs endroits du Saint Coran. Certains commentateurs lui ont également donné le sens suivant : « Tu étais proche de la perdition. » Mais, dans le présent cas, c’est probablement le premier sens qui convient, à savoir : « Tu as fait ce qu’il convenait de faire. »] Ensuite, il raconta au Messager d’Allah — qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix — toute son histoire. Le Messager d’Allah — qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix — le félicita et invoqua Allah en sa faveur.
En route vers Tabûk, alors que le Messager d’Allah — qu’Allah le bénisse et le salue — traversait al-Hijr, le lieu de résidence d’un peuple prospère, il y fit une courte halte. Lorsque certains Compagnons voulurent puiser de l’eau potable dans les puits de l’endroit, le Messager d’Allah — qu’Allah le bénisse et le salue — les en dissuada en disant : « Ne buvez pas de cette eau et ne faites pas vos ablutions avec elle. Si quelqu’un a déjà préparé de la pâte avec cette eau, donnez-la à manger aux chevaux, mais ne la mangez pas vous-mêmes. Ne sortez pas seuls la nuit dans cet endroit. » Presque tous les Compagnons suivirent les instructions du Messager d’Allah — qu’Allah le bénisse et le salue. Seuls deux hommes de la tribu des Banû Sâʿida sortirent seuls pendant la nuit : l’un pour se soulager, l’autre à la recherche de son chameau perdu. Celui qui était allé se soulager s’évanouit à l’endroit même où il s’était rendu. Quant à celui qui était parti chercher son chameau, il fut emporté par un vent violent et projeté sur le mont Tay. Lorsque l’affaire fut rapportée au Messager d’Allah — qu’Allah le bénisse et le salue — il dit : « Ne vous avais-je pas interdit de sortir seuls ? » Puis il invoqua Allah en faveur de l’homme qui s’était évanoui en allant se soulager, et celui-ci guérit. Quant à celui qui avait été projeté sur le mont Tay, les gens de la tribu de Tay le conduisirent auprès du Messager d’Allah — qu’Allah le bénisse et le salue — après son retour à Médine.
Le lendemain matin, on constata que personne dans la caravane ne possédait même une goutte d’eau. Lorsque cela fut annoncé au Messager d’Allah — qu’Allah le bénisse et le salue — il invoqua Allah. Allah envoya un nuage qui fit tomber la pluie, répondant ainsi aux besoins de tous. Tous recueillirent également l’eau nécessaire pour la suite du voyage.
Une autre fois, en route vers Tabûk, le chameau du Messager d’Allah — qu’Allah le bénisse et le salue — s’égara. Les Compagnons partirent à sa recherche. À ce moment-là, se trouvait auprès du Messager d’Allah — qu’Allah le bénisse et le salue — un Compagnon nommé ʿUmâra ibn Hazm, qui avait participé au serment d’allégeance d’al-ʿAqaba et à la bataille de Badr. C’était un ancien notable des Banû ʿAmr. Dans son groupe se trouvait un hypocrite de la tribu des Banû Qaynuqâ, nommé Zayd ibn Luthayt.
Alors que ʿUmâra était auprès du Messager d’Allah — qu’Allah le bénisse et le salue —, ledit Zayd ibn Luthayt, assis avec les hommes de son groupe, dit : « Eh bien, Muhammad prétend être un prophète et vous informer des nouvelles du ciel, mais il ne sait même pas où se trouve son chameau ? » À cet instant précis, le Messager d’Allah — qu’Allah le bénisse et le salue — dit en présence de ʿUmâra : « Un homme dit que Muhammad prétend être un prophète et vous informer des nouvelles du ciel : pourquoi ne sait-il donc pas où se trouve son chameau ? Par Allah, je ne sais rien en dehors de ce qu’Allah m’a fait connaître. Allah m’a indiqué où se trouve le chameau. Il est à tel endroit, dans cette vallée. Sa longe est retenue à un arbre. Allez le chercher. » Les Compagnons partirent et ramenèrent le chameau. ʿUmâra retourna ensuite auprès des hommes de son groupe et leur dit : « Le Messager d’Allah — qu’Allah le bénisse et le salue — vient de nous annoncer une information extraordinaire. Quelqu’un dans notre armée aurait tenu de tels propos, et Allah les lui a fait connaître. » Puis il leur rapporta les paroles de Zayd ibn Luthayt. Alors l’un des hommes du groupe de ʿUmâra, qui se trouvait dans le groupe même et n’était pas allé auprès du Messager d’Allah — qu’Allah le bénisse et le salue —, dit : « Par Allah, c’est bien Zayd qui a dit cela. » ʿUmâra s’avança alors vers Zayd, le frappa à la nuque et dit : « Ô serviteurs d’Allah, venez à moi ! Un serpent se cache dans ma caravane et je ne m’en étais même pas aperçu. Ô ennemi d’Allah, sors de ma caravane. Ne reste plus avec moi. »
Il est rapporté qu’après cela, Zayd se repentit. Certains disent toutefois qu’il fut accusé d’avoir persisté dans son hypocrisie jusqu’à sa mort.
En chemin, un ou deux hommes se séparaient parfois de l’armée musulmane et rebroussaient chemin. Lorsque les musulmans informaient le Messager d’Allah — qu’Allah le bénisse et le salue — du départ de l’un d’eux, il disait : « Laissez-le partir. S’il y a en lui un amour sincère de la vérité, Allah le ramènera parmi vous. Sinon, Allah vous aura débarrassés de sa compagnie. C’est très bien ainsi. » Un jour, on lui dit : « Ô Messager d’Allah, Abû Dharr aussi a pris du retard. Son chameau l’a fait rester derrière. » Le Messager d’Allah — qu’Allah le bénisse et le salue — répondit : « S’il reste derrière, qu’il y reste. S’il y a en lui du bien, Allah le ramènera parmi vous. Sinon, considérez qu’Allah vous en a délivrés. » Abû Dharr s’efforça longuement de faire avancer rapidement son chameau, mais ses efforts restèrent vains. Il finit donc par prendre ses équipements et ses provisions sur ses épaules et se mit à marcher sur les traces du Messager d’Allah — qu’Allah le bénisse et le salue. Lorsque le Messager d’Allah — qu’Allah le bénisse et le salue — fit halte en un endroit, il le rejoignit. Le voyant arriver seul à pied, le Messager d’Allah — qu’Allah le bénisse et le salue — dit : « Qu’Allah fasse miséricorde à Abû Dharr. Il marche seul, mourra seul et comparaîtra de nouveau seul devant Allah. » ʿAbdullah ibn Masʿûd rapporte que, lorsque ʿUthmân exila Abû Dharr à Rabdha pendant son califat, personne ne se trouvait auprès de lui hormis sa femme et son serviteur. Il leur recommanda ceci : « Lorsque je mourrai, lavez-moi, enveloppez-moi dans un linceul et déposez-moi au bord de la route. Puis, à la première caravane qui passera près de vous, dites : “Cet homme est le Compagnon du Messager d’Allah — qu’Allah le bénisse et le salue —, Abû Dharr. Aidez-nous à l’enterrer.” » Après sa mort, sa femme et son serviteur exécutèrent sa recommandation et déposèrent son corps au bord de la route. À ce moment-là, ʿAbdullah ibn Masʿûd voyageait depuis l’Irak avec un groupe de pèlerins accomplissant la ʿumra. Le groupe aperçut le corps étendu sur la route et s’arrêta brusquement. Il s’en fallut de peu qu’il ne fût piétiné par les chameaux du groupe. Le serviteur se plaça devant eux et dit : « C’est le Compagnon du Messager d’Allah — qu’Allah le bénisse et le salue —, Abû Dharr. Aidez-nous à l’enterrer. » ʿAbdullah ibn Masʿûd se mit à pleurer et dit : « Le Messager d’Allah — qu’Allah le bénisse et le salue — a véritablement dit : “Tu marches seul, tu mourras seul et tu seras ressuscité seul.” » Puis lui et ses compagnons descendirent de leurs montures et l’enterrèrent. Ensuite, ʿAbdullah ibn Masʿûd leur raconta, sur la route de Tabûk, l’histoire d’Abû Dharr et les paroles que le Messager d’Allah — qu’Allah le bénisse et le salue — lui avait adressées. Ensuite, ʿAbdullah ibn Masʿûd leur raconta, sur la route de Tabûk, l’histoire d’Abû Dharr et les paroles que le Messager d’Allah — qu’Allah le bénisse et le salue — lui avait adressées. Lorsque le Messager d’Allah — qu’Allah le bénisse et le salue — atteignit Tabûk, Yuhannâ ibn Ruʾbâ, le gouverneur d’Aylah, se présenta devant lui et conclut un traité en versant la jizya. De même, les habitants de Jarba et d’Adhruh vinrent vers lui et versèrent la jizya. Le Messager d’Allah — qu’Allah le bénisse et le salue — leur rédigea alors le traité suivant :
« Au nom d’Allah, le Tout Miséricordieux, le Très Miséricordieux. De la part d’Allah et de Son Messager Muhammad, une garantie de sécurité est accordée à Yuhanna ibn Ru’ba, aux habitants d’Ayla, ainsi qu’à tous leurs navires et leurs véhicules terrestres. Le Messager d’Allah assume pleinement la protection de leurs personnes, de leurs alliés en Syrie et au Yémen, ainsi que des habitants des régions côtières. Si quelqu’un agit contrairement à ce pacte, sa richesse ne pourra le soustraire au châtiment. Celui qui causera un dommage à autrui pourra être légitimement puni en représailles. Ils pourront utiliser l’eau de tous les points d’eau et circuler par toutes les voies maritimes et terrestres. Personne ne pourra les en empêcher. »
L’envoi par le Messager d’Allah — qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix — de Khālid ibn al-Walīd auprès d’Ukaïdir, gouverneur de Dūmat al-Jandal
Ensuite, le Messager d’Allah — qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix — envoya Khālid ibn al-Walīd auprès d’Ukaïdir ibn ʿAbd al-Malik, gouverneur de Dūmat al-Jandal. Ukaïdir était un chrétien de la tribu de Kinda et en était le roi. Le Messager d’Allah — qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix — dit à Khālid : « Tu iras et tu verras Ukaïdir chasser des vaches sauvages. »
Par une nuit d’été éclairée par la lune, alors qu’Ukaïdir était assis sur le toit avec son épouse, Khālid parvint à portée de vue de sa forteresse. À ce moment-là, une vache sauvage se mit à donner des coups de corne contre la porte du palais d’Ukaïdir. Son épouse lui demanda : « As-tu déjà vu une vache pareille ? » Il répondit : « Non. » Elle dit : « Dans ce cas, convient-il de laisser échapper une telle prise ? » Il répondit : « Jamais. » Sur ces mots, il descendit et monta à cheval. Accompagné de son frère Ḥassān et de plusieurs membres de sa famille, il se lança à la poursuite du gibier. Dès qu’ils sortirent, ils furent capturés par les troupes envoyées par le Messager d’Allah — qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix. Le frère d’Ukaïdir, Ḥassān, fut tué par l’armée musulmane. Il portait une tunique de soie brodée d’or. Khālid — qu’Allah l’agrée — la retira et l’envoya à Médine par l’intermédiaire de quelqu’un avant de s’y rendre lui-même.
Anas ibn Mālik — qu’Allah l’agrée — rapporte : « Lorsque la tunique d’Ukaïdir fut apportée au Messager d’Allah — qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix —, je la vis. Les musulmans la touchaient de leurs mains avec émerveillement. Le Messager d’Allah — qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix — dit alors : “Vous étonnez-vous de cela ? Par Allah, le mouchoir qui est réservé à Saʿd ibn Muʿādh au Paradis est meilleur que cette tunique.” »
Ibn Isḥāq rapporte que Khālid conduisit Ukaïdir auprès du Messager d’Allah — qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix. Celui-ci lui accorda la vie sauve, conclut avec lui un traité en échange du paiement de la jizya, puis le libéra. Il retourna dans son pays.
Le Messager d’Allah — qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix — n’avança pas au-delà de Tabūk ; il y séjourna au contraire dix jours, puis retourna à Médine. En chemin, dans la vallée de Wādī al-Mushaqqaq, se trouvait une petite source de montagne. Son eau pouvait tout au plus désaltérer deux ou trois voyageurs. Le Messager d’Allah — qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix — dit : « Que ceux qui arriveront les premiers dans cette vallée n’y boivent pas d’eau et attendent jusqu’à notre arrivée. » Mais un groupe d’hypocrites y parvint avant tous les autres, but toute l’eau qui s’y trouvait, puis repartit. Lorsque le Messager d’Allah — qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix — arriva, il ne trouva pas la moindre goutte d’eau. Il demanda : « Qui est arrivé ici avant nous ? » On l’informa qu’Untel et Untel y étaient arrivés les premiers. Il dit : « J’avais pourtant interdit à quiconque de boire avant mon arrivée. » Puis il maudit ces hypocrites et invoqua contre eux. Ensuite, il descendit de sa monture et posa la main au pied de la montagne. Aussitôt, par la volonté d’Allah, une grande quantité d’eau se mit à couler. Il en but, passa la main sur cet endroit de la montagne et invoqua Allah. Soudain, une source jaillit avec un grondement puissant, tel l’éclair. Les gens burent à satiété et pourvurent à leurs autres besoins. Le Messager d’Allah — qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix — dit : « Si vous vivez longtemps, vous entendrez parler de cette vallée à l’avenir, et cette eau rendra fertiles les régions qui l’entourent. »
Ibn Isḥāq rapporte : Ibn ʿUqayma al-Laythī, d’après le neveu d’Abū Ruḥm al-Ghifārī, et al-Laythī, d’après Ibn Shihāb al-Zuhrī, ont rapporté qu’Abū Ruḥm Kulthūm ibn Ḥuṣayn, qui comptait parmi les Compagnons ayant participé au pacte de Riḍwān, a dit : « J’avais participé à l’expédition de Tabūk avec le Messager d’Allah — qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix — et je voyageais avec lui. Une nuit, alors que nous franchissions Akhdar, à proximité de Tabūk, Allah fit tomber sur nous le sommeil. Comme ma monture se trouvait tout près de celle du Messager d’Allah — qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix —, je m’efforçais de rester éveillé et de l’éloigner de sa monture, par crainte que, si elles se rapprochaient, la mienne ne heurte ses pieds. Dans ces circonstances, au cours d’une partie de la nuit, le sommeil devint irrésistible. Aussitôt, ma monture se retrouva contre celle du Messager d’Allah — qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix —. Je me réveillai au son de son “Ouh !”. Je dis : “Ô Messager d’Allah, demande à Allah de me pardonner.” Il répondit : “Continue d’avancer.” »
Le Messager d’Allah demanda qui, parmi les Banû Ghifâr, n’était pas venu à l’expédition, et je me mis à lui citer les noms de ceux qui n’étaient pas venus. Il dit : « Qu’en est-il des hommes grands, au teint roux, à la barbe et aux sourcils fins ? » Je lui répondis qu’ils n’étaient pas venus. Il dit : « Qu’ont fait les hommes trapus, robustes et noirs ? » Je répondis : « Je n’en vois aucun parmi nous qui corresponde à cette description. » Il dit : « Ceux qui possèdent de grandes richesses dans les régions habitées par les Ghifâr et les Aslam du Hedjaz ? » Je tentai de me souvenir d’eux en pensant aux Banû Ghifâr, mais je ne me rappelai pas. Enfin, je me souvins qu’ils étaient un groupe des Banû Aslam avec lequel nous étions liés par un pacte d’alliance. Je dis : « Ô Messager d’Allah ! Ce sont un groupe des Banû Aslam avec lequel nous étions liés par un pacte d’alliance. » Puis je dis : « Ô Messager d’Allah ! Ce sont un groupe des Banû Aslam qui étaient nos alliés. » Le Messager d’Allah dit : « Ils auraient au moins pu, avec l’un de leurs chameaux, aider un combattant capable à venir combattre dans le sentier d’Allah. Rien ne les en empêchait. Parmi mes compagnons, quelles que soient les actions des autres, l’absence à mes côtés des Quraychites émigrés, des Ansâr, des Banû Ghifâr et des Banû Aslam m’est particulièrement pénible. »
Arrivée de la délégation de la tribu des Banû Thaqîf et son acceptation de l’islam au mois de Ramadan de la neuvième année de l’Hégire
Ibn Ishâq rapporte :
Le Messager d’Allah revint de Tabûk à Médine au mois de Ramadan, et c’est au cours de ce même mois que la délégation de la tribu des Banû Thaqîf vint le trouver. L’arrière-plan de l’arrivée de cette délégation est le suivant : auparavant, lorsque le Messager d’Allah était revenu de Tâ’if, ʿUrwa ibn Masʿûd ath-Thaqafî le suivit. Avant même d’atteindre Médine, il rejoignit le Messager d’Allah et embrassa l’islam. Ensuite, lorsqu’il voulut retourner auprès de son peuple pour l’appeler à l’islam, le Messager d’Allah lui dit : « Ils te tueront. » Il connaissait l’obstination et l’entêtement des Banû Thaqîf. Il savait également qu’ils avaient coutume de rejeter l’appel de l’un des leurs. Mais ʿUrwa dit : « Ô Messager d’Allah ! Je leur suis plus cher qu’un nouveau-né. »
Il leur était effectivement aussi cher et estimé. Il retourna donc auprès de son peuple et l’invita à embrasser l’islam. Il espérait que, compte tenu du rang, de l’influence et de l’autorité dont il jouissait parmi eux, personne ne s’opposerait à lui. Alors qu’il se tenait sur le toit de sa maison, appelant convenablement les membres de sa tribu et leur annonçant sa conversion à l’islam, des flèches furent tirées sur lui de toutes parts. L’une d’elles l’atteignit, et il mourut en martyr.
Selon les Banû Mâlik, ce furent Aws ibn ʿAwf, des Banû Sâlim ibn Mâlik, et ses alliés qui le tuèrent ; selon ses alliés, ce fut Wahb ibn Jâbir, des Banû ʿAttâb ibn Mâlik, qui le tua. (Les Banû Sâlim et les Banû ʿAttâb étaient des familles appartenant aux Banû Mâlik, une branche des Banû Thaqîf.) Après qu’ʿUrwa eut été blessé, on lui demanda : « Que pensez-vous de votre mise à mort ? » Il répondit : « C’est pour moi un honneur et une gloire suprêmes venant d’Allah. Allah Lui-même m’a revêtu de la gloire du martyre. Ma position n’est en rien supérieure à celle des moudjahidîn qui ont été martyrisés alors qu’ils accompagnaient le Messager d’Allah avant qu’il ne reparte de ce lieu où vous vous trouvez. Enterrez-moi donc auprès d’eux. »
On rapporte qu’après avoir appris le martyre de ʿUrwa ibn Masʿûd, le Messager d’Allah déclara : « ʿUrwa est comparable au combattant dont le récit du martyre est rapporté dans la sourate Yâ-Sîn. »
Après avoir tué ʿUrwa, les Banû Thaqîf observèrent la situation pendant un mois, puis tinrent une réunion de consultation. Ils décidèrent que, alors que toute la nation arabe environnante avait embrassé l’islam, les Banû Thaqîf ne pourraient pas, seuls, leur faire la guerre et survivre. En conséquence, ils résolurent d’envoyer cette fois encore quelqu’un auprès du Messager d’Allah, comme ils avaient auparavant envoyé ʿUrwa. À cette fin, ils s’entretinrent avec un certain ʿAbd Yâlîl ibn ʿAmr, du même âge qu’ʿUrwa ibn Masʿûd, et lui proposèrent de devenir le représentant des Banû Thaqîf auprès du Messager d’Allah ; à son retour, les Banû Thaqîf lui réserveraient le même traitement que celui qu’ils avaient infligé à ʿUrwa. Il dit : « Je suis d’accord si vous envoyez avec moi quelques autres hommes, sinon non. » Ils décidèrent finalement d’envoyer, avec ʿAbd Yâlîl, deux hommes des tribus alliées et trois des Banû Mâlik, soit six hommes au total. Conformément à cette décision, ils envoyèrent avec ʿAbd Yâlîl, des Banû Muʿattab, al-Hakam ibn ʿAmr et Shurahbîl ibn Ghaylân ; des Banû Mâlik, ʿUthmân ibn Abî al-ʿÂs, de la famille des Banû Yasâr ; Aws ibn ʿAwf, de la famille des Banû Sâlim ; et Numayr ibn Kharrâsh, de la famille des Banû Hârith. ʿAbd Yâlîl partit avec eux en qualité de chef de la délégation. Il les emmena afin de se prémunir contre le sort réservé à ʿUrwa ibn Masʿûd, de sorte que chacun puisse, à son retour à Tâ’if, en faire participer son propre groupe.
Lorsque la délégation s’approcha de Médine, certains Compagnons aperçurent Mughîra ibn Chu‘ba (qu’Allah l’agrée) alors qu’il faisait paître des chameaux près d’une source. La responsabilité de faire paître ces chameaux était répartie entre les Compagnons à tour de rôle, et c’était alors le tour de Mughîra. Après les avoir rencontrés, Mughîra laissa les chameaux auprès des délégués de Banû Thaqîf et s’empressa d’aller annoncer à l’Envoyé d’Allah, qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix, leur arrivée. Avant de rencontrer l’Envoyé d’Allah, qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix, Mughîra (qu’Allah l’agrée) rencontra Abû Bakr as-Siddîq (qu’Allah l’agrée). Il lui apprit que les délégués de Banû Thaqîf étaient venus embrasser l’islam. Toutefois, ils souhaitaient que l’Envoyé d’Allah, qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix, leur accorde certains privilèges et rédige un pacte garantissant la sécurité de leurs biens, de leurs terres et de leurs habitants. Abû Bakr (qu’Allah l’agrée) dit à Mughîra (qu’Allah l’agrée) : « Je t’en conjure au nom d’Allah, laisse-moi aller avant toi auprès de l’Envoyé d’Allah, qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix, afin que je m’entretienne avec lui à ce sujet. » Mughîra y consentit. Abû Bakr (qu’Allah l’agrée) se rendit auprès de l’Envoyé d’Allah, qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix, et l’informa de cette délégation. Puis Mughîra (qu’Allah l’agrée) retourna auprès de ses compagnons de tribu. Il convient de préciser que Mughîra (qu’Allah l’agrée) était issu de Banû Thaqîf. Il passa toute la mi-journée à se reposer avec eux et leur enseigna la manière de saluer selon la salutation islamique. Cependant, au moment de la rencontre, ils les saluèrent conformément à la coutume de la Jâhiliyya.
Lorsque la délégation se présenta devant l’Envoyé d’Allah, qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix, une pièce fut aménagée pour l’héberger sur un côté de la Mosquée du Prophète. Jusqu’à la rédaction du pacte destiné à Banû Thaqîf, les échanges entre l’Envoyé d’Allah, qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix, et la délégation se firent par l’intermédiaire de Khâlid ibn Sa‘îd ibn al-‘Âs, qui rédigea lui-même le pacte. Durant cette période, jusqu’à la rédaction du pacte et à la conversion de la délégation à l’islam, ses membres ne mangeaient pas même les aliments envoyés par l’Envoyé d’Allah, qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix, avant que Khâlid n’en mangeât le premier. Parmi les privilèges qu’ils demandèrent à l’Envoyé d’Allah, qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix, figurait celui de continuer à adorer Lât et de ne pas la détruire pendant trois ans. L’Envoyé d’Allah, qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix, rejeta cette demande. Ils réduisirent ensuite le délai à un an. Lorsqu’elle fut également rejetée, ils le réduisirent progressivement jusqu’à un mois. L’Envoyé d’Allah, qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix, refusa aussi cela. La délégation expliqua que cette demande visait à les protéger de la colère des membres les plus inexpérimentés de leur tribu, de leurs jeunes descendants et de leurs femmes, et qu’ils ne souhaitaient pas semer la terreur parmi eux en détruisant l’idole avant que les gens de la tribu n’embrassent l’islam. Mais l’Envoyé d’Allah, qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix, n’accepta en aucune façon cette demande. Il insista au contraire sur le fait qu’il enverrait immédiatement Abû Sufyân ibn Harb et Mughîra ibn Chu‘ba (qu’Allah l’agrée) pour détruire cette idole. Ils demandèrent également qu’il ne les oblige pas à accomplir la prière ni à détruire les idoles de leurs propres mains. L’Envoyé d’Allah, qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix, déclara clairement que l’islam ne pouvait exister sans la prière, mais qu’ils ne seraient pas contraints de détruire les idoles de leurs propres mains. La délégation accepta la prière, tout en la qualifiant d’« humiliante ».
Par la suite, ils embrassèrent tous l’islam et l’Envoyé d’Allah, qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix, rédigea pour eux un pacte. Il nomma ensuite ‘Uthmân ibn al-‘Âs à leur tête. Il était le plus jeune membre du groupe et celui qui manifestait le plus d’empressement à apprendre le Coran et l’islam. Abû Bakr (qu’Allah l’agrée) fit à son sujet la remarque suivante : « Ô Envoyé d’Allah, ‘Uthmân m’a paru être celui qui comprend le mieux l’islam et apprend le mieux le Coran. »
Lorsque la délégation reprit la route vers Tâ’if après avoir achevé sa mission, l’Envoyé d’Allah, qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix, chargea Abû Sufyân ibn Harb et Mughîra ibn Chu‘ba (qu’Allah l’agrée) de détruire l’idole et les fit partir avec elle. Ils prirent tous deux la route avec la délégation. Arrivés aux abords de Tâ’if, Mughîra (qu’Allah l’agrée) voulut envoyer Abû Sufyân (qu’Allah l’agrée) en avant. Abû Sufyân refusa et dit : « Va d’abord rencontrer les membres de ta tribu. » Abû Sufyân resta près d’un bassin appelé Dhû Hudum, tandis que Mughîra, dès son entrée dans la ville, se rua sur les idoles avec une pioche afin de détruire Lât et les autres idoles. Le clan de Mughîra, Banû Mu‘attab, lui prêta assistance, craignant que son sort ne fût semblable à celui de ‘Urwa ibn Mas‘ûd. Pendant ce temps, les femmes de Banû Thaqîf sortirent dans les rues en se lamentant sur l’idole. Elles disaient :
« Pleurez pour la protectrice (88. Les polythéistes appelaient Lât “Daffâ”, c’est-à-dire “la protectrice”, car ils croyaient que Lât les protégeait contre les ennemis et les malheurs.) Les ingrats l’ont abandonnée (89. C’est-à-dire que les membres de Banû Thaqîf se sont montrés ingrats envers leur protectrice et l’ont livrée à Mughîra afin qu’il la détruise, puis ils sont partis. »
« Ils ne l’ont même pas vraiment défendue. » (90. C’est-à-dire qu’ils auraient dû venir combattre pour protéger la protectrice, mais personne ne s’est avancé à cette fin.)
Puis, lorsque Mughîra se mit à frapper Lât à coups de hache, Abû Sufyân se mit à s’écrier : « Ah ! Ah ! »
Après avoir détruit Lât, Mughîra rassembla tous les trésors du temple et les envoya à Abû Sufyân. Ces trésors comprenaient une grande quantité d’or et des étoffes de soie.
Après le martyre d’Urwa ibn Mas‘ud, son fils Abou Moulayh et son neveu Qareb ibn al-Aswad rencontrèrent le Messager de Dieu — que Dieu le bénisse et lui accorde la paix — et exprimèrent leur intention de rompre tout lien avec les Banou Thaqîf et de les abandonner définitivement. Cela se produisit avant même l’arrivée de la délégation de Yalîl. Lorsqu’Abou Moulayh et Qareb embrassèrent l’islam, le Messager de Dieu — que Dieu le bénisse et lui accorde la paix — leur dit : « Prenez pour protecteur qui vous voudrez. » Ils répondirent : « Nous prenons Dieu et Son Messager pour protecteurs. » Le Messager de Dieu — que Dieu le bénisse et lui accorde la paix — demanda : « Même votre oncle maternel Abou Soufyan ? » Ils répondirent : « Oui. » Plus tard, lorsque les habitants de Taïf embrassèrent l’islam, le Messager de Dieu — que Dieu le bénisse et lui accorde la paix — envoya al-Mughîra et Abou Soufyan détruire Lât. Abou Moulayh dit alors : « Ô Messager de Dieu, veuillez acquitter la dette de mon père avec les trésors qui seront récupérés dans le temple de Lât. » Lorsque le Messager de Dieu — que Dieu le bénisse et lui accorde la paix — donna son accord, Qareb dit : « Ô Messager de Dieu, veuillez également acquitter la dette de mon père al-Aswad. » Il convient de préciser qu’Urwa et al-Aswad étaient frères germains. Le Messager de Dieu — que Dieu le bénisse et lui accorde la paix — dit : « Al-Aswad est mort en état de polythéisme. » Qareb répondit : « Ô Messager de Dieu, aidez un proche musulman, c’est-à-dire moi-même, car la dette pèse sur mes épaules et c’est moi qui demande de l’aide. » Le Messager de Dieu — que Dieu le bénisse et lui accorde la paix — accepta alors et dit à Abou Soufyan : « Acquitte les dettes d’Urwa et d’al-Aswad avec les trésors de Lât. » Lorsque al-Mughîra remit les trésors à Abou Soufyan, il lui rappela l’ordre du Messager de Dieu — que Dieu le bénisse et lui accorde la paix. Abou Soufyan acquitta les dettes d’Urwa et d’al-Aswad.
Le pacte que le Messager de Dieu — que Dieu le bénisse et lui accorde la paix — rédigea pour les Banou Thaqîf était ainsi libellé : « Au nom de Dieu, le Tout Miséricordieux, le Très Miséricordieux. De la part de Muhammad, le Messager de Dieu, à l’attention des croyants. Il est interdit de couper les arbres épineux de Wajj (un lieu de Taïf). Quiconque enfreindra cet ordre sera fouetté. Quiconque outrepassera les limites sera appréhendé et envoyé au prophète Muhammad. Tel est l’ordre de Muhammad, le Messager de Dieu. Cette déclaration a été écrite par Khâlid ibn Sa‘îd sur ordre de Muhammad ibn ‘Abdullah, le Messager de Dieu. Que personne n’enfreigne cette déclaration. Celui qui l’enfreindra ne fera que s’attirer un châtiment, car elle a été écrite sur l’ordre de Muhammad, le Messager de Dieu. »
La neuvième année de l’hégire fut appelée « l’année des délégations », et c’est au cours de cette année que fut révélée la sourate an-Nasr.
Ibn Ishaq dit : Après la conquête de La Mecque et de Tabouk, ainsi que la conversion des Banou Thaqîf à l’islam et leur serment d’allégeance, les délégations des Arabes commencèrent à venir auprès du Messager de Dieu — que Dieu le bénisse et lui accorde la paix — de toutes parts.
Les Arabes attendaient pour ainsi dire uniquement que les Quraych embrassent l’islam. Ils étaient les dirigeants et les guides des Arabes. Ils étaient les gardiens et les administrateurs de la Noble Kaaba et de la Mosquée sacrée, ainsi que les descendants incontestés d’Ismaïl ibn Ibrâhîm — que la paix soit sur eux. Aucun Arabe ne le niait. Pourtant, ce furent précisément les Quraych qui s’opposèrent avec acharnement au Messager de Dieu — que Dieu le bénisse et lui accorde la paix. Dès la conquête de La Mecque, les Quraych se soumirent au Messager de Dieu — que Dieu le bénisse et lui accorde la paix — et acceptèrent de se placer sous l’autorité de l’islam. Les Arabes comprirent alors qu’ils n’avaient pas le pouvoir d’arrêter la marche victorieuse du Messager de Dieu — que Dieu le bénisse et lui accorde la paix — ni de lui vouer de l’hostilité. Ils commencèrent à embrasser l’islam par groupes. De toutes parts, les gens vinrent auprès de lui et embrassèrent l’islam. C’est précisément ce qu’Allah le Très-Haut a déclaré dans la sourate an-Nasr :
[Arabe *******]
« Lorsque sont venus le secours d’Allah et la victoire, et que tu as vu les gens entrer en foule dans la religion d’Allah, alors célèbre la pureté de ton Seigneur en Le glorifiant et demande-Lui pardon. Certes, Il est Grand Pardonneur. »
L’arrivée de la délégation des Banou Tamîm et la révélation de la sourate al-Hujurât
Lorsque les délégations des tribus arabes commencèrent à arriver, la délégation de la tribu des Banû Tamîm, conduite par Utârid ibn Hâjib al-Tamîmî, arriva la première. Elle comprenait également les notables des Banû Tamîm. Parmi eux figuraient notamment al-Aqra‘ ibn Hâbis, Zabarkan ibn Badr des Banû Ma‘d, ‘Amr ibn al-Ahtam et Hahhab ibn Yazîd. Nu‘aym ibn Yazîd, Qays ibn al-Hâris, Qays ibn ‘Âsim et ‘Uyayna ibn Hisn faisaient aussi partie de cette délégation. Auparavant, al-Aqra‘ ibn Hâbis et ‘Uyayna ibn Hisn avaient participé à la conquête de La Mecque ainsi qu’aux expéditions de Hunayn et de Tâ’if. Tous deux rejoignirent également la délégation des Banû Tamîm. Cette délégation des Banû Tamîm arriva près de la Mosquée du Prophète et, depuis l’extérieur des habitations, se mit à appeler à haute voix le Messager d’Allah (qu’Allah le bénisse et le salue) : « Ô Muhammad ! Sors et viens nous rencontrer. » Leurs cris et leurs appels importunèrent le Messager d’Allah (qu’Allah le bénisse et le salue). Ils dirent : « Nous sommes venus vous exposer nos qualités glorieuses. Accordez donc à notre orateur principal et à notre poète la permission de prendre la parole. » Il la leur accorda. Utârid ibn Hâjib se mit alors à dire : « Toute louange revient à Allah, qui nous a comblés de bienfaits innombrables et qui seul en a le pouvoir. Il a fait de nous des rois et nous a enrichis d’immenses biens et richesses, grâce auxquels nous faisons preuve de générosité. Il a fait de nous le peuple possédant le plus grand nombre d’hommes et les plus grandes richesses parmi tous les habitants de l’Orient. Qui donc est notre égal ? Ne sommes-nous pas leurs chefs et les plus nobles d’entre eux ? Que celui qui prétend nous égaler en noblesse et en lignage expose donc sa propre supériorité. Nous pourrions en dire bien davantage, mais nous avons honte d’exagérer en parlant des bienfaits qu’Allah nous a accordés. Notre supériorité est bien connue. Nous avons parlé ainsi afin de vous donner l’occasion de présenter un discours d’autoglorification semblable au nôtre, voire meilleur. »
Après avoir dit cela, Utârid s’assit. Le Messager d’Allah (qu’Allah le bénisse et le salue) dit alors à Thâbit ibn Qays (qu’Allah l’agrée) : « Lève-toi et réponds à son discours. »
Thâbit se leva et dit :
« Toute louange revient à Allah le Très-Haut, dont la volonté s’accomplit dans les cieux et sur la terre, et dont la connaissance s’étend à toute l’étendue de Son royaume. Rien ne naît ni n’apparaît jamais sans Sa grâce ; l’apparition de rois parmi nous est le fruit de Sa grâce. Par Sa faveur, Il a choisi comme Messager, parmi les meilleures de Ses créatures, l’homme issu de la plus noble lignée, doté de la plus grande noblesse et d’une véracité incomparable. Puis Il a fait descendre sur lui Son Livre, l’a désigné comme gardien de l’ensemble de l’humanité et l’a établi comme l’unique élu d’Allah dans tous les mondes. Ensuite, Il a appelé les hommes à croire en lui. Les Émigrés, issus de son peuple et de ses proches, ont alors répondu à son appel ; ils étaient les plus nobles, les plus honorables, les plus dignes et les plus vertueux de tous. Nous sommes ceux qui, les premiers, ont répondu à l’appel du Messager. Nous sommes donc les serviteurs dévoués d’Allah et les plus proches auxiliaires de Son Messager. Nous combattons ceux qui ne croient pas ; ceux qui croient au Messager d’Allah sont à l’abri, avec leurs biens et leurs vies, de nos mains. Quant à ceux qui mécroient, nous ne les combattons qu’en vertu de la volonté et de l’ordre d’Allah. Ce combat n’a pas de fin ; il nous est permis de les tuer. Après avoir dit cela, je demande à Allah de me pardonner, ainsi qu’à tous les musulmans et musulmanes. Que la paix soit sur vous. »
Ensuite, Zabarkan ibn Badr se leva. Il exposa son discours en récitant un poème. Voici le sens de ce poème :
« Nous sommes les honorés ; aucune tribu ne nous égale. Les rois se trouvent parmi nous, et c’est grâce à nos initiatives que tous les lieux de culte ont été édifiés. Il n’y a pas de fin au nombre de tribus que nous avons pillées par la force. Malgré cela, notre rang et notre prestige ne cessent de croître. Même en période de famine, nos gens mangent de la viande rôtie. Lorsque les nuages ne déversent pas la pluie selon les souhaits des hommes, les voyageurs viennent vers nous, de toutes parts, durant la nuit, et nous préparons leur nourriture. Nous abattons alors de grands chameaux et rassasions nos hôtes. Telle est notre tradition innée. Chaque fois que tu nous vois aller auprès d’une tribu pour proclamer fièrement notre noblesse, tu vois aussitôt ses membres devenir nos disciples et leurs têtes s’incliner. Ainsi, quiconque exposera aujourd’hui sa supériorité devant nous nous fera acquérir une connaissance nouvelle par son discours, et cette information sera diffusée au retour de notre délégation. Nous ne sommes disposés à reconnaître la supériorité de personne. Toutefois, nul ne niera notre supériorité. C’est ainsi que, par gloire et orgueil, nous sommes invincibles. »
Hassân n’était pas présent à cette assemblée. Le Messager d’Allah (qu’Allah le bénisse et le salue) le fit appeler pour répondre au poète des Banû Tamîm. Il vint et lui répondit en récitant un poème. Voici le sens de ce poème :
« Lorsque le Messager d’Allah (qu’Allah le bénisse et le salue) apparut parmi nous, nous l’avons protégé, bien que certains parmi nous l’aimassent et que d’autres le détestassent. Parce qu’il était apparu dans notre demeure, nous l’avons protégé, l’épée à la main, contre tout injuste et tout agresseur. Il était apparu dans une demeure honorable, située parmi des gens inconnus, près de Jâriyat al-Jawlan, en Syrie. Rien ne vaut la gloire ancienne, la noblesse, l’honneur royal et la gloire de supporter les épreuves les plus dures. »
Hassân dit : Dès que j’arrivai auprès du Messager d’Allah — qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix —, je récitai un poème en réponse, en reproduisant exactement le rythme du poème que le poète de la délégation avait récité. Lorsque Zabarkân eut achevé de réciter son poème, le Messager d’Allah — qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix — dit à Hassân : « Ô Hassân ! Réponds au poème de Zabarkân. » Hassân se leva et récita son poème en réponse. En voici le sens :
« Les chefs de Quraych ont présenté aux hommes un modèle digne d’être suivi. Tous ceux dont la crainte de Dieu gouverne les actes secrets de la vie et qui suivent la justice et la droiture se réjouissent en eux. Ce sont les chefs quraychites : un peuple qui, lorsqu’il combat, terrasse l’ennemi ou, à tout le moins, s’efforce d’œuvrer au bien de son propre peuple croyant et accomplit effectivement ce bien. Ce n’est pas chez eux un trait de caractère nouvellement acquis ; en réalité, tout trait de caractère nouveau est mauvais. Si, après eux, un autre vainqueur apparaît parmi les hommes, chacun de ces vainqueurs sera plus insignifiant que le moindre de leurs vainqueurs. S’ils ont fait preuve de faiblesse quelque part, les gens ordinaires ne sauraient y montrer quelque mérite. Et là où tous les hommes font preuve de mérite, eux ne montrent aucune faiblesse. S’ils rivalisent avec les gens du commun ou rivalisent avec les nobles et les gens de haut rang, ce sont eux qui prennent l’avance. On parle d’eux comme de gens d’une telle pureté : ils ne se souillent d’aucune impureté et aucune avidité ne les fait tomber dans l’abaissement. Ils ne se montrent pas avares de courtoisie envers leurs voisins et ne se laissent pas fasciner par les choses insignifiantes. Lorsque nous éprouvons de l’hostilité envers un peuple, nous ne la dissimulons pas et nous ne nous livrons pas en secret à une férocité sauvage. Lorsque la guerre lève contre nous son poing agressif et que des innocents sont meurtris par ses coups, nous la maîtrisons et la soumettons. Eux — les chefs de Quraych — ne s’enorgueillissent pas lorsqu’ils terrassent l’ennemi et ne se désespèrent ni ne s’effraient lorsqu’ils sont vaincus. Lorsqu’ils combattent face à la mort, ils sont comme le lion de la jungle de Hil’yâr, dont il est impossible d’enchaîner les pattes. Acceptez ce qu’ils donnent de leur plein gré et ne cherchez pas à prendre ce qu’ils refusent de donner sous l’effet de la colère. Les conséquences d’une guerre contre eux sont terribles et amères. Renoncez donc à leur hostilité. Lorsque les autres hommes se dispersent en groupes et que leur nature prend des formes diverses, les compagnons du Messager d’Allah lui vouent néanmoins un profond respect. Mon cœur qui leur est attaché leur a consacré mes louanges, et la langue de tout homme proclame leurs mérites. Car, quoi que les gens disent, sérieusement ou en plaisantant, ce sont eux — les disciples de Muhammad — qui constituent le meilleur des peuples. »
Après la fin de cet échange de poèmes et de réponses poétiques, la délégation venue embrassa l’islam. Le Messager d’Allah — qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix — leur offrit de nombreux présents de bienvenue. Lorsqu’elle était venue auprès du Messager d’Allah — qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix —, la délégation avait laissé dans la caravane de chameaux un jeune homme nommé Amr ibn Awthâm. Qays ibn Âsim lui en voulait quelque peu. Il dit : « Ô Messager d’Allah, nous avons laissé l’un des nôtres dans la caravane de montures. Ce n’est qu’un jeune homme. » Il voulait minimiser son cas et laisser entendre qu’il n’était pas nécessaire de lui donner quoi que ce soit. Mais le Messager d’Allah — qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix — lui offrit à lui aussi un présent, comme aux autres. Lorsqu’il apprit les paroles de Qays, Amr ibn Awthâm le réprimanda en récitant ce poème :
« Tu m’as dénigré auprès du Messager d’Allah — qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix —, mais tu as menti et tu n’as pas réussi à me nuire.
Nous avons exercé sur vous une domination totale, alors que votre domination est sur le point de disparaître. »
Ibn Ishâq dit : C’est à propos de cette délégation que fut révélé le verset suivant de la sourate al-Hujurât :
[Arabe *******]
« Ô Messager ! La plupart de ceux qui t’interpellent de l’extérieur des appartements, derrière les rideaux, sont dépourvus de raison. » (Al-Hujurât)
L’histoire des délégués des Banû ‘Âmir, ‘Âmir ibn al-Tufayl et Arbad ibn Qays
Une délégation de trois hommes des Banû ‘Âmir vint auprès de l’Envoyé de Dieu — que Dieu le bénisse et le salue. Il s’agissait de ‘Âmir ibn al-Tufayl, d’Arbad ibn Qays et de Jabbâr ibn Salâmî. C’étaient les chefs les plus intrigants de leur tribu. ‘Âmir ibn al-Tufayl était venu en fomentant un complot terrible contre l’Envoyé de Dieu — que Dieu le bénisse et le salue. Auparavant, les membres de sa tribu lui avaient conseillé de devenir musulman, faisant valoir que la majorité des habitants du pays embrassaient l’islam. Mais il avait répondu : « J’ai juré de ne pas m’arrêter tant que toute la nation arabe n’aura pas reconnu ma direction. Et aujourd’hui, j’accepterais la direction de ce jeune homme de la tribu de Quraysh ! » ‘Âmir dit à Arbad : « Lorsque nous irons tous deux rencontrer Muhammad, nous nous assiérons chacun d’un côté. Dès que Muhammad tournera le visage vers moi pour me parler, tu le frapperas de ton épée. »
Les deux délégués rencontrèrent ensuite l’Envoyé de Dieu — que Dieu le bénisse et le salue. ‘Âmir se mit à dire : « Ô Muhammad, accorde-moi la possibilité de te parler en privé. » L’Envoyé de Dieu — que Dieu le bénisse et le salue — répondit : « Je ne te l’accorderai pas tant que tu n’auras pas cru en l’Unique Dieu. » ‘Âmir répéta plusieurs fois la même demande afin de donner à Arbad l’occasion d’agir. Mais lorsque l’Envoyé de Dieu — que Dieu le bénisse et le salue — refusa catégoriquement de s’entretenir seul avec lui, il repartit avec la délégation. En partant, il menaça : « Tu verras : je lancerai contre toi une immense armée. » L’Envoyé de Dieu — que Dieu le bénisse et le salue — dit : « Ô Allah, protège-moi de ‘Âmir ibn al-Tufayl. »
Après être sortis de chez l’Envoyé de Dieu — que Dieu le bénisse et le salue — ‘Âmir dit à Arbad : « Honte à toi ! Qu’as-tu fait de l’ordre que je t’avais donné ? Par Dieu, je te considérais comme l’homme le plus courageux de la terre et c’est toi que je craignais le plus. Désormais, je ne te craindrai plus. » Arbad répondit : « Malheur à toi ! Ne te précipite pas. Lorsque je me suis apprêté à faire ce que tu m’avais ordonné, j’ai constaté qu’il n’y avait personne devant moi hormis toi. Si j’avais frappé dans cette situation, le coup serait tombé sur ta nuque. Aurais-je donc fini par te frapper, toi ? »
Ils se mirent ensuite en route vers leurs demeures respectives. En chemin, Dieu frappa ‘Âmir ibn al-Tufayl à la nuque de la peste. Il se rendit chez une femme des Banû Salûl et y mourut de cette maladie. À l’agonie, il se lamentait en disant : « Ô Banû ‘Âmir ! Fallait-il finalement que je meure de la peste, et qui plus est dans la maison d’une femme des Banû Salûl ? » [91. Les Banû Salûl étaient connus parmi les Arabes comme une tribu extrêmement lâche et vile. Le poète Samaw’al dit : « Nous sommes un peuple qui ne considère pas le meurtre comme une honte, contrairement aux Banû ‘Âmir et aux Banû Salûl. »] Après avoir enterré ‘Âmir, ses compagnons arrivèrent dans le campement des Banû ‘Âmir avec deux chèvres. Les gens de la tribu des délégués dirent à Arbad : « Ô Arbad ! Comment êtes-vous revenus ? » Il répondit : « Rien de particulier. Il — Muhammad — nous a appelés à adorer un être que, si je l’avais atteint, j’aurais tué d’une flèche. » Un ou deux jours après avoir prononcé ces paroles, Arbad voyageait quelque part avec son chameau. Soudain, Dieu lança sur lui la foudre depuis le ciel et le réduisit en cendres avec son chameau. Arbad était le frère du poète Labîd. Celui-ci composa l’élégie suivante sur la mort d’Arbad :
« La mort n’épargne personne, pas même le père affectueux.
Je ne redoutais pour Arbad que la mort — je ne craignais ni quelque fléau venu du ciel
ni l’attaque d’un lion. »
Ainsi donc, ô œil, pourquoi ne verses-tu pas de larmes pour Arbad ?
Alors que nous tous, hommes et femmes, traversions des jours de profonde détresse et de grandes souffrances
même si tous poussaient des cris, Arbad n’en tenait pas compte.
Et s’ils se conduisaient avec mesure
dans ce cas également, Arbad adoptait une position intermédiaire.
C’était un homme intelligent, doux dans ses paroles et au cœur humble.
Mais il y avait aussi en lui de l’amertume.
Lorsque les arbres se dépouillent en hiver, puis redeviennent féconds et
se ranime et les dernières choses porteuses d’espoir apparaissent,
(c’est-à-dire lorsque la famine apparaît dans le pays, puis que les conditions favorables à la production des récoltes
se créent de nouveau dans le pays). Alors, lui (Arbād,
faisait preuve de plus de bravoure que le lion féroce de la jungle et d’une sagacité éprouvée).
Les pleureuses, blessées par le chagrin qu’il leur causait, se lamentaient comme de jeunes gazelles
dans un désert aride (versant des larmes inutiles). Le jour du malheur,
la mort de ce vaillant cavalier, frappé comme par la foudre, m’a profondément bouleversé.
Il pillait, mais si la personne dépouillée venait à lui, il lui
versait une compensation et, s’il le souhaitait, restituait les biens pillés.
produit de la végétation malgré sa grande pénurie.
les habitants des régions rocailleuses sont les seuls malchanceux,
quelle que soit l’importance de leur population.
Même s’ils connaissent parfois une certaine prospérité, peu après le sort leur réserve de nouveau
la pauvreté. Bien qu’ils soient nombreux, ce n’est que pour être voués à la destruction et
à l’anéantissement.
Arrivée de la délégation des Banû ʿAbd al-Qays conduite par Jârûd
Une délégation de la tribu des Banû ʿAbd al-Qays, dirigée par al-Jârûd ibn ʿAmr, qui était chrétien, vint auprès du Messager d’Allah (paix et bénédictions d’Allah sur lui). Al-Hasan rapporte : Al-Jârûd se présenta auprès du Messager d’Allah (paix et bénédictions d’Allah sur lui) et entama une conversation avec lui. Celui-ci lui exposa l’islam, l’invita à l’embrasser et l’exhorta à le faire. Al-Jârûd dit : « Ô Messager d’Allah, j’ai déjà une religion. Je suis maintenant disposé à abandonner ma religion pour adopter la tienne. Toutefois, pouvez-vous me garantir que le fait d’abandonner ma religion ne me causera aucun préjudice ? » Le Messager d’Allah (paix et bénédictions d’Allah sur lui) répondit : « Oui, je te le garantis : embrasser l’islam signifie qu’Allah t’a donné la possibilité d’adopter une religion meilleure que la tienne. »
En entendant cela, al-Jârûd et ses compagnons embrassèrent l’islam. Puis ils demandèrent au Messager d’Allah (paix et bénédictions d’Allah sur lui) des montures [des moyens de transport] pour retourner dans leur pays. Le Messager d’Allah (paix et bénédictions d’Allah sur lui) déclara qu’il n’était pas en mesure de leur en fournir. Al-Jârûd dit alors : « Ô Messager d’Allah, sur le chemin de notre retour, nous trouvons beaucoup de chameaux errants et égarés, sans propriétaire. Pouvons-nous les monter pour rentrer ? » Le Messager d’Allah (paix et bénédictions d’Allah sur lui) répondit : « Non, surtout pas ! Ne les montez pas. Ils seront des montures menant à l’Enfer. »
Al-Jârûd quitta ensuite le Messager d’Allah (paix et bénédictions d’Allah sur lui) et prit la route vers son pays. Il demeura ferme dans l’islam jusqu’à sa mort et fut un musulman particulièrement exemplaire. Il était encore en vie lorsque, après la mort du Messager d’Allah (paix et bénédictions d’Allah sur lui), certains abandonnèrent l’islam.
Lorsque certains membres de sa tribu, qui étaient musulmans, retournèrent à leur ancienne religion, al-Jârûd leur expliqua que l’islam était la seule religion véritable et les invita à y revenir. Il leur dit : « Ô gens, j’atteste qu’il n’y a aucune divinité en dehors d’Allah et que Muhammad (paix et bénédictions d’Allah sur lui) est Son serviteur et Son Messager. Je proclame également que quiconque ne prononce pas cette attestation est un mécréant. »
Arrivée de la délégation des Banû Hanîfa avec Musaylima le Menteur
Une délégation des Banû Hanîfa, accompagnée de Musaylima le Menteur, vint auprès du Messager d’Allah (paix et bénédictions d’Allah sur lui). Elle logea chez une femme des Ansâr nommée Bint al-Hârith, qui devint par la suite l’épouse d’un membre des Banû Najjâr. Selon un historien médinois, la délégation des Banû Hanîfa amena Musaylima enveloppé dans un tissu alors que le Messager d’Allah (paix et bénédictions d’Allah sur lui) était assis avec ses Compagnons. Il tenait à la main une branche de palmier dont on avait coupé les feuilles, à l’exception de quelques-unes qui se trouvaient à son extrémité. Musaylima, couvert de ce tissu, s’approcha du Messager d’Allah (paix et bénédictions d’Allah sur lui), lui parla et lui demanda un don. Le Messager d’Allah (paix et bénédictions d’Allah sur lui) dit : « Même si tu me demandais cette branche de palmier, je ne te la donnerais pas. »
Ibn Ishaq dit : Un vieil homme des Banû Hanîfa, originaire du Yamâma, m’a rapporté une version différente de l’histoire de Musaylima. Il dit :
Lorsque la délégation des Banû Hanîfa vint rencontrer le Messager d’Allah (paix et bénédictions d’Allah sur lui), elle laissa Musaylima auprès de la caravane de chameaux. Après que la délégation eut embrassé l’islam, elle informa le Messager d’Allah (paix et bénédictions d’Allah sur lui) que Musaylima était également venu avec elle. Ils dirent : « Ô Messager d’Allah (paix et bénédictions d’Allah sur lui), nous avons laissé l’un de nos compagnons pour garder la caravane de chameaux. » Le Messager d’Allah (paix et bénédictions d’Allah sur lui) lui donna alors un présent comme il en donnait aux autres membres de la délégation. Il dit également : « Votre compagnon n’est pas moins honorable que vous, au point que vous l’ayez laissé ici pour garder vos biens au lieu de l’amener avec vous. » La délégation repartit ensuite de chez le Messager d’Allah (paix et bénédictions d’Allah sur lui) et remit à Musaylima ce que celui-ci lui avait donné. Dès qu’ils atteignirent le Yamâma, Musaylima abandonna l’islam et se mit à revendiquer faussement la prophétie. Il dit : « Lorsque vous avez mentionné mon nom auprès de Muhammad (paix et bénédictions d’Allah sur lui), ne vous a-t-il pas dit : “Il n’est pas moins honorable que vous” ? S’il a dit cela, c’est parce qu’il savait que j’étais son associé dans la prophétie. » Il se mit ensuite à leur réciter diverses paroles rimées, tentant ainsi de prouver leur ressemblance avec le Coran. L’une de ces paroles rimées était la suivante :
[Arabe *******]
« Allah a fait grâce aux femmes enceintes, car Il a fait sortir de leur ventre des êtres humains capables de se déplacer, parmi les entrailles et les liquides. »
Mousaylima rendit licites pour sa tribu le vin et la fornication, et les dispensa de la prière. Malgré cela, il continuait à reconnaître la prophétie du Messager d’Allah ﷺ. La tribu des Banû Hanîfa accepta cette prétention qu’il avait forgée de toutes pièces.
Allah sait mieux laquelle de ces deux versions rapportées ci-dessus est exacte.
L’histoire de ʿAdî, fils de Hâtim at-Tâ’î
ʿAdî ibn Hâtim disait : « En entendant parler du Messager d’Allah ﷺ, aucun Arabe ne ressentait à son égard autant de haine que moi. J’étais moi-même un chrétien de noble naissance. J’étais considéré comme un roi, en tant que chef de ma tribu. En entendant parler du Messager d’Allah ﷺ, une profonde hostilité envers lui naquit dans mon cœur. J’avais un esclave arabe qui faisait paître mes chameaux. Je lui dis : “Prépare pour moi quelques chameaux bien dressés et robustes, et attache-les près de moi. Puis, lorsque tu apprendras que l’armée de Muhammad se dirige par ici, informe-m’en.” Il amena les chameaux et les attacha près de moi. »
Un matin, il vint me trouver et me dit : “Ô ʿAdî, fais immédiatement ce que tu avais prévu de faire si l’armée de Muhammad fondait sur toi.” Ayant aperçu plusieurs étendards flottant au loin, je demandai aux gens : “À quoi sont ces étendards ?” Ils répondirent : “Ce sont les étendards de l’armée de Muhammad.” En entendant cela, je dis à mon esclave : “Alors, amène mes chameaux.” Je montai sur l’un d’eux et installai ma femme et mes enfants sur les autres. Puis je poussai le convoi de chameaux en direction des chrétiens de Syrie. La caravane se mit en route par le col montagneux de Jowshiya. Je laissai derrière moi, dans la tribu, une fille de Hâtim. Pour ma part, je m’installai en Syrie. Entre-temps, un groupe de cavaliers du Messager d’Allah ﷺ vint à ma recherche et captura la fille de Hâtim. Ils la conduisirent auprès du Messager d’Allah ﷺ en tant que prisonnière de guerre. Le Messager d’Allah ﷺ avait appris ma fuite en Syrie. Il permit à la fille de Hâtim de rester sur un côté de la mosquée du Prophète. D’autres femmes prisonnières de guerre y étaient également détenues. La fille de Hâtim était éloquente. Lorsque le Messager d’Allah ﷺ passa près d’elles, elle lui dit : “Ô Messager d’Allah, mon père est mort et mon protecteur a disparu. Dans ces circonstances, fais-moi grâce ; Allah te fera grâce.” Le Messager d’Allah ﷺ demanda : “Qui est ton protecteur ?” Elle répondit : “ʿAdî ibn Hâtim.” Le Messager d’Allah ﷺ dit : “Celui qui est ʿAdî, celui qui a fui Allah et Son Messager ?” Après avoir dit cela, le Messager d’Allah ﷺ s’en alla. La fille de Hâtim raconte : “Le lendemain, il passa de nouveau près de moi. Je lui parlai comme la veille, et il répéta la réponse qu’il m’avait donnée la veille. Le jour suivant, le Messager d’Allah ﷺ passa encore près de moi. J’étais alors désespérée. Un homme qui suivait le Messager d’Allah ﷺ me dit : “Lève-toi et parle au Messager d’Allah ﷺ.” Je me levai et lui dis de nouveau : “Ô Messager d’Allah, je suis orpheline de père et mon protecteur a également disparu. Fais-moi donc grâce ; Allah te fera grâce.” Le Messager d’Allah ﷺ répondit : “J’accepte ta demande. Ne te hâte pas de partir d’ici. Lorsque tu trouveras parmi les gens de ta tribu un homme digne de confiance qui puisse te ramener dans ton pays, informe-m’en.” Après m’être renseignée, j’appris que l’homme qui m’avait dit de parler au Messager d’Allah ﷺ était ʿAlî, fils d’Abû Tâlib — qu’Allah l’agrée. Je restai donc là. Finalement, un groupe de cavaliers des tribus de Balî ou de Qudâʿa arriva. Je souhaitais aller rejoindre mon frère en Syrie. Pensant que cette caravane serait un compagnon de route approprié, je me rendis auprès du Messager d’Allah ﷺ et lui dis : “Ô Messager d’Allah, des gens de ma tribu sont arrivés. Je leur fais confiance et ils conviennent pour me conduire à destination.” Le Messager d’Allah ﷺ me fournit une monture, des provisions et des vêtements. Je partis avec le groupe et arrivai en Syrie.
ʿAdî dit : « J’étais assis avec ma famille quand je vis soudain une femme à dos de chameau s’approcher de nous. Je pensai en moi-même que c’était probablement la fille de Hâtim. Je constatai que c’était bien elle. Elle vint s’arrêter devant moi et se mit à me réprimander comme bon lui semblait. Elle dit : “Injuste qui romps les liens de parenté ! Tu as laissé sans protection le dernier membre de la famille de ton père et tu t’es enfui avec ta femme et tes enfants ?” Je répondis : “Ô ma sœur, ne me blâme pas. Je n’ai réellement aucune excuse. Ce que tu dis, je l’ai effectivement fait. »
Elle descendit de son chameau et resta auprès de moi. C’était une femme d’une intelligence remarquable. Je lui demandai : « Que penses-tu de Muhammad ? » Elle répondit : « À mon avis, tu devrais immédiatement rejoindre son mouvement. S’il est prophète, celui qui le rejoindra le premier bénéficiera davantage de sa faveur. Et s’il est roi, ta gloire ne diminuera nullement devant les notables du Yémen. Tu resteras tel que tu es. » Je lui dis : « Ce que tu dis est juste. » Je me mis alors en route vers Médine afin de rencontrer l’Envoyé d’Allah, qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix. À mon arrivée, j’entrai dans la mosquée. L’Envoyé d’Allah, qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix, se leva et partit avec moi vers sa demeure. En chemin, nous rencontrâmes une vieille femme. Elle demanda à l’Envoyé d’Allah, qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix, de s’arrêter un moment. Il resta longtemps debout à écouter ses diverses plaintes et ses besoins. En voyant cela, je me dis intérieurement : « Par Allah, cet homme ne peut pas être un roi. »
Ensuite, l’Envoyé d’Allah, qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix, entra avec moi dans sa demeure. Il me fit asseoir sur un coussin fait de fibres de palmier. Je lui dis : « Asseyez-vous. » Il répondit : « Non, vous, asseyez-vous. » Je m’y assis, tandis que l’Envoyé d’Allah, qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix, s’assit à même le sol.
Je me dis intérieurement : « Cela ne peut certainement pas être le comportement d’un roi. » Il me dit ensuite : « Ô Adî ibn Hâtim, n’es-tu pas raqûsî ? » [92. Les Raqûsî étaient alors un groupe religieux qui professait une doctrine intermédiaire entre le christianisme et le sabéisme.] Je répondis : « Oui. » Il demanda : « Ne consommes-tu pas le quart du butin pris à la guerre par ta tribu ? » Je répondis : « Oui. » Il dit : « Mais cela est interdit dans ta religion. » Je répondis : « C’est vrai. » À ce moment-là, je fus certain qu’il était véritablement le prophète d’Allah, celui qui rappelle aux gens ce qu’ils ont oublié et leur enseigne ce qu’ils ignorent. Il dit ensuite : « Ô Adî, peut-être n’embrasses-tu pas l’islam parce que tu vois la pauvreté des musulmans. Par Allah, le jour n’est pas loin où les musulmans posséderont tant de richesses qu’on ne trouvera personne pour accepter de l’argent. Il se peut aussi que tu n’embrasses pas l’islam parce que les musulmans sont peu nombreux et que leurs ennemis sont plus nombreux. Par Allah, le jour est proche où tu apprendras qu’une femme, seule, sans crainte et en sécurité, sera venue de Qâdisiyya sur son chameau pour visiter la Maison sacrée. Peut-être encore n’embrasses-tu pas l’islam parce que tous les rois que tu vois sont des non-musulmans. Mais, par Allah, le jour est imminent où les palais blancs de Babylone tomberont aux mains des musulmans. »
Adî disait : « J’ai vu s’accomplir deux des prédictions de l’Envoyé d’Allah, qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix. Il n’en reste plus qu’une, et par Allah, elle s’accomplira elle aussi. J’ai vu les palais blancs de Babylone tomber aux mains des musulmans. J’ai également vu une femme, seule et en sécurité, accomplir le pèlerinage depuis Qâdisiyya. Quant à l’abondance des richesses, au point qu’on ne trouvera personne pour accepter de l’argent, cela deviendra aussi un jour une réalité. »
L’arrivée de Farwa ibn Musayk al-Murâdî
Ibn Ishâq dit : Farwa ibn Musayk al-Murâdî vint trouver l’Envoyé d’Allah, qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix, après avoir rejeté la domination des rois de Kinda. Avant l’avènement de l’islam, au cours d’une guerre entre Murâd et Hamdân, Hamdân infligea de lourdes pertes à Murâd et perpétra un vaste massacre. Dans l’histoire, ce jour est connu sous le nom de « Yawm ar-Radam », c’est-à-dire « le jour où furent creusées de nombreuses tombes ». Ce jour-là, l’attaque contre Murâd fut menée par Azda ibn Mâlik, à la tête de l’armée hamdânite.
En quittant les rois de Kinda pour se rendre auprès de l’Envoyé d’Allah, qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix, Farwa récita le poème suivant :
« Lorsque je vis les rois de Kinda, tels des traîtres, [à l’égard] du royaume
lorsqu’il avait méprisé l’honneur et la pudeur des femmes,
monté sur sa propre monture, dans l’espoir d’obtenir la meilleure faveur et le meilleur refuge,
je me suis mis en route vers Muhammad. »
Lorsque Farwa fut présenté au Messager d’Allah, qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix, celui-ci lui dit : « Ô Farwa ! Est-ce la perte subie par ton peuple au Yawm al-Radm qui t’a affligé ? » Il répondit : « Ô Messager d’Allah ! Qui ne serait pas affligé après avoir subi une telle perte ? » Le Messager d’Allah, qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix, dit : « Écoute : si tu embrasses l’islam, le bien de ton peuple ne cessera de croître malgré cette perte. »
Ensuite, il nomma Farwa gouverneur des tribus de Murad, Zubayd et Madhhij, et lui envoya Khalid ibn Sa‘id en qualité de collecteur de la zakat. Khalid y demeura en fonction jusqu’à la mort du Messager d’Allah, qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix.
Arrivée d’une délégation de Dhu Zubayd conduite par ‘Amr ibn Ma‘di Yakrib
Une délégation de Dhu Zubayd, conduite par ‘Amr ibn Ma‘di Yakrib, vint auprès du Messager d’Allah, qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix, et embrassa l’islam. Auparavant, après avoir entendu parler du Messager d’Allah, ‘Amr avait dit à Qays ibn Makshuh al-Muradi : « Ô Qays ! Tu es pourtant le chef de ta tribu. Nous avons appris qu’un homme de Quraysh nommé Muhammad s’est manifesté au Hijaz en se présentant comme prophète. Allons auprès de lui et voyons si ce qu’il prétend est vrai. S’il est réellement prophète, tu le comprendras certainement. Et s’il nous apparaît véritablement qu’il est prophète, nous le suivrons. Sinon, nous saurons jusqu’où s’étend son savoir. » Mais Qays rejeta cette proposition et la qualifia d’opinion née de la stupidité. Alors ‘Amr ibn Ma‘di Yakrib se rendit lui-même, accompagné de ses hommes, auprès du Messager d’Allah, qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix, et embrassa l’islam. Ayant appris cela, Qays ibn Makshuh déclara : « ‘Amr s’est opposé à moi et a rejeté mon opinion. Très bien, je vais lui montrer de quoi je suis capable. » Il menaça et réprimanda sévèrement ‘Amr.
Selon Ibn Hisham, c’est Malik ibn al-Harith al-Hamdani qui dirigeait Hamdan lors de cette expédition.
En réponse, ‘Amr récita les vers suivants :
« Le jour de l’affaire de Sa‘na, je t’avais donné un conseil judicieux,
je t’avais conseillé de craindre Allah et de t’accorder avec la justice.
Tu as échappé à la mort comme l’âne qui s’enorgueillit de son pieu.
Il m’a trouvé monté sur un cheval,
sur lequel je suis capable de lui barrer le passage.
Je porte une armure aussi paisible que
un bassin d’eau limpide situé sur un terrain rocailleux. »
La lance dévie après avoir frappé son armure, et sa meilleure partie est projetée au loin.
Si tu viens m’affronter, tu verras
que tu es venu affronter un lion à l’unique crinière.
Alors tu verras notre guerrier indomptable, aux poings de tonnerre et au cou dressé,
(c’est-à-dire ardemment préparé au combat).
Si un adversaire de son âge cherche à le maîtriser, c’est lui-même qui
le vainc, le saisit et le projette en l’air,
puis le jette à terre et le tue,
lui extrait la cervelle et le réduit en miettes,
puis l’avale et le dévore.
Ses dents et ses griffes sont souillées par la tyrannie du shirk. »
Plus tard, ʿAmr ibn Maʿdī Yakrib demeura au sein de la tribu des Banū Zubayr, sous l’autorité de Farwa ibn Musayk, jusqu’au décès du Messager de Dieu — que Dieu le bénisse et lui accorde la paix. Puis il apostasia. Lorsqu’il s’écarta de la vérité, il récita le poème suivant :
« Le gouvernement de Farwa nous a paru être le plus détestable des gouvernements.
Nous l’avons trouvé semblable à cet âne qui enfouit son nez dans la matrice et la renifle.
Si tu voyais ce gouvernement, ô Abū ʿAmr, alors
tu verrais que son entourage n’est composé que de démons et de traîtres. »
Arrivée de la délégation de Kinda conduite par Ashʿath ibn Qays
Ibn Ishaq dit : Ashʿath ibn Qays se présenta auprès du Messager de Dieu, que Dieu le bénisse et lui accorde la paix, à la tête d’une délégation de Kinda. Zuhri ibn Shihab m’a rapporté qu’Ashʿath rencontra le Messager de Dieu, que Dieu le bénisse et lui accorde la paix, dans la mosquée du Prophète, accompagné de quatre-vingts cavaliers de Kinda montés sur des chameaux. Ses hommes étaient venus les cheveux soigneusement peignés, les yeux fardés au khôl et vêtus de robes yéménites ornées de broderies et agrémentées de soie. Lorsqu’ils vinrent le rencontrer, le Messager de Dieu, que Dieu le bénisse et lui accorde la paix, leur dit : « N’êtes-vous pas devenus musulmans ? » Ils répondirent : « Si. » Il dit : « Alors pourquoi y a-t-il tant de soie sur vos vêtements ? » À ces mots, ils arrachèrent et jetèrent les parties de soie de leurs vêtements. Puis Ashʿath ibn Qays dit au Messager de Dieu, que Dieu le bénisse et lui accorde la paix :
« Ô Messager de Dieu ! De même que nous sommes les descendants de ʿAqîl al-Murâb, vous êtes les descendants de ʿAqîl al-Murâr. » [93. Il s’agit du surnom d’un ancêtre de Banû Kinda. La mère de Kilâb ibn Murra, l’un des ancêtres des Quraysh, étant une fille de Banû Kinda, Ashʿath plaisanta en disant que celui-ci était, par sa mère, un descendant de ʿAqîl al-Murâb.] Le Messager de Dieu, que Dieu le bénisse et lui accorde la paix, sourit et dit : « Employez donc cette généalogie pour ʿAbbâs ibn ʿAbd al-Muttalib et Rabîʿa ibn al-Hârith. » Ces deux hommes étaient des commerçants. Lorsqu’ils se rendaient, pour leurs affaires, dans une contrée arabe éloignée et qu’on leur demandait qui ils étaient, ils répondaient : « Nous sommes les descendants de ʿAqîl al-Murâr. » Ils disaient cela pour rehausser leur prestige, car la tribu de Kinda comptait de nombreux rois. Le Messager de Dieu, que Dieu le bénisse et lui accorde la paix, ajouta : « Non, nous sommes plutôt les descendants de Nadar ibn Kinâna. Nous ne nous revendiquons pas par notre ascendance maternelle et nous n’abandonnons jamais notre filiation paternelle. » Alors Ashʿath ibn Qays pressa ses compagnons de retourner auprès de leur tribu en leur disant : « Votre affaire est-elle terminée ? Par Dieu, je ne laisse pas passer sans lui donner quatre-vingts coups de bâton celui qui tient de tels propos — celui qui se réclame de sa lignée maternelle au lieu de sa lignée paternelle. »
Arrivée de Surad ibn ʿAbd Allâh al-Azdî
Surad ibn ʿAbd Allâh al-Azdî vint auprès du Messager de Dieu, que Dieu le bénisse et lui accorde la paix, accompagné d’un groupe d’hommes de la tribu d’Azd. Ils embrassèrent l’islam et devinrent des musulmans profondément dévoués. Le Messager de Dieu, que Dieu le bénisse et lui accorde la paix, nomma Surad émir des membres musulmans de sa tribu et lui ordonna de mener le jihâd avec eux contre les tribus yéménites polythéistes des environs.
Sur l’ordre du Messager de Dieu, que Dieu le bénisse et lui accorde la paix, ils partirent d’abord en expédition contre Jurâsh afin d’y mener le jihâd. Cette ville, peuplée de tribus yéménites, était alors entourée de murailles et fortifiée. Ayant appris que l’armée musulmane venait les attaquer, la tribu de Khashʿam se joignit aux Yéménites. L’armée de Surad assiégea les Khashʿamites yéménites pendant près d’un mois, tandis que ceux-ci résistèrent depuis l’intérieur de Jurâsh et restèrent indemnes. Surad se retira ensuite avec son armée. Lorsqu’il atteignit les environs du mont Shakâr, les habitants de Jurâsh, le croyant vaincu, se lancèrent à sa poursuite. Dès qu’ils attaquèrent l’armée de Surad, celui-ci les attaqua à son tour et en tua un grand nombre. Auparavant, les habitants de Jurâsh avaient envoyé deux hommes à Médine auprès du Messager de Dieu, que Dieu le bénisse et lui accorde la paix, afin d’observer la situation. Un jour, après la prière de lʿasr, alors qu’ils étaient assis auprès du Messager de Dieu, que Dieu le bénisse et lui accorde la paix, celui-ci leur demanda : « Où se trouve Shakâr ? » Les deux hommes de Jurâsh répondirent : « Ô Messager de Dieu ! Il y a une montagne dans notre région. Nous, habitants de Jurâsh, l’appelons Kâshar. » Le Messager de Dieu, que Dieu le bénisse et lui accorde la paix, dit : « Le nom de cette montagne n’est pas Kâshar, mais Shakâr. » Ils demandèrent : « Que s’est-il passé à Shakâr, ô Messager de Dieu ? » Il répondit : « En ce moment même, beaucoup de gens y sont tués. »
Les deux hommes allèrent s’asseoir auprès d’Abû Bakr ou de ʿUthmân, que Dieu soit satisfait de lui. Celui-ci leur dit : « Le Messager de Dieu, que Dieu le bénisse et lui accorde la paix, vous a annoncé la mort des membres de votre tribu. Demandez-lui d’invoquer Dieu afin que votre tribu soit délivrée de ce malheur. » Lorsqu’ils le lui demandèrent, le Messager de Dieu, que Dieu le bénisse et lui accorde la paix, fit cette invocation : « Ô Dieu, éloigne ce malheur des habitants de Jurâsh ! » Puis les deux hommes partirent en direction de Jurâsh. À leur arrivée, ils apprirent que Surad ibn ʿAbd Allâh avait tué les habitants de Jurâsh exactement le jour et à l’heure mêmes où le Messager de Dieu, que Dieu le bénisse et lui accorde la paix, leur avait parlé de cet événement.
La délégation de Jurâsh vint auprès du Messager de Dieu, que Dieu le bénisse et lui accorde la paix, et embrassa l’islam. Le Messager de Dieu, que Dieu le bénisse et lui accorde la paix, désigna autour de leur ville plusieurs zones protégées destinées au pâturage des animaux. Des zones distinctes furent délimitées pour les chevaux, les chameaux et les bœufs de labour, et il fut proclamé qu’il ne serait permis à personne de capturer ou de manger les animaux qui paîtraient dans ces zones.
L’arrivée des envoyés des rois de la lignée de Himyar
Les souverains de Himyar envoyèrent des envoyés au Messager d’Allah — qu’Allah le bénisse et le salue — accompagnés d’une lettre pour lui annoncer leur conversion à l’islam. Parmi ces souverains se trouvaient al-Hârith ibn ‘Abd Kulâl, Nu‘aym, Ma‘âfir et Nu‘mân Qayl, le sous-gouverneur du Hamdân. [94. Il existe une divergence au sujet du terme « qayl ». Certains disent simplement qu’il signifie « roi ». D’autres disent qu’il désigne un haut fonctionnaire proche du roi. Cette dernière opinion est la plus répandue.] Ces envoyés arrivèrent lorsque le Messager d’Allah — qu’Allah le bénisse et le salue — revenait de l’expédition de Tabûk. Le souverain du Yémen, Dhûrâ, envoya Mâlik ibn Murra al-Bahâwî. Tous envoyèrent des émissaires et des lettres pour déclarer leur conversion à l’islam, leur abandon du polythéisme et leur rupture avec les polythéistes. En réponse, le Messager d’Allah — qu’Allah le bénisse et le salue — leur écrivit la lettre suivante : « Au nom d’Allah, le Tout Miséricordieux, le Très Miséricordieux. De la part du Messager et Prophète d’Allah, Muhammad, à Ru‘ayn, Ma‘âfir, au souverain du Hamdân, Ibn ‘Abd Kulâl, à Nu‘aym ibn ‘Abd Kulâl et au sous-gouverneur Nu‘mân. Je loue le Très-Haut Allah, en dehors de qui il n’y a aucune divinité. Après notre retour du territoire romain, vos envoyés nous ont rencontrés à Médine et nous ont transmis votre message. Ils nous ont informés de votre conversion à l’islam et du meurtre des polythéistes. Si vous suivez la voie de la sincérité, obéissez à Allah et à Son Messager, accomplissez la prière, acquittez la zakât, versez pour Allah le cinquième du butin, la part du Prophète, la part choisie avant sa répartition, ainsi que l’aumône obligatoire imposée aux croyants, vous obtiendrez la guidée d’Allah. L’aumône obligatoire consiste en un dixième de la récolte des terres agricoles irriguées par la pluie et l’eau des cours d’eau, et en un vingtième de la récolte des terres irriguées artificiellement.
Pour quarante chameaux, une chamelle âgée de plus de deux ans, et pour trente chameaux, un chameau âgé de plus de deux ans. Pour cinq chameaux, une chèvre ; pour dix chameaux, deux chèvres ; pour quarante bovins, une vache ; pour trente, un veau âgé d’un ou de deux ans ; et pour quarante bovins, une vache ; pour trente, un veau âgé d’un ou de deux ans ; et pour quarante chèvres ou moutons paissant librement, une chèvre. Telle est l’aumône obligatoire prescrite par Allah aux croyants. Donner davantage est meilleur, mais celui qui ne donnera que cette quantité, témoignera de son obéissance à l’islam et aidera les croyants à vaincre les polythéistes : celui-là est croyant. Il jouit des mêmes droits et assume les mêmes obligations que l’ensemble des croyants. Allah et le Messager d’Allah garantissent sa sécurité complète. Si un juif ou un chrétien embrasse l’islam, il sera des croyants. Ses droits et ses obligations seront les mêmes que ceux des autres croyants. Si quelqu’un souhaite rester dans sa religion juive ou chrétienne, il ne sera pas contraint d’embrasser l’islam. Toutefois, tout adulte de cette catégorie, homme ou femme, esclave ou libre, devra payer la jizya. Le montant de la jizya est d’un dinar, ou l’équivalent en étoffe, selon le prix d’achat du ma‘âfir, une étoffe yéménite particulière. Celui qui versera cette jizya au Messager d’Allah — qu’Allah le bénisse et le salue — aura sa sécurité garantie par Allah et Son Messager. Celui qui refusera de la payer sera l’ennemi d’Allah et de Son Messager.
Le Prophète et Messager d’Allah, Muhammad — qu’Allah le bénisse et le salue — donne ses instructions à Dhûrâ, le souverain du Yémen : lorsque mes envoyés Mu‘âdh ibn Jabal, ‘Abdullah ibn Zayd, Mâlik ibn ‘Ubâda et ‘Uqba ibn Nâmir, ainsi que leurs compagnons — qu’Allah les agrée — arriveront auprès de vous, traitez-les convenablement. S’ils recouvrent la zakât et la jizya dues par vos sujets et les remettent aux envoyés placés sous l’autorité de l’émir Mu‘âdh ibn Jabal, que Dhûrâ y consente.
Muhammad déclare de nouveau qu’il n’y a aucune divinité en dehors d’Allah et qu’il est le serviteur et le Messager d’Allah.
Il est également rapporté que Mâlik ibn Murra al-Bahâwî m’a informé que toi, Dhûrâ, as été le premier des souverains de Himyar à embrasser l’islam et que tu as tué les polythéistes. Reçois donc cette bonne nouvelle et ces félicitations, et comporte-toi bien envers les habitants de Himyar. Ne trahis pas et ne maltraite personne. Souviens-toi que le Messager d’Allah est le protecteur de tous, riches et pauvres, parmi vous. L’aumône de la zakât n’est pas licite pour Muhammad ni pour sa famille. La zakât est un moyen de purifier les biens et elle n’est licite que pour les pauvres musulmans et les voyageurs. Mâlik t’a transmis ton message correctement et fidèlement. Nous vous ordonnons donc de bien le traiter. Nous avons envoyé auprès de vous, parmi mes compagnons, des hommes extrêmement honnêtes, compétents, savants et pieux. Nous vous ordonnons de bien les traiter, car leur rapport sera considéré comme ayant la plus grande importance. Wa-s-salâmu ‘alaykum wa rahmatullâhi wa barakâtuh. »
Les conseils du Messager d’Allah à Mu‘âdh ibn Jabal au moment de l’envoyer au Yémen
Ibn Ishâq dit : ‘Abdullah ibn Abû Bakr m’a informé qu’il lui avait été rapporté que, lorsque le Messager d’Allah — qu’Allah le bénisse et le salue — envoya Mu‘âdh comme émissaire, il lui donna certains conseils et lui fit prendre un engagement. Il dit : « Présente-leur l’appel à l’islam avec douceur, et non avec dureté. Fais naître en eux l’espoir et ne les rebute pas. Tu rencontreras ainsi des gens du Livre. Ils te demanderont quelle est la clé du Paradis. Dis-leur : témoigner qu’Allah est Un et qu’Il n’a aucun associé, voilà la clé du Paradis. »
L’acceptation de l’islam par la tribu des Banû al-Hârith aux mains de Khâlid ibn al-Walîd (que Dieu l’agrée) au cours de l’expédition
Ibn Ishâq dit : durant le mois de Rabî‘ ath-Thânî ou de Jumâdâ al-Awwal de la dixième année de l’Hégire, le Messager de Dieu, que Dieu le bénisse et le salue, envoya Khâlid ibn al-Walîd auprès de la tribu des Banû al-Hârith ibn Ka‘b de Najrân, avec l’ordre suivant : « Avant de les combattre, invite-les à l’islam pendant trois jours. S’ils répondent à cette invitation, accepte leur conversion. Sinon, attaque-les. »
Khâlid se mit en route. Lorsqu’il arriva dans le territoire des Banû al-Hârith, il ordonna à ses compagnons de se disperser autour d’eux et de les inviter à l’islam. Ils se mirent à dire : « Ô gens, embrassez l’islam, et vous serez en sécurité. » Les gens commencèrent à embrasser l’islam, et Khâlid resta auprès d’eux. Il leur enseigna l’islam et les informa au sujet du Coran et de la Sunna du Messager. Le Messager de Dieu, que Dieu le bénisse et le salue, lui avait également ordonné de rester auprès des habitants de Najrân et de continuer à leur enseigner en détail l’islam s’ils l’embrassaient au lieu de combattre. Khâlid ibn al-Walîd (que Dieu l’agrée) écrivit alors au Messager de Dieu, que Dieu le bénisse et le salue, la lettre suivante :
« Au nom de Dieu, le Tout Miséricordieux, le Très Miséricordieux. De la part de Khâlid ibn al-Walîd à l’attention de Muhammad, le Prophète envoyé par Dieu, que Dieu le bénisse et le salue. Ô Messager de Dieu, que la paix, la miséricorde et les bénédictions de Dieu soient sur toi. Je te loue Dieu, en dehors duquel il n’y a aucune divinité. Ô Messager de Dieu, que la miséricorde et les bénédictions de Dieu soient sur toi. Tu m’as envoyé auprès des Banû al-Hârith avec l’ordre de ne pas les combattre pendant trois jours, mais de les inviter à l’islam. S’ils l’embrassaient, je devais accepter leur conversion, rester parmi eux et leur enseigner en détail les prescriptions de l’islam, le Livre de Dieu et la Sunna du Messager. S’ils ne l’embrassaient pas, je devais les combattre. Dès mon arrivée auprès d’eux, je les ai invités à l’islam pendant trois jours, conformément à l’ordre du Messager de Dieu, que Dieu le bénisse et le salue. J’ai envoyé mes compagnons auprès des habitants de cette région. Ils les ont invités en disant : “Ô Banû al-Hârith, embrassez l’islam, et vous serez en sécurité.” »
Ainsi, les Banû al-Hârith ne combattirent pas et embrassèrent l’islam. Je demeure parmi eux et leur ordonne ce que Dieu a ordonné, tout en les empêchant de faire ce que Dieu a interdit. Je leur enseigne en détail les prescriptions de l’islam et les enseignements du Messager de Dieu, que Dieu le bénisse et le salue, et je poursuis cette tâche jusqu’au moment où j’écris cette lettre. Ô Messager de Dieu, que la paix, la miséricorde et les bénédictions de Dieu soient sur toi. »
En réponse, le Messager de Dieu, que Dieu le bénisse et le salue, écrivit à Khâlid la lettre suivante : « Au nom de Dieu, le Tout Miséricordieux, le Très Miséricordieux. De la part de Muhammad, le Prophète envoyé par Dieu, à Khâlid ibn al-Walîd. Que la paix soit sur toi. Je te loue Dieu, en dehors duquel il n’y a aucune divinité. J’ai appris par ton courrier, transmis par un messager, que les Banû al-Hârith avaient embrassé l’islam sans combattre et qu’ils avaient répondu à votre invitation en attestant qu’il n’y a de divinité que Dieu et que Muhammad est Son serviteur et Son Messager. Tu as indiqué que Dieu les avait guidés par le message de Sa bonne direction. Annonce-leur donc la bonne nouvelle, tout en les avertissant. À présent, reviens et demande à une délégation des Banû al-Hârith de venir auprès de moi. Que la paix, la miséricorde et les bénédictions de Dieu soient sur vous. »
Après avoir reçu la lettre du Messager de Dieu, que Dieu le bénisse et le salue, Khâlid retourna à Médine auprès du Messager de Dieu, que Dieu le bénisse et le salue. Une délégation des Banû al-Hârith vint également avec lui. Parmi ses membres éminents se trouvaient : Qays ibn al-Husayn, Yazîd ibn ‘Abd al-Madân, Yazîd ibn Muhajjil, ‘Abd Allâh ibn Qurâd adh-Dhiyâdî, Shaddâd ibn ‘Abd Allâh al-Kinânî et ‘Amr ibn ‘Abd Allâh ad-Dhibâbî. Lorsqu’ils se présentèrent auprès du Messager de Dieu, que Dieu le bénisse et le salue, celui-ci les vit et dit : « Qui sont ces gens qui ressemblent à des Indiens ? » Les Compagnons répondirent : « Ô Messager de Dieu, ce sont des membres des Banû al-Hârith. » Ils s’avancèrent devant le Messager de Dieu, que Dieu le bénisse et le salue, et le saluèrent. Ils dirent : « Nous attestons que tu es le Messager de Dieu et qu’il n’y a aucune divinité en dehors de Dieu. » Le Messager de Dieu, que Dieu le bénisse et le salue, dit : « Moi aussi, j’atteste qu’il n’y a aucune divinité en dehors de Dieu et que je suis le Messager de Dieu. » Puis il dit : « Alors, êtes-vous bien le peuple qui, lorsqu’on le repousse, avance davantage ? » Il répéta cette phrase quatre fois. Le Messager de Dieu, que Dieu le bénisse et le salue, dit : « Si Khâlid ne m’avait pas informé que vous aviez embrassé l’islam sans combattre, je vous aurais tranché la tête et vous aurais jetés sous vos pieds. » Yazîd ibn ‘Abd al-Madân dit : « Sachez que nous ne vous avons pas loué, pas plus que Khâlid. » Le Messager de Dieu, que Dieu le bénisse et le salue, demanda : « Qui donc avez-vous loué ? » Ils répondirent : « Ô Messager de Dieu, nous avons loué Dieu, le Très Glorieux et le Tout-Puissant, qui nous a guidés par ton intermédiaire. » Il dit : « Vous dites vrai. » Puis il demanda : « Par quoi, à l’époque de l’Ignorance, remportiez-vous la victoire sur vos adversaires dans les combats ? » Ils répondirent : « Mais nous ne remportions la victoire sur personne ! » Le Messager de Dieu, que Dieu le bénisse et le salue, dit : « Si ! Vous remportiez la victoire sur ceux qui vous combattaient. » Les membres de la délégation dirent : « Ô Messager de Dieu, la raison pour laquelle nous l’emportions sur nos adversaires était que nous restions unis et ne nous querellions pas. Nous n’attaquions jamais personne les premiers ni injustement. » Le Messager de Dieu, que Dieu le bénisse et le salue, dit : « Vous dites vrai. »
Le Messager de Dieu, que Dieu le bénisse et le salue, nomma Qays ibn al-Husayn émir des Banû al-Hârith.
Ensuite, la délégation des Banû al-Hârith retourna dans son pays à la fin de Shawwâl ou au début de Dhû al-Qa‘da. Quatre mois seulement après leur départ, le Messager de Dieu, que Dieu le bénisse et lui accorde la paix, décéda.
Après le départ de la délégation, le Messager de Dieu, que Dieu le bénisse et lui accorde la paix, envoya ‘Amr ibn Hazm, que Dieu l’agrée, auprès des Banû al-Hârith afin de leur enseigner les prescriptions détaillées de l’islam et sa Sunna, et de percevoir leur aumône légale. Il lui remit également une lettre contenant ses instructions. La lettre était ainsi conçue :
« Au nom de Dieu, le Tout Miséricordieux, le Très Miséricordieux. Ceci est une proclamation de la part de Dieu et de Son Messager. Ô croyants, respectez vos engagements. Voici une directive du prophète Muhammad, envoyé par Dieu, à l’intention de son émissaire ‘Amr ibn Hazm, envoyé au Yémen. Il lui a ordonné de craindre Dieu en toute circonstance et en tout lieu. Il faut savoir que Dieu est avec ceux qui Le craignent et qui accomplissent le bien. Il lui est ordonné de toujours suivre la voie de la justice et de la vérité, comme Dieu le lui a commandé. Qu’il exhorte les gens à suivre la voie du bien et leur enjoigne de l’emprunter. Qu’il répande parmi eux l’enseignement du Coran, leur en dispense une connaissance approfondie et les avertisse afin que personne ne touche le Coran en état d’impureté. Qu’il leur fasse connaître ce qui est bon pour eux et ce qui leur est nuisible, qu’il se montre conciliant envers ceux qui suivent le droit et la justice, et ferme envers les injustes. Car Dieu déteste l’injustice et a ordonné de s’en abstenir. Il a dit : “Prenez garde ! La malédiction de Dieu est sur les injustes !” Qu’il encourage les gens à entrer au Paradis et à accomplir les œuvres qui y conduisent, et qu’il les mette en garde contre l’Enfer et les œuvres qui y conduisent. Afin de leur transmettre une connaissance subtile et étendue de l’islam, qu’il s’efforce de se faire aimer d’eux et leur enseigne les règles, les sunan, les obligations et les commandements de Dieu relatifs au grand pèlerinage et au petit pèlerinage, c’est-à-dire à la ‘umra. Qu’il interdise aux gens de prier en ne portant qu’un vêtement court ; toutefois, si ce vêtement est assez ample pour qu’une extrémité puisse être passée autour du cou par-dessus l’autre, cela est différent. Qu’il leur interdise de s’asseoir, vêtus d’un seul habit, en levant les jambes de telle manière que leur nudité apparaisse. Qu’il interdise aux hommes de tresser leurs cheveux et de les laisser pendre dans leur dos. En période d’excitation, qu’il leur interdise d’appeler les gens en invoquant les tribus et les groupes familiaux, et leur ordonne de les appeler uniquement au nom de Dieu, l’Unique. Ceux qui, au lieu d’appeler vers Dieu, appellent à l’allégeance à une tribu ou à un groupe particulier devront être éliminés par l’épée. Et le Messager de Dieu, que Dieu le bénisse et lui accorde la paix, nomma Qays ibn Husayn émir des Banû al-Hârith. »
Ensuite, la délégation des Banû al-Hârith retourna dans son pays à la fin de Shawwâl ou au début de Dhû al-Qa‘da. Quatre mois seulement après leur départ, le Messager de Dieu, que Dieu le bénisse et lui accorde la paix, décéda.
Après le départ de la délégation, le Messager de Dieu, que Dieu le bénisse et lui accorde la paix, envoya ‘Amr ibn Hazm, que Dieu l’agrée, auprès des Banû al-Hârith afin de leur enseigner les prescriptions détaillées de l’islam et sa Sunna, et de percevoir leur aumône légale. Il lui remit également une lettre contenant ses instructions. La lettre était ainsi conçue :
« Au nom de Dieu, le Tout Miséricordieux, le Très Miséricordieux. Ceci est une proclamation de la part de Dieu et de Son Messager. Ô croyants, respectez vos engagements. Voici une directive du prophète Muhammad, envoyé par Dieu, à l’intention de son émissaire ‘Amr ibn Hazm, envoyé au Yémen. Il lui a ordonné de craindre Dieu en toute circonstance et en tout lieu. Il faut savoir que Dieu est avec ceux qui Le craignent et qui accomplissent le bien. Il lui est ordonné de toujours suivre la voie de la justice et de la vérité, comme Dieu le lui a commandé. Qu’il exhorte les gens à suivre la voie du bien et leur enjoigne de l’emprunter. Qu’il répande parmi eux l’enseignement du Coran, leur en dispense une connaissance approfondie et les avertisse afin que personne ne touche le Coran en état d’impureté. Qu’il leur fasse connaître ce qui est bon pour eux et ce qui leur est nuisible, qu’il se montre conciliant envers ceux qui suivent le droit et la justice, et ferme envers les injustes. Car Dieu déteste l’injustice et a ordonné de s’en abstenir. Il a dit : “Prenez garde ! La malédiction de Dieu est sur les injustes !” Qu’il encourage les gens à entrer au Paradis et à accomplir les œuvres qui y conduisent, et qu’il les mette en garde contre l’Enfer et les œuvres qui y conduisent. Afin de leur transmettre une connaissance subtile et étendue de l’islam, qu’il s’efforce de se faire aimer d’eux et leur enseigne les règles, les sunan, les obligations et les commandements de Dieu relatifs au grand pèlerinage et au petit pèlerinage, c’est-à-dire à la ‘umra. Qu’il interdise aux gens de prier en ne portant qu’un vêtement court ; toutefois, si ce vêtement est assez ample pour qu’une extrémité puisse être passée autour du cou par-dessus l’autre, cela est différent. Qu’il leur interdise de s’asseoir, vêtus d’un seul habit, en levant les jambes de telle manière que leur nudité apparaisse. Qu’il interdise aux hommes de tresser leurs cheveux et de les laisser pendre dans leur dos. En période d’excitation, qu’il leur interdise d’appeler les gens en invoquant les tribus et les groupes familiaux, et leur ordonne de les appeler uniquement au nom de Dieu, l’Unique. Ceux qui, au lieu d’appeler vers Dieu, appellent à l’allégeance à une tribu ou à un groupe particulier devront être éliminés par l’épée. Un homme digne de confiance m’a rapporté, d’après Abû Hurayra, que Dieu l’agrée, que le Messager de Dieu, que Dieu le bénisse et lui accorde la paix, a dit : “Avant l’Heure, trente imposteurs apparaîtront, et chacun d’eux prétendra être prophète.” »
Campagne de collecte de la zakât menée par les agents et les émirs nommés par le Messager de Dieu, que Dieu le bénisse et lui accorde la paix
Ibn Ishâq dit :
Avant son décès, le Messager d’Allah — qu’Allah le bénisse et le salue — envoya ses émirs et ses agents qu’il avait désignés pour collecter la zakat dans tous les pays et territoires sous domination musulmane. Il envoya al-Muhâjir ibn Abû Umayya à Sanaa. Alors qu’il s’y trouvait encore, al-Ansî se rebella contre le Messager d’Allah — qu’Allah le bénisse et le salue. Il envoya Ziyâd ibn Labîd, de la tribu ansarite des Banû Bayâda, au Hadramaut ; Adî ibn Hâtim aux tribus de Tayyi et d’Asad ; Mâlik ibn Nuwayra aux Banû Hanzala ; az-Zibirqân ibn Badr à une partie des Banû Sa‘d ; Qays ibn Âsim à l’autre partie de cette même tribu ; et Alî ibn Abû Tâlib — qu’Allah l’agrée — au Najrân pour y percevoir la zakat des musulmans et la jizya des chrétiens.
La lettre de Musaylima au Messager d’Allah — qu’Allah le bénisse et le salue — et la réponse du Messager d’Allah — qu’Allah le bénisse et le salue —
« De la part du Messager d’Allah, Musaylima, au Messager d’Allah, Muhammad. Que la paix soit sur toi. Il m’a été donné une part de ta prophétie. La moitié de la terre nous revient et l’autre moitié revient aux Quraychites. Mais les Quraychites dépassent toujours les limites. »
Deux émissaires apportèrent cette lettre au Messager d’Allah — qu’Allah le bénisse et le salue. Ibn Ishâq dit : « Un vieil homme de la tribu des Banû Achja‘ m’a rapporté, d’après Salma ibn Nu‘aym, que Nu‘aym a dit : après avoir pris la lettre des deux émissaires et l’avoir lue, le Messager d’Allah — qu’Allah le bénisse et le salue — leur demanda : “Que dites-vous, vous deux ?” Ils répondirent : “Nous disons ce que dit Musaylima.” Le Messager d’Allah — qu’Allah le bénisse et le salue — dit : “Par Allah, si le meurtre des émissaires n’était pas contraire aux principes, je vous aurais décapités.” »
Puis il écrivit à Musaylima : « Au nom d’Allah, le Tout Miséricordieux, le Très Miséricordieux. De la part de Muhammad, le Messager d’Allah, à Musaylima, le prétendant mensonger. Que la paix soit sur celui qui suit la guidée venue d’Allah. Sache que la terre appartient entièrement à Allah. Il en donne la souveraineté à qui Il veut parmi Ses serviteurs, et la bonne fin dans l’au-delà appartient à ceux qui Le craignent. » Cet échange de lettres eut lieu durant la dixième année de l’Hégire.
Le pèlerinage d’adieu
Lorsque commença le mois de Dhû al-Qa‘da, le Messager d’Allah — qu’Allah le bénisse et le salue — se prépara pour le pèlerinage et ordonna aux musulmans de se préparer. Il se mit en route pour le pèlerinage alors qu’il restait cinq jours avant la fin du mois de Dhû al-Qa‘da.
À l’approche du pèlerinage, il enseigna au peuple les rites du pèlerinage. Puis il s’adressa à la foule rassemblée. Après avoir loué Allah, il dit :
« Ô gens, écoutez mes paroles. Il est probable qu’après cette année je ne vous rencontrerai plus jamais en ce lieu. Ô peuple, de même qu’en ce jour et en ce mois il vous est interdit de porter atteinte à la vie et aux biens d’autrui, cela vous est désormais interdit jusqu’au Jour de la Résurrection. Vous comparaîtrez bientôt devant Allah et vous devrez rendre compte de vos œuvres. J’ai bien transmis le message qui m’incombait de vous transmettre. Que celui qui détient un dépôt appartenant à autrui le restitue à son propriétaire. Toute usure est abolie. [95. Toute dette ainsi que toute vengeance pour meurtre ou blessure sont abolies.] Vous ne recevrez que votre capital. Vous ne commettrez aucune injustice envers autrui et vous ne subirez aucune injustice. Le jugement définitif d’Allah est qu’aucune usure ne sera désormais pratiquée. Toute l’usure d’al-ʿAbbās ibn ʿAbd al-Muṭṭalib est abolie. Toute peine ou vengeance pour les meurtres et les blessures commis à l’époque de la Jāhiliyya est abolie. Je commence par abolir la peine ou la vengeance pour le meurtre d’Ibn Rabīʿa, petit-fils d’al-Ḥārith ibn ʿAbd al-Muṭṭalib. Ibn Rabīʿa était un nourrisson allaité au sein de la tribu des Banū Layth. Les Banū Hudhayl l’ont tué. C’est par ce meurtre que je commence à pardonner tous les meurtres commis à l’époque de la Jāhiliyya. »
Ensuite, ô peuple, il n’est désormais plus possible que Satan soit adoré sur votre terre. Il a perdu tout espoir à cet égard. Toutefois, si vous lui obéissez dans les petites choses que vous considérez comme insignifiantes et négligeables, cela lui suffira pour se réjouir. Prenez donc garde à Satan en ce qui concerne votre religion.
Ô gens, reporter les mois sacrés à l’année suivante est une forme de mécréance encore plus abominable. Les mécréants sont égarés par cette pratique. Par elle, ils rendent le combat licite une année et illicite l’année suivante. Ainsi, ils cherchent à contourner les jours interdits par Allah. En pratique, ils rendent licite ce qu’Allah a interdit et interdisent ce qu’Allah a rendu licite. Depuis la création des cieux et de la terre, le temps s’écoule selon son propre cours. Pour Allah, les mois sont au nombre de douze. Parmi eux, quatre sont sacrés : trois consécutifs et le mois de Rajab de la tribu de Muḍar. Ce mois se situe entre Shaʿbān et Jumādā ath-Thāniya. [96. Si le mois de Rajab est appelé « le Rajab de la tribu de Muḍar », c’est parce que seule cette tribu lui accordait de l’importance. Aucune autre tribu arabe n’observait ce mois comme un mois sacré.]
Vous avez des devoirs et des droits envers vos femmes. Elles ne doivent faire coucher personne d’autre dans votre lit. Elles ne doivent pas non plus se livrer aux actes obscènes interdits : tel est leur devoir. En effet, cela suscite votre répulsion. Mais si elles commettent malgré tout de tels actes, Allah vous a donné le droit de vous séparer d’elles dans le lit et de les frapper légèrement. Toutefois, si elles se corrigent, vous devez normalement leur assurer nourriture et vêtements. Soyez bienveillants envers les femmes, car elles sont comme des captives incapables entre vos mains. Vous les avez prises comme un dépôt confié par Allah et vous les avez rendues licites conformément à la loi d’Allah.
Ô hommes, comprenez mes paroles. J’ai achevé de transmettre le message d’Allah aux hommes. Je vous laisse quelque chose auquel, si vous vous attachez fermement, vous ne vous égarerez jamais : le Livre d’Allah et la Sunna de Son Messager, choses manifestes et explicites. Ô gens, écoutez-moi et comprenez mes paroles. Sachez que tout musulman est le frère de l’autre musulman. Les musulmans sont frères entre eux. Il est donc illicite de prendre quoi que ce soit à son frère, sauf si celui-ci le donne de plein gré. Ne commettez pas d’injustice envers les gens. Ô Allah, ai-je transmis Ta religion aux hommes ? » Les gens répondirent : « Ô Allah, certes, le Messager d’Allah, qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix, nous a transmis Ta religion. » Il dit : « Ô Allah, sois-en témoin. »
L’envoi d’Usāma ibn Zayd en Palestine
Ibn Hishām dit : Après avoir prononcé le sermon susmentionné, le Messager d’Allah, qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix, avec toute sa troupe,
retourna à Médine et y passa les jours restants de Dhū al-Ḥijja ainsi que les mois de Muḥarram et de Ṣafar. Puis il envoya en Shām, la Syrie, une armée sous le commandement d’Usāma, fils de son affranchi Zayd, et lui ordonna de conquérir les régions de Balqā et de Dārūm, en Palestine. Les gens se préparèrent au départ. Tous les Muhājirūn ayant émigré les premiers partirent avec lui.
L’envoi par le Messager d’Allah (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui) d’émissaires auprès des rois et des souverains
Ibn Hichâm dit :
Auparavant, le Messager d’Allah (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui) avait envoyé certains de ses Compagnons comme émissaires auprès des rois et souverains de divers pays. Il leur avait adressé des lettres les appelant à l’islam.
Ibn Hichâm dit : Un homme digne de confiance, originaire des Hudhayl, m’a rapporté d’après Abou Bakr al-Hudhali qu’un jour, après que le Messager d’Allah (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui) eut été empêché d’accomplir la ‘umra le jour de Hudaybiyya, il se présenta devant ses Compagnons et dit : « Ô gens, Allah m’a envoyé comme miséricorde à l’ensemble de l’humanité. Ne vous opposez donc pas à moi comme les disciples de Jésus s’opposèrent à lui. » Les Compagnons demandèrent : « Ô Messager d’Allah, comment les disciples de Jésus se sont-ils opposés à lui ? » Il répondit : « Il leur ordonnait d’accomplir les mêmes tâches que celles que je vous ordonne d’accomplir. Mais lorsqu’il voulait envoyer quelqu’un dans un endroit proche, celui-ci manifestait de la répugnance et tardait à s’exécuter. Jésus se plaignit de cela à Allah. Il arriva alors que chacun de ceux qui avaient tardé à obéir prît la langue du peuple auprès duquel il avait été envoyé. »
Ensuite, le Messager d’Allah (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui) choisit parmi ses Compagnons plusieurs émissaires et leur fit porter des lettres appelant à l’islam aux rois et souverains de divers pays. Il envoya Dihya ibn Khalîfa al-Kalbî à l’empereur de Rome, Abdallah ibn Hudhâfa al-Sahmî à l’empereur de Perse, Amr ibn Umayya al-Damrî au Négus d’Abyssinie, Hâtib ibn Amr aux deux souverains du Yamâma, Sumâma ibn Uthâl et Hawdha ibn Alî, al-Alâ ibn al-Hadramî au souverain de Bahreïn, al-Mundhir ibn Sâwâ, et Shujâ ibn Wahb al-Asadî à Hârith ibn Abî Shamir al-Ghassânî, roi de la région frontalière de Syrie.
Ibn Hichâm dit : À ma connaissance, Salît fut envoyé auprès de Sumâma, de Hawdha et d’al-Mundhir.
Ibn Ishâq dit : Yazîd ibn Abî Habîb al-Misrî m’a informé qu’il avait vu, dans un livre, les noms des émissaires envoyés par le Messager d’Allah (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui) auprès des rois arabes et étrangers, ainsi que dans divers pays. Ce livre mentionnait également les conseils qu’il donnait à ses Compagnons lorsqu’il les envoyait en mission. Yazîd envoya ce livre au célèbre savant Muhammad ibn Shihâb al-Zuhrî. Al-Zuhrî le reconnut comme authentique. On y lisait : Le Messager d’Allah (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui) vint trouver ses Compagnons et leur dit : « Allah m’a envoyé comme miséricorde pour tous les habitants du monde. Transmettez donc l’appel de ma part ; Allah vous accordera Sa miséricorde. Ne vous opposez pas à moi comme les disciples de Jésus s’opposèrent à lui. » Les Compagnons demandèrent : « Ô Messager d’Allah, comment s’opposaient-ils à lui ? » Il répondit : « De même que je vous ai chargés d’une mission, il les chargeait d’appeler les gens dans différents endroits. Celui qu’il envoyait dans un lieu proche s’en réjouissait et l’acceptait ; mais celui qu’il voulait envoyer au loin manifestait son mécontentement et refusait. Jésus implora Allah à ce sujet. Il advint alors que chacun d’eux, envoyé dans un pays, en prit la langue. »
Ibn Ishâq dit : « Parmi les disciples que Jésus envoya dans diverses contrées du monde, ainsi que parmi ses adeptes envoyés ultérieurement, les plus connus furent le disciple Pierre et son adepte Paul. Paul n’était ni un apôtre ni un disciple de Jésus. André et Matthieu furent envoyés auprès des Romains ; ils envoyèrent également certains d’entre eux dans une région dont les habitants mangeaient les êtres humains. Thomas fut envoyé à Babylone, en Orient, Philippe à Carthage, en Afrique, ou en Afrique même. Jean fut envoyé dans la ville d’Éphèse, la cité des Gens de la Caverne. Jacques fut envoyé au Hijâz, en Arabie, Simon dans la région des Berbères, et Jude chez les Jor.[sic] Jude n’était pas un disciple de Jésus. »
La dernière expédition
Ibn Ishaq rapporte : Le Messager d’Allah, qu’Allah le bénisse et le salue, envoya Usama, fils de Zayd ibn Haritha, en Syrie et lui ordonna de conquérir les régions de Balqa et de Darum, en Palestine. Les musulmans firent les préparatifs nécessaires. Tous les musulmans ayant accompli la première hijra participèrent à cette expédition.
Le début de la maladie du Messager d’Allah, qu’Allah le bénisse et le salue
Ibn Ishaq rapporte : Alors que les préparatifs pour le départ de l’expédition dirigée par Usama se poursuivaient, les signes de la maladie commencèrent à apparaître chez le Messager d’Allah, qu’Allah le bénisse et le salue, et c’est finalement de cette maladie qu’il mourut. Sa maladie débuta dans les derniers jours de Safar ou le premier jour de Rabî al-Awwal. Elle commença ainsi : une nuit, il se rendit très tard au cimetière de Médine, Baqî al-Gharqad, et demanda le pardon pour ceux qui y étaient enterrés. Dès le lendemain, il fut atteint par la maladie.
Abû Muwayhiba, l’esclave affranchi du Messager d’Allah, qu’Allah le bénisse et le salue, rapporte : Vers le milieu de la nuit, le Messager d’Allah, qu’Allah le bénisse et le salue, me réveilla et me dit : « Ô Abû Muwayhiba, il m’a été ordonné de demander pardon pour les morts de ce cimetière. Viens avec moi. » Je l’accompagnai. Se tenant devant le cimetière, il dit :
« Ô habitants des tombes, que la paix soit sur vous. Vous êtes dans une bien meilleure situation que celle dans laquelle les gens se trouvent aujourd’hui. Les troubles sont présents, tels une nuit profondément obscure, et ils deviennent progressivement plus sombres encore. Chaque calamité qui survient est plus grave que la précédente.
Puis il s’adressa à moi en disant : « Ô Abû Muwayhiba ! On m’a offert les richesses de ce monde et la possibilité d’en jouir durablement, puis le Paradis, et on m’a dit : “Choisis entre ces richesses et la jouissance durable de celles-ci, d’une part, et le Paradis ainsi que la rencontre d’Allah, d’autre part, ce que tu voudras.” »
Je dis : « Ô Messager d’Allah, choisissez les richesses de ce monde et la possibilité d’en jouir durablement, puis le Paradis. » Il répondit : « Non, j’ai plutôt choisi la rencontre d’Allah et le Paradis. »
Puis il pria et implora le pardon pour les habitants des tombes d’al-Baqî‘, puis il retourna chez lui. C’est alors que les douleurs de sa maladie commencèrent, et qu’il finit par décéder des suites de celle-ci.
Son épouse Aïcha (qu’Allah l’agrée) rapporte : lorsque le Messager d’Allah (qu’Allah le bénisse et le préserve) revint d’al-Baqî‘ et me vit souffrir d’un mal de tête en disant : « Oh ! Ma tête ! » En me voyant ainsi, le Messager d’Allah (qu’Allah le bénisse et le préserve) dit : « Ô Aïcha, c’est plutôt ma tête à moi qui me fait mal. » Puis il ajouta : « Eh bien, que dirais-tu si tu mourais avant moi et que je te préparais ton linceul, t’ensevelissais et accomplissais la prière funéraire pour toi ? » Je répondis : « Je vous vois déjà clairement, après avoir accompli cela, retourner chez vous et vous divertir avec l’une de vos épouses. »
En entendant cela, le Messager d’Allah (qu’Allah le bénisse et le préserve) sourit. Pendant un instant, il sembla que les douleurs de sa maladie s’étaient dissipées. Jusqu’alors, il séjournait à tour de rôle chez ses épouses. Mais soudain, ses douleurs s’aggravèrent. À ce moment-là, il se trouvait dans la demeure de Maymûna (qu’Allah l’agrée). Il convoqua toutes ses épouses et leur demanda la permission d’être soigné dans ma demeure. Toutes lui en donnèrent l’autorisation.
Les épouses du Messager d’Allah, ou les Mères des croyants
Ibn Hichâm dit : le Messager d’Allah (qu’Allah le bénisse et le préserve) avait neuf épouses : Aïcha bint Abû Bakr (qu’Allah l’agrée), Hafsa bint ‘Umar ibn al-Khattâb (qu’Allah l’agrée), Umm Habîba bint Abû Sufyân ibn Harb (qu’Allah l’agrée), Umm Salama bint Abû Umayya ibn al-Mughîra (qu’Allah l’agrée), Sawda bint Zam‘a ibn Qays (qu’Allah l’agrée), Zaynab bint Jahch (qu’Allah l’agrée), Maymûna bint al-Hârith ibn Hazn (qu’Allah l’agrée), Juwayriya bint al-Hârith ibn Abû Dirâr (qu’Allah l’agrée), et Safiyya bint Huyayy ibn Akhtab. Ces informations nous sont parvenues de plusieurs savants dignes de confiance.
[Le nombre total des épouses du Messager d’Allah (qu’Allah le bénisse et le préserve) était de treize. Toutefois, les neuf mentionnées ci-dessus étaient encore en vie au moment de son décès. Deux étaient mortes auparavant. Quant aux deux autres, il ne s’agissait que de mariages formels ; elles ne devinrent pas les épouses du foyer du Messager d’Allah (qu’Allah le bénisse et le préserve).]
Khadîja bint Khuwaylid, qu’Allah l’agrée
Khadîja fut sa première épouse. Son père, Khuwaylid ibn Asad, ou, selon une autre opinion, son frère ‘Amr ibn Khuwaylid, la maria au Messager d’Allah (qu’Allah le bénisse et le préserve). Le Messager d’Allah (qu’Allah le bénisse et le préserve) lui donna en dot vingt chamelles vierges. Tous les enfants du Messager d’Allah (qu’Allah le bénisse et le préserve), à l’exception d’Ibrâhîm, naquirent d’elle. Son époux précédent était Abû Hâla ibn Mâlik. Celui-ci appartenait aux Banû Usayd, alliés des Banû ‘Abd ad-Dâr. Alors qu’elle était l’épouse d’Abû Hâla, elle eut de lui un fils nommé Hind et une fille nommée Zaynab. Avant Abû Hâla, elle avait été mariée à ‘Atîq ibn ‘Â’id. Elle eut également de lui un fils nommé ‘Abdullah et une fille nommée Jâriya.
ʿAïcha bint Abou Bakr, qu’Allah l’agrée
Elle épousa le Messager d’Allah à La Mecque alors qu’elle n’avait que sept ans. Après l’hégire à Médine, elle entra dans la vie conjugale avec le Messager d’Allah à l’âge de neuf ou dix ans. Il n’épousa aucune autre jeune fille vierge en dehors de ʿAïcha. Son père, Abou Bakr as-Siddîq, qu’Allah l’agrée, la maria. Le Messager d’Allah l’épousa. Le Messager d’Allah lui versa une dot de quatre cents dirhams.
Sawda bint Zamʿa, qu’Allah l’agrée
Salît ibn ʿAmr — ou, selon une autre version, Abou Hâtim ibn ʿAmr — la maria au Messager d’Allah. Le Messager d’Allah lui versa une dot de quatre cents dirhams. Son précédent époux s’appelait Sakrân ibn ʿAmr. [97. Ibn Hichâm dit qu’Ibn Ishâq n’est pas d’accord avec ce récit. Selon lui, ʿAlî et Abou Hâtim vivaient tous deux alors en Abyssinie, en exil. À cette époque, ils étaient absents auprès du Messager d’Allah.]
Zaynab bint Djahch, qu’Allah l’agrée
Son frère Abou Ahmad ibn Djahch la maria. Le Messager d’Allah lui donna une dot de quatre cents dirhams. Son précédent époux était Zayd ibn Hâritha, qu’Allah l’agrée, l’esclave affranchi du Messager d’Allah.
C’est au sujet de Zaynab que fut révélée dans le Coran cette parole : « Lorsque Zayd eut cessé toute relation avec elle, Nous te la donnâmes en mariage. »
Oumm Salama bint Abou Umayya, qu’Allah l’agrée
Elle était également appelée Hind. Son propre fils Salama la maria. Le Messager d’Allah, qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix, lui donna un matelas rempli de fibres de palmier, une coupe, une assiette et une meule. Son précédent époux s’appelait Abdallah Abou Salama. Elle eut de lui quatre enfants : Salama, Omar, Zaynab et Rouqayya.
Hafsa bint Omar ibn al-Khattab, qu’Allah l’agrée
Son père, Omar ibn al-Khattab, qu’Allah l’agrée, la maria lui-même au Messager d’Allah, qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix, pour une dot de quatre cents dirhams. Elle avait auparavant été mariée à Khounays ibn Houdhafa al-Sahmi.
Oumm Habiba bint Abou Soufyan ibn Harb, qu’Allah l’agrée
Khalid ibn Saïd ibn al-As prit l’initiative de son mariage avec le Messager d’Allah, qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix, et lui en fit la proposition. Ils vivaient alors tous deux en exil en Abyssinie. Le Négus lui-même lui versa, au nom du Messager d’Allah, qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix, une dot de quatre cents dinars. Son précédent époux s’appelait Oubaydallah ibn Jahsh al-Asadi. Son véritable nom était Ramla.
Jouwayriya bint al-Harith, qu’Allah l’agrée
Cette femme appartenait à la tribu des Khouzaa. Elle fut faite prisonnière lors de la bataille de Banou al-Moustaliq et échut en partage à Thabit ibn Qays. Jouwayriya conclut avec Harith un accord afin d’obtenir sa libération en échange d’une rançon. Pour obtenir de l’aide dans le paiement de cette rançon, elle se réfugia auprès du Messager d’Allah, qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix. Le Messager d’Allah, qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix, accepta de payer sa rançon et lui proposa de l’épouser. Jouwayriya accepta cette proposition. Le mariage fut ensuite célébré.
Ibn Hicham rapporte que le Messager d’Allah, qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix, revint du territoire des Banou al-Moustaliq avec Jouwayriya. En chemin, il la confia à un Compagnon ansari, lui ordonnant de veiller sur elle, puis partit pour Médine. Après son arrivée à Médine, le père de Jouwayriya, Harith ibn Abou Dirar, se rendit auprès du Messager d’Allah, qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix, avec la rançon destinée à libérer sa fille. Arrivé dans un endroit appelé al-Aqiq, Harith aperçut le troupeau de chameaux qu’il conduisait auprès du Messager d’Allah, qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix, en guise de rançon. Deux chameaux lui plurent particulièrement. Il les cacha dans l’une des grottes du mont al-Aqiq. Puis il se présenta devant le Messager d’Allah, qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix, et dit : « Ô Muhammad, vous avez fait prisonnière ma fille. Voici sa rançon. » Le Messager d’Allah, qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix, dit : « Qu’est-il advenu des deux chameaux que tu as cachés dans telle grotte du mont al-Aqiq ? » Harith dit : « J’atteste qu’il n’y a de divinité qu’Allah et que tu es le Messager d’Allah. Assurément, Allah seul t’en a informé. » Harith embrassa alors l’islam. Il envoya ensuite des hommes chercher les deux chameaux cachés dans le mont al-Aqiq. Il remit au Messager d’Allah, qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix, tous ses chameaux. Sa fille Jouwayriya lui fut rendue.
Safiyya bint Huwayy ibn Akhtab, qu’Allah l’agrée
Le Messager d’Allah, qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix, emmena de Khaybar Safiyya, fille du chef juif Huwayy ibn Akhtab, comme captive de guerre, puis lui accorda le statut d’épouse. À l’occasion de ce mariage, il organisa une walîma des plus simples, où les invités furent reçus avec seulement des dattes et du sawîq, au lieu de graisse ou de viande. Son précédent mari s’appelait Kinâna ibn al-Rabî‘ ibn Abû al-Huqayq.
Maymûna bint al-Hârith, qu’Allah l’agrée
Al-‘Abbâs ibn ‘Abd al-Muttalib, qu’Allah l’agrée, arrangea son mariage avec le Messager d’Allah, qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix. Il versa également, au nom du Messager d’Allah, une dot de quatre cents dirhams. Son précédent mari s’appelait Abû Ruhm ibn ‘Abd al-‘Uzzâ. Selon certains historiens, c’est elle qui, pour reprendre les termes du Noble Coran, s’était elle-même offerte au Messager d’Allah, qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix. Lorsque la proposition de mariage du Messager d’Allah, qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix, lui parvint, elle était montée sur un chameau. Elle répondit aussitôt à la proposition : « Ce chameau et son cavalier sont consacrés à Allah et à Son Messager. » C’est à cette occasion qu’Allah, le Très-Haut, révéla : « (T’est également licite) toute croyante qui se donne elle-même et que le Prophète désire épouser. »
Certains disent que la femme qui s’était offerte au Messager d’Allah, qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix, n’était pas elle, mais Zaynab bint Jahsh. D’autres disent qu’il s’agissait d’Umm Sharîk Ghâziya bint Jâbir. Selon d’autres encore, c’était une femme du clan des Banû Samâ. Toutefois, le Messager d’Allah, qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix, différa sa décision à son sujet.
Zaynab bint Khuzayma, qu’Allah l’agrée
Elle fut d’abord mariée à son cousin paternel, Jahm ibn ‘Amr. Elle épousa ensuite ‘Ubayda ibn al-Hârith. Qabîsa ibn ‘Amr al-Hilâlî la maria au Messager d’Allah, qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix, pour une dot de quatre cents dirhams. En raison de sa grande compassion et de sa profonde bienveillance envers les pauvres, les nécessiteux et les démunis, elle était appelée Umm al-Masâkîn.
Telles sont les onze épouses du Messager d’Allah, qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix, avec lesquelles il mena une vie conjugale. Parmi elles, Khadîja bint Khuwaylid, qu’Allah l’agrée, et Zaynab bint Khuzayma, qu’Allah l’agrée, étaient encore en vie au moment du décès du Messager d’Allah, qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix, et après celui-ci. En outre, il ne lui fut pas possible de mener une vie conjugale avec deux autres. La première était Asmâ bint Nu‘mân al-Kindiyya. Après l’avoir épousée, le Messager d’Allah, qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix, la trouva atteinte de leucodermie ou de lèpre. Il la renvoya donc auprès de sa famille en lui faisant un présent. L’autre était ‘Amra bint Yazîd al-Kilâbiyya. Dès son arrivée auprès du Messager d’Allah, qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix, elle lui demanda de la libérer. Le Messager d’Allah, qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix, dit : « Elle se tient à distance et cherche refuge auprès d’Allah. » Il la renvoya ensuite auprès de sa famille. Certains disent que la femme qui chercha refuge contre le Messager d’Allah, qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix, c’est-à-dire qui refusa d’avoir avec lui des relations conjugales, était la cousine d’Asmâ bint Nu‘mân al-Kindiyya. Selon certains, lorsque le Messager d’Allah, qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix, l’appela auprès de lui, elle dit avec arrogance : « Nous sommes des gens issus d’une noble tribu. Les gens viennent à nous ; nous n’allons auprès de personne. » En entendant cela, le Messager d’Allah, qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix, la renvoya auprès de sa famille.
Parmi les épouses du Messager d’Allah (que la bénédiction et la paix d’Allah soient sur lui), six étaient issues de Quraysh : Khadîdja bint Khuwaylid (qu’Allah l’agrée), ‘Â’isha bint Abû Bakr (qu’Allah l’agrée), Hafsa bint ‘Umar ibn al-Khattâb (qu’Allah l’agrée), Umm Habîba bint Abû Sufyân (qu’Allah l’agrée), Umm Salama bint Abû Umayya (qu’Allah l’agrée) et Sawda bint Zam‘a (qu’Allah l’agrée). Les sept autres n’étaient pas quraychites. Six étaient d’origine arabe : Zaynab bint Jahsh (qu’Allah l’agrée), du clan des Banû Asad ; Zaynab bint Hârith (qu’Allah l’agrée), du clan des Banû ‘Âmir ; Zaynab bint Khuzayma (qu’Allah l’agrée), du clan des Banû Khazâ‘a ; Asmâ’ bint Nu‘mân al-Kindiyya (qu’Allah l’agrée), du clan de Kinda ; et ‘Amra bint Yazîd (qu’Allah l’agrée), du clan des Banû Kilâb. La sixième était d’origine non arabe, juive : Safiyya (qu’Allah l’agrée), fille de Huyayy ibn Akhtab, du clan des Banû Nadhîr.
Complément du récit relatif à la maladie du Messager d’Allah (que la bénédiction et la paix d’Allah soient sur lui)
Ibn Ishâq dit :
‘Ubaydullâh ibn ‘Abdullâh ibn ‘Utba, qui le tenait de ‘Â’isha, l’épouse du Messager d’Allah (que la bénédiction et la paix d’Allah soient sur lui), lequel le tenait de Muhammad ibn Muslim al-Zuhrî, qui le tenait lui-même de Ya‘qûb ibn ‘Utba, m’a rapporté que ‘Â’isha (qu’Allah l’agrée) a dit : « Après avoir obtenu des autres épouses la permission de rester dans ma chambre pour le soigner, le Messager d’Allah (que la bénédiction et la paix d’Allah soient sur lui) entra chez moi en traînant les pieds, la tête bandée, appuyé sur les épaules de deux hommes de sa famille : Fadl ibn ‘Abbâs (qu’Allah l’agrée) et un autre. Selon ‘Abdullâh ibn ‘Abbâs, l’autre homme était ‘Alî ibn Abû Tâlib (qu’Allah l’agrée). »
Peu après, les souffrances du Messager d’Allah (que la bénédiction et la paix d’Allah soient sur lui) s’intensifièrent et il dit avec peine : « Apporte de sept puits sept outres d’eau et verse-les sur ma tête, afin que je puisse aller auprès des gens et leur faire mes recommandations. » Nous l’assîmes près d’un grand récipient destiné à laver le linge, et Hafsa bint (qu’Allah l’agrée) versa sur sa tête une grande quantité d’eau. Finalement, il dit :
« Cela suffit. Cela suffit. »
Al-Zuhrî dit : Ayyûb ibn Bashîr m’a rapporté que le Messager d’Allah (que la bénédiction et la paix d’Allah soient sur lui), la tête bandée, sortit et s’assit sur la chaire de la mosquée. Dès qu’il prit la parole, il commença par invoquer la miséricorde d’Allah pour les martyrs de la bataille d’Uhud et demanda leur pardon. Il fit pour eux de nombreuses invocations de miséricorde. Puis il dit : « Allah demanda à un serviteur de choisir entre les biens de ce monde et ce qui se trouve auprès d’Allah. Ce serviteur choisit ce qui se trouve auprès d’Allah. » Abû Bakr al-Siddîq (qu’Allah l’agrée) comprit le sens de ces paroles. Il comprit que ce serviteur n’était autre que le Messager d’Allah (que la bénédiction et la paix d’Allah soient sur lui). Il dit donc en pleurant : « Que nous sacrifiions plutôt nos personnes et nos enfants pour votre vie ! » Le Messager d’Allah (que la bénédiction et la paix d’Allah soient sur lui) lui dit : « Ô Abû Bakr, accepte cela avec naturel. » Puis il dit : « Fermez ces portes ouvertes de la mosquée, mais ne fermez pas la porte contiguë à la maison d’Abû Bakr. Car, parmi tous ceux qui m’ont accompagné, Abû Bakr est celui en qui j’ai trouvé le collaborateur le plus digne de confiance. »
‘Abd al-Rahmân ibn ‘Abdullâh m’a rapporté que le Messager d’Allah (que la bénédiction et la paix d’Allah soient sur lui) avait également dit : « Si je devais choisir parmi les serviteurs d’Allah un ami intime, je choisirais Abû Bakr. Mais tant que nous ne serons pas réunis auprès d’Allah, seule la compagnie, la fraternité et la foi resteront le lien de notre relation mutuelle. »
Muhammad ibn Jubayr m’a rapporté, en citant la chaîne de transmission de Urwa ibn al-Zubayr et d’autres savants, que, malgré sa maladie, le Messager d’Allah (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui) manifesta son impatience devant le retard pris pour envoyer l’armée d’Usama (qu’Allah l’agrée). Certains exprimaient cependant de légères réserves au sujet de la nomination du jeune Usama comme commandant, alors qu’il y avait parmi eux des Muhajirun et des Ansar âgés. L’ayant appris, le Messager d’Allah (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui) vint de nouveau s’asseoir sur le minbar, la tête bandée. Après avoir loué Allah comme il se devait, il dit : « Ô gens, envoyez rapidement l’armée d’Usama. Si vous avez parlé de son commandement, vous aviez également parlé de la même manière du commandement de son père. Or, en vérité, Usama était digne de cette fonction, tout comme son père l’était. » Puis le Messager d’Allah (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui) descendit du minbar. Les musulmans se mirent à préparer l’envoi de l’armée d’Usama. Au même moment, les souffrances du Messager d’Allah (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui) s’intensifièrent. Lorsque Usama, à la tête de son armée, atteignit un terrain bas situé à une farsakh de Médine, son armée l’y rejoignit, et d’autres musulmans vinrent également se joindre à lui, au moment même où ils apprirent à quel point l’état du Messager d’Allah (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui) s’était aggravé. Al-Zuhri dit : Abdullah ibn Kaʿb ibn Malik m’a rapporté que, dans son sermon de ce jour-là, après avoir invoqué Allah en faveur de ceux qui avaient participé à la bataille d’Uhud et indiqué aux musulmans ce qu’ils devaient faire, le Messager d’Allah (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui) avait également dit : « Ô Muhajirun, veillez attentivement sur les Ansar. Les autres gens deviennent progressivement plus aisés, mais, compte tenu de la situation actuelle des Ansar, ils n’ont pas cette possibilité. Ils étaient les gardiens de mes secrets et ceux qui m’accordaient leur protection. Traitez-les donc bien en retour du bien qu’ils vous ont fait ; et si vous recevez d’eux quelque mauvais comportement, pardonnez-leur. »
Ensuite, le Messager d’Allah (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui) descendit du minbar et rentra dans sa maison. Aussitôt, ses souffrances s’intensifièrent. Peu après, il perdit connaissance.
À ce moment-là, certaines de ses épouses, dont Umm Salama et Maymuna (qu’Allah les agrée), ainsi que plusieurs femmes musulmanes, dont Asma bint Umays, se rassemblèrent auprès de lui. Son oncle Abbas (qu’Allah l’agrée) était déjà présent auprès de lui.
Tous décidèrent de faire prendre au Messager d’Allah (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui) le médicament appelé « ladud ». Abbas (qu’Allah l’agrée) dit : « Je le lui ferai certainement prendre. » Finalement, on lui fit prendre le ladud et il reprit connaissance. Lorsqu’il eut repris connaissance, il demanda : « Qui m’a fait prendre ce remède ? » Tous répondirent : « Ô Messager d’Allah, c’est votre oncle qui vous l’a fait prendre. » Il dit : « C’est une sorte de médicament apporté par plusieurs femmes venues d’Abyssinie. Pourquoi l’avez-vous administré ? » Abbas (qu’Allah l’agrée) répondit : « Ô Messager d’Allah, nous craignions que vous ne soyez atteint d’une inflammation des poumons. » Le Messager d’Allah (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui) dit : « Allah ne m’affligera jamais de cette maladie. Parmi les membres de ma famille, nul ne sera épargné par le ladud, hormis mon oncle. » Maymuna (qu’Allah l’agrée) dut prendre du ladud alors qu’elle était en état de jeûne. Ainsi, le Messager d’Allah (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui) fit subir à sa famille une mesure punitive pour cette mauvaise initiative.
Usama ibn Zayd (qu’Allah l’agrée) a dit : « Lorsque l’état du Messager d’Allah (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui) devint extrêmement grave, je retournai à Médine avec les membres de mon armée et les musulmans qui m’accompagnaient, puis j’allai rendre visite au Messager d’Allah (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui). Je le trouvai privé de la parole, incapable de parler. En me voyant, il se mit à lever la main vers le ciel, puis à l’abaisser et à la poser sur mon corps. Je compris ainsi qu’il invoquait Allah en ma faveur. »
Aïcha (qu’Allah l’agrée) dit :
Lorsque les derniers instants du Messager d’Allah (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui) arrivèrent, les dernières paroles que je l’entendis prononcer furent : « Non, plutôt le Compagnon suprême. » En entendant cela, je me dis intérieurement : « Il ne nous donne pas la préférence. » Je compris alors que ces paroles exprimaient le choix qu’il avait fait, lorsqu’il disait qu’aucun prophète ne mourait sans qu’on lui ait laissé le choix entre la vie et la mort : « Non, plutôt le Compagnon suprême. »
Abu Bakr (qu’Allah l’agrée) dirige la prière en assemblée
Al-Zuhrî dit : J’ai entendu Hamza ibn Abd Allah ibn Umar. Aïcha a dit : Lorsque la maladie du Messager d’Allah s’aggrava considérablement, il dit : « Dites à Abû Bakr de diriger la prière. » Je répondis : « Ô Messager d’Allah, Abû Bakr est un homme extrêmement sensible. Sa voix est très faible et, lorsqu’il récite le Coran, il lui arrive souvent de pleurer. » Il dit : « Dites-lui de diriger la prière. » Je répétai encore mes paroles. Il dit : « Vous êtes comme les femmes qui se sont comportées avec Joseph. Allez dire à Abû Bakr de diriger la prière en assemblée. » En vérité, si j’avais parlé ainsi, c’était parce que je voulais écarter Abû Bakr de la direction de la prière. Je savais qu’au moindre incident, les gens en tiendraient Abû Bakr pour responsable et lui en feraient porter la faute. Je savais aussi que les gens n’accepteraient jamais le successeur du Messager d’Allah. C’est pour ces raisons que je souhaitais l’éloigner de cette responsabilité.
Abd Allah ibn Zam‘a dit :
Lorsque la maladie du Messager d’Allah atteignit un stade critique, je me trouvais auprès de lui avec un groupe de musulmans. À ce moment-là, Bilâl l’appela à la prière. Le Messager d’Allah dit : « Demandez à quelqu’un qui puisse diriger la prière de la diriger. » Je rencontrai d’abord Umar ibn al-Khattâb et lui dis : « Ô Umar, venez diriger la prière. » Umar se plaça alors pour diriger la prière. Umar avait une voix forte. Lorsqu’il prononça le takbîr, le Messager d’Allah l’entendit et dit : « Où est Abû Bakr ? Cela ne plaît ni à Allah ni aux musulmans. » On fit appeler Abû Bakr. Umar acheva la prière qu’il avait commencée, puis Abû Bakr arriva. À partir de ce moment, ce fut lui qui dirigea la prière.
Abd Allah ibn Zam‘a dit : Umar me dit : « Malheur à toi, fils de Zam‘a ! Qu’est-ce que tu m’as fait ? Lorsque tu m’as demandé de diriger la prière, j’ai pensé que le Messager d’Allah me l’avait ordonné. Sinon, je ne l’aurais pas dirigée. » Je répondis : « Le Messager d’Allah ne m’a pas ordonné de vous demander de diriger la prière. Mais lorsque je ne trouvai pas Abû Bakr, je vous ai considéré comme le plus apte, parmi les musulmans présents, à la diriger. »
Ibn Ishâq dit : Al-Zuhrî a également rapporté, d’après Anas ibn Mâlik, que le jour où Allah rappela définitivement le Messager d’Allah auprès de Lui était un lundi. Alors que les musulmans accomplissaient la prière de l’aube en assemblée, le Messager d’Allah souleva le rideau, ouvrit la porte, sortit et se tint sur le seuil de la porte attenante à la demeure d’Aïcha. Les musulmans en prière l’aperçurent et furent transportés de joie. Dans leur bonheur, ils faillirent même interrompre la prière. En voyant le Messager d’Allah debout seul, sans l’aide de personne, toutes leurs inquiétudes et leurs craintes disparurent en un instant. Il leur sourit joyeusement en voyant l’ordre avec lequel ils accomplissaient la prière et leur fit signe : « N’abandonnez pas la prière, mais achevez-la. » Jamais je ne l’avais vu auparavant sous une apparence aussi belle que celle qu’il avait à cet instant-là. Puis le Messager d’Allah retourna à l’intérieur. Les gens, le voyant rétabli, repartirent chacun vaquer à ses occupations. Abû Bakr retourna auprès de sa famille dans le quartier de Sunh. [98. Abû Bakr possédait dans cet endroit des terres et une maison, où il vivait avec toute sa famille.]
Muhammad ibn Ibrâhîm m’a rapporté, citant al-Qâsim ibn Muhammad, que lorsque le Messager d’Allah entendit le takbîr prononcé par Umar alors qu’il dirigeait la prière, il dit : « Où est Abû Bakr ? Auprès d’Allah et des musulmans, la direction de la prière n’est acceptable de la part de personne d’autre qu’Abû Bakr. » En vérité, si Umar n’avait pas prononcé une certaine parole peu avant sa mort, les musulmans auraient certainement cru que le Messager d’Allah avait désigné Abû Bakr comme calife. Mais Umar réfuta cette idée avant sa mort. Il dit : « Si je désigne un calife, sachez que celui qui était meilleur que moi avait lui aussi confié cette affaire à leur libre jugement. » Puis, Umar étant mort sans désigner de calife, les musulmans comprirent que le Messager d’Allah n’avait pas désigné Abû Bakr comme calife.
Abû Bakr ibn Abd Allah m’a dit, à moi, Ibn Ishâq : Le lundi, alors qu’Abû Bakr dirigeait la prière de l’aube, le Messager d’Allah arriva, la tête bandée. Les gens, joyeux, s’écartèrent des rangs. Abû Bakr comprit qu’ils avaient fait cela pour le Messager d’Allah et recula de sa place. Mais le Messager d’Allah posa la main sur son dos, le poussa vers l’avant et dit : « C’est toi qui dirigeras la prière. » Puis il pria assis à la droite d’Abû Bakr. Après la prière, il se tourna vers les fidèles et leur adressa un sermon d’une voix si forte qu’on pouvait l’entendre même à l’extérieur de la mosquée. Il dit : « Ô gens, le feu de la Géhenne a été attisé, et les épreuves s’avancent telles des nuits obscures. Sachez que vous n’avez pas à suivre quoi que ce soit qui me soit propre. Je n’ai rien interdit de ce qui se trouve dans le Coran. » Lorsque le Messager d’Allah eut achevé son sermon, Abû Bakr, pensant que sa santé s’était rétablie, et sachant que c’était le jour où son épouse, fille de Khârija, devait être auprès de lui, prit congé de lui et se rendit auprès de sa famille à Sunh. Quant au Messager d’Allah, il regagna sa demeure.
Abd Allah ibn Abbâs dit : Ce jour-là, lorsque Alî ibn Abû Tâlib sortit de chez le Messager d’Allah, les musulmans lui demandèrent : « Ô Abû al-Hasan, comment va le Messager d’Allah ? » Il répondit : « Louange à Allah, il s’est rétabli. » Alors Al-Abbâs lui prit la main et dit : « Par Allah, dans quelques jours tu devras prendre le pouvoir. Par Allah, j’ai observé les signes de la mort sur les visages des fils d’Abd al-Muttalib, et je les ai également vus sur le visage du Messager d’Allah. Allons auprès du Messager d’Allah. Si, après sa disparition, la responsabilité de l’islam et des musulmans nous revient, nous le saurons. Si elle revient à d’autres, nous lui demanderons de leur ordonner de veiller sur nous. » Alî répondit : « Je n’irai pas. S’il refuse de nous confier cette responsabilité, personne ne nous la confiera après lui. » Puis, ce jour même, vers midi, le Messager d’Allah mourut.
‘Aïcha (qu’Allah l’agrée) dit :
Ce jour-là, le Messager d’Allah (qu’Allah le bénisse et le salue) vint directement de la mosquée auprès de moi et s’allongea, la tête posée sur mes genoux. Peu après, un membre de la famille d’Abû Bakr (qu’Allah l’agrée) vint me voir avec un siwâk vert. Le Messager d’Allah (qu’Allah le bénisse et le salue) regarda sa main d’une manière qui me fit comprendre qu’il le désirait. Je demandai : « Ô Messager d’Allah, veux-tu que je te donne ce siwâk ? » Il répondit : « Oui. » Je le lui donnai donc. Il l’utilisa alors avec beaucoup de vigueur, puis le posa. Ensuite, le corps du Messager d’Allah (qu’Allah le bénisse et le salue) commença à devenir de plus en plus lourd sur mes genoux. Je regardai son visage et vis ses yeux se fixer. Il disait : « Je veux le Compagnon qui est meilleur que le Paradis. » Je répondis : « On t’a donné le choix de demander ce que tu souhaitais ; tu as donc choisi ce qui convient. »
Puis il rendit son dernier soupir. Ibn Ishâq dit : ‘Aïcha (qu’Allah l’agrée) a dit : « Le Messager d’Allah (qu’Allah le bénisse et le salue) est mort, la tête posée sur ma poitrine, durant le tour où il séjournait chez moi. Je n’ai fait d’injustice à personne en cela. Le fait que je l’aie tenu dans mes bras au moment de sa mort, puis que je l’aie allongé sur un coussin avant de commencer à me frapper le visage et la poitrine avec les autres femmes n’était rien d’autre que de la stupidité et de la naïveté de jeunesse. »
D’après Abû Hurayra (qu’Allah l’agrée), il a dit : lorsque le Messager d’Allah (qu’Allah le bénisse et le salue) mourut, ‘Umar ibn al-Khattâb (qu’Allah l’agrée) se leva et se mit à dire : « Certains hypocrites prétendent que le Messager d’Allah (qu’Allah le bénisse et le salue) est mort. Par Allah, il n’est pas mort. Il est seulement allé temporairement auprès d’Allah, comme Moïse, paix sur lui. Moïse (paix sur lui) était allé auprès d’Allah pour quarante jours. On avait alors annoncé qu’il était mort, mais il revint ensuite. Par Allah, le Messager d’Allah (qu’Allah le bénisse et le salue) reviendra comme Moïse (paix sur lui). Quant à ceux qui disent qu’il est mort, leurs mains et leurs pieds seront coupés. »
Ayant appris la nouvelle de la mort du Messager d’Allah (qu’Allah le bénisse et le salue), Abû Bakr (qu’Allah l’agrée) accourut. ‘Umar (qu’Allah l’agrée) continuait à répéter les mêmes paroles. Sans y prêter attention, il se rendit auprès du Messager d’Allah (qu’Allah le bénisse et le salue), dans la chambre de ‘Aïcha (qu’Allah l’agrée). À ce moment-là, le Messager d’Allah (qu’Allah le bénisse et le salue) était recouvert d’un tissu yéménite, dans un coin de la pièce. Il s’approcha, découvrit le visage du Messager d’Allah (qu’Allah le bénisse et le salue), puis l’embrassa. Ensuite, il dit : « Que mon père et ma mère soient sacrifiés pour vous. Vous avez goûté la mort qu’Allah avait décrétée pour vous. Après cela, la mort ne viendra plus jamais à vous. » Puis il lui recouvrit le visage. Ensuite, il sortit et vit que ‘Umar (qu’Allah l’agrée) continuait à répéter les mêmes paroles. Il lui dit : « ‘Umar, cesse. Tais-toi. » Mais ‘Umar (qu’Allah l’agrée) ne voulait absolument pas s’arrêter. Voyant cela, Abû Bakr (qu’Allah l’agrée) commença à s’adresser aux gens. En l’entendant, la foule se dirigea vers lui, laissant ‘Umar (qu’Allah l’agrée). Après avoir loué Allah, il dit :
« Ô gens ! Que celui qui adorait Muhammad sache que Muhammad est mort ; et que celui qui adorait Allah sache qu’Allah est éternel et impérissable. » Puis il récita ce verset :
aArabe ******]
« Muhammad n’est rien d’autre que le Messager d’Allah. De nombreux messagers ont vécu avant lui. S’il meurt ou est tué, retournerez-vous sur vos pas, abandonnant l’islam ? Celui qui fera demi-tour ne pourra en rien nuire à Allah. Allah récompensera comme il se doit les reconnaissants. » (Âl-‘Imrân)
Après cela, un tel changement se produisit parmi les gens qu’il semblait qu’ils n’avaient jamais entendu ce verset avant de l’entendre de la bouche d’Abû Bakr. Ils l’apprirent par cœur auprès d’Abû Bakr et se mirent à le réciter sans cesse. Abû Hurayra rapporte qu’Oumar (qu’Allah l’agrée) a dit : « Après avoir entendu ce verset de la bouche d’Abû Bakr, je restai stupéfait et complètement désemparé. Je ne pouvais plus tenir debout. Je compris alors que le Messager d’Allah (qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix) était réellement décédé. »
Dans la cour de Banû Sâ‘ida
Ibn Ishâq dit :
Après le décès du Messager d’Allah (qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix), un groupe de Compagnons ansârites se rassembla dans la cour couverte de Banû Sâ‘ida et se constitua sous la direction de Sa‘d ibn ‘Ubâda. Dans la maison de Fâtima (qu’Allah l’agrée), ‘Alî (qu’Allah l’agrée), az-Zubayr ibn al-‘Awwâm (qu’Allah l’agrée) et Talha ibn ‘Ubayd Allâh (qu’Allah l’agrée) prêtèrent allégeance à la direction. La tribu des Banû ‘Abd al-Ashhal, sous la direction d’Usayd ibn Hudayr (qu’Allah l’agrée), les suivit également. À ce moment-là, un homme vint trouver Abû Bakr (qu’Allah l’agrée) et Oumar (qu’Allah l’agrée) et leur dit : « Ce groupe d’Ansârs s’est rassemblé dans la cour de Banû Sâ‘ida et s’est constitué séparément sous la direction de Sa‘d ibn ‘Ubâda. Si vous estimez nécessaire de préserver l’unité des musulmans, allez vite les rejoindre. Sinon, la situation risque de devenir grave. Or, jusqu’à présent, le linceul et l’inhumation du Messager d’Allah (qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix) n’ont même pas encore été accomplis. Sa famille le garde toujours dans la maison aux portes fermées. » Oumar (qu’Allah l’agrée) dit à Abû Bakr (qu’Allah l’agrée) : « Allons trouver ces frères ansârites et voyons quelle est leur affaire. »
Récit d’Abd Allâh ibn ‘Abbâs (qu’Allah les agrée tous deux) et d’Oumar (qu’Allah l’agrée)
‘Abd Allâh ibn ‘Abbâs (qu’Allah les agrée tous deux) dit : (Vers la fin du califat d’Oumar (qu’Allah l’agrée), je me trouvais un jour dans la maison d’Abd ar-Rahmân ibn ‘Awf, à Mina, où je l’attendais. Abd ar-Rahmân se trouvait alors auprès d’Oumar (qu’Allah l’agrée), qui accomplissait son dernier pèlerinage. Lorsque Abd ar-Rahmân (qu’Allah l’agrée) revint chez lui après avoir quitté Oumar (qu’Allah l’agrée), il me trouva assis à l’attendre. À cette époque, je lui enseignais le Noble Coran. Abd ar-Rahmân ibn ‘Awf (qu’Allah l’agrée) me dit : « Tu aurais été étonné de voir un homme venir trouver le commandeur des croyants, Oumar (qu’Allah l’agrée), et lui dire : “Ô commandeur des croyants, que pensez-vous de celui qui dit : Si Oumar venait à mourir, je choisirais untel comme calife ? Par Allah, l’élection d’Abû Bakr comme calife ne fut qu’un événement tout à fait fortuit et inattendu.” » En entendant cela, Oumar (qu’Allah l’agrée) se mit en colère, car il y voyait une tendance à faire campagne en faveur de la désignation d’une personne précise comme calife et à déprécier l’élection du premier calife. Il dit : « Si Allah le veut, je prononcerai cet après-midi même un discours devant le peuple et je les mettrai en garde contre ceux qui cherchent à déformer et à détruire les traditions et l’héritage des musulmans. » Abd ar-Rahmân (qu’Allah l’agrée) dit : Je lui répondis : « Ô commandeur des croyants, ne faites pas cela. En effet, de nombreux ignorants, irréfléchis et irresponsables se rassemblent également pendant le pèlerinage. Et chaque fois que vous vous tiendrez au milieu du peuple, des ignorants vous entoureront. Je crains qu’ils ne comprennent mal vos paroles et ne les colportent dans toutes les directions. Attendez donc d’être revenu à Médine. Médine est le centre du Messager. Là, vous pourrez consulter les notables et les savants. Si vous dites alors ce que vous vouliez dire pendant votre séjour, les gens avisés de cette ville pourront le comprendre correctement. Il n’y aura aucune possibilité de déformation ni de malentendu. » Oumar dit : « Très bien, il en sera ainsi. Je dirai cela à Médine, dès que j’en aurai l’occasion. »)
Ibn ‘Abbâs dit : Nous arrivâmes à Médine à la fin de Dhû al-Hijja. Près de la chaire, je trouvai Sa‘îd ibn Zayd et m’assis tout contre lui. Peu après, je vis arriver Oumar (qu’Allah l’agrée). Je dis alors à Sa‘îd ibn Zayd : « Aujourd’hui, il va dire quelque chose qu’il n’a encore jamais dit depuis qu’il est devenu calife. » En entendant cela, Sa‘îd exprima son irritation et dit : « Que pourrait-il bien dire qu’il n’ait jamais dit auparavant ? » Quoi qu’il en soit, Oumar monta sur la chaire et s’y assit. Dès que le muezzin eut terminé l’appel à la prière, il prononça, après avoir loué Allah, le discours suivant :
« Aujourd’hui, je vais vous dire une chose que je ne peux dire que parce qu’elle était inscrite dans mon destin. Peut-être est-ce parce que ma mort est proche que je vous la dis. Que celui d’entre vous qui en saisira le véritable sens ne colporte pas inutilement ce que je n’ai pas dit. Allah a accordé à Muhammad (paix et bénédictions d’Allah sur lui) la prophétie et a fait descendre sur lui le Livre. Celui-ci contenait également la peine de l’adultère consistant à lapider le coupable à mort. Nous l’avons lu, appris et compris. Le Messager d’Allah (paix et bénédictions d’Allah sur lui) a lui-même appliqué cette peine, et après lui nous l’avons également appliquée. Je crains qu’après une longue période, quelqu’un ne dise un jour : “Nous ne trouvons nulle part dans le Livre d’Allah la peine de lapider l’adultère à mort.” Ainsi, les gens délaisseront une obligation révélée par Allah et s’égareront. Pourtant, la règle de la lapidation est établie de manière irréfutable dans le Livre d’Allah pour tout homme ou toute femme adultère marié(e). Toutefois, le crime doit être prouvé de manière incontestable par des témoins, une grossesse ou un aveu. Nous avons également lu dans le Livre d’Allah cette règle : n’abandonnez pas votre filiation paternelle, car cela relève de la mécréance. Prenez garde ! Le Messager d’Allah (paix et bénédictions d’Allah sur lui) a dit : “Ne m’adressez pas des louanges excessives comme on en a adressé à Jésus, fils de Marie. Appelez-moi seulement : serviteur et Messager d’Allah.” J’ajoute encore une chose, écoutez-moi. J’ai entendu dire que quelqu’un aurait affirmé : “Lorsque Umar ibn al-Khattab mourra, je reconnaîtrai Untel comme calife.” Que personne parmi vous ne vous égare en disant que l’accession d’Abu Bakr (qu’Allah l’agrée) au califat fut un événement accidentel et inattendu. En réalité, c’est bien ainsi que les choses se sont passées. Mais Allah le Très-Haut a préservé les musulmans de ses conséquences néfastes potentielles. La vérité est qu’il n’y a jamais eu parmi vous, et qu’il n’y a personne, de plus éminent et de plus digne de respect qu’Abu Bakr. Ainsi, celui qui prêtera serment d’allégeance à quelqu’un et le reconnaîtra comme calife sans consulter les musulmans, son califat sera nul, et le serment de celui qui lui aura prêté allégeance sera également invalide et irrecevable. Il n’existe en effet aucun autre moyen de garantir que ces deux hommes soient protégés contre le meurtre. » [99. Le sens en est que reconnaître quelqu’un comme calife, émir ou dirigeant en lui prêtant le serment d’allégeance, c’est-à-dire l’engagement d’obéissance, ne peut être légitime que par la consultation et le consensus. Mais si deux individus se séparent de l’ensemble de la communauté et se prêtent mutuellement serment d’allégeance de manière arbitraire, cela revient à ignorer la communauté et à la diviser. Un tel serment ne sera valable pour aucun des deux. Tous deux devront être expulsés de la communauté, laquelle s’est accordée pour choisir un dirigeant parmi ses membres. En effet, si la communauté reconnaissait l’un de ces deux individus arbitraires comme dirigeant et lui prêtait allégeance, puisqu’ils auraient méprisé et négligé l’avis de toute la communauté et l’auraient ainsi offensée, nul ne pourrait savoir quand quelqu’un le tuerait, et personne ne pourrait garantir leur sécurité. (Voir Lisân al-ʿArab, chapitre consacré au sens du terme original [arabe].)][Arabe ***]voir le chapitre consacré au sens du terme original[Arabe ***][arabe].)]
Umar (qu’Allah l’agrée) rapporte : Après le décès du Messager d’Allah (paix et bénédictions d’Allah sur lui), nous apprîmes que les Ansar s’opposaient à nous. Ils se rassemblèrent dans la cour du clan des Banû Sâʿida avec leurs notables et leurs anciens les plus éminents. Ali ibn Abi Talib (qu’Allah l’agrée), al-Zubayr ibn al-Awwam et leurs compagnons se séparèrent de nous, tandis que les Muhajirun se réunirent auprès d’Abu Bakr. Je dis à Abu Bakr (qu’Allah l’agrée) : “Venez avec nous auprès de nos frères ansar.” En chemin, nous rencontrâmes deux hommes responsables parmi eux. Ils nous informèrent de l’état d’esprit des Ansar, puis dirent : “Ô Muhajirun, où allez-vous ?” Nous répondîmes : “Nous allons auprès de nos frères ansar.” Ils dirent : “Il n’est pas nécessaire que vous alliez auprès d’eux. Faites ce que vous avez à faire.” Je répondis : “Nous devons absolument y aller.” Nous arrivâmes alors dans la cour du clan des Banû Sâʿida. Nous y vîmes, au milieu des Ansar rassemblés, un homme enveloppé dans une couverture, le visage couvert. Nous demandâmes : “Qu’a-t-il ?” Ils répondirent : “Il est malade.” Lorsque nous nous fûmes assis, l’un de leurs orateurs commença un discours en témoignant de l’unicité d’Allah et de la mission du Messager, et en louant Allah comme Il le mérite. Il dit : “Nous sommes les auxiliaires d’Allah et les vaillants soldats de l’islam. Ô Muhajirun, vous êtes un groupe issu de nous. Un groupe paisible de nomades de votre peuple est déjà venu se joindre à nous.”
Umar (qu’Allah l’agrée) rapporte : Nous constatâmes qu’ils voulaient nous détourner de notre principe fondamental et entreprenaient d’y établir de force leur contrôle exclusif. Je préparai une remarquable allocution en réponse, qui me paraissait extrêmement appropriée. Je voulus la faire entendre à Abu Bakr. Abu Bakr (qu’Allah l’agrée) avait une certaine fougue qui m’inspirait une grande crainte, et je m’efforçais autant que possible de ménager ses sentiments. Abu Bakr (qu’Allah l’agrée) me dit : “Umar, dis quelque chose.” Je ne voulus pas, en m’obstinant, accroître sa colère. Abu Bakr (qu’Allah l’agrée) était bien plus respecté et plus savant que nous. Il leur répondit si admirablement que le discours que j’avais préparé après une longue réflexion — au point d’en être moi-même émerveillé — ne perdit pas un seul de ses arguments devant son improvisation ; au contraire, il prononça des paroles encore meilleures. Il dit : “Ce que vous avez dit au sujet de vos nobles qualités morales et de vos mérites est juste. Il est également incontestable que, sans la contribution de cette tribu de Quraysh, les Arabes n’auraient rien connu de l’islam. Ils occupent parmi les Arabes une position généalogique moyenne, et leur territoire se trouve au centre de l’ensemble du pays arabe. Pour vous tous, je choisis l’un de ces deux hommes. Unissez-vous sous la direction de celui que vous préférerez parmi eux et prêtez-lui serment d’allégeance.” Sur ces mots, il prit la main d’Abu Ubayda ibn al-Jarrah. De toutes ses paroles, seule cette dernière me déplut. Par Allah, il me semblait que même avancer vers le lieu d’exécution pour y être décapité — bien que ce fût un acte coupable — m’aurait probablement été beaucoup plus agréable que de devenir l’émir des musulmans alors qu’Abu Bakr (qu’Allah l’agrée) était présent.
Umar (qu’Allah l’agrée) dit : Après le discours d’Abu Bakr (qu’Allah l’agrée), l’un des Ansar déclara : « De même que nous sommes réputés pour notre intelligence parmi les Arabes, nous sommes également les meilleurs en dignité et en rang. Qu’un émir soit choisi parmi nous et un autre parmi vous (les Qurayshites). » De nombreuses discussions s’ensuivirent, et les échanges se poursuivirent à voix très élevée. Je craignis qu’en fin de compte une division ou une querelle ne survienne entre les deux groupes de musulmans, les Muhajirun et les Ansar. Je dis alors immédiatement, dans le but de mettre fin à toutes ces controverses : « Ô Abu Bakr, tendez-moi votre main. » Il la tendit. Je lui pris la main et lui prêtai serment d’allégeance. Puis les Muhajirun lui prêtèrent serment d’allégeance. Ensuite, les Ansar lui prêtèrent eux aussi serment d’allégeance. Après cela, nous commençâmes à réprimander Sa’d ibn Ubadah. Irrité, l’un d’entre eux dit : « Vous avez acculé Sa’d ibn Ubadah. » Je répondis : « C’est Allah qui a acculé Sa’d ibn Ubadah. »
Al-Zuhri a dit : Urwa ibn al-Zubayr (qu’Allah l’agrée) m’a informé que les deux Ansar qu’Abu Bakr (qu’Allah l’agrée), Umar (qu’Allah l’agrée) et les autres Muhajirun rencontrèrent en se rendant dans l’enceinte de Banû Sâʿida étaient Uwaym ibn Saʿida et Muʿan ibn Adi de Banû Ajlan. Il est rapporté qu’Uwaym ibn Saʿida était l’un de ces heureux Compagnons à la louange desquels Allah révéla ce verset—
[Arabe *******]
« Il s’y trouve des hommes qui aiment se purifier. Et Allah aime ceux qui se purifient. » (At-Tawba)
Après la révélation de ce verset, le Messager d’Allah, qu’Allah le bénisse et le salue, dit : « Parmi ce groupe, Uwaym ibn Sa‘ida est un homme remarquable. »
Il est rapporté au sujet de Mu‘an ibn Adi (qu’Allah l’agrée) que, le jour où le Messager d’Allah, qu’Allah le bénisse et le salue, mourut, les musulmans pleurèrent abondamment et dirent : « Nous aurions dû mourir avant le Messager d’Allah, qu’Allah le bénisse et le salue. Après sa mort, nous risquons d’être confrontés à une dure épreuve de notre foi. » Mais Mu‘an ibn Adi fut le seul à dire : « Je ne souhaite pas mourir avant le Messager d’Allah, qu’Allah le bénisse et le salue. En effet, de même que j’ai cru en lui de son vivant, j’ai également eu, après sa mort, l’occasion de renouveler ma foi en lui. » Plus tard, sous le califat d’Abou Bakr (qu’Allah l’agrée), il mourut en martyr en combattant Musaylima le Menteur lors de la bataille de Yamama.
Az-Zuhrî rapporte, d’après Anas ibn Malik (qu’Allah l’agrée) : Le lendemain de la première allégeance au califat, conclue dans l’enceinte du clan des Banû Sa‘ida, Abou Bakr (qu’Allah l’agrée) s’assit sur le minbar de la mosquée. Avant qu’il ne prenne la parole, ‘Umar (qu’Allah l’agrée) loua Allah et prononça le discours suivant : « Ô gens, ce que je vous ai dit hier [à savoir que le Messager d’Allah, qu’Allah le bénisse et le salue, n’était pas mort, mais qu’il avait momentanément disparu à l’instar de Moïse (que la paix soit sur lui), etc.] ne venait pas du Coran, et le Messager d’Allah, qu’Allah le bénisse et le salue, ne me l’avait pas dit non plus. Je pensais que le Messager d’Allah, qu’Allah le bénisse et le salue, mourrait en dernier, après avoir entièrement organisé tous les aspects de notre vie collective. Mais il n’en est pas ainsi. Allah a laissé parmi vous le Livre par lequel Il a conduit Son Messager, qu’Allah le bénisse et le salue, vers l’objectif qu’Il lui avait choisi. Si vous vous y attachez fermement, Allah vous conduira dans la direction où Il a conduit Son Messager. Aujourd’hui, Allah a confié votre direction au meilleur d’entre vous. Il est l’un des compagnons du Messager d’Allah, qu’Allah le bénisse et le salue, son compagnon dévoué dans la grotte du mont Thawr. Prêtez-lui donc allégeance et acceptez-le comme calife ou émir. » Les gens lui prêtèrent alors allégeance une seconde fois. Ce fut l’allégeance générale qui suivit celle de l’enceinte des Banû Sa‘ida.
Ensuite, Abou Bakr (qu’Allah l’agrée) prit la parole. Il commença par louer Allah comme Il le mérite, puis dit : « Ô assemblée, on m’a chargé de votre responsabilité. En réalité, je ne suis pas meilleur que vous. Si je fais le bien, aidez-moi ; et si je commets une injustice, corrigez-moi. La véracité est loyauté, tandis que le mensonge est trahison. Celui d’entre vous qui est considéré comme faible est fort à mes yeux, jusqu’à ce que, si Allah le veut, je lui accorde le droit qui lui revient. Et celui d’entre vous qui est considéré comme fort est faible à mes yeux, jusqu’à ce que je lui fasse restituer le droit dû aux autres. Sachez qu’Allah précipite dans l’humiliation, l’opprobre et la calamité toute nation qui abandonne le combat dans la voie d’Allah. Et toute société où l’obscénité, l’impudeur et la turpitude se répandent largement, Allah la remplit d’épreuves, de malheurs et de catastrophes. Tant que j’obéirai à Allah et à Son Messager, vous me suivrez. Mais lorsque je désobéirai à Allah et à Son Messager, vous ne me devrez plus obéissance. Veillez à accomplir la prière ; qu’Allah fasse descendre Sa miséricorde sur vous. »
Ibn ‘Abbâs (qu’Allah l’agrée) dit : Sous le califat de ‘Umar (qu’Allah l’agrée), je me rendais un jour quelque part avec lui. Il marchait, un bâton à la main, pour vaquer à ses affaires. Il n’y avait alors personne avec lui, excepté moi. Il marmonnait quelque chose entre ses lèvres et frappait son pied avec son bâton. Soudain, il se tourna vers moi et dit : « Ô Ibn ‘Abbâs, sais-tu pourquoi, au moment de la mort du Messager d’Allah, qu’Allah le bénisse et le salue, je prononçais ces paroles ? » Je répondis : « Ô émir des croyants, je l’ignore. Vous le savez mieux que moi. » Il dit : « Je récitais un verset et je pensais que le Messager d’Allah, qu’Allah le bénisse et le salue, resterait parmi sa communauté jusqu’à pouvoir témoigner contre elle après avoir vu ses dernières œuvres. C’est sous l’effet de cette conviction que j’avais prononcé ces paroles. Voici le verset :
[Arabe *******]
« C’est ainsi que Nous avons fait de vous une communauté du juste milieu, afin que vous soyez témoins pour l’humanité et que le Messager soit témoin pour vous. » (Al-Baqara)
Le linceul et l’inhumation du Messager de Dieu, que Dieu le bénisse et lui accorde la paix
Ibn Ishaq dit : Après l’achèvement de l’allégeance à Abou Bakr (que Dieu l’agrée), le mardi, les gens organisèrent l’inhumation du Messager de Dieu, que Dieu le bénisse et lui accorde la paix.
‘Abdallah ibn Abou Bakr, al-Hussein ibn ‘Abdallah et d’autres m’ont rapporté que ‘Ali ibn Abou Talib, al-‘Abbas ibn ‘Abd al-Muttalib, al-Fadl ibn al-‘Abbas, Qutham ibn al-‘Abbas, Oussama ibn Zayd et Shaqran, l’affranchi du Messager de Dieu, que Dieu le bénisse et lui accorde la paix, furent chargés de procéder à sa toilette funéraire (que Dieu les agrée). Aws ibn Khawli (que Dieu l’agrée), de la famille des Banou ‘Awf de la tribu des Banou Khazraj, dit à ‘Ali ibn Abou Talib (que Dieu l’agrée) : « Ô ‘Ali, au nom de Dieu, fais en sorte que nous puissions participer au linceul et à l’inhumation du Messager de Dieu, que Dieu le bénisse et lui accorde la paix. » Aws (que Dieu l’agrée) était un Compagnon qui avait participé à la bataille de Badr. ‘Ali (que Dieu l’agrée) dit : « Viens. » Il vint donc participer à la toilette funéraire du Messager de Dieu, que Dieu le bénisse et lui accorde la paix. ‘Ali (que Dieu l’agrée) maintint le Messager de Dieu, que Dieu le bénisse et lui accorde la paix, appuyé contre sa poitrine. Al-‘Abbas, al-Fadl et Qutham (que Dieu les agrée) le tournaient avec ‘Ali (que Dieu l’agrée), selon les besoins. Oussama ibn Zayd et Shaqran (que Dieu les agrée) versaient de l’eau sur lui, tandis que ‘Ali (que Dieu l’agrée) le lavait en le maintenant appuyé contre sa poitrine. Le Messager de Dieu, que Dieu le bénisse et lui accorde la paix, portait encore sa tunique. ‘Ali (que Dieu l’agrée) le frottait et le lavait doucement par-dessus cette tunique. Il ne touchait pas directement sa peau. Pendant la toilette, ‘Ali (que Dieu l’agrée) disait : « Que mon père et ma mère soient sacrifiés pour toi ! Comme ton corps sent bon, que tu sois vivant ou mort ! » Lors de la toilette, rien de ce qui sort habituellement du corps des autres défunts ne sortit du corps du Messager de Dieu, que Dieu le bénisse et lui accorde la paix.
Selon ‘Aïcha (que Dieu l’agrée), alors que l’on se préparait à procéder à la toilette funéraire, ceux qui en étaient chargés furent en désaccord. La question était de savoir s’il fallait retirer les vêtements du Messager de Dieu, que Dieu le bénisse et lui accorde la paix, comme pour les autres défunts, ou le laver en lui laissant ses vêtements. Pendant ce désaccord, Dieu fit soudain tomber sur eux le sommeil. Sous l’effet du sommeil, leurs visages tombèrent tous sur la poitrine du Messager de Dieu, que Dieu le bénisse et lui accorde la paix. Dans cet état, un inconnu leur dit depuis un côté de la maison : « Lavez le Prophète, que Dieu le bénisse et lui accorde la paix, en lui laissant ses vêtements. » Le Messager de Dieu, que Dieu le bénisse et lui accorde la paix, fut donc lavé avec sa tunique, et son corps fut frotté par-dessus le vêtement.
Ibn Ishaq dit : Lorsque la toilette funéraire du Messager de Dieu, que Dieu le bénisse et lui accorde la paix, fut achevée, il fut enveloppé dans trois étoffes : deux suhari et un manteau yéménite qui fut plié en plusieurs épaisseurs.
Ibn ‘Abbas (que Dieu l’agrée) rapporte : Lorsque les préparatifs pour creuser la tombe commencèrent, on apprit qu’Abou ‘Ubayda ibn al-Jarrah maîtrisait, comme les habitants de La Mecque, le creusement d’une tombe en darîh, tandis qu’Abou Talha était habile à creuser une tombe en lahad, selon la pratique de Médine. Al-‘Abbas (que Dieu l’agrée) les fit appeler tous deux. Il dit : « Ô Dieu, arrange ce qui est le meilleur pour le Messager de Dieu, que Dieu le bénisse et lui accorde la paix. » Finalement, seul Abou Talha fut trouvé, et il creusa pour le Messager de Dieu, que Dieu le bénisse et lui accorde la paix, une tombe en lahad.
Le mardi, après que le Messager de Dieu, que Dieu le bénisse et lui accorde la paix, eut été enveloppé dans son linceul et lavé, on l’allongea sur son lit, dans sa maison. Ensuite, les Compagnons furent de nouveau en désaccord au sujet de son inhumation. Certains dirent : « Nous l’inhumerons dans la Mosquée du Prophète. » D’autres dirent : « Nous l’inhumerons auprès des tombes des autres Compagnons. » Abou Bakr (que Dieu l’agrée) trancha la question en disant : « J’ai entendu le Messager de Dieu, que Dieu le bénisse et lui accorde la paix, dire que chaque prophète a été enterré à l’endroit où il est décédé. »
On retira alors le lit sur lequel le Messager de Dieu, que Dieu le bénisse et le salue, avait rendu l’âme, puis on creusa la tombe juste en dessous. Les gens vinrent par groupes prier sur le Messager de Dieu, que Dieu le bénisse et le salue. Après que les hommes eurent terminé, les femmes prièrent, puis les enfants. Enfin, le Messager de Dieu, que Dieu le bénisse et le salue, fut enseveli au milieu de la nuit du mercredi.
Aïcha, qu’Allah l’agrée, dit : « Ce n’est qu’en entendant, au milieu de la nuit du mercredi, le bruit des coups de pelle que nous avons su que le Messager de Dieu, que Dieu le bénisse et le salue, était enseveli. »
Ibn Ishaq dit : Ali, Fadl, Qutham et Chaqran, qu’Allah les agrée, descendirent dans la tombe pour y déposer le Messager de Dieu, que Dieu le bénisse et le salue.
Lorsque Aws ibn Khawli réclama de nouveau à Ali, qu’Allah l’agrée, que les Ansar prennent part à l’ensevelissement du Messager de Dieu, que Dieu le bénisse et le salue, Ali lui demanda de descendre dans la tombe ; il y descendit avec les autres et participa à cette tâche.
Chaqran avait enterré avec le Messager de Dieu, que Dieu le bénisse et le salue, la couverture dont celui-ci se servait, au moment où il le déposait dans la tombe. Il dit alors : « Après vous, personne ne se servira plus de cette couverture. »
Al-Mughira ibn Chu‘ba, qu’Allah l’agrée, prétendait avoir été le dernier à avoir accompagné le Messager de Dieu, que Dieu le bénisse et le salue. En effet, il laissa volontairement tomber son anneau dans la tombe avant de remonter. Puis, sous prétexte que son anneau était tombé, il descendit le dernier dans la tombe, le récupéra et toucha ainsi le Messager de Dieu en dernier. Il se prétendit donc le dernier à l’avoir accompagné.
Mouqassam Abou al-Qasim, affranchi d’Abdullah ibn al-Harith, rapporte : « Je fis la ‘omra avec Ali, qu’Allah l’agrée, sous le califat de ‘Umar ou de ‘Uthman, qu’Allah les agrée. Il séjourna chez sa sœur, Oum Hani. Après avoir accompli les rites de la ‘omra et s’être lavé, un groupe de musulmans venus d’Irak vint lui rendre visite. Ils lui demandèrent si la prétention d’al-Mughira ibn Chu‘ba, selon laquelle il avait été le dernier à avoir accompagné le Messager de Dieu, que Dieu le bénisse et le salue, était vraie. Ali, qu’Allah l’agrée, répondit : “Le dernier à l’avoir accompagné fut Qutham ibn Abbas, qu’Allah l’agrée.” »
Ubaydullah ibn Abdullah ibn Utba rapporte qu’Aïcha, qu’Allah l’agrée, lui dit : « Lorsque la maladie du Messager de Dieu, que Dieu le bénisse et le salue, s’aggrava, il avait sur lui une couverture noire carrée. Tantôt il s’en couvrait le visage, tantôt il le découvrait. Il disait : “Qu’Allah maudisse ceux qui font des tombes des prophètes des lieux de prosternation.” » Par ces paroles, il mettait sa communauté en garde.
Aïcha (qu’Allah l’agrée) dit : La dernière recommandation du Messager d’Allah (qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix) fut la suivante : « Qu’il ne demeure dans la péninsule Arabique aucune religion autre que l’islam. »
Ibn Ishaq dit :
Immédiatement après le décès du Messager d’Allah (qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix), les musulmans furent assaillis par une terrible calamité. Aïcha (qu’Allah l’agrée) rapporte qu’à cette époque, les Arabes commencèrent à apostasier, les juifs et les chrétiens commencèrent à relever la tête, et l’hypocrisie prit une ampleur considérable. Accablés par la perte du Messager d’Allah (qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix), les musulmans se retrouvèrent comme un troupeau de nuages détrempés par la pluie, durant une nuit d’hiver. Cette situation perdura jusqu’à ce qu’ils s’unissent sous la direction d’Abou Bakr (qu’Allah l’agrée). Ibn Hicham dit : Abou Oubaïda et d’autres hommes instruits m’ont rapporté qu’aussitôt après le décès du Messager d’Allah (qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix), la plupart des habitants de La Mecque adoptèrent l’attitude de ceux qui abandonnent l’islam. Voyant cela, le gouverneur de La Mecque à cette époque, Attab ibn Ousayd, se cacha par crainte. Alors Souhayl ibn Amr rassembla les Mecquois et leur prononça un discours. Après avoir loué Allah, il les informa du décès du Messager d’Allah (qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix) et dit : « Sa mort a rendu l’islam plus fort. Nous décapiterons quiconque répandra le doute et l’égarement. »
Alors les gens changèrent d’avis et Attab ibn Ousayd sortit de sa cachette.
C’est à cette situation que le Messager d’Allah (qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix) faisait allusion lorsqu’il dit à Omar ibn al-Khattab (qu’Allah l’agrée) : « Il se trouvera dans une situation telle que tu ne pourras pas le blâmer. »
À la mort du Messager d’Allah (qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix), Hassan ibn Thabit (qu’Allah l’agrée) composa et récita l’élégie suivante :
« À Médine demeurent les traces éclatantes et le souvenir du Messager.
Les traces et les souvenirs ordinaires disparaissent et s’effacent. »
Mais les traces de ce lieu sacré sont impérissables et immortelles,
où se trouve encore le minbar imprégné du souvenir de l’ascension du grand guide.
Là se trouvent les demeures dans lesquelles, de la part d’Allah,
une lumière éclatante descendait
Là subsistent de tels signes intemporels de la sagesse
qu’ils ne se déforment pas malgré le passage des âges.
Plus il est ancien, plus de nouvelles connaissances en émergent.
C’est là que j’ai pu reconnaître
J’ai également appris à connaître les traces et l’exemple du Messager (s.a.s.),
sa tombe, où il a été enseveli.
Assis là, je verse des larmes pour le Messager, grâce auquel
de nombreux yeux versent des larmes et sont comblés de bonheur.
Les yeux versent des larmes et se souviennent en vérité du Messager (s.a.s.),
se souvenant précisément de ses contributions —
dont il m’est impossible de déterminer le nombre.
Mon cœur, vidé et accablé par la douleur d’avoir perdu Ahmad (s.a.s.), ses contributions
s’était consacré à la remémoration.
Mais je n’ai pu me rappeler même le dixième de l’une quelconque de ses contributions.
Je n’ai rien d’autre à faire que de me tenir, le cœur accablé de chagrin, auprès de la tombe où repose Muhammad (s.a.s.),
d’y demeurer longtemps et de verser des larmes.
Ô tombeau du Messager, tu es devenu un réservoir de bénédictions et de bienfaits infinis.
Comme l’est devenue toute cette région foulée par les pieds du guide de la voie droite.
Ô tombeau, ton sein s’est empli de bénédictions, toi qui abrites un être parfaitement pur
et celui qui m’est le plus cher.
a été aménagée de manière vaste et en plusieurs niveaux bien ordonnés.
Sur cette tombe, beaucoup de terre a été déposée et un arbre à feuilles persistantes
« sud » y a été planté.
La nuit, les gens (en ensevelissant le Messager d’Allah (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui)
la connaissance, la bonté et la patience
ont ensevelies et ont répandu de la terre sur lui, bien que
il ne soit pas homme à être couché sous la terre.
Après l’ensevelissement, ils repartirent le cœur attristé, ayant perdu le Prophète (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui)
Et leurs dos et leurs mains se sont affaiblis.
Ils ont continué à pleurer de chagrin pour ce grand homme, dont, le jour de la mort,
le ciel et la terre ont également pleuré.
C’est pourquoi les hommes sont encore plus affligés par sa perte. Le deuil
de quelque défunt a-t-il jamais égalé le deuil causé par la mort de Muhammad ?
Par cette mort, les hommes ont perdu celui qui se trouvait au lieu de la descente de la Révélation ;
celui qui se trouvait au lieu de la descente de la Révélation était illuminé par la lumière d’Allah
et il distribuait cette lumière jusqu’au Yémen et au Najd.
Il guidait vers le chemin du Miséricordieux ceux qui le suivaient,
les protégeait de l’humiliation et du blâme, et leur indiquait le chemin de la justice.
Il était pour eux un dirigeant qui les guidait vers la vérité
et œuvrait avec ardeur à cette fin.
Il était un enseignant et un guide éminent de la vérité
dont il suffisait de suivre l’exemple pour parvenir à la purification.
Il regardait avec indulgence les fautes des croyants
et acceptait leurs excuses.
S’ils accomplissaient de bonnes œuvres et des actes irréprochables, alors, pour leur bien,
Allah lui-même se montrait généreux.
Et si on leur confiait la charge d’une tâche
qui leur était difficile,
Lui seul la leur rendait facile.
Tant que les disciples de Muhammad (paix et bénédiction d’Allah sur lui) demeureront dans les bienfaits d’Allah,
Il restera pour eux une preuve grâce à laquelle
ils pourront déterminer la conduite juste à adopter en toutes choses.
L’égarement des hommes Lui est insupportable, tandis que leur accès à la bonne direction
et leur maintien dans celle-ci Lui sont particulièrement chers.
—— Fin ——-